Albus Potter et la Fiole d'Argent by Eliah
Summary:  
Bannière de Shirley et dessin de lainchan (Deviantart)

 

Le Poudlard Express, dans lequel Albus et Rose sont montés pour la première fois, vient de quitter King's Cross, et Albus a quelques doutes. Il est loin d'imaginer que cette année à Poudlard va être riche en émotions et en surprises.

Il va comprendre pourquoi tout le monde le dévisage et semble le connaître, mais il n’est pas au bout de ses surprises. Une fois mis au courant du passé de son père, il va avoir d'autres intrigues à gérer : pourquoi des objets disparaissent sans raison apparente à Poudlard ?
Mais surtout, que contient donc la Fiole d'Argent qu’il a retrouvée sous son lit ?

 

Edit Modération : Bannière supprimée car trop grande. Pour rappel, les dimensions maximales sont 250 px de haut et 500 px de large


Categories: Après Poudlard Characters: Albus S. Potter, Rose Granger-Weasley, Scorpius Malefoy
Genres: Aventure/Action, Comédie/Humour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Next Generation, Albus Potter, dix-neuf ans après
Chapters: 25 Completed: Oui Word count: 108136 Read: 128423 Published: 15/09/2009 Updated: 16/07/2010
Story Notes:


Le petit monde magique de Harry Potter appartient à J.K. Rowling.
Je ne suis pas payée pour écrire cette fiction.

1. I. 19 ans après (suite) by Eliah

2. II. Gazette et repérages by Eliah

3. III. Une visite inopinée by Eliah

4. IV. Le Conte de l'Elu et du Mage Noir by Eliah

5. V. Quidditch et des Broutilles by Eliah

6. VI. La Fiole d'Argent by Eliah

7. VII. Home, Sweet Home… by Eliah

8. VIII. Noël au Terrier by Eliah

9. IX. Un Cadeau Inestimable by Eliah

10. X. Le Tournoi by Eliah

11. XI. La Salle sur Demande by Eliah

12. XII. Eurêka by Eliah

13. XIII. La Rédaction by Eliah

14. XIV. Vacances chez Hermione et Ron by Eliah

15. XV. Un petit détour prohibé by Eliah

16. XVI. Le Souvenir de Gabriel Linus by Eliah

17. XVII. En Retenue by Eliah

18. XVIII. Des nouvelles de la Gazette by Eliah

19. XIX. Vacances de Printemps by Eliah

20. XX. Le Polynectar by Eliah

21. XXI: Albus et Severus by Eliah

22. XXII : Hermès by Eliah

23. XXIII : Zeus by Eliah

24. XXIV. Icare by Eliah

25. XXV : Epilogue by Eliah

I. 19 ans après (suite) by Eliah
Author's Notes:
La vie commence là où commence le regard.
(Amélie Nothomb)

Albus, le regard dans le vide, resta un long moment dans le couloir du train qui venait de quitter King’s Cross. C’est sa cousine, Rose, qui le ramena à la réalité :

« Viens, on va chercher un compartiment avant qu’il n’y en ait plus un de libre. »

Il la suivit en silence, ses pensées toujours occupées par la conversation qu’il avait eue avec son père sur le quai. Rose ouvrit la porte d’un compartiment vide et entraîna Albus à l’intérieur. Une fois qu’ils furent installés, elle lui fit remarquer :

« Quelque chose ne va pas ? »

Albus lui sourit.

« Non, tout va bien. C’est juste que… ça fait bizarre d’être dans le train pour Poudlard. »

Rose commença à protester :

« Depuis le temps qu’on en rêvait… »

« Justement, c’est ce qui est bizarre. Je veux dire, ça y est, on y est… »

« Oui, » dit Rose après un temps de réflexion, « je vois ce que tu veux dire. »

Puis, elle sortit de sa malle un livre intitulé Le livre des sorts et enchantements et se plongea dans la lecture, ce qui laissa à Albus à nouveau du temps pour réfléchir.

Ainsi, se dit-il, il pourrait demander au Choixpeau d’aller à Gryffondor s’il le désire. Il se demandait si son père avait déjà avoué cela à quelqu’un avant lui. Se pouvait-il que James l’ait su avant de rentrer à Poudlard et ait ainsi augmenté ses chances d’être à Gryffondor ? Mais Albus savait que son frère était beaucoup plus sûr de lui…

« Au fait, » dit Rose en posant son livre, « il y a un truc qui était vraiment bizarre. Tu te souviens tout à l’heure quand Papa a prétendu qu’il était célèbre… »

« Oui, c’était très drôle ! » dit Albus. « Mais je ne vois pas ce qu’il y a de bizarre, Oncle Ron aime bien faire des blagues… »

« Mais non, je veux parler du fait que tout le monde nous regardait ! »

« Ah, désolé, » fit Albus en rougissant.

« J’ai eu la même impression, » poursuivit Rose, « quand nous sommes allés la semaine dernière sur le Chemin de Traverse. Ce n’est pas tant le fait d’être regardés par tout le monde qui est choquant, tu vois, mais je pense qu’il y avait quand même une part de vérité dans les propos de Papa tout à l’heure : il y a beaucoup de gens qui connaissent nos parents, je crois. »

Albus eut soudain un déclic :

« Oui, tu as raison ! En fait, aussi loin que je me souvienne, à chaque fois que je vais quelque part avec Papa, tout le monde a l’air de le connaître. Je veux bien admettre que le fait d’être à la tête du département des Aurors puisse aider, mais là, on dirait que tous les sorciers du pays le connaissent ! « 

« C’est vraiment étrange… »

Au moment où Albus allait suggérer quelque chose, la porte du compartiment s’ouvrit et une dame aux cheveux blancs et au teint pâle qui poussait un chariot leur demanda :

« Vous voulez quelques friandises, les enfants ? »

Albus et Rose sortirent chacun quelques mornilles de leurs poches et se précipitèrent pour choisir leurs bonbons. Rose prit trois chocogrenouilles et deux plumes en sucre tandis qu’Albus préféra les Patacitrouilles ainsi qu’une boîte des Dragées Surprises de Bertie Crochue qu’il ne perdit pas de temps à entamer. Il eût la chance de tomber en premier sur une dragée au goût de toast grillé, mais regretta amèrement d’avoir eu la gourmandise d’en prendre un deuxième, car le goût de crotte de nez lui resta dans la bouche encore longtemps après le coucher du soleil.

Albus était en train de réajuster le col de sa chemise quand le Poudlard Express commença à ralentir : ils étaient sur le point d’arriver à Pré-au-Lard.

Il rattrapa Rose qui peinait à descendre sa malle du train au moment où Louis, le fils de Bill et Fleur, arriva sur le quai pour l’aider. Malheureusement, leur cousin n’était qu’en deuxième année et n’avait pas beaucoup de force dans les bras.

« Attends ! » fit Albus en sortant sa baguette et en se glissant à son tour sur le quai. « On va essayer ça. Locomotor Barda ! »

La malle de Rose, dirigée par la baguette neuve de son cousin, chancela, manquant de se renverser sur le quai, mais Albus réussit à maintenir le sortilège et faire atterrir la malle proprement.

Plusieurs élèves de première année s’étaient arrêtés pour observer la scène et applaudirent la prouesse d’Albus. Celui-ci fut gêné et commença à rougir de nouveau. Puis, James apparut et lança :

« Eh bien, p’tit frère, on peut dire que tu as bien rusé sur ce coup-là ! »

Albus croyait rêver : son frère lui avait-il fait un compliment ?

« Mais attends, » ajouta James avec un sourire malicieux, « ne serait-ce pas une qualité pour être à Serpentard ? »

Luke, le meilleur ami de James, éclata de rire, suivit par quelques uns de ceux qui entendirent la réplique cinglante.

« Alors, James, » dit une voix forte et claire, « toujours en train de faire le pitre ? »

Albus reconnut la forme massive de Rubeus Hagrid, le gardien des clés et des lieux de Poudlard. Quelques élèves furent impressionnés en le voyant, car Hagrid était un demi-géant. Albus, lui, connaissait bien Hagrid, car il venait de temps en temps chez eux pendant l’été. Il était d’ailleurs venu prendre le thé début août à l’occasion de l’anniversaire du père d’Albus.

« Allez, » ajouta Hagrid à l’attention de tous, « les élèves de première année avec moi, et faites attention où vous mettez les pieds. Quant aux autres, dépêchez-vous de rejoindre les diligences qui vous attendent. Hop ! »

James se hâta de quitter le quai, le sourire toujours aux lèvres. Albus, sans hésiter, prit la main de sa cousine Rose et avança aux côtés de Hagrid.

« Ça va, Albus ? »

« Oui, merci Hagrid. »

Il conduisit les élèves le long d’un long chemin étroit et escarpé qui s’enfonçait dans l’obscurité.

« Ah, ton frère fait vraiment le malin… Je crois que tes parents ont hâte qu’il grandisse un peu. »

Albus garda le silence. Il avait un peu de mal à garder le rythme des pas gigantesques du garde-chasse.

« Mais bon, au moins, ça me rajeunit un peu. J’ai l’impression de voir à travers lui ton oncle Ron… »

« C’est exactement ce que tante Ginny a dit sur le quai, » répliqua Rose. « Elle dit que James ressemble beaucoup à Papa. »

« Et elle a raison, » renchérit Hagrid. « Mais, que cela ne vous inquiète pas, surtout. Pensez à vos études, la première année est déjà assez éprouvante comme ça pour que James en rajoute ! »

Ces dernières paroles, que Hagrid dut prononcer afin de rassurer les deux cousins, n’eut pas l’effet escompté : Albus et Rose étaient à présent terrifiés.

« Vous allez bientôt apercevoir Poudlard, » déclara Hagrid en s’arrêtant pour attendre les derniers. « Après le prochain tournant. »

Puis il se remit en route. Enfin, ils arrivèrent sur la rive d’un grand lac noir. De l’autre côté du lac se trouvait un immense château hérissé de tours pointues. Albus entendit sa cousine derrière lui marmonner qu’elle n’avait jamais vu le château de nuit, mais uniquement de jour.

« Il y a peu de photographies de Poudlard dans les livres d’histoire, » ajouta-t-elle. « Et c’est dommage, parce que l’école est magnifique au clair de lune. »

« Pas plus de quatre par barque, » annonça Hagrid en montrant une flotte de petits canots alignés le long de la rive.

Albus aida Rose à monter dans une des barques et y monta à son tour. Ils furent rejoints par un garçon blond que Ron, le matin même, avait désigné comme étant Scorpius, ainsi qu’un autre garçon, grand de taille, avec des cheveux bruns bouclés.

« Tout le monde a sa barque ? » cria Hagrid après être lui-même monté dans une barque vide. « Alors, EN AVANT ! »

Les barques glissèrent sur l’eau à l’unisson et au fur et à mesure qu’ils s’approchaient du château, Albus entendit les cris d’admiration des autres. Après quelques minutes, ils arrivèrent dans une crique et sortirent des barques.

« Il faut encore marcher un peu, » les encouragea Hagrid.

Ils grimpèrent le long d’un chemin encore plus sinueux que celui qu’ils avaient emprunté avant de traverser le lac, puis montèrent quelques marches avant de se retrouver sur une pelouse verte fraîchement coupée et enfin devant une immense porte d’entrée en chêne massif.

« Tout le monde est là ? » demanda Hagrid.

Il frappa trois fois à la porte. Celle-ci s’ouvrit immédiatement sur un sorcier de grande taille au visage un peu joufflu qu’Albus reconnut immédiatement : c’était Neville Longbottom, un ami d’enfance de son père.

« Professeur Longbottom, voici les première année. »

« Merci, Hagrid, » fit Neville. « Allez, suivez-moi. »

Albus et Rose firent un signe de la main à Hagrid qui repartit vers les marches qu’ils avaient montées plus tôt, puis ils s’avancèrent dans le hall du château, où ils pouvaient apercevoir un grand escalier de marbre ainsi qu’une volée de portraits sur les murs, mais Neville les fit vite entrer dans une petite salle sur la droite.

« Attendez-moi ici, » annonça-t-il avant de refermer la porte.

Albus, qui se sentait à l’étroit dans cette salle, dans la pénombre, n’aurait jamais pu la décrire, et il était mal à l’aise, d’autant plus que quelqu’un lui soufflait dans le cou. Il se retourna et vit le garçon brun qui était monté dans la même barque que lui. Le garçon lui fit un sourire forcé et murmura :

« J’espère qu’ils vont se dépêcher, je suis claustrophobe. »

Albus lui adressa un sourire d’encouragement et lui tourna à nouveau le dos pour s’assurer que sa cousine allait bien.

« J’aurais dû prendre un livre, » dit-elle, déçue.

Albus avait une irrésistible envie d’éclater de rire, mais heureusement la porte s’ouvrit à nouveau et tout le monde sortit. Le garçon brun avait le teint livide et respirait toujours bruyamment, mais Neville ne le remarqua pas et les fit tous traverser le hall avant de les regrouper devant une grande double porte derrière laquelle un brouhaha général pouvait se faire entendre.

« Bienvenue à Poudlard, » dit Neville en plaçant le dos contre la porte. « Vous allez assister à la cérémonie de répartition, dont vous êtes les acteurs, puisqu’il s’agit de vous répartir dans une des quatre maisons de Poudlard. Il y a Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle et Serpentard. Cette répartition est très importante car votre maison sera comme une seconde famille. Vous passerez la plupart de votre temps ici avec des élèves de votre propre maison : dans les salles de classe, le dortoir ou la salle commune. Chaque fois que vous obtiendrez de bons résultats ou aurez un comportement exemplaire, vous rapporterez des points à votre maison. Si, par contre, vous enfreignez une règle ou obtenez une mauvaise note, vous lui ferez perdre des points. A la fin de l’année, la maison qui aura obtenu le score le plus élevé gagnera la Coupe des Quatre Maisons. »

Rose tourna la tête vers son cousin, le sourire aux lèvres.

« J’espère qu’on sera tous les deux à Gryffondor, » chuchota Rose.

Albus lui rendit un sourire un peu forcé, mais avant de pouvoir faire quoique ce soit d’autre, Neville ouvrit les portes qui menaient à la Grande Salle.

Lentement, Albus franchit le seuil de la porte et écarquilla les yeux d’émerveillement en découvrant l’intérieur de la salle. Il avançait, au rythme du groupe, dans l’allée centrale délimitée par quatre tables qui longeaient la pièce entière, et se dirigeait vers une table placée dans l’autre sens derrière laquelle une flopée de professeurs, apparemment tous plus impressionnants les uns que les autres, observaient la petite colonie de nouveaux arrivants. En levant la tête, il admira le plafond magique qui arborait un ciel étoilé et entendit Rose murmurer :

« Il a été fait exprès pour ressembler au ciel. C’est ma mère qui me l’a dit. »

Neville s’arrêta au pied des marches qui surélevaient la table du corps professoral, et désigna un tabouret sur lequel se trouvait un vieux chapeau rapiécé qu’Albus savait être le Choixpeau magique.

Un silence s’abattit dans la salle jusqu’à ce que le chapeau remue et se mit à chanter :

Bienvenue à Poudlard,
Où les élèv’ sont joyeux,
Parfois ils sont fêtards,
Mais le plus souvent studieux.
Moi, le Choixpeau magique,
J’dois prendre la décision,
A l’évidence, logique,
D’vous choisir un’ maison.
Si vous êtes hardi et fort,
Vous irez à Gryffondor.
Si vous êtes juste et loyal,
Poufsouffle s’ra irréprochable.
Vous êtes sage et érudit ?
A Serdaigle vous s’rez admis.
Et si vous êtes ambitieux,
Serpentard saura vous rendre heureux !
Vous voyez, c’est pas compliqué,
Prenez place sur le tabouret,
Mettez-moi sur votre tête,
Avant d’aller faire la fête,
Et très vite je vous dirai,
Dans quelle maison vous irez !


Avant qu’il ne prononce le dernier mot, un tonnerre d’applaudissement éclata dans toute la salle. Le Choixpeau s’immobilisa tandis que Neville monta les marches pour faire face aux élèves et sortit un parchemin de sa tunique. En déroulant ce dernier, il annonça :

« Je vais vous appeler par ordre alphabétique, et quand vous entendrez votre nom, vous viendrez vous placer ici. »

Il souleva le chapeau et jeta un coup d’œil à son parchemin.

Albus était désormais pris d’une panique difficilement contrôlable. Le moment de cette journée qu’il redoutait le plus était enfin arrivé, et la seule chose qui lui permettait de garder son calme extérieurement était les paroles réconfortantes que son père avait prononcées le matin même. Il se retourna discrètement vers la table des Gryffondor où il chercha James des yeux, dans l’espoir d’avoir un sourire réconfortant de sa part. Son frère ne regardait même pas la cérémonie, il avait le dos tourné et riait avec sa bande d’amis. Il commençait vraiment à regretter d’avoir un grand frère aussi désinvolte, mais il ne pouvait plus reculer.

« Abidal, Salomé. »

La jeune fille que Neville appela monta lentement les marches, vint s’asseoir prudemment sur le tabouret et Neville lui plaça le Choixpeau sur la tête. Celui-ci s’anima et déclara :

« Ah ! Je vois de la loyauté, et beaucoup de patience… Poufsouffle ! »

De la table derrière laquelle Albus se tenait explosa un tonnerre d’applaudissement et de cris de joie, afin d’accueillir la nouvelle élève de leur maison qui les rejoignit et s’installa, les joues rosies par sa récente mise sous les projecteurs.

Neville continua d’appeler la plupart des élèves sans qu’Albus y fasse réellement attention. A côté de lui, Rose était muette et semblait, si ce n’est plus, au moins aussi stressé qu’il ne l’était.

« Malfoy, Scorpius. »

Albus leva la tête et vit le garçon avancer nonchalamment vers le tabouret. Neville lui posa doucement le Choixpeau sur la tête, le bras tendu, comme s’il avait peur de ce qui allait suivre.

« Hum… » fit le Choixpeau, « je sens en toi beaucoup d’ambition… »

Albus pensa qu’il ne faudrait pas longtemps avant d’entendre proclamer le nom de Serpentard.

« Toutefois, je sens que la hardiesse en toi est plus présente que la ruse, aussi vaut-il mieux que je te mette à… Gryffondor ! »

Scorpius écarquilla les yeux, mais reprit un visage impassible au moment où Neville lui enleva le chapeau puis annonça un nouveau nom.

La table des Gryffondor avait applaudit, mais les cris de joie n’étaient pas si forts que pour les autres élèves déjà sélectionnés dans cette maison. Albus regarda sa cousine qui fronça les sourcils : elle était aussi étonnée que lui par le jugement du Choixpeau.

« Potter, Albus. »

Albus sursauta et s’avança. A la table des professeurs, tous les yeux étaient rivés sur lui, et quand il s’assit sur le tabouret, faisant face aux élèves, il vit que tout le monde le regardait aussi. Les murmures qui avaient persisté jusqu’à l’annonce de son nom avaient cessé, comme si le monde s’était arrêté. Neville plaça le chapeau sur la tête d’Albus, ou plutôt sur ses yeux, ce qui le plongea dans le noir absolu.

« Hum, encore un qui va être difficile à placer, ce soir… »

Le Choixpeau marmonna quelques paroles incompréhensibles, puis il ajouta :

« Toi aussi, tu as beaucoup d’ambition… »

Albus se crispa et se surprit à marmonner à son tour :

« Pas à Serpentard… Tout sauf Serpentard… »

Le Choixpeau marmonna à nouveau et ce fut les secondes les plus interminables de son existence.

« Eh bien, je pense que tu seras bien à… Gryffondor ! »

La table des Gryffondor se mit à hurler de joie et Albus, soulagé, se dirigea vers leur table. Tandis que Neville appela Rose pour la répartition, les deux cousins échangèrent un regard et Albus parvint enfin à lui adresser un large sourire, et même un léger clin d’œil qui signifiait ‘A tout de suite’.

Lorsqu’il fut installé en face de Scorpius, il entendit le Choixpeau se décider pour sa cousine :

« Gryffondor ! »

Albus applaudit de toutes ses forces avec ses nouveaux camarades pour accueillir Rose qui vint s’asseoir à côté de lui.

Alors que Neville appelait le dernier nom, Albus put observer au mieux la table des professeurs dont il reconnut plusieurs visages. Il y avait le professeur Flitwick, le doyen du corps professoral que le père d’Albus lui assura être très gentil -- du moment qu’il travaillait assidûment, ainsi qu’Hagrid, qu’il n’aurait pas avant sa troisième année pour les cours de Soins aux Créatures Magiques. Enfin, il reconnut le professeur McGonagall, qui était la directrice de Poudlard depuis presque 20 ans. Coiffée d’un chignon bien serré et portant de petites lunettes carrées, elle observait David Zabini, le dernier des élèves de première année, rejoindre la table des Serpentard. Puis, elle se leva, fit un signe de tête à Neville qui roula son parchemin et emporta le Choixpeau, et elle annonça :

« Bienvenue à tous pour cette nouvelle année à Poudlard. Eh bien, je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps : bon appétit ! »

Et là, sous les yeux affamés des élèves apparurent des plats débordants de nourriture. Il y avait du poulet, du roast-beef, des gratins de pommes de terre ainsi que des frites et d’onctueuses sauces, et Albus fut ravi d’apaiser sa faim.

Pendant qu’il mangeait, il observa les élèves de Gryffondor. Il y avait bien sûr Rose, sa cousine, qui avait un appétit d’oiseau et ne s’était servie qu’une fois de poulet et de légumes, avant de partir en grande conversation avec un fantôme :

« Je suis Sir Nicholas de Mimsy-Porpington, » déclara-t-il, « pour vous servir. Fantôme résident à la tour de Gryffondor. »

D’un blanc nacré, légèrement transparents, une vingtaine de fantômes flottaient tout autour des tables de la Grande Salle. Sir Nicholas était vêtu de hauts-de-chausse et avait le cou entouré d’une fraise. Rose lui posa plein de questions sur des sujets divers tels que l’histoire du château, les professeurs ou encore la situation des Elfes de Maison qui avaient préparé tous les plats qu’ils étaient en train de manger.

Albus n’écoutait qu’à moitié et jeta un coup d’œil en face. Scorpius mangeait tranquillement sans parler à ses voisins, qui discutaient chacun de leur côté sans lui prêter attention. Il vit qu’Albus l’observait et lui fit un signe poli de la tête avant de continuer à manger. Pourquoi tout le monde semblait le dédaigner ? Et pourquoi semblait-il déjà résigné à ce que personne ne fasse attention à lui ?

A sa droite se trouvaient deux garçons de première année qui se présentèrent à Albus :

« Kyle Littletown, » dit le premier.

Albus le reconnut comme étant le garçon qui était dans la même barque que lui lors de la traversée du lac, celui-là même qui était claustrophobe dans la petite salle où ils avaient attendu avant la cérémonie de la répartition. Il avait l’air d’aller mieux, car il était affairé à dévorer une cuisse de poulet à pleines dents.

« Et moi c’est Tom Bennett, » déclara le deuxième, « un garçon aux cheveux de jais et aux yeux gris perle. »

« Albus Pott… »

« On sait qui tu es, évidemment. Je pense qu’on va partager un dortoir. »

Tandis qu’Albus se résigna à comprendre pourquoi Tom avait dit « évidemment », ils entamèrent alors le genre de discussions que les élèves de première année avaient lors du banquet de début d’année. Kyle dit que ses parents étaient des Moldus et qu’il n’avait jamais osé leur dire, quand il avait huit ans, qu’il avait réussi à faire apparaître ‘comme par magie’ leurs signatures sur une dictée où il avait eu un zéro. Quant à Tom, il était le cadet d’une famille de cinq enfants dont les quatre premiers étaient allés à Poufsouffle.

« Mais ils ont tous déjà fini leurs études ici, » ajouta-t-il.

A côté de Tom se trouvait Victoire Weasley, la fille de Bill et Fleur, qui était en septième année, et également préfète-en-chef. Elle lui adressa un clin d’œil. Un peu plus loin, James resservait son assiette de frites en rigolant à une blague qu’il venait de raconter à ses amis.

A la table des Serdaigle, il aperçut également Molly et Lucy, les filles de Percy.

Puis les restes de nourriture disparurent, les assiettes furent nettoyées et les plats se remplirent de desserts. Il y avait beaucoup de pâtisseries différentes, des tartes aux fruits, au chocolat et à la crème, ainsi que des pommes juteuses et bien sucrées.

Albus se servit de tarte à la mélasse au moment où Sir Nicholas montrait à Rose pourquoi on l’appelait Nick Quasi-Sans-Tête, ce qui eut pour effet de faire hurler la jeune fille ainsi que quelques filles de première année qui avaient tourné la tête au mauvais moment.

Après avoir fini sa tarte, Albus prit un baba au rhum.

« Salut les cousins ! »

Victoire s’était levée et arborait un large sourire. Albus et Rose se poussèrent pour laisser leur cousine s’asseoir entre eux.

« Salut Victoire, » dirent-ils en chœur.

« Vous vous êtes bien régalés ? »

« Oui, » répondit Rose, « c’était en tous cas bien meilleur que tout ce que Papa nous a fait la semaine dernière ! »

La mère de Rose avait dû s’absenter deux jours pour son travail et Albus se souvint que sa cousine avait été très malade.

« Je crois bien qu’oncle Harry cuisine beaucoup mieux qu’oncle Ron, » dit Victoire.

Albus acquiesça.

« Papa n’a jamais été sollicité pour faire la cuisine, » tenta Rose de se justifier.

« Mais Papa non plus, » s’indigna Albus. « Je pense juste qu’il a eu plus d’occasions de devoir se débrouiller qu’oncle Ron. »

« Bref, » conclut Victoire. « Je venais juste vous souhaiter la bienvenue à Gryffondor, et répondre à vos questions si vous en avez… »

« Merci, » répondit poliment Rose avec un grand sourire. « J’allais justement te demander si je ne pouvais pas quand même commencer l’arithmancie cette année, parce que tu sais, Maman m’a tellement dit de bien du professeur Vector… »

Albus ne put réprimer un sourire en pensant à quel point Rose ressemblait à sa mère.

« Rose, » dit Victoire gentiment, « commence par le programme qui est prévu, tu verras, c’est déjà suffisant ! »

Rose allait riposter, mais le silence s’était installé à nouveau dans la Grande Salle et, en tournant la tête, Albus vit que les desserts avaient disparu des tables et que Minerva McGonagall s’était levée.

« Maintenant que nous sommes tous repus, je souhaiterais ajouter quelques mots pour vous rappeler l’essentiel du règlement intérieur de l’école. Il est formellement interdit à tous les élèves de pénétrer dans la forêt qui entoure le collège. La concierge, Mme Asper-Starez, me demande également de vous rappeler qu’il est de votre devoir d’afficher un comportement des plus respectables dans les couloirs et pendant les temps de pause. La sélection des joueurs de Quidditch se fera au cours de la deuxième semaine. Ceux qui souhaitent faire partie de l’équipe de leur maison pourront prendre contact avec Monsieur Dubois, le professeur de Vol sur Balai. »

Albus sourit. Il était persuadé que c’était le fameux Olivier Dubois qui avait été capitaine de l’équipe quand son père l’intégra, à l’âge de onze ans. Il se souvenait d’une histoire qu’il racontait souvent à propos d’un Rapeltout, d’un défi et d’une place dans l’équipe des Gryffondor.

« Enfin, » dit McGonagall en élevant la voix, « pour couvrir le chahut qui s’était formé avec l’information qu’elle venait de donner, je tiens à informer les première année, ce qui permettra aux plus anciens d’entre vous de vous en rappeler, de ne pas laisser traîner vos affaires afin d’éviter qu’elles ne disparaissent. »

Albus éclata de rire, imité par quelques élèves de première année. Il avait l’impression d’entendre sa mère qui les menaçait souvent, lui, James et Lily, de jeter leurs affaires si elles n’étaient pas rangées. Néanmoins, quand il vit que les autres élèves avaient considéré cette information sérieusement, Albus regretta de s’être fait remarquer.

« Qu’est-ce que ça signifie ? » murmura-t-il à l’attention de Victoire.

« Eh bien, » déclara-t-elle en poussant un soupir, « on n’a jamais su… Mais c’est vrai, ce qu’elle dit. Pendant ma troisième année, une de mes amies avait laissé traîner sur son lit des chaussettes un matin où elle était à la bourre, et le soir, elles avaient disparu. »

Au moment où Rose allait dire quelque chose, Victoire la devança.

« Je sais ce que tu vas me dire, mais toutes les filles du dortoir ont assuré ne pas y avoir touché, et ce ne peut pas être un Elfe de Maison, il ou elle les aurait lavées puis rangées. Donc… »

« Hem, hem… »

Albus vit le professeur McGonagall, impatiente, repérer les groupes d’élèves qui discutaient et qui l’empêchaient de continuer à parler. Il se redressa et donna un coup de coude dans les côtes de Victoire qui chuchotait toujours avec Rose.

« Bon, eh bien, avant d’aller nous coucher, chantons tous ensemble l’hymne du collège ! »

Elle donna un petit coup de baguette magique, et il s’en échappa un long ruban d’or qui s’éleva au-dessus des tables en se tortillant pour former les paroles de la chanson.

« Je vous prierai de bien vouloir chanter au même rythme, » dit McGonagall.

Et, tandis que chacun s’éclaircissait la gorge, Victoire chuchota à nouveau :

« Il paraît que du temps où Albus Dumbledore était directeur, chacun avait le droit de chanter sur son air préféré. »

« Ça devait être une sacrée cacophonie, » répondit Rose.

Et elle fit la grimace, pendant que McGonagall lança la chanson :

Poudlard, Poudlard, Pou du Lard du Poudlard,
Apprends-nous ce qu’il faut savoir,
Que l’on soit jeune ou vieux ou chauve,
Ou qu’on ait les jambes en guimauve,
On veut avoir la tête bien pleine
Jusqu’à en avoir la migraine
Car pour l’instant c’est du jus d’âne,
Qui mijote dans nos crânes,
Oblige-nous à tout étudier,
Répète-nous c’qu’on a oublié,
Fais de ton mieux, qu’on se surpasse
Jusqu’à c’que nos cerveaux crient grâce.


« Allez, au lit ! » déclara la directrice.

Victoire se leva, appela les Gryffondor à la suivre, et les autres préfets firent de même avec les élèves de leur maison. Rose prit à nouveau la main d’Albus, qui était un peu gêné mais se laissa faire. En effet, beaucoup d’élèves recommencèrent à les regarder, et il sentit que cela soulageait sa cousine d’avoir une main amie pour se calmer. Albus fit mine de ne pas s’en soucier, fixa son regard droit vers lui et sortit de la Grande Salle. Ils montèrent le grand escalier de marbre qu’ils avaient vu en rentrant quelques heures plus tôt. Sur les murs, de nombreux tableaux occupés par des sorciers et sorcières bougeaient. Certains chuchotaient à leurs voisins, d’autres souhaitaient aux élèves de première année la bienvenue ainsi qu’un heureux retour aux autres. Victoire les fit passer par des portes cachées derrière des tapisseries et des panneaux coulissants plusieurs fois, et Albus paniquait à l’idée de devoir retrouver son chemin tout seul vers la Grande Salle, dès le lendemain matin.

« Je crois qu’on va se perdre plus d’une fois, ici, » dit Rose qui n’était pas très confiante non plus.

Ils finirent par arriver à un couloir qu’ils traversèrent de bout en bout, et s’arrêtèrent devant un tableau représentant une très grosse dame qui tentait de défaire un pli dans sa robe de soie rose.

« Le mot de passe ? » demanda-t-elle.

« Librum Erratum, » dit Victoire.

Le tableau pivota, faisant place à un trou rond découpé dans le mur. En enjambant le trou, Albus interrogea sa cousine du regard.

« Apparemment, quelqu’un a déjà égaré un livre, » déclara-t-elle.

Albus découvrit la salle commune de Gryffondor, telle que sa mère lui avait décrite récemment : il y avait de gros fauteuil moelleux dans lesquels il avait hâte de s’enfoncer, des tables et une cheminée dans laquelle un Elfe de Maison avait fait un feu qui réchauffait agréablement la pièce. Il souhaita une bonne nuit à Rose qui suivait Victoire dans les dortoirs des filles, tandis qu’Albus monta l’escalier en colimaçon qui menait aux dortoirs des garçons. Suivant Kyle et Tom qui se précipitaient au sommet de la tour, il découvrit une chambre ronde avec quatre lits à baldaquin et, aux fenêtres, des rideaux de velours rouge. Albus s’avança vers le pied d’un des lits où il reconnut sa malle ainsi que la cage de sa chouette, Malacia, que ses parents lui avaient offert en allant sur le Chemin de Traverse avant la rentrée.

Il enfila son pyjama, trop fatigué pour suivre la conversation de ses camarades qui commençaient une bataille d’oreillers, aperçut Scorpius qui repéra sa malle, et se glissa dans son lit avant de s’endormir quasiment aussitôt.

End Notes:
Vous remarquerez qu'il y a des similitudes avec l'arrivée en première année de Harry... Ce n'est pas un manque d'imagination de ma part mais bien une volonté que le père et le fils puissent vivre deux histoires si ressemblantes ;)
II. Gazette et repérages by Eliah
Author's Notes:
On n'est jamais si bien servi que par soi-même.
(Charles-Guillaume Etienne)

Le lendemain était un samedi, et Albus se dit qu’il avait de la chance d’arriver en première année de Poudlard dans une de ces rares années où il allait avoir un week-end entier avant la première journée de cours, et il avait l’intention d’en profiter pour se repérer dans le château, si toutefois deux jours suffisaient. Il quitta le dortoir avec Kyle et Tom qui l’avaient attendu afin d’avoir plus de chances de retrouver la Grande Salle pour le petit déjeuner.

Dans la salle commune, il vit que plusieurs élèves le regardaient comme la veille, et certains même, qui étaient en pleine lecture de la Gazette du Sorcier, baissèrent leur journal pour le regarder. Albus se sentait à nouveau gêné, mais tout à coup il se dit que c’étaient plutôt les autres qui devraient être gênés de leur impolitesse à tous le fixer comme ça. Il y avait des murmures dans tous les coins et ça n’avait pas l’air d’étonner James, qui jouait au Frisbee à Dents de Serpent près de la cheminée.

En sortant par le trou gardé par le portrait de la Grosse Dame, Albus, Kyle et Tom commencèrent à essayer de se rappeler par quel chemin ils étaient arrivés à la Salle Commune des Gryffondor la veille, mais ils n’étaient pas d’accord dès le premier des cent quarante-deux escaliers de Poudlard franchi. Kyle voulait aller à gauche, Tom à droite et Albus pensait qu’il valait mieux commencer à descendre. Quand ils tombèrent sur un élève, sans doute de sixième année, pour lui demander le chemin, il déclara :

« Tous les chemins mènent à la Grande Salle, du moment que vous avez faim ! »

Justement, la faim commençait à tirailler l’estomac des trois Gryffondor : suivant alors le conseil qui leur avait été donné, ils continuèrent à avancer au hasard pendant quelques minutes, mais les élèves se faisaient de plus en plus rares dans les couloirs qu’ils traversaient, et ils finirent par apercevoir au loin la volière, qu’ils savaient beaucoup plus au Nord que la Grande Salle. Faisant demi-tour, ils tombèrent sur une porte qui refusa de s’ouvrir parce que Tom avait agrippé la poignée un peu trop brusquement, et les gens qui bougeaient dans les tableaux semblaient beaucoup moins enclins à la politesse que la veille.

Soudain, ils trouvèrent Peeves, le Poltergeist, qui leur indiqua une route, dont ils se rendirent compte qu’elle était fausse seulement après un bon quart d’heure, et finalement ils croisèrent Nick Quasi-Sans-Tête qui accepta de les accompagner jusqu’à la Grande Salle.

Albus y retrouva Rose, non mécontent d’échapper au monologue de Nick qui se plaignait que les Chasseurs sans Tête avaient encore refusé de le faire entrer dans leur club. Il vint s’asseoir en face de sa cousine alors qu’elle était plongée dans la Gazette dont la première page titrait « Rentrée à Poudlard ». En regardant sur la table, il vit des toasts grillés, du bacon, des œufs brouillés, de la confiture ainsi que du lait, du thé, du café, du jus d’orange et de citrouille. Se demandant pourquoi Kreattur ne faisait pas cela tous les matins à la maison, il se servit de bacon et de toasts.

« Bonjour, » dit-il. « Bien dormi ? »

Rose baissa son journal, le trempant presque dans son bol de lait, et considéra son cousin un moment. Puis, elle pinça les lèvres et Albus, qui la connaissait presque par cœur, sentait qu’elle avait quelque chose d’important à dire.

« J’ai pas mal cogité cette nuit en fait, » dit-elle d’un ton sérieux.

Albus posa sa fourchette.

« A propos de quoi ? » demanda-t-il.

Rose fit un petit claquement avec sa langue, ce qui était synonyme d’impatience.

« De nous, Albus ! De tous ces gens qui nous regardent (et surtout toi, d’ailleurs !) sans qu’on sache pourquoi ! Il faut qu’on sache ! »

Il sentit à nouveau un nœud dans l’estomac. Il avait oublié cela avec la course qu’il venait de faire à travers tout le château.

« Eh bien, » dit-il timidement, « je ne sais pas trop, tu sais… »

Il sentit ce léger manque de confiance en lui réapparaître soudainement, cette infime peur de l’inconnu qu’il avait depuis qu’il était tout petit.

« Regarde page quatre, » dit Rose en lui tendant le journal. « Après ça, tu ne pourras plus rien me refuser. »

Albus se força à sourire, prit le journal et repéra un titre au centre de la page.

Un nouveau Potter à Poudlard


Cindy Lafouine, reporter pour la Gazette du Sorcier.
Hier matin, si vous vous trouviez à King’s Cross vers 11 heures, vous avez certainement vu Harry Potter qui accompagnait ses deux fils à bord du Poudlard Express.

« Ils forment une petite famille très charmante, déclara Mme Cunnigan dont la fille Phoebe entre en troisième année dans la maison de Poufsouffle, et ils sont très discrets je trouve. »

Il est évident que Mr Potter, que l’on appelait autrefois le Survivant, cherche la discrétion après une enfance mise sous les feux de la rampe.

Il semblerait en tous cas que le jeune Albus Potter –dont, nous avons récemment appris, le deuxième nom est Severus (pour plus de détails, voir notre article page 10), était anxieux à l’idée de faire sa rentrée à l’école. Nous n’avons pas d’idée précise concernant la raison de cette inquiétude, mais cela pourrait certainement avoir un rapport avec la célébrité de son père, dont la ressemblance est vraiment frappante.

Quoiqu’il en soit, la famille Potter a été vue en compagnie de Ronald et Hermione Weasley, et leurs deux enfants, dont l’aînée, Rose, est entrée avec Albus en première année. Une source à l’intérieur du château nous a confirmé que les deux jeunes élèves ont été admis dans la maison de Gryffondor, comme le furent leurs parents avant eux.

Notre source a également révélé qu’un élève prénommé Scorpius Malefoy – qui est sans nul doute le petit-fils de Lucius, ancien Mangemort acquitté, a aussi été admis à Gryffondor. Nous n’avons pas encore réussi à joindre la famille Malefoy afin de connaître leur opinion. En effet, nous pouvons nous risquer à croire que ce genre d’information puisse en déstabiliser plus d’un (pour plus de détails concernant les Malefoy à Poudlard, voir notre article page 15)…


Albus relut l’article une deuxième fois afin d’intégrer le cumul d’informations qu’il contenait.

« Tes parents, » lui dit Rose en chuchotant, « ainsi que les miens, sont célèbres, comme on l’a supposé hier. Oncle Harry s’est fait appelé le Survivant, et cette Lafouine… Elle trouve ça bizarre que ton deuxième nom soit Severus et que Scorpius soit à Gryffondor ! »

« Beau résumé, Rosie… » marmonna Albus. « Mais ce qui m’intrigue le plus, c’est ce terme, là… ‘Mangemort’… Tu sais ce que ça veut dire ? »

« Non, » admit Rose. « Mais j’irai à la bibliothèque dès que j’aurai fini mon assiette. »

Albus mourrait d’envie de savoir. Cela le surprit tout à coup, parce que les craintes, qui l’avaient envahi avant la lecture de l’article, avaient complètement disparu.

Rose le regardait avec insistance, les lèvres toujours pincées.

« Bon, » déclara-t-il, « je suppose que tant que je ne te dirai pas d’accord, tu me harcèleras jour et nuit… »

« Exactement, cousin. Mais tu as pris la bonne décision. Je sais parfaitement où chercher les livres qui nous donneront les réponses dont nous avons besoin. »

« Quoi ? » demanda Albus. « Mais enfin, tu n’as jamais mis les pieds à la b… »

« Peut-être, mais Maman m’en parle souvent. »

Au même moment, Neville Longdubat arriva, les bras chargés de parchemins neufs.

« Bonjour, » leur dit-il en souriant.

Ils lui répondirent et Albus s’empressa de cacher la Gazette sous la table.

« Je suis venu pour vos emplois du temps, » dit Neville. « Je sais que vous ne commencez que dans deux jours, mais c’est la tradition pour le premier petit déjeuner de l’année. Vous vous régalez, j’espère ? »

« Oui, oui, » firent les deux cousins.

Neville leur donna un parchemin chacun et agita sa baguette. Albus prit le sien et découvrit son emploi du temps. Il avait cours tous les matins mais finissait plus tôt le lundi, et avait ses mercredis et vendredis après-midis de libre.

« Est-ce que vous avez des questions sur les matières ? »

« Oui, Neville… Enfin, je veux dire, Professeur, » se reprit Rose en rougissant. « Est-ce que le professeur Vector donne un cours d’arithmancie le mercredi après-midi aux troisième année ? »

Neville vérifia l’emploi du temps du professeur et dit :

« Non, il a les septième année en début d’après-midi seulement. »

« Et, » demanda Rose après un temps de réflexion, « pourrais-je lui demander de me donner un cours particulier… »

« Rose, » la coupa Neville, « je sais que tu cherches à avoir de l’avance, Victoire m’en a parlé ce matin. Mais je vais te dire la même chose qu’elle : commence déjà par l’emploi du temps que je viens de te donner, et nous verrons à Noël si vraiment tu souhaites toujours apprendre l’arithmancie. »

« Merci ! »

« De rien. Ah oui, j’allais oublier. Le cours d’Astronomie aura lieu le mercredi à 23 heures. »

Albus se mit à rire.

« A cette heure-là, en général, je suis dans mon lit ! »

Rose lui fit de grands yeux ronds. Il ne savait pas pourquoi, mais il s’arrêta de rire immédiatement.

« Eh bien, » lui dit Neville gentiment, « profite de ton temps libre dans l’après-midi pour faire une petite sieste ! Allez, bonne journée. »

Albus le regarda se diriger vers un petit groupe d’élèves de deuxième année, puis demanda à Rose, alarmé.

« Il ne plaisantait pas ? »

« Al, comment veux-tu observer le mouvement des planètes et des étoiles s’il ne fait pas nuit noire ? »

« Ah, bon, » fit Albus, incapable de faire d’autres commentaires.

Rose, tentant de changer de sujet, vérifia sa montre, et déclara en se levant :

« Bon, je file à la bibliothèque. »

Albus hocha la tête et fit mine de se lever pour l’accompagner.

« Reste ici, si tu veux bien. Le courrier n’est pas arrivé, et je voudrais que tu réceptionnes la lettre que mes parents m’auront certainement envoyée. Et puis, il faut que tu lises aussi l’article de la page dix, et celui de la page quinze si tu as le temps. C’est très instructif. »

Elle partit et Albus, ressortant le journal de dessous la table, trouva en bas de la page dix un petit paragraphe accompagné d’une photo représentant un éclair qui ressemblait fortement à la cicatrice que son père avait sur le front.

Il a été récemment découvert que le deuxième prénom d’Albus Potter, le deuxième fils de Harry Potter, est Severus. Des historiens se sont depuis penchés sur la question de savoir si cela faisait référence à Severus Rogue, ancien Mangemort qui a été tué dans la bataille de Poudlard il y a 19 ans.

Rogue a été maître des Potions à Poudlard de 1980 à 1996, puis professeur de Défense contre les Forces du Mal de 1996 à 1997, et enfin directeur de l’école de 1997 à 1998, jusqu’à la date du 2 mai, où il fut tué par Tom Elvis Jedusor. Néanmoins, le Ministère de la Magie n’est jamais réellement parvenu à déterminer avec exactitude de quel côté était Severus Rogue après la mort d’Albus Dumbledore.

Un bon nombre de personnes qui sont allés à l’école avec Harry Potter ont confirmé que celui-ci et le professeur ne se sont jamais entendus durant la scolarité de l’Elu, et c’est ce qui nous a intrigué, à la Gazette, car nous souhaitions savoir comment il en était venu à donner à son fils le prénom d’un personnage qu’il avait toujours méprisé.

Celui qui est désormais à la tête du Département des Aurors n’a pas voulu faire de déclaration concernant cette intrigue, sans doute aurait-il quelque chose à cacher ?

Cindy Lafouine


Cette Lafouine avait le don de mettre Albus en colère, et ce pour la deuxième fois de la journée. Il tourna les pages pour arriver à l’article sur les Malefoy quand les hiboux arrivèrent et Albus reconnut Polly, la chouette de sa mère, ainsi que Sally, celle de sa tante Hermione. Posant le journal sur le banc, il laissa les deux oiseaux se disputer un toast tandis qu’il détachait les lettres de leurs messagers. Il rangea celle de Rose dans sa robe de sorcier, et ouvrit la lettre que ses parents lui avaient envoyée :


Cher Albus,

Nous te félicitons pour ton admission chez les Gryffondor et te souhaitons une bonne première semaine à l’école. Sois attentif pendant les cours, surtout en Histoire de la Magie, car ta mère est sûre que Rose ne te laissera pas copier ses notes. Personnellement, je pense que tu pourrais la persuader mais qu’il ne faut pas en faire une habitude.

Prends bien soin de toi, nous t’aimons tendrement,

Papa.



Décidé à avoir des réponses, il termina son jus de citrouille et dit à Polly :

« Va à la volière avec Sally, nous répondrons aux lettres plus tard. »

Il enjamba le banc et quitta d’un pas déterminé la Grande Salle avec son emploi du temps et sa lettre dans la main. Il repéra des élèves de septième année qui parlaient d’aller à la bibliothèque et profita de l’occasion pour les suivre afin de ne pas se perdre une nouvelle fois.

Arrivé au quatrième étage, ils passèrent devant un miroir et Albus entendit un des élèves dire :

« Il paraît qu’il y avait un passage secret derrière ce miroir, mais qu’il a été détruit depuis. »

Ils arrivèrent à la bibliothèque, et Albus tourna à droite après la première rangée de livres pour ne plus suivre le groupe qui l’avait amené jusqu’ici. La salle était de taille exceptionnelle : il y avait des dizaines de milliers de vieux livres et de grimoires rangés sur des milliers d’étagères en bois ancien. Albus n’en avait jamais vu autant. Il continua à avancer entre des tables avec pupitres éclairées par des lampes tamisées jusqu’à ce qu’il finisse par trouver Rose, assise à l’une des tables à côté de la section Histoire de la Magie, cachée derrière une pile de livres qui arrivait à peu près au niveau des yeux d’Albus, qui était toujours debout.

« Salut, » chuchota-t-il pour que sa cousine le remarque.

Rose leva la tête, lui fit un sourire bref et un peu forcé, et se remit à écrire de sa plume sur un parchemin déjà bien noirci. Albus s’assit à côté d’elle et prit le premier livre de la pile dont il lut le titre : Histoire Moderne de la Magie. Il l’ouvrit à la page du sommaire mais fut déçu de voir que le dernier chapitre concernait la création du registre des Loups-Garous en 1947.

« Comment peuvent-ils prétendre l’appeler Histoire Moderne ? » dit Albus, en oubliant de murmurer.

Cela eut pour conséquence que beaucoup d’élèves, dont Rose, lui firent « Chut ! » et qu’Albus se sentit mal à l’aise.

Il finit par abandonner la pile de Rose assez vite. Il y avait des plumes, de l’encre et des parchemins sur les tables, ce qui lui donna l’idée d’écrire à ses parents pour leur demander les réponses. Lorsque Rose vit ce qu’il faisait, il s’expliqua et, résignée, elle rangea ses parchemins griffonnés dans une sacoche, donna un coup de baguette sur les livres qu’elle avait sortis afin qu’ils aillent se ranger eux-mêmes sur les étagères où elle les avait pris, et se dirigea vers la sortie.

« Ne sois pas fâchée, » dit Albus à peine la porte de la bibliothèque franchie.

Il avait vu Rose sortir en trombe, sans l’attendre ni lui adresser le moindre regard depuis son explication.

« Rosie, j’ai peur des réponses que peuvent te donner les livres, et je crois qu’il vaut mieux qu’on les demande directement à nos parents ! »

« Pourquoi tu m’as dit d’accord alors ? Ça fait une heure que je suis là dedans, et tout ça pour rien ! »

Albus était mal à l’aise. Il tenta de se justifier :

« En te voyant griffonner des pages et des pages, j’ai paniqué à l’idée qu’il y ait tant de choses que je ne sache pas sur mon père ! »

Rose poussa un soupir.

« Mais non, idiot, ce sont des notes personnelles, j’en ai profité pour jeter un coup d’œil sur les chapitres dont on va parler en cours d’Histoire de la Magie. Pour prendre un peu d’avance, quoi… »

« Donc tu n’as pas passé une heure à chercher des informations sur le passé de nos parents ? »

« Ok, j’avoue, » soupira-t-elle en s’appuyant sur le rebord d’une fenêtre. « Mais j’ai quand même trouvé un truc. Enorme. Tu veux savoir ce que c’est ? »

« Tu as découvert ce que c’est, un Mangemort ? » demanda Albus, pas totalement sûr de vouloir savoir lui-même.

Le nom avait tout de même une connotation négative.

« Non, désolée, mais je pense que mon information est tout aussi importante, si ce n’est plus. »

Albus hésita. En demandant les informations à ses parents, il savait qu’ils étaient les plus à même de savoir dévoiler ce qu’il était prêt à entendre. Après tout, il n’avait que onze ans, et ses parents l’avaient souvent défendu contre les farces de son frère James, qu’ils jugeaient parfois un peu dures pour Albus. Mais Rose, apparemment, tenait le choc, et elle avait le même âge. Indécis, il chercha à gagner du temps et fouilla dans sa poche.

« Attends, avant quoique ce soit, tiens. »

Il lui tendit la lettre de ses parents et resta silencieux jusqu’à ce qu’elle déclare :

« Je ne sais pas si on pourra avoir des réponses avec eux, après tout. »

« On dirait que tes parents n’ont pas été plus bavards que les miens, » fit remarquer Albus.

« Ça ne m’aurait pas étonnée, » siffla Rose. « Mais au fait, tu ne crois pas qu’on pourrait tout simplement aller demander à James ? »

« C’est ça, » dit Albus entre ses dents. « Il ne m’a pas adressé la parole depuis qu’on a quitté la gare hier matin et il n’a même pas regardé quand le Choixpeau m’a envoyé à Gryffondor. »

« Et Victoire ? Dominique ? Louis ? Molly ? Lucy ? Tu ne crois pas qu’ils doivent savoir des trucs ? »

« Je n’en sais rien, dit Albus. Je ne suis pas aussi proche d’eux qu’avec toi, et je pense que je préfère avoir les réponses de mes parents, au moins on aura les faits originaux. Tu sais bien, le bouche-à-oreille, dans la famille Weasley, ça prend parfois des proportions incontrôlables. »

Rose rigola. Elle se leva.

« Tu as raison. Allez, on va à la volière. »

« Au moins, je sais où elle est, » dit Albus en la suivant. « Mais bon, dis-moi quand même ce que tu as appris à la bibliothèque. »

Rose s’arrêta de marcher à nouveau et regarda Albus d’un air grave. Elle prononça chaque mot avec une lenteur, comme si elle pesait vraiment leur importance en les disant. Sa voix était solennelle, plus grave que d’habitude, et Albus détecta également un soupçon d’inquiétude :

« Albus, ton père a vaincu le plus puissant et le plus dangereux des Mages Noirs de toute notre histoire. »

III. Une visite inopinée by Eliah
Author's Notes:
Ce n'est pas l'esprit qui fait les opinions, c'est le cœur.
(Montesquieu)

Albus se remémorait le week-end qu’il venait de passer. Ça avait été une folie dont il n’aurait jamais pu se douter : il avait été tellement retourné par ce qu’il avait appris par Rose que celle-ci l’avait surprit de très nombreuses fois à se perdre dans ses pensées. Il essayait, en fin de compte, de savoir quels sentiments qui lui passaient par la tête, mais ils changeaient sans cesse.

Sa première réaction fut le choc, parce que son père ne lui avait jamais parlé de son héroïsme, et qu’il ne s’était absolument pas attendu à cela. Ensuite, il éprouva de la curiosité à savoir dans quelles circonstances il fut amené à un exploit de ce genre. Certainement, le fait qu’il était à la tête du Département des Aurors y était pour quelque chose ; mais Albus se dit que ça n’était pas forcément une information récente puisqu’il l’aurait sue. Pendant les onze années qu’il avait vécues jusque là, il avait toujours éprouvé une certaine fierté que son père ‘combatte les méchants’, comme il avait dit de ses propres mots alors que son fils avait à peine cinq ans. Harry et Ginny avaient toujours insisté sur l’importance de l’honnêteté, l’intégrité, et l’obédience.

Ensuite, il sentit comme un lion rugir à l’intérieur de lui et il était encore plus fier de son père : puisqu’il avait vaincu, c’était lui, le plus fort ! Et Albus savait à quel point la situation était réjouissante pour un garçon de son âge. Donc finalement, c’est la fierté qui l’emporta sur tous les autres sentiments, ce qui l’aida à se maîtriser pour un évènement assez particulier qui l’attendait le lundi matin.

« Hé ! Albus ! »

Une demi-heure avant son tout premier cours de Magie, Albus avalait quelques toasts pour se donner du courage. Il se retourna à l’appel de son nom et vit un groupe de garçons qui devaient être en sixième année, portant des uniformes noir et vert ainsi qu’une cravate avec des tons argentés : ils étaient à Serpentard.

« Oh, pardon, en fait, je voulais dire… Severus ! »

Les garçons se mirent à rigoler en se donnant des tapes dans le dos. Albus poussa un soupir de lassitude et les ignora. Il retourna à ses œufs brouillés.

Depuis que la Gazette avait donné des détails sur lui l’avant-veille, toute l’école était au courant de son deuxième prénom et Albus eut droit à de très nombreuses réactions des élèves les plus audacieux. Tout d’abord, les regards persistaient et Albus avait pensé que ça n’était pas très méchant, mais le samedi après-midi, dans le parc, un élève de cinquième année avait commencé à l’insulter, et depuis, dès qu’ils avaient le champ libre pour chambrer Albus, ils en profitaient.

A ce moment-là, il n’y avait presque plus de professeurs dans la Grande Salle, et cela semblait faire paniquer Rose, qui était assise à côté d’Albus. Elle commença à trembler légèrement et essayait de se cacher derrière le Livre des Sorts et Enchantements dans lequel elle était plongée depuis qu’Albus l’avait retrouvée pour le petit-déjeuner.

« Dis, Severus, » insista le garçon derrière lui, tandis que ses copains gloussaient, « c’est vrai que ton père t’a donné ce nom parce qu’il était amoureux de son prof de Potions ? »

Ses copains riaient de plus belle. Ils faisaient « Ouh ! », comme un fantôme dans un parc d’attractions pour Moldus, dans l’oreille d’Albus. Celui-ci vida son verre de jus de citrouille et posa une main rassurante sur le genou de Rose. Il ne fallait pas qu’ils rentrent dans leur petit jeu.

« Hé, les gars, regardez, c’est Malfoy ! »

La bande avait repéré Scorpius de l’autre côté de la table, à quelques mètres de là. Il s’était arrêté de manger, comme tous les autres Gryffondor à proximité, pour regarder le spectacle que les Serpentard offraient de si bon matin.

« Tu sais que tu es un traître, toi ? »

« Ouais, ouais, » firent les autres garçons.

Scorpius eut l’intelligence de ne pas répondre, et, sans leur adresser un seul regard, comme s’il n’avait pas entendu, il se resservit de toast. A ce moment-là, Albus ressentait de la peine pour lui car Scorpius n’avait pas d’amis pour le soutenir, alors que lui avait sa cousine à côté qui lui avait permis de rester calme tout au long du week-end.

« Qu’est-ce qu’a dit ton père en apprenant que tu étais à Gryffondor ? Il va te déshériter ? »

Tandis que la bande riait encore plus fort, Rose posa son livre, se figea complètement et émit un petit cri de détresse.

« Je peux vous aider, Messieurs ? »

Albus se retourna à nouveau pour voir Neville qui, le visage impassible, scrutait chacun des garçons moqueurs. Ils avaient arrêté de rigoler net en voyant leur Professeur de Botanique, et tentaient lamentablement de se justifier :

« Oh, non, M’sieur ! On a rien fait, on discutait juste avec notre pote Severus ! »

« C’est Albus, » corrigea Neville. « Il faudrait vous faire déboucher les oreilles, Monsieur Brown, parce que j’ai dit son nom vendredi dernier, à la cérémonie de répartition. Ah non, c’est vrai, vous n’étiez pas là. »

Brown devenait rouge écarlate.

« Vous croyiez que je ne l’avais pas remarqué, peut-être ? Eh bien, je vais encore vous surprendre. »

Neville s’adressa au garçon à la droite de Brown.

« Monsieur Linus, il me semble que vous avez, vous aussi, manqué le banquet ! »

Linus était encore plus gêné que Brown.

« J’espère pour vous, » dit Neville en parlant le plus doucement possible, « que l’on n’apprendra jamais ce que vous avez fait, tous les deux, parce que si c’est moi, je vous collerai tous les vendredis soirs jusqu’à la fin de votre scolarité, c’est clair ? »

Les deux garçons marmonnèrent quelques mots incompréhensibles et la petite bande se sauva prestement.

Albus était effaré. Quand Neville venait à la maison, il avait comme un léger manque d’assurance, qui avait complètement disparu à Poudlard, et Albus soupçonna que le rôle de professeur n’y était pas pour rien. Rose semblait avoir remarqué cela aussi, car elle avait les yeux écarquillés.

« Ça va, vous deux ? » demanda Neville.

Ils acquiescèrent.

« Je veux vous voir dans mon bureau après le cours de Botanique cet après-midi. »

Rose et Albus hochèrent de nouveau la tête.

« Tous les trois, » ajouta Neville à l’attention de Scorpius.

Scorpius, aussi impassible que d’habitude, dit poliment :

« Bien, Monsieur. »

Albus sursauta. C’était la première fois qu’il entendait la voix de Scorpius, et il trouva qu’elle était étonnamment grave pour un enfant de onze ans.

En retournant au dortoir pour prendre ses affaires de classe, Albus pensa à Scorpius, et à la rencontre avec son père sur le quai, et il se rendit compte qu’il avait oublié la Gazette du samedi dans la Grande Salle avant de lire l’article sur les Malefoy. Puis, quand il allait parler à Rose d’essayer de retrouver un exemplaire, il repensa à ce que McGonagall avait dit à propos des affaires qu’on oubliait, et un journal était précisément le genre de chose que l’on mettait de côté et donc qu’il ne fallait pas espérer avoir de la chance de ce côté-là.

Arrivé dans la Salle Commune, il demanda alors à sa cousine de lui faire un résumé de l’article. Rose l’attira près de la fenêtre, pour ne pas être entendue des élèves qui allaient et venaient des dortoirs sans cesse, ainsi que de ceux qui n’avaient pas cours dès la première heure et qui se prélassaient dans les fauteuils.

« En gros, il était écrit que toute la famille Malefoy avait été à Serpentard, et que ce n’était pas étonnant vu la réputation de la maison. »

Albus aperçut son frère qui s’installait à une des tables avec Luke. James remarqua Albus, mais tourna la tête très vite et rigola alors que son ami n’avait rien dit.

« Oui, quelle réputation, » dit Albus en se forçant de revenir à la conversation, « James m’a bassiné avec ça pendant tout l’été. »

Rose avait observé la scène et Albus vit qu’elle le regardait d’un air désolé :

« Il ne t’a toujours pas adressé la parole depuis King’s Cross ? »

« Non, » dit Albus ironiquement, « et je pense que les prochains mots qu’il me dira seront ‘Joyeux Noël’ ! Et encore… je suis optimiste ! »

Rose soupira.

« Tu aurais dû l’écrire à ton père… »

« Non, Rosie, je ne tiens pas à lui donner ce plaisir. Et puis, on en a déjà demandé beaucoup à mon père, tu ne crois pas ? »

La veille, déterminé à comprendre pourquoi il était le centre de toutes les conversations de Poudlard, il était allé à la volière et avait écrit une lettre à ses parents.

« Bref, » déclara Albus, « finis ton résumé. »

« Le fait que les élèves soient choisis à Serpentard pour leur ambition, leur ruse et leur malice a certainement joué en la défaveur de cette réputation. »

« Tu oublies aussi que Salazar Serpentard revendiquait des trucs affreux pour les enfants issus de famille Moldues ! »

Rose approuva, puis conclut :

« Sans offenser Tante Ginny, la Gazette du Sorcier est pleine de langues de vipère qui auraient sans doute eu plus de nouvelles croustillantes pour les lecteurs si Scorpius avait été admis à Serp… »

Elle se tut brusquement, car Scorpius venait d’entrer dans la Salle Commune.

« Le pauvre, » dit-elle, « on devrait peut-être faire quelque chose… »

« Oui, se dépêcher, ou on va être en retard pour le cours de Sortilèges ! »

« On se retrouve en classe, alors ! » lui lança Rose, tapotant sur son sac, signe qu’elle était déjà prête.

Une fois arrivé dans le dortoir, Albus fouilla dans sa malle à la recherche du Manuel de Métamorphose à l’usage des Débutants, ainsi que son manuel de Sortilèges, le même que celui que Rose avait dévoré au lieu de son petit-déjeuner, une plume, une bouteille d’encre et du parchemin, qu’il lançait au fur et à mesure sur son lit.

Puis il fourra tout son matériel en vitesse dans sa sacoche et allait sortir mais il tomba nez-à-nez avec Scorpius qui venait chercher ses affaires.

« Salut, » dit Albus machinalement.

Scorpius ne dit rien mais fit un nouveau signe poli de la tête. Albus, tandis qu’il descendait, repensa à Rose qui avait parlé de faire quelque chose, et soudain, il lui vint une idée. Il remonta les escaliers quatre à quatre.

« Euh… désolé, » dit Albus en tentant de reprendre son souffle, « tu sais où se trouve le cours de sortilèges ? »

Scorpius tourna la tête brusquement, puis il balaya la pièce du regard, comme s’il s’attendait à ce qu’Albus ait posé la question à quelqu’un d’autre que lui :

« Troisième étage, au bout du couloir. »

Albus fut surpris du ton sec que Scorpius avait utilisé. Il hésita :

« Hem… Merci… »

Scorpius lui tourna le dos et enfonça un livre dans sa sacoche. Albus vit qu’il avait laissé une feuille de parchemin traîner sur son lit, alors il s’en empara pour éviter qu’elle ne disparaisse et la mit dans son sac.

« J’y vais, en fait, » dit Scorpius, d’un ton soudainement plus enjoué. « Si tu veux, on y va ensemble… »

Albus fut surpris de ce revirement de situation, mais sa mère lui avait toujours dit de saisir l’instant au moment où il se présentait, alors il arbora un large sourire et dit :

« D’accord. »

C’est ainsi qu’ils descendirent tous les deux, en silence, dans la Salle Commune, où James avait commencé une partie d’échecs avec Luke. Albus profita d’un encombrement de la sortie par le portrait pour jeter un coup d’œil au jeu de son frère et sourit. Conforté par le destin qui lui avait fait commencer la journée à peu près correctement (l’incident avec les Serpentard s’était après tout bien terminé), il lui lança :

« James, tu es perdu d’avance ! »

« La ferme, Potter ! » lança James sans décoller les yeux de l’échiquier.

Albus secoua la tête et vit Luke qui lui adressait un clin d’œil. James n’avait jamais été bon aux échecs mais il était obstiné. Avec un petit pincement au cœur du fait que son frère venait de l’insulter en public, Albus s’efforça de garder le sourire devant Scorpius.

Ils descendirent jusqu’au troisième étage et longèrent le couloir, rejoignant un petit groupe d’élèves qui s’était formé devant une grande porte qu’Albus devina être la salle de classe de Sortilèges.

Rose arriva toute époumonée, ses longs cheveux roux tout ébouriffés.

« J’ai cru que j’allais être en retard ! » dit-elle en essayant de se recoiffer.

Elle jeta un nouveau coup d’œil à sa montre.

« Ah non, » ajouta-t-elle, soulagée.

« Tu n’étais pas partie avant ? » demanda Albus.

« Si, mais j’ai fait un détour par la bibliothèque. »

Au même moment, la porte de la salle s’ouvrit sur le minuscule professeur Flitwick. Les élèves s’engouffrèrent dans l’immense salle de cours. Les tables étaient alignées le long des murs et il y avait des piles de livres entre l’unique grande fenêtre de la pièce et le bureau du professeur. Il y avait aussi quelques armures près de la porte ainsi que d’autres objets banals : des bougies, des coussins dans un coin de la pièce et, sur chaque table derrière lesquelles les élèves commençaient à s’installer, une grande plume blanche.

« Tu viens ? » demanda Albus à Scorpius.

Scorpius le suivit et ils prirent place sur la première rangée à gauche du bureau. Albus était entre sa cousine et celui qu’il espérait aller être un ami, et c’est ainsi qu’ils entamèrent leur premier cours à tenter de faire voler une plume blanche, comme leurs pères à leur place quelques années plus tôt.

***


La première semaine fut très éprouvante pour Albus, notamment le cours d’Astronomie du professeur Colombia Priccone, une jeune sorcière très gentille et très charmante. Malgré les qualités indiscutables du professeur, Albus, en raison de l’heure tardive, dut lutter très fort pour ne pas s’endormir. Il eut même quelques absences, ce qui lui fit demander à Rose ses notes, et la réaction de sa cousine fut celle à laquelle Ginny s’était attendue :

« C’est bon pour cette fois, Al, mais dès la semaine prochaine, j’essayerai de te concocter un vitalisant ! »

Les cours d’histoire se révélèrent assez intéressants, à la grande surprise d’Albus, même si Binns, le seul professeur fantôme du collège, parlait d’une voix monotone, et cette fois-ci, c’était Rose qui avait du mal à suivre le rythme auquel leur professeur conférait.

Heureusement, il y avait d’autres cours pour lesquels les deux cousins avaient un grand intérêt, à commencer par le cours de Botanique. Albus pensa qu’ils ne pouvaient pas faire autrement que l’apprécier, le cours étant dispensé par Neville Londubat, qui avait un sacré don pour transmettre à ses élèves sa passion pour les plantes magiques dont il prenait soin comme s’il s’agissait de ses propres enfants.

Le jeudi matin, Albus et ses camarades de classe se préparaient pour un double cours de Défense contre les Forces du Mal, où firent connaissance avec un homme très svelte qui portait de longs cheveux bruns bouclés et une toute petite moustache relevée. Il s’appelait Mériadec de Montesquiou, était d’origine française et prétendait être le descendant d’un certain d’Artagnan, dont ils eurent une biographie complète durant la première heure. Les Gryffondor, qui avaient détesté l’idée d’avoir un autre cours d’histoire, furent pris d’une panique générale à la deuxième heure car le professeur voulait leur apprendre à faire un duel de sorciers alors qu’ils n’avaient encore appris aucun sortilège de défense.

Le cours de Métamorphose était donné par le professeur Fénelon Léonie, un petit homme rondelet et jovial. Kyle et Tom lui donnèrent dès le premier cours le surnom de « joyeux luron » qui fit rire une bonne partie de la classe, dont des Serpentard avec qui ils suivaient ces cours.

Olivier Dubois, qui était le professeur de Vol sur Balai, était par contre un sorcier assez sévère qui se désolait de voir que la moitié des élèves de son cours n’avaient jamais enfourché un balai de leur vie. Albus avait la chance que ses parents, qui s’étaient illustrés en Quidditch, lui eussent offert son premier balai assez jeune ; quant à Rose, elle avait hérité des dons de son père et n’eut pas trop de mal à stabiliser son balai rapidement, ce qui leur valut un léger répit du professeur, qui décida de s’acharner sur Kyle et quelques filles, dont Albus apprit qu’elles étaient issues de famille Moldues aussi.

Mais si Albus devait élire le cours le plus loufoque de tous, il aurait choisi, sans hésiter, le cours de Potions. Le mardi matin, les Gryffondor devaient supporter pendant deux heures avec les Serdaigle le professeur Cornélius Edison, un homme de taille moyenne avec de longs cheveux blancs ébouriffés qui lui donnaient un air de savant fou. Et il l’était, fit remarquer Kyle alors qu’il essayait de leur parler d’un certain « Doc’ » dans un très vieux film appelé « Retour vers le Futur » et dont ses parents ne se lassaient jamais. Et, tandis qu’Edison ajoutait une pincée d’asphodèle à sa potion sur le point de déborder, Tom commença à provoquer Kyle gentiment après que celui-ci lui ait fait un résumé de l’histoire :

« C’est n’importe quoi ! »

« Pas plus qu’un Retourneur de temps, » rétorqua Kyle.

« Sauf que dans notre monde, ça existe ! » renchérit Tom. « Alors que les Moldus n’arriveront jamais à construire une voiture qui va dans le passé ! »

« C’est pour ça qu’on appelle ça de la science fiction, » conclut Kyle. « Mais l’idée est bonne, quand même… »

Albus pensa qu’ils pourraient continuer à argumenter jusqu’à la pause déjeuner, parce que finalement, le professeur ne leur prêtait absolument aucune attention.

Le meilleur de la semaine, selon Albus, était que lui et Rose apprirent à connaître Scorpius, qui se révéla être un bon camarade. Il n’était pas très bavard, mais avait une culture assez importante, et c’était sans doute ce petit détail qui avait permis à Rose de l’accepter au mieux dans leur petit groupe.

Le vendredi midi, avant le dernier cours de la semaine avec le professeur de Montesquiou, ils devinrent un trio d’amis qui fit, une fois de plus, jaser beaucoup de monde à l’école. Scorpius apprit à ses deux nouveaux amis à prendre encore plus de recul par rapport à ce que la Gazette reportait sur eux tous les matins depuis la rentrée, sans toutefois s’épancher sur le passé de son père et de ses grands-parents. Rose et Albus avaient de toute façon convenu qu’ils ne lui demanderaient jamais quoique ce soit sur le sujet. S’ils devenaient de très bons amis, Scorpius finirait par leur en faire part.

Vers le milieu de l’après-midi, Albus se mit en route pour la cabane d’Hagrid avec qui il allait prendre le thé. Il proposa à Rose et Scorpius de venir avec lui. Sa cousine accepta, ravie de revoir Hagrid qui était un ami de ses parents aussi, mais Scorpius déclara qu’il devait envoyer une lettre à sa mère, en réponse à celle qu’elle lui avait envoyée le matin même. Albus n’insista pas.

C’est ainsi que lui et Rose se retrouvèrent à deux dans le parc du château, et Albus trouvait cela presque bizarre. Il s’était déjà habitué à la présence de Scorpius. Mais il ne l’avoua pas à Rose car il craignait de paraître un peu trop importun. Toutefois, ils ne dirent pas un mot avant de frapper à la porte qui s’ouvrit grand sur un visiteur imprévu.

« Papa ? » s’écria Albus, surpris.

Harry se tenait en effet sur le pas de la porte. Il arborait un large sourire à l’attention de son fils et de sa nièce, puis il les fit entrer et les invita à s’asseoir.

« Hagrid va arriver avec une surprise, » dit Harry.

Albus jeta un rapide coup d’œil autour de lui. La maison était composée d’une unique pièce. A côté de la table se trouvait un feu allumé sur lequel un chaudron en cuivre était installé. Au fond de la pièce, un lit massif recouvert d’un patchwork prenait une grande partie de l’espace, et une commode y était accolée. Il y avait des jambons suspendus au plafond ainsi que toutes sortes d’objets tels qu’une arbalète, des seaux, une grosse paire de jumelles, et aussi semblait-il des crins d’unicorne noués avec un vieux bout de corde.

« Alors, Al, comment s’est passée ta première semaine ? » demanda Harry.

Albus fixa son père quelques secondes, puis il déclara :

« Avant tout, qu’est-ce que tu fais là ? On devait se revoir à Noël ! »

Harry lui sourit et s’assit en face de lui.

« Je pensais que tu voulais des réponses. Alors me voilà. »

« Et tu n’aurais pas pu m’écrire une autre lettre ? »

« Al ! » s’exclama Rose. « Ça ne se fait pas ! Moi, je suis très contente de te voir, Oncle Harry ! »

« Moi aussi, Rosie. Tes parents t’embrassent. »

Albus se sentit stupide.

« Ce n’est pas ce que je voulais dire. Enfin, tu vois, je me dis, tu es venu jusqu’ici, tu aurais pu t’éviter un long voyage. »

Rose poussa un long soupir d’exaspération.

« Al, ça te dit quelque chose, le Transplanage ? »

Harry se mit à rire.

« Arrête, Rosie. Je sais bien, mais Papa n’aime pas Transplaner. »

« C’est exact, et c’est aussi pour ça que je suis venu grâce à la Poudre de Cheminette. »

« Ici même ? » demanda Albus.

« Non, j’ai atterri dans le bureau de Neville. »

Albus fut prit de panique.

« Quoi ? Tu veux dire que tu as traversé le château et que tout le monde t’a vu ici ? »

Harry s’intrigua.

« Euh… pourquoi cette question ? Où est le problème ? »

Alors Albus lui expliqua toutes les moqueries des élèves qu’il avait dû endurer pendant la semaine et expliqua son indignation du fait que tout le monde allait pouvoir raconter qu’il recevait la visite de son père à Poudlard.

« J’imagine déjà les réactions : ‘Alors, Albus ? Tu ne peux pas te passer de ton Papounet pendant plus d’une semaine ?’ »

Albus s’écroula sur la table, la tête dans ses bras croisés. Il sentit la main de son père lui caresser l’épaule.

« Al, je peux t’assurer que personne ne m’a vu, à part Neville, McGonagall, Hagrid, Rose et toi. Ah oui, en parlant de Neville, il m’a dit qu’il t’a convoqué dans son bureau lundi soir… »

« C’est pas ce que tu crois, Papa ! » coupa Albus, paniqué à l’idée que son père puisse croire qu’il se soit déjà fait remarquer par ses professeurs.

« Ne t’inquiète pas, il m’a expliqué. Comment tu te sens ? »

« Bien, » mentit Albus.

L’entretien avait été très stressant et il aurait sans doute encore plus paniqué s’il n’avait pas eu sa cousine et Scorpius avec lui. Neville était au début persuadé qu’ils avaient provoqué les élèves de Serpentard. Avec Rose quasiment sur le point de s'agacer et Scorpius qui répondait au professeur, Albus avait eu du mal à maintenir sa position, et Neville était même sur le point de leur faire boire une potion de vérité.

« Non ? » demanda Harry, effaré. « Il vous a menacés avec du Veritaserum ? »

« Papa, tu n’as pas le droit d’utiliser la Légilimancie contre ton propre fils ! » s’indigna Albus.

C’était une mauvaise habitude qu’il avait pris à cause de son travail, mais Albus soupçonnait que c’était plutôt une excuse pour ne pas avouer qu’il le faisait intentionnellement.

« Je suis désolé, Al, » dit Harry. « Alors, il vous a vraiment menacés ? »

« En fait, » déclara Rose pour tenter de défendre Neville, « je crois que ça n’était qu’une menace. Quand Al lui a dit qu’il était partant pour le sérum parce qu’il n’avait rien à se reprocher, Neville comprit qu’il ne bluffait pas, et il a fini par nous croire. »

La discussion s’acheva, car la porte de la cabane s’ouvrit sur Hagrid qui leur souhaita la bienvenue. Albus vit qu’il tenait dans ses mains quelque chose de volumineux qu’il avait enveloppé d’une vieille couverture.

« Bonjour ! » dit-il d’un ton jovial.

Albus et Rose lui répondirent.

« C’est bon, Hagrid ? » demanda Harry. « Tout s’est bien passé ? »

« Sans problèmes, » répondit le garde-chasse en posant la couverture sur la table.

Albus et Rose se levèrent, plus par volonté de mettre de la distance entre eux et le contenu de la couverture que par politesse pour leur hôte qui venait d’arriver.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Rose, un peu craintive.

Un petit gémissement se fit entendre et Albus comprit que cela provenait de la couverture. Celle-ci bougea, ce qui fit sursauter les deux cousins, et Harry mit fin au suspens en écartant les bords. Une petite tête courte et massive, avec un large crâne, fit son apparition. C’était un chiot à la peau ample avec des plis et des rides. Son museau était très large et haut, et ses lèvres charnues, épaisses et amples.

« C’est un Mâtin de Naples, » déclara Hagrid. « Comme Crockdur. »

Albus savait que Crockdur était le chien de Hagrid du temps où son père fréquentait Poudlard. Malheureusement, les chiens ne vivaient pas aussi longtemps que les humains, et encore moins que les sorciers : ça avait été un grand déchirement pour Hagrid, qui aimait son chien par-dessus tout, et il avait passé de nombreuses soirées chez eux. Ginny avait dit qu’au moins, le temps qu’il passait à la maison, il ne le passait pas au Chaudron Baveur à se saouler.

Apparemment, Hagrid s’était résolu à prendre un autre chien.

« Je vais l’appeler Gulliver, » dit Hagrid fièrement.

Rose tendit la main doucement sur la tête du chiot qui se laissa caresser. Albus imita sa cousine. Le pelage était doux, presque soyeux, et Gulliver tendait docilement le cou pour profiter au maximum des longs doigts d’Albus. Il ferma les yeux comme pour savourer ce moment.

« J’espère pour toi qu’il sera plus courageux que son prédécesseur, Hagrid. »

Harry avait dit ça en tapotant l’avant-bras du garde-chasse, qui était presque le point le plus haut qu’il pouvait toucher.

« L’essentiel est qu’il soit calme et gentil avec les enfants, on ne veut pas avoir d’accidents… »

Hagrid soupira. Albus remarqua qu’il avait dit cela avec une pointe d’ironie.

« Eh bien, » déclara Harry, « tu as fini par convaincre Minerva, c’est ce qui compte ! »

« Je suppose, » dit Hagrid en posant son manteau en poil de bête sur son lit. « Je lui ai assuré que c’était le chien idéal, mais je crois que tu m’as beaucoup aidé à avoir l’accord de la directrice. »

Harry sourit.

« Merci, Harry. »

« Pas de quoi, ça me fait plaisir. »

Soudain, le couvercle du chaudron sur le feu se mit à bouger et de l’eau bouillante en sortit, faisant crépiter les flammes.

« Allez, on va boire le thé, » déclara Hagrid en s’emparant d’un gant de cuisine de la taille d’un couvercle de poubelle. « Pendant que je m’occupe de l’eau, Harry, tu veux bien faire descendre Gulliver ? Et puis, Rose et Albus, vous pouvez attraper les tasses sur le rebord de la fenêtre ainsi que l’assiette de biscuits. »

Harry prit le chiot dans ses bras, et eut le souffle coupé :

« Eh bien, tu es déjà bien lourd, toi ! »

D’un geste habile, il attrapa sa baguette de la main droite et la dirigea vers la couverture, qu’il fit voler jusqu’au sol, près du lit. Puis il posa Gulliver dessus.

Albus s’occupa des tasses qu’il posa sur la table après que son père ait tout nettoyé discrètement avec sa baguette et il se rassit alors qu’Hagrid arrivait avec une énorme théière bouillante. Il servit le thé et déclara :

« Allez, servez-vous de biscuits. C’est moi qui les ai faits ! »

Albus tendit la main vers l’assiette, mais au même moment son père toussa légèrement, trop pour que ça soit naturel. Alors, leurs regards se croisèrent et Harry fit un petit signe de la tête à Albus, lui recommandant de ne pas y goûter. Le jeune garçon, faisant confiance à son père, changea sa main de direction et agrippa plutôt sa tasse. Rose suivit le conseil et ignora les biscuits aussi.

« Alors Harry, » demanda Hagrid en s’asseyant à son tour, « j’ai appris que le gang des Hêmes avait encore frappé cette semaine ? »

« Oui, » dit Harry avant de boire une gorgée de thé, « ils ont cambriolé plusieurs maisons de Moldus la nuit de lundi à mardi, évidemment on a des complications avec le Premier Ministre britannique qui veut violer le Code du Secret parce qu’évidemment les Moldus n’ont constaté aucune infraction et les assurances ne veulent pas faire marcher la clause de cambriolage… »

Albus se pinça les lèvres. Son père avait utilisé deux fois le mot ‘évidemment’ dans la même phrase, ce qui signifiait qu’il était très contrarié, mais aussi très fatigué.

« Elles ne marcheront pas plus si on leur disait que c’étaient des sorciers qui avaient utilisé Alohomora pour ouvrir la porte, » dit Hagrid. « Au contraire, si les Moldus savaient qu’on pouvait ouvrir toutes les serrures sans problèmes, ça les inquiéterait encore plus qu’une poignée d’entre eux se faisant cambrioler sans infraction. »

Albus vit son père, les coudes sur la table, se masser les tempes du bout des doigts. Voyant la mine intriguée de son fils, il s’arrêta net et arbora soudainement un large sourire, comme s’il ne souhaitait pas l’inquiéter, lui ébouriffant quelques mèches de cheveux.

« Mais je ne suis pas venu ici pour parler du boulot ! » déclara-t-il finalement.

Albus sentait que les révélations approchaient et il sentit son cœur battre irrégulièrement. Ses mains tremblaient et, pour les occuper, il prit une gorgée de thé qui lui brûla légèrement le palais. Il reposa sa tasse sur la table et attendit son père. Harry se redressa sur sa chaise et croisa les mains sur la table. Il prit une profonde inspiration et commença à raconter son histoire :

« Quand j’avais un an, un mage noir très puissant est venu chez nous et a tué mes parents. »

Rose poussa un cri d’horreur à peine perceptible.

« Ce mage s’appelait Tom Riddle. »

Hagrid toussa bruyamment, mais Harry n’y prêta pas attention. Rose, quant à elle, avait failli s’étrangler avec une gorgée de thé et Albus paniqua en voyant sa cousine qui toussait violemment.

« Anapneo. »

Harry rangea à nouveau sa baguette et Rose prit une grande respiration.

« Merci, » dit-elle.

Une fois qu’elle arrêta de tousser, elle demanda :

« Mais, alors… Le Conte de l’Elu et du Mage Noir, c’est une histoire vraie ? »

Harry hocha la tête. Albus écarquilla les yeux en signe d’ahurissement et se plaqua la main sur la bouche. Il connaissait bien ce conte, car ses parents le lui avaient souvent raconté avant d’aller dormir quand il était plus jeune.

« En fait, » dit Harry lentement, « c’est assez proche de la vérité, mais il manque tout de même quelques informations sans lesquelles une poignée de sorciers s’est vue discréditée de l’évènement historique… »

« Comme Severus Snape ? » tenta Albus.

« Oui, Al. Comme je t’ai dit sur le quai la semaine dernière, Snape était l’homme le plus courageux que j’aie jamais connu, parce qu’il a espionné Tom Riddle pendant de très nombreuses années, et sans lui, l’issue de l’histoire n’aurait sans doute pas été heureuse. »

Il se tut, et personne ne parla pendant de très nombreuses minutes. On pouvait entendre le bois crépiter sous les flammes moribondes, et Gulliver qui tantôt se léchait le pelage, tantôt mordillait la couverture ou le manteau d’Hagrid.

Albus se perdit à nouveau dans ses pensées. Il n’en revenait pas que son père ait réalisé tant d’exploits. Il avait plein de questions qui lui passaient par la tête mais eut beaucoup de difficultés à les formuler :

« Et James… Enfin, il en a jamais parlé, et… enfin, pourquoi il… est-ce qu’il… est-ce qu’il est au courant ? »

« Je suppose, » dit Harry en haussant les épaules. « En fait, il n’en a jamais parlé avec nous non plus, mais on l’a souvent surpris à relire le conte qui est à la maison pendant ses premières vacances de Noël, et puis il est… différent. »

Albus comprenait ce que son père voulait dire. James avait complètement changé depuis sa première année, et pas qu’en bien, malheureusement…

« Ne te compare pas à James, » dit Hagrid. « Il est plus indépendant c’est vrai, mais il a un sacré caractère. Alors que toi, Albus, tu es très proche de tes parents, et de ta sœur Lily, et tu as un tempérament très calme. »

« Et au niveau physique, » ajouta Harry, « James ressemble plus à ton oncle Ron alors j’imagine qu’il n’a pas connu la même notoriété que celle que tu vis en ce moment. »

Albus repensa aux paroles de James le lundi matin où il perdait aux échecs contre Kyle, et il pensa que ça avait sans doute un rapport.

« Il est jaloux ? » demanda Albus.

Harry lui fit un clin d’œil et répondit en souriant :

« On dirait bien… »

Albus n’en revenait pas. Ainsi la jalousie était la cause du mépris dont il avait été la victime. Il n’était pas sûr de lui, mais il aurait sans doute préféré que son père prenne cela plus au sérieux.

« Il est vraiment bête, parce qu’il n’y a absolument rien de génial à être reconnu partout, et à voir que tout le monde chuchote dans ton dos… »

« Je sais, Al, » dit Harry d’un ton compatissant. « Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais essaie de les ignorer. Tu verras, ils finiront par se lasser. »

« Oui, » approuva Rose, « c’est ce que Scorpius nous a dit tout à l’heure. »

« Scorpius ? Scorpius Malefoy ? » demanda Harry d’un ton neutre.

« Ah oui Papa, on ne t’a pas dit, mais en fait, on est amis. »

Harry mit quelques secondes de trop à répondre.

« Bien ! Bien… »

« Enfin, » fit Rose en se mordillant les lèvres, « on a juste essayé de l’intégrer, parce qu’il était toujours tout seul, et puis, finalement, il est gentil… »

« C’est bien, » répéta Harry.

Le silence revint dans la pièce et Albus fut mal à l’aise. Si son père avait réagi si froidement, comment réagirait son oncle Ron ? Ce fut Hagrid qui brisa le silence en demandant :

« Alors, et les cours ? »

Rose entreprit de le lui raconter. Elle parla peu des professeurs, mais plutôt des cours en eux-mêmes. Elle détaillait les sortilèges qu’ils avaient appris, notamment avec le professeur Flitwick et elle dit fièrement qu’elle avait réussi à faire voler sa plume assez longtemps.

« Eh bien, » s’étonna Harry, « on dirait bien que Flitwick a pris de l’avance sur le programme cette année ! Si je me souviens bien, de mon temps, on n’avait appris ce sortilège que vers Halloween… »

« Papa, ça fait plus de vingt-cinq ans ! Tu as une sacrée mémoire, quand même… »

Harry lui sourit.

« Et si je me souviens bien, » renchérit Hagrid, « il t’a bien été utile, ce sort, au soir d’Halloween ! »

Albus et Rose se regardèrent, intrigués, puis ils tournèrent la tête. Harry souriait encore plus et Albus pensa qu’il essayait de ne pas éclater de rire.

Ils passèrent le reste de l’après-midi à échanger les nouvelles. Harry annonça que Lily avait boudé toute la semaine de ne pas avoir pu aller à Poudlard.

« Hugo est venu quelques jours en début de semaine parce qu’Hermione a eu beaucoup de travail, et ça allait un peu mieux jusqu’à hier. Ce soir, Teddy vient dîner, donc j’espère qu’on lui remontera le moral. »

Rose suggéra à Albus d’écrire une lettre à sa petite sœur pour l’aider à aller mieux, et tous trouvèrent que c’était une excellente idée, donc Hagrid lui donna de quoi écrire et en se relisant, il pensa qu’il avait réussit à deviner les mots qu’il fallait à Lily pour qu’elle aille mieux.

« Et Maman, ça va ? » demanda Albus après avoir confié la lettre à son père.

Harry poussa un grand soupir qui en disait long sur ce qui allait suivre :

« Elle est complètement remontée contre la Gazette depuis la parution des articles, samedi dernier. Elle a donné sa lettre de démission… »

« Quoi ? » hurlèrent Albus, Rose et Hagrid en même temps.

« … que la Gazette a refusé, » continua Harry comme s’il n’avait pas été interrompu.

« Mais, » demanda Albus encore choqué par la nouvelle, « c’est une décision vachement radicale, quand même ! Je n’aurais jamais cru ça de Maman… »

« Moi non plus, » ajouta Harry, un soupçon déconcerté. « Mais j’ai fini par comprendre que, comme la menace de Veritaserum dont vous avez été les victimes, c’était juste du bluff. »

Il s’arrêta, comme pour laisser à son auditoire quelques secondes afin de digérer la nouvelle.

« Quoiqu’il en soit, » reprit-il, « on s’est rendu compte que la rédactrice en chef de la Gazette du Sorcier était responsable de la publication de ces articles durant toute la semaine, alors que Hector Ahiqam, le directeur de la rédaction était en vacances. Elle s’est fait remercier par Ahiqam, qui apprécie largement Ginny dans la rubrique sportive, mais surtout qui a toujours été contre ce genre d’articles dans son journal. Donc, vous n’avez plus de soucis à vous faire, il n’y aura à priori plus à s’inquiéter de trouver des surprises dans la Gazette du matin !

« C’était risqué de la part de Tante Ginny tout de même, » dit Rose.

« Rusé, tu veux dire, » rétorqua Albus. « Ma mère est géniale ! »

« Géniale, peut-être, » objecta Harry, « mais désormais, elle doit faire attention, parce que beaucoup de gens croient qu’elle peut tout obtenir d’Ahiqam. Evidemment, elle s’en fiche pas mal… Tu connais ta mère, Al, quand elle a une idée en tête… »

Il tourna la tête vers la fenêtre et vit que le ciel commençait à s’assombrir.

« Bon allez, il est temps de retourner au château, » annonça-t-il.

Ils se levèrent et remercièrent Hagrid pour le thé.

« Vous n’avez pas touché à mes biscuits ! » déplora-t-il.

« Désolé, je n’avais pas très faim, » mentit Albus.

Il n’était pas fier de lui, mais son père ne chercha pas à le lui reprocher. Albus pensa qu’il avait certainement dû utiliser la même excuse à son âge.

« Je vais rester encore un peu avec Hagrid, » dit Harry en embrassant son fils. « Allez, sois sage et surtout, ne te préoccupe plus des rumeurs. »

Puis, alors qu’Albus et Rose avaient déjà fait quelques pas, il lui lança :

« Et travaille bien ! »

Albus, sur le chemin du retour, se sentit plus léger, comme si son père lui avait enlevé un poids énorme sur l’estomac.

Ils se dirigèrent directement dans la Grande Salle pour le dîner, car en réalité, ils mourraient de faim. Ils y retrouvèrent Scorpius qui fut ravi de les revoir, et ils passèrent la soirée à trois dans la Salle Commune avant d’attaquer, le lendemain, la montagne de devoirs que les professeurs leur avaient déjà donnée.

IV. Le Conte de l'Elu et du Mage Noir by Eliah
Author's Notes:
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Bannière de Shirley

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Une des fonctions essentielles du conte est d'imposer une trêve au combat des hommes.
(Daniel Pennac)
Il y avait une fois un puissant sorcier
Qui par les Forces du Mal avait été séduit.
Faisant régner le chaos dans la Communauté,
Il possédait, pour les Sang-mêlé, un horrible mépris.
Des disparitions et des meurtres avaient lieu très souvent,
Et la terreur augmentait avec le temps.

Or, une voyante fit une prophétie,
De la plus haute importance pour les sorciers.
Cela concernait l’avenir du Mage Noir et d’un enfant,
Qui serait le seul à pouvoir vaincre l’ennemi.
Le sorcier eut connaissance de la prophétie à moitié,
Et peu après le premier anniversaire de l’enfant,
Il se rendit chez lui pour tenter de mettre fin à sa jeune vie.

- Non, s’interposa la mère de l’Enfant.
Tuez-moi, mais pas lui !

Le Mage n’eut aucune pitié pour la sorcière et son mari,
Mais au moment où le sort de l’orphelin allait être scellé,
Le sortilège rebondit sur celui qui l'avait lancé.

- Il est mort, disait la Communauté des Sorciers.
Nous n’avons plus à craindre de lui,
L’Enfant a survécu au sortilège et nous a libérés !

Pendant de nombreuses années,
On oublia le mage, tandis qu’on ignorait
Ce qu’était devenu celui que l’on surnommait le Survivant.
Les sorciers voulaient retrouver leurs vies d’avant,
Puis, un jour, l’enfant fut admis
En Grande-Bretagne, à l’Ecole de Sorcellerie.

La Communauté l’ignorait, mais
L’enfant de la Prophétie fut au cours des années
Du Mage Noir la cible répétée.

La première fois, un allié du Sorcier
Tenta de dérober l’élixir de Vie,
Afin que le Mage Noir puisse se venger
Et retrouver le corps qu’il perdit.
Il fut contré par le Survivant
Qui sut faire preuve d’un courage et d’une volonté étonnants,
Lui permettant de ne pas être séduit
Par la proposition du Mage de s’allier à lui.

L’année suivante, un des partisans dont le Mage s’était entouré
Tenta d’ouvrir, à l’Ecole de Magie,
Un passage secret renfermant un monstre meurtrier.
Mais l’Enfant chercha à s’échapper, et il réussit.

Le Survivant devint un Adolescent
Avant qu’une nouvelle tentative du Mage Noir le mit à l'essai.
Cette fois-ci, le sorcier médita longuement
Pour affaiblir le jeune sorcier.

Puisqu’il se sentait chez lui,
Depuis ses débuts, à l’école de Sorcellerie,
Le Mage mit une distance entre lui et son foyer,
Et, pour ressusciter, il utilisa son sang.
Approchant de très près la finalité de son plan,
Mais une fois de plus, le Survivant put se sauver.

Cependant, les doutes commençaient à habiter la Communauté
A propos de la sincérité du jeune sorcier :
Personne n’ayant vu le Mage Noir renaissant,
On entreprit de croire mensongers les propos de l’adolescent.
Et c’est ainsi que durant toute une année,
Le Survivant dut endurer un fardeau qu’il peinait à porter.

- C’est un menteur, disaient les gens,
Le Mage Noir est mort depuis bien longtemps !

Cependant ce dernier commit l’erreur, qui était
De tenter, par tous les moyens, de retrouver
Dans son entièreté, la Prophétie.
Après un combat exceptionnel, au Ministère de la Magie,
Engagé par un sorcier honoré et très puissant
Qui essayait de détruire le bourreau depuis longtemps,
Le Mage Noir fut découvert par des membres de l’autorité
Qui durent admettre que le Survivant avait dit la vérité.

Alors la Communauté fut à nouveau prise d’anxiétés,
La crainte régna une fois de plus dans le pays,
Et on ne savait pas si l’orphelin, par les épreuves, épuisé,
Allait pouvoir vaincre une nouvelle fois l’ennemi.

- C’est un courageux, disaient certains pourtant.
Si ce qu’on dit est vrai,
Que tant de fois, au Mage Noir il a échappé,
Alors sans doute, il va y arriver.

- Ce n’est qu’un enfant, d’autres rétorquaient.
Il ne peut pas le vaincre, et personne ne le pourrait,
Car le Mage Noir est le plus puissant
De tous les sorciers de notre Communauté.

Le Survivant devint l’Elu, qui entama à l’école une nouvelle année,
Pendant laquelle un abject complot se tramait.
Les partisans du Mage Noir qui auprès de leur maître revenaient
Eurent à accomplir une mission démesurée :
Celle de mettre fin aux jours de l’unique sorcier que le Mage Noir craignait,
Celui-là même qui l’année précédente l’avait défié.
Les partisans parvinrent à leur but et s’enfuyant,
Ils laissaient comme unique témoin du meurtre le Survivant.

Une nouvelle fois seul au monde, celui-ci ne put retourner étudier,
Car le Mage Noir s’empara du pouvoir au Ministère de la Magie,
Et fit courir la rumeur que l’Elu, les dix-sept ans acquis,
Avait un rôle dans l’assassinat du grand sorcier respecté.

Le jeune homme se fit alors oublier
Tandis que les pouvoirs du Mage grandissaient
Ainsi que son influence sur la Communauté,
Qui finit par comprendre ce qu’il se tramait.

- Nous ne pouvons plus continuer ainsi,
Dirent une poignée de courageux révoltés.
Nous ignorons où l’Elu se trouve, mais il faut à tout prix,
Le jour où il tentera de vaincre le Mage Noir, être à ses côtés.

Et c’est ainsi qu’après une très longue nuit,
L’Elu, qui réapparut quelques heures auparavant,
Mit fin au règne de son opposant
Et libéra ses semblables de sa perfidie.

Il avait su rassembler des alliés résistants
Bien plus précieux que ceux de son opposant:
Ils étaient soudés et déterminés,
A mettre fin à la terreur qu’ils vivaient.
Ils avaient un but commun : vivre en paix
Et en harmonie dans la Communauté.

Moralité : même si de pouvoirs vous héritez,
N’oubliez pas qu’un Sorcier puissant ne l’est jamais
Face à un autre qui est entouré.
Faites-vous un cercle d’amis,
Sachez les estimer, sachez être apprécié,
Et vous connaîtrez le bonheur dans votre vie.
V. Quidditch et des Broutilles by Eliah
Author's Notes:
C'est plein de disputes, un bonheur.
(Jean Anouilh)

Le dimanche matin, après un petit-déjeuner tardif, Albus, Rose et Scorpius se dirigèrent vers le terrain de Quidditch afin d’assister à la sélection de l’équipe de Gryffondor.

Albus savait que James tenterait d’entrer dans l’équipe en tant que Gardien, et il se demanda si celui-ci allait lui reprocher d’être venu. Il s’était préparé à cette éventualité depuis la veille, lorsque Rose avait suggéré d’y aller, mais quand il s’imaginait son frère lui passer un savon, il se voyait riposter. Il n’allait certainement pas se laisser faire, après tout.

Le beau temps était au rendez-vous, bien qu’il y ait un peu de vent qui fit frissonner Rose dès qu’ils passèrent les portes du château.

« Tu crois que James va être sélectionné ? » demanda-t-elle en rentrant le cou dans ses épaules.

« J’en sais rien, » dit Albus en repoussant une mèche de ses cheveux qui avait été balayée par le vent. « Mais j’ai dû passer l’été à l’entraîner aux buts, et lui a passé son temps à pester contre son Eclair de Feu qui manquerait de réflexes. Il a même supplié Maman pour qu’elle lui offre un Tonnerre de Zeus. »

« J’ai entendu dire qu’ils étaient très chers, » dit Scorpius, les mains dans les poches.

« Oui, » approuva Albus, « c’est pour ça que Maman a refusé. Elle a dit qu’il faudrait qu’il ait un Optimal à tous ses examens de fin d’année pour qu’elle accepte de le lui acheter. »

Ils se mêlèrent à la foule qui se dirigeait vers le terrain.

« James exagère, » dit Rose d’un ton plein de reproches, « il me semble que l’Eclair de Feu a appartenu à tante Ginny, quand elle était dans l’équipe des Harpies de Holyhead. Je me trompe ? »

« Non, » assura Albus, « c’est bien le même. Et c’est un excellent balai. Je suis déjà monté dessus, franchement, il est très performant. Papa dit même qu’il surpasse de loin celui qu’il avait. »

« Oui, » conclut Scorpius, « il n’a rien à envier au Nimbus 2001 de mon père. »

Albus le taquina :

« Ça existe encore, ça ? »

Il donna une tape amicale sur l’épaule du garçon qui rétorqua :

« Ah ah. Très drôle. »

Albus s’étonna de voir que Scorpius fût susceptible à ce point. Il s’empressa de s’excuser :

« Désolé, Scorpius. Je… j’essayais juste de… »

« Faire le malin ? »

Albus ne répondit pas. C’était une de ces fois où Scorpius était assez blessant, sans qu’il ne s’en rende compte. La meilleure chose à faire, selon Rose qui lui faisait des yeux ronds pour ne pas insister, était le silence. Ainsi, sans dire un mot, Albus espéra que l’histoire se tasse, et ils n’en reparleraient plus jamais. Il pria fort pour que son ami ne fût pas rancunier très longtemps.

Ils arrivèrent à une rampe d’escaliers, qu’ils grimpèrent pour atteindre les gradins les plus hauts afin de profiter au maximum des essais. De nombreux élèves avaient déjà eu la même idée : Albus vit Kyle et Tom en grande conversation, ainsi que Victoire, venue avec sa bande d’amis, et sa sœur Dominique, entourée de deux amies. Il ne vit pas Louis immédiatement et Rose, qui semblait le chercher également, donna un petit coup de coude dans les côtes d’Albus et montra du doigt leur cousin parmi le petit groupe d’élèves sur le terrain qui s’agglutinait autour de la Capitaine de l’équipe des Gryffondor.

Les trois amis prirent place sur les bancs qui se situaient juste au-dessus de celui où était assise Victoire. Elle les salua brièvement mais paraissait étonnée de voir Albus :

« Alors, tu ne tentes pas ta chance ? » lui demanda-t-elle.

Albus se contenta de secouer la tête en prenant un air mal à l’aise. Il ne s’était pas vraiment posé la question, quand la directrice avait parlé de sélection de Quidditch lors du banquet de début d’année, mais en réalité, il ne s’était pas senti concerné. Certes, il volait correctement, plutôt bien, même. Heureusement, d’ailleurs, étant donné l’historique de ses parents, mais il n’avait pas l’assurance de son frère, et se surpris à penser qu’il lui faudrait attendre certainement quelques années à Poudlard avant de proposer sa candidature.

Et puis, il y avait un autre argument qui lui fit renoncer définitivement : James. Son frère l’avait malmené depuis quelques temps. Il avait passé l’été à jouer avec ses nerfs, avait légèrement dépassé les limites de tolérance de leur mère juste avant de monter dans le train, et l’avait depuis complètement ignoré, si ce n’était les quelques paroles dures qu’il lui avait lancées à Pré-au-Lard, et dans la Salle Commune des Gryffondor. Leur père soupçonnait qu’il était jaloux, et Albus était persuadé que James considérerait comme la goutte de jus de citrouille qui déborde de la coupe le fait que son jeune frère puisse chercher, lui aussi, à faire partie de l’équipe de Quidditch de leur maison, et donc à devenir encore plus populaire qu’il ne l’était déjà.

Sauf que cette popularité n’était pas tout à fait saine.

Mais Albus se décida à être le plus sage sur ce débat.

Assise à sa droite, Rose lui souriait. A sa gauche, Scorpius s’était un peu mis à l’écart et Albus regretta amèrement d’avoir cherché à faire de l’humour avec lui. Il tourna à nouveau la tête vers Rose qui haussa les épaules d’un air résigné. Apparemment, Scorpius n’était pas aussi peu rancunier que ce qu’il avait escompté.

Rose chercha à se changer les idées, car elle se pencha vers Victoire et demanda :

« Si tu connais quelques têtes, sens-toi libre de nous éclairer un peu sur ce qui se passe en bas ! »

Victoire leur sourit et se prêta volontiers au jeu :

« Alors, la capitaine, c’est Julia. C’est notre copine, elle est au poste de Poursuiveuse depuis quatre ans. »

Albus scruta la jeune fille qui organisait déjà tous les candidats en groupes de cinq ou six à qui elle demandait de faire une course de balais sur toute la longueur du terrain. Un premier groupe, composé exclusivement de garçons, s’était élancé.

« Les trois de gauche sont en septième année avec nous. Ceux de droite, ce sont des sixième année. Celui qui est en tête, c’est Hume. Il était déjà Batteur l’an dernier. »

« Pourquoi Julia lui fait-elle repasser les sélections, alors ? Elle sait qu’il est bon, non ? »

La question de Rose semblait pertinente, mais les amies de Victoire qui l’avaient entendue se mirent à glousser prétentieusement.

« Eh bien, je suppose qu’elle souhaite savoir s’il sera toujours à la hauteur. »

Le groupe avait terminé leur course, Hume en tête. Julia élimina les deux derniers arrivés, et donna le départ du deuxième groupe.

« Voilà les cinquième année. Les deux filles s’appellent Isabella et Katerina, elles étaient Poursuiveuses avec Julia l’année dernière. »

L’une était brune, ses longs cheveux volant gracieusement avec la vitesse de l’Eclair de Feu sur lequel elle faisait sa course. L’autre était blonde aux cheveux courts et talonnait de près sa camarade. Les garçons en compétition avec elles étaient loin derrière, et Julia en sortit deux du terrain sans ménagements.

Le troisième groupe s’élança, et James en faisait partie.

« Les deux de gauche, » continua Victoire, « sont en quatrième année. Scott, à l’extrémité, était l’Attrapeur lors de la dernière saison. Léger et rapide, il est idéal pour ce poste, et on était sûrs de gagner la coupe avec lui… Mais malheureusement pour nous, il s’était cassé le talon au ski en février dernier, alors qu’il était en vacances avec ses parents, qui sont Moldus. Alors il n’a fait qu’un match, et son remplaçant, Lewis, a été un vrai nul. »

Le dénommé Scott finit la course premier, et Julia le retint, ainsi que James, arrivé deuxième, et une autre :

« Elle s’appelle Sarah, je crois, désignant la fille aux cheveux crépus. »

Puis, elle ajouta ironiquement :

« L’autre, c’est Potter. Un vrai emmerdeur. Mais, j’avoue qu’il est plutôt rapide. »

Albus se força à sourire, comme il le faisait beaucoup depuis la semaine dernière. Le dernier groupe s’apprêta à s’élancer :

« Alors, je ne vous présente pas Louis. ALLEZ LOU ! » hurla-t-elle. « Il va me tuer pour avoir fait ça. Les autres, je ne les connais pas. »

Ils étaient apparemment tous en deuxième année, et la plupart chutèrent avant la ligne d’arrivée. Mais aucun n’avait l’air assez rapide pour Julia, parce qu’elle les renvoya tous. Rose murmura sa compassion pour leur cousin qui paraissait très déçu.

Il restait donc onze candidats.

« Dis donc, » fit remarquer Albus, « ta copine est sévère dès les premières sélections ! »

« Oui, elle a fait le coup l’an dernier aussi, mais finalement, elle est assez réaliste. Si tu n’es pas excellent en vol, comment veux-tu gérer un Souaffle, deux Cognards et un Vif d’Or ? »

Albus observa la suite de la sélection. Julia avait changé les répartitions et avait classé les survivants à la première sélection selon le poste qu’ils prétendaient vouloir dans l’équipe. Pendant qu’elle leur expliquait ce qu’elle attendait d’eux, Louis vint s’asseoir à côté de Rose, son balai sur l’épaule. Les élèves assis derrière se baissèrent à temps pour éviter les branches du balai dans les yeux, mais exprimèrent leur mécontentement vis-à-vis de Louis, qui s’excusa, perdu dans ses pensées.

« On est désolé pour toi, Lou, » souffla Victoire. « Mais il ne faut pas t’en vouloir, tu as fait du mieux que tu pouvais. Tu devrais réessayer d’ici un ou deux ans. »

Louis marmonna quelques paroles incompréhensibles, et Rose passa sa main sur l’avant-bras de leur cousin pour le réconforter un peu. Victoire se retourna, mettant fin à ses commentaires, et tout le monde regarda en silence l’épreuve suivante.

Une demi-heure plus tard, Julia avait fait son choix. Elle reprit Scott pour le poste d’Attrapeur ; pour les deux places de Poursuiveuse, elle en donna une à son ancienne coéquipière Isabella, et choisit Sarah, qui avait marqué deux buts de plus que Katerina. Elle redonna également à Hume son poste de Batteur, et élit parmi les deux autres prétendants au poste un élève de sixième année qui, selon Victoire, s’appelait Carter.

Elle sélectionna pour finir le Gardien qui avait brillé par de spectaculaires arrêts, qui avait battu son concurrent de sixième année. Ce Gardien était James. Albus ressentit pour la première fois de sa vie de la fierté envers son frère. Il était heureux pour lui, car il était vraiment bon au poste de Gardien, et Albus était sûr qu’il ne décevrait pas sa capitaine.

La sélection se finit donc un peu avant midi, et Julia sembla satisfaite de l’équipe qu’elle avait formée. Albus avait hâte de voir le premier match de son équipe, mais il avait en tête des choses plus pressantes que le Quidditch : son estomac gargouillait et il suggéra à Rose et Scorpius d’aller déjeuner.

Seulement, Scorpius n’était plus là.

« Tu as vu Scorpius ? » demanda-t-il à Rose.

La jeune fille secoua la tête. Il était inutile de chercher, leur ami était sans doute parti depuis longtemps. Ils le retrouveraient sans doute dans la Grande Salle.

Mais il n’y était pas.

Ils prirent le déjeuner avec Louis, qui avait besoin de tout sauf de solitude après son échec aux sélections. Il leur avait fait comprendre que ses amis de deuxième année n’étaient pas d’excellente compagnie à ce moment même, deux ayant fait la course et été éliminés comme lui, les autres étant complètement désintéressés par le Quidditch.

Ils passèrent également une partie de l’après-midi avec lui, près du lac, à parler de Victoire, et du fait que James l’avait vu embrasser Teddy sur le quai avant le départ du train. Puis Louis alla rejoindre ses amis et Rose et Albus se retrouvèrent à nouveau seuls, dans le silence, sans pleinement profiter du beau temps tellement ils broyaient du noir.

Ils ne virent pas Scorpius de l’après-midi, et Albus ne put lutter bien longtemps contre le sommeil qui l’envahissait ce soir-là pour attendre que Scorpius vienne se coucher à son tour.

Lorsqu’ils le virent le lendemain matin, Scorpius était assis à une des tables de la Salle Commune avec deux filles de leur classe, Emily Cooper et Liz Parker. Rose observa la scène tristement, sans bouger d’un cil, comme si quelqu’un lui avait jeté le sortilège Petrificus, et Albus dut la tirer fermement par le bras pour lui faire quitter la pièce.

Albus était déçu par le comportement de Scorpius. Il trouvait que les ignorer était encore pire que s’ils avaient eu une dispute constructive qui aurait mis les choses au point.

« Tout ça pour une histoire de balai… eh ben ! »

Les deux cousins durent se forcer d’avaler un toast chacun et décidèrent d’aller prendre l’air avant de retrouver le professeur Flitwick en cours de Sortilèges.

Ce petit manège dura une semaine entière. Albus et Rose ne se quittaient presque plus, si ce n’était pour aller aux toilettes, prendre une douche ou dormir. Scorpius agissait comme s’ils n’existaient pas, et dans leur dortoir, Albus prenait part aux conversations de Kyle et Tom pour faire croire à Scorpius qu’il pouvait se passer de lui. Mais cela n’avait aucune répercussion sur le comportement du jeune homme, et Albus finit par s’en vouloir de chercher à tromper les apparences.

Ne plus passer ses journées avec Scorpius aura eu au moins un côté positif : James interpela son frère le dimanche suivant dans la Grande Salle, pour le petit déjeuner. Ses paroles n’étaient pas très délicates, mais au moins dignes du James qu’Albus connaissait.

« Alors, frangin ? Tu t’es enfin rendu compte du crétinisme de Malfoy ? »

Albus ne répondit pas, sachant que James riposterait aussi longtemps que cela serait nécessaire. Il tenta de changer de sujet.

« Au fait, James, bravo pour ton entrée dans l’équipe des Gryffondor. »

« Tu étais là dimanche dernier ? »

« J’ai vu tes essais, oui, et ils étaient assez bons. Finalement, l’Eclair de Feu de Maman n’est pas si mal. »

James eut un petit grognement incrédule qu’Albus ne releva pas. Au moment où il allait conclure la conversation, il vit Scorpius s’asseoir à la table des Gryffondor, seul, à quelques mètres des deux frères. James le vit aussi, et il profita de l’occasion :

« Mais tu as raison, frérot, ce Malfoy n’est qu’un traître, il n’a pas sa place à Gryffondor, parce qu’il n’a même pas le courage de te regarder en face. »

Albus enrageait. La trêve n’aura pas duré longtemps avec James, mais il savait qu’ils finiraient tout de même par se réconcilier. A l’inverse, Scorpius avait besoin de lui dans l’immédiat, et s’il n’y allait pas, il pouvait faire une croix sur leur amitié. Alors il prit une grande inspiration, et vociféra à son frère :

« Tu es vraiment stupide, James. Je n’arrive même pas à comprendre comment tes amis peuvent te supporter. Mais en tous cas, je souhaite bien du courage à Julia et à tes coéquipiers de Quidditch, parce qu’ils vont en baver avec ton sale caractère ! »

James était tellement effaré qu’il ne dit rien. Albus ne lui en laissa de toute évidence pas le temps, et alla s’asseoir à côté de Scorpius, qui avait tout entendu, et s’était figé, son verre de jus de citrouille dans la main.

« Salut, » fit Albus comme si de rien n’était, « bien dormi ? »

Scorpius ne répondit pas de suite, se tint immobile encore quelques secondes, et finalement posa lentement son verre. Enfin, il sourit et les deux amis surent qu’ils venaient de se réconcilier.

Les émotions poussèrent Albus à se servir généreusement de bacon et d’œufs brouillés, et il fut imité par Scorpius qui dévora le contenu de son assiette comme s’il n’avait rien avalé depuis des jours. Le ventre repu, ils se regardèrent et éclatèrent de rire sans avoir prononcé un mot.

« Je suis désolé, Al, » dit Scorpius sincèrement. « C’était débile de ma part de vous avoir abandonnés dans les gradins. »

« Et c’était débile de ma part d’avoir critiqué le balai de ton père, » s’excusa Albus à son tour.

Rose arriva après quelques minutes de silence et s’exclama jovialement :

« Ça y est, on n’est plus fâché ? »

Scorpius se leva, s’excusa de son comportement et tendit un paquet à la jeune fille. Rose, tout d’abord surprise du geste du jeune homme, accepta le cadeau et découvrit sous le papier d’emballage un recueil d’Arithmancie.

« Il appartenait à ma mère, » expliqua Scorpius alors que Rose découvrit la signature d’Astéria Greengrass sur la première page, « mais je sais que tu brûles d’impatience d’apprendre l’Arithmancie, alors il te sera plus utile qu’à moi. »

Des larmes de joie et d’émotions coulaient sur les joues de Rose et elle mit un bon moment pour reprendre ses esprits et remercier Scorpius par une accolade chaleureuse.

Reprenant ses esprits, elle s’assit entre les deux garçons et prit son petit déjeuner tranquillement, en lisant la Gazette qui arriva peu après, et les deux garçons l’écoutaient faire ses commentaires en silence.

Tout allait bien, et Scorpius fit même un peu d’humour.

« Je suis content qu’on se soit réconciliés, » dit-il alors qu’ils se dirigeaient vers la Salle Commune, « je galérais trop avec cet essai de Métamorphose stupide qu’on doit faire pour demain. »

Albus éclata de rire et lança un coup de coude discret à Rose qui allait s’offusquer de n’être considérée que comme une bouée de sauvetage pour les devoirs.

« Belle leçon de cynisme, Scorpius, » dit-elle entre ses dents.

Heureusement, Scorpius était trop hilare pour remarquer qu’elle était déstabilisée par son humour. Rose prit sur elle, et accepta d’aider ses deux amis pour l’essai sur la Métamorphose des inanimés, qu’ils finirent un peu avant la tombée de la nuit. S’écroulant dans les fauteuils près de la cheminée, ils se regardèrent, heureux.

« Finalement, déclara Albus, tout est bien qui finit bien, non ? »

Mais il se trompait.

Ça n’était que le début.

VI. La Fiole d'Argent by Eliah
Author's Notes:
Toutes les grandes découvertes sont faites par ceux qui laissent leurs émotions devancer leurs idées.
(C. H. Parkhurst)

Depuis que les choses étaient mises au point avec le passé glorieux de son père, Albus se sentait à l’aise avec sa renommée. Il ne prêtait plus attention aux regards qui se tournaient vers lui dans les couloirs, et fut ravi que James finisse par avoir son fan-club d’admiratrices pour avoir été choisi dans l’équipe de Quidditch de Gryffondor, grâce aux prouesses qu’il faisait aux entraînements. Cela soulageait Albus et James fut un peu moins rude avec lui : il partagea un repas avec son frère et leur cousine un dimanche soir où Scorpius, malade toute la journée, avait dû se rendre à l’infirmerie. Ensuite, il les aida brièvement pour un essai en Potions et leur proposa même de se joindre à lui et ses amis pour une partie de Quidditch improvisée le mercredi après-midi suivant. Rose se débrouilla pour trouver un appareil photo et prendre les deux frères en pleine action. La complicité qu’ils acquirent dans le jeu les poussa jusqu’à signer la photo, écrire un petit mot sur le dos et l’envoyer à Lily.

Chère Petite Sœur,
Tu as l’honneur de recevoir la toute première photographie dédicacée de deux jeunes joueurs de Quidditch très prometteurs qui deviendront célèbres d’ici quelques années.
James a promis d’essayer de piquer le Vif d’Or du premier match qu’il disputera pour te le donner à Noël. D’ici là, sois sage avec Maman et entraîne-toi avec Papa aux échecs, je commence à devenir bon ! Bisous,

Albus.


En effet, il jouait souvent aux échecs contre Scorpius et s’y remit dès que celui-ci sortit de l’infirmerie, en pleine forme. Il lui apprit beaucoup de tactiques jamais dévoilées par Harry : Albus se demanda s’il ne les connaissait pas, ou s’il s’était gardé de les lui divulguer afin que son fils ne devienne pas meilleur que lui…

Les élèves de quatrième année qui l’avaient embêté à propos de son deuxième prénom ne cherchèrent plus à se moquer de lui, peut-être parce que Neville gardait toujours un œil sur eux dès qu’il le pouvait. Mais Albus remarqua que Mrs Asper-Starez semblait avoir l’œil, elle aussi. La concierge était une sorcière très fine qui devait avoir une cinquantaine d’années. Elle était toujours tirée aux quatre épingles, portait des robes foncées impeccables, et un grand chapeau pointu comme McGonagall, d’ailleurs certains élèves se demandaient si ce n’était pas sa nièce. Albus avait l’impression qu’elle était partout, où qu’il allait, que ce soit pendant les repas, entre les cours, et même dans le parc quand ils allaient prendre l’air ou rendre visite à Hagrid.

Toutefois, il fut soulagé d’entendre que tout le monde pensait la même chose que lui. Elle était vraiment partout, à l’affut de la moindre entorse au règlement. Elle intervenait même avant que les élèves aient pu faire quoique ce soit, et parfois, elle se trompait. Un après-midi, elle lança le sortilège Petrificus Totalus à une élève pour lui faire les poches parce que les chuchotements qu’elle glissait à l’oreille de son amie étaient soi-disant suspicieux ; malheureusement pour la concierge, la fouille ne s’avéra pas concluante, elle ne trouva qu’une lettre d’amour dont les chuchotements étaient la raison. Furieuse, elle donna des lignes à l’élève infortunée, prétendant que ce genre de courrier était interdit à son âge. L’incident eut pour conséquence l’apparition d’un nouveau surnom pour celle qu’on appelait déjà « l’enquiquineuse » ou « la psychoteuse » : « A-Peine-Tarée. » Le sobriquet, au début inventé pour sa ressemblance phonétique avec le patronyme de l’intéressée, était évidemment ironique, et c’est justement ce qui plaisait aux élèves qui ne rataient pas une occasion pour s’en servir.

Les élèves n’étaient pas les seuls à se plaindre d’elle. Peeves, le Poltergeist, déplorait ne plus pouvoir faire les plaisanteries habituelles dont les parents d’Albus l’avaient prévenu. Dès qu’il essayait d’introduire du chewing-gum dans les serrures des portes, en dévisser les poignées ou les charnières, ou encore même déchirer des livres pour en faire un feu de joie, la concierge apparaissait de nulle part et sortait, encore plus vite que son ombre, sa baguette, qu’elle brandissait sur l’esprit frappeur, lui lançant des sortilèges toujours plus originaux que les précédents. Les élèves déploraient l’esprit imaginatif de la concierge quand il s’agissait de punir Peeves, mais certains, comme Rose, ne pouvaient s’empêcher d’en être admiratifs, ou encore, comme Kyle et Tom, de rire à en avoir mal au ventre en le voyant s’enfuir avec la langue collée sur le palais, ou la tête transfigurée en celle d’un chimpanzé.

Tous les évènements s’enchaînaient à Poudlard et Albus, qui avait parfois remis des séances de travail au lendemain sans tenir sa promesse, commença à avoir des difficultés avec certaines matières. Heureusement, il pouvait compter sur Rose pour la Métamorphose car sa cousine maîtrisait cet art avec perfection, et elle avait même reçu une lettre émouvante de son père, ravi une nouvelle fois qu’elle ait hérité de l’intelligence de sa mère. Pour le cours de Potions néanmoins, elle avait plus de difficultés, tout comme Albus, d’autant plus qu’Edison, leur professeur, leur imposait des mixtures très complexes. Quand ils devaient concocter une potion en classe, Albus avait l’impression de faire de la cuisine, et cette idée à elle seule ne lui donnait absolument pas envie de s’y intéresser. En revanche, c’était la matière préférée de Scorpius qui était ravi de pouvoir aider ses amis.

Par contre, quand il s’agissait d’étudier l’Histoire de la Magie, c’était Albus qui prêtait ses notes, et aidait Rose et Scorpius à retenir les dates importantes que Binns marmonnait pendant les cours. Quand Rose allait à la bibliothèque pour des livres sur l’Arithmancie (elle avait dévoré celui que Scorpius lui avait offert en trois soirées,) Albus l’accompagnait et allait directement dans la section Histoire où il pouvait passer des heures sans même s’en rendre compte.

Lorsqu’il eut son premier Optimal en Histoire, il s’empressa d’écrire à ses parents qui, pour le féliciter, lui offrirent un exemplaire de la nouvelle édition de l’Histoire de Poudlard. James le vit et s’indigna de ne pas s’être fait offrir un Tonnerre de Zeus pour ses talents de Gardien. Albus suggéra qu’ils espéraient peut-être qu’il fasse un match exceptionnel, bien qu’en vérité, il sache qu’ils attendaient toujours de leur aîné de meilleurs résultats scolaires.

La trêve d’automne dura deux semaines pendant lesquelles Albus, Rose et Scorpius, comme la plupart des élèves de Poudlard, restèrent à l’école, car ils ne voulaient pour rien au monde manquer le banquet d’Halloween.

Ce jour-là, ils passèrent la plus incroyable journée de leur vie. Le château avait été décoré pour l’occasion de fausses toiles d’araignées géantes, de bougies flottant au-dessus des têtes des élèves, de petits fantômes traînant de lourdes chaînes, et de centaines de citrouilles dont les têtes creusées dans la chair étaient parfois très effrayantes grâce aux bougies à l’intérieur qui projetaient de grandes ombres dans les couloirs les plus sombres du château. Albus souriait beaucoup en les voyant, parce que Lily et lui étaient des champions en matière de citrouille chaque année. Il regrettait un peu que sa petite sœur soit obligée de les faire toute seule cette année, mais repoussa, non sans remords, ces mauvaises pensées, pour profiter pleinement de la journée. Néanmoins, il était mal à l’aise lorsqu’il passait devant le couloir qui menait à la classe de Sortilèges le soir, car celui-ci avait été décoré exclusivement par Flitwick, qui avait animé les citrouilles : certaines exprimaient des rires à vous faire glacer le sang, d’autres encore restaient inanimées, et au moment où vous vous approchiez d’elles pour admirer le travail, elles hurlaient « Bouh ! » et éclataient ensuite d’un rire tout aussi abominable que leurs consœurs.

Le soir venu, comme promis, ils se régalèrent du plus impressionnant banquet de l’année (même celui qui fêta l’arrivée des vacances de Noël n’était pas aussi prestigieux) où le potiron se retrouva cuisiné à toutes les sauces : en purée, gratiné, farci, ou encore grillé sur des brochettes. Albus, Rose et Scorpius, qui adoraient ça, se servirent de chaque mets, terrifiés à l’idée que les plats disparaissent avant qu’ils n’aient pu goûter à tout. Les desserts étaient encore plus délicieux et, voyant que tous les élèves remplissaient discrètement leurs poches des bonbons et cakes qu’ils n’avaient plus la force d’avaler, ils se regardèrent et en firent autant. Albus et Rose avaient dans l’optique d’en envoyer une grande partie à Lily et Hugo, comptant ainsi sur Scorpius pour partager son stock, étant donné qu’il n’avait pas de petit frère ou de petite sœur à rassasier.

Le ventre repu, ils regagnèrent la Salle Commune, où un trafic de potions contre les maux d’estomac s’était organisé. Rose pinça les lèvres, montrant ainsi qu’elle désapprouvait cela. Puis, elle leur souhaita bonne nuit et Albus suivit Scorpius dans leur dortoir. Ils s’écroulèrent dans leurs lits et trouvèrent le sommeil très vite. Néanmoins, le lendemain, Albus eut mal au ventre toute la matinée, et il regretta presque de ne pas avoir acheté de potion la veille.

Il alla donc à l’infirmerie qui était déjà bondée. Madame Pomfrey l’installa sur une chaise et lui demanda de patienter car elle avait des cas plus urgents, notamment des élèves qui avaient acheté les fameuses potions et qui se retrouvaient avec d’énormes boutons bleus ou verts sur le visage, ou qui avaient perdu tous leurs cheveux. Il dut attendre, dans la désespérante souffrance, de nombreuses heures jusqu’à ce que l’infirmière lui fasse avaler une potion qui s’avéra très efficace : en deux minutes, les maux avaient disparu. Dépité à l’idée d’avoir dû passer autant de temps plié en deux, Albus se jura de ne plus jamais faire d’excès à un banquet.

La semaine suivante, les cours reprirent. Albus avait encore quelques difficultés à se nourrir normalement depuis l’orgie d’Halloween. Il avait souvent des nausées après les repas et Rose était tellement horrifiée de sa mine blafarde qu’elle insista pour qu’il retourne à l’infirmerie. Madame Pomfrey déclara que c’étaient des effets secondaires de la potion qui arrivaient parfois, mais qu’elle ne pouvait rien faire et qu’Albus devait prendre son mal en patience.

Mais le pire des effets secondaires arriva pendant le cours d’Astronomie, parce qu’il ne tenait plus sur ses jambes, et le professeur Priccone, sourde aux supplications de Rose qui lui assurait qu’il n’y était pour rien, le mit en retenue. Elle déclara que, pour toutes les fois où Albus s’endormait en cours, une petite retenue n’était pas très cher payée. Il s’attendit à avoir une Beuglante de ses parents, mais il n’eut que les encouragements de son père qui lui précisa qu’il ne l’avait pas mentionné à Ginny, de peur qu’elle ne devienne folle de rage. Albus fut terrifié d’imaginer sa mère dans un état pareil, et il se promit de tout faire pour que cette retenue soit la seule de toute sa scolarité à Poudlard.

Mais c’était sans compter ses notes catastrophiques en Potions la semaine suivante. Et l’idée d’avoir passé deux vendredis de suite en retenue le fit déprimer tout le week-end. Heureusement, Rose prit les choses en main et décida de réorganiser son emploi du temps. Elle s’efforça de passer moins de temps à la bibliothèque afin d’éviter la tentation des livres d’histoire, et insista pour que Scorpius vérifie systématiquement les notes qu’ils prenaient en cours de Potions. Elle demanda même à Edison de leur prêter sa salle de classe, et après une longue négociation dans laquelle Neville dut intervenir, le professeur de Potions accepta ; ainsi, le mercredi et le vendredi, à treize heures, ils reprenaient à trois la concoction des potions qu’ils faisaient en classe.

Et après une autre semaine harassante, ils se dirigèrent le samedi après-midi vers le terrain de Quidditch pour le premier match de Gryffondor. James fut absolument remarquable et fit de très belles parades, et le jeu des trois Poursuiveuses était très harmonieux. Scott attrapa le Vif d’Or au bout d’une heure et demie de jeu, et tandis que les spectateurs qui arboraient les écharpes rouge et or criaient la victoire de leur équipe, Albus vit James demander discrètement à l’Attrapeur la petite balle ailée, qu’il glissa dans sa poche avant de se faire hisser sur les épaules de Luke qui jubilait comme un fou.

Les Gryffondor firent la fête jusqu’au dimanche après-midi où beaucoup se rendirent compte que la victoire ne les dispensait pas de la montagne de devoirs qui les attendait pour la semaine à venir. De plus, la Salle Commune était sans cesse bondée par les cinquième et septième années qui avaient des examens blancs avant les vacances de Noël. C’est donc avec les pieds lourds qu’Albus, Rose et Scorpius sortirent leurs plumes et parchemins et se dirigèrent vers la bibliothèque pour faire, à la chaîne, un essai sur les situations dans lesquelles Alohomora ne fonctionne pas pour Flitwick ; un autre sur les conséquences du Code International du Secret Magique pour la vie quotidienne des sorciers pour Binns ; un troisième sur les propriétés de l’asphodèle pour le cours de Botanique ; enfin, un questionnaire des plus compliqués à propos d’ingrédients de potions dont Albus n’avait jamais entendu parler.

« C’est quoi un bézoard ? » demanda-t-il, séchant sur la toute première question.

Scorpius le lui expliqua. Malheureusement, c’était la seule question à laquelle il sut répondre : dès la suivante, ils durent passer au moins dix minutes à trouver la réponse dans un livre. Quand ils eurent terminé le questionnaire, il faisait nuit noire, ils n’avaient pas encore dîné, - mais n’en auraient de toute façon pas le temps, car il leur restait encore deux essais. Celui sur l’asphodèle s’avéra aisé, à partir du moment où ils trouvèrent le bon manuel. Néanmoins, Madame Pince, une vieille sorcière toute rabougrie avec des courbatures, les mit dehors sans ménagement pour la fermeture de la bibliothèque, avant qu’ils n’aient pu prendre quelques livres pour le dernier essai, celui pour le cours d’Histoire, qu’ils avaient gardé pour la fin car c’était un travail de groupe qu’ils pensaient pouvoir expédier assez vite.

C’est ainsi qu’ils retournèrent à la Salle Commune, et Rose et Scorpius regardèrent Albus, les plumes en main prêtes à baver sur le parchemin, comme s’ils espéraient qu’à lui seul, il remplacerait les encyclopédies. Albus poussa un grand soupir, et déclara :

« Bon ! On va commencer par répertorier tous les évènements dont Binns a parlé en cours, et puis après j’irai chercher l’Histoire de Poudlard, je suis sûr qu’il y a un paragraphe qui pourrait nous intéresser. Et dans l’Introduction à l’Histoire de la Magie, il y a quelques trucs aussi. »

Il allait se mettre au travail, mais se ravisa et, décidant d’écouter son estomac avant toute chose, il déclara :

« Scorpius, je crois qu’il est temps de sortir les ultimes ressources du banquet d’Halloween. »

Il dut rassurer Rose quand au fait qu’il ne ferait pas d’excès, et il se mit au travail.

Après deux heures interminables, ponctuées de quelques Patacitrouilles et de cakes au potiron, et alors que la plupart des élèves étaient partis se coucher, Rose écrivait la conclusion qu’Albus lui dictait.

« Il manque quelque chose… Un domaine dont on n’a pas parlé… »

Scorpius protesta :

« Al, je crois que c’est déjà pas mal… »

« Non, mais c’est un truc que j’ai déjà vu dans un bouquin… Et je suis persuadé qu’on sera les seuls à l’avoir mis ! Alors, si ça peut nous aider à remonter la note… »

Albus essayait de se remémorer le livre dans lequel il avait lu ce qu’il cherchait.

« De toute façon, Rose écrit trop petit. On ne pourra pas rajouter une phrase entre deux lignes. »

« Ce n’est pas un problème, » intervint Rose, « je connais un sortilège pour ça. »

« 1419… » se rappela Albus. « Un décret dont la formulation est restée célèbre parce que c’était assez ironique… »

« Tu te rappelles de la formulation ? »

« Non, » dit Albus en se massant les tempes. « Mais je crois que… oui, c’est à propos de Quidditch ! Et le livre est dans ma malle ! »

Ils prirent la décision de remettre leur recherche au lendemain, car il était plus de minuit. Ils laissèrent donc leurs affaires sur la table et allèrent se coucher.

Le lendemain, Albus se réveilla grâce aux cris de Kyle et Tom, qui étaient, encore une fois, lancés dans une bataille d’oreillers. Il bondit du lit et, ignorant l’invitation de ses compagnons à les rejoindre, il se mit frénétiquement à la recherche de son exemplaire de Quidditch à travers les Âges. Il pensait le trouver sur sa table de chevet, car il avait relu un passage récemment avant de s’endormir, mais il n’y était pas. Alors Albus entreprit de vider sa malle sur son lit, malgré cela il fit à nouveau chou blanc. Il n’en revenait pas d’avoir perdu son livre, d’autant plus que c’était un cadeau de son parrain – son oncle George.

Une fois épuisés par l’exercice matinal, Kyle et Tom s’habillèrent et quittèrent le dortoir en claquant la porte. C’est à ce moment-là que Scorpius se réveilla. Il observa, à moitié endormi, le bazar qu’Albus faisait, puis, l’air paniqué, comme si une mouche l’avait piqué, il bondit hors de son lit, attrapa les affaires d’Albus éparpillées sur le sol, et les remit en tas dans la malle.

« Tu es fou ? Tu vas perdre toutes tes affaires ! »

Albus sentit son estomac faire un bond. En silence, il imita Scorpius, tout en se rendant à l’évidence. Le livre, posé sur sa table de chevet, n’était pas rangé, et avait donc disparu, comme McGonagall avait prévenu à la rentrée. Il l’expliqua à Scorpius.

« Tu es sûr de l’avoir posé sur la table de chevet ? Pas par terre, plutôt ? Ou, par exemple, sous ton lit ? »

Le nouveau silence d’Albus permit à Scorpius de connaître la réponse à sa question.

« J’ai pas encore regardé sous le lit. Il y est peut-être encore ! »

Il fit le tour de son lit à baldaquin et plongea dessous.

« Tu es trop optimiste, Al, » dit Scorpius sans bouger.

L’espace entre le sol et le sommier était à peine suffisant pour la main d’Albus qui dut y aller à tâtons, à plat ventre et en tendant le bras. Du bout des doigts, il sentit quelques toiles d’araignées et des nids de poussière, et quand il en fit part à Scorpius, celui-ci vociféra entre ses dents que les Elfes de Maison de Poudlard étaient vraiment des bons-à-rien. Albus fut choqué mais ne dit rien. De toute façon, il eut l’occasion de changer de sujet très rapidement.

Ses doigts avaient finalement trouvé quelque chose.

Toutefois, ce n’était pas le livre.

Le contact sur sa peau était froid et dur. On aurait dit du verre. Oui, c’était du verre. Il tendit un peu plus le bras et devina la forme d’une petite bouteille. Il referma ses doigts sur l’objet et le fit glisser jusqu’à lui.

« Tu l’as ? » demanda Scorpius, incrédule.

Albus se releva. Il secoua la tête et tendit la paume de sa main vers son ami pour faire apparaître ce qu’il avait trouvé sous le lit.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Scorpius en prenant la bouteille.

En silence, ils l’examinèrent, et Albus se frotta sa main couverte de poussière sur son pyjama. C’était, en fait, une fiole d’environ sept centimètres de haut, dont la base était triangulaire. Une substance argentée, ni vraiment liquide, ni vraiment gazeuse, tourbillonnait à l’intérieur de la fiole.

« Aucune idée, » dit Albus.

« Ce n’est pas à toi ? »

« Non. »

Ils restèrent quelques minutes de plus à observer la découverte d’Albus. Ce fut Rose qui les ramena à la réalité. Elle arriva dans leur dortoir en poussant un petit cri de surprise :

« Hé, mais… Vous n’êtes même pas encore habillés ! »

Albus et Scorpius s’expliquèrent en lui montrant la fiole. Rose n’avait jamais vu une mixture pareille non plus. Mais elle ne voulait pas s’y attarder.

« Il faut qu’on finisse notre essai pour Binns. Tu as retrouvé ton livre ? »

Albus secoua la tête.

« Et il n’y en aurait pas un exemplaire à la bibliothèque ? » suggéra Scorpius.

Rose allait proposer de s’y rendre tout de suite, mais l’estomac d’Albus criait famine et il s’opposa fermement à toute suggestion dans laquelle il était question d’autre chose que des œufs brouillés, du bacon et des toasts.

Et finalement, ils se rendirent à la bibliothèque juste avant le déjeuner et trouvèrent le livre qu’ils cherchaient.

« Voilà. 1419. Le Conseil des Sorciers publie le décret dont la formulation est restée célèbre et qui interdisait de jouer au Quidditch : ‘en quelque endroit où existe le plus petit danger qu'un Moldu en soit le témoin, ou alors nous verrons si l'on peut jouer avec autant d'aise enchaîné au mur d'un cachot.’ »

« Ok, » chuchota Rose en sortant sa baguette, « il faut que tu l’écrives sur un autre parchemin, et je vais faire une place à l’endroit où on va insérer le paragraphe. »

Et une heure plus tard, ils rendirent leur essai, tout sourire, au professeur Binns.

Deux semaines après, Binns leur rendit le seul Optimal de toute la classe. Ils fêtèrent la réussite en passant la soirée, près du feu, à raconter des histoires incroyables de leurs enfances respectives.

Albus, qui s’était mis la pression pour ne pas échouer dans sa matière de prédilection, put enfin souffler. Il leur restait deux semaines de cours avant les vacances de Noël, et il était déterminé à trouver ce que contenait la fiole d’Argent.

End Notes:
Je mets les crédits à la fin pour ne pas gâcher le plaisir :
Citation (c) "Quidditch à travers les Âges" de Kennilworthy Whisp (enfin, JK Rowling ^^)
VII. Home, Sweet Home… by Eliah
Author's Notes:
Home, Sweet Home…
(Elocution Traditionnelle)

Les deux dernières semaines avant les vacances de Noël passèrent à une vitesse incroyable pour la simple et bonne raison que chaque fois qu’il disposait de temps libre, Albus se réfugiait à la bibliothèque, dans l’espoir de savoir ce que contenait la fiole d’Argent qu’il avait trouvée sous son lit. Scorpius l’accompagnait souvent, mais ça n’augmentait en rien leurs chances de tomber sur la bonne description.

Quant à Rose, elle ne semblait tout d’abord pas aussi intéressée de le savoir que les deux garçons. Mais finalement, à force de les entendre en parler en sa présence, elle finit par porter de l’intérêt à l’intrigue, elle aussi.

Ainsi, lorsqu’ils descendirent dans la Grande Salle le vendredi soir pour le banquet de Noël, ils regrettaient presque de devoir repartir chez eux le lendemain : il y avait encore tant de livres à consulter à Poudlard, et ils ne pourraient continuer leurs recherches que deux semaines après, à la rentrée de janvier.

Néanmoins, de retour dans la Salle Commune, Rose fit une suggestion qui les mit tous d’accord : ils pouvaient bien se passer des livres de Poudlard tant qu’ils avaient des sources d’informations dans leurs familles respectives.

Le lendemain, Albus était donc ravi de monter dans le train. Il avait hâte de revoir Lily, et ses parents, et il était persuadé que ses relations avec James allaient pouvoir s’améliorer plus facilement qu’à l’école : à Londres, au moins, il n’avait pas Luke comme excuse pour faire le malin.

A l’arrivée à Londres, Albus fut à peine descendu du train que Lily lui sauta au cou.

« Moi aussi, » dit Albus en essayant de dégager les mèches de cheveux roux de son visage, « je suis ravi de te revoir, petite sœur… »

« Lily, » lui reprocha leur mère, « laisse Al respirer. »

Lily desserra son étreinte et alla saluer Rose.

« Bonjour, Al, »fit Ginny en embrassant son fils. « Le voyage s’est bien passé ? »

Albus hocha la tête et laissa son père lui ébouriffer les cheveux.

« Où est ton frère ? »

« Aucune idée. »

Ils patientèrent quelques secondes avant de le voir sortir du train un peu plus loin.

« Où sont mes parents ? » demanda Rose. « Et Hugo ? »

« Ils vont arriver, » dit Ginny. « Regarde, les voilà. »

Ron et Hermione accourraient dans leur direction. Hermione avait les joues en feu, et l’air paniquée ; Ron, un air nonchalant, mais il rougissait jusqu’aux oreilles.

« Maman ! » cria Rose en se jetant dans les bras de sa mère.

Harry se tourna vers Ginny et, les mains dans les poches, il lui demanda :

« Bon, maintenant qu’on a fini notre rôle de baby-sitters, si on rentrait ? »

Ginny parut amusée, mais elle ne dit rien, prit la main de Lily et se dirigea vers la barrière qui allait leur permettre de retourner sur les voies neuf et dix de King’s Cross.

Albus la suivit. Il salut son oncle et sa tante : Ginny s’excusa de ne pas pouvoir s’attarder mais ils allaient se revoir deux jours plus tard au Terrier. Ils attendirent que James les rejoigne, puis ils se remirent en route. Albus fit un petit signe de la main à Rose qui lui fit un léger clin d’œil, et il se retourna pour apercevoir Scorpius près du train, au niveau du compartiment où ils avaient passé le voyage. Le jeune homme leva discrètement son pouce dans le dos de son père pendant l’accolade des retrouvailles.

Les choses avaient été mises au point pendant le trajet, chacun savait ce qu’il avait à faire, c’était parfait.

Albus réajusta la bandoulière de la sacoche qui comportait les quelques affaires qu’il avait emportées, et suivit James, Lily et ses parents.

« Alors, les garçons, » s’enquit Ginny lorsque Harry sortit du parking la voiture dans laquelle s’était entassée la famille, « comment s’est passé ce premier trimestre ? »

« Bien, bien, » répondit Albus évasivement.

Assis derrière le siège conducteur, il regardait, sans vraiment les voir, les Moldus qui, habillés de leurs gros manteaux d’hiver, faisaient leurs achats de dernière minute pour Noël. Mais, dès qu’il entendit James pouffer doucement dans sa main, il se força à revenir à la réalité, tourna brusquement la tête et se prépara à entendre l’énième idiotie dont il était la victime.

« Al, tu sais, tu ne vas pas pouvoir garder bien longtemps ton petit secret… »

« Quel secret ? » demanda Lily, assise entre ses deux frères.

« James, » le prévint Ginny, « ne commence pas. »

Albus prit peur. James était-il au courant de la trouvaille qu’il avait faite, et des plans qu’il avait échafaudés avec Rose et Scorpius afin de résoudre l’intrigue qui les tenait en haleine depuis des semaines ?

La voiture s’engageait dans un boulevard très fréquenté et Ginny pesta contre les embouteillages des heures de pointe.

« Je ne sais vraiment pas comment les Moldus font pour supporter ces moyens de transport désuets, » maugréa-t-elle.

« Tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’autre choix, » répondit calmement Harry.

Lily ne tenait déjà plus en place, et James en profita pour riposter.

« Tu veux savoir ? » lui glissa-t-il. « Le secret ? »

Leur sœur hocha la tête, mais elle se ravisa et demanda à Albus :

« Je peux savoir, Al ? »

« Je ne sais même pas de quoi il veut parler, » siffla Albus en regardant à nouveau par la vitre, comme soudain pris d’un intérêt pour les occupants de la voiture voisine, qui chantaient à s’en époumoner littéralement.

« C’est ça, » ricana James. « Et moi, je suis Kingsley Shacklebolt. »

« Par Merlin ! » s’exclama Albus, profitant de l’occasion, « on a vraiment de quoi s’alarmer, mesdames et messieurs ! Notre Premier Ministre est un gamin de treize ans ! »

« Calmez-vous, » fit Harry. « Vous allez finir par énerver votre mère. »

Ginny tapotait de ses ongles, de plus en plus furieusement, le dossier qu’elle avait sur les genoux.

« Chérie, tu veux prendre Lily et transplaner jusqu’à la maison ? »

« Non, c’est bon, » fit-elle sèchement.

Harry n’insista pas. Le feu auquel ils étaient arrêtés se mit au vert, et la voiture démarra en trombe. Ils quittèrent non sans mal le boulevard, et prirent une rue sur la droite.

Le silence s’étant installé depuis plusieurs minutes, James saisit l’occasion.

« Albus et Rose se sont liés d’amitié avec… »

« Scorpius, » l’interrompit Harry, « oui, nous savons. »

James poussa un petit cri plaintif comme s’il venait de se prendre un coup de poing dans l’estomac.

« QUOI ? Vous savez, et vous ne dites rien ? »

« Dire quoi ? » demanda Ginny innocemment.

Elle semblait s’être apaisée depuis qu’ils roulaient mieux.

« Ben, je sais pas, » rétorqua James. « N’importe quoi ! »

« Nous sommes ravis qu’Albus ait pu se faire un ami si vite, » dit Harry en s’arrêtant pour laisser passer une dame âgée et son chien sur le passage piéton.

« Mais c’est un Malfoy ! » aboya James.

Albus en eut le souffle coupé. Il essaya de rétorquer, mais aucun son ne pouvait sortir de sa bouche, tellement il était choqué par la remarque de son frère. Les secondes de silence qui s’ensuivirent étaient insoutenables.

« James Sirius Potter, » intervint Ginny d’un ton rude mais posé, et Albus savait que le silence qui avait précédé lui avait été nécessaire pour contrôler sa colère, « encore une remarque de ce genre, on te descend tout de suite de la voiture, et tu te débrouilles pour rentrer seul à la maison ! »

James n’attendait que ça. Ginny le savait. Et Albus, qui connaissait bien son frère et sa mère, attendit la suite de la parade.

Ginny se retourna et, oubliant toute maîtrise de soi, elle fusilla son aîné du regard en vociférant :

« Ne me tente pas ! »

James allait riposter, mais Harry quitta la route du regard. Il plongea ses yeux verts dans celui de son fils, et cela marqua la fin du débat : James avait trop peur des représailles.

Albus fut soulagé. Il observa néanmoins du coin de l’œil son frère qui se tortillait tellement sur son siège qu’il réussit à coincer une mèche des cheveux de Lily dans la lanière de son sac.

« Aïe ! » hurla-t-elle. « Tu le fais exprès ou quoi ? »

A ce moment-là, tout le monde se mit à hurler, ce qui fit sursauter Albus. Ginny criait à James de la laisser tranquille. Harry, les yeux étant concentré plus que jamais sur la route à nouveau encombrée, demandait ce qu’il se passait. Et Lily s’égosillait de plus belle car James, lui hurlant de ne pas bouger, lui tirait les cheveux encore plus fort.

« Ça marche pas ! Attends, je vais essayer autre chose… »

Et là, il sortit sa baguette et, en entendant le léger frottement du bois de Prunellier avec le tissu de la manche de James, Harry pila net.

Albus avait beau savoir qu’il avait été entraîné à entendre ces infimes signes de reconnaissance d’une attaque imminente, son père l’impressionnait vraiment beaucoup.

« JAMES ! RANGE TA BAGUETTE ! »

James se fit enguirlander tellement fort par leurs parents qu’Albus plaqua ses mains contre les oreilles de Lily et la serra contre lui. Il lui tirait encore plus les cheveux, mais il valait mieux ça que de la laisser entendre les violentes réprimandes.

Ginny hurla à l’attention de James « pour la dernière fois » qu’il ne devait pas utiliser sa baguette en dehors de Poudlard, qu’il risquait de se faire repérer par un Moldu sur le trottoir, et surtout que si son sortilège ratait, il pouvait mettre hors d’usage la mécanique de la voiture.

Pendant trois minutes, Albus observa, muet, interdit, la scène qui se déroulait devant ses yeux. Harry n’avait toujours pas redémarré la voiture, et les klaxons s’intensifiaient derrière eux.

Puis, Harry fit vrombir le moteur pendant que Ginny démêla les cheveux de Lily d’un coup de baguette discret mais parfaitement maîtrisé, et personne ne dit un seul mot jusqu’à leur arrivée au 12, Grimmauld Place. Cependant, James s’enfonça dans son siège et, ayant attiré l’attention d’Albus, il fit glisser son pouce le long de son cou et articulait un « tu es mort » silencieux.

James fut consigné dans sa chambre après le dîner – Harry ne privait jamais ses enfants de manger, disant qu’il en avait trop souffert durant sa propre enfance,- et Albus passa la soirée dans le salon au premier étage, répondant aux questions interminables de Lily :

« Alors, vous avez compté les escaliers ? Il y en a bien cent quarante-deux ? »

Il émit un petit rire.

« Non, Lily, désolé. On n’a pas vraiment eu le temps. »

Il vit ses parents sourire. Enlacés sur le canapé près de la cheminée, ils regardaient les deux enfants tendrement.

« C’est dur, la première année ? » demanda Lily, inquiète.

Albus la rassura.

« Non, pas tant que ça ! Mais, tu sais, le temps de m’adapter… et puis, j’ai eu d’autres trucs à gérer… »

Il lança un regard furtif à son père qui lui fit un clin d’œil.

Harry ne savait pas la moitié de ce qui était arrivé à Albus, mais celui-ci n’éprouvait pas le besoin de tout lui raconter, cette fois. Quand ils se retrouveraient seuls, ils échangeraient des banalités telles que celles qu’ils avaient échangé dans leurs lettres pendant plus de trois mois, et cela convenait à Albus. Il sentait qu’il avait grandi. Pas mûri, bien sûr, il était toujours un garçon de onze ans, et un trimestre à Poudlard ne pouvait pas le changer aussi radicalement. Non, il avait juste grandi. C’en était fini du petit garçon peureux qui gobait tout ce que son grand frère disait. Celui qui avait déprimé la veille de son départ à l’idée de ne pas voir ses parents pendant plusieurs semaines. Celui dont la plus grande crainte était d’être choisi à Serpentard…

Oui, il avait grandi, et ses parents l’avaient remarqué. Ils contemplaient leur second fils avec amour, et surtout avec fierté. Leur fils avait changé. Pas beaucoup, mais sans doute en mieux que James à son âge.

Lily continua ses questions jusqu’à ce que Ginny se lève et déclare :

« Allez, fini l’interrogatoire, Lily, c’est l’heure de dormir. »

Elle tendit la main pour que sa fille la prenne, mais celle-ci se mit à supplier de pouvoir rester encore cinq minutes. Ginny fut intraitable, et Albus entendit sa petite sœur râler jusqu’à ce qu’elles aient atteint le palier du deuxième étage. Une fois le calme revenu, alors qu’ils n’entendaient que le crépitement des flammes dans l’âtre, Harry se leva, vint s’asseoir à côté de son fils sur le tapis moelleux près du feu et, lui souriant, il l’interrogea :

« Alors Al, raconte… »

Albus posa longuement son regard sur la danse des flammes dans la cheminée, le temps que la lumière s’imprègne dans ses yeux et laisse des ombres dans sa vision lorsqu’il leva la tête. Puis, il considéra longuement son père.

« Qu’est-ce que tu veux savoir ? » demanda-t-il.

Harry sourit du coin de la bouche.

« Tu dois bien avoir des choses à raconter quand même ! » s’exclama-t-il jovialement. « Tu as dit à Lily que tu as été occupé… »

Albus voulait absolument éviter d’avoir son père à dos, alors il changea d’attitude :

« Je sais bien, mais il y a tellement de choses à raconter, je ne sais pas par où commencer ! »

Harry souriait toujours. Albus jugea que c’était gagné.

« Eh bien, dis-moi pour commencer si ça va mieux en Potions, par exemple. »

« Parfait ! » pensa Albus. Il avait tellement de choses à raconter sur le sujet que si Harry avait des soupçons sur quoique ce soit, il faudrait les repousser à plus tard : le lendemain était la veille de Noël ; la journée allait être riche en évènements. Puis, le lundi, ils seraient au Terrier pour célébrer Noël avec tous leurs cousins. Ainsi, Albus avait deux jours pour se préparer à un autre entretien inévitable avec son père.

Mais soudain, son cœur fit un bond. Finalement, le choix de la discussion n’était peut-être pas anodin ? Se pourrait-il qu’il sache pour la fiole ? Albus avait soupçonné James dans la voiture, mais finalement, il était tout de même plus probable que s’il en fallait un qui sache tout, ce fut son père.

« La culpabilité te rend complètement paranoïaque, Albus, » pensa-t-il.

Il secoua la tête, comme pour revenir à la réalité de la conversation près du feu, et déclara vaguement que oui, ça allait mieux en Potions. Il voulait changer de sujet, et le fit avant que Harry ne cherche à en savoir plus sur ses difficultés en classe :

« C’est vrai ce que tu as dit dans la voiture ? Que tu es ravi que je sois ami avec Scorpius ? »

Après tout, il avait difficilement ingéré l’information quand il était venu lui rendre visite à Poudlard. Harry le rassura.

« Bien sûr ! Il ne faut pas t’inquiéter des propos de ton frère, Al. Je ne pense pas qu’il… comprenne la situation… »

Albus saisit sa chance.

« Moi non plus, je ne comprends pas. Enfin, je veux dire, Rose et moi, on a lu l’article de la Gazette au début de l’année. Enfin… »

Albus avait du mal à remettre de l’ordre dans ses idées.

« Rose me l’a résumé. Les exemplaires du journal avaient tous disparu avant que j’aie pu lire l’article. »

« Disparu ? » demanda Harry, intrigué.

« Ben oui, c’est le genre d’objet qu’on laisse traîner, tu vois… »

« Non, pas vraiment… »

« Bref, » insista Albus qui voulait terminer son histoire, « je sais que toute sa famille avant lui a été à Serpentard, et il y a des garçons de quatrième année qui l’ont traité de traître. Les mêmes que ceux qui m’ont appelé Severus et à cause de qui on a passé la soirée dans le bureau de Neville quelques jours avant que tu ne viennes à Poudlard. Mais en dehors de ça, je ne sais rien. Avec Rose, on s’était dit que de toute façon, on ne chercherait pas à apprendre quoique ce soit d’autre qu’il ne nous dise lui-même. Peut-être, un jour, il en parlera. »

Harry sourit en passant délicatement le revers de sa main sur la joue d’Albus.

« Une telle réaction est très noble de ta part, Al. Je suis fier de toi. Mais je crains que certaines personnes chercheront à t’induire en erreur, comme James voulait le faire tout à l’heure. »

Albus haussa les épaules.

« Je ne les croirai pas. »

Le silence revint. Albus doutait que le courage que l’on attribuait aux Gryffondor lui permettrait de poser les questions directement.

« Enfin, j’attendrai que Scorpius me confirme, ou pas. »

Il repensa à la cérémonie de répartition.

« Le Choixpeau… je me rappelle que pour Scorpius, il a dit qu’il y avait l’ambition, et la ruse, mais que la hardiesse l’emportait sur le reste, et que c’est pour ça qu’il l’a mis à Gryffondor. »

« Tu as entendu ce que le Choixpeau a dit pour Scorpius ? »

La voix, incrédule, était celle de sa mère, redescendue après avoir couché Lily. Elle se tenait dans l’encadrement de la porte. La main droite sur la poignée, elle était immobile et semblait paniquée :

« Réponds, Al ! Tu l’as entendu, ou c’est Scorpius qui t’a raconté ça après coup ? »

Albus fronça les sourcils. Intrigué, il ne comprenait pas la réaction de sa mère. Il hésita :

« Ben, je l’ai entendu… »

« C’est impossible ! » le coupa Ginny. « Tu ne peux pas l’avoir entendu ! Seul celui qui est sous le Choixpeau peut entendre ce qu’il dit ! »

« Tout le monde l’a entendu ! » se défendit Albus.

Harry prit la parole.

« C’est normal, Ginny. Viens que je t’explique. »

Ginny, enfin décidée à lâcher la porte, s’avança lentement. Elle s’assit près d’Albus qui vint se blottir dans ses bras comme pour tenter de l’apaiser.

« Tu es au courant, Harry ! Pourquoi tu ne m’as rien dit ? »

« Parce qu’il n’y a vraiment pas de quoi s’alarmer, » déclara-t-il sereinement.

Ginny referma ses bras autour des épaules d’Albus et celui-ci aurait commencé à somnoler si la discussion n’était pas aussi palpitante. Harry, qui s’était redressé sur les genoux, s’assit à nouveau sur le tapis et tourna la tête vers les bûches dans l’âtre qui crépitaient sous les dernières flammes. Albus pouvait encore les voir danser dans les yeux verts de son père. Celui-ci commença à expliquer :

« C’est moi qui ai suggéré à McGonagall, il y a des années de cela, de placer un sortilège sur le Choixpeau afin d’entendre ce qu’il dit. Quand j’ai été admis comme nouvelle recrue au Quartier des Aurors, nous avions un mentor qui disait tout le temps que si nous avions pu savoir à l’avance les abominables prédispositions de Tom Riddle pour faire le mal, on aurait évité les souffrances dont il a été la cause. »

L’oreille collée contre la poitrine de sa mère, Albus sentit les pulsations de son cœur se faire plus rapides.

« J’avais également posé la question à Dumbledore, quand il m’a montré le souvenir où il l’avait rencontré pour la première fois. »

Albus réprima un bâillement. Il ne comprenait pas tout, mais il effaça cette idée de ses pensées. Ce qui l’effarait, il pouvait à peine le croire, c’était que son père parlait ouvertement de son passé, et c’était la première fois qu’il le faisait, du moins en présence de son fils. Certes, Albus était désormais un peu au courant, mais il ne s’attendait pas à de telles révélations avant qu’il ne soit au moins majeur ! En effet, Harry était un père très protecteur, malgré l’éducation ferme qu’il inculquait à ses enfants.

« Alors voilà. Maintenant, tous ceux qui sont dans la Grande Salle peuvent entendre ce que le Choixpeau dit pendant la répartition. »

Ginny hocha la tête pour indiquer qu’elle comprenait et était d’accord avec l’idée.

« Par contre, » ajouta Harry, « il y a quelque chose qui m’intrigue, Al. »

La fatigue guettait Albus, mais il s’efforça de veiller encore un peu, pour finir la discussion. Il attendit que son père s’exprime.

« C’est à propos de la Gazette dont tu parlais tout à l’heure : tu disais que c’était le genre d’objets qui traînait, et… »

Il se tut quelques instants. Il semblait avoir des difficultés à formuler sa question.

« Qu’ils disparaissent ? »

Albus hocha la tête.

« McGonagall nous a dit au banquet de début d’année de ne pas laisser traîner nos affaires, ou alors elles disparaissaient. »

Il hésita avant d’ajouter :

« J’ai même perdu mon exemplaire de Quidditch à travers les Âges à cause de ça… »

Il sentit l’étreinte de Ginny se resserrer.

« Je suis désolée pour toi, Al. Tu l’adorais, ce livre… »

Albus sourit. Il avoua que c’était grâce à lui qu’ils avaient obtenu le seul Optimal de toute la classe à leur essai de groupe en Histoire de la Magie.

Harry était très curieux des disparitions dont Albus parlait.

« Ça doit être quelque chose que Minerva a inventé pour vous faire ranger vos affaires, » dit Ginny.

« Non, » affirma Harry, « ce n’est pas son genre. »

« Ça ne m’étonne pas que vous ne soyez pas au courant de ça, en fait. Victoire a dit que les disparitions avaient commencé après la bataille de Poudlard. Beaucoup pensent que ce n’est qu’une légende, mais la rumeur dit que c’est l’esprit du château qui, ayant beaucoup perdu pendant la bataille, cherche à rassembler suffisamment d’objets pour se venger du sang qui a été versé cette nuit-là. »

Ginny ne dit rien, et Harry semblait désemparé pendant quelques secondes, avant d’arborer un large sourire, puis de s’esclaffer.

« Qu’est-ce qu’ils ne vont pas inventer ! » dit-il entre deux éclats de rire.

Albus ne croyait pas à la légende, mais il ne rigolait pas, car la disparition de son livre lui était passée en travers de la gorge.

Quelques minutes plus tard, il commença à s’endormir dans les bras de sa mère et sentit à peine ceux de son père le soulever, l’emmener dans sa chambre et le coucher dans son lit.

Il fut réveillé alors qu’il avait l’impression de n’avoir fermé les yeux qu’une seconde. En regardant par la fenêtre, Albus vit qu’il faisait encore nuit noire. Il chercha donc à se rendormir. Mais il sursauta en entendant la porte de sa chambre grincer et bondit de son lit, tâtonnant du bout des doigts sa table de chevet à la recherche de ses lunettes.

James, en pyjama, se tenait sur le seuil de la porte. Albus fronça les sourcils en regardant son frère la fermer derrière lui. Dans la pénombre, il s’avança.

« Qu’est-ce que tu veux, James ? »

Albus resta méfiant. Apparemment, les menaces dans la voiture n’avaient pas été des paroles en l’air.

James brandit sa baguette et Albus fut désemparé. La sienne était dans le salon, et donc hors de portée. Il fit une tentative.

« James, parle-moi. »

Pas de réponse. Dans la pénombre, il ne voyait pas l’expression du visage de son frère et son cœur battait la chamade.

« James ? »

Il ne répondait toujours pas. Alors Albus pris sa décision :

« Tu peux me dire ce que je t’ai fait, sérieusement ? » s’insurgea-t-il. « C’est vrai, quoi. Tu as cherché les noises tout seul dans la voiture ! »

« Al… »

« Je t’avais dissuadé de faire une bêtise, » continua Albus un peu plus fort, « mais tu es tellement borné qu’il n’y avait plus rien à faire ! »

« Chut ! Tu vas nous faire repérer ! »

Ils restèrent immobiles, l’oreille tendue pour s’assurer que leurs parents n’allaient pas les surprendre, car la punition serait mémorable.

Albus entendit un grincement. Paniqué, il indiqua d’un geste frénétique le sol pour que James se cache sous son lit. James leva les yeux au plafond et se mit à plat ventre. L’entendant ramper, Albus se glissa doucement sous sa couette qu’il laissa traîner négligemment sur le sol pour cacher son frère. Posant la tête sur l’oreiller, il ferma les yeux un quart de seconde avant d’entendre la porte de sa chambre s’ouvrir lentement. Il était moins une.

Il entendit des pas feutrés sur le parquet de la chambre et reconnut la démarche de sa mère. Il sentit sa main lui caresser le front et lui ôter ses lunettes, qu’elle posa à nouveau sur la table de chevet.

« Chéri, tu avais oublié d’enlever ses lunettes ? » chuchota-t-elle.

Albus se maudit d’avoir oublié de les enlever. Il était cuit.

« Peut-être… » entendit-il son père murmurer d’un ton incertain.

Il se sentit bordé par la couette et son cœur battit la chamade : ce serait James qui serait découvert en premier. Le souffle chaud de sa mère, qui s’approchait pour lui déposer un baiser sur le front, lui fit hérisser les poils des bras. Il retint presque sa respiration quand il entendit Ginny sortir de la chambre, mais la porte grinça à nouveau. Il rouvrit les yeux pour vérifier que ses parents étaient partis, et il faillit avoir une crise cardiaque : le visage d’Harry était un mètre du sien, et il souriait malicieusement.

« J’en étais sûr, » dit-il.

Il soupira, secoua la tête avec un sourire de coin résigné et marcha vers la porte. Les mains dans les poches, sans se retourner, il ajouta :

« James, va te coucher. »

Il sortit et laissa la porte entrouverte. James réapparut de dessous du lit et il se releva. Les deux frères se regardèrent longuement, puis chacun dut se retenir pour ne pas éclater de rire.

« On fait la paix ? » demanda James au bout d’un certain temps.

Albus sourit avant de réaliser que James ne devait pas vraiment le voir. Il allait acquiescer quand James ajouta :

« Je sais bien que tu n’y es pour rien, Al. Mais tu sais que j’aime bien te charrier. T’es pas mon petit frère pour rien ! »

Il vint s’asseoir sur le bord du lit.

« On est assez complices, tous les deux quand même. Enfin, bien sûr qu’on se dispute, et c’est normal. Mais je crois que j’ai eu tort d’agir comme ça à Poudlard. Tu sais, t’ignorer, me moquer de toi, et tout ça, quoi… »

« C’est sûr, » siffla Albus entre ses dents.

« Allez, j’y vais ou Papa va débarquer encore une fois. »

Il sortit et Albus se recoucha. Il était heureux d’avoir eu cette conversation avec son frère. La hache de guerre n’était pas totalement enterrée, mais ils la gardaient à portée de main, juste pour entretenir leur fraternité de temps en temps.



*******


Le lendemain, la maisonnée s’activa du matin au soir. Ginny ne quitta presque pas la cuisine de la journée, car elle aidait Kreattur, qui vieillissait terriblement, à préparer le repas du réveillon de Noël. Harry dut aller travailler tôt et ne rentra qu’au milieu de l’après-midi. Quant à James, Albus et Lily, ils décorèrent le salon de guirlandes et de boules de Noël. James voulut utiliser la magie pour accrocher les guirlandes au plafond, mais quand il fut à deux doigts de faire tomber le lustre, il se ravisa, et rangea sa baguette dans la poche arrière de son jean.

Ginny consentit tout de même à sortir de la cuisine pour finaliser les décorations avec ses enfants, et elle lança un sortilège aux anges que Lily, montée sur les épaules de James (lui-même monté sur une chaise), avait accrochés au sapin : les anges s’éveillèrent à la vie et se mirent à chanter en chœur des cantiques de Noël en lançant de minuscules étoiles étincelantes qui disparaissaient avant d’atteindre le sol.

« Au moins, » déclara-t-elle, « pas de balai à passer. »

Ils restèrent longtemps, tous les quatre, à admirer le sapin orné, en se disant que Harry serait sans doute ravi de leur travail.

Justement, il rentra peu après, et voyant la baguette de James dépasser de sa poche, il la saisit et s’exclama :

« Règle élémentaire, James. Ne la mets jamais là, des sorciers plus expérimentés que toi ont déjà perdu une fesse ! »

James, incrédule, se tordit de rire avec Lily, mais Albus prenait la remarque très au sérieux :

« Tu en connais à qui c’est arrivé ? » demanda-t-il à son père.

Il le surprit à sourire et se perdre dans ses pensées pendant plusieurs secondes. A la lueur des bougies que Ginny avait déjà allumées dans la pièce, il vit une étincelle sur la joue de son père : il ne rêvait pas, c’était bel et bien une larme. La séchant rapidement, Harry semblait reprendre ses esprits et confia à Albus :

« Pas personnellement, non. Mais ce conseil, je le tiens d’un très grand sorcier pour qui j’avais énormément de respect, tu vois. »

Il enleva sa cape, et Lily lui sauta au cou. Elle prit une petite voix penaude pour lui demander :

« Quand est-ce qu’il arrive Teddy ? »

« Il ne va pas tarder, Lily. D’ailleurs, vous avez préparé sa chambre ? »

Ils acquiescèrent.

Comme il en avait fait la promesse à ses enfants sur le quai du Poudlard Express, Harry avait proposé à Teddy Lupin, son filleul, de venir s’installer chez eux. Andromeda Tonks, qui l’avait élevé, était décédée à peu près un an auparavant, et Teddy avait été dévasté par la perte de sa grand-mère maternelle. En juin, alors qu’il sortait de Poudlard avec 7 A.S.P.I.C.S. en poche dont cinq Optimal en Potions, Botanique, Défense contre les Forces du Mal, Sortilèges et Métamorphose, il vendit la maison d’Andromeda et loua un petit appartement près de l’Hôpital Sainte Mangouste où il commençait sa formation de Médicomage en septembre.

Il accepta avec la plus grande des joies la proposition de son parrain et donna son préavis anticipé au propriétaire de son logement, un Moldu toujours mécontent, lui donnant ainsi une nouvelle occasion de râler.

La sonnette de la porte d’entrée retentit à 18 heures précises, et Albus, James et Lily descendirent les escaliers en trombe (« comme un troupeau d’éléphants, » avait dit Ginny) pour ouvrir à Teddy, qui n’avait pour bagages qu’un simple sac en toile foncée. Ils l’installèrent dans une des chambres au quatrième étage qui, jusqu’alors, avait fait office de buanderie. Celle-ci fut donc déménagée au dernier étage, dans la chambre de droite, en face du bureau de Harry.

« Pourquoi on ne donne pas directement cette chambre à Teddy ? » avait demandé James après avoir fait son quatrième aller-retour pour le branle-bas de combat.

« Parce que celle qu’on lui a attribuée est plus grande, » avait dit Ginny.

Albus avait un peu boudé cette idée, parce que ça voulait dire qu’il fallait monter un étage de plus pour aider leur mère à accrocher le linge. Mais il était ravi d’avoir Teddy à la maison, même si avant cela, il venait déjà manger trois ou quatre fois par semaine chez eux.

Ils passèrent donc le réveillon à six, plus Kreattur qui refusa de manger à table avec eux. Il se terra dans son placard sous l’escalier (Harry et Ginny lui avaient déjà proposé de nombreuses fois de choisir une des chambres, mais il avait refusé chaque offre) alors qu’ils n’avaient même pas entamé le dessert, mais Harry réussit à les rassurer : en vieillissant, il avait simplement besoin de beaucoup de repos.

Le lendemain était le jour de Noël. Teddy entra dans la chambre d’Albus avec Lily sur ses épaules.

« Al, debout ! Les cadeaux sont là ! Dans le salon, sous le sapin ! »

Teddy était d’excellente humeur, lui aussi, et il n’attendit pas qu’Albus émerge pour tirer sa couette et le hisser sur son dos :

« Tu commences à être lourd, Al ! » fit-il remarquer.

Ils sortirent de la chambre et Albus eut un moment de lucidité avant que Teddy ne s’engage dans les escaliers.

« Mes lunettes, Teddy ! »

« Accio lunettes, » prononça-t-il en brandissant sa baguette.

Les lunettes d’Albus apparurent au seuil de la porte de sa chambre, et flottèrent en direction du trio. Albus les attrapa et les mit sur son nez.

« Allez, Teddy ! » cria Lily. « En route pour le salon ! »

Une fois sur le palier inférieur, ils croisèrent James qui sauta dans les bras de Teddy à son tour. Le jeune homme émit une plainte avec le supplément de poids, mais les enfants riaient tellement qu’il n’eut pas le cœur à les faire descendre. Après tout, il n’y avait plus d’escalier à descendre, juste quelques pas avant d’arriver au salon.

Harry et Ginny s’y trouvaient déjà. Ils coururent au secours de Teddy dont les jambes fléchissaient et tout le monde se réunit autour du sapin aux anges féériques.

Albus reçut de ses parents un nouvel exemplaire de Quidditch à travers les Âges, et Teddy lui offrit un kit de nettoyage pour baguette. Harry et Ginny annoncèrent à James qu’il aurait son cadeau de leur part au Terrier ; quant à Lily, ils lui offrirent un Boursouflet de couleur rose « flashy » qu’elle appela Coddy, comme le batteur des Witches’ Wishes dont elle eut également le nouveau disque, qu’elle s’empressa de mettre sur un vieux phonographe récemment déniché par Ginny sur un marché aux puces.

Deux heures plus tard, ils se retrouvèrent tous dans la cuisine. Ginny, dans une tentative désespérée, arrangea à l’aide d’un peigne les cheveux de James et d’Albus et leur donna chacun une poignée de Poudre de Cheminette. C’était la première fois qu’Albus allait l’utiliser seul, sans se faire accompagner par l’un de ses parents, et cela le tracassait légèrement. Harry le rassura :

« Ne t’inquiète pas. A ma première fois, je me suis trompé d’adresse, mais on a fini par me retrouver ! »

Pas vraiment réconforté, il entra dans la cheminée après Teddy et, desserrant son poing, il articula :

« Le Terrier ! »

La cuisine disparut dans un grand brasier de flammes vert émeraude et Albus ressentit l’habituelle sensation de chatouillis avant de voir défiler de nombreux foyers, puis enfin, il atterrit dans une cuisine qu’il connaissait bien : il était arrivé au bon endroit.

VIII. Noël au Terrier by Eliah
Author's Notes:
Il est bon de faire confiance au temps qui passe : l'avenir nous révèle toujours ses secrets.
(Eve Belisle)

C'est un petit chapitre, mais je l'ai écrit en écoutant "Concerning Hobbits" de la bande originale du Seigneur des Anneaux (c)Tolkien, je trouve qu'elle colle bien à la réunion familiale de mon chapitre ;)
Si vous pouvez la mettre en lisant ce chapitre, allez-y de bon cœur, je pense que vous aimerez ! Normalement, avec une vitesse de lecture à voix haute moyenne, vous tombez pile sur les passages que j'ai marqués ^^
Bonne lecture !

«Grand-mère ! Ils sont là !»
La voix de Victoire retentissait dans toute la maisonnée.

Penchée au-dessus de la balustrade sur le palier du premier étage, elle observait la petite famille qui levait la tête pour la saluer.
«Ah, quand même !» s’exclamait la voix de Molly Weasley.
Lily s’élançait dans l’escalier pour embrasser sa grand-mère. Elle lui sautait au cou, comme à son habitude avec les personnes qu’elle adorait, et Molly descendait avec sa petite-fille dans les bras pour souhaiter la bienvenue aux autres.

Elle avait les yeux d’un bleu pétillant, et dans sa démarche une allure enjouée qui se mariait à la perfection avec son visage rayonnant de bonheur : elle était comblée, et cela se voyait.

Posant Lily, elle se courbait, ouvrait grand ses deux bras pour enlacer James et Albus, qui lui rendaient gaiement son étreinte avant qu’elle ne se relève. Puis elle serrait Ginny dans ses bras, se détachait à nouveau et marquait un arrêt avant d'embrasser Harry, qui demandait s’ils étaient les derniers :

«Avant-derniers,» soupirait Molly. «Nous n’attendons que Percy, Audrey et les enfants. Imagine-toi qu’il travaille, ce matin !»
«Sacré Percy, il ne peut pas s’en empêcher !»

«Bon,» déclarait Molly, «je vais prévenir tout le monde de votre arrivée !»
Les cousins, cousines, oncles et tantes arrivaient des quatre coins de la maison pour les accueillir. Certains descendaient des escaliers, d’autres revenaient du jardin, et les salutations étaient très chaleureuses.

Mais chez les Weasley, on en avait l’habitude. Au Terrier, les réunions de famille étaient toujours de très agréables moments à passer.
Très vite, il était difficile de tous tenir dans la même pièce, et Molly demandait aux enfants d’aller jouer dehors en attendant que le repas soit prêt. Charlie, qui adorait tous ses neveux et nièces, les accompagnait.

Ils faisaient des batailles de boules de neige, se débarrassaient de quelques courageux gnomes et montaient sur de vieux balais entreposés dans la remise, même s’ils ne pouvaient pas monter trop haut, de peur de se faire remarquer par un des habitants Moldus du village dans la vallée.

Après le festin, les cousins et cousines retournaient jouer dehors. Les femmes aidaient Molly à débarrasser la table, tandis que les hommes prenaient place dans les fauteuils du salon. Harry se retrouvait seul au milieu des frères de Ginny, qui avaient pour plus grand plaisir de l’appeler leur «seul et unique beau-frère préféré» et lui racontaient sans se lasser des anecdotes de l’enfance de Ginny. Celle-ci s’était résignée à les en empêcher depuis de nombreuses années, et se vengeait de ses frères en leur rendant la pareille à l’occasion d’une balade avec ses belles-sœurs.

Quant à Molly et Arthur, ils emmenaient leurs petits-enfants dans une des chambres à l’étage où ils distribuaient leurs cadeaux, et se régalaient des mines réjouies qui déballaient les paquets.

Puis, lorsque le soleil se couchait, et que les bâillements des plus jeunes se faisaient entendre, les mères rentraient de leur promenade, les pères finissaient leur verre d’hydromel et les grands-parents faisaient descendre les enfants, chacun serrant son cadeau contre lui. Ils remettaient leur cape, et échangeaient de nouvelles accolades : la journée au Terrier se terminait comme elle avait commencé, dans un joyeux remue-ménage dont seule la famille Weasley connaissait le secret.

IX. Un Cadeau Inestimable by Eliah
Author's Notes:
Savez-vous que le meilleur moyen de dissimuler, c'est de dévoiler jusqu'au bout ?
(Serguei Mikhaïlovitch Eisenstein)

Finalement, James se vit offrir son Tonnerre de Zeus, tout le monde ayant cotisé pour cet unique cadeau qui fit la joie de son nouveau propriétaire. Evidemment, comme ils n’avaient pas de jardin à Londres, il lui fut interdit de monter sur son balai ; James râla lorsque cette décision fut prise par leurs parents, et il se souvenait qu’étant plus jeune, il montait sur le balai-jouet que son parrain Ron lui avait offert pour son deuxième anniversaire, juste avant la naissance d’Albus. Mais Ginny lui rappela que ça n’était qu’un jouet, et donc qu’il n’y avait pas eu de quoi s’alarmer comparé au Tonnerre de Zeus, qui était le plus puissant des balais qui n’ait jamais existé. Le débat étant clos, il passa ses journées à bichonner son balai en marmonnant qu’il avait hâte de retourner à Poudlard pour voir ce qu’il avait dans le ventre.

Les jours qui suivirent étaient de la routine. Depuis aussi longtemps qu’Albus se souvenait, pendant la semaine qui succédait Noël et précédait la nouvelle année, Harry était débordé au Département des Aurors à cause d’incidents qui, bien que mineurs, lui pompaient toute son énergie et, une fois rentré à la maison, il n’aspirait qu’à se reposer.

« Une maison Moldue a été cambriolée hier soir, et évidemment nous soupçonnons le gang des Hêmes, » dit Harry un soir en se plongeant dans le canapé du salon, juste après le dîner.

Albus se souvint qu’il en avait parlé avec Hagrid quand il était venu à Poudlard au début de l’année. Si ce gang résistait aux Aurors depuis plusieurs mois, alors il comprenait pourquoi son père était si éreinté. Il observa sa mère, blottie dans un fauteuil, qui semblait préoccupée par les soucis de son mari, ce qui la fatiguait à son tour. Le matin même, elle avait reçu la visite d’une joueuse de Quidditch pour la Gazette, et Albus, qui avait assisté à l’entretien, avait trouvé qu’elle n’était pas tout à fait dans son état normal. Elle avait mélangé ses questions, et sa Plume à Papotes, qui d’habitude se contentait de prendre des notes, s’était souvent arrêtée d’écrire, omettant ainsi des bouts de phrases sans lesquels Ginny, pas complètement alerte à chaque détail de la conversation, dut admettre par la suite qu’elle mettrait du temps à rendre son reportage.

Elle s’enfermait dans le bureau de Harry durant des heures pour cet article, ce qui laissait souvent James, Albus et Lily livrés à eux-mêmes, puisque Teddy passait ses journées à l’hôpital : quand il n’était pas de service, il y restait pour étudier, et ne réapparaissait à la maison que tard le soir, juste avant que Harry ne rentre. Ainsi, James et Albus durent faire preuve d’une imagination débordante pour occuper leur petite sœur, qui s’ennuyait vite.

A la fin de la semaine, après d’énièmes parties d’échecs et autre jeux en tous genres, ils mirent au point une activité des plus dangereuses, car s’ils se faisaient prendre, ils étaient sûrs d’avoir la punition de leur vie, et c’est ce qui les décida à se lancer. Juste après le déjeuner, Ginny retourna à son travail dans le bureau, tandis que Kreattur faisait la vaisselle et rangeait la cuisine. Lily leur assurant qu’il en avait pour deux heures au moins, James et Albus se regardèrent d’un air entendu et dévalèrent les escaliers, baguette à la main. Une fois dans le couloir de l’entrée, ils s’approchèrent de la cuisine à pas de loup et s’arrêtèrent net devant la porte close. James se plaça derrière son frère et lui prit le bras droit en lui faisant faire un mouvement compliqué, qu’il répéta plusieurs fois pour qu’Albus assimile le geste.

« Tu es sûr qu’on ne risque rien ? » chuchota Albus.

« Oui, je suis sûr, » répondit James impatiemment. « A moins que tu ne rates ton sortilège et que Kreattur s’en rende compte ! »

James avait beau avoir expliqué que personne au Ministère ne détecterait jamais que c’était lui qui avait lancé le sort, Albus n’était pas entièrement rassuré. Mais la tentation de passer un après-midi à s’éclater avec son frère et sa sœur était trop grande.

« Tu te souviens de la formule ? »

« Oui. »

Albus prit une grande inspiration, dirigea sa baguette vers la porte et, refaisant le mouvement que James lui apprit, il murmura :

« Muffliato. »

Une faible étincelle sortit de sa baguette et prit la bonne direction. James parut satisfait car, sans parler tout bas, il déclara :

« Bien. Au tour de Maman, maintenant. »

Et une fois le sortilège lancé sur la porte du bureau, ils allèrent chercher Lily dans sa chambre et lui firent part du programme d’activités pour l’après-midi. Elle en fut ravie : ayant grandi auprès de deux grands frères, elle savait de temps en temps oublier son côté « petite fille sage » pour oser participer à des jeux farfelus comme seuls Albus et James savaient en inventer.

C’est ainsi qu’ils se trouvèrent chacun un des plus gros coussins du salon, et remontèrent quatre à quatre les escaliers jusqu’au grenier. James se lança le premier : il posa son coussin sur le bord des marches, et s’assit dessus, avant de commencer la descente en hurlant comme un fou. Depuis l’étage du dessus, Albus et Lily l’entendaient rigoler, et sa bonne humeur les fit brûler d’impatience.

« C’était génial ! Allez, à qui le tour ? »

Jetant un dernier coup d’œil à la porte du bureau derrière laquelle Ginny se trouvait, Albus se rassura de penser que si le sortilège n’avait pas marché, elle aurait ouvert la porte depuis longtemps. Il voulait proposer à Lily d’y aller, mais celle-ci lui demanda de l’accompagner.

« Juste la première fois, j’aurai moins peur, quand même. »

Il lui sourit et installa les deux coussins, l’un devant l’autre, au bord de l’escalier. Il s’assit sur le deuxième, et Lily vint s’asseoir sur le premier, entre les jambes de son frère. S’assurant qu’elle était prête, Albus se pencha en avant en donnant un petit coup de rein, et un centième de seconde plus tard, ils dévalaient les marches.

La sensation était grandiose. Maintenant fermement Lily par la taille, Albus n’eut pas vraiment eu le temps d’en profiter qu’ils arrivaient déjà sur le palier, la vitesse les propulsant des coussins deux mètres plus loin. James s’écroula de rire en les voyant arriver : Albus retomba lourdement sur Lily, mais elle ne se plaignit même pas, tellement elle était contente de l’expérience. Ce fut même elle qui se releva la première et qui s’exclama :

« Allez, au suivant ! »

Ils prirent ainsi les quatre autres escaliers à la chaîne, et chaque fois qu’ils descendaient d’un étage, ils étaient de plus en plus hilares, nécessitant deux fois plus de temps pour se remettre de leurs émotions. Et quand ils arrivèrent au rez-de-chaussée, ils agrippaient les coussins et remontaient pour recommencer. Pour la dernière descente, ils prirent le matelas de la chambre de Lily et descendirent tous les trois dessus, James devant et Lily au milieu, les cinq étages d’affilée. Ils retombèrent lourdement sur le sol de l’entrée, et reprirent leurs éclats de rire pendant cinq bonnes minutes, sans pouvoir faire quoique ce soit d’autre que de sécher leurs larmes de bonheur.

Soudain, la porte de la cuisine s’ouvrit et Kreattur apparut :

« Les petits maîtres font beaucoup de bruit et Kreattur ne peut pas se reposer. »

Ils se relevèrent tous les trois d’un bond, et Albus cacha, du mieux qu’il le pouvait, le matelas dans un coin. James s’excusa auprès de l’Elfe et avança dans la cuisine pour faire diversion, tandis qu’il fit un signe qu’Albus saisit tout de suite. Le sortilège avait cessé de faire effet pour Kreattur, et cela signifiait que leur mère descendrait bientôt : il valait mieux que le matelas et les coussins soient remis en place.

Ginny retrouva ses trois enfants dans le salon, sagement en train de lire. Mais en mère perspicace, et cadette de six frères, elle détecta les regards et les sourires complices des enfants qui lui firent se demander ce qui avait bien pu se passer pendant qu’elle travaillait là-haut.

Luke fut invité le samedi à passer la journée avec James. Ces deux là étaient inséparables et pouvaient rarement supporter de passer leurs vacances sans se voir au moins une fois. Albus appréhendait beaucoup de devoir subir durant plusieurs heures la présence de celui à cause de qui il avait été la victime de son frère pendant ces longs mois à Poudlard, mais les rigolades de la veille étaient encore trop présentes dans leur esprit pour chercher à se faire la guerre. James était euphorique et il s’empressa de montrer à son ami son nouveau balai : Albus fut laissé pour compte, et ça ne l’offusqua absolument pas.

Puis le réveillon du trente-et-un se passa chez Hermione et Ron, qui habitaient dans un autre quartier de Londres. L’invitation était prévue depuis longue date, et Hermione avait proposé à Teddy de se joindre à eux, mais il refusa poliment : il déclara qu’étant de garde ce soir-là, il devait passer le Nouvel An à l’hôpital, mais Albus savait qu’en réalité, il allait le passer avec Victoire.

Ils utilisèrent la Poudre de Cheminette pour se rendre chez leurs cousins et, une fois qu’il eut atterri dans la cuisine, Albus, qui voyagea à nouveau seul, se fit tirer par le bras par James qui s’écria :

« Allez, p’tit frère, il faut sortir plus vite que ça, si tu ne veux pas entrer en collision avec Maman ! »

Albus estima qu’il avait eu tout le temps de sortir de la cheminée avant que sa mère n’arrive, mais décida de ne pas provoquer James : Ginny leur avait prévenu qu’elle ne tolérerait aucune bavure, ou elle les renverrait à la maison passer le réveillon avec Kreattur.

Depuis tout petit, lorsqu’ils passaient des soirées avec leurs cousins, des affinités filles-garçons s’étaient créées. Rose adorait Lily et elles s’enfermaient dans la chambre de Rose pour « faire des trucs de filles, » tandis que James, Albus et Hugo faisaient toujours des découvertes dans le grenier. Cette fois-ci, ils trouvèrent des cartons sur lesquels était écrit en lettres majuscules rouges : « Weasley & Weasley : Farces pour Sorciers facétieux » et ils s’amusèrent avec tout un stock de gadgets avant qu’Hermione ne les appelle pour le dîner.

Lily et Hugo s’endormirent sur le canapé avant que ne sonnent les douze coups de minuit, et Albus et Rose n’en menaient pas large une fois les embrassades de la nouvelle année terminées. Aussi, Harry et Ginny remercièrent leurs hôtes pour la soirée et préparèrent le retour. Albus, incapable de voyager seul à cause de la fatigue, fut entraîné dans la cheminée par son père, et ils réapparurent dans la cuisine de Grimmauld Place ensemble, puis Harry le porta jusqu’à son lit où il s’endormit en quelques secondes.

Tous ces évènements faisaient passer le temps à une vitesse impressionnante, et au moment où Albus s’en rendit compte, la deuxième semaine de vacances était déjà bien entamée. Il descendit un matin pour le petit déjeuner et entra dans la cuisine au moment où James jetait de la Poudre de Cheminette dans l’âtre : il allait passer la journée chez Luke. De plus, Lily était déjà partie chez Charlie, qui était son parrain. Albus pensait donc avoir sa mère pour lui tout seul, mais c’était sans compter l’article sur l’Attrapeuse vedette des Harpies de Holyhead : Ginny passa encore une fois tout son temps dans le bureau de Harry.

Albus, tout d’abord déçu, se rappela qu’il avait des projets concernant la fiole qu’il avait trouvée sous son lit, et il eut un sentiment de culpabilité vis-à-vis de Rose et Scorpius : il était sûr qu’ils avaient déjà bien avancé de leurs côtés. Aussi se réfugia-t-il dans le grenier à la recherche de livres : à l’instar de son oncle Ron qui avait stocké des gadgets du magasin de farces et attrapes de George, Harry et Ginny avaient conservé la plupart de leurs livres scolaires dans des cartons oubliés dans un coin du grenier qui s’avéra difficile d’accès.

Il se surprit à prendre du plaisir à parcourir les livres de Potions : il aimait par-dessus tout l’odeur du vieux parchemin. Il feuilletait son cinquième livre quand soudain, la porte du grenier s’ouvrit : c’était son père, rentré pour le déjeuner.

« Al ? Qu’est-ce que tu fais là ? »

Albus n’essaya pas de cacher le livre qu’il lisait : il savait que ce serait vraiment suspicieux.

« Oh, euh… Je… J’ai trouvé tes bouquins d’école là-dedans, » bredouilla Albus en désignant le carton ouvert, « alors je regarde, par curiosité, tu vois… »

Harry s’approcha et vint s’asseoir à côté de son fils.

« Potions Magiques, » lut-il en rabattant la couverture du livre qu’Albus était en train de lire. « Il est vieux, dis donc ! »

Albus sourit, mais il était mal à l’aise. Il sentait que son père se doutait de quelque chose.

« Quel est cet intérêt soudain pour le cours de Potions, Al ? »

« Ah, non, P’pa, c’est pas ce que tu crois… »

Il devait trouver quelque chose, et vite.

« Tu sais bien, mes notes ne sont pas terribles, en potions… Alors, j’essaie juste de… m’améliorer, tu vois ? »

C’était pitoyable. Il était sûr que son père l’avait remarqué.

« Justement, c’est ça qui m’inquiète. Chez les Potter et les Weasley, on n’est pas du genre à se forcer à s’intéresser à quelque chose qui nous ennuie profondément. »

« Mais non, le cours de Potions ne m’ennuie pas profondément ! » s’exclama Albus, en essayant de paraître étonné.

« Je ne suis pas né de la dernière pluie, Al… »

« C’est juste que c’est… »

« Nul à en mourir, je sais. Ne nie pas : ni ta mère, ni moi n’avions des prédispositions pour ce cours… »

« Ça n’empêche que c’est une matière importante ! »

Harry sourit. Il posa une main sur l’épaule d’Albus, et prit une grande inspiration avant de déclarer d’un ton presque ironique :

« Ça, c’est un argument digne d’une Granger ! »

Albus s’était grillé. Sachant que son père ne le lâcherait pas, il tenta une dernière boutade pour gagner du temps :

« Qu’est-ce que j’aurais dû dire pour ne pas éveiller tes soupçons ? »

Harry éclata de rire. Il lui fallut vingt bonnes secondes pour s’en remettre, et proposer :

« Eh bien… que tu déteins sur Rosie, par exemple ? »

« Par Merlin ! » s’exclama Albus en se tapant la tête de la paume de la main. « Qu’est-ce que je suis bête ! Pourquoi j’y ai pas pensé ? »

Harry lui ébouriffa les cheveux, comme il aimait beaucoup le faire. Avant, cela ne plaisait pas trop à Albus, mais Ginny lui avait récemment confié que c’était un geste qu’il aurait adoré recevoir de son propre père, alors depuis, il le laissait faire.

« Il y a quelque chose qui te tracasse, Al ? » demanda Harry.

« Pourquoi voudrais-tu que ça soit le cas ? »

« Albus Severus, je te connais comme si je t’avais élevé. »

Voilà. Ils y étaient arrivés. C’était l’argument que son père utilisait chaque fois qu’il voulait avoir le dernier mot avec l’un de ses enfants. Albus ne pouvait pas lui cacher ses sentiments plus longtemps, il savait que son père ne le lâcherait pas avant qu’il lui ait tout raconté.

« Ecoute, Al… »

Harry s’approcha plus près et blottit son fils contre lui.

« Al, si tu as des soucis, je te supplie de m’en parler… »

« P’pa… »

« A ton âge, j’aurais fait n’importe quoi pour avoir un père à mon écoute, et… »

« P’pa, je… »

« Non, Al, ne commence pas à croire que tu peux tout gérer tout seul… »

« P’pa ! Ecoute-moi ! »

Il en faisait un peu trop, tout de même, et Albus commençait à perdre patience. En fait, il savait parfaitement pourquoi il régissait comme ça, mais il ne pouvait pas s’empêcher de lui en vouloir, parce qu’il aurait bien voulu garder son petit secret pour lui. Enfin, entre lui, Rose et Scorpius.

Et soudain, le déclic. Il avait trouvé son excuse.

« Bon, d’accord. Tu avais raison. Ça a un rapport avec Rose. »

Il expliqua qu’après la retenue qu’il avait eue pour sa mauvaise note en Potions, Rose avait incité Scorpius à les aider dans cette matière.

« Rose a été en retenue aussi ? » demanda Harry d’un ton effaré.

« Non, elle a seulement eu ‘Efforts Exceptionnels’. »

Harry se remit à rire, et Albus souffla un peu. Jusque là, les faits étaient vrais, et cela le mit en confiance pour la suite.

« Tu vois, ça, c’est du Granger tout craché ! »

Harry réagissait exactement comme Albus l’avait espéré. Mais il se concentra, et prit le temps de bien choisir les mots qu’il allait utiliser :

« Scorpius s’est dit que puisqu’on ne se verrait pas pendant deux semaines, il allait nous donner une sorte de ‘devoir de vacances’. »

Le mensonge était gros, et Albus savait que son père risquait de le remarquer. Mais s’il lui faisait croire qu’il le mettait dans la confidence, il serait probablement moins suspicieux.

« Tu promets que tu ne le dénonceras pas ? »

Harry fronça les sourcils, mais il posa la main droite sur le cœur en prenant un air ridiculement pompeux.

« Il a été ‘emprunter’ deux fioles dans la réserve du Professeur Edison, en a enlevé les étiquettes, nous les a données, et on doit trouver ce qu’elles contiennent avant la fin des vacances. »

Harry sonda son fils du regard, mais Albus baissa les yeux rapidement.

« C’est pour ça que je ne voulais rien te dire, parce que tu ne dois pas m’aider pour trouver ce que contient ma fiole : Scorpius s’en douterait, et je ne veux pas me le mettre à dos pendant des semaines. Notre amitié a déjà assez souffert comme ça. »

Albus releva les yeux : il pouvait lire dans le regard de son père de la compréhension, et de la confiance.

« Tout va bien, alors ? »

« Oui, » répondit Albus sans hésiter.

« D’accord, » déclara Harry. « Si tu me dis que tout va bien, je te crois, Al. »

Il lui déposa un baiser sur le front puis desserra son étreinte. Albus eut un sentiment de culpabilité, mais qui disparut lorsque son père le questionna :

« Tu penses donc que tu vas pouvoir trouver la description de ta potion dans ces livres ? »

« Il faudra bien, » répondit Albus en haussant les épaules, « je ne vois pas d’autre moyen en tous cas. »

« Pourtant, il en existe d’autres, » annonça Harry mystérieusement, « mais j’imagine que tu n’y auras pas recours, je ne pense pas que ton ami ait choisi des potions bien compliquées. »

Albus lui expliqua que Rose poussait Scorpius à les forcer à se dépasser, pour avoir de l’avance.

« Sans t’aider directement à trouver le nom de ta potion, je pourrais te conseiller à repérer les caractéristiques d’une potion… »

« Après tout, pourquoi pas ? »

Alors Harry lui donna quelques pistes, qu’Albus prit le soin de noter sur un parchemin, et une fois qu'il eût terminé, Ginny sortit du bureau.

« Harry ? Ben alors, on ne vient même plus embrasser sa femme en rentrant du travail ? »

Harry se leva et alla réparer son erreur, sous le regard gêné d’Albus qui fit mine de se replonger dans son livre. Puis Ginny descendit et leur informa que le repas serait prêt dans dix minutes. Harry lui marmonna quelques mots, puis il se tourna à nouveau vers Albus et déclara :

« Al, viens avec moi, j’ai quelque chose pour toi. »

Albus se leva et suivit son père dans son bureau. La situation était bizarre, car Albus n’y était en fait jamais entré. Pas que son père lui en interdise l’accès, mais il disait qu’il avait besoin de tranquillité quand il travaillait, et surtout qu’Albus n’avait pas de raison d’y aller quand ses parents n’y étaient pas.

La pièce était spacieuse et bien éclairée grâce à une grande fenêtre habillée de rideaux blancs ; un chandelier en argent était suspendu au plafond, et il y avait également une grande armoire en bois qu’Albus soupçonnait être là depuis plus longtemps que lorsque son père en fit un bureau. Les murs étaient recouverts de soie gris argenté : il y avait, près de l’armoire, le portrait d’un homme barbu assez effrayant, qui fixait d’un œil malveillant le mur opposé sur lequel avaient été accrochées plusieurs bannières aux couleurs de Gryffondor. Certaines étaient très vieilles car les couleurs avaient déteint, d’autres semblaient un peu plus récentes, mais anciennes malgré tout.

De l’autre côté de la pièce se trouvait un bureau placé contre un mur sur lequel étaient accrochées quelques photos, toutes dans de jolis cadres en bois sculpté. Les personnes y bougeaient et souriaient à la caméra. Albus reconnut sur une des photos ses parents, le jour de leur mariage, et une autre du même jour avec Hermione et Ron, qui étaient leurs témoins. Il y avait également trois photos prises à l’hôpital Ste-Mangouste, pour la naissance de chacun des enfants. Albus vit aussi une photo d’un homme et d’une femme dansant et souriant sous les arbres automnaux dont les feuilles jaune et brun tombaient à l’infini : c’étaient James et Lily Potter, ses grands-parents. Il retrouva son grand-père, plus jeune, sur une autre photo sur laquelle il posait avec les trois amis avec qui il avait passé sa scolarité à Poudlard. L’un d’eux avait des cheveux longs, des yeux gris, le regard insondable, et il dégageait une certaine beauté. Sirius Black avait un air un peu arrogant sur cette photo, à moins que ce n’ait été un trait caractéristique dont il n’avait pas pu se débarrasser au moment où l’appareil s’était déclenché. Albus reconnut également le deuxième : Remus Lupin, le père de Teddy. Il avait l’air malade et fatigué, mais il souriait sincèrement. Le troisième était beaucoup plus petit que les trois autres : il avait de petits yeux humides et des cheveux fins décolorés, mais Albus ne le connaissait pas. La dernière photo était celle où il y avait le plus de monde, et hormis ses grands-parents et une poignée de visages vaguement familiers, Albus ne reconnaissait pas grand monde.

Harry s’éclaircit la gorge et cela ramena Albus à la réalité. Il vit son père faire apparaître une petite clef dorée dans la paume de sa main et il l’inséra dans la serrure d’un tiroir de son bureau. Une fois le tiroir ouvert, il en sortit un paquet plat qu’il contempla quelques secondes avant de déclarer :

« James a eu son balai, et on va emmener Lily en vacances en février, alors j’avais envie que tu aies quelque chose de spécial, toi aussi… »

Et il tendit le paquet à Albus. Celui-ci le défit et découvrit un morceau de tissu très léger, d’une teinte argentée. Albus laissa tomber l’emballage et considéra son cadeau : l’étoffe était très soyeuse au toucher, et quand il la caressa du bout des doigts, il avait l’impression de mettre la main sous un filet d’eau. Il déplia le tissu, pendant que son père lui expliqua :

« Ceci, Al, est une cape d’invisibilité. »

Albus écarquilla les yeux devant le trésor qu’il tenait entre ses mains, puis il releva la tête et offrit à son père le plus beau des sourires, et c’était l’unique récompense que celui-ci demandait.

« Je ne te l’ai pas donnée avant parce que je voulais m’assurer que tu en ferais bon usage… »

Jetant la cape sur ses épaules, Albus se regarda dans le miroir : son corps, ses jambes, ses bras étaient devenus invisibles, et sa tête semblait flotter dans l’air.

« Merci, P’pa. »

« Elle est tout à toi, Al, prends-en soin. Mais surtout, tu ne dois pas en parler à James et Lily, ils seraient affreusement jaloux d’apprendre que c’est toi qui as hérité de la cape. Tu vois, elle est dans la famille depuis très longtemps, et il faut que ça continue… »

« Pourquoi moi, alors ? »

Ce n’était pas qu’il était mécontent d’avoir la cape, au contraire, il était ravi ; mais il se disait que ce n’était pas forcément juste pour James et Lily.

« Parce que tu es largement plus raisonnable que ton frère, et que je viens d’avoir comme un flash de l’usage qu’il en aurait fait si je la lui avais donnée. »

La culpabilité revint au galop. Son père venait de lui offrir un cadeau inestimable, alors qu’Albus lui avait débité plusieurs mensonges à propos de la fiole. Mais ça avait été tellement palpitant de sentir la bouteille en verre sous ses doigts… Ça avait été comme s’il avait retrouvé un trésor perdu depuis longtemps, et il aimait beaucoup l’idée de pouvoir jouer aux aventuriers.

« Ne t’inquiète pas, Al, j’ai d’autres trésors pour eux dans mon tiroir, » dit Harry, désignant ledit tiroir qu’il referma à clef.

Albus reprit confiance en lui : après tout, ils ne faisaient rien de mal. Et il n’allait pas laisser une fiole lui gâcher le plaisir de l’instant qu’il vivait avec son père.

Il l’observa retirer la clef de la serrure et la poser dans la paume de sa main. Harry ferma son poing et une seconde plus tard le rouvrit : la clef avait disparu.

Albus était absolument aux anges de pouvoir partager un secret avec son père. C’était très excitant, et il mourrait d’envie d’essayer sa cape à Poudlard : il essaya d’espionner sa mère dans la cuisine après le déjeuner, mais il s’avéra qu’elle était au courant, car elle repéra Albus tout de suite par le bruit de ses pas sur le sol de pierre.

Le soir venu, alors que Lily et James dormaient à poings fermés, il fit une nouvelle tentative à pieds nus. Les escaliers s’avérèrent difficiles à descendre : pourtant, en temps ordinaire, Albus les avait suffisamment empruntés, depuis qu’il avait appris à marcher, pour savoir exactement où ils grinçaient. Mais sous la cape, l’affaire était une autre paire de manche. Il inspira doucement une fois arrivé sur le palier du premier étage : la porte du salon était entrouverte, et il entendit la voix de ses parents.

« … sûr que c’était vraiment une bonne idée de la lui donner ? »

Ginny semblait inquiète du choix de Harry. Albus tendit l’oreille, retenant presque sa respiration.

« Ne t’inquiète pas, au pire il se baladera à Poudlard de nuit… »

« Avec la nouvelle concierge, il peut toujours rêver. A notre époque, Rusard était un Cracmol, mais aujourd’hui, cette Kumari Asper-Starez est une sorcière très douée en Sortilèges, et tu sais bien qu’il ne lui suffira qu’un hominum revelio pour découvrir Al et lui donner deux heures de retenue… »

Harry prit quelques secondes de réflexion avant de répondre.

« Non, ce n’est pas tout à fait exact. »

Albus entendit le frottement du cuir du canapé avec le jean de son père, ainsi que le crépitement des flammes dans la cheminée.

« Il faut d’abord que Kumari lance le sortilège au bon endroit, et ensuite elle va seulement savoir qu’il y a quelqu’un, et non pas la position exacte où il se trouve. A moins qu’elle ne réussisse à pétrifier Albus sous la cape en un temps record, il aura le temps de prendre ses jambes à son cou. »

« Justement, James dit toujours qu’elle lance ses sortilèges plus vite que son ombre ! »

« Eh bien, là, Albus a de quoi s’inquiéter. J’aurais peut-être dû lui donner la carte des Maraudeurs en plus ! »

« Harry, ne plaisante pas avec ça, s’il te plaît ! »

« Pardon, chérie. »

Ils se plongèrent à nouveau dans le silence, jusqu’à ce que Harry déclare en plaisantant :

« Si elle est si douée en Sortilèges, je me demande bien comment elle a pu accepter ce poste de concierge… Enfin, tu imagines, elle aurait pu avoir une carrière tellement plus palpitante ! »

Ils rigolèrent. Albus les entendit s’embrasser, et il sentit que c’était le moment d’arrêter l’espionnage. A pas de loup, il remonta l’escalier et retourna se coucher.



*******


Les vacances de Noël touchèrent à leur fin. Le dimanche matin, plutôt que de s’entasser à six dans la voiture, Harry proposa d’aller à pied à la gare. Le trajet ne durait que vingt minutes, et Teddy promit à Lily qu’elle pourrait grimper sur ses épaules au retour si elle était trop fatiguée. Albus rangea la cape d’invisibilité dans son sac avant de mettre la bandoulière sur son épaule et, jetant un dernier coup d’œil à sa chambre pour vérifier qu’il n’avait rien oublié, il sortit en fermant la porte. Sa chouette Malacia, ainsi que celle de James, s’étaient envolées pour Poudlard au milieu de la nuit, juste après la chasse, et Albus savait qu’elles arriveraient à l’école avant eux.

Ils quittèrent la maison largement à l’avance pour ne pas avoir à courir les derniers mètres, alors qu’ils s’apercevraient qu’ils risquaient de rater le train. Lorsqu’ils passèrent la barrière et posèrent le pied sur la voie neuf trois-quarts, Albus jeta un coup d’œil à l’horloge : il était moins le quart.

Rose était déjà quasiment à bord du Poudlard Express, dont la fumée blanche commençait à réduire la visibilité. Hermione était en train de lui remettre sa pince dans les cheveux, tandis que Ron montait à bord avec une pile de livres dans les bras. Albus devina que sa cousine n’avait pas eu le temps de feuilleter tous les livres qu’elle voulait pendant les vacances et qu’elle avait dû insister auprès de ses parents pour emporter le reste.

Teddy leur fit un petit signe de la main et annonça :

« Je reviens vous dire au revoir avant le départ, promis. »

James donna un coup de coude à Albus et pointa du doigt Teddy qui se dirigeait au bout du quai vers un groupe d’élèves de Gryffondor de septième année, parmi lesquelles se trouvait Victoire.

« Maman ? » s’enquit Lily qui avait également vu sa cousine, « tu crois que l’année prochaine, Victoire va venir habiter avec nous aussi ? »

Ginny haussa les épaules.

« Je n’en sais rien, ma chérie. Peut-être que Teddy et elle voudront habiter seuls, tu sais. »

Cette idée semblait déplaire à Lily. Contrairement à la semaine qui avait précédé la rentrée en septembre, elle n’avait cette fois-ci pas protesté à l’idée qu’elle ne pouvait pas aller à Poudlard. Albus s’était douté qu’elle ne voulait pas vraiment aller à l’école tout de suite, et que c’était en fait surtout parce qu’elle n’avait plus ses frères pour jouer avec elle. Mais maintenant que Teddy était à la maison, elle pensait sans doute qu’il reviendrait plus tôt de l’hôpital pour elle. Albus craignait que Teddy ne se plonge à corps perdus dans ses études. Toutefois, il ne fit aucune remarque là-dessus : il ne voulait pas être celui qui brisait les espoirs de sa petite sœur.

« Vous voilà ! » déclara Ron en les apercevant, tandis qu’il descendait du train les bras vides.

Après les embrassades, James partit retrouver Luke, et Ron prit Rose et Albus à part.

« Dites-moi tous les deux, la Salle sur Demande, elle existe toujours ? »

Hermione, qui avait entendu la question, intervint :

« Ah ben ça c’est malin, Ron ! Pourquoi tu ne leur dis pas directement où elle se trouve ? »

Albus vit son oncle rougir jusqu’aux oreilles.

« Je ne vois pas ce qu’il y a de mal, » dit-il nonchalamment.

Hermione se pinça les lèvres, comme Rose le faisait quand elle était contrariée. Ron sembla juger préférable de se taire mais Albus sentait qu’il n’avait pas dit son dernier mot.

« Ils sont là, » dit une voix derrière eux.

Albus se retourna : Scorpius se tenait face à eux, souriant comme jamais. Derrière eux, ses parents avaient chacun une main sur l’épaule de leur fils. Son père lui ressemblait beaucoup, et sa mère était une très belle sorcière aux yeux d’un bleu océan, et elle était aussi blonde que son mari et son fils. Elle souriait légèrement, mais c’était la seule à le faire. Albus pouvait presque palper la tension qu’il y avait à ce moment précis, cependant Rose ne semblait pas avoir remarqué quoique ce soit :

« Scorpius ! Te voilà ! »

Elle hésita à se lancer dans une accolade, mais finalement, elle fit un petit signe discret de la main auquel Scorpius répondit. Albus décida d’intervenir :

« Bonne année, au fait ! »

Scorpius formula ses vœux à son tour et tous les trois se turent. Albus releva la tête et vit que ni ses parents, ni ceux de Rose, et encore moins ceux de Scorpius, avaient bougé d’un poil. Si les gens tout autour d’eux ne se déplaçaient pas, échangeant les dernières étreintes avant le départ du train, Albus aurait pensé que le temps avait été figé, ou du moins ralenti : les secondes semblaient durer des heures, avant que le père de Scorpius ne se décide à parler le premier.

« Potter, » dit-il en s’adressant à Harry. Puis il tourna la tête vers Ginny et Ron : « Weasley, » et enfin vers Hermione, « Granger. » Il finit ses salutations par un bref hochement de la tête, comme Albus avait vu Scorpius le faire quand ils n’étaient pas encore amis.

« Malfoy, » répondirent en chœur Harry et Ron sur le ton de la suspicion.

Ginny et Hermione n’osèrent rien dire, mais la mère de Scorpius émit un léger toussotement qui fit sursauter tous les autres, surtout Ron. Elle semblait attendre que son mari la présente.

« Mon épouse, Astéria Greengrass-Malfoy. »

Harry et Ron répondirent d’un petit sourire gêné, mais Ginny regarda Hermione, et tendit sa main.

« Enchantée, Astéria. Je suis Ginny, la mère d’Albus. Mon mari Harry, bien sûr, mon frère Ron et son épouse Hermione. »

Mrs Malfoy serra chaleureusement la main de chacun. Elle voulait vraisemblablement détendre l’atmosphère, car elle déclara :

« Je crois savoir que mon fils s’est lié d’amitié avec le vôtre, Ginny, ainsi qu’avec votre Rose, Hermione. »

Elles se mirent à part pour continuer la discussion et Scorpius fit également un pas sur le côté, pour vérifier l’heure sur l’horloge suspendue au-dessus du quai.

« Papa, » fit-il en le tirant par la manche de son manteau noir, « il faut qu’on y aille, il est bientôt onze heures. »

« Bonne idée, » s’exclama Ron, et Albus pressentit qu’il était soulagé de pouvoir agir.

Après avoir poliment souhaité une bonne journée aux parents de Scorpius, Albus embrassa ses parents et Lily, ainsi que Teddy, qui était revenu comme il l’avait promis. Puis il monta dans le train. La fenêtre du couloir étant libre, il s’empressa de l’ouvrir et s’y pencha pour écouter les dernières recommandations de son père.

« Si tu veux rentrer pour les vacances de Février, ta tante Hermione a dit qu’ils seraient ravis de t’accueillir. Quant à nous, on se reverra pour les vacances suivantes. »

Albus hocha la tête. Son père jeta un coup d’œil vers Hermione et Ginny, qui étaient de nouveau en grande discussion avec Mrs Malfoy. Le père de Scorpius, légèrement en retrait, fermait la porte du compartiment derrière laquelle son fils lui faisait un petit signe de la main. Albus regarda Harry faire signe à Ron qui s’approcha et murmura :

« A propos de la Salle sur Demande : l’entrée est cachée, mais si vous désirez vraiment y entrer, la porte apparaîtra… Enfin, si elle est toujours là ! »

Puis il ajouta en faisant un clin d’œil :

« Au septième étage, il y a… »

Mais le sifflement strident, annonçant le départ du train, couvrit sa voix, et Albus et Rose ne purent ni savoir plus exactement la position de cette fameuse salle, ni ce qu’elle contenait.

X. Le Tournoi by Eliah
Author's Notes:
L'intelligence défend la paix. L'intelligence a horreur de la guerre.
(Paul Vaillant-Couturier)

Une fois qu’ils se furent trouvés un compartiment vide, Albus, Rose et Scorpius s’y installèrent avec leurs quelques affaires mais ils restèrent silencieux pendant un très long moment.

Albus était vraiment intrigué par la discussion qui venait d’avoir lieu. Discussion. Le mot était assez mal choisi, finalement. Affrontement, voilà un mot qui convenait. Pourtant, il ne se permettrait jamais de le prononcer dans la situation présente.

On aurait dit que la tension, apparue plus tôt entre leurs parents, était montée dans le train avec eux, et entrée dans leur compartiment. Ils n’osaient même pas relever la tête, de peur d’être trahis par un regard, une compulsion nerveuse au coin de la bouche, une boule dans la gorge.

Rose avait sorti un livre, sans doute pour continuer ses recherches sur la fiole, mais Albus soupçonna que c’était plus pour s’occuper l’esprit alors que la tension était si palpable.

Albus réfléchissait à toute vitesse : il fallait lancer la discussion au plus vite afin de crever l’abcès. Mais quel sujet aborder ? La confrontation entre leurs parents ? Non, Albus comprit qu’il valait mieux que ce fût Scorpius qui en parle le premier.

Alors, devait-il banalement lui demander comment ses vacances s’étaient passées ? Non plus, ses amis penseraient qu’il ne cherchait qu’à meubler le silence. Pourtant, c’était bien ce qu’il voulait… Mais il fallait aborder quelque chose de plus sérieux.

Et il trouva.

Relevant la tête, il vit que Rose et Scorpius avaient fait le même geste à peu près au même moment, et plutôt que de laisser la gêne s’installer plus longtemps, Albus se décida à parler :

« La fiole…

- Vos vacances…

- Nos parents… »

Tous les trois avaient parlé en même temps. Ils se regardèrent sans pouvoir s’empêcher de sourire, mais d’un air gêné. L’atmosphère était à moitié détendue, il restait le plus dur à faire.

Le Poudlard Express quittait définitivement la civilisation de la banlieue Londonienne pour une campagne déserte, recouverte d’un manteau de neige immaculée, brillant sous le timide soleil du mois de janvier. Au bout de quelques minutes, Albus et Rose se regardèrent à nouveau : Scorpius avait été sur le point de parler de la scène du quai, alors ils décidèrent d’un hochement entendu de la tête d’attendre qu’il se lance à nouveau.

Leur ami s’exécuta presque instantanément, comme s’il avait peur de ne plus pouvoir le faire s’il patientait trop longtemps.

« Bon, je suppose que c’est à moi d’entamer le dialogue… »

Albus se redressa sur la banquette du compartiment, et il vit Rose fermer son livre. Quant à Scorpius, il semblait finir par vouloir se raviser, mais savait que c’était trop tard.

« A vrai dire, » commença-t-il en hésitant, « je ne sais pas vraiment où commencer… »

Albus se pinça les lèvres comme pour véhiculer son impuissance à l’aider. Il ne savait pas raconter les histoires, et donc encore moins les débuter. Ce fut Rose qui prit la parole :

« Je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire qu’on peut déjà s’épargner les commentaires du style ‘Quelle étrange conversation !’ ou encore ‘C’est moi ou l’ambiance était froide ?’ »

Scorpius hocha la tête, et Albus en fit de même, non sans dévisager sa cousine, surpris qu’elle ait été si directe.

« Ecoute, Al, » dit-elle d’un ton franc, comme si elle avait pu lire ses pensées, « il faut que l’on passe outre les maladresses si l’on veut résoudre le problème. »

D’un haussement des épaules, Albus lui donna raison.

« Bien. Alors, l’un de vous deux aurait-il la moindre idée de la raison pour laquelle nos parents étaient si distants les uns envers les autres ? »

Albus secoua la tête, et fut déçu de voir que Scorpius en fit autant.

« Tout ce que je sais, » déclara Scorpius au bout d’un certain temps, « c’est qu’ils étaient à Poudlard ensemble. Mon père était à Serpentard. »

Tout s’expliquait donc. Albus expliqua à son ami que ses parents ainsi que ceux de Rose étaient allés à Gryffondor, et James l’avait suffisamment seriné tout l’été avec ça pour qu’il sache que la compétition entre les Maisons avait été très ancrée dans les mœurs.

« Il m’avait même fait croire que c’était toujours le cas ! Bien sûr, j’ai vite compris en arrivant ici qu’aujourd’hui, les rivalités ne sont pas aussi fortes, mais nos parents ont connu une autre époque… »

Le Conte racontant l’histoire de son père lui revint en tête, et il se demanda si le despotisme, dont avait fait preuve Tom Riddle, était la cause de cet antagonisme. Bien qu’il eût la désagréable impression que la rivalité entre les Maisons n’était pas la seule raison de l’animosité qu’il y avait entre leurs parents, Albus suggéra de changer de sujet :

« Alors, Scorpius, les vacances étaient bien ? »

Scorpius leur raconta ses vacances en Italie où il était parti skier avec ses cousins du côté de sa mère. Astoria avait en effet une grande sœur de l’âge du père d’Albus qui s’était marié avec un italien, et il passait souvent ses vacances là-bas.

Puis, Albus et Rose lui racontèrent leurs vacances respectives, bien qu’elles se fussent recoupées à deux reprises, et Scorpius annonça d’un ton amer qu’ils avaient de la chance de s’être vus. Albus n’osait pas lui avouer qu’ils allaient sans doute passer les deux semaines de vacances en février ensemble, mais Rose le fit, ce qui fit bondir Albus, avant que sa cousine ne suggère de convaincre ses parents pour qu’il vienne leur rendre visite.

« Je vais probablement devoir rester à Poudlard, alors je ne me fais pas trop d’illusions : et puis, après ce qu’il s’est passé sur le quai de la gare, ça m’étonnerait que nos pères approuvent ! » s’exclama Scorpius d’un ton pessimiste.

« Eh bien, » proposa Albus pour clore le débat, « je suppose qu’on ne le saura pas si on ne leur pose pas la question. Après tout, ça ne coûte rien d’essayer ! »

Et il se fit une petite note mentale : si vraiment leurs parents refusaient, il considérerait l’éventualité de rester à Poudlard pour lui tenir compagnie.

« Sinon, » se lança-t-il ensuite en fixant la pile de livres de Rose, « vous avez trouvé quelque chose pour la fiole ? »

« Non, désolé, » fit Scorpius.

Quant à Rose, elle attendit que les deux garçons tournent la tête dans sa direction pour annoncer :

« J’avoue avoir cherché dans de très nombreux ouvrages, mais en vain. J’ai bien trouvé une potion au nom de Felix Felicis qui est dorée, mais rien sur une potion argentée. »

Albus s’intéressa à la potion dont elle venait de parler :

« Felix Felicis ? »

« C’est une potion qui donne de la chance, » expliqua-t-elle.

« Génial, » dirent en chœur Albus et Scorpius.

L’imagination d’Albus commençait à partir dans tous les sens en pensant à ce que cette potion lui permettrait de faire et, au vu du sourire bête affiché sur le visage de Scorpius, celui-ci semblait avoir un esprit aussi créatif.

Mais ils déchantèrent rapidement alors que Rose leur lut un commentaire qu’elle avait recopié sur les dangers de la potion qu’on appelait également ‘Chance Liquide’.

Elle revint à la fiole en déclarant qu’il lui restait encore beaucoup de pistes, outre la bibliothèque dont ils n’avaient pas encore examiné toutes les ressources, et ajouta qu’elle avait l’intention de se plonger dans les ouvrages qu’elle avait ramenés : elle rouvrit d’ailleurs le livre qu’elle avait entamé plus tôt. Scorpius lui proposa de l’aider, et elle lui tendit le second livre de la pile, le sourire aux lèvres. Du coup, Albus se sentit obligé de prendre un livre à son tour et de s’atteler à la lecture, à la recherche de la description du contenu de la fiole cachée au fond de sa sacoche. Il était toujours curieux, mais il trouvait que le moment n’était pas tout à fait propice à la recherche : le train faisait beaucoup de bruit, beaucoup d’élèves allaient et venaient dans le couloir, criant, chahutant, riant, et Albus préférait le calme de la bibliothèque ou à la rigueur le confort des fauteuils de la Salle Commune pour lire. Il eut du mal à caler son livre sur ses genoux et il avait déjà mal au cou au bout d’un quart d’heure.

Heureusement pour lui, le chariot du déjeuner apparut peu après et, bien qu’ayant pris le matin même un petit déjeuner copieux et tardif, il fit mine d’avoir faim pour reposer son livre et acheta quelques friandises à la sorcière joufflue.

Vers le milieu de l’après-midi, il surprit Rose à lire un des livres qu’il avait déjà parcourus.

« Je vérifie, » se justifia-t-elle, « que tu n’es pas passé à côté de quelque chose sans t’en rendre compte. »

Dépité par ce total manque de confiance de sa cousine, Albus referma son troisième livre prématurément en marmonnant que c’était bien la peine de les lire lui-même, et sortit de sa besace le kit de nettoyage que Teddy lui avait offert pour Noël. Il se mit à polir sa baguette, chose qu’il n’avait pas encore eu le temps de faire depuis qu’il avait reçu le cadeau.

La nuit tomba vite et, Scorpius dut répéter quatre fois à Rose qu’elle s’abîmait les yeux à lire dans la pénombre. Elle voulut utiliser Lumos mais le préfet-en-chef était passé plus tôt dans leur compartiment pour leur annoncer qu’en raison d’abus, il avait pris la décision d’interdire les sortilèges dans le train, même les plus inoffensifs. Rose, ne voulant en aucun cas enfreindre une règle, referma son livre à contrecœur. Albus pensa que ce n’était pas vraiment une règle, puisqu’elle n’avait pas été approuvée par un professeur ou la directrice, mais deux raisons le poussèrent à garder le silence : premièrement, il jugea qu’il ne valait mieux pas tenter le coup, afin d’éviter les ennuis, aussi moindres puissent-ils être. Deuxièmement, et c’est l’argument qui mit fin à la bataille à laquelle se livraient ses neurones, il allait pouvoir faire part à ses amis de la discussion qu’il avait eue avec son père, sans que Rose ne l’interrompe toutes les deux minutes en disant qu’il parlait trop fort et qu’elle ne pouvait pas se concentrer sur sa lecture.

« Mon père m’a conseillé autre chose pour reconnaître la potion, » annonça-t-il alors que le train commençait à ralentir : il estima qu’ils arriveraient à Pré-au-Lard environ une demi-heure après.

« Il m’a expliqué qu’il fallait commencer par bien observer la texture, la couleur et l’odeur de la potion. »

Il se leva pour fermer les rideaux les cachant des promeneurs dans les couloirs, et il sortit la fiole de son sac.

« Excuse-moi de te dire ça, Al, » s’avança Rose, « mais ça ne va pas nous servir à grand-chose : on a tous vu la couleur de la potion, et aucune potion décrite dans les livres jusqu’ici n’avait cette couleur argentée… »

« C’est pas fini, » la coupa Albus. « Il m’a ensuite suggéré d’en prélever une infime quantité et la tester… »

Il ajouta précipitamment en voyant la mine désabusée de ses amis :

« J’ai dit tester, pas boire ! Et, sans la toucher bien sûr, on ne sait jamais. Avec une feuille d’arbre, par exemple, pour voir la réaction qui se produit. »

« Et si rien ne se passe ? »

« Encore une fois, Scorpius, qui ne tente rien n’a rien. »

Ils attendirent le week-end suivant pour mener à bien leur petite expérience. Rose les convoqua le samedi après-midi dans les toilettes des filles du deuxième étage, à l’autre bout du couloir qui menait au bureau de leur professeur de Défense contre les Forces du Mal.

Albus et Scorpius entrèrent timidement dans la pièce et Rose leur expliqua :

« N’ayez pas peur, personne ne vient jamais ici. »

Elle ajouta que le fantôme d’une fille hantait les lieux depuis très longtemps et que les élèves avaient pris l’habitude d’éviter de les utiliser pour cette raison.

« Mimi Geignarde est très susceptible et elle peut surtout surgir d’un toilette sur lequel vous êtes tranquillement assis. »

Rassemblant toute sa volonté pour ne pas s’imaginer la scène, Albus s’avança vers la fenêtre près de laquelle Rose avait installé un petit chaudron sur un réchaud à même le sol. Il déposa à côté les tubes à essais et les ingrédients que lui et Scorpius venaient de subtiliser dans la réserve du professeur Edison : il en avait suggéré l’idée saugrenue qui lui était venue en se rappelant, avec un léger nœud dans l’estomac, du mensonge qu’il avait raconté à son père.

« De toute façon, » conclut Rose, « nous pouvons être tranquilles, quasiment tous les élèves sont au terrain de Quidditch pour le tournoi… »

Albus serra les poings : il aurait voulu y être aussi. Le tournoi de janvier était devenu une tradition à Poudlard depuis une dizaine d’années ; la trêve de l’hiver étant très longue, et les joueurs considérant que les entraînements seuls ne leur suffisaient plus à être prêts pour les matchs officiels, la solution proposée par Dubois fut l’organisation de ce tournoi de matchs amicaux, qui étaient planifiés sur trois week-ends. Alors qu’au moment où Albus, Rose et Scorpius se livraient à une expérience dangereuse qui les faisait enfreindre au moins une demi-douzaine de règles que Rose n’avait cessé de répéter toute la semaine, Gryffondor jouait contre Serdaigle, qui était une équipe redoutable cette année, car ils avaient battu Serpentard lors de leur premier match 370 à 50.

« … et ceux qui ne s’intéressent pas au Quidditch doivent tous être dans leurs Salles Communes, collés devant la cheminée, » acheva-t-elle en réprimant un frisson : les toilettes n’étaient évidemment pas chauffés.

« Ce ne sont pas tant les élèves qui m’inquiètent, » s’enquit Scorpius, « mais plutôt ce fantôme dont tu as parlé… »

« Mimi ? » s’écria Rose. « Je ne pense pas qu’elle vienne, elle est trop intimidée par les garçons… Quoique… »

Elle se pinça les lèvres en baissant les yeux, ce qui avait le don d’inquiéter Albus.

« Quoique ? » trépigna-t-il.

« Quoique, » répéta-t-elle dans un souffle, « j’ai entendu dire que les deux derniers élèves à qui elle a parlé sont… »

Son hésitation tenait Albus et Scorpius en haleine, et ils sentaient que le suspens allait être bientôt difficile à surmonter.

« … Allez, Rosie ! » l’encouragea Albus, non sans la bousculer un peu.

« … vos pères, » lâcha-t-elle en tremblant à l’idée d’avoir dû lâcher le morceau si brusquement. « Oncle Harry, et ton père, Scorpius, quand ils étaient scolarisés ici. »

Les deux amis se regardèrent, et surent qu’ils étaient du même avis. Plus vite ils finissaient ce qu’ils avaient à faire dans ces toilettes, et moins ils auraient de chance de tomber sur le fantôme de Mimi Geignarde. Et plus vite ils pourraient aller voir le tournoi, pensa Albus.

Mais ils ne quittèrent les toilettes qu’à la tombée de la nuit, avec la déception au cœur de n’avoir toujours pas trouvé ce qu’était la substance argentée qui dansait dans la fiole de verre, d’un air de narguer les jeunes sorciers dépités par leur échec.

Ils avaient essayé d’en prélever une petite quantité pour tester ses propriétés à l’aide d’une pipette, embarquée dans un moment de lucidité par Scorpius lorsqu’ils étaient dans la réserve du maître des Potions, mais le contenu mi-liquide, mi-gazeux avait refusé de se diviser et était resté obstinément au fond de la bouteille. Puis, Rose avait versé le contenu dans le chaudron, sans allumer le réchaud, prit une feuille de parchemin dont elle trempa le coin dans la potion, et poussa un cri de surprise alors que la feuille entière disparut, engloutie par la substance.

« C’est peut-être une potion d’invisibilité ? » suggéra Albus, en repensant à la cape que son père lui avait offerte.

Scorpius n’accorda pas beaucoup de crédit à son hypothèse, mais ils passèrent tout de même une heure à la recherche d’une éventuelle feuille de parchemin invisible, tâtonnant le moindre recoin des toilettes du bout des doigts.

A partir de là, ils n’osèrent pas trop verser dans le chaudron quoique ce soit à l’aveuglette, sans vraiment savoir ce qu’ils faisaient, de peur que leur expérience tourne au drame, ou pire encore, disparaisse, ce qui rendrait tout leur travail considérable absolument inutile.

Albus découvrit également ce soir-là les limites de la patience de Rose. Elle leur annonça dans la Salle Commune, après un dîner un peu lugubre, qu’elle avait décidé de se désintéresser complètement de leur enquête et de tourner sa curiosité vers autre chose de plus essentiel : ses études. Les deux garçons se dévisagèrent un long moment, comprenant ce que l’autre ne disait pas : ils ne savaient pas comment elle allait faire pour se plonger dans les études encore plus qu’elle ne le faisait déjà. Mais Albus sentit surtout de la déception à l’idée qu’elle baisse les bras par manque de patience : il savait que c’était un trait caractéristique de son oncle Ron, et il voulut le lui rappeler pour tenter de la provoquer et la faire changer d’avis, mais rien n’y fit. Rose était le portrait tout craché de sa mère, hormis les cheveux roux, et elle avait surtout hérité de l’intelligence du côté Granger sans être aussi acharnée qu’Hermione, qui était plutôt du genre à vouloir que tout soit parfait selon ses critères. Aussi fut-elle catégorique, et cela ne semblait pas la déranger tant que ça de rester sur une défaite, tant qu’il ne s’agissait pas d’un devoir d’école.

Albus renonça donc à ses arguments, d’autant plus que l’atmosphère dans la Salle Commune était déjà assez tendue : Gryffondor avait perdu le match amical contre Serdaigle, et ça s’était joué à seulement vingt points d’écart. Julia, la capitaine, s’était emportée furieusement contre tous ceux de son équipe. Il avait manqué aux Poursuiveuses de marquer trois buts avant que Scott n’attrape le Vif d’Or, et ce dernier avait beau expliquer à qui voulait l’entendre que s’il ne s’était pas décidé à la seconde, l’Attrapeur de Serdaigle l’aurait fait, Julia restait outragée par les performances molles de ses coéquipiers au début du match. James, qui n’avait pas l’habitude de se faire enguirlander par une fille de l’âge de leur cousine Victoire, mit plusieurs jours à ravaler la pilule, et sa fierté avec.

Heureusement, le week-end suivant, ils l’emportèrent contre Poufsouffle, et deux semaines plus tard, ils gagnèrent contre Serpentard d’une facilité déconcertante. Dans les gradins, les élèves aux écharpes vert et argent huaient les joueurs, mais surtout leur capitaine qui avait vraisemblablement fait l’erreur de sélectionner les membres de son équipe par amitié plutôt que par talent.

Avec le déroulement du tournoi et l’euphorie dans laquelle les élèves étaient, même si leur maison n’avait pas gagné, il fallut revenir à la réalité des cours, des essais à rendre et des examens de fin d’année : juin semblait beaucoup plus proche, depuis que Noël et la nouvelle année étaient passés.

Le professeur Flitwick était d’une humeur particulièrement joyeuse grâce au tournoi gagné par la maison Serdaigle, qu’il dirigeait depuis de très nombreuses années ; néanmoins il fit travailler les première année sur un exercice assez difficile : faire du feu. Le lundi, ils s’entraînaient sur une bougie, le mardi, ils devaient enflammer un petit tas de brindilles, et le jeudi leur professeur leur demandait d’allumer un feu dans la cheminée de la classe.

Albus avait un peu de mal avec ce nouveau sortilège mais il y vit tout de même un grand avantage : en plein hiver, ils profitèrent de leurs récentes applications pour avoir un peu moins froid lorsqu’ils allaient prendre l’air entre deux cours dans le parc du château. Rose métamorphosait un bloc de neige fraîche en une grosse bûche, Albus utilisait un sortilège pour rendre le bois sec, et une fois qu’ils étaient installés à l’abri du vent, Scorpius enflammait la bûche. Seulement parfois, le vent semblait venir des quatre points cardinaux, et le feu ne durait pas suffisamment longtemps pour qu’ils se réchauffent.

« Vivement qu’on apprenne à faire un feu éternel, » suggéra Rose alors que la bûche s’était éteinte pour la quatrième fois d’affilée.

Le soir venu, après le dîner, Rose s’éclipsa comme elle en avait pris l’habitude depuis quasiment trois semaines, sans pour autant dévoiler aux deux autres où elle allait ni ce qu’elle faisait. Les garçons n’avaient au début pas tellement prêté attention à l’absence de la jeune fille, car eux-mêmes se réfugiaient à la bibliothèque, continuellement à la recherche de la description de la potion argentée ; mais depuis le début de la semaine, ils avaient terminé de parcourir chaque livre de la section des potions, et n’ayant plus d’options s’offrant à eux, sans forcément s’avouer vaincus, ils passaient leurs soirées dans la Salle Commune où l’absence de Rose se faisait bien plus ressentir.

Scorpius semblait avoir quelque chose à dire, mais Albus sentit qu’il hésitait. Il soupçonnait qu’il allait suggérer une autre piste pour leur enquête :

« Scorpius, » se lança-t-il, « je sens que tu as une autre idée… Je me trompe ? »

« Non, » avoua son ami en chuchotant, « mais ce n’est pas très… légal… »

« Ecoute, franchement, au point où on en est… »

Après leur périple dans les toilettes des filles, Albus était prêt à enfreindre une poignée de règlements en plus, si cela leur permettait de résoudre le mystère. Il n’aurait jamais imaginé cela quelques mois auparavant, mais il savait de toute façon que ses antécédents familiaux ne jouaient pas vraiment en sa faveur. Il n’ignorait pas qu’une bonne partie de ses oncles, et même ses parents, n’avaient pas forcément obéi à chacune des règles de Poudlard. La seule chose qui pouvait le retenir de franchir le pas était qu’on puisse le prendre en flagrant délit.

Scorpius prit Albus à part, et lui fit une suggestion qu’il exprima dans un murmure à peine audible :

« Il y a la section restreinte de la bibliothèque. Mais, pour s’y rendre, il faudrait qu’on apprenne beaucoup plus de sortilèges, ou qu’on se concocte quelques potions, par exemple pour se rendre invisible… »

Le cœur d’Albus fit un bond. Il se rendit compte qu’il n’avait pas encore parlé de sa cape d’invisibilité à ses amis. Non pas qu’il ne voulait pas les mettre dans la confidence (après tout son père ne le lui avait pas interdit.) Seulement, l’occasion ne s’était tout bonnement pas présentée en raison de leurs emplois du temps chargés depuis la reprise des cours un mois auparavant. Les journées étaient toujours riches en évènements (le tournoi de Quidditch fut une des raisons principales) si bien qu’Albus s’endormait très vite une fois couché, remettant à plus tard sa première visite nocturne sous la cape. La fatigue était certes présente, il se rendit compte qu’elle ne lui donnait en fait qu’une excuse à peine valable : il était de fait surtout hésitant par rapport à la concierge, Madame Asper-Starez. Intérieurement, il ne pouvait s’empêcher de penser que son père était au courant de sa présence, le soir où il discutait de cela dans le salon avec sa mère, et qu’il avait fait exprès d’en parler à celle-ci pour faire comprendre à Albus le danger de ces promenades au-delà des heures autorisées avec une concierge douée en Sortilèges. Cela ne le rassura pas, mais le fit sourire.

Malgré la suggestion de Scorpius, il repoussa encore l’échéance de l’annonce, car il voulait attendre que Rose soit là : elle lui en voudrait terriblement si elle apprenait que Scorpius était mis au courant avant elle.

Puis la journée du vendredi passa très vite, laissant sa place à un week-end encore une fois riche de promesses de palpitantes découvertes.

Rose vint les trouver à la bibliothèque le samedi après-midi, alors qu’ils finissaient un essai pour le cours de Botanique.

« J’ai quelque chose à vous montrer ! Il faut que vous veniez tout de suite ! »

Elle était essoufflée, comme si elle venait de courir de l’autre bout du château. Albus posa sa plume et murmura doucement, sans pouvoir se débarrasser d’un ton plein de reproches :

« Va-t-on enfin savoir ce que tu mijotes depuis l’échec des toilettes de Mimi Geignarde ? »

« Oui ! »

Albus eut un choc : il n’y avait qu’à moitié cru quand il avait posé la question. Il lui fallut un moment pour reprendre ses esprits, mais malheureusement, Scorpius profita du silence pour dire ce qu’il pensait de la situation.

« Rose, » souffla-t-il, « ça fait trois semaines que tu nous as abandonnés pour les devoirs, et on galère déjà assez comme ça, alors laisse-nous finir cet essai pourri. »

Les deux cousins étaient bouche bée. Scorpius était allé trop loin, mais ils étaient incapables d’agir, paralysés par la froideur avec laquelle leur ami avait parlé.

« De toute façon, » poursuivit Scorpius, « Al est d’accord avec moi. »

« Pas du tout ! » protesta l’intéressé, d’une voix un peu trop forte pour là où ils se trouvaient : plusieurs étudiants rétorquèrent d’un long sifflement : « Chut ! »

Albus ravala sa salive et rangea ses parchemins, sa plume et sa bouteille d’encre dans sa sacoche. Puis il se leva et, jetant un regard désobligeant à Scorpius qui le dévisageait en retour, il marmonna :

« Viens, Rosie. »

Une fois sorti de la bibliothèque, il laissa sa cousine le guider : il avançait sans prendre conscience où il allait, ses pensées tournées vers Scorpius, resté derrière eux. Il n’en revenait pas qu’il ait eu l’audace de le prendre à témoin, d’autant plus que la situation était complètement mensongère : jamais ils n’avaient évoqué à voix haute l’absence de Rose de leurs soirées depuis qu’elle s’était désintéressée de leur enquête, et Albus trouvait que Scorpius avait beaucoup de culot de parler pour son ami.

Lorsque Rose le ramena à la réalité, Albus se rendit compte qu’ils étaient au septième étage, non loin du portrait de la Grosse Dame. Le portrait le plus proche représentait des trolls qui apprenaient à danser, en vain.

Rose le fixa un moment, mais elle put lire dans le regard d’Albus qu’il n’avait pas envie de parler de leur dispute avec Scorpius. Il se doutait qu’elle se sentait offusquée de la remarque qu’il lui avait faite, mais il ne se sentait pas de la réconforter. Alors, il lui sourit et leva le menton, les yeux écarquillés, comme pour lui demander « Alors, tu voulais me montrer quoi ? »

Elle s’appuya contre le mur à l’opposé du tableau, le sourire jusqu’aux oreilles.

« Tu te souviens de notre discussion inachevée avec Papa sur le quai de la gare ? »

Albus se remémora l’instant, et le souvenir lui revint à l’esprit.

« Non ! La Salle sur Demande ! Tu l’as trouvée ! »

En guise de réponse, Rose hocha la tête, frappant du bout des doigts le mur de pierre sur lequel elle était appuyée. Albus comprit que l’entrée était là. Sans attendre qu’Albus ne lui demande quoique ce soit, elle fit trois allées et venues devant lui en marmonnant quelques paroles inaudibles.

Et là, Albus n’en revenait pas : sur le mur de pierre se dessinait l’encadrement d’une porte. Et peu après, la porte apparut. Rose actionna la poignée et entraîna Albus à l’intérieur. Elle referma la porte derrière eux.

« Voilà, l’entrée est scellée, » dit-elle avec satisfaction.

Albus parcourut la pièce du regard. La salle était assez grande, de la taille d’une petite église, avec des étagères remplies de livres le long des quatre murs, un grand foyer de cheminée dans lequel dansaient de grandes flammes bleues, qui projetaient de la lumière de la même couleur dans toute la pièce. Il y avait également de grands poufs confortables, et Rose tira Albus par la main pour l’inviter à s’y asseoir.

XI. La Salle sur Demande by Eliah
Author's Notes:
« Celui qui trouve sans chercher est celui qui a longtemps cherché sans trouver. »
(Gaston Bachelard)

Samedi 13 janvier 2018
Cher Journal,

Gryffondor a perdu contre Serdaigle au tournoi. Tout le monde est un peu déçu évidemment, mais c’est Al qui me casse les pieds le plus, parce qu’il semble persuadé que si je l’avais laissé voir le match et encourager James, il n’aurait certainement pas encaissé autant de buts… Bref, j’étais sur les nerfs, et du coup j’ai dit à Al que je laissais tomber les recherches pour sa potion.

On vient de passer l’après-midi entier dans les toilettes de Mimi Geignarde pour tenter de savoir ce que la fiole contient, mais en vain. Je sais qu’il est très déçu de ma réaction, mais je ne suis pas aussi patiente que lui, et surtout je n’ai pas apprécié qu’il me mette la défaite de notre équipe sur le dos. Malgré cela je n’ai pas eu le courage de lui dire la vérité en face, et j’ai prétexté que j’avais besoin de plus me concentrer sur mes études. Je crois que ça a marché, mais je n’en suis pas sûre.

En fait, j’avais besoin qu’Al et Scorpius me laissent un peu plus de liberté, parce qu’il y a une autre aventure en cours, qui me semble beaucoup plus intéressante que la potion. Il y a huit jours, Papa nous a dévoilé, sur le quai de la voie neuf-trois-quarts, l’existence d’une salle secrète au septième étage du château. Il a dit qu’elle s’appelait la « Salle sur Demande, » mais ce qui m’intrigue le plus, c’est qu’il s’est demandé si elle existait toujours. J’ai l’impression que c’est une pièce magique, et à mon avis, il s’est passé quelque chose de très grave s’il croit qu’elle aurait pu être détruite…

Rose

***
Lundi 15 janvier 2018
Cher Journal,

J’ai commencé les recherches ! Le septième étage est vaste, donc je pense que je mettrai quelques jours avant de trouver, mais j’essaie d’être méthodique. Je vais commencer par faire un plan, pour me faire une idée de la disposition des salles de l’étage.

A part ça, ce matin au cours de Sortilèges, le professeur Flitwick était d’excellente humeur grâce à la victoire sur les Gryffondor et il a donné cinq points à Perry Damon (qui est à Serdaigle) parce qu’il est allé chercher les coussins au fond de la salle. Si j’étais allée les chercher, je pense qu’il n’aurait pas mis les points à Gryffondor, et je trouve cela un peu injuste. Ce soir après les cours, je suis descendue voir les niveaux des sabliers géants, et les saphirs de Serdaigle n’arrêtaient pas de tomber. Pire encore : il y avait un attroupement d’élèves devant moi, et ils semblaient tous aussi contrariés de l’injustice du professeur Flitwick. Je suis tout de même restée en retrait parce que les élèves n’étaient autres que notre équipe de Quidditch au grand complet : Julia, Isabella, Sarah, Scott, Hume, Carter, et James. Julia a commencé à hausser le ton, et je me suis rendue compte que ça n’était pas tout à fait contre le professeur Flitwick qu’elle s’excitait, mais contre ses joueurs. Elle exigeait d’eux qu’ils fassent tomber les rubis dès la semaine prochaine, peu importe ce que cela leur en coûtait. Et puis, après son speech, elle est partie en furie et James m’a repérée du coin de l’œil. On a discuté quelques minutes, il était assez frustré de s’être fait disputer par sa capitaine, mais heureusement, elle avait surtout blâmé le manque de cohésion plutôt que les ratés du gardien.

Ensuite, je lui ai suggéré qu’on aille voir Neville, afin de lui demander si c’était réellement justifié de donner tant de points à une maison simplement grâce à une victoire en Quidditch, mais notre directeur de maison a répondu qu’il avait hâte d’en faire autant…

Rose

***
Lundi 22 janvier 2018
Cher Journal,

Comme prévu par Julia, les rubis tombent aujourd’hui ! Eh oui, Gryffondor a gagné contre Poufsouffle. Serdaigle a aussi gagné contre Serpentard, mais notre équipe a fait un match exceptionnel et quasiment tous les profs nous mettent des points depuis ce matin grâce à ça ! Scorpius a même reçu vingt points du professeur Edison pour sa potion parfaitement réussie ! Notre professeur de potions n’est pas directeur de maison, mais je crois que malgré ses airs de « savant fou », comme le disaient si bien Kyle et Tom au début de l’année, il adore le Quidditch, et vraiment, sincèrement, le match de samedi était spectaculaire !

Mais bon, assez parlé de Quidditch, il faut que je te raconte la semaine qui vient de se passer, en ce qui concerne ma ‘petite enquête’. J’ai abandonné l’idée de faire un plan, parce que premièrement, je ne suis pas une bonne dessinatrice, et deuxièmement, (et je ne comprends toujours pas comment je n’y ai pas pensé plus tôt) si la salle est magique, elle a pu subir un sortilège d’élargissement et donc se trouver n’importe où, même dans un placard de notre Salle Commune !

J’ai donc voulu procéder par élimination, et depuis mardi, je profite de l’heure du déjeuner, quand les couloirs sont vides, pour regarder derrière tous les tableaux. Evidemment, les gens dans les tableaux ont beaucoup protesté, à cause des mouvements que je leur faisais subir… Et à partir de jeudi, certains ont commencé à menacer d’hurler pour alerter la concierge de ce que je faisais, et bon, disons que je ne suis pas très fière de moi, mais ce midi, j’ai repris les recherches en lançant des sortilèges de confusion. J’ai passé le week-end à m’y entraîner… Au moins je ne risque rien, sauf si quelqu’un me surprend, ce qui n’est pas encore arrivé… Et puis, il faudra être plus rapide que mes sortilèges pour rapporter quoique ce soit !

J’ai d’ailleurs découvert des choses très intéressantes derrière certains portraits : une réserve de bouteilles de Xérès qui doit dater puisque ça empeste l’alcool, même sans enlever les bouchons de liège ; j’ai aussi trouvé des antisèches pour un cours de soins aux créatures magiques, et même un frisbee à dents de serpent… Bref ! Aucune porte d’accès à la fameuse Salle sur Demande. J’en suis venue à la conclusion que la porte était sans doute scellée dans un mur. Papa avait bien dit que l’entrée était cachée, après tout…

Rose

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Vendredi 26 janvier 2018
Cher Journal,

J’en suis venue à la conclusion que le seul endroit où une porte pouvait être cachée était le pan de mur à l’opposé du tableau de Barnabas et les trolls qui apprennent l’art de la danse : de tout l’étage, c’est là où se trouve le plus grand pan de mur sans tableau d’accroché.

J’ai essayé tous les sortilèges de révélation que je connaissais, mais en vain. Alors ce week-end, je vais aller à la bibliothèque pour approfondir mes recherches de ce côté. Après tout, Al et Scorpius n’y seront pas, puisque Gryffondor joue contre Serpentard demain, et Serdaigle contre Poufsouffle après-demain. Ils ont passé la semaine à râler qu’on doive jouer samedi, plutôt que dimanche. Ils disent que si on pouvait jouer après Serdaigle, on saurait combien de points il nous manquait pour dépasser leur score, et ainsi gagner le tournoi. Julia elle-même est allée se plaindre auprès du professeur Dubois, mais celui-ci a été catégorique : le déroulement du tournoi s’étant décidé par tirage au sort (grâce au Choixpeau Magique, d’après ce que j’ai compris,) la décision était sans appel. Donc la tactique de Gryffondor sera de marquer le plus de points possibles, en espérant que Serdaigle n’en marquera pas plus que nous au total dimanche…

Rose

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Vendredi 02 février 2018
Cher Journal,

Aucun sortilège de révélation n’a marché. Je n’ai pas vraiment pu passer autant de temps que je l’aurais souhaité là-dessus, parce qu’on a eu beaucoup de devoirs cette semaine. Le tournoi étant terminé, (Serdaigle a gagné finalement) les professeurs sont un peu moins cléments et nous donnent tous à la fin de chaque cours au moins deux rouleaux de parchemin à produire ou des exercices d’application. J’ai surtout des difficultés avec le sortilège de feu qu’on vient d’apprendre (le professeur Flitwick est moins exigeant que les autres, étant encore dans l’euphorie de la victoire) mais Scorpius le maîtrise bien, alors je suppose qu’il va nous aider, Al et moi.

Rose

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Samedi 03 février 2018
Cher Journal,

J’ai enfin trouvé l’entrée de la Salle sur Demande ! Au moment où j’écris ces lignes, je suis à l’intérieur, et Al est avec moi. Il attend que je lui explique comment j’ai fait, malheureusement, je ne pourrai pas l’écrire, au cas où quelqu’un tombe sur mon journal et l’utilise…
***

« Rosie, si quelqu’un tombe sur ton journal, tu devrais avant tout t’inquiéter d’avoir écrit que tu as lancé des sortilèges de confusion sur les habitants des tableaux ! »

Albus s’était glissé en douce derrière sa cousine pour lire ce qu’elle écrivait. Il n’avait pas lu les pages précédentes, mais Rose lui avait presque tout raconté.

« Al, je t’interdis de lire mon journal ! » s’exclama Rose, furieuse.

« Désolé. » Albus alla se rasseoir. « Et si tu me racontais la fin de l’histoire ? »

Rose referma son journal intime et le rangea dans son sac, non sans y avoir lancé un sortilège d’inviolabilité. Puis elle retrouva le sourire, oubliant qu’elle était fâchée avec son cousin, et se mit à raconter :

« Papa avait dit que la porte n’apparaîtrait que si on le désirait vraiment. Je m’en suis souvenue hier soir, une fois couchée. Et du coup, je n’arrivais plus à dormir. Alors je me suis relevée, et je suis retournée devant le mur… »

« Attends, tu veux dire que tu es sortie de la Salle Commune après le couvre-feu ? » s’écria Albus.

Il avait du mal à croire que sa cousine puisse enfreindre le règlement pour satisfaire sa curiosité.

« Je sais ce que tu vas me dire, mais… comment t’expliquer ? »

Rose semblait indécise sur la façon dont elle voulait se justifier.

« Parfois, il y a une partie de moi qui me dit que c’est mal de ne pas respecter les règles… Et de temps en temps, il y a cette autre partie de moi, le ‘côté Weasley’, » elle mima les guillemets avec l’index et le majeur de chacune de ses mains, « et il me pousse à agir, malgré le risque… »

Albus voulait éclater de rire. Sa cousine était absolument imprévisible, et c’est exactement le trait de caractère qui faisait qu’il l’adorait… Enfin, surtout quand elle allait dans son sens…

« Bref, je suis retournée devant le mur et j’ai formulé plusieurs désirs sans que rien ne se passe… Bon, ça n’a pas duré longtemps, parce que la concierge a débarqué peu après cela… J’ai juste eu le temps de me faufiler à l’intérieur de la Salle Commune. Heureusement que la Grosse Dame est de notre côté, et qu’elle n’irait jamais nous dénoncer auprès de A-peine-tarée, parce qu’autrement, elle aurait su une fraction de seconde si mes sortilèges de confusion étaient efficaces… »

Cette fois-ci, Albus ne put s’en empêcher. Il riait tellement qu’il en tomba de son pouf, et il lui fallut plusieurs minutes avant de reprendre ses esprits.

« J’avais pas ri comme ça depuis les vacances de Noël ! Ça fait du bien ! »

« Bref, » répéta Rose qui commençait à trépigner d’impatience, « j’ai réessayé ce matin, et j’ai à nouveau échoué. »

« Et tu ne t’es jamais dit que tu te trompais peut-être d’emplacement ? »

« Non, j’étais sûre de moi, sur ce point. Par contre j’ai mis en doute mes capacités à formuler des souhaits. J’y ai ajouté la politesse, en repensant à une porte du château en particulier qui refuse de s’ouvrir si on ne lui dit pas ‘s’il vous plaît’, mais ça n’était pas ça. Et j’ai retourné mes formulations dans tous les sens. Toujours aucun résultat. »

Finalement, Rose semblait amusée de garder le suspens aussi longtemps. Mais ce fut Albus qui s’impatientait cette fois-ci, et il gesticulait dans son pouf, sans oser lui demander d’arrêter de tourner autour du pot, de peur qu’elle ne se braque complètement. Après tout, elle avait apparemment fait un sacré travail de recherche pour en arriver là, alors Albus pouvait bien attendre cinq minutes de plus.

« Et enfin, cet après-midi, après le déjeuner, je suis remontée immédiatement. Au bout d’un moment, je me suis rendue compte que j’avais besoin d’aller aux toilettes, au plus vite, et, toujours devant le mur, j’ai hésité en me demandant où se trouvaient les plus proches. Et là, la porte est apparue. »

Elle se redressa et ajouta :

« Mon envie de savoir ce qu’elle contenait était la plus forte, alors j’ai ouvert la porte, et je suis entrée dans… »

« Cette pièce ! »

« Non, Al, c’étaient des toilettes ! »

« QUOI ? »

« Oui, j’ai été absolument effarée de ce que j’avais sous les yeux ! Je ne comprenais pas pourquoi on cachait des toilettes ! »

Albus ne comprenait plus rien. Ça n’avait pas de sens.

« Finalement, l’envie pressante était revenue, alors j’ai fait ma petite affaire, et en me lavant les mains, j’étais en train de penser que les savons à la rose que Maman achetait me manquaient à Poudlard. Et là, mon cœur a manqué un battement, car un savon à la rose est apparu. »

« Il faudrait peut-être que tu t’habitues à la magie, maintenant ! »

« Haha, très drôle ! J’ai commencé à me demander pourquoi ce savon était apparu comme ça… Et j’ai compris. »

Rose s’arrêta net. Elle arbora un large sourire, attendant qu’Albus réagisse.

« Compris quoi ? »

Le sourire sur le visage de sa cousine s’élargit à nouveau lorsqu’elle prononça ces trois petits mots qui allaient définitivement changer la donne :

« Salle sur Demande. »

Et Albus, qui réfléchit aussi vite que sa cousine l’avait fait une heure plus tôt, comprit :

« Tu veux dire que… la Salle te donne tout ce que tu lui demande ? »

Rose hocha la tête. Albus n’avait jamais été aussi euphorique, sauf peut-être quand son père lui offrit la cape d’invisibilité.

« Enfin, » hésita-t-elle en pinçant les lèvres, « je crois que tu dois avoir un besoin vraiment nécessaire pour accéder à la Salle, et ensuite, quand tu es dedans, tu peux lui demander tout ce que tu veux. »

« Qu’as-tu demandé juste avant qu’on ne rentre ensemble alors ? »

« J’ai demandé à la Salle d’être un salon confortable où on pourrait discuter sans être dérangé par les autres élèves. »

Albus vit que sa cousine retirait une fierté personnelle d’avoir trouvé tout cela toute seule.

« Quand tu veux, on peut ressortir et demander autre chose ! J’ai déjà testé le terrain de Quidditch, et un placard à balai pour se cacher : à-peine-tarée était réapparue à ce moment-là… »

Albus fronça les sourcils.

« Et pourquoi tu n’as pas pu avoir un placard à balai hier soir ? »

« Il faut passer trois fois devant le mur en formulant ce que tu veux, et ça, je ne l’ai compris qu’en me rappelant que j’avais hésité sur le chemin le plus court pour accéder aux toilettes, tout à l’heure. Viens voir, » ajouta-t-elle en se relevant, et en tendant la main à Albus. « Il faut que je te montre le placard à balais, de toute façon. »

Albus ne comprenait pas ce qu’il y avait à voir dans un placard à balais, mais il se leva néanmoins et se laissa entraîner hors de la Salle. Le couloir était vide, ce qui sembla réjouir Rose. Elle attendit que des bruits de pas se fassent entendre, et passa ainsi trois fois devant le mur vide, en murmurant :

« Nous avons besoin d’un endroit pour nous cacher. »

Elle répéta deux fois sa demande, et la porte apparut à nouveau. Rose l’ouvrit et entraîna Albus à l’intérieur, avant de refermer la porte en vitesse.

« Lumos ! »

Albus et elle se trouvaient bien dans un petit placard à balais. Il y avait quelques toiles d’araignée, une dizaine de balais et une bougie que Rose s’employa à allumer avec le sortilège de feu, mais rien qui ne suscitât la curiosité ou l’émerveillement. Rose finit par gagner son combat contre la mèche qui brûlait en vacillant, malgré l’absence de courant d’air.

« Regarde, c’est ici ! » chuchota-t-elle en déplaçant la bougie vers le mur du fond pour l’éclairer.

Albus attendit que ses yeux s’habituent à l’obscurité de la pièce, puis il regarda à l’endroit du mur où Rose pointait son doigt. Gravés à jamais se trouvaient quelques mots qui le firent sourire malgré lui :


Rusard n’est pas un rusé renard !
Signé : FGW

Et, pour accompagner la boutade, il y avait une représentation grossière d’un homme bourru, le nez énorme et les yeux globuleux, avec une bulle comme dans les bandes dessinées, dans laquelle était écrit :

Je suis un Cracmol qui pue des pieds !

« FGW, » relut Albus.

Il regarda sa cousine : tous deux pensaient à la même chose.

« Fred & George Weasley, » dirent-ils à l’unisson.

Albus fit un sourire de coin. Il ne savait pas si Rose avait été aussi émue que lui en découvrant de vieux graffitis réalisés par leurs oncles du temps où ils étaient à Poudlard. George étant le parrain d’Albus, il lui avait souvent confié que lui et son jumeau, Fred, qui était décédé presque vingt ans auparavant, en avaient fait voir de toutes les couleurs au concierge qui hantait les couloirs à leur époque. D’après ce que sa mère disait, le concierge n’était pas la seule victime, mais il avait en face de lui un bel exemple de ce que pouvait être la vie à Poudlard à ce moment-là.

Puis, Rose éteignit la bougie et rouvrit la porte. Albus la suivit à nouveau.

« J’ai encore envie d’essayer quelque chose, » dit Rose en ressortant son journal intime après qu’un groupe de Gryffondor disparut au tournant du couloir qui menait à la Salle Commune.

Elle repassa trois fois devant le mur sans porte, et prononça :

« J’ai besoin d’un endroit pour cacher mon journal intime. »

Et elle répéta deux fois sa demande. Une nouvelle fois, la porte apparut, Rose l’ouvrit, et Albus l’accompagna.

Ils étaient dans une grande pièce, de la taille d’une cathédrale, jugea Albus, dans laquelle étaient entreposés des milliers d’objets, entassés sur des étagères ou empilés à même le sol, le tout formant ce que Ginny appelait un ‘bazar ordonné’ car ils pouvaient au moins circuler au milieu des rangées. Rose s’avança et se mit à murmurer :

« On dirait que tous ces objets ont été entassés ici par les élèves qui avaient besoin de cacher leurs affaires… »

« Euh… » hésita Albus en s’engageant à son tour dans une des allées. « Ça fait beaucoup, quand même ! Tu crois qu’autant d’élèves auraient trouvé la Salle sur Demande ? »

« Eh bien, l’école existe depuis plus de mille ans… »

« Ouais, c’est vrai… »

Mais en se baladant d’une rangée à l’autre, Albus eut un doute sur l’hypothèse de Rose. Il y avait des quantités de parchemins, plumes usagées, pots d’encre séchée, ainsi que des vêtements de toutes les tailles, toutes les couleurs, toutes les matières, et de toutes les modes de ces vingt dernières années (Audrey, l’épouse de leur oncle Percy, travaillait dans le stylisme et avait ouvert sa boutique sur le Chemin de Traverse, alors Albus commençait à s’y connaître un peu en termes de mode.) Il y avait également des centaines et des centaines d’exemplaires de la Gazette du Sorcier, des livres dont il manquait des pages en quantité indénombrable, des jeux d’échecs ou de bavboules à qui il manquait quelques pièces, des fioles de toutes les tailles et de toutes les formes, vides ou non, des frisbee à dents de serpent, des avions en parchemin, des réserves de bonbons et, Albus fut impressionné, un très grand nombre de produits provenant de Farces pour Sorciers Facétieux, le magasin de farces et attrapes où travaillaient son parrain et le père de Rose.

« Je ne vois pas trop l’intérêt de cacher tout ça, Rosie… A part peut-être les frisbees, rien n’est dangereux, ici… »

Rose ne répondit pas tout de suite. Albus arriva au bout de sa rangée et écouta attentivement les pas de sa cousine afin de savoir où elle était allée.

« Al, viens vite ! »

Le son provenait de la gauche. Il mit un peu de temps à la retrouver, car il y avait souvent des étagères qui lui bloquaient le passage, mais quand il arriva enfin à sa hauteur, elle lui montra le livre qu’elle avait trouvé, et Albus lut la couverture à voix haute :

« Quidditch à travers les Âges… »

Son cœur s’arrêta de battre pendant une seconde, lorsqu’il reconnut la tache d’encre sous le titre. Sentant qu’il commençait à trembler, il avança la main droite pour ouvrir le livre à la page de garde, et vit le nom inscrit en bas à droite. Il fut surpris de déceler dans sa voix, non seulement de la joie, mais également du soulagement :

« C’est le mien ! »

Comment son livre, qu’il avait glissé au hasard sous son lit quelques semaines auparavant, avait-il pu se retrouver dans la Salle sur Demande ?

« Qu’est-ce qu’il fait là ? » demanda Rose qui semblait aussi perplexe qu’Albus. En guise de réponse, il haussa les épaules.

« Où était-il ? »

En silence, Rose posa sa main sur la surface patinée d’une petite étagère à sa gauche.

« Quelqu’un aura sans doute voulu te faire une farce, » suggéra-t-elle.

Albus ne put s’empêcher de s’égosiller d’un ton cynique :

« Ah, ah ! C’était très drôle. »

Sa cousine lui sourit et concéda que tout le monde n’avait pas le même humour. Albus parcourut son livre en vitesse, retrouvant les plis sur les pages qu’il avait lui-même cornées, et même une bannière des Chudley Cannons dessinée par James à l’encre indélébile, qui lui avait valu une punition assez sévère de Ginny une fois qu’elle avait été mise au courant de la blague idiote : il était à présent sûr qu’il s’agissait bien de l’exemplaire que son parrain lui avait offert.

« Maintenant tu en as deux, » conclut Rose.

« Peut-être que je devrais faire don du neuf à la bibliothécaire, » plaisanta Albus, « je trouve qu’elle n’a pas assez d’exemplaires… »

Mais comme il avait gardé un visage impassible en disant cela, Rose le prit au sérieux, et exprima son choc quant à la suggestion.

« Ce sont tes parents qui te l’ont offert, tu devrais avoir honte ! »

« Je plaisantais, Rosie ! Quoique… tu sais, ils m’ont offert un autre cadeau, quelque chose qui a beaucoup plus de valeur que n’importe quel livre au monde… »

Albus avait senti que c’était le moment de lui parler de la cape.

« Viens avec moi ! Je vais te le montrer ! »

Alors il l’emmena dans son dortoir, qui était vide, à l’exception de Scorpius qui lisait un livre, allongé sur son lit.

« Euh… » fit Rose. « Tu me montreras plus tard, Al… »

Elle tira doucement Albus vers la sortie, mais celui-ci ne bougea pas. Scorpius avait baissé son livre et bondit de son lit, comme si une mouche l’avait piqué.

« Je… » commença-t-il.

Albus se retourna doucement, prétendant suivre Rose dans les escaliers.

« Attends, Al ! Rose… »

Albus s’arrêta net mais ne se retourna pas. Il se tenait si près de Rose qu’il pouvait entendre son cœur battre. Il plongea son regard dans celui de sa cousine et prit un ton sec pour déclarer :

« Si tu veux simplement t’excuser, ravale ta salive, Scorpius. Il nous faudra beaucoup plus que ça pour faire comme si rien ne s’était passé. »

Il fit un nouveau pas vers les escaliers, poussant presque Rose devant lui.

« Attendez ! »

Albus entendit les pas empressés de Scorpius se diriger vers eux, et il attendit qu’il soit juste derrière lui pour se retourner brusquement, agrippant la main de Rose, qu’il tint légèrement à l’écart.

« J’ai été stupide, » lança Scorpius. « Pire que ça, ignoble. Je ne sais vraiment pas ce qui m’a pris, je te jure. »

Il respirait bruyamment, et sa voix tremblait, comme s’il avait passé l’après-midi à se répéter la scène dans laquelle il se confondait en excuses, mais que cela ne se passait absolument pas comme il l’avait prévu dans les différents scénarios qu’il s’était imaginés.

« J’ai vraiment honte de ce que j’ai fait. Sincèrement. Je n’ai jamais été habitué à avoir des amis, avant. J’ai toujours été seul. Alors, ça m’avait un peu choqué quand tu nous as lâchés, Rose… »

« Tu la laisses en dehors de tout ça ! » vociféra Albus.

Il n’avait jamais été autant en colère qu’à ce moment-là. Il n’arrivait pas à croire qu’il puisse ainsi rejeter la faute sur Rose. Scorpius parut offusqué par l’exacerbation qui avait éclaté, et il ne semblait plus savoir quoi dire. Ce fut Rose qui mit fin au débat.

« Ça suffit ! » éructa-t-elle en lâchant la main d’Albus. « Je crois que Scorpius a bien compris la leçon, maintenant. »

Scorpius acquiesça.

« Je suis vraiment, terriblement désolé. Promis, j’ai compris mon erreur, et je jure que je ne recommencerai plus jamais. »

Albus eut soudain conscience qu’il avait froncé les sourcils depuis le début, dès qu’il avait vu Scorpius dans le dortoir. Il inspira profondément, détendit son visage, puis expira longuement.

« Tu as de la chance, je ne suis jamais rancunier bien longtemps. »

Scorpius hésita à sourire, ne sachant pas si Albus plaisantait ou non. Rose mit à nouveau fin au silence.

« Bon, Al, tu avais quelque chose à me montrer ? »

Albus hocha la tête.

« Scorpius peut rester, n’est-ce pas ? » s’enquit-elle.

« Bien sûr. »

Son exemplaire retrouvé de Quidditch à travers les Âges toujours serré dans sa main gauche, il alla ouvrir sa malle, et glissa son livre avant de ressortir sa cape d’invisibilité sous les yeux ébahis de ses deux amis.

Après le dîner, ils montrèrent également à Scorpius la Salle sur Demande : leur trio était à nouveau réuni, mais pour combien de temps encore ?

XII. Eurêka by Eliah
Author's Notes:
« Eurêka ! »
(Archimède)

Dès lors que Scorpius et Rose étaient au courant pour la cape, ils s’indignèrent d’apprendre également qu’Albus ne l’avait pas encore expérimentée depuis leur retour des vacances de Noël. Albus tenta de se justifier et leur débita les arguments avec lesquels il s’était lui-même convaincu : le manque de temps, la fatigue, la concierge, l’absence d’occasions… Mais ses deux amis ne furent pas séduits par ces évocations.

Au contraire, durant les jours qui suivirent, Rose et Scorpius remettaient le sujet sur le tapis, au point qu’Albus avait presque l’impression qu’ils lui forçaient la main. Ils lui confièrent qu’ils avaient chacun une excellente raison de s’en servir. Deux usages pour deux finalités complètement différentes : la première « pour le fun » et la deuxième « à bon escient. » Mais ce qu’Albus eut du mal à avaler était que la première raison avait été suggérée non pas par Scorpius, mais par Rose. En effet, elle voulait, comme l’avait désiré Albus au départ, pouvoir faire des balades nocturnes. Plus rien n’étonnait Albus, bien sûr, venant de sa cousine. Mais il aurait pensé qu’elle suggèrerait une utilisation nécessaire, peut-être même indispensable, de la cape, avant de proposer d’aller simplement se promener.

C’était effectivement Scorpius qui suggéra la proposition de « faire bon usage » de la cape, comme Harry avait dit quand il avait offert à son fils ce cadeau inestimable.

« On va pouvoir l’utiliser pour se rendre dans la section restreinte de la bibliothèque, et peut-être trouver un livre avec la bonne description de la fiole ! »

« Excellente idée, » s’écria Albus, qui jusque là avait lutté contre le sommeil dans le canapé de la Salle Commune, le mercredi soir.

Il se souvint qu’il y avait pensé quand Scorpius lui avait fait la suggestion quelques jours plus tôt. Rose, quant à elle, avait pincé les lèvres, et Albus s’attendait à ce qu’elle désapprouve ces plans.

« Ecoute, » lui dit-il avant qu’elle n’ait pu ouvrir la bouche, « je sais bien que tu as laissé tomber, pour la fiole, mais nous, on est toujours curieux de savoir ce qu’elle contient et… »

« Mais non, » le coupa Rose, « tu n’y es pas. J’allais simplement te proposer quelque chose de plus simple pour y parvenir. »

Elle intima à Scorpius de se rapprocher, du fait que les élèves de leur année commençaient à descendre de leurs dortoirs pour se rendre au cours d’Astronomie, et annonça :

« Il suffit d’aller dans la Salle sur Demande et de demander un livre dans lequel il y aura la description de ta potion. »

Albus admit que la proposition était beaucoup plus aisée, et surtout beaucoup moins risquée. Mais Scorpius ne l’entendait pas de cette oreille.

« C’est trop simple ! Et puis, où est le danger dans tout ça ? » demanda-t-il.

Rose ne répondit pas, elle semblait attendre qu’Albus prenne la décision. Celui-ci se leva et, attrapant sa sacoche, il déclara :

« Allez, on va être en retard… »

Il n’arrivait pas à savoir lequel de ses deux amis il décevrait le plus en choisissant la suggestion de l’autre, mais il se dit qu’avoir quelque chose à décider lui permettrait au moins de rester éveillé pendant le cours.

Malheureusement, il fut complètement perdu dans ses pensées, et n’écouta rien aux consignes que le professeur Priccone donnait.

« Monsieur Potter, » avait-elle vociféré de sa voix aigue, « maintenant que vous êtes enfin passé outre l’effet soporifique de l’heure tardive, je vous serai gré de passer à l’étape suivante : comprendre que nous sommes en cours et que vous devez être attentif à ce que je dis ! »

Albus regarda autour de lui et vit que tous ses camarades de classe avaient déjà installé leurs télescopes et commençaient à compléter leurs croquis. A la fin du cours, Priccone lui donna un travail supplémentaire, ainsi qu’à Kyle qui avait eu le malheur de jouer avec son télescope. Albus était tellement en colère contre son professeur (comme s’il n’avait pas déjà assez de devoirs !) qu’il ne parvenait pas à s’endormir. Il se retourna sans cesse, faisant grincer à chaque fois le bois de son lit. Il était conscient de chaque minute qui passait sans que la fatigue ne lui ferme les yeux. Il entendit la respiration lente et régulière de Kyle, et les légers ronflements de Tom, et il poussa un long soupir.

« Al ? »

Il se redressa et vit Scorpius dans la même position que lui dans son propre lit.

« Tu ne dors pas non plus, » chuchota-t-il.

« Je n’arrête pas de repenser à ta cape, » murmura Scorpius en se levant.

Il vint s’asseoir au bout du lit d’Albus.

« Tu as décidé ce qu’on allait faire pour la fiole ? »

Albus secoua la tête, mais au même moment, une idée lui vint à l’esprit. Après tout, il n’avait peut-être pas à décevoir l’un de ses amis. Rose n’était pas là, et elle n’avait pas besoin de savoir ce qu’il s’apprêtait à suggérer.

« Allons-y maintenant. Tous les deux. Quoiqu’on y trouve, on ira dans la Salle sur Demande avec Rose après, comme si de rien n’était. »

Scorpius approuva l’idée tout de suite. Alors ils mirent chacun un pull et des chaussures, et Albus prit la cape dans sa malle. Ils se glissèrent tous les deux dessous et quittèrent le dortoir en silence.

Ils sortirent de la Salle Commune en faisant grincer le portrait de la Grosse Dame qui, ne voyant pas les deux garçons, crut à une plaisanterie de mauvais goût et fut très irritée d’avoir été extirpée de son sommeil.

« Ou alors vous sortez, ou alors vous vous abstenez de me réveiller en LAISSANT CETTE SATANEE PORTE FERMEE ! »

Albus sentit la gêne le faire rougir et il s’en voulait d’embêter injustement la Grosse Dame, mais ils ne pouvaient pas faire autrement.

Ils n’eurent aucun problème à entrer dans la section restreinte de la bibliothèque déserte, mais y passèrent tout de même une grande partie de la nuit, ne sachant pas vraiment où chercher.

Vers trois heures du matin, ils abandonnèrent leurs recherches, dépités que la section restreinte ne fût d’aucune utilité. Collés l’un à l’autre sous la cape, Albus et Scorpius chuchotèrent ensemble le mot de passe à la Grosse Dame en la réveillant à nouveau.

« Hé ! Ho ! Réveillez-vous, on vous a donné le mot de passe, vous devez ouvrir ! »

La Grosse Dame sursauta violemment et mit quelques minutes à émerger de son sommeil.

« Bon, » s’impatienta Scorpius, « vous ouvrez ? »

« Non. »

Albus et Scorpius se regardèrent.

« Pourquoi ? » s’indigna Albus.

« Parce que je ne peux pas vous voir. »

Scorpius grogna.

« Vous ne le pouvez pas, parce qu’on est invisibles. Mais on a le mot de passe, ça devrait suffire, non ? »

« Pas à plus de trois heures du matin, jeunes gens ! »

Albus allait suggérer à Scorpius de ranger la cape. En effet, Rose lui avait bien dit qu’elle était de leur côté, et qu’elle n’avait jamais dénoncé un Gryffondor qui sortait de la Salle Commune pendant la nuit. Mais Scorpius continua à s’impatienter auprès de la Grosse Dame.

« Qu’est-ce que ça peut vous faire que vous puissiez nous voir ou non ? »

Albus se demanda qui était le plus têtu des deux.

« Je veux savoir à qui j’ouvre. Qui me dit que vous êtes des Gryffondor ? »

« On a le mot de passe ! » vociféra Scorpius entre ses dents.

« Laisse tomber, » dit Albus. « On peut solliciter deux lits dans la Salle sur Demande pour passer le reste de la nuit… »

« Tu parles d’un portrait conciliant ! »

Mais dès le moment où Albus avait suggéré de laisser tomber, le visage de la Grosse Dame se crispa et elle leur lança d’une voix urgente :

« Attendez ! »

Albus et Scorpius s’arrêtèrent.

« Attendre quoi ? » demanda Albus.

« Dites-moi qui vous êtes, je vous laisserai entrer, c’est aussi simple que ça ! »

« Et vous nous dénoncerez au premier professeur que vous croiserez, bien sûr ! » s’indigna Scorpius.

« Oh, » souffla la Grosse Dame, « à quoi bon ? Vous êtes si bornés… »

Comprenant qu’il n’y avait plus aucun espoir de finir la nuit dans son lit, Albus tira Scorpius par le bras. Mais après avoir fait quelques pas, il entendit à nouveau la voix de la Grosse Dame qui semblait croire qu’ils étaient encore devant son portrait :

« En même temps, je n’ai peut-être pas besoin que vous me disiez qui vous êtes, je pense pouvoir deviner toute seule… »

Albus s’arrêta net.

« Il y a bien une vingtaine d’années depuis la dernière fois qu’un élève invisible cherche à entrer dans la Salle Commune des Gryffondor en plein milieu de la nuit … »

Albus avait l’impression d’avoir raté une marche. Son père faisait bien des balades nocturnes quand il était lui-même à Poudlard. Le doute avait plané jusque là, mais il s’était désormais dissipé grâce à la révélation de la Grosse Dame. Poussant presque Scorpius dans le dos, il s’avança à nouveau devant le portrait, et les yeux de la Grosse Dame semblaient se déplacer d’après les bruits de leurs pas sur les pierres froides du sol.

« Si je ne m’abuse, cet ancien élève a maintenant deux garçons à Gryffondor… »

Elle était vraiment perspicace, admit Albus.

« Alors ton père t’a offert sa cape d’invisibilité pour Noël ? »

Comment savait-elle ?

« Oui, je suis au courant. Tout le monde est au courant que le célèbre Harry Potter a une cape d’invisibilité. Sans elle, il n’aurait peut-être pas vaincu Tom Riddle. »

Un nœud se forma dans l’estomac d’Albus. Il n’était jamais au bout de ses surprises avec son père.

« Bon alors, j’ai une chance sur deux : mais je ne pense pas que tu sois l’aîné, car il n’aurait pas attendu un mois avant de se balader en pleine nuit dans le château… Ai-je raison ? »

Albus mit une seconde de trop à répondre.

« Je sais que tu es encore là, Albus. »

Vraiment très perspicace.

« Oui, vous avez raison. »

La Grosse Dame avait à présent une mine réjouie.

« Maintenant que vous savez qui je suis, vous nous faites entrer ? »

« Pas tant que je n’aurai pas deviné qui est avec toi. Mais ça ne sera pas très long... un garçon impatient et têtu, aucun doute : Scorpius Malfoy. »

Scorpius parut irrité de la facilité avec laquelle elle avait trouvé son identité.

« Vous allez nous dénoncer, maintenant ? »

« Non, rassure-toi. »

Albus souleva la cape, se découvrant à la Grosse Dame, dont les yeux pétillaient d’autosatisfaction.

« Allez, » soupira Scorpius, « Veilleur de Nuit ! »

La Grosse Dame souriait jusqu’aux oreilles.

« On dirait qu’il a été créé pour vous, ce mot de passe ! »

Et elle fit pivoter le portrait.

***

« Pourquoi êtes-vous si grincheux tous les deux ? » s’indigna Rose. « Vous avez mal dormi ou quoi ? »

Albus et Scorpius se regardèrent, et Albus savait qu’il rougissait. Il baissa les yeux, sachant qu’une seconde de trop suffirait à Rose pour comprendre ce qu’ils avaient fait la nuit passée.

« Tom a ronflé toute la nuit, » mentit Scorpius.

Albus haussa les sourcils d’un air entendu lorsque sa cousine tourna la tête vers lui.

« Il ne ronfle pas d’habitude ? » demanda-t-elle, suspicieuse.

« Si, » répondit Scorpius, « mais moins fort… »

Rose se pinça les lèvres et resta silencieuse un moment, les yeux plissés, et Albus crut qu’elle allait les démasquer, mais finalement, elle sembla croire ses amis et reprit le sujet de conversation qu’elle avait entamée depuis qu’ils s’étaient retrouvés pour le petit déjeuner.

« Donc j’ai pensé que ce soir on pourrait déjà s’attaquer à l’essai qu’on doit faire pour lundi pour Flitwick, ainsi que la recherche pour le cours de Botanique, et les leçons d’Histoire pour Binns. J’ai l’impression qu’il va nous interroger. Ça fait plusieurs fois que je le vois lever la tête lorsqu’il donne des dates importantes à retenir… »

« Le jour où Binns fera une interro, mes parents inviteront les vôtres pour prendre le thé, » marmonna Scorpius d’un ton ironique.

« Tu ne devrais pas rigoler avec ça, Scorpius, » lui reprocha Rose. « Et donc, » continua-t-elle comme si elle n’avait pas été interrompue, « on pourra passer le week-end dans la Salle sur Demande pour ta fiole, Al. »

Albus pria pour que Scorpius émette une objection, afin d’effacer toute suspicion de la part de Rose quant à leur balade nocturne. Heureusement, Scorpius fit claquer sa langue bruyamment, et il fit même mine de boire une gorgée de jus de citrouille pour faire comme si de rien n’était. Rose ne parut pas s’apercevoir de la supercherie, car elle reprit :

« Est-ce que ça te va, Al ? Ou tu préfères essayer la section restreinte ? »

Albus prit le temps de finir son toast avant de répondre :

« Tant que tu me laisses une heure ou deux ce week-end pour faire ce stupide exercice pour Priccone… »

« Aucun problème, » lui assura-t-elle, « et puis on t’aidera, n’est-ce pas, Scorpius ? »

Scorpius semblait avoir autant de difficultés qu’Albus à avaler son petit déjeuner.

« Que veux-tu que je te dise, Rose ? » finit-il par réussir à rétorquer. « Tu as toujours géré la planification de nos devoirs et révisions depuis le début de l’année, et là tu voudrais que l’on te dise ce qu’on en pense ? »

Rose demeura immobile et Albus, assis à côté d’elle, lui prit la main sous la table, discrètement.

Il ignorait si Scorpius se rendait compte que Rose était facilement susceptible, mais il ne voulait même pas chercher à le lui demander, car il n’était pas sûr de pouvoir supporter une nouvelle dispute, surtout si ça n’étaient que pour des broutilles. Il décida que cette fiole leur avait apporté beaucoup plus de malheur, de désespoir, de colère et de déception que s’il n’était jamais allé à tâtons sous son lit. S’il n’y avait jamais négligemment glissé son exemplaire de Quidditch à travers les Âges un soir avant de s’endormir. S’il était allé apporter la fiole à un professeur ou à son père qui aurait pu l’identifier au premier coup d’œil, il en était certain.

Déterminé à en finir avec tous ces mystères, afin de reprendre le cours plus ou moins normal qu’était sa vie avant la découverte de la fiole, il annonça :

« On va y aller demain, dès qu’on est sortis du cours de Défense contre les Forces du Mal. »

« Entendu, » déclara Scorpius.

Albus lâcha la main de sa cousine qui semblait vouloir faire passer l’orage. Susceptible, mais jamais rancunière bien longtemps.

« Parfait, » renchérit-elle.

***

Mais le lendemain, le professeur de Montesquiou annonça qu’il voulait faire cours dans la bibliothèque pour un travail un peu particulier :

« Je souhaite que vous fassiez des recherches sur un sortilège qui s’appelle ‘Oubliettes.’ »

La classe suivit le professeur dans les couloirs de l’école jusqu’au quatrième étage. Albus vit Madame Pince faire une tête comme si un troupeau d’éléphants venait de rentrer dans un magasin de porcelaine.

« Vous allez vous mettre en groupes de trois ou quatre, » annonça le professeur pendant que les élèves s’installaient autour des tables se situant près de la section ‘Sortilèges’ de la bibliothèque.

Albus, Rose et Scorpius s’installèrent à une même table, tandis que le professeur utilisait sa baguette pour inscrire sur un petit tableau d’appoint l’intitulé de la rédaction qu’ils devraient rendre le lundi suivant :

Les sortilèges de mémoire, leurs effets et la réglementation stricte dans laquelle leur utilisation a été inscrite au cours des siècles.

Albus pensa tout de suite que le sujet allait être très complexe.

« J’attends de vous que vous détailliez l’origine des sortilèges ainsi que leur étymologie quand vous le pouvez et l’historique de la réglementation. Vous allez aussi illustrer vos propos d’exemples célèbres et pour la conclusion, je veux de l’originalité, surtout ! »

Ils devraient passer le week-end entier là-dessus, c’était obligé. Albus vit Scorpius faire la moue et il comprit que son ami avait eu le même raisonnement que lui : ils n’auraient pas le temps d’aller à la Salle sur Demande cet après-midi. Rose semblait avoir deviné les pensées d’Albus, mais elle ne parut pas se laisser abattre :

« Allez, on se dépêche. J’ai besoin d’un Optimal à cette rédaction pour rattraper la note précédente. »

Et en disant cela, elle eut un frisson dans le dos.

« Tu as eu quoi la dernière fois ? » demanda Scorpius.

« Efforts Exceptionnels, » répondit Albus à la place de sa cousine.

En même temps, il donna un coup de pied sous la table à Scorpius pour l’empêcher de faire une remarque désobligeante qui vexerait Rose encore une fois. Elle était capable de les laisser tomber et d’aller se mettre avec des filles de leur classe pour la rédaction.

« Bon, » annonça Rose, « je suggère qu’on se divise les tâches. Il y a trois parties, donc ça va être simple. J’aimerais m’occuper de la réglementation si ça ne vous dérange pas ; ça vous laisse l’origine et la conclusion. »

« Je prends l’origine, » dit Scorpius. « Ça te va, Al ? »

Albus hocha la tête : il était content d’avoir la conclusion, parce que le champ de recherches était un peu plus vaste. Il se leva et se dirigea vers la section ‘Sortilèges’ à l’emplacement où étaient rangés les livres parlant du sujet de leur rédaction. Il n’eut aucun mal à le trouver, car un troupeau d’élèves de sa classe s’y agglutinait déjà, presque rué sur les livres de peur qu’il n’y en ait plus pour les derniers. Albus était un peu en retrait et laissa ses yeux traîner sur la couverture des livres à sa gauche, et un titre en particulier attira son attention :

Tout ce qu’il faut pour parer les Sortilèges de Mémoire

Albus pensa que cela pouvait parfaitement faire l’objet d’une conclusion originale. Il saisit le livre et commença à le feuilleter. Il apprit qu’il y avait plusieurs sortilèges de mémoire : un pour faire ressurgir un souvenir particulier, un autre pour les cacher et il y avait même un chapitre consacré à un sortilège de magie noire qui permettait d’insérer un souvenir falsifié dans la mémoire de quelqu’un. Bien évidemment il n’y avait pas d’indications concernant la pratique de ce sortilège mais comment l’éviter ou comment le détecter quand il n’avait pas été parfaitement réalisé.

Il passa au chapitre suivant, intitulé ‘Souvenir’ et le parcourut en diagonale pour comprendre de quoi il traitait, quand soudain un paragraphe l’interpela. Lentement, il le lut, tout en essayant de faire abstraction des chuchotements des élèves qui l’empêchaient de se concentrer correctement. Il relut plusieurs fois le paragraphe, puis le chapitre entier, pour être sûr de lui, et quand il comprit enfin, son cœur battait la chamade : tout était clair désormais.

Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu’il comptait chaque pas qu’il faisait pour rejoindre Scorpius et Rose. Ses deux amis étaient assis à leur table avec chacun deux gros volumes dont ils feuilletaient les pages frénétiquement.

« Dites, » chuchota Albus en posant son livre ouvert devant les yeux de sa cousine, « et si la potion de la fiole n’était justement pas une potion ? »

XIII. La Rédaction by Eliah
Author's Notes:
Rose Weasley – Albus Potter – Scorpius Malfoy
Vendredi 9 Février 2018
Sujet :
Les sortilèges de mémoire, leurs effets et la réglementation stricte
dans laquelle leur utilisation a été inscrite au cours des siècles.

Introduction :

Les sortilèges de mémoire sont des sortilèges visant à effacer, altérer ou extraire des souvenirs de la mémoire d’une personne. Leur apparition dans le monde de la magie semble dater du début du XVIIème siècle, et ils ont su évoluer au fil du temps. Les effets d’un sortilège de mémoire sont très nombreux en fonction de ce que l’on désire réaliser, mais la réglementation est très stricte quand à l’utilisation abusive ou non-autorisée de ce sortilège. De nombreux cas jusqu’à nos jours ont été débattus et parfois sanctionnés.


Première partie : Apparition et Historique

Pour bien comprendre l’origine des sortilèges de mémoire, il est nécessaire de revenir sur la situation de la Communauté Magique à cette époque.

La Confédération Internationale des Sorciers, créée dans le but de surveiller les conseils et ministères nationaux, se réunit durant des semaines vers la fin du 16e siècle. La décision de couper définitivement les ponts entre le Monde Moldu et le Monde Magique fut prise car les sorciers devenaient de plus en plus persécutés. Cela impliqua de nombreux problèmes pratiques. Comment cacher un dragon adulte, ou un terrain de Quidditch, par exemple ? Finalement, en 1692, la Confédération fit voter le Code International du Secret Magique. Les ministères de chaque pays se plient désormais à ce Code, et c'est probablement la loi la plus importante en vigueur dans le Monde Magique.

Le Code est composé de trois livres, comprenant chacun une vingtaine de chapitres regroupant les encore plus nombreux articles de loi à respecter. Certains de ces articles paraissent plus évidents que d’autres mais aucun n’est à négliger et c’est sans doute cela qui a poussé un sorcier du nom de Razvan Sarbesco à inventer le tout premier sortilège de mémoire dans un moment de panique.

Un Moldu aurait accouru dans l’échoppe tenue par le sorcier, prétendant qu’un dragon volait dans le ciel tandis qu’il faisait sa sieste. En effet, il s’agit là d’un évènement tristement célèbre : l’échappée de dragons retenus captifs près de Galaţi, en Roumanie, par des braqueurs qui revendaient la peau de dragon à prix d’or. Cet évènement eut lieu environ dix ans après la mise en place du Code et Sarbesco était des plus déterminés à préserver le secret, car il était le seul sorcier du village, et avait beaucoup d’amis Moldus qu’il ne voulait pas voir devenir ses ennemis. Alors il brandit sa baguette et dit : « Vreau să vă uitaţi, » ce qui signifie « Je veux que tu oublies. » Malheureusement, dans la panique, le sortilège fut très puissant, et le pauvre Moldu devint complètement amnésique. Aujourd’hui, ce sortilège est plus connu sous le nom d’ « Oubliettes. » L’étymologie de cette appellation provient du latin « Oblivisci » signifiant « oublier. »

Le sorcier devint célèbre grâce à son action : non seulement il avait empêché les Moldus d’apprendre l’existence de la Communauté Magique, mais il avait trouvé un moyen plus ou moins inoffensif pour le faire.

Dès lors, une Assemblée Exceptionnelle composée de grands sorciers du monde entier fut créée afin de se pencher sur le sujet. Rares sont les sortilèges ayant subi ce traitement de faveur, la plupart ayant été développés dans l’anonymat le plus complet, mais il n’est pas sans rappeler l’enjeu de son utilisation sur les Moldus.

Les sorciers composant l’Assemblée comprirent vite que l’amnésie totale était une solution un peu trop radicale à la panique des Moldus et ils firent une découverte : selon la détermination et la puissance du sorcier qui jetait le sort, on pouvait également n’effacer la mémoire qu’en partie.

Plus tard, vers la fin du XVIIIème siècle, les sortilèges de mémoire se multiplièrent : certains permettaient de faire ressurgir un souvenir (« Aparetum » de « parescere » signifiant « apparaître, ») d’autres de cacher un souvenir (« Abditum » du latin signifiant « cacher, ») par exemple pour empêcher un Legilimens accompli de lire les pensées de quelqu’un.

Ensuite, un autre genre de sortilèges apparut : appelés sortilèges d'altération, ils permettent d’insérer de faux souvenirs dans la mémoire. Ils ont été développés par Mnemone Radford (la première sorcière à avoir reçu le titre d'Oubliator du Ministère de la Magie.) La victime est persuadée d’avoir vécu la scène, mais elle est un leurre, et cette pratique n’est tolérée que dans certains cas extrêmes décrits dans le Code. Cet ajout a été réalisé il y a une quinzaine d’années par le Département de la Justice Magique après qu’il ait été prouvé que Tom Marvolo Riddle eût utilisé un de ces sortilèges pour accuser à tort un sorcier de meurtre.


Deuxième Partie : la pratique des sortilèges de mémoire et leurs effets

Il est primordial d’être sûr de maîtriser la technique avant de se lancer, car la puissance du sortilège doit être savamment dosée : nombreux sont les sorciers qui l’ont utilisé pour faire oublier une dispute, un rendez-vous ayant mal tourné, mais dont les victimes ont oublié jusqu’à leur prénom.

Le mouvement du poignet est circulaire et à certaines époques, des rumeurs portaient à croire que le nombre de cercles influait également sur la quantité de mémoire à effacer. Toutefois, on a parfois pu obtenir une amnésie totale avec un seul mouvement sec du poignet. Ainsi donc, il semblerait que la souplesse du bras n’ait rien à voir avec la qualité du sortilège, contrairement à d’autres, tels que les sortilèges de mouvement, par exemple « Wingardium Leviosa, » pour la lévitation.

En ce qui concerne la victime, lorsque le sortilège est correctement lancé, le souvenir disparaît et, seule, elle n’aura, en principe, aucun moyen de retrouver la mémoire. Seulement, en pratique, on soupçonne que les souvenirs effacés puissent ressurgir dans une mémoire bien entraînée, par exemple au cours d’un rêve. Mais bien souvent, la personne ne se souvient plus d’en avoir rêvé en se réveillant.

Si le sortilège est parfaitement réalisé, on peut observer que la victime porte son regard plus loin, affichant une expression d'indifférence rêveuse, mais ces symptômes de modification ou effacement de la mémoire ne sont pas systématiques.

En revanche, lorsque le sortilège n’est pas correctement lancé, par exemple qu’il a été lancé par un sorcier peu expérimenté, il se peut que le souvenir ressurgisse soudainement de la mémoire, des jours, des mois, voire des années après que celle-ci fût effacée.

Un sorcier expérimenté peut briser un sortilège de mémoire correctement réalisé mais la possibilité que le résultat soit désastreux sur la victime est à envisager : son esprit et son corps peuvent alors être irrémédiablement endommagés.

Les dommages sont encore plus désastreux si le sortilège rate, parfois plus dangereux qu’une amnésie totale : pertes de mémoire régulières irréversibles (dont un Moldu du nom d’Aloïs Alzheimer a tenté de trouver une explication scientifique au début du XXème siècle,) effacement d’un souvenir autre que celui ciblé au départ, pertes de repères, hallucinations, folie…

C’est pourquoi une réglementation très stricte a été mise en place afin d’éviter les accidents.


Troisième Partie : La Réglementation

La réglementation en vigueur concernant l’utilisation d’un sortilège de mémoire est détaillée principalement dans le deuxième livre du Code International du Secret Magique traitant des sortilèges que l’on peut lancer sur un Moldu. Le chapitre 17 comprend les sortilèges autorisés face à un Moldu qui aurait eu connaissance de l’existence de la magie.

L’article 2 de ce chapitre précise qu’un sorcier doit être avant toute chose sûr d’être parfaitement capable de lancer le sortilège sans provoquer chez sa victime des dommages cérébraux (dont les exemples sont cités dans la deuxième partie de cette rédaction.)

L’article 3 traite de la brigade des Oubliators et de son intervention auprès des Moldus. L’article 4 précise que si un sorcier estime avoir la possibilité de retenir le ou les Moldus le temps qu’une équipe d’Oubliators intervienne plutôt que de lancer le sortilège lui-même, il a l’obligation de les prévenir sous peine d’une amende de 159 Gallions minimum (ainsi qu’une sanction pouvant aller jusqu’à cinquante ans d’emprisonnement à Azkaban au cas où le sortilège aurait échoué et endommagé le cerveau d’une ou plusieurs victimes.)
Toutefois il existe certaines catégories de personnes à qui il est interdit, selon l’article 5, de lancer le sortilège, par exemple, les personnes souffrant de défaillances cérébrales, ou celles dont le cerveau a été affecté par un sortilège de mémoire échoué.

En ce qui concerne la modification de la mémoire, l’article 25 mis en place le 4 août 2003 décrète que seule la brigade des Oubliators a la possibilité de le pratiquer, et ce, uniquement sur des Moldus dont la mémoire a été effacée, dans le cas où l’altération est nécessaire afin de palier à toute suspicion de la part du Moldu.

Enfin, une liste complète des cas dans lesquels la pratique du sortilège est tolérée par le Code est détaillée dans l’article 21, régulièrement mis à jour suite à des décisions de justice prises en l’absence de situation. L’ébauche de cette liste comprenait une quarantaine de cas, comme par exemple lorsqu’un objet magique tombe entre les mains d’un Moldu. Les premiers ajouts de l’article incluaient la situation dans laquelle un Moldu rapportait l’apparition du Plésiosaure du Loch Ness. Toutefois, il en est certains qui ont pu échapper au sortilège de mémoire, en raison d’une surcharge de travail des Oubliators, notamment entre 1934 et 1939 avec l’incendie de Ste Mangouste, et également entre 1962 et 1967 avec les grèves des marchands de tapis d’Orient.

Mais c’est à la fin du XXème siècle que les Oubliators eurent le plus de fil à retordre avec les très nombreux rapports de Moldus ayant fait l’expérience d’un fait magique, durant les années de la terreur. Par exemple, en 1996, un grand nombre de Moldus habitant dans l’Ouest de l’Angleterre a subi un sortilège de modification de la mémoire pour déguiser en tornade un affrontement entre Tom Riddle et une brigade d’Aurors.

Nous pourrons retenir également la pratique intensive de ces sortilèges lors de la 422ème Coupe du Monde de Quidditch en 1994, où il pleuvait littéralement des sortilèges d’amnésie visant le gérant d’un camping un peu trop curieux de tous les sorciers venus voir la finale opposant la Bulgarie à l’Irlande.

La plus impressionnante série de sortilèges d'Amnésie a été pratiquée en 1932 par une famille de sorciers en vacances à Ilfracombe : les Moldus présents avaient vu un Vert Gallois se poser sur la plage pour se faire bronzer.


Mais les Moldus ne sont malheureusement pas les seules victimes des sortilèges de mémoire. Ils sont également utilisés sur des sorciers fragiles d’esprits, qui sont par exemple susceptibles d’être atteints par la folie, en pleine déprime ou en plein chagrin d’amour inconsolable.

La réglementation concernant l’utilisation d’un sortilège de mémoire sur un sorcier est détaillée dans le troisième livre du Code International du Secret Magique, dans le chapitre 73 traitant de la réglementation en vigueur dans le domaine hospitalier, ainsi que dans le chapitre 168 qui liste les sortilèges autorisés à être lancés sur les sorciers, chaque article étant illustré d’exemples et de situations précises dans lesquelles le sortilège est toléré.

Dans le chapitre 168, les articles 3289 à 3320 statuent sur l’utilisation des sortilèges de mémoire sur un sorcier. Par exemple, l’article 3291 précise qu’un sortilège d’amnésie partielle est toléré lorsque le sorcier visé est sur le point de porter une atteinte morale ou physique à autrui (ladite atteinte étant définie par la loi Britannique de 1825,) et que ce sera considéré comme un sortilège de défense. Cependant, l’article 3295 préconise qu’un sortilège de désarmement (« Expelliarmus ») ou de confusion (« Confundo ») seraient bien plus efficaces dans la plupart des cas.

Pour ce qui est du chapitre 73 régissant la réglementation dans les hôpitaux, il s’agit des articles 2717 à 2729 qui traitent des sortilèges de mémoire.

Il n’y a aucune prescription à faire ressurgir un souvenir, notamment quand le sortilège est utilisé à des fins psychologiques. En revanche, lorsqu’un Médicomage est de l’avis que son patient puisse aller mieux avec un sortilège d’amnésie partielle ou totale, ou un sortilège d’altération de la mémoire, il doit remplir le formulaire D45-3 qui sera adressé au Magenmagot. Alors ce dernier se réunira et pourra faire intervenir, au cours du conseil pendant lequel la décision sera prise, un cortège de Médicomages hautement qualifiés, ou encore des membres de la Brigade des Oubliators, qui connaissent les effets des sortilèges de mémoire mieux que quiconque. Ceux-ci ont pour but de guider les membres du Magenmagot dans leur jugement. La présence du Médicomage ayant fait la démarche est obligatoire, car il doit convaincre à l’unanimité les membres du Magenmagot qu’un sortilège de mémoire permettrait d’améliorer la santé mentale de son patient. En cas de divergence d’opinion au sein du conseil, la majorité l’emporte, comme toute décision de justice. Le Magenmagot statue également sur le type de sortilège à pratiquer (par exemple, il peut arriver que le Médicomage préconise un sortilège d’amnésie totale, mais le Magenmagot vote pour un sortilège d’amnésie partielle.) Lorsque le Magenmagot approuve l’utilisation d’un sortilège de mémoire sur un patient, il incombe à la Brigade des Oubliators de lancer le sortilège, et ce en présence, au minimum, d’un Médicomage et d’un membre du Magenmagot, qui attestent de la régularité du processus par rapport à la décision de Justice qui aura été prise.


Malgré la réglementation, certains sorciers se donnent le droit d’user, et parfois même d’abuser, des sortilèges de mémoire à des fins personnelles. A ce sujet, il existe une rumeur au sein de l’Ecole de Sorcellerie de Poudlard selon laquelle en 1992, le professeur de Défense contre les Forces du Mal était un imposteur qui s’attribuait les honneurs de sorciers dont il effaçait la mémoire à l’aide du sortilège d’amnésie. D’après certains, il s’agit de l’histoire du pétrifieur pétrifié car il aurait été admis à Ste Mangouste un an plus tard, complètement amnésique.


Conclusion :

Régulièrement, le Ministère de la Magie rappelle à la Communauté à quel point les sortilèges de mémoire sont à utiliser avec parcimonie et précaution, et il paraît raisonnable de le croire. Heureusement, la réglementation est suffisamment stricte pour que les sorciers, pour la plupart, soient dissuadés de jouer avec la santé mentale de leurs victimes.

Evidemment, il y a tout de même des abus et les lois sont appliquées à la lettre dans notre pays, ce qui est une bonne chose. Toutefois, pour éviter d’être un jour la victime d’un sortilège de mémoire mal intentionné, il existe des solutions efficaces.
La meilleure défense contre un sortilège de mémoire est de pouvoir maîtriser l’Occlumencie. Néanmoins, peu nombreux sont les sorciers adultes qui connaissent cet art, et pour ceux qui n’ont pas choisi la carrière d’Auror ou d’Oubliator (ou encore de Langue-de-Plomb,) « Abditum, » le sortilège de mémoire permettant de cacher ses pensées, est un bon compromis. Mais ce sortilège est inefficace face à un Legilimens accompli, c’est pourquoi aujourd’hui on préfère extirper le souvenir de la mémoire, et qu’on le place dans une Pensine, ou à défaut, dans une fiole : le souvenir prend alors la forme d’une substance mi-liquide, mi-gazeuse, de couleur argentée. Ainsi, il est en sûreté, du moins jusqu’à ce que quelqu’un le trouve et plonge le nez dans la Pensine.

End Notes:
Optimal
Excellent travail, explications claires et concises. Conclusion originale, bravo !

Pr. De Montesquiou

PS : le professeur Lockhart a effectivement abusé des sortilèges de mémoire lorsqu’il avait mon poste, il y a de cela quelques années, mais je vous rassure, loin de moi l’envie de suivre ses pas et me mettre à écrire des livres d’aventure !
XIV. Vacances chez Hermione et Ron by Eliah
Author's Notes:
Le farniente est une merveilleuse occupation. Dommage qu'il faille y renoncer pendant les vacances, l'essentiel étant alors de faire quelque chose.
(Pierre Daninos)

« J’aurais dû y penser que ce n’était pas une potion. Oh, pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? »

Toute la semaine, Rose se répéta cette phrase et ses quelques variantes à voix haute, ce qui agaçait Albus à la longue. Elle lui faisait bien savoir qu’elle était déçue de ne pas avoir été celle qui avait résolu le mystère de la fiole.

Il ne s’était pas vraiment rendu compte que ce fait l’obsédait complètement, jusqu’à jeudi matin, lorsque Sally, la chouette de sa tante Hermione, lui apporta une lettre au petit déjeuner. Tout d’abord, il crut que Sally s’était trompée, mais très vite il vit que la lettre était à son nom. Jetant un coup d’œil à sa cousine, il s’étonna de voir qu’elle n’avait même pas remarqué l’arrivée de la chouette. Elle était plongée dans un livre sur les Souvenirs, et Albus avait perdu le compte du nombre de livres à ce sujet qu’elle avait emprunté à la bibliothèque depuis vendredi.

Il ouvrit délicatement l’enveloppe et reconnut l’écriture soignée de sa tante :

Al,

Je me doute que tu dois être étonné que je t’écrive, ainsi avant toute chose, je veux que tu te rassures, il n’y a rien de grave.

Il se trouve que j’ai envoyé une lettre à Rose vendredi dernier pour t’inviter à la maison pour les vacances de Février, et je me suis inquiétée car je n’ai pas reçu de réponse, et ce n’est pas vraiment son genre.

Je compte sur toi pour me répondre,
Affectueusement,
Hermione.


Effectivement, ça n’était absolument pas le genre de Rose d’oublier de répondre à sa mère. C’est donc à ce moment qu’il comprit que sa cousine était réellement contrariée par l’histoire de la fiole.

« C’était tellement logique, la feuille avait bien disparu ! » s’exclama-t-elle en tournant une page.

Albus devait à tout prix lui parler, mais il avait peur que Scorpius fasse à nouveau une remarque désobligeante qu’elle prendrait de toute évidence mal. Il voulait attendre d’être seul avec elle, mais Scorpius ne les lâcha pas d’une semelle toute la journée.

A son plus grand désarroi, l’Optimal que le professeur de Montesquiou leur rendit pour la rédaction sur les sortilèges de mémoire n’améliora pas le moral de Rose. Bien au contraire, elle revint après le dîner avec une énorme pile de livres provenant de la bibliothèque et, s’installant juste à côté de la cheminée, elle s’attaqua au premier sans un mot ni un regard à ses deux amis. Aussi Albus décida-t-il de se lancer.

« Ecoute, Scorpius, » dit-il à son ami qui finissait son devoir pour le cours de Botanique du lendemain, « il faut que je parle à Rose, mais je t’en supplie, ne sois pas désagréable avec elle. Je sais qu’elle est susceptible, et qu’elle doit faire des efforts, mais pas ce soir. »

Scorpius avait les yeux grand-ouverts d’étonnement, et Albus, qui s’était toujours demandé s’il se rendait compte qu’il la blessait souvent, comprit que ça n’était pas le cas.

« Je me doute que tu ne le fais pas exprès, » mentit-il pour ne pas trahir ses anciennes suspicions, « mais tu la vexes à chaque fois. Tu n’as pas remarqué que ses oreilles deviennent toutes rouges quand sa susceptibilité prend le dessus ? »

Tandis que Scorpius prenait un temps de réflexion, Albus jeta un coup d’œil furtif à Rose qui tournait frénétiquement les pages de son livre.

« Tu crois que c’est de ma faute si elle a ce caractère de cochon ? »

« Là n’est pas la question, Scorpius. Je veux juste que tu t’abstiennes ce soir. Tu peux faire ça pour moi ? Pour elle ? »

Il avait l’impression d’avoir un poids énorme sur les épaules. Mais Scorpius sembla comprendre ses motivations, car il annonça :

« Ok, je ne dirai rien. »

Albus sourit brièvement à Scorpius, puis il alla s’asseoir avec sa cousine.

« Rose ? » tenta-t-il.

Elle était plongée dans un chapitre intitulé « Comment différencier une potion de ce qui ne l’est pas ? » et son visage était entièrement caché par ses longs cheveux bouclés. De nouveau, elle ne parut pas avoir remarqué la présence de son cousin. Albus entendit Scorpius s’agenouiller devant elle, baissant lentement le livre de sa main droite.

« Rosie ? » essaya-t-il à son tour.

Elle leva enfin la tête. Voyant qu’elle n’opposait pas de résistance au geste de Scorpius, Albus lui remit ses cheveux derrière l’oreille pour mieux la voir, et faire part de sa présence. Elle tourna la tête et Albus lui adressa un sourire sincère.

« Quoi ? » demanda-t-elle un peu sèchement.

Scorpius se racla la gorge et se pinça les lèvres de toutes ses forces, comme s’il tentait de se retenir de faire une remarque. « Ça commence bien, » pensa Albus.

« Rosie, ta mère m’a envoyé une lettre ce matin. »

Elle mit quelques secondes avant de comprendre.

« Mince, je ne t’avais pas mis au courant ? »

Albus fit non de la tête.

« Ce n’est rien, on a encore le temps, mais elle s’est inquiétée pour toi, et moi aussi. »

« Idem, » ajouta Scorpius.

Il ne devait pas comprendre la moitié de ce dont ils parlaient, mais il ne demanda rien. Dans la cheminée, une bûche se brisa en deux, faisant sursauter Rose. La Salle Commune commençait à se remplir d’élèves qui revenaient du dîner à leur tour.

« Je suis désolée, » finit-elle par dire. « Je ne sais pas ce qu’il me prend… J’avais pourtant laissé tomber les recherches à un moment, mais maintenant qu’on a la réponse, ça me paraît tellement évident que je m’en veux de ne pas y avoir pensé… J’étais tellement bornée à croire que c’était une potion ! »

« Tu n’es pas la seule, » rassura Albus, « moi aussi j’ai cru que c’était une potion ! »

« On l’a tous cru, » finit Scorpius.

« Quoiqu’il en soit… » reprit Albus après quelques secondes de silence, « maintenant que c’est derrière nous, tu ne crois pas qu’on pourrait oublier toute cette histoire et… »

« Tu plaisantes, j’espère ! » lança Scorpius, indigné. « Je veux voir le souvenir, pas vous ? »

« Bien sûr que si, » répondit Rose.

Les choses se compliquaient. Dire qu’Albus croyait qu’il allait pouvoir reprendre une vie normale ! Evidemment qu’ils étaient curieux ! Et lui aussi l’était, mais il n’osait pas l’avouer.

Ainsi, toute la soirée, ils essayèrent de trouver un moyen pour découvrir le souvenir. Albus vit sa cousine redevenir celle qu’elle avait été avant, en leur expliquant tout ce qu’elle avait retenu de ses lectures de la semaine, du moins ce qui leur permettrait d’avancer vers le nouveau but qu’ils s’étaient fixés. Elle leur parla des Pensines, de ce qu’il fallait faire pour entrer dans le souvenir, et elle leur détailla même les sensations que l’on éprouvait quand on était dans un souvenir. Mais elle ignorait où on pouvait se procurer une Pensine.

« Je suppose qu’il doit y en avoir une à Poudlard, mais j’ignore où, » avoua-t-elle.

A ce moment-là, Scorpius eut un petit rictus qu’il ne put réprimer, et Albus pria silencieusement pour son salut qu’il ait une bonne raison de plaisanter à propos de l’ignorance de Rose.

« On peut toujours en demander une… »

En disant cela, il adressa un clin d’œil à Rose qui percuta très vite :

« La Salle sur Demande, bien sûr ! »

Albus força un sourire à ses amis et tandis qu’ils échafaudèrent un plan pour aller dans la Salle sur Demande dès le lendemain après les cours, il s’en voulut d’avoir été trop méfiant à propos de Scorpius.

Mais comme aucun mal n’avait été fait, il décida de laisser ses scrupules de côté et se concentra sur les suggestions de ses amis.

Une fois en week-end, le vendredi après le cours de Défense contre les Forces du Mal, ils montèrent quatre à quatre les marches des escaliers qui menaient au septième étage, ne prenant même pas le temps d’aller déjeuner : ils auraient ainsi l’assurance de voir un minimum d’élèves passer dans le couloir. Albus arriva le premier et, reprenant son souffle, il ouvrit sa sacoche afin de s’assurer que la fiole y était toujours. Scorpius arriva juste après, suivi de très près par Rose qui entreprit immédiatement de faire les allers-retours devant le mur de pierre vide :

« J’ai besoin d’une Pensine. »

En silence, Albus et Scorpius attendirent que la porte apparaisse.

Mais rien ne se produisit.

« Que se passe-t-il ? » demanda Scorpius.

« J’ai peut-être mal formulé ma demande. Je réessaye. »

A nouveau, Rose passa devant le mur, et elle changea de requête.

« J’ai besoin d’une pièce contenant une Pensine. »

L’échec fut total, et Rose tenta encore quelques formules, mais elle finit par perdre patience.

« Tu veux que j’essaie ? » proposa Albus, qui avait une idée en tête.

Rose haussa les épaules et se recroquevilla dans un coin. Albus fit les allers-retours requis et énonça tout haut :

« Nous avons besoin de trouver un moyen qui nous permettra de découvrir le souvenir que contient la fiole. »

Il n’y croyait pas vraiment, et se dit qu’il manquait vraiment d’assurance en lui. Et soudain, la porte apparut. Il ne prit pas le temps de la voir apparaître complètement et parcourut les quelques pas qui le séparaient de sa cousine, à qui il tendit la main, un sourire franc sur les lèvres.

« J’ai eu de la chance, » annonça-t-il avant que sa cousine ait pu dire quoique ce soit.

Rose prit sa main pour se relever et ils rejoignirent Scorpius qui venait d’ouvrir la porte.

Mais la surprise fut grande lorsqu’ils découvrirent ce qui s’y trouvait derrière : la Salle sur Demande était complètement vide, excepté un unique livre ouvert. Ils s’en approchèrent doucement, oubliant presque de refermer la porte derrière eux (heureusement, Rose eut le réflexe après avoir détecté des voix d’élèves qui s’approchaient.) Scorpius saisit le livre et lut la page à voix haute :

Comment voir un souvenir ?

La question paraît évidente, car il suffirait vraisemblablement de plonger dans la substance mi-liquide, mi-gazeuse. Néanmoins, si vous êtes un sorcier suffisamment entraîné, vous devez savoir qu’il est impossible de plonger dans un flacon, quel que soit le sortilège que vous utilisez.

Le souvenir doit en fait être versé dans une Pensine, et seule cette dernière vous permettra de découvrir le contenu du souvenir. En effet, vous aurez beau tenter d’entrer dans le souvenir en le versant dans une assiette, un chaudron ou tout autre contenant, vous échouerez.


« Mais la feuille de parchemin a été complètement engloutie ! » protesta Rose.

« Laisse-moi finir, » grogna Scorpius.

Il continua sa lecture :

La constitution humaine est telle que seule une Pensine possède les propriétés magiques suffisantes pour survivre à un voyage dans un souvenir.

« Tu vois, Rose. »

La jeune fille marmonna quelques paroles incompréhensibles que Scorpius ne perdit pas de temps à déchiffrer :

La Pensine est une bassine de pierre dans laquelle a été sculptée des runes anciennes. Pour acquérir les grandes propriétés magiques nécessaires, il existe un rituel très complexe dont la plus grande partie est secrète : en effet, l’unique fait connu est que les Pensines sont taillées par les membres de la Guilde des Tailleurs de Pierre qui œuvrent dans une carrière (abandonnée par les Moldus) quelque part en Lorraine (France,) ce qui conférerait une partie des pouvoirs de la Pensine.

Chaque Pensine est unique car les runes inscrites sur les bords extérieurs sont différentes à chaque fois. Il semblerait que le rôle des Tailleurs de Pierre se limite à la sculpture, et de nombreux auteurs au cours des siècles ont spéculé sur l’existence d’une deuxième Guilde s’occupant de trouver les Runes adéquates pour chaque Pensine. Il semblerait que la qualité de la pierre et celles du tailleur aient une influence sur le choix des Runes.


« C’est bien compliqué tout ça, » soupira Albus.

« Réjouis-toi alors, parce qu’ils ne donnent pas plus de détails sur les Runes, » répondit Scorpius avant de lire le paragraphe suivant :

Vous avez donc compris qu’il est absolument impossible de fabriquer une Pensine soi-même, mais en réalité c’est encore plus que ça : il est également impossible de faire apparaître une Pensine (même si vous savez où elle se trouve,) de la déplacer à l’aide de la magie, et, pour généraliser sur le sujet, tout sortilège que vous tenterez de lancer à une Pensine échouera, car c’est un des objets les plus magiques qui existe dans notre monde.

« Fin de la page, » annonça Scorpius. « On a notre réponse, on sait pourquoi la Salle sur Demande ne peut pas faire apparaître de Pensine. »

Albus vit la déception sur le visage de ses deux amis, et lui-même était profondément désillusionné par cet échec. Ils restèrent un long moment au milieu de la pièce, à regarder sans le voir le livre dans les mains de Scorpius, jusqu’à ce que le silence soit brisé par Rose :

« On peut demander à la Salle de nous dire s’il y a une Pensine à Poudlard, et si oui, où elle se trouve ! »

Albus allait approuver l’idée de sa cousine, mais Scorpius intervint avant qu’il n’ait pu ouvrir la bouche :

« Je meurs de faim, on ne peut pas faire ça cet après-midi plutôt ? »

« On n’a qu’à demander à la Salle de nous procurer de la nourriture, » suggéra Albus.

« Impossible, » intervint Rose, « la nourriture fait partie des cinq exceptions de la Loi de Gamp sur la métamorphose élémentaire. »

« Ce qui veut dire ? » demanda Scorpius malgré lui.

« Qu’on ne peut pas créer de la nourriture par magie. »

Albus, qui commençait également à sentir la faim le tirailler l’estomac, se mit du côté de Scorpius et proposa de descendre déjeuner.

Il sentit l’excitation monter en lui. S’il devait la décrire, il dirait que c’était comme une bulle qui flottait dans son estomac, et qui parfois faisait monter le stress, l’impatience, et souvent qui le faisait se retrouver avec un sourire béat sur les lèvres, tant le mystère et le suspense étaient prenants.

Ils passèrent une grande partie de l’après-midi dans le couloir du septième étage, à attendre qu’il soit désert, mais les allées et venues des élèves se faisaient sans cesse, et ils durent abandonner leur plan initial.

Et tout le week-end, les élèves se baladèrent dans les couloirs du château.

« Ce sont les vacances la semaine prochaine, alors les révisions peuvent attendre, » supposa Rose d’un ton agacé.

« En parlant de vacances, » s’avança Albus, « il faut que tu écrives à ta mère, Rose. »

Il n’avait pas encore fait part de sa décision à ses amis, et il avait peur de la réaction de sa cousine.

« Tu viens, alors ? » demanda-t-elle.

« Non, » annonça Albus, « je vais rester ici avec Scorpius, sinon il sera tout seul. »

Scorpius semblait avoir du mal à suivre la conversation à moitié sous-entendue.

« De quoi parlez-vous au juste ? »

« La mère de Rose m’a proposé de passer les vacances avec eux, comme mes parents sont partis skier avec ma sœur. »

« Je ne savais pas que les sorciers skiaient. »

« Mon père adore ça, » dit Albus en haussant les épaules.

« Et ton cousin, comment s’appelle-t-il déjà ? Celui qui vit chez vous ? »

« Teddy ? Ce n’est pas mon cousin… »

« Ah. Mais il ne peut pas te garder chez toi ? »

« Non, il travaille. »

Scorpius se plongea dans le silence quelques minutes.

« Tu devrais aller chez Rose, alors, » suggéra-t-il. « Je peux me débrouiller tout seul. Au moins, je pourrai essayer de savoir où se procurer une Pensine. »

« Mais non, » intervint Rose, « la Pensine peut attendre. Tu vas venir avec nous, je te promets que ça va être génial ! Bien sûr, je dois demander à Maman, mais elle sera d’accord, j’en suis sûre. »

Scorpius eut l’air dubitatif, et Rose le mit au défi :

« On ne saura pas tant qu’on ne lui aura pas demandé ! »

Ils envoyèrent la lettre le samedi soir, et ils passèrent la plus grande partie du dimanche dehors, pour profiter de la dernière neige avant l’hiver prochain, si bien qu’Albus se retrouva devant son petit-déjeuner du lundi matin avant de se rendre compte que le week-end était fini. Heureusement, ils eurent une bonne nouvelle qui fit passer la dernière semaine plus vite que d’habitude :

« Elle est d’accord, » jubila Rose en lisant la réponse de sa mère. « Elle a obtenu une liaison avec la cheminée du bureau de Neville pour qu’on puisse quitter le château dès vendredi midi ! »

Elle lut les dernières lignes de la lettre et sa bonne humeur fut soudain forcée lorsqu’elle dépêcha Scorpius de finir son jus de citrouille. Albus la questionna du regard et elle lui murmura à l’oreille, pendant que Scorpius se faufilait sous la table à la recherche de sa sacoche :

« Papa n’est pas vraiment enchanté, il a prévu de travailler au magasin très tard. »

Albus lui fit un sourire qu’il dut forcer à son tour et tenta de la rassurer :

« Ce n’est qu’une question de temps, je pense. »

« Non, » protesta Rose tout bas, « il s’est vraiment passé quelque chose de pas clair pour qu’ils en soient là avec les Malfoy aujourd’hui. »

Albus hocha la tête, et ils quittèrent la Grande Salle pour leur cours de Sortilèges.

Malgré les doutes de départ de Scorpius, Albus savait qu’il mourrait d’envie de passer les vacances en compagnie de Rose et lui.

Il restait désormais à convaincre Mr et Mme Malfoy de laisser leur fils aller chez Hermione et Ron. Comme Rose l’avait deviné, la mère de Scorpius fut enchantée de savoir que son fils avait de vrais amis. En revanche, son père vint en personne à Poudlard le mercredi soir pour discuter face à face avec lui de cette décision : Albus fut jaloux que son ami puisse rater le cours d’Astronomie, et il aurait volontiers donné quelques unes de ses possessions (pas sa Cape d’Invisibilité, mais peut-être sa collection de Choco-Grenouilles ou quelques livres de sa bibliothèque) pour être à la place de Scorpius. Mais il se ravisa lorsque celui-ci leur raconta ce qu’il s’était passé :

« Il n’arrêtait pas de me demander pourquoi je n’avais pas choisi d’autres amis, et surtout comment j’avais pu faire pour me retrouver à Gryffondor. »

Rose émit un gémissement étouffé en entendant cela.

« Ne t’inquiète pas, Rosie, » tenta Scorpius de la rassurer, « il me sort le même baratin depuis les vacances de Noël. Mon grand-père m’a même menacé de me déshériter. Ce crétin de Brown ne croyait pas si bien dire, au début de l’année ! »

Il dit cela d’un ton ironique, comme si ça l’importait peu.

« Mais j’ai tenu le coup ! Je lui ai dit que s’il ne m’autorisait pas à y aller, je resterai à Poudlard de toute façon. Alors il a laissé tomber. »

Albus se mordit la lèvre.

« Tu es sûr que ça ira ? »

« Mais oui, » répondit Scorpius, « ma mère est sur le coup, elle va le faire changer d’avis. »

Ainsi, Albus oublia ce souci et se concentra sur le suivant : la contrariété de son oncle Ron. Que pouvait-il donc s’être passé pour que les relations entre leurs pères soit aussi froides, aussi tendues ? Le mystère n’avait toujours pas été percé, et souvent Albus se remémorait les articles de la Gazette du Sorcier qui étaient parus le lendemain de la rentrée, sans pour autant arriver à comprendre quoique ce soit de plus.

Toutefois, le vendredi, alors qu’ils se dirigeaient vers le bureau de Neville pour se rendre chez Rose, Albus ne pensait qu’à une chose : s’amuser et oublier Poudlard, le temps des vacances.

Hugo était parti skier avec Lily et ses parents, tandis que James passait les deux semaines de vacances chez Luke. Hermione avait pris ses congés pour profiter de sa fille, mais celle-ci passait plus de temps avec ses deux amis qu’avec sa mère. La première semaine, ils se levaient tard, passaient des heures à jouer au Quidditch dans le jardin et aidaient Hermione à trier des dizaines de cartons d’objets provenant du magasin de George et Ron dans le garage et le grenier.

Ron partait tôt le matin et ne rentrait que très tard le soir, lorsqu’Albus, Rose et Scorpius dormaient. Mais une fois le week-end venu, Hermione leur annonça qu’elle était contrainte de reprendre le travail dès le lundi et que Ron s’occuperait d’eux à sa place. Rose confia ses craintes à son cousin quand Scorpius avait le dos tourné, mais Hermione laissa traîner une oreille dans la conversation et prit sa fille entre quatre yeux :

« Rosie, ma chérie, ton père aura un comportement exemplaire durant toute la semaine parce que tout ce qui l’intéresse, c’est ton bonheur. »

Albus avait assisté à la scène et il fut tout aussi rassuré que sa cousine par cette nouvelle. Et Hermione avait raison, Ron fut irréprochable : la deuxième semaine de vacances fut encore plus amusante et enrichissante que la première. Ron prévit un programme chargé d’activités : il les emmena chez leurs cousins à la Chaumière aux Coquillages, au Club d’Echecs de la Wizarding Society of London, au Ministère de la Magie pour déjeuner avec Hermione, puis à l’hôpital Sainte-Mangouste saluer Teddy en coup de vent, car il était débordé. Ils allèrent même au Chemin de Traverse où il leur paya des friandises et des livres, ainsi que plusieurs farces et attrapes du magasin Weasley. Ils allèrent également rendre visite à leur tante Audrey dans son magasin de vêtements à côté de Gringotts, et elle leur proposa de faire à chacun un ensemble de robes sur mesure. Albus et Scorpius n’apprécièrent que moyennement de se faire mesurer de la tête aux pieds, et ils n’arrêtaient pas de gesticuler ; la femme de Percy perdit patience, et elle laissa tomber, leur offrant des manteaux en fourrure de Doxy. Ils la remercièrent poliment, mais Albus savait que son cadeau resterait au fond d’un placard au 12, Grimmauld Place, jusqu’au prochain ménage de printemps.

Ils eurent également la visite des grands-parents de Rose et Albus qui firent la connaissance de Scorpius. Grand-père Weasley était un peu plus calme que d’habitude, et il prétendit une grosse fatigue.

Lorsqu’ils rentraient à la maison, Hermione s’y trouvait déjà le plus souvent, et les soirées étaient tout de même plus calmes en sa présence. Mais un soir, elle envoya un Patronus pour leur dire de ne pas l’attendre pour dîner, aussi Ron se lança-t-il dans la confection de crêpes (le seul plat qu’il réussissait, en fin de compte.) L’estomac bien rempli, les trois amis n’arrivaient même plus à se lever de leurs chaises et ils commencèrent à discuter de tout et de rien tandis que Ron lançait des sortilèges à la vaisselle pour qu’elle se fasse toute seule.

Puis, un sujet de conversation bien familier apparut :

« Au fait, Papa, » dit Rose en jouant avec son rond de serviette, « on a trouvé la Salle sur Demande… »

« Tu l’as trouvée, Rose, » rectifia Scorpius.

Rose rougit, et Ron fut subitement intéressé par la conversation.

« C’est vrai ? Rosie, tu es un vrai petit génie ! Alors, elle existe toujours ? Comment est-elle ? Enfin, je veux dire, dans quel état est-elle ? Vous y êtes rentrés, non ? »

Albus fut surpris par cette avalanche de questions, et Rose semblait penser la même chose :

« Pourquoi crois-tu qu’elle puisse ne plus exister ? »

Albus vit son oncle rougir jusqu’aux oreilles.

« Eh bien… A mon époque, elle avait brûlé… »

Et il leur raconta, dans les grandes lignes, ce qu’il s’était passé.

« C’était la nuit de la Bataille de Poudlard. Quelqu’un a utilisé un sortilège de Magie Noire pour enflammer la pièce et tous les objets qui s’y trouvaient. Et croyez-moi, il y en avait ! A ce moment-là, la Salle était de la taille d’une cathédrale et des milliers d’objets y étaient entassés, répertoriant tout ce que les élèves de Poudlard y avaient laissé depuis un millénaire ! »

« Mais, » demanda Rose, « on a vu une pièce de ce genre, Papa ! »

« QUOI ? » explosa Ron en bondissant de sa chaise.

Il se rua brusquement sur Rose et la secoua comme une prune :

« Comment es-tu rentrée ? Quel genre d’objets y avait-il ? Décris-les-moi ! »

Rose était paniquée et Scorpius semblait au dépourvu.

« Oncle Ron ! » s’écria Albus. « Calme-toi, tu lui fais peur ! Et à nous aussi, d’ailleurs ! »

Ron le toisa du regard, et il lâcha prise. Se rasseyant, il se racla la gorge et dit d’un ton plus calme :

« Je suis désolé, Rosie. Ça va ? »

Rose hocha de la tête.

« S’il te plaît, » reprit Ron, « dis-moi exactement ce qu’il s’est passé. »

La jeune fille reprit peu à peu ses esprits :

« Je… J’avais demandé un endroit pour… Pour cacher mon journal, et… j’ai… je suis rentrée, et la salle était… elle était immense ! De la taille d’une cathédrale, peut-être ! »

Et elle décrivit les journaux, les vêtements, les livres, les fioles qui s’étaient accumulés dans la Salle. Agissant contre toute attente, Ron poussa un énorme soupir de soulagement et secoua la tête :

« Pas vraiment le même genre d’objets que ceux qui ont brûlé. »

D’une main, il se frotta le menton en soupirant à intervalles irréguliers. Mais il avait ravivé la curiosité d’Albus :

« Pourquoi tu as paniqué comme ça, Oncle Ron ? »

Il secoua la tête frénétiquement, haussant les épaules, comme s’il réprimait un frisson :

« Ce… Ce n’est rien, tout va bien. Je m’excuse de vous avoir fichu la frousse. »

Albus était plus qu’intrigué, mais il savait qu’il était inutile d’insister.

« Je ne vois pas pourquoi des élèves iraient cacher des objets sans valeur dans la Salle sur Demande, » lança Ron, comme pour changer le ton de la conversation.

« Et si, » lança Scorpius lentement, « enfin, admettons que les propriétaires des objets n’aient pas vraiment voulu abandonner leurs possessions dans la Salle sur Demande… »

Albus ne comprenait pas ce qu’il essayait de dire. Comment tous ces objets se seraient-ils retrouvés là, autrement ?

« Et si, » répéta Scorpius pour mettre les autres sur la voie, « ces objets avaient soudainement disparu quand on les laissait traîner ? »

« Comment ça, des objets qui disparaissent ? » demanda Ron, éberlué.

Scorpius expliqua la situation à Ron.

« Al ! » s’exclama Rose, « ton livre, on l’a bien retrouvé là-bas ! »

Les souvenirs revinrent vivement dans la mémoire d’Albus. Il se rappela que la dernière hypothèse de la présence de son livre dans la Salle sur Demande était que quelqu’un aurait pu lui faire une farce. Il s’étonnait de ne pas avoir repris une réflexion là-dessus avant aujourd’hui.

« Alors, tous les objets qui disparaissent seraient en fait emmenés dans la Salle sur Demande ? »

Il avait du mal à faire le lien dans sa tête. Quelqu’un s’amuserait-il à voler les affaires qui n’étaient pas rangées pour les mettre dans la Salle sur Demande ? Il ne voyait pas l’intérêt.

« Qui ferait cela ? » se demanda-t-il à voix haute. « McGonagall ? Papa avait raison, alors ? Elle fait ça pour qu’on range nos affaires ? »

« Tu ne comprends pas, » expliqua Scorpius, « je pense que c’est la Salle elle-même ! »

Albus repensa à une conversation qu’il avait eue avec ses parents à Noël.

« La légende, sur le château qui vole les affaires pour se venger du sang qui a coulé pendant la Bataille de Poudlard, elle serait vraie alors ? »

Cela paraissait invraisemblable.

« Eh bien, si c’est ce que je crois, il y a une part de vérité, » admit Scorpius, « mais infime ! Réfléchis, la Salle sur Demande a servi pendant mille ans à stocker des quantités effroyables d’objets dont les élèves voulaient se débarrasser, et ensuite, tout brûle ! »

« Scorpius doit avoir raison, » approuva Ron. « Je pense qu’elle a dû avoir besoin de servir à nouveau, d’avoir en sa possession une quantité d’objets appartenant à des élèves, même si… des journaux, des vêtements, ce n’est pas grand-chose par rapport à ce qu’elle contenait avant. »

Albus était mal à l’aise. Pour lui, il y avait quelque chose qui ne collait pas.

« La Salle sur Demande n’a pas de cerveau ! » s’exclama-t-il. « Comment voulez-vous qu’elle fasse ça ?

- Elle est magique, » rétorqua Rose.

« Et c’est sa magie qui a fait disparaître tous les objets ! » renchérit Scorpius.

C’était difficile à croire, mais Albus dut admettre qu’il y avait peu de choses impossibles dans le monde de la Magie.

En allant se coucher, Albus posa à Scorpius l’ultime question qui lui torturait l’esprit, celle qu’il n’avait pas pu poser devant son oncle.

« Tu penses que la fiole provient de la Salle sur Demande ? »

Scorpius bailla à s’en décrocher la mâchoire.

« Bien sûr, ça me paraît logique. »

« Alors comment tu expliques que depuis dix-neuf ans, des objets ne font que disparaître, et que cette fois-là, il y a eu un échange avec mon livre de Quidditch ? »

Scorpius n’avait pas la réponse à sa question, bien sûr. Rose non plus, lorsqu’Albus lui confia son énigme le lendemain.

Le temps passa de nouveau à une vitesse impressionnante et le vendredi, Albus, Rose et Scorpius profitèrent d’une dernière soirée sans Hermione qui dut travailler tard encore une fois. Comme il avait été facile de discuter avec Ron la veille, Albus se décida à lui demander une dernière chose.

« Oncle Ron ? »

« Oui ? » répondit l’intéressé qui terminait d’engloutir une énième crêpe.

« Je voulais te demander, par curiosité, si par hasard tu saurais s’il y a une Pensine à Poudlard ? »

Albus vit son oncle froncer les sourcils tandis qu’il observa lentement les visages des trois enfants. Il espérait que Rose et Scorpius affichent un air nonchalant pour ne pas paraître suspicieux.

« Si elle se trouve toujours au même endroit depuis la dernière fois que j’ai plongé le nez dedans, » déclara Ron d’un ton prudent, « alors elle est dans le bureau de McGonagall. »

Non seulement il savait où elle se trouvait, mais il l’avait déjà utilisée. Albus avait du mal à cacher son excitation.

« Ah bon ? » marmonna-t-il d’un ton qu’il espérait neutre.

« Pourquoi ? »

Albus s’y était attendu.

« Je te l’ai dit, juste par curiosité. »

Mais il savait que Ron n’avalerait jamais une excuse pareille.

« On a fait une rédaction sur les sortilèges de mémoire, » expliqua Rose, « et on a parlé de la Pensine dans la conclusion. »

Elle avait beau parler d’une voix douce et innocente, son père demeurait méfiant.

« Tu te souviens, je t’en ai parlé au début des vacances, même qu’on a obtenu un Optimal… »

Les rides du front de Ron s'estompèrent, les sourcils étaient défroncés. Un sourire se dessina sur ses lèvres et il hocha la tête d'un air entendu.

Finalement, Rose savait exactement comment mettre son père dans sa poche. Il était tellement fier d’avoir une fille aussi intelligente qu’elle n’avait qu’à lui rappeler ses bonnes notes pour qu’il lui donne le Bon Dieu sans confession.

XV. Un petit détour prohibé by Eliah
Author's Notes:
Le désir de connaître le pourquoi et le comment est appelé curiosité.
(Thomas Hobbes)

Le dimanche soir, de retour dans la Salle Commune des Gryffondor, Albus, Rose et Scorpius purent enfin mettre en commun les idées qui leur trottaient dans la tête depuis deux jours : s’ils voulaient voir le souvenir que contenait la fiole, ils devraient entrer dans le bureau de la directrice.

Ils échafaudèrent une demi-douzaine de plans pour y parvenir, tous plus risqués et invraisemblables les uns que les autres, jusqu’à ce que Rose s’énerve :

« Il doit bien y avoir un plan plus simple quand même ! »

Mais ils avaient beau se creuser la tête, ils ne parvenaient pas à le trouver. Albus était persuadé que la réponse se trouvait sous leurs yeux, mais qu’ils cherchaient trop loin pour la voir.

A la fin de la semaine, ils se résignèrent à choisir le plan qui, s’il demeurait périlleux et farfelu, semblait le plus concevable.

« Mais c’est le chemin le plus long jusqu’à notre but ! » se plaignit Scorpius. « Il nous faudra au moins une semaine avant d’atteindre la Pensine ! »

Cela faisait presque quatre mois qu’Albus avait découvert la fiole sous son lit, et chaque jour de plus à attendre de voir le souvenir était une éternité pour les trois amis.

« Je sais, » soupira Rose, « mais on n’a pas d’autre solution. »

Albus approuva et dès la fin du week-end, ils s’attelèrent à mettre leur plan en action.


*******

« Tu crois qu’il s’est fait prendre ? »

« Ne t’inquiète pas, Rose, tout va bien, j’en suis sûr. »

Albus et Rose étaient dans la Salle sur Demande le jeudi soir. Ils avaient sorti quelques livres pour prétendre faire leurs devoirs et s’étaient installés sur la table la plus à l’écart, près de la fenêtre.

« Il est onze heures, Al, » annonça Rose. « Lundi et mardi, toi et moi étions déjà rentrés depuis longtemps ! »

Albus regarda machinalement sa propre montre. Elle avait raison sur ce point.

« Je sais, » fut tout ce qu’il put dire.

Rose avait d’énormes cernes sous les yeux, et Albus savait que s’il se regardait dans un miroir, il y verrait la même mine fatiguée sur son visage.

« Il s’est passé quelque chose, j’en suis certaine ! »

Il n’avait plus la force de la contredire, et enviait les autres Gryffondors qui montaient dans leurs dortoirs. Depuis lundi, ils ne se couchaient pas avant minuit, et Albus avait du mal à rester éveiller. Malheureusement, ses nuits étaient bien trop agitées pour qu’elles fussent reposantes : dans ses cauchemars, le professeur Priccone le mettait en retenue parce qu’il veillait trop tard.

Ce ne fut que lorsque le dernier élève monta qu’ils entendirent le grincement familier du portrait de la Grosse Dame. Ils se levèrent d’un bond tandis que Scorpius se découvrait de dessous la cape d’invisibilité d’Albus.

« Il faudra que j’apprenne à lancer un Patronus, » dit-il en s’écroulant dans le canapé le plus proche.

« Nous étions inquiets, » s’écria Rose en rejoignant Scorpius.

« Tu étais inquiète, Rose, » corrigea Albus en allant s’asseoir à son tour. « Alors, Scorpius, raconte. »

Scorpius lui tendit la cape, qu’Albus mit sur ses genoux, retenant presque sa respiration : même s’il avait su être plus patient que sa cousine, il avait une petite appréhension de ce que Scorpius allait leur dire. Celui-ci sortit un calepin de sa poche de pantalon et se mit à lire ses notes.

« Elle était dans son bureau quand je suis arrivé après les cours, et elle est sortie à vingt heures quinze. J’ai hésité à la suivre, j’avais peur qu’elle m’entende marcher, mais après elle a croisé Edison qui s’est plaint de quelques élèves de Poufsouffle. Il a essayé de la retenir, elle a dit qu’elle avait quelque chose d’urgent à faire, il a insisté, elle a pris la direction des étages supérieurs en passant par la statue de Sir Owen et du coup il l’a suivie, et moi aussi. J’ai eu le droit à tous les détails sur les élèves dont je vous ai parlé, c’était génial, enfin bref. McGonagall nous a emmenés jusqu’au bureau de Flitwick, et elle a refermé la porte sur Edison. Il est parti, moi j’ai sorti les Oreilles à Rallonges, mais elles n’étaient pas d’une très grande utilité. »

Il sorti les Oreilles de la poche intérieure de son uniforme et les rendit à Albus, en expliquant que les professeurs McGonagall et Flitwick avaient pris le thé jusque très tard, à parler de banalités telles que les BUSES et ASPICS qu’ils commençaient à organiser, ou encore la Coupe du Monde de Quidditch qui allait avoir lieu cet été.

« Je n’aurais jamais cru que McGonagall aime le Quidditch à ce point-là, » s’étonna Rose.

« Elle vient toujours voir nos matchs, » rétorqua Albus.

« Bref, » soupira Scorpius, « elle est sortie à dix heures et demie, et est retournée dans son bureau, prononçant à la gargouille Chat Gris, ce qui confirme le mot de passe de lundi et mardi… »

« Et il t’a fallu une heure pour revenir ici ? » s’écria Rose en lui mettant sa montre sous les yeux.

« Ne m’en parle pas, tu n’imagines pas le détour que j’ai du faire ! »

Il se mit à compter sur ses doigts :

« Je suis tombé successivement sur le Baron Sanglant, A-Peine-Tarée, Priccone, de Montesquiou, et même Peeves ! »

« La totale, » conclut Albus.

« Vous n’aviez croisé personne en début de semaine ? »

Albus tenta de se remémorer la soirée de lundi lorsqu’il avait été à la place de Scorpius.

« Juste Peeves et la concierge, » déclara-t-il.

« Pareil pour moi mardi, » ajouta Rose.

« Evidemment, ça tombe sur moi, » maugréa Scorpius avant d’ajouter : « En tous cas, je ne sais pas comment on va faire, parce qu’on ne peut jamais prévoir quand elle est dans son bureau, et quand elle n’y est pas. »

Albus hocha la tête. Scorpius avait raison, la réussite de leur plan allait dépendre en grande partie de la chance. Rose semblait être venue à la même conclusion qu’Albus, car elle déclara :

« Nous ne pouvons pas nous lancer à moitié aveugles dans ce plan. Il faut attendre une semaine de plus. Refaire nos rondes pour savoir si elle fait les mêmes semaines. Ou alors on change de plan. »

Albus considéra un instant leurs options.

« Je crois que nous sommes à court d’idées, de toute façon, alors on continue. Enfin, moi, c’est mon avis. Scorpius ? »

Scorpius se massait la tempe, les yeux fermés et les coudes appuyés sur ses genoux.

« Même si je meurs d’envie de voir le souvenir, » dit-il, « je pense aussi qu’on devrait garder notre plan et refaire nos rondes la semaine prochaine. »

Lorsqu’il se mit en pyjama quelques minutes plus tard, Albus sentit à nouveau la boule d’impatience dans son estomac, comme s’il attendait de pouvoir lire la fin d’un livre palpitant, et il se réveilla plusieurs fois durant la nuit.

La matinée du vendredi fut extrêmement longue pour les trois amis et Rose perdit patience en cours de Défense contre les Forces du Mal lorsque le professeur de Montesquiou annonça qu’il avait prévu un questionnaire de révisions des acquis de premier cycle :

« Si c’est pour revoir le programme, on aurait tout aussi bien pu sécher, » grogna-t-elle.

Albus ne put réprimer un sourire à l’idée que sa cousine puisse avoir envie de ne pas assister à un cours.

Il trouva le test simplissime et lors du déjeuner, il ne se priva pas de faire la remarque à Rose pour lui montrer tout son soutien.

« Dès qu’on aura vu le souvenir, » annonça-t-elle, « j’irai demander pour m’inscrire au cours d’Arithmancie, sinon je sens que je vais m’ennuyer d’ici la fin de l’année. »

Albus la considéra un long moment, puis tourna son regard vers Scorpius qui haussa les épaules.

Il plut tout l’après-midi, et Rose suggéra de s’avancer au maximum dans leurs devoirs au cas où le soleil ferait une apparition au cours du week-end, ce qui leur permettrait d’en profiter sans culpabiliser dans leur travail. Albus avait acquiescé, non pas pour profiter de l’éventuel beau temps, mais pour n’avoir rien d’autre à faire que dormir le dimanche.

Une fois installés à la bibliothèque, ils s’attaquèrent à la rédaction que le professeur Léonie leur avait donnée la veille pour le lundi matin.

« La Métamorphose des liquides ou comment changer l’eau en vin, » lut Scorpius d’une voix lasse et désintéressée. « Tu parles d’un sujet ! »

« Il se prend pour le Christ sans doute, » marmonna Rose.

« Le quoi ? »

Rose soupira.

« Christ. Celui qui a changé l’eau en vin ! »

« C’est un sorcier ? » demanda Albus.

« Il a utilisé quoi comme sortilège ? » questionna Scorpius à son tour.

« Mais non, vous n’y êtes pas du tout. »

Et les deux garçons finirent par regretter d’avoir posé la question, car Rose se mit à leur expliquer tout ce qu’elle savait sur les religions Moldues, leurs Dieux, et les miracles du Christ dont celui de changer l’eau en vin.

« Ça n’a rien d’un miracle, » protesta Scorpius, la tête plongée dans un livre, « il suffit d’un bon sortilège, je l’ai là, c’est Corne de taureau et bois de sapin, change ce verre d’eau, en verre de vin ! »

Rose haussa les sourcils mais ne dit rien.

« C’était un Moldu ? » demanda Albus.

« On s’en fiche, » répondit Rose. « Ça ne nous aidera pas à faire la rédaction. On se met au travail ? »

Le sujet était très vaste et ils passèrent une grande partie de l’après-midi à collecter les informations qu’ils trouvaient dans les livres de la bibliothèque.

« On n’y a pas pensé, » annonça Rose alors que le silence avait régné pendant plus d’une demi-heure, « mais on pourrait enfermer Léonie dans la Salle sur Demande, ou lui casser une jambe, ou encore lui faire avaler un Berlingot de Fièvre ou une Pastille de Gerbe en ne lui donnant que le côté orange… »

Le ton de sa voix était neutre : elle avait dit cela comme si elle leur proposait d’aller se balader dans le parc.

« Tu es sûre que tout va bien ? » demanda Scorpius.

Rose le considéra un long moment avant de saisir l’horreur sur le visage de ses amis.

« Non ! Je ne pensais pas à cette rédaction stupide ! »

Elle posa sa plume et se retourna pour guetter la bibliothécaire.

« Je disais ça comme ça… Au moins ça serait McGonagall qui donnerait les cours de Métamorphose, et on pourrait en profiter pour se faufiler dans son bureau à ce moment-là. »

Albus ouvrit la bouche mais aucun son ne put en sortir. Ce fut Scorpius qui parla pour lui :

« Euh, personnellement, je préfère que l’on s’en tienne au plan original. Al ? »

La bouche toujours grande ouverte, Albus hocha la tête plusieurs fois en marmonnant : « Hon, hon. »

Ils quittèrent la bibliothèque alors que le soleil se couchait et se dirigèrent vers la Salle Commune, les bras chargés de livres en prévision des trois rédactions qui leur restaient à faire pour le lundi, qu’ils espéraient finir le soir même.

Arrivés au cinquième étage, un brouhaha se fit entendre et, poussés par la curiosité, ils s’élancèrent dans cette direction, guidés par les voix qui s’élevaient. Il y avait une dizaine d’élèves, tous paraissant être de première ou deuxième année, qui s’agitaient et poussaient des cris dans le couloir sombre. Au fond de celui-ci, il y avait une porte fermée et Albus pouvait entendre des cris étouffés provenant de derrière la porte, et des coups comme si quelqu’un la tambourinait. Les trois amis se fondirent dans le groupe et Rose hurlait :

« Que se passe-t-il ? Pourquoi criez-vous comme ça ! »

Et avant que qui que ce soit ait pu répondre, tous les trois poussèrent un cri d’effroi en voyant Peeves surgir du mur près de la porte, les bras chargés de bombes à eau, qu’il se mit à lancer sur les élèves. Chacun prit ses jambes à son cou, abandonnant livres, parchemins et sacoches sans un regard en arrière. Albus courait assez vite, néanmoins, cela ne l’empêcha pas de se prendre un ballon qui lui explosa dans la nuque. Il se rendit compte qu’ils n’étaient pas remplis d’eau, mais d’encre, lorsque celle-ci commençait à dégouliner le long de son dos. Il vit Scorpius à côté de lui dans sa course, couvert d’encre violette sur la joue et dans le cou, mais ne put trouver Rose, jusqu’à ce qu’il discerne son cri, loin derrière lui. Il ne prit pas le temps de réfléchir et fit demi-tour dans l’intention d’extirper sa cousine de cette situation démente. Il entendit que Scorpius le suivait aux injures qu’il vociférait, et dans un contexte plus apaisé, il aurait certainement été choqué de certaines des expressions qu’il employait.

Rose était coincée par Peeves qui la bombardait des derniers ballons. Elle s’était recroquevillée dans un coin, la tête enfouie sous ses bras pour se protéger des attaques du Poltergeist.

« Tu connais un sortilège ? » s’égosilla Scorpius en sortant sa baguette et en la pointant directement sur le bourreau de Rose.

« Je vais essayer, » répondit Albus en brandissant sa propre baguette. « Petrificus Totalus ! »

Peeves se raidit instantanément et tomba à la renverse. Albus et Scorpius regardèrent le Poltergeist s’enfoncer dans le sol.

« Le temps que ton sortilège ne fasse plus effet, » annonça Scorpius, « il sera déjà quelques étages plus bas ! Je parie pour la Chambre des Secrets ! Hem, je veux dire, les cachots ! »

Rose avait levé la tête. Elle était très pâle et tremblait violemment tandis qu’Albus l’aidait à se relever.

« Il y a une Chambre des Secrets à Poudlard ? » demanda-t-il en enlevant sa veste pour essuyer le visage couvert d’encre de sa cousine.

« C’est une blague ? »

Albus ne comprenait pas pourquoi Scorpius lui demandait ça, mais il y avait quelque chose de plus important à gérer sur le moment.

« Il faut trouver un professeur pour dénoncer Peeves. »

A cet instant, les cognements de l’autre côté de la porte se firent plus insistants.

« Quelqu’un sait quelle est cette pièce ? »

« Oui, » répondit Rose d’une voix très faible et encore fortement choquée, « c’est la Salle de Bains des Préfets. Mais il y a un mot de passe, on ne pourra jamais l’ouvrir. »

« Raison de plus pour trouver un professeur… »

« Ou un Préfet, » renchérit Scorpius.

« Ou McGonagall ! » s’exclama Rose dont le visage commençait à reprendre sa couleur d’origine.

Elle reprit le contrôle en deux secondes à peine avant de s’élancer de nouveau dans le couloir, mais titubant encore un peu. Albus attrapa son bras gauche qu’il passa autour de son cou pour la soutenir. Elle avait de l’encre partout, et Albus devint très vite multicolore à son tour, mais il s’en fichait, tant que Rose ne tombait pas. Tandis qu’elle descendit la première marche de l’escalier qui menait à l’étage du dessous, elle expliqua :

« Al, tu dois aller chercher ta cape et la fiole, ensuite, retrouve-nous devant la gargouille du bureau de McGonagall ! »

« Mais pourqu… ? »

« On n’a pas le temps ! Vite ! »

Albus hésita, cependant il avait confiance en sa cousine. Il fit signe à Scorpius de soutenir Rose à sa place mais celle-ci lança impatiemment :

« C’est bon, je me débrouille ! Dépêche-toi, Al ! »

Courant dans les escaliers, Albus avait du mal à remettre ses idées en place. Il se passait quelque chose de très bizarre. Certes, Peeves avait abusé, mais les farces de ce genre étaient assez fréquentes de sa part. Non, c’était autre chose. Albus avait l’impression qu’il manquait quelque chose, comme un élément essentiel dans ce genre de situation.

Il fut tellement perdu dans ses pensées qu’il en oublia d’enjamber la marche escamotable et se coinça le pied dedans. Il se dit que c’était vraiment stupide, d’autant plus qu’en général, c’était lui qui rappelait à Rose et Scorpius de faire attention lorsqu’ils empruntaient cet escalier-là.

Il ne pouvait pas se permettre de perdre du temps, aussi prit-il la décision d’abandonner sa chaussure sur place : une fois qu’il eut défait son lacet, il bondit et monta les marches restantes deux par deux.

Tandis qu’il donnait le mot de passe à la Grosse Dame, il eut conscience des regards des élèves tout autour de lui. Il comprit assez vite leur curiosité : il avait de l’encre dans le cou, sa chemise blanche ne l’était plus vraiment, et il lui manquait sa chaussure gauche. Mais être le centre de l’attention de tous ne le préoccupait plus autant que lorsqu’il était sur le quai de la voie neuf trois-quarts avec sa famille au début de l’année scolaire. Il se concentra sur l’essentiel et se rua dans son dortoir. Il trouva rapidement sa cape, puisque Scorpius l’avait utilisée la veille, ainsi que la fiole, et fit demi-tour, courant aussi vite que ses jambes et l’adrénaline le permettaient.

Il ne lui fallut pas plus de trois minutes pour descendre les cinq étages qui le séparaient du deuxième, où se trouvait le bureau de la directrice, mais il eut l’impression que ça avait duré plus longtemps : non seulement les élèves se retournaient de plus en plus, mais certains faisaient des remarques assez désagréables à son attention.

« Eh, Potter, ton héros de père n’a pas les moyens de t’acheter une deuxième chaussure ? Ou de te payer l’accès à la salle de bains ? »

Il avait beaucoup de mal à supporter la méchanceté gratuite et il savait que s’il avait été un peu plus expérimenté en matière de sortilèges, il en aurait provoqué un ou deux, histoire de dissuader les autres. Il se demanda si sa mère accepterait pendant les prochaines vacances de lui apprendre à lancer le sortilège de Chauve-Furie.

Il retrouva ses amis à dix mètres de la gargouille, derrière un mur.

« Enfin ! » grommela Rose en le voyant arriver.

« J’ai fait au plus vite ! » haleta Albus.

Rose fit claquer sa langue d’impatience, et elle ne se donna pas la peine d’expliquer son plan à Albus.

« Vite, sous la cape avec Scorpius ! »

Scorpius s’empara de la cape et la déplia sur Albus, avant de se glisser dessous.

« Suivez-moi, et pas un bruit ! »

Albus obéit tant bien que mal. C’était difficile de marcher à une allure vive sous la cape, d’autant plus qu’il n’était pas seul, et il craignit que quelqu’un puisse voir leurs pieds. Mais les couloirs s’étaient déjà bien assombris depuis qu’ils étaient sortis de la bibliothèque.

Rose s’arrêta net devant la gargouille et prononça le mot de passe qu’ils avaient entendu de la bouche de McGonagall chacun leur tour depuis lundi :

« Chat Gris ! »

Mais la gargouille ne bougea pas.

« Ce n’est pas vrai ! De tous les jours de la semaine, elle a choisi aujourd’hui pour changer son mot de passe ! »

Albus se mit à réfléchir à en avoir mal à la tête pour trouver un moyen de monter sans le mot de passe, et il savait que Scorpius en faisait autant. Quant à Rose, elle essaya d’amadouer la gargouille avec un discours improvisé :

« Bon, je n’ai pas le mot de passe, mais je dois parler de toute urgence à la directrice ! Peeves s’amuse à lancer des bombes d’encre sur les élèves, pour preuve il suffit de me voir… Enfin, je veux dire, pouvez-vous me voir ? Bref, seule le professeur McGonagall pourra rétablir le calme, parce qu’on ne sait pas où est la concierge… »

Albus sentit son estomac faire un bond. Le fameux ‘quelque chose’ qui avait manqué plus tôt, c’était Asper-Starez. Nulle part il n’avait vu la concierge surgir, alors que d’habitude, elle était la première à lancer un sortilège sur Peeves pour l’empêcher de continuer ses pitreries.

Rose avait avancé quelques arguments de plus qui s’avérèrent payants : la gargouille pivota et un escalier de pierre apparut, montant lentement en colimaçon. Rose sauta sur la première marche, la mine réjouie, et fit un signe discret à l’attention d’Albus et Scorpius pour qu’ils la suivent. Albus dut monter une marche au-dessus de Scorpius pour éviter de tomber et heureusement, il n’y avait personne dans le couloir pour voir leurs pieds.

En haut de l’escalier, Scorpius tira Albus par le bras et l’entraîna dans un tout petit coin près de la porte en chêne à laquelle Rose frappa. Ils entendirent la réponse de McGonagall et Rose entra en chuchotant d’une voix à peine audible :

« Bonne chance ! »

Elle ne prit pas la peine de refermer la porte derrière elle, et Albus l’entendit expliquer la situation à la directrice, qui parut indignée par la violence des actes de Peeves, et il ne lui fallut pas plus de preuves pour croire Rose et la suivre dans l’escalier, laissant elle-même la porte grande-ouverte. Albus avait enfin compris où sa cousine avait voulu en venir, et il trouva l’idée excellente. Attirer McGonagall hors de son bureau à cause de Peeves était le plan le plus efficace et le plus rapide pour accéder au souvenir, et ils n’y avaient même pas pensé !

Scorpius leva l’index et tendit l’oreille. Dès que les bruits de pas cessèrent, il murmura :

« On y va ! »

Il tira sur la cape et l’enfonça dans la poche arrière de son jean.

« Rose va essayer de la retenir un quart d’heure environ, donc nous n’avons pas beaucoup de temps pour trouver la Pensine. Il faut juste espérer que le souvenir ne dure pas longtemps. Tu vas y aller seul, je monterai la garde. »

Albus hocha la tête, et le stress l’envahit brusquement : le timing était juste, même si le plan était bon. Mais une occasion pareille n’allait probablement pas se représenter, alors il fallait agir.

Scorpius entra le premier dans le bureau de la directrice. La pièce était circulaire, de grande taille, et comportait plusieurs fenêtres. Chandelles et lampes l’illuminaient ça et là, ainsi qu’un feu qui brûlait dans l’antre de la cheminée à l’opposé du bureau auquel on accédait par une volée de marches. Les murs étaient ornés de portraits. Albus se pencha pour lire l’inscription sous le tableau le plus proche, et une pensée effroyable le paralysa.

« Allons-nous en, ils vont nous dénoncer ! »

Scorpius inspecta tous les portraits et tenta de rassurer Albus :

« Mais non, regarde ! Soit ils dorment, soit ils ne sont pas dans leur portrait. On n’a rien à craindre ! »

Albus n’était pas très rassuré et tout en cherchant la Pensine, il guetta le réveil des anciens directeurs et directrices de Poudlard dans leurs portraits, mais tous semblaient avoir le sommeil lourd.

« Je l’ai ! » chuchota Scorpius après une minute.

Il l’avait trouvée dans un meuble derrière le bureau et entreprit de la sortir. La bassine de pierre contenait la même substance que la fiole, mais en plus grande quantité, et émettait une lumière argentée sur le visage de Scorpius. Elle était peu profonde et gravée de runes anciennes, comme la décrivaient les livres qu’ils avaient consultés pour leur rédaction sur les sortilèges de mémoire. Malgré cela, Albus s’était imaginé quelque chose de complètement différent, sans vraiment savoir pourquoi.

« Elle est sacrément lourde ! Viens m’aider ! »

Albus s’exécuta mais même à deux, la Pensine était beaucoup trop lourde à porter jusqu’au bureau. Sachant qu’ils ne pourraient pas faire mieux à l’aide de la magie, Albus suggéra de simplement la poser sur le sol, ce que Scorpius approuva. Albus s’agenouilla devant la bassine de pierre. Ensuite, il sortit la fiole de sa poche et versa le souvenir dans la Pensine dont le contenu tourbillonnait sans cesse. Puis, il prit sa baguette et toucha la surface, se penchant pour tenter d’apercevoir quelque chose. La surface de la bassine se mit à tournoyer plus vite et la substance devint transparente. Mais, plutôt que de voir le fond de la Pensine, il vit une pièce sombre comme s’il la regardait par une fenêtre dans le plafond. La source principale de lumière semblait venir de la pièce d’à côté, qu’il ne pouvait pas voir.

« Tu reviendras automatiquement ici à la fin du souvenir. Par contre, si McGonagall revient avant, Rose m’a expliqué comment faire pour te ramener. Au pire, si je n’ai pas le temps, je cacherai la Pensine sous la cape. Il faudra juste espérer qu’elle ne fasse pas le tour de son bureau de ce côté-là. »

Ça ne rassura pas Albus mais il était trop tard pour faire marche arrière.

« Bonne chance, » ajouta Scorpius du même ton que Rose un peu plus tôt.

Il y avait au moins un point positif dans cette opération périlleuse : d’ici peu, sa curiosité serait enfin satisfaite.

Le détail d’une conversation lui revint soudainement et il lança à Scorpius :

« Eh, quand je serai revenu, il faudra que tu m’expliques pour la Chambre des Secrets quand même ! »

Sans attendre de réponse de la part de son ami, il prit une profonde respiration et plongea le visage dans la Pensine.

XVI. Le Souvenir de Gabriel Linus by Eliah
Author's Notes:
La vie serait impossible si l'on se souvenait, le tout est de choisir ce qu'on doit oublier.
(Roger Martin du Gard)

Les sensations étaient exactement comme Rose les avait décrites : Albus se sentit aspiré par la substance dès qu’il la toucha du bout du nez et il fit une chute de plusieurs mètres.

Il retomba à plat ventre sur un sol de pierre dure et froide et ne parvint à se relever qu’après un long moment pendant lequel il se forçait à ignorer la douleur.

Albus regarda autour de lui : il se trouvait dans une sorte de couloir apparemment vide, mais sombre. Il y avait un escalier à gauche qu’il pouvait à peine distinguer et une grande porte qui lui fit penser qu’il était sans doute dans un hall d’entrée.

Il fit quelques pas, lentement, en tentant de deviner qui était le propriétaire de la maison, à quelle époque avait lieu le souvenir, et surtout, il était à l’affut d’un bruit qui pourrait le mener à un évènement intéressant. Mais le silence était absolu. Chacun de ses pas résonnait sur la pierre, jusqu’à ce qu’il détecte un son différent, comme étouffé par un tapis. Albus baissa la tête et déplaça son pied pour satisfaire sa curiosité. Il s’agissait d’une feuille de parchemin vierge.

Albus se baissa pour la ramasser et l’examina : se pouvait-il que ce fût la même feuille qui avait été engloutie par le souvenir lors de leurs expériences dans les toilettes de Mimi Geignarde ?

Il en fut convaincu la seconde suivant sa question. Preuve en était, il avait cette feuille dans les mains. Rose leur avait bien dit que dans un souvenir, on était comme un fantôme, pouvant traverser les murs, mais ne pouvant toucher quoique ce soit. Donc la feuille était entrée dans le souvenir, elle n’en faisait pas partie. Ce qu’il fallait démontrer.

Elle avait également précisé que leur présence dans le souvenir ne changerait pas le comportement des personnes, pour la simple et bonne raison qu’elles ne pourraient pas le voir. Ainsi, Albus ne chercha pas à se cacher ni à essayer de faire le moins de bruit possible, c’était inutile. Au contraire, pouvoir observer quelque chose qu’il ne devrait pas, sans avoir à surveiller ses arrières, n’était pas désagréable.

Sauf qu’en réfléchissant bien, il y avait tout de même quelqu’un qui surveillait ses arrières : Scorpius, qui était resté dans le bureau de la directrice, à guetter le retour de celle-ci.

Déterminé à en apprendre un maximum et redoutant que son ami vienne le chercher avant qu’il n’ait pu voir quoique ce soit, Albus avança d’un pas décisif vers une pièce éclairée à côté du hall.

Il était à présent dans un salon dont les murs étaient ornés de peintures à l’huile représentant des paysages ou des portraits. Albus pouvait dire qu’il se trouvait dans une maison de sorciers car les gens dans les portraits bougeaient. La pièce était richement meublée : de nombreux fauteuils de styles, couleurs et tailles différentes étaient disposés autour d’une table basse en verre, au centre de la pièce, sur laquelle se trouvait un service à thé en argent. Albus n’en avait jamais vu d’aussi beau de toute sa vie, et ça n’était pas peu dire pour un garçon qui avait accompagné ses parents à des conférences, galas et autres soirées mondaines des dizaines et des dizaines de fois.

En avançant, il découvrit une porte ouverte, jusque là cachée par une grande armoire en bois exotique ornée d’une poignée en argent. La pièce dans laquelle il atterrit était encore plus éclairée.

Il s’agissait d’une salle à manger dont les meubles s’accordaient parfaitement avec ceux des pièces précédentes.

Au centre se trouvait une immense table à manger autour de laquelle Albus ne décomptait pas moins de douze chaises. Un homme d’un certain âge était assis sur l’une d’entre elles et il était occupé à dévorer des yeux un petit garçon blond, qui devait avoir deux ans, assis en face du vieil homme.

Deux chaises n’étaient pas alignées par rapport aux autres et Albus vit que la table avait été dressée pour quatre personnes. Il se demanda où étaient les deux autres. Il promena à nouveau son regard tout autour de lui à la recherche d’une autre porte par laquelle les personnes manquantes auraient pu sortir.

Le vieil homme commença à faire des grimaces au petit garçon, qui riait aux éclats.

« Papa, ne l’énerve pas ! » cria la voix d’une femme qui fit sursauter Albus. « On va passer un temps fou à l’endormir ! »

Albus devina que le vieil homme était le grand-père du petit garçon, et que la femme devait être sa mère. Le grand-père obéit à sa fille et arrêta ses grimaces. Il suivit du regard son petit-fils qui sautait de sa chaise pour venir sur ses genoux.

Albus avait repéré d’où était provenue la voix de la femme, et il s’élança dans cette direction, vers une porte au fond de la salle à manger. A peine fut-il sur le seuil de la porte qu’une femme, probablement celle qui avait crié, arrivait dans l’autre sens, portant un gâteau d’anniversaire, sur le point d’entrer en collision avec Albus. Celui-ci paniqua et eut pour réflexe de fermer les yeux, comme s’il souhaitait Transplaner. Il eut une sensation étrange, très désagréable, comme s’il flottait, et un frisson le parcourut. Il rouvrit les yeux et réalisa que la femme l’avait traversé comme un fantôme. Exactement comme Rose l’avait dit. Il n’eut pas le temps de se remettre de ses émotions : un homme, sûrement le père du petit garçon, fonçait droit sur lui, une bouteille de champagne et trois flûtes à la main. Albus recula pour ne pas revivre l’expérience de se faire traverser.

Il revint dans la salle à manger et observa la mère qui apportait le gâteau orné de deux bougies à son fils en chantant Joyeux Anniversaire.

Les trois adultes chantaient désormais en chœur et le petit garçon rayonnait de bonheur. Le gâteau fut posé devant l’assiette du grand-père qui aida son petit-fils à souffler ses bougies pendant que la mère prenait des photos. Le père fit sauter le bouchon de la bouteille et versa du champagne dans les trois flûtes, puis il en tendit une à son beau-père, une autre à sa femme, et commença à boire de la troisième.

Le petit garçon semblait vouloir y goûter, car il tirait sur la manche de son grand-père.

« Non, Samuel, tu n’as pas le droit ! » commenta la mère.

« Oh, Rosalie, » supplia le grand-père, « une goutte ! C’est son anniversaire, après tout ! »

« Non, Papa ! »

Rosalie avait clôturé le débat d’un ton sec, mais elle semblait regretter son emportement la seconde qui suivit.

« Désolée, » fit-elle. « Sam, tu peux avoir du jus de citrouille, si tu veux. »

Le petit garçon hocha la tête.

« Laisse-moi faire, Rose, » dit le grand-père en sortant sa baguette de la poche intérieure de sa veste.

Il plaça le bout de sa baguette au-dessus du gobelet de Samuel et versa le jus comme s’il tenait un pichet à la main, sauf que le pichet, dont le niveau baissait, se trouvait au bout de la table. Albus se tenait juste à côté et fut intrigué par la baguette du vieil homme. Elle n’était plus vraiment toute jeune, le bois n’était plus vraiment poli, et la poignée n’était pas du tout soignée, comme si l’embout avait été brisé. Pourtant, le sortilège fonctionnait parfaitement.

Samuel but tandis que sa mère coupait le gâteau et servait les assiettes. Puis ils s’assirent, mangèrent leur dessert en parlant de banalités qui commencèrent à ennuyer Albus.

Il s’était imaginé quelque chose de palpitant, un souvenir ayant un rapport avec quelqu’un qu’il connaissait, un lourd secret qui changerait sa façon de voir les choses, ou une révélation qui lui aurait valu les compliments de ses parents. Il avait laissé son imagination s’emporter, et il commençait à le regretter. Il s’en voulait d’avoir satisfait sa curiosité. Il se dit que c’était finalement une sacrée perte de temps, et qu’il risquait gros pour pas grand-chose. Si quelqu’un les découvrait dans le bureau de McGonagall, ils avaient de gros ennuis, et tout ça pour avoir regardé une famille fêter l’anniversaire d’un fils.

Il voulut partir, quitter le souvenir, mais il réalisa soudainement qu’il ne le pouvait pas. Il devait attendre la fin du souvenir, ou que Scorpius vienne le chercher.

En attendant que la petite famille finisse de prendre le thé, Albus jeta un coup d’œil aux portraits, mais il ne reconnut personne qui lui fût, ne serait-ce qu’un tantinet, familier.

Puis, après ce qui sembla à Albus d’interminables heures, les personnes se levèrent de table.

« Je vais le coucher, » proposa le père en prenant Samuel dans ses bras.

Rosalie lui fit un signe de la tête, puis elle embrassa son fils qui commençait à se frotter les yeux de fatigue.

« Bonne nuit, Sam, » lança le vieil homme en suivant son petit-fils du regard, jusqu’à ce qu’il disparaisse par la porte par laquelle Albus était entré. Puis, il plaça son bras sur l’épaule de sa fille et ensemble, ils quittèrent la pièce à leur tour. Dans l’espoir qu’une intrigue se profile à l’horizon, Albus les suivit.

Ils marchèrent en silence, lentement, faisant le chemin inverse de celui qu’avait emprunté Albus pour arriver dans la salle à manger.

Lorsqu’ils furent dans le hall d’entrée, le vieil homme s’arrêta, et prit sa cape dans un cliquetis de verre sur le porte-manteau situé à droite de la porte tandis que Rosalie mettait un peu plus de lumière dans la pièce à l’aide de sa baguette. Ensuite, l’homme fit face à sa fille et prit un ton grave pour annoncer :

« Je te dis au revoir, Rosalie, car je ne sais pas quand nous nous reverrons. »

Le visage de la jeune femme se décomposa.

« Tu t’en vas ? »

« Oui, je pars. »

Rosalie resta bouche bée, et dut ravaler plusieurs fois sa salive avant de protester.

« Papa, tu ne peux pas faire ça ! »

« Il le faut, Rose. Il faut changer les choses, peut-être arriverai-je à le faire revenir… »

« Arrête avec tout ça ! Pense à moi, pense à Samuel ! »

« Justement, je pense à vous. Regarde en face la vie que vous menez ! Tout cela est insupportable pour moi ! Il faut que je le fasse ! Il faut que j’essaie, du moins. »

Albus n’avait pas la moindre idée de ce dont ils parlaient, mais cette situation animait en lui une immense excitation : peut-être qu’il y aurait une intrigue, après tout. Il parvint enfin à admettre qu’il espérait que l’issue de cette histoire les mènerait à une nouvelle enquête.

Il observa le visage de Rosalie : il pouvait lire l’inquiétude qui se dessinait sur son front, et un sentiment de honte l’envahit lorsqu’il se rendit compte que son bonheur résidait dans la tristesse de cette jeune femme, qui semblait si gentille.

« Oh, Papa, pourquoi refuses-tu d’apprécier cette vie ? Tu pourrais t’estimer heureux d’avoir échappé au pire, de pouvoir jouir de ta liberté… Je pensais que tu avais compris tes erreurs… »

« Il n’y avait aucune erreur, simplement de l’injustice ! »

Rosalie prit un air résigné.

« C’est de ma faute, tout ça… »

« Ne dis pas n’importe quoi ! » s’emporta son père.

« Je sais très bien ce que je dis. C’est moi la coupable. J’aurais dû te faire promettre de laisser le passé où il était et de l’oublier ! »

L’homme s’avança et prit le visage de sa fille entre ses mains.

« Rosalie Gabrielle Linus. »

Rosalie se crispa complètement. Elle prit soudainement une mine renfrognée, et fixa son père comme si elle le fusillait du regard.

« Arrête, Papa, tu sais bien que je n’aime pas le deuxième prénom que Maman et toi m’avez donné. »

« Ne sois pas méchante, c’est le mien aussi. »

Ils se regardèrent un long moment.

« Reste, » souffla-t-elle doucement, les yeux remplis de larmes. « Que dira Samuel quand il comprendra que tu ne viendras plus jamais le voir ? »

Il passa une de ses mains dans la nuque de Rosalie.

« Le passé n’est pas le passé quand il peut être changé. »

Un long silence s’ensuivit. Rosalie ne semblait plus savoir quoi répondre aux arguments de son père.

Quant à Albus, il répétait dans sa tête la dernière phrase de Gabriel Linus. C’était la clé de l’énigme.

Rosalie baissa la tête et ses cheveux tombèrent en rideau, dissimulant son visage. Elle secouait la tête. Linus leva lentement la main, posa deux doigts sous le menton de sa fille, et lui releva gentiment la tête.

« Rose, je dois te confier certaines choses. »

Il sortit sa baguette ainsi qu’une douzaine de fioles de la poche de sa veste. La moitié des fioles contenait une substance argentée qu’Albus connaissait bien, les autres étaient était vide. Linus plaça sa baguette sur sa tempe.

Albus comprit qu’il était en train d’extirper un souvenir de sa mémoire, et au moment où il devina qu’il s’agissait du souvenir dans lequel il était, il sentit quelque chose lui agripper l’épaule. Il crut tout d’abord que c’était le retour automatique à la réalité, du fait que le souvenir était terminé, mais il comprit ensuite que Scorpius était en train de le ramener : McGonagall était sans doute sur le point de revenir.

Il se retrouva dans le bureau de la directrice.

« Rose a envoyé un Patronus : McGonagall va arriver d’ici cinq minutes. »

Le bureau était désormais sombre.

Scorpius s’attelait déjà à récupérer le souvenir et le remettre dans la fiole. Quant à Albus, il tentait de reprendre ses esprits.

« Alors ? »

Albus mit du temps avant de remettre ses idées en place.

« Euh, eh bien… Euh, j’ai assisté à une conversation très mystérieuse. »

Albus fit le tour du bureau pour s’assurer qu’ils n’avaient rien oublié derrière eux. Son cœur fit un bond lorsqu’il s’aperçut qu’un des anciens directeurs, dont le portrait était à l’extrémité du bureau, avait les yeux ouverts. C’était un homme aux cheveux gras et noirs, au nez crochu et au teint cireux. Il toisait Albus du regard, sans un mot, et pourtant Albus avait l’impression qu’il était en train de se faire juger. Il était sûr d’être dénoncé, et il regretta de ne pas avoir sa cousine avec lui pour lancer un sortilège de confusion à l’homme menaçant.

Scorpius le sortit de sa torpeur.

« Viens m’aider ! »

Il était occupé à ranger la Pensine. Albus lui porta secours, et une fois l’armoire refermée, il suivit son ami d’un pas pressé, non sans jeter un dernier coup d’œil au portrait, vers la sortie.

Mais une mauvaise surprise les attendait.

En haut des marches se tenait le professeur McGonagall, la baguette à la main, les bras croisés, et tapotant impatiemment du pied. Rose était avec elle, la mine déconfite.

Albus vit les sourcils de la directrice s’arquer et elle prit une voix dangereusement douce pour demander :

« Puis-je vous aider, Messieurs ? »

XVII. En Retenue by Eliah
Author's Notes:
Il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir.
(Albert Camus)

« Le passé n’est pas le passé quand il peut être modifié ? » demanda Rose.

« Quelque chose comme ça, oui. »

Le samedi suivant, Albus, Rose et Scorpius étaient en retenue dans la classe de Métamorphose. Ils devaient classer des dossiers pour McGonagall et aussi nettoyer la pièce de fond en comble, pendant que tout le monde regardait le deuxième match de la saison pour les Gryffondor, qui étaient opposés à Serdaigle.

Scorpius, manquant lamentablement de conviction, avait essayé de justifier leur présence, lorsque la directrice les avait surpris. Celle-ci n’était malheureusement pas dupe, d’autant plus que Rose avait été trop suspicieuse en tentant de la retenir quand elle avait exprimé la volonté de retourner dans son bureau. Elle les avait priés de regagner directement leurs dortoirs, et Albus avait eu l’impression que leur punition serait la privation de manger. Cela lui faisait tout drôle, n’ayant jamais subi cela à la maison auparavant, mais en allant se coucher inhabituellement tôt, il se dit que la sanction n’était pas si terrible que cela.

Puis, le lendemain, McGonagall en personne vint les réveiller avant cinq heures et les emmena dans les cuisines, où ils durent aider les Elfes de Maison à préparer le petit-déjeuner. Une fois la cuisine nettoyée, vers dix heures du matin, ils mourraient de faim et la directrice ne leur accorda qu’une quinzaine de minutes pour avaler quelques toasts, avant de leur donner la suite du programme de la journée.

Elle les emmena auprès d’Edison qui devait remettre de l’ordre dans sa réserve de potions et il fut difficile à Albus et Scorpius de faire semblant de n’être jamais venus auparavant, car ils connaissaient les moindres recoins de la pièce pour y avoir fouillé lorsqu’ils étaient à la recherche de matériel afin de découvrir ce que contenait la fiole.

Le professeur de Potions les libéra vers dix-sept heures, et alors qu’ils étaient en quête de quelque chose à se mettre sous la dent, McGonagall surgit de nulle part et les renvoya dans la cuisine pour préparer le dîner. Heureusement, les Elfes eurent pitié des trois enfants et leur apportèrent à grignoter un bout de pain et un peu de poulet froid.

Ils quittèrent la cuisine une fois qu’elle fut immaculée, c’est-à-dire très tard, et allèrent se coucher sans avoir à se persuader une seule seconde.

Le dimanche, ils eurent du répit concernant leur punition mais ne purent se reposer une minute en raison de la surcharge de travail qu’ils avaient accumulée pendant la semaine.

Ils prirent tout de même le temps d’aller récupérer les affaires qu’ils avaient abandonnées près de la Salle de Bains des Préfets lorsque Peeves s’était amusé à leur lancer des bombes d’encre. Comme pour confirmer la théorie sur la disparition des objets dont ils avaient parlé avec Ron, les trois amis retrouvèrent leurs sacs, leurs cours, et la chaussure qu’Albus avait coincée dans l’escalier, dans la Salle sur Demande. Il y avait également les affaires des autres victimes du Poltergeist, qu’ils prirent avec eux et confièrent à Neville. Celui-ci ne leur posa heureusement aucune question.

Rose leur déclara juste avant d’aller se coucher qu’elle avait entendu que la personne qui tambourinait à la porte de la salle de bains des préfets était Asper-Starez. Peeves l’avait enfermée en utilisant du Chewing-Glue provenant du magasin de George et Ron, volé dans le sac d’un élève de Poufsouffle.

Toute la semaine qui suivit, ils vivaient dans la hantise que la directrice les fasse travailler dans les cachots, ou encore dans la forêt interdite.

« Au moins, on serait avec Hagrid, » avait tenté de se rassurer Rose.

McGonagall semblait en avoir fini avec eux. Albus crut, une fois de plus, que la consigne était achevée, et qu’il allait pouvoir souffler. Ils assistèrent aux deux derniers entraînements de l’équipe de Quidditch avant le match contre Serdaigle, et Albus était convaincu qu’ils ne pouvaient pas perdre, tellement la cohésion était marquante entre les joueurs.

Le samedi, ils s’habillèrent et sortirent dans le parc, en direction du terrain, environ vingt minutes avant le début du jeu, mais tombèrent nez-à-nez avec la directrice qui s’empressa de leur faire faire demi-tour.

« Jeunes gens, je suis au regret de vous annoncer qu’il n’y aura pas de Quidditch pour vous aujourd’hui… »

Le visage des trois Gryffondor se décomposa immédiatement, tandis qu’ils durent prendre la direction de la salle de Métamorphose, qui était complètement à l’opposé du terrain de Quidditch. McGonagall leur expliqua ce qu’elle attendait d’eux, puis elle fit apparaître une écharpe aux couleurs des quatre maisons de Poudlard, qu’elle mit autour de son cou et, arborant son plus large sourire, avec une pointe d’ironie, elle leur dit :

« Amusez-vous bien. »

Et ainsi, depuis plus de deux heures, tandis que Rose et Scorpius rangeaient la pile de dossiers, Albus astiquait les moindres recoins de la pièce. Dès que McGonagall avait fermé la porte de la salle de classe, il avait proposé à ses amis de gérer le ménage car il se savait incapable de trier la tonne de paperasse sans s’énerver. Au moins, avec le ménage, il pouvait se défouler sur la poussière. Rose et Scorpius, qui n’avaient jamais tenu un balai de leur vie, acceptèrent de s’occuper de la seconde tâche exigée par la directrice.

Durant la première heure, Rose et Scorpius n’ouvraient la bouche que pour exprimer leur avis sur le classement des dossiers, par exemple s’ils devaient trier par ordre alphabétique ou chronologique. Albus ne disait rien, il tentait bien au contraire de se vider la tête. Sans succès.

Il trouvait la punition assez démesurée comparée à leur effraction. Elle n’avait même pas cherché à avoir une explication, et Albus s’était demandé si elle n’avait pas placé des détecteurs de présence dans son bureau ou une sorte d’alarme comme les Moldus qui, selon son Grand-père Weasley, en installaient chez eux pour décourager les voleurs. Mais ensuite, un détail de la veille lui revint en mémoire : l’un des précédents directeurs de Poudlard les avait vus de son portrait. Il n’avait pas eu le temps de regarder le nom indiqué sous le cadre, et il ne se souvenait plus très bien à quoi il ressemblait si ce n’était son air méprisant lorsqu’il regardait Albus, comme s’il avait voulu lui faire comprendre sans les mots que ce qu’il faisait n’était pas autorisé. D’où un rapport complet et détaillé à la directrice à propos de ce qu’Albus et Scorpius avaient fait.

Evidemment, les parents avaient été mis au courant des interdits bravés par leurs progénitures et chacun reçut un courrier. Albus, lorsqu’il reconnut l’écriture de son père sur l’enveloppe délivrée par le hibou de l’école lors du petit déjeuner, deux jours après l’évènement, fut tout d’abord soulagé de ne pas recevoir de Beuglante.

Albus était reconnaissant que son père se fût occupé du courrier ce jour-là, sachant que sa mère ne se serait pas gênée de lui envoyer la Beuglante qu’il avait tant redoutée. Harry lui demanda de lui expliquer ce qui l’avait poussé à entrer dans le bureau de la directrice sans la permission de cette dernière, mais Albus ne comprenait pas vraiment en quoi les explications pouvaient changer l’opinion que son père avait de lui à ce propos.

Rose lui fit lire sa lettre, qui avait été écrite par sa mère. Comme le père d’Albus, Hermione cherchait une explication rationnelle, et les réprimandes étaient tout aussi légères que pour Albus. Celui-ci eut à cet égard une théorie assez troublante qui pouvait expliquer le manque de sévérité de ses parents et de ceux de Rose : il les soupçonnait d’avoir, à leur époque, enfreint les mêmes règles, et savaient qu’ils n’étaient pas les mieux placés pour juger du comportement de leurs enfants. Lorsqu’il confia sa théorie à Rose, elle y adhéra immédiatement et suggéra à son tour que s’ils cherchaient une explication, c’était sans doute pour tenter de justifier ce qui les avait poussés à la curiosité.

Quant aux parents de Scorpius, l’unique raison pour laquelle ils n’envoyèrent pas de Beuglante était que Mr Malfoy n’aimait pas se donner en spectacle. L’enveloppe contenait donc cinq pages de réprobations exprimées, selon Scorpius, sous le coup de la colère, dans la mesure où la dernière phrase de la lettre interdisait formellement à Scorpius de traîner à nouveau avec Albus et Rose. Ce dont il était incapable, ne serait-ce que pour les heures de retenue données par McGonagall. Le lendemain, il recevait une autre lettre, de sa mère, lui disant de ne pas tenir compte de celle de son père. Elle lui dit qu’elle l’attendait pour les vacances de Pâques et qu’ils auraient une discussion à propos de ce qu’il avait fait.


***

« C’est vraiment étrange, » commenta Rose après quelques minutes de silence pendant lesquelles Albus eut le temps de nettoyer le bureau du professeur Léonie.

« Cela paraît impossible, » continua-t-elle à voix haute bien qu’elle semblait se parler à elle-même.

« Il n’aurait pas pu… Sauf si… Mais c’est tellement improbable ! »

Albus se redressa, la balayette à la main, et chercha à attirer le regard de Scorpius. Celui-ci avait cessé de classer et prenait un air pensif. Il devait sans doute être en train de tenter de maîtriser une remarque impulsive concernant le comportement de Rose.

« Et si tu nous disais de quoi tu parlais ? » demanda-t-il d’une voix chevrotante, comme pour contenir son caractère habituellement impétueux.

Rose le considéra comme s’il était un Lutin de Cornouailles postulant à une petite annonce pour travailler chez Gringotts.

« J’ai parlé tout haut ? »

Scorpius hocha la tête, et Rose se tourna vers Albus qui confirma la réponse de son ami.

« Mince, je vais devoir faire attention. Désolée. »

Elle posa son paquet de feuilles sur la table et alla à la fenêtre, attrapant au passage un chiffon et un spray pour les vitres.

« Je me disais que ce Gabriel Linus avait certainement de bonnes raisons de chercher un moyen pour faire un petit voyage dans le passé, mais cela paraît difficilement faisable ! »

Albus haussa les sourcils pour exprimer son étonnement et son incompréhension, mais la surprise n’était sans doute pas aussi visible que celle qu’il pouvait lire sur le visage de Scorpius :

« On peut voyager dans le temps ? » demanda-t-il d’une petite voix aigue qu’Albus ne lui connaissait pas.

Rose reprit son air hébété en lançant :

« Ben, oui, évidemment ! Le Retourneur de Temps n’a pas été inventé pour les Scrouts à Pétards ! »

« Retourneur de temps ? » fit Albus en écho à sa cousine, exprimant son désarroi.

Rose poussa un soupir exaspéré.

« Vous avez été élevés par des Moldus ou quoi ? »

Scorpius parut offensé par la remarque, mais ne dit rien.

« Explique-nous, » lança Albus.

« Ok… »

Mais elle n’en eut pas le temps, car la directrice entra à ce moment-là. Rose s’empressa d’asperger la vitre avec le spray tandis que Scorpius reprit le tri des dossiers et qu’Albus plongeait à nouveau sous le bureau pour ramasser la poussière.

***


Gryffondor perdit de vingt points face à Serdaigle, mais James avait fait quelques arrêts spectaculaires et il fut furieux d’apprendre qu’Albus n’avait pas assisté au match.

Cependant Albus ne se préoccupait plus le moindre du monde de Quidditch.

Il était déterminé à ce que sa cousine reprenne le fil de la discussion qu’ils avaient commencée dans la classe de Métamorphose.

Elle en eut l’occasion le lendemain lors de l’ultime retenue infligée par McGonagall : celle-ci vint les chercher dans le parc vers le milieu de l’après-midi et les conduisit dans la serre numéro un qu’ils devaient nettoyer entièrement. Neville les attendait, ayant déjà désempli la moitié de la serre. Une fois celle-ci complètement vide de toutes plantes magiques, il mit à leur disposition seaux, serpillères et autres accessoires de ménage, et prit la direction de la sortie, les laissant seuls à leur sort. Enfin, presque, car avant de fermer la porte, il leur adressa un clin d’œil et sortit sa baguette d’où jaillirent d’éblouissantes étincelles violettes. Albus cligna plusieurs fois des yeux, et lorsque les étincelles eurent disparu de sa vision, il vit que toute la serre avait été balayée.

Tandis que Rose frottait énergétiquement les tables avec le Nettoie-Tout magique de la Mère Grattesec, Scorpius s’occupait des vitres et Albus lavait une première fois le sol. Il avait renoncé à se vider la tête, et surtout à se défouler sur son balai brosse, et demanda à Rose qu’elle continue son histoire.

Elle leur expliqua ce qu’était un Retourneur de Temps, et pourquoi cela lui paraissait impossible que Linus ait pu s’en procurer un.

« Ma mère m’a expliqué que pour obtenir un Retourneur de Temps, il fallait une dérogation spéciale du Magenmagot au Ministère de la Magie, et vous pouvez me croire quand je vous dis qu’ils ne délivrent pas le parchemin sans une raison entièrement valable. »

Elle ajouta que les dérogations étaient de plus en plus difficiles à obtenir car changer le passé était très dangereux.

« Dangereux ? » demanda Albus. « Du style prévenir Tom Riddle que mon père allait le massacrer ? »

Rose se pinça les lèvres.

« Eh bien, Maman ne m’a pas donné de détails, mais je suppose qu’ils ont dû envisager cette éventualité… »

Albus sentit son cœur battre plus fort. Il n’avait pas lancé cette idée par hasard. Et Scorpius semblait l’avoir remarqué :

« Tu crois que c’était le but de Linus ? Retourner dans le passé pour empêcher la mort du Seigneur des Ténèbres ? »

Lorsqu’il l’entendait de la bouche de Scorpius, ça paraissait soudainement invraisemblable, et il avait envie de rire, mais se contenta de hausser les épaules.

« Il a dit qu’il n’aimait pas le monde dans lequel vivaient sa fille et son petit-fils. Qu’il espérait faire revenir quelqu’un ou quelque chose. Que ça n’était que justice… »

Albus ferma les yeux, essayant de se souvenir de ce que Linus avait pu dire d’autre à sa fille. Mais c’était le vide total.

Il était terrifié à l’idée que son hypothèse puisse être plausible, même si les chances qu’il soit tombé juste étaient infimes. Si Linus réussissait, alors son père, le grand Harry Potter, était en grand danger. Albus avait envie de vomir.

A côté de lui, on aurait dit que Rose venait d’avaler un petit-four Tourndelœil, et Scorpius faisait une tête d’enterrement.

L’atmosphère dans la serre semblait plus lourde alors que le soleil descendait progressivement. Dehors, les élèves commençaient à rentrer au château et le silence s’installa peu à peu.

Albus avait du mal à respirer, et il savait que ça n’était pas un manque d’oxygène. Il était comme pétrifié, incapable de commander à ses poumons de se remplir d’air. Il avait à peine conscience qu’il ne lui restait que quelques secondes avant de s’évanouir…

XVIII. Des nouvelles de la Gazette by Eliah
Author's Notes:
Quelle expression stupide : "Cela explique tout." Je pense qu'à notre époque, rien n'explique rien.
(John Irving)

Albus sentit brusquement l’air lui brûler la gorge et il toussa violemment. Haletant à un rythme saccadé, il tentait de reprendre ses esprits. Ses yeux étaient fermés, mais il ne parvenait pas à les ouvrir. Il se rendit compte qu’il était allongé dans un lit. Quelqu’un lui avait enlevé ses lunettes et ses vêtements sentaient le propre.

« Al ? Tu m’entends ? »

Il connaissait cette voix par cœur.

« Al, mon trésor, je suis là, tout va bien. »

Et cette voix aussi. Qu’elle était réconfortante !

Ses paupières étaient lourdes et il lui fallut du temps pour ouvrir les yeux.

Il chercha après ses lunettes sur la table de chevet, et les plaça sur son nez.

Il était à l’infirmerie de Poudlard, et de chaque côté de son lit se trouvaient ses parents. Harry avait des cernes très prononcées sous les yeux, et Ginny était plus pâle que jamais. Lorsqu’elle vit que son fils la regardait, elle sourit en laissant échapper une larme du coin de l’œil.

« Pourquoi tu pleures, Maman ? »

Son sourire s’élargit.

« Pour rien, Al. Tu nous as fait peur, on ignorait si… »

Mais elle ne termina pas sa phrase. Albus ne comprenait rien, et la seule chose qu’il fut capable de demander était :

« Que s’est-il passé ? »

Il avait du mal à se rappeler de la dernière chose qu’il avait vécue. C’est Harry qui lui répondit, tandis que Ginny resserrait sa main dans son poing.

« Tu t’es évanoui, dans la serre numéro un… »

De vagues souvenirs lui revenaient à l’esprit, et après quelques secondes de réflexion supplémentaire, il se rappela qu’il s’était trouvé à nettoyer la serre parce qu’il avait été en retenue avec Rose et Scorpius. Il avait l’impression que s’étaient écoulés des siècles depuis.

« Quel jour on est ? »

Il faisait jour, donc dans le meilleur des cas, il était possible qu’il ne s’était évanoui que la veille.

« Mercredi, Al, » répondit simplement Harry.

Albus avait mal à la tête à chercher à rassembler ses esprits.

« Trois jours, » murmura-t-il.

Ginny émit un petit cri de désespoir.

« Non, » avança lentement Harry en se penchant au-dessus de lui, « en fait, ça fait dix jours. On est le quatre avril. »

Il adressa à son fils un sourire forcé comme Albus ne l’avait jamais vu en faire. Ginny enfouit sa tête contre son épaule. Il eut un choc. Dix jours. Il avait raté une semaine et demie de cours. Et il avait aussi raté…

« Les quarante ans de George ! »

Harry et Ginny éclatèrent de rire.

« Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? » leur demanda Albus, vexé.

« Désolé, » s’excusa Harry, « c’est juste que… tu as été inconscient pendant dix jours, et tout ce qui te préoccupe, c’est d’avoir raté l’anniversaire de ton parrain ! »

Albus était gêné. « Je ne vois pas en quoi c’est bizarre. »

Harry posa sa main sur la tête de son fils et lui ébouriffa les cheveux.

« Sacré Al ! »

Albus força un sourire.

« La fête surprise qu’Angelina avait organisée a été annulée. George a passé toute la journée de dimanche ici, à ton chevet. Et quand on lui a avoué qu’il devait retourner chez lui pour la surprise, il… enfin… »

Ginny ne put terminer sa phrase, une nouvelle fois, mais Albus n’eut pas besoin de mots, il savait. George ne voulait plus fêter ses anniversaires, parce qu’il passait la journée à déplorer l’absence de son frère jumeau, Fred.

Des bruits de pas se firent entendre. C’était l’infirmière, Madame Pomfrey.

« Ah, bien, tu es réveillé, » fit-elle en s’avançant lentement vers eux.

Elle avait les mains qui tremblaient en portant un plateau avec des bouteilles et des instruments dessus. Harry eut le réflexe de rattraper une bouteille qui basculait dangereusement. Madame Pomfrey le remercia. Elle examina Albus, lui fit boire deux potions écœurantes, lui prit sa température, et annonça :

« Tout va bien, maintenant, tu dois te reposer, Albus. »

Ginny marmonna un remerciement à Madame Pomfrey et celle-ci repartit.

« Nous allons tout de suite envoyer une lettre à George, pour lui dire que tu vas mieux, » fit Harry en se levant. « En attendant, repose-toi. »

Albus hocha la tête, sans protester, car il était très fatigué. Ça lui faisait bizarre, d’ailleurs, puisqu’apparemment, il avait dormi pendant dix jours.

Ginny lui embrassa le front et se leva à son tour.

« Nous allons revenir, Al. Essaie de dormir un peu. »

Albus regarda ses parents partir, puis déposa ses lunettes sur sa table de chevet. Il enfonça la tête dans son oreiller et ferma les yeux à nouveau.

***


Il quitta l’infirmerie quatre jours plus tard, et n’en fut pas mécontent, soulagé à l’idée de ne plus avoir à rester allonger sans rien faire, et surtout à ne plus avoir à avaler les affreuses potions de Madame Pomfrey.

Rose et Scorpius étaient souvent venus lui rendre visite pour qu’il soit moins seul, et ils étaient le plus souvent restés longtemps, le temps pour Rose de lui raconter tout ce qu’il avait manqué depuis qu’il avait perdu connaissance, et surtout pour discuter du souvenir qu’Albus avait vu dans la Pensine.

La mémoire était revenue à Albus comme une claque dans la figure. Linus. Il allait prévenir Riddle, et son père allait mourir. La panique l’avait envahi.

« Chut, ça va aller, » avait murmuré Rose doucement.

Albus avait voulu réagir mais aucun son n’était sorti de sa bouche. Il avait tenté de se redresser mais Scorpius avait posé une main ferme sur son épaule pour l’en empêcher.

« Du calme, Al, » avait-il dit en haussant la voix, « tout va bien. »

Rose avait entamé la discussion en lui demandant une faveur.

« Al, avant tout, ne te fâche pas. »

Albus n’avait pas compris pourquoi elle avait dit cela.

« Pourquoi je me fâcherais ? » avait-il lancé d’un ton méfiant.

« J’ai écrit à Maman. »

Rose ne lui avait pas laissé l’occasion de protester.

« Je ne lui ai pas tout raconté ! C’est toi qui m’a donné l’idée quand tu as dit à Oncle Harry à Noël que Scorpius nous avait donné une potion, alors ne me fais pas la morale ! »

Sa colère avait semblé injustifiée, et Albus n’avait aucunement compris sa réaction.

« Rosie, » avait tenté Scorpius, « il vaudrait mieux lui expliquer, avant de… »

« Je ne m’énerve pas, Scorpius ! »

« Ce n’est pas ce que j’allais dire. Tu es fatigante à tout interpréter ! »

Rose avait été sur le point de riposter, aussi Albus avait-il émit un petit gémissement qui les avait fait se tourner vers lui. Il s’était massé les tempes pour simuler un mal de tête : ça avait été la seule chose qu’il avait trouvée pour les empêcher de se disputer.

« Désolée, Al, » avait dit Rose, les oreilles pourpres.

Scorpius avait marmonné des excuses à son tour et Albus, réprimant la honte qu’il avait eue à leur mentir en se persuadant qu’il n’avait pas pu faire autrement, avait intimé à Rose de continuer.

« J’ai dit à Maman qu’on avait trouvé un livre au sujet des Retourneurs de Temps à la bibliothèque, et qu’on avait paniqué à l’idée que quelqu’un ait pu retourner dans le passé prévenir Riddle. Ah oui, surtout aucune inquiétude, il est impossible qu’elle fasse le recoupement avec ta perte de conscience, tout le monde croit que ce sont les travaux forcés de McGonagall qui t’ont mis dans cet état-là. »

« Je sais. »

Les parents d’Albus le lui avaient dit. La directrice était venue prendre de ses nouvelles régulièrement lorsqu’il était inconscient, et Ginny lui avait confié qu’elle la soupçonnait d’être gênée par la situation.

« Bon, et qu’est-ce que Tante Hermione a répondu ? »

Rose avait sorti un parchemin de sa poche et s’était mise à lire un passage.

« Il faut que tu saches que la possession d’un Retourneur de Temps est très encadrée par le Ministère de la Magie depuis 1998, justement parce qu’on voulait éviter ce genre de situation. Je te parle en connaissance de cause, puisque c’est moi-même qui suis à l’origine du nouveau décret sur leur utilisation. »

Elle avait rangé le parchemin et ajouté :

« Comme je t’avais dit dans la serre. »

« Mais imaginons que ce Linus ait trouvé un moyen de contourner les obstacles… »

« Tu veux dire, » l’avait coupé Scorpius, « s’il avait rempli la demande de Retourneur de Temps en mettant une fausse raison ? »

Albus avait hoché la tête.

« Par exemple, » avait-il dit en haussant les épaules.

« Impossible, » avait annoncé Rose catégoriquement, « Maman en a parlé dans sa lettre. Les sorciers qui font la demande sont reçus au Ministère de la Magie et on leur pose suffisamment de questions pour savoir s’ils disent la vérité ou non. Et puis, si on a un doute, on utilise du Veritaserum. »

Albus avait senti son cœur un peu plus léger. Mais il n’avait pas été tout à fait rassuré.

« Et si Linus l’avait volé à quelqu’un ? »

« Il n’y a eu aucun rapport de vol, encore une fois selon Maman. »

Albus s’était pincé les lèvres.

« Et s’il avait déjà un Retourneur de Temps depuis des années ? »

« Al, la dérogation est limitée dans le temps. Personne n’aurait pu garder un Retourneur de Temps si longtemps. »

Une question lui était venue à l’esprit.

« Justement, longtemps, c’est combien de temps exactement ? Avons-nous un moyen de savoir quand ce souvenir a été créé ? »

Rose avait soupiré.

« Je sais ce que tu cherches à faire, mais il ne faut pas te torturer l’esprit comme ça. Au Ministère, lorsque Maman a présenté au Magenmagot la proposition de loi sur les Retourneurs de Temps, c’est le cas de le dire, ils ont retourné le problème dans tous les sens, afin de trouver la moindre faille. »

Albus s’était décrispé.

« Tante Hermione est très intelligente, » avait-il déclaré d’un ton assuré. « Elle a très certainement pensé à tout… »

Il avait cherché à se persuader que sa théorie n’était pas faisable, mais il restait une très faible probabilité pour qu’elle se réalise. Son Grand-père Weasley n’arrêtait pas de lui répéter qu’il y avait un proverbe Moldu qui disait « L’erreur est humaine. » Et son père lui disait que les Mages Noirs profitaient toujours des erreurs de leurs victimes.

Il avait un besoin indispensable, pourtant inexplicable, d’être sûr à cent pour cent que son père n’était pas en danger. A chaque fois qu’il s’était retrouvé seul à l’infirmerie, lorsque ses amis étaient en cours, et qu’il n’avait pas la visite de ses parents ou de quelqu’un d’autre, il s’était noyé dans ses pensées à la recherche d’un moyen qui lui permettrait de détruire sa théorie.

Et il n’en avait trouvé qu’un.

Alors qu’il s’était rhabillé le dimanche soir, il avait cherché la façon dont il allait en parler à Rose et Scorpius. Il s’était résigné à penser qu’il n’aura eu aucune minute de répit durant sa première année à Poudlard, mais c’était vraiment important.

« Il faut que l’on sache qui est Linus, et ce qu’il a fait dans le passé. Je me fiche de savoir le temps que ça prendra, et le nombre de règles que j’enfreindrai d’ici là, mais il faut que je le fasse. »

Assis dans le canapé près de la cheminée dans la salle commune des Gryffondor quelques minutes après sa sortie de l’infirmerie, Rose et Scorpius se regardèrent et échangèrent un sourire complice.

« Bien sûr, on va chercher. »

Albus soupira.

« Non, » dit-il brusquement, « vous ne faites rien. C’est trop dangereux. »

Rose allait protester, mais Scorpius parla le premier.

« On se calme, nous ne sommes pas seuls. »

La salle commune commençait à se remplir d’élèves qui revenaient du dîner.

« Al, il n’est pas question que tu sois seul. Moi aussi j’ai besoin de me rassurer, ne crois pas que je ne suis pas inquiète pour Oncle Harry. »

Ils argumentèrent encore quelques minutes, mais Albus dut renoncer à les convaincre de rester en dehors de l’aventure :

« Ne nous prends pas pour des trolls, Al, » aboya Scorpius, « on a commencé ensemble, tu n’as pas le droit de nous évincer comme ça te chante ! »

Le ton de sa voix était sec, presque insolent, et s’il s’était adressé à un professeur, il aurait pu ajouter une petite collection de retenues à son palmarès. Mais Albus ne fit pas d’états d’âme, car il sentait que son ami s’était vexé.

Et pour clôturer le débat, Rose eut une réaction des plus étonnantes lorsqu’Albus, dans un ultime espoir de la faire changer d’avis, lui rappela qu’elle avait souhaité suivre le cours d’Arithmancie dès qu’ils auraient découvert le souvenir.

« Au diable l’Arithmancie ! » annonça-t-elle d’un ton cynique.

Ils leur restaient trois semaines de cours avant les vacances d’Avril, et tandis que Rose avait été invitée chez Albus, Scorpius devait retourner chez lui pour avoir une explication avec ses parents à propos de ses retenues.

Le temps passa très vite, parce qu’Albus dut rattraper les cours qu’il avait ratés durant dix jours. Tous les soirs, il travaillait jusque dix heures, jusqu’à ce que McGonagall entre dans la Salle Commune et lui ordonne d’aller se coucher pour faire une bonne nuit. Mais le sommeil ne venait pas sur commande, et Albus restait longtemps allongé dans son lit, les yeux grand ouverts, à se demander qui était Gabriel Linus, où il était et ce qu’il faisait.

Puis, le vendredi juste avant les vacances, Albus arriva dans la Grande Salle pour le petit déjeuner, trouvant Rose et Scorpius collés l’un contre l’autre, cachés derrière la Gazette qu’un hibou venait vraisemblablement de déposer. Il s’assit en face et toussota bruyamment pour leur faire savoir qu’il était là.

Sans un mot, Rose baissa le journal, renversant le verre de jus de citrouille de leur cousin Louis au passage. Elle mit le journal devant Albus et montra du doigt un article, tandis qu’elle sortit sa baguette pour nettoyer les dégâts qu’elle avait provoqués.

Scorpius encouragea Albus à lire l’article et avala un bout de toast. Albus, intrigué, mais surtout curieux, commença la lecture :

DISPARITION D’UN ANCIEN MANGEMORT


Hier soir, dans un communiqué de presse, le département des Aurors représenté par Samy Pavel a annoncé la disparition d’un sorcier suspecté d’avoir été partisan de Tom Riddle. La déclaration a été faite juste après celle qui concernait le cambriolage du domicile de Devon Jackson (pour plus de détails, voir notre article page 2.)

Pavel a déclaré que cet ancien Mangemort, connu sous le nom de Chase Murray (voir notre article page 27,) devait se présenter l’avant-veille au Bureau d’Enregistrement du Département de la Justice au Ministère de la Magie, mais qu’il n’était pas venu. Dans ce cas, pourquoi prévenir la Communauté deux jours après, me direz-vous ?

« Il fallait tout d’abord que nous vérifiions, » tenta de se justifier Pavel, « que Murray avait bien choisi de son plein gré de ne pas se présenter. Nous avons passé deux jours à le chercher, pour s’assurer par exemple qu’il n’était pas mort… »

Bien sûr, la Communauté n’aurait pas accepté un deuxième
Cas Biril !

« Murray a bien disparu, et c’est pour cela que nous l’avons placé comme Ennemi Numéro Un. » Pavel a ensuite sorti une photo de la poche intérieure de sa cape, et l’a montrée à tous les journalistes présents lors du communiqué (voir photo ci-contre.) « Si vous croisez cet homme, sachez qu’il peut être très dangereux. Ne cherchez pas à intervenir, ni à vous interposer. Rendez-vous au Ministère de la Magie au plus vite, en utilisant une Cheminée connectée (une liste vous est communiquée page 31) ou si vous le souhaitez, vous pouvez envoyer un Patronus. »

Espérons que le Quartier des Aurors mettra tout en œuvre pour retrouver Murray au plus vite.
Amelia Drasso


Albus scruta longuement la photo de Murray : le regard vif et plein d’intelligence, il se dit que son père aurait bien du mal à lui mettre la main dessus.

XIX. Vacances de Printemps by Eliah
Author's Notes:
Ce qui est important, ce n'est pas seulement de quoi, mais au nom de quoi un homme vit.
(M. Aguéev)

Dans le train qui les ramenait à Londres le lendemain, Albus, Rose et Scorpius passèrent tout le voyage à faire le point sur les dernières semaines qu’ils avaient passées à Poudlard.

Comme il l’avait promis à Albus, Scorpius lui raconta tout ce qu’il savait sur la Chambre des Secrets, et Albus manqua à nouveau de s’évanouir en apprenant que son père avait failli mourir, alors qu’il était à peine plus âgé que lui.

Ensuite, ils discutèrent de l’article de la Gazette. La veille, Albus avait senti comme un pincement au cœur en lisant le terme « Mangemort » et il s’était demandé où il l’avait déjà rencontré, avant que Rose lui chuchote en cours de Défense contre les Forces du Mal :

« Mais si, Al, c’était au début de l’année scolaire, dans la Gazette, quand ils disaient que le grand-père de Scorpius en était un, lui aussi ! Je suis sûre que si on allait dans la Salle sur Demande, on en retrouverait un exemplaire ! »

Les souvenirs étaient lentement revenus dans la mémoire d’Albus tandis qu’il réalisait qu’elle avait raison. Il avait été curieux de savoir ce qu’était un Mangemort, mais pas au point de ne plus dormir, et surtout, il n’avait jamais osé de le demander à Scorpius. Il s’était même rappelé qu’ils avaient convenu de ne jamais lui poser la question, et d’attendre que leur ami fût prêt pour leur dire ce qu’il savait.

Mais aujourd’hui, il était persuadé que de savoir cela leur permettrait d’avancer dans leur enquête. En relisant l’article, il avait comprit que les Mangemorts étaient les partisans de Tom Riddle, et dans le train, un insupportable mal de tête le prit lorsqu’il réalisa avec horreur que cela signifiait que le grand-père de Scorpius avait été l’ennemi de son propre père. Aussi prit-il son courage à deux mains et parla d’un ton hésitant :

« Scorpius, tu connais ce terme, là, Mangemort ? »

Scorpius hocha la tête lentement et Albus devina à son regard qu’il savait qu’il était au courant pour son grand-père. Il reposa sur ses genoux la Choco-Grenouille qu’il était sur le point d’engloutir, et sans relever les yeux, il déclara doucement :

« La première fois que je l’ai entendu, je devais avoir quatre ou cinq ans. J’ai surpris une conversation d’adultes dans le petit salon après un repas de famille, je crois que c’était Noël. Grand-père disait à mon père qu’il ne devait pas réprimer ce qu’il avait été, et… »

Scorpius s’arrêta net car Rose avait poussé un cri à peine audible, et Albus savait qu’elle était aussi effarée que lui.

« Ton père ? » réussit-il à articuler après quelques interminables secondes de silence tendu. « Mais, on croyait que… ton grand-père… »

Scorpius se mordit la lèvre inférieure.

« Vous ne saviez pas pour mon père ? »

Albus et Rose secouèrent la tête, et ils virent la mine déconcertante de leur ami, qui semblait être en train de regretter la tournure que la conversation avait prise. Mais il ne pouvait plus reculer.

« Ils étaient tous les deux des Mangemorts. Ils ont encore comme une cicatrice de la Marque des Ténèbres sur le bras. Je ne l’ai jamais vue sous sa forme originelle, mais à ce qu’il paraît, c’était vraiment effrayant. »

Et après leur avoir brièvement expliqué ce que c’était, il ajouta :

« Mon père est devenu Mangemort sous la contrainte, je crois que c’était pour épargner la vie de mon Grand-père qui s’était mis dans une situation délicate. Il m’a dit un jour que cette cicatrice lui permet de se rappeler des sacrifices qu’il faut parfois faire. Tandis que mon Grand-père dit que cela fait partie de son passé. Il ne regrette rien, parce qu’il a agi dans son propre intérêt à chaque fois. »

Albus vit le visage de sa cousine se décomposer, et il demanda à Scorpius de lui laisser le temps de se remettre avant de continuer son histoire.

« Enfin, si tu veux bien continuer, » ajouta-t-il hâtivement.

Scorpius hocha la tête et donna sa Choco-Grenouille à Rose qui sourit faiblement.

« Merchi, » dit-elle en mâchonnant le chocolat. « Tiens, il me dit quelque chose, lui, » ajouta-t-elle en montrant à Albus la carte représentant le portrait de son père.

Albus lui adressa un clin d’œil et regarda par la vitre du train. Ils étaient en rase campagne, et ils pouvaient à peine distinguer les villages au loin car la pluie tombait à grosses gouttes et de gros nuages noirs menaçants assombrissaient le paysage autant que leur compartiment.

« Mon grand-père est quelqu’un d’assez égoïste et imbu de sa personne, mais il est gentil avec moi… »

Albus se força à lui sourire.

« Et puis, cette marque, c’est de la Magie Noire, alors forcément, ça ne s’efface pas d’un simple mouvement de baguette… Beaucoup d’autres se sont coupés le bras après la chute du Seigneur des Ténèbres pour nier leur passé, mais de toute façon, la plupart est encore à Azkaban, et tout le monde sait ce qu’ils ont fait… »

Rose, qui avait commencé à reprendre des couleurs, devint toute livide. Elle sortit du compartiment en courant et alla ouvrir la fenêtre du couloir pour respirer une bouffée d’air frais.

« Tu sais pourquoi ton père et ton grand-père ont été acquittés ? » demanda Albus.

« Je crois qu’ils se sont retournés contre le Seigneur des Ténèbres, à la fin. »

Albus se demanda vaguement pourquoi Scorpius ne l’appelait pas Tom Riddle, comme tout le monde, mais il s’abstint de le lui demander.

Pendant un long moment, ils ne dirent rien et écoutèrent le bruit du train, de la pluie, de celui que les autres élèves faisaient dans les couloirs. Puis Rose revint, et vraisemblablement mal à l’aise, elle décida de changer de sujet :

« Dans l’article, ce qui m’a le plus intriguée, c’est le passage où ils parlent du Cas Biril. » Puis elle ajouta à l’attention des deux garçons : « Vous en avez déjà entendu parler ? »

Albus fit non de la tête mais espérait silencieusement que Scorpius allait savoir. Malheureusement, ça n’était pas le cas.

« Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui s’appellerait Biril, » déclara-t-il d’un ton ferme et sûr de lui. « Mais ça m’a tout l’air d’être un ancien Mangemort, lui aussi. »

Albus hocha la tête. Il était d’accord avec lui, c’était l’impression qu’il en avait eue.

« Je doute que l’on puisse trouver un livre à la bibliothèque qui parle de lui, » annonça Rose, « mais on peut toujours aller voir dans la section des archives de la Gazette… »

« Sans savoir où chercher ? » protesta Scorpius. « Quelles sont nos chances de trouver quelque chose avant la fin de l’année ? »

« Quasi nulles, » admit Rose. « Mais si nous n’avons pas d’autre piste… »

Albus la coupa. Il n’était pas très fan à l’idée de devoir encore passer des heures dans la bibliothèque.

« Bien sûr que si, on a d’autres pistes ! Il y a l’article sur Chase Murray, et le cambriolage de Devon Jackson ! »

Albus était parvenu à conserver l’exemplaire de la Gazette en la rangeant dans sa sacoche avant de partir en cours la veille, et le soir même, il s’était intéressé de plus près aux pages indiquées en référence dans l’article sur la disparition de Murray.

« Ce Mangemort qui s’est volatilisé, » dit Scorpius, « je crois qu’il n’est pas très connu… Et puis, si le Magenmagot a pris la décision de le soumettre au Bureau d’Enregistrement… »

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Albus, intrigué.

Ce fut Rose qui répondit :

« Eh bien, il y a des sorciers qui sont emprisonnés à vie, mais pas tous. Et lorsqu’ils sortent, ils doivent se présenter tous les mois au Ministère de la Magie afin que celui-ci garde le contrôle sur eux. Maman m’a dit qu’ils avaient pris l’idée au milieu pénitenciel des Moldus… »

« Je crois que c’est pénitencier en fait, » la coupa Scorpius.

Rose, en guise de réponse, lui lança un regard noir.

« Enfin bon, » intervint Albus avant que sa cousine ne cherche à riposter, « tout ça ne nous avancera pas pour trouver qui est ce Gabriel Linus… »

Scorpius entama une boîte de Dragées Surprises de Bertie Crochue, et en proposa à Albus et Rose. Albus refusa poliment, de peur de tomber sur un parfum désagréable, mais Rose se servit une petite poignée de la boîte et commença la dégustation, réprimant un frisson de temps à autre.

« Justement, » fit Scorpius en recrachant dans sa main une dragée, « Je me demande s’il pourrait y avoir un lien avec ce Linus, vous savez, celui qui est en sixième année et qui avait cherché à me provoquer au début de l’année ? »

Albus se redressa, intéressé par la théorie de son ami.

« Tu dois avoir raison, » déclara Rose, « je pense que Linus n’est pas un nom très répandu chez les sorciers… »

Ils continuèrent à échanger leurs théories jusqu’à ce qu’ils sentent que le train ralentissait. Dans le couloir, les élèves s’agglutinaient devant les fenêtres ouvertes, se penchant pour être parmi les premiers à apercevoir le quai de la voie neuf trois quarts.

Albus, Rose et Scorpius descendirent ensemble et eurent le choc de découvrir Mr Malfoy en discussion animée avec Harry tandis que Ginny et Mrs Malfoy faisaient de grands signes chaleureux dans leur direction. S’échangeant un regard discret, les trois amis s’avancèrent prudemment vers leurs familles. Après les embrassades devenues habituelles, les parents de Scorpius éloignèrent un peu leur fils du groupe et commencèrent à parler. Ça avait l’air grave, se dit Albus, alors qu’il voyait Scorpius prendre un air sérieux, les sourcils froncés. Il se souvint que Mr Malfoy avait promis à son fils de parler de ses retenues, mais il pensait qu’il attendrait d’être chez eux pour en discuter.

« Que se passe-t-il ? » demanda Albus à son père, bien qu’il s’attendît à ce que son père l’ignore.

« Vous avez lu la Gazette hier ? » demanda Harry en posant un genou à terre de façon à être à la hauteur d’Albus. « L’histoire de Chase Murray ? »

« Oui, » intervint Rose qui avait entendu la question. « On ne parle que de ça depuis hier, à l’école ! »

Albus vit sa mère poser une main réconfortante sur l’épaule de Rose.

« Le père de Scorpius connaissait Murray, et son témoignage est peut-être primordial pour le retrouver. Alors nous allons devoir travailler ensemble… Quant à sa Maman, elle doit travailler elle aussi, donc Scorpius viendra à la maison de temps en temps. »

Albus et Rose explosèrent de joie, faisant sursauter Harry qui se redressa d’un bond.

« Calmez-vous, » siffla Ginny. « La situation est très grave. »

Les deux cousins, coupés dans leur élan, déchantèrent tout de suite.

La discussion entre Scorpius et ses parents s’anima, et Harry et Ginny poussèrent les enfants un peu plus loin pour rester discrets.

Puis, James apparut et se laissa embrasser par ses parents.

« Où sont Hugo et Lily ? » demanda-t-il.

« A la maison, avec Teddy. »

Harry et Ginny se regardèrent et Harry passa un bras autour de l’épaule de sa femme en annonçant :

« Les garçons, on a une terrible nouvelle. Kreacher nous a quittés. »

***


La maison était désagréablement vide sans Kreacher. Albus avait l’impression d’entendre encore et continuellement ses pas lents qui caressaient la moquette des chambres et le carrelage de la cuisine. La nuit, quand il avait froid, il se réveillait et appelait l’Elfe pour qu’il vienne remettre du bois dans la cheminée, avant de réaliser avec horreur qu’il n’était plus là.

La plus dévastée était Lily, car il avait été un compagnon de jeu depuis qu’Albus était parti de Poudlard. Teddy, qui avait le premier vu la détresse dans les yeux de la petite fille, décida de passer moins de temps à l’hôpital et plus à Grimmauld Place. Harry lui en avait été reconnaissant, car le travail au Quartier des Aurors était devenu insurmontable, et il ne pouvait pas se permettre de se prendre un jour de repos.

Heureusement, James et Albus allaient pouvoir s’occuper d’elle pendant les vacances. Eux-mêmes étaient assez secoués d’apprendre la triste nouvelle, mais ils savaient que leur petite sœur avait besoin d’eux. Et James commença dès leur retour à Londres.

Il trouva Lily dans sa chambre et déposa sur son lit la provision de confiseries qu’il avait achetée lors de sa dernière visite à Pré-au-Lard. A cela, Albus ajouta une quantité raisonnable de sucreries que les Elfes de Maison lui avaient données après leurs retenues dans les cuisines. Lily avait les yeux qui pétillaient et elle cacha cette petite réserve dans sa maison de poupées, elle était ainsi sûre que leur mère n’irait pas les trouver.

Avec Rose et Hugo à la maison, ainsi qu’à quelques occasions Scorpius et Kyle, le meilleur ami de James, la maison ne fut jamais calme pendant ces vacances. Albus dut se résigner à l’idée qu’il n’aurait que très rarement l’occasion de discuter avec Rose et Scorpius des articles de la Gazette et de Linus, mais surtout des Mangemorts.

Harry n’était pas souvent présent à la maison. Il était même rarement là lorsqu’Albus allait se coucher, sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Hugo installé dans le deuxième lit de sa chambre. Et parfois, quand il se réveillait, Scorpius était là : Mr Malfoy venait le déposer très tôt et il partait au Ministère avec Harry, tandis que Scorpius finissait sa nuit sur un lit d’appoint installé dans la chambre d’Albus.

Ginny ne s’en sortait plus toute seule avec le ménage de la maison, d’autant plus qu’ils étaient si nombreux. Albus lui proposa de l’aider, mais elle refusa, car elle trouvait sa santé encore trop fragile après son séjour à l’infirmerie de Poudlard. James faisait la vaisselle quand Kyle n’était pas là, mais il râlait tellement du traitement de faveur d’Albus, que Ginny abandonna la bataille. Ainsi, ils eurent la visite de Grand-mère Weasley qui apprit à sa fille plusieurs sortilèges efficaces contre la poussière, les moquettes délavées et la vaisselle sale. Elles allèrent même toutes les deux sur le Chemin de Traverse pour faire quelques achats dans la boutique de la Mère Grattesec.

Ce matin-là, ce fut Teddy qui fut chargé de trouver une occupation aux enfants restés à la maison. Il voulait les emmener à la Chaumière aux Coquillages, disant que l’air marin ferait du bien aux mines pâles d’Albus et de Lily, mais celle-ci déclara d’un ton enjoué qui fit éclater de rire tout le monde :

« Tu sais, Teddy, tu n’as pas besoin de te trouver une excuse pour aller voir ta fiancée ! »

Albus avait mal au ventre tellement il rigolait, mais ensuite il demanda à Teddy :

« Vous êtes fiancés, ça y est ? »

Teddy hocha la tête, tandis que ses cheveux viraient au rose vif.

« Je le lui ai demandé le jour où vous êtes repartis à Poudlard, après les vacances de Février. C’était son anniversaire ! »

Albus adressa ses félicitations à celui qui allait officiellement faire partie de la famille.

« On se mariera l’année prochaine, en été, je pense, et on se trouvera une petite maison à la campagne. » Il ajouta avec un clin d’œil : « Ce sera juste avant que Lily aille à Poudlard. »

Albus hocha la tête.

« Tu ne retardes pas le mariage à cause d’elle, quand même ? »

Teddy éclata de rire.

« Non, bien sûr. » Et il ajouta avec un clin d’œil malicieux : « Tu connais la mère de Victoire, il faut que tout soit parfait, donc minimum un an et demi de préparation ! »

C’est ainsi qu’ils se rendirent chez Bill et Fleur qui les invitèrent pour le déjeuner. Avant de manger, Albus, Rose et Scorpius allèrent se balader sur la plage et lorsqu’ils remontèrent, Albus leur fit faire un détour par un endroit qu’il appréciait tout particulièrement :

« C’est la tombe de Dobby, » expliqua-t-il à Scorpius en s’agenouillant devant une pierre sur laquelle avait été gravé à la main ‘Ci-git Dobby, un Elfe Libre’. « C’était un ami de mon père, et il lui a sauvé la vie. »

Il s’était presque attendu à ce qu’une autre tombe, celle de Kreacher, fût creusée à côté de la première, mais ça n’était pas le cas, et cela le conduit à se demander où le vieil Elfe avait été enterré, sans pour autant l’empêcher de profiter de la journée.

Tout l’après-midi, ils s’amusèrent avec leurs cousins, firent des parties de Quidditch avec de vieux balais qui appartenaient à Bill et aidèrent leur tante Fleur à faire une dizaine de tartes aux pommes.

Finalement, Albus était heureux de pouvoir se vider la tête de tous les soucis qui l’avaient mis en haleine durant les dernières semaines.

Puis, le soir, ils rentrèrent à Grimmauld Place et Teddy confia les enfants à Harry avant de repartir à l’hôpital pour sa garde de nuit. Harry leur fit des lasagnes et ensuite ils purent déguster un quartier de tarte aux pommes. Elle était tellement bonne qu’ils insistèrent auprès de Harry afin qu’il envoie un Patronus à leur tante pour la remercier.

Harry mit Lily et Hugo au lit très vite, tandis que James allait passer la nuit chez Kyle. C’était la première fois qu’Albus, Rose et Scorpius se retrouvaient à trois depuis bien longtemps, mais ils n’eurent pas l’occasion de reprendre leurs théories sur les articles de la Gazette car Harry les convoqua dans le salon du premier étage. Une fois installés dans le grand canapé, ils observèrent Harry allumer un feu dans la cheminée, puis s’asseoir dans un fauteuil en face d’eux, et déclara :

« Alors, ça se passe bien ces vacances ? »

La question était absolument inattendue, et Albus devina qu’elle en cachait certainement une autre.

« Oui, Monsieur, » répondit poliment Scorpius, tandis que Rose sourit à son oncle.

« Et toi, au travail ? Vous avez trouvé Murray ? »

Il cherchait vraiment à éviter l’inévitable : il savait que si Murray avait été retrouvé, c’aurait été la première chose que son père aurait dite en rentrant.

« Non, mais le père de Scorpius nous aide beaucoup à avancer. »

Il adressa un sourire à Scorpius qui le lui rendit.

« Le problème est que pour l’instant, nous n’avons aucune trace de lui, pas le moindre petit indice, la moindre piste… Alors, évidemment on enrage pas mal au Quartier des Aurors… »

‘Evidemment’ était le mot préféré de Harry quand il était contrarié. La dernière fois qu’il l’avait entendu, c’était pour parler du gang des Hêmes. Il eut soudain une idée.

« Papa, est-ce que tu t’es demandé si Murray pouvait être impliqué dans le gang des Hêmes ? »

Harry le considéra quelques secondes, et Albus se sentit soudainement mal à l’aise.

« Je disais ça juste au hasard, » bredouilla-t-il d’une voix non rassurée, la boule dans la gorge, « parce qu’il y a eu un autre cambriolage avant sa disparition, mais… »

Son père le coupa dans son élan :

« Non, je n’y avais pas pensé, et je crois que l’idée est bonne, Al. Très bonne, même ! »

Il se leva et commença à faire les cent pas, puis se mit à marmonner tout seul. Ensuite, il réalisa que les trois enfants étaient toujours dans le canapé, et qu’ils le regardaient :

« Merci, Al, » fit-il avant de se rasseoir. « Il va falloir que je creuse dès demain ! »

« De rien, » balbutia Albus, abasourdi.

Pendant plusieurs minutes, personne ne parla. Harry semblait perdu dans ses pensées, et Rose adressa un sourire à Albus. Il ne savait pas vraiment quoi penser de la suggestion qu’il avait faite à son père mais il espérait que celui-ci le tiendrait au courant.

Puis Rose commença à gesticuler dans le canapé. Albus soupçonna qu’elle voulait aborder un autre sujet, et il sut tout de suite qu’il avait vu juste :

« Oncle Harry, » avait-elle dit en se redressant, « dans l’article de la Gazette, il y avait quelque chose qu’on ne comprenait pas très bien, et on se demandait si tu pouvais nous éclairer… »

Harry avait semblé à des kilomètres du salon de Grimmauld Place, mais lorsque Rose s’arrêta de parler, il lui adressa un nouveau sourire, qui était d’une sincérité absolue.

« Bien sûr, Rosie, dis-moi. »

Rose jeta un coup d’œil furtif à Albus et Scorpius avant de se lancer :

« Pavel a déclaré dans l’article que vous aviez vérifié que Murray n’était pas mort. Et ensuite, le journaliste a parlé du ‘cas Biril’ et bon, autant te l’avouer tout de suite, on n’est pas vraiment motivé pour passer des heures et des heures à la bibliothèque à sa recherche… »

Harry éclata de rire.

« Bon, je ne suis pas une bibliothèque ambulante, mais j’ai la réponse à ta question ! »

Il redevint sérieux immédiatement.

« Angelus Biril était un partisan de Tom Riddle. Mais on n’a jamais pu savoir s’il avait participé aux crimes pour lesquels beaucoup se trouvent encore aujourd’hui en prison, alors il a passé un minimum de temps à Azkaban, si je me souviens bien, il y est resté trois ans… Et après, nous l’avons soumis à la présentation obligatoire au Bureau d’Enregistrement du Département de la Justice… Et il y a environ quinze ans, il s’est passé un mois sans qu’il se présente. Nous l’avons convoqué, cherché, mais il n’y avait aucune trace de lui nulle part. »

Harry se leva à nouveau et alla raviver le feu (parce que parfois il se déravive*.)

« C’est comme ça qu’il était devenu Ennemi Numéro Un, comme Murray l’est aujourd’hui. »

L’histoire était palpitante, et Albus aurait pu jurer que ses deux amis se retenaient presque de respirer pour ne pas interrompre Harry.

« Mais immédiatement après, sa fille est arrivée au Quartier des Aurors et a dit que la raison pour laquelle son père ne s’était pas présenté était qu’il était mort. Elle avait apporté les preuves nécessaires, j’ai moi-même fait l’interrogatoire… »

Il vint se rasseoir dans son fauteuil.

« Je me souviens même que la fille était vraiment perturbée par la disparition de son père. Evidemment… »

Albus avait la gorge complètement nouée, et il savait que Rose et Scorpius était aussi effarés que lui.

Harry était à nouveau perdu dans ses pensées, et il resta longtemps à contempler les flammes dans la cheminée sans un mot, jusqu’à ce qu’il déclare :

« Alors, vous allez me dire ce que vous faisiez dans le bureau de McGonagall ? »

Albus avait su qu’ils finiraient par en parler. Il trouvait que son père n’y était pas allé par quatre chemins. Il sentit le regard de ses amis sur lui, et savait qu’ils attendaient qu’il prenne la parole. Après tout, c’était son père, et il savait mieux que les deux autres ce qu’il pouvait dire et ce qu’il ne pouvait pas.

Surtout ce qu’il ne pouvait pas. Et c’était bien le problème.

« McGonagall ne t’a rien dit ? » demanda-t-il pour gagner du temps.

Harry fit un sourire de coin.

« Elle n’en sait pas plus que moi. »

Albus fut intrigué. Il avait été persuadé que l’ancien directeur dans le portrait lui avait tout raconté.

« Ah, bon. »

Albus ne savait vraiment pas comment il allait pouvoir s’en sortir, et au moment où il ouvrit la bouche, résigné à tout lui dire plutôt que d’attendre d’éventuelles représailles, la porte du salon s’ouvrit sur Ginny qui s’écria :

« Qu’est-ce que vous faites encore debout à cette heure-ci ? »

Albus bondit du canapé, suivit de près par Scorpius et Rose.

« Bonne nuit, Papa, bonne nuit, Maman ! »

Il ne se retourna que lorsqu’il atteignit le palier du deuxième étage.

***


Les vacances touchaient à leur fin sans que Harry ne tente une nouvelle fois de savoir ce qui les avait poussés à entrer dans le bureau de la directrice sans autorisation. Albus était resté alerte à chaque fois qu’il suspectait que son père le lui demanderait, mais finalement, l’affaire Murray s’était avérée bien plus complexe et Harry était vraiment très fatigué, au moins autant que le père de Scorpius qu’il apercevait le soir lorsqu’il venait chercher son fils.

Scorpius avait essayé d’extirper des informations auprès de son père mais celui-ci n’accédait en aucun cas à sa demande.

« Il dit que ce ne sont pas mes affaires, surtout depuis l’histoire du bureau de McGonagall ! » avait annoncé Scorpius d’un ton amer.

Quant à Albus et Rose, ils avaient pensé à demander à Harry, mais ils n’osaient même plus se retrouver, ne serait-ce qu’un court instant, seuls avec lui.

Pourtant, la veille du retour à Poudlard, la curiosité d’Albus devint plus forte que la peur des représailles, et ce fut exactement ce qui le poussa à frapper à la porte du bureau de son père, bien qu’il fût censé être couché.

« Oui ? » entendit-il son père demander de l’autre côté de la porte.

Albus inspira un grand coup et fit pivoter lentement la poignée.

La pièce était dans le même état dans lequel Albus l’avait vu la première fois, pendant les vacances de Noël, excepté le bureau sur lequel les dossiers s’empilaient dangereusement.

Harry était agenouillé devant l’imposante armoire ouverte, et il se redressa pour savoir qui entrait.

« Al ? » fit-il étonné. « Tu ne devrais pas être au lit ? »

Albus s’avança prudemment.

« Si, mais j’ai quelque chose à te demander avant. »

Harry se releva avec un dossier dans la main. Il ferma l’armoire et alla poser le dossier sur son bureau. Ensuite, il s’assit dans son fauteuil, et déclara :

« Viens t’asseoir. »

Albus obéit et alla s’asseoir sur la seule chaise de la pièce, devant le bureau.

« Alors, dis-moi, » dit Harry d’une voix épuisée.

Albus hésita : il ne voulait pas causer à son père plus de soucis qu’il n’en avait déjà.

« Je voulais juste… Savoir où vous en étiez, avec le père de Scorpius… »

Sa voix avait été hésitante, et Harry le détecta tout de suite :

« Al, ne me dis pas que tu es venu me voir, bravant les interdits de ta mère, pour me demander comment avance l’enquête ? »

Il était impossible pour Albus de commencer à mentir.

« Ben, non… Enfin, je suis curieux de savoir, quand même… Mais, il y a bien autre chose. »

De façon machinale, Harry se frotta le front, à l’endroit où il avait sa cicatrice, et Albus se souvint de ce que Scorpius leur avait dit dans le train.

« Le père de Scorpius, c’était un Mangemort, n’est-ce pas ? »

Harry écarquilla les yeux, et Albus ignorait s’il s’agissait de surprise, ou d’horreur, car son père sut se maîtriser la seconde qui suivit.

« Scorpius t’en a parlé, finalement ? »

Albus hocha lentement la tête.

« Je crois que je l’aurais deviné tout seul, comme vous travaillez ensemble depuis deux semaines. Mais effectivement, Scorpius nous l’a dit. Au début, on croyait que c’était son grand-père seulement, mais… »

Il ne continua pas car il se doutait bien que son père connaissait l’histoire en long, en large et en travers.

« Hier, il s’est passé quelque chose de bizarre. En fait, on discutait de Murray, et quand Rose a prononcé le nom de Tom Riddle, Scorpius lui a demandé qui c’était. Au début, on croyait qu’il voulait plaisanter… »

« Drôle de plaisanterie tout de même, » le coupa Harry.

« Ouais, » dit Albus en haussant les épaules, « parfois, il a un humour à faire peur… »

Albus réprima un frisson en se rappelant quelques unes des nombreuses fois dans l’année où Rose et lui s’étaient regardés d’un air ahuri à ce propos.

« Bref, » reprit-il en se redressant sur sa chaise, « je le lui a expliqué, parce que je me suis souvenue qu’il l’appelait le ‘Seigneur des Ténèbres’ ou un truc comme ça… »

Les yeux de Harry se rétrécirent. Il se pencha et posa un bras sur l’épaule d’Albus, le prenant entre quatre yeux.

« Il faut que tu me promettes de ne plus jamais prononcer ce nom, » dit-il d’un ton menaçant.

Albus était intrigué : les propos de son père étaient incompréhensibles.

« Ce n’est qu’un nom, pourquoi tu… ? »

Il sentit la pression de la main de son père se renforcer sur son épaule, et cela lui faisait presque mal.

« C’est le nom que les partisans de Tom Riddle utilisaient pour nommer leur maître, pour lui montrer le respect qu’ils éprouvaient à son égard. »

La douleur au niveau de son omoplate était désormais présente, et bien vive.

« Il s’est débarrassé de son nom Moldu et s’en est créé un qui inspirait la terreur : Lord Voldemort. »

Il relâcha l’épaule d’Albus et celui-ci se décrispa, bien que les révélations que venaient de lui faire son père fussent abasourdissantes. Il ne savait pas trop quoi répondre à cela

« Voldemort ? » répéta-t-il, encore choqué. « C’est un peu ringard, quand même… »

Et, sans prévenir, Harry éclata de rire.

« Quoi ? »

Il fallut à Harry plusieurs minutes pour se calmer et déclarer :

« Tu as raison, mais bon, tu n’aurais pas pensé la même chose si tu avais vécu… Enfin bref. »

Il se leva et commença à trier des dossiers. Albus savait qu’il ne pourrait pas lui demander d’aller jusqu’au bout de sa pensée, mais il avait la désagréable sensation d’avoir compris ce que ça signifiait.

« Je suppose qu’il devait inspirer la peur, si personne n’utilise son pseudonyme aujourd’hui. »

Harry secoua la tête.

« En fait, dans les années de la terreur, rares étaient les sorciers qui ne l’appelaient pas ‘Tu-Sais-Qui’ ou ‘Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-Nom’. Parce qu’ils avaient peur de son nom d’emprunt, parce qu’ils ne connaissaient pas son vrai nom. Et parce que le nom qu’utilisaient les Mangemorts était trop respectueux. Mais aujourd’hui, tout le monde l’appelle Tom Riddle parce que c’est tout le respect qu’il mérite, après avoir détruit nos familles et laissé de telles marques dans notre Communauté. »

Albus était incapable de bouger, et Harry se rendit compte qu’il en avait peut-être trop dit, car il considéra longuement son fils, la mine inquiète. Mais ce qui avait choqué Albus était surtout le ton de la voix de son père, très sec et très amer à la fois.

Il ne voulait pas que son père sache que son passé le paralysait. Il rassembla son courage et demanda d’un ton qu’il espérait nonchalant :

« Et il a été le pêcher où ce nom débile ? »

Il parvint à se lever. Harry l’observa, il semblait incapable de décider s’il allait répondre à son fils.

« C’est une anagramme, Al, » finit-il par dire en reposant un dossier. « Mais ne va pas répéter à ta mère que je te l’ai dit, elle n’apprécierait pas. »

Albus hocha la tête. Son père reposa un dossier sur son bureau et croisa les bras. Albus saisit l’occasion pour lui demander :

« C’est toi qui as mis tous les Mangemorts en prison, Papa ? »

Il crut apercevoir un léger sourire au coin de la lèvre de son père.

« Tu sais, ils ne sont pas tous à Azkaban. »

Albus se pinça les lèvres, et garda le silence, attendant que son père reprenne la parole.

« Certains ont été tués, d’autres sont en prison, et quelques rares exceptions ont été graciées pour services rendus à la Communauté. On ne peut pas savoir exactement combien ils étaient, je dirais une trentaine, mais je n’ai jamais pu être sûr qu’ils n’étaient pas plus que cela. Après la bataille de Poudlard, on avait identifié environ vingt Mangemorts, et certains d’entre eux n’ont pas hésité à dénoncer quelques acolytes, croyant qu’ils bénéficieraient d’une réduction de peine… »

Il repéra qu’Albus avait baillé. Il jeta un coup d’œil à sa montre et ajouta :

« Bon, je crois que ça suffit pour ce soir, mon grand ! »

Il ébouriffa quelques mèches de cheveux d’Albus, qui comprit qu’il était temps d’aller se coucher. La fatigue commençait à l’envahir, et ce fut sans rechigner qu’il se dirigea vers la porte.

« Al ? »

Albus se retourna.

« Est-ce que je peux, une dernière fois, te demander ce que tu faisais dans le bureau de McGonagall ? »

Les yeux verts de Harry étaient si perçants qu’Albus avait l’impression de passer aux rayons X. Il ferma les yeux et décida de ce qu’il allait répondre. Sa décision semblait être la plus grave qu’il ait jamais prise :

« Ecoute, Papa, je sais que tu vas être déçu… Mais il ne faut pas que tu cherches une raison valable pour laquelle j’ai enfreint plusieurs des règles de l’école, parce qu’il n’y en a pas. Je ne suis pas un enfant modèle, juste un peu trop curieux, et je sais que ça me porte préjudice d’être aussi curieux… »

Harry le coupa.

« Al, je sais tout cela… Ta mère et moi ne voulons pas que tu sois un élève modèle, nous ne l’avons pas été à ton âge, alors il n’y a pas de raison… »

Il adressa un clin d’œil à Albus qui lui sourit : il avait vu juste à ce propos.

« Je voulais juste la vérité, » conclut-il. « Bonne nuit, Al. »

***


Dans le train qui les ramenait à Poudlard, les sujets de discussion d’Albus, Rose et Scorpius fusaient de l’enquête Murray au cas Biril.

« J’ai pas mal réfléchi, » avança Scorpius en mâchouillant une Patacitrouille, « mais Biril, c’est pas un nom connu, chez les sorciers, et je crois que c’était un Sang-Mêlé. »

« C’est ce que je pense aussi, » fit remarquer Rose, « je trouve qu’Angelus, pour un Mangemort, c’est légèrement incompatible ! »

Scorpius gronda.

« Ne le prend pas mal, mais ça n’étaient pas des anges, tout de même ! »

Albus tourna la page de la Gazette qu’il était en train de feuilleter :

« En fait, je crois que c’est un nom d’emprunt. »

Il leur raconta ce que son père lui avait dit la veille à propos de Tom Riddle.

« Peut-être Biril ne voulait-il pas être reconnu sous son vrai nom, et quand il a été recruté par Riddle, il a donné ce pseudonyme. »

Plusieurs minutes de silence s’ensuivirent, jusqu’à ce que Scorpius émette une hypothèse des plus intéressantes.

« Et si Angelus Biril était une anagramme aussi ? »

« Ça se peut, après tout, » dit Albus en haussant les épaules. « Il aurait pu connaître le nom de Riddle et… »

Albus s’arrêta net, lorsqu’il réalisa avec horreur qu’il avait trouvé l’anagramme.

Angelus, c’était d’après l’ange Gabriel.

Et Angelus Biril était l’anagramme de Gabriel Linus.

End Notes:
* citation de Jamel Debbouze dans Mission Cléopâtre.
XX. Le Polynectar by Eliah
Author's Notes:
La crédulité se forge plus de miracles que l'imposture ne peut en inventer.
(Joseph Joubert)

L’ange Gabriel.

C’était la première fois qu’Albus était content que sa cousine Dominique le serinât avec sa passion pour les anges à chaque réunion de famille.

Sans elle, il n’aurait peut-être jamais pu retrouver l’anagramme.

Il voulut exprimer sa découverte à ses amis mais aucun son ne put passer entre ses lèvres tremblantes. Il était sûr que l’horreur pouvait se lire sur son visage car Rose et Scorpius le regardaient avec inquiétude.

Quand il réussit enfin à prononcer un son, ce fut pour exprimer un râle profond, suivi de deux mots qui suffirent à semer la panique dans le compartiment du train :

« Angelus… Gabriel… »

Et ensuite, Albus fut incapable de dire quoique ce soit de plus.

Mais ça n’était pas nécessaire. Rose et Scorpius étaient pétrifiés.

De longues minutes de silence s’ensuivirent. La journée se terminait et la pénombre s’installait dans le compartiment comme dans l’esprit d’Albus. Il n’arrivait plus à réfléchir, il avait peur.

Ce fut Rose qui brisa le silence.

« Attendez, » dit-elle en se levant d’un bond, « peut-être que Biril et Linus sont une seule et unique personne, mais pour l’instant, on évite les conclusions hâtives ! »

« Les conclusions hâtives ? » répéta Albus d’un ton désabusé. « Rose, Biril, c’est-à-dire Linus, a remonté le temps, j’en suis sûr maintenant ! »

Scorpius intervint :

« Du calme ! »

Albus voulut protester. Il voulut dire à Scorpius que ce n’était pas son père qui était en danger, mais une petite voix dans sa tête lui disait qu’il avait peut-être tort à ce sujet. Après tout, si les Malfoy avaient sauvé la vie de Harry, ils étaient autant en danger que lui.

« Je sais que beaucoup d’éléments penchent en faveur de ta théorie, Al, » continua Scorpius, « mais j’ai un moyen de prouver que tu as tort à propos de tout cela. »

Tandis que Rose se rasseyait, Albus lui prit la main et accorda toute son attention à Scorpius :

« Dis-moi. »

Scorpius se pencha en appuyant ses coudes sur ses genoux. Il parla en agitant les mains, comme toujours quand il était nerveux, sauf qu’Albus venait seulement de le remarquer.

« Bon, vous vous souvenez qu’au début des vacances, j’avais suggéré que ce Linus en sixième année devait être de la famille ? »

Rose et Albus hochèrent la tête.

« Eh bien, j’ai trituré cette hypothèse dans ma tête dans tous les sens depuis quinze jours, et je pense… enfin non, je suis presque sûr ! Oh, oui, j’en ai la certitude maintenant ! »

« De quoi ? » dirent Rose et Albus en chœur, suspendus aux lèvres de leur ami.

« Il doit s’agir du petit Samuel que tu as vu dans le souvenir, Al. »

Albus trouvait l’idée plausible, mais il n’avait jamais entendu le prénom de l’élève depuis qu’il était à Poudlard.

« Donc, » continua Scorpius, « le souvenir doit dater d’il y a quatorze ans, plus ou moins quelques mois. Depuis, si le but de Linus avait été de retourner dans le passé et d’avertir le Seigneur des Ténèbres… Enfin, je veux dire, Riddle, je pense qu’il l’aurait déjà fait ! »

Albus eût un pincement au cœur :

« Papa nous a dit que Biril a disparu il y a environ quinze ans… »

Puis, il repensa à une conversation qu’ils avaient eue à l’infirmerie :

« Rose, il y a quatorze ans, la réglementation sur les Retourneurs de Temps, elle était déjà en vigueur ? »

Il observa sa cousine tandis qu’elle faisait mentalement le calcul.

« Oui, je suis positive là-dessus. »

Albus voulait croire sa cousine, pourtant il y avait une infime partie de lui qui voulait creuser plus loin pour se rassurer entièrement.

« A mon avis, » conclut Scorpius, « peu importe ce qu’il a voulu faire, je pense que Linus a dû échouer, ou, avec un peu de chance, il est vraiment mort… Peut-être que sa fille ne jouait pas la comédie, après tout… »

Noyé dans ses pensées, Albus imaginait une immense balance dont les deux coupelles de cuivre penchaient d’un côté ou de l’autre, au gré des arguments qui venaient apporter des preuves en leur faveur ou en leur défaveur.

« Mais, comment être sûr qu’il est bien hors d’état de nuire ? »

« On peut toujours vérifier avec Samuel ! » proposa Rose. « Enfin, si c’est bien lui. »

« En tous cas, » protesta Scorpius, « je ne me vois pas aller lui dire : ‘Salut, tu te souviens de moi, Scorpius, le traître des Serpentard ! Dis-moi, ton grand-père, il est toujours vivant ?’ »

Albus voulut éclater de rire, mais la tension était trop présente. Quant à Rose, elle fit la moue : elle avait encore du mal à accepter le cynisme de Scorpius.

« Et si on utilisait la cape d’Invisibilité, on pourrait suivre à la trace Linus et son gang ? » suggéra-t-elle.

« Si on a de la chance, il parlera de son grand-père dans, disons… quelques mois ? »

« Ne sois pas cynique, Al, » protesta Rose.

Albus voulut rétorquer mais il reconnut intérieurement qu’elle n’avait pas tort : Scorpius l’était suffisamment pour ne pas en rajouter. Seulement, c’était plus fort que lui. Ils n’étaient pas sûrs à cent pour cent, même si les derniers arguments semblaient indiquer qu’il était impossible pour Linus d’avoir fait un voyage dans le passé. Ou du moins, s’il avait pu le faire, ça n’était pas dans le but auquel Albus avait pensé.

Pour autant, après des mois de suspens, d’angoisse et de frayeurs de plus en plus troublantes, il avait l’impression de se trouver face à un mur, incapable de parvenir à un moyen de savoir si Linus était toujours en vie. C’était comme s’ils avaient traversé la jungle, bravant les dangers cauchemardesques que représentaient l’inconnu, les bêtes sauvages, la fatigue et la survie, et qu’ils arrivaient à un précipice sans pont de lianes pour le traverser. Et Albus était sûr que le pont était la clé. Ce qui leur permettrait, non plus d’avancer, mais de sortir de la jungle.

Au cours des jours qui suivirent, ils eurent la confirmation que le fameux Linus en sixième année s’appelait bien Samuel, et quelques jours plus tard, Scorpius déboula dans la Grande Salle, un vieux livre à la main. Il le posa bruyamment sur la table à côté de Rose qui sursauta, et Albus entreprit de déchiffrer le titre à l’envers : Le Grand Livre des Potions.

« J’ai trouvé un moyen de soutirer des informations à Samuel Linus ! » dit Scorpius dans un murmure à peine audible. « Mais il y a des risques… »

« A quoi tu penses ? » demanda Rose.

En guise de réponse, Scorpius ouvrit le livre à la page où il avait glissé une feuille de parchemin vierge. Albus n’arrivait pas à déchiffrer les caractères gothiques à l’envers, aussi attendit-il que sa cousine lise à voix haute.

« Du Polynectar ? Excellente idée, » s’excita Rose, « Mais effectivement, je pense que ça signifie qu’il faudra enfreindre au moins douze articles du règlement intérieur de l’école ! De plus, s’il va falloir le préparer, ça va prendre longtemps, et si on ne le fait pas correctement… »

Le lendemain, profitant du fait que la plupart des élèves soit dans le parc à profiter du beau temps ou dans les gradins pour voir l’ultime entraînement de Gryffondor avant le dernier match de l’année qui les opposait à Serpentard, ils retrouvèrent les toilettes de Mimi Geignarde, après un détour par la réserve du maître des potions, dans laquelle ils trouvèrent tous les ingrédients dont ils avaient besoin pour préparer le Polynectar.

Albus, qui était tout juste à l’aise avec les potions du niveau de première année, laissa Scorpius et Rose se charger de la potion. Quant à lui, il cherchait un plan.

« Rose, tu pourrais prendre l’apparence de la mère de Samuel –elle s’appelle Rosalie, au moins tu n’auras pas de soucis pour le prénom !- et on ferait croire qu’elle rend visite à Samuel.. »

Scorpius intervint :

« Al, il nous faut un cheveu de la personne dont on veut prendre l’identité, et je suis désolé, mais je n’en ai pas trouvé qui appartienne à Rosalie Linus dans la réserve d’Edison ! »

Le temps passait à une vitesse follement surprenante encore une fois : Gryffondor gagna contre Serpentard, mais ils avaient au final totalisé exactement le même nombre de points que Serdaigle et les deux maisons finirent ex-aequo dans la course pour la Coupe de Quidditch. Une victoire en demi-teinte fut donc célébrée le soir même dans la salle commune. Les septième année ne faisaient pas tellement la fête car ils étaient déprimés à l’idée de devoir partager le seul et unique trophée de Quidditch qui fut à leur portée durant toute leur scolarité. Hume et Carter, les deux batteurs de Gryffondor, qui avaient annoncé ne pas se représenter pour l’équipe l’année suivante, afin de se consacrer entièrement pour leurs ASPICS, étaient en train de reconsidérer leurs plans. Quant aux plus jeunes, ils étaient ravis des progrès que l’équipe avait faits durant l’année. James jubila comme un fou pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que le professeur Terenze, un centaure qui dispensait les cours de Divination, le mette en retenue le week-end suivant pour avoir échoué à un test. La rumeur de son Troll se répandit dans l’école à la vitesse d’un Feu Fuseboum, aidé en cela par l’arrivée d’une Beuglante de Ginny au beau matin lors du petit déjeuner.

La potion avançait, cependant Albus faisait toujours l’impasse sur la façon dont ils allaient s’y prendre pour parler à Samuel Linus.

« On est au moins d’accord sur une chose, » répétait Rose, « l’idéal serait d’usurper l’identité de trois des amis de Linus ! »

Mais Scorpius avait encore quelques réticences à cette idée.

« C’est quand même risqué, » disait-il souvent au beau milieu d’une conversation qui n’avait pas toujours un rapport direct avec leur projet. « Est-ce que vous vous rendez compte qu’ils se connaissent depuis six ans ? Si on fait ne serait-ce qu’un pas de travers… »

Il fallait parfois à Rose et Albus un bon moment pour comprendre de quoi il parlait. Ils n’avaient malheureusement pas le droit de consacrer toute leur énergie à préparer leur imposture : les examens approchaient à pas de géant, et les trois amis avaient des révisions plein la tête.

« Il faut que ça soient des personnes dont on peut avoir facilement un cheveu, » dit Albus à voix basse à la bibliothèque, lors d’une des dernières révisions. « C’est-à-dire, quelqu’un de Poudlard… »

Il haussa les épaules en signe de renoncement. Cela ne lui plaisait pas tant que ça de devoir prendre l’apparence de quelqu’un qu’il croisait tous les jours, et pensait en son fort intérieur qu’il aurait préféré endosser l’identité d’un parfait inconnu, mais il savait que c’était impossible.

« Les amis de Linus sont vraiment la meilleure couverture qu’on puisse trouver, crois-moi ! » annonça Rose d’un ton déterminé et sûre d’elle, qui finit par convaincre Scorpius.

« Et il faut que l’on fasse quelque chose pour éviter de les croiser quand on prendra leur apparence, » ajouta-t-elle.

Albus et Scorpius se regardèrent avec complicité en expliquant à Rose que le problème était déjà réglé : ils avaient tout un stock de pastilles, poudres et potions provenant du magasin de Farces et Attrapes, qui datait de leur dernière visite au chemin de Traverse.

« Vivement qu’on soit en troisième année, » se languit Albus, « on pourra aller visiter le magasin de Pré-au-Lard et on ne sera plus obligés d’attendre les vacances à chaque fois pour se fournir ! »

Rose se pinça les lèvres. Elle n’avait pas l’air très d’accord pour rendre des élèves malades volontairement, ce qui, finalement, soulagea Albus, car il réalisa qu’elle n’avait jamais pris au sérieux la menace de Pastille de Gerbe glissée dans l’assiette du professeur Léonie, quelques semaines plus tôt.

« Comment trouver des cheveux ? » demanda-t-elle pour changer de sujet.

« Je suis tombé sur un sortilège l’autre jour, » dit Albus en fouillant dans son sac à la recherche d’une feuille de parchemin, « je l’ai écrit quelque part, attendez… »

Il trouva le livre dans lequel il avait glissé la feuille :

« Un sortilège d’Attraction. Il faut pointer sa baguette vers un objet et prononcer : Accio ! »

Ils s’entraînèrent à la pratique du sortilège le soir même, dans le dortoir des garçons. Rose était la plus douée, elle arrivait à obtenir des plumes de hiboux qui passaient à proximité de la fenêtre. Mais les oiseaux de nuit n’étaient pas les seuls à y perdre leurs plumes : Albus regretta amèrement de ne pas avoir pensé à trouver un sortilège bouclier car quelques hiboux mécontents du traitement que les trois amis leur faisaient subir, leur foncèrent dessus.

La veille du premier jour des examens, Rose ajouta le dernier ingrédient au Polynectar. En revenant dans la Salle Commune, ils virent qu’elle était bondée par des élèves de cinquième et septième année enfin soulagés des BUSES et ASPICS qui les avaient stressés toute l’année.

Albus voulait réviser encore un peu l’Histoire de la Magie et la Métamorphose, et dut le faire dans leur dortoir où Kyle et Tom s’entraînaient au sortilège de lévitation. Très vite, la fatigue l’emporta et Rose suggéra d’aller se coucher, mais Albus resta longtemps éveillé : la peur d’échouer l’envahissait. Il craignait très sincèrement de ne pas s’être plus sérieusement investi dans ses études et de devoir redoubler l’an prochain. Autant qu’il sache, il n’avait jamais entendu parler d’un élève qui ait redoublé avant et, ouvrant les yeux soudainement, il sentit une crampe dans son estomac en pensant avec horreur, et honte, qu’il serait peut-être le premier à qui cela arriverait. Le Troll de James en Divination le hanta et il se redressa en sueur dans son lit, la tête remplie de feuilles d’examens notées avec un énorme T rouge…

Il avait l’impression d’avoir reçu un coup de poing dans la figure et la fatigue le quitta aussi vite qu’elle était arrivée. Il vérifia l’heure : il était déjà plus de minuit. Décidé, il se glissa sans bruit hors de son lit, posa ses lunettes sur le bout de son nez et attrapa la lanière de sa sacoche en sortant du dortoir. Il descendit s’installer à une des tables de la Salle Commune où traînaient encore quelques élèves de septième année qui le dévisagèrent, mais il ne leur prêta pas attention, et ouvrit son manuel de Métamorphose.

Albus se réveilla le lendemain dans son lit, sans se souvenir d’y être retourné après ses révisions tardives. Il trouva ses lunettes sur sa table de chevet, mais pas comme il avait l’habitude de les poser.

Il n’était que vaguement curieux de la situation pour se concentrer sur ses examens. Il se demanda si ses révisions de dernière minute allaient suffire et considéra un moment descendre manger avec ses notes, mais Scorpius l’en empêcha, disant qu’il allait s’embrouiller.

Au petit déjeuner, Victoire vint s’asseoir avec eux et annonça que c’était elle qui avait mis Albus dans son lit, après qu’il se fût endormi sur la table de la Salle Commune.

« Comment se sont passés tes ASPICS ? » demanda Albus poliment après l’avoir remerciée.

« Bien, je pense, » répondit-elle le sourire aux lèvres, « je crois que je vais pouvoir suivre une carrière de Médicomage dès la rentrée ! »

Albus lui sourit, mais sentit immédiatement des crampes à l’estomac en repensant à ses craintes de la veille.

Hors, une fois devant sa feuille, il se rendit compte qu’il avait rêvé des sortilèges qu’il avait révisés, et que tout paraissait clair dans son esprit.

Sans plus aucune hésitation, il trempa sa plume dans l’encre et se mit à écrire les réponses au questionnaire.

***

Albus réalisa que la pression qu’il s’était mise avait été bien plus forte que nécessaire, et le vendredi après-midi, lorsque le professeur Flitwick ramassa les parchemins du dernier examen de l’année, il sentit un soulagement incroyable et un apaisement presque total.

Presque.

Le dimanche, le Polynectar était enfin prêt. Tous les élèves étaient dans le parc à profiter du dernier week-end avant les grandes vacances. Il ne restait qu’une semaine, pendant laquelle la plupart des professeurs faisaient une correction des examens ou préparaient des devoirs à faire pour la rentrée.

Albus, Rose et Scorpius sentaient la pression remonter. Ils avaient fini par tomber d’accord sur un scénario qui leur permettrait de savoir si Gabriel Linus était toujours vivant, et ce fut avec la plus grande des prudences qu’Albus s’avança dans la Grande Salle lors du dîner, une fiole de poudre de Gerbe à la main, prêt à verser le contenu dans le verre de jus de citrouille de sa victime…

Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent dans les toilettes de Mimi Geignarde, trinquant à la fin de l’année…

« … et au début des ennuis, » ajouta Albus avant d’avaler le Polynectar.

Il fit la grimace : sa coupe avait un arrière goût amer. Il se regarda dans le miroir. Son visage changeait de forme, il prit un bon vingt centimètres de taille, et lorsque la transformation fut complète, il ressemblait comme deux gouttes d’eau à Noah Carter, un ami de Linus. Attrapant des uniformes de Serpentard qu’ils avaient subtilisés à la lingerie, il alla se changer dans un cabinet.

Il en ressortit en même temps que Scorpius, qui avait l’apparence de Benjamin Brown, un autre des compères de Linus. La situation avait l’air aussi étrange pour Scorpius qu’elle l’était pour Albus, et l’un comme l’autre ne savait pas vraiment quoi dire.

Rose sortit de son cabinet quelques secondes plus tard, et Albus sentit un pincement au cœur : il savait que c’était Rose, et pourtant elle ressemblait tellement au professeur McGonagall !

« Messieurs Potter et Malfoy, » mima-t-elle dans la voix de la directrice, « puis-je connaître la curiosité qui vous a poussés dans les toilettes des dames ? »

Albus et Scorpius éclatèrent de rire et un instant Albus oublia ce pourquoi il était là, jusqu’à ce que du bruit se fasse entendre dans le couloir. Ils se dépêchèrent de ranger le chaudron et les fioles et Albus et Scorpius se glissèrent sous la cape d’invisibilité.

La porte des toilettes s’ouvrit, et deux élèves de septième année entrèrent en ricanant. Seulement, c’étaient un garçon et une fille, collés l’un contre l’autre. Ils n’avaient pas remarqué Rose, et commencèrent à s’embrasser. La fille cherchait à retirer la cravate de son petit-ami.

Albus était totalement pétrifié. Loin de lui l’idée de chercher à admirer le spectacle, il était paralysé sur place. Rose l’était aussi. Heureusement, Scorpius réagit en donnant un coup de coude à Rose.

« Hem, hem… »

Les deux élèves sursautèrent, tournèrent la tête au même moment en direction de Rose, et, réalisant l’horreur de la situation, ils bondirent à un mètre l’un de l’autre, on aurait dit qu’ils cherchaient à faire comme si de rien n’était.

« Professeur McGonagall ? »

La voix du garçon était très aigue, et Albus dut se mordre la langue pour ne pas éclater de rire. La scène était vraiment très drôle à voir.

« Mais, on vous a vus, dans la Grande Salle ! Vous… malade… vomissant partout… »

Tandis que la fille n’arrivait pas à détacher Rose du regard, les yeux du garçon roulaient dans tous les sens. Albus était persuadé qu’il cherchait un trou de souris pour s’y glisser.

« Oh ! C’est vrai, excusez-moi » souffla Rose d’un ton sarcastique, « Monsieur Cosby, continuez donc ce que vous aviez commencé tous les deux, je vais faire comme si je n’avais rien vu et je retourne me coucher tout de suite ! »

Et là, Scorpius ne put s’empêcher de pouffer de rire. Les deux élèves dirigèrent leur regard directement à l’endroit où Albus et Scorpius étaient cachés sous la cape. Quant à Rose, elle semblait incapable de réagir, et Albus vit le visage qu’elle avait emprunté à la directrice s’empourprer. Il priait pour qu’elle ne les laisse pas s’en sortir sans retenue, car le professeur McGonagall n’avait pas la réputation d’être clémente.

« Eh bien, je crains que vous ne deviez passer toutes les soirées de la dernière semaine de votre scolarité en retenue, jeunes gens… »

Albus poussa un soupir inaudible de soulagement. Il tenta de se calmer tandis que Rose arrangeait avec les deux élèves de l’heure et du lieu de leurs retenues, puis le couple sortit des toilettes et Rose se rua vers un lavabo, faisant couler dans le creux de ses mains une grande quantité d’eau, dont elle s’aspergea le visage.

« Au moins, » chuchota Scorpius, « on sait que tu es crédible en McGonagall ! »

Scorpius voulut enlever la cape d’invisibilité, mais Albus le retint :

« On a assez perdu de temps comme ça ! »

Rose se redressa. Elle se sécha le visage à l’aide de sa baguette, et annonça :

« Allez, on y va. »

Ils sortirent des toilettes et se précipitèrent vers les escaliers. Albus et Scorpius durent faire attention de ne pas frôler les élèves qu’ils croisaient. Ils étaient dangereusement proches de la Grande Salle où encore beaucoup d’élèves et professeurs prenaient leur repas, et tous les yeux étaient tournés vers Rose, qui heureusement jouait son rôle à merveille :

« Je vais beaucoup mieux, » dit-elle à un groupe d’élèves de troisième année qui lui demandèrent comment elle se sentait, « merci Miss Kettle. »

Ils n’avaient pas été très enchantés de soumettre la directrice à un spectacle où elle était la malheureuse vedette. Cependant, Albus, bien qu’il ne l’eût pas avoué à ses amis, avait ressenti une pincée de plaisir à rendre à la directrice la monnaie de son Gallion : une petite voix dans sa tête tentait de lui faire comprendre que c’était mal, surtout que ça n’était pas vraiment de sa faute qu’il s’était retrouvé inconscient à l’infirmerie. Il ne chercha pas à faire taire sa bonne conscience, mais la mit simplement de côté, se disant qu’il regretterait ses mauvaises pensées uniquement si leur soirée n’aboutissait pas. Si le pont de lianes ne se matérialisait pas.

Sans qu’Albus ne s’en rende compte, ils étaient arrivés devant un mur de pierre percé d’une porte qui pivotait, commandée par le mot de passe qu’avait donnée un élève de Serpentard pour accéder à la Salle Commune de sa maison.

Scorpius plaqua Albus contre le mur de justesse. Une seconde plus tard, deux élèves les auraient découverts…

Ils observèrent Rose discuter avec quelques élèves tandis qu’elle faisait la queue pour entrer dans la Salle Commune. Mais au moment où elle allait franchir le trou, ils reconnurent la voix du professeur de Sortilèges héler celle qu’il croyait être la directrice :

« Minerva ! »

Rose n’eut pas le réflexe de se retourner, mais oubliant la taille de McGonagall, elle se cogna la tête et pivota. Lorsqu’elle se rendit compte que Flitwick se dirigeait vers elle, elle lui sourit et réussit à dissimuler la douleur de son front.

« Filius ? »

Il y avait dans sa voix une note d’angoisse, et Albus se demanda tout de suite si Flitwick l’avait remarqué.

« Minerva, » répéta-t-il en parcourant les derniers mètres qui le séparaient de Rose, « que faites-vous là ? »

Rose réalisa qu’elle bloquait le passage, et elle ressortit, se mettant sur le côté, à quelques centimètres seulement d’Albus et Scorpius.

« Je vous croyais à l’infirmerie, » continua Flitwick, « au moins jusqu’à demain matin ! »

Retenant sa respiration, Albus et Scorpius attendirent, suspendus aux lèvres de Rose.

« Moi aussi, mon cher Filius, moi aussi ! »

Albus devinait que sa cousine cherchait à gagner du temps.

« Mais ça n’était pas aussi terrible que ça en avait l’air, finalement ! »

Elle fit un pas de côté, s’éloignant encore un peu de l’entrée à la Salle Commune des Serpentard. Albus et Scorpius l’imitèrent, et Flitwick également.

« Pomona a soupçonné de la Poudre de Gerbe, » dit-elle tout bas.

Flitwick écarquilla les yeux.

« Et, » dit-il avec une pointe de curiosité dans la voix, « ses soupçons ont-ils été confirmés ? »

Rose prit un air sérieux et Albus, du coin de l’œil, réalisa que c’était exactement le genre de la directrice. Il sourit : Rose était vraiment une bonne actrice.

« Je le crains fort, cher collègue. »

Flitwick avait l’air paralysé.

« Heureusement qu’elle a de bons remèdes, n’est-ce pas ? » dit Rose en souriant.

« Eh bien, » murmura Flitwick, « je serais curieux de savoir ce qui fonctionne, certains de mes élèves y ont parfois recours pour échapper à un de mes cours… Sans que je puisse le prouver, bien sûr, mais… »

Il s’arrêta de parler instantanément.

« Mais tout de même, je vous trouve très pâle, Minerva, vous devriez aller vous reposer ! Poudlard peut se passer de vous ce soir ! »

Rose était effectivement très pâle.

« Votre sollicitude me touche beaucoup, Filius, mais j’ai bien peur de devoir convoquer deux élèves… »

« Et cela ne peut pas attendre demain ? »

Rose fronça les sourcils en voyant la mine désemparée du professeur de Sortilèges. Elle voulut répondre, mais Flitwick écarquilla à nouveau les yeux et demanda, éberlué :

« Vous savez qui vous a fait ça ? »

Il fallut à Rose quelques secondes pour comprendre de quoi il parlait.

« J’ai des soupçons, oui… »

Flitwick était presque sur la pointe des pieds.

« Alors ? »

Quelques secondes passèrent, pendant lesquelles Albus devina que sa cousine hésitait à lui donner les noms. Flitwick et McGonagall étaient-ils si proches au point que la directrice fît des confidences au maître des Sortilèges ?

« Monsieur Brown et Monsieur Carter. Je pense que Monsieur Linus est de la partie également, mais je n’obtiendrai rien de sa part. »

Flitwick se pinça les lèvres.

« C’est assez plausible. Je sais qu’ils connaissent le passage d’accès aux cuisines, s’ils ont pu glisser leur poudre dans votre assiette… »

Il plissa les yeux avant d’ajouter :

« Par contre, vous ne les trouverez pas dans la Salle Commune ce soir. Ils sont en retenue avec Fénelon. Et Monsieur Linus avec Neville. Vous aviez oublié ? »

Scorpius était bouche bée, et Albus dut faire un effort considérable pour empêcher un cri de surprise sortir de sa gorge.

Mais Rose sut garder son calme. Elle baissa la tête et se frotta le front d’une main, feignant un mal de tête.

« Ah, oui… » fit-elle, « décidément, ce n’est pas mon jour, aujourd’hui… »

Elle redressa sur le bout de son nez les lunettes qu’elle avait empruntées grâce à un sortilège d’attraction dirigé vers le bureau de la directrice la veille et, adressant un bref sourire à Flitwick, elle s’avança.

« Je crois que je vais vous laisser, Filius. Merci très sincèrement de votre aide et de votre amitié, et bonne soirée. »

Albus et Scorpius la suivirent, laissant Flitwick derrière eux.

« Il faut qu’on aille voir Linus, » chuchota Scorpius.

« Oui, » dit Rose en bougeant à peine les lèvres. « Je vais tenter de distraire Neville pour que vous ayez le champ libre. »

Albus jeta un coup d’œil à sa montre :

« Il reste une demi-heure avant que l’on reprenne notre apparence. »

« Ça va aller, » murmura Rose, « restez sous la cape, mais n’oubliez pas de l’enlever avant d’entrer ! »

Ils durent passer devant l’infirmerie où se trouvait la vraie McGonagall : le bureau de Neville se trouvait au premier étage derrière une salle de classe que Neville n’utilisait presque jamais, si ce n’était pour les retenues.

Rose entra sans même frapper à la porte.

« Je suis désolée, Neville, puis-je vous parler ? C’est urgent… »

Tandis que Neville proposa à Rose de monter dans son bureau et que celle-ci acceptait, Albus et Scorpius purent enfin sortir de dessous la cape, qu’Albus rangea dans sa robe de sorcier. Rose avait intentionnellement laissé la porte de la classe ouverte, et Albus entendit celle du bureau de Neville se refermer.

« Prêt ? » demanda-t-il.

Suivi par Scorpius, il entra dans la salle. Linus avait le dos tourné mais il les entendit entrer, et se retourna :

« Noah ! Ben ! Qu’est-ce que vous fichez ici ? »

Il sortit sa baguette et prononça en direction de la porte du bureau ‘Muffliato’.Albus, qui avait utilisé ce même sortilège avec son frère pendant les vacances de Noël, savait que c’était pour empêcher Neville de les entendre.

« On a Stupéfixé ce balourd de Léonie ! » siffla Scorpius. « Il faudra juste qu’on lui fasse subir un sortilège de Mémoire tout à l’heure, mais ça devrait aller… »

Linus semblait impressionné.

« Vous savez ce qu’elle veut, McGonagall ? »

Scorpius fit non de la tête. Albus l’imita.

« Qu’est-ce que ça peut nous faire ? » aboya Scorpius.

Voyant que Scorpius se débrouillait bien pour faire la conversation à Linus, Albus repéra un exemplaire de la Gazette posé sur une pile de dossiers près de la fenêtre, et commença la lecture.

« Qu’est-ce que tu fais, Noah ? » demanda Linus.

« Ben, tu vois, je lis, » répondit Albus d’un ton sec.

Linus parut offensé, et Scorpius s’empressa de dire :

« Regarde s’ils ont eu Murray, tant que tu y es… »

Linus se redressa brusquement, et Albus, surpris, lâcha son journal.

« N’avez-vous donc pas confiance, idiots ? »

Albus ravala sa salive.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? » marmonna Scorpius.

Linus considéra Scorpius longuement. Puis, il jeta un coup d’œil en direction du bureau de Neville et se rassit sur sa chaise.

« Murray et son gang ne seront jamais attrapés. Pas plus que mon Grand-père… »

Albus sentit son cœur rater un battement.

« Bon, ok. Ça fait un petit bout de temps que je suis au courant, si seulement je n’avais pas perdu la fiole… »

Albus n’osa pas regarder Scorpius, de peur d’être trahi.

« Les pions sont en place, alors je suppose que je peux vous mettre au courant… »

La tension était très palpable dans la pièce.

« Un nouvel ordre commence, et ma famille sera récompensée… »

Scorpius ne bougeait plus, et Albus attendit que Linus continue de parler, seulement il n’en fit rien.

« Ta famille ? » répéta-t-il sur le ton de la surprise.

« Oui, grâce à mon Grand-père, Gabriel Linus. »

Ils entendirent des bruits de chaise dans le bureau de Neville, et attendirent de longues secondes, les yeux rivés sur la porte.

« Je croyais qu’il était mort, la façon dont tu en parlais, » lança Scorpius.

Linus haussa les épaules.

« C’est ce qu’on a voulu faire croire… Ma mère n’était pas très heureuse de le faire, mais elle l’a fait, et elle m’a mise dans la confidence, à peu près l’an dernier, je crois… »

La poignée de la porte du bureau pivota, mais elle ne s’ouvrit pas, et Linus continua de parler, prenant un air nonchalant. Quant à Albus, il était partagé entre le désir de connaître la fin de l’histoire, et celui de ne pas se faire prendre par Neville, d’autant plus que les effets du Polynectar touchaient à leur fin.

« Il y a quatorze ans, mon Grand-père a fabriqué un Retourneur de Temps, et l’a utilisé pour retourner en 1981 et changer le cours des choses. Il a échoué, il est arrivé trop tard, mais son Retourneur ne fonctionnait plus, et depuis il est bloqué dans le passé. Et ce soir même, d’après ses calculs, il a une seconde chance d’empêcher notre malheur… »

La porte s’ouvrit légèrement et ils entendirent Rose et Neville chuchoter.

« Comment communiques-tu avec ton Grand-père, Sam ? »

« Il écrit des lettres, qu’il glisse dans un coffre dans le grenier de notre maison, à son époque. A chaque vacance, il y a plusieurs rouleaux de parchemin en plus. Maman n’est pas au courant, je pense qu’elle m’empêcherait de les lire de toute façon. Elle ne croit pas qu’il puisse réussir. Moi, si. »

Un large sourire se dessina sur son visage et Albus le haït soudainement. Il sentit l’amertume qu’il avait éprouvée en prenant le Polynectar.

« Vous devriez partir, ils vont arriver. »

La porte s’ouvrit et Rose s’exprima à voix haute :

« Merci, Neville, bonne soirée ! »

Scorpius entraîna Albus hors de la salle et ils attendirent Rose. Albus sentit que ses vêtements devenaient trop grands.

Rose surgit dans le couloir, les cheveux à moitié roux. Sans un mot, ils se glissèrent tous les trois sous la cape et coururent jusqu’au toilettes des filles pour se changer, tandis que Scorpius expliquait la situation à Rose.

Albus avait l’impression que son cœur s’était arrêté de battre. Linus n’avait pas donné de détails exacts, mais il n’en avait pas eu besoin.

Finalement, Albus avait eu raison depuis toujours, mais l’entendre de Linus était un réel choc.

« Qu’est-ce qu’on fait ? » demanda Scorpius.

« Il faut trouver McGonagall. Lui donner l’antidote et la prévenir de la situation. »

Mais la directrice n’était plus à l’infirmerie. Ils se précipitèrent vers son bureau.

« Je crois que cette fois-ci la gargouille ne nous laissera pas entrer ! » lança Scorpius dans sa course.

Mais ils eurent de la chance : l’escalier de pierre était accessible. Ils frappèrent à la porte du bureau mais n’eurent pas de réponse.

« Allez ! » les encouragea Rose. « Là, on aura une excuse pour être dans le bureau de McGonagall sans autorisation ! »

Ils entrèrent.

Le bureau était plongé dans l’obscurité, et le seul bruit qui s’y faisait entendre était le crépitement des flammes dans la cheminée.

Tentant de reprendre son souffle, Albus prit place sur une des chaises face au bureau et attendit.

Il ne supportait pas de rester assis à ne rien faire pendant que son père était en danger, mais il n’avait pas d’autre solution. A part peut-être de courir dans tout le château à la recherche de McGonagall, mais il trouvait que c’était très stupide.

Puis, le silence fut interrompu par une voix qu’Albus ne connaissait pas. D’instinct, il sortit sa baguette, imitée par ses amis.

« Severus ? »

XXI: Albus et Severus by Eliah
Author's Notes:
Que l'on me donne six heures pour couper un arbre, j'en passerai quatre à préparer ma hache.
(Abraham Lincoln)

« Severus ? »

Albus chercha d’où provenait la voix. C’était celle d’un des anciens directeurs de Poudlard, dont le portrait était situé près de la fenêtre.

« Je m’appelle Albus ! » s’écria Albus en colère. « Vous avez compris ? Al- Bus ! »

Il n’en revenait pas que la rumeur de son deuxième prénom se fût répandue jusque dans le bureau de la directrice.

« Severus, ils sont là. »

Au moment où Albus se rendit compte que l’homme ne s’était jamais adressé à lui, Scorpius lui tira la manche et pointa son doigt vers un autre portrait derrière le bureau, dans lequel un homme apparut. Albus le reconnut immédiatement : il l’avait déjà vu lorsqu’il s’était introduit dans le bureau de McGonagall pour utiliser la Pensine.

« Vous ! Je vous ai vu, la dernière fois ! Vous m’observiez… »

L’homme, dont les cheveux noirs retombaient en rideau de chaque côté de son visage, le coupa :

« Et vous avez cru que je vous avais dénoncé, n’est-ce pas ? »

Il y avait dans sa voix un soupçon de cynisme qu’Albus détesta tout de suite.

« Mais, je… »

Rose lui prit la main qu’elle serra très fort, comme pour lui intimer de ne pas riposter.

« Hum, » fit l’homme dans le portrait, « voyons… Le regard de son père, la prestance de sa mère. Vous devez être Rose. »

Albus n’était pas sûr que les remarques faites à l’attention de son oncle et sa tante fussent des compliments, mais il ne dit rien.

« Quant à vous, » conclut l’ancien directeur d’un ton neutre, « Scorpius, vous ressemblez vraiment très fort à votre père et votre grand-père. »

Il hocha la tête, comme s’il avait l’esprit ailleurs.

« Maintenant, Dumbledore, je comprends pourquoi. J’aurais tout de suite deviné. »

Dans le portrait voisin, qui était le plus grand de tous ceux du bureau, se trouvait un vieil homme assis dans le fauteuil avec lequel il avait été peint. Il avait une longue barbe argentée, et posées sur son nez crochu, des lunettes en demi-lune derrière lesquelles ses yeux bleus étincelants observaient méticuleusement la scène.

Albus fut ému en comprenant qu’il rencontrait enfin le grand homme dont son père lui avait tant parlé.

Dumbledore acquiesça à l’attention de Snape et dit à Albus :

« Le temps a été long, Albus Potter. »

Il lui sourit et ajouta :

« De tous les élèves que je me suis apprêté à rencontrer dans ce bureau, je crois que tu es parmi ceux pour lesquels ma patience a été sévèrement mise à l’épreuve, et crois-moi si je te dis que je suis quelqu’un de nature plutôt persévérante ! »

Albus lui rendit son sourire d’un air gêné.

« Avez-vous remarqué, Severus, qu’il a les yeux de Lily ? »

Albus comprit avec étonnement que le premier homme était Severus Snape. Il se trouvait face aux portraits des deux fameux directeurs de Poudlard dont il avait hérité les prénoms.

Snape grogna.

« En tous cas, il a beaucoup hérité de son père : l’arrogance, l’ingratitude et les préjugés ! »

Albus voulut protester : il trouvait injuste que cet homme le juge sans le connaître.

« Cela, Severus, » dit Dumbledore d’une voix calme et posée qui apaisa tout de suite Albus, « est votre point de vue. Là où vous trouvez de l’arrogance, je vois de la détermination. Ce que vous croyez être de l’ingratitude est pour moi un soif inassouvie de savoir. Quant aux préjugés, mon cher ami, je dirais plutôt qu’il s’agit d’anticipation. »

Albus sentit tout de suite de la sympathie pour Dumbledore. Il était impressionné par cet homme.

« Vous m’agacez avec votre obstination à ne voir que ce qu’il a de bon, Dumbledore, » siffla Snape. « J’avais raison pour son père, je ne vois pas pourquoi… »

Dumbledore le coupa :

« Severus, soyez gentil de vous abstenir d’exprimer votre rancœur envers Harry, surtout en présence de son fils. Après tout, sans Harry, vous n’auriez pas eu votre portrait dans ce bureau… »

« Pour entendre les jérémiades de Phineas et les monologues du Choixpeau à longueur de temps, je m’en serais bien passé ! »

« Hé ! » fit une voix.

Albus tourna la tête : l’homme qui avait protesté était sans doute le Phineas en question, dont le portrait se trouvait près de la fenêtre.

Mais Dumbledore et Snape ne lui prêtèrent aucune attention.

« Ne soyez pas de mauvaise foi, Severus. Harry a reconnu votre rôle capital dans le passé et vous a exprimé en personne toute sa gratitude, le plus bel exemple étant ce garçon devant nous à qui il a donné nos deux prénoms ! »

Snape marmonna quelque chose d’incompréhensible tandis que les joues d’Albus s’empourpraient. L’émotion de la scène qu’il partageait avec ses amis le faisaient presque oublier ce pourquoi il était là.

« J’éprouve une fierté personnelle à cela, très cher Albus. Le jour où nous avons appris la nouvelle de ta naissance a été, je peux te le dire sincèrement, l’un des plus beaux de ma vie… N’est-ce pas Severus ? »

« Oui, je me souviens… J’ai failli mourir une deuxième fois tellement le choc a été brusque ! »

Le cynisme de Snape commençait à agacer Albus. Il voulut y mettre un terme.

« Professeurs, nous sommes ici dans un but tout à fait précis… »

Dumbledore s’exclama :

« Bien sûr, tu as raison, Albus, nous n’avons pas beaucoup de temps… »

Scorpius s’écria :

« Vous savez qui nous sommes, et pourquoi nous sommes là ? Je ne comprends plus rien ! »

Dumbledore lui sourit en se redressant dans son fauteuil.

« Bien sûr. Severus ? »

Snape leva légèrement le menton et prit un visage impassible.

« Il y a vingt-trois ans, Lord Voldemort a échafaudé un plan pour retrouver son corps. Votre père, » dit-il en regardant Albus, « lui a échappé de justesse ce soir-là. Ensuite, Dumbledore m’a demandé de redevenir l’espion que j’avais été avant la mort de vos grands-parents. Mais juste avant de partir rejoindre le Seigneur des Ténèbres, j’ai appris qu’un Mangemort du futur allait chercher à le contacter dans l’espoir de changer le passé. »

Albus, Rose et Scorpius se regardèrent :

« Oui, c’est vous qui m’avez prévenu. »

Dumbledore renchérit :

« Nous vous avons rencontrés, il y a de cela précisément vingt-trois ans. »

Albus avait vraiment peur, à présent. Rose ouvrit la bouche et la referma. Quant à Scorpius, il était sur le point d’émettre une objection. Albus intervint :

« Au cas où vous ne le sauriez pas, on n’a que douze ans… »

Le visage de Severus Snape prit une expression farouche.

« Je m’en doutais ! »

« Severus, » fit Dumbledore en haussant le ton. Puis il ajouta d’une voix plus douce : « Avant toute chose, nous voulons que vous sachiez que nous sommes conscients du fardeau que nous mettons sur vos épaules. Mais il est capital que vous le fassiez. »

Albus pouvait entendre le cœur de Scorpius battre à tout rompre. Il sentait également la main de Rose trembler furieusement dans la sienne. Quant à lui, l’effroi l’avait envahi au point de le paralyser, et il se surprit à penser que cela lui arrivait souvent depuis quelques temps. Horrifié, il se demanda subitement où était en lui le courage qui avait conduit le Choixpeau à le placer dans la maison de Godric Gryffondor.

« Il n’y a absolument rien de dangereux, » lança Snape froidement. « Il vous suffit de retourner dans le passé et me prévenir de la situation afin que j’intercepte Angelus Biril. »

Les questions se bousculaient dans la tête d’Albus.

« Mais… Pourquoi nous ? »

Snape fit une mine désapprobatrice, mais Albus l’ignora.

« Mon cher Albus, » expliqua Dumbledore, « le temps est une boucle qu’il ne faut pas briser. Dans le passé, c’est vous qui êtes intervenus, et il faut qu’il en soit ainsi encore aujourd’hui. Et pour la prochaine boucle, il devra en être de même, ou le sort de l’humanité est perdu, à tout jamais. »

Ses yeux perçants donnaient à Albus l’impression de passer aux rayons X, et il eut la désagréable impression d’être en face de son père.

Son père.

Et Albus comprit enfin où était son courage. C’était lui qui l’avait amené jusque là. Pour sauver son père. Il fallait accepter l’inacceptable.

« C’est d’accord, je vais y aller. »

C’était l’impulsion qu’il avait fallu à Rose et Scorpius pour réagir.

« On t’accompagne, » dirent-ils en chœur.

A ce moment-là, Albus avait la sensation d’être un meneur, quelqu’un derrière qui les gens se mettaient pour le soutenir. Et cette perception était réconfortante.

« Comment ça va se passer ? » demanda Rose.

Ce fut Dumbledore qui répondit.

« Il y a un Retourneur de Temps dans le deuxième tiroir du bureau du professeur McGonagall, Rose, s’il vous plaît. »

Rose s’exécuta et revint avec un genre de montre à gousset en or muni d’une longue chaîne.

« Réglez-le à la date du 24 juin 1995. »

Albus observa Rose appuyer simultanément sur les boutons du Retourneur de Temps : la date s’affichait progressivement.

« Heureusement qu’ils ont amélioré l’ancienne version, » soupira Snape, « s’il fallait tourner le sablier heure par heure, on y serait encore demain. »

Dumbledore ne releva pas la nouvelle critique de Snape.

« Sur quelle heure nous étions-nous mis d’accord, Severus ? »

« 23h30. »

Rose afficha l’heure que Snape avait donnée.

« Vous allez vous retrouver dans ce bureau, vingt-trois ans auparavant. Ne vous inquiétez pas, vous ne verrez personne. Nous serons tous au terrain de Quidditch, pour la troisième tâche du Tournoi des Trois Sorciers. »

Dumbledore se leva.

« Une fois sortis du château, il faudra être discret… »

Il plongea son regard dans celui de Scorpius, puis de Rose, et enfin d’Albus.

« Vous allez peut-être croiser votre père qui remonte au château avec quelqu’un d’autre… Surtout, n’intervenez pas ! Personne ne doit savoir qui vous êtes ! »

Il alla se rasseoir.

« Lorsque vous m’aurez trouvé, approchez-vous, en gardant une distance raisonnable avec ceux que vous connaissez, car vous risquez d’apercevoir vos parents, le professeur McGonagall, Hagrid et Neville Longbottom également… Je pense que la panique dans laquelle nous serons sera une bonne couverture pour vous, mais faites tout de même attention… »

Dumbledore ferma les yeux, comme pour se rappeler de la scène qu’il avait vécue plus de deux décennies auparavant. Puis il les rouvrit.

« Je vais vous poser une question, surtout répondez-y au plus vite, d’accord ? »

Les trois amis hochèrent la tête à l’unisson.

« Vous n’aurez pas le temps d’ajouter quoique ce soit, mais vous devrez nous retrouver au château un peu plus tard. Severus ? »

Snape prit le relais :

« Vous devrez me rejoindre devant l’infirmerie vers deux heures du matin. Le souci est qu’il va y avoir du passage, et que vous ne devez pas traîner dans les couloirs. Il y aura le concierge Mr Rusard, et sa chatte Mrs Norris. Méfiez-vous d’eux, à côté, Mme Asper-Starez est presque inoffensive ! »

Albus sentit des frissons le parcourir.

« Enfin, sauf que c’est un Cracmol, » précisa Snape. « Mais évitez de lui lancer un sortilège de confusion, les conséquences seraient sans doute plus désastreuses qu’avec ceux que mademoiselle Weasley a fait subir aux portraits du septième étage. »

Les oreilles de Rose s’empourprèrent en un instant.

« Vous pourrez aller vous cacher dans la salle de classe du professeur Chourave, » ajouta Dumbledore.

Voyant l’expression intriguée des trois amis, Dumbledore s’empressa d’ajouter :

« C’était le professeur de Botanique. Donc, pour vous, la classe qui mène au bureau de Neville. »

« On en revient, » indiqua Albus, « donc on n’aura pas de soucis pour la retrouver. »

« Ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus, » annonça Snape pompeusement, « l’essentiel est que vous ne tombiez pas nez-à-nez avec le professeur McGonagall qui doit sortir à peine cinq minutes avant moi. Tout comme Madam Pomfresh. »

Albus hocha la tête.

« Severus ! » dit Dumbledore d’un ton sec.

Snape le regarda d’un air résigné.

« Et un gros chien noir, » avoua-t-il en soupirant.

« Sirius Black, » expliqua Dumbledore.

Albus avait l’impression d’avoir raté un épisode, mais le temps ne jouait pas en sa faveur.

« On pourrait peut-être prendre la cape d’invisibilité ? » suggéra-t-il en mettant sa curiosité de côté, pour une fois.

« Surtout pas, » objecta Dumbledore, « vois-tu, Albus, elle est unique, donc ne peut coexister avec elle-même. Si tu l’apportes à une époque où elle existe déjà, les deux exemplaires perdront toutes les propriétés magiques, et ça serait gravissime ! »

Albus se rappela de la Grosse Dame qui leur avait dit un soir que sans la cape, son père n’aurait peut-être jamais pu vaincre Tom Riddle.

« D’accord, » acquiesça-t-il en hochant la tête.

« Severus ! Vous avez oublié un détail ! »

Snape demeura immobile quelques secondes.

« Il ne faut pas que vous les voyiez, Severus ! »

« C’est juste. Où Minerva a-t-elle mis le Polynectar ? »

Dumbledore haussa les épaules.

« C’est vous qui étiez censé le savoir ! »

Rose intervint :

« J’en ai ! »

Elle sortit de sa poche un flacon rempli d’une potion semblable à de la boue.

« Il en reste suffisamment pour nous trois, » dit-elle. « Mais, je ne comprends pas, pourquoi devons-nous vous cacher notre identité ? »

Snape avait l’air de ne pas vouloir répondre à la question, mais il finit par dire :

« Parce que lorsque vous me rencontrerez, je serai sur le point de passer quatre heures en compagnie de Lord Voldemort. Si je vois vos visages, il suffirait d’une infime seconde d’inattention pour qu’il les voie dans mon esprit et comprenne qui vous êtes. »

Rose ravala bruyamment sa salive.

« D’a… D’accord, » murmura-t-elle.

« Vous allez prendre l’apparence du Professeur McGonagall, Rose. Ce sera suffisamment crédible. Je pense que vous trouverez des cheveux sur son châle sur la chaise près du bureau, et des vêtements dans l’armoire du fond. »

Albus vit sa cousine rougir brusquement, comme si elle avait peur d’avouer qu’elle avait ce qu’il fallait avec la quantité qu’Albus avait prélevée pour leur première imposture. Elle ne dit rien et alla chercher le châle.

« Vous resterez en retrait pendant ce temps, » dit Snape à Albus et Scorpius.

Rose replaça le châle en agitant les cheveux qu’elle avait trouvés. Elle alla ensuite choisir une tenue dans l’armoire et la rangea dans la sacoche qu’elle portait en bandoulière.

« Puis nous nous rencontrerons, » dit Dumbledore, « Ensuite, il vous suffira de régler le Retourneur de Temps à la date d’aujourd’hui, et vous reviendrez. »

« C’est tout ? » fit Albus, presque déçu.

« Oui, Mr Potter, » réplique Snape d’un ton agacé, « nous n’aurons pas besoin que vous jouiez les héros, juste les messagers. »

Un léger rictus se dessina sur ses lèvres lorsqu’il conclut :

« Hermès, et non Zeus. »

« Et ça va marcher ? » demanda Scorpius.

« Seulement si vous y croyez, » affirma Dumbledore. « Quelle heure est-il ? »

Albus regarda sa montre :

« Vingt-deux heures. »

« Parfait, » annonça Dumbledore d’un ton satisfait, « nous avons le temps de répondre à vos questions, si vous le désirez. »

Albus ne savait pas vraiment par où commencer. Ce fut Rose qui posa la première question :

« Ce que je ne comprends pas, » dit-elle, « c’est que vous dites qu’il faut agir vite… Mais, le principe du Retourneur de Temps, c’est qu’on peut aller ‘quand’ on veut à n’importe quel moment, non ? »

« En temps normal, tu aurais raison, Rose, mais là, la situation est différente. Les époques sont parallèles les unes par rapport aux autres, mais en même temps elles sont étroitement reliées. Si le passé de 1995 subit des changements, ceux-ci seront répercutés dans le présent : et c’est là le problème. J’ai bien peur que dans le monde que souhaite Biril, vous ne puissiez exister… »

Dumbledore n’alla pas plus loin et Albus comprit que s’il était trop tard, ses parents, son oncle, sa tante et les parents de Scorpius seraient tués. Et sans doute même qu’il y aurait plus de victimes que cela.

Mais il sut se ressaisir immédiatement : il voulait avoir le temps de poser toutes ses questions :

« Comment Linus a-t-il réussi à échapper à Azkaban ? »

Au plus grand étonnement des trois amis, le silence s’installa durant plusieurs secondes pendant lesquelles Snape et Dumbledore les considéraient sans esquisser le moindre geste.

« Linus ? » demanda Dumbledore. « Qui est-ce ? »

Ce fut Scorpius qui répondit :

« Linus ? Ben, Gabriel Linus ! Angelus Biril, quoi ! »

Un déclic se fit dans la tête d’Albus :

« Oui, c’est vrai, personne ne le connaissait sous le nom de Gabriel Linus. »

Et il expliqua à Dumbledore et Snape l’anagramme que Linus avait trouvée. Mais il alla à l’essentiel, afin de ne pas perdre de vue le but de la discussion.

« Alors, comment a-t-il évité la prison ? »

Snape lui répondit :

« Il a su être discret. Parmi les Mangemorts, personne ne savait vraiment le genre de mission que lui confiait Lord Voldemort, et parmi les victimes qui ont pu être interrogées, aucune ne reconnaissait son visage ni sa voix. Les autres Mangemorts, lors du procès, ont tenté de l’entraîner avec eux dans leur chute, mais comme les témoignages ne concordaient pas, les membres du Magenmagot l’ont acquitté. »

« D’autant plus qu’il ne se trouvait pas au château durant la nuit de la bataille de Poudlard, » ajouta Dumbledore.

« Vous rigolez ? » aboya Snape. « Il s’est plutôt enfui au moment crucial ! »

« Vous l’avez vu ? » demanda Albus.

Snape secoua la tête lentement, le regard insondable.

« Voldemort avait auparavant décidé de se passer de mes services. »

Fronçant les sourcils, Albus jeta un coup d’œil vers le portrait de Dumbledore : il lui fit un signe largement explicite qui fit comprendre à Albus que Tom Riddle avait tué Snape.

« Il faut l’excuser, il est assez susceptible sur ce sujet… Il a… atrocement souffert… »

« Se pourrait-il que vous eussiez la capacité de compassion à mon égard, Dumbledore ? »

« Severus, je crois que le moment est assez mal choisi pour parler de cela. Mais si vous voulez, une fois que notre petit problème sera réglé, je suis persuadé que nous pourrons trouver dans l’éternité qui est devant nous un peu de temps pour en discuter… »

Ensuite, Rose posa quelques questions d’ordre pratique pour la mission que les deux anciens directeurs de Poudlard leur avaient confiée.

« Une dernière chose, » conclut Dumbledore, « je crois que Severus sera d’accord avec moi sur le fait que vous ne devrez pas prononcer le nom de Linus pendant votre voyage temporel. Utilisez son nom d’emprunt, on ne sait jamais… Parfois le battement d’ailes du papillon peut provoquer des dégâts plus incroyables que ce que l’on croit. »

« Ce qui veut dire ? » demanda Albus, perdu.

« C’est comme l’effet boule de neige, mon cher Albus. Si nous sommes au courant, nous irons prévenir votre père dans le passé, mais chercher Linus se ferait au détriment d’une autre mission, imaginez-vous si, le soir de la bataille de Poudlard, au lieu de se concentrer à cent pour cent sur le duel face à Voldemort, votre père voulait garder un œil sur Linus afin qu’il ne s’échappe pas ! »

L’enjeu était effectivement très risqué, pensa Albus. Il aurait voulu tenter de trouver une solution pour faire arrêter Linus avant qu’il ne parte dans le passé, mais il pensait qu’il était préférable de se fier aux conseils de Dumbledore.

« Bon, il est temps de partir, je crois. Si vous réussissez, vous sauverez votre père bien plus que ce que vous ne croyez. »

Sur cette note mystérieuse, Rose passa la chaîne du Retourneur de Temps autour de son cou et de ceux d’Albus et Scorpius.

« Bonne chance, » s’exclama Dumbledore.

Albus entendit un clic, puis un bruit assourdissant.

***

Le bureau de la directrice redevint calme quelques secondes après leur départ. Puis la voix de Dumbledore brisa le silence :

« Hermès, et non Zeus ? »

Et Snape lui répondit :

« Hermès, Zeus, et Icare. »

XXII : Hermès by Eliah
Author's Notes:
Un émissaire est un esclave qui ne recouvre sa liberté qu'après avoir livré son message.
(Massa Makan Diabaté)

Le décor du bureau du professeur McGonagall s'effaça dans un tourbillon de couleurs et de formes jusqu'à ce qu'ils sentissent à nouveau le sol sous leurs pieds.

Ils étaient dans le même bureau, mais Albus sut dès le premier coup d’œil que le Retourneur de Temps avait fonctionné : bien qu’il fît sombre, il pouvait distinguer plusieurs tables à pieds fins sur lesquelles étaient disposés de curieux instruments d’argent, dont certains bourdonnaient ou émettaient de la fumée. Le Choixpeau Magique reposait sur une étagère derrière le bureau et semblait en meilleur état que lorsqu’Albus l’avait posé sur sa tête durant la répartition en début d’année. A côté du Choixpeau se trouvait une vitrine dans laquelle il y avait une épée, incrustée de rubis, étincelant malgré la faible lueur de la lune qui passait par la fenêtre la plus éloignée du bureau. Lorsque ses yeux se furent habitués à la pénombre, Albus reconnut le bureau que le professeur McGonagall avait gardé, sur lequel reposaient une unique plume écarlate et un pot d’encre en argent. Il supposa que la plume provenait du phœnix, sur son perchoir, qui dormait paisiblement, tout comme les anciens directeurs de Poudlard dans leurs portraits. Mais derrière le bureau, le mur était vide : les professeurs Dumbledore et Snape n’avaient pas encore leurs portraits dans ce bureau. Autrement dit, ils n’étaient pas encore morts…

Rose avança vers la fenêtre centrale.

« Venez ! » dit-elle.

Albus et Scorpius s’approchèrent et regardèrent ensemble par la fenêtre. Au loin se trouvait le terrain de Quidditch, méconnaissable : il avait laissé place à un immense labyrinthe.

« Nous sommes à la bonne époque, » déclara Rose. « C’est la troisième tâche du Tournoi des Trois Sorciers. Ton père va bientôt rentrer au château, Al. »

Devant le labyrinthe s’agglutinaient professeurs et élèves, et les bruits qui revenaient aux oreilles d’Albus étaient, sans aucun mépris possible, des cris de joie et de fête, et cela le déstabilisait complètement : Dumbledore avait parlé d’agitation, de panique, de cris de désarroi et de pleurs craintifs… Qu’allait-il arriver pour que l’ambiance d’une foule entière changeât du tout au tout ?

« Il faut se dépêcher, Al, » dit Scorpius en ramenant Albus à la réalité urgente de la situation, « on doit trouver Dumbledore. »

Albus eut la sensation d’être piqué par un Chaporouge. Il se rua vers la porte, suivi de près par Rose et Scorpius.

Le château, comme Dumbledore leur avait dit, était totalement désert. Même les portraits étaient vides. Albus ressentit une sensation très étrange, comme si le vide provenait de son estomac.

Ils arrivèrent dans le hall et sortirent par la grande porte.

Soudain pris de vertiges, Albus se tint immobile, le souffle coupé. Le sol semblait tanguer comme une barque sur l’eau. Fermant les yeux, il se cramponna à l’épaule de Scorpius et Rose lui prit l’autre main.

Les cris de joie s’étaient tus. Le silence s’était installé dans la foule au terrain de Quidditch. Albus fut saisi d’un mal de tête épouvantable et incompréhensible. Il demeura sans bouger, attendant que quelque chose se passe…

Et il les entendit.

Des hurlements d’effroi. Pire que ce qu’il s’était imaginé.

Albus rouvrit les yeux. Il ressentit un énorme soulagement : c’était comme s’il avait attendu le désarroi qui s’emparait de la foule pour se convaincre qu’il était là où il fallait. A moins que ce ne soit le fait de savoir que son père se trouvait non loin de là ?

Déterminé, il se dirigea tout droit vers le terrain de Quidditch, mais Rose le retint par le bras :

« Je crois qu’il faut mieux éviter de croiser oncle Harry. On devrait faire un détour par les serres ! »

« On va perdre un temps fou ! » maugréa-t-il. « Je m’en fiche qu’il me voie ! »

Scorpius voulut intervenir mais Albus ne lui laissa pas le temps de prendre la parole :

« Dumbledore a dit qu’on devait se dépêcher ! »

Mais Rose ne l’entendait pas de cette oreille :

« Si tu veux gagner du temps, arrête d’argumenter et viens faire ce fichu détour, parce que je ne ferai aucune concession là-dessus ! »

Et, sans lui demander son avis, elle l’entraîna vers les serres par lesquelles ils firent une grande boucle pour atteindre le labyrinthe. Albus sentit tout son corps trembler, et il avait envie de vomir. Il n’était pas sûr que ses jambes supportent son poids encore longtemps.

Arrivés près de la serre numéro deux, il manqua de trébucher. Il eut de la peine à retrouver son équilibre, et Scorpius se moqua de lui :

« Comment tu as fait ça ? Il n’y a même pas une pierre ou une bosse au sol !»

Le cœur d’Albus battait la chamade et le sang lui martelait les tempes. Au loin, se dirigeant vers le château, se trouvait son père, âgé d’à peine trois ans de plus que lui, emmené par un homme qu’Albus ne connaissait pas, mais qui avait une apparence étrange : il portait des cheveux longs jusqu’aux épaules et il boitait, pourtant son allure était vive et pressante.

Albus s’intéressa de plus près à son père. Malgré la distance et l’obscurité, il vit que son père avait l’air blessé, car il donnait l’impression d’être sur le point de chanceler à chaque pas, et l’homme qui l’accompagnait le portait à moitié.

Les tremblements d’Albus devenaient incontrôlables, et il fallut le soutien de Scorpius joint à celui de Rose pour aller jusqu’au labyrinthe.

L’atmosphère pesante de désespoir était encore plus lourde qu’elle n’avait paru au loin. Des groupes d’élèves se dispersaient tout autour de l’entrée du labyrinthe à peine discernable. Certains criaient, d’autres pleuraient dans les bras d’amis, de frères.

Et soudain, une voix plus distincte que les autres se fit entendre :

« Vous, là ! »

Albus leva la tête et vit en face de lui celui qui était directeur de Poudlard : Albus Dumbledore. Il portait une longue tunique de couleur bleu nuit et sur son visage on pouvait lire le stress et l’urgence.

« Vous n’auriez pas vu Harry Potter ? »

Il manqua de ne pas terminer sa phrase alors que ses yeux bleus perçants plongeaient dans ceux d’Albus : celui-ci était persuadé qu’il était en train d’apprécier les ressemblances physiques dont il avait hérité de son père.

Rose pointa du doigt le château :

« Il est parti là-bas avec… »

Au loin, on pouvait encore distinguer les deux silhouettes alors qu’elles étaient sur le point de passer la grande porte.

Dumbledore les vit aussi, et d’une vivacité absolument étonnante pour un homme de son âge, il courut à la suite du père d’Albus. Il était suivi par Snape, qui dévisagea Scorpius le temps de quelques secondes, ainsi que McGonagall, qui ne leur prêta fort heureusement aucune attention.

Après avoir longuement regardé au loin les trois professeurs qui regagnaient le château, Albus se sentit un peu mieux. La première partie de leur mission était remplie : il fallait répondre à la question de Dumbledore.

Rose et Scorpius conduisirent Albus au milieu de la foule et ils le firent s’asseoir. Albus sentit sa gorge le brûler. En se concentrant de toutes ses forces, il avait l’impression d’avoir l’esprit plus clair.

« Attention à ne pas se faire repérer, » dit-il en se souvenant brusquement de ce que Dumbledore leur avait dit.

Il voulut se lever, mais Rose l’en empêcha :

« Tu n’es pas en état de te mettre debout, Al ! » protesta-t-elle.

Albus renonça à lui désobéir mais se contenta de hausser les sourcils à l’attention de Scorpius. Il entendit celui-ci murmurer à Rose :

« Tu sais ce qui lui arrive ? »

Et Rose secoua frénétiquement la tête.

Albus avait la sensation étrange que quelque chose n’était pas normal, en dehors du fait que tout le monde hurlait et que sans aucun doute un drame s’était produit ici même, à peine quelques minutes avant qu’ils n’arrivent. C’était comme s’ils suivaient une partition qui prenait une tournure dramatique, et qu’ensuite la succession de notes n’était plus cohérente. Pourtant, il avait l’impression qu’il suffisait de mettre un tout petit bémol pour que la mélodie soit à nouveau harmonieuse…

Il sentit enfin les battements de son cœur ralentir. Il se rendit compte que la foule autour d’eux s’était elle aussi calmée. Il n’y avait plus de cris, juste des larmes et de la tristesse.

« Maman… »

La voix de Rose se brisa soudainement. Elle avait les yeux rivés sur sa mère, qui semblait pleurer toutes les larmes de son corps dans les bras de Ginny.

Albus considéra longuement sa mère : on aurait dit sa sœur Lily, avec quelques années de plus. Elle ne pleurait pas, mais Albus était persuadé qu’elle ne faisait que contenir sa peine, comme elle le faisait toujours, parce qu’elle n’aimait pas qu’on la vît verser des larmes. Le cœur déchiré, Albus détourna le regard, de peur que contempler Ginny trop longtemps le conduirait à la dangereuse tentation d’aller lui parler.

De son côté, Scorpius avait trouvé son père, dont le visage demeurait de marbre malgré la situation.

« C’est dingue, j’ai l’impression qu’il n’arrive pas à savoir s’il doit être triste ou heureux… »

Les paroles de Scorpius étaient déstabilisantes, et Albus ne sut pas quoi dire. Il posa une main réconfortante sur l’épaule de son ami qui lui adressa un bref hochement de la tête, comme il l’avait fait de nombreuses fois au début de l’année scolaire quand l’amitié ne les avait pas encore liés.

Ils restèrent un petit moment ainsi. Albus savait qu’ils n’étaient pas pressés : ils devaient attendre presque deux heures avant que Snape ne sorte de l’infirmerie. De plus, personne ne faisait attention à eux. Ils étaient en âge d’être à Poudlard et portaient un uniforme qui, dans l’obscurité, se confondait avec celui que portait les élèves autour d’eux. Malgré tout, il ne pouvait s’empêcher de penser que rester trop longtemps parmi des personnes qui les connaîtraient dans le futur était risqué. Et Rose semblait penser la même chose qu’Albus :

« On devrait y aller, » suggéra-t-elle.

« Attends, » lui dit Scorpius qui venait de repérer sa mère dans la foule. Elle était plus jeune que Ginny et pleurait à chaudes larmes dans les bras d’une autre élève qui devait être sa sœur.

« Non, Scorpius, » annonça fermement Rose, « je crois que Maman nous a repérés. »

Effectivement, Hermione regardait Albus et Rose d’un air curieux et une expression étrange se lisait sur son visage.

« Ne la regardez pas ! » s’empressa de dire Rose avant de prendre Scorpius par la main en l’entraînant vers le château.

« Eh ! » s’indigna-t-il.

« Pardon, je croyais que… Al… »

Albus, qui se tenait juste à côté d’eux, put voir très distinctement les oreilles de sa cousine s’empourprer : elle le prenait souvent par le bras ou la main, et la situation était naturelle pour les deux cousins. Mais pas forcément pour Scorpius…

Albus détourna la tête et vit sa tante Hermione pencher la tête sur le côté, l’expression de curiosité encore plus prononcée sur le visage.

« Vite, » dit-il en pressant ses amis vers le château, « je crois qu’elle est en train de comprendre. »

Il ne laissa pas sa cousine regarder sa mère une dernière fois avant de partir, ç’aurait été trop suspect. Ils finirent par retourner au château en courant.

Ils retrouvèrent la salle de classe de Neville rapidement : elle était fermée à clef, mais un simple sortilège Alohomora fit l’affaire. La pièce était presque comme celle qu’ils avaient vue quelques heures plus tôt dans leur époque, exceptée qu’elle était plus fournie en plantes dont les branches s’entrelaçaient et se décroisaient lentement.

« Et maintenant ? » demanda Albus.

« Maintenant, on attend, » répondit Rose.


*******

L’attente fut interminable, et Albus, bien qu’excité par la mission qui les avait conduits dans le passé, sentait que la fatigue l’obligeait à lutter pour demeurer alerte et pleinement éveillé.

Rose semblait avoir encore plus de mal à supporter l’attente, car elle commença à sortir des manuels de Botanique dans une armoire au fond de la pièce et se mit à les lire.

Albus s’approcha d’elle :

« Ça va aller ? » demanda-t-il.

« C’est plutôt à toi qu’il faut le demander ! » rétorqua-t-elle en ouvrant un manuel de troisième année.

Comme Albus ne répondait pas, Rose fit claquer sa langue dans la bouche.

« Je pensais à Sirius, » fit-elle impatiemment.

Albus mit un peu de temps à réagir.

« Ah, oui, eh bien ? »

Rose eut un petit rictus.

« On va le voir sous sa forme d’Animagus ! »

Si la surprise était à peine visible sur le visage d’Albus jusque là, il était persuadé cette fois-ci que ses yeux écarquillés et sa bouche grande ouverte l’avaient trahi.

« Je crois que ton père aura beaucoup de choses à te raconter quand on sera rentrés… »

Une fois que l’heure approcha, Rose but une gorgée de Polynectar pour prendre à nouveau l’apparence du professeur McGonagall.

« J’espère que je ne tomberai pas sur elle ! » s’écria Rose en arrangeant son chapeau dans le miroir d’une vieille armoire près de l’escalier.

Elle fit plusieurs allers-retours dans le couloir qui séparait la classe de botanique de l’infirmerie, et tous les trois commencèrent sérieusement à s’inquiéter car elle n’avait toujours pas vu Snape, d’autant plus qu’ils étaient limités dans le temps en raison des effets du Polynectar qui n’étaient qu’éphémères.

« Ce n’est pas grave, » dit Scorpius, tentant de dédramatiser, « au pire des cas, il reste encore du Polynectar, tu pourras en reprendre. »

Rose se pinça les lèvres et avoua :

« Le problème est que je n’ai plus de cheveux, j’ai tout utilisé tout à l’heure. »

« Il n’y en avait pas sur son châle ? » demanda Albus.

« Si, même plein, mais comme il m’en restait de ma première imposture, je n’ai pas jugé utile de les prélever ! Oh, si j’avais su ! »

Mais Rose n’avait pas le temps de regretter son manque de précautions, car Scorpius lui suggéra de retenter sa chance. Elle sortit, ferma la porte, et revint dans la salle la seconde suivante, toute paniquée :

« McGonagall est là ! On a failli tomber nez-à-nez ! »

Albus sourit : si McGonagall était sortie de l’infirmerie, Snape n’allait pas tarder.

« Allez, Rosie, » l’encouragea-t-il, « n’oublie pas que Snape sort peu après elle. »

Rose, sans un mot, ressortit. Albus entrevit le gros chien noir dont Snape avait parlé. Il se demanda si son père était lui aussi un Animagus.

Les secondes qui suivirent parurent des heures. Puis, la porte s’ouvrit sur Rose dont on distinguait à nouveau les cheveux roux.

« C’est bon, » dit-elle simplement. « Il a cru que j’étais vraiment McGonagall, je lui ai passé le message, et il a un plan pour déjouer celui de Biril. »

Albus se sentit tout d’abord soulagé. Puis, il se rendit compte que leur mission était achevée, et que tout ce qu’il restait à faire était de rentrer à leur époque.

« Voilà, c’est fini. »

Il avait du mal à croire qu’ils avaient finalement atteint le bout du tunnel. Ils avaient accompli leur rôle, et passé le relais.

« Allez, » dit-il avec un pincement au cœur, « on rentre chez nous. »

Il se dirigea vers la porte et sursauta brusquement : Albus Dumbledore se tenait en face d’eux. Il devait être rentré en douce car ni Scorpius, ni Rose, qui bondirent à l’unisson en se retournant après Albus, ne l’avaient entendu.

« Professeur Dumbledore, » parvint à dire Albus.

Les yeux perçants du vieil homme scrutèrent chacun des trois amis, et Albus avait l’impression qu’il comprenait qui ils étaient.

« Professeur, » intervint Rose, « laissez-nous vous expliquer… »

Dumbledore leva sa main droite devant Albus, le regard fixé sur la jeune fille.

« Vous êtes la fille d’Hermione Granger, n’est-ce pas ? »

Rose hocha lentement la tête.

« Et de Ron… »

Dumbledore leva à nouveau la main, un sourire sur les lèvres.

« Tut ! tut ! Je ne veux pas le savoir ! »

Il leur parla du danger d’en savoir trop : selon lui, cela pouvait changer radicalement le futur, et c’était bien la dernière chose dont ils avaient besoin.

Les yeux du vieil homme se tournèrent vers Albus :

« Et vous, le fils de Harry Potter, » affirma-t-il.

Ce n’était pas une question. Albus ne chercha pas à nier, mais il n’en dit pas plus, surtout à propos de sa mère. Il se contenta de hocher la tête.

« Quant à vous, vous êtes sans nul doute possible le fils de Draco Malfoy. »

Scorpius bougea la tête lentement à son tour. Dumbledore sourit, et Albus aurait payé cher pour connaître les pensées qui lui traversaient l’esprit à ce moment même.

« Nous sommes venus du futur pour empêcher un drame, Monsieur. »

Albus avait voulu aller à l’essentiel. Il savait que Dumbledore gérerait l’information telle qu’il la donnerait.

« En fait, c’est vous qui nous avez envoyés, via votre… »

Il allait prononcer le mot « portrait », mais se rendit compte que ce n’était pas vraiment une bonne idée d’annoncer à Dumbledore qu’il allait mourir dans peu de temps.

« Enfin bref, » bredouilla-t-il.

Il avait la gorge nouée mais n’osa pas ravaler sa salive, de peur de trahir son hésitation. Il attendit de longues secondes avant que Rose ne dise :

« En fait, vous… Enfin, le ‘vous’ dans le futur, a voulu que l’on descende au terrain de Quidditch pour vous dire où se trouvait Oncle Harry… »

« Oncle ? » fit Dumbledore, le visage impassible.

Rose se raidit et n’osa plus prononcer un mot. Quant à Albus, la vérité le frappait de plein fouet :

« Si vous réussissez, » dit-il en répétant les mots de l’ancien directeur dans le portrait, « vous le sauverez bien plus que vous ne le croyez… »

Il plongea ses yeux dans ceux de Dumbledore :

« On a sauvé mon père, ce soir ? Je veux dire, quand il retournait au château avec cet homme, il était en danger, n’est-ce pas ? C’est sans doute pour ça que dans le futur vous avez dit… enfin vous direz… que nous ne devions pas nous interposer… »

Dumbledore fit quelques pas en direction du rebord de la fenêtre et tendit la main vers une fleur qui était fanée. Dès qu’il la toucha, elle reprit vie.

« Oui, sans doute… » dit-il d’un air songeur. « Et d’après ce que vous me dites, vous avez fait le nécessaire pour le sauver une deuxième fois. »

Albus hocha la tête :

« Oui, Snape. »

Il s’empressa d’expliquer à Dumbledore que toutes les précautions avaient été prises afin que Snape ne sache pas qui ils étaient.

« En tous cas, il sait ce qu’il doit faire, et maintenant il ne nous reste plus qu’à retourner dans le futur. Enfin, notre présent. »

Dumbledore conclut :

« Utilisez mon bureau, si vous le souhaitez. Le mot de passe est Confiture de Framboises. »

Rose se dirigea vers la porte, mais avant qu’elle n’ait pu tourner la poignée, Dumbledore ajouta :

« Je suppose qu’au terrain tout à l’heure, la panique a su vous faire passer inaperçus, mais le trajet jusqu’à mon bureau risque d’être plus délicat, d’autant plus que tous les élèves sont censés être retournés dans leurs dortoirs. Alors, ne dites pas un mot avant d’y être ! »

Albus hocha la tête, puis il hésita.

« Tu viens ? »

Il avait une tonne de questions à poser à Dumbledore, mais il n’était pas sûr de pouvoir le faire sans changer le futur.

« Al ? »

Peut-être en savait-il déjà trop sur eux, et il avait l’impression que sa conscience lui martelait la tête pour le dissuader de satisfaire sa curiosité.

« Albus ! »

Il sursauta en se retournant brusquement.

« Oups… » fit Rose en comprenant son erreur.

Les trois amis se tournèrent lentement vers Dumbledore qui considérait Albus d’un air profondément ému. Puis, la seconde qui suivit, le vieil homme affichait un visage impassible. Personne n’aurait pu croire qu’il venait d’apprendre que Harry Potter allait donner son prénom à son fils.

« Allez, » dit-il, « filez vite avant qu’un autre détail ne vous échappe ! »

En silence, ils sortirent de la salle de classe, laissant Dumbledore derrière. Albus était déçu de ne pas avoir pu poser les questions qui lui brûlaient les lèvres, mais il dut mettre ses pensées de côté, et se concentrer pour atteindre le bureau du directeur avec Rose et Scorpius sans se faire remarquer.

Heureusement, ils ne croisèrent personne. De plus, la plupart des habitants des tableaux, qui étaient revenus dans leur toile, étaient profondément endormis.

Ils arrivèrent à la gargouille d’entrée du bureau.

« Confiture de Framboises, » chuchota Rose.

L’escalier apparut, et les trois amis montèrent sur les premières marches tandis qu’elles pivotaient tout en s’élevant lentement.

Ils entrèrent dans le bureau sans frapper en poussant la porte entr’ouverte. La pièce était aussi calme que quelques heures plus tôt. Les anciens directeurs dormaient toujours à poings fermés. Tout était exactement à la même place excepté pour un petit détail qui interpela Albus dès qu’il fut entré : sur le bureau était posée une coupe en or qui émettait une lueur d’un bleu pâle.

Albus s’en approcha lentement et tendit la main.

« NON ! » chuchota Rose en lui prenant le poignet pour l’empêcher d’aller plus loin. « Ne la touche pas, Al, c’est un Portoloin ! »

Son visage affichait la panique, ce qui intrigua Albus encore plus :

« Comment le sais-tu ? »

« Je… En fait… »

Elle semblait hésiter à répondre, mais finit par avouer.

« Ok, » fit-elle en inspirant profondément. « Tu te souviens de mon journal ? Celui que j’ai caché dans la Salle sur Demande ? »

Albus hocha la tête. Quant à Scorpius, qui n’avait pas suivi cette histoire, il resta en retrait : il avait repris le Retourneur de Temps du cou de Rose dès qu’ils étaient entrés dans le bureau, et il s’affaira à le régler.

« En fait, il a appartenu à Maman. Avant moi, elle y a écrit son journal pendant sa scolarité ici. Il y a six années de rapports quasiment journaliers… »

Albus n’en revenait pas.

« Et… elle te l’a donné ? »

Les oreilles de Rose s’empourprèrent à nouveau.

« Heu… je l’ai… trouvé, dans son bureau. »

Albus éclata de rire. Dès qu’il put reprendre ses esprits, il lui demanda :

« Et dans son journal, tante Hermione dit que cette coupe est un Portoloin ? »

Rose acquiesça.

« C’est avec ce Portoloin que Tom Riddle a pu attirer oncle Harry jusqu’à lui ce soir. Ton père l’a vu, en fait, et je ne sais pas ce qu’il s’est passé, parce que Maman ne détaille pas tout, mais à en croire les faits relatés dans ce journal, il s’est passé quelque chose d’horrible. »

Scorpius s’était approché, soudainement intéressé par la conversation.

« Maman parle également d’un garçon… Comment s’appelait-il déjà ? Edward ? Non, Cedric je crois. Il est mort ce soir. Sous les yeux d’Oncle Harry. »

Scorpius avoua qu’il avait entendu un groupe d’élèves parler de lui lorsqu’ils étaient au terrain de Quidditch. Quant à Albus, il tentait de digérer l’horrible nouvelle du mieux qu’il le pouvait. Rose lui avait pris la main et Scorpius suggéra que cet évènement fût à l’origine de la panique qui s’était emparée de toute l’école.

« C’est sans doute pour ça que mon père faisait cette tête, tout à l’heure au labyrinthe, » dit-il, sa voix tremblant. C’est horrible d’apprendre la mort d’un garçon à peine plus âgé que soi, mais en même temps, » ajouta-t-il en serrant les poings, « il aurait sans doute aimé se réjouir ouvertement du retour de Tom Riddle. »

Pendant quelques minutes, les trois amis se regardèrent, chacun perdu dans ses propres pensées. Et soudain, un déclic se fit dans la tête d’Albus :

« Le Mage mit une distance entre lui et son foyer, » récita-t-il par cœur comme l’avait fait de si nombreuses fois sa mère à l’heure du coucher, « et, pour ressusciter, il utilisa son sang, approchant de très près la finalité de son plan… »

Albus avait la chair de poule. Le Conte de l’Elu et du Mage Noir n’avait peut-être pas détaillé toute l’histoire de l’affrontement entre son père et Tom Riddle, mais ça expliquait beaucoup de choses.

« Je vais y aller, » décida-t-il fermement. « Je dois retrouver Snape. »

« QUOI ? » hurlèrent Rose et Scorpius à l’unisson.

Ils s’étaient sans doute attendus à tout, sauf à cela. Albus ne leur en voulait pas, au contraire. Il avait pressenti leur réaction, qui était tout à fait justifiée. Il sentit qu’il devait s’expliquer pour leur faire comprendre sa motivation, et il devait le faire immédiatement :

« Je crois que la situation est encore plus délicate que ce qu’on s’était imaginé. Tom Riddle a retrouvé sa puissance ce soir, grâce au sang qu’il a pris à mon père. Et mon père a du voir des choses absolument atroces… Vous avez vu dans quel état il se trouvait, quand cet homme le ramenait au château ? »

Rose et Scorpius semblaient mal à l’aise avec le ton qu’employait Albus, mais celui-ci continua :

« Je ne crois pas que ça puisse être simple pour Snape d’aller intercepter Linus, en sachant qu’il y a Tom Riddle dans les parages. Et je parle d’un Tom Riddle qui vient de retrouver toute sa puissance magique, qui a erré pendant plus de treize ans, et qui a soif de vengeance…. »

« Tu oublies aussi que ton père vient de lui échapper pour la quatrième fois, » dit Rose d’un ton désinvolte qui étonna Albus.

« Il est fou de rage, » compléta-t-il. « C’est pour ça que j’ai besoin d’y aller. Je veux être sûr à cent pour cent, avant de retourner à notre époque, que le nécessaire a été fait ! Que Snape a bien empêché Linus de prévenir Riddle ! »

Rose et Scorpius échangèrent un regard qui agaça Albus : il ne voulait pas perdre de temps.

« Attends, Al ! » s’insurgea Rose. « On ne peut pas y aller comme ça ! Trois enfants dans un endroit, j’en suis sûre, lugubre, en plein milieu de la nuit ! On n’a aucune chance ! »

Albus commença à protester :

« Il n’y a pas de ‘on’, j’y vais seul. »

« Arrête ton char, » maugréa Scorpius, « on vient, un point c’est tout. »

« On est ici ensemble, » conclut Rose, « on le reste. »

Albus dut admettre qu’elle avait raison. Il ne chercha pas à argumenter, car il savait que chaque seconde était précieuse. Il hocha la tête pour exprimer son accord.

Restait un moyen de passer inaperçu, où qu’ils puissent atterrir avec le Portoloin. Il fallait trouver une solution rapidement : Snape devait déjà être sur place, et ils ignoraient l’heure exacte à laquelle Linus allait intervenir. Soudain, il eut une idée :

« Il reste du Polynectar, non ? »

Rose se pinça les lèvres.

« Seulement pour deux d’entre nous, » dit-elle, « et puis, quelle apparence pourrions-nous emprunter ? »

Albus ne dit rien. Même s’il leur en était resté, les cheveux de McGonagall étaient absolument inutiles, c’était même risqué. Il cherchait un autre moyen quand Scorpius attira leur attention :

« Venez voir par ici, » leur dit-il.

Il se trouvait près des marches qui menaient au bureau, devant un présentoir en verre sur lequel étaient disposés des dizaines de fioles. Scorpius avait deux fioles dans chaque main. Il tendit sa main gauche et Albus prit une des fioles, imité par sa cousine.

« Moldu de quarante-cinq ans, » annonçait l’étiquette de la fiole contenant une mèche de cheveux.

« La mienne affiche sorcière de trente-huit ans, » déclara Rose.

Albus se demanda quel usage Dumbledore pouvait faire de cheveux prélevés sur la tête d’inconnus, lui qui n’avait même pas besoin de cape d’invisibilité pour se rendre invisible.

« Venez voir, » les appela Rose qui fouillait dans une armoire près de la cheminée.

Albus et Scorpius traversèrent la pièce tandis que Rose sortait de l’armoire ce qui semblait être des vêtements :

« Il y a toute une panoplie de vêtements là-dedans ! Exactement comme à notre époque ! »

« Peut-être, » dit Albus, « mais on n’a toujours pas plus de Polynectar pour le troisième d’entre nous. »

« Je n’en ai pas besoin, » dit Scorpius, « regardez ! »

Il tendit sa main droite dans laquelle se trouvait une fiole remplie aux trois-quarts d’une potion de couleur violacée. L’écriture fine et penchée de l’étiquette indiquait ‘Potion de Vieillissement, nov. 1994’.

« Elle a macéré pendant plus de six mois, » expliqua Scorpius, « ce qui veut dire que si j’en bois une gorgée, je pourrai vieillir mon apparence d’une trentaine d’années. Je pense que je ressemblerai comme deux gouttes d’eau à mon grand-père, dans son apparence de l’époque d’aujourd’hui. »

Albus n’était pas rassuré.

« Tu es sûr qu’elle est fiable, cette potion ? »

En guise de réponse, Scorpius retourna l’étiquette : cette fois, l’écriture était ronde et irrégulière, et Albus put lire : ‘ saisi à Fred & George Weasley ’.

« Si tu leur fais confiance, » répondit Scorpius d’un ton ferme, « alors oui. »

La curiosité poussa Albus à se demander quel usage ses oncles avaient fait de cette potion, d’autant plus qu’elle leur avait été confisquée.

« D’accord, » dit-il, « il ne nous reste plus qu’à avaler les potions, alors. »

Cinq minutes plus tard, après avoir subi une transformation physique et s’être changés, Rose finissait de mettre leurs uniformes de Poudlard dans sa sacoche, puis ils se placèrent autour du Portoloin, la main tendue vers celui-ci.

« A trois, » annonça Albus, « un, deux, trois… »

Dès qu’il toucha le trophée, il sentit comme un crochet l’attraper par le nombril, et le bureau du directeur disparut de son champ de vision.

XXIII : Zeus by Eliah
Author's Notes:
La peur est ce qui gronde dans le courage ; la peur est ce qui pousse le courage au delà du but.
(Alain)

Tous les membres de son corps le faisaient souffrir. La chute avait été lourde.

Albus tenta de ressentir outre la douleur afin de comprendre comment il avait atterri. Il était sur le ventre, le bras droit coincé sous sa poitrine, et l’herbe lui chatouillait le visage.

Il voulut se relever : il pivota sur la droite un peu brusquement et entendit un déchirement au niveau de l’épaule sur laquelle il s’était appuyé, puis une douleur fulgurante qui l’aurait fait hurler s’il n’avait pas eu de l’herbe plein la bouche. Il se replaça sur le ventre et recracha les brins d’herbe.

Une main l’agrippa et le fit pivoter sur la gauche pour le mettre sur le dos. Albus reconnut Scorpius, sous les traits de son grand-père grâce à la potion de vieillissement.

« Al ! Tu m’entends ? »

Albus hocha la tête.

« Je crois qu’il a l’épaule cassée. »

Rose et Scorpius étaient agenouillés de chaque côté d’Albus, vraisemblablement en pleine panique, et agitant les mains près de l’épaule d’Albus sans savoir si le toucher l’apaiserait ou empirerait les choses.

Malgré la douleur, Albus s’accorda d’observer de plus près le changement physique qu’avaient subi ses amis : Scorpius avait quelques rides, ce qui était assez risible, quand il y pensait, ainsi que plusieurs des caractéristiques faciales de Lucius Malfoy, qu’Albus avait vu en photo plusieurs fois dans le journal. En revanche, il avait les cheveux plus courts, car la potion de vieillissement n’agissait pas sur leur longueur, mais il les avait cachés sous la capuche noire de sa cape : ainsi, dans l’obscurité, il pouvait parfaitement se faire passer pour son grand-père.

Quant à Rose, elle était absolument méconnaissable, puisqu’elle avait pris du Polynectar. Elle avait l’apparence d’une petite sorcière d’âge moyen, les cheveux courts et crépus d’un châtain clair qui virait sur le poivre et sel.

« Tu connais un sortilège pour son épaule ? » souffla Scorpius à Rose.

« Seulement un, » répondit-elle en bredouillant, « pour lui nouer un bandage sur le bras ! »

Albus avait beaucoup de mal à ignorer la douleur, et il se laissa faire quand ses amis le redressèrent.

« Il faut qu’on rentre ! » s’exclama Rose.

« Non… »

« Al, tu n’es pas en état ! Nous devons rentrer… »

« Non ! Non ! Je vais bien ! » s’écria Albus avec peine. « Fais-moi un bandage, et on continue ! »

Scorpius et Rose échangèrent un regard.

« On n’a pas fait tout ce chemin pour abandonner comme ça ! » éructa Albus.

Scorpius haussa les épaules. Rose soupira et sortit sa baguette, murmurant le sortilège. Une bande blanche apparut et vint se nouer autour du bras d’Albus, lui maintenant l’épaule. La douleur fut légèrement atténuée.

« Ça va ? » lui demanda Scorpius.

« Oui, » répondit Albus, « aide-moi à me relever… »

Une fois sur ses pieds, Albus tenta de se repérer. Il n’avait aucune idée de l’endroit où ils se trouvaient. Il faisait nuit noire et il n’y avait pas un bruit autour d’eux. De la lumière qui émanait du Portoloin, Albus put distinguer des pierres taillées avant de se rendre compte avec frayeur que c’étaient des tombes : ils avaient atterri dans un cimetière.

Il sentit Rose se blottir contre lui et lui prendre sa main valide tandis que Scorpius réprimait un frisson. Tous les trois regardèrent autour d’eux, scrutant chaque tombe et plissant les yeux pour tenter de discerner au loin le moindre mouvement parmi les pierres.

Albus voulut avancer mais ses pieds refusaient d’obéir. Ses jambes tremblaient comme des feuilles et ses muscles tendus commençaient à lui faire mal. Il sentait qu’il aurait bientôt une crampe s’il ne se décidait pas. Fermement, il resserra sa main autour de celle de sa cousine et fit un geste de la tête à l’attention de Scorpius pour lui intimer gentiment d’avancer tandis qu’il faisait le premier pas :

« Allez, Gryffondor… »

Ce fut comme si Rose et Scorpius venaient de se rappeler qu’ils avaient été en partie choisis dans la maison de Godric Gryffondor pour leur courage.

Lentement ils avancèrent, à l’affut du moindre bruit qui les mettrait sur la piste de Snape ou de Linus.

Ou de Tom Riddle, ce qui n’était pas vraiment souhaitable, juste hypothétique.

Ils marchèrent ainsi quelques minutes, au hasard, jusqu’à ce que Scorpius s’exclame :

« Là ! »

Il pointait du doigt une masse noire sur le sol, et prudemment, le trio s’en approcha.

C’était Linus.

« Est-ce qu’il est inconscient ? » demanda Rose, la voix chevrotante.

Albus lui lâcha la main et s’avança encore, plus lentement, scrutant le visage de l’homme qu’il avait vu dans le souvenir. S’il ne s’était pas attendu à le trouver là, Albus ne l’aurait sans doute pas reconnu tout de suite. Presque quinze ans s’étaient passés pour lui depuis qu’il avait assisté à l’anniversaire de son petit-fils Samuel, pourtant il semblait avoir vieilli de plus que cela. Il avait une longue barbe et les cheveux blancs, les rides et cernes très prononcées sur son visage marqué par les épreuves qu’il avait traversées. Si Albus ignorait qu’il s’agissait d’un Mangemort prêt à tout pour tuer son père, il aurait presque éprouvé de la pitié pour lui.

De son bras valide, il sortit sa baguette et la dirigea vers Linus.

Et brusquement Linus ouvrit les yeux.

Albus n’eut pas le temps de réagir : Linus se redressa, lui prenant sa baguette des mains et la pointant directement sur son cou.

Rose poussa un cri de surprise qui fut recouvert par les hurlements d’Albus : Linus lui avait brusquement saisi l’épaule droite pour le faire pivoter dos contre lui, renforçant la pression de la baguette sous sa gorge.

Albus avait entendu un craquement : il était persuadé que Linus venait de lui casser la clavicule. Il se retrouvait coincé, blessé, et Linus était susceptible de lui envoyer des sortilèges comme bon lui semblait. Il essayait de réfléchir mais les connexions de son cerveau avaient beaucoup de difficulté à fonctionner normalement, tellement la douleur de son épaule était insupportable.

Heureusement, Rose avait gardé sa lucidité dans ce moment de panique.

« Lucius ! Fais quelque chose ! »

Scorpius mit du temps à comprendre. Quant à Albus, il sentit un soulagement qui, bien que peut-être prématuré, lui faisait du bien : si Scorpius arrivait à se faire passer pour son grand-père, l’espoir n’était pas totalement perdu.

« Lucius ? » dit Linus, la voix rauque et fatiguée. « Qu’est-ce que tu fais là ? »

Scorpius fut enfin sorti de sa torpeur.

« Angelus ? »

« Oui, c’est moi, » dit Linus simplement.

Albus était ravi que Scorpius se fût souvenu de ce que Dumbledore avait dit à propos d’utiliser le nom du Mangemort.

« Lâche mon ami, » reprit Scorpius, « tu vois bien que son épaule le fait souffrir ! »

« Pas avant que tu m’aies expliqué ce que tu fais là. »

Scorpius s’avança.

« Ne bouge plus ! Je ne plaisante pas ! »

Scorpius obéit, mais rétorqua en sifflant entre ses dents :

« Je ne te reconnais plus, Angelus. De quoi as-tu peur ? »

Albus espérait qu’il ne chercherait pas trop longtemps à gagner du temps, car ça se voyait vraiment.

« Réponds à ma question, Lucius, je ne me répèterai pas… »

Scorpius soupira. Il osa un léger coup d’œil à Rose qui était pétrifiée et tremblait comme si elle souffrait à la place d’Albus.

« Ce sont des amis, Al… Alan et Rosemary Farell… Ils… ils veulent rejoindre les rangs du Seigneur des Ténèbres, alors j’ai pensé… »

« Tu crois qu’il va les accepter ? Mais tu es naïf, mon pauvre Lucius ! Personne ne pourra jamais remplacer les vides de notre cercle, surtout pas de parfaits inconnus ! »

Albus sentit l’étreinte de Linus se desserrer, mais il demeura immobile : ça n’était pas encore gagné.

« Laisse-leur une chance de le demander au Seigneur des Ténèbres, » supplia Scorpius.

Linus semblait réfléchir, puis il dit :

« C’est perdu d’avance, même après les éloges du Seigneur des Ténèbres à ton égard ce soir, mais si tes amis sont prêts à mourir… »

Et sans prévenir, il repoussa Albus qui s’effondra dans les bras de Rose. La douleur s’intensifia et Albus dut se mordre la langue jusqu’à en avoir le goût de son sang dans la bouche pour ne pas crier de nouveau.

Se retournant, il vit que Linus avait gardé sa baguette.

« Ma baguette, s’il vous plaît, Monsieur, » demanda-t-il en tendant le bras.

Linus fit semblant de n’avoir rien entendu et examina minutieusement la baguette d’Albus.

Scorpius voulut intervenir :

« Linus… »

Il se rendit compte trop tard de son erreur. Il plongea derrière une tombe pour éviter le sortilège de Linus. Quant à Rose, elle tira Albus par son bras valide et l’emmena derrière un imposant caveau.

Albus n’avait pas récupéré sa baguette : il était désarmé, et il détestait cette idée.

« Comment connais-tu ce nom, Lucius ? » hurlait Linus en se déplaçant tombe après tombe à la recherche de Scorpius. « COMMENT ? »

Rose avait le dos appuyé contre le caveau et elle se massait les tempes.

« Rose, il faut qu’on fasse quelque chose ! »

« Tu crois quoi ? » dit-elle en enfonçant presque ses ongles dans le crâne. « Que je me détends ? »

Albus ne releva pas la remarque cynique de sa cousine, mais ne put s’empêcher de penser que Scorpius commençait à déteindre sur elle.

Ils entendirent Linus crier à nouveau :

« Tu n’es pas Lucius Malfoy ! Le Seigneur des Ténèbres ne lui a pas fait d’éloges, bien au contraire ! »

Albus paniquait encore plus :

« S’il continue à hurler, Snape et Riddle vont débarquer en un rien de temps ! »

« Oui, je sais ! » pépia-t-elle. Et elle ajouta triomphalement : « Je sais ! »

Elle bondit en avant et sortit de sa cachette.

« Linus ! Gabriel Linus ! » fit-elle en mettant ses mains en porte-voix.

Albus se demanda avec horreur si sa cousine était devenue folle. Il s’avança prudemment vers elle et tendit le cou pour voir où se trouvait Linus : il surgit de derrière une tombe, pointant une baguette dans chaque main et marchait de vive allure dans leur direction.

Le cœur d’Albus fit un bond : Rose manqua de lui foncer dedans. Elle était revenue se cacher et, entraînant Albus par son bras valide, ils firent le tour du caveau pour surgir de l’autre côté, là où Linus ne l’attendait pas.

Rose surgit dans le dos de l’homme et fut d’une rapidité étonnante :

« Petrificus Totalus ! »

Le corps de Linus se raidit et il tomba en arrière.

« Tu es folle, » affirma Albus.

« Peut-être, mais ça a fonctionné, non ? » rétorqua Rose.

Tandis qu’Albus récupérait sa baguette et celle de Linus, Rose prononça :

« Incarcerem ! »

Une corde sortit de l’extrémité de la baguette de Rose et vint ligoter Linus fermement.

« Scorpius ? » appela Albus.

Scorpius apparut en se tenant le poignet gauche. Il avait retrouvé ses onze ans et avait une balafre sur la joue.

Puis ce fut au tour d’Albus et de Rose de reprendre leurs apparences respectives. Albus nageait dans ses vêtements et son écharpe ne lui maintenait plus vraiment le bras, ce qui intensifia la douleur, mais elle était supportable : le seul fait de savoir ses amis sains et saufs le calmait largement. Il sortit ses lunettes de sa poche intérieure et les remit sur son nez.

Arrivé à sa hauteur, Scorpius posa sa main sur l’épaule gauche d’Albus. Quant à Rose, elle était au bord des larmes.

« Viens là, Rosie. »

Elle s’approcha et se blottit entre les deux garçons. Scorpius paraissait gêné mais ne dit rien. Pendant un instant, il hésita à resserrer l’étreinte, puis il avança, plaçant son autre main sur l’avant-bras de Rose…

Ils restèrent un moment ainsi, le temps de souffler un peu après les émotions qu’ils venaient de vivre.

Mais Albus sentait que ses jambes allaient flancher.

« Allez, » dit-il en séchant les larmes qui coulaient sur les joues de Rose, « on va se poser, on a des décisions à prendre. »

Rose alla s’assurer que les liens de Linus étaient bien serrés. Elle lui bâillonna la bouche, car elle ignorait si elle pouvait lancer correctement un sortilège de silence suffisamment puissant pour durer :

« Une seconde d’inattention, et il pourrait ameuter tout le voisinage ! »

Albus voulut lui faire remarquer que le voisinage se limitait à des corps sans vie enfouis six pieds sous terre, et au vu de la tête que faisait Scorpius, il devina que son ami s’était fait la même remarque. Aucun des deux ne pipa mot mais ils échangèrent un regard complice.

Ensuite, ils s’assirent sur l’herbe, et Albus commença à rassembler les éléments qui se bousculaient dans sa tête :

« Je pense que c’est Snape qui a rendu Linus inconscient la première fois. Mais il n’a pas dû avoir eu le temps de faire quoique ce soit d’autre, Riddle est sans doute arrivé à ce moment-là… »

Son cœur manqua un battement : il venait de se rappeler avec horreur que Tom Riddle était peut-être également dans les parages. L’inquiétude l’envahit : il se demanda si les cris l’avaient alerté, car si c’était le cas, l’attitude la plus raisonnable était de quitter le cimetière sans préavis.

« Snape a dit qu’il allait passer quatre heures avec Riddle, » murmura Rose.

Albus hésita. Fallait-il être raisonnable, ou écouter son cœur ? Il réalisa qu’il avait déjà fait ce choix.

« Exact, » répondit-il, « c’est pour ça qu’on doit rester. »

Cela n’enchantait pas particulièrement Albus de rester dans cet endroit sinistre dans le noir, et Rose et Scorpius avaient l’air du même avis, mais cette fois-ci, ils n’essayèrent pas de le dissuader. Ils comprenaient ses motivations : en quatre heures, Linus pouvait se réveiller, défaire ses liens, et s’enfuir, pour tenter une nouvelle fois de prévenir Riddle du futur qui l’attendait.

Ils se mirent d’accord sur le fait de surveiller Linus le temps que Snape revienne. Ensuite, ils repartiraient au château pour rapporter le Portoloin et rentreraient à leur époque en essayant de ne pas se faire voir par qui que ce soit.

Traînant le corps inanimé de Linus à l’aide de la magie, ils retournèrent à l'endroit où ils avaient découvert le Mangemort. L’endroit était facilement reconnaissable, et au loin, Albus pouvait distinguer la lumière bleutée du Portoloin. Il alla le placer derrière une petite chapelle, et pour éviter de le toucher, il se servit d’un sortilège, se souvenant qu’il lui avait été bien utile le jour de son arrivée à Poudlard :

« Locomotor Barda ! »

Puis il rejoignit ses amis : Scorpius se tenait toujours le poignet et Rose insista pour le lui examiner. Il avait une brûlure infligée par un des sortilèges de Linus.

« Il faut mettre de l’essence de Murlap dessus, » dit Rose.

« Tu en as un flacon ? » demanda Scorpius, une pointe d’ironie dans la voix.

Au plus grand étonnement d’Albus, Rose lui sourit brièvement.

« Oui, dans ma sacoche, entre l’œuf de dragon et la Glace à l’Ennemi, » répondit-elle le plus naturellement du monde.

Scorpius lui rendit son sourire.

« Bon, » dit-il en haussant les épaules, « je suppose que ça peut attendre un peu. »

Le silence s’installa quelques minutes, puis Scorpius ajouta :

« Merci, Rose, » dit-il d’une voix sincère et reconnaissante. « De m’avoir sauvé la vie. »

Les joues de Rose s’empourprèrent. Puis Scorpius se releva.

« Je vais tenter de me repérer un peu. Si j’arrive à savoir à peu près où se trouve Snape, on pourra mieux guetter son retour. »

Albus et Rose hochèrent la tête.

« A tout à l’heure. »

« Sois prudent, » lui lança Rose.

Ils regardèrent Scorpius s’éloigner puis Rose suggéra de changer de vêtements.

« Je vais te refaire une écharpe aussi, » annonça-t-elle.

Albus lui en fut reconnaissant. Elle put prendre le temps de bien bloquer son bras avec l’écharpe, et elle l’aida à s’habiller.

Comme ils ne bougeaient plus, ils commencèrent à sentir le vent et Rose frissonnait. Mais Albus ne voulait pas faire de feu, de peur d’attirer l’attention. Ils se contentèrent de se blottir dans les capes supplémentaires dont ils disposaient.

Linus remua un peu, puis il se réveilla, et comme il gesticulait beaucoup malgré ses liens, Albus et Rose se mirent d’accord pour le Stupéfixer.

Le temps passait et Scorpius ne revenait toujours pas, ce qui inquiétait Rose.

« On aurait dû convenir d’une heure pour qu’il revienne, » murmura-t-elle.

Pourtant, malgré le stress de l’absence de Scorpius, elle commençait à lutter contre le sommeil.

« On va faire des tours de garde, » suggéra Albus. « Repose-toi un peu, je surveille Linus. »

Rose s’endormit très vite. Sa respiration lente berçait Albus qui sentait le sommeil le gagner à son tour, assommé par la douleur de son épaule. Heureusement, Scorpius revint et, après qu’il se fût changé à son tour, ils discutèrent de ce qu’il avait vu.

« On est situé à l’extrémité du cimetière, quasiment. Snape et Riddle sont à l’opposé. Ils arriveront de par là, » ajouta-t-il en pointant la direction avec son doigt.

Puis Linus remua à nouveau. Albus dirigea sa baguette et s’apprêtait à lui lancer un nouveau sortilège de Stupéfixion, mais Scorpius lui retint le bras.

« J’ai autre chose à te proposer, » avoua-il en sortant de sa poche une petite fiole transparente. « C’est une potion de Veritaserum que j’ai prise dans le bureau de Dumbledore. »

Albus prit la fiole et jugea de la quantité de potion.

« Il n’y en a pas beaucoup, mais je pense suffisamment pour soutirer quelques informations… »

« Tu n’y penses pas, Al ! »

Rose s’était réveillée.

« Pourquoi pas ? » demanda Scorpius. « Il faut que l’on sache ce qu’il a fait pendant quatorze ans ! Vous ne voulez pas savoir ? »

Albus voulait montrer à Scorpius son soutien, mais Rose intervint la première :

« C’est dangereux d’en savoir plus que nécessaire ! Imaginez si le Veritaserum fait encore effet quand Snape reviendra ! Il pourrait lui révéler certaines choses qu’il vaut mieux garder secrètes ! »

Albus devait admettre qu’elle n’avait pas tort, et il était désormais partagé entre la curiosité et la sécurité.

« Scorpius, » dit-il, « combien de temps le Veritaserum fait-il effet ? »

Comme il s’y était attendu, il ne fut pas surpris de voir Scorpius hausser les épaules en signe d'impuissance.

« Il faut voter, » annonça-t-il. « Je suis pour, Rose est contre, c’est à toi de décider ce qu’on fait. »

« En attendant, » s’écria Rose, « il se réveille, alors il faut le Stupéfixer si tu ne te décides pas ! »

Albus était pris au dépourvu : il n’avait aucune idée de ce qu’il devait faire.

Tout au long de l’année, il avait souvent dû prendre une décision pour départager ses amis. Il avait été le médiateur, l’arbitre, l’intermédiaire, le conciliateur pris en sandwich, partagé, dédoublé, tiraillé, déchiré entre Rose et Scorpius. Et quoiqu’il fît, quoiqu’il décidât, il en décevait toujours un.

Et il détestait ça.

Il vérifia sa montre : cela faisait un peu plus d’une heure qu’ils étaient dans le cimetière, et il jugea que Snape et Riddle en avaient encore pour au moins deux heures et demie. Linus pouvait encore se réveiller plusieurs fois avant que Snape ne revienne.

« Stupéfixe-le pour l’instant, » se contenta-t-il de répondre à sa cousine.

Il avait en tête un autre détail qui allait poser souci : Linus les avait vus, et il se pouvait qu’il en raconte une partie à Snape. Or, celui-ci ne devait pas savoir qu’ils étaient là, car le Snape du portrait l’ignorait.

Autrement la situation serait dramatique.

Une fois que Rose eût Stupéfixé Linus, elle revint s’asseoir et Albus confia à ses amis le problème qu’il fallait régler.

« Tu crois que nos doubles à l’époque sont venus dans ce cimetière ? » demanda Rose. « Est-ce qu’on aurait pas quand même changé le passé en bravant les interdits et en jouant les héros malgré les instructions de Snape ? »

Albus ignorait la réponse à cette question.

« Je doute fort qu’on le sache un jour, » avança Scorpius. « Si nous réussissons à quitter le cimetière sans laisser de traces derrière nous, il n’y a aucun moyen pour que Snape l’apprenne. »

« Ce qui nous ramène au problème de départ : comment effacer nos traces ? »

Il savait qu’il y avait un moyen, mais c’était risqué. Après tout, ils avaient étudié le cas en long, en large et en travers…

« Je sais à quoi tu penses, Al, » devina Rose. « Ça ne m’enchante pas beaucoup, mais contrairement au Veritaserum, nous n’avons pas d’autre choix… »

Même si la lune ne brillait pas intensément ce soir-là, les yeux d’Albus s’étaient habitués à la pénombre, et il n’eût aucune peine à voir sa cousine afficher un air qui en disait long sur l’opinion qu’elle avait du Veritaserum.

« Vous pensez aussi à un sortilège de mémoire ? » s’enquit Scorpius.

« Oui, » soupira Albus, « c’est le seul moyen… »

Il se perdit dans ses pensées, se creusant la tête à la recherche d’une alternative, mais il fit chou blanc.

« Allez, » les encouragea Scorpius, « il y a au moins un point positif : nous connaissons la théorie comme notre poche avec la rédaction qu’on a faite là-dessus ! »

Albus trouvait que sa voix avait manqué de conviction, et au final ça n’était pas plus motivant. Néanmoins, sachant que c’était la seule façon d’être couverts, Albus se prépara mentalement au moment où l’un d’eux devrait lancer le sortilège.

Les heures défilaient lentement, et chacun leur tour, ils fermaient les yeux pour tenter de se reposer. L’épaule d’Albus le faisait toujours souffrir et Scorpius commençait à se plaindre de sa brûlure au poignet, si bien qu’au final, il n’y avait que Rose qui était capable de s’endormir complètement.

Albus voulut saisir l’opportunité, comme il l’avait fait il y a quelques mois lorsqu’ils cherchaient à savoir ce que contenait la fiole d’Argent.

« Pendant qu’elle dort, » murmura-t-il à Scorpius, « tu vas lui faire avaler le sérum… »

Scorpius se mordit la lèvre inférieure.

« Tu es sûr que c’est ce que tu veux ? » demanda-t-il, un peu malgré lui.

Albus hésita. Rose n’avait jamais su que lui et Scorpius avaient fait une balade nocturne dans la section restreinte de la bibliothèque avec la cape d’invisibilité, mais dans le cas présent, elle se trouvait juste à côté et pouvait se réveiller à tout moment.

Scorpius tenta de le rassurer :

« Elle ne t’en voudra pas indéfiniment. Après tout, vous êtes cousins avant d’être amis. »

Les lèvres pincées, Albus hocha la tête. Scorpius ressortit la fiole de sa poche et s’avança vers Linus, toujours inconscient et ligoté.

L’aube commençait à pointer le bout de son nez : Albus pouvait voir plus distinctement Scorpius à quelques mètres de lui.

« Je ne lui en ai pas donné beaucoup, je crois que Rose a raison, et qu’il ne faut pas que le Veritaserum fasse encore effet quand Snape reviendra. Enervate ! »

Albus se releva avec difficulté et s’approcha, non sans jeter un coup d’œil vers Rose qui dormait presque paisiblement.

« Qui êtes-vous ? » demanda Scorpius.

Albus trouvait la question idiote, avant de comprendre qu’elle était posée pour vérifier si la potion agissait correctement.

« Je suis Gabriel Linus, » répondit le Mangemort, « et on m’appelle aussi parfois Angelus Biril. C’est une anagramme que j’ai créée pour suivre l’exemple de mon maître, le Seigneur des Ténèbres. »

Scorpius fixa Albus quelques secondes, puis il continua son interrogatoire.

« Que faites-vous ici ? »

« On m’a Stupéfixé et ligoté… »

« Il faut être plus précis dans les questions, » le coupa Albus. « Racontez-nous ce que vous avez fait ces quatorze dernières années. »

Linus répondit dans la seconde :

« Je viens du futur. J’ai créé un Retourneur de Temps qui m’a permis de revenir en 1981, peu avant la chute du Seigneur des Ténèbres. J’ai voulu le prévenir de ce qui allait arriver, mais je suis arrivé trop tard. Mon maître a échoué auprès de Potter et il s’est enfui avant que je puisse l’intercepter. Je l’ai cherché pendant des années et des années, en vain, et j’ai dû attendre ce soir pour réapparaître car je savais que c’était cette nuit-là que le Seigneur des Ténèbres retrouverait sa puissance. J’étais là à l’époque, dans le cercle fermé des amis de Lord Voldemort. J’étais là quand il nous a raconté ce qui lui était arrivé. J’étais là quand Potter lui a échappé à nouveau. Je savais que peu après, le groupe partirait, laissant notre maître seul dans le cimetière.

- C’est pour cela que je suis venu ici ce soir, parce que je pensais pouvoir parler à mon maître, prouvant que je suis venu du futur pour empêcher les évènements de se poursuivre tels que je les ai connus.

- Mais je n’avais pas prévu que Snape serait là. Je m’étais toujours demandé comment il avait pu obtenir le pardon du Seigneur des Ténèbres. J’imagine qu’il a dû le convaincre qu’il était resté espion tout ce temps. Il m’a vu, et j’ai eu l’impression qu’il avait compris ce pourquoi j’étais là. Il m’a Stupéfixé, et quand je me suis réveillé, il y avait Lucius Malfoy et deux autres personnes… »

Scorpius le coupa :

« C’est bon, on la connaît cette partie. »

Linus se tut.

Albus était sidéré. Il avait eu raison depuis le début, et ce malgré tous les efforts de Rose et Scorpius pour tenter de démonter l’hypothèse de départ. Pourtant Albus voulait bien croire que l’entreprise qu’avait montée Linus ne fût pas des plus faciles, et il lui restait encore beaucoup de zones d’ombres à éclaircir.

« Que s’est-il passé quand vous avez extrait le souvenir de votre mémoire devant votre fille Rosalie à l’anniversaire de Samuel ? »

Le Veritaserum semblait agir de façon à ce que Linus ne demande pas comment il était au courant.

« J’ai modifié sa mémoire, y insérant de faux souvenirs : celui de ma mort, ainsi que mon enterrement. Puis le mari de Rosalie est descendu et j’ai procédé de même. Je savais qu’on me chercherait, parce que je devais me présenter sous le patronyme d’Angelus Biril au Bureau d’Enregistrement des Aurors comme tout Mangemort qui a échappé à la prison… Et il fallait que ma fille se présente à ma place pour faire croire que j’étais mort. Je ne pouvais pas prendre de risques, je dois admettre que les méthodes d’interrogatoire du bureau des Aurors sont très efficaces, donc la seule solution était que Rosalie soit persuadée de ma disparition… »

Aussitôt, le regard de Linus changea, et il tourna la tête vers Albus.

« Détachez-moi ! » cria–t-il, gesticulant comme un ver de terre pour tenter de se libérer de ses liens.

« Le Veritaserum ne fait plus effet ! » s’exclama Albus.

« Il faut le bâillonner à nouveau ! » suggéra Scorpius.

« Attends, » dit Rose qui avait surgi de nulle part en brandissant sa baguette, « Silencio ! »

Le sortilège semblait avoir fonctionné, car Linus jeta un regard noir en direction de Rose. Heureusement, celle-ci n’était pas offusquée le moindre du monde.

« Je pense que Snape ne va pas tarder ! » se justifia-t-elle en tournant la tête vers Albus. « Al, tu es encore plus pâle que Peeves ! Tu n’aurais pas dû interroger Linus ! »

Albus protesta :

« Rien à voir, je te ferais remarquer que j’ai l’épaule démise ! »

« Ne te cherche pas d’exc… »

Elle s’arrêta net de parler.

« Moi aussi je l’ai entendu… » chuchota Scorpius.

Albus tendit l’oreille : le craquement d’une brindille, des pas réguliers marchant à un bon rythme sur la pelouse…

Et une lueur au loin, émettant le même genre de lumière que le sortilège ‘Lumos’…

« Snape, » dit Albus.

Il commença à ranger les capes dans la sacoche avec Scorpius. Rose voulut les aider.

« Rosie, » protesta-t-il, « tu es la meilleure en sortilèges, tu devrais être celle qui efface sa mémoire. »

Scorpius approuva.

« On te couvrira, quoiqu’il arrive ! » la soutint-il.

Rose déglutit : elle ne parut pas très confiante, mais elle savait que ce n’était pas le moment de discuter et ressortit sa baguette.

« Ne sois pas trop déterminée, » lui rappela Scorpius, « ou tu le rendras complètement amnésique ! »

Rose paniqua :

« Je veux bien, » dit-elle frénétiquement, « mais si je ne le suis pas assez, le souvenir pourra ressurgir un jour ! »

Puis elle se tourna vers Albus. Celui-ci l’avait pressenti un centième de seconde plus tôt. Mais cette fois-ci, il était du côté de sa cousine :

« Mieux vaut trop que pas assez, Scorpius… » jugea –t-il.

Rose n’attendit pas l’unanimité pour agir.

« Ok, » acquiesça-t-elle. « ‘Oubliettes ! »

Une lueur blanche aveuglante émana de la baguette de Rose et vint frapper Linus de plein fouet. Puis Albus et Scorpius allèrent détacher Linus. Le sortilège de silence était rompu :

« Bonsoir, » dit Linus joyeusement, « qui êtes-vous ? »

« Et vous, qui êtes-vous ? » rétorqua Scorpius.

« Eh bien, je suis… »

Les yeux de Linus s’écarquillèrent.

« Je suis… »

Le sourire s’effaça de son visage. Albus jeta un coup d’œil en direction de la lueur de la baguette de Snape. La lumière éblouissante du sortilège de mémoire semblait ne pas être passée inaperçue, car il courait presque dans leur direction.

« Je ne sais pas qui je suis ! » se lamenta Linus.

Albus estima que le danger était écarté, aussi déposa-t-il la baguette de Linus près de son propriétaire, sur l’herbe, pour faire croire à Snape que Linus s’était infligé lui-même le sortilège d’amnésie.

Rose était dans tous ses états.

« Par Merlin, qu’ai-je fait ? »

Scorpius déposa sur son épaule une main réconfortante.

« Allez, il faut qu’on se sauve. »

Albus inspecta une dernière fois le lieu qu’ils avaient occupé : Linus faisait les cent pas, ne se préoccupant plus des trois amis, puis il commença à se rouler par terre.

« Il efface nos traces, au moins ! » dit Scorpius d’un ton jovial qu’Albus ne lui connaissait pas.

Ils se placèrent autour du trophée dont la lueur bleue commençait à s’atténuer.

« A trois ! Un, deux, trois ! »

Albus toucha le Portoloin et attendit d’être aspiré par le nombril.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda Scorpius, alarmé.

Ils étaient toujours dans le cimetière, et la lueur de la baguette de Snape était dangereusement proche.

« Le Portoloin ne marche plus ! » pépia Rose.

Intérieurement, Albus paniquait autant que ses amis.

« On réessaie ! » les encouragea-t-il. « Un, deux, trois ! »

Mais ils ne quittèrent toujours pas le cimetière. La lumière bleue s’éteignait doucement

« Incarcerem ! » prononça Snape à quelques mètres d’eux.

Ils entendirent Linus paniquer.

« Mais que ? Qui êtes-vous ? Comment avez-vous fait ça ? »

« Ne fais pas le malin, Angelus ! » grogna la voix de Snape.

Albus tremblait comme une feuille. Ils allaient bientôt être découverts, et le passé serait radicalement changé.

« Scorpius ! » chuchota Rose. « Le Retourneur de Temps ! »

Scorpius sursauta et réagit en un temps record. Il porta la main à sou cou pour trouver la chaîne à laquelle pendait le Retourneur de Temps. Il pouvait remercier sa bonne étoile d’avoir eu l’intuition de le régler à l’avance dans le bureau de Dumbledore. Rose aida Albus à placer la chaîne autour de son cou.

Les pas de Snape se rapprochaient…

End Notes:
S'il vous plaît pensez à mettre une 'tite review pour me dire ce que vous en avez pensé, ça m'aidera à ajuster ma conclusion s'il le faut !!! Merci d'avance !!!
XXIV. Icare by Eliah
Author's Notes:
L'enfance est un papillon qui se hâte de brûler ses blanches ailes aux flammes de la jeunesse.
(Aloysius Bertrand)

Lorsqu’Albus se réveilla, il avait l’impression que sa tête avait servi de Souaffle au dernier match de Quidditch des Cannons de Chudley.

Il ouvrit les yeux : il était dans un des lits de l’infirmerie de Poudlard.

Des flashes apparaissaient devant ses yeux, résumant les péripéties qu’il avait vécues dans le cimetière. Le corps inanimé de Linus, la baguette que Linus lui avait prise et avec laquelle il l’avait menacé, le caveau derrière lequel Rose l’avait entraîné, la chapelle derrière laquelle ils tentaient par tous les moyens de revenir à leur époque…

Et puis le reste.

Leurs parents, accourant vers eux dès l’instant où ils étaient réapparus.

Les Médicomages qui l’avaient examiné.

Les Aurors qui avaient tenté de l’affubler de questions, jusqu’à ce que Ginny se mette en colère…

Il se redressa lentement. A l’infirmerie, tout était calme. Il n’y avait personne d’autre que lui, et son père qui, assis confortablement au fond d’un fauteuil près du lit, lui adressait un large sourire.

Sur la table de chevet débordant de boîtes de dragées surprise de Bertie Crochue, Choco-Grenouilles et Suçacides, Albus trouva ses lunettes et les mit sur son nez, calant son dos sur son oreiller, tandis que Harry vint se rasseoir sur une chaise près du lit.

« Salut, P’pa… » dit-il d’une voix rauque qu’il n’avait jamais entendue de sa bouche.

Il avait la gorge sèche, et son père lui tendit un verre qu’il remplit d’eau avec sa baguette.

« Al, » dit Harry après un nouveau sourire, « comment te sens-tu ? »

Albus but l’eau et reposa le verre sur la table de chevet. Il réfléchit longuement à la question. Il avait le bras droit en écharpe, même si son épaule ne le faisait plus autant souffrir à présent. Mais il avait surtout mal à la tête.

« Bien, » s’entendit-il dire.

Il se doutait que son père le croie sur parole, mais il ravala sa salive en hochant la tête lentement.

« J’ai dormi combien de temps ? » s’enquit-il, angoissé par la réponse.

« Deux jours, » répondit Harry, puis il ajouta d’un ton ironique, « tu t’améliores. »

La dernière fois qu’il avait atterri à l’infirmerie, il avait dormi pendant dix jours d’affilée.

« C’est bien que tu sois réveillé, » annonça-t-il, « Madame Pomfrey va pouvoir te faire avaler du Répaross pour ton épaule. Tu as mal ? »

Albus sentit qu’il valait mieux lui dire la vérité.

« Pas trop à l’épaule, mais j’ai l’impression que ma tête va exploser ! »

Harry lui sourit à nouveau, puis il ajouta :

« Y a-t-il quelque chose que tu voudrais me dire, Al ? »

Albus admit qu’il y avait beaucoup de choses à dire, mais il n’arrivait pas à faire le tri.

« Eh bien, » commença-t-il, « je crois que je te dois des excuses… »

Il ne put finir sa phrase, car Harry le coupa net :

« Pour m’avoir sauvé la vie trois fois ? » demanda-t-il, un sourire au coin des lèvres, « écoute, franchement, je ne sais pas si je vais pouvoir te pardonner… »

Et il adressa à son fils un clin d’œil. Albus comprit qu’il avait été mis au parfum de toute l’histoire, et c’était parfait : au moins, il avait ça en moins à faire.

« Où est Linus ? » demanda-t-il. « Enfin, qu’est-ce qui lui est arrivé après qu’on soit parti ? »

« Il a été interné à Sainte Mangouste dans le plus grand anonymat, » annonça Harry, « pour des troubles de la mémoire. Il y est resté pendant presque deux ans, puis, lorsqu’il a commencé à se souvenir, il a été conduit à Azkaban, mais il n’a pas supporté la prison, et il est mort quelques jours après son arrivée. »

Albus sentit une boule dans son estomac. Malgré tout ce qu’il avait du endurer à cause de Linus, il avait de la peine que ça finisse en tragédie pour lui, et il avait l’impression que c’était en partie de sa faute.

« Je suis désolé d’avoir été au cimetière, » dit-il très vite pour ne pas perdre le fil de son idée, « je sais que Dumbledore et Snape me l’avaient interdit… »

Harry le coupa encore une fois :

« Al, » pressa-t-il en posant une main réconfortante sur celle de son fils, « ne culpabilise pas ! Surtout pas pour ça ! Si vous n’y étiez pas allés, je ne serais pas là aujourd’hui pour te regarder droit dans les yeux et te dire combien je suis reconnaissant et fier de ce que tu as fait pour moi, pour nous tous. »

« Alors, » fit Albus d’un air décontenancé, « si on n’était pas allé au cimetière, Linus se serait… »

« Echappé, »admit Harry, « oui, c’est sans aucun doute ce qu’il se serait passé. »

Le cerveau d’Albus se mit à fonctionner à cent à l’heure.

« Mais pourtant, Snape… »

Il s’arrêta de parler, voyant que son père voulait s’exprimer. Il referma ses deux mains sur celle d’Albus et prit un air sérieux, comme s’il devait lui annoncer une mauvaise nouvelle :

« Ce qu’il faut que tu saches, Al, c’est que Snape ne vous a pas vus, au cimetière. »

Etait-ce possible ? Pourtant, Albus se souvenait vivement du bruit des pas de Snape dans l’herbe, juste avant que Rose ne déclenche le Retourneur de Temps, et il avait été persuadé qu’il les avait vus.

« Il vous a entendu partir, » précisa Harry, « mais à l’époque, il n’avait pas vraiment fait le rapprochement. Il avait cru que c’était un Mangemort qui Transplanait après avoir lancé le sortilège d’amnésie. »

Albus dut admettre que dans le noir, il était sans doute difficile de différencier le Transplanage et l’utilisation du Retourneur de Temps.

« Comme il devait s’occuper de Linus, » ajouta Harry, « il a un peu zappé ce passage… »

Albus crut déceler une note de désapprobation dans la voix de son père. Pendant que son fils dormait, Harry était sans doute allé dans le bureau de McGonagall pour avoir une discussion avec Snape et lui reprocher d’avoir ‘oublié’ ce détail.

« Evidemment, Dumbledore savait que vous étiez allés au cimetière, mais il n’avait pas donné l’information à Snape… »

A ce moment-là, Harry semblait agacé, et il se tut quelques instants pour reprendre ses esprits. Quant à Albus, il était presque en colère : Dumbledore les avait jetés dans la gueule du loup, finalement. Il ne comprenait pas pourquoi il ne leur avait pas dit ce qui allait se passer.

« Vois-tu, » reprit Harry, « en récupérant le trophée après que je sois revenu du cimetière, Dumbledore a utilisé un sortilège très complexe afin que le trophée redevienne le Portoloin qu’il avait été, utilisant la dernière destination qu’il avait desservie. Il s’était dit que lorsque les choses se calmeraient, il irait visiter le cimetière. Mais lorsqu’il retourna dans son bureau, il n’était plus là, alors il se douta que vous l’aviez utilisé… »

Albus le coupa pour se confondre en excuses :

« Je suis désolé, Papa ! On a voulu retourner dans le bureau de Dumbledore, mais il ne fonctionnait plus… »

« C’est tout à fait normal, » le rassura son père, « un Portoloin, en principe, ne fonctionne qu’une seule fois. Après ça, il faut le réactiver, comme l’a fait Dumbledore. »

Albus comprenait mieux pourquoi ils avaient failli rester coincés dans le cimetière.

« Dumbledore, enfin là je parle de celui qui se trouve dans le portrait, savait que vous penseriez au Retourneur de Temps pour vous échapper avant que Snape n’arrive. A peine étiez-vous partis dans le passé qu’il a demandé à Phineas de me prévenir, tu sais, c’est l’arrière-arrière-grand-père de Sirius, son portrait est dans mon bureau… »

Albus se rappela de l’homme du portrait qu’il avait vu près de l’armoire dans le bureau de son père, au dernier étage de leur maison à Londres.

Et il fit le rapprochement avec le portrait près de la fenêtre du bureau de la directrice, qui abritait un des anciens directeurs dont les lamentations agaçaient Snape.

« Evidemment, » continua Harry, « nous ne pouvions pas intervenir. »

Il se leva et marcha jusqu’à la fenêtre la plus proche.

« Alors nous avons attendu au cimetière que vous reveniez, » conclut-il.

« Pourquoi vous ne pouviez pas intervenir ? Enfin, je veux dire, si c’était si important qu’on aille au cimetière, pourquoi Dumbledore n’est pas intervenu quand Snape nous l’avait interdit ? C’est vrai, quoi, on a failli ne pas y aller… »

« Mais c’est ce qui fait toute la différence, Al. Vous avez eu le choix. C’est vous qui avez, de votre plein gré, utilisé le Portoloin pour aller au cimetière. Si Dumbledore vous avait demandé d’y aller, comme il vous a demandé d’aller dans le passé pour lui indiquer où j’étais et prévenir Snape de couper la route à Linus, penses-tu que vous auriez agi exactement comme vous l’avez fait en ayant la liberté de faire ce que vous pensiez être juste ? »

Albus se dit que son père avait raison : si Dumbledore leur avait demandé d’aller au cimetière, il n’était pas sûr, par exemple, que Scorpius eût trouvé le Veritaserum…

« Où sont Scorpius et Rose ? » demanda-t-il soudainement, avec un pincement au cœur en réalisant qu’il n’avait pas encore pris le temps de s’inquiéter pour eux.

« Ils vont très bien, » répondit Harry. « Ils ont repris les cours ce matin, et viendront te voir tout à l’heure. »

Albus se sentit soulagé de savoir que ses amis étaient en meilleure forme que lui-même. Après tout, c’était lui qui les avait entraînés dans le cimetière, et il s’en voulait déjà énormément d’avoir mis leurs vies en péril. Linus était beaucoup plus dangereux qu’ils ne s’étaient imaginés. Et puis, son petit-fils représentait sans doute une menace à son tour.

« Comment ça va se passer pour Samuel Linus, maintenant ? » demanda-t-il à son père.

Harry le considéra un moment.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

La question de son père était perturbante.

« Ben, il est majeur, et tout ça, quoi… »

« Et ? » insista Harry.

« Ben je te signale qu’il nous a quand même dit, à Scorpius et moi, qu’il se réjouissait de ce que son grand-père faisait et qu’il le soutenait à cent pour cent ! »

Harry fronça les sourcils en prenant un air dubitatif.

« Il vous a dit ça ? A toi et Scorpius ? »

« Oui, » commença Albus avant de se reprendre, « enfin, non, pas exactement nous, en fin de compte… »

Et il expliqua à son père qu’ils avaient utilisé du Polynectar pour prendre l’apparence des amis de Samuel Linus.

« Eh bien, » annonça Harry d’un air désolé, « dans ce cas, il ne sera jamais inculpé. »

« Quoi ? » s’indigna Albus. « Mais pourquoi ? »

« Parce que tu n’as pas assez de preuves ! Et quand bien même on arriverait à le faire juger par le Magenmagot, ils en viendront tous à la conclusion que Samuel Linus a dit cela pour frimer devant ses amis. »

Et d’un haussement des épaules, comme pour renforcer un sentiment de frustration, il ajouta : « Ou leur faire peur, au choix. »

« C’est injuste… » marmonna Albus.

« Bienvenue dans mon monde, Al… » lança Harry d’un ton ironique.

Quelques secondes de silence s’écoulèrent avant qu’Albus ne demande :

« Et Rosalie ? Elle va s’en sortir aussi ? »

« J’ai bien peur que oui, Al. »

Albus n’arrivait pas à le croire, au vu de tous les efforts qu’ils avaient faits pour comprendre comment ils en étaient arrivés là…

« Mais cette fois-ci, j’ai une preuve ! » contesta-t-il, emporté par sa colère. « La fiole qui contient le souvenir, elle… »

Albus s’arrêta net de parler. Avec un pincement au cœur, il réalisa que le souvenir ne pourrait jamais constituer une preuve :

« Elle n’a pas soutenu son père quand il lui a parlé de changer le passé… Et… »

Il avait l’impression de se faire écraser les épaules par des mains de géant.

« Et Linus a effacé sa mémoire, puis il y a inséré de faux souvenirs… »

« Pour faire croire à sa mort ? » devina Harry.

Albus hocha la tête.

« C’est pour ça que Rosalie t’a parue sincère quand tu l’as interrogée après la disparition de son père. Elle t’a convaincu, pas parce qu’elle était une excellente comédienne, ou parce qu’elle tenait tellement fort à son père qu’elle mentait pour lui, mais simplement parce qu’elle-même était persuadée qu’il était mort… »

Les évènements jouaient vraiment en leur défaveur. Si seulement il pouvait mettre la main sur du concret…

« Les rouleaux de parchemin ! » s'écria-t-il, se relevant brusquement.

Il était prêt à bondir de son lit, mais Harry ne l’entendit pas de cette oreille : d’un geste ferme, il incita Albus à se rallonger.

« Doucement ! » le calma-t-il. « Et puis, de quels parchemins parles-tu ? »

Le mouvement brusque qu’Albus venait de faire raviva la douleur de son épaule. Il fit la grimace, mais heureusement, son père ne le vit pas. Il prit le temps de se calmer avant de lui répondre.

« Samuel nous a dit que chaque fois qu’il rentrait pour les vacances, il allait dans la malle qu’il y a dans son grenier pour y découvrir de nouveau rouleaux de parchemins que son grand-père écrivait. Apparemment, il tentait de donner des nouvelles de lui à sa fille, mais Rosalie ne les a jamais lus, d’après Samuel. »

Harry prit le temps de réfléchir avant de répondre.

« Encore une fois, il y a deux possibilités. Si j’envoie une brigade fouiller ce coffre, la probabilité que les Aurors ne trouvent rien est très forte. Et si, par le plus grand des hasards, Samuel n’avait pas encore eu le temps de prévenir sa mère de se débarrasser des messages, une fois que ma brigade serait tombée dessus, Rosalie pouvait parfaitement nier en avoir pris connaissance, et elle ne mentirait même pas, d’après ce que tu me dis… »

Albus était en train de perdre espoir. Il savait que son père avait un travail qui n’était pas de tout repos, mais il réalisait seulement maintenant à quel point c’était frustrant.

« Il n’y a absolument rien que vous puissiez faire au Ministère ? »

Harry considéra longuement la question, puis il répondit :

« Non, je ne peux absolument rien faire au Ministère… »

Albus se demanda s’il rêvait : son père avait-il insisté sur les deux derniers mots ?

« Tu veux dire que tu vas faire ta petite enquête de ton côté ? »

Harry fronça les sourcils.

« Je ne vois absolument pas de quoi tu parles… »

Et, avant qu’Albus ne puisse exprimer son incompréhension totale, il lui adressa un clin d’œil.

« Tu es le meilleur, Papa, » s’exclama Albus.

Harry lui sourit brièvement, puis il se leva.

« Bon, il faut que tu te reposes, je reviendrai plus tard. »

« Où est-ce que tu vas ? » demanda Albus, qui commençait à prendre goût aux discussions qu’il partageait avec son père.

« Voir ta mère, » annonça Harry en se dirigeant vers la porte, « lui annoncer la mauvaise nouvelle. »

Albus était intrigué.

« Quelle mauvaise nouvelle ? »

Harry ouvrit la porte et se retourna.

« Celle de son fils cadet réveillé, plus curieux que jamais ! Bois tes potions, Al. A plus tard. »

Albus rigolait doucement : les propos de son père ne le vexaient pas, au contraire. Il était fier d’être ce qu’il était. Il observa son père sortir et au moment où la porte de l’infirmerie se referma, Madame Pomfrey s’approcha avec un plateau sur lequel tremblaient dangereusement deux fioles.

« Allez, mon garçon. Tiens, bois ça, » lui dit-elle en lui tendant la première fiole sur laquelle une étiquette indiquait ‘Répaross’.

Albus but le contenu de la fiole en grimaçant. La potion avait un goût répugnant. Il tendit la fiole vide à l’infirmière.

« Ah, ce n’est pas de tout repos, de se faire réparer les os ! »

Et elle lui tendit la deuxième fiole, qui n’était pas labellisée.

« C’est une potion de sommeil sans rêve, » lui expliqua-t-elle.

Albus but plusieurs gorgées de la potion, mais ne put terminer la fiole avant de plonger dans un profond sommeil.


*******

Lorsqu’il rouvrit les yeux, Rose et Scorpius se tenaient de chaque côté du lit. Rose était assise sur la chaise qu’avait occupé Harry plus tôt, tandis que Scorpius s’était fait une petite place au bout du lit.

« Tu as encore mal ? » demanda tout de suite Rose, sans même dire bonjour.

Albus hocha la tête. Il supposa que le Répaross n’avait pas encore fini son travail. Il redoutait de subir une nouvelle gorgée de cette potion infecte, mais il chassa vite cette idée de son esprit : tant que son épaule était bien bloquée avec le bandage, il ne souffrait pas trop. Il s’empressa de le dire à Rose pour qu’elle ne s’inquiète pas.

Il réalisa également qu’il ne les avait pas encore remercié et ne tarda pas à le faire.

« Tu veux dire, ‘merci d’avoir misé votre peau pour sauver mon père’ ? » demanda Scorpius d’un ton moqueur.

« Entre autres, » rétorqua Albus d’un air détaché, mais il se reprit l’instant d’après : « plus sérieusement, merci de votre soutien… »

Rose l’étreignit un bref instant : il y avait déjà eu assez de mots pour exprimer la gratitude, et le silence qui s’installait en disait long, encore une fois, sur la complicité qu’ils étaient en train de partager.

Puis, Rose commença à raconter à Albus les derniers évènements qui s’étaient produits à Poudlard. Il restait deux jours avant la remise de la coupe des Quatre Maisons et Gryffondor était, pour le moment, placé en deuxième position, après Serdaigle. Rose s’était mise en quête d’une bonne action de dernière minute qui leur permettrait de prendre la tête de la course.

« J’ai éventuellement une idée, » s’avança-t-elle.

Mais avant qu’elle n’ait pu dire quoique ce soit de plus, Scorpius prit la parole :

« Idée avec laquelle je ne suis pas du tout d’accord ! »

Rose soupira :

« Je le sais, merci de me le rappeler ! Mais Albus a bien le droit de savoir… »

Albus hésita à prendre un air malade. La dernière fois qu’il avait joué cette comédie, ses amis avaient immédiatement cessé de se disputer. Mais il redoutait qu’ils finissent par découvrir la supercherie, s’il en abusait.

« Dis-le moi, Rosie, » la coupa-t-il, « on verra bien ce que j’en pense ! »

Rose fit une grimace à Scorpius, qui haussa les sourcils, montrant qu’il n’était ni offensé, ni impressionné.

« On devrait avouer à McGonagall qu’on sait pourquoi les affaires disparaissent à Poudlard. Ça nous rapporterait beaucoup de points, et je doute que les Serdaigle puissent nous rattraper après. »

Albus avait l’impression que des millénaires s’étaient passés depuis qu’ils avaient résolu cette énigme. Il ne lui fallut pas longtemps avant de se décider, mais comme d’habitude, il se retrouvait pris en sandwich entre ses deux amis.

Cependant, il jugea que ce genre de décisions n’était plus aussi crucial : ils avaient traversé assez d’épreuves pour que leur amitié résiste à une simple divergence d’opinion.

« Non, » dit-il fermement, « sinon elle saura qu’on est au courant pour la Salle sur Demande, et j’aimerais bien qu’on puisse l’utiliser comme on veut pendant les six années qu’il nous reste à Poudlard. »

Rose ne dit rien, sa susceptibilité la faisant rester de marbre face à la situation. Et soudain, Albus eut une autre idée, qu’il s’empressa de partager avec sa cousine, afin de tenter de l’apaiser :

« Tu ne crois pas qu’on aura des points pour ce qu’il s’est passé dans le cimetière ? »

Rose se pinça les lèvres d’un air sceptique.

« Tu tiens vraiment qu’on dise à McGonagall que c’est toi qui a versé de la Poudre de Gerbe dans son verre de jus de citrouille, dimanche soir ? »

Décidément, la rancune n’était pas l’amie d’Albus, mais celui-ci dut admettre qu’elle marquait un point. Ceci dit, même s’ils passaient à côté de l’occasion de gagner la Coupe des Maisons, Albus savait qu’ils pourraient retenter leur chance dans les années à venir.

« De toute façon, peu importe qu’on gagne la Coupe ou non, » annonça-t-il, « l’essentiel est d’avoir notre examen, non ? »

« Exact, » fit Scorpius d’un ton nonchalant.

Rose approuva également, bien évidemment.

« Et dès la rentrée, » dit-elle pour conclure, « peu importe le nombre de vieux souvenirs qu’on retrouve sous ton lit, Al, je m’inscris au cours d’Arithmancie ! »

Albus était ravi de retrouver sa cousine de bonne humeur.

Scorpius et elle restèrent jusqu’à l’heure du dîner car ils n’avaient pas de devoirs pour le lendemain. Ils auraient voulu prendre le repas à l’infirmerie avec Albus, mais l’infirmière les fit sortir sans ménagement, disant qu’Albus avait besoin de repos.

Lorsque Rose fit pour ouvrir la porte, Harry rentrait au même moment. Madam Pomfresh parut contrariée, mais Harry insista :

« Juste cinq minutes. »

Et, en guise de réponse, l’infirmière retourna vers ses quartiers, tandis qu’Albus vit ses amis lui faire un dernier signe de la main avant de sortir.

« Ça se passe toujours aussi bien, avec Rose et Scorpius ? » demanda Harry après avoir embrassé son fils sur le front.

Repensant à la conversation qu’il venait d’avoir avec eux, Albus avoua :

« Ouais, enfin, parfois c’est un peu dur de les mettre d’accord. Dans ces moments-là, » ajouta-t-il en écarquillant les yeux d’un air blasé, « j’ai l’impression d’être un gnome sur qui ils se défoulent. »

Harry lui sourit. Il plongea la main dans la boîte de dragées surprise de Bertie Crochue, restée sur la table de chevet d’Albus, et dit :

« Je sais ce que c’est, j’ai connu ça à ton âge, et crois-moi, tu n’es pas au bout de tes peines ! »

Albus fronça les sourcils :

« Avec oncle Ron et tante Hermione ? »

« Oui, » répondit Harry simplement.

Une idée désagréable traversa la tête d’Albus.

« Dis-moi Papa, tu crois que Rose et Scorpius finiront par se marier, eux aussi ? »

Harry recracha la dragée surprise et toussa bruyamment. Albus paniqua à l’idée que son père s’étouffe, mais la toux se transforma en éclat de rire qui dura d’interminables secondes.

« Ça, je n’en sais rien ! » finit par répondre Harry en séchant les larmes de bonheur qui coulaient sur ses joues. « Mais je peux te dire que, si ça arrive un jour, je ne suis pas sûr que tu voies ton oncle Ron à la cérémonie ! »


*******

Madam Pomfresh ne mit pas Harry à la porte, mais cela ne déplaisait pas du tout à Albus, finalement, car il avait encore beaucoup de questions auxquelles il n’avait pas trouvé de réponse, et il comptait sur son père à ce sujet.

« Tu sais, » commença-t-il alors que son père s’installait dans le fauteuil, « avec Oncle Ron, on a résolu l’histoire des affaires qui disparaissent à Poudlard. »

« Oui, » avoua Harry, « il m’a raconté. »

Albus se sentit mal à l’aise.

« Quelqu’un d’autre est au courant ? » demanda-t-il, sans pour autant être sûr qu’il voulait connaître la réponse.

« Non, pas même ta mère ! » le rassura son père.

Albus lui adressa un sourire reconnaissant.

« Comment c’est possible que depuis dix-neuf ans, des objets ne font que disparaître, et que pour moi, il y a eu un échange entre mon livre de Quidditch et la fiole qui contient le souvenir ? »

Mais au plus grand regret d’Albus, Harry haussa les épaules :

« Je l’ignore, Al. La Salle sur Demande reste un mystère entier, » puis il ajouta d’un ton jovial, « mais c’est ce qui fait son charme, pas vrai ? »

Albus se força à sourire.

« Tu apprendras très vite, » rajouta Harry en lui ébouriffant les cheveux, « qu’on est toujours agréablement surpris par la Salle ! »

Albus ne put s’empêcher de penser que la fiole n’était pas tellement une agréable surprise, mais il dut admettre que sans elle, il n’aurait jamais pu profiter de cet instant de complicité avec son père.

Et justement, il voulait tirer profit de la bonne humeur de Harry pour lui poser une autre question.

« J’ai beau me creuser la tête, » s’avança-t-il, « je n’arrive toujours pas à comprendre comment Linus a réussi à fabriquer un Retourneur de Temps… »

« Il travaillait au Ministère de la Magie, » expliqua Harry, « au département des Mystères. Un an après l’épisode du cimetière, le stock de Retourneurs de Temps a été, euh… on va dire, mis hors service. Linus a été de ceux qui ont créé la version d’après. Alors en fabriquer un à des fins personnelles a été un jeu d’enfant. »

Albus hocha lentement la tête.

« Ce n’est pas très prudent d’embaucher des Mangemorts au ministère, même si, enfin, je l’imagine, vous ne saviez pas que c’en était un ! »

Harry haussa les sourcils mais ne dit rien.

« Alors, » continua Albus, « n’importe quel membre du département des Mystères qui a participé à la confection des Retourneurs de Temps est capable d’en fabriquer un ? Ce n’est pas très rassurant… »

« Tu as raison, Al, » approuva Harry, « mais ne t’inquiète pas, Hermione est sur le coup, elle va trouver une solution… »

Albus fut soulagé. Sa tante avait toujours de sacrées bonnes idées. Il était persuadé qu’elle avait remué tout le département de la Justice pour trouver une solution au plus vite.

Puis, le lendemain matin, alors qu’il s’apprêtait à sortir de l’infirmerie, l’épaule entièrement guérie, il profita d’un ultime tête-à-tête avec son père pour tenter d’éclaircir un détail qui le tourmentait depuis son réveil.

« Papa, quand on est sortis du château, en direction du Labyrinthe, tu sais, après que tu sois revenu… »

Il s’éclaircit la gorge tandis que son père hochait la tête d’un air entendu.

« C’était bizarre, mon humeur changeait toutes les trente secondes, j’ai rien compris… »

Harry s’assit sur le bord du lit.

« Raconte-moi ce que tu as ressenti. »

Albus essaya de se remémorer la scène.

« J’ai eu des vertiges, au début. »

En fermant les yeux, il parvenait à se concentrer et entendre le désarroi des cris qui étaient provenus du labyrinthe. Se souvenir était douloureux, mais il tint bon.

« Après, Rose et Scorpius ont voulu faire un détour pour éviter de te croiser, et maintenant quand j’y pense, ça parait logique, mais pour moi, l’important était de faire exactement ce que Dumbledore m’avait demandé, peu importe ce qu’il pouvait arriver… »

D’un geste machinal, Harry porta la main sur la cicatrice en forme d’éclair qu’il avait sur le front. Il dut voir le regard inquiet de son fils, car il baissa la main l’instant d’après et dit :

« Continue, je t’en prie. »

« J’ai fini par me laisser entraîner par Rosie, » avoua Albus.

Puis, il lui fallut quelques secondes pour se souvenir de la suite. Il parla de ses tremblements incontrôlables, et de son envie de vomir.

« J’ai aussi failli me casser la figure, d’ailleurs ça a bien fait rire Scorpius… Et tous les deux m’ont quasiment traîné jusqu’au labyrinthe… »

Enfin, il énonça la brûlure dans la gorge, se rappelant à quel point ça avait été désagréable :

« Et après ça j’avais les idées un peu plus au clair. Par contre, j’avais l’impression qu’il y avait quelque chose d’anormal. Qu’il manquait quelque part une pièce du puzzle. Mais je n’ai pas encore compris ce que c’était. »

Les yeux verts de Harry étaient plongés dans ceux d’Albus et, pendant un instant, celui-ci avait l’impression que son père avait souffert pour lui pendant qu’il lui avait parlé de ses sentiments.

« Tu sais, Al, toi et moi, on se ressemble beaucoup plus que tu ne le crois, » annonça-t-il au bout de quelques minutes. « Ce soir-là, j’ai ressenti exactement les mêmes émotions… Et je serais prêt à parier quelques dizaines des Gallions qui se trouvent dans notre coffre à Gringotts qu’on a changé d’humeur exactement au même moment à chaque fois. »

Albus était sidéré. « Mais… Comment c’est possible ? »

Il avait laissé la question s’échapper de ses lèvres.

Harry le considéra longuement, puis il prononça juste quatre mots, le trouble d’une vie :

« La magie, mon fils. »

Albus pouvait lire la tristesse sur le visage de son père, mais lorsque celui-ci le remarqua, il afficha un sourire qui semblait exprimer la reconnaissance. Et Albus eut soudain l’impression d’être capable, pour avoir pu partager ses émotions, de comprendre son père mieux que quiconque.

XXV : Epilogue by Eliah
Author's Notes:
Tout est bien qui finit bien.
(Proverbe français)

Le Poudlard Express filait vers le sud, à destination de Londres pour permettre à tous les élèves de retourner auprès de leurs familles pour les grandes vacances.

Dans le compartiment qu’il partageait avec ses deux amis, Albus avait sorti le kit de nettoyage que Teddy lui avait offert pour Noël et, avec la peau de Doxy, il polissait soigneusement sa baguette, qui n’avait vraiment pas été épargnée au cimetière.

Albus se perdait dans ses pensées. Il se remémora le banquet de fin d’année qui avait eu lieu la veille, fêtant la réussite des examens (il avait même obtenu un Efforts Exceptionnels en Potions) et la victoire de Gryffondor dans la course pour la Coupe des Quatre Maisons, à vingt points de Serdaigle… Finalement, McGonagall avait consenti à attribuer à Rose, Albus et Scorpius, chacun trente points qui avaient permis le retournement de situation tant espéré par les Gryffondor…

La Gazette du Sorcier arriva par hibou aux alentours de midi, juste avant le chariot de friandises. Rose ne perdit pas de temps pour se plonger dans la lecture de la première page :

« Ecoutez ça ! »

Et elle lut à voix haute un article relatant, sans pour autant entrer dans les détails, les évènements dont les trois amis avaient été les héros.

« Notre Premier Ministre, » concluait la Gazette, « a nommé une brigade d’enquêteurs chargés d’interroger tous les membres du Ministère ayant participé à la construction des Retourneurs de Temps afin de s’assurer qu’aucun autre Retourneur n’ait été ou ne soit fabriqué dans la clandestinité. »

Rose se tut et Albus en profita pour avaler une Chocogrenouille.

« Pauvres ignares, » s’exclama Rose.

Elle n’attendit pas qu’Albus et Scorpius fissent un commentaire et reprit la lecture :

« Une source à l’intérieur du Ministère nous a même confié que Madame Hermione Weasley-Granger, à l’origine du texte de loi sur la possession des Retourneurs de Temps, a déposé hier sur le bureau du Premier Ministre un nouveau projet de loi. »

Rose releva la tête et ajouta :

« La Gazette n’est pas encore au courant, bien sûr ! »

« Mais toi, si ? » demanda Scorpius.

« Oui, » répondit-elle en prenant un air faussement pompeux, « évidemment ! » Et elle expliqua : « une nouvelle version du Retourneur de Temps va être mise au point dans le courant de l’année, et Maman voudrait que la fabrication soient fractionnée en plusieurs étapes. »

« A quoi ça servirait ? » demanda Albus, perplexe.

« Réfléchis ! » le gronda sa cousine. « Personne, excepté le créateur, ne pourrait connaître le processus complet qui lui permettrait d’en fabriquer un à des fins personnelles ! »

L’après-midi s’écoula lentement et il faisait encore bien assez clair lorsque le train commença à perdre de la vitesse. Une demi-heure plus tard, ils étaient arrivés sur le quai de la voie neuf trois-quarts de King’s Cross.

Albus descendit du train et fut accueilli par Ginny et Lily.

« Où est Papa ? » demanda-t-il en le cherchant du regard.

« Au Ministère, » annonça Ginny.

Albus était déçu que son père n’ait pas pu venir, mais Ginny s’empressa de lui en donner la raison :

« Il a arrêté Murray et son gang, cette nuit ! »

En entendant cette information, Albus se sentit soulagé. Depuis tout le temps que son père courait après le gang, il espérait qu’il pourrait prendre un peu de repos cet été.

Lorsqu’ils rentrèrent à la maison, Albus et James eurent la surprise de faire la connaissance de Delfy….

« Delfy est une elfe libre, que nous payons quinze Gallions par semaine. »

Elle expliqua que l’elfe avait également deux jours de repos dans la semaine, et Albus fit la moue. Il savait que du coup, sa mère leur demanderait de les aider pour les tâches ménagères. Mais finalement, il était tellement ravi d’avoir de nouveau un elfe à la maison, qui pour lui était avant tout un compagnon de jeux, que l’idée de consacrer quelques heures de ses vacances à la vaisselle et au ménage n’était pas si terrible que ça.

Harry rentra pour le dîner, un sourire radieux sur les lèvres. Delfy avait fait une demi-dizaine de plats différents en fonction des goûts préférentiels de chacun des membres de la famille, ce qui mit tout le monde de bonne humeur, et Harry consentit à raconter à Albus après le repas comment il avait réussi à arrêter Murray et son gang.

Assis dans un des fauteuils du salon au premier étage, il l’informa que la brigade des enquêteurs avait retrouvé un certain Paul Travers.

« Il a avoué qu’il avait, lui aussi, fabriqué un Retourneur de Temps, assurant qu’il ne s’en serait jamais servi… »

« Il est aussi crédible qu’un Lutin de Cornouailles qui jurerait n’avoir jamais fait de farce de sa vie ! » s’exclama Albus, désabusé.

Harry acquiesça, puis continua son récit :

« Il a déclaré qu’on le lui avait volé l’année dernière, mais qu’il n’avait jamais osé avouer le vol, car il savait que son Retourneur de Temps n’était pas consigné… »

Albus se demanda vaguement s’il restait encore des gens honnêtes au Ministère, avant de se rappeler que la moitié de sa famille y travaillait.

« J’ai tout de suite fait le lien avec Murray, et excuse-moi de mon arrogance, j’ai réalisé que ce fichu Retourneur de Temps était la seule raison pour laquelle je ne les avais pas encore attrapés… »

Dans sa tête, Albus entendit la voix de Snape : « Il a beaucoup hérité de son père : l’arrogance… » Immédiatement, il secoua la tête pour chasser ce désagréable souvenir.

« On leur a donc tendu un piège. Le père de Scorpius a servi d’appât, je te le dis tout de suite, c’était son idée ! »

Albus sentait la curiosité le faire trépigner d’impatience.

« Il a fait quelques allers-retours dans une boutique de l’Allée des Embrumes, achetant des objets rares et chers, le tout aux frais du Ministère bien sûr, ne se retenant pas pour avouer au propriétaire qu’il allait aménager ses nouvelles acquisitions dans un manoir qu’il venait d’acheter au Nord de l’Ecosse. »

Il se servit un verre de Whisky Pur Feu avant de conclure :

« Des Aurors étaient postés au manoir jour et nuit, puis hier soir, c’était mon tour de garde. A peine était-je sur place que Murray et son gang sont apparus de nulle part, et ils ont commencé à se servir. Un Patronus plus tard, ma brigade m’a rejoint, neutralisant les voleurs, et quant à moi, je me suis occupé de Murray, qui m’a conduit tout droit vers son repaire… »

« Où ça ? » le coupa Albus, suspendu aux lèvres de son père.

« Non, Al, pas où, quand ! Je t’ai dit qu’il m’avait conduit, je devrais plutôt dire que je suis parvenu à glisser la chaîne du Retourneur de Temps autour de mon cou avant que Murray ne le déclenche, direction 1977 ! »

Albus n’en revenait pas : il était bouche bée. Ainsi donc, Murray avait trouvé la meilleure cachette qu’il soit : le temps…

Lorsqu’il retrouva sa voix, ce fut pour dire :

« Quel plan machiavélique… »

Harry sourit.

« Je ne te le fais pas dire… »

Quelques minutes passèrent pendant lesquelles, dans l’âtre de la cheminée, se faisait entendre le crépitement des bûches qui apaisait Harry. Heureusement, il avait placé un sortilège anti-chaleur leur évitant d’avoir l’impression d’être dans un sauna : le mois de juillet avait apporté des températures estivales plus élevées que la moyenne et les soirées demeuraient très chaudes.

Albus poussa sa curiosité jusqu’au bout :

« Et comment se termine ton histoire ? »

« Nous nous sommes affrontés en duel, » répondit Harry. « Je l’ai battu, et à l’heure qu’il est, on est encore en train de rapatrier leur butin à notre époque. J’espère que nous seront en mesure de tout restituer aux propriétaires d’ici la semaine prochaine ! »

Il sourit de nouveau à son fils. Ginny passa la tête par la porte entr’ouverte. Elle demanda à Albus de ne pas veiller trop tard et leur souhaita à tous les deux une bonne nuit, puis elle referma la porte et Albus et Harry écoutèrent en silence ses pas dans l’escalier qui menait à l’étage supérieur.

Albus sentait qu’il n’allait pas tarder à l’imiter : maintenant que les aventures qu’il avait vécues au cours de l’année étaient derrière lui, il se rendit compte de la fatigue qui l’envahissait. C’était comme si elle avait attendu sagement de pouvoir se manifester, patientant dans un coin de son cerveau qu’il lui donne le feu vert…

Il savait que son père était tout aussi fatigué, si ce n’était plus.

Mais Harry l’observait du coin de l’œil et, malgré les bâillements incessants de son fils, il ne lui avait pas encore dit d’aller se coucher, c’est pourquoi il pressentait que son père avait encore quelque chose à lui dire. Et son intuition était bonne.

Il porta la main à l’intérieur de sa poche et en sortit une enveloppe dorée et un paquet plat qu’il donna à Albus. Celui-ci ne perdit pas de temps à déchirer l’emballage. C’était un livre, mais pas n’importe lequel :

« Histoire de la Coupe du Monde de Quidditch ! Merci, Papa ! »

Harry lui sourit et lui tendit l’enveloppe dorée. Albus le prit et l’ouvrit.

« Wouah ! » s’exclama-t-il.

Il tenait dans sa main un billet d’entrée pour la finale de la Coupe du Monde de Quidditch qui devait avoir lieu juste avant la fin des vacances estivales. Il n’avait jamais été aussi heureux de sa vie.

« Ce billet est le premier d’une série que j’ai pu me procurer, on y va tous les cinq, et je me suis arrangé avec ton oncle Ron et Draco Malfoy : Rose et Scorpius découvrent les leur au moment où je te parle, et on aura une loge rien que pour nous… »

Albus s’était levé et il courut se blottir dans les bras de son père.

« Merci ! » s’écria-t-il.

Harry lui rendit son étreinte et le prit entre quatre yeux.

« Non, merci à toi, » annonça-t-il d’un ton solennel. « De m’avoir sauvé la vie, tout d’abord, et puis, tu sais, je n’aurais jamais pu arrêter le gang sans toi. C’est toi qui m’as mis sur la piste du Retourneur de Temps, et toi aussi qui as suggéré que Murray soit impliqué dans le gang des Hêmes… Ou plutôt, le gang des ‘M’ comme ‘Murray‘… »

Il annonça cette dernière information comme s’il se maudissait de n’avoir pas fait le rapprochement lui-même, et en cet instant, il lui faisait beaucoup penser à Hermione et Rose.

« Merci, mon fils, » murmura Harry tendrement, « pour tout… »

Blotti contre son père, Albus entendait leurs deux cœurs battre à l’unisson et, fermant les yeux, le sourire aux lèvres, il s’endormit...



*FIN*
End Notes:

James (agité) : « Eh, les gars, j’ai une super blague ! »

Tout le monde : « Ouais, ouais… »

James (excité) : « Al, Rosie et Scorp sont à Poudlard… »

Albus : « James, je t’arrête tout de suite, c’est Scorpius, pas ‘Scorp’ ! »

Scorpius : « Laisse tomber, Al, ‘Jay-Jay’ c’est pas mal aussi, comme surnom ! »

James (vexé) : « Bon, ok, Scorpius si tu veux, mais ne m’appelle plus jamais comme ça non plus ! »

Scorpius : « Ah ! ah ! »

James (agacé) : « Bref, Al, Rosie et Scorpius sont à Poudlard. Ils sont dans leur dortoir, en train de préparer un coup foireux comme d’habitude… »

Rose : « Eh ! »

Ginny : « James ! »

James (innocent) : « Quoi ? Elle se serait pas indignée si elle s’était pas sentie concernée ! »

Harry : « Bon, tu la finis ta blague, que je puisse aller sauver le monde avec Al ? »

James (re-vexé) : « Ah, ah. Très drôle. »

Tout le monde : « James ! »

James (contrarié) : « Ok, je termine, je termine. Alors ils sont dans leur dortoir... »

Lily : « Arrête de te répéter ! »

James (exaspéré) : « Et toi, arrête de m’interrompre ! »

Ginny : « Lily, viens là. James, ton histoire, qu’on en finisse ! »

James (emporté) : « Ils sont dans leur dortoir, et d’un seul coup on entend une explosion. Alors là, McGonagall et Neville débarquent dans la Salle Commune, et Neville accoure dans le dortoir, pour savoir ce qu’il se passe. Et là, il dit : ‘R.A.S’ ! »

*Blanc* (sauf James qui est mort de rire)

James (plié) : « R.A.S. ! Vous avez compris ? »

Harry : « Bon, allez, j’y vais ! A ce soir tout le monde ! »

Tout le monde : « A ce soir, P’pa !* Oncle Harry !* Monsieur !* Chéri !* »
(* barrer les mentions inutiles)

Albus : « Rose, Scorpius, il faut que je vous montre le livre que Papa et Maman m’ont offert ! »

James (incompris) : « M’enfin, restez ! C’est pourtant simple à comprendre ! »

Ginny : « Lily, tu viens m’aider ? Delfy prépare un gâteau au chocolat ! »

Lily : « Chouette, mon préféré ! »

James (dépité) : « R.A.S. ! R pour Rose, A pour Albus, et S pour Scorpius ! »

Ginny : « Après, on ira t’acheter le nouveau CD des Witches’ Wishes ! »

James (irrité) : « Mais rigolez, quoi ! C’est drôle, non ? »

Lily : « Maman, je pense qu’on devrait aussi acheter une bonne dose de second degré pour la prochaine blague de James… »


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Merci d'avoir lu, et d'avoir laissé toutes ces reviews !
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