L'odeur de la pluie by Haru Nonaka
Summary:

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Voila un an que la guerre s'est achevée, la joie des premiers temps à laissé place au deuil, puis le monde des sorcier s'est reconstruit petit à petit.

Hermione cherche depuis plusieurs mois un moyen de renverser l'effet du sortilège d'oubliette qu'elle a lancé à ses parent , explorant toutes les pistes qui s'offrent à elle sans grand succès, les personnes les plus aptes à l'aider n'étant plus de ce monde....

Absorbée par sa tache, elle s'est isolée de ses amis et est à présent accablée par un sentiment de solitude qui la vide peu à peu de ses forces....Un soir, errant dans Londres entre deux voyages, éreintée et découragée, elle est tirée d'un mauvais pas par une jeune femme répondant au prénom de Mina.

Hermione et Mina ne se doutent pas un seul instant que leur destin va bientôt basculer.

 

illustration et montage effectué par mes soins (des dessin de base effectués en partant parfois de photos que j'avais prise mais trés modifiées plus un portrait de Alan Rickman provenant du blog de mllelobster )


Categories: Romance (Het), Voyages temporels, Autres couples (Het) Characters: Hermione Granger, Les Maraudeurs, Personnage original (OC), Severus Rogue
Genres: Aventure/Action
Langue: Français
Warnings: Lemon soft
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 16 Completed: Non Word count: 73852 Read: 13572 Published: 05/02/2011 Updated: 02/09/2022
Story Notes:

Bonjour à vous, chers lecteurs éventuels

cette fic risque d'être longue, et je met beaucoup de temps à publier alors...
Je commence histoire de ne pas trop trainer et essayer d'écrire régulièrement....

Je n'ai pas écrit depuis longtemps, trop longtemps, et je m'y remet pour m'amuser, ne cherchant pas à créer la fan fiction du siècle, mais en faisant de mon mieux pour m'améliorer, et dépasser les pièges que je me pose à moi même.

La mise en place de la narration risque d'être un peu chaotique, je le crains (au début tout du moins, ensuite ca devrait se calmer).

l'interdiction au -16 est en prévisions de scène encore très lointaines.....

1. Prologue... by Haru Nonaka

2. Rencontre au cœur des Ombres by Haru Nonaka

3. "Hier et Aujourd'hui" by Haru Nonaka

4. Mauvais pressentiments  by Haru Nonaka

5. coïncidences by Haru Nonaka

6. remords et imprudence by Haru Nonaka

7. Réveil et Découvertes by Haru Nonaka

8. Liste et Discussions by Haru Nonaka

9. Marchander et Rencontrer by Haru Nonaka

10. Récit et Décisions by Haru Nonaka

11. Découvrir et se souvenir by Haru Nonaka

12. Echos et Répartition (partie 1 sur 2) by Haru Nonaka

13. Echos et Répartition (partie 2 sur 2) by Haru Nonaka

14. Rentrée et Pistes by Haru Nonaka

15. Sabotage et soirée by Haru Nonaka

16. Hauts et Bas by Haru Nonaka

Prologue... by Haru Nonaka
Author's Notes:

Où tout débute, et où l'on découvre les personnages.


Je tiens tout particulièrement à remercier Nucha pour ses conseils et sa patience en tant que béta.

Disclaimers: les personnages sont la propriété de JKR et je m'excuse d'avance pour ce que je leur fait subir.
Et aussi: le quartier des Ombres est une référence à Terry Pratchett, bien que le mien soit un tantinet moins dangereux que celui d'Ankh-Morpock.

Sur ce... bonne lecture! En espérant que ça vous plaise ^^

En cette douce fin de journée hivernale, discussions et rires animaient les rues de la banlieue de Brisbane, Australie. La nuit commençait à tomber et les rayons déclinants teintaient de rouge les buildings au loin.

Un couple approchant de la cinquantaine partageait un repas en tête-à-tête sur la petite terrasse chauffée d'une maison de banlieue, heureux et quelque peu éméchés.

Ils ne semblaient pas avoir remarqué la présence de la jeune femme d'une vingtaine d'année qui les observait de la rue depuis plusieurs minutes déjà. Pourtant, elle ne passait pas inaperçue avec sa silhouette élancée et sa longue chevelure châtain dont les boucles emmêlées formaient une épaisse crinière.

Mais, ce qui aurait pu frapper un observateur éventuel en ce moment précis, aurait plutôt été la pâleur de son teint et ses yeux cernés, brillants de larmes retenues.

Le lendemain soir, le monde des sorciers fêterait l'Anniversaire de la mort de Voldemort et de la fin de la guerre, mais pour Hermione ce jour n'avait rien de remarquable: seulement un de plus où, malgré tous ses effort, elle avait échoué à inverser ce sortilège d'amnésie qui avait effacé toute trace de son existence de la mémoire de ses parents.

Elle ne trouvait plus la force de sourire devant le spectacle de leur bonheur, se sentant disparaître, inutile et seule ... si seule.

La nuit était déjà sombre, et le jardin vide lorsqu' Hermione détourna son regard. Après avoir vérifié l'absence de témoins dans les environs, elle sortit sa baguette, puis transplana, laissant loin derrière elle la petite rue déserte.

 


 

Au même moment, à quelques milliers de kilomètres, dans l'arrière-cour d'une boutique de Londres, appuyée contre le mur entre deux bennes à ordures, une jeune femme tirait de longues bouffées sur une cigarette sans paraître gênée par la pluie battante.

Elle était petite, sans être menue, car l'on devinait sous son manteau trop ample des formes bien dessinée. Des cheveux d'un brun chaleureux, portés courts, entouraient son visage ovale qui présentait encore un air enfantin, avec son petit nez en trompette et ses grands yeux curieux. Ses traits étaient agréables, et sans être une beauté elle dégageait néanmoins un certain charme maladroit.

La porte à la peinture écaillée de l'arrière-boutique s'ouvrit sur un homme d'une quarantaine d'années qui balaya la cour du regard.

 

— Ah, tu es encore là, Mina. Est-ce que tu pourrais garder la boutique ? Je dois m'occuper de mes nièces, leur père a encore passé sa journée au pub ...

— Pas de problème, je n'avais rien de prévu ce soir, de toute façon.

— Tu es sûre ? Tu me sauves la vie. Merci !

— Ça m'arrange de faire des heures sup. Passe une bonne soirée, Sam !

— Tu m'appelles s'il y a le moindre souci, d'accord ? Les clefs sont …

— A l'endroit habituel, non ?

— Bon je file.

 

L'homme disparut à l'intérieur et la dénommée Mina jeta sa cigarette trempée dans la benne avant de le suivre.

La boutique était petite ; des souvenirs de Londres y côtoyaient des confiseries et quelques journaux dans un joyeux désordre coloré. Après s'être installée derrière le comptoir en soupirant, la jeune femme saisit un livre dans lequel elle se plongea.

Machinalement, elle sortit de sa poche une baguette en bois sombre qu'elle agita.

Le petit écriteau sur la porte de la boutique se retourna pour afficher "ouvert" pendant que la petite machine à expresso se mettait en marche.

Elle se saisit de la tasse fumante et, observant la pluie tomber derrière la fenêtre, murmura pour elle même « La nuit promet d'être calme », avant de retourner à sa lecture.

 


 

Dans les alentour du Chemin de Traverse, il existe un Londres sorcier bien plus vaste que la plupart des jeunes étudiants de Poudlard ne le pensent. En effet, au delà de l'Allée des Embrumes, s'étend un petit quartier au surnom imagé : "les Ombres" où l'on peut boire et loger dans un anonymat confortable, tout cela pour un prix dérisoire.

Hermione avait découvert par hasard une des entrées dérobées de ce bout de monde quelques mois auparavant. Elle effectuait alors des recherches sur des vieux grimoires traitant de la modification de la mémoire chez un antiquaire louche de l'Allée des Embrumes, lorsqu'elle avait aperçut une touffe de cheveux roux facilement identifiables comme appartenant à un Weasley s'approcher dangereusement de l'entrée de la boutique.

Ayant abandonné Ron peu de temps auparavant afin de se concentrer sur sa quête, elle ne tenait pas à faire face au regard déçu de ses anciens amis.

Saisissant ses notes elle les avaient fourrées à la hâte dans son sac, s'élançant vers l'arrière boutique sans se préoccuper des cris outrés du propriétaire. Elle avait poussé précipitamment une petite porte noire au moment ou les grelots de l'entrée tintaient à ses oreilles.

Le souffle court, elle s'était accordé quelques instants afin de calmer les battements de son cœur, ses pensées déviant sur son dernier souvenir de Ron, ses yeux écarquillés, ses traits tendus et son ton dur et tremblant à la fois. Après cette scène du Nouvel an, elle avait décidé de ne pas retourner vers lui, pour ne plus blesser celui qui comptait tant à ses yeux. Depuis ce jour, elle fuyait ses anciens amis, entretenant toujours une correspondance avec Ginny et Harry tout en déclinant implacablement les invitations de ce dernier à leur rendre visite qui sentaient le traquenard à plusieurs miles à la ronde.

Un courant d'air chaud aux effluves lourdes et épicées avait rappelé Hermione dans la réalité, et elle ouvrit les yeux pour découvrir ce qui l'entourait. Le décor n'était définitivement pas celui du placard à balais qu'elle avait attendu…

 


 

Toutes les entrées des "Ombres" débouchent sur une petite place circulaire bordée de portes noires numérotées. Le premier mardi de chaque mois elle accueille un marché assez spécial où les apothicaires passent parfois faire affaire pour renouveler leurs stocks d'ingrédients rares sans payer les taxes d'importation du ministère.

De cette place part une large rue principale, pavée et sinueuse, dont la nuit perpétuelle est éclairée par des centaines de néons magiques aux lueurs crasseuses, enseignes de bars et d'hôtels miteux. Tout le long de cette voie s'ajoutent, comme les pattes d'un mille-pattes géant, des dizaines de petites impasses sombres où logent les habitants hétéroclites de ce quartier caché.

Hermione avait toujours l'impression d'entrer dans le décor d'un vieux film, issu de l'imagination d'un décorateur trop enthousiaste, à chacun de ses séjour dans ce qui était devenu son point de chute à Londres. Le lieu pouvait sembler effrayant au premier abord mais, en fait, des règles précises régissaient ce petit bout de monde.

Ne pas poser de questions était la première d'une longue liste et convenait parfaitement aux besoins actuels de la jeune femme. Une sorte d'accord tacite existait entre tous les habitants (à minorité humaine) des Ombres. Il était basé sur la tolérance mutuelle et celui qui ignorait ces règles comprenait rapidement ses torts. Il n'y avait donc que peu de risques d'y croiser un ancien mangemort ou un ancien camarade de classe aux questions embarrassantes.

Le petit hôtel où Hermione avait établi son pied-à-terre était tenu par une Cracmol charmante d'un certain âge qui accueillait toujours avec une chaleur franche sa pensionnaire. Les babillages incessant de la femme couvraient les pensées sombres de cette dernière. C'est donc naturellement que la jeune femme remontait à présent d'un pas traînant la grande rue déserte au beau milieu de la nuit après avoir noyé son désarroi dans quelques verres de Whisky-pur-feu sans grand succès.

Elle maudissait cet acte irréfléchi, qui avait eu pour seul effet de lui faire perdre en partie le contrôle de son corps sans atteindre le résultat désiré, son esprit restant aussi lucide que jamais. 

A quelques centaines de mètres, elle pouvait apercevoir l'enseigne sobre et féminine de sa destination, et son expression se détendit légèrement.Des éclats de voix provenant d'une ruelle adjacente percèrent le silence la faisant sursauter.

 

— Barrez-vous de mon bar, bande de petits cons ! Je vous fais une fleur parce que je vous ai jamais vus dans l'coin, mais vous avez intérêt à décamper vite fait ... tout le monde n'est pas aussi gentil.

 

Quelques instants plus tard, elle vit émerger trois jeunes sorciers aux visages hautains et imbibés d'alcool. Elle continua d'avancer en prenant tout de même la précaution de rabattre un capuchon sur son visage et de longer le mur. Peine perdue : le petit groupe ne tarda pas à la repérer et à échanger des regards entendus, puis une fois arrivés presque à sa hauteur, celui qui était au milieu s'arrêta et l'appela, un sourire mauvais aux lèvres.

 

— Hé toi là, l'encapuchonné, t'es quoi, une saleté de goule ou de vampire ?

 

Hermione l'ignora, silencieuse, sa main glissant discrètement vers sa poche arrière à la recherche de sa baguette. Mais à peine l'avait-elle saisit que l'un de ses interlocuteurs l'attrapa par le poignet, la désarmant avant de la projeter violemment contre le mur à l'aide d'un sort. Le plus petit des trois jeunes hommes ramassa la baguette en lançant d'un ton moqueur:

 

— Alors, c'est comme ça que tu réponds à un salut amical, espèce de ... Si tu nous cherches, on ne va pas te décevoir.

 

Le troisième posa une main apaisante sur l'épaule de son comparse.

 

— Attends, Ethan, tu ne veux pas rameuter du monde, non ? On n'est pas du genre à chercher des ennuis.

 

Puis, simultanément, les deux jeunes hommes sortirent leurs baguettes et lancèrent un sort. Hermione fut projeté violemment en arrière, et roula sur les pavés à quelques mètres de là, son cri de douleur étouffé par un Assurdiato. Sa capuche avait glissé et une expression de surprise saisit un instant les traits de ses agresseurs avant de se muer en de larges sourires.

 

— Intéressant.

— Jolie avec ça.

— On va peut-être s'amuser, finalement.

 

Après s'être péniblement relevée, Hermione se mit à courir dans un mouvement désespéré, ses pas désordonnés claquant sur les pavés glissant...

 

End Notes:


Etes vous encor devant votre écran, à lire ces mots, ou avez vous déjà fui très loin de ce prologue?

Toute remarque reste bienvenue, même incendiaire...

Merci d'avoir lu.

Rencontre au cœur des Ombres by Haru Nonaka
Author's Notes:

Le chapitre débute du point de vue de Mina avant de s'éparpiller.

(Disclaimers) Tous les personnages appartiennent a JKR et les Ombres reste le nom d'un quartier de la plus grande cité du Disque monde, a part ca:

- Je remercie ma béta, une fois de plus...et vous souhaite un bonne lecture.

 

Mina était accoudée sur le comptoir, la tête appuyée sur ses mains. Elle fixait la pendule, et ruminait contre l'ennui.

Quelques mois auparavant elle réfrénait l'envie d'user abusivement de la magie sur le gérant du café dans lequel elle travaillait, ne supportant plus d'avoir comme bruit de fond le même CD des tubes de l'année à longueur de journée. Mais à présent, elle regrettait presque les égosillements ridicules des starlettes d'un jour, qui avaient au moins le mérite de lui mettre les nerf à vif et ainsi de la maintenir alerte. Le silence qui régnait dans la petite boutique et le bruit de l'averse au dehors semblaient contribuer encore à ralentir la course de l'aiguille.

La pluie qui noyait les rues de Londres depuis le petit matin, avait tout juste décidé de se tarir lorsqu'un énième coup d'oeil à la pendule délivra enfin la jeune femme. Après avoir vérifié que les portes étaient bien verrouillées, elle déposa les clefs dans la boîte aux lettres et lança un dernier regard à la vitrine poussiéreuse, se promettant de commencer à s'intéresser aux petites annonces dès le lendemain. C'était dommage, ce petit job ne lui déplaisait pas, mais étant donné le chiffre d'affaire des dernières semaines, elle devait se faire une raison, Sam ne pourrait pas se permettre de la garder plus longtemps.

Mina remarqua que malgré l'arrêt de la pluie, il régnait toujours dans les rues une atmosphère orageuse et moite, comme si les litres d'eau qui s'étaient déversés n'avaient pas réussi à calmer le malaise ambiant.

Elle décida de rentrer à pied : marcher dans les rues d'une ville la nuit avait toujours eu sur elle un effet apaisant, particulièrement dans celle où elle avait aménagé depuis presque trois ans à présent. La première fois qu'elle avait arpenté les rues de Londres, elle s'attendait à voir surgir des fiacres du fameux brouillard décrit dans ses lectures d'enfant. La jeune femme regrettait toujours un peu cette atmosphère fantasmée lors de ses promenades nocturnes et devait souvent repousser l'envie puérile de l'ajouter au décor grâce à une potion de sa fabrication.

Une fois arrivée au Chaudron Baveur, Mina traversa rapidement le bar sans prêter attention aux clients, pressée d'atteindre le Chemin de Traverse.

Ce dernier avait bien changé depuis deux ans : la vie qui l'avait déserté avait repris ses droits, et de nouvelles boutiques continuaient à éclore, proposant des articles plus merveilleux les uns que les autres.

Le regard de la jeune femme s'attarda un instant sur une vitrine un peu moins bien entretenue que les autres. Dans le passé, le grand magasin de farce et attrape luisait comme un phare de joie et d'espoir dans le monde assombri par le début de la guerre. Mina ressentit un pincement au coeur en songeant au visages souriants des jumeaux aux cheveux de feu qui le tenaient autrefois. Elle se sentit d'un coup beaucoup moins insouciante qu'elle ne tendait à l'être. Même pour ceux qui comme elle n'avaient pas pris part aux combats, la guerre contre Voldemort avait créé un profond vide. Elle songea que c'était une des raison qui accentuait le malaise qu'elle ressentait dans le monde des sorciers, la poussant à osciller encore entre ce dernier et celui où elle avait grandit, sans parvenir à se projeter dans un futur plus lointain que celui de la fin du mois.

Pour empêcher son esprit de s'appesantir sur cette période sombre, la jeune femme se força à visualiser le petit appartement frais qui l'attendait. Elle louait pour une bouchée de pain un petit deux pièce accueillant depuis six mois. Le prix était largement influencé par le fait qu'une goule logeait dans la chambre voisine. Cela ne dérangeait pas le moins du monde Mina dont les sortilèges d'insonorisation s'étaient considérablement améliorés depuis qu'elle avait signé le bail. En revanche le voisin du dessous, un sorcier sorti de Sainte-Mangouste partiellement guéri d'un sortilège d'amnésie qui s'était retourné contre lui, avait une personnalité plutôt perturbante et la jeune femme tachait d'éviter de le croiser autant que possible.

Les pieds de Mina connaissaient le chemin par coeur. Alors qu'elle était dans ses pensées, ils l'avaient portée jusqu'au fond de l'Allée des Embrumes, en face d'une des petites portes noires qui débouchaient sur le quartier improbable des Ombres.

 


 

Hermione quand à elle maudissait son impuissance. Si elle avait été dans son état normal, elle n'aurait certainement eu aucun mal à fausser compagnies aux trois imbéciles qui l'avaient agressée. Mais il avait fallu qu'elle teste l'effet soi-disant thérapeutique de l'alcool contre le vague à l'âme, au lieu de se plonger simplement dans un bon roman.

Elle avait réussit à échapper aux rafleurs, combattu de dangereux mangemorts mais maintenant elle ne réussissait pas à se débarrasser de trois jeunes crétins imbibés.

 

— L'ironie de la situation est affligeante, non ? lui murmura une petite voix dans sa tête.

 

La jeune femme choisit d'ignorer cette dernière, se concentrant sur les mouvement de son corps. Elle songea dans un élan d'autodérision que sa démarche vacillante avait au moins l'avantage de faire d'elle une cible plus difficile à atteindre. Pour l'instant tout ce qu'elle pouvait faire était de courir en priant pour qu'aucun des sortilèges qui sifflaient à ses oreilles ne l'atteigne. Elle avait plusieurs mètres d'avance, peut-être pouvait-elle trouver un bar ouvert dans la prochaine ruelle, et trouver de l'aide pour renverser la situation?

 

— L'espoir fait vivre … contre toute raison.

 

Apparemment elle jouait de malchance, la ruelle était vide. Elle se dissimula sur le perron d'un des immeuble et tenta d'ouvrir la porte qui s'avéra verrouillée. Si seulement elle avait sa baguette.

 

— Si tu avais ta baguette, ma chère, le problème ne se poserait pas.

— Oh, tais-toi, la petite voix ! pensa la jeune femme. Tu n'es qu'une illusion créée par mon cerveau embrumé par l'alcool et je n'ai pas besoin de tes commentaires, je dois me concentrer pour trouver une solution à cette situation de crise.

 

Hermione tacha de réfléchir à ses options, elle entendait les pas de ses poursuivants qui se rapprochaient.

Elle pouvait à présent apercevoir de sa cachette le jeune homme qui s'était emparé de sa baguette. Ce dernier marchait en tête du petit groupe. La jeune femme sentait une rage sourde prendre le pas sur sa panique, dissipant un peu les vapeurs éthyliques. Elle ne pouvait pas se contenter d'attendre, même si ce n'était pas dans ses habitude la seule option semblait l'attaque. Elle devait le laisser s'approcher puis bondir, récupérer sa baguette afin de se débarrasser des effets du sort de silence en premier lieu.

Hermione avala une large bouffée de l'air moite puis se tapit un peu plus dans l'ombre, les muscles tendus, se préparant à agir.

 


 

Mina songeait qu'elle devrait probablement régler son loyer avec un mois d'avance, au cas ou sa recherche d'emploi ne serait pas fructueuse.

La jeune femme passait sous l'enseigne bleu nuit du « Château des Carpates », et elle se demanda si elle ne devrait pas accepter le poste de serveuse que lui avait proposé le patron du bar qu'elle avait croisé quelques jours plus tôt. Elle hésitait, être l'employé de quelqu'un qui possède dans l'arrière boutique un frigo rempli de poches de substitut sanguin « Du groupe O-, parce que c'est mon préféré » la rendait légèrement nerveuse.

Le tenancier vampirique était justement en train de balayer la salle, et Mina répondit au signe de main amical que ce dernier lui adressa. Elle prit la décision de discuter de l'offre avec lui dans la semaine, après tout il était le fondateur de SAS (Société des Abstinents Sanguins) et possédait un sens de l'Humour bien à lui qui n'était pas désagréable.

La jeune femme n'était plus qu'à quelques pas de l'entrée de son immeuble lorsqu'elle entendit des éclats de voix dans une ruelle adjacente, suivit d'un bruit sourd et du sifflement caractéristique d'un sort.

Ne pouvant lutter contre sa curiosité elle fit demi tour, et parcourut les quelques mètres qui la séparait de la source du raffut, jetant un regard de l'autre côté du mur.

La jeune femme sentit son sang se glacer en découvrant la scène. Une jeune femme, qui doit avoir à peu près son âge, tentait d'arracher une baguette des mains d'un sorcier sur lequel elle s'était jetée. Celui-ci la repoussa sans mal, un sourire goguenard sur les lèvres, ses deux comparses apparemment en proie à une hilarité naissante.

Mina avait beau être trop loin pour entendre les paroles qui s'échangeaient, elle n'aimait vraiment pas ce qu'elle voyait. Son sang ne fit qu'un tour, passant de froid à bouillant en l'espace d'un instant. Sans prendre le temps de réfléchir elle se lança un sortilège de désillusion et s'approcha du groupe.

Elle eu le temps d'apercevoir la jeune femme qui mordait jusqu'au sang le poignet de son adversaire, puis tout se passa très vite. Ce dernier lâcha l'une des baguettes qu'il tenait, qui roula sur le sol pour s'immobiliser à quelques centimètres des pieds de Mina. Un instant plus tard un stupéfix arrêta net la course de la fille dans sa direction. Les effets du sortilège que Mina s'était lancé s'estompaient déjà et elle sentit le regard des trois hommes se poser sur elle. Avant qu'il n'aient eu le temps de réagir, elle murmura un contre-sort, ramassa la baguette et saisit par le bras la victime qui reprenait ses esprits, l'entrainant avec elle après avoir lancé sur le sol une petite fiole qui se brisa en un tintement cristallin, répandant un brouillard dense dans la petite ruelle.

Un sourire naquit sur ses lèvres, lorsqu'un juron lui parvint après que sa diversion ait fonctionné, son obsession pour le fog Londonien avait finalement du bon.

 

Quelques minutes plus tard, Mina montait quatre à quatre les marches du petit escalier en colimaçon de son immeuble, entraînant à sa suite la jeune femme encore sonnée. Elle ne relâcha sa prise sur son poignet qu'une fois sur le dernier palier, puis entreprit de la détailler, tout en fouillant dans son sac pour trouver la clef de son appartement.

La fille la dépassait de plus d'une tête. Malgré son état, elle dégageait quelque chose qui impressionna Mina. Semblant reprendre une certaine maîtrise d'elle même, la jeune femme se redressa en observant calmement sa sauveuse, un sourire fatigué naissant sur ses lèvres.

Sans lui laisser l'occasion de parler, Mina l'invita à entrer dans l'appartement, lui indiqua le petit lit d'appoint avant de partir à la recherche de potions dans la buanderie. Lorsqu'elle revint la jeune femme s'était assise sur le matela. Mina lui tendit un des deux flacons et posa l'autre au sol.

 

— Sommeil sans rêve. Vous pouvez vous installer là pour cette nuit.

 

La fille hocha tête, elle n'avait probablement pas non plus envie de parler avant une nuit de sommeil réparateur. Elle jaugea la mixture violette un instant avant de se décider à l'avaler et s'allongea sur le lit. Une minute plus tard, ses traits détendus apprirent à son hôte qu'elle avait rejoint les bras de Morphée.

Mina s'approcha de la fenêtre, passant au dehors sur le toit de tôle qui lui servait de terrasse, sécha le sol encore humide avant de s'asseoir. Elle laissa son regard se perdre dans le ciel nuageux et orangé des Ombres, songeuse, avant d'être rattrapée par la fatigue et de rentrer à l'intérieur pour se jeter, les bras grand ouverts, sur la banquette encore libre, accueillant le sommeil avec soulagement.

La jeune femme se réveilla peu de temps après. La pluie encore prisonnière des nuages s'est finalement décidée à tomber, une brise fraîche et humide remplaçait enfin l'atmosphère pesante qui engourdissait la ville. Mina s'accouda sur le rebord de la fenêtre avant d'aspirer l'air à grandes goulées. L'odeur de la pluie avait quelque chose de vivifiant et d'inhabituel, une odeur métallique et piquante qui lui sembla familière mais qu'elle ne réussit pas à identifier.

 


 

Trois heures sonnaient à la pendule.

Le Chaudron Baveur était presque vide, Tom astiquait son comptoir avec acharnement. Le bois terne habituel avait laissé place à une surface miroitante, mais le patron du Chaudron Baveur ne semblait pas s'en soucier, trop occupé à surveiller du coin de l'œil deux clients à la chevelure flamboyante, soucieux.

Le plus petit des deux était affalé dans un fauteuil, le regard embrumé par l'alcool et un doux sourire sur les lèvres. Il portait un uniforme de Quidditch un peu trop petit pour lui. Le jeune homme était entré deux heures plus tôt dans l'établissement en clamant haut et fort son résultat aux essais de l'équipe des Chaudron de Chaudley, offrant une tournée générale à l'assemblée. L'autre client n'avait presque rien bu de la soirée, son deuxième verre oublié sur un coin de la table.

George Weasley observait son jeune frère avec un certain soulagement : c'était la première fois depuis trop longtemps qu'il voyait ses traits illuminés par une joie véritable. La première fois que ses éclats de rires ne sonnent pas faux à son oreille depuis le départ d'Hermione.

Captant le regard insistant du barman, il convainquit Ron de rester dormir dans une chambre à l'étage, puis, après s'être assuré que ce dernier était bien parvenu à destination, descendit régler la note.

Il n'y avait plus personne au rez-de-chaussée, la salle était vide, silencieuse.

George s'approcha de la petite table où, coincée sous son verre de whisky pur feu, il trouva l'addition ainsi que les trois mots "finis ton verre" griffonnés en pattes de mouche sur un morceau de parchemin.

Il saisit son verre en souriant et reprit sa place près de la fenêtre ... il posa la main sur la vitre, suivant du doigt les rigoles de pluie pour tromper l'ennui en buvant son whisky à petites gorgées.

La mélancolie s' insinuait peu à peu dans son être. Il sourit faiblement, se rappelant soudain qu'il avait toujours détesté le whisky pur feu, la boisson favorite de son jumeau. Le liquide ambré avait, entre ses lèvres, la saveur douce-amère de son insouciance perdue.

Il ferma les yeux un instant, l'image du corps inerte de Fred réapparaissait derrière ses paupières closes ... Percy silencieux et immobile … les larmes coulant sur le visage blême de son père … et le vide en lui, comme si la mort l'avait lui aussi frappé ... il revit ensuite le lendemain de la bataille, le regard honteux du médicomage venu présenter des excuses pour avoir égaré le corps et ainsi retiré à sa famille l'unique réconfort de lui offrir une sépulture décente...

La pluie tombait de plus en plus fort derrière la vitre, troublant son reflet. Coupant court aux scènes qui défilaient sous ses paupières closes. Le jeune homme ouvrit les yeux et sursauta. Le visage qui lui faisait face, le défiait du regard.

George ouvrit la fenêtre et fouilla la rue du regard sans résultat, confirmant qu'il avait bien été en proie à une illusion. Un instant son reflet avait semblé étrangement symétrique, il avait cru compter deux oreilles.

Immobile penché de l'autre côté de la fenêtre ouverte, exposé à la pluie battante, un éclat de rire s'étrangla dans sa gorge.

 

— Tu sais Fred, je suis devenu si sérieux, murmura-t-il, en tendant le visage vers le ciel.

 

La pluie glissa sur son visage comme les larmes qu'il n'arrivait pas à verser …

 


 

À plusieurs kilomètres de là, un battant claqua dans la nuit, interrompant le sommeil léger d'Androméda Tonks.

La pluie tombait dans la petite chambre d'enfant, une tache d'humidité assombrissait le plancher de chêne clair sous la fenêtre ouverte. La femme se leva du fauteuil où elle s'était assoupie et posa le livre d'images sur la table de nuit qui bordait le lit à barreau où son petit-fils dormait.

Elle ferma les battants grands ouverts, puis recouvrit l'enfant, l'enveloppant d'un regard attendri avant de sortir de la pièce.

Le petit garçon rouvrit les yeux dès qu'elle eut passé le seuil, il se redressa sur le lit et observa la fenêtre fermée avec un air contrarié, puis ses cheveux virèrent au rose et il se mit à rire.

Sa grand-mère, alertée par le bruit, déboula dans la chambre et le bambin lui décocha un grand sourire en lui tendant les bras pour qu'elle le prenne. Elle l'attrapa et il lui montra du doigt son étagère à jouets. Elle s'approcha et il se saisit d'une vieille peluche de dragonne abîmée avant de se frotter les yeux en baillant.

Elle le ramena dans son lit. L'enfant saisit son doudou sans lâcher pour autant le dragon, se mit à sucer son son pouce puis se roula en boule.

Elle le regarda et lui murmura tout en caressant ses cheveux.

 

— Teddy, est ce que je t'ai déjà dis que ta maman adorait ce Dragon quand elle était petite ?

 

L'enfant la fixa un instant de ses grands yeux bruns qu'il tenait de son père puis acquiesça, prenant un air sérieux.

 

— Dagon maman.

 

Puis Teddy se retourna et s'endormit, ses cheveux retrouvant leur teinte châtain clair naturelle.

Androméda soupira en se rasseyant sur le fauteuil, un sourire nostalgique sur les lèvres puis son regard se voila. Elle laisse ses larmes silencieuses rouler librement le long de ses joues, presque invisibles sous la lueur dorée de la petite veilleuse.

 


 

Pattenrond était d'une humeur massacrante, la soirée n'avait pas été bonne.

Pour commencer, une Hermione trop soucieuse à son goût l'avait confié aux soins de la patronne de son hôtel en lui recommandant d'être sage.

Il ne supportait pas le ton que cette femme prenait avec lui et avait de plus en plus de mal à se retenir de lui donner quelques bons coups de griffes. De plus la mégère tentait de le nourrir avec des granules et refusait de le laisser sortir. Il avait finalement réussi à lui fausser compagnie lorsqu'un client était entré puis il s'était mis à la recherche de quelque chose à chasser, ou d'une poubelle de restaurant, en vain.

Il avait finit par trouver un vieil homme dans l'Allée des Embrumes qui lui avait offert des restes de sardine puis l'avait suivi, histoire de savoir où revenir s'approvisionner, et s'était malencontreusement retrouvé enfermé dans l'arrière-cour d'une boutique.

La nuit était déjà tombée et il tentait de retrouver son chemin en passant par les toits, évitant de déclencher les sorts d'alarmes des magasins lorsque, pour couronner le tout, la pluie s'était mise à tomber. Ne tenant pas à se faire tremper, il avait bondi à travers une fenêtre entrouverte, atterrissant dans une chambre où étaient entassées toutes sortes d'antiquités. Certaines portaient l'odeur de la magie, d'autre non, mais le chat préféra ne pas s'en approcher, trouvant un coin vide sur le lit, il s'y installa en attendant que la pluie cesse et entreprit de faire sa toilette.

Il s'immobilisa soudain, la pupille rétrécie par une forte lueur bleutée qui illumina la réserve. Les grains de poussière tourbillonnaient de manière étrange dans la lumière. Cette dernière semblait jaillir d'un des objets posé à l'arrière sur une petite table de nuit. Le chat sentit son poil se hérisser, il n'osait pas bouger une moustache, devinant la présence d'une magie ancienne. Puis la lumière sembla perdre en intensité et oscilla avant de s'éteindre.

Pattenrond prit ses pattes à son cou et jaillit hors de son abri sans plus se soucier de la pluie battante, qui continuait de tomber.

 


 

Le regard de Mina se détourna de la pluie qui martelait les toits de Londres et elle se leva pour aller chercher un verre d'eau.

En revenant de la cuisine, elle s'arrêta pour observer la jeune femme qui dormait à poings fermés. Son visage lui était familier, mais elle ne réussissait pas à se souvenir où elle l'avait vue. Endormie elle paraissait bien plus fragile qu'éveillée, Mina nota qu'elle n'avait pas l'air très bien portante, même en excluant l'agression qu'elle venait de subir. Décidément, cette fille l'intriguait.

Repoussant son envie de la réveiller pour lui poser des questions, ce qui ne serait de toute façon pas possible étant donné la dose de potion qu'elle avait ingurgité, Mina se dirigea vers la banquette.

Elle manquait de sommeil mais ne parvenait pourtant pas à se rendormir. Une demi-heure plus tard, elle se décida à aller chercher sa propre dose de somnifère en bouteille. Avant de sombrer dans le sommeil artificiel elle songea qu'il fallait définitivement qu'elle trouve un moyen de faire passer le goût persistant de l'armoise si elle devait développer une addiction à cette potion.

 

End Notes:

Pour le prochain chapitre, le récit ce déroulerat uniquement du point de vue d'Hermione.

Je crois avoir entendus quelques soupirs de soulagement.

"Hier et Aujourd'hui" by Haru Nonaka
Author's Notes:

Voila un chapitre plus calme, du point de vue d'Hermione. Nécessaire mais où il ne se passe pas grand chose de nouveau.

bonne lecture.

Disclaimers:
Les personnages sont la propriété de JKR et je m'excuse d'avance pour ce que je leur fait subir, excepté certains, et "Les Ombres" originelles sont toujours localisées dans  la cité d'Ankh-Morpock.

J'émerge ou, plutôt, j'essaye.
Je préférerais dormir encore, j'ai la bouche pâteuse et sèche, et je peux reconnaître des accents de sherry mêlés à l'amertume de l'armoise dans mon haleine chargée. 

La soirée d'hier est floue, je ne me souviens pas exactement où je l'ai finie.

J'entrouvre mes paupières lourdes avec appréhension : la pièce où je me trouve est éclairée par des chandelles enchantées typiques des appartements sorciers. La lueur est faible mais suffit à renforcer mon mal de tête. J'ai l'impression d'avoir le crâne pris dans un étau qui se serre et se desserre au gré des envies d'un tortionnaire invisible.
C'est donc ça que l'on appelle une gueule de bois carabinée! Je ressens tout à coup une certaine culpabilité  pour mon attitude envers les garçons au lendemain de leurs sorties arrosées.

Après m'être redressée, j'observe plus en détails le lieu où je me trouve.

La pièce doit faire un peu plus d' une vingtaine de mètres carrés,  un petit bar sépare la cuisine du reste de l‘appartement. Je dors sur ce qui semble être un canapé-lit, plutôt confortable, d'ailleurs.
Les murs sont peints dans divers tons d‘ocre, et des meubles anciens en côtoient  d'autres, plus récents. Il règne un certain désordre dans l'appartement, mais l’ensemble est chaleureux... J'aperçois celle qui doit être la propriétaire des lieux, affalée sur une petite banquette qui jouxte l'unique fenêtre ouverte.

Un coup d’œil à ma montre m'apprend qu'il est un peu plus de midi et comme, en même temps, j’aperçois un ciel nocturne d’un bleu-gris très peu naturel, j’en déduis que je me trouve toujours dans le quartier des Ombres.

Je me lève pour me servir un verre d'eau, mes membres sont douloureux et mon bras gauche est orné de belles égratignures. Je retourne de ma démarche peu assurée au lit après m'être désaltérée et entreprends de mettre de l'ordre dans mes souvenirs de la veille.

Commençons par le commencement.

J'ai testé une nouvelle fois un contre-sortilège sur ma mère, (tiré d'un livre d'ancienne magie slave, censé ramener le souvenir perdu d'un être cher) dans les toilettes de la grande surface où elle faisait les courses pour sa soirée en amoureux. Puis, je me suis placée sur son chemin et l’ai heurtée délibérément.

L'espace d' un instant, en sentant son regard sur moi, j'ai cru voir une lueur s'éveiller dans ses yeux, mais comme tant d'autres fois, ses pupilles se sont embrumées, elle a semblé confuse et  s'en est allée, l'air désorienté, sans même prendre le temps de s'excuser.
 J'ai réessayé, par acquis de conscience. Le résultat aurait été le même si j’avais porté une cape d'invisibilité.

Ce sort que j'ai lancé avant de partir  à la chasse aux Horcruxes  avec Harry et Ron ne me permet plus d'exister aux yeux de mes parents, même comme une totale étrangère, C'est peut-être cela qui rend la douleur si intolérable.

Je ne peux pourtant pas abandonner, j'ai trop sacrifié pour baisser les bras maintenant, y compris le bonheur que j'aurais pu vivre aux côtés de Ron. Je ne peux décemment pas reparaître devant lui sans avoir... Même si je sais qu'il me pardonnerait, qu'il me soutiendrait encore.

Peut-être est-ce de la fierté mal placée, mais assumer mes choix est tout ce qui me reste.

J'ai ensuite quitté l'Australie et Brisbane pour retrouver Londres, et  je suis descendue à l'auberge des étoiles lointaines, le temps de déposer mes affaire et de laisser Pattenrond sous la garde de l'hôtelière avant de suivre son conseil de me mettre à la recherche d' un bar où prendre un "petit remontant".


J'avais juste fini ma seconde bieraubeurre, en poussant un soupir de soulagement, lorsque mon voisin de comptoir me prit à parti dans son monologue sur les difficultés de la vie de couple, avant de me donner une grande tape dans le dos tout en m'offrant un verre.
Je le vis s'éloigner en titubant sans me laisser le temps de décliner.
Il passa la porte théâtralement tout en maugréant que sa femme l'attendait à la maison et allait encore piéger le jardin s’il rentrait trop tard.

J'avalai d'une traite le contenu du godet en cuivre que le tavernier avait posé devant moi, appréciant  la sensation de brûlure causée par le liquide ambré un court instant, avant de me mettre à tousser.

 
Je m'apprêtais à régler ma note lorsqu'une petite photo glissa de mon portefeuille, et tomba par terre. Je la ramassai et fus soudain prise de nostalgie en reconnaissant la scénette mouvante sur le papier glacé.
La photo avait été prise lors d'une soirée d'Halloween que Ginny avait organisée à Grimmault Square: la plupart des membres de l'ancienne AD avaient été invités. Je pouvais apercevoir Harry et la jolie rousse enlacés à l'arrière plan. Neville, assis sur l’escalier, le teint écarlate, semblait entretenir une conversation enflammée avec une grande fille blonde, faisant de grands gestes pour appuyer son propos. Mais surtout, il y avait Ron, au premier plan, m'adressant tour à tour de grands sourires et des baisers, rayonnant....

Je commandai un autre verre pour tenter de conjurer le retour de la sensation d'être plongée dans un baquet d'eau glacée. Une sensation devenue trop familière à mon gout ces derniers temps.

A cette époque, nous nous soutenions mutuellement, malgré toutes les difficultés. Ron travaillait avec George à la boutique de farces et attrapes, et moi je faisais des recherches dans les archives de Ste-Mangouste. Le soir il me retrouvait et m'aidait dans mes lectures, parvenant toujours à me dérider pour mieux me séduire ensuite. L'homme que je découvrais en lui, si différent et pourtant si proche du garçon que j'avais connu pendant les années passées à Poudlard, savait m'étonner et me rendre chaque jour plus amoureuse.
Une période au cours de laquelle j’ai découvert le sens du mot bonheur, une période a présent révolue....par ma faute.

Les verres se suivaient et, lorsque je finis par admettre qu'ils aggravaient mon état plus qu’ils ne me soulageaient, le niveau de sherry dans la bouteille avait considérablement diminué.

Je payai la note et pris le chemin du retour, ne souhaitant plus que l'oubli. Me réfugier dans les draps frais de la pension pour y passer un jour ou même deux... Et, surtout, chasser l'étrange phénomène schizophrénique que mon état d'ivresse avancée avait créé: cette agaçante petite voix cynique qui commentait avec condescendance chacune de mes actions.

Puis, l'Agression... Un épisode sur lequel je ne tiens pas à m'appesantir, car il fait ressurgir les souvenirs d'autres scènes qui hantent mes nuits. Je passe donc sur ce moment en accéléré dans le film de ma mémoire, pour m'arrêter lorsque la situation s‘améliore enfin: avec l'arrivée de cette fille chez qui je me trouve en ce moment.

Dans mes souvenirs, elle apparaît comme une silhouette, un sourire, une présence rassurante à qui j'accorde ma confiance. Je ne suis pourtant pas du genre à faire confiance immédiatement, la guerre m'ayant au moins appris à ne pas arrêter trop vite mon jugement. Peut-être est-ce dû au choc, mais mon instinct me dit que je peux me fier à elle.

J'ouvre les yeux et observe la silhouette endormie. D'après la fiole vide qui a roulé sur le sol au pied de la banquette, elle n'est pas près de se réveiller.

Je me souviens soudain de la seconde potion qu'elle avait posée à mon attention sur la table de nuit. Sur l'étiquette je peux lire: "pour lendemains difficiles" avec un gribouillage qui représente de façon assez réaliste l'état dans lequel je me trouve actuellement.

Je souris: mon hôte est prévoyante.

...............................................................

Une heure est passée depuis mon réveil.

J'ai parcouru la bibliothèque : les livres sont des romans en français pour la plupart, ou bien des ouvrages relativement récents sur les potions. Cela me renseigne assez clairement sur les origines et les centres d’intérêt de la jeune femme.
Par contre, je ne peux m‘empêcher de grimacer de réprobation en constatant l'état déplorable de certains ouvrages. Je déteste qu‘on maltraite les livres ! (En dehors des cas d'extrême nécessitée, bien évidement)

Je pourrais partir, mais ça manquerait de délicatesse et ma curiosité est attisée...

Dans la petite salle de bain, je croise mon reflet dans le miroir et frémis. Je n'ai vraiment pas l'air en forme : mes cheveux forment un bloc de nœuds et mon visage est pâle et creusé. Je raccommode d'un sortilège les accrocs sur ma robe, utilise un Evanesco pour chasser la poussière, histoire de retrouver un peu de contenance. Puis je passe de l'eau sur mon visage.

Je soupire en constatant le résultat peu probant de mes efforts, avant de sursauter lorsque mon reflet me tire la langue, puis sort du cadre, vexé....

Je me hâte de retourner au salon, et entreprends d'explorer le reste des lieux.
J'arrive devant ce qui est probablement un cagibi, mais quelque-chose retient mon attention : des volutes de fumée verdâtres émergent de sous la porte.
Je pose ma main sur la poignée ronde, et constate qu'elle est verrouillée. J'hésite un peu, puis sors ma baguette, jugeant que la situation est peut-être grave et lance un Alohomora.

J'entend un déclic et m‘apprête à entrer. Une voix m'arrête en plein milieu de mon geste.

— Je ne ferais pas ça, si j'étais vous...

Je me retourne, les joues en feu de m'être fait surprendre dans cette situation, mais je suis vite rassurée par le sourire qu'affiche la jeune femme qui se tient juste derrière moi. Ses cheveux sont décoiffés et il y a encore des traces d‘oreiller sur sa joue, elle refreine un bâillement puis continue sur sa lancée.

— ... car cette chambre est l'antre perdu où sont entassés les cadavres des anciennes épouses de Barbe Bleue, et nul ne s'y aventure impunément...C'est un conte Moldu...hum...Pour traduire, c'est un sacré bazar en ce moment dans mon laboratoire et je ne tiens pas trop à ce que quelqu'un y mette les pieds....

Elle arbore un air gêné en prononçant ces derniers mots avant de se reprendre :

— Moi, c’est Mina.

Je lui donne à mon tour mon prénom en serrant sa main tendue:

— Hermione, enchantée... désolée pour ça mais, juste pour savoir, c'est normal, la fumée?

Elle aperçoit à son tour les volutes qui commencent à se répandre dans la pièce et se  précipite, l’air paniqué à l'intérieur de son laboratoire, claquant la porte derrière elle.

Elle réapparaît, quelques instants plus tard, et soupire:

— J'ai laissé trop longtemps les racines d'asphodèle à bouillir, la potion est fichue mais, au moins, j'ai pu éviter la catastrophe... Merci.
Elle se rend en silence dans la cuisine, et allume le feu sous une petite bouilloire.

— Café ou thé? me demande-t-elle en se mettant sur la pointe des pieds pour atteindre un placard situé trop haut pour elle.

— Thé, merci.

Une multitude de paquets aux couleurs criardes tombe du placard ouvert. Elle tente de les rattraper et trébuche avant de chuter. Je ne peux me retenir de pouffer en l'apercevant par terre, affichant une moue blasée. Elle se joint à moi et nos éclats de rires qui rebondissent dans la pièce, dispersent ce qu'il restait de réserve entre nous.

Elle finit par se relever, renvoie les sachet éparpillés sur le plancher d'un sort dans leur placard, sauf un qu'elle pose sur la table, avant de se laisser tomber sur une chaise en affirmant :

— Earl Grey pour toi, et café pour moi, alors.

— Ca me va.

Les bruit de la rue animée entrent par la petite fenêtre, bientôt couverts par les crachotements de la bouilloire. Je peux presque sentir le soleil qui brille au-delà des Ombres. J'imagine les passants se prélassant sur les terrasses des cafés Londoniens en ce début d'après-midi.


Ca doit sûrement être une belle journée.

End Notes:

Voila.

A bientôt. N'hésitez pas à râler, questionner ...

Mauvais pressentiments  by Haru Nonaka
Author's Notes:

Bonjour,

voila le chapitre, du point de vue de Mina cette fois.

J'ai mis du temps à l'écrire et je m'en escuse.

Merci encore à Nucha.... pour tout.

Les personages appartiennent toujours en grande partie a JKR.....

 

 

Ma première semaine dans mon nouvel emploi se termine. Le bar, vide de ses clients, est un tout autre lieu. Les ombres sur les murs de pierre vacillent en suivant les mouvements lents de la flamme des chandelles. Ce calme qui règne me perturbe un peu, je n'ai pas eu véritablement l'occasion de faire face à moi-même ces derniers temps. Le plus étonnant c'est que n'ai pas envie de fuir ce moment de solitude.

Je nettoie machinalement les tables du "Château des Carpates" avec un torchon humide en laissant mon esprit vagabonder.

Les deux dernières semaines ont été riches en événements, et je dois admettre que sortir de ma routine n'est pas pour me déplaire.

Cela a commencé par ma "rencontre" avec Hermione Granger, étrange en plusieurs points.

Tout d'abord, par mon audace inhabituelle : je ne suis plus de ceux qui se portent au secours des autres. Pas depuis mon enfance, en tous cas.

Je suis lâche. Pour commencer, je suis probablement assez lucide quant à mes capacités limitées en sortilège pour savoir que toute issue dans un combat me serait défavorable. Mais, plus encore, il y a cette angoisse, qui me paralyse dans ce genre de situation : comme si toute la douleur et l'horreur de ce monde entrait en moi, une sensation d'oppression dans tout le corps. J'ai beau respirer, l'air n'atteint plus mes poumons et je perds tout contrôle. La seule option qui me reste est de fuir le plus loin possible, portée par mon instinct de survie. Ma conscience enfermée dans les limbes, le corps agit seul.

Cela, je l'ai appris lors des raids de Mangemorts sur le Chemin de Traverse. Avant, je pensais être forte, être capable de lutter pour mes convictions, de protéger les gens auxquels je tiens, avec cette part de naïveté qui me caractérise. Mes illusions ont disparu au loin aussi rapidement que le vif d'or qu'on libère et j'ai dû admettre que j'étais impuissante.

J'ai abandonné le monde des sorciers en guerre pour me réfugier dans celui où j'avais grandi. Passant mon temps à déménager dans le Londres Moldu, toujours à l'affût, utilisant le moins possible mes pouvoirs, sans avoir d'autres moyens de me tenir au courant de la situation que la radio pirate magique.

Inutile et seule, sans personne à qui exposer mes craintes, refusant d'inquiéter mes parents et mes frères d'une situation à laquelle ils ne pouvaient rien faire.
Moi qui aimais tant l'honnêteté, je suis devenue une menteuse.

Après la fin de la guerre, j'ai de nouveau arpenté le Londres sorcier, mais en m'isolant. J'aurais pu, bien sûr, rentrer en France, expliquer la situation et trouver refuge dans ma famille ou auprès d'anciens amis, mais celle que j'étais devenue ne le méritait pas.
Si je me refusais toujours à voir le monde dans toute la cruauté qu'on lui attribue, j'avais perdu le peu d'estime qu'il me restait pour moi-même et j’ai commencé à vivre au jour le jour, en jouant un rôle, appréciant uniquement les instants sans lendemain. Incapable de me projeter, ni vers le passé, ni vers le futur, je fuyais dans un présent de nécessité sans plus me lier à quiconque.

Mais cette longue trêve semble avoir pris fin. J'ai finalement agi et je n'en reviens toujours pas.
Non pas seulement de mon sauvetage improvisé, mais surtout de la soudaine précision avec laquelle je redécouvre, euphorique, ce monde qui m'entoure, et cette perspective d’avenir que je recommence à entrevoir.

Il semble que j'ai pris un nouveau départ : je me suis faite ce qui ressemble à une amie, un colocataire félin un peu grincheux s'est incrusté chez moi et je travaille à nouveau dans le Londres magique. Même si mon emploi n'est pas si différent de ceux que j'ai occupés dans le monde Moldu, c'est déjà un grand pas.
Je pressens qu'une catastrophe va arriver et chambouler tous mes nouveaux espoirs. Hum, je crois que la solitude m'a rendue un peu paranoïaque.

"Le monde ne tourne pas autour de toi, Mina. Arrête de penser que le destin se soucie de toi. C'est toi qui forges ton monde à présent et tu as assez de boulot devant toi pour ne pas t'attarder sur des considérations débiles."

J'ai fini les tables. Maintenant, je m'attaque à la vaisselle, toujours à la façon Moldue. Mon vampire de patron m'a demandé pourquoi je n'utilisais pas la méthode magique au lieu de m'abîmer les mains dans l'eau brûlante. Je lui ai répondu que ça me calmait et me permettait de faire le point sur la recette encaissée pendant mon service. Il ne m'a évidemment pas crue, mais je n'allais pas lui avouer que j'avais simplement agi par habitude. Je n'ai pas envie de m'épancher sur ma vie.
Grosse erreur! Maintenant il tient à ce que je procède uniquement de cette manière. Mais c’est peut-être parce qu’il s’est rendu compte que la méthode magique me pose quelques problèmes (du genre: des verres qui s'envolent joyeusement dès que je me déconcentre et tout ce qui s’en suit, bien évidemment).

Je pose le dernier verre à sa place sur les étagères. Ce soir, je n'ai rien brisé, et je m'aperçois que je commence à chantonner naturellement un air que je ne réussis pas à identifier, mais que je sais avoir aimé.
Un rire nerveux s'échappe de mes lèvres, car je me sens ridicule d'éprouver une telle joie, mêlée d'une pointe fierté, à la suite d'une si petite chose. Mais je redécouvre peu à peu un monde dont je fais partie et rien n'est plus merveilleux que cet état légèrement hystérique qui m'habite.

Je me retourne pour vider l'évier, mais m'arrête, comme hypnotisée. La douce lumière dorée caresse l'eau sombre qui frémit encore et, bientôt, la mousse devient écume, des vagues se dessinent, et peu à peu, l'illusion d'un océan me plonge dans mes souvenirs.
Je retrouve dans mon reflet brouillé quelque chose des traits souriants de cet enfant qui confiait ses secrets aux vagues.

J'ai passé mes premières années dans une petite ville de la côte bretonne.
Ma mère y avait rencontré, lors de vacances, celui que je considère comme mon père, alors que je n'avais que deux ans. Un an plus tard mon premier frère est né, bientôt suivit par le second. Il n'a jamais fait de différence entre moi et ses deux fils, et je qualifierais mon enfance d'agitée et de joyeuse.
Je n'ai jamais connu de mon géniteur que son prénom et sa nationalité. Je dois admettre que cette dernière a probablement orienté mon choix de partir en Angleterre pour mon apprentissage en Potions dès que j'ai atteint la majorité. Cette décision est la première qui m'ait entièrement appartenu, prise contre l’avis de ma famille: impossible de la renier ou de rejeter la faute sur les autres.

Si j'avais décidé de finir mes études à Beauxbatons, au lieu de suivre mon désir d'indépendance, je serais probablement une personne très différente de celle que je suis devenue.

Mais, pour la première fois depuis longtemps, je peux regarder en arrière en restant sereine. J'ai réussi à raccommoder quelques morceaux de mon identité, et je peux me tenir face à la fillette que j'étais sans me sentir nauséeuse.

Un raclement de gorge, dans lequel je décèle une certaine ironie (probablement à cause de mes tendances paranoïaques), me tire de ma contemplation. Je me retourne et sursaute en me retrouvant nez à nez avec un des représentants des créatures qui peuplent depuis des millénaires les cauchemars des hommes et répondant au nom de Pàl Benickà.

J'ai décrit, dans une lettre à Cérès, la seule amie de Beauxbaton avec qui j’aie gardé contact, les avantages et les inconvénients d‘un patron vampire, qui sont en fait les mêmes. Je me base sur le seul que je côtoie et qui est une exception parmi ses semblables, si j'en crois ce qu'Hermione m'a résumé de ses connaissances sur le sujet.

Ils possèdent un don indéniable pour savoir quand on leur ment, n'ont pas besoin d'énormément de sommeil, ont des réflexes étonnants et, enfin, savent être très intimidants s’ils le souhaitent.

Mais j'ai, semble-t-il, oublié d'ajouter le  qualificatif " pervers"  ou "sadique" à ma liste : Mr Benickà adore me voir sursauter et a tendance à se manifester dans les moments où je m'y attends le moins.

— Alors, ma petite Mina, est-ce que votre reflet vous agrée ? murmure-t-il de sa voix aux consonances gutturales et à l'accent prononcé.

Je soutiens son regard, tentant de reprendre contenance, avant de réduire à néant mes efforts pour conserver un minimum de dignité en répondant par un haussement d'épaule et en détournant les yeux. Je dois admettre que je ne réussirai pas à gagner à ce jeu-là avec lui.

Il tente un grand sourire, qui dévoile malheureusement trop ses canines pour atteindre l'objectif escompté.

— Je pense que tu peux rentrer, et je n'ouvrirai pas le bar après-demain non plus. Profite de ce week-end improvisé...

— D'accord. Tu as une réunion de prévue?

— Non ... pas exactement.

Je n'insiste pas, car son ton m'apprend qu'il ne tient pas à s'épancher sur le sujet.

— Bon week-end à toi aussi, alors.


Il se détourne et disparaît dans l'arrière-boutique, alors je me dirige vers la sortie. Mais j'ai à peine passé le seuil, qu'il me rattrape et m'arrête en me saisissant par le poignet. J'ai un frisson involontaire au contact de la peau glacée. Il me tend une petite bourse en cuir rouge sombre et, devant mon manque de réaction, me la pose dans la main.

— C'est ta paye de la semaine, fais en bon usage. Merci pour ton travail.

Je ne sais pas quoi répondre, et reste immobile, à l'observer retourner à l'intérieur du "Château des Carpates". Je dois avoir l’air idiote, figée au milieu de la chaussée, tenant toujours la bourse dans ma main tendue. Mais l'expression qu'il avait en prononçant ces derniers mots reste gravée sur ma rétine. Son visage, naturellement décharné et grisâtre, était plus sombre et renfermé que d'habitude, et dans son intonation j'ai senti une lueur de tristesse préoccupante.

J'ai l'impression que cet étrange personnages a des soucis qui me dépassent et me concernent néanmoins, et je suis de nouveau assaillie par un mauvais pressentiment.

Prise d’une baisse d’énergie flagrante, je me traîne donc jusqu'à mon immeuble, soumettant mon esprit au supplice par toutes sortes d'hypothèses.
Mais les miaulements impatients du chat roux qui m'attend sur le palier me tirent de mes questionnements, et j'oublie l'évènement.

Le félin a déboulé dans mon appartement durant ma première conversation avec Hermione en entrant par la fenêtre ouverte avant de s'installer en plein milieu de la table du petit-déjeuner. Il m'a jaugée de son regard doré pendant un instant avant de rejoindre sa maitresse en ronronnant. Maintenant que cette dernière est repartie pour un court séjour loin de Londres, il semble avoir décidé que ma compagnie était préférable à celle de Malicia, la patronne de l'Auberge des étoiles, et fuit la pension à chaque fois que je l'y ramène, me gratifiant au passage de quelques coups de griffes biens placés.

Je le laisse me précéder dans l'appartement et me dépêche de lui servir les restes du poisson de la veille. Je me sens vidée et je ne suis pas d'humeur à manger quoi que ce soit.  Pattenrond, par contre, engloutit mon repas avec un enthousiasme encourageant.

Je pars prendre une douche et, lorsque je reviens, le félin s‘est installé à sa place habituelle dans mon laboratoire. Je ravive le feu sous le chaudron d'un coup de baguette, et ajoute trois gouttes de sang de dragon lorsque le liquide arrive à ébullition, le laisse ensuite réduire quinze minutes puis éteins le foyer.

La couleur vert pâle que la préparation a prise semble correcte, mais je ne serai fixée que lorsqu'elle aura refroidi et que je l'aurai filtrée.

Un sourire naît sur mes lèvres : cette potion, la Noctambula Fortituda, m'avait bien donné du fil à retordre lors de mes premiers essais pour la réaliser. Mais il semble que j'aie tout de même progressé dans la matière depuis mon arrivée sur le sol Anglais. Pendant les premiers mois de mon apprentissage, je n'avais même pas l'autorisation de toucher aux préparations pour les clients et me contentais des taches les plus ingrates du métier. Pendant ce temps, mon amie Cérès me décrivait dans ses lettres ses passionnantes découvertes sur les créatures magiques d'Espagne et les louanges dont sont mentor la couvrait.
Il est étrange de voir à quel point la vie peut sourire à certains. Mon amie d'école la plus proche s'éloignait dans la lumière alors que je trébuchais à chaque pas dans l'obscurité. Et quand la situation a enfin commencé à s'améliorer pour moi, la guerre est arrivée pour balayer tout ce qui s'était construit, ce fameux jour....

Je m'installe sur le rebord de la fenêtre, pour récupérer de l'état fiévreux dans lequel m'ont plongée les vapeurs de la potion et la chaleur étouffante du laboratoire. Je vais chercher un verre de café frappé et mes cigarettes, et me plonge dans la lecture d'un exemplaire du "Chicaneur" qu'Hermione a oublié chez moi.


L'article sur lequel je porte mon choix s'intitule "Espèces végétales oubliées et laissées pour compte du monde magique", il est signé par la nouvelle éditrice-adjointe du journal, Luna Lovegood. J'ai beau souhaiter travailler dans le domaine passionnant des Potions, je n'ai pas vraiment l'esprit scientifique, alors malgré l'étrangeté évidente des théories défendues par l'auteur (même pour le monde sorcier), je me laisse rapidement séduire par la prose enthousiaste et imagée de la jeune journaliste.

En deuxième page de l'hebdomadaire, je tombe sur un sujet qui présente le compte-rendu des procès de certains Mangemorts. La rubrique est illustrée par une photo des témoins entendus dans le cadre de l‘affaire. J'y reconnais Hermione. J'ai toujours un sentiment étrange quand quelque-chose me rappelle qu'elle a joué un rôle important dans la résistance contre Voldemort. Elle m'impressionne par son courage et, d'après ce que j'en sais en me basant sur les discussions que nous avons eues, par cette intelligence et ce calme dont elle est capable dans les situations les plus désespérée. Elle fait preuve de beaucoup de modestie sur ce sujet, et je dois avouer que je suis probablement un peu jalouse de mon amie.

Alors que je m'apprête à fermer la fenêtre et à retourner à mes potions, une grande chouette sombre se pose sur le toit et me tend une patte à laquelle est accroché un message.
Je le détache et le parcours. Bien : alors, Hermione rentre demain et me donne rendez-vous dans la boutique d'un antiquaire de l'Allée des Embrumes où elle doit examiner quelques nouveaux manuscrits.

Tant mieux : je pourrai enfin récupérer mon lit sans avoir à me battre avec ce félin sans gêne qui se l'est approprié et qui dort en boule sur mon oreiller.
Enfin, cette boule de griffes ambulante est presque mignonne quand elle dort.

Je griffonne une réponse sur un parchemin et la confie au messager qui s'envole aussitôt. Je l'observe disparaître à travers le bouclier magique qui couvre le quartier et, en voyant le ciel orange absorber l'animal, je suis à nouveaux parcourue d'un frisson, et cette angoisse étrange me reprend.

End Notes:

Voila, j'espère que ca vous a plu.

N'hésitez pas à donner votre avis.

 

coïncidences by Haru Nonaka
Author's Notes:

Hum, tout d'abord je m'excuse pour la très longue absence de publication pour ce fic, et dire que je n'en suis qu'au début....


Très bonne lecture!


(Je m'excuse également pour les fautes qui ont pu échapper à mes relectures, mais je n'ai pas eu la chance bénéficier des services indispensables de ma bêta pour ce chapitre.)


Les personnages et le monde dans lequel ils évoluent......etc

L'ombre de la veille ne s'était pas dissipé pour Mina, elle n'avait dormi qu'une paire d'heure avant d'être réveillée par l'emballement de son cœur. Une angoisse sourde transperçait tel un millier d'épingle sa poitrine et nouait ses entrailles tant et si bien qu'elle ne réussit pas à se rendormir. Après une demi-heure à compter les hiboux, elle s'était finalement résignée à se lever malgré l'aube encore lointaine.

Après avoir mis en bouteille la potion qui avait reposé, elle se força à prendre une douche glacée et avala un café assaisonné de quelques bouffées de fumée tout en préparant ses affaires pour une virée hors des ombres, l'atmosphère du petit appartement devenue trop oppressante, trop étroite, trop silencieuse.

Elle fourra dans une sacoche en cuir clair quelques affaires en vrac et passa par dessus ses habits moldu sa plus belle robe de sorcière.

 Elle fouilla ensuite dans ses armoires ajoutant dans le sac quelques flacons soigneusement choisis qu'elle contait revendre, et après un instant d'hésitation, quelques échantillons de la potion qu'elle venait d'achever, puis glissât sa baguette dans la poche avant du sac et rejoint la porte qui menait à l'escalier, emportant son mug à moitié plein avec elle.

Le félin roux qui paressait encore en bas du lit la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle atteigne le seuil, s'étira en miaulant, et se faufila hors de l'appartement avant d'être enfermé. Mina descendit à la suite du félin en prêtant garde à ne pas faire trop grincer les marches de l'escalier de bois pour ne pas réveiller ses voisins.

Elle ne croisa personne une fois sortie des ombres, le chemin de traverse était calme et désert, sous le manteau apaisant de la nuit claire.

La jeune femme s'arrêta un instant, un sourire se dessinant sur ses lèvres lorsqu'elle aperçut quelques étoiles dans le ciel d'un bleu profond renforcé par les lueurs chaudes des réverbères.
Elle finit en grimaçant le reste de son café, à présent froid, tenta de le faire disparaitre la tasse d'un coup de baguette avant de se résigner à le ranger dans son sac, puis traversa le passage de brique et ôta sa robe de sorcière.

Elle entra dans le chaudron Baveur, une jeune sorcière blonde était plongée dans un livre de botanique, assise vers l’entrée du bar. Mina avait déjà eu l‘occasion de faire sa connaissance, et savait qu’elle s’occupait de relayer Tom en ce qui concernait l’accueil du bar et le service des clients matinaux depuis quelques mois.
Beaucoup d’habitués qui avaient été surpris que l’infatigable barman prenne une apprentie avaient finalement été conquis par l’enthousiasme  contagieux de cette dernière.

— Salut Mina, lança la concernée d’une voie ensommeillée en l’apercevant. Encore des insomnies ? Tu veux quelque chose ? Je me suis amélioré en matière la pâtisserie magique et il doit me rester quelques cookies que j’ai enchantés hier si tu à faim.

— Salut Hannah, je ne fais que passer en fait, mais merci tout de même. Répondit la jeune femme tout en traversant la pièce.

— Ha, d’accord. Murmura la sorcière légèrement déçue. C’est ouvert de toute façon. Si tu change d’avis, je n’ai rien contre un peu de compagnie là, et pendant les heures creuses je fais des réductions sur les boissons aux gens que j’aime bien.

— Désolé, j’y penserais pour une prochaine fois, là je dois vraiment filer. Répondit Mina en souriant.

— Tan pis, à plus tard alors. Mina Attend! J'ai failli oublier : il y a une lettre pour toi qui est arrivé dans la boîte au lettres du bar, il y a un ou deux jours.

Hannah se rendit dans l’arrière-boutique, et revint quelques minutes plus tard avec l’enveloppe.

Le chaudron baveur avait depuis quelques années installé une boîte postale moldu pour faciliter les correspondances de certains de leurs locataires de descendance moldu, et par la même occasion servait de poste restante pour les locataires et commerçant du quartier magique de Londres.

Mina reconnu sur l'enveloppe l'écriture de son plus jeune frère, Simon. Elle glissa la lettre dans une poche puis remercia la jeune femme et lui régla la commission habituelle, avant de pousser la porte vers le monde moldu.

Avant que les battants se referment elle entendit la voix de la sorcière faussement paniquée lui hurler.

— Surtout dit rien à Tom sur les demi-tarifs, il a le cœur sensib....

Après avoir longtemps marché, elle s'installa sur un banc qui bordait la tamise et observa le soleil emplir les rues tandis la ville s'animait, se laissant bercer par les cris des mouettes.
La jeune femme aimait observer la vie emplir les rues, l'agitation des milliers de vies qui commençait leur journée la calmait peu à peu, lui donnait l'impression qu'envers tout il y aurait toujours un lendemain, et son sang bouillonnait à nouveau d'espoir, diluant ses sentiments de solitude et de tristesse.

Elle prit l'enveloppe et la soupesa un instant, elle était d'une surprenante légèreté. Simon avait pourtant tendance à écrire des romans, la dernière lettre qu'elle avait reçue de lui comportait une vingtaine de pages. La jeune femme déchira l'enveloppe, et se plongea dans la lecture de son contenu.



"Bonjour ma belle,
 
Comment va ma sœur préférée ?

Je voulais simplement te redire combien je t'aime. Enfin combien nous t'aimons, car Erwin est assis à coté de moi en ce moment et participe activement à la rédaction de cette lettre (enfin il sirote sa bière et regarde par dessus mon épaule en commentant, tu le connais).
Un nouveau café s'est ouvert dans le port et nous avons décidé de l'inaugurer autour d'un demi. Pas de reproche petite sœur, sinon je ressortirais les dossiers sur tes frasques passées.

Bon, j'en viens au point important de cette missive : on te fixe un rendez vous dimanche prochain, 19h devant le vieux moulin (comme au bon vieux temps). Pas d'excuse possible, tu as largement le temps de faire une demande de transplanage au ministère, ou à défaut de prendre le train. 

Gros Bisous.
Tes imbéciles de frères.


PS : ou que tu sois, on pense très fort à toi en ce moment. N'oublie pas, tu restes la première sorcière de notre cœur. Enfin, tu n'as tout de même pas intérêt à nous poser un lapin : on a la malédiction facile chez les Kerdraon (tu es bien placé pour le savoir).
"

 

Mina relue la lettre deux fois puis en conclus qu'elle avait dû être rédigé sous le coup d'une soudaine impulsion due aux retrouvailles des deux garçons.Elle soupira longuement : d'abord Simon se désistait pour venir la voir en Angleterre, puis il la sommait de passer les voir en France. Mais le plus étrange était peut-être le fait que la lettre soit signée également par Erwin : les relations entre l'ainé des deux frères et sa demi-sœur qui étaient depuis longtemps tendues étaient devenues glacials suite au départ de cette dernière pour les Royaumes Unis.

Mina secoua la tète en souriant, elle serait plus qu'heureuse d'accéder à la requête de ces deux idiots, cela faisait une éternité qu'ils ne s'étaient pas vus et ils lui manquaient plus qu'elle ne voulait l'avouer. Et à présent qu' elle se sentait suffisamment forte pour affronter le regard inquisiteur de ses frères sans laisser transparaitre quoi que ce soit qui pourrait les alarmer, elle ne se priverais pour rien au monde d'une occasion de les revoir. 

La jeune femme glissa la lettre dans son sac, remettant sa réponse à une heure moins matinale.

Elle sortit ensuite un calepin de sa poche et entreprit de dresser un planning de sa journée, une manie qu'elle avait. Après avoir passé une nuit difficile, noter les choses à faire lui permettait d'émerger des brumes, de ne pas se laisser aller à la fatigue.

Lorsqu'elle abaissa enfin son crayon, la page était grise de notes, elle lui jeta un regard mauvais puis se résigna à repartir en direction du chemin de traverse, abandonnant à contrecœur son refuge contre la mélancolie.

Elle commença par passer chez quelques apothicaires qui la connaissaient et échangea quelques potions contre des ingrédients, prenant des commandes pour une prochaine fois, puis flâna longuement au milieu des rayons de Fleury et Bott.

Midi approchait lorsqu'elle sortit de la librairie sans avoir effectué le moindre achat, malgré les insistances du vendeur à lui vanter les mérites du dernier Best seller en date. Elle remonta la rue bondée jusqu'à Gringott, pour finalement s'immobiliser devant le porche de la banque, une scène qui s'était passée durant son service de la veille s'imposant à sa mémoire.

Elle avait été surprise lorsque trois gobelins avaient passé le seuil du château des Carpates, car il n'était pas dans leurs habitudes de fréquenter l'établissement.
Mina ne se souvenait pas avoir jamais vu auparavant les trois individus, mais l'un d'eux la fixa avec insistance avant de rejoindre ses compagnons dans un coin un peu à l'écart dans la salle, et recommença son manège lorsqu'elle vint prendre les commandes.
Elle ne s'en formalisa pas, mais sa curiosité avait été piquée, car les gobelins qu'elle connaissait avaient tendance à ignorer les humains avec superbe, sauf lorsqu'ils étaient en affaires avec eux ou qu'il leur avait fait du tort.

Elle avait mis l'événement de coté lorsque son patron s'était installé à leur table et s'était entretenu longuement parler avec ses trois clients, concluant qu'il devait avoir des affaires financières à régler avec eux. Ils étaient restés une heure à peine, mais Mina avait eu la sensation désagréable d'être observée en coin tous ce temps.

Il n'était pas difficile de faire le lien entre cet événement et l'attitude pour le moins étrange de Mr Benicka.

Il lui restait encore deux heures à tuer avant son rendez-vous avec Hermione dans l'allée des embrumes, la jeune femme s'installa à la terrasse de Florian Fortarôme, qui avait rouvert quelques mois après la fin de la guerre, et jeta son dévolu sur une glace à l'intitulé prometteur de "douceur d'épices" qu'elle se hâta de commander à la serveuse enjouée.

Elle se plongea dans un livre retrouvé au fond de son sac, savourant la crème sucrée aux forts arômes de cannelle ainsi que la douce caresse des rayons chauds du soleil dans son dos.

Sa lecture n'étant pas passionnante, et la fatigue due à sa nuit trop courte la rattrapant, Mina ne tarda guère à somnoler légèrement, tant et si bien qu'elle ne remarqua pas le grand homme maigre assis à deux tables de là. Les traits de ce dernier, d'une banalité surprenante, étaient à moitié dissimulés par un vieil exemplaire de la gazette qu'il tenait devant lui. L'homme jetait des regards furtifs en direction de la jeune femme, son visage restant totalement inexpressifs, puis retournait à sa lecture. Il continua ce manège durant presque un quart d'heure, puis paya sa note avant de quitter la terrasse du glacier à grande enjambée, glissant au passage quelque chose dans la sacoche de la jeune femme.

Mina qui ne s'étais rendue compte de rien continua à lire quelque temps avant de se rendre à l'adresse qu'indiquait le hibou qu'elle avait reçu la nuit précédente, un peu en avance sur l'heure à laquelle elle avait rendez-vous.

Elle poussa la porte de la petite brocante, qui émit un grincement sonore plus efficace que n'importe quelle sonnette pour prévenir l'arrivée d'un visiteur, mais Hermione était trop absorbée par ses recherches pour noter son arrivée.

La boutique était poussiéreuse, remplie de bric-à-brac, baignée par une odeur de vieux livres et de tabac froid. Les murs étaient jaunis par la nicotine et de nombreuses fissures couraient de long en large de la pièce, mal dissimulées par des portraits médiocres qui se plaignaient du peut d'attention qu'on leur accordait à chaque client qui passait le seuil. De l'ensemble se dégageait un sentiment d'abandon, de tristesse sourde. Au-delà du délabrement, la petite brocante semblait dénuée de vie et la jeune femme eut le sentiment d'entrer dans une chambre mortuaire, mordu par l'atmosphère pesante du lieu qui contrastait temps avec celle qui régnait sur le chemin de traverse.

Elle s'approcha de son amie, installée derrière un bureau massif, qui feuilletait avec rage un vieux grimoire provenant d'une antique famille de sorciers, contenant plus d'élucubrations absurdes que de renseignements utiles sur les modifications de mémoires, malgré son titre prometteur.

Le propriétaire de la boutique lui permettait aimablement de faire ses recherches dans ses nouvelles acquisitions en échange de quelques heures à garder la boutique.

C'était un homme plutôt secret, mais à la nature généreuse et, depuis qu'elle lui avait confié la raison de ses recherches il prenait le temps d'envoyer un hibou à la jeune femme chaque fois qu'un titre de grimoire qu'il acquérait semblait entrer dans la sphère d'intérêt de cette dernière.

Hermione avait fait sa connaissance lorsque l'argent dont elle avait besoin pour entreprendre ces voyages avait commencé à manquer et qu'elle avait répondu à une annonce pour faire l'inventaire et l'estimation d'objets rares. Finalement elle avait accepté qu'Harry lui prête une somme coquette de galion pour assurer ses finances, en insistant sur le fait qu'elle le rembourserait avec les intérêts.

Mina toussa bruyamment pour marquer sa présence, et Hermione leva finalement la tète.

— Ta lecture est passionnante à ce point, dis-moi ?

Hermione posa le grimoire de coté, poussant un soupir de soulagement avant de sourire à son interlocutrice.

— Non, ce serait plutôt l'inverse, en fait tu viens probablement de sauver ce torchon d'un incendie, le seul intérêt qu'on peut lui trouver, c'est sa reliure, et pourtant merlin sait que j'aime les livres.

— Et la Tunisie, ça a donné quelque chose ; demanda la petite brune qui s'était déjà fait une idée sur ce que son amie allait dire.

Hermione ne répondit pas tout de suite, fermant le loquet de la porte de la boutique, avant de lancer d'un ton faussement léger.

— Non, rien de concluant, mais j'ai fait de nouvelles rencontres. C'est la seule chose positive qui découle de mes voyages... Enfin les rencontres et la découverte des différentes cultures du monde magique, même si je n'ai pas le temps de m'attarder.

— Oui, quand tous ça sera finit tu n'aura aucun mal à te faire embaucher au service des relations internationales du ministère.

— Probablement, même si je suis plutôt tentée par le bureau des régularisations des créatures magiques.

Tout en parlant les deux filles avaient rejoint l'arrière cour de la boutique qui servait aussi de débarras pour les objets encor non répertoriés.
Elles s'installèrent sur des caisses au soleil tandis et restèrent silencieuses un instant, puis Mina repris d'un ton taquin.

— En même temps, tout bien considéré, même si tu étais un troll idiot, en tant qu'héroïne du monde sorcier tu aurais aussi le poste.
Elle soutenu bravement le regard noir que lui valu sa remarque, en y opposant son air le plus innocent. Hermione renonçât et repris d'un ton plus sombre.

— C'est probablement ce qu'écrira Rita Skeeter si je ne commence pas tout en bas de l'échelle... Au fait, tu à déjà mangé ? Moi je n'ai pas vu le temps passer et je n'ai rien avalé depuis ce matin, j'ai des sandwiches dans la réserve, si ca te dis.

— A quoi les sandwiches ?

— Au poulet et aux concombres principalement.

Hermione entra dans le petit appentis, au fond de la cour, talonnée par Mina qui affichait un air contrarié. Elle attrapa un sac dont elle sortis un petit paquet en tissu avant de ressortir.

Elle le posa sur une caisse, en déplia les coins avant de lancer une incantation et le tissu s'étala, dévoilant deux tasses de thé et une montagne de petit sandwich. Elle attrapa une chaise et s'empara d'un des petits rectangles de pain de mie dans lequel elle croqua avec appétit tandis que Mina s'asseyait en face, s'emparant de la tasse fumante et de son étui à cigarette.

Une fois rassasiée, Hermione jeta un regard amusé à la jeune française qui ne mangeait rien et semblait se tenir à une distance raisonnable des mets exposés sur la table.

Celle ci glissa un

— Je n'ai pas très faim...

Interrompu par le gargouillement contrarié de son estomac ...

Pour se reprendre contenance, elle sortit sa baguette et tenta d'allumer d'un geste souple et nonchalant sa cigarette, quelques mèches brulées et juron plus tard, elle se rabattit sur une méthode plus classique.

— Toujours des problèmes avec les sortilèges à ce que je vois ; remarqua simplement Hermione en retenant un fou rire naissant. Tu sais, je maintiens qu'aller consulter un psycomage t'aiderais probablement.

— Je n'ai pas très envie d'en parler, d'ailleurs je sais très bien d'ou ca vient, ca passera avec le temps ...

Son interlocutrice, qui savait reconnaitre une cause perdue, n'insista pas, mais sa moue dubitative signifiait clairement qu'elle ne comptait pas en rester là.

Elle allait ajouter quelque chose lorsque la porte donnant sur la cour s'ouvrit et qu'elle vit entrer le propriétaire de la boutique qui lui fit signe, elle se leva et Mina en fit de même.

L'homme qui approchait était plutôt petit, des cheveux courts d'un blanc immaculé, un visage rond mais cerné et marqué par la vie, il marchait d'un pas lourd, trainant légèrement les pieds, mais un mince sourire bienveillant s'était allumé sur ces lèvres en apercevant Hermione.

Cette dernière s'était précipitée vers lui tandis que Mina écrasait sa cigarette, avant de s'approcher à son tour tandis que son amie entamait les présentions.

— Mina, je te présente Sertor Lamberston....

La petite brune s'était raidie en entendant le nom, elle n'avançait plus, dévisageant l'homme qui lui faisait face. 

Le visage la jeune femme se vida de sa couleur.
Elle recula, les jambes flageolantes, manquant de trébucher, et le vieil homme s'approcha d'elle l'air inquiet, aggravant les choses sans le vouloir.

Elle repoussa dans un mouvement de panique le dénommé Sertor en lui lançant un sort de répulsion, puis lâchât sa baguette regardant tour à tour ses mains qui tremblait, et la silhouette à terre à quelque mettre d'elle.

Ses yeux fouillèrent la cour dans l'espoir de trouver une issue, et elle se précipitât dans la remise fermant le loquet derrière elle.

Hermione se précipitât vers l'homme, qui se relevait, ne présentant apparemment aucune blessure, il épousseta sa robe, puis tenta de détendre l'atmosphère en lançant :

 — Je ne crois pas avoir fait quelque chose pour mériter un tel traitement, je sais que ma prestance n'impressionne plus guère la gente féminine mais à ce point.

— Vous allez bien ?

— Oui, enfin je risque d'avoir quelques courbatures, mais ca ne bouleversera guère mon quotidien.

— Je suis désolé, je ne sais pas ce qui lui a pris, je ne comprends pas...

Rassurée quand à l’état du vieil homme, elle se dirigea vers la remise, sortit sa baguette et cria le nom de son amie, avant de frapper des coups violents sur la porte. Ne recevant pas de réponse elle s'apprêtait à lancer un aholomora lorsque le vieil homme saisit sa main et lui demanda d'un ton calme.

— Pourriez vous me rappeler le nom de votre amie, mademoiselle ?

— C’est Mina, Mina Kerdraon, elle est française.

L'expression du vieil antiquaire se voila légèrement, et un triste sourire naquit sur ses lèvres tandis qu‘il hochait la tète.

— Je vois, je pense qu'il vaut mieux que vous la laissiez un peu tranquille, pour l‘instant. Je prendrais bien une tasse de thé, pas vous ?

Il se dirigea vers la table et fit apparaitre une nouvelle tasse sur la table, avant de faire signe à Hermione à son tour.

Il vida le fond d’une flasque de gin dans la soucoupe de porcelaine, qu'il vida à petite gorgée, avant de commencer son récit.


"— Il faut remonter pratiquement trois ans en arrière, juste avant la chute du ministère, les temps étaient durs pour les commerçants à l'époque, spécialement pour ceux du chemin de Traverse. 

La boutique d'Olivander avait été abandonnée deux semaines plus tôt, et des rumeurs disaient que le vieux bougre avait été enlevé par les mangemorts.

Depuis l'effondrement de ce pilier, la plupart des marchands songeaient plier boutique et s'éloigner de Londres quelque temps, mais certains rechignaient à abandonner les commerces dans lesquels ils avaient tant investi, malgré les clients qui se faisaient de plus en plus rares de jour en jour.

Le 12 juin, une tragédie supplémentaire eut lieu et convaincu de nombreux indécis à abandonner leur commerce, achevant de transformer le chemin en une impasse fantôme."

Le vieil homme marqua une pause, le regard dans le vague, son visage se refermant.

La colère avait laissé place à l'appréhension dans le cœur d'Hermione, qui redoutait et attendais à la fois la suite du récit du vieillard. Lorsqu'il reprit sa voix était voilée, et les mots s'égrenaient lentement pour former de longues phrases entrecoupées d'absences.

" A cette époque, ma petite fille finissait son contrat chez Mme Guipure... elle voulait se lancer dans la mode sorcière et la révolutionner... mais... il lui fallait d'abord acquérir de bonnes références... et elle n'aurait lâché sa place pour rien au monde.

Elle aidait parfois dans une boutique voisine... chez un apothicaire durant son temps libre. Elle échangeait des potions de beauté contre quelques heures à tenir la caisse, quand il y avait des commandes ou des livraisons urgente...

L'homme esquissa un demi-sourire, plongé dans ces souvenirs,

C'est qu'elle était coquette... ma Risielda... une jolie fille... peut être un peu trop dégourdie avec les hommes...  une gentille fille... toujours souriante et prête à rendre service."

Hermione écoutait l'homme en tentant de ne pas trahir son impatience par des gestes nerveux, gardant une expression alerte et encourageante, malgré les digressions du brocanteur, qui semblait chercher à retarder la conclusion de son explication. La jeune femme ne sentait que trop bien vers quelle fin le récit tendait et elle sentait une boule grandir désagréablement dans sa gorge.

Le vieil homme pris une grande inspiration, et se lança finalement, le regard baissé, ses grosses mains serrant sa tasse de porcelaine si fort qu'elle semblait prête à se briser, ses ongles sales s'enfonçant dans sa chair.

" La boutique fut attaquée par les mangemorts... d'après les aurors le propriétaire avait jeté à la porte un client louche la semaine précédente, refusant sa commande. Il était revenu pour faire un exemple, enfin personne ne sait précisément ce qui s'est passé...
Des témoins ont vu trois personnes sortir de la boutique, et l'un d'eux à lancer la marque maudite avant de transplaner...
Le cadavre du propriétaire de la boutique, celui d'un client, et de ma Risielda furent trouvés...

Le client était mort le premier, apparemment, il n'avait même pas eu le temps de sortir sa baguette, ma petite fille n'avait pas eu cette chance... une seule personne avait échappé au massacre, l'apprentie de la boutique.
Elle était apparemment revenue d'une livraison en plein milieu de l'attaque et avait réussi à s'enfuir. "

Les traits du vieillard s'affaissèrent, lui donnant encore quelques années de plus, puis il fouilla dans sa poche et en sortit son portefeuille, dont il sortit une petite pochète froissée d'un bleu passé, et la tendit à Hermione.

La jeune femme pris le paquet le regard interrogateur, l'homme l'encourageât à l'ouvrir d'un signe de tète, tout en s'expliquant.

— On me l'a remit, elle l'avait sur elle quand... allez-y.

Hermione fit glisser le contenu dans sa main, non sans avoir frémi en remarquant la tache sombre qui souillait un des coins du petit paquet, et découvrit un petit pendentif en argent ouvragé, où étaient serties quatre pierres d'ambre de couleurs différentes. Le bijou semblait plutôt ancien, mais de jolies factures et il devait probablement couter très cher.

" Elle est passée quelques jours avant sa mort, et a farfouillé dans la réserve avant de me supplier de lui donner.

Elle voulait en faire cadeau à une amie, en gage d'un pari qu'elle avait perdu... je lui ai fait remarquer que c'était beaucoup trop pour un simple pari, et qu'en plus il allait avec une autre pièce... mais elle a insisté en disant qu'il lui irait à merveille, que la fille en question dépensait tout son salaire en potion et ne mettait pas assez en avant sa féminité... qu'elle ne pouvait pas décemment quitter Londres sans contribuer à la rendre un peu plus présentable... j'ai cédé, je n'ai jamais su lui résister..."

Hermione fixa son interlocuteur, ayant finalement compris où il voulait en venir :

— vous voulez dire que ce bijou était pour Mina, mais comment pourriez-vous connaitre son...

— Regardez de l'autre côté de la pochette.


La jeune femme s'exécuta, sur le recto du paquet était tracée d'une écriture ronde et régulière ces quelques mots :

 

          "pour la petite Mina... qui l'a bien gagné ... en attente d'une revanche" 


— Les aurors ont mentionné le nom du témoin qui avait survécu; ajouta l'homme. Je l'ai cherché la fin de la guerre pour lui donner, mais elle avait disparu de la circulation depuis longtemps, surement à cause du choc de ce qui s'était passé. Je n'ai pas eu le cœur à le jeter tout ce temps, il semble finalement que j'ai bien fait. J'imagine qu'entendre mon nom à du lui faire un choc, peut-être que ma petite fille lui a parlé de son vieux grand-père sénile, après tout j'étais sa seule famille sur Londres."


Hermione hocha la tète, elle comprenait mieux les réticences de Mina à lui parler de l'événement qui l'avait fait s'exiler du monde sorcier, après tout elles se connaissaient à peine. Elle continuait malgré tout de penser qu'il n'était pas profitable de garder pour soi ce genre de chose.
La jeune femme ne savait comment elle-même aurait pu supporter le poids des cauchemars et des regrets qui la hantaient depuis la guerre sans ses amis.

Le brocanteur attrapa les mains d'Hermione et y déposa le pendentif qu'il avait préalablement remis dans son emballage, en lui adressant un sourire.

- Maintenant, allez rejoindre votre amie, je vais lui préparer un grog, elle devrait bien en avoir besoin... j'aimerais discuter avec elle un peu plus tard... J'espère que cet objet l'aidera un peu, elle ne semble pas avoir fait son deuil.

Le brocanteur traversa la cour d’un pas lourd sous le regard attristé de la jeune femme, et disparu dans la boutique.

Hermione glissa alors dans une poche de sa robe le cadeau de Risielda, lança un alhohomora informulé sur la porte de la remise puis s'engouffra dans la semi-pénombre à la recherche de Mina.

End Notes:

tout d'abord merci d'avoir lu jusqu'au bout ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu.

N'hésitez pas à laisser une rewiew si vous avez des commentaires, des critiques, des questions, repéré une faute...

Très bonne journée/soirée, et à bientôt j'espère.

 

remords et imprudence by Haru Nonaka
Author's Notes:

Bonjour à tous, je dois malheureusement constater que je n’ai pas vraiment accéléré ma vitesse de publication malgré mes bonnes résolutions. Je vous épargne les nombreuses excuses que je pourrais me trouver.

Je vous laisse lire ce chapitre. Celui-ci se déroule du point de vue d’Hermione, et j'espère qu'il vous plaira ^^

 

Je pousse la porte de la petite remise avec douceur mais les charnières gémissent malgré mes précautions, me faisant crisser des dents. Je m'accorde un moment sur le seuil tandis que mes pupilles s'adaptent à la différence de luminosité.

Durant ce court instant, l'expression de Mina après son accès de violence me revient : un masque flouté, à la fois agressif, paniqué, perdu et coupable. Mais ce qui m'avait surtout frappé, c'était son regard: avide et fuyant, qui balayait la courette à la recherche d'une issue. Il y avait dans son attitude quelque chose de trop semblable à celle qu'avait eu, il y a si longtemps, Petter Pettigrow dans la cabane hurlante.                              

Alors, lorsque ses yeux écarquillés s'étaient arrêtés un instant sur moi à la recherche d'un soutient, elle n'avait sûrement pu lire sur mes traits que l’expression d'un dégoût profond. Comme je regrette à présent de n'avoir pas su effacer à temps cette stupide réaction instinctive ; car j'ai, en la rejetant ainsi, trahi notre amitié naissante. J'appréhende de recroiser son regard et cela me paralyse.

Je secoue la tête pour me reprendre. Je me décide enfin à m'aventurer à l'intérieur du local, bien décidée à utiliser un "réparo" sur les flacons que j'ai brisés. Mais, nourri par mon inquiétude, mon sentiment de culpabilité augmente graduellement, tandis que j’avance, respirant avec peine l'air poussiéreux, chaud et stagnant. Je zigzague entre les piles de cartons et les étagères où s'entassent des objets de toute sorte, jusqu'au fond de la remise, mon regard cherche mon amie jusque dans les angles les plus improbables.

Je finis tout de même par l'apercevoir au fond de la pièce. Elle est assise à même le sol, dans un coin sombre. Le cou tendu, elle observe le ciel sans nuage à travers la petite fenêtre qui s'ouvre à l'arrière. Ses mains dessinent machinalement des spirales dans la poussière. Elle semble aller bien, malgré les circonstances. La boule d'angoisse qui comprime mon estomac se dénoue un peu.

Elle tourne vers moi son visage qui a retrouvé un peu de couleur, avise mon air inquiet et esquisse un petit sourire d'excuse. Ce dernier, je le range sans hésitation dans la même boite que ceux que j'échangeais avec Harry lorsque le silence entre nous dans la tente devenait trop lourd après le départ Ron. Mais je ne vais pas m'en formaliser. A vrai dire, je me sens même soulagée de faire face à cette attitude, soulagée d'être en terrain connu. 

Mina se redresse légèrement puis me fait signe de m'asseoir près d'elle. Avant de m'exécuter, je dépoussière d'un coup de baguette le sol, m'occupant au passage de la robe de mon amie. Ce qui a le mérite de lui tirer un sourire bien plus naturel que le précédent.

Je réfléchis au meilleur moyen d'entamer la conversation mais elle me devance.

— Monsieur Lamberston ...va bien ?

— Oui, très bien, il est parti te préparer quelque chose à boire, ne te fais pas de soucis pour lui.

— Il a compris qui je suis, j'imagine. J'ai appris par un des aurors qu'il me cherchait depuis…

Mina détourne la tête, les yeux baissés et marque une pause avant de reprendre.

— Il t'a raconté ?

Je hoche la tête, en répondant.

— Oui, il m'a parlé de l'attaque de la boutique, la disparition de ton amie... mais bien sûr il reste certaines choses que tu es la seule à pouvoir me raconter. Enfin, uniquement si tu le souhaites... mais avant tout, Sertor m'a donné ça pour toi.

Je sors de la poche le petit paquet et le tend à Mina, qui me jette un regard interrogateur, avant d'en faire glisser le contenu dans sa main. Après quelques instants à fixer l'objet avec concentration, elle tourne vers moi son visage sur lequel l'incompréhension et une certaine méfiance se côtoient.

— Un collier. Pourquoi ?

— Je peux te faire le serment inviolable qu'il n’est porteur d’aucun maléfice, si ça peut te rassurer. Lis l'inscription sur l‘emballage, au dos.

Mina se lève et s'approche de la fenêtre pour pouvoir déchiffrer les mots, gênée par la pénombre.

Je me redresse aussi. Elle vacille légèrement avant se rattraper en s'adossant contre le mur.

Sa main froisse le papier, tandis qu'elle observe le petit pendentif à la lumière. La chaîne glisse de sa main et l'objet roule sur le sol. Lorsque détourne mes yeux de ce dernier, elle se penche déjà pour le ramasser. J'ai tout juste le temps de remarquer que ses yeux sont humides.

Elle trébuche sur un carton qui répand son contenu sur le sol, tandis qu'elle s'étale de tout son long par terre. Je me précipite vers elle, mais n'ai pas le temps de m'inquiéter. Elle se redresse avant que je ne la rejoigne. Le collier est dans sa main. Elle a réussi à le saisir malgré sa chute par je ne sais quel miracle.

— Ça va ?

Elle hoche la tête tout en s'asseyant sur le sol et commence à ramasser les objets éparpillés pour les remettre dans le carton. Je soupire de soulagement et un sourire m'échappe à la vue de sa robe à nouveau maculée de poussière. Je me reprends bien vite lorsque je note la violence qui se dégage de ses gestes, la rejoins et m'accroupis à ses côtés. Puis lui pose une main sur l'épaule en lui suggérant: 

— Laisse ça, je vais le faire.

Elle me laisse l'aider à remettre les objets en place. Lorsque c'est chose faite, elle essuie d'un geste rageur les larmes continuant de couler de ses yeux, avant de murmurer d'un ton amer:

— Je suis ridicule.... 

— Maladroite certainement, ridicule surement pas ! Je tente, espérant réussir une diversion à sa colère grâce à une pointe d'humour. Malheureusement j'obtiens le résultat inverse. Je ne suis pas très douée pour ce genre de choses. 

— Je ne parle pas de ça, me coupe t-elle d’un ton grinçant qui ne lui va pas. Je parle de... cette façon de m'apitoyer sur moi-même.

Sur la fin de sa phrase, sa voix se brise dans des aigus qui laissent pressentir une crise d'hystérie imminente.

Mais c’est qu’elle commence un peu à me courir sur le haricot magique. Je déteste ce sentiment d’impuissance qui monte en moi face à la douleur de mon amie. Je pense alors à Ron, à sa façon d’agir avec moi lorsqu’il devait traverser les mur que je construisais. Je pose donc une poigne solide sur les épaules de Mina, et la redresse pour mieux la fixer dans le blanc des yeux avant de lui demander avec douceur mais fermeté.

— Et si tu m'expliquais, plutôt?

Ses yeux à présent secs, rouges, s'écarquillent. Puis elle opine du chef, attend un peu que sa respiration se calme et finalement se lance.

— Tout est ma faute...C'est moi qui aurais dû me trouver dans la boutique ce jour-là.

 

Mina baisse les yeux et marque un blanc. Je la lâche. Lorsqu'elle relève à nouveau la tête elle, affiche un air résolu et reprend en fixant le mur devant elle.

" J'avais besoin de prendre l'air, et j'ai décidé d'aller livrer des potions avec un jour d'avance. J'ai demandé à Risielda de me remplacer... non, en fait, je ne lui ai pas laissé le choix... J'ai fait ma tournée en prenant tout mon temps, je me souviens que le ciel était sans nuage, une belle journée… Lorsque je suis rentrée par la porte de derrière, j’ai été étonnée de ne pas entendre le bruit du carillon. La première chose à laquelle j'ai pensé, c’est que c'était le patron, Mr Svenson, qui avait dû lancer un sort d'insonorisation pour ne pas être déconcentré par les discussions de Risel avec les clientes...elle finissait toujours par détourner des conversations innocentes sur des potins ou des sujets qu'il jugeait "indécents "...  J'étais impatiente de savoir ce qu’elle avait déniché cette fois .... Mais lorsque j'ai posé ma cape sur le comptoir j'ai remarqué une flaque visqueuse et sombre sur le sol… Puis le bras qui s'agitaient par à-coups, qui dépassait de derrière le... je t'épargne les détails, de toute façon je ne sais plus vraiment ce qui vient de mes souvenirs ou de mes cauchemars... »

 

Maintenant qu'elle a commencé, elle ne semble plus en mesure de s'arrêter de parler. Elle se balance presque imperceptiblement d'avant en arrière de plus en plus vite et le rythme de ses mots s’accélère.

 

" ... Lorsque j'ai fini par détacher mon regard du corps de Risielda j'ai noté les rayons renversés, le cadavre d'un des habitués, trois silhouettes masquées qui me tournaient le dos, et enfin l'homme prostré dans un coin. J'ai mis quelques instants à reconnaître Mr Svenson… Ils l’interrogeaient, je ne pense pas qu'ils voulaient le tuer… Mais lorsqu'il m'a aperçu, il a attrapé des flacons derrière lui qu'il a envoyé valser sur les mangemorts. Puis il s'est jeté sur l'un d'eux, a réussi à s'emparer d'une de leurs baguettes et leur a lancé des sorts. "

Je prends dans mes bras mon amie pour briser la transe douloureuse dans laquelle elle semble être entrée. Cela semble efficace, car elle se tait un instant avant de reprendre d'un ton mécanique.

"J'étais pétrifiée, je n'ai rien fait. Je me souviens que mon corps tremblait tellement que toute mon énergie semblait concentrée à m'empêcher de rouler à terre...

Puis c'est le trou noir ....

Quand j'ai émergé je courais dans les rues du Londres moldu… Je l'ai laissé se faire tuer sans rien tenter, pire, il serait sûrement vivant si je n'étais pas rentrée à ce moment-là... et si j'avais pu revenir seulement quelques minutes avant, j'aurais peut-être pu soigner Risielda..."

Mina se dégage de mon étreinte, épuisée mais plus calme, elle semble avoir retrouvé une certaine lucidité. Elle fixe le collier qu’elle serrait dans son poing, puis semble se décider et le passe à son cou. Ses mains tremblent tellement qu'elle essuie quelques difficultés avec le fermoir. Elle laisse un long soupir lui échapper puis, en plantant son regard dans le mien, finit dans un filet de voix sa confession.

 

"Tu sais, elle ne voulait pas garder la boutique, mais j'ai insisté, j'ai évoqué ce foutu gage qu'elle me devait pour avoir perdu un pari, pour la faire rester.... Elle n'a pas protesté, elle a juste souri et dit qu'elle était d'accord.... Pourquoi est-ce qu'elle n'a pas refusé à ce moment-là… c'est ma faute… je… j'aurais dû crever ce jour-là, avec eux… "

Je suis sur le point de répliquer lorsque des coups frappés à la porte m'interrompent. Je me lève pour aller ouvrir. Mina m'approuve d'un sourire avant de s'intéresser subitement au contenu du carton qui gît derrière elle, sortant et détaillant les objets un à un, à la manière d'un enfant qui découvre le coffre à trésor d'un compagnon de jeu.

J'ouvre à Mr Lamberston, qui me tend un mug usé, rempli d'un liquide fumant dont l'odeur de citron mêlée à celle du rhum m'éœure un peu. Le vieil homme échange un signe de tête avec Mina, qui lui sourit timidement, puis se tourne de nouveau vers moi.

 

— Je suis désolé, j'ai mis un peu de temps mais j'ai deux importants clients à la boutique et nous sommes en plein milieu d'une transaction. Je pense en avoir encore pour une paire d'heures environ, peut-être plus si je transplane avec eux pour faire une estimation. Je repasserai plus tard, si vous..

 

— Nous n'allons nulle part pour l'instant, ne les faites pas attendre.

Le brocanteur me sourit, et reprend de son ton le plus chaleureux en fixant de nouveau Mina avec prudence.

— Bien, mesdemoiselles. Si vous voulez rester ce soir à manger avec moi, cela me ferait très plaisir.

Mina semble vouloir dire quelque chose, mais répond finalement d'un faible hochement de tête positif, la gorge probablement trop nouée pour parler. Notre hôte semble s'en satisfaire cependant, car il se tourne de nouveau vers moi et reprend joyeusement.

— Je ne suis pas un excellent cuisinier, mais je réussis assez bien le ragoût. Et qui sait, la présence à ma table de deux ravissantes jeunes femmes m'aidera peut être à dévoiler des talents culinaires insoupçonnés. A plus tard donc, vous savez ce que l'on dit : les affaires passent avant et le plaisir après.

 

Il s’éloigne en sifflotant, et je retourne vers Mina qui détaille sous tous les angles ce qui semble être une petite boîte à musique en bois chaud serti d’argent. Elle est probablement très ancienne. Malgré de probables sortilèges de conservation vu la qualité de l’ouvrage, le temps ne l’a guère épargnée. Je m’assois à côté de mon amie mais elle ne semble pas y faire attention, trop occupée à déchiffrer le texte a moitié effacé gravé sur le dessous de la boîte. 

 

Je l’observe quelques minutes en silence, amusée de lui découvrir la même concentration que lors des phases ardues de la préparation de potions. Cette attitude détonne tant avec son étourderie habituelle, avec sa tendance naturelle à passer du strangulot à l'hippogriffe à longueur de temps.

 

Je finis par me pencher à mon tour sur l’objet, intriguée par les runes gravées sur son bord, que je ne réussis pas totalement à identifier.

 

Mon amie me tend l’objet, entreprend quelques mouvements pour délasser ses muscles, puis me regarde en souriant.

 

 

— Tu aurais une idée de comment l’ouvrir, toi?

— Hum, non, il faudrait que je puisse déchiffrer les runes, c’est une variante que je ne connais pas. Je pense que si je peux remettre la main sur mes livres de runes anciennes je devrais en être capable. Mais si c’est un objet personnel, je pense qu’il doit aussi y avoir une clef pour l’ouvrir ... ce serait peine perdue, alors…

 

Mina sirote quelques gorgées de son grog, l'air légèrement déçu, puis reprend.

 

— Mais, tu n’es pas intriguée par ce qu'elle peut contenir?

— Non, pas vraiment, mentis-je éhontément. Et quand bien même, c’est un objet magique et il peut avoir des contresorts encore actifs, ce n’est pas une bonne idée. Le mieux serait de demander à Mr Lamberston sa provenance avant de tenter quoi que ce soit.

 

Je tends la boite à Mina qui se remet à la détailler tout en marmonnant.

 

— Hum, moi je n’ai jamais pu résister à une énigme, même si je ne suis pas très douée pour les déchiffrer.

 

J’abandonne l'entêtée à son occupation et sort dans la courette: le temps s'est couvert, mais les nuages bas et immaculés ne semblent annoncer aucune pluie, la soirée sera belle. Je nettoie d'un coup de baguette les tasses de thé et d'un second coup range le service. En attendant que mon amie se lasse de son casse-tête, autant profiter de la tranquillité ambiante pour finir l'ouvrage de la journée, même si je doute de pouvoir trouver quoique ce soit d'utile dans le grimoire.

 

Je sors mes notes et me remet au travail.

Un quart d'heure plus tard environ, Mina sort de l'appentis, un sourire satisfait sur les lèvres. Elle a réussi à débloquer la première protection qui n'avait donc probablement rien à voir avec les runes gravées. Elle prend place en face de moi tout en continuant de tripatouiller la boîte. Au bout de quelques minutes, un déclic m’indique qu'elle a réussi à débloquer la seconde sécurité. Sans relever les yeux, elle me demande alors :

— Est-ce-que tu as une idée de date ? Il faut entrer une combinaison à huit chiffres maintenant, et je n'ai vraiment pas d'idée.

Encore dans mes pensées je lui donne machinalement la première date qui me vient à l'esprit.

 

— Deux mai mille neuf cent quatre-vingt dix-huit .

 

Mina entre les chiffres, un déclic se fait entendre et la boîte s'entrouvre à notre grande surprise.

 

Nous restons immobiles toutes les deux, le souffle coupé quelques instants, appréhendant d'être frappées par un maléfice de défense, mais rien ne se passe. Je lance quelques sorts de détection mais aucun ne répond positivement. Alors, j'échange un regard entendu avec mon amie et soulève le couvercle de l’objet. Il s'avère que notre énigme est exactement ce qu’elle semble: une simple boîte à musique. Elle ne semble d’ailleurs pas en état de fonctionnement, les sortilèges internes devant être également grippés. 

 

— La fille à qui a appartenu cette boîte devait y conserver des secrets intéressants, si l'on prend en compte ses mesures de protection. C'est dommage qu'elle ne fonctionne plus. Quoique, il y a peut-être moyen de la réparer. Mais vu qu’elle porte la marque de confection des gobelins, si tu veux mon avis, je doute que tu la récupères si tu la leur confies.

— Ca ne peut pas être une simple boîte à musique. Affirme Mina d'un ton qui m'interpelle par la certitude que j'y décèle.

 

Je lui tends le coffret pour qu'elle puisse constater par elle-même, mais l'observe en coin, préoccupée. Je sonde son visage tendu par la concentration, quelque chose me gêne mais je ne saurais dire quoi. Je m'inquiète probablement trop. Je continue de la dévisager lorsqu'elle se remet à marmonner.

 

— Il doit y avoir un autre mécanisme, continue-t-elle. Elle tâte le fond de la boîte et finit par trouver une cache sous les figurines enlacées formant un couple de danseurs.

 

Une expression de triomphe se peint sur ses traits, et à ce moment précis j'identifie ce qui me perturbait. Les yeux de mon amie n'ont plus la même couleur, et il ne fait aucun doute que cette fois les changements de luminosité n'y sont pour rien. Car si ses yeux verts mutent parfois vers diverses teintes noisette, le bleu gris qu'ils affichent actuellement n'a rien de naturel.

 

La seule conclusion qui s'impose est que la jeune femme est sous l'emprise d'un sort, et quel qu’il soit, ce n'est pas bon signe. Mes yeux se posent sur la boîte à musique puis glissent vers le pendentif qui pend à son cou, les pierres ont aussi viré au bleu.

 

Je saisis mon amie par le poignet, elle me jette un regard surpris.

 

— Mina, enlève immédiatement le pendentif.

 

Elle me regarde un instant sans comprendre puis s'exécute et le détache de son cou. Je soupire de soulagement en voyant ses yeux reprendre leur couleur habituelle. Je lui lâche le poignet, puis tends la main.

 

— Donne-le-moi maintenant.

 

Elle semble un peu perdue, et me regarde comme si j'étais folle.

 

— Pourquoi ? demande-t-elle.

— Il est très probable qu’il soit enchanté.

 

Puis avisant son air éberlué, je tente de tempérer.

 

— Ce n'est probablement rien de dangereux, mais tes yeux ont changé de couleur quand tu le portais, c'est peut-être sa seule fonction, mais il vaut mieux jouer de prudence. Tu vas me le donner et ensuite je t'accompagnerai à sainte Mangouste pour vérifier que ce n'est rien.

 

Mina semble un instant perdue dans ses pensées.

 

— Mes yeux ont changé de couleur ? Alors c'est peut-être ça, murmure-t-elle.

— Qu'est-ce que tu veux dire?

— Bah, les runes, en les fixant longtemps, elles ont fini par se traduire toutes seules. Je croyais que c'était lié à un sortilège du coffret, mais peut-être que.....

— Le collier ! je m'exclame en la coupant. Sertor a dit qu'il faisait partie d'un lot. Alors c'était ça, comment ai-je pu être aussi aveugle sur les similitudes de confection ? Le médaillon est la clef pour....

— Oui, ça doit être ça ! s’écrie Mina d'une voix joyeuse.

 

Je me tourne vers elle, et me rend compte que distraite par mes déductions je n'ai pas vu mon amie s'éloigner de moi. Mina me fait face à une raisonnable distance, la boîte à musique dans une main et le médaillon dans l'autre, affichant un sourire victorieux.

 

Je la vois décrocher le pendentif de sa chaîne et le substituer à la statuette du couple de danseurs.

 

— Mina ne fais pas ça, ordonnais-je avant de me précipiter vers elle.

 

Mais avant que j'ai le temps de la rejoindre, elle a déjà tourné ce dernier comme une clef et déclenché le mécanisme.

 

Une lueur bleue électrique fuse hors du coffret, nous aveuglant un instant avant de former une sorte de bouclier tout autour de nous. Puis une mélodie se fait entendre. Une sorte de ballade aux accents celtes, jolie mais étrangement aspirée, comme une cassette audio passée à l'envers.

 

J'arrache la boîte des mains de Mina qui semble pétrifiée par la surprise, et la saisis par le bras pour l'entrainer avec moi. Mais la bulle qui s'est formée autour de nous résiste à mes meilleurs sorts et il n'est guère question de tenter de la traverser par la force ; elle vibre et l'énergie qui s'en dégage semble puissante. Je n'ai jamais été confrontée à ce genre de magie, mais quelque chose me dit qu'elle est ancienne. Sur la boîte, les chiffres du verrou se sont mis à défiler rapidement. Je tente un "finite incantatem" en vain.

 

Mina semblant retrouver ses esprits, je lui confie la boîte et continue à enchaîner les sorts sur la barrière. Mais tout se met à trembler autour de nous et je finis par tomber à terre.

 

Mon regard se pose sur ma compagne d'infortune qui tente d'arrêter le sortilège en tirant sur le médaillon, puis elle aussi tombe. Je la vois se redresser en grimaçant puis fracasser avec force la boîte contre le bouclier. A mon grand étonnement cette technique archaïque porte ses fruits, et celle-ci se brise.

Un instant le sortilège semble s'affaiblir, puis il redouble de violence et je suis plaquée contre le sol.

J'entends Mina hurler, de très loin. J'ai de plus en plus de mal à respirer et je me sens aspirée comme lors d'un transplanage en beaucoup plus désagréable.

 

Puis, tout devient noir.

Lorsque je me réveille tous mes muscles me font souffrir, mais j'ai connu bien pire, alors malgré la douleur, je me redresse et ouvre les yeux. Je vois un peu flou, mais réussi à reconnaître la courette et soupire de soulagement. Puis j'avise la pluie fine qui tombe, la terre humide là où devrait se trouver de la pierre. Je pivote légèrement : pas de remise, juste les débris de la table et Mina qui gît à un mètre de là, la tête dans la boue.

Je me traîne jusqu'à elle, ne voulant pas présumer de mes forces.

Je la retourne, elle est pâle et inconsciente, mais heureusement elle respire. Je constate que ses mains sont écorchées vives mais cela semble être ses seules blessures, apparentes du moins, vu qu'en ce qui me concerne je pense bien avoir quelques côtes cassées. Je sens la faiblesse me rattraper maintenant que la poussée d'adrénaline est retombée. Je sais que je ne vais pas tarder à sombrer, alors je hurle aussi fort que je peux.

 

— A l'aide, quelqu'un s'il vous plaît!

 

Je me laisse ensuite glisser à terre à côté de Mina, terrassée par la douleur que m'a coûté ce cri d'alarme. C'est là que j'aperçois les restes de la boîte, à moins d'un mètre de moi. Je m'en approche, saisis le pendentif qui semble intact et se détache sans problème du reste de l'artefact. Je le glisse dans ma poche, il vaut mieux éviter qu'on le trouve.

 

J'observe les débris, le verrou à chiffres est pas mal amoché, tordu et probablement hors d'usage.

Je tente de comprendre les chiffres qu'il affiche quand j'entends des pas dévaler l'escalier de la boutique. Je me laisse glisser à terre et ferme les yeux. Il vaut mieux éviter d'avoir à répondre à des questions maintenant, je ne m'en sens de toute façon pas la force.

Quelques instants plus tard une porte s'ouvre, je perçois un cri de femme et des pas précipités.

Juste avant de rejoindre à nouveau les limbes de l'inconscience, j'entends une voix murmurer :

 

— Oh ! Par merlin, mais qu'est-ce-qu’il s'est passé ici ?

 

End Notes:

voila, elles sont parties.... finalement, mais pour quand?

les paris sont ouverts

à très bientôt j'espère.

Réveil et Découvertes by Haru Nonaka
Author's Notes:

Voici donc le chapitre suivant, je vous laisse donc sans plus de cérémonie découvrir quand ont atterri nos deux protagonistes ... enfin d'ici "quelques" paragraphes ;) Sur ce, bonne lecture

 

Deux heures sonnaient à la pendule enchantée de la salle de repos de Ste Mangouste. La douceur qui régnait dans la large pièce, aménagée dans des tons chauds, contrastait agréablement avec l'ambiance glacante des couloirs de l'hôpital.

Près d'une large cheminée de pierre, où un feu magique déployait joyeusement ses flammes violettes, quelques jeunes internes jouaient à la bataille sorcière leurs prochains tours de gardes.

Un peu plus loin, trois sorciers étaient en plein débat sur la procédure à suivre en cas de soupçon d’une condition de lycanthpopie chez un patient mineur. L'un semblait en faveur de la nouvelle loi du Ministère qui prévalait de prévenir immédiatement un membre de la Brigade de Régulation des créatures magiques, tandis que les deux autres soutenaient qu'il était nécessaire de soigner le patient d'abord, puis de contacter ses tuteurs pour obtenir l’autorisation d’effectuer un test pour confirmer son état, avant d’alerter qui que ce soit.

 

Au fond de la pièce, s’alignaient une douzaine de lits superposés, ou d'autres internes tentaient de glaner quelques heures de repos avant de retourner travailler.

C'est là qu'Edgard Tinhorn, les bras en guise d'oreiller, fixait le plafond, perdu dans ses pensées. Il ne réussissait pas à dormir, le cas des deux jeunes femmes que Tiberia avait trouvé ce matin dans l'arrière cours de son magasin, l'intriguait trop pour qu’il réussisse à s’accorder ce moment de répit, pourtant bien mérité après dix heures de garde au service des Accidents Domestiques.

 

Malgré tout ce que sa tante pouvait bien affirmer, il lui semblait que la réaction la plus appropriée face à la situation, aurait été de contacter immédiatement les Aurors. Afin de transférer les deux inconnues à Ste Mangouste sous surveillance au plus vite. Après tout, il devait y avoir quelqu'un qui les recherchait : parent, amis... en ces temps troublés, les gens n'attendaient pas bien longtemps avant de déclarer une disparition aux autorités.

Il avait soigné sans problème les quelques os brisés, mais les deux jeunes femmes étaient encore faibles, comme sous le contrecoup d’un maléfice. Mais ce n’était pas tant leurs blessures qui tracassait le jeune homme, habitué depuis son début d’internat à faire face à des cas de lésions magiques bien plus sévères. Ce qui troublait profondément Edgard était ce qui était survenu après les premiers soins. En effet, il avait lancé un sort de reconnaissance d’âge sur la petite brune, suivant la procédure standard, afin de vérifier qu’elle était bien majeure aux yeux de la loi sorcière. Mais le sortilège n’avait donné aucun résultat, strictement aucun, de même que pour sa compagne.

Il avait bien tenté de convaincre sa tante de le laisser réveiller une des deux inconnues pour tirer cela au clair, mais peine perdue avec cette tête de mule, elle n'en avait pas démordu :

 

— Ces deux jeunes filles resteront là jusqu'à ce qu'elles aillent mieux, un point c'est tout. Si tu ne veux pas m'aider, je m'occuperai de leurs soins moi-même. Si je t'ai demandé de passer c'est parce que j'ai confiance en tes habiletés de guérisseur, pas pour tes conseils à deux noises.

Puis elle l'avait chassé comme un gnome de jardin, sans même le laisser approfondir son examen, avec pour seul au revoir un :

— Et ne t'avise pas d'en parler ne serait-ce qu'à une seule personne, du moins si tu espères un jour finir tes études !

Avant de lui claquer la porte au nez.

 

Edgard connaissait assez bien sa mégère de tante pour savoir qu’il ne s’agissait pas de menaces en l’air.  Ses sorts de confusions étaient remarquables. On racontait souvent, lors des dîners de familles, la fois où elle avait ensorcelé un ex prétendant qui lui avait préféré une autre, le matin du mariage de ce dernier. Le pauvre homme avait non seulement prêté serment de fidélité à la grand-mère de sa fiancée, mais il avait aussi confondu les toasts et les sets de table lors du petit déjeuner durant les trois années qui avaient suivies, au grand dam de son épouse.

Le jeune homme hésitait sur la démarche à suivre. Devait-il abandonner sa fierté pour avoir l’occasion d’en apprendre plus sur les deux inconnues ou bien aller informer son supérieur de leurs cas ?

Sa tante était peut être une harpie mais elle avait toujours cru en lui, pas comme cette idiot pédant qui lui servait de chef et ne lui confiait jamais aucun cas intéressant sous prétexte qu’il était un ancien élève de Poufsouffle.

Le visage d’Edgard s’éclaira un instant, un sourire satisfait pointa sur son visage rond puis il ferma les yeux. Cinq minutes plus tard, il dormait à poing fermé.

 

Le lendemain après midi, il sortit l’esprit léger de l’hôpital. Il avait pu récupérer un des jours de congé dont il n’avait pas eu l’occasion de profiter le Noël précédent à cause d’un incident survenu au Département des Mystères.

Il s’installa à une table du chaudron baveur et commanda un grand café. Il le dégusta en potassant les manuels de médicomagie avancée qu’il avait empruntés à la bibliothèque de l’hôpital. La réponse au hibou qu’il avait envoyé à la sœur aînée de son géniteur ne devrait pas se faire attendre très longtemps. En effet, une grande chouette brune traversa à tir d’ailes le pub avant qu’il n’ait pu finir sa tasse.

Il régla l’addition et sortit de l’auberge à grandes enjambées sans se soucier de récupérer sa monnaie.

 

Dans le Chemin de Traverse, il fit un court détour afin d'acheter quelques remèdes. L’assistant de l’apothicaire, un jeune type nerveux, sourcilla devant la liste de potions demandée et n'accepta d’exécuter sa commande qu’après avoir vérifié l'authenticité de son badge d’aide soignant de Ste Mangouste. Il glissa les quelques fioles dans sa sacoche, puis sortit de la boutique.

Dix-sept heures sonnaient à l’horloge de Gringott lorsqu’il atteignit la porte d’une arrière boutique dans l’Allée des Embrumes. Il caressa derrière l’oreille gauche le heurtoir rouillé, la tête de gargouille sembla s’éveiller, le fixa un instant avec défiance puis frappa quelques coups de bec sur le bois sombre de la porte. Un instant plus tard la porte s’entrouvrit pour laisser apparaître une grande femme maigre approchant de la soixantaine, aux yeux cernés et dont les longs cheveux poivre et sel étaient ébouriffés. Elle lui fit signe d’entrer, scruta nerveusement la rue encore déserte à cette heure, puis referma la porte en soupirant. Ses traits se détendirent un peu.

 

— Tu arrives à pic pour m’aider à préparer le thé, Eddie, murmura-t-elle esquissant un sourire fatigué

— Comment vont …?

— Pas de grands changements, je le crains, elles dorment toujours à l’étage.

 

 Tout en accrochant son manteau dans l’entrée, le jeune homme couva du regard sa tante avant d’ajouter, une pointe d’amusement dans la voie.

 

— Tibéria, tu sais qu’à ton âge, les nuits blanches ce n’est pas vraiment conseillé. 

— Ce que je fais de mes nuit ne te regarde pas ! répliqua-t-elle. Et puis le sommeil, ça fait longtemps que j’ai appris a faire sans. Il doit rester de quoi faire un cake dans la cuisine, la bouilloire est sur le feu. Tu te souviens où est rangée la théière ?

 

Edgar acquiesça en souriant. Il observa sa tante remonter l’escalier de bois d’un pas alerte avant de prendre la direction de la cuisine. Quelques minutes plus tard, il déposait sur la table basse de la chambre d’ami un plateau surchargé de victuailles. Un cake au citron encore fumant et des biscuits dorés en abondance répandirent un doux fumet dans la petite pièce.

 

— Je vois que tu n’a pas perdu la main en cuisine, remarqua Tibéria en souriant avant de s’emparer d’une tasse fumante de thé et d’un biscuit.

— J’ai été à bonne école.

— Hum, en effet, ton oncle était très doué en enchantement pâtissier. J ’ai perdu pas mal de poids depuis qu’il est parti d’ailleurs, ajouta-t-elle, éclatant d’un rire sonore qui collait mal avec son physique sévère. Plus sérieusement, en parlant d’histoire de coeur, comment se passe le stage de la petite Charity à la gazette? Tu la fréquentes encore ? Elle est vraiment charmante.

 

Mais Edgar ne l’écoutait plus. Il avait sorti sa baguette et vérifiait l’état de ses deux patientes. Tout semblait en ordre et selon ses prévisions, elles ne devraient pas tarder à se réveiller. Il ne put retenir un frisson lorsque son regard se posa sur l’avant-bras gauche d’ Hermione, où l’on pouvait déchiffrer les mots « Mudblood » gravé dans la chair. Ces filles s’étaient certainement retrouvées à la merci d’un extrémiste du même acabit que les partisans de Vous-Savez-Qui. Elles semblaient pourtant si jeunes, pratiquement du même âge que sa petite soeur qui allait entamer sa sixième année à Poudlard d’ici quelques semaines. Il secoua la tête pour chasser la soudaine bouffée d’inquiétude qui montait en lui et tacha de se concentrer sur son examen.

La fièvre de la petite brune avait totalement disparu mais elle avait le sommeil agité. Elle se tournait et se retournait dans son lit, agitait la tête et murmurait des paroles incompréhensibles tandis que ses jambes et ses pieds repoussaient systématiquement la fine couverture bleu nuit brodé d’argent, qu’Edgar tentait de remettre en place dans un soucis de pudeur. Le jeune homme, bien que n’étant pas un expert dans le domaine des sous-vêtements féminins, trouvait ceux de la fille étranges : la matière synthétique et moulante, les bandes fluorescentes vertes qui zébraient le noir du tissu sans couture, lui était tout à fait inconnu. L’ensemble, qui ne masquait pas assez les formes de la jeune fille selon lui, n’était définitivement pas de bon goût.

Constatant que les plaies sur les paumes s’étaient partiellement rouvertes, il s’approcha pour les soigner. A présent qu’il les observait attentivement, il nota que les fines mains étaient recouvertes d’anciennes cicatrices. La peau au niveau de la phalangette était teintée et décolorée par endroit comme celle d’un apothicaire.

 

La jeune femme avait cessé de s’agiter. Edgar redressa la tête et aperçut deux grands yeux verts qui le détaillaient. Le regard était d’une rare intensité, mélange de défiance et de curiosité. Il sursauta et lâcha les mains, avant de rapidement reprendre une attitude très professionnelle.

 

— Mademoiselle, vous avez eu un accident, mais tout va bien à présent… vous ne devriez pas essayer de vous lever trop rapidement, je sais que vous devez avoir des questions, mais…. commença-t-il.

 

Mais Mina l’ignora royalement. Ayant aperçu Hermione, elle se laissa glisser hors du sommier et se précipita en vacillant vers le lit où cette dernière dormait paisiblement. Elle se pencha sur la jeune femme pour vérifier son état, murmurant quelques mots d’une voix éraillée à l’adresse de son amie. Edgar, qui ne comprenait pas un mot de la langue de Molière, pouvait néanmoins sentir l’inquiétude dans le ton. Il resta donc silencieux tout en se rapprochant doucement, en compagnie de sa tante.

 

La jeune femme sembla après un long moment se souvenir de leur présence. Elle se retourna et les fixa quelques instants en silence.

Elle réfléchissait du mieux qu’elle pouvait, l’esprit encore embrumé.

Tout ce qui l’entourait lui était étranger.

Mina chercha à faire le tri dans ses souvenirs. Elle se souvenait d’ Hermione qui tentait de stopper la catastrophe magique provoquée par sa foutue imprudence naturelle, puis de ses propres tentatives, inutiles.

 

La dernière chose qu’elle gardait en mémoire, c’était d’être plaquée au sol, puis d’être aspirée, comme lors d’un transplanage, mais en légèrement différent. La sensation lui avait rappelée furtivement celle éprouvée lorsqu’elle s’était retrouvée emportée par une vague, peu avant son neuvième anniversaire. A l’époque, elle avait senti instinctivement que se débattre au coeur du rouleau ne servirait à rien, que les éléments étaient trop puissants. Il fallait se laisser rouler en boule jusqu’au fond de l’océan, griffer par le sable, conserver son air pour espérer émerger de nouveau à la surface grâce aux derniers relents d’énergie de son être.

 

Elle avait mis un peu de temps à sortir des limbes, son corps endolori ne semblant pas vouloir lui obéir. Et maintenant rien, ni l’odeur doucereuse et sèche de qui régnait dans la pièce, ni les visages qui l'observait ne lui étaient familier. Seules la douleur et la présence d’Hermione, inconsciente, peut-être blessée par sa faute, prouvait que tout ça n’avait pas été un rêve.

 

La jeune femme sentait la panique l’envahir.

 

Ou avaient-elles atterri ? Elles étaient toujours en Angleterre si l’on se fiait à l’accent de l’homme. Avaient-elles subi un désartibulement? Mais, dans ce cas, pourquoi n’étaient-elles pas à l'hôpital?

 

Levant les yeux, elle remarqua que les deux inconnus la fixaient toujours d’un air soucieux.

 

Le cerveau de Mina était en ébullition. Elle s’accrocha à la première idée qui lui traversa l’esprit : il fallait gagner du temps en attendant d’en apprendre plus sur la situation. Elle s’adressa donc à eux d’un ton tremblant, dans un mauvais anglais, écarquillant les yeux, tout à son rôle de composition.

 

— Où suis-je? Le portoloin … par Morgane … que s’est-il passé ?

 

Puis, tentant d’utiliser au mieux les leçons de théâtre que son frère cadet l’avait entraîné à suivre un été, elle fit mine de défaillir. Elle se laissa glisser au sol, se concentrant pour ne rien laisser paraître sur son visage de l’appréhension du choc entre son corps affaibli et le plancher de bois clair. Songeant que de toute manière elle méritait bien plus pour sa stupidité que quelques bleus supplémentaires.

 

Trois quarts d’heure plus tard, la jeune femme ayant passé la robe de chambre en lin que lui avait prêté Tibéria, était attablée devant une tasse fumante et grignotait un biscuit avec lenteur. Elle était bien consciente de ne pouvoir éviter plus longtemps de donner une explication.

 

Tiberia, lui avait expliqué tout en l’aidant à s’habiller dans quelles circonstances elle les avait trouvées la veille. Puis lui avait rendu les affaires qu’elle avait récupérées et nettoyées, s’excusant au passage pour les avoir fouillées à la recherche d’une pièce d’identité.

 

Mina avait été parcourue d’un frisson en apprenant qu’elles se trouvaient toujours dans la capitale anglaise. Quelque chose ne collait pas. De plus, aucun des deux sorciers n’avait réagi en entendant le prénom d'Hermione, ni semblé la reconnaître, alors qu'elle avait pourtant fait la une de nombreux exemplaires de la gazette. 

 

La jeune femme pressentait que dire vérité n’était pas une option, mais elle devait bien une explications à ses hôtes. Comme ils avaient semblé avoir adhéré à l’idée du portoloin, elle continua sur sa lancée.

 

— Hum, j’imagine que je vous dois des explications, pour le désordre et tout ça,      commença-t-elle d’une voix mal assurée.

— En effet, répondit le jeune homme.

— Heu ...moi et mon amie, avons pris un portoloin à destination de Hyde Park depuis Brest, en Bretagne, pour… les vacances. Mais quelque chose n’a pas fonctionné comme prévu. On s’est rendu compte qu’il y avait un problème lorsqu'elle touché la boite à musique. Le départ à été instable, brutal. Je tenais nos bagages, il m’ont été arrachés des mains… et puis je ne me souviens plus de rien.

— Vous avez eu de la chance d’arriver en un morceau, j’ai déjà eu à traiter des accidents causés par des portoloins défectueux, et ce n’est pas … joli en général. souligna Edgard.

— Je … j'imagine.

— Vous devriez dénoncer la personne qui vous l’a fourni, je ne pense pas qu’il devrait garder son accréditation, si seulement elle était en règle… il y a tellement de fraudeurs... si vous voulez j’ai pas mal affaire au bureau de régulation des transport, je peux vous mettre en contact avec quelqu’un du ministère.

— Hum, je ne sais pas trop, je …c’est que ce n’était pas vraiment un voyage... trés … légal disont. Improvisa Mina.

— Comment ça ? demanda Edgard d’un ton sévère.

 

Mina remercia Merlin d’avoir dans son sac un large stock d’ingrédients rares, soumis à un contrôle plutôt strict du ministère. Elle baissa la tête d’un air contrit.

 

— Je… nous… histoire de financer le voyage… nous avons accepté de passer quelques marchandises en… contrebande. 

Le regard glacial et méfiant que lui jeta le jeune homme la poussa à ajouter:

— C’est que, on voulait passer une semaine à Londres avant d’aller rejoindre des amis dans un festival en Irlande, mais nos finances n’était pas vraiment au mieux… je sais que c’était stupide… mais on n’a rien transporté  de vraiment dangereux, juste des ingrédients coûteux… pas de la marchandise volée ni rien... et puis c’était plus rapide que… pas de demandes d’autorisations pour transplaner et tout...

— Vraiment stupide, en effet, gronda le jeune médicomage. Je me demande bien ce qui me retient de vous dénoncer aux autorités compétentes. 

 

Sa tante qui s’était tenu à l'écart de la conversation jusque là, posa une main sur l’épaule  du jeune homme et lui murmura :

 

— Ce ne sont encore que des enfants, on a tous fait des choses idiotes quand on était jeune. Enfin, peut-être pas toi, tu passe trop de temps dans tes livres, mais moi dans ma jeunesse … j’en ai fais des belles...

 

Edgard sembla se radoucir un peu. Il devait bien admettre que les personnes à blâmer était plutôt les commerçants qui importaient les marchandises en choisissant des passeuses à peine sorties de l’enfance. Il était bien au fait qu’en ces temps de guerre, le ministère achetait à bas prix la grande majorité des stocks des apothicaires. Les boutiques avaient un peu de mal à tourner et la contrebande était devenue monnaie courante. Mais il n'appréciait pas leurs méthodes. Il finit par lâcher les armes, soupira et ajouta en haussant les épaules :

 

— Enfin, bon, j'imagine que tout ça vous aura servi de leçon. Vous avez eu beaucoup de chance. 

 

Mina garda le regard fixé sur ses chaussure, se mordant les lèvres pour retenir un petit sourire. Son histoire semblait fonctionner mieux qu’elle ne l’aurait pensé et ça avait quelque chose de grisant. Elle se sentait un peu coupable de leurs mentir ainsi, mais en attendant le réveil d’Hermione elle ne savait pas vraiment quoi faire d’autre que de protéger leurs arrières.

Mina proposa timidement au jeune homme de le rembourser pour les potions et les soins, mais il refusa en affirmant qu’il n’allait pas accepter l’argent de deux étudiantes sans le sou.

 

Un silence pensif s'installa ensuite, bientôt brisé par des coups sourds à la fenêtre. Edgard reconnaissant le petit hibou argenté, lui ouvrit et détacha le pli qu’il amenait. Son expression se troubla lorsqu'il lut le message qui lui demandait s'il avait bien pensé à passer acheter de l’hydromel. Avec les récents événement il avait totalement oublié le dîner prévu par sa petite amie. Il s'excusa donc auprès de sa tante et fila, non sans avoir donné des instructions à suivre concernant les soins nécessaires au bon rétablissement de ses patientes.

 

Après avoir raccompagné son neveu à la porte, Tiberia rejoignit Mina à l’étage. Elle lui tendit une serviette en éponge.

 

— Si tu veux utiliser la salle de bain, elle est au fond du couloir sur la droite. Je pense que ton amie ne se réveillera pas toute suite.  Je vais aller m’occuper du repas en attendant, on ne peut pas juste se nourrir de cake, appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit. Je te ramènerai également du papier si tu veux écrire à vos proches.

 

Mina s'exécuta. Elle pris une longue douche, se sentant revivre au contact de l’eau tiède sur sa peau. Ce n’est qu'à son retour qu’elle s'attarda pour observer la vue depuis la petite fenêtre du couloir. Le soleil déclinait à l’horizon, au loin les toits humides de Londres luisaient sous la lumière chaude. Mina fixa longuement les nuages qui avaient pris une teinte rosée. Son regard finit par glisser sur la petite courette. Elle sentit son coeur rater un battement en la reconnaissant .

 

— Oh non, tout mais pas ça… ce n’est pas possible... murmura- t elle

 

Elle dévala l’escalier, se retenant à la rampe pour ne pas tomber. Elle se jeta sur la porte qui donnait dans la cour, et l’ouvrit. Elle resta sur le seuil, nauséeuse, ses doutes se confirmant. Lorsque Tibéria arriva, alertée par le bruit, elle se reprit légèrement.

 

— Je ... je voulais juste savoir si vous avez besoin d’aide pour la cuisine …  et si vous auriez … un journal à me prêter.

 

Tiberia raccompagna la jeune femme qui semblait en état de choc dans la chambre et la fit s'allonger. Elle lui demanda si elle allait bien, la jeune femme hocha la tête, le teint livide. Mina avala d’un trait la potion revigorante que lui avait tendu son hôte.

 

—  Il faut que tu mange quelque chose de consistant, ma petite. Repose toi ici, je reviens tout de suite… Ah oui... je te ramène aussi la gazette.

 

Quelques minutes plus tard, Tiberia revint avec une assiette de ragoût, un journal sous le bras. Mina la remercia. Elle se força à avaler quelques bouchées malgré son estomac noué et esquissa un sourire. La vieille femme parut satisfaite, posa le journal sur la table de nuit, et reprit en baillant.

 

— Je pense que je vais aller me coucher, ça aura été une journée agitée. Si tu as besoin de quelque chose, je serais dans la chambre voisine, n’hésite pas.

— Merci pour tout, je suis vraiment désolée pour le dérangement. Je vous souhaite une bonne nuit.

 

La femme sourit, elle s'arrêta sur le seuil, pointa sa baguette et fit apparaître une plume, de l’encre et du papier sur la table.

 

— J’ai failli oublier, si tu veux envoyer un hibou tu peux utiliser le mien.

 Elle siffla et le large hibou brun vint se poser sur le rebord du lit.

— Son petit nom c’est Eole, il sera ravit de se dégourdir un peu les ailes, n’est-ce-pas mon beau ?

 L’animal lança un hululement d’approbation, secouant ses longues ailes.

— Bonne nuit, tâche de te reposer un peu.

 

Mina attendit que les bruits de pas de la femme s'atténuent, puis quand tout sembla calme, elle s’empara du journal. Elle sentait son coeur battre à tout rompre. Elle retourna s'asseoir dans le fauteuil et le déplia avec appréhension.

 

 

                                                        1er août 1977

 

 

Mina relu la date plusieurs fois, dans l’espoir d’avoir mal lu les chiffres, puis du se rendre à l’évidence que ses yeux ne mentaient pas. Elles avaient atterri plus d’une vingtaine d’années dans le passé. La jeune femme rejeta la tête en arrière, fixant le plafond. Comment était-ce-possible?

 

Elle saisit son sac et le vida sur le lit, sous le regard réprobateur du volatile. Elle en remit méthodiquement le contenu dans le sac. Fouilla ensuite les poches de la robe d’Hermione, et prit le pendentif.

 

Elle s’approcha ensuite des débris de la boîte à musique, sortit sa baguette et tenta de lancer un réparo. Mais sa baguette n’émit que de faibles étincelles avant de se mettre à trembler. En la faisant tourner entre ses doigts, elle avisa une fente le long du bois, probablement une conséquence du voyage. Mina sentit l’envie de pleurer la reprendre. Elle secoua la tête, ce n’était pas le moment de flancher. Elle lança un regard d’excuse à Hermione en se saisissant de sa baguette. Après plusieurs tentatives, le sort lancé sur la boîte répara l’objet, mais le cadran restait déformé, tordu, affichant la date du jour. Mina grimaça, elle mit le pendentif dans la fente, tourna,  attendit… rien, aucune réaction.

 

Elle reposa la baguette d’Hermione sur la table de nuit, et se rassit devant la table.

 

Sentant le besoin de se vider la tête pour ne pas la perdre, elle se saisit de la plume, la trempa dans l’encrier et se mit à écrire.

 

 

ce que tu sais:

 

-Jamais entendu parler de voyage temporel de ce genre. L’objet ne semble plus réagir, faire réparer le cadran? cela suffira t-il? Comment faire?

- Londres 1977 : tu n'es pas encore née… Hermione non plus.

-Connaissance dans et sur le monde sorcier de l’époque - aucune . Qui pourrait aider?

- Pas d’identité, pas de ressources à part ce que tu as dans ton sac…

- Baguette inutilisable, celle d’Hermione fonctionne.

- Hermione … une Héroïne de la seconde guerre contre Voldemort, en plein milieu de la première guerre… Pas bon

- se cacher dans le monde moldu ? Dans ce cas espoir de retour à la normale très faible.

 

Conclusion:  ne rien faire avant le réveil d’Hermione.

 

 

 

Elle  soupira. Le hibou hulula, il l’observait, l’air impatient. Elle traversa la pièce, ouvrit la fenêtre et sortit son étui à cigarettes et un briquet.  Le volatile se posa sur la balustrade, lui tendant la patte, elle lui sourit, roula le papier en boule et lui indiqua le ciel étoilé.

 

— Je n’ai pas de message à envoyer pour l’instant, Eole, mais tu peux aller te promener.

 

Le hibou ne se fit pas prier. Mina alluma une cigarette, déplia la feuille, relut les quelques mots puis y mit le feu. Elle regarda le papier rougeoyer, se racornir et les cendres s’envoler au vent. Le hibou disparut dans la nuit, elle envia sa liberté. Elle aussi avait envie de partir à tir d’ailes, mais ce n’était pas possible. Elle n’avait nulle part où aller dans ce monde inconnu.

 

Elle referma la fenêtre puis tira un fauteuil pour s'installer au chevet d’Hermione. Elle la regarda longuement dormir. Elle ne voulait pas tenter de la réveiller, pas encore. Elle semblait si paisible dans son sommeil.

 

Elle replia alors ses jambes contre sa poitrine et se laissa aller à ses larmes jusqu'à ce que le sommeil l’emporte.

 

 

 

End Notes:

Voila, j'espère que ça vous a plu. Aviez vous deviné la période temporelle avant même que Mina ne pose les yeux sur le journal? A très bientôt pour la suite :)

Liste et Discussions by Haru Nonaka
Author's Notes:

Bonjour, voici le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira.

 

 

Hermione s’éveilla peu avant que les premiers rayons du soleil ne pointent à l’horizon.

Elle se sentait parfaitement reposée. Elle aperçut Mina, à moins d’un mètre d’elle, roulée en boule sur un large fauteuil en cuir bleu nuit. Elle se leva en tachant de faire le moins de bruit possible, s’étirant quelques instants afin de délasser ses muscles ankylosés. Elle fit ensuite le tour de la pièce, puis après avoir tiré les conclusions qui s’imposaient, décida de réveiller son amie.

Hermione resta totalement stoïque en écoutant la jeune femme lui résumer les événements qu’elle avait manqués. Mina supposa que cette attitude découlait d’un effet résiduel du philtre de Paix qu’ Edgar avait dû lui faire boire la veille. Elle savait que les médicomages en prescrivaient parfois pour éviter que leurs patients ne souffrent lors de la reconstitution d’os brisés, bien que cette approche soit controversée dans la profession.

Le soleil matinal, était déjà haut dans le ciel lorsqu’après un long moment de réflexion, Hermione finit par partager ses pensées.

 

— Je ne vois qu’une chose que nous puissions faire pour le moment , il faut demander de l’aide à Albus Dumbledore. Si quelqu’un peut nous venir en aide c’est bien lui. En plus d’être le meilleur sorcier de son époque, il est une des seules personnes dignes de confiance.

— Heu, admettons. Comment comptes-tu t’y prendre pour le contacter ? Il ne doit pas être très facilement joignable. Surtout que, même si toi tu le connais, lui ne sait rien de toi.

— J’ai une petite idée sur le moyen d’attirer son attention. Le contacter par courrier ne devrait pas être compliqué, il est déjà directeur de Poudlard depuis quelques années. Par contre il va falloir que l’une d’entre nous aille faire des courses.

— Je peux m'en charger puisque je suis moins reconnaissable que toi. Physiquement, j'ai pas mal changé par rapport à l'époque où je travaillais au chemin de Traverse : je n'ai plus la même couleur de cheveux et puis j'étais un peu plus ronde aussi. Au pire, quelqu’un qui me croiserait dans le futur pensera que je suis ma mère, enfin, la fille de ma…. bref, tu vois ce que je veux dire.

 

Hermione approuva en s’installant devant la table. Elle  trempa la plume dans l’encre et se mit à écrire.

Mina ouvrit à Eole qui attendait à la fenêtre, il s’engouffra dans la pièce d’un grand battement d’aile. Le hibou semblait d’excellente humeur, il déposa un cadavre de mulot sur le lit de Mina en hululant fièrement. Elle caressa distraitement la tête du volatile tout en observant Hermione. Cette dernière finit de dresser sa liste tout en lui expliquant.

—  On ne peut pas lui envoyer simplement une lettre, il doit en recevoir des centaines par semaine. Un colis par contre, devrait pouvoir arriver entre ses mains dans des délais raisonnables. On l’enverra en express, le Chaudron Baveur devrait logiquement déjà être en contact avec la poste magique. Le principal problème est de s’assurer que le paquet passe les contrôles. On doit rester prudente. Il va falloir que tu passes du côté moldu, j’aurais besoin de certaines choses. Tu en profiteras pour nous acheter quelques affaires. Comme ça tu pourras prétendre être allée récupérer nos bagages qu’on nous aura fait suivre à la gare.

— D’accord. Je dois encore avoir un peu d’argent moldu, si tu veux.

 

Mina abandonna le hibou pour prendre son sac. Après quelques instants à fouiller, elle en sortit un petit porte-monnaie en cuir de dragon que son amie Cérès lui avait offert à l’occasion de sa majorité sorcière. Cette dernière avait choisi un modèle enchanté. Mina fit basculer le fermoir pour ouvrir la version Moldue et en tira une petite liasse de livres et quelques pièces.

Hermione pris l’argent, le posa sur la table avant de lancer un sort, une partie des pièces et des billets vira au bleu. Elle sépara ces derniers avant que l’effet ne s’estompe, et les tendit à Mina. Avisant l’expression confuse de son amie, elle lui expliqua :

 

— Un sortilège de datation. On ne peut décemment pas utiliser les billets et les pièces qui n’ont pas encore été mises sur le marché. Déjà qu’ils risquent de faire doublon.

— Je… je n’y avais pas pensé, admis Mina. Mais alors, dans ce cas, les gallions aussi.

— Ils sont tous inutilisables malheureusement, on a déjà assez de problèmes comme ça sans risquer en plus de se mettre à dos les Gobelins.

 

Mina soupira de dépit, leur situation devenait encore plus précaire. Elle pensa qu’elle avait eu de la chance qu’Edgard n’ait pas accepté son offre la veille. Elle avait encore failli aggraver la situation.

Hermione tendit la liste de courses à son amie. Mina la lut, la mine dépitée. Toute leur fortune consistant en un peu moins de deux cents livres, elle doutait qu’il leur reste quoi que ce soit après avoir effectué les achats.

 

— Tu sais, ajouta Hermione à qui l’expression de la jeune femme n’avait pas échappé, en prenant en compte l’inflation et le coût de la vie en 1977, c'est plutôt une belle somme. Je dirais que c’est l’équivalent d’un mois de salaire.

— Je n’avais absolument pas pensé à ça, avoua la jeune femme. Tu es véritablement la personne la plus brillante que je connaisse, Hermione.

Son amie lui jeta un regard sévère.

— La flatterie ne t’amènera nulle part, Mina. Ne crois pas que parce que je reste calme, je ne suis pas en colère contre toi. Dès que tout ça sera derrière nous, je te préviens que tu vas m’entendre.

Mina sembla soudain très intéressée par le manège du hibou, qui avait entrepris de décortiquer consciencieusement son petit déjeuner sur son lit.

— Il faudra aussi que tu passes chez Olivander, repris Hermione d’un ton détaché, histoire de voir ce qu’il peut faire à propos de ta baguette. En ce qui concerne les galions, il faudrait que tu vendes une partie de ton stock d’ingrédients, tu t’en sens capable ?

— Sans problème, répondit son amie. Je devrais pouvoir en tirer un bon prix, ils sont d’excellente qualité, et quelques-uns sont vraiment rares.

Hermione la fixa un instant d’un air préoccupé.

— Pas d’imprudence Mina, si tu sens qu’il y a un problème, tu files sans demander ton reste.

— Oui Ma… Hermione, approuva Mina, qui jugea plus sage de ne pas agacer plus son amie.

La jeune femme relut la liste et lui demanda, curieuse:

— Dis, à quoi ils vont te servir les bonbons au citron ?

 

Hermione s’apprêtait à répondre lorsqu’elles furent interrompues par des coups sourds frappés à la porte. Mina rangea précipitamment le parchemin dans la poche de sa robe juste avant que Tibéria ne s’introduise dans la pièce.

Une heure plus tard, leur hôtesse étant sortie rendre visite à une amie, les deux jeunes femmes décidèrent de mettre leur plan à exécution.

Mina avait passé ses habits moldus sous sa robe. Hermione l’observait la tête penchée, dubitative.

 

— Hum, tu ne peux décemment pas sortir avec cette coupe, ce n’est pas vraiment le style de l’époque. Ne bouge pas.

 

Mina ouvrit la bouche pour protester, mais son amie avait déjà agité sa baguette avant qu’elle ait eu le temps de dire un mot. Quelques instants plus tard, Mina la mine défaite, arborait une longue chevelure d’un joli blond vénitien jusqu’au niveau des épaules, les pointes étant encore brunes.

Hermione ne put retenir un éclat de rire en l’observant.

 

— Désolée, s’exclama-t-elle en pouffant, ça m’a surpris. Mais tu sais, ta couleur naturelle te vas beaucoup mieux. En plus elle fait ressortir tes yeux.

Mina, soupira sans répondre, fixant son amie d’un air blasé.

— Bon d’accord, j’avoue que ce n’est pas très discret comme couleur, admis elle après s'être ressaisie. Je crois que je me souviens d’un sort que Parvati a utilisé sur Lavande un jour. Comment c’était déjà ? ah oui :  « tempus conponetur ».

 

Les cheveux de Mina reprirent leur couleur brune habituelle.

 

— Par contre ce sort ne fait pas effet très longtemps, deux heures maximum je dirais. Il vaudrait donc mieux que tu commences par les courses moldues et que tu en profites pour passer chez le coiffeur.

— Je déposerai les affaires avant de retourner sur le chemin de traverse, alors. Je reviendrai vers midi, comme ça tu pourras me donner le colis à envoyer.

— Fais attention à toi, murmura son amie dans un souffle tandis que Mina passait le seuil.

 

Mina lui sourit nerveusement puis referma la porte derrière elle.

 

Dès qu’elle se retrouva seule, Hermione abandonna le masque calme et optimiste qu’elle portait afin de ne pas angoisser son amie. Elle se laissa tomber sur une chaise dans la cuisine, les traits tendus et fatigués. Elle se prit ensuite la tête entre les mains et se mit à sangloter en silence.

 

Le Chaudron Baveur était presque vide, Mina reconnu Tom, plus jeune, en pleine discussion avec une sorcière.. Elle se hâta d’ôter sa robe de sorcière et passa précipitamment le seuil du bar.

Elle se figea, abasourdie par le spectacle qui s’offrait à elle. Charing Cross était animée malgré l’heure matinale. En face d’elle, de l’autre côté de la rue deux jeunes punks qui distribuaient des tracts, se disputant avec un homme en costume. Un peu plus loin un groupe d’enfants jouaient à la marelle devant une maison. Elle tourna la tête, un des libraire de Marks & Co discutait musique avec un jeune homme aux cheveux longs qui vendait des disques à la sauvette devant le magasin. L’ambiance était totalement différente de celle de 1999.

Mina sentit un délicieux sentiment d’excitation se répandre dans ses veines. Elle prit une grande inspiration et se mêla au flux des passants, le sourire aux lèvres.

La jeune femme déambula longuement dans les rues, observant les gens, les vitrines, s’imprégnant de l’atmosphère de la ville. Elle avait un peu l’impression de se balader sur le plateau d’un film.

Après une heure à flâner dans les rues, elle se décida finalement à entrer dans un magasin. Elle acheta tout d’abord une valise puis un chapeau pour couvrir ses cheveux. Il valait mieux éviter qu’ils ne changent de couleurs dans une rue pleine de Moldus. Puis elle tacha de trouver des vêtements pour elle et Hermione. Elle eut un pincement au coeur en fouillant dans les rayons, songeant que Riesielda aurait adoré les coupes et les couleurs des habits de l’époque. Elle rangea les achats dans la valise et avant de s’atteler à la recherche du reste de la liste. Comme l'avait prévu Hermione, les prix étaient beaucoup plus bas que dans le Londres qui lui était familier.

Mina barra le dernier item de la liste, et pris le chemin du retour, détaillant les enseignes à la recherche d’un coiffeur. Elle en aperçut un et entra. Le vendeurs la dévisagea un instant, écouta sa demande, sembla hésiter puis lui demanda d’un ton sec de revenir d’ici trois quart d’heure. Mina sortit, un peu déroutée de la froideur de l’homme à son égard.

Elle s’adossa contre un mur, puis avisa la vitrine d’un cinéma un peu plus bas dans la rue. Elle s’approcha de détaillant avec curiosité les affiches placardées. Elle reconnut celle de Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir. Elle se souvint alors que le premier film de la trilogie qui avait bercé son enfance était sorti début 1977.

Elle jeta un coup d’oeil aux horaires, la séance avait à peine commencé. La jeune femme hésita un instant, puis se décida à acheter un billet, après tout elle pouvait bien entrer pour revoir le début du film histoire de tuer le temps. Elle imaginait la tète de ses frères lorsqu’elle leur raconterait ça. Elle était sûre qu’ Erwin en crèverait de jalousie, il était un véritable fanatique de la série. Le caissier soupira en lui en tendant un billet. Elle nota que l’homme jetait des regards en coin en direction de la salle. Elle se retourna et aperçut un petit garçon, aux cheveux d’un roux flamboyant, qui ne devait pas avoir plus de huit ou neuf ans. Alors qu’il tentait de se faufiler à l’intérieur, le vendeur sortit de sa cabine, et contourna la jeune femme pour se diriger vers lui, les bras croisés. Le gamin retourna en courant vers l’entrée, et s’assit par terre face aux affiches. Mina s’approcha de lui.

 

— Bonjour

—‘jour, répondit-il sans la regarder.

— Tu aimes bien ce film ? demanda la jeune femme.

— Oui, je l’ai vu trois fois.

— Oh, je vois, je gagne au nombre alors, et c’est qui ton personnage préféré ? Demanda la jeune femme en s’asseyant à côté du garçon.

— Chewbacca, répondit le gamin en se tournant vers elle.

— Je vois, je pense que le mien c’est Yoda.

— Tu l’as vu le film au moins ? Y a pas de Yoda.

— Ah oui c’est vrai, je suis bête, c’est dans le deux. Mais dis moi, tu ne devrais pas être à l’école, toi ?

 

L’enfant la fixa d’un air soupçonneux, elle lui sourit.

 

— Y a pas école c’est les vacances. T'es vraiment bizarre toi, conclut-il. Et puis tes cheveux c’est quoi, t’es Punk?

 

Mina s’aperçut que son chapeau avait glissé, libérant au passage quelques mèches. Elle le remit en place.

 

— Mon cousin il est Punk, ajouta le garçon. Mon père dit que c’est un dégénéré.

 

La jeune femme sourit à nouveau, au ton qu'avait utilisé l’enfant, le mot dégénéré sonnait plutôt comme un compliment. Elle sortit son billet de cinéma et le tendit au garçon, dont le regard s’illumina.

 

— Allez file, tu vas louper le plus intéressant lui dit elle.

 

L’enfant ne se fit pas prier, il fila vers la salle, le billet en étendard. il se retourna sur le seuil, cria un “Merci” et gratifia la jeune femme d’un large sourire édenté.

Mina resta quelques minutes perdue dans ses souvenirs, pensant à sa famille. Elle espérait vraiment pouvoir les revoir bientôt. Elle finit par se lever et reprit la direction du salon de coiffure, le pas moins léger.

 

Au même moment Hermione, elle, aurait voulu disparaître pour fuir le flot de questions embarrassantes qui se déversait sur elle. En effet Tibéria était revenue un peu plus tôt en compagnie d’une connaissance croisée sur le chemin du retour, une sorcière d’un certain âge plantureuse et joyeuse qui s’était invitée à prendre un thé. Elle avait présenté la jeune femme comme la fille d’une amie qu’elle logeait chez elle pour quelques jours. Ne voulant pas se montrer impolie, Hermione s’était attablée avec elles.

Dans un premier temps la conversation avait beaucoup intéressé la jeune femme, car le sujet tournait autour des troubles en cours, des derniers attentats des partisans de vous-savez-qui. Les deux sorcières constataient avec effarement que certaines de leurs connaissances semblaient assez favorables aux arguments des partisans du mage noir. Les deux femmes qui avaient connues dans leur jeunesse l’époque de Grindewald, déploraient le retour de la haine contre les moldus, et Hermione ne put que les approuver. Puis la conversation avait glissé on ne sait comment sur la question de la libération de la sexualité des jeunes sorciers. Peut-être que le vin d’ortie que Tiberia avait sorti y était pour quelque chose. En tout cas, les deux femmes s’étaient tournées d’un bloc vers la Hermione, les yeux brillants. Cette dernière avait balbutié qu’elle n’était guère qualifiée pour les informer sur le sujet, n’étant sortie qu’avec deux garçons, mais cela n'avait pas semblé avoir l’effet escompté.

 

— Alors comme ça tu as un fiancé, il est comment? Vous en êtes ou?

— Heu, il s’appelle Ro… Romuald, mais on est séparés pour le moment.

— D’accord vous êtes séparés. Vous êtes en pause pour faire d’autres expériences afin de vous remettre ensemble plus expérimentés?

— Heu … non. Répondit Hermione, sentant le rouge lui monter au joues.

— Il n’était pas bon au lit, peut-être.

— Allons, voyons, laisse la tranquille, Bessie, tu vois bien que tu l’embarasses avec tes questions. Alors dis moi, ma jolie, c’est quoi ton soucis avec ton Romuald, il a peur de s’engager?

— Non, ce n’est pas ca… c’est moi le problème, pas lui, il est merveilleux. J’ai … j’ai tout gâché. Je ne supportais plus qu’il soit toujours là à me soutenir. Je crois que je voulais qu’il se soucie de lui pour une fois. Qu’il arrête d’intégrer mes problèmes comme les siens alors que je n'étais pas capable de lui rendre la pareille. J’ai explosé un soir à une fête, je lui ai crié dessus j’ai appuyé sur tout ce qui pouvait le blesser. On se connait depuis si longtemps, ce n’était pas compliqué. Et puis, tout ça en public, devant nos amis, devant sa famille.

 

Hermione ne savait pas pourquoi elle confiait ça aux deux femmes, peut-être que le fait de se trouver en présence d’inconnues, de personnes ni proches d’elle, ni intéressées par sa célébrité avait débloqué quelque chose en elle.

 

— Hum, ça s’appelle de l’autodestruction ça ma belle. Tu as juste un peu de mal à accepter une relation passionnelle, je peux comprendre. Ca ne devrait pas être très compliqué de te racheter dans ce cas. Tu l’as revu depuis.

— Non.

— Laisse moi deviner, tu évites tous les endroits ou il va et vos connaissances communes ?

Hermione ne répondit pas, elle revoyait le visage figé de Ron, une fois de plus.

— La solution est simple, il faut que tu lui écrives ce que tu ressens, tu en es encore amoureuse, non.

— Je ne pense pas qu’une lettre puisse résoudre quoi que soit, a l’heure actuelle, répondit Hermione sombrement.

— Oh, non, je ne parle pas d’une simple lettre d’amour ou d’excuse, je parle d’écrire ce que tu ressens toi. Un journal ou quelque chose du même acabit et de t’arranger pour qu’il tombe dessus par hasard. Le hasard n’est pas très difficile à provoquer quand on est une sorcière. Après ce n’est qu’une proposition, c’est toi qui vois, mais ça ne coûte pas grand chose, et même si ça ne marche pas, au moins tu te seras libérée un peu l’esprit.

— Ou sinon, ajouta en riant la dénommée Bessie, il y'a l’attaque frontale.

— L’attaque frontale ? demanda Hermione.

— Bessie, ne t’y mets pas. Ne l’écoute pas, elle n’a jamais su garder un amant.

— Mais si, protesta cette dernière, je suis restée en couple quatre ans avec Cornélius.

— C’était il y'a plus de 30 ans, ça, rétorqua Tibéria. Et si il s’est remis avec toi après que tu l’aies trompé avec Cornel, c’est uniquement parce que tu lui as fait du chantage et qu’il avait peur de perdre son poste au Ministère.

— Non, ce n’était pas du chantage. Ne l’écoute pas jeune fille, j’ai juste utilisé un peu de polynectar pour me faire passer pour la fille de son chef de cabinet, on a passé une nuit merveilleuse, puis on a eu une conversation sur l’oreiller après que j’ai repris mon apparence et on a décidé de se remettre ensemble.

 

Hermione n’était pas vraiment dans son élément. Elle se risqua néanmoins à demander à Bessie histoire de désarmer l’ambiance électrique entre les deux femmes.

 

— Heu, quand vous dites Cornélius, vous voulez parler de Cornélius Fudge.

— Oui, tu le connais?

— Non, non, j’ai lu son nom dans la gazette, c’est tout.

— C’est un Idiot, ambitieux et vieux jeu, tu ne perds rien. Répondit Tibéria.

— Oui, confirma Bessie, mais un idiot pas dénué de charme si tu vois ce que je veux dire, en lui faisant un clin d’oeil.

 

Hermione, raccompagna Bessie à la porte quelques minutes plus tard, encore un peu perturbée par la discussion. Une image dérangeante de de l’ancien Ministre de la Magie en caleçon s’était frayée un chemin dans son esprit et elle se sentait légèrement nauséeuse.  Elle salua la femme, qui la serra dans ses bras en lui disant que tout s'arrangerait certainement pour elle. Puis baissant la voix pour que Tibéria ne l’entende pas, elle lui expliqua rapidement en quoi consistait l’attaque frontale. Le teint légèrement verdâtre d’Hermione vira a un joli carmin.

Une fois de retour dans la cuisine Tiberia éclata de rire devant l’air un peu ahuri d’Hermione.

 

— C’est un sacré numéro, n’est-ce pas. Je la connais depuis plus de quarante ans mais elle n’a pas changé, toujours autant d’énergie. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle n’est jamais resté avec quelqu’un très longtemps, elle déteste la routine et finit toujours par se sauver.

 

Mina ne tarda pas sur le chemin du retour. Lorsqu’elle frappa à la porte, elle manqua de se faire arracher un bout de doigt par le heurtoir contrarié que l’on se passe de ses services. Elle fut accueillie par son hôtesse qui semblait d’excellente humeur. Tibéria lui indiqua qu’elle arrivait à point pour le repas. Hermione qui finissait de mettre la table, semblait pensive  et fatiguée. Elle mangèrent rapidement avant de s'éclipser dans la chambre.

Mina sortit les ingrédients de la liste de la valise, et les déposa sur la table basse, tout en demandant à son amie comment s’était passée sa matinée.

 

— Instructive, j'imagine, se contenta-t-elle de répondre.

 

Hermione sortit sa baguette pour enchanter le paquet de bonbon au citron que Mina avait ramené. Puis elle s’installa et entreprit de rédiger la lettre tandis que son amie lisait par dessus son épaule, intriguée.

 

Mon cher Albus, 

Suite à cette agréable soirée passée chez notre amie commune Batilda Bagshot,

je me permets de vous envoyer un paquet de ces friandises moldues dont vous m’avez rabattues les oreilles, je les ai enchantées afin qu’elle soient un peu plus surprenantes.

Je ne peux malheureusement vous envoyer le pot de confiture de framboise maison que je vous avais promis. Une catastrophe inattendue est survenue, ma récolte a été détruite par une invasion de doxy.

Je ne sais pas comment cela a bien pu arriver, une véritable énigme, le sort joue parfois des tours cruels malgré toute nos précautions. J’ai eu besoin de trois heures pour les chasser de mon jardin

Je voudrais approfondir notre chaleureuse discussion à propos des conditions de votre découverte des propriétés du sang de dragon et voudrais vous demander de plus amples détails.

Je serais également heureuse de pouvoir profiter de votre aide concernant le sujet délicat dont je vous ai fait part lors de notre dernière conversation. Les histoires de famille, c’est toujours un peu compliqué à gérer, il faut considérer les intérêts de tous. Je pense que d’en parler avec un vieil ami me ferait le plus grand bien.

Mes amitiés à Aberforth.

Bien à vous, 

Perséphone Ariane Delarue. 

PS: Je suis actuellement de passage à Londres, avant de retourner en France, si vous le désirez vous pouvez me contacter via la poste restante du Chaudron Baveur .

 

 

Hermione finit d’écrire, elle se relut et eut une petite grimace.  Puis elle murmura une incantation, et tapota plusieurs fois la feuille avec sa baguette.

 

— Bon, ce n’est pas parfait, mais ça devrait attirer son attention. De plus, je ne pense pas que cette lettre intéressera un espion éventuel.

 

Avisant l’air perplexe de son amie, elle ouvrit le paquet de friandises et en sortie une qu’elle lui lança. Elle scella ensuite à nouveau le paquet à l’aide d’un sort.

 

— Vas y, c’est sans danger..

 

Mina s’exécuta, le contact du bonbon acidulé était en effet surprenant. Mina fut traversé d’un agréable frissons, elle avait l’impression de manger un sorbet. Hermione lui tendit la lettre, et Mina constata que certains des mots se détachaient à présent clairement de l’ensemble, ayant pris un délicate teinte dorée. La jeune femme déchiffra le nouveau message.

 

Catastrophe survenue…

besoin… d’aide… concernant… sujet …délicat

toujours… intérêt… plus grand bien

 

Mina était impressionné par l’enchantement improvisé par son amie. Elle n’avait toujours pas saisit en quoi la missive d’origine pourrait attiser la curiosité du Directeur de Poudlard, mais elle savait qu’elle n’avait pas les clefs en mains, ne sachant de l’homme que ce qu’elle avait lu sur sa carte de chocogrenouille.

La jeune femme plia la lettre et la glissa dans une enveloppe tandis qu’Hermione écrivait le nom et l’adresse sur le colis.

Une fois celui ci scellé et bien caché au fond du sac de Mina, elles échangèrent un regard entendu. Il n’y avait plus qu'à espérer que le plan fonctionne.

Mina sortit de la maison, après avoir expliqué à Tibéria qu’elle allait passer voir Ollivander à propos de sa baguette.

Elle s’arrêta tout d’abord dans la boutique de l’apothicaire de l’allée des embrumes. La boutique était déserte et l’ambiance lugubre. Quelques ingrédients poussiéreux côtoyaient des bocaux où flottaient diverses parties d’animaux qui n’entraient en rien dans la préparation de potion. Mina, nullement impressionnée par le décor s'avança d’un pas décidé vers le contoir. 

N’y allant pas par quatre chemin elle posa une liste des ingrédients qu’elle cherchait à revendre devant le vendeur. L’homme se montra un peu méfiant au début, mais finit par lui acheter quelques ingrédients commun et légaux, se pliant à l’insistance de la jeune femme. Devant l’air dépité de cette dernière devant les quelques mornilles qu’elle avait récolté, il lui conseilla d’essayer le second apothicaire du chemin de traverse, qui lui était très populaire. Elle pourrait certainement écouler ses marchandises rares pour un bon prix là-bas. La jeune femme le remercia, et sortit de la boutique.

Mina sentait son estomac se contracter douloureusement tandis qu’elle marchait sur le chemin de traverse. En arrivant devant la vitrine de la boutique, elle s’immobilisa, et respira lentement pour calmer son angoisse. Elle posa ensuite une main tremblante sur la poignée, ferma les yeux et pénétra dans cet endroit qui lui avait été autrefois si familier.

 

 

 

End Notes:

Voila,

j'espère que ca vous a plu. 

Si vous avez des théories quand à ce que Bessie à susurré à l'oreille d'Hermione je serait curieuse de les entendres ;)

Ou encore si vous voulez parier dans combien de chapitre(s) Severus pointera le bout de son nez.. tout autre commentaires étant bien sur le bienvenu.

La suite trés bientôt

Marchander et Rencontrer by Haru Nonaka
Author's Notes:

Voici donc le chapitre suivant, un peu long peut être, mais l'intrigue avance malgré tout à petits pas ;)


ou Mina finit ses courses et ... enfin vous verrez bien


Bonne Lecture 

Mina passa le seuil, et trébucha sur la marche à l'entrée de la boutique, cette dernière était beaucoup moins large que dans son souvenir. Elle parvint à éviter la chute de justesse et étouffa un juron.

 

L'odeur entêtante, acre et chargée qui régnait dans le magasin était plus violente que dans ses souvenirs. Elle se rappela que son ancien patron utilisait un enchantement pour atténuer un peu le fumet nauséabond que dégageaient les ingrédients, afin de mettre plus à l'aise sa clientèle.

 

Mina parcourut du regard la pièce et constata avec soulagement qu'elle était très différente de celle de ses souvenirs. La chaux claire sur les murs avait laissé place à de la pierre apparente. La boutique était légèrement plus grande que dans le futur, et la décoration plus chaotique. De larges bouquets d'herbes de toute sortes pendaient du plafond et des centaines de fioles s'alignaient sur des tables en bois sombre. Les rangées d'étagères bien ordonnées avaient disparu, remplacées pour la plupart par de grands bacs d'ingrédients en vrac.

 

Quelques clients s'activaient dans les rayons. Mina se dirigea donc vers un angle un peu reculé de la boutique où les ingrédients plus rares étaient exposés dans de larges vitrines en verre. Dissimulée par une étagère, elle pouvait apercevoir sans être vue le reste de la boutique à travers les rayonnages. Mina commençait à s'ennuyer lorsque le dernier client finit par se décider à régler ses achats avant de se diriger vers la sortie, les bras chargés de sacs.

 

Alors que la jeune femme s'apprêtait à sortir de sa cachette, le carillon tinta. Elle soupira, il n'y avait plus à espérer que le nouveau client ne passe pas autant de temps à flâner que le précédent. Elle constata avec soulagement que ce dernier se dirigeait d'un pas assuré vers le comptoir.

 

Elle était retournée admirer les crochets d'acromentules, mais sa contemplation fut bientôt perturbée par des éclats de voix. Curieuse, Mina se rapprocha histoire de discerner le motif de la querelle.

 

Seul le vendeur avait haussé le ton, le client quant à lui ne parlait pas fort, mais sa voix grave s'imposait malgré tout. Son débit était lent, il détachait chacun de ses mots, leur laissant le temps de résonner à l'oreille de son interlocuteur. Un mépris non dissimulé transparaissait dans le ton de sa voix. Elle n'apercevait l'homme que de dos, il dépassait d'une tête le vendeur trapu qui semblait avoir encore rétréci, fulminant dernière le comptoir. Elle nota la silhouette maigre et les cheveux noirs luisant à la lueur des lanternes, portés longs.

 

— Je ne fais que constater les faits. Les standards de votre boutique ont encore baissé depuis ma dernière visite. Non content d'avoir augmenté les prix des ingrédients de base, votre patron à apparemment jugé pertinent d'engager un vendeur incapable de discerner les racines d'asphodèle de jeunes pousses de mandragores.

 

Mina ressentit immédiatement un élan de compassion pour le pauvre vendeur dont le visage avait viré au rouge, ainsi qu'une bouffée d'antipathie à l'intention de son interlocuteur.

 

— Je…Je ne vous permets pas, jeune blanc bec, sachez que j'ai obtenu mon Aspic de botanique avec Effort Exceptionnel.

— Vos efforts ont dû en effet être exceptionnels, railla le jeune homme tout en jetant quelques pièces sur le comptoir pour régler ses achats. J'irai dépenser mes galions chez la concurrence à l'avenir, ajouta-t-il en tournant les talons, non sans avoir au préalable fusillé du regard l'homme.

 

Mina qui avait dû se retenir d'intervenir, observa le jeune homme qui se dirigeait vers la sortie d'un pas assuré, sa cape flottant théâtralement derrière lui. Il devait avoir à peu près son âge mais son teint très pâle et ses traits saillants lui donnait un air hors de son temps, austère, de personnage tout droit sorti d'un roman victorien. de plus, l'équilibre de son visage fin était perturbé par un large nez crochu qui en accentuait encore l'originalité . Malgré ses vêtements usés et sa posture voûtée, un certain charisme se dégageait de lui. Il dut sentir qu'il était observé car, avant d'arriver à la porte, il tourna la tête vers la jeune femme qui lui lança un regard réprobateur. Ses yeux noirs croisèrent les siens tandis qu'il poussait la porte. Elle faillit ciller devant leurs intensité, mais maintint le contact visuel, le fusillant à son tour du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision. Non mais, il se prenait pour qui, celui-là ?

 

Elle se tourna ensuite vers le vendeur et lui servit un petit sourire complice. Elle pouvait enfin engager la conversation.

 

— Bonjour monsieur. Non mais sérieusement, c'était qui cet Imbécile? Qu'est-ce qu'il voulait?

— Bonjour mademoiselle. Je suis désolé que vous ayez eu à assister à ça, je vous assure que vous ne trouverez pas de boutique avec un meilleur choix ni un meilleur service que le nôtre à Londres. Ce garçon était juste furieux car nous n'avons pas pu lui fournir le sirop d'éllébore qu'il nous avait commandé. Le ministère est passé il y a quelques jours et nous a réservé la grande majorité du stock. Il n'aura guère plus de chance d'en trouver chez nos concurrents, je le crains.

— Bien-sûr, je comprends. Avec la tension que les aurors subissent au travail en ce moment, ils doivent certainement avoir besoin d'une large réserve de philtres de paix. C'est bien naturel que vous leur donniez la priorité. Personnellement, on ne m'a dit que du bien de votre boutique.

— Une connaisseuse je vois, repris le vendeur d'un ton mielleux. Comment puis-je vous aider?

 

La jeune femme lui adressa un grand sourire avant de reprendre sur le ton de la confidence.

 

— En fait, je ne suis pas là pour acheter, aujourd'hui, mais parce que je pense pouvoir vous être utile.

 

Une demi-heure plus tard Mina sortait de la boutique, le porte monnaie plus arrondi. Le vendeur l'avait invitée à le suivre dans l'arrière boutique et les négociations n'avaient pas été très longues. L'homme avait vite compris que la jeune femme était au fait des prix en vigueur des ingrédients, et elle avait réussi à obtenir une somme plutôt rondelette. Elle avait néanmoins accepté de lui faire une ristourne, ayant aperçu quelques fioles de sirops d'ellébore dans un coin de la réserve.

 

Elle s'en voulait d'avoir jugé un peu durement le jeune homme plus tôt. En effet, elle devait admettre avec le recul que même si ce dernier avait autant de diplomatie qu'un troll de montagne, il n'avait pas tout à fait tort sur le fond. Elle avait pu constater que les ingrédients stockés dans l'arrière boutique étaient de bien meilleure qualité que ceux proposés aux clients et que le vendeur n'était pas vraiment méticuleux avec la marchandise.

 

De plus, elle devait admettre que la querelle avait bien arrangé ses affaires, lui préparant un terrain favorable. Elle avait donc pris la résolution que, si jamais elle venait à croiser de nouveau le jeune homme, elle lui revendrait pour un prix convenable deux des fioles qu'elle avait récupérées lors de la transaction.

 

Mina pénétra ensuite dans la boutique d'Ollivander. Une fillette accompagnée de sa mère essayait sa première baguette, elle patienta donc dans un coin. La nostalgie ne tarda pas à l'assaillir.

 

Elle se souvenait parfaitement de ses premières courses sur l'Impasse des Alchimistes, l'équivalent du chemin de traverse à Paris. Elle s'y était rendue avec sa mère quelques jours après avoir reçu sa lettre d'admission à Beauxbâtons. Elles avaient passé une bonne partie de l'après midi à s'émerveiller devant les vitrines des magasins, toutes deux fascinées par ce premier contact avec le monde magique. Une seule ombre avait terni le bonheur de Mina en cette journée: sa mère, ayant avisé une montre étrange exposée dans un des magasins, avait confié à sa fille qu'elle tenait probablement sa magie de son père biologique qui en portait une semblable. La petite fille avait alors senti s'évaporer une moitié de la joie que lui avait apporté le fait d'apprendre qu'elle était une sorcière. Mina aurait voulu oublier cette révélation, mais depuis ce jour, le malaise provoqué par cette simple phrase n'avait fait que grandir tandis que les années s'écoulaient. La jeune femme avait l'impression de ne pas être à sa place chez les sorciers, mais se sentait incomplète dans celui des moldus. Si elle était capable de se battre passionnément lorsque l'on critiquait l'un des deux, elle ne ressentait aucun véritable sentiment d'appartenance, ni à l'un, ni à l'autre. A cause de l'emprise que cet inconnu avait imprimé en elle, la faisant douter de son propre libre arbitre, elle était incapable de choisir son identité. Tristement, sa colère et sa curiosité envers cet homme ne rimaient plus à rien. La vie était tellement plus simple quand elle pouvait blâmer ce dernier pour ses maladresses et sa tendance à prendre de mauvaises décisions. Depuis qu'elle vivait à Londres et était entrée dans la vie active, elle avait finit par prendre conscience, avec le recul, à quel point ce comportement était puéril.

 

Mina, toute à ses pensées, n'avait pas vu les clientes sortir de la boutique. Le fabricant de baguette l'observait depuis quelques minutes, son regard de faucon semblait chercher à percer les songes de sa cliente.

 

— En quoi puis-je vous aider, Mademoiselle? finit par demander l'homme.

— Je… j'ai besoin de faire examiner ma baguette, répondit la jeune femme.

 

Le vieil homme saisit de la baguette de Mina, détailla l'objet quelques instants avant de se tourner à nouveau vers elle, le regard sévère.

 

— Est-ce que vous pouvez la réparer? Demanda anxieusement la jeune femme.

— Hum, votre baguette est dans un état déplorable, que s'est-il passé, vous l'avez prêté à un troll?

— Heu, non, je … un duel… murmura piteusement Mina.

— Je vois, répondit le vieil homme qui ne semblait absolument pas convaincu par l'explication de la jeune femme. Frêne, vingt-quatre cm, il me semble reconnaître le travail de Mykew Gregorovitch, c'était une baguette de qualité. Malheureusement le crin de licorne à l'intérieur est également en fin de vie, et je ne suis pas sûr qu'une réparation soit encore possible. Enfin, même si je réussissais à la réparer, elle ne fonctionnerait sans doute jamais aussi bien qu'auparavant.

 

Mina se sentit déprimée et percevoir le reproche dans le ton de la voix de son interlocuteur ne l'aidait pas. Elle avait conscience qu'elle délaissait sa baguette mais elle n'avait pas imaginé que cette dernière soit dans un tel état. L'inconstance de sa magie avait donc fini par avoir une influence néfaste sur le coeur de cette dernière.

 

— Combien de temps faudrait-il pour la réparer? Demanda-t-elle.

— Hum, étant donné qu'elle n'est pas de ma confection, je pense deux semaines minimum, et avec la rentrée scolaire qui approche, disons plutôt trois. Mais ça vous coûtera presque aussi cher que de la remplacer, sans certitude quant au résultat. Je vous conseille d'en acheter une nouvelle.

— Je vois ... je suis désolée, dit Mina en récupérant sa baguette. Elle la fit tourner entre ses doigts avec tristesse avant de la glisser dans son sac. Y a t-il une cérémonie particulière, un rite, une sorte d'enterrement pour baguette ?

 

Le vieil homme la dévisagea avec une certaine curiosité, puis esquissa un sourire.

 

— Ce n'est pas une question commune. Non, pas particulièrement, vous pouvez l'enterrer, ou éventuellement la déposer dans sa forêt d'origine si vous tenez vraiment à lui rendre hommage, mais il n'y a pas de cérémonie particulière à effectuer. Vous n'êtes pas issue d'une famille de sorcier, je me trompe?

— Non, en effet, ma famille est moldue. Répondit Mina, sur la défensive.

— Bon, trêve de discussion, il est temps de vous trouver une nouvelle partenaire. Pourrais-je connaître votre date de naissance ?

— Je suis née en mars, le douze.

 

Ollivander disparut quelques instants dans les rayons, réapparaissant bientôt, les bras chargés d'une pile de boîtes.

 

— Essayez d'abord celle-ci : Saule, vingt-quatre cm, ventricule de Dragon. Plutôt efficace en sortilèges, et très agréable à manier.

 

Mina saisit la baguette et lança un sort, mais Ollivander lui reprit la baguette des mains en hochant la tête.

 

— Non, ça ne va pas.

 

Dix minutes et quatre baguettes essayées plus tard, Mina commençait à s'inquiéter un peu. Et si toutes les baguettes se méfiaient d'elle, à présent ?

 

— Ca prend souvent plus de temps avec une adulte qu'un enfant, les affinités sont plus complexes, mais ne vous inquiétez pas, je vais trouver.

 

Il retourna à l'arrière, sembla hésiter quelques secondes, puis revint avec quelques nouvelle boîtes, il lui tendit une baguette élégante, sertie d'argent.

 

— Tilleul argenté, crin de licorne, vingt-trois centimètres.

 

Mina prit la baguette et l'agita, un peu fatiguée, elle sentait une légère énergie provenant de cette dernière, c'était déjà plus probant que ces précédents essais.

 

— Je vois, c'est déjà mieux mais ce n'est pas encore la baguette qui vous convient.

 

Mina le regarda repartir, quelques minutes plus tard il était de retour avec un nouveau chargement.

 

— Mélèze, vingt-six cm, crin de licorne, étonnamment souple. annonça-t-il, lui tendant une baguette dans les tons chauds, assez simple et droite, avec quelques motifs gravés dans le bois à la base.

 

Dès que Mina l'eût saisie, elle sentit un sentiment de bien-être envahir son corps. La sensation était un peu différente de celle qu'elle avait éprouvée lors de l'essayage de sa première baguette, un peu moins intense, et plus réconfortant que grisant.

 

— Nous y voilà donc. Vous avez de la chance, Mademoiselle, les baguettes de Mélèze sont assez recherchées car elles ont la réputation d'être d'un grand soutien émotionnel au maître qu'elles choisissent. Mais elles sont très tatillonnes quant au sorcier avec lequel elles s'associent. Il vous faudra pratiquer beaucoup et rester ouverte à diverses sortes de magies. Même si le crin de licorne facilite un peu l'utilisation de la baguette, elle reste difficile à maîtriser, mais si vous y parvenez vous serez probablement très surprise du résultat.

 

— Je vous promets d'en prendre soin.

— Ca vous fera donc sept Gallions et treize Mornilles. Je peux vous faire une réduction comprenant le kit d'entretien complet pour seulement huit Gallions en tout. Je vous fais une fleur car je pense que vous avez tout intérêt à en acquérir un au plus vite.

 

Mina sortit de la boutique, sa nouvelle baguette à la ceinture et le kit dans sa besace. Apparemment les baguettes, même en 1977, restaient extrêmement coûteuses. Son porte monnaie ne contenait plus qu'un gallion et quelques Mornilles, pas de quoi subsister très longtemps à deux dans le monde sorcier. La jeune femme prit la direction du Chaudron Baveur afin de poster le paquet, espérant plus que jamais que la réponse ne se ferait pas attendre.

 

Tom se chargea de poster le colis, puis lui confia la clef d'un des casiers au fond de la boutique. Il lui expliqua ensuite que lorsqu'un courrier arriverait au nom de Delarue, le chaudron gravé sur le porte clef virerait au rouge.

 

Mina consulta l'horloge du pub, il n'était pas très tard et elle n'avait pas très envie de rentrer. Elle commanda un verre de vin de sureau avant de s'installer à une table lumineuse donnant sur Charing Cross. L'heure de l'apéritif était encore lointaine, mais elle avait besoin de quelque chose de plus fort qu'un thé, histoire d'atténuer la panique sourde qui l'envahissait à nouveau, maintenant qu'elle n'avait plus aucune tâche sur laquelle concentrer son attention. Elle se plongea dans le manuel d'entretien de baguette sans grand succès, ses yeux ne semblant pas vouloir suivre les lignes, son esprit la ramenant toujours à ses angoisses. Au bout de quelques pages, elle finit par abandonner.

 

La jeune femme fouilla dans son sac à la recherche d'un parchemin pour marquer la page, mais s'aperçut qu'au milieu de son fouilli il y avait beaucoup mieux que ça. Elle observa quelques instants le délicat marque page en argent ciselé qu'elle avait trouvé, et dont elle ne se souvenait pas avoir fait l'acquisition. L'objet était plutôt joli, même si les dessins et les motifs étaient un peu étranges par endroit, un peu naïfs, comme si l'orfèvre qui avait dû le fabriquer s'était servi de dessins d'enfants comme base de son travail. Mina s'arracha à sa contemplation, et marqua la page du livre avant de le ranger dans sa besace. Elle se décida à entamer son verre. Le liquide pétillant et fleuri qui lui chatouillait agréablement la gorge s'avérait un très bon choix, elle se sentait un peu plus joyeuse à chaque gorgée.

 

Elle se mit bientôt à observer les autres clients du bar, on y trouvait tout un échantillon de la population sorcière : des familles accompagnées d'enfants venues effectuer leurs achats pour la rentrée, des sorciers et sorcières d'âge mûr qui discutaient entre amis, quelques travailleurs pressés qui lisaient la gazette au comptoir en avalant un café avant de retourner à leurs occupations, quelques habitués et enfin plusieurs étudiants portant des écharpes à l'effigie de l'école de sorciers Anglaise. La jeune femme aperçut également un visage familier, de l'autre côté du pub, installé dans un coin près des fenêtres de l'arrière cours du bar, un peu à l'écart du reste de la clientèle.

 

Le jeune homme croisé chez l'apothicaire était plongé dans la lecture d'une pile de parchemins. Mina se leva, ayant l'intention d'aller à sa rencontre, mais elle s'arrêta à un mètre de ce dernier, se ravisant. Quelque chose dans l'expression du jeune homme la perturbait, son visage était calme et impassible mais en y prêtant un peu plus attention, ses yeux sombres semblaient voilés, il se dégageait de lui une aura de tristesse. La jeune femme retourna donc discrètement en direction du bar et saisit un des exemplaires de la gazette à disposition des clients, tout en jetant ponctuellement un regard discret en direction du sorcier.

 

Un quart d'heure plus tard, ce dernier rangea ses parchemins. Il sortit un grimoire et se mit à lire, s'installant plus confortablement sur la large banquette en cuir. Il eut le temps de survoler moins d'un chapitre avant d'être dérangé par le son sec provoqué par deux Mugs posés sans délicatesse sur la table devant lui. Le jeune homme leva les yeux de sa lecture à contrecoeur, tandis que la jeune fille qu'il avait croisé lors de son passage sur le chemin de traverse se laissa tomber sur la banquette d'en face. Elle le gratifia d'un sourire gêné. Il parcourut la salle du regard, puis du se rendre à l'évidence, la fille n'avait pas choisi sa table par manque de place.

 

— Bonjour, commença la petite brune.

— Bonjour, marmonna-t-il avant de se replonger dans son livre, pour bien marquer le fait qu'il ne désirait pas approfondir la conversation. Son nez frôlait presque le parchemin de l'ouvrage dernière lequel il se cachait.

 

Mina ne se laissa pas décourager pour autant, au contraire son sourire s'élargit.

 

—  "Détours et chemin d'un sorcier Ukrainien" lut-elle, c'est un bon livre? Ca parle de quoi?

— Humph, répondit le jeune homme en abaissant son livre, blasé.

— Je vois, moi je m'appelle Mina, enchantée.

 

La jeune femme tendit une main vers son interlocuteur, puis détourna son geste étant donné qu'il ne semblait pas dénier y répondre, indiquant les tasses fumantes à la place.

 

— Hum, j'ai apporté une offrande de paix pour m'excuser d'avoir été impolie tout à l'heure, chez l'apothicaire.

 

Il jeta un regard aux tasses de thé fumantes, dubitatif. Il avait noté le léger accent de la fille et se demanda furtivement si cette façon sans-gêne d'aborder quelqu'un qui ne demandait qu'à rester tranquillement dans sa bulle avait quelque chose à voir avec les coutumes françaises.

 

— Il y a un thé à la menthe et un du lapsang souchong, comme je ne savait pas trop quoi choisir j'ai pris les deux, continua t elle.

 

Le jeune homme était mal à l'aise, il ne comprenait pas ce que pouvait bien lui vouloir l'inconnue, ne se rendait-elle vraiment pas compte qu'elle empiétait sur son espace vital ? Il remercia Merlin que son rendez-vous avec Lucius ne soit prévu que d'ici deux heures, il n'osait même pas songer à l'embarras qu'il éprouverait si ce dernier débarquait dans le pub pour le trouver dans cette situation. Il décida de tenter de décourager la jeune femme en la fixant longuement. Il avait fini par se découvrir un certain talent pour faire fuir les importuns grâce à un simple regard. Mais la fille ne se départit pas de son sourire malicieux et il fut forcé de se rendre à l'évidence, sa technique n'avait pas porté ses fruits. Il se demanda si un sortilège de mutisme fonctionnerait mieux. Bien que passablement agaçante, il nota tout de même que la jeune femme n'était pas trop désagréable à regarder.

 

Mina reprit son monologue, sans se soucier le moins du monde du silence hostile de son interlocuteur.

 

— J'ai entendu dire que vous vouliez acheter du sirop d'éllébore, je peux peut-être vous aider, j'en ai acheté un peu trop moi-même et ça m'arrangerait si vous pouviez me débarrasser de quelques fioles.

 

Le jeune homme se sentit rassuré après avoir entendu cette dernière phrase. Elle cherchait à lui vendre quelque chose, tout s'expliquait. Il sourit intérieurement : si elle le prenait pour un pigeon il s'assurerait qu'elle le regrette amèrement. L'envie de se défouler le titillait encore.

 

— Ca pourrait m'intéresser, en effet, répondit-t-il.

— Ravie de vous l'entendre dire. Vous devriez choisir une tasse avant que le thé soit froid, fit-elle remarquer.

 

Le choix du jeune homme se porta sur la tasse de droite, contenant du thé à la menthe. Mina s'empara de l'autre. Il attendit qu'elle prenne une gorgée de sa boisson avant de faire de même, on n'était jamais assez prudent. Quelques instants passèrent, puis il se décida à briser le Silence.

 

— Severus Snape, enchanté.

 

Quelques minutes plus tard il avait récupéré deux fioles d'excellente qualité sans avoir même eu besoin de négocier le prix. Severus se sentait un peu plus détendu pour la première fois depuis des heures. Il s'était presque résigné à ne pas pouvoir obtenir l'ingrédient qu'il avait commandé quelques jours auparavant, dès son arrivée sur le chemin de Traverse et son humeur s'égayait un peu à la pensée qu'il allait finalement pouvoir renouveler son stock de filtre de paix.

 

La jeune française lança ensuite la conversation sur les utilisations désastreuses de l'ellébore dans la composition de certaines potions expérimentales, se souvenant d'un vieux livre qu'elle avait consulté quelques temps auparavant, et Severus lui raconta quelques anecdotes concernant des dosages ratés qui avaient conduit à des événements loufoques. Le sujet dévia ensuite sur les réglementations du ministère anglais en matière d'ingrédients et de leur incidence sur la recherche. La discussion se prolongea longuement. Les deux jeunes gens avaient des avis différents sur plusieurs points mais leur passion commune pour l'art des potions rendait la conversation plutôt agréable.

 

Mina finit par aviser l'heure et s'éclipsa. Severus la regarda s'éloigner distraitement. Elle se retourna pour lui adresser un signe de la main depuis l'arrière cour, juste avant de tapoter les briques de sa baguette.

 

Il devait admettre qu'il avait passé une heure moins désagréable que prévu. Il discutait rarement avec des gens de son âge, en dehors de son cercle de Serpentards, il préférait souvent la conversation de sorciers plus âgés, comme Lucius. Il faut dire qu'étant encore étudiant, il passait la majorité de l'année à l'école, au milieu de têtes familières, et où sa réputation le précédait. Il songea avec mélancolie au château, même si il lui tardait de finir sa dernière année afin de pouvoir enfin commencer sa vie, celui-ci lui manquait terriblement. Enfin, cette année, pensa-t-il sombrement, il aurait largement le temps de profiter de ce dernier, il passerait probablement la majeure partie des vacances entre le parc, la bibliothèque et les cachots de Poudlard.

 

Lucius arriva une demi heure plus tard, à l'heure exacte du rendez vous. Il traversa la pièce avec son élégance naturelle, quelques têtes se retournèrent sur son passage. Severus eut un petit sourire, apercevant le regard admiratif que quelques sorcières lui lancèrent, son ami était aussi lumineux que lui était sombre et repoussant. Si seulement ils connaissaient le jeune et brillant Malfoy juste à moitié aussi bien que lui, songea-t-il, ils auraient sûrement une attitude bien différente à son égard...

 

Severus s'était rapproché de lui lors de sa deuxième année à Poudlard, le jeune Malfoy étant à cet époque préfet en chef avait pris le jeune garçon sous son aile, l'aidant à s'intégrer au sein de sa maison. Il devait énormément à Lucius, qui avait su apprécier ses talents et son intelligence. Mais il connaissait aussi les parts d'ombres du jeune homme, qu'il avait eu le temps de découvrir lors de leur correspondance et surtout en le fréquentant en dehors de l'école durant l'année précédente. Manipulateur hors pair, mesquin et calculateur, cruel, et toujours capable d'obtenir ce qu'il désirait, cela ne rendait que le jeune héritier plus attachant encore aux yeux de Severus. Il comprenait parfaitement comment fonctionnait son esprit. Il n'avait plus la même admiration aveugle pour ce dernier que lors des premières années, et depuis un an, ils avaient des conversations sur un pied de quasi égalité.

 

— Severus, mon cher, comment vas-tu? J'espère que tu tiens le coup? J'aurais voulu pouvoir être à tes côtés pour te soutenir, mais malheureusement entre le stage au ministère et tout le reste, je n'ai pas pu me libérer.

— Bonsoir Lucius. Je comprends parfaitement, et du reste je ne pense pas que tu aurais apprécié la compagnie lors de la cérémonie.

— J'aurais pu voir avec mon père afin qu'il convainque la commission du ministère d'accorder la permission de l'enterrer malgré tout dans le caveau de sa famille.

— Non, elle a choisi de couper ses liens familiaux en connaissance de cause … de plus ce n'est pas ce qu'elle aurait désiré. Au moins quelques personnes qui la connaissaient étaient présentes... Reprit Severus d'un ton qu'il voulait détaché mais qui semblait un peu plus rauque qu'à l'accoutumée.

— Mais tout de même, une Prince, même ayant trahit son sang, enterrée dans un cimetière moldu, ça semble ridicule. Mais bon, d'ici quelques années tu pourras peut-être récupérer l'héritage familial et régler cet affront.

— Avec toi comme mentor, je n'en doute pas, taquina son ami.

 

Lucius sourit puis reprit un ton sérieux, en plongeant son regard dans le yeux noirs de son interlocuteur

 

— Tu sais que tu peux compter sur mon soutien Severus, n'est-ce pas?

— Et toi sur le mien, approuva le jeune homme.

— Bon et bien maintenant je suis là. J'ai prévu une soirée qui devrait t'aider à t'éloigner un peu de tes idées noires. On est attendu d'ici une demi heure, ça nous laisse largement le temps de prendre un verre ou deux avant de transplaner.

 

Severus soupira tandis que Lucius allait acheter une bouteille de Whisky pur feu au Bar, il imaginait bien le type de soirée qu'avait prévu Lucius. Il convenait qu’il serait trop occupé pour avoir le temps de ressasser les événements de la dernière semaine durant la nuit, mais il aurait préféré se rendre directement au Manoir Malfoy ou il avait été invité à loger durant les semaines précédant la rentrée. Il avait prévu de lancer la préparation de quelques potions dans le magnifique laboratoire au sous sol et d’essayer de dormir un peu.

 

Mina quant à elle était rentrée à bon port. Après avoir concocté un repas pour remercier leur logeuse, durant lequel la manière moldue de cuisiner une tarte au pomme de Mina avait beaucoup divertit Tiberia, les deux jeunes femmes étaient montées se coucher.

 

Les deux amies ne réussirent pas à trouver le sommeil, le regard fixé sur le porte clefs, attendant avec appréhension qu'une réponse leur parvienne pendant la nuit. Elles discutèrent durant plusieurs heures. Hermione apprit à son amie tout ce qu'elle connaissait des règles à respecter lors d'un voyage temporel. Puis le sujet dévia sur le présent, sur ce qu'elles feraient en rentrant, sur tous ces regrets dont elles avaient pris conscience suite à l'incident. Le silence suivit, chargé de douleur et d'espoir. Vers six heures du matin, alors qu'elles étaient en proie à l'état de torpeur qui précède le sommeil, le chaudron se teinta de pourpre.

Albus Dumbledore avait répondu.

End Notes:

Voila. Alors, vous êtes vous endormi(e)s durant le long essayage de baguette de Mina?

Que pensez vous du jeune Severus?

Qu'est ce que selon vous Dumbledore a répondu au courrier de Perséphone Delarue/Hermione?

 

A très bientôt pour la suite et bonne semaine :)

Récit et Décisions by Haru Nonaka
Author's Notes:

Voici donc le prochain chapitre


où se profile un changement de décor


La grande majorité des personnages, lieux, plot, etc que vous croiserez dans cette fanfic sont toujours empruntés à JKR ...


Encore merci à mes chères betas.


Bonne Lecture :)

Hermione et Mina échangèrent un regard entendu, à présent toute traces d'assoupissement avaient quitté leurs traits. L'appréhension les rendaient incapables d'échanger un mots, mais elles n'en avaient de toute façon pas besoin.

 

Les deux jeunes femmes sautèrent hors de leurs lits. Hermione voyant Mina fouiller ses d'affaires abandonnées au pied de son lit, s'empara de sa baguette et d'un tour de main fit émerger du tas la robe de sorcière de cette dernière ainsi que quelques vêtements de rechange qui se posèrent sur le lit parfaitement pliés. Mina lui sourit et s'empressa de se vêtir. Elle se saisit de la clef posée sur la table de nuit, échangea un dernier regard avec son amie, puis elle descendit les escaliers sur la pointe des pieds, ses ballerines dans une main et sa baguette dans l'autre. Elle poussa le plus discrètement possible la lourde porte d'entrée, s'assit sur le seuil et enfila ses chaussures.

 

Un instant plus tard elle dévalait la ruelle, ses pas claquant sur les pavés humides de rosée dans le silence du petit matin. Hermione, postée à la fenêtre, l'observa disparaître avec appréhension au coin de la rue.

 

Arrivée devant le mur de brique, Mina s'arrêta pour reprendre son souffle et améliorer un peu l'état de ses cheveux. Elle n'était plus habituée à les porter longs et mit quelques instants avant de se souvenir du sort de brossage express pour sorcières actives que Cérès lui avait appris.

 

Dans le Chaudron Baveur, Tom était en train de remettre en place les chaises, Mina se demanda si l'homme dormait parfois. Elle répondit à son hochement de tête avant de se diriger vers les casiers. Sa main tremblait tellement qu'elle dû s'y reprendre à plusieurs fois avant de parvenir à mettre la clef dans la serrure. Elle prit la petite lettre, l'enveloppe jaunie et épaisse lui semblait extrêmement lourde. L'adresse du Chaudron y était tracée d'une écriture élégante et légèrement arrondie. Mina glissa le pli dans sa poche sans oser regarder au dos, de peur d'y découvrir que le courrier n'était jamais arrivé jusqu'à son destinataire originel. Elle se retourna pour constater que le barman se tenait derrière elle. Il portait un plateau sur lequel était posé une cafetière pleine ainsi que deux tasses en porcelaine.

 

Tom posa le plateau sur la table la plus proche et entreprit de verser le liquide sombre et odorant. Il agrippa une des tasse qu'il vida d'un trait, avant de se resservir tout en faisant signe à la jeune femme de s'asseoir.

 

Elle s'exécuta et avala une gorgée du liquide brûlant avec délectation.

 

— Merci

— C'est mon travail de deviner ce dont les gens ont besoin, marmonna-t-il. Rassurez vous, je ne vous facturerais pas celui-ci, il vient de ma réserve personnelle … un peu fort pour la clientèle, mais vu que j'en ai fait trop.

 

L'aubergiste acheva de remettre en ordre la salle, tandis que la jeune femme finissait sa boisson. Il finit par revenir vers elle.

 

— C'était gentil de votre part de remonter le moral du jeune homme, hier. Affirma-t-il dans un murmure.

— Je … je n'ai pas vraiment, balbutia Mina, surprise. Vous voyez vraiment tout ce qui se passe dans votre bar, vous.

— Si vous saviez ce qu'on peut observer de derrière un comptoir ... on devient facilement invisible. Pas toujours que du joli, mais on apprend beaucoup sur la nature humaine.

— Vous semblez avoir vraiment trouvé votre vocation, je vous envie.

— Lorsque j'étais jeune je voulais devenir mannequin pour produits capillaires.

— Ah bon, répondit platement Mina, qui n'avait pas décelé l'ironie dans la voie de son interlocuteur.

 

Tom sourit, laissant entrevoir ses dents jaunes et irrégulières, puis passa sa main sur son crâne luisant avant de reprendre:

 

— Vous êtes réellement gentille, jeune fille. Faites attention à ne pas être trop naïve par contre. Etre capable de ressentir de l'empathie pour son prochain est une qualité parfois dangereuse.

 

Sur cette remarque, l'homme se saisit du plateau et se dirigea vers l'arrière boutique. Il réapparut quelques minutes plus tard, déposant une corbeille de toasts fumants et des oeufs au plat sur le comptoir, parfaitement coordonné avec l'arrivée du premier client qui descendait de sa chambre en baillant.

 

Mina salua l'aubergiste et retourna sur le chemin de traverse. Hermione devait l'attendre en trépignant et elle n'avait que trop tardé. En effet, son amie faisant les cents pas dans le hall de la maison. La jeune femme lui tendit la lettre et elle identifia avec soulagement l'écriture comme étant sans aucun doute possible celle du Professeur Dumbledore.

 

Elles s'installèrent ensuite dans la cuisine, Mina s'occupa de servir un thé tandis qu'Hermione décachetait prudemment l'enveloppe. Cette dernière contenait deux lettres pliées. La première était une réponse brève à l'intention de Perséphone Delarue, la priant de l'excuser car il n'allait pas pouvoir lui rendre visite pour l'instant, débordé par les préparatifs de l'année scolaire, proposant malgré tout de la joindre dès son retour en France via le réseau de cheminette. Le seconde feuille, plus fine et pliée de multiples fois s'avera vierge. Hermione tenta un « revelio » infructueux, puis posa la lettre par dessus la première contre la vitre dans l'espoir que des mots se détachent en transparence, sans plus de succès. Elle relut la lettre une seconde fois, les yeux légèrements plissés par la concentration, puis sembla avoir une idée. Elle se mit à renifler le papier et son visage s'illumina. Elle fouilla ensuite dans les placards de la cuisine, en sortit un pot de confiture vide, lança un sort et une petite flamme bleue s'y retrouva prise au piège. La jeune femme passa méthodiquement le papier au dessus du bocal, et quelques mots apparurent au centre de la feuille.

 

— De l'encre sympathique, remarqua Mina. Des bonbons au citron et maintenant ça! C'est un sorcier bien étrange ton Directeur.

— Hermione lui sourit, puis se concentra sur la lecture de la phrase qui était apparue.

 

 

« Dans le feu et la tourmente, à jamais, je me lève pour veiller sur la liberté. Qui suis-je? »

 

 

— Le phénix, répondit Hermione à voix haute, sans hésiter.

 

Lorsqu'elle eut prononcé ces mots, le papier s'envola à quelques centimètres de ses mains, et de nouvelles phrases apparurent. Hermione lut à voix haute le message

 

 

« Bonjour Mademoiselle, rendez-vous ce soir au 6 Ballast Quay à 22 heures.

 

Une fois dans le Pub, demandez la salle réservée par Brian Jones. Vous devriez ensuite comprendre quoi faire.

 

J'attends impatiemment de savoir ce qui vous a poussé à requérir mon aide.

 

Sincèrement Intrigué,

 

Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore »

 

 

 

Mina s'empara précipitamment d'une plume et nota l'adresse au dos de la fausse lettre.

 

Quelques instants plus tard la feuille devant Hermione se pliait pour former un origami à l'effigie d'un phénix. Un instant ce dernier scintilla de milles couleurs, puis il s'enflamma. Des cendres qui voltigeaient dans la pièce tomba un petit jeton argenté qui rebondit dans un tintement sourd sur le sol carrelé.

 

Une demi-heure plus tard, Tiberia trouvait Hermione en train de préparer du porridge, tandis que Mina gisait à moitié affalée sur la table, les bras en guise d'oreiller.

 

Le soir venu les deux jeunes femmes s'éclipsèrent, prétendant se rendre à la première d'une pièce. Elles achetèrent un plan de Londres, puis prirent le métro pour se rendre dans la banlieue proche de Londres. Elles flânèrent le long de la tamise, s'arrêtant quelques instants pour déguster des sandwichs sur les quais, puis entrèrent dans l'antique pub quelques minutes avant l'heure du rendez-vous. Les lieux étaient bondés, surtout pour un mercredi soir. Les deux jeunes femmes furent contraintes à jouer des coudes pour atteindre le comptoir. La barman à qui elles s'adressèrent les conduisit dans une arrière salle. La pièce n'était pas grande, sans fenêtre mais néanmoins confortable. De larges banquettes couvertes de velours rouge entouraient une large table basse en bois clair, des affiches colorées tapissaient les mur, et un petit bar bien fourni était installé dans l'angle. Un antique juke-box achevait de décorer la pièce. Le lieu était désert, mais lorsque les jeune femmes demandèrent si leur hôte était arrivé la femme se contenta de hausser les épaules et repartit sans ajouter un mot.

 

Hermione et Mina patientèrent en silence, mais au bout d'une dizaine de minutes, leur rendez-vous n'était toujours pas là. Hermione se remémorant le message dans son intégralité, sortit le jeton et se dirigea vers le Juke-box qui semblait hors service. Elle l'introduisit en soupirant dans la fente et le dispositif se mit en marche. Quelques titres de chansons, pour la plupart d'anciens chants de marins s'illuminèrent, elle avisa parmi ces derniers quelques chansons plus récentes. La jeune femme leva les yeux au ciel et pressa le bouton déclenchant un des titres des Beatles. Les premières mesures « All you need is love » retentirent dans la pièce. Mina pouffa en entendant les premiers accords de la marseillaise qui débutaient la chanson. Un instant plus tard, alors que le chant avait à peine commencé le juke-box pivota, laissant apparaître une ouverture dans le plancher. Les jeunes femmes descendirent à l'échelle, et lancèrent un lumos une fois en bas.

 

Elles passèrent la porte entrouverte au fond de la réserve, d'où provenait une lueur vacillante et débouchèrent dans une petite pièce voûtée en pierre donnant sur la Tamise. Une petite table de bistrot en fer forgé était installée près de l'eau, entourée de quelques sièges, éclairée sobrement par une lampe à huile. Une silhouette aux longs cheveux argentés se tenait un peu plus loin. L'homme leur tournait le dos, absorbé par la contemplation de l'eau du fleuve qui était parsemée d'éclats mouvants sous la lueur des réverbères.

 

Albus Dumbledore se retourna, un sourire aux lèvres, son regard vif et clair pétillait derrière ses lunettes en demi-lune.

 

— Bonjour, vous devez être la jeune française que Tom a mentionné, dit-il à Mina avant de se tourner vers Hermione. Quand à vous, affirma-t-il en dévisageant Hermione, je suppose que vous êtes l'auteure de la lettre. Je m'excuse pour toute cette mise en scène. Mais il faut me comprendre, je suis un vieil homme et l'occasion de se distraire ainsi ne se présente pas souvent.

 

Les deux jeunes femmes saluèrent le Directeur. Mina était définitivement séduite par l'attitude joueuse de celui que certain considéraient comme le plus grand sorcier du siècle. Hermione quant à elle évitait de croiser le regard perçant de ce dernier, craignant de ne pouvoir retenir les larmes qui lui montaient aux yeux devant l'incarnation si vivante et énergique de l'homme qu'elle n'avait pas eu l'occasion de côtoyer autant qu'elle l'aurait souhaité.

 

Ce dernier ne manqua pas de remarquer l'émotion de la jeune femme, mais il reprit du même ton enjoué en leur faisant signe de s'asseoir :.

 

— Et si vous m'expliquiez ce qui vous est arrivé ?

 

Mina, qui se doutait que son amie était profondément troublée par la présence d'un fantôme de son passé, prit l'initiative de résumer la situation à Dumbledore. Tout en racontant leur mésaventure, en se gardant bien de donner des dates, elle sortit de son sac la boîte à musique qu'elle lui confia ainsi que le pendentif. Le vieil homme écouta son récit tout en conservant son air bienveillant. Malgrés tout une lueur d'intérêt mêlée à quelque chose qui ressemblait à de l'avidité passant furtivement dans ses yeux clairs lorsque la jeune femme lui expliqua qu'elles avaient été projetées plusieurs décennies en arrière, bientôt remplacé par un éclat de profonde mélancolie qui rendit à son visage tout le poids des années. Il se reprit bien vite et tacha de concentrer son attention sur le problème présent. Il observa la boîte au cadran brisé, puis lança quelques enchantements sur le pendentif qui réagit à l'un d'eux en scintillant faiblement du même éclat bleuté qu'il avait prit bien des années plus tard.

 

Lorsque Mina eut finit son récit, il sortit de sous sa cape une bouteille de whisky pur feu et fit apparaître trois verres, qu'il remplit avec générosité.

 

— Hé bien, c'est une affaire bien mouvementée qui vous amène. Je ne peux que vous féliciter de la présence d'esprit dont vous avez fait preuve face à ce que vous avez dû vivre ces dernières heures. Vous avez fait preuve d'une grande réflexion et d'un certaine maturité que je n'aurais probablement pas eu à votre âge.

 

Albus Dumbledore se tourna vers Hermione, levant son verre à son attention, puis avala une gorgée du liquide ambré. Cette dernière qui avait repris consistance et lui offrit un petit sourire modeste avant de l'imiter.

 

— Je ne peux certes pas vous demander trop de précisions, car il vaut mieux pour tous que j'ignore un maximum de détails concernant votre présent, mais il semble que vous me connaissez de façon assez intime, si je prend en considération le contenu de votre missive ainsi que votre réaction, Mademoiselle.

 

— Je… je vous connais en effet, mais surtout par l'intermédiaire d'un de mes meilleurs amis, je suis désolée d'avoir utilisé certains détails ... personnels, mais je voulais m'assurer d'avoir toute votre attention. Répondit Hermione timidement.

— Je ne vous en tient aucunement rigueur, vous avez agi selon la situation, admirablement même. Je voudrais juste que vous m'éclairiez sur une chose. Vous n'ignorez rien des agissements de mon ancien élève Tom Jedusor, en ce moment plus connu sous le nom de Lord Voldemort, je présume. Je voudrais juste savoir si le monde des sorciers que vous connaissez n'est plus assombri par lui et ses fidèles.

— Je suis une élève de famille Moldue qui a effectué sa scolarité à Poudlard, si cela suffit à répondre à votre question.

— En effet, cela répond parfaitement à ma question. Juste une dernière demande : le futur est-il plus paisible que maintenant ?

— Il y a eu une autre guerre, douloureuse, mais oui, dans notre présent le calme est revenu, pour de bon cette fois, je l'espère.

 

Le visage de Dumbledore s'était assombri. Il fronça les sourcils puis secoua la tête: la nature humaine ne changerait elle donc jamais? Pourquoi n'était elle pas capable d'apprendre de son passé. Son visage affichait une tristesse profonde lorsqu'il reprit:

 

— Bien que je déplore grandement que la paix ait de nouveau été troublée, je suis heureux de savoir que le monde que je vous aiderai à retrouver n'est plus dans la tourmente . Mais revenons à votre problème : les artefact concernant le voyage temporel sont extrêmement rares et contrôlés par le Ministère, même si j'ai eu l'occasion d'en observer certains. Aucun d'entre eux, du moins en état de fonctionnement, n'ont de sortilèges suffisamment puissants pour effectuer plus que des sauts relativement restreints. La magie temporelle antique est très instable et dangereuse, de nombreuses légendes existent à son propos, et elles sont souvent assez sombres. La boîte à musique, plus précisément le cadran et le mécanisme semble de facture Gobeline. Peut-être sera-t-elle réparable, mais il faudra vous armer de beaucoup de diplomatie pour négocier avec les Gobelins. Je vous recommande de faire de nombreuses recherches afin de maîtriser votre sujet face à eux. La moindre faille ou hésitation sera exploitée à votre désavantage, et il serait certes désastreux que vous vous retrouviez dépossédées de l'objet. Quant au médaillon, je dirais qu'il a été serti il y a probablement un peu moins de deux siècles. Les pierres, par contre, semblent avoir été ensorcelées par une magie celtique druidique, avec une touche un peu plus moderne probablement. Il sera difficile d'en tracer la provenance mais je peux vous ouvrir l'accès à certains ouvrages de la réserve de Poudlard.

 

Le vieil homme nota l'expression enthousiaste de Mina et précisa.

 

— Je me vois par contre au regret de vous informer que le nombre de recueils pouvant être pertinents est des plus conséquent. Cette recherche n'est pas de celles que vous pourriez boucler grâce à un simple accio, cela pourrait malheureusement vous prendre des mois voir même des années avant de trouver une piste concluante.

 

Mina se tourna vers Hermione, la mine défaite, cette dernière approuva le professeur, arborant une expression contrite.

 

— Professeur, reprit-elle, nous n'avons guère de moyen de contribuer à la société sorcière sans être repérables, pourriez-vous nous conseiller à une personne de confiance, afin que nous puissions subvenir à nos besoins tout en cherchant à retourner chez nous?

— Je pense avoir une solution toute trouvée à ce problème. Je me chargerai également de vous fournir de nouvelles identités. Quel âge avez-vous si ce n'est pas indiscret?

 

Hermione répondit la première, suivit par Mina.

 

— J'aurai dix-neuf ans en septembre, dans mon époque.

— Je suis déjà dans ma vingtième année.

— Vous avez donc toutes deux déjà achevé votre scolarité?

— Heu, non, répondit Hermione, j'ai été forcée de … l'écourter, même si je comptais préparer mes ASPIC en candidat libre. Quant à Mina, elle a choisi d'intégrer un apprentissage chez un apothicaire après avoir passé ses BUSES à Beauxbatons.

 

Dumbledore les observa quelques instants en Silence, réfléchissant, puis il eut un léger sourire et proposa.

 

— Si vous le désirez, je pense qu'il me sera possible de vous intégrer aux élèves de septième année de l'école. Nous accueillons également à la rentrée quelques élèves en préparation aux ASPIC venant de Durmstrang, cinq sang mêlés qui sortent d'une année éprouvante. L'influence de l'extrémisme s'est malheureusement bien répandue en europe de l'est, et certains parents choisissent l'opportunité de les envoyer achever leur formation dans de meilleures conditions. Vous pourriez intégrer l'école en tant qu'élèves de Beauxbatons dont la famille aurait été mutée en angleterre, ou quelque chose de ce genre. L'école française accueille beaucoup plus d'étudiants que la nôtre, et je pense que votre ajout sur les listes de cette dernière devrait passer inaperçu. Je contacterai le directeur pour parfaire votre couverture, c'est une connaissance de longue date.

 

Les jeunes femmes approuvèrent avec soulagement la proposition du Directeur, puis il eurent une longue discussion concernant les détails de leur couverture.

 

Il fut convenu que Mina, ayant déjà été en contact avec le monde sorcier de mille-neuf-cent-soixante-dix-sept conserverait son apparence ainsi que son prénom. Quant à Hermione, elle prendrait l'identité de la fille d'une amie canadienne du Professeur. La jeune femme en question était une Cracmol qui élevait des moutons en Nouvelle Zélande, elle avait le même type de carrure qu'Hermione ainsi qu'une forme de visage similaire selon le vieil homme. Le Directeur pensait qu'il serait assez aisé pour la voyageuse du futur d'adopter son apparence, en se contentant simplement d'artifices et d'un sort de métamorphose qui transformerait la forme de son nez, il se chargerait de lui fournir un stock de cheveux et de polynectar au besoin.

 

Dumbledore fit apparaître une liste qu'il leur tendit, leur suggérant de profiter du lendemain pour acheter les fournitures et mettre leurs affaires en ordre. Puis il leur proposa de rejoindre le village de Pré-au-Lard dès vendredi soir, où il enverrait quelqu'un pour les accueillir et les conduire aux château afin qu'elles puissent mettre à profit les dernières semaines avant la rentrée pour avancer dans leurs recherches. Il leur tendit ensuite une bourse pleine de galions, et avant que les jeune femmes n'aient eu l'occasion de protester davantage, il leur suggéra en riant de considérer cela comme un prêt d'étude à rembourser lorsqu'elles seraient retournées dans leur ligne temporelle, et auraient trouvé un emploi stable.

 

Le vieil homme entreprit ensuite de rédiger une missive à l'intention de Tiberia, qu'il avait eu comme élève. Il leur confia la lettre, et tendit à chacune un bras pour transplaner. Il les raccompagna à quelques blocs de l'entrée du Chemin de Traverse, dans une petite impasse déserte, avant de s'éclipser dans un tourbillon argenté.

 

Hermione remit sa cape et releva la capuche pour masquer son visage puis les deux jeunes femmes se glissèrent dans le pub. Elles arrivèrent sur le perron de la maison de Tiberia juste avant l'heure du couvre-feu décrété par le Ministère, la femme les attendait en chemise de nuit, un livre à la main et de lourdes lunettes rondes sur le nez. Elle les salua en baillant, puis monta se coucher sans se faire prier, tandis que les filles rangeaient la petite cuisine.

 

Les deux filles discutèrent ensuite autour d'une tisane, Hermione décrivit le fonctionnement de Poudlard tandis que Mina lui parlait de l'école sorcière française. Le système de cette dernière différait en de nombreux aspects de celui anglais. Plus internationale, l'école était organisée en dortoirs selon les années d'étude et les options choisies. Les étudiants suivaient également des cursus de langue, et les activités extra scolaires étaient plus nombreuses qu'à Poudlard. Les cours de bonne manière était vraiment vieillot selon la petite brune, mais l'école proposait d'autres activitées aussi variées que le jardinage et la danse contemporaine. Les élèves recevaient également une formation de base en cuisine magique, dispensée aussi bien aux jeunes hommes qu'aux jeunes femmes lors de leur quatrième année d'étude. Les elfes de maison de Poudlard étaient d'ailleurs remplacés par la brigade chargée de cet enseignement. Les filles papotèrent jusqu'à une heure tardive.

 

Le lendemain matin elles reçurent un Hibou de Dumbledore contenant un portrait de la jeune femme qui servirait de couverture à Hermione. Mina observa longuement la petite photo mouvante, il y avait en effet quelque chose de proche dans les traits de la jeune cracmol. Malgré ses longs cheveux blonds et son nez grec qui donnait une certaine majesté au visage, Mina la trouvait un peu moins jolie que son amie.

 

Hermione entreprit de métamorphoser ses traits et ses cheveux pour ressembler au portrait, il lui fallut de nombreuses tentatives afin de parvenir à un résultat décent, qu'elle effectua sous le regard rieur de Mina. La transformation obtenue ne durait malheureusement pas très longtemps, les cheveux d'Hermione étant les premiers à se rebeller contre la contrainte de la métamorphose. Mina se chargea donc d'acheter leurs fournitures scolaires ainsi qu'un fer à lisser, tandis que son amie pestait devant le Miroir enchanté de la salle de bain qui semblait outré d'entendre les jurons que proférait parfois la jeune femme à bout de patience.

 

Vendredi arriva bien vite et les jeunes femmes, en fin de matinée, firent leurs adieux à Tiberia et à Edgard, qui était passé prendre le thé et prendre des nouvelles de ses patientes. Quand l'heure du départ sonna, la femme les serra dans ses bras. Émue au bord des larmes, elle leur fit promettre de lui donner souvent des nouvelles. Les filles soupçonnaient que la lettre de Dumbledore avait dévoilé bien des choses à leur hôtesse, bien que cette dernière n'ait fait aucune allusion quant à son contenu.

 

Les filles montèrent dans un train à destination d'Inverness en Écosse. Le voyage dura une partie de la journée et Hermione en profita pour se plonger dans les manuels de l'année. Mina tenta de faire de même mais ses capacités de concentration n'étaient pas aussi développées que celle de son amie, de plus le fait de déchiffrer les manuels volumineux et pointus dans la langue de Shakespeare la fatiguait rapidement et elle devait faire des pauses pour calmer le mal de tête que lui causait l'effort. Elle préférait de loin contempler le paysage qui défilait derrière la vitre du train, au son du CD gravé par son plus jeune frère, celui qui était dans le petit walkman qu'elle avait retrouvé au fond de sa besace. Une fois à la gare, les jeunes femmes se faufilèrent dans les toilettes d'où elles transplanèrent à destination de Pré-au-Lard.

 

Elles atterrirent en plein milieu d'un champs d'orge à l'orée du village, alors que la nuit tombait. Hermione changea son apparence, puis se chargea d'ôter la boue de leur vêtements tandis que Mina tâchait de régénérer un peu les plantes abîmées lors de leur arrivée.

 

L'antique village était paisible et d'une grande beauté sous les rayons du soleil couchant, mais Hermione sentait son coeur se serrer ainsi que son estomac se contracter douloureusement alors qu'elles prenaient la direction de l'auberge des Trois Balais.

End Notes:

Voila c'est tout pour cette fois ...

alors, que pensez vous du sens de la mise en scène de Dumby?

êtes vous déçu de la tournure que prend cette fic ou bien avez vous hâte d'arpenter les couloirs du château en compagnie des deux filles?

A bientôt pour la suite (la publication vas surement ralentir un petit peu avec la rentrée et tout, mais pas de beaucoup je vous rassure)

 

Bisous

Découvrir et se souvenir by Haru Nonaka
Author's Notes:

Voici donc le chapitre suivant,

j'avoue que j'ai pris un peu plus de temps que prévu pour l'écrire,

je vais essayer de ne pas trop trainer avant de poster le suivant

 

Bonne lecture

Les dernières braises du crépuscule s'éteignaient à l'horizon tandis que la nuit déployait son manteau sur les rues de Près-au-Lard. Les lampadaires à gaz de la rue s'illuminèrent alors que les deux jeunes femmes atteignaient la devanture du pub. Des carreaux troubles filtrait une lueur chaude et attirante et l'on percevait, depuis l'extérieur de l'établissement, des éclats de voix et des rires, atténués par le doux son d'une flûte qui interprétait une mélodie traditionnelle écossaise entraînante accompagnée par quelques instruments à cordes.

 

Mina rattacha ses cheveux, et s'attarda un instant à observer l'enseigne de l'établissement. Lorsqu'elle se retourna elle remarqua que son amie s'était figée, la main posée sur la large porte d'entrée des Trois Balais. Un coup d'oeil au profil d'Hermione fut suffisant pour remarquer ses traits tirés et son teint blafard, qui n'étaient certainement pas dû au sort de métamorphose qu'elle s'était lancé un peu plus tôt. Mina s'approcha de son amie avec circonspection, sans oser prononcer un mot. Elle fit disparaître d'un tour de baguette les quelques épis d'orges qui étaient restés accrochés au cheveux maintenant lisses et blonds de cette dernière, avant de poser une main hésitante sur son épaule. Hermione, perdue dans ses souvenirs, sursauta au contact de la paume tiède, puis tourna la tête vers son amie. Ses iris noisettes n'avaient pas été modifiées par le sort, mais étaient à présent agrandies par de larges verres qui achevaient de dissimuler son apparence originelle. Derrière les épaisses lunettes, un éclat humide inhabituel faisait briller les yeux de la jeune femme. Mina tapota l'épaule de son amie un long moment, ce geste sensé être confortant lui semblait dérisoire et ridicule face au désarroi de la jeune femme, mais elle ne savait pas quoi faire d'autre.

 

Hermione, avisant finalement l'air inquiet de son amie, lâcha un soupir avant de secouer la tête pour se remettre les idées en place. Remontant d'un geste sec les lunettes sur son nez, elle effaça avec agacement les larmes qui avaient commencé à perler au coin de ses yeux. Elle sourit ensuite à Mina et se décida à pousser le lourd battant. Pénétrant la tête haute dans le vestibule, elle ôta sa cape, l'envoya d'un geste sur le portemanteau avant de se faufiler dans la salle avec la démarche détendue et joyeuse de celle qui vient de finir une semaine de travail et ne songe qu'à profiter de son week end de liberté. Mina resta un instant sur le seuil, à regarder l'inconnue familière qui s'éloignait d'un pas sûr et souple au milieu des tables bondées, la poitrine serrée. Tachant de fixer un masque tranquille sur son visage, elle s'engouffra à son tour dans le Pub.

 

Quatre musiciens étaient installés au fond de la large piece, deux ou trois couples dansaient, mais la plupart des clients préféraient papoter entre eux. L'animation qui régnait dans le pub était somme toute on ne peut plus normale pour un vendredi soir, mais Hermione aurait voulu se trouver très loin, au calme, au milieu des visages anonymes de la métropole.

 

Depuis son arrivée dans le village, une vague de sentiments refoulés avait surgi, creusant un gouffre en elle. Ses barrières s'érodaient un peu plus à chaque détail familier qui ravivait sa mémoire. Le Londres de 1977 n'avait pas réussi à ouvrir ses fissures. Peut-être que les rues de la ville étaient moins rattachées aux souvenirs de ses proches ou peut-être était-ce tout simplement parce qu'elle s'était habituée à l'affronter en adulte, en solitaire. Hermione songea amèrement que si Pré-au-lard lui faisait cet effet, elle n'était plus aussi sûre que se rendre au château soit une si bonne idée.

 

La jeune femme balaya du regard la salle, mais peu importe où elle posait les yeux, il lui semblait discerner des traits familiers au quatre coins de la foule insouciante. Elle avait notamment reconnut sans mal la future tenancière du Bar, madame Rosmerta, dans la jeune femme souriante d'une trentaine d'année qui se frayait un chemin gracieusement de table en table, un petit carnet de commande dans une main, un plateau chargé flottant au dessus d'un autre.

 

La robe longue et colorée qu'elle portait se finissait en froufrou, et de son chignon s'échappaient quelques boucles rebelles qui achevaient de lui donner l'allure d'une danseuse de flamenco, détonnant assez avec le décor. D'ailleurs la patronne actuelle du bar, une petite femme aux cheveux blancs et au visage sévère, façonné par le climat rude des landes écossaises, observait sa jeune employée, les lèvres légèrement pincées.

 

Hermione avait ressentit l'espace d'un instant une bouffée de jalousie en suivant des yeux la jeune femme, elle pouvait clairement visualiser l'expression qu'aurait eu Ron en croisant cette lumineuse et déjà plantureuse future patronne des Trois Balais. Elle repoussa sa réaction idiote d'un sifflement et fit signe à Mina de la rejoindre à la table vide qu'elle venait de repérer. Les jeunes femmes posèrent sur la table un exemplaire de l'Histoire de Poudlard, relié en cuir rouge, signe de reconnaissance convenu avec le Directeur pour que la personne qui devait les conduire au château les identifie sans problème. Quelques minutes plus tard la serveuse leur tendait la carte de l'établissement. Hermione commanda par habitude deux coupes d'Hydromel aux épices, la spécialité de la maison. Elle comprit qu'elle avait fait une bourde lorsqu'elle vit se peindre une expression de panique sur le visage de la jeune Rosmerta. La fille jeta un regard nerveux vers sa patronne, qui était occupée au bar, puis se pencha un peu plus vers ses deux clientes, murmurant :

 

— Chut, pas si fort. Comment êtes-vous au courant pour …. raahh….Satanés Maraudeurs, je leur avais pourtant dit de ne pas ébruiter ça.

— Oh, je suis désolée, on ne voulait pas causer de problèmes. C'est que Sirius Black nous a conseillé de commander ça si on passait aux Trois Balais. Il nous a dit que c'est la spécialité de la maison, à ne manquer sous aucun prétexte, improvisa Hermione avec un léger accent francais

— Pfff satané cabot … il ne perd rien pour attendre … marmonna la serveuse qui avait tout de même rougit en entendant le compliment sur l'Hydromel qu'elle concoctait amoureusement pendant son temps libre.

 

Elle se redressa, sortit son calepin et nota quelque chose avant de reprendre.

 

— Donc deux Bierraubeures pour les demoiselles, ça arrive tout de suite, lança-t-elle d'une voix claire et sonore.

 

Rosmerta s'éloigna de la table après avoir décoché un clin d'oeil complice aux deux jeunes femmes. Hermione expliqua rapidement à Mina qui étaient les fameux "Maraudeurs". Son visage s'assombrit un peu tandis qu'elle lui parlait de Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue. Elle venait juste de réaliser qu'en étudiant à l'école à cette époque, elle côtoierait probablement les parents d'Harry, le futur traître qui les conduirait à leurs morts, ainsi que le regretté professeur Lupin.

 

Côtoyer les morts, les sacrifiés de la guerre, rester détachée, ne rien changer, trouver au plus vite un moyen de quitter cette maudite époque. Hermione dévisagea Mina, ses yeux brillaient d'enthousiasme et de curiosité envers le monde qui l'entourait. Elle ne connaissait pas sa chance. Il faudrait bien briser la barrière protectrice de son ignorance, mais Hermione n'avait pas encore le courage de lui imposer cela. Elle espéra qu'elle n'aurait pas besoin de dévoiler tous les faits futurs à son amie. Mina était plus fragile, plus impulsive qu'elle, et elle ne voulait pas lui imposer une douleur supplémentaire. Après tout peut être trouveraient-elles un moyen de repartir avant même d'avoir échangé plus qu'un regard avec les Maraudeurs, ou Lily Evans.

 

Mina pour sa part rêvassait en feuilletant l'histoire de Poudlard, elle se demandait dans quelle maison le choixpeau la repartirait. Elle n'irait probablement pas à Gryffondor, sa force et son courage laissaient à désirer. Elle ne pensait en tout cas certainement pas atterrir à Serpentard, n'étant pas particulièrement ambitieuse et ayant de toute façon grandi chez les moldus. Elle avait beau avoir de la curiosité en réserve, elle n'était pas assez studieuse pour Serdaigle. Cela laissait donc Poufsouffle, elle était plutot loyale en amitié, de nature assez sociable, elle appréciait la nature et n'avait pas peur du travail manuel. Et si faire partie des blaireaux signifiait être sous estimé par les autres élèves, cela semblait la maison idéale où se trouver dans la situation actuelle. Hermione lui avait fait part des a priori ridicules des élèves de l'école envers ceux qui y étaient répartis, Poufsouffle avait pourtant formé le célèbre magizoologiste Newton Scamander et beaucoup d'autres sorciers talentueux. Mina s'apprêtait à demander à Hermione quelques informations supplémentaires sur la maison Jaune et Noire lorsque Rosmerta revint à leur table, posant deux chopes de Bièraubeurre. Elle leur sourit.

 

— Voila votre commande, cadeau de la maison dit elle, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, le résultat varie souvent, mais je pense que l'assaisonnement est plutôt réussi cette fois.

 

La serveuse s'était à peine éloignée de quelques pas lorsque le contenu des tasses se métamorphosa, diminuant et s'épaississant légèrement, tandis que la mousse s'évaporait. Du liquide ambré qui avait apparu dans le fond des tasses se dégageaient des vapeurs entêtantes. La boisson était parfaitement équilibrée: plutôt sucrée mais sans être écoeurante, le goût des épices prenant le pas sur la douceur du miel. Les deux amies étaient d'accord pour dire que ce breuvage serait parfait pour égayer les longues et froides nuits d'hiver. Lorsque Hermione se leva de sa chaise en serrant contre elle l'exemplaire de l'Histoire de Poudlard, elle vacilla légèrement et dû s'appuyer sur le dossier de sa chaise, elles n'avaient rien mangé et le breuvage était plus fort qu'il en avait l'air.

 

La jeune femme avait reconnu Poppy Pomfresh qui fouillait les tables du regard, les sourcils froncés. Plus encore que le changement d'âge, Hermione trouvait étrange de voir l'infirmière hors de son uniforme. Ses boucles claires habituellement attachées et dissimulées sous sa coiffe d'infirmière, étaient à présent détachées et donnaient à son visage pointu une allure beaucoup moins sévère. La femme les rejoignit et se laissa tomber sur la chaise libre, sans se débarrasser de son manteau. Elle les dévisagea un instant, pris une grande inspiration, puis débita à toute vitesse dans un français excellent:

 

— Bonjour, je suis madame Pomfresh, infirmière titulaire du château de Poudlard, vous êtes les deux transférées de Beauxbatons? Le professeur Dumbledore m'a demandé de vous escorter au château, et de vous faire passer une visite médicale. Je suis actuellement une formation spécialisée en soins d'urgence sportifs, en Irlande, et je devrais être sur le pied de guerre demain matin à six heures, alors si vous voulez bien, on ne va pas trop tarder.

 

Mina s'empressa de finir son verre, impressionnée par l'autorité naturelle qui se dégageait du petit bout de femme devant elles. Elles suivirent ensuite la femme vers la sortie.

 

Mina croisant Rosmerta, s'arrêta un instant. Levant le pouce en signe d'appréciation, elle murmura :

 

— C'était délicieux, merci beaucoup. Vous devriez le proposer pour la carte, ça ferait un tabac.

 

La serveuse la gratifia d'un large sourire et Mina se détourna. Avisant ses compagnes de voyages qui étaient déjà sur le seuil, elle se hâta de les rejoindres.

 

Madame Pomfresh interrogea les filles sur leurs antécédents médicaux tandis qu'elles remontaient la route principale en direction de la sortie du village où les attendait une diligence portant les armoiries du château.

 

Mina s'immobilisa à quelques pas du véhicule, détaillant avec curiosité les deux sombrals qui y étaient harnachés. Elle avait déjà observé des reproduction de ces créatures durant ses cours d'études des créatures magiques européennes, mais n'avait jamais eu affaire à l'une d'entre elles en chair et en os.

 

D'après ses souvenirs, l'ouvrage indiquait que seule une personne ayant fait face à la mort d'un être proche et accepté pleinement cette réalité était capable de les voir.

 

La jeune femme n'était pas effrayée par l'allure sombre décharnée de la créature. Au contraire elle se sentait même attirée vers cette dernière, vers la mélancolie profonde qui émanait de l'animal. Comment avoir peur d'une créature timide au point de ne se montrer qu'à des gens capables d'affronter la contradiction, la violence, l'étrangeté et la délicatesse qui se dégageait de son apparence? Mina s'approcha de quelques pas, le regard plongé dans les yeux d'un des sombrals qui avait tourné sa large tête vers elle. Elle posa sa paume sur le front que lui tendait la créature, un doux sourire sur les lèvres. Mina salua mentalement la créature qui semblait venir d'un autre monde, elle qui venait d'un autre temps.

 

Les deux autres contemplaient l'étrange scène en retrait, retenant leur souffle.

 

Poppy Pomfresh pouvait voir les créatures depuis qu'elle avait intégré le staff de l'école, même si elle préférait en rester éloignée car elles lui rappelaient des souvenirs douloureux, et éprouvait encore un sentiment de dégoût en leur présence. Elle avait en effet perdu plusieurs patients lors de sa formation en médicomagie, et en tant que guérisseuse les Sombrals était un rappel de ses échecs. Elle sentit une bouffée de tristesse monter en elle, observant la connexion qui semblait relier l'animal et la jeune élève qu'elle était chargée d'accompagner. Elle détourna la tête pour observer un instant l'autre jeune femme, s'attendant à trouver une expression d'incompréhension sur ses traits. Mais cette dernière semblait avoir parfaitement saisi la situation, et observait la scène les lèvres serrées, des larmes coulant sur ses joues rosies par la fraîcheur de la nuit.

 

Hermione se détacha à la contemplation la première, montant dans la Diligence. La jeune femme sécha ses larmes, elle avait été heureuse de constater que Mina avait finalement réussi à faire son deuil, mais la scène l'avait également laissée un peu confuse. Elle aurait pensé pouvoir voir les sombrals, après la bataille de Poudlard. Mais avant qu'elle eût le temps de s'appesantir sur ce fait, Mina et l'infirmière montèrent dans le véhicule qui se mit en branle et prit la direction du château.

 

Tandis que la diligence cahotait sur la route, aucune des passagères ne semblaient vouloir briser le silence qui s'était installé. Enfin, après un ultime méandre du chemin, la silhouette de Poudlard se découpa sur le ciel étoilé et Mina ne put retenir une exclamation. Le tableau était en effet surprenant : le relief anguleux de la falaise et de l'édifice qui surplombait le lac contrastait tant avec l'immense forêt sombres et les collines douces qui couvraient l'horizon. L'immense château gothique hissé sur une falaise avait une architecture des plus singulière, improbable, qui n'aurait pas pu survivre aux dommages du temps sans le support d'une magie créatrice d'une puissance phénoménale. Impressionnant était le mot juste pour décrire l'ensemble. Mina colla son visage contre la fenêtre pour mieux profiter de la vue. La lune à demi pleine se reflétait sur le lac sombre que la brise nocturne faisait frissonner. La jeune femme observa le large plan d'eau, un sourire au lèvres, s'imaginant en explorer les profondeurs. Hermione qui observait amusée son amie, jugea plus sage de mentionner l'existence du calamar géant, et les autres créatures qui peuplaient le lac. Mais cela ne fit qu'agrandir le sourire de la jeune femme, qui prit un air malicieux.

 

Hermione soupira, elle avait décidément l'art de choisir comme amis des aimants à problèmes. Il vaudrait mieux se dépêcher de briefer Mina avant qu'elle ne trouve un moyen de les mettre en danger, comme par exemple en devenant l'attraction de la rentrée en se la jouant "danse avec les strangulots ", ou quelque chose du genre. Elle regarda à nouveau son amie, cette dernière avait entrouvert la fenêtre du carrosse, et inspirait calmement l'air boisée, le visage à nouveau calme et posé. Hermione songea alors que le retour dans le Poudlard de son enfance l'avait fait régresser un peu. Elle avait dû passer tant de soirées en tant que préfète à essayer d'échafauder des plans pour couvrir Harry et Ron, ou encore à essayer de raisonner les jumeaux Weasley durant ses premières années d'études. Si bien qu'elle en était presque venue à oublier que Mina était tout de même une adulte, malgré sa tendance à jouer à l'enfant, et qu'elle n'avait pas besoin de la materner.

 

L'infirmière les conduisit tout d'abord à l'infirmerie, où elle devait achever de leur faire passer la visite médicale. Mina observait avec émerveillement les escaliers mouvants, les tableau enchantés dans lesquels passaient quelques portraits curieux qui les escortaient de cadres en cadres . Le château lui semblait tellement plus brut, plus dangereux, plus vivant que celui de Beauxbatons. Elle avait pourtant été époustouflée à son arrivée dans l'école de sorcellerie française : le bâtiment principal et ses ailes était magnifique, brillant, élégant. Les jardins paysagers et la fontaine centrale ouvragée coupait le souffle de ses futurs résidents.

 

L'école française était construite dans un style bien différent de Poudlard, de style classique, symétrique, ordonné. L'intérieur était décoré de façon baroque, portant beaucoup d'attention à la lumière, ce qui n'était pas sans rappeler le château de Versailles. Un sentiment de luxe se dégageait de l'ensemble. Mais pour Mina, la magnificence et la préciosité des lieux ne faisait qu'accentuer le sentiment d'oppression qui s'en dégageait. Beauxbatons était une large cage dorée. Si Poudlard était plus tranchant, austère et même un peu effrayant (elle pouvait tout à fait imaginer tomber au détour d'un couloir sur un Dracula des vieux films de la Hammer), il en émanait un parfum de secret, d'aventure et de liberté. Elle songea que la fillette qu'elle avait été aurait sans doute évolué bien différemment si elle y avait suivit sa scolarité dans ce cadre.

 

Après les avoir forcées à boire une potion revigorante, prescrit de l'exercice au grand air et quelques remèdes de sa confection, Madame Pomfresh les conduisit jusqu'au bureau du directeur. Lorsqu'un des escalier pivota sans prévenir, Mina se retrouva les quatre fers en l'air et éclata de rire. Après avoir réussi à rejoindre leur destination malgré le détour imposé par les caprices du bâtiment, l'infirmière murmura le mot de passe à l'attention de la gargouille qui s'écarta pour dévoiler l'escalator de pierre qui conduisait au bureau d'Albus Dumbledore. Hermione monta les marches machinalement, retourner dans le château tenait à la fois du rêve et du cauchemar: les murs éventrés, les corps, les sorts qui fusaient ... des bribes du combats final se superposaient aux échos de jours plus doux. Elle se sentait vidée, à bout de force.

 

La pièce était déserte mais Madame Pomfresh leur fit signe d'entrer.

 

— Ho, Il ne devrait pas tarder à arriver, je vous laisse donc. Bonne soirée mesdemoiselles et à bientôt, je vous reverrai probablement d'ici quelques semaines, dit la femme dans l'encadrement.

 

Elle tourna les talons et ajouta sans se retourner avant que la porte ne se referme sur elle:

 

— Et vous avez intérêt à être en meilleure forme la prochaine fois que je vous examinerai.

 

La large pièce circulaire était presque décorée à l'identique de celle qu'Hermione avait connu. Elle reconnaissait bourdonnement familier des énigmatiques mobiles en argents qui s'entassaient sur les tables, la large collection de grimoires qui s'étalait sur les étagères, les immense fenêtres voûtées et la lumière chaude qui illuminait le bureau malgré l'absence de son propriétaire. Les filles s'avancèrent en silence pour ne pas réveiller les portraits endormis des anciens directeurs. Fumseck leur jeta un coup d'oeil distrait depuis son perchoir. Puis le magnifique phénix reprit sa toilette, sans sembler être intéressé le moins du monde par leur présence.

 

De nombreux journaux sorciers et moldus étaient entassés sur le large bureau en bois au pieds en forme de serres. Une tasse de thé à moitié vide gisait abandonnée sur le meuble. Les jeunes femmes avisèrent deux sièges qui étaient postés face à ce dernier, mais elles préférèrent arpenter la pièce en attendant le retour de Dumbledore. Ce dernier arriva une demi heure plus tard, surgissant de la cheminée magique, dans un tourbillon de cendre et de flammes. Il leur sourit, et leur fit signe de s'installer, tandis qu'il se débarrassait de sa cape. Il sortit un parchemin de sa poche, et l'envoya d'un geste en direction d'une petite commode entrouverte. Le papier se classa de lui même dans un des tiroirs tandis que le professeur s'asseyait dans son large fauteuil directorial avec un soupir d'aise.

 

— Vous avez fait bon voyage j'espère. Je suis désolé pour ce retard, mais j'ai du aller rendre visite à une de nos future professeure. Une de ses connaissances à cru de son devoir de mentionner la soi-disant malédiction qui pèserait sur le poste. Absurde, n'est-ce pas? Mais parfois à force d'y croire, certaines choses finissent par devenir réelles. Elle hésitait à signer le contrat, mais je pense avoir réussi à la rassurer.

 

Hermione adressa un sourire forcé au professeur, elle ne connaissait que trop bien pour en avoir subie les conséquences la réalité de la malédiction qui pesait sur le poste de défense contre les forces du mal depuis le refus par Dumbledore de la candidature de Tom Jedusor.

 

— Bon, reprit-il, en ce qui concerne vos nouvelles identités, les voici. J'ai demandé à une de mes connaissances qui a travaillé au ministère de me les fournir. Ses faux papiers sont d'une qualité exceptionnelle. Tant que vous êtes dans l'école vous n'aurez pas à vous soucier des contrôles, mais elles vous seront très utiles si vous devez effectuer vos recherches au dehors.

 

Il leur tendit deux cartes d'identités, ainsi que deux visas sorciers qui portaient le sceau des Ministères de la magie français et anglais. Les photos sur les cartes d'identités étaient celles de deux fillettes d'une dizaine d'années qui leur ressemblait vaguement.

 

— Si vous gardez sur vous ces cartes dans les prochains jours, l'apparence des photos devraient se synchroniser avec la vôtre, c'est une de ses particularités. Par contre il ne faudra sous aucun prétexte les perdre ou vous les faire confisquer plus de 72 heures, sinon elles commenceront à reprendre leur forme originelles.

 

Mina lut sur sa carte: Mina Soïzic Caron, née le sept août mil neuf cent soixante à Brest. Elle ressentit une vague de gratitude envers le directeur. Il avait intégré son troisième prénom, qu'elle lui avait confié lors de leur premier entretien, et même si elle ne savait pas vraiment pourquoi, cela lui réchauffait le coeur. Elle parcourut ensuite les détails sous la carte, son poids et sa taille y étaient parfaitement notés, le morceau de papier mentionnait même la tache de naissance qu'elle avait sur la hanche droite. La jeune femme ne savait pas comment le créateur de la carte avait fait pour se procurer cette dernière information, mais elle ne préférait pas demander de peur que la réponse ne la mette en colère.

 

Elle jeta ensuite un coup d'oeil à la carte d'Hermione: Hermance Roisin Caron, née le vingt et un février mil neuf cent soixante à Montréal.

 

— Comme vous avez put le constater vous partagerez le même nom de famille, plus précisément cousines paternelles. Pour plus de crédibilité Hermance sera de mère Irlandaise, cela expliquera sans problème sa parfaite maîtrise de l'Anglais. Je vous laisse vous charger des détails de l'histoire, si vous le voulez bien. Ah oui, vos noms d'emprunt ont bien été ajoutés au registre des anciens élèves de Beauxbâtons.

 

La discussion avec le directeur se prolongea, la lune était haute dans le ciel nocturne lorsque les deux jeunes femmes rejoignirent la chambre qui leur avait été prêtée en attendant la répartition. L'appartement des préfets de Poufsouffle se trouvait juste à côté des cuisines dans lesquelles le directeur fit un arrêt pour informer les elfes de maison de leur arrivée et récupérer un encas de minuit au passage. La chambre était confortable, les murs décorés de fresques représentaient la forêt interdite et ses alentours. Des centaures fictifs et bariolés s'y activaient. De magnifiques plantes vertes tombaient en rideau du plafond, projetant leurs ombres mouvantes sur les murs ocres et un ruisseau coulait dans le fond de la pièce, alimentant un petit bassin où fleurissaient des plantes aquatiques dont le parfum doucereux emplissait la pièce.

 

Hermione se hâta de passer une chemise de nuit. Elle se glissa entre les draps frais et ne tarda pas à s'assoupir. Mina quant à elle ne réussissait pas à s'endormir, le murmure de l'eau et le silence qui régnait dans le château, tout était bien trop calme pour la citadine qu'elle était devenue. Elle suivit des yeux les silhouettes peintes qui s'agitaient sur les mur, les paupières à demi closes. Les couleurs floues poursuivirent longuement leur ballet hypnotique jusqu'à ce que ses paupières s'alourdissent et que le sommeil l'emporte.

End Notes:

Voila, j'espère que ce chapitre vous aura plu

Je suis curieuse: quels sont vos pronostics pour la cérémonie toute prochaine de répartition?

 

attention, ci dessous annonce publicitaire du sponsor du chapitre:

"Un bon de réduction pour un verre d'Hydromel aux trois balais pour toute rewiew, dans la limite du stock disponible,

Madame Rosmerta"

 

A très bientôt ;)

Echos et Répartition (partie 1 sur 2) by Haru Nonaka
Author's Notes:

Voici donc le chapitre suivant, 

Celui là est un peu long, donc je l'ai divisé en deux parties.

(j'espère ne pas attirer la foudres des modératrices... non, pitié... je n'ai pas fais exprès je le jure, c'est les personnages qui n'en font qu'a leur tête)

Sur ce j'espère qu'il vous plaira, ce chapitre. Bonne lecture :)

Les jours suivants passèrent rapidement, telle la brume automnale qui s’évapore au levé du jour. Une routine bien huilée commençait à s’installer.

Hermione se levait toujours la première, peu après l’aube. Elle passait dans la salle de bain et jetait un regard dubitatif à son reflet somnolent. Mina avait obtenu l’autorisation au professeur Dumbledore d’utiliser un des chaudrons de la salle de Potions afin de préparer une réserve de potion colorante. La recette sorcière était beaucoup plus délicate à appliquer mais avait le mérite de durer beaucoup plus longtemps que sa cousine moldue, sans avoir besoin d’effectuer de retouches au racines. La jeune française en avait également profité pour concocter un baume lissant, qui appliqué une fois par semaine permettait d'aplatir les boucles rebelles de son amie. Hermione se sentait passablement ridicule, lorsqu'elle entre-apercevait son visage affublé de cheveux blonds et plats, ce qui semblait agacer profondément ce dernier.  Elle lançait  généralement le sort qui modifiait la forme de son nez avant de passer sous la douche, l’eau tiède apaisant un peu les picotements désagréables qui suivaient la transformation. Etant donné qu'à présent elle parvenait à maintenir cette apparence pratiquement une demi-journée, le polynectar ne serait peut être pas nécessaire.

Après s'être habillée, Hermione regagnait la chambre. Elle lançait ensuite un trentes-trois tours au hasard, pour réveiller en douceur le loir qui lui servait de colocataire. La jeune femme avait trouvé toute une collection de disques en parcourant les étagères, probablement laissés là par un des anciens préfets, à moins qu’il ne s’agisse d’une touche personnelle de la directrice de maison de Poufsouffle. Si la plupart des technologies moldues ne fonctionnaient guère à Poudlard, la magie du lieux causant des interférences critiques, le mouvement mécanique de l’antique gramophone ne semblait pas en souffrir. La manivelle avait été enchantée et l’appareil se remontait tout seul. L’aiguille qui courait sur les sillons des vinyles faisait émerger au fil des jours les échos de voix de chanteuses folk, des morceaux classiques moldus et sorciers, ainsi que quelques rares airs de rock.

Un matin le hasard voulut qu’Hermione se saisisse d’un disque de Célestina Moldubec. Il n’y avait rien d'écrit sur la pochette, juste le visage de la chanteuse. Le portrait avait les yeux fermés. La tête était tendue vers un plafond invisible, les traits de la femme émergeant d’une semi-pénombre. Un sourire mystérieux était fixé sur les lèvres de la diva et ses boucles sombres s'agitaient sous une brise invisible. La jeune femme avait reconnu le visage, mais n’était pas parvenue pas à se souvenir du nom qui lui était associé, du moins avant que les premières notes de la mélodie s’élèvent du tourne-disque.

Hermione s'était alors assise sur le bord de son lit et avait fermé les yeux. Tandis que la voix de la chanteuse emplissait l’espace elle sentit une douce chaleur l’enrober. Elle se laissa transporter loin, bien des années auparavant. Elle était de retour au Terrier.

Un sourire nostalgique de dessina sur ses lèvres. Combien de journées agitées et heureuses avait-elle passé dans cette étrange bicoque, sous la surveillance discrète des adultes?

Arthur était souvent retenu au Ministère et c’était donc Molly qui se chargeait de tenir d’une main de fer et de velours la maisonnée chahutante. La matriarche des Weasley était tour à tour autoritaire et intransigeante ou bien tendre et attentive selon ce qu’exigeait la situation. C’était l’image de cette dernière que la voix de Céléstina Moldubec projetait clairement dans l’esprit d’Hermione. L’image de la fière, douce et parfois terrifiante Molly, dont les yeux partaient très loin, dans un monde de rêve, lorsqu’un titre de sa chanteuse préférée passait à la radio sorcière.

Hermione se souvenait vaguement d’une réunion improvisée avec Harry, Ron, George, Fred et Ginny, pendant une séance de rangement au grenier. Ils avaient comploté pour créer une cagnotte, afin d’offrir une place de concert à Molly, pour qu’elle puisse finalement voir son idole en vrai. Mais la dite cagnotte avait fini par servir pour payer les réparations du toit de la chambre des jumeaux suite à une explosion mal contrôlée.

Hermione revoyait clairement l’expression de ces derniers, alors qu’ils mimaient une douleur insupportable, comme sous l’effet d’un sortilège de Doloris, chaque fois que leur mère se mettait à fredonner un des airs de sa chanteuse préférée.

A présent que Fred n’était plus là, Hermione n’avait plus jamais entendu Molly chanter.

La chanson changea, le décor sous les paupières d'Hermione aussi. Elle se trouvait à présent dans le grand jardin où il faisait bon s’installer au soleil avec un livre, au milieu des herbes folles. Elle s’asseyait toujours près de la barrière, observant entre deux pages ses amis s'entraîner au quidditch. A l’époque, les cris de protestations de Ron, mauvais joueur, lorsqu'il perdait un match de Quidditch, l'agaçait au plus haut point et elle prenait systématiquement le parti de Ginny ou d’Harry lors des disputes. Plus tard elle trouverait ce trait de caractère attendrissant.

Une autre chanson, un slow cette fois, et Hermione fut projetée dans les petites chambres de l’étage. La douceur des papotages nocturnes avec ses meilleurs amis lui revenait, leur insouciance d’avant la guerre. Elle entendait le rire clair d’Harry lorsque qu’il parcourait les bandes dessinées de Martin Miggs, le Moldu fou, tandis qu’elle et Ron se concentraient sur leur partie d’échec sorcier. Elle se souvenait du sérieux de Ron lors de ces parties, du plissement que la concentration imprimait sur son front. Même les longues discussions passionnées de ses deux amis sur sur le Quiddich, qui la faisait bailler d’ennui à l’époque, étaient à présent un souvenir qu’elle chérissait. Et puis il y a avait aussi, quelques années plus tard, les longues discussions avec Ginny, qui se prolongeaient jusqu'à tard dans la nuit, la naissance de leur complicité, les secrets partagés, les peurs aussi. Les lendemains de ces soirées là, elles descendaient toutes deux l’escalier branlant en riant, les yeux bouffis par le manque de sommeil, réveillées à l’aurore par les hurlements de la goule qui vivait dans le grenier. Toutes ces petites choses sans importance dont elle réussissait à se souvenir, à visualiser derrière ses paupières closes, elle prenait à présent le temps de les savourer.

La jeune femme n’émergea de ses rêveries que lorsque la face du disque fut achevée, qu’il ne resta plus que le son mécanique du bras de métal oscillant suspendu dans le vide.

 

Mina sortait à peine de la douche. La jeune femme était vêtue de sa robe de sorcière et tentait de démêler ses cheveux humides avec un agacement non dissimulé. Elle se tourna vers son amie, une moue moqueuse sur les lèvres.

 

— Hermione, Hermione, Hermione … je n’aurais jamais pensé ça de toi … un tel penchant pour la guimauve musicale. J’avoue que c’est rassurant en quelques sorte ... Je pense que je devrais écrire à Rita Skeeter dès qu’on sera rentrées, c’est le genre de détail qui devrait fasciner le grand public.            

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     La jeune femme esquiva de justesse l'oreiller que son amie lui avait balancé, histoire de faire taire son rire naissant. Puis elle reprit, s’emparant à son tour d’un coussin, un air mauvais sur le visage.

 

— Par contre, juste un petit conseil, si tu tiens à la vie, évite à l’avenir de passer “Un chaudron plein de passion” à une potionniste qui se réveille à peine. Tu me l’as mise dans la tête maintenant. Et j’ose même pas te citer les phrases de drague super lourdes qu’on m’a sorti à cause de ce maudit tube.

Hermione évita à son tour le projectile puis les deux filles sortirent leurs baguette à l’unisson. Un moment de retour en enfance aurait certainement suivi, si l’arrivée impromptue de Deery, la vieille elfe de maison qui était assignée à cette partie du château n’avait pas mis un terme à ce qui aurait pu s’avérer une bataille de polochons épique.

Cette dernière, très professionnelle, fit mine de n’avoir rien vu et les salua poliment comme à son habitude. Les filles, rougissantes et honteuses, avaient abaissé lentement les coussins qui lévitaient dans la chambre, tout en répondant à son salut. Deery posa le plateau sur la table basse près de la fenêtre avant de s’éclipser dans un pop sonore. L’elfe évitait en général de passer plus de temps que nécessaire dans leur chambre : elle semblait très peu à son aise en leur présence depuis qu'Hermione l’avait bombardé de questions le troisième matin, l’interrogeant sur son parcours et sa condition de santé, les yeux brillants de sympathie et de curiosité.

Les deux amies qui avaient reprit leur sérieux, savourèrent leur petit déjeuner en silence. Une tasse de thé pour l’une et du café pour l’autre, accompagné de porridge, d’oeufs au plat, de gelée et de tartines beurrées. Un vrai festin. Mina essayait tant bien que mal de contrôler son appétit, ayant noté qu’elle avait déjà prit un kilos depuis son arrivée au Château.

Elles parlaient peu en général à ce moment de la journée, paressant tranquillement dans la chaleur de la chambre avant de rejoindre les couloirs froids du châteaux. La lumière matinale qui pénétrait dans la pièce caressait les plantes fines qui devenait alors des rideaux mouvants, translucides et luisants. La fresque murale changeait également d’aspect : dépeuplée de ses habitants nocturnes elle représentait un paysage calme et clair, un parc désert dont le ciel mimait celui du dehors.

Les filles récupéreraient ensuite des sandwichs dans les cuisines en vue de la pause du midi, avant de prendre la direction de la bibliothèque. Les titres des ouvrages déjà consultés de la réserve couvraient déjà plusieurs rouleaux de parchemin.

Le regard de madame Pince, au début méfiant, s'était adouci peu à peu devant l'attitude studieuse et délicate d'Hermione, mais ses yeux perçants fusillait encore Mina. Depuis qu’elle avait surpris cette dernière en train d’ouvrir un paquet de bonbons à la menthe au dessus d’un des grimoires, alternative que la jeune femme avait trouvée à ses envies de cigarettes, elle avait classé la jeune Française dans la catégorie des indésirables. Hermione concentrée sur ses recherches n’avait pas songé à rappeler les règles à respecter à la jeune femme. La bibliothécaire surveillait la jeune Française tout en établissant l’inventaire des nouvelles acquisitions, n’attendant qu’un écart de conduite de plus pour la bannir des lieux. Autorisation spéciale du Directeur ou pas, elle ne permettrait pas qu’une petite idiote dégrade les précieux ouvrages de la réserve, qui plus est avant même que l’année scolaire ne débute.

Mina faisait de son mieux pour aider Hermione dans les recherches, se chargeant des ouvrages en vieux Français et prenant note de passages pertinents que lui lisait son amie. Mais les jours défilant, sans progrès ni changements, son enthousiasme initial avait basculé vers un ennui profond.

Au début de la troisième semaines les filles n'avaient exploré que des pistes sans suite, et le travail encore à fournir semblait enfler de plus en plus à mesure que la rentrée approchait. Mina dormait mal, se réveillant parfois au milieu de la nuit en sueur, avec le souvenir d’étouffer, enfouie sous des montagnes de Livres dont les pages s’effaçaient lorsqu’elle tentait de les lire.

Parfois, dans l'après midi, lorsque le temps le permettait, les filles s'installaient dans le parc, grignotant sur les berges du lac, puis marchaient un peu tout en travaillant le Francais d'Hermione. Cette dernière apprenait vite. Elle maîtrisait déjà parfaitement les bases de la langue lorsqu'elles avaient débuté les leçons et avait fait des progrès remarquables en un si petit laps de temps. Mina n'était pas mauvaise professeure, elle avait déjà eu l'occasion de donner quelques cours lors de son séjour à Londres, et Hermione était une élève idéale qui ne mettait jamais sa patience (toute relative) à l’épreuve.

Mina esquissait ensuite quelques brasses dans les eaux troubles et fraîches du lac. Elle avait trouvé le moyen de "tomber" dans ce dernier lors d'une de leurs première excursions, et Hermione avait laissé couler. Si son amie trouvait un exutoire à la pression qu'elle ressentait en nageant, elle n'y voyait pas d’inconvénient, surtout en l’absence de spectateurs. De toute façon elle pressentait que tenter de faire entendre raison à Mina à ce sujet serait aussi productif que d’expliquer le concept de propriété privée à un Niffleur.

Un soir, alors que les recherches s’éternisaient et que leurs jambes commençaient à s’engourdir, les deux amies furent convoquées dans le bureau de la nouvelle sous-directrice. Minerva McGonagall était revenue de ses congés estivaux et devait se charger d'évaluer leur niveau dans les différentes matières enseignées, afin qu’elles puissent choisir leur programme de préparation aux Aspic. La femme les reçus dans son bureau, elle portait comme dans le futur une robe couleur émeraude et ses cheveux noirs remontés en chignon.

Hermione fut un peu déstabilisée lorsque la femme releva la tête de ses parchemins pour leur faire signe de la rejoindre  à son bureau. Le visage de McGonagall, qui devait avoir la quarantaine d’années environ, semblait beaucoup plus jeune qu’elle ne s’y était attendue. Il était toujours sévère et digne, mais presque dénuée de rides, excepté quelques plis autour de ses yeux verts, qui donnaient un air rieur à ces derniers derrière ses lunettes rondes. C’était idiot, mais Hermione n’avait jamais vraiment songé à la femme qui se cachait derrière sa professeure et modèle. Elle n’avait jamais pensé à la vie que cette dernière avait pu mener avant d’enseigner à Poudlard, mais à présent elle ressentait un violent élan de curiosité la parcourir. Qui avait été Minerva avant de devenir le professeur McGonagall? Quels avait été sa jeunesse, ses amours, ses rêves?   

Après de longues discussions et quelques test pratiques, le plan d’études des deux futures élèves fut bouclé.

Les filles ne partageraient pas beaucoup de cours, ayant choisi d’étudier des matière différentes tout en veillant à ne pas surcharger leur planning afin d’avoir suffisamment de temps pour pouvoir continuer leurs recherches.

Mina n’avait pas le niveau requis pour pouvoir suivre les cours de Sortilèges. Durant le test pratique elle fut tellement mauvaise que ça avait quelque chose de fascinant. Mina aurait éclaté de rire devant le regard incrédule de la directrice de Gryffondor si elle n’avait pas eu autant honte de son incapacité à contrôler sa magie. Pour Hermione le test ne fut rien de plus qu’une formalité, son niveau rétablissant la réputation d’excellence de l’école Française en matière de sortilège qu’avait entachée son amie, au grand soulagement de Minerva.

Mina réussit par contre à passer de justesse le test de Métamorphose imposé par la professeure, elle rejoindrait donc son amie dans ce cours. Les faibles connaissances de la jeune française lors de l’entretien théorique avait fait grimacer McGonagall, qui sembla même hésiter à passer à la pratique. Mais Mina surprit grandement les deux femmes lors de ce dernier, en réussissant à effectuer une métamorphose humaine convaincante, modifiant suffisamment ses propres traits pour devenir méconnaissable du premier coup, avant de reprendre sa forme normale grâce au contresort. La professeur de Métamorphose accepta donc qu’elle intègre son cour, à condition de travailler sérieusement pour rattraper son retard théorique. La jeune femme expliqua après coup à Hermione qu’elle s’était souvent entraînée à la métamorphose humaine sous la tutelle de son premier petit-ami, de deux ans son aîné, qui perfectionnait ses compétences en vue des test d’ASPICS alors qu’elle achevait sa cinquième année d’étude à Beauxbatons.

L’unique autre matière que les filles auraient en commun était la défense contre les forces du mal. La professeure qui devait intégrer l’équipe enseignant cette année n’avait pas exigé de compétences particulières de la part des élèves. Cette dernière jugeait probablement qu’il était de son devoir de former le plus d’étudiants possible afin de les préparer au mieux à affronter la guerre qui faisait rage hors du cocon protecteur de l’école.  

Mina avait également choisi les potions, la botanique, les soins aux créatures magiques, ainsi que la divination. Les filles pensait qu’il ne fallait pas négliger l’infime chance d’obtenir des informations sur d’éventuels voyageurs du temps qui se seraient glissés dans la liste des prophètes. Le programme de septième année enseigné à Poudlard portait principalement sur l’étude des prophéties et des techniques de divination antiques, celtiques et chamaniques. Mina avait étudié cette matière jusqu’aux buses Son ancien professeur, Apollon Ferrer, était extrêmement populaire chez les élèves de l’école Française et son cours était bondé. Le vieil homme avait une prestance fascinante et le rire facile, il n’hésitait d'ailleurs pas à prendre en dérision l’art qu’il enseignait. Et bien qu’il fut un maître reconnu en Chiromancie et en interprétation des rêves, il était aussi avant tout un fin psychologue et un humaniste convaincu. A ses heures perdues, il lui arrivait également de superviser le club de théâtre de l’école.

Hermione quant à elle continuerait les cours d’études des Runes, d’Arithmancie, ainsi que celui d’Histoire de la Magie. Leur emploi du temps respectif devrait permettre aux jeunes femme d’avoir au minimum deux après-midis de libres chacune pour avancer dans leurs recherches durant la semaine.

Quelques jours avant la rentrée, les élèves transférés de Durmstrang arrivèrent à leur tour. C’était un petit groupe hétéroclite, composé de deux filles et de trois garçons. Ils semblaient néanmoins assez soudés et se séparaient rarement.

Les sept élèves étrangers suivirent ensemble un programme d’acclimatation au château. Argus Rusard était apparemment excédé de devoir faire visiter le château et le parc aux nouveaux venus. Le premier jour il se contenta donc de marmonner sèchement les nom des lieux, mais au fil de la visite il finit par devenir plus bavard. Le second après midi, il était devenu une vraie pipelette, prenant un plaisir évident à parler des nombreux élèves qu’il avait surpris à roder dans les couloirs ou au dehors après l’heure autorisée depuis les cinq années qu’il travaillait au Château. Il leur expliqua également avec une voix rêveuse, quels châtiments il réserverait à ces mécréants lorsque le Directeur de l’école se déciderait enfin à lui donner champ libres pour les punitions à appliquer, ce qui selon lui ne devrait pas tarder. Les élèves de Durmstrang, qui ne semblaient pas apprécier spécialement l’imagination débordante du Cracmol, avaient même l'air assez inquiets et semblèrent ravis de pouvoir mettre de la distance avec l’homme  lorsque la visite de l’école fut achevée.

Les trois garçons établirent leurs quartiers provisoires dans une des chambres des préfets de serpentard. Les filles quant à elles s’installèrent dans la chambre voisine de celle qu’Hermione et Mina partageaient. Elle restaient principalement entre elles, discutant en Bulgare. Néanmoins la plus grande des deux nouvelles venues, qui répondait au doux prénom de Ludmila, une fille au visage rond et sympathique entouré par des cheveux courts d’un blond presque blanc, gratifiait toujours Mina et Hermione d’un sourire franc et ouvert, chaque fois qu’elle se croisaient. L’autre, une petite brune aux yeux en amande et au visage pointu, se contentait de les fixer avec défiance.

Le quatrième soir, lors du souper, Ludmilla se risqua à poser quelques questions sur l’école de Beauxbatons, son Anglais était un peu hésitant bien que plutôt bon. Elle demanda à Mina si le château était aussi grand et confortable que celui de Poudlard et écouta la description de l'école française avec des yeux brillants, apparemment très impressionnée par le tableau que lui peignait son interlocutrice. Elle était très enthousiaste et avide de détails et sa curiosité ne semblait pas connaître de limites. Mais lorsque la jeune Française lui demanda à son tour de jeter un lumos sur Durmstrang, sans réfléchir, se laissant porter par la conversation, la fille se referma soudain sur elle-même. Quelques secondes plus tard elle se mit à sangloter, au grand désarroi de son interlocutrice. Un des garçons qui avait suivi l’échange de loin, un grand jeune homme brun portant ses cheveux long en catogan, dégageant un visage qui aurait pu être séduisant sans la large balafre qui le dégurait, fusilla la jeune Française du regard tout en passant un bras protecteur sur les épaules de la fille, et cela mit fin aux tentatives de socialisation du petit groupe.

Une fois rentrées dans leurs chambre, Hermione et Mina parlèrent de tout et de rien, mais elles ne purent malgré tout s'empêcher de laisser dériver leur imagination sur ce qui avait pu se passer à Durmstrang pour traumatiser la jeune Bulgare au point que le seul nom de son ancienne école la plonge dans une telle détresse.

Le lendemain soir la tablée était plus large qu'à l’habitude dans la grande salle.

Les quatre directeurs de maisons qui avaient passé la journée à discuter du planning de l’année à venir profitaient à présent du dîner pour se détendre et aborder des sujets plus plaisants.

Le petit groupe des étudiants transférés de l’école Bulgare s’était décalé d’un siège, histoire de poser une barrière claire entre eux et les deux étudiantes françaises. Ils discutaient joyeusement dans leur langue, tandis que Mina fixait le contenu de son assiette, ayant perdu l'appétit malgré les plats succulents préparés avec amour par les elfes, qui garnissaient la table.

Hermione quant à elle écoutait son voisin, le professeur Flitwick, lui raconter le mythe de la fondation de l’école de sorcellerie Anglaise : sa version de l’histoire était bien plus complète que celle décrite dans l’Histoire de Poudlard et Hermione ne tarda pas à s'enthousiasmer, commençant à discuter avec l’homme des diverses théories autour des contributions apportées par chacun des fondateurs à la conception du château.

Pomona Chourave qui était arrivée la veille racontait ses vacances dans la jungle Péruvienne à Horace Slughorn qui semblait particulièrement intéressé par les plantes que cette dernière avait rapporté de son voyage. Minerva McGonagall écoutait le débat entre le Directeur et Rusard, apparemment très amusée par l’échange entre les deux hommes. Poppy Pomfresh qui était installée de l’autre côté de la table, semblait quant à elle excédée par cette discussion et semblait prête à se jeter à la gorge du concierge.

Le dessert venait à peine d'être servi, déclenchant des commentaires enthousiastes de la part de l’équipe professorale, lorsqu'un grand bruit fit sursauter toute la tablée.

Hagrid venait d’entrer dans la grande salle, et avait déposé un large bagage en cuir sur une des tables. Il salua l’assemblée d’un signe de la main enthousiaste, mais son large sourire se flétrit rapidement lorsqu'il s'aperçut de la réaction qu’il avait provoqué.

Mina et Hermione tournèrent la tête dans un même mouvement pour voir ce qui se passait. Trois des élèves Bulgares s’étaient cachés sous la table, et un des garçons tremblait comme une feuille, recroquevillé sur lui même. La jeune femme brune qui ne parlait presque jamais ainsi que le garçon balafré avaient sorti leurs baguettes et s’étaient mis en position de combat, près à attaquer au moindre geste suspect de la part du Demi-Géant. Il y avait une lueur terrifiante dans les yeux de la fille, une lueur qu’Hermione ne connaissait que trop bien pour l’avoir déjà vue sur des visages familiers.

Dumbledore agit promptement et désamorça rapidement la situation. Madame Pomfresh se précipita vers le garçon qui marmonnait ce qui ressemblait à des prières à voix basse, se balançant d’avant en arrière, les yeux légèrement exorbités, et l'emmena à l’infirmerie. Après les explications du directeur des excuses furent échangées, mais le repas se termina dans un silence de mort.

Hagrid qui s’était installé entre la professeure de métamorphose et madame Pince, était légèrement prostré. Il paraissait beaucoup moins imposant avec cette attitude quasi enfantine. Hermione fut prise d’une subite envie de courir se jeter dans les bras du gardien des clefs de Poudlard pour lui remonter le moral, mais bien sûr, elle n’en fit rien. Elle se contenta de se décharger de la frustration qu’elle ressentait en écrasant consciencieusement avec sa fourchette la part de crumble à peine entamée qui gisait dans son assiette, tandis que Mina l’observait faire avec tristesse.

 

End Notes:

Voila pour ce début de chapitre

Je posterais la seconde partie dés que la première sera validée.

Mais si vous avez deja des commentaire ou impressions que vous voulez partager sur cette première partie, n'hesitez surtout pas ;)

 

 

 

Echos et Répartition (partie 2 sur 2) by Haru Nonaka
Author's Notes:

voici donc la suite du chapitre

Le week-end qui précédait la rentrée débuta tout aussi sombrement. La journée du samedi s'écoulait avec une lenteur infinie, tandis qu'une averse torrentielle tombait au dehors. Mina passa de longues heures à observer la pluie ruisseler sur les fenêtres de la bibliothèque, les sillons d'eau déformaient les collines, fragmentaient le paysage.

La jeune femme n'arrivait pas à se concentrer sur les recherches, tandis qu'Hermione semblait s'entraîner pour un marathon de lecture. En effet cette dernière passa la journée entière entre les livres et ses notes, ne décochant pratiquement pas un mot malgré les tentatives de Mina pour engager la conversation, le visage fermé.

Mina décida qu'il était temps de faire quelque chose lorsqu'après avoir englouti son repas à une vitesse inhumaine, Hermionne s'éclipsa rapidement de la grande table, se replongeant dans sa liasse de notes avant même d'avoir atteint la porte de la Grande salle.

La jeune femme posa sa fourchette et glissa quelques morceaux de pain dans la poche de sa robe pour plus tard. Elle salua rapidement le professeur Chourave assise à sa droite qui la dévisageait avec curiosité. Elle marcha d'un pas tranquille jusqu'au grand Hall, puis se précipita à la recherche d'Hermione une fois hors de vue. Mina monta quatre à quatre le grand escalier de marbre, puis s'arrêtant subitement en réalisant que la bibliothèque était probablement fermée à cette heure, elle dévala les escaliers en direction du sous-sol. Hermione était bien dans leur chambre, plongée dans un Livre intitulé: Légendes Celtiques retrouvées, tome 3.

Elle reprit un instant son souffle avant d'interpeller son amie.

 

— Hermione ... tu es là. Est ce que tu peux poser ton livre cinq minutes, il faut que je te parle.

 

Hermione répondit sans quitter des yeux l'ouvrage.

 

— Laisse moi juste finir ce chapitre, veux-tu?

 

La jeune femme s'assit sur son lit, et se mit à réfléchir à ce qu'elle voulait dire. Il y avait tellement de choses qui avait été laissées en suspens durant ces dernières semaines, tellement de questions qu'elle aurait voulu poser à Hermione, mais qui ne franchissaient pas ses lèvres. Elle avait remarqué que l'attitude de son amie n'était plus la même depuis qu'elles avaient posé les pieds en Ecosse. Elle ne réussissait pas à imaginer à quel point la situation actuelle devait la troubler. En plus de l'incertitude de pouvoir un jour rejoindre le futur, de pouvoir retrouver les gens qui lui étaient chers, Hermione était hantée par le présent. Être entourée par des visages et des lieux familiers, consciente de ne pas pouvoir changer les drames qui les attendaient, cela devait être insoutenable. Mina se souvenait de la douleur infinie qu'elle avait ressenti la première fois qu'elle avait reposé le pied sur le chemin de traverse après la guerre. Ce sentiment d'oppression, d'impuissance et de tristesse, et puis cette rage contre le monde qui continuait à tourner comme si de rien n'était. Elle se demandait à quel point ce qu'Hermione devait ressentir à présent était pire. Qu'est ce que son amie voyait, lorsque ses yeux se perdaient dans le vide au détour d'un couloir? Voyait-t'elle le futur qui aurait pu être, toutes les choses qu'elle pourrait peut-être changer si le danger n'avait pas été si grand?

Mina avait fantasmé de remonter le temps de nombreuses fois après la tragédie, mais à présent elle comprenait à quel point c'était stupide. Elle avait finalement mis le doigt sur le point fondamental auquel elle n'avait jamais réfléchi: il était impossible d'interférer avec sa propre ligne temporelle sans prendre le risque de la modifier, sans prendre le risque d'aggraver les choses.

La jeune femme était parfois submergée par un horrible doute: et si c'était ce désir de se débarrasser de son sentiment de culpabilité qui avait réveillé la magie enfouie dans le médaillon? Et si l'artefact avait voulu lui apprendre à quel point c'était une envie égoïste et immature, s'il les avait maudites pour lui donner une leçon? Et puis elle se flagellait mentalement pour avoir eu cette pensée: c'était attacher encore trop d'importance à sa petite personne.

Mina soupira, elle se mit à fixer la large pendule sur le mur, et tacha de se vider la tête. Mais l'appréhension de la discussion à venir continua de grandir durant les longues minutes. Hermione finit par poser le grimoire à côté d'elle.

 

— Je t'écoute, de quoi voulais-tu me parler?

— Je …. je voulais …

 

Mina ne savait plus par ou commencer, sa tête lui semblait trop vide à présent. Elle sortit sa baguette et lança un sortilège d'insonorisation au cas où sur la porte. Puis après un instant de silence distendu et pesant, elle se décida à se lancer.

 

— Hermione, est-ce que tu me détestes?

 

Hermione fixa Mina, un instant déroutée, ce n'était pas ce à quoi elle s'était attendue.

 

— Pourquoi tu me demandes ça?

— Parce que je ne vois pas beaucoup d'autres explications au fait que tu ne me juges pas assez digne de confiance pour m'expliquer ce qui te mines depuis que nous sommes arrivées au Château. Me penses-tu idiote au point de ne pas voir que tu fais juste semblant d'aller bien. Pas besoin d'être un génie pour voir que ce n'est pas le cas. Rappelles-toi qu'on est deux dans cette galère, et que j'ai des yeux et des oreilles. Pourquoi ne saisis-tu pas la possibilité avant que l'on soit séparée par la répartition? Tu pourrais te décharger du fardeau que tu portes en le partageant avec moi, ne serait-ce qu'un peu. D'ici deux jours on ne va plus se voir que par bribes, et puis on devra se concentrer sur notre couverture, veiller à que chaque mot prononcé semble naturel alors que rien dans la situation qu'on vit ne l'est. Et toi, qu'est-ce que tu fais? Tu préfères gâcher le temps qu'il nous reste avant ça en jouant déjà un rôle. Tu vas finir par imploser si tu ne dis rien, crois-moi. Alors, je répète ma question, est-ce que tu me détestes? Après tout c'est de ma faute si on se retrouve dans cette situation. Tu as le droit de me mépriser. Si tu ressens le besoin d'hurler, de te défouler, de m'insulter, fais le, maudis moi, mais parle moi. Je suis ton amie, ne l'oublie pas.

— Non, je ne te déteste pas. Et puis, je ne te mépriserai jamais. Je suis encore un peu en colère contre toi, Mina, mais je pense toujours que la responsabilité pour ce bazard dans lequel on se trouve est partagée et nous dépasse. En ce qui concerne ce que je ressens, je ne cherche pas spécialement à te mettre de côté… c'est juste que je suis habituée à repousser mes émotions au second plan quand j'essaye de résoudre une situation de crise. Une séquelle de la guerre, probablement. Mais, le problème n'est pas celui auquel tu penses. Pour exprimer de ce que je ressens, je devrais te donner trop d'informations, et par la même, je doublerais le danger qui pèse sur toi si nous sommes découvertes. Moins tu en sait sur les gens autour de toi, sur la guerre en cours et celle à venir, moins tu es exposée.

— D'accord, je vois; dit Mina froidement. Donc, en gros, tu ne me fais pas confiance avec des informations sensibles pour mon propre bien, c'est ça que tu me dis? Mais Hermione, tu sais, je n'ai pas envie de rester protégée, tandis que je laisse les autres prendre tous les risques, j'ai déjà donné. Et puis je suis tout à fait capable de garder un secret, Merci bien.

 

Mina n'avait pas haussé le ton cette fois, sa voix était sourde et cassante. Hermione n'aimait pas ce ton amer et distant, il n'annonçait rien de bon. Elle haussa la voix pour être sûre que ses mots parviennent à l'oreille de son amie, tout en gardant un ton doux pour atténuer son agacement.

 

— Ce n'est pas un jeu, Mina! Ne fais pas semblant de ne pas comprendre ce que je te dis.

 

Comme prévu son interlocutrice explosa.

 

— Ne me traite pas comme une enfant, alors! Ne me mets pas de côté. Si le pire arrive comme tu dis, si quelqu'un lié aux mangemorts comprends d'où on vient, si le plan de Dumbledore ne suffit pas à nous protéger, on sera deux à en subir les conséquences. Si tu tombes, je ne compte pas rester à l'arrière à me tourner les pouces. Et dans ce cas, et Merlin soit témoin que j'espère que ça n'arrivera pas ...mais dans ce cas là, mon ignorance sera ce qui me condamnera à échouer.

— Non, tu as tort, ton ignorance te protège. Il se peut que le seigneur des ténèbres ait des espions ou des recruteurs parmis les élèves, ou même certains des professeurs. Exceptés ceux que tu as déjà rencontré qui sont au dessus de tous soupçons, pratiquement tous les gens que tu croiseras sont un danger potentiel, c'est la seule chose que tu dois garder en tête. Il est même possible qu'il y ait d'autres legilimens que le Directeur à Poudlard d'ici quelques jours.

 

Cette dernière phrase désamorça totalement la colère de Mina.

 

— Attends, un instant … le professeur Dumbledore est un Legilimens?

— Oui, en effet, j'en suis presque sûre. Mais je pense qu'il n'en fait usage qu'en cas d'extrême nécessité.

— Alors ça ... ça explique pas mal de choses.

 

Hermione attendit un instant que Mina ait digéré la révélation et soit de nouveau attentive, puis reprit.

 

— Je me suis un peu familiarisée avec l'Occlumencie, je me suis renseignée sur le sujet lorsque Harry… enfin, bref, je l'ai un peu étudiée et je pense être en mesure d'élaborer des barrières basiques, des souvenirs de façades. Je ne devrais donc pas éveiller les soupçons si je fais preuve de suffisamment de prudence. Mais toi Mina, et comprends moi bien, je ne dis pas que c'est un défaut, mais tu es beaucoup plus impulsive. Plus fragile aussi, et cela fait de toi la cible parfaite pour quelqu'un sans scrupule. Le fait que tu sois étrangère te protégeras sûrement un peu, au moins en ce qui concerne tes pensées, mais ce n'est pas suffisant. Il y a des images qui ne doivent pas ressortir, des sentiments que tu dois enfouir au fond de toi pour ne pas attirer l'attention. Le mieux serait que tu te concentres sur ta vie d'élève, sur ton rôle, au jour le jour. Et si je te racontais juste la moitié de ce que je sais sur l'avenir, tu n'en seras pas capable, fais-moi confiance.

— Apparemment tu as beaucoup réfléchis sur le sujet ... j'imagine que tu es la mieux placée pour juger de la situation. Alors je respecte ton choix. Mais, promets-moi que si un jour tu ne réussis plus, si tu as vraiment besoin de te confier, tu viendras me parler. Ne te pousses pas à bout, sans toi je ne m'en sortirai pas.

— Je te le promets.

 

Le visage de Mina se détendit considérablement en entendant ces derniers mots, et elle se permit même une plaisanterie.

 

— Tu serais prête à faire le serment inviolable?

— Si l'on pouvait trouver un témoin de confiance, certainement, mais je crois tu vas devoir te contenter d'une simple promesse entre amies, répondit Hermione en souriant.

— Entre cousine tu veux dire, ma chère Hermance.

— Entre cousine, oui.

— Ah ce prénom, c'est vraiment étrange de t'appeler ainsi, je ne m'y fais pas. Peut être qu'en trouvant un surnom ça passera plus facilement.

— Fais comme tu le sens.

 

Mina resta pensive quelques en profita pour reprendre sa lecture.

 

— Herm? Hermy ?

 

Hermione secoua la tête.

 

— Non, certainement pas. Trouve autre chose.

— Moi j'aime bien, c'est mignon, je garde.

 

Hermione soupira et abbandona la partie retournant à sa lecture.

 

Elle se sentait vidée par la discussion et eu du mal à replonger dans la prose ampoulée du chercheur du dix-huitième siècle qui commentait des mythes irlandais, où l'on citait quelques puissants sorciers que les moldus du deuxième siècle avant Jésus Christ avaient élevé au rang de divinité. Il était dit qu'une d'entre elles était capable de voyager entre les mondes, qu'elle était capable de prévoir les guerres et les famines, mais qu'à l'inverse des Banshee, elle avait le pouvoir de modifier le destin tragique de ses fidèles en l'échange de promesses sacrées. Encore une piste de plus à creuser qui ne mènerait probablement nulle part, songea Hermione. Pas de noms, ou bien cents différentes, même dans le monde sorcier la magie druidique n'avait pas été transmise sous d'autres forme que celle orale. Il était donc presque impossible d'obtenir des indications géographiques ou temporelles précises. Si seulement la magie contenue dans la pierre avait été égyptienne ou nordique, au moins elles auraientt eu l'espoir de trouver des témoignages d'époque, une quelconque indication sur son créateur.

Pour déposer une requête en vue d'une entrevue avec des maîtres artisans de Gringott, concernant la réparation de l'objet, connaître le nom et le passé de son ancien propriétaire humain était en effet essentiel. Comme il n'était pas envisageable de passer par l'intermédiaire du ministère de la magie, il faudrait qu'elles se montrent extrêmement prudentes et ne commettent aucune bourdes avec les Gobelins. Hermione était nerveuse à propos du problème que posait la divergence d'idées de ces derniers à propos du concept de transmission de la propriété. Elle se souvenait de la réaction de Gripsec face à l'épée de Gryffondor, de sa rage contre les sorciers. Il était donc primordial d'avoir une idée des termes du contrat qui avait été passé entre l'inconnu et les Gobelins, pour espérer pouvoir entamer de nouvelles négociations.

Etant donné que la magie dite "moderne" avait commencé à apparaître peu après que l'usage du latin fut décrété comme la langue de base en Europe, le sort original pouvait donc aussi bien avoir été lancé par un sorcier ayant vécu au troisième siècle, ou par quelqu'un de beaucoup plus contemporain. Il allait donc falloir envisager un nouvel angle de recherche.

Hermione s'endormit tard cette nuit là. Sous ses paupières fermées défilaient un tourbillon d'idées, mais aucune n'était assez convaincante, elle ne parvenait pas à dénicher celle qui les feraient avancer.

Une seule chose était sûre, la rentrée allait être chargée.

 

Le dimanche matin, les filles profitèrent d'une dernière grasse matinée, puis elles entreprirent de tester leur système de communication. Comme Mina ne maîtrisait pas assez sa magie pour espérer envoyer convenablement des messages enchantés sous forme d'origami mouvant, Hermione avait songé à un moyen plus direct de communication qui avait également l'avantage d'être discret. Elle avait donc utilisé un sortilège Protéiforme en s'inspirant de celui qu'elle avait utilisé pour créer les faux galions qui permettait à Harry de communiquer discrètement avec l'AD. Cette fois elle choisit d'enchanter deux bracelets en cuivre achetés par Mina dans la gare de King's Cross à un vendeur ambulant insistant. Le métal deviendrait froid à chaque fois que le texte sous le bracelet se modifierait, indiquant l'heure et le lieux convenu et le sujet du rendez vous. Bien entendu le sortilège fonctionnait cette fois à double sens et Mina du s'entraîner un certain temps avant de parvenir à envoyer un court message.

La fin d'après midi fut consacrée à rassembler leurs affaires respectives en vue du déménagement du lendemain. Cela ne fut pas très long étant donné le peu d'affaires qu'elles avaient en leur possession. Les filles avaient convenu qu'il aurait été trop dangereux de garder sur elles les objets responsables de leur arrivée en 1977, et avait donc confié les artefacts au professeurs Dumbledore. Mina et Hermione avaient passé le collier autour du cou à plusieurs reprises, sans résultat. Le directeur leur avait confirmé lors de leur second entretien que ce dernier semblait en phase de sommeil, il n'y avait plus qu'a espérer qu'en réparant la boîte à musique cela suffirait à raviver la magie qu'il contenait.

 

Le lendemain, en fin d'après midi, alors que le soleil déclinait à l'horizon, les filles abandonnèrent à regret la chambre confortable, et prirent la direction de la grande salle ou le professeur McGonagal qui les attendait pour les conduire dans la petite salle où les élèves transférés attendraient que les petits nouveaux arrivent.

La préparation battait son plein dans le château, les elfes de maison s'agitant dans tous les sens afin de veiller à que tout soit en ordre en vue du buffet tandis que les enseignants faisaient connaissance avec leurs nouveaux collègues en salle des professeurs. La nouvelle professeure de défense contre les forces du mal, une aurore d'une cinquantaine d'année, ne semblait nullement intimidée par l'interrogatoire. Mais le jeune professeur d'études des moldus semblait très mal à l'aise d'être au centre de l'attention et sa main tremblait lorsqu'il portait sa tasse de thé brûlante à ses lèvres entre deux réponses timides.

 

Une heure plus tard, les premiers élèves commencèrent à arriver, le brouhaha de leurs discutions et de leurs rires traversait les murs épais comme s'il s'était agit de papier. Les sept élèves qui patientaient dans la petite salle en conclurent que la répartition ne devrait pas tarder et cessèrent de vaquer à leurs occupations, se regroupant au fond de la salle. En effet quelques minutes plus tard, une quarantaines de premières années surexcités déboulèrent dans la salle, chuchotant entre eux. Le professeur McGonagall rétablit rapidement le silence, et leur ordonna de la suivre, les débutants en premier, et les élèves transférés fermant la marche.

La répartition se déroula comme à son habitude, Hermione nota néanmoins que l'année comptait beaucoup de nouveaux élèves répartis entre Serdaigle et Poufsouffle. Elle se demanda si les parents avait conseillé leurs enfants d'éviter de rejoindre Serpentard de peur qu'il se retrouvent enrôlés, et si le climat angoissant dans lequel certains jeunes avaient passé leurs dernières années avait aussi privé Gryffondor de quelques nouveaux étudiants.

Lorsque le dernier enfant eut rejoint la table de Serpentard, recevant un tonnerre d'applaudissement, les jeunes femmes sentirent le poids des regards qui se posaient à présent sur elles. Des chuchotements parcourait la salle, tandis que l'anxiété gagnait le petit groupe qui appréhendait la séparation.

A la table des Serpentards, Avery soupira.

 

— Bon, pour ma part je crois que nous n'aurons pas d'autres nouveaux éléments cette année. Qui est d'un avis différent? Je prends les paris.

 

Mucilber lui sourit.

 

— Moi, je prends le risque, deux mornilles qu'on en a au moins un?

— Tu ne prends pas de grands risque ce soir, dis-moi. Mais quelque chose me chagrine, Céos, tu n'espères quand même pas qu'on écope d'un des déchets de Durmstrang ?

— Bien sur que non, mais on peut toujours avoir une des Francaises.

— Tu me rassures, un instant j'ai cru que tu t'étais pris une insolation sévère lors de ton séjour chez ton oncle en Grèce. Pour les Françaises, les probabilités sont un peu faibles selon moi. J'avoue qu'un petit renouvellement chez la gente féminine ne serait pas une mauvaise chose, je commence à m'ennuyer ferme a force de croiser les mêmes têtes dans la salle commune.

 

Le jeune homme se tourna vers son voisin de gauche, et lui posa la main sur l'épaule et lui murmura à l'oreille.

 

— Severus, allez, tu as bien un avis sur la question. Si c'est toi, je te fais une ristourne.

 

Snape, qui avait sursauté au contact de la main sur son épaule, ferma le livre qu'il tenait dans un claquement sec, puis releva les yeux. Il jeta un regard ennuyé à son condisciple avant de répondre d'une voix morne.

 

— Je vous rappelle que contrairement à vous deux, je ne peux pas me permettre de gâcher de l'argent sur de telles futilitées.

 

Avery éclata de rire

 

— Severus, te revoilà parmi nous, je pensais qu'on t'avais perdu pour la soirée. Allez, fais pas ton détraqueur, je t'échangerais volontiers ta défaite contre un devoir d'histoire de la magie, si tu veux.

— Je passe.

 

Avery leva les yeux au ciel, prenant un air contrit, avant de se tourner vers sa voisine de droite, reprenant son manège.

La première élève s'avança d'un pas ferme lorsque son nom fut prononcé:

 

— Yuliya Aslanov

 

Il s'agissait de la jeune femme qui avait dégainé sa baguette lors de l'arrivée d'Hagrid. Quelques secondes après qu'elle ait posé le choixpeau sur sa tête, celui ci lança :

 

— Gryffondor

 

La table des Rouge et Or s'enflamma d'enthousiasme.

Avery eut une petite grimace de dégoût en observant la jeune femme s'asseoir à côté de Lily Evans.

 

— Franchement, faut-il vraiment que toutes les jolies filles décident d'aller dans la maison des crétins finis? A croire qu'en plus d'avoir le sang impur, elle n'ont aucun sens commun. Pff, encore une qui est fière de ses ascendances moldues.

 

La professeure Chourave annonça le nom suivant.

 

— Hermance Charon

 

Hermione s'avança d'un pas décidé et s'assit sur le tabouret. Elle avait une boule au ventre, tentant de repousser les souvenirs de sa première répartition. Elle n'y parvint pas, la voix du choixpeau la faisait se sentir à nouveau comme la fillette angoissée de onze ans qu'elle avait été.

 

— Tiens, tiens, tiens, murmura l'intéressé. Nous voilà dans une situation pour le moins inhabituelle. Je ne me souviens pas avoir jamais été confronté à un cas comme le vôtre. En général je suis celui qui en sait plus que mon interlocuteur. Mais je dois vous avouer que je n'ai jamais eu à répartir un élève une seconde fois dans toute ma longue carrière. Apparemment ma décision finale à été la bonne, d'après ce que je vois dans votre tête, votre ancienne maison semble vous avoir convenue à ? Vous ne désirez pas retrouver la salle commune des gryffondors? Oh, je vois ... en effet c'est assez problématique. Il est vrai que mon rôle est de veiller au bien-être des élèves de cette école, et ce ne serait guère judicieux de vous envoyer dans un lieu empli de spectres de votre futur. Alors revenons donc à mon futur premier choix, je vous souhaite bonne chance dans votre quête et de vous épanouir dans les rangs des …

— Serdaigles

 

Hermione enleva le choixpeau, échangea un regard avec Mina, qui semblait pétrifiée par la panique et lui adressa un sourire d'encouragement avant de rejoindre la table ou les élèves de sa nouvelle maison l'attendaient.

 

— Mina Charon

 

Au milieu des brumes qui engourdissait son esprit, la jeune femme mit quelques secondes à réaliser que son nom d'emprunt avait été prononcé. Elle rejoignit le tabouret en marchant lentement, se sentant légèrement nauséeuse. Mais la voie claire du choixpeau qui résonna dans sa tête lui fit retrouver légèrement ses esprit.

 

— Bonjour mademoiselle, je vois que vous aussi, comme votre amie, venez d'un endroit bien lointain. Où vais- je bien pouvoir vous répartir? Serdaigle? Ho, non je ne crois pas que cette maison vous convienne du tout ma chère. Vous êtes créative, mais je pense que rien d'autre dans votre profil ne correspond à ce que Rowena attendait de ses pupilles ... Hahaha, si vous voulez en discuter avec le professeur Brûlopot, je suis certain qu'il acceptera avec joie cet onguent spécial pour l'entretien du cuir de dragon dont vous me parlez, il devrait pouvoir l'utiliser pour prévenir un peu l'usure des ses gants. Quant à moi, je gère très bien mon apparence, merci, je trouve qu'elle me donne une certaine crédibilité. Vous avez une part de Serpentard en vous, ma chère, mais vous manquez cruellement d'ambition. Je suis d'accord avec vous, considérant votre passé, vous ne seriez guère à l'aise dans cette maison . Voyons- voir, Poufsouffle pourrait faire l'affaire, peut-être. Vous possédez un certain lien avec la nature et un enthousiasme pour les choses de la vie similaire à ma très chère Helga…

 

Hermione observait avec un peu d'anxiété Mina, cela faisait déjà plus de trois minutes que le choixpeau était posé sur sa tête. Elles avaient déjà discuté de la répartition et Mina avait semblé plutôt sûre d'elle dans son désir d'intégrer Poufsouffle. Hermione était persuadée qu'elle s'y trouverait très bien. Mais que faisait-t'elle donc? Elle n'allait tout de même pas attirer l'attention de toute l'école avant le premier jour.

Un peu plus loin, à la table des Serpentards, Avery était quand à lui très heureux de l'effet de suspens que la scène engendrait. Il en avait profité pour recueillir les paris de deux condisciples supplémentaires.

Il se tourna vers Severus, qui avait repris sa lecture.

 

— Allons Snape, on dirait que c'est ton jour de chance, j'accepte encore les paris de dernière minute.

— Hum, quoi? Répondit l'intéressé dont l'esprit dérivait actuellement sur les façons possibles d'améliorer l'effet du cycle lunaire afin d'accentuer l'effet du Veritasérum.

— Severus, tu es irrécupérable! Toute l'école est en train de se demander si l'on va avoir un nouveau Chapeauflou et toi, tu bouquines. Il y a des fois où je pense que tu aurais du être réparti à Serdaigle.

 

Le jeune homme rangea son livre dans sa poche, Avery avait réussi à rompre définitivement le fil de ses pensées.

 

— Alors tu veux parier?

— Non, répondit Severus, ne pouvant tout de même s'empêcher de jeter un coup d'oeil vers le choixpeau.

 

Ses yeux se plissèrent un instant, il était surpris de reconnaître le visage sous le lourd chapeau de cuir. Il n'y avait pourtant pas de doute possible. Il s'agissait bien de la Française qui l'avait abordé au Chaudron Baveur. Sur le coup il avait pensé qu'elle était un peu plus âgée que lui, une jeune diplômée qui cherchait du travail en Grande Bretagne ou quelque chose de ce genre. Il n'aurait jamais imaginé la recroiser dans ces conditions.

Mina qui avait eu l'imprudence de rouvrir les yeux un instant, tout en discutant avec le Choixpeau, sentait à présent tous les regards qui convergeaient dans sa direction.

 

— Poufsouffle donc, ça me convient parfaitement. Allez-y et finissons-en, pensa-t-elle.

- Hum, reprit le choixpeau songeur, marquant ensuite une longue pause. Je n'en suis pas certain. Vous ne faites preuve de patience que pour les choses qui vous passionnent, et la patience est une vertue très importante de Poustouffle, qui est difficile à acquérir avec le temps. Je sens aussi une rage qui bouillonne à l'intérieur de vous, une force de caractère impressionnante cachée par votre manque de confiance. Vous vous pensez couarde, mais je peux me targuer d'être un bon juge de caractère, et je peux voir que vous en avez du courage à revendre. C'est juste que vous confondez son absence avec l'instinct de survie qui gronde en chaque être humain. Je ne pense donc pas me tromper en vous envoyant à ...

- Gryffondor

 

Mina enleva le chapeau un peu sonnée, un peu en colère aussi. En prenant le chemin de la table, elle aperçut Hermione, qui semblait légèrement contrariée. Elle lui lança un regard impuissant, pour lui faire montrer qu'elle ne comprenait pas non plus la décision du Choixpeau. Mais elle se trompait, Hermione pouvait tout à fait imaginer son amie comme une digne représentante de la Maison Rouge et Or, même si elle se maudissait pour ne pas avoir envisagé cette éventualité.

Mina se laissa tomber dans le siège en face de la Bulgare, en soupirant. Cette dernière était concentrée sur la répartition de ses amis, mais Mina n'avait pas le coeur à regarder le reste de la répartition. La Maison des courageux et des plus forts, quelle blague. Son voisin, un jeune homme de son âge au cheveux châtains et aux yeux clairs, au visage un peu pâle et qui portait encore la marque d'anciennes cicatrices, sembla noter le malaise de la jeune femme. Il tendit sa main devant sa tète baissée, en murmurant

 

— Bonjour, enchanté de te compter parmi nous. On mord un peu, mais on n'est pas méchant. Gryffondor reste tout de même la maison la plus sympa de toute l'école, tu verras.

 

Mina releva la tête, et ressentit une légère vague de chaleur en saisissant la main tendue du jeune homme. Le sourire doux et ouvert du garçon, ses yeux brun clairs, vifs et francs apaisaient son angoisse.

 

— Enchantée, répondit-t'elle d'un voix un peu rauque. Elle s'éclaircit la gorge avant de demander : Et tu es…

— Remus Lupin, élève de septième année et préfet, très heureux de te rencontrer.

— Mina Charon, mais Mina suffira, je ne suis pas très portée sur les formalités.

— A condition que tu m'apelles Remus. Alors Mina, une minute de plus et tu finissais Chapofloue.

— Chapeauquoi?

— Chapofloue, c'est comme ça que l'on nomme les élèves dont la répartition prend plus de cinq minutes au Choixpeau, c'est plutôt rare.

— A bon, répondit Mina en rougissant, elle s'était encore donnée en spectacle, un mauvais point pour la discrétion.

— Ne t'inquiètes pas, ça arrive aux meilleurs. Entre quelle Maison a-t-il hésité à te répartir, si ce n'est pas indiscret?

— Heu, Poufsouffle.

— Ah, moi aussi, même si ça lui a pris moins d'une minute pour se décider. Par contre mon ami Peter- il désigna son voisin qui suivait la conversation - a aussi été dans ton cas, tu le bats d'une dizaine de secondes il me semble.

 

Le dénommé Peter, un jeune homme aux traits potelés et au visage affable salua timidement Mina. Lupin, qui, mina venait tout juste de le remarquer, semblait un peu éméché, reprit d'un ton taquin:

 

— Peter a mis trois ans à nous confier où le choixpeau voulait l'envoyer, mais je ne peux pas te le dire, c'est son petit secret, il aime entretenir le mystère, il pense que ça plait au filles...

— Remus, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi, déjà Sirius ... Peter qui avait rougi ne finit pas sa phrase, ayant aperçu le directeur qui s'était levé de la table des professeurs.

— En tout les cas, Mina, j'ai le malheur de t'annoncer que son coeur est déjà pris, au cas ou tu t'interroges, murmura tout bas Lupin avant à sa voisine avant de fixer à son tour son attention sur le Directeur. Ah, c'est l'heure du discours.

 

Les bavardages cessèrent rapidement dans la salle tandis que Dumbledore enchantait sa voix afin qu'elle porte jusqu'au élèves les plus lointains.

 

— Chers élèves, j'avais préparé un long et sage discours cette année, mais j'imagine que vous attendez tous avec impatience de déguster un repas bien mérité après une cérémonie de Répartition à rallonge. Je me contenterais juste de donner un peu de nourriture à vos esprits avant que vous ne vous chargiez de remplir vos panses. Pour les nouveaux venus, j'espère que vous vous plairez dans vos Maisons respectives, si vous avez des questions sur le règlement, les préfets devraient vous renseigner. Tâchez de ne pas oublier que malgré la compétition qui règne entre ces dernières, le but de Poudlard n'est pas de vous diviser. Et cela est valable pour chacun d'entre nous, tâchons d'apprendre tous ensemble. Cette année essayons de ne pas laisser entrer dans nos âmes les divisions qui minent notre société. Cette école n'est pas le lieu où l'on distille des idéologies, c'est un espace de libre circulation d'idées, de découverte de soi et avant tout d'échanges. Pour grandir, cherchez votre propre vérité mais restez attentifs à celle des autres. J'ose espérer qu'à partir de cet instant nous tâcherons tous d'être meilleurs que nous l'étions hier encore. Sur ce je vous souhaite bon appétit.

 

Les étudiants ne se firent pas prier, ils se servirent avec enthousiasme, continuant de papoter. Remus avait abandonné Mina pour discuter avec ses amis, et la jeune femme ne voulait pas s'imposer. Elle se tourna donc naturellement vers la dénommée Yuliya, tentant de lancer la conversation, mais cette dernière continua à savourer son assiette de ragoût sans daigner lui répondre, avant de se mettre à discuter avec une grande et jolie jeune femme rousse qui était assise un peu plus loin.

Une fois le buffet achevé, les élèves se levèrent. Les préfets avaient rejoint le grand hall et tentaient de rassembler les Premières Années tandis que les autres prenaient déjà le chemin du dortoir. Mina n'eut pas besoin de sentir le rappel froid du métal sur sa peau pour savoir qu'il fallait qu'elle ait une discussion avec Hermione. Elle remonta le flot des élèves à contre-courant pour rejoindre l'entrée de la grande salle. Hermione était encore près de la table des Serdaigles, en train de parler avec un des élèves.

Alors qu'elle se dirigeait vers la porte, elle remarqua un petit attroupement. Un jeune homme de Serpentard récoltait des sous de ses condisciples. En contourna le groupe, Mina tomba nez à nez avec un élève qui avait décidé de faire de même. Elle reconnut avec surprise le jeune homme avec qui elle avait discuté quelques jours auparavant. Elle sourit en constatant qu'il avait de nouveau un livre à la main. Elle lui adressa un sourire et ouvrit la bouche pour le saluer, elle était heureuse de le recroiser. Mais le jeune homme après avoir posé sur elle un regard froid, la contourna souplement et s'éloigna d'un pas rapide sans lui laisser le temps de placer un mot. Elle resta un instant déconcertée, puis rejoignit Hermione. Elle ruminait intérieurement contre l'attitude grossière du jeune homme. Elle était certaine qu'il l'avait reconnue, et avait choisi de l'ignorer délibérément, et cela l'agaçait terriblement. Mais ce n'était pas le moment de penser à ça, pour l'heure elle avait d'autres priorités.

End Notes:

Voila, la suite bientôt :)

 

Qu'avez vous pensé de ce chapitre à rallonge? Des commentaires, des critiques?

 

Avez vous des idées à transmettre à Hermione pour l'aider à orienter ses recherches?

 

Auriez vous parié avec Avery, ou passé votre tour comme Snape?

 

 

Rentrée et Pistes by Haru Nonaka
Author's Notes:

Voici donc le chapitre suivant.

Hum Hum... Ca fait longtemps ... désolé.

j'ai récidivé, j'ai mis beaucoup trop de temps a publier ce chapitre! je vous épargne ma liste d'escuses et je compte sur le nano qui arrive pour avancer suffisament pour que ca ne se reproduise plus.

Merci beaucoup à Dédellia qui est ma nouvelle beta pour son aide sur ce chapitre (Dédé tu a bien du travail en perspective ^^, j'admire ton courage )

Bonne lecture. 

 

La conversation avait été rapide, incomplète. Dans un souffle, Hermione avait murmuré à Mina d'éviter de fréquenter de trop près les Maraudeurs ainsi qu’une certaine Lily Evans. Puis, elle avait semblé distraite, balayant nerveusement des yeux la table des professeurs.

 

Plus qu’un conseil, les paroles d’Hermione résonnaient aux oreilles de Mina comme un avertissement. La jeune femme s’était donc contentée d’approuver du chef. La discussion de la veille encore fraîche dans sa mémoire la poussant à ravaler les questions qu’elle aurait voulu poser. Elle avait eut l’impression que sa gorge, déjà asséchée par l’appréhension de la séparation, s'irritait encore un peu plus à chaque mot qu’elle refoulait.

 

Après un instant interminable, Hermione s’était à nouveau tournée vers elle, toujours pensive, toujours distante. Elle avait esquissé un sourire forcé, puis, tout en faisant tourner le bracelet enchanté autour de son poignet, elle avait suggéré d’une voix qui se voulait tranquille, rassurante :

 

— Surtout Mina, n’hésite pas, si tu as besoin… Si je ne réponds pas et que tu as quelque chose d’urgent à me dire, ou juste envie de parler, la salle commune de Serdaigle est la plus large des tours de l’aile Ouest du château. La porte est assez repérable, avec son heurtoir en forme d’aigle. Dans le cas où tu ne parviendrais pas à résoudre l’énigme qui permet d’entrer, attend qu’un élève passe et demande-lui de me contacter…

 

Puis, elle avait marmonné une dernière phrase que son interlocutrice n’avait pas totalement comprise avant de filer: quelque chose à propos d’une carte et d’une question à poser au professeur Dumbledore en urgence.

 

Mina était resté pantoise, les bras ballants. Elle avait regardé la silhouette d’Hermione se fondre au milieu de celles des retardataires qui trainaient encore vers l’entrée de la Grande Salle. Puis, mécaniquement, elle se décida à rejoindre un groupe d’élèves qui portaient les couleurs de Gryffondor.

 

Durant le trajet vers la salle commune, Mina laissa son esprit dériver. Ses pensées dispersées assourdissaient ses sens. Elle gravit les escaliers en silence, se contentant de répondre aux commentaires de ses camarades par des hochements de tête distraits et des sourires fatigués, sans saisir vraiment le sens de leurs phrases. La jeune femme se sentait épuisée, vidée, perdue. Le monde autour d’elle semblait se mouvoir dans un temps décalé, trop vite pour qu’elle perçoive ce qui l’entourait. Mina manqua de trébucher lorsque le groupe s’immobilisa devant le portrait de la Grosse Dame et n'entendit pas le mot de passe prononcé d’une voix pourtant claire par la jolie préfète aux cheveux flamboyants. Elle passa ensuite le panneau de bois sans ciller. La jeune Française eut l’impression d’observer la large salle au travers d’autres pupilles que les siennes. Si elle avait été en mesure de s’investir dans le moment présent elle aurait sans doute beaucoup apprécié la décoration, la chaleur, l’ambiance à la fois classique, mais néanmoins joyeuse, joueuse, de la salle commune de Gryffondor. Plus tard, elle noterait les tentures chaudes et brillantes, la vue magnifique sur le parc depuis les hautes fenêtres, et les larges et confortables fauteuils près de la cheminée, parfaitement adaptés pour paresser en jouant à des jeux, ou pour tenir des discussions enflammées au coin du feu jusqu'à tard dans la nuit, un verre ou une tisane à la main.

 

Ce n’est qu’une fois dans le dortoir que Mina retrouva quelque peu ses esprits. On l’avait placée d’office avec l’autre élève transférée, dans la chambre 12b. La Bulgare se tenait sur le seuil et la fixait, les sourcils froncés et les lèvres plissées, désapprobatrice. Comme cette dernière semblait attendre qu’elle choisisse un des quatre lits vides, Mina saisit sa valise qui était arrivée avant elle et la posa sur le meuble au fond à gauche, près d’une large fenêtre. Yuliya opta quand à elle pour le lit à l’exact opposé, qu’elle entreprit d’enchanter sans prêter plus d’attention à Mina que si elle avait été une des araignée qui s’activaient dans des coins sombres à reconstruire leurs toiles détruites par le ménage des elfes de maison.

 

L'hostilité qui semblait toujours émaner de sa colocataire convainquit la jeune femme de ne pas tenter d’engager la conversation. Elle entreprit donc d’observer la pièce dans laquelle elle espérait vraiment ne pas avoir à passer une année complète. L’ensemble était chaleureux, un peu trop à vrai dire selon ses goûts. La dominante de couleur qui se dégageait des tapisseries, tapis et des tentures des lits à baldaquins était si redondante qu’elle en devenait écoeurante. Mina se demanda qui avait eu la brillante idée de tapisser de rouge un dortoir où logeait des enfants et des adolescent? « Pas étonnant que les Gryffondors aient la réputation d’être agités » songea t-elle tout en sortant sa robe de chambre et en passant dans la salle de bain attenante. Là aussi des rappels des couleurs de Gryffondor dans les frises sur le mur, plus discrètes mais bien présentes. Mina sentait que la surdose de rouge et d’or commençait déjà à affecter son cerveau, à exciter ses sens.

 

La jeune femme retourna dans le dortoir, et s’allongea sur sur son lit. Quelques minutes plus tard, elle tira les rideaux en lançant un « Et bien, bonne nuit » un peu timide qui fut avalé par le silence sans provoquer l’écho attendu. Elle se mit alors à fixer le plafond de bois de son lit à baldaquin avec obstination. Tandis qu’elle détaillait les noeuds dans le bois, elle rumina longuement contre le Choixpeau, contre les imbéciles, contre les années d’écart qui la séparait de ce monde contre lequel elle avait passé tant de temps et d’énergie à pester, et qui lui manquait tellement à présent. Abaissant ses paupières, elle chercha à visualiser sans succès les visages des êtres chers qui le peuplait et qu’elle ne retrouverait peut-être jamais. Elle songea aux rendez-vous manqués, à ceux qui n’auraient peut-être pas l’occasion d’être si elles échouaient à revenir dans le présent. Chaque inspiration semblait noyer un peu plus ses poumons, chaque bouffée d’air l’étouffait peu à peu et l’envie d’hurler jusqu’a manquer de souffle grandissait en elle. Le long de ses bras glacés malgré les épaisses couvertures qui les couvrait, elle percevait les battements erratiques, agités de son coeur. Elle essaya d'imaginer une mer mouvementée au milieu des noeuds du bois pour se relaxer, mais sans succès. Impossible de se calmer. Elle attendit alors douloureusement que l’angoisse relâche son emprise, se demandant entre deux bouffées de panique pourquoi son corps réagissait ainsi seulement maintenant. Pourquoi ce soir, alors qu’elle était dans une situation bien moins stressante que celle qu’elle avait traversée ces derniers jours?

 

Lorsqu’elle put reprendre le contrôle d’elle-même, Mina avait définitivement perdu toute envie de dormir malgré la fatigue qui imprimait toutes les fibres de son être. Lorsqu'elle finit par se lasser de se retourner rageusement dans le lit, l’horloge du petit réveil sur la table de nuit affichait deux heures du matin. Elle lâcha un soupir et se décida alors à prendre sa baguette.

 

Assise sur le lit, elle fit tourner lentement l’objet entre ses doigts, le suppliant intérieurement de bien vouloir fonctionner, puis l’agita en murmurant la formule du sortilège d’insonorisation. La baguette réagit, un frisson la parcourut. L’air s’épaissit, elle eut l'impression d’être plongée dans l’eau tiède un instant, puis la barrière fit scintiller les rideaux de son lit.

Elle sourit faiblement, murmura un merci à mi-voix à l’adresse du bout de bois, se sentant immédiatement ridicule après coup. Puis, elle rejeta la tête en arrière, prit une grande inspiration et hurla de toutes ses forces. Elle continua encore à crier recroquevillée sur son lit jusqu'à ce que sa voix s’efface dans un souffle brisé, l’épuisement la menant enfin vers l’oubli tant désiré.

—————————————

 

Hermione, quand à elle, avait réussi à rattraper le professeur Dumbledore juste avant qu’il ne s’éclipse pour rejoindre l’équipe professorale. Elle l’avait nerveusement interrogé sur la possibilité - totalement hypothétique bien entendu - que des élèves aient créé un système de cartographie du château qui pourrait - dans l’éventualité hautement improbable où un tel objet existe - découvrir leurs véritables identités, à elle et Mina. Le directeur avait éclaté d’un rire joyeux (ses yeux brillaient d’une lueur plus humide qu'à l’habitude et Hermione soupçonnait qu’il avait dû trinquer au succès de chacun des nouveaux enseignants vers la fin du banquet). Une fois son hilarité calmée, l’homme lui expliqua tranquillement qu’elles étaient inscrites sur le registre de l’école sous le nom de Charon et que si un tel objet enchanté existait, il s'appuierait sur la base de donnée de l’école. La magie avait une tendance à la cohérence, surtout lorsqu’il s’agissait d’un sortilège rattaché à un lieu dans lesquelles les règles magiques préexistantes prévalaient. Elle n’avait donc aucune raison de s’inquiéter. Il n’y avait aucun risque que quelqu’un découvre leurs identités grâce à un sortilège entre les murs de l’école, il s’en était assuré.

 

C’était donc un peu honteuse, mais rassurée que la jeune femme s’était dirigée vers la tour de Serdaigle. L’énigme ne lui opposa aucune résistance et son arrivée soulagea le préfet en chef qui s’inquiétait déjà d’avoir à partir à sa recherche dans les couloirs déserts du château une veille de rentrée.

 

Hermione passa un peu de temps à écouter poliment les membres de sa nouvelle maison bavarder. Elle apprécia immédiatement l’ambiance qui régnait chez les Serdaigle. Les septième années débattaient sur toute sorte de sujets, aussi variés qu'intéressants. Fidèles à leur réputation, la soif du savoir l’emportait généralement sur les opinions de chacun dans les discussions. Même si les avis divergeaient et que la passion était évidente, le ton montait rarement. La jeune femme fut également ravie de constater que malgré leur curiosité bien naturelle, ses interlocuteurs respectaient aussi le silence et le droit à l’intimité de leurs nouveaux condisciples. C’était si différent de Gryffondor, pas mieux, juste différent, et elle devait l’avouer particulièrement pratique dans sa situation actuelle.

 

Comme la tradition le voulait chez Serdaigle, on lui proposa, ainsi qu’aux autres nouveaux élèves de septième année une chambre privée. Hermione s’empressa d’accepter. La pièce était plutôt petite comparées aux vastes dortoirs, mais une chambre à elle, c’était un luxe autant inespéré que bienvenu.

 

La décoration, aux couleurs de la maison, bien entendu, était plutôt sobre pour Poudlard. Le mobilier bien qu’ancien était minimaliste. Devant la fenêtre, il y avait un large bureau en bois ciré aux reflets cuivrés sur lequel était installée une lampe des année trente en laiton qui diffusait une apaisante lueur bleutée. De l’autre côté, l’espace était rempli par un large lit baldaquin aux courbes souples et épurées. Seules fantaisies notables dans la pièce, de larges étagères en pierres ornées de sculptures qui pouvaient accueillir de nombreux livres et une chaise molletonnée de velours bleu, dont les oreilles figuraient des oiseaux, l’un posé, l’autre en vol.

 

Hermione verrouilla la porte de sa chambre puis s’assit sur le siège qui s’avéra très confortable. Elle laissa son regard se perdre dans les ténèbres au dehors.

 

Être seule était une libération dans différents sens du terme. Libération du masque qui couvrait son visage, libération apportée par le silence, par ce contact agréable de la solitude, mais aussi, plus crûment, libération des larmes réprimées. Celles d’espoir et celles de douleur, celles versées pour le présent et pour le futur, pour l’incertitude à venir, pour conjurer la peur au loin. Elle en avait besoin, elle n’avait pas saisi avant à quel point elle avait retenu tout ça en elle. Elle se sentait bien mieux après: ses idées étaient plus claires, plus faciles à repousser au loin, à organiser.

 

Hermione repensa à ses préoccupations de ces derniers mois. Peut-être pourrait-elle trouver ici, en discutant avec le directeur, la réponse à l’impossibilité de lever le sortilège qu’elle avait lancé sur ses parents. Peut-être que ce cauchemar pourrait devenir une opportunité inespérée après tout. Le choc du « voyage » avait remis de l’ordre dans ses priorités. Si elle réussissait à retourner dans le présent, elle ne chercherait plus à repousser l’important, ne se laisserait plus engloutir par ses peurs. Elle commencerait, en premier lieu, par rompre cette distance, maintenant infranchissable, entre elle et Ron. Non, pas juste Ron, entre elle et tous ceux qui comptaient à ses yeux. Elle ne permettrait pas à cette vieille angoisse de ne pas être à la hauteur de reprendre le dessus, cette stupide insatisfaction, son perfectionnisme destructeur. Elles allaient rentrer, pas d’autres options possibles, pas de doutes inutiles dans lesquels se perdre, il fallait juste avoir confiance. Et alors elle irait directement attendre Ron et lui parler à coeur ouvert, ensuite elle serrerait dans ses bras Ginny et Harry, Neville et tous les autres. Faire la paix avec elle-même, accepter la vie en la prenant du bon côté, laissant les inquiétudes et les doutes au placard. Comment avait elle pu tant s’égarer et se compliquer l’existence en cherchant à lutter contre des moulins à vents? Peut-être à cause des souvenirs de la guerre, du refus d'être impuissante, elle avait continué à se battre avec obstination tournant contre elle cette énergie qui lui avait permis de supporter les épreuves qu’ils avaient traversées.

 

La jeune femme ferma les yeux, et se détendit un peu plus, se concentrant sur le rythme de sa respiration. Elle réussissait encore à visualiser clairement le visage de Ron sous ses paupières closes, à se souvenir de l’odeur de sa peau, des intonations de sa voix, mais elle savait que cela ne durerait qu’un temps. Elle espérait qu’elles seraient reparties avant que les détails de ses traits s’estompent, parce qu'elle n’était pas sûre de pouvoir supporter cette perte supplémentaire.

 

Hermione rouvrit brusquement les yeux. Sous l’élan d’une illumination subite, elle se saisit de son sac dont elle renversa sans vergogne le contenu sur son lit.

 

Elle était là, se détachant sur le sombre couvre lit, la précieuse et dangereuse petite pièce de papier glacé sur lequel les visages de sorciers pas encore nés s’activaient. Elle contempla la petite photo en souriant tendrement pendant un long moment, puis s’empara de sa baguette et enchanta l’image pour cacher ses amis aux regards indiscrets potentiels. Elle fixa ensuite sa propre image, souriante, solitaire, qui s’agitait à présent au premier plan, puis glissa la photo dans le tiroir du petit bureau qui était installé dans un coin de la salle.

 

Ce soir-là, elle s’endormit rapidement, apaisée, confiante. Ses rêves emplis de couleurs, d’espoir et de tendresse.

 

Le lendemain matin, Hermione suivit le début du cours un peu distraitement, il y avait quelque chose de totalement irréel dans le fait d’écouter le cours de Flitwick dans une époque différente. Le professeur était un peu plus timide que celui qu’elle avait connu, mais, comme toujours, attentif à ses élèves et de bon conseil. Hermione eut un peu de mal à se remettre dans le bain, mais elle se concentra bien vite sur ses notes et les remarques pertinentes qu’elle ajoutait en marge.

 

Elle sursauta, maculant de tache d’encre son parchemin soigné quand un petit groupe de retardataires frappa à la porte de la salle. Lorsque son regard se posa sur celui qui ouvrait la marche, son coeur manqua un battement. « Ce n’est pas Harry » dut elle se forcer un instant à penser. En effet, le jeune homme avait dans ses gestes une confiance et une élégance dont son meilleur ami était dénué, mais la ressemblance physique entre James et son fils était frappante. Hermione qui avait à nouveau fixé son regard sur son parchemin entendit le petit groupe gravir les gradins pour se placer derrière elle. Elle dû faire preuve d’un grand contrôle pour ne pas tourner la tête, pour tenter d’ignorer les voix dans son dos, pour canaliser les émotions qui jaillissaient en elle. Il fallait ignorer les éclats de rire si reconnaissables de Sirius qui fusaient. La proximité était douloureuse, elle sentait sa nuque la brûler, son estomac se nouer. Le jeune Lupin qu’elle n’avait entraperçu qu’un instant avait l’air si rayonnant, si juvénile qu’elle en avait eu le coeur brisé. Et puis, il y avait le jeune homme un peu potelé et gauche qui fermait le groupe, encore inconscient du monstre ordinaire qu’il deviendrait.

 

Elle ne devait pas y penser. Hermione ferma les yeux et s’accrocha à la photo. Elle ne pouvait même pas se permettre de désirer s’impliquer, parce que leurs sourires étaient sa seule réalité. L’indifférence était le seul chemin possible, le passé ne pouvait pas être modifié.

 

— Mademoiselle Charon, tout va bien? demanda le professeur Filkwick de sa voix flutée.

 

Hermione rouvrit les yeux, rougissant légèrement, puis se ressaisit et répondit au professeur qui la couvait de ses prunelles soucieuses.

 

— Oui, professeur, je tentais juste de… visualiser le mouvement pour mieux le retenir, balbutia-t-elle, déclenchant quelques éclats de rire au passage.

 

— Ha, bien sûr, le « palais mental »(en français dans le texte ), une technique de mémorisation très efficace, vint à son secours le professeur en lui adressant un clin d’oeil discret avant de repartir contrôler les progrès des autres élèves.

 

La jeune femme tenta de reporter son attention sur le cours, fixant obstinément le professeur. Mais bientôt son regard fut attiré par un sortilège parfaitement exécuté par un de ses condisciples, assis à l’opposé des maraudeurs, vers la droite de la salle. Elle perdit le peu de concentration qui lui restait en reconnaissant son ancien professeur de potions dans le jeune homme pâle et sombre qui avait lancé nonchalamment l’enchantement complexe. Elle était cernée par les fantômes. Il fallait qu’elle s’endurcisse, qu’elle ne se laisse pas atteindre, elle avait un objectif, elle connaissait les règles, il n’était pas question de flancher. Le chemin s’annonçait infiniment douloureux mais c’était le seul qui s’offrait à elle.

 

Le cours de runes qui suivit ne comptait heureusement aucune de ses connaissances futures dans ses effectifs. À vrai dire, il n’y avait guère plus qu’une dizaine d’élèves, toutes maisons confondues. L’ambiance était studieuse, mais le professeur posé et calme n’en était pas moins exigeant pour autant. Hermione passa une après-midi passionnante à apprendre à reconnaître les influences subtiles entre les runes Étrusques et Rhétiques, et leur usage par les sorciers Vénitiens du 12ème siècle pour améliorer le travail d’orfèvrerie magique. Certains enchantements ne se déclenchaient que grâce à une lecture des runes en miroir. À la même époque, l’industrie vénitienne avait en conséquence été envahie par des fabricants de miroirs opportunistes.

 

——

 

Le premier jour de cours s’achevant, Mina se sentait infiniment plus légère que la veille. Elle éprouvait un grand soulagement. Malgré toute l’appréhension qu’elle avait pu éprouver à l’idée de recommencer à étudier la magie, tout s’était bien passé. Il lui avait semblé étrangement facile de suivre les consignes du professeur Brûlopot et de Chourave. Se contenter d’écouter et d’agir était bien moins éprouvant que les pressions du monde professionnel. Elle ne s’était pas attendu à se sentir si bien en retournant en cours, peut-être, qu’en fait, ayant mûri, elle appréciait soudain beaucoup plus cette merveilleuse opportunité d’ouvrir son esprit à de nouvelles connaissances magiques, à de nouveaux domaines. “Qui sait, si ça se trouve je deviendrai une bonne élève pour la première fois de ma vie” se surprit-elle orgueilleusement à penser.  

 

Le cours de botanique que les Gryffondor partageaient avec les septièmes années de Poufsouffle s’était déroulé parfaitement. La professeure savait faire confiance à ses élèves, ce qui semblait pousser tout le petit groupe à faire de son mieux. Il n’y avait pas de concurrence et la bonne humeur régnait. Malgré la dangerosité des plantes à manipuler à ce niveau d’étude, le rire n’était jamais loin et les remarques sur la possibilité de graves blessures en cas de fausse manœuvre qui auraient dû plomber l’atmosphère n’ébréchaient pas le moins du monde l’enthousiasme des élèves. Mina regrettait de ne pas avoir atterri dans la maison dirigée par Pomona Chourave, elle paraissait beaucoup plus abordable et bienveillante que la sèche et impressionnante McGonagall.  

 

Mais la joie de la jeune femme ne fut que de courte durée, ayant rejoint Hermione pour le cours de métamorphoses qui se déroula le matin suivant, elle déchanta aussi vite qu'elle s’était enthousiasmée. Elle sortit de la salle un peu étourdie, pesant sous le poids du travail qu’il lui restait à accomplir pour ne serait-ce que réussir à s’approcher du niveau minimum requis. Les graphiques complexes tracés sur le tableau noir par la directrice de Gryffondor lui tournait la tête, et elle se sentait nauséeuse rien qu'à les fixer. Les autres élèves de Serdaigle et de sa propre maison semblaient quand à eux parfaitement à l’aise. « C’est ton arrogance qui se retourne contre toi, stupide gamine. Le cours de botanique est un terrain connu puisqu’en rapport avec ta profession et celui de soins aux créatures magiques n’étaient qu’un retour en douceur vers la matière, pour réveiller en les cerveaux encore en vacances des étudiants de septième année.». Elle n’allait pas pouvoir se la couler douce, se laisser porter par le courant revenait à risquer un noyade rapide. Mina soupira, elle était heureuse de ne pas avoir d’autres matières pour la journée. Elle accompagna Hermione jusqu'à sa salle de cours en papotant en français de banalités sur leur prétendue famille afin de nourrir leur couverture, puis elle rejoignit son dortoir pour déposer ses affaires.

 

En poussant la porte, Mina constata avec soulagement que sa colocataire n’était pas présente. Elle avait du mal à cerner cette dernière. Elle ne comprenait pas l’animosité profonde que la fille semblait nourrir à son égard. D’accord, elle avait fait une belle bourde en mentionnant Durmstrang la semaine précédente, mais elle ne pouvait tout de même pas anticiper la réaction de Ludmilla. D’ailleurs, cette dernière s'était montrée tout à fait amicale lors du cours de botanique. La froideur extrême de Yuliya devait donc venir d’autre chose. Mina avait remarqué que la fille se comportait de manière tout à fait civilisée avec les autres élèves de sa maison. Elle l’avait aperçue le matin même en train de raconter des blagues à un des amis de Remus.

 

Mina se laissa tomber sur son lit la tête la première, elle s’enfonça immédiatement dans le matelas trop moelleux et ne voulu plus bouger. Elle était censée aller à la bibliothèque dans l’après-midi, mais elle n’avait qu’une envie, s’enfouir sous les couvertures, et ne plus en ressortir avant le lendemain.

 

Elle songeait à ce qu’Hermione lui avait dit, « ne te lie pas d’amitié avec les maraudeurs, ni Lily Evans ». Son amie n’avait pas réitéré cet avertissement ce matin, elle s’était contentée de mentionner la salle commune de Serdaigle et les recherches à effectuer, mais les mots restaient ancrés en Mina, et la mettait mal à l’aise. Hermione semblait aller bien, elle s’était montrée optimiste et enjouée lors des deux heures passées en cours, mais ses cernes témoignaient qu’elle avait dû passer une bonne partie de la nuit précédente à lire. Mina reprit son courage à deux mains et prit la direction de la bibliothèque, ignorant tant bien que mal l’invitation d’un groupe d’élève de sa promotion à les rejoindre dans ce qui semblait un jeu de mimes version sorcière particulièrement tentant.

 

De toute façon, elle n’était pas là pour se faire des amis, elle en avait conscience. Il faudrait qu’elle reste distante de la petite communauté des septièmes année de sa maison, c’était ce qui était le plus raisonnable. Mais rester trop isolé attirerait indéniablement l’attention. C’était dans un sens comme un autre une situation délicate,  la sympathie, l’amitié ne se calculait pas, du moins ce n’était pas quelque chose qu’elle était capable de faire. Mentir sur qui elle était d’accord, mais les sentiments, ça ne se contrôlait pas, ou en tout cas ça ne donnait rien de bon quand elle essayait.

 

Le début de la semaine passa rapidement, Mina, bien décidée à suivre la directive d’Hermione essayait d’éviter les maraudeurs, mais ce n’était pas facile. Elle tâchait de les croiser le moins possible, mais Lupin lui donnait du vraiment du fil à retordre. Le préfet avait dû tirer son nom à la courte paille lors d’une réunion de préfets, car il semblait particulièrement enclin à s'impliquer personnellement dans son intégration à la maison qui lui avait été attribuée par le stupide bout de cuir. Pour ne rien améliorer, Mina semblait condamnée à croiser systématiquement un membre du groupe à chaque fois qu’elle tentait un nouvel horaire pour descendre déjeuner. Et puis, elle avait définitivement le sentiment qu’en cherchant à suivre les conseils d’Hermione elle en était venue contre-productivement à s’intéresser de bien trop près aux habitudes de ses condisciples.

 

Elle avait noté que James était le plus matinal, que Remus et Sirius arrivaient à un horaire plus décent, quant à Peter, il tentait de grappiller quelques minutes de sommeil supplémentaire et rejoignait le groupe juste avant la fin du petit déjeuner, se retrouvant à avaler son porridge avec une rapidité qui donnait mal au ventre à la jeune femme par association.

 

La jeune femme décida finalement de se caler sur l’horaire moyen, à savoir huit heures du matin, dissimulant ses bâillements dans sa manche en vidant une cafetière entière à elle toute seule en luttant contre l’idée d’harceler ses camarades pour savoir si l’un d’eux connaissait l’existence d’un réseau de revente de cigarettes dans l'école. Le manque de tabac se faisait encore plus ressentir à ce moment de la journée. Et le joyeux nuage de fumée qui s’agitait en volutes élégante au-dessus de la table des professeur dès l’aube était un rappel constant du manque. Mina n’avait pas besoin de feindre beaucoup la fatigue pour éviter les conversations, épuisée comme elle l’était par la concentration nécessaire pour suivre les cours dans une langue étrangère.

 

Lupin était un camarade charmant, attentif, un sourire espiègle et doux illuminait souvent son visage fatigué et scarifié. De Sirius Black émanait une aura plus dangereuse, plus magnétique. La jeune femme se demandait comment le jeune homme parvenait à paraître aussi frais et dispo dès le matin, papotant, questionnant ses condisciples ensommeillés avec une énergie inépuisable, une lueur malicieuse dans ses yeux clairs. « Un faux innocent, sous son sourire » avait elle décidé. Il taquinait ses camarades de tablée, sans jamais dépasser les bornes, juste assez pour les faire rire et les empêcher de piquer du nez dans leur porridge. Charmant, Sirius Black l’était, ce n’était pas uniquement son physique, mais un état général. Mina trouvait ça fatiguant à vrai dire, les humains étaient censés montrer des faiblesses, des failles, y compris dans leur façon d'apparaître au premier abord, il y avait quelque chose de profondément frustrant à subir un tel charisme dès l’aurore. Surtout lorsque le manque de nicotine lui mettait les nerfs à vif.

 

Evans était aussi extrêmement charismatique, mais elle avait au moins la décence d’être totalement évaporée le matin avant son thé, suivant distraitement les conversations sans intervenir, trop concentrée sur l'opération délicate que constituait le fait d’appliquer sa confiture sur ses tartines. La préfète de Gryffondor ne semblait pas du genre à se donner en spectacle pour briller, elle s’intéressait réellement à ses condisciples, bienveillante et brillante, il était impossible de ne pas la remarquer. Elle était d’ailleurs dotée d’une ouverture d’esprit rafraîchissante. Toutes ces qualitées avait conduit la jolie rouquine à être une des élèves les plus populaires de Poudlard. A l’exception bien sûr de certains Serpentard qui attachaient trop d’importance à son statut de née-moldue, il n’était pas rare de la voir en pleine discussion avec des élèves de toutes les maisons.

 

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La fin de semaine arriva et les filles n’avaient pas eu le temps de reprendre leur souffle. Hermione commençait sa journée la plus chargée, quant à Mina, elle put profiter d’une grasse matinée bien méritée suite à une soirée de recherches infructueuses particulièrement laborieuse. Cette dernière émergea des brumes la tête légère, car elle devait achever la semaine par son premier cours de potions en début d’après-midi.

 

Elle était surexcitée par la perspective de découvrir le programme de l’année, mais savait qu’elle devait calmer son ardeur. Il ne fallait pas qu’elle se fasse remarquer. Elle devait garder profil bas, ne pas aller trop vite, bien suivre les consignes et tâcher de ne pas appliquer ce qu’elle avait acquis durant sa formation. Ça avait quelque chose d’un peu déprimant tout de même, mais elle espérait être surprise par les préparations proposée dans ce cours. Après tout, elle n’avait jamais eu l’occasion d’aborder le programme d’Aspic.

 

Se remettre devant un chaudron, sentir le contact des ingrédients contre ses mains, retrouver cette part de son identité. Ça lui manquait tellement cette impression grisante lorsque la préparation virait selon ses calculs, que la magie opérait comme une expérience de science bien rodée. Et puis aussi, toutes les surprises possibles, les infimes variations subtiles dans la musique de chaque recette qui rendait si vivante et nouvelle chaque préparation. Mina se retenait de chantonner en descendant l’escalier de la salle commune aux environs de midi. Elle n’avait pas faim, à vrai dire, elle se sentait comme une gamine qui attendait de pouvoir ouvrir ses cadeaux de Noël. Même le regard orageux que lui lança Yuliya lorsqu'elle manqua de lui rentrer dedans n’ébranla pas le moins du monde sa bonne humeur.

 

Après un repas picoré, la jeune femme descendit accompagnée d’un petit groupe d’élèves qui se rendaient vers les cachots. Elle était parmi les premiers à pénétrer dans le laboratoire. Elle aspira l’air âcre qui régnait dans la pièce avec délice, elle se sentait dans son élément. Elle dévisagea le professeur Slughorn un instant, ce dernier était très occupé à écrire une lettre, armé d’une longue plume de paon des plus outrancières. Elle se dit qu’il semblait être à première vue le genre de potionniste à aimer les préparations spectaculaires et fastueuses, pas le genre de professeur qui réprime ou méprise l’originalité, c’était une perspective réjouissante.

 

Comme Mina ne savait pas où s’assoir, elle prit place vers l’arrière de la salle, dans une rangée vide. Elle déplia son matériel, caressant le métal encore froid et immaculé de son chaudron avec tendresse, puis entreprit de sortir ses affaires de cours. Tandis que les élèves continuaient d’arriver, elle feuilletta son exemplaire du Manuel avancé de préparation des potions bien qu’elle connaisse déjà plus ou moins sur le bout des doigts toutes les recettes qu’il contenait. Elle fit semblant d'être profondément plongée dans la lecture du livre le temps de faire disparaître le sourire béat qui s’était naturellement inscrit sur son visage et qu’elle avait du mal à réprimer. Il fallait qu’elle se calme. Il fallait s’effacer, rester neutre, ne pas laisser l’enthousiasme l’emporter. Elle parvint à se reprendre et se replia sur l’observation du petit groupe qui l’entourait. Les élèves suivant les potions n’étaient pas très nombreux à ce stade, elle reconnut quelques Gryffondor dans la salle, et remarqua qu’ils étaient tous regroupés vers les premiers rangs, sur le côté gauche de la salle. La jeune femme rousse qui était préfète croisa son regard et lui sourit, Ludmilla qui était assise à côté de Lily lui fit un petit signe de la main pour l’engager à les rejoindre, Yuliya assise à sa gauche ne semblait quand à elle pas ravie par l’attitude de sa condisciple. Mina se rappelant de l’avertissement d’Hermione, déclina l’invitation avec un sourire poli, montrant ses affaires déjà sorties. La Poufsouffle n'insista pas à son grand soulagement.

 

Quelques instants avant l’heure, les derniers élèves, pour la plupart des Serpentard entrèrent dans la salle et s’installèrent à leur tour. Mina reconnu Snape parmi eux. Ce dernier ralentit le pas, se séparant sans un mot du groupe. Le jeune homme laissa dériver un instant son regard aigu vers l’avant de la salle, s’attardant sur le premier rang, puis s’installa au fond, le visage parfaitement impassible. Mina se raidit en constatant qu’il s’asseyait juste derrière elle et prit note de ne pas tourner la tête durant les 3 heures qui suivraient, même si un chaudron explosait. Elle lui tenait encore rancune pour ce qui s’était passé le soir de la rentrée. Depuis la répartition, elle s’était contentée de faire comme si le jeune homme n’existait pas, ce qui ne semblait d’ailleurs nullement déranger le concerné. Mais Mina sentait encore le poids de l’affront et attendait avec impatience qu’il tente de lui parler pour lui rendre les Noises sur son Gallion. Elle se voyait déjà lui renvoyer son indifférence avec dignité.

 

Une fille de Serdaigle, arrivant en retard se laissa tomber juste à côté de Mina en soupirant de soulagement, juste avant que le professeur Slughorn ne commence à parler, interrompant les ruminations de la jeune femme.

 

— Bonjour à vous tous. Bienvenue pour votre dernière année à étudier l’art volatile et merveilleux des potions. Je ne vais pas vous dévoiler le programme comme j’ai coutume de le faire lors des années antérieures, car je juge que vous devez être à présent être capables de vous adapter à la difficulté et à l’inattendu qui compose le quotidien des professionnels. Que vous vous destiniez à une carrière de Médicomage, d’auror, de chercheur ou bien d’apothicaire, voir même si vous rêvez de me succéder d’ici quelques années à ce poste, votre capacité à vous acclimater et à ne pas perdre votre sang froid sera essentielle. Les ASPIC, à la différence des BUSES pourront porter sur la réalisation d’une potion que vous n’aurez pas eu l’occasion d’aborder lors des cours, ce cas de figure se présente parfois et vos mentions dépendront de votre attitude face à l'imprévu tout autant que de vos connaissances. Étant donné que cette classe comporte certains des meilleurs éléments que j’ai eu la joie de découvrir lors de cette dernière décennie, je vous préviens que je vous pousserai probablement un peu plus que de coutume. J’ai déjà prévenu les examinateurs de s’attendre à des merveilles de la part de votre promotion, je compte donc sur vous pour vous imprégner des dernières connaissances que j’ai à vous transmettre pour briller à l’examen final. Sur ce, trêve de discours, nous avons bien trop de travail pour perdre plus de temps. Aujourd’hui, je vous demanderais de choisir une des trois préparations qui figurent respectivement aux pages 485, 568 et 602. Elles sont assez courtes, mais demandent une grande précision de préparation si vous voulez les finir avant la fin de ce cours. Je compte sur vous, la personne qui aura la meilleure préparation dans chacune des catégories remportera 10 points pour sa maison. Je ne répondrai à aucune question, mais vous êtes bien entendu libre de requérir l’aide de vos camarades...

 

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Au même moment, à l’autre bout du château, Hermione se tenait devant la porte de la salle de classe de son ultime cours de la semaine, la main posée sur la poignée, dans un état légèrement fébrile.

 

Suite à la libération de toutes les émotions refoulées le premier soir dans la tour de Serdaigle, la jeune femme avait finalement réussi à réfléchir à nouveau clairement et avait eu une illumination.

 

Il fallait abandonner la source indirecte des livres et se pencher sur des pistes sinon vivantes, en tout cas incarnées. Elle avait été stupide de ne pas avoir noté cette évidence plus tôt. Qui d’autre que les fantômes pouvaient être susceptibles d’avoir été témoins des incohérences éventuelles laissées par un voyageur temporel? Qui d’autre pouvait avoir des informations sur l’identité éventuelle du sorcier qui aurait pû établir un pacte avec les gobelins? Certes, Hermione ne pouvait se permettre de courir derrière les fantômes en leurs posant des questions. Les murs avaient des oreilles et les morts se sentaient bien peu concernés par les allégeances des vivants, n’en faisant généralement qu'à leur tête et aimant cancaner. Il fallait donc qu’elle s’introduise habilement dans leur cercle sans attirer l’attention d’un observateur éventuel. Par où commencer? Bien évidemment, en s’adressant au seul fantôme qu’il était tout à fait commun de rencontrer en temps qu’élève.

 

Comme vous l’aurez certainement deviné, la porte qu’Hermione s’apprêtait à pousser en cette fin d’après-midi était celle de la salle de classe d’histoire de la magie. Elle prit une profonde inspiration pour calmer son stress et pénétra dans la pièce qui n’avait pas changé par rapport à ses souvenirs. Elle devait parvenir à entrer dans les bonnes grâces du professeur Binns. Cela n’allait pas être facile, car le fantôme n’accordait guère d’attention à la présence de ses élèves. Ron lui avait juré l’avoir un jour entendu dicter son cours devant une classe vide un samedi matin, alors qu’il revenait d’une retenue. Mais Hermione avait un plan d’action. Phase un, la plus facile, être une élève modèle et attentive, se faire discrètement remarquer, puis trouver le bon timing pour la suite. Trouver la bonne façon d’aborder le sujet des mythes sans braquer le professeur. Tout ce que la jeune femme savait à son sujet, c’était qu’il n’aimait guère discuter de légendes, uniquement de faits, il faudrait donc être patiente et habile pour espérer profiter de ses lumières.

 

Hermione attendait donc avec appréhension de savoir si le programme de l’année lui offrirait l’ouverture qu’elle espérait. Elle n’avait aucune idée de ce que les septièmes année pouvaient bien étudier en 1977, mais elle espérait qu’une des révoltes des Gobelins soit approfondie dès le début d’année. Hermione détestait ça, mais cette fois elle devait s’en remettre à la chance. Alors, dans un discret geste dissimulé sous sa cape, une fois n’était pas coutume, tandis qu’elle poussait la porte, elle croisait les doigts à la moldue.







 

End Notes:

Merci d'avoir lu ^^

j'espère que ce chapitre vous aura plu bien qu'il ne fasse pas avancer l'intrigue a pas de géant ^^(pour changer ;) )

n'hesitez pas si vous avez des questions, remarques, conseils, réclamations ... 

et à bientôt pour la suite

 

Sabotage et soirée by Haru Nonaka
Author's Notes:

Un grand merci à EllaC, Bloo et Sehnsutch pour leurs belles rewiews qui me motivent beaucoup (même si malheureusement je reste toujours très lente a écrire, désolé)!

 

 

 

Voici donc le chapitre suivant...enfin sa première partie d'abord.

 

J'espère qu'il vous plaira!

 

Bonne lecture

 

Cette superstition moldue était-elle née d’une pratique de sorcellerie à présent oubliée, ou le hasard avait-il simplement agité ses branches au moment opportun pour faire tomber un de ses fruits mûrs à point ? À moins que ce soit la détermination de la sorcière et le caractère profondément impulsif de son geste qui avait eu une incidence dans l’équation… Une chose était sûre en tous cas, les doigts croisés d'Hermione avaient parfaitement rempli leur rôle.

 

Un rabat-joie aurait dit que de toute manière les probabilités de réussite étaient de base assez favorables. Il aurait certainement lancé une statistique pour appuyer ses propos, mais attention, un nombre sérieux de spécialiste : précis et impair, pas une simple dizaine d’amateurs, non, non, non…

 

Dans tous les cas il n’aurait (probablement) pas pu nier que cette anecdote constituait un énoncé intéressant à proposer à un apprenti langue-de-plomb du département des mystères en panne d’idée pour occuper sa triste pause repas. 

« Peut-on ou non parler de conjuration magique dans ce cas précis, lisez l’énoncé et développez » peut-être une perche à lancer à un de ces pauvres jeunes injustement ostracisés, car n’étant pas autorisés à parler de leur travail avec les autres stagiaires du ministère… hum, bref, je m’égare, fermons cette parenthèse et revenons à nos veaudelunes. 

 

Le cour d’Histoire de la magie s’achevait. Après deux heures à prendre furieusement des notes sur un parchemin dans la classe presque vide du professeur Binns, une lueur déterminée rehaussait le regard vif d’Hermione et un sourire satisfait s’épanouissait sur ce visage qui n’était pas tout à fait le sien.

Les révoltes Gobelines figuraient bien au programme de septième année et pour couronner le tout elle aurait l’occasion de travailler sur ce sujet en l’abordant sous un angle de recherche de son choix. D’ici trois semaines, elle devrait présenter son projet au professeur et, s’il était accepté, elle pourrait avoir plusieurs entretiens avec Binns, en tête à tête. En effet, la dernière année se concentrait sur le fait de former de jeunes historiens à la méthodologie, à l’autonomisation plutôt qu’à du simple bachotage. Hermione en venait presque à regretter de ne pas avoir poursuivi cette option lors de sa si lointaine sixième année. 

 

Une fois ses affaires casées à la va vite dans son sac, elle s’empressa de prendre la direction de la bibliothèque, bien décidée à trouver au plus vite un angle d’approche convaincant. Une fois dissimulée derrière une pile impressionnante de vieux grimoires, elle se fit la réflexion qu’il était temps de contacter Mina. Mais un volume à la couverture en cuir rouge ciselé d’argent, dont les pages dégageaient une odeur centenaire, avait un titre si prometteur qu’elle ne put résister. Elle tourna délicatement la page de garde et oublia un long moment toute notion d’espace et de temps.

 

Mina, quant à elle, était à cet instant toujours en plein milieu de son cours de potion. 

 

Après avoir longuement hésité elle avait choisi d’effectuer la recette simplifiée de l'élixir cérébral de Baruffio. 

Ce n’était pourtant pas la plus spectaculaire des préparations proposées par Slughorn et de loin : elle ne tenait certainement pas la comparaison avec l’effet impressionnant d’une potion de vieillissement même incomplète, ni n’avait la délicatesse du subtil philtre de camouflage (qui mal réalisé pouvait avoir des effets profondément cocasses et surprenants sur les objets traités), mais la recette notée dans le manuel était une variante que Mina ne connaissait pas et qui semblait assez ouverte à l’expérimentation. Et puis, si elle avait l’occasion d’en subtiliser un peu, ce breuvage leur serait sans doute assez utile pour alléger les interminables heures de recherches.

 

Penchée sur son chaudron, Mina s’était faite oublieuse du monde extérieur. Elle semblait en retard par rapport aux autres mais il n’en était rien. Elle avait en fait décidé d’allonger le temps de préparation de la seconde phase de sa potion grâce à l’ajout de mauve douce, qui combinée avec la bile de tortue utilisée dans la recette originale servirait de ralentisseur supplémentaire. Accélérer la phase finale de la préparation lui permettrait de conserver au maximum le pouvoir de mémorisation transmis par les plumes de jobarbilles. Enfin, elle prévoyait aussi d’utiliser quelques feuilles de livèche pour préserver l’utilisateur des migraines, qui si la puissance de l'élixir était décuplée, risquerait de devenir un effet secondaire bien au delà du désagréable.

 

 

La plupart des élèves arrivaient vers les dernières étapes de leur préparation lorsque le métal du bracelet enserrant le poignet de Mina vira à un froid mordant. Retenant un cri de surprise, la jeune femme lâcha les plumes de jobarbilles qu’elle était en train de compter. Ces dernières, éprises de liberté, voletèrent gaiement, échappant à ses tentatives fébriles de les rattraper, pour finir leur fuite tout près du foyer du chaudron.

Les ingrédients commencèrent rapidement à s’assombrir et se recroqueviller, n'appréciant guère la proximité des flammes. Mina à genoux sous la table tâcha de les en éloigner avant qu’elles ne soient totalement irrécupérables. La jeune femme détestait l’idée de gâcher des ingrédients aussi délicats. Elle soupira, remerciant Morgane d’avoir eu l’occasion d’acquérir un bel éventail de techniques pour rattraper ses incessantes maladresses durant sa formation sur le chemin de Traverse. Glissant les plumes (enfin ce qu’il en restait) délicatement dans la poche de sa robe, elle prit note de les mettre dans un bocal d’hydrolat de sauge grise sur sa fenêtre du dortoir, histoire qu’elle retrouvent leurs propriétés en se régénérant grâce à la lumière de la lune. 

 

 

Avant d’émerger de sous la table, Mina profita d’être loin des regards pour déchiffrer l’inscription qui commençait déjà à s’effacer. Hermione lui donnait rendez-vous à 20h vers la cuisine des elfes, elle avait une nouvelle piste pour résoudre leur « petit problème de temps ». Mina se hâta de répondre par la positive. 

 

Le cœur gonflé d’espoir elle se dirigea gaiement vers la table des ingrédients. Mais tandis que ses yeux balayaient l'étagère et les centaines d'ingrédients mis à la disposition des élèves, un minuscule pincement au cœur vint diluer sa joie. Elle venait de réaliser qu’elle n’aurait peut-être pas l’occasion de suivre beaucoup d’autres cours de Potions. Ce serait vraiment dommage de ne pas en profiter pleinement, songea-t-elle en se saisissant en plus des plumes manquantes de quelques ingrédients supplémentaires, après avoir vérifié que le professeur et les autres élèves ne l’observaient pas. 

Le métal encore un peu froid contre sa peau sonnait comme un vague rappel des avertissements d’Hermione, mais après tout elle pourrait sûrement s’amuser juste un peu, puis saboter sa potion pour la rendre plus… ennuyeuse, sans que personne ne remarque rien. 

  

 

Severus quant à lui s’ennuyait. Il avait fini deux versions du filtre de vieillissement de différentes intensités, qui refroidissaient lentement dans des béchers sur son plan de travail immaculé. Le jeune homme tâcha de se distraire en se prêtant à un examen des préparations des autres élèves, tentant de deviner quelle potion ils avaient choisi. La plupart s’en étaient bien tirés, Chose qui, selon lui, aurait dû être le strict minimum dans un cours de ce niveau, mais beaucoup avaient joué la sûreté en suivant la recette, quel ennui. 

 

Une ébauche de sourire dérida néanmoins ses lèvres fines lorsqu'il repéra la couleur affreusement orange du chaudron de Potter. Ce frimeur de pacotille avait tenté une variante d’Aker pour son philtre de camouflage mais avait dû oublier - typiquement trop confiant - de vérifier précisément le nombre de grammes de scarabées cornu à ajouter à sa préparation pour contrebalancer l’effet du gingembre du Pérou. Mais le sourire de Severus disparut encore plus vite qu’il n’était apparu lorsque Lily se pencha vers son ennemi juré pour lui susurrer des conseils à l'oreille.

 

La potion de cette dernière était presque parfaite, élégante, d’un bleu profond. Même sans lui pour l’aider à sublimer ses potions elle se débrouillait toujours très bien. Non pas qu’il en aurait douté, elle était après tout une sorcière exceptionnelle… une exception à la règle… un être à part. Severus se força à détourner le regard du joli tableau qu’offrait le contraste entre le liquide de l'élixir de Baruffio et ses cheveux roux remontés dévoilant sa nuque fine. Il ne voulait pas attendre qu’une boule se forme dans sa gorge lui rappelant la distance insupportable qui s’était créée entre eux deux, par sa propre faute. 

 

Pour se distraire de ses pensées noires, Severus s’adonna à des critiques mentales bien plus virulentes des préparations de « tous ces incapables cloportes qui n’avaient rien à faire dans une classe de potions de ce niveau ». 

 

Alors qu’il comparait à « un strangulot échoué depuis plusieurs jours sur les berges du lac en pleine canicule » le contenu du chaudron d’une Serdaigle, ses yeux furent soudainement attirés par une extraction minutieuse de graines de livèches juste à la table devant lui. Cet ingrédient n’entrait pourtant dans aucune des recettes ni des variantes proposées par « le vieux gâteux ». 

 

Le regard perçant de Severus glissa vers le chaudron de Mina, ne s’en détachant plus que pour suivre les gestes de la préparation encore en cours. Au bout de cinq minutes, il commençait à entrevoir ce que la jeune femme tentait de faire… c’était habile et pour tout dire… surprenant. 

 

 

Severus, depuis longtemps convaincu d’être de très loin le meilleur potionniste de l’école, devait avouer qu’il était plutôt impressionné par la préparation de la française. En général, il devait se plier à subir l’injustice délibérée du jugement peu objectif de Slughorn en serrant les dents, mais cette fois ce serait différent (Slughorn avait en effet tendance à minimiser les talents de Severus et à surestimer ceux de ses chouchous, ce qui révoltait profondément le jeune homme. Soi-disant c’était pour ne pas faire preuve de favoritisme envers sa maison. Cette simple affirmation faisait sortir les crocs à Severus. Parce que c’était stupide, non ? Ne pas favoriser Serpentard là où il le pouvait, alors que d’autres professeurs avaient tendance à faire bien moins preuve de tolérance envers eux lors des infractions au règlements, et à minimiser leurs réussites en les attribuant à leur « éducation privilégiée ». Ce que faisait Slughorn n’était pas un signe d'intégrité selon lui, juste de la couardise. Malgré ses talents de potioniste et son impressionnant réseau de connaissances dans le monde sorcier, Severus avait au fil des années de plus en plus de mal à respecter son directeur de maison, même s’il se gardait bien de l’admettre devant l’intéressé. )

 

Le jeune homme jeta un bref coup d’œil à la pendule surchargée de dorure qui trônait à l’arrière du bureau (un cadeau d’un ancien élève devenu haut fonctionnaire au ministère). D’ici peu de temps, Slughorn commencerait à passer entre les rangs pour juger leurs préparations et pour la première fois depuis longtemps Severus sentait qu’il aurait pu mieux faire. Ce n’était étonnement pas aussi désagréable qu’il ne l’aurait cru, c’était même plutôt grisant. La couleur d’un bleu presque translucide qu’avait pris l'élixir de la française témoignait de sa qualité accentuée. Ça laissait présager une potion miraculeusement équilibrée et il était impatient de savoir si l’effet de ce filtre était aussi prometteur qu’il le supposait. D’ailleurs, il avait pris quelques notes dans les marges de son manuel.  

 

Mais alors que Slughorn passait dans le premier rang, s'enthousiasmant bruyamment comme à son habitude devant le chaudron de Lily, un frisson parcouru soudain l’échine de Severus.

 

Très clairement, comme au ralenti, du coin de l’œil, il entrevit le profil de la française se relever en direction du professeur et la concentration déserter ses traits pour laisser place à la panique. Un instant elle sembla chercher quelque chose sur son plan de travail puis Severus, abasourdi, la vit lancer dans son chaudron une plume supplémentaire de jorbabille. Le liquide frémit un instant puis vira à un bleu opaque, éteint. 

Severus en aurait crié d'effroi s’il avait été du type propice à ce genre d’effusions de voix. Elle venait de réduire à néant une demi-heure d'améliorations subtiles, de totalement déséquilibrer sa préparation, c’était… quasi criminel. 

Il se pencha en avant pour tenter de mieux apercevoir l’expression de la jeune femme. Avait-elle saboté consciemment sa potion, ou bien commis une erreur de dernière minute ? Une agaçante mèche dissimulait le visage de sa condisciple, l'empêchant de saisir sa réaction. Mais quelques minutes plus tard, alors que Slughorn arrivait vers sa rangée, elle semblait impassible. 

 

Severus sentit la colère bouillonner en lui tandis que le professeur passait sans sourciller devant la préparation de Mina, à présent passable, sans plus. Incrédule et frustré, ce fut tout juste s’il entendit les compliments sur son propre travail. 

 

 

Mina n’avait pas le moins du monde remarqué qu’elle avait attiré l’attention de son condisciple dont elle avait à vrai dire totalement oublié l’existence prise dans le feu de l’action.

 

Bien qu’elle n'eût pas réussi à récupérer un échantillon de sa préparation avant de la saboter, elle flottait encore sur un nuage de profonde satisfaction lorsqu’elle quitta les couloirs humides des cachots. Elle espérait vraiment que la soirée s’avérerait aussi prometteuse que l'après-midi qui venait de s’écouler. 

 

Il était encore tôt mais au lieu de tourner en rond jusqu'à l’heure de leur rendez-vous dans les cuisines elle préférait retrouver son amie. Il n’y avait de toute manière pas de mystère quant à l’endroit où elle devait se trouver.

 

 

Mina traversa la bibliothèque sur la pointe des pieds, peu désireuse de s’attirer de nouveau les foudres de Mme Pince. Tandis qu’elle parcourait les rayonnages, cherchant Hermione ou une haute pile de grimoires qui indiquerait inévitablement sa position, la jeune femme se figea.

 

Accroupi dans un coin sombre, entre deux étagères croulant sous des grimoires poussiéreux, un jeune garçon aux longues boucles blondes emmêlées pleurait en silence, la tête baissée. Son visage, qu’il essuya avec la manche de son uniforme aux couleurs de Serdaigle, sembla vaguement familier à Mina. Elle hésita un instant, devait elle aller lui parler ou bien le laisser en paix ? 

Alors qu’elle s’apprêtait à s’approcher, la voix de madame Pince claqua, fissurant le silence studieux. Mina se retourna dans un réflexe, mais elle n’était pas la cause de la fureur de la bibliothécaire cette fois-ci, à son grand soulagement. Lorsqu’elle pivota à nouveau, le garçon avait pris la poudre d’escampette. Il n’y avait nulle trace de lui dans les environs. Ça avait été si rapide que Mina se demanda si elle ne l’avait pas tout simplement imaginé. Après tout elle avait passé l’après-midi à respirer des vapeurs de potions…

 

Quelques minutes plus tard elle se laissait tomber sans délicatesse dans le siège en face d’Hermione. Cette dernière ne sembla nullement s’apercevoir de sa présence. Mina qui présumait que même si la bibliothèque était envahie par un troupeau d'hippogriffes, son amie n’aurait pas sourcillé à moins que l’un d’eux ne décide de lui arracher d’un coup de bec son livre des mains, ne lui en tint pas rigueur. Elle se contenta de saisir un parchemin couvert de notes au hasard dans le petit tas sur la table.

 

« ... page 238 :« Peu clair mais possiblement intéressant, consulter de nouveau/ Chercher signification de « Ofmsahtzr » en Gobelbabil pour préciser sens/ rester attentive à éventuel événement similaire mentionné à cette date dans ouvrage contemporains période / voir si utile effectuer recherches plus approfondies car... »

 

 Hermione murmura interrompant la lecture de Mina :

 

— J’avais peur que Slughorn ne vous retiennent plus tard que ça, d'où le rendez-vous aux cuisines… Oh, par Merlin, mais il est déjà si tard que ça ! je n’ai pas vu le temps filer. Tout s’est bien passé en Potions, Mina?

 

— Oh, oui, très bien, j’ai passé un après-midi amusant… et toi alors, cette piste ?

 

— Plus tard, murmura Hermione en jetant un coup d’œil significatif aux alentours avant de reprendre d’une voix claire : Tiens, vu que tu es là et en pleine forme, aide-moi un peu, veux-tu ! Il me faudrait juste quelques livres supplémentaires pour l’histoire de la magie, si tu pouvais me trouver ceux-là pour commencer, tu serais d’une aide précieuse. 

 

Mina acquiesça et Hermione reprit sa lecture. La Française observa le long morceau de parchemin et se retint de rire : en juste quelques heures Hermione avait déjà barré à elle seule la moitié des ouvrages de sa liste… était-elle seulement humaine ? Enfin, elle avait peut-être utilisé un sortilège de lecture rapide. Finalement, songea Mina, c’était sans doute mieux qu’elle n’ait pas eu le temps de subtiliser d’élixir, elle n'imaginait même pas à quelles extrémités son amie boostée par ce genre de potion serait capable de tendre. 

 

La liste d’Hermione contenait principalement des titres sur les guerres Gobelines et sur l'évolution des contrats magiques passés entre sorciers et créatures au travers des siècles. Mina ne comprenait pas très bien en quoi cela pouvait bien leur servir, mais tant qu’elle n’avait pas à traduire un récit de légendes de plus, c'était un réel soulagement. Si elle avait toujours aimé découvrir les contes et légendes du monde sorcier, elle commençait à saturer après des semaines de recherches n’apportant aucun début de lumière sur l’objet qui les avait arrachés à leur ligne temporelle.

 

Une heure plus tard, madame Pince chassait sans ménagement les derniers élèves de la bibliothèque. Le sac d’Hermione était si chargé d'épais grimoires qu’elle avait dû lancer un sortilège d’extension afin de les y caser tous. 

 

Une fois en bas des escaliers, les filles se faufilèrent dans les cuisines, hors de portée des oreilles indiscrètes. Tout en dégustant une portion de cake aux olives, du thé et quelques pâtisseries (les elfes de maison qui étaient bien trop occupés à envoyer les plats pour le repas à cette heure pour se soucier de leur discussion avaient néanmoins insisté pour leur fournir un « petit encas »). 

 

Après qu’Hermione lui ait expliqué la raison de leur nouvel angle de recherche, Mina se proposa, entre deux délicieuses tartelettes, d’interroger le professeur Brûlopot sur les us et coutume des Gobelins. Après tout un professeur étudiant les créatures magiques avaient certainement à un moment ou à un autre dû se familiariser avec leur culture, malgré la complexité de leur statut magique. Elles conclurent par l’espoir d’avoir bien avancé avant la mi-octobre, date à laquelle il avait été convenu d’un rendez-vous pour faire le point avec le directeur sur leurs recherches respectives. 

 

Les filles, largement rassasiées, décidèrent de sauter le dîner pour une promenade dans le parc, tant pour entretenir leur couverture que pour délasser leurs jambes engourdies.

 

L’air était frais, vivifiant. Une lune presque pleine illuminait le parc autour du château. Près du lac, la voie lactée était parfaite pour une séance d’astronomie, mais la plupart des élèves se promenaient tranquillement sans se soucier d’amener un télescope avec eux pour avancer leurs devoirs, profitant simplement du temps clément et du goût de liberté qu’amenait le week-end qui se profilait. Le château était paisible, si paisible qu’on en oubliait l’existence d’une guerre au dehors.

 

 

Hermione interrogea Mina sur sa première semaine et les différences qu’elle avait noté entre les cours de Beauxbâtons et de Poudlard. 

 

Un cours avait particulièrement marqué Mina : ses études des forces du mal, plus axées sur l’histoire de la magie noire et des créatures, ne l’avait pas préparée à la leçon qu’elle avait eu la veille. Il faut dire qu’Amata Moorehead avait débuté fort l’année scolaire pour les septièmes années : l’entraînement aux sortilèges de défense auxquels la nouvelle professeure les avait soumis avait été rude, intense, effrayant même par moment. Mina se demandait si c’était une chose courante à Poudlard ou bien si c’était dû au fait que la nouvelle professeure soit une aurore, probablement en quête de futures recrues pour renforcer les rangs du ministère dans le contexte actuel. Elle n’était pas sûre de savoir quoi penser de l’enseignante : d’un côté la femme encourageait beaucoup ses élèves et la pratique était certes primordiale dans ces temps troublés, mais de l’autre côté son approche très axée sur la recherche de la performance mettait la jeune femme profondément mal à l’aise. Elle avait eu l’impression d’assister à un entraînement de duels, pas à de la défense contre la magie noire. De plus les étudiants anglais de cette époque semblaient maîtriser les sorts offensifs trop bien, et les yeux de l’enseignante briller d’une lueur un peu trop enthousiaste à son goût.

 

Hermione, resta un instant pensive puis lui parla des enseignants qui s’était succédés durant sa scolarité à ce poste maudit. Pour tout dire elle partageait l’impression de Mina sur la professeur actuelle, son approche résonnait avec celle qu’avait eu le faux Maugrey-Fol-œil. Elle soupçonnait le ministère d’avoir imposé la professeure à Dumbledore, avec pour but de recueillir un maximum d’informations sur les futurs sorciers tant prometteurs qu'éventuellement dangereux. 

 

Mina eut l’air profondément choqué quand Hermione lui résuma les événements qui avait pris place lors de sa cinquième année et d'à quel point la communauté magique anglaise avait laissé le ministère anglais prendre contrôle de l'éducation. Selon elle, il aurait été beaucoup plus compliqué d’agir de la même façon à Beauxbâtons. L'école qui accueillait de nombreux élèves d’autres pays, gardait par conséquent une distance beaucoup plus prononcée avec le ministère de la magie français. Plus Mina apprenait de choses sur l’adolescence d'Hermione, plus elle découvrait son privilège d’avoir pu suivre ses études sans se soucier de dangers menaçant son intégrité physique ou mentale. 

 

Hermione s’était bien sûr gardée de révéler les noms de ses professeurs, mais ne put retenir un léger sourire quand Mina se mit à vanter le talent certains de Lupin à aider ses condisciples de toutes les maisons en prodiguant des conseils bienveillants. Il avait de loin été un de leur meilleur enseignant dans la matière, si l’on excluait Harry. Le temps d’un clignement de paupières et le sourire d’Hermione se flétrit. Tandis qu’elle repoussait l’image du corps sans vie de son ancien professeur dans les tréfonds de sa mémoire, elle avisa le regard soucieux de Mina. Dissimulant sa tristesse en une moue grimaçante elle lança du ton le plus léger qu’elle avait en réserve :  

 

— Heureusement que je t’ai dit de te tenir loin de Lupin et de ses amis, Mina, dis-moi ! Si je ne l’avais pas fait, tu serais probablement tombée amoureuse à t'entendre louer ses mérites.

 

 

Mina qui n’était pas dupe, décida de faire comme si elle n’avait rien remarqué et répondit du tac au tac :

 

 

—Ah, mais certainement, sans tes avertissements je l’aurais certainement déjà supplié de m'épouser s’il est encore célibataire dans une vingtaine d’années, tu lis dans mes pensées. Non, non, ne t’inquiète pas, Remus Lupin est adorable, mais ce n’est pas mon style d’amant du tout si tu tiens à savoir. Je l’apprécie, c’est tout. 

 

— Parce que tu as un type d’amant, toi ? Et comment se définit-il si je peux me permettre ? demanda Hermione d’un ton qu’elle voulait taquin, mais dont la curiosité n’était cette fois pas tout à fait feinte.

 

— Mon type n’est… hum… ni Potter, ni Black, ni Pettigrow, ni même Evans si tu veux savoir. J’espère que ça calmera tes inquiétudes, toutes à fait légitimes. Mais c’est un risque, j’avoue… que je trouve le temps pour m'enticher d’un adolescent que tu m’as spécifiquement déconseillé d’approcher, je veux dire. Bien sûr, je ne peux rien promettre, hein… encore plus ici, maintenant, avec tout ce que j’ai à penser, avec les montagnes de recherches et de préoccupations qui embrument mon petit cerveau encore plus que les diagrammes du cours de métamorphose de ta professeure préférée, c’est tout à fait probable que je choisisse de tuer le temps en flirtant.

 

Elle ponctua sa tirade de façon tout à fait adulte : en tirant la langue à son amie.

Cette fois, le sourire d’Hermione s’accompagna d’un subtil plissement à la commissure des paupières qui apprit à Mina qu’elle avait finalement réussi à la dérider un peu. 

 

 

Les filles qui s’étaient immobilisées sur une colline surplombant le lac, observèrent passer au loin une petite nuée de hiboux, qui partaient probablement en chasse ou en livraison nocturne. Les minutes s’égrainèrent dans un silence confortable tandis qu’elles profitaient du paysage.

 

 

— Hominum revelio, lança Hermione avant de s’assoir sur l’herbe, satisfaite de l’absence de réaction du sort. 

 

 

Mina observa les traits de son amie redevenir peu à peu les siens. Elle eut l’impression étrange en observant ce profil familier de se retrouver à nouveau à leur époque. Les lumières du château au loin auraient pu être celles de leur temps, et les étoiles au-dessus d’elle aussi. C’était une illusion merveilleuse, mais elle se sentit soudain terriblement mélancolique. Refoulant un soupir, elle murmura :

 

— Ça doit faire du bien, non ? De laisser tomber le masque, je veux dire. Je ne sais vraiment pas comment tu fais pour t’y tenir à la métamorphose, j’aurais préféré mille fois le polynectar à ta place, Hermione. 

 

— Oh, c’est surtout une question d’habitude et de concentration, répondit son interlocutrice qui avait tressailli en entendant son prénom entier, mais ne releva pas... et puis avec le polynectar, j’ai déjà donné, je t’assure que tu ne dirais pas ça si tu avais à en avaler presque une fois toutes les deux heures.

 

— Oh, mais j’ai déjà bu du polynectar, avoua Mina. Bon, c’est vrai, le goût est pas toujours top et la transformation définitivement horrible, mais maintenir tout ce temps une métamorphose humaine… pfff... C’est beaucoup plus sûr, une potion, et beaucoup moins fatiguant. 

 

— Tu as déjà bu du polynectar, à quelle occasion ? Dans le cadre de ton travail ? demanda Hermione, curieuse.

 

— Oh... j’en ai bu trois fois même, en fait, répondit Mina, comptant sur ses doigts. Une fois seulement pour tester une potion, une pour aider une amie à pratiquer une déclaration à son béguin sans se mettre à bafouiller, et l’autre, et bien c’est… un secret, ajouta-t-elle avant de pouffer.

 

 

La nuit empêchait Hermione de voir si son amie rougissait ou non, mais le ton seul suffisait à discerner un sous-entendu. Elle resta impassible, réfrénant toute question, trop nerveuse à l’idée que Mina ne résisterait pas à lui expliquer en bien trop de détails de quoi il s’agissait. Elle avait bien eu assez de Ginny qui lui racontait trop de choses sur sa vie sexuelle avec Harry, malgré ses menaces, totalement inefficaces, d’en faire de même si elle n'arrêtait pas. Hermione était à l’aise pour parler de beaucoup de choses, de millions de sujets même, mais pas de ça. Elle avait bien peu d'expérience dans ce genre de discussion, sûrement une conséquence d’avoir eu comme meilleurs amis deux garçons et des livres. Ou bien s’agissait-il de pudeur tout simplement ? Pour dévier le sujet elle répondit :

 

 

— En parlant de métamorphose, Mina, tu t'inquiètes bien trop, tu sais. Je pense que tu n’es franchement pas si en retard par rapport au reste de la classe. Tu es juste un peu trop tendue et ton stress te conduit à paniquer. Mcgonagall est très compréhensive, mais, tu sais, elle ne t’aurait jamais acceptée si jamais elle pensait que tu n’avais pas les capacités de suivre son cour. En plus, c’est ta directrice de maison. Si tu veux, je peux essayer de t’aider à t'entraîner pour t’aider à regagner confiance, mais je pense que le mieux serait de lui demander directement conseil.

 

— Tu as sûrement raison. Il faut que je m'améliore en métamorphose, ne serait-ce que pour essayer de compenser le handicap que j’ai en sortilège. Mais j’ai vraiment du mal, je ne sais pas pourquoi mais ça me bloque tous ces diagrammes-là … C’est plutôt étrange. Ou pas, en fait. En fait pour les potions j’ai un peu eu le même problème au début. J'imagine que j’ai dû prêter plus d’attention aux bases en potions parce que les erreurs ont des conséquences, et bien, plus corrosives disons. Ou alors les professeurs y attachaient plus de temps… je ne sais pas... c’est si loin tout ça. Je parle comme une petite vieille, désolée. 

 

— Ne t’inquiète pas, je comprends tout à fait. Ça me perturbe aussi ce retour sur les bancs de l’école. Pour moi, Mina, la théorie est foncièrement liée à la pratique, c’est aussi pour ça que je pense qu’il te faudrait quelqu’un d’autre pour t'expliquer les choses convenablement. Je pense que je pourrais certainement y arriver, mais je préfère qu’on se concentre sur… Et puis j’ai toujours été plus douée en enchantements qu’en métamorphose pour tout te dire.

 

 

Le regard dubitatif que Mina jeta à Hermione en disait long.

 

 

— Mais si, si, je t’assure, se défendit cette dernière ! Je maîtrise… scolairement le sujet mais je n’ai pas d’inclination naturelle. Autant les enchantements et les sorts oui, mais la métamorphose pure j’ai vraiment des difficultés, je dois planifier beaucoup en amont, surtout pour sortir des sentiers battus.

 

 

« Dis la fille qui maîtrise la métamorphose humaine semi-permanente sans sourciller, » commenta mentalement Mina alors qu’Hermione, qui avait aperçu des lumières qui se rapprochaient, se modifiait le nez d’un coup nonchalant de baguette. 

 

Mais son amie avait raison au moins sur un point, elle devait développer ses « habiletés naturelles » en métamorphose au cas où elles se retrouvaient en prise avec le conflit qui grondait au dehors, ce conflit qui paraissait si lointain sous ce ciel clair. Si lointain sans le poids des regards alourdis par l’angoisse des élèves de ce temps. Après tout, si sa cheffe de maison avait été formée par Albus Dumbledore lui-même et qu’il lui avait confié son ancien poste, il aurait été profondément stupide de laisser passer une telle opportunité. Une opportunité qui pourrait lui éviter d'être un boulet qui tirerait vers le bas même une sorcière redoutablement habile et habituée aux combats telle qu’Hermione. 

 

Hermione et Mina finirent par reprendre la direction du château. Sur le chemin du retour, elles croisèrent un petit groupe composé de deux couples d’amoureux en train de roucouler et pressèrent le pas, aucune des deux n’avait très envie d’attendre de voir quels buissons du parc ils choisiraient ni même de qui il s’agissait. 

 

 

Hermione s'arrêta, nostalgique un instant, en apercevant la cabane d’Hagrid illuminée. Elle se demandait à quel point le Hagrid de cette époque était différent de celui qu’elle avait connu, était-il plus solitaire ou au contraire avait-il des amis installés à sa table en visite à l’instant même, des membres de l’ancien ordre du phœnix, ou encore des élèves ? Elle se promit de prendre de ses nouvelles à son retour, des nouvelles en face à face, pas par courrier interposé. Poudlard devait être bien sombre pour lui, bien vide, malgré le retour des élèves et des professeurs. Dans les lettres, il ne parlait jamais beaucoup de lui, il s'inquiétait surtout pour elle. Elle l’avait un peu aidé avec son programme de soins aux créatures magiques à sa demande, mais devait avouer que si elle découvrait qu’il l’avait véritablement suivi à la lettre, ça lui briserait le cœur. Hagrid était peut-être un professeur imprudent, mais il était son ami avant tout, un merveilleux ami. Un nouveau nom sur sa liste de regrets, une raison de plus, comme s’il en fallait, de garder le regard fixé vers l’avenir, dans tous les sens du terme. 

L’odeur des premières feuilles d'automne et cette balade dans la fraîcheur avait réveillé ses sens autant que ses priorités. Ce temps appelait à se plonger sous des couvertures tièdes pour déchiffrer un gros grimoire. Et justement elle avait de quoi lire. 

 

Mina qui avait continué à avancer, s’arrêta pour attendre Hermione. La silhouette de cette dernière se redressa, ses traits soudains résolus. En quelques instants le poids qui alourdissait depuis quelque temps les épaules de son amie avait été mué en une énergie vibrante. Et cette énergie était contagieuse. Mina, absorbée dans ce retour au rythme scolaire, avait cru retourner en arrière, dans un monde sans soucis autre que d’apprendre, mais à présent elle sentait que la pause et la découverte étaient terminées. Avec l’espoir du retour qui grandissait un peu, la réalité d’ici devenait encore plus tangible, plus concrète. Elle était ici, maintenant, et elle devait apprendre à y faire face, sans compter sur une aide extérieure. Elle allait se mettre à la tâche elle aussi, sérieusement. Dès ce soir, promis, juré, elle se jetterait à corps perdu dans le déchiffrage des premiers chapitres du manuel avancé de métamorphose.



Les filles rejoignirent chacune leur tour respective, ragaillardies par cette balade au clair de lune. 

Hermione trouva une ambiance studieuse dans sa salle commune et fila vers sa chambre. 

 

Quant à Mina, ses condisciples, en bon Gryffondor, semblaient s’être concertés pour mettre des bâtons dans les roues à ses bonnes résolutions.

 

 Derrière le portrait de la grosse Dame, un joyeux chaos l’attendait, une tentatrice première fête de l’année. En effet, pour détendre un peu l'atmosphère tendue, avaient pensé les plus âgés, quoi de mieux que d’organiser une surprise-partie ? Mais les choses avaient un peu dérapé depuis la tranquille fête d'intégration des nouveaux élèves organisée par les préfets. 

 

Après quelques heures plutôt bon enfant, où les plus grands racontaient divers secrets et anecdotes sur leurs premières années dans l’école, répondant aux questions des jeunes devant des boissons chaudes et des sucreries, tous les élèves en dessous de la cinquième année avaient été poussés gentiment mais fermement hors des festivités. La plupart avaient acceptés sans problème de rejoindre leur dortoir après qu’on leur ait rappelé que le lendemain matin avait lieu une réunion pour adhérer à des clubs. D’autres avait tenu tête jusqu'à ce qu’on les menace d’informer la directrice de maison de leur présence dans la salle commune à une heure indue. Mais parfois de petites têtes apparaissaient en haut de l’escalier, les yeux brillants de curiosité quant à ce qui se tramait au dessous. Bien entendu, ils s’éclipsaient au bout d’un temps, déçus par le fait que la pièce soit soumise à un sort d’assourdiato et intimidés lorsqu'ils croisaient le regard perçant d’un des organisateurs de la fête. (La tentative de l’un des troisième année déluré qui avait tenté de se glisser en bas de l’escalier via la rambarde et qui s’était retrouvé automatiquement collé au plafond les yeux couverts d’un bandeau jusqu’à ce qu’un préfet l'aperçoive et le libère après l’avoir sermonné avait sans doute contribué quelque peu à leur passer l’envie de tenter à leur tour de se rebeller contre l’injuste traitement de leurs ainés.)

 

 

Quand Mina passa le portrait de la grosse dame, donc, une poignée d'élèves de cinquième année qui semblaient avoir abusé des sortilèges d’allégresse pouffaient de rire, confortablement affalés sur les canapés près de la cheminée. Deux jeunes filles de sixième année, qui étaient montées sur la table, chantaient des chansons paillardes anciennes qu’elles avaient trouvées en traduisant un vieux livre codé en runes, soi-disant après une excursion dans le dortoir des garçons. Elles étaient plutôt douées, jugea Mina qui ne comprenait pas vraiment les paroles, mais appréciait les voix et l'enthousiasme, même si elle nota que l’enchantement placé sur la guitare se décalait de plus en plus par rapport au chant, probablement la faute aux bouteilles à moitié vide de whisky pur feu sur la table. Seule une grande partie des septièmes années semblait encore plutôt sobre à vrai dire, ce qui ne les empêchait pas de débattre fébrilement de politique et de quidditch.

 

Mina s'éclipsa d'un débat sur la coupe du monde avec l’excuse de se servir de la bièraubeurre au buffet (elle n’avait réellement aucune idée du niveau des équipes de cette époque). Mais alors que son verre en main elle se tâtait entre rester profiter de l’ambiance chaleureuse quelques minutes de plus et se faufiler directement en direction des dortoirs pour affronter ses manuels, son attention se retrouva happée par la discussion houleuse de deux de ses condisciples à côté du tonneau d’hydromel. 

 

Robin Montgomery, un élève qu’elle avait croisé en divination se disputait avec Sirius Black au sujet de la proposition de réforme du code des aurors soumise la veille au magenmagot par un certain Barty Croupton, qui concernait l’autorisation d’utiliser les impardonnables. Sirius, passablement éméché accusait l'intéressé de trop faire dans l'angélisme en temps de guerre ce qui fit instantanément grimacer Mina, qui, même si elle ne connaissait pas les termes précis de la réforme, était convaincue que soigner le mal par le mal était une mauvaise devise. Elle comprenait la logique de vouloir rétablir un équilibre dans les forces, mais l’utilisation de la magie noire de la part d’un état pour combattre la magie noire, qui plus est officiellement, n’avait jamais fait selon elle que de renforcer la légitimité des actions violentes des mangemorts et de leurs partisans dans le monde sorcier. 

 

Mina ne se sentait pas bien, ce débat réveillait ceux du début de la seconde guerre. Elle aurait voulu ne jamais avoir à se remémorer les disputes des clients du chaudron baveur de l’époque, mais c’était trop tard, tout revenait en bloc. 

Le tourbillon d’angoisse constante et d’insécurité qui chez certains se transformait en haine. Les clients apeurés qui passaient dans la boutique à la recherche de potions de soins qu’il leur était fortement conseillé de dénoncer au ministère, comme si automatiquement il fallait soupçonner son prochain d'être associé avec les mangemorts. Les murmures tendus à propos des crimes étouffés commis par certains aurors lors de la première guerre et l’impression que l’histoire se répétait. Elle en avait croisé durant cette année sombres quelques-uns de cet acabit, qui abusaient de leur pouvoir pour leur propre bénéfice sur le chemin de traverse et qui ne valaient pas beaucoup mieux que les escrocs qui se faisaient de l’argent sur la peur des gens, en vendant de la camelote de protection. Une corruption protégée, un « moindre mal » affirmait-on. La guerre faisait ressortir beaucoup de nuances de l’humain, et trop souvent ce n'était pas à son avantage. 

 

Sans le vouloir Mina retrouvait petit à petit même les sensations de cette période. La douleur mais surtout la honte l’envahissait de nouveau. Elle avait été incapable d’agir face à cette vague destructrice qui avait emporté sa vie et des gens qu’elle aimait. Aurait-elle pu faire une minime différence si elle avait essayé, si elle n’avait pas choisi de rester protégée dans la neutralité que semblait lui offrir son statut d'étrangère ? Cette colère contre l’inaction et les torts du ministère, en quoi était-elle légitime alors qu’elle-même n’avait rien fait ? Le courage d'Hermione et de ceux qui avaient décidé de combattre, elle ne l’avait pas eu. Mais est-ce que lever sa baguette devait impliquer de renier ses propres valeurs pour être efficace, pour avoir une chance de survie ? Elle n’en savait rien, après tout, elle avait fui. Si on lui avait donné l’occasion d’avoir à sa merci ces mangemorts, ceux de la boutique, aurait-elle basculé, aurait-elle tout renié pour une vengeance, sous couvert de justice ? Elle restait quand même convaincue que nourrir ce désir d’œil pour œil, que de prôner la torture et la mort contre ceux qui la semait, de déshumaniser ceux qu’on combattait en les privant des droits qu’on prétendait défendre, ne faisait que creuser encore plus le gouffre, le cycle vicieux qui nourrissait les sorciers comme Vous-savez-qui. 

 

 

Elle était nauséeuse à présent, l’arrière-goût doucereux de la bièraubeurre qu’elle venait de vider d’un trait sans s’en apercevoir lui asséchait la gorge. Alors qu’elle n’avait plus qu’une envie, s'éloigner de cette discussion, Mina se surprit à se resservir lentement un verre, cette fois quelque chose de plus fort. S’accoudant au buffet, elle dévisagea à nouveau les garçons. Elle avait dû manquer une bonne partie de la conversation perdue dans ses pensées car l’air vaguement contrarié de Montgomery avait laissé place à un visage rouge de colère et il crachait presque ses mots, le ton acerbe. 

 

— En même temps Black, pas étonnant que tu prônes l’utilisation des impardonnables, j'imagine que ce n’est qu’un écho de ton éducation. Mon oncle dit que ton père a toujours soutenu les retours aux bonnes vieilles méthodes d’interrogatoire, hein ! Ce n’est pas parce que ta famille t’a renié que tu ne restes pas pareil qu’eux. Et tu oses accuser la mienne de vouloir la jouer tendre avec les supporters de Tu-sais-qui parce qu’on aurait peur de perdre des clients, mais regarde un peu d'où tu viens, pauvre hypocrite ! Toi aussi tu es le pur produit de ton éducation, malgré tes airs de rebelle. Les chiens ne font pas des chats !

 

 

Mina qui s’attendait à une explosion de fureur de la part de Sirius Black dont les traits s’étaient considérablement durcis depuis l'évocation de son père, fut surprise de le voir partir d’un éclat de rire sonore. Il avait un rire particulier, reconnaissable, qui aurait logiquement dû faire de lui le centre de l’attention si les Gryffondor ne s’y étaient pas totalement habitués depuis le temps.  

 

 

— Mon cher Robin, tu évoques ma famille probablement pour me pousser dans mes retranchements. Mais mon pauvre, tu te lances un bloque langue tout seul ! C’est justement grâce à ma connaissance de mes chers parents et de leurs amis que je suis le mieux placé pour avoir conscience de ce qu’ils sont capables de faire, le mieux placé pour jauger du danger. Envoyer des aurors restreints dans leurs possibilités d’action par le tabou dessert leur capacité de défense, il ne faut pas être un génie pour voir ça. Ce n’est pas une question de prôner l’usage de la magie noire, je ne suis pas fondamentalement d’accord avec des choses comme l’usage du Doloris ou de l’Avada, mais rien que pour combattre un Imperium, il faut au moins en connaître le fonctionnement, et la peur d’une sanction dans un moment critique c’est ralentir et perdre l’avantage. On ne peut pas battre un ennemi qu’on ne comprend pas un minimum, et les partisans de Tu-sais-qui ne sont pas de tendres petits veaudelunes égarés qui s'arrêtent aux limites que la loi leur impose. 

 

— Mais si l’on modifie la loi, quelle garantie a-t-on qu’ils ne l'utiliserons pas à leur avantage, les mangemorts. Si on déplace une limite, jusqu'où ira-t-on ?

 

— Jusqu'à ce qu’on se soit débarrassé de la peur ou qu’elle change de camp.

 

 

Montgomery soupira, puis secoua la tête. C’est alors qu’il repéra Mina qui les fixait toujours, immobile, tellement absorbée par le spectacle de leur dispute qu’elle tenait son verre de whisky pur feu à cinq centimètres de ses lèvres sans le boire. Détectant un possible soutien, Robin s’adressa à la jeune femme, se rapprochant d’elle armé de son meilleur sourire d’ambassadeur.

 

 

— Non, mais j’ai raison, n’est-ce pas ? Mademoiselle ... ?

 

— Heu… Mina, Mina Charon, finit-elle par bredouiller. Elle se sentait toujours aussi mal et évitait le regard de Robin, espérant qu’il comprendrait qu’elle n’avait pas du tout envie d’entrer dans la conversation. Mais l’intéressé se méprit sur sa réaction et reprit d’un ton encourageant. 

 

— Peut-être qu’en tant que Française vous avez une opinion différente de nous autre, plus objective. J’aimerais personnellement beaucoup l’entendre… et toi Sirius ?

 

— Pourquoi pas, grommela l’intéressé, actuellement occupé à se resservir un verre, ôtant involontairement tout moyen de se soustraire à la conversation à Mina. 

 

Cette dernière cherchant une porte de sortie, fouilla la salle du regard et aperçut Lupin qui approchait de leur groupe puis son attention revint sur les deux jeunes hommes qui la dévisageaient toujours dans l’attente d’une réaction. Elle but son verre, par lentes gorgées, sentant l’alcool fort brûler son gosier, mais faisant tout son possible pour ne pas tousser afin de prolonger au plus cette diversion qui lui était offerte. Son regard s’attarda sur Sirius. Elle avait l’impression de redécouvrir soudain son visage, quelque chose dans le regard qui était familier. Était-il passé à la boutique des années plus tard ? Pourquoi avait-elle soudainement l'impression de l’avoir rencontré auparavant ? Peut-être l’avait-elle vu dans un quelconque journal ? Elle s'aperçut qu’elle le dévisageait beaucoup trop ostensiblement et ses joues s’empourprèrent. 

 

— Je… je n’ai pas vraiment suivi toute votre discussion, j’avoue, murmura-t-elle, en buvant une gorgée. Je…  

 

Une intense fatigue l’accablait soudain, effaçant toute phrases acceptables avant qu’elle ne réussisse à les formuler. L’angoisse d’exploser, de trop en dire. Elle avait envie d'hurler que de toute manière le décret finirait par passer au bout d’un certain temps, que la violence et la guerre ne s’arrêterait pas là, qu’elle continuerait encore de nombreuses années, pour recommencer après quelques trop courtes années de paix. Elle voulait leur répondre qu’elle ne savait pas combien de vies auraient été sauvées par ce décret ni combien d’autres gâchées. Leur crier qu’elle venait du futur, mais n’était pas pour autant une foutue médium, ni une historienne, qu’elle voulait juste finir son verre ou une bouteille et aller dormir, ne plus les entendre eux et leurs débats sans fin, ne plus penser à son passé, à leur futur, juste oublier, ou au moins ne pas se souvenir. Pour ne pas retomber dans ces abysses-là, celles qui lui murmuraient qu’elle aurait dû mourir…  Mina avala le reste de son verre d’une traite, puis finit par répondre, d’une voix absolument pas naturelle, beaucoup trop rapide, trop haute et son accent français revenant au galop. 

 

—Je, j’espère juste que le magenmagot saura trancher ce débat, et qu’il n’aura pas trop à s’en mordre les doigts.  

 

 

Robin Montgomery semblait profondément déçu de cette réponse. Sirius quant à lui réprima un ricanement avant de demander, goguenard.

 

 

— He bien, Charon, mais quelle réponse de politicienne, tu es bien sûre de ne pas être Suisse plutôt que Française ?

 

 

Mina posa son verre sur la table sèchement, elle sentait en elle la colère gagner encore un cran. Ce regard, celui de Black qui la jaugeait, légèrement méprisant, lui donnait un point où la focaliser.

 

Tu te sens supérieur, crétin, avec tes jeux d’esprit ! songea-t-elle. Je n’ai pas demandé vos questions, moi ! À quel point tout ça n’est qu’un jeu pour toi, toute cette discussion, ton éloquence, un sale petit jeu de pouvoir pour crier ta supériorité au monde ? conclut-elle rageusement dans sa tête. 

 

Elle esquissa un pas en avant, pour s'approcher de Sirius et le fusiller du regard, mais ses jambes la portaient mal et elle chancela. Elle serait sûrement tombée, mais heureusement elle se contenta de basculer vers Remus qui venait d’arriver. Ce dernier posa ses mains sur ses épaules pour la retenir dans un réflexe impressionnant. Elle se redressa rapidement, puis s’en alla sans même prendre le temps de saluer les deux autres. Remus la suivit des yeux, il avait senti tressaillir la jeune femme et le regard qu’il avait capté lorsqu'elle était partie l’alarmait. 

 

— Qu’est-ce qui passe par ici ? demanda-t-il d’un ton légèrement autoritaire qu’il réservait habituellement à son rôle de préfet. 

 

Sirius haussa les épaules. 

 

— Bah, on parle politique c’est tout. Robin et moi on est d’accord pour être en désaccord, et puis ta copine la Suisse là elle a l’air bien bourrée si tu veux mon avis, ricana-t-il. 

 

— Sirius qu’est-ce que tu as encore dit ? interrogea Remus, soupçonneux.

 

— J’ai rien dit…  Elle nous matait, alors on voulait connaître son avis, c’est tout. Mais je crois qu’elle était juste sensible à notre charme et franchement pas très intéressée par notre débat, hein Robin, plaisanta Sirius en faisant un clin d’œil au concerné. 

 

Ce dernier qui semblait un peu consterné, marmonna un « parle pour toi Black » atone puis s'éloigna pour aller rejoindre un de ses amis qui lui faisait signe. 

 

Remus se tourna vers Sirius et sembla soudain se souvenir de la raison de sa venue :

 

—Tu sais, Patmol, je pense que tu devrais aller voir James avant qu’il n'embête trop Lily. Il est un peu retourné en mode « je suis un grand joueur de quidditch » là, et Peter… n’est pas d’une grande aide. Il a emmené le cahier de paris pour les matchs à venir, et j’ai bien assez de boulot pour éviter que cette soirée passe totalement hors de contrôle et que McGonagall débarque. En plus, j’ai pas envie de m’en mêler, tu sais qu’il m'agace aussi quand il est comme ça. 

 

— Oh, merci Remus, je vais aller voir ça, ça promet d'être amusant. Oh, ça va, ne t'inquiète pas, je vais être sage. Je détournerai l’attention des admiratrices de James et comme ça il arrêtera de se monter le Brossdur et ne risquera pas de saboter ses maigres progrès avec son grand amour. Si j’avais cru qu’elle finirait par le manger des yeux comme ça par moment... tu te souviens, il y a seulement deux ans où ils en étaient… Mon petit James a tellement grandi ! Remus, tu sais, des fois quand je les regarde flirter, je me sens profondément ému par le fait que cette relation n’ait pas tourné au massacre. J’aurais jamais parié sur son succès, mais là... Je pense à proposer un nouveau carnet à Peter, concernant la date de leur fiançailles. Tu leur donnes combien de temps, deux ans, cinq peut-être ?

 

— Je pense que tu vas un peu vite en affaire, Sirius, ils n’en sont même pas à un premier baiser. Et puis, Lily a une opinion plutôt tranchée à propos du mariage de toute manière, je doute que ce soit dans ses plans.

 

— Je cours préserver mes chances alors, et note que tu restes très sceptique sur la force de persuasion de James, et le pouvoir du grand amour, mauvais ami, va. 

 

Alors que Sirius cherchait des yeux James, Remus l’interpella :

 

— Sirius, attends ! Une dernière question avant que tu ailles jouer d’assistant à Cupidon. Tu parlais de quoi, avec Robin ?

 

— Oh ça, on discutait juste de la nouvelle proposition d’autorisation d’extension des mesures sur l’impunité des aurors. Tu sais, l’autorisation d’utiliser des impardonnables dans le cadre de la lutte contre les mangemorts et tout... Pourquoi ? 

 

— Non, non pour rien. Rien du tout. Amuse-toi bien avec les tourtereaux. À plus tard.

 

Sirius remplit d’un mouvement gracieux de baguette plusieurs verres puis s’en alla joyeusement en direction du canapé où James et Peter étaient installés entourés d’un petit groupe d'admirateurs. Remus, quant à lui, attrapa une poignée de chocogrenouilles qu’il glissa dans sa poche puis fouilla du regard la salle commune l’air songeur. La Française ne semblait plus être dans la pièce, elle avait dû remonter dans les dortoirs. Il aurait voulu discuter un peu avec elle, elle ne semblait vraiment pas à l’aise ce soir et il se sentait un peu responsable. Après tout, il était en charge de son intégration et malgré ce que semblait croire Sirius, il doutait fortement que son trouble soit dû à l’alcool ou qu’elle soit une midinette de plus tombée sous le charme du populaire Gryffondor. Et puis, contrairement à la jeune bulgare, Yuliya, qui avait semblé s'intégrer facilement, Mina elle semblait éviter ses condisciples de maison. Il se demandait à quoi cela pouvait être dû, après tout, elle ne lui avait pas semblé du genre timide lors du banquet.

 

Remus était intrigué et à vrai dire un peu inquiet aussi. Était-ce le fait de se retrouver dans un pays en proie à la guerre qui préoccupait la jeune femme ? Ça aurait été tout à fait plausible comme explication. Mais dans ce cas pourquoi les deux cousines avaient-elles suivi leur famille en Angleterre, au lieu de rester en France, où l'ascension de Voldemort n’avait que peu d’emprise ? Devait-il chercher à s’en mêler, lui poser des questions à ce propos, lui tendre une perche au cas où elle attende un éventuel confident, ou risquait-il juste de la faire rentrer plus dans sa coquille ? Le jeune homme soupira, entendant presque Sirius se moquer en lui disant qu’il passait de plus en plus de temps à se créer des dilemmes inutiles et que s’il continuait ainsi il aurait des cheveux blancs avant d’avoir atteint la trentaine. 

 

À cet instant précis, il s’aperçut que l’un des cinquièmes années venait d'ensorceler tous les verres de la table pour qu’ils se vident sur la tête d’un de ses camarades. Oubliant ses préoccupations il fila sermonner l’idiot, maudissant le sentiment de bonheur qui avait agité sa poitrine lors du doux matin d’été où il avait reçu son insigne de préfet. S’il avait su ce que ça impliquerait comme tracas au jour le jour, il l’aurait envoyé valser par la fenêtre, se mentit-il à lui-même.

 

Après avoir résolu la crise Remus jeta un bref coup d'œil à la pendule. Il était déjà plus d’une heure du matin. Laissant un bâillement lui échapper il songea qu'il n’allait pas devoir trop tarder avant de se mettre à jouer les rabat-joie et à pousser tout ce petit monde à rejoindre leurs confortables lits. Il valait mieux que Mcgonagall ne les découvre pas dans cet état en rentrant de son dîner à Londres. Le jeune homme frissonna en imaginant qu’elle entende un jour parler de l’intrusion de James dans son bureau et de la consultation de son agenda personnel. Si c’était le cas, il espérait que ce soit un lendemain de pleine lune pour ne pas avoir à subir les représailles.

 

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Hermione quant à elle était installée dans son pyjama en coton, assise en tailleur sur le confortable lit de sa chambre à présent encombré par divers ouvrages. Elle mordillait le bout de sa plume, ses prunelles suivant les lignes, rapides et attentives, s'accrochant à certains mots, s'arrêtant pour prendre des notes puis passant sans soubresaut sur des chapitres entiers. Son expression se durcissait parfois lorsqu'elle tombait sur un passage qui dénaturerait la signification de recherche historique pour sonner comme une glorification sans vergogne du camp des sorciers. 

 

Elle le savait, l’histoire était bien souvent écrite de manière à servir l’ego et le pouvoir des vainqueurs, mais ce qui l'étonnait surtout c’était à quel point cette tendance somme tout compréhensible, même si peu pardonnable, dans les écrits contemporains aux révoltes, se retrouvait encore plus accentuée chez nombre des soi-disant chercheurs plus tardifs. Oh les gobelins n’étaient pas les elfes de maison, bien sûr, elle savait qu’il y avait eu des fanatiques sanguinaires dans les deux camps, mais tout de même il y avait certaines lignes qui lui brûlaient les yeux et lui donnaient envie de retrouver leur auteur pour les forcer à avaler des pages entières de leur grimoire. Si des gobelins avaient mis la main sur ce genre de torchon, que pensaient-ils de la mémoire des sorciers, comment pourraient-ils concevoir qu’ils méritaient leur respect. Elle se demandait si l’autre côté avait aussi ce genre de récits. Il aurait été intéressant de les comparer pour voir à quel point leurs points de vue se recoupaient ou non en miroir. 

 

Parfois, entre les lignes, face à cette propagande de soi-disant supériorité des sorciers, elle sentait se superposer l’image de la statue du ministère, celle de l’année des ténèbres mais aussi celle de la fraternité qui la précédait et qu’Harry lui avait décrite. C’était différent, mais aussi semblable en quelque sorte, l'idéologie sorcière prônant sa supériorité sur le reste du monde, le reste des peuples, bienveillante ou clairement malfaisante, dans les deux cas, ça la révoltait profondément. 

 

À un moment, Hermione faillit envoyer valser un des ouvrages contre le mur, se retenant à temps pour l’envoyer juste au pied du lit sans risquer d’abimer la reliure centenaire, les lèvres serrées et la gorge nouée. Comment pouvait-on haïr à ce point, prôner une telle violence, une telle malveillance, et ensuite trôner en accès libre à les mains curieuses des élèves de l’école de tous âges, sans avertissement ? Combien d'élèves de Poudlard avaient-ils pris ce livre en référence dans le passé pour un devoir sur les révoltes, comment cela avait influé à forger des idées dans leurs têtes ? Hermione n’était pas pour la censure, et ne le serait jamais, mais cette horreur mériterait presque d'être étudiée au côté des livres de magie noire, ou au moins placée dans la réserve avec un sort d’avertissement prévenant son lecteur du contenu, ou carrément étudiée comme contre-exemple pour lancer un débat. Elle se rassura en se disant que la plupart des élèves, n’étant pas aussi consciencieux qu’elle, n’auraient sans doute pas choisi de se plonger dans un volume de plus de 1000 pages difficile à déchiffrer alors que des ouvrages beaucoup plus concis, documentés et objectifs étaient mis à leur disposition, mais elle comptait bien partager ses impressions sur celui-là à Miss Pince lorsqu'elle le rendrait.

 

Hermione n’avait plus envie de lire ce soir, sa colère avait eu raison de sa motivation. Elle jeta un coup d’œil à la pendule : il était déjà pratiquement deux heures du matin. Elle s’allongea sur son lit puis agita nonchalamment sa baguette pour faire défiler ses notes afin de les relire une dernière fois avant de renvoyer plumes et parchemins sur le bureau en piles bien organisées. Elle n’était pas assez fatiguée pour s’endormir, mais elle avait besoin de faire une pause. Son estomac gargouillant, elle décida d’aller voir s'il restait quelques uns des snacks laissés par les elfes à l’intention des élèves qui travaillaient tard dans la salle commune. Elle métamorphosa son nez, puis enfila une robe de sorcière par-dessus le pyjama à motifs fleuris que Mina lui avait acheté durant sa virée à Londres. Au demeurant très confortable, le vêtement criait un peu trop ouvertement son appartenance à la mode moldue du début des années soixante-dix.

 

La salle qui l’attendait en bas des escaliers la rendit confuse un instant. Elle sourit tristement. Elle ne s’était toujours pas habituée au fait de vivre dans la « mauvaise tour ». 

 

Les étoiles du plafond baignaient la pièce circulaire d’une lueur froide mais douce. L’intensité de leurs reflets variait au gré de la lumière extérieure dans un mouvement hypnotique, la moquette bleu nuit semblant vouloir imiter une sereine étendue d’eau caressée par la brise. La lune au dehors éclairait un paysage solennel et montagneux. Hermione trouvait ce lieu profondément apaisant, lorsqu'elle réussissait à occulter la présence de la statue de sa fondatrice. Quelque chose de trop intense se dégageait de cette silhouette figée qui veillait sur la salle commune. Elle se sentait mal à l’aise lorsqu'elle croisait ces yeux de pierre taillés de manière si réaliste qu’ils semblaient la suivre où qu’elle se trouve dans la pièce. Elle avait l’impression ridicule que le visage immobile en marbre clair connaissait son secret, lisait dans les tréfonds de son âme. Que les yeux perçants de la statue avaient conscience de son imposture. En tout cas, cette salle commune était propice à la concentration, elle devait admettre qu’étudier ici était beaucoup plus simple qu’avec toutes les distractions qu’offraient sa tour d’origine et de cœur. 

 

Ce soir-là, l’ambiance était particulièrement adéquate pour se relaxer : la nuit claire derrière les fenêtres unifiait l'intérieur à l’extérieur et seul les murmures des bûches se consumant au fond des alcôves de pierres rappelaient que le temps n’était pas figé. 

 

Hermione attrapa un chocogrenouille sur un des plateaux de bronze, qu’elle dégusta blottie dans un fauteuil, son regard se perdant dans la danse des flammes bleues. Alors que la détente se propageait peu à peu dans son corps, ses pensées se faisaient moins pesantes. 

 

Une fugitive fraîcheur passa sur son poignet, Hermione frissonna et bondit hors du fauteuil. Elle posa sa main sur le métal. Il n’était pas froid. Avait-elle rêvé ? S’était-elle assoupie sans s’en rendre compte ? Elle approcha le bracelet de ses yeux, mais il n’y avait aucune trace de message. Elle fronça les sourcils, étouffée par le crépitement des flammes il lui semblait reconnaître la voix métallique et doucereuse du heurtoir en forme d’aigle qui gardait la salle. À cette heure c’était pour le moins étrange. (Il faut peut-être ici préciser ici qu’il est possible depuis l'intérieur de la salle commune d’entendre si l’on est suffisamment près de la porte les débats entre les élèves et le poseur d’énigme. En général, les Serdaigle n’y prêtent pas tellement attention, jugeant naturel le fait que leurs condisciples fassent un peu travailler leurs méninges pour payer leur droit d’entrée, mais parfois ils prêtent une oreille amusée aux difficultés de leurs camarades et retardent même leurs sorties de la salle pour laisser à leurs condisciples une chance de trouver une solution à l’énigme, et surtout pour éviter l'éventuel ressentiment de l’aigle gardien à leur égard. Ce dernier n'appréciant pas qu’on lui enlève un bon quart d’heure de divertissement, et ayant la réputation de se venger en leur soumettant des énigmes bien trop difficiles par la suite.) 

 

Hermione, hésita un instant à s’approcher de la porte, puis se décida à céder à sa curiosité. Si c’était un élève rentrant d’une excursion nocturne, mieux valait qu’il ne tarde pas trop dans les couloirs au risque de se faire prendre par Rusard ou un professeur.

 

 — Hé, mais revenez, gente demoiselle ! Vous pourriez au moins avoir la décence d’au moins tenter de résoudre ma devinette après avoir interrompu mon sommeil de la sorte. 

 

Hermione poussa la porte, doucement. La silhouette qu’elle aperçue par l'entrebâillement, en train de s’éloigner, ignorant délibérément les appels du rapace de métal était bien familière.

 

 — Mina, attend ! appela-t-elle juste assez fort pour couvrir les grommellements du heurtoir qui ronchonnait contre l'impolitesse des bipèdes.

 

Cette dernière sursauta, puis soupira de soulagement en reconnaissant son amie. Elle revint sur ses pas, puis murmura d’un ton coupable.

 

 — Je, j’espère que je ne t’ai pas réveillée, j’y ai pensé juste en lançant le sort, désolée. 

 

 — Oh, ne t'inquiète pas, je n’ai presque rien senti, et puis je ne dormais pas encore. Dis-moi plutôt ce que tu fais à traîner dans les couloirs en pleine nuit, tu tiens à finir en retenue ? demanda Hermione dont le ton était plus inquiet que réprobateur. 

 

 

De toute manière, songea Hermione, c’était plutôt une bonne chose que Mina ait activé le bracelet, sans son intervention, elle aurait peut-être fini par s’endormir dans la salle commune et sa métamorphose n’aurait probablement pas tenu le coup la nuit entière, l’exposant à de gros problèmes au réveil. Hermione frissonna en songeant qu’elle avait été très imprudente de relâcher ainsi sa vigilance. 

« Vigilance constante » approuva l’écho de la voie de Fol œil dans sa tête.

 

La porte derrière les deux filles claqua violemment, Mina qui avait ouvert la bouche pour répondre la referma avant de se retourner.

 

 

 — Oh, mais surtout ne faites pas attention à moi, maugréa le heurtoir, apparemment vexé. Allez-y, bavardez hors de votre dortoir après le couvre-feu tout votre saoul, toutes raisonnables que vous êtes. Par contre, je vous préviens que si vous voulez rentrer je vous prépare une énigme qui réveillera tellement vos jeunes méninges que vous ne dormirez guère du reste de la nuit. 

 

Mina haussa un sourcil tout en s'empêchant de pouffer devant l’air pincé du volatile de bronze tandis qu’Hermione lui servait quant à elle son plus beau sourire en lui murmurant qu’elle avait vraiment hâte de s’y atteler lorsqu'elle reviendrait. La jeune femme attrapa ensuite Mina par la manche et l'entraîna vers la première salle qu’elles croisèrent. Une fois la porte refermée, elle demanda :

 

 — Bon, maintenant dis-moi ce qui se passe. Tout va bien ? Pourquoi est-ce que tu as traversé tout le château à cette heure ?

 

 — Non, non, c’est rien, juste un coup de tête, une insomnie, t’en fais pas je vais bien, répondit la Française en détournant le regard. Son teint pâle et son regard un peu vitreux démentant son ton léger.

 

Hermione fronça les sourcils, elle s’approcha un peu de son amie et son odorat lui confirma que c’était bien une odeur du whisky pur feu qui s'accrochait à l’haleine de Mina. Elle sortit de la poche de sa robe une gourde et la tendit à Mina. 

 

 — Je rectifie, pourquoi as-tu traversé le château à cette heure, courant le risque de te faire attraper par un professeur et qui plus est en ayant bu, tout ça pour repartir comme une voleuse ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

 

 

Mina but une grande gorgée d’eau, puis rendit la gourde à Hermione. Elle se laissa tomber sur une chaise libre, avant de se décider à répondre :

 

 — J’ai fait demi-tour parce que je n’ai pas assez bu pour ne pas me rendre compte qu’il était profondément stupide de te réveiller en pleine nuit alors que ça pouvait clairement attendre. Quant au fait que je me balade dans le château… Gryffondor fait une fête, j’ai eu besoin de prendre un peu l’air, mais j’ai croisé Miss Teigne et lorsque je l’ai enfin semée, un escalier a bifurqué et j’ai remarqué que j'étais pas loin de la tour de Serdaigle.

 

 —  Et bien, tu es là maintenant, soupira Hermione, alors autant me faire part de ce qui te tracasse. La jeune femme ponctua sa phrase en s’asseyant à son tour et croisa les bras.

 

Mina soupira mais s’exécuta :

 

 — Je voulais savoir si tu connaissais un sortilège capable de forcer à garder un secret, fonctionnant un peu comme le Fidelitas, mais pour une situation, pas un lieu. Pour faire certaines choses, par exemple :  lancer un sort pour empêcher de parler d'événements du futur… quelque chose qui soit assez puissant pour contrer ou éviter l’effet du veritaserum, ou plutôt des sortilèges équivalents. Je crois que j’ai pris conscience ce soir, d'à quel point il pourrait être facile de me soutirer des informations sous la contrainte, étant donné que j’ai vraiment du mal à me détacher de certaines idées, de certains sentiments... dès que ça me rappelle… Tu m’as dit de me concentrer sur le présent, mais ce présent là, c’est aussi la guerre... il y a un bien trop de choses qui ... j’essaye mais... Alors si un sort peut au moins assurer une sorte de sécurité, me permettre de réussir à dormir la nuit... J’ai pensé à un garde-fou, un sort dont je j’ai oublié le nom : un truc que les politiciens magiques utilisaient parfois pour se porter garant d’un trêve et tout. Un peu extrême mais...

 

 — Hum, je ne crois pas qu’il y ait d’autres sorts correspondant à ta description que le serment inviolable. Quant à celui-là, le prix est bien trop cher payé dans le cas où tu romprais l’accord. Je ne te laisserai pas tenter ce genre de magie ! De toute manière, il faut un témoin pour le réaliser, donc ...

 

 — Je ne sais pas si c’est si inapproprié, pourtant. Le professeur Dumbledore pourrait être notre témoin. Si la situation dans laquelle je me trouve me force à révéler ce qui ne doit pas l'être, ce n’est pas uniquement ma propre vie que je risque, mais celle de tous ceux dont je pourrais révéler le nom ou des détails de leur futur. On pourrait peut-être spécifier un champ du secret très restreint, une ultime barrière pour protéger les informations les plus sensibles.   

 

 — Il n’en est juste pas question ! répondit Hermione d’un ton qui n’admettait pas de négociations. Le serment inviolable, ça frôle la magie noire, c’est vraiment un sort de dernière extrémité, son usage n’a pas été restreint à des cas de crises exceptionnelles pour des raisons bénignes. Juste le fait que tu l’envisages ça me... Par Merlin Mina, si tu crois que j’accepterai que tu te sacrifies pour… De toute manière, je ne pense pas qu’on ait la possibilité de mettre la main sur l’incantation en plus de la stupidité de toute l’idée. Fais-toi un peu confiance, par Morgane, Mina ! Si tu t’enfermes dans l'inquiétude et l'appréhension, c’est là que tu deviendras le plus vulnérable. J’ai confiance en toi, alors fais-moi le plaisir d’oublier toutes ces idées, point final. 

 

 — Ok, ok… ne te fâche pas, de toute manière je m’en doutais un peu que tu trouverais l’idée stupide… je t’avais prévenue, hein ! maugréa Mina, avant de se radoucir... excuse-moi, je suis fatiguée et... il y a bien trop de choses en commun entre ici et… chez nous. Ça me retourne la tête encore plus que le whisky pur feu frelaté. Tu as raison.

 

Le silence s'installa, bientôt dérangé par un bâillement d’Hermione qui en entraîna bien entendu un second de la part de Mina. Les deux amies échangèrent un sourire.

 

 — En effet, bien trop de choses en commun... ici aussi, on devrait tâcher d’occuper un peu plus nos nuits à dormir au lieu de papoter, tu ne crois pas ? conclut Hermione en s’approchant de la fenêtre pour l’entrouvrir et s’appuyer sur le rebord, profitant de la sensation piquante de l’air froid sur son visage.

 

 Mina la rejoignit et entreprit de compter les étoiles comme autant de moutons.

 

Sereines d'être ensemble, aucune des deux filles n’entendit un ultime bâillement assourdit sur le dos d’une main qui achevait la chaîne lancée par Hermione. La silhouette dissimulée dans la pénombre ne les lâchait pas des yeux. 

 

 

 

 

End Notes:

Alors voila, c'est fini pour ce chapitre ^^

Des commentaires? Des baillements? Des hypothèses? 

 

encore un chapitre ou il n'y a pas beaucoup d'action ^^ mais tous vos commentaires sont les bienvenus. Je ne promet pas d'essayer publier plus vite cette fois, bien que j'espère que ce soit le cas.

(je tente une feinte dans le combat qui m'oppose à mon monstre procrastinateur ^^)

 

 

à bientôt!

 

Hauts et Bas by Haru Nonaka
Author's Notes:

Bonjour cher lecteurs,

 

tous d'abord milles excuses pour le temps impossible que je met à ecrire cette fic. 

 

 

 

Ensuite un grand merci à Tiki, Madame Mueller, Sifoel et tous les autres rewiewers de ce mois d'aout, et  à tous les autres. Et bien sur un grand merci Ella pour avoir sugéré ma fic dans les selections longues et forcée motivée à m'y remettre.

 

 

 

Encore milles merci Dédellia pour persister en temps que correctrice de cette fic.

 

 

 

voici donc un nouveau chapitre, principalement du côté de Mina, j'espère qu'il vous plaira.

Un choc violent la propulsa en avant tandis que l’air envahissait ses poumons. Une intense douleur vrilla le bas de son dos avant de se répandre… Elle ne parvenait plus à bouger un muscle. 

Corps figé pourtant en mouvement.

Tout tourbillonnait autour d’elle.

Le bleu intense du ciel cassé par le furtif épanchement d’un nuage solitaire,  les  couleurs blessantes d’intensité : cuivre, or et fauve de la forêt automnale éclataient au milieu du flou bariolé de sa vision troublée. Le bistre de la terre humide semblait ramper pour engloutir les buissons encore vert tendre…. le sol se rapprochait, à moins que ce ne soit l’inverse.

 

« Haut…. bien trop haut » songea Mina avant de clore obstinément ses paupières. Un réflexe qui lui sembla presque enfantin. Comme si refuser de voir allait faire disparaître le danger, mettre le monde en pause.

 

Tandis qu’elle refoulait les images de l’instant présent, elle fut subjuguée par d’autres du passé, un flot de visages, de lieux, d’émotions… puis son cerveau se fixa sur une en particulier. Le visage illuminé de Simon, son plus jeune frère, lorsqu’elle avait enfin pu lui faire une démonstration de ses capacités magiques. C’était quelques années auparavant. L’ adolescent, encore boutonneux, féru de livres de physique beaucoup trop avancés pour son âge, tentait de lui exposer une théorie qui expliquerait comment sa plume pouvait léviter dans l’air. Un rapport avec la gravité…  L’impesanteur ? L'apesanteur ? Qu'avait-il dit, déjà ? Elle n’avait pas vraiment cherché à comprendre sa démonstration à l’époque. Elle regrettait tant. Pas que ça ait fait une différence, ce n’était pas ce genre de regret. De toute manière, elle en savait bien assez pour comprendre que cette chute ne se terminerait pas aussi tranquillement que celle de la plume sur le tissu imprimé de constellations de la couette. Elle serra les dents, suppliant l’univers d’avoir la chance de discuter à nouveau avec son frère ou d’au moins lui écrire une lettre, de ne pas se contenter d’achever sa vie ici, dans ce temps. Un temps où aucun de ses proches ne pouvait imaginer qu’elle ait eu l’idiotie de se perdre avant même d’être née. 

 

Un craquement sonore de mauvaise augure ponctua l’atterrissage, puis il n'y eut plus rien. 

 

 

Lorsque Mina revint à elle, ses paupières étaient lourdes comme si quelqu'un s'était amusé à poser une pile de Gallions dessus durant son évanouissement. Un essaim d'abeilles semblait aussi avoir élu domicile dans ses oreilles, l'empêchant de percevoir le sens des paroles qui fusaient autour d’elle. 

 

Elle se sentait faible et nauséeuse, mais tandis que son corps se mouvait dans l'air, elle put constater qu’elle contrôlait de nouveau ses membres. Elle s’évertua à mouvoir très légèrement chaque partie de son corps pour vérifier. Soulagement et épuisement s’entremêlaient tandis que le sort l’emportait loin de l’air froid et humide vers celui tiède et poussiéreux des couloirs du château. Bercée par le léger mouvement de balancier, elle perdait la notion de l'espace et du temps. Elle n'émergea véritablement que lorsqu’elle sentit le contact d'un matelas moelleux sous son dos. 

 

Alors, elle se prit à espérer que lorsqu’elle ouvrirait les yeux, ce serait pour découvrir les murs ocres de sa chambrette des ombres, avec une gueule de bois carabinée, à portée d’un billet de train, à portée de l’option de traverser la manche pour des vacances bien méritée dans sa maison d’enfance. 

Mais, même si l'air portait l’odeur des simples qu'elle faisait parfois sécher, les pendants sous les poutres des combles, il flottait aussi un relent de désinfectant et un doux parfum de lavande qui refusait de la laisser maintenir ce fantasme vivace. Ses souvenirs s’obstinaient, malgré ses tentatives de les nier... Elle se serait volontiers tapé sur la tête pour se punir de sa stupidité. Mais alors qu’elle tentait de lever le bras, elle grimaça et se hâta d’arrêter. La douleur aussi était de retour. il valait mieux bouger doucement… Hum, non, après réflexion, plutôt éviter de bouger tout court.

 

 

La saleté, elle, ne l'avait pas ratée ! Bon, d’accord, elle l'avait bien cherché. Mais tout de même, c’était une réaction un poil disproportionnée. Mina sentit une serviette chaude passer sur son visage et le poid sur ses paupières se fit moins lourd. Avait-elle atterri la tête la première dans la boue? Elle tâcha d’entrouvrir prudemment les yeux. 

 

Deux silhouettes se disputaient au-dessus d'elle, mais elle ne pouvait pas distinguer leurs traits car sa vision était encore un peu floue. Sentant la magie fourmiller sur ses pores, elle baissa le regard. Depuis la baguette de la femme, s'échappaient une gerbe d'étincelles dorées.

 

Oh... Un sort de cicatrisation… alors il n’y avait plus de doute...

 

Le bourdonnement diminua tandis que le sort achevait son travail et Mina recommença à entendre les voix. 

 

 

— C'était un pur accident, j'avais pourtant pris toutes les précautions, PomPom... par tous les dragons de Cornouailles, croyez-moi enfin... c'est vrai cette fois, je vous assure... 

— Chut vous ! Pas un mot de plus. J’ai besoin de concentration. Juste…  Dehors !  Et attendez-moi, Silvanus ! Nous n'avons pas fini cette conversation. C'est la troisième fois cette semaine et l'on est que jeudi, par Merlin. Même pour vous c'est un record! Alors cette fois vous m'accompagnez chez Albus, vous n'y couperez pas.

 

Mina reconnut le claquement caractéristique de la jambe de bois du Professeur Brûlopot qui se hâtait vers la sortie. Puis, elle croisa le regard furibond de l'infirmière penchée au-dessus d’elle et sentit ses cheveux se hérisser d'appréhension. Mais le ton de cette dernière lorsqu'elle s’adressa à sa patiente était doux. Elle aurait volontiers applaudi au professionnalisme de la femme si elle n’avait pas été  trop occupée à fixer la baguette qui continuait d'être pointée sur elle, les filaments de lumière dansant de plus belle dans sa direction. 

 

— Là, là, vous, ne bougez pas. Videz vos poumons à 3... 2… 1... Encore une fois. Humf.... Bon, ça devrait suffire. Vous vous en tirez plutôt bien, Miss Charon, vous avez beaucoup de chance : si le buisson n'avait pas amorti votre chute, si vos camarades n'avaient pas réagis si prestement…

 

L’infirmière s'interrompit, secouant la tête avant de marmonner tandis qu'elle acciotait vers elle plusieurs flacons. 

 

— Mais qu'est-ce qui m'a foutu des patients comme ça, sans parler des vieux fous. Je vous préviens que la prochaine fois que vous piétinez comme un hippogriffe furieux tous mes efforts pour vous remettre en état je... 

 

Pomfresh ne finit pas sa phrase, à la place, elle acheva d'enrouler d'un coup de baguette un peu brusque bien qu'expert le torse de Mina dans des bandages. La jeune femme tenta de retenir une grimace de douleur, ce qui eut le mérite d'effacer le sourire coupable et l'air innocent qu'elle avait plaqué sur son visage depuis qu'elle avait croisé le regard de l'infirmière. Au-delà du silence qui s'abattait soudain dans l'infirmerie, le son des pas angoissés du professeur Brûlopot qui se rongeait les sangs devant la porte close s'entendait clairement. Mina, sentant sa culpabilité grimper en flèche, se décida à parler malgré son souffle court :

 

— L'incident... c'était... c'était entièrement ma faute, miss. J'ai....

— Chut, nous verrons ça plus tard, ce n'est pas la question. Repos total jusqu’à ce que la magie ait terminé de faire effet... Buvez cette potion dans une demi-heure, et normalement dans une heure ou deux vous devriez être remise. Il serait mieux que vous restiez ici plutôt que d'aller en cours, ou alors pour ce soir tenez-vous-en à la théorie uniquement. Quoi que vous choisissiez, je veux vous voir avant le souper, nous devons avoir une petite conversation toute les deux. Maintenant, veuillez m'excuser mais j'ai une réunion de la plus haute importance. 

 

L'infirmière fulminait toujours tandis qu'elle rangeait son matériel d'un coup de baguette sec et ajustait sa tenue, ne prêtant plus aucune attention à sa patiente. 

 

— Madame, vraiment, ce n'était pas la faute du profess...

 

La porte claqua brutalement avant qu'elle ait eu le temps de finir sa phrase.

 

 

Au dehors, les éclats de voix continuaient, mais Mina jugea qu’elle se devait au moins de ne pas écouter, par sympathie pour le pauvre professeur dont sa stupidité avait assez assombri la journée. Elle entreprit donc de fixer toute son attention sur une silhouette qui ronflait légèrement allongée à l’autre bout de la pièce et enroulée dans des couvertures. Apparemment, le boucan n’avait pas suffi à troubler le sommeil du seul autre patient de l’infirmerie. Elle s’allongea à son tour et ferma les yeux, tâchant de se relaxer tandis que le sort continuait de fourmiller à travers son torse jusque dans son dos. L’énergie provoquait parfois la sensation  de minuscules décharges électriques tandis que la magie finissait son travail.

 

 

Trois-quart d’heure plus tard, elle ne sentait plus rien. Elle avala la potion avant de se rallonger et tenta d’identifier les ingrédients, puis de faire le vide dans ses pensées sans grand succès. Elle voyait défiler sous ses yeux la liste qu’elle avait tracée à la plume quelques jours plus tôt pour essayer de se concentrer sur les objectifs de la semaine, elle n’avait coché aucune case. Au contraire, elle avait trouvé le moyen d’en rendre certains encore plus irréalistes. Elle couvrit mentalement la feuille de toutes les insultes qu’elle pouvait sortir de son vocabulaire à son égard, puis soupira. Il faudrait encore compter sur Hermione pour sauver la semaine. Mina grimaça en songeant que cette dernière avait peut-être déjà été mise au courant de l’incident. 

 

Incapable de se rendormir comme le bienheureux qui ronflait avec une assiduité qui forceait le respect, Mina se redressa, repoussa ses couvertures. Elle esquissa quelques mouvements de torsion d’abord prudents, puis décidés. Tout semblait en place. Elle hésita un instant, puis se laissa retomber sur le lit moelleux. Elle n'avait franchement pas besoin de rester ici plus longtemps, mais une excuse toute désignée pour éviter le prochain cours de métamorphose lui était servie et elle ne comptait pas la dédaigner.

 

En effet, au lieu de s'atténuer, sa nervosité face à sa directrice de maison cours des dernières séances avait tendu vers des sommets. Ses tentatives d'intégrer les connaissances théoriques qui lui manquaient avait résulté en une métaphorique crise de foie et elle avait l’impression d’avoir encore régressé. Mais le pire avait eu lieu quelques jours auparavant, lorsqu'elle s’était décidée à appliquer les conseils d’Hermione et demander de l’aide.

 

 

Elle avait laissé les autres élèves sortir de la salle en mettant sa fierté mal placée de côté pour s’approcher du bureau de Mcgonagall qui profitait d’une heure de battement entre deux cours pour s’attaquer aux rédactions maladroites, mais enthousiastes de ses élèves de première année. 

Minerva, tout à sa concentration et amusée par les erreurs et les formulations timides, griffonnait des commentaires en soulignant de sa plume à encre rouge des lignes entières d’incertitudes tout en cherchant les formules les plus encourageantes de son répertoire pour les féliciter lorsqu’ils semblaient avoir compris une notion. Elle aimait beaucoup les copies de ses plus jeunes élèves, surtout ceux des enfants qui avaient grandi dans un environnement non magique et dont les mots transpiraient encore l’émerveillement et l’incrédulité qu’elle-même avait vécu. Elle avait posé sur ses genoux un recueil où elle copiait d’un sort les formulations les plus divertissantes, pour le simple plaisir de les relire lorsqu'elle éprouvait une soudaine lassitude pour sa profession. Elle manqua donc de sursauter lorsqu'elle entendit un raclement de gorge gêné en face d’elle. Elle leva la tête pour découvrir la septième année la plus inconstante en métamorphose qu’elle avait rencontrée depuis des années qui la fixait. Elle transpirait le manque de confiance en elle. 

 

— Hum, je… excusez-moi, je ne veux pas vous déranger…

 

Minerva sentit une légère pointe d’agacement devant la prudence de sa Gryffondor et son visage défait. S’était-elle finalement décidée à lui demander de l’aide ? Était-elle réellement décidée à faire le nécessaire pour rattraper son retard et exploiter ses talents ? Le visage décomposé de la jeune femme et les mains qu’elle tortillait ne la poussait pas vraiment à y croire. Minerva soupira intérieurement. Elle posa sa plume et attendit que Mina continue, ce que l'intéressée mit un temps faramineux à faire. 

 

— Je… je peux revenir plus tard si vous voulez, je ne voulais pas vous interrompre… mais… 

—  Ne devriez-vous pas être en cours de défense contre les forces du mal à cette heure, miss Charon ? demanda-t-elle sans réussir à masquer totalement son irritation. Allez droit au but, voulez-vous !

 

 

D’un sort, elle envoya ses papiers rejoindre les profondeurs des tiroirs de son bureau en acajou.

 

— Je voulais vous demander s’il… serait possible d’avoir des cours de soutien, pour… essayer de… de moins… d'améliorer un peu… le problème.

 

Minerva retint une grimace devant la formulation de la demande, mais bon au moins la jeune femme ne semblait pas vouloir simplement abandonner, c’était déjà quelque chose. 

 

— Qu’attendez vous exactement de ma part, miss?

 

— Je, je voudrais réussir à… Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous m’avez acceptée, je tire tout le monde vers le bas…

 

Mina s’en voulut immédiatement d’avoir dit ça, ça lui avait échappé. La manière qu’elle avait eu de formuler cette phrase faisait sonner ses paroles comme un reproche, elle sentit le rouge lui monter au joues et se hâta de reformuler :

 

— Ce n’est pas ce que je voulais dire, je suis sûre que vous avez vos raisons, et je sais que vous n’acceptez pas quelqu’un qui n’aurait pas de… je voulais savoir si vous pouviez me donner des leçons supplémentaires, je ne peux pas vous payer beaucoup, mais je peux vous rendre des services… préparer des potions, faire le ménage dans la salle de classe, trier vos dossiers…

 

Minerva la coupa d’un geste magnanime, puis lui sourit légèrement, avant de pencher la tête. 

 

— Je ne peux malheureusement pas répondre à votre requête, miss. En rapport avec ma position, vous voyez, si j'acceptais de vous donner des cours particuliers, Miss Charon. Que ce soit en l'échange d’un quelconque bénéfice, ou même gratuitement, ce ne serait pas juste envers vos camarades. Si j'étais simplement professeure, je pourrais offrir des cours de soutien, mais ce ne serait pas déontologique du tout de favoriser ainsi un élève de ma maison. Ou alors il me faudrait accepter toutes les demandes similaires, et alors même un retourneur de temps n’y suffirait pas, je le crains. Je suis vraiment désolée, je réfléchirai à une liste d’ouvrages pouvant vous convenir, je pense que… peut-être qu’une approche moins occidentale de la métamorphose serait plus appropriée pour vous. 

 

Mina tenta de masquer son dépit en hochant sobrement la tête, ses ongles s'enfonçant dans sa paume pour dissiper la frustration qu’elle éprouvait. 

 

— Je comprends parfaitement, madame. Merci beaucoup, et je suis encore désolée de vous avoir dérangée.

— Vous devriez vous dépêcher de rejoindre vos camarades, miss, je ne voudrais pas que Serdaigle gonfle encore son avance dans le classement par ma faute.

 

 

Mina hocha la tête et fila sans demander son reste, la tête basse.

 

Dès que la porte se fut refermée, Minerva se permit un soupir et se laissa à nouveau tomber sur sa chaise. Elle avait dû se faire violence pour refuser son aide. Son instinct lui suggérait qu’il aurait été extrêmement gratifiant pour son ego de professeure d’aider le talent inexploité de la jeune Française à s’épanouir, mais elle n’avait que depuis trois ans la charge de responsable de maison et elle ne pouvait pas trahir son sens de l'équité. Elle avait hâte qu’Albus revienne à l’école, il n’y avait qu’avec son mentor qu’elle se sentait assez à l’aise pour laisser tomber son masque et confier ses doutes, et puis il aurait peut-être une solution qu’elle ne voyait pas à cause du manque de distance. 

 

 

 ————

 

 

Pomfresh avait mentionné le prénom du directeur, c’était donc qu’il était finalement rentré. Mina espérait qu'Hermione avait eu plus de chance qu’elle pour avancer sa part des recherches en prévision de leur entrevue, car de son côté elle doutait que Brûlopot lui apprenne quoi que ce soit après le bazar qu’elle avait causé. 

 

Mina s’ennuyait. Son sac était posé au pied du lit, mais il ne contenait rien d’autre que son manuel de métamorphose et quelques objets inutiles, elle se voyait clairement, le matin même, avoir décidé d’en vider le contenu après avoir failli se faire un tour de rein en le portant. Sa baguette quant à elle avait dû être récupérée par un camarade de Gryffondor et devait l'attendre sagement dans son dortoir, alors elle ne pouvait même pas lancer un accio pour se procurer un des nombreux livres qui étaient alignés sur les hautes étagères, au-dessus des bocaux d'onguents et des plantes séchées qui servaient pour préparer des infusions. 

 

Après avoir lu le contenu des quelques posters informatifs placardés sur les murs, elle décida d'aller voir si un livre ou même un manuel de médicomagie spécialisé dans les potions de soins traînait sur le bureau de Pomfresh, mais celui-ci était parfaitement ordonné et désespérément vide de tout ouvrage. Sans doute l’infirmière préférait cacher ses rapports autant que ses lectures loin des pattes curieuses des élèves de l’école. 

 

En revenant, elle finit par s'approcher de la marmotte qui ronflait encore légèrement. Curieuse, elle tira délicatement le rideau pour apercevoir son visage. Elle reconnut sans mal le haut de la tête qui dépassait des couvertures. C’était Lupin. Il était pâle, avait les traits tirés et ses cernes semblaient encore plus creusées qu'à l’habitude. Est-ce que le préfet avait passé sa nuit à étudier et à faire des rondes avant de s'écrouler de fatigue en cours ? Elle n’avait pas de matière en commun avec lui le jeudi, mais il avait l'air en bien meilleure forme la veille, bien qu’un peu sur les nerfs. 

 

Mina cessa bien vite de s'interroger, elle avait repéré une pile de livres sur la table de nuit attenante. Il avait l’air de dormir à poing fermés et ne lui en voudrait certainement pas si elle lui en empruntait un. Alors qu’elle en saisissait un à la couverture bordeau et à l’illustration qui promettait une aventure trépidante, sur la pointe des pieds, elle faillit s'affaler sur le lit en perdant l'équilibre, l’ouvrage étant plus lourd que prévu. Alors qu’elle venait de retrouver son centre de gravité et s’apprêtait à recommencer sa tentative, s’étant rapprochée un peu de la tête du lit, elle sursauta en entendant la voix du jeune homme qu'elle pensait endormi comme une bûche :

 

 

— Tu sais, Charon, à te faufiler ainsi, on pourrait croire certaines choses…

 

Il avait murmuré les mots d’une voix rocailleuse et s'éclaircit la voix. Puis, réalisant que sa tournure de phrase pouvait prêter à un double sens, ses joues se colorèrent allègrement et il se dépêcha de poursuivre. 

 

— …que tu as les mêmes goûts que James pour les mauvais romans d’aventures à l’eau de rose auquel il s’obstine à essayer de me convertir. Je te promets que tu ne veux pas devenir accro à ça, c’est extrêmement gênant si tu tiens à préserver de bonnes relations avec ton entourage.  

 

Mina se redressa, le livre toujours en main, et le retourna pour lire le résumé, tandis que Remus observait son expression, se détendant un peu. Il eut un sourire quand elle se mit à rire avant de commenter :

 

— En effet ça a l’air… plutôt particulier, mais après la journée que je viens de passer ça peut être divertissant. Par contre, ce livre est terriblement lourd pour le nombre de pages, c’est pour compenser la légèreté de l’intrigue?

 

Remus eut l’air surpris, alors elle lui tendit l’ouvrage. Il put à son tour constater que le livre pesait probablement près de trois kilos, malgré le fait qu’il n’ait pas plus de 200 pages.

 

— Ah, ça, ça doit être Sirius qui tente de contrecarrer les plans de James.

— Comme ça en plus de lire un mauvais livre, tu risques aussi de te blesser quand il finit par te tomber des mains ? Dis-moi, tes amis ne seraient pas la raison pour laquelle tu t’es retrouvé à l’infirmerie, au moins ? 

— Oh, non, j’ai juste un peu trop forcé ces derniers temps, je n’ai pas une très bonne constitution et j’ai beaucoup … d’insomnies. D’ailleurs, Mina, je voudrais bien croire que tu es ici pour la qualité de ma compagnie, mais ces bandages m’obligent bien à balayer cette théorie. Il ne s’est rien passé de grave au moins ? 

— Oh, non, j’ai… juste parlé sans réfléchir. 

 

Remus qui s’était redressé sur son lit la fixait d’un air soudain grave, alors elle se dépêcha d’ajouter :

 

— Je n’ai pas été attaquée ni rien, ne t'inquiète pas, enfin pas par un humain. J’ai juste provoqué la colère de l’Éruptif que le professeur Brûlopot a réussi à emprunter avant qu’il soit renvoyé dans son milieu naturel.

 

Devant le sourcil arqué de Remus, qui devait connaître, bon élève comme il l’était, la nature plutôt paisible des Éruptif en dehors de la saison des amours, elle précisa : 

 

— Une blague de mauvais goût en rapport avec les potions… je ne pensais pas qu’elle comprenait le français… j’ai eu de la chance qu’elle se soit contentée d’utiliser ses pieds au lieu de sa corne.

 

Mina jeta un regard noir à Remus qui tentait de dissimuler un fou rire naissant dans sa manche.

 

— Hé, mais c’est pas drôle, j’aurais pu y passer ! Bon d’accord, c’est un peu comique, j’avoue. 

 

Remus finit par se calmer et en profita pour boire un peu d’eau. 

 

— Je suis désolé, mais la façon dont j’imagine la scène… si tu veux savoir, une fois j’avais huit ans et j’ai été coursé sur deux cent mètres par un fléreur, alors je ne peux que compatir. Les créatures fantastiques ont parfois un caractère de cochon, c’est une des raisons qui m’a dissuadé de prendre l’option. 

 

— Et quelles sont les autres, si ce n’est pas indiscret ?

— Hum... une question d’emploi du temps sans doute, je ne me souviens plus trop. Si tu cherches de la lecture, je te conseille plutôt celui-ci, murmura Remus en saisissant un autre des livres et en le lui tendant pour achever de détourner le sujet de conversation. Il n’avait nullement l’intention de lui confier qu’il aurait adoré suivre le cours de créatures magiques, mais que les ces dernières étaient rarement contentes de se trouver en présence d’un loup garou. 

 

— « Tribulations d’un sorcier en Chine magique » déchiffra-t-elle sur la couverture or et carmin. C’est un roman d’aventures ou bien l’auteur s’est juste contenté de piquer un titre à Jules Verne parce qu'il manquait d’inspiration et c’est un simple récit de voyage ?

 

Remus eut un large sourire qui forma des ridules malicieuses aux coins de ses yeux cernés.

 

— C’est plus un récit de voyage, pas grand-chose en commun avec le roman moldu, mais si l’auteur a plagié le titre, il a récolté des histoires et des anecdotes intéressantes sur la magie et les créatures asiatiques. Il n’y a pas beaucoup de sorciers qui font le lien en général. Donc tu as lu Jules Verne? 

 

Mina sentit son coeur manquer un battement et la panique tendit ses muscles. Elle venait de réaliser qu’elle s’écartait trop de son personnage. Elle se passa une main dans les cheveux et eut un petit rire qu’elle voulait moins étranglé.

 

— Non, pas vraiment, une camarade de dortoir née moldue m’en parlait beaucoup, ça a dû me marquer plus que je ne croyais.

— Ce n’est pas une honte, tu sais, d’aimer des auteurs moldus. C’est un peu déroutant parfois mais c’est assez passionnant, et il y a beaucoup plus d’auteurs que chez les sorciers, lui dit Remus. 

 

Elle trouva son regard scrutateur, il ne semblait pas vouloir lâcher l’affaire aussi vite. C’était bien sa veine. Mina se sentait en sujet glissant, même si c’était Remus Lupin, et qu’il ne présentait pas de danger immédiat, il ne fallait pas qu’il se mette en tête de l’aborder dans les couloirs pour discuter littérature moldue, ça risquait d’attirer des attentions malvenues. Elle se jeta sur la première idée de diversion venue.

 

— Ah, si tu aimes les récits de voyages et les créatures magiques, tu dois adorer les livres de Lockhart. 

 

C’est ça, songea-t-elle, bien joué, détourner le sujet vers des auteurs de best sellers sorciers. 

 

— Lockhart ? Ça me dit vaguement quelque chose, mais non je ne crois pas avoir lu quoi que ce soit de lui. 

—  Mais si, « Vadrouille avec les goules », « Flâneries avec le Spectre de la mort »…

 

— Non, ça ne me dit vraiment rien. C’est un auteur américain ? 

 

— Même pas « Promenades avec les loups-garous » ? Celui-là est sans doute mon préféré, je dirais…. c’est terrifiant, le passage où il parle de la meute et des discussions sur l’avancée des poti….

 

Le visage de Mina se décomposa soudainement, mais Remus qui s’était lui-même détourné, soudain tendu, ne s'aperçut de rien. La jeune femme venait de réaliser, en manquant de mentioner la potion tue loup, qu’elle lui parlait de livres qui seraient au mieux publiés d’ici une dizaine d’années. “ Vite masque les fêlures avec du scotch, espèce de cruche” s’insulta-t-elle intérieurement avant de se relancer à corps perdu dans l’improvisation. 

 

— Ah non, c’est vrai,  il est Québécois. Ses livres sont probablement pas traduits en anglais, je suis bête, marmonna-t-elle avec hâte, refoulant sa soudaine envie de se donner des coups sur la tête avec l’épais pavé qui trônait de nouveau au centre de la table de chevet.

— En tous cas, tu peux l’emprunter, ce livre, pas de soucis, à moins que tu préfères celui de James. 

— Ah, mon coeur balance, mais je vais choisir la Chine. Tu as voyagé, toi, déjà dans d'autres pays ou juste par les livres ? 

 

Mina était tellement heureuse qu’il n’insiste pas pour en savoir plus sur l’auteur qu’elle manqua de soupirer de soulagement. Remus de son côté était ravi que le sujet de conversation s’éloigne le plus possible des loups garous. Ils continuèrent à parler voyages futurs,  villes sorcières ou non, pays qu’ils rêvaient de visiter un jour, la gêne s’effaçant rapidement. 

 

Remus était aussi bavard que curieux, Mina éludait les détails de peur de se trahir mais était enthousiaste de parler du lendemain comme s'il était le sien. Elle ne s’était pas rendu compte avant ce moment à quel point ça l’épuisait ce manque de discussions légères, le fait de se tenir à distance des autres. Avec Hermione, il y avait  toujours le nuage de leur secret dans un coin, leur but. Un sentiment mélancolique et anxieux permanent pesait comme une chape de plomb par-dessus leurs bavardages, ce nuage de culpabilité et de peur de ne jamais retrouver le temps d’avant. Un lien renforcé, mais aussi abîmé par les non-dits et la culpabilité qu’elle ressentait à son égard. Non, en fait c’était plus simple, elle n’était pas forgée pour la solitude, c’était tout. 

 

Et puis il y avait quelque chose dans l’enthousiasme de Lupin, sa capacité d’écoute qui l’appaisait profondément. Elle avait cette impression étrange de se retrouver à discuter avec son plus jeune frère par instant. Ces deux-là avaient le même genre de caractère : une luminosité tranquille, attentive mais malicieuse, curieuse de tout. 

 

Ils ne virent pas le temps passer dans cette  bulle tranquille et réconfortante pleine de paysages inexplorés, mais elle explosa immédiatement quand  Sirius Black déboula dans l’infirmerie une heure plus tard.

 

Black était pâle et il se tenait plus raide qu'à son habitude. Il ne prit même pas la peine de plaisanter en apercevant la mini pyjama party qui s’était organisée. 

 

Mina se força, malgré son agacement, à ne pas faire de remarque alors que Sirius aidait en hâte Remus à rassembler ses affaires comme si elle n’était pas là. Ce n’était clairement pas un moment pour se montrer belliqueuse. Elle retourna donc vers son lit sur lequel elle commença à feuilleter le livre que le jeune homme lui avait prêté, tentant de ne pas se mêler de ce qui ne la regardait pas.

 

Ce fut ce moment que Pomfresh choisit pour revenir. Elle semblait ne pas être vraiment de meilleure humeur qu’à son départ, ce qui soulagea Mina. Ça signifiait probablement que Dumbledore n’avait pas donné plus qu’un blâme à Brûlopot. 

Lupin sortit de l’infirmerie à la suite de Sirius, il salua la Française d’un petit signe d’encouragement discret tandis que l’infirmière contrôlait d’un sort son état de guérison d’un air soupçonneux. 

 

 

Une fois l’examen terminé, Mina rassembla ses affaires.  Son estomac gargouillait, lui rappelant soudain que grignoter des sucreries ne suffisait pas à se nourrir. Elle décida d’aller voir si Hermione était encore dans la grande salle. Elle fut rattrapée par Pomfresh alors qu’elle tournait dans le couloir.  

 

— Ah Miss, j’ai failli oublier, votre directrice de maison m’a chargée de vous remettre ça.

 

Mina attrapa la lettre que lui tendait l’infirmière qui haussa les épaules devant son air interrogateur puis la salua et repartit en direction de l’infirmerie en ruminant pour elle même sur le fait qu’elle n’était pas un hibou, sur les politiques de direction trop flexibles, envers les dangers publics qui allaient lui faire regretter d’avoir accepté cette position et le fait que le travail des elfes de maison était plus reconnu que le sien. 

Mina ouvrit l’enveloppe à l’aide du marque page en argent ciselé qui était dans son sac, puis le remit dans le livre que Lupin lui avait finalement prêté. Elle déplia le parchemin aux armoiries de Gryffondor et commença à lire: 

 

 

 

Chère Miss Charon,

 

En tant que directrice de votre maison, je vous informe que suite aux évènements ayant eu place durant le cours de soins aux créatures magiques de ce jour et votre attitude plus qu’imprudente, il a été décidé en concertation avec  le professeur Brûlopot de vous attribuer 6 heures de retenue que vous effectuerez en nettoyant les dégâts causés par la créature que vous avez offensée dans la réserve et dans les serres. Vous effectuerez ces heures demain soir et après-demain, à partir de 20 heures tapantes, ne soyez pas en retard. 

 

 

Mina soupira de soulagement, ce n’était pas cher payé, elle avait eu de la chance. 

Alors qu’elle s'apprêtait à glisser le parchemin dans son sac , elle s'aperçut que le texte tracé de la belle écriture de la professeure se prolongeait au verso.

 

 

Je juge personnellement en tant que directrice de maison qu’au vu du récit qui m’a été fait, vous vous en êtes tirée avec trop d’indulgence, surtout que si la créature s’était blessée lors de cet événement les conséquences auraient été désastreuses au niveau de la coopération internationale . Utilisant donc les pouvoirs qui me sont conféré je vous enlève donc 20 points et ajoute cinq retenues supplémentaires qui seront échelonnées durant les week-ends des prochaines semaines afin d'atténuer leur impact pour que vous puissiez vous concentrer sur votre travail scolaire en vue des ASPIC qui se rapprochent. 

 

 

Mina soupira de nouveau, elle aurait dû se douter que c’était trop peu cher payé, elle continua sa lecture des dernières phrases un peu dépitée. 

 

 

 … vous passerez ces heures en ma compagnie pour m’aider dans mes recherches sur les variantes de la méthode d’enseignement de la pratique de la métamorphose dans la culture asiatique. 

 

 Bien à vous, Minerva McGonagall. 

 

 

Le visage de Mina qui relisait le passage une seconde fois affichait un mélange de stupeur et de joie, il n’était pas nécessaire d'être brillant comme un Pitiponk au milieu d’une nuit noire pour lire entre les lignes. Elle devait aller l’annoncer à Hermione au plus vite, elle n’aurait jamais cru qu’elle serait aussi enthousiaste à l’idée d’annoncer à quelqu’un qu’elle avait écopé de plusieurs heures de retenue. Il fallait aussi qu’elle l’informe que le directeur était de retour, peut être avait il des nouveauté au sujet de leur “situation”. 

Elle n’eut pas à chercher longtemps cette dernière, manquant de la heurter au détour d’un couloir. Son amie était rouge, elle avait dû courir. Son visage se détendit un peu en reconnaissant Mina. D’autres élèves sortaient de cours, chuchotant entre eux, la mine sombre. Quelque chose n’allait définitivement pas, songea Mina, l’air était électrique.

 

— Contente de voir que tu n’as rien de grave, commença Hermione le visage grave.

 

Après avoir repris son souffle, elle entraina son amie un peu à l’écart des autres et murmura :  Il y a eu un mort et deux personnes enlevées sur le chemin de traverse, la nouvelle est arrivée en plein repas. 

 

Et à voix encore plus basse, elle ajouta, tristement, à la limite de l’audible :

 

— Et je crois me souvenir que la mission pour tenter de les retrouver se conclura par un bain de sang des deux côtés. 

 

Mina sentit son estomac se tordre. Toute sensation de faim avait disparu, l’air lui semblait glacé. 

 

 

– Mina ? Mina, allez viens, je te raccompagne à la tour de Gryffondor. Il faut que tu te reposes, le château risque d’être animé sous peu. Je t’ai pris des sandwitchs, comme ça tu n'auras pas à redescendre aux cuisines, d’accord ?   

 

Elle suivit Hermione sans plus saisir le sens des mots que son amie prononçait, les tempes battantes et le haut du corps parcouru de frissons. 

 

 

“Ça recommence ” ces deux mots tournaient en boucle dans ses pensées, traînant derrière eux des fragments d’images qu’elle tentait de repousser sans force… puis elle se rappela que le présent était le passé de son propre passé et la boucle infernale se fissura peu à peu tandis qu’elle reprenait pied dans l’instant. Elle était épuisée. A présent, elle voulait juste mettre la main sur une fiole de potion de sommeil sans rêves avant de se confiner dans son dortoir pour éviter les échos des discussions qui animeront la salle commune toute la soirée. Elle continua de marcher mécaniquement à côté d'Hermione, les yeux sur ses pieds, la tête dans le brouillard.

 

 

À un moment de leur ascension, les deux filles croisèrent un petit groupe de jeunes élèves arborant tous des cravates vert et argent qui patientaient le temps que leur escalier se décide à terminer sa lente pivotation. Leurs visages étaient crispés. A la fin du petit cortège de Serpentard, se tenait Snape, devancé par deux autres septièmes années. Ces deux derniers balayaient les environs du regard comme des gardes du corps, leurs mains dans leur poche, comme près à dégainer leur baguettes au moindre mouvement suspect.

 

Un des parents de ces élèves en particulier était-il mêlé à l'événement du jour ou était-ce juste une mesure de protection dans la crainte de représailles gratuites sur les Serpentard les moins capables de se défendre,  s'interrogea Hermione tandis qu’elle tirait Mina vers elle pour dégager à l’avance le passage au groupe, la sortant par là même de son brouillard intérieur. 

 

 

Mina observa ce qui l’entourait, l’escalier qui arrivait en face n’était pas pressé de combler ses derniers pas de vide. Elle avait remarqué à force d’observation que certains étaient plus réticents que d’autres à faire traverser les élèves lors des dernières semaines, elle se demandait si les sortilèges étaient grippés ou si ils avaient chacun un rythme propre. La jeune femme balaya des yeux le groupe d’élèves puis son regard s'arrêta sur Snape.

 

Tiens il était là, lui. Avait-il déjà utilisé tous les ingrédients qu’elle lui avait revendu sur le chemin de traverse ?

Elle observa plus attentivement  le visage du jeune homme. Ses cernes étaient un peu moins creusées qu'à leur première rencontre, mais il n’avait toujours pas l’air en forme, loin de là. Lui aussi dormait mal sans doute. Il releva la tête et croisa son regard. Oubliant son animosité toute nouvelle envers lui, Mina lui sourit faiblement tandis qu’il commençait à descendre à son tour les dernières marches de l’escalier à la suite des autres.

 

Cette fois, le jeune homme ne l’ignora pas, au contraire, il la dévisagea à son tour, les sourcils froncés mais sans animosité. Il passa à côté d’elle puis s'arrêta un court instant, le cou tendu dans sa direction, les yeux plantés dans les siens, interrogateurs. Il avait ce genre de regard troublant : d’un brun très sombre, froid au premier abord, puis profond. Un regard acéré, qui semble percevoir trop, nota-t-elle. Puis, un sourire aussi timide que triste étira ses lèvres fugitivement avant qu’il ne se détourne et reparte à grande foulées souples et silencieuses vers le groupe qui s’éloignait. 

Étrange garçon, songea Mina.

Mais tandis qu’elle rejoignait Hermione, elle ne put s'empêcher de se sentir rassérénée, comme si ce bref échange de compréhension avec cet autre être humain qui ne savait rien d’elle et dont elle savait aussi peu avait miraculeusement dissipé le reste de nuages qui l’accablaient, pour l’instant.

 

 

Severus rejoignit les serpentards avant qu’ils ne s'aperçoivent qu’il était à la traîne, un peu troublé par sa propre réaction. 

La détresse profonde qui émanait de cette définitivement étrange Française un instant plus tôt l’avait ébranlé, et avait, comment dire… déteint sur lui. 

Mais pourquoi? 

À présent, il ne ressentait plus une miette de la profonde excitation qui parcourait ses veines plus tôt à l’idée d’une confrontation proche avec ces crétins décérébrés de Gryffondor. Des idiots bouillants d’un désir aveugle de vengeance sur lequel il pourrait peut-être tester quelques nouveaux sorts qu’il avait concocté durant ses dernières insomnies.

 

Il soupira. Ça faisait très longtemps qu’il n’avait pas souffert de contagion émotionnelle comme ça. Bah, il manquait sûrement juste trop de sommeil, il fallait avouer qu’il avait un peu trop forcé ces derniers temps.

 

Ce soir, pourtant, il y avait la réunion hebdomadaire avec Avery et la bande. Bah, pour une fois il pouvait bien se passer d’y assister. Après tout, les autres ne se gênaient pas pour jouer les dilettantes pour un rendez galant, alors lui avait bien le droit d’en poser un avec une nuit de sommeil complète. De toute manière, ils allaient passer leur temps à broder leurs théories personnelles autour de l’actualité. Entre vantardise et concours de name dropping il ne se passerait surement rien de bien passionnant. 

 

Cette nuit il serait sans doute assez épuisé pour ne pas avoir besoin de potion de sommeil. heureusement d'ailleurs parce qu'il n’avait trouvé ni le temps ni l’argent pour renouveler son stock épuisé d'ingrédients. Il faudrait qu’il pense à faire valoir les dettes pour les aides aux devoirs de ses condisciples, un peu trop oublieux quand il s’agissait de le payer. 

 

Pourquoi est-ce qu’elle lui avait souri ainsi par contre, à lui, alors qu’elle était clairement dans un état de faiblesse, ça par contre il ne comprenait pas. Il n’avait pas vraiment le type rassurant du confident, en plus du fait qu’il s’était comporté de manière peu engageante en l’ignorant délibérément lors de la répartition. Il soupira puis prit la décision de ne pas chercher plus loin. Sa  tendance à suranalyser ne le menait souvent qu'à un mal de tête carabiné. Le jeune homme tenta de respirer lentement et de faire le vide dans son esprit tandis qu’ils atteignaient l’escalier menant au grand hall. 

 

 

Hermione qui, bien entendu, n’avait rien aperçu de l'échange sans paroles entre les deux étudiants, déjà repartie à l'assaut d’un étage de plus, profitait à présent du fait que Mina semblait être sortie de sa torpeur et ait décidé de lui narrer avec entrain ses aventures de la journée. 

 

Cette dernière lui confiait à présent son enthousiasme et son d’appréhension quand à ses futures “retenues éducatives" avec Minerva McGonagall, après avoir évoqué, une moue d’enfant boudeuse au lèvres, la honte qui allait lui coller à la peau après son envolée ratée du matin heureusement plus ridicule que dramatique au final. 

 

Hermione était rassurée, Mina semblait presque une étudiante normale à cet instant, alors qu’une demi-heure auparavant elle s’était pressée pour être certaine d’être la première personne à mentionner les terribles actualités de peur que le parallèle évident réveille trop fortement le traumatisme de son amie au milieu de personnes à qui elle ne pourrait pas se confier. Hermione avait voulu contrer le choc en lui parlant du futur, pour lui rappeler qu’elles étaient dans le passé, pour ancrer son amie dans l'immédiat, mais la formulation qui lui était venue au lèvres était maladroite, bancale.

 

La faute de son besoin de partager la frustration qui la déchirait à se souvenir partiellement d’un événement qui ne s’était même pas encore produit mais sur lequel elle se souvenait avoir lu ? Sans doute.  Elle s’était mordue les doigts d’avoir utilisé le terme “bain de sang”, c’était sur cette expression que Mina avait tiqué, qu’elle s’était ratatinée à l'intérieur de son cocon de souvenirs douloureux. Pourtant, pour elle-même qui en avait vécu un lors de la terrible bataille, ce terme était resté plus inoffensif que celui de “dague” à ses oreilles. 

 

Tandis qu’elle se maudissait de ne pas avoir anticipé, elle s’était rappelé de ce que disait Ron : ”ça arrive à tous un jour de lancer un sortilège de disparition sur un feuxfous fuseboum, ça sert à rien d’en perdre le sommeil, tant qu’on s’excuse et tente d’en prendre note pour éviter une prochaine fois”. Même s'il utilisait des métaphores discutables, Ron avait pas mal évolué depuis son “stade de la cuillère” de leur adolescence. Ce qui était dit était dit, il ne servait à rien de se flageller.    

 

Alors Hermione avait continué à parler, puisant dans ses anecdotes de cours principalement, sans s'arrêter, pour maintenir le lien par la musique de ses mots tandis que leur sens n’atteignait plus une Mina prisonnière de ses limbes intérieur, tandis qu’elle l’accompagnait vers la tour de Gryffondor, attentive et soucieuse, guettant un changement dans son état. Elle aurait voulu pouvoir la ramener à l’infirmerie, ou la conduire au bureau du directeur si seulement il avait été présent, mais aucune de ces options n’étaient envisageable. Elle réfléchissait à la possibilité de bifurquer pour partir à la recherche de la salle sur demande plutôt que d’abandonner à contrecœur son amie au pied du portrait de la Grosse Dame en lui enjoignant d’aller dormir, quand Mina avait soudain repris pied à son grand soulagement. 

 

– Ah oui, avec tout ça j'oubliais :  Dumbledore est peut-être revenu au château, Pomfresh est passé le voir cet aprem

 

Hermione se tourna vers Mina et elles échangèrent un regard entendu, elles s’occuperaient de le contacter dès demain, ce soir le directeur devait avoir sans doute déjà bien trop à faire. 

 

End Notes:

Alors selon vous, la team Mina/Brûlopot va-t- elle changer accidentellement le cours de l’Histoire en poussant Mme Pomfresh à démissionner de son poste pour surmenage dans le futur proche? 

 

J'espère que l'accenseur emotionel de Mina au cours de ce long chapitre n'a pas été trop fatiguant à lire. Et aussi que l'avancée de l'intrigue à pas d'escargot ne vous lasse pas trop. 

 

N'hésitez pas à partager vos impressions, bonnes ou mauvaises sur ce chapitre!

 

Et surtout un grand merci pour votre lecture!

 

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