I’ve had enough trouble for a lifetime. by Bendico
Summary:

Comment retourner à Poudlard ? La Grande salle ? Une morgue. Le Parc ? Un cimetière. Ses amis ? Morts par sa faute. Harry ne retournera pas à Poudlard. Même si Ron, Hermione et Ginny doivent le haïr pour cela. Même si un fossé infranchissable doit se creuser entre eux. Entre Poudlard et lui. Entre Harry, et Potter.

Il deviendra apprenti auror sous la tutelle barbare de Butcher, avec d'autres aspirants : la perfide Crews, le retors et charmeur Perkins et Ben Coote, la montagne douée de raison.

Or, bien plus qu'au sein des mangemorts survivants, les complots pullulent dans le cercle des Aurors.
Et qui c'est qui va devoir faire le ménage ?
Bingo.


Le récit que vous allez lire commence au lendemain de la nuit de Bataille de Poudlard. Et la paix n'attend pas ceux qui se réveillent.

L'image est de moi...
Categories: Après Poudlard Characters: Autre personnage, Le Trio, Les Mangemorts
Genres: Angoisse/Suspense, Aventure/Action, Polar/enquête
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 14 Completed: Non Word count: 115898 Read: 34041 Published: 26/03/2009 Updated: 24/09/2012
Story Notes:
Jusqu’ici, la vie de Potter s’est résumée à une seule chose : Survivre. C’est tout ce qu’il est : L’héroïque Survivant. Et aujourd’hui ? Voldemort est mort. La paix est un poison mortel pour les héros. Pour tenter de survivre, Potter n’a d’autre choix que de se jeter au cœur d’une nouvelle tempête.

1. Prologue : Entrevue au Sommet by Bendico

2. Fin du Prologue : Faux Départ by Bendico

3. Perkins, Coote, Crews et Butcher by Bendico

4. Premiers pas au Centre by Bendico

5. L'identité sera convulsive ou ne sera pas. by Bendico

6. Quand la raison m'entendit, elle s'en retourna et me laissa pensif et morne. by Bendico

7. Der Wandervogel 1 by Bendico

8. Der Wandervogel 2 by Bendico

9. Der Wandervogel 3 by Bendico

10. Der Wandervogel 4 by Bendico

11. Der Wandervogel 5 by Bendico

12. C'était l'engourdissement mortel, inévitable, de la routine. by Bendico

13. Le coeur battant de ceux qui vivent encore by Bendico

14. C'est la faute de la fatalité ! by Bendico

Prologue : Entrevue au Sommet by Bendico
Author's Notes:
Chapitre court qui lance l'histoire, ouvre les principales questions sans répondre à aucune.
Un aperçu pour vous, et une lourde angoisse pour moi : allez vous seulement vouloir lire la suite ? :)
L’entrevue se déroula au niveau un du Ministère de la Magie, dans un bureau ovale tout au bout d’un couloir tapissé d’une luxueuse moquette et aux murs décorés de lambris d’or. La pièce était entourée de bibliothèques centenaires ployant sous les grimoires jaunis et gondolés par le temps. Dans ces grimoires étaient soigneusement calligraphiés les plus lourds secrets de la vie politique magique anglaise de ces derniers siècles. Complots, corruptions, guerres, chaque scandale trouvait ici sa source, son explication. Bien entendu, tout le monde n’avait pas accès à ces informations. Ouvrir cette boite de pandore signifiait déclencher une multitude de nouvelles guerres magiques inter-espèces internationales.

En réalité, une seule et unique personne avait la possibilité de feuilleter ses pages sans activer le redoutable maléfice et mourir dans d’atroces brûlures. Et cette personne n’était autre que l’occupant du chaleureux bureau, le Ministre de la Magie anglais en personne. Au cours des siècles, certains ministres n’avaient pas résisté. Enfermés durant des jours et des nuits dans le bureau mythique, ils avaient dévorés chaque page dans une avidité morbide.
D’autres avaient avec raison jugé plus prudent de ne jamais s’approcher des lourdes reliures de cuir, assurant ainsi à leur mandat une précieuse sérénité.

Cornelius Fudge avait fait parti des faibles, et était, cahier après cahier, tombé dans une paranoïa et un aveuglement sans retour.
Rufus Scrimgeour n’avait pas eu le temps de dépasser le deuxième cahier, daté du 14e siècle donc encore relativement inoffensif.
Piuk Thickness n’exerça jamais en toute lucidité, pris dans les chaînes de l’imperium, chaînes savamment tenues par Lord Voldemort, qui savait pertinemment que s’il essayait via un maléfice trompeur d’accéder au contenu de ces cahiers, il serait aussitôt brûlé vif, ce qui équivalait à gâcher bêtement un de ses précieux horcruxes. Il avait voulu attendre patiemment de venir à bout de ce morveux de Potter pour se faire sacrer officiellement Ministre. Mais, comme nous le savons tous, le morveux Potter avait eu raison de lui un jeune matin de mai.

Un nouvel homme, bien plus fort et droit, était alors entré dans le fameux bureau, avec la ferme intention de ne jamais se laisser tenter par le poison insidieux des rouleaux de parchemin. Et Kingsley Shakelbolt, des longues années que durèrent son mandat maintes fois renouvelé, ne faillit jamais à cette sage décision.

Et pourtant, de tous, Kingsley Shakelbolt fut le ministre de la magie dont les faits et gestes, dont les actes et décisions, et surtout dont les tortueuses pensées, méritaient le plus d’être consignée à jamais, aux côtés de toutes ces immuables turpitudes de l’Histoire.

Le Ministre apparut dans l’encadrement de la porte, dans toute son imposante force physique. Grand, la peau d’un noir profond, les traits nobles et marqué par la concentration, il continuait de revêtir malgré sa haute fonction et les codes qui la régissaient, une tunique ethnique que les sorciers occidentaux qualifiaient, montrant par là même leur ignorance la plus absolue en matière de civilisation étrangère, d’africaine.

- Ah, John. Je t’en prie, entre.

Shakelbolt s’effaça, pour laisser un homme en robe noire entrer dans le bureau.

- Monsieur le Ministre, salua le prénommé John.
- Je t’en prie, nous sommes entre nous, réprimanda Kingsley.

Quelques secondes s’écoulèrent, pendant laquelle le sorcier ne bougea pas. Puis il éclata de rire en tendant une main que Kinglsey serra chaleureusement.

- Je t’en prie, assied toi !

Le sorcier s’assit dans un des lourds fauteuils du bureau, et Kingsley s’installa dans celui qui lui faisait face, délaissant le fauteuil ministériel qui les aurait séparé du large bureau en bois verni.

- Tu as demandé à me voir ? Demanda le sorcier, qui exprima son étonnement en haussant les sourcils.

Il était en effet légitime de sa part de considérer qu’un ministre nouvellement nommé avait d’autres chats à fouetter, et peu de temps à consacrer à ses vieux collaborateurs.

- Exact. J’ai un service à te demander, John.

« John » se redressa dans son siège et se pencha en avant, sentant que ce qui allait se dire devait rester entre eux deux, et le bois muet des étagères déjà imbibé de confidences.

- Tu sais comme moi que même si Voldemort est défait, je reste en tant que ministre pieds et poings liés.
- Allons, tu exagères tu ne crois p…
- Non, je ne pense pas.

Kingsley se cala dans son fauteuil, les yeux dans le vide.

- Le ministère est infesté, infecté, John. Une gangrène le ronge et je ne peux rien faire contre ça. L’institution est touchée ! Le ministère a fonctionné un an sous la coupe de Lord Voldemort, part le biais de Thickness ! Et si les mangemorts qui ont orchestré ce régime sanglant sont soit morts, soit emprisonnés, soit malheureusement pour nous en fuite, il reste en son sein des partisans d’une dictature des Sangs Purs, qui n’ont pas commis d’actes répréhensibles ! Nous ne pouvons les arrêter pour… délit d’opinion ! Et ceux qui ont commis des atrocités arguent qu’ils ne l’ont fait que pour préserver leur vie !
- Tu penses à Dolores Ombrage ?
- Entre autres. Cette vipère se sortira sans dommage de son procès, tu peux me croire. Elle connaît parfaitement les rouages de la justice magique ! Et elle viendra réclamer un haut poste qu’elle clamera mériter…
- Allons Kingsley, ne me dit pas que tu ne peux pas les évincer pour un motif ou un autre, elle et tous ces rats !

- Je m’y refuse ! Protesta Kinglsey avec véhémence, les yeux brillants. On ne vaudrait alors pas mieux que Voldemort !
- Alors quoi ? Je doute que tu te laisses faire pour autant, continua l’ami de Kinglsey, un petit sourire dans la voix.

Les deux hommes échangèrent un regard sournois rempli de souvenirs connus d’eux seuls.

- Non, en effet. C’est pourquoi je t’ai fait venir.
- Tu as une idée derrière la tête, Kinglsey, j’en suis près à mettre ma main dans un gosier de véracrasse !

Kinglsey éclata de rire.

- Dis moi John, tu siège toujours au conseil des Aurors ?

Le sorcier fronça les sourcils en tentant de percer les sous entendus de son ami de toujours.

- Toujours…
- Et demain, avec la directrice du Centre, les Anciens et compagnie, vous siégerez pour sélectionner définitivement la nouvelle promotion d’Apprentis Aurors…
- Exact, demain sonne la dernière session de sélection. Nous regarderons une dernière fois les dossiers, avant de statuer définitivement sur les candidats qui seront définitivement sélectionnés.

- Je sais que ces données confidentielles, mais en tant que Ministre de la Magie, ancien membre de ce conseil, évidemment donc ancien Auror et…vieil ami – à ces mots, les deux hommes échangèrent un regard de profonde connivence- je pense avoir le droit de demander légitimement des informations concernant l’évolution de cette sélection, non ?

« John » ne parvenait toujours pas à deviner la finalité de cette conversation, mais se plia de bon cœur au petit jeu de Kingsley.

- Effectivement… Pour te dire la vérité, cette dernière réunion est un peu superflue, nous sommes déjà tous d’accord sur les élèves que nous allons accepter. Ils se dégagent nettement du reste du lot plutôt médiocre. Ils sont pleins de potentiels, d’après moi, mais je crois que tout se jouera dans leur caractère… Ils sont très intelligents mais individualistes, loin du groupe soudés et solidaire que nous ambitionnons de créer pour cette promotion. Mais cela relèvera du travail de leur Instructeur.

- Grump ? Demanda Kinglsey avec un grand sourire.
- Grump, acquiesça le sorcier, avec le même sourire. Ils vont morfler.
- C’est un bon instructeur.
- Oui. Mais il vieillit tu sais. La mort d’Alastor l’a pas mal secoué. Il s’est rendu compte qu’il était le dernier de son époque, et que son rôle dans l’histoire tirait à sa fin.
- Et bien je vais lui donner l’occasion de se frotter un peu aux toutes dernières lignes de l’histoire, répliqua énigmatiquement Kingsley.

John se pencha un peu plus vers son interlocuteur.

- John, je veux qu’à cette réunion, tu proposes un nom. Je veux que tu convainques le conseil d’accepter Harry Potter en Aspirant Auror.

John se rejeta dans son siège de surprise. Tout lui devint clair. Chaque pion du schéma que Kinglsey venait de tracer insidieusement prit subitement sa place dans son esprit, et des relations évidentes se tissèrent entre ces pions.
La gangrène, les mangemorts en fuite, Grump, Harry Potter. Un cocktail explosif venait de naître dans les deux esprits, un mélange instable et près à éclater à tout moment, qui, ils le savaient, influencerait sur tout le reste de l’histoire.

- Mais c’est impossible, résista faiblement John. On ne « propose » pas un nom au conseil ! Ça ne s’est jamais vu ! Ce serait la première fois !
- Ce sera une première fois de plus au palmarès de Harry, crois moi, il est habitué.
- Mais… c’est lui qui a émis ce désir de devenir Auror ?
- Non. Du moins pas récemment. Mais il ne pourra pas refuser, pas dans sa position actuelle.

Un profond étonnement creusait les traits du sorcier. Des milliers de potentialités défilaient à toute vitesse devant ses yeux, des milliers de combinaisons improbables jaillissaient soudain dans le domaine du possible.

- Butcher ne voudra jamais.
- Tu seras persuasif.
- Il n’a même pas ses Aspics !
- Il les passera en parallèle.
- Il n’aura jamais le temps ! On parle de la formation d’Auror Kingsley ! Tu en as fait une aussi ! Il ne pourra pas.
- Il pourra. Harry, même s’il ne le sait pas, est un garçon de génie, John. Il n’a que très peu de limites. Dumbledore le savait.
- Scolairement parlant, je n’ai jamais entendu qu’il était très doué…
- En défense, c’est le meilleur. Et tu sais comme moi que c’est le plus important !
- Mais les potions, la métamorphose…
- John, tu chipotes. Tu n’as jamais été foutu de mener à bien un polynectar, et tu fais pourtant partie des meilleurs.
- Certes. Mais je n’ai pas eu Grump comme instructeur.
- Moi si.

Il y eut un blanc, où chacun des deux hommes essayaient de voir jusqu’où l’autre était près à aller.

- C’est d’accord.

Kingsley s’accorda un sourire victorieux, tout en sachant que rien n’était joué. Il fallait que Potter soit accepté au conseil, et qu’il se révèle à la hauteur de leurs attentes, d’attentes particulièrement exigeantes.



Aux yeux de tous, Kingsley Shakelbolt apparaissait comme un type droit, honnête, sur qui on pouvait compter à tout moment. Il était un roc, un des derniers piliers d’une stabilité ô combien de fois mise en périls. On appréciait partout son intelligence vive, sa perspicacité et son efficacité.

En réalité, Kingsley Shakelbolt était bien plus. Il était un de ses esprits qui, si on leur en donne la possibilité, pouvaient faire pencher le monde d’un coté ou de l’autre d’une balance.

Albus Dumbledore l’avait lu dès le premier jour, dans les yeux d’un enfant un peu perdu dans une nouvelle robe de collégien un peu trop grande, un soir de répartition. Il y avait dans les yeux de cet enfant une lueur à mi chemin entre la prudence et la décision. Cette lueur, la plus rare d’entre toutes, il l’avait retrouvé dans de nombreuses prunelles bien des années plus tard. Dans les pupilles de Londubat, Weasley ou Granger. De Malfoy et Potter.

Potter.
End Notes:
Dans le prochain chapitre, écrit, mais dont la publication est reportée pour cause d'intrigue pas totalement arrêtée et donc de modifications intempestives :

Harry se réveille en haut de la tour de Gryffondor, et, l'urgence la bataille retombée, se retrouve à des lieues de la sérénité absolue. Il frôle plutôt la folie furieuse...
Fin du Prologue : Faux Départ by Bendico
Author's Notes:
Parfois, il faut partir loin, pour mieux revenir. Reste à savoir si Harry reviendra un jour...

Les paragraphes 'blocs' sont peu lisibles sur le site, mais je ne veux pas briser les paragraphes.... Si vous avez mal aux yeux, je vous conseille de copier coller sous Word et de mettre dans une police et une taille plus adaptée à la lecture sur ordinateur ! :)
Un rayon de soleil perça entre les collines, frappa la surface calme du lac, ricocha sur les murs du château, perça les vitraux de la Grande salle et peu à peu, les étoiles s’éteignirent dans le ciel magique, laissant la place à de calmes nuages blancs et un ciel bleu clair. Cinq tables, une nuée de chaises, des dalles de pierre blanche usées par des milliers de bottes depuis des milliers de jours. Des colonnes sculptées et des boiseries sombres. Le silence. Le silence après la tempête. Plus aucun débris de verre ne gisait sur le sol. Les traînées de sang boueuses avaient été épongées. Les tables au bois éclaté avaient été réparées en un souffle, en un bête mouvement de poignet. C’était comme si la salle de réfectoire, la salle d’examen, de cours, de repos, ne s’était jamais muée en salle de combat. En salle mortuaire. Les cadavres gris avaient reculés devant des nappes colorées. C’était aussi simple que ça. Le passé était le passé. Aujourd’hui, le présent n’était plus qu’avenir. Un monde où tout le monde s’aimerait enfin.

Cliquetis de couverts. Tintement de cristal. Au bout de la table nappée de rouge, quatre personnes déjeunaient en silence. Une digne dame maltraitée par le temps. Un homme dont la carrure et la voix rassurait. Et deux jeunes gens, enfants et vieillards à la fois. Serrés l’un contre l’autre comme pour se rattacher à une réalité plus tenue que le frémissement d’un voile.
Minerva contempla les deux êtres qui se tenaient en face d’elle. A quels terribles secrets ses enfants avaient-ils été confrontés ? Quel fou que Dumbledore, que de léguer toutes les horreurs du monde sur ces frêles épaules, quand des adultes plus forts, plus prêts, plus aptes se présentaient, dévoués à tous les sacrifices.
Elle désapprouvait de chaque fibre de son corps la cruauté auquel il les avait exposé. Et pourtant, aujourd’hui, ils étaient vivants, et ils avaient vaincu. A quel prix ? Des amis, des parents. Son attention se porta sur l’homme qui était à ses côtés. Kingsley Shakelbolt était depuis deux jours le nouveau Ministre de la Magie anglais. Ce choix était le meilleur que les sages du Magenmagot avaient fait depuis bien longtemps. Elle l’avait eu comme élève. Il était posé, sage, réfléchi, décidé et courageux. Intelligent. Et un redoutable sorcier. Minerva soupira. Tout n’était pas réglé, loin de là. Elle ne faisait pas partie des arcanes du pouvoir magique anglais, mais elle le sentait. Un ouragan secouait désormais les entrailles du ministère. Ses pensées quittèrent la tablée silencieuse, s’évadèrent, traversèrent le plafond magique et montèrent toujours plus haut, vers une des plus hautes tours du château où elle avait elle-même passé son enfance. Une enfance si paisible, quand elle y repensait…

La Tour de Gryffondor était vide. Le foyer de la cheminée était glacé. Aucune veste, stylo, cahier oublié, ne jonchaient les tables rondes ou le sol. Les romans aux pages jaunies étaient rangés soigneusement dans les bibliothèques. Une fine couche de poussière commençait à recouvrir les surfaces des meubles. Le carnage n’avait pas forcé l’antre des Gryffondor, aucun mangemort n’avait forcé le tableau d’entrée. Les élèves avaient fuit le château, ou avaient mené la bataille loin de leur havre. Et ils n’étaient jamais revenus, partant en vacances anticipées pour s’occuper de leurs deuils, pour laisser au château le temps de reprendre sa forme normale. D’autres étaient partis pour un voyage dont on ne revient pas. Mais un autre être se reconstruisait, nuit après nuit dans l’inconscience du sommeil, à l’abri des murs de pierre, dans la haute tour de Gryffondor.

Le lit à baldaquin où Harry dormait depuis bientôt trois jours était plongé dans une lueur rouge sang. La lumière traversait les lourds rideaux pourpres, créant cette atmosphère surnaturelle. Harry se retourna brusquement dans son sommeil. Encore. Il était loin, loin de la sérénité de Poudlard. Ses pupilles s’agitaient sous ses paupières. Son visage était parcouru de tics nerveux. Ses mains se crispaient régulièrement et ses doigts agrippaient les draps à s’en blanchir les jointures. Ses dents crissaient les unes contre les autres. Sa respiration s’emballait et tout son corps se mettait à frissonner de plus belle. Une explosion fit voler les murs du château dans un fracas assourdissant. Une panique s’insinua en eux, ils crièrent. Des pans de murs se détachaient autour d’eux et ils se cherchaient des mains, se protégeaient des éboulements de pierres. Un nuage de poussière envahit le couloir en les faisait cracher leur poumons. Des bruits de pas retentirent de l’autre coté du couloir. D’autres personnes courraient sans s’occuper d’eux. Puis ils reprirent leurs esprits, et s’assurèrent que tout le monde allait bien. Ron se précipita et Hermione plaqua ses mains contre sa bouche, le regard embué de larmes. Ce n’était pas possible. Ce n’était pas possible. Fred gisait à moitié ensevelit, son éclat de rire encore figé sur le visage.
Le corps de Harry se glaça. Une nouvelle fois. Le corps inerte de Remus gisait sur une table. Il se sentit transpercer par un froid polaire. Comment expliquer à deux moldus inconscient des troubles qui avaient agités la communauté magique que leur fils de seize ans avait été assassiné au sein de son école, en combattant au milieu de professeurs, d’aurors, de parents, dans une bataille déjà historique, où ils s’étaient battus contre des tueurs en série. Que leur fils de seize ans s’était sacrifié pour la liberté des sorciers et qu’il recevrait une médaille post-mortem. Colin Crivey était mort, et Harry eut un nouveau soubresaut dans ses draps. Ils revenaient, incessants, lancinants. Les fantômes de ces dix-sept dernières années le hantaient, refusaient de le laisser en paix, l’incriminait de leurs supplications. Il croulait, inconscient, sous les hurlements de rage et de douleur. Il sut qu’il ne pouvait plus le supporter une seule seconde de plus, à moins d’y perdre la raison, et il opta pour un choix qu’il repoussait depuis trois jours et trois nuits. Harry émergea doucement, et les cris ne l’atteignaient plus qu’à travers un dense brouillard. La lumière l’éblouit à travers ses paupières closes, et il se réveilla petit à petit. Il pénétra dans un nouveau cauchemar, celui de l’après. Harry Potter revint à la réalité.

Harry ouvrit les yeux et se demanda où il pouvait bien être. Pas de ciel bleu ou noir piqueté d’étoile ou embrasé par un nouveau soleil, pas de toile de tente. Pas de plafond de pierres froides rongées par le moisi et l’humidité. Il voyait une planche de bois foncé, striée de veines plus claires qui s’entrecroisaient sans fin. Etrangement éclairée par une lumière vive et rouge. Il dévia son regard, encore trop embrumé par le sommeil pour tourner la tête. Des rideaux rouges. Une colonne délicatement sculptée de têtes de lions rugissants. Il cligna des yeux. Etait-ce son lit ? Tout lui revint en bloc. Pré-au-lard et Alberforth, le passage, la salle sur demande, la bataille, le diadème. La pensine. La forêt. L’Avada Kedavra. Albus. Le duel final. Et le sommeil, salvateur, comme on plonge dans une eau délicieusement fraîche. Les cauchemars. Harry se secoua, refusant que les cris ne s’établissent de nouveau dans sa tête. Pas encore. Tout son corps réagit, protesta devant cette velléité d’action subite. Ses courbatures s’enflammèrent de colère, ses égratignures s’étirèrent dans des picotis agaçants.

Il se redressa et ouvrit ses rideaux. Sa main partit à la recherche de ses lunettes. Il les trouva et les chaussa. Le dortoir était vide. Il découvrit avec étonnement un soulagement s’emparer de lui. C’était vrai, il ne voulait voir personne. Pas même Ron ou Hermione. Il voulait être seul face à lui-même, pour la première fois depuis que Dumbledore lui avait révélé le contenu de la prophétie, un siècle auparavant.
Il se mit debout et oscilla quelques secondes. Ses jambes le maintenaient avec difficultés et il était pris de vertige. Il laissa sa vision troublée se rétablir, et se dirigea vers la salle de bain. Ses pas le menèrent vers la douche, son bas de pyjama –quelqu’un avait du le déshabiller- chût sur les dalles froides et il entra dans le bac de marbre gris. L’eau brûlante se mit à couler, délassant lentement ses muscles et son esprit, le lavant de la boue, du sang séché. Les cris disparurent totalement. Harry goûta au silence, seulement interrompu par le bruit des gouttes d’eau qui éclaboussaient le sol. Il resta longtemps sous l’eau.

Harry se sécha avec une serviette blanche brodée de l’écusson de Gryffondor. Il s’approcha de la vasque de marbre bleutée qui servait de lavabos. Il examina avec nostalgie les robinets luire, le minuscule saphir et le minuscule rubis indiquer l’eau chaude et l’eau froide. Il leva le visage et croisa son reflet dans le miroir immaculé.

Il ne se reconnut pas. Ses cheveux étaient longs et sales. Sa peau ressortait, blafarde ainsi que ses traits tirés. Des sillons se creusaient sous ses yeux, ses lèvres étaient desséchées et une barbe parsemée mangeait ses joues. Il avait l’air sombre. La ressemblance frappa Harry. Il retrouva en un flash l’aspect de Sirius lors de leur première rencontre. Un être traqué, trompé, et sans espoir. Mais ses yeux brillaient trop et contrastaient violemment avec le reste de son visage tourmenté. Il en détourna son regard. S’il était un regard qu’il ne voulait pas croiser, des reproches qu’il ne voulait pas entendre, c’était bien ceux de sa mère.

Il retourna dans le dortoir vide et aperçu un tas de vêtement propre au pied de son lit. Il voyait là une attention typique de Molly Weasley, si rassurante d’ordinaire, mais dans ses circonstances tellement tragiques. Molly Weasley. Il savait qu’elle avait déjà perdu ses frères, il n’imaginait pas dans quelle tourmente la mort de son fils l’avait plongée. Il enfila, l’estomac retourné par ses pensées, le jean délicieusement propre et la chemise repassée. Il jeta un coup d’œil dans la large psyché du dortoir. Il avait déjà l’air plus civilisé, mais son visage restait marquant. L’idée d’un rasage l’effleura, mais il la repoussa d’un mouvement de tête. Son estomac se mit à se plaindre douloureusement de trois jours d’inanition.
Harry chercha du regard son sac, et il fit l’inventaire de ses affaires. Il vérifia qu’aucune chose ne manquait. Il jeta un coup d’œil dans la malle. Il fronça les sourcils en retrouvant tenues de Quidditch, uniformes et manuels de classe. Cela signifiait trois choses : Les Dursley n’avaient pas brûlé ses affaires comme il l’avait supposé. Une personne s’était risquée à aller les récupérer. Et finalement, cela signifiait que tout le monde s’attendait vraisemblablement à ce qu’il réintègre Poudlard et retrouve une vie « normale ». Subitement, il trouva cette idée grotesque. Pris d’une inspiration, il farfouilla dans ses manuels, avant de retrouver l’ancien manuel de Séverus Rogue. Ce livre était d’une part une mine précieuse d’informations en matière de potion, puisque annoté par le très savant professeur. De deux, il tenait entre ses mains une affaire personnelle de cet homme qu’il avait raillé, méprisé, dénigré, alors que l’homme avait voué sa vie à sa protection. A la protection du fils de Lily Evans.

Il fit un tas sur son lit. Une cape aux reflets chatoyants, une bourse de cuir, un morceau de parchemin tacheté plié en huit, une fiole de cristal contenant des volutes de fumées, un vif d’or immobile, vidé de sa magie, un album photo, un manuel de potions avancées. Il attrapa son vieux sac de collégien décousu par endroit, et y fourra le tout. Il jeta un coup d’œil hésitant sur le reste de ses vêtements. Guenilles, chemises déformées et uniformes inutilisables hors de l’école. Il ferma son sac sans rien y ajouter d’autre. Il ne savait pas encore ce qu’il allait faire, mais rester à Poudlard était hors de question.

Il descendit l’escalier en colimaçon, et l’irréel de la situation le rattrapa à la vue de la bonne vieille salle commune. Il se sentait en décalage avec ses lieux. Il se revoyait rigoler, travailler, bavarder dans les fauteuils. Il revit les batailles de coussins et les discussions interminables. Toute son enfance défila devant ses yeux. Les fêtes après les matchs de Quidditch où il était porté en héros avec les autres joueurs. Il revoyait cet Harry, si petit, si jeune qui avait évolué ici. Pas si jeune, lui souffla une voix à l’oreille. Cet Harry avait affronté Quirrel, le Basilic, les araignées géantes les détraqueurs, le tournoi des trois sorciers et Voldemort, le département des mystères, les mangemorts, la mort, la menace planante des horcruxes… Et bien... Oui, la personne en question était Harry Potter, avec tout ce que cela impliquait. Mais lui. Lui, aujourd’hui, au lendemain de cette bataille, il n’était plus le même. Il avait juste… grandi. Changé. Etait parti loin et peut-être pas complètement revenu. Il retrouvait avec affection et nostalgie les lieux autrefois banals, ordinaires, si incrustés dans le paysage habituel, et qui lui sautaient aujourd’hui aux yeux avec une réalité déconcertante. Les broderies des coussins, la forme des vitraux, l’odeur de la salle. Tous ses insignifiants détails qu’il n’avait jamais remarqués et qui lui manquaient. Qui lui manquerait sûrement toute sa vie. Cette salle où il avait vécu serait le théâtre de bien d’autres existences. Avait été le théâtre de l’adolescence de tant de sorciers. Il n’y avait jamais pensé avant, il s’était contenté d’habiter pour un temps ces murs ronds.

Il poussa le battant du portrait et sortit sans dire au revoir aux derniers fantômes de son passé. Bien mal lui en prit.



Harry poussa le battant de la lourde porte de la Grande Salle. Elle s’ouvrit lentement dans un grincement désagréable. Harry passa sa tête par l’embrasure de la porte et jeta un coup d’œil discret.
- Harry ! Hurla la voix d’Hermione.
Raté.
Il poussa un peu plus la porte et entra complètement dans la salle. Il n’eut pas besoin de les chercher longtemps, ils étaient au bout de la table de Gryffondor. Ron, Hermione et Kingsley étaient debout, et l’enseignante était restée assise. Elle le regardait de son air sévère, et Harry sentit de nouveau cette fichue pointe de culpabilité monter rosir ses joues. Elle sembla s’en rendre compte, même de l’autre bout de l’immense salle, et sourit doucement. Elle était sereine, et contemplait en lui l’héritier et l’homme en devenir. Elle avait comme Dumbledore le don de le passer au rayon Laser pour examiner chaque recoin de son esprit. Harry se raidit et avança d’un pas peu assuré. Il s’aperçu que sa main se serrait à s’en couper la circulation du sang autour de la lanière de son sac, et souffla doucement pour se détendre. Que lui prenait-il soudain ? Plus il s’approchait, plus sa poitrine le comprimait. Il ne réalisa ce que son corps avait compris depuis son réveil qu’en croisant le regard perplexe de son ami de toujours, Ron. Il sentit ses joues s’enflammer sous ce regard amical, anodin, comme sous une vive brûlure. Il réalisa qu’à cet instant présent, il détestait rester sous ce regard. Il détestait la perspective de le suivre.

Hermione sentit tout son corps se relâcher quand elle vit une tignasse brune apparaître dans l’encadrement de la porte.
- Harry !
Tous se levèrent à l’appel en regardant dans sa direction. Kingsley eut le sentiment furtif que Potter aurait préféré s’esquiver sans même les revoir. Il sourit intérieurement. Tout était exactement comme ce qu’il avait prévu.

- Bonjour Hermione.
Harry salua Ron d’un signe de tête que celui-ci perçut très clairement comme évasif.
- C’est parfait que tu sois réveillé Harry ! On ne voulait pas partir au terrier sans toi ! Mais maintenant, on peut tous rentrer à la maison. C’est fini, Harry !
Hermione rayonnait littéralement.
- Viens !
Elle le tira par la manche et fit mine de l’entraîner hors de la Grande Salle.

- Une minute miss Granger, résonna la grave voix de Kingsley Shakelbolt.
- Ah oui, c’est vrai, marmonna Hermione entre ses dents. J’avais oublié que vous vouliez vous entretenir avec Harry.

Personne n’était cependant dupe. Minerva sourit de nouveau. Granger et Weasley seraient toujours là pour défendre Potter, qui que soit son assaillant, et peu importe qu’il ait besoin ou non de défense…

- Vous vouliez me parler, Kingsley ?
- Oui Harry. Mais je n’en ai pas pour longtemps. Le Professeur McGonagall nous prête gracieusement son bureau pour que nous puissions discuter tranquillement.
- Tranquillement ? Intervint Ron brusquement. Sa voix avait tout d’un grognement de félin, comme une sourde menace adressée au nouveau ministre de la magie. Hermione lui donna un coup de coude dans les côtes mais dans l’ensemble, elle partageait sa réaction.
- Vous pouvez parler devant nous.
- Monsieur Weasley, votre confiance n’est pas remise en cause. Mais ce que j’ai à transmettre à Monsieur Potter ne concerne… que Monsieur Potter, trancha Kingsley d’une voix sans appel.
Ron lança un regard plein d’espoir à Harry qui l’ignora superbement.
- Je vous suis, Kingsley.

Harry se retourna et marcha en direction de la sortie de la Grande Salle, refusant de voir un étonnement ébahi et amer se peindre sur les traits de ses deux meilleurs amis. Les deux hommes disparurent rapidement.

- Veuillez m’excuser, jeunes gens, réagit Minerva McGonagall, mais mon devoir de directrice provisoire m’appelle. Vous n’aurez qu’à venir directement dans le bureau directorial pour me prévenir de votre départ.
Elle leur adressa un sourire bienveillant qui liquéfia Ron, et tourna calmement les talons.

Hermione se laissa tomber, lasse, sur le banc le plus proche.
- ça te dit une petite balade sur le Lac, en attendant que messieurs les hauts diplomates finissent leur conférence classée secret défense ?
Hermione rougit légèrement, mais adressa un sourire lumineux à Ron. Il lui prit doucement la main, et la guida hors des murs oppressants du château.

--

Ginny campait littéralement dans la cuisine du Terrier depuis trois jours. Avec couvertures et provisions. De toute façon, personne n’avait le cœur à l’en empêcher. Elle se concentrait sur l’arrivée imminente de Harry pour oublier le plus possible les étoffes noires que Fleur avait ramené du Chemin de Traverse, les larmes compulsives de sa mère et de son père quand on lui demandait tout doucement de choisir le linceul, le bois du cercueil. Pour oublier la porte désespérément close de la chambre de George d’où ne s’échappait qu’un silence assourdissant. Bill escaladait régulièrement l’arbre qui donnait sur sa fenêtre pour vérifier qu’il était toujours atone recroquevillé sur son lit. Bill avait confisqué à George sa baguette et tout objet potentiellement dangereux, avec un sérieux effroyable. Le carreau de l’extraordinaire horloge des Weasley avait été brisé par Molly, dans un acte violent empli de désespoir, quand elle s’était aperçue que l’aiguille et la photo de Fred avaient déjà disparus. L’horloge avait été déplacée dans la petit remise du jardin laissé à l’abandon, personne ne pouvant supporter plus de temps sa vue.

Ginny attendait, attendait, attendait. Ses yeux restaient secs et ses lèvres ne tremblaient pas. Elle ne mourrait pas de douleur, puisqu’elle avait arrêté de vivre. Sa dernière raison de vivre, elle l’attendait. Encore et toujours.
Elle devina qu’ils arrivaient une demi-seconde avant que le foyer ne s’illumine. Des flammes mordantes et inoffensives envahirent l’énorme âtre de plus de deux mètres de diamètre, et un tourbillon de suie apparut. Le tourbillon grossit, se noircit, et finit par laisser deviner une silhouette solide au milieu de la masse d’air mouvante. Ginny trépignait en se mordant les lèvres. Elle hurlait de rage de distinguer la haute carrure de son frère. Elle ne prêta aucune attention à sa figure figée, son regard restant vissé sur la cheminée. De nouveau, des nuages de suie s’élevèrent et une fine corpulence s’extirpa de l’âtre. Hermione toussa doucement avant de venir se lover dans les bras de Ron, comme si ce court voyage les avait séparé durant des années lumières.
Il va venir, se répétait sourdement Ginny. Il va venir. D’une seconde à l’autre. Il doit être à Poudlard, devant la cheminée, une poignée de poudre verte dans la main droite, pressé de la retrouver enfin. Il va venir. Il part. Il tourbillonne. Il va apparaître, il va apparaître.
Mais une autre voix, trop désolé pour être trompeuse, lui chuchota que s’il avait choisi de revenir, il serait déjà là depuis une poignée de seconde. Que s’il revenait, Hermione et Ron ne se terrerait pas ainsi dans un silence terrifié. Ce chuchotement s’insinua en elle et Ginny eut un goût de sang dans la bouche. Elle s’était mordue trop fort la lèvre sans même s’en rendre compte.
Il allait revenir. Il ne revenait pas. Il ne reviendrait pas. Elle sentit un boulet de canon tomber dans le creux de son ventre, et l’entraîner irrésistiblement vers le sol.

- Ginny ?
Ginny resta résolument tournée vers sa fenêtre. Hermione soupira.
- Ginny…
- Laisse moi, tu veux ?
Hermione eut un mouvement de recul comme s’il elle s’était pris un souaffle dans la figure. Elle fit quelques pas en arrière et referma la porte de la chambre de la plus jeune des Weasley.
Droite devant sa vitre, la rebuffade mourut sur les lèvres de Ginny.



Harry traversait le château, ses mains glissaient sur les pierres froides des murs, ses pas résonnaient dans les couloirs déserts. Ses pieds le menèrent d’une salle de classe à l’autre, dans le brouhaha des élèves, les réprimandes des professeurs, les caqueteries de Peeves, dans le vacarme de souvenirs qui refusaient de faire partie du passé. Il déambula des heures sans s’arrêter. Passait et repassait. Traversa les cachots, se pencha du haut de la tour d’astronomie. Le château était abandonné, un signe de tête de Shakelbolt avait poussé Minerva à le lui laisser. Les fantômes s’étaient retirés à l’intérieur des murs, les elfes restaient invisibles, la surface du lac demeurait lisse et calme. Il n’hurlait pas, ne parlait pas. Il arpentait les dalles de marbre. Il se retrouva, une fois, devant l’entrée de la chambre. Même Mimi Geignarde s’était tu. La porte s’ouvrit, et quelques heures, il arpenta la chambre du Basilic, tournoya indéfiniment entre les immenses colonnes dominées par l’image de Salazar Serpentard. Il passa les portes massives de Poudlard, qui se refermèrent derrière lui dans un grincement ultime. Plus jamais.
Et déjà les grilles. Le chemin tortueux martelé durant des siècles par des sabots invisibles et des roues de diligences tordues. Les premières cheminées fumantes de Pré-Au-Lard.
Il n’échangea pas un mot avec Alberfoth, et entra dans le foyer de la cheminée. Se mit à tourner, vite, bien plus vite. Loin, bien plus loin.


Les gens riaient, profitaient des premières journées de beau temps, les parapluies sous le bras. Regardaient les vitrines, pensaient aux vacances, proches. Deux filles françaises se disputaient autour d’un plan touristique au coin d’une rue. Des jeunes gens flirtaient, des personnes âgées regardaient de leur banc la vie continuer sans eux. Harry fendit la foule, et personne ne prit garde à lui. Certains regards s’attardèrent sur lui, quelques personnes ayant elles-mêmes traversées certaines choses, comprirent que ce garçon n’avait jamais pris le temps de grandir.
Il entra dans une simple maroquinerie moldue. Détailla les rayons. Des sacs à main de jeunes filles, des valises d’homme d’affaire, des sacs à dos de collégiens. Son choix se porta sur une sacoche en cuir, solide, épaisse, d’une couleur marron foncée, se portant en bandoulière sur l’épaule. Il paya rapidement. Déchira le sac en papier qui recouvrait l’objet, et plaça la sacoche en travers de son torse, fourra ses quelques affaires dedans, ainsi que son vieux sac de cours plié maladroitement. Harry regardait les sourcils froncés les vitrines étalées sous ses yeux. « Vous désirez quelque chose ? » demanda une vendeuse avec une moue dégoûtée devant son jean déformé et élimé. « Des jeans, des pantalons en toile... De bonne qualité, difficile à user. C’est pour un long voyage. Je vais pas mal barouder. »
Harry entra dans la pénombre sale du Chaudron Baveur. Les sorciers déjà attablés relevèrent furtivement la tête, et la rebaissèrent. Il y eut un moment de flou dans tous les esprits, et les regards se relevèrent. Suivirent la course du Survivant qui disparut derrière le magasin, dans l’allée aux poubelles. Ils entendirent les briques s’entrechoquer tandis que l’arcade se formait, avant de se refermer.
Harry remonta sa capuche sur sa tête pour cacher son visage. C’était tout à fait inutile, considérée sa nouvelle apparence physique. Il traversa l’allée principale du Chemin de Traverse sans être importuné, insensible à l’allégresse et au soulagement des promeneurs. Déjà les échoppes rouvraient, se remplissait de monde. Les gens voulaient sentir physiquement la vie reprendre le pas sur la peur. Ils se pressaient les uns contre les autres, s’épaulaient. Les inconnus se souriaient, mettait de leur coté la méfiance qui les avait rongé durant deux ans, ravis de voir que le soleil participait à la fête. Le visage d’Harry resta dans l’ombre de sa cape. Il pressa le pas.
« Entre ici étranger si tel est ton désir,
Mais à l’appât du gain renonce à obéir »…
Quand Harry rejeta sa cape dans l’enceinte de Gringotts, tous les gobelins s’immobilisèrent. Les réparations étaient justes finies, et le souvenir du dragon aveugle était encore parfaitement clair dans les esprits. Et celui qui les avait défiés, s’était joué d’eux, et était reparti libre revenait, conquérant. Harry était immobile au milieu de la grande allée aux comptoirs. Il souriait presque. C’était si drôle. Il se sentait dévisager par ces esprits hésitants. Potter les avait ridiculisés. Potter avait dévalisé un de leurs coffres les plus protégés. Potter s’était allié avec un Gobelin. Potter avait soumis un gobelin à l’imperium. Potter les avait délivrés de ce prétentieux de Jedusor.
Un premier guichetier sourit. Potter était intelligent, retors. Il n’avait pas froid aux yeux sans être vindicatif. Il tenait à ses promesses, était sournois et décidé.
Un véritable gobelin, en somme.
« Vous désirez retirer de l’argent, monsieur Potter ? »

Harry grava un sort d’agrandissement durable dans sa sacoche. Désormais, « L’histoire de la Magie Contemporaine Approfondie », « Les Potions de Survie », « Les Potions de Poisons », « Droit de l’Administration Magique Internationale », « Sortilèges Audacieux et Dangereux », « Histoire de la Pensée Métamorphique » et « Initiation à la grammaire gobeline et à son système » tenait tous parfaitement dans le premier compartiment de son sac, sans peser outre mesure sur son épaule. Une vingtaine de petits flacons calés par le vieux manuel de potion annoté par Séverus Rogue s’entrechoquait dans le second compartiment séparé du premier par une fine paroi de cuir, à coté de deux pommes et d’une gourde métallique remplie d’eau. Dans le troisième compartiment, quelques plumes, quelques rouleaux de parchemins, et un album photo et une bourse contenant un vieux vif d’or et un gallion un peu particulier. Harry rabattit le rabat de cuir, et noua deux lanières en guise d’attache. Il se regarda dans le miroir d’une chambre de Tom, une glace fendue qui avait le bon goût de se taire. Il était habillé en moldu, la moitié de son visage, qui avait depuis repris un peu de couleur, était toujours dissimulée sous une courte barbe. Il remarqua qu’il avait un peu grandi, qu’il avait même prit des épaules. Il avait l’impression de se glisser dans une nouvelle peau. De commencer une nouvelle vie. Il regarda la montre que lui avait offert Molly. Il prit son sac à dos de collégien où étaient rangés ses vêtements et ses affaires de toilettes. Transplana.
End Notes:
Extrait du prochain chapitre :

" - Que ce soit clair. Vous n’êtes pas là pour faire partie de la Brigade des Baguettes, ni des Contrôleurs Magiques. Vous n’êtes pas là pour enquêter, surveiller la criminalité magique de nos bons concitoyens. Vous n’êtes pas là pour devenir des putains de flics.

Le terme moldu détonnait dans la bouche du vieux sorcier.

- Vous êtes là pour devenir des traqueurs. Des chasseurs de Mage Noirs. Des combattants. On ne vous demande pas de relever des empreintes magiques ni d’interroger inlassablement le voisinage d’un meurtre. On vous demande de poursuivre, attraper et enfin de foutre à l’ombre l’indésirable numéro 1. Voir de le tuer. Rarement, mais proprement."

Perkins, Coote, Crews et Butcher by Bendico
Author's Notes:
Noir.
Silence dans la salle.
Lever de rideau.
Présentation des personnages :
Benjamin détailla ceux de sa promotion. Son regard tomba tout d'abord sur le dos d'une jeune fille... Petite, fine, une chute de rein à tomber par terre. Ses cheveux bruns étaient coupés très courts en un dégradé inversé, à voir les deux longues mèches foncées qui suivaient les lignes de sa mâchoire et la multitude d'épis de plus en plus courts relevés sur sa nuque.

- Hey Coote ! Arrête un peu de me reluquer, tu veux.
Il écarquilla les yeux. Cette voix... C'était... Non c'était pas possible... Pas elle !
Si.
Elle se retourna et le défia du regard. Il déglutit. Son instinct de Poufsouffle lui cria de prendre ses jambes à son coup. Trop tard. Il était coincé. Il était coincé pour les deux ans à venir avec Johanna Crews.

Mignonne.
Dirk ne se gênait pas pour détailler les courbes de la brunette en face de lui. Sa poitrine rebondie était mise en valeur par un minuscule serpent d'argent pendu à son cou. Son teint était laiteux, ses lèvres étirées dans un sourire machiavélique, son nez en trompette et ses yeux sombres légèrement bridés.
Carrément bandante, en fait.
Il continua de la fixer quand elle se retourna pour alpaguer, une lueur de défi au fond des prunelles, un grand type un peu lourdaud qui pâlissait à vue d'oeil.

Il s'intéressa à l’autre mec aux lunettes, appuyé sur un mur un peu en retrait.
Pas très grand, fin mais légèrement musclé, ce type était taillé pour être attrapeur. Il était complètement perdu dans ses pensées et à voir sa tête, elles n'étaient pas joyeuses. Ses lèvres étaient crispés et il se passait régulièrement ses doigts - il avait une vague cicatrice sur le dos de la main - dans les épis drus de sa tignasse noir de jais. Ce type n'avait apparemment pas songé à soigner sa présentation pour faire bon effet le premier jour. Ce qui frappait Dirk c'était son âge. Il devait juste sortir de Poudlard ! Sa barbe pourtant pas rasée depuis plusieurs jours, restait clairsemée, concentrée sur les arrêtes de sa mâchoire. 17 ans ? 18 ?
L'adolescent se passa une énième fois la main dans les cheveux et Dirk resta pantois.
Une mèche relevée l'avait cachée jusque là mais à présent elle luisait bien visible. Elle partait de la racine de ses cheveux et fendait en deux son front jusqu'à juste un peu plus haut que la naissance de ses sourcils. Une ligne en relief légèrement rouge, brisée en plusieurs angles. Une cicatrice en forme d'éclair.
Il scruta chaque recoin du visage du célèbre Harry Potter. Comment ne l'avait-il pas reconnu au premier coup d'oeil ? Son visage s'était étalé pendant un an sur tous les murs de la communauté magique.
Le Survivant paraissait tout d'un coup chétif par rapport à l'idée que tous se faisaient de lui.

C'était ce gamin qui avait échappé pendant des mois aux agents surentraînés du ministère ? Qui s'était retrouvé plusieurs fois nez à nez avec Bellatrix Lestrange et bien sur Vous-Savez-Qui ?
"Il a déjà tué un homme." Voilà la pensée qui frappa Dirk. Enfin, si on considérait Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom comme un être humain. Il a été torturé.
Dirk le fixait sans discontinuer et sentait l'immense contraste entre son apparence adolescente et la détermination, la rage de ses traits figés.
Sans prévenir et dans un mouvement fluide, Potter leva la tête et planta ses yeux verts vifs dans les yeux bleus de Dirk. Franc, direct. En colère.

Harry s'était un peu éloigné de ses nouveaux petits camarades aussitôt que les Aurors les avaient plantés dans une petite pièce circulaire complètement vide. Il n'avait pas adressé un seul coup d'oeil aux autres apprentis. Ce n'était que des formes floues et asexuées qui ne faisaient pas parties du monde désertique qui était désormais le sien. Il ne les entendait même pas. Il était assailli par des visages. La pâleur cadavérique presque verte pâle de Remus sous ses cheveux poivre sels. Tonks figée dans sa métamorphose habituelle, cernée et la couleur chewing-gum de ses cheveux, comme une plaisanterie indécente à l'encontre de la froideur de la faucheuse verte. La commissure des lèvres de Rogue, méprisantes jusqu'à la fin. Le regard effrayé de Ginny. Le visage ridé, affaissé et gris d'Albus Dumbledore, cadavre parmi les cadavres dans sa tombe de marbre.

Soudain il le sentit comme une brise glaciale qui s'infiltre sous les vêtements. Un type le dévisageait. Comme une bête de foire, plus que jamais.
Il n'était plus seulement le survivant, l'éternel chanceux qui déchaînait la furie d'un mage noir sanguinaire.

Il était l'adolescent immortel qui réduisait à néant le moindre Avada Kedavra, qui avait par deux fois respiré l'haleine fétide de la Mort, il était un tueur déterminé sous une apparence faible et rachitique.
La gazette du sorcier s'en était vraiment donnée à coeur joie, le lendemain de la bataille.
L'innocent aux mains sales. Trompeur, manipulateur, surpuissant, dangereux, dont il était impossible de deviner les réelles motivations, l'élève qui dissertait de magie noire avec détachement voir avec du dédain.
Les jours de Rita Skeeter étaient comptés.
L'idée même de sa gorge hypocrite sous ses doigts faisait frémir Harry de plaisir.
Il leva lentement les yeux en même temps qu'il tournait lentement la tête. Il se ficha dans les yeux estomaqués de l'intrus.

Dirk se liquéfia sur place mais réussit cependant avec brio à masquer sa stupéfaction.
Son propre caractère de grand prétentieux l'obligea à maintenir le regard. Il n'allait pas baisser les yeux dès la première minute devant un gamin, légende vivante ou pas ! Qu'est ce que ça allait devenir pour les vingt-quatre prochains mois ? Il répondit férocement à l'agression muette de Potter.

Harry se fatigua très vite. Et voilà que ça recommençait. D'abord on le dévisageait comme l'extra-terrestre invincible, ensuite on le défiait, pas pour le tester, mais pour le remettre directement à sa place, comme si il avait eu des velléités de supériorité. Il adopta la technique habituelle. Il continua à fixer son "interlocuteur" mais s'en désintéressa complètement. Il ne faisait plus passer aucune animosité entre eux et son regard prit une teinte vide. Très vite, si toujours fiché dans le regard tout d'un coup déconcerté du type blond, il replongea dans ses pensées moroses.

Jo stoppa très vite d'invectiver cette andouille de Coote. Ce qui se passait à quelques mètres était beaucoup plus intéressant. Un gamin tout juste sorti de l'adolescence défiait ouvertement du regard un blond... Canon, c'était le moins qu'on pouvait en dire, qui apparemment avait commis l'imprudence de le dévisager d'un peu trop près. Ses mirettes ironiques s'écarquillèrent très vite.

Potter ? Le minus balafré qui s'amusait à ridiculiser sa maison à chaque match de Quidditch ? La haine profonde et indéracinable qui le liait à... heu... l'autre là, le petit blond arrogant qui prenait ses aises avec un air de propriétaire tout à fait désagréable dans SA salle commune à elle (elle était là d'abord, nan mais oh !). Malfoy, voilà. Potter et Malfoy, elle était en cinquième année quand ils avaient débarqués pour défrayer la chronique.
Potter ?

Et là elle tiltait. Le môme timide et facilement impressionnable dont elle gardait un souvenir impérissable peinait à laisser la place dans son esprit au héros international qui les avait tous sauvés.
C'était qu'il avait carré, le cicatrisé. Mmmh...
Elle se délectait de la scène qui se jouait.

Perkins-le-blond, qui devait avoir deux ou trois ans de plus qu'elle, elle s'en souvenait maintenant par ce qu'il avait été préfet en chef...
Perkins refusait de baisser les yeux devant un Potter qui l'ignorait totalement.

Elle eut un sourire sardonique.

Elle fit un pas et se mit exactement entre les deux garçons.
Le hic c'était qu'elle était bien plus petite qu'eux. Petit Potter ? Le mythe s'effondrait, il était petit. Avant. Par rapport à son grand efflanqué de copain roux. Là, en vrai de vrai, il faisait un bon mètre 80 qui ratatinait son mètre 60. Bref, elle était plus petite et Perkins continuait à trucider à sens unique un Potter absent, par dessus ses mèches brunes (celles de Crews pas de Potter). Elle tournait le dos à son aîné et leva, face à Potter, tout simplement le bras.

Harry soupira. Une main féminine venait juste de se glisser au beau milieu du faisceau incendiaire qui reliait les deux hommes. Il haussa les épaules.
Son regard glissa instinctivement le long de son bras et se posa sur débardeur vert tendu là où reposait son sein gauche, pour être aussitôt attiré par un scintillement argenté. Il se décala de quelques degrés et grimaça intérieurement en détaillant le pendentif en forme de petit serpent gravé qui ondulait magiquement sur la peau blanche. Il continua son ascension jusqu'au sourire ironique de la jeune fille.

- Alors Potter ? Ton ego était encore trop surdimensionné par une carrière d'attrapeur professionnel ? Ton image de pourfendeur invétéré de mages noirs pas assez assurée pour le restant de ta vie ? Et qu'est ce que c'est que cette mine torturée ? On ne courbe pas suffisamment l'échine devant toi ? L'insupportable gamine et le grand nigaud tacheté t'ont abandonnés ?

Harry redescendit brutalement sur terre.

Mais c'était pas possible ! L'espèce serpentarde était définitivement à éradiquer de la planète !

- On se connaît ?

Johanna se vexa. Merde. Il se souvenait même pas d'elle, c'était malin ! En plus il n'était même pas en colère. Juste désabusé. Bien fait pour elle. Elle éclata de rire devant tant d'incongruités et lui tendit la main.

- Crews, mon cher lionceau rachitique, se présenta-t-elle.
Rachitique… Pas tant que ça, à voir les muscles fins de ses bras, mais il n'était pas censé le savoir.

- Dis-moi, être désagréable, c'est gravé dans les gènes de chaque Serpentard, ou tu es juste parente avec les Goyle ?
Coote applaudit victorieusement sous l'insulte et tendit sa main à Potter.

- Un peu des deux, mais celle là est particulièrement vicieuse. Je suis Ben. Ravi de te revoir Potter.

Harry lui serra chaleureusement la main, « ravi » d'avoir trouvé un allié si vite, même si comme pour Crews, il avait la ferme impression de ne l’avoir jamais vu.

Il se rappela soudain de "l'intrus" comme il l'appelait.

- Dirk Perkins, ancien batteur de Serdaigle, cru bon de préciser le dit Perkins.
- Harry Potter, actuelle bête de foire de la communauté magique.

Dirk éclata de rire. Ça lui avait immédiatement paru comme la meilleure sortie.

- Désolé, je ne sais pas ce qu'il m'a prit. On entend partout que tu es un minuscule gamin arrogant et psychopathe à l'aura extraordinaire, d'une générosité sans pareille et près à tous les sacrifices pour n’importe qui. Tu comprends que la réalité s'avère souvent décevante.
- Tu as oublié assassin au sang froid, délinquant incontrôlable et bourreau des coeurs.

Potter avait dit ça sur le ton de la conversation, mais avec une mine impassible. Dirk renonça à le sonder et commença à croire que justement, il ne fallait jamais croire ce qu'on disait du Survivant.

- Si j'étais Skeeter, Potter, je me terrerais très loin de toi, rigola-t-il.
Harry eut un sourire fugace. Finalement, il n'était pas si con, ce Perkins.

Le quatuor s'entreregarda.
Coote semblait être un type simple et accommodant, Crews une petite peste insupportable et Perkins, bien que pas méchant, aussi maniable qu'un scroutt près à exploser.

Il les adorait déjà.








Harry suivait le mouvement. Ses nouveaux « amis » marchants devant lui. Le groupe était mené par un auror sec et désagréable. Il tendit l’oreille.

- Des parchemins vous attendent dans votre chambre. Vous êtes priés de les lire intégralement d’ici demain matin, ainsi que les ouvrages qui y sont indiqués. Rendez vous demain à 5h30 dans l’arène.

L’auror les planta dans le couloir. Quatre portes se présentaient à eux. Perkins haussa les épaules et poussa la première. Crews prit la porte d’en face. Coote choisit la chambre adjacente à celle de Perkins. Harry se retrouva donc devant la pièce mitoyenne à celle de Crews.
Il actionna la poignée et la porte de bois s’ouvrit sans un grincement.

La pièce était étonnement spacieuse, en plus d’être richement et chaleureusement meublée. Il s’était attendu à quelque chose de plus spartiate, comme on voyait dans les films militaires moldus. Un lit de camp et une cantine. Tout au contraire.

Un lourd tapis se présenta sous ses pieds dès qu’il eut passé le pallier.
Dans la première partie de la pièce s’étalaient des rangées de bibliothèque pleines à craquer de grimoires. Il s’approcha pour déchiffrer les inscriptions sur les tranches des volumes. L’intégrale de Bagshot, des livres et des livres de potion, sortilège, métamorphose, étude des moldus, mais aussi d’autres matières qui lui laissaient entrapercevoir des études bien plus intéressantes que celle qu’il avait suivit jusque là. Et plus dures. L’histoire de la magie noire. Bases maléfiques pour un auror averti. Initiation à l’art des guérisseurs. Tapinois, filage et interrogatoire, les XXIII volumes. Initiation au système des Runes Anciennes et à leur grammaire. Harry cligna des yeux. Et ça continuait, ça continuait.
Une première armoire se présentait sur le mur d’en face. Il l’ouvrit. Il trouva des caisses pour ranger des dossiers. Un énorme tas de parchemin roulé. Des plumes. Juste à gauche se trouvait un énorme bureau.
Il n’y toucha pas et continua son inspection.
La seconde partie de la pièce était occupée par une seconde armoire où il rangea rapidement ses affaires.

Harry soupira. Richement meublée, mais froide. Confortable, mais pas intime. Il faillit se laisser aller à une pointe de mélancolie en repensant au confort parfois relatif des dortoirs de Poudlard mais de l’éternelle convivialité qui y régnait. Il soupira de nouveau. Déposa sa cape d’été sur le couvre-lit, et s’approcha de nouveau du bureau.
Il s’assit dans le fauteuil et décacheta le premier rouleau de parchemin.
Des lignes et des lignes d’un règlement rigoureux, des menaces à chaque virgules, une écriture dactylographié par une plume magique qui renforçait le ton administratif. Il le parcouru vaguement.

Pas le droit d’envoyer et de recevoir du courrier. Une visite tous les quatre mois. Pas de vacances. Interdiction de quitter le centre sans autorisation express. Interdiction de sécher un cours. Les cours débuteront le… Veuillez vous présentez dès… Les repas sont servis exclusivement selon les… Les formalités s’étalaient laborieusement. Il eut été plus clair et reposant de simplifier le tout par un court « Un ordre ne s’explique pas, il s’exécute », version poli du « Le premier qui l’ouvre je lui fais bouffer des couilles de Véracrasse, c’est bien compris ? ».

Harry abrégea sa lecture et passa au second rouleau.
Il déroula la liste des livres qu’il devrait potasser pour le lendemain. Contempla abasourdi la trentaine de titre détaillés sur le feuillet. Cligna des yeux. Signa à la hâte les deux papiers qui disparurent instantanément.
Soupira encore une fois. Se tourna vers la bibliothèque, et d’un minuscule geste de la baguette, fit venir le premier volume de la liste jusqu’à lui.

Harry avait lu toute la journée. Dès sept heures quarante sept du matin où son maître auror les avait abandonnés dans leurs chambres respectives, à vingt-trois heures. Heure à laquelle il boucla la lecture hâtive de son sixième manuel. « Apprendre le Wingardium Leviosa ». Dans le bouquin, il était expliqué en long en large et en travers, qu’un sorcier diplômé de ses Aspics ne savait pas –réellement- faire léviter un objet. Et que durant les 670 pages suivantes, il serait expliqué au lecteur attentif comment faire voler un caillou sans salir sa dignité.
Enfin. D’un point de vue théorique, on ne peut pas véritablement affirmer qu’il l’avait bouclé. Il bavait actuellement sur la page 648, remplissant la chambre de tonitruants ronflements.


La sonnerie stridente du réveil de Harry retentit dans la chambre. Il se redressa en sursaut, sa baguette lui sautant immédiatement au creux de la paume. Il regarda quelques secondes autour de lui en se demandant où il avait bien pu atterrir.

Lentement, la journée d’hier fit son chemin jusqu’à ces neurones. Il prit une douche glacée qui ne réussit pas à éloigner le brouillard épais qui évoluait autour de lui, s’habilla d’un jean et d’un tee shirt, passa sa sacoche sur ses épaules et sortit.
Coote émergeait de la porte d’en face. Harry lui fit un signe de tête et ils se mirent à chercher l’arène.
Ce ne fut pas difficile. Les différentes salles étaient indiquées dans chaque couloir, et ils avancèrent au travers d’un dédale de couloirs tous identiques. Ils arrivèrent dans une antichambre qui débouchait sur une porte frappée d’un panneau argenté. « Arène ».

L’arène était à peu près aussi grande que l’idée que se faisait Harry d’un terrain de foot. C’était un long terrain de terre battue, entouré de gradins. Toute la surface était balayée par un vent froid, et des nuages s’amoncelaient dans le ciel.

Harry cligna des yeux. L’effet était saisissant. Il se répéta qu’il était juste dans la salle d’entraînement B12, située au troisième étage du « bâtiment », mais tout son corps lui clamait qu’il était à l’extérieur. C’était vraiment de la grande magie.

Tout en avançant, il distingua sur le mur à l’autre bout de la « salle », une lignée de cheminée. Il n’en compta pas moins de sept.
Coote siffla entre ses dents, admiratif.

- Profites-en, Coote ! Tu ne resteras pas ici longtemps ! Assena Crews.
Elle était déjà au centre de l’arène, à quelques mètres de Perkins.
Coote se renfrogna.

- Tous en rang ! Beugla une voix derrière eux.
Crews Perkins et Coote firent respectivement trois pas en arrière, de surprise. Harry se contenta de lever les yeux au ciel.

- Regardez vous. Regardez vous bien. Par ce que vous allez passer les deux prochaines années ensemble. Nuits et jours. Et bien plus encore, si vous parvenez à devenir autre chose que des vermisseaux prétentieux. Benjamin Coote, Richard Perkins, Johanna Crews et Harry Potter. Pour vous dire la vérité, je ne suis à des lieux de penser que vous méritez d’être dans cette putain d’arène.

Harry gardait ses yeux fixés sur l’instructeur. « Butcher » leur avait-on dit. Leur instructeur.

- De 6h00 à 08h30, vous serez ici, dans l’arène, pour la mise à l’épreuve quotidienne. Vous aurez trois quarts d’heure de battement pour vous remettre de vos émotions et déjeuner. Ensuite, vous enchaînerez jusqu’à 14h30 à l’université. A 15h00, retour à l’arène avec moi pour les exercices. Jusqu’à 20h. Vous avez vos soirées pour préparer les cours du lendemain. Evidemment, vous n’avez pas la permission de sortir du Centre. Ni le soir, ni la nuit, ni en semaine, ni le week-end. Pas de congés, si ce n’est une semaine à Noël pour éviter les plaintes de vos différentes familles. Epinglez ça sur vos putains de fringues.

Quatre cercles argentés scintillèrent dans les airs et ils les attrapèrent tous au vol sans problème. Harry ouvrit son poing. Un badge en métal, cerclé de blanc, et rempli en son centre d’un jaune criard, tellement jurant que le porter en était humiliant. Sûrement le but.

- A Gauche, au dessus du cœur, toujours en évidence. Ce badge devient dès maintenant un de vos organe les plus vitaux. Vous travaillerez avec, dormirez avec, pisserez avec. Ce badge vous identifie comme apprenti auror au sein du centre. De cette façon, vous êtes identifié comme non habilité à sortir du Centre, à transplaner, sans autorisation express, signé de ma main. Pour les autres formalités restrictives, vous vous reporterez au règlement déposé sur votre bureau. Ce badge est aussi une balise magique. Où que vous soyez sur le globe, il vous épingle sur le Mur du Bureau.

Personne ne demanda ce que pouvait être le Mur du Bureau.

- Et il sert à communiquer. Il émet des sons, et change de couleur en fonction du code. Vous êtes priés d’apprendre par cœur ledit code. Pas d’hésitation à avoir. Par exemple, s’il vire au vert, vous rappliquez illico. Il s’agit du plus haut niveau d’urgence.

Harry haussa un sourcil. Vert ? Plus haut niveau de l’urgence ? Le code basique de couleur se différenciait ici de celui des moldus.
Butcher capta l’air perplexe de son élève.

- Oui Potter. Vert. Couleur de l’Avada Kedavra. J’eus cru que vous, plus que quiconque, comprendriez la subtilité.

Inutile de préciser que Harry ne fit pas de commentaire. Le ton sec de son instructeur lui laissait deviner que celui-ci ne le tolérerait pas.

- Les repas se prennent à la Cafétéria. Le prix de ceux-ci est retenu sur votre solde mensuelle.

Crews, Perkins et Coote hochèrent la tête, mais Harry tiqua.

- Solde mensuelle ?

Tout le monde le regarda comme s’il était un ermite sortit pour la première fois depuis une décade de sa tanière.

- Votre solde, Potter, aboya Butcher. Les apprentis Aurors reçoivent un salaire pour services rendus à au ministère en leur qualité de stagiaires.

Harry devina à l’air ébahi de ses nouveaux petits camarades que ce détail avait sa petite importance pour les candidats à l’apprentissage auroresque. Être payé pour étudier. Appréciable. Mais il restait une chose à éclaircir dans le discours haché de Grump Butcher.

- Qu’entendez vous par services rendus ?

S’il n’était pas persuadé d’être considéré comme le dernier des parvenus par son maître, Harry aurait presque pris la soudaine lueur dans les yeux de Butcher comme un éclair de contentement.

- J’allais y venir, Potter. Si vous la fermiez ? Etant donné que le gouvernement a subit « quelques troubles » ces dernières années, il est actuellement en train de restructurer son système de fonctionnement. Ces magouilles politiques concernent aussi notre département, notamment par la refonte du fonctionnement d’Azkaban. Nous sommes débarrassées de ces parasites morbides de Détraqueurs, mais il nous manque dorénavant des gardiens pour nos chères têtes brûlées. Les Aurors ont désormais des tours de garde, et les apprentis aurors doivent s’en acquitter eux aussi. Vous serez donc de garde le weekend ou certaines nuits. Les astreintes sont répertoriées dans un registre du Bureau.

Harry n’avait pas sourit devant l’euphémisme « quelques troubles ». De fait, son visage ne trahissait aucune de ses émotions. En même temps, il ne ressentait rien. Il essayait juste d’assimiler toutes les informations que Butcher débitait à la minute. Il était reconnaissant à l’instructeur de détourner l’attention des trois autres.

- Si vous réussissez à devenir un jour un auror officiel, et laissez moi vous dire que c’est peu probable, vous serez amenés à travailler en constante collaboration. Ce sont les nouveaux objectifs du centre des aurors. Faire de vous un groupe soudé, uni.
Crews et Coote échangèrent un regard mauvais. Soudé ? Uni ? Bien sûr.
Un sourire carnassier se dessina sur les lèvres écorchées de Butcher.
- C’est bien simple. Nous saurons dans les tous prochains mois si vous en êtes capables.

Butcher commença à marcher devant eux, dans de cours allers et retours.

- Travailler ensemble, ce n’est pas seulement communiquer efficacement.

Harry se tendit légèrement. Il sentait, à l’intonation de la voix de son instructeur, que la formation commençait maintenant. Butcher n’expédiait plus devant eu un règlement. Ses sourcils s’étaient légèrement froncés, et Harry sentait de chacune des fibres de son corps, que c’était désormais l’expérience qui prononçait chacun des mots qui sortaient de la bouche de l’ancien.

- Vous devrez agir ensemble. Vous mouvoir ensemble. Penser de la même façon. Et pour ça, vous n’aurez pas seulement besoin de vous entraîner nuits et jours durant des mois cotes à cotes. Vous devez apprendre qui vous êtes, vous-même, et qui sont les êtres à votre droite et à votre gauche. Mettre à nue chacune des atrocités que vous cachez. Et ce n’est pas une partie de plaisir.

Harry était déçu. Il sentait le sadisme de Butcher transpercer dans ses paroles. Ce con les ferait souffrir sans relâche sous prétexte d’appliquer ses principes à la con. Il se demanda un instant pourquoi il était là, déjà. Et se dit, qu’au final, il s’en foutait. Il était là, goodbye, the end.

- Et quand enfin vous arriverez à comprendre ce que pense l’autre en observant le moindre de ses tressaillements, continuait Butcher, là, vous serez prêts à collaborer en tant qu’auror.

Foutaises.

- Que ce soit clair. Vous n’êtes pas là pour faire partie de la Brigade des Baguettes, ni des Contrôleurs Magiques. Vous n’êtes pas là pour enquêter, surveiller la criminalité magique de nos bons concitoyens. Vous n’êtes pas là pour devenir des putains de flics.

Le terme moldu détonnait dans la bouche du vieux sorcier.

- Vous êtes là pour devenir des traqueurs. Des chasseurs de Mage Noirs. Des combattants. On ne vous demande pas de relever des empreintes magiques ni d’interroger inlassablement le voisinage d’un meurtre. On vous demande de poursuivre, attraper et enfin de foutre à l’ombre l’indésirable numéro 1. Voir de le tuer. Rarement, mais proprement.

La violence des termes crus avait complètement refroidis les ardeurs de Crews, Perkins et Coote. Le romantisme échevelé de leur formation ne leur apparaissait plus qu’à travers la raideur d’un cadavre blafard.

- Je suis là pour vous apprendre comment devenir des combattants avertis et efficaces. Vous le deviendrez. De gré, ou de force.

Harry s’enquit de ses collègues en leur jetant un regard en biais. Ils étaient un peu palots. Il retint un soupir désabusé. Grump avait apparemment fini son petit laïus de bizutage. Il croisa le regard de son instructeur. Les deux sorciers se considérèrent, muets, et aucun des deux ne put décoder les expressions neutres de son adversaire. Harry savait que Butcher avait compris que Harry n’était pas sensible à son petit discours. Devenir un combattant ? Un tueur ? Harry eut envie d’éclater de rire.

Et s’il l’était déjà ?

Butcher regardait ce morveux de Potter qui le défiait stupidement du regard. Il fulminait. Ce petit crétin n’avait rien à faire ici. Elève mauvais, insolent… Oh, le dossier de Potter était intéressant. Mais il suffisait d’enlever les facteurs Dumbledore, Sirius Black ou encore cette jeune Granger, qui elle semblait prometteuse, et il devenait un élève médiocre et insolent. Butcher était confiant. Potter ne resterait pas longtemps ici. Pas assez bon, pas assez mature, Butcher sentait même les délicieuses effluves de la dépression dans le sillage du gamin. Sitôt que l’entraînement commencerait, Potter déguerpirait. En quatrième vitesse.
End Notes:
Voilà ! J'espère que ça vous a plu et que vous voulez toujours savoir la suite... :)

La suite risque de tarder car, si là encore j'ai quelques chapitres d'avance, je me débat avec l'intrigue.

Premiers pas au Centre by Bendico
Author's Notes:
La suite arrive plus rapidement que prévu. En fait, je pensais réécrire ce chapitre mais à la réflexion, il me va. La question est, vous ira-t-il ? :)

On plonge un peu dans l'univers du centre, mais bien d'autres informations vont arriver. J'ai un cahier entier recouverts de détails inutiles, j'ai plus qu'à les distiller...

Je vous mets un de mes dessins des personnages... Je vous présente Ben Coote, qui approche des 2 mètres de haut et qui est même un peu plus large d'épaule.

Harry regarda sa montre. Six heures vingt. Butcher les avait planté. Ils avaient rendez vous à 9h15 à l’université. En attendant, ils étaient censés « apprendre à vous connaître et tenter de percevoir jusqu’à quel point vous pourrez vous supporter », faire connaissance avec les locaux du Centre, quelques membres des cinquante sorciers d’astreinte permanente au Centre, et ne pas gêner le passage des cents aurors en missions qui permutaient par le Centre quotidiennement, à n’importe quel moment de la journée. Et trouver l’Université dont Butcher parlait, et comment s’y rendre. Ah oui, accessoirement, prendre un petit déjeuner.

Harry jeta un coup d’œil aux autres. Ils se regardaient et un malaise planait dans l’air. Ils ne savaient vraisemblablement pas quelle attitude adopter. Harry n’avait aucune raison de les attendre, et il avança d’un pas rapide vers la porte par laquelle ils étaient entrés dans l’arène. A l’aller, Coote et lui avait dépassé quelques croisements sans prêter d’attention particulière aux autres directions indiquées sur les panneaux argentés. Harry ne savait pas ce qu’il cherchait exactement, mais peu importait ce dont il s’agissait. L’important était de le trouver.

Le premier croisement ne menait qu’aux bureaux « B114 à E45b ». Le deuxième croisement se révéla plus utile. Harry entendit derrière lui des bruis de pas décalés. De toute évidence, les trois autres avaient suivit son mouvement. Harry ne ralentit pas.

Le deuxième croisement se révéla plus utile. « Entrepots B3 et B4 », « Laboratoires 1 et 2 », « Laboratoires 5 et 6 », « Archives A, B et C », et enfin, une appellation, par son étrangeté, attira particulièrement l’attention de Harry. « Bureau ». Le même couloir menait aux laboratoires 1 et 2. C’est de ce coté ci du couloir qu’il trouverait quelqu’un pour lui indiquer son chemin, après l’avoir dévisager sous toutes les coutures.



Harry décida de se diriger vers le « Bureau », ignorant les différentes bibliothèques, entrepôts, labos. Au fur et à mesure qu’il notait précautionneusement dans sa tête l’architecture du labyrinthe, il se demandait ce qu’était exactement le Centre.

Une simple base de formation pour apprentis ? Un poste d’Aurors quelque part en Angleterre ou à Londres même ? Etant venu en Cheminée, à partir d’une cheminée du Ministère, Harry n’avait aucune idée de sa position géographique sur le globe. Peut-être était-il même dans un pays étranger. Un centre de recherche et d’administration spécifiquement mis à la disposition des forces élites du Ministère ?

Tout bien réfléchi, le département des Aurors ne pouvait se confiner dans un simple étage du Ministère, où étaient regroupés quatre ou cinq bureaux. Il fallait un autre endroit pour coordonner les troupes. Et quelque chose soufflait à l’oreille de Harry qu’il se trouvait peut-être bien au cœur de toute l’organisation défensive de l’Angleterre magique.

Harry parcouru les couloirs pendant quelques minutes, et tomba sur un tout nouveau panneau directionnel. « Cafétéria ». Son ventre manifesta son intérêt par un gargouillement prononcé. Harry jeta un coup d’œil sur le passage de droite qui menait apparemment toujours au « Bureau » et tourna résolument à gauche. Dans la vie, il faut choisir ses priorités.
Deux croisements plus tard, une porte vitrée se présenta. Le verre était trouble et il ne distinguait rien au travers, mais un léger brouhaha s’en échappait. Harry actionna la poignée, et ouvrit la porte.

C’était bien une cafétéria. Une large salle meublée de tables, de chaises et de plantes vertes, et accessoirement aussi bleues et oranges, avec des gens qui mangeaient qui une assiette de lard, qui un sandwich au saucisson, qui suçotaient un thé ou tentaient de s’extirper des brumes matinales devant un café. Personne ne mangeait seul, mais à deux, trois. Pas plus de quatre. Certaines tablées parlaient, d’autres non. Certains faisaient leur pause en lisant le journal, d’autres avaient les traits tirés de ceux qui ne se sont pas encore couchés. Autant d’hommes que de femmes. Certains sorciers étaient habillé de façon stricte, en tailleur sorcier si l’on pouvait dire, d’autres étaient clairement des aurors en mission : robes amples, passe-partout, voir quelques pantalons moldus en jean et baguettes rangées dans un holster à la taille, à portée de la main.

Harry balaya une dernière fois la salle du regard, cherchant le comptoir, ou un éventuel buffet. C’était un comptoir. Harry traversa la salle.
Personne ne fit attention. Certains lui jetèrent un regard désintéressé, aussitôt capté par son badge jaune canari. Un apprenti. Ils avaient d’autres niffleurs à fouetter.

Les épaules de Harry se décontractèrent et il sortit sa tête du col de sa veste. Quoique ses cheveux longs et sa barbe adolescente suffisaient sûrement à le camoufler. C’était agréable. Pour la première fois depuis longtemps, il ne sentait aucun regard inquisiteur peser sur son dos. Il se demanda l’espace d’un instant si il était toujours officiellement l’Indésirable n°1. Voldemort avait chu seulement quelques jours auparavant. D’ailleurs ça se lisait sur les visages des aurors attablés. Ils se jetaient encore d’une table à l’autre des regards méfiants, suspects. Il faudrait du temps avant que la confiance revienne au sein du ministère. Les Aurors n’avaient pas été épargnés par les traîtres. Mais tout ça était fini maintenant.
Il parvint jusqu’au comptoir sans embûches. A lui aussi, il lui faudrait un temps d’adaptation. Accepter le fait que chacun de ses pas ne serait plus un parcours d’obstacle.

Le comptoir était en bois, et quelques chaises hautes y étaient installées. Personne n’y était assis, les aurors préférant visiblement le confort des banquettes de cuir et l’intimité offerte par les quelques plantes vertes séparant les tables. Derrière le comptoir, bien heureusement, il n’y avait pas de glace. En s’asseyant sur une des chaises hautes, Harry tournait le dos au reste de la salle. Sur le mur étaient accrochées des étagères où s’empilaient des tasses, des bols, des assiettes parfaitement propre. On était loin de la tête du sanglier. De l’autre coté du comptoir, tout au bout à gauche, une porte s’ouvrit et une serveuse en sortit, les bras chargés de deux assiettes où s’empilaient lard, œufs sur le plat et toasts fris, et dans les deux mains, deux tasses fumantes. Elle s’avança à une table où deux sorciers quinquagénaires lisaient la gazette du jour en silence. Harry plissa des yeux derrières ses lunettes pour distinguer le gros titre de la une. Rien à faire. Plus myope qu’une taupe. La serveuse fit plusieurs allers retours entre la cuisine de l’autre coté de la porte de service, et la salle avant de revenir à son comptoir et ranger des tasses propres encore chaude de l’eau de la vaisselle.

Harry fut surprit. De près, c’était manifeste qu’elle était jeune. Presque autant que lui, à l’évidence. Enfin, de dos, c’était difficile à dire. Ses mains étaient petites, blanches et agiles. Ses cheveux étaient blonds et bouclés, relevé en une queue de cheval pratique. Même ainsi, ils retombaient jusqu’au milieu de son dos. Elle était un peu plus petite que lui.
- Je peux faire quelque chose pour vous ? dit la serveuse d’une voix claire.

Harry sortit vite de sa torpeur et leva les yeux d’un air gêné. Il ne voulait pas qu’elle croie qu’il la… reluquait.
Mais elle ne s’était pas retournée. Elle rangeait toujours méthodiquement ses tasses sur la planche de bois qui servait d’étagère. La dernière tasse finie, elle se retourna en se frottant ses mains dans le torchon accroché à sa taille.

- Je peux faire quelque chose pour vous ?

Elle leva enfin les yeux vers lui et… son visage s’éclaira d’une surprise circonspecte. Harry serra les dents, mais à son propre étonnement, les yeux de la serveuse ne montèrent pas du tout vers son front. Elle inspectait juste ses traits, son allure. Ses yeux se posèrent sur le badge et elle comprit.

- Ah, t’es la nouvelle génération ? demanda-t-elle en souriant, passant sans sourciller du vouvoiement au tutoiement. Ils devaient donc avoir à peu près le même âge.

Harry hocha la tête et profita qu’elle soit de face pour inspecter son visage. Elle avait le visage ovale, tacheté de taches de rousseurs plus fines que celles de Ron, un peu comme… la… sœur de Ron. Ses yeux étaient bleus foncés. Son sourire était particulièrement avenant. Amical et chaleureux. Un sourire poignit aux coins des lèvres de Harry. Cette fille mettait instinctivement à l’aise, aspirait la sympathie.

- Premier jour, hein ? Lui lança-t-elle. C’est qui ton nouveau maître des ténèbres personnel ?

Harry essaya de répondre naturellement, mais il n’était pas l’auditeur idéal des blagues sur Voldemort, et son sourire s’était figé instantanément. Elle ne sembla pas s’en apercevoir.

- Butcher.
Elle éclata de rire.
- Suicide-toi vieux. C’est le pire.

Harry la croyait sur parole.
- Tu connais beaucoup de gens ici ?
- A peu près tout le monde du coté des réguliers. C’est ma troisième année ici.
- Les réguliers ?
- Ici, y’a les réguliers et les autres. Les réguliers ont leur bureau ici, leurs ordres de mission et tout le toutim. Les autres sont de passages, ont leur bureau au ministère ou dans les annexes territoriales. Ils viennent à l’occasion utiliser les labos, les bibliothèques, ou consulter les archives. Alors, qu’est ce que je te sers ?
- Heu… Un café et des toasts ? Dis Harry en tentant d’enregistrer les informations.

Que pouvait-elle bien entendre par les « annexes territoriales ? »

- Quoi sur les toasts ?
- Y’a du Lemon Curd ?
- Va pour le Lemon Curd. C’est les autres apprentis de l’autre coté ?

Harry tourna sa tête et arrêtés à l’entrée Perkins, Coote et Crews. Perkins et Coote semblaient toujours aussi indécis. Devaient-ils s’asseoir ensemble ou chacun à une table comme de vrais associables ? Commander au comptoir ?
- Ouaip. C’est eux.
- Tu me présenteras le blond, dit-elle avec appétit.

Harry rigola doucement. Sans même y penser. Sincèrement. Il avait trouvé ça drôle. Ça l’avait prit, comme ça. C’était étrange. Rire. Ses mâchoires se crispèrent de nouveau.

La serveuse lui fit un clin d’œil plein d’une nouvelle connivence qui surprit Harry – pas parce qu’ils se connaissaient à peine. Mais il n’avait jamais éprouvé de connivence avec une autre personne que Ron et Hemione et Gi… Luna.
Elle tourna les talons et disparut dans la cuisine pour préparer sa commande. Harry la suivit du regard.

- Amoureux, Potter ?
Harry tourna la tête vers Crews qui siégeait désormais à ses côtés et lui offrit son regard le plus blasé. Elle avait l’air déçue. Elle s’attendait peut-être à le faire sursauter. Il n’ajouta rien. La joute verbale l’emmerdait par avance.

Du coin de l’œil, Harry vu Perkins et Coote arriver. Perkins se mit de l’autre coté de Crews, et Coote se mit à la droite de Harry. Il retint un soupir de lassitude. Se mettre au bar ne marquait donc pas suffisamment son désir profond de paix, de tranquillité, de… d’être loin d’eux, et particulièrement de Crews ?

Déjà, la jeune blonde revenait en souriant. Harry fut ravi de voir que son comportement se professionnalisa instantanément. Son sourire joyeux devint simplement poli, et elle posa l’assiette et le mug devant Harry sans un mot. Elle se tourna vers ses « amis ».
- Je vous sers ?
Ils étaient aussi surprit que Harry de voir une serveuse si jeune. Incontestablement plus jeune que Perkins.

- Café et Pancake à la marmelade.
- Thé et toast au beurre.
- Café – sans sucre – et toast au lemon curd, commanda Crews en jetant un coup d’œil appréciateur sur l’assiette de Harry.

Harry se résigna. Ils prendraient donc bien leurs petits-déjeuners tous agglutinés autour de lui.

- Tout de suite, ajouta la serveuse aimablement.

Harry avait envie de lui demander son prénom mais c’était délicat devant tous les autres. Simplement, « la serveuse » comme il l’appelait en lui, ne convenait pas à la jeune fille enjouée qui avait de nouveau disparue.
Quand elle revint, un auror quadra assis tout près l’interpella gentiment.

- Colleen ? ça serait possible d’avoir un peu d’autre thé ?
- Bien sûr John, répondit-elle en lui souriant à lui-aussi.
Harry aurait pu être jaloux de constater que sa cordialité ne lui était pas réservée. Il aurait pu.
Au lieu de ça, il porta la tasse de café à ses lèvres et souffla doucement pour éviter de se brûler, tout en essayant de faire abstraction des autres.

- Potter ?
- Mmmmh ?
- Qu’est ce que tu fous là ?

Harry tourna sa tête vers Crews qui mordillait une de ses tartines.
- Je m’étais dit que je pouvais manger en paix, mais je me suis visiblement trompé.
- Ici. Chez les aurors, Potter. Pourquoi t’es apprenti Auror ?
- J’ai eu peur de m’ennuyer maintenant que Tommy n’est plus là pour jouer avec moi.

Perkins regarda Harry d’un air interdit. Harry se félicita. Finalement, les vannes voldemoresques n’avaient pas l’air trop… crispées, dans sa bouche.
- Tu m’étonnes Potter.
Harry lui lança un regard froid.
- Vraiment ? dit-il d’un ton sarcastique.
Perkins avait l’air foutrement sérieux.
- Tu plaisantes, tu parles de ça comme d’un jeu. Il y a eut des morts.

Harry eut une brusque envie d’éclater de rire. Il faisait des efforts pour se comporter « normalement » et voilà qu’il passait quand même pour un fou. Mais même. Cette réflexion était… stupide. Des morts ? Vraiment ? Ah bon ?! Mais il se retint. Perkins ne pourrait sans doute jamais comprendre.

- Détrompe toi, Dirk, lui dit-il familièrement, en tentant de ne pas broyer l’anse de sa tasse dans son poing. (Il aurait été tout de suite moins crédible.) Pour Voldemort ça n’a jamais été qu’un jeu.
Harry but une gorgée de café.
- La meilleure partie de jeu de toute sa vie. Prouver qu’il était le plus fort. On a lancé les dés et c’est moi qui aie eu le double six.

Perkins et Coote s’entreregardèrent, jaugeant le degré de sérieux de Harry. A leurs yeux, Harry n’était qu’un ado cynique. Pourquoi Voldemort s’était-il intéressé à ce type ?
- Y’avait vraiment une prophétie ? T’étais vraiment l’élu ? Demanda Coote dans un souffle.
- Tu veux me poser cette question depuis que tu as su qui j’étais, hein ? Railla Harry. A la rougeur qui s’étala sur les joues de Coote, il comprit qu’il avait tapé dans le mille.
Tant mieux.

Colleen la blonde revint avec dans les mains des assiettes et des tasses sales.
- C’est quoi la suite de votre programme, leur demanda-t-elle.
Les trois autres se tournèrent vers Harry l’air de dire « vas-y, c’est toi qui la connais, on te couvre. ».
- Faire ami-ami avec les autorités ici présentes et trouver l’université. D’ailleurs si tu savais de quoi la momie acariâtre parlait quand elle disait « université »…

- Pour faire ami-ami ou… Vu que le rush approche, ça sera plutôt un pogo généralisé, si vous voulez mon avis, vous devez aller dans le Bureau. C’est fléché. Pour l’université, c’est par la cheminée, mais on vous briefera normalement.
- Je savais pas qu’il y avait une université magique, dit Harry, pensif, en touillant son fond de café saturé de sucre.

Tout le monde le regarda comme s’il était un fieffé imbécile. Ils commençaient enfin à percuter…
- Tu as passé où les sept dernières années, Potter ? Lâcha Crews incrédule.
- Navré. Un psychopathe fou furieux adepte de la scarification avait décidé d’avoir ma peau. J’avais pas assez de temps pour penser à des hypothétiques études dans le cas peu probable où je survivrais à mes sept ans à Poudlard.

Ils méditèrent tous sur cette réponse et Harry se retourna vers la serveuse…
Qui le dévisageait, la bouche ouverte, les yeux exorbités.
Oups.



- ça va ? Demanda précautionneusement Harry.
Elle lui faisait penser à Ginny quand elle avait 10 ans. Sauf que si la serveuse lâchait maintenant tout ce qu’elle avait dans les mains, ça ferait pas mal de vaisselle cassée.

- Potter ? Harry Potter ?
Harry lui sortit son sourire le plus crispé.

Et tout d’un coup, ce fut comme si la vanne « ébahissement doublé d’une angoisse subite » s’était ouverte. La pression retomba peu à peu. Harry vit la jeune serveuse reprendre peu à peu le contrôle de son visage et poser précautionneusement la vaisselle. Et ensuite, au lieu de se mettre à hurler comme une hystérique, l’effet que Harry provoquait la plupart du temps, elle le jaugea sans aucune retenue.

- T’es mieux sur les affiches de l’Indésirable n°1 qu’en vrai. Mais qu’est ce que tu fous là ? Je pensais que t’étais à l’hosto sous garde rapprochée ou quelque chose comme ça. Par ici, les échos de la bataille que j’ai eu était plutôt sanglants.

Harry essaya de cacher sa stupéfaction devant ce flot de questions improbables et… fichtrement perspicace, et leva les mains, paumes ouvertes au ciel, en haussant les épaules.
- Le test psychologique qu’on m’a fait passé était concluant et ils m’ont laissés sortir libre.
- Spirituel, vraiment.
Colleen se tourna vers les autres.
- Vous devriez y aller. Vous avez pas mal de monde à voir.
Ils décidèrent tous sans se consulter de lui faire confiance et avalèrent leurs dernières miettes.


En sortant de la salle, Harry se retourna pour jeter un dernier coup d’œil à Colleen. Elle croisa son regard, et, sans se départir d’un sérieux de monarque, fit mine de lui envoyer un violent sort avec sa louche. Il éclata une nouvelle fois de rire en s’étonnant de constater que son humeur s’était améliorée. C’était inattendu.




Harry marchait sans avoir l’air de faire attention à Perkins, Crews et Coote qui le suivaient. Il n’avait pas besoin de ralentir, de pivoter des épaules et de tourner la tête pour les voir. Il les entendait. Il sait.

Crews marchait en première position juste derrière lui, de sa démarche féline et perfide. Perkins la suivait d’un pas nonchalant parfaitement maîtrisé. Coote était quelques mètres derrière et Harry devinait qu’il prenait du recul pour observer la situation. Ses enjambées étaient longues et régulières, en décalage avec celles Crews et Perkins qui marchaient à l’unisson. Coote avançait sans se sentir obligé d’avoir l’air de quelque chose. Son talon frappait doucement le sol, mais était tout de même décidé. Un roc, une montagne telle que lui n’avait pas besoin de faire semblant. Son existence suffisait amplement la plupart du temps.

Harry, lui, marchait en regardant droit devant lui. Difficile de décrire son allure. Un adolescent croisé avec un vieillard, un adulte qui sort d’une poussée de croissance et d’une longue période prostré dans une mauvaise position, de celles qui coupent la circulation du sang dans un main, un bras, une jambe et qui les engourdissent progressivement.

Crews le trouvait agile, pourtant. Il maîtrisait son corps, ses mouvements. On voyait qu’il avait l’habitude des balais qui réagissent à la moindre inclination des épaules et qui foncent à des allures indécentes. La forme en « V » de son dos était amplifiée par son pull gris dont les coutures aux épaules étaient marquées.


Harry marchait, donc, en jetant de temps en temps un coup d’œil aux murs pour vérifier qu’il suivait toujours les bons panneaux. De toute façon, cela devint quasiment inutile. Un brouhaha, d’abord inaudible dans l’arrière plan sonore s’amplifia et passa d’un bourdonnement hasardeux à une rumeur décidée. Le Bureau. Ils approchaient.

Harry tourna à une intersection et s’arrêta. Les autres allongèrent le pas et s’arrêtèrent derrière lui.

Harry se trouvait dans le large encadrement d’une double porte qui avait été enlevée de ses gonds, vraisemblablement pour faciliter les allers et venues des aurors.
Le bureau s’étalait sous ses yeux qui sautaient d’un coin à un autre de la pièce, sans parvenir à en apercevoir les limites.

En vérité, le grouillement soudain qui s’offrait à son regard l’avait frappé si inopinément qu’il en était un peu étourdi. Son dernier mouvement de foule remontait à… à.
Ce n’était plus un grouillement, c’était une véritable fourmilière. Une énorme salle, une légion de bureau, une nuée d’hommes et de femmes en robes qui tourbillonnaient dans des couleurs sombres avec de-ci de-là quelques taches turquoises ou pourpres.

Plus d’une soixantaine de sorcier s’agitaient dans tous les sens, parfois dans des langues qu’Harry peinait à reconnaître. Des parchemins voletaient entre les bureaux et les photos des détenus s’invectivaient silencieusement d’un cadre à l’autre. Partout, les aurors s’interpellaient pour vérifier des références, des éléments de dossiers ou l’évolution d’une opération. Le tout dans une bonne odeur de café et de beignets tous frais servis de la cafétéria.

Ça et là, des Aurors bouclaient leurs dossiers, amassaient leur paperasse en tas disproportionnés sur leur bureau, et dans un dernier bâillement, enfilait leurs capes avant de rentrer en cheminée chez eux pour quelques heures de sommeil bien méritées après leur longue, très longue nuit. D’autres arrivaient tout juste, clignant compulsivement leurs paupières, comme si ils allaient enfin arriver à les garder ouvertes.


- Hawkins ! Demande à Rita la liste d’Astreinte de la semaine prochaine et duplique le en 13 exemplaires jaunes et 4 parchemins bleus ! Et apporte le à Ju au service des Rondes ! Hurla un quadragénaire tout près du petit groupe d’apprenti à, à ce que Harry pouvait distinguer, une jeune trentenaire en robe noir et chignon serré, qui se contenta de lui adresser un clair signe de la tête de l’autre coté de la salle. « Message reçu. Ne compte pas sur moi pour m’égosiller. »

Harry resta dans l’encadrement, peu pressé qu’on le remarque. Les autres firent de même.

Peu à peu, la flopée désordonnée de bureaux, d’aurors, de bureaucrates, d’assistants se structura sous le regard analytique de Harry, sans même qu’il s’en rende compte. Il distingua des allées dans les espaces à peine plus larges que d’autres entre certains bureaux, artères virtuelles matérialisées par des plantes vertes posées à des coins. Les espaces de bureaux ainsi divisés formaient des boxes de quatre ou six bureaux.

Ce groupe de sorcier-là appartenait à ce box-ci, car ils se tournaient sans cesse vers son centre ou les uns vers les autres. Un des sorciers de ce groupe se tourna vers ce que Harry avait identifié comme un bureau appartenant à un box distinct, et l’étrange attitude de ce sorcier sauta aux yeux de Harry. Sa bouche s’entrouvrait, son torse se redressait, son cou se tendait et ses yeux n’étaient plus que deux fentes intéressées. A la place de l’auror en uniforme, Harry voyait la Tante Pétunia qui espionnait ses voisins par la fenêtre de sa cuisine.

Harry balaya la salle du regard. A vue de nez, plus de soixante bureaux occupés par soixante sorciers qui bavardaient, s’invectivaient, discutaient totalement concentrés. Plus les flots de sorciers en robe administrative qui se déversait en continue des autres entrées.

Harry balaya les murs et examina la volée de porte qui s’alignait de l’autre coté de la salle. Beaucoup de ces portes étaient de bois, fermées, et surmontées d’un petit rectangle doré où étaient sans doute frappé le nom et le poste de leurs occupants. Harry n’essaya pas de les déchiffrer à cette distance. Et de toute façon, son regard était à présent totalement absorbé par quelque chose de bien plus intéressant.

Sur tout un pan de mur s’étalait un énorme tableau… magiquement interactif ? Clairement inspiré de la technologie moldue, Harry le devinait, même s’il devinait de la même façon que bien peu d’auror ici en avait conscience. Le tableau, Harry l’aurait volontiers qualifié d’écran si huit ans immergés dans le monde sorcier ne lui avaient fait perdre peu à peu son langage moldu. Ce n’était pas là une peinture, un dessin, mais bien… une image pixellisée !

Pour commencer, il aurait fallu décrire l’énorme planisphère au milieu du tableau. La carte ressemblait très pour trait à celles que Harry étudiait en cours élémentaire en Histoire Géographie.

Contours des continents en lignes fines, et échelles de couleur allant du jaune au rouge dense pour les foyers de populations. Et des points plus ou moins gros pour les métropoles. Sauf que le croquis représenté n’avait rien à voir avec les foyers de peuplement moldus. Et qu’aucune mégalopole ne s’était jamais trouvée dans le nord de l’Ecosse. Encore moins une mégalopole du nom de Pré-Au…

Un sourire émerveillé éclaira le visage de Harry. C’était fabuleux ! Merveilleux ! Tellement ingénieux et utile ! Une carte des maraudeurs en trois dimensions à l’échelle internationale ? Les points de ralliement magique, les habitations sorcières étaient colorées sur la carte. Les lieux magiques inaccessibles aux moldus étaient représentés en lieux et place des métropoles. Chemin de Traverse et Voie 9 ¾ pour Londres. Pré-Au-Lard et… Tiens ? Pré-au-lard ? C’était là Poudlard ? Mais la disposition du château était gardée secrète ! …Pas pour l’élite des combattants du pays. Qui avaient tous, de toute façon, passé leur scolarité à Poudlard. Comment auraient-ils eu le niveau pour devenir Auror sinon ?

Le Royaume-Uni étaient légèrement grossis sur la carte par rapport aux proportions des autres pays.

A l'Ouest des Etats-Unis, Salem brillait de son point rouge. San Francisco aussi, ainsi qu’un point tout au nord, parfaitement centré dans la diagonale intérieure des hautes terres de l’ouest. Plaines normalement vides de populations. Idéales pour un village sorcier, donc. Quelque part entre Seattle et Milwaukee. Argentine, Chine, Turkménistan. Ethiopie, Laos et Pologne. La communauté sorcière, dispersée en petits points jaunes presque invisibles dans des terres désertes. Bédouins du Sahara. Gros foyers de peuplement. La Norvège, la Bulgarie et l’Ukraine dominaient l’Europe de leurs étendues rouges.

L’attention d’Harry fut attirée par des triangles verts clignotants. Vert. Couleur avadakedavrisante. Probablement les points sensibles actuellement surveillés par les aurors.

En bas du planisphère, comme sur une chaîne de télévision moldue d’information moldue, des bandeaux de texte défilaient de droite à gauche. « Un troupeau d’une vingtaine de détraqueurs a survolé un village moldu au nord de Peterhead. » « Un suspect appréhendé dans le trafic de potion Yersinia Pertis. » « Une commission est ouverte pour décider du lieu confidentiel pour les cadavres des mangemorts du 2 Mai. »


Autour du planisphère, des portraits de mangemorts recherchés en trois dimensions tournaient lentement sur eux-mêmes. Harry étudia un moment l’Indésirable numéro 1. Son propre portrait toisait de haut toute l’assemblée, avec accroché aux lèvres un sourire ironique. Ça avait tout de suite plus de classe que l’affiche collée dans le bureau d’Ombrage.

Il se retourna vers les trois autres et croisa le regard de Coote, qui le regardait attentivement. Guettait sa réaction.
Harry lui fit un sourire carnassier.

- A ton avis, combien d’aurors vont dégainer leur baguette quand ils vont me voir marcher tranquillement dans leur QG surprotégé ?
- La question est plutôt « combien de membres vas-tu perdre ? », lança Crews à gauche, visiblement enchantée par cette perspective.
- ça me fait penser, faudra que j’essaye de contrer un sortilège de Stupéfixion avec un « Lumos » un de ces jours, dit Harry tout haut en haussant les sourcils, comme s’il se parlait à lui-même. Perkins entrouvrit la bouche de surprise sans parvenir à deviner s’il blaguait.


Attiré par leurs jeunes voix inconnues, le quadragénaire tourna la tête vers eux et aperçus leurs badges jaunes. Son visage témoignait d’une agréable surprise. La nouvelle fournée ? Début mai ?

Il porta son pouce et son index droit à sa bouche et tira de son souffle un long sifflement qui survola sans difficultés le brouhaha ambiant. Toutes les personnes de la salle interrompirent leur occupation et se tournèrent vers lui.

- Chers amis, le Conseil a enfin trouvé quelqu’un pour trier nos rapports ! s’écria-t-il.

Harry vit une quarantaine de tête se tourner vivement vers lui. La petite centaine de pupilles suivit la même parabole vers leurs quatre badges jaunes. La dernière fois que Harry s’était senti aussi scruté, c’était au cours de son audition au ministère de la magie. Des soupirs de contentement s’élevèrent de l’assemblée et Harry essaya soudain de comprendre les paroles de l’auror. Trier les rapports ? Butcher aurait-il oublié de leur présenter une partie de leurs… obligations ?

L’auror se tourna vers eux.
- Bienvenue au Centre ! Vous vous apprêtez à passer les deux pires années de votre vie. Les pires que vous puissiez imaginer. Et en plus, vous vous y portez volontaires !

Le Quadra devait se trouver très drôle. Harry se retint de glousser. « Les deux pires années de votre vie. Les pires que vous puissiez imaginer. » Allez savoir pourquoi, il en doutait sérieusement.

- Qui est votre instructeur ? demanda le sorcier.
Harry resta impassible. Il ne fallait pas compter sur lui pour engager la conversation avec ce type.
Ce fut Perkins qui répondit.
- Butcher.
L’auror dévoila toutes ses dents dans une expression des plus sadiques.

- Finalement, je reviens sur ce que j’ai dit. Ces deux années qui viennent… vous ne pouvez même pas imaginer par quelles atrocités elles seront rythmées.

Trier des rapports ? Une atrocité ? Ce type avait-il déjà été confronté à une situation de danger imminent ?

Mais dans l’assemblée, les aurors les plus jeunes arborait une grimace témoignant de graves traumatismes. Et certains avaient encore de vilaines cicatrices sur le visage. On ne s’était donc pas que battu à Poudlard le 2 mai.

- Je suis Enoch Dakota, se présenta l’auror. Et vous êtes ?
Nous y voilà.

Il y eut un blanc, et quand il fut clair que Harry n’était pas décidé à se présenter en premier, ce fut Perkins qui prit de nouveau la parole.
- Dirk Perkins.
- Ben Coote.
- Crews.

Harry eut un sourire désabusé.
Il parcourut des yeux l’assemblée, toujours silencieuse. Et puis….

- Potter ?
Harry trouva aussitôt l’homme qui avait craché son nom comme du venin. Serait-ce…
- Dawlish ? Demanda Harry, sans être sûr.
- Dans le mille, répondit Dawlish avec du profond mépris dans la voix.

Tous les aurors de la salle fixaient alternativement l’apprenti inconnu et Dawlish. Et l’apprenti. Et Dawlish. Potter ? Comment ça Potter ? Harry ? Harry Potter ? Où ? … Lui ? Lui ? Harry Potter ? LUI ?!

Harry leva les paumes en l’air en signe d’excuses.
- Pas de problème. J’étais pas sûr. Faut dire que la dernière fois que je vous ais vu vous gisiez inconscient sur le sol du bureau de Dumbledore.

La figure de Dawlish rougit et se contracta de fureur.
- Qu’est ce que vous faites ici Potter ?
Harry tapota son badge du doigt.
- Je crois que ce truc est suffisamment laid pour être visible.
Il y eut quelques pouffements nostalgiques.
- Vous avez un casier judiciaire Potter. Vous n’avez pas le droit de devenir Auror.
Harry eut comme une impression de déjà-vu.
- Je n’ai pas de casier judiciaire.
Et toi tu es un putain de collabo, Dawlish.
- Vous avez dévalisé Gringotts.

Harry fit mine de froncer les sourcils.
- Des accusations à mon égard figure-t-elle dans une enquête ?
- Ne vous foutez pas de ma gu-
- ça suffit ! Claqua une voix d’homme.

Harry se tourna vers le sorcier qui les avait interrompu. Il reconnu John, l’homme de la cafétéria. Ce type était-il d’un grade supérieur aux aurors ? Apparemment. Dawlish s’était tu, et il adoptait une posture obéissante. Frémissante de rage, mais soumise.

- Dawlish. Potter a été accepté par le conseil comme Aspirant Auror et vous n’avez pas autorité pour contester cette décision.
- Oui Monsieur.
- Quant à vous, Aspirant Potter, vous devez respect et obéissance aux Aurors titulaires qui ont un grade supérieur au votre.
- Bien, Monsieur.

Harry étudia l’homme plus attentivement. Grand, droit. Inflexible. Traits réguliers, cheveux courts poivres et sels. Allure respectable. En colère.

« John » retourna dans bureau mitoyen au Bureau d’où il était vraisemblablement sorti en entendant, d’abord l’inattendu silence à l’heure du premier Rush de la mâtinée, puis la joute verbale. Harry le suivit des yeux mais il disparut derrière la porte. Qui resta entrouverte.

Harry reporta son attention sur Dawlish, qui le fixait d’un air mauvais. Ils se toisèrent quelques secondes, et Dawlish sortit d’un pas vif du Bureau en prenant le couloir le plus proche, en tournant le dos à l’assemblée.

Le silence régnait toujours. Tous les têtes étaient braqués vers Harry, peinant à reconnaître sous les cheveux longs et ébouriffés, sous le début de barbe, dans les traits blafards et fatigués, le visage de l’Indésirable numéro 1, traqué durant des mois pour certains, et qui apparaissait aujourd’hui au grand jour. Dans leur antre.

Harry s’interrogeait. Que voyaient-ils ? Le survivant sacré assassin salvateur ? Le garçon aux secrets inviolables et effrayants, qui traversaient des épreuves pavées de magie noire et de traumatisme comme on bat des paupières ? Un frêle jeune homme qui cachait des pouvoirs inconnus mais disait-on, dévastateurs ? Harry Potter, le mythe, la célébrité, qui semblait plus petit en vrai que sur les photos ? Le garçon instable, violent ? Ou l’orphelin de dix-sept ans, sans cesse arraché à ses foyers de substitution, Dursley, Poudlard, Ordre du Phoenix, Weasley. Orphelin dont les yeux un peu trop verts pour que vous ne les souteniez trop longtemps sans ressentir à la longue un malaise insidieux s’introduire en vous, avaient vu s’amonceler au fil des ans un tas de cadavres, de charognes anciennement humaines, éventrées par les sorts et une cruauté elle toujours si désespérément humaine ?

Ou bien voyaient-ils seulement ce qu’il y avait à voir. Lui, l’individu Harry Potter, débarquant, cynique et désoeuvré, et en toute connaissance de cause, dans cet endroit qui lui était hostile ? Harry Potter, Celui-qui-voulait-avoir-la-paix.

Harry soupira. Il se tourna de nouveau vers l’impressionnante carte magique qui s’étalait sur le mur.
- C’est pas que je ne trouve pas ça flatteur, dit-il d’une voix clair en désignant son portrait du menton, mais je vais être l’indésirable numéro 1 encore longtemps ?

Personne ne répondit. Personne ne bougea. Tous le fixaient. Harry sentait sa bonne vieille colère commencer à se distiller lentement dans ses veines. Pourquoi réagissait-il comme ça ? Il savait non ? Il savait pertinemment quel accueil on lui réserverait. N’était-il pas là, même pas diplômé, que grâce au bon vouloir de son ami le Ministre de la Magie ?

Il savait comment il apparaissait aux yeux de l’Extérieur. Trouble. Justicier de la société magique, ou rival ambitieux de Voldemort ? Un type soupçonné de pratiquer la Magie Noire n’avait pas à se trouver dans la forteresse des Aurors. Il s’était même introduit illégalement dans leur département au ministère. Sous polynectar. Il n’était pas fiable. Il était perfide. Il ne se battait pas à la loyale. Il n’avait aucune raison de mériter leur respect. Il avait du sang sur les mains.

Et puis les Aurors étaient orgueilleux. Ils étaient des combattants experts, et Potter les avait déjà battu à plates coutures. Sur leur propre terrain au ministère. Les avait nargué un an, s’était évaporé dans la nature pour revenir un beau jour et braquer le lieu magique le plus sûr d’Angleterre : Gringotts. Et était entré comme dans un moulin dans l’école surprotégée Poudlard. Il les surpassait, et les Aurors ne le suportait pas.
Il était l’ennemi à abattre. Héros international ou non.


Harry détourna les yeux pour essayer d’endiguer la fureur qui se répandait en lui comme de la poudre à canon. Il sentait une veine palpiter dans son cou.

Et puis, réalisa-t-il, dans cette assemblée d’aurors courageux et bien pensants, droits, pourfendeur de mages noirs et défenseur de la veuve et l’orphelin, combien avaient résisté au Régime Noir de Pius Thickness, alias Tom Elvis Jedusor, Alias Lord Voldemort ? Combien s’était levé pour refuser de voir leurs valeurs s’effondrer et leur pouvoir mis au service d’un tueur psychopathe obsessionnel ? Aucun sûrement.

Les résistants avaient du être tués, ou étaient partis se cacher, et n’étaient sûrement pas encore revenus. Ici n’étaient que les lâches et ceux qui avaient profités du régime. Des anti-moldus, anti-nés moldus. Le retour de Potter signifiait la chute de Voldemort. Signifiait que leur lâcheté était mise à jour, éclatante de perfidie. Ils se savaient sur le point d’être limogé, et le connard responsable de leur chute se tenait devant eux, plein de son arrogante jeunesse, et de sa force établie.

A la réflexion, Harry s’étonnait presque qu’aucun d’eux n’ait encore levé sa baguette pour tenter de le tuer. Mais après tout, ne détournait-il pas les Avada Kedavra avec un Expelliarmus ? Ils avaient peur. Lâches. Couards.

Harry cherchait quelque chose pour fixer son regard, autre chose que le visage fermé et méprisant d’un auror.

Un tâche noir dans la mer de bureau. Au milieu d’un vide. Comme si les aurors évitaient de passer à coté. Dans la mer de bureaux. Harry plissa les yeux, et sa fureur s’évanouit, laissant place à un vide assourdissant dans sa tête. Son cœur rata un battement.
C’était un bureau. Entièrement recouvert d’une étoffe noire. Une étoffe de deuil.


Pour le coup, Crews ne comprenait plus rien.
Que l’arrivée de ce troufion de Potter au sein de leur sacro-saint QG les inquiète, elle comprenait paaarfaitement. Que la vibe soit un poil tendue, que quelques échines frémissent d’animosité, d’accord. C’était prévisible, et tout le monde semblait capable de se maîtriser.

Mais là, l’atmosphère n’était pas tendue par la méfiance, ni le mépris. Les couleurs s’étaient simplement enfuies des visages gris. Partout elle voyait les aurors crispés, une douleur contenue peinte sur leurs traits.
Les têtes se tournaient vers un bureau… recouvert d’une toile noire, et revenait sur Potter. Les allers-retours se répétaient. L’interrogation froissait les visages.

- Tonks… Souffla Harry.
L’expiration balaya la rancœur des aurors plus sûrement qu’un ouragan.
Crews les regardaient regarder Potter, interloqués.

- Qu’avez-vous dit ? Demanda abruptement un sorcier blond aux cheveux longs noués en catogan. Il avait de multiples cicatrices sur le visage, comme si des dizaines de bris de verre étaient venus entailler ses joues et son front.
Harry tourna la tête vers cet inconnu, et tenta de sonder son âme en fichant ses prunelles vertes dans le regard sombre de l’homme.
- Tonks, hacha-t-il d’une voix froide. J’ai dit Tonks. Ce bureau appartenait à Nymphadora Tonks.

Ce n’était pas une question. Mais qui était Nymph…idotorya Tonks ? Crews détestait viscéralement avoir un train de retard.

- Tu connaissais Tonks ? Demanda une autre voix masculine que Crews n’identifia pas.
- Non, c’est le saint esprit de Merlin qui m’a soufflé son nom à l’oreille, railla Harry. Ce fut comme une claque violente dans la face de chaque personne de l’assemblée. Crews soupira. Potter voulait absolument se mettre à dos tout le monde, le premier jour. Mais qui était Tonks ? Une auror. Soit. Morte, vu l’emploi récurrent de l’imparfait à son propos. Et depuis peu de temps, étant donné que son bureau était toujours inoccupé et frappé par le deuil. Une auror morte il y a peut de temps, connue de Potter ? Tout devint clair.

- Comment ça se fait ? Reprit le cicatrisé au catogan.

Crews eut un frisson. Potter clouait l’homme de son regard surnaturellement vert. Elle réprima une grimace. Le môme était définitivement flippant. Potter détaillait l’homme de ses mirettes, et, Crews le sentait, cherchait à deviner ce que le sorcier savait ou pas. Si la question était une question piège. Et puis il haussa légèrement les sourcils, comme pour se dire à lui-même que de toute façon, sa réponse n’était plus d’une importance capitale.

- On s’est rencontré à l’Ordre du Phénix, dit Potter d’un ton tout à fait neutre.

Tout à fait neutre. Sans une seule once de sentiment. Crews n’était pas stupide. Potter connaissait la femme dont il était question, et très bien même. Suffisamment pour être mortifié par son décès.

L’allusion à l’Ordre du Phénix déclencha un tonnerre d’exclamations ahuries. Les aurors se regardaient en secouant la tête, le visage défait. Tu savais ? Tonks ? Ordre du Phénix ? Nymphadora Tonks, membre de l’organisation secrète ? Non et toi ? Il plaisante. Potter ment. On l’aurait su. Et comment, l’organisation était secrète ! Bon sang ! Tonks membre de l’Ordre du Phénix ?! C’était impossible.

Crews reporta son attention vers Potter. Bon sang ! Elle se fichait comme de son premier rapeltout de cette Tonks mais Potter et l’Ordre du Phénix ? La société secrète légendaire qui avait œuvré durant la première guerre ? Elle aurait du s’en douter ! L’Ordre du Phénix était sous la direction de ce vieux fou de Dumbledore, et Dumbledore vouait une véritable admiration à Potter. Tout le monde le savait.
Donc Potter avait évidemment foulé le QG de l’organisation. Il savait quels en étaient les membres ! Où était le Quartier Général recherché en vain par les mangemorts et le ministère ! Bon sang, mais Potter détenait vraiment toutes les informations manquantes, les pièces disparues du puzzle ! Et dire qu’une goutte de véritasérum, et le petit Harry déballerait tout sans sourciller. Comment survivre aux avadas, comment Voldemort était devenu si puissance, quels étaient les buts poursuivis par le mage noir…

Crews fut tiré de son tourbillon de pensées avides par une nouvelle question échappée de la masse d’Auror. Et quelle question… Aussitôt le silence se fit.

- Mais alors, Potter, tu sais comment et pourquoi Tonks est morte ?!

L’exclamation sortit tout le monde de ses murmures abasourdis, et les yeux se braquèrent de nouveau sur le mythique-mais-plus-petit-en-vrai Survivant.

Survivant qui les regardaient tous, les yeux soudains écarquillés. Potter réagissait enfin ! Même si c’eut été préférable pour sa curiosité maladive que la réaction de Potter se métamorphosât en une réponse claire et concise. Pour elle, ça semblait un peu évident, même si elle ne connaissait pas la défunte. Morte depuis peu, Potter, Ordre du Phénix, Dumbledore... Equation macabre dont l’inconnue se révélait des plus sanglantes de l’histoire contemporaine.

Mais Potter semblait stupéfixié. Il contemplait les sourcils de nouveaux froncés de ses interlocuteurs. Il reprit peu à peu ses esprits. C’était facile à voir, observait Crews : Son visage se vidait de tout tic pouvant potentiellement trahir sa pensée ; les épaules se carraient et il se redressait, droit sur ses jambes ; ses mains reprenaient le contrôle sur les quelques tremblements qui leurs avaient échappés, et enfin, il parla d’une voix posée et sans hésitation. Sans timbre non plus. Il ressortait plus de vie d’un inféri que de Potter.

Mais il gardait cette présence ahurissante. Les regards étaient comme aimantés vers lui, les oreilles se tendaient pour entendre chacun de ses mots, chacune de ses respirations, chacun de ses gestes. Les lèvres s’entrouvraient, rendues muettes par l’attente, l’angoisse subite qui pressait la poitrine des spectateurs. Crews pouvait presque sentir l’air, saturé de magie, palpité autour de lui. Bon sang ! C’était un gamin ! Comment pouvait-on être si… magiquement attractif ?

Crews apprendrait plus tard pourquoi Harry était comme enveloppé d’un air saturé de particules magiques. Elle l’apprendrait dans les mois qui viendraient, durant sa formation théorique à la magie noire, sans faire le lien entre sa leçon du jour et le Môme. Un objet d’une forte teneur en magie, blanche ou noire, était un aimant à magie. Il se rechargeait de façon autonome par la magie contenue dans l’air, provoquées par les résidus de sortilèges ou de sources magiques, pour pouvoir préserver le sortilège qui l’animait. L’objet magique attirait la magie et la concentrait autour de lui. Et tout corps humain exposé trop longtemps à un objet magique de ce pouvoir, devenait, à force, par une sorte d’obscur mimétisme étudié dans une des salles du département des mystères, lui aussi un aimant à magie.

Evidemment, Crews ignorait qu’entre les mains de Harry étaient passées pierre philosophale aux pouvoirs inimaginables, épée magique d’une magie vieille de plus de mille ans, carte ensorcelée depuis des décennies… Crews ne pouvait se douter que Harry avait été exposé durablement à la magie sombre d’horcruxe. Combien de temps Harry avait-il conservé le journal de Jedusor ? Combien de semaines, de mois, avec le médaillon autour du cou ? Combien de nuits Harry avait déambulés dans les couloirs de Poudlard, caché sous une cape d’invisibilité, une relique recherchée depuis des siècles par tous les sorciers du monde soupçonnant son existence ? Que ses doigts s’étaient enroulés autour de la surface ronde et rugueuse de la Pierre de Résurrection ? Qu’il était le véritable maître de l’Aînée de Sureau ?

Quoi de plus normal que la magie palpite autour de celui dont un sortilège de magie ancienne coulait dans les veines, plutôt qu’autour d’elle, qui n’avait jamais rien manipulé de plus magique que sa baguette, les grimoires craquelant de Mme Pince et quelques béozards ?

- Parce que vous ne savez pas ? Répondit Harry.

La colère réapparut sur les visages de tous ces inconnus. Non ! On n’avait pas jugé utile de les informer ! La nouvelle était venue, comme ça. « Nymphadora Tonks est morte, recouvrez son bureau d’une étoffe de deuil pour la durée réglementaire, et retournez au boulot. Et, ah oui, Voldemort a été tué par Potter, et Shakelbolt est le nouveau Ministre. » Leur collègue, amie parfois, même si trop rarement, était morte, et aucune explication ne leur avait été donnée. Qui l’avait tuée ? Quand ? Pourquoi ? Etais-ce là-bas ? Mais qu’est-ce qu’elle y serait aller faire ? Evidemment, maintenant qu’on savait qu’elle faisait partie de l’Ordre du Phénix… Mais rien n’était sûr. Ils voulaient entendre d’une voix assurée ce qui s’était passé pour commencer à comprendre et à accepter. Quand un auror, un soldat, un membre du groupe était frappé, toute la meute encaissait le coup et mugissait de douleur, réclamait vengeance en montrant les crocs.


- Tonks est morte à la Bataille de Poudlard. Elle a été tuée.

Un frisson de fureur parcourue l’assemblée. Harry retint une exclamation méprisante. De fureur ? Eux ? Qui s’étaient terrés, ou avaient obéis sans sourciller aux ordres de Voldemort à peine déguisés sous de la paperasserie du ministère ?! Et maintenant, la rumeur sourde qui sortaient de leurs lèvres de couards parlaient de vengeance ? Combien d’entre eux avaient l’espace d’un instant effleuré l’idée de coiffer pour de bon le capuchon noir des bouffeurs de cadavres ? Harry ne trouvait pas de mot pour qualifier le dégoût que ces braves héros d’aurors lui inspiraient.

- Qui ? Demanda une voix hargneuse. C’était une femme. Harry ne chercha pas à savoir laquelle.
- Bellatrix Lestrange, qui d’autre ? Dit-il, glacial.
- Est-elle morte ? Bellatrix ?

Harry eut un moment de stupeur.
- Mais vous n’êtes au courant de rien ?
- Non ! Lâcha une voix coléreuse du fond du bureau. Aucune information officielle n’a filtré de la bataille, des médias, du ministère. Pas encore. On ne sait rien.

Perkins était sidéré. Cinq jours ! Cinq jours qu’ils étaient paralysés par le Secret ? Que la population ne soit encore au courant de rien d’officiel, c’était à peu près normal. Des enquêtes devaient être menées pour dire avec précision aux parents qui avait tué leur rejetons. Un minimum de respect l’imposait. Mais que les AURORS ne soient au courant de rien…. Que se passait-il ?

Harry s’enferma dans un silence méditatif durant tout une minute mais l’assemblée ne l’entendait pas de cette oreille.
- Aspirant Potter ! Rugit une petite brune à l’air redoutable. Un supérieur vous a posé une question !

Harry réouvrit les yeux. Ah oui, la hiérarchie. A Poudlard, au sein de l’Ordre, il ne s’en était jamais soucié. Il allait falloir lui apprendre à baisser la tête devant ces immondices de semblants d’être humains.

- Oui, elle est morte.
- Qui ? Répéta-t-on aussitôt ? Qui s’est chargé de buté cette pétasse ?
Cette fois-ci, Harry savait qu’il ne répondrait pas. Il avait beau avoir officiellement coupé tout contact avec Ron… Sa sœur et tous les autres Weasley, il ne dirait pas à voix haute devant une assemblée d’auror que Molly Weasley avait fait usage d’un sortilège impardonnable. Une enquête statuerait la légitime défense et… les conditions particulières entraînées par la guerre, mais en attendant, sa bouche resterait close.

- Qu’un tribunal me cite à comparaître comme témoin dans une enquête, répondit-il d’un air absent, en regardant de nouveau autour de lui. Et dans le cadre d’une procédure officielle, je vous donnerai tous les détails que vous désirez ! En attendant…
- Aspirant Potter ! Rugit l’intraitable brune.


Harry l’ignora totalement et un frisson de colère parcourut de nouveau l’assemblée. La situation était redevenue à la normale. Potter était considéré ici comme insensible à l’autorité et au respect envers les supérieurs, donc comme un fléau certain. On ne voulait pas de lui ici, même s’il semblait avoir connu l’efficace auror (même si farouchement rejetée par certains, et la raison en était limpide) Tonks. Et même si, ils le sentaient tous sans l’avouer, Potter avait un potentiel de pouvoir et d’autorité qui le hisserait un jour peut-être au niveau de Maugrey ou de Butcher. Si ce dernier ne l’écartelait pas avant.

Harry se retourna, passablement énervé, vers ses « camarades ».
- Vous voudriez pas prendre la relève ? Ils commencent à me taper sur les nerfs, lâcha-t-il entre ses dents.

Coote considéra le gosse qui se tenait devant eux, l’exaspération incarnée. Il se dit, à très juste titre, qu’i l leur faudrait sûrement des mois pour ne serait-ce que érafler la carapace Potter, et apercevoir fugacement l’être humain qui se tenait derrière. Quant à ses failles, Coote doutait sérieusement de rester en vie suffisamment longtemps pour pouvoir un jour les approcher. Or, Benjamin Coote comptait bien mourir de vieillesse après avoir dépasser le score vénérable de sa famille, actuellement détenu par son grand oncle Alphonse, mort à 134 ans.

D’ailleurs, le gosse traversait, comme inconscient des regards plantés dans son dos, le Bureau pour disparaître dans l’entrée du couloir d’en face.
Coote entendit Crews à sa droite siffler entre ses incisives. Visiblement, elle jubilait.



Potter serait un problème. Il le savait. Chacun de ses gestes, chaque centimètre carré de son visage figé, chacune de ses expirations. Chaque tic soudainement échappé sur son front plissé par il ne savait quoi – inquiétude ? Concentration ? Colère ? -. Il était une bombe à retardement, et l’explosif, c’était les autres. Les aurors seraient à l’affût. Chaque pas de Potter serait consigné, chaque mot enregistré, décortiqué, analysé à la limite du possible, sous tous les angles, réels et totalement imaginés. Le Centre pulserait au rythme de ses battements de cœur, même contre son gré. Il était le danger, le fléau. Et il était ici. Avec lui, avec les autres. Ils étaient dans le Centre. Le lieu où se jouait désormais la sécurité de toute l'Angleterre.

Et ce lieu menaçait à chaque seconde de voler en éclat.

John soupira derrière son bureau. Il mit son visage dans ses mains en se demandant une énième fois ce qu’il lui avait pris de céder à Kingsley.

Mais il y avait cette brume nauséabonde qui s’insinuait dans l’air du Centre. Qui se disséminait de l’intérieur et dont il fallait impérativement stopper la source. Ce poison qui s’infiltrait dans les cœurs et les esprits, dont les gardes étaient d’autant plus baissées que les yeux étaient braqués sur Potter.
Et Potter ? Etait-il conscient de la nouvelle charge, du nouveau fardeau qui pesait maintenant sur ses épaules ? Serait-il un pantin dans leurs mains à King et lui ? Ou tisserait-il sa propre toile où leurs cibles communes viendrait se prendre telles des mouches aveuglées ?


Et il y avait l’inconnue dans l’équation. Bien plus instable que la fumée insaisissable qui saturait l’air du Centre. Que le comportement de Potter, qu’il savait psychologiquement instable. (Mais qui ne l’aurait pas été, après tous ces cadavres ?)

Cette inconnue, c’était Grump. Grump Butcher. John priait un dieu en qui il ne croyait pas pour que Grump ne fasse pas de difficultés avec Potter, et l’accepte. Le forme. En fasse un des siens, lui plus que tous les autres.

Sans cela, ils étaient foutus. Peu importait comment Potter s’y prenait, peu importait que Potter n’aie même pas conscience des enjeux et de cette mission muette, il fallait que Potter obtienne la confiance indéfectible de Butcher.

Sans quoi, Voldemort ou pas, le Centre imploserait de lui-même. Et toute l’institution magique s’effondrerait avec lui.
End Notes:
Allez, une petite bande annonce, histoire de vous frustrer. Et de m'assurer que vous serez au rendez-vous pour la suite ^^ !

Comment osait-il ? Elle voulait se disputer avec lui, lui crier des horreurs blessantes à la figure, d’une voix éraillée et stridente. Lui foncer dedans et le frapper de toutes ses forces de ses petits poings de fille. Elle voulait voir son visage rougir et se tordre de colère, d’incompréhension. Elle voulait hurler, hurler et lui infliger toute cette douleur qu’elle endurait, et dont il n’était absolument pour rien. Et il s’obstinait à être si gentil, si présent, si irradiant d’affection et de consolation.

Comme vous pouvez le voir, le prochain chapitre se passe au Terrier, et je vous préviens, il est EXTRÊMEMENT pathos !
L'identité sera convulsive ou ne sera pas. by Bendico
Author's Notes:
Le titre du chapitre est une citation de Max Ernst.

Je met enfin sur ce site ce chapitre. Je vous préviens il est très larmoyant.
Je me débat toujours avec la suite. Il faut dire que dans les prochains chapitre doivent figurer des détails qui prendront beaucoup d'importance à trèèèès long terme.
Il faut donc que je sache très précisément en quoi consistera ce long terme pour écrire la suite proche. Je me noie donc dans les brouillons et les listes d'idées.
Mais, mûe par une subite illumination, j'ai enfin réussi à faire le plan du prochain chapitre.

Je suis en plein concours, et dans une période de cours très intensive, alors j'ai peu de temps à consacrer aux fanfics, et j'ai tendance à utiliser ce temps à en lire, plutôt qu'à écrire...
:P

Le ciel était gris, bas. Lourd. On se pouvait se croire au cœur de l’automne, aux prémices de l’hiver. Il pleuvait et la terre des collines s’engluait dans la boue, à peine séchée de la dernière averse.

La pluie avait cette odeur de poussière, d’angoisse, de suspend. Au village, on l’avait sentie venir. Dans le ciel sans lumière, les nuages noirs s’étaient peu à peu amoncelés, et la première goutte s’était écrasée sur un pavé sale de la grande rue. Les parapluies noirs s’étaient ouverts et les passants avaient remonté leurs cols en courant s’abriter sous des porches.

Un été comme les autres s’annonçait. Un été anglais.

C’est le genre de pluie qu’on regarde avec un brin d’ennui, hypnotisé par les feuilles gorgées d’eau qui se balancent au bout de leurs branches, au chaud, chez soi, derrière sa fenêtre soigneusement fermée. Une pluie à soupirer, assis sur une chaise.

Ginny n’était pas du genre à soupirer. C’était bien trop mélodramatique pour cette fille « nature » comme disait Lavande en retroussant le nez. Elle se contentait de regarder les gouttes froides s’écraser brusquement contre la vitre et glisser, glisser jusqu’à la gouttière.

Elle était assise dans la cuisine vide. Elle ignorait la chair de poule qui lui parcourait la peau nue de ses avant-bras. Elle ne voulait pas aller chercher un pull. Elle ne voulait pas bouger. C’était une petite touche de résistance purement gamine qui la caractérisait. Ginny défiait toujours le monde pour un oui ou pour un non.
Et aujourd’hui, le monde se foutait de sa gueule.

Elle entendit des bruits de pas dans le couloir attenant à la cuisine, mais ne se retourna pas. Les yeux toujours fixé sur la vitre noire.
- Ginny… commença la voix étonnamment douce de son frère Ron.

Douce ? Douce ? De quel droit sa voix était-elle douce ? Cette douceur attentionnée lui écorchait la peau, la griffait.
Comment lui, Ron, Ronald Weasley, dont la subtilité s’élevait au rang de goujaterie inconditionnelle, pouvait-il se permettre de parler d’une voix douce et inquiète ?
Sa mère était effondrée, Georges, qui refusait d’avaler quoique ce soit, à Sainte-Mangouste, son meilleur ami, barré, et son frère aîné, mort.
Comment Ron pouvait-il proférer ces paroles apaisantes à son égard, sa petite sœur, qu’il n’avait jamais traité que comme la cinquième roue du carrosse, la chose gesticulante dans son champ de vision ? Dans une telle situation ?
En l’espace d’un mot, voilà que toutes les défenses farouches qu’elle avait péniblement mis en place s’effondraient, et qu’elle désirait plus qu’une chose, c’était courir et se faire serrer dans les bras de cet ours mal léché et roux, et peut-être même pleurer, sangloter à gros bouillon et accepter de décharger sur lui, tout entier à son écoute, un peu de ce mal de vivre qui la brûlait du fond d’elle-même. Se serrer contre son pull en laine rêche pleine de son odeur de grand frère protecteur. …Comment osait-il ?
Elle voulait se disputer avec lui, lui crier des horreurs blessantes à la figure, d’une voix éraillée et stridente. Lui foncer dedans et le frapper de toutes ses forces de ses petits poings de fille. Elle voulait voir son visage rougir et se tordre de colère, d’incompréhension. Elle voulait hurler, hurler et lui infliger toute cette douleur qu’elle endurait, et dont il n’était absolument pour rien. Et il s’obstinait à être si gentil, si présent, si irradiant d’affection et de consolation.
Elle le haïssait, elle le haïssait d’arriver à continuer, quand elle, la battante, Ginny, se noyait dans la pluie noire et glacée qui se déversait du ciel.


- Ginny…

Ginny se mordit les lèvres. Sans regarder son grand frère, elle se leva, droite comme un i. Tourna les talons et sortit de la cuisine immaculée, rangée jusqu’au moindre ustensile. Désespérément vide et terne.

Ron jeta un regard par la fenêtre, où le vent commençait à se lever. Comme si la pluie battante ne suffisait pas. Sa sœur s’était muée en une statue blanche et froide. Ses cheveux toujours aussi vifs et gorgés de lumière, malgré son mal-être et ce temps maussade, ne faisait que ressortir sa peau diaphane, encore éraflée par les combats, ses traits tirés, fatigués. Maigre. Elle avait tellement maigri, cette année.
Il l’avait quitté triste, apeurée. Dans un état normal, en somme, après la mort de Dumbledore et leur départ proche à tous les trois. Et il la retrouvait dans un état… Ses gestes étaient nerveux, saccadés. Ses yeux sautaient dans l’espace sans jamais se poser, ou alors se fixaient sur un objet sans le voir, et ne cillaient plus.
Elle avait des hanches rondes qui faisaient le bonheur des garçons de Poudlard, à son plus grand outrage, et elle arborait maintenant des pommettes et des hanches saillantes. Ginny était une petite chose fragile, dévastée. On aurait dit qu’il suffisait de la prendre dans ses mains pour la briser en deux. Comme une brindille sèche en plein hiver.

Georges ne s’en remettrait jamais d’avoir perdu Fred. Ron le savait. Tous le savaient. Arthur et Molly se raccrocheraient tant bien que mal à leurs enfants rescapés. Bill avait son propre foyer. Charlie fuirait dès que possible en Roumanie. Percy serait, comble de l’ironie, peut-être le dernier pilier stable de la famille. Ron voyait avec une étonnante clarté comme les différentes personnes de sa famille affronteraient leur deuil, et le début de l’ « Après ».
Lui… Lui, il avait Hermione, son propre soleil. Ron se sentait déchiré jusqu’au plus profond de son âme de la perte de son frère, bien sûr. Personne ne pouvait en douter. Mais dans quelques années, il l’espérait, il arriverait à repenser à Fred avec un sourire accroché aux lèvres.
Non. Ron ne s’inquiétait pas pour lui, et il avait confiance en l’avenir, pour les autres. Le temps ferait son œuvre.

Ce qui lui broyait l’estomac, c’était de voir sa sœur passer à l’état de fantôme. Sa sœur. Sa sœur. Sa sœur n’allait pas bien, et elle refusait qu’il l’aide. Elle se fermait à lui, elle ne laissait rien transparaître de ce qui se passait à l’intérieur de sa tête. Sa petite Ginny qu’il avait tellement délaissé, comment avait-il pu ? Elle avait été au cœur de ses cauchemars durant cette année loin d’elle, et maintenant que « tout était fini », le cauchemar virait à la réalité.

Ron remontait sans y penser les marches en colimaçon du terrier et entra dans sa chambre. Hermione aussi regardait par la fenêtre d’un air absent. Il s’approcha d’elle et passa ses mains autour de sa taille pour l’attirer contre lui. Elle se blottit dans le creux de ses épaules et il la sentit respirer son odeur. Bon sang, se répéta-t-il une énième fois, ce que je l’aime.

- Ginny ? Demanda-t-elle en plongea ses yeux chocolats dans les siens.
Ron secoua la tête en serrant la mâchoire.
- Chhht, souffla Hermione en passant sa main autour de son cou.
Ron ne se décrispa pas.
- Elle va mal, dit-il d’une voix sourde. Elle est là, toujours toute seule, sans rien dire. Elle n’avait jamais été comme ça.
- Elle est comme nous tous, elle a besoin de temps pour accepter la réalité, faire son deuil… dit Hermione d’une petite voix.
- Tu sais très bien que ce n’est pas que ça, gronda Ron.
Hermione se mordit la lèvre.

- Désolé, ajouta-t-il précipitamment, en s’insultant intérieurement de tous les noms. Tu sais que ce n’est pas contre toi, Hermione. Jamais ce ne sera contre toi. Je suis juste…
- Je sais, Ron, murmura Hermione, la tête toujours enfouie dans ses bras.
Mais Ron avait besoin de continuer. Déverser un peu de la bile qu’il sentait monter en lui de minute en minute. Cette voix rageuse qui s’installait dans sa tête. Parfois, il portait même la main à son cou pour vérifier que ce n’était pas sous l’influence néfaste du médaillon. Même pas. Cette voix, c’était la sienne, uniquement la sienne.

- C’est lui. C’est sa faute. Elle ne veut pas de mon aide parce qu’elle a besoin de lui. Commença-t-il.
Hermione ne murmura rien. Elle le laissa continuer.
- Elle passe son temps à guetter par la fenêtre comme s’il allait apparaître au coin du sentier et revenir à la maison.
Hermione sentit son cœur se serrer. N’était-ce pas ce qu’elle faisait, quelques secondes encore auparavant ?

- Elle ne comprend pas pourquoi il n’est pas là. Et moi non plus, d’ailleurs.
Le ton de Ron montait imperceptiblement.
- C’est quoi son problème ? Pourquoi il n’est pas rentré avec nous ? C’est quoi cette histoire d’auror ! On a eu aucune nouvelle, aucune ! Il s’est enfermé dans ce bureau avec Kinglsey, et quand ils sont sortis, Harry ne partait plus avec nous. Il ne nous a même pas regardé. Pas un seul regard. Et puis d’abord, à quoi il joue, Kingsley ?

Le front de Ron était barré par sa colère grandissante. Il avait enfin mis la main dessus. Sur cette rancœur indicible qui se baladait dans ses trippes depuis trois jours. Et il était décidé à ne pas la lâcher.
- Il est où Harry, bordel ?! Hermione, je sais que je n’ai pas été irréprochable, je sais que je n’ai sûrement rien à lui apprendre dans le domaine, mais je sais que tu penses comme moi. Il nous a abandonné Hermione.
- Nnn… emit la boule brune lovée dans les bras de Ron.

Hermione savait que sa protestation n’était pas très crédible. Elle n’y croyait pas non plus. Elle se sentait coupable, mais Ron avait raison. Elle aussi, elle se sentait abandonnée. Trahie. Trois jours qu’il avait refusé de revenir avec eux.

- Et Maman qui repousse l’enterrement, parce que « Harry n’est pas encore rentré », dit Ron, encore plus furieux de voir sa mère souffrir à cause des agissements incompréhensibles de son meilleur ami. Tu sais quoi, Hermione. Je déteste dire ça, mais je ne crois pas que Harry reviendra pour l’enterrement de Fred ou de Tonks et Lupin, ou de Colin, ou de…

Ron s’interrompit. Hermione s’était remise à trembler. Il lui déposa un baiser sur le front et la berça doucement. Depuis quand était-il passé expert dans l’art de consoler Hermione ? Depuis quand avait-il un pouvoir apaisant sur elle ? Il aurait aimé pouvoir se taire, pour éviter de la faire trembler davantage. Mais il ne pouvait plus s’arrêter.

- A quoi il joue, Hermione… Il nous a toujours parlé de tout, même des… trucs.
C’était une décision qu’ils avaient prises sans même en parler. Le mot Horcruxes ne repasserait jamais leurs lèvres.
- Je croyais qu’il aimait Ginny, Hermione, je ne comprends plus rien. Elle souffre. Elle souffre parce qu’il n’est pas là. Elle a besoin de lui, et toi aussi.
Ron jeta un regard par la fenêtre où les arbres ployaient sous le vent. Harry n’était ni avec eux, ni là dehors. Ni nulle part.
- Et moi aussi j’ai besoin de lui. C’est mon meilleur ami, souffla Ron, juste pour lui-même. Et Ginny va mal, Hermione. C’est à cause de lui.

Le carillon de l’entrée sonna, égrenant ses accords joyeux. C’était saugrenu, dans l’ambiance lugubre de la maisonnée.


Le terrier avait été de tout temps un lieu agité. Molly et Arthur avait emménagé dans l’étrange bâtisse alors que Bill était déjà né. Les deux frères de Molly, Gidéon et Fabian, venaient d’être tragiquement assassiné.
La maison des Prewett avait été réduite en cendre, comme tant d’autres. Quand les mangemorts avaient attaqués, dans le début d’après-midi, leurs parents aidaient une amie tout juste veuve, dans un village voisin.
Molly avait réchappé à la mort par le plus tragique heureux des hasards, car au moment de l’accident, elle aurait dut être à la maison avec ses frères. Bill, âgé d’un an à peine avait une mauvaise toux et utiliser des soins médicaux sur des nouveaux nés était vivement déconseillé. Elle était donc passée chez l’apothicaire.
A l’époque, Arthur, elle, et le petit William vivaient chez M. et Mme Prewett, Fabian et Gidéon, la situation financière d’Arthur n’étant pas assez « assurée » pour leur permettre de s’installer dans leur propre foyer. Arthur venait de décroché un poste obscur et déjà ridiculement mal payé dans les sous-sols administratifs du ministère.
Il travaillait sans se douter de rien lorsque la marque des mangemorts s’était élevée au dessus du toit fumant des Prewett. Il avait donc fallu trouver un autre foyer pour M. et Mme Prewett, Arthur, sa jeune femme, et le petit Bill. Et au début des annonces immobilières intra-ministérielles, Arthur était tombé sur une photo du Terrier brinquebalant. Ça ne payait pas de mine, mais ça ferait l’affaire, provisoirement tout au moins.

On avait pu récupérer quelques affaires dans les décombres des ruines, des fauteuils, l’horloge magique miraculeusement intacte, des affaires de cuisines… Mais Arthur et Molly Weasley avait du démarrer dans l’existence sans trousseau, sans linge, sans vaisselles, sans toutes ces petites choses essentielles au démarrage d’une vie de famille, qui étaient parties en fumée dans l’œuvre noire des mangemorts.
Deux ans plus tard, Charlie Weasley venait au monde, et M. et Mme Prewett mourraient tragiquement dans une embuscade, en tentant de mettre à l’abri des né moldus pourchassés.
Six mois plus tard, c’était aux parents d’Arthur de succomber à de graves blessures infligées par des mangemorts. Porter le nom de Weasley était déjà synonyme de traître à son sang, et ils en avaient payé le prix fort. Pour plus de sécurité, Bilius Weasley était venu habiter quelques temps chez son frère Arthur et sa femme.
« Quelques temps » s’étirèrent en années. Quand la vision terrible d’un sinistros emporta Bilius, la maisonnée raisonnait des phrases savamment articulés du jeune garçonnet qu’était Percy, et des rires babillards des jumeaux âgés de deux ans.
La chambre de Bilius ne resta pas longtemps vide, car le ventre rond de Molly Weasley donnait naissance quelques semaines plus tard à l’énième garçon de la famille – « décidément, me faire une fille, c’est au dessus de tes moyens ! » s’était exclamé Molly, regardant d’un amour éperdu le nouveau né effectivement de type masculin, qu’elle aimait déjà de tout son cœur de mère – Ron Weasley.

Les vœux de Molly furent exaucés un peu plus d’un an plus tard, alors que les premières odeurs bizarres s’échappaient de sous la porte de la chambre des jumeaux. Ginny Weasley naquit dans un océan de bonheur, de récriminations enfantines, de gâteaux faits maisons. Elle arriva au monde dans un joyeux brouhaha où se mêlait les récitations dignes de Percy, les rugissements de Charlie, toujours à jouer au Dragon dans les escaliers, à manquer de faire tomber sa mère, les chuchotements goguenards des deux autres et les cris boudeurs de Ron qui réclamait un peu d’attention, que diable.

Les meubles et les affaires s’étaient entassés au fur et à mesure dans la baraque défiant les lois gravitationnelles. Le Terrier était à l’origine un refuge « provisoire » mais les murs avaient été témoins de tant de naissance et de bonheur, que l’idée d’aller vivre ailleurs était devenue insupportable à Molly et Arthur. Le foyer des Weasley ne pouvait être qu’ici, fondé dans la douleur, mais perdurant par l’amour. A la force du poignet et à la sueur de leurs fronts, Arthur et Molly, partis de rien, avaient créé la plus belle bulle de bonheur de toute l’Angleterre.


Et aujourd’hui, les pas résonnaient dans les pièces désertes, les photos sur les murs s’étaient figées, une lumière opaque filtrait à peine par les carreaux givrés de ce début du mois de Mai. Tous fuyaient le refuge familial, et ceux qui y restaient y déambulaient vidés de toute joie. La bulle de bonheur entourant le terrier avait éclaté, et à présent, les ténèbres reprenaient leurs droits sur un territoire qui leur avait trop longtemps échappé.

Le carillon de l’entrée sonna donc, égrenant des accords joyeux appartenant à un autre monde dans une mélodie aigrelette totalement déplacée dans l’accablement ambiant. Deux silhouettes entrèrent dans la maison et passèrent dans la cuisine.

- C’est sombre ici, dit Molly d’un air affairé.
D’un coup de baguette, elle fit jaillir des boules de flammes chaudes et rassurantes, qui allèrent danser au plafond. Elle ouvrit un tiroir, puis deux, puis trois, et sortit râpes, moules, couteaux, casseroles, dans de bruyants tintements. Molly Weasley ne supportait pas le silence.
- Je fais à manger, dit-elle.

Elle faisait à manger tous les soirs depuis l’âge de 17 ans, quand sa mère s’était rendue compte que le talent de Molly en matière de cuisine dépassait le sien de loin.
Molly aimait fait la cuisine, et Molly la faisait bien. Les marmites, les feux doux ou vrombissants, les arômes, les sauces, les pâtés, les viandes et les gratins, c’était son monde. Alors, évidemment, qu’elle faisait la cuisine.
Et pourtant, elle avait eu besoin de le préciser. Pour ne pas perdre pied et retrouver leurs repères dans un monde qui s’effondrent, retrouver des mouvements connus, intimes, qui ont été présent tout au long de la vie, des croyants moldus font un signe de croix avec une main. D’autres se mettaient à genoux et courbent l’échine. Pourquoi pas. Elle, elle éminçait des oignons.

Très vite, des saveurs embaumèrent la maison, ramenant les membres de la famille dans la cuisine, comme tous les soirs, comme des âmes vers leur prêcheur.
Ron et Hermione arrivèrent main dans la main par les escaliers, l’air grave. Ginny émergea d’on ne savait quelle pièce. Elle était toujours pâle et stoïque, mais venir se rassembler avec son clan au cœur de la maison, dans la cuisine, pour voir Molly déployer son art, était une chose contre laquelle elle ne pouvait pas lutter. C’était quelque chose de gravé dans ses gènes.

Molly commença à parler, puisque personne ne s’y décidait, et qu’il fallait bien combler ce silence.
- George va bien, assura-t-elle d’une voix qu’elle voulait sereine.
Tout le monde fit semblant d’être dupe. Ginny se glaçait, et Molly s’agitait en faisant comme si. Chacun abordait le deuil d’une manière différente.

- J’ai vu l’infirmière, ils veillent sur lui. Ils lui ont donné une potion de sommeil pour ne pas qu’il cauchemarde et que son corps se repose.

Hermione se dit que Dumbledore n’aurait pas repoussé la douleur de cette façon. Il avait refusé que Harry aille se coucher quand Sirius était mort, et avait laissé éclaté la pleine fureur désespérée de Harry dans son bureau.
Mais les méthodes de Dumbledore étaient violentes. Il agissait par devoir, parce que Harry ne pouvait perdre du temps, et avait l’obligation de reprendre ses esprits. Dumbledore analysait et manipulait.
Jamais, Hermione le savait, Molly n’agirait d’une telle façon. Jamais une mère n’agirait d’une telle façon. Et peut-être que si Harry avait été confiée à une mère comme elle, au lieu d’être laissé à la protection des Dursley ou de Rogue, ou aux plans machiavéliques de Dumbledore, il serait là, aujourd’hui, avec eux.
- On ne sait pas quand il sera près à sortir, dans quelques jours normalement, mais il est hors de question de faire l’enterrement sans lui. J’ai reçu les hiboux pour les enterrements. Je ne sais pas si c’est bien pour vous que vous alliez à tout ça, les enfants.

Hermione était d’accord avec Mrs. Weasley. Même si pas pour les mêmes raisons. Molly souhaitait sans doute les protéger de trop de scènes malheureuses. Mais il n’était pas très utile que Ronald Weasley et Hermione Granger s’affichent après avoir disparu un an avec le Survivant, pour accomplir une mission secrète.
Surtout depuis que le Survivant en question avait disparu pour un obscur apprentissage d’auror. Hermione arrêta d’y penser. Elle ne voulait pas y penser. Mais qu’est ce qui avait pris à Harry ? Un apprentissage d’Auror ? Moins d’une semaine après en avoir fini avec Voldemort ? Quand il y avait tous ces enterrements, tous ces gens qui demandaient une explication ?

Molly ne trouva plus rien à dire, ou alors elle s’aperçut qu’elle n’avait plus assez de force pour parler de ces choses si douloureuses avec le ton d’une mère solide comme un roc, ce qu’elle n’était pas. Elle occupa ses mains de plus belle en épluchant des pommes de terre en moins de temps qu’il ne fallait à Peeves pour piéger une serrure sur le passage de Rusard de bombabouses. Elle lança un regard suppliant à son mari. Arthur se racla précipitamment la gorge.

- Les enfants, commença-t-il avec peu d’assurance.
Ronald, Hermione et Ginny se tournèrent vaguement vers lui. Ils n’étaient plus vraiment des enfants, et ils n’avaient pas le cœur à écouter leur père raconter des anecdotes sur le détournement d’artisanat moldu.

- J’ai réussi à coincer Kingsley dans un couloir, poursuivit Arthur en se dandinant sur sa chaise.
Trois paires d’yeux venaient de se braquer sur lui.

Arthur soupira intérieurement. Il n’y comprenait plus rien. Il était vieux. Il était vieux, fatigué, et son fils était mort. Aucun père ne devrait voir son fils mourir. Quand avait-il commis l’erreur fatidique ? L’erreur qui de fil en aiguille, avait amené son fils à se battre sur le front en croyant que c’est ce que font les fils pour protéger leurs pères. Mais c’est aux pères de mourir en protégeant les fils. Comment avait-on pu arriver à cette aberration ? Des enfants, partout sur le champ de bataille ! Des gamins de 17 ans ! Alors que les adultes, les adultes responsables, les adultes censés les protéger, avaient fermé les yeux. S’étaient querellés entre eux pour des questions de pouvoir et d’argent, refusant de voir la chair de leur chair se faire écharper sous leurs yeux.

Comment l’AD avait-elle pu devenir plus au courant, efficace et présente que l’Ordre du Phoenix ? Comment des enfants avaient-ils pu prendre la relève quand les parents se terraient terrorisés ? Quelle société pouvait cautionner ça ? Arthur croyait en la société. Il croyait dans le bien général. Il avait voué sa vie à la communauté, en choisissant de réparer au mieux les erreurs ou les crimes des autres, dans son petit département risible du détournement de l’artisanat moldu.
Mais aujourd’hui, cette communauté le faisait vomir. Elle s’embourbait dans l’immobilisme et la lâcheté, et ses enfants étaient relégués à de la chair à canon.

Son fils. Son Fred. Et tous les autres qui avaient soufferts. Bill, Charlie, Percy, George, Ron, Ginny, Hermione. Ses enfants. Et Harry ? Comment avait-on pu laisser un tel fardeau sur les épaules de ce môme orphelin qui n’avait rien demandé à personne ?

Il méritait d’avoir la paix, ce petit Harry ! Il méritait d’être enfin entouré de ceux qui l’aimaient, et il méritait que le monde tourne un peu sans lui. Ah ça, si Kinglsey n’avait pas été Ministre de la Magie, Arthur lui aurait collé un violent coup de poing dans le menton.




- Kingsley !
Arthur avait crié par-dessus la foule dans le bureau des Aurors. Une demi-heure qu’il le cherchait ! Tous les sorciers, de tous les départements, venus ici aux nouvelles – comme si les aurors étaient compétents pour quoi que ce soit ! Franchement ! – s’étaient retournés, outrés. Qui osaient appeler le Ministre de la Magie nouvellement nommé par son prénom ?

Mais personne n’avait rien dit. C’était Arthur Weasley. Bête noire de Fudge, de Scrimgeour, il était un membre très important de l’Ordre du Phénix, disait-on. Arthur Weasley s’était battu à Poudlard contre les mangemorts.

Et surtout, Arthur Weasley était le père de Ronald Weasley, le héros. Et il avait accueillit durant de nombreux été Hermione Granger, cette héroïne. Et il connaissait personnellement Harry Potter, qui, disait-on, lui vouait un grand respect.

Oh oui, en l’espace de quelques jours, plus personne ne se serait osé à marcher sur les pieds d’Arthur Weasley, qui, pourtant, fondamentalement, était toujours le même bon vieux Arthur abîmé par la vie et au cœur d’or. La politique, comprenez vous. La politique.


Le cri, décidé, avait survolé toute l’assemblée, et tout le monde s’était retourné vers le malotru. Shakelbolt ne pouvait donc faire comme s’il n’avait pas entendu l’appel d’Arthur. En tant que Ministre, bien sur, personne ne lui en aurait tenu rigueur, s’il avait décidé de continuer son chemin sans s’arrêter. Mais il s’agissait d’Arthur.
Un ami, un valeureux compagnon d’arme. Un père en deuil. Shakelbolt s’était donc retourné et avait planté son regard brun dans les yeux clairs et autrefois joyeux du père de famille habillé d’une toute nouvelle respectabilité. Et Kingsley avait senti poindre le début des ennuis qu’il redoutait. Arthur ne le lâcherait pas avant d’avoir eu des explications, sur ce qu’il était allé fourrer dans le crâne du jeune Harry Potter.

Arthur était entré dans le bureau ministériel, tandis que Kinglsey refermait la porte derrière eux.
- Assis toi, je t’en prie, offrit poliment Kingsley.
- Où est Harry ? Attaqua directement Arthur sans s’asseoir.

Kingsley avait prit le temps de suspendre sa cape au portemanteau finement sculpté, de s’asseoir sur dans son fauteuil et de passé ses mains lasses sur son front fatigué. Mais Arthur ne s’était pas laissé apitoyé.

- Où est Harry ? Pourquoi n’est-il pas en train de se reposer chez moi, entouré des gens qui l’aiment ?
- Harry n’a pas émis le désir de revenir chez vous, Arthur, même si je sais que personne mieux que vous ne se serait occupé de lui.
- Je n’en crois pas un mot, Kingsley, dit Arthur.

Kinglsey était étonné. Jamais il n’avait vu le brave Arthur, débonnaire, dans une telle colère, froide et totalement calme. Le ton d’Arthur ne s’élevait pas, mais devenait sec, sans appel. Arthur s’était penché sur Kingsley en appuyant ses deux mains de chaque coté du bureau. Mais Kingsley n’était pas du genre à se laisser impressionner, cela allait sans dire.

- Comment va votre famille, Arthur, demanda Kingsley en articulant bien, histoire de montrer qu’il ne se laisserait pas démonter facilement.

- Mal ! cracha Arthur avec hargne. George est à Sainte-Mangouste, ma femme à deux doigts de le rejoindre, quant à Ginny, Ron et Hermione, ils sont morts d’inquiétude parce que leur meilleur ami a disparu de la surface de la terre sans même prendre la peine de leur dire où il allait. Tout ça à cause de vous, Kingsley. Et écoutez-moi bien – Arthur pointa un index menaçant vers Kingsley, qui le toisait, assis tranquillement dans le fond de son fauteuil – ce soir, quand je rentrerais, je leur dirais pourquoi Harry n’est pas chez nous. Parce que vous allez vous expliquer maintenant !

Arthur n’avait pas eu besoin de crier pour que la dernière phrase claque dans le bureau.
- Asseyez-vous, Arthur, répéta Kingsley de sa voix grave.
Ayant épuisé sa réserve de récriminations véhémentes qu’on énonce campé debout sur ses deux pieds, Arthur s’assit, et attendit.

Kingsley se demanda ce qu’il allait bien pouvoir dire à Arthur. Il se remémora le début de son entretien avec Harry comme on plonge dans une pensine.



Kinglsey s’était assit derrière le bureau de McGonnagall, et Harry en face de lui, de l’autre coté de l’imposante pièce de chêne. Il y avait eut une poignée de seconde de silence. Harry avait levé les yeux et avait enfin remarqué les traces de profondes lassitudes qui marquaient les traits de Shakelbolt. Shakelbolt n’avait alors pas dormit, et ne veillerait d’ailleurs encore un bout de temps.
- Je dois te poser des questions, Harry.
- Je n’y répondrais pas.
- Cette baguette. La baguette que Voldemort avait, que tu as repris, la baguette dont tu as dit qu’elle avait appartenu à Malfoy et Dumbledore… De quoi s’agit-il Harry ?
- D’une baguette. Une simple baguette qui est passé de mains de mages noirs à mains de mages noirs. Ils tuaient avec, et au fil des siècles, au lieu de voir que c’était les mages qui faisaient la baguette, on a finit par croire que c’était la baguette qui faisait les mages. Résultat des centaines de sorciers sont à sa recherche. A la recherche du mythe. C’est une simple baguette. C’était. Je l’ai brisé hier matin à l’aube.

- Tu as quoi ?
- Je n’étais pas franchement enthousiaste à l’idée de me faire provoquer en duel par tous les psychopathes de cette terre. En matière de meurtriers sanguinaires, j’ai eu ma dose, je vous assure.
Kinglsey n’avait pas tiqué, mais un sillon sombre avait désormais barré son front.
- Que s’est-il passé dans la forêt interdite ? Comment a-tu pu te faire passer pour mort ?
- Je ne me suis pas fait passé pour mort.
- Tu…
- Je suis mort.

Kinglsey se souvint avoir dévisagé Harry, longtemps, profondément. Harry avait soutenu son regard. Harry devait en avoir l’habitude, entre Dumbledore, Minerva, Rogue…
- Comment ?
- Avada Kedavra. Jedusor n’a jamais été très original, avait raillé Harry. Kingsley avait eu des frissons dans le dos. Harry parlait avec tellement de cynisme de ces évènements tragiques. Au final, ça lui avait servit.

- Non Harry, je veux dire. Je te crois mais… comment fais-tu pour survivre à ce sort ?
Il avait senti croître en lui une violente cupidité, mais qui était heureusement partie comme elle était revenue. Cette envie insidieuse était un oiseau de mauvais augure. L’oiseau avait laissé dans le sillage de son envol une peur insidieuse. Oui, lui Kingsley, il avait eut peur. Il avait toujours peur d’ailleurs. Il craignait autant, voir plus qu’il ne le désirait, de découvrir le secret de Harry. Et il craignait encore par-dessus tout de voir ce secret tomber entre de mauvaises mains.

- C’est très simple, avait dit Harry d’un air détaché, mais d’une voix glaciale et inflexible. Il suffit de laisser les autres mourir à votre place. Maintenant si vous voulez bien m’excusez…

Harry s’était levé de son siège et avait amorcé un demi-tour.
- Non. Je n’ai pas fini.
- Moi si.
- Où tu vas ? Avait demandé Kingsley avec brusquerie. C’était nécessaire. Il devait attirer l’attention de Potter. Lui donner précisément ce qu’il recherchait, sans le savoir encore.
- Pardon ?

Kingsley s’était fait plus compréhensif, adaptant son comportement avec un soin tout particulier. Et en veillant de taper au cœur du problème. Sans détour.

- Où vas-tu aller Harry ? Aujourd’hui, demain, l’année prochaine. Tu es vivant, libre, pourchassé par tous les mangemorts en fuite, avides de vengeance. Vas-tu retourner chez ton oncle et ta tante ? Chez les Weasley ? Veux-tu entrer en septième année à Poudlard ?

Rester à Poudlard. Les mots magiques. Il avait deviné au raidissement soudain de Harry qu’un bloc de glace venait de tomber dans l’estomac de celui-ci. Il avait vu trop d’hommes brisés au long de sa carrière pour ne pas savoir les percer à jour.
- Non. Je… Je ne veux pas rester.
- Alors il y a peut-être une solution, Harry. J’ai une proposition à te faire.

Ça avait été le moment fatidique pour Kinglsey. Leurs regards s’étaient croisés, et très doucement, Harry s’était rassit. Kingsley avait retenu une mimique victorieuse.



- Kingsley ?
- Je n’ai rien mis dans le crâne de Harry, Arthur, commença Kinglsey d’une voix qui ne souffrait aucune contestation. Il m’a dit qu’il refusait de revenir à Poudlard l’année prochaine. Remus et Tonks sont morts dans les couloirs de Poudlard. Des amis de classe à lui. Je suppose que pour lui, ce ne sera plus jamais une école. Les deux dernières fois qu’il est venu à Poudlard, c’était pour enterrer Dumbledore et se battre contre Voldemort.

Kingsley fit une pause pour laisser à Arthur le temps de peser ses paroles. C’était sa façon de fonctionner dans un débat. Parler calmement. Exposer ses arguments. Et laisser à l’autre le soin de répliquer, de mettre à mal ses choix. Pour pouvoir encore mieux les expliquer, les remettre en perspective, et les légitimer de façon alors irréfutable.

- Mais pourquoi la formation d’Auror ? Pourquoi l’éloigner ?
- Parce que c’est ce que Harry voulait faire, Arthur ! Que voulais-tu qu’il fasse ? Qu’il reste seul au Terrier, sans ses amis, eux à Poudlard, dans une maison endeuillée ?
Arthur blanchit, mais Kinglsey parlait doucement.

- Crois moi, je comprends ce que Harry ressent. Il lui faut du temps pour accepter ce qu’il s’est passé, ce qu’il a fait. Pour accepter qu’il y en a qu’il n’a pas pu sauver. Accepter ses erreurs… Harry a besoin de prendre de la distance. De ne plus voir les mêmes personnes. Après, quand il aura fait son deuil, il reviendra. Fais moi confiance Arthur. Il doit non seulement faire le deuil de ses amis. Mais il doit aussi faire le deuil de son ancienne vie. Dire adieu à des années de poursuites, de combats et accepter de passer à autre chose et de laisser ses morts en paix.



- C’est absolument n’importe quoi, vociféra Hermione quand Arthur eut finit de narrer son entretient. Du blabla !

Ses joues rougissaient de colère et ses cheveux étaient plus électriques que jamais. Ses yeux lançaient des éclairs. Ron la regarda d’un air surpris. Les arguments de Kinglsey, retranscrits mots pour mots par Arthur l’avait presque convaincu. Sa colère était un peu retombée. Mais Hermione ne partageait visiblement pas son sentiment.

- Quel hypocrite ! « Dire adieu à des années de poursuites, de combats, et blablabla ». Dire adieu à des combats en le plongeant dans une formation destinée à faire de lui un supercombattant ? Lui apprendre officiellement à déjouer les complots de mages noirs ? L’envoyer là où Tonks travaillait ? Comment Kingsley espère-t-il nous faire gober un tel… monceau d’aberrations ! Tout ce qu’il veut, c’est mettre officiellement le Survivant de son coté, cracha-t-elle. Et moi qui pensait qu’il serait un premier ministre différent ! Maintenant, Harry Potter, « qui a vaincu », est sous ses ordres et officiellement un de ses supports.

Arthur fronçait les sourcils en écoutant Hermione. La petiote se trompait. Kinglsey n’était pas commença. Il n’était pas si… manipulateur.

- Et Harry… continua Hermione, soudain plus peinée qu’en colère, Harry… Il y a autre chose. Harry… Harry sait, j’en suis sûre, il sait qu’il a fait tout ce qu’il a pu. Et ce qu’il n’a pas pu faire, c’est… le hasard ! La vie ! Dumbledore et ses plans tordus, Rogue et son incapacité à aider de façon directe, bon sang, au lieu de procéder par Patronus interposé… Harry ne peut QUE en être conscient. Harry adore Poudlard ! C’est sa maison ! Le lieu qui symbolise ce qu’il est ! C’est impensable que Harry veuille fuir cet endroit ! Ça n’excuse pas non plus qu’il soit parti sans nous dire ce dont il s’agissait !



Hermione Granger était une fille brillante. Elle analysait son environnement et en tirait instantanément les meilleures déductions. Elle ne tirait pas ses résultats scolaires uniquement de sa rigueur, d’heures passées à apprendre par cœur définitions et procédures de potions.
Hermione Granger était intelligente.

Mais Hermione, dans ses raisonnements, restait désespérément Hermione Granger. Ne voyait pas que si Luna Lovegood s’accrochait à ses croyances déjantées, et à voir au-delà de tout pour tirer des conclusions souvent improbables, c’était aussi peut-être s’évader d’un monde terne et vide, qui la ramenait à chaque instant à la perte de sa mère. Hermione n’aimait pas changer de peau. Devenir quelqu’un d’autre et le comprendre, fusionner avec lui. Le Polynectar ne lui avait jamais réussit.

Dans ces conditions, comment Hermione pouvait-elle comprendre le besoin irrépressible de Harry de fuir un passé révolu… La vie de Harry avait changé irrémédiablement. Ce qu’il était avait changé irrémédiablement.
Auparavant, sa vie se résumait à survivre, se battre. Il était le Survivant.
Plus maintenant.
Sa vie ne pouvait plus se résumer à affronter la mort.
Il était devenu celui qui avait vaincu. Celui qui avait un avenir. Celui qui avait maintenant la possibilité de devenir quelqu’un. De se trouver une identité autre que celle de l’égal de Voldemort.

D’appréhender une liberté toute nouvelle, et terriblement effrayante.

Quoi de mieux que le Centre des Aurors, et ses règles rigoureuses, pour fuir cette liberté oppressante ?
End Notes:


Le prochain chapitre se passe au centre. On en apprendra plus sur Perkins, Crews et Coote, sur le Centre.

J'hésite à appeler le prochain chapitre "comment Harry deviendra un parrain aussi présent et prévenant que Sirius Black", mais ce serait faire preuve d'une langue plus fourchue que celle de Nagini...

Pour la mise à jour... Encore une fois, je n'en ai aucune idée. Désolée, désolée, désolée... J'aurais pu publier cette fic qu'une fois l'avoir finie. Mais ça n'aurait jamais été avant 2020... ^^'

S'il reste des fautes, n'hésitez pas à me les faire remarquer ! Je les corrigerai.
Quand la raison m'entendit, elle s'en retourna et me laissa pensif et morne. by Bendico
Author's Notes:
Le titre du chapitre est tiré d'Au nom de la rose.
J'ai beaucoup travaillé sur I've Had, sans rien écrire. J'ai lu Moby Dick, Là où les tigres sont chez eux.

J'ai rêvé Europa de Gary et me suis violemment engueulée avec Bobin. J'ai dévoré les raisins de la colère, et ai fait des manières avec la Princesse de Clèves. Stendhal ne m'a pas déçu. Je me suis cognée dans Emil Nolde et ne m'en suis toujours pas remise. Je suis passée de Vivaldi (mais le Presto de l'Eté des Quatre saison, quoi, le presto, bon sang !) aux kinks sans mot dire. J'ai gentiment prié Sartre de me foutre la paix, mais vous connaissez Poulou : pas moyen de s'en débarrasser. Pas étonnant qu'il ait les mains sales à force de traîner partout (désolée... j'ai pas pu m'en empêcher). Vous voulez du Baudelaire, il sort sa tête de derrière une page et agite sa main "houhou, je suis là !". Le fuir, c'est, hélas, le meilleur moyen de lui rentrer dedans.

Donc comme vous le voyez, je n'ai pas -rien- fait même si ma frénésie compulsive n'était pas très productive. J'ai noirci les pages de mon carnet à idées, défini l'histoire personnelle de chacun de nos petits aspirants adorés, je me suis demandée si mon héros devait affronter le mal, agir. Si son destin tenait de l'aventure. S'il était ou pas enraciné dans le monde, si sa force venait de ce qu'il avait en lui ou de la présence de la femme à ses cotés qui l'éblouit même à distance. C'est très chevaleresque, tout ça. Voilà pour les questions.

Pour les réponses, Danthes m'a soufflé que Harry n'avait même plus besoin d'Autrui pour inventer son double malfaisant. Il l'incarne avec beaucoup d'enthousiasme. Il m'a soufflé que Harry avait un humour noir à la hauteur de sa lâcheté. En bon sorcier, roi du passe-passe... Car je vous le dis, mes amis, notre survivant international n'est pas sorti de l'auberge...
Et puis j'ai failli tout arrêter de I've had car ce salaud de Saint Augustin a résumé tout mon livre I en une phrase :

"La douleur de sa perte ennuagea mon cœur de ténèbres. Tout ce que je regardais n'était que mort. Et ma patrie m'était un supplice, la maison paternelle une étrange désolation."
Les confessions, IV, VI, V (...d'accord, je sais plus où c'est).

Voici donc ce nouveau chapitre, où je passe maître dans l'art de repousser l'échéance. Ou comment pondre 13 pages en évitant absolument d'avancer dans l'histoire. J'espère que vous ne serez pas trop déçus. Moi je ne suis pas satisfaite du tout.

Comme d'hab, les pavés font pleurer les yeux, donc copier coller dans Word et mettez une police plus agréable. Je voudrais pas être responsable de votre future cécité.
Colleen préparait une nouvelle cafetière en se demandant si dans le Bureau, le sang avait déjà commencé à couler. Harry Potter… Elle s’étonnait que les murs n’aient pas commencé à trembler, que des pans du plafond ne se détachassent pas encore. Durant ces dernières années, prononcer son nom au QG des aurors ne pouvait que provoquer une de ces terribles querelles que tout le monde évitait, car elles sapent les fondations du centre, elles fracturent la cohésion indispensable au travail des aurors, qui, dès que l’heure de la fin de leur service sonnent, s’illustrent par leurs dissensions. Si le bureau des Aurors était la colonne vertébrale d’un gouvernement peu démocratique, s’il était le seul pilier stable d’une société ballottée par des courants politiques violents et sans éthique, alors Harry Potter était la scoliose menaçante, à l’affût de toute opportunité de paralysie incurable. Le centre, à l’heure actuelle, frôlait la paraplégie.

Et puis soudain, il était là. Dans l’encadrement de l’entrée de gauche. Mais était-ce vraiment le même individu ? Où était passée l’aura de cynisme morbide qui transpirait de sa démarche, de son regard, de ses paroles acerbes quelques minutes encore auparavant ? Bien sûr, il restait toujours cette souplesse de mouvement, ce port de tête beau, droit et fier. Presque arrogant dans sa colère. Il restait cette prestance effacée de celui qui a renoncé à se cacher sans cesse et qui a appris à apparaître sous le regard des autres. Vouloir se cacher quand on est calomnié et traité de menteur, c’est donner crédit à ses détracteurs et s’incliner en disant : « Oui, vous avez raison, d’ailleurs, voyez, je m’en vais, je tais mon existence ». Harry Potter n’était pas un pleutre. Il avait donc surgit du néant et avait cultivé l’irascibilité de son honnêteté. Quel coup de théâtre que cette interview au Chicaneur !, que Colleen avait lu comme tout le monde, mais avec plus d’attention que les autres, elle y avait déchiffré plus de choses. Harry Potter était donc enfin apparu, il était enfin venu au monde, il avait rattrapé et endossé le rôle mythique qui le précédait depuis sa naissance. Depuis, s’il essayait tant bien que mal de disparaître à nouveau, il finissait toujours par ré éclater au grand jour. Fuyant Poudlard, il s’était précipité sous les projecteurs des Aurors.

Il était là, plein de prestance injurieuse pour tout son entourage, et l’air devenait opaque autour de lui. Pourtant, c’était toujours le même visage neutre et fermé. Pas de frémissement de colère, pas de regard incendiaire. Mais dès que Colleen posait ses yeux sur lui, elle suffoquait ! Elle détourna le regard. Quand elle le dirigea de nouveau vers lui, il était revenu s’asseoir sur le haut tabouret du comptoir, et observait méticuleusement la salle. La sensation d’être comprimée avait disparue. L’air transparent était de nouveau limpide, et l’aura de cynisme était revenue.

Quand Harry atteint la cafétéria, il se sentait toujours comme irradié de haine. Il voulait que ces semblants d’être pensants endurent un instant le souvenir qui le lancinait depuis si longtemps. Sa mère criait, engloutie par la peur de voir son enfant tomber entre Ses mains, de douleur devant la mort de son mari, par une panique désespérément rationnelle. James, loin de sa baguette, qui apercevait avec effroi la haute silhouette noire à l’autre bout du couloir, sans comprendre comme Voldemort avait pu passer outre le sortilège du Fidélitas. Ses propres pleurs, déchirés et déchirants, comme seuls les bébés savent les hurler, la lumière verte, ce rire, et encore le visage incrédule de son père, et toute la bande constituée de sons enfuis puis brutalement extirpés de son inconscient, et du propre souvenir de Voldemort, souvenir empestant la satisfaction et la jouissance d’une pleine suprématie, recommençait et tournait en boucle indéfiniment. Oui, Harry voulait que toutes ces raclures ressentent ce qu’il ressentait. Cette pulsation jouissive de pouvoir dans sa poitrine, le sourire que Tom ne pouvait réprimer en voyant le corps de James Potter toucher le sol, le visage éteint, tout cela, Harry le ressentait. Encore. Et Encore. Il voulait qu’ils ressentent cela non par pour leur expliquer l’inexplicable. Mais par pur sadisme.
Et il avait vu le regard de Colleen fuir, et l’ironie cruelle de la situation l’avait rattrapé. C’était précisément de cette manière que Lucius Malfoy avait regardé Tom le jour de sa résurrection. Il s’en souvenait, et le revivait à travers Ses yeux. Il avait hérité du courage de Lily et James, de l’abnégation d’Albus, de la colère de Sirius et de la façon d’Être de Tom. Un super hybride super défaillant. Ses créateurs n’étaient ils tous pas morts de leurs nobles qualités ? Décidément, on avait rarement vu des absents aussi envahissants. L’ironie de la situation qui l’avait frappé, loin d’apaiser sa vielle amie la colère, sans qui il se serait senti seul (car seul, il l’était) avait au moins le mérite d’en déplacer la cible. Au lieu de s’acharner contre autrui, il se remit gentiment à haïr ce qu’il était, et ce qu’il ne serait jamais.





Un jour, un garçon s’était mis en travers du chemin de Johanna Crews. Il s’appelait Barny Carter. Elle avait dix ans et luttait pour obtenir la bourse de charité pour entrer dans un collège privé très réputé. Elle n’était qu’une minuscule enfant de dix ans, mais elle était parfaitement lucide quant à condition. Faire ses études dans ce collège privé était sa seule chance. Si elle n’y entrait pas, elle devrait aller comme tous les autres enfants au collège du quartier. Le collège à la réputation et aux résultats déplorables.

Elle se doutait bien que les professeurs du collège en question n’étaient pour rien dans l’échec qui attendait irrémédiablement tous les enfants qui échouaient dans leurs classes. Mais un hasard géographique rassemblait les enfants des trois orphelinats des environs dans le même établissement scolaire. Cinq cent enfants de basse classe sociale, sans parents, souvent instables psychologiquement. Une situation ingérable pour des professeurs souvent en début de carrière. Si elle était contrainte d’y aller, elle aussi, elle savait qu’elle n’aurait jamais l’occasion d’aller à l’université. Elle n’aurait jamais l’occasion d’avoir la même vie normale qui attendait ceux qui dehors, avaient des parents, un foyer, un avenir. Son avenir dépendait de Smelting. Un établissement de haut standing, avec les frais scolaires assortis. Totalement hors de ses moyens de pupille de la nation.

Mais il existait cette bourse. Le, ou la meilleure élève des trois orphelinats réunis recevait une bourse pour entrer à Smelting. Une bourse, non pas pour un an, mais pour toute la scolarité de l’heureux élu. Jusqu’à l’entrée à l’université. Huit ans dans la meilleure école privée tous frais payé. Et, dans la course à la bourse, Johanna était deuxième. La première était une horrible petite fille blonde sage aux pommettes rouges. La petite pute, l’appelait Johanna dans sa tête. La fin de l’année approchait, et Jo et l’horrible petite fille à maison en pain d’épice étaient au coude à coude dans les résultats. Il ne restait plus qu’un contrôle d’Histoire avant que les bulletins de sa dernière année d’école élémentaire ne soient terminés. Et avec eux le résultat du concours.

Johanna était sûre d’obtenir de nouveau une note optimale. Si seulement elle pouvait remettre la main sur son cahier d’Histoire. Et ce cahier, c’était Barny, qui l’avait. Qui le lui avait volé. Dans toutes les écoles, dans tous les orphelinats, il y a une brute. Dans l’orphelinat de Johanna Crews, ce glorieux rôle était assuré par Barny. La question de l’orientation scolaire et de son avenir sociale n’avait jamais traversé la grosse tête rougeaude et pleine de semoule du garçonnet. Son chemin, il le traçait à l’aide de ses poings, et il y semait les dents de ses petits camarades. Il adorait martyriser les fillettes innocentes. Malheureusement pour lui, Johanna Crews n’avait rien d’une fillette innocente.

Personne n’avait réellement compris comment le tisonnier enfermé à double tour dans le placard de la cuisine avait fini chauffé à blanc dans le lit de Barny, et plus précisément sur ses fesses. Mais Johanna avait récupéré son cahier d’école et obtenu une meilleure note que la petite pute au contrôle d’histoire. Le riche couple de retraité émit toutefois quelques réserves quant à offrir une bourse d’une inestimable valeur à une orpheline renfermée, étrange et aux pulsions visiblement violentes, plutôt qu’à une adorable fillette blonde à peine moins douée en cours. Et Johanna manqua la bourse. Evidemment, moins d’un mois plus tard, la lettre de Poudlard parvenait à son orphelinat, et une vieille femme sèche dont le chignon était coiffé d’un foulard aux rayures écossaises était venue expliquer à la directrice de l’orphelinat que Melle Crews avait été inscrite dans une prestigieuse école dans le nord de l’Angleterre. Et Johanna Crews n’avait jamais mis les pieds, ni dans le collège de quartier en compagnie de Barny, ni dans le prestigieux collège Smelting, où elle aurait retrouvé quelques années plus tard l’adorable Dudley Dursley.

Barny garda une cicatrice à vie, et ne put plus jamais adresser la parole à une fille sans être pris de douloureux tremblements. Mais ce qui le hanta toute sa vie, ce fut ce regard en cri de haine qui demandait à l’écarteler sur place de la gamine brune.

Toute autres personnes ayant eu la mauvaise idée de faire obstruction à la volonté de Johanna Crews avait fini par subir sort semblable. Bien sur, plus le temps passait, plus les vengeances devenaient subtiles, indétectables, et implacables. Bien sur, plus le temps passait, plus l’entourage de Johanna Crews fit attention à ne pas contrarier Johanna Crews.

Jusqu’à aujourd’hui. Et ce n’était pas parce que son nouveau boulet de service venait de ratatiner le plus grand mage noir de tous les temps d’un simple mouvement de poignet qu’elle passerait outre cet affront. Crews marchait à grandes enjambées dans les couloirs du Centre. Perkins et Coote, qui avaient déjà été témoin des vendettas de Crews à Poudlard, couraient à sa suite pour ne rien rater du spectacle. Elle allait laminer Harry Potter. Ou essayer. Nuance.



Il était là, au comptoir, feuilletant la Gazette du Sorcier du jour.
Elle se planta derrière lui.
- Je peux savoir ce qui t’a pris, Potter ?
Harry ne prit même pas la peine de se retourner.
- C’est à toi que je m’adresse, Potter.
- Je crois que j’avais compris. Il n’y a plus beaucoup de « Potter » vivant, aujourd’hui sur cette terre.
- Donc tu n’es pas sourd. Bonne nouvelle. Car j’ai deux trois petites choses à te dire.
- Je t’écoute, répondirent les omoplates de Potter à Crews.
- Je me fiche de savoir qui tu es. Je me fiche de savoir ce que tu as fait. Si tu me refais un coup comme ça, si tu oses mettre encore une fois mon avenir en danger, j’éclaterai douloureusement ta face de balafré torturé au moment où tu t’y attendras le moins.
Harry pivota sur son siège.
- Si j’ose mettre encore une fois ton avenir en danger ? répéta-t-il dubitatif.
- Parfaitement.
Harry jeta un coup d’œil par-dessus l’épaule de Crews. Coote et Perkins le dévisageaient sans mot dire. De toute évidence, ils comprenaient ce que Crews avait voulu dire. Autrement dit, ils avaient une longueur d’avance sur lui.
- Ce qui s’est passé dans le Bureau ne te concernait en rien, alors en quoi ça mettrait en danger ton avenir ? Demanda-t-il tout à fait sérieusement.

Enfin, d’une manière ou d’une autre, persifla une voix dans sa tête, tu mets toujours l’avenir de ton entourage en danger, Potter. Tu n’as pas encore compris ce simple constat, depuis le temps ?

Crews eut l’air franchement éberluée.
- Tu plaisantes, j’espère ?
- Absolument pas.
- Je vois, dit-elle.
- Visiblement, quelque chose m’échappe.
- La notion de respect envers autrui ? S’emporta-t-elle. Ecoute-moi bien, Potter. Peut-être que tu te fous totalement de cette formation, peut-être que ce n'est qu'un exploit de plus à ajouter à la longue liste de ton cv surmédiatisé, pour alimenter le mythe du Survivant, mais, petit con, il ne s'agit pas que de toi ! Nous, on court après cet apprentissage depuis notre quatrième année à Poudlard, et il est hors de question que tu bousilles mes précieux efforts sous prétexte que le monde ne s'agenouille pas devant ton ego. Compris, connard ? Alors plus jamais, tu m'entends, plus jamais tu nous fous dans la merde de cette manière, ou tu me le payeras.

Harry avait subi la tirade sans broncher, sans sourciller.
- Je ne voudrais pas passer pour quelqu’un de lent, articula-t-il avec soin, en la fixant droit dans les yeux. Mais je ne cerne toujours pas ce que tu me reproches.
- Je savais ton esprit limité, Potter, mais à ce point, ça reste exceptionnel. Qu’est ce que tu n’as pas compris, quand Butcher nous a sorti son petit laïus « Notre objectif est de faire de vous un groupe soudé, uni » ?

Coote se demandait comment cette querelle se finirait. On murmurait beaucoup de chose sur Harry Potter depuis une semaine. A la RITM, ils avaient diffusé un témoignage d’un combattant de Poudlard. Il avait raconté que Potter, non content de repousser l’avada kedavra de Voldemort avec un simple expelliarmus, avait verbalement humilié le mage noir avant de le ratatiner. S’il y avait un comportement à éviter devant Harry Potter, c’était bien la provocation. Mais comment en vouloir à Crews ? Sur ce coup là, elle avait raison, même si pour rien au monde il n’aurait voulu prononcer cette conclusion à voix haute…

- Et ? Continua Harry d’une voix lasse et distante. Ils veulent qu’on soit soudé. Génial. Tu me sembles la personne la plus sociable de cette pièce. Tu piaffes visiblement d’impatience de devenir ma meilleure amie, alors, promis, je ferai des efforts. Mais en quoi cette merveilleuse perspective d’avenir a à voir avec mon petit accrochage avec les fils de pute de l’autre salle ?

- Tout. Cela à tout à voir, Potter, intervint Perkins calmement, mais froidement. Ces « fils de pute », qui sont, je te le rappelle car cette information semble t’avoir échappé, nos supérieurs hiérarchiques, considèrent que nous nous devons d’être un groupe. Nous devons agir en groupe, penser en groupe, et quand l’un de nous parle, il parle au nom du groupe. Quand l’un de nous merde, c’est le groupe qui merde. En te mettant à dos les personnes qui jugeront de nos capacités à devenir auror, tu nous mets tous dans le pétrin. Peut-être que pour toi, te faire virer n’a pas d’importance. Tu es immensément riche et mondialement connu. Je suis sûr que tu trouveras autre part où aller. Il n’en va pas de même pour nous, conclut-il la mine sombre.

Il y eut un blanc. Tous attendaient évidemment la réaction de Potter. Elle ne vint jamais. Un homme venait d’apparaître dans l’encadrement de l’entrée de gauche. Malgré la distance, Harry reconnut parfaitement l’auror défiguré par les cicatrices.

Colleen se demanda pourquoi la dispute sèche s’était soudainement tarie. Elle regarda furtivement en direction de Potter.
Il fixait l'entrée. Colleen pivota tout à fait.
Oh.
Savage.
Que venait-il faire ici ? On n'était pas dans ses créneaux habituels. Il venait prendre son pain au raisin bien plus tard, d'ordinaire. Pourquoi fixait-il Potter ? Se connaissaient-ils ? Impossible de le deviner d'après l'expression de Potter. Elle était impénétrable. Il ne cillait pas. Il avait un air étrange, avec ses deux yeux verts, brillant comme deux points lumineux dans ses longs cheveux sombres. C'était trop théâtral.

Savage s'était décidé à s'approcher à pas résolus.
- Potter, dit-il de sa voix rauque.

Savage était un jeune auror, d'une trentaine d'année. Il était doué, mais effacé. Comme sa silhouette. Sa carrure était fine et ses gestes souples. Sa peau était légèrement halée sous les cicatrices. Malgré celles-ci, Colleen trouvait Savage beau. Distingué. Classieux. Ses mouvements étaient emprunts d'une sorte de grâce bienveillante. Il se montrait toujours rieur devant elle. Sauf cette fois. Il fronçait les sourcils et ses yeux étaient encore plus bruns que d'ordinaire.

- Monsieur, dit Harry, appliquant à la lettre le code de politesse qu'on venait de lui rappeler quelques minutes à peine auparavant.
- Appelle-moi Savage.
- Savage.
Perkins retint un soupir. A ce rythme là, ils ne sauraient jamais ce qui motivait la soudaine arrivé de ce type.

- Je peux quelque chose pour vous ?
- Tu connaissais Tonks ?

Colleen reposa l'assiette qu'elle essuyait machinalement dans l'évier en faisant tinter la porcelaine. Tonks ? Son cœur venait de manquer un battement.
Tonks ?
- Oui, répondit laconiquement Potter.
- Tu connaissais Tonks ? répéta en écho Colleen d'une voix soudain faible, ce qui tira des haussements de sourcils étonnés des trois autres aspirants. Dur, de se sentir totalement à coté de la plaque.
- Tu... Elle n'a jamais parlé de toi, dit Savage d'une voix légèrement enroué.
- Elle n'a jamais parlé de vous non plus, dit Harry, et une pointe d'ennui perçait déjà dans son timbre de voix.
- Je suis... J'étais son meilleur ami.

Il y eut quelques secondes de silence. Le tableau était tellement étrange. Savage et Potter échangeait de longs regards où tous deux essayaient en vain de percer l'autre. Colleen était accrochée à son comptoir, livide. Tonks ? Nymphadora ? Le choc et la tristesse lui broyaient le cœur comme dans un étau. C'était comme si on lui annonçait une deuxième fois sa mort. Coote surveillait le tressaillement des mains des deux interlocuteurs, les tics qui agitaient le coin de leurs lèvres, leurs paupières. Il les regardait choisir avec précaution leurs mots. Couvrir avec acharnement leurs arrières. Il notait la soudaine pâleur de la serveuse. Perkins ne perdait pas une miette de leur discussion. Il les scrutait sans aucune pudeur. Il ne supportait pas voir se jouer devant lui une scène dont il n'avait pas toutes les clefs de lecture en main. Quant à Crews... Loin de s'offusquer d'avoir été rabrouée avec la plus pure indifférence, elle regardait avec enthousiasme Potter être confronté avec un nouvel élément, dont visiblement il n'avait pas prévu l'irruption, mais qui ne semblait pas aller dans le sens de ses propres plans secrets et incompréhensibles.

- Elle connaissait ma haine de la magie noire et de Voldemort, et elle ne m'a jamais parlé de l'Ordre.
- L'Ordre a du enquêter à votre sujet. Ils auront vu en vous quelqu'un de peu fiable, expliqua Harry d'un ton morne. Sans aucune pitié.
- J'ai lu son dossier mortuaire.
- Curiosité morbide, commenta Harry, faisant décidément peu cas de la politesse due aux aurors titulaires.
- Il y est inscrit qu'elle était mariée et mère d'un enfant.

Il y eut une violente expiration. Colleen venait, à cette annonce, de reprendre possession de ses capacités pulmonaires. Elle n'était plus pâle, ni livide. Elle était blafarde. Dora ? Maman ? Mariée ? Dora ? Morte. De quels droits ces deux types venaient devant son comptoir, et parlaient comme de la météo de la mort de Dora ? Colleen luttait contre l'étourdissement qui prenait peu à peu possession de son corps, tout en reconsidérant Harry. Lui ! Potter... Tonks... Tout ce qui touchait à Potter, toute nouvelle révélation sur sa vie devait provoquer sans arrêt ce qu'elle ressentait à présent. La tristesse. La colère chez son entourage.

Harry ne répondait toujours pas. Ses prunelles vertes sondaient le regard de Savage.
- C'est vrai ? Demanda brusquement l'auror.
- Oui.
- Qui est Remus Lupin ?
- Un membre de l'Ordre du Phoenix.
- Vous le connaissiez ?
- Un peu.
- Il est mort, c'est ça ?
- Oui.
- A la bataille de Poudlard ?
- Si vous le savez, pourquoi venez-vous me voir ?
- Vous la connaissiez bien ? Tonks ?
- Un peu.
- Un peu ? C'est à dire ? S'emporta Savage. Ses traits fins étaient froncés de colère.
- Un peu. C'est tout. Pourriez-vous me dire clairement ce que vous attendez de moi ?

Savage examina attentivement le visage de Potter. Totalement fermé.
- Vous n'êtes pas le bienvenu ici, Potter.
- C'est très attentionné de votre part de m'en informer, dit celui-ci.
Crews fusilla le dos de Potter du regard. Voilà qu'il recommençait.

- Laissez-moi parler.
Savage s'assit sur un des hauts tabourets du comptoir. Il fit un signe à Colleen qui posa immédiatement devant lui une tasse d'eau brûlante et un sachet de thé. Harry s'assit sur le siège voisin. Perkins, Crews et Coote, qui, décidément, sembler vouloir jouer les mouches collantes, s'assirent à gauche de Harry. Ils écoutaient attentivement cette discussion qui ne les regardait nullement. Mais ni Harry ni Savage ne leur prêtèrent attention.
- Ce n'est pas pour les raisons que vous croyez, dit Savage, et sa colère semblait s'être calmée.
Harry se retint de lui demander comment il pouvait savoir ce que Harry croyait, mais il choisit avec sagesse d'écouter préalablement ce que Savage voulait lui livrer.
- Le ministère est hautement instable, Potter. Shakelbolt, le bruit court que vous le connaissez personnellement, n'est qu'un ministre provisoire. Le Bureau a du obéir bon gré mal gré aux ordres du gouvernement qu'on appelle déjà ici le gouvernement noir. Officiellement, ce gouvernement a été dépossédé de sa légitimité par Shakelbolt, mais ici, personne ne sait à qui se fier. Des têtes vont tomber, et chacun essaye de protéger la sienne.
- Je sais tout ça, intervint Harry, qui ne pouvait plus se contenir. Tout est de nouveau comme en 1981. Allez au fait.
- Ici, vous êtes le danger numéro 1. On ne sait pas ce que vous avez derrière la tête. On ne sait pas pourquoi vous vous êtes battus contre Voldemort. Pour prendre sa suite ? On ne sait pas comment vous avez fait. Magie noire ?
Savage fit ici une pause, comme s'il pensait qu'à ses accusations, Potter allait réagir. Mais Harry ne bougea pas. Alors Savage continua. Leurs auditeurs retenaient leur souffle partout autour.
- On ne sait pas ce que vous avez fait l'année passée. Mais surtout, on ne sait pas ce que vous comptez faire. Or, quoi que vous fassiez, le peuple sorcier vous suivra. Un auror ne doit jamais avoir ce genre de pouvoir politique. Cela le libère de la hiérarchie militaire qui nous organise. Cela le détourne de sa mission de base : chasser les mages noirs et protéger la stabilité du pouvoir en place. Nous ne sommes pas des héros. Nous ne luttons pas pour le bien. Nous nous battons contre les représentants du danger et du désordre. Nous obéissons aux ordres qu'on nous assène. Ceux à qui ce système déplait quittent nos rangs. Point. C'est pour ça que vous ne pourrez jamais faire un bon auror, selon la majorité d'entre nous. Vous êtes trop indépendant, vous avez trop de pouvoir, et surtout, vous ne serez jamais fiable.

Savage défia Harry du regard, le défia d'argumenter, d'essayer de le convaincre du contraire. Mais à sa grande surprise, Potter, si prompt à se mettre en colère selon les notes de Dolorès Ombrage, selon le portrait que faisait de lui Percy Weasley, quand on l'interrogeait à son sujet, ne réagit pas du tout. Il se contenta de lui retourner son regard.

- Vous avez fini ? Demanda-t-il calmement.
- Non, ajouta Savage. Vous allez être cité en témoin dans de nombreux procès à venir. Cela entache la réputation des Aurors. Et pour finir... Vous n'avez pas vos Aspics. Vous n'êtes pas arrivé ici par la voie normale d'admission.
Savage désigna les trois autres aspirants derrière, d'un mouvement de menton.
- Eux sont des aspirants légitimes. Vous non. Peu importe vos faits d'armes. Vous êtes ici par vos relations. Vous avez été pistonné. Vous ne méritez pas votre badge. Même les aurors qui auraient ici pu faire parti de vos partisans, ne vous pardonneront pas cet état de fait.
- Vous avez fini ? Répéta Harry.
- Oui, j'ai fini.

Il y eut quelques secondes de blanc.
- Vous n'avez rien à dire ? Demanda Savage, circonspect.
- Non. Je comprends tout ce que vous m'avez dit. Je partage l'avis des aurors.
- Vous partagez l'avis des aurors ? Répéta Savage, soulignant le caractère saugrenu de ces propos. Mais si vous partagez l'avis des aurors, que faites-vous ici, bon dieu ?
- Je veux devenir auror.

Savage considéra cette réponse. Potter comprenait parfaitement pourquoi ici tout le monde le haïssait d'avance. Pourquoi tous allaient lui mettre des bâtons dans les roues. Contester à chaque instant sa présence parmi eux. Et pourtant il restait. Pour devenir auror. Quelle autre raison aurait-il pu donner ? Pour quel autre raison pouvait-il rester ?
Savage avala d'un trait sa tasse de thé brûlante. Performance qui tira une mimique impressionnée à Perkins. On devenait insensible à la douleur après une formation d'Auror ?

Savage remercia Colleen d'un signe de tête. Elle avait repris contenance et essuyait sa vaisselle en les surveillants du coin de l'œil. Coote se dit que si tout le monde parlait toujours devant elle ainsi, elle devait savoir bien des choses sur ce qui se passait au sein du centre.
Et il repartit sans un mot de plus, laissant un lourd silence planer sur le comptoir de la cafétéria.

- Je crois que ce type ne t'aime pas, fit Crews d'un ton goguenard.
- Si tu le dis, répondit Harry.

Faut-il préciser que cette brillante répartie fut assénée sur un ton impersonnel ? Chaque mot, chaque syllabe qui sortait de sa bouche était dépossédée de toute émotion. Il n'était pas froid. Il n'était pas furieux. Il n'était pas sarcastique. Il n'était pas chaleureux. Il n'était simplement plus. Harry gisait quelque part dans la forêt interdite. Potter évoluait. Désincarné.

Crews avait tort. Potter le savait. Coote s'en doutait. Perkins s'en foutait. Il se demandait quelle forme allait prendre au quotidien l'animosité des aurors à l'égard de Potter. Cela rejaillirait-il sur eux ?
Crews savait qu’elle se trompait, mais la rebuffade était trop tentante. Néanmoins, elle avait parfaitement compris la situation. Savage n'avait rien contre Potter, mis à part une méfiance somme tout bien normale. Au contraire. Il était venu, et il avait très explicitement mis Harry en garde. Il avait pris cette peine, non pas pour intimider Harry et lui signifier qu'il n'avait plus qu'à rentrer chez lui. Il venait de lui donner des armes pour se battre contre cette animosité enracinée. Il venait de se présenter ouvertement à lui comme un de ses alliés. Savage ne savait rien de Potter. Mais Nymphadora Tonks lui manquait à chaque seconde. Et si Nymphadora avait choisi de faire confiance à Harry, il la suivrait. L'intelligence de Tonks n'avait jamais fait défaut.
Et le petit discours de Savage sur l'éthique des aurors n'avait pas été livré au hasard. Il voulait que ça change. L'obéissante aveugle, digne de stupides moutons, dont ils avaient fait preuve avec le gouvernement noir lui restait en travers de la gorge. Le centre était instable parce que le ministerium de Shakelbolt était provisoire. Stabiliser les institutions, c'était lui donner toute latitude pour réformer le pays.

Savage n'avait rien contre Harry. Il venait au contraire de lui prêter une certaine allégeance, quoique toute relative.
Là où Coote s'interrogeait, c'était quand il s'agissait de savoir si cette marque de confiance plaisait ou pas à Potter.
Visiblement pas.

Pas du tout, en fait. Pas du tout. Cela le faisait plutôt frémir de rage, sous son masque de cire. Et voilà. Encore un. Encore un qui s'en remettait à lui, pour tout remettre en ordre. Harry avait envie de donner un énorme coup de poing sur le comptoir, à en enfoncer le bois soigneusement verni.
Harry fulminait, bien que personne ne pût s'en rendre compte. Il ne voulait pas. Il ne voulait pas être la bannière fièrement portée au vent de Kingsley. Et il ne le serait pas. Il ne remettrait pas en cause le système du Centre. Il ne ferait aucune vague au sein du Bureau, n'en déplaise à Savage. Il serait un aspirant modèle. Il ne serait qu'un badge jaune de plus dans la liste séculaire des aspirants. Il ne serait pas Harry Potter, qui que Harry Potter soit. Crews pouvait se rassurer. Il ne mettrait pas en péril son plan de carrière tout tracé. La dernière fois qu'il avait été présenté en porte drapeau d'une génération, d'un mouvement, d'une idéologie, des centaines de sorciers étaient morts dans l'espoir fou, vain, risible, de voir se lever de jours meilleurs, lavés de la corruption et des complots. A cause de lui. Par ce qu'il avait laissé le mythe naître et prendre son envol. Alors qu'en réalité, il ne faisait que sauver sa propre peau, et accessoirement, assouvir sa soif de vengeance. Tous ces morts par égoïsme. Et ils en redemandaient. Les cons.

Harry se retourna vers les trois autres poulpes.

- Vous pouvez recommencer à respirer. Je ne vous mettrais pas de bâton dans les roues. Je suis là parce que je partage votre objectif, aussi étrange que cela puisse paraître. Mais comprenez-bien que chaque fois qu’un auror buté m’attaquera personnellement à propos d’un domaine dont il ne maitrise rien, je me défendrai.

Coote acquiesça. C’était légitime.
- Alors ? Que voulait dire Butcher par « Pointez vous à 9h15 à l’université ? » ?

Crews grogna. Potter se foutait vraiment de leurs gueules. Elle descendit de son tabouret, attrapa une autre Gazette du Sorcier dans la pile de journaux mis à disposition sur le comptoir, et alla le lire sur une banquette, plus loin dans la salle.
Tous se séparèrent.

La Gazette du Sorcier.
Harry aussi reprit la sienne, en fronçant les sourcils.
Vide. C’était vide. Et absolument pas coutumier de ce torchon journalistique. Qu’il n’y ait aucun fait ne l’étonnait guère. Qu’il n’y ait aucune rumeur à propos de la Bataille de Poudlard, aucun témoignage fumeux, aucune déclaration publique… C’était tout bonnement inconcevable. Bien sûr, il était tout de même question des récents évènements. On annonçait la levée définitive du Tabou, on notait l’étonnement et le soulagement des moldus sur le brusque arrêt des meurtres et destructions inexplicables, on conseillait néanmoins aux citoyens sorciers de ne pas baisser la garde jusqu’à ce que « lumière soit faite sur les évènements ». Mais voilà, aucune supputation vaseuse sur cette « lumière » tant attendue. Aucune liste de gens morts. De noms de mangemorts en fuite ou arrêtés. La Une annonçait l’abrogation de toute loi anti-né-moldu, ou sang-mêlé, le rétablissement de lois pour la protection des Elfes de Maison et l’anonymat des Loups-garous (Cette dernière avait soulevé beaucoup de remous. L’épuration anti-loups-garous n’avait pas réellement été vue comme un crime contre l’humanité. Plutôt comme un service rendu à la société, même venant de Mangemorts. On avait hasardé que, bon, les tuer était peut-être abusifs. Mais qu’il fallait continuer à les emprisonner fermement !)

- Quelque chose ne va pas ? demanda Colleen.
- Tu aurais toutes les éditions de la semaine passée ?
- Non, mais j’ai plutôt bonne mémoire. Tu cherches quelque chose en particulier ?

Que pouvait-il lui dire ? Harry décida de la jouer franchement.

- Je ne comprends pas pourquoi les Aurors ne sont pas au courant de ce qu’il s’est passé à Poudlard. Ils ne savaient même pas que c’est à la bataille de Poudlard que Tonks est mort.

Une ombre passa sur le visage de Colleen.
- Tu la connaissais bien ? demanda Harry.
- « Un peu ».
- Touché, fit-il en levant les paumes comme pour se rendre.
- J’ai toujours trouvé difficile de ne pas aimer Tonks, bien que certains ici y arrivaient parfaitement.
- Personne n’est au courant de rien ici, et il n’y a rien dans cette édition de la Gazette sur la Bataille, les morts, les répercussions politiques. Rien !
Colleen prit le temps de poser sa dernière pièce de vaisselle sur sa table de travail, de prendre un haut tabouret et de s’asseoir en face d’Harry, de l’autre coté du comptoir.

- C’est compliqué, commença-t-elle.
- Je m’y connais en choses compliquées.
- Je n’explique pas très bien.
- Toi au moins, tu prends la peine de m’expliquer de quoi il en retourne…, lâcha énigmatiquement Harry.
Colleen ne releva pas.
- Bon. Kinglsey, enfin, le Ministre de la Magie, a fait une déclaration l’après-midi de la bataille. Il a annoncé la mise en place d’une énorme enquête pour savoir exactement ce qu’il s’était passé, aussi bien à Poudlard qu’en dehors, qui avait été impliqué, dans quel camp, qui avait été blessé, par qui, dans quelles conditions, qui avait été tué, par qui…
- Dans quelles conditions, etc, poursuivit Harry.
- Voilà. Pareil : quels mangemorts y sont restés, lesquels ont été emprisonnés, et lesquels sont en fuites. S’il y a des mangemorts « nouvelles recrues » dont nous ignorions l’existence… L’enquête va aussi porter sur l’intégralité des employés du ministère.
- Je suppose que c’est là que ça se complique, anticipa Harry. Qui collaborait, qui obéissait aux ordres sous la contrainte, et surtout, à quels témoignages pouvons nous nous fier. Qui cherche à évincer son rival dans la course à l’avancement, et qui couvre son ami…
- Exactement. Des centaines de personnes vont être interrogées. Les trois quarts des effectifs des aurors sont mobilisés. Cela va prendre un temps fou. Et il est hors de question que des rumeurs malsaines circulent, faussent la confiance des sorciers vis-à-vis de cette enquête, ou déclenchent des vagues de panique. Les médias ne sont pas habilités à diffuser de fausses rumeurs, sous peine de se voir interdits. Ils ne doivent publier que des nouvelles que la commission d’enquête a confirmées et validées. Et évidemment, elle ne valide rien pour le moment. Les rumeurs circulent évidemment, mais sur les radios pirates, et de bouche à oreille. Il y a eut un témoignage à la RITM, mais il a été aussitôt démenti par les autorités.
Colleen marqua une pause.
- On dit par exemple que tu a de nouveau survécu à un Avada Kedavra. Mais personne ne confirme.
Harry ne dit rien. Colleen pâlit.
- Tu... ?
Harry ne moufta pas et se concentra sur ses mains autour de l’hanse de sa tasse de café.
- On dit aussi que tu as repoussé un Avada de tu-sais-qui avec un Expelliarmus.
Harry n’ouvrit pas plus la bouche.
- Et pour Gringotts ?
- Quand je disais que j’étais habitué aux choses compliquées, je faisais allusion à tous ces petits détails, répondit Harry. On peut revenir à la Gazette ?
- Oui. Donc la Gazette ne peut rien publier, sous peine d’être totalement censurée jusqu’à nouvel ordre. Et les Aurors ne sont au courant de rien, car rien ne transpire de la commission. Cela provoque d’énormes tensions au sein du bureau. Les rapports d’enquête ne seront laissé d’accès (et encore, que pour les aurors accrédités) qu’une fois la situation déblayée…

Colleen sembla sur le point d’ajouter quelque chose, mais se ravisa.
- Oui ? fit Harry.
- Rien.
- Crache le morceau.
Elle se mordit la lèvre.
- Evidemment, je suppose que tout serait plus simple et plus rapide, si tu expliquais ce qu’il s’est passé. Mais il parait que tu refuses.
- Comment sais-tu ça ?
- Kinglsey l’a annoncé ici en réunion. Ça a fait un énorme tollé. Certains étaient près à te passer au véritasérum de force.
- J’imagine.
- Alors ?
- Alors quoi ?
- Tu vas parler ?
- Tu veux voir fleurir une dizaine de nouveaux Voldemort dans les 3 prochains mois ?
- Non.
- Tu as ta réponse.

Harry regarda sa montre. Neuf heures. Il était temps de découvrir cette mystérieuse université.
End Notes:
"Paf ! "
Ce bruit idiot, c'est moi qui me cogne à un mur. Je peux plus tergiverser indéfiniment. Il va vraiment falloir que je fasse avancer l'histoire. Je sens venir des nuits difficiles. ;)
Der Wandervogel 1 by Bendico
Author's Notes:
Salut à tous, Bonne Année, et non, attendez quelques secondes avant de m'immoler par le feu.

Bon, ça fait un bout de temps que la suite traîne. Mais il ne s'est pas passé deux jours sans que je relise un bout de ce qu'il y avait déjà d'écrit, que je reprenne mon carnet de détails, que je fasse des plans sur la comète, ou que j'essaye désespérément de me rappeler de ce rêve génial avec l'idée du siècle...

L'histoire prend peu à peu forme dans mon esprit (il serait temps, le chapitre de la rencontre entre les 4 Aspirants a fêté à Noël sa deuxième année d'existence...). Le rôle des personnages, tout. Le truc c'est que je ne veux rien laisser de coté. Poudlard, Potter, les Aurors, la société, Ginny, tout. Alors ça fait des choses à mettre au point pour une pauvre étudiante débordée... ...Et sans bêta readeur !

Le chapitre s'intitule "Der Wandervogel" ce qui veut dire "l'oiseau migrateur" en allemand, mais aussi... "l'étudiant" ! Voilà qui correspond parfaitement à notre ami Harry, qui fait ses premiers pas à l'université magique.

Le chapitre fait... 30 pages Word. Dont 3/4 de choses barbantes que vous savez déjà, mais que nos nouveaux amis Coote, Crews et Perkins ne savent pas. Il fallait donc bien les mettre au parfum de... eh bien, ce qui nous a passionné pendant sept tomes JKRowliens !

Pour le coup, le gros risque est que les parties II et III de ce chapitre vous fassent profondément chier. Elles me gavent, personnellement. Mais je n'ai pas trouvé de moyen pour les évincer.

Nous connaissons très bien Harry. Ses peurs, ses valeurs, ce qu'il a enduré, les petits secrets de Dumbledore ou de Tommy... Donc quand on croise un Fudge qui regarde Potter comme s'il était un psychopathe délirant, on se dit, ce qui est bien normal "mais qu'il est con, ce Fudge, c'est évident, non, que ce gamin (secret qui se roule régulièrement par terre en hurlant et en tendant de s'arracher le front, qui fréquente des géants et des loups-garous, et qui est régulièrement responsable de la mort de quelqu'un) dit la vérité ! Pourquoi il le croit pas ? Il est con ce Fudge !"

Or, Potter EST pour le quidam sorcier lambda moyen, avant toute chose, un gamin secret qui se roule régulièrement par terre en hurlant et en tendant de s'arracher le front, qui fréquente des géants et des loups-garous, et qui est régulièrement responsable de la mort de quelqu'un.

Vous me suivez ?
Alors il fallait bien remettre les pendules à l'heure.
Que savent les aurors sur Potter ? Sur Voldemort? Sur Dumbledore ?

Les trois parties qui vont suivre (postées à quelques semaines d'intervalles, parce que j'ai pas corrigé les parties II et III) vont s'attacher à répondre à ces questions.

Je finirais sur une citation de Pierre Aimé Touchard, tirée de l'Amateur de Théâtre ou la Règle du jeu :

" Le personnage de roman est toujours un candidat à la névrose, et le roman n'est guère que le récit de l'évolution vers son paroxysme. "

Et aussi, parce que Cadeau, une citation tirée de l' Art du Roman de Milan Kundera :

" Que la vie soit un piège, ça, on l'a toujours su : on est né sans l'avoir demandé, enfermé dans un corps qu'on a pas choisi et destiné à mourir. "

La lumière du matin déjà vieux se déversait par les carreaux des hautes baies vitrées, inondant le couloir de couleurs claires et simples. Le plancher soigneusement verni accusait des siècles de piétinement étudiant.


Tout dans ce lieu témoignait d’une occupation intensive, journalière. Sur les bancs longeant le mur traînaient ça et là des pulls, des écharpes oubliées, des gobelets de café vides. Sur les murs étaient collés centaines de petites annonces, des affiches de concerts, où, sur les photos, des musiciens révisaient leurs gammes de cithare en discutant et en buvant de la Bierreaubeurre.

L’endroit était comme figé dans le temps et l’espace. Le silence régnait, et aucun courant d’air ne faisait voltiger les moutons de poussières accrochés aux quelques feuilles de papier errant sur le plancher. Aucune silhouette à l’horizon, aucune voix récitant nerveusement des dates d’histoire, aucun écho de discussion animée relatant la dernière soirée au tout dernier bar d’hydromel du Chemin de Traverse. C’était un désert.


Jamais Harry n’avait imaginé qu’une telle place puisse exister. Il ne s’était jamais montré très curieux du monde sorcier. Ce qu’il connaissait de celui-ci lui causait suffisamment de problèmes pour qu’il n’en demande pas plus.

Il y avait Poudlard, un Ministère de la Magie, un Chemin de Traverse, un Hôpital magique, et ça et là, dispersés sur le globe, des sorciers occupés à s’entretuer, à le tuer lui. Voilà à quoi se résumait sa vision de son propre monde. C’était bien réducteur. Il y avait donc une université de sorcellerie, pour les sorciers diplômés de Poudlard.

A vrai dire, arraché du monde des moldus à 11 ans, dont 10 passés dans un placard sous un escalier, il n’avait pas non plus de vision très claire du système scolaire de l’Angleterre « officielle » et non magique. Il s’était vaguement imaginé sans en avoir conscience des poursuites d’études pour les étudiants sorciers basées sur l’apprentissage.

Il n’avait pas beaucoup d’exemples sous la main. Bill était entré dans une formation chez Gringotts, et on n’apprenait pas à dompter les dragons en cours théorique pour Charlie. Percy était directement entré au ministère. Quant à Fred et George… c’était Fred et George. Enfin, c’était simplement George, maintenant. Olivier Dubois était un sportif. Et rapidement, la guerre, la ségrégation, les meurtres et la corruption avaient mis fins aux velléités d’études des uns et des autres.



Mais cet endroit existait. Une partie invisible de la prestigieuse université d’Oxford. Une imposante porte au bout d’une aile, que les moldus ne poussaient jamais. Ils ne voyaient pas ces jeunes gens étranges, en cape, appartenant à d’étranges confréries d’étudiants, l’ouvrir et disparaître derrière. Ils n’entendaient pas son grave grincement dominant le bruit de la foule allant d’un amphithéâtre à un autre dans un joyeux brouhaha.

Et les étudiants sorciers étudiaient ici. Bathilda Bagshot, il fut un temps, y tenait un cours d’histoire de la magie. Il arriva qu’Horace Slughorn donne quelques conférences sur quelques potions inconnues au bataillon. Il existait des professeurs de droit magique, des experts en poisons, des docteurs en métamorphose humaine. Et surtout, chaque jour de l’année, des sorciers au sommet de leur jeunesse, de leur beauté, de leur liberté, apprenaient ici, vivaient ici.

Harry les voyaient aller et venir dans le couloir désert, fantômes de son imagination. Venir le matin, finir leur gobelet fumant de chocolat en discutant, entrer dans l’amphithéâtre, ressortir, fumer des feuilles de plantes de solanacées à la pause, s’échanger des ouvrages, des parchemins de notes. Vivre le quotidien insouciant de l’étudiant libre de ses faits et gestes, sans épée au dessus de la nuque, sans baguette pointée sur la carotide, avec comme seule ombre à l’horizon la gestion du budget financier, à partager entre les sorties au cinéma moldu tellement à la mode et le prix grimpant des ingrédients de potions. La normalité. L’instant présent à vivre pleinement.


Harry hantait désormais le même couloir que ces étudiants si normaux et si heureux. Il découvrit cette vie à la fois calme et tumultueuse dont beaucoup profitaient, sans avoir conscience de leur chance. Mais il dut se contenter d’un fade et laborieux ersatz de cette vie.

Il occupa les mêmes amphithéâtres, suivit les mêmes cours que ces étudiants. Mais jamais il ne les croisa. Le couloir resta toujours désert sous ses yeux, et les étudiants invisibles et absents. Il pouvait effleurer des doigts les annonces raturées proposant des voyages en portoloin commun vers Venise ou Stockholm, mais n’y répondit jamais. Il apprit à passer vite dans ce couloir où tant de jeunes sorciers restaient pour refaire le monde, et à disparaître des heures dans les trous sombres des amphithéâtres, que bien des étudiants fuyaient.

Il arrivait avec Crews, Perkins et Coote quelques secondes avant neuf heures quand les cours normaux commençaient à huit heures pétantes. Quand ils émergeaient de leur amphithéâtre, les étudiants avaient tous désertés le couloir, affamés, et se bousculaient depuis longtemps dans tous les snacks des environs.


Les fantômes du couloir, ce n’était pas les étudiants sorciers en médecine magique, en droit ou en commerce international qu’Harry ne voyait jamais mais dont il sentait la présence grâce aux traces de leur passage... C’étaient bien eux, les quatre apprentis aurors, les quatre aspirants, que jamais personne n’aperçut, dont personne n’entendit parler, les fantômes de l’Université magique du Royaume-Uni.

L’amphithéâtre qu’ils occupaient tous les après-midis n’était pour les autres qu’une porte toujours close que personne n’utilisait jamais. Salle d’archive, porte de secours, raccourci interdit vers l’administration, ou simple cagibi pour produits d’entretien. Aucun étudiant sorcier ne s’interrogea. Aucun n’entrebâilla par curiosité la porte pour percer le mystère de la salle inoccupée. Personne n’aperçut jamais cette grande pièce sombre, cette marée de bancs vides, avec tout devant, un seul rang occupé par quatre étudiants dont on ne voyait que le dos, soigneusement écartés les uns des autres, notant scrupuleusement ce que disait un professeur qu’aucun autre étudiant n’avait eut en cours, quelque soit le cursus.


Alicia Spinnet, Cormac McLaggen, Lee Jordan, Pénélope Deauclaire… Tous avaient connu Harry durant ses « années lycées » et tous se demandèrent durant des mois où diable pouvait-il bien être, que faisait-il de ses journées… Jamais l’idée qu’il suivait des cours spéciaux dans l’amphithéâtre à coté du leur ne leur effleura l’esprit. Ce couloir, cette volée de portes, cette université était leur domaine, leur territoire, leur lieu de vie. C’était lui, Harry, l’intrus invisible.

Et tout cela, Harry en prit conscience au moment même où il posa le pied pour la première fois dans ce corridor. Où son regard caressa pour la première fois les carreaux limpides, les boiseries centenaires, les bancs recouverts de graffiti et les affiches punaisées au mur, et que le son de son pas se répercuta sur chacun des murs, et résonna, en emplissant tout l’espace de sa solitude. Il prit une fois de plus toute la mesure de son choix. Ne pas retourner à Poudlard. Venir chez les Aurors. Être à l’écart. Être oublié. Être seul. Errer dans des endroits où il n’avait pas sa place, dans le Bureau des aurors, à l’université magique.


Mais rien de ceci ne l’affligea. Rien dans cette prise de conscience ne pesa sur sa poitrine encore recouverte de bleus et de contusions, encore douloureuse dans les mouvements brusques. Au contraire. C’était un soulagement. Plutôt mourir une troisième fois que de se réintégrer normalement dans la grande et magnifique société lavée de tout Mal. Plutôt que d’être réintégré comme si rien ne s’était passé. Comme s’il n’avait pas du sang sur les mains jusqu’aux coudes.


Il se sentait comme un fantôme arraché à son état sépulcral et contraint à la vie, à la respiration, à la lumière. Maintenant, faisant irruption dans ce lieu de vie de façon imperceptible et à l’ignorance de tous, il incarnait ce fantôme. C’était parfait.



Crews, Perkins, Coote et Potter s’écartèrent de l’imposante cheminée de marbre par laquelle ils étaient tous arrivés quelques secondes auparavant.
La porte de ce qui allait devenir leur amphithéâtre s’ouvrit comme par magie, leur lançant une invitation muette à en franchir le seuil. Ils obtempérèrent sans un mot.
« Approchez vous, je vous prie.
Je suis le professeur Dickens. Voici votre emploi du temps. »

Le susnommé professeur Dickens leur distribua à chacun un tableau.

« Comme vous pouvez le constater, le vendredi matin vous êtes censés suivre votre cours d’art théorique de la métamorphose. Ce ne sera exceptionnellement pas le cas. Ce matin, pendant deux heures, nous allons revenir sur les troubles politiques qui ont secoués l’Angleterre, et le monde magique ces derniers jours. Vous aurez bien de onze heures à quatorze heures un cours de Langue Magique Vivante 1, le cours de gobelin. Demain, de neuf à onze, nous nous retrouverons pour clore ce cours hors-cursus à la place du cours d’introduction aux runes anciennes. De la même façon, demain de onze à quatorze heure, vous suivrez bien votre cours de droit magique anglais et international. Vous suivrez de façon totalement normale votre emploi du temps dès dimanche. Je vous retrouverai personnellement toutes les semaines les mardis et mercredis midis pour votre cours d’Histoire de la Magie contemporaine.

En tant qu’apprentis aurors, vous vous devez de suivre avec une grande attention l’actualité magique et politique nationale et internationale. Et pour que vous compreniez bien les atermoiements de celle-ci, nous allons revenir sur l’histoire contemporaine du monde magique du dernier siècle. Vous suivrez ce cours durant toute votre première année d’apprentissage.

Il se trouve que des récents événements, je pense que même vous êtes capable de cerner de quoi je parle, tendent à nous plonger dans une grande confusion, et nous enjoignent à la plus grande perplexité. Où en est actuellement la société anglaise ? Où en est le Ministère de la Magie ? Ces questions concernent directement les aurors, qui doivent obéissance à leur hiérarchie. Donc depuis deux jours, ces questions vous concernent directement. Mieux vous comprendrez ce que traversent les aurors et le Ministère, plus vous serez enclins à obéir sans tergiverser aux ordres.

Et croyez moi, il est grandement dans votre intérêt que vous appreniez à obéir aux ordres. »

Pour un discours d’introduction, c’était un discours d’introduction. Coote se dit qu’il aurait dû en noter le moindre mot, la moindre virgule. Préciser sur papier la moindre inflexion de voix, respiration, intonation. Et passer des heures à décortiquer tout ce qui s’y était dit. La première pensée qui lui traversa l’esprit fut peut-être la plus capitale des interrogations : Avait-il entièrement laissé son libre arbitre sur le pas de l’amphithéâtre ? La réponse qui s’imposait était bien évidemment négative. Son libre arbitre avait été lamentablement piétiné quand il avait signé, il y avait de cela déjà des mois, son dossier de candidature à la sélection des aspirants aurors.





Il y avait en effet des mois que Coote avait envoyé son dossier. C’était il y avait tellement longtemps qu’il avait manqué de s’étouffer quand il avait reçu l’ordre de convocation express au Ministère de la Magie, niveau deux, quartier général des aurors. Enfin, vitrine du quartier général des aurors. Petit bureau de liaison avec le véritable quartier général des aurors. Coote avait postulé dès la fin de sa scolarité à Poudlard. Mais seuls les meilleurs des meilleurs élèves étaient acceptés dès la sortie de l’école. Coote était loin de faire partie des meilleurs des meilleurs. Il n’était que le sixième de sa promotion. Ex-æquo avec l’insupportable Johanna Crews.

Que dire des autres brillants lauréats de cette année ? Deux futurs médicomages de haute volée et le descendant d’une haute famille magique conservatrice qui vouerait probablement sa vie à graisser la patte de politiciens véreux pour faire passer quelques lois de son cru personnel. Une experte en potion qui se dirigeait vers le soporifique métier d’apothicaire et un hurluberlu amoureux des bestioles magiques dangereuses qui avait étonné tout le monde avec ses résultats. Rien de bien original. Et ensuite, ils arrivaient. Lui et Crews. Il ne s’était jamais vraiment intéressé aux poursuites d’études de Jo, priant simplement sur le fait de ne jamais la recroiser. Raté.

Il avait envoyé son dossier, et sans surprise, avait été recalé. Il avait donc opté pour ce que font tous les étudiants désirant devenir aspirants auror. Il avait entamé un voyage d’un an ou deux pour cumuler les expériences diverses afin de démontrer sa capacité d’adaptation lors de sa prochaine tentative de sélection.

Il avait de nouveau envoyé son dossier en février de l’année précédente, espérant de toutes ses forces être pris pour commencer la formation durant l’été. Et cette fois ci, il était conscient d’avoir toutes ses chances. Surtout que Voldemort étant officiellement de retour depuis un an, depuis son apparition au ministère de la magie, les aurors avaient désespérément besoin de renforts.

Et tout c’était enchaîné très vite. Dumbledore était mort dans des circonstances non élucidées. La panique s’était emparée de tout le monde. Scrimgeour était mort à son tour. Et la chasse aux sangs impurs avait été lancée. Sang-mêlé et d’une nature prudente, Coote était parti, faisant une croix sur la formation dont il rêvait depuis des années. Comment œuvrer pour le bien si on n’est même pas sûr d’être du bon coté ?

Il était tout juste revenu faire une escale à Londres pour vérifier que son père allait bien. Deux jours plus tard, un dragon démolissait le toit de Gringotts. La nuit fut claire et silencieuse. S’était comme si, l’espace d’une soirée, les mangemorts s’étaient volatilisés, convergeant vers quelque endroit secret dans un but inavouable. Au petit matin, une étrange frénésie s’empara du monde sorcier. Une rumeur naquit, enfla, se propagea à la vitesse de la lumière. Comme tout le monde, il se rua au Chemin de Traverse, et sur les marches de marbre de Gringotts, Kingsley Shakelbolt, la vieille Minerva McGonnagall et quelques uns des grands pontes du Ministère avaient annoncé que Lord Voldemort était mort, que Kinglsey était nommé ministre provisoire.

Quelqu’un avait-il crié son nom ?
Où le pensaient-ils si fort qu’ils l’imaginèrent ?
Dans tous les cas, Kingsley répondit. Brièvement. On sentait qu’il avait bien conscience que la prudence lui dictait de se taire, mais qu’il n’avait pu s’en empêcher, comme un ultime hommage avant que son poste de l’oblige à la plus grande circonspection. Ce fut comme un tremblement de terre.
« - Et Harry Potter ?
- Il est vivant. Hier soir, il est revenu à Poudlard, s’est battu, et l’a tué. »

Dans l’explosion des voix qui avait retentie, personne n’avait pu saisir quoi que ce soit d’autre. Coote sentait encore dans sa poitrine les battements hagards de son cœur, au milieu de toutes ses personnes désorientées, aussi soulagées qu’effrayées, devant cette première étincelle d’espoir depuis tellement de temps. N’osant y croire. Redoutant la déception qui allait selon eux irrémédiablement s’ensuivre, quand ils découvriraient que tout cela n’était qu’un nouveau mensonge après tant d’autres. Etait-ce vrai ? Etait-ce possible ? Harry Potter ? Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom était-il vraiment mort ?


Et dans les heures qui suivirent, aucune attaque de mangemort ne survint. Etait-ce réellement possible ? Les familles cloîtrées depuis tellement de temps à pleurer leurs disparus s’arrêtèrent de respirer à l’unisson quand on frappa à leur porte, et que derrière le panneau de bois réapparaissait le père, la sœur ou le mari, amaigri, blessé, et surtout déporté des mois auparavant. Vivant. Libre. Quand les né-moldus et les prisonniers politiques réapparurent, on commença enfin à y croire.

Dans les heures qui suivirent, une silhouette courbée sur une canne, brisée par des mois de captivité, apparue marchant dans l’allée principale du Chemin de Traverse. Elle grimpa un perron recouvert de débris, de mousse, et de sa main tachetée, aux veines nouées par l’âge, poussa une porte à la vitrine brisée et au chambranle démoli. Et parmi les centaines de baguettes brisées sur le sol, victimes d’un combat qui avait dû être terrible, les quelques bâtons de bois encore intacts s’élevèrent doucement dans les airs, surmontés d’une boule de lumière, en jetant sur les étagères dévastées une faible lueur de chandelle. Devant la vitrine, une enseigne de bois, fendue, commença par trembler, se déblayant d’elle-même dans les gravas et la poussière, se libérant des chaînes qui l’entravait depuis bientôt un an, et s’envola elle-aussi silencieusement dans les hauteurs, suivie du regard par tous les badauds de la rue. Ils n’en croyaient pas leurs yeux.

Le panneau ovale vert sombre annonçant en lettres d’or éternellement écaillées « Ollivander – Fabricants de baguettes magiques depuis 382 avant J.-C.» reprit sa bonne vieille place au dessus de la porte, sous les applaudissements et les vivats de la rue. C’est à ce moment là que Coote s’était dit que tout était vraiment fini, enfin. Et avec lui des centaines, des milliers de sorciers.




Coote supposait que tout le monde avait fait comme lui. Les journaux écrits restaient muets, alors il se tourna vers la RITM. Et il y eut ce témoignage hallucinant, tout bonnement incroyable, absolument pas crédible. Autrement dit, en totale adéquation avec la situation actuelle.

Le type, Seamus Finnigan, était dans la promotion d’Harry Potter à Poudlard, dans la même maison que celui-ci.

Il raconta :

- Que depuis un an, des mangemorts enseignaient à Poudlard sous le joug de Séverus Rogue.

- Que malgré l’absence de leur leader, les élèves avaient exhumé ce qui ressemblait fortement à une confrérie secrète d’étudiants (crée par Potter deux ans auparavant, pour lutter contre un professeur, quelle question) sortie tout droit d’un roman de fiction.

- Que la veille, Harry Potter (dis paru depuis un an, déclaré fou depuis deux) était revenu à Poudlard. (Il était évidemment notoire qu’on pouvait entrer comme dans un moulin dans l’école millénaire protégée par les plus grands sortilèges, et durant cette période par une armée de mages-noirs, pas vrai ?)

- Que, au même moment, (ils s’étaient donnés rendez-vous au clair de lune sur les berges du lac ?) Voldemort et son armée de mangemorts avaient débarqué à Poudlard.

- Que tout ce beau monde s’était battu, mangemorts contre professeurs, élèves, et alliés venus, par Finnigan ne voulut pas dire quel miracle, de toutes les couches de la société magique et tout particulièrement du ministère (aux mains de Voldemort depuis des mois, mais le paradoxe ne semblait pas émouvoir le gamin…).

- Et que, pour couronner le tout, dans un duel épique et au terme d’une joute verbale absolument incompréhensible (par ce que quelque chose était clair dans cette histoire ?), Harry Potter, d’abord annoncé comme mort et ramené comme tel par les mangemorts (….. ?!) parce que (ça se compliquait encore), selon Narcissa Malfoy, (une source digne de la plus aveugle des confiances, bien entendu) ayant reçu quelques minutes auparavant un sortilège de mort (le deuxième de sa carrière), avait tué Voldemort en lui retournant son (troisième) Avada Kedavra avec… un simple Expelliarmus.

Inutile de préciser que le silence s’était fait dans toutes les chaumières magiques d’Angleterre. Un silence légèrement confus.

Ce témoignage, loin de déclencher les rires et les quolibets de tous les intervenants de l’émission, avait été suivi par un très sérieux débat sur la nomination de Kingsley Shakelbolt. Le coup de grâce avait été porté à la rationalité de Coote quand Lee Jordan, qu’il connaissait bien pour avoir écouté durant quatre ans ses commentaires de Quidditch, avait passé des rediffusions de Potterveille, la radio pirate, et avait attesté l’exactitude du témoignage de Finnigan. Au « tout ce qui vient d’être dit n’est que la pure vérité » de Minerva McGonnagall, Coote s’était effondré dans son fauteuil, en acceptant le verre de Whisky que son père lui tendait.

Trois jours plus tard, au coucher du soleil, Coote avait reçu un hibou express lui annonçant comme si tout était normal qu’il avait été sélectionné pour suivre la formation d’aspirant auror à laquelle il avait postulé un an auparavant, et qu’il était par conséquent sommé de se présenter le surlendemain, aux premières heures du jour, au Ministère de la Magie, pour commencer des études d’une durée de cinq ans, dont deux ans durant lequel il serait totalement coupé du monde.
Coote avait de nouveau accepté sans broncher un nouveau verre de Whisky.

Et à présent, il y était. Dans un amphithéâtre, en compagnie de Perkins, Johanna Crews, et du légendaire et visiblement complètement névrosé Harry Potter. Coote soupira et se dit en son for intérieur que quatre heures de cours sur les derniers évènements politiques et magiques du Royaume-Uni n’était peut-être pas, au final, une mauvaise chose.
End Notes:
Voilà voilà.

Et encore désolée pour le rythme de parution, mais je suis vraiment très prise par mes études (Appelez moi Captain Khâgne). Surtout que, je lis pas mal (Appelez moi Captain Khâgne bis) ce qui fait que je suis parfaitement consciente des grosses faiblesses de mon écriture (j'ai trop honte, bref ^^) donc je prends encore plus de temps à écrire...

Der Wandervogel 2 by Bendico
Author's Notes:
EDIT DU 30 MARS 2010 :

Bonjour tout le monde !
Je suis désolée de ne pas avoir encore posté la suite (après le chapitre ci-dessous), mais j'ai vraiment énormément de boulot, donc mon temps passé sur la fiction est réduit au maximum en ce moment !

Mais elle n'est pas abandonnée !
J'ai à peu près écrit la moitié du prochain chapitre et j'ai... 22 pages Word.
Je vais mourir. Et dire que à l'origine, les chapitres allant de la première rencontre entre les aspirants à celui à paraître ne devait... n'en former qu'un !
Vous imaginez ma perplexité. Je crois que Crews, Coote, Perkins, Butcher et Darth Potter sont tout simplement incontrôlables. Y'en a pas un pour taper sur l'autre.

Donc je vous demande de prendre votre mal en patience, et pourquoi pas, de relire le début... Qui sait, peut-être que quelques uns des indices que j'ai distillés dans ces premiers chapitres déjà parus vous mettront la puce à l'oreille quant à la suite à venir...

A bientôt, j'espère !
B.


Notes de chapitre initiales :


Voici la partie deux du chapitre Der Wandervogel... Vous n'apprendez rien de particulier dans ce chapitre, qui reste encore et toujours, du blabla soporifique, mais il fallait bien remettre au niveau nos trois petits ignorants concernant The Dark Lord... En se rendant compte au passage de l'inefficacité total du service des aurors pour tout le coté "Intelligence Service".

Je sais que tous ces premiers chapitres fonctionnent par aller-retours incessants avec le passé, par redites de ce qu'on sait déjà, et que ça peut sembler frustrant.
Mais je ressens comme absolument nécessaire de s'arrêter sur où en est Harry, où en sont les Weasley, où en est la société magique, et d'où débarquent Crews, Coote et Perkins pour pouvoir enfin commencer à avancer dans l'Après et son noeud d'intrigues, sans s'y perdre complètement.

Car si dans les tomes d'Harry Potter, nous restons concentrés uniquement sur Harry, et où les états d'âmes de Ron Hermione et les autres ne sont qu'évoqués, ici, ils sont quatre à se partager l'affiche. Je veux pas partir dans des POV, qui seraient réducteurs, alors immédiatement, ça engrange des digressions à n'en plus finir et on stagne, on stagne.

Mais je ne voudrais pas vous faire fuir.
Alors, promis, dans le prochain Chapitre, Grump Butcher sera de retour. ;)

Bonne lecture de ces quelques 9 791 mots.
Huffman Dickens retint un soupir. Si on lui avait dit qu’un jour, il se retrouverait dans une pareille situation, il aurait conseillé à son interlocuteur de mettre le holà sur les décoctions de paeoniflorum. S’il tenait John Godwin entre ses mains, à portée de baguette, celui-ci regretterait âprement les beuglantes de ses années collèges.

Huffman avait appris trois jours auparavant qu’il reprenait du service au Bureau. Cela avait été surréaliste. « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est mort et nous avons de nouveaux apprentis. Bon retour parmi nous, professeur ! »

Ensuite, Godwin lui avait demandé de dresser aux petits nouveaux un bilan des récents évènements. Sauf qu’Huffman n’avait strictement aucun début d’idée claire sur les récents évènements en question. Et que Godwin avait refusé de lui dire quoi que ce soit. Tout juste s’il lui avait livré les noms de mangemorts emprisonnés, morts ou en fuite.

Huffman avait donc préparé un cours en plusieurs parties. Cela commençait par le portrait du sorcier-clef de cette histoire contemporaine : Voldemort. Ce qui entrainait inévitablement une disscussion sur Potter et Dumbledore... Par ce biais, il abordait les « récents évènements. » Ensuite et pour finir, ce qui allait se passer, concernant « l’après année noire ».

Le politicologue jeta un coup d’œil à ses notes. Trois personnages complexes, puissants, dont finalement on ne savait pas grand-chose. Qui était Lord Voldemort ? D’où venait-il ? Qui était réellement le très respecté Albus Dumbledore ? Que se cachait-il donc derrière les pans de sa vie qui étaient béants de vide ? Et Harry Potter. Célébré pour un acte de magie incompréhensible, dont on ne savait rien de l’enfance. Et son adolescence était rythmée par les scandales, les morts inexpliquées, et un mental vraisemblablement instable…

Jamais Godwin n’avait précisé à Huffman que Potter serait là, devant lui, campé au premier rang, pâle, froid, et pulsant d’une énergie malsaine.

Dickens se massa les tempes, parfaitement conscient qu’il était le point de mire de quatre regards scrutateurs. Comment allait réagir Potter ? Potter qui savait tout, devant lui, qui ne savait rien. Enfin, si. Potter allait apprendre quelque chose. Peut-être pas sur lui-même, mais sur les autres. Sur comment les autres le voyait, en toute objectivité. Il ne pourrait plus accuser le prisme déformant de Skeeter. Huffman allait confronter Potter à la dure réalité : ses actes, son culte du secret, tout tendait à tisser autour de lui un rideau de fumée opaque.

Huffman allait éventrer une porte ouverte.

Mais cette porte ouverte était un trou noir dont Potter n’avait pas conscience. Les sorciers n’étaient pas des idiots patentés. Ils tentaient de réfléchir avec les éléments dont ils disposaient. C'est-à-dire avec rien du tout. Comment s’étonner, ensuite, qu’ils se fourvoient lamentablement ? Mais on revenait à la première question. Toujours la même.

Comment allait réagir Potter ?



« Bien. Je dois vous informer que par souci d’objectivité, vos professeurs n’ont pas accès à votre dossier. »
Dickens marqua une pose. Evidemment, les trois « autres » jetèrent immédiatement un coup d’œil en coin vers Potter. Ils auraient bien aimé, eux, avoir accès au dossier de la bête de foire. Juste pour vérifier quelques petites rumeurs légèrement désagréables. Flippantes, en fait.

« Ce qui signifie que je ne vous connais pas. Veuillez décliner votre identité. »

D’ordinaire, des élèves, face à leur nouveau professeur, quelque soit le contexte, éprouvaient une certaine gêne quand l’heure venait de se porter volontaire pour prendre la parole pour la première fois. Trémoussement sur les sièges, regards obliques, pâleur ou rougeur sur le front, au choix, et surtout, un silence lourdaud et embarrassé. Ce sempiternel malaise valait d’ordinaire aussi pour les nouveaux petits aspirants terrorisés.

D’ordinaire.

En l’occurrence, d’un commun mouvement, ils se tournèrent vers l’extrémité droite du banc où ils étaient tous installés. De droite à gauche. Chacun son tour. Rapidement, qu’on en finisse avec ce simulacre de discours de bienvenue. Qu’on entre vite dans le vif du sujet.
« Johanna Crews, dit Johanna Crews.
- Richard Perkins.
- Benjamin Coote.
- Harry Potter. »
Dickens examina le visage de Potter tandis que celui-ci lâchait son patronyme. Aucune trace d’ennui, aucune accentuation blasée, aucun regard exaspéré devant ce petit manège. Comme s’il avait besoin de décliner son identité ! Mais non. Rien. Que dalle. Si ce n’est un léger frémissement de paupière tout à fait ininterprétable.

« Nous allons commencer par quelques biographie pour que vous appréhendiez la complexités des relations qui ont tissé la guerre qui vient de se dérouler sous nos yeux, silencieusement. »

Silencieusement. Certes. Pour ceux qui s’étaient terrés suffisamment loin des massacres de familles. Harry, personnellement, n’avait pas trouvé les hurlements d’Hermione en train de se faire torturer par Lestrange silencieux.

« Vous devez comprendre que si la vie politique du Royaume-Uni, et de l’Europe, a été mêlée de très près aux différentes luttes, nous avons aussi affaire à un conflit d’intérêt entre des individualités propres, et non pas simplement entre des leaders de différents courants idéologiques. Pour commencer, ici, nous appellerons le mal par le mal. Je ne veux pas entendre de « Vous-savez-qui », ni de « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom » dans mon cours, ni dans aucun autre. Nous parlons de Lord Voldemort. Je veux vous entendre prononcer ce nom. Je vous écoute. »


Au début, prononcer ce nom n’avait été pour Crews qu’un défi de plus, relevé haut la main, pour écraser les autres de sa supériorité. Et puis, l’habitude, les frissons autour d’elle qui ne l’amusaient plus… Elle avait pris le pli et s’était mise à employer ces foutues périphrases sans même y penser. Aujourd’hui, elle savait que des gens avaient été torturés à mort pour avoir prononcé ce nom tabou, pour avoir « manqué de respect » au Lord.

Elle avait compris que le crime de lèse-majesté envers un dictateur sanguinaire n’était pas quelque chose qui pouvait être associé à ses vantardises habituelles. Maintenant qu’elle avait commencé à craindre la moindre évocation de cet être… On lui demandait d’articuler à voix haute ce nom poisseux de sang. Johanna Crews n’avait peur de rien. Mais ce fut sans vantardise, sans parade aucune, qu’elle obtempéra. Juste avec un sérieux désarçonnant, venant de sa part. Mais elle n’était pas chez les aurors pour faire l’andouille. Elle était là pour être la meilleure.

- Lord Voldemort, articula-t-elle.
- Lord Voldemort, articula Perkins en lui lançant un regard un peu impressionné, bien que se contrôlant lui-même parfaitement.
Crews se tourna vers Coote, qui soutint son regard.
- Lord Voldemort, lâcha-t-il en serrant les dents. Pas de peur, mais d’exaspération. Cette… fille... n’était rien d’autre qu’une provocation éternelle, un joli doigt d’honneur brandi à chaque personne de son entourage. Insupportable.

Aucun d’eux ne s’attendait à ce qui suivit. Ils sursautèrent tous quand Potter lâcha à son tour le satané titre de noblesse usurpé. « Lord Voldemort ».

Pourtant, cela n’avait pas été dit avec hargne. Ni avec peur, violence, exaspération, ou ironie déplacée. Les syllabes avaient roulés sur sa langue avec une normalité déconcertante. Les sonorités gutturales s’étaient éteintes sur ses lèvres, à peine prononcées. Et puis plus rien. Dans sa bouche, le nom de Lord Voldemort n’était qu’un simple son. Un nom, une appellation comme les autres. Lord Voldemort, dit par Harry, n’était rien de plus que le surnom risible qu’un adolescent à l’orgueil névrosé s’était donné pour combler momentanément son avidité maladive de pouvoir et son besoin pitoyable de reconnaissance. Potter prononçait ce nom machinalement. Comme un simple « Salut, ça va ? Il te reste un bout de parchemin ? » «Tu as de l’encre violette pour colorier Saturne ? » « Les mandragores ont encore pris sept centimètres, on va passer tout le cours de botanique à se faire mordre, fait chier les mecs ! ». « Lord Voldemort » n’était rien.


Perkins, Coote et Crews avait prononcé le mot tabou avec une cérémonieuse solennité, articulant soigneusement les syllabes, accentuant les voyelles longues. Ils y avaient associé les meurtres, la torture, la magie noire, qui accompagnait en pensée l’invocation macabre. En faisant ainsi du nom un symbole de la peur ressentie, un symbole de l’acte de révolte effectué en brisant ce tabou. Créant bien malgré eux le mythe -Lord Voldemort-. Le mythe de la peur sourde, insidieuse, visible nulle part, présente partout.


Car pour eux, Lord Voldemort n’était que l’écho atroce d’une bataille sanglante et mythique, n’était que des titres de presse retraçant des massacres indescriptibles. Lord Voldemort était une menace, une épée de Damoclès au dessus de leur nuque, dont on ne pouvait pas se défaire. Un nuage noir au dessus de la tête de chaque sorcier. Un nuage insaisissable, donc invincible. De pure terreur paralysante.

C’est bien pour cela que Dickens, et les trois autres ressentirent une de ces foudroyantes prises de conscience, comme ils allaient en endurer encore et encore en côtoyant Harry.

Ils prirent conscience de l’incroyable avance que ce gosse incompréhensible avait sur eux.

Dans l’esprit d’Harry Potter, Lord Voldemort n’était pas un mythe.
Ce n’était pas une crainte, une peur indicible, un cauchemar sans nom.

C’était une personne, un humain, ou presque. Un visage, une voix, des yeux, des gestes, des tics, des souvenirs. Un type répugnant et dangereux, mais un type. Pas un demi-dieu invincible venu tout droit des enfers pour écorcher vif tout ce qui se dressait sur son passage. Lord Voldemort était un corps physique, qui, bien qu’éventrant vif tout ce qui se dressait sur son passage, restait affrontable. Et qu’il avait affronté. Avec succès.

Harry Potter n’avait pas peur du nom de Lord Voldemort. Parce qu’il connaissait Lord Voldemort. Pas seulement le nom, mais l’être. Intimement. Sa vie, ses sentiments, ses pensées, ses actes. Ses peurs. Ses hontes.

Et l’idée même de connaître intimement une monstruosité telle Lord Voldemort emplissait Dickens, Crews, Perkins et Coote d’une peur panique, une peur effroyable et irrépressible. Et ils contemplaient Potter sans comprendre comment ce gamin loin d’être adulte avait pu endurer un tel supplice. Et s’en sortir vainqueur, sans aucun dommage. Comme une fleur.

Enfin.
Comme une fleur.
Tout était relatif.



« Lord Voldemort, répéta en echo Dickens. Bien. Vous savez sans doute qu’il n’existe pas de Lord dans la société magique anglaise.

Ce titre, issu de la hiérarchie sociale moldue, a été bannie de nos structures sociétales il y a des siècles, quand le mépris envers le non-magique se répandit dans les familles de sorciers. Dans notre Etat magique, il n’existe pas de noblesse officiellement instituée. La richesse familiale, le poste des membres vivants de la famille concernée, voilà quelques uns des différents éléments qui décident de la place de quelqu’un au sein de notre société. Avec, pour certains, evidemment, la généalogie, pour le dire vulgairement « la pureté du sang », qui peut être « entachée ».

Ainsi, la place sociale d’une famille magique n’est pas héréditaire. Les actions d’un fils peuvent jeter le déshonneur sur une famille, tout comme redorer le blason d’une lignée jugée indigne par ses contemporains.

Un titre de noblesse moldu est héréditaire. On est duc, comte, lord, de père en fils.
Vous remarquerez que pour se qualifier, Lord Voldemort, anti-moldu, anti-né-moldu, leader d’une idéologie pro-lignées de sang pur, a choisi un titre moldu, un titre s’inscrivant ordinairement dans une hérédité précise.

Ces éléments sont, comme nous allons le voir, des clefs pour comprendre cet être que bien peu connaissent personnellement. »


Dickens marqua une pose et contempla ses étudiants. Les « autres », captivés, prenaient assidument des notes. Jamais l’idée d’analyser le nom pour comprendre l’être ne les avait effleurés… Quant à Potter… Eh bien Potter le regardait fixement, les paupières légèrement tombantes. Rien ne l’étonnait. Dickens sentait que le garçon savait parfaitement vers quel développement son professeur se dirigeait.

Ainsi, nota Dickens, la lutte que Potter avait menée n’avait pas été de pure forme. Il ne s’était pas contenté de survivre, de fuir, de revenir au bon moment, de s’appuyer sur les meilleurs éléments de son entourage. Il avait soigneusement étudié son ennemi mortel pour savoir comment et où frapper. Méthodiquement.

Dickens se demanda une seconde comment Potter avait appris à connaître Voldemort. Lors de leurs rencontres ? Par Dumbledore ? Avait-il instinctivement deviné à qui il avait à faire ? Le garçon n’avait tout de même pas pu avoir un accès direct à l’esprit du mage noir, à ses souvenirs, à son âme. Ce genre de choses n’existait pas, même par Légilimancie. Dickens chassa cette idée saugrenue d’un revers de la main et repris le fil de son discours.



« Lord Voldemort est un titre usurpé. Et Voldemort n’est pas le patronyme du mage noir. Ce n’est qu’une création inspirée de la langue française, choisie pour sa signification macabre, révélant le goût du spectacle de notre… homme.
Vous allez vite comprendre pourquoi Voldemort avait besoin d’un tel titre. Son véritable nom est d’une affolante banalité. Rien qui n’inspire la peur. Le sorcier moyen aurait plutôt tendance à le railler gentiment.

Lord Voldemort se nomme en réalité Tom Elvis Jedusor. Ce nom a été fourni par Albus Dumbledore, et a été vérifié par le service des Aurors.
Si vous n’avez jamais entendu ce patronyme dans le monde sorcier, c’est tout à fait normal. »


Nouvelle pause.
Regards braqués, et sourcils relevés par l’interrogation.


« Lord Voldemort, alias Tom Elvis Jedusor, était d’origine moldue.»



Il y eut un flottement sur le banc des aspirants, le temps que l’information fasse son chemin jusqu’aux cerveaux, et que l’énormité du paradoxe leur saute enfin aux yeux.
Il y eut quelques murmures d’incompréhension, les regards se tournèrent de nouveau vers Harry. Mais Dickens reprit bien vite.

« Son origine moldue explique l’utilisation d’un titre moldu. Comment savons nous que Jedusor était d’origine moldue ?

Pour commencer, les registres de Poudlard indiquent que Jedusor a passé son enfance dans un orphelinat anglais, que sa mère est morte là-bas en couche, sans avoir fait montre d’aucun signe de magie, ne lui laissant que le nom de son père. Le nom de sa mère est resté inconnu. Jedusor a bénéficié des bourses de Poudlard durant toute sa scolarité. Tom Jedusor est, comme je viens de vous le dire, le nom de son père. Elvis était selon les notes de l’orphelinat le prénom du grand père maternel inconnu de Voldemort.

En 1941, l’été de la cinquième année de l’élève Tom Jedusor, trois meurtres de nature magique, par Avada, sur des moldus châtelains, ont été commis dans le village de Little Angleton. Les propriétaires du manoir se nommaient Monsieur et Madame Jedusor. Ils ont été assassinés avec leur fils, d’une trentaine d’année. Nommé Tom Jedusor. La ressemblance physique entre les photos du père adolescent, et les photos du jeune Tom Elvis Jedusor ne laisse aucune équivoque possible. Lien de filiation est indéniable. Tout laisse à croire que le jeune Tom Elvis Jedusor a assassiné la seule partie connue de sa famille, son père et ses grands-parents paternels, tous moldus, à l’âge de 15 ans, par sortilège impardonnable. »

Si Crews, Perkins et Coote prenaient encore des notes, ce n’était plus qu’un geste machinal. Yeux exorbités, bouches ouvertes, mines ébahies…

« Vous pouvez appréhender ici tout d’abord l’incroyable précocité magique d’un étudiant nommé Préfet puis Préfet en Chef, major de sa promotion, apprécié par l’ensemble du corps enseignant de l’époque. Un étudiant orphelin modèle capable de lancer des Avada Kedavra, et qui, loin d’éprouver de la joie lors des retrouvailles avec les membres disparus de sa famille, les assassine froidement. Tom Jedusor, qui se présentait sous les traits d’un adolescent poli, agréable, serviable, semble n’avoir jamais été doué d’humanité.

Comment un étudiant élevé dans le monde moldu, né d’une lignée paternelle moldue, a-t-il pu atterrir dans la maison très sélective qu’était Serpentard ? A l’heure actuelle, nous n’en savons rien. »

Dickens soupira, et ficha son regard dans celui de Potter. Ce n’était pas pour se montrer suspicieux, méfiant ou accusateur. Juste pour se préserver de toute accusation d’hypocrisie.

« Albus Dumbledore, appuyé ensuite par les déclarations de Monsieur Potter ici présent, ont affirmé que Tom Elvis Jedusor était l’auteur des crimes commis dans l’enceinte de Poudlard à cinquante ans d’intervalle au nom de Salazar Serpentard, à l’encontre d’enfants d’origine moldue, plus connus sous le nom de « légende de la Chambre des Secrets ». Et ont par-là même avancé l’affirmation que Tom Jedusor était le descendant direct du fondateur de Poudlard Salazar Serpentard. »

Les regards des aspirants se détachèrent enfin de l’orateur pour de nouveau se reporter sur Potter, qui resta totalement impassible. C’était comme si son nom n’avait pas été prononcé, ni ses paroles mises en doute.

« Les vérifications très pointues (toujours, quand cela concernait Voldemort) qui ont suivies cette affirmation sont formelles. Jamais la lignée des Jedusor n’a connu de sorciers. Alors quoi ? J’attire de nouveau votre attention sur la mère du Lord, dont nous ne savons rien, si ce n’est qu’elle est morte en couche. Une sorcière aurait eu recours à des soins magiques. Etait-elle une moldue ? Une Cracmol ? Une sorcière recluse ? Une descendante de Serpentard, éduquée dans l’idéologie propre à ce fondateur, aurait-elle laissé son enfant à une institution… moldue ?

La lignée des Serpentard s’est perdue dans les tourments des arbres généalogiques il y a maintenant quelques siècles. Aucune preuve ne peut donc être apportée à l’affirmation avancée par Dumbledore. Evidemment, sans preuves, aucune réfutation non plus.

L’utilisation du titre Lord s’explique par l’origine en partie moldue du mage noire, ce qui a forcément marqué sa culture, mais aussi et surtout par son vraisemblable souci de se trouver une généalogie, une hérédité, dont il soit fier. Mais il ne se cherchait pas une hérédité pour se reconnaître dans un patrimoine familial, pour se chercher des repères, comme l’aurait fait n’importe quel orphelin. Il désirait simplement asseoir une autorité, une supériorité dans son statut, influencé qu’il était par les courants de l’époque, qui décrétait qu’une bonne place dans la hiérarchie sociale et la pureté du sang étaient des nécessités irréfutables à la réussite sociale et magique.

Tom Elvis Jedusor était un élève ambitieux et avide sous son apparence douce. Envoyé à Serpentard, pour dominer suffisamment ses camarades de classe, il lui fallait une ascendance « noble », de sang pur. Ne pouvant se trouver un nom digne de lui, il s’en est créé un. N’ayant pas de lignée déterminant son statut social, il s’est attribué le titre ancré dans le folklore anglais du Lord, en veillant à en effacer toute connotation moldue.

Capacités exceptionnelles, soif de pouvoir, connaissance très précise de la magie noire et pratique de celle-ci sans aucun scrupule ou éthique, hypocrisie, manipulation, et art du spectacle. Voilà quelques mots pour décrire Tom Elvis Jedusor à sa sortie de Poudlard. Et à l’époque, il n’était pas encore devenu le Lord Voldemort que l’on connaît. »


Perkins déglutit. La société magique du Royaume-Uni avait-elle jamais eu une chance face à un tel spécimen ?

Crews regardait sur son parchemin soigneusement calligraphié les mentions « serpentard » « orphelin » et « ascendance magique inconnue ».

Elle raya rageusement la mention « Lord Voldemort, un destin de mage noir tout tracé ? » qu’elle avait rapidement ajouté dans la marge. Le destin de Voldemort n’avait rien de tracé, de pré-écrit. Il l’avait choisi, construit. Elle en était la preuve vivante. Même origine fumeuse, mêmes doutes sur son identité.

Mais elle, elle ne rêvait que d’une chose : connaître ses parents, peu importe qui ils étaient. Peu importe leurs origines. Lui les avait trouvés. Et les avait tués. Avec un sort impardonnable. L’idée même d’un sort impardonnable donnait la nausée à Crews. Elle avait vécue dans le même bain idéologique putride que lui, à Serpentard, mais, elle, elle avait choisi l’éthique et la droiture. La vie de Lord Voldemort ne se résumait pas à des prophéties inéluctables. C’était une série de choix conscients et confirmés. Il n’y avait rien de commun entre elle et lui. Absolument rien.


Coote lui se demandait si Potter savait qui était la mère de Jedusor. S’il savait si le mage noir était effectivement relié à Serpentard. Si Potter savait si l’inhumanité de Jedusor faisait intrinsèquement partie de sa personne, ou si elle lui avait été marquée au corps par des évènements dont la société magique ne savait rien. Qu’est ce que Potter savait, bon sang ? Pourquoi ne livrait-il pas tous ses renseignements, maintenant que le mage noir était trépassé ?
Harry lui, regardait son parchemin. Ainsi voilà tout ce que savait la société magique sur les origines de Voldemort. C’était à la fois beaucoup et très peu.



« A la sortie de Poudlard, on perd rapidement la trace de Jedusor. On le retrouve là où on ne l’attend pas : vendeur chez Barjow et Beurk, boutique de magie noire qui sévit encore aujourd’hui sur le chemin de traverse.

- Monsieur ? Si cette boutique est connue des services des aurors, pourquoi l’ont-ils laissée ouverte ?

- Parce que Barjow et Beurk ne sont pas avares de renseignements. Ce sont des hommes d’affaires. On les laisse poursuivre leur business, et en échange, ils permettent aux aurors d’avoir un œil ouvert sur les divers trafics d’artefacts maléfiques. Il faut mieux que ce trafic se fasse sous l’œil averti des aurors, qu’autre part, sans aucun contrôle d’aucune sorte. »

Dickens vit Potter relever la tête. Une réaction s’affichait enfin sur son visage. Regard pensif, et rides de contrariété sur le front.
- Quelque chose à ajouter, Monsieur Potter ?
- Barjow et Beurk donnent aussi des informations aux mangemorts concernant les aurors. Cela ne contrarie pas le ministère ? Durant l’année que vous appelez « noire », et même bien avant, même si c’était en partie sous la contrainte, ils étaient clairement du coté de Voldemort. Sans leur collaboration avec les aurors, aucun mangemort n’aurait pénétré dans l’enceinte de Poudlard en juin 1996, et Albus Dumbledore ne serait pas mort. »

Du moins pas encore mort. Il aurait eu quelques semaines de répit. Peut-être assez pour remettre la main sur quelques Horcruxes de plus, et le temps de préciser à Harry que celui-ci était supposé se laisser tuer par Tom, sans envoyer mourir dans un combat vain des adolescents de 16 ans plus habitués à développer des photos magiques qu’à affronter des tueurs en série.

« Qu’est ce qui vous fait dire ça, Monsieur Potter ? »
Harry retint un soupir. Il retira ses lunettes, et il passa une main lasse sur son visage crispé.
« Les Aurors n’auront qu’à interroger Barjow, Burke, Draco Malfoy, et les quelques mangemorts qu’ils ont capturés. C’est leur boulot non ? Puisque de toute façon, tout ce que je dis est considérer comme la dangereuse affabulation d’un malade mental. »

Un silence pesant accueillit ces mots.
Dickens réagit. Le ton fut sévère, âpre, mais ouvert à la discussion.

« Vous êtes aussi prompt au préjugé, Monsieur Potter. Je n’ai jamais laissé entendre que votre témoignage était l’affabulation d’un malade mental. Au contraire. Nous parlions de Barjow et Beurk, et vous semblez avoir des informations. Chez les Aurors, quand on fait part d’une indication, on précise sa source, ou le contexte dans lequel on l’a obtenue. Alors je vous invite à préciser votre propos. »

En deux phrases hachées, Harry résuma le plan désespéré de l’armoire à disparaître et l’entrevue entre Beurk et Malfoy dans le magasin, durant l’été 1996, dont il avait été témoin avec Ron et Hermione.

« Merci Monsieur Potter. Je ferais part de ceci à un officier des Aurors, qui ira vérifier dans les archives si les aurors étaient ou non au fait de cet épisode. Revenons à présent à Jedusor. Nous perdons sa trace de nouveau après cette étrange étape de son… projet professionnel.

Et on ne retrouvera jamais sa trace.

Quel fut son chemin sur la voie de la magie noire ?
Qui rencontra-t-il ?
Quand Tom Elvis Jedusor disparut-il pour laisser définitivement la place au funeste Lord Voldemort ?
Comment Voldemort rassembla-t-il ses premiers fidèles ?
Quels furent ses premiers crimes ? Quels sorciers tombèrent en premier sous ses sorts ?
Quels pays arpenta-t-il en quête de pouvoir ?
Quand ce sang-mêlé commença à camoufler ses agissements sous la couverture d’une idéologie raciale nauséabonde ?
Quand le nom de Voldemort commença à être craint ? A être tû ?

Trente-huit ans séparent le jeune et brillant diplômé sorcier du mage noir invincible qui tomba à l’automne 1981.
Que s’est-il passé durant ces trente-huit années ?

La seule source que nous avons concernant les agissements de Lord Voldemort reste… Albus Dumbledore. Source contestée depuis la mort de ce dernier. Et à vrai dire, Dumbledore n’a jamais apporté la moindre preuve à ses propos. Non pas que les aurors en ait réellement demandées…

Nous savons que Lord Voldemort a commencé à rassembler des fidèles au début des années soixante-dix. Et il n’a jamais arrêté. C’est entre 1970 et 1979 qu’il recruta les sorciers qui allaient être ses plus fidèles mangemorts. Bellatrix Black, Rodolphus et Rastaban Lestrange, parmi des dizaines. »



Les trois mangemorts qui avaient torturés les Londubat jusqu’à ce qu’ils en perdent la raison.
Les trois qui s’étaient échappés d’Azkaban en janvier 1996.
Les trois qui étaient au département des mystères.
Harry reposa prudemment sa plume avant qu’elle ne soit complètement broyée entre ses doigts. Cela aurait fait désordre.



« Les assassinats commencèrent à aller croissant. A ce moment là, Tom Elvis Jedusor avait cessé de se contenter d’être le mage noir le plus puissance de la décennie, voir du siècle. Il voulait avoir le pouvoir. Contrôler le monde magique. Et il commença par s’attaquer à l’Angleterre.
Semaines après semaines, mois après mois, il noyauta toutes les guildes magiques. Toutes les places fortes du Royaume-Uni, le ministère de la magie en tête de liste. Mois après mois, le nombre de disparitions, ou au contraire de corps retrouvés, morts, s’envola.
Des années de pures terreurs s’engagèrent. Le ministère résistait tant bien que mal. La rue, le soir, était arpentées par des silhouettes noires. Les aurors étaient débordés, et infiltrés.

Evidemment, il a fallu des mois à Voldemort pour se glisser insidieusement dans chaque administration magique.

Il devait rester invisible, et faire de ses sbires des fantômes insaisissables. Il fallait les former, les organiser. Même pour un mangemort, mettre un employé du ministère sous imperium de façon indétectable demande des semaines de travail. Et encore d’autres semaines avant de commencer à guider la marionnette sans attirer l’attention. Le culte du secret, qui empêchait le ministère de frapper directement l’ennemi, ralentissait aussi considérablement Voldemort.
Le processus s’était engagé au début des années soixante-dix. Il toucha au but au début des années quatre-vingt.
Mais à partir de 1979, la marge d’action de Voldemort commença à se rétrécir. Un groupe de résistants, menés par Albus Dumbledore, commençait à contrer ses actions. On ne connaît pas encore aujourd’hui le nombre exact de ses résistants, ni leurs identités. Ces résistants se regroupaient sous le nom d’Ordre du Phénix.
Voldemort fut contraint de revoir ses priorités. D’abord, anéantir le groupe adverse. Ensuite, reprendre son ascension invisible vers le pouvoir. »

Dickens fit une longue pause. L’amphithéâtre plongé dans la pénombre resta silencieux, pendu à ses lèvres muettes.
« Et puis à partir de l’été 1981, les enquêtes maigres et avortées des aurors témoignent d’un nouveau changement de cap. Les aurors n’attaquaient plus pour tuer, pour manipuler, mais pour rechercher des informations. Une information, dont nul ne comprenait la portée. L’ensemble des mangemorts, des infiltrés dans toutes les strates sorcières, se mirent à la recherche de trois personnes. »




Les plumes s’arrêtèrent de gratter le parchemin. Perkins, Crews et Coote avaient déjà compris.

« On ne sait toujours pas pourquoi Voldemort considéra les Potter comme les ennemis à abattre, avant même Dumbledore. On ne sait pas ce qui le mit soudainement sur leurs pistes. On ne sait pas ce qu’en savait Dumbledore, mais il prit visiblement cette menace bien plus à cœur qu’aucune autre. Les membres de l’Ordre du Phénix, auquel les Potter semblaient prendre une part active, étaient menacés plus qu’aucun autre sorcier. Ce qui ne les empêchait pas de se battre, de se tenir sur le front de guerre.
Subitement, la protection des Potter fut la priorité absolue.
Ils disparurent de la circulation. Plus personne n’entendit parler d’eux à partir de début juillet. »

Harry n’écoutait plus que d’une oreille l’histoire de sa propre famille.
Il savait déjà ce qu’il s’était passé. Ses parents et lui s’étaient cloitrés dans des lieux cachés, secrets. Protégés.

Crews, Coote et Perkins pensaient à la même chose, ce qui les concernant, était particulièrement inhabituel.

Voldemort n’avait pas tué les Potter comme n’importe quel opposant à sa domination sanglante. Il les avait traqué plus que quiconque. Pour les parents Potter, ou pour le bébé ? Avait-il dès le début reconnu dans un poupin braillard son rival, le plus grand des dangers qui le guettaient ?

Harry était-il vraiment l’élu ?

Pour Hermione Granger et Ron Weasley, cette information avait été appréhendée, intériorisée, plus classée comme n’importe quelle autre. Au final, elle n’avait pas changé grand chose à leur situation. Mais pour les sorciers, un simple oui ou non pouvait faire basculer une société prête à se reconstruire dans la plus effroyable des démences.

Car l’hypothétique réponse à cette question avait nourri durant des mois l’espoir fou et fragile de milliers de sorciers. Si aujourd’hui, ils apprenaient que, non, Potter n’était qu’un sorcier comme les autres, qui était toujours au mauvais moment au mauvais endroit, avec une chance felixienne à toute épreuve, ils réaliseraient aussi que durant des mois, ils avaient suivi une chimère. Qu’ils s’étaient peut-être jetés à corps perdus dans une bataille sans aucun espoir fondé de réussite. Qu’ils auraient pu tout perdre.
Le gouffre. La terre qui se dérobe sous les pieds, voilà ce que ressentiraient les sorciers si on clamait que Potter n’avait jamais été élu de quoique ce soit, s’ils imaginaient le désastre que tout aurait pu être...
Ils auraient en eux en permanence un sentiment inéluctable de peur en l’avenir, de méfiance envers le Sorcier, l’Homme, et la magie, forcément destructrice, en général.

Se dire qu’Harry Potter était l’élu, c’était avant tout pour eux, se dire que si les Sorciers regorgeaient de raclures infâmes, il existait aussi des lumières dans l’obscurité, qui resteraient toujours pour les guider, quoiqu’il survienne. Des messies.

Démontrer que l’Elu Potter n’était qu’un mythe inventé par la rumeur populaire, c’était souffler d’un coup toutes ces pauvres lumières éparses. Plonger tout le monde dans le noir, et le laisser hurler de terreur. C’était assurer qu’un jour ou l’autre, les massacres reprendraient, et que cette fois-là, aucune entité supérieure ne viendrait pour les sauver. C’était les plonger dans l’attente de ce jour funeste.

Harry était-il vraiment l’élu ?
Qu’Huffman coche la case « Oui » et Coote, Perkins et Crews avaient un avenir, un destin, et avec eux toute la sorcellerie.
Qu’il coche « non », et tous ne seraient plus que des fétus de paille paumés dans le grand univers, absolument vains.





« Les meurtres continuaient, mais étaient maintenant entièrement tournés dans l’unique objectif de retrouver les Potter.

Tout ce que je vous dis résulte d’analyses postérieures.
A l’époque, bien sûr, personne au ministère, n’avait saisi cette nouvelle logique. C’est devenu clair des années après.
Le 31 Octobre 1981, Lord Voldemort trouva la cachette des Potter. »

Dickens se sentait cerné. Et voilà. Voilà qu’il parlait du meurtre de deux parents devant leur propre enfant. Et pas n’importe quel gamin. Harry Potter.
Huffman s’arrêta une énième fois. Par humanité, cette fois. Il se tourna vers le seul survivant de ce massacre connu de chaque sorcier en vie aujourd’hui dans le monde.

« Vos trois compagnons doivent savoir ce qu’il s’est passé précisément, mais compte tenu de ce que vous avez vécu, ces derniers jours…
- Ces dernières, semaines, mois ou années… » L’interrompit Potter en planta ses yeux dans ceux de Dickens.
Dickens s’arrêta, décontenancé. Mais Potter n’ajouta rien. Il reprit, en essayant difficilement de faire abstraction de l’absurdité de la situation. Lui, Huffman Dickens, avait cette conversation là, avec… Harry Potter. Mais il reprit.
- Compte tenu de ce que vous avez vécu, je comprendrais s’il est trop difficile pour vous que j’en parle en votre présence. »

Harry ne s’attendait pas à cela. De la considération. Pas de la pitié, pas un traitement de faveur, ni de la gêne, ou encore moins de la raillerie. Juste de la considération. Du respect pour l’être humain doué de sentiment qu’il était. Qu’il était censé être.

« Vous pouvez continuer. Je sais ce qu’il s’est passé.
- Je m’en doute, Monsieur Potter. Mais ça peut être perturbant d’apprendre des détails concernant le… meurtre de ses… parents dans un cours d’histoire, de la bouche d’un professeur inconnu, et qui plus est, devant vos camarades.
- Ce n’est pas perturbant, si c’est vraiment ce qui vous inquiète. Et… »

Harry fit une pause. Il chercha ses mots. Il ne pouvait s’empêcher de rectifier cet homme. Parce que son orgueil le lui soufflait. Parqce qu’il ne voulait pas paraître ignorant, diminué. L’instinct de survie qu’il s’était construit mois après mois, année après année, le poussait à se présenter comme fort. Dominant la situation.
Traversant un feu noir vers la Pierre Philosophale, s’engageant dans la Chambre des Secrets, affrontant les détraqueurs, le tournoi des trois sorciers, fonçant au département des mystères. Tournoyant dans la Grande Salle du même pas que Lord Voldemort et ordonnant à tous les autres de ne pas bouger, de le laisser se battre. Lui. Car c’était Son combat. Car Il Savait Ce Qu’il Fallait Faire.
Dominant la situation.
Mais d’un autre côté, il avait décidé de ne pas faire de vagues. De laisser derrière lui le passé extraordinaire d’Harry Potter l’Omniscient Qui Avait Vaincu Lord Voldemort. Et se mettre en avant devant son tout premier professeur, dans son tout premier cours, en affirmant savoir plus et mieux que les autres, n’était pas forcément le comportement qu’on pouvait attendre d’un étudiant décidé à faire « profil bas ».
Mais après tout, en toute honnêteté, il savait effectivement plus et mieux que les autres, concernant ce dont ils étaient en train de parler. Alors baste.

« Et je doute d’apprendre ici des détails concernant ce qu’il s’est passé le 31 Octobre 1981 à Godric’s Hollow, Monsieur. Je m’en souviens. J’étais là.
- Mais tu avais un an, intervint Perkins, qui n’avait visiblement pas pu retenir sa langue plus longtemps. Tu ne peux pas te souvenir de tout.
- Je n’ai jamais dit que je me souvenais de mes propres souvenirs », lâcha énigmatiquement Harry, avant de se tourner de nouveau vers Dickens : « Comme je le disais, vous pouvez continuer à expliquer ce qu’il s’est passé. Cela n’est pas… perturbant. »

Tous fixaient Harry. Coote se dit que cette année à côté d’un tel phénomène allait être mortelle. Selon quel sens, là était la question.

« Bien. Hum. Où en étais-je… reprit Dickens en jeta un regard un peu perdu à ses notes.
- Au meurtre des Potter, lança une voix joyeuse.
- Merci, heu… Mademoiselle Crews. Le 31 Octobre 1981, Lord Voldemort trouva la cachette des Potter. Il tua James et Lily Potter, les… parents de Monsieur Potter ici présent – ici, Dickens se jura solennellement de faire chèrement payer à Godwin de l’avoir foutu dans un merdier pareil – et essaya de faire de même avec Monsieur Potter. Il... n’obtint pas le résultat escompté. Pour des raisons encore obscures, le sort de mort, l’Avada Kedavra, lui fut retourné. Pour des raisons encore obscures, il ne succomba pas non plus à ce sort. Il… disparut, son esprit, selon les suppositions d’Albus Dumbledore, vidé de toute substance physique, donc de son corps, mais toujours pourvu de substance magique. Une sorte de… volonté pure se maintenant par… magie. Le souffle de l’explosion éventra le Manoir Potter, et pour des raisons toujours aussi obscures, ne blessa pas le moins du monde Monsieur Potter, alors âgé d’un an. »

Perkins avait levé la main.
« Sait-on comment Voldemort a retrouvé la trace des Potter ?
- Pour être honnête… non, annonça Dickens en s’humectant les lèvres. Disons que la version officielle est bonne à mettre à la poubelle, mais que les… démarches juridictionnelles pour la corriger n’ont pas encore été mises en œuvres.
- Pourquoi ? Demanda Crews en fronçant les sourcils.
- Parce que, intervint de nouveau Potter à la surprise de tous, la vérité n’est rétablie que par ceux qui la considèrent comme importante. Ceux aux yeux desquels elle compte. Dans cette situation précise, la vérité compte aux yeux de la personne que le rapport officiel a lésée. La version officielle a fait emprisonner à Azbakan durant douze ans un innocent, et il est considéré comme fugitif par le ministère et la loi depuis qu’il s’est enfuit de cette prison alors qu’il était condamné à perpétuité.
- Et cette personne, pourquoi n’a-t-elle pas engagé des démarches pour faire valoir son droit d’être libre ? » Demanda Coote en fronçant les sourcils.

« Parce que Sirius Black a été tué il y a deux ans en se battant contre des mangemort », répondit Harry sans qu’aucune émotion ne se laisse entendre dans le timbre de sa voix.
« Être libre, c’est tout de suite moins important, quand on est mort. »





« Lord Voldemort manqua à l’appel durant treize ans. Il « renaquit » en juin 1995, entouré de ses mangemorts, et grâce à l’action de ses mangemorts. Le seul témoin de cette résurrection, qui ne soit pas un mangemort, est une nouvelle fois Monsieur Potter ici présent.
Le retour de Voldemort était censé se faire dans la plus grande discrétion. La survie d’un témoin a contrecarré ses plans, et son retour a été rendu public par Potter et Albus Dumbledore.
Cependant, Cornelius Fudge, le ministre de la magie en poste à l’époque, considérant l’annonce de Dumbledore comme une basse manœuvre politique destiné à lui voler son haut poste, a entamé une campagne visant à discréditer Albus Dumbledore. Le ministère s’est appuyé sur son service de presse officieux : La Gazette du Sorcier, qui s’est évertué à réduire la sagesse du vénérable sorcier en sénilité délirante, et à jeter le trouble sur la réputation de Monsieur Potter, dont la personnalité est toujours restée mal-connue du grand publique, pour le faire passer pour un semi-délinquant instable et mythomane. »

Ils retenaient tous leur respiration.
Mais Potter, cette fois-ci, se tint coi. Que pouvait-il ajouter, de toute façon ? Il ne pouvait nier que son comportement ne le faisait pas exactement passer pour le type le plus stable et saint d’esprit du monde.

« Le retour de Lord Voldemort a été rendu officiel, puisqu’alors indéniable, en juin 1997, lors que le ministère, et plus particulièrement, le Département des Mystères, fut l’objet d’une…
D’une… »

Dickens soupira. Boulot de merde.

« Bon, on ne sait toujours pas ce qu’il s’est passé. Des mangemorts et des membres de l’Ordre du Phoenix, ainsi que six étudiants de Poudlard s’y sont affrontés une nuit. On ne sait pas comment ils ont pénétrés à l’intérieur du ministère, on ne sait pas pourquoi. Les membres de l’Ordre du Phoenix se sont volatilisés avant qu’on puisse les identifier. On ne sait pas exactement combien de mangemorts s’y sont retrouvés. Beaucoup furent démasqués et durent prendre la fuite : Lucius Malfoy, Crabbe senior, le patriarche des Goyle, Walden Macnair, et encore Mulciber…

Voldemort s’est lui aussi retrouvé au ministère, et y a été reconnu par les employés du Ministère et Fudge lui-même, qui arrivaient au petit matin pour travailler. Voldemort s’est battu devant tout le monde contre Albus Dumbledore, ce qui a redonné à ce dernier toute sa crédibilité. En ce qui concerne les six élèves de Poudlard présents, leur présence a été tûe au possible par le ministère, les aurors et Dumbledore.

Monsieur Potter y a été clairement reconnu par les employés du ministère. Il n’est pas difficile de déterminer quels furent vos acolytes, Monsieur Potter. Hermione Jane Granger, Ronald et Ginevra Weasley, Neville Frank Londubat et Luna Lorca Lovegood.

Pourquoi aller au département des mystères ? La raison de cette bataille, responsable de gravissimes dommages aux diverses recherches effectuées alors – Harry eut le souvenir fugace de Ron, ligoté par des cerveaux gluants, et du mangemort pris dans une cloche temporelle, qui s’était vu affublé d’une tête de bébé rougeaude – a été gardée très précieusement par Dumbledore.

Il a néanmoins transpiré que les mangemorts cherchaient à mettre la main sur une prophétie concernant Lord Voldemort et Harry Potter. De là, les rumeurs les plus folles et les inepties les plus aberrantes furent élaborées : l’idée faisait de Monsieur Potter « l’élu destiné à mettre à bas le Seigneur des Ténèbres » commença à se répandre.

Je commence à me fatiguer de le répéter sans arrêt, mais on ne sait toujours pas, à l’heure actuelle, de quoi il en retourne réellement. »



« Et tu l’es ? L’élu ? » Demanda Crews sans préavis. Mais après tout, c’était le moment où jamais, non ?

Car on y revenait encore et toujours.

La température de la salle chuta de quelques degrés supplémentaires, au désespoir du professeur qui se dit une énième fois que ces cours allaient effectivement être très très longs.
Harry se tourna lentement vers elle, et après l’avoir dévisagé avec, selon Coote, mais comment pouvait-il en être sûr ?, une lueur de mépris dans le regard, il répondit.

« Qu’est ce que tu peux en avoir à faire ? Voldemort est mort.
- Peut-être que nous avons le droit de savoir avec qui nous allons passer ces prochains mois…
- Eh bien, justement, il te reste tellement de temps pour apprendre à me connaître, pourquoi gâcher la surprise en dévoilant tous les secrets dès le premier jour ? Railla Harry.
- Parce que je doute que tu restes ici aussi longtemps que prévu, Potter ! Je rentabilise les douloureuses secondes passées en ta présence !
- Crews, et si tu gardais ta langue fourchue dans le trou à immondice qui te sert de bouche ? Il y en a que le cours intéresse… » Lâcha Coote, qui se retenait visiblement à grand peine d’écraser le joli minois de sa vieille amie contre l’ébène de leurs tables.

Perkins les considéra tous tour à tour, et lâcha, tandis qu’Huffman listait dans sa tête les façons les plus rapides et indolores de se suicider :

« Je sais pas vous, mais je suis persuadé que nous allons vite devenir de grands amis. »

Avant que cela ne tourne au massacre généralisé, Huffman reprit la parole, non sans bafouiller légèrement.

« Le retour avéré de Voldemort signa la fin abrupte de la carrière de Fudge. Fut nominé à sa place Rufus Scrimgeour, qui paya ce poste de sa tête douze mois plus tard. Voldemort disparut de la circulation, mais les meurtres « inexpliqués » reprirent, la marque des ténèbres réapparut dans les nuages, chaque jour, les commerçants du chemin de traverse se firent cambrioler et kidnapper par des mangemorts encapuchonnés. Le ministère fut évidemment infiltré, et comme plus d’une décennie auparavant, la confiance se tarit entre les membres de la communauté magique. Mais vous avez-vous-même connu cette période.

Nous avons là le modèle classique des manœuvres de Voldemort. Il est partout, mais invisible, les opposants ne savent pas où frapper pour le combattre. Les mangemorts sont visibles partout dans les rues, mais à moins de les abattre, on ne peut les reconnaître, donc trouver des moyens de pression contre eux…
La population se méfie de ses voisins, de ses amis, de ses institutions. La menace de l’imperium plane et personne n’est jamais à l’abri nulle part.

La mort d’Albus Dumbledore, que nous aborderons plus tard, donne le coup d’envoi des actions à grande envergure des mangemorts. Assassinats et kidnappings en série, main mise sur le ministère, massacres de moldus, déportation de né-moldus, fichage des sorciers sang-mêlés et des ainsi nommés « traitres à leur sang »… Toute personne suspectée de conspiration ( !) envers Lord Voldemort fut traquée, à l’instar du glacier parfaitement inoffensif Florian Fortârome. Toute personne pouvant être utile aux plans de Voldemort fut kidnappée, comme le fabricant de baguettes bien connu Ollivander.
Pius Thickness fut nommé Ministre de la Magie. Impérium ou soumission volontaire ? On ne sait pas de quoi il en retourne, mais il apparaît clair qu’il obéissait directement à Voldemort.

L’année Noire fut consacrée pour Voldemort à atteindre deux objectifs : retrouver Monsieur Potter, ce à quoi il ne parvint jamais, et asseoir son modèle sociétal basé sur la domination des sorciers sur les moldus, et des sangs-purs sur les autres sorciers, et autres créatures magiques.



Et puis, le 2 Mai, sans que rien ne puisse laisser deviner ce qui allait se passer, ni pourquoi, une majorité de mangemorts mit le cap sur Poudlard. Les aurors n’ont appris qu’après coup, des heures après la bataille, qu’exactement au même moment, Monsieur Potter venait d’arriver, par on ne sait toujours pas quel passage secret, à l’école. Que des élèves qui avaient résistés durant un an au joug de Séverus Rogue et de deux de ses professeurs, mangemorts, nommés par Voldemort pour contrôler l’école, et qui s’étaient terrés, on ne sait pas où ni comment, des mois dans l’enceinte du château, ont prévenus l’Ordre du Phénix que Monsieur Potter était subitement réapparu, et que l’affrontement tant attendu et redoutait semblait sur le point de se déclencher.

Une interview « furtive », non planifiée, prise sur le vif, fut réalisée le 3 Mai auprès de Minerva McGonnagall et de quelques uns des élèves ayant combattu à Poudlard. Les révélations faites lors de cette interview n’ont pas été confirmées officiellement. Vous faites dorénavant partie des aurors, et vous avez donc accès à quelques uns des secrets d’états. Je dois donc vous apprendre que Kinglsey Shakelbolt, notre ministre de la magie provisoire, a très secrètement demandé au bureau des aurors de considérer comme véridique l’intégralité des propos recueillis par la RITM, jusqu’à le résultat d’investigations plus précises. Cette information est bien entendue confidentielle, et il vous est interdit de la divulguer à qui que ce soit. Voici les Parchemins-Archivés de cette interview. Vous les lirez. »

Dickens leur distribua un rouleau à chacun. Coote décacheta le sien et lu les premières lignes. C’était bien ça. Ce Lee Jordan n’était pas un dangereux illuminé, comme il l’avait cru dans les premières secondes. Tout était véridique. Hallucinant.

Potter et Voldemort avait convergé en même temps vers Poudlard. Coote ne croyait pas à un hasard. Mais alors quoi ? Potter avait des espions chez Voldemort, pour prévoir ses plans ?

« Ah si. Lee Jordan fait allusion à des propos qu’aurait tenus Narcissa Malfoy. En raison de leur grande incohérence et du statut particulier de cette femme, aucune confirmation n’a été donnée par M. le Ministre. »

Donc rien ne prouvait que Potter ait survécu à un nouvel Avada Kedavra, conclut Coote.

Cette histoire était décidément un véritable foutoir. Combien de cadavres allait-on sortir de combien de placards ?

Dickens reprit.
« La Bataille de Poudlard a duré toute la nuit. Les membres de l’Ordre du Phoénix, les professeurs et… une trentaine d’élèves affrontèrent le gros des mangemorts.
On dénombre une cinquantaine de victime dans les rangs du « Bien ».

Je n’ai pas la liste des résistants tués. Ni celle des mangemorts abattus ou emprisonnés. On sait que des géants, des elfes de maison et des centaures se sont mêlés à la bataille.

A dix heures du matin, le 3 Mai, Minerva McGonnagall, Shakelbolt et quelques autres ont annoncés la mort de Lord Voldemort, tué par Monsieur Harry Potter. Devant le cadavre de Lord Voldemort et de nombreux Mangemorts, et la présence de mangemorts désarmés et blessés dans les cachots de Poudlard, les aurors n’ont pu que… Se plier à cette affirmation. Une cinquantaine de témoins a de plus, témoigné avoir vu de leurs propres yeux le duel magique entre Harry Potter et Lord Voldemort, remporté par Monsieur Potter ici présent.

Sainte-Mangouste accueillit de plus nombre de blessés. Minerva McGonnagall fut nommée directrice provisoire de Poudlard. Le Château ferma ses portes pour sa rénovation et nul ne put y accéder ou y pénétrer sans son autorisation de vive voix.

Monsieur Potter est resté invisible jusqu’à hier, à son arrivée chez les aurors. C'est-à-dire qu’à part pour les aurors, il est toujours invisible. Sa présence ici est classée confidentielle, et les aurors ne sont pas habilités à divulguer cette information. »





Ainsi, personne ne savait où il était. Mis à part Ron et Hermione – une ride apparut furtivement sur le front de Harry, seul signe visible qu’il pensait à ses anciens compagnons -, et sûrement G… Les Weasley et McGonnagall.

Ce constat était étrangement reposant. C’était comme si une porte venait de se refermer dans un claquement sec sur l’agitation extérieure et son brouhaha incessant, étouffant les cris et les piaillements d’une foule-sangsue.
Ses épaules se décrispèrent un peu. Il était presque en sécurité.

Ses pensées se tournèrent une fois de plus vers ses nouveaux compagnons de voyage.
Il devrait faire avec eux. Harry Potter avait disparu de la surface de la terre pour tout le monde sorcier, et les quelques moldus qui le connaissaient. Exceptés ces trois-là, qui allait le scruter chaque minute de chaque jour, comme s’il était une bête en cage susceptible de se jeter à tout instant sur ses compagnons d’infortunes pour les déchiqueter vivants.

Harry avait appris bien malgré lui qu’il ne fallait pas se fier aux gens du quotidien. Durant combien d’année, Pettigrew avait-il été l’heureux ami de Remus, Sirius et James ? Avant de leur planter une machette entre les omoplates.
Il avait cru pouvoir faire confiance à Xenophilius Lovegood, mais celui-ci, quelles qu’étaient ses raisons, l’avait trahi. Avait ainsi trahi tout ce en quoi croyait sa fille. La fidélité, la franchise et l’amitié.
Il avait cru pouvoir faire confiance à Dumbledore. Mais celui-ci lui avait caché la vérité jusqu’au bout, provoquant tant de morts inutiles.


Harry ne deviendrait pas ami avec Ben Coote, Dirk Perkins et Jo Crews.
Pour sa sécurité. Pour la leur.
Mais aussi parce que, concrètement, il ne savait pas qui étaient Ben Coote, Dirk Perkins et Jo Crews… Les mots de celle-ci résonnèrent dans sa mémoire. « Nous avons le droit de savoir avec qui nous allons passer ces prochains mois. »

Pouvait-il se permettre ne serait-ce que de leur tourner le dos ? De baisser sa garde devant eux durant quelques secondes ?
Et les aurors ? Les taupes devaient toujours roder, à bien y réfléchir. Un Avada Kedavra sous une table, et il était mort. Enfin, théoriquement mort. Dans son cas, la pratique se révélait régulièrement… surprenante.


Harry savait que malgré la mort de Voldemort, il devait continuer à se méfier de chaque personne dans son champ de vision, et encore plus de toute personne n’y figurant pas. Pourrait-il un jour se reposer sur ses deux oreilles ? Oui. Mort et enterré. En attendant…

Et puis il y avait autre chose. Qui transpirait de ce cours, et de la réaction des trois autres aspirants. Et de celle de Colleen, et de Savage. Quelque chose hurlé par tous les regards des aurors du Bureau, quand ils l’avaient aperçu et reconnu.

Ils voulaient savoir.
Ce qu’il s’était passé. Comment il avait fait. Pourquoi. Qui était-il. Les moindres détails morbides des combats. Les moindres secrets enterrés. Ils voulaient s’en repaître dans une orgie voyeuriste.

Jusqu’à ce que le dernier fait macabre ait été exposé et décortiqué, ils seraient là, volants comme des mouches autour de lui, en quête de quelque chose, n’importe quoi, dans son regard, ses gestes, derrière ses mots.
Il avait quitté les vautours pour se plonger dans un nid de cafards.

Et Harry n’avait pas la moindre intention de se livrer. Pas plus aux aurors qu’à Johanna Crews. Il avait peut-être disparu de la surface de la terre pour le gros des sorciers et les rares moldus qui le connaissaient, mais les aurors ne le lâcheraient pas d’une semelle.



Et il était vital qu’ils n’apprennent rien. Rien au sujet des Horcruxes. Car l’information transpirerait forcément, et des milliers de mage-noirs en quête d’immortalité se mettraient à collecter à travers le monde des morceaux d’âmes disséquées.
Et si on apprenait qu’il avait été un horcruxe de Voldemort ?

Il serait tué sur le champ, « au cas où ». Peut-être même de la main de Kingsley.
Après tout, il ne fallait prendre aucun risque. Voldemort était déjà revenu une fois. Les sorciers ne referaient pas deux fois la même erreur.





Une cloche le tira de ces joyeuses rêveries.
« Vous savez donc maintenant tout ce que les aurors savent de Tom Elvis Jedusor, alias Lord Voldemort. Nous continuerons demain avec une biographie d’Albus Dumbledore et de l’Après Guerre qui commence dès à présent. »

Sur ces mots, d’un coup de baguette magique, il rangea son cartable et sortit de l’amphithéâtre, laissant plantés là les quatre personnages principaux du nouveau cauchemar qu’était devenue sa vie d’enseignant. S’enfuyant la queue entre les pattes.

Quand il franchit le seuil de l’amphithéâtre, il croisa une petite femme d’environ soixante-cinq ans, à la mine perpétuellement renfrognée, au teint sombre et au nez pointu. Sa main, agrippant fermement son cartable de cuir rouge, arborait des ongles parfaitement manucurés et avait tout d’une serre particulièrement griffue.
Huffman, en gentleman civilisé, songea à lui souhaiter bien du courage, car la bande qui l’attendait n’était pas de tout repos. Mais après une discrète observation, il se dit que c’était plutôt aux aspirants qu’il aurait fallu prodiguer des exhortations au courage face à un pareil spécimen.

C’était étrange à quel point le métier de quelqu’un pouvait formater son apparence.
Il salua d’un signe de tête sa collègue et s’éloigna bien vite dans le couloir, laissant Potter, Coote et Perkins à leur redoutable Professeur de Gobelin.

Il s’engagea dans l’imposante cheminée et se mit à tourbillonner dans une langue de feu magique et un nuage de cendre.
Godwin l’attendait à sa sortie, un air vaguement intéressé plaqué sur le visage.





« Alors ?
- Je ne sais pas ce que vous attendez d’eux, Godwin, mais je doute sincèrement que vous arriviez un jour à faire travailler ensemble ces quatre énergumènes.
- Potter a fait des difficultés ?
- Par rapport à ce à quoi je m’attendais ? Absolument aucune.
- Mais pourtant vous dites que…
- Godwin, vous ne trouverez pas de gens plus différents les uns des autres que ces quatre là. Ils n’ont rien en commun. Je ne connais pas leur histoire personnelle, mais dans leur manière de réfléchir, de réagir, de se comporter, ils s’opposent viscéralement les uns aux autres ! »


Les yeux de Godwin pétillèrent.
« C’est ce qui les rapprochera, mon cher Huffman. Leurs différences. Ils trouveront chez les autres ce qui leur manque. Chacun trouvera son équilibre en s’appuyant sur ses compagnons d’arme. Seuls, ils sont instables et se fourvoient dans des impasses. Ensemble, ils seront les quatre pointes d’une rose des vents. Opposés certes les uns aux autres, mais pointant dans la bonne direction. Indiquant le chemin à suivre.
- Vous voilà bien lyrique.
- C’est l’espoir.
- Ou le désespoir. Faites attention, Godwin. Vous vous lancez dans une expérience au résultat plus qu’improbable. Votre précipité risque à tout instant d’imploser. Et croyez moi, pour l’avoir côtoyé deux heures, je peux vous affirmer qu’on ne peut pas traiter monsieur Potter comme une vulgaire expérience. C’est ce à quoi Dumbledore s’est acharné des années, et il en est mort. Et le garçon en est sorti…
- Détruit ? Hasarda Godwin.
- Fracassé. Vous avez parlé avec lui ?
- Pas encore.
- Alors vous ne pouvez pas savoir de quoi il en retourne. Ce garçon, ou cet homme, je ne sais même pas comment l’appeler, fait froid dans le dos. On ne peut pas s’y fier.
- Vous ne l’avez côtoyé que deux heures, je vous le rappelle.
- Il y a quelque chose dans ses yeux.
- Quelque chose ?
- Une ombre. Ou le vide laissé par une ombre. Je ne sais pas. Quoi que vous aviez en tête, Godwin, faites attention. Vous jonglez avec de la nitroglycérine. »



La professeur de Gobelin avait refermé la porte de l’amphithéâtre derrière elle. Godwin partit, le couloir était redevenu silencieux pour quelques heures.






A midi tapantes, toutes les autres portes s’étaient ouvertes, libérant un flot d’étudiants aux chapeaux pointus et aux robes de couleurs printanières. Des jeunes filles et des jeunes garçons se reconnurent, se serrèrent dans les bras et échangèrent quelques mots enroués. Quelques larmes et beaucoup de sourires. Aujourd’hui, les cours avaient repris pour tout le monde. Sang-purs, sang-mêlés, nés-moldus. Pour ceux qui étaient toujours vivants. Une semaine après la Bataille de Poudlard, ils avaient été conviés à venir écouter leurs professeurs leur expliquer comment leurs études allaient pouvoir reprendre, quelles orientations s’ouvraient à eux.

Et enfin, ils se retrouvaient tous. Etudiants entre dix-huit et vingt-cinq ans, dans toutes les branches de la magie. Après un an sans aucune nouvelles de personne. Les épaules se touchaient, les regards se croisaient et on retrouvait dans les yeux de chacun la même émotion, le même soulagement, et aussi les mêmes fantômes. Les noms des absents furent murmurés. Mais l’heure était à la confiance envers son prochain, à la joie et à la gratitude de revoir ceux qui étaient encore là. Il fallait fêter la fin et une renaissance. C’était bien eux, les jeunes étudiants libres, qui représentaient l’avenir. Le temps laverait les immondices laissé par la guerre, et ce serait alors à eux, la nouvelle génération, de bâtir une société qui ne se laisserait plus emportée par la violence et l’envie. Et ils se jugèrent que le jour venus, ils seraient au rendez-vous, prêts.
Ils étaient orphelins, ils étaient traumatisés, ils n’avaient plus de repères, plus de modèles. La société et les adultes les avaient trahis. Mais ils étaient vivants et conscient d’être sortis plus forts et plus droits de ces épreuves. La complaisance envers l’intolérance et la corruption n’aurait plus cours dans le nouveau monde qu’ils allaient bâtir.
La rumeur gonfla dans ce couloir centenaire qui n’appartenait qu’à eux. Un nom commença à poindre sur les lèvres, et revint encore et encore au cœur des discussions fébriles. Un nom comme un élan irrésistible vers la bravoure et l’honnêteté. Comme une promesse de paix. En l’honneur de celui qui avait été bafoué et qui pourtant s’était battu pour eux.
Harry Potter.

Sans savoir qu’il était quelques pas d’eux, à une seule petite porte close. Les fuyant, les abhorrant. Plein d’une rancœur amère. Froid et insensible aux rayons du soleil qui se déversaient des hautes baies vitrées et qui les baignaient tous d’une réconfortante chaleur.

Plein de cendres.
End Notes:
Si y'a des fautes qui vous font pleurer, merci de me les faire remarquer !


EDIT DU 30 MARS 2010 :

Bonjour tout le monde !
Je suis désolée de ne pas avoir encore posté la suite (après le chapitre ci-dessous), mais j'ai vraiment énormément de boulot, donc mon temps passé sur la fiction est réduit au maximum en ce moment !

Mais elle n'est pas abandonnée !
J'ai à peu près écrit la moitié du prochain chapitre et j'ai... 22 pages Word.
Je vais mourir. Et dire que à l'origine, les chapitres allant de la première rencontre entre les aspirants à celui à paraître ne devait... n'en former qu'un !
Vous imaginez ma perplexité. Je crois que Crews, Coote, Perkins, Butcher et Darth Potter sont tout simplement incontrôlables. Y'en a pas un pour taper sur l'autre.

Donc je vous demande de prendre votre mal en patience, et pourquoi pas, de relire le début... Qui sait, peut-être que quelques uns des indices que j'ai distillés dans ces premiers chapitres déjà parus vous mettront la puce à l'oreille quant à la suite à venir...

A bientôt, j'espère !
B.

Der Wandervogel 3 by Bendico
Author's Notes:
Edit du 24 Mai : j'ai essayé de corriger deux trois fautes et quelques répétitions malheureuses qui trainaient encore dans le texte... Eh bien... Encore une fois navrée pour le retard. Finalement, "Der Wandervogel" sera en... quatre partie, car sinon, il aurait fait près de... trente mille mots, et c'est bien de trop pour un chapitre. Le problème est que, bon, pour le coup, le chapitre n'a pas beaucoup d'unité. On fera avec.

Pour rappel, nous sommes le 10 mai 1998, Harry est à l'Université Magique, jouxtée à l'Oxford moldu. Il vient de suivre le cours d'Huffman Dickens, qui nous a donné un aperçu de ce que peuvent ressentir le sorcier moyen perdu dans les troubles obscures de la guerre. Ce qu'il en ressort, est que les sorciers en savent bien peu sur Voldemort et sur Harry, ce qui ne les aide pas à faire confiance aux bonnes personnes...

Les aurors ont visiblement comme objectif de faire de Potter, Coote, Perkins et Crews un groupe soudé. Ils manquent visiblement de sens des réalités...

Personne ne sait encore rien au Bureau ou dans la société magique ce qu'il s'est passé le soir de la Grande Bataille, ou les mois avant cela. On ne sait pas quels mangemorts furent arrêtés, tués, et lesquels sont toujours en sécurité.

Le Terrier est assommé par la mort de Fred, et est dans l'incompréhension face au comportement de Harry, qui a fuit sans donner de nouvelles, "sans raison".

Au Bureau, les aspirants continuent de découvrir leur nouvel emploi du temps et leurs nouvelles tâches. Et la formation d'auror se révèle bien moins excitant que ce qu'ils auraient pu imaginer...

Heureusement, ils peuvent compter sur Potter pour faire déraper la machine bien huilée de Grump Butcher...

Une petite citation de Woody Allen pour se mettre dans le bain :

"J'aimerais terminer sur un message d'espoir. Je n'en ai pas. En échange, est-ce-que deux messages de désespoir vous iraient ?"



Bonne lecture !

« Bonjour. Un aspirant auror doit maitriser les principales langues de créatures magiques intelligentes du Royaume-Uni. Vous commencez donc par le gobelin. Vous avez de la chance, il n’existe qu’un seul patois gobelin à travers le monde, tandis qu’il y a autant de langues sirènes que de courant marins.

La langue gobeline est à l’image de la pensée gobeline. Ce qui facilite considérablement la grammaire et la conjugaison gobeline.

Pour un gobelin, la durée normale de vie est de 227 ans. Ils ont une mémoire particulièrement vivace et sans cesse sollicitée. Une odeur respirée soixante-dix ans auparavant laisse une trace olfactive dans leur bouche et nez encore le double de ce temps.
Il n’y a donc pas de passé pour eux, seulement un infini présent où les informations sensitives et intellectuelles à traiter se multiplient encore et encore sans jamais s’estomper. L’avenir n’existe pas pour eux. Ce concept les laisse totalement de marbre. Le temps n’est qu’une somme variable d’informations supplémentaires qui se déverse dans leur esprit surdéveloppé. Ce qui explique le diamètre de leur tête par rapport au reste de leur corps. Multipliez par un milliard le nombre de connexions dans un cerveau humain, et vous parviendrez à peine au cerveau d’un jeune gobelin légèrement débile. Vous comprendrez pourquoi on évite de les laisser gazouiller avec des baguettes magiques.

Pas de passé, que du présent. Ce qui fut à un gobelin restera par essence toujours à un gobelin, même s’il a été généreusement prêté aux humains durant quelques siècles.

Ainsi les verbes gobelins ne s’accordent qu’au présent. Par contre, ils se conjuguent en termes d’intensité, par combinaisons de désinences.

Prenez le verbe RAKRHTPIORBARGHK, très courant dans la langue gobeline.
RAKRHTPIOR signifie « éventrer ».
-BARGHK est la désinence du premier niveau d’intensité. Elle est à la conjugaison gobeline ce que le présent est à la notre.
C’est le niveau normal, usuel. -BARGHK renvoie au Roi légendaire gobelin de l’antiquité SHRANTA-BARGHK « couronné dans un déchaînement de violence ».
L’intensité moyenne d’un verbe gobelin se marque donc par la désinence –BARGHK qui peut se traduire par le complément de manière « dans un déchaînement de violence ».

Des questions ?
Bien.

De nouvelles désinences s’ajoutent pour marquer ce qui correspondrait à nos pronoms personnels.
Il y en a quatre.
- frschi : toi, l’individu gobelin
- frschia : nous, gobelins.
et
- schkul : toi, individu d’une autre race
- schkulia : le reste des créatures vivantes non gobelines.

Vous remarquerez que « nous ensemble, vous et moi, toutes races confondues » n’existe pas. Il n’y a pas non plus de distinction entre un centaure, un elfe de maison, un géant, une sirène ou un humain. C’est simplement quelque chose de non gobelin.
- Schkul provient de « crâne ennemi ».

Les désinences s’assemblent au radical verbal ou au pronom.
Cela donne :

Rakrhtpiorbarghkfrshia : Nous, gobelins, éventrons avec violence.
Ou alors
Rakrhtpiorfrschiabarghk : Nous, gobelins d’une grande violence, éventrons.

Des Questions ? Bien.
Voici une liste des soixante verbes courants à savoir pour la semaine prochaine.

Passons au second degré d’intensité –dminijzxia que nous pourrions traduire par « ongle après ongle, dent après dent » qui dénote une certaine subtilité et lenteur, voire une certaine empathie toute gobeline.
Rakrhtpiordmnijzxiafrshia : Nous éventrons avec langueur et sadisme.

Le troisième degré d’intensité est le plus difficile à cerner… »






Coote contemplait son sandwich. C’était une drôle de chose préparée par la fille de la cafèt’, qui n’avait rien d’une tourte anglaise aux champignons, dans un pain dur et longiligne, à la française, garni de pommes de terre frites dans de l’huile, mais, fines et craquantes, elles n’avaient rien en commun avec les potatoes des « fish and chips » moldus à goûter en curiosité sur le Chemin de Traverse, avec en plus des saucisses d’ordinaire servies au petit déjeuner. La blonde l’avait considéré en souriant.
- Tu n’as jamais mangé de hot-dog ?
- C’est moldu ?
- Pire. Américain. Tu devrais manger, vous voyez Butcher tout de suite après.
- Pas faim.
- J’aimerais bien assister à un cours de gobelin, fit Colleen, rêveuse, en retournant derrière son comptoir, où Potter mâchait pensivement un bout de frite comme si cette nourriture de barbare lui était habituelle. Coote était persuadé que s’il croquait dans son « hot bear », tout se disloquerait instantanément dans un tsunami de cette sauce rouge sucrée. Il ignorait qu’Harry, qui tenait la chose d’un doigté subtil et expert, avait reçu des cours du maître en la matière : Dudley Dursley.

Crews surgit aux cotés de Coote, qui s’humilia profondément dans un flagrant mouvement de recul.
- Je te fais peur, Cooty ? Fit-elle d’une fois mielleuse ?
- Plutôt ta langue infectée. Ça pourrait être contagieux, et je tiens à mes papilles gustatives.
- Allons, que peux-tu craindre ? Tout le monde sait que les Poufsouffles ne sont que de gros microbes insignifiants. Ce qui les immunise par essence aux bactéries des autres.

Sans lui laisser le temps à Coote de lui demander comment une serpentarde pouvait bien connaître l’existence des microbes, Crews se tourna vers la Colleen.
- Tu as de la sauce blanche au lieu du Ketchup ?
- Moelleux, ou grillé, ton panini ?
- Grillé, mais viande saignante.

Coote et Colleen se retournèrent étonnés vers Crews.
- Saignante ? Ta viande ?
- Oui. Les anglais font bien trop cuire leur viande. Un steak n’est pas une semelle !

Coote regarda Crews comme si elle n’était qu’une imbécile profonde.
- Crews, tu ES anglaise.
Ce n’était pas parce qu’elle était plus petite qu’une bonne partie des troisième année que le regard de Crews ne pouvait glacer de grands gaillards de quasiment deux mètres à l’image de Coote.
Il regretta instinctivement et amèrement d’avoir ouvert sa grande gueule. Mais ce qu’elle répliqua le laissa simplement perplexe.
- Tu ne t’es jamais vraiment intéressé à la vie des autres, pas vrai ?
Coote ne répondit rien. Il n’avait rien à répondre. Il devait juste reconnaître que c’était vrai. Lui, le fin mentaliste, s’attaquait en pure forme envers Crews. Elle le méprisait, alors il la haïssait. Mais objectivement, il ne savait rien d’elle. Personne ne savait jamais rien de Johanna Crews. Les quelques abrutis qui s’était essayés à l’introspection en étaient ressorti à demi-eunuques. Très peu pour lui.

Perkins s’était approché durant leur échange. Il ignora leurs remarques acerbes. Il n’avait pas de temps à perdre avec ces gamineries.

Dans un claquement sec, il jeta son rouleau de parchemin sur le comptoir. Les deux autres le reconnurent immédiatement. C’était le compte rendu de l’interview de Lee Jordan sur la RITM.

- Je viens de finir de lire ce truc.
- Pareil pour moi, fit Crews.
- C’est flippant, continua Perkins.
- Quelle révélation !
- Tu vois très bien de quoi je parle, Crews, alors arrête ton show immédiatement. Vous êtes comme moi. Jusqu’à hier, vous n’aviez jamais adressé la parole à Potter, et tout ce que vous saviez de lui ne consistait qu’en un vague magna de rumeurs et d’on-dits. Je me trompe ?
Un silence éloquent accueillit ses propos.
- Et maintenant, on se trouve dans la formation dont on a rêvé pendant des années, avec lui. Et non seulement on lui parle, mais en plus, on a à traiter, non plus des rumeurs, mais des faits avérés qui le concernent.
- Va au fait, Perkins, intervint Coote.
- Qu’est ce que les aurors attendent de nous ? Qu’on lui fasse confiance ? Qu’on travaille avec lui ? On ne peut pas lui faire confiance. Pire. On ne peut que s’en méfier ! Vous avez vu ses états de service ! On ne côtoie pas simplement un type qui a survécu à l’âge de un an à un Avada Kedavra ! Harry Potter n’est pas le mythe qu’on nous présente, le héros d’un conte tragique ! Albus Dumbledore, le meilleur sorcier connu depuis Merlin, l’a choisi pour lui confier ses pires secrets ! Potter est capable d’entrer et de sortir à sa guise de Poudlard, Gringotts et du Ministère de la Magie ! Les trois bâtiments les plus sécurisés du monde magique ! Je mettrai ma main à couper qu’il est un familier de notre actuel ministre de la magie, qu’il a le soutien sans limite des professeurs de Poudlard. J’ai du mal à comprendre pourquoi les Aurors l’ont laissé entrer ici. Vous avez bien vu leur réaction. Ils le détestent, ils le craignent. Et ils nous le collent dans les basques. Qu’est ce qu’ils attendent de nous ?
- Ils veulent qu’on travaille avec lui en osmose, commença Crews.
- Ils veulent qu’on lui fasse confiance, et qu’il nous fasse confiance, poursuivit Perkins.
- Ils nous chargent de le percer. C’est à nous de faire le sale boulot. De le mettre à jour, conclut Coote.
- Donc soit on y parvient, et on devient les grands copains de Harry Potter… reprit Crews…
- Ce qui est hautement improbable, commenta Perkins à voit haute.
- Soit on est viré, lâcha Coote amèrement.

Il y eut un blanc.
- Alors ?
- Alors autant se mettre à la tâche tout de suite, décida Crews, en tournant une nouvelle fois la tête vers Potter.



Harry pensait à Gripsec, qui devait être vivant quelque part, et à l’épée de Godric, qui avait miraculeusement réapparu dans le choixpeau pour les sauver tous une deuxième fois. Neville. Lui. Cinq ans après avoir perforé le palais du Basilic, elle avait décapité dans une magnifique parabole Nagini, anéantissant le dernier horcruxe. Comment avait-elle échappé à l’emprise de Gripsec ? Par quel enchantement millénaire était-elle revenue chez elle ? Il ne le saurait probablement jamais.

Harry jeta un coup d’œil à sa montre, où des planètes cerclées d’or évoluaient dans leurs lentes circonvolutions, engouffra dans sa bouche l’énorme crouton qui restait de son sandwich, se frotta négligemment les mains pour faire tomber quelques miettes, et descendit de son haut tabouret.

Il n’alla pas bien loin, cerné qu’il était par trois aspirants au regard sombre, torturés par l’envie de fuir loin, et celle d’en découdre coûte que coûte avec lui, quoi qu’il puisse advenir.

Harry soupira. Son répit aura été de courte durée.

- Et si on papotait, cinq minutes ? Articulèrent les lèvres carnassières de Johanna Crews.
Le regard de Harry s’attarda sur ses incisives coupantes, et la courbe de ses canines blanches.
Il dévisagea successivement Coote et Perkins. Ils essayaient tant bien que mal de rester impénétrables. Manque de précision, efforts à poursuivre, aurait jugé un Séverus Rogue objectif. Si un Séverus Rogue objectif avait jamais été décemment imaginable.



Colleen caressa l’idée de déclencher l’alarme à incendie située juste à coté de ses fourneaux.
Juste par mesure préventive. Qui pourrait l’en blâmer ? Comment résumer ce qui se passait dans sa cafétéria, à la table huit ? Prenez trois barils de poudre, une mèche, arrosez le tout d’alcool à brûler, et mettez vous à jouer nonchalamment avec un briquet. Car ils étaient bien là, tous les quatre, attablés face à face, à parler nonchalamment. Colleen distinguait presque les étincelles s’échapper dans les airs pour aussi tôt disparaître au dessus d’eux.


Et les voilà tous les quatre assis autour d’une table, au centre de la cafétéria, à se regarder en chiens de faïence. Pour seul bruit, le tapotement impatient des doigts de Potter sur la table foncée. Tip. Tip. Tip. Il ne s’y était pas trompé. Peu de gens peuvent supporter impassiblement un bruit si énervant.
Perkins, sur le point d’exploser, fut parcouru d’un grand frisson. Le regard bleu qu’il posa sur Potter aurait arrêté un hypogriffe insulté en pleine course.

- Bon, fit Perkins. Alors. Quoi ?!
- Comment ça, « Alors. Quoi ?! » ? C’est vous qui me prenez en otage, je vous rappelle. D’ailleurs, vous avez conscience que vous êtes les trois seuls fous assez téméraires et dénués de tout sens des réalités pour Me prendre en otage ?
- Je suis censée avoir peur ? dit Crews.
- Tout dépend de ton instinct de survie.
Crews, qui était assise face à Potter, se pencha vers lui d’un air menaçant.
- Si j’étais toi, je ne me frotterais pas trop à mon instinct de survie, Potter. D’autres ont fini eunuques pour bien moins.
- Stop stop stop ! Dit Coote. Peut-on essayer d’avoir une conversation qui ne soit pas polluée par des sarcasmes et des menaces risibles ?
- La question est, peut-on avoir une conversation avec toi, qui a moins de QI qu’un véracrasse enfanté par le Poulpe de Poudlard, Coote ! Reprit Crews.
- Eh bien si tu n’es pas satisfaite de notre niveau, tu peux aller faire part de cet affront à ta personne à Butcher. Je suis sûr qu’il sera ravi de te renvoyer chez toi dès les premières heures de ta formation. Visiblement, il n’a l’air d’attendre que ça.

La dernière intervention de Coote ramena le silence autour de la table. Elle faisait visiblement réfléchir Crews et Perkins, tandis que Potter se morfondait, absorbé par les dalles du plafond.
Crews et Perkins étaient bien trop orgueilleux pour partir.

- Bien, fit Coote.
Il cacha ses mains sous la table pour dissimuler le léger tremblement qui les prenait. Ben Coote parler en public. Faire front face à Johanna Crews. Il résista à la tentation de se pincer pour être sûr de ne pas rêver.

- Je ne sais pas ce que Butcher et les Aurors ont derrière la tête, mais apparemment, ils tiennent véritablement à l’idée saugrenue de nous faire travailler en équipe. Il faut croire que la guerre les a pas mal remués, mais dans tous les cas, nous n’avons pas le choix. Soit nous jouons le jeu, soit nous repartons chez vous. Vous je ne sais pas, mais moi, j’ai sacrifié trop de choses pour renoncer à cette formation.

Il y eut un blanc.

- Moi non plus. Je veux devenir auror. Je deviendrais auror, dit fermement Perkins, en défiant du regard quiconque de le contredire.
Crews hocha lentement de la tête.
Ils se tournèrent vers Potter, qui détacha laborieusement son regard du damier du plafond.
- Pour vous dire la vérité, je crois que, soit je deviens auror, soit je passe le restant de mes jours à Azkaban… Alors il va falloir que vous comptiez avec moi, que vous le vouliez ou non.

- Tout bien réfléchi, en cas de grosse bagarre, je préfère t’avoir dans mon groupe, que contre moi, Potter, fit Perkins pour détendre l’atmosphère.
Hélas. La réponse de Potter réduit à néant tout espoir de détente.
- C’est passablement stupide de ta part. N’as-tu pas remarqué comme toutes les personnes de mon entourage ont tendance à mourir dans d’atroces souffrances ?

Coote inspira. Expira. Bordel de dieu.
- BREF. Merci pour ces interventions pleines de sagesse. Nous sommes donc d’accord pour que chacun de nous y mette du sien ?
Il n’y eut aucun opposant à l’idée.
- Je crois… qu’il va bien falloir qu’on communique un peu, continua Coote.
Pas de réaction.
- Vous savez… Qu’on se parle… Qu’on échange un peu, quoi.

C’est incroyable comme quatre personnes face à face peuvent déployer des trésors de créativité pour ne pas croiser leurs regards et s’absorber complètement dans d’insignifiants détails du décor.

Et puis, un par un, les regards revinrent se coller au profil morose de Potter.

- Si j’ai bien compris, vous voulez que JE parle. Que JE vous livre ma vie, mes peines, mes joies, mes passions, et accessoirement, le secret pour résister à l’Avada Kedavra ! Railla Harry. Mais j’ai un scoop… Vous me connaissez. Ma vie. Mes amis. Mes ennemis. Le moindre détail de ma vie privée s’est vu épinglé dans la presse à scandale ces dernières années. Quant à moi… Je connais votre nom. La maison où vous étiez à Poudlard. Poudlard où je n’ai absolument pas le souvenir de vous avoir croisé, soit dit en passant. Vous êtes là. Vous me défiez du regard. Me considérez comme un intrus. Prenez comme un affront personnel ma présence. Vous vous offusquez que je ne parle pas de moi. Mais je ne vous connais pas. Je ne sais pas qui vous êtes. Vous savez tout de moi, et je ne sais rien de vous. Et c’est moi qui devrais parler ? C’est moi qui devrais vous faire confiance et vous, vous méfier de moi ?

Harry se tut, les dévisagea, et conclut par un constat particulièrement brillant et subtil.
- Vous êtes un peu stupides, non ?
Il remonta sa manche et jeta un regard blasé vers sa montre. Suite du programme moins une minute trente.

Ils s’entreregardèrent. Et durant un dixième de seconde, l’animosité brûlante laissa place à un front de solidarité légèrement angoissé. Ils ne furent plus braqués les uns contre les autres, mais baignant dans la même nausée à l’idée de ce qui les attendait.
Dans l’arène, Butcher devait déjà les attendre.



Un soleil estival dardait ses rayons magiques sur le sable de l’arène. Il faisait chaud. L’endroit portait bien son nom. Les immenses gradins de pierre qui entouraient l’immense étendue circulaire lui rappelait furieusement l’architecture d’un colisée gigantesque. Etait-ce ce à quoi ils aspiraient ? Devenir des gladiateurs promis au sacrifice ?
Coote se rappela douloureusement que les rares combattants qui survivaient aux duels à l’épée étaient livrés sans pitié aux lions. Il regarda de coté le seul gryffondor du groupe. Il était bien tombé avec ses trois là. Il lui faudrait éviter les vipères rampantes au sol, les sauts agiles du roi de la savane, sans omettre les griffes gigantesque du fier faucon, prompt à plonger du haut du ciel pour déchiqueter ses proies.

Ils étaient là tous les quatre. Ils avaient pris soin de s’éloigner préventivement les uns des autres. Ils s’étaient tous avancés de quelques pas dans l’enceinte de l’arène. Il ne fallait passer pour un lâche se terrant près de la porte.

Ils attendaient Butcher aux aguets, sans trop savoir à quoi s’attendre, à quoi se préparer.

La porte s’ouvrit brusquement et claqua derrière eux. Harry eut à peine le temps de tourner la tête que Butcher arrivait jusqu’à eux, en grandes enjambées. Il avait les mêmes vêtements que la veille.
Il était chaussé de bottes cousues dans un cuir de dragon épais, d’un marron foncé. Elles étaient totalement ruinées, probablement par des heures à marcher dans de la boue. Chaque millimètre carré en était éraflé et tâché. Butcher avait visiblement lui-même réparé les deux bouts avant de ses bottes quand ceux-ci avaient cédés. Ils étaient recousus grossièrement, mais solidement. De vraies bottes de Cowboys.
Pas de robes volant aux quatre vents pour Butcher. Harry nota avec satisfaction que Butcher portait le même type de pantalon moldu en toile solide dont Harry avait lui-même fait l’acquisition l’avant-veille.

- Je suis étonné de voir que vous ne vous êtes pas encore entretués. Il parait que vous n’en étiez pas loin, lors de votre pause de midi.
Aucun d’entre eux ne moufta.
Le fait d’être observé vingt-quatre heures sur vingt-quatre ne les rassurait pas franchement…

- C’est ici et avec moi que vous travaillerez chaque après-midi votre pratique magique. Votre endurance, votre vitesse et votre efficacité. Comment reconnaître des ensorcèlements et des artefacts de magie noire dont vous ne soupçonnez même pas l’existence, et comment les parer.

Harry se demanda si Grump Butcher soupçonnait seulement l’existence d’un horcruxe.

- Vous n’avez pas le droit à l’erreur. Chacun de vos sorts, chacun de vos pas doit être irréprochable. Aucune faille ne sera acceptée. C’est pas tant votre vie qui compte à nos yeux. Mais si un jour vous obtenez véritablement le badge d’auror, c’est la vie des autres qui dépendra de votre efficacité.

Butcher commença à faire les cent pas devant eux.

- Avez-vous seulement déjà été confronté à une situation de stress intense ? A une crise qui s’étend non seulement dans le temps, mais où des vies humaines sont en jeu ?

Mmmh. Oui. Oui et oui.

Butcher arrêta de déplacer de la poussière et planta ses yeux gris dans le regard arrogant de Harry.

- Je parle d’une situation où vous étiez, et où vous êtes restés seuls. Sans aide. De bout en bout.

Harry serra les lèvres amèrement. Eh bien non. Voilà. Non. Weasley, Granger, Dumbledore, Rogue, Black, Londubat et Lovegood… On pouvait continuer longtemps. Même ajouter un chapeau miteux et un oiseau chanteur à la liste.

Un fin sourire étira les lèvres gercées de Butcher.
- C’est bien ce que je me disais. Je veux que vous appreniez à vous débrouiller seuls. A être assez fort pour sortir vivant de n’importe quelle situation. Inutile de vous dire que vous en êtes loin. Très loin. A vrai dire, vous n’êtes même pas capable de tenir la distance avec les plus simples sortilèges.

Les quatre aspirants froncèrent les sourcils. Butcher agita négligemment la main. Quatre gros galets apparurent en face de chacun d’eux.
- Faites léviter ce simple caillou. Qu’il reste à la même hauteur, sans osciller inutilement, le plus longtemps possible. Voyons lequel d’entre vous tiendra le plus longtemps. Et surtout, combien de poignées de seconde s’écouleront avant que vous ne vous écrouliez au sol.

Perkins jeta un coup d’œil à droite et à gauche, pour voir comment ses compagnons réagissaient. Ils faisaient exactement la même chose que lui.
Alors lentement, les quatre dégainèrent leurs baguettes. Mouvement circulaire du poignet et…
« Wingardium Leviosa » marmonnèrent-ils tous en même temps.

Les quatre galets s’élevèrent d’un mètre cinquante dans les airs, et se stabilisèrent. Mais ils étaient tous comme ballotés par une bise, subissant les mouvements involontaires des baguettes de Crews, Perkins, Coote et Potter.

Butcher les fusilla du regard.
Perkins affermit sa prise sur sa baguette, et fronça les sourcils.
Après quelques oscillations, son galet se stabilisa et resta comme figé, immobile et suspendu par un fil invisible dans les airs.
A coté de lui, Crews Coote et Potter avait eux aussi sans trop de mal réussi à effacer les mouvements parasites.

Le tableau était des plus étranges. Ils étaient là, en ligne. Les respirations retenues. Les mines crispées. Les jointures blanches. Et devant eux, quatre galets différents en taille et couleur.
Une poignée de seconde s’écoulèrent. Butcher les contemplait avec sévérité. Il savait qu’il n’aurait pas à attendre longtemps.

Une goutte de sueur commença à perler sur la tempe de Coote, et Johanna Crews dut fermer les yeux pour faire abstraction de la langue de douleur qui s’étendait à chaque seconde dans son avant bras. Elle se morigéna silencieusement, furieuse. Un simple sort de lévitation ! Première leçon de première année ! Elle n’était pas capable de tenir un simple sort de lévitation plus de deux minutes ! Ridicule ! Mais rester concentrée sur le filament de magie invisible qui reliait son corps à sa baguette, et sa baguette au galet, était une activité qui ne souffrait aucune distraction. Alors doucement, elle inspira et expira. Tenir le galet immobile. Tenir le galet en l’air. Ne. Pas. Faire. Trembler. Sa. Baguette.

La crampe. Quatre minutes, et il était au bord de la crampe. Coote jeta un regard alarmé à ses co-aspirants. Il fut vaguement rassuré en constatant qu’ils n’étaient pas dans un état meilleur que lui. Il osait à peine respirer, de peur de perdre le contrôle et de rompre le charme. Une lame acérée lui tenaillait les poumons, et des taches lumineuses commencèrent à apparaître devant ses yeux. Coote déglutit et ferma les paupières. A Poudlard, il s’agissait juste d’exécuter un sort. Mais le faire tenir dans la durée… Jamais, jamais ils n’avaient été confrontés à un tel exercice. L’endurance, c’était un truc de footing moldu. Pas de magie. Pourtant sa gorge s’asséchait bien, et ses cuisses se meublaient doucement et sûrement de coton. Ne pas trembler. Ne pas faire tomber le galet. Ne pas tomber tout court.

Le tic tac des planètes de la montre de Potter était assourdissant. Une seconde de plus, se disaient-ils tous à l’unisson. Tenir encore une seconde de plus.
Et Potter ? Comment s’en sortait-il ? Monsieur Incroyable ? Coote lui jeta un rapide regard. De surprise, il manqua de faire tomber son galet.

Le visage de Potter était couvert de sueur. Son teint était cireux. Ses yeux vitreux. Ses ongles s’enfonçaient dans son poing serré.

Le bourdonnement.
Harry essayait d’échapper au bourdonnement tonitruant qui sévissait derrière son front. Il n’avait jamais montré de faiblesses particulières en matière d’endurance magique. A 13 ans, lorsqu’il s’acharnait à parfaite son patronus, ses évanouissements n’étaient dus qu’à la nature particulière de son épouvantard. Combien de temps était-il resté enfermé en tête à tête avec Séverus Rogue, à contrer ses attaques mentales ? Combien de temps à attirer de gros dictionnaires pour se préparer à la troisième tache ? Combien de temps passé à exécuter des sortilèges durant les séances de l’AD ?
Jamais il n’avait du supporter cette douleur. Chaque seconde de plus passée à essayer de maintenir ce pauvre caillou en l’air, c’était une nouvelle aiguille qui se plantait dans sa rétine.
Il avait un goût de métal dans la bouche. Et une nausée persistante.
Respirer lui demandait autant d’attention que son sortilège de lévitation.
Avant même que l’idée d’abandonner l’exercice ne lui traverse l’esprit, un noir complet lui voilà le regard.

Le caillou de Coote tomba sèchement sur le sol. Mais le bruit de sa chute fut camouflé par le son d’une autre, bien plus lourde. Sous les yeux paniqués de Coote, Potter, les paupières fermés, la peau jaunâtre, était tombé à genoux, avant de s’affaler de tout son long sur le sol, face contre terre.

Comme mort.



Butcher resta interdit pendant quelques secondes. Puissante fatigue physique, maux de tête, courbatures… Voilà à quoi se résumaient les légers effets secondaires provoqués par les exercices d’endurance magique.
Mais un évanouissement au bout des sept premières minutes d’entraînement n’était, malgré ses sarcasmes, pas ce à quoi il s’attendait. Encore moins venant de Potter. Le magnétique et résistant Potter.

Les derniers cailloux furent abandonnés dans l’indifférence générale. Les aspirants, tétanisés, contemplaient Potter avec horreur.
Butcher s’approcha et pointa sa baguette sur le dos de son élève.
- Enervatum.
Rien ne se passa.
- Enervatum !
Potter ne bougeait pas. Pas du tout.
- Nom de nom ! Jura Butcher en se penchant. Il le retourna et présenta sa joue barrée de cicatrices au visage du Survivant.
Pas un souffle d’air. Potter ne respirait plus. Butcher enfonça son index et son majeur dans le cou de Potter. Se figea, à l’écoute. Une seconde s’écoula. Deux.
Et enfin, un battement. Infime.

Butcher n’éprouvait aucun respect pour Harry Potter. C’était un gamin parvenu. Mais le môme n’était pas personne. Butcher savait que ses supérieurs comptaient énormément sur lui. Sur cette formation.
Et Butcher détestait les commissions administratives. Les enquêtes internes. La paperasse provoquée par une mort, même accidentelle. Plus que tout, il abhorrait les feux des médias sur son service. L’efficacité des aurors tient uniquement à leur discrétion.

Pour toutes ces raisons, il savait pertinemment que la pire chose qui puisse lui arriver maintenant, c’était qu’Harry Potter, héros national, lui claque pour une raison obscure entre les doigts, au beau milieu de son premier entraînement.

Butcher souleva Potter comme si son poids était négligeable, et s’élança vers la sortie de l’arène.
Si Potter survivait, il lui paierait très très cher cet affront.
Très cher.
Si Potter survivait.



Le Bureau avait depuis longtemps retrouvé son agitation habituelle. Les aurors étaient littéralement submergés par la masse de travail. Cela faisait deux ans que la chasse aux artefacts et mages noirs était interrompue. Deux ans d’immobilité, de paralysie. Les pistes avaient été abandonnées, et le Royaume-Uni s’était immanquablement transformé en une immense zone de non droit.
Il fallait tout reprendre à zéro.
Les dossiers, les sorciers surveillés, les procès, les enquêtes…
C’est un branle bas de combat généralisé. Les notes de service volaient à toute allure en raclant le plafond, les bureaux s’invectivaient quand les références de dossier étaient transmises avec des erreurs, les aurors et les secrétaires tentaient tant bien que mal de trier les anciens rapports à éplucher une énième fois et les dossiers mis en place ces deux dernières années. Le plateau de travail avait beau être énorme, la foule qui s’y croisait et l’absence de fenêtre rendait l’atmosphère insupportable. Les conduits d’aération renouvelaient magiquement le taux d’oxygène et envoyaient de l’air frais. Un degré Celsius de plus, et cela virait au pugilat.

Sur le mur défilaient les dernières réformes du nouveau Ministre de la Magie. Heureusement qu’il était un ex-auror, soupiraient les employés du Bureau. Il savait comment ils fonctionnaient, et ses mesures ne déstructuraient pas tout leur système. Le Bureau venait d’être divisé en plusieurs parties. Une partie des secrétaires administratifs étaient attachés à la mise à jour des dossiers de l’Avant Année Noire. Les affaires nécessitant de nouvelles enquêtes étaient alors ensuite renvoyées chez un premier groupe d’aurors. Une autre partie des secrétaires géraient le tri et le suivi des dossiers de ces deux dernières années, pour assister un deuxième groupe d’enquêteur et d’aurors. Enfin, la dernière partie des secrétaires organisaient la mise en place des procès et des poursuites judiciaires à venir dans les prochains mois. Le dernier groupe d’auror était à la poursuite des mangemorts en fuite, et des autres malfrats. Car Voldemort ne devait pas occulter les autres criminels usant de Magie Noire qui sillonnaient plus discrètement le pays.
Ces trois services étaient en constante communication, assistés par une batterie impressionnante d’assistants en robe bleue, qui erraient d’un bureau à l’autre, les bras plein de rouleaux de parchemins où surmontés par des tasses de café en équilibre instable.

Savage se cala dans son fauteuil défoncé, et contempla son espace de travail. Il l’avait intégralement rangé deux heures auparavant, trié tous les papiers, rangé ses plumes, répertorié ses notes de services, et fait la liste de ses taches.
Et déjà, le bois de son bureau avait de nouveau disparu, et une montagne de cylindres cachetés en attente d’être lus s’amoncelait devant lui.
Savage soupira et se massa les tempes. De très longs mois s’annonçaient. Il ouvrit un tiroir miraculeusement vide, et, parchemin par parchemin, recommença un nouveau tri dans le brouhaha général.

Il n’avait pas attrapé son quatrième rouleau qu’un grand « Bang ! » retentit. Un des portes du bureau venait de s’ouvrir brutalement, interrompant les discussions houleuses. Tous les regards convergèrent vers l’entrée 5 du Bureau, et tous se figèrent.
Grump Butcher, l’Auror en Chef acariâtre, venait de faire irruption sur le plateau, avec dans les bras, un corps inanimé.

- APPELEZ UN MEDICOMAGE ! Hurla Butcher.
Butcher s’approcha du bureau le plus proche de lui, et allongea l’homme qu’il portait en poussant violemment à terre, dans un grand bruit de vaisselle cassée, tasses vidées, pleines, dossiers, flacons d’encre et pots à plume.
Savage était seulement deux bureaux plus à gauche, et il pâlit brusquement en identifiant visage blafard et renversé dans le vide du corps inanimé.

Potter.

Un sorcier aux cheveux blancs coupés de façon militaire et vêtu d’une robe blanche se précipita. C’était le Médecin en Chef attaché en permanence au Bureau des Aurors.

- Harry Potter, aspirant Auror, identifia rapidement Butcher.
Le nom prestigieux décontenança durant deux secondes le médecin, mais rapidement, son professionnalisme et son expérience reprirent le dessus. Déjà, une sorcière habillée pareillement accourait à son tour pour lui prêter main forte.
- Que s’est-il passé ?
- Premier exercice d’endurance magique. Il s’est écroulé au bout de dix minutes. Je ne comprends pas. L’Enervatum ne le ranime pas.

Des murmures d’incompréhension parcoururent l’assemblée spectatrice.
Potter évanouit au bout de dix minutes d’endurance ? C’était difficilement croyable !

- Reculez-vous, ordonna le médecin en remontant ses manches et en sortant sa baguette.
Le plus urgent était de ranimé Potter et qu’il se remettre à respirer. La magie faisait bien des choses, mais ne pouvait pas réparer les dommages causés au cerveau par le manque d’oxygène.

Il pointa sa baguette sur le torse de l’aspirant.
- Fulguris ! Articula-t-il.
De manière très impressionnante, la baguette du Magicomage produit une salve d’éclairs blancs, aussi rapide et lumineux que de la foudre, qui vint frapper dans un craquement retentissant le torse de Harry, dont le corps se convulsa sous la décharge.
Savage déglutit. Il avait bien sur déjà été témoin d’une réanimation d’urgence, mais cela lui semblait tellement barbare et douloureux qu’il ne s’y habituait pas.

A son tour, le médecin enfonça ses doigts sous la mandibule gauche de Potter, tandis qu’il palpait de l’autre main sa poitrine.
Le médecin hocha la tète et son assistance fit surgir de nulle part un brancard.
Potter respirait.

Ils disparurent après trois mots échangés avec Butcher derrière la porte, en direction de l’infirmerie, et celui-ci, la face rougeaude de colère, retourna vers l’arène.

Savage souffla doucement pour évacuer la soudaine tension qui avait pris possession de lui. Le Bureau eut quelques secondes de flottement, mais rapidement, les déplacements reprirent de box à box, avec un peu plus d’agitation qu’avant l’incident.
La présence de Potter au Bureau promettait d’y rendre la vie encore plus trépidante que prévu. Et ce n’était pas peu dire.




Un silence de mort s’abattît sur l’arène dès que Butcher en eut passé les portes. Et puis…

- Et bah, fit soudain Crews, on aura été débarrassé de Potter plus vite que prévu.
- Quelqu’un a compris ce qu’il vient de se passer ? fit Perkins.
- Je ne sais pas… C’est assez épuisant, cet exercice, je ne pensais pas que ça serait aussi éprouvant, mais de là à tomber raide… Commenta Coote.
- Faut croire que Potter n’est pas à la hauteur de sa réputation, railla Crews.
- Et on fait quoi pendant ce temps là ? Continua Coote. On continue à se ridiculiser devant un gros gravier pour ne pas se faire rosser au retour de Butcher, où on le suit ?
- On sait même pas où il est allé. Il y a une infirmerie ici ?
- Probablement, à moins qu’il n’y a une connexion directe avec Sainte-Mangouste…
- Ils ne vont quand meme pas l’emmener se faire hospitaliser ! Il s’est juste évanoui ! S’exclama Crews.
- Tu crois ? L’énervatum n’a pas réussi à le ranimer ! C’était comme si brusquement, toute son énergie vitale s’était fait la malle, dit Perkins. C’est peut-être grave.
- Mais ça ne nous dit pas ce qu’on est supposé faire.

Personne n’ajouta rien.
Deux longues minutes passèrent sans qu’ils ne bougent d’un pouce.

- Suivez-moi, cracha la voix hargneuse de Butcher derrière eux, en les faisant tous sursauter comme un seul homme.
- Potter me le paiera, maugréa Crews d’une façon inaudible.

Dire qu’il disait qu’il n’allait pas faire vague. Ben voyons.

Ils suivirent Butcher en silence, d’un pas rapide, à travers les couloirs tortueux du Centre. Ils se retrouvèrent soudain devant une porte surmonté d’un panneau « Pharmacie – Premiers soins », que Butcher poussa sans frapper.

Potter était là. Toujours évanoui, il gisait sur un lit de camp. Sa baguette était posée sur un tabouret juste à coté de son lit. La sorcière infirmière était penchée sur lui, et inspectait la sensibilité de ses pupilles à la lumière projetée par sa baguette. Le médecin aux cheveux blancs surgit d’une pièce attenante.

- Nous finissons ses examens sanguins, et nous le ranimons, Butcher. Il n’a pas supporté le brusque effort magique, ce qui est particulièrement surprenant, vu l’état de son dossier médical transmis par Mme Pomfresh à Poudlard. Potter a subi un panel de blessures impressionnant à Poudlard, et a toujours montré des capacités de recouvrement exceptionnelles. Pomfresh dénote une très forte résistance à la fatigue physique, et une endurance magique légèrement au dessus de la moyenne. On ne comprend pas son évanouissement, mais ses analyses pourront peut-être nous l’expliquer. Il pourra même peut-être nous l’expliquer lui-même quand il sera réveillé. Normalement, il ne conservera aucune séquelle.

Coote, Perkins et Crews avaient écouté le compte rendu du médecin avec une grande attention. Un panel de blessure impressionnant ? Capacités de recouvrement exceptionnel ? Alors pourquoi avait-il perdu aussi subitement connaissance, au point qu’il lui avait fallu des électrochocs pour recommencer à respirer ?

L’infirmière désinfecta une aiguille et piqua le bout de l’index de Potter. Il ne réagit pas. Elle inspecta l’écoulement sanguin, et recueillit une goutte de sang dans une éprouvette. Elle le passa au médecin qui repartit dans le laboratoire attenant.
L’infirmière prit un flacon contenant une potion d’un rose tout à fait surnaturel, renversa la tète de Potter et versa dans sa gorge le liquide.
Elle pointa sa baguette sur sa gorge et murmura un sort pour le forcer à ingurgiter la potion. Ils attendirent tous en silence que celle-ci fasse effet, l’infirmière toujours penchée sur Potter pour l’examiner avec attention.

Loin.
Il était loin. Perdu, seul, pourchassé. Où étaient les autres ? Etaient-ils seulement vivants ? Et lui… Survivraient-ils ?
Harry sentit soudainement une présence autour de lui. Mais ce brouillard, tout autour de lui, l’empêchait d’y voir clair. Son cœur s’emballa, et la peur s’infiltra en lui comme les bourrasques de vent le faisaient depuis des mois dans leur tente.
La tente ! Elle avait du être repérée ! Harry se débattit en esprit dans ce brouillard obscur. Etait-ce des mangemorts, des raffleurs ? Où étaient Hermione et Ron ? Il fallait les prévenir ! Qu’ils se sauvent ! La peur de la mort se rappela brusquement en lui et le glaça.
Harry entendit une voix de femme qu’il ne reconnut pas. Etait-ce Narcissa Malfoy ? Il devait se concentrer. Où était-sa baguette ? A coté de lui, surement. Il la laissait toujours à portée de main quand il dormait. Il ne fallait jamais baisser la garde. Vigilance constante, disait Maugrey. Et pourtant, il était mort.
Harry sentit son souffle s’emballer. Il devait absolument se concentrer ! Pourquoi n’arrivait-il pas à avoir les idées claires ? La voix se fit de nouveau entendre. Elle était si près !

- Il revient parmi nous, dit-elle.

Ils l’avaient eu ! Harry n’arriva pas à se rappeler avoir été kidnappé. Et pourtant. Un bloc de glace tomba en lui. Le médaillon ! L’horcruxe ! L’avaient-ils trouvé ? Il ne fallait pas que Voldemort découvre qu’il était au courant pour les horcruxes, ou tout était fini. Dans un phénoménal effort de volonté, Harry ouvrit les yeux.

La lumière vive commença par l’aveugler, mais il distingua rapidement un visage penché sur lui. Une femme l’examinait. Elle allait trouver la chaine en or. Trouver le médaillon. Mais elle devait penser qu’il était toujours évanoui. Elle ne se protégeait pas.

Les doigts de Harry tressaillirent.
Sa main surgit et avec la vitesse d’un attrapeur, il agrippa la gorge de la femme, et commença à enserrer sa trachée, à l’empêcher de respirer. Ils le tueraient probablement, mais il l’emporterait avec elle dans la tombe. Sa baguette était dans sa main droite, il se redressa brusquement et la pointa sur la tempe de la mangemorte.

Alors seulement, il jeta un coup d’œil autour de lui.

L’infirmière hoqueta quand la main gauche de Potter jaillit sans signe annonciateur pour enserrer sa gorge, pressant brutalement sa trachée, lui coupant la respiration et l’immobilisant, tandis que l’autre attrapait sa baguette pour la pointer dangereusement sur sa tempe.

Potter fixa l’infirmière avec des yeux écarquillés qui rappelèrent à Butcher le regard de Bellatrix Lestrange après dix années passées dans une cellule à Azkaban.
Le regard d’un fou.

- Surtout, ne bougez pas ! Murmura le maitre auror à ses trois autres aspirants debout derrière lui, paralysés par la peur.

La poigne de Potter se resserra autour de sa baguette, toujours posée sur la tempe de l’infirmière. Que Potter, clairement terrorisé, lance un seul sort, et elle était morte.


Coote s’était raidi au premier geste de Potter. Et maintenant, il avait du mal à croire ce qu’il voyait.
Potter semblait possédé. Ses yeux sautaient, affolés, d’objet à objet dans la pièce, se bouche se tordait dans une expression oscillant entre la peur et la haine, l’envie d’en découdre quitte à y laisser sa vie. Il les détailla des pieds à la tête, prêt à faire feu.

Une goutte de sueur glacée coula entre les omoplates de Ben. Visiblement, Potter ne les reconnaissait pas. Et plus visiblement encore, il les prenait pour des ennemis.

Mais où était-il ? Et qui étaient-ils ? Ils ne ressemblaient pas à des mangemorts. Potter haleta, un violent mal de crane lui sciait l’intérieur de la tête. Rien ne faisait sens dans son esprit. Une seule pensée lui broyait l’estomac. Son cou. Son torse. Rien. Aucun poids. Aucune chaine ne lui entaillait la peau. L’horcruxe avait disparu. Ron et Hermione avaient disparu.

Ron et Hermione.
Des images défilèrent devant ses yeux. La tente, la dispute. La biche, le lac, Ron, l’horcruxe.
L’horcruxe était détruit. Ils étaient tous détruits. Voldemort gisant mort sur le sol de la Grande Salle. Shakelbolt. La formation d’auror. Le Bureau. Butcher.

C’était malin. Crews commençait vraiment à flipper, maintenant. Potter avait l’air complètement désorienté. Il se sentait agressé et n’hésiterait pas à se « défendre » au moindre mouvement. L’infirmière étouffait. Elle lança un regard désespéré à Butcher. Qu’il neutralise ce fou furieux ! Qu’on enferme Potter à Sainte Mangouste !

Butcher n’essaya pas de dégainer sa baguette. Ça ne ferait qu’inquiéter plus Potter.
- Potter, dit-il calmement. Je suis Butcher. Vous êtes au Bureau des Aurors.
Potter continuait de jeter des regards affolés vers chaque recoin de la pièce.
- Potter. Tout va bien. Baissez votre baguette. Libérez l’infirmière.

L’infirmière ? Harry dévisagea la femme qu’il était en train d’étrangler.
Tout le monde lâcha un profond soupir de soulagement quand il la libéra de sa poigne.
Mais il n’abaissa pas sa baguette.
Sa main, crispée, commença à tâter sa propre gorge. On aurait dit qu’il cherchait quelque chose sur son torse. Mais il n’y avait rien sous son pull.

- Potter. Abaissez votre baguette, répéta Butcher. Vous êtes chez les aurors.

Crews, Coote et Perkins pouvait presque observer les paroles de leur maitre se frayer un chemin dans l’esprit de Potter. Ses sourcils restaient froncés par l’incompréhension, et sa respiration saccadée. L’hésitation se lisait sur son visage.

Et doucement, centimètre par centimètre, il abaissa sa baguette.
- Je… Je…
L’infirmière recula prudemment pour se mettre hors de portée. Elle questionna Butcher du regard.
Il observa une dernière fois la salle où ils se trouvaient tous. Où il s’était mystérieusement réveillé. Il observa Butcher. C’était vraiment la chose la plus flippante que Crews avait jamais vu. Il avait l’air d’un môme menacé d’un danger de mort, totalement seul, totalement perdu.
Et c’était comme si soudainement, le déclic s’était fait derrière son front.
Butcher. Auror. Pas de dangers.
Ses muscles se détendirent complètement et il laissa sa baguette tomber sur le matelas. Harry ferma les yeux, et essaya d’apaiser le battement de son cœur. C’était juste cet auror et les trois autres. Tout lui revenait clairement maintenant. Le Bureau, les cours, l’exercice du caillou. Son mal de tête avait disparu aussi subitement qu’il était venu.

- Monsieur Potter ? Appela un homme dans l’encadrement d’une porte. Vous savez où vous êtes ?
- Au Centre des Aurors. C’est bon, je me souviens. Que s’est-il passé ?
- Vous vous êtes évanoui, Potter, asséna Butcher. Vous ne vous en souvenez pas ?

Il était clair que tout cela énervait prodigieusement l’auror.

- Si. Si, maintenant je me souviens.
Harry se massa le front, encore légèrement désorienté. Les trois aspirants le contemplaient avec une grande méfiance, et restaient légèrement en retrait. Harry se souvint soudain qu’il avait tenté d’asphyxier une infirmière. Il se tourna vers elle.
- Je… Désolé. Je pensais que vous étiez…
- Une mangemorte ? hasarda-t-elle ?
Harry hocha la tête.

- C’est normal, indiqua-t-elle à l’attention de Butcher. Monsieur Potter, vous n’êtes pas entièrement remis des derniers combats auxquels vous avez assistés et pris part. Ce sentiment de légère paranoïa partira de lui-même quand vous vous sentirez plus en sécurité. Ce n’est qu’une question de temps.

Quand il se sentirait plus en sécurité. Harry retint un rictus désabusé. Quelque chose lui soufflait que ça ne risquait pas se produire de sitôt.

- Vous pouvez arrêter de me regarder comme si j’allais vous égorgez, lança-t-il aux trois autres. C’est bon, je vous ai reconnu. Je ne vais pas vous tuer.
- C’est gentil de préciser, commenta Coote, qui n’eut pas du tout l’air plus rassuré.
- Suffit, les fit taire Butcher.

Le médecin réapparu une nouvelle fois.
- J’ai les résultats des analyses que nous vous avons faites quand vous étiez inanimé monsieur Potter.
Il avait chaussé des lunettes à écaille qui lui donnait un air sévère. D’ailleurs, il continua sur un air réprobateur.
- Ce n’est pas étonnant que vous soyez tombé dans les pommes. Tous vos indicateurs vitaux sont au plus bas. Décrivez-moi un peu vos habitudes alimentaires, Monsieur Potter.

Crews haussa les sourcils d’incrédulité. Voilà que l’autre vieux se transformait en diététicien ! C’était décidément n’importe quoi. Même Potter laissa échapper un rire.

- Vous avez à peu près toutes les carences possibles et imaginables. Ajoutez les épreuves que vous avez endurées dernièrement, c’est très étonnant que vous soyez autre part qu’alité en soin intensif à Sainte-Mangouste. Je comprends ce que Pomfresh disait en parlant d’exceptionnelles capacités de recouvrement. Mais l’exercice aura été la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Voilà qui était plus troublant. Carences ? Crews considéra Potter. Bien sur, il était un peu pale, et il trimbalait des valises sous ses yeux en guise de cernes, mais il avait l’air en général en bonne santé.

- Je vais vous examiner. Retirez votre pull et votre tee-shirt.

Perkins et Coote s’entreregardèrent. Un examen médical n’était pas censé être quelque chose de privé ? Pourquoi devaient-ils y assister ? Butcher répondit à leur question muette.

- Vous êtes un groupe. Vous agissez en groupe. L’état de santé physique et mental de l’un d’entre vous vous concerne tous. Vous devez être au fait des faiblesses de chacun d’entre vous.

Soit. Pour Crews, cela se tenait. Elle regarda Potter se contorsionner pour retirer son pull et son tee-shirt. Enfin, il se redressa, torse nu.
Chaque personne présent dans la salle eut un mouvement de recul, et écarquilla les yeux. C’était… c’était…

Harry n’était plus petit pour son âge. Son mètre quatre-vingt entrait parfaitement dans la norme. Certes, il n’avait pas l’air très épais, mais il restait relativement carré des épaules. Il n’avait pas l’air très épais. Il n’avait pas l’air très épais tout habillé d’un tee-shirt, d’un pull et d’une veste.

Torse nu, il était affreusement maigre.
Ses cotes et ses hanches saillaient et sa peau semblait translucide.
Crews se sentit légèrement nauséeuse. Elle essaya de détacher son regard du corps décharné de Potter, et revint vers son visage. Elle comprit soudain que la figure de Potter n’était pas dans un meilleur état. Ses pommettes saillantes et ses yeux enfoncés dans leurs orbites étaient simplement habilement camouflés sous ses cheveux longs et une barbe certes clairsemée, mais noire de jais. Ses traits étaient horriblement émaciés.

Potter n’était plus qu’un squelette famélique.

Comment était-ce possible ? se demandait intérieurement Crews. Ne mangeait-il pas ? Comment pouvait-il tenir debout ? Elle n’avait jamais vu que des personnes âgées et proches de la mort dans cet état de maigreur. Ou des jeunes filles anorexiques à l’orphelinat.
C’était difficile d’imaginer Potter, combattif et décidé, tomber dans l’anorexie.

- Doux merlin, Potter… murmura le Médecin en Chef des aurors.
Même Butcher semblait pour la première fois désarçonné. Il ne s’attendait pas à ça. Il était vrai que les candidats à la formation d’auror devaient passer une visite médicale. Ça avait été le cas pour Coote, Crews et Perkins. Mais Potter était arrivé si soudainement…

Quand les premières secondes de stupeur furent passées, le médecin reprit encore plus sérieusement.

- Bon. Très bien.
Il attira un rouleau de parchemin à lui ainsi qu’une plume, et s’assit près de Potter, avec la ferme intention de ne pas le lâcher avant d’avoir eu toutes les informations qu’il désirait.

- Quand avez-vous mangé pour la dernière fois.
Potter pris un air très las.
- Ce midi. Un sandwich à la cafète.
- Vous l’avez fini ?
- Oui.
- Bien. Avant cela.

Perkins n’en croyait pas ses yeux. Potter réfléchissait. Sérieusement. Très concentré.
- Heu… hésita-t-il. Le… La…

Chez Alberforth Dumbledore, à la tête de Sanglier, avant la bataille. Mais quand était-ce ? Il avait perdu toute notion du temps.
- Le soir de la bataille, tenta d’expliquer Harry. La veille de la bataille. A la tête du sanglier. Le barman, Alberforth Dumbledore… Il avait une miche de pain et du fromage.

L’information se fraya très lentement un chemin dans l’esprit du médecin.
- Vous êtes en train de me dire que vous n’aviez pas mangé depuis… depuis… Depuis une semaine ?!
Potter haussa les épaules, désintéressé.
- Il parait que j’ai dormi pas mal de temps après la bataille et…

Harry réalisa subitement qu’en effet il était parti de Poudlard sans manger. Il était passé à Londres s’acheter des affaires. Il était passé sur le chemin de traverse. Mais pas une seconde, il n’avait ressenti les tiraillements de la faim. A y repenser, ces quelques heures étaient très floues dans son esprit. Il avait erré dans Poudlard. Il avait erré à Londres. Dans un état second. Il était arrivé ici, et avait passé la soirée à lire des bouquins dans « sa chambre ». Et puis il avait mangé aujourd’hui. Une semaine.

Harry haussa de nouveau les épaules.

- Je suis habitué à manger peu.
- A ce niveau, Potter, asséna sévèrement le médecin, ce n’est pas manger peu, c’est faire une grève de la faim. Avec les épreuves que vous avez traversées, vous devriez être évanoui depuis des jours, et hospitalisé à Sainte-Mangouste.
- Je vous dis que je suis habitué.
- Comment avez-vous mangé cette année ?
Potter grimaça.
- Mal.
- C'est-à-dire.
- Comme je pouvais.
- C'est-à-dire.
Harry soupira de nouveau.

Durant quelques mois, ils avaient habité à la Chaumière aux Coquillages.

- De février à mai, j’ai pu manger à peu près une fois par jour des repas cuisinés. Mais c’était très dangereux d’aller se ravitailler dans le village moldu, alors on se rationnait.
- Et avant ?
- Avant… Avant rien. D’aout à Février, on s’est débrouillé comme on pouvait. J’ai commencé à me cacher après la mort de Scrimgeour. On évitait le plus possible les villages, on évitait les coins habités. Quelques fruits volés dans des marchés. On péchait mais en novembre, dans les rivières… On métamorphosait ce qu’on pouvait.
- Effectivement. Cela explique parfaitement votre état de faiblesse avancé. Et bien Potter, vous commencez dès maintenant une cure intensive de vitamines en tout genre. Je vais vous prescrire des fortifiants magiques pour que vous puissiez effectuer vos exercices magiques et physiques et suivre votre formation normalement. Je veux vous revoir dans une semaine pour un nouvel examen complet de votre état. Avalez ça.

Potter considéra avec méfiance la potion verte pomme qu’on lui proposait, mais visiblement il jugea qu’on ne tentait pas de l’empoisonner, puisqu’il la bu d’un trait. Il ferma les yeux, et quand il les rouvrit, Coote nota qu’il avait l’air nettement moins fatigué.

- Qu’est ce que c’est ?
- Vous apprendrez bien vite à fabriquer vous-même des fortifiants, Potter, dit Butcher. Vos cours de Potion sont faits pour ça. Maintenant, tout le monde retourne dans l’arène. Et que ça saute.

Ils s’exécutèrent en silence. Que faire d’autre ?



Des mois. Crews devait encore une fois réviser son jugement sur Potter. Il avait passé des mois en vivant traqué comme un animal. Affamé. Seul. Et visiblement avec l’impression permanente d’être en danger. Il n’y avait qu’à voir comment, dès qu’il avait ouvert les yeux, il avait eu un phénoménal réflexe de survie. De défense par l’attaque. L’infirmière n’avait rien pu faire. Plus de pression, et il lui brisait les cervicales. Crews se jura de ne jamais essayer de l’effrayer en arrivant furtivement par l’arrière. Un geste aussi inconsidéré risquait de lui coûter sa vie à elle.

Elle jeta un coup d’œil à Potter.
Il marchait normalement. Il avait déjà remis son masque impénétrable. Une autre chose perturbait Crews, en plus de sa maigreur.
Le torse de Potter était marqué par des hématomes en voie de guérison. Des énormes hématomes. Quels coups avaient-ils endurés pour accuser autant de chocs ? Et il avait de très étranges cicatrices. Au milieu du torse, tout un rond de peau était marqué par une brulure qui avait du être terrible. Et son bras avait l’air d’avoir été mordu par un énorme serpent, puis entaillé par un couteau.

Mais quelles épreuves avait-il bien pu traverser ?




Les revoilà dans l’arène, devant le caillou. Cette fois-ci, Potter tenait le coup. Enfin, comme eux tous. Suant, tremblant, devant ce putain de galet à la con.
Ça faisait quoi, sept minutes ? Ce pouvait être sept heures. Perkins avait de nouveau l’impression de se broyer les phalanges à force de serrer sa baguette. Formation à la con.

Enfin, la voix de Butcher s’éleva.

- Suffit.
Les galets retombèrent.

- Vous êtes épuisés. Pourtant, l’exercice magique est enfantin. Vous n’êtes pas capable de le maintenir dans le temps. A voir vos mines, je suppose que vous n’aviez jamais remarqué que la magie puise fortement dans l’énergie d’un sorcier.

Butcher glissa un regard vers Potter.

- Que vous soyez en pleine forme, ou non, c’est la même chose. Une magie forte repose avant tout sur un contrôle de son corps. C’est une question de posture, de respiration, et aussi tout bonnement de muscles. Vous devez être endurant, résistant à de fortes pressions physiques. Je considère comme totalement vain d’apprendre quoique ce soit à un sorcier incapable de produire une magie satisfaisante. Alors nous ne commencerons la formation pratique magique que quand vous serez devenus optimum d’un point de vue physique.

Les trois aspirants froncèrent les sourcils.

- Pour cela, pas de secret. Une formation sportive intensive vous attend. Quotidiennement. Ici même. Si cette étape de votre formation apparaît trop « barbante » ou « moldue » à l’un d’entre vous, ce petit crétin prétentieux est libre de prendre la porte.

Personne ne moufta.

- Bien, dit Butcher.

Coote eut la ferme impression que celui-ci était déçu. Quatre élèves lui semblaient être un nombre bien trop contraignant.

Au pied de chacun d’entre eux, un tas de vêtements pliés apparut. Si Perkins resta dubitatif quant à la matière et à la forme du pantalon, les trois autres reconnurent immédiatement un pantalon de jogging moldu et des baskets de course.
Harry eut un mauvais pressentiment. Il regarda au sol, et distingua une piste circulaire qui s’étendait sous leurs pieds. Il était persuadé qu’elle n’était pas là quand ils étaient entrés.

- Commencer à courir. Ne vous arrêtez pas. Je vous dirais quand l’exercice prend fin, mais inutile d’espérer que ça soit bref. Ça ne le sera pas. Juste long, chiant et douloureux.


Voilà comment commençait la célère et très secrète formation d’auror, qui bâtit des légendes, qui transforma de valeureux sorciers en cauchemars de mages noirs.

Par des tours de pistes.
L’espace d’une seconde, Crews se demanda si Butcher ne se foutait pas de leur gueule. S’il ne cherchait pas à les tester. Mais elle dut se rendre à l’évidence.
Il était terriblement sérieux.







Les trois aspirants se distinguaient par leurs histoires, leurs caractères. Dickens avait vu juste. Pourtant, après à peine quelques heures d’une cohabitation qui avait déjà donné lieu à d’amères confrontations, avant même que leur premier cours avec Grump Butcher ne prenne fin, ils commencèrent bien que d’une façon hautement imperceptible, à s’unir. A s’accorder pour jouer la même partition. On était loin d’une harmonie parfaite, mais en mécanisme était enclenché.
Ils se muaient en un seul et même sentiment. Luttaient dans la même direction. Hantés par la même obsession, le même trait de caractère.

Ce qui les rapprocha pour la première fois, ce ne fut ni l’amitié, ni les plans de carrière.

Ce fut l’obstination.

Chaque respiration n’était qu’un jet acide se faufilant dans leurs bronches. Haletante et sifflante. A chaque nouveau pas en avant, leurs chevilles menaçaient de se dérober, sous le poids écrasant de leurs corps tremblants, et d’emporter leurs genoux dans une chute sournoise qui pouvait leur coûter une articulation.
Et pourtant, ils continuaient de courir. Obstinés.

De courir bêtement, douloureusement, sur la piste plane et terreuse de l’arène. Les yeux fermés et le front perlé de sueur.
Harry fit un effort pour regarder sa montrer et manqua de trébucher. Deux heures. Deux heures qu’ils couraient. Tout ce qu’il n’aurait pas donné pour retourner faire léviter ce satané galet…

Combien de minutes s’écoulèrent avant que le salut n’arrive ? Harry n’en avait aucune idée. Un ordre claquant de Butcher les libéra de leur course. Un marteau lui broyait la tempe et il avait le cœur au bord des lèvres.
Dans son champ de vision, Crews se laissa glisser au sol, les jambes coupées. Elle paraissait sur le point de rendre son dernier soupir, sa main crispée sur son côté, le visage cireux. Coote et Perkins étaient comme Harry, pliés en deux, pesant le moins pire devant Butcher : s’évanouir ou vomir ?

- Effectivement, votre endurance physique est déplorable. Vous avez énormément de boulot. Vous avez une demi-heure pour aller prendre une douche. Ensuite, pour le reste de la journée, vous irez retrouver votre Référant.

Harry regarda de nouveau sa montre. Il n’était « que » dix-neuf heures, alors que le cours devait se terminer officiellement à vingt. C’était toujours ça de pris.
Il décida d’aller se noyer sous de l’eau glacée avant d’élucider la mystérieuse question du référant. Combien de clauses en bas de contrats allaient-ils encore découvrir ?

Dans le retour vers les chambres, aucun d’entre eux ne parla. Ils étaient physiquement et mentalement épuisés.

Une seule phrase se répétait en litanie dans leur tête. « C’est parti pour deux ans avec de genre de journée de merde. »

Rouges, suant et au bord du trou noir, les trois aspirants retraversèrent le Bureau (légèrement moins bondé en cette heure creuse) sous les regards nostalgiques et goguenards des aurors, dont les premières séances d’endurance magique remontaient pour certains d’entre eux à une prime jeunesse depuis longtemps perdue.
End Notes:
A venir : Der Wandervogel 4.

Un extrait :

"Nous sommes seuls et encerclés, Potter. Certains ici feront, je pense, tout pour nous ralentir dans notre reconstruction, et dans notre course contre les mangemorts échappés. Mon premier conseil en tant que ton Référant sera de surveiller ce qu’on te donne à boire… Je ne plaisante pas. "
Der Wandervogel 4 by Bendico
Author's Notes:
Bonjour ! Désolée pour le retard, mais ça y est : mes concours sont finis et je suis en grandes vacances ! Der Wandervogel s'avère vraiment plus long que prévu (j'ai un plan précis que je suis pourtant à la lettre, mais je m'étale, je m'étale...) donc j'ai de nouveau coupé la partie 4 en deux. Pour le coup, c'est assez court, (moins de 10 000 mots) mais l'avantage, c'est que le prochain chapitre est déjà assez avancé.

C'est ce que je vous propose : des chapitres plus courts, plus fragmentés, mais avec une publications plus régulière.

J'avoue aussi avoir du mal à écrire en ce moment. Je suis peu motivée pour me taper la conception de passages nécessaires, mais franchement pas folichon point de vue action ou révélations poignantes. Alors je traine, je traine...

Bref, j'espère que vous continuerez malgré tout à me suivre ! ;)

Et sans plus attendre :
Harry considéra son Référant. Il n’était pas franchement ravi.
- Si vous vous êtes porté volontaire pour être mon tuteur, c’est que vous êtes stupide, lui dit Harry en le fixant droit dans les yeux.
- Et bien, vous pouvez vous rassurer, je ne suis pas « stupide ». J’ai été expressément nommé pour cette tâche. Et ça ne me réjouit pas.
- Vous auriez pu refuser.
- Bien que vous ne sembliez pas naturellement porté à comprendre ce genre de concept, Potter, vous finirez bien par vous plier au devoir d’obéissance envers votre hiérarchie.

Harry ne répondit pas, préférant examiner le bureau envahi de paperasse devant lequel il se tenait.

- Mais pour dire la vérité, être le tuteur d’Harry Potter lors de sa formation d’auror fera particulièrement beau sur mon CV.
- Pourquoi vous ? Pourquoi pas quelqu’un d’autre ?
Savage soupira.
- C’est une longue histoire, difficilement racontable au milieu de la moitié des aurors anglais. Prend le gros tas de parchemin rose, ah et, le vert aussi. Je vais te faire découvrir l’Antre.

Sans s’offusquer du passage sans transition au tutoiement, Harry obtempéra.
Après quelques déambulations dans les couloirs du Centre, Savage s’arrêta devant une banale porte qu’Harry identifia comme l’entrée de l’ « Antre ». Il ne se retint pas le moins du monde de lever les yeux au ciel.

Salle d’Archives 1b

- Fais gaffe, railla Savage. Beaucoup y ont pénétré, très peu en sont ressortis.

Et il poussa la porte.

Des boites. De la poussière. De la poussière et des boites. Quelques tables et peu de lumière.
Un océan de boites.

- Bienvenue dans le monde glauque et sordide des affaires abandonnées, des pistes froides, des mystères non résolus. Sais-tu que les moldus raffolent de séries policières ? Je pense que ça pourrait faire un carton. Une jeune sorcière blonde qui rouvrirait des cas classés pour rendre justice à des victimes depuis longtemps disparues.
- Vous aimez les moldus ? Demanda Harry.
- Oui, c’est d’ailleurs pour ça que c’est moi qui suis ton tuteur. Pose ces parchemins sur le pupitre, et tes fesses sur le siège. On en a pour un moment.

Et Savage commença à raconter, très scrupuleusement écouté par Potter, qui eut la présence d’esprit de retenir sa verve et de le laisser parler.

« Tu dois avoir une idée des actions perpétrées par le ministère l’année passée. Ou il ya encore deux semaines. Mais tu étais en fuite. La vérité reste difficilement envisageable, et à l’heure actuelle, elle ne sera pas officiellement établie.

Des atrocités ont été commises.
Et le Bureau des Aurors y a pleinement participé.

Pour commencer, les aurors né moldus ont été arrêtés, renvoyés, déportés, et tués.
Je te parle d’un tiers de mes collèges.

Tu as du voir que la moyenne d’âge des aurors était assez élevée. Shakelbolt vient de faire appel aux jeunes aurors retraités, et à d’anciens des tireurs d’élites, pour combler dans l’urgence le manque d’effectif.

Tu as vu que la tombe de Tonks était recouverte d’un linceul noir.
C’est parce qu’elle est tombée au combat récemment. Si nous devions rendre hommage à chacun de nos collègues qui sont tombés dans les deux dernières années, tous les bureaux seraient voilés aujourd’hui.

Mais nous n’en parlons pas. Les aurors ne fonctionnent pas au grand jour. On se tait. Chacun ressasse ses propres fantômes sans les imposer aux autres.
Tu comprends pourquoi tu es mal vu ici. Tu mets en lumière ce que nous voudrions laisser pour un temps dans l’ombre.

Nous devons nous consacrer à l’essentiel : faire tourner le service nuit et jour.
Nous n’avons pas le temps de nous attarder sur nos disparus. La mort fait partie de notre job, de notre vie, comme elle fait désormais aussi partie de ta formation. Comme je présume, elle a toujours fait partie de ta vie.

Comme je le disais, un tiers de nos collègues furent abattus. Ce sont les mangemorts qui se sont chargés du sale boulot. Avec la joie de la revanche, de la vengeance.
Ils se doutaient probablement que s’ils ordonnaient cela directement à nous, aurors sang-purs, nous refuserions, et ils auraient été obligés d’abattre aussi les récalcitrants.
Or ils avaient trop besoin de nous pour nous gaspiller.

Les sang-mêlés furent rattachés à des enquêtes mineures, et à la paperasse administrative. Il fallait bien quelqu’un pour s’en occuper.

Et pour ce qui était des sangs-purs… Nous avons du prendre des ordres directement des mangemorts, et participer aux atrocités commises contre les civils.

Je dois à la vérité de dire, et aussi à ma plus grande horreur… Que pour beaucoup d’entre nous ; cela n’a pas été vécu comme un grave cas de conscience.

Employer la défense contre la magie noire pour traquer des né-moldus innocents n’a pas posé pour certains d’entre nous de problèmes. Ils arguaient que c’était cela ou mourir. Mais je sais que participer à cette épuration ethnique par le génocide, sans avoir à entrer officiellement dans le cercle des tatoués, les réjouissait.

Ces gens aujourd’hui, sont toujours des aurors, sont toujours en liberté, et le resteront encore pour un temps. Impunis.

Nous ne pouvons emprisonner quelqu’un qui a sauvé sa propre vie. Si le délit de non assistance à personne en danger existe chez les moldus, ce n’est pas le cas dans la législation sorcière. Et nous manquons d’effectif pour traquer certains mangemorts en liberté, alors nous devons garder d’anciens putains de collabo de retour dans « le droit chemin » maintenant que Voldemort est tombé.

Et Shakelbolt a un plus grand plan pour eux….

Tu dois te demander si moi aussi, j’ai trahi des innocents. Je viens de te dire que j’aimais les moldus. Pas comme des animaux de compagnie attendrissants, comme c’est le cas pour certains sorciers, immondices de notre communauté, mais comme des êtres humains dignes. Avec des droits inaliénables. »

Savage fit une pause. Le silence était lourd.

« Ma femme était moldue.

Nous n’étions pas mariés, et personne ne savait au Bureau que j’avais une relation avec une moldue. Mis à part Tonks. Je l’ai caché à l’étranger quand Voldemort a repris de l’influence.

Mais oui. Oui, j’ai trahi et donné des né-moldus innocents aux mangemorts, en sachant que je les destinais à une mort prochaine. Il le fallait.
Dix-huit. Je connais leur nom, leur âge, leur histoire. Ils me hantent. Des hommes et des femmes volontaires pour se sacrifier. Jeunes et vieux.

Je t’ai dit que Tonks ne m’avait jamais parlé de l’ordre du Phoenix, quand mon plus grand souhait était de les aider.
Mais ils ne m’ont jamais contacté.

Alors nous nous sommes débrouillés sans eux. Au quotidien. Pour devenir les gardiens du secret de sang-mêlés et né-moldus menacés, pour détourner les preuves, fausser les pistes, ralentir l’œuvre de mort de Voldemort. Voler des potions et des ingrédients à Sainte-Mangouste…

Monter en prenant des risques énormes notre propre réseau au cœur même des mangemorts et des raffleurs. Sans l’aide du sacro-saint Ordre.

Nous fûmes au maximum dix-sept. Huit sont morts. Des neuf encore en vie, nous sommes trois aurors. Je ne te dirais pas qui sont les deux autres.

On a pu sauver à peu près cent cinquante né-moldus, surtout des enfants encore non-scolarisés à Poudlard. Mais parfois, quand on revenait trop souvent « bredouilles » de missions, les mangemorts se montraient méfiants. Trois moururent ainsi pour avoir laissé planer le doute sur leur loyauté. Alors de temps en temps, nous revenions avec de véritables victimes…

On ne les choisissait jamais. C’était eux qui se portaient volontaire pour sauver notre couverture, et d’autres civils après leur sacrifice.

Au Centre, personne ne sait que j’ai résisté. Mais je suis quasiment sûr que d’autres l’ont fait aussi, à l’insu de mon plein gré, dans la même discrétion que moi.
On ne pouvait pas se faire confiance !
Shakelbolt, lui, connaît le rôle que j’ai essayé de jouer tant bien que mal. Il connaît mes deux compagnons.

C’est pour cela que je suis ton tuteur. On ne pouvait pas te confier à un auror qui regrette la chute des mangemorts. Or il est impossible de les identifier aujourd’hui.

Nous sommes seuls et encerclés, Potter. Certains ici feront, je pense, tout pour nous ralentir dans notre reconstruction, et dans notre course contre les mangemorts échappés.

Mon premier conseil en tant que ton Référant sera de surveiller ce qu’on te donne à boire… Je ne plaisante pas.

Garde en tête que si aucun auror « indépendant », n’étant pas membre de l’Ordre du Phoenix, n’a participé à la bataille de Poudlard, c’est parce qu’ici, nous n’étions pas au courant de ce qu’il se passait en Ecosse. Quelqu’un a fait barrage à l’information, pour nous empêcher d’intervenir. Et cette personne, ou ces personnes, car je doute qu’elle soit seule, est toujours ici.

Maintenant, range le parchemin rose dans la boite 679zj et le vert dans la 137pd, et sortons d’ici. »


Ils avaient passé une heure dans l’Antre.

- Tu as ta soirée de libre. Ce sera bien la seule, alors avance-toi dans ton travail et tes lectures. Je suppose que tes compagnons vont passer leur soirée à relire les rapports de leur Référant personnel pour en corriger les fautes et les contradictions. Cela vous permet de rester au courant des affaires sur lesquelles les aurors bossent en ce moment. Si on te demande, je suis chargé de la mise à jour des dossiers lâchés lors du retour de Voldemort.

Savage s’éloigna mais Harry le héla dans le couloir sombre.

- Qu’est-il arrivé à votre femme ? Vous avez dit qu’elle « était » une moldue.
Savage se retourna lentement. Sa voix trembla.
- Je ne pouvais pas me permettre de communiquer avec elle durant l’année noire. Quand je suis allée la retrouver à la libération il y a quelques jours, j’ai appris qu’un cancer moldu en phase terminale lui a été diagnostiqué il y a trois mois de cela. Elle est morte, seule, début mars.

Ils n’ajoutèrent rien, et chacune s’engouffra dans son propre couloir sombre.

Savage hanta longuement les pensées d’Harry, dans cette deuxième soirée au Centre. Il venait de perdre sa femme. Sa meilleure amie. Ses collègues. Il était entouré de traitres, et se considérait lui-même comme un meurtrier. Et pourtant il était là, debout. Fort. Quelques jours plus tard. Il arrivait à regarder en face le symbole vivant des douleurs de sa vie, Potter.
Harry n’était pas le seul à avoir souffert de la guerre. Des épaves, voilà ce qu’ils étaient. Et pourtant, certains conservaient un élan de vie. Mus par des envies de revanche ou de paix.
Restait-il seulement un soupçon d’élan en Harry ? Quelles étaient ses raisons pour avancer ? Prendre une revanche ? Sur qui ? Voldemort gisait mort, et ses sbires le suivraient bientôt. Être mû par l’amour de la paix ? Mais qu’est ce que c’était que ça, la paix ? Le seul souvenir de paix qui restait en Harry le mettait en scène accroché à un arbre, fuyant l’énorme molosse baveux grognant de sa tante par alliance.

Harry s’endormit sur le chapitre 16 de « Tapinois, filage et interrogatoire » et n’entendit pas ses co-aspirants rentrer.





L’eau qui ruisselait encore de ses cheveux fraîchement lavés trempait son pull, mais Harry s’en moquait. Il entra dans la cafétéria, légèrement déphasé. La nuit avait été courte, et le réveil désarçonnant. Il avait mis quelques minutes à se souvenir, le cœur battant, où il était, qui il était, et ce qui l’attendait pour la journée. Il gardait une mauvaise impression de son rêve de la nuit, mais celui-ci s’était définitivement évaporé quand il s’était redressé dans ses draps. Il savait que c’était horrible, oppressant, et redoutablement important. Mais ce n’était qu’un rêve. Voilà des années qu’il avait arrêté de compter ses cauchemars.

Harry s’approcha du comptoir, et remarqua que Coote y somnolait, devant un café. Il était 6h47. Dans treize minutes, la « mise à l’épreuve quotidienne » commencerait. Harry n’avait pas la moindre idée de ce que cela signifiait. Une vérification de ce qui avait été assimilé aux derniers cours magistraux ou avec Butcher ? Il se récita mentalement les désinences gobelines.
Colleen sortit des cuisines, lui adressa un rapide sourire. Quelques secondes plus tard, un café serré fumait devant Harry.

- Tu ne dors jamais ? Lui demanda Harry.
- Si j’étais en train de dormir, tu n’aurais pas de café, alors réjouis-toi, éluda Colleen.

Il haussa les épaules et avala son café. C’était brûlant, et cela lui arracha un rictus douloureux. Harry demanda à Coote :

- Où sont Perkins et Crews ?
- Aucune idée. M’en fous.
Coote vida ses dernières gouttes restées au fond de sa tasse, se leva, et fit signe à Harry qu’il était temps d’y aller.

- Hier soir, toi aussi tu as fait de la paperasse ? le questionna Harry.
- Ouaip. Et Perkins aussi, je l’ai croisé en rentrant. Des heures à lire le rapport d’expertise de mon référant sur les actions urticantes d’une plante moldue précédemment confondue avec une potion empoisonnante dans une obscure affaire en cours. J’ai jamais rien lu d’aussi chiant. Comment peuvent-ils ne pas connaître les effets de l’ortie ? ça me dépasse.
- Il s’appelle comment, ton référant ?
- McChrysal, un vieux un peu déphasé en matière de culture moldue.

Harry se retint de froncer les sourcils. « Déphasé en matière de culture moldue » classait McChrysal dans le rang des menaces potentielles. Mais il était vieux… Une recrue de dernière minute de Shakelbolt dans les rangs des aurors retraités ? Ce qui expliquerait sa méconnaissance des moldus, peus pris en compte dans les enquêtes des aurors il y avait de ça même pas dix ans ?
Harry stoppa net le cours de ces pensées. Il n’allait pas se mettre à soupçonner chaque auror avec paranoïa.

- Et toi, demanda Coote, c’est qui ?
- Savage.
- Le type avec lequel…
- Oui.
- Vous vous entendez bien ?
- On n’est pas ici pour s’entendre avec qui que ce soit. Mais pour devenir auror, trancha Harry.

Coote esquissa un sourire.

- Ou entre nous quatre. Selon Butcher.
Harry grogna.

Ils arrivaient devant la porte de l’arène.
L’étrange endroit n’avait pas beaucoup manqué à Harry.
Coote et Potter échangèrent un regard circonspect, et dans un soupir, ils poussèrent la porte.



Tout était sombre. Partout, des hurlements de volatiles non-identifiés, des bruissements, des caquètements. Sous leurs pas, des feuilles et des racines craquaient sinistrement. Ils slalomaient lentement entre les troncs d’arbres. Harry devait se répéter sans cesse qu’il était toujours au Bureau, et pas perdu au beau milieu de la forêt interdite. Le vent froid sur son visage, les bouffées d’humus, les relents de bois humide, chacun de ses sens lui hurlaient qu’il était au beau milieu d’un bois hostile, au beau milieu de la nuit.

Coote marchait à ses côtés.

- La prochaine fois, il faut qu’on pénètre tous ensemble dans l’arène. Nous quatre réunis, fit Potter.
- Ils sont passés par ici.
- A quoi vois-tu ça ?
- Les fougères et les racines ont été piétinées juste devant, fit Coote d’un air sûr.

Harry se retint de le questionner sur ce mystérieux don de trappeur. De toute façon, il n’avait pas d’autres choix que de faire confiance à son camarade, taillé comme un rugbyman moldu. Lui n’avait absolument aucun sens de l’orientation. « Pointe au Nord » ne lui servait à rien ici, ne sachant pas dans quelle direction précise se diriger. De toute façon, existait-il réellement des points cardinaux dans cette mystérieuse arène ? La mousse dévorait les troncs de tout côté.

- A ton avis, que devons-nous faire ?
- Aucune idée. Retrouver les autres pour que l’exercice commence.
- A moins qu’il n’ait déjà commencé.
- C’est une mise à l’épreuve. Ils testent notre réactivité dans une situation de danger et d’urgence. On peut s’attendre à engager des duels face à des aurors ayant pris le rôle des ennemis.
- Ou face à des créatures malfaisantes, dit Coote, tandis qu’un cri sauvage s’élevait dans l’obscurité quelques centaines de mètres devant eux. Tu crois que ce serait des vraies ?
- Pas des mortelles, ni des créatures aux effets permanents. On peut écarter l’hypothèse de loups-garous.
- Mais pour le reste…
- Effectivement, confirma Potter, je pense qu’on peut s’attendre à tout et n’importe quoi, et à de vraies blessures.
- On aurait des soins ?
- Tu as vu la gueule de l’infirmerie ? Faut pas trop y compter. Je pense que les seuls soins qu’on recevra, ce seront ceux que nous serons capable de nous dispenser à nous-mêmes.
- Chhhht ! Fit soudain Coote.

Ils s’immobilisèrent.
Ils perçurent deux voix, étouffées par le couvert des arbres. La poigne de Harry s’affermit sur sa baguette.

Pour Coote, ce n’était qu’une mise à l’épreuve. Renouvelable encore et encore jusqu’à ce qu’ils parviennent à un résultat satisfaisant.
Mais pour Harry, l’enjeu était tout autre.
Il ne devait pas se faire désarmer. Il ne devait pas céder l’emprise de l’Aînée de Sureau à n’importe qui. Quoi qu’il se passe, personne ne devait lui prendre sa baguette, avec conscience et volonté de le désarmer.

Ils avancèrent prudemment, prenant garde à ne pas trahir leur présence en trébuchant malencontreusement.
Ils éteignirent leurs baguettes à l’exact moment où la lueur des Autres leur parvint. Sans se concerter, Coote et Harry se dissimulèrent derrière des arbres.

- Chhht ! Fit soudain Perkins.
Crews fronça les sourcils, et leva sa baguette, prête à stupéfixier tout chose mouvante.
- Amis ou Ennemis ? se murmura pour lui-même Perkins.
- Difficile d’appeler Coote et Potter des amis, rétorqua Crews dans un souffle.

- C’est Crews et Perkins, fit Coote.
- Comment tu peux en être aussi sûr ? demanda Harry.
- C’est la voix de Crews. Je l’entends.
- Mais…
- J’ai une bonne ouïe, ok ? l’interrompit Coote.
- D’accord. Faut qu’on se montre à eux sans qu’ils nous attaquent.

Coote hocha la tête, se prépara à riposter en cas d’attaque. Il était impressionné par Potter. Celui-ci évoluait avec aisance et assurance. Il ne semblait pas en proie à la peur, ni au stress. Bien qu’il sache que sa vie n’était pas le moins du monde en jeu, et qu’il était difficilement probable qu’ils se fassent virer parce qu’ils échouaient à la première mise à l’épreuve, le cœur de Coote battait à cent à l’heure dans sa poitrine. Heureusement qu’il connaissait plutôt bien le monde de la forêt. Enfin, la forêt moldue. Il n’était pas sûr d’être prêt à affronter un troupeau d’Erkling ou une colonie de Moke venimeux.

- Tu as une idée en tête ? lui demanda Harry.
- Heu, les appeler, tout simplement ?
- Non, fit Harry. C’est leurs voix, mais rien ne nous dit que c’est vraiment eux. Ce peut-être des aurors sous polynectar, ou un sortilège d’illusion. Il faut que Crews te reconnaisse, et un appel qu’elle seule peut reconnaître. Comme ça, chacun de nous sera sûr d’avoir le véritable autre en face.

Dans la nuit, Coote ne distinguait pas le visage de Potter, mais il parvenait sans peine à se l’imaginer. Fermé et décidé. Il devait s’avouer à lui-même que l’idée que des aurors, sous le couvert des arbres, aient usurpé leur identité pour les attirer dans un piège, ne l’avait même pas effleuré.
L’expérience de Potter parlait. Et que dire de son inexpérience à lui…

Coote essaya de retrouver dans sa mémoire un signe distinctif que Crews comprendrait. Hélas, leurs années communes à Poudlard les avait plus souvent opposés que réunis. Coups bas, brimades, regards hautains, voilà tout ce qu’ils avaient en commun.
Et soudain, il trouva la solution. Mais il fallait rien de moins qu’un miracle pour que Crews s’en souvienne. Ils étaient en première année…

Harry se mit en position de défense quand il vit Coote abaisser sa baguette. Il se prépara à le couvrir au besoin. Il regarda Coote mettre ses deux auriculaires à chaque coin de sa bouche.
Il siffla quelques notes joyeuses totalement saugrenues dans cette atmosphère glauque et oppressante.

Ils sentirent les deux autres de l’autre coté s’immobiliser. Et puis quelques secondes plus tard, de l’autre coté d’un épais buisson, un autre sifflement se fit entendre.
Coote hocha la tête.

- C’est eux.

- Vous étiez où ? Vociféra Crews.
- On n’a pas le temps de se rendre des comptes maintenant, les arrêta immédiatement Perkins d’un ton sec.
- Et maintenant ? Fit Coote. Qu’est ce qu’on est censé faire ?
- Trouver la sortie, fit Harry.

Tous se tournèrent vers lui.

- Nous sommes milieu de nulle part, perdus. L’exercice prendra vraisemblablement fin quand l’un de nous se blessera, ou quand nous serons sortis d’ici.
Chacun médita quelques secondes sur ces paroles, et n’ayant aucune autre solution à proposer, ils acquiescèrent.

- Et cette sortie, elle serait par où ?
- Après une série d’épreuves. Après un parcours nous mettant à l’épreuve. Il faut moins trouver la sortie que laisser les épreuves venir à nous.

Tout cela n’était qu’une nouvelle troisième tâche pour Harry. Il essaya de ne pas penser à sa dernière sortie d’un labyrinthe. Il essaya de ne pas penser à Cédric Diggory.

- Alors ?
- Alors on marche, fit Harry. On avance. On reste en mouvement, on regarde autour de soi, et on réagit vite.

Aucun des trois autres n’appréciait le « ton de prof » que Potter prenait, mais ils étaient bien forcés de s’avouer qu’il semblait mieux savoir qu’eux quoi faire. Et ce qu’il disait sonnait de manière sensée.

Alors ils recommencèrent à avancer, baguette à la main et sens aux affuts.
Plus ils progressaient dans la forêt, plus elle se faisait dense, et se dressait devant eux. Les racines noueuses se levaient devant leurs pieds, des buissons de houx se dissimulaient dans les branches qu’ils écartaient de la main, et des barrages d’arbres gigantesques les faisaient sans cesse changer de direction. Il fut bientôt impossible pour eux d’avancer de front. Ils se mirent à la file indienne. Chose surprenante, Coote avait pris d’autorité la tête de file, et dégageait les branches de leur passage à grands renforts de sortilèges de découpe. Crews faisait léviter des boules de lumières destinées à éclairer le sol, mais qui menaçaient aussi de les faire repérer. Quoique, plus vite ils seraient repérés, plus vite ils sortiraient d’ici. Perkins et Potter, en queue de file, couvrait les devants et les arrières du groupe. Mais le bruit de leurs propres pas les empêchait de percevoir correctement les mouvements d’espèces hostiles.

L’obscurité croissait autant que la végétation entravait leur avancée. Plus ils s’enfonçaient au milieu de nulle part, plus les bruits de la forêt se faisaient inquiétants et mystérieux. Sifflements, grognements, grondements sourds. Perkins rompit le silence, probablement plus pour faire entendre une voix humaine que par pure nécessité.

- A votre avis, on peut s’attendre à quel genre de bestioles ?
- Moremplis ? hasarda Coote.
- Une Moremplis attaque uniquement des humains endormis, et on la trouve dans les pays tropicaux, rectifia Crews. Un Nundu ?
- Bien trop dangereux, il faut une centaine de sorciers pour neutraliser ce léopard, rétorqua à son tour Coote. Ils veulent nous former, pas nous tuer. Enfin, les aurors. Je suppose que Butcher serait ravi de se débarrasser de nous.
- On va pas faire la liste de toutes les créatures magiques dangereuses, juste pour le plaisir de papoter, intervint Harry. Mais si ça peut vous faire plaisir, je penche plus pour l’Acromentule.
- Les Acromentules sont bien trop rares !
- Détrompe-toi, Perkins. Elles pullulent à Poudlard.
- A Poudla…
- Chhht ! fit brusquement Harry.

Ils s’immobilisèrent, baguettes aux aguets.

- Qu’est ce que… commença Crews.
- Ecoutez !

Bruissement de feuilles, grognements, odeurs nauséabondes.

- Je n’entends rien de particulier.
- Léger vrombissement. Vers ma gauche.

Harry se concentra pour entendre de nouveau l’étrange bourdonnement qu’il avait perçu quelques secondes auparavant. Tous ses sens étaient en alerte. Son intuition lui hurlait que c’était dangereux. Mais qu’est ce que ça pouvait bien être ?

- C’est juste un sifflement… Rien de particulièrement méchant, fit Perkins.

Harry ferma les yeux, essayant d’identifier le vrombissement qui, à ce qu’il lui semblait, se rapprochait dangereusement d’eux.

- Ce sont des battements d’ailes. De beaucoup d’ailes, fit Coote. Des centaines.
- Insectes ? Guêpes géantes ? Fit anxieusement Crews.
Elle détestait les insectes, et détestait par-dessus tout se conformer à ce cliché féminin.
- C’est petit, fit Coote, sans appel.

Harry passait en revue tous les insectes qu’il avait pu étudier avec Hagrid ou Gobe-Planche, mais rien ne concordait. Pourtant, il avait déjà entendu ce vrombissement. Une impression furtive de déjà-vu traversait sans cesse son esprit. Bizarrement, l’image de Fred et George avec un sourire sournois s’imposa à lui. Il tenta de faire abstraction de la boule qui naissait dans son estomac pour se concentrer. Vrombissement. Fred et George. Avait-il déjà vu Fred et George jouer avec des insectes ? Fred et George manipulaient toutes sortes de créatures pour leurs expériences.

Le vrombissement s’amplifiait, venant indubitablement de l’Ouest. Il couvrait désormais le bruit du vent.

- Qu’est ce que…
- La ferme ! Lâcha Harry. Je sais ce que c’est faut juste que je…

Et soudain, il trouva. Mais ça ne collait pas. Ce vrombissement, il l’avait entendu au 12, Square Grimmaurd, lors du nettoyage. Derrière des rideaux.

La chasse aux Doxys.

Mais les Doxys, des créatures ressemblant à de petites fées recouvertes d’une épaisse fourrure noire, à la morsure venimeuse, infestaient les maisons. Pas les forêts.

- Existe-t-il des Doxys à l’état sauvage ? demanda très lentement Harry.
Existait-il seulement des Doxys « domestiquées »…
- Sous une forme primitive, oui, répondit tout aussi lentement Coote. Elles sont plus petites, plus rapides, et leur morsure provoque non seulement une réaction cutanée, mais aussi une paralysie du système respiratoire. Sans antidote, ça peut s’avérer mortel. Et même avec l’antidote, ça peut laisser des séquelles très lourdes…

La réponse de Coote se fit un chemin dans les esprits de Potter, Crews et Perkins. Personne ne demanda des précisions quant aux « séquelles très lourdes ». Ils préféraient ne pas savoir.
- Tu crois que c’est ça ? Demanda Perkins à Harry, se tournant inutilement vers lui dans l’obscurité.
- Si c’est ça alors… commença Crews…

- Alors il faut courir. Et vite. Finit Harry.

Ils restèrent paralysés par l’incertitude quelques secondes. Et puis…

- COUREZ ! Hurla Harry. VERS L’EST ! COUREZ !

Ils s’élancèrent.

C’était plus facile à hurler d’une voix saturée par la panique qu’à faire.
Dès les premiers mètres, leurs muscles éprouvés par l’entraînement de la veille leur firent âprement regretter cette course folle, dans le noir, entre les racines traîtresses, les troncs se dressant furtivement sur leur passage. En moins de trente seconde, ils eurent tous un point de côté qui sciait leur respiration, hachait leurs mouvements. Harry devait sans cesse changer de direction, contourner des buissons d’épines, des arbres morts barrant son chemin. Il comprit alors qu’un autre danger les guettait : s’éparpiller et disloquer le groupe.

- IL FAUT RESTER GROUPES ! hurla-t-il pour se faire entendre des autres.
- Je suis quelques mètres derrière toi, lui cria Coote. PERKINS ! CREWS ! PAR ICI !
Quelques secondes plus tard, les respirations haletantes des deux autres se firent entendre à leurs côtés.

- On ne les sèmera jamais !
Les créatures les talonnaient, Harry pouvait maintenant distinguer dans le vrombissement les différents battements d’ailes. S’y ajoutaient les petits cris suraigus des créatures.

- On n’a pas le choix, grogna Harry dans une expiration douloureuse. Il faut les affronter.
- TU ES FOU ? Tu as déjà affronté une nuée de Doxys sauvage ? Rugit Crews à sa gauche.
- Pas. Affronter. Directement, haleta Perkins de l’autre coté d’un buisson.

Mais celui-ci ne finit jamais d’exprimer l’idée improbable qui venait de lui traverser l’esprit.
Potter, Crews et Coote entendirent un glapissement de douleur suivi d’un bruit sourd.
- Perkins vient de trébucher. Demi-tour ! s’époumona Potter.
- T’es MALADE ? hurla Crews.

Mais Harry avait déjà interrompu sa course et revenait sur ses pas. D’ici moins d’une minute, calcula-t-il, les Doxys seraient visibles. Donc mortellement proches.

- PERKINS !
- Ici ! Je me suis foulé la cheville !

Harry brandit sa baguette, et le buisson fut tailladé par une multitude d’éclairs rouges, dans de grands bruits de hache.

- Hey, attention ! Je suis juste derrière ! Rugit Perkins.
- Prends ma main !

Perkins attrapa vigoureusement la main de Potter et se remit debout dans un grognement de douleur. Crews surgit à la gauche d’Harry et d’un coup de baguette, fit apparaître une attelle à la cheville de Perkins.

- On n’a plus le temps de partir, cracha la voix furibonde de Crews. On fait quoi maintenant ?

Personne n’eut le temps de répondre. Dans un bruissement assourdissant, les premières dizaines de Doxys venaient de franchir un mur de broussailles à quelques mètres et foncèrent sur eux.

- Impact moins 7 secondes, lâcha Perkins.

Mais alors qu’ils levaient leur baguette en cherchant désespérément un sort efficace, un souffle brûlant et un nuage âcre de fumée agressèrent leurs yeux, asséchant immédiatement leur cornée tout en inondant leurs paupières de larmes. D’un même mouvement et dans un même cri de douleur, ils enfouirent leurs visage dans leurs mains et se couchèrent au sol pour éviter la deuxième vague de chaleur.

Derrière ses paupières closes, Harry était submergé par un rouge lancinant. Un crépitement sifflant accompagné de centaines de cris suraigus d’agonie perçait ses tympans à vifs.
Il n’avait plus besoin du Lumos pour y voir clair. Entre ses cils pleins de larmes et de poussière, il entraperçu le mur de broussaille pris dans un feu tonitruant. Des flammes léchaient les troncs d’arbres, carbonisaient les plantes, s’étendaient à chaque seconde devant eux.

Il hoqueta. Il identifia les centaines de petites boules enflammées crépitant dans les airs. Le feu passait d’une Doxy à l’autre, dévorant les fourrures, enflammant les fines ailes translucides des créatures venimeuses.

- DEBOUT ! Rugit Coote, derrière eux.
Harry comprit que le massif aspirant était à l’origine de l’incendie qui venait de les sauver et qui menaçait à présent de les rôtir à leur tour.
Il se mit péniblement à genoux, et distingua une Doxy épargnée par la flambée foncer sur lui.
- IMPEDIMENTA !
La fée maligne s’immobilisa en plein vol, imitée par d’autres fées prises à sa suite dans le halo de lumière.

- COUREZ ! leur intima Coote.

Ils se remirent à courir, toujours plus haletants, moins pour échapper à la poignée de Doxy encore vivante que pour échapper aux flammes mordantes qui courraient d’arbres en arbres, menaçant de les immoler vivants.

Les flammes avaient le mérite d’éclairer un peu mieux leur chemin, mais les ombres tortueuses se révélaient sournoises. Harry se prit le pied dans une racine, mais il fut plus rapide que la gravité. Il se réceptionna sur les mains et roula sur lui même sur la terre dure, profitant de son élan pour se remettre debout dans le même mouvement et continuer à courir.

- Joli, Potter, mais ce n’est pas le moment de jouer les saltimbanques, ironisa Crews en quelques respirations douloureuses.
Elle avait évité de justesse dans sa course de lui tomber dessus durant sa galipette improvisée, et de s’étaler dans les racines noueuses.

Harry l’ignora. Il s’étonnait qu’ils ne tombent pas plus souvent. Il arrivait à éviter les arbres au dernier moment, devinant plus leur présence qu’il ne les voyait. C’était comme s’il avait ingurgité plusieurs lampées de Félix Felicis. Bien sûr, chaque nouvelle enjambée leur arrachait des gémissements étouffés, à chaque nouveau pas, ses chevilles menaçaient de céder dans des craquements sinistres… Mais pourtant, il arrivait à continuer à courir. Ses yeux étaient encore aveuglés par le souffle brûlant de l’incendie, mais il sautait habilement au dessus des racines, des trous, des fossés qui se dressaient sur son chemin. Et c’était visiblement la même chose pour les trois autres. C’était tout simplement impossible. C’était quasiment de la magie. Pour un peu, on aurait pu croire qu’ils étaient sorciers…

Le flot incohérent des pensées de Harry fut brutalement interrompu par un changement notable d’environnement. Durant quelques secondes, il fut totalement désorienté. Le sol s’aplanit sous leurs pieds, les racines laissèrent la place à une herbe molle, et plus aucun arbre n’entravait leur course. Ils coururent machinalement quelques mètres de plus, et ralentirent, désarçonnés par la soudaine aisance de leurs mouvements, par l’apparente facilité de leur nouveau chemin.

- Clai-rière, hacha laconiquement Coote pour dissiper leur trouble.
Harry se retourna pour voir les flammes consumer à quelques mètres d’eux la lisière de la clairière. Les flammes n’attaquèrent pas la prairie, les laissant hors d’atteinte. C’est un léger clapotis sous les chaussures d’Harry qui lui en donna l’explication.
La prairie était tellement humide, qu’il s’en fallait de peu pour que ce ne soit un marais.

Harry n’entendait plus que le bruit de leur respiration et le crépitement du bois qui se fendait. Ils reculèrent pour éviter une gerbe de feuilles enflammées. Ils étaient tous pliés en deux par la fatigue, et la fumée qui se dégageait des flammes ne les aidait pas à reprendre leur souffle. Harry sentait l’air chaud lui brûler doucement le front. Il prit soudain conscience qu’il était trempé par la sueur, la boue, que ses vêtements étaient éraflés de toutes parts, et qu’il saignait à travers son tee-shirt, là où la lanière de son sac lui avait entaillé l’épaule, durant toute la durée de sa course. Une nouvelle migraine lui sciait les tempes.

A ses côtés, Crews, Perkins et Coote étaient comme hypnotisés par la danse des flammes qui ravageaient mètre après mètre l’immense forêt où ils courraient quelques minutes encore auparavant. Les cris d’agonie des Doxys se firent encore entendre quelques secondes, puis s’éteignirent. Coote essuya du plat de la main la sueur de son front. Ils avaient réussi.

Du coin de l’œil, vers la gauche, Harry distingua une ombre mouvante. Il comprit alors qu’ils tombaient tous dans un autre piège : Ils baissaient leur garde. Il ouvrit la bouche pour avertir les autres, mais il s’effondra avant d’avoir pu produire le moindre son. Il ne se sentit même pas percuter le sol.

Tout fut noir.








L’arène se brouilla comme un écran de télévision moldu déréglé, et quand la réalité redevint nette, les arbres, les flammes, la fumée âcre, la chaleur, tout disparu. L’immense bande de terre battue entourée de gradins de pierre était de retour, avec au milieu, quatre corps inanimés étendus sur le sol, encerclés par huit silhouettes vêtues de robes noires.

Des gradins, Butcher leur lança un regard totalement désintéressé. A ses cotés, John Godwin fit la moue.
- Peu réactifs, mais ils ont déjà développé chacun de leur côté une certaine aptitude à la magie instinctive appréciable, énuméra Godwin.
Sans attendre la réponse de Butcher, qui de toute façon ne pouvait se fendre que d’une critique acerbe et furibarde absolument pas objective, Godwin se leva et quitta l’arène.

Butcher regarda ses ânes bâtés de collègues réanimer doucement les quatre aspirants. Il fut tenté de laisser la paranoïa de Potter, sur le point d’être réveillé par un inconnu après une attaque, achever la déplorable carrière du sombre abruti qu’était Enoch Dakota. Mais les aurors étaient en sous-effectifs et Godwin risquait de lui reprocher, et de lui refourguer une enquête d’un ennui navrant en guise de représailles.

- DAKOTA ! Beugla-t-il.

La dite andouille se releva juste avant de réanimer Potter et se tourna vers les gradins.
- Si vous tenez à votre carotide, évitez de vous pencher sur Potter. Réanimez-le à distance, il a failli décapiter une infirmière hier après-midi.

Dakota recula vivement, écarta du pied la baguette de Potter afin qu’il ne puisse pas s’en servir, et d’un mouvement de baguette que Butcher jugea hautement imprécis et potentiellement dangereux pour toute personne dans le kilomètre environnant, réveilla Harry Potter.

Butcher eut le temps de descendre lentement des gradins, et les aurors de quitter l’arène pour retourner à leurs dossiers, avant que Crews, Perkins Coote et Potter n’aient entièrement repris leurs esprits.

Les uns après les autres, ils ouvrirent les yeux, se relevèrent en se tenant la tête, regardèrent autour d’eux d’un air hagard, tentèrent de se lever avant de retomber lourdement, réfrénant l’envie de vomir due au changement brutal de sensations. Le sol, la luminosité, les bruits, les odeurs. Tout avait changé en moins d’un dixième de seconde, égarant leurs sens. L’expérience avait tout pour être traumatisante.

Une fois que Butcher fut sûr qu’aucun d’entre eux n’allait se mettre à convulser en bavant de la mousse blanchâtre, il tourna les talons, et retourna s’occuper de choses bien plus primordiales à ses yeux qu’un groupe d’avortons incapables.





Ben commençait à se sentir claustrophobe, à force d’échouer sans cesse dans cette foutue cafétéria. Quand ils avaient passé la porte de la salle réconfortante aux plantes bleutées, aux panaches de fumées de café et à l’odeur chaude de croissants frais, oscillants sur leurs jambes, couverts de boue et de tâches de sang de provenance indéfinie, rendus nauséeux par les changements magiques d’environnement (et tout simplement parce qu’ils sortaient tout juste d’une forêt obscure transformée en fournaise irrespirable et infestée de créatures cauchemardesques), Colleen avait sorti d’autorité 4 énormes mugs fumants et un seau rempli de glace pilée.

- Tout va bien ? Demanda-t-elle à Harry.
Il s’assit sur un haut tabouret et ferma les yeux pour faire reposer ses yeux irrités par les flammes et la fumée toxique. Dans un grognement reconnaissant, il appliqua une serviette de tissu pleine de glaçon sur son coude couvert d’écorchures et de terre.

- Qu’est ce que c’est ? Demanda Perkins en humant la décoction préparée par Colleen avec plaisir. Une potion régénératrice ? Elle sent étonnamment bon, pour une mixture magique. Le souffre leur donne pourtant toujours une odeur infect…
- C’est pas magique, répondit Colleen. Un vieux truc revigorant que me faisait ma grand-mère. C’est efficace, mais ça agit lentement. Vous vous sentirez plus frais d’ici une demi-heure.
- C’est moldu ? Tu as une grand-mère moldue ? Demanda Perkins, surpris.
- Qu’est ce que tu as contre les moldus ? l’interrogea Coote en plissant les yeux.
- Mais rien, je demande juste ! Se défendit agressivement Perkins. Et c’est pas à toi que je parlais, que je sache…
- La ferme, vous deux, gémit Crews à coté en plongeant son visage directement dans le seau de glace. Je veux du silence, bordel, du silence…

Les trois garçons et la serveuse captèrent vaguement les mots « souffrir en paix » « auror » et « castration » en provenance du seau où Crews imitait superbement l’autruche ivre morte.
Ils sirotèrent lentement leur «thé » brûlant en faisant l’inventaire des blessures plus ou moins grave qu’ils avaient récoltées lors de cette champêtre balade. Hématomes, goût de cendre dans la bouche et vêtements ruinés.

- Hey…
Coote venait de se figer, en consultant l’heure à sa montre.
- Quoi ?
- Quelle heure est-il ? Ma montre a dû s’arrêter dans l’arène. Elle affiche 7h24.

Harry fronça les sourcils sous ses cheveux longs et regarda les planètes cerclées d’or évoluer sur sa montre.

- Pareil pour moi. 7h24. Ça doit être un effet secondaire de la magie de l’arène. A Poudlard, les transmissions magiques dérangent bien les appareils moldus…
- Effectivement, fit Perkins. J’ai la même heure.

- C’est parce que c’est la bonne heure, intervint Colleen. Il EST effectivement 7h24. Vos montres fonctionnent très bien, et l’arène ne provoque aucun effet secondaire, si ce n’est celui de risquer votre vie.
- C’est impossible ! On est entré dans l’arène à 7h tapantes, et on y a passé bien plus de 20 minutes ! Au moins une heure et demi !

Potter hocha sombrement la tête aux protestations de Perkins. Il aurait dit presque deux heures. Mais l’air convaincu de Colleen le fit soudainement douter. Une intuition de mauvaise augure lui chatouilla les narines…

- Vous n’êtes restés dedans que 20 minutes. L’arène est un endroit très spécial, si j’en crois ce que je capte ici ou là. Elle créé son propre écosystème, et son propre espace-temps. Les créatures que vous y croisez sont réelles ainsi que leurs morsures, la douleur provoquée et leurs effets secondaires magiques, les lois physiques vous affectent comme si vous étiez dans le vrai monde. Si vous tombez d’une falaise, vos os se briseront, vos organes exploseront dans votre corps, et votre mort sera douloureuse et brutale. Et vous pouvez rester des heures, voir des jours à crapahuter dans les mondes les plus cauchemardesques, et ressortir de l’arène 5 minutes après y être entré.

Perkins Coote et Potter clignèrent des yeux, interdits.
Crews sortit la tête de son réfrigérateur et s’insurgea, en évitant de malmener sa pommette à vif :
- Mais c’est une salle de torture ! Elle a tout pour être interdite par le code international magique ! On peut y enfermer n’importe qui pour une torture éternelle, en trente secondes, sans que personne ne s’en aperçoive !
Perkins Coote et Potter hochèrent du chef, toujours interdits.
- Non, justement. C’est impossible. Vous n’êtes retenus dans l’arène que par votre propre volonté. Dès que vous choisissez d’abandonner, de quitter le monde créé pour vous, et d’échouer, le charme se rompt. Vous pouvez choisir de rater votre mise à l’épreuve et vivre. Ou bien prendre des risques inconsidérés, y rester par obstination, et y mourir. Mais personne ne peut y être retenu contre sa volonté. Et les charmes de manipulation et l’imperium restent inefficaces. Il suffit de penser « Stop » et tout s’arrête. Vous voulez des muffins à la vanille ?

- Mais alors, demanda Coote, aujourd’hui, nous aurons vécu… 26 heures au lieu de 24 dans une même journée ! Nous allons fatiguer notre organisme et vieillir prématurément !
Des regards alarmés submergèrent Colleen qui remisa ses pâtisseries sous sa cloche.
- Bienvenue dans la formation d’auror ! Railla-t-elle avec un grand sourire. Vous voulez rester jeunes et en bonne santé ? Réussissez vos mises à l’épreuve le plus vite possible et de manière régulière, pour que Butcher vous en dispense. En attendant, bienvenue dans votre nouveau cauchemar permanent !

Butcher, les considérer suffisamment prêts pour les dispenser de leur mise à l’épreuve quotidienne ? Benjamin Coote n’avait encore passé que peu de temps avec l’irascible docteur es défense magique et torture sournoise, mais c’était bien assez pour deviner que jamais, à moins d’un miracle merlinesque, cela n’arriverait.
Perkins déglutit et regarda avec inquiétude son reflet qui tremblotait avec le liquide clair de sa tasse. Vieillir prématurément par trop d’heures d’existence par journée ? Ce n’était pas dans le contrat. Une cuisante douleur et son propre cri le ramena à la réalité. On venait de lui tirer brutalement les cheveux et en tâtant le cuir chevelu des bouts des doigts, il récolta quelques gouttes de sang.
- Mais t’es malade ?! Hurla-t-il à Crews, qui lui adressa son sourire n°9, le « carnassier ».
En prenant un air serviable, celle-ci lui présenta la mèche de cheveux blonds qu’elle venait de lui arracher sèchement.
- Désolée, j’ai cru que c’était des cheveux blancs.

Pire que l’arène, pire que Potter, pire que Butcher. Johanna Crews.
Coote leva les yeux au ciel.


Le fait est que les bizarreries temporelles de l’arène eurent le mérite de leur donner le temps de passer dans leurs chambres respectives pour recoudre maladroitement à la baguette leurs vêtements, essayer sur eux les plus intensifs sorts de nettoyage, lancer quelques sorts de guérison sur leurs plaies les plus profondes et même, comble du luxe, prendre une douche glacée de quelques secondes. Il leur resta encore dix minutes pour enfin attaquer chacun à une extrémité différente de la cafétéria une montagne de pâtisserie, d’œufs aux bacons et plusieurs tonneaux de café.
Harry nota dans un coin de sa tête à demander la recette « moldue magique » de Colleen. Effectivement, il se sentait étrangement frais et dispo. Quelqu’un d’une autre nature que la sienne aurait presque envisagé avec enthousiasme et sérénité le cours de Dickens qui les attendait à l’université magique. Mais il ne fallait pas trop pousser. Il soupira et traîna sa mine blafarde et fermée jusqu’à la cheminée reliée spécialement pour eux à Oxford.

Il n’aurait pas fallu faire attendre l’époustouflant orateur Huffman Dickens.
End Notes:
Il y a sûrement encore pleins de répétitions, fautes d'orthographes, etc, si vous me les faites remarquer dans les commentaires, je corrigerai, mais précisez le passage ! ;) Merci !

Ah oui, et je vous encourage fortement à voter pour
Bonne Entente de Redink pour la sélection du mois !
http://www.hpfanfiction.org/forum/viewtopic.php?f=28&t=3739

[Edit :

Je me permets de me faire de l'auto-pub. J'ai écris deux OS sur des thèmes différents, assez courts, et j'ai peu de retours de lecteurs, donc je vous invite à les lire, et à me dire ce que vous en pensez ! Et tant qu'à faire, ça vous fera patienter jusqu'au prochain chapitre ! ;)

Le premier est assez dur et amer, centré sur Draco Malfoy. Le second est au contraire très léger, très court, et traite des petits pêchés honteux d'Hermione Granger...
Der Wandervogel 5 by Bendico
Author's Notes:
Eh bien !

Eh bien, je sais, j'écris lentement. A vrai dire, ce chapitre est fini depuis début juin, mais je voulais commencer un peu le suivant avant, et avoir le temps de le relire pour le corriger doucement...

Effectivement, certains auteurs arrivent à poster toutes les semaines. Mais combien, trois, quatre pages word ? Ce chapitre-ci en fait vingts. Vous remarquerez que je ne vous arnaque pas sur la marchandise. Enfin, j'espère que ça vous plaira.

Dans ce chapitre, vous allez rêver de l'Asie Centrale, détester Albus Dumbledore, et vous dire que la bureaucratie magique n'a rien à envier à la bureaucratie soviétique de la Guerre Froide...

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Huffman était arrivé en avance dans l’Amphithéâtre. Il s’était assis sans enlever son pardessus à l’extrémité ouest de la plus haute rangée de la salle. La pièce était plongée dans la pénombre, quelques rayons de lumière filtraient de sous la porte d’entrée, et des lourds rideaux fermés sur les hautes fenêtres. Les baies vitrées étaient bien trop hautes pour qu’on y distingue autre chose que le ciel grisaillant anglais. Aucun élément susceptible de déconcentrer l’élève. Il n’était pas possible de compter les nuages. Le ciel anglais restait étranger aux légers paquets de coton voletant au beau milieu d’un ciel bleu clair. C’était toujours cette épaisse toile blanchâtre, qui effaçait les ombres et plongeait la vie dans cette éternelle uniformité légèrement oppressante. Des couches et des couches de bêtes cumulonimbus totalement imperméables à la lumière.

Huffman regrettait âprement le vent chaud du Turkménistan, son air sec, son soleil tapeur, et surtout, son ciel indigo immaculé. L’Asie Centrale, les sorciers nomades coupés du monde…
Huffman ne ressemblait ni de près ni de loin à l’Indiana Jones moldu, mais oui, lui, le sorcier anglais moyen entre deux âges, aux cheveux poussiéreux, n’aimait rien plus que les étendues désertiques, les semaines passées à crapahuter dans des roches ocres. Et l’avantage des déserts comme celui de la Mer d’Aral en Ouzbékistan, c’était qu’aucun de ces stupides mangemorts ne pouvait avoir l’idée de venir le chercher jusqu’à là-bas.

Car il avait fui. Lâchement. Il avait refusé de se battre, de risquer sa vie. A cinquante-cinq ans, il entendait profiter des quelques années sans rhumatismes qui lui restaient sans risquer à chaque instant de se faire torturer au Doloris par de dangereux psychopathes.
Résister ? Il n’était qu’un sorcier anglais moyen entre deux âges aux cheveux gris. Pas une graine de héros. Il n’en avait ni l’étoffe, ni l’envie. Bien sûr, il aurait pu sauver des vies. Mais surtout perdre la sienne. Et personne n’était venu lui demander de l’aide. D’ailleurs, Godwin et Butcher non plus, à ce qu’il savait, n’avaient pas intégré l’Ordre du Phoenix. L’Ordre se battait pour créer un monde libre, non ? Un monde où chacun était libre d’agir et de faire ses propres choix ! Eh bien il avait fait les siens : la passivité et l’abstention. C’était critiquable voir méprisable, mais il était ainsi.

La magie, les chouettes postales, les baguettes magiques et les tasses mordeuses ne font pas de sorciers vaguement insensibles aux penchants meurtriers de la magie noire, des humains pour autant extraordinaires, des résistants désintéressés prêts à sacrifier leur vie pour le bien commun. En matière de vivacité d’esprit, la magie les rend même la plupart du temps moins curieux et plus feignants que les moldus. Rendez l’intégralité de la population extraordinaire, et plus personne ne l’est.

Il n’était pas extraordinaire. Il était juste Huffman Dickens, quelqu’un qu’en général, on n’aimait pas trop. Un sorcier anglais entre deux âges à la barbe poussiéreuse, aimant secrètement le sable chaud et les carcasses de bateaux rouillés échoués en plein désert de sable où ne tombent que trois gouttes d’eau tous les dix ans.

Comment un type comme lui avait pu devenir professeur d’université en histoire contemporaine magique ? Comment un pauvre mec si lâche pouvait s’intéresser aux grands bouleversements des sociétés magiques occidentales ?

Parce qu'il y avait des années de cela, il avait admiré un de ses compagnons de dortoir. Un garçon passionné, enthousiaste, prêt à risquer sa vie pour ses valeurs, ses principes, un chef inné, un leader incontesté. Au sourire désarçonnant. Subjugué, il l’avait vaguement suivi, de loin, durant leurs études. John, l’homme d’action, le jeune premier aux fossettes au coin des yeux, était devenu un farouche et brillant auror. Dickens était bien trop dégonflé pour être auror. Alors, plus doué dans le domaine des idées que pour courir dans des forêts enflammées, il s’était lancé dans la géopolitique.

C’est drôle, parfois, ces chemins que la vie nous réserve.

John Godwin s’était un jour fiancé à une jeune Emilie Blake, une brunette aux yeux clairs, et Huffman s’était pour la première fois retiré dans un de ses mondes surréels. Désert du Takla-Makan, Xinjiang, Chine. Trois mois.

Tout ça, tous ces étranges virages inconsidérés sur le route de campagne « vie insignifiante », pour en arriver là. Professeur d’Harry Potter, intervenant spécialisé dans la formation des aurors, collègue de John Godwin.

En même temps, qu’on l’ai convoqué à ce poste était plus que logique. Le couard Huffman n’irait jamais se tremper dans des organisations secrètes, des complots. Il fallait des gens de confiance autour de Potter. Pas forcément des machines surentraînées au combat rapproché, des partisans fervents de la rébellion et du respect de la personne humaine. Juste des personnes qui n’iraient jamais vendre des informations à des mangemorts. Un trouillard, suffisamment terré dans son trou pour ne jamais croiser la route des bouffeurs de cadavres, collait aussi parfaitement.

Pourquoi était-il venu ? Un élan inconsidéré. Emilie Blake Godwin était morte plus de vingt ans auparavant. Une mauvaise chute. Et quand il avait vu l’écriture de John sur l’enveloppe transportée par-delà les continents par son faucon postal (Longs Courriers Express de la poste de Pré-au-Lard)…
Evidemment, dès qu’il l’avait revu, il avait repris conscience de l’absurdité de la situation. Ils étaient toujours aussi mal accordés. John le retors et l’actif, qui acoquinait Potter avec trois hurluberlus visiblement pas si ahuris que ça, dans un plan machiavélique, et lui, froussard, qui ne souhaitait qu’une chose : se carapater dans le Karakoum avant que tout ne dégénère et qu’il n’y perde des plumes…

Une pluie de lumière inonda la salle, aveuglant momentanément Dickens.

- On peut entrer ? Demanda la voix sérieuse et assurée de Richard Perkins.
- Allez-vous installer, répondit Dickens. Dépêchez-vous, nous avons beaucoup de sujets à aborder aujourd’hui.

D’un coup de baguette, il fit remonter les lourds rideaux, laissant pénétrer la lumière du jour dans l’amphithéâtre, et il prit sa serviette avec ses notes du jour sous le bras pour rejoindre ses élèves en bas de l’amphithéâtre. Il sentit le regard agressif et scrutateur de Potter posé sur lui durant toute sa descente. Potter, le héros tragique, l’adolescent torturé et sacrifié, son aura extraordinaire de mystère, ses capacités surnaturelles même pour des sorciers. Tout ce qu’il n’était pas. Tout ce que John pourrait aimer chez un homme, vraisemblablement.

Huffman ne commença pas à haïr Potter par frustration. Ça demandait bien trop de volonté, d’énergie, de prise de parti. Il se racla simplement la gorge et commença à dispenser son cours d’une voix assurée par des heures, et des heures de pratique douloureuse devant le miroir.

Quatre énormes rouleaux de parchemin tombèrent lourdement devant chacun des quatre aspirants.
Coote lança un regard anxieux à leur professeur et d'un coup léger de baguette magique, décacheta la liasse de notes probablement grattées en quelques minutes par une plume ensorcelée. Des centaines et des centaines (des milliers ?) de pages noires d'une écriture minuscule, penchée, enserrée dans de très fines marges.

- Voici toutes les informations du Ministère de la Magie concernant Albus Dumbledore. Coupures de journaux concernant sa famille depuis quatre générations, copies de ses bulletins scolaires, descriptifs précis de ses divers travaux de recherche magique (vous trouverez en intégralité ses trente-six thèses traitant de métamorphose, de sortilèges, et de bande dessinée moldue, entre autre). Je viens de vous fournir les comptes rendus de ses nombreux discours dans diverses conférences mondiales magiques, ainsi qu'en tant que président du Magenmagot. Vous trouverez les scripts de tous les procès magiques durant lesquels il a pu prendre la parole. Des sept cent soixante-deux procès. Sans parler des publications qui suivirent tous les conseils d'administrations de Poudlard. Ses anciens élèves nous ont fourni les copies des cours qu'il a pu dispenser en tant que professeur de métamorphose. Vous trouverez l'intégralité de tous les articles de journaux qui le mentionnent. Dans la bibliographie, vous pourrez vous référer aux ouvrages d'histoire et de sciences magique traitant de Grindelwald, de Nicolas Flamel, des révoltes gobelines et des évolutions des droits des créatures magiques douées de raison. Et bien sûr, de monsieur Potter. Viennent d'être ajoutés dans les bibliothèques de vos chambres respectives des exemplaires du brûlot de Skeeter paru l'année dernière, se prenant pour une biographie de Dumbledore. En annexe est joint dans le dossier les différentes versions publiées depuis sa création, de la carte de chocogrenouilles de Dumbledore, ainsi que diverses interviews où vous pourrez trouver les recettes préférées de bonbons au citron et d'esquimau à la pistache.

- Pchiou, fit Crews d'un air accablé.

- Effectivement, Mademoiselle Crews. "Pchiou" est le mot qui convient. Albus Dumbledore a eu une vie particulièrement occupée. Un mage brillant qui a révolutionné la magie. Un orateur exceptionnel. Et peut-être la personnalité la plus mystérieuse du XXe siècle magique, sans vouloir vous offenser, Monsieur Potter.

Perkins laissa échapper un petit rire, qui se transforma en grimace quand il se rendit compte que l'introduction à la treizième thèse de Dumbledore (celle sur les vibrations des chants des sirènes du Groenland sur la vivacité du Golf Stream) ne comportait pas moins de trente-cinq pages.

- Nous pourrions passer des heures, des mois, des semaines, à parler de la vie d'Albus Dumbledore. Nous n'avons que 60 minutes.

- Merci Merlin, maugréa Coote.

- Pour cette petite heure, nous allons laisser de coté les discours, les dates, et toute la paperasse administrative qui gravite autour d’Albus Dumbledore, pour nous concentrer sur l’homme, et sur son parcours ces vingt dernières années.

Autrement dit, Voldemort, moi, moi et Voldemort, traduisit en lui-même Harry. Que du bonheur.

- A l’épaisseur du dossier que vous avez devant vous, vous pouvez aisément en conclure que nous en savons énormément sur Albus Dumbledore. C’est un leurre. Nous connaissons l’homme public. L’homme privé, lui, est toujours resté invisible. Plus insaisissable que de l’eau, plus tortueux que de la fumée.

« Plus tortueux que de la fumée ».
Putain, vives les formules ronflantes à deux balles. Coote eut envie de se taper la tête contre son pupitre. Les professeurs avaient un don si désespérément insupportable pour enrober d’une pseudo-éloquence leurs phrases quand ils s’apercevaient qu’ils n’avaient absolument rien à dire.

- Peu peuvent se vanter d’avoir passé du temps en tête à tête avec Albus Dumbledore. Et ceux-là sont de vieux avares de secrets, peu disposés à les faire partager. N’est-ce pas Monsieur Potter. Seriez-vous disposé à nous parler d’Albus Dumbledore, l’homme ?
- Eh bien, pourquoi pas ? Fit Potter, amusé devant leur réaction.

Yeux exorbités, regards effarés, bouches bées.

- Tu es sûr que tu vas bien Potter ? Tu ne t’es pas fait mordre par une Doxy sans t’en rendre compte ? lui demanda Perkins.
Potter l’ignora.

- Dumbledore… L’homme… Laissez-moi réfléchir… Dès qu’il était confronté à un problème épineux, il s’enfermait, seul, dans son bureau, et y faisait les cents pas durant des heures. Il aimait s’asseoir à son bureau, s’appuyer sur ses coudes et mettre son visage au creux de ses paumes, pour regarder son interlocuteur par-dessus ses lunettes. Il avait un phénix appelé Fumseck, qui lui était d’une grande loyauté, et se montrait loyal envers tous ceux qui étaient eux-mêmes loyaux envers Dumbledore. Albus Dumbledore aimait l’hydromel, les bonbons au citron, les glaces moldues. A chaque Noël, les gens s’obstinaient à lui offrir des livres, et lui se retrouvait toujours à cours de chaussettes. Il avait la mauvaise manie de laisser des secondes chances aux gens, vous savez, il était du genre à croire en l’espèce humaine… Il se moquait de ses titres mais aurait été prêt à faire à peu près n’importe quoi pour qu’on lui laisse sa carte chocogrenouille. Il a voulu être professeur dès sa première année à Poudlard. Il essuyait le trop-plein d’encre de ses plumes sur sa robe de sorcier, sur la cuisse. Il pratiquait le bowling et le tricot.

Un silence ébahi accueillit la tirade d’Harry.

- Ah oui, il avait une cicatrice au-dessus du genou qui ressemble à s’y méprendre à la carte du métro moldu de Londres, rajouta-t-il dans un inhabituel souci du détail.
- Merci, monsieur Potter.
- Ce fut un plaisir.

Et Potter se mura de nouveau dans son silence, quoiqu’à présent, on puisse presque deviner une vague lueur d’amusement derrière ses lunettes.

- Albus Dumbledore était un homme très secret, commença Dickens.

L’attention d’Harry déclina dès les premiers mots. Il avait vaguement conscience que son professeur résumait dans les grandes lignes ce que disait du mage ses plus proches amis connus du public, parlait de Grindelwald, du fait que c’était le seul sorcier que Voldemort n’ait jamais craint…

Bien sûr qu’Albus Dumbledore était un homme très secret. D’ailleurs, combien étaient-ils à les avoir percés, ces foutus secrets ? Une poignée. Et encore. Aucun d’entre eux ne les avait mis à jour. Dumbledore s’était laissé dévoiler à ses pions, parce qu’il y était obligé. Il n’avait été négligeant qu’avec un seul. Gellert Grindelwald. Le brillant, fascinant, séduisant Gellert Grindelwald. Dumbledore rabâchait sans cesse que le plus fort des pouvoirs, c’est l’amour. Quel hypocrite. Pour lui, cela ne lui avait apporté qu’un lot assez invraisemblable d’emmerdements, une dose remarquable de lâcheté, voire un soupçon d’envies génocidaires. L’amour l’avait poussé à avaler n’importe quoi, à traiter sa famille avec mépris, les moldus avec condescendance. A tuer sa sœur.
Albus Dumbledore s’était ouvert à Grindelwald, et on savait tout ce qu’il en avait résulté. Des idées « pour le plus grand bien ».

Après cette tentative peu heureuse, tout n’était devenue que mots habiles, sourires, regards bienveillants par-dessus des lunettes en demi-lune, chapeau pointu et robes piquetées d’étoiles et de lunes. Nigaud, gras-doubles et compagnie. Idées brillantes, pouvoir inébranlable et terriblement rassurant, gentillesse incarnée.
Le directeur de Poudlard s’était transformé en un bon gros leurre adorable.

Et durant des années, on n’avait plus vu le bout du nez cassé du sorcier tourmenté par la mort et obsédé par des reliques de magie noire.
Dumbledore fut bien obligé de s’ouvrir à Séverus Rogue. Peut-être l’homme qui lui ressemblait le plus dans les environs : fracassé par un ancien amour, rongé par la culpabilité, et désirant fuir tout ce qui pouvait se rapprocher d’un véritable contact humain. Dumbledore l’utilisa sans vergogne, profitant de la haine de Rogue envers lui-même, mettant la vie de cet être déjà rendu au stade de loque humaine en jeu sans sourciller.
Dumbledore attendit d’être mort et loin de tout jet d’objet précieux pour se montrer tel qu’il était à lui, Harry. Prêt à sacrifier la vie d’un garçon sur un pari, une folle intuition, lui infligeant la pire des tortures : celle de se croire de manière irrémédiable sur le chemin d’une mort douloureuse et humiliante. Et toujours « pour le plus grand bien ».
Dumbledore lui avait menti, l’avait traité en marionnette, en objet d’étude d’une expérience à l’issue douteuse. Il l’avait « élevé comme un porc destiné à l’abattoir ». Servilus avait toujours eu le don de la bonne formule…
Qui connaissait ce Dumbledore là ? Ils n’étaient plus que trois vivants. Lui, et par échos, vaguement, Hermione Granger et Ronald Weasley.

Le parcours de Dumbledore ces vingt dernières années ? Cacher son passé, traquer en pensées les Reliques de la Mort,.

Il était trop occupé à enfermer dans un coin de sa mémoire le fait qu’il avait mis l’amour de sa vie en prison, et obsédé par la chimère de racheter sa faute en ramenant sa sœur d’entre les morts pour stopper un simple collégien de 15 ans de commettre un meurtre dans l’enceinte d’une école…
Albus Dumbledore, mage blanc de première classe, vainqueur sur le mage noir Grindelwald, pas foutu de se rendre compte qu’au sein de ses classes, un étudiant sème la domination et une fascination morbide, et lit « Comment se fabriquer un horcruxe en 10 leçons » pour s’endormir le soir…

Et pendant ce temps-là, Dickens dissertait sur l’homme qui avait toujours refusé le poste de Ministre de la Magie. L’envie de prendre la parole pour dire « Dumbledore avait eu toujours peur de virer fasciste s’il on lui mettait le pouvoir d’un ministère entre les mains » l’effleura, mais il la repoussa assez facilement.

On refaisait tout juste confiance au jugement de Dumbledore et de lui, le Survivant-fou-furieux, ce n’était pas pour balancer au monde : « Au fait, je vous avais pas dit, Dumbledore était totalement amoureux d’un mage noir, il est responsable de la mort de sa sœur, et il a longuement soupesé l’idée de massacrer des moldus pour mettre la main sur des artefacts de magie noire ! »

Bienvenue dans le monde de la magie.
Le monde des sorciers.
Un monde fantastique peuplé de demi-géants, de chouettes postales, de tableaux animés, d’hippogriffes, de sirènes, d’armures chantantes et de dragons.
Bienvenue dans un monde fantastique pourtant avant tout peuplé par les politiciens, les assassins, un monde surtout remué par les tapages médiatiques, les rumeurs humiliantes, les complots et la manipulation permanente de chaque être vaguement douée d’une raison sous-utilisée.

Dickens retraçait à présent les diverses rencontres entre Dumbledore et Voldemort, les divers combats qui les avaient opposés. Evidemment manquaient les entrevues les plus importantes : celles où le mage noir se montrait ouvertement sous les traits de Tom Jedusor, de moins en moins séduisants à mesure que le temps passait et que la magie noire les rongeait…

Harry repensa soudain à son retour dans le bureau d’Albus Dumbledore, le petit matin qui avait suivi l’annihilation définitive de Voldemort.

Un sentiment très étrange le prit. C’était comme s’il plongeait dans une bassine pour examiner les souvenirs flous d’un autre, d’un étranger.

Il se revoyait, dans l’immense pièce circulaire, truffée d’objets scintillants d’utilisation complexe… La salve d’applaudissement des tableaux tout autour de lui… Et le tableau d’Albus, en train de pleurer.

Harry avait-il réellement senti de la sérénité l’envahir devant le visage noble du Directeur ? Il s’en souvenait bien, mais il avait du mal à croire en son propre souvenir. Devait-il mettre cette étrange bienveillance envers Dumbledore sur le compte du soulagement d’être en vie, la fatigue des combats, la fatigue de toute une vie à avoir peur ?

Il se revoyait, calme, apaisé, heureux, presque.
Harry secoua la tête d’incompréhension, s’attirant des regards étonnés de son professeur et des trois autres aspirants.

- Quelque chose vous échappe, M. Potter ?
- Non Monsieur, pardon de vous avoir interrompu, dit-il d’une voix contrariée. Il était furieux d’avoir été si transparent l’espace d’une seconde. Heureusement que les autres s’étaient mépris sur le cours de ses pensées.

Cours de ses pensées auquel il revint bien vite.

Le Harry calme et apaisé, presque enthousiaste quant à l’avenir (… « Si je meurs d’une mort naturelle » « sans avoir été vaincu »…) qui rodait dans sa mémoire contrastait fortement avec la rancœur qui lui plombait actuellement la poitrine.
Rancœur contre Dumbledore, contre tous les autres sorciers, contre lui-même…

Rancœur qui l’habitait depuis son réveil dans la tour de Gryffondor. Il se souvenait s’être regardé dans la salle de bain sans se reconnaître. De sa répulsion à l’idée de retrouver ses amis, sa famille de substitution… Il se voyait, planté au milieu de la salle commune, se sentant irrémédiablement arraché au monde de son enfance.

Il était différent depuis son réveil. Quoi de plus normal après ce massacre ? Qui pouvait s’en sortir indemne ? Il allait bien falloir que tous l’acceptent, et comprennent qu’il voulait avant tout qu’on lui foute la paix. Mais une fois encore, il ne s’était pas franchement retranché dans la forteresse idéale…

Il entendit son nom dans le discours du professeur et il refocalisa son attention sur le cours de Dickens. Il comprit bien vite de quoi ils parlaient à présent.

De la rencontre entre Dumbledore et Voldemort le soir de l’ « officialisation » du retour de Voldemort. Ils parlaient de l’attaque du Ministère. Ils parlaient du soir où Sirius était mort.
Harry écouta de loin Dickens raconter les suppositions des aurors sur ce qui avait motivé un tel rassemblement de mangemorts, et d’élèves de Poudlard. C’était risible. Un tissu d’absurdités diverses et contradictoires. Ils étaient tellement largués, tous autant qu’ils étaient. Tous autant perdus dans de vagues présomptions à des lieues et des lieues de la vérité, fonçant sans cesse dans toutes les directions possibles et imaginables, toutes, sauf l’unique correcte.

Harry prit une nouvelle fois conscience de tout ce qu’il savait, et que les autres ignoraient. De la montagne de petits détails capitaux qu’il allait devoir expliquer, malgré la répulsion physique que cette idée lui inspirait, malgré la dangereuse nécessité de jeter un voile définitif sur les véritables actions de Lord Voldemort.

Il se massait les tempes en inspirant profondément, à la fois pour surmonter la nausée qui le reprenait, et à la fois pour se donner du courage.

- Même bien avant de reprendre une nouvelle existence physique, Tom Elvis Jedusor n’a eu de cesse de chercher certaines informations. Disons que sa stratégie de base connut un tournant substantiel. Au lieu d’investir le pouvoir comme une… pieuvre qui grandit encore et encore en occupant tout l’espace d’une façon anarchique et désordonnée… Il s’est mis à vouloir avant tout… consolider ses bases ? Trouver ce qui lui avait manqué lors de sa précédente existence pour réussir. Trouver ce qui avait tout fait capoter, le petit détail qu’il avait omis et qui l’avait jeté à terre, réduit à moins que rien, dépossédé des pouvoirs qui l’avaient accompagné depuis sa naissance.

Crews dévisageait Potter et en avait oublié de respirer. Il s’était assombri. Littéralement. C’était comme si la lumière qui se déversait des fenêtres l’évitait. Le timbre de sa voix était rauque, et ses cheveux de jais tombaient en broussaille devant son visage, masquant ses yeux, déjà camouflés derrière ses lunettes sales.

- Voldemort s’est mis à chercher pourquoi il n’a jamais réussi à me tuer. Pourquoi j’intéressais Dumbledore au point qu’il ne s’écoule pas une seconde sans que je sois secrètement gardé par un de ses dévoués serviteurs. Pour quelle mystérieuse raison il a toujours été incapable ne serait-ce que de m’effleurer du doigt…
- Qu’est-ce que tu veux dire ? Demanda Perkins, totalement perdu.

Un sourire à faire froid dans le dos éclaira les lèvres pâles et serrées d’Harry.
Il agita sa main droite devant son visage, fit jouer ses doigts dans les airs.
- Tu m’as bien entendu. Avant qu’il ne trouve dans une potion de magie noire la parade, j’avais un effet… corrosif, sur Voldemort ou les sbires qui lui étaient trop proche.
- Corrosif ?
- J’ai brûlé un de ses mangemorts par inadvertance à onze ans en appliquant mes paumes sur son visage, lâcha Harry comme s’il racontait une balade champêtre dans une prairie printanière. Il a fallu 2 ans à Voldemort pour trouver une solution à ce petit problème…

Coote déglutit. Potter fut une sorte de pyromane de l’épiderme. Soit.

- Pourquoi lui opposais-je une résistance auquel il était inaccoutumé, et comment mettre fin de manière radicale à cette résistance, voilà les informations que cherchait Voldemort. Informations qui étaient soigneusement gardées au sein du département des mystères.
- Quoi ? s’exclama Perkins. Tu veux dire que le ministère sait depuis le début si tu es l’élu ou pas ? Je ne comprends pas, pourquoi t’avoir discrédité si…
- Le ministère n’a jamais rien su, le coupa Harry. Je viens de dire que ces informations étaient gardées à l’abri. Ça implique « hors de la portée du crétin congénital qu’était Cornelius Fudge » !

Harry se tourna vers Dickens.
- Les aurors savent-ils ce qui s’est déroulé… à l’intérieur du Département des mystères ?

Un silence embarrassé accueillit sa question.

- Et bien… non. Car ça aurait dévoilé les activités secrètes des Langues-de-plombs.
-
Ainsi il n’existait aucun rapport officiel sur la salle des prophéties, ni sur la salle du Voile, ou la salle aux cerveaux…
- Pour faire court, disons que les « informations » gardées dans une salle du département le sont car elles ne sont accessibles qu’aux personnes qu’elles concernent. En l’occurrence, Moi et ce vieux Tom. Je vous rappelle qu’il essayait tant bien que mal de garder son retour secret, se pointer à l’accueil du ministère en demandant poliment à avoir accès au dossier le concernant n’était pas un projet franchement réalisable. Il ne lui restait qu’une seule solution, continua amèrement Harry.

Il arrivait au moment de sa propre crétinerie congénitale.

- Que moi, j’aille retirer les informations le concernant, et que je lui apporte sur un plateau.

Crews eut une expiration incrédule, une sorte de pouffement ironique.
- Et il comptait s’y prendre comment ?
- Oh, il a été parfait, commenta Harry sur un ton redevenu froid et détaché. L’imbécillité chronique de Dumbledore lui a été d’une grande aide. Dumbledore avait soigneusement évité de me dire que les réponses à mes questions se trouvaient dans une petite boite au ministère. Je n’avais donc aucune idée du danger qui me guettait si je mettais les pieds là-bas, vous me suivez ? Voldemort m’a fait croire qu’il retenait la seule personne encore en vie de ma famille, mon parrain, Sirius Black, et qu’il se faisait torturer par des mangemorts au sein même du département. Département sur lequel il avait essayé d’attirer mon attention durant toute l’année précédente par des messages incompréhensibles.

Perkins, Coote, Crews et Huffman avait un peu de mal à suivre les propos sibyllins de Potter, mais ce n’était plus vraiment le moment de l’interrompre.

- J’ai foncé. J’ai foncé droit dans le piège, et des andouilles d’amis m’ont suivi, convaincus, comme d’habitude, que je savais ce que je faisais, convaincu que j’avais une botte secrète destinée à les éblouir tous le moment venus… Evidemment, sur place, nous n’avons pas trouvé mon parrain. Seulement une petite vingtaine de Mangemort. Vingt contre six. L’Ordre du Phoenix a débarqué pour nous prêter main forte, avec dans les rangs, mon parrain, Black, parfaitement libre de ses mouvements, en parfaite santé. Plus pour longtemps. Il a été tué dans la bataille par Bellatrix Lestrange. Je vous disais que les gens autour de moi suivent une nette tendance à mourir. Vous comprenez mieux pourquoi, à présent.
- Et les informations ? Demanda Huffman qui, contrairement à ses élèves, essayait de voir par-delà le coté tragico-dramatique du récit de Potter.
- Perdues dans la bataille, sans que personne ne puissent les obtenir.

La déception était visible sur tous leurs visages. Harry manqua de céder à nouveau à la colère. Il leur avouait que sa stupidité avait mis en danger ses prétendus amis, et causé la mort de son parrain, et ils étaient seulement déçus de ne pas savoir s’il était véritablement l’élu !
Bandes de cons.

Le professeur Dickens se racla la gorge, et fit le tri dans l’amas de papier devant lui le temps de retrouver le fil de son « cours »…

- Quelle ironie pour le ministère… Fudge refusait de reconnaître le retour de Voldemort parce qu’il pensait que Dumbledore en profiterait pour prendre les rênes du pouvoir. Mais dès que ce retour fut effectivement avéré, Dumbledore disparut encore un peu plus de la scène publique, d’où il avait été chassé à grand coup de balais l’année passée. Quand chacun attendait ses instructions, ses conseils, quand chacun attendait qu’il prenne publiquement les commandes de la lutte anti-Voldemort, Dumbledore se replia un peu plus sur le très secret Ordre du Phoenix, toujours impossible à localiser, aux membres toujours aussi parfaitement fondus dans la société, défenseurs anonymes dispersés ici et là, impossible à contacter pour ceux désirant venir grossir leurs rangs... Dumbledore ne retourna jamais siéger au Magenmagot, ne prononça plus aucun discours public.

Perkins compulsait le dossier devant lui, et découvrit, effectivement, que passé Juin 1996, plus aucune intervention publique n’était retranscrite.

- Comment cela se fait-ce ? Demanda Coote en fronçant les sourcils.
- Je crois, répondit Dickens, que le professeur Dumbledore ne croyait plus du tout en les services du Ministère, et comptait les jours avant que celui-ci ne tombe officieusement aux mains de Voldemort et que la lutte puisse réellement s’engager entre chaque membre portant la robe aux couleurs du ministère et les défenseurs de l’égalité au nom du sang.

Albus Dumbledore avait surtout des sniffleurs bien plus importants à fouetter. Et ça, Harry le savait. Il devait gérer certains soucis. Sept, pour donner le nombre exacte. Retrouver la trace de sept horcruxes cachés dans le monde, et les détruire, un par un. Retrouver les témoins, collecter leurs pensées, remonter jours après jours les longues années durant lesquelles les activités de Voldemort restaient dans l’ombre, et où Tom Elvis Jedusor s’était lentement mué en le mage noir au visage blafard et au nom de mauvais augure.

Quête qui trouvait ses aboutissements dans son bureau, en sa présence bien peu attentive. Trouver les dernières preuves, les derniers éléments attestant formellement qu’ils avaient enfin mis le doigt sur le secret le plus jalousement gardé de Lord Voldemort : ses morceaux d’âmes, comme des membres arrachés n’ayant laissé derrière eux qu’un corps et un esprit atrophiés et inhumain…

Dire que s’il avait réussi à convaincre Slughorn plus tôt de lui dire la vérité sur les Horcruxes, que s’il avait fait confiance à Dumbledore et laissé Draco Malfoy mener ses petits complots tout seul, que s’il s’était sérieusement attelé aux tâches que lui confiait Dumbledore… Peut-être qu’ils se seraient rendus plus tôt à la caverne. Peut-être que Dumbledore ne serait pas mort.

Harry avait décidément fait un bien piètre héros.

- Les activités de Dumbledore restent inconnues, jusqu’à l’épisode tragique de sa mort.

« Tiens tiens tiens tiens » se dit Harry avec un rire intérieur de très mauvais goût. On arrive au feu d’artifice final, le grand mystère, la fin dramatique, l’apocalypse.

Effectivement, l’attention et la tension qui habitait les aspirants venaient encore de monter d’un cran.

- Tragique, et surtout foutrement incompréhensible. Nous n’avons comme documentation sur ce sujet que le maigre témoignage de Minerva McGonnagall, qui tout en n’ayant pas assisté à la mort d’Albus Dumbledore, affirme d’une source « sûre » qu’il a été assassiné par Severus Rogue. La source est restée inconnue, et aucune preuve n’a jamais attesté cette assertion. Albus Dumbledore a été retrouvé mort le – Juin 1997, au pied de la Tour d’Astronomie de Poudlard d’où il est tombé.
- Mais enfin… Commença Perkins.
- Vous souhaitez dire quelque chose ?
- C’est tout simplement insensé ! Séverus Rogue ? En tant qu’enseignant, c’est un être immonde, mais franchement, qui peut imaginer ROGUE battre au combat un sorcier tel Albus Dumbledore ? Et pourquoi Séverus Rogue aurait-il tué Dumbledore ? On attendrait un tel acte d’un mangemort mais… Et si Séverus Rogue avait tué Dumbledore, pourquoi aurait-il été nommé Directeur de Poudlard l’année suivante ? C’est insensé !
- C’est vrai, rajouta Crews. Après tout, Rogue est prof ! Partial, sévère, souvent humiliant, mais c’est un enseignant, pas un tueur ! C’est ridicule ! Encore moins un mangemort ! S’il avait été mangemort, jamais Albus Dumbledore ne l’aurait engagé dans son école !
- On dit que Dumbledore était légilimens ! Jamais Rogue n’aurait pu cacher à Dumbledore sa véritable identité ! S’il avait été du côté de Voldemort, jamais il n’aurait pu devenir Maître des Potions à Poudlard ! Comment a-t-il répondu à ces accusations ?

Harry restait silencieux, la bouche ouverte, en dévisageant ses co-aspirants. Bien sûr, lui avait été présent à la triste mort de Séverus Rogue. Il était la dernière personne que le maitre des Potions avait regardée et à laquelle il avait parlé avant de passer de vie à trépas. Mais c’était il y avait déjà plusieurs jours ! Son corps avait dû être retrouvé dans la cabane hurlante ! Hermione et Ron avaient forcément du faire part au professeur de Métamorphose du décès de Rogue, et McGonnagall avait dû faire suivre l’information…
Mais comme toute information concernant la Bataille, rien sinon des rumeurs et l’interview donnée à la RITM, la mort de Séverus Rogue n’avait absolument pas filtré et le grand public n’en savait rien.
A vrai dire, Hermione et Ron avaient-ils révélé à Minerva la véritable identité de Séverus Rogue ? Rien n’était moins sûr. Il leur aurait fallu révéler le fait que Dumbledore avait demandé à Rogue de l’achever, son heure venue. Donc que Dumbledore était déjà sous l’influence d’un maléfice mortel. Donc il leur aurait fallu parler de la bague des Gaunt. Des reliques de la mort. Des Horcruxes.

Impensable.
Alors personne ne savait. Personne ne se doutait du double, du triple rôle qu’avait joué Séverus Rogue durant la guerre.

- Personne n’est au courant… murmura Harry.
- Au courant de quoi ? Réagit Crews au quart de tour.

Huffman Dickens se méprit sur les paroles de Harry.
- Je ne savais pas que vous étiez au courant, Monsieur Potter. Cette information ne sera rendue publique que plus tard au reste de la population, mais pour la logique de notre cours, j’ai été autorisé à vous en faire part. Je dois même vous informer de plusieurs détails restés sous silence de nombreuses années à propos de Séverus Rogue.

Huffman rassembla une nouvelle fois ses notes étalées devant lui pour se donner une contenance.
- Séverus Rogue est mort durant la bataille de Poudlard.
- Comment ? S’exclama Coote.
- Il a été retrouvé par … Par Minerva McGonnagall au 47, chemin de Woodcroft, Pré-au-Lard. Vous connaissez à coup sûr beaucoup mieux cet endroit sous le nom de « Cabane Hurlante ».
- Dans la Cabane Hurlante ?
- Nous ne savons pas précisément pourquoi, mais il semble que durant la Bataille de Poudlard, Lord Voldemort ait installé son QG dans ce manoir condamné.
Ainsi, le passage menant de la Cabane au Saule n’était pas connu des aurors.
- Il est mort… murmura Crews, visiblement sous le choc, mais comment ?
- Venin de Serpent. L’expertise magico-médico-légale indique dans son dossier que Séverus Rogue a été mordu par une sorte de vipère péliade. J’attire votre attention sur le fait qu’on raconte que Lord Voldemort se montrait souvent accompagné d’un serpent dont la description correspond à cette race de serpent.
- C’est un fait avéré, intervint Harry. Jedusor était fourchelangue et il s’était lié à un serpent. Une femelle nommée Nagini qu’il a trouvée en Europe Centrale. Mais Nagini était plus qu’un serpent normal, on peut la répertorier dans les animaux magiques. Elle n’hibernait pas, mesurait 50 bon centimètres de plus qu’une vipère péliade habituelle, et supportait mieux qu’un animal ordinaire la pression mentale que Voldemort exerçait sur elle. Nagini est morte durant la Bataille de Poudlard.
- Séverus Rogue aurait été mordu par la vipère de Voldemort ? Demanda Crews, perplexe. Mais alors, c’est qu’il était un ennemi de Voldemort…
- Ou que Voldemort n’avait plus besoin de lui, corrigea sombrement Perkins.
- Exactement, monsieur Perkins, confirma Dickens. Pour revenir au présumé assassinat de Dumbledore par Séverus Rogue… Voilà ce que l’expertise a découvert sur le corps de Séverus Rogue…

Huffman leur distribua à chacun un dossier contenant des photos.
Les co-aspirants eurent tous un hoquet de dégoût, et contemplait sans pouvoir en détacher le regard des photos du corps sans vie de Séverus Rogue sur une table d’expertise, et en particulier, un cliché d’un gros plan de son bras. La marque des ténèbres noire d’encre ressortait hideusement sur la peau blafarde du mort.

- La marque des ténèbres était le signe identificatoire le plus connu de Lord Voldemort, commença à réciter le professeur. Projetée au-dessus de toute victime du Lord ou de ses sbires, elle signait les crimes du mage-noire. Elle fut tatouée sur les serviteurs les plus proches et les plus fidèles. Elle est indélébile. Un homme marqué le reste à vie. Lord Voldemort signait ici sa pleine possession de la vie des membres qui lui jurait fidélité. Selon les témoignages de Igor Karkaroff, mangemort repenti après la première chute de Voldemort, cette marque permettait à Voldemort de localiser ses victimes, de les appeler à lui en leur indiquant où il se trouvait, et de leur infliger des douleurs punitives à distance.
- C’est immonde… murmura Perkins, totalement écœuré.
Harry lui jeta un regard en biais. Pauvre petite nature.
- Voilà qui semble confirmer l’appartenance du suspect au groupe des mangemorts, dénoncée par Minerva McGonnagall.
- Et ce type a été notre professeur de potions pendant sept ans, sans qu’on ne se doute de rien, maugréa Coote.



Crews se sentait minable. Séverus Rogue. Son directeur de maison. Dire que toutes ces années, elle avait admiré son art de la réplique cinglante, sa froideur innée, la façon dont il se faisait respecter de tous, le mystère implacable dont il entourait sa vie privée… Il était machiste et imbuvable, mais dans bien des domaines, elle l’avait érigé au rang de maître. Il ne tombait jamais dans le panneau des élèves m’as-tu-vu et resplendissants de jeunesse, et rendait hommage à l’unique vraie intelligence, la discrète et sournoise vivacité d’esprit qui manipule et arrive toujours à ses fins. Comme elle, il détestait les premiers de la classe dépendants de l’avis de leurs professeurs, toujours à sautiller autour du corps enseignant comme des chiots réclamant à force de jappement leurs friandises. Elle avait toujours été un esprit indépendant, n’hésitant pas à s’éloigner des groupes d’adolescents grégaires et stupides pour gagner en autonomie et en pouvoir, et s’il restait cloîtré dans son mutisme, rien ne la rendait plus fière que l’œillade teintée d’une approbation retenue qu’il lui lançait quand ils se croisaient dans un couloir de l’école.

Et aujourd’hui, il était non seulement mort, mais aussi reconnu officiellement comme un fervent nazi portant un ersatz de croix gammée en décoration putride sur son bras.
Jo se sentait profondément trahie, quand bien même Séverus Rogue ne lui avait jamais rien promis ou offert, quand bien même elle n’avait jamais tissé de véritables liens avec lui.

- Ce soir-là était très particulier. Des mangemorts se sont introduits sans qu’on ne sache comment dans le château pourtant protégé. Ils ont se sont frottés à la résistance magique de combat des professeurs et de quelques élèves…
- Quelques élèves ?
- Page 567 de votre dossier.

Harry farfouilla dans ses liasses de parchemin et trouva le rapport des aurors concernant cette nuit-là. Il survola ce qui y était rapporté.
- Hermione Granger, Neville Londubat, Luna Lovegood, Ginevra Weasley et Ronald Weasley, lut à voix haute Perkins.
- Pourquoi ton nom n’y est pas, Potter ? Demanda Crews en fronçant les sourcils.

Parce que cette nuit-là, il n’y était pas, tout simplement.

- Potter ? Insista Crews. T’étais où ?
Coote vit Harry se raidir et s’enfoncer dans un silence appuyé. Ainsi, ils touchaient aux secrets impénétrables de Potter. Son visage était fermé, ses sourcils froncés, et il avait posé ses mains croisés sur la table devant lui. Immobile comme une statue.
- Pourquoi tu as laissé tes amis se battre sans les aider, tu te planquais ?
Crews essayait vainement la provocation pour faire cracher le morceau à Potter. C’était le prendre pour un con, d’après Coote. Mais il salua mentalement la tentative.

- Le rapport ne donne aucune information sur la présence ou les actions de Dumbledore durant la bataille, continua Perkins. Il est simplement fait mention de sa mort et de « l’avis » de McGonnagall concernant Rogue.

Harry relut avec plus d’attention le rapport. Celui-ci ne mentionnait pas non plus la présence de deux balais magiques en haut de la tour d’astronomie. McGonnagall avait visiblement fait disparaître toutes traces pouvant percer les secrets de Dumbledore avec une certaine habilité.

N’y avait-il donc aucune trace de la vérité ?

Pourtant…
Pourtant il avait affirmé devant des dizaines de sorciers que Séverus Rogue n’avait pas tué Albus Dumbledore. Il tournoyait avec Voldemort, baguette levée et cœur battant, lui jetant à la figure toutes les erreurs que ce dernier avait commises. Une dernière humiliation avant le néant.
Pourquoi n’y avait-il aucun écho de cette conversation ?

Parce que personne n’avait encore été interrogé. Parce que les témoins étaient soit des élèves de l’AD décidés à protéger les secrets du Survivant, soit des membres de l’Ordre du Phoenix habitués au silence et à la méfiance envers le gouvernement. Soit des mangemorts emprisonnés ou en fuite, pour qui avouer qu’ils avaient assistés à cette conversation équivalait à avouer avoir servi sous la bannière du mage noire dans ce combat.

Il fallait s’appeler Hermione Granger pour se souvenir au mot près de leur échange, dans l’état de fatigue et de désespoir, ajouté aux douleurs des blessures, qui était alors celui des combattants spectateurs.
Les oreilles avaient dû accrocher sur le mot « horcruxe », mais, inconnu, celui-ci n’était plus que brouillard, sonorité complexe et floue dans leur mémoire.
De quoi pouvait-on se souvenir ? Potter parlant de sa mère, d’un cimetière, de lui refusant de se défendre… Lui disant qu’il avait été prêt à mourir. Des paroles sans queues ni tête, faisant allusion à des évènements que bien peu connaissaient en détails. Voldemort parlant d’amour. Harry affirmant qu’il était doué d’un pouvoir et d’une arme que Voldemort ne pourrait contrer. Harry affirmant que Dumbledore avait choisi lui-même sa mort…
Eh bien, oui, s’étaient probablement dits les sorciers du public, Dumbledore avait choisi sa mort : mourir en combattant, mourir en résistant. Et non pas mourir en victime. Ils n’avaient pas dû être loin de la vérité, tout en étant à des lieux de l’approcher.
Et puis les deux duellistes avaient dérivés sur le Patronus de Rogue, et si certaines personnes suivaient encore leur échange, Harry les avait probablement perdus ici. Il avait pourtant crié de manière intelligible devant toute l’assemblée que Rogue aimait sa mère, et qu’il avait été l’espion de Dumbledore. Mais ces quelques mots s’étaient perdus dans la confusion engendrée par la mention de l’Aînée de Sureau. Que venait faire Draco Malfoy dans un tel discours ? Quant à dire que la mort de Dumbledore avait été planifiée, pour une personne non avertie, de telles paroles ne pouvaient déboucher que sur un mur d’incompréhension ! Et voilà que Potter avait alors cité Ollivander, disparu depuis bientôt un an, comme si celui-ci avait récemment pris le thé en compagnie du Survivant et du Mage…

Le « public » n’avait pas encore témoigné de cet échange. Les combattants en mesure de l’éclairer allaient avoir l’intelligence de se taire, et le rapport des autres ne serait que des lambeaux confus de ce qui s’était dit.

La vérité était entre ses mains. Tout dépendait de son choix. Se taire ou parler.
Se taire, et s’assurer ainsi que jamais personne ne découvre l’histoire des horcruxes, que jamais personne ne marche dans les pas de Lord Voldemort, mais en trainant l’honneur de Séverus Rogue dans la fosse commune des mangemorts. Ou parler, faire savoir au monde quel sacrifice avait été celui du maitre des potions, en attisant la curiosité de la société déjà braquée sur les secrets tortueux qui avaient été les leurs, à Dumbledore, à Rogue, et surtout à lui, Harry Potter, menaçant de mettre au jour la sombre magie de Lord Voldemort…

Que devait-il dire ? Et que pouvait-il dire ? Il ne pourrait apporter aucune preuve à ses paroles. Juste son nom en garantie. Ce qui pouvait avoir l’effet inverse à celui souhaité.
Simplement, l’idée de laisser la mémoire de Séverus Rogue entachée de cet horrible soupçon, cette ignoble accusation lui paraissait insupportable. Des morceaux épars de vérité, voilà tout ce qu’il ne pourrait jamais apporter.

- Séverus Rogue n’a pas tué Albus Dumbledore, lâcha Harry.
- Pardon ? Demanda Dickens. Expliquez-vous.
- Je n’ai pas de preuve, et je n’apporterai aucun fait allant dans le sens de mes paroles. Vous pouvez me croire aveuglément, ou me traiter de menteur.
- Ce sera la parole de Potter contre celle d’une source inconnue… réfléchit Coote à voix haute.
- Non.
- Non ?
- Ce sera ma parole, contre ma parole.
- Que…
- C’est moi, la source inconnue de Minerva McGonnagall. C’est moi qui ais affirmé à McGonnagall, sans lui apporter de preuve, sinon ma parole, que Séverus Rogue avait tué Albus Dumbledore.

Silence interloqué.

- Dumbledore n’a eu de cesse de répéter aux membres de l’Ordre du Phoenix de… de me faire confiance. De me faire autant confiance qu’ils lui faisaient confiance à lui. McGonnagall, comme les membres de l’Ordre du Phoenix et les élèves résistants, savaient que j’ai assisté à la mort de Dumbledore. Parce qu’ils m’ont vu de leurs yeux descendre de la tour à la suite des mangemorts prenant la fuite, et les poursuivre. Si les aurors le demandent à McGonnagall, elle confirmera sûrement qu’elle ou un membre de l’ordre ou du corps enseignant de Poudlard a trouvé en haut de la tour d’Astronomie deux balais volants. Ces balais, Dumbledore et moi les avions empruntés à peu près une demi-heure avant la mort de Dumbledore à Rosemerta, la gérante des Trois Balais à Pré-Au-Lard.
- Ainsi, Dumbledore et vous étiez à l’extérieur de Poudlard quand les mangemorts sont arrivés, ce qui explique que vous n’ayez pas pris part au combat… Réfléchit tout haut Coote.
Harry l’ignora.
- Ainsi, quand les membres de l’Ordre du Phoenix m’ont demandé comment Dumbledore était mort, je leur ai dit qu’il avait été tué par Rogue. Etant donné que je venais de poursuivre celui-ci dans le parc en le combattant magiquement, qu’ils avaient aussi vu Rogue descendre de la tour d’Astronomie quasiment en même temps que les mangemorts… L’Ordre connaissait le « passé » de mangemort de Séverus Rogue, et Dumbledore n’avait jamais expliqué aux membres pourquoi il faisait confiance à cet homme. S’ils ont été perplexes au début, ils ont fini par attacher un crédit entier à ma version.
- Ta version ?
- Oui. Ma « version ». Car ce n’était qu’un énorme mensonge, destiné à renforcer la couverture de Séverus Rogue, membre de l’Ordre du Phoenix infiltré chez les mangemorts sous les ordres de Dumbledore.
- Mais…
- Vous allez comprendre. Rogue a effectivement lancé un Avada Kedavra à Albus Dumbledore. Mais il ne faisait qu’obéir aux ordres de Dumbledore. Celui-ci a orchestré sa propre fin dans le but de renforcer le plan qui allait me permettre de garder un espion au plus près de Voldemort. Voldemort ne pouvait plus douter de la loyauté de Rogue, maintenant que ses mangemorts avaient vu Rogue tuer Dumbledore, et m’avaient vu essayer de tuer Rogue. Les membres de l’Ordre, persuadés d’avoir affaire à un vrai mangemort, n’ont pas retenu leurs sorts face à lui. Sa couverture était parfaite. Il est devenu l’homme de confiance de Voldemort.
- Mais en fait… murmura Crews…
- Mais en fait, il n’a fait que contrer méticuleusement ses actions. Voldemort a introduit des mangemorts à Poudlard : Les Carrows. Rogue a été nommé Directeur de Poudlard, et tout en terrorisant les élèves et en portant le masque de tueur en série, il a passé son année à retenir les coups des Carrows et à protéger les élèves. Dumbledore mort, Voldemort a été beaucoup plus confiant et a accumulé les erreurs. Il a fait confiance à Rogue et lui a confié ses plans.


Perkins se sentait niais. Tout était si compliqué. Chacun des protagonistes portait un masque, les identités se brouillaient et les rôles demeuraient secrets jusqu’à la toute fin. Dans sa tête, tout était si ridiculement simple. Voldemort voulait prendre le pouvoir donc tuer Dumbledore, et l’enfant qui l’avait un jour mystérieusement battu. Un jour, les mangemorts avaient réussi à venir à bout du grand Dumbledore. Harry Potter avait pris la fuite. Il était finalement réapparu pour faire usage d’un pouvoir secret et inouï et avait tué Voldemort. Fin. Il y avait Voldemort et son groupe de méchant, Dumbledore et son groupe de gentil, et Harry Potter, le joker mystérieux.

Mais il y avait toutes les actions des uns et des autres. Les sacrifices désintéressés, et les actions individuelles dont les conséquences se répercutaient sur toute l’histoire.
Il en avait le vertige. Et à côté de lui, Le Harry Potter qui connaissait les tenants de toute l’histoire, le rôle de chacun…

- Dumbledore n’a pas été assassiné. Il s’est suicidé.
- Il s’est sacrifié, commença Coote…
- Ça c’est une autre question, le coupa Harry avec un sourire amer.
Tout le monde le regarda avec des yeux comme des balles de ping-pong.
- Mais…
- J’ai dit qu’il s’était suicidé. Il l’a fait d’une manière et à un moment tels que nous avons pu utiliser sa mort pour renforcer la couverture de Rogue. Mais je n’ai pas dit qu’il s’était suicidé dans le but précis et arrêté de renforcer la couverture de Rogue. Dans tous les cas, il aurait été bien plus utile vivant.
- Mais alors…
- Mais alors rien. Vous vouliez savoir comment Albus Dumbledore était mort, vous le savez : il s’est suicidé. De là à dire qu’il s’agissait d’un sacrifice, c’est un grand pas que je ne franchirai pas.

L’amertume et la rancœur étaient criantes dans les paroles de Potter.
- Il va falloir que vous compreniez que les gens ne sont pas tous blancs ou tous noirs. Albus Dumbledore n’était pas un saint, il avait de nombreux démons, et croyez-moi, beaucoup de personnes les ont payés de leur vie.





Un sacrifice ? Harry n’était pas loin de penser que l’acte de Dumbledore avait aussi son petit côté égoïste. Las d’assumer la mort de sa sœur, son envie de pouvoir et d’éternité, ses erreurs face à Jedusor, les mensonges qui avaient conduit à tant de mort, telle celle de Sirius. Et en un clin d’œil, il s’était délesté de toutes ses responsabilités, de tous ces fardeaux. Il aurait pu rester et continuer à souffrir, mais la paix apportée par la mort avait été la plus tentante. Dumbledore avait légué son funeste héritage à Rogue et lui, Harry. Un sacrifice ? Un soulagement, plutôt. Une délivrance.

- Et maintenant ? Demanda Coote. Voldemort est mort, les mangemorts sont emprisonnés, morts, ou pourchassés. La vérité sur la mort de Dumbledore ne pourra jamais être prouvée concrètement, de même pour Séverus Rogue. Harry Potter – Coote jeta un regard en biais à Harry – est chez les aurors, et personne ne le sait, mis à part ceux qui le côtoient. Kingsley Shakelbolt est ministre provisoire de la magie. Les membres de l’Ordre du Phoenix sont décidés à rester dans l’ombre. La moitié du ministère a collaboré durant la guerre, l’autre moitié a été déportée, avec un bon tiers de la population magique du Royaume-Uni. Y’a-t-il une seule personne qui peut décemment croire que tout ce désastre peut être effacé, et le pays reconstruit ?

- Il va bien falloir, Monsieur Coote. Et ce rôle vous échoit, en tant que nouvelle génération d’auror, post-troisième guerre civile.
- Génial, fit Crews soupirant. Moi qui voulais juste un job bien payé et pas trop chiant…

Coote lui lança un regard exaspéré.

- La Reconstruction, voilà ce qui va suivre. Je vous explique, fit Dickens. C’est un large plan dirigé par Shakelbolt qui s’étend sur plusieurs domaines de la société magique. Législatif : toutes les lois promulguées durant ces deux dernières années vont être réexaminées et, pour la plupart, abrogées. Economique : Le ministère va emprunter à la communauté magique internationale, de façon à distribuer des fonds permettant aux commerces magiques de se rouvrir, et la vie magique de reprendre dans de bonnes conditions. Mais surtout, une énorme enquête va être menée.
- La même enquête qui mobilise une partie des aurors, et qui scelle sous le secret les derniers évènements ?
- Exactement. Cette enquête va se dérouler sur plusieurs temps, et va s’étendre longuement dans la durée…

Tout d’abord, le temps des investigations. Mangemorts, employés du ministère, citoyens lambda, moldus reliés à des sorciers recherchés… Des centaines, des milliers d’interrogatoire à relever, analyser, classer, relier à d’autres dossiers…

- Et tout cela restera entièrement secret. Personne n’y aura accès, si ce n’est les aurors chargés de cette mission.
- Mais pourquoi ? Les gens ont le droit de savoir ! Fit Coote.
- L’enquête est bien trop vaste ! S’il s’avère que tel commerçant est cité dans un rapport comme ayant collaboré avec des mangemorts, il sera au mieux boycotté, au pire, tué par vengeance… Et quand deux semaine plus tard, il s’avérera que ce n’était qu’une fausse piste, le mal sera fait, irrémédiablement… Prenez les mangemorts : ceux qui ont collaborés avec le ministère en 1981 l’ont payé par la suite au prix fort, lors du retour de Voldemort. Ils ne referont pas deux fois la même erreur… Mais si vous faites croire à un mangemort, disons Avery, qu’un deuxième, Malfoy, l’a balancé, il n’hésitera plus à participer à l’enquête pour sauver sa peau. Maintenant, si Avery sait que Malfoy est toujours en fuite, il ne participera pas. S’il n’en sait rien, et que grâce au Secret, il pense que Malfoy a été capturé par les aurors, il tombera dans le piège…

- D’ici quelques mois, l’avenir de certains des suspects sera arrêté, et ils pourront être jugés. Et ces procès, ainsi que les accusations et preuves qui y seront présentés, seront alors ouverts au public, et libre d’accès. En attendant, toute personne qui colportera des informations, qu’elles soient vraies ou fausses, pourra se voir condamné à une très lourde amende. Et aucune fuite ne sera confirmée par le ministère.
- Heureusement, railla Harry, la seule personne capable de colporter des « rumeurs » véridique, avec suffisamment de crédibilité pour se faire écouter et suivre, c'est-à-dire moi, travaille dorénavant pour le ministère, et est coupé de tout moyen de communication avec l’extérieur. C’est bien pratique n’est-ce pas ?

Dickens sourit.

- Effectivement, c’est bien pratique. Cependant, la porte est grande ouverte, Monsieur Potter. Vous êtes libre de quitter cette formation et d’aller vous faire harceler par l’univers magique dans son intégralité.
- Non merci, ça ira, répondit Harry avec dégout.
- C’est bien ce que je pensais…

- Vous devez comprendre qu’il est vital pour le Royaume-Uni magique que cette enquête aboutisse et rétablisse la stabilité au sein de notre communauté. Car sinon…
Les quatre aspirants froncèrent les sourcils…
- Voyez-vous, ça fait tout de même deux fois en cinquante ans que nous montrons notre incapacité à réguler nos mages noirs, et collaborons à des génocides à grande échelle. Le reste du monde magique serait trop heureux de nous mettre sous tutelle, et profiter ainsi de nos ressources. fichiers secrets des aurors, recherches du Département des Secrets, fonds de Gringotts, et surtout, l’accès à Poudlard. Le Royaume Uni occupe une place prépondérante sur la scène magique internationale, et ce n’est pas sans attiser les jalousies et les envies. Une procédure est déjà en cours à un niveau supranational pour que nous soyons mis sous mandat français, islandais et danois.
- Mais c’est inacceptable ! Nous avons droit de garder notre souveraineté sur notre propre pays ! Rugit Perkins.
- C’est totalement hypocrite, continua Coote. Nous avions besoin de leur aide pendant la guerre, et aucun d’entre eux n’a bougé le petit doigt. Maintenant que le danger est passé, et même mort et enterré, ces vautours se ramènent… Peut-être qu’une honteuse partie de notre société a collaboré avec les sbires de Voldemort, mais l’autre a résisté, vaillamment, et a vaincu ! Où étaient les Islandais, les Danois, et ces débiles de Français à ce moment-là !
- Débile toi-même, murmura Crews du bout des lèvres.
- Crews, tu ES anglaise !
- Que tu crois, fit-elle sombrement.

- Encore une fois, fit Harry, heureusement, la figure de proue de la résistance anti-Voldemort, le héros international qui a débarrassé la scène magique par deux fois du plus grand mage noir depuis Grindelwald, est actuellement un membre actif du Ministère de la Magie. C’est bien pratique.
- C’est bien pratique, confirma une nouvelle fois Dickens, avec un grand sourire.

Nota Bene, se dit Harry : Etrangler Kingsley Shakelbolt le plus tôt possible.

- Ne faisant pas partie de l’enquête, vous ne serez pas mis au courant du déroulement de celle-ci, ni de qui est déjà entre les mains des aurors. Bien sûr, vous serez forcément mis au courant d’informations éparses, lors de vos astreintes dans les quartiers d’Azkaban, ou tout simplement si vous êtes amenés à participer à une intervention extérieure. Sachez que vous aurez l’interdiction de répandre les informations que vous recueillerez ainsi à l’extérieur du groupe que vous formez, même aux aurors de votre entourage. Compris ?
Ils hochèrent tous la tête.

- C’est parti. A présent, vous commencez réellement votre formation d’auror.
Ah ? Parce que la balade dans la forêt, et les tours de pistes, c’était le pot de bienvenue ?
- Ecoutez… Je sais que ce n’est pas votre faute, mais vous arrivez vraiment au mauvais moment. Pour les prochaines promos d’aspirants, ça sera plus facile, mais là… Les aurors autour de vous vont vous considérer à la fois comme des boulets, des gosses qui trainent dans leurs pattes en carrant les épaules, mais aussi avec rancœur, car ils savent que sitôt que vous serez prêts, ils seront mis à pieds, et c’est vous qui prendrez leur place. Ne vous attendez pas à de l’aide, et ne comptez pas trop sur celle que vous pourrez éventuellement recevoir. Vous avez des profils prometteurs, mis à part certains gros défauts qu’il faudra corriger. Faites en sorte que les choses marchent. On s’apprête à passer quatre ou cinq douloureuses années, mais c’est le prix à payer pour une vie de tranquillité. Dites-vous que contrairement aux aurors qui auront vécu la guerre et la transition, que dis-je, l’épuration, vous, vous allez avoir droit à un job réglo pour le reste de votre carrière. Si vous allez au bout de vos deux années d’aspiration.

Dickens avait rassemblé ses notes pendant ces quelques mots, et à la fin, il ramassa sa sacoche et quitta la salle sous le regard de ses élèves.

- Je crois que je vais écraser une petite larme, fit Crews.
- Il a raison, fit Perkins.
- T’es naïf, fit Potter.
- Pourquoi ?
Harry sourit sombrement.
- Dis-toi que les aurors promus après la fin de Grindelwald ont eu à peu près le même discours. Et qu’est ce qui leur est tombé dessus quelques paires d’années plus tard…
- Tu veux dire que…
- Un mage noir en chasse un autre, confirma Crews. Mais c’est ce qu’on veut, non ?
- Pardon ?! Fit Coote en écarquillant les yeux.
- Quoi ? Tu comptes passer ta vie d’auror à manger des beignets devant ton bureau ? Moi je compte bien profiter de mon badge et de mes prérogatives pour botter quelques culs en toute légalité… Fit-elle en montrant les dents dans un sourire peu rassurant.
Harry haussa les yeux au ciel, et se tourna vers la porte.
- On a quoi comme cours, déjà, là ?
- Cours de droit magique anglais et international, répondit automatiquement Coote.
Ils réprimèrent tous un frisson de dégout.
- Vivement les mages noirs… conclut Perkins.




Les combats, l’adrénaline, la peur, la précipitation, la mort, le combat pour sa survie, les plans machiavéliques, les pièges tortueux, les objets ensorcelés… Voilà avec quoi ils voulaient frayer. Voilà avec quoi ils voulaient éprouver leur attachement à leur vie et leurs amis.
Se battre. Se tenir debout face à l’adversité, et résister.

Mais avant cela, ils allaient devoir endurer des milliers d’heures de rabâchage grammatical sur les désinences gobelines, apprendre par cœur des milliers de lois, de procédures. Ils allaient devoir devenir expert de sortilèges inconnus qu’ils ne rencontreraient probablement jamais. Ils allaient devoir affronter pire que les dragons et les acromentules : la fatigue, la routine, la cohabitation forcée avec des types insupportables…

D’un même accord, les quatre aspirants soupirèrent.
C’était parti.
End Notes:


Voilà une bonne chose de faite. N'hésitez pas à me faire remarquer des fautes d'orthographe en m'indiquant le passage !

Je comprends d'avance votre perplexité devant le personnage de Huffman Dickens : Universitaire grisâtre amoureux transi frustré et baroudeur secret des étendues désertiques... Disons que ce personnage est un peu le baromètre de mes envies quand j'écris mon chapitre. Alors excusez les incohérences de sa personnalité ! ;)
C'était l'engourdissement mortel, inévitable, de la routine. by Bendico
Author's Notes:
Le titre est une citation de Zola.
Il peut rester des fautes, faites les moi connaître si vous en voyez !
...Et :D malgré les parutions erratiques, cette fiction n'est pas du tout abandonnée. J'écris juste très très très lentement ! :)
Bonne lecture.
S’il est une chose impressionnante, c’est la force implacable qui pousse n’importe quel quotidien, même le plus ubuesque des quotidiens, à s’enfoncer dans une routine rigoureuse, réglée à la minute près. Passé l’éblouissement des premières heures, des premiers visages inconnus, des bruits nouveaux et des coutumes étranges, tout se mue en une très banale habitude.
L’homme, et encore plus l’enfant, sait merveilleusement bien s’adapter.

A l’âge de douze ans, Harry était considéré par la moitié de son collège comme un dangereux fou décidé à lâcher sur nombre des élèves une bête mystérieuse. Sa meilleure amie elle-même reposait, roide, sur un lit d’infirmerie depuis des semaines. Et pourtant, chaque matin, le petit Harry se levait, chaque jour, il assistait à des cours sur le rempotage des mandragores, sur les habilités supérieures à la norme de l’argile lors de diverses métamorphoses, sur la mathématique circonvolution des astres dans le ciel… Tous les midis, il finissait son repas en arrosant une poignée de bonbons à la menthe par du jus de citrouille fraichement pressé. Et le soir, quand bien même de très dangereux évènements menaçaient la sécurité de l’école, lui et son éternel acolyte roux s’affalaient dans les canapés moelleux de la salle commune pour regarder, hypnotisés, les flammes danser dans la vaste cheminée, en croquant avec une indifférence très bien feinte n’importe quelle dragée de Bertie.

Trois ans plus tard, un crapaud horripilant vêtu de rose se faisait passer à Poudlard pour un professeur de Défense contre les Forces du Mal. Là encore, bien que hanté par des visions d’un couloir obsédant, bien que conspué par toute la communauté magique, jusqu’au sein même de son dortoir, et avec sans cesse derrière l’épaule le fantôme planant de Voldemort, Harry évoluait tant bien que mal dans l’univers des essais à rendre pour la semaine suivante, dans les heures de son emplois du temps valsant au rythme de cette comète dans le ciel dont il n’avait jamais réussi à retenir le nom, mais dont l’étude lui avait valu un très surprenant « Acceptable », dans les improbables paradoxes de la laverie de Poudlard qui faisait que ses draps arboraient une étrange nuance bleue tous les troisième mardi du mois.

Il entamait à peine son deuxième mois à Poudlard, que les énoncés d’essai qu’on lui demandait d’effectuer, pourtant ressemblant à de vastes blagues improbables aux yeux de tout moldu censé, ne l’étonnait même plus, voire même le gonflaient légèrement, comme n’importe quel essai à effectuer en milieu scolaire de ce nom.

Le changement brutal d’emploi du temps, d’entourage, de mode de vie, n’entame jamais bien longtemps la pression inévitable que la routine fait peser sur nos vies. Sitôt revenu au 4, Privet Drive, la trépidante valse des journées de Poudlard laissait place à une lente succession d’heures passées seul allongé sur son matelas trop mou à regarder le plafond en rêvant de chevauchée vertigineuses sur un terrain de quidditch, sans que cela n’émeuve trop notre bon Harry.

Alors, le Centre… Les aurors, le Bureau, l’Arène, l’Université, les Rapports, les désinences gobelines, les articles du droit international magique, les précis de métamorphose, les processus de Potions, les équations d’astronomie avancées, le silence quand il croisait des aurors, leurs regards, les bleus, les écorchures, les blessures diverses jamais complètement soignées, le mutisme des autres aspirants, les sourires de Colleen qui passait en trombe pour restaurer tel ou tel de leur supérieur… Les soirées passées à lire comme il n’en avait jamais eu le courage, les connaissances diverses et variées qui s’amoncelaient sous son crâne, le plongeant la nuit dans des cauchemars bien anodins par rapport à son habituel lot de merdes inconscientes, les tours de pistes qui tiraient le moindre des muscles de son dos. Le silence sur ce qui se passait à l’extérieur, le silence de la gazette, le silence des aurors sur l’Enquête, le silence tabou sur à peu près tout, et envers lui en particulier, non pas qu’il fut particulièrement bavard avec les autres non plus… La fatigue, et surtout, le fait délicieux et si reposant d’avoir toujours quelque chose à relire, réécrire, réviser, effectuer, nettoyer, surveiller, consigner quelque part, pour lui, pour quelqu’un, la composition de tel ou tel poison dépassé. Le nombre de plumes de phœnix ramassées par les enquêteurs dans une histoire de marché noir pour baguettes magiques non agréées. Les théories complexes sur l’enchaînement des traités de reconnaissance inter-états magiques au 19e siècle lors de leurs cours d’Histoire de la magie contemporaine. Les biographies de théoriciens de Magie Expérimentale, dont il ne savait rien des travaux, mais dont les dates des premiers biberons s’incrustaient coûte que coûte dans sa mémoire. La taille de telles plantes curatives magiques, la couleur de leur sérosité, l’évolution des nœuds de leurs racines au premier quart de lune. Les tasses de café, les sandwiches enfournés, la condescendance mâtinée de peur niée des gens autour de lui… Le bruissement incessant des capes qui allaient et venaient dans cette fourmilière. Et aux fenêtres du centre, ces sortes de rideaux en toile, en gaze grossière qui laissaient passer une lumière blanche et terne, sans rien laisser deviner de ce qui se passaient de l’autre côté des vitrages, sans même leur donner un indice sur où se trouvait ce fichu Centre exactement. Sous terre ? Etait-ce seulement en Angleterre ? La peau de Potter ne reprenait pas de couleur, quand bien même la cure de vitamines qu’on lui infligeait le remplissait d’une énergie angoissante, car les seuls rayons de soleil qu’elle recevait n’étaient que des factices illusions de l’arène, quand Butcher daignait les « entraîner » (les torturer ?) dans des conditions de milieu de journée, et non pas dans celles de froides nuits d’hiver. Depuis combien de temps était-il là ? A recevoir des ordres, des conseils, des intimations de tous, sans jamais vraiment parler à personne, et encore moins à ceux dont il était censé se rapprocher, ses co-aspirants ? Combien d’heures, de minutes, de longues secondes harassantes à travailler, à être sur le pied de guerre pour la moindre broutille ? Sa vie était rythmée par les demi-heures de rush dans le Bureau, où durant un laps de temps insupportable cohabitaient les aurors et les secrétaires qui étaient sur le point de partir, et ceux qui venaient d’arriver, et où les dossiers changeaient de mains, où les informations passaient de bouche à oreille dans un tohu-bohu pas croyable. Depuis combien de temps ? Il était arrivé sans s’en rendre compte de Poudlard au bout du rouleau physiquement et mentalement, et depuis, dans l’excitation qui saturait la place, il était pris dans une sorte d’extase super active où il ne pensait plus qu’à ses menues tâches d’apprenti auror.

- Une semaine fit Coote.
- Pardon ? Demanda Harry.
Coote se passa une main lasse sur son visage cerné.
- J’ai l’impression que ça fait des semaines, des mois.
- Toute une vie, enrichit Perkins dans un murmure exténué.
- J’ai l’impression que ça fait toute une vie que je suis ici, confirma Coote. Mais en fait on n’est là que depuis… Que de puis…
- Une semaine, lâcha Crews, atterrée. Une seule putain de foutue semaine.

Harry ne réagit pas et ouvrit son manuel d’introduction aux runes. La couverture se déchirait déjà, à force de rester pliée de la même façon à s’ouvrir directement sur la leçon 6 du précis de grammaire, sur lequel Harry avait peiné une bonne partie de la nuit. On leur avait fait parvenir un mot après le dernier cours de Dickens sur « tout ce phénoménal bordel » comme avait dit Crews. Ce n’était pas parce qu’ils avaient manqué par « une sournoise utilisation destinée à un bien vulgaire profit de votre ignorance géopolitique » le premier cours d’introduction au Runes Magiques qu’ils étaient dispensés de maîtriser les sept premières leçons de leur manuel d’ici au prochain cours. Harry était tombé de sommeil sur le troisième tableau de morphologie des runes de la sixième leçon au cours de sa nuit d’étude.

Une seule putain de foutue semaine.
- Demain on est dans les serres et en « temps libre », murmura, extatique, Coote.
Six jours auparavant, le dimanche, ils avaient passé des heures le matin à surveiller du coin de l’œil des boutures taquines d’Ellébore, en laissant reposer leurs courbatures, en révisant leur Gobelin, leur Droit Magique (une matière presque rendue fascinante par l’intensité de l’horreur qu’elle leur inspirait), et en s’avançant très sagement sur leur métamorphose et cette foutue introduction aux runes magiques. Le temps libre avait été très peu librement consacré au classement des rapports de leurs tuteurs bien contents d’être déchargés de cette plaie de fin de semaine. Mais au moins, quand on classait des rapports entourés de sept secrétaires en tout point semblables à des rapaces enragés, on ne risquait pas de brûler vif dans une forêt, poursuivi par des doxys sauvages. C’était un point non négligeable, à ce stade de leur existence.

Mais bon, après tout, cette vie, pour Harry, n’était plus qu’une très simple et très banale routine.

L’alarme magique que Perkins avait élaboré sonna légèrement à leurs seules oreilles, et ils avalèrent leur dernier morceau de pain, leur dernière gorgée de café, fermèrent ce sur quoi ils travaillaient, et se levèrent en soupirant. Il serait bientôt quatorze heures, leur demi-heure de pause du midi quotidienne était sur le point de s’achever. Et déjà, il était l’heure de rejoindre Butcher dans l’Arène transformée comme six après-midi sur sept en un gymnase en ciel ouvert où leur maigre énergie était durement mise à l’épreuve.
C’était déjà la huitième fois qu’ils se présentaient pour leur séance de course quotidienne. A présent, ils veillaient à enfiler leurs vêtements de sport avant d’entrer dans l’arène. Inutile de répéter la petite humiliation qu’ils avaient tous vécue le premier jour. Ils avaient dû se changer en plein air, les uns devant les autres, tous devant Butcher. Trois caleçons ridiculement rayés et une petite culotte noire, devant laquelle Coote s’était senti horriblement gêné. Il avait employé toute sa concentration, pourtant malmenée par l’évanouissement surprise de Potter, durant sa course, à tenter d’oublier que l’ignoble Johanna Crews portait des sous- vêtements de coton noirs. Peut-on décemment soupçonner un tractopelle armé de mitrailleuses d’être capable de féminité ? Le choc avait été rude.
Le message était bien passé auprès des aspirants : inutile qu’ils fassent dans le chichi. Devant Butcher, ils pouvaient s’asseoir sur leur dignité. Et n’étaient-ils pas censés former un groupe soudé, des équipiers sans aucun secret les uns pour les autres ?
Toujours était-il que dorénavant, ils prenaient soin de se changer dans les toilettes du Bureau. Chacun dans une cabine séparée soigneusement verrouillée, naturellement.

L’entraînement physique avec Butcher durait six heures. La première fois, le Potter Show avait été relativement divertissant, et leur avait permis de s’octroyer quelques pauses. La seconde fois, hélas, directement après qu’ils aient passé le seuil de l’arène, Butcher, assis sur les gradins, plongé dans un épais dossier, leur avait indiqué la piste de son menton mal rasé. Alors ils avaient couru.
Et évidemment, comme toute personne débutant la course, ils étaient partis à toute vitesse. Les grandes enjambées, le torse droit, la respiration régulière… Ça n’avait pas duré longtemps, et durant une longue demi-heure d’agonie, ils s’étaient traînés en trébuchant à chaque pas, rougeauds, suants, à demi-inconscients. Pas besoin d’être un génie pour comprendre ce qui se passait alors dans leur tête : chacun des quatre espérait ardemment qu’un autre craque le premier, et permette aux trois autres de s’affaler dans la terre, de se vautrer dans leur peu de dignité restante. Au bout de trois heures et dix-sept minutes de « course », un gémissement de douleur atterrée avaient exaucé leur souhait : Crews venait de se tordre la cheville et mordait la poussière quelques mètres derrière eux.
Les mâles soupirèrent de soulagement : le sexe faible avait flanché en premier, l’honneur était sauf. Ils tombèrent à genoux en crachant leur poumon, telles trois écrevisses asthmatiques. Butcher avait claqué la langue d’agacement.

Sans qu’ils ne se doutent alors que leur maître faisait alors preuve d’une indulgence sans égale, il les avait relâchés à dix-neuf heures.

Est-il vraiment nécessaire de préciser que cette indulgence ne se reproduit pas une deuxième fois ?
Quand ils revinrent le samedi après-midi, après le dernier cours de Dickens, que le genou de Coote se montra d’une sournoiserie incroyable, démolissant sa hanche dans la chute, et qu’ils en profitèrent tous pour reprendre leur souffle, Butcher frappa, et punit leur faiblesse.
Pour la première fois, à leur grand malheur, ils purent observer l’arène se transformer sous leurs yeux.
C’était cauchemardesque. Au sens littéral.
Avez-vous remarqué que, quand bien même on discute à dos d’autruche avec le professeur Vector des dernières promos chaussettes chez Mme Guipure, dans le jardin de son grand-père moldu, on ne se dit jamais dans un rêve « C’est impossible ! Pincez-moi que je me réveille ! ». Tout est toujours parfaitement logique pour notre esprit malade. Vos sens, ces petits coquins, ne clignotent pas le moins du monde. Au placard, les signaux lumineux « tu délires, pauvre véracrasse de mes deux ».
Et bien là, dans l’arène, c’était la même chose. L’arène se modula sans qu’ils s’en aperçoivent, et ils constatèrent, effarés, l’étendue des dégâts, quand ils réalisèrent que tout autour d’eux avait changé.
La porte de l’arène avait toujours été plantée dans le vide à six mètres d’eux. Elle avait toujours été à vingt-huit mètres. Elle avait toujours été bien plus loin que ça. Elle avait toujours été en hauteur par rapport à eux. Elle avait toujours été un petit point lumineux à l’horizon. Elle avait toujours été sur le versant de la crête d’une montagne, recouverte d’une végétation steppique, qui tombait vers eux dans une vertigineuse descente escarpée. Falaise qu’ils pouvaient apercevoir au loin, à quelques collines noyées sous des broussailles de là. Et qu’ils ne pourraient arpenter qu’une fois sortis de cette combe marécageuse, où ils s’embourbaient jusqu’aux genoux, tandis que déjà, la lumière déclinait, et que des nuages menaçants s’amoncelaient au-dessus de leur tête.
Un éclair flasha, le tonnerre retentit, et une pluie glacée s’abattit sur leur tête.

Ils venaient de passer trois heures et demie à courir, à s’épuiser. La cheville de Crews, la hanche et le genou de Coote étaient en piteux état. Et voilà où ils se retrouvaient. Au milieu d’un nulle part humide froid et sombre, à des heures de la sortie et d’un peu de réconfort. Tout ça parce qu’ils avaient interrompu leur course.
Bien qu’à des kilomètres sous une pluie battante, ils entendirent distinctement Butcher ouvrir la porte de l’Arène et sortir en la claquant derrière lui. C’était normal, puisque dans la « réalité » la porte était tout près d’eux.
Ils étaient restés quelques minutes immobiles, ahuris, embourbés jusqu’à être glacés jusqu’aux os. Et puis, sans un mot, ils s’étaient mis en branle. Pas pour longtemps. L’attelle magique qui avait jusque-là permis à Crews de marcher et de courir sans douleur malgré son entorse, disparut en même temps que ses dernières forces. Quant à Coote, il s’arrêta au bout de trois pas, hors d’haleine.
Alors sans échanger une seule parole, Perkins accorda son pas à celui claudiquant de Coote. Et sans même un regard, sans lui laisser le temps de se débattre, Harry passa le bras de Crews autour de son cou, et l’aida à avancer dans la boue et la pluie, en supportant la moitié de son poids.
C’est ainsi que, comme deux monstres à trois pattes grognant et voûtés, ils entamèrent leur piètre randonnée à travers l’univers concocté pour eux avec soin par Grump Butcher.

Aucun d’entre eux ne fut jamais en mesure de dire précisément comment ils purent retrouver leur chemin dans ce paysage inconnu, dans le noir et l’orage, handicapés par leurs blessures. Comment ils sortirent de la combe, remontèrent le versant accidenté de la montagne dans les broussailles, et finalement, au bout de six heures de marche harassante, passèrent la porte de l’Arène. Ils émergèrent muets et hagards, affamés et à peine capable de se tenir debout. Dans les souvenirs de Potter, cet après-midi resta flou et comme tout droit sorti d’un rêve fiévreux. La montre d’Harry marquait vingt heures piles. Il avait laissé ses pieds le mener à sa chambre, son jogging lacéré tomber sur le carrelage, et avait passé un temps indéfini sous sa douche, incapable de penser à rien, transi par la fatigue. Ce fut sa faim qui le dissuada de se noyer sous les jets d’eau chaude.

Savage l’attendait à la cafétéria avec une assiettée de pâtes conséquente ainsi qu’une énorme tasse de café fort, préparées par Colleen, déjà occupée ailleurs. L’auror au visage marqué par les cicatrices ne se fendit pas de formules réconfortantes ou de sourires réconfortants. Il tapota l’énorme dossier déposé sur le comptoir.
- T’es en retard, Potter. Relis ça, corrige les fautes, note si tu trouves des dates incohérentes, et essaye de trouver dans tout ça l’adresse d’Elvire Aslani durant les années soixante-dix. J’ai besoin de ça pour vingt-trois heures. Et ah oui, voici un mot de votre prof de Runes à faire aussi passer aux autres.


Depuis cet horrible samedi, tout juste une semaine auparavant, si l’un des quatre flanchait durant une course, les trois autres continuaient sans se retourner. Et l’éclopé se relevait dès que possible, parait magiquement tant bien que mal à la crampe du mollet, à l’orteil écrasé, au point de côté foudroyant, le regard pesant de Butcher dans le dos. Durant la semaine, ils firent le plein dans leurs manuels de magie de sorts infirmiers divers. Comment fixer une attelle avec le moins d’effort magique possible. Comment diffuser du bout de sa baguette une odeur mentholée pour se rafraîchir et reprendre son souffle. Comment geler en un sort éclair une ampoule embrasant son talon.
Hélas, on ne devient pas un coureur de fond endurant en une seule petite semaine. Redoutant le pire, Coote fourra quatre carrés de sucre sous sa langue, en passant la porte de l’arène. Il aurait n’importe quoi pour bénéficier des mêmes cachets saturés de vitamine et d’énergie dont on gavait Potter.

Malgré tout ce que Coote pouvait en penser, malgré leurs plaintes, leurs courbatures, leurs mines crayeuses, leurs fronts perlés de sueur, ils progressaient. Malgré le regard furibond de Butcher, malgré leurs chutes, leurs respirations se faisaient plus calmes, plus régulières. Au fil des après-midi à courir bêtement dans cette arène à la noix, leur pas s’allongea, s’assura. Petit à petit, des automatismes s’installèrent. Leurs corps courraient, et leurs pensées s’envolaient.

Perkins, Crews, Coote et Potter découvrirent avec stupeur et soulagement que leurs esprits pouvaient se déconnecter de leur course, et mettre à profit ce temps pour réfléchir à tout ce qui les attendait de l’autre côté de la porte de l’arène. Quels éléments Perkins devait-il trier pour que sa synthèse du dossier Haffner soit pertinente ? Quand pourrait-il mettre la main sur Apollonia pour emprunter dans le rayon des archives sous sa juridiction l’étude sur l’utilisation de métaux lourds par les mages noirs durant les années 1970 ? Si le tueur de Haffner s’était inspiré de cette technique, comme un détail dans le dossier le laissait présager, il faudrait avertir l’équipe d’intervention, qu’ils adaptent leur processus de défense en cas de tentative d’empoisonnement.
Crews listait dans sa tête la liste des ingrédients et la densité adéquate qu’elle devait employer pour neutraliser les effets secondaires de cette potion corrosive qui permettait de ronger l’enveloppe magique d’un objet de magie noire, de façon à en neutraliser l’attaque, tout en conservant une trace du maléfice pour permettre au labo de l’étudier.
Quand à Potter, il se récitait dans sa tête les notes qu’il avait prise sur le chapitre 6 du manuel de Métamorphose Humaine. S’il avait connu précisément le fonctionnement du Polynectar en 2e année, ou encore durant l’année noire, comme il le connaissait à présent, il aurait été bien plus réticent à tenter l’expérience. Une seule erreur dans la préparation, et les risques se démultipliaient. Harry sentit un frisson lui hérisser l’échine malgré la chaleur ambiante. Car pour corser les choses, Butcher les faisait aujourd’hui courir dans l’équivalent d’un Hammam. A chaque demi-heure, la température montait d’un cran et l’air était devenu très vite saturé de vapeur chaude…

Malgré leurs bonnes résolutions, on ne peut pas dire que les quatre aspirants communiquaient beaucoup. Les cours à l’université, rapides et extrêmement pointus, n’encourageaient pas au bavardage. Le midi, ils échangeaient trois mots cordiaux sur leur programme, plongés dans les dossiers de leurs tuteurs. L’après-midi, ils n’avaient déjà pas assez de souffle pour respirer, alors pour converser… Quant au matin, durant la mise à l’épreuve, pour ça, ils échangeaient. Cris d’effroi, de douleur, insultes, exhortations à arrêter de faire n’importe quoi… Harry ne savait pas très bien ce qui avait achevé Coote le matin, le crabe de feu gros comme un bouledogue (mais où Butcher l’avait dégoté, celui-là ?) qui lui avait brûlé la joue au troisième degré, ou Crews, qui lui avait sciemment jeté au visage le dit crabe de feu, parce qu’un sort du grand brun l’avait malencontreusement atteinte, alors qu’il tentait de se débarrasser d’un Scroutt. Harry s’était fermement promis d’avoir une conversation avec Hagrid sur l’usage que le ministère pouvait faire de ses petites créations amusantes. Enfin… Dans deux ans, quand cette formation/mise au placard serait terminée.

- Arrêtez de courir, grogna Butcher.
Ils obéirent. Pur question d’instinct de survie. Quoique. Courir, c’était dur, mais simple. Et relativement peu dangereux. Changer de programme n’était pas la chose la plus rassurante du monde.
- Vous savez pourquoi, dans le fond, un mage noir secondaire est une chose merveilleuse ? Demanda Butcher.
La chose merveilleuse dans le fait d’être raide dingue essoufflé, se dit Crews, c’est que ça permet d’esquiver ce genre de question hautement foireuse.
- Vous savez quelle putain de montagne de paperasse il faut remplir quand on veut commencer à triturer de la magie expérimentale ? Il faut l’accord du département des mystères, l’accord du Département du Secret magique, l’aval du détournement d’artefact moldus… Il faut légitimer en six exemplaires l’objet de notre étude à la con, et sous-peser durant une thèse de 3000 pages en quoi elle ne risque pas de détruire le monde ou de provoquer une mutation à l’image des blattes radioactives de 1956… A l’arrivée, une fois qu’on a rempli tous les critères, il apparait qu’on ne peut absolument pas triturer légalement la magie, à moins d’y risquer la peau de ses couilles. Ça fait particulièrement chier.
Potter eut l’envie d’objecter que ça permettait de limiter la prolifération d’objets légèrement encombrant du type « horcruxe » mais il se tut sagement.
- On en est rendu à se limiter au champ connu et mille fois connu de notre magie. On n’en explore pas les potentialités, les secrets, on ne cherche pas à la comprendre… C’est là qu’intervient le mage-noir. Il s’enferme dans une chambre secrète sous son salon et repousse gentiment les frontières de la magie ministérielle. Nous n’avons plus qu’à débarquer, le tuer sans trop tâcher son matériel, embarquer le tout, l’étudier, et paf, en moins de 3 mois, tout le service des aurors reçoit de magnifiques nouvelles armes clinquantes destinées à tuer dans le respect de la foutue paperasse.
Harry comprit une nouvelle fois pourquoi Bartemius Croupton, le chasseur de mage noir, n’était pas loin d’en être un lui-même. L’un et l’autre ont la même fascination morbide pour la mort et la magie noire.
- Maléfices, objets ensorcelés... Créatures magiques aux propriétés modifiées… Ces sombres crétins nous mâchent le travail sans même s’en rendre compte. J’ai demandé des années à ce qu’on intègre Grindelwald au service des aurors pour bénéficier de ses savantes lumières. Ils ont toujours refusé. Je crois que c’est parce que cela aurait provoqué des problèmes diplomatiques avec les Norvégiens, continua Butcher songeusement, tandis que les aspirants finissaient de cracher leurs poumons. Ils auraient voulu l’utiliser aussi, arguant que Grindelwald était un ressortissant de leur pays. Mais c’est nous qui l’avons attrapé. C’est nous qui avions le droit de l’utiliser, bordel.
Harry avait envie de plonger la tête dans un sceau glacé. Peu importe les morts, les tragédies, ce que voyait Butcher dans les mages noirs, c’était les potentielles nouvelles armes tendances qu’il pouvait en retirer. Comme c’était rassurant d’être aux ordres d’un type aussi mentalement équilibré.
- Voilà quelques jours que vous éprouvez votre endurance physique. Enfin. Vos muscles atrophiés, plutôt. Il est grand temps de voir où cela a mené vos ridiculement insignifiantes capacités magiques.
Les quatre aspirants bondirent comme un seul homme tandis qu’un énorme rugissement retentit derrière eux. Le cœur battant, ils se retournèrent et avisèrent une énorme caisse hermétiquement close d’où visiblement une horrible bestiole tentait de s’échapper à grands coups de griffes et de pattes.
- Que savez-vous des manticores ?
La question avait fusé, sèche et irritée. C’est Coote qui se risqua à répondre.
- Créature créée par les sorciers en Grèce antique, tête d’homme, corps de lion, queue de scorpion dont la piqure libère du poison, dit-il laconiquement.
- Lèche botte, souffla Crews.
- La ferme, fit Butcher. La manticore « normale » n’injecte son poison que par une piqure.
Comment ça, la manticore « NORMALE » ?
- Or une espèce un peu plus distrayante a été créée il y a une petite trentaine d’année…
Comment ça, une espèce un peu plus « DISTRAYANTE » ?
- Disons que Bichette a la petite particularité d’envoyer des jets de poisons. Vous allez me dire, enfin, vous devriez vous dire si vous étiez autre chose qu’une bande de crétins visqueux et amorphes, que l’épiderme c’est quand même vachement pratique et que pour le coup, Bichette sert un peu à rien. Sauf que le poison de notre petite merveille tient à vrai dire, plus du vitriol coupé avec de la nitroglycérine qu’autre chose. Une goutte de son divin élixir sur votre avant-bras, et elle vous rongera la peau, le muscle et l’os jusqu’à ressortir de l’autre côté pour aller finir de se dissoudre sur le sol. Vous voyez la bête ? Eh bien si vous ne voulez pas finir votre vie avec une clavicule qui joue de la flute à chaque courant d’air, j’espère que votre bouclier magique est à la fois très endurant et très solide.

Sur ces mots, Butcher disparut, et les quatre aspirants eurent à peine le temps de lever leur baguette dans un pur instinct de survie, que l’immense boite de métal s’ouvrait, libérant l’effroyable bestiole.

Le fauve en lui-même aurait pu être beau. C’était un lion à la taille phénoménale au pelage rougeoyant. Bien qu’aucune lumière ne l’éclairait particulièrement, son pelage luisait et on avait l’impression de voir danser des flammes sur ses flancs. Sa queue dardée fouettait l’air, projetant dans l’air une pluie de légères gouttes qui quand elles touchaient le sol de terre battue, grésillaient en dissolvant les grains de sable dans une odeur de soufre. Mais au lieu d’un museau de lion figurait un ignoble visage humanoïde déformé par une expression sauvage de haine bestiale. Des sourcils épais et roux plongeaient vers des yeux aux pupilles jaunes, et une large bouche s’ouvrait sur une effroyable rangée de crocs qui eux n’avaient rien d’humain. Le regard d’Harry dériva vers ses pattes, de véritables machines à déchiqueter. Larges et griffues, elles laissaient dans le sol d’épais sillons. Il évalua mentalement qu’un seul coup bien placé d’une de ces pattes pouvaient lui arracher définitivement la tête. Il fit un premier pas en arrière, baguette levée.

« Protego » murmura-t-il, épouvanté, tandis qu’à ses côtés Perkins Crews et Coote faisaient de même.
Quatre boucliers bleutés s’interposèrent entre eux et la créature, et à la seconde d’après, la bête dans un mugissement de rage cambra sa queue et un jet d’acide vint percuter le bouclier de Crews en produisant une fumée âcre, éclaboussant les protections magiques des autres aspirants. Le bouclier de Crews laissait apparaitre comme une déchirure là où l’acide l’avait rongé. Dans un grognement, Jo ferma les yeux, affermi son emprise sur sa baguette, et lentement, son bouclier se régénéra, lui laissant le front perlé de sueur. Crews fit à son tour un pas en arrière.

Ils étaient épuisés. Ils étaient physiquement épuisés par leur course, et mentalement par une semaine passée cloîtrée à travailler, à accomplir de basses tâches administratives, tout comme, à étudier de complexes périodes de l’histoire magique ou des articles abscons de droit magique. Ils dormaient mal, mangeaient mal. Et après des heures à courir en rond sur un terrain inégal, ils n’avaient tout simplement pas la force de tenir face à une pareille épreuve. Tenir debout les faisait souffrir. Garder le bras tendu pour tenir leur baguette les faisait souffrir. Combattre leur migraine persistante pour créer ce putain de bouclier les faisait souffrir. Mais le maintenir ! Se tendre toujours plus pour remplacer les lambeaux du champ magique dissous sous un simple jet de poison…
Un vent de panique balaya leur esprit tandis que la Manticore devenait à chaque seconde qui passait visiblement de plus en plus furieuse de les voir se tenir là devant-elle sans bouger. Mais où pouvaient-ils aller ? L’arène telle qu’elle était, était sans issue, et ils ne pouvaient pas à la fois maintenir leur bouclier et courir pour s’éloigner d’elle. Et s’éloigner, pour aller où ? Comment battre à la course un lion de deux mètres de haut, et de trois de long ? Sa queue battit l’air et les jets d’acide se firent plus réguliers, plus rapides, plus denses. Le bouclier de Coote avait à peine le temps de se régénérer, qu’en grésillant il disparaissait déjà sous une nouvelle attaque. Dans un juron, Crews se jeta à terre et roula sur le côté. Blanche de fatigue, elle ne pouvait plus maintenir son champ magique de protection, et tentait d’éviter les assauts de la manticore en roulant à droite et à gauche sur le sol. Mais crevée, ses gestes étaient lents, et bouger lui tirait à chaque fois un grognement de douleur. Un jet d’acide l’atteignit, inévitablement, et elle hurla au sol en portant sa main à son épaule. Perkins surgit et tenta de l’englober dans son propre bouclier, tandis qu’elle gisait sur le sol, secouée de hauts le cœur. Mais il peinait déjà à maintenir une protection efficace autour de sa propre personne, alors étirer son bouclier comme un élastique vers Johanna, comme on gonfle un ballon de baudruche, ne faisait qu’amincir sa protection et la fragiliser. Au jet qui suivit, son bouclier fut rongé intégralement, les laissant tous deux à la merci de la créature qui ne prenait même pas la peine d’avancer vers eux, sûre du pouvoir que lui conférait ses projections d’acide.

- ENSEMBLE ! Rugit Harry en abaissant son bouclier.

Coote plongea et d’un main, remit Crews sur ses pieds. Elle en hurla de douleur, en menaçant de s’effondrer de nouveau au sol.
- ESPECE DE PETIT C…
- A trois ! L’interrompit Harry.
Perkins ne sut jamais si Crews ravala des insultes ou une nausée foudroyante, mais, verdâtre, elle releva courageusement sa baguette de son bras indemne, et tous les quatre lancèrent dans un cri à l’unisson le charme du bouclier. Harry sentit ses dernières forces s’échapper dans son bras droit pour s’écouler dans sa baguette, mais étrangement, au moment où il aurait dû rendre les armes et s’effondrer à son tour au sol, il sentit la force et la concentration de ses co-aspirants lancées aux côtés des siennes, comme une béquille le maintenant debout. Son charme du bouclier se nourrissait des leurs, comme les leurs se nourrissait du sien, chacun puisant dans les autres ce qui lui manquait pour se maintenir. Crews déversait un peu sur eux de sa douleur, et ils sentirent avec elle comme un fer chauffé à blanc plaqué sur leur omoplate droite. Perkins et Coote leur transmettaient leur force physique, leur endurance à l’épreuve. Et Crews Perkins et Coote vinrent chercher dans la magie d’Harry la résolution inébranlable de ne pas abandonner, de ne pas mourir, et de continuer à se battre jusqu’au bout, quoiqu’il lui en coûte. Les quatre boucliers ne firent plus qu’un, et d’un bleu pâle, celui-ci passa à un bleu vif électrisant, se renforça, s’épaissit sous leurs yeux stupéfaits. L’énergie s’écoulaient de leur bras au champ, et du champ à leur bras, les liant, les faisant tenir debout. Ils se nourrissaient autant de la magie que la magie se nourrissaient d’eux. L’acide ne parvenait même plus à dissoudre leur bouclier au point de le transpercer, et dans un grognement colérique, la manticore, sentant peut-être le vent tourner contre elle, percevant désormais plus de combattivité que de peur dans ses adversaires, leur céda pour la première fois du terrain. Sans se concerter, les aspirants avancèrent, quoique chancelants.

Le monde autour d’eux s’altéra, se brouilla, se dissout comme à travers une couche de verre trouble. L’arène était devenue le champ de course de terre battue, la manticore s’était évaporée. Comme si elle n’avait jamais existé.
- C’était une illusion ou… Commença Coote.
Mais comme Colleen le leur avait expliqué, tout ce qui se passe dans l’arène est réel. Et le reste quand on la quitte. Crews s’effondra au sol, n’ayant plus personne avec qui partager sa douleur. Sa main découvrit son épaule entaillée, déchirée, partant en lambeaux, et doucement, une flaque de sang se forma autour de sa blessure, et teinta de rouge la terre claire de l’arène.

- Qu’est-ce qu’il s’est passé… Pourquoi… Qu’est-ce qu’on a fait pour que la manticore disparaisse ? C’est la blessure de Crews qui a fait changer Butcher d’av…
- On a uni nos magies, répondit Harry à Coote. C’est ce que voulait Butcher depuis le début. Qu’on travaille en collaboration. Qu’on comprenne qu’ensemble, malgré notre dégoût les uns pour les autres, on est plus efficace que chacun dans notre coin.
- Je ne comprends pas, fit Perkins, comment nos charmes ont pu se lier les uns avec les autres avec tant d’unité. La magie de chaque individu est particulière, porte une marque spécifique. On n’aurait pas dû être compatible à ce point.
- Répète encore une fois que je suis compatible avec Coote et je te verse du venin de mandragore sur la peau des couilles. Si tu ne veux pas que ta virilité ressemble à mon dos, ferme-là, répondit Crews en grognant.

C’était déjà suffisamment difficile pour elle d’accepter que le seul remède qu’elle pouvait avoir lui venait directement des ressources personnelles de Potter... Visiblement, il était habitué à voir sa propre chair être rongée par différentes substances, car il était rapidement réapparu avec une sorte de baume puant miracle qu’il devait toujours garder à porter de main.



Il est même des routines où on garde durant quarante-huit heures un linge imbibé d’essence de murlap sur l’omoplate pour tenter de régénérer une chaire dissoute par du venin modifié de Manticore. Il est des routines où en se levant le matin, on se doute que le soir on se couchera avec une nouvelle cicatrice qui nous accompagnera pour le restant de notre vie. Une épaule à la peau blafarde car bien plus jeune que le reste de l’épiderme du corps, encore jamais exposée à la véritable lumière du jour. Bizarrement, pour certains, ce n’est pas à ce genre de routine qu’il est difficile de s’y faire.



Neville contemplait les volutes de fumée s’échapper de sa tasse de thé brûlante. Il leva les yeux et croisa le regard de sa Grand-Mère. L’âge se lisait sur les traits fiers d’Augusta Londubat. Et sur ses mains. Noueuses, ankylosées par l’arthrite que les traitements magiques peinaient à combattre. La vieille et indéracinable Augusta Londubat, à laquelle même les mangemorts les plus coriaces n’étaient pas parvenus à venir à bout. Elle portait toujours une de ces robes vertes, mais le chapeau au vautour avait été perdu dans sa fuite. Ce n’était pas plus mal. Bien des choses avaient été perdues durant cette année. Le regard sévère qu’elle lui attribuait d’ordinaire, par exemple. Il ne recevait maintenant que de longs regards où se lisait un mélange de fierté, d’émotion embuée, et de fatigue. Neville était enfin devenu le digne fils de son père. Et comment. Il était fort, décidé. Sa carrure, ses gestes calmes. Le meneur d’hommes était enfin né en lui, après s’être fait longtemps attendre. Neville n’avait plus besoin d’elle. Il venait de passer un an où le moindre oubli pouvait couter de longues heures de tortures à ses hommes. Il réfléchissait maintenant posément avant d’agir, il analysait ce qui se passait autour de lui. Il avait été confronté à de terribles choses, alors les petits tracas d’un quotidien en paix ne l’atteignaient plus, ne le terrorisaient plus. Depuis qu’il était rentré à la maison, ce n’était plus Augusta qui s’occupait de lui, mais lui, soucieux, qui s’occupait d’Augusta. Tout juste s’il la laissait encore préparer le thé seule. Sa tâche était terminée et Augusta découvrait la fatigue de celui qui peut enfin se reposer.

Neville décacheta la lettre qui gisait sur la table à côté de la théière. Il la parcourut lentement, les sourcils froncés. C’était lui qui aujourd’hui ouvrait le courrier de l’Ordre adressé aux Londubat. Sa grand-mère attendait silencieusement à côté qu’il lui fasse part des dernières nouvelles.

- Maman et Papa sont de retour à Sainte-Mangouste, dit Neville finalement. C’est McGonnagall qui m’écrit. Sainte Mangouste est de nouveau sécurisée pour tous.
- Où étaient-ils, alors ? Demanda doucement Augusta.
Ni Neville ni Augusta ne savaient où étaient cachés Frank et Alice. Ils avaient refusés de courir le risque de livrer cette information aux mangemorts s’ils étaient pris. Augusta était bien trop faible pour endurer une séance de Question en règle, et Neville était bien trop exposé à Poudlard. Ils avaient confié le sort de père, mère, fils et fille, à l’Ordre, sachant bien que jamais celui-ci ne lésinerait sur leur sécurité.
- C’est Hestia Jones en a pris soin. Elle les a mis sous la garde d’infirmiers moldus dans une maison de soin privée dans le Sud de la France. Loin de la magie, loin des batailles.
Augusta ne répondit rien. Neville se leva, déposa la tasse de porcelaine fine dans le bac, et alla chercher leurs deux manteaux.
- Tu n’es pas obligé d’y aller dès maintenant. Tu peux encore rester te reposer ici au calme.
- Voilà plus de dix jours que je me repose ici au calme. Je veux les voir. Je le dois. Il faut que je leur dise. Et je t’interdis de me rétorquer qu’ils ne comprennent pas. Il y a certaines choses qui se passent de raison pour être comprises.
Neville lui tendit son manteau, et Augusta l’enfila en lui lançant un de ses nouveaux regards emplis d’estime.

Neville n’était pas Harry Potter. Son rôle dans la guerre, dans la bataille de Poudlard n’était connu que des résistants, des élèves de Poudlard, et des enquêteurs du ministère, bien que ceux-ci n’aient pas encore frappé à sa porte. Mais ils finiraient par venir, Neville le savait, et il se demandait ce qu’il allait bien pouvoir leur dire. Ce qu’il allait bien pouvoir ne pas leur dire. Pour le moment, dans le hall de Sainte Mangouste, on ne le dévisageait pas, il n’était qu’un anonyme parmi les autres, même pour l’infirmière de l’accueil. Ce n’était pas la même qu’ « avant ». Qu’était devenue la dernière ? Déportée ? Sûrement morte.

Ils avaient été réinstallés dans la même aile de l’hôpital. Même étage. Mais une autre chambre, de l’autre côté du couloir. Neville sentit derrière lui sa grand-mère inspirer profondément. Ils entrèrent.

La pièce était lumineuse, blanche. Il était visible qu’elle venait à peine d’être mise à la disposition des « résidents » de Sainte Mangouste. L’ancienne salle était marquée par les traces laissées par ses occupants. Plantes, teintures, objets personnels, petites bibliothèques pour ceux encore capables de lire. Dans la nouvelle, plus rien. Les murs étaient nus. Tout était à refaire, à reconstruire, même pour ceux qui en était incapables, et qui, d’ailleurs, n’avaient plus grand-chose à reconstruire.

Frank et Alicia étaient là. On pourrait croire que perdre la mémoire balaye aussi de votre tête les soucis, la conscience des problèmes autour de vous. Qu’elle rend donc d’une affreuse manière en quelque sorte… bienheureux, comme pourrait l’être un Gilderoy Lockhart. Mais la mémoire d’Alice et Frank Londubat n’avait pas été effacée, ou perdue. C’était la clef de leur esprit qui avait mis les voiles. La marque de la douleur, de la peur, de l’angoisse restait vivace sur les traits de leurs visages, dans l’ombre de leurs yeux, dans leurs gestes tremblants et leur posture recroquevillée. Frank et Alice arborait le même air perdu, leurs regards errants d’un point à l’autre de la pièce, bien conscients d’avoir laissé quelque chose – mais quoi ? – derrière eux, quelque chose d’important, qui se cachait peut-être sous un livre ou un pot de fleur de cette salle blanche peuplée d’inconnus qu’ils côtoyaient depuis hier, ou peut-être depuis dix-huit ans.
Alicia et Frank, comme ces gens qui ont vécu une grande partie de leur vie ensemble, mariés, avaient fini par se ressembler dans leur apparence physique, comme s’ils avaient toujours fait partie de la même famille. Quoique pour ces deux-là, on ne savait pas trop si cette ressemblance découlait de leurs années de vie commune, ou de leur traumatisme commun. Ce qui frappait le plus dans leur apparence, c’était leur chevelure fine, raide, et blanche comme la neige. Elle tombait, ruisselait presque sur leur front, trop longue et mal coupée par le service de l’hôpital. Des cheveux blancs de vieilles personnes encadraient le visage de Frank et Alice, âgés respectivement quarante-trois et trente-neuf années. Neville avait trouvé des tas de photos de ses parents dans un carton, rangé dans le grenier d’Augusta. Des photos où il riait aux éclats dans leurs bras, fêtant sa première année d’existence. 27 Juillet 1981. Quelques mois avant que cela n’arrive. Les cheveux de sa mère étaient coupés court, à la sportive, donnant de l’énergie et de la joie de vivre à son visage arrondi. Sur la photo, ils étaient tout ébouriffés, et surtout, châtains foncés. Quand on avait retrouvé Alice Londubat cette nuit-là, hagarde, sa chevelure avait intégralement viré au blanc. Elle n’avait jamais plus été que son propre fantôme.

Neville s’approcha de leurs deux lits. Augusta lissa machinalement le drap de sa mère. Ses parents tournèrent la tête vers lui, étonnés. Comme toujours.

- Je sais que vous êtes toujours là, quelque part, dit Neville. Je sais que vous pouvez me comprendre. Qu’un jour, vous saisirez le sens de mes paroles.
Augusta eu le bon goût de ne pas faire de commentaires.
- C’est pour ça qu’il faut que je vous le dise.
Il y eut comme une lueur d’intérêt dans les yeux d’Alicia. Elle ne savait pas qui était ce jeune homme, mais elle l’aimait bien. Il était rassurant. Il semblait savoir ce qui était important. Mais il avait l’air triste.
La voix de Neville était légèrement enrouée.
- Tout est fini. La guerre est finie. Voldemort est mort. Pour de bon cette fois. Il ne reviendra plus. Les mangemorts sont emprisonnés ou en fuite, et personne ne montrera de clémence à leur égard.
Neville fit une pause, comme s’il s’attendait, en réponse à cette déclaration, à une réaction. Mais Frank et Alice, mais ses parents, continuaient de le regarder avec un air étonné. Ecoutaient-ils seulement ce qu’il leur disait ?
- Je ne fais pas partie de l’Ordre du Phoenix, mais je me suis battu. J’ai défendu Poudlard avec d’autres élèves, et avec vos anciens compagnons. McGonnagall, Hagrid, Hestia Jones, Diggle… Ils sont toujours là, ils ont continué à se battre.
Habituellement, à ce stade de la conversation, l’attention de Frank et d’Alice commençait à décliner. Leurs regards papillonnaient à droite à gauche, ils s’agitaient et finissaient par se désintéresser complètement de leur interlocuteur. Peut-être était-ce le timbre calme et posé de la voix de Neville, ou son air sérieux à l’extrême, toujours est-il qu’ils continuaient à l’écouter sans bouger.
- Elle est morte, annonça finalement Neville. Je me suis battue plusieurs fois contre elle depuis deux ans. Elle était là à la bataille finale, à Poudlard, et je l’ai encore affronté. J’aurais aimé le faire moi-même, mais c’est Molly Weasley qui l’a eu. Bellatrix Lestrange est morte. Elle ne fera plus jamais de mal à personne. Elle ne vous fera plus jamais de mal. Rodolphus court toujours dans la nature, mais il est seul. Nous mettrons très rapidement la main sur lui, et il devra payer au prix fort ses crimes. Mais c’en est fini de Bellatrix Lestrange. Et il fallait que je vous le dise.
Ils l’avaient écouté patiemment jusqu’au bout. Mais ils ne retrouvèrent pas subitement leur raison à cette annonce. Alice ne serra pas son fils dans ses bras en le félicitant. Frank ne lui dit pas qu’il l’aimait, et qu’il l’aimerait toujours. Ils restèrent comme à leur habitude assis dans leur lit en battant des paupières.
Neville sourit. En sortant, Augusta le prit par l’épaule. Devinant qu’elle allait lui dire qu’elle était le « digne fils de son père », Neville commença à lever la main pour lui faire garder le silence. Elle le considéra longuement, et à la surprise de Neville à qui elle n’en avait jamais parlé, elle lui dit : « Tu ressembles de plus en plus à ton grand-père. » D’ailleurs elle ne le répéta jamais. Ils rentrèrent chez eux et reprirent leurs habitudes. Leurs petites routines. Si ce n’est qu’à présent, c’était lui qui faisait le thé.



- Ron, c’est de la folie !
- Maman…
- Non ! Non ! Je ne prendrai pas ce risque ! Je ne vous laisserai pas partir sans protection ! Pas encore ! Je ne veux...
La voix de Molly se brisa tandis qu’elle commençait à hoqueter bruyamment. De grosses larmes s’écrasèrent sur ses joues.
- Je ne veux pas encore perdre un enfant, sanglota-t-elle. Je ne veux pas perdre encore l’un d’entre vous parce que je vous aurai abandonné tout seul dans le danger, parvint-elle à finir tant bien que mal.
- Maman, il ne nous arrivera rien. Les mangemorts sont bien trop occupés à se sauver pour essayer de nous chasser de l’autre côté du monde, tenta de la rassurer Ron doucement. Nous serons constamment sous les sorts de protection et Hermione ne peut plus attendre. Elle veut retrouver ses parents. Elle en a le droit. Elle aussi, elle doit retrouver sa famille.
- Mais pourquoi… chuchota Molly, pourquoi toi tu…
Ron se durcit mais essaya de ne pas regarder sa mère trop durement.
- Tu veux que la laisse y aller toute seule ? Je ne peux pas, Maman. Je…
Molly releva la tête et considéra son petit garçon, qui rougissait légèrement, sérieux comme un pape.
- J’en suis incapable, tu comprends ? Partir sans savoir comment elle va, où elle est… Si Hermione doit aller quelque part, je la suivrai. Je la suivrai… toujours.
Ron déglutit difficilement en cherchant ses mots. Mais avant qu’il ne puisse ajouter quelque chose, sa mère se redressa et se hissa sur la pointe des pieds, bien plus petite que lui, pour lui passer la main dans ses cheveux. Et dans ses larmes, au milieu de son visage rond rouge et fatigué émergea un sourire.

- Tu es prête ? Demanda Ron en passant sa tête dans l’embrasure de la porte de la pièce où Hermione finissait son sac.
Elle releva la tête et lui adressa un regard lourd de sens.
- Tu n’es pas obligé de…
- En fait, je viens de passer deux heures à convaincre ma mère de me laisser partir sans nous coller Kinglsey aux basques, alors je peux difficilement me désister à présent, plaisanta-t-il. C’est pas que je veuille à tout prix t’accompagner, mais il en va de mon honneur.
Ron évita d’un savant mouvement d’épaule l’oreiller que venait de lui lancer Hermione.
- Je suis sérieuse, dit-elle en le regardant dans les yeux.
- Et moi aussi, rétorqua-t-il en lui rendant son regard, quand je dis que je viens avec toi, que je viendrai toujours avec toi parce que je t’aime à la folie et qu’il est hors de question qu’à l’avenir je sois séparé de toi par quelque chose de plus consistant que la porte de la salle de bain des filles.
Les mains d’Hermione tremblaient légèrement quand elle boucla son sac. Elle prit la main qu’il lui tendait et ils sortirent ensemble des limites du Terrier pour transplaner sous les yeux inquiets de Molly, Arthur et Ginny.

Ron et Hermione arrivèrent… Dans les toilettes des dames, d’après le logo universel cloué sur la porte, le carrelage blanc étincelant, l’odeur de désinfectant, les lavabos, et, ah, la chasse d’eau que quelqu’un venait de tirer dans la cabine d’à côté. Ron lança un regard perplexe à Hermione.
- Nous sommes dans les toilettes pour femme de l’Opéra de Sydney, lui dit-elle. On va sortir discrètement, d’accord ?
Ron hocha docilement la tête.
- Après vous, très chère…
Ils poussèrent le battant de l’entrée des toilettes pour dames et arrivèrent dans un hall bondé de personnes âgées en tenues de soirée.
- Astucieux, si quelqu’un nous suit, il aura du fil à retordre dans ce bazar, murmura Ron en… rentrant de plein fouet dans une vieille dame à la couleur de cheveux hasardeuse pour une moldue.
- Milles excuses Madame, dit-il maladroitement.
La vieille l’incendia du regard, regard qui passa ensuite à Hermione à qui Ron tenait toujours la main, et à la main d’Hermione qui refermait derrière eux la… porte des toilettes pour femme. Les yeux de la vieille inconnue s’écarquillèrent tandis que des tâches rouges commençaient à apparaitre sur ses joues et son corsage.
- Mais… Mais… Oh ! Jeunes impudents ! S’exclama-t-elle.
Ron regarda Hermione sans comprendre. Il s’était pourtant excusé.
- Vous… Vous… continuait la vieille, dont la voix devenait de plus en plus aigüe.
- Heu, Ron, je crois qu’elle… Qu’elle pense que nous étions… Murmura rapidement Hermione en rougissant de plus belle, dans les toilettes pour des motifs… que ta mère réprouverait fortement.
Ron fronça les sourcils et…
- Oh… Oh ! Mais… Mais…
- Pour qui vous prenez vous ? Continuait la moldue, en ameutant les regards de leur entourage, nous sommes dans un opéra ! Pas dans un… dans un… Dans une maison de passe !
- Ron… grogna Hermione entre ses dents, avance. Avance.
- Mais… Mais… Mais Madame…
- Ron ! Continua de plus belle Hermione. On n’a pas de billets pour l’Opéra, pas de passeport ni de visa, tu n’as pas d’identité moldue, on n’a pas de permis magique de transplaner en dehors de Grande Bretagne, et je me vois mal faire usage de magie devant 230 moldus pour nous sortir de là, ce-n’est-pas-le-moment-de-nous-faire-arrêter-alors-BOUGE !
- Milles excuses Madame, répéta Ron tout en l’écartant d’un geste délicat mais néanmoins ferme, et en s’enfonçant dans la foule, entrainant Hermione derrière lui, sous les yeux scandalisés des deux trois badauds qui avaient assisté à la scène.
Ils arrivèrent rapidement à semer leurs témoins gênants et à sortir sans encombre de l’Opéra par la première issue de secours.
- Hey ! Cria un garde surgit subitement sur leur gauche ! C’est une issue de secours ! Halte !
- Merlin, grogna Ron. On court !
Et ils s’élancèrent.

- C’est bon, dit Ron en crachant ses poumons. Entrons donc là.
Ils pénétrèrent dans un café meublé de gros fauteuils où les gens sirotaient d’énormes mugs de café, en lisant, en pianotant sur leurs ordinateurs et en picorant des pâtisseries à la cannelle.
- Par Merlin, c’est super comme endroit ! Pourquoi les sorciers n’ont pas ça ?
- Surveille ton vocabulaire, on est en terrain… « ordinaire », le sermonna Hermione en reprenant son souffle. Et nous avons ce genre de café. Du moins nous avons le même concept, un même type de bar ou de restaurant reproduit à l’identique dans toutes les villes du monde. Il existe des Trois Balais à Stockholm, Paris, Sofia, Salem ou Dakar, bien que le tout premier soit effectivement celui de Pré-au-lard. Même décoration, même bierraubeurre…
- Sérieusement ?
- Oui. Rosemerta est multimillionnaire. Elle a des cousins moldus à Wall Street, la mondialisation, elle maitrise, crois-moi.
- Tu as conscience que je ne comprends pas du tout de quoi tu me parles ?
Hermione soupira.
- Pour répondre à ton exclamation première, non, ici ce n’est pas super comme endroit. Le café est hors de prix, les fauteuils sont des nids à poux, donc traités avec des insecticides agressifs envers la nature, les employés sont exploités et sous-payés et… bon sang, regarde-moi ces semblants de tableaux aux murs ! Aucune sensibilité artistique. Mais à vrai dire, je ne dirais pas non à un énorme moka praliné à la chantilly inondée d’un sirop de caramel. Allons-nous asseoir, tu bloques le passage.
Ron lui adressa un sourire benêt et comblé. Ça, c’était bien son Hermione. Et il alla docilement s’asseoir sur un gros pouf dans un coin du café.
Hermione revint vite avec les commandes.
- Je ne savais pas qu’il existait des visas internationaux… Je pensais qu’on pouvait transplaner dans le monde entier… dit Ron.
- Et dire que c’est moi la fille de moldue, fit Hermione en souriant. En bref, il faut éviter de se faire pincer par la police moldue, car nous n’avons pas de papiers, et les aurors australiens, car nous ne nous sommes pas déclarés à la frontière.
- Et pourquoi ne nous sommes-nous pas déclarés à la frontière ? Demanda Ron en fourrant dans sa bouche la moitié d’un roulé à la cannelle.
Hermione se rembrunit.
- Pour éviter que l’ensemble du ministère, et des taupes de mangemorts qui s’y terrent toujours, sachent que nous sommes ici sans protection, et plus encore, que mes parents vont sortir de leur cachette.
- Mais nous ne nous ferons pas remarquer car… Tu as un plan, n’est-ce pas ?
Hermione grimaça. Ron était toujours partant pour l’aventure… …et comptait toujours sur les autres pour jouer les Gentils Organisateurs de Voyage d’Agreement.
- J’ai le nom officiel de mes parents mais… Quand je les ai laissés, ils logeaient encore à l’hôtel, avant d’acheter la maison de leurs rêves. J’ai créé dans leur esprit l’idée qu’ils sont là parce qu’ils l’ont voulu, mais tout ce qui s’est passé depuis, leur vie, leurs déplacements, tout cela relève de leur libre arbitre. Je ne sais pas précisément où ils se trouvent…
Hermione se mordit la lèvre.
- Je me suis dit que… Que si même moi je perdais leurs traces alors… alors les mangemorts…
Ron posa doucement sa main sur la sienne.
- Tu as fait comme il fallait, Hermione.
Elle se reprit.
- Evidemment, j’ai veillé à ce qu’ils soient protégés par des sortilèges. J’ai gravé des runes dans leurs alliances, et sur d’autres objets dont ils ne se séparent que rarement. Ils ne sont pas magiquement localisable…
Ron reposa sa tasse de café en fronçant les sourcils.
- Mais heu… Hermione… Si tu ne sais pas où sont tes parents, et qu’ils ne sont pas magiquement localisable, alors… Comment on va les localiser ?
Hermione grimaça de plus belle.
- A la moldue, Ron. A la moldue.
- Et sans se faire jamais remarqué par les autorités moldues et magiques ?
- C’est ça, fit-elle en plongeant le nez dans son moka, tandis que Ron secouait la tête, atterré.

Hermione restait confiante. La guerre était finie et elle allait retrouver ses parents. Peu importe le temps que cela lui prendrait, ils étaient là, quelque part.
- Commençons par l’hôtel, fit Hermione. Partons de leur point de départ, et suivons les à la trace.

Alors ils se rendirent à l’hôtel.
Et maintenant ?
- Tous les hôtels ont des registres très précis, qui couvre toute la durée de l’activité de l’entreprise, réfléchit-elle à haute voix. Essaye d’attirer l’attention, de faire sortir les employés de derrière le comptoir.
- Heu, je pensais qu’on ne devait pas attirer l’attention… Mais soit, j’ai une idée.
Hermione haussa les sourcils tandis que Ron fouillait dans le fond de son sac. Un grand sourire plaqué sur le visage, il sortit…
- Mes toutes dernières Pastilles ! Alors je prends quoi, Gerbe ou Nezensang ?
Hermione l’embrassa furtivement sur les lèvres.
- T’es le meilleur.


Patrick et Gary venaient de passer une longue journée morne accoudés à un comptoir branlant à attendre des clients. Ils finissaient dans une demi-heure. Une heure, en fait, car Clara qui s’occupait de la permanence de nuit, arrivaient toujours en retard.
Un bruit répugnant leur parvint soudain. Patrick et Gary se lancèrent un regard inquiet. Est-ce qu’on… vomissait vraiment devant l’entrée de l’hôtel ? Ils se levèrent avec empressement et sortirent du hall.
Effectivement, un jeune homme roux était plié en deux et déversait sur le sol bien plus que ce qu’un estomac pouvait normalement contenir. Blanc de malaise, il releva le visage vers eux, et Pat et Gary purent constater que sa bouche et son tee-shirt étaient recouverts de sang. Il saignait méchamment du nez. Bon sang, mais ce type allait claquer juste devant eux dans la minute !
Patrick s’élança pour soutenir le gars tandis que Gary attrapa son cellulaire dans sa poche pour appeler une ambulance. Pendant ce temps-là, Ron priait pour qu’Hermione trouver rapidement des indices, car vomir et se vider de son sang ne faisaient pas à proprement parler partie de ses activités favorite.

Hermione se glissa derrière le comptoir et commença à ouvrir les tiroirs. Rien. Bon. Respirer. Se calmer. Elle avait infiltré le ministère de la magie grouillant de mangemorts et cambriolé Gringotts. Franchement, là, c’était retour à la case bac à sable. Elle chercha le tableau des clefs et dans un cri de joie trouva la clef de la « réserve administrative » qui ouvrait la porte juste derrière. En tremblant un peu, elle parvint à déverrouiller la salle. Des cartons étaient empilés sur des étagères. Hermione mis la main sur « Eté 1997 » et l’ouvrit en déchirant le paquet. Tant pis pour la discrétion. Ah ! Mendell et Monika Wilkins ! …Achats ! Deux semaines à l’hôtel, cartes routières et… Ils avaient utilisé le service de location de voiture de l’hôtel ! Elle découvrit le détail de leurs allers-et venues, et surtout, leur dernière destination, où la voiture avait été déposée définitivement à un autre hôtel de la chaîne. Elle emporta tout le dossier pour y chercher d’autres indices plus tard, et sortit de la réserve en espérant que les deux employés soient toujours occupés avec Ron…. …Et que Ron ne se soit pas fait embarquer par une ambulance.
Ron fit avec soulagement Hermione sortir de l’hôtel comme elle y était rentrée, et avala sous les yeux étonnés de ses deux sauveurs les autres moitiés des pastilles de George et Fr… Et avala les pastilles, en fermant les yeux. Tout de suite ragaillardis, il se releva et dit à ses deux héros, totalement abasourdis :
- ça va mieux. J’arrivais pas à attraper mes médicaments. Merci pour votre soutien, mais vous pouvez annuler l’ambulance. Oh, je vais être en retard chez ma mère, moi. Bon les mecs, à une prochaine, et merci encore.
Et il les planta au milieu de la flaque nauséabonde composée de vomi magique et de sang noirâtre.

- Tu pues, Ron, fit Hermione. C’est répugnant.
- La prochaine fois, on échange les rôles avec plaisir, fit-il en retirant son tee-shirt et son pantalon dans une impasse, camouflé par deux énormes bennes à ordure.
- Mais qu’est-ce que tu…
- Je me change. Ne pas attirer l’attention, tu te souviens ?
Il enfila des fringues propres, et passa les vêtements sales à un nettoyage magique en règle.
- Ron ! Pas de mag…
- Hermione, il n’y a personne autour, j’ai lancé l’Homenum Revelio, dit Ron en lui lançant un regard rassurant.
- Mais je… Je ne t’ai pas vu le lancer !
- Tu sais, aussi surprenant que ça puisse paraitre avec un incapable chronique comme moi, rétorqua-t-il amèrement, quand un professeur ou toi ne me détaille pas sévèrement du regard en me faisant perdre mes moyens, je peux être relativement efficace en sortilège. Tout comme au final, je n’ai pas fait un Gardien si mauvais au Quidditch.
Ron finit de boucler ses lacets et releva la tête en redoutant la réaction d’Hermione. Il n’aurait peut-être pas dû être si…
Mais il eut à peine le temps de se relever qu’Hermione se jeta sur lui. Ils heurtèrent assez brusquement le mur. Elle le frappait vraiment ? Elle…
L’embrassait. Aussi. C’était pas plus mal.
Quand elle recula, son visage était plus rouge que Ron au sommet d’une honte cuisante.
- Je n’ai jamais trouvé que tu étais incapable, dit-elle farouchement en bégayant quelque peu. Je… Je n’ai jamais pensé ça ! C’est moi qui… Sans toi je… Je…
Ron se pencha inquiet vers elle, en lui prenant le visage dans ses mains. A sa grande horreur, Hermione se mit à hoqueter, et bientôt à pleurer.
- Quand t’es parti je… Quand tu nous as abandonné… J’étais plus… Plus bonne à rien, sanglota-t-elle. J’ai… J’ai mené Harry vers Voldemort, j’ai brisé sa baguette, j’ai… Sans toi je suis incapable. C’est toi qui… C’est toi qui…
- Hermione, dit doucement Ron. Calme-toi. Je ne voulais pas te mettre dans un état pareil, je...
- N… Non, répondit-elle. C’est pas toi c’est… C’est…
Une nouvelle série de sanglots l’interrompit, et Ron choisit de ne rien dire. La laisser parler. Ça irait mieux après.
- J’avais tellement peur que tu ne viennes pas avec moi, ici, articula-t-elle avec soin, en tentant de reprendre une respiration normale. Je peux pas les retrouver sans toi. J’ai besoin de toi. Pour être bonne en cours, j’ai besoin que tu sois là. Pour me concentrer. Pour tout, j’ai besoin de toi. Alors dis pas que t’es un incapable.
- D’accord, dit Ron doucement. Je suis pas un incapable. Et… Hermione ?
Hermione releva la tête. Elle faisait peine à voir, les yeux et le nez rougis, les cheveux emmêlés. Il la trouva adorable.
- Je ne repartirai pas. Jamais je ne t’abandonnerai. Je ne recommencerai jamais ce que je t’ai fait. Et je passerai le reste de ma vie à essayer de me faire pardonner. A essayer que tu me pardonnes et que tu aies confiance ne moi. D’accord ?
Hermione renifla.
- D’accord ? répéta doucement Ron.
- D’ac… D’accord, fit-elle, la respiration encore saccadée.
- Bien. Maintenant, où sont partis tes parents ?
- Wagga Wagga, dit Hermione en souriant enfin.
- Tu déconnes ?
- C’est une ville de la région, 50 000 habitants.
- Je sais où est Wagga Wagga, Hermione, fit-il un éclat étonnamment rieur dans les yeux.
- Heu…
- On parle bien de Wagga Wagga, comme dans « Le Loup Garou de Wagga-Wagga » que ce cher Gilderoy prétendait avoir transformé en humain en pleine pleine-lune à l’aide d’un simple sortilège de métamorphose ? Dit-il un grand sourire aux lèvres ?
Hermione écarquilla et les yeux et…
- Merlin, Je…
Un large sourire éclaira son visage.
- J’avais complètement oublié cette histoire. Quel sombre crétin…
- En route sur les traces de notre idole, alors ! Dit-Ron en ramassant ses affaires désormais propres, et en prenant le bras d’Hermione.
Il s’arrêta au bout de trois pas.
- Heu… On fait quoi en fait ?
- On prend le train, Ron, le train, l’informa Hermione en riant. Nous allons prendre le train.

Et ils prirent le train.
C’est bien beau, la routine, se dit Ron. Mais ce n’était pas si facile. Avoir les mêmes relations qu’avant. Avoir la même confiance quand on a été trahi, malmené, blessé. La guerre change tout le monde, de pleins de façons différentes. C’était une belle illusion que croire qu’une fois la guerre finie, chacun allait reprendre son ancien rôle, son ancien comportement…
Il jeta un coup d’œil à Hermione, plongée dans le dossier qu’elle avait chapardé à l’hôtel. Chez lui, elle avait l’air normale. Elle lisait, participait aux repas, prenait soin de Ginny, comme lui. Et pourtant, là, tout d’un coup, en l’espace d’une seconde, elle s’était révélée broyée par cette satanée Année Noire.
Ils avaient besoin de réapprendre à se connaître, à se faire confiance. Retrouver des repaires, une vie tranquille sans imprévus.
Ses pensées s’envolèrent vers Harry.
Ron serra les poings. Ce n’était pas Harry qui aiderait Hermione ou Ginny à se sentir mieux. Ron se força à penser à autre chose. Inquiet de voir que quand il évoquait en lui-même celui qui avait été son plus proche ami durant sept ans, il ne ressentait que du mépris et une profonde rancœur.


Harry était de retour dans sa « chambre ». Loin de l’agitation du Bureau, des regards méfiants, et de la curiosité malsaine de Crews, Perkins et Coote. Il attrapa un rouleau de parchemin et sa plume, et reprit sa fiche inachevée sur les directeurs successifs qu’avait connu Durmstrang au XXe siècle, et des différences notables entre leur politique de développement vis-à-vis de l’école. Cela ne lui prit que vingt petites minutes, et il recopia ensuite un paragraphe issu d’un livre de potion sur la porosité des bézoards, qui permettait ou non de les incorporer à certaines potions. Il vérifia qu’il connaissait bien par cœur les articles de droit magique anglais qu’ils avaient étudié la semaine passée, et les noms des différents dossiers que Savage lui avait donnés à traiter. Le lendemain, après l’entrainement matinal avec Butcher, ils passeraient leur journée à travailler « tranquillement » dans les Serres, et à pondre des rapports sur les dossiers de leurs titulaires durant leur « temps libre ». Il laissa tomber ses notes et ses manuels au pied de son lit, et sombra dans le sommeil.

Il rêva qu’il relisait la préface de Grandeur et Décadence de la Magie Noire de la partie du sinistre manuel qui décrivait les maléfices répandant des épidémies de maladies résistantes aux soins curatifs magiques, au cœur d’une forêt de hêtres. Dans ce rêve, sa perception de son environnement était à son paroxysme. Il entendait les animaux fouisseurs sous lui dans la terre, la faim d’un loup et sa colère en sentait les effluves d’un lynx sur son territoire. Il exécuta parfaitement un sortilège qui attira à lui quelques vipères, qui vinrent s’enrouler autour de ses bras. Furtivement, il s’insinua dans leur esprit et enregistra les vibrations qui parcouraient la forêt. Il trouva ce qu’il cherchait. Son hôte était arrivé, bien que totalement inconscient d’être attendu. Il transplana sans émettre de craquement sonore, dont il détestait l’indiscrétion, et apparut dans le dos de l’homme.
- Vous êtes égarés ? Demanda-t-il d’une fois faussement bienveillante.
- L’homme, de surprise, fit un bond en avant, visiblement terrifié par cette soudaine rencontre. Sa main serra à s’en blanchir les jointures le turban enroulé autour de sa tête.
- Je… Je… Eh bien je…
- Mais ne seriez-vous pas, par le plus grand des hasards, le grand chercheur en magie noire Quirinus Quirrell, fit-il en prenant un air franchement impressionné. Quel heureux hasard que de vous rencontrer dans ma chère forêt ! J’ai lu avec une grande attention vos recherches.
- Ah… Heu, ouh-oui vrai-vraiment ? Fit l’homme enturbané. Je… Je vous re-remercie, mais qui-qui-qui êtes-v-vous ?
- Quelqu’un qui ne comprend pas pourquoi vous n’êtes pas encore professeur de défenses contre les forces du mal à Poudlard ! Mais ça ne saurait tarder. Puis-je vous inviter à prendre une tasse de thé dans mon humble demeure, qui se trouve plus profondément dans la forêt ? J’adorerais discuter avec vous.
- Je… Eh b-bien ou-oui p-pourquoi pa-as, répondit Quirinus Quirrell. V-vous habitez la-là, vraiment ?
- Mais ne restons pas là, transplanez à mes côtés, je vous en prie, fit Harry en tendant son avant-bras.
Et ils transplanèrent.

Harry s’éveilla le lendemain matin en ayant vaguement conscience d’avoir entre autres rêvé de ce traitre lamentable de Quirrell, à qui il n’avait pourtant pas pensé depuis une éternité. Il se passa une main sur son visage fatigué, et alla se coller sous le jet d’eau brûlant de sa douche, qui finit de disperser les dernières brides de ce rêve flou dans sa mémoire.
Tant qu’il ne rêvait pas de Voldemort…
Ses pieds le menèrent sans qu’il y réfléchisse à la Cafétéria où son café l’attendait, puis dans l’arène, où ils se remirent à courir inlassablement, particulièrement lassés.
Sans pour autant l’apprécier, il commençait à s’habituer à son nouveau train de vie, à ce nouvel entourage, à cette nouvelle occupation. A cette nouvelle routine.

Hermione et Ron arrivèrent à Wagga Wagga tôt le matin, après une nuit épuisante dans un train de nuit particulièrement inconfortable.
- 50 000 habitants, donc dit-Ron. Une aiguille dans une botte de foin. Et si on essayait « Accio les parents d’Hermione » ? ça marcherait ?
- Non, mais j’aime le principe, répondit-elle. Ça serait si simple si on pouvait attirer un bottin pour vérifier s’ils ne sont pas tout simplement dans les pages jaunes. Mais heureusement, cela ne marchera pas.
- Pourquoi pas ? Demanda Ron.
- Les trouver aurait été bien trop enfantin pour des mangemorts ! Fit Hermione.
- Oh, tu as donc jeté un sortilège pour qu’ils dissimulent au mieux leur adresse.
Hermione se pâlit brusquement.
- Oui enfin… Pour qu’ils aient une vie bien camouflée donc « normale », fallait qu’ils puissent s’inscrire administrativement dans la vie moldue. Donc…
- Donc rien ne les empêchait magiquement de s’inscrire dans le bottin de la ville, continua doucement Ron. Donc nous pouvons les trouver facilement.
Hermione agita sa baguette, et l’énorme bottin sur le comptoir de l’employé de la gare disparut soudainement pour réapparaitre dans ses mains. Les pages tourbillonnèrent, et finir par se stabiliser en laissant l’épais ouvrage ouvert dans le dernier quart des pages.
- Wilkins, Wendell et Monika, lut Hermione à voix haute, devenant totalement blafarde.
- Hermione, dit Ron, c’est une bonne nouvelle, non ? Pourquoi tu…
- Nous avons trouvé mes parents en moins de 24 heures, Ron, lâcha Hermione d’une voix hachée. Et si d’autres les avaient trouvés avant nous ?

Ron garda le silence.
- Nous n’en savons rien. On ne peut qu’aller à leur adresse, Hermione. Mais les mangemorts n’avaient aucun moyen de mettre la main sur le nom de tes parents.
Hermione hocha la tête, une boule d’angoisse lui dévorant le ventre.
- Allons-y. Tout de suite.

Ron lui tendit la main, et transplana pour deux. Hermione était dans un sale état, inutile de risquer une désartibulation.

Ils apparurent dans la rue mentionnée sur le bottin, et commencèrent à chercher les numéros des maisons pour trouver la bonne. Tout semblait calme, la rue dormait encore.
- On est au 22. Mes parents sont au 34.
- C’est par là.
Vingt-quatre. Vingt-huit. Trente. Voilà. Dans deux maisons, ils sauraient. Hermione retrouverait ses parents, et pourrait enfin commencer à se reconstruire. La maison, de loin, semblait normale, ne portait aucune trace de destruction causée par les mangemorts. Des murs d’une couleur pastel, une jolie barrière blanche, un jardin récemment entretenu malgré l’automne austral naissant.
Ron et Hermione échangèrent un regard de réconfort, et s’avancèrent jusqu’à la maison. Qui, soudain, explosa.

La déflagration de l’explosion les projeta au sol, et une vague de chaleur leur brula le visage. Durant quelques secondes, Ron n’entendit plus que les battements de son cœur, et ne vit qu’une lumière aveuglante.
Il resta hébété une longue poignée de secondes, et sa première pensée s'élança vers Hermione. Incapable de bouger sans éprouver une violente douleur dans la tempe droite, il tâta de la main autour de lui. Il attrapa celle d’Hermione et la serra désespérément. Elle devait être vivante. Elle ne pouvait pas mourir. Comme lui, elle était suffisamment loin de l’explosion. Comme lui elle devait survivre. Et il serrait sa main encore et encore. Et enfin, elle répondit.
Il se mit enfin à entendre le vacarme ambiant, et se fit violence pour se redresser.
La rue était jonchée de débris de bois, de pierres, de verre et de tuiles. Le voisinage ahuri se déversait des maisons, les hommes et les femmes contemplait la maison des Wilkins éventrée, en proie à un incendie ravageur, dont le rugissement des flammes et les craquements du bois de la charpente en feu étaient assourdissants. Ron cligna des yeux sans comprendre. Quelqu’un s’approcha d’eux et leur demanda quelque chose d’un air inquiet. Son regard restait fixé sur ce qui était quelques minutes auparavant une maison paisible, et qui ressemblait maintenant à l’enfer, tentant de se souvenir ce qu’ils étaient venus chercher dans cette maison.
Et il se souvint.
Les parents d’Hermione.
Wendell et Monika Wilkins, 34 rue des Corneilles, Wagga-Wagga NSW 2650.
A côté de lui, lui broyant les phalanges, Hermione se mit à hurler.
Et Ron détacha son regard maison dévastée, en flammes, se tourna violemment sur le côté, ignorant la douleur, et se mit à vomir.

Ils arrivaient trop tard.
Le coeur battant de ceux qui vivent encore by Bendico
Author's Notes:
"Johanna Crews est vivaaaaaaaante."
Oui oui, l'histoire continue, elle n'est absolument pas terminée...
Perkins poussa la porte de l’arène. Le nœud d’angoisse qui lui cisaillait le ventre était devenu habituel. Quel monde, quelles créatures, quels maléfices l’attendaient derrière cette porte ? Il savait que d’ici dix minutes, ses plaies à peine cicatrisées et qui lui tiraient la peau se rouvriraient et se remettraient à saigner et à s’infecter.
Chaque jour, ils vivaient un cauchemar différent.
L’attente vomitive qui démarrait au réveil, qui les accompagnait sous leur première douche, lorsqu’ils ingurgitaient le premier café de leur longue, longue journée. Et qui les amenaient au pas de la porte, à l’aspect si inoffensif, de l’arène.
Perkins jeta un coup d’œil à Crews et à Coote, verdâtres, eux aussi. Eux aussi étaient la proie des griffes de cette angoisse, profondément accrochées à leur estomac, à leurs entrailles.

Mais pas Potter.

La peur, sur la porte des Enfers, il ne connaissait pas. Courage gryffondorien ou simple inconscience ? L’habitude, peut-être. Plus le danger se rapprochait, plus Potter semblait impassible. Concentré. Sûr de lui. Inatteignable. Ses gestes étaient secs, rapides et précis, le menaient toujours à son but, le plaçaient toujours hors de portée.
Cela écorchait vivement l’orgueil de Perkins, mais il devait l’avouer : Potter était doué. Et pas qu’un peu. Et naturellement.
Lui, Perkins, savait être le plus brillant, le meilleur des quatre. Il était plus vieux, il savait plus de choses et apprenait plus vite. Perkins avait une maitrise parfaite de sa baguette. Sortilèges, métamorphoses… Tout était par lui impeccablement effectué. En cours, ce que les autres découvraient, il le révisait. Il avait suivi six mois de cours de Gobelin après ses Aspics, par correspondance, tandis qu’il visitait le Maghreb Magique. S’en était suivi un stage de trois mois comme assistant dans un cabinet d’avocamages à Damas. Il était parti cinq mois étudier la métamorphose amazonienne en Amérique du Sud où il en avait profité pour se perfectionner en potions à bases de plantes spécifiques à l’hémisphère sud.
Il était tout simplement le plus savant, le plus appliqué, le plus investi. Le plus beau, aussi. Il était l’étudiant à qui tout réussit.
Mais devant l’arène, ses mains étaient moites, et il tremblait.

Et pas Potter.

L’heure sonna, et ils pénétrèrent dans l’arène, les sens aux aguets. Un froid glacé leur mordit le visage, et aussitôt, Perkins, suivi avec plus ou moins d’efficacité par Crews et Coote, d’un mouvement de baguette, transforma son pull en laine. Les mailles grandirent et s’assemblèrent le long des manches pour former des gants, les cols se roulèrent, les capuches devinrent cagoules. Le cuir de leurs chaussures se renforça pour mieux résister à la neige boueuse dans laquelle ils pataugeaient. Une douce chaleur envahit Perkins, qui avança doucement, ses gestes légèrement entravés par l’épaisseur et la lourdeur de son habit.
Il avisa Potter plus à gauche. Son tee-shirt claquait au vent, et déjà ses lèvres bleuissaient. Peut-être ne maitrisait-il pas parfaitement la métamorphose des fibres du tissu ? Surtout alliée à un sort de couture…
Perkins regarda autour de lui : ils se trouvaient dans une dépression ; une sorte de combe surplombée par deux versants accidentés, où la roche fracassée affleurait à nu. Le tout recouvert de glace et de neige, battues par un vent vif. Derrière eux, un éboulement avait amassé en entonnoir une mer houleuse de gros blocs rocailleux et de gravats. Des plaques de glace s’accrochaient aux blocs de roches. Les versants abrupts formaient une barrière infranchissable. Et devant eux, un sinistre goulot d’étranglement, un couloir exigu dans la roche verticale, seule issue dans ce cul de sac de mauvais augures.
Perkins tentait de passer dans sa tête les sortilèges potentiellement utiles.


- Tu me donnes froid, Potter dit Crews agressivement.
Potter l’ignora. En gardant sa baguette fermement levée de la main droite, il fouilla de la gauche dans la sacoche qui ne quittait jamais son flanc.
Perkins mourrait d’envie de faire l’inventaire de cette fichue sacoche. Il avait vu Potter en sortir de l’essence de murlap, des plumes et ses livres de cours… Il était sûr qu’à l’’intérieur se trouvait l’intégrale du Parfait Survivant. Quand il avait essayé d’imiter le concept en s’armant d’un sac à dos, il s’était bêtement rendu compte qu’il ne savait absolument pas quoi mettre dedans exactement. Des manuels ? Des ingrédients ? Des habits ?
Potter en sortit une paire de gants fins en peau de dragon. De la première qualité, c’était visible même de loin. Trente gallions au bas mot. Parfaitement résistants, indéchirables, ils épousaient les mains de Potter comme une seconde peau, lui laissait une dextérité maximale. Perkins regarda ses moufles de laine grossière improvisées. Impeccablement créées, certes. Mais improvisées.

Crews et Coote avancèrent en même temps, en se lançant des regards noirs devant cette synchronisation tout à fait insultante.
Tout était si silencieux, mis à part le vent qui sifflait sur les versants.
- On y va ? Demanda Coote.
- Toi d’abord, répondit Crews hargneusement.
Perkins soupira d’agacement, et fit mine de se lancer.

Au même moment, Potter recula.

Les trois autres aspirants avaient vite remarqué ce sixième sens particulièrement vexant de Potter. Il sentait le danger arriver, et se jetait à terre une demi-seconde avant tous les autres, évitant « largement » le coup de patte d’une acromentule qui, évidemment, fauchait tous les autres.
Alors bon. Voir Potter reculer quand eux avançaient leur faisait les pieds.
Potter regardait, les sourcils froncés, alternativement l’entrée du couloir et le haut des versants.

Que redoutait-il ?

Potter effectua ce qui ressemblait énormément à un sort de détection humaine…
Rien ne se passa. Négatif.

- Potter, on est une équipe ! Si on échoue, tu échoues aussi ! Alors si tu as eu un éclair de génie sur ce qui nous attend et par où « ça » va nous tomber dessus, tu devrais faire tourner ta putain d’info ! hurla Crews.
- Et pourquoi tu ne commencerais pas à réfléchir par toi-même ?! Je commence à être fatigué de sauver le monde.

Perkins avait parfois cette étrange intuition : Potter aimait ces confrontations verbales. Echanger des vanneries acerbes de collégien restait un moyen comme un autre de garder de simples relations avec son entourage.
Simples et surtout superficielles.

Mais avait que Crews ait pu rétorquer quelque ce soit, un nuage de volatile survola le goulot d’étranglement où il ne manquait qu’une diode verte affichant « EXIT ».
Les bouliers de Perkins et Crews clignotèrent dans le blizzard naissant. Mais les volatiles, les dizaines de minuscules rapaces, passèrent à toute allure au-dessus de leur tête… …En les ignorant totalement.

Ce vol de rapaces, dirigés comme une seule créature vers une même direction, faisant bloc, évoqua inexplicablement à Harry un nid d’araignées.
- Ils ne nous attaquent pas, expliqua Coote qui n’avait pas activé son bouclier. Ils fuient.

Ahm. Des araignées fuyant Poudlard où rodait un basilic. Effectivement.

- Que fuient-ils ? Demanda Perkins en se sentant particulièrement stupide.
- Le même ennemi que nous devrions fuir, lâcha Potter.

Dirk se retourna, envahi d’effroi, vers le goulot sinistre de roches.
- Il faut escalader le versant, dit Coote. Sans parler de fuir, mieux vaut surplomber le danger.
- Je ne sais pas pour Crews et Potter, dit Perkins rougissant, mais je suis… foutrement incapable d’escalader quoi que ce soit.
- Alors j’ai bien peur que nous devions affronter l’Ennemi de la bonne vieille façon… Fit Crews.

Ils levèrent leur baguette dans les rafales glacées.
Et ils attendirent.

- Putain de bordel de merde, expira Crews avec de la peur pointant dans la voix. Qu’est-ce que…

Quelque chose bougeait dans l’ombre du défilé. Non rectifia Perkins en lui-même.
Plusieurs quelques choses.
Une multitude de quelques choses.
Se découpant dans l’obscurité du goulot. Avançant d’une démarche tout aussi mécanique qu’incertaine vers eux. Vaguement humanoïdes.

Le vent tourna et leur apporta soudaine une lourde odeur de…
…Putréfaction.

A la droite de Perkins, Crews se plia en deux, et tous l’entendirent vomir aussi violemment que soudainement quelques flaques de bile.
Perkins se sentit soudain envahir par une frayeur sourde, déraisonnée et paralysante.
Qu’est-ce qu’étaient au juste ces créatures ?
Il se tourna vers Coote. Le pro du bestiaire, c’était lui, non ?
Mais Coote secouait la tête d’ignorance. Potter par contre…

- Potter ? Hurla Perkins.
- Ils ont une consistance solide, non ?
- Pardon ?
- Ces gens ne sont pas vivants. Mais ils ont une consistance solide. Ils ne sont pas transparents, continua Potter, comme communiquant d’un autre monde. Ce ne sont clairement pas des empreintes de défunts, aussi appelés « fantômes ».
- Mais t’es taré ou quoi ? Rugit Perkins sans comprendre.
- Je penche pour des cadavres ranimés par les maléfices d’un mage noir….
- Cadavres ? Répéta Crews d’une voix blanche.
- Inféris, renchérit Potter.

INFERIS ?!

- Impossible, nia Perkins. Jamais les aurors n’utiliseraient d’inféris….

Mais les premiers corps émergèrent du goulot, à moins de cent mètres d’eux. S’avançant inexorablement vers eux.
- On fait quoi ? Demanda Crews, visiblement sur le point de vomir à nouveau.
- Au cas où vous ne l’auriez déjà oublié, je ne suis pas un as de l’escalade, cru bon de repréciser Dirk.
- Seules deux choses peuvent faire dévier un Inféri de sa route, expliqua lentement Harry en levant sa baguette.
- …
- En premier, le mage noir qui les a créés.
- TU TE FOUS DE NOUS ?
- Tout sortilège qui les frappe les renforce, en les nourrissant de magie. Donc évitez de les stupéfixier, ça a tendance à les agacer, précisa-t-il en leur glissant un regard ironique.
- Et quelle est la seconde solution ? Rugit Crews tandis que les premiers Inféris étaient à présent à moins de cinquante mètres d’eux.
- Le feu, fit Harry. Les Inféris détestent le feu.

Un intense soulagement envahit Crews. Faire du feu était la première chose qu’un première année apprend à faire. Il n’avait même pas besoin de l’apprendre, en vérité. C’était un réflexe instinctif, aussi naturel que respirer.

Une sublime flamme jaillît de sa baguette, lui brûlant délicieusement le visage de sa chaleur. …Jusqu’à ce qu’une rafale d’air glacé et de neige ne souffle sa langue de feu comme on souffle un chandelle. Jo fit jaillir de nouveau des flammes de sa baguettes, que blizzard moucha quasi-instantanément.

Autour d’elle, Perkins, Coote et Potter vivaient la même désagréable expérience.

Et merde.

- Je crois, dit Harry doctement –aussi doctement qu’il est possible de crier à des compagnons au milieu de tourbillons de neige-, qu’il est temps qu’on se mettre à courir en hurlant de terreur.
- Je marche, confirma laconiquement Coote.
- Et moi, je grimpe, précisa Crews, récoltant un regard désespéré de la part de Perkins.

Minute.
Comment un myope tel qu’Harry avait-il pu voir à plus de cent mètres dans un début de tempête de neige que les créatures n’étaient rien d’autre que des Inféris ?
Il ne l’avait pas vu, comprit-il soudain.
Il l’avait senti.
Et pas seulement d’après la bouffée lourde de sucs d’organes en décomposition.
Harry avait capté la masse formée par ces cadavres ambulants, du plus profond de ses tripes.
Il avait comme pu palper de ses mains la volonté magique et autoritaire qui animait les zombis. Bien plus que dans la Caverne.
L’espace d’un instant, il avait cru qu’il lui suffirait de tendre son esprit pour voir par leurs yeux pourrissants, pour sentir le froid de la glace mordre les lambeaux de chair à vif de leurs pieds.
Qu’il lui suffirait de rentre son esprit pour les guider, les mener de sa seule volonté.
Comme s’il était leur créateur. Comme s’il était LEUR mage noir.
Or s’il y avait bien une chose dont il était certain, c’est qu’il n’avait jamais, au grand jamais, créé d’inféris.
Harry accrocha de la main une saillie dans le roc, posa le bout du pied sur la corniche, et commença à se hisser à la force des bras et des jambes le long du mur abrupte de granit.




Perkins découvrit avec soulagement que, contre toute attente, il savait grimper. Sportif, il avait une bonne conscience de son équilibre, il avait assez de force dans les bras pour supporter son propre poids dans ce combat constant contre la gravité.
A présent, une autre question le taraudait :
Les inféris grimpaient, eux aussi ?

Ils s’élevèrent le long du versant, avec plus ou moins d’habilité. Plusieurs fois, des prises leur échappèrent, leurs pieds ripèrent sur la roche, ils manquèrent de tomber et se plaquèrent contre la roche, le visage dégoulinant de sueur et le cœur battant.

Quelques mètres en contrebas, les premiers Inféris posèrent leurs doigts décharnés faits de chair purifiée sur les premières saillies de la paroi. Leurs ongles, les bouts de leur phalange griffèrent la roche, crissèrent en s’y agrippant.
Et à leur tour, ils commencèrent à grimper.
Le vent tourna de nouveau, et apporta aux quatre aspirants de lourdes exhalaisons putrides qui leur soulevèrent le cœur.
Le sang de Harry tambourinait à ses tempes.
Il pouvait presque –palper- l’ordre qui animait les ignobles créatures. Déchiqueter. Tuer. Anéantir. Faire d’eux les leurs. Ils les regardaient monter sans s‘émouvoir. Car ils les rattraperaient. Ils avaient tout le temps. Après tout, eux étaient déjà morts.
Leurs quatre proies n’étaient plus très loin. Leur progression était trop lente, trop précautionneuse. Seul le grand massif savait comment s’y prendre. Mais les autres… Surtout le petit maigre qui semblait totalement ailleurs…
- Attention !
Le cri de Coote fit brutalement revenir Harry à la réalité. A sa réalité. La prise céda sous sa main gauche au moment où son pied dérapa sur des graviers.
Il comprit immédiatement qu’il ne pourrait pas se rattraper.
Il tomba.

Butcher ne l’avoua jamais, mais il fut sérieusement impressionné par la rapidité et l’intelligence des trois autres à ce moment précis.
Ils bougèrent comme un seul homme, une seule entité pensante.
Coote, le plus à même de garder prise sur la paroi, attrapa Potter dans sa chute, aussitôt secouru par un bras heureux de Perkins. Crews était miraculeusement située un peu en contrebas (enfin, pas si miraculeusement que ça : elle s’était faite laminée le dos cinq jours auparavant par du venin de Mandragore améliorée, et jouer à l’alpiniste n’était pas la chose la plus agréable à faire quand on a la peau du dos en pleine cicatrisation) et elle eut juste le temps de se hisser pour plaquer Potter à la paroi de son corps et de l’aider à trouver des appuis.
- Hey ! A quoi tu rêves ?!! Lui hurla-t-elle dans les oreilles.
Crews jeta un regard anxieux en arrière, pour mesurer quelle avance ce crétin de Potter leur avait fait perdre.
C’est alors qu’elle la vit.
- Merlin, souffla-t-elle. Beth… Beth ! Beth !
La moitié de son visage était noire. Elle était à demi-chauve, une plaie purulente ouverte sur son crâne. Son tee-shirt n’était plus qu’une guenille en lambeaux qui laissait échapper un sein éventré où… où… où grouillaient… Des choses.
Mais c’était elle. Beth Taylor.
Sa meilleure amie, dont elle n’avait pas eu de nouvelles depuis un an.

Coote tenta de suivre le regard de Crews et se glaça quand il reconnut un des Inféris.
Elisabeth Taylor. Serdaigle. Sang de Bourbe, aurait précisé un mangemort.

Ce n’était pas possible.
Ce ne pouvait être qu’une illusion.
Ils étaient dans l’arène, Beth Taylor n’avait rien à faire ici. Encore moins déguisée en Inféris.

Déguisée ?
Mais rien de tout cela n’était faux.
Les créatures présentes dans l’arène étaient tout à fait réelles.

- Par tous les saints… murmura-t-il alors que le visage morbide de son ancienne camarade se tordait en une expression de haine affamée qui n’avait rien d’humain.

Elle devait l’aider ! Elle devait aider Beth !
Crews se désintéressa de Potter et tenta de redescendre à la rencontre de la seule vraie amie qu’elle n’avait jamais eu.
Mais la main de Potter se referma avec force et décision sur son poignet. Crews se retourna vers lui avec aigreur pour lui dire d’aller se faire foutre, car son amie avait besoin d’elle.
Elle ne rencontra que ses iris verts qui brillaient de fureur et de désolation. Et puis les prises qui lui permettaient de déjouer les forces de la gravité se désagrégèrent sous ses doigts et elle se recroquevilla en hoquetant sur le sol de l’arène, prenant conscience que combe, vent glacial et Inféris s’étaient évaporés. Et Beth.

D’une pensée, Potter avait mis fin à l’exercice.

- Qu’est-ce que…
- Ton amie est morte, Crews, lui dit Potter sans détour. La créature que tu as vue ne sait pas qui tu es. Beth a disparu. Tu ne peux pas la revoir, tu ne peux ni la guérir ni la ressusciter. Tu ne lui reparleras jamais.

Harry laissa Crews à sa douleur. Sa peine ne le regardait déjà plus. Il avait suffisamment à faire avec ses propres démons.
D’ailleurs, en parlant de démons, il avait deux ou trois choses à tirer au clair avec cette ordure de Grump Butcher.
Il poussa la porte de l’arène, qui claqua derrière lui, et mis le cap sur le Bureau.




Comme à chaque fois que Butcher pénétrait dans le bureau, les conversations s’arrêtèrent l’espace d’une seconde. Les Aurors et leurs secrétaires se lancèrent des regards tendus. De quoi, pire, de qui avait-il besoin ? Que s’était-il passé ? Car c’était évident. Campé droit dans ses bottes de cuir usé, son masque de vieux loup sec qu’a vidé cul sec de la mauvaise gnole et qui revient pour pousser une gueulante sur sa horde qu’aurait foiré la dernière traque au gueuleton…
Grump Butcher était contrarié. Et quand Grump Butcher était contrarié, les meilleurs aurors du pays tentaient de ramasser sur eux même leur masse embarrassante et de plonger dans les entrailles de Gringotts. Tous à la fois, en belle horde de troufions.
Godwin cacheta le rouleau de parchemin qu’il venait de déchiffrer, et avisa le Maître-Aspirant. Quoiqu’il se soit passé avec les petits, ce n’était vraiment pas le bon moment.

- Butcher ? Demanda le grand manitou aux cheveux poivre et sel.
Butcher grogna en se versant une tasse de café. Et en ajoutant une lampée de whisky dans sa tasse sous le regard désabusé d’une auror en cape de combat.
- Petite précaution, commenta-t-il trop galamment pour son habitude en levant son verre à sa collègue. D’ici quelque seconde, une bonne grosse migraine va pénétrer dans ce bureau de mes d…
- COMMENT OSEZ-VOUS ? hurla la voix de Potter, recouvrant le fracas de la porte qu’il venait d’ouvrir avec toute la force et la violence dont il était capable.
- N’avait-il pas assuré à ses petits co-aspirants qu’il ne ferait pas de vagues et qu’il serait un élève modèle ? chuchota l’auror Dakota à son secrétaire. Je vous l’avais dit. Il ne tiendra pas un mois ici.

- Potter ! Vous devez respect à vos supérieurs ! Rétorqua sèchement en retour Godwin en tapant du plat de la main sur un bureau. Je vous promets solennellement que dès que votre niveau de formation nous permettra légalement de vous faire payer ce manque de discipline, vous paierez très cher cette intervention.

Savage s’assombrit. De très longues heures d’astreinte à Azkaban, à rester debout durant des heures dans les coins les plus sombres et humides de la sinistre prison, où le vent glacé du nord vient s’infiltrer dans votre dos pour vous coller un mal de dos à s’arracher les trapézoïdes de rage et de douleur, attendait Potter. Et plus Potter passerait de temps à Azkaban, moins il en passerait sur les dossiers de Savage. Et plus Savage croulerait sous le boulot. Les cicatrices qui ravageaient le visage durci par la fatigue de l’auror se crispèrent de frustration et de colère. Potter.

- Respect ? Respect ? Vous me parlez de respect ? Alors que vous vous amusez avec des Inféris ? Des INFERIS ! Dans le lot des cadavres, y’avait une amie de Crews. Alors ne venez pas me parler de respect.

Potter fulminait. La fureur qui avait fait perdre les rares couleurs qu’il avait retrouvés. La haine faisait trembler la main qu’il passa dans ses cheveux pour les ramener en arrière, et surtout se donner une contenance, et surtout s’empêcher de dégainer sa baguette.
Il portait toujours ses gants en peau de dragon.

Godwin lança un regard furieux à Butcher. Il lui avait demandé : pas ce matin ! Pas après les nouvelles ! Butcher avait obtenu le maintien de cette séance d’Arène pour aujourd’hui, contre les conseils d’annulation, alors qu’il aurait pu donner grâce à son supérieur direct ! Mais la manière dont les aspirants était formé ne relevait que… de leur Maître-aspirant. Les choix, les épreuves, un fois nommé, le Maître restait le seul maître à bord. Le capitaine du bâtiment. Remettre en question ses choix, c’était encourager la mutinerie. S’immiscer directement dans la relation entremêlée de haine et d’abandon totale que les aspirants devaient nouer avec leur Maître pour le laisser les modeler en combattants aguerris.
Et pourtant. Il avait, dans une minute de pure folie niaiseuse, cru que Butcher accepterait de remettre au lendemain la petite séance de zombification.

- Fermez-là, Potter, fit Godwin aigrement. Apprenez à vous contrôler. Que pensiez-vous ? Que nous vous laisserions aller au combat, en Aurors diplômés beaux et invincibles, sans vous avoir confronté une seule fois à la terreur et à la pure nausée que provoque un affrontement avec une horde d’Inféris ? Sans vous avoir appris ce que c’est de se retrouver face à la profanation du corps d’un être cher et devoir de ses propres mains finir le sale boulot en exterminant ce qui reste du cadavre pourrissant d’un ami ? Que nous reprochez-vous ? De ne pas avoir attendu que vous soyez, que Mademoiselle Crews soit assez forte mentalement pour encaisser le choc ? – Arrivée entre temps, Crews laissa échapper un feulement irrité de se voir ainsi ridiculisée devant tout le monde. A cause de Potter… - Je pensais que le fait d’avoir Grump Butcher comme Maître-Aspirant vous ferait comprendre sans difficulté que vous ne vous ferez pas chouchouter et border affectueusement le soir au sein des Aurors. Nous avons récupéré cette horde créée par Voldemort l’année dernière, peu importe que Mademoiselle Crews ne soit aspirant auror que depuis moins d’un mois, une horde d’inféris ne survit que très peu de temps à la mort de son Créateur ! Vous deviez l’affronter, et ce n’était pas une décision négociable. Et le respect n’a rien à voir là-dedans.

Tout le bureau s’attendait à ce que Potter déploie tout son talent pour les répliques acerbes et les vagues d’ondes furieuses, mais il resta planté là, une expression de pure horreur dans les yeux, atterré comme jamais.
Ce silence pétrifié décontenança Godwin qui, avec un horrible pressentiment, se retourna vers le Mur pour vérifier que… Mais non. Rien. Le planisphère de population magique et les dernières nouvelles de la révolte des Gobelins en Albanie du Nord s’étalaient sur l’écran magique, sans rien révéler des terribles nouvelles.

Mais alors pourquoi Potter…
- Voldemort ? Demanda-t-il avec une répugnance indescriptible dans la voix. C’était la… horde… d’inféris de… Voldemort ?
A chaque mot, le timbre de sa voix décuplait d’horreur et de rage.
- Oui, répondit simplement Godwin. Voldemort a créé des Inféris afin de…
- Vous ne pouvez pas faire ça, condamna Harry sans appel.
- Je vous demande pardon ?

Harry planta ses yeux verts dans ceux du Directeur du Bureau. Les aurors autour hallucinaient. Oui, c’était Harry Potter ! Mais tout de même… Jamais dans le bureau un aspirant avait attaqué si frontalement le Directeur. Le… Directeur ! Un aspirant !
Dans le silence indigné du Bureau, où même les notes volantes semblaient voler au ralenti pour atténuer le bruissement du froissement de leurs ailes de papier, la voix de Potter semblait comme cassée d’incrédulité.

- Vous ne pouvez pas jouer avec les créations de Voldemort. Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez.
- Arrêtez de gémir mélodramatiquement, Potter, cracha Butcher. On dévissait déjà du Mage Noir par ici avant que vous ne sortiez votre tête d’avorton des cuisses de votre mère.
- Ah vraiment ? Parce qu’il semble que le dernier, j’ai justement du m’en occuper à peine sorti des cuisses de ma mère, comme vous dites, rétorqua Potter d’une voix blanche. Et comme je le disais, continua-t-il en se retournant vers Godwin, ne jouez pas avec les créations de Voldemort. Effectivement, je ne connais encore rien à la magie noire. Effectivement, je n’ai aucune idée de comment on peut bien gérer, contrôler un artefact créé par un mage noir. Je vous l’accorde. Mais il y a une chose que je sais et dont vous ne savez rien, à propos de laquelle que vous ne saurez jamais rien et que vous n’avez jamais été capable de comprendre. C’est comment Voldemort agissait. La manière dont il pensait et fonctionnait. S’il y a bien un seul sujet que je maitrise, contrairement à vous, ce sont les créations de Voldemort. Et ce que je sais à propos de ces choses avec lesquelles vous jouez au magicien avec un air d’expert, c’est qu’on ne PEUT PAS les contrôler. Qu’on ne PEUT PAS les maitriser. On ne peut pas escompter ne serait-ce que s’en approcher sans en subir d’inévitables et, croyez-moi, très lourdes conséquences.

- Conséquences que tu continues d’ailleurs de payer Potter, dit hargneusement l’auror Dakota, outré de se voir ainsi rabaisser de la sorte par un adolescent mal peigné.
- Dakota ! Le rabroua sèchement Godwin en sentant poindre, comme prévu par Butcher, une vilaine migraine.

Harry fronça les sourcils.
Avait-il manqué un épisode ou bien…

- Que voulez-vous dire ?
- Désolé Potter, répondit Savage doucement. Nous devions te le dire à la fin de l’heure d’Arène. Il y a eu un… incident.
Harry eut l’impression qu’on maniait une lame effilée au beau milieu de ses entrailles. En un claquement de doigt, toute sa fureur s’évanouit, remplacée par un très mauvais, et très oppressant, pressentiment.
- Tu peux nous dire, Potter, ce qui a bien pu amener Hermione Granger et Ronald Weasley à transplaner illégalement sur un autre continent – rien de moins que l’Australie !? Et pourquoi les moldus Granger parents de cette première ont subi un très lourd sortilège d’amnésie et d’inhibition ?

Harry eut l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds, qu’une entité supérieure coupait le son de l’univers qui l’entourait, et qu’un voile noir recouvrait progressivement sa vision.
Hermione était allée retrouver ses parents. Accompagnée de Ron. Comme c’était prévisible. Mais si les aurors en parlaient, c’est que quelque chose avait mal tourné.
« Désolé, il y a eu un incident » venait de dire Savage.

Harry inspira profondément et demanda d’une voix d’automate :

- Que s’est-il passé ?

**

Quelques heures plus tôt :

Il avait dû s’évanouir et s’écrouler au sol. Ron battit des paupières. Ces fichues sirènes de pompier lui transperçaient les tympans d’aiguilles chauffées à blanc. Pendant de trop longues secondes de pure terreur, il fut incapable de se souvenir où il était, pourquoi il était allongé sur du bitume cramé, l’intégralité de son corps hurlant de douleur, recouvert de sang et de bile.
Il crut s’arracher ses yeux de douleur quand il tourna la tête pour tenter de répondre à la seule question qu’il était capable de formuler dans son esprit paralysé par le choc : Hermione ?
Elle était là. Elle était là et ne l’était pas. A genoux sur le sol, le visage noircit de cendre, les traits déformés par le désespoir, elle pleurait de tout son corps. Agitée de soubresaut, incapable de contrôler ses poings à la chair éclatée qui martelaient le sol de béton, vain aperçu de la violence du tourment qui devait se déployer en elle.
Ses yeux noyés de folie braqués sur la bâtisse dévorée par les flammes, elle ne se souciait pas lui. C’était comme s’il n’existait plus pour elle. Comme si plus rien n’existait pour elle. Sauf l’horreur de l’évidence : Ses parents étaient morts. Et elle n’avait rien pu faire.

Une main, un veston blanc, trois hommes, des mines inquiètes, on le palpe, on l’aveugle, un œil après l’autre. Ron s’agite, tente de se dégager des inconnus. L’un deux pose une main sur Hermione, et là, une volonté et un feu inespéré jaillisse du plus profond de ses entrailles. Pas Hermione.
« On est là pour vous aider » murmure une voix, mais Ron n’en a rien à faire. Pas Hermione. Il se débat, même si la douleur le transperce. Un tintement. Une seringue, une vive piqûre, et c’est le noir.

Pas Hermione.




- Il se réveille.
Ron grogna, affreusement groggy comme après cette très, très grosse cuite qu’il avait pris avec Fred et George et Charlie un soir dans la cave à liqueur de Tante Muriel.
Et tout lui revint d’un coup, effet miraculeux de la potion magique qu’on lui a administré. Hermione, l’Australie, ses parents, l’explosion.
Hermione.
Ron tenta de se relever mais il était menotté dans un lit. Il ouvrit les yeux, éblouit quelques secondes par la trop vive luminosité. Un soulagement éclata dans le creux de son ventre ne voyant dans un lit à côté Hermione, certes ravagée de chagrin, terrorisée et couverte de sang, recroquevillée dans ses draps, elle aussi menotte… …Mais vivante et sans rien de cassé. Une vague de quelque chose d’indéfinissable l’engloutit quand il vit dans les yeux d’Hermione comme une lumière se rallumer quand elle s’aperçut qu’il était réveillé et vivant.
- Ron… chuchota-t-elle…

- Silence ! Hurla un homme à la peau noire et capé de pourpre. Vous êtes actuellement sous arrestation pour entrée magique illégale sur le territoire australien, mise en danger du Grand Secret, entrée par effraction dans un hôtel, duperie à l’aide de magie et de détournement d’ambulance moldue ! Donc avant que nous ayons tiré tout ça au clair, y compris qui vous êtes et ce qui a bien pu faire exploser – Hermione se remit à sangloter compulsivement – cette maison – ses sanglots redoublèrent d’intensité – je vous conseille de rester calme.

Ron ferma les yeux et tenta de retrouver un minimum de lucidité. Et Merlin savait que la lucidité, ce n’était pas sa spécialité.

- Mon nom est Ronald Weasley. Je suis un citoyen magique du Royaume-Uni, tout comme Hermione Granger.

Les agents australiens échangèrent un regard étonné. L’un deux sortit brusquement de la pièce, pour revenir quelques minutes plus tard, sous le choc et avec un épais dossier dans la main.
En chuchotant, il montra plusieurs documents du dossier à son collègue et pointa plusieurs fois du doigt successivement leurs visages et quelque chose sur les documents que Ron ne pouvait pas voir.

- Êtes-vous… Êtes-vous les deux compagnons d’Harry Potter ? Demanda l’un des deux agents avec une profonde incrédulité dans la voix.
- Je… Je demande à être… mis en con… contact avec mon gouv…ernement, parvint à articuler Ron avant de sombrer une nouvelle fois dans l’inconscience.



- Comprenez-vous la gravité des actes de ces deux jeunes gens ? Asséna sans pitié un vieil homme en robe rouge, à la barbe grisâtre et à la peau noire marquée d’une multitude de traits de peinture sur le visage, suivant de rouge et de blanc les traits de son visage, y mêlant des symboles traditionnels et magiques.
- Je comprends leur gravité, Leewana, répondit gravement Shakelbolt, et une enquête sera mené. Mais j’implore votre compréhension envers ces deux enfants. Vous connaissez les grandes lignes de leur histoire…
- Ils ont fait pénétrer illégalement sur le territoire australien deux moldus sous sortilège d’amnésie et de profonde inhibition ! lls ont abusé magiquement de deux agents d’accueil moldus d’un hôtel ! A cause d’eux, nous avons dû modifier magiquement la mémoire de 7 Moldus ayant aperçu leur présence lors de l’explosion ! C’est le plus gros incident magico-moldu qui a lieu en Australie depuis 1987 ! S’emporta sèchement le Guide magique suprême aborigène. Et vous m’exhortez à la compréhension ?
- Miss Granger n’a fait que mettre ses parents en sécurité ! Ils étaient une cible potentielle de criminels adeptes de la magie-noire et antimoldus !
- Et pourquoi ces moldus n’ont pas été mis sous la protection du ministère de la magie de votre Etat ?

Shakelbolt se ferma totalement.
- Vous le savez parfaitement, Leewana. Le gouvernement du Royaume-Uni a été infiltré, corrompu, et victime d’un coup d’Etat totalitaire. Les institutions anglaises ont failli, et ces jeunes gens ne pouvaient se fier à elles.
- Vous reconnaissez donc la responsabilité du gouvernement anglais ! Souligna triomphalement Leewana. Je veillerai à ce que la communauté magique internationale soit mise avec le plus grand soin au courant de l’opinion que vous avez exprimé ici.

Shakelbolt se refusa de commenter ces dernières paroles. Cette bataille viendra pour lui bien assez vite. Et d’ici là, il allait avoir désespérément besoin d’Harry. Alors justement…
- Vous devez relâcher Ronald Weasley et Hermione Granger, les remettre dans les mains de la justice anglaise. Ce ne sont que des victimes.

- Le Royaume-Uni va payer pour les troubles que son incapacité à gérer ses citoyens a engendrés dans le monde entier, magique et moldu, prophétisa Leewana avec une satisfaction mal dissimulée. Plus jamais l’Angleterre ne dictera les règles magiques internationales, soyez en bien conscient.

- Vous oubliez Leewana que c’est le Royaume-Uni qui a finalement réussi à détruire Lord Voldemort. Non la communauté internationale magique qui n’a pas bougé le petit doigt, qui n’a pas proposé son aide une seule minute quand le gouvernement de Scrimgeour est tombé. Si Voldemort n’a pas infesté vos rangs, c’est pas ce que l’Angleterre a, contrairement à ce que vous déclarez, finalement réussit à se battre, et à vaincre.

- Pas l’Angleterre, Shakelbolt, répondit Leewana. Ce n’est pas l’Angleterre qui a vaincu Lord Voldemort, mais Harry Potter.
- Harry Potter est entré au service du gouvernement magique anglais, rétorqua Shakelbolt. Vous considérez qu’Harry Potter est le héros de cette guerre. Et bien il a nettement affirmé son soutien envers les institutions anglaises. Visiblement, Harry Potter considère que le Royaume-Uni magique est à même de se gérer de lui-même, et n’a pas besoin d’une quelconque tutelle par mandat international. Et encore moins d’être sous la tutelle de planqués perdus au fin fond de l’Océanie. Maintenant, si vous voulez bien m’excusez, Leewana, j’ai un pays à reconstruire.

- Ne le prenez pas personnellement, Shakelbolt. Nous étions amis.
- Nous l’étions, Leewana, en effet. Mais vous savez mieux que moi qu’en diplomatie, l’amitié n’existe pas.

- Monsieur le ministre, salua Leewana.
- Monsieur le ministre, salua en retour Shakelbolt qui quitta la salle et partit à la recherche de ces deux andouilles de Ron Weasley et Hermione Granger.




- Détachez-les ordonna l’auror australien.
Les gardiens acquiescèrent en silence et d’un claquement de doigt, les cordes qui immobilisaient Ron et Hermione, laissés entravés sur le sol, disparurent. Ron rampa jusqu’à Hermione et l’encercla de ses bras.
- Levez-vous, ordonna sèchement Kingsley.
Ron lui lança un regard noir lui faisant clairement comprendre qu’il ne laisserait personne brusquer son amie.
- Vite, avant que vous ne soyez définitivement assigné à résidence dans ce pays où vous n’avez aucun droit civil, s’agaça Shakelbolt. Une équipe complète de médicomages vous attend sur le pied de guerre à Sainte-Mangouste, ajouta-t-il plus cordialement, Arthur m’a menacé de m’enterrer vivant dans le caveau des Lestrange dans le cas contraire.
Silence de mort.
- Allez, Hermione, dit doucement Shakelbolt. Nous avons libéré tes parents du sortilège d’amnésie, ils ont déjà été rapatriés, et sont terriblement inquiets pour toi.

Hermione se figea. Elle ne devait pas penser. Elle ne devait pas respirer. Surtout ne pas réfléchir. Ne pas se laisser y croire bêtement, et sentir ensuite encore plus de douleur au moment d’affronter la réalité. Car ça ne pouvait pas être vrai. La maison avait… La maison avait…

- Kingsley, dit Hermione tandis que de nouvelles larmes se déversaient sur ses joues, mes parents sont morts.

Kingsley la dévisagea, interdit, et finalement, lui sourit avec une délicatesse et une tendresse qu’on lui soupçonnait rarement.

- Hermione, tes parents n’étaient pas dans leur maison. Ils étaient sortis et ne sont revenus qu’une demi-heure après l’explosion, pile au bon moment pour alerter tous les détecteurs de sortilèges des agents australiens qui les ont cueillis en douceur et nous ont signalé leur présence. Et donc la vôtre.

- Non, ils… ils…
- Ils sont vivants Hermione. Et en bonne santé. Même pas une égratignure, même pas une toute petite brûlure. Oh, je crois que tous les trois avez besoin d’une grosse discussion après ce que tu as fait mais… Pour les voir, pour les voir de tes propres yeux et les retrouver, il faut que vous veniez avec moi, et que vous rentriez en Angleterre. Qu’en dis-tu ? Et toi, Ron ?

**

- Donc ils vont bien, conclut Potter en fronçant les sourcils.
- Oui, ils vont bien, répondit Savage.
- Alors pourquoi vous me parlez de cette histoire ? Il n’y a pas mort d’homme. Je croyais que je ne pouvais pas recevoir de nouvelles de mes proches durant la durée de la formation, demanda froidement Harry.

Comme si le gars n’avait vraiment rien à faire de ses meilleurs amis, hallucina Coote, dont le dos s’était recouvert d’une pellicule de sueur glacée tout au long du récit de l’Auror aux cicatrices.

- Pour ça, intervint Dakota en lui tendant un globe de verre.
Le cœur d’Harry s’emballa stupidement. Entre les boules de cristal de Trelawney et les prophéties du département des mystères, il n’aimait pas beaucoup les globes de verre aux propriétés magiques.
- C’est un revisionneur, précisa Savage, une sorte de caméra enregistreuse.
Harry, intrigué, éleva le revisionneur dans la lumière et regarda à l’intérieur.

Il vit une rue, et une maison en particulier. Soudain, silencieusement car le revisionneur n’enregistrait que les images et non les sons, la maison explosa dans une colonne de flammes impressionnante. En quelque seconde, le feu de répandit, léchant les murs, dévorant la charpente, faisant s’effondrer la moitié du bâtiment.
Harry refusa de laisser sur superposer à cela le souvenir de la maison de ses parents à Godric’s Hollow. Il n’eut pas beaucoup de mal car au même moment, il distingua quelque chose flottant au-dessus de la maison ravagée par l’incendie.
C’était une marque des ténèbres. Enfin, pas tout à fait. Une tête de mort flottait sombrement au-dessus du lieu du crime, mais aucun serpent ne sortait de sa gueule. Le serpent était remplacé par des lettres, des mots, une phrase glaçante qui se déployait dans les airs.

« Tu devrais mieux protéger tes proches, Potter, car nous nous vengerons. »

Une guerre venait de se finir.
Et une autre de commencer.
End Notes:
Poum poum poum... à la prochaine !
C'est la faute de la fatalité ! by Bendico
Author's Notes:
[Attention, note de chapitre méga-longue... désolée ^^]

Bonjour tout le monde.
Voici un nouveau chapitre d’I’ve had enough trouble for a lifetime. Je sais, cela fait un sacré délai de parution. J’assume, et je vais vous expliquer pourquoi.
Chaque chapitre est construit avec d’une part, des passages au Centre, et de l’autre, des moments des « autres » personnages de la vie d’ « avant » de Harry. Certains qu’on connait (ou croit connaître très bien, et d’autres très peu abordés dans les vrais livres). Ces passages nous éclairent sur leur nouvelle vie, mais aussi sur leurs passés, leurs racines. Sur comment ils sont arrivés là où nous les retrouvons aujourd’hui, sur le monde des sorciers, celui des moldus, ses failles, ses défis, le « tableau global » effleuré dans les romans initiaux. En sommes, chacun de ces petits passages, de ces portraits, pourrait constituer un One Shot. Un chapitre rassemble l’histoire majeure et des One Shot centrés sur la même question générale. C’est particulièrement visible ici : la Famille. Et chacun de ces « cycles » d’One Shot fait lentement avancer l’histoire générale en dessinant les parcours des personnages.
L’intrigue avance très lentement. C’est à la fois un gros défaut et un parti pris. Il y a des fan fictions très longues, très très lues sur le site, où l’intrigue avance, surtout à la « fin », au bout de quelques mois d’écriture, du quarante cinquième chapitre au soixante-dixième, à une vitesse folle, au point que… l’auteur oublie d’écrire. Les décors. L’ambiance. La température de l’air, la couleur des arbres, les mimiques des personnages, leurs tics. Hermione fait-ci, et Hermione fait-ça, mais on ne sait jamais comment, dans quels gestes, avec quelle humeur, face à quelle difficulté. Trois lignes plus loin, 3 mois se sont écoulés… Certes l’histoire avance vite, rebondit, mais selon moi il n’y a plus de saveurs.
J’ai une intrigue (qui avance à pas minuscule dans mon esprit depuis bientôt 5 ans) et je ne sais pas si elle aboutira jamais. Mais au-delà du scénario de base, je souhaite surtout me rapprocher des personnages. Combler les trous, ou les surélever, laissés par Rowling. Continuer de broder la gigantesque toile, mais de l’intérieur, au lieu de l’étendre. Ajouter des détails inutiles mais colorés à la carte qu’elle a déjà dessinée. J’aurais pu écrire dix milles OS, mais comme tous se complètent comme un grand puzzle, vous les avez dans cette FF. Il y a des auteurs qui écrivent des OS qui s’inscrivent dans leurs fictions, mais qui les publie à côté parce que… subitement c’est un minimum écrit et ça explore les sentiments des personnages. Bin non. C’est justement ça que je veux lire dans les FF, ces moments de pause narrative où on s’immerge. Je vous offre ce que j’aimerais bien lire ailleurs.
Vous pouvez presque, chez vous, imaginer les aventures de Harry chez les Aurors avec les caractères, les décors que je délivre ici. La vie au Terrier depuis la mort de Fred et avec l’absence de Harry, maintenant que vous savez, dans mon monde, comment les personnages réagissent.
L’intrigue avance lentement, donc, et le débit de parution est très erratique. Considérez aussi que quand je délivre un chapitre, ce n’est pas 2000 mots écrits en deux heures . Mais plus de douze mille ici, plus de 20 pages word Calibri 11, écrits en six mois, avec des noms, des passages, des évènements trouvés il y a parfois plus de 5 ans. Les réactions sont parfois grossières à force (Harry-pas-content-regard-noir-humour-cynique-raconte-sa-vie-ne-veut-pas-raconter-sa-vie-torturé-blahblah / promis je vais essayer de travailler sur ça, ça devient gavant) mais les réactions des personnages sont adaptés à chaque personnage, expliquées, gratouillées pour qu’elles soient bien logique (sauf pour certains où c’est des envolées de grand n’importe quoi, mais vu les rôles secondaires des dits perso, c’est pas très grave). Et c’est ce que j’aime faire, c’est ce que j’aime écrire. Faire gueuler trois lignes un personnage et expliquer pendant deux pages pourquoi il gueule, pourquoi selon lui c’est logique qu’il gueule, mais pourquoi on peut aussi penser qu’il abuse un peu et qu’il devrait se la fermer et écouter les autres de temps en temps. C’est ce que j’aime écrire, et j’espère que c’est ce que vous aimez lire… Car ça va continuer comme ça un petit bout de temps.
J’arrête de me regarder le nombril, me regarder écrire dans un grand trip narcissique mégalo de pseudo auteur qui réfléchit vachement, et je vous laisse avec la suite des aventures de Harry Potter, Dirk Perkins, Benjamin Coote, Johanna Crews, Colleen, Dakota, Grump Butcher, John Godwin, Kingsley Shakelbolt, Hermione Granger, Ron Weasley, et pleins d’autres.
- Vous plaisantez ?
- Non Potter, répondit Enoch Dakota en relevant la tête de son formulaire. Réponds à la question : As-tu des ennemis personnels susceptibles de s’en prendre à vos proches ? As-tu des noms ?

Harry regarda autour de lui d’un air halluciné. Une enquête avait très logiquement été ouverte pour tenter de découvrir qui était à l’origine de l’explosion et de la menace. Une enquête très sérieuse et tout à fait officielle : un membre du bureau des aurors venait d’essuyer des menaces, et de voir ses proches directement attaqués. Qu’ils visent un aspirant ou un titulaire, les aurors ne toléraient pas ce genre de délit. Et maintenant, Harry devait pondre un rapport et répondre à un interrogatoire, pour tenter d’identifier au plus vite le coupable.

- Réponds, Potter, c’est la procédure, insista Dakota.

Les aurors ne vaquaient à leurs tâches habituelles que très distraitement, suivant attentivement, comme des vautours, l’entretien qui se faisait au bureau de Dakota, au su et vu de tous. Shakelbolt était reparti, et Godwin et Savage étaient en microconférence avec le bureau des aurors australiens, pour tenter de mettre la main sur les agents qui s’étaient occupés d’effacer la mémoire des moldus, et de réparer les dégâts de l’explosion. Et d’interroger Ronald Weasley et Hermione Granger.

- Très bien, répondit Harry en se rejetant au fond de son siège. Comme vous voulez. Des noms ? Tous les mangemorts en vie, en liberté et en prison. Toutes les personnes que vous avez dans vos fichiers et qui avaient intérêt à la victoire de Voldemort. Un quart de l’Europe magique est susceptible de s’en prendre à mes proches. Et d’ailleurs, ce tiers de l’Europe ferait bien de réaliser que je n’ai plus franchement de proches à qu’ils pourraient maltraiter. Qu’ils demandent aux Weasleys et à mes anciens camarades de Poudlard si, en ce moment, ils sont d’humeur à mettre leur vie en jeu… Je vous parie tout ce que vous voulez que non. Et si moi, j’étais aussi héroïque et désintéressé qu’ils le croient, je ne serais pas ici à me foutre royalement de ce qu’il se passe à l’extérieur, mais en train de jouer les gardes du corps devant la porte de leur chambre. Ils veulent tuer mes proches ? Vous pourrez leur dire que c’est déjà fait. Ceux qui restent encore en vie… et bien, qu’ils vivent. En dehors de ma vie à moi.

Harry regarda enfin Dakota. L’auror avait une expression de mépris mêlé de dégout sur le visage. Parfait.

- Je peux ? Ou la procédure a encore besoin de moi ?
- Casse-toi Potter.
- Oui, chef, ironisa –t-il.

Harry s’enfonça dans les escaliers et les couloirs du centre. Pourquoi tant de rancœur ? Pourquoi tant de colère ? Peut-être parce qu’il avait été trop trahi par ses protecteurs. Aussi peut-être parce que lui-même avait trop trahi la confiance de ses amis. Il ne voulait plus être un jouet, malgré lui, dans les mains d’un « ami ». Oh, au centre, chez les aurors, il n’était rien d’autre qu’une marionnette, il le savait très bien. Mais justement, il le savait. Il en avait pleinement conscience. Et il ne voulait plus jouer avec les autres. Impossible, étant… ce qu’il était. Il serait toujours poursuivi, et ne s’en sortirai que toujours aux dépends des autres. Alors autant les éloigner. Assumer son destin comme il le fallait : seul.

Harry releva la tête et jura. Evidemment, il n’avait pas fait assez fait attention dans le dédale de couloirs aseptisés du Centre, et avait raté l’embranchement menant aux Labos. Il regarda autour de lui pour essayer de dénicher un raccourci. Et il l’aperçue. Elle était lovée dans le renfoncement d’une double porte, assise par terre, les jambes repliées sous elle et le regard vide. Elle s’aperçue très vite de sa présence et tenta visiblement de l’ignorer, espérant qu’il passe son chemin sans s’arr… raté.

Harry ne lui demanda pas comment elle allait. Question stupide. Il ne lui dirait pas que ça irait mieux. Mensonge. Ni que l’image du cadavre zombifié de son amie s’estomperait dans sa mémoire. Foutaises.

- Lève-toi, lui dit-il, on a du boulot.
Il ne lui tendit pas la main pour l’aider à se lever. Elle se mit debout tout seule et passa devant lui dans le couloir étroit sans rien ajouter.

Durant leurs déambulations pour retrouver le chemin des Labos, ils croisèrent deux aurors dont les têtes ne dirent rien à Harry. Ils les dépassèrent sans aller plus loin dans les salutations que le hochement de tête habituel mais au bout de quelques secondes, ils entendirent « Hey, les gosses ?» dans leurs dos.
Ils s’arrêtèrent et se retournèrent.
L’auror qui avait parlé avait environs cinquante ans, yeux et cheveux brun, de faciès indien. Il portait une longue cape d’extérieure noire qui recouvrait intégralement le reste de ses vêtements, lui donnant une allure tout à fait imposante. Son collègue était lui vêtu plus « simplement » d’une veste de cuir, et d’un jean moldu enfoncé dans d’imposantes bottes cloutées.

- Je peux vous poser une question personnelle ? dit l’auror indien.
- Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, répondit froidement Crews. Je ne vous garantis pas de réponse.
L’auror hocha la tête.
- Est-ce que vous avez un foyer qui vous attend, dehors ?
- Non, fit Crews.

Harry lui jeta un coup d’œil surpris. Lui-même répondit à la négative à la question de l’Indien.
- Alors c’est ici, votre nouveau foyer. Et nous les aurors, aussi haïssables qu’on puisse être, on est ce qui peut se rapprocher le plus d’une famille. On parle le même langage que vous.
- Et donc ? Railla Harry, vous voulez quoi, un câlin ?
L’auror sourit. Son collège resta impassible.
- Pour devenir auror, il faut que vous vouliez aussi faire partie intégrante de cette famille.



La vieille maugréa en se frottant les poignets. Arthrite ! Fichu arthrite qui avait aussi emporté M. Pompon ! Fichue humidité ! Fichu pays !
Arabella regarda de derrière ses grosses lunettes aux montures écaillées par-delà la vitre martelée par la pluie de la vitre du taxi. Heureusement, la chute de Vous-Savez-Qui et la victoire du petit –quel garçon, tout de même, quel garçon !- signait aussi la réouverture des apothicaires côtés moldus, et elle allait pouvoir se réapprovisionner en pommade de thym braisé et calmer ses vieilles articulations. Tout était vert boueux, à l’extérieur. Vert trempé par la pluie. De gros nuages gris évoluaient à toute vitesse dans le ciel, se déchiraient, se rabibochaient, abattant sur la terre déjà trop gorgée d’eau un véritable déluge.
Le chauffeur de taxi articula quelque chose d’incompréhensible. Fichu langage de léprechaun ! La voiture ralentit, et patina dangereusement quand elle quitta la route bitumée pour s’engager sur un chemin étroit et bordé de fossé, de terre – enfin, de gadoue.

Par le pare-brise et passé une barrière de haies foisonnantes, elle découvrit que le chemin serpentait en montant jusqu’à une colline surplombée par une maison campagnarde.
- Arrêtez-moi là ! Dit-elle en articulant bien –elle- au chauffeur.
- Peuch sûre ? Y’a rin dans l’coin m’bon’dame !
Arabella hocha vigoureusement la tête, refila une liasse de billets au chauffeur et ouvrit la portière. Une vague de vent froid, de pluie, de feuilles, lui balaya violemment le visage mais elle claqua courageusement la porte de la voiture derrière elle et continua hasardeusement dans le chemin boueux.

Ce n’était plus de son âge ! Et puis franchement, l’Irlande, hein !

Le chauffeur de taxi hésita un bon moment en regardant patauger cette vieille et très bizarre dame anglaise vers… eh bien vers rien du tout ! Rien qu’une colline déserte au milieu d’autres collines désertes ! Mais très bizarrement, les secondes s’écoulant, il eut du mal à se rappeler pourquoi il regardait cette vieille marcher, elle pouvait bien faire ce qu’elle voulait, d’ailleurs ça ne le regardait pas, il ne la connaissait même pas, il ne l’avait jamais rencontré.
Le chauffeur de taxi cligna des yeux, et en plissant le front, se demanda pourquoi il s’était arrêté dans les parages. Avait-il été hélé par la femme au loin ? Non, elle lui tournait le dos ! Avait-il remarqué quelque chose d’anormal sur la route ? Eh bien non, elle était vide. La voiture ? Aucun voyant orange ou rouge allumé sur le tableau de bord, essence, huile, batterie, tout allait bien.
Il alluma son GPS et maugréa en se rendant compte qu’il était à plus d’une heure et demie de chez lui ! Et sa femme qui l’attendait pour la cuisine ! Alors que c’était si urgent ! Il allait être en retard !
En grognant, il vit demi-tour dans la boue et fila aussi vite qu’autorisé sur la route bitumée de campagne.
Arrivé chez lui, sa femme considéra la voiture couverte de boue.
- Mais c’est où qu’t’es-ce que t’as été porté ché-pas-qui ? R’garde-peuch-moi ça !
Le chauffeur considéra sa voiture peu présentable, se gratta l’oreille en réfléchissant
- Oh bin chais mêm’p’us, t’in-donc. L’jardin d’un client, s’rment.
Même s’il était fichtrement incapable de se souvenir duquel.







- Un jour je vis, murmura-t-elle penchée au-dessus du couffin, debout au bord des flots mouvants, passer, gonflant ses voiles, un rapide navire enveloppé de vents, de vagues et d’étoiles. Et j’entendis, penché sur l’abîme des cieux, que l’autre abîme touche, me parler à l’oreille une voix dont mes yeux ne voyaient pas la bouche : « Poète, tu fais bien ! Poète au triste front, tu rêves près des ondes, et tu tires des mers bien des choses qui sont sous les vagues profondes… La mer, c’est le Seigneur que misère ou bonheur, tout destin montre et nomme ; le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur… Le navire, c’est l’homme. »

La famille. Le lien le plus haïssable d’entre tous. Plus persistant, douloureux, astreignant qu’un serment inviolable. Celui qui vous dévoile malgré vous. Qui, peu importe vos rêves, vos voyages de l’autre côté du monde, vos choix, vos combats, vous ramène irrémédiablement à qui vous êtes. Qui vous gifle avec votre propre identité. La plupart des héros sont des orphelins. Car l’orphelin sans famille peut choisir qui il sera. Ce qu’il fera. Et pourquoi. Pour qui. L’orphelin peut regarder en arrière. « L’être créé se meut dans la lumière immense. Libre, il sait où le bien cesse, où le mal commence ; il a ses actions pour juges. »

Mais déjà l’enfant geignit, tandis que le silence durait. Elle soupira.
- Je sais bien qu’il est d’usage, lui dit-elle comme s’il pouvait la comprendre, d’aller en tous lieux criant que l’homme est d’autant plus sage qu’il rêve de néant ; d’applaudir la grandeur noire, les héros, le fer qui luit, et la guerre, cette gloire, qu’on fait avec la nuit ; d’admirer les coups d’épée, et la fortune , ce char, dont une roue est Pompée, et l’autre roue est César ; Et Pharsale et Trasimène, et tout ce que les Nérons font voler de cendre humaine dans le souffle des clairons !
Je sais que c’est la coutume d’adorer ces nains géants qui, parce qu’ils sont écume, se supposent océans, et de croire à la poussière, à la fanfare qui fuit, aux pyramides de pierre, aux avalanches de bruit.
Moi je préfère, ô fontaines… Moi je préfère, ô ruisseaux… Au Dieu des grands capitaines, le Dieu des petits oiseaux… Ô mon doux ange, en ces ombres où, nous aimant, nous vrillons au dieu des ouragans sombres qui poussent les bataillons, au dieu des vastes armées, des canons au lourd essieu, des flammes et des fumées, je préfère le bon Dieu ! Le bon Dieu qui veut qu’on aime, qui met au cœur de l’amant le premier vers du poème, le dernier au firmament ! Qui songe à l’aile qui pousse, aux œufs blancs, au nid troublé, si la caille a de la mousse, et si la grive a du blé ; et qui fait, pour les Orphées, tenir, immense et subtil, tout le doux monde des fées, dans le vert bourgeon d’Avril ! Si bien que cela s’envole et se disperse au printemps, et qu’une vague auréole sort de tous les nids chantants…
Vois-tu, quoique notre gloire, brille en ce que nous créons et dans notre grande histoire pleine de grands panthéons ; quoique nous avons des glaives, des temps, Chéops, Babel, des tours, des palais, des rêves, et des tombeaux jusqu’au ciel , il resterait peu de choses à l’homme qui vit un jour, si Dieu nous ôtait les roses… …Si Dieu nous ôtait l’amour…

La famille. La famille qui avait fait qu’elle ne voulait pas d’enfant. Sa famille à elle n’était pas un cadeau à offrir à l’enfant qui naît. Ironie du sort, elle se retrouvait de nouveau avec un enfant sur les bras, maintenant qu’elle était enfin devenue elle-même une orpheline. Enfin, pas tout à fait. Elle avait encore une sœur vivante, mais pour combien de temps ?

L’enfant s’agita.
- Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure. Vous qui souffrez, venez à lui car il guérit. Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit. Vous qui passez, venez à lui, car il demeure.

Orpheline. Père et Mère mort, Merlin soit loué, il y avait bien longtemps. Neveux disparus et assassinés. Sœur tueuse et tuée. Mari… Mari. Et fille.

- Oh ! je fus comme fou dans le premier moment. Hélas… Je pleurai trois jours amèrement. Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, pères, mères, dont l’âme a souffert ma souffrance, tout ce que j’éprouvais, l’avez-vous éprouvé ? Je voulais me briser le front sur le pavé ; puis je me révoltais, et, par moments, terrible, je fixais mes regards sur cette chose horrible, et je n’y croyais pas, et je m’écriai : Non ! Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom qui font que dans le cœur le désespoir se lève ? …Il me semblait que tout n’était qu’un affreux rêve, qu’elle ne pouvait pas ainsi m’avoir quitté, que je l’entendant rire en la chambre d’à côté, que c’était impossible enfin qu’elle fut morte, et que j’allais la voir entrer par cette porte… Oh… Que je fois j’ai dit : Silence… Elle a parlé ! Tenez ! Voici le bruit de sa main sur la clé ! Attendez ! Elle vient ! Laissez-moi, que j’écoute ! Car elle est quelque part… Dans la maison… Sans doute.

Sa fille était partie, et voilà ce qu’elle avait sur les bras. Son fils à lui. Lui. Encore une pièce rapportée dans une famille qu’elle ne voulait pas. Nauséabond. Contaminé. Médiocre. Lâche ! Et son fils, pourtant. Leur fils agité qui depuis leur départ ne supportait plus le silence.

Etait-elle obligée de s’en occuper ? Bien sûr ! Il était de sa famille. Cette foutue damnée famille. Il était de sa chair, de son sang. Elle ne pouvait décemment pas partir et lui tourner le dos. Sans le voir, à chaque fois qu’elle regarderait derrière son épaule, assis sur le trottoir de son passé, à la contempler et à lui demander : pourquoi ? Quelle autre famille qu’elle lui restait-il ? L’autre ? Cet enfant qu’il n’avait même jamais vu ? Pour qui ses parents étaient morts ? Contre qui sa sœur à elle était morte ? Cet enfant, dont on lui avait expliqué qu’il ne se présenterait même pas ?
Un danger !
Pour sûr, un danger.
Personne ne doutait qu’il était un danger.
Du moins pas elle.

Personne ne devait savoir.
Pas de crainte à avoir !
Ce ne serait pas elle qui irait le crier sur tous les toits !

Il viendrait un jour…
Qu’il ne se presse pas !

Il prendrait tout en charge…
Elle n’avait pas besoin de charité.
Elle avait besoin de son mari. De sa fille. Pas de charité. Mais rien de ce qu’il pourrait apporter. Il avait bien apporté le lycanthrope dans la vie de Nymphadora.

- Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, seule, inconnue, le dos courbé, les mains croisées, triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe, ni les voiles au loin descendant vers Harfleur. Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

La famille. Ses sœurs. Sa grande sœur. Belle, puissante, folle à lier. Elle la croisait chaque jour dans le miroir. Incarnation parfaite de sa famille. Elle était une écharde venimeuse plantée profondément dans la pulpe d’un doigt. Indéracinable, irradiante de douleur. Et pourtant, une part d’elle-même. C’était sa grande sœur, sa grande sœur, bon sang ! Elle lui avait tout appris. Comment tenir tête à ses parents. Comment mettre un garçon à genoux d’une œillade. Comment être plus forte que les hommes. Comment mener son monde. Gouverner l’univers. Devenir une reine. La reine était morte, aujourd’hui. Jeté à bas de son trône. Décapitée par la plèbe. Emportée avec son roi. Elle l’avait bien mérité. Sa grande sœur…

- J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs je marche, sans trouver de bras qui me secourent, puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent, puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs… Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête, j’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour. Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour, Hélas… Et sens de tout la tristesse secrète… Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu, puisqu’en cette saison des parfums et des roses, ô ma fille ! J’aspire à l’ombre où tu reposes, puisque mon cœur est mort, j’ai bien assez vécu….

La chevelure de l’enfant passa au rose flamboyant, et ses joues prirent quelques couleurs. Andromeda regarda l’enfant rêver de sa mère, pendant qu’il pouvait encore s’en souvenir.

Elle ne voulait pas d’enfant. Elle ne voulait pas de Nymphadora, qui allait être rejetée par les Blacks, en bonne fille de sang-de-bourbe. Mais Ted… La main d’Andromeda remonta pour se poser sur le diamant dormant au creux de sa clavicule.

Elle se souvint…

Le brouhaha heureux de la Grande Salle à la fin des années soixante. Elle distribuait les emplois du temps des cinquièmes années. Les uniformes étaient encore tellement collet montés, à cette époque. Sur le sien, le badge de préfet soigneusement astiqué rappelait à toute l’école que la Famille Black régnait toujours, règnerait toujours sur l’école tant que ses rejetons y serait. Les meilleurs élèves, les plus acharnés, les plus rapaces.
Elle avait jeté un rapide regard à l’emploi du temps au fils de moldus Tonks avec elle à Serdaigle. Il avait tendu la main en lui jetant un de ses regards –mi impressionnés, mi gênés, mi racoleurs- pour l’attraper mais à la dernière seconde, elle avait repris l’emploi du temps pour mieux le relire.
- C’est quoi ces options ? Ça n’a aucun sens !
Et sans demander son avis, elle avait lâché son sac par terre, s’était assise à côté de lui pour mieux étudier la chose.
- Pourquoi tu prends à la fois… droit magique international et… divination ? Ça n’a aucun sens ! Et… Botanique avancée avec ?
Andromeda l’avait regardé comme s’il était profondément stupide.
- Vers quelle formation magique veux-tu t’orienter avec ça ? Le Droit magique international peut s’allier avec étude des moldus ou défense contre les forces magiques, la Botanique avec les Soins aux créatures magiques, et la Divination… Enfin, soyons sérieux, je n’ai jamais compris pourquoi cette matière existait. J’ai entendu dire que Dumbledore va supprimer ce truc dès que le vieux Pruneaux prendra sa retraite…
- Les options qu’on prend en cinquième année ne déterminent pas du tout notre vie… On verra tout ça en septième année, lui avait répondu Tonks en l’observant avec circonspection.
- Ah, donc tu ne sais pas du tout ce que tu veux faire plus tard, avait pointé avec dédain Andromeda.
- Nnnon, avait répondu Ted en grignotant un bout de toast au gouda. Je sais très bien ce que je veux faire plus tard.
- Oh, avait-elle fait en fronçant les sourcils et en regardant de nouveau son emploi du temps avec beaucoup de perplexité.
- Tu ne trouveras pas la réponse sur ce bout de papier.
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
Ted l’avait regardé avec des yeux pétillants d’excitation, et le cœur d’Andromeda avait fait un étrange petit bond dans sa poitrine. Il s’était penché vers elle comme pour lui murmurer un secret.
- Le métier que je veux faire plus tard n’a rien à voir avec la magie.

Andromeda s’était vivement reculée, avec horreur et panique.
- Comment ? Sans rapport avec la magie ? Mais… Mais… Tu veux faire un métier… moldu ?
Sans prendre aucun gant quant à ses origines moldues, forcément.
Ted hocha la tête, sans s’offenser, avec un petit sourire en coin.
- Tu ne me demandes pas ce que je veux devenir ?
- Balayeur ? Electrificateur ? Dit-elle en rougissant et en regardant ses mains.
- On dit électricien, et… non.
- Et-qu’est-ce-que-tu-veux-devenir- ? Lui demanda-t-elle du bout des lèvres.
Il se pencha de nouveau vers elle, l’inondant de son regard malicieux.
- Professeur en littérature française.
Andromeda se souvint avoir relevé brusquement la tête.
- Prof… Professeur en quoi ?
- Andromeda Black, avait-il ajouté… Avez-vous déjà lu du Victor Hugo ?
Et à son visage perdu, il comprit que non.

- Et c’est à ce moment-là, expliqua Andromeda à l’enfant endormi, que j’ai commencé… à prêter une certaine attention à ton grand-père. Il s’est mis à m’apporter semaine après semaine un poème différent de Victor Hugo. Au bout de plusieurs mois, quand il m’eut fait lire le moindre de ses recueil, il m’apporta les romans. Un jour, au moins, je ne sais pas, quatre ans plus tard ? Il m’apporta Notre Dame de Paris. Et sur la dernière page, juste en dessous du mot « Fin », il avait écrit sa demande en mariage.

Andromeda laissa échapper un petit rire triste.
- Bien sûr, j’ai dit Non. Epouser un sang-de-bourbe ! Avec ma famille !

Cela n’avait pas arrêté Ted Tonks. Leurs luttes et leurs rêves étaient déjà en marche. Et bientôt, Nymphadora allait l’être aussi…





Dedalus inspira profondément. Sa mission touchait à sa fin. Il le sentait. Mais ce n’était pas le moment de flancher et de se laisser aller à des erreurs stupides. Il se concentra, chercha le flux tellurique mère du réseau de l’île, et quand il eut mentalement posé le doigt dessus, il s’y immergea, soudain ragaillardi, rajeuni, merveilleusement bien. La tentation était si grande, si belle, si douce, de s’y perdre, s’y oublier. De se disperser dans ce vent de magie qui les nourrissait tous. Il vérifia que chacun des sortilèges de protection autour de la famille Fillian était en place, sans brisure, sans fissure aucune, gravés dans les fondations de leur demeure. Il localisa chacun des membres de la famille à l’intérieur de la bâtisse, les yeux fermés, les sens guidés par la magie qui les entourait sans jamais, pauvres moldus, les traverser. Tout allait bien.
Il rouvrit les yeux et alla se présenter au portail, en tentant d’ignorer que toute son énergie et sa vigueur s’échappait soudainement de lui, le laissant vieux, las et fourbu. Heureusement, il lui en resta un peu. Sinon… La mère de famille l’aperçu de la fenêtre du living room et, avec cette hésitation mêlée de crainte dont les moldus ne se départaient jamais, lui adressa un signe amical de la main, un signe de reconnaissance. Presque de gratitude.

Dedalus leva le pouce en signe de victoire, la salua de son chapeau haut de forme. Il vit la respectable dame faire un petit pas en arrière de peur, tandis que les volutes du café chaud qu’elle tenait entre ses mains s’épaissir et formèrent les lettres délicates : « Bientôt ».

Elle déglutit et regarda à nouveau par la fenêtre du salon. Mais Dedalus, déjà, avait disparu.

Comment un homme aussi petit, exubérant, insignifiant par son manque total de charisme, pouvait être un des meilleurs gardiens de secret parmi bien des générations ? Car Dedalus était plus qu’un gardien. C’était un éclaireur. Une Vigie. Un Senteur. Un sorcier capable de sentir, voir, palper presque, la magie qui circulait dans la terre, l’air, et qui nourrissait, parcourait, transcendait et alimentait les hommes qui y étaient sensibles : les magiciens. Sa magie, en cela, était particulièrement subtile, et surtout, pérenne. En localisant les ruisseaux, les sources de magie dans l’espace, il y ancrait ses sortilèges. Ceux-ci lui demandait moitié moins d’énergie, et durant moitié plus longtemps que lorsqu’ils étaient exécutés par des sorciers moyens.

Il était donc devenu le Gardien de l’Ordre. Chargé de réaliser et de surveiller les sortilèges de protection du Phœnix. Et surtout ceux auquel personne, durant la guerre, ne pouvait consacrer d’énergie, mais qui étaient pourtant les plus nécessaires, protégeant les plus démunis : les sortilèges protégeant les familles moldus de l’Ordre, de sorciers en fuite ou déjà morts. Protéger ceux mis terriblement en péril par leur infortunée connaissance du monde magique, telle était la mission de Dédalus.

Cette mission le tenait éloigné des combats. Bonne planque de pleutre ? Peut-être. Mais sa magie n’était pas suffisamment vive, puissante, rapide pour l’affrontement de face. Il était un artiste, un ciseleur. Et en protégeant des grappes entières de famille, il permettait aux combattants de se sacrifier dans la bataille, l’esprit tranquille, les leurs à l’abri.

Diggle se recentra sur la magie qui traversait sa chair. Une fois encore, elle l’appela, enchanteresse. Il durcit sa volonté. La magie refusa de le laisser la tromper, refusa de le laisser s’échapper, se glisser entre les interstices de l’espace-temps qu’elle était chargée de combler pour maintenir l’unité de l’univers. Il se comprima, étouffa, tandis que son être se glissait dans une insoutenable violente muette et invisible, dans la faille, comme dans un siphon d’aspiration. Et soudain il respira, se déploya de nouveau.

Dedalus Diggle regarda autour de lui.
Transplanage réussit.

Il sourit à la vieille dame assise sur un morceau de barrière effondré, au milieu d’un talus de fougères en tout genre. Elle agita avec vigueur la main vers lui.
- Bonjour, mon garçon !
- Bien le bonjour, Madame, lui dit-il galamment en soulevant son éternel chapeau haut de forme violet. Que me vaut cette visite ?
- Un message de la copropriété, dit Mme Figgs en fronçant les sourcils.
- Vraiment ? S’agit-il de la sortie des poubelles ? S’informa Dedalus, notant à quel point ce code pouvait être à la fois totalement grotesque et incroyablement bien approprié.
- Oh, pas de changement de planning de ce côté-là. Il y a eu de nouveau du vandalisme dans le voisinage, et la copriopriété voulait s’assurer que les locataires n’hésitent pas à renouveler leur bail.
Dedalus s’assombrit.
- Je vois. Je vois.

Dedalus et Arabella se regardèrent. Et puis…
- Je dois déjà vous quitter, cher ami. Mon taxi de retour ne devrait pas tarder à arriver à notre point de rendez-vous.
- Certes, certes. Dites à la copropriété que je reste à son service.
- Bien évidemment.

Tandis qu’Arabella s’en retournait à travers champs, Dedalus s’avança vers le perron de la maison. La maîtresse des lieux devait les avoir observé tout du long à travers la fenêtre de son living-room, car la porte d’entrée s’ouvrit avant même qu’il ne lève le bras pour sonner la cloche. Pétunia Dursley, encore plus pâle que d’ordinaire, apparut dans l’encadrement de la porte. Dedalus se racla la gorge.

- Bien le bonjour, Madame. Je suis M. Werther, votre conseiller en assurance et sécurité immobilière, nous avions rendez-vous…
Pétunia pinça les lèvres, hocha la tête et recula pour laisser entrer le petit monsieur. Qui ne bougea pas du perron.
- Nous… nous avions rendez-vous… pour… ?
Pétunia eut l’air exaspéré.
- Pour savoir si nous voulons renouveler votre contrat ou l’adapter en fonction de nos nouvelles exigences depuis notre dernière rencontre.
- Exactement !
Dedalus s’engouffra dans la bâtisse.

L’attendaient déjà sur le sofa deux autres personnes ; un homme qui se faisait âgé, d’épaisse carrure, aux épaules affaissés, les cheveux gris et la moustache agitée de tics, lui lança un regard très étrangement… inquiet. A côté de lui, un jeune homme blond, un étrange de petit bidon de métal argenté à la main, d’où s’échappait un bruit de clapotement à chaque mouvement un peu brusque. Le jeune homme arborait une musculature impressionnante, au thorax massif. Il serrait si fort dans sa main droite son étrange flasque métallique que celle-ci finissait par s’écraser en grinçant.

- Messieurs…
- Il est vivant ?
La question avait fusée et c’était le jeune géant blond qui l’avait posée. Dedalus s’assit sur un fauteuil et hocha la tête.
- Oui. Et Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est mort. Harry l’a tué.

Pétunia se laissa tomber sur une chaise, blafard.
- T… Tué ?
- Je pense que c’était, vous savez… Tuer ou être tué. Je pense que personne ne pouvait le faire sauf votre neveu, Mrs. Dursley.
- C’est pas… illégal ? De… Tuer ? Chez les sorciers ? bégaya Vernon.
Dedalus eut l’air bien embêté.
- Si. Mais on… On… Enfin… Je…
- Vous n’allez pas envoyer Harry en prison parce qu’il a tué Celui… Celui-là, si ? demanda Dudley, Je pensais que c’était un… un tueur en série, une sorte de dictateur comme… comme…
Dudley fronça les sourcils en devenant tout rouge. C’était comme retrouver le petit garçon de 6 ans incapable de se souvenir de son alphabet. Visiblement, aucun nom de dictateur sanguinaire ne lui venait à l’esprit. Dédalus, lui, était horrifié de ne pouvoir répondre avec assurance à cette question. Emprisonner l’élu pour avoir tué le Seigneur des Ténèbres ? C’était ridicule. Ils n’allaient quand même pas oser, tout de même ?
- Tu veux un autre Coca Light, Dudley-Chéri, demanda Pétunia avec inquiétude tandis que des plaques rouges apparaissaient sur le cou de son fils, toujours profondément concentré sur ses souvenirs néantesques de cours d’histoire.
- Et nous ?
Vernon prenait enfin la parole.
- On vous conseille de rester ici. Encore un peu. Vous-Savez-Qui est mort, mais il reste, je suppose encore des mangemorts en liberté, et étant donné vos liens directs avec le Survivant, eh bien je pense que…
- Vous supposez ? Vous pensez ? S’alarma Pétunia, Mais vous n’avez donc aucune information ?
- Eh bien, la situation actuelle est assez… Heu…
Il se racla la gorge.
- Trouble, effectivement. C’est pour ça qu’on vous conseille de rester sur vos positions.
- De toute façon, articla Vernon la voix bizarrement cassée, c’est pas comme si… Comme si quelque chose nous attendait.

Pétunia bondit de sa chaise pour passer un bras autour de son mari.
- Qu’avons-nous, à présent là-bas ? A faire ? Que voulez-vous que je fasse à Little Whinning ? J’ai dû… J’ai dû… Démissionner de mon… de ma chère, de ma chère… entreprise.

Personne n’osa rire. Dudley serra avec émotion l’épaule de son père.

Vernon Dursley, dans la vie, n’était parti de rien.
Ses parents n’avaient pas d’argent. Pas de grosse voiture, pas de grande maison, de beau jardin. Il ne s’était, en vérité, retrouvé au prestigieux collège privé Smith que parce qu’il avait gagné une bourse. Par ses bons résultats.
Et oui, Vernon Dudley, était un homme, au grand étonnement de ceux qui pensait le fréquenter, intellectuellement dégourdi.
Bien sûr, il n’était pas philosophe. Artiste. Littéraire. Humaniste.

Mais il était un bon, un très bon, un excellent gestionnaire. Il savait où était le profit, comment se comportait l’argent, les hommes cupides, les marchés. Et à dix ans, il avait gagné le concours régional d’initiation aux transferts boursiers libéraux, en gagnant virtuellement des sommes folles lors de la libéralisation de l’économie anglaise d’après-guerre. C’était dans le cours d’économie libre d’entrée de Smith, où il se réfugiait le mercredi après-midi, trop potelé et raillé pour jouer au foot avec les autres gamins de son quartier. Recroquevillé au fond de la classe, grassouillet mais propre, ne dérangeant personne, l’enseignant (lui-même d’origine modeste, d’où la possibilité de libre accès à ce cours, chose très surprenante connaissant l’institution Smith) n’avait pas protesté devant son jeune âge.

C’était en 1967, en pleine révolution des transports, dans les premières années de l’ouverture de l’économie mondiale. Les autres gamins du cours, âgés eux de 14 ans, amenés de force par leurs parents riches patron libéraux du Sud de l’Angleterre, ne prêtaient qu’une oreille très distraite à ce cours libre, sans examen, si ce n’est un stupide concours à la fin, avec, en plus, aucun prix à la clef ! Mais Vernon, lui, écoutait. Et il aimait beaucoup ce qu’il entendait. Les simulations d’échanges commerciaux qu’il réussissait avec brio lui faisaient miroiter un avenir bien plus brillant que celui de ses parents, pauvres ouvriers parmi des centaines, des milliers d’autres.

Le professeur, ouvert d’esprit, l’avait par la suite plus particulièrement remarqué. Quel âge avait Vernon Dursley ? Dix ans ? Mais quel jeune enfant brillant ! Et que font ses parents ? Ah. Effectivement. Ne serait-il pas possible que… ? Allons, un enfant aussi prometteur ! Pensez à la bonne image de l’établissement ! Ne se privant d’aucun talent, et dépassant les origines familiales ! Mais non, enfin, ce n’est pas communiste, qu’allez-vous donc chercher ?! Le libéralisme, n’est-ce pas la promotion des jeunes et brillants individus, par leur talent ? Regardez-moi ces excellentes simulations ! L’institution Smith ne pourrait-elle pas, dans le budget faramineux –oh, mais absolument justifié monsieur le Directeur, bien sûr – de la rénovation de la salle de boxe, puiser les frais d’inscription de sixième pour ce jeune Dursley ? Et s’il n’est pas bon, eh bien, il retournera au collège public ensuite. Qu’en pensez-vous, Monsieur le Directeur ? Ah ! Merveilleux. Tout à fait généreux de votre part, Monsieur le Directeur. Il s’en montrera digne, je vous le garantie.

Et Vernon Dursley, fils d’ouvrier, était entré à Smith.
Et avait appris à se battre. A se battre contre ceux qui le considéraient comme un parvenu. Il traversa le collège en brillant en maths, et en touchant le fond en composition d’anglais. Il remporta néanmoins, à 13 ans, le prix d’argumentation, où dans le débat public organisé par les enseignants, il tint un discours devant les élèves, fustigeant l’ennemi communiste, glorifiant le libre-entreprenariat, le talent individuel et la réussite du travail.

Soutenu par le gratin de l’équipe enseignante de Smith, il intégra, toujours par bourse d’aide – les toutes premières de son temps ! – une université d’économie et de gestion.

Il vécut chichement ses études, plombé par une absence de revenus, face aux autres étudiants héritiers entretenus. Il haïssait parfois de tout son corps ses origines ouvrières, modestes, mais celles-ci lui avaient appris le sens de l’indispensable. Du nécessaire. Pour vendre, vendre toujours, vendre quoiqu’il advienne, il fallait vendre de l’utile.

Des perceuses.

Il n’était parti de rien. Pour convaincre une banque de lui prêter de l’argent, il n’avait que son diplôme et sa gueule. Son entreprise, il l’avait construit une étape à la fois. Des bons fournisseurs. Des clients choisis. Une politique de ressources humaines implacable, où le sentiment n’avait pas sa place. Il voulait des employés aussi dévoués que jetables. Et il les avait trouvés. Vingt ans et quelques réclames plus tard expliquant qu’acheter du matériel allemand signifiait supporter ET les Nazis ET les communistes, il était… pas au sommet, mais très correctement installé dans le Sud du Royaume-Uni.

Et un jour, il avait trouvé un couffin sur son perron. Et dix-sept ans plus tard, il avait tout abandonné pour se terrer au fond d’il ne savait où, laissant les compagnies rivales lui voler ses parts de marché. Sans rien faire. Pour protéger sa famille.

- Tu retrouveras ton entreprise un jour, Papa, dit Dudley simplement. Un jour. On te le promet.




Harry et Jo arrivèrent aux Labos. Il était 9h15 du matin. Ce qui signifiait, en ce riant dimanche matin, joyeusement illuminé par des cadavres d’amis perdus animés au beau milieu de l’Everest, illuminé par des parents d’amis à deux doigts d’être sauvagement assassinés, des séances d’interrogation risibles avec le gratin des aurors les plus stupides d’Angleterre, qu’ils avaient 15 minutes de retard sur leur planning. Sans parler, ils rejoignirent dans le labo n°3 Perkins et Coote qui avaient heureusement déjà déployé sur les paillasses les chaudrons, éprouvettes, fiches d’ingrédients, ciseaux, râpes, économes, bols de glaçons, pichets d’eau, d’alcool à 90°, la caisse magiquement réfrigérée contenant des plantes d’hiver congelées, différents bocaux vinaigrés de choses diverses…

Perkins hésita à demander à Crews si tout allait bien. Elle avait l’air encore sacrément pâle, mais… comment ne pas le comprendre ? « Beth » lui avait lapidairement décrit Coote, peu enclin à partager les souvenirs de l’adolescence de Johanna Crews sans son autorisation préalable signée en sept exemplaires entreposés dans sept coffres différents de Gringotts, était l’amie de Crews à Poudlard. « Crews, tu as pu l’observer, n’est pas du genre le plus sociale du monde. Elisabeth Taylor était, je crois, la seule personne qui la connaissait personnellement. Genre… Je sais pas, sa vie, en dehors de Poudlard. Je crois que Crews a déjà passé quelques vacances chez Taylor. »

Coote s’était perdu dans ses propres souvenirs de la « jeune et si agréable Johanna Crews ». Crews était une… excellente élève. Comme lui. Mais quand lui participait volontiers aux cours, et aidait le soir les plus jeunes Poufsouffle dans la salle commune le soir à faire leurs devoirs, et entretenait de bonnes relations avec tout le monde, Johanna était plus… plus solitaire. Plus froide. Acide. Elle n’était pas de ces serpentards, tyrans en culotte courte, qui s’amusait à enchanter les armures de Poudlard pour qu’elles fassent des croche-pattes aux plus jeunes. Elle était juste… en dehors de tout groupe d’interactions sociales. Elle s’asseyait au fond en cours, effectuait calmement ce que demandaient les professeurs, et prenait un soin particulier à n’adresser la parole à personne, et à répondre par des sarcasmes bien sentis à quiconque lui posait une question. Elle n’avait simplement besoin de personne.

Les Poufsouffles ont toujours été, assez traditionnellement, les souffre-douleurs des Serpentards. Un soir, en troisième année, pour venger un de ses amis qui s’était retrouvé saucissonné, pendu la tête en bas dans une cabine de Mimi Geignard, du rire éclatant de Johanna Crews quand la scène avait été révélée au public, Coote avait balancé à Crews de retourner chez sa riche famille de sang-pur d’un milieu si hautement supérieur à eux pauvres poufsouffles, pour leur accorder au moins la décence d’une vie quotidienne libérée de la souffrance d’avoir à subir la vision de sa face anémiée à longueur de temps. Depuis ce moment, Coote n’avait jamais vraiment compris pourquoi, il était devenu LA bête noire de ses vacheries. Au fil des années, leurs échanges haineux avait évolué vers de simples échanges de répliques acerbes, mais jamais n’avait disparu la lueur de pur mépris au fond des prunelles de Crews quand elle le regardait, et qui le faisait toujours enrager aujourd’hui. Quoi, sérieusement, quasiment dix ans plus tard ?

Et il y avait Elisabeth Taylor, mêmepasserpentarde, ni d’ascendance sorcière, qui, très étrangement, arrivait à percer les barrières de Johanna Crews. On les voyait manger parfois sur les bords du lac, ou mâchonner des bullagommes en coloriant leurs cartes d’astronomie à la table des Serpentard, dans la Grande Salle, le samedi après-midi. La plupart du temps, elles ne parlaient même pas. Beth gribouillait des caricatures sur des cahiers moldus, des vieilles personnes que personnes ne reconnaissaient, et qui faisaient rire aux larmes Johanna, feuilletant des catalogues de bijoux sorciers antiques…

Potter s’assit à une paillasse, et commença à réchauffer avec des flammes rouges s’extirpant en dansant de la pointe de sa baguette un pot congelé d’asticots aquatiques. Crews s’assit en face de lui et se mit à jouer avec un couteau.

- Si tu t’apprêtes à balancer quelque chose, je te conseille un bocal de verre, ou un pot en argile, dit l’air de rien Potter. Un couteau, ça se tort, ça rebondit, et éventuellement, ça crève un œil.
- Qu’est ce qui te fait croire que je veux balancer quelque chose ?
- Je sais pas si tu le veux… Mais tu devrais essayer.
Perkins fronça les sourcils en lançant un regard perdu à Coote.
- C’est ce que je fais, en règle générale… Pour me défouler. Quand un de mes amis meurt.
Le visage de Crews perdit instantanément les quelques couleurs que lui avait rapporté la douce chaleur des flammes de la baguette de Potter.
- Et crois-moi, articula Harry en se concentrant avec particulièrement de soin sur la manière dont il faisait tourner d’un mouvement lent et régulier le bocal au milieu de la gerbe de feu, comme si c’était l’un des arts les plus précis de l’univers, j’ai eu l’occasion de pratiquer assez souvent ces derniers temps. Je te conseille les bocaux d’argiles. Ça fait de très jolis débris, et contre du bois poli, le son produit est presque musical.
Crews le considéra en silence, posa son couteau, et fit lentement glisser un verre sur la paillasse jusqu’au bord. Le verre buta contre le rebord légèrement surélevé du meuble, et lentement, bascula dans le vide pour aller se briser en mille morceaux translucides sur le sol du labo. Durant toute la manœuvre, Crews n’avait pas quitté Harry des yeux.

- C’est un bon début, commenta Harry.
- Tu réchauffes le mauvais bocal de vers, répondit Crews.

Harry jura, agita sa baguette pour faire disparaitre les flammes, et, stupidement, très stupidement, très très stupidement, attrapa de la main le bocal… au verre brûlant. Il lâcha vivement le bocal, qui valsa sur la paillasse, tomba à l’horizontal, roula, roula, roula sous l’œil horrifié d’Harry, et alla rejoindre les débris du verre de Crews soixante centimètres plus bas. Une odeur crade d’asticots cramés se répandit dans la pièce.
Crews enfila une mimique faussement préoccupé.
- Oh, un de tes amis vient de mourir ?

Coote haussa les yeux au ciel, et d’un mouvement de baguette, balaya le verre pilé et les stercoraria.
- Si Butcher voit ça, il est capable de vous les faire bouffer. Et nous aussi, alors contenez-vous.
Crews allait visiblement répliquer vertement quand Perkins siffla d’agacement.
- Non. Stop. Potter, il s’est passé quoi dans le Bureau ? Et ceci n’est pas un interrogatoire menaçant, je veux juste savoir à quoi m’attendre la prochaine fois que je croise un auror dans ce centre, okay ? prévint-il en levant l’index.

Harry se passa la main dans les cheveux, sur le visage, sur ses cernes. Il fouilla dans son sac, chopa sa gourde d’eau et les pilules magiques du docteur-répare-tout du centre, dont il goba deux cachets en une gorgée.
- Ces inféris, dont nous avons croisé la route… Ils ont été créés par Voldemort. Probablement… - Il se retint de jeter un coup d’œil en biais à Crews. Lui-même détestait quand quelqu’un, parlant d’un de ses amis morts, vérifiait au passage qu’il n’allait pas se mettre à pleurer ou faire un autre truc stupide – probablement des victimes des mangemorts. Voldemort au fil du temps tue de sa propre main que ses opposants les plus importants, symboliques… Mais il doit, il devait, effectuer lui-même le maléfice pour lier les gestes des cadavres à sa directe volonté. C’est une sorte de…
- De connexion psychique, de ressenti animal, on sait, on a été en sixième année, Potter, abrège, l’interrompit calmement Coote.
- Les aurors ne doivent pas utiliser les créations de Voldemort. Même s’il est mort. Jamais. Elles doivent être simplement et purement détruites. Pas même conservées, étudiées, ni rien. Ils n’en tireront rien d’autres que des atrocités. C’est ce qu’ils doivent comprendre. C’est ce que j’ai expliqué de leur… expliquer.
- Il a fait irruption dans le bureau en beuglant comme un gorille, traduisit Crews.

- De toute façon la conversation a dévié, maugréa Potter.
- Déviée ?
- Apparemment, un mangemort ou un sympathisant de Voldemort, ou n’importe qui, a tenté de me faire passer un… message ?
- Heu ?
- Vous voyez qui est Hermione Granger ?
Tous hochèrent la tête.
- Eh bien, l’année dernière, pour m’aider sans avoir à craindre que les mangemorts vident ses parents de leur sang comme ils savent si bien le faire pour l’atteindre, disons qu’elle a… effacé la mémoire de ses parents, modifié leur apparence, détruit leur identité anglaise, et les a fait déménager dans l’hémisphère sud.

Il fallut un peu de temps pour que l’image de la première élève de Poudlard, la très studieuse, broussailleuse, agaçante mais tellement rigoureuse Hermione Jane Granger, se superpose à celle d’une…. Elle avait effacé la mémoire de ses parents ? La MEMOIRE de ses PARENTS ? Non mais… Sérieusement ?

- Maintenant que la paix règne de nouveau sur l’univers, elle était, selon ce que nos chefs m’ont raconté, repartie avec son petit copain, de manière totalement illégale, parce qu’à vrai dire, l’effacement de la mémoire de moldus n’est pas un crime bateau, si je me souviens bien de notre dernier cours de droit magique… Bref ils sont entrés en Australie sans autorisation, ont fait usage de magie sur les moldus pour retrouver ses parents…
- Logique, commenta Perkins en étudiant ses ongles de près.
- …Et quand ils sont arrivés sur place, la maison a… explosé.
- Ils vont bien ? S’inquiéta Coote. Tes amis et leurs parents ?
- Oui. Tout le monde va bien. C’est pour ça que je parlais de « message ». Visiblement, les mangemorts ou je sais pas qui savaient où trouver les Granger, et ont attendu que la maison soit vide et Hermione en approche pour tout faire sauter. Ça a foutu un beau foutoir dans la coopération magico-moldue en Australie, ils se sont faits chopés par les autorités magiques locales. Et donc là, cette triple buse de Dakota m’a cuisiné pour savoir si j’avais des « ennemis » qui pourraient vouloir « blesser mes proches », dans le cadre de l’enquête. Ce type est un déchet, sans blague. Dans tous les cas, ça a évacué l’affaire des Inféris de l’ordre du jour, et comme vous n’avez rien à voir dans la nouvelle partie de Cluedo du jour, vous pouvez vous rassurer.
- Merveilleux. On est tous ravis, ironisa Crews.

- Tu n’es pas inquiet pour ta propre famille ? Demanda Coote à Potter.
- Quelle famille ? Répondit Harry, mi-sincère, mi-méfiant.
- Tu… ton oncle et ta tante ? Et ton… cousin, c’est ça ?
- Tuteurs légaux. Et que jusqu’à mon prochain anniversaire et uniquement au regard de la loi moldue. Ils sont vivants, sinon je pense qu’on m’aurait cordialement averti. Je ne les ai pas vus depuis quasiment un an, et à vrai dire, ça me va très bien comme ça. Et vous ?

La question prit un peu tout le monde de court.
- Nous ?
- Oui. Vous. Butcher a dit qu’on pouvait pas voir nos copains copines pendant quasiment deux ans, et d’ici là, on sera tellement transformé en Action Men qu’on aura plus grand-chose en commun avec eux. Pratique pour nous empêcher de faire des réseaux illicites avec le monde extérieur. Et donc. Vous. Famille ? Amis ? Ils sont pas trop déçus de vous voir partir… on sait d’ailleurs toujours pas où on est, ‘tain…

Perkins haussa les épaules.
- J’ai rien de particulier à dire sur ce sujet. Mes parents sont vivants, dans la diplomatie magique, relations entre le Royaume-Uni et la Chine. Ils y sont restés depuis 5 ans, plus du genre à écouter Dumbledore que Fudge ou quiconque. Plus du type carrière que du type famille. Affectueusement désintéressés. J’ai eu jusque-là la vie la plus normale du monde, ne vous en déplaise. Quelqu’un a vu l’écarteur ?
Coote pointa du doigt un dossier à gauche de Perkins, qui le souleva et trouva son bonheur. Il reprit la dissection de sa plante carnivore.

- Au risque de vous décevoir, je ne suis pas Oliver Twist non plus, dit-il. Mais tu as fait quoi l’année dernière, Perkins ?

- J’étais en Egypte. J’ai bossé au service de démystifications des Pyramides et tombeaux de la Vallée des Rois et des Reines, pour permettre l’accès aux salles funéraires protégés magiquement aux archéologues moldus. Assistant dans la perception des sortilèges noirs, et dans leur désamorçage.

Perkins se trouva stupide de rougir et de sentir sa poitrine gonfler sous le regard admiratif de Potter.
- Sérieusement ? C’est cool. Tu nous apprendras ? demanda Harry.
- Heu, je suppose qu’on va y venir en cours à un moment où a un autre, donc si vous avez besoin d’aide, je vais vous aider, bien sûr. On est censés avancer ensemble, non ? Et toi, Coote ? Si t’es pas Oliver Twist, t’es qui ? Et t’as fait quoi depuis Poudlard ?

- Etats-Unis. Ma famille est soigneusement restée en dehors de toute affaire concernant l’Angleterre depuis les annonces de Dumbledore sur le retour de Voldemort. Mon père est américain. Il est… moldu, et… Et il comprend pourquoi je suis ici. J’ai fait des Sciences Politique et Magiques de Défense, et j’étais parti pour intégrer des services états-uniens. J’ai aussi envoyé un dossier aux services britanniques, comme j’ai la double nationalité… Et les aurors britanniques sont sérieusement les meilleurs. Donc meilleure formation.
- Tu parles de ton père… Tu dis qu’il comprend pourquoi tu es ici. Ça a rapport avec le fait que tu n’as pas mentionné ta mère ? dit Crews en mettant les pieds dans le plat.
Coote hocha la tête.
- Ma mère était une sorcière né-moldue. Durant la première guerre, elle a été tuée par un type du nom de Mulciber.
Potter fronça les sourcils.
- Lors de son procès, il a dit que c’était de la légitime défense. Qu’elle a essayé de le tuer parce qu’il était un sang-pur, par pur racisme.
Perkins ouvra la bouche, totalement incrédule et révolté.
- Il s’en est sorti sans aucun souci. Il a même été embauché par le gouvernement. Et vous savez pour quel métier ?

Perkins et Crews firent « non » de la tête, mais Potter savait.
- Bourreau.
- Bourr… Attends, la peine de mort est interdite depuis 1919 ! Il n’a pas pu…
- Animaux magiques, précisa Coote. Ce type, ce type est un mangemort. J’en suis sûr.
- S’en était un, Coote.

Benjamin releva la tête de son microscope.
- Je suis quasiment certain de l’avoir compté parmi les mangemorts tués à la Bataille de Poudlard. Il est mort.
Des émotions contradictoires passèrent sur le visage de Ben. Joie. Vengeance. Déception.
- T’es devenu auror pour le choper ? Demanda Crews sans trop y croire.
- Je veux devenir auror pour choper tous ces fils de pute, rectifia-t-il. Sans aucune exception.

Harry se perdit dans la contemplation des flammes qui dansaient autour de son bocal de larves – le bon, cette fois-. Mulciber s’en était sorti à son procès. Mulciber avait eu un procès. Mulciber avait eu un procès, tandis que Sirius était allé directement à Azkaban pour pratiquement le restant de ses jours. Alors qu’il avait à peine dépassé ses vingt ans. Et… pour légitime défense ? Sérieusement ? Qui était le juge ? Etait-il acheté ? Corrompu ? Convaincu à la noble cause de Tom Elvis Jedusor ?

La justice magique sentait la merde. Et en ce moment démarrait l’Enquête, la grande enquête de Shakelbolt, qui jouait à Desmond Tutu. Sa grande Commission de la Vérité. Et les procès ? Seraient-ils aussi pourris et vendus que ceux de la première guerre ? Pouvait-on vraiment avoir confiance ? Avoir de l’espoir ?

- Et toi, Crews ?
Jo botta en touche.
- Pourquoi pas Potter ?

C’était vrai. Pourquoi pas Potter ?
- Potter ?
Harry s’extirpa de ses sombres rêveries.

- Mmmh ?
- L’année dernière ?
- Je… Je peux pas en parler.
- Quoi ? Sérieusement ?
- Je… J’ai voyagé. Moins loin que vous. J’ai tourné en rond. J’ai fuis. J’ai crevé la dalle, j’ai épuisé mes meilleurs amis pour rien. J’ai… joué avec le feu et pris des risques inconsidérés.
- Arrête tes grandes phrases, soupira Crews.
- La ferme. J’ai épuisé le concept : « Connais ton ennemi ». J’ai traversé le Royaume Uni de long en large pour… revenir sur les traces de Voldemort. Trouver comment il était devenu ce qu’il était devenu. Et où étaient les failles. Mais dans chaque village, sur chaque chemin de campagne, on croisait des rafleurs, des mangemorts à l’affut. Ils nous traquaient, nous attendaient aux endroits clefs, des pions placés savamment par Voldemort. Devant les endroits que nous connaissions, chez nos amis… Vous n’imaginez pas le nombre de barrières magiques qu’ils ont dressé. Des frontières qu’on ne peut franchir que sous sa véritable apparence, où en prononçant la bonne formule sous peine d’activer une alarme, dressées au cœur des forêts, devant les supermarchés, sur les perrons des maisons. On s’est retrouvé enfermés dehors, à fuir tout humain à la ronde, continuant notre enquête sans jamais rien trouver. Si on avait su…

- Si vous aviez sur quoi ?
- Où étaient les réponses ! Dans les endroits les plus mortels ! Au cœur du ministère de la magie ! Gringotts ! Dans les maisons familiales des lignées de sang-purs ! A Poudlard ! Voldemort avait merveilleusement bien orchestré son jeu de l’oie. Chaque pas pour se rapprocher de lui nous menait précisément là où on ne pouvait absolument pas se rendre sans se mettre immédiatement à découvert.

- Et au jour le jour, comment…
- Au jour le jour ? On dormait chaque soir dans une région différente de Grande-Bretagne. Toujours sous sortilèges de camouflage. Sans devoir faire de bruit. A faire attention à n’activer aucun signe de reconnaissance magique. J’ai déjà oublié la majeure partie des endroits où nous nous sommes rendus, sauf les plus importants, dont je ne peux justement pas parler. De toute façon, on sait tous comment ça s’est fini : un immense bain de sang. Et les survivants sont tellement foutus en l’air que pour la moitié, je suis persuadé qu’ils auraient préféré y rester.

Crews :
- Toi, tu aurais préféré y rester ? C’est pour ça que t’es là ? Parce que tu espères te faire soit laminer la gueule par Butcher, ou soit te faire vider de ton sang par l’un des derniers mangemorts ?
- Pourquoi je suis ici ? Mets-toi à réfléchir ! Rugit Potter. Tu as vu comment les AURORS me regardent ? Me considèrent ? Tu as vu que, Voldemort étant mort, la famille de mes anciens camarades se fait encore persécuter juste pour me faire la putain de chique ? Tu veux que je continue à exposer d’autres gens et… Non, faites pas cette tronche-là, c’est pas du sacrifice, je vous assure. J’ai envie qu’on me foute la paix. Etrangement et aussi antipathiques qu’ils soient, des chasseurs de mage-noirs solitaires habitués à voir leurs amis se faire massacrer sont, je crois, les personnes qui peuvent le plus vaguement comprendre que j’ai envie d’être tranquille. Et puis tu voulais que je fasse quoi, hein ? Je ne sais faire que ça ! J’ai 17 berges ! DIX-SEPT ANS ! Soit je venais ici, soit je retournais pour passer mes putains d’Aspics à Poudlard où la moitié de mes potes se sont fait torturés. Génial. Et quel plan de carrière ensuite ? Célébrité bedonnante ? Fou paranoïaque exilé en Ecosse ?

- Joueur de Quidditch ? Hasarda Coote. Tu voles bien, Potter.
- J’aime pas signer des autographes, lâcha Harry, encore rouge de s’être emporté.
Stupidement emporté. Stupidement dévoilé.
Quelques secondes de silence.

- Je peux vous poser une question ? Demanda Harry.
Ils firent tous des têtes de poisson frit.
- Heu, vas-y ? Répondit Coote.
- Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer cette putain Loi de Gaunt ? Ça fait deux ans que je me la récite, et j’ai toujours pas compris comment créer un putain d’antidote à la con.

« On est pas dans la merde », traduit bien l’expression affligée que les trois aspirants aurors arborèrent alors. L’après-midi se passa étrangement normalement. Ré-explication des cours les plus ardus par Perkins pour Potter, mijotage fumeux de potions d’énergie, de cataplasme apaisant pour épaules endolories, de recherche sur les propriétés magiques des orties plantées durant la 3e lune du 3e mois sous un tapis de tue-loup, tout en récitant à voix hautes leurs déclinaisons gobelines et en tentant de manier les ciseaux et éprouvettes par sortilèges silencieux, sans les mains.

Un après-midi presque sans drama, en somme. Pour une fois.




Ils étaient là, juste derrière la vitre. Assis l’un contre l’autre. La tête de sa maman contre l’épaule de son père, enlacés. Fatigués, malmenés, effrayés un peu. Totalement désorientés. L’année qui venait de s’achever ressemblant à un rêve. Un rêve tout ce qu’il y a de plus calme, de plus normal, mais dont l’implacable mécanique, inratable et bien rodée, finit par vous cerner, vous encercler, vous emprisonner sans que vous ne puissiez rien y faire. Ils étaient les Jenkins, dentistes aisés sans enfants, heureux, britanniques immigrés en Australie pour le dépaysement. Vivant une vie de poupée qui ne leur correspondait en rien, scénario orchestré par un tiers, originellement conçu spécialement pour eux, mais en réalité si décalé, si dissonant. La maison, leur quotidien, les envies implantées dans leur psyché… Tout ce qui leur convenait, selon leur fille.
La vérité, c’était que Mrs. Granger détestait les zones pavillonnaires. Elle n’avait accepté d’y habiter en Angleterre que pour la proximité avec une bonne école pour sa fille (comprendre : une école adaptée), et les caries en masse comme clientes que cela impliquait. Mais depuis sa grossesse, la décision avec son mari était prise : dès qu’ils ne seraient de nouveau plus que tous les deux, ils déménageraient dans le centre-ville d’une grande métropole européenne – Barcelone, Berlin, Stockholm peut-être – au cœur de vagues de cultures pour quadragénaires bien lotis économiquement. Dans ces appartements petits mais cossus, surplombant cafés et galeries… Et pourtant, Mrs. Granger se souvenait avec une incroyable limpidité de son –bonheur- d’habiter cette banlieue sans saveur dans ce pays anglophone et foutoir à des années lumières de la culture européenne qu’elle chérissait. Elle était si… irréellement ravie d’être là, de vivre cette vie, d’habiter ce quartier, sans se poser une seule question, sans avoir la seule volonté d’évoluer dans sa vie. Alors que sa vie n’avait été que ça ! Toujours, étape après étape, avancer, découvrir de nouvelles choses, refuser l’immobilisme. Ce n’était pas parce qu’elle était une dentiste libérale maman et jeune quadragénaire qu’elle n’était pas aussi curieuse, indépendante et aventureuse ! Et ce dédain, cette ignorance, ce désintéressement qui l’avait habité pendant un an d’avoir des enfants. Hermione avait dû se dire qu’il aurait été une très très mauvaise idée pour les Granger d’avoir un frère ou une petite sœur Jenkins avant de - redevenir les Granger -, soit des gens déjà parents depuis bien plus d’une décennie. Pour Hermione, si elle était fille unique, c’était parce que ses parents ne voulaient qu’un enfant. Sinon depuis le temps, ils en auraient eu d’autres ! Mais Hermione ignorait tout du rêve féroce de sa mère d’enfanter une équipe de football, mis à mal par une fertilité très défaillante dès sa vingt-cinquième année. Mrs. Granger voulait des enfants, tomber enceinte, la maternité. Elle ne pouvait pas en avoir, l’avait accepté, n’était pas très enthousiasmée par les très difficiles, laborieuses procédures d’adoption. Mais vivre un an avec le sentiment exactement contraire que celui qui l’avait habité toute sa vie… Hermione avait cru bien faire, avait créé la vie qu’elle pensait rêvée et souhaitée par ses parents. Des parents qu’elle ne connaissait pas. Absolument pas.
Ils étaient là, derrière la vitre, à l’attendre, forcément. Leur fille. Et elle, elle était si soulagée de les voir vivants, en bonne santé et en sécurité. Alors pourquoi ne poussait-elle pas la porte, pourquoi n’allait-elle pas les rejoindre et les prendre dans ses bras ? Qu’ils pleurent de malheur et de bonheur en famille ? Pourquoi restait-elle plantée ainsi ?

Hermione était l’archétype de l’enfant né-moldus insérée dans la société magique qui reste désespérément en marge de ses racines, de ses origines. Ayant plongé dans une nouvelle identité, de nouvelles valeurs, repères, une nouvelle histoire collective à l’âge si enfantin de onze ans, et regardant en arrière sans comprendre. Sans comprendre au final le métier des parents, leur technologie avec laquelle les enfants moldus perdent peu à peu le contact, quoique laissent penser leurs connaissances bien plus développées à ce propos que les enfants né-sorciers. Ils savent ce qu’est la télévision, ce qu’est internet, le téléphone. Mais ils ont tout raté, exilés à Poudlard à l’orée des années 1990, de l’apparition des téléphones portables, d’internet à haut débit, des mails… Ils connaissent la musique de leurs parents, les mythes anglais moldus tels les Beatles et U2… Mais de la star musicale de l’été 1993, dont les tubes résonnent encore nostalgiquement sur les stations de radio locales cinq ans après le tube, ils ignorent tout. Le fossé culturel se creuse années après années. Comment expliquer le scandale de la lâcheté de Fudge à ses parents, quand le monde moldu apprendra deux mois plus tard l’infidélité de Bill Clinton envers Hillary, avec une certaine Monica Lewinsky. Quand la Grande Bretagne se tourne politiquement vers l’Union Européenne, l’Europe de l’Ouest, en construction tandis que l’Angleterre magique est traditionnellement diplomatiquement liée avec l’Europe du Nord et de l’Est, et l’Amérique latine. Deux mondes. Deux histoires. Des mythes différents. Rien à partager, ou si peu.
La Grande Bretagne moldue vit ses heures de paix, de gloire, d’essor économique fabuleux. Et la Grande Bretagne magique tente de sortir d’une guerre civile meurtrière doublée d’un quasi-génocide. Un pays, un espace, un territoire, et deux réalités qui se croisent mais ne se comprennent jamais.

Et s’il ne s’agissait que de deux cultures non-miscibles, telles de l’eau et de l’huile dans une même carafe. Mais il fallait ajouter à l’équation la personnalité d’Hermione Granger. Hermione qui fut à demi-sauvée par l’existence de Poudlard, par cette occasion, à onze ans, de découvrir un monde bien plus complexe à apprendre, plus dur à apprivoiser, quand, élève bien trop surdouée pour son propre bien, pour son propre équilibre psychique, elle ne se sentait à sa place nulle part. Dans le monde de l’Angleterre magique, elle allait pouvoir créer la sienne, de place, du néant, parfaitement adaptée à ce qu’elle était et voulait devenir.

Entre Hermione et ses parents, et sa famille, il y avait bien plus qu’une société magique. Il y avait… Hermione. Une jeune enfant à la mémoire quasi-photographique, jeune bambine à l’articulation et au vocabulaire impeccable, qui sait l’alphabet à quatre ans, la clef de sol à quatre ans et demi, d’ut et fa à cinq, refuse de parler aux autres enfants loin derrière son degré de développement, se met à pleurer devant le regard inquisiteur des psychologues, qui ne comprendra jamais qu’on ne lui en demande pas toujours plus, en lui proposant des textes à déchiffrer, analyser, des « jeux d’intelligence », mais moins, par pitié, moins. Hermione, sept ans et demi, a le niveau pour entrer au « collège ». L’école « primaire » où elle est placée, avec des enseignants formés, psychologues, tentent de laisser aux enfants le temps de se construire normalement, en leur enseignant des disciplines « non académiques ». Sport, musique, peinture, « construction » - appeler une option destinée à des enfants de huit ans « architecture » effrayant trop les autorités pédagogiques…

Hermione aime lire. A huit ans, elle se plonge dans Dickens, et puis des ouvrages qu’on jugerait bien trop poussés, trop politiques, trop révolutionnaires, pour une enfant aux dents de lait dans les années 1980. Orwell, quand l’Union Soviétique menace toujours les Anglais alliés à la vie à la mort des Etats-Unis. Huit ans et submergée par la géopolitique mondiale. Hugo, pamphlet contre la peine de mort. Rousseau et les droits de l’homme. Une « french touch » qui inquiétera fort ses parents, au demeurant. Hermione, neuf ans, ne comprend pas que dans un monde si empli d’injustice et de violence, on peut être dentiste en zone pavillonnaire, prend de haut ses parents, sortes d’animaux affectueux mais primaires. Ils ne peuvent pas la comprendre, et elle ne les comprendra jamais. Elle n’en prendra à vrai dire jamais la peine. Elle, elle sauvera le monde, rétablira le genre humain dans son bon droit, avocate, gagnant procès après procès contre la pègre, les dictateurs, les communistes sanglants, les capitalistes qui le sont tout autant. Ses parents, ces médecins buccaux, ne font pas le poids. Le reste de l’humanité non plus. Hermione reste dans ses livres, ses manifestes, ses essais de philosophie.
Qui s’ouvrent parfois d’eux-mêmes à la bonne page. Sans qu’elle ne les touche. Comme la télévision, qui refuse de fonctionner autrement qu’en français, qu’elle a fermement décidé d’apprendre. Toutes les petites choses anormales qui étonnaient fort Harry et faisait la fierté de Ron Weasley, et qui se produisaient autour d’elle, ne l’émouvait au final pas plus que ça. Après tout, elle retenait parfaitement chaque mot lu, devinait la fin des phrases des grands auteurs qu’elle lisait. Pourquoi devait-elle s’étonner si son tee-shirt hideux se paraît tout à coup du reflet pailleté qu’elle jalousait du châle d’une fille de sa classe ? Elle était plus forte que les autres, ce n’était pas un mystère. Du moins c’était ce qu’elle croyait jusqu’au grand bouleversement.

La grande découverte… Qu’elle n’était pas la seule à être fabuleuse. Passé la joie, la gloire d’apprendre qu’elle était encore plus «capable » que ne le pensait son entourage et même elle-même, la félicité sans fin de découvrir une nouvelle culture, de nouveaux romans, façons de pensées, traités, à lire, apprendre, quand elle commençait tout juste à se lasser de la médiocrité de son entourage, elle réalisa qu’elle n’était pas, pas du tout, absolument pas, la seule à être douée de ce type de talents formidables. L’intelligence, la magie… Ils étaient des milliers dans le monde à évoluer à des degrés de créativité et d’inventivité qu’elle ne pouvait même pas imaginer. L’angoisse. Terreur de devenir insignifiante. Hermione, onze ans bientôt douze, en première année à Poudlard moins un mois et demi, avait ouvert l’Histoire de Poudlard. Miss Je-sais-tout-de-la-magie était née, et cette nouvelle facette de sa personnalité n’avait pas franchement aidé à la rapprocher de ses parents. Cinq, six, sept ans plus tard, mineure « molduesquement », adolescente torturée par ses grandes dents, son incapacité à attirer les garçons, soit enfin quelqu’un que ses parents pouvaient, au-delà de tout le reste, globalement cerner, elle était devenu l’un des fer de lance d’une guerre civile magique donnant lieu à des massacres et exils en masse dans une idéologie nazie de hiérarchie des races. Dix-sept ans, héroïne nationale, héroïne de guerre avec le sac à main de Mary Poppins, avec de fortes chances de finir comme Guy Môquet. Et finalement non, elle s’en était sortie.

La petite maman chérie, le petit papa aimé, ils étaient là, maintenant. Juste derrière cette vitre. Et à des années, des années d’elle. Pouvait-elle encore vraiment les retrouver ?

Non. La réponse était évidente. Elle se lisait, implacable, dans le mouvement de recul qu’avait eu instinctivement son père quand elle était rentrée dans la pièce. Hanté lui aussi par les envies et sentiments factices qui l’avait happés durant un an sans même qu’il s’en rende compte, sa première réaction en voyant sa fille, sa petite fille si brillante et si terriblement l’auteur d’une violation directe de son corps et son esprit, de la pire des intrusions possibles dans la vie d’un homme, avec le moins de respect possible pour son libre-arbitre, sa première réaction fut la peur. La même peur qu’un misérable elfe de maison qui sait que son maître va lui ordonner de souffrir, qui sait que quoi qu’il se passe, il obéira, il souffrira. La peur de l’impuissant devant le tout puissant, de l’insecte devant le Grand. Et puis, ce n’était pas sa fille. Aussi étrange, unique… …pleine de défi qu’était sa fille, il y avait tout de même ces gestes qu’elle avait et qu’il observait depuis qu’elle était enfant avec bienveillance. Sa moue frustrée quand on ne comprenait pas ce qu’elle souhait dire assez vite à son gout. La manière dont elle repliait systématiquement son mollet sous sa femme quand elle lisait assis sur une chaise à un bureau. La tâche d’encre bleue sur la petite bosse au bout de son majeur. Harry n’était pas le seul à avoir changé, à s’être durci. Elle était devant eux, debout, dans l’encadrement de la porte. Ses cheveux étaient domptés dans une tresse serrée datant de plusieurs jours. Comme un acolyte de Robin des bois se préparant pour une expédition. Elle se tenait droite, son visage avait définitivement perdu, en un an, toutes les rondeurs souriantes de l’enfance. Et dans ses yeux, la douleur déchirante de constater qu’elle foutait la trouille à son père. Sorcière.

- Papa ? C’est moi.
Papa se reprit. Il lui sourit. Soudain, une vague dévastatrice d’émotion lui bloqua la gorge.
- C’est toi. C’est toi.
Mais Hermione ne s’élança pas pour venir se blottir contre ses parents pour pleurer à gros sanglots et respirer leur parfum. Elle resta debout à quelques mètres.
- Vous allez bien ? Demanda-t-elle avec une vraie inquiétude dans la voix.
Sa mère hocha lentement la tête, en regardant ses mains plutôt que sa fille.
- Maman…
Maman ne leva pas les yeux.
- Maman…
La supplication sonnait bien étrange dans la bouche de la jeune femme – guerrière.
- Maman !
Maman pleurait silencieusement, les lèvres fermées et serrées, les yeux rouges, quand elle leva la tête au cri de sa fille. Hermione croisa ses bras autour de ses propres épaules, comme pour se protéger d’une brusque chute de la température. Elle tremblait.
- C’était pour vous protéger ! Hoqueta-t-elle, debout, se sentant soudainement plus seule que seule au monde.
- Je sais, Hermione, fit doucement son père.
- Ils vous auraient tués ! Ils vous auraient tués !
- Tu n’avais pas le droit.
- Ils vous auraient tués ! Vous ne comprenez pas…
- Laisse-nous du temps, Hermione, dit son père en prenant la main de sa mère, qui pleurait de plus en plus bruyamment, à grand renforts de reniflements pitoyables et de halètements. Laisse-nous du temps.
- Je n’avais pas d’autres choix, murmura tout bas Hermione.
- Tu pouvais nous le laisser. On se serait caché. On aurait –compris-.
- Rentre avec nous Hermione, articula enfin sa mère, trop fort, presque dans un cri, comme si elle n’avait assez de force que pour l’articuler, le prononcer une seule fois.
Hermione se figea. Le regard de ses parents la transperçait.
- Rentre avec nous, répéta sa mère. Ce monde, ce monde n’est pas le nôtre, n’est pas le tien. Il n’apporte que la mort, la douleur… Reviens chez les gens normaux. Nous t’aimons. Nous ferons des efforts. Tu peux entrer à l’université, comme tu en rêvais. Tu n’es pas obligé de faire partie de ces gens-là.

Les oreilles d’Hermione bourdonnaient. Elle ne pouvait pas croire ce qu’elle entendait. « Ces gens-là » ? Opposés aux « gens normaux » ? Et pour l’accepter, ils feraient des « efforts » ?

- Mais…
- Tu n’es pas obligée d’être une sorcière, chérie, supplia sa mère. Tu peux… Tu peux refuser de… de…

De ? De quoi ? D’être elle-même ?
- Mais je –suis- une sorcière, Maman, souffla Hermione dans une expiration.
- Reviens avec nous, supplia son père.

Et quoi ? Abandonner Ron ? Ses amis ? Sa vie ? Ses pouvoirs ? Mais ce n’était pas que des pouvoirs ! C’était une Histoire ! Des références culturelles ! Son identité ! La question n’était pas de faire danser, ou ne pas faire danser la salsa à des marguerites en pot avec une baguette magique ! Elle était une sorcière ! Elle était née sorcière ! C’était dans son sang, puis dans son éducation, enfin dans ce qu’elle revendiquait être ! Elle était une sorcière ! Elle n’avait pas lutté à mort sur un champ de bataille pour faire reconnaitre ce droit, son droit d’existence, aux anti-sang-de-bourbe pour se retrouver face à ses parents et… et… et… Et jouer une mascarade !

- Je ne peux pas ! Cria-t-elle ! C’est ma vie ! Je me suis battue pour ! J’aime Ron ! J’aime un sorcier ! J’aime être une sorcière ! – Le cri se transforma en hurlement, en pleurs. – Comment pouvez-vous ? Comment pouvez-vous seulement… Dire ça ?! Vous, vous n’avez rien à m’offrir ! Jamais !

Sa mère secouait la tête en tentant vainement d’essuyer les larmes du dos de sa main. « Non, non, c’est fini » semblait-elle dire. Le père d’Hermione serra sa femme encore plus fort contre lui.
- Au revoir, Hermione, dit-il simplement. Au revoir.



Hermione chialait. Elle ne pouvait plus respirer, et c’était comme si la seule chose qui l’a retenait dans le monde des vivant était la plainte, le cri de douleur qui s’échappait de sa gorge. Son ventre était agité de soubresaut, chaque respiration lui arrachait un nouveau cri et faisait revenir la vague de désespoir qui la submergeait et la laissait pantelante et agonisante. Le tee-shirt de Ron était plein de morve et d’eau salé. Elle s’agrippait à lui, le lâchait en se convulsant sur elle-même, se raccrochait. Et lui tentait de contenir ce raz de marée de chagrin. Il le comprenait. Il avait le même, tapis tout au fond de lui, depuis la mort de Fred. Sauf que lui n’arrivait pas à le faire éclater. Il aurait presque été envieux de la victoire d’Hermione sur ses propres vannes si de la voir dans cet état ne lui brisait pas autant le cœur. Il passait la main dans ses cheveux. Dans son cou. Il embrassait de ses lèvres sa joue écarlate, son menton tremblant, ses paupières, ses oreilles, ses mains tordues. Elle voulait visiblement dire quelque chose. Prononcer quelque chose. Mais chaque tentative la plongeait dans un nouveau gouffre de cris et de hoquets. Et cela sorti, immédiatement accompagné d’une nouvelle crise, la plus forte peut-être, de chagrin dévastateur.
- Je… n’ai plus de… famille.
Et nœud, le trou noir dans le ventre d’Hermione l’engloutissait peu à peu, sans jamais finir de se dilater, de l’aspirer de l’intérieur, mais sans pourtant jamais abréger ses souffrances en l’achevant.
Et Ron de répéter inlassablement à sa joue, son menton, ses paupières, ses oreilles, ses mains tordues : « C’est moi, ta famille, maintenant ».
End Notes:
(Le titre est une citation de Flaubert et les poèmes d'Hugo sont tirés, si je me souviens bien, des contemplations...)
...Et le chapitre suivant est entamé !
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