Portes entrouvertes by Calixto
Summary:

Elle me guettait toujours par les portes entrouvertes.


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Categories: Enfances Characters: Andromeda Black, Narcissa Black
Genres: Famille, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Etincelles
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 522 Read: 175 Published: 08/12/2021 Updated: 10/12/2021
Chapitre 1 by Calixto

 

Elle me guettait toujours par les portes entrouvertes.

Chaque fois que je sortais, elle se reculait, et son corps mince se fondait dans l’ombre. Mais je savais qu’elle était là. Et elle savait que je savais. Notre pacte était fait d’un silence mutuel.

Alors j’étouffais mes pas sur le parquet ciré, je me glissais dans un manteau trop large pour moi, et je sortais de la maison, savourant une liberté retrouvée.

Je déployais de nouveau mes ailes, je souriais comme une idiote à la nuit enivrée. Le monde m’attendait. Les lumières s’allumaient, la musique éclatait, et moi, folle aux rêves heureux, je rejoignais en clandestinité celui que j’aimais.

Elle était à la fenêtre, et elle me regardait. Dans sa robe de chambre qui flottait, elle avait l’air si fragile avec ses longs cheveux clairs dénoués. Une poupée de porcelaine qu’un simple geste peut fêler. Je la regardais dans les yeux, et elle me regardait, et je savais que passaient entre nous les souvenirs d’enfances qui s’étaient éteints comme des bougies fondues.

Je revoyais la petite aux allures maladroites, qui s’exerçait des heures durant à faire la révérence. Je revoyais les prunelles claires qui se cachaient sous les longs cils, le dos arrondi sous la robe, les mains croisées, la posture douce et immobile sous le regard de Mère.

Je savais qu’elle n’était plus la même, et la vision de son visage blanc hantait mes nuits. Son visage blanc, et ses yeux, ses grands yeux ouverts dans la nuit, qui me regardaient en silence. Elle n’a jamais parlé, jamais rien dit. Quand je rentrais à l’aube, titubante, les cheveux décoiffés, les lèvres gonflées de baisers, irradiant de péché, elle était toujours là, à me regarder. Sur son visage de poupée, aucune émotion à déchiffrer. Je lui souriais furtivement, et mon secret gardé, je me recouchais dans les draps.

Deux mondes s’écorchaient. Ted m’attendait dehors, je me fondais dans ses bras, et à l’intérieur, toujours droite dans les tempêtes qui dévoraient le manoir de mon enfance, ma sœur me regardait disparaitre. Le manoir était un bateau vieux et craquant, il coulait. Sur le pont, elle coulait aussi.

Je regardais ma vie s’enfoncer dans les eaux, et ma cadette avec.

Le soir où je suis partie, partie pour ne plus revenir, sa porte était fermée. Pour une fois, elle dormait. J’ai effleuré le bois de chêne doux, comme un adieu à ma petite sœur, et je suis sortie sans un regard en arrière. Du moins, j’ai essayé. Quand je me suis enfin retournée, je me suis figée. Je la voyais distinctement, silhouette fantomatique derrière la vitre. Elle me regardait. Elle me regardait sans rien dire, alors j’ai poussé la grille et j’ai disparu.

J’ai laissé sur ses épaules un poids plus grand qu’elle, plus grand que moi, un poids jamais voulu.

Ses épaules ont ployé un peu derrière le verre.

Je lui ai laissé la lumière.

J’en ai fait des centaines, de rêves où elle apparaissait, ses yeux démesurément grands me fixant sans un mot. Et ses lèvres comme cousues, sagement fermées.

Narcissa, ma sœur de papier glacé.

De silences et de secrets.

 

End Notes:

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