Cookies ensorcelés by Pinkgrass
Summary:

Source: AlemCoksa sur deviantart

 

A Poudlard, Juliet Hardy a tout pour être heureuse : des amis sur qui compter - Rose Weasley et Albus Potter, une renommée quant à ses prouesses au Quidditch et même de la popularité auprès de tous... 

 

Mais quand elle tombe amoureuse du garçon le plus redouté de l'école, c'est tout son petit monde qui s'écroule. Son professeur de métamorphose se met à la malmener et tous ses camarades changent de comportement à son égard. Sa sixième année ne s'annonce donc pas de tout repos.

 

Et surtout, quel sombre secret cache la famille Lloyd ?


Categories: Durant Poudlard, "19 ans plus tard" Characters: Albus S. Potter, James S. Potter, Personnage original (OC), Rose Granger-Weasley
Genres: Aventure/Action, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 36 Completed: Non Word count: 279177 Read: 45333 Published: 10/06/2013 Updated: 14/03/2023
Story Notes:

Disclaimer : l'univers HP appartient bien sûr à J.K. Rowling. Des personnages tels que Juliet ou Cameron sortent tout droit de mon imagination.

Si vous n'êtes pas branchés sur les fictions longues ou les personnages originaux malgré l'intrigue, peut-être que cette histoire n'est pas pour vous ? Tentez toujours, on ne sait jamais...

Et je tenais aussi à préciser que j'ai avant tout écrit cette fanfiction pour me détendre et me libérer l'esprit. Il est possible que quelques fautes m'aient échappé à la relecture, mais elles ne devraient pas empêcher une lecture fluide, et je l'espère, agréable :)

1. Premier jour, première retenue by Pinkgrass

2. Une impression de déjà vu by Pinkgrass

3. Les rumeurs se répandent by Pinkgrass

4. L'humour à la Serpentard by Pinkgrass

5. Rêve et dispute by Pinkgrass

6. Règlements de compte by Pinkgrass

7. Une journée imprévisible by Pinkgrass

8. Le mystère Lloyd by Pinkgrass

9. De sérieuses menaces ? by Pinkgrass

10. Recherches interminables by Pinkgrass

11. Au revoir, Poudlard by Pinkgrass

12. Dixon et Carlton by Pinkgrass

13. Pire qu'une Cracmolle by Pinkgrass

14. Jour de match by Pinkgrass

15. La fin du début by Pinkgrass

16. Drôle de découverte by Pinkgrass

17. Les incertitudes by Pinkgrass

18. Cours particuliers by Pinkgrass

19. La nouvelle concierge by Pinkgrass

20. Entrevues surprenantes by Pinkgrass

21. Les risées de Gryffondor by Pinkgrass

22. Le parfait coupable by Pinkgrass

23. Les araignées by Pinkgrass

24. Confessions inattendues by Pinkgrass

25. Le temps confirme l'amitié by Pinkgrass

26. Les apparences by Pinkgrass

27. Le souvenir d'un cauchemar by Pinkgrass

28. Le balai Volwit by Pinkgrass

29. Point de rupture by Pinkgrass

30. Une porte de sortie by Pinkgrass

31. Alice-Mae Jones by Pinkgrass

32. Juste une lettre by Pinkgrass

33. L'heure de vérité by Pinkgrass

34. Dans la salle désaffectée by Pinkgrass

35. Le match de formalité by Pinkgrass

36. Les injustices by Pinkgrass

Premier jour, première retenue by Pinkgrass
Author's Notes:

Bonjour/bonsoir potentiel lecteur, voici un chapitre introductif à l'histoire. Bonne lecture !

— Que fait-on si on est séparées ?

Face à la porte menant à la Grande Salle, Juliet s'était enfin décidée à dire ce qu'elle avait sur le coeur à sa soeur jumelle Andrea. Elle était la seule personne qu'elle connaissait à Poudlard, la seule personne en qui elle avait confiance dans cet endroit nouveau et mystérieux, alors oui, l'angoisse de se retrouver dans une maison seule et sans sa soeur la tourmentait. Son coeur battait à cent à l'heure, et Juliet se demandait encore comment les autres élèves de première année autour d'elles ne l'entendaient pas eux non plus.

— Ne t'inquiète pas, la rassura Andrea. Dans le cas où ça arrive, on se verra pendant la journée et les cours... tu n'as vraiment pas à t'en faire pour ça. Et puis, attends de voir, je suis sûre qu'on restera ensemble.

Andrea lui sourit sincèrement, ce qui soulagea légèrement Juliet. Sa soeur n'avait pas quitté son masque froid et impénétrable du trajet, c'était dans sa nature, elle ne laissait pas ses émotions transparaitre, l'une des plus grandes caractéristiques de leur famille. Juliet parcourut alors l'assemblée du regard lorsqu'elle croisa celui d'un garçon dont l'angoisse se voyait à sa mâchoire étroitement serrée. Au bout de quelques secondes, il lui sourit et se détourna pour répondre à une fille à ses côtés.

— J'ai déjà fait ma liste noire de personnes à éviter, lui avoua Andrea d'un air dédaigneux en regardant un groupe de garçons un peu plus loin.

Mais Juliet n'eut pas le temps de leur jeter un coup d'oeil que le professeur Londubat les rejoignit et leur imposa le silence. Il s'était présenté en tant que leur professeur de botanique, mais également le directeur de la maison Gryffondor et il avait paru plutôt sympathique aux deux filles. Un peu maladroit, certes, mais si les professeurs de Poudlard étaient tous dans le même acabit, Juliet allait bien s'acclimater, elle en était certaine.

— Vous êtes prêts ? leur demanda-t-il une fois qu’il fut revenu. Nous allons entrer dans la Grande Salle, c'est le moment de votre répartition. Ne vous inquiétez pas, aucune maison n'est meilleure que les autres. Elles ont toutes leurs qualités et leurs défauts, mais ça, vous l'apprendrez au fil de votre scolarité. Rangez-vous deux par deux, c'est parti !

Les soeurs Hardy restèrent ensemble et suivirent deux des garçons qu'Andrea n'avait pas l'air de beaucoup apprécier. Cependant, Juliet ne leur prêta aucune attention : la Grande Salle la laissa bouche-bée. Les quatre longues tables représentant chaque maison étaient immenses et le plafond reflétait le même ciel calme étoilé qu’à l’extérieur. Juliet avait beau venir d'une famille de sorciers, elle n'en était pas moins ébahie devant le spectacle que la pièce leur offrait.

La nouvelle promotion de première années remonta donc l'allée principale entre deux tables sous les regards de tous les élèves. Juliet sentit l'excitation des années supérieures, mais bizarrement, maintenant qu'elle se trouvait devant le fait accompli, cette rentrée l'angoissait moins. En revanche, à côté d'elle, Andrea se tendit imperceptiblement à mesure qu'ils se rapprochaient de l'estrade professorale. Dans le silence le plus complet, ils se rassemblèrent tous devant ce qui semblait être la table des professeurs.

— Excuse-moi, murmura une fille aux cheveux roux flamboyants, tu sais pourquoi on attend devant un vieux chapeau ?
— Aucune idée, répondit Juliet en s'interrogeant également sur la présence de l'objet défoncé.

Les minutes s'écoulèrent pendant que le soi-disant Choixpeau Magique leur chantait l’une de ses compositions. Dans celle-ci, il décrivait les quatre différentes maisons dans lesquelles on pouvait être réparti. C'était à ce moment-là que Juliet réalisait avec anxiété qu'Andrea et elle ne seraient jamais réparties au même endroit : elles étaient bien trop différentes l'une de l'autre. Elle regretta même de ne pas avoir fait de plus amples recherches au niveau des maisons pour se sentir plus préparée.

— Maintenant, quand j'appellerai votre nom, vous viendrez vous asseoir ici et nous procéderons à la répartition.
— Attends, murmura Andrea d'un ton sceptique, il faut mettre ce vieux chapeau sur la tête ?

Juliet acquiesça, ne voyant aucune autre solution. Autour d'elles, leurs futurs camarades paraissaient tout aussi incrédules qu'elles et certains murmuraient même à l'oreille de leur voisin, l'air anxieux.

— Tu imagines combien de personnes sont passées par là ? Beurk.

Le professeur coupa alors court à leurs interrogations et appela le premier élève dans un silence religieux :

— Baker, Cheryl !

Une fille s'avança prudemment au-devant de tous les élèves et s'assit sur le tabouret. On lui posa le Choixpeau sur la tête et Juliet eut l'impression que tout le monde retenait son souffle au milieu des première années. Le chapeau ne prit qu'un instant pour rendre son verdict. Ainsi, il ne suffisait que de se coiffer de la relique ?

— Serdaigle !

La petite blonde s'empressa de quitta l'estrade pour rejoindre ses nouveaux camarades qui l'acclamaient. Une quinzaine de noms se succédèrent avant que la pression ne se referme sur les deux soeurs. Leur nom de famille se trouvant plus ou moins au début de l'alphabet, Juliet ne fut pas surprise d'entendre le nom de sa soeur être appelé avant le sien alors qu'il restait les trois quarts des élèves à être répartis.

— Hardy, Andrea !

Sa soeur serra le poignet de Juliet entre ses doigts puis s'avança d'un pas assuré vers le tabouret où elle s'assit en croisant les jambes avec grâce. Mais Juliet la connaissait bien : si Andrea paraissait sûre d'elle en ce moment même, l’angoisse la rongeait de l'intérieur. Le professeur Londubat posa le Choixpeau magique sur ses cheveux dorés et ce dernier s'exclama au bout d'une dizaine de secondes :

— Serpentard !

Alors qu'une masse s'abattait sur l'estomac de Juliet, on se mit à applaudir bruyamment à la table aux couleurs vert et argent, et Andrea eut le temps de lui lancer un sourire radieux et de lui souhaiter bonne chance silencieusement. La gorge sèche, Juliet attendit qu'on l'appelle, sachant qu'elle était la prochaine sur la liste. Si elle était sûre d'une chose, c'était qu'elle n'allait pas être répartie dans la même maison qu’Andrea. Des mots comme l'ambition ou la ruse ne lui évoquaient absolument rien.

— Hardy, Juliet !

Un murmure parcourut la Grande Salle. Des membres d'une même famille allaient-ils être répartis dans la même maison ? Juliet tenta de faire le vide dans sa tête alors que ses jambes la portaient machinalement et sans effort jusqu'au tabouret. Une fois assise, elle se mordit la lèvre inférieure. Tous les regards étaient rivés sur elle. Juliet était terriblement angoissée. Puis elle sentit qu'on lui posait le chapeau sur la tête. Ses doigts étaient étroitement refermés sur les plis de sa jupe.

« Une deuxième ? Très intéressant. Ta soeur est à Serpentard, ta mère l'a été avant elle, mais tu ne penses pas appartenir à cette maison... tu as parfaitement raison. Poufouffle, peut-être… Du courage, également… Et tu as beaucoup de détermination. Je sais où te mettre. »

— Gryffondor ! hurla le Choixpeau.

Légèrement abasourdie, Juliet se leva et prit la direction opposée à celle qu'Andrea avait pris une minute auparavant. Gryffondor. Elle était à Gryffondor. Elle n'en revenait pas. Elle alla s'asseoir à la table rouge et or où ses nouveaux camarades l'acclamaient. Encore sous le choc, elle ne savait pas ce qu'elle devait ressentir : du soulagement que tout se soit bien passé, ou de la déception à l'idée qu'elle allait passer les sept années suivantes sans sa soeur ?

— Hé, bienvenue ! murmura le garçon assis à côté d'elle.
— Merci, répondit-elle alors que la répartition reprenait son cours.
— C’était ta soeur, celle qui a été répartie à Serpentard ? lui demanda-t-il. Vous ne vous ressemblez pas du tout si tu veux mon avis.

Juliet acquiesça lentement à sa question tout en ne pouvant s'empêcher de le trouver très curieux. Elle se demanda si c'était une coutume anglaise de mener un interrogatoire aux premières années, mais elle décida d'être sympathique et patiente. Juliet n'était pas comme Andrea qui rembarrait systématiquement les gens qui l'ennuyaient. Et puis, c'était vrai, les deux filles ne se ressemblaient pas : nées le même jour, elles n'étaient cependant pas de vraies jumelles.

— T'es tombée dans la bonne maison, puisque j'y suis ! s'exclama le garçon.

Détachant son regard d'un nouvel élève réparti à Poufsouffle, elle se mit à le détailler. Il devait avoir un ou deux ans de plus qu'elle, mais il avait l'air d'être très à l'aise ici. Avec ses cheveux bruns en bataille et ses yeux noisette remplis de malice, quelque chose souffla à Juliet qu'il ne se prenait pas vraiment au sérieux.

— Tes parents étaient dans quelle maison ? continua le garçon à ses côtés. Les membres d'une famille sont très souvent répartis dans la même.
— Tu poses toujours autant de questions ? répliqua Juliet tout en ne pouvant s'empêcher de sourire.
— C'est une de ses spécialités, répondit un autre garçon assis en face.

Alors qu'une autre Gryffondor venait de les rejoindre et que Juliet applaudissait avec les autres, elle remarqua que le garçon brun la fixait toujours, l'air interrogatif en attendant toujours la réponse à sa question. Juliet songea alors qu'il s'agissait d'un vrai numéro.

— D’accord, admit-elle en réalisant qu’il ne lâcherait pas le morceau. Mon père est français, et il a fait ses études à Beauxbâtons. Ma mère était à Serpentard.
— Hmm, intéressant. Au fait, je suis James, se présenta-t-il en ignorant toujours royalement la répartition en cours. Et mon frère aussi entre à Poudlard cette année, sûrement comme ta soeur, à Serpent...
— James, boucle-la un peu ! lança le même garçon que tout à l'heure. Flitwick nous a à l'oeil depuis tout à l'heure !

Juliet sourit en reportant son attention sur Maisie Lloyd qui venait d'être répartie à Serpentard. A côté d'elle, James soupirait comme s'il s'ennuyait à l’inverse de son ami d'en face qui suivait la répartition avec attention. Les noms se succédèrent sans que Juliet n'en reconnaisse un seul, et pour cause, sa soeur et elle avaient vécu en France avec leur père jusqu'ici. A part quelques grands noms lus dans les livres, elle n'avait aucune idée des gens à fréquenter ici.

Plus les élèves se faisaient répartir et étrangement, plus James se faisait nerveux. Juliet avait toujours été empathique et elle voyait bien que son voisin de table trépignait d'impatience.

— Potter, Albus !

Discrètement, Juliet vit James croiser les doigts sous la table. Puis son regard fut attiré par le garçon qui s'asseyait sur le tabouret, l'air pas très rassuré. Elle l'avait croisé juste avant d'entrer dans la Grande Salle. Le silence était pesant dans la salle, plus pesant même que pendant le reste de la répartition. Puis, Juliet se souvint. Ne serait-il pas le fils de Harry Potter ? Le sorcier anglais qui avait terrassé le plus grand mage noir de tous les temps ? Elle en avait entendu parler quelques fois au cours d'un diner de « grands ».

— Gryffondor ! cria enfin le Choixpeau au bout de quelques minutes.

Les acclamations à la table de Gryffondor se furent presque assourdissantes, et James en profita même pour se lever et acclamer le nouveau venu comme s'il voulait se faire remarquer. Puis l'ami métisse de James interpella le nouveau Gryffondor et poussa le première année assis en face de Juliet pour qu'il s'y installe.

— Al, félicitations ! s'exclama le garçon.

Albus Potter s'assit lentement sur le banc d'en face, mains tremblantes, mais la mine réjouie.

— Tu vas manquer aux serpents venimeux ! lança James, moqueur.
— Pourtant tu n'avais pas l'air de vouloir le voir aller là-bas, marmonna Juliet avant qu'elle ne se fasse interrompre par son voisin.
— Ah, tu es marrante toi ! Chut ! lui intima-t-il à l'oreille. Sinon je vais te faire regretter d'être venue à Gryffondor.
— Et je vais me laisser faire d'après toi ? répondit Juliet en prenant de l'assurance.

La fillette n'était absolument pas prête à se laisser marcher sur les pieds dès son premier jour, le matin-même, son père lui avait bel et bien ordonné de pas se laisser influencer par les autres. Alors James se recula pour mieux la jauger du regard. Puis il plissa les yeux et lui dit lentement :

— Tu me plais, toi. On va bien s'amuser.

Et il se détourna pour discuter en chuchotant au garçon d'en face. Juliet resta un moment sans rien dire et se mit à chercher Andrea à la table opposée tandis que l'assistance voyait ses derniers élèves se faire répartir. Elle espérait que tout se passait bien de son côté, mais il n'y a avait rien à faire, parmi tous les élèves, les cheveux caractéristiques blonds dorés d'Andrea étaient introuvables.

Soudain, la fille rousse qui lui avait demandé à quoi servait le Choixpeau juste avant la répartition se fit une place entre James et elle sur le banc et lui tendit la main, l'air très avenant.

— On a pas eu le temps pour les présentations tout à l'heure, je m'appelle Rose. Rose Weasley.
— Ravie de faire ta connaissance, moi c'est Juliet, lui répondit l'intéressée.
— Je ne me serais jamais vue ailleurs qu'à Gryffondor, ne put s'empêcher de remarquer Rose, rêveuse. J'ai hâte d'explorer le château, mon père m'a dit qu'il y a tellement de passages secrets qu'il ne les a jamais tous découvert.

Juliet fut intriguée, elle ne savait que très peu de choses à propos de Poudlard. Sa mère y était allée pour ses études mais elle n'avait jamais eu l'occasion de l'interroger à ce sujet, car elle ne l'avait jamais connue. Sa mère avait mystérieusement disparu après leur naissance, ne subsistant que les souvenirs de leur père. Andrea se posait souvent beaucoup de questions à propos d'elle contrairement à Juliet qui vivait très bien sans.

Interrompue dans ses pensées par le directeur de Poudlard qui leur souhaitait une bonne rentrée et un bon appétit, Juliet se rendit compte qu'elle n'avait prêté qu'une infime attention à la cérémonie de répartition. Elle se réveilla alors complètement lorsqu'une multitude de plats apparurent sur toutes les tables. Les yeux ronds, Juliet mit quelques secondes à s'en remettre. En tant que grande gourmande, elle se demandait comment elle allait faire pour ne pas goûter à tout et surtout ne pas paraître pour une goinfre devant tout le monde.

— Je te l'avais bien dit, Al, que la cuisine de Poudlard est bien meilleure qu'à la maison ! s'exclamait James en se servant plusieurs cuisses de poulet.
— Attends, je n'ai pas encore testé, protesta le dénommé Albus.
— Et ne le dis pas à papa et maman, hein ? s'inquiéta soudainement James.

Juliet piquait un peu dans tous les plats quand elle ne tint plus, la curiosité prenant le dessus sur la politesse.

— Donc vous êtes frères tous les deux ? Les fils de Harry Potter ?
— Comment tu es au courant ? l'interrogea Albus, en face d'elle.
— Mon petit frère a encore beaucoup de choses à apprendre sur sa propre famille, remarqua James d'un air distrait.
— De quoi tu parles ? l'interrompit Rose, la fourchette en l'air.

Et c'était à ce moment-là que Juliet commença à se perdre, se retrouvant assise en plein milieu d’une réunion familiale. Ils se connaissaient tous. L'ami de James était en fait Fred Weasley, son cousin, qui était aussi le cousin des frères Potter et de Rose Weasley. A côté d'eux, Juliet voyait bien que le garçon à sa droite, un dénommé Kenny Clarks, qui écoutait également leur conversation était aussi perdu qu'elle.

— Rosie, tu as tout le temps d'apprendre des choses cette année ! lança le dénommé Fred avec un grand sourire. Tes parents t'ont caché beaucoup de choses jusqu'à maintenant.
— Comme quoi ? intervint Albus Potter, vraiment intrigué maintenant.

Mais voyant que ni Fred, ni James n'avaient l'intention de lui répondre, le garçon aux cheveux noirs et aux yeux verts se renfrogna et tourna son regard vers son assiette, dépité. Juliet était quant à elle surprise. Même si elle n'avait que très peu entendu parler de Harry Potter, elle se demanda vaguement pourquoi il n'avait pas fait part de ses exploits à son fils alors que tout le monde était au courant. Elle décida de se tourner vers Rose et Albus, qui avaient l'air d'être au courant de l'organisation de Poudlard. Elle piqua sa fourchette dans une pomme de terre et leur demanda, inquiète :

— C’est donc vrai qu'il existe une rivalité entre Gryffondor et Serpentard ?
— Oh oui, elle a existé ! répondit Rose. Même si les tensions ont un disparu avec le temps, c'est une question d'habitude, enfin je crois. Tu es née-moldue ?
— Non, mes parents sont sorciers mais j’ai grandi en France, précisa Juliet. Je ne suis pas encore très au courant de tout ce qui se passe entre les maisons.
— Pourquoi tu n'es pas allée à Beauxbâtons ? demanda Albus, surpris.
— Ma mère était à Poudlard quand elle était jeune.

La vérité était bien plus compliquée que ça, mais Juliet n'avait pas réellement envie d'en parler, surtout à des inconnus. Leur père leur avait laissé le choix entre découvrir le monde où leur mère anglaise avait évolué ou rester dans l'académie française où tout serait acquis pour elles. Andrea avait préféré aller à Poudlard pour en découvrir plus sur leur mère, mais Juliet, ayant le goût de l'aventure, avait sauté sur l'occasion, bien qu'elle allait laisser de côté son cousin avec qui elle s'entendait depuis toujours.

— C'est plutôt cool d'avoir des parents de différentes nationalités alors ! dit joyeusement Rose avant d'avaler quelques frites.

Juliet lui sourit. Elle ne la connaissait pas assez pour lui dire qu'elle ne connaissait pas sa mère mais elle ne lui en tint pas rigueur. A la place, elle commencèrent à parler de la maison Gryffondor et de la famille Weasley, qui était visiblement omniprésente à Poudlard. Bientôt, Albus Potter se joignit à leur conversation et le dîner sembla passer alors à vitesse grand V.



Les gens semblaient très sympathiques et avenants et Juliet en oublia presque sa séparation avec Andrea. Elle espérait simplement qu'elle aussi allait se faire des amis aussi rapidement. A la fin du repas, elle tenta vainement de la chercher mais ses espoirs se virent réduits à néant quand le préfet de Gryffondor les emmena dans les hauteurs du château alors que la salle commune des Serpentard se trouvait dans les cachots, comme le lui avait appris Fred Weasley.

Rose, Albus et elle étaient restés ensemble depuis la fin du dîner et étaient tous les trois sous le choc en découvrant la grandeur du château. Cela faisait bientôt un quart d'heure qu'ils avaient quitté la Grande Salle et ils n'étaient toujours pas arrivés dans leur salle commune.

— C'est énorme, murmurait Rose à tous les coins de couloir.

Puis, Rose se prit une armure en pleine face et la seule réaction de Juliet et d'Albus fut d'éclater de rire. Il leur fallu cinq bonnes minutes avant de s'en remettre, ce qui vexa Rose jusqu'à ce qu'ils n'arrivent enfin dans un couloir dépourvu de tableaux, à l'exception d'une toile représentant une dame en robe rose devant laquelle se trouvait leur préfet. Suivant le groupe des premières années, les trois nouveaux amis n'entendirent pas le mot de passe, mais peu leur importait, ils demanderaient à l'un de leurs camarades un peu plus tard.

Pssst !

Juliet se retourna. James Potter et Fred Weasley étaient juste derrière eux et arboraient tous les deux un sourire espiègle.

— Qu'est-ce-que vous voulez ? leur demanda Albus, méfiant.
— Un petit tour de Poudlard, ça vous dit ?
— Maintenant ? s'étonna Rose. Je ne crois pas que violer le règlement dès notre premier soir soit une très bonne idée.
— Oh ! soupira James. T'es pas drôle ! Al, ne fais pas regretter le Choixpeau de t'avoir envoyé à Gryffondor...
— Se balader dans le château après le couvre-feu n'a rien à voir avec la répartition, nota Albus en jetant un regard noir à son frère.

Les deux garçons se tournèrent vers Juliet, le regard plein d'espoir. Elle aurait été tentée de visiter le château, mais Rose et Albus n'avaient pas tort : il n'était pas question qu'ils ne respectent pas le règlement pour leur première soirée à Poudlard.

— Ils ont raison, ajouta timidement la brunette.
— Allez, viens, on ne va pas avoir de bonnes places dans les dortoirs, dit Rose en prenant Juliet par le bras.

Ils entrèrent donc à la suite des autres premières années dans la salle commune.

La première impression de Juliet fut que leur salle commune était très accueillante, notamment grâce aux couleurs rouge et or qui donnaient une impression de chaleur. Dans un coin de la pièce, un grand feu crépitait dans la cheminée, entouré de canapés et de fauteuils qui avaient l'air d'avoir connu de meilleurs jours. Près des dortoirs se trouvaient également des tables où l'on pouvait travailler. Le préfet leur expliqua qu'avec la population sorcière qui augmentait depuis des années, la pièce avait subi un léger sortilège d'agrandissement pour accueillir plus d'élèves. En effet, la même chose avait été appliquée aux dortoirs : leur promotion par exemple avait deux dortoirs chez les filles et deux chez les garçons au lieu d'un seul pour chaque année.

Puis le préfet leur souhaita la bienvenue à Gryffondor ainsi qu'une bonne nuit. Le ventre bien rempli par le banquet, les élèves se sentaient somnolents et avaient hâte de pouvoir s'installer dans leurs nouveaux dortoirs. Rose et Juliet quittèrent Albus et montèrent les escaliers menant au dortoir des filles. Elles entrèrent dans le premier dortoir réservé aux premières années mais il s'avéra que cinq filles y étaient déjà installées. Celui d'à côté comportait également cinq places, mais une seule fille s'y trouvait, installée sur son lit.

— Je me demandais si j'allais rester seule dans mon dortoir ! s'exclama-t-elle quand elle vit Juliet et Rose entrer. Je m'appelle Victoria Finnigan.
— Salut ! Moi c'est Juliet, et voici Rose.
— Eh bien, je crois qu'on va avoir un peu plus de place que prévu ! Il n'y a que trois valises, les informa Victoria.
— Comment ils ont su qu'on allait s'installer ici ? s'interrogea Rose, sceptique.
— La magie, ma chère, la magie !

Juliet vit alors qu'en effet, sa valise était déjà installée près d'un lit et remarqua que les draps étaient tièdes. Elle se retint de pousser un petit cri d'allégresse : ce château était décidément trop fait pour elle. Rose commença à ranger ses affaires en chantonnant tandis que Victoria avait pris d'assaut la salle de bains.

— Hé, Juliet, ne me dis pas que tu regrettes d'être venue à Poudlard !
— Non, mon père m'a raconté comment était la vie était à Beauxbâtons, ça paraît tellement différent !
— Tu es déjà allée là-bas ? lui demanda-t-elle alors qu'elle rangeait ses uniformes dans son armoire.
— Non, seuls les élèves ont le droit d'accès, répondit Juliet en haussant les épaules. Mais mon cousin y entre cette année, je vais avoir droit à plein d'anecdotes.
— La chance... soupira Rose. Maintenant qu'on est amies, on va pouvoir tout partager, alors tu as intérêt à me raconter tout dans les moindres détails !

Juliet rit puis acquiesça. Elle n'en revenait toujours pas d'être tombée sur des gens aussi agréables. Rose était complètement excitée par cette rentrée que ça en devenait contagieux. Le sourire aux lèvres, elle se rappela alors d'écrire à Damien, cousin et meilleur ami. Contrairement à son autre cousine qui avait le même âge qu'Andrea et elle, son cousin et Juliet avaient toujours eu une relation privilégiée. Il fallait absolument qu'elle lui raconte sa première soirée à Poudlard !

— AAAAAAAAAH !

Juliet et Rose échangèrent un regard paniqué. Le cri venait de la salle de bain. Rose fut la première à atteindre la porte quand celle-ci s'ouvrit à la volée. Une Victoria toute échevelée en sortit, les yeux agrandis par la peur. Quand elle vit que les deux filles la regardaient, elle pointa un doigt tremblant vers un coin de la salle de bain. Juliet suivit son amie pour faire connaissance du problème. Un problème que Juliet connaissait plutôt bien, parce qu’il lui appartenait. Son chat.

— FIZ ! s'écria-t-elle, heureuse.

— Elle se précipita sur le chat gris tigré qui avait le dos arrondi en crachant, encore apeuré par Victoria. Juliet se précipita pour le prendre dans ses bras : elle l'avait complètement oublié après être sortie du Poudlard Express. Elle avait hésité à le laisser avec les autres animaux, même s'ils étaient en cage. Fizwizbiz n'était pas un chat très sociable.
— Mon chat adoré, il ne faut pas avoir peur ! le rassura-t-elle sous le regard de Rose et de Victoria.
— Il a failli me tuer, dit lentement Victoria en reculant.

Rose se moqua doucement de sa camarade et tenta même une approche en avançant sa main près du chat. Celui-ci la fixa d'un regard méfiant, puis se laissa caresser.

— Il a mis une semaine à s'habituer à Andrea, crut bon de préciser Juliet. Mais il est très gentil une fois apprivoisé.

Victoria demeura sceptique puis quitta la salle de bain, pas vraiment rassurée par les propos de Juliet. Rose lui lança un clin d'oeil alors qu'elles retournaient dans la chambre afin de terminer leur rangement.

Une heure plus tard, Victoria et Rose s'étaient endormies, mais Juliet, qui n'était pas prête à dormir avec tant de nouveautés à assimiler, avait décidé de descendre dans la salle commune pour écrire à Damien. Juliet avait besoin de se confier, et au contraire de sa soeur qui gardait beaucoup de choses pour elle, Juliet était toujours à la recherche de liens sociaux. Elle ne savait pas encore comment elle allait envoyer son courrier, mais pour le moment, le rédiger était en tête de ses préoccupations.

Quand elle descendit, elle fut surprise de ne pas trouver grand monde. S'y trouvaient un couple près de la cheminée qui s'embrassait, « beurk ! », pensa Juliet, et trois autres garçons qui avaient un air conspirateur au visage. La brunette s'installa à une table à l'écart et y posa son encrier tout neuf ainsi que son morceau de parchemin.

Damien,

J'espère que ta rentrée s'est bien passée, je t'écris en direct de ma salle commune et je ne peux pas t'expliquer à quel point je suis heureuse ici !

Finalement, Andrea et moi ne sommes pas dans la même maison alors je me sens un peu coupable d'être à l'aise ici...



Bien sûr, je n'ai pas encore eu mes premiers cours de magie, mais le château est un véritable labyrinthe, j'ai hâte de m'y aventurer. Je me suis aussi fait des amis ce soir. D'abord, j'ai rencontré James qui m'a conseillé d'éviter les cachots autant que possible, et je le cite « attends les vacances avant de parler à nouveau à ta soeur ». Rassurant, n'est-ce-pas ? Apparemment, les Gryffondor et les Serpentard se détestent par principe. Je m'entends aussi très bien avec son frère, Albus, et tu sais quoi ? On aime tous les deux les Wild Wet Wizards ! Tu n'as plus intérêt à te moquer de mes goûts musicaux maintenant ! Ensuite, il y a Rose, c'est leur cousine et on partage le même dortoir. Et elle est trop jolie. Et elle parle un peu français.



C'est dommage que tu ne puisses pas venir. Je suis certaine que tu te serais plu à Poudlard. Il paraît que les membres d'une même famille sont le plus souvent dans la même maison, on aurait peut-être eu la chance d'être à Gryffondor ensemble. Pas comme avec Andrea qui se retrouve à dormir dans les cachots (tu te rends compte ?).

Et avant que j'oublie ! Tu te souviens à quel point les cours d'anglais m'ennuyaient depuis des années ? Eh bien, je ne regrette rien. Mon père a eu raison de nous l'enseigner, à part quelques mots compliqués, je suis capable de tout comprendre !

Alors maintenant, à ton t


— Hé Juliet !
— Tu as changé d'avis ?
— Tu sais que pour envoyer ta lettre, tu vas avoir besoin d'aller à la Volière, qui se trouve en dehors de la salle commune ?

Fred Weasley et James Potter étaient apparus à ses côtés et tandis que l'un essayait de lire ce qu'elle écrivait, l'autre la regardait avec des yeux ronds.

— Allez, dis oui ! insista James. On te défendra !
— C’est un piège, c'est ça ? se méfia Juliet en plissant les yeux. Vous voulez me perdre dans les couloirs pour rigoler ensuite ?

Fred leva les yeux au ciel. James reboucha son encrier, l'air très sérieux.

— Tu as du potentiel, s'expliqua Fred. On commençait à s'ennuyer l'année dernière, plus personne ne veut sortir après le couvre-feu. Rusard est de plus en plus ronchon.
— Plus on est de fous, plus on rit, ajouta James.
— Je ne suis pas naïve, vous savez.

Juliet les regarda l'un après l'autre, l'air décidé. Quelles raisons avaient-ils de l'emmener avec eux si ce n'était pour qu'elle se perde et qu'elle soit le sujet d'une bonne blague pour le reste de sa scolarité ? Il lui restait sept ans à faire dans cette école, après tout. Elle se leva. Son père et Andrea lui répétaient assez souvent qu'elle était trop naïve et influençable et elle n'avait aucune envie de leur donner raison.

— Bonne nuit.

Mais alors qu'elle s'apprêtait à rejoindre son dortoir, James prononça la phrase qui eut raison d'elle. Il y avait très peu de raisons à ce qu'ils arrivent à la convaincre de les suivre et pourtant ils avaient visé juste. Trop juste.

— On pourrait te montrer où sont les cuisines !

Juliet se retourna, les pensées en pleine effervescence. James se leva à son tour et lui tendit la main, comme s'il était prêt à conclure un marché.

— Je te promets que je ne te laisserai pas te faire attraper par le vieux Rusard, lui dit-il d'un ton très sérieux. Parole de Gryffondor.



C'était ainsi qu'une demi-heure plus tard, Juliet se retrouva à suivre les deux deuxième années. Elle se refusait à l'admettre, mais dans la crainte d'être soudainement attrapée par un professeur, Juliet était surexcitée à l'idée de parcourir ce grand château de nuit. Les garçons avaient tous les deux leur baguette à la main, juste au cas où, mais Juliet, qui ne connaissait aucun sort et qui avait peu eu l'occasion de s'exercer chez elle, ne s'était pas donné cette peine.

— Elles sont où les cuisines ? répétait Juliet une énième fois en trainant des pieds derrière.

Juliet avait beau ne pas les connaître, sur ce coup là, elle devait leur faire confiance. Il n'était pas question qu'elle les lâche maintenant sous prétexte qu'ils ignoraient ses plaintes, elle se perdrait dès l'instant où elle se retrouverait seule. En plus, elle ne reconnaissait aucun des couloirs qu'ils avaient emprunté sur le chemin de la salle commune un peu plus tôt dans la soirée.

Après avoir baillé pour la vingtième fois cette soirée, ils passèrent devant une grande fenêtre donnant sur le parc. Juliet s'arrêta pour observer les alentours. Au loin, on apercevait l'immense forêt. « La forêt interdite », se souvint Juliet. Intriguée mais aussi inquiète face à ce qui la rendait « interdite », elle en décrocha son regard et se mit à courir pour rattraper ses guides. Ils descendirent une nouvelle volée de marches et se retrouvèrent enfin dans le hall d'entrée.

Fred lui fit signe d'être silencieuse, puis ils se dirigèrent vers une porte à moitié dissimulée par les escaliers. Ils descendirent encore d'un niveau avant de se retrouver dans un couloir sombre où ils ne voyaient plus rien. Ils devaient se trouver dans les sous-sols.

— Il est si tard que ça ? chuchota James. Lumos !

Une lueur apparut au bout de sa baguette et éclaira suffisamment le couloir pour y voir à plusieurs mètres de distance. Juliet observa avec attention les tableaux. Au contraire de ceux qui se trouvaient aux étages supérieurs, les tableaux ici représentaient tous de la nourriture. Juliet chercha alors du regard une éventuelle porte qui pourrait donner accès aux cuisines, mais plus ils avançaient dans le couloir et plus elle devait se rendre à l'évidence qu'une telle porte n'existait pas.

— C'est dingue ça, je suis sûr d'avoir entendu Audrey parler des sous-sols, murmurait Fred.

Quelque chose disait à Juliet que les garçons n'étaient pas là pour lui montrer l'entrée des cuisines. Elle se rapprocha d'eux et leur demanda avec un air suspicieux :

— Qu'est-ce-que vous cherchez ?
— La salle commune des Poufsouffle, répondit Fred. On sait très exactement où se trouvent celles des Serpentard et des Serdaigle, et on pourrait même te dire comment y entrer mais celle des Poufsouffle... ça fait des mois et des mois qu'on la cherche.
— C’est la plus secrète d'entre toutes, ajouta James en fixant le plafond comme si une entrée y était dissimulée.

Juliet se mit donc à scruter plus attentivement les lieux, mais elle devait avouer qu'elle était plutôt inutile à ce type de recherche. James et Fred avaient eu un an pour chercher des pièces ou passages secrets dans Poudlard alors qu'elle débarquait à peine. Ils passèrent alors devant des piles de tonneaux et James se stoppa brusquement, arrêtant Fred et Juliet au passage.

— Vous savez quoi ? Il me semble déjà avoir vu plusieurs meutes de Poufsouffle près du couloir d'Enchantements. Les sous-sols, ça paraît beaucoup trop évident pour des blaireaux.

Fred acquiesça, puis ils firent demi-tour. Juliet les suivit avant que James ne les rappelle trente secondes plus tard.

— Juliet ! Viens voir.

La première année revint sur ses pas et s'arrêta près de James qui pointait sa baguette vers un tableau représentant une corbeille de fruits.

— Le jour où tu veux entrer, il suffit de gratter la poire. Les elfes nous donnent tout ce qu'on veut à chaque fois qu'on vient.
— Et on ne peut pas y entrer maintenant ?
— Non, il est trop tard, répondit James sur le ton de l’évidence. Les elfes ont déjà tout rangé à cette heure-ci.

En repartant, Juliet se força à mémoriser les tableaux entourant l'entrée des cuisines pour être certaine de s'en rappeler, malgré la fatigue et l’agacement. Après tout, ils lui avaient promis une visite des cuisines. De retour dans le hall d'entrée, James éteignit sa baguette et ils vérifièrent que la voie soit libre avant d'emprunter les escaliers.

En remontant jusqu’à la tour Gryffondor, Juliet s’avoua satisfaite de sa première sortie nocturne. Il faisait froid, c'est pourquoi elle se promit à elle-même de mettre des collants dès le lendemain. Ils étaient en Ecosse, après tout ! Cependant, pour une première journée ici, elle connaissait déjà l'emplacement des cuisines, et elle savait qu'elle pourrait mettre à profit cette découverte de nombreuses fois au cours de ses sept années à venir.

Le chemin du retour se fit sans encombre et même si Juliet ne connaissait pas encore les habitudes des préfets et professeurs qui effectuaient des patrouilles le soir dans le château, elle se référait aux dires de James et Fred qui affirmaient qu'ils n'avaient jamais eu aussi peu de problèmes que cette nuit, si ce n'étaient que quelques fantômes flottant dans les airs. Ils arrivèrent enfin jusqu'au portrait de la Grosse Dame, comme tout le monde l'appelait, et Juliet espéra que le portrait laissait entrer les élèves après le couvre-feu. James et Fred échangèrent un regard. Et ils se tournèrent vers Juliet.

— Vous ne connaissez pas le mot de passe ? chuchota Juliet en ouvrant des yeux ronds. Et si on la réveillait ?

Juliet lança un regard désespéré vers la Grosse Dame qui dormait à poings fermés.

— On est mal.
— Tu l'as dit, confirma Fred à James en se mettant à faire les cent pas. Tu étais en train de me parler quand Carlton m'a donné le mot de passe... tu n'écoutes jamais rien, James !
— Ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé ? demanda Juliet entre ses dents.

James préféra ne pas répondre tandis que Fred lui lançait un regard éloquent.

— Que fait-on ? C’est mon premier jour à Poudlard et j’ai vraiment pas envie de dormir dehors…
— Tais-toi, Juliet, j'essaie de réfléchir, lança Fred.

Vexée, Juliet s'appuya contre le mur du couloir et fixa un point invisible sur le mur d'en face. C'était un comble. Elle allait passer sa première nuit à Poudlard en dehors de la chaleur réconfortante de son dortoir. Mais pourquoi elle avait suivi ces deux idiots ? Alors que Fred continuait de faire les cent pas en ayant l'air de réfléchir intensément, James faisait tourner sa baguette entre ses doigts.

Puis, un miaulement vint briser le silence lourd et tendu entre les trois Gryffondor. Juliet, Fred et James tournèrent la tête en même temps de l'autre côté du couloir. Un chat était assis et les fixait de son regard brillant dans la pénombre. Tout se passa alors très vite : Fred poussa un juron et détala en direction du chat tout en lançant un regard en arrière.

— COURREZ !

Juliet, interdite, assistait à la scène en n'y comprenant absolument rien. James se précipita sur elle, la prit par la main et se mit à courir à la suite de Fred. Ce dernier avait dépassé le chat et fonçait dans un couloir adjacent éclairé par la lune. James vira à gauche dans un grand dérapage, entraînant toujours Juliet qui faillit s'étaler en se prenant les pieds dans un tapis. Et elle ne comprenait toujours pas la raison de leur fuite. Qu'est-ce-que ce chat pouvait bien signifier pour que les garçons soient aussi paniqués en le voyant ? Elle se risqua à jeter un regard par-dessus son épaule et son coeur manqua un battement. Il y avait une silhouette au bout du couloir.

— James !
— Pas maintenant !

Ils coururent pendant dix minutes, enchainant de longs corridors, des tapisseries dévoilant des escaliers dérobés et des couloirs à l'aspect biscornu contre lesquels on pouvait facilement se cogner en courant à une telle vitesse. Fred s'arrêta enfin en haut d'un escalier qui avait l'air de donner sur une cour extérieure. Juliet n'avait aucune idée de l'endroit où ils se trouvaient dans le château mais elle s'en fichait complètement tant qu'ils avaient échappé à la mystérieuse silhouette.

A bout de souffle, ils restèrent quelques instants sans parler, seul le bruit de leur respiration troublait le silence ambiant. Juliet, penchée en avant en s'appuyant sur ses jambes ne revenait pas du sprint qu'ils venaient de faire.

— Qui... c'était ?
— Rusard, le vieux concierge, répondit Fred. Il est tellement vieux que... son chat débusque les élèves et Rusard les attrape...
— En tout cas, on l'a échappée belle ! s'exclama James, tout sourire.
— Oh oui, Mr Potter, cette fuite était remarquable !

Le sang de Juliet se glaça dans ses veines et elle se retourna lentement. Il s'agissait de leur professeur de défenses contre les forces du Mal, une femme à la cinquantaine d’années et aux allures de chouette à cause de sa grande cape. Elle faisait peur à voir dans cette pénombre et du haut de ses onze ans, Juliet avait retenu un cri de peur en la voyant.

— Avec Mr Weasley, évidemment. Et une première année, voyez-vous ça, murmura-t-elle avant de leur sourire de façon sadique. Dans mon bureau, immédiatement, vous connaissez le chemin, messieurs.



P.S. : Il est actuellement deux heures du matin et je peux désormais t'annoncer que je suis en retenue tous les soirs cette semaine. Si mon père te demande de mes nouvelles, ne lui dis pas que ma professeur de défenses contre les forces du Mal me terrorise et que je vais connaître tous les noms inscrits dans la salle des Trophées. L'année va être longue.

Juliet, ta cousine aventurière qui a (fortement) besoin de se perfectionner.

End Notes:

Qu'en pensez vous ?

Une impression de déjà vu by Pinkgrass
Author's Notes:

Me revoilà avec un nouveau chapitre. Encore merci pour vos reviews et j'espère que la "version adolescente" de Juliet vous plaira autant que celle de la première année !

Cinq ans plus tard, dans le dortoir des filles, le son strident du réveil vint perturber le calme ambiant. Les trois filles qui dormaient dans la pièce se réveillèrent doucement, mais comme d'habitude, elles furent vite agacées par le réveil qui augmentait le volume de sa sonnerie au fur et à mesure que les secondes, voire les minutes, s'écoulaient. Juliet soupira lourdement, c'était pareil tous les matins depuis leur première année : Victoria Finnigan faisait semblant de dormir tandis que Rose Weasley, de mauvaise humeur, se cachait la tête sous son oreiller.

Juliet se rendit vite à l'évidence, c'était encore elle qui allait devoir se lever la première pour éteindre ce maudit réveil. Le seul point positif à se lever avant les deux autres filles était qu'elle allait pouvoir disposer de la salle de bain aussi longtemps qu'elle en aurait besoin. Rose et Victoria étaient tellement lentes à se lever le matin que Juliet avait général le temps de se préparer avant qu'elles ne mettent ne serait-ce qu'un pied en dehors de leur lit.

Etouffant un bâillement, Juliet prit un uniforme dans son armoire et se rendit directement sous la douche, pas le moins du monde pressée ou bousculée par ses camarades. Quelques minutes plus tard, elle se fit la réflexion qu'elle n'avait vraiment pas changé depuis son entrée à Poudlard. Juliet se trouvait toujours trop petite, trop mince ou encore trop pâle sous le soleil écossais. Trop de trop. Exaspérée, elle chassait une fois de plus ses mauvaises pensées en se concentrant sur sa tâche matinale : se rendre plus ou moins présentable. Après s'être brossé les dents, elle se maquilla légèrement en mettant en avant ses yeux noisette, et peigna ensuite ses longs cheveux bruns.

Insatisfaite, la jeune fille s'observa encore un instant dans le miroir, ne sachant pas ce qui n'allait pas aujourd'hui. Finalement, elle abandonna son reflet et quitta la salle de bain en prenant un rouge à lèvres au passage. Il devait être à Rose, mais comme elles avaient pris l'habitude de se prêter leurs affaires, cela importait peu. En revenant dans le dortoir, Juliet constata avec épuisement que ses deux camarades n'avaient toujours pas bougé. Et elle avait faim.

— Rose, lève-toi... l'implora Juliet en traînant des pieds vers son lit. On ne va jamais avoir le temps d'aller prendre un petit déjeuner si ça continue !

Rose grogna sous ses couvertures. Seule une masse de boucles rousses était visible. Juliet lui rendit un regard blasé, bien que sa meilleure amie ne pouvait pas la voir.

— Je vais me gêner, tiens. Tu arriveras en retard toute seule !

Puis Juliet ramassa son sac de cours posé à côté de son lit, prête à rejoindre Albus dans la salle commune. Elle se tourna une dernière fois vers le lit de Rose, puis lança d'un ton moqueur :

— Je t'ai pris ton nouveau rouge à lèvres et je m'en vais avec, à tout à l'heure !
— Juliet, non ! Je voulais le mettre aujourd'hui ! s'exclama Rose en sortant sa tête de sous son oreiller. Attends que j'attrape ma baguette !
— Viens si tu l'oses ! la défia Juliet qui s'élançait déjà vers la sortie.

La brunette dévala les escaliers menant à la salle commune tout en s’appliquant le rouge à lèvres de Rose. Elle n'avait aucune idée de s'il s'agissait de son nouvel achat mais fière d'elle, elle était certaine de voir Rose débarquer dans les dix minutes. Et pour cause, Juliet la connaissait un peu trop bien. Cela faisait cinq ans qu'elle partageaient tout entre elles en passant par leurs vêtements et leurs petites histoires. Elles n'avaient aucun secret l'une pour l'autre. Ou en tout cas, Juliet n'en avait aucun pour Rose.

— Hé, fais attention !

Juliet fit face à un James légèrement sonné qu'elle venait de percuter. En la reconnaissant, le septième année lui sourit. Lui au contraire avait changé, il avait pris des dizaines de centimètres depuis leur première rencontre et Juliet devait avouer qu'il n'était vraiment pas mal bâti, il n'avait plus rien à voir avec le petit garçon gringalet qui l'entrainait toujours dans ses aventures foireuses, cependant James avait toujours cette lueur de malice dans le regard qui le caractérisait si bien.

— Tiens, je voulais te voir ! Macmillan m'a dit que nous n'aurons pas besoin de passer les sélections dans deux semaines. On va l'aider à dénicher les nouveaux talents. Cool, non ?
— Plutôt ouais ! acquiesça Juliet, heureuse d'entendre cette bonne nouvelle. James, pourquoi tu souris comme un idiot ?
— Moi, sourire comme un idiot ? T'es de mauvais poil aujourd'hui.

Juliet croisa les bras, mécontente tout à coup. Elle n'était pas stupide, son ami était en train de se moquer d'elle. Elle souffla, exaspérée, puis se retourna pour aller voir si Albus était déjà dans la salle commune quand James la rattrapa par le bras.

— Attends, je ne peux pas te laisser partir comme ça, lui dit-il avant d'éclater de rire. Tu as un grand trait rose sur la joue.

James sortit sa baguette magique de sa poche et la pointa sur le visage de Juliet. Puis il la rangea après avoir lancé un sortilège informulé. Juliet se frotta la joue, un peu honteuse. Il faudrait vraiment qu'elle fasse attention à ses gestes un de ses jours. Enfin, elle remarqua que le groupe d'amis de James les regardaient quelques mètres plus loin.

— Merci. Bon, on se voit plus tard, le salua Juliet, irritée, avant de tourner les talons.

Sa complicité avec James lui avait déjà attiré de nombreux problèmes les années précédentes. Depuis qu'il l'avait prise sous son aile la première année, il y avait eu les nombreuses retenues qu'ils avaient du effectuer à cause de leurs sorties nocturnes, mais il y avait surtout eu le Quidditch. C'était la seule chose pour laquelle Juliet était très douée, et en équipe avec James, ils étaient quasiment imbattables. Alors forcément, tous leurs points communs leur faisaient passer beaucoup de temps ensemble, pour le plus grand malheur d'Audrey Collins, la petite amie de James qui était d'une jalousie maladive.

— Alors, Juliet chérie, tu te fais quel Potter cette année ?

Juliet fit volte-face, interdite. Il s'agissait d'un de ses camarades de classe, Kenny Clarks, le meilleur ami de Victoria Finnigan. A eux deux, ils étaient les pires diffuseurs de ragots à Poudlard. Rose et Juliet étaient constamment sur la défensive et faisaient attention à leur moindre parole lorsque Victoria était avec elles dans leur dortoir. Le risque de voir leurs petits secrets révélés à tout Poudlard était énorme avec Victoria.

— J'ai parié deux Gallions que ce serait James, continuait Kenny d'un ton très sérieux. Mais Victoria penche plus du côté d'Al.
— Vous êtes malades, répliqua Juliet avant de le laisser en plan, décidément de mauvaise humeur.

Elle partit dans un coin vide de la salle commune, remuant des pensées meurtrières à l'encontre de tous ceux qui osaient demander pourquoi elle avait l'air aussi revêche. Ce n'était pas le genre de la jeune fille d'être aussi antipathique, ses camarades l'évitèrent donc soigneusement jusqu'à ce qu'Albus, la chemise froissée, soit le seul à l'approcher en se laissant tomber mollement sur le canapé.

— Je crois que j'ai gardé trop d'options pour cette année, se confia-t-il, l'air très sérieux. Je suis déjà fatigué.

Juliet eut enfin un petit sourire. Albus était un bourreau de travail, un peu comme elle, sauf qu'il réussissait tout ce qu'il entreprenait. Il avait obtenu une majorité d'Optimal à ses BUSE et Albus avait eut énormément de mal à faire le tri dans les matières qu'il voulait poursuivre pour les ASPIC. Résultat, il avait presque tout conservé pour ne pas se fermer de portes.

— Au moins, tu as le choix, soupira Juliet, un regard vague porté sur un groupe de première années.

Albus fronça les sourcils, une lueur inquiète dans son regard vert qui faisait craquer tant de filles. Juliet avait beau travailler autant que lui, cela ne payait pas autant que pour lui. Et souvent, il avait tendance à l'oublier et il se rendait compte qu'il manquait cruellement de tact. Pourtant, Juliet ne paraissait pas vexée, alors Albus changea de sujet tout en se redressant :

— Laisse-moi deviner, Rose est encore en retard ?

Juliet répondit par une petite moue légèrement affligée. Puis, elle lui montra un tube de rouge à lèvres.

— Mais elle ne devrait pas tarder, lui assura-t-elle avec un sourire victorieux.

Quand Rose fut enfin descendue de leur dortoir, ils se rendirent enfin à la Grande Salle pour prendre leur petit déjeuner et aussi pour recevoir leurs emplois du temps, chose que tous les élèves à Poudlard attendaient avec appréhension. Tandis qu'ils discutaient avec animation entre eux à propos des matières choisies à la suite des BUSE, le professeur Londubat arriva dans leur direction. Neville Londubat était leur directeur de maison mais il était également leur professeur de botanique.

— Juliet Hardy, voyons... dit-il en cherchant dans ses dizaines de parchemin. Ah oui, voilà : métamorphose, botanique, défense contre les forces du Mal, histoire de la magie, sortilèges, astronomie, et divination. Et j'aimerais vous parler, venez me voir à la fin de mon cours tout à l'heure.

Juliet acquiesça et prit son emploi du temps en murmurant un vague merci, peu rassurée quant aux propos du professeur. Elle posa son toast à moitié entamé, inquiète.

— … Passons à Rose, vous avez choisi histoire de la magie, botanique, défense contre les forces du Mal, sortilèges, métamorphose... il me semble que ce ne soit pas suffisant, précisa-t-il en fronçant les sourcils.
— Je veux faire des études d'histoire, je n'ai pas besoin d'autres matières, protesta Rose.
— Pas même l'étude des moldus ? proposa Londubat. Ce pourrait être utile, si vous avez l'occasion de voyager. Il ne faut pas négliger les détails et il me semble que vous m'en aviez fait part, l'année dernière.
— Très bien, vous pouvez ajouter l'étude des moldus, admit Rose, dépitée. C'est mon grand-père qui va être content...
— Pardon ? demanda Neville en donnant un petit coup de baguette magique sur l'emploi du temps de Rose. Rose, entre nous, tu ne dois pas prendre cette option pour ton grand-père, mais pour toi. Cette matière te sera d'une grande aide plus tard, crois-moi.
— Si ça peut m'aider, alors pourquoi pas, répondit Rose en s'empressant de prendre son parchemin.
— Passons à Al... Albus Potter, rectifia le professeur avec un clin d'œil à l'adresse de son cousin. arithmancie, astronomie, métamorphose, sortilèges, potions, études de Runes, défense contre les forces du Mal, botanique, histoire de la magie... et voilà qui fait beaucoup. Bonne chance !

Juliet, curieuse malgré son angoisse, se pencha par-dessus l'épaule d'Albus pour y constater que leur début de semaine était le même et que concernant le sien, il serait beaucoup plus allégé que l'année précédente. Puis, Rose, Albus et Juliet terminèrent leur petit déjeuner et se rendirent à leur premier cours de l'année. Ils ne croisèrent pas grand monde sur le chemin des serres mais ils durent éviter Peeves dans le Hall d'entrée qui, apparemment, s'était procuré des Bombabouses durant l'été.

— Ouf, s'il nous avait touché, on aurait été obligé de retourner à la tour ! s'exclama Rose en sortant sous le ciel bleu du début de septembre.
— Je le déteste, dit Juliet entre ses dents, non mais tu as vu le détour qu'on a été obligés de faire ? Rusard est si vieux qu'il ne l'attrapera jamais.

Toujours aussi dépitée, Juliet shoota dans un caillou. Rose et Albus échangèrent un regard.

— Juliet, tu sais qu'on est là pour toi, dit lentement Albus. Et quoiqu'en dise Neville, on va t'aider cette année, même si c'est la dernière chose que l'on fera de notre vie.
— Al a raison, approuva Rose en prenant son amie par le bras. Il n'est pas question que tu fasses cette tête pendant deux ans, tu vas tout déchirer aux examens de fin d'année, je te le promets, à condition que tu arrêtes de me piquer mes rouges à lèvres.

Juliet sourit. Bien sûr qu'elle pouvait compter sur eux, ils avaient toujours été là pour elle. Albus Potter avait peut être ce regard détaché sur tout mais il était sincère avec ses amis. Et c'était pareil pour Rose. Ils n'étaient pas inséparables pour rien. Les seuls moments où ils n'étaient pas ensemble, c'était quand Rose était avec son petit ami, quand Albus remplissait ses devoirs de préfet et quand Juliet partait à ses entrainements de Quidditch. Le reste du temps, tout le monde était habitué à les voir tous les trois.

— Merci, vous êtes géniaux. Mais...
— Mais ? répliqua Rose, faussement vexée. Il n'y a pas de mais qui tienne, voyons !
— Et s'il me disait que je devais abandonner le Quidditch ? s'inquiéta Juliet alors qu'ils s'approchaient de la serre où avait lieu leur cours. Mon père m'a clairement dit cet été que le Quidditch n'était qu'une distraction et que je ferais mieux de me concentrer sur mon travail scolaire.

Albus soupira, puis s'arrêta. Juliet et Rose se stoppèrent également avant que la brunette ne lui lance un regard interrogatif.

— Écoute, ton père ne te voit que deux fois par an. Nous, on te voit bosser comme une malade toute l'année. Alors même si le Quidditch n'est vraiment pas mon truc, je pense que tu es en droit de faire quelque chose qui te plait, non ?
— Tout le monde ne peut pas devenir Guérisseur comme miss Andrea, ajouta Rose en levant les yeux au ciel.

Rose n'avait jamais aimé la sœur de Juliet. Aussi cette dernière ignora sa dernière remarque mais elle devait avouer que sa meilleure amie n'avait pas tord. Ce n'était pas parce que son père était un brillant alchimiste et que sa sœur avait l'ambition de devenir une grande Médicomage que Juliet devait forcément suivre leurs traces et poursuivre des études qui ne l'intéressait pas et pour qui manifestement, elle n'avait pas de prédispositions.

— Vous avez raison, je ne vais pas me laisser abattre aussi facilement que ça, admit Juliet avant de reprendre son chemin.

Leur premier cours de l'année passa alors très lentement, étant donné le fait que Juliet redoutait tant l'entrevue qui allait suivre. Elle imagina même les pires scénarios possibles, comprenant son renvoi car ses résultats n'étaient pas satisfaisants, ou un redoublement qui allait prendre effet dans la semaine. Qu'allait-il lui dire ? Le professeur Londubat avait toujours été gentil et compréhensif avec les élèves, mais elle se doutait que ce qu'il avait à lui dire n'aurait rien d'agréable. La Gryffondor avait de gros soucis scolaires et avait eu du mal à obtenir assez de BUSE pour son passage en sixième année. La théorie avait réussi à réparer les dégâts du côté pratique, pour quoi elle était complètement perdue.

Juliet redoutait depuis quelques mois un tel entretien. La jeune fille ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter, malgré les propos rassurants de ses meilleurs amis.

— Ah, Juliet, fit le professeur Londubat en la voyant arriver deux heures plus tard.

Prenant son courage à deux mains, la Gryffondor resta plantée devant le bureau de son professeur, attendant la sentence. Stressée, elle se mit à tripoter nerveusement la fermeture de son sac.

— Nous avons discuté de votre cas, cet été, avec mes collègues et nous aimerions vous faire part de notre inquiétude... si toutefois celle-ci est fondée.
— Je sais ce que vous allez dire, le coupa Juliet, dépitée. Que je ne travaille pas assez, que je suis trop déconcentrée pendant les cours et que je devrais consacrer à mes devoirs chaque parcelle de mon temps libre mais...
— Juliet, soupira le professeur, je ne conteste pas vos efforts. Au contraire, je pense que vous fournissez un travail plus acharné que vos camarades, à défaut de ne pas payer.
— Mais alors...
— Nous en sommes venus à la conclusion que vous aviez surement plus de difficultés que les autres et que peut être, vous devriez changer vos méthodes de travail.

Juliet fronça les sourcils.

— Nous essayons de nous pencher sur chaque cas d'élève, et croyez le ou non, vous avez largement les possibilités de poursuivre vos études sereinement. Néanmoins, il faut surement changer de procédés. Je ne veux que vous rassurer, Juliet. Vous pouvez y arriver.

La Gryffondor se détendit quelque peu et arrêta de triturer la hanse de son sac. Neville Londubat souriait à présent. Juliet attendit, croyant que son professeur n'en avait pas terminé avec elle. Cependant, elle se trompait.

— Allez-y, lui dit-il au bout d'une longue minute de silence. En revanche, j'aimerais vous revoir dans le courant de l'année, histoire de vérifier que tout se passe bien.

Juliet avait donc quitté la serre numéro cinq beaucoup plus sereine qu'à son entrée et rejoignit ses amis. Pourquoi s'était-elle mise tant de pression sur les épaules ? C'était décidé, elle allait reprendre sa vie en main, écouter ses amis et tenter de faire comprendre à son père qu'elle était différente. Prise d'un élan de positivité, elle se rendit à son prochain cours avec le sourire et la conviction qu'elle allait passer d'excellents moments cette année.



— Al, tu me marches sur le pied ! se plaignit Rose.
— Si tu ne te collais pas systématiquement devant moi, ça n'arriverait pas, répliqua Albus, piqué au vif.
— Et comment on fait pour avancer dans ce cas ?
— Taisez-vous ! s'exclama Juliet. Parlez encore plus fort et même les Serpentard vont vous entendre !

Le silence s'imposa alors dans le couloir du cinquième étage. Avec eux, c'était toujours la même chose. Les deux cousins trouvaient tous les prétextes du monde pour se disputer. Et quand on se baladait dans les couloirs de Poudlard à plus de minuit, c'était en général le mauvais moment pour s'y mettre. Bien qu'ils soient cachés derrière la cape d'invisibilité d'Albus dans ce couloir à haut risque, Juliet s'écarta de Rose et Albus en se révélant à la vue de tous. Elle partit d'un bon pas vers leur destination : une pièce secrète où devaient se réunir Stephen Brown, le petit ami de Rose, et Barbara Hopkins de Serdaigle.

Alors qu'ils étaient à la bibliothèque quelques heures auparavant, Juliet et Albus avaient entendu Barbara, une fille de leur année qui enchaînait les conquêtes, donner rendez-vous à Stephen. Ce n'était pas la première fois que ça arrivait concernant Brown et malgré le fait que Rose et lui soient ensemble depuis plus d'un an, on l'entendait souvent aller voir ailleurs. Cependant, Rose restait imperméable à tout ce qu'on lui rapportait à propos de son petit ami. Et ce soir, Juliet et Albus avaient eu bon espoir d'enfin lui ouvrir les yeux s'ils parvenaient à les surprendre.

— Juliet ! chuchota Albus en sortant la tête de la cape. Tu vas dans la mauvaise direction, ils ont parlé du miroir du troisième étage. Pas de celui de l'aile Ouest.

Juliet marmonna quelque chose d'incompréhensible en suivant la direction que lui avait montré Albus. Et même si elle ne savait pas exactement où ils marchaient dans le couloir, Juliet arrivait à les entendre. Si jamais elle se faisait prendre à cause d'eux, elle leur lancerait le pire maléfice de chauve-furie qu'elle connaissait, c'est à dire celui qu'elle ratait le mieux, inévitablement.

Ils arrivèrent enfin devant le fameux miroir sans qu'ils ne se soient faits remarquer. Juliet sortit sa baguette magique, en tapota la surface et leva une main vers la glace avant de se rendre compte que le miroir ne se laissait pas traverser. Normalement, le miroir était censé les laisser passer, Juliet avait déjà visité cette salle secrète deux ans auparavant. Il n'y avait pas grand chose à voir à l'intérieur, mais on pouvait y entrer comme on voulait.

— Tu crois qu'ils l'ont verrouillée de l'intérieur ? demanda-t-elle à Albus qui venait d'apparaitre à ses côtés, l'air tout aussi sceptique qu'elle.

Ils entendirent Rose soupirer derrière eux mais il n'y prêtèrent pas attention. Albus sortit sa baguette et essaya à son tour. Mais sans surprise, rien ne se passa. Juliet fronça les sourcils. Et si quelqu'un était effectivement à l'intérieur ?

— Vous êtes satisfaits ? Stephen n'est pas là. J'ai vraiment envie d'aller me coucher.
— Rose, on est pas sourds, l'interrompit Albus en se tournant enfin vers elle. Nous allons attendre qu'il se passe quelque chose. Quelqu'un est forcément en train d'utiliser la pièce si on ne peut pas y entrer.
— Je ne sais pas pourquoi je vous ai suivis en premier lieu, poursuivit Rose comme s'il ne l'avait pas interrompue.

Juliet recula d'un pas, entièrement d'accord avec Albus. Il était temps que Rose se rende à l'évidence que quelque chose n'allait pas avec son petit ami. Ils restèrent donc en plein milieu du couloir éclairé par les rayons de la lune, Rose qui était toujours invisible aux deux autres, continuait de se lamenter sans que personne ne l'écoute. De toute façon, Juliet était persuadée qu'elle ne l'aimait pas, ce Stephen. Et elle était certaine que lui sortait avec Rose pour son nom et uniquement la notoriété de ses parents. Une façon de se rendre intéressant, en somme.

— On devrait sûrement se mettre tous les trois sous la cape, au cas où, suggéra Albus au bout de quelques instants.

Malheureusement, ils n'en eurent pas le temps. Des bruits de pas au bout du couloir se firent entendre aussi soudainement que Juliet en fut surprise sur le moment. Avec une impression de déjà-vu qui la taraudait, elle n'eut pas le temps de réfléchir qu'elle se précipitait au côté opposé du couloir. Elle s'autorisa un coup d'œil en arrière avant de tourner à droite. Rose et Albus avaient disparu. Un couloir vide de toute présence la précédait.

— Juliet, par-là !

Juliet se retint de rire. C'était si facile à dire quand on était invisible ! Mais elle n'avait pas le temps d'attendre que Rose ou Albus se manifestent en sortant un bras, elle entendait le pas lourd de Rusard qui leur courrait après. Juliet accéléra, et lança dans le vide en espérant qu'ils l'entendent :

— On se retrouve à la salle commune !

N'entendant pas de réponse, elle continua à foncer. Finalement, sortir ce soir avait été une très mauvaise idée de sa part. Cependant, elle n'allait pas se faire avoir aujourd'hui. Rusard était de plus en plus lent. Quelques volées d'escaliers et ce serait bon, il serait déjà à bout de souffle. En y réfléchissant pendant qu'elle montait des marches quatre à quatre, sa bonne condition physique l'avait beaucoup aidée à la sortir du pétrin ces dernières années. Elle ne comptait plus les fois où elle avait aussi échappé à leur jeune professeur de potions quand il faisait des rondes.

Au bout de cinq minutes, Juliet s'arrêta. Elle passa une main dans ses cheveux tandis qu'elle pensait à la trajectoire que Rusard avait pu emprunter. Elle réfléchit vite, Rusard devait se douter qu'il s'agissait de Gryffondor s'il les avait entendus partir en direction des étages. A partir de là, il y avait deux solutions : soit elle était rapide et prenait la voie directe où le risque de se faire prendre était plus grand, soit elle prenait le détour par la vieille porte en bois à sa droite qui lui serait certes plus long mais aussi plus sombre. Juliet choisit le chemin qui lui permettrait de passer incognito, c'est à dire passer par le vieux battant, et partit d'un pas pressé, l'oreille attentive au moindre bruit qui trahirait une présence.

Cependant, elle savait que les couloirs qu'elle empruntait ce soir n'étaient que très peu utilisés et à l'abandon, ce qui avait le don de lui donner des frissons dans le dos. Par précaution, elle sortit sa baguette magique même si elle se doutait qu'elle ne lui serait pas d'une grande aide. Elle passa rapidement à côté d'une rangée d'armures à moitié détruites, puis déboucha dans un nouveau couloir poussiéreux.

Elle espérait que Rose et Albus aient eu la bonne idée de profiter de sa fuite pour attendre que Rusard la poursuive, ce ne serait pas la première fois qu'ils échappent de peu à la retenue tous les trois. Grâce à sa cape, Albus ne s'était jamais fait attrapé et c'était sans doute pour son comportement irréprochable face aux professeurs qu'on lui avait donné le titre de préfet. Pour être tout à fait honnête, Juliet préférait sortir le soir en compagnie de James et Fred, au moins, ils ne parlaient pas à haute voix et c'étaient même eux qui lui avaient appris à éviter les coins très surveillés par les professeurs.

Soudain, l'arrachant à ses pensées, elle entendit entendit des voix dans le couloir d'à côté. Juliet frissonna. Elle n'avait pas envie de faire demi-tour pour se retrouver face à Rusard de retour dans les parties utilisées du château. Mais Juliet était également piquée par la curiosité, qui pouvait bien régler ses affaires dans ce coin reculé du château ?

Décidée à reconnaître de qui il s'agissait avant de savoir de quel côté partir, elle longea le mur du couloir où elle se trouvait jusqu'à arriver au coin du mur. Si elle faisait un pas de plus, elle se révélait aux deux personnes présentes dans les lieux.

— Tu sais comment ça marche, alors donne-moi vite les Gallions avant que le marché ne se retourne contre toi.
— Je ne les ai pas, il me faut un peu plus de temps, répondit la voix implorante d'une fille.

Juliet fronça les sourcils, ne reconnaissant pas ces voix au premier abord.

— S'il-te-plait, poursuivit la fille d'une voix étonnamment aiguë. Je vais tout faire pour te donner l'argent demain...

« Par le slip liberty de Merlin ! » jura intérieurement Juliet. Et si elle utilisait l'expression de son amie Rose, c'était que la situation était grave. La voix masculine n'était autre que celle du Serpentard le plus craint de tout Poudlard. Personne n'osait l'approcher de trop près, de peur de se retrouver à l'infirmerie, les os du squelette brisé. Sa réputation était fondée sur des élèves terrorisés qui ne pouvaient plus entendre son nom sans trembler de tous leurs membres. En septième année également, James lui avait même dit que le Serpentard ne reculait devant rien pour se faire ne serait ce que quelques Noises.

Non, Juliet n'avait définitivement pas envie de passer par ce couloir.

Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, Juliet rebroussa chemin aussi lentement que possible, de façon à éviter de faire le moindre bruit. Si jamais il venait à la surprendre en train d'écouter ses petites affaires, alors elle ne donnerait pas cher de sa peau. Et sans oublier le fait qu'elle était une Gryffondor, le corps de Juliet pourrait rester dans ce couloir sans qu'il n'ait de remords. Elle ne lui avait jamais fait face de manière directe et elle s'en estima heureuse. On le payait pour se battre contre ses ennemis, et il le faisait bien.

Alors qu'elle en était à maudire dans ses pensées Barbara Hopkins pour l'avoir faite sortir ce soir, un nouveau problème s'ajouta au tableau. La porte qui reliait ces couloirs isolés du reste du château grinça lentement. Juliet s'arrêta net. En une demi-douzaine de secondes, elle pouvait être découverte à la fois par Rusard et par son futur meurtrier. Pétrifiée, elle serra un peu plus sa baguette dans son poing, ne sachant quoi faire. Dans l'autre couloir, la fille continuait ses supplications sans se rendre compte du danger imminent.

— Elèves hors des dortoirs ! s'écriait le vieux concierge. Je sais que vous êtes là !

Avec un peu de chance ou s'ils n'étaient pas totalement sourds, ils l'avaient entendu. Juliet se précipita donc à dans la direction opposée à celle de Rusard et croisa les doigts pour que les deux élèves soient en train de fuir également. Quand elle débarqua dans le couloir, suivie très bientôt du concierge prêt à l'attraper, elle remarqua à peine la fille écroulée par-terre.

— Ah, ah ! fit Rusard en découvrant la fille étendue sur le sol.

Arrivée au fond du couloir en quelques secondes, Juliet courut aussi vite que possible, enjamba un tas de gravats puis sauta les quatre marches qui la menèrent dans un couloir du septième étage qu'elle reconnaissait sans peine.

Cependant, elle n'eut pas le temps de souffler qu'elle vit au bout du couloir l'ombre du Serpentard qui faisait peur à tant de monde. Il revenait dans sa direction, ce qui ne voulait dire qu'une chose : un professeur était dans les parages. Juliet, prise de panique, et sachant que Rusard n'allait pas tarder à rappliquer, fonça sur la première porte qui se présentait. C'était un placard à balais. « Tant pis, ça fera l'affaire », se dit-elle après avoir ouvert la porte à la volée.

Mais alors qu'elle allait refermer la porte derrière elle, Juliet sentit une résistance et eut à peine le temps de voir l'affreux Serpentard la rejoindre que l'obscurité se referma sur sa planque de fortune.

— Ferme-la, se contenta d'ordonner Lloyd.

Juliet n'osa même pas reprendre une respiration normale. Les battements de son cœur s'affolaient complètement face à la crainte que lui inspirait le Serpentard. Juliet ferma les yeux, priant pour qu'ils puissent sortir rapidement et oublier qu'ils venaient de se cacher dans ce vulgaire placard à balais. La Gryffondor entendit quelqu'un dépasser lentement leur cachette de fortune et vit également une ombre passer sous la porte. Malgré l'obscurité totale, Juliet était persuadée que Lloyd l'avait remarqué lui aussi. Elle l'entendait chercher la poignée discrètement.

Mais au moment où le Serpentard ouvrait la porte, Juliet se rendit compte qu'il ne faisait pas un pas en dehors. Quand la porte fut ouverte en grand, elle remarqua enfin le problème. Si elle n'avait pas été aussi pétrifiée par le fait d'avoir été enfermée avec Lloyd, elle aurait été au moins exaspérée de voir sa professeur de défenses contre les forces du Mal la découvrir une nouvelle fois en dehors de son dortoir. Dans son état de peur actuel, elle n'esquissa pas un seul geste.

Le professeur Tourdesac arborait une mine affligée, son regard allant du Serpentard à la Gryffondor.

— Je n'imagine même pas ce que vous faisiez là-dedans... c'est une honte.

Juliet ouvra de grands yeux ronds. Comment pouvait-elle insinuer une telle chose ? Oui, elle devait admettre que trouver deux élèves dans un placard à balais en pleine nuit était louche, mais en réalité, elle était complètement à côté de la plaque. Rouge de honte, Juliet s'empressa de rétablir la vérité, puisque le Serpentard restait de marbre :

— Madame, vous faites erreur, on ne se connait pas et jamais...
— Miss Hardy, gardez vos justifications pour vous, l'interrompit sa professeur en robe de chambre. Vous allez tout de suite retourner dans votre dortoir. Et surtout, ne réservez pas vos soirées pour les deux prochaines semaines à venir.

Pour être certaine que les deux élèves ayant violé le règlement retournent dans leur salle commune, la professeur de défenses contre les forces du Mal les raccompagna chacun à leur salle commune respective. Au moment où elle rentrait enfin dans la salle commune de Gryffondor, Juliet se fit la réflexion que se faire avoir aussi proche de son but était inadmissible et digne d'une vraie débutante. Fatiguée et honteuse, elle eut une pensée pour la fille qui avait été assommée par le Serpentard. Visiblement, il ne s'était pas donné beaucoup de mal pour mettre la fille à terre.

— Juliet ! s'écria Rose en lui sautant dans les bras. On s'inquiétait, tu aurais du être revenue depuis un moment déjà !

Blasée, Juliet soupira et accorda un pauvre sourire à Albus par-dessus l'épaule de Rose. Albus, installé dans un fauteuil, se releva en ramassant son sac.

— Je suis tombée sur la vieille chouette, enfin, elle m'est tombée dessus pour être précise.
— Comment ça se fait ? s'étonna Albus.
— Longue histoire, répondit Juliet dont le regard passait de Rose à Albus. Je suis en retenue pendant deux semaines avec Lloyd, le Serpentard.

Rose émit une exclamation proche de la stupeur, la main devant sa bouche. Ce garçon lui avait toujours flanqué une peur bleue, au point qu'elle quittait subitement le couloir lorsqu'il s'y trouvait. Il avait une sacrée réputation, et elle ne put que s'inquiéter pour Juliet. Sa meilleure amie avait beau être inconsciente du danger parfois, il n'empêchait que le Serpentard était réellement menaçant.

— Et si on allait se coucher ? proposa Albus pour rompre le silence imposé par la mauvaise nouvelle. Avec un peu de chance, vous serez surveillés par un professeur pendant votre retenue.

Juliet rit jaune. Albus n'avait absolument aucune idée de ce à quoi ressemblait une heure de retenue. Elle qui les enchainait depuis sa première année savait que dans la plupart des cas, les élèves étaient chargés de tâches ingrates et les professeurs avaient bien souvent autre chose à faire que les surveiller.

— Ouais, on verra ça demain, acquiesça néanmoins Juliet avec un maigre sourire. Pour l'instant, j'ai plutôt envie de penser au lit qui m'attend là-haut.

Les deux filles souhaitèrent une bonne nuit à Albus puis montèrent dans leur dortoir. Alors que Rose partait se brosser les dents, Juliet se changea en pyjama silencieusement pour ne pas réveiller Victoria.

Mais si la fatigue la tenaillait et l'empêchait de penser à autre chose qu'à la nuit de sommeil raccourcie qu'elle allait avoir, ses pensées dérivaient inévitablement vers les retenues qu'elle allait devoir effectuer en compagnie de Lloyd, le Serpentard dont elle ne connaissait même pas le prénom, dès le lendemain. Et cela l'inquiétait bien plus qu'elle ne le laissait paraître.

End Notes:

Plus j'avance dans l'écriture et plus je me rends compte que j'aime m'approprier le château, j'espère que ça ne dérange pas.

N'hésitez pas à me donner votre avis !

Les rumeurs se répandent by Pinkgrass
Author's Notes:

Et voilà le troisième chapitre ! Va-t-on en apprendre plus sur Lloyd ? Mystère et boule de gomme.

— C'était moins une, remarqua une Rose essoufflée alors qu'ils s'installaient pour leur cours de sortilèges dès le lendemain matin.

Albus, assis à côté d'elle, marmonna quelque chose dans sa barbe sur le fait que si Rose était descendue plus tôt, ils n'auraient pas eu à courir dans les couloirs. Le cours commença quelques secondes après qu'ils se soient assis dans la salle de classe. Et Juliet soupira une nouvelle fois ce matin en entendant Rose rétorquer à Albus que s'ils ne l'avaient pas forcée à sortir la veille au soir, elle aurait eu plus de temps pour rattraper ses heures de sommeil. Mais Juliet finit par les ignorer, assise un rang devant eux aux côtés de Kenny Clarks – pour son plus grand malheur. Il n'arrêtait pas de lui lancer des regards suggestifs à chaque fois qu'elle parlait à James. Et cela avait le don de mettre Juliet hors d'elle.

Elle évita de lui prêter attention alors qu'il jouait avec sa plume d'un air nonchalant et se concentra sur le sort qu'expliquait le professeur Flitwick. Juliet se débrouillait à peu près bien dans cette matière, mais à la moindre nouvelle difficulté, elle se braquait. Ajouté au fait que son voisin de table et elle devaient faire équipe pour s'exercer sur le sort d'expulsion, elle n'arrivait à rien faire pendant ce cours. Une heure plus tard, ils sortirent de la salle de classe pour aller profiter du temps clément, mais Juliet restait toujours aussi morose. Albus le remarqua et se promit de l'aider à maîtriser ce sort dans la journée.

Il faisait beau dehors. Quelques groupes d'élèves profitaient eux-aussi du soleil et des températures relativement agréables de ce mois de septembre.

Juliette !

L'interpellée se retourna, sachant très bien de qui il s'agissait : il n'y avait que sa sœur qui pouvait l'appeler avec son accent français. Si Juliet s'était habituée à s'entendre appeler « Juliet » depuis des années, cela la choquait toujours un peu quand on prononçait son prénom correctement.

Rose et Albus s'arrêtèrent également, la première poussant un profond soupir en reconnaissant la sœur de Juliet. Le simple fait de l'apercevoir énervait Rose. Comme d'habitude, Andrea était accompagnée de sa clique de Serpentard composée de son petit ami Will Leighton, de Scorpius Malefoy, de Maverick Nott et de Zane Parker. Ils se déplaçaient constamment en groupe et il était presque connu de tous qu’Andrea les menait à la baguette depuis l'année précédente.

Il n'y avait pas plus apprêté qu'Andrea Hardy. Son uniforme était toujours impeccable, sa cravate toujours très droite et sa jupe dévoilait des jambes longues et fines. Ses cheveux dorés n'étaient jamais mal coiffés, et sous le soleil, ils en devenaient même éblouissants. Elle conservait en toute circonstance son air hautain qui était le seul point négatif à sa perfection. Non, Rose n'était pas jalouse de la beauté d'Andrea, de ses excellents résultats scolaires, ou de son petit ami qui était le capitaine de son équipe de Quidditch. Elle n'échangerait rien contre son attitude prétentieuse, Rose en était certaine.

Andrea ne tarda pas à exaspérer Rose. Elle les ignora délibérément, elle et Albus, pour s'adresser à sa sœur en français. Il fallait qu'elle soit toujours la meilleure, et Rose ne comprenait pas pourquoi Juliet adorait tant sa sœur.

— Aurais-tu perdu l'esprit ?

L'intéressée arqua un sourcil, pas certaine de voir où en venait Andrea. La Serpentard posa une main aux ongles parfaitement manucurés sur le bras de son petit ami, lui murmura quelque chose à l'oreille, puis s'avança vers Juliet de son pas aérien. Elle la prit par le bras en l'entraînant avec elle en direction du lac. Ce serait beaucoup plus simple pour parler librement. Juliet adressa un petit signe à Albus et Rose et leur dit qu'elle les rejoindrait dans une minute.

— Toi et Lloyd dans un placard à balais, sérieusement ?

Voilà qui avait le mérite d'être clair. Juliet n'eut pas le temps de s'expliquer qu'Andrea continua sur sa lancée, en faisant de grands gestes, signe de son inquiétude et préoccupation.

— Je ne comprends absolument pas comment une telle situation a pu se produire. Je ne sais pas comment tu as pu l'approcher mais ce n'est pas bien, Juliet, pas bien du tout. Tu ne le connais pas. Il est bizarre et trop dangereux. Et tu sais bien que je déteste sa sœur, tu lui donnes une raison de m'atteindre personnellement.

Juliet leva les yeux au ciel.

— Où est-ce-que tu as entendu ça ? se contenta-t-elle de lui demander en croisant les bras.

Andrea réfléchit quelques instants en fixant un point invisible au dessus de la forêt interdite au loin.

— Scorpius l'a appris de la bouche de Jones qui l'a lui-même entendu du professeur Tourdesac. Elle en parlait avec le professeur Lloyd, tu sais, le père de Lloyd justement ! ajouta Andrea d'un ton accusateur.
— Mais tout ça est faux, on s'est juste cachés dans le même placard à balais pour échapper à Rusard, il ne s'est rien passé de plus ! C'est cette imbécile de Tourdesac qui raconte n'importe quoi ! Elle voit le mal là où il n'est pas !

Andrea entrouvrit légèrement la bouche, les sourcils froncés. Elle venait de réaliser que ce qu'on entendait dans les couloirs depuis le début de la matinée n'était qu'une vulgaire rumeur, elle même lancée par un professeur. Juliet remarqua tout de suite qu’Andrea s'en voulait d'avoir cru à ses idioties, la bouche entrouverte, prise au dépourvu. Car c'était tout ce qu'on entendait depuis quelques heures : Juliet, la Gryffondor populaire que tout le monde trouvait attachante, fricotait avec le fils Lloyd pour faire parler d'elle et se rendre intéressante.

— Et je suppose que tu n'es pas la seule à avoir entendu parler de cette histoire ?

Andrea hocha la tête lentement avec un air désolé dans ses yeux bleus.

— J'en ai assez entendu.
— Attends ! s'exclama Andrea avant que Juliet ne tourne les talons.

Juliet attendit, le regard tourné vers le château. Elle ne savait pas quoi penser. Maintenant, toute l'école pensait qu'elle prenait du bon temps avec cet affreux Serpentard et elle n’avait aucune idée de ce qu’elle allait faire ou dire pour remettre les pendules à l’heure.

— Fais attention, murmura Andrea en faisant tomber son masque froid derrière lequel elle se cachait habituellement. Ce Lloyd... avec son commerce bizarre et ses maléfices, il est inquiétant. Sois prudente, Juliet.

Quand les deux sœurs revinrent vers le petit groupe composé de Gryffondor et de Serpentard, Juliet fut surprise de constater que Rose et Albus étaient en grande conversation avec Scorpius Malefoy, un garçon plutôt réservé. Mais aujourd'hui, le regard gris et froid de ce dernier était complètement différent alors qu'il parlait avec enthousiasme du club d'échec dont Albus faisait parti lui aussi. Rose ne savait pas jouer aux échecs, au plus grand déplaisir de son père, mais elle écoutait avec un air intéressé les deux garçons discuter d'un ton enjoué.

Andrea rejoignit Scorpius et leva les yeux au ciel quand elle entendit leur sujet de conversation. Elle jeta un coup d'œil aux deux autres garçons quelques mètres plus loin, puis annonça d'une voix forte, interrompant Albus sans y prêter attention :

— Nous allons vous laisser, Vince nous attend à la tour d'astronomie.

Rose souffla d'exaspération. En plus, il fallait qu'elle soit le centre d'attention. Elle jeta un coup d'œil à Juliet, mais celle-ci n'avait pas l'air de remarquer le comportement désagréable de sa sœur, elle regardait vaguement un groupe de garçons qui riaient bruyamment près du lac. Quant à Albus, il saluait Malefoy après lui avoir communiqué la prochaine réunion de leur club. Et sans surprise, ce dernier suivit les ordres d'Andrea et redressa son sac sur son épaule, prêt à partir. Mais au dernier moment, Andrea s'approcha de Rose, comme si c'était la première fois qu'elle remarquait sa présence, et lui dit doucement à l'oreille :

— Ta paire de collant est filée, Weasley. Tu devrais aller te changer.

Puis elle suivit le groupe de Serpentard qui rentrait au château en riant à gorge déployée de la blague que venait de raconter Will Leighton.

Rose bouillonnait de rage. Comment osait-elle lui faire une remarque alors qu'elle semblait l'ignorer la plus grande partie du temps ? De très mauvaise humeur, elle ne remarqua pas tout de suite que Juliet et Albus étaient partis en direction de leur arbre préféré près du lac où ils aimaient passer leur temps libre, soit à discuter, travailler ou même à faire la sieste. Ils s'y installèrent tout en discutant du beau temps, Rose s'assit un peu à l'écart et remarqua avec dégoût que la Serpentard avait raison, ses collants opaques étaient filés. Elle la détestait. Si elle n'était pas la sœur de Juliet, il y a longtemps qu'elle lui aurait envoyé un maléfice cuisant pour lui déformer son visage sans imperfection.

De son côté, Juliet essayait de sauver les apparences malgré le fait que toutes ses pensées étaient accaparées par cette rumeur. Elle avait beau n'avoir rien fait de mal, elle se sentait humiliée et salie. Elle n'aimait pas vraiment se sentir la cible de rumeurs infondées, même si cette fois, elle s'était bel et bien retrouvée dans ce placard avec le Serpentard. En général, tout le monde l'appréciait à Poudlard, toutes maisons comprises.

Juliet accepta donc l'aide d'Albus qui lui proposait de s'exercer afin d'enfin maîtriser ce sort d'expulsion. Ils s'entrainèrent pendant plus d'une heure et demie sous le regard vague de Rose qui rêvassait dans son coin. Quand fut venue l'heure d'aller déjeuner, Juliet bondissait de joie : elle avait réussi son sortilège plusieurs fois d'affilée. Elle en était tellement heureuse qu'elle colla une bise sur la joue d'Albus. Celui-ci rougit imperceptiblement, peu habitué aux débordements d'affection.

— Merci Al, je t'adore !
— De rien, mais arrête, tout le monde nous regarde ! répliquait Albus en jetant des coups d'œil autour de lui bien qu'il n'y avait personne autour d'eux.

Ils rentraient alors au château, Juliet encore amusée par la réserve d'Albus. Elle adorait le taquiner à ce sujet. C'était encore un trait de son caractère qui le différenciait de James, Albus était toujours embarrassé quand on se montrait trop extraverti envers lui. Cela fit sourire Rose également, qui ne paraissait pas très encline à la conversation néanmoins.

— Alors Hardy, t'as pris ton pied hier soir ? lança une septième année de Poufsouffle tandis qu'ils passaient par le Hall d'entrée.
— Renseigne-toi avant de m'adresser la parole, Collins, répliqua Juliet du tac au tac. Il ne s'est rien passé du tout hier.

La dénommée Collins ricana, mais Juliet ne s'arrêta pas en entraînant ses deux amis vers la Grande Salle. Comment cette histoire avait-elle pu se répandre aussi vite dans l'école ? Pour que la rumeur soit parvenue aux oreilles d'Audrey Collins, une fille rousse de Poufsouffle, cela faire le tour complet de l'école. Évidemment, Collins ne pouvait que jubiler, elle qui exerçait un bien étrange lien de possessivité sur son petit ami James Potter. D'ailleurs, Juliet s'était toujours demandée ce que James lui trouvait, à cette fille. Certes, elle était jolie, mais sa jalousie destructrice gâchait absolument tout. Ils avaient beau très bien s'entendre tous les deux, Juliet devait s'avouer qu'à ce niveau là, James restait un mystère pour elle.

— A d'autres ! Je dois avouer que j'ai été plutôt surprise en apprenant cette nouvelle, poursuivit Collins en parlant fort à ses amies autour d'elle. Moi qui pensais qu'elle ne lâcherait jamais Jimmy !

La colère montant peu à peu, Juliet ralentit le pas, hésitant à démentir ce qu'elle avait entendu et à lui dire quelques paroles pas très agréables, mais elle sentit qu'Albus exerçait une pression sur son bras, l'incitant à entrer dans la Grande Salle.

— Elle n'en vaut pas la peine, ajouta Rose après avoir jeté un regard dédaigneux à Audrey Collins qui ne cessait de ricaner dans leur dos.

Mais une fois assise à la table des Gryffondor, Juliet ne parvint pas à se calmer, elle sentait des regards se poser sur elle et ils n'étaient pas flatteurs. Un troisième année eut même l'audace de s'écarter de leur groupe parce qu'il avait peur qu'elle s'adonne aux mêmes activités que le Serpentard Lloyd. Bizarrement, Juliet, la gourmande invétérée, ne mangea presque rien ce midi là, attendant patiemment que ses amis terminent de déjeuner et évitant tout particulièrement de jeter un coup d'œil vers la table des Serpentard.


— Je ne comprends pas, franchement, avoua Juliet alors qu'elle et James étaient sur le terrain de Quidditch. Pourquoi les gens ne cherchent pas à savoir ce qui s'est réellement passé avant de me voir comme une pestiférée ?

James était venue la voir en fin d'après-midi, lui aussi ayant eu vent de cette fâcheuse histoire. Il avait eu du mal à croire que cette histoire était la vérité. Après tout, il la connaissait, Juliet, et il voyait bien que cette situation lui montait à la tête. Et puis, il connaissait bien Lloyd également. James aurait eu du mal à croire que Juliet irait voir l’étudiant le plus détesté de l’école de son plein gré. Il lui avait donc proposé un petit tour sur le terrain de Quidditch ; James savait qu'il n'y avait que ce sport qui permettait de la relaxer, c'était un peu comme une tradition entre eux. Ils volaient depuis une bonne demi-heure et Juliet s'était enfin décidée à lui dire ce qu'elle avait sur le cœur.

— Les gens sont comme ça, soupira James une fois qu'ils avaient rangé leur balai dans la remise. Il ne faut leur laisser voir que ça t'atteint et tu verras, dans quelques jours, ils seront tous passés à une autre victime.
— C'est facile à dire, bougonna Juliet alors qu'ils marchaient de nouveau vers le château sans se presser. Tu as le droit aux regards d'admirateurs, et moi j'ai fait fuir des première années dans le couloir pas plus tard que cet après-midi. Ils croient tous que je vais les attaquer.
— Donne-moi des noms, menaça alors James en sortant soudainement sa baguette de sa poche, hilare.

Juliet soupira.

— Audrey Collins ? lança-t-elle d'un ton froid.

Le visage du septième année se ferma, exaspéré. Audrey avait un problème, il en était conscient. Au début, cela l'avait rendue attendrissante et touchante à la fois mais plus le temps passait et plus Audrey devait exécrable. Il avait beau la rassurer à chaque fois qu'elle s'inquiétait, il n'y avait rien à faire. Malgré tout, sa petite amie ne faisait pas vraiment d'efforts pour accepter qu'il parle à d'autres filles, et également à Juliet. Et cette dernière n'arrangeait pas les choses quand elle lui répondait d'une façon glaciale et sans détours.

— Qu'est-ce-qu'elle t'a dit ?
— Pas grand chose de nouveau, concéda Juliet. Elle était plutôt contente, en fait.
— Je vais lui parler, soupira James. Tu sais comment elle est... hier encore elle a failli me faire une crise d'hystérie quand j'ai voulu me mettre en binôme avec Melinda pour le cours de potions.

Juliet ne répondit rien, parfaitement consciente que les efforts de James n'auraient aucune incidence sur le comportement de Collins. Cette fille était tellement aveuglée par sa jalousie qu'elle ne laissait même pas ses amies seules en compagnie de James. Mais peu importait pour Juliet, James ne se laissait pas influencer et continuait de se comporter comme il l'avait toujours fait avec elle, quoiqu'en disent ses amis, même s'ils ne correspondaient qu'à des visages qu'elle croisait de temps à autre dans la salle commune ou au détour d'un couloir.

Les deux amis remontèrent donc au château en parlant de cette deuxième journée de cours, de bonne humeur. Juliet était tellement investie dans sa conversation qu'elle en oublia presque la retenue qui l'attendait au deuxième étage. James l'y accompagna, jouant avec sa baguette entre ses doigts. Juliet ne se sentait pas vraiment confiante, tout à coup : et si le Serpentard qui se la jouait discrète sur ses affaires décidait qu'elle avait trop attiré l'attention sur lui ? L'image de la fille étendue sur le sol la veille s'imposa à son esprit. Finalement, elle n'avait pas su ce qui lui était arrivé et si Rusard avait réussi à l’emmener jusqu'à l'infirmerie.

— Bon, eh bien, voilà, dit finalement James alors qu'ils étaient devant le bureau de Mrs Tourdesac. Fais un bisou à Lloyd pour moi, hein ! ajouta-t-il pour détendre l’atmosphère.

Juliet lui lança un regard noir et le regarda s'éloigner d'un air las puis elle frappa à la porte, les mains bizarrement tremblantes. Il n'était même pas l'heure et pourtant, le petit bureau de la vieille chouette était bondé. Quelque part, ne pas se retrouver seule avec le Serpentard la rassura, parce qu'ils n'étaient pas les seuls à être en retenue dès le deuxième jour de cours. Juliet fut d'ailleurs intriguée à l'idée d'y retrouver Lily Potter, Barbara Hopkins et Stephen Brown.

Dans le cas de Lily Potter, ce n'était certainement pas une surprise. A Serpentard depuis quatre ans désormais, ses camarades de maison avaient eu du mal à intégrer une Potter parmi leurs rangs, mais c’était sans compter sur le caractère fort de la jeune fille. Elle avait su s'imposer dès sa première année face à des années supérieures qui la menaçaient de leur hauteur. Aujourd'hui, elle était inséparable de son cousin Hugo Weasley, lui-même à Gryffondor, et menait la guerre à tous ceux qui osaient la regarder d'un peu trop près. James et Albus avaient été un peu déçus à l'idée de voir leur petite sœur être répartie à Serpentard, mais finalement pour reprendre les termes d'Albus, c'était « cool d'avoir une petite sœur aussi indépendante que Lily ».

Bien évidemment, Juliet ne cacha pas son plus grand étonnement quand elle vit le Poufsouffle et la Serdaigle, l'un à côté de l'autre. Juliet plissa les yeux en croisant le regard de Stephen qui lui répondit par un haussement de sourcils faussement surpris. Juliet se mordit la lèvre, s'empêchant ainsi de dire à voix haute ce qu'elle pensait de lui. S'ils étaient en retenue tous les deux, lui et Barbara, c'était qu'il y avait de grandes chances pour qu'ils se soient faits attrapés ensemble eux aussi la veille au soir.

Et puis, il y avait Lloyd. Il était adossé contre le mur avec un air décontracté et Juliet se surprit à l'observer attentivement. Le Serpentard était grand et mince mais le regard de Juliet fut attiré par son visage qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de voir auparavant. Très pâle, il avait des mèches bouclées et brunes qui lui tombaient sur le front. Elle le détailla attentivement avant qu'elle ne se rende compte que lui aussi la fixait de son regard bleu froid. Juliet en eut des frissons dans le dos mais elle n'en était pas moins capable de briser ce contact : ses yeux bleus dissimulaient bien plus qu'une froideur apparente, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce qu'elle pouvait y lire d'autre. Ce garçon était définitivement un mystère à part entière.

Puis Juliet fut interrompue dans sa fascination par le professeur Tourdesac qui s'éclaircit la gorge bruyamment avant de leur faire la morale.

— Je suppose que vous êtes tous les cinq conscients d’être ici pour la même raison. Si un couvre-feu existe, c'est qu'il doit être respecté, jeunes gens. Malheureusement, je n'ai pas pu vous retirer de points hier puisque l'année avait à peine commencé, mais la prochaine fois que je vous y reprends, je ne serai pas aussi tolérante. Au bout de six années, je ne comprends pas que vous n'ayez toujours pas assimilé ce détail.

Le professeur Tourdesac fixa les deux septième années tour à tour avant de contourner son bureau. Elle leur demanda de la suivre jusqu'aux cachots où un désastre les attendait. Juliet se pinça le nez en entrant à la suite de Barbara Hopkins dans la salle de potions. C'était surtout l'odeur âpre de la pièce qui lui donnait la nausée. Juliet ne suivait plus les cours de potions, à défaut de ne pas avoir eu de bons résultats, mais elle devait avouer que l'atmosphère pesante des cachots ne lui avait absolument pas manqué.

— Comme vous pouvez le constater, mon collègue a eu quelques problèmes avec l'un de ses groupes de première année. Je lui ai gentiment proposé mon aide, précisa-t-elle d'une voix doucereuse en faisant un geste englobant toute la salle.

On aurait dit que la salle de classe avait subi un sortilège d'explosion et que tous les chaudrons dans la pièce avaient répandu leur contenu verdâtre et gluant sur le sol, les paillasses, et même giclé sur les murs ainsi que le plafond. Juliet, qui se tenait à côté d'une table où une substance semblait vivante, retint un haut le cœur. C'était tout simplement écœurant. Hopkins paraissait penser exactement la même chose alors qu’elle arborait une expression de dégoût particulièrement prononcée.

— Je pense que vous l'aurez compris, vous n'aurez pas besoin de magie pour cette tâche, acheva le professeur Tourdesac, une expression sadique au visage.
— Vous voulez qu'on nettoie cette chose sans baguette ? ne put s'empêcher de remarquer Juliet en désignant d'un doigt la substance qui l'inquiétait tant.

Sa remarque parut faire plaisir à la vieille chouette, et Juliet ne parvint pas à bloquer ses pensées meurtrières envers sa professeur de défense contre les forces du Mal. Après tout, elle était responsable de la rumeur. Elle s'approcha de Juliet en tendant une main aux ongles longs et semblables à des griffes. Juliet sortit à contre cœur sa baguette magique de sa poche et la lui tendit, non sans lui lancer un regard glacial au passage. Il n'était pas question qu'elle la remercie non plus !

— Ne vous inquiétez pas, Miss Hardy. Je ne vais pas vous laisser sans l'équipement adéquat.

La vieille chouette ramassa les baguettes des autres élèves puis elle lança un accio ! vers le coin de la pièce et une caisse flotta un instant dans les airs avant de venir se poser sans bruit aux pieds de la professeur.

— Une paire de gants, des seaux et des éponges, c'est tout ce dont vous aurez besoin ! Et n'oubliez pas, si vous n'avez pas fini ce soir, vous saurez ce qui vous attend demain. Bonne chance !

Juliet lui lança un regard dédaigneux tandis qu'elle fermait la porte derrière elle, les laissant tous les cinq dans la salle de potions décomposée. Finalement, Juliet se félicita d'avoir troqué son uniforme scolaire contre une vieille paire de leggings et un pull beige détendu au fil des années pour aller voler avec James un peu plus tôt dans la soirée. Non seulement, elle se sentait à l'aise mais en plus elle n'abîmerait pas ses vêtements, contrairement à Hopkins qui paniquée, regardait sa chemise immaculée et la saleté de la pièce.

— Bah, on n'a pas vraiment le choix, lança finalement Brown en se servant dans la caisse.
— Même les moldus son mieux équipés que ça, grommela Lily Potter en poussant un chaudron du bout du pied.

Un quart d'heure plus tard, tout le monde s'était attelé à la lourde tâche de nettoyer de fond en comble la salle de potions. Juliet en avait déjà assez, ses gants étaient trop grands pour elle et sans baguette magique, elle ne voyait pas de solution à son problème. Et il était impensable qu'elle les retire. Elle était certes nulle en potions, mais il n'empêchait qu'elle en connaissait les règles de base, à savoir ne pas toucher une substance inconnue sans protection. Juliet se chargeait donc de nettoyer les chaudrons, qui pour certains étaient bons à jeter, mais elle se contentait simplement de les ranger tous dans un coin.

Cependant, il y avait une autre chose qui l'agaçait particulièrement : Lily Potter. Depuis qu'ils s'étaient tous mis à mettre un peu d'ordre dans la pièce, Lily avait été la seule à les regarder faire sans qu'elle ne leur apporte aucune aide. De l'autre côté de la pièce, elle était actuellement en train de feuilleter un magazine de Sorcière Hebdo. Si cela continuait, Juliet allait exploser. Elle trouvait que se retrouver ici était déjà injuste, alors si en plus la quatrième année n'y mettait pas du sien, elle perdrait son calme sous peu.

L'odeur était presque insupportable et Juliet n'arrivait pas à s'y habituer. Son agacement monta en flèche quand elle remarqua les deux potentiels amants qui discutaient tout en décapant une tâche sur le mur. Barbara Hopkins s'arrêta dans sa tâche et se contenta de contempler le Poufsouffle de septième année. Frottant inutilement un chaudron déjà propre, Juliet garda un œil sur elle. Il fallait vraiment qu'elle parle à Rose. Et que celle-ci l'écoute.

Alors qu'elle pensait à la meilleure façon d'aborder le sujet sans que sa meilleure amie ne se braque, un geste de la part de Barbara Hopkins attira le regard de Juliet qui redressa brusquement la tête. Sa camarade de classe avait posé une main dans le dos de Brown. Mais peu à peu et ne se rendant pas compte qu'on l'observait, Hopkins descendit sa main lentement mais sûrement vers le bas de son dos, un peu trop bas justement. Juliet fulminait. Le pire dans tout ça, c'était que Stephen Brown se laissait faire. C'en était trop.

— Vous avez besoin d’aide, tous les deux ? lança Juliet d'une voix qu'elle tentait de garder calme et posée.

Barbara fit un bond en arrière en entendant la voix de Juliet. Brown se retourna aussi un instant plus tard, le visage rouge.

— Ne te mêle pas de ça, répliqua Barbara Hopkins d'une voix tremblante.
— Et pourquoi je ne devrais pas m'en mêler ? l'attaqua Juliet en serrant fort l'éponge dans son poing. Je devrais te laisser tripoter le copain de ma meilleure amie, d'après toi ? Vous me donnez envie de vomir tous les deux. Plus que cette salle dégueulasse.
— Juliet, ce n'est pas ce que tu crois, tenta Hopkins, toujours aussi gênée.
— Je ne suis pas aveugle.
— Eh bien, tu devrais peut-être t’occuper de tes affaires, il me semble que tout ne soit pas très clair autour de toi, se défendit Stephen Brown avant de lui lancer un regard éloquent vers le Serpentard de l'autre côté de la pièce.

Son ton suffisant et son attitude innocente par rapport à ses gestes furent la goutte de trop pour la Gryffondor. Sans sa baguette, elle se sentit bien démunie mais cela ne l'empêcha pas de traverser l'espace qui la séparait de Brown et de lui balancer son seau d'eau croupie à la figure. Ce dernier la fixait sans bouger avec des yeux ronds, incapable de fermer sa bouche grande ouverte alors que Juliet la contemplait d'un air satisfait.

— Ça aura sûrement le mérite de rafraîchir tes ardeurs, lança-t-elle d'une voix blanche sous le regard de Hopkins qui la fixait avec des yeux ronds, ne revenant toujours pas de ce que Juliet venait de faire.

Juliet ignora l'air hébété de Stephen Brown dont le regard faisait l'aller-retour entre la Poufsouffle et la Gryffondor et retourna à ses chaudrons, de bien meilleure humeur qu'un instant auparavant. Lily Potter, qui n'appréciait pas vraiment Juliet, haussa les sourcils, intéressée par la tournure que les événements avaient pris. Finalement, ces heures de retenue allaient être bien plus amusantes que prévu. Quant à Lloyd, il s'était arrêté dans son nettoyage du mur pour détailler Juliet, légèrement intrigué.

Satisfaite, Juliet se retint de sourire : Stephen marmonnait des mots incompréhensibles en observant sa tenue ruinée et qui empestait. Il n'allait pas pouvoir se changer avant qu'ils ne soient sortis d'ici. Juliet fit un nouvel aller-retour en portant ses chaudrons nettoyés dans un coin de la pièce quand un geste attira son regard. Elle ne vit qu'une chose : le seau d'eau sale que tenait Brown entre ses mains et qu'il s'apprêtait à lui lancer. Dans un dernier réflexe de survie, Juliet se jeta sur le côté et tomba lourdement sur le sol. Le Quidditch n'était pas si inutile que ça comme l'affirmait sa famille.

Quand Juliet tourna à nouveau son regard vers Brown, celui-ci paraissait lutter pour masquer son angoisse. Juliet se mordit la lèvre, il venait juste de déverser son seau sur Lloyd qui s'était trouvé juste derrière elle.

— Euh... hésita Barbara, toujours de l'autre côté de la pièce. Ne nous énervons pas. Je suis sûre qu'on puisse arriver à un compromis dans le calme.

Juliet, qui arborait un sourire de vainqueur deux secondes auparavant, sentit son sang se glacer dans ses veines. Même si Brown ne méritait pas sa compassion, Juliet se sentit mal à sa place. Non, elle ne connaissait pas Lloyd du tout. Et elle était encore plus terrifiée que lorsqu'elle s'était retrouvée enfermée avec lui pendant quelques secondes. Ses poings étaient serrés, et Juliet remercia le ciel qu’ils soient tous dépourvus de leur baguette magique. Toujours au sol, Juliet n'esquissa pas un geste. Lily Potter ne souriait plus, et avait même laissé tomber le magazine qu'elle lisait dans un bruit sourd.

— Lloyd, dit Stephen Brown en prenant sur lui. Je ne te visais pas, tu l'as vu...

Le Serpentard de septième année dévisagea Brown de son regard meurtrier et s'avança vers lui, poings serrés, délaissant le mur qu'il nettoyait dans son coin.

— Et qui se retrouve dans cet état ? lui demanda calmement Lloyd une fois arrivé à sa hauteur.

Soudain, sous les regards ahuris de Barbara, de Lily et de Juliet, Lloyd abattit son poing sur le visage de Brown avec une telle force que ce dernier se retrouva au sol. Bien que Brown ait une carrure beaucoup plus imposante que le Serpentard, il ne se releva pas, Barbara poussa un petit cri apeuré.

— Ça fait un moment que ça me démange, cracha Lloyd avant de lui tourner le dos.

Il partit à grands pas en direction de la porte, indifférent aux regards tournés vers lui quand Brown se releva et se précipita vers lui. Son visage déformé par la rage, il semblait déterminé à se venger du Serpentard. Ils s'écroulèrent tous les deux au sol quand Brown lui sauta dans le dos. Hopkins gémissait, en regardant la scène avec terreur et se sentant coupable de cette catastrophe. Juliet la trouva vraiment pitoyable. Elle se releva enfin, ne quittant pas des yeux les deux garçons qui ne se lâchaient plus.

Il fallait qu'elle fasse quelque chose, ou la situation allait dégénérer. Mais au moment où elle prit la décision d'aller chercher de l'aide auprès d'un professeur, elle sentit qu'on lui accrochait le poignet. Juliet eut à peine le temps de se retourner que Barbara coupa court à ses réflexions :

— Attends ! Tourdesac va nous ajouter des heures de retenue si elle l'apprend !
— Non mais regarde ! s'exclama Juliet en brandissant son bras libre vers les deux garçons l'un sur l'autre. Ils se battent à la moldue !

Juliet esquissa un geste pour se libérer de l'emprise de la Serdaigle. Mais celle-ci de la relâcha pas : elle la tira même brutalement en arrière pour l'empêcher de sortir de la salle. Cependant, Hopkins calcula mal son coup. Toute la force qu'elle employa pour la retenir envoya Juliet dans le coin de la pièce où cette dernière avait soigneusement empilé ses chaudrons.

Dans un cri de détresse, Juliet s'écrasa violemment au sol, faisant tomber les chaudrons émettant des bruits sourds qui s'entendaient à des kilomètres à la ronde. De nouveau au sol, le monde tourna autour de Juliet. Les garçons avaient cessé de se battre et semblaient se mélanger dans sa vue brouillée. La bouche étrangement pâteuse, Juliet entendit la porte s'ouvrir à la volée, et bientôt, ce fut la dernière chose qu'elle vit avant de sombrer dans l'obscurité.

Au fond de la pièce, Lily Potter pouffa.



Pomme verte.

Albus s'engouffra par l'ouverture du portrait de la Grosse Dame et déboucha dans sa salle commune. Il n'était pas très tard, aussi fut-il plus difficile de repérer Rose dans la faune de Gryffondor. Il se fraya un chemin parmi un groupe de troisième années, puis il repéra enfin deux têtes rousses assises à une table. Quand elle le vit arriver, Rose se leva brusquement, abandonnant son frère avec qui elle était en train de jouer une partie d'échec. Albus eut le temps de voir Hugo lever les yeux au ciel avant que Rose ne s'attaque à lui :

— Il l'a tuée, c'est ça ?
— Non, pas encore, répondit patiemment Albus devant l'air horrifié de sa cousine. En fait, Barbara Hopkins l'a assommée. Juliet est partie se coucher plus tôt que prévu.
— Et ça te fait rire ? rétorqua Rose, mains sur les hanches.

Albus soupira.

— Oui, je trouve ça plus drôle que le fait que tout soit en parti de ta faute, lui dit-il d'un ton accusateur.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Ouais, tu m'as bien entendu. D'après toi, pourquoi Hopkins était en retenue avec ton petit ami ? Ça fait des mois qu'on te répète que Brown est un abruti fini. C'est une coïncidence, peut-être, qu'ils soient en retenue tous les deux ? S'ils n'avaient pas été là, Juliet n'aurait jamais fini à l'infirmerie. Ouvre les yeux, Rose.

Rose le fusilla du regard, mais Albus ne se laissa pas décontenancer. Il en avait assez qu'elle évite toujours le sujet ou qu'elle ignore ses remarques à ce sujet. Albus ne savait pas pourquoi elle s'accrochait à ce maudit Poufsouffle, mais il se doutait fortement que cette histoire de retenue qui avait mal tourné était en lien direct avec lui. Et Rose ne pouvait plus nier l'évidence. Pourtant, elle n'était toujours pas d'humeur à l'écouter ce soir-là.

— Tu n'as pas de conseils à me donner, monsieur l'éternel célibataire, dit froidement Rose après un moment de silence. Ne te mêle pas de mes affaires.
— Et je peux savoir pourquoi ?
— Laisse tomber, Albus, répliqua Rose en balayant sa question d'un revers de main. On le sait tous, tu es préfet, tu es brillant, mais tu ne peux pas tout comprendre.

Sur ces dernières paroles, Rose lui jeta un dernier regard empli de défi et tourna les talons en direction des dortoirs. Albus, pantois, resta planté là sans rien dire. Non, il ne comprenait définitivement pas sa cousine.

— Al, tu joues ?

Hugo, qui avait suivit l'échange de loin, eut le mérite de tirer Albus de ses pensées.

— Je déteste jouer avec Rose, elle ne connait pas la différence entre une tour et un cavalier.

End Notes:

C'était une fausse piste, mais si vous aimez toujours, rendez-vous la semaine prochaine avec L'humour à la Serpentard !

L'humour à la Serpentard by Pinkgrass
Author's Notes:

C'est un chapitre de transition, mais j'espère que la fin vous laissera sur votre faim (?)

Il faisait nuit noire dans l'infirmerie. Seuls les rayons de la lune qui étendaient leur lumière par les hautes fenêtres éclairaient la pièce silencieuse. Une porte se referma doucement et Madame Pomfresh traversa la salle en direction de l'unique lit occupé. C'était encore cette Gryffondor intrépide. Décidément, entre les blessures de Quidditch et ses petits incidents de la vie quotidienne, la petite Juliet Hardy faisait surement parti des élèves qui avaient fait le plus d'apparitions à l'infirmerie.

La vieille dame vérifia que Juliet allait bien et qu'elle s'était remise du traumatisme qu'elle avait subi dans la soirée. Madame Pomfresh regrettait sincèrement le manque d'intérêt de certains professeurs dans la surveillance des heures de retenue. Ce n'était pas la première fois que ce genre d'accident arrivait. Poussant un profond soupir, l'infirmière redressa les couvertures sur Juliet, profondément endormie. Puis elle rejoignit sans faire de bruit son bureau.

Quand Juliet se réveilla le lendemain matin, elle avait la tête qui tournait légèrement. Se redressant sur les coudes, elle se rendit compte avec des petits yeux qu'elle n'était pas dans son lit confortable du dortoir de la tour Gryffondor, mais une fois de plus à l'infirmerie. Elle se rappela très rapidement des dernières images qu'elle avait vu avant de s'évanouir : une bagarre avait éclaté entre Brown et Lloyd, Lily Potter qui jubilait devant le spectacle, et enfin Barbara Hopkins qui l'avait poussée dans les chaudrons...

— Hopkins... marmonna Juliet avec un goût de vengeance en bouche.

Juliet repoussa ses couvertures dans un grand geste mais elle fut vite interrompue par les petits pas pressés de la vieille infirmière de Poudlard.

— On ne bouge pas, jeune fille ! lui ordonna-t-elle en la rallongeant avec une force impressionnante pour son âge.

Pendant que Madame Pomfresh l'examinait afin de déterminer si elle pourrait quitter l'infirmerie, Juliet rumina ses sombres pensées à l'encontre des Poufsouffle et Serdaigle. Si Brown avait été fidèle à Rose, rien de tout ceci ne se serait produit, c'était certain. Quand l'infirmière eut enfin terminé son examen, elle lui colla un verre d'eau dans les mains, ainsi que deux petits comprimés orange à avaler. Puis elle s'éloigna en voyant que la porte de l'infirmerie s'ouvrait sur une fille de deuxième année qui se tenait l'estomac, à moitié recroquevillée sur elle-même. Sans réfléchir, Juliet avala les comprimés avec son verre d'eau d'une traite et attendit, faute de mieux. Elle avait appris à ne pas contrarier Poppy Pomfresh au fil du temps.

Alors que Juliet commençait à s'ennuyer sérieusement et que les cours recommençaient dans un peu moins d'une demi-heure, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau. C'étaient Rose et Albus. Une expression de soulagement se lisait sur leur visage. Rose portait également le sac de cours de Juliet et des affaires propres. Juliet sourit sincèrement en les voyant arriver.

— C'est dingue, remarquait Albus un peu plus tard, une fois qu'ils furent sortis de l'infirmerie. Il t'arrive toujours des trucs de fous. Raconte-moi encore une fois comment Lloyd a collé une droite à Brown, c'est juste géant.

Mais si cette histoire faisait beaucoup rire Albus, Juliet se retint d'en rire pour son amie Rose. Elle avait bien remarqué son air triste et elle n'avait pas encore eu l'occasion de lui parler seule à seule. Juliet leur avait juste raconté la partie où les deux septième années s'étaient battus, elle s'était abstenue des raisons des coups échangés. Ils arrivèrent en avance devant la classe de défense contre les forces du Mal, personne n'était encore arrivé. Aussi, Juliet se sentait fautive de voir Rose aussi peu dans son assiette. Elle décida de détendre l'atmosphère en ajoutant un détail, qui, elle en était sûre, allait lui donner le sourire :

— J'ai oublié de te dire, Al, que Lily était aussi en retenue avec nous et qu'elle était la seule à bien se marrer du spectacle !

Cela ne manqua pas et Rose esquissa un maigre sourire. Ensuite, ils furent rejoints par un groupe de Serpentard, et ce fut au tour de Juliet de perdre son sourire.

— Oh, miss Hardy ! l'interpella le professeur Tourdesac alors que le cours se terminait. Le petit accident de la veille ne vous dispense pas de venir en retenue ce soir.

Juliet serra ses poings sous la table. On aurait dit que tout le monde faisait exprès de l'agacer ces derniers temps. Elle se demandait même comment elle allait tenir une année complète sans commettre quelque chose d'irrécupérable. Albus, avec qui elle s'entraînait aux sortilèges informulés ce jour-ci, sentit l'agacement de son amie et lui lança un sourire qui se voulait réconfortant. Juliet sourit faiblement. Puis elle acheva de prendre les notes nécessaires pour ses révisions avant que le temps soit venu de quitter la salle.

Albus la salua rapidement avant d'aller à son cours d'étude de Runes et Rose disparut elle aussi à son cours d'étude des Moldus. Juliet se retrouva donc à déambuler dans les couloirs sans but précis. Elle croisa un groupe de septième années qui ne lui prêtèrent pas attention. Ils parlaient des ASPIC. Juliet passa une main dans ses cheveux. Si elle voulait avoir une chance de les obtenir elle aussi, il faudrait qu'elle s'y mette le plus tôt possible. Décidée, elle se rendit à la bibliothèque, profitant des deux heures de libre qu'elle avait avant de rejoindre ses amis au déjeuner.

La bibliothèque était un lieu paisible où elle adorait venir travailler. Au contraire de la salle commune de Gryffondor où régnait un éternel brouhaha, Juliet avait l'impression d'être plus productive quand elle venait faire ses devoirs ici. A cette heure de la matinée, la bibliothèque était presque vide, un avantage pour elle à son emploi du temps allégé de sixième année. Néanmoins, si elle avait moins d'heures de cours, elle avait beaucoup plus de devoirs et de travail personnel à fournir. Et puis quelque part, elle avait envie à prouver à son directeur de maison qu'elle n'allait pas se laisser abattre par la masse de travail qu'ils allaient bientôt avoir et qu'elle allait tout faire pour réussir cette année.

Prête à mettre ses nouvelles résolutions en pratique, elle s'assit au bout d'une longue table entourée deux énormes étagères. Motivée, Juliet sortit ses affaires d'histoire de la magie et partit à la recherche de livres sur les guerres entre géants. Rose lui avait dit qu'elles feraient cette dissertation ensemble, mais Juliet avait toujours eu l'impression de la ralentir dans son travail. Rose avait beaucoup de facilités, elle avait beau ne se contenter que du minimum, elle obtenait pourtant une majorité d'Effort Exceptionnel dans tout ce qu'elle entreprenait. Tout son contraire.

Accio ! lança Juliet vers un livre sur l'étagère du haut.

Satisfaite de son choix, elle revint vers ses affaires et se rassit, enfin prête à se mettre au travail. Pourtant au bout de quelques instants, son regard fut inévitablement attiré par un nouvel arrivant qui s'était installé à l'autre bout de sa table. C'était Lloyd, le Serpentard. La tête entre les mains, il ne semblait pas avoir remarqué la présence de Juliet et paraissait absorbé par l'épais volume qu'il lisait.

Une nouvelle fois, Juliet se surprit à le contempler. Elle aurait été incapable de dire qu'il s'était battu la veille au soir, il n'en portait aucune marque. Était-il passé à l'infirmerie, lui aussi ? Juliet se souvint alors de son état pitoyable alors qu'elle s'y était retrouvée. Elle se sentait terriblement honteuse à l'idée de s'être évanouie. Par la faute de Barbara Hopkins, qui plus est. Qu'allait-il penser d'elle ? Qu'elle n'était qu'une vulgaire petite fille sans défense qui s'évanouissait à la moindre petite altercation ?

Puis elle réalisa l'ampleur de ses pensées. Pourquoi se souciait-elle de ce qu'il pensait ? Elle ne lui avait jamais parlé de toute sa scolarité !

Juliet blêmit lorsqu'elle se rendit compte qu'il la regardait, puis elle frissonna. Il l'intimidait. Mais bizarrement, en le voyant sous cette angle, comme n'importe quel étudiant venant travailler à la bibliothèque, elle ne ressentit pas de terreur. Pire que ça : il intriguait Juliet. Elle en venait vraiment à se demander comment elle avait pu ne pas le remarquer les cinq années précédentes. En y réfléchissant bien, ça paraissait plutôt logique : le Serpentard était un solitaire qui n'était sûrement pas du genre à faire des sorties entre amis. La quasi-totalité de l'école l'évitait sous peine de se retrouver mourant à l'infirmerie. Et le fait que son père était enseignant à Poudlard ne devait pas aider non plus.

Tout comme elle. Son père enseignait l'alchimie à temps partiel dans l'académie de Beauxbâtons. Elle ne savait pas comment son intégration se serait passée si elle était restée en France. Juliet se gifla mentalement quand elle réalisa que ses pensées avaient dérivé vers ce sujet sensible. Elle ne connaissait pas ce garçon, et pourtant elle cherchait à le comprendre. Qu'est-ce-qui n'allait pas dans sa tête ? Puis, avec lassitude, elle se renfrogna à l’idée de trouver des excuses à tout le monde.

Elle se massa doucement les tempes en fermant les yeux. Quand elle les rouvrit, Lloyd avait disparu.



Le soir venu, le professeur Tourdesac semblait avoir retenu la leçon. Elle les fit s'installer chacun dans un coin d'une classe du deuxième étage et leur fit copier des lignes pendant près de deux heures et demie. Assise au fond de la classe, elle observa sa professeur qui corrigeait des copies, puis le regard de Juliet dériva lentement vers le Serpentard assis au premier rang, penché sur son morceau de parchemin. Le regard perdu sur sa nuque, elle repensa à la journée maussade qu'elle venait de se passer.

En parti à cause de lui et de ses camarades de retenue, de nouvelles rumeurs avaient circulé et plus ça allait, plus les versions se déformaient. Elle avait entendu un groupe de quatrième années dire qu'elle s'était battue avec Barbara Hopkins, que celle-ci l'avait assommée et que Lloyd, en chevalier servant, l'avait portée dans ses bras jusqu'à l’infirmerie. Juliet songea avec mélancolie que la réalité avait été beaucoup moins digne d'un conte de fées : Lily Potter lui avait raconté entre deux fous rires ce midi-là que la vieille chouette avait tenté de la gifler pour qu'elle se réveille, et que par la suite, c'était Barbara, se sentant terriblement coupable, qui était allée chercher l'infirmière.

Pssst !

Lily Potter, elle aussi installée au fond de la classe, lui lança un clin d'œil moqueur avant que son regard ne fasse l'aller-retour entre Juliet et Lloyd. Depuis la retenue de la veille, Potter semblait trouver Juliet très amusante et cette dernière aurait largement préféré s'en tenir aux rapports conflictuels qu'elles échangeaient habituellement. Juliet lui fit signe de se taire, plus honteuse que jamais. Il fallait qu'elle fasse réellement attention à ce qu'elle faisait. Juliet rougit, se cacha derrière ses longs cheveux et se jura de ne plus jeter de coup d'œil au devant de la classe.

Quand enfin le professeur Tourdesac fit voler les morceaux de parchemin des élèves en retenue, Juliet fut la première à sortir, le regard fixé droit devant elle jusqu'à ce qu'elle ne soit rentrée dans sa salle commune, où elle en était sûre, elle n'aurait pas affronter le regard moqueur de Lily Potter, ou celui mystérieux de Lloyd.



Deux semaines s'étaient passées depuis la rentrée. Les heures de retenue étaient enfin terminées et révolues pour Juliet. Et il était temps. Tous leurs professeurs semblaient s'être donné le mot pour leur donner une montagne impressionnante de travail. Avec ses soirées réquisitionnées par les heures de retenue, elle avait commencé à accumuler du retard dans ses devoirs. De plus, Troy MacMillan, leur capitaine de Quidditch, avait enfin donné la date exacte des sélections. Et si Juliet faisait d'office partie de l'équipe, cela signifiait également que les entraînements allaient reprendre, lui laissant encore moins de temps libre.

— Alors, tu viens ? demandait-elle à Rose qui était assise sur son lit en ce samedi matin. Je n'ai qu'une demi-heure avant d'aller sur le terrain. Et j'ai faim.

Rose voulait l'accompagner aux sélections, mais elle avait du faire beaucoup d'efforts pour se lever aussi tôt un matin de weekend. Et comme d'habitude, voir Juliet faire des aller-retours entre le dortoir et la salle de bain de façon aussi dynamique la fatiguait déjà. Rose n'était pas de très bonne humeur en ce moment. Stephen et elle se voyaient de moins en moins et lui semblait l'éviter. Malgré tout, elle n'osait pas lui demander d'explication, il lui avait donné sa parole de nombreuses fois dans le cas où quelque chose n'irait plus entre eux. Mais elle devait avouer que la situation jouait beaucoup sur son moral.

Elle aurait voulu en parler avec Juliet. Cependant, cette dernière n'avait le temps de rien en ce moment. Ils allaient en cours le matin, se quittaient pour des cours différents à l'opposé du château, allaient manger avec une bande de Gryffondor bruyants, retournaient en cours et le soir, Juliet était immanquablement absente, avalant son diner en cinq minutes avant de se rendre en retenue. Quand elle rentrait enfin à la tour de Gryffondor, elle était épuisée et avait malgré tout des devoirs. Rose aurait pu en parler à Albus, elle en était consciente. Mais elle avait surtout besoin des conseils de son amie et son cousin avait un avis plutôt tranché sur la question.

De plus, lorsque Albus, Rose et Juliet se retrouvaient tous les trois, cette dernière était distante et dans ses pensées. Et cela ne lui ressemblait pas. Évidemment, Rose s'était rendue compte que la rumeur qui avait couru sur elle et Lloyd l'avait mise très mal à l'aise, mais maintenant que l'histoire semblait avoir disparu des conversations, Juliet, elle, n'avait pas changé son comportement étrange. Et Rose s'inquiétait.

— Je suis prête, dit-elle simplement en se levant.
— Allez, on va passer une bonne journée ! lui affirma Juliet d'un ton enjoué en la prenant par le bras.

Car oui, Juliet avait bien l'intention changer les idées de Rose et de lui faire oublier Brown l'espace d'une journée. Elle-même sentait qu'elle avait besoin d'une journée avec sa meilleure amie. Les deux dernières semaines avaient été si intenses qu'elle avaient eu à peine le temps de discuter. Les deux filles quittèrent donc le dortoir, bras dessus, bras dessous, saluèrent quelques uns de leurs camarades matinaux, puis descendirent dans la Grande Salle où le moment sacré de la journée pour Juliet avait lieu : le petit déjeuner. Elle s'installa à côté de James qui avait l'air de très bonne humeur. Il avait l'air tout aussi excité qu'elle à l'idée de savoir qui serait nommé Poursuiveur à leurs côtés. Leur capitaine, Macmillan, installé un peu plus loin, lança un clin d'œil à Juliet.

Le septième année l'adorait, en particulier parce que Juliet était l'une des meilleures joueuses de Quidditch qu'il n'avait jamais vu. Avec n'importe quel balai, elle était capable de s'adapter à n'importe quelle situation. Tout le monde savait que pour la jeune fille, le Quidditch était une chose tout aussi naturelle que de marcher. Pour cela, Juliet devait beaucoup à James et elle lui en serait reconnaissante à vie pour l'avoir entrainée de force sur le terrain de Quidditch.

Juliet avait le souvenir très net d'elle-même en deuxième année, où malgré les apparences, elle avait eu une peur bleue de contredire son père. Son père qui avait toujours pensé et qui pensait toujours que le Quidditch n'était qu'un sport, qu'un loisir. Elle avait passé cet été là au Terrier, avec Rose et Albus, mais étrangement, elle ne se rappellera pas de cet été sous cet angle. Pour elle, il avait été la révélation. Elle s'était sentie tellement à l'aise, tellement à sa place chez les Weasley où ce sport était presque une institution. Elle se souviendrait toujours des journées ensoleillées d'été où James lui hurlait dessus dans le verger quand elle avait le malheur de faire tomber le Souaffle. Ces journées faisaient parties des meilleurs moments de sa courte vie.

— Prête, coéquipière ? lui demanda James en lui servant une tasse de café fumante.

Juliet hocha avidement la tête, la bouche pleine de bacon, tandis que Rose la regardait avec un sourire en face d'elle.

— Al n'est pas avec vous ?
— Non, il avait beaucoup de devoirs, répondit Rose. Il a préféré aller travailler.
— Il a un emploi du temps surchargé, ajouta Juliet en se servant un verre de jus de citrouille frais. Je ne sais pas comment il fait.
— Je suis la seule personne normale dans cette famille, soupira James avec un léger sourire.

Juliet et Rose éclatèrent de rire puis, James, satisfait de son petit effet, se détourna et se mit à discuter avec Fred, dont la petite amie venait de le quitter. « Enfin, si le terme de petite amie était approprié », songea Juliet. Elle n'approuvait pas vraiment ce qu'il faisait, ses aventures d'un soir, user de son charme pour arriver à ses fins, mais après tout, cela ne la regardait pas. Rose mangeait dans un silence religieux, ce qui ne lui ressemblait pas. Si on le lui posait pas de question, elle était capable de ne pas ouvrir la bouche du repas, et ça, Juliet trouvait que ce n'était vraiment pas la Rose qu'elle connaissait.

Il n'était pas si tôt que ça, mais la Grande Salle était relativement vide. Juliet remarqua Stephen Brown et sa bande d'amis à la table de Poufsouffle, et lui non plus ne semblait pas particulièrement heureux, mais cela eut le mérite de donner un petit sourire victorieux à Juliet. Il était parti la trouver une semaine plus tôt et lui avait promis qu'il parlerait à Rose de ce qui s'était passé pendant la fameuse heure de retenue. Mais plus ça allait et plus Juliet se demandait quand il allait respecter sa promesse.

Puis naturellement, Juliet jeta un coup d'œil à la table des Serpentard. Elle se mordit la lèvre quand elle vit Lloyd en pleine discussion avec une fille de sa promotion. Juliet ne voyait le Serpentard que très rarement dans la Grande Salle. Soudain, elle réalisa qui était cette fille. Des cheveux bruns bouclés, un teint laiteux, des yeux bleus... elle était la sœur de Lloyd. Comment elle avait pu être aussi stupide pour ne pas avoir fait le rapprochement ? Elle était dans la même année qu'elle et Andrea s'était souvent plainte auprès d'elle de Maisie Lloyd qui lui volait ses admirateurs. Parce que oui, alors que son frère avait l'air d'être un solitaire par nature, Maisie était constamment entourée d'une demi-douzaine de personnes à chaque fois que Juliet la croisait dans les couloirs. Fronçant les sourcils, elle trouvait ça curieux, d'être différents à ce point. Puis elle pensa à sa sœur et elle. Elles étaient nées le même jour mais elles ne se ressemblaient ni physiquement et ni dans leur façon d'être.

Et cette fois ne manqua pas, elle croisa le regard du Serpentard et ne s'en décrocha pas. C'était la même chose depuis la première fois qu'elle l'avait vraiment regardé. Juliet avait beau réfléchir, elle ne savait pas ce que ces regards signifiaient. L'année précédente, lorsqu'elle était sortie avec son premier vrai petit ami, elle se rappelait très bien du début de l'histoire : Marshall Finch-Fletchey la regardait, elle le regardait, ils détournaient automatiquement le regard en rougissant comme des tomates. Là, avec lui, c'était complètement différent, quand il la fixait de son regard bleu intense, Juliet n'avait qu'une idée en tête, démasquer ce qui se cachait derrière ce personnage énigmatique. Et elle n'arrivait pas à s'en décrocher jusqu'à ce qu'il cesse de la regarder ou qu'un élément extérieur ne vienne la perturber.

Comme s'il lisait dans ses pensées, James fut l'élément extérieur cette fois-ci. Le rire bruyant de ce dernier réveilla Juliet de sa torpeur. Elle le regarda avec stupéfaction en train de frapper la table de son poing, littéralement mort de rire. Apparemment, Fred devait avoir été très drôle. Juliet décida de se lever, l'estomac suffisamment rempli pour qu'elle ne se plaigne plus. Elle fronça les sourcils quand elle remarqua que Rose l'avait suivie du regard, l'air circonspect. Juliet l'interrogea du regard en retour.

— Non, rien...

Une heure plus tard, les sélections allaient bon train sur le terrain de Quidditch. Pour sa dernière année à Poudlard, Fred Weasley avait tenté sa chance pour devenir gardien et avait été de loin le meilleur entre tous les prétendants. D'ailleurs, Juliet avait tenté tant bien que mal de convaincre Rose de rejoindre l'équipe, lui affirmant que ce serait un bon exutoire pour elle, mais Rose avait décliné sa proposition à chaque fois qu'elle le lui suggérait. Juliet songea avec mélancolie aux bons moments qu'elles avaient passé en quatrième année, la seule année où Rose avait fait parti de l'équipe au poste d'Attrapeur. Mais elle n'avait pas voulu retenter l'expérience.

Ensuite, Troy Macmillan, Batteur de son état, avait trouvé son homologue : un cinquième année nommé John Williams qui avait paru taciturne à Juliet, mais qui sur le terrain était une véritable bête féroce, n'hésitant pas à frapper franchement dans le Cognard. Il allait faire des merveilles lors des matchs.

Par la suite, trouver le troisième Poursuiveur était la tâche la plus compliquée d'après Macmillan. Juliet devait avouer qu'il avait plutôt raison. Elle et James étaient habitués à jouer ensemble depuis quatre ans, ils avaient développé des tactiques de jeu qui étaient difficiles à intégrer pour une nouvelle recrue qui débarquait tout juste. Cela faisait donc plus de vingt minutes que Macmillan essayait de réduire le plus possible le cercle des prétendants au poste. Il les fit tous jouer ensemble et remarqua que deux Gryffondor se démarquaient réellement du lot.

— Alors, toi... et toi ! s'écria Macmillan en désignant les deux Gryffondor qui avaient retenu son attention. Vous allez chacun votre tour jouer avec ces deux guignols, en bas ! Hardy, Potter, ramenez-vous !

Ils avaient ensuite formé deux équipes de Poursuiveurs et avaient testé chaque prétendant un à un. Juliet avait déjà une petite préférence tandis qu'ils atterrissaient après avoir fait les essais. Pour elle, la quatrième année était celle qui s'était sentie le plus à l'aise entre James et elle. Son jeu était fluide et n'était pas du genre à la jouer solo du tout. Juliet échangea un regard avec James. Il ne lui fallut que quelques secondes pour se rendre compte qu'ils étaient d'accord. Emma Ellis avait encore beaucoup à apprendre, mais comme elle n'avait jamais joué en équipe, son jeu était très modulable. Alors quand Troy Macmillan se tourna vers les deux Poursuiveurs pour leur demander leur avis, Juliet s'exclama :

— Bienvenue dans l'équipe, Emma ! lança-t-elle d'un ton chaleureux.

Emma Ellis sautilla de joie et fit de grands signes à ses amis qui étaient venus l'encourager dans les gradins. Tandis que Macmillan s'excusa auprès de l'autre Gryffondor qui n'était pas retenu, Emma sauta dans les bras de James, puis de Juliet, qui se sentit alors très petite quand elle remarqua que la quatrième année la dépassait d'une demi-tête. Néanmoins, tant de bonne humeur contagieuse la contamina elle aussi et elle écouta Macmillan leur donner ses dernières indications avant qu'ils ne puissent quitter le terrain.

— Cette année, j'aimerais qu'on fasse un minimum de deux entraînements par semaine, s'expliqua-t-il une fois que seule l'équipe fraîchement complète restait sur le terrain. Qu'on multipliera par deux dans les périodes d'avant-match. Je veux de la disponibilité, c'est compris ? En attendant, je vais dès aujourd'hui réserver le terrain pour nos entraînements, comme ça il n'y aura pas de problème avec les autres équipes. Si l'un de vous a un empêchement quelconque, qu'il me prévienne le plus vite possible, d'accord ? De toute façon, je suis la majorité de mon temps en salle commune. Je ne serais pas difficile à trouver.

Les sélections s'étant très bien passées au goût de Juliet, elle s'empressa d'aller se changer dans les vestiaires, de saluer les membres de son équipe et de rejoindre Rose qui l'attendait à la sortie, l'air trop enjoué pour qu'il soit naturel.

Rose et Juliet passèrent un très bon après-midi. Après être retournées dans la Grande Salle pour le déjeuner, elles étaient tombées sur Emma Ellis qui s'avéra être une véritable boule d'énergie. Son sourire était franc et même Rose qui essayait de cacher son malaise depuis des jours et des jours riait ouvertement des blagues d'Emma. Enfin décontractée, Rose avait suivi Juliet dans le parc où elles se baladèrent une bonne partie de l'après-midi en parlant de tout et de rien, évitant tout de même le sujet fâcheux. Mais elles furent vite rattrapées par la pluie qui se mit à tomber brusquement et étaient rentrées hilares et trempées en courant sous le regard désabusé de Rusard qui nettoyait les flaques d'eau sur le sol du Hall d'entrée.

Quand elles remontèrent dans la salle commune en fin d'après-midi, une bonne nouvelle les attendait sur le tableau d'affichage : la prochaine sortie à Pré-au-Lard aurait lieu dans quinze jours. Juliet évita de penser aux devoirs qui l'attendraient le lendemain et s'installa dans un vieux fauteuil auprès de la cheminée, Rose se laissant tomber dans le canapé d'à côté, un sourire sincère sur le visage.

— Tu sais, Juliet, lui disait Rose une heure plus tard alors qu'elles jouaient aux cartes explosives, tu mérites de trouver quelqu'un de bien. Je te souhaite pas ce qui m’arrive.

Juliet plia sa carte sous la surprise. Rose avait les yeux brillants en fixant un point dans l'âtre de la cheminée. Juliet n'aimait vraiment pas ce regard. On aurait dit que Rose s'était retenue un très long moment avant de lâcher enfin ce qu'elle pensait vraiment.

— Rester avec Stephen a été une erreur, poursuivit-elle. J'ai l'impression d'avoir perdu beaucoup trop de temps avec lui.
— Rose... murmura Juliet en ne prêtant qu'une infime attention à leur construction qui venait d'exploser.
— Non, ne dis rien. Tu avais raison. Albus avait raison. C'est moi qui ai été trop bête pour croire que ça pouvait marcher entre nous. Mais j'ai juste besoin de temps.

Juliet se leva et s'installa alors aux côtés de sa meilleure amie qui faisait de son mieux pour ne pas verser de larmes. Elle l'enlaça. Juliet détestait voir Rose aussi malheureuse alors qu'elle avait toujours pétillé de joie avant que les problèmes liés à Brown ne débarquent. Alors Juliet se fit une promesse : dès que Rose aurait officiellement rompu avec lui, Juliet ferait tout pour que sa meilleure amie ne tombe pas à nouveau sur un parfait abruti. Parce qu'elle était sa meilleure amie. Et parce que Rose le méritait elle aussi.



Le lendemain soir, Rose, Albus et Juliet étaient une nouvelle fois les derniers à traîner dans la salle commune des Gryffondor. Ils profitaient du calme si rare dans cette pièce pour achever leurs devoirs de dernière minute. Depuis la veille, Rose s'était montrée beaucoup plus décontractée et moins à cran que ces dernières semaines. Juliet et Albus ne pouvaient qu'apprécier ce changement positif, ils en avaient donc profité pour passer leur dimanche à ne rien faire et à se promener dans le château car la pluie battante de la veille n'avait pas cessé. Albus, qui avait pris de l'avance dans ses devoirs la veille, aidait Juliet à rédiger sa conclusion sur son devoir de soins au créatures magiques, tandis que Rose relisait tranquillement son devoir sur la guerre des géants.

— J'arrive pas à croire qu'on ait autant de travail en sixième année, soupira Albus une fois que Juliet eut mis le point final à son devoir.
— Et dire que les moldus pensent qu'on se contente de remuer simplement nos baguettes magiques, remarqua Rose avant de bailler longuement.

Juliet acquiesça lentement, fatiguée elle aussi. Les deux cousins rangèrent alors leurs affaires, prêts à aller se coucher chacun dans son dortoir respectif.

— J'irais bien me chercher un truc à grignoter, dit pensivement Juliet en rangeant son devoir dans son sac.
— Maintenant ? s'exclama Albus. Il est plus de minuit... tu ne peux pas attendre demain matin ?

Juliet bougonna dans son coin. Quand elle avait une envie de sucré, elle devenait légèrement grognon. Mais Albus semblait décidé à la convaincre de ne pas sortir ce soir.

— Tu viens de terminer tes heures de retenue, tu ne voudrais pas tout recommencer ?
— J'ai une envie de biscuits.

Rose leva les yeux au ciel, amusée, puis souhaita une bonne nuit à ses amis et monta dans son dortoir.

— Si tu te fais attraper, tu vas le regretter, la menaça-t-il alors qu'elle se dirigeait vers le portrait pivotant.

Puis comprenant que son amie était vraiment têtue ce soir, il fouilla dans son sac et lui lança sa cape d'invisibilité. Juliet lui envoya un sourire radieux puis elle s'éclipsa par le portrait et disparut sous la cape d'Albus.

Sous la sécurité de la cape d'invisibilité, Juliet prit beaucoup moins de précautions que d'habitude. Alors qu'elle se méfiait à chaque détour de couloir, ce soir, elle se contentait simplement de suivre la route la plus simple et la plus directe. Elle croisa même la vieille chouette qui crut déceler un courant d'air frais quand elle passa à son niveau, mais elle dut tout de même s'empêcher de rire quand elle vit sa professeur sortir brusquement sa baguette magique, croyant sans doute à une attaque de fantôme.

Il faudrait qu'elle règle ce problème de nourriture, un jour. Juliet avait bien conscience qu'une grande partie de sa vie tournait autour de sa passion. Mais en même temps, c'était un peu comme le Quidditch, indispensable à sa vie. Cela dit, ce n'était pas normal qu'elle ait de telles fringales nocturnes, et elle avait réellement faim.

D'humeur joyeuse, elle se laissa glisser sur la rambarde du grand escalier et atterrit sur ses deux pieds - pour une fois -, dans le Hall d'entrée. Elle tourna à droite et pénétra dans le couloir menant aux cuisines. Décidément, Juliet devait beaucoup trop de choses à James. Elle espérait simplement qu'elle le lui rendait bien.

Juliet vérifia rapidement que personne n'arrivait d'un côté du couloir, ni de l'autre, puis elle passa un bras en dehors de la cape et chatouilla la poire du tableau menant aux cuisines de Poudlard. Quand l'ouverture apparut, Juliet se glissa en dehors de la cape et entra dans les cuisines. La pièce était grande, et à cette heure, peu d'elfes étaient encore en train de travailler. Son regard parcourut la salle de la taille de la Grande Salle et son cœur manqua un battement quand elle vit un Serpentard bien connu installé à l'une des grandes tables. Il feuilletait un livre tout en mangeant et n'avait pas remarqué la présence de la Gryffondor.

Juliet hésita à repartir, trop intimidée pour s'avancer dans la salle. Mais avant qu'elle n'ait pu prendre la décision de repartir, l'elfe avec qui elle s'était liée d'amitié se précipita vers elle en courant.

— Miss Juliet, miss Juliet ! s'exclama Daisy en remontant une allée.

Si Juliet ne voulait pas se faire remarquer du Serpentard, c'était raté.

— Bonsoir Daisy, la salua Juliet, consciente que Lloyd avait le regard rivé sur elle maintenant.
— Vous voulez rester miss Juliet, de quoi avez-vous besoin ? s'empressa de lui demander l'elfe de maison.

Juliet sourit. Daisy était toujours prête à rendre service. Juliet jeta un coup d'œil rapide à Lloyd qui était retourné à sa lecture, puis elle s'adressa de nouveau à Daisy qui attendait patiemment une réponse de sa part. Aucun son ne sortait de sa bouche. Elle ne savait même plus ce qu'elle voulait et ce dont elle avait envie.

— Euh... je ne sais plus. J'ai la gorge sèche, tu pourrais m'apporter une bouteille d'eau, s’il-te-plaît ?
— Avec des cookies ? proposa Daisy avec un grand sourire.
— Euh... bafouilla Juliet. Oui, pourquoi pas...

Il était nécessaire qu'elle se reprenne, depuis quand Juliet bafouillait ? Elle n'avait envie que d'une chose : que Daisy se dépêche pour une fois et qu'elle puisse déguerpir. Elle se sentait beaucoup trop fébrile et ça l'inquiétait. Albus avait eu raison, elle n'aurait pas du sortir ce soir. Albus avait toujours raison.

— Des cookies au chocolat au lait ou aux œufs de chocogrenouille ? proposa Daisy.
— Aux œufs de chocogrenouille, répondit faiblement Juliet qui espérait que le crépitement que produisaient ces cookies allaient lui redonner un élan de vivacité.
— Oh ! Les préférés de mr Cameron ! s'exclama Daisy. Ils sont dans le four, je vous les apporte dans cinq minutes, miss Juliet !

Juliet ne se sentait pas très bien, Lloyd avait de nouveau tourné la tête en entendant son prénom, et de là où elle se situait, elle n'arrivait pas à voir s'il la fusillait du regard ou s'il se contentait de la fixer de la même façon que d'habitude. Puis les paroles de Daisy montèrent enfin à l'esprit de Juliet. Cinq minutes ? Cinq minutes entières à rester plantée debout comme une andouille ? Elle devait avoir l'air vraiment stupide. Juliet aurait préféré que Lloyd lui lance un regard plein de dédain, ou qu'il l'insulte comme n'importe quel Serpentard le ferait face à un Gryffondor, elle aurait compris et elle arrêterait son combat intérieur.

D'ailleurs, pourquoi se prenait-elle la tête à son sujet ? Juliet reprit ses esprits et souffla un bon coup. Elle n'était pas du genre à se laisser démonter, et alors qu'ils ne s'étaient jamais parlé, elle était complètement paniquée à l'idée de lui adresser la parole. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qui était différent chez lui et qui faisait qu'elle agissait tout aussi différemment en sa présence. Par Merlin, Juliet s'entendait avec tout le monde, pourquoi lui serait différent ?

Ne sachant pas ce qui la poussait à le faire, sûrement pour se prouver qu'il ne l'intimidait pas tant que ça, Juliet prit son courage à deux mains et se dirigea vers la table à laquelle il était assis. Les battements de son cœur s'accélérèrent tandis que Juliet s'assit face au septième année. Ce dernier leva le regard vers elle, ni surpris, ni haineux, ni rien du tout. Il fallait qu'elle dise quelque chose, n'importe quoi, ou elle se trouverait vraiment ridicule si elle restait assise face à lui sans rien lui dire.

Ses yeux bleus glaciaux la dévisageaient toujours avec ce mélange de curiosité et cette part de mystère qui l'attirait inexorablement.

— Cameron... souffla-t-elle.

Juliet eut envie de sortir en courant, totalement interdite. Daisy venait de lui apprendre comment il s'appelait et elle avait fallu qu'elle fasse un lapsus. « Pathétique », songea Juliet. Lloyd ne répondit rien, mais Juliet le vit clairement se raidir.

— Salut, murmura-t-elle dans un vaine tentative pour rattraper son coup.
— Salut.
— Tu lis quoi ?
— Devenir un mage noir en dix leçons, répondit naturellement le Serpentard en gardant son regard rivé à celui de Juliet.

En voyant la Gryffondor se pétrifier, il se sentit obligé de préciser :

— C'est juste mon bouquin de défenses.
— Ah, répondit Juliet.

Le silence s'imposa. Juliet jeta un coup d'œil à Daisy au loin qui s'affairait à sortir les cookies du four. Le moins qu'on puisse dire, c'était qu'elle ne se sentait vraiment pas à l'aise. Elle ne savait pas si c'était à cause de l'humour typiquement à la Serpentard ou si c'était parce que dans cette lumière, elle le trouvait vraiment mignon, avec ses cheveux bruns bouclés. Juliet rougit à cette pensée, le trouvait-elle vraiment attirant, lui, le Serpentard brutal que tout le monde détestait ?

— Désolé pour la dernière fois, ajouta-t-il d'un ton banal en piquant sa fourchette dans ses haricots verts.
— Pardon ?
— C'est de ma faute si tu t'es retrouvée en retenue.

Nouveau silence. Juliet ne sut pas quoi dire. Lloyd lui présentait des excuses. Devenue subitement muette, elle remercia Daisy pour être de retour avec une assiette débordante de cookies et une bouteille d'eau qu'elle tendit à Juliet. Cette dernière la remercia d'une petite voix.

— Mr Cameron désire autre chose ?
— Non merci, Daisy.
— Eh bien, à bientôt ! s'empressa de lancer Juliet à l'elfe de maison en se levant d'un seul coup.

Elle prit un cookie, puis fit volte-face, prête à partir. Elle parcourut trois mètres avant de se retourner, répondant à son impulsivité du moment : après tout, qui ne tentait rien n'a rien. Juliet retourna auprès de Cameron Lloyd dont le regard l'atteignait, par elle ne savait quel moyen et lui demanda d'une voix claire :

— Tu voudrais m'accompagner à la prochaine sortie de Pré-au-Lard ?

End Notes:

Alors, Cam va-t-il accepter d'après vous ?

Rêve et dispute by Pinkgrass
Author's Notes:

Ok, alors je dois être la seule à en rire, mais je viens de me rendre compte que les initiales des 4 premiers chapitres forment le mot PULL. Pourtant, c'est vraiment pas drôle. Je n'ai pas le sens de l'humour, ne vous en faites pas.

— Je peux m'installer ici ? demandait timidement Barbara Hopkins en désignant la place à côté de Juliet.

Arrivée quelques minutes plus tôt dans la salle de divination, Juliet avait pris soin de s'installer dans un coin reculé de la classe où bien sûr, les sièges étaient les plus confortables. Assise à côté d'une petite table ronde, elle avait croisé les doigts pour que personne ne vienne la rejoindre, alors quand Barbara avait traversé la pièce dans sa direction, elle s'était retenue de se prendre la tête entre les mains. La Serdaigle ne pouvait plus s'empêcher de venir la voir pour s'excuser de l'avoir blessée lors de leur première retenue. Hopkins mettait tant d'acharnement à vouloir se faire pardonner que Juliet n'arrivait plus à retrouver ses sentiments de vengeance à son égard.

Mais Barbara Hopkins n'attendit pas de réponse et s'assit sur la chaise voisine.

— Tu m'en veux toujours ?
— Laisse tomber, Hopkins.

La Serdaigle ouvrit la bouche, mais elle se ravisa au dernier moment : le professeur Trelawney venait d'entrer dans la salle, entourée d'une bonne demi-douzaine de châles dont certains trainaient par-terre. Si Juliet avait conservé la divination, c'était qu'elle trouvait ce cours particulièrement amusant, leur professeur incluse. Albus trouvait la discipline dénuée d'intérêt et ce n'était pas le truc de Rose non plus. Mais Juliet s'amusait bien, et la salle de classe était bien plus confortable qu'une salle de classe basique. Avec un soupir, elle remarqua que Victoria Finnigan et Kenny Clarks discutaient en la fixant. « Ah... elle n'en finissait pas avec eux cette année ! », pensait-elle avec dépit.

Et encore, ses deux camarades n'étaient pas au courant du râteau monumental qu'elle s'était pris quelques jours plus tôt. Pour la deuxième fois en cinq minutes, elle se retint de se prendre la tête entre les mains en repensant à dimanche soir et au « non » clair et net qu'avait prononcé Lloyd face à son invitation pour aller à Pré-au-Lard. Sur le coup, elle s'était sentit très humiliée et était partie en le saluant brièvement. Juliet s'était beaucoup de questions depuis, mais quelque part elle était soulagée que le Serpentard ne soit pas du genre à crier sur les toits qu'il avait refusé son invitation. Mais il était certain que Victoria et Kenny s'en seraient donné à cœur joie s'ils avaient su.

— Hé Juliet, il faut qu'on travaille ensemble sur la carte lunaire, lui dit Barbara en la sortant de ses pensées d'une voix douce.

Le reste du cours se déroula alors tranquillement et il s'avéra que Barbara Hopkins était quelqu’un agréable si l'on exceptait son comportement qui consistait à sauter sur tout ce qui bouge. Malgré tout, Juliet avait beaucoup de mal à se montrer joviale avec elle à cause de ce qui s’était passé entre elle et le petit ami de Rose. Juliet n'était pas vraiment sûre de savoir quel type de liaison ils entretenaient, ou jusqu'où ils avaient été ensemble mais elle n'était pas très emballée à l'idée de trop copiner avec elle. Elle l'avait tout de même vue à l'œuvre.

Quand la cloche sonna à la fin du cours, Juliet s'empressa de rassembler ses affaires mais apparemment Barbara était décidée à la suivre cet après-midi. « N'avait-elle pas son groupe d'amis d'habitude ? » se demanda Juliet, agacée alors que la Serdaigle descendait à sa suite par la trappe. La Gryffondor accéléra le pas, décidée à la semer pour la journée, mais celle-ci la rattrapa en courant.

— Écoute, je sais que je ne suis pas un modèle de perfection mais quand tu m'as vue ce soir-là, je ne sais pas ce qui m'a pris...
— C'est à Rose que tu devrais présenter des excuses, répliqua Juliet alors qu'elles descendaient une volée d'escaliers.
— Il ne s'est jamais rien passé entre Stephen et moi, se justifia Hopkins. C'était juste un accident. Il m'avait demandé de le rejoindre la veille - c'est cette nuit là qu'on s'est faits prendre par Tourdesac - et je ne sais pas ce qui s'est passé pendant la retenue, je m'ennuyais ferme et j'ai voulu pimenter ma soirée.
— Avec le mec de ma meilleure amie, c'est tout à fait logique.
— Tu as ma parole que je ne recommencerai plus.
— Comme si ça allait changer quelque chose de toute façon, marmonna Juliet en pensant à ce que lui avait dit Rose il y a quelques jours.

Juliet s'arrêta enfin et se rendit compte que Barbara Hopkins la suivait toujours. Elle leva les yeux au ciel, exaspérée par sa conduite. Barbara était un peu trop collante à son goût.

— Tu comptes me suivre dans ma salle commune ? lui demanda Juliet d'un ton glacial en désignant le portrait de la Grosse Dame.

Barbara Hopkins lui sourit, l'air désolé, puis tourna enfin les talons. Juliet entra alors dans la salle commune de Gryffondor, où seuls quelques garçons travaillaient dans un coin et balança son sac sur le canapé faisant face à la cheminée. Repassant sa conversation avec Hopkins dans sa tête, elle trouva que toute cette histoire ne menait à rien, et elle ne voyait pas une seule raison qui pouvait expliquer son insistance à vouloir se faire pardonner auprès d'elle. Non, Barbara Hopkins n'avait pas de raison apparente à s'excuser comme elle le faisait.

Epuisée, Juliet ferma les yeux quelques instants. Cela faisait plusieurs jours qu'elle se couchait beaucoup trop tard pour pouvoir être en forme dans la journée. Si ça continuait, elle n'allait pas tenir jusqu'aux vacances de Noël. Se détendant enfin au fur et à mesure que le temps passait, un sourire s'étendit sur les lèvres de Juliet et bercée les éclats de rire du groupe de quatrième années, elle s'endormit en plein après-midi dans la salle commune.

— Juliet, réveille-toi ! s'exclama James une heure plus tard.

Il venait de rentrer de son cours de potions en compagnie de Fred et avait découvert Juliet en train de faire une sieste. Son cousin et lui s'étaient échangé un regard surpris puis James avait décidé d'aller la réveiller tandis que Fred allait chercher son livre de métamorphose oublié dans son dortoir. Après tout, elle devait avoir cours en plein milieu de la journée. Mais en s'approchant de la jeune fille, James s'était aperçu qu'elle marmonnait dans son sommeil. Il s'agissait principalement de paroles incompréhensibles qui l'amusèrent beaucoup sur le moment, jusqu'à ce que Juliet ne prononce des mots qui avaient beaucoup plus de sens et qui laissèrent James sans voix.

Juliet !

Juliet eut du mal à ouvrir les yeux, elle aurait bien dormi un peu plus, mais quand ses yeux s'habituèrent à la lumière, elle fut surprise de voir que James était penché au dessus d'elle, la cravate de travers et l'air profondément choqué. Puis elle réalisa : elle s'était endormie pour de vrai. Elle n'avait qu'une heure de libre entre son cours de divination et celui de botanique. Paniquée à l'idée de s'être assoupie en oubliant qu'elle avait cours, elle sauta sur ses pieds, forçant James à se reculer subitement. Combien de temps avait duré sa sieste improvisée ?

— Il est quelle heure ? demanda Juliet d'un ton pressé.
— Trois heures. Mais...
— Je suis en retard, il faut que j'y aille !

Juliet s'élança alors vers l'ouverture du portrait de la Grosse Dame avant qu'elle ne soit subitement arrêtée par James qui l'avait rattrapée par l'épaule. Celui-ci semblait avoir l'air pincé pour elle ne savait quelle raison et à vrai dire Juliet s'en fichait complètement. Arriver en retard en cours était plus important pour le moment.

— Tu n'es pas à deux minutes près ! lui dit James en ne la lâchant pas.
— Qu'est-ce-que tu veux ? Vite, dis-moi.
— Je peux savoir de quoi tu rêvais ?

Juliet contempla James avec des yeux ronds. Pourquoi lui posait-il cette question et en quoi ça le regardait ? Comme si elle se rappelait de tout ce qu'elle rêvait !

— Que j'étais en retard, justement, répondit sarcastiquement Juliet. Je peux y aller maintenant ?
— Depuis quand tu te mets à parler de Lloyd dans ton sommeil ?

Mortifiée, Juliet en oublia son empressement. Non, ce n'était pas possible, elle n'avait pas pu parler du Serpentard pendant sa sieste. Il ne l'obsédait pas à ce point tout de même. Il l'intimidait, certes, elle perdait ses moyens face à lui, elle l'admettait, mais il n'y avait rien de plus à ajouter à propos de cette affaire. Juliet rassembla rapidement ses pensées et demanda d'un ton calme à James qui paraissait toujours inquiet depuis qu'elle s'était réveillée :

— Qu'est-ce-que j'ai dit ?
— T'as juste marmonné son prénom, et je ne connais qu'un Cameron à Poudlard.

A court de mots. Juliet se retrouvait sans rien dire, elle ne pouvait pas se justifier. Elle avait toujours parlé dans son sommeil et ce depuis qu'elle était toute petite. Si elle commençait à parler de lui pendant qu'elle dormait, il allait falloir qu'elle se mette à boire une potion sans rêve avant d'aller se coucher. Juliet commençait à paniquer, comment pouvait-elle rêver de lui alors qu'elle n'avait eu qu'un semblant de conversation avec lui ? Enfoncée dans ses pensées, elle vit vaguement James saluer Fred pour lui dire qu'il le rejoindrait dans quelques instants puis il entraîna Juliet hors de la salle commune.

— Juliet, sois honnête, tu me dirais s'il se passait quelque chose entre toi et Lloyd ?
— Je... en fait, je ne sais pas ce qui s'est passé. Je l'ai croisé dimanche soir et je lui ai proposé de m'accompagner à la prochaine sortie de Pré-au-Lard... James ! Ne me regarde pas comme ça ! C'est sorti tout seul. Ne monte pas sur tes grands hippogriffes, il a refusé ! Maintenant mon inconscient doit me jouer des tours, c’est tout. S'il-te-plait, promets-moi que tu n'en parleras à personne.

Juliet le supplia du regard et posa sa main sur le bras de James qui la fixait avec des yeux ronds. Elle ne savait pas pourquoi elle lui avait tout raconté, mais James faisait parti de l'une des seules personnes à qui elle faisait entièrement confiance. Voyant qu'elle n'obtenait pas de réponse de sa part, elle lui secoua le bras, dans l'attente désespérée qu'il lui promette de garder ça pour lui.

— Euh... bien sûr que je ne dirais rien, dit enfin James, l'air ailleurs. Mais Juliet, tu m'inquiètes vraiment là. Tu rêves de lui, quand même.
— Je sais, admit Juliet, aussi inquiète que lui à ce sujet.
— Il te fait peur, tu veux que j'aille le voir ? Parce ce que je crois qu'il est dans mon cours de métamorphose et...
— Arrête, ne sois pas idiot, l'interrompit Juliet en levant les yeux au ciel. Il a même été plutôt agréable avec moi. Bon, il faut vraiment que j'y aille où je vais être en retard de quinze minutes...

James la dévisagea. Venait-elle de dire que Lloyd avait été agréable ? Il se demanda vaguement si son amie n'était pas tombée sur la tête, ils ne pouvaient pas parler de la même personne. Mais Juliet le coupa dans ses pensées quand elle le serra contre lui, et tout en se dressant sur la pointe des pieds, elle lui dit à l'oreille :

— Ne t'inquiète pas, ça va me passer.

Puis elle le lâcha et détala dans le couloir. Une fois qu'elle eut tourné à l'angle du couloir, James réalisa que lui aussi allait être en retard en cours. Il partit d'un bon pas sur les traces de Juliet en se promettant qu'il allait suivre cette histoire de près et surtout, il allait vérifier que Cameron Lloyd n'avait pas versé un philtre d'amour ou autre substance étrange dans le jus de citrouille de Juliet.



Juliet courrait à en perdre haleine dans le parc en direction des serres, son sac dans les mains qu'elle n'avait même pas pris la peine de mettre à l'épaule depuis le septième étage. Pendant tout le trajet qui la mena aux serres, elle s'efforça de ne pas penser du tout. Juliet débarqua enfin dans la serre où le professeur Londubat avait cours, prétextant un mal à l'estomac, d'où son retard de quelques minutes. Elle rejoignit finalement Rose et Albus, équipés de leurs lunettes de protection et de leurs gants en peau de dragon.

— Mais enfin, Juliet, où tu étais passée ? la questionna Rose alors que Juliet reprenait sa respiration.
— Je me suis endormie, avoua-t-elle piteusement.

Albus éclata de rire, s'attirant les foudres des deux Serdaigle de la table d'à côté. Il s'arrêta aussitôt, avant de pouffer à nouveau en voyant le regard désespéré que Juliet lui lançait, assise sur une chaise exténuée par sa traversée du château et du parc. L'essentiel du cours se passa donc étrangement pour Juliet, il consista en l'observation de ses meilleurs amis qui essayaient de déterminer les propriétés de la plante inconnue que leur avait confié Neville Londubat. Et cela ne lui ressemblait pas. D'habitude, Juliet était du genre à être la première à se porter volontaire, au risque de créer de nombreuses catastrophes. Cependant, elle devait bien s'avouer que cette histoire de rêve l'affectait bien plus qu'elle ne le laissait paraître.

Après le cours, ils se dirigèrent tous les trois d'un commun accord à la bibliothèque. Juliet marchait derrière ses amis tandis que ces derniers riaient de Victoria Finnigan qui s'était faite mordre par la plante qu'elle observait pas plus de vingt minutes auparavant. Quand ils entrèrent dans la bibliothèque, ils s'installèrent à une table libre et se mirent au travail.

Albus était plutôt fier de son organisation cette année : il ne s'était pas encore laissé déborder par le travail, malgré les rondes qu'il devait effectuer trois fois par semaine le soir en tant que préfet. Malheureusement, il ne pouvait pas en dire de même pour Rose et Juliet, mais il les aida malgré tout. Il jeta un coup d'œil aux alentours, sentant un regard sur lui. Il soupira. C'était encore cette fille de cinquième année, elle et ses copines étaient sans arrêt en train de glousser sur son passage.

Parfois, il se demandait si sa vie aurait été différente s'il ne s'était pas appelé Potter. Bien sûr, il aurait pu être comme James : avoir une petite amie et ainsi décourager un maximum de prétendants à se pavaner autour de lui. Mais le préfet de sixième année n'avait aucune intention de sortir avec qui que ce soit. Quand il voyait les problèmes que cela apportait, il se disait que franchement, ça n'en valait pas la peine. Qui voudrait d'une relation comme celle de Rose et de Stephen Brown qui se mentaient mutuellement, ou d'une relation comme celle de son frère et de la folle furieuse Audrey Collins ?

Albus était donc prêt à supporter ses fans qui gloussaient dans les couloirs. Tant pis si ses airs de garçon inaccessible le rendaient plus attrayant auprès de ses camarades. Albus n'était pas né de la dernière pluie et il savait qu'au final, il souffrirait moins. La solitude était appréciable.

Le préfet de Gryffondor se mit donc au travail au moment où la bibliothécaire rappelait à l'ordre la jeune fille qui troublait le silence. Il était en train de lire la théorie des sortilèges informulés quand le tapotement régulier des ongles de Rose sur la table l'empêcha de se concentrer sur sa lecture. Alors qu'il levait les yeux vers sa cousine en face de lui pour lui demander poliment d'arrêter son geste, il se rendit compte que Rose la fixait de ses yeux bleus. Du regard, elle désigna Juliet, à ses côtés, dont la plume était suspendue au dessus de son parchemin à peine entamé. Un coude sur la table, elle avait le regard rivé un peu plus loin. Sur le fameux Serpentard qui lui avait causé des problèmes dès le deuxième jour de cours.

Albus interrogea Rose du regard, ne voyant pas où elle voulait en venir. Agacée, Rose détourna le regard de son cousin. Puis elle ne tint plus et frappa sur la table devant sa meilleure amie.

— Tu vas le regarder encore combien de temps comme ça ? s'emporta Rose entre ses dents.
— Hein ?
— Tu te fous de moi, Juliet ? C'était la même chose hier.
— Désolée, se contenta de chuchoter Juliet avant de se lever.

Et sous le regard bientôt choqué de Rose et Albus, Juliet contourna quelques tables de travail et alla s'asseoir à côté de Lloyd. Elle n'y tenait plus. Ils continuaient mutuellement de se fixer à chaque fois que leurs regards se croisaient, que ce soit ici, à la bibliothèque, ou dans la Grande Salle. Juliet se fichait complètement de ce que Rose pensait à présent : s'il la regardait aussi intensément, c'était qu'il y avait une raison. Alors elle ne voyait pas pourquoi il n'avait pas accepté son invitation. Et aussi étrange soit-il, Juliet avait terriblement envie de savoir ce qui l'intriguait tant chez lui, au point de dire son nom dans son sommeil.

Quand elle s'assit à ses côtés, Lloyd eut un petit sourire.

— Pourquoi tu ne veux pas venir à Pré-au-Lard avec moi ?
— Pourquoi tu insistes ? répliqua le Serpentard. Je t'ai déjà dit non.
— Tu n'as pas répondu à ma question.

Juliet posa ses mains sur ses genoux, au moins, il ne verrait pas qu'elle tremblait.

— J'ai des choses plus importantes à régler, dit-il finalement.

Déglutissant difficilement, Juliet se surprit à être déçue de ne pas être quelque chose de suffisamment important à ses yeux. Mais elle ne se laissa pas démonter et garda le menton en l'air.

— Ces choses ne peuvent pas attendre l'espace de quelques heures ?

Lloyd la lâcha enfin du regard pour regarder ailleurs, l'air presque amusé. Il allait penser qu'elle était folle à lier à être aussi bornée.

— Allez, Hardy, je suis certain que tu pourrais demander à n'importe qui de t'accompagner là-bas.
— Et si je te demandais une nouvelle fois ? demanda Juliet en ignorant délibérément ce qu'il venait de lui dire.
— Je te dirais une nouvelle fois non.
— Alors pourquoi tu es sympa avec moi ? se risqua Juliet.
— Quoi ?
— Tu es au courant que tout Poudlard te prend pour un monstre ?

Un courant glacial semblait avoir pétrifié Juliet sur place. Elle venait de sortir sa réplique sans réfléchir et de façon très sèche. Et elle ne savait pas sous quelle impulsion elle avait agi, mais ce qui était sûr, c'était que ses paroles atteignirent le Serpentard qui parut surpris et blessé pendant un quart de seconde. Juliet eut le temps de le remarquer alors que celui-ci lui renvoyait un regard glacial. Cependant, il n'ajouta rien et ne bougea pas d'un pouce. Juliet se posa la question de savoir si c'était le bon moment de prendre la fuite, mais avant qu'elle ne montre la moindre envie de le quitter, Lloyd reprit la parole d'un ton calme et posé, pour la plus grande surprise de la Gryffondor :

— Pourquoi tu tiens à ce que je vienne avec toi si je suis si horrible que tu le penses ?
— Si tu viens dans une semaine, alors je te le dirais, répondit Juliet encore sous le choc de son audace.

Lloyd se mit alors à la détailler attentivement. Puis aussi il fourra brusquement ses affaires dans son sac et se leva, laissant en plan une Juliet pantoise.

— Je vais voir si certaines de mes affaires peuvent attendre.

Et il s'en alla. Juliet resta un moment assise seule à cette table, le regard dans le vide. Le fait qu’il considère sa proposition eut l'effet étrange de lui mettre un poids sur l'estomac. Dans les cinq dernières minutes, ses principes s'étaient envolés en fumée, Juliet la joueuse de Quidditch appréciée de toute sa maison avait donné rendez-vous à Lloyd, un Serpentard que tout le monde fuyait, y compris ses camarades de maison. S'il acceptait enfin son invitation, il était certain que leur rendez-vous allait se faire savoir par toute l'école. Est-ce-que ça la dérangeait ? Bizarrement, non. A vrai dire, Juliet se fichait presque de sa « réputation », tout ce qui comptait à présent était le solitaire Cameron Lloyd. Elle voulait le connaître et passer un après-midi avec lui.

Pssst ! fit Albus en lui faisant un geste pour revenir.

Juliet avait tourné brusquement la tête : Rose la fixait, le teint rouge de rage jurant considérablement avec ses cheveux roux. Livide, sûrement à cause du fait qu'elle venait de se montrer très offensive face à Lloyd, Juliet retourna s'asseoir auprès de Rose et d'Albus, qui la fixaient tous les deux d'un air totalement ahuri. Cela ne faisait ni chaud ni froid à Juliet : si elle avait suffisamment intrigué le Serpentard pour qu'il accepte de se rendre à Pré-au-Lard avec elle, alors peu importait l'attitude meurtrière de Rose Weasley.

— Tu es folle ou quoi ? chuchota Rose qui visiblement faisait beaucoup d'efforts pour ne pas lui hurler à la figure. Tu as perdu la tête ?
— Qu'est-ce-que tu veux dire ? se contenta de répondre Juliet d'un ton innocent.
— Oh non... ne joue pas à ce petit jeu avec moi. Tu étais la première à être traumatisée quand tout le monde croyait que vous aviez couché ensemble, et maintenant tu flirtes ouvertement avec lui ?
— Laisse tomber, tu ne peux pas comprendre.

Sans qu'elle ne sache pas pourquoi, Juliet se sentit vexée par les paroles de Rose. Les rumeurs l'avaient beaucoup angoissée pendant des semaines, mais cet aura de mystère qui planait autour de Lloyd lui donnait un élan nouveau dans sa vie à Poudlard, et c'était un sentiment qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant. Alors elle allait prendre le risque de jouer avec le feu, peu importait ce que Rose - ou n'importe qui - en dirait. Elle n'avait plus onze ans, elle en avait cinq de plus.

A ce moment précis, Juliet se leva et mit les affaires qu'elle avait sorti pêle-mêle dans son sac. Elle n'avait aucune envie de rester avec ses amis s'ils la regardaient comme si elle était contagieuse. Albus ne disait pas un mot, il n'aimait pas d'interférer entre Rose et Juliet, même s'il intimait silencieusement à Rose de se calmer.

— C'est facile de partir, rétorqua Rose en ignorant son cousin. Tu te comportes bizarrement depuis que tu t'intéresses à lui, et ne me fais pas dire que tu n'es pas attirée par ce mec, je te connais.
— C'est faux.
— Dixit la fille qui a toujours le regard rivé vers la table des Serpentard. Je ne suis pas aveugle et tu sais parfaitement qui il est.
— Tu sais quoi Rose ? Quitte d'abord cet abruti de Brown et on en reparlera.

Balançant son sac sur l'épaule, elle quitta Albus et Rose portée par son élan de colère.



Pendant les jours qui suivirent, Juliet et Rose ne s'étaient presque pas adressé la parole, si ce n'était pour se demander le sel à table ou un morceau de parchemin en cours. Malgré ce qu'elle lui avait dit, Juliet n'avait aucune envie de s'excuser ou de faire le premier pas. Pourtant, ce n'était pas l'envie qui lui manquait, elle n'aimait pas se fâcher avec Rose et elle voyait bien que c'était réciproque quand leurs regards se croisaient. Mais voilà, les deux filles avaient chacune leur fierté et Albus avait beau être le médiateur en essayant de les convaincre que c'était bête de s'en vouloir pour cette histoire, il n'empêche qu'il avait fini par les abandonner à leur sort en les insultant chacune leur tour de « gamines puériles et immatures ».

Cependant, l'humeur maussade de Juliet ne risquait pas de s'améliorer quand elle pensait à la cause de ses problèmes : elle n'avait pas revu Cameron Lloyd depuis qu'ils s'étaient parlé, et même pas au détour d'un couloir. En revanche, celui qu'elle voyait de plus en plus était James Potter, qui semblait prendre un malin plaisir à apparaître là où elle ne l'attendait pas, comme à la sortie des toilettes des filles, entre autres. Souvent quand elle se retrouvait seule, elle le voyait débarquer et il l'accompagnait à sa destination en lui demandant son avis sur telle ou telle chose. Juliet ne se leurrait pas : depuis que James l'avait surprise en train de dire le nom du Serpentard dans son sommeil, elle surprenait souvent son regard suspicieux.

Malgré tout, James ne lui en voulait pas et si elle était persuadée qu'il la surveillait, elle faisait semblant de ne pas l'avoir remarqué. Elle n'avait vraiment pas besoin de se le mettre à dos lui aussi.

— On est samedi, l'informa Albus alors qu'ils prenaient leur petit déjeuner ensemble. Ça fait trois jours que vous vous faites la gueule. Tu ne pourrais pas...
— Non, Al.

Albus la fusilla de son regard vert émeraude qui, d'habitude, faisait tant craquer les filles. Juliet posa son mug de café et souffla un bon coup.

— Honnêtement, tu penses que Rose a raison ? Enfin, je veux dire... je suis toujours la même, non ?
— Oui, tu es toujours la même, il n'y a pas de doute, soupira Albus après avoir avalé un morceau de toast à la marmelade. La même fille têtue que je connais depuis la première année, ouais.
— Donc dans l'hypothèse où Rose a raison et que je ne sois pas indifférente à Lloyd, mon comportement est resté le même ?

Albus jura en la regardant avec des yeux ronds. Il en lâcha son toast.

— C'est une hypothèse, Al, ajouta Juliet en sentant ses joues rougir. Donc la théorie de Rose selon laquelle j'aurais changé en m'intéressant à lui est fausse puisque je suis restée la même, tu l'as dit toi-même. Tu me suis ?
— J'ai pas envie de te suivre dans tes délires, répondit sincèrement Albus, toi et moi sachons parfaitement que tu es en train de te chercher des excuses. Ce n'est pas parce que Rose exagère un peu la situation que tu as raison de ton côté. Vous êtes complètement à côté de la plaque toutes les deux. Vous me fatiguez.

Juliet devait admettre qu'il avait raison sur ce point. Elle croyait en la parfaite objectivité d'Albus ; jamais Juliet n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi franc et honnête, et pouvait s'en remettre à son jugement les yeux fermés. Néanmoins, sa mauvaise foi lui empêchait de l'écouter et d'aller voir Rose.

Une dizaine de minutes plus tard, ils quittèrent la Grande Salle et allèrent faire un tour dehors avant qu'Albus n'aille rendre visite à Hagrid. Il faisait beau, même si les températures s'étaient considérablement rafraîchies et Juliet réprima des frissons. Albus et elle restèrent silencieux un bon moment sans que cela ne devienne gênant. La nature calme et sereine d'Albus apaisait la jeune fille. Quand on ne le connaissait pas, on pouvait croire que sa retenue était assimilée à de l'arrogance, mais il n'en était rien.

Ils arrivèrent à la lisière de la forêt interdite quand Albus se décidait à rompre le silence. Visiblement, il se demandait comment aborder le sujet avec elle. Mais il avait besoin de savoir que sa meilleure amie au caractère souvent emporté et impulsif savait ce qu'elle faisait. Parce que ses faits et gestes pouvaient avoir de lourdes conséquences.

— Pourquoi tu as invité Lloyd ? demanda Albus tout à trac en se tournant vers elle.
— Je ne sais pas, avoua Juliet.
— Il t'intéresse ? Tu veux sortir avec lui ? Oh, fit-il en arrêtant ses conjectures. Laisse-moi deviner, tu ne m'as pas tout dit, il s'est vraiment passé quelque chose dans ce placard ?
— Non ! s'empressa de répondre Juliet avec des yeux ronds. Il ne s'est rien passé, j'ai juste envie d'apprendre à le connaître, c'est tout. Tu vois beaucoup de gens lui tourner autour ? J'aimerais savoir pourquoi il reste seul.
— C'est la seule raison ? Parce que, de mon point de vue, on dirait que cherches bien plus qu'à lui poser des questions.

Juliet demeura silencieuse. Quelque chose l'intriguait chez Cameron Lloyd, et pour elle, cela relevait simplement de la curiosité. Mais venant de l'extérieur, elle pouvait comprendre qu'Albus ne pouvait pas avoir le même avis sur les événements.

— Alors quoi ? Tu penses que Rose a raison ? Que je ne devrais pas l’approcher ?
— Il est bizarre, mais je n'ai pas dit ça, la corrigea Albus. Tu la connais Rose, elle est un peu névrosée sur les bords. Et puis, de toute façon, il ne t'a pas dit oui, n'est-ce-pas ?
— Non, il ne m'a rien dit, confirma Juliet à voix basse.

Cela faisait quelques jours qu'elle l'avait invité et pour la première fois depuis qu'elle lui avait demandé, Juliet angoissa à l'idée que sa réponse fut positive. Cependant, d'un autre côté, elle se sentait déçue qu'elle n'ait toujours pas reçu de réponse de sa part. Il l'évitait, Juliet en était persuadée.

— Hagrid m'attend, on se retrouve plus tard ? proposa Albus. Essaie de ne pas tuer Rose si tu la croises !

Juliet sourit puis Albus se rendit dans la cabane de Hagrid où ce dernier l'avait invité à prendre le thé. Juliet y était déjà allée quelque fois en compagnie de Rose et lui, elle y avait même goûté les pires biscuits de sa vie. Et en termes de biscuits, Juliet s'y connaissait, c'était le moins qu'on puisse dire. Cependant, elle avait prévu de travailler ce week-end et elle n'avait pas envie de s'y mettre le dimanche soir — même si c'était ce qui allait inévitablement se produire.

Juliet retourna donc au château. Sur le chemin, elle ne croisa pas Rose, et tant mieux, elle n'avait pas envie de faire celle qui se fichait de la situation. Elle en avait assez de jouer la comédie. Enfin à la tour Gryffondor, elle monta les marches menant au dortoir et alla chercher son sac ainsi que quelques livres. Soudain Victoria sortit de la salle de bains au moment où Juliet était à quatre pattes par-terre, à la recherche de son livre de botanique. Elle la héla :

— Hé Juliet chérie !

Juliet sortit la tête de sous son lit.

— Un hibou t'a apporté une lettre il y a un quart d'heure, lui informa Victoria en lui désignant son lit.

En effet, il y avait une lettre sur son lit. La Gryffondor tendit le bras et tout en restant assise en tailleur sur le sol et la décacheta. Piquée par la curiosité par un message qui ne lui était pas parvenu à l'arrivée des hiboux le matin-même, elle ouvrit le parchemin. C'était la lettre la plus courte qu'elle n'ait jamais reçue. Mais c'était aussi celle qui suscita le plus d'émotions chez la jeune fille.

Juliet,
Rendez-vous à Pré-au-Lard, à midi, dans la Grand-Rue.


— Notre Juliet adorée a un rencard ! s'écriait Victoria qui venait de lire par-dessus son épaule, un grand sourire aux lèvres. S'il-te-plait, ne me dis pas que c'est James... C'est qui, c'est qui ?

N'en revenant pas de ce qu'elle tenait entre ses mains, Juliet mit quelques instants à réaliser, oubliant complètement Victoria la commère : dans une semaine, Juliet passerait son après-midi avec Cameron Lloyd.

End Notes:

Prochain chapitre : Règlements de compte. Il y aura une petite partie avec Andrea et Scorpius, ce qui signifie une petite incursion chez les Serpentard.

 

Règlements de compte by Pinkgrass
Author's Notes:

Salut ! Je traine, je traine. Bonne lecture !

Éprouvante. C'était le mot qui décrivait le mieux la semaine de Juliet précédant sa sortie à Pré-au-Lard. Les regards se retournaient incessamment sur elle dans les couloirs, les inter-classes et les repas dans la Grande Salle. Parfois lorsqu'elle arrivait à un endroit les conversations se stoppaient instantanément. Juliet était loin d'être dupe. Son nom était toujours d'actualité dans les ragots de Poudlard et ceux-ci s'étaient renforcés depuis que Victoria avait appris que Juliet avait un rendez-vous. Juliet ne lui avait pas dit qu'il s'agissait de Cameron Lloyd, et elle se surprenait à regretter de n'avoir rien dit. Si Victoria l'avait su, la nouvelle aurait le tour de Poudlard pendant la semaine et elle aurait eut beaucoup moins de pression pour le week-end.

Cependant, elle n'avait rien dit et s'enfermait dans son silence de plus en plus souvent. Juliet aurait aimé en parler à Rose mais elles ne s'étaient toujours pas adressé la parole depuis l'épisode fâcheux de la bibliothèque. Sa meilleure amie lui manquait, et plus les jours passaient et plus elle cherchait à se convaincre d'aller la voir. Surtout que Juliet était persuadée que Rose savait parfaitement qui allait l'accompagner à Pré-au-Lard. Mais Juliet n'estimait pas être la seule à être en tord. Si elle était sa meilleure amie, alors Rose devrait la soutenir quelque soient ses choix, même s'ils concernaient un certain Serpentard.

En pensant à lui, Juliet se sentit bizarre. Elle ne savait pas quoi attendre de sa sortie avec Lloyd, elle ne le croisait plus et à vrai dire, elle croyait qu'il l'évitait. Au fil et à mesure que la semaine s'écoulait, elle s'était mise l'idée en tête qu'il n'allait pas venir ce fameux samedi à midi. Si elle l'avait invité à Pré-au-Lard, c'était parce qu'elle voulait apprendre à le connaître et découvrir qui se cachait derrière ce visage froid, distant et pourtant terriblement intriguant. Mais il y avait une autre raison qui lui paraissait beaucoup plus floue et sur laquelle elle n'arrivait pas à mettre de mots : elle était loin de dire qu'il ne lui était pas indifférent et que son comportement amical à ses égards l'encourageait vers cette voie.

Le jeudi soir, une nouvelle séance d'entrainement de Quidditch s'achevait sous les encouragements de Troy MacMillan, contrairement à l'année passée où ce dernier hurlait sur tous les joueurs. D'ailleurs, Juliet, Fred et James s'étaient vaguement demandé si l'été ne lui avait pas fait découvrir certaines drogues moldues, responsables de son calme et de son optimisme flagrant. Après, le fait que le premier match de l'année opposerait Serpentard à Poufsouffle retirait beaucoup de pression de ses épaules et il disait lui-même être satisfait de pouvoir analyser la composition de ces équipes avant de se plonger dans la compétition.

Quoiqu'il en soit, ce fut une grande bouffée d'air frais pour Juliet. Ses coéquipiers se fichaient éperdument de sa vie personnelle, tant que celle-ci n'entravait pas son talent pour le vol. Et puis, enfin, elle n'avait pas besoin de faire semblant avec James. Il lui avait fait cracher le morceau en début de semaine et Juliet lui en était reconnaissante de ne pas avoir réagi de manière trop emportée. Sans trop savoir pourquoi, elle s'était attendue à ce que le septième année lui fasse la morale et lui rétorque que Cameron Lloyd n'était qu'un abruti fini qui cherche la bagarre à tous les coins de couloirs, au lieu de quoi il avait écouté Juliet avec calme et patience et n'avait pas cherché à lui donner des leçons.

— Alors, prête pour samedi ? lui lança James alors qu'ils entraient dans les vestiaires.
— Pas vraiment, répondit honnêtement Juliet.

James lui fit la moue avant de se diriger vers ses affaires tandis que Juliet s'asseyait sur l'un des bancs, perdue dans ses pensées.

— Et qu'est-ce-qui t'angoisse mis à part le fait que Lloyd soit considéré comme le mec à éviter par excellence ?
— Très drôle, James.

Elle ignora le rire de ce dernier tandis qu'elle fixait d'un air sombre les vestiaires se vider et que Macmillan les saluait à son tour. Seul Blackwood, l'attrapeur de leur équipe, restait dans la pièce, ignorant les deux Poursuiveurs tandis qu'il fourrait sa baguette magique dans son sac. James quant à lui se changeait rapidement sous le regard vide de Juliet à ses côtés. Il allait rejoindre Collins juste après son entrainement, d'où son effort pour être présentable et ne pas se montrer couvert de boue.

— J'ai vraiment envie d'aller à cette sortie avec lui, hésita Juliet, mais tu sais aussi bien que moi ce que la rumeur a entraîné. Je n'ai vraiment pas envie d'être sous les projecteurs, et je ne crois pas que Lloyd soit du genre à aimer ça. Tu vois ?
— C'est le risque, soupira James en pliant rapidement ses affaires. En même temps, que tu le veuilles ou non, tout le monde te connait ici comme la gentille et mignonne petite Gryffondor. Les gens vont forcément se demander pourquoi tu t'accroches à ce Serpentard. Vous êtes aux opposés, tous les deux.

Gênée, Juliet rougit imperceptiblement aux compliments indirects que venait de lui dire James.

— Tu crois qu'on est trop différents pour s'entendre ? J'ai l'impression qu'il est bien plus que ce mec à éviter, tu comprends ?

James s'interrompit dans ce qu'il faisait et se tourna vers la sixième année. Il la fixa dans les yeux en semblant peser le pour et le contre. Puis, il soupira.

— C'est juste que... commença-t-il, les bras ballants.
— Oui ? l'encouragea Juliet en se redressant.
— Non rien. Allez, viens la grenouille. Audrey va m'assassiner si j'ai une minute de retard.

Juliet eut un petit sourire amusé, puis elle se leva et suivit James dans le parc.



Le lendemain, à une journée fatidique de son rendez-vous, Juliet n'était pas vraiment dans son assiette. Lloyd ne lui avait pas renvoyé de hibou pour lui dire qu'il avait changé d'avis, néanmoins, elle ne l'aperçut pas de la journée, ce qui l'incita à croire plus fortement qu'il n'osait pas la croiser pour lui dire qu'il ne viendrait pas. Bien sûr, ils ne s'étaient jamais parlé dans les couloirs de l'école, mais Juliet avait eu une tendance à s'imaginer plein de scénarios dans lesquels Lloyd se moquait d'elle ouvertement dans la Grande Salle face à tous les autres, bien que ce dernier n'ait jamais rien fait pour attirer une quelconque attention. Juliet en était arrivée à une conclusion, elle devenait folle.

En ce vendredi matin, Albus et Juliet étaient installés à une table dans la salle commune des Gryffondor pour travailler, bien que le groupe de septième années comprenant James, Fred et Troy Macmillan était bien trop bruyant pour pouvoir se concentrer correctement. Albus ne cessait de leur envoyer des regards noirs, la plume suspendue au dessus de son parchemin. Juliet quant à elle avait l'esprit trop occupé pour travailler sur son devoir efficacement. De plus, Victoria Finnigan et Kenny Clarks, installés à la table d'à côté, ne cessaient de l'épier, ce qui l'agaçait fortement. Elle était sur le point de demander à Albus s'il voulait quitter la salle commune quand les deux commères lui envoyèrent une note qui se posa sur le devoir de Juliet.

C’est qui ? Albus ou James ?

Rouge de colère, la Gryffondor chiffonna le morceau de parchemin dans son poing. Elle en avait marre. Si les gens n'étaient pas aussi curieux, elle en était persuadée, sa sortie du lendemain l'aurait beaucoup moins angoissée. Cependant, c'en était trop. A cause de cette histoire, Rose ne lui parlait plus et elle devait supporter les regards insistants de tous. Juliet se leva d'un seul coup, sous le regard surpris d'Albus. Elle n'était pas du genre à créer des conflits mais les choses étaient allées trop loin. Juliet se dirigea à grands pas vers ses deux camarades. Elle leur jeta la boule de papier chiffonnée tandis qu'ils la regardaient légèrement inquiets.

— Vous savez quoi tous les deux ? s'écria-t-elle. J'en ai marre que vous me regardiez comme si j'allais me transformer en Scroutt ou je ne sais quoi ! Je ne peux plus vous supporter, ni en cours, ni ailleurs. Albus et James sont mes amis rien de plus, alors si vous avez une remarque à me faire à ce sujet venez me voir directement au lieu de faire toutes ces messes basses dans mon dos. MAINTENANT, LAISSEZ-MOI TRANQUILLE ET ALLEZ VOIR AILLEURS !

Rose Weasley, qui était entrée dans la salle commune une poignée de secondes avant que Juliet n'explose, avait assisté à la scène, la mine déconfite. Elle ne put se s'empêcher de se sentir coupable : Juliet était à cran depuis plusieurs jours, cela se voyait autant que son nez sur son visage. Rose la vit lancer un regard dédaigneux à Finnigan et Clarks avant de partir dans son dortoir en bousculant Troy Macmillan. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la salle commune de Gryffondor avait réussi à être calme un vendredi midi.

Les yeux étaient rivés sur Finnigan et Clarks qui n'en menaient pas large, et n'ayant pas bougé d'un pouce, ils fixaient les escaliers menant au dortoir des filles, dans la crainte que Juliet redescende leur hurler dessus à nouveau. Personne ne les remettait à leur place et en général, on les craignait dans le sens où ils étaient capables de lancer des rumeurs qui faisaient très mal. Rose parcourut la salle du regard et elle remarqua enfin Albus, tout aussi choqué que les autres personnes présentes dans la salle commune.

— C'était quoi le problème ? demanda Rose à Albus alors que tout le monde retournait à ses occupations en gardant tout de même un œil sur Victoria et Kenny.
— Ne me dis pas que tu n'as pas entendu parler du pari ? répliqua Albus en tournant les pages de son livre de potions. Celui que Victoria et Kenny ont lancé.
— Oui, oui, toi, James et Juliet, je suis au courant.
— Eh bien, entre ce pari et son rendez-vous de demain, je suppose que le mot qu'ils lui ont envoyé à l'instant a été la goutte de trop. Et tu lui manques.

Rose soupira. Elle lui manquait aussi. Juliet était décidément beaucoup trop bornée... Rose décida à ses risques et périls d'aller la voir. Elle rassembla les affaires de Juliet sur la table qu'elle avait laissées en plan, puis elle s'engouffra dans l'escalier menant au dortoir de filles après avoir croisé le regard encourageant de Fred un peu plus loin.

Une fois dans le dortoir, elle fut surprise de trouver Juliet en train de fouiller le moindre recoin de l'armoire de Victoria Finnigan. Fizwizbiz, le chat sauvage et indomptable de la jeune fille, la regardait passer au crible les chemises de Finnigan. Rose largua son sac et celui de Juliet sur son lit et se tourna vers son amie qui avait l'air d'être à la recherche de quelque chose.

— Qu'est-ce-que tu fais ?

Les mains sur les hanches, Rose contempla sa meilleure amie l'ignorer et rassembler ses longs cheveux bruns sur le côté avant de se pencher sur le contenu de la table de chevet de leur camarade. Rose s'approcha, il fallait qu'elle l'empêche de faire n'importe quoi et d'agir sous le coup de la colère.

— Juliet ! Réponds-moi, que comptes-tu faire ?

Juliet se retourna pour lui envoyer un regard noir.

— Je n'ai pas envie de te dire quelque chose de regrettable, alors dégage, Weasley.

Cette dernière leva les yeux au ciel. Elle ne se laissa pas démonter et continua à rester plantée là, jusqu'à ce que son amie en ait assez d'avoir ses yeux fixés dans son dos. Rose la connaissait, et c'était pour cette raison qu'elle savait que cette dernière en aurait bientôt marre d'être épiée de la sorte. Juliet claqua brusquement un tiroir de la table de chevet puis se releva brusquement pour lui faire face. « Enfin ! », pensa Rose avec exaspération.

Quoi ?
— Tu crois que ça va te servir à quelque chose de te venger sur un objet lui appartenant ? Ou de trouver un de ses points faibles ? Tu la connais, si tu t'attaques à Victoria, elle va répliquer et crois-moi, tu as déjà fait assez tout à l'heure.
— Et en quoi ça te regarde ? rétorqua Juliet avec une moue détestable que Rose aurait voulu lui arracher.
— Que tu le veuilles ou non, je suis toujours ta meilleure amie et je n'ai pas l'intention de te voir faire des bêtises inutiles. Et te venger de Finnigan en fait partie.

Juliet ricana, toujours de mauvaise humeur. Elle croisa les bras. Mais Rose se sentait vainqueur, son amie était prête à l'écouter.

— Parce qu'il existe des « bêtises utiles » d'après toi ?

Rose détourna le regard, elle n'aurait pas voulu entamer ce sujet alors que Juliet était loin d'être réceptive. Elle souffla un bon coup et entama le sujet qu'elle redoutait depuis des jours et des jours.

— Oui. Sortir avec Lloyd en est une. Mais je ne peux pas t'empêcher d'aller le voir si tu as l'air de l'apprécier à ce point. J'ai eu tord de m'emporter l'autre jour, tu fréquentes qui tu veux, tu es libre. Je suis bien sortie avec un con pendant deux ans alors peut être que je me trompe au sujet de Lloyd. Seulement, je n'ai pas envie qu'un garçon fasse du mal à ma meilleure amie. Et encore moins lui.

Rose détourna une nouvelle fois le regard, inquiète de la réaction de Juliet mais aussi soulagée à l'idée de lui avoir fait part de ce qu'elle ressentait. De son côté, Juliet se mordit la lèvre, se sentant encore plus coupable qu'elle ne l'était déjà. Elle avait dépassé les limites tout à l'heure et voilà que Rose faisait le premier pas vers elle. Elle était une sombre idiote.

— Je suis désolée, murmura Juliet en s'asseyant sur le lit de Victoria. Je n'aurais jamais du être aussi cinglante avec toi, tu étais juste inquiète.

Rose sourit et rejoignit Juliet en s'asseyant à côté d'elle.

— C'était ridicule, hein ? marmonna Rose, honteuse.
— Al avait raison, nous sommes des gamines, acquiesça Juliet en ayant un petit sourire.

Rose eut un rire nerveux, l'atmosphère tendue des dernières minutes disparaissant peu à peu.

— Ils l'ont mérité, tout à l'heure, ajouta Rose à leur hilarité.
— Je les déteste, eux et leur petit air suffisant !

Juliet repensa à son altercation avec Finnigan et Clarks : elle n'avait absolument pas prévu de se donner en spectacle mais cela aurait été inévitable à un moment ou à un autre. Juliet prit Rose dans ses bras, heureuse d'enfin la retrouver, et son humeur vengeresse presque oubliée. Elle s'en voulait toujours autant de ne pas avoir été plus rapide à avoir présenté ses excuses à Rose, et que cette dernière se soit sentie obligée de le faire parce qu'elle s'était encore emportée.

— Tu portes quoi demain ? demanda Rose une demi-heure plus tard alors qu'elle s'apprêtaient à descendre pour le déjeuner. Pas que je ne cautionne vraiment ce qui se passe, mais... c'est quand même un rendez-vous.

Rose ponctua sa phrase d'un clin d'œil suggestif, ce qui fit rosir les joues de Juliet. Décidément, elle avait retrouvé sa meilleure amie, mais son angoisse était toujours aussi présente.



— C'est lui, n'est-ce-pas ? lui demanda Andrea alors qu'elles étaient à la bibliothèque.

Andrea avait cherché à parler Juliet toute la semaine, sans succès. Cette dernière s'était majoritairement recluse dans sa salle commune, où Andrea n'avait pas accès. Et puis, par principe, les Serpentard ne traînaient pas dans les environs de la tour Gryffondor. Elle aurait pu intercepter sa sœur dans la Grande Salle, bien sûr, mais encore une fois, elle n'était pas si folle à ce point. En plus Andrea avait été très occupée cette semaine entre ses devoirs de préfète, ses nombreux devoirs et cette idiote de Maisie Lloyd qui cherchait constamment à lui voler la vedette dans l'antre des Serpentard. Le simple fait de penser à elle la mettait dans tous ces états. Andrea Hardy était la princesse de Serpentard, et tout le monde le savait.

Finalement, elle avait trouvé l'occasion inespérée en la croisant à la bibliothèque où sa sœur travaillait avec ses amis Rose Weasley et Albus Potter. Elle-même était accompagnée de Will et de Scorpius et ils savaient combien elle avait besoin de lui parler. Andrea lui avait donc fait un petit signe pour que Juliet la suive entre deux rangées d'étagères, où elle était sûre que personne n'écouterait leur conversation. Qu'on la voit avec Juliet ne lui posait pas de problème, mais qu'on écoute ce qu'elle avait à lui dire était défendu. Ses inquiétudes devaient rester confidentielles.

— En quoi ça pourrait bien te concerner ? lui répondit Juliet d'un ton blasé.
— Eh bien, pour commencer, je suis ta sœur et il est de mon devoir de garder un œil sur toi. Ensuite, tu n'es pas sans savoir qu'il est le frère de Maisie Lloyd. Si tu te mets à sortir ouvertement avec lui, je serais impliquée personnellement et tu sais à quel point je la déteste. Elle aura un point de pression sur moi et...
— Tais-toi, franchement, Andrea. Je ne suis pas d'humeur à écouter tes caprices de petite fille égoïste. Tu ne m'empêcheras pas de faire ce que je veux.
— Pardon ?

Andrea la dévisagea intensément, ne revenant pas à ce que Juliet venait de dire. Elle, égoïste ? Elle ne pensait qu'au bien de sa sœur !

— Tu as très bien entendu ce que j'ai dit, répliqua Juliet avec humeur. Je pensais que tu serais plus intelligente que tout le monde et que tu me comprendrais, mais j'ai eu tord. Tu ne penses qu'à toi, Andrea, à ce que personne ne s'oppose à toi et à ce que tu restes au dessus de tout le monde. Toi, toi, ET ENCORE TOI ! Et c'est comme ça depuis que tu as appris à parler, ne t'inquiète pas, c'est pas nouveau !

La bouche légèrement entrouverte d'Andrea ne laissa aucun son en sortir. Elle ne comprenait pas ce qui se passait, ni pourquoi Juliet était tant en colère après elle. Juliet tapait du pied, les sourcils froncés, comme si elle n'en avait pas fini. Mais soudain, la vieille bibliothécaire, Mme Pince, débarqua et s'écria de sa voix stridente :

— Mais que se passe-t-il ici ? Vous n'avez jamais entendu le règlement de la bibliothèque ? Vous allez me faire le plaisir de s...
— Sortir, on sait, merci ! répliqua Juliet en tournant les talons. De toute façon, on avait fini !

Andrea resta alors droite en subissant les remontrances de la bibliothécaire. D'habitude, elle aurait ressenti une terrible honte à l'idée de se faire faire la morale par le personnel enseignant, mais elle était tellement absorbée par sa discussion avec Juliet qu'elle ne lui prêta qu'une infime intention. Certes, sa sœur avait toujours été la plus impulsive dans la famille, et elle n'hésitait pas à dire ce qu'elle pensait au moment où l'on s'y attendait le moins, mais aujourd'hui... si Juliet lui avait fait de telles remarques, c'était qu'elle les pensait vraiment.

Quelques instants plus tard, Andrea retourna s'asseoir auprès de Will, son petit ami, raide et sans un mot.

— Qu'est-ce-qui s'est passé ? lui demanda-t-il d'une voix douce en voyant qu'Andrea n'était pas dans son état normal.
— On vous a entendu, ajouta Scorpius, assis en face. Elle a du passer une mauvais journée.

Andrea ne répondit rien. C'était comme si elle venait de prendre une douche froide. Les lèvres étroitement pincées, elle ne dit rien de l'heure, Scorpius Malefoy et Will Leighton se résignant à la voir parler pendant un moment. Cependant, Scorpius n'en pensait pas moins. Andrea était sa meilleure amie depuis leur premier jour à Poudlard et pourtant il était le premier à avouer qu'Andrea avait de nombreux défauts.

Ce ne fut qu'à l'heure du diner qu’Andrea daigna enfin recouvrir l'usage de la parole en faisant comme si le petit incident de l'après-midi n'était pas arrivé. Scorpius n'était pas du genre à chercher la petite bête - c'était même plutôt le contraire, mais il allait falloir qu'il parle avec Andrea de cette histoire. William et lui n'avaient entendu qu'une partie de la discussion entre Andrea et Juliet. Et Scorpius n'avait pas pu s'empêcher d'être d'accord avec la Gryffondor, même si cela avait du donner un coup à l'ego de la préfète de Serpentard. Scorpius pensa alors à sa propre situation et pour une fois, il s'estima heureux d'être fils unique pour éviter les disputes entre frères et sœurs.

— Hé, Scorp', l'interpella son ami William en haussant un sourcil. J'ai remarqué que Fiona Dixon te tournait pas mal autour en ce moment.
— Ah ouais ? s'étonna Malefoy en jetant un coup d'œil vers la concernée assise un peu plus loin.
— T'es sérieux là ? Tout le monde l'a remarqué, sauf toi apparemment.

Scorpius Malefoy réfléchit intensément à ce qu'il venait de lui dire tandis qu'Andrea lui demandait de quoi il parlait. Effectivement, Dixon lui disait souvent bonjour en ce moment, elle allait le voir quand il était assis seul dans leur salle commune, mais Scorpius ne voyait pas ça comme une tentative de rapprochement. Fiona Dixon était la copine de Maisie Lloyd, qui n'était autre que sa cousine diabolique et manipulatrice mais aussi très sociable. Il n'était pas rare de la voir parler avec des gens différents chaque jour. Fiona obéissait aux moindres ordres de Maisie, c'était bien connu.

Ils terminèrent de diner tandis que Malefoy jetait de temps à autre des coups d'œil intrigués vers Dixon, mais celle-ci ne lui accordait pas un regard, absorbée par sa conversation. Leighton avait du rêvé ou le mener en bateau, comme il aimait si bien le faire à longueur de temps. Les trois Serpentard quittèrent donc la Grande Salle en même temps et ils rejoignirent leur coin préféré de la salle commune et qui, accessoirement, était place réservée. Scorpius s'assit confortablement dans un fauteuil, prêt à lire distraitement son livre d'histoire de la magie. C'était sa matière la plus faible, et il avait bien l'intention de s'assurer un Acceptable au moins durant toute l'année. « Réviser un vendredi soir, je commence à devenir comme Andrea », s'alarma-t-il.

Une demie heure plus tard, Zane Parker et Maverick Nott les rejoignirent tandis qu'Andrea et Will, assis dans le même fauteuil, s'embrassaient passionnément depuis un bon quart d'heure. Scorpius soupira longuement, habitué à la situation. Si les deux amoureux s'étaient toujours détestés depuis leur première année, le fait qu'ils aient été nommé préfets ensemble l'année précédente les avait considérablement rapprochés, au point qu'ils soient inséparables et qu'ils représentent le couple de Serpentard par excellence au jour d'aujourd'hui.

D'ailleurs, Scorpius s'était demandé à plusieurs reprises si Andrea n'était tout simplement pas jalouse de l'attention que sa sœur attirait aujourd’hui. D'abord, il y avait eu l'histoire du placard à balais qui avait fait beaucoup parlé de lui, et puis ensuite il y avait les rumeurs qui courraient sur le rendez-vous de Juliet Hardy. Évidemment, tout portait à croire que cela se dirigeait vers les frères Potter, mais en entendant leur conversation de cet après-midi, Scorpius dut admettre qu'il était impressionné par la Gryffondor pour fréquenter ouvertement Cameron Lloyd. Et ça, c'était du jamais vu à Poudlard.

Bien sûr, si les Gryffondor et les Serpentard se détestaient par principe, il fallait nuancer les choses. Lui-même s’entendait bien avec quelques Gryffondor, incluant Albus Potter et Rose Weasley, et il ne s'en sentait pas honteux pour autant. Avant lui, son père lui avait raconté qu'ils trouvaient tous les moyens possibles pour mener une guerre sans merci contre les Gryffondor, mais Scorpius n'avait rien vu de tel aujourd'hui. De plus, quand Drago Malefoy voulait lui donner une anecdote censée être drôle aux dépens de ces derniers, sa mère débarquait dans la pièce en convainquant d'un regard son mari de ne pas corrompre leur fils. Astoria Malefoy avait beau être allée à Serdaigle, il n'empêchait qu'elle avait un caractère de feu.

Malefoy sourit en repensant à ses parents. Il était conscient que leur histoire était sombre et que leur famille n'avait pas fait les bons choix, mais Drago et Astoria s'étaient efforcés de l'élever loin des préjugés que les gens pouvaient avoir à leur encontre. Scorpius avait grandi au manoir Malefoy et avait eu une enfance normale, et Scorpius après avoir découvert Poudlard leur en avait été entièrement reconnaissant. Ses débuts avaient été difficiles, de nombreux élèves avaient entendu parler de son nom, et à onze ans, Scorpius n'avait pas toujours su s'il devait de sentir responsable de ce qui s'était passé durant la guerre à l'époque de ses parents. Avec un sourire, il repensa à sa rencontre avec Andrea, qui l'avait pris tel qu'il l'était, c'est à dire un garçon comme les autres.

Tous les deux, ils avaient été longtemps seuls contre tous, mais ils s'étaient beaucoup apporté mutuellement.

— Salut, Malefoy ! lança Fiona Dixon en passant près du groupe des cinq sixième années, un sourire au visage.

Scorpius lui sourit en échange, un peu gêné. Il la suivit du regard alors qu'elle rejoignait Maisie Lloyd, déjà installée auprès d'un groupe de septième années au fond de la salle commune. Malefoy secoua sa tête, comme pour reprendre des pensées cohérentes, puis il se rendit compte qu'Andrea le fixait d'un regard noir alors que William lui lançait un clin d'œil.

— Scorpius. J'ose espérer que tu ne pactises pas avec le diable ? demanda Andrea entre ses dents. Elle te drague souvent ?

William retint un fou rire, mais pour ne pas contrarier sa petite amie, il préféra rester silencieux. Scorpius remarqua même Parker et Nott échanger un regard intéressé alors qu'il étaient en train de discuter avec des filles installées derrière eux quelques secondes auparavant. Scorpius se détendit, en quoi était-il fautif de quelque chose ? C'était elle qui venait vers lui, et non l'inverse.

— Et si c'était le cas, qu'est-ce-que tu pourrais y faire ?
— Scorpius... murmura Andrea.
— Hé, on se contente de se dire bonjour, rien de plus ! se défendit-il face au regard inquisiteur de son amie.

Andrea le fixa en plissant ses yeux bleus pendant encore une dizaine de secondes avant de se décider à se mettre au travail. Elle avait un devoir en potions à rendre la semaine suivante et il n'était pas question qu'elle passe à côté d'un Optimal à cause de cette pimbêche de Lloyd. Néanmoins, Andrea ne pouvait pas s'empêcher de jeter des coups d'œil furtifs à son ami blond assis en face d'elle. Il était clair que Fiona Dixon avait des vues sur Scorpius Malefoy pour la destituer et rompre la confiance et l'amitié qu'Andrea avait tout fait pour apporter dans son cercle d'amis. Elle en était certaine, Maisie Lloyd était à l'origine de ce complot. Et comme cette pauvre Fiona Dixon ne faisait qu'obéir aux ordres de Lloyd, l'intérêt de Dixon pour Scorpius ne pouvait qu'être faux.

La salle commune des Serpentard se vida peu à peu et très vite, il ne resta que des élèves plus âgés dans la pièce à l’atmosphère verdâtre grâce au lac de Poudlard. Dans un coin de la salle, Maisie Lloyd riait à gorge déployée pour la vingtième fois de la soirée à une blague que racontait l'un de ses amis. Andrea lui envoyait de nouveau un regard noir avant de passer ses doigts dans ses cheveux dorés et brillants. Elle était fatiguée, mais elle n'irait pas se coucher avant de connaître son philtre de Mort-vivante sur le bout des doigts. A ses côtés, Will baillait ostensiblement.

— Je vais me coucher, lui dit-il après quelques minutes. Bonne nuit, Andy-jolie.

Andrea lui répondit à peine, trop absorbée par son livre. William, au physique de surfeur californien, l'embrassa sur le front avant de rejoindre son dortoir au fond de la pièce. Bientôt, il ne resta plus que Scorpius et elle dans leur petit groupe. Celui-ci était maintenant allongé de tout son long sur le canapé, s'amusant à créer des volutes de fumée avec sa baguette magique. Andrea lui jeta un regard désespéré avant de retourner à son apprentissage.

Puis, tout à coup, Scorpius se redressa en position assise, lui posant une question de sa voix traînante que la jeune fille détestait tant :

— Et en quoi ça te concernerait, que je sorte avec telle ou telle fille ?
— Tu es au courant que tu parles de Fiona Dixon, le petit toutou de la fille qui veut me détruire ? Elle n'est pas telle ou telle fille.

Et pour justifier ses paroles, Andrea lui désigna la concernée, désormais seule à une table, penchée sur un lourd ouvrage. La blonde était persuadée que Maisie voulait la battre dans tous les domaines : arriver à obtenir un point de pression sur Scorpius et avoir d'excellents résultats mettrait Andrea dans une rage folle. Elle était major de sa promotion aux côtés d'Albus Potter et Maisie n'en était pas très loin.

— Ou peut-être que tu te fais des idées, suggéra Scorpius, une lueur de défi dans le regard. Tu sais, Andrea, tu deviens presque insupportable en ce moment.
— Oh non... tu ne vas pas commencer toi non plus !
— Si, et c'est pour ton bien, répliqua Scorpius en faisant attention à ne pas élever la voix. Avant, quand on était tous les deux, tu étais moins... centrée sur toi-même mais depuis que la compétition avec les BUSE est arrivée, et depuis que tu sors avec Will, tu as pris la grosse tête. Cite-moi un moment où tu ne fais pas quelque chose qui pourrait rendre service uniquement à ta petite personne ?

Andrea n'avait pas envie de répondre à sa question. Elle n'en croyait pas ses yeux. Scorpius lui faisait la morale. A elle. A sa moitié. Parce que c'était ce qu'il était. Andrea Hardy ne se serait jamais vue rester à Poudlard quand tout le monde la traitait alors de lèche-bottes insupportable si elle n'avait pas le soutien de Scorpius. C'était avec lui qu'elle avait forgé son caractère, qu'elle était devenue brillante, qu'elle avait appris à ignorer le regard des autres et à devenir celle qu'elle était aujourd'hui. Une personne que visiblement Scorpius critiquait. Il tapait là où ça faisait mal.

— Je ne comprends pas, répondit Andrea d'une voix douce. Je sors avec Will parce que je l'aime et tu sais très bien que je dois avoir d'excellents résultats... il faut que je sois la meilleure pour être prise à Sainte Mangouste !
— Mais ton succès t'a monté à la tête. Ne dis pas le contraire. La Andrea que je connais ne parlerait pas aux autres comme s'ils étaient de la bouse de dragon sur ses chaussures. Et le pire, c'est que tu te permets de me dire ce que je dois faire ou non. Tu te rends compte ?

Décontenancée, Andrea se retrouva de nouveau sans voix dans la même journée. Scorpius était devenu son frère quand, séparée de Juliet, elle s'était retrouvée seule et abandonnée de son côté. Elle ne pouvait pas se permettre de le perdre, pas lui. Qu'est-ce-qu'elle avait fait de travers ces dernières années qui aurait pu changer son attitude aux autres ? Elle avait été longtemps considérée comme la petite fille sage et levant la main à la moindre question de ses professeurs, cela avait toujours énervé les autres, elle le savait, mais c'était Andrea Hardy. C'était elle, avec ses défauts détestables. Et Scorpius l'acceptait comme elle était.

Plus elle avait grandi, et plus elle avait réussi à faire face aux moqueries des autres au lieu de se laisser faire. Andrea se souvenait particulièrement de ces périodes où elle avait l'impression que tous ses camarades l'évitaient et la détestaient, et à côté, Juliet s'épanouissait avec sa petite bande de Gryffondor tous plus heureux les uns que les autres. Andrea avait trop souvent songé à quitter Poudlard tellement elle se sentait mal-aimée et malheureuse. Mais elle avait Scorpius. Et il était la seule et unique clé à sa prise de confiance en elle.

Peut-être avait-elle pris trop confiance, justement ?

— Je suis désolée, Scorpius. Tu sais, je n'ai jamais cherché à te persécuter ou je ne sais quoi, tenta de s'expliquer Andrea alors que Scorpius l'écoutait attentivement. Tu n'as pas tord... je ne devrais pas te dire de ne pas aller la voir. Je crois que je suis trop aveuglée par mes propres problèmes.

Les lèvres de Malefoy s'étendirent doucement en un sourire sincère. S'il lui avait permis d'ouvrir les yeux sur sa propre conduite sans qu'elle ne le prenne mal, alors il avait réussi. Ils restèrent silencieux tous les deux, savourant ce moment de calme en se retrouvant comme avant, isolés de leur groupe d'amis. Jamais au grand jamais Andrea ne voudrait entraver son amitié avec Scorpius Malefoy.

— Salut les blondinets !

Maisie Lloyd s'installa avec un sourire suffisant à leurs côtés. Andrea songea avec dépit que son ennemie s'était encore embellie depuis la dernière fois où elle l'avait vraiment détaillée. Ses lourdes boucles brunes retombaient avec grâce sur ses épaules et ses grands yeux bleus étaient certes mesquins, mais malheureusement magnifiques. Andrea se retint de ne pas sortir sa baguette magique pour la virer de son coin de la salle commune. C'était son territoire, et Maisie le savait parfaitement.

— Hardy, j'espère que tu as bien révisé ce devoir, lui dit-elle d'un ton doucereux en désignant le livre de la blonde. J'ai entendu dire qu'il serait très difficile pour des sixième années.
— Et comme d'habitude, ma note sera naturellement plus élevée que la tienne. Mais ne perds pas espoir.
— C'est ce qu'on verra lundi ! s'exclama Maisie en tournant subitement la tête vers Scorpius. Dis-moi, Scorpius, ça te dirait d'aller à Pré-au-Lard avec moi, entre cousins ?
— Désolé, je ne crois pas que ce soit possible, Andrea et moi passons la journée ensemble, répondit lentement Scorpius avant de lancer un clin d'œil à son amie. Une autre fois ?

Maisie Lloyd, loin de se laisser abattre par ce refus, lui servit un sourire éblouissant dévoilant des dents d'une blancheur immaculée.

— Bien sûr, je comprends que vous ayez beaucoup de choses à vous dire, dit-elle en ne quittant pas son sourire. Et si tu changes d'avis, je crois savoir qu'il y a quelqu'un d'autre qui aimerait passer la journée avec toi. Fiona t'apprécie énormément, Scorpius. Mais je ne t'ai rien dit.

Et elle lui lança un clin d'œil avant de tourner brusquement la tête derrière son fauteuil. Il était maintenant plus de minuit et le mur de la salle commune venait de laisser apparaître une grande silhouette que Maisie parut reconnaître instantanément. La Serpentard se leva brusquement sous le regard étonné de Scorpius et d'Andrea et les salua rapidement avant de se précipiter sur la personne qui venait d'entrer. C'était son frère. Cameron Lloyd. Andrea et Scorpius continuaient de les fixer tandis que Maisie l'attrapait par le bras.

— Cameron ! appela Maisie d'un ton grave qui contrastait avec le ton faussement amical qu'elle avait employé quelques secondes plus tôt.
— Lâche-moi, répliqua son frère en la essayant vainement de la repousser.
— Pourquoi tu n'es pas venu hier soir ? J'avais besoin de toi, on avait besoin de toi...

Andrea et Scorpius échangèrent un regard interrogateur. C'était tellement rare de les entendre parler entre eux. Leurs échanges n'étaient pas nombreux et ils s'arrangeaient toujours pour que personne ne les écoute. Mais visiblement, ce soir Maisie en voulait à Cameron. Et Andrea mourut d'envie de savoir pourquoi. Veillant à ne pas montrer qu'elle s'intéressait à leur conversation, elle posa un coude sur l'accoudoir du fauteuil où elle était assise et posa sa main sur son visage tandis que Scorpius se renfonçait dans son canapé, l'air trop éveillé pour faire semblant d'être assoupi.

— Je te l'ai déjà dit, ses plans foireux ne m'intéressent pas, répliqua Cameron d'une voix basse et grave. Vous devrez faire sans moi.
— Non, non et non ! s'exclama Maisie, perdant son sang froid. Tu crois que te battre avec ces moins que rien est aussi important que notre famille ?

Son frère ne répondit pas et se détacha sèchement de Maisie, tout en lui lançant un regard noir. Cependant, Maisie ne semblait pas en avoir terminé avec son grand-frère et repartit à la charge.

— A moins que ce soit la petite Hardy qui te fasse changer d'avis ? Ce n'est qu'une bouffondor comme une autre, ne t'approche pas d'elle.
— Ferme-la, Maisie.
— Tiens donc ! ricana celle-ci en croisant les bras. J'aurais du m'en douter, tu l'aimes bien, c'est ça ?
— Non, ce n'est pas ça, répondit calmement Cameron. Je te conseille juste de te calmer maintenant si tu ne veux pas que tes petits amis entendent ce que tu as à me dire.

Le sang d'Andrea se glaça dans ses veines. Elle aurait parié mille Gallions que le septième année les désignait, Scorpius et elle. Andrea ferma les yeux, priant pour que le garçon ne leur envoie pas un maléfice de son cru. Le cœur battant à tout rompre, elle attendit que quelqu'un brise ce silence lourd et tendu. Puis, des pas pressés se firent entendre et Andrea s'autorisa enfin à bouger. Elle vit disparaître Maisie Lloyd à l'entrée des dortoirs tandis que son frère était déjà hors de vue.

Scorpius la fixait de ses yeux gris, n'osant pas parler de ce qu'ils venaient d'entendre. Et Andrea était complètement d'accord avec lui. Maisie Lloyd était sûrement la personne qu'elle détestait le plus à Poudlard et bien qu'elle pensait que Maisie avait des plans pour la détrôner de son piédestal, il était clair que Maisie Lloyd avait autre chose en tête que ses petites vengeances de collégienne. Des choses qui donnèrent la chair de poule à Andrea, même si elle serait incapable de deviner de quoi il s'agissait.

Repensant à sa conversation avec Scorpius datant de quelques minutes plus tôt, Andrea décida de mettre sa petite personne de côté et d'en apprendre plus sur les dits projets de Maisie Lloyd. Si Juliet venait à sortir avec Cameron Lloyd, Andrea ne voudrait pas que sa sœur ait à en subir les conséquences.

End Notes:

Rendez-vous au prochain chapitre pour the date ;)

Une journée imprévisible by Pinkgrass
Author's Notes:

Ce chapitre est plus court que d'habitude, j'ai supprimé quelques passages. J'espère qu'il vous plaira quand même !

— Alors, celle-ci ou celle-la ? demandait Juliet à Rose en lui désignant une robe dans chaque main.

Rose, assise en tailleur sur son lit, réfléchissait en plissant les yeux, ce qui était signe d'une grande concentration. Depuis qu'elle la connaissait, Rose ne l'avait jamais vue en jeans ; son choix vestimentaire avait donc été plutôt simplifié pour aujourd'hui. Mais Rose devait se rendre à l'évidence, sa robe noire faisait trop habillé bien que Juliet ne l'ait jamais portée avant. Lentement, Rose rendit son verdict en tendant un doigt vers la robe bordeaux qui était clairement plus décontractée.

— T'es sûre ? insista Juliet en zieutant le choix délaissé par Rose.
— Sûre et certaine, confirma Rose. Habille-toi vite, qu'on ait le temps de boire une Biéraubeurre avant ton rencard.
— Ce n'est pas un rencard !
— Mais bien sûr, c'est pour ça que tu as passé une heure et demie dans la salle de bains, Hardy.

Victoria Finnigan ne leur accorda pas un regard tandis qu'elle traversait le dortoir pour se rendre à la salle commune. Juliet, qui rangeait la tenue abandonnée, s'arrêta dans son geste et la suivit du regard quitter la pièce. Victoria ne lui avait jamais parlé aussi froidement depuis qu'elle la connaissait et elle mettait son attitude sur sa petite altercation de la veille. Cependant, Juliet ne regrettait pas de lui avoir dit ce qu'elle pensait. Finnigan le méritait, parfois. Elle ne se rendait jamais compte quand elle était allée trop loin.

Mais Juliet n'avait pas vraiment la tête à s'apitoyer sur les cas Finnigan et Clarks. Elle était terriblement excitée et aussi nerveuse à mesure que le temps défilait : on était samedi et aujourd'hui, elle allait enfin revoir Cameron Lloyd. Rien ne pouvait altérer son empressement à aller à sa rencontre, pas même ce qu'en pensaient les autres. Elle avait ses amis de son côté, et finalement, c'était le plus important pour elle.

Il était temps d'y aller, Juliet enfila un trench et sauta dans des bottines avant de rejoindre Albus dans leur salle commune. Dans cette dernière, tous les élèves au delà de la troisième année s'étaient eux-aussi levés plus tôt qu'à la normale pour profiter de leur sortie au village sorcier. Cette sortie était appréciée et c'était le seul moment où ils pouvaient s'éloigner pendant une journée du château qui leur rappelait incessamment leur imposante masse de travail. Juliet respira profondément, elle allait enfin oublier ses soucis actuels et profiter comme il se devait de ces quelques heures.



Une heure plus tard, Rose, Juliet et Albus étaient assis autour d'une table aux Trois Balais, discutant de n'importe quoi sauf de Lloyd. Pourtant, plus l'heure avançait et plus Juliet se demandait s'il allait se montrer dans la Grand-Rue. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que si le Serpentard s'était montré sympathique avec elle, c'était pour se montrer odieux et foncièrement méchant plus tard. Mais voilà, Cameron Lloyd était différent de tous et Juliet ne savait absolument pas à quoi s'attendre de lui. L'estomac serré, elle eut beaucoup de mal à finir sa Biéraubeurre.

Quant à Rose et Albus, ils n'avaient pas prévu quelque chose de précis pour la journée. Rose avait décliné la proposition de Stephen Brown à s'y rendre avec lui. Elle avait voulu profiter de cette journée pour s'évader et non pas s'embrouiller l'esprit avec son futur ex-petit ami. Albus avait également l'intention de rejoindre quelques connaissances de Serdaigle - incluant cette fois l'ex-petit ami de Juliet, Marshall Finch-Fletchey, et Rose avait décidé de l'accompagner, se disant que de nouveaux visages seraient bénéfiques pour elle.

Hé, Juliette !
— Oh non... marmonna Rose dans sa barbe tandis qu'Albus la dévisageait avec un sourire moqueur.

Sous le regard surpris des trois Gryffondor, Andrea Hardy et Scorpius Malefoy s'installèrent à leur table, comme si ça leur était tout à fait naturel. Malefoy s'assit à côté de Rose, pour le soulagement de celle-ci, qui n'aurait pas supporté d'avoir Andrea à côté d'elle. Andrea s'assit à côté de Scorpius, faisant face à Juliet et à Albus.

— Euh... vous allez bien ? demanda Albus après un temps d'hésitation.
— Parfaitement bien, répondit Scorpius d'un ton complètement décontracté avant de se tourner vers Rose. Ça a l'air super bon ce que tu bois là. C'est quoi ?
— Un chocolat chaud, répondit lentement cette dernière.

Pendant que Scorpius Malefoy demandait à goûter son chocolat et que Rose le regardait en faisant de gros yeux, Andrea sembla se ressaisir et se pencha en avant pour que Juliet puisse l'entendre malgré le bruit inévitable du pub bondé. Albus, curieux de savoir ce qu'Andrea avait à dire à Juliet après leur dispute de la veille, se rapprocha de son amie. Juliet termina la dernière gorgée de sa Biéraubeurre avant qu'Andrea ne reprenne la parole.

— Scorpius et moi avons surpris une conversation entre les Lloyd, annonça Andrea sans faire attention à Scorpius qui avait la tasse de Rose entre ses mains. Je sais que tu m'en veux pour hier, mais méfie-toi, Maisie trame quelque chose de pas net.
— Qu'est-ce-que tu entends par « quelque chose de pas net » ? demanda Albus, sceptique.
— Je ne sais pas justement, Potter ! répliqua Andrea, agacée. Bref, son frère est forcément relié à tout ça. Je te tiendrai au courant si j'apprends quelque chose de nouveau.

Juliet se retint de rire. Andrea était venue jusqu'ici pour la prévenir des manigances de Maisie Lloyd ? Personnellement, la Gryffondor avait tendance à ne croire que ce qu'elle voyait de ses propres yeux. Andrea était manifestement encore trop enfoncée dans ses histoires personnelles dans lesquelles tout le monde complotait contre elle. Et puis, si elle voulait la convaincre de ne pas retrouver Cameron Lloyd, c'était raté. La Gryffondor était plus que prête à le rejoindre, quoiqu'en disent les autres.

— Je me demande à qui elle se référait quand elle disait « on », dit alors Andrea d'un ton vague plus pour elle-même que pour Juliet et Albus. Son père peut-être...
— Malefoy ! s'écria alors Rose, coupant court aux réflexions de la Serpentard.
— Je suis désolé, vraiment ! s'excusa Scorpius Malefoy.

Le pull de Rose était maintenant recouvert de chocolat, Juliet, Andrea et Albus se demandant comment Malefoy avait bien pu renverser la tasse sur une Rose qui fulminait.

Tergeo !
— Merci, Al.
— Tu veux que j'aille t'en chercher un autre ? proposa Scorpius Malefoy qui ne savait pas comment réagir face au visage rouge de rage de Rose.
— J'espère bien, en plus tu as fait bien plus qu'y goûter !

Juliet ne put s'empêcher de sourire en voyant Scorpius Malefoy, d’ordinaire si en retrait, se lever pour aller commander une nouvelle boisson, confus. Rose ruminait dans son coin en vérifiant que son cousin avait bien retiré toutes les tâches de son pull. Quant à Andrea, elle fixait Juliet regarder sa montre, puis redresser la tête, prête à partir. Juliet les salua en leur souhaitant à tous une bonne journée, s'empressant de quitter le pub surpeuplé pour se retrouver dans la fraîcheur de ce début de mois d'octobre.

Frissonnante, Juliet resserra sa veste sur elle et jeta un coup d'œil aux alentours. Il y avait une dizaine de personnes qui se baladaient dans la rue, mais pas de trace de Lloyd. Juliet se mit à remonter la Grand-Rue, regardant d'un œil distrait les vitrines devant lesquelles elle passait, s'efforçant de ne pas penser à lui. Juliet vérifia tout de même une nouvelle fois sa montre : il était midi.

— J'espère que tu n'es pas le genre de filles à aimer le salon de Mme Piedodu, Hardy.

Juliet sursauta et lui fit face. Ses inquiétudes étaient infondées : Cameron Lloyd était là devant elle, les mains dans les poches de sa veste et ne semblait pas sur le point de l'attaquer ou de se moquer d'elle, comme elle l'avait imaginé. Juliet avala sa salive difficilement.

— Pas vraiment, non, répondit-elle.

La vérité, c'était qu'elle aurait pu l'être. L'année précédente, lorsqu'elle était avec Marshall, ils étaient allés dans ce salon si connu et Juliet n'y avait plus jamais mis les pieds par la suite. Elle avait eut le malheur de manger des biscuits qui l'avaient rendue malade. Mais ne voulant pas gâcher sa journée avec son petit ami, elle avait prétendu que tout allait bien pour le reste de la journée. Ce qui avait été de toute évidence une très mauvaise idée. Juliet fronça les sourcils à l'évocation de cette journée désastreuse.

Juliet se surprit alors à dévisager Lloyd. Pour une fois, elle avait tout le loisir de pouvoir plonger dans ses yeux bleus si complexes sans que personne ne vienne les interrompre. Elle se surprit à sourire sans qu'elle le veuille vraiment et cela déstabilisa le Serpentard, qui passa une main dans ses boucles brunes, rompant le contact visuel qui s'était établi entre eux.

— Bon, où veux-tu aller ? lui demanda-t-il d'une voix égale.
— Et si on se baladait autour de Pré-au-Lard ? proposa alors Juliet.

Après tout, ils seraient beaucoup plus tranquilles et Juliet avait remarqué à la fois les regards noirs et ceux craintifs qu'on lançait au Serpentard dès qu'ils passaient près d'eux. Ce dernier se contentait de regarder autour de lui sans y faire attention. Juliet et Cameron empruntèrent donc un chemin qui avait l'air de s'éloigner légèrement en direction des montagnes environnantes. Elle se permit à nouveau de lui jeter un coup d'œil curieux. Toujours les mains dans les poches, il marchait tranquillement à ses côtés comme s'ils faisaient ça tout le temps. Juliet ne tint plus.

— Alors, qu'est-ce-qui t'a convaincu de m'accompagner aujourd'hui ?
— Ne brûle pas les étapes. Tu me devais une réponse, rappelle-toi.

Prise dans son propre piège, Juliet se vit contrainte de lui donner une explication. Pendant toutes ces journées à anticiper ce moment, elle n'avait pas réfléchi à ce qu'elle aurait bien pu lui dire. Pourquoi avait-elle insisté pour l'inviter à cette sortie ?

— J'aime me faire une opinion des gens par moi-même, dit-elle prudemment. Et je suis persuadée que tu n'es pas un monstre, j'ai été trop directe la dernière fois...

Sentant le rouge lui monter aux joues, Juliet regretta d'avoir prononcé cette dernière phrase avec ce ton d'excuse. Lloyd ne sembla pas y faire attention, ou du moins, ne le montrait pas. Car c'était ce qui caractérisait Cameron Lloyd. C'était sa façon d'être.

— Pour être honnête, c'est justement ce que tu m'as dit qui m'a fait changer d'avis, répondit-il alors qu'ils marchaient toujours tranquillement sans se regarder.

Juliet fronça les sourcils, circonspecte. S'il lui avait dit qu'elle était une bête féroce que personne ne voulait voir, Juliet n'aurait certainement pas accepté sa proposition.

— Quand les gens viennent me voir, autrement que pour mes affaires, c'est pour jouer la carte de l'hypocrisie. On ne m'a jamais dit en face que j'étais un monstre.

Juliet se mordait la lèvre, gênée.

— Désolée.
— Pas grave.
— Ça ne... hésita Juliet, ça ne te dérange pas ce que les gens pensent de toi ? Enfin, je veux dire... on se fie aux apparences et...
— Et toi, qu'est-ce-que ça t'apporte que les gens t'apprécient ? répliqua Cameron.
— C'est... je ne sais pas à vrai dire. Mais tu n'as pas répondu à ma question.
— Et si on arrêtait les questions ? proposa alors Lloyd en se stoppant brusquement.

Ne le voyant plus à ses côtés, Juliet fit de même et se retourna pour lui faire face. Il ne paraissait ni vexé, ni énervé ou quoi que ce soit. Toujours le même visage aux expressions figées que Lloyd avait l'habitude d'arborer. Juliet retint alors toutes ses interrogations pour plus tard. Elle était loin d'en avoir fini avec lui, elle voulait réellement apprendre à le connaître et découvrir ce qu'il cachait. Mais pour le moment, il valait mieux être prudent et l’approcher doucement.

— D'accord, répondit-elle lentement.

Lloyd parut se détendre et Juliet ne put s'empêcher de sourire. Il avait beau être ce qu'il était, ce garçon devait agir sur elle et elle contrôlait encore moins ses gestes et paroles que d'habitude. Pendant un quart de seconde, Juliet crut voir les joues du Serpentard se teinter imperceptiblement face à son attitude d'extravertie. Au bout de quelques secondes de silence, l'estomac de Juliet lui rappela ses besoins jamais assouvis.

— On va boire un verre ?

Cette fois, Cameron Lloyd ne d'esquisser un léger sourire. Ils firent donc demi-tour sur le chemin et la Gryffondor engagea la conversation vers ses cours de divination, lui affirmant qu’une majorité d’élèves dénigrait cette matière pourtant très drôle. Cameron n'était apparemment pas un fanatique de la matière, il l'avait même arrêtée après ses BUSE, mais il écouta ce que Juliet disait avec attention.

Quand Juliet et Cameron entrèrent dans le pub des Trois Balais après être revenus dans le centre du village, certains regards se fixèrent sur eux pour ne plus se détacher. Cela mit légèrement Juliet mal à l'aise. Pourquoi les gens ne pouvaient-ils pas regarder ailleurs et pourquoi sa vie devait être épiée par ses camarades ? Lloyd à ses côtés était à la recherche d'une table, pas le moins du monde gêné par l'attention qu'ils attiraient. Pour une fois, Juliet aurait aimé être tranquille et pouvoir rencontrer qui elle voulait sans qu'on ne la dévisage.

— Là-bas, fit Lloyd en lui indiquant une table.

Juliet lui fit confiance, elle n’arrivait pas à voir quoi que ce soit dans cet endroit bondé, et elle le suivit se faufiler entre les tables jusqu'à un coin de la pièce. Ils étaient enfin parvenus jusqu'à la table quand soudain, on attrapa Juliet par le coude pour la tirer en arrière. Surprise, elle se vit emporter entre les tables avant de se rendre compte que c'était James qui l'entraînait sans ménagement. Juliet essaya de se détacher de l'emprise qu'il avait sur son bras, en vain.

— Lâche-moi ! protesta-t-elle vivement tandis qu'ils la menait dans les toilettes du pub.

Quand James referma la porte derrière eux, il se tourna enfin vers elle, les sourcils froncés.

— Tu ne peux pas sortir avec lui.
— Quoi ? Tu te fous de moi ? Tu veux que je te rappelle ce que tu me disais pas plus tard qu'hier ?

James leva les yeux au ciel, gêné à l'idée de lui dire ce qu'il avait en tête. Juliet croisa les bras sous sa poitrine, mécontente, et se mit à taper du pied nerveusement. La situation ne pouvait pas être plus ridicule : elle devait passer la journée avec Cameron Lloyd et elle se retrouvait avec James dans les toilettes des Trois Balais. Mais surtout, elle en voulait terriblement au septième année de s'interposer entre elle et le Serpentard.

— C'est juste que... hésita James. Tout le monde sait qu'on est plus ou moins liés, toi et moi... et je suis certain que Lloyd le sait. On se déteste depuis la première année, je suis certain qu'il te manipule pour me...
— Oh non ! s'exclama Juliet en reculant subitement. Pas toi ! Tu n'es quand même pas en train de tout ramener à toi ?
— Non ! Bien sûr que non ! s'insurgea James. Je ne serais pas dans les toilettes à te convaincre de le laisser tomber si je me souciais uniquement de moi ! Cameron Lloyd a toujours été louche, Juliet. Il ne s'est fait d’amis pendant six ans, et encore moins eut une petite amie… Alors pourquoi maintenant ?

Juliet ouvrit la bouche pour répliquer, avant de se rendre compte qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'elle voulait répondre. James n'avait pas tord, mais justement, s'il ne le liait à personne, peut-être que Cameron Lloyd avait pris l'habitude d'être seul et qu'en voyant les années passer, il s'y était fait. Non, Juliet ne pouvait pas croire que le Serpentard chercherait à la manipuler pour mieux atteindre James. Il avait tellement l'air détaché de toutes les affaires de Poudlard qu'elle ne pouvait même pas l'imaginer se rapprocher d'elle pour servir des intérêts peu louables.

— Fais-moi confiance, dit alors Juliet d'un ton plus doux. Je ne suis plus une gamine, je suis capable de voir quand on me ment.

James ne répondit pas, mais se mordit la lèvre en détournant le regard. Cela eut pour effet d'intriguer la sixième année. Elle voulut en profiter pour s'éclipser, mais il la retint une nouvelle fois par le coude. Juliet commençait à sentir la rage monter en elle. Il n'avait aucun droit d'agir comme il le faisait. Certes, elle le considérait un peu comme le grand-frère qu'elle n'avait jamais eu, mais ce n'était pas une raison pour agir comme tel. Juliet détestait se disputer avec ses amis, mais dans ce cas précis, James l'agaçait tellement qu'elle n'en avait rien à faire. Alors elle décida de le remettre à sa place.

— James, il s'agit de ma vie, dit Juliet en insistant sur l'avant-dernier mot. Je n'ai pas besoin de toi pour me rappeler toutes les cinq minutes que je suis une petite fille sans défenses ! Et question relation, on ne peut pas vraiment dire que tu sois à même de me donner des conseils. Va voir Collins, et on pourra en reparler, d'accord ?
— Ah ouais ? s'emporta James. Tu n'as pas à impliquer Audrey dans cette histoire. Elle, au moins, n'est pas une future criminelle bonne à enfermer à Azkaban !
— Tu crois ? poursuivit Juliet avec un air dédaigneux, elle pourrait très bien y finir, vu les regards meurtriers qu'elle lance à toutes les filles qui te parlent !
— Arrête, tu sais très bien qu'elle ne ferait de mal à personne, rétorqua James en s'appuyant sur la porte. Lloyd envoie une dizaine de personnes à l'infirmerie par mois, je ne sais pas ce qu'il te faut de plus pour prouver qu'il est mauvais.

Juliet se frappa le front du dos de sa main, excédée.

— Qu'est-ce-qu'il t'a fait pour que tu le détestes à ce point ?

Les yeux de James s'arrondirent face à la question que venait de poser Juliet. Alors tout s'éclaira dans son esprit : il s'était forcément passé quelque chose entre les deux garçons pour que James soit tant décidé à ce qu'elle abandonne le Serpentard. Cependant, au moment où elle allait lui en faire la remarque, la porte des toilettes s'ouvrit sur une Audrey Collins, l'air très suspicieuse, mais aussi très surprise. Juliet sauta sur l'occasion pour s'enfuir de cette pièce exiguë qui avait accumulé tant de tension au cours des dernières minutes que Juliet redoutait de dire quelque chose de regrettable.

— Ne t'en fais pas, Collins, claqua froidement Juliet. Il est tout à toi.

Juliet accorda un dernier regard déçu à James avant de se diriger directement vers la sortie du pub à grands pas sous les regards de quelques uns de ses camarades. Cependant, si elle s'était sentie gênée en entrant un quart d'heure auparavant, il n'en était rien maintenant. Elle était bien trop sur les nerfs pour pouvoir y prêter attention. Elle détestait James. Il lui avait gâché sa journée. Et elle avait besoin d'air frais.



Quelques instants plus tard, dans la Grand-Rue, Cameron contemplait Juliet dans le silence, ne sachant visiblement pas comment réagir face à la situation. Tout le monde à Poudlard savait que Juliet Hardy et James Potter étaient proches, mais Lloyd se demandait comment elle pouvait supporter un type pareil. Dès sa première année, il avait su qu'il n'apprécierait jamais Potter. Ce dernier avait eu le malheur de commencer à le taquiner pour se rendre intéressant dès les premières semaines à Poudlard, mais Cameron s'était vite montré tranchant et l'avait mis à terre d’un Flipendo bien placé avant que Fred Weasley n'ait eu le temps de rire à la blague que James avait lancé. James Potter était devenu populaire par la suite, les gens prenant James pour la victime d'un vil Serpentard tandis que Cameron fut consigné et pris au contraire pour le bourreau sans cœur.

Sa réputation et ses petites affaires avaient même débuté grâce à Potter. Quelques témoins avaient remarqué à quel point Cameron était doué en maléfices pour un gamin de première année. Les gens avaient commencé à venir le voir pour se venger de quelqu'un et par la suite, personne parmi le corps enseignant n'avait soupçonné que le fils du professeur de métamorphose était le responsable de tant d'envois à l'infirmerie.

Cependant, il ne dit rien à Juliet. Après tout, les Gryffondor et les Serpentard étaient censés se détester par principe. James Potter en était un parmi tant d'autres.

— Écoute, Hardy, si tu veux rentrer à Poudlard maintenant...

Juliet leva les yeux vers lui et acquiesça gravement. Elle se sentait tellement stupide à ce moment lorsqu'ils revenaient au château. Ni Cameron, ni Juliet ne s'adressèrent un mot sur le chemin du retour, chacun étant dans ses pensées. Juliet ruminait ses sombres sentiments envers celui qu'elle prenait pour son grand-frère alors que Cameron Lloyd réfléchissait à sa dispute avec Potter. A cause de lui, elle s'était disputée avec l'un de ses proches amis, et cela lui rappela douloureusement les seules autres disputes dont il avait pu être la cause.

Ils passèrent au niveau du portail en fer forgé quand Lloyd se mit à détailler le profil de la Gryffondor. C'était bien la première fois qu'il sortait de ses sentiers battus et cette nouvelle expérience lui donnait étrangement envie d'aller plus loin. Jusqu'à présent, il s'était interdit tout rapprochement avec quiconque : il était persuadé de ne pas être fait pour cela, et comment croire que cela pouvait arriver alors que sa famille était un fiasco total depuis toujours ? Il y avait bien Daphné, sa mère, qu’il aimait profondément, mais elle-même était la preuve que les Lloyd étaient porteurs d'une malédiction. Sinon, elle ne les aurait pas quittés tous les trois, des années plus tôt.

Puis, avec une expression résignée, il songea que Juliet Hardy était décidément trop mignonne pour traîner avec un mec comme lui. C'était une réelle bouffée d'air frais et elle était si innocente, il savait pertinemment que si elle s'accrochait à lui, elle finirait inévitablement par souffrir à un moment ou à un autre. Il le savait, car à son plus grand malheur, on était loin d'en avoir terminé avec lui.

Finalement, ils arrivèrent à l'entrée du château et Juliet se tourna vers lui. Quand son regard noisette se planta dans le sien, ses résolutions tombèrent à l'eau. C'était mal, il le savait très bien. Mais personne ne s’était jamais autant intéressé à lui. Les gens se contentaient de venir le voir pour ses marchés et lui allait en voir certains pour les envoyer à l'infirmerie. C'était un cercle vicieux, mais Cameron n'avait jamais ressenti le besoin d'aller vers les gens. Cependant, on n'avait jamais insisté pour l'inviter à aller à Pré-au-Lard, on ne lui avait jamais parlé aussi ouvertement qu'elle le faisait. Alors, il prit les devants pour la première fois.

— Oublie Potter, lui dit-il d'un ton sérieux. Aujourd'hui, on va chercher un truc à manger et on va passer un bon après-midi, d'accord ?

Juliet parut un moment surprise par ce revirement de situation et un sourire perça derrière ses lèvres.



— Quand je t'ai croisé juste avant l'histoire du placard à balais, tu devais récupérer l'argent de cette fille ? demanda craintivement la Gryffondor alors qu'ils étaient assis sur un banc de la cour extérieure.

Cette histoire de gagner des Gallions sur la santé d'autres élèves rebutait Juliet au plus haut point, elle devait bien l'avouer. Bien sûr, elle se doutait que le Serpentard n'était pas une personne qui transpirait la bonté et évitait les conflits, mais tout de même, elle ne pouvait pas en supporter l'idée. Elle pensa avec dépit que James avait raison sur ce point.

— Je croyais qu'on avait dit pas de questions ? rappela Lloyd en plissant les yeux.

Ils se défièrent du regard pendant quelques secondes, avant que le Serpentard ne rende les armes.

— J'aurais du me douter qu'elle n'avait pas l'argent, c'est une née-moldue. Elle n'avait que des livres Sterling.

Toujours aussi mal à l'aise avec ce sujet, Juliet n'arrivait pas à trouver les bons mots pour lui montrer qu'elle désapprouvait ce qu'il faisait. Après tout, elle ne le connaissait pas et elle n'était pas la mieux placée pour lui dire ce qu'il devait faire. L'image de Mr Lloyd, son professeur de métamorphose, s'imposa à son esprit. Ne voyait-il pas à quel genre d'activités se dévouait son fils, lui qui avait l'air si bienveillant envers ses élèves ? Au moins, Juliet s'estima heureuse de ne pas avoir eu à faire à Cameron Lloyd dans d'autres circonstances que celles d’aujourd'hui. Personne ne la détestait au point d’en arriver là, et elle ne put s’empêcher de se sentir soulagée.

— C'est mal, commenta-t-elle simplement.

Lloyd eut un sourire. Évidemment, il ne s'attendait pas à ce que la douce Juliet approuve son commerce étrange.

— Mais j'en ai besoin.
— De l'argent ?
— Oui.
— Pourquoi ?
— C'est compliqué.
— Oh, fit Juliet.

Non, elle ne connaissait définitivement pas Cameron Lloyd. Juliet retint le flot de questions qui lui parvenaient à l'esprit, préférant ne rien ajouter. Son regard se perdit sur un groupe de Serdaigle qui traversait la cour en riant.

— Tu es française, c'est ça ?
— Oui, répondit Juliet en reportant son attention vers lui. Mais ma mère était anglaise, à Serpentard, d'ailleurs.
— Était ? demanda Lloyd.
— Elle nous a abandonnées, Andrea et moi, à la naissance. Personne ne la revue depuis.
— Je suis désolé, s'excusa Cameron tout à coup.
— Ce n'est rien, je ne l'ai jamais connue alors elle ne peut pas vraiment me manquer. Elle s'est sûrement rendue compte que la famille Hardy était un énorme piège. Dans ce cas là, je ne la blâme pas.

Cameron remarqua que Juliet avait adopté un ton froid qui ne lui ressemblait pas. Pire même que la voix avec laquelle elle s'était adressée à Potter au Trois Balais.

— Parfois, je me demande si je suis tombée dans la bonne famille, poursuivit Juliet, le regard vide. Quand je vais chez les Weasley, je me sens à ma place mais quand je suis de retour en France, c'est comme si je faisais face à une bande d'étrangers coincés qui font tout représenter la famille parfaite. Avant que ma mère ne disparaisse dans la nature, mon oncle et ma tante ont mis des jours et des jours à trouver une solution pour masquer le fait que mon père avait eu des enfants hors mariage. Si ce n'est pas pitoyable, ça.

Les mots étaient sortis tous seuls de la bouche de Juliet sans qu'elle puisse les retenir. Puis elle réalisa qu'elle n'avait jamais fait part de cette histoire à ses meilleurs amis, ni à personne. Elle se tourna subitement vers Cameron, qui la regardait en penchant légèrement la tête.

— Je n'ai pas envie de t'ennuyer, ajouta-t-elle avant de rougir. Surtout pas avec mes affaires de famille.

Cameron ne dit rien, se contentant de la regarder, elle et ses joues rosies. Il se rendit compte que même elle, la joueuse de Quidditch adulée par ses camarades, n'avait pas la vie rêvée qu'elle semblait avoir. Qu'était-il censé lui dire, que lui aussi ressentait la même chose à propos de sa famille qu'il détestait tant ? Il ne pouvait s'y résoudre. De plus, lui et les relations humaines n'étaient pas synonymes. N'arrivant pas à trouver les bons mots, il glissa sa main jusqu'à celle de Juliet sur le banc en pierre et entrelaça ses doigts aux siens.

Juliet leva lentement les yeux vers lui, frissonnant au contact des doigts de Cameron contre les siens. Ses yeux bleus brillaient d'une lueur réconfortante à ce moment et étaient si intenses que Juliet eut l'impression de s'y perdre. Son cœur battit un peu plus vite contre sa poitrine. A ce stade, ses pensées n'étaient plus cohérentes, la gorge sèche, elle n'eut pas envie de parler, et pour être honnête, elle n'aurait pas su quoi dire.

Étrangement, elle se sentait bien, assise là. Il faisait peu froid, c'était vrai. Le ciel au-dessus de leurs têtes était gris orageux, mais peu importait, Juliet était bien. Son cœur battant à toute allure, elle détourna le regard en rougissant de plus belle. Juliet n'arrivait même pas à lui en vouloir pour ses actes. Il y avait tellement de choses à son sujet qu'elle ne savait pas. Sa famille à elle avait de l'argent, et même beaucoup d'argent, elle n'avait donc aucune raison de se permettre de le juger. Elle ne pouvait pas comprendre si elle ne savait pas par quoi il était passé.

— DEGAGE ! HORS DE MA VUE ! TU ME DÉGOÛTES, SALE PORC !

Rompant la sérénité et la magie du moment, Rose débarqua comme une furie dans la cour. Elle était furieuse et ne remarqua même pas Juliet quand elle passa à son niveau. Cette dernière, immobilisée et sous le choc, mit quelques instants avant de réaliser qu'une seule personne avait pu mettre sa meilleure amie dans une telle colère et cette personne n'était autre que Stephen Brown, le Poufsouffle de septième année. Il ne tarda pas à arriver derrière Rose et appelait la Gryffondor d'un ton suppliant :

— Rosie, je suis désolé ! Vraiment désolé... on pourrait en parler au moins !
— C'EST FINI ENTRE NOUS AU CAS OU TU NE L'AURAIS PAS COMPRIS, ABRUTI !

Rose était déjà hors de vue que Brown se rendit compte de la présence de Juliet et Cameronqui assistaient au spectacle, assis l'un à côté de l'autre. Son regard s'arrêta deux secondes sur leurs doigts entremêlés, puis il s'approcha de Juliet, l'air effaré en jetant des coups d'œil vers l'endroit où se trouvait Rose quelques secondes plus tôt.

— Hardy, tu pourrais aller raisonner Rose ? Elle ne va pas très bien et elle ne pense pas ce qu'elle dit...
— Au contraire, je pense qu'elle sait très bien ce qu'elle fait, rétorqua Juliet. Tu peux lui dire adieu, Brown.

Le Poufsouffle lui lança un regard impérieux avant de les quitter à grands pas. Avec un pincement au cœur, Juliet retira sa main de celle du Serpentard et se leva.

— Je... je suis désolée, bégaya Juliet. Mais il faut que... Rose a besoin de quelqu'un.
— Bonne chance, Hardy, lui dit-il avec un sourire en coin.

Juliet se mordit la lèvre. Ils étaient tellement bien avant que Rose ne débarque. Elle regrettait de ne pas pouvoir passer plus de temps avec lui... mais son amie devait être dans tous ses états, elle ne pouvait pas se permettre de la laisser seule, enragée contre son ex petit ami. Au prix d'un effort qui lui coûta plus qu'elle ne pouvait l'admettre, Juliet lui sourit en retour et tourna les talons, sur les traces de Rose, tandis qu'une partie de ses pensées étaient restées auprès de Cameron Lloyd.



Assis seul sur le banc en pierre, Cameron suivit Juliet du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse hors de sa vue. Perdu dans ses pensées, il ne bougea pas tout de suite. Il était bien loin de l'idée qu'il s'était faite de la jeune fille, lui qui l'avait toujours plus ou moins associée à James Potter et Fred Weasley, deux fauteurs de trouble qui avaient de nombreuses fois failli le faire repérer dans le château en dehors du couvre-feu. Cameron était intrigué par les points communs qui les reliaient, la Gryffondor et lui. Car Juliet Hardy n'était pas la seule avoir une mère absente.

Soudain d'humeur maussade en pensant sa mère, Cameron se leva finalement et les mains dans les poches, se mit à marcher en direction du château sans savoir vraiment où il allait. Daphné Greengrass n’habitait plus en Angleterre et de ce fait, ils ne se voyaient que très rarement. Elle lui manquait, mais Cameron savait que sa relation avec elle avait brusquement changé depuis l'incident pour ne plus jamais redevenir la même.

Le simple fait de se remémorer ce qu'il s'était pass ce soir-là lui fit serrer instinctivement sa main sur sa baguette magique. Cameron n’éprouvait pas la même adulation pour son père que le reste des élèves. Sa réputation d'ancien Serdaigle populaire au lendemain de la guerre laissait un goût amer dans la bouche de Cameron. Avec dépit, il songea que Maisie était bien stupide de lui vouer un culte elle aussi, lui qui était la raison du divorce de leurs parents.

— Alors, ton rendez-vous s'est bien passé ? Vous vous êtes murmuré des mots doux ?
— Dégage, Maisie.

Cameron n'avait pas été surpris quand sa soeur était subitement apparue alors qu'il descendait la volée de marches menant aux cachots. Elle le suivait depuis le début de l'année et Maisie était du genre obstinée. Avec les autres, elle obtenait toujours ce qu'elle voulait : réclamer les devoirs des septième années pour obtenir de meilleurs résultats, faire de la concurrence à Andrea Hardy pour la mettre dans tous ses états, et même faire porter ses affaires par des première années naïfs. Cependant, Cameron connaissait sa soeur et il n'était pas aussi facile à berner qu'un gamin de onze ans.

— Oh, je sais, poursuivit Maisie en le suivant à la trace. Elle a refusé de t'embrasser. Mon pauvre Cam.
— Pourquoi tu n'irais pas voir tes amis ? Ta présence leur est si indispensable.
— Pas autant que la tienne auprès de notre famille, répliqua Maisie d'une voix sombre tout à coup.

Surpris cette fois, Cameron se retourna pour lui faire face. Elle avait abandonné son ton moqueur et était désormais plus que sérieuse. Le Serpentard décida de la prendre à son propre jeu et retourner les doutes qu'elle pouvait avoir à l'encontre de Aaron Lloyd.

— Si tu tiens tellement à le défendre, pourquoi tu ne sais toujours pas ce qu'il prépare dans l'ombre ?

Pendant un millième de seconde, Maisie parut désarçonnée par la question de son frère, mais elle se reprit bien vite et croisa les bras pour se donner contenance avant de répliquer d'un ton froid :

— Peu importe, je lui fais confiance et tu devrais faire la même chose au lieu de fricoter avec cette fille. Quand elle te lâchera, tu comprendras qu'il n'y a que nous. Moi je serai toujours là pour toi.
— Tu oublies quelque chose, remarqua Cameron en lui jetant un regard noir.
— Ah ouais ? Quoi ?
— On ne choisit pas sa famille. Pourtant tu as raison. Je ne t'abandonnerai pas non plus, Maisie.

Cette fois, Maisie lui lança un regard affolé tandis que Cameron repartait déjà, la laissant en plan au milieu du couloir sombre et froid des cachots.



— Je vais le tuer, Juliet, je vais le tuer...

Un bras autour des épaules de sa meilleure amie, Juliet tenait aussi une boite de mouchoirs dans son autre main. Elle avait retrouvé Rose dans leur dortoir, pleurant de rage. Rose se moucha bruyamment. Elle n'avait cessé de menacer Brown depuis que Juliet l'avait rejointe et n'avait rien dit des raisons qui l'avait mise dans cet état. Juliet attendit patiemment que son amie se calme, et cela prit une dizaine de minutes supplémentaire.

— Et dire que je lui ai accordé le bénéfice du doute... marmonna Rose entre ses dents. J'ai été trop stupide pour croire qu'il m'aimait encore. C'est un abruti, hein ?
— Oui, pire que lui, ça n'existe pas, approuva Juliet.
— Eh bien je l'ai surpris en train de fourrer sa langue dans la bouche de cette quatrième année... tu sais, celle qui n'arrête pas de raccourcir la longueur de sa jupe. Elle aussi, dès que je la croise, je la tue. En plein milieu du chemin, les...
— Calme-toi, Rose, il ne mérite pas que tu te mettes dans un tel état...

Les larmes de Rose ne tarirent pas, si elle savait que ce moment arriverait tôt ou tard, la chute avait été brutale, même si ça lui pendait au bout du nez. Mais le voir, lui, Stephen, avec qui elle s'était trop attachée durant deux ans, en train d'embrasser cette Gryffondor sans avoir aucun scrupule, ça avait signé la fin. Plus jamais Rose ne se ferait avoir. Elle apprendrait de ses erreurs, et elle allait se venger. Juliet lui frotta le dos dans un geste réconfortant et sanglotant encore à moitié, elle tourna son visage vers elle, l'air décidé.

— Ne tombe jamais amoureuse, Juliet. Jamais.

End Notes:

La semaine prochaine, on apprendra un peu plus sur le mystère qui entoure les Lloyd.

Merci d'avoir lu !

Le mystère Lloyd by Pinkgrass
Author's Notes:

Bonne lecture !

Petit edit : merci pour vos lectures, on a dépassé le stade des 1000, wow !

 

Le weekend était presque passé, déversant sa vague de nouvelles au sein de l'école : Juliet Hardy et Cameron Lloyd avaient passé une journée ensemble, mais ce qui faisait le plus parler était sans aucun doute la séparation de Rose Weasley et Stephen Brown. Les rumeurs allaient bon train entre les élèves. On disait que Weasley avait failli se battre avec Brown en allant prendre son petit déjeuner le dimanche matin, mais ses amis de toujours l'en avaient empêchée avant qu'elle ne lance le moindre maléfice au garçon. Partout où ils allaient, Juliet, Rose et Albus étaient épiés comme s'ils étaient le centre d'attention de toute l'école.

Et c'était bien pour cette raison que Juliet et Albus décidèrent de passer la journée à travailler à la bibliothèque. Rose les avait suivis à contrecœur, mais elle devait avouer que cela avait été leur meilleure décision de la journée : là-bas, au moins, ils s'étaient installés à une petite table au fond de l'antre de Mme Pince et n'étaient dérangés que lorsque celle-ci faisait des rondes et leur jetait des regards soupçonneux. Ce qui était bien plus agréable que certains élèves qui les fixaient comme des bêtes de foire. Juliet restait silencieuse mais se faisait souvent la réflexion qu’elle n'allait pas tenir la semaine sans exploser si la situation perdurait.

Rose avait passé la veille au soir à se goinfrer de chocolats qu'elle avait acheté à Pré-au-Lard, Juliet se contentant de mâchonner le même chocolat toute la soirée. Et encore, cet unique chocolat était très mal passé. La vérité, c'était qu'elle ne se sentait pas dans son état normal. Juliet mettait ce sentiment sur le compte des changements qui étaient intervenus au cours des derniers jours. Rose était d'humeur massacrante, et Juliet quant à elle récoltait des regards de travers de la part de ses camarades comme si elle était contagieuse.

Et puis, il y avait ce Serpentard. Ce Serpentard auquel elle avait pensé avant de s'endormir. Elle aurait été incapable de dire si elle avait rêvé de lui cette nuit là, mais une chose était sûre : il avait été la première personne à qui elle avait pensé en se réveillant. Juliet se demanda même si elle développait une sorte d'obsession à son sujet tellement il marquait son esprit à chaque instant de la journée. Elle l'avait cherché du regard ce matin, dans la Grande Salle, espérant croiser son regard captivant, mais il ne s'y était pas montré, ni même le midi. Juliet arrivait à s'en sentir coupable, alors que sa meilleure amie vivait une rupture difficile, mais elle n'arrivait pas à le sortir de ses pensées.

— Page combien le sortilège Patronus ? demanda Rose en gardant les yeux rivés sur son livre.
— Quarante sept, répondit Albus.

Juliet croisa le regard d'Albus avant que celui-ci ne retourne rapidement à son devoir de potions. Juliet se mordit la lèvre, il avait essayé de lui demander comment s'était passée sa journée de la veille, mais ne voulant pas brusquer Rose qui avait encore du mal avec le sujet tabou « Lloyd », ne préférait pas lui parler ouvertement étant données les circonstances. Et Albus avait aussi remarqué la façon glaciale dont Juliet avait ignoré James en descendant de son dortoir. Il ne savait pas ce qui s'était passé, mais il se rendait compte que tout ceci avait un rapport avec le rendez-vous de sa meilleure amie.

— Hé, salut. Je peux ?

Albus, Juliet et Rose furent tout aussi surpris les uns que les autres. Scorpius Malefoy leur demandait s'il pouvait s'installer avec eux, ce qui n'était vraiment pas commun. C'était même presque incroyable compte tenu du fait qu'il ne s'était jamais assis avec eux pendant leurs cinq années à Poudlard. Depuis la veille, Juliet sourit enfin en songeant que partager son chocolat chaud avec Rose Weasley avait du changer la donne entre temps. Amusée, Juliet tourna une page de son livre tandis que Scorpius s'asseyait à côté d'Albus.

— Andrea est devenue insupportable, dit-il tout naturellement comme s'ils étaient amis. Elle ne parle que de toi, Hardy. J'ai beau lui dire que tu es assez grande pour te défendre toute seule, elle ne m'écoute pas.

Malefoy soupira. Rose et Albus échangèrent un regard à la fois surpris et intrigué.

— Hmm, sans vouloir te vexer, Malefoy, que fais-tu ici ? demanda Juliet d'un ton suspicieux en plissant les yeux.

Le blond platine la fixa sans comprendre, l'air de ne pas savoir pourquoi elle lui posait cette question.

— Je viens travailler, ça me semble évident.
— Avec nous ?
— Ça vous dérange ? demanda Malefoy en les regardant tour à tour.
— Non, répondit Rose. T'es juste bizarre.

Scorpius Malefoy eut l'air de prendre la remarque de Rose comme un compliment puis il sortit ses affaires, pas le moins du monde gêné par le regard des trois Gryffondor fixé sur lui. Cependant, à la grande surprise de Juliet, la présence du Serpentard détendit considérablement l'atmosphère et à plusieurs reprises, Juliet remarqua le petit sourire de Rose quand Malefoy faisait une remarque anodine sur la nouvelle coupe de Barbara Hopkins. Juliet elle-même devait admettre qu'il leur fit du bien, et voir quelqu'un agir comme si de rien était en leur présence sauva leur dimanche pluvieux.

Deux heures plus tard, Juliet, Rose et Albus accompagnés de Scorpius Malefoy quittèrent les rayons poussiéreux et calmes de la bibliothèque pour se rendre au diner. Rose en avait presque oublié sa mauvaise humeur jusqu'à ce qu'elle croise le groupe d'amis de Brown dans le Hall d'entrée. Et rien ne la retint de leur lancer le plus sèchement possible :

— Ah, vous avez donc lâché votre pourriture d'ami. Grand bien vous fasse.

Mais avant que l'un d'eux n'ait pu répliquer quoi que ce soit, Albus avait déjà pris les devants et avait entrainé Rose sans ménagement. Scorpius regarda les deux cousins entrer dans la Grande Salle, les sourcils froncés. Juliet le rattrapa.

— Merci, Malefoy.

Et sans un mot de plus, Juliet suivit les traces de Rose et d'Albus, les rejoignit au bout de la table des Gryffondor, ignorant royalement les murmures sur son passage.

— Rose, il va vraiment falloir que tu prennes sur toi, conseilla prudemment Albus. Tu vas finir par en attaquer un et ça va se terminer en retenue. Et là, tu lui feras plaisir. C'est ce que tu veux ?
— Non, jamais de la vie, mais regarde-le, Al, dit-elle en désignant d'un coup de tête la table des Poufsouffle. Il fait comme si rien ne s'était passé, je ne peux pas rester de marbre...
— Je sais, compatit Albus. Tu es plus forte que ça, alors montre-le lui.

Rose sourit. Albus et elle se disputaient souvent pour des broutilles, mais au final, c'était lui qui était toujours là, et non ce stupide Stephen Brown. Juliet les écouta vaguement en se servant de la soupe, elle faisait tout pour ignorer James, au milieu de la table, qui la fixait avec insistance. Pourtant elle l'ignorait avec soin : le souvenir de la veille aux Trois Balais était encore cuisant dans sa mémoire. Elle lui en voulait encore pour envisager d'avoir une discussion posée avec lui.

Et malheureusement pour ce soir, Cameron Lloyd ne se montra toujours pas à la table des Serpentard. Ceci joua considérablement avec son humeur, même si elle ne se résolvait pas à l'admettre.


— Juliet ! Tu comptes m'éviter encore combien de temps, histoire que je revienne quand tu te seras décidée à m'adresser la parole ? s'écria James tandis que Juliet sortait précipitamment des vestiaires de Gryffondor.


La jeune fille ne se retourna pas pour autant. Plusieurs jours étaient passés depuis l'altercation à Pré-au-Lard et elle avait décidé de laisser passer le temps pour effacer sa rancœur envers lui. Néanmoins, comme Troy Macmillan l'avait prévu et surtout redouté, l'entraînement de Quidditch avait été désastreux : Juliet et James n'avaient cessé de se hurler dessus pendant deux heures et la pauvre Emma Ellis, coincée entre les deux, était redescendue sur le sol sans que personne ne s'en rende compte. Macmillan n'avait osé le dire quand il mit fin à la séance d'entraînement, mais toute l'équipe avait compris qu'il s'agissait de leur plus mauvaise séance depuis le début de l'année.

— Ne m'oblige pas à utiliser la force, grenouille.

Juliet leva les yeux au ciel, continuant sa route vers le château d'un bon pas, guère inquiète par les menaces de son ami.

Petrificus Totalus !

Avec horreur, Juliet sentit son corps entier se raidir et elle s'étala lamentablement dans la pelouse trempée, incapable de faire le moindre mouvement. Totalement pétrifiée et allongée sur le dos, elle ne voyait qu'une chose : le ciel gris dont la luminosité commençait à dangereusement baisser. Juliet pesta intérieurement contre James Potter. S'il souhaitait se faire pardonner auprès d'elle, il allait falloir qu'il soit extrêmement convainquant. Une fois qu'elle serait libérée du maléfice, elle le détruirait.

— Potter, qu'est-ce-que tu as fait ? s'écria Macmillan en accourant à leurs côtés.
— On règle nos problèmes, répondit James tandis qu'il apparaissait au dessus de Juliet et donc dans son champ de vision.

« Ah non, on ne risque pas de le régler si je suis incapable d'ouvrir la bouche ! », hurlait Juliet sans sa tête. Elle espérait tout simplement que Macmillan allait être assez intelligent pour l'aider, elle, lui qui disait qu'elle était la meilleure Poursuiveuse de Poudlard et son meilleur espoir pour gagner la Coupe de Quidditch cette année.

— Ok, dans ce cas, je vous laisse. Ne vous blessez pas, hein ?

Juliet fulminait, elle venait de trouver une nouvelle cible après James. Ce dernier se pencha alors vers elle pour s'accroupir. La Gryffondor aurait eu envie de lui faire avaler son sourire de vainqueur.

— Bon, je pourrais te laisser là pour ne pas m'avoir adressé la parole depuis samedi, mais comme je suis sympa, généreux, amical, et prêt à aider mon prochain, je vais te donner une chance de pouvoir repartir si tu acceptes de me parler. Compris ?

Le fusillant du regard, Juliet espéra qu'elle y mettait assez de haine car c'était la seule partie de son corps qu'elle pouvait contrôler. James le remarqua et eut un sourire amusé, ses yeux à nouveau rieurs. Puis il s'approcha un peu plus de Juliet et cette dernière le contempla avec un regard affolé. Qu'allait-il lui faire ? Mais il s'avéra qu'il fouilla les poches de Juliet et finit par en retirer la baguette magique de celle-ci. Comment pouvait-il se permettre d'agir de cette façon ? Satisfait, James se releva et pointa sa baguette à lui vers elle.

Aussitôt, elle se ressentit capable de bouger et se redressa en un quart de seconde. La rage circulant dans ses veines, elle se retint de ne pas sauter à la gorge de James. Et il osait se moquer d'elle.

— Tu es malade ou quoi ? Tu penses sérieusement que je vais t'écouter après ce que tu viens de me faire ? Je-te-déteste-James-Potter !

Juliet, prise d'une crise de fureur, se précipita sur James et se mit à le ruer de coups de poings. James perdit son sourire et tenta de repousser Juliet comme il le put, puis il la menaça de sa baguette. Alors Juliet tenta d'attraper sa propre baguette qu'il lui avait lâchement dérobée.

— Arrête ou je te pétrifie une nouvelle fois, la menaça James. Je veux juste qu'on parle.

Fixant sa baguette dans la main de James d'un œil envieux, elle se calma dans le silence et attendit que James dise quelque chose. De son côté, elle n'avait absolument rien à se reprocher, elle n'attaquait pas ses amis dans leur dos et elle ne gâchait pas non plus leur rendez-vous.

— Je suis désolé. J'aurais jamais du te parler comme je l'ai fait. Quand tu m'as dit que tu allais passer la journée avec Lloyd, j'ai été sceptique, je dois l'avouer. Parce que... peu importe. La prochaine fois, je te promets que je n'interviendrai pas. Et Audrey m'a bien fait comprendre que... hésita-t-il. Qu'il y a un truc entre vous.

Dans le plus grand silence, James attendit une réponse qui ne venait pas de la part de sa coéquipière de Quidditch. Elle se contentait de le dévisager, pesant le pour et le contre. Elle s'était décidée à ne pas le pardonner ce soir, ce serait trop facile. Elle était indépendante et Juliet voulait lui montrer qu'elle pouvait faire ses choix et fréquenter qui elle voulait. Elle n'était plus la petite Juliet de première année qu'il avait prise sous son aile cinq ans auparavant, il n'avait pas à interférer sans raison apparente dans sa vie.

— Alors ? demanda James en lui lançant un regard craintif.
— Alors quoi ?
— Amis ?

Juliet leva les yeux au ciel, exaspérée.

— Bien sûr qu'on est amis, mais tu n'as pas le droit de chercher à trouver un prétexte pour prouver que Cameron est foncièrement mauvais. Il ne l'est pas. Compris ?
— Si Cameron est un gentil garçon...
— James, ferme-la, dit Juliet entre ses dents. Tu viens de me faire un promesse, je te rappelle.
— T'énerve pas ! s'exclama James. Je te taquine, c'est mon langage affectif !

Juliet le jaugea du regard, comme si elle se demandait s'il était digne de sa présence, puis elle tendit sa main vers lui, n'ayant certainement pas envie de passer la soirée avec lui dans le parc de Poudlard. James hésita à lui rendre sa baguette magique, mais il dut se rendre compte que priver une sorcière de sa baguette n'était pas un bonne solution si lui-même voulait se faire pardonner de cette dernière. Avec appréhension, il la lui rendit et Juliet la rangea dans sa poche avant de repartir sans un mot.

James la rattrapa en quelques foulées, mais remarquant avec déception que la jeune fille n'était pas encore prête à faire comme si rien ne s'était passé entre eux, il fit la conversation à lui tout seul à propos de leur séance d'entraînement, de la vieille chouette, et même de la fête à la Cabane Hurlante qui aurait lieu dans moins de trois mois maintenant.


— Voyons ce dont Miss Hardy est capable aujourd'hui, allez-y, tout le monde vous regarde.

Juliet déglutit difficilement. Le professeur Lloyd s'était décidé à lui mener la vie dure depuis quelques temps, lui qui pourtant était l'enseignant le plus apprécié du château. Et il n'était pas non plus détesté de la gente féminine à Poudlard : à environ quarante ans, il avait énormément de charme avec son physique d'acteur de film moldu et on se demandait souvent pourquoi il avait divorcé. Il était également très sympathique avec tous ses élèves et aidait avec patience les cas difficiles comme Juliet. Cependant, c'était du passé depuis que les rumeurs avaient couru sur son fils et la Gryffondor.

La main qui tenait sa baguette trembla légèrement face à Rose qui servait de cobaye. D'ailleurs, celle-ci lui faisait de gros yeux menaçant en serrant les poings, visiblement très nerveuse. Et pour cause, Juliet était censée changer la couleur de ses cheveux. Et Juliet savait combien les cheveux roux et bouclés de Rose étaient sacrés.

Multicorfors !

Rien ne se produisit. Interdite, Juliet n'osa pas bouger ni retenter l'expérience alors que toutes les têtes étaient tournées vers Rose et elle. Timidement, Juliet leva le regard vers son professeur qui apparemment n'attendait qu'une seule chose : qu'elle réessaie.

Multicorfors ! se répéta-t-elle en mettant toute sa concentration dans son sort.
— Miss Hardy, je retire cinq points à Gryffondor pour vos efforts insuffisants, lâcha le professeur d'un ton sec avant de retourner au devant de la classe. Bien, vous avez là l'exemple à ne pas suivre pour la prochaine classe. Tâchez de vous entraîner.

Soulagée, Rose se remit à respirer normalement et passa une main dans ses cheveux qui n'avaient rien subi. Le professeur Lloyd leur souhaita un bon après-midi puis tous les élèves rangèrent leurs affaires avant de sortir de la salle de classe. Juliet suivait la masse, complètement démoralisée. Elle était une piètre sorcière, elle le savait. Et le pire, c'était qu'elle faisait beaucoup d'efforts pour s'améliorer. Le matin même, en classe de défenses contre les forces du Mal, ils avaient fait des duels et elle n'avait pas été capable d'en remporter un seul. Son sac dans la main, elle passa à son tour le seuil de la classe en traînant des pieds, bientôt rattrapée par ses amis.

— On va s'entraîner, ne t'inquiète pas, la rassura Albus en posant une main réconfortante sur son épaule. Mais là, je vois aller à mon cours d'arithmancie, on se voit tout à l'heure !

Juliet lui répondit vaguement en le voyant déjà se faufiler entre les élèves pour se rendre à son cours. Elle avait juste envie de plonger son malheur et ses inaptitudes scolaires au fond du lac pour que le calamar géant s'en débarrasse. Mais hélas, ce n'était pas possible. Rose la rattrapa alors et la prit par le bras, l'air pressée :

— Euh, Juliet, je sais qu'on devait aller à la bibliothèque ensemble mais j'ai un truc urgent à régler. Je te rejoins un peu plus tard, d'accord ?

Mais elle avait à peine terminé sa phrase qu'elle avait déjà tourné les talons. « Génial, tout le monde m'abandonne », pensa amèrement Juliet en prenant la direction de la bibliothèque, avec son unique compagnie. Sur son chemin, elle fusilla du regard un Serpentard de première année qui avait osé la regarder d'un peu trop près, puis elle partit s'asseoir seule au fond de la bibliothèque. Elle repensa à l'heure précédente avec amertume, elle n'aimait pas savoir que son professeur la détestait parce que des histoires la reliaient à Cameron.

Quand elle pensa à lui, son humeur ne fit qu'empirer. Elle ressentait de la déception à chaque fois qu'elle le cherchait, tout simplement parce qu'elle ne le trouvait pas. Elle faisait même quelques aller-retours à la cuisine plusieurs fois par jour alors que ses fringales nocturnes avaient cessé dans l'espoir de le trouver dans cet immense château. Mais Cameron Lloyd demeurait inlassablement introuvable, et Juliet mourrait d'envie de le voir. Tout ce qu'elle craignait était qu'il ressente l'exact opposé à son égard et cette pensée avait le mérite de lui mettre le moral à zéro.

Avec des gestes lents et une motivation à travailler absente, Juliet sortit son devoir de métamorphose. Elle n'y comprenait plus rien, tout était tellement confus dans sa tête qu'elle commençait à tout mélanger dans cette matière.

— Salut, Hardy.

Le cœur de Juliet manqua un battement, ou deux. Cameron Lloyd était apparu d'un seul coup, sans qu'elle s'y attende. Bien sûr, elle espérait tout le temps le croiser dans les couloirs, mais il était tellement discret qu'il en devenait surprenant. Le Serpentard s'assit en face d'elle et bizarrement, Juliet en oublia presque son humeur triste et morose.

— Je ne t'ai pas vu depuis samedi, chuchota Juliet en tripotant nerveusement sa plume.
— J'ai été... occupé.

Juliet n'ajouta rien, un peu trop heureuse qu'il soit venu s'asseoir avec elle. Elle se contenta de garder le regard rivé sur son parchemin, bien qu'elle n'ait aucune idée de quoi écrire. Cameron Lloyd quant à lui se mettait à lire comme d'habitude l'un de ses livres avec lesquels elle le voyait à chaque fois qu'elle le rencontrait. Pour se donner bonne conscience, Juliet se força à fouiller dans un bouquin avec un air ennuyé. Elle ne pourrait définitivement pas se concentrer aujourd'hui.

Les minutes passèrent sans que personne ne dise un mot. Néanmoins, Juliet ne pouvait s'empêcher de jeter des coup d'œil curieux au Serpentard. Ses cheveux bruns bouclés paraissaient si soyeux que Juliet aurait eu envie d'y toucher. Puis elle rougit pour avoir eu cette pensée et son regard dériva vers les yeux bleus de Lloyd qui passaient d'une ligne à l'autre sans qu'il ne remarque qu'elle l'observait. « C'est sûrement malsain cette obsession de l'admirer tout le temps », se dit-elle, alarmée. Soudain, Cameron leva les yeux vers elle et Juliet, terriblement gênée, détourna le regard avec un sourire dédié à sa propre stupidité.

— Besoin d'aide ?
— Hein ? s'exclama Juliet, surprise.
— Ça fait un quart d'heure que tu n'as pas écrit un mot, remarqua le Serpentard en désignant le parchemin de Juliet.
— C'est que... je vais attendre qu'Albus m'aide, ne t'inquiète pas.

Lloyd ne répondit rien et se pencha au dessus de la table pour regarde quoi s'agissait le devoir à peine commencé. Il eut un sourire quand il vit que le sujet relevait de la métamorphose. En plus, son père ne s'était pas donné trop de mal et avait donné aux sixième années le même devoir que lui avait du effectuer l'année précédente. Il n'avait aucune idée du niveau de la Gryffondor, mais Cameron avait le sentiment qu'elle ne se sentait pas aussi à l'aise pour ses cours que pour le vol sur balais. Il se leva et alla s'asseoir à côté de Juliet.

— Pour commencer, je te conseille de ne pas évoquer ses ressemblances avec les sortilèges que Wright a inventé en 1516. C'est une erreur très commune et mon pè... enfin, ce professeur met systématiquement un Piètre à ton devoir et trouvera toutes les erreurs possibles pour justifier cette note.

Ensuite, Cameron Lloyd lui donna tout une panoplie de conseils que Juliet s'empressa de mémoriser et il lui montra aussi les pages qui étaient susceptibles d'être d'une très bonne aide dans la rédaction de son essai. Juliet l'écoutait attentivement, pendue à ses lèvres, heureuse de trouver un prétexte pour pouvoir le regarder et non le faire à la dérobée comme quelques minutes plus tôt.

— Je peux ? demanda-t-il en lui montrant sa plume pour lui noter un autre ouvrage qui pourrait l'aider.

Juliet acquiesça, de toute façon incapable de lui dire non. Sa main frôla la sienne et Cameron esquissa un léger sourire puis lui nota les références du livre en question.

— C'est ta matière préférée ? demanda Juliet tandis qu'il lui rendait sa plume.
— Je préfère de loin les défenses contre les forces du Mal, répondit-il, l'air songeur.

Repensant à ses mésaventures de la matinée concernant sa défaite cuisante face aux duels, les pensées déprimantes de Juliet frappèrent cette dernière de plein fouet et son visage s'assombrit. Elle allait devoir mettre les bouchées doubles pour pouvoir pallier à ses faiblesses et quelque chose lui disait que ça n'allait pas être facile cette année.

— Ça va ? lui demanda Lloyd tout à coup.
— Ouais, mentit-elle en gardant le regard fixé sur son livre.
— Tu vas y arriver, c'est facile quand on a toutes les infos, lui dit-il sincèrement jetant un coup d'œil au parchemin.

Juliet releva le regard vers lui et plongea son regard dans celui du Serpentard. Comment les gens pouvaient-ils le détester ? Il était si adorable en sa présence alors pourquoi les élèves le fuyaient comme la peste ? Juliet n'arrivait pas à croire que son petit commerce à lui seul pouvait être responsable de son isolement. Non, ça, elle ne pouvait pas le croire. Il y avait une lueur chaleureuse et terriblement intrigante dans son regard et la Gryffondor était incapable de croire que personne ne le voyait comme elle le voyait.

— Enfin.

Juliet et Cameron se détournèrent l'un de l'autre. Rose était là, en face d'eux, la respiration haletante et ses yeux faisaient l'aller-retour entre sa meilleure amie et le Serpentard. Elle serrait son sac contre elle en essayant de reprendre une respiration normale. Soudain, Lloyd ferma son propre livre d'un coup sec et esquissa un geste pour se lever quand Rose s'exclama :

— Non !

Cameron Lloyd s'interrompit dans son geste et attendit que Rose daigne lui donner une explication à son ordre.

— En fait, je te cherchais, Lloyd.

Celui-ci haussa les sourcils, surpris. Juliet quant à elle fixait Rose, commençant lentement à comprendre là où elle venait en venir.

— J'ai besoin de te parler en privé, précisa-t-elle en s’adressant à Cameron.

Rose enjoignit alors le geste à la parole en se levant et l'air décidé, elle attendit que le Serpentard fasse de même. Mais avant qu'il n'ait pu faire le moindre mouvement, Juliet l'attrapa par l'avant bras. Il n'était pas question que Rose utilise les services de Cameron pour se venger de Stephen Brown. Rose savait pertinemment que Juliet et Albus étaient opposés à ce qu'elle entreprenne de se venger de lui. Voilà pourquoi Rose avait voulu contacter Lloyd sans en parler avec ses amis.

Puis, voyant que Lloyd n'était pas prêt à bouger, sûrement troublé par la poigne de Juliet sur son bras, Rose se rassit.

— J'ai besoin de ton aide, dit Rose en s'efforçant de mettre un maximum de confiance dans sa voix.
— Pas ici, se contenta de répondre Cameron, le visage impassible.
— Pas ici ni ailleurs ! s'exclama Juliet en fixant Rose. Tu n'as pas le droit de faire ça...
— Ce ne sont pas tes affaires, Juliet, répliqua Rose d'un ton glacial.

Rose se retourna vers le Serpentard, ignorant Juliet qui paraissait ne pas en croire ses yeux. Cette dernière se tourna à son tour vers Cameron, prête à le convaincre de ne pas écouter sa meilleure amie. Elle agissait simplement sous le coup de la colère, et surtout Juliet ne voulait pas que Cameron soit le responsable d'un nouvel envoi à l'infirmerie. Elle l'observa plus attentivement, ses yeux étaient redevenus froids et distants, et le regard fixé sur Rose Weasley, Juliet crut y déceler une lueur qu'elle le connaissait pas, peut-être l'appel de la tâche inaccomplie.

— Je te ferai parvenir une heure et un endroit, lui dit-il sans ciller.

Juliet demeura bouche-bée alors que Cameron se levait à nouveau sans qu'elle ne le retienne encore une fois. Le cœur serré, elle le vit disparaître entre les rayonnages. Elle se retourna face à son devoir, les pensées en ébullition et tâchant de ne pas regarder Rose ; après tout, elle l'avait fait fuir et Rose pouvait maintenant comprendre à quel point il était difficile de tomber sur lui dans le château.

— Tu ne l'empêcheras pas de faire ce que je lui demande, lâcha Rose tout à coup.

Surprise, Juliet releva le regard vers elle. Rose la fixait, l'air déterminée mais aussi inquiète. Dans un geste nerveux, Juliet fit tourner sa plume entre ses doigts. Rose n'en avait pas fini.

— Arrête de te prendre la tête pour cette histoire qui ne concerne que moi et lui. Tu ne peux pas te mêler de son commerce, même si je ne comprends pas pourquoi vous avez l'air d'être ensemble.
— Ensemble ? répéta Juliet en fronçant les sourcils.
— Je vous ai vus juste avant que je m'assois ici. J'ai vu comment vous vous regardiez.

Sans voix, Juliet dévisagea Rose en train de tripoter la reliure de son livre d'histoire de la magie. Elle ne la regardait plus dans les yeux, ce qui signifiait que le sujet la gênait autant que Juliet. Cette dernière se mordit la lèvre, elle-même ne savait pas ce qu'elle ressentait vraiment pour Cameron Lloyd.

— Tu n'as rien vu du tout, murmura Juliet.

Rose ricana avant de baisser d'un ton en guettant l'arrivée de Mme Pince. Puis elle se pencha sur la table en posant ses avant-bras dessus, très sérieuse.

— Je m'inquiète pour toi, Juliet. Lloyd a sa réputation ici et toi tu... tu es tout le temps en train de le chercher quand on va manger dans la Grande Salle, tu gardes sa lettre comme marque page... Tu n'as jamais été comme ça avec Finch-Fletchey.
— C'est gentil de te faire du souci, mais tout va très bien, rétorqua Juliet, douchée. Tu m'excuseras mais j'ai des trucs urgents à régler.

Juliet mit précipitamment ses affaires dans son sac et laissa Rose plantée seule à la table de la bibliothèque. Elle était bien décidée à empêcher Cameron Lloyd d'obéir à Rose. Certes, les élèves de l'école devaient faire appel à lui sans qu'elle n'en ait aucune idée, mais Juliet ne pouvait décemment pas laisser une telle chose se produire sous ses propres yeux. Elle était témoin, dans ce cas précis. Cameron Lloyd n'aiderait pas Rose à se venger de son ex-petit ami.

Une fois sortie de la bibliothèque cependant, elle n'eut aucune idée de l'endroit où il avait pu partir. Juliet n'était jamais clairement partie à sa recherche mais maintenant qu'elle se retrouvait sous le fait accompli, elle se retrouva dans le couloir, sans indice, comme elle le serait face à une copie de métamorphose où elle n'avait rien appris. Néanmoins, elle prit la décision de descendre les étages et de se rendre sur un terrain miné : les cachots.

Quand elle quitta la quiétude des couloirs et pièces chaleureuses des étages, elle dut avouer qu'elle ne se sentit pas dans son élément. Ayant abandonné les potions, Juliet n'avait plus aucune raison de se rendre dans ses labyrinthes sous-terrains qu'étaient les cachots sombres et humides de Poudlard. Juliet passa devant une ancienne salle de classe quand elle se demanda vaguement jusqu'où elle allait s'arrêter.

Trois ans plus tôt, James et Fred lui avaient montré l'entrée menant à la salle commune des Serpentard, mais elle n'y était pas retournée depuis. On entendait régulièrement les histoires de certains pièges que les Serpentard tendaient aux autres élèves quand ils s'approchaient d'un peu trop près. Juliet hésita à sortir sa baguette magique : si on la voyait brandir sa baguette à chaque tournant de couloir, elle aurait l'air bien ridicule.

Cela faisait bien un quart d'heure que Juliet avait entrepris de retrouver cette salle commune qu'elle se rendit compte d'un phénomène très étrange : ce n'était pas la première fois qu'elle passait devant cette gravure en forme de V sur le mur de pierre. Juliet se frappa le front du dos de sa main. Elle avait tourné en rond. Elle continua néanmoins sa marche quand elle repassa devant cette drôle de marque. C'était certain, elle était perdue.

Exaspérée, Juliet se plaqua contre le maudit mur et se prit la tête entre les mains, elle aurait mieux fait de chercher Cameron dans les étages avant de s'engouffrer dans l'inconnu. Puis bizarrement, elle se mit en colère contre lui, s'il n'était pas aussi secret et solitaire, elle n'aurait pas eu à venir ici. Sortant sa baguette, Juliet marmonna des menaces incompréhensibles à l'encontre des Serpentard et donna des petits coups du poignet dans le vide, juste pour passer son excès de rage.

Juliet regarda d'un œil vague la poussière se soulever en petits amas pour être éjectés quelques mètres plus loin. Il était exclu qu'elle se mette à hurler pour qu'un Serpentard lui vienne en aide. Elle avait sa fierté, tout de même. En revanche, Juliet espéra secrètement que ce soit Andrea qui la découvre ici. Elle éviterait alors les moqueries des Serpentard, se contentant de celles de sa sœur de retour dans la famille.

Soudain, un éclat de rire retentit à l'autre bout du couloir et Juliet redressa subitement la tête, surprise. C'était Scorpius Malefoy qui pouffait, ses cheveux blonds platine d'ordinaire bien coiffés maintenant en pagaille. Juliet tenta de se remémorer Malefoy riant à gorge déployée ; elle n'y arriva pas.

— Qu'est-ce-qui est drôle, Malefoy ? demanda Juliet en le menaçant de sa baguette.
— Ça fait combien de temps qui tu es dans de couloir ? la questionna-t-il après s'être calmé.
— Vingt minutes, supposa Juliet en se demandant vaguement pourquoi il lui posait la question. Pourquoi ?
— Tu te trouves actuellement dans le couloir sans fin. Il est maudit pour tous les élèves qui ne sont pas Serpentard. Tu es donc condamnée à tourner en rond jusqu'à...
— QUOI ?
— Ne t'énerve pas ! s'exclama Scorpius en mettant ses mains devant lui comme pour se protéger. Je disais donc que tu étais condamnée à tourner en rond jusqu'à ce qu'un Serpentard arrive, ça rompt le maléfice. Donc tu es chanceuse aujourd'hui, personne ne passe par là en général, moi je viens juste pour le silence.

Juliet le contemplait avec un regard affolé. S'il n'était pas arrivé, elle serait coincée dans ce maudit couloir des cachots. Hors d'elle, Juliet se retint de ne pas déverser un flot d'insultes à l'intention des vicieux Serpentard qui avaient mis en place ce maléfice. Quoiqu'il en soit, Juliet s'empressa de suivre Malefoy quand celui-ci tourna les talons. Quand la Gryffondor le rattrapa, Scorpius Malefoy vit avec soulagement qu'elle avait rangé sa baguette. Un peu plus et il aurait été la victime d'un sortilège raté. Mieux valait ne pas la chercher pour rester entier.

— Alors, tu faisais quoi dans les profondeurs des cachots ?
— Je cherchais Cameron Lloyd, murmura Juliet tandis qu'ils remontaient une volée d'escaliers.
— Ah, fit Malefoy comme si la réponse de la Gryffondor voulait tout dire.
— Tu ne saurais pas où il se trouve, par hasard ?
— Pas vraiment, répondit-il en haussant les épaules. Honnêtement, je crois que tu le vois plus que n'importe quel Serpentard. Parfois, je me demande comment on peut être cousins.

Juliet s'arrêta, surprise. Scorpius Malefoy était le cousin de Cameron Lloyd ? Malefoy se stoppa à son tour et se retourna vers la Gryffondor. Penchant légèrement la tête, il se demandait comment elle ne pouvait pas le savoir.

— Nos mères sont sœurs, précisa Malefoy. Quand ma tante Daphné était encore avec Aaron, on...
— Attends, l'interrompit Juliet, complètement perdue. Qui est Aaron ?
— Ton professeur de métamorphose ? répondit Malefoy comme si Juliet devait le savoir. Bref, ils ont divorcé quand j'étais en première année, quand Maisie est entrée à Poudlard. Depuis, on n'a plus revu Maisie et Cameron aux réunions familiales. Si tu veux mon avis, Daphné a bien fait de le quitter, le professeur Lloyd a beau être très populaire à Poudlard, c'est un autre homme dans la vie privée. Il m’a toujours donné des frissons dans le dos.
— Tu crois qu'il cache quelque chose ?
— Oh oui. Quand on allait chez eux il y a des années, il y avait toujours le bureau d'Aaron que personne ne devait approcher. Une fois, Cameron et moi - oui, ne me regarde pas comme ça, on s'entendait bien quand on était gamins -, on a cherché à entrer et Aaron nous a découvert. Il est entré dans une colère noire. Si tante Daphné n'était pas arrivée à ce moment, je ne sais pas ce qu'il nous aurait fait. Mes parents ne m’ont plus jamais laissé aller là-bas tout seul.

Juliet frissonna. Leur professeur de métamorphose semblait bien cacher son jeu si Malefoy disait vrai. Mais après tout, pourquoi mentirait-il ? Malefoy n'était pas le pire des Serpentard dans ce château, elle pouvait faire confiance à ce qu'il disait. Même le père de Juliet ne leur cachait rien à Andrea et elle : son bureau était ouvert à tous, à condition que personne ne mettre le bazar dans ses papiers. Cependant, Juliet devait avouer qu'elle était piquée par la curiosité. Ainsi, Scorpius Malefoy se méfiait de son bel oncle. C'était curieux.

— Hardy, promets-moi que tu ne raconteras ça à personne, dit Scorpius, l'air inquiet tout à coup. Je me méfie des Lloyd, sérieusement.

Stupéfaite, Juliet ne répondit rien. Malefoy enchaîna :

— Cameron a l'air d'être le plus menaçant, surtout avec ses activités mais je crois bien que c'est Maisie qui m'inquiète le plus. Elle a changé en quelques années. Bien sûr, je te dis ça à titre d'information, hein ?!

Le mystère de la famille Lloyd intrigua alors énormément Juliet. Il y avait tellement autour de secrets autour d'eux et pourtant ils étaient exposés avec un père qui était enseignant. Tout ce que Malefoy venait de lui raconter plongeait la Gryffondor dans un état de profonde curiosité. Cameron n'était pas le seul à être mystérieux, mais sa sœur et son père également. Au bout de quelques secondes, Juliet ouvrit la bouche pour poser une nouvelle question à Scorpius quand elle interrompit son geste.

Une ouverture venait d'apparaître dans le mur un peu plus loin et Andrea en sortit, l'air pressée. Elle ne les remarqua pas tout de suite mais Malefoy lui fit un signe de la main. Andrea sourit en les rejoignant.

— Quelle surprise, Juliet, la salua-t-elle. Scorpius, je t'attendais depuis cinq minutes déjà, où tu étais passé ?
— Ta sœur s'était perdue, répondit simplement Malefoy.
— Ouais, enfin, si vous ne passiez pas votre temps à barder les couloirs de maléfices, ça ne serait jamais arrivé, bougonna Juliet, les pensées encore tournées vers les révélations de Scorpius.
— Vous parliez de quoi ? demanda Andrea, un air curieux au visage.
De rien !

Juliet et Malefoy avaient répondu en même temps. Ils se regardèrent et éclatèrent de rire sous le regard peu amène d'Andrea.

— Bande de gamins...

De sérieuses menaces ? by Pinkgrass
Author's Notes:

Bonne lecture :)

— Donc Rose a contacté Lloyd ?

Albus n'en revenait pas. Juliet et lui étaient assis au fond de la classe de défenses contre les forces du Mal et prêtaient une infime attention au duel que disputait Rose avec Kenny Clarks, le grand ami de Victoria Finnigan. Dans la nuit, un hibou était arrivé pour Rose et il avait amené avec lui la réponse de Cameron à leur amie. Juliet avait bien entendu jeté un coup d'œil à la lettre lorsque sa meilleure amie se trouvait dans la salle de bain. Ils devaient se rencontrer le soir-même. Et Juliet avait bien l'intention de trouver Cameron Lloyd d'ici là. Il n'était pas question que Rose décide de se venger de cette manière.

— Et tu veux l'intercepter aujourd'hui, c'est bien ça ? continua Albus après avoir vérifié que le professeur Tourdesac ne les surveillait pas.
— Exactement, sauf que je n'ai aucune idée de l'endroit où il peut être, soupira Juliet en posant sa tête sur ses notes de cours.
— Il me semble que James a cours avec les Serpentard, dit finalement Albus alors que Rose revenait à sa place. En sortilèges si je ne me trompe pas.
— Al, t'es génial ! s'exclama Juliet en relevant la tête tout à coup.

Puis elle se rendit compte qu'elle avait parlé un peu trop fort et cette fois-ci, leur professeur l'avait dans sa ligne de mire. Juliet pria alors pour qu'elle ne la choisisse pas pour le prochain duel et croisa même les doigts sous la table.

— Miss Hardy, vous êtes la suivante ! Et voyons voir... Mr Finch-Fletchey. Allez, dépêchez vous tous les deux !

Complètement désemparée, Juliet échangea un regard avec Marshall, assis eu deuxième rang avec ses amis. L'un d'eux fit même un clin d'œil au Serdaigle, ce qui mit Juliet très mal à l'aise. Mais elle se leva, armée de sa baguette après qu'Albus lui ait souhaité bonne chance. Arrivée au devant de la salle de classe, elle sentit tous les regards rivés sur eux et cela n'allait définitivement pas l'aider. Elle était déjà une très mauvaise duelliste et le fait que son adversaire soit Marshall Finch-Fletchey était déjà une catastrophe en soi.

Le Serdaigle et elle étaient sortis ensemble l'année précédente pendant deux mois. Cependant, Juliet avait mis un terme à leur relation car elle s'était sentie étouffée ; Marshall avait eu tendance à être trop collant envers elle et Juliet aimait sa liberté. Néanmoins, ils s'étaient quitté en bons termes, bien que la Gryffondor le suspectait de toujours avoir des sentiments pour elle. C'est pourquoi depuis, elle s'était sentie mal à l'aise en sa présence. Il était certes très gentil et mignon, elle ne pouvait éviter de penser aux coups d'œil qu'il lui lançait parfois, quand il croyait qu'elle ne se rendait compte de rien...

Marshall lui lança un sourire timide avant de lever sa baguette, prêt à se battre. Même si Juliet savait qu'elle allait lamentablement se ridiculiser à lui, elle ne pouvait absolument pas lui en vouloir, avec son visage doux et ses cheveux blonds qui lui donnaient une allure presque angélique.

Et soudain, la vieille chouette leur donna le coup de départ. Paniquée, Juliet attendit que Marshall soit le premier à attaquer.

Colloshoo ! s'exclama-t-il face au silence pesant de leur classe.

A quelques centimètres, le sortilège atteignit presque la Gryffondor qui s'était jetée sur le côté. Juliet songea avec dépit que c'était le seul avantage à jouer au Quidditch ; elle était habituée à éviter les Cognards depuis son entrée dans l'équipe.

Impedimenta ! lança-t-elle avant que Marshall n'ait pu faire le moindre geste.
— Protego ! Incarcerem !

Juliet n'eut pas le temps de répliquer qu'elle s'écroula par-terre, ligotée par des cordes surgies de nulle part. Se sentant plus que jamais humiliée, elle entendit sa professeur de défenses contre les forces du Mal ricaner tout en la libérant d'un petit coup de poignet.

— Voilà qui était éclairant, miss Hardy, vous avez tenu cinq secondes de plus que la semaine dernière ! J'accorde cinq points à Serdaigle, Finch-Fletchey.

Le professeur Tourdesac se lança alors dans un discours sur les faiblesses et les erreurs les plus communes lorsqu'un élève se lançait dans un duel. Marshall aida Juliet à se relever puis lui chuchota :

— Tu vas bien ? Tu as une griffure sur la joue...
— Ça va, ça va, s'emporta Juliet en retournant à sa place, bien trop humiliée et agacée pour être patiente.

Marshall la suivit jusqu'à sa propre place, les sourcils froncés. Quand Juliet se rassit aux côtés d'Albus, celui-ci lui adressa un sourire d'excuse. Mais Juliet n'en avait que faire, elle était trop démoralisée par ses propres inaptitudes pour paraître positive et optimiste. A vrai dire, elle n'attendait que la fin de l'heure pour pouvoir partir à la recherche de Cameron Lloyd et attendit que la vieille chouette leur déblatère leur programme de la semaine suivante pour enfin sortir de cet enfer qu'étaient les cours de pratique de magie.

Quand la professeur les congédia finalement, Juliet fut la première à sortir de classe. Elle hésita à courir, mais elle marchait d'un bon pas, le couloir d'Enchantements était juste à l'étage du dessus. Tout ce qu'elle espérait était que le Serpentard suive ce cours. Mais qui ne suivait pas les cours de sortilèges du professeur Flitwick ?

Juliet pressa le pas et monta les marches quatre à quatre. Une minute plus tard, elle attendait devant la salle de sortilèges. Et à en entendre les éclats de voix à l'intérieur, les septièmes années étaient toujours à l'intérieur. Juliet prit donc son mal en patience et s'adossa contre le mur d'en face. Elle n'avait pas réellement réfléchi à ce qu'elle voulait lui dire. Juliet devait supporter l'idée que Cameron faisait ses affaires comme il l'entendait, et elle n'avait pas envie d'interférer, surtout si Malefoy lui avait dit vrai et que la famille Lloyd avait quelques secrets à son actif.

Cependant, elle ne pouvait décemment pas laisser Rose utiliser le Serpentard. Juliet se sentait bien trop mal à l'aise à ce sujet.

Soudain, la porte de la salle de Sortilèges s'ouvrit à la volée et un flot d'élèves en sortit, dont Troy Macmillan qui lui adressa un sourire en coin au passage. Elle vit James et Fred passer et au regard du premier, Juliet se rendit compte qu'il savait qui elle attendait. Mais conformément à sa promesse, le septième année aux constamment ébouriffés lui fit un petit signe de la main avant de suivre son groupe d'amis. Et enfin, Cameron Lloyd sortit de la salle, les mains dans les poches et l'air décontracté, comme à son habitude.

Le cœur battant à tout rompre, Juliet s'avança vers lui. Il la regarda, l'air clairement surpris. Puis il plissa les yeux alors qu'un nouveau groupe de Serpentard sortait de cours derrière lui.

— Hardy ?
— J'ai besoin de te parler. Maintenant.

Juliet se mordit la lèvre, gênée par le regard que leur lançaient quelques septième années traînant dans le couloir. Le Serpentard le remarqua et indiqua à la Gryffondor l'autre côté du couloir qui était désert. Tandis qu'ils marchaient l'un à côté de l'autre, Juliet ne sut pas vraiment pas comment aborder le sujet sans lui paraître autoritaire et prétentieuse. En proie au stress, Juliet tritura une mèche échappée de sa tresse.

— C'est au sujet de Weasley ? devina Cameron en voyant que Juliet avait du mal à sortir le moindre mot.
— Oui, confirma-t-elle prudemment.
— Et que voudrais-tu que je fasse ?

Le Serpentard s'était arrêté au bout du couloir, forçant Juliet à le regarder dans les yeux. Celle-ci hésitait. Ses pensées pour et contre se battaient dans sa tête. Elle n'aurait pas la conscience tranquille si Cameron Lloyd envoyait Brown à l'infirmerie. Ils s'étaient déjà battus à mains nues le jour de leur première retenue et Juliet n'osait imaginer la tournure que prendraient les événements avec l'aide de la magie. Même si Brown n'aurait aucun moyen de prouver que Lloyd l'aurait agressé, cette idée était gênante au point qu'elle la fit frissonner. Donc Juliet rassembla tout son courage et ne cilla pas.

— J'aimerais que tu oublies Rose et sa vengeance contre Brown.
— Et pourquoi je devrais faire ça ? lui demanda-t-il. Weasley est assez grande pour savoir ce qu'elle veut, et Brown le mérite.

Cameron Lloyd ne semblait ni en colère, ni vexé qu'elle lui demande de ne pas obéir à Rose. Juliet souffla un bon coup.

— Mais je ne veux pas que tu t'impliques. S'il-te-plaît, pour moi.

Rougissant à vue d'œil, Juliet ne détourna néanmoins pas le regard de celui du Serpentard. Ce dernier la fixait toujours, ne laissant transparaître aucune émotion. La Gryffondor était consciente du fait qu'elle empiétait totalement sur son terrain, mais elle ne supportait pas l'idée qu'il se mêle à cette histoire. Si Rose voulait se venger, il faudrait qu'elle le fasse seule, et sans intermédiaire. Mais en même temps, ils se connaissaient à peine, Juliet n'avait que très peu d'influence sur le Serpentard et elle en vint à se demander pourquoi elle lui avait demandé cette requête.

— D'accord, murmura-t-il lentement.

Un sourire étira les lèvres de Juliet. Cependant, elle ne put s'empêcher de ressentir une vague de culpabilité l'assaillir en contemplant le visage de Lloyd. Avec cette histoire de mystères au sein de sa famille, de divorce entre ses parents, et de sœur suspecte, il devait avoir bien plus de soucis qu'elle ne se l'était imaginé au départ. Puis elle s'en voulut de trop en savoir. Elle se sentait comme intruse... Malefoy n'aurait jamais du lui raconter ce qui l'inquiétait avec les Lloyd.

— Je suis désolée.
— Arrête de t'excuser, Juliet.

Cameron Lloyd n'avait pas employé un ton méchant, au contraire. Puis, l'entendre dire son prénom la frappa de plein fouet et ne put s'empêcher d'avoir apprécié qu'il l'ait prononcé. L'entendre dire par sa voix changeait tout son petit monde, elle avait l'impression d'être quelqu'un pour lui. Encore une fois, elle resta plongée dans ses yeux bleus et ne trouva pas la force d'en sortir. Puis, elle réalisa qu'ils étaient proches, tous les deux. Trop proches.

Le Serpentard recula subitement ce qui réveilla Juliet. Elle n'arrivait pas à savoir ce qu'il y avait entre eux. Il avaient une connexion, elle en était persuadée, et quelque part, ça lui faisait peur. Juliet était complètement perdue, incapable de mettre des mots sur ce qu’elle ressentait à son égard.

Et puis, Juliet réalisa l'ampleur de ce qu'elle venait de faire. Cameron Lloyd, qui ne recevait d'ordres de personne, allait rompre sa promesse avec Rose. Leur marché n'allait pas avoir lieu. Que représentait-elle pour lui ?

— Dis à Weasley qu'elle peut m'oublier, dit alors Cameron en rompant le silence devenu tendu. A plus tard, Hardy.

Mais avant que Juliet n'ait eu le temps de reprendre ses esprits, il avait déjà disparu.



Rose Weasley sortait de son cours d'étude de moldus, plutôt satisfaite. On était en octobre et finalement, Neville avait eu raison : elle ne regrettait pas d'avoir choisi de continuer cette matière pour les ASPIC. C'était très intéressant et leur professeur était aussi très amusante et ne se prenait pas au sérieux. Et Rose en avait besoin. Les profs qui étaient au taquet et enlevaient systématiquement des points si on osait répondre à côté de la plaque à une question agaçait fortement Rose.

La Gryffondor se rendit directement dans la Grande Salle où normalement, elle devait retrouver Albus et Juliet. Rose avait l'impression que cette année était en proie aux changements et que peu à peu, ils se séparaient tous les trois. Avant de passer leurs BUSE, ils passaient tout leur temps ensemble, avaient les mêmes cours et se quittaient occasionnellement pour leurs activités respectives. En un mois, tout avait changé : elle préférait être seule depuis sa rupture avec Stephen Brown, elle en avait besoin, ensuite Juliet était devenue distante avec eux, elle avait toujours la tête dans les nuages et quant à Albus, il disparaissait plus que nécessaire. Elle se promit qu'un jour, elle le suivrait pour voir où il se rendait à chaque fois qu'il n'allait pas en cours.

Malgré son cours positif, Rose ne pouvait s'empêcher de se sentir légèrement nerveuse : elle avait rendez-vous ce soir avec Cameron Lloyd pour lui donner l'argent. Certes, ce pouvait paraître pour une solution facile mais elle voulait voir Brown souffrir comme il n'avait jamais souffert de sa vie. Non, elle n'était pas triste d'avoir enfin rompu avec lui, elle était juste nostalgique. Cette relation aurait pu fonctionner si Stephen était resté le même qu'il y a deux ans.

Plongée dans ses pensées, Rose ne faisait pas attention où elle marchait et un accident ne manqua pas. Elle descendit une volée d'escaliers au deuxième étage quand quelqu'un lui fonça dedans. Au début, elle ne reconnut pas la personne, puis en la détaillant, elle eut un mouvement de recul. Andrea Hardy était méconnaissable, son air hautain habituel avait totalement disparu, remplacé par une expression pressée. Même son apparence soignée avait disparu : ses cheveux dorés étaient dans tous les sens et la cravate de son uniforme était de travers.

— Weasley, dit-elle d'une voix haletante. J'ai besoin de voir Flitwick, ou n'importe quel professeur. C'est urgent...
— Va voir dans leur bureau, répondit simplement Rose.

Elle n'était absolument pas prête à aider la Serpentard qu'elle détestait tant. Rose était persuadée que Andrea Hardy avait remarqué qu'il manquait des points à sa copie ou quelque chose du genre. Cette fille était tellement lèche-bottes auprès des professeurs qu'elle allait encore parvenir à ses fins.

Voyant que Rose n'était pas prête de l'aider, Andrea, un morceau de parchemin étroitement serré dans son poing, repartit en courant comme si elle était poursuivie par une créature démoniaque. Rose haussa les épaules, guère intriguée par le comportement de la Serpentard. De toute façon, il fallait qu'elle soit toujours le centre d'attention de tout le monde.

— Juliet m'a chargé de te dire que tu pouvais abandonner Lloyd ce soir, lui annonça Albus tandis que Rose s'asseyait en face de lui au dîner. Ça doit être sérieux entre eux.

Rose enragea intérieurement. Il avait fallu que Juliet s'en mêle. Même si Rose fut surprise qu'elle ait réussi à le convaincre, elle pesta tout de même contre sa meilleure amie. Parfois, elle agissait de façon égoïste et elle ne s'en rendait pas compte.

— Elle est où ?
— Partie à l’entraînement. Apparemment, Macmillan a prévu une séance d'au moins trois heures ce soir...

Rose se servit une part de pizza avant de balayer du regard la Grande Salle. A la table des Poufsouffle, elle vit Brown en grande conversation avec Barbara Hopkins qui elle-même paraissait s'être rapprochée de Juliet ces derniers temps. Rose songea qu'elle perdait complètement le fil avec ses amis en ce moment. Puis elle croisa le regard de Scorpius Malefoy chez les Serpentard. Il lui lança un sourire puis se retourna vers Will Leighton à ses côtés. Jamais Malefoy n'avait été aussi expressif envers eux, Rose n'en revenait pas.

— Il est bizarre Malefoy, tu ne trouves pas ? demanda-t-elle à son cousin.

Albus haussa les épaules, occupé à lire la Gazette du Sorcier. A tous les coups, il ne l'avait pas écouté. Elle détestait quand il faisait ça, mais n'ayant pas envie de se disputer avec lui, elle se renfrogna dans son coin et sut qu'elle allait passer une très longue et ennuyeuse soirée...



La séance d’entraînement venait de se terminer et cette fois, Troy Macmillan en était satisfait : son coéquipier avait failli désarçonner tous les joueurs à plusieurs reprises, le jeu de Juliet et de James s'était grandement amélioré depuis qu'ils avaient réglé leurs différents et Emma Ellis avait pris énormément d'assurance depuis quelques semaines. Le capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor était donc certain qu'ils allaient remporter la Coupe cette année. Avec une équipe triée sur le volée et hyper-préparée pour leur premier match dans un mois, il n'avait aucun doute là-dessus.

Juliet était restée sur le terrain longtemps après que l’entraînement ne soit terminé. Elle n'entendait plus de bruit dans les vestiaires, ce qui voulait dire que tout le monde devait être parti. Mais c'était ce qu'elle recherchait. La fatigue s'était accumulée depuis des jours et des jours et cette histoire de d'obsession pour Lloyd lui prenait tellement la tête qu'elle apprécia réellement ce moment de calme et de solitude.

Juliet était en train de remettre ses chaussures quand un bruit sourd se fit entendre à l'extérieur. Alarmée, elle chercha sa baguette magique dans sa poche et la sortit, sur ses gardes. Il faisait nuit dehors, et à proximité de la forêt interdire, rien n'était bien rassurant dans l'obscurité du parc. Des bruits de pas se firent alors entendre et Juliet paniqua. Tout le monde était censé être rentré au château. Qui pouvait bien être ici ?

— James ? tenta-t-elle. C'est toi ?

Pas de réponse. « Évidemment que ce n'était pas lui », pensa Juliet, en colère contre elle-même. Pourquoi ne réfléchissait-elle pas avant de dire quelque chose à haute voix ? Juliet s'avança alors prudemment vers la porte et telle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle reconnut l'identité de l'intrus sur le pas de la porte.

— Qu'est-ce-que tu fais ici ? demanda Juliet, sa baguette toujours brandie.
— Quelle question, je voulais te voir.

Non, Juliet ne faisait définitivement pas confiance à Maisie Lloyd. Ce que Scorpius Malefoy lui avait confié lui revint en mémoire et s'il avait évoqué son changement de comportement ces dernières années, ce ne pouvait pas être en bien. Juliet et Maisie Lloyd ne s'étaient jamais adressées la parole auparavant. Bien sûr, elles étaient dans des maisons opposées, mais Andrea la détestait aussi. Par extension, Juliet avait donc encore moins de chance de faire ami-ami avec la Serpentard.

Maisie alla s'asseoir tranquillement sur un banc, les jambes croisées, et paraissait très calme. Juliet n'était peut être pas aussi intelligente qu'Albus, mais il n'empêchait qu'elle se méfiait de son attitude, même si elle se montrait parfaitement sereine avec son sourire construit de toute pièce.

— Pourquoi ?
— Oh, Hardy, soupira la Serpentard en se levant sans geste brusque. Je veux simplement que tu arrêtes de distraire mon frère.

Juliet la contempla, interdite. Elle ne voyait pas du tout où elle voulait en venir. Mais elle n'allait pas se laisser faire par cette fille et se reprit vite. Bizarrement, Juliet commençait à comprendre pourquoi Andrea ne l'appréciait pas. Si elle considérait que Cameron était sa propriété, c'était qu'elle était vraiment arrogante.

— Quoi, tu es jalouse ? répliqua Juliet, retrouvant sa vigueur.

Maisie plissa les yeux. Puis, sans attendre, elle dégaina sa baguette magique à vitesse grand V et sous le choc, Juliet la vit exercer un sortilège informulé parfait. Dans leur classe, seul Albus avait réussi à lancer tout une multitude d'informulés alors le fait qu'elle se retrouvait soudainement plaquée contre le mur par Maisie la laissa pantelante. Maisie se précipita sur elle et planta sa baguette magique sur la gorge de la Gryffondor à une vitesse qui était bien trop perturbante pour être réelle. On aurait dit qu'elle avait été entraînée.

— Alors c'est ça, cracha Juliet à bout de souffle. Tu n'as plus l'attention de ton frère adoré ?
— Écoute-moi bien, fit Maisie en approchant un peu plus sa baguette. Tu crois que je ne vois pas clair dans ton petit jeu, Hardy ? Il ne s'en rend pas compte, vous les bouffondors, vous êtes tous les mêmes, toi incluse. Personne ne doit vous résister, mais voilà, vous n'êtes pas les rois ici. Arrête de pervertir Cameron avec tes idées de petite fille irréprochable. Compris ?
Expulso !

Suite au sortilège que Juliet lui avait lancé par surprise, Maisie Lloyd fut violemment projetée en arrière contre le mur d'en face. La respiration saccadée, Juliet ne réfléchit pas un instant et se rua sur la porte des vestiaires. Une fois sortie, elle ne ralentit pas et courut à toute allure. Elle avait sûrement oublié quelques unes de ses affaires mais elle s'en fichait tant qu'elle mettrait le plus d'espace entre elle et la Serpentard. Si Maisie Lloyd avait eu le temps de répliquer, elle n'aurait pas donné cher de sa peau. Intérieurement, elle remercia Albus de l'avoir aidée à maîtriser ce sortilège.

Parce que Juliet ne l'avouerait jamais à haute voix, mais Maisie Lloyd avait eu raison d'elle et lui avait fait une peur bleue. Quelle personne saine d'esprit aurait eu l'envie de la suivre jusque dans un vestiaire éloigné du château pour la menacer ? Maisie avait des amis au sein de chaque maison à Poudlard, mais elle n'en avait pas besoin : si ses yeux bleus lui rappelaient étrangement ceux de son frère, ils ne brillaient pas du tout de la même intensité et ce que Juliet avait pu y lire n'avait été que de la pure et simple détermination à lui glacer le sang.

Juliet ne s'arrêta pas avant d'avoir atteint les portes du château et même une fois arrivée à l'intérieur, elle hésita à regarder derrière elle. Mais voulant s'assurer que la Serpentard ne la suivait pas, elle jeta un coup d'œil à l'extérieur. Personne. Avec un peu de chance, le sort qu'elle lui avait envoyé l'avait mise K.O. et elle ne reviendrait pas à la charge. D'ailleurs, Juliet avait été surprise d'avoir réussi à lui lancer un sort avec la pression qu'elle avait ressentie sur le moment.

Légèrement essoufflée, la Gryffondor regarda sa montre : il ne lui restait plus que cinq minutes avant le couvre feu, ce qui ne serait pas assez suffisant pour revenir à la tour Gryffondor à temps, pourtant elle ne se pressa pas. L'esprit trop occupé par son altercation avec Maisie Lloyd, elle avait bien d'autres choses à penser que rentrer dans sa salle commune à temps. Malgré la réputation bien connue de Cameron, Maisie lui semblait bien plus effrayante.

Puis, alors que Juliet remontait les escaliers du deuxième étage, la frayeur que Maisie lui avait faite quelques minutes auparavant avait laissé place à un sentiment de révolte. Elle ne comprenait pas pourquoi tout le monde à Poudlard s'était ligué contre elle et son semblant de relation avec Cameron Lloyd. Après son professeur de métamorphose, c'était maintenant au tour de sa sœur de s'en mêler.

— … tu t'y es engagé, tu n'as pas le choix !
— Non ! Je me suis engagé à ne rien dire, pas à entrer dans votre jeu. De toute façon, je me casse dès que j'en ai fini avec Poudlard, et vous ne me verrez plus, famille ou non.
— Cameron...

Une porte claqua et un Serpentard bien connu de Juliet en sortit, l'air passablement énervé. Plantée au en plein milieu du couloir, Juliet s'était arrêtée en entendant les éclats de voix provenant du bureau du professeur Lloyd. Cameron eut l'air ahuri en voyant la Gryffondor ici. Sur tous les élèves de l'école de magie, il avait fallu que ce soit elle qui passe à ce moment là. Il s'avança rapidement vers elle et la prit par le bras sans faire de manière.

— Hé ! fit Juliet tandis qu'il l’entraînait dans un couloir adjacent du quatrième étage.
Chut !

Encore sous le choc de ce qu'elle venait d'entendre, elle se laissa faire jusqu'à ce que Cameron ne se stoppe et la regarde droit dans les yeux, une lueur inquiète dans le regard.

— Qu'est-ce-que tu as entendu ?
— Quoi ? Rien... Presque rien. Juste une histoire d'engagement... Et ça voulait dire quoi d'ailleurs ? Ton père veut que tu l'aides à faire quelque chose ?

Cameron la contempla, légèrement blême, avant de reprendre un visage imperturbable et calme. Le couloir était vide autour d'eux, mais ça en l'empêchait pas de se sentir observé ou écouté. Juliet Hardy les avait entendu. Et maintenant, elle allait se méfier des Lloyd, il en était certain. Ne sachant quoi faire, Cameron prit quelques secondes pour réfléchir.

— Une affaire de famille compliquée, se contenta de répondre Cameron à voix basse en guettant la réaction de la sixième année.

Juliet plissa les yeux, guère convaincue.

— Une affaire de famille qui force également ta charmante sœur à venir me menacer dans nos vestiaires ? répliqua Juliet, piquée au vif.
— Maisie t'a menacée ?
— Pas plus tard qu'il y a dix minutes, dit Juliet en prenant un air digne.
— Viens.

Cameron Lloyd l'intima à le suivre et entra dans une salle de classe vide quelques mètres plus loin. Ne se posant pas de question, Juliet le suivit. Maisie lui faisait peur et les propos de son professeur de métamorphose l'inquiétait mais étrangement, elle sentait qu'elle pouvait avoir confiance en lui. A moins que ses instincts ne la trompent et qu'il la séquestre dans cette salle vide sans que personne ne puisse l'entendre. Toute cette histoire la dépassait réellement et elle ne savait plus quoi penser des secrets des Lloyd à présent.

Une fois qu'elle fut rentrée dans la salle vide, Cameron referma la porte derrière elle et lança un sortilège informulé sur celle-ci, « sûrement un Assurdiato », songea Juliet en croisant les bras. Puis Cameron se retourna vers elle, en ne sachant visiblement pas comment appréhender la situation.

— Elle t'a fait du mal ?
— Non.

Le silence s'imposa entre eux pendant de longues secondes, qui se transformèrent en minutes. Puis, enfin, le Serpentard rompit le calme de la classe vide.

— Écoute, Hardy, commença-t-il en étant toujours à la recherche des mots qui convenaient. Il faut que tu oublies ce que tu viens d'entendre. Et il faut aussi... que tu m'oublies.

Les lèvres de Juliet s'entrouvrirent légèrement sous la surprise. Cameron tâcha de ne pas y faire attention et continua :

— Je n'ai pas conclu mon marché avec Weasley, donc tu n'as pas à t'en faire. Mais à partir de maintenant, on doit arrêter de se voir.

Sans voix, Juliet détailla le Serpentard comme si c'était la première fois de sa vie. Elle n'en revenait pas. Son cœur battant à toute allure, elle sentit son estomac se contracter. Malgré les menaces de Maisie, Juliet ne pouvait décemment pas se laisser faire. Sans réellement savoir pourquoi, Juliet se sentait prête à se battre contre l'attitude menaçante de Maisie Lloyd et les piques lancées par son professeur. Elle ne savait pas ce qu'ils cachaient tous les trois, mais elle était prête à en prendre le risque.

Juliet s'avança vers Cameron sans qu'elle ne le lâche du regard.

— C'est ce que tu veux ? lui demanda-t-elle d'un ton posé.

Il ne répondit pas, se contentant de la fixer, adossé contre le mur. Juliet avait eut sa réponse, et espéra qu'elle avait bien interprété son silence.

— Parce que moi, non. Je ne sais pas ce qui se passe entre vous, pourquoi Maisie m'en veut à ce point de te fréquenter, et pareil pour ton père, mais je me fous pas mal de ce qu'ils pensent, tout comme à peu près tout le monde à Poudlard. Si j'ai envie de passer du temps avec toi, je le ferais.
— Tu ne sais pas de quoi tu parles, Hardy, soupira Cameron en détournant le regard.
— Eh bien, je suis prête à prendre le risque, lâcha Juliet sur un ton de défi.

Sans réellement comprendre pourquoi la colère montait peu à peu en elle, Juliet ne put s'empêcher de ressentir de la déception quant au fait que le Serpentard abandonnait aussi facilement. Il ne la regardait plus, préférant avoir le regard vague porté vers l'une des fenêtres de la salle. Peut-être n'avait-il pas d'amis sur qui compter comme elle, mais c'était justement ce que Juliet lui offrait et celle-ci ne comprenait pas pourquoi il reculait maintenant. Elle était sincère avec lui et elle était persuadée que lui l'était aussi malgré tout.

— S'il y a un risque que tu ne dois pas prendre, c'est bien celui-ci.

Le ton sérieux et grave que Cameron avait employé alarma la Gryffondor. Non, elle ne savait pas ce que mijotait les Lloyd, mais au fond d'elle-même, elle était sure que Cameron lui ne lui ferait pas de mal. Juliet n'avait aucune idée de pourquoi elle savait qu'il ne la blesserait pas, sûrement parce que s'il avait eu l'occasion de le faire, il l'aurait fait dès leur rencontre, lorsqu'ils étaient seuls, aussi sur le chemin de Pré-au-Lard ou encore en ce moment même.

— Et toi, que veux-tu faire ?
— Il n'est pas question de moi et de mes envies Hardy, rétorqua le Serpentard en la regardant à nouveau.
— Bien sûr que si ! s'emporta Juliet. Je t'ai parfaitement entendu tout à l'heure quand tu as dit que tu les quitterais à la fin de l'année, alors pourquoi tu leur prêtes attention ? Peu importent leurs secrets ou je ne sais quoi, ils sont tes proches et doivent respecter tes choix !
— Ça ne marche pas comme ça...
— J'en ai marre, l'interrompit soudain Juliet. Tu sais quoi ? Pour toi, je me suis embrouillée avec James, Rose et pas mal de Gryffondor qui pensent que je pactise avec l'ennemi. Avant, j'aurais tout fait pour démanteler les rumeurs pour que les gens me voient à nouveau comme la fille bien sous tout rapport. Et aujourd'hui, je me retrouve là face à toi, je me fous de tout ça. J'ai juste envie d'être avec toi.

Cameron la dévisagea avec des yeux ronds, comme si la Gryffondor venait d'être prise d'une crise de démence. Mais Juliet se sentait beaucoup mieux, elle avait lâché tout ce qu'elle avait sur le cœur, n'ayant pas l'habitude de tout garder renfermé. A ce stade, elle se fichait complètement d'avoir explosé, même si elle lui avait directement exprimé son désir de passer du temps avec lui. Elle n'en ressentait même pas de honte.

— Tu ne me lâcheras pas, hein ? demanda-t-il calmement après quelques instants.
— Non, répondit-elle simplement. A moins que tu me dises clairement que tu ne veux plus me voir.

Sous les yeux surpris de Juliet, le Serpentard se laissa glisser contre mur sur lequel il était adossé jusqu'à s'asseoir sur le sol, l'air visiblement touché.

— Juliet... tu ne sais vraiment pas ce que tu me demandes, murmura-t-il d'une voix presque inaudible.

La colère de Juliet s'évapora instantanément quand elle perçut le ton faible de Cameron. Elle n'eut alors qu'une envie, le prendre dans ses bras et le réconforter. Mais elle ne pouvait pas se permettre d'agir d'une telle façon. Le voir ainsi, en proie au désarroi la laissa aussi pétrifiée que si Maisie l'avait à nouveau menacée. Elle ne sut pas du tout comment réagir. Ses instincts l'avaient quittée, elle avait la tête vide. Juliet se contenta de le contempler en retenant la moindre parole.

Puis il leva ses yeux bleus emplis d'inquiétude mêlée de profonde mélancolie vers elle et Juliet sentit son cœur se briser en mille morceaux. Cameron cachait bien plus derrière ses airs indifférents. Il l'attirait, et en même temps, elle aurait tout fait pour retirer cet air affreusement triste de son visage. Cameron Lloyd n'était définitivement pas la brute épaisse que tout le monde connaissait.

Alors Juliet se remit enfin à bouger et alla s'asseoir à côté de lui. Elle posa sa tête contre l'épaule de Cameron et prit sa main dans la sienne. Juliet essaya de faire passer ses émotions dans son geste et elle sentit qu'après quelques instants, le Serpentard se détendit contre elle. Juliet ferma alors ses yeux, savourant la quiétude du moment et surtout son étroite proximité avec le Serpentard, qui, elle le sentait, avait autant qu'elle besoin de ce moment réconfortant.

Les minutes s'écoulèrent sans qu'ils y fassent attention, et bientôt, Juliet ne se rendit pas compte qu'elle s'endormait paisiblement contre Cameron Lloyd, dans une salle de classe vide du quatrième étage.



Le lendemain, une heure avant le début des cours, dans le Hall d'entrée du château un petit groupe de personnes était en pleine alerte.

— Mr Malefoy, quand l'avez-vous vue pour la dernière fois ? lui demanda une nouvelle fois le professeur Flitwick.
— Avant-hier soir, je n'arrête pas de vous le répéter ! s'exclama Scorpius, trop fatigué pour ne pas surveiller le ton qu'il prenait en s'adressant au directeur de l'école.

Des pas précipités se firent entendre en direction du grand escalier de marbre et le professeur Tourdesac les rejoignit, l'air très inquiet. Le minuscule directeur l'interrogea du regard avec espoir mais il ne se rendit à l'évidence quand sa collègue secoua lentement sa tête de droite à gauche, atterrée. Il fronça les sourcils, réfléchissant à la marche à suivre, tâchant d'ignorer Scorpius Malefoy qui le pressait de faire quelque chose.

Andrea Hardy avait disparu.

Recherches interminables by Pinkgrass
Author's Notes:

Encore merci pour vos reviews, vous m’avez motivée à terminer un chapitre sur lequel je bloquais depuis un petit moment… et sinon je pense que je posterais le prochain dans moins d’une semaine !

J’espère que ce chapitre vous plaira :)

Quand Juliet se réveilla ce matin là, la seule chose à laquelle elle put penser fut son corps endolori qui lui valut une grimace. Ses paupières étaient encore étroitement closes, sentant les rayons du soleil matinal lui réchauffer le visage. Puis, elle réalisa. Elle avait dormi toute la nuit sur le sol. En entendant la profonde respiration de Cameron à côté d’elle, Juliet en déduisit qu'il dormait encore. Un sourire perça sur le visage de Juliet. Bien que tout son corps lui hurlait d'adopter une posture plus confortable, elle n'avait aucune envie de bouger, elle se sentait bien.

Juste par curiosité, Juliet ouvrit pourtant un œil prudent, elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il était. A la recherche de sa montre et s'adaptant lentement à la lumière, elle avança doucement son poignet gauche jusqu'à son visage, toujours éblouie. Trente minutes. C'était le temps qui lui restait pour se rendre à son cours de botanique. Son léger sourire se métamorphosa en un O parfait. Ils avaient vraiment passé toute la nuit dans cette salle de classe. Doucement et à regret, elle se détacha du Serpentard et retira sa main de la sienne. Elle se redressa à genoux, grimaçant quant aux courbatures qu'elle avait partout.

Normalement, Juliet aurait du se dépêcher de réveiller Cameron, après tout, lui aussi devait avoir cours, mais eu lieu de ça, elle se surprit à l'observer. Ses traits fins lui donnaient un air encore plus doux lorsqu'il dormait. La tête légèrement penchée, avec sa peau laiteuse et ses cheveux bouclés courts en pagaille, il paraissait si paisible et reposé. Juliet n'avait pas envie de le réveiller. Après les événements de la veille, elle ne pouvait plus passer à côté de son air vulnérable qu'il cachait derrière ses airs froids et distants.

Attendrie, Juliet aurait voulu le protéger, de sa famille peut-être.

— Cameron... murmura-t-elle en lui secouant légèrement l'épaule.

Le Serpentard ouvrit des yeux ensommeillés et en plissant les yeux, il fut un instant surpris de découvrir Juliet. Son expression de surprise disparut presque aussi vite qu'il retrouvait son masque habituel, même s'il paraissait serein. Juliet se leva, épousseta sa jupe et arrangea sa chemise, elle n'aurait pas le temps de retourner à la tour Gryffondor. Puis elle se rappela qu'elle avait laissé ses affaires de cours dans les vestiaires de Quidditch, en échappant de peu à Maisie Lloyd. Il faudrait qu'elle fasse un grand détour par le parc avant de se rendre à son premier cours de la journée.

Lorsqu'elle se retourna, le Serpentard s'était relevé et passait une main dans ses cheveux désordonnés. Il la regarda ensuite, l'air encore endormi.

— On fait quoi ? demanda Juliet tout à coup. Enfin... si tu veux toujours arrêter qu'on se voit ou je ne sais quoi...

Cameron Lloyd sourit et s'avança vers elle pour la prendre dans ses bras. Sous le choc, Juliet se raidit contre lui, puis se détendit. Elle n'avait aucune idée de ce que son geste voulait dire, car ce n'était pas du tout dans ses habitudes. Néanmoins elle se laissa aller tandis qu'il la serrait dans ses bras. Pouvait-elle rester avec lui pour le reste de la journée ? Elle ne demandait que ça. Cependant, Cameron se détacha d'elle et à contrecœur, elle ne remarqua que la distance de quelques centimètres qui les séparaient.

— Je ne suis pas très matinal, précisa-t-il complètement hors contexte.

Juliet éclata de rire. Son exact opposé.

— Il faut que je passe par le stade de Quidditch, dit alors Juliet.
— Dans ce cas il faudrait se dépêcher.

De retour dans le couloir pourtant, ni l'un ni l'autre ne montra la moindre envie d'accélérer le pas. Ils marchaient tous les deux normalement, peut-être un peu trop proches l'un de l'autre au point que leurs mains se frôlaient de temps à autre. Et Juliet, d'ordinaire attentive à ce qui se passait autour d'elle ne remarqua pas que les couloirs étaient anormalement vides et calmes alors qu'ils se rendaient en direction du rez-de-chaussée.

Juliette !

L'interpellée tourna la tête.

Papa ?

Cameron regarda la scène avec surprise et surtout une grande incompréhension. Juliet s'était précipitée vers un homme d'une quarantaine d'année à l'allure classe et étudiée. Ses yeux clairs et inquiets étaient rivés sur la Gryffondor et le soulagement que l'on lisait dans son regard aurait pu se remarquer à des kilomètres à la ronde. Bien que l'heure matinale avait encore raison de lui, il ne fallut qu'une seconde à Cameron pour en déduire qu'il s'agissait du père de Juliet Hardy.

En haut de l'escalier de marbre, le Serpentard tenta de comprendre ce que le père de Juliet lui disait en français, mais il n'y comprenait rien du tout. Quand il la serra contre lui, et que Cameron allait prendre la décision de s'éclipser, il remarqua alors le professeur Tourdesac qui lui fonçait droit dessus. Et face au visage furieux et également réprobateur de sa professeur, Cameron afficha un air neutre et ennuyé. Cependant, il devait avouer que la présence du père de Juliet Hardy le perturbait. Il avait un mauvais pressentiment.

— Mr Lloyd, je peux savoir où vous étiez passés vous et miss Hardy cette nuit ? l'attaqua-t-elle d'une voix sifflante.
— Que s'est-il passé ? demanda le Serpentard en ignorant sa question.
— Andrea Hardy a disparu. Et d'après le témoignage de certains Gryffondor ce matin, tout portait à croire que Juliet Hardy avait également disparu. Vous rendez vous compte des conséquences de vos activités répréhensibles ? Vos parents vont en entendre parler, jeune homme...

La professeur de défenses contre les forces du Mal le fusilla du regard en continuant de le sermonner sans qu'il n'écoute plus longtemps. Son regard revenant sur Juliet, Cameron croisa le regard furieux de Mr Hardy avant que celui ne se reporte sur sa fille. Puis, comme un cheveu sur la soupe, l'auror Harry Potter débarqua alors et s'empressa de prendre des nouvelles de la Gryffondor.

— Mr Lloyd, vous m'écoutez ? Retournez immédiatement à la salle commune des Serpentard et n'en sortez pas !



Il était maintenant midi et les aurors avaient beau avoir retourné le château et le parc, ils en étaient maintenant à commencer à se lancer à la recherche d'Andrea dans la forêt interdite. D'après eux, ils étaient certains qu'Andrea n'avait pas pu quitter Poudlard et qu'elle se trouvait forcément quelque part ici. Terriblement inquiète, Juliet n'avait pas quitté son père de la matinée et lui non plus n'avait pas l'intention de la laisser partir seule, même pour se rendre aux toilettes.

Andrea était introuvable depuis la veille et Juliet ne s'était même pas rendue compte qu'elle avait été absente à leur cours commun de sortilèges la veille. Cela aurait du l’alarmer. Sa sœur ne ratait aucun cours, et même si elle était mourante, elle aurait été capable de se traîner jusqu'à une salle de classe pour ne pas en rater une minute. Juliet avait été aveuglée par ses piteux résultats dans une grande majorité de matières et aussi par Cameron, à qui elle pensait à longueur de journée. Juliet se sentait trop coupable de ne s'être rendue compte de rien.

Charles Hardy n'avait jamais été aussi inquiet de sa vie. Quand on l'avait appelé le matin-même dès huit heures du matin en provenance de Poudlard il avait craint le pire et c'était exactement ce qui s'était produit : Andrea avait été absente plus de vingt quatre heures et les amis de Juliet n'avaient pas vu rentrer cette dernière de la soirée. Charles avait juste pris le temps de passer un coup de cheminée à Gabrielle avant d'utiliser le réseau de cheminée pour se rendre au collège de ses filles. Là-bas, des recherches étaient en cours pour fouiller le château et tous les élèves avaient été priés de rester dans leur salle commune le temps que les recherches se fassent dans l’ensemble du château.

Il avait tout fait pour conserver son calme mais sachant qu'il était peut-être arrivé quelque chose à ses filles, cela été devenu presque mission impossible. Ils avaient passé la matinée dans le bureau du directeur où Juliet avait été interrogée par Harry Potter, qu'il avait eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois, leurs enfants passant les vacances chez les uns et les autres. L'auror avait été compréhensif et n'avait pas assailli Juliet de questions comme l'avait fait la professeur de défenses contre les forces du Mal, et Charles lui en était reconnaissant.

Juliet était pâle et le regard fixé sur le porte plume du professeur Flitwick depuis maintenant des heures, elle espérait à tout moment qu'Andrea revienne saine et sauve sans qu'on lui ait fait le moindre mal. Malheureusement, Juliet n'était pas assez optimiste pour le croire et si sa sœur avait été absente aussi longtemps, c'était qu'il lui était arrivé quelque chose de grave. Elle déglutit.

— Mr Potter ! s'exclama soudain la vieille chouette en débarquant dans le bureau directorial.

L'auror aux yeux verts se détourna du père de Juliet et il se tourna vers la professeur, qui amenait avec elle Rose Weasley. Surpris, Harry Potter se précipita sur la fille de Ron et d'Hermione. Juliet réagit enfin lorsqu'elle entendit le nom de sa meilleure amie et se retourna pour la voir. Rose était livide. Juliet se leva, inquiète.

— Rose, que s'est-il passé ? l'interrogea doucement Potter.
— J'aurais pu éviter tout ça, hier, avoua-t-elle d'une voix timide en regardant Harry.

Ses yeux brillaient. La culpabilité la rongeait depuis qu'ils les avaient enfermés dans la salle commune de Gryffondor suite à la disparition officielle d'Andrea Hardy le matin même. Harry la prit par les épaules, l'incitant à continuer tandis qu'à leurs côtés, Charles Hardy et Tourdesac étaient pendus aux lèvres de la sixième année.

— J'ai croisé Andrea hier en fin d'après midi, j'allais dîner et on s'est bousculées dans les escaliers, elle m'a demandé de l'aide pour trouver un professeur... j'ai remarqué qu'elle n'était pas dans son état normal, mais pourtant je l'ai laissée partir sans rien faire. Harry, je m'en veux tellement, je suis persuadée qu'elle fuyait quelqu'un !
— Rose, calme-toi, tu n'y es pour rien, tu ne pouvais pas savoir, d'accord ?
— Mais personne ne l'avait vue depuis la veille et je suis la seule à l'avoir croisée !

Potter tenta de rassurer Rose tandis que l'un de ses assistants prenait sa déposition. Juliet se rassit lentement, ne faisant pas attention aux aller-retours des professeurs et aurors qui allaient et venaient dans la pièce. Puis, son père vint s'asseoir à ses côtés. Elle n'avait jamais été aussi heureuse de le voir. Ils avaient beaucoup de différents et de disputes entre eux mais avoir son père près d'elle la réconfortait énormément alors qu'Andrea ne montrait toujours pas signe de vie.

— Juliet, ça va ? lui demanda-t-il tandis que le soleil rendait éblouissants ses cheveux blonds.
— Hmm hmm, acquiesça-t-elle vaguement, n'ayant pas envie de parler.

Charles s'installa à côté de sa fille et attendit en silence, tâchant de ne pas lui montrer sa tension. Il ne pouvait pas se permettre de craquer, pas après tout ce qu'il avait vécu.

Quand Darcy, la mère des deux soeurs, les avait quitté un an après la naissance des filles sans raison apparente mais en faisant promettre à Charles qu'il s'occuperait d'elles malgré la pression qu'exerçaient la dynastie Hardy, il n'avait pas réfléchi une seconde, et toujours fou amoureux de Darcy, il avait respecté sa promesse et avait élevé Juliet et Andrea. A l'époque, il était toujours étudiant en alchimie et avait allié ses études et l'éducation de ses filles avec l'aide de son frère et de sa sœur.

Ces années avaient été difficiles à mener pour lui. Il avait beaucoup compté sur sa famille à ce moment là : bien que Christian et Caroline, ses frère et sœur, avaient été surtout motivés à étouffer l'affaire auprès des médias concernant l'absence de la mère des filles, ils lui avaient été d'un soutien sans faille quand il s'était retrouvé seul à tout gérer en même temps. Aujourd'hui alchimiste reconnu et enseignant à temps partiel à l'académie de Beauxbâtons, Charles remontait peu à peu la pente et se permettait de souffler. Il n'avait pas oublié Darcy Adamson, l'anglaise pour qui il avait craqué étant étudiant.

Pourtant, lui et Gabrielle Delacour, l'une de ses collègues, avaient commencé à se fréquenter dans une relation autre que celle du travail depuis l'année dernière.

Aussi ne fut-il pas surpris de la voir arriver dans le début d'après-midi, imposant sa présence à tous en faisant de grands gestes à la recherche de Charles Hardy. Il lui avait pourtant dit de ne pas venir, mais Gabrielle restait Gabrielle. Cette femme n'en faisait qu'à tête, et c'était peut-être pour cette raison qu'elle lui plaisait tant ; elle représentait tout ce que Charles n'était pas. Il se rappelait d'elle déjà lorsqu'il était encore élève à l'académie de Beauxbâtons. A l'époque, ils n'avaient pas eu l'occasion d'apprendre à se connaître : lorsque lui était un septième année bourreau de travail constamment fourré à l'académie, Gabrielle était une cinquième année réputée pour ses duels épiques en compagnie de son groupe d'amis dans la petite ville sorcière. Charles avait même eu le souvenir de trouver cette petite blonde foncièrement agaçante.

Et aujourd'hui, elle venait prendre de ses nouvelles en prenant sur les heures de cours qu'elle dispensait à l'académie. Pour lui, ils flirtaient simplement, au détour de quelques dîners et plus si affinités. Mais quand il la voyait venir jusqu'ici pour s'assurer qu'Andrea allait bien, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait plus entre eux.

Juliet remarqua alors une femme aux cheveux blonds cendrés se diriger vers son père et elle. Elle la trouvait très belle et elle devina qu'elle était habituée à attirer le regard des hommes. Sceptique, elle la vit poser une main sur l'épaule de son père. Mais qui était-elle ?

— Toujours pas de nouvelle ? demanda-t-elle doucement en français. Un certain Neville Londubat m'a dit que vous étiez ici... Oh, excuse-moi, quelle erreur de ma part. Je suis Gabrielle Delacour, et tu dois être Juliet ?

La concernée acquiesça, toujours pas plus renseignée sur l'identité de cette femme. Bien sûr, les Delacour étaient une famille influente en France, mais elle ne l'avait jamais vue auparavant.

— Gabrielle est ma collègue de travail, elle enseigne l'équivalent des défenses contre les forces du Mal en France, répondit Charles, la voix rauque, en prenant soin d'ignorer la première question de la blonde.
— Je ne t'ai jamais raconté ceci, ajouta Gabrielle dans une tentative pour détendre l'atmosphère. Mais c'est Harry Potter qui m'a donné l'envie d'exceller dans cette matière, quand il m'a sauvé lors du Tournoi des Trois Sorciers.

Son regard se perdit sur le Survivant, comme tout le monde l'appelait. Cependant, Juliet n'avait que faire de la façon dont Gabrielle Delacour avait trouvé sa vocation. Elle fixa d’un mauvais oeil la main de la femme sur le bras de son père. Elle avait envie de sortir, d'aller prendre l'air, de voir du monde. Puis, Rose, répondant presque à ses envies, la rejoignit après en avoir fini avec l'auror chargé de les interroger. Elle lui tendit une main timide pour l'aider à se relever et Juliet la saisit.



Les cours avaient repris dans l'après-midi pour tout le monde. Andrea Hardy n'avait pas été retrouvée et c'était le sujet de conversation de tous à Poudlard. Des recherches étaient toujours menées dans la forêt interdite et c'était vite devenu le seul endroit où la jeune fille pouvait se trouver. Une bonne partie des Serpentard de sixième année étaient sur le qui-vive et pouvaient à peine se concentrer en cours, inquiets pour leur amie qui ne montrait toujours aucun signe de vie. C'était plus particulièrement le cas de Scorpius Malefoy et William Leighton qui allaient systématiquement voir un adulte pendant les inter-cours pour savoir s'ils avaient enfin des nouvelles.

Juliet quant à elle avait convaincu son père qu'elle serait bien mieux à suivre ses camarades pour se changer les idées au lieu de guetter l'apparition d'Andrea dans le bureau du directeur. Bien sûr, cela n'avait pas du tout réussi à la distraire, les cours qu'elle avait ce jour-là n'étant peut-être pas les plus passionnants. Elle était donc morte d'inquiétude à prendre des notes sur son cours d'histoire de la magie tandis que Albus lui jetait fréquemment des coups d'œil inquiets. Il se faisait du soucis à propos de ce qui arrivait à Andrea, mais il avait assez de tact pour ne pas bombarder sa meilleure amie de questions comme tous les curieux qui les croisaient dans les couloirs.

— Il y a quelque chose dont j'aimerais vous parler avant que je ne rejoigne mon père, leur annonça Juliet quand le cours se termina.

Juliet avait le visage fermé et les lèvres pincées. Rose et Albus échangèrent un regard entre eux. En ce moment, rien n'était plus comme avant. Pas plus tard que l'année précédente, ils n'avaient aucun secret les uns pour les autres et se racontaient absolument tout, jusqu'au point que cela ennuie Albus parfois ; entendre parler les filles de maquillage, de vêtements et d'à quel point Marshall Finch-Fletchey était romantique avait été souvent au-delà des limites de sa patience. Cependant, Rose et lui s'inquiétaient de plus en plus au sujet de leur amie : maintenant, elle ne les prévenait même pas alors qu'elle passait la nuit entière en dehors de la tour Gryffondor. Albus était incapable de dire si Cameron Lloyd avait une influence, bonne ou mauvaise, sur Juliet. Mais il était certain que les choses changeaient et que ce n'était pas forcément dans le bon sens.

Juliet, Rose et Albus étaient enfin sortis dans le parc de Poudlard en attendant l'heure du dîner dans moins d'une heure. Ils avaient voulu aller à l'extérieur pour échapper à la tension omniprésente dans les couloirs de Poudlard, et cela affectait leur moral à tous. Il ne faisait pas très beau. L'atmosphère était électrique, le vent était déchaîné et le ciel couleur gris orageux menaçait à tout moment de lâcher son averse.

— Alors ? hésita Rose après avoir jeté un coup d'œil inquiet au ciel très couvert.
— J'ai des soupçons.
— A propos d'Andrea ? demanda Albus prudemment.

Juliet regarda autour d'elle. A part quelques élèves qui se baladaient près du château, n'osant s'aventurer trop loin avec le temps menaçant, ils n'étaient on ne peut plus seuls. Malgré tout, elle évita de regarder du côté de la forêt interdite, où les recherches étaient toujours en cours pour retrouver sa sœur. Elle avait réfléchi à toute cette histoire depuis le matin. Tout était flou dans son esprit, mais elle avait le pressentiment que ce qui lui avait confié Malefoy et le semblant de dispute qu'elle avait surpris la veille entre Cameron et leur professeur de métamorphose avaient un lien. Et si elle devait faire confiance à quelqu'un dans ce château, les premières personnes à qui elle pensait n'étaient autres que Rose et Albus.

Juliet souffla un bon coup, puis se lança, fatiguée de tout garder pour elle. Elle commença par leur rapporter tout ce que Scorpius Malefoy lui avait raconté en passant par l'épisode du bureau de Aaron Lloyd jusqu'aux inquiétudes de ses parents. Albus et Rose l'écoutèrent attentivement, l'un la fixant sans ciller tandis que l'autre ne troublait son immobilité que pour replacer ses cheveux à cause du vent. Puis elle en vint à arriver aux événements de la veille, qui la confortait dans son choix de se méfier de Maisie et son père dorénavant.

— Et donc hier soir, après mon entraînement, Maisie est venue me voir dans les vestiaires pour me dissuader de traîner avec Cameron.
— Mais qu'est-ce-qu'elle t'a fait pour que tu ne réapparaisses pas de la nuit ? s'insurgea Rose avec des yeux ronds. Elle t'a attaquée ? On croyait que tu avais passé la nuit avec ton Serpentard !

Juliet fronça les sourcils, surprise. Elle surprit un regard d'Albus qui fixait Rose avec insistance.

— Comment vous savez ça ?

Il y eut un nouvel échange de regards tandis que les deux cousins semblaient mener une dispute silencieuse. Juliet commença à s'agacer sérieusement face à la situation et les rappela à l'ordre en claquant des doigts. Elle ne serait sûrement pas patiente aujourd'hui, et elle n'en était pas encore arrivée au point culminant de son récit.

— D'accord, concéda Albus en rendant les armes. Toute l'équipe de Quidditch était rentrée depuis au moins deux bonnes heures et tu n'étais toujours pas là, alors je suis allée chercher la carte de James.
— Quelle carte ?
— La carte des Maraudeurs, répondit Albus. J'ai surpris James avec l'année dernière quand j'avais la cape d'invisibilité sur moi. Ce n'est pas une simple carte, elle montre aussi où n’importe qui se trouve dans le château. Non, ne t'emballe pas Juliet, elle ne va pas au delà de la forêt interdite. Bref, on était inquiets alors... on a voulu vérifier Rose et moi. Et c'est là qu'on a vu que tu étais avec Lloyd. Rose voulait te ramener illico au dortoir mais je l'ai convaincue que tu rentrerais bientôt. Le lendemain matin, tout le monde avait pensé que tu avais disparu, comme Andrea. Mais ce n'est pas le plus important, tu soupçonnes les Lloyd d'avoir un rapport avec la disparition d'Andrea et tu passes la nuit avec l'un d'eux ?

L'air soucieux d'Albus rendit Juliet coupable de les avoir tant inquiétés. Rose ne le montrait pas mais elle n'avait que très peu dormi en ne voyant pas son amie revenir dans leur dortoir. Et rester silencieuse ne lui ressemblait pas. Aussi Juliet mit de côté ses idées concernant cette fameuse carte pour retrouver sa sœur, et poursuivit ses confidences alors que le vent sifflait à ses oreilles, ses longs cheveux bruns lui volant dans le visage.

— Donc, Maisie n'a pas eu le temps de me faire quoi que ce soit, je me suis enfuie, avoua platement Juliet sans s'y attarder. Et c'est en remontant dans les couloirs que j'ai entendu Cameron se disputer avec Mr Lloyd. Apparemment, Scorpius avait raison, il a des projets secrets et Cameron ne veut pas s'en mêler. J'imagine que ce doit être grave parce que... il a voulu qu'on arrête de se voir.

Un silence s'imposa. Seul le vent se fit entendre pendant quelques secondes. Puis, Rose n'y tenant plus, lâcha ce qu'elle pensait :

— Juliet. J'imagine que tout ça ne doit pas être facile pour toi, Andrea vient de... disparaître mais tu ne dois pas te laisser aveugler par ce que tu ressens. Lloyd peut très bien passer pour le gentil garçon devant toi et te manipuler. On entend tous la même chose à propos de son commerce de dingue ! Le professeur Lloyd est beaucoup plus sain que son fils et jamais il ne serait capable de faire du mal à Andrea si c'est ce que tu suggères ! Al ?

Juliet se tourna vers son ami, à la recherche de soutien. Elle n'avait vraiment pas envie d'entamer une nouvelle dispute avec Rose, surtout aujourd'hui. Elle savait qu'elle traversait encore sa mauvaise passe de post-séparation qui la rendait désagréable mais cela ne lui donnait pas le droit de juger les gens comme elle avait tendance à le faire. Juliet mettrait sa main à couper que Cameron n'était pas en train de l'utiliser, elle en était certaine.

— En fait, Rose, dit lentement Albus en choisissant particulièrement ses mots, je pense que Juliet a raison. Ne me dis pas ce que tu n'as pas remarqué comment son comportement a changé depuis qu'il avait appris qu'il s'était passé quelque chose entre son fils et Juliet. Il a toujours été sociable et avenant, et du jour au lendemain, je l'ai trouvé plutôt sec envers elle. Donc voilà, je ne serais pas étonné qu'il cache quelque chose. Avec l'aide de Maisie. Pourquoi elle soupçonnerait Juliet d'influencer son frère ?
— Donc vous croyez que notre professeur de métamorphose aidé par ses enfants est en train de concocter un plan diabolique et qu'Andrea en est une victime ? demanda Rose, sceptique.
— Ou qu'elle se soit trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, murmura Juliet.

Albus acquiesça lentement, ses yeux verts plissés en regardant au loin.

— Ce n'est pas impossible, répondit-il. Rose, il a interdit l'accès à son bureau chez lui, qui sait ce qui s'y trouve. Et Malefoy n'est pas retourné chez les Lloyd récemment ? Il ne t'en a pas parlé ?
— Apparemment, les rapports sont devenus tendus depuis que la tante de Malefoy a quitté son mari, précisa Juliet.
— Tiens ! s'exclama Albus en guise de preuve. Si ton professeur adoré n'avait rien à se reprocher, sa femme ne l'aurait pas quitté !

Rose ne répondit rien. Oui, son cousin avait sûrement raison. Tout n'était pas blanc chez leur professeur. Scorpius Malefoy n'aurait certainement pas raconté n'importe quoi à Juliet sachant que sa sœur était sa meilleure amie. Et à la manière dont Aaron Lloyd s'acharnait sur Juliet pendant les cours alors qu'il était d'ordinaire si sympathique avec ses élèves la poussait à croire en ce que ses amis lui disaient.

— Admettons que les Lloyd cachent un secret, dit soudain Rose sans faire attention aux deux premières années qui passèrent en courant à côté d'elle. Qu'en est-il de ton copain, Juliet ? Il sait forcément ce qui se passe.
— Il n'est pas mon copain, répliqua l'intéressée, le rouge lui montant aux joues.
— Peu importe, il t'a dit quelque chose sur les agissements de son père ?
— Juste qu'il s'agissait d'une affaire de famille compliquée.

Juliet ne croyait pas que Cameron Lloyd la manipulait. Les gens pouvaient croire ce qu'ils voulaient, elle s'en fichait. A l’heure actuelle, elle entendait de tout dans les couloirs. Une fois, Cameron et elle se rejoignaient pour une nouvelle escapade au « placard à balais », et d'autres fois, ils faisaient affaire ensemble. Mais elle était sûre d'une chose et elle n'en démordrait pas : il était sincère avec elle et Juliet avait clairement vu une ouverture en lui la veille.

— Ça serait bien que tu puisses lui poser la question et découvrir ce qu'il sait, ajouta Albus après un long silence.

Ne répondant rien, Juliet ignora les regards de Rose et d'Albus rivés sur elle. Juliet n'avait aucune idée si se confier avait été une bonne idée, finalement. Il n'allaient être que plus suspicieux envers Cameron et cela ne plaiderait pas sa cause, mais en même temps, savoir que Maisie était dangereuse et avait une dent contre elle la perturbait et elle avait plus que besoin de ses amis, de leur soutien et de leurs disputes, si agaçantes soient-elles.

Pour être honnête, Juliet se sentait accablée par cette journée bien trop longue à son goût. Peut-être que si elle ne se sentait pas soulagée d'avoir enfin parlé ses meilleurs amis, c'était parce qu'Andrea était toujours quelque part dans la nature, dans on ne savait quel état ou si elle allait bien. En fait, Juliet devait se l'avouer, en dépit de tout ce qui se produisait à Poudlard et en particulier avec le mystère des Lloyd, elle aurait donné n'importe quoi pour retrouver la présence de Cameron et de pouvoir s'endormir contre lui une nouvelle fois.



— Charles, tu devrais manger quelque chose...

Gabrielle Delacour était inquiète à propos du père des deux soeurs. Il était très rarement inquiet, même si ses recherches mettaient du temps à prendre forme, il ne se faisait jamais de souci pour son travail. Seulement, il avait beau le dissimuler sous ses airs aristocratiques, Gabrielle voyait bien que ses filles était le seul et unique sujet pour lequel Charles Hardy s'inquiétait réellement. La fin d'après-midi approchait à grands pas et Andrea n'avait toujours pas donné signe de vie. Et Charles n'avait toujours rien avalé de la journée.

— Rien ne passera tant qu'on ne la retrouvera pas.

Gabrielle soupira lourdement. Elle n'avait jamais eu d'enfant mais elle imaginait à quel point ils pouvaient être la cause de tant d'inquiétude. La femme aux cheveux cendrés regarda autour d'elle, le château de Poudlard était comme elle se le rappelait lors de sa venue à huit ans. Ils se trouvaient actuellement dans l'antichambre accolée à celle de la Grande Salle et Gabrielle se rappelait parfaitement des nombreux portraits de la pièce, dont une femme éméchée répondant au nom de Violette. Elle était venue rendre visite à sa sœur Fleur juste avant le début de la Troisième Tâche lors du Tournoi des Trois Sorciers.

— Le problème du château, c'est qu'il est presque impossible d'en connaître toutes les cachettes, intervint soudain Harry Potter en débarquant dans la pièce, en pleine conversation avec Neville Londubat. Les salles bougent, les escaliers aussi, les portes se déguisent...
— Comment ça ? Vous voulez dire qu'Andrea peut encore se trouver à l'intérieur ? s'emporta Charles Hardy en relevant brusquement la tête.

Potter haussa un sourcil, puis fit brusquement demi-tour en laissant Neville en plan et sans répondre à Hardy. Il avait une idée, même si elle paraissait très peu porteuse d'espoir en sachant que le château avait été fouillé par des aurors qualifiés, mais si cela pouvait lui permettre de savoir s'ils étaient passés à côté d'un endroit sans s'en rendre compte, il saurait où trouver Andrea. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à trouver son fils aîné, ce qui ne fut pas tâche compliquée. A peine sorti de l'antichambre pour sortir de la Grande Salle, il remarqua tout de suite James, attablé à la table des Gryffondor.

Harry ignora une grande majorité des regards portés sur lui et adressa un petit signe de tête à son fils qui le regardait d'un air interrogateur. Il traversa la Grande Salle en longeant deux des quatre longues tables et débarqua dans le Hall d'entrée où quelques groupes d'élèves le dévisagèrent. Mais peu importait, il n'en aurait pas pour longtemps. Et puis, étant jeune, il avait eu l'habitude de se sentir épié de la sorte. Il attendit que James le rejoigne, avec l'impression qu'il faisait un bond de trente ans en arrière.

— P'pa ? Alors, toujours pas de nouvelles ?
— J'ai besoin de la carte, James. Je sais que tu l'as.

James fronça les sourcils. Il savait de quelle carte il parlait bien sûr, la carte des Maraudeurs qu'il avait volé dans son bureau bien des années auparavant. Pourtant, même si James se doutait que son père était au courant de son incursion dans ses affaires, ce dernier ne lui avait rien reproché à ce sujet. James fouilla dans son sac, à la recherche de la fameuse carte bien qu'il savait qu'elle ne serait d'aucune aide à son père. Il avait déjà vérifié tous les recoins de la carte. Sans résultat.

— Elle n'est nulle part, ajouta James en tendant la carte à Harry.
— Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, prononça Harry après avoir sorti sa baguette. On ne sait jamais. Tu es allé dans la salle-sur-demande ?
— La quoi ?

James avait donc encore beaucoup de choses à apprendre, carte des Maraudeurs ou pas. Harry n'avait aucune idée de l'état de cette salle qui les avait tant aidé pendant la guerre contre Voldemort. Il avait essayé d'y entrer le matin-même, pensant qu'Andrea pouvait s'y trouver, mais il avait été impossible de voir la moindre porte. Soit la salle était hors service, soit elle avait été occupée. Pourtant, il avait essayé de penser à toutes les alternatives possibles concernant la Serpentard disparue.

Harry déplia, puis replia la carte, l'observa plus attentivement dans certains coins inexplorés où quelques noms se déplaçaient lentement, mais il n'y avait rien à faire : Andrea Hardy demeurait introuvable. Au bout de quelques minutes de recherches infructueuses mais néanmoins très attentives, Harry abandonna et replia complètement la carte pour la rendre à James.

— Tu as des hypothèses sur ce qui s'est passé ? demanda-t-il après un moment d'hésitation.
— On ne peut rien affirmer tant qu'on ne l'a pas retrouvée, répondit Harry en rangeant sa baguette magique. Tu devrais retourner dans la Grande Salle, James. Je vais voir où en sont les autres.

Harry jeta un coup d'œil aux petits curieux qui s'étaient approchés pour écouter leur conversation d'une oreille distraite puis fit demi-tour pour se rendre dans le parc de Poudlard. Dehors, c'était presque la tempête. Il ne pleuvait toujours pas mais à la lisière de la forêt, certains arbres étaient couchés par le vent qui avait pris de la force depuis l'après-midi. Il se rapprocha donc de la forêt interdite tout en resserrant sa cape autour de son cou. Décidément, le temps ne les aidait pas.

Puis, soudain, il remarqua un petit attroupement auprès de la cabane de Hagrid. Il était bien trop loin pour discerner quoi que ce soit, aussi s'empressa-t-il de courir pour voir ce qui se passait d'un peu plus près. Plus il se rapprochait et plus les silhouettes se distinguèrent, dont celle massive de Hagrid, quelques uns de ses collègues et avec étonnement son fils Albus et enfin Rose.

— Que se passe-t-il ? interrogea-t-il à peine arrivé et essoufflé.

Harry se rapprocha finalement du groupe et remarqua enfin Juliet Hardy ainsi que son associé Ian Scott accroupis auprès d'une jeune fille aussi blonde que les blés : Andrea Hardy. Celle-ci était assise sur le sol, les genoux repliés contre elle en tentant de cacher son visage avec ses mains. A côté d'elle, Juliet la tenait par l'épaule et lui murmurait des paroles réconfortantes. En le remarquant, Scott se releva et fit face à un Harry complètement dépassé par les événements.

— Elle était dans la forêt interdite, dit-il dans un souffle à peine audible par-dessus le vent. On a réussi à la ramener jusqu'ici avant qu'elle ne fasse une crise d'angoisse. Elle est en état de choc.
— Il faut l'emmener à l'infirmerie immédiatement, ajouta Peters en se joignant à eux.

Harry se retourna vers les deux sœurs et s'accroupit aux côtés de Juliet. Il observa plus attentivement Andrea. Elle avait eu l'air d'avoir passé un long moment dans cette forêt, son uniforme était déchiré, des brindilles emmêlaient ses cheveux et des griffures parsemaient son visage et ses mains. Cependant, ce qui inquiétait Harry était son regard étrangement vide porté sur Juliet. Harry allait prendre les devants pour s'occuper de la jeune fille et l'emmener à l'abri quand Juliet se tourna vers lui, les yeux brillants et lui dit d'une voix tremblante :

— Elle a perdu la mémoire. Les épreuves des BUSE sont ses derniers souvenirs.

Au revoir, Poudlard by Pinkgrass
Author's Notes:

Salut salut !

(ne faites pas attention à la rime toute pourrie du titre de ce chapitre)

Retroussant les manches de sa chemise, Cameron Lloyd vérifia une nouvelle fois son livre de potions pour savoir exactement combien de fois il avait besoin de tourner le contenu de sa concoction. La salle de classe était remplie de vapeurs aux odeurs tout aussi différentes les unes que les autres, la sienne sentait actuellement la vieille chaussette qui avait traîné trop longtemps dans un sac de Quidditch. Mais c'était ce qui caractérisait la préparation du fameux Veritaserum et Cameron, pas toujours très à l'aise dans cette matière, redoublait de vigilance pour ne pas faire d'erreur et suivre les instructions à la lettre. Cela faisait bientôt un mois qu'ils travaillaient dessus et le moins qu'on puisse dire était que la tâche n'était pas aisée.

Cameron jeta un coup d'œil à la préparation de sa voisine de table, une Serpentard de son année avec qui il ne parlait jamais mais qui avait le mérite d'être timide au point de n'adresser la parole à personne. Il se rassura en remarquant qu'il avait un peu d'avance sur elle. Aussi, il alla au devant de la classe chercher les quelques ingrédients qui lui manquaient pour la prochaine étape. Il ouvrit l'armoire de leur professeur et se baissa jusqu'à trouver la boîte contenant des plumes de Jobarbille. Boîte qui était désespérément vide. Cameron se releva lentement en cherchant une éventuelle autre boîte de plumes quand il reçut un petit coup dans l'épaule.

— C'est ça que tu cherches ?

James Potter le défiait du regard en gardant la boîte dans les mains. Cameron l'ignora et repartit à la recherche de ses plumes. Il savait parfaitement que Potter était le petit prodige en potions et que leur professeur vantait ses mérites à chaque cours. Et dans ce cas précis, Potter était en train d'essayer de lui donner les mauvaises plumes. Cependant Cameron n'était pas dupe et bien qu'il ne soit pas aussi doué que lui en potions, il ne se ferait pas avoir par les plumes tâchées que lui proposait le Gryffondor. Enfin, il tomba sur la bonne boîte et se servit trois plumes d'une couleur orange pâle.

— Alors, fit Potter après avoir jeté un coup d'œil à leur professeur qui aidait un Fred Weasley au bord de la crise de nerfs. Andrea Hardy, c'était un marché qui a mal tourné ?

Cameron se tourna enfin vers lui après avoir refermé les battants de l'armoire. Ce Gryffondor était décidément obstiné. Comment Juliet Hardy pouvait-elle supporter un type aussi insupportable que lui ? Pour être honnête, il se foutait complètement de ce que Potter pouvait bien penser de lui. Depuis qu'on avait retrouvé la jeune fille la veille au soir, les soupçons de quelques élèves s'étaient portés sur lui. Sa conscience était presque tranquille, et ce n'était certainement pas un abruti dans le genre de Potter qui allait le déstabiliser.

— Tu n'as toujours pas digéré le fait que Collins m'ait contacté pour te donner une petite leçon, n'est-ce-pas ?

Le teint de James Potter vira au rouge. Il fulminait. Ses doigts serrèrent plus fermement la boîte de plumes qu'il tenait toujours. Cameron n'était guère inquiet à l'idée que Potter se venge de lui. Il avait déjà essayé quelques fois, mais il se trouvait que le Serpentard avait toujours une longueur d'avance sur lui. Cependant, Cameron devait avouer s'être particulièrement amusé quand Audrey Collins, la petite amie de Potter, trop jalouse pour être normale, l'avait gracieusement payé pour envoyer Potter à l’infirmerie l'année précédente. Le duel lui avait donné un peu de fil à retordre, mais finalement, Potter avait une nouvelle fois fini à ses pieds.

— Sans rancune ?
— Je vais garder un oeil sur toi, Lloyd.

Potter lui lança un dernier regard noir puis balança sa boîte sur le bureau du professeur avant de retourner auprès de son groupe de Gryffondor. Quant à Cameron, il se contenta de revenir lentement vers son chaudron qui commençait à émettre des sons bizarres : une minute plus tard et il aurait été bon à tout recommencer depuis le début. « Foutu Potter ! », pensa Cameron avec humeur. Il lança un regard vers celui qui l'avait retenu et il se rendit compte qu'il le fusillait du regard tout en coupant des fèves sans même regarder ce qu'il faisait.

Ses idées revinrent vers ce qui s'était produit il y a quelques jours alors qu'il rattrapait le coup en s'empressant d'ajouter ses trois plumes dans le chaudron bouillonnant. D’après ce qu’il avait entendu, on avait effacé la mémoire d'Andrea Hardy et on l'avait laissée se perdre dans la forêt interdite. Après ce qu’il s’était passé, Cameron avait décidé d’adopter un profil bas. Il n'était presque pas sorti de la salle commune des Serpentard les jours suivants. Un événement comme l'étrange disparition de Hardy le convainquait d'arrêter ses activités pour un moment.

Chose qui arrivait très rarement, Cameron avait voulu parler de cette histoire à sa famille. Seulement Maisie avait été introuvable, et quand il avait eu l'impression de l'apercevoir au détour d'un couloir, il avait remarqué que sa sœur l'évitait. Cameron trouvait son comportement trop étrange pour être normal, elle qui depuis le début de l'année le collait partout où il allait. Le Serpentard avait donc attendu patiemment jusqu'à aujourd'hui pour avoir l'occasion de parler à son père. Mais entre ses propres cours et ceux du professeur de métamorphose, il n'avait pas encore eu le temps de le faire. Il en était donc à son dernier cours de la journée sans qu'il n'ait eu de réponse à ses questions concernant Andrea Hardy. Et avec un certain malaise, ses pensées dérivèrent vers la sœur de cette dernière, Juliet.

Quelques heures plus tard, le Serpentard marchait d'un pas décidé vers le bureau de son père. A l'heure du dîner, Cameron s'était rendu dans la Grande Salle pour s'assurer que Aaron Lloyd était bien là. Et comme il l'avait imaginé, Maisie avait prétexté un mal d'estomac à un groupe d'amis en voyant débarquer son frère. S'il hésitait à dire que Maisie l'évitait, il en était maintenant persuadé. Cameron avait donc passé son repas entier à observer son père à la dérobée. Il n'était pas question qu'il le laisse passer, surtout quand il le voyait raconter des blagues à ses collègues, lui d'ordinaire tellement froid en privé.

Remontant une volée d'escalier en sautant les marches, Cameron n'était plus qu'à quelques mètres du fameux bureau. Il était sûr du dénouement de leur entrevue : ils finiraient par entrer dans une dispute. C’était devenu comme une sorte de tradition entre eux. Cameron y était habitué. Il avait grandi au milieu de ces disputes quotidiennes, mais l’une d’entre elles avait particulièrement marqué sa mémoire : cinq ans auparavant, quand Daphné avait enfin annoncé à Aaron qu'elle allait demander le divorce. Son père s'était mis en colère, mais la colère de Daphné était tout aussi destructrice ce soir-là.

— Cameron, je t'attendais, figure-toi.

Aaron Lloyd était assis derrière son bureau, l'air parfaitement calme et reposé. Visiblement il était en train de corriger des copies avant que son fils ne l'interrompe. Cameron s'avança dans la pièce après avoir refermé la porte derrière lui et se posta en face du professeur de métamorphose.

— C'est toi qui lui a effacé la mémoire, pas vrai ? l'accusa-t-il d'emblée.
— Où vas-tu chercher une chose pareille, Cameron ?

Le Serpentard le dévisagea attentivement. Son père lui cachait quelque chose, il en était persuadé. Quelque chose d’important, comme tous les secrets qu’il avait accumulés toute sa vie.

— Qu’est-ce-que les enquêteurs pensent ? lui demanda Cameron. Pourquoi Maisie se met à m’éviter si elle n’a rien à cacher ? Elle n’a jamais réussi à me mentir, à moi.

Aaron Lloyd se leva alors lentement, face à son bureau. Il fit un tas net de ses copies et finalement reporta son regard vers son fils qui l’attendait au tournant.

— Tu n’es pas le seul à avoir des questions. Pourquoi es-tu constamment en train de te battre contre cette famille ?
— Je me bats contre toi parce que tu nous détruis, justement, répliqua Cameron d’un ton où l’on percevait la colère.

Aaron soupira et alla ranger son paquet de parchemins dans une sacoche.

— Donc tu me tiens toujours pour responsable du divorce.

Ce n’était pas une question mais Cameron ne chercha pas à le contredire, au contraire. Il décida qu’il n’avait rien à retirer de son père et se retourna pour quitter la pièce. Cependant, arrivé sur le seuil de la porte, il tourna la tête et lança d’un ton grave.

— Je sais que tu lui as effacé la mémoire avant qu’elle ne parte.

La nuit même de leur dispute, cinq ans plus tôt, Daphné Greengrass-Lloyd avait quitté la maison, une partie de sa mémoire effacée et ayant pour seul regret de laisser ses enfants derrière elle. Cameron le savait, car il avait toujours été très proche de sa mère et il s’était immédiatement rendu compte que quelque chose n’était plus comme avant.

Cameron quitta alors le bureau de son père à grands pas, n’attendant pas une réaction de sa part. Le Serpentard divagua alors sans aucune destination en tête, les dix dernières minutes se repassant inlassablement dans son esprit. Avait-il eu raison depuis le début ? Ou tord ?

Ses souvenirs le frappèrent de plein fouet, Cameron regarda sa montre et constata qu'il serait en retard. Un garçon de quatrième année cette fois. Et s'il n'y allait pas ? Il n'en avait aucune envie. Ses pensées étaient encore trop focalisées sur son père et sa sœur. Tant pis, il n'irait pas. Il y avait beaucoup plus important à penser. A la place, il se dirigea machinalement vers les étages où les élèves commençaient à être moins présents à cause du couvre-feu qui approchait. Ainsi, il grimpa jusqu'au septième étage sans s'en rendre vraiment compte. Une fois arrivé là-haut, Cameron poussa une tapisserie et s'assit sur les marches de l'escalier dissimulé.

Pourquoi ne se sentait-il pas libéré ? Pourquoi il sentait toujours ce poids sur son estomac ? Il avait tant d'interrogations que cela lui filait un mal de crâne qui acheva de combattre ses efforts contre sa mauvaise humeur. Cameron ferma les yeux et se prit la tête entre les mains, ses doigts pâles glissant dans ses cheveux.

Tout à coup, des voix l'arrachèrent de ses sombres pensées. Des voix qu'il reconnaîtrait sans peine, puisqu'il s'agissait des deux Gryffondor à qui il avait le plus à faire.

— Tu n'es pas obligé de m'accompagner partout, tu sais, dit Juliet Hardy sur un ton de reproche.
— Les aurors t'ont prévenue que tu ne devais pas te balader seule tant que l'affaire ne serait pas résolue, rappela judicieusement James Potter. Tu dois avoir un problème de surdité, pauvre petite Juliet.

Les bruits de pas s'étaient rapprochés, ils ne devaient être qu'à quelques mètres de la cachette de Cameron quand celui-ci se relevait, prêt à s'éclipser par les escaliers où il se trouvait. Puis le Serpentard entendit un coup sec bientôt suivi d'un « ouch ! » provenant de Potter. Figé sur place, Cameron écouta la suite de l'échange.

— Je ne suis pas sourde, ni pauvre et ni petite ! répliquait Juliet entre ses dents.
— Pour le « petite », on repassera, miss je n'arrive pas à atteindre la taille d'un Gobelin...
— Ferme-la, Potter.
— Oh allez ! J'essaie de te distraire un peu… Et puis tu as grandi, non ?

Pour la deuxième fois de la journée, Cameron se demanda comment Juliet pouvait traîner avec un type tel que lui. Les pas s'éloignaient maintenant et par curiosité, Cameron sortit de sa cachette et regarda les deux Gryffondor tourner au fond du couloir, Juliet marmonnant dans sa barbe tandis que James avait passé un bras autour des épaules de la jeune fille et continuait de la taquiner. Cameron se surprit à envier la place de son ennemi - ou plutôt de l'un de ses ennemis. Tout avait l'air d'être facile entre eux.

Cameron reprit ses esprits et prit la direction opposée à celle que les Gryffondor venaient d'emprunter. Il ne pouvait pas être jaloux de Potter, tout de même, l'idée lui paraissait carrément inconcevable. Pendant toute leur scolarité, il ne l'avait jamais envié, ils étaient bien trop opposés pour se trouver ne serait-ce qu'un point commun. Tout avait commencé en première année où Potter avait été le chouchou de tous alors que Cameron était indifférent à tout le monde. James Potter était le Gryffondor hyper-sociable quand le Serpentard fuyait le contact avec le plus de monde possible.

Leurs différences s'étaient accrues au fil des années. Cameron était devenu l'étudiant que tout Poudlard redoutait, le roi des duels qui demeurait imbattable, tandis que James Potter passait son temps avec ses amis, sa réputation de Poursuiveur au sein de son équipe de Quidditch le rendant encore plus populaire qu'il ne l'était déjà. Malgré sa popularité auprès des professeurs, des filles et des jeunes élèves, Cameron n'avait jamais réussi à lui trouver autre chose que de la simple indifférence. C'était jusqu'à ce que ne débarque Juliet, la digne successeur de celui qui l'avait prise sous son aile. Et là, tout changeait pour Cameron.

Il en était à envier la proximité des deux Gryffondor. Cependant, Cameron ne pouvait s'empêcher de penser à toutes les nuits où ils les avaient déjà croisés, accompagnés ou non de leurs amis. Les années précédentes, il n'avait ressenti que l'ennui qui le submergeait quand il entendait ces Gryffondor trop bruyants à son goût et qui avaient failli plus d'une fois lui coller un Rusard à peine réveillé à ses trousses. Non, avant qu'il n'ait pu s'y intéresser de plus près, Juliet Hardy lui avait inspiré tout autant d'indifférence que son grand ami James Potter.

S'il n'avait pas eu la stupide idée de s'enfermer dans ce foutu placard avec Juliet lors de cette fameuse soirée, Cameron était persuadé que Juliet et lui auraient continué de s'ignorer mutuellement sans que tout ne se complique pour Cameron. La Gryffondor ne se serait jamais intéressée à lui, les rumeurs courant sur eux deux n'auraient pas existé et finalement, Juliet n'aurait pas insisté pour l'inviter à venir à Pré-au-Lard avec elle. De son côté, cette petite brune ne l'aurait pas tant intrigué et il n’aurait pas été sur le point de craquer devant elle pas plus tard que quelques nuits auparavant.

Mais c'était trop tard, le mal était fait. Bizarrement, il ne regrettait pas d'avoir accepté son invitation. Même s'il se posait beaucoup de questions à propos de ce qu'il ressentait quand il était avec elle, ou quand il ressentait une pointe de jalousie en la voyant si complice avec James Potter, Cameron arrivait à vouloir la connaître et à passer du temps avec elle. Ces envies nouvelles n'étaient peut-être pas passées si inaperçues aux yeux de tous, pour lui, le solitaire qui se suffisait à lui-même, pour que sa soeur ait ressenti le besoin de l’écarter de la Gryffondor.

Avec agacement, Cameron fit tourner sa baguette magique entre ses doigts. Il lui suffisait de penser à Juliet pour que sa famille soit impliquée.

— Vivement que je quitte cette école, marmonna-t-il, l’air sombre.



Juliet courait, ses pas résonnant d'un bout à l'autre du couloir désert. C'était entièrement sa faute si elle avait oublié sa carte du ciel à rendre pour son cours de divination. Elle était tellement à côté de la plaque depuis qu'on avait retrouvé Andrea que parfois, elle avait vraiment l'impression qu'elle pourrait en oublier sa tête. Dix minutes de retard, c'était un record. Essoufflée, Juliet grimpa à l'échelle menant à la salle de classe de sa professeur de divination et s'excusa devant cette dernière sans qu'elle ne relève le retard de la Gryffondor. Satisfaite de ne pas écoper de points en moins pour sa maison, Juliet traversa l'atmosphère calfeutrée de la pièce pour se laisser tomber à côté de Barbara Hopkins, avec qui elle avait fini par bien s'entendre au fil des semaines.

Tandis que Juliet sortait rapidement ses affaires, Barbara lui murmura un « ça va ? » silencieux auquel elle répondit par un léger sourire. Juliet n'avait aucune envie de s'étaler sur le fait qu'elle était fatiguée à ne plus dormir et terriblement inquiète pour ce qui était arrivé à Andrea. En bref, cela faisait maintenant quatre jours que la jeune fille était à cran, et en ce jour de mi-octobre, elle ne désirait que la venue express des vacances d'hiver. De toute évidence, elles n'allaient pas arriver avant deux bons mois et cette perspective enfonçait complètement le moral de Juliet.

Elle n'écouta que d'une oreille le cours de Trelawney, le regard perdu sur la boule de cristal à la table de Victoria Finnigan installée un peu plus loin.

— Andrea ne se rappelle toujours de rien ? demanda Barbara alors que l'heure était venue de prédire l'avenir de son voisin à l'aide de sa carte du ciel.
— Non, répondit Juliet, lasse.
— Et j'imagine que les aurors n'ont pas de piste, sinon on aurait eu le nom du responsable. C'est vraiment dégueulasse d'effacer la mémoire des gens. C'est lâche.

Juliet ne répondit rien, mais elle n'en pensait pas moins. Elle y pensait sans arrêt et ses soupçons se portaient naturellement vers les Lloyd à chaque fois qu'elle imaginait ce qui aurait pu être la cause de la disparition d'Andrea. Tout était parvenu à se mélanger dans sa tête. Cameron l'avait-il effectivement manipulée comme le disait Rose ? Elle avait même pensé à l'hypothèse selon laquelle il avait tout mis en place pour qu'elle passe la nuit avec lui et qu'elle continue de lui faire confiance. Mais cela était trop tiré par les cheveux et elle devait bien s'avouer qu'elle avait une imagination débordante. Non, ce n'était pas possible.

Les Lloyd n’avaient sûrement rien à voir avec cette histoire. Ses soupçons et la disparition de sa soeur ne pouvaient qu’être une simple coïncidence.

— Albus va bien ? On ne le voit plus vraiment en ce moment, remarqua innocemment Barbara tandis que Juliet tournait les pages de son livre sans aucune idée de ce qu'elle recherchait.
— Très bien, il va très bien, répondit Juliet en jetant un coup d'œil suspicieux à la Poufsouffle.
— Tant mieux, marmonna Hopkins avant de retourner à sa carte.

Juliet fronça les sourcils puis oublia complètement Barbara, griffonnant quelques mots sans grand sens sur son parchemin. D'après son analyse très superficielle, Barbara Hopkins allait bientôt se découvrir une nouvelle passion, redécouvrir un plaisir d'enfance mais aussi connaître une grande histoire d'amour. La Gryffondor haussa un sourcil quand elle se relut sans grande conviction. Elle ne serait jamais voyante ou dans la profession. Lire dans l'avenir des gens par un simple jeu de carte n'avait jamais été un objectif dans sa vie.

— Hmm, miss Hardy, je vous félicite. Votre analyse est très bien menée, j'accorde cinq points à Gryffondor !

Sonnée, Juliet se redressa sur son pouf et contempla sa professeur se pencher sur la carte que Barbara était en train de faire pour son avenir. A défaut de ne pas avoir fait perdre de points pour son retard, elle en avait même fait gagner, ce qui était plutôt incroyable. Son regard fit l'aller-retour entre sa carte et Trelawney, bluffée par ses propres exploits. La professeur murmura alors un « intéressant » après avoir parcouru l'analyse de Barbara. Juliet, curieuse et surtout intriguée, elle devait bien le dire, arracha le parchemin des mains de Barbara sous la faible protestation de celle-ci.

— Je dois me méfier de mes défauts, et aussi... me préparer au pire ? demanda Juliet, sceptique.
— Oh, tu sais que Trelawney est glauque, c'est pas nouveau.

Juliet resta fixée sur Barbara pendant quelques instants avant de se détourner, ne prêtant que peu d'importance à la prédiction de cette dernière.

L'heure se termina plutôt rapidement au goût de Juliet et à vrai dire, elle ne se donnait jamais vraiment de mal dans cette matière. Aussi, Barbara l'accompagna jusqu'à l'infirmerie qui a priori se situait sur le chemin de sa salle commune. Elle la salua avec un sourire avant de se rendre une énième fois au chevet d'Andrea, auprès de qui elle avait passé la majorité de son temps ces derniers jours. Sa sœur s'était finalement remise de l'état de choc dans lequel on l'avait retrouvée et bien qu'elle n'ait pas retrouvé la mémoire, Andrea allait beaucoup mieux à présent.

Juliet traversa l'infirmerie vide en direction du lit de sa sœur qui l'accueillit avec un grand sourire quand elle la vit arriver. Andrea était assise dans son lit en train de manger un yaourt, visiblement de bien meilleure humeur que la veille.

— Will m'a quand même dit que j'avais passé une semaine avec toi et papa cet été, contrairement à ce que tu m'as affirmé hier, lança Andrea avec un ton de reproche.

Juliet leva les yeux au ciel. Elle n'allait quand même pas raconter tout ce qui s'était passé cet été dans les moindres détails. En jetant un coup d'œil autour d'elle, Juliet déchanta vite : son regard s'arrêta sur la chaise de l'autre côté du lit d'Andrea. La veste de son père était posée dessus. Il lui avait pourtant dit qu'il ne reviendrait que le lendemain, ayant quelques problèmes administratifs à régler. Andrea se rendit compte du trouble de sa sœur et arrêta sa petite cuillère à mi-chemin entre son pot de yaourt et sa bouche. Elle posa sa collation sur sa table de chevet et soupira.

— Juliet, j'ai quelque chose d'important à te dire.

Andrea avait adopté un ton hésitant et cela ne fit qu'accroître l'inquiétude que Juliet éprouvait à son sujet.

— Je quitte Poudlard, poursuivit Andrea rapidement. Papa m'a inscrite à Beauxbâtons.
— Pardon ? s'insurgea Juliet avec des yeux ronds. Tu t'en vas ?
— Oui, c'est tout décidé, confirma Andrea en évitant le regard de sa sœur. Quelqu'un m'a effacé la mémoire et perdue dans la forêt interdite, ce n'est pas suffisant selon toi ? S'ils ont réussi à me coincer aussi facilement, je ne vois pas comment je pourrais me sentir en sécurité dans ce château. Et tu sais bien que j'ai toujours eu quelques réserves à propos de Poudlard...

Juliet tomba des nues. Ce n'était pas comme si Andrea et elle passaient tout leur temps ensemble, et c'était même le contraire. Mais apprendre qu'elle s'en allait, qu'elle la laissait à Poudlard seule lui laissait une impression de vide. Jusqu'à maintenant, elle avait su qu'elle pouvait compter sur sa sœur, bien qu'elles soient éloignées l'une de l'autre.

Cependant, en y réfléchissant bien, Juliet se rappelait des débuts d'Andrea à Poudlard. Si elle avait gardé la tête haute malgré les reproches qu'on lui faisait au sujet de son attitude hautaine et trop proche des professeurs. A l'époque, elle se rappelait voir Scorpius Malefoy et Andrea éviter la majorité des gens dans les couloirs. Ce qui avait bien changé avec le temps.

— Et Malefoy ? Leighton ? Ils comptent sur toi ici !
— Je leur en ai parlé tout à l'heure, murmura Andrea d'un air sombre. Ils ne l'ont pas très bien pris mais je pense que c'est une affaire de temps. Scorpius m'a dit qu'il valait mieux que je me sente bien avant tout. Ça ne peut plus être le cas à Poudlard quand je vois avec quelle facilité on m'a atteinte. Ils vont comprendre, Juliet. Et moi je ne veux plus rester ici.

Juliet dévisagea Andrea comme si c'était la première fois qu'elle la voyait. Ses yeux bleus exprimaient la tristesse, mais quelque part, elle sentait que sa sœur était également soulagée d'un poids. Andrea tendit la main vers celle de Juliet et la serra dans la sienne. Pourtant, Juliet n'arrivait pas à trouver le moyen d'être heureuse pour Andrea. Poudlard avait été une chance pour les deux filles, là où la famille Hardy n'avait pas jeté son influence parfois néfaste, et même une occasion pour elles de se rapprocher de leur mère qu'elles n'avaient jamais connue. Si ce n'était pas l'objectif de Juliet en venant étudier ici, cela avait été pour Andrea une motivation.

— Ne sois pas triste, Juliet, dit Andrea d'une voix douce. Dans moins de deux ans, nous en serons tous au même point, école française ou anglaise.
— Tu dois avoir raison, chuchota la Gryffondor.

La porte de l'infirmerie s'ouvra alors et pour la deuxième fois en quelques minutes, Juliet resta bouche-bée devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Aaron Lloyd, leur professeur de métamorphose qui faisait fantasmer tant de filles au collège se dirigeait vers elles, un sourire charmeur au visage. Il salua brièvement Pomfresh, la vieille infirmière qui était occupée à trier des documents et les rejoignit comme si c'était tout à fait normal. De son côté, Andrea le regarda d'un air simplement intrigué.

— Andrea, je suis ravi de voir que vous allez mieux, lui dit-il d'un ton chaleureux. J'ai appris à l'instant que vous vous en alliez ?
— C'est le cas, en effet, acquiesça la Serpentard.
— Quel dommage, soupira le professeur Lloyd. Vous étiez l'un de mes meilleurs éléments... Je vous ai amené le contenu des cours que vous avez « manqués », ainsi que quelques annotations personnelles qui pourraient vous aider à reprendre vite le fil pour la métamorphose.
— Oh, fit Andrea, réellement surprise. Merci beaucoup, professeur.

Aaron Lloyd lui tendit une épaisse liasse de parchemin sous le regard admirateur de l'une de ses élèves préférées. Juliet contempla l'échange, à la fois sous le choc, mais aussi très suspicieuse à propos du comportement de leur professeur.

— Et si vous en avez un jour besoin, n'hésitez pas à m'envoyer un hibou pour que je vous rédige une lettre de recommandation. J'ai cru comprendre que vous vouliez faire carrière dans la médicomagie...

Andrea, des étoiles dans les yeux, remercia une nouvelle fois le professeur sous le regard atterré de sa sœur. Oui, finalement, peut-être qu'Andrea avait raison de partir loin d'ici. Elle serait éloignée de ce professeur aux allures de star qui trompait tout le monde. Juliet le sentait, tout n'était pas clair dans ses gestes et agissements. Il n'y avait qu'à voir Cameron qui semblait distant de sa propre famille pour s'en rendre compte. A la pensée du Serpentard, son cœur se serra.

— Profitez de votre nouvelle école, Andrea. Quant à nous, Juliet, nous aurons de nombreuses autres occasions de nous revoir.

Et il s'en alla après un ultime sourire à l'intention de la Gryffondor. Pétrifiée, Juliet regarda Aaron Lloyd s'éloigner jusqu'à disparaître derrière la porte de l'infirmerie. Et malheureusement pour Juliet, la dernière phrase lancée par le professeur n'avait pas échappé à l'oreille affutée de sa sœur.

— Qu'est-ce-qu'il voulait dire par « nous aurons de nombreuses autres occasions de nous revoir » ?
— Se revoir en cours, je suppose. J'ai un peu de mal avec la métamorphose en ce moment.

Andrea fronça les sourcils, quelques chose lui échappait et elle n'aimait pas ça du tout. Cependant, elles n'eurent pas l'occasion de s'étaler sur le sujet que Charles Hardy débarqua à son tour dans l'infirmerie. Quand le père des deux filles s'approcha d'elles, il se rendit très rapidement compte qu'Andrea avait annoncé la nouvelle à Juliet. Celle-ci paraissait avoir avalé quelque chose de travers et à la manière dont elle se triturait la pointe de ses cheveux, Charles pouvait décemment dire que Juliet était inquiète. Andrea lui fit un petit signe pour acquiescer à sa question silencieuse.

— Je me suis demandé si tu voulais venir à Beauxbâtons toi aussi, lui dit Charles en s'asseyant auprès de la Gryffondor. Mais Andrea avait l'air de penser que ce serait une mauvaise idée. Elle s'est trompée ?
— Non, je veux rester ici ! s'empressa de répondre Juliet.
— Très bien. Dans ce cas, je vais te demander d'être très prudente. Les aurors sont toujours en train d'enquêter, la dernière piste serait qu'Andrea se soit fait attaquer par un vagabond près de la forêt interdite. J'ai cru comprendre qu'il y avait des limites à l'école mais si vous voulez mon avis, ce n'est pas la bonne piste, ton amie Rose Weasley t'a croisée dans la journée, Andrea. On ne sait toujours pas qui a fait ça, donc Juliet, ne reste jamais seule et arrête de sortir le soir.

Juliet s'apprêtait à protester quand son père lui lança un regard qui ne la trompa pas. Les nombreuses retenues dont elle avait écopé pour avoir rôdé dans l'école après le couvre-feu avaient dû lui parvenir aux oreilles.

— Ah, et aussi... hésita-t-il, pas certain de trouver les mots adéquats. Nous n'avons pas eu l'occasion d'en parler mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire que tu quittes ton dortoir la nuit pour rejoindre des garçons.
— Quoi ? s'exclama Andrea qui avait repris son yaourt. Juliet, tu vois quelqu'un ?

Juliet rougit jusqu'à la racine des cheveux. Son père allait se faire de fausses idées après qu'elle ait passé la nuit avec Cameron, comme tout le monde à Poudlard. Avec toute cette histoire, elle avait complètement oublié le fait qu'elle soit tombée sur son père alors qu'elle était avec le Serpentard. Et dire que tout le monde pensait qu'elle avait disparu... Depuis qu'elle avait passé du temps avec Cameron, elle en était arrivée à ne pas faire attention à ce que les gens pensaient d'eux, mais pour son père, c'était différent.

— Ta professeur m'a confié que ce n'était pas la première fois qu'elle te surprenait avec ce garçon, reprocha Charles en guettant prudemment la réaction de sa fille.
— C'est Tourdesac qui t'a dit ça ? s'emporta Juliet en haussant le ton, agacée. Papa, elle raconte n'importe quoi ! Je n'ai jamais couché avec aucun garçon, à la fin !

Il y eut un silence gêné. Puis, Juliet se sentit obligée de reprendre la parole.

— Je te le promets, papa, je vais être prudente, dit Juliet d'un ton ennuyé au bout d'une minute de silence.
— Très bien. S'il t'arrive la moindre chose suspecte, tu suis immédiatement les traces d'Andrea, la prévint-il plus sérieusement.

Juliet acquiesça lentement, même si elle n'avait aucune envie de quitter Poudlard. Néanmoins, pour le moment, il valait mieux tenter de rassurer son père et le convaincre qu'elle ne craignait rien en restant ici. Non, Juliet ne pouvait définitivement pas quitter Rose, Albus, James et aussi Cameron. La Gryffondor s'était bien trop attachée au château écossais, à ses petites habitudes et sa bonne cuisine. A l'inverse d'Andrea, elle s'était progressivement sentie à son aise à Poudlard. C'était sa maison. Andrea avait beau s'en aller pour retrouver leur foyer près de leur père, Juliet ne lui enviait pas sa place.



Andrea, accompagnée de son père Charles Hardy, quittèrent Poudlard dans la soirée, peu de temps après le dîner, le temps que la jeune fille prépare sa valise et ne dise ses derniers au revoir au château dans lequel elle avait vécu pendant cinq ans de sa vie. Andrea avait sous-estimé les efforts que lui demanderait de quitter ce petit monde. Malgré ce qu'elle en avait pensé au fil des années, elle avait créé des liens très forts avec certaines personnes et admettre que les larmes lui montaient aux yeux lui paraissait très difficile. Charles échangeait quelques mots avec Neville Londubat, qui était en relation étroite avec l'affaire de son amnésie et son enquêteur Ian Scott.

L'ex-Serpentard luttait contre son envie de pleurer alors qu'elle serrait ses amis contre elle tour à tour dans le Hall d'entrée. Sa valise à ses côtés, le départ était plus qu'imminent.

— Andy, promets-moi qu'on se verra aux vacances, lui murmura Scorpius en la serrant contre elle.
— Mon père est d'accord pour que tu viennes après Noël, chuchota Andrea qui ne voulait plus lâcher son meilleur ami. Tu vas me manquer.

Quand Andrea se détacha enfin de Scorpius, elle jura avoir remarqué que les yeux gris de Scorpius étaient brillants. Mais elle était bien trop remuée pour le lui faire remarquer et touchée, ses larmes coulèrent enfin le long de ses joues. C'était dur, de dire au revoir. Mais ce n'était pas un adieu. Et une amitié aussi forte que celle qu'entretenait Andrea et Scorpius ne pouvait pas disparaître avec la distance. Ils se reverraient dans deux mois. Ce serait long, mais vivre ce qu'ils avaient vécu ensemble les avait soudés. Andrea chercha à se convaincre que c'était la fin d'un chapitre de sa vie, et qu'elle allait en ouvrir un nouveau, n'oubliant aucun des personnages qui étaient intervenus dans le précédent.

Enfin, Will l'attira doucement à l'écart du groupe et la regarda dans les yeux. C'était la première fois qu'il la voyait pleurer. Au fil de toutes ces années pendant lesquelles ils s'étaient battus l'un contre l'autre, il avait fini par tomber amoureux de cette belle blonde hautaine qu'il avait pourtant cru détester au début. Et maintenant, elle le quittait. Quand William Leighton avait appris que sa petite amie avait perdu la mémoire, il avait craint qu'elle ne se souvienne plus de lui, pire, qu'ils avaient régressé de cinq ans, quand il n'était encore qu'un gamin qui se moquait d'elle. Il avait d'abord été soulagé qu'elle le regarde avec tendresse quand il lui avait rendu visite à l'infirmerie. Cependant, le soulagement avait laissé place à un sentiment de révolte : comment avait-on osé faire du mal à Andrea, la fille dont il était fou ?

— Ne pleure pas, Andrea, murmura-t-il en lui essuyant ses joues humides.
— Je t'aime Will, dit-elle entre deux sanglots silencieux.
— Moi aussi.

Andrea se blottit contre lui, les larmes se déversant sans qu'elle puisse les arrêter. William la serra contre lui, peut-être un peu trop fort mais il se fichait complètement de laisser transparaître ses émotions, ils étaient bien au dessus de tout ça désormais.

Dixon et Carlton by Pinkgrass
Author's Notes:

Hello hello ! Ce chapitre me fait penser à certains jeux vidéos, genre « cette action aura des conséquences ». Ah, et j’introduis un personnage que j’aime bien, Carlton, même s’il reste très secondaire. Bon, j’arrête de parler et je vous laisse lire la suite !

Juliette,

J'ai tellement de choses à te raconter que je ne sais pas par où commencer. Vivement les prochaines vacances que je te fasse un topo de tout ce qui se passe à Beauxbâtons. L'académie est tellement différente de Poudlard que j'ai encore du mal à m'y habituer. Le simple fait de rentrer tous les soirs à la maison est déjà déconcertant pour tout t’avouer. Et tout le monde parle au moins trois langues étrangères ! Oui, rappelle toi, seuls ceux qui n'habitent pas à proximité du château ont droit à une chambre sur place. Honnêtement, ça ne me dérange pas, je fais une coupure en rentrant, parce que comme tu peux l'imaginer, Valentine est une peste et elle n'a pas très bien pris le fait que j'empiète sur son terrain. Comment peut-elle être notre cousine pour être aussi odieuse ?

Il faudra que je te raconte les coups bas qu'elle fait à ceux qui se mettent en travers de son chemin. Vous, les Gryffondor, vous vous plaigniez de la soit disant guerre avec Serpentard, mais elle est bien pire que nos deux maisons réunies. Et ce n'est pas Damien qui l'en empêche.

Sinon, j'ai un peu le mal du pays, je l'admets. Vous me manquez tous. J'espère que tu vas bien et que tu ne prends pas de risques avec ton petit ami secret (Lloyd, vraiment ?).

Oh, et avant que j'oublie, ai-je raté cette nouvelle aussi ? A propos de papa et Gabrielle Delacour ? Dès que j'en ai parlé à papa, il s'est empressé de me répondre que ça ne me regardait pas. Tu étais au courant ?

Donne-moi vite de tes nouvelles,

Je t'embrasse,
Andrea H.

Un sourire étendit les lèvres de Juliet. Cela faisait maintenant une semaine qu'elle avait guetté avec appréhension l'arrivée du courrier pendant le petit-déjeuner. Et enfin, aujourd'hui, elle avait reçu des nouvelles d'Andrea. Au fil des jours qui passaient, Juliet avait ressenti de la frustration, pensant qu'elle ne représentait pas quelqu'un d'assez important pour sa sœur. Mais plus elle y avait réfléchit, et plus elle s'était rendue à l'évidence que changer d'école de magie au bout de cinq ans n'était pas un phénomène courant parmi les sorciers, et Andrea avait très probablement eu besoin de s'acclimater à son nouvel environnement avant de donner des nouvelles.

— Alors, elle va bien ? demanda Rose après avoir beurré son toast.

Juliet acquiesça. Elle éprouva même un certain contentement en apprenant que Rose se souciait d'Andrea. Pour elle ne savait quelle raison, Rose n'avait jamais apprécié sa sœur. Et il suffisait que cette dernière s'en aille pour que sa meilleure amie cesse de se tendre inexplicablement à chaque fois que leur sujet de conversation tournait autour des Serpentard, et d'Andrea en particulier. Il y avait également la culpabilité que Rose ressentait pour ne pas avoir prêté attention à Andrea le jour de sa disparition. A sa place, Juliet aurait éprouvé exactement la même chose, et elle ne pouvait pas blâmer Rose.

L'enquête quant au coupable n'avait toujours pas avancé de son côté. Ian Scott était très dynamique, on le voyait partout à Poudlard, il prenait des notes lors des trois repas de la journée, planté à l'entrée de la Grande Salle, il scrutait les élèves pendant les inter-cours et parfois, il embarquait quelqu'un pour l'interroger. Mais ses activités et interrogatoires n'étaient connus de personne et on ne savait pas très bien ce qu'il pensait de cette affaire. Juliet avait eu l'occasion de lui parler, quand il avait vérifié sa baguette magique, par simple précaution, et il lui avait parut plutôt sympathique, même s'il mettait un temps à répondre, comme si chacune de ses paroles était étudiée avec soin.

Ce n'était donc pas surprenant que Ian Scott était encore en train de griffonner sans discontinuer sur son calepin ce matin là. Juliet l'observa encore quelques instants avant de ranger la lettre d'Andrea, rassurée. A côté d'elle, Albus relisait l'un de ses devoirs qu'il devait rendre dans le courant de la journée. Il était tellement surchargé de travail que Rose et elle se demandaient comment il pouvait bien gérer toutes ses obligations. Juliet l'admirait pour sa motivation, elle qui pataugeait dans ses cours et était à deux doigts d'abandonner tous ses efforts.

— Après l'entraînement de ce soir, on travaille sur le devoir de botanique ? proposa Juliet à Rose qui buvait son chocolat chaud.
— Oui, ne traîne pas, hein ? J'ai trop de sommeil à rattraper, je pense me coucher de bonne heure ce soir...

Mais Juliet ne l'écoutait plus. La silhouette élancée de Cameron Lloyd venait de passer les portes de la Grande Salle, près de Scott qui le suivit des yeux au passage. Juliet se leva immédiatement, ne faisant pas attention à Rose qui lui demandait ce qui lui prenait. Il n'était pas question qu'elle le laisse filer une énième fois. Juliet en avait plus qu'assez de le suivre et pour une raison obscure, Cameron l'évitait. Ils ne s'étaient pas parlé depuis le matin où on avait annoncé la disparition d'Andrea, et depuis ce moment, le Serpentard s'était appliqué à la fuir.

L'inévitable se produisit une nouvelle fois quand Cameron remarqua Juliet qui s'était levée et remontait la table des Gryffondor à grands pas : il s'empressa de faire demi-tour et une fois passées les portes, il fut hors de portée de vue de Juliet. La Gryffondor se retint de jurer quand elle débarqua, furieuse, dans le Hall d'entrée. C'était la même chose depuis une semaine. Mais Juliet n'était pas prête d'abandonner aussi facilement. Il la connaissait très mal.

— C'était flagrant ce matin, remarqua Albus en arrivant à ses côtés. Il se prive de venir prendre son petit-déjeuner pour te fuir, c'est de la détermination pure.

Elle avait tout essayé pour le coincer : l'intercepter à la fin d'un de ses cours, le chercher dans les cuisines quand il ne se présentait pas aux horaires des repas, et même tenter de suivre Maisie dans l'espoir qu'elle le mènerait à lui. Mais voilà, Cameron semblait être le roi de la fuite. Il trouvait toujours le moyen de se fondre dans la masse pour disparaître et il ne semblait pas avoir de contact avec sa sœur du tout, ce que Juliet trouva bizarre. Néanmoins, elle n'abandonnait pas ses efforts et sa volonté de lui parler et de le voir était beaucoup trop forte pour qu'elle le laisse filer encore très longtemps.

Juliet accompagna Albus et Rose à la volière, se demandant ce qui clochait chez elle. Puis elle repensa à ce qu'Albus lui avait dit. Elle essaya de se souvenir si elle lui avait fait quelque chose qui aurait pu justifier le comportement de Cameron. Aurait-il pris peur quand elle lui avait confié vouloir passer du temps avec lui, qu'elle se fichait de ce que pensaient les autres tant qu'elle était avec lui ? Non, ce n'était pas possible. Il n’avait pas l'air de l'avoir mal pris en se réveillant le lendemain matin.

— Mais oui ! s'exclama Juliet à haute voix en se souvenant.

Albus se tourna vers elle alors qu’il attachait sa lettre à l’une des chouettes de l’école. Juliet se traita d'idiote pour la seconde fois de la matinée. Cameron avait pourtant été clair ce soir là. Il l'avait prévenue. Il avait insisté pour qu'elle le laisse tomber et qu'elle l'oublie. Tout s'éclairait dans son esprit. Aaron et Maisie Lloyd s'en étaient pris à elle, et Cameron avait voulu la tenir à l'écart. Cameron Lloyd était-il en train de l'éviter pour ne pas lui attirer de problèmes ? Et quels problèmes. Si les secrets de la famille Lloyd avaient un lien avec l’amnésie d'Andrea, elle était enfoncée dans les ennuis jusqu'au cou : l'idée de s'écarter du Serpentard la déprimait, quoi que soit sa part de responsabilité auprès d'Aaron et de Maisie.

Prise d'un éclair de génie, Juliet jeta un coup d’oeil à sa montre. Il leur restait une petite demi-heure avant leur premier cours de la journée. Prête à tout pour débusquer Cameron Lloyd, elle laissa Rose et Albus en plan et leur donna rendez-vous dans leur salle de sortilèges. A cette heure-ci, les gens devaient être en train de prendre leur petit déjeuner. Cependant, ce n'était pas le genre de James Potter de manger très tôt.

Omelette au fromage, marmonna Juliet à la Grosse Dame, essoufflée par sa course effrénée.

Juliet fit irruption dans la salle commune bondée et attira quelques regards de curieux. Elle n'y prêta pas attention, cherchant une tignasse brune en bataille ou un rire caractéristique à la James. Elle fit rapidement le tour de la pièce où il y avait tellement de monde qu'elle se demandait comment ils arrivaient à s'entendre, sans trace de son ami. Prête à tout pour trouver le Serpentard, Juliet se dirigea d'un pas décidé vers le dortoir des garçons, ignorant royalement les exclamations provenant de la salle commune. « Cette porte, c'est le dortoir d'Al... », se souvint-elle tandis qu'elle recherchait activement le dortoir de James.

Hé ! s'écria un cinquième année, torse nu, quand Juliet ouvrit la porte de son dortoir à la volée.
— Oups, désolée !

Les joues légèrement rosées, Juliet s'empressa de refermer la porte derrière elle et continua son inspection jusqu'à la dernière porte, espérant enfin tomber sur le dortoir des septième années. Et cette fois ne la déçut pas, elle fit face à Troy Macmillan qui s'apprêtait à sortir. Un instant choqué d'avoir presque foncé dans la petite brune, il prit vite un air suspicieux.

— Hardy ! Qu'est-ce-que tu fais ici ?
— Il faut que je parle à James, répondit Juliet en essayant de se faufiler entre lui et l'encadrement de la porte.
— C'est pas pour vous disputer, hein ? s'assura Macmillan, inquiet tout à coup.
— Pas aujourd'hui.
— Fais pas attention au bordel, Fred était de corvée ce weekend.

Macmillan la laissa enfin passer dans le bazar sans nom que constituait le dortoir des garçons de septième années. Un simple oubli de corvée ne pouvait pas justifier un dortoir dans cet état. Il lui fallut quelques secondes pour se dire que oui, tant de désordre était possible : les lits étaient bien entendu défaits, deux des cinq lits à baldaquin de la pièce n'avaient plus de rideaux, et c'était sans parler du plancher jonché d'objets en tous genres qui allaient des bouteilles vides de Whiskey pur-feu -Juliet haussa un sourcil- jusqu'aux vêtements et livres abandonnés à même le sol. Ayant une petite pensée pour les affaires bien ordonnées d'Albus, Juliet fit un pas en avant et roula sur une baguette magique.

Juliet jura, étendue dans les décombres qui lui arrachèrent un nouveau juron quand elle se vit offrir la vue sous le lit le plus proche. Dégoûtée, elle vit une main apparaître dans son champ de vision. C'était un ami de James et Fred, une cigarette coincée entre ses lèvres, il ne pouvait s'empêcher de rire de la position de la sixième année. Juliet se redressa tant bien que de mal grâce à l'aide du septième année qui retourna fumer, assis sur le rebord de la fenêtre, toujours secoué d'un rire silencieux.

— C'est con, t'as paumé ma baguette là dessous, lui dit-il regardant le lit et son tas de déchets.
— Si elle ne traînait pas par-terre, ça ne serait jamais arrivé. Où est James ? Ne me dis pas qu’il est déjà descendu…

Le septième année lui désigna la porte de la salle de bains d'un signe de tête. Se détournant du spectacle qui s'offrait à elle, Juliet garda son objectif bien en vue et évita tous les obstacles jusqu'à la porte de la salle de bains. Puis elle frappa comme une démente à la porte, pressée d'en finir avec ces bordéliques de septième année. Néanmoins, quelque chose lui disait qu'elle n'en aurait pas fini de sitôt en entendant Fred Weasley chanter couvrant l'eau qui coulait.

— James, sors d'ici ! C'est urgent j'ai besoin de ton aide ! JAMES POTTER ! Ça leur prend souvent de se laver à cette heure là ? C’est bientôt le début des cours !
— Ils sont tombés sur Peeves en descendant à la Grande Salle, répondit le garçon au bord de la fenêtre. Et encore, ils n'ont rien reçu comparé à Melinda, elle avait plein de trucs collants dans les cheveux. Dégueu', si tu veux mon avis.

Encore plus dégoûtée qu'une minute auparavant, Juliet se remit à tambouriner à la porte sans discontinuer quand celle-ci s'ouvrit enfin. Juliet se força à ne pas se déconcentrer de la raison pour laquelle elle se trouvait dans cette situation. Plus vite elle sortirait d'ici et plus vite elle rejoindrait Cameron. James se tenait devant elle, seulement vêtu d'une serviette de bains à la taille, et bien qu'elle soit habituée à le voir se changer dans les vestiaires de Quidditch, elle ne put s'empêcher de remarquer à quel point James était attirant. Audrey Collins était chanceuse. Très chanceuse.

Puis elle se retint de se frapper la tête contre le mur. « Juliet, tu es en train de mater James ! », s'alarma-t-elle. Pour rendre la situation encore plus gênante, l'ami de James se mit à siffler d'un air appréciateur. Mais James, heureusement, ne remarqua pas le trouble de Juliet et ignora les sifflements de son camarade.

— Quoi, quoi, QUOI ? fit-il en prenant une voix nasillarde.
— Tu ne peux pas être sérieux deux minutes ? On a effacé la mémoire d’Andrea, tu crois que c’est drôle ?

Enervée contre lui pour elle ne savait quelle raison, tout ce qu'elle voulait était d'enfin sortir de cet enfer. Et inconsciemment, cette affaire d'agression d'Andrea devait lui porter sur les nerfs.

— J'ai besoin de ta carte. S'il-te-plaît, ajouta-t-elle subitement.

James passa une main dans ses cheveux encore trempés et dégoulinant sur lui, encore déconcerté par le changement de ton de Juliet. Sa colère contre lui le laissa même plus stupéfait que le fait qu'elle soit au courant pour la carte des Maraudeurs.

— Comment tu... hésita-t-il, son air moqueur définitivement envolé.
— Je le sais, c'est tout. S'il-te-plaît, James, juste pour aujourd'hui, je te la rends dès ce soir, l'implora-t-elle d'une voix aux accents désespérés.

James la poussa doucement sur le côté pour entrer dans le dortoir, et après avoir murmuré un « ah » contrit, il chercha du regard où il pouvait avoir bien laissé la fameuse carte. Fred l'avait utilisée le matin même pour suivre son ex-petite amie et il ne l'avait pas revue depuis. Ne sachant pas où chercher, il tâtonna l'endroit où aurait du se trouver sa baguette magique puis se rappela qu'avec ce qui le recouvrait, il ne risquait pas de l'avoir sur lui. Il se retourna vers une Juliet gênée avec ses bras croisés sous sa poitrine, n'ayant aucune idée de l'endroit où se trouvait sa baguette.

— Appelle-la.
— Qui donc ? s'étonna Juliet.
— La carte, Juliet, la carte, répondit James d'un ton blasé.
Accio carte des Maraudeurs ! lança-t-elle après avoir sorti sa baguette.

Rien ne se produisit, pas même un bruissement parmi toutes les affaires entreposées sur le sol. Juliet haussa un sourcil interrogateur en direction du septième année qui se contenta de marmonner que la carte était pourtant bel et bien dans la pièce. James entreprit alors ses recherches, bien que Juliet ne sache pas s'il cherchait sa propre baguette ou la carte des Maraudeurs. Et il n'était pas question qu'elle touche au moindre objet dans cette pièce. Sa patience avait des limites et Fred qui chantait faux l'une de ses chansons préférées des WWW lui tapait sur le système.

— Par Merlin, James, va t'habiller ou garde cette serviette ! s'exclamait la sixième année en détournant le regard, une dizaine de minutes plus tard.
— Tu veux la carte oui ou non ? répliquait James, un paquet de Dragées Surprises de Bertie Crochue à la main.

Juliet était à deux doigts de shooter dans tout ce qu'elle pouvait trouver sur le sol. C'était complètement ridicule. Les cours n’allaient pas tarder à commencer et elle se retrouvait à quatre pattes dans le dortoir des garçons à tenir entre ses doigts des caleçons à l'aspect douteux. Fred avait fini par sortir de la douche, et habillé de son côté, il s'était mit à aider Juliet et James, avec la présence de leur camarade de dortoir qui fumait tranquillement en observant le paysage des montagnes environnantes. De son côté, Juliet était au bord de la crise de nerf et si elle n'arrivait pas à voir Cameron à la fin de cette journée, elle irait rechercher l’une de leurs bouteilles de Whiskey Pur-Feu pour oublier ses malheurs.

— J'étais pourtant certain de te l'avoir rendue, marmonna Fred en levant pour la vingtième fois sa baguette magique. Accio carte !
— C'est pas possible ! s'exaspéra James en jetant dans les airs un nouveau paquet de friandises. Elle n'a pas quitté le dortoir, cette maudite carte est forcément dans les parages !
— Je vous préviens, il n'est pas question que j'aille chercher dans votre salle de bain, dit Juliet en osant à peine imaginer l'état de la pièce.
— On peut aller y faire un tour tous les deux si tu veux, répondit Fred avec un clin d'œil suggestif.

Juliet le fusilla du regard en mettant le plus d'espace possible entre Fred et elle, préférant aller voir du côté de James si elle ne pouvait pas repérer un morceau de parchemin. Une minute plus tard, James trouva enfin sa baguette magique avec une exclamation victorieuse quand Juliet se stoppa dans ses recherches, le regard fixé sur un vieux morceau de parchemin. Elle n'y croyait plus, aussi elle se sentit incapable de pouvoir sortir le moindre mot. A la place, elle désigna d'un doigt tremblant la carte sur laquelle était assis l'ami de James et Fred. A un mètre d'elle, James suivit du regard la destination qu'elle montrait, interloqué qu'elle montre le derrière de Carlton.

— Carl, t’es assis sur quoi là ? demanda-t-il calmement, même si à l'intérieur, il bouillonnait.

Le dit Carlton leva sa tête blonde sale vers James, étonné qu'il soit devenu aussi subitement le centre d'attention de Juliet, James et Fred. Il se leva finalement, libérant enfin la carte des Maraudeurs qui fila droit sur Fred. Juliet n'en croyait pas ses yeux d'avoir face à elle un garçon pareil. Déjà, il perdait sa baguette en la laissant traîner, mais en plus, ils les laissait chercher pendant un quart d'heure un objet sur lequel il était assis. En la regardant plus attentivement, Carlton sembla finalement réaliser quelque chose :

— Eh mais attends, tu serais pas la sœur de celle qu'est partie la semaine dernière ?

Fred leva les yeux au ciel et rejoignit Juliet, qui trop choquée pour avoir bougé entre temps, prit d'un air absent la carte qu'il lui donnait.

— Il serait pas un peu... lent d'esprit ? lui demanda Juliet, ahurie.
— Ouais, il a toujours été comme ça, confirma Fred, affligé de son côté. Mais on se marre bien avec lui.
— Je vois ça, murmura Juliet en jetant un dernier coup d'œil aux alentours.

James secouait lentement la tête de droite à gauche, se demandant comment ils avaient fait pour ne pas avoir perdu patience face à Carlton. Il était complètement dans les nuages la plupart du temps, et ajouté au fait que ce qu'il fumait n'était pas toujours légal, certains jours se révélaient être très difficiles pour ses camarades qui essayaient de le couvrir. James soupira en détournant enfin son attention de Carlton et s'apprêtait à adresser la parole à Juliet, au moins pour lui dire comment effacer la carte lorsqu'elle aurait fini de l'utiliser, mais son amie n'était plus là.

— Elle sait l’utiliser au moins ? lui fit remarquer Fred en se jetant sur son lit.

Mais James l'écoutait à peine, il s'était précipité sur la porte du dortoir pour la rattraper. La carte des Maraudeurs était bien trop précieuse pour que Juliet se fasse avoir avec et n'ait pas le temps de la cacher aux yeux des professeurs ou des yeux trop curieux. Il sauta les marches quatre à quatre et déboucha finalement dans la salle commune.

— Juliet, attends ! s'écria-t-il en la voyant disparaître par l'ouverture du portrait.

Les regards se tournèrent vers lui et à la réflexion, James remarqua qu'il y avait plus de monde que d'habitude chez les Gryffondor. Pas très loin de lui, il reconnut la fille du dortoir de Rose et Juliet qui donnait de l'argent à son pote avec réticence et une fille se mit même à rire en plaquant une main sur sa bouche. Avec horreur, James se rappela de sa tenue très légère dans laquelle il se trouvait. Ce n'était absolument pas le genre de spectacle qu'il aimait donner.

— Nom d’un Scroutt.



Une surprise de taille attendait pourtant les Gryffondor et Serdaigle à leur dernier cours de la journée, celui de métamorphose. Juliet avait eu beaucoup de mal à se concentrer, et plus particulièrement dans ce cours tenu par Aaron Lloyd en personne. Depuis l'épisode de l'infirmerie dans lequel le quadragénaire avait complètement aveuglé Andrea par sa bonté, il avait été continué à être aussi sec envers Juliet dans la semaine qui avait suivi. Il se comportait avec elle comme si elle était un cas irrécupérable et ne cessait de vanter les exploits magiques dont Andrea était capable. Son attitude n'avait échappé à personne, mais on la mettait sur le compte du fameux « tu prends du bon temps avec son fils dans les placards à balais de l'école ».

La sixième année en venait parfois à se demander si elle ne devenait pas folle et qu'elle se faisait des idées.

— Juliet, concentre-toi, la réprimanda Rose. Tu ne voudrais pas encore lui donner une raison de nous enlever des points ?!

Rose attendit patiemment que Juliet se concentre sur le sort qu'elle devait lancer en ignorant les bavardages tout autour d'elles. La partie pratique était toujours légèrement plus bruyante que la partie théorique du professeur. Pour l'instant, ils étaient chargés de s'entraîner par binôme pendant que Lloyd passait dans les rangs pour donner des conseils ou pour le seul cas de son amie, l'enfoncer. Rose s'efforça alors de la conseiller du mieux qu'elle pouvait tant que son professeur faisait lentement, mais sûrement, le tour de la classe. Rose vit avec dépit quelques minutes plus tard que le professeur était arrivé près d'elles et que Juliet n'avait toujours pas réussi à lancer convenablement ce maudit sortilège.

— Mr Lloyd !

Les deux amies se tournèrent dans un mouvement vers le devant de la classe où Ian Scott, l’auror chargé de l'enquête, se tenait dans l'encadrement de la porte. Aaron Lloyd fronça les sourcils, paraissant de mauvaise humeur face à l'intervention inopportune dans son cours.

— Votre présence ainsi que celle de vos élèves est demandée immédiatement dans la Grande Salle.
— S'agit-il de... commença le professeur de métamorphose.
— Oui, c'est bien ce dont il s'agit, le coupa Scott après un bref regard vers Juliet.

Et il disparut, laissant place à un brouhaha dans la classe que même Aaron Lloyd n'arriva pas à arrêter. Tous les élèves parmi les Gryffondor et les Serdaigle de sixième année s'empressèrent de ranger leurs affaires pour se rendre dans la Grande Salle, sous les directives de leur professeur qui tentait vainement de leur imposer le silence. Un grand rassemblement ne pouvait signifier qu'une chose et vu l'air déterminé de Scott, il y avait de bonnes chances pour que le coupable ait été enfin démasqué.

Juliet était dans un état second, elle suivait Rose sans faire attention où elle marchait, partageant à peine l'excitation des autres à l'idée de découvrir le coupable. Elle était déçue. Cette déception était due au fait que l'auteur du crime ne pouvait être Aaron Lloyd, qui de toute évidence n'avait pas été considéré comme tel par Scott. Elle s'était lourdement trompée, et son état mental l'inquiéta de plus en plus. Pourtant, ce n'était pas dans l'ordre de ses préoccupations, elle appréhendait de connaître l'identité de celui qui avait effacé la mémoire de sa sœur.

Quand Albus débarqua à ses côtés alors qu'ils descendaient les escaliers mobiles et à la vue de son regard troublé : elle sut qu'il pensait à la même chose qu'elle. Si Aaron Lloyd n'était pas suspecté, qui pouvait l'être ?

A deux pas de la Grande Salle, ils se retrouvèrent mélangés avec tous les autres élèves, eux aussi appelés à rejoindre le rassemblement. Juliet se sentait fébrile. Tout un tas de scénarios s'imposèrent à son esprit dans lesquels Cameron Lloyd avait été nommé grand coupable. Cependant, en entrant dans la Grande Salle, bien trop bruyante et en effervescence, Juliet remarqua tout de suite le Serpentard dans un coin de la pièce, observant avec attention le professeur Flitwick. C'était le moment où jamais, Juliet allait aller le rejoindre et il n'aurait pas l'occasion de s'enfuir, révélation du coupable ou non.

Mais alors que Juliet avait parcourut trois mètres dans la direction de la table des Serpentard, on la retint fermement par l'épaule pour la rediriger vers sa propre table. La poigne étant forte, elle se doutait qu'il ne s'agissait pas de Rose qui la forçait à les suivre. Telle ne fut pas sa surprise quand elle croisa le regard de Aaron Lloyd, froid et sûr de lui.

— Par là, Hardy.

Juliet fronça les sourcils en rattrapant Rose et Albus au milieu de la table des Gryffondor. Tout ceci ne prouvait qu'une chose aux yeux de Juliet : son professeur l'avait dans le collimateur et il était décidé à l'éloigner de son fils. Elle se demanda vaguement si c'était lui qui avait obligé Cameron à l’éviter.

— Au moins tu ne t'es pas pris un nouveau vent par ton Roméo, remarqua Rose tandis que les élèves s'installaient autour des tables.
— Mon Roméo ?

Rose leva les yeux au ciel, exaspérée par le manque de culture moldue de son amie. Et en remarquant le regard interrogateur de son cousin, lui non plus n'avait pas compris l'allusion. Même si Rose aimait lire, livres moldus ou non, ce n'était pas le cas de ses amis, à son plus grand malheur.

— Roméo et Juliet, précisa Rose d'un ton de maître d'école. Un classique. C'est une belle histoire d'amour, pas la meilleure à mon goût, mais elle a réussi à me faire pleurer quand je l'ai lue.
— Laisse-moi deviner, se moqua Albus après avoir lancé un regard noir à la personne qui l'avait bousculé. Comme dans tous les contes moldus, ils ont fini par se marier et ont eu de nombreux enfants ?
— Pas du tout. Ils meurent tous les deux.

Rose ponctua sa réplique d'un regard appuyé en direction de Juliet qui la contemplait. Essayait-elle de lui faire passer un message ? Quoiqu'il en soit, elle oublia bien vite ce que Rose venait de raconter : la Grande Salle était pleine à craquer et Ian Scott venait d'arriver fermant les battants de la grande porte avec grand fracas. Le bruit occasionné fit taire toutes les conversations et tous les regards se tournèrent vers lui. Ensuite, le menton en l'air, Scott remonta l'allée centrale, prêtant peu d'attention à tous les regards de la pièce concentrés sur lui.

Du côté des Serpentard, Scorpius Malefoy, William Leighton, et leurs amis chuchotaient frénétiquement en lançant des regards réguliers à l'estrade professorale vers laquelle Scott se dirigeait. Avec un peu de tristesse, Juliet songea qu'il manquait décidément quelqu'un à leurs côtés, mais elle se détourna rapidement et son regard tomba cette fois sur Cameron Lloyd. Les bras croisés, il fixait son père sans s'en écarter. Mais ce dernier n'avait pas l'air de lui prêter attention : auprès des autres professeurs, il parlait avec Neville Londubat à voix basse.

Le cœur battant à tout rompre, Juliet se reporta sur Filius Flitwick qui, après avoir échangé quelques mots avec Ian Scott, se retourna vers l'assemblée. Il balaya la salle du regard, ses yeux s'arrêtant de temps à autre sur tel ou tel élève. Derrière lui, pas un professeur ne manquait. L'attente était bien trop longue.

— Chers étudiants de Poudlard, vous devez vous douter de la raison pour laquelle je vous ai tous réunis ici. Je tiens à m'excuser en premier lieu de vous avoir dérangé dans vos occupations. Or, j'ai une nouvelle de première importance à vous faire partager. Elle concerne votre ancienne camarade qui a quitté l'école suite à son agression. J'estime donc que tout le monde mérite ici de savoir ce qui s'est réellement passé. Pour que cela n'ait plus à se reproduire au sein de cet établissement.

Rose, Albus et Juliet échangèrent des regards surpris, et autour d'eux des murmures avaient repris face à l'intervention du directeur de l’école. Celui-ci fit une pause, laissant le temps à ses paroles de faire son chemin dans l'esprit de son auditoire. Il continua ensuite son discours tandis que derrière lui, Scott faisait quelques aller-retours au devant de la table des professeurs.

— Ce qui s’est produit est inexcusable. Laisser vos différents prendre le dessus n’est pas la solution. C’est pourquoi cette personne a été expulsée de l'école et vous vous rendrez compte d'un moment à l'autre de son identité.

Flitwick fit une nouvelle pause face aux interrogations des élèves face à lui. Ian Scott rejoignit alors le directeur au devant des élèves. Près de Albus, Rose et Juliet, Fred Weasley se leva et demanda d'une voix parfaitement nette qui se détachait des chuchotements :

— Et qui est le coupable ?

L'enquêteur sourit, guère perturbé par l'intervention du jeune homme métisse aux yeux clairs.

— Fiona Dixon a décidé d’effacer la mémoire d’Andrea Hardy après une dispute. Le sortilège Oubliettes a bien été lancé de sa baguette, il n'y a aucun doute.

Le brouhaha reprit de plus belle et la voix de Ian Scott fut noyée dans la masse. Juliet n'en revenait pas. Fiona Dixon. Fiona Dixon, une Serpentard de leur année. Elle n'aurait pas pu être plus choquée que ça. Elle se rappelait encore de la fille qui avait la réputation de tricher à tous ses examens. Les seules autres fois où elle entendait son nom, c'était parce qu'elle était associée à sa donneuse d'ordre : Maisie Lloyd. Le sang de Juliet se glaça dans ses veines. Le sbire de Maisie était coupable.

— Votre attention, s’il-vous-plaît ! couina la petite voix du professeur Flitwick en s’avançant aux côtés de Scott.

Le calme revint peu à peu pendant que, la gorge nouée, Juliet échangeait un regard inquiet avec Rose assise face à elle.

— En raison du départ de miss Hardy, son amie Maisie Lloyd a été promue au rang de Préfète, leur annonça-t-il en se tournant vers la table des Serpentard.
— Elles ne sont même pas amies, répliqua Albus à voix basse.
— Et vive l’impartialité, la fille d’un prof… remarqua James assis à côté de son frère.

Devenue livide, Juliet se figea sur son banc tandis que les discussions reprenaient dans la Grande Salle. Albus la prit par le poignet dans un geste rassurant mais Juliet le repoussa doucement et se leva, attirant de nombreux regards vers elle. Puis, comme dans un état second, elle se dirigea alors vers la table des professeurs.

— Vous pouvez sortir ! s’exclama alors le directeur en s’adressant à tous les élèves. Le dîner sera servi dans une heure !

Décidée à avoir le fin mot de l’histoire, Juliet arriva rapidement auprès de l’enquêteur alors que les professeurs essayaient de remettre de l'ordre dans la salle. Elle sentait les regards lui vriller le dos et les murmures parvenaient jusqu’à elle. Pourtant, elle s’en fichait. Le fait que Maisie Lloyd ait été nommée Préfète pour remplacer sa soeur lui avait insufflé une poussée d’adrénaline.

— Vous êtes sûr de ce que vous avancez ? l’attaqua-t-elle. Vous connaissez les raisons de leur dispute ? Comment vous pouvez être certain qu’elle n’a pas été contrainte de lui effacer la mémoire à cause de quelqu’un d’autre ?

A ce moment là, Juliet croisa le regard de Maisie Lloyd, rayonnante, quelques mètres plus loin, son nouvel insigne de préfète de Serpentard épinglé à sa poitrine. Juliet serra les poings.

— On se calme… Juliet ? l’intima Scott en mettant ses mains en avant. J’étais en France hier soir et nous…
— Je n’y crois pas ! s’exclama Scorpius Malefoy en débarquant à côté de la Gryffondor. Je vous ai dit hier que Fiona et Andrea ne s’étaient jamais disputées ou quoi que ce soit… Elles se supportaient ! Fiona Dixon n’aurait jamais été capable de jeter un tel sort !

Derrière eux, la moitié des élèves étaient sortis, mais la plupart étaient en train de jeter des coups d’oeil curieux au petit groupe que Juliet Hardy, Scorpius Malefoy et Ian Scott formaient. Des premières années les montraient même du doigt tandis que les professeurs Londubat et Lloyd les rejoignirent à leur tour.

— C’est une situation délicate, monsieur Malefoy, se défendit Ian Scott. Miss Dixon m’a tout avoué hier, le sortilège a bien été lancé de sa baguette. Andrea m’a confirmé elle-même qu’elle avait des problèmes avec ses camarades de dortoir.
— Des problèmes ? demanda Juliet, de plus en plus pâle.
— Elle n’a jamais été vraiment appréciée des autres filles de Serpentard, lui expliqua Scorpius d’un ton patient. Mais cela n’explique pas le comportement de Fiona, elle n’aurait jamais fait de mal à un doxy !
— Et elle ne pouvait même pas donner une réponse d’elle-même à un examen ! s’emporta Juliet. Tout le monde le sait, elle obéissait à tous les ordres de Maisie !

Aaron Lloyd la foudroya du regard, ce qui aurait suffi à la Gryffondor en temps normal pour la refroidir. Pourtant, elle sentait la colère monter peu à peu en elle. Tout comme Scorpius Malefoy, elle avait du mal à croire que Fiona Dixon ait été capable d’effacer la mémoire d’Andrea. Neville Londubat adressa un avertissement silencieux à la jeune fille.

— Je sais que vous êtes inquiète à propos de votre soeur, concéda Scott, désireux de rompre l’atmosphère tendue qui régnait. Mais vous ne pouvez pas lancer de telles accusations.
— Je n’accuse personne, répliqua Juliet qui s’enfonçait les ongles dans ses paumes. Je rapporte les faits, Dixon était incapable de prendre des décisions sans Maisie Lloyd. Et vous la nommez préfète ?

Scorpius acquiesça avec sévérité et le silence se fit encore plus tendu entre les deux élèves et les trois adultes. Le professeur de métamorphose croisa les bras en fixant Juliet et Malefoy tour à tour, ne prenant cependant pas la peine de défendre et démentir les accusations portées sur sa fille.

— Juliet, venez avec moi, lui dit alors Londubat en rompant le cercle qu’ils avaient formé.
— Je…

Incertaine d’en avoir terminé avec l’enquêteur et le silence étrange de Lloyd, Juliet se vit néanmoins contrainte de suivre son directeur de maison qui prenait déjà la direction de la sortie. Profondément agacée, Juliet traînait le pas à contrecoeur. Londubat restait son professeur préféré, mais elle avait tellement de questions au sujet de l’agression de sa soeur qu’elle lui en voulait de l’avoir entraînée en dehors de la Grande Salle alors qu’elle avait besoin de réponses. Une fois sortis de la Grande Salle, Londubat se tourna vers elle.

— Vos intentions partent d’un bon sentiment, mais l’enquête est close. Fiona Dixon a réellement effacé la mémoire d’Andrea. Elle n’a pas pu contrôler sa magie et elle a effacé bien plus qu’elle ne l’avait prévu… Il n’y a plus rien à faire.
— Mais…
— Peut-être que cela vous semble injuste, mais vous ne pouvez pas accuser quelqu’un sans preuve, la coupa-t-il, l’air indulgent néanmoins.

Ils étaient dans le Hall d’entrée. Non loin, un groupe de Gryffondor les regardaient mais ils étaient trop loin pour entendre quoi que ce soit. Se sentant plus que jamais incomprise, Juliet lança un regard noir à l’entrée des cachots comme si c’était la cause de tous ces problèmes. Puis elle reporta son attention sur Neville Londubat qui la regardait avec un sourire bienveillant.

— J’ai l’impression que quelque chose ne va pas, ici, à Poudlard, lui confia-t-elle à voix basse.
— C’est normal, après ce qu’il vient d’arriver.

Juliet détourna le regard, agacée. Il ne comprenait pas et il ne pouvait pas comprendre. Certes, elle ne pouvait pas « accuser » Maisie Lloyd, mais entre Fiona Dixon et cette dernière, pour Juliet, il n’y avait aucun doute : c’était Maisie Lloyd qui avait le plus de raisons d’en vouloir à Andrea.

— Tu devrais aller rejoindre tes amis, ils t’attendent, lui dit-il après quelques instants en désignant le bas des escaliers. Mais avant, souviens-toi que tu peux venir me voir si tu as un problème, d’accord ? Ou si tu as le moindre doute…

Juliet acquiesça rapidement et Neville lui adressa un dernier sourire rassurant avant qu’il ne s’éloigne. Profondément plongée dans ses pensées, la jeune fille rejoignit lentement le groupe de Gryffondor qui, sans surprise, discutaient vivement de la nouvelle. Quand elle débarqua aux côtés de Rose et de Troy Macmillan, tous les regards se tournèrent vers elle. Rose la prit dans ses bras, et surprise, Juliet n’eut pas le temps de rendre son étreinte que son amie s’écarta d’elle pour mieux la regarder.

— Tu vas bien ? lui demanda Macmillan d’un ton inquiet.

La jeune fille hocha la tête mais son irritation reprit de plus belle quand elle constata que tout le monde la fixait avec un air soucieux. Elle s’apprêtait à leur faire remarquer que non, ce n’était pas elle qui s’était fait effacer la mémoire par l’une de leurs camarades, mais qu’il s’agissait bien de sa soeur Andrea, lorsqu’elle croisa le regard de James. Il la fixait sans pour autant avoir l’air anxieux des personnes qui les entouraient et il murmura silencieusement un « vas-y » que Juliet comprit au moment où ses yeux noisette tombèrent sur le sac de la jeune fille. La Carte des Maraudeurs.

Juliet bondit alors sur ses pieds et couru presque dans les escaliers s’enfermer dans les toilettes de Mimi Geignarde et sortir la carte de James de son sac. Elle allait pouvoir enfin retrouver Cameron et avoir une petite discussion à propos de sa soeur Maisie.

End Notes:

Prochain chapitre : Pire qu'une cracmolle ;)

Pire qu'une Cracmolle by Pinkgrass
Author's Notes:

Hello. Je me souviens encore du moment où j’avais écrit une certaine partie de ce chapitre, et c’était en écoutant la dose de musiques tristes. Vous êtes prévenus.

(mais la prochaine fois, c’est match de Quidditch, ça compensera)

J’espère que vous aimerez malgré tout !

Juliet tourna à droite de la statue de Nigellus le Bigleux, le nez collé à la carte des Maraudeurs. Elle était angoissée, et ce n'était pas seulement du au fait qu'elle rejoignait Cameron Lloyd ; un autre problème allait se poser une fois qu'elle serait là-bas, et c'était plus délicat. Venant de l'autre sens, elle voyait le nom de Amity Beurk qui se dirigeait droit sur lui. Et à la façon dont le nom de Cameron était situé sur la carte, Juliet était persuadée qu'il était sur le point de lui tendre une embuscade. De plus, l'endroit reculé du château facilitait la tâche du Serpentard. Peu de professeurs passaient par là et même Juliet, après avoir passé cinq ans à explorer le château, n'avait jamais croisé un fantôme dans ces couloirs.

Elle s'était vaguement demandée s'il ne valait pas mieux qu'elle patiente mais l'idée d'attendre qu'il ait terminé de tabasser une élève, aussi détestable soit cette fille, la mettait dans une situation plus qu'inconfortable. Que ça lui plaise ou non, Juliet interromprait ses petites affaires. Après tout, elle n'avait aucune envie de reculer encore le moment où elle devrait lui parler, pas après la journée qu'elle venait de passer. Fiona Dixon avait été nommée coupable de l'agression de sa sœur, et Scorpius Malefoy et elle doutaient ouvertement de sa culpabilité.

Non, Juliet n'attendrait pas une minute de plus.

Protego ! s'écriait Amity Beurk.

La Gryffondor se précipita et tourna au fond du couloir, baguette magique dans la main au cas où. Un nuage de poussière empêchait de distinguer quoi que ce soit et Juliet se retrouva complètement déconcertée. Ses yeux lui piquaient mais en même temps, elle entendait toujours la Amity se débattre à coups de “Stupéfix” face à un Cameron Lloyd silencieux. Sans rien voir, Juliet fourra la carte de James dans sa poche et leva sa baguette, pour se défendre de quoi, elle n'en savait rien. Aveugle, elle trébucha alors sur des marches avec un petit cri de surprise.

Plusieurs choses se produisirent alors simultanément : le duel qui avait lieu à quelques mètres d'elle s'arrêta, des bruits de pas claquèrent pour s'éloigner et un sort siffla aux oreilles de Juliet, la ratant de peu. La Gryffondor eut à peine le temps de se remettre de cet assaut qu'un deuxième sortilège la frappa de plein fouet et la propulsa dans les airs sans qu'elle ne puisse rien faire. Elle cria, sa baguette s'échappant de sa main pour voler quatre mètres plus loin, et Juliet heurta violemment le mur du couloir.

— Juliet ?!

Complètement dans les vapes, elle ne se releva pas et ne leva même pas les yeux vers son interlocuteur. De son côté, Cameron Lloyd, paniqué en reconnaissant la jeune fille, se précipita sur elle pour s'assurer qu'elle allait bien. Juliet se prit lentement la tête entre les mains, encore trop sonnée pour réfléchir normalement. Les formes autour d'elle étaient floues et elle avait bien trop l'impression de divaguer pour être dans son état normal. Elle avait du se cogner la tête.

— Tu vas bien ? lui demanda le Serpentard en voyant qu'elle gardait les yeux étroitement fermés. Réponds-moi, tu veux que je t'emmène à l'infirmerie ?
— Non, je veux pas tomber...
— Hein ?
— Laisse-moi une minute, murmura-t-elle.

Cameron la regarda avec des yeux ronds. Il venait de l'assommer avec violence et c'était tout ce qu'elle trouvait à dire ? Mais au moment où il se penchait vers elle pour l'aider à se relever, elle lui saisit fermement le poignet, arrêtant net son geste.

— Pas question que tu m'emmènes pour me laisser là-bas, le prévint-elle, pâle. Pomfresh va encore me faire la morale et... et tu vas encore t'enfuir.
— Mais je peux pas te laisser comme ça, répliqua le Serpentard.
— C’est ce que tu fais avec les autres d’habitude.

Juliet grimaça. Elle avait mal à la tête mais elle ne se sentait pas au bord de l’évanouissement comme elle l’avait été lors de sa retenue en début d’année. Cameron avait interrompu tout geste pour l’aider à se relever et la regardait sans laisser transparaitre le moindre sentiment. La Gryffondor se frotta la tête en reprenant ses esprits et en se rappelant la raison pour laquelle elle voulait absolument lui parler depuis des jours et des jours.

— Pourquoi tu m’évites ? C’est à cause de ce qui est arrivé à ma soeur ?

Sous les intentions fermes de la Gryffondor, Cameron eut un mouvement de recul. Dans la tête de Juliet, l’annonce dans la Grande Salle se repassait inlassablement, lui faisant presque oublier tout le reste. Fiona Dixon était la meilleure amie de Maisie Lloyd, dont le comportement lui paraissait plus qu’étrange ces derniers temps. Elle avait besoin de réponses.

— S’il-te-plaît.

Cameron planta son regard bleu dans le sien et sembla hésiter quelques instants.

— Certaines choses se sont produites dans ma famille, c’est vrai, admit-il d’un ton détaché. Alors au début, j’ai cru que ce qui était arrivé à Andrea avait un lien avec mes propres histoires. Crois-moi, je déteste mon père, mais je doute qu’il soit capable de faire du mal à un élève.

Juliet se retint de ne pas lever les yeux au ciel. Qu’est-ce-qui pouvait provoquer ce revirement de situation dans la tête du jeune homme ? Autour d’eux, la poussière du couloir était retombée mais ne retirait rien à l’atmosphère pesante du lieu.

— Que s’est-il passé dans ta famille ?

Le Serpentard resta silencieux. Les lèvres étroitement serrées, il n’avait pas l’air d’avoir l’intention de répondre à sa question. Juliet brûlait d’envie de le harceler jusqu’à ce qu’il lui raconte tout ce qu’il savait.

— Donc tu crois vraiment que Fiona Dixon a lancé un Oubliettes sur Andrea ?

Cameron haussa les épaules. Imperturbable et voyant que Juliet avait suffisamment repris ses esprits pour le questionner, il se leva.

— A première vue, non, avoua-t-il enfin. Dixon n’est pas très intelligente. Mais tout le monde sait à Serpentard que les filles de sixième année se disputaient constamment. Et puis, Dixon est venue me voir l’année dernière pour tabasser Andrea.
— Pardon ?

Bouche bée, Juliet n’en revenait pas. Elle ne se souvenait même pas avoir vu Andrea à l’infirmerie autrement que lorsqu’elle avait un rhume. Sa soeur avait toujours été méfiante et précautionneuse quant à sa propre santé et elle faisait tout pour qu’il ne lui arrive rien d’extraordinaire, ce qui était l’une des raisons pour lesquelles elle avait une telle aversion pour le Quidditch.

— Mais je ne l’ai pas fait, poursuivit Cameron devant l’air choqué de la Gryffondor. Malefoy m’a convaincu de la laisser tranquille. Apparemment Scorpius aurait repoussé les avances de Dixon et elle a cru que c’était parce qu’il était amoureux d’Andrea. Ridicule.

Cameron fit un geste de la main, comme si toutes ces histoires d’adolescent le dépassaient. Juliet hallucina devant tout ce qui se passait sous ses yeux sans qu’elle s’en rende compte. Bien sûr, elle savait que sa soeur n’était pas appréciée de tous à Poudlard, mais après que William Leighton et elle aient décidé d’enterrer la hache de guerre, plus personne n’aurait pu être considéré comme ennemi de Andrea Hardy. A l’exception de Maisie Lloyd.

— Maisie déteste Andrea, aussi, ne put s’empêcher de dire Juliet. Et maintenant qu’elle est partie, elle jubile. Tu l’as vue tout à l’heure ?
— Ne l’implique pas dans tout ça, la coupa Cameron. Ce n’est pas parce que son amie a provoqué l’amnésie de ta soeur que Maisie y est forcément pour quelque chose.
— Elle m’a menacée le soir où Andrea a disparu. Maisie était dans le parc ce soir-là et Andrea a été retrouvée dans la forêt interdite.

Juliet le défia du regard, attendant patiemment de savoir ce qu’il avait à redire. De son côté, Cameron, qui avait été jusqu’ici impassible et exaspéré, fronça les sourcils et contempla la Gryffondor comme si elle l’avait personnellement insulté. Pourtant il ne dit rien et au bout d’un long moment de silence, il se releva et lui proposa sa main.

— Je te raccompagne à la tour Gryffondor, dit-il d’un ton sans appel.

Plus troublée que jamais, Juliet accepta son aide et ils quittèrent ce couloir dans une tension presque palpable.



— Tu te fiches de moi là ? Tu le fais exprès ? Lloyd est un criminel et la première chose à laquelle tu penses après avoir entendu que Dixon a rendu ta soeur amnésique, c’est d’aller le voir ? As-tu seulement la moindre idée de l'inquiétude que tu nous a filé à Al et moi ? T’es inconsciente, Juliet !
— Euh, Rose, baisse d'un ton.
— Je me tairais lorsqu’elle aura enfin compris ! s’écria Rose à son cousin. Je n’arrive pas à croire que James est complice de ça…

Juliet se renfonça dans le sofa, honteuse. La salle commune des Gryffondor était pleine à craquer, ce qui força la brunette à vouloir se faire toute petite face à la rage de Rose qui, debout devant elle, était littéralement en train d'exploser. Rien que le fait de débarquer dans la salle commune lui avait valu les questions de ses camarades de maison et même maintenant, de nombreux regards étaient posés sur le groupe qu’elle formait avec Rose et Albus.

— Rose a raison, reprit plus posément Albus, les bras croisés à côté de sa cousine. Tu ne te rends pas compte de la gravité de la situation. Si Fiona Dixon n’est pas la vraie coupable comme on le croit, on est sérieusement dans la bouse de dragon.
— Et on a raison, confirma Rose d'un air revêche, ne lâchant pas son amie du regard.
— Alors maintenant, tu ne pars plus sans donner d'explication, conclut Albus, sévère.

Albus paraissait néanmoins inquiet, contrairement à Rose dont la colère surpassait toutes ses autres émotions. Ils savaient qu'elle était partie rejoindre Cameron Lloyd, le Serpentard. Rose, dont la colère était loin de la quitter, fondit comme un rapace sur sa proie et appuya ses deux mains sur chaque accoudoir du fauteuil de Juliet. Son visage à dix centimètres de celui de sa meilleure amie, Rose murmura lentement :

— Tu as beau être tombée sous son charme, il n'empêche que c'est un Lloyd, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. Et qui sont nos suspects numéro un, ma chère ? Oui, je te le donne dans le mille. Les Lloyd. Donc maintenant, sache que tu es sous ma garde surveillée.

Rose plissa les yeux et lui lança un regard noir. Juliet, bien trop remuée par les propos de ses amis, restait immobile et contemplait les yeux bleus de Rose qui lui lançaient des éclairs. Par dessus l'épaule de Rose, Albus leva les yeux au ciel avant d'attraper Rose par le coude et la faire reculer. Il fallait toujours que Rose soit dramatique, dans tout ce qu'elle entreprenait et c'était un trait de son caractère qui exaspérait Albus la plupart du temps. Rose lança un dernier regard suspicieux à Juliet et jeta un coup d'œil à sa montre.

— Il est six heures, on va dîner, ordonna-t-elle aux deux autres avant de se diriger vers l'ouverture du portrait. Allez, lève-toi Hardy.



Le lendemain, les discussions entre les élèves tournaient toujours autour de l’agression d’Andrea, de son départ, et de la coupable Fiona Dixon. Dans tous les recoins du château, des rumeurs courraient sur un éventuel triangle amoureux entre Andrea Hardy, Fiona Dixon et Scorpius Malefoy. Cependant, personne d’autre ne se doutait que le coupable de cette affaire n’était peut-être pas Fiona Dixon. En cours, les professeurs tentaient de faire taire les conversations qui tournaient à propos de cette histoire mais c’était peine perdue : les rumeurs étaient ce qui circulait le mieux à Poudlard et Juliet était la première à l’affirmer.

Les cours de la journée passèrent un peu trop lentement au goût de Juliet. Son cours d'histoire de la magie avait été un supplice en constatant que Rose avait décidé de lui lancer des coups d'œil suspicieux à chaque fois qu'elle faisait le moindre geste. Et pire que tout, Juliet s'était rendue compte qu'elle avait perdu sa baguette magique. Après être rentrée à la tour Gryffondor en début de soirée, elle avait surtout prit soin de replier la carte des Maraudeurs pour la remettre dans son sac, en attendant qu'elle voit James. Passant complètement à côté de l'absence de sa baguette. Quand elle réalisait enfin son erreur en plein milieu du cours de Binns, sa poche, pourtant vide, lui avait semblé peser des tonnes.

Et par les temps qui couraient, se retrouver sans arme pour se défendre la laissait bien démunie. Mais le plus mauvais dans tout ça, c'était que le cours suivant était celui de défense contre les forces du Mal et que dans un cours tel que celui-ci, une baguette magique se révélait indispensable, bien que Juliet soit la pire élève qui soit. Elle se prit le visage entre les mains, coudes sur la table, cessant tout effort de suivre le cours d'histoire.

— Il y a un truc qui ne va pas ? lui demanda Albus en remarquant son malaise.
— J'ai perdu ma baguette.
— Ah.
— Elle est à l'autre bout du château, chuchota Juliet, le visage toujours entre les mains. Et on a cours juste à côté, j'aurais jamais le temps d'aller la chercher sans être en retard au cours de la vieille chouette.
— Et tu as un léger problème, ajouta Albus en désignant Rose à l'aide de sa plume.

Réfléchissant à toute allure, Juliet échafauda un plan de dernière minute. Son regard passait de son amie rousse, assise dans l'autre rangée, à son professeur d'histoire de la magie, fantôme de son état. Juliet n'avait aucune envie d'encore se faire donner une leçon devant toute la classe parce qu'elle avait oublié sa baguette magique, en plus, ses camarades la regardaient déjà en chuchotant entre eux, un sourire moqueur au visage. Juliet n'avait aucune idée de la raison pour laquelle elle était encore au centre de l'attention, mais cela commençait à l'agacer sérieusement. Ajouté au fait qu'elle voulait aller récupérer sa baguette sans le regard meurtrier de Rose, Juliet leva la main.

— Professeur Binns ?

Le fantôme leva la tête vers elle, ses traits étaient toujours aussi passifs que lors de son premier cours. En même temps, il ne s'était pas rendu compte de sa nouvelle condition le jour de sa mort, ce qui était plutôt révélateur pour la jeune fille. Du fond de la classe, Juliet savait qu'il ne pouvait pas aussi bien la discerner que Barbara Hopkins, assise au premier rang, mais pour donner le change auprès de ses camarades, elle força une grimace tandis qu'elle s'adressait à Binns :

— J'ai très très mal à la tête, je peux aller à l'infirmerie ?

Cinq minutes plus tard, Juliet dévalait un couloir du sixième étage, satisfaite de son coup de bluff. Elle eut même un sourire en repensant à la mine déconfite de Rose, qui s'était vite transformée en rictus mauvais qui voulait dire : « toi, je ne te raterai pas ». Parfois, Rose savait se montrer très effrayante quand elle le voulait. Quoiqu'il en soit, Juliet était arrivée au bon étage et retourna sur ses pas, la démarche pressée. Elle n'avait pas tout son temps non plus. Mais arrivée dans le fameux corridor dénué de la poussière de la veille, sa baguette n'était nulle part.

— C'est pas vrai ! s'emporta Juliet en proie au désarroi.

Désespérée, la Gryffondor fit demi-tour, se demandant vaguement si Cameron l'avait récupérée ou si quelqu’un d’autre l’avait ramassée entre temps. Mais elle ne se faisait pas d'idée, elle avait bien vu sa baguette être projetée dans les airs avant de rouler sur le sol hors de sa vue. Juliet repensa à ses aventures de la veille dans le dortoir des garçons. Elle n'était pas aussi tête en l'air que ce Carlton pour laisser sa baguette au beau milieu d'un tas de débris tout de même !

Juliet vérifia l'heure : il ne lui restait qu'un quart d'heure avant le début de son prochain cours. Elle se résigna bien vite à l'idée d'aller chercher le Serpentard, elle commençait à bien le connaître et il était la personne la plus introuvable du château. Puis, Juliet s'arrêta en plein milieu de l'escalier, se traitant mentalement d'imbécile. Elle fouilla dans son sac à la recherche de la carte de James qu'elle ne lui avait toujours pas rendu. S'arrêtant au niveau d’une rangée d’escaliers, elle déplia la carte des Maraudeurs sur laquelle les noms de toutes les personnes présentes à Poudlard figuraient et chercha le nom du Serpentard. Son regard s'arrêta d'abord sur son nom à elle qui était immobile avant d'examiner rapidement les alentours.

Et telle ne fut pas sa surprise quand elle remarqua une tout autre personne bien connue se diriger droit vers elle. Fronçant les sourcils, Juliet se demanda vaguement ce que la septième année faisait au sixième étage alors qu'elle venait de remarquer son groupe d'amis de Poufsouffle deux niveaux plus bas. Visiblement, Audrey Collins s'était lancée seule dans les étages sans ses copines qui gloussaient constamment à ses côtés et ça, ce n'était pas très bon pour Juliet qui se hâta de ranger la carte dans sa besace. Sans baguette, elle n'était pas très rassurée et il valait mieux contourner le danger dans ce cas.

Cependant, les foulées précipitées de Collins se firent entendre plus vite que prévu et Juliet n'eut d'autre choix que de se cacher rapidement derrière la statue de Boris le Hagard. Derrière la cape de Boris, la Gryffondor était parfaitement dissimulée, aussi attendit-elle patiemment que les pas de la Poufsouffle s'éloignent avant de sortir de son repaire. Puis, elle remarqua avec frayeur que Collins était activement à sa recherche et qu'elle n'aurait pas du la sous-estimer. Et elle n'aurait pas du sous-estimer les tableaux non plus.

— Excusez-moi, Messieurs, demanda Audrey d'une voix mielleuse à la peinture représentant trois frères autour d'un bureau. Vous n'auriez pas vu une fille minuscule m'arrivant à peu près... là. Elle est brune.

« Minuscule ? » se répétait Juliet en grimaçant dans sa cachette.

— Bien sûr, juste derrière vous ! répondit aimablement l'un des sorciers.

Juliet soupira en roulant des yeux et sortit de son abri sous le regard peu amène de Audrey Collins qui avait sa baguette magique en main. Légèrement paniquée, Juliet montra cependant qu'elle était sûre d'elle, prête à régler ce problème avec diplomatie. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander pourquoi la Poufsouffle s'était donné tant de mal pour la retrouver. Depuis l'épisode fâcheux des Trois Balais, elle s'était contentée de l'ignorer dans les couloirs, contrairement à son habitude de lui lancer des piques, mais voilà qu'elle se retrouvait là, devant elle, ses traits détendus se transformant peu à peu avec des expressions furieuses.

— Qu'est-ce-que tu veux ?

Audrey Collins rit jaune et se rapprocha de Juliet en la dévisageant d'un air mauvais.

— Toi, tu oses me le demander ? Le départ de ta Serpentard de sœur ne t'a pas retenue d'aller chercher du réconfort auprès de mon copain, hein ?
— Pardon ? fit Juliet sans comprendre.
— J'aime profondément James, sache-le Hardy. Et je ne laisserai pas une fille dans ton genre gâcher mes deux ans et cinq mois de relation avec lui. Alors maintenant, tu vas me dire très exactement ce que tu as fait avec les garçons hier dans leur dortoir. Ou je te détruis. Ou je te dénonce à Mrs Tourdesac pour quitter les heures de classe sans raison apparente. Je t'ai vue tout à l'heure.

Juliet la contemplait avec des yeux ronds avant de devenir livide. C'était donc pour cette raison que les gens se moquaient d'elle depuis qu'elle avait quitté sa salle de classe. Collins savait qu’elle avait passé du temps dans le dortoir de James la veille. Et pour des motifs beaucoup moins louables que la recherche de la carte des Maraudeurs...

La Poufsouffle leva sa baguette sur Juliet, décidée à lui montrer de quel bois elle se chauffait. Effrayée, Juliet se retrouva sans aucun moyen de se défendre, ne trouvant que la solution de reculer jusqu'à atteindre le mur.

— Collins, il s'agit d'un énorme malentendu, dit alors Juliet en tentant de la calmer. Rien ne s’est passé hier. Alors oui, j'étais dans le dortoir de James, mais c'était pour...

Juliet se retint de ne pas gaffer. Elle n'avait pas idée de ce dont Audrey Collins était au courant, notamment pour la carte des Maraudeurs.

— Tu faisais quoi dans leur dortoir ? s'emporta Collins entre ses dents alors qu'elle n'était plus qu'à un mètre de Juliet.
— Je cherchais Cameron Lloyd, répondit rapidement Juliet, effrayée.

Audrey détourna le regard. Elle fulminait.

— Depuis quand tu cherches un Serpentard dans le dortoir des Gryffondor ? Tu te fous complètement de moi ?!

Soudain, alors qu'Audrey s'apprêtait à lui lancer un maléfice, ses cheveux auburn semblant s'enflammer de rage, sa baguette se retrouva expulsée dans les airs. Collins fut un instant surprise et paniquée, son adversaire n'ayant pas sorti sa baguette, elle se mit alors à chercher frénétiquement d'où provenait cette attaque. Et quand elle remarqua la tierce personne, le visage de la Poufsouffle se décomposa, plus que déconcertée. Mais elle se reprit au bout de quelques instants et leva le menton en l'air, comme pour prouver à Cameron Lloyd qu'il ne l’intimidait pas.

De son côté, Juliet ressentit du soulagement face à l'arrivée du Serpentard. Elle n'eut alors d'yeux que pour lui et elle ne pouvait être plus heureuse de le voir à ce moment sachant qu'il tenait dans sa main deux baguettes magiques. Et Juliet reconnaissait la sienne sans mal. Cameron arriva tranquillement à deux mètres des deux filles quand il lança sa baguette à Juliet, cette dernière la rattrapant aisément.

— Elle t'a donné combien pour que tu la défendes ? cracha alors la Poufsouffle. Oh, j'oubliais... c'est passionné entre vous, n'est-ce-pas ? Fais-gaffe Lloyd, passer du bon temps dans le dortoir des mecs de Gryffondor, elle connait !

Rouge de honte, Juliet brandit sa baguette magique sur Audrey Collins, s'appliquant à ne pas regarder Cameron juste à côté d'elles. Collins n'avait pas le droit de dire une chose pareille. Elle ne pouvait pas se permettre de raconter sa version pervertie des choses à Cameron. C'était à ce moment que Juliet se rendit compte qu'elle tenait bien trop à lui pour qu'il croit qu'elle n'était qu'une fille dont l’unique passe-temps était de traîner dans le dortoir des garçons. Touchée par ce que la Poufsouffle venait de dire, Juliet sentit les larmes lui monter aux yeux.

— Qu'est-ce-que tu attends ? poursuivit Audrey Collins dont la rage avait repris le dessus. Aurais-tu peur de montrer tes talents à ton bien-aimé ? Tu lui as dit que ton père avait payé ton entrée à Poudlard pour prouver que tu n'étais pas une cracmolle ?
— Dégage.

Cameron serrait sa baguette fermement dans son poing, et contrairement à Juliet qui était tétanisée et au bord des larmes, il ne semblait pas avoir peur de s'en servir en regardant Audrey Collins avec détermination. Les Serpentard avaient donc le beau rôle, à jouer aux « méchants », mais Collins venait de donner un coup là où ça faisait le plus mal. La magie de Juliet était sa faiblesse et le fait qu'on l'attaque à ce sujet l'anéantit complètement. Elle était prête à éclater en sanglots d'un moment à l'autre, aussi elle baissa toutes ses gardes, de sa baguette en passant par ses yeux emplis de larme.

— Tu sais très bien comment a terminé ton petit ami l'année dernière, la menaça Cameron d'une voix contrôlée. Si tu ne veux pas connaître le même sort, je te conseille de dégager immédiatement.

Audrey Collins hésita à bouger : les mots avaient dépassé sa pensée et elle s'en voulait déjà d'avoir été si cruelle. Mais c'était avant qu'elle ne croise le regard bleu glacial du Serpentard. Ses menaces firent alors mouche dans son esprit et elle déguerpit enfin, ramassant sa baguette au passage, dans un état second. Le couloir parut extrêmement vide subitement, seuls Juliet et Cameron demeurèrent debout dans le silence le plus complet, jusqu'à ce que la baguette de Juliet ne glisse entre ses doigts, l'écho de sa chute se répercutant contre les murs de pierre.

Deux secondes plus tard, Juliet éclatait en sanglots tout en s'écrasant au sol. Elle ramena ses genoux contre elle et son visage dissimulé par ses bras, Cameron assista à la scène, les épaules de la Gryffondor se secouant de sanglots silencieux. Le Serpentard resta un instant sans bouger, interdit. Il n'avait jamais réconforté quelqu'un de sa vie. Son manque d'expérience dans les relations humaines l'assaillait de toutes parts. Et à ce moment, il en avait terriblement besoin.

Juliet ne pouvait plus tenir. C'était tout bonnement impossible. Collins avait su comment l'atteindre. Elle en était consciente, ses pouvoirs n'étaient pas dignes d'une sorcière. Elle se sentait tellement nulle quand elle voyait les autres se battre en duel et qu'elle se trouvait incapable de répliquer convenablement. Cacher son embarras par des sourires était ce qu'elle savait faire de mieux. Elle ne pouvait plus entendre ni supporter les « c'est pas grave, tu feras mieux la prochaine fois » de ses camarades qui se pensaient compatissants. C'était ce pourquoi elle était douée, les contacts, sauver les apparences, et même rire de sa propre incapacité alors qu'au fond, elle se sentait triste à mourir.

Une nouvelle fois en vingt-quatre heures, Juliet se sentit soulevée par Cameron qui la redressa sur ses deux pieds, pour finalement la serrer dans ses bras. Au contraire de la veille, Juliet ne chercha pas à s'écarter de lui, elle s'y accrocha comme une bouée de sauvetage, ruinant sa chemise immaculée de ses larmes intarissables.

Un nouveau sanglot lui échappa. Même face à lui, alors qu'il cherchait manifestement à la soutenir, Juliet ne put s'empêcher de se sentir ridicule à ses côtés. Qu'est-ce-qu'elle était, finalement à côté de lui ? Elle était certes reconnue pour ses prouesses au Quidditch, mais son père avait raison : ce n'était qu'un sport, un loisir. Cameron lui savait se battre, il en était même devenu dangereux et avait utilisé son don pour se faire un nom et devenir indépendant. Il était un vrai sorcier, lui. Juliet se mit à pleurer de plus belle en songeant qu'elle ne serait pas capable d'impressionner un moldu, si elle en avait l'occasion. Même les Cracmols se débrouillaient mieux qu'elle et s'apitoyaient moins sur leur sort.

Juliet perdit complètement la notion du temps. Elle se fichait de rater son cours de défenses contre les forces du Mal. Une heure de cours serait-elle suffisante à combler ses énormes lacunes ? Non. Elle en sortirait encore plus déprimée, ses camarades riraient de la tenue du jour de la vieille chouette pendant qu'elle s'inquiéterait du temps dont elle aurait besoin pour pallier au retard qu'elle avait accumulé par rapport aux autres. En définitive, Andrea n'avait peut-être pas eu si tord en quittant Poudlard. Elle aurait sûrement plus de chance ailleurs. Mais Juliet effaça d'un froncement de sourcil cette suggestion. Elle était tout simplement abattue sous le coup de la tristesse, de ce que Collins lui avait balancé à la figure.

Et elle ne pouvait pas se permettre d'avoir ce genre de pensées sombres, surtout pas quand la personne contre laquelle elle était blottie semblait avoir une famille aussi exécrable et pire que sa propre incapacité à être une sorcière et à faire partie de ce monde.

— Je suis désolée Cameron, murmura-t-elle d'une voix éteinte entre deux sanglots silencieux. Que tu assistes à ça... C'est pathétique. Je déteste pleurer... Et si j'étais dans ce fichu dortoir hier, c'était... c'était pour trouver un moyen de te rejoindre. Tu me fuyais et... James a été la seule solution.

Juliet renifla bruyamment. « Quelle classe », ne put-elle s'empêcher de penser avec dégoût. Mais Cameron n'eut pas l'air de lui en tenir rigueur, il lui frotta doucement le dos en guise de réconfort. Plus honteuse que jamais, elle n'osait même pas s'écarter légèrement pour le regarder. Se calmant peu à peu, elle vint à se demander comment elle avait fait pour se faire apprécier du Serpentard le plus haï et le plus retiré de toute l'école. Et elle ne comprenait pourquoi elle était la seule à sentir qu'il n'était pas ce que tout le monde pensait de lui : quelle personne sans cœur et brutale la rassurerait dans ses bras ?

— Collins est profondément atteinte, dit Cameron à voix basse. Tu ne devrais pas l'écouter.
— Mais elle a raison sur un point. Même un cracmol ferait mieux que moi. Tout le monde le sait.

Juliet ferma douloureusement les yeux. Cela semblait si réel de le dire à haute voix, de le dire devant Cameron, le maître incontesté des défenses contre les forces du Mal. Il aurait pu se moquer d'elle, être mesquin et l'enfoncer encore plus, comme l'avait fait William Leighton durant leur première année, mais il n'en fit rien. Il était là, se contentant de la serrer contre lui sans la juger. Puis elle se sentit tellement bête à s'apitoyer sur son sort alors que lui-même cachait ses secrets et sa peine derrière ses airs fiers et distants.

— Je peux peut-être t'aider, lui confia-t-il alors. Si tu es ici, c'est que tu le mérites. Tu aurais parfaitement été capable de te défendre face à elle tout à l'heure, crois-moi.
— Tu n'as jamais assisté à l'un de mes duels, dans ce cas, chuchota Juliet avec lassitude. C'est tellement... humiliant à chaque fois.

Cameron se détacha lentement d'elle pour la regarder dans les yeux. Juliet, qui avait cessé de pleurer, le contemplait en fronçant les sourcils. Elle devait être dans un état pitoyable maintenant. Mais une fois plongée dans son regard bleu intense, elle en oublia son visage encore humide et ses yeux rougis. Cameron ne la scrutait pas avec dédain, ni avec son attitude froide réservée à ses camarades. Non, Juliet y lisait de la bienveillance et même de la douceur qui fit s'accélérer son rythme cardiaque.

— Juliet, tu dois prendre confiance en toi. C'est tout ce dont tu as besoin et je suis d'accord, ce n'est certainement pas Mrs Tourdesac qui t'aidera à ce niveau là. Laisse-moi essayer et tu verras que tu es capable de faire aussi bien que moi.
— Tu crois ?
— J'en suis certain.

Les lèvres de Juliet s'étirèrent en un mince sourire. Qui disparut presque aussitôt.

— Pourquoi ? demanda-t-elle d'une petite voix. Pourquoi tu voudrais m'aider ?

Ce fut au tour de Cameron de froncer les sourcils. Pourquoi voulait-il lui apporter son aide ? Il n'en avait pas la moindre idée. L'aurait-il proposé à quelqu'un d'autre ? Non. Mais Juliet avait paru si brisée et découragée face aux mots durs de Collins que sa détresse l'avait vivement interpelé.

— Je ne sais pas, répondit-il finalement dans un souffle.
— Mais tu as les ASPIC à la fin de l'année, objecta Juliet en détournant son regard. Tu as aussi ton... occupation. Je ne crois pas être assez...
— Eh bien je trouverai le temps, répliqua Cameron, décidé.

Rougissant jusqu'à la racine des cheveux, Juliet reporta son regard sur lui. Après tout ce qu'il pouvait bien entendre à son sujet, des bruits courant sur sa relation avec James en passant par sa nullité dévoilée au grand jour, il restait à ses côtés. Il ne la fuyait plus. Et mieux que ça, il lui proposait clairement de passer du temps à l'aider à régler ses problèmes. Que pouvait-elle demander de mieux ? A ce stade, peu importait ce qu'Audrey Collins ou n'importe qui d'autre pensait d'elle. Seul Cameron importait.

Ragaillardie grâce à lui, Juliet suivit ses pulsions et se dressa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur la joue de Cameron. Elle ne s'écarta pas tout de suite en sentant le Serpentard se pétrifier à son contact. Elle leva les yeux vers lui, son visage à seulement quelques centimètres du sien. Il la dévisageait, une lueur de panique dans ses magnifiques yeux bleus. Juliet ne se retira pas pour autant, d'aussi près, son irrésistible envie de glisser ses doigts dans ses boucles brunes refit surface et, le cœur battant à tout rompre contre sa poitrine, elle eut envie de l'embrasser.

Juliet se mordit l’intérieur des joues. Elle ne pouvait pas le faire, pas quand il semblait aussi ébranlé. Il la fixait toujours sans bouger, et elle se demanda même s'il n'avait pas retenu sa respiration. Essayant d'oublier le désir qu'elle avait de rompre la distance, pourtant peu importante, qui les séparaient, Juliet posa une main qu'elle voulait rassurante sur le bras de Cameron.

— Merci, souffla-t-elle. Merci pour tout.

Et sans demander son reste, Juliet s'enfuit sans un regard en arrière.



— Je te préviens, je viens te chercher après ton entraînement de Quidditch et pas de détour possible…

Juliet et Rose entrèrent dans leur dortoir après leur dernier cours de la journée et aussitôt la jeune fille rousse alla s’asseoir sur son lit dans un profond soupir. Juliet, dans une humeur indescriptible oscillant entre la tristesse et la lassitude, déposa ses affaires et frissonna quant à la température plutôt fraiche qui régnait dans la pièce. Puis son regard fut attiré par un morceau de parchemin posé bien en évidence sur son lit. Perplexe, Juliet le saisit et l’ouvrit.

Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas. Tu sais à qui faire confiance, Juliet.

— On ne voit plus Victoria depuis quelques temps, remarqua Rose en se tournant vers le lit de leur camarade de dortoir. Depuis que tu l’as rembarrée, en fait.

Juliet leva les yeux vers elle et remarqua la fenêtre ouverte derrière le lit de son amie. Un hibou était posé sur l’encadrement de la fenêtre et s’envola aussitôt le regard de la jeune fille posé sur lui. Juliet bondit et se précipita sur la fenêtre ouverte pour apercevoir l’oiseau s’éloigner en direction de la forêt interdite. Toujours aussi perturbée, la Gryffondor ferma lentement la lucarne et donna le morceau de parchemin à Rose qui la regardait avec inquiétude.

— Tu reconnais cette écriture ? lui demanda-t-elle.

Tandis que Rose examinait le parchemin, ses fins sourcils froncés, Juliet essaya de se passer en revue toutes les écritures qu’elle avait vu passer sous ses yeux. Sa famille, ses amis, et même ses professeurs, elle n’avait jamais vu cette écriture ronde et penchée auparavant. Qui pouvait bien lui avoir envoyé cette missive ?

— Je ne vois pas qui aurait pu t’écrire mais je suis d’accord avec cette personne, lui dit enfin Rose. Tu ne devrais pas faire confiance à n’importe qui, si tu vois ce que je veux dire.

Rose la défia du regard, la lettre à la main telle une preuve irréfutable que sa meilleure amie ne devrait pas s’approcher de trop près de Cameron Lloyd. Juliet croisa les bras.

— Pendant combien de temps vas-tu me faire des reproches à son sujet ?
— Je suis désolée, Juliet, répondit tristement Rose, je ne peux pas faire confiance à ce mec. J’ai un mauvais pressentiment le concernant…

Les expressions de Rose avaient changé du tout au tout, passant de la confiance en soi depuis la veille à de l’inquiétude quand elle se mit à mordiller sa lèvre inférieure. Juliet n’eut pas le temps de répondre que Victoria Finnigan entra dans le dortoir, ce qui coupa court à ses intentions de lui prouver qu’elle avait tord. Juliet alla rapidement s’enfermer dans la salle de bains et se contempla dans le miroir avant de se rendre à son entraînement. Les yeux encore rougis après avoir pleuré quelques heures plus tôt, elle tenta de se rafraîchir le visage et de se constituer une mine réjouie. C'était plus ou moins réussi.

Quelques minutes plus tard, elle descendit en salle commune retrouver James, Fred et Emma pour se rendre sur le terrain de Quidditch comme si cette année avait été comme toutes les autres.

Jour de match by Pinkgrass
Author's Notes:

Fun fact (pas si fun que ça) pour faire suite au chapitre précédent : Juliette et Andrea ont deux cousins du même âge environ, Valentine et Damien (déjà mentionnés si vous avez bonne mémoire). Et parmi les quatre cousins, c’est Andrea qui a mis très longtemps avant de manifester ses pouvoirs magiques. La famille s’est demandée si elle n’était pas une cracmolle jusqu’à ses dix ans où ENFIN, à un an du départ pour Poudlard, elle a fait exploser le chaudron de sa tante (sorcière très charmante que vous aurez l’occasion de rencontrer plus tard dans la fiction). Les choses ont bien changé…

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira !

La salle commune de Gryffondor était bruyante, ce soir là. Ce début de mois de novembre avait apporté avec lui le second match de Quidditch de l'année qui opposerait Gryffondor à Serdaigle et le match du lendemain était au cœur de presque toutes les conversations. L'équipe de Gryffondor s'était entraînée très tard pour revoir certaines stratégies de dernière minute, et c'était ainsi qu'une Juliet exténuée et complètement ailleurs s'était effondrée sur une chaise auprès de Rose et d'Albus. Fatiguée, elle n'était même pas motivée à aller prendre une douche dans son dortoir et elle avait pris soin de rester de rester avec Fred Weasley et Troy Macmillan après l'entraînement. Il n'était plus question qu'elle reste seule dans les vestiaires désormais.

En s'asseyant avec ses meilleurs amis, Juliet ne chercha même pas à savoir de quoi il parlaient, et n'avait même pas remarqué à quel point le ton enjoué de Rose paraissait faux, comme si Albus et elle avaient subitement changé de sujet de conversation à son arrivée. Depuis que l’annonce du coupable avait été faite, Juliet s’était sentie éloignée de tout le monde, et notamment de Albus et Rose avaient étrangement changé de comportement à son égard : Rose ne cherchait plus à la harceler à propos de Cameron et n'avait pas non plus cherché à la suivre à la trace. Quant à Albus, il s'était montré sur la retenue par rapport à d'habitude. Cette dernière s'était rendue compte que Rose agissait bizarrement et en demandant à Albus ce qu'elle avait derrière la tête, elle avait bien senti que son meilleur ami lui avait menti.

Cependant, il n'y avait pas seulement Rose et Albus qui l'avaient rendue morose. Juliet n'avait cessé de ressasser ce moment dans le couloir avec Cameron Lloyd. Quand son esprit n'était pas tant occupé par ses entraînements de Quidditch et sa pile de devoirs qui commençait à s'accumuler sérieusement, elle pensait au Serpentard. Et s'il n'avait pas tenté de l'éviter depuis qu'il lui ait involontairement jeté un maléfice quelques jours plus tôt, c'était elle qui, par manque de temps, n'avait pas eu une minute pour aller le voir. Juliet avait pourtant capté son regard à de nombreuses reprises lors des repas dans la Grande Salle, mais inévitablement, ses camarades de Gryffondor avaient toujours trouvé un moyen pour qu'elle sorte entourée d'une demi-douzaine d'énergumènes bruyants sans possibilité de leur échapper.

— Alors, prête ? demanda Rose avec un sourire.
— Mouais, marmonna Juliet avant de bailler longuement. Si Finch-Fletchey ne me joue pas le coup du niffleur battu, ça devrait aller.
— Tu devrais aller te reposer, suggéra Rose avec sagesse.
— Avec des cernes pareilles, une bonne nuit de sommeil ne pourrait pas te faire du mal, approuva Albus en rangeant quelques parchemins, le regard fuyant.
— Attendez, je rêve ou vous voulez vous débarrasser de moi ?

Juliet les observa alors tour à tour, se réveillant peu à peu de sa torpeur. Rose passa une de ses mèches rousses derrière son oreille, signe qu'elle était gênée, et Albus évitait à tout prix son regard inquisiteur. La brunette n'en revenait pas, les deux cousins ne s'étaient pas disputé depuis des jours et des jours et ils étaient même d'accord en ce moment même. Ce ne pouvait pas être une coïncidence. Juliet, sans rien laisser paraître, était prête à leur faire cracher le morceau.

— Hé, c'est quoi votre problème ? Et c'est quoi ça ? ajouta-t-elle en désignant le morceau de parchemin qu'Albus tentait de dissimuler sous son avant-bras.
— Rien, rien du tout... marmonna Albus en faisant semblant de s'intéresser à un groupe de troisième années turbulent.
— Rose, gronda Juliet. Qu'est-ce-que vous ne me dites pas ?

Son amie lui adressa un pauvre sourire avant de lancer un regard hésitant vers Albus qui semblait prendre ses devoirs de préfet un peu trop au sérieux ce soir. Elle tourna une de ses mèches de cheveux entre ses doigts sous les yeux inquisiteurs de Juliet qui ne la lâchait pas.

— Al, peut-être qu'on devrait... hésita Rose au bout d'une minute.
— Je rêve ! s'exclama Albus en se retournant soudainement vers sa cousine. C'est toi qui ne voulait pas mêler Juliet à ça. Et tu changes d'avis en un clin d'œil ?

Désarçonnée par le fait que ses amis lui avaient effectivement caché leurs activités, elle ignora presque instantanément que leurs disputes avaient aussitôt repris. La brèche s'était ouverte et Juliet s'immisça à l'intérieur sans attendre plus longtemps. Elle esquissa un geste pour attraper le parchemin qu'Albus voulait lui cacher, mais il réagit trop vite et contempla Juliet avec un regard mi-sévère mi-exaspéré.

— Écoute, Juliet, ce n'était pas contre toi, se rendit Albus après un soupir. Avec les entraînements de Quidditch et le match de demain... on a cru qu'il serait bon qu'on t'éloigne de notre, euh... projet le temps que le match soit passé. Non, avant que tu ne t'énerve, écoute ce qu'on a à te dire.

Juliet le fixait avec des yeux ronds. Qu'étaient-ils en train de préparer tous les deux ?

— Rose et moi, poursuivit lentement Albus en baissant le ton de sa voix, nous avons décidé de mener notre enquête, et on a prévu de faire un tour dans le bureau de Aaron Lloyd la semaine prochaine.
— On est d'accord, si ce n'est pas lui qui a rendu Andrea amnésique, il est tout de même super inquiétant quand il s'acharne sur toi en cours. Nous allons donc fouiller son bureau lundi prochain, c'est le cours juste avant de dîner, avec un peu de chance, il ira directement là-bas. De toute façon, tu n'as pas ton mot à dire, Juliet, si on ne t'avait rien dit, tu n'aurais rien su.

Albus gratifia Rose d'un regard indulgent puis se tourna vers Juliet, qui était manifestement ahurie par le plan de ses amis. Autour d'eux, des deuxième années s'amusaient à se lancer un Frisbee à dents pointues, mais cela n'atteignait pas les trois amis qui ne faisaient attention à rien d'autre qu'à leur conversation. Non, Juliet n'en revenait pas. Pas seulement parce qu'ils l'avaient tenue à l'écart mais parce que fouiller le bureau d'un professeur relevait d'un acte incommensurablement inconscient. Et elle n'en revenait pas qu'Albus et Rose aient en projet de le faire alors qu'elle, la Gryffondor qui avait écopé de suffisamment de retenues pour une vie entière, trouve l'idée suicidaire.

Cependant, elle n'était pas au bout de ses surprises quand Albus reprit la parole en se penchant davantage au dessus de la table, ses yeux verts vrillant ceux noisette de son amie :

— Finalement, tu pourrais même nous être d'une précieuse aide.
— Pardon ? fit Juliet, totalement perdue.

Apparemment, Rose non plus n'avait aucune idée de ce dont son cousin venait de parler. Elle le regardait en fronçant les sourcils, suspicieuse.

— Ce n'est qu'une idée, s'empressa d'ajouter Albus en regardant tour à tour les deux filles. Juliet, tu aurais pu distraire l'attention de Lloyd pendant que Rose et moi, on forcerait son bureau. Tu as toutes les raisons de le faire, ça aurait pu te donner une chance de t'expliquer avec lui à propos de son acharnement contre toi. Bien sûr, si tu ne le sens pas...
— T'es tombé sur la tête ou quoi ? le coupa Rose en contemplant son cousin avec de gros yeux. Après ce qui est arrivé à Andrea ? Il faut se méfier de tout le monde.
— Rose, tu crois vraiment que quelqu’un va s’attaquer à Juliet ? Et Lloyd est très intelligent, comme professeur, il ne peut pas faire de mal à ses élèves.
— D'accord.

Rose et Albus se tournèrent vers Juliet, surpris. Cette dernière était prête à affronter Aaron Lloyd. Albus avait raison, s'il était réellement coupable, il ne pouvait pas se permettre de lui faire du mal à elle aussi. Cette perspective lui ajoutait un nouveau poids sur l'estomac, beaucoup plus pesant que les autres, mais c'était nécessaire. Elle pourrait lui demander ce qui n'allait pas chez elle, il ne pouvait pas décemment lui en vouloir pour des rumeurs mal fondées entre elle et son fils. Et puis, si de leur côté, Rose et Albus parvenaient à trouver des informations sur ce qui aurait pu se passer avec Andrea, ce ne pouvait être qu'une opportunité à saisir au plus vite.

— Tu es d'accord pour te retrouver seule avec Lloyd ? lui demanda Rose, sous le choc.
— Al n'a pas tord du tout. Si je peux savoir pourquoi il m'en veut autant, c'est l'occasion ou jamais.
— Tu en es certaine ? s'assura Albus, inquiet tout à coup.

Juliet acquiesça, sûre d'elle. Elle ne pouvait pas dire qu'elle y allait sans arrière pensée. L'idée de se retrouver en tête à tête avec son professeur de métamorphose lui flanquait une peur bien plus importante qu'elle ne voulait se l’avouer...

Soudain, des mains se posèrent sur les épaules de Juliet qui poussa un petit cri de surprise, apeurée. Un rire s'échappa du jeune homme qui se tenait derrière elle avant de reprendre son sérieux. Juliet se renfrogna quand elle vit qu'il s'agissait de Troy Macmillan. Comme pendant toutes les veilles de match, il s'assurait que tous ses joueurs allaient se coucher de bonne heure, à commencer par elle.

— Au lit, Hardy ! Dépêche-toi, une grande victoire nous attend demain !

Juliet se leva de sa chaise, de mauvaise humeur, et sous le regard amusé de Rose et d'Albus, elle se dirigea en traînant des pieds vers ses dortoirs. Il ne servait à rien de discuter les ordres de Macmillan si on voulait lui éviter une syncope : elle avait déjà essayé deux ans auparavant et elle n'avait plus voulu le contrarier au sujet du sommeil de ses coéquipiers. Sur le chemin, elle croisa le sourire hésitant de James qu'elle rendit sans grande conviction. Ils ne s'étaient pas vraiment parlé ces derniers temps, depuis que tout le monde l'avait vu débarqué à moitié nu dans la salle commune, à la poursuite de la jeune fille.

Suite à cet événement, Audrey lui avait une scène dans le Hall d'entrée en pleurant, hurlant et en s'arrachant les cheveux parce qu'il ne l'aimait plus. Juliet n'avait pas assisté à son gros craquage mais il avait fait beaucoup parlé cette dernière semaine, et James avait préféré adopter un profil bas face à sa petite amie, passant la majorité de son temps avec Collins et évitant de parler à Juliet. Mais si cette dernière en voulait à Collins de l'avoir si mal traitée dans un couloir du sixième étage, il lui était impossible d’en vouloir à James. Après tout, c'était elle qui était allée chercher son aide dans son dortoir.

Malgré tout, Juliet se refusait à admettre qu'il lui manquait, même quand il se montrait taquin et se moquait d'elle. La semaine passée, ils avaient même manqué leur tradition d’Halloween : finir la soirée dans les cuisines de Poudlard à grignoter les restes de tartes à la mélasse et autres gâteaux à la citrouille ou au chocolat plus appétissants les uns que les autres. Malheureusement, James n'avait pas été d'humeur à s’amuser et Juliet s'était retrouvée à mal digérer ce qu'elle avait mangé dans la soirée en disputant une partie d'échec avec Hugo Weasley. Les temps avaient définitivement changé.

Après avoir pris une douche trop chaude qui lui avait presque brûlé la peau, Juliet s'était changée en pyjama et s'était effondrée dans son lit, à peine préoccupée par le match du lendemain. Elle serait déjà assez sur les nerfs à quelques heures de la confrontation pour que cela ne s'ajoute à ses pensées tourmentées de ce soir. Juliet ferma les yeux tout en essayant d'oublier tout ce qui la tracassait et plus particulièrement sa future entrevue avec le professeur de métamorphose. Cinq minutes plus tard, elle dormait à poings fermés.



— Juliet, debout ! Allez... J'arrive pas à croire que c'est moi qui te tire du lit. DEBOUT ! JULIET !

Bien que Rose n'ait pas participé aux sélections cette année, elle n'en était pas moins concernée par le Quidditch et la position qu'occupait son équipe dans le classement de la Coupe. Les Gryffondor étaient tenant au titre depuis deux ans et il n'était pas question que cela change, surtout parce que l'une des Poursuiveuses de l'équipe ne daignait sortir de son lit, tête sous l'oreiller. Rose soupira lourdement. C'était la même chose à chaque jour de match : Juliet faisait la fière en clamant haut et fort que rien ne la stressait et le jour J, elle se cachait sous ses couvertures.

Une demi-heure plus tard, Rose traînait une Juliet qui ronchonnait dans son sillage, la coachant avec vigueur. Elles avaient traversé la salle commune en pleine effervescence, mais Rose avait gardé sa poigne de fer autour du poignet de Juliet qui était prête à se défiler à la moindre occasion. Non, son amie n'allait pas saluer ses camarades : ils étaient une distraction et elle aurait l'occasion de le faire après leur victoire. Car Rose était persuadée qu'ils allaient remporter ce match, elle avait eu vent de la composition de l'équipe des Serdaigle et tout ce qu'elle trouvait était qu'il y avait beaucoup trop de nouvelles têtes.

Trois semaines plus tôt s'était tenu le match opposant Poufsouffle à Serpentard et malgré les cinq heures interminables de match, Serpentard avait réussi à arracher de peu la victoire face à leurs adversaires. Rose pensait sérieusement que l'équipe la plus redoutable allait être Poufsouffle cette année, et si elle se refusait à l'admettre, Stephen Brown faisait un excellent boulot à son rôle de Capitaine. Les Gryffondor jouaient donc logiquement leur match le plus facile aujourd'hui, donc Juliet n'avait aucune inquiétude à avoir, même si la pression d'être considérée comme la Poursuiveuse la plus talentueuse de Poudlard était très forte.

— Mange, ordonna Rose en servant une tasse de café très serré à sa meilleure amie.

Autour d'elles, la majorité des Gryffondor venaient saluer Juliet qui se contentait de répondre par des pauvres sourires en mâchonnant le même morceau de bacon depuis qu'elle était arrivée. Elle était terriblement angoissée et elle savait que ce stress ne partirait pas avant qu'elle ne soit sur le terrain. Néanmoins, elle essayait d'avaler quelque chose pour faire plaisir à son amie qui ne la quittait pas du regard. Rose lui était toujours d'un soutien sans faille pour ces jours de match : elle s'assurait qu'elle se réveillait suffisamment tôt, l'obligeait à manger et surtout, elle ne lui laissait pas de pitié. Exactement ce dont elle avait besoin, si elle devait s'écouter, elle se serait enfermée dans la salle de bain.

— Laisse-moi deviner, dit James en s'asseyant à côté de Rose. Elle n'a rien avalé ?
— La même tranche de bacon depuis dix minutes, répondit Rose, blasée. Hé, tu crois que tu vas t'en tirer avec un café toi ? Non, James, tu vas prendre un petit déjeuner complet ! Ne détourne pas l'attention comme ça !

En voyant Rose le servir de trois toasts, un beignet à la framboise et plusieurs pancakes, Juliet haussa un sourcil moqueur à l'attention de James. Ce dernier lui répondit par une moue à fendre une âme avant qu'il ne se mette à contempler avec des yeux ronds son assiette se remplir complètement de nourriture par sa cousine. Fred Weasley débarqua alors, se laissant tomber à côté de Juliet, toujours souriant et commença à se servir d'un peu de tout sur la table en adressant des petits signes de la main aux gens qui l'encourageaient.

— Je vais tellement manger ce matin que je ne laisserai aucun but passer tellement mon estomac sera rempli ! s'exclama Fred en se frappant l’estomac. Il va falloir me jeter un sortilège d’extension sur le ventre…
— Voilà ! Enfin un comportement exemplaire ! s'extasia Rose avant de se pencher en avant pour voir où en était Juliet.
— On va les écraser les p'tits oiseaux ! approuva Fred d'une voix en brandissant sa fourchette vers la table des Serdaigle. Ouais, c'est à vous que je parle ! Vous n'aurez plus que vos plumes pour pleurer !

Plusieurs élèves se tournèrent vers le jeune homme, légèrement sceptiques. Juliet se retint de se prendre la tête entre les mains. Elle qui croyait qu'il voulait se faire discret auprès de son ex, qui justement était une Serdaigle, Fred l'avait bien vite oubliée. Mais parmi le groupe de Serdaigle était également assis Marshall Finch-Fletchey, qui regardait Fred avec air supérieur avant de dériver vers Juliet. Celle-ci le défia du regard en mordant rageusement dans un toast. Oh oui, ils allaient les enfoncer ces Serdaigle. Juliet était peut-être incapable de se défendre comme une véritable sorcière, mais battre son ancien petit ami au Quidditch était la seule chose qu'elle avait de son côté.

Sous les derniers encouragements de Rose et d'Albus qui les avait rejoint quelques minutes auparavant, Juliet emprunta le chemin menant aux vestiaires, la bouche sèche et les mains tremblantes. Pourquoi elle angoissait toujours à ce point ? Ses camarades de Gryffondor n'avaient fait que lui remonter le moral et l'encourager depuis ce matin, et pourtant elle ne se sentait pas mieux que d'habitude. C'était sa troisième année dans l'équipe, pas de quoi stresser, tout de même ! La tête vide, Juliet allait entrer dans les vestiaires quand on la retint par le coude. Surprise, elle resta bouche bée.

— Salut, fit Cameron d'un ton espiègle.
— Salut, répondit Juliet, le cœur battant à tout rompre.

Elle ne l'avait pas revu depuis qu'il l'avait sauvée de l'affreuse Audrey Collins et le revoir à quelques minutes de son match la prenait totalement au dépourvu. Et malheureusement, dans sa situation d'angoisse actuelle, elle se retrouva à court de mots. Elle le regardait sans rien dire, un peu trop obsédée par les yeux bleus saisissants du Serpentard sous le soleil matinal. Juliet avait de nouveau envie de rompre l'espace qui les séparait, mais à la place, elle se contentait de rougir, tout comme lors de sa première année et de son béguin de l’époque.

— Je voulais te souhaiter bonne chance, dit-il finalement, nullement embarrassé par le silence perturbé de la Gryffondor.
— Merci.

Juliet n'avait qu'une envie : partir en courant. Cameron, le plus grand solitaire de Poudlard, venait la retrouver pour l'encourager et tout ce qu'elle trouvait à dire était un vulgaire « merci » ? N'étant définitivement pas dans son état normal, elle le lâcha du regard pour rire de sa propre bêtise. Au loin, on distinguait clairement les gradins se remplir sous les cris et le bruit des conversations.

— Désolée, je suis un peu stressée.
— C'est drôle, j'ai toujours eu l'impression que tu étais sûre de toi, remarqua Cameron en fronçant les sourcils.
— Tu as encore beaucoup à apprendre sur moi alors, murmura Juliet en rougissant de plus belle.

Juliet se maudit une nouvelle fois de rougir face au léger sourire narquois du Serpentard. Il allait croire qu'elle était entièrement sous son charme et qu'elle était devenue incapable de sortir un mot sans devenir aussi rouge qu'une tomate. Et le fait qu'il l'ait remarquée bien avant cette année ne pouvait être qu'une raison de plus à son embarras. Un long frisson lui parcourut l'échine à mesure qu'elle analysait son attitude face à Cameron Lloyd. Un lourd constat s'imposa à son esprit quand elle réalisa l'ampleur des dégâts : justement, elle était forcément sous le charme de Cameron.

— Je vais y aller, dit Juliet d'une petite voix en désignant la porte derrière elle.
— D'accord, admit Cameron en haussant les épaules. Je soutiens Gryffondor aujourd'hui, bonne chance Hardy.

Cameron s'amusa à regarder le teint de la Gryffondor virer au rouge pour la troisième fois de la journée. Pour achever l'état de Juliet et aussi pour lui transmettre son soutien, il se rapprocha d'elle et déposa un baiser sur son front. Puis Juliet le regarda s'éloigner les mains dans les poches tandis qu'elle-même restait plantée là, un vague sourire sur les lèvres. James débarqua alors et haussa les sourcils en entraînant Juliet sur son passage.

— Entre imaginer et voir ce qui vient de se passer, il y a un grand pas, remarqua James, choqué, alors qu'ils s'installèrent sur un banc en attendant Macmillan. Alors tu l'aimes bien, Lloyd ?
— Peut-être, murmura Juliet, ailleurs. Tu ressentais quoi au début, avec Collins ?

Le visage de James s’assombrit et le septième année demeura silencieux pendant de longues secondes. Ne recevant pas de réponse à sa question, Juliet se tourna vers lui, un air interrogateur au visage. Mais elle remarqua immédiatement que son ami était profondément plongé dans ses pensées et elle se mordit la lèvre en pensant que rappeler ses problèmes à dix minutes du match manquait réellement de tact de sa part.

— Il t'aime bien, ça se voit, la rassura James au bout de quelques instants. Je ne l'ai jamais vu aussi attentionné avec quelqu'un en six ans alors j'imagine que tu es l'exception.

Juliet croisa alors le regard noisette de James. Il semblait à la fois soucieux mais aussi compréhensif, comme s'il s'était rendu à l'évidence du lien privilégié qu'elle entretenait avec le Serpentard. La sixième année ressentit une bouffée de gratitude envers lui : il devait avoir énormément prit sur lui pour admettre que Cameron n'était pas aussi mauvais à son encontre. Juliet le prit alors dans ses bras sans faire attention à leurs coéquipiers qui se changeaient et qui bavardaient le plus souvent avec des voix tendues. Le principal était que Collins ne se trouvait pas ici et que James ne paraisse plus aussi distant envers elle.

— Je suis désolée pour la dernière fois, murmura Juliet en se détachant de lui. J'aurais du attendre que tu descendes en salle commune au lieu d'aller directement dans ton dortoir.
— Ne dis pas ça, j'ai été con de te suivre aussi, avoua piteusement le septième année en changeant de position.
— En tout cas, tout ceci ne se reproduira pas, je n’ai vraiment plus envie de me frotter à Collins, elle fait un peu peur, lui promit Juliet en lui prenant la main.

James parut gêné l’espace d’un instant et Juliet retira sa main comme si elle s’était brûlée.

— Je vais… hésita-t-elle en se levant soudainement. Essaie de ne pas te prendre un Cognard.
— Ouais.

Les joues rouges, la sixième année se leva précipitamment et s’éloigna en direction de Troy Macmillan sous le regard peu amène de James. Fred s’assit à la place que Juliet avait déserté quelques secondes auparavant, le teint plus pâle qu’à l’accoutumée.

— Bon, vous allez devoir assurer, le prévint-il à voix basse. Je me sens pas très bien.

James observa Fred d'un œil noir : son cousin se tenait l'estomac à deux mains et ce n'était pas un bon signe. Macmillan le foudroyait du regard à distance. Emma Ellis, l'autre Poursuiveuse de l’équipe, les avait rejoints avec un grand sourire au visage et vint distraire James de ses pensées meurtrières. Mâchant vigoureusement un chewing-gum, elle paraissait nerveuse malgré tout.

— Ne t'inquiète pas, la rassura James en se levant. Pour mon premier match, on m'a envoyé un Cognard dès la troisième minute de jeu qui m'a détruit la cheville, mais j'ai continué et on a fini par gagner.
— Oh, pauvre Jimmy, se moqua Fred, se rappelant des semaines qui avaient suivi et où il s'était vanté d'être un héros pour tous.

James marmonna quelque chose dans sa barbe mais Emma n’eut pas le temps d'entendre ni de répliquer quoi que ce soit que Troy Macmillan réclamait leur attention à tous. Son regard passait sur tous ses coéquipiers jusqu'à s'arrêter plus longuement sur Fred, dont le teint était livide. Juliet, debout aux côtés du capitaine de l’équipe de Gryffondor, serrait son balai si fort entre ses mains qu’elle se demandait s’il n’allait pas se briser entre ses doigts. Et si elle avait perdu son don pour le Quidditch depuis leur dernière séance d’entrainement ?

— Bon, les gars... commença Macmillan en suscitant un toussotement de la part d'Emma. Et les filles. Nous y sommes. N'oubliez pas que King a misé ses entraînements sur des coups stratégiques qui pourront peut-être nous surprendre. Mais si on se tient à notre plan d'attaque, on les surpassera facilement. Elle va voir ce qu'elle va voir, cette miss je-sais-tout.

Gemma King était la capitaine de l'équipe des Serdaigle et accessoirement, Macmillan ne la portait pas dans son cœur, d'où son engouement à lui imposer une défaite cuisante. Puis il frappa dans ses mains et l'équipe de Gryffondor sut ce qu'elle devait faire : gagner.



— Hé, Potter, ça te dérange si je m'installe ici ?

Albus se retourna vers l'une des filles de son année, surpris. Au milieu de la tribune constituée d'une foule de Gryffondor en délire, Barbara Hopkins, Serdaigle de son état, se tenait devant lui, l'air hésitant. Le brun acquiesça lentement avant de se faire violemment tirer la manche par Rose de l'autre côté, et il prêta à nouveau attention au terrain où les équipes venaient de faire leur entrée. Rose se mit à hurler avec les autres tandis qu'Albus soupirait à nouveau en levant les yeux au ciel. Le Quidditch n'était vraiment pas son truc.

— Écrasez les Serdaigle ! criait Rose en espérant se faire entendre.

C'était la même chose à chaque match : Rose acclamait ses joueurs pendant qu'Albus regardait le match d'un air ennuyé. Bien sûr, il venait soutenir sa maison mais son intérêt s'arrêtait là. Pourtant, il avait essayé de faire des efforts au début. La famille Weasley avait été baignée dans le Quidditch depuis la nuit des temps et détester ce sport était une anomalie chez eux. Albus avait fait semblant d'aimer le Quidditch, sachant que ses parents étaient sans arrêt en train d'en parler. Et puis, il y avait eu cette sorte de relation conflictuelle entre James et lui durant ces deux premières années à Poudlard. C'était à celui qui ressemblerait le plus à leur père, le grand Harry Potter.

Soudain, un coup de sifflet retentit, coupant court aux réflexions du jeune homme.

— Et voilà que débute le premier vrai match de l'année ! s'écriait Victoria Finnigan en tant que commentatrice. Poufsouffle et Serpentard nous ont préparé le terrain, maintenant les choses se corsent ! Et c'est Ellis, la nouvelle recrue des Gryffondor, qui s'empare du Souaffle ! Hmm, joli pour débuter son entrée dans l'équipe !

La quatrième année fila dans les airs, la balle sous le bras, profitant du fait que tous les joueurs n'étaient pas encore à leur position. Elle traversa la moitié du terrain, seule, jusqu'à ce qu'elle ralentisse trop brusquement et qu'elle perde de son élan. Le temps qu'elle lance le Souaffle, la gardien des Serdaigle la rattrapait aisément et Gemma King, l’ennemie de Macmillan, stoppa net le Souaffle à mi-chemin entre la Gryffondor et les anneaux.

— Oh ! King a repris le Souaffle et semble bien décidée. Elle évite le Cognard de John Williams - joli coup, camarade !, et dépasse Ellis. Wouah !

Une exclamation de joie emplit les tribunes rouge et or lorsque la détonation produite par le Cognard envoyé par Troy Macmillan eut ses résultats : le Cognard percuta de plein fouet la Capitaine des Serdaigle. On entendit alors très nettement le « OUAIS ! » hurlé par Macmillan, victorieux. Sous le choc, Gemma lâcha le Souaffle mais elle semblait seulement sonnée. Cependant, c'était suffisant pour que les Gryffondor reprennent l'avantage.

— VAS-Y JULIET ! hurla Rose en se levant, attirant de nombreux regards vers elle.
— Hardy récupère le Souaffle et évite de justesse Selwyn, commenta Victoria en accélérant le débit. Elle envoie à Potter qui fonce vers les anneaux eeet... MARQUE ! Dix points à zéro pour Gryffondor !
— OUAIS ! s'écria Rose qui, cette fois était couverte par les acclamations des autres.

Albus applaudit avec les autres tandis que l'action reprenait sur le terrain. En revanche les attrapeurs des deux équipes tournaient lentement autour du stade, le Vif d'or ne montrant toujours aucun signe de vie. Mais alors que le Souaffle passait dangereusement rapidement du côté Serdaigle à celui Gryffondor, Albus remarqua que Fred n'avait pas remarqué Bloom Selwyn qui arrivait en fanfare vers ses buts. Les gradins de Gryffondor retinrent leur souffle, tandis que ceux de Serdaigle hurlaient leurs encouragements.

— Selwyn passe à Finch-Fletchey qui se rapproche dangereusement des buts de Gryffondor... WEASLEY, REVEILLE-TOI ! Oh non... Serdaigle marque ! Dix à dix !

La tête blonde de Finch-Fletchey accueillit les acclamations de ses camarades de l'autre côté du terrain en brandissant son poing en l'air. Bizarrement, Albus se sentit concerné et aurait bien voulu qu'il se prenne la batte de Macmillan dans le crâne. Albus cligna plusieurs fois des paupières : se sentir concerné par le Quidditch, lui ? Avec amertume, il repensa à son devoir de sortilèges qui avait mérité un Effort Exceptionnel par rapport à l'Optimal du Serdaigle qui avait hérité des compliments de leur professeur deux jours plus tôt. C'était Albus qui avait les meilleures notes, pas lui.

La demi-heure qui suivit enchaîna de nombreuses exclamations de rage chez les Gryffondor. Fred Weasley avait du se poser en plein match au pied des anneaux, incapable de retenir ses nausées plus longtemps sous les cris dégoûtés de toute la foule. Brusquement, Rose avait arrêté de hurler à chaque fois que l'un de ses camarades était mis en avant et s'était plaquée la main contre la bouche, le regard paniqué. De son autre côté, Hopkins quant à elle retenait son souffle à chaque fois qu'elle entendait le bruit fracassant d'une batte contre un Cognard. Mais le plus agaçant était sans aucun doute le fait qu'elle serre le poignet d’Albus en gardant les yeux rivés sur les joueurs. Albus ne savait même pas pourquoi elle était là.

Bien entendu, les Serdaigle avaient profité de l'« absence » du gardien des Gryffondor et menaient à présent le match de quatre vingt dix à quarante. Ce qui ne devait être qu'une formalité pour leur maison s'avéra traîner en longueur, si on demandait l'avis non-professionnel d'Albus. Il s'était même surpris à croiser les doigts en espérant que Juliet ou James reprendraient du poil de la bête, comme ils savaient si bien le faire d'habitude, face à un Fred complètement dépassé par les événements. Macmillan avait beau rester auprès des anneaux pour supporter — et réprimander à grands cris — Fred, qui malheureusement était en piteux état, il ne pouvait pas avoir un Cognard à volonté à ses côtés.

— Finch-Fletchey rattrape le Souaffle, commenta Victoria Finnigan d'un ton morne. Il fonce vers les anneaux, il va encore marquer un but mais... Hardy lui fonce droit dessus !

Nouveau silence parmi les Gryffondor. Toute l'attention était portée sur le Serdaigle qui s'était brusquement stoppé face à Juliet qui lui fonçait dessus à vitesse grand V, presque à plat ventre sur le manche de son balai. Surpris par l'attitude offensive de la Gryffondor qui n'était plus qu'à quelques mètres de lui, il ne vit pas le Cognard expédié par John Williams. Quand il l'entendit siffler à ses oreilles, il était trop tard. Juliet dévia légèrement au dernier moment, frôlant au passage le Serdaigle.

— Hardy récupère le Souaffle à peine lâché par Finch-Fletchey ! reprit Victoria avec plus de vigueur tout à coup. Elle file droit vers les buts de Serdaigle eeet... marque ! Quatre vingt dix à cinquante en faveur de Serdaigle !

Le match reprit alors de façon plus dynamique et les poursuiveurs de Gryffondor se montrèrent tellement dominants dans la vingtaine de minutes qui suivit que le Souaffle n'eut que très peu d'occasion d'entrer du côté chaotique Gryffondor que défendait tant bien que mal Fred Weasley. Avec enthousiasme, Rose s'était remise à scander le nom de Juliet qui venait de marquer son sixième but en moins de dix minutes de jeu.

— Emma Ellis marque son premier but de la saison ! s'écriait Victoria, très joyeuse face à la tournure que prenaient les événements. Cent quarante à quatre-vingt dix en faveur de Gryffondor ! King reprend le Souaffle, mais Finch-Fletchey est sur la touche ! Que de rebondissements, mes amis, que de rebondissements ! Potter intercepte sa passe à Selwyn. Il gagne du terrain... oh ! Cory Boot, le petit nouveau des Serdaigle, lui envoie un Cognard bien placé, mais Potter l'évite. Un peu faible, si vous voulez mon avis ! Potter renvoie à Ellis, qui passe à Hardy... attendez, il semblerait que les attrapeurs aient repéré le Vif d'or !

Ce que les poursuiveurs pouvaient faire fut alors très vite mis de côté : au pied du gradin en face de celui dans lequel étaient installés les Gryffondor, un éclat doré attira l'attention de tous les spectateurs. Les deux attrapeurs venaient d’une direction différente et c'était à celui qui serait le plus rapide. La tension fit de nouveau serrer la main de Barbara Hopkins sur l'avant-bras d'Albus, mais ce dernier n'y fit pas attention cette fois. Il était bien trop concentré sur l'impact qui allait bientôt se produire entre Adam Blackwood, le Gryffondor, et Tanya Jackson, la Serdaigle.

— Par Merlin, plus vite Blackwood ! le pressa Victoria. AAAH ! Ils sont malades ! Ils vont se rentrer dedans !

Le stade était devenu silencieux, aucune équipe n'osant troubler la concentration des deux attrapeurs qui étaient maintenant à une micro-seconde de se rentrer dedans dans le pied du gradin. L'inévitable se produit alors et dans un concert de cris apeurés, surpris et effrayés, le Gryffondor et la Serdaigle s'étaient bel et bien rentrés dedans avec vitesse et force. Tous les deux écrasés contre le sol, il était impossible d'affirmer qui avait attrapé de Vif d'or.

— C'est pas possible ! se plaignit Rose avec les autres. On s'en fout de savoir s'ils n'ont rien ! QUI L'A ATTRAPÉ ?

Albus contempla sa cousine avec effarement. Elle était tellement plongée dans le jeu que que ce n’était pas grave si leur attrapeur se blessait, tant qu'il avait fait apporter la victoire à leur équipe. Madame Bibine s'était directement posée auprès des deux attrapeurs enchevêtrés l'un sur l'autre tandis que les autres joueurs volaient dans leur direction. Il était certain que l'un d'entre eux avait attrapé le Vif d'or, mais qui ?

— C'est un sport beaucoup trop brutal, remarqua Barbara Hopkins qu'Albus avait oublié.
— Enfin quelqu'un qui est d'accord avec moi, approuva-t-il en gardant les yeux rivés sur le petit groupe qui s'était formé autour de la Serdaigle et du Gryffondor.
— Je suis certaine qu'on est pas les seuls à le penser, ajouta Hopkins.

Intrigué, Albus se tourna vers elle. Barbara lui souriait.

— Oh, Albus ! le réprimanda Rose en le faisant revenir vers ce qui se passait en contrebas. Regarde, Bibine lance un Sonorus !

Effectivement, l'arbitre qui n'était autre que la professeur de vol s'était écartée du groupe compact formé de joueurs et professeurs autour des attrapeurs. La tension était à son comble chez les supporters : Gryffondor et Serdaigle étaient tous aussi silencieux les uns que les autres, et quant aux deux autres maisons qui étaient plus nuancées selon l'équipe qu'ils soutenaient, des murmures parcouraient leurs rangs.

— Votre attention, s'il vous plaît ! Miss Tanya Jackson et Mr Adam Blackwood vont bien, ils sont très sonnés par la collision. Néanmoins... Blackwood a attrapé le Vif d'or, la victoire revient à Gryffondor avec un score de deux cent soixante-dix à quatre vingt dix !

A partir de ce moment, Albus et Barbara Hopkins ne s'entendirent plus parler, la foule de Gryffondor explosa de joie et ils commencèrent tous à s'empresser de sortir des gradins pour acclamer leurs joueurs. « Avec un peu de chance, le calme reviendra ce soir », pensa Albus avec un soupir.

La fin du début by Pinkgrass
Author's Notes:

Capítulo muy especial. Je l’ai écrit à une période de doute sur cette fic (R_Even, si tu passes par là). Et si vous me connaissez un minimum dans l’univers de la fanfic, vous savez sans doute que ce qui m’intéresse le plus dans les fics next-gen, ce sont les enfants Potter. Parce que je considère qu’être le fils ou la fille d’un héros n’apporte pas que du bon, et aussi parce que je n’aime pas les personnages qui n’ont qu’une facette, ce qui est un peu -beaucoup- le cas d’Audrey pour l’instant (UranusMarie, j’espère vraiment qu’elle remontera ne serait-ce qu’un tout petit peu dans ton estime).

J’espère que cette petite pause dans l'intrigue principale vous plaira !

Les acclamations venant de la part des supporters de Gryffondor étaient tonitruantes. James Potter avait atterri près d'Adam Blackwood, leur nouvel Attrapeur de troisième année. Décidément, Adam allait se souvenir toute sa vie de son premier match chez Gryffondor. Quand il avait brandi son bras en montrant qu'il avait le Vif d'or dans sa main, il avait paru plus fier qu'autre chose, malgré son air hagard. James n'avait pas pu retenir une exclamation de joie tandis qu'il serrait dans ses bras tous ses coéquipiers. Macmillan aurait sûrement plein de choses à leur reprocher plus tard, mais peu importait pour le moment : ils avaient gagné leur premier match.

James reçut les félicitations de Neville, qui s'était empressé de venir voir son équipe en tant que directeur des Gryffondor. Et si cette victoire était essentielle aux yeux de tous les élèves de cette maison, c'était parce que la Coupe de Quidditch était celle qu'ils avaient le plus de chance de remporter cette année. Cela faisait deux ans de suite qu'ils étaient les champions de Poudlard mais ce n'était pas le cas pour la Coupe des Quatre Maisons. Depuis le début de sa scolarité, Gryffondor n'avait jamais terminé en première place du classement et c'était souvent considéré comme une défaite en soi chez les Gryffondor. Et en six ans, James avait espéré voir au moins une fois la Grande Salle décorée aux couleurs rouge et or pour le banquet de fin d’année.

— Fête à la salle commune ! s'écria Fred, l'air d'aller beaucoup mieux.
— T'as failli nous faire perdre ! répliqua James par-dessus le brouhaha. A ta place je me ferais discret…
— On a gagné, c'est le principal !

James le regarda alors suivre le cortège composé de Gryffondor qui emmenaient son équipe victorieuse en direction du château, Adam Blackwood porté par un groupe de quatrième années. Il apercevait même Troy, qui portait Juliet sur ses épaules, entourés de la foule. Pas très loin non plus, la chevelure rousse de Rose se discernait parfaitement et James eut comme l'impression qu'elle sautait sur place en tapant dans les épaules de tous ses camarades qui se trouvaient à sa portée. James se retrouva face aux regards noirs qu'il attirait du côté Serdaigle, autour de la frêle Tanya Jackson.

— J'ai foiré, hein ? lui demanda Emma Ellis, l'air complètement abattue.
— N'importe quoi, répondit James en l'entraînant à la fin du cortège de Gryffondor. Tu t'es très bien débrouillée. Juliet ne te l'a pas dit mais elle s'est pris un poteau lors de son premier match. On a du finir le match à deux Poursuiveurs. Et on a perdu. Tout le monde a oublié bien sûr !

Ellis éclata de rire sous le regard amusé du septième année. Il se souvenait parfaitement de leur capitaine à l'époque, une septième année tyrannique à souhait. Elle avait failli virer Juliet de l'équipe à ce moment, mais le deuxième match des Gryffondor s'était bien mieux passé par la suite. Les deux Gryffondor furent vite rejoints par un groupe de filles de l'année de James qui ne cessaient de le féliciter comme si c'était lui qui avait fait remporter la victoire à leur maison. Parmi elles se trouvait Melinda Jones, avec qui il s'entendait très bien, et elle eut le mérite de calmer ses copines en remarquant l'air ennuyé de son ami. Emma le salua alors quand elle repéra ses propres amis et il vit quant à lui une personne qu'il aurait bien aimé éviter aujourd'hui.

Audrey l'attendait à l'entrée du château et James savait qu'il ne pourrait pas lui échapper. Les bras croisés, elle n'avait cependant pas l'air de mauvaise humeur.

— Bonne chance, surtout si elle te demande de quitter l'équipe ! lui murmura Melinda à l’oreille avant de courir rattraper ses amis.

La remarque de sa camarade n'apporta aucun sourire sur le visage de James. Tout ce qui concernait sa petite amie n'était plus drôle à ses yeux. Fred, Troy, Melinda et même Carlton se demandaient comment il pouvait encore supporter le comportement excessif d'Audrey. Et lui-même se posait la question. Quand il allait la voir, c'était à reculons, et même pendant les cours, il avait arrêté de venir s'asseoir avec elle, si cela lui permettait d'avoir quelques heures de répit. Il devait malheureusement en subir les conséquences par la suite. La situation était vite devenue invivable depuis quelques temps, mais pourtant, une partie lui disait qu'un jour, l'ancienne Audrey lui reviendrait.

— Félicitations, hésita-t-elle avec un sourire timide.
— Merci, se contenta de répondre James.
— On fait un tour ? Il fait beau aujourd'hui.

James ouvrit la bouche pour répondre, mais la referma aussitôt. Il aurait voulu lui répondre qu'on l'attendait à la tour Gryffondor pour fêter leur victoire, mais ce n'était certainement pas la bonne solution pour apaiser les tensions entre eux. James mourait d'envie d'aller rejoindre ses amis, de se détendre enfin - dans la limite du possible, bien sûr, les premières années les côtoyaient -, mais hélas, Audrey s'était mise entre lui et la possibilité d'oublier tous leurs problèmes l’espace de quelques heures.

Toujours vêtu de sa tenue de Quidditch, James fit alors demi-tour en direction du parc ensoleillé, et où visiblement, des dizaines d'élèves avaient voulu profiter eux-aussi du temps clément, mais frais, de ce début de novembre. Audrey marchait silencieuse à ses côtés. Ils avaient commencé à sortir ensemble pendant l'été suivant leur quatrième année, c'est pourquoi James eut un léger sourire nostalgique en repensant aux balades qu'il faisaient autour du lac, main dans la main, tout en évitant de parler des BUSE qui les attendaient à la fin de l'année. Sauf que maintenant, une distance les séparait, et elle n’était pas seulement physique.

— Tu as très bien joué, tout à l'heure, dit enfin Audrey au bout d'un long silence. Ton but de la quarantième minute était remarquable.

Le Gryffondor ne répondit rien. Il se contentait d'avancer en gardant les yeux rivés au loin, vers la forêt interdite. Il lui semblait évident qu'Audrey tentait de rattraper son attitude détestable des derniers jours ; en effet, il n'avait pas pu s'absenter trois minutes aux toilettes sans se voir suspecté d'aller rejoindre une autre fille. James en avait marre par-dessus tout d'être surveillé à longueur de temps. Plus le temps passait et plus la situation le blasait. C'était donc ça, l'amour, de devoir rendre des comptes à sa copine toutes les trente secondes ?

— James... murmura Audrey d'une voix douce en l'arrêtant. Dis quelque chose, ça ne va pas ?
— Tout va très bien, mentit-il en la regardant droit dans les yeux, raide. On a gagné, pourquoi ça n'irait pas ?
— Je ne sais pas... je te trouve distant. Qu'est-ce-que j'ai fait ce matin pour que tu ne m'adresses plus un mot ?

Les bras de James retombèrent mollement le long de son corps. Cela faisait bientôt deux semaines qu'il faisait attention à ses fréquentations, qu'il la rejoignait immédiatement après ses entraînements de Quidditch, qu'il prenait soin à ne pas évoquer un nom susceptible de la mettre en colère et Audrey trouvait le moyen de tout ramener à elle ? Il faisait des efforts inconsidérés pour elle, pour sauver leur relation en péril due à sa jalousie maladive. Et apparemment, tout le monde s'en rendait compte. Tout le monde, sauf Audrey.

— Absolument rien.
— Ne me dis pas qu'il n'y a rien, rétorqua la Poufsouffle en posant ses deux mains sur ses hanches. Je te connais. J'ai fait quelque chose qui t'a vexé ? Tu paraissais de très bonne humeur il y a quelques instants, avec Ellis, et Melinda aussi.
— Si tu étais moins centrée sur toi-même, tu aurais compris que tout ce dont j'avais besoin était d'aller fêter notre victoire dans ma salle commune. Tu sais, le seul endroit où je peux être tranquille, où je ne suis pas sous ta surveillance ?

James n'avait pas pu se retenir plus longtemps, surtout après qu'elle ait énoncé chaque personne avec qui il avait eu des contacts depuis la fin du match. Ce n'était pas normal qu'il se sente aussi prisonnier avec elle, qu'il ait l'impression de ne plus être libre, d'autant plus que seul leur couple semblait être sujet à ce problème. Chez les autres, la jalousie ne prenait pas une place aussi importante qu'entre eux deux. Audrey le contemplait comme s'il lui avait fait part de son désir de rompre avec elle.

— T'es devenue invivable Audrey. Bientôt, je ne vais même plus pouvoir passer du temps avec Fred, mon propre cousin. Qu'est-ce-qu'on va devenir une fois les ASPIC en poche ? Tu comptes m'enfermer dans une cave pour être sûre que personne ne me voie ou me parle ?
— Arrête, l'interrompit Audrey en serrant les dents, signe que la colère montait en elle. Évidemment, tu ne peux pas me comprendre, toi le beau Gryffondor qui a tout le monde à ses pieds. Qu'est-ce-que je suis à côté, hein ? Tu y as déjà pensé ? Je ne suis que la vulgaire Poufsouffle née-moldue dont on n'a rien à faire ! Ah si, j'oubliais. On me connaît seulement parce que je suis la petite amie de James Potter. Le grand James Potter ! Oh oui, il est populaire, James, il est le digne représentant de sa lignée ! Alors oui, j'ai des raisons de m'inquiéter quand je vois toutes ces filles te tourner autour, parce que tu es la seule personne que j'ai !
— Mais je suis pas un objet ! s'insurgea James en haussant le ton, indigné. Tu ne peux pas prétendre me contrôler seulement parce que tu te sens inférieure ou je ne sais quoi ! Et toi, tu te poses souvent la question de savoir comment je vis d'être le fils du célèbre Harry Potter ? Tu imagines la pression que ça donne, de ce que ma famille m'a laissé comme héritage ? Tu ne sais pas le nombre de fois où j'aurais aimé être comme toi à Poudlard, un anonyme. Je pensais que tu me comprenais Audrey, que tu étais l'une des rares personnes à me voir comme James, et pas comme James Potter, le mec qui aura tout acquis dans la vie à cause de son nom de famille. Là, j'ai l'impression que tu me vois comme tous les autres, ceux qui seraient près à me lécher les pieds pour attirer mon attention.

James était devenu livide. Il aurait continué s'il ne s'était pas rendu compte que des gens s'étaient rapprochés d'eux pour essayer de comprendre les raisons de leur dispute. Les yeux gris de sa petite amie paraissaient larmoyants et il s'en voulut de presque lui avoir crié dessus. Mais sa colère et son injustice par rapport à ce qu'elle lui faisait subir indirectement le retenait de la prendre dans ses bras pour la réconforter. Il serrait les lèvres, se retenant de lâcher tout ce qu'il avait en tête, tous les reproches à son encontre et son envie de tout envoyer balader.

— Mets-toi à ma place aussi, chuchota Audrey. Tu t'entends avec tout le monde, on t'admire et pas seulement parce que ton père est célèbre. Si je ne m'impose pas à tes côtés, je ne suis rien.
— C'est tout ce que tu trouves comme excuse pour ton comportement ? s'emporta James en levant les yeux au ciel. Piquer des crises énormes à cause de simples rumeurs est excusable selon toi ?
— Les rumeurs paraissent fondées quand on regarde la façon dont tu te comportes avec Hardy !
— Donc tu crois qu'on s'est envoyés en l'air dans ma salle de bain ? C'est pathétique.

Audrey fronça les sourcils et regarda James sous un nouveau jour. Il ne s'était jamais montré aussi cinglant avec elle. Cependant à l'énonciation de la sixième année, elle ne pouvait pas garder son sang froid. Audrey avait remarqué les regards que James et Juliet Hardy s'étaient échangés la semaine passée, et même s'ils étaient fuyants et hésitants, elle avait senti son cœur exploser : bien sûr qu'elle avait remarqué les efforts que James avait faits pour s'éloigner de la sixième année, mais pourtant cela ne changeait rien au fait que ce qui les reliaient étaient toujours bien présent. Que cette rumeur soit vérifiée ou non.

— J'ai toutes les raisons de m'inquiéter, dit lentement Audrey en ne lâchant pas le regard noisette de James. Il suffit de vous regarder tous les deux pour comprendre qu'il y a quelque chose entre vous.
— J'y crois pas, murmura James en posant une main sur son front. T'es aveugle ou quoi ? Tu te rappelles de ce que tu m'as dit à la dernière sortie de Pré-au-Lard ? Qui m'a convaincue de laisser Juliet tranquille avec cet abruti de Serpentard ? J'ai mis du temps à m'en rendre compte, mais elle est amoureuse de lui, tu n'as pas à t'en faire pour notre relation basée sur les « on dit » de Poudlard !
— Ce ne sont pas ses sentiments à elle qui m'inquiètent James, ce sont les tiens !

Audrey avait dit cette dernière phrase d'une voix cassée, presque inaudible.

— Tu ne me fais pas confiance, affirma James dont la voix s'était complètement adoucie en quelques instants.
— Non, ce n'est pas ça, chuchota Audrey sans oser le regarder. Je t'aime, James. Mais de ton côté, j'ai l'impression que tu as changé, que ce que tu ressentais pour moi a disparu. Et que tes sentiments pour...
— Audrey, c'est une amie, la coupa James d'un ton ferme mais il restait secoué par les propos de la Poufsouffle. Elle est juste mon amie. Nous, on est ensemble.
— Alors dis-moi que je suis la seule qui compte à tes yeux, dit finalement Audrey en laissant ses larmes couler sur ses joues. Tu te rappelles de cet arbre, là-bas ? Celui sous lequel tu me disais que tu m'aimais entre deux séances de révision ? Rappelle-moi avec quelle conviction tu le disais. Dis-moi que tu m'aimes.

Un cri provenant de l'entrée du château résonna dans les oreilles sourdes de James. Tout ce qu'Audrey venait de lui confier n'avait pas de sens. Leur relation battait de l'aile, il en était conscient. Le temps où ils révisaient tous les deux à l'ombre d'un hêtre centenaire lui paraissait lointain, comme d'une autre époque. Oui, plus de deux ans s'étaient écoulés depuis qu'ils s'étaient embrassés pour la première fois, qu'ils s'étaient dits amoureux l'un de l'autre. L'aimait-il encore, comme au premier jour ? Il était jeune, dix-huit ans, ce n'était pas assez pour prendre du recul, il avait besoin de grandir encore. Il n'était qu'un adolescent, même si Audrey et lui s'étaient promis que ce serait pour la vie.

Et là, maintenant, en ce moment même, il se trouvait incapable de sortir les mots qu'Audrey attendait. C'était simple, pourtant. Les mots n'étaient pas compliqués à prononcer, il lui avait dit tant de fois auparavant, mais ils étaient tellement lourds de sens qu'il parvenait à les sentir se bloquer dans sa gorge. Il n'y arrivait plus. Depuis quand ne les avait-il pas prononcés, d'ailleurs ? Sa mâchoire se serra quand il réalisa qu'il n'en avait pas la moindre idée. Des mois, sûrement. Audrey avait du remarquer ce genre de détail, aussi observatrice qu'elle était. Et cela faisait des mois que sa jalousie avait considérablement empiré. Il n'était peut-être pas aussi irréprochable que ça, finalement.

— Tu vois, dit doucement Audrey avec fatalité tout en essuyant une nouvelle larme sur son visage aux traits fins.

Immobile, James était tombé de haut et réagit à peine quand Audrey l'embrassa chastement sur les lèvres avant de faire demi-tour en direction du château. Il la regarda s'éloigner sans rien faire. Pourtant, il savait qu'il aurait du la rattraper, la rappeler ou même lui hurler qu'il l'aimait encore. Mais c'était au-delà de ses forces. James secoua sa tête en tentant de reprendre ses esprits : non, ce ne pouvait pas être terminé entre eux, pas après une dispute. C'était arrivé à de nombreuses reprises auparavant et ils s'étaient toujours réconciliés par la suite. Cependant, cette dispute était différente. Elle avait été plus intense, à la fois James et Audrey s'étaient dit ce que chacun pensait réellement l'un de l'autre. Mais ce ne pouvait pas être leur fin.



Une demi-heure plus tard, James s'était finalement décidé à rentrer lentement à la tour Gryffondor. Sur son chemin, les couloirs lui avaient paru désespérément vides, et devina que tous les Gryffondor devaient se trouver en salle commune. Mais contrairement à ce dont il avait envie une petite heure plus tôt, James n'était plus d'humeur à fêter leur victoire. Il avait un goût amer dans la bouche et sa tête lui semblait terriblement vide. La situation lui avait échappé et il était totalement perdu. Bien entendu, il n'était pas question de demander son avis à Fred, qui ne comprendrait pas, et il avait aussi sa fierté. Il arriva donc devant le portrait, découragé et désorienté par les événements.

Quand il entra dans la salle commune, le tapage qui avait lieu dans la pièce l'assaillit de toutes parts. Le vacarme produit par les conversations et les rires lui donnèrent un mal de tête atroce et la présence de toute la maison Gryffondor lui donnait envie de se réfugier dans son dortoir. Mais avant qu'il n'ait pu faire un pas, on l'agrippa par les deux bras et il lui fut alors impossible de se dégager des serres de ses camarades. Il les comprenait, leur victoire au Quidditch était contagieuse et les rendait tous euphoriques, mais cela ne l'atteignait pas.

— James, tu as été gé-nial ! le complimenta Kenny Clarks, un sixième année. Vous nous refaites la même chose pour les deux prochains match et on te sacre empereur des lionceaux...
— Ne l'écoute pas Potter, il est un peu excité, intercepta une fille qui avait tendance à toujours l'observer. Je t'offre un verre ?

James déclina poliment, comme dans un état second. Il salua quelques personnes, répondait de manière brève à d'autres et finit par arriver dans un coin de la pièce où on pouvait enfin faire un pas sans marcher sur les pieds d'une autre personne. Arrivé près d'une haute fenêtre, il regarda tristement les escaliers menant à son dortoir jusqu'à la foule compacte qui se trouvait devant. C'était tellement étonnant et inhabituel de sa part d'éviter les gens qu'il ne se reconnaissait plus. Où était donc passé le James insouciant, blagueur et avenant ?

— Hé Pot-Pott, tu tires une ces tronches.

Il n'y avait qu'une personne qui utilisait ce surnom. Sans surprise, il se retourna vers Carlton qui était assis à une table avec Melinda. Comme d'habitude, son ami avait une cigarette aux lèvres et le dévisageait en plissant des yeux, ce qui avait pour effet de se sentir passer sous les rayons X. Quant à Melinda, elle fixait son ami blond et légèrement à côté de la plaque en lui lançant un regard sévère. Il avait manqué de tact, mais James ne lui en voulait pas, c'était Carlton après tout. Il se laissa tomber sur une chaise à leurs côtés en poussant un long soupir. Son regard balaya la salle commune où des caisses de biéraubeurres avaient été amenées ainsi qu'un grand nombre de gâteaux et sucreries. James suspecta Fred d'avoir préparé le coup bien avant le match.

— T'en veux une ? T'inquiète, celles-là sont dans la norme. T'en as bien besoin.

L'attention de James fut de nouveau accaparée par Carlton qui lui désigna un paquet de cigarettes. Paquet qui fut rapidement subtilisé par Melinda Jones avant qu’il n’ait pu amorcer le moindre geste. Carlton grogna en essayant de récupérer son paquet de cigarettes, mais James s’était déjà détourné de ses amis, seulement concentré sur les paroles de la chanson qui passait sur la RITM. James reconnut rapidement les Wild Wet Wizard, ces trois sorciers chanteurs de vingt ans qui faisaient des émeutes partout où ils allaient. Et accessoirement, c'était le groupe de musique préféré de Juliet. Repensant à sa dispute avec Audrey, il la chercha du regard dans la salle commune et tomba finalement sur elle. Assise sur un accoudoir de fauteuil, elle était entourée d'une demi-douzaine de personnes qui l'écoutaient attentivement raconter une action du match qu'elle venait de jouer.

C'était ridicule. James adorait Juliet, mais pas au point d'éprouver ce type de sentiment pour elle. Audrey était en train de se monter une histoire à cause de sa jalousie. Toutefois, il ne put s'empêcher de ressentir du soulagement en apercevant le sourire rayonnant de Juliet qui avait paru si maussade et sombre ces derniers temps. James suspectait que l’amnésie d’Andrea Hardy avait du énormément jouer sur elle.

Le regard dans le vague en pensant à Juliet, il fut subitement rappelé à la réalité quand il remarqua un visage inconnu dans la pièce. En s'attardant sur elle, il s'aperçut que la fille en question portait un pull aux couleurs de Serdaigle. Il était très rare que des élèves d'autres maisons viennent chez les Gryffondor. Lui-même avait refusé d’y faire entrer Audrey qui avait voulu à tout prix découvrir la pièce. Mais James fut plus qu'intrigué quand il avisa la personne avec qui elle riait aux éclats. Et cette personne n'était autre que son frère, Albus.

— C'est qui la fille, là-bas ? demanda James en se penchant en avant.

Carlton haussa les épaules. Avec lui, il aurait pu y avoir une invasion de Serpentard qu'il n'aurait rien remarqué. Melinda en revanche se redressa légèrement sur sa chaise pour voir de qui parlait James. En reconnaissant la Serdaigle, elle haussa les sourcils avec un air sceptique.

— Barbara Hopkins, sixième année, répondit-elle après avoir bu une gorgée de biéraubeurre. C'est ton frère qui l'a amenée ici, ils avaient l'air de bien s'entendre.

Soucieux, James fronça les sourcils. Le nom de la Serdaigle lui disait quelque chose. On lui avait parlé d'elle... Puis il se souvint. D'après ce qu'on racontait dans les potins de Poudlard, c'était une aguicheuse de première et elle ne cherchait pas à contredire les rumeurs. Albus n'était pas aussi naïf, tout de même ? James savait que son frère n'était pas intéressé par les relations amoureuses, et à moins qu'il n'ait changé d'avis au cours des deux derniers jours, ce revirement de comportement le surprenait. Albus se tenait à ses convictions et obéissait aux règles strictes que lui-même s'imposait. Mais James avait beau retourner la situation dans tous les sens, il n'arrivait pas à comprendre ce qui était passé dans la tête d'Albus pour inviter une Serdaigle ici.

— Bah il a envie de se la faire, ajouta Carlton en regardant les deux sixième années parler ensemble. Elle est…
— Attention à ce que tu vas dire, Harry ! le prévint Melinda en lui frappant le bras.

Carlton se tourna brutalement vers son amie blonde. S’il y avait une chose qui le faisait réagir dans n’importe quelle situation, c’était qu’on l’appelle par son prénom. Carlton détestait s’appeler Harry. Ses deux amis réussirent à arracher un sourire à James qui s’empara d’une bouteille de Biéraubeurre dans la foulée.

— Sois pas jalouse Mel, tu sais que t'es ma préférée, dit lentement Carlton en lui adressant un sourire goguenard.
— Au fait, où est Fred ?

James cherchait activement son meilleur ami de sa place mais ne le trouvait pas. De plus, il devait avouer que le sujet de conversation qui tournait autour de son frère le mettait mal à l'aise. Parler des autres ne le gênait absolument pas, mais quand on parlait de son frère ou de sa sœur, c'était une tout autre histoire. Puis, à la grande surprise de James et coupant net à ses réflexions, Melinda éclata de rire en montrant du doigt l'autre côté de la salle commune. Fred était effectivement près de la cheminée, mais pas dans la position dans laquelle on se serait attendu. Il était bâillonné et ligoté parterre. James ouvrit grand ses yeux en découvrant son cousin dans une telle posture. Visiblement, les gens debout juste à côté ignoraient complètement les regards noirs qu'il leur lançait.

— Macmillan, précisa Melinda une fois qu'elle se fut calmée. C'est vrai que tu as raté ça... c'était du grand spectacle. Tout le monde en voulait plus ou moins à Fred d'avoir dégobillé en plein match. On lui a fait un procès et on a tous voté pour son humiliation publique.
— Pas cool, se contenta de remarquer James en posant sa bouteille de Biéraubeurre. Je l'avais prévenu pourtant.
— Toi, j'aimerais bien t'avoir comme meilleur pote ! se moqua Melinda devant le manque de réaction de James.
— Il l'a cherché, se défendit-il. Et ça va faire baisser son ego, un peu.
— J'y crois pas vraiment. Dans deux jours, il retrouvera à nouveau sa Serdaigle en jouant au macho. Freddie reste notre Freddie.

Se renfonçant sur le dossier de sa chaise, James soupira avant de reporter son attention sur Juliet. Elle était maintenant avec Rose qui lui parlait avec beaucoup d'énergie. Rose désignait Albus d’un geste de la main et Juliet fronçait les sourcils en écoutant son amie. Il ne pouvait pas éprouver ce genre de sentiment pour elle comme le lui suggérait Audrey. C’était inconcevable.

James se passa une main dans les cheveux, préoccupé. Ce geste attira le regard de Juliet qui lui sourit timidement par dessus l’épaule de Rose. Le septième se força à sourire en retour, mais le coeur n’y était pas. Etait-ce vraiment le début de la fin avec Audrey ?



Just for you, I'd create the most beautiful spells you've ever seen, 'cause I love looking at the sparkles in your eyes...
— Rose, ferme-la, marmonna Fred, de mauvaise humeur. Déjà que tu nous séquestres ici pour tes causes humanitaires, on a pas besoin d'entendre tes talents musicaux limités.
— Tu peux parler, lança James, à l'autre bout de la pièce. Qui chante comme un hibou étranglé sous la douche ?

Fred se renfrogna dans son coin, décidément en train de passer la pire journée de sa vie.

Especially when they're shining through your hu-huge glasses... Hé ! FRED !

Rose fulminait après s'être pris un coussin sauvagement expédié par son cousin. Certes, on l'avait ligoté et laissé dans un coin de la salle commune pendant la petite fête de l'après-midi, mais ce n'était pas si grave que ça. Puis à la réflexion, elle ne devait pas être mieux que lui après avoir forcé Juliet et James à avaler un petit déjeuner copieux. Mais ils n'avaient pas été malades, eux. Il n'avaient pas discrédité l'honneur de leur maison en vomissant aux pieds des anneaux que Fred était supposé garder. Rose se gratta la tête, pensive, avant de lever sa baguette à nouveau, sous le regard blasé de son cousin Albus.

La sixième année trouvait intolérable le fait que personne n'ait nettoyé la salle commune après leur passage. Les cadavres de bouteilles de biéraubeurre gisaient un peu partout dans la pièce, ce qui avait le don de la mettre hors d’elle. Les elfes de maison de Poudlard étaient payés pour faire le ménage, elle le comprenait parfaitement, mais de là à les prendre pour des esclaves à ramasser les dégâts d'une fête avec des provisions tirées des cuisines, Rose n'était plus d'accord du tout. La moindre des choses était de respecter leur travail, et si elle pensait que sa mère, Hermione Weasley, était parfois un peu extrême, elle la rejoignait totalement à ce sujet.

En hurlant juste un peu et assez fort, elle avait donc réquisitionné Hugo, Albus, James et Fred pour le grand nettoyage. Après tout, c'était un bon moyen de se retrouver en famille et à partager un moment dans la bonne humeur. D'où sa tendance à vouloir chanter par-dessus les chansons qui passaient à la RITM et qui, visiblement, ne plaisait pas à tout le monde. Rose enviait vaguement Juliet d'être profondément endormie dans leur dortoir, mais finalement, elle-même aurait tout le temps de faire la grasse matinée le lendemain. Son amie avait bien mérité un peu de repos.

Cependant, la raison principale qui les poussait à rester debout à une heure du matin était Albus. Quand son cousin était entré en salle commune avec Barbara Hopkins, Rose n'en avait pas cru ses yeux, et plus tard au dîner, elle avait appris que Fred et James avaient les mêmes préoccupations à son sujet. Elle l'avait observé du coin de l'œil depuis le début de la soirée et pourtant, Albus ne laissait rien transparaitre depuis que la petite fête s'était terminée avant le diner. Il agissait simplement comme si amener Hopkins, la fille qui avait dragué son ex, était une amie de longue date et qu'ils faisaient s’invitaient régulièrement. Sauf que ce n'était pas le cas. Et Albus était en lui-même une énigme : il se conduisait toujours comme si rien ni personne ne pouvait l'atteindre.

— Rooose ? Je peux y aller ? Je suis fatigué... se plaignit Hugo en traînant des pieds vers elle.

Sa grande sœur croisa les bras et le regarda en plissant les yeux. Il n'était pas question que Hugo se défile. La quatrième année lui montait à la tête et lui et Lily n'arrêtaient pas de se retrouver en retenue ces derniers temps. Le faire travailler un peu ce soir était bon pour lui. Et au moins, Hugo aurait des raisons de se plaindre, pour une fois. Il avait une fâcheuse tendance à être le roi des plaintes en tous genres : une petite égratignure sur la main et il allait voir directement Mrs Pomfresh, ses devoirs n'étaient faits qu'à moitié sans parler de sa nouvelle attitude à répondre aux professeurs. En bref, Hugo faisait sa crise d'adolescence à lui.

— Non, je vois encore des emballages de Chocogrenouilles là-bas, vas-y, ordonna-t-elle en tant que chef auto-proclamée des opérations.
— Tu m’énerves... marmonna Hugo en ressortant sa baguette de sa poche.
— Quoi ? Pas de bougons dans les rangs, Hugh ! Et ne joue pas au déprimé, ça ne prendra pas avec moi !

Rose s'assura que son petit frère allait effectivement ramasser les déchets pour les mettre dans les énormes sac qu'ils entassaient depuis la demi-heure précédente, puis elle partit apporter son aide à James. Cinq minutes plus tard, ils avaient enfin terminé. Ils avaient fait lévité trois gros sacs remplis d'ordures dans un coin de la pièce dont les elfes de maison de l'école pourraient se débarrasser d'un claquement de doigts. Fière de la tâche accomplie, Rose se laissa tomber dans un fauteuil auprès de la cheminée dont les braises étaient encore rougeâtres. Fred la rejoint rapidement en lui tendant une bouteille de Biéraubeurre en guise de récompense. Cette fois, Hugo eut la permission de Rose de pouvoir s'en aller, lui planta une bise baveuse sur sa joue et s'éclipsa dans ses dortoirs. Et Albus allait en profiter pour faire de même, mais c'était sans compter sur la vue affutée de sa cousine.

— Hé, Albus, viens-là ! s'exclama Rose en frottant sa joue humide.

Pris sur le fait, Albus se retourna lentement et après avoir longuement soupiré, il rejoignit Rose, James et Fred auprès de la cheminée. Rose se pencha en avant, essayant de trouver la meilleure technique à adopter. Albus était loin d'être aussi influençable que Juliet. S'ils devaient lui arracher les Botrucs du nez, il fallait le faire avec précaution. Cependant, en croisant le regard rieur de James porté sur son frère, elle sut que ça n'allait pas être une tâche facile. Fred et James rentreraient difficilement dans le jeu de la subtilité, surtout quand elle remarqua le regard entendu que les deux meilleurs amis échangèrent une dizaine de secondes plus tard. Rose prit donc les devants en ne s'adressant pas directement à Albus.

— Alors, les gars, ça va les amours ? lança-t-elle joyeusement.

Aussitôt, le visage de James perdit toute trace de couleur, même si Rose ne le remarqua pas. Albus quant à lui n'était pas dupe, néanmoins, il but une longue gorgée de Biéraubeurre en regardant Rose avec un air intéressé. Fred rentra immédiatement dans le jeu, après tout, il ne perdait jamais une occasion de faire parler de lui et de sa relation compliquée avec sa Serdaigle :

— Si tu savais... soupira Fred. Quaker est venue me rejoindre tout à l'heure, après le diner, pour me dire à quel point je la faisais rire. Bon d'accord, elle se foutait de moi. Mais tu sais ce qu'on dit, Rosie. Sorcière qui rit, à moitié dans ton lit !
— Ouais, sauf que tu as déjà couché avec elle, donc ça ne compte pas, remarqua Rose avant de se retourner vers les deux frères, un air conspirateur au visage. Et toi James, tu vas bien ? Collins ne t'a toujours pas collé un sortilège de traçabilité ?
— Va te faire voir, Rose.

Sous le regard interdit et déconcerté de sa cousine, James se leva brusquement, lui colla sèchement sa bouteille de Biéraubeurre dans les mains et partit sans un mot. Albus et Rose échangèrent un regard : avaient-ils raté un épisode ? Jamais James n'avait paru aussi en colère quand on faisait allusion à la jalousie de sa copine, il lui arrivait même d'en rire. Rose resta sans voix jusqu'à ce que la silhouette du septième année ait disparu dans les étages. Elle ne savait pas quoi dire et surtout, elle ne comprenait pas pourquoi James avait réagit aussi intensément, lui qui prenait toujours tout à la légère. Fred s'était renfoncé dans son sofa, l'air confus, son attitude insouciante qu'il arborait habituellement avait disparu.

— Ça ne va pas très bien entre Collins et lui, c'est ça ? demanda Albus en rompant le silence gêné.
— Ouais, acquiesça Fred après avoir bu une gorgée de sa bouteille. Audrey a toujours été plus ou moins jalouse. Mais dernièrement, elle a carrément pété les plombs, je crois que tout le monde s'en est rendu compte. James essaie de le cacher mais je vois bien que cette situation lui pèse.
— Personnellement, je comprends pas comment ils ont fait pour rester ensemble aussi longtemps, ajouta Albus d'un air pensif.
— Parce que tu crois que c'est la fin , l'heure de la rupture a sonné ? lui demanda Fred en fronçant les sourcils.
— C'est mon frère, dit Albus comme s'il s'agissait d'une évidence. Collins est trop étouffante pour lui, il a besoin d'espace.
— Al, le conseiller matrimonial, blagua Fred avec un sourire.
— C'est vrai ! se défendit Albus. Je ne pense pas qu’il soit du genre à être aussi bridé, Lily est pareille que lui. C’est peut être pour ça d’ailleurs qu’elle est heureuse à Serpentard… Loin de… tout.

Albus fit un signe de la main en englobant la salle commune de Gryffondor et Rose comprit aussitôt le sens de ses paroles. La majorité de leur famille était envoyée à Gryffondor, ce qui pouvait être légèrement étouffant. Quand Lily Potter avait été répartie à Serpentard, on avait en avait parlé à Poudlard pendant de longues semaines, puis on s’était faits à l’idée que tout était possible, et que même les Weasley pouvaient avoir leur place chez les vert et argent.

— Je pense que James ne peut pas rester avec quelqu'un d'aussi oppressant que Collins, résuma Albus après un soupir.
— Lui-seul peut en juger, dit lentement Rose.
— De toute façon, je me suis inquiété dès qu'Audrey et James on dépassé le stade des trois mois, ajouta Fred d'un ton plus léger. Je ne comprends toujours pas comment on fait pour rester avec la même personne pendant autant de temps. C'est ennuyant à la fin, non ? Bon, c'est vrai que les grand-parents n'ont pas l'air de s'ennuyer, eux.

« Il n'a jamais été amoureux, le chanceux », Rose soupira en remarquant la lueur interrogatrice dans les yeux clairs de Fred.

— C'est surtout source de complications, rectifia Albus avant de bailler longuement. Et avant que vous ne le demandiez, Barbara Hopkins ne m'intéresse pas. Vous n'attendez que ça depuis le début de soirée, je le sais. On était juste en pleine discussion en rentrant du match, je lui ai proposé de monter avec nous, ça aurait été malpoli de couper court à la conversation parce qu'elle n'était pas une Gryffondor. Satisfaits ? Maintenant, si vous n'avez plus rien à me dire, je vais me coucher. Bonne nuit.

Et sans que Rose ni Fred n'aient eu le temps de sortir ne serait-ce qu'un seul mot, Albus s'était levé et avait tourné les talons. Rose se tourna vers Fred qui, enfoncé dans le sofa rouge vieilli, lui lançait un regard entendu. Ainsi, ils avaient eu la même pensée : Albus n'avait pas eu l'air de s'être forcé à tenir compagnie à Hopkins pour avoir passé tout son après-midi avec elle. Rose se leva avec un petit sourire, prête à rejoindre son lit confortable.

— Affaire à suivre, Freddie.

Drôle de découverte by Pinkgrass
Author's Notes:

Hello. Autant vous prévenir, je n’ai pas eu le temps de faire une relecture attentive de ce chapitre, donc s’il y a des trucs bizarres (mon correcteur a tendance à corriger Poudlard en Pouillard, et il préfère Malfoy à Malefoy. Il aime se la jouer bilingue parfois). Donc c’est normal, je reviendrai lire et corriger ça si besoin.

J’espère que ce retour en fanfare dans l’intrigue principale vous plaira !

Le lundi suivant la victoire des Gryffindor arriva bien trop vite au goût de Juliet. Seulement une journée s'était écoulée depuis, mais c'était comme si le temps avait pris un malin plaisir à s'accélérer de lui-même. Le match de Quidditch l'avait mise dans un état euphorique et l'avait littéralement libérée de ses angoisses du moment. Cependant, maintenant que la défaite des Serdaigle relevait plus du passé que d'autre chose, Juliet fut un instant nostalgique en repensant à la façon dont elle s'était débarrassée de Marshall sur le terrain et aussi à ses camarades qui, admiratifs, avaient laissé de côté leur curiosité et leur méfiance quant à ses relations pour s'intéresser à son jeu et à rien d'autre.

Hélas, le weekend était passé et les perspectives de la journée n'auraient pas l'occasion de la détendre. La veille, Rose, Albus et Juliet avaient longuement discuté de leurs projets concernant leur future intrusion dans le bureau de Aaron Lloyd. S'ils se faisaient prendre, il seraient dans une situation plus que délicate, c'est pourquoi ils avaient convenu d'un plan qui ne devait pas se retourner contre eux. Après leur cours de métamorphose, Juliet pourrait s'expliquer avec Lloyd pendant que Rose et Albus forceraient le bureau. Bien entendu, le plus simple aurait été d'attendre que leur professeur aille diner, néanmoins, il fallait également se méfier de Maisie, si leurs doutes se révélaient être vérifiés. Et à cette heure-là, leur camarade de Serpentard se trouvait en cours d'astronomie.

— Regarde Collins, dit Rose à Albus en se penchant vers lui alors qu'ils étaient en train de manger ce midi-là.

Juliet se retourna pour chercher Audrey Collins des yeux à la table des Poufsouffle. Légèrement déconcertée, elle se demandait pourquoi Rose et Albus parlaient d'elle alors qu'ils ne lui prêtaient attention que pour se moquer d'elle en général. Mais aujourd'hui, Collins ne paraissait pas scruter leur table avec attention pour s'assurer que James était bien sous son contrôle. Non, au milieu de ses amies, elle ne participait pas à la conversation et remuait d'un air vague sa part de spaghettis sans pour autant rien avaler. Juliet se retourna vers ses amis. Elle avait forcément raté quelque chose : Albus affichait un air affligé et Rose poussait un profond soupir.

— Il a du se passer un truc hier, hasarda Albus en posant ses couverts. Sinon James ne t'aurait pas parlé comme il l'a fait...
— De quoi vous parlez ? leur demanda Juliet, complètement perdue.
— Si tu n'étais pas partie te coucher samedi soir, tu l'aurais su, sourit Rose. On te racontera ce soir. Mais pour l'instant, il y a ton cher Cameron qui vient d'entrer et...

Juliet se retourna brusquement vers la porte de la Grande Salle pour le voir mais au bout de quelques secondes elle dut se rendre compte que Rose avait raconté n'importe quoi.

— Elle est complètement folle de lui, soupira Rose face à un Albus affligé.
— Je ne suis pas folle de lui ! s'exclama Juliet en regardant autour d'elle pour s'assurer que personne ne les entendait.

Albus haussa un sourcil, l'air très suspicieux.

— Bon, d'accord, je l'aime bien, avoua Juliet en rougissant. Beaucoup. Mais c'est tout !

Rose émit un petit humpf ! insatisfait en retournant à son assiette tandis que Juliet piquait sa fourchette dans ses pommes de terre sans rien avaler. L'après-midi allait être long. Très long.



Dans un geste machinal, les ongles de Juliet tiquaient nerveusement contre la table. A peine préoccupée par le cours que le professeur Lloyd était en train de donner, elle prenait distraitement des notes mais ses pensées étaient complètement ailleurs. Rose à côté d'elle n'en menait pas large non plus, son mutisme parlait pour elle depuis le début d'après-midi. Quant à Albus, il paraissait le plus détendu possible assis au deuxième rang à la même table que Scorpius Malefoy. Mais même s'il semblait serein quant à leur opération, ses coups d'œil vers le fond de la classe trahissaient son appréhension. Albus vérifia sa montre pour la troisième fois en deux minutes.

Plus que quelques instants et ils mettraient leur plan en marche. Sa cape d'invisibilité était dans sa poche et finalement, il n'avait pas demandé la carte des Maraudeurs à James face à l'humeur massacrante et étrange de son frère. Mais ils n'en auraient pas besoin. S'ils étaient toujours dans le bureau de Lloyd quand celui-ci reviendrait, Juliet les préviendrait en parlant suffisamment fort dans le couloir.

Albus observa alors Maisie Lloyd dans l'autre rangée : elle écoutait son père comme n'importe quel autre élève et murmurait de temps à autre quelque chose à l'oreille de son camarade. Depuis que Fiona Dixon, celle qu'on aurait pu considérer comme sa meilleure amie, avait été nommée coupable de l'agression d'Andrea, Maisie avait paru blessée et choquée par son comportement. Mais plus les semaines défilaient et plus son attitude hyper sociable accompagnée d'un faux sourire avait repris le dessus. Ayant de nombreux cours en commun avec elle, Albus avait donc eu l'occasion de la croiser de nombreuses fois et de remarquer à quel point cette fille paraissait sûre d'elle.

— Alors Potter, vous serez tous les trois à la Cabane Hurlante cette année ? lui demanda Scorpius Malefoy tandis que le professeur Lloyd leur expliquait plus en détails ce qu'il attendait de leur prochain devoir.

Le Gryffondor acquiesça lentement. Chaque année, une fête non officielle était organisée à la Cabane Hurlante à l’approche de Noël. Les septième, sixième et parfois cinquième années étaient conviés et c'était la fête par excellence attendue depuis la fin de l’été.

— Heureusement que c’est une soirée secrète, nota Albus, narquois. Tes parents ne te donneraient pas la permission d’y aller.
— Ils sont juste un peu trop protecteurs, c'est tout, se défendit Scorpius en haussant les épaules. J'ai toujours pu sortir quand je voulais.

Albus se détourna de Scorpius Malefoy pour se reporter sur leur professeur. Tout le monde savait qu'il était un enfant unique sur-protégé par ses parents, mais Albus ne trouvait pas qu'il en était désagréable pour autant. Son oncle Ron l'avait prévenu que les Malefoy étaient à éviter, cependant, lorsqu'il avait parlé pour la première fois à Scorpius au cours de sa première réunion du club d'échec quatre ans auparavant, il s'était rendu compte que Scorpius Malefoy n'avait rien à voir avec les rumeurs qu'on entendait à son sujet, notamment à cause de sa famille et de son rôle dans la guerre. Lui et Albus n'avaient jamais réellement été amis, mais le Gryffondor pouvait décemment dire que Scorpius était plutôt sympathique.

Pendant un court instant même, l'idée de lui confier leurs projets concernant son oncle Aaron Lloyd lui traversa l'esprit. Comme lui et William Leighton avaient été les premiers à se méfier de la version que Fiona Dixon avait donné à Ian Scott et qui était erronée selon eux. Pourtant, Albus n’en fit rien.

— N'oubliez pas que ce devoir est à rendre pour la semaine prochaine et que je n'accepterai aucun retard, les prévint le professeur Lloyd en effaçant d'un coup de baguette ce qu'il avait inscrit au tableau. Oh, et bien sûr, ce n'est pas une raison pour rendre un texte d'une qualité médiocre.

Son regard se tourna automatiquement vers le fond de la classe et Albus n'eut aucun besoin de se retourner pour vérifier que le teint de Juliet était devenu livide. Elle ressortait de ses cours toujours plus abattue et inquiète. Albus avait beau l'aider à travailler sa métamorphose, c'était comme si leur professeur cherchait à trouver la moindre petite erreur dans les devoirs de son amie. Albus avait même été tenté de proposer à Juliet d'échanger leurs copies pour voir si sa théorie était correcte mais elle avait refusé, sous prétexte que Lloyd avait effectivement beaucoup d'erreurs à trouver dans ses devoirs, malgré la correction d'Albus.

Malgré tout, il ne devait pas se laisser distraire par cette histoire pour le moment : le plus important était de ne pas se faire attraper par quelqu'un pendant que Rose et lui fouilleraient son bureau.

— Il a vraiment un problème avec elle... soupira Scorpius Malefoy en rangeant ses affaires dans le brouhaha ambiant.

Alors qu’Albus s’apprêtait à laisser Malefoy seul, il arrêta son geste.

— Tu le connais mieux que nous, pourquoi tu crois qu’il lui en veut autant ? lui demanda Albus à voix basse en guettant le professeur.
— Je ne sais pas, mais il adore Andrea. Elle m’a dit qu’il prenait régulièrement de ses nouvelles depuis qu’elle était partie.
— Vraiment ? s’étonna Albus.
— Je l’ai déjà dit à Juliet, cet homme est étrange, ajouta Scorpius en haussant les épaules. Bon, à plus tard Potter !

Le Serpentard suivit son groupe d'amis tandis qu'Albus cherchait sa cousine du regard. Elle l'attendait déjà la porte, le pressant de la rejoindre au plus vite en fronçant les sourcils. Il adressa un dernier sourire encourageant à Juliet qui traînait à mettre ses affaires dans son sac, le visage fermé. Rose l'empoigna alors avec force par le bras et l'entraina dans le couloir sans ménagement.

— Nous n'avons pas de temps à perdre de notre côté, lui dit Rose en se précipitant vers les escaliers.

Leur salle de métamorphose étant située au rez-de-chaussée et le bureau de Lloyd se trouvant au quatrième étage, cela leur laissait une petite marge de temps si Juliet arrivait à le retenir assez longtemps. Aussi s'empressèrent-ils de monter les marches deux par deux, bousculant quelques personnes au passage. Sur le chemin, Rose traversa même la Dame Grise qui se retint de ne pas lui faire une remarque glaciale, la Gryffondor ayant déjà eut l'impression qu'on lui avait balancé l'équivalent de cinq seaux d'eau gelée sur tout son corps. Finalement, avec mille précautions et en ralentissant leur pas, ils arrivèrent en silence au bon étage, passèrent dans un couloir étroit, puis poussèrent la troisième porte à droite et pénétrèrent enfin dans le bon couloir. Rose soupira et jeta un coup d'œil aux alentours : la seule source de lumière ici provenait des trois torches fixées au mur, ce qui donnait au lieu une atmosphère inquiétante et un peu trop calme.

— Prends la cape, on ne sait jamais, lui dit Albus en la lui collant dans les mains avant de se retourner vers la porte du bureau. Alohomora !

Rose se rapprocha de son cousin en entendant le déclic de la serrure. Néanmoins, elle se demanda pourquoi Albus restait planté devant la porte sans y entrer. Puis il se tourna lentement vers elle.

— C'est trop facile, murmura-t-il lentement.
— On s'en fiche ! Allez, entre, on n'a pas toute la journée ! chuchota Rose après avoir vérifié une nouvelle fois que personne ne venait à aucune extrémité du couloir.

Albus entra donc dans la pièce dépourvue de toute décoration. Les murs étaient vierges, pas un seul tableau n'y était accroché, il n'y avait pas de photos de sa famille sur son bureau, des piles de parchemins parfaitement empilées le couvraient à la place. D'emblée, Rose s'était dirigée vers l'armoire et l'ouvrait en grand sans aucune précaution. Ce serait simple en fin de compte : la salle n'étant constituée que d'un bureau, d'une armoire et d'un autre meuble de rangement, faire le tour des papiers ne serait pas le plus difficile.

— Souviens-toi Rose, on recherche tout ce qui pourrait ressembler à des longs rouleaux de parchemin, un genre de projet secret…
— Je sais, je sais... en tout cas, on ne peut pas faire plus dépersonnalisé comme endroit, ne put s'empêcher de remarquer Rose, sur la pointe des pieds pour regarder ce qui se trouvait sur une haute étagère.

Dépité au bout de seulement une minute de recherche, Albus se dit intérieurement que cette mission avait été vouée à l'échec depuis le début. Sous quel prétexte se permettaient-ils de dire que leur professeur était louche ? Des secrets de famille ne justifiaient pas une telle effraction.

Pourtant Albus se redressa soudainement après avoir fouillé un énième tiroir, plus déçu que jamais. Il aurait du s'en douter. Les recherches de Rose non plus n'avaient pas l'air d'aboutir, elle qui remuait les étagères composées de papiers en tous genres, qui s'apparentaient à des cours ou des articles sur des domaines différents. Mais il n'y avait rien qui puisse compromettre l’intégrité du professeur.

— Al, tu as regardé dans sa cape ? lui demanda sa cousine en lui montrant d'un signe de tête le vêtement posé sur la chaise.

L'oreille attentive au moindre bruit susceptible de trahir une présence dans le couloir, Albus se pencha vers la cape de sorcier pour en fouiller les poches. Sans grande surprise, il y trouva des clefs, un porte-feuille et aussi un morceau de parchemin. Après avoir jeté un coup d'œil à Rose qui feuilletait un cahier à la couverture rouge, il déplia le morceau de parchemin. Perplexe, Albus fronça les sourcils. C'était une simple liste d'ingrédients. Simple mais pourtant, quelque chose l'intrigua dans cette liste. James était l'expert en potions de la famille, mais il ne fallait pas être né de la dernière pluie pour reconnaître une liste d'ingrédients rares. Très rares. Il buta sur le dernier mot inscrit sur le parchemin.

Crins de licorne

Crins de Kelpy

Venin d’acromantula

Quintaped

Pris par le temps, Albus ne réfléchit pas une minute de plus et pointa sa baguette sur le parchemin. Il murmura un Gemino et se retrouva avec deux listes dans les mains. Replaçant précautionneusement le parchemin original dans la poche de la cape de Lloyd, il fourra la copie dans sa poche avant de se tourner vers Rose qui arborait une mine déçue. Leurs regards se croisèrent et d'un commun accord, ils vérifièrent que tout était resté à la même place que lorsqu'ils étaient arrivés et quittèrent le bureau sans s'adresser la parole. Ils n'avaient pas mis plus de cinq minutes à fouiller la pièce et de retour dans le couloir silencieux, ils revinrent sur leurs pas sans croiser le professeur.

— Vraiment pas convainquant, hein ? marmonna Rose alors qu'ils descendaient une volée d'escaliers. Tu crois qu'on aurait du fouiller de manière plus approfondie ?
— Trop risqué, répondit Albus en attirant sa cousine derrière une armure. Mais j'ai quand même trouvé une liste bizarre. Regarde. On ne trouve pas du venin d’acromantula chez tous les apothicaires.

Albus avait sorti le morceau de parchemin qu'il avait dupliqué quelques instants auparavant et l'avait collé dans les mains de Rose. Cette dernière lisait rapidement la liste, ses yeux passant d'une ligne à la suivante en fronçant un peu plus les sourcils à mesure qu'elle en prenait connaissance. Quand elle eut terminé, elle releva lentement la tête vers Albus dont le regard la vrillait de son air sérieux et presque sombre.

— C'est un professeur de métamorphose, d'accord. Mais il pourrait très bien avoir une telle liste pour n'importe quelle raison, hasarda Rose d'un air perdu.
— Pour n'importe quelle raison, c'est bien ça, confirma Albus. Allons retrouver Juliet.

Rose acquiesça et ils repartirent tous les deux dans les étages inférieurs. Le plan était de retrouver Juliet dans le Hall d'entrée après qu'ils en aient terminé. Cependant, une fois dans le grand escalier de marbre, ils se rendirent vite compte que leur amie n'était pas là. Alors que Rose commençait à s'inquiéter à son propos en ressassant le plan foireux qu'Albus avait mis en place, ce dernier l'entraîna sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte vers leur salle de classe où ils avaient eu cours une dizaine de minutes plus tôt. Sur le chemin, ils croisèrent Victoria Finnigan et Kenny Clarks qui parlaient à voix basse sans les remarquer, puis Albus passa la tête par la porte pour voir si Juliet était encore avec Lloyd, mais le professeur était seul, assis à son bureau.

— Mr Potter, une réclamation ? lui demanda Aaron Lloyd en levant sa plume de son parchemin.
— Je cherche Juliet, répondit Albus d'un ton naturel et en soutenant son regard.
— Naturellement. Vous l'avez ratée de peu. Oh et avant que j'oublie, poursuivez vos efforts et vous pourriez aisément parvenir à un Optimal à vos ASPIC. Bonne soirée à vous, ajouta-t-il avec un sourire éclatant.

Albus sortit de la classe, un peu déconcerté, pour retrouver une Rose qui faisait les cent pas en l'attendant, manifestement inquiète. Il mit de côté les compliments de Lloyd et sa préoccupation pour Juliet reprit le dessus. Ils avaient convenu de se retrouver dans le Hall, il en était certain. Alors où se trouvait-elle ?

Sans rien dire à Rose qui le pressait d'aller fouiller le château, Albus se dirigea à grands pas vers ses camarades de maison qui avaient l'air de se disputer silencieusement. Du coin de l’oeil, il remarqua Scorpius Malefoy disparaître au bout du couloir, avec l’intention manifeste de vouloir se fondre dans le mur de pierre. Albus se secoua la tête en arrivant à hauteur de Victoria et Kenny.

— Vous n'auriez pas vu Juliet ? leur demanda Albus.
— Si, répondit simplement Victoria en le dévisageant étrangement.
— Elle était avec Cameron Lloyd, qui n'avait pas l'air de très bonne humeur soit dit en passant, précisa Kenny en paraissant presque effrayé pour elle.
— Donc ils sont vraiment ensemble, Hardy et Lloyd ? reprit Victoria, une lueur de curiosité dans le regard.
— Non, les interrompit Rose d'une voix plus rauque qu'à l'accoutumée. Arrêtez de faire vos commères et dites-nous où ils sont partis ou je vous lance un Chauve-furie.
— Par là, désigna Clarks en montrant l'extrémité du couloir.

Rose n'attendit pas un instant de plus et les laissa en plan sans dire un mot. Elle n'en pouvait plus de cette situation de non-dits. Premièrement, elle n'arrivait pas à comprendre ce que Juliet trouvait chez Cameron Lloyd qui puisse justifier ses disparitions à répétition et son attitude fuyante et constamment dans les nuages. Comment Juliet pouvait s'être entichée de ce Serpentard en étant au courant de son commerce malsain et de leurs suspicions concernant la famille Lloyd ? Rose était complètement à côté de la plaque. Pendant cinq ans, elles s'étaient toujours tout confié, jusqu'à aujourd'hui. Et là, elle ne comprenait pas, comme si toute cette histoire était hors de sa portée.

Rose grimpa les marches quatre à quatre, à peine consciente des pas de son cousin qui la suivait.

— Rose, attends ! On a besoin de parler. Maintenant.

La Gryffondor s'arrêta soudain, surprise par le ton presque suppliant d'Albus. En haut des escaliers, elle menaçait son cousin de sa hauteur quand il lui désigna le couloir adjacent qui serait moins passant que le grand escalier. A contrecœur elle le suivit et attendit qu'il prenne la parole, ce qui ne tarda pas à arriver.

— Pourquoi tu réagis tout le temps à l'extrême ? lui demanda-t-il prudemment en remarquant qu'elle tapait du pied. Elle lui fait confiance, alors pourquoi t'acharner à lui hurler dessus à chaque fois qu'elle le retrouve ?
— Tu te fiches de moi ? On suspecte son père de trafiquer quelque chose de pas net et son fils ne saurait rien de tout ça ? S’il n’avait rien à se reprocher, il aurait déjà raconté à Juliet ce qui clochait dans sa famille.
— Je crois Juliet quand elle dit qu'il est à l’écart des autres. S'ils préparaient un plan, ils passeraient forcément du temps ensemble. On sait que Cameron sait plus de choses que nous mais de là à le mettre dans le même panier que sa famille, je ne sais pas encore, Rose. Tu as remarqué les regards qu'il lance à son père dans la Grande Salle ? Je n'appelle pas ça de la coopération. C'est de la haine mal dissimulée.

Par manque de répartie, Rose passa une main dans ses cheveux roux en déviant son regard vers un tableau situé un peu plus loin. Peut-être que Cameron n'était pas directement lié aux secrets de Aaron Lloyd. Mais indirectement, Rose en était persuadée, son fils n'était pas aussi ignorant que ça. Et à côté de cette histoire, Juliet fonçait yeux fermés droit vers le danger que représentait les Lloyd.

— On ne peut pas être certains à cent pour cent, dit finalement Rose au bout d'une minute de silence. Et crois-moi, je ne pense qu'au bien de Juliet quand je lui hurle dessus, comme tu dis si bien. Elle est vulnérable en ce moment, tu ne peux pas dire le contraire, après l'affaire Andrea, les rumeurs avec James et ses sentiments pour ce maudit Serpentard, elle est devenue bien plus manipulable et influençable que d'habitude. Si Cameron Lloyd se révélait plus ou moins coupable, elle tomberait de haut. Et je sais ce quel effet ça fait, Al, crois-moi. Sauf que Maisie l'a menacée et son père trafique on ne sait quoi. C'est un jeu dangereux, tout ça.

Sa réplique eut le mérite de laisser Albus perplexe. Il n'avait peut-être pas vu les choses sous cet angle, en fin de compte.

— Donc je vais les trouver et il va nous devoir quelques explications, ajouta Rose en montrant le morceau de parchemin qui dépassait de sa besace.

Dix minutes plus tard, Rose arpentait seule les couloirs de l'aile Ouest dans l'espoir de retrouver Juliet et Cameron Lloyd. Albus et elle s'étaient séparés pour couvrir plus de terrain mais elle commençait à se demander si cela avait été une bonne solution. Le Serpentard était bien trop inaccessible aux yeux de tous qu'il devait avoir trouvé des repères au bout de six ans à parcourir le château pour se battre avec ses proies. Rose eut une mine dégoûtée en pensant aux gens qui allaient le voir rien que pour ça. « Et dire que j'en fais partie », se dit-elle piteusement après avoir ouvert une porte qui donnait sur une classe de cinquième années en plein cours d'études des Moldus.

Au bout d'un moment, Rose s'en voulut de ne pas en savoir plus au sujet de Poudlard et de tous ses recoins. C'était Juliet qui aimait les sorties nocturnes à Poudlard.

Puis, un bruit sourd vint interrompre le cours de ses pensées. Rose s'avança à pas de loups vers la porte de la salle où elle supposait avoir entendu le bruit. Et telle ne fut pas sa surprise quand elle retrouva enfin Juliet accompagnée de Cameron Lloyd. Sa meilleure amie était au fond de la classe et semblait déstabilisée face au Serpentard qui se tenait face à elle. Comme il était de dos, elle ne voyait pas son visage, ce qui fut d'autant plus facile qu'elle fut moins paniquée à l'idée de le provoquer. Cameron Lloyd restait le duelliste de Poudlard et elle n'avait aucune envie de se retrouver à l'infirmerie. Juliet la remarqua enfin, sur le pas de la porte, mais ne dit rien, ni ne bougea.

— Lloyd, fit Rose d'une voix grave et assurée en se dirigeant vers eux.

Rose sortit rapidement le parchemin de son sac et le plaqua contre la table à leurs côtés. A la fois Juliet et Lloyd parurent surpris en voyant Rose désigner le morceau de parchemin sur la table. Le Serpentard prit la liste entre ses doigts et la parcourut rapidement du regard, aucune émotion transparaissant sur son visage.

— C'est quoi ? demanda lentement Juliet. Vous l'avez trouvée dans...

Rose l'interrompit d'un hochement de tête sans se tourner vers elle. Il fallait qu'elle sache si cette liste suscitait quelque chose chez le Serpentard. Quand il eut terminé sa lecture, il tourna un regard interrogateur vers elle, attendant une quelconque explication de sa part.



Vingt minutes plus tôt, après le cours de métamorphose des sixième années, Juliet plaçait lentement son flacon d’encre au fond de son sac avec une précaution infinie. La classe s’était vidée et le professeur de métamorphose était parti s’asseoir à son bureau.

— Professeur ? demanda Juliet d'une voix aiguë qu'elle aurait aimé mieux contrôler.
— Miss Hardy, je m'attendais à ce que vous veniez me voir à un moment ou à un autre. Que puis-je faire pour vous ?

Juliet se mordit la lèvre, tâchant de se concentrer sur ce qui se passait ici, dans cette salle, et pas dans le bureau de Lloyd, quatre étages au-dessus. Néanmoins, elle voulait lui montrer qu'il ne lui faisait pas peur et qu'elle était sûre d'elle. Elle ne le lâcha pas du regard. Lloyd quant à lui se contentait de conserver une expression aimable et avenante, qui troubla un peu plus Juliet.

— Bon... voilà, commença Juliet en se reprenant. Il y a des raisons à ce que vous vous montriez aussi dur envers moi ?

Juliet étudia avec attention le visage de son professeur qui passait de l'indifférence à de l'amusement. Campée sur ses pieds qui semblaient cloués au sol, elle attendait qu'il dise quelque chose, au moins pour qu'elle se sente moins stupide. Dans le couloir, les éclats de voix la rassuraient mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu paniquée en faisant ouvertement face à l'homme qui semblait cacher quelques secrets.

— Juliet, soupira-t-il au bout d'un moment. Je pense que vous prenez ces cours à la légère et que votre travail est insuffisant. Je ne fais rien de plus que vous encourager d'une manière différente à celle que j'ai employé jusqu'à maintenant. Vous devriez peut-être songer à oublier quelques distractions de vos activités quotidiennes.
— Et qu'entendez vous par ces distractions, monsieur ? demanda Juliet d'une voix hésitante.
— Vous voyez très bien de quoi je veux parler, dit simplement Aaron Lloyd en lui souriant.

Se mordant la langue pour ne pas répliquer, Juliet mourrait d'envie de lui cracher ses quatre vérités. Aujourd'hui, face au sourire éclatant de blancheur de son professeur de métamorphose, elle ressentait le besoin trop oppressant de s'écrier qu'elle faisait ce qu'elle voulait avec sa propre vie et que cela ne concernait en rien son professeur. Si elle voulait être avec Cameron, rien ne l’en empêcherait. Alors tant pis pour le plan que Rose, Albus et elle avaient établi, elle ne le retiendrait pas aussi longtemps qu'ils l'avaient prévu. De toute façon, il restait assis au bureau professoral et elle aurait toujours l’occasion de le retenir s’il sortait de la salle.

— Très bien, conclut Juliet en redressant le menton, prête à partir. Sachez juste que mes distractions extra-scolaires n'ont absolument rien à voir avec mes résultats en métamorphose et ne vous regardent en rien, professeur. Bonne soirée.

Juliet lui lança un dernier regard méprisant alors que Aaron Lloyd haussait un sourcil intrigué et tourna les talons. « J'ai dépassé les limites, j'ai dépassé les limites, par Merlin ! », ressassait-elle en se dirigeant à grands pas vers la porte. Juliet fut soulagée une fois qu'elle fut sortie de la classe, une fois qu'elle ne sentait plus le regard de son professeur lui vriller le dos.

— Tu n'es pas sérieuse ?

Après avoir sursauté violemment, elle fut surprise de voir Cameron en compagnie de Scorpius Malefoy qui la fixaient comme si elle était devenue démente. Si elle n'était pas tant sur les nerfs à cause du professeur Lloyd, elle aurait été heureuse de le voir, mais ce n'était pas le cas. Il avait parlé à voix basse mais Juliet avait parfaitement ressenti le ton accusateur qu'il avait employé. Cameron s’approcha d’elle, l’air encore plus froid que d’habitude, délaissant un Scorpius intrigué derrière lui.

— Tu m'espionnes maintenant ? l'agressa-t-elle sans le vouloir.
— Pas du tout, je n’étais pas là pour... Mais il faut qu'on parle, c'est urgent.

De son pouce, il désigna le mur de la salle de classe derrière lui où Aaron Lloyd se trouvait toujours. Juliet était tout à fait d'accord, ils allaient devoir parler, car s’il n’était pas là pour elle, l’était forcément là pour son père. Juliet se dirigea vers la sortie du couloir, essayant de se calmer. Cameron la rattrapa aisément et ils passèrent devant Victoria Finnigan et Kenny Clarks qui les regardèrent passer en chuchotant entre eux. Mais préoccupée comme elle l'était, Juliet n'aurait même pas vu qui elle avait croisé.

— Qu’est-ce-que tu faisais ici ?
— Là n'est pas la question, rétorqua Cameron de mauvaise humeur alors qu'ils arrivaient dans le Hall d'entrée. Tu ne devrais pas le provoquer, c'est mal le connaître.
— Donc tu as écouté toute la conversation. C'était de l'ordre du privé.
— Parce que tu n'as jamais écouté aux portes peut-être ? Dois-je te rappeler le soir où tu as écouté ma conversation avec mon père ?
— Vous parliez tellement fort que je vous ai entendus à l'autre bout du couloir, je n'ai jamais cherché à vous épier ! se défendit Juliet.
— Eh bien c'était la même chose pour moi aujourd'hui, je n'avais aucune idée que tu irais lui parler.

Juliet et Cameron s'étaient arrêtés de marcher et en plein milieu du Hall d'entrée, quelques groupes d'élèves étaient présents, dont certains avaient l'air de s'intéresser de très près à leur discussion houleuse. Ils se défiaient toujours du regard quand enfin le Serpentard prit les devants et prit Juliet par le coude pour l'entraîner en direction des étages. Juliet, toujours aussi énervée, se laissa faire. Tant de questions étaient en suspens, sans compter la fouille du bureau par Rose et Albus que Juliet ne savait même plus par où commencer quand Cameron ferma la porte derrière eux dans une salle de classe de l'aile Ouest du château.

Juliet croisa les bras sous la poitrine, mécontente. Elle jeta un coup d'œil à Cameron pour constater qu'apparemment il se trouvait dans le même état d'agacement qu'elle. Pourtant aucun des deux ne semblait prêt à rompre le silence devenu tendu au fil du temps qui passait.

— Alors quoi ? lança soudainement Cameron. On se regarde en chiens de faïence pendant encore une heure sans avancer ?
— Tout dépend de toi, répliqua Juliet sans se laisser démonter. Si tu me dis ce que tu sais à propos de ton père. J'ai été stupide. J'aurais du t'en parler il y a des semaines déjà... Mais aujourd'hui j'aimerais savoir ce que tu sais à propos de lui. Oh, et s’il-te-plaît, ne me dis pas qu'il n'y a rien, parce que tu ne serais pas dans cet état s’il y avait rien du tout !
— Rien qui te concerne en tout cas, répondit Cameron d'un ton interdit.
— Pardon ?! Tu oses me dire ça alors qu'Andrea, ma propre sœur, ne se rappelle plus des résultats de ses BUSE ?

Cameron, d'ordinaire très pâle, blêmit un peu plus. « Touché », ne put s'empêcher de penser Juliet. Rose avait peut-être de bonnes raisons de se méfier de lui, après tout. Cependant, elle refusait de lui donner raison pour autant et plus profondément, elle refusait d'admettre que Cameron ait quelque chose à voir avec cette histoire. A ce stade, elle tenait trop à lui pour qu'elle ne puisse seulement émettre l'idée qu'il soit complice de ce qui était arrivé à Andrea.

Maintenant, face à lui, Juliet avait besoin qu'il lui prouve qu'il n'était complice de rien. Elle aurait aimé que cette minuscule part de doute disparaisse en elle, qu'elle puisse aller de l'avant et vraiment lui accorder toute sa confiance.

— Qu’est-ce-que tu cherches, exactement ? lui demanda le Serpentard d'une voix à peine audible.
— Fiona Dixon n’est pas la coupable, je le sais, hésita Juliet. Et ton père, comme Maisie, sont les seuls à notre connaissance à avoir des choses à cacher. Quoi que tu m’aies dit il y a une semaine.

Sous les yeux surpris de Juliet, Cameron se mit à faire les cent pas dans la pièce, de plus en plus agacé. Mortifiée, Juliet se demandait vaguement si elle devait ajouter quelques mots ou s'en aller.

— J'aurais du m'en douter, dit-il finalement sans arrêter ses aller-retours incessants. Je vous ai sous-estimés, vous les Gryffondor. Je t'ai sous-estimée... Oh, attends une minute.

Cameron se retourna enfin vers Juliet qui interdite, n'osait pas l'interrompre. Il s'approcha d'elle lentement mais sûrement. En ce moment même, elle voyait parfaitement pourquoi on avait peur de lui dans les couloirs de l'école.

— Tout à l'heure, tu servais de diversion, n'est-ce-pas ? murmura Cameron en se rapprochant un peu plus d'elle.

Ne sachant pas très bien pourquoi, elle recula en ne le lâchant pas des yeux. Il la dévisageait toujours mais elle n'avait aucune idée de ce qu'il avait derrière la tête. Juliet déglutit difficilement quand elle heurta une chaise qui alla taper dans le mur avec un bruit sourd. Il savait. Il savait que Rose, Albus et elle avaient mené leur enquête. Juliet se tritura les mains en essayant de se mettre à la place de Cameron : si on accusait son père d'être une sorte de criminel, aussi détestable soit-il, serait-elle aussi indulgente envers ses accusateurs ?

— Tu as raison, il a ses secrets, admit gravement Cameron. Toute famille a ses secrets. Et s’il parait aussi mystérieux quant à ses projets, c’est peut-être mieux comme ça.

Juliet commençait à perdre ses moyens, ils étaient bien trop proches l’un de l’autre.

— Ne me mens pas, chuchota-t-elle.
— Je ne te mens pas, Juliet.

Cameron recula subitement, puis un déclic se fit entendre et la porte de la salle s'ouvrit. Il ferma les yeux un instant, troublé. Quant à Juliet, elle n'en menait pas large non plus, elle se contentait simplement de suivre Rose du regard après qu'elle ait prononcé le nom du Serpentard d'une voix d'outre-tombe. Ni Cameron, ni Juliet ne bougèrent jusqu'à ce que Rose ne plaque dans un bruit sourd un morceau de parchemin contre la table, tout en attendant une quelconque réaction de la part de Cameron. Juliet n'eut le temps de voir qu'il s'agissait d'une liste avant que Cameron ne prenne le parchemin. Alors, elle supposa.

— C'est quoi ? Vous l'avez trouvée dans...

Son amie hocha la tête, toujours tournée vers le Serpentard, comme si elle attendait qu'il se dénonce. Mais quand Juliet lui arracha la liste des mains après qu'il en ait terminé la lecture, son visage n'exprimait encore et toujours que l'impassibilité qui le caractérisait. Juliet se demanda vaguement à quoi correspondaient ces ingrédients, mais à l'heure actuelle, elle se questionnait davantage sur les raisons qui avaient poussé Rose à venir voir directement Cameron.

— Alors, Lloyd, ça te dit quelque chose, cette liste ? lança innocemment Rose.
— C'était dans les affaires de mon père, je suppose ? Non, je ne sais pas ce que ça représente.

Rose parut interloquée pendant un instant et Juliet devina aisément pourquoi. Il n'était pas censé être au courant qu'ils avaient forcé le bureau d'Aaron Lloyd. Il ne fallut qu'un regard échangé avec Juliet pour qu'elle se rende compte qu'il savait tout. Puis, à la grande surprise des deux filles de Gryffondor, Cameron s'adressa à Rose pour lui confier directement ce qu'il pensait.

— Vous devriez arrêter de jouer aux super-héros, tous les trois. Ce n’est pas parce que vos parents ont déjoué les forces du Mal il y a des années que c’est votre destin à vous aussi. C’est plus pathétique qu’honorable. Passe à autre chose, Weasley.

Sans un regard, Cameron fit rapidement demi-tour sous le regard éberlué de Rose. Cette dernière avait pris des teintes rosées et se donna une contenance en reprenant le morceau de parchemin des mains de Juliet qui quant à elle mit deux secondes pour reprendre ses esprits avant de s'exclamer d'une voix claire :

— Où vas-tu ?

Cameron s'arrêta sur le seuil de la porte et se retourna pour regarder Juliet. Le cœur de la Gryffondor battait à cent à l'heure. Leur discussion avait été intense mais elle avait l'impression qu'elle n'était pas allée au cœur des problèmes qui la taraudaient. Et le voir partir une nouvelle fois signifiait qu'elle allait devoir fouiller tout le château afin de le retrouver s'il daignait une nouvelle fois l'éviter.

— Maisie, dit-il simplement. Tu es libre demain soir ?

Juliet ignora le regard insistant de Rose braqué sur elle.

— Non, j'ai entraînement de Quidditch.
— Parfait, alors je te retrouve juste après.

Puis il disparut.

Les incertitudes by Pinkgrass
Author's Notes:

Bonjour, bonsoir ! Bon. En dehors de la masse de travail et le manque certain de sommeil, j’ai reculé et reculé le moment de la relecture de ce chapitre. J’ai une dent contre lui et je ne sais même pas pourquoi.

J’arrête d’étaler mes états d’âme et je vous souhaite une bonne lecture !

Le soir qui avait suivi leur fouille du bureau de Aaron Lloyd était passé comme dans un rêve pour Juliet, les conversations au dîner restaient floues et on si lui on avait demandé, elle aurait été incapable de dire avec qui elle avait parlé, si toutefois elle avait ouvert la bouche. Tout ce qui l'avait marqué était le simple fait que ni Cameron, ni Maisie Lloyd ne s'étaient montrés au diner ce soir là. De manière toujours aussi obscure, elle avait suivi Rose sans se poser de questions depuis que Cameron les avait quittées dans cette salle. Ainsi, elle n'avait pas eu à réfléchir, son amie avait marmonné toute la soirée, lui avait fait part de tout ce qu'elle pensait tandis qu'elles s'étaient rendues à la Grande Salle, mais Juliet ne se rappelait de rien.

Ce n'était qu'un peu plus tard dans la salle commune qu'elle se réveilla enfin de sa torpeur. Tout était confus à présent et toutes ses idées se mélangeaient : l'image de Cameron s'imposa à son esprit, lui valant un sourire timide et des joues légèrement rosées, et face à celle-ci, l'injustice et la colère que lui inspirait Aaron Lloyd lui donnait des envies de meurtres. Le message avait été clair : il n'appréciait pas que Juliet soit trop proche de son fils. Et à côté de lui, Cameron la mettait dans tous ses états, l'empêchant même d'écouter les théories fumeuses de Rose à propos de la liste qu'Albus avait trouvé dans le bureau du professeur.

Pendant le diner, il avait été difficile pour Juliet, Rose et Albus de pouvoir communiquer librement entourés des camarades de leur maison tous aussi curieux les uns que les autres. Albus n'avait même pas pu s'asseoir avec elles quand il avait débarqué dans la Grande Salle bondée. Aussi, les trois amis attendirent patiemment que la salle commune se vide pour qu'il puisse parler des événements de la journée.

Cependant, Victoria Finnigan et Kenny Clarks eurent du mal à les lâcher ; Juliet les suspectait d'observer ses moindres mouvements. En effet, depuis le match de Quidditch, le regain de popularité de Juliet s'était fait sentir aux sourires qu'on lui adressait et aux salutations amicales. Malgré tout, elle n'avait aucune idée de ce qu'on racontait sur elle dans les ragots : elle était bien au-dessus de tout ça.

— Juliet, comment ça s'est passé ? lui demanda Albus une fois que Finnigan et Clarks furent montés dans leur dortoir respectif. Qu'est-ce-que Lloyd t'a dit ?

Juliet se tourna subitement vers Albus. Ils étaient installés près de la cheminée et pour elle ne savait quelle raison, Juliet se sentait somnolente. Cela n'avait sans doute aucun rapport avec le discours sans fin de Rose, mais elle suspectait plutôt la tension qu'elle avait accumulé au cours des derniers jours et la chaleur étouffante du feu qui brûlait dans l'âtre. Juliet réprima un bâillement puis répondit d'une voix lasse en se remémorant son entrevue avec le professeur.

— Je lui ai subtilement annoncé d'aller se faire voir. Mes notes ne vont pas s'améliorer à mon avis.

Albus la contempla avec des yeux ronds. Juliet, manquer de respect à un professeur ? Ce n'était pas son genre. Le règlement, c'était une autre affaire, mais de là à envoyer balader un professeur, cela ne lui ressemblait définitivement pas.

— Je t'en prie, réveille-toi... soupira Rose, le coude posé sur l'accoudoir de son fauteuil. On pourrait croire que tu es sous Imperium, tu te rends compte ?
— Quoi ?
— Regarde autour de toi, enfin ! s'exaspéra Rose en se redressant. On vient de forcer le bureau de Lloyd, on a trouvé une liste d'ingrédients bizarres dans sa poche, Cameron agit bizarrement et toi, tout ce que tu trouves à dire, c'est que tu as envoyé balader Lloyd ? Descends de ton petit nuage, à la fin !
— Tu me fatigues, Rose, sincèrement, murmura Juliet en passant une main absente dans ses cheveux. On a rien appris de nouveau, nous ne sommes toujours pas au courant de ce que fabrique Lloyd, je te rappelle. Et vous êtes bien gentils avec votre liste, mais que voulez-vous qu'on fasse avec ces ingrédients balancés sur un parchemin, hein ? C'est comme si je vous sortais le nom de mes cousins, comme ça, sur un coup de tête, ça n'a pas de sens. Votre découverte n'a aucun sens du tout.

Rose fixait Juliet avec ahurissement. Depuis quand elle était aussi détachée de leur enquête ? Elle était la première à vouloir en savoir plus sur le mystère des Lloyd et voilà que ce soir, elle dénigrait leur avancée avec tout autant d'indifférence que si on lui avait annoncé qu'Audrey Collins avait encore fait une de ses petites crises de jalousie. Rose croisa le regard d'Albus : les sourcils froncés, il paraissait soucieux.

Juliet soupira et regarda ailleurs, elle était exaspérée d'avoir cette conversation avec eux. Elle ne comprenait pas pourquoi ils tenaient tant à la liste qu'il avaient trouvé, ces ingrédients n'avaient pas de lien avec les plans de Lloyd. S'il fallait suspecter chaque sorcier possédant une liste d'ingrédients sur lui, ils n'en auraient jamais terminé. Ces derniers avaient beau être extrêmement rares, pour Juliet, cela ne voulait strictement rien dire. Ce dont il fallait s'occuper, c'était de fouiller le vrai bureau de Lloyd, chez lui, comme les avait informé Scorpius Malefoy. Là-bas, elle en était certaine, ils seraient beaucoup plus chanceux. Mais c’était de l’ordre de l’impossible.

— En tout cas, dès demain je me rends à la bibliothèque, reprit Albus en sortant la maudite liste de sa poche. Si j'arrive à trouver une potion qui regroupe tous ces ingrédients, on aura peut-être une piste.
— On pourrait demander à James, remarqua Rose en désignant d'un signe de tête un groupe de septième années de l'autre côté de la salle commune. Ce n'est qu'une liste, on ne prendrait pas de risque avec lui, il n'est pas le maître des potions pour rien.

Levant les yeux au ciel pour la deuxième fois de la soirée, Juliet envoya un regard noir au morceau de parchemin qu'Albus tenait entre ses doigts et reprit la lecture de son livre de métamorphose. Depuis une heure, elle lisait le chapitre qu'ils étudiaient en cours, mais rien ne rentrait. Rose pouvait la sermonner autant de fois qu'elle voulait, Juliet savait ce dont elle avait besoin : d'une pause, qu'on la laisse faire ce qu'elle veut, qu'on arrête de lui retirer des points sur ses devoirs sous prétexte qu'elle passait du temps avec Cameron Lloyd, et qu'on arrête de la regarder comme un animal de foire.

Du coin de l'œil, elle vit Albus se lever et faire un signe à son frère tandis que Rose se redressait dans son fauteuil. Ils faisaient bien des histoires à cause d'une simple liste qui n'avait pas le mérite qu'on s'y intéresse. Et accessoirement, Juliet n'avait pas envie de voir James. Cette histoire de copine trop jalouse lui tapait sur les nerfs. Si elle était trop présente à ses côtés, elle aurait préféré qu’il lui dise directement qu'il préférait qu'ils cessent de passer du temps ensemble au lieu de ruminer dans son coin comme il le faisait depuis plusieurs semaines.

— Salut, ça te dirait de jeter un coup d'œil à ça ? On se demandait à quoi cette liste correspondait.
— Tu penses qu'ils appartiennent tous à la même potion ? lança James au premier regard, debout à côté de son frère. Sans la démarche à côté, j'aurais tendance à te dire qu'on ne peut pas assembler tous ces ingrédients. Où tu as trouvé ça ?
— Peu importe, répondit Albus en balayant la question d'un revers de main.
— Donc tu n'as jamais vu tous ces ingrédients ensemble dans l'une tes revues de potionniste en herbe ? demanda Rose d'un ton las.
— Non. Le seul point commun à ces ingrédients, c’est qu’on les trouve tous en Angleterre. Mais le jour où vous trouvez à quoi ça correspond, appelez-moi, sourit James en rendant le morceau de parchemin à Albus.

Soudain, Juliet se leva et ramassa son sac, prête à aller se coucher. Elle profitait de la diversion offerte par James pour pouvoir aller se coucher sans avoir à supporter les remarques d'Albus et les regards assassins de Rose. Elle avait envie d'oublier cette sombre histoire, à force de se poser des questions à propos de Lloyd cette année, elle n'avait pas vu le temps passer et Juliet n'avait aucune envie d'accorder tant d'importance à Lloyd qui s'acharnerait de toute façon à lui mener la vie dure.

— A demain, les salua-t-elle en s'éloignant à grands pas.

Dans un geste nerveux, elle serra un peu plus son livre de métamorphose contre elle quand elle entendit James demander à Rose et Albus si un truc n'allait pas avec elle. S'il s'inquiétait tant, alors pourquoi ne lui demandait-il pas directement ? Oui, elle s'en voulait d'avoir enclenché cette fâcheuse histoire de dortoirs, mais elle croyait que James et elle avaient mis les choses à plat juste avant le match. Et entre-temps, c'était comme si James avait brusquement changé d'avis et l'avait prise pour responsable de ses problèmes avec Collins. Il l'avait de nouveau évitée et elle n'était pas d'humeur à lui courir après, c'était certain.

Juliet se frappa le front du dos de sa main, exténuée, tout en s’étalant sur son lit. Elle était fatiguée et aurait tout donné pour être quelqu'un d'autre, l'espace de quelques instants. Victoria Finnigan, par exemple. Juliet ouvrit les yeux et tourna la tête vers le lit de sa camarade. Finnigan dormait paisiblement derrière ses rideaux qui entouraient son lit, sa respiration profonde lui indiquait qu'elle était bel et bien dans les bras de Morphée. Juliet soupira.

Quelques instants plus tard, la porte du dortoir s'ouvrit sur Rose qui fit le moins de bruit possible en remarquant le silence qui régnait dans la pièce. Quand elle se fut habituée à l'obscurité ambiante, elle remarqua Victoria qui était déjà couchée, et enfin Juliet qui était aussi allongée, mais sans vraiment l'être. Ce fut au tour de Rose de soupirer quand elle vit que sa meilleure amie s'était écroulée tel quel sans même poser son sac au préalable. Rose déposa ses affaires avant de s'asseoir sur le bord du lit de Juliet qui ne daigna pas ouvrir les yeux.

— Pas envie de parler, va te coucher, Rose.
— Non, tu ne vas pas bien. Je te connais, quand ça ne va pas tu ressembles étrangement à ta famille. Tu sais, cet air hautain et fier dont tu te plains si souvent. C'est ta couverture d'alerte.

Juliet ouvrit un œil suspicieux et attendit la suite.

— Tu me manques. Avant cette année, on se racontait tout.

Nouveau silence. Juliet ruminait sans faire de bruit.

— Ce n'est pas seulement de ta faute, je suppose, poursuivit Rose en regardant ailleurs. Je n'ai pas été compréhensive pour toi et Cameron. Mais tu sais, depuis que je ne suis plus avec Stephen, j'ai l'impression que je ne vois que le mal chez les autres. Je pense qu'il me faut un peu de temps pour faire de nouveau confiance à quelqu'un, et quand tu nous a parlé de ce Scorpius avait découvert chez les Lloyd, ça n'a pas aidé son cas, tu vois...

Rose fit une pause, mais en remarquant que Juliet avait les yeux grands ouverts tournés vers elle, elle sut qu'elle avait toute son attention.

— Mais vaut mieux tard que jamais, la Rose bornée que je suis a remarqué cet après-midi que Cameron tenait à toi. Il faut être aveugle pour ne pas le remarquer. Et j'ai un peu honte. Mon instinct féminin a été dépassé par celui d'Albus.

Un sourire vint étendre les lèvres de Juliet. Qui disparut tout aussi vite. Elle hésita à dire le fond de sa pensée à Rose mais depuis qu’elle était remontée dans le dortoir, elle avait paru plus encline à la conversation. Puis un regard vers sa table de chevet lui rappela le morceau de parchemin anonyme qu’elle avait conservé entre son livre d’histoire de la magie et celui du Quidditch à travers les âges. Il était certain qu’elle faisait confiance à Rose.

— Tu penses que Cameron puisse mentir à propos de cette histoire ? chuchota-t-elle dans un souffle.

Rose se mordit la lèvre inférieure. Dans la pénombre, son front plissé créait des ombres qui accentuaient son inquiétude.

— Tu sais que je ne suis pas impartiale à son sujet, répondit Rose, gênée.
— Que penses-tu vraiment ?

Rose se mit à se triturer les mains comme si elles étaient devenues soudainement les choses les plus intéressantes dans la pièce. Juliet scruta avec attention le visage de sa meilleure amie, attendant patiemment une réponse de sa part.

— Eh bien… Déjà, je pense qu’il ne connaissait pas l’existence de cette liste, mais je dois l’admettre, elle n’a pas beaucoup de sens. N’importe qui pourrait avoir cette liste sur soi. Pour le reste… je ne sais pas.

Agacée, Juliet détourna le regard. Rose ne lui apportait rien de nouveau.

— Oh, j’ai oublié de te la donner. Quand tu es montée tout à l’heure, le hibou de Andrea est venu t’apporter sa lettre.

L’attention de Juliet fut ravivée et elle arracha presque la lettre des mains de Rose qui la sortait de sa poche. A chaque fois qu’elle recevait du courrier de la part de sa soeur, sa bouche devenait sèche, son coeur se mettait à battre très vite et sans réellement savoir pour quelles raisons cela la mettait dans un état pareil, elle savait qu’un sentiment de panique l’assaillait et ne se calmait que lorsqu’elle avait terminé sa lecture. Alors comme d’habitude, Juliet décacheta l’enveloppe avec empressement et faillit déchirer la lettre. Elle fut surprise de constater que la lettre était relativement courte.

Juliette,

Ne t’inquiète pas, tout va bien. Ne dis rien à Will de ce que je vais te raconter dans cette lettre, je ne crois pas qu’il apprécierait. Je voulais t’en parler à ton retour dans les Pyrénées à Noël, mais je ne peux pas garder ça pour moi plus longtemps.

Je me suis renseignée à la Clinique du Magnolia pour un stage l’été prochain et j’ai découvert leur laboratoire de recherches. Un groupe de Guérisseurs recherchait des patients atteints d’amnésie pour essayer de leur faire retrouver la mémoire. Je sais déjà ce que tu vas en penser : servir de cobaye est risqué et c’est la chose la plus folle que je n’ai jamais fait de ma vie.

Mais j’ai un drôle de pressentiment quant à ce qui passé et il est vital que je sache ce qui s’est réellement passé ce soir-là. Même si je ne retrouverais probablement jamais ces souvenirs perdus, la moindre bribe m’est chère.

Les essais n’ont pas encore commencé, j’en saurais plus dans quinze jours. Je t’en prie, Juliette, ne me fais pas la leçon, j’ai seulement besoin de ton soutien. J’ai vraiment peur de ce qui pourrait m’arriver et te savoir de mon côté me rassurerait énormément.

Ne m’en veux pas,
Andrea H.

P.S. : pas un mot à papa, j’avais besoin de l’accord parental mais j’ai falsifié mes papiers d’identité. Jamais été aussi téméraire. C’est un peu enivrant pour tout t’avouer.

Les mains légèrement tremblantes, Juliet leva finalement les yeux vers Rose. Elle était proche de son lit et fixait son amie silencieusement. Juliet savait que Rose appréhendait toujours l’arrivée des lettres d’Andrea à cause du fait qu’elle ne l’avait pas aidée la nuit de sa disparition. Juliet eut un léger sourire à son attention et lui dit à voix basse pour détendre l’atmosphère :

— Promets-moi de secouer ma soeur la prochaine fois qu’elle se plaint des Gryffondor.



Le lendemain matin, Juliet devait admettre que sa nuit avait été réparatrice tandis que Rose, Albus et elle se rendaient à la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Albus n'avait pas abordé le sujet épineux de la liste d'ingrédients qui avait suscité tant de tension la veille. A la place, Juliet l'avait trouvé étonnamment silencieux et il se contentait de répondre par de simples hochements de tête. Prise de regret, Juliet se fit la réflexion qu'elle n'avait pas été très agréable la soirée passée, surtout après qu'Albus et Rose aient forcé le bureau d'un professeur. Pourtant, Juliet n'en parla pas. Elle ne voulait pas une nouvelle fois déclencher un malaise entre eux.

— Au moins, nous n'avons pas métamorphose aujourd'hui, dit Rose, satisfaite en se servant deux toasts.

Juliet approuva d'un hochement de tête en sirotant un jus de citrouille. Puis, avant que quelqu'un n'ait eut le temps d'ajouter quoi que ce soit, l'arrivée des hiboux coupa court au sujet et bientôt, Albus disparut derrière un exemplaire de la Gazette du Sorcier. A la table des professeurs, Aaron Lloyd n'était pas là, ce qui n'était pas étonnant en soi puisqu'il ne vivait pas dans un appartement à Poudlard. Sans vraiment le vouloir parce qu'elle voulait à tout prix l'éviter, le regard de Juliet fit rapidement le tour de la table des Serpentard. Cameron était en pleine discussion avec Maisie, sa sœur, à l'écart de leurs camarades.

A quelques mètres des frère et soeur, un groupe de sixième années était également en train de prendre son petit déjeuner et une tête blonde platine se détachait facilement du lot. Avec un pincement au coeur, Juliet repensa à la lettre qu’elle avait reçu d’Andrea la veille au soir. Scorpius Malefoy était-il au courant de ce que son amie était sur le point de faire ? Juliet plissa les yeux pour apercevoir le visage de William Leighton. Il souriait et ne semblait pas le moins du monde inquiet. Machinalement, Juliet attrapa son verre de jus de citrouille en reportant son attention sur Cameron.

En l'observant ainsi à la dérobée, la conversation qu'elle avait eu la veille avec Rose la frappa de plein fouet. Tout comme il n'était pas habituel de voir Cameron en compagnie de Maisie, et après leur expédition de la veille et le fait qu'elle ait évité son frère pendant des semaines poussait Juliet à vouloir se métamorphoser en souris pour les écouter. Ajouté au fait que le Serpentard n'était pas très sociable, même avec les gens de sa maison, le voir aussi investi dans sa conversation l'intriguait encore plus.

Un geste de la part de Cameron eut le mérite de lui faire reprendre ses esprits, tout en se servant un muffin, il avait levé les yeux dans sa direction et avait remarqué que la Gryffondor le fixait. Un frisson lui parcourut le dos tandis qu'elle s'efforçait de lui sourire faiblement avant qu'elle ne se détourne enfin de la table des Serpentard pour reporter son attention à la sienne. Tellement absorbée par ses pensées, elle n'avait même pas remarqué que James s'était assis à côté d'elle et qu'Albus avait finalement reposé son journal pour discuter avec Rose. Pour la forme, elle grignota un morceau de toast sans appétit.

— Hé, comment tu vas ? lui demanda James, l'air un peu ailleurs.
— Tu t'y intéresses ?

La lueur espiègle dans les yeux noisette de James avait disparu, et en le voyant d'aussi près, Juliet regretta d'avoir été aussi cinglante, lui non plus n'avait pas l'air d'aller très bien. Mais Kenny Clarks débarqua en les saluant et coupa court à ses interrogations : assis à côté d'Albus face à eux, il ne faisait aucun doute qu'il ne perdrait aucune miette de leur conversation. James eut l'air de se rendre compte que la présence de Clarks gênait son amie, aussi reposa-t-il son toast à peine entamé avant de se lever.

— On se voit ce soir à l'entraînement, se contenta-t-il de dire avant de repartir.

Troublée, Juliet le regarda disparaître par la grande porte puis constata avec inquiétude qu'il n'avait rien touché à son petit-déjeuner. La sixième année s'en voulut instantanément d'avoir été aussi froide avec lui, elle était loin d'être la seule à avoir des problèmes. Alors elle repensa à Rose et Albus qui, la veille, avaient parlé de Collins et de sa tristesse apparente. Néanmoins, Juliet attendit qu'ils soient sortis de la Grande Salle avant de leur poser la question.

— Qu'est-ce-qui s'est passé entre James et Collins ? les interrogea Juliet alors qu'ils sortaient de la Grande Salle avant se rendre chacun à leurs cours respectifs.
— On ne sait pas très bien, répondit Albus en haussant les épaules. Samedi soir, Rose l'a taquiné avec Collins et il l'a très mal pris. Si tu veux mon avis, ce n'est qu'une histoire de jours avant qu'il ne rompent...
— Ne dis pas ça ! le coupa Rose. Ce n'est pas parce que c'est ton frère que tu sais à l'avance ce qu'il va faire.
— Tiens, c'est bizarre, remarqua Albus, je croyais que tous les mecs étaient les mêmes pour toi ?
— C'est pas pareil, objecta Rose, James est mon cousin. Je suis sûre qu'il est loin d'être comme cet abruti de Brown. Il ne va pas voir ailleurs au moins.

Juliet ricana. Si on s'en tenait aux rumeurs, James allait effectivement voir ailleurs.

— Si on met de côté cet incident de parcours, ajouta Rose après l'intervention de Juliet.
— Il n'empêche que tu ne m'as pas vraiment écouté ce soir-là, reprit Albus sans un sourire. Le clash était inévitable.
— Le clash ? répéta Juliet, perdue.
— Laisse tomber, soupira Rose en la prenant par le bras. Albus s'amuse à décrypter les relations des uns et des autres.

Albus la fusilla du regard avant de quitter les deux filles pour se rendre à son cours de potions dans les cachots. Juliet et Rose se séparèrent dix minutes plus tard quand l'une allait à son cours de divination et l'autre à dans sa salle d'étude des moldus. Une fois qu'elle eut rejoint Barbara Hopkins à leur table habituelle, Juliet se promit d'aller parler à James lors de leur entrainement, elle s'en voulait encore d'avoir été aussi sèche avec lui, surtout s'il passait un mauvais moment avec Audrey Collins.



La journée d'Albus, Juliet et Rose ne fut pas aussi riche en événements que la veille. S'ils n'avaient pas vraiment voulu entamer le sujet fâcheux de la liste Lloyd, ils n'en eurent pas l'occasion non plus. Une nouvelle vague de devoirs les avait frappés et même si les sixième années n'avaient que les simples examens de fin d'année, les professeurs leur mettaient déjà la pression pour les ASPIC. Plus l'année avançait et plus Juliet se sentait couler : ses résultats étaient toujours aussi décevants et elle avait même reçu une lettre de son père qui lui demandait des nouvelles à ce niveau, augmentant d'un cran supplémentaire son niveau de stress.

Les trois Gryffondor avaient donc passé leur temps libre avant le diner à travailler sur leurs devoirs, et même Albus qui comptait faire ses recherches concernant la liste d’ingrédients n'eut pas le temps de le faire. Quant à Juliet, il n'était pas question qu'elle donne satisfaction à Aaron Lloyd en restant incapable de reproduire les sorts qu'ils pratiquaient en classe. Et le devoir qu'elle devait rendre pour la semaine suivante devait être tout aussi irréprochable. Juliet voulait ardemment lui prouver que ses distractions comme il les appelait n'avait pas de lien avec son travail.

Ce soir-là, le Quidditch lui permit de souffler un bon coup. Dès la seconde où son pied avait frappé le sol pour s'envoler, elle s'était sentie légère et débarrassée momentanément de tous ses soucis. Cette séance n'avait pas été la meilleure, James n'était pas réellement au point et Juliet et Emma avaient arrêté de compter combien de fois ils avaient manqué les passes qu'on lui lançait. De son côté, Juliet n'avait pas non plus été au meilleur de sa forme mais voler et se trouver dans son élément lui permis de respirer avant de reposer les pieds dans son océan d'angoisses. Macmillan n'était pas totalement satisfait mais il avait évoqué le contre-coup du match qu'il avaient joué quelques jours plus tôt.

Quand Juliet était retournée dans les vestiaires et en aurait presque oublié que Cameron la rejoindrait d’après ce qu’il lui avait dit la veille. Mais pour l'instant, voir un James en proie aux tourments se changer silencieusement contrairement à ses habitudes l'interpellait. Elle n'aimait pas du tout voir ses amis tristes et James était l'une des personnes qui avait le sourire en toute circonstance. Juliet jeta un coup d'œil à Fred tandis que Macmillan le réprimandait pour la quarantième fois depuis le match et rejoignit James, décidée.

— Je suis désolée pour ce matin.
— T'es pas obligée de t'excuser.

Juliet fronça les sourcils. James n'avait même pas levé les yeux vers elle et continuait de ranger ses affaires dans son sac.

— Si, insista Juliet. J'aurais du remarquer que tu allais mal, et comme on ne s'est pas vus depuis le match, je croyais que tu m'évitais.

Adossée contre le mur, Juliet fut enfin soulagée de voir que James daignait lui prêter attention. Cependant, son regard avait l'air toujours aussi vide qu'au petit-déjeuner, ce qui valut un pincement au cœur. Il n'y avait pas besoin de chercher à le contempler pendant dix minutes pour comprendre qu'il était malheureux. Juliet se mordit la lèvre, ne sachant pas réellement quoi lui dire pour le réconforter. Même si ça faisait un moment qu'il avait des problèmes avec Collins, il devait toujours tenir énormément à elle pour qu'il soit dans cet état.

— Tu sais, ça marche dans les deux sens, lui confia-t-elle. Tu es là pour moi et je suis là aussi si tu as besoin. Je ne suis peut-être pas aussi extrême à gâcher tes rendez-vous à Pré-au-Lard, mais tu peux compter sur moi, James.

Le septième année esquissa enfin un léger sourire et Juliet crut même déceler une étincelle dans son regard noisette.

— Je ne t'évitais pas, soupira James au bout d'un moment. C'est juste... compliqué.
— D'accord, dit Juliet avec un hochement de tête. Si tu as besoin de parler...
— Hardy !

Surprise, Juliet se retourna vers le capitaine de l'équipe qui l'avait interpellée.

— La prochaine fois, il faudra plus qu'on travaille sur la défense ensemble, lui expliqua-t-il, son balai sur l'épaule. J'ai entendu les Serpentard cet après-midi, tu risques d'être leur cible pour notre prochain match. Leighton pense à te mettre hors jeu.
— Oh, fit Juliet. On verra ça vendredi alors ?

Mais la petite brune n'attendit pas de réponse de la part de Macmillan, James en avait profité pour s'éclipser pendant qu'il lui parlait. Un peu hébétée, elle le salua rapidement ainsi que les deux Batteurs et l'Attrapeur de son équipe avant de rattraper son ami. Cependant, une fois sortie dans le parc plongé dans la pénombre, elle dut admettre que si James ne l'avait pas attendue, c'était sûrement qu'il avait besoin d'être seul. Plantée à l'entrée des vestiaires, elle regardait sa silhouette s'éloigner d'un pas lent, mélancolique à l'idée de ne pas pouvoir l'aider.

Puis Juliet se reprit en se rappelant que Cameron la rejoindrait après son entraînement, sans avoir précisé où et quand il le ferait. Juliet fronça les sourcils en observant les alentours : au loin, on discernait la cabane de Hagrid avec ses fenêtres illuminées, les arbres à la lisière de la forêt étaient caressés par le vent doux de l'automne. Mais il n'y avait aucune trace du Serpentard. Même si elle était angoissée à propos des sentiments qu'elle ressentait et qu'elle appréhendait en le voyant, la déception surpassa pourtant ses inquiétudes.

Finalement, Fred Weasley et Troy Macmillan sortirent à leur tour des vestiaires et elle décida de reprendre le chemin du château avec eux. En cette moitié du mois de novembre, il commençait à faire sérieusement froid dans la région, aussi Juliet n'était pas très encline à attendre Cameron à l'extérieur. Et de toute façon, de manière générale, c'était toujours lui qui arrivait à la trouver sans problème.

A peine intéressée par les deux septième années qui parlaient du match qu'ils avaient disputé contre Serdaigle, Juliet restait silencieuse en se contentant de marcher à leurs côtés, ses pensées majoritairement tournées vers James.

— Ne t’en fais pas pour lui, disait Fred à son ami alors qu'ils passaient les portes du château. J'ai un projet et j'espère que ça lui remontera le moral. C'est juste une mauvaise passe.
— Quoi comme projet ? le questionna Juliet en s'immisçant dans leur conversation.
— Je te montrerai un de ces jours, ou plutôt une de ces nuits, lui répondit Fred avec un clin d'œil. C'est au quatrième étage.
— Tant que vous ne vous faites pas prendre, faites ce que vous voulez, si vos retenues vous empêchent de venir à l'entraînement par contre, là je ne serais pas d'accord ! les menaça Macmillan.
— Troy, peux-tu me citer la dernière heure de retenue que j'ai eu cette année ? demanda Fred d'un ton très sérieux en s'arrêtant en plein milieu du Hall d'entrée.

Macmillan réfléchissait à la question en se grattant le menton d'un air pensif. Juliet quant à elle était incapable de dire si Fred avait été en retenue cette année. Ils ne l'avaient pas été ensemble, du moins. Quant au métisse, il paraissait fier en attendant une réponse de la part de ses deux coéquipiers. Au bout de trente secondes, Troy abandonna : Fred avait peut-être été malade sur le terrain en plein match, mais il n'avait pas été envoyé en retenue cette année. Fred leva les bras en signe de victoire avant de les baisser subitement en regardant derrière l'épaule de Juliet. Et le cœur de Juliet manqua un battement en faisant volte-face.

Cameron Lloyd remontait des cachots et parut surpris l'espace d'une seconde de tomber directement sur Juliet et un segment de son équipe de Quidditch.

— Euh... hésita Fred, derrière elle. Juliet ? Tu viens avec nous ou bien...

Pétrifiée, Juliet voyait Cameron se rapprocher d'elle sans aucune réaction, mais bien évidemment, lui ne pouvait pas se douter du combat intérieur qui avait lieu dans sa tête à ce moment là. Elle entendit vaguement Macmillan entraîner Fred en essayant de dissiper le malaise qui venait de s’installer.

— Ça va ? s'inquiéta-t-il face au mutisme de Juliet.

Juliet hocha la tête, faute de mieux. Elle ne pouvait plus regarder les beaux yeux de Cameron sans fondre littéralement comme neige au soleil. Incapable de dire ne serait-ce qu'un « oui, ça va et toi ? », sa conversation de la veille se répétait inlassablement dans sa tête.

— Alors on va dire que ça va, en conclut Cameron, perturbé. Tu m'accompagnes aux cuisines ? Je n'ai rien avalé depuis ce matin.
— Depuis ce matin ? répéta Juliet, sonnée.
— C'est compliqué.

Ouvrant des yeux ronds, Juliet crut qu'elle était en train de halluciner. Il était le deuxième à utiliser la solution facile du « c'est compliqué ». Si elle avait accepté que James n'avait pas envie de parler de ce qu'il ressentait réellement, au contraire elle pouvait être certaine que ce qu'avait trafiqué Cameron dans la journée n'avait pas de rapport avec une situation amoureuse en péril. Au moins, cela eut le mérite de la réveiller.

— Attends une minute. Qu'est-ce-qui est compliqué ? C'est en rapport avec ta famille ?

Cameron eut l’air gêné l’espace d’un instant mais Juliet ne céda pas, elle croisa les bras, suspicieuse.

— Oh, il ne se passe absolument rien, s’empressa-t-il de dire sous le regard sévère de la jeune fille. Ma soeur m’a dit que j’avais le champ libre et que je pouvais fréquenter qui je voulais. On sait tous les deux ce qu’elle voulait dire par là.

Bouche bée, Juliet le regarda pendant un instant avant de l’accompagner jusqu’aux cuisines, plus troublée que jamais. A quoi était du ce revirement de situation ?

 

End Notes:

Et le prochain chapitre s’intitule… "Cours particuliers"

Rapprochement Juliette/Cameron en vue ? Probs.

Cours particuliers by Pinkgrass
Author's Notes:

Un nouveau chapitre pour cette veille de weekend ! Je ne sais pas si c’est le beau temps qui veut ça mais… il y a eu moitié moins de lecteurs par rapport à l’avant dernier chapitre ! Qué pasó ? J’adore les chiffres, du coup les statistiques d’histoire y passent forcément (ouais ouais, un rien m’amuse).

Attention pour ceux qui ne l’aiment pas, celui-ci est un chapitre très Cameronisé. Bonne lecture !

— Je n'y arrive pas, Cameron. Ça ne sert à rien de continuer.
— Tu ne quitteras pas cette pièce tant que tu n'auras pas jeté ce sort convenablement. Tu en es capable alors arrête de te plaindre.

Intraitable, le Serpentard observa Juliet se prendre la tête entre les mains. Il soupira. Juliet tentait de se calmer et de retenir les larmes de frustration qui menaçaient à tout moment de faire leur apparition. Audrey Collins avait raison, il n'y avait pas d'autre raison à son incompétence pour se servir de sa baguette magique que celle d'être une cracmolle. Elle n'avait réussi qu'une seule fois à exercer ce sortilège de désarmement et commencer par ce sortilège d'attaque pour ce premier cours particulier en défenses contre les forces du Mal avait peut-être été évalué trop au dessus de ses réelles capacités. Certes, Juliet avait réussi à exécuter son sortilège d'agrandissement grâce à Cameron quelques jours plus tôt, mais se mesurer à quelqu'un était d'un tout autre niveau. Et elle se mesurait à lui.

Aujourd'hui, c'était samedi mais c'était également la quatrième fois de la semaine que Cameron et elle passaient des heures ensemble à travailler ses faiblesses. Bien entendu, il avait écouté la conversation qu'elle avait eut avec Aaron Lloyd et maintenant il était parfaitement au courant des difficultés que Juliet avait et que son père s'appliquait à l'enfoncer dès qu'il le pouvait.

Avec la très grande satisfaction des deux adolescents, leurs efforts avaient porté leurs fruits et Aaron Lloyd s'était retrouvé sans voix face au sortilège que Juliet avait effectué en l'espace de deux jours. Elle avait réussi à faire pousser l'un de ses ongles comme son professeur le lui avait demandé ; résultant en un énorme premier pas dans la maîtrise de la métamorphose humaine. Et même quand elle quittait Cameron à des heures indues, c'était pour aller peaufiner ses devoirs dans les autres matières.

S’investir dans son travail lui permettait de penser à autre chose, notamment à Andrea qui, d'après ses lettres, avait l'air d'avoir du mal à s'intégrer dans l'académie de Beauxbâtons, et à James qui n'allait toujours pas mieux. Après le Quidditch, les heures passées avec Cameron étaient réellement devenues un refuge pour elle, malgré les difficultés auxquelles elle devait faire face quand ils se retrouvaient.

— Je ne vois pas pourquoi tu arriverais à t'en sortir en sortilèges et pas en défenses. Tu dois vraiment prendre confiance en toi, lui assura Cameron. Pense un peu à la fierté que tu as ressenti en métamorphose, l'autre jour.
— C'est facile à dire, marmonna enfin Juliet en relevant la tête.

Cameron était à trois mètres d'elle, à moitié assis sur une table de classe. Elle était censée le désarmer, mais elle ne s'en sentait pas capable. Quand il s'étaient entraînés à la métamorphose, les choses avaient été plus simples pour elle : il lui avait avait fallu de la concentration, du temps et elle savait que si elle faisait la moindre erreur, Cameron était là pour les rattraper. Sauf qu'en cas de sort raté – ce qui était arrivé bien trop souvent auparavant – c'était lui-même qui aurait à en subir les conséquences, pas elle. Juliet ne voulait pas lui faire de mal, et sa détermination prenait la fuite à chaque fois qu'elle levait sa baguette vers lui.

— Tu n'as pas envie de te prouver que tu peux disputer un duel digne de ce nom ? poursuivait le Serpentard en insistant. Allez, Juliet, je suis à ta merci. Potter tuerait pour être à ta place.

Juliet détourna le regard. Comment lui dire que justement, le problème était là ? Elle n'avait aucune envie de le blesser, même si c'était pour la bonne cause. Au stade où ils en étaient, Juliet se fichait éperdument du fait qu'il ne se passe rien si elle prononçait la formule. En une petite semaine, Cameron ne s'était pas moqué une seule fois d'elle alors ce n'était pas la peur du ridicule qui la stoppait. Bien sûr que oui, elle avait envie de se prouver qu'elle pouvait se défendre face à Audrey Collins ou Maisie Lloyd si elle le voulait, mais entre le vouloir et le faire, il y avait un grand fossé à franchir. Et pour le moment, Juliet ne savait pas comment parvenir à le traverser.

— Il va falloir que tu tentes au moins une fois si tu veux qu'on avance.
— Je sais ! s'emporta Juliet.
— Comment tu as fait aux BUSE ? rétorqua Cameron qui commençait à perdre patience.
— Tu veux tout savoir ? Très bien, j'ai eu un Troll en défenses contre les forces du Mal. A l'examen pratique, j'ai paniqué et au lieu de lancer un Stupéfix, j'ai mis le feu à une armure. Oui, une armure ! Tourdesac accepte tout le monde dans son cours, alors j'ai continué. Maintenant je regrette.
— Tu dis ça seulement parce que tu n'y arrives pas. Je suis incapable de lire une carte d'astronomie et pourtant je n'abandonne pas au premier obstacle.
— Je n'ai jamais dit que j'abandonnais ! protesta Juliet, révoltée.
— Alors prouve-le, la défia-t-il.

Juliet se mordit la langue pour ne rien répliquer mais l'agacement qui avait monté en elle la faisait légèrement trembler. Elle souffla profondément en s'appliquant à garder son calme, puis elle se tourna vers Cameron, serrant étroitement sa baguette entre ses doigts. Fermant les yeux un instant, Juliet s'appliqua à vider son esprit de toutes ses inquiétudes, comme elle s'était appliquée à le faire avant de s'endormir les nuits précédentes. Avant de se lancer, elle se sentait toujours agitée mais peu importait : ce n'était plus à Aaron Lloyd qu'elle voulait démontrer ses aptitudes, c'était davantage pour elle-même.

Cameron lui adressa un petit signe de tête pour l'encourager à se lancer. Juliet se concentra et leva à nouveau sa baguette.

Expelliarmus !

Sous le regard horrifié de Juliet, ce qu'elle avait craint par dessus tout se réalisa : Cameron se retrouva propulsé brutalement par-dessus la table contre laquelle il s'était appuyé. Il s'écroula quelques mètres plus loin, entre deux rangées de tables. « Par Merlin », murmurait Juliet, catastrophée, avant de se précipiter vers lui. Quand elle s'accroupit à ses côtés, Cameron s'était déjà assis, l'air alerte mais secoué.

— Ça va ? s'affola Juliet en l'examinant sous tous les angles pour s'assurer qu'il n'avait rien.
— Raté, lui répondit-il en levant sa main gauche qui tenait toujours sa baguette. J'imagine que c'était la revanche pour le début d’année ?

Juliet se redressa vivement, sa frayeur rapidement disparue. Cameron ne tarda pas à l'imiter tout en se frottant le bras, il avait même un léger sourire aux lèvres. Juliet ne le regarda pas, se contentant de fixer un point invisible sur le mur qui lui faisait face. Venait de se produire tout ce qu'elle avait voulu évité : comment pouvait-elle être certaine qu'elle ne lui infligerait pas des blessures bien plus grave la prochaine fois ? Toute sa colère avait maintenant laissé place à de l'exaspération face à son échec.

— Tu vois ? Un cracmol ne serait pas capable de faire ça. En plus, ton erreur est facile à corriger.

Une lueur d'espoir se mit à briller chez la Gryffondor tandis qu'elle se retournait vers Cameron qui lui au contraire avait l'air réellement satisfait. Remarquant qu'elle ne savait pas où il voulait en venir, il se rapprocha d'elle de façon à lui montrer comment rectifier son geste. A son contact, elle se figea : Cameron entoura sa main autour du poing de Juliet. Elle le sentait contre elle, son bras accompagnait le sien et ce fut dix fois pire quand elle sentit son souffle contre son cou. Juliet se sentait dangereusement perdre pied.

— En fait, ton geste est trop brusque, le poignet doit être souple, lui expliqua-t-il en joignant le geste à la parole. Désolé, je suis gaucher alors c'est un peu maladroit... Tu saisis ?
— Hmm, hmm.
— On veut juste désarmer, pas éborgner quelqu'un, ajouta-t-il, espiègle. Allez, recommence.

Cameron s'écarta d'elle aussi spontanément qu'une minute plus tôt et ne remarqua pas le trouble de la jeune fille quand il alla se positionner un peu plus loin. De son côté, Juliet se pinça l'arrête du nez pour s'éclaircir les idées. Elle aurait voulu se donner une bonne gifle, mais pour ne pas paraître folle devant Cameron, elle se retourna une nouvelle fois vers lui en levant sa baguette, décidée. Apprendre à utiliser ces sortilèges était l'une des uniques choses qu'elle pouvait maîtriser à l'heure actuelle.

— J'y vais, souffla-t-elle, concentrée. Expelliarmus !

Dans la main de Cameron, sa baguette s'agita avant de redevenir inerte. Juliet fronça les sourcils.

— Réessaie.
Expelliarmus ! prononça Juliet d'une voix distincte.

Cette fois, la baguette magique du Serpentard lui fila entre les doigts et Juliet la rattrapa au vol, radieuse. Elle avait réussi, enfin.

— Génial ! s'exclama-t-elle en contemplant sa propre baguette comme si elle venait de la retrouver après un très long silence radio. C'est un peu comme marquer un but au Quidditch... dix points pour Gryffondor ! Je peux réessayer ?

Cameron ne répondit pas tout de suite, amusé par l'enthousiasme contagieux de Juliet. La tête légèrement penchée, il la regardait s'extasier de sa victoire avec un petit sourire.

— Cameron ?

Juliet lui tendait sa baguette avec un sourire rayonnant. Cela faisait des heures qu'ils étaient dans cette salle, d'abord pour qu'il l'aide avec son devoir sur les informulés, et ensuite pour s'entraîner, mais l'euphorie du moment l'avait revigorée et elle avait repris du poil de la bête. Cela avait complètement évaporé son épuisement.

— Euh... oui, acquiesça Cameron en se reprenant. Mais je te préviens, stupéfix est le prochain sur la liste.

Aussitôt, Juliet perdit son sourire. Elle déglutit difficilement avec le seul et unique désir de ne pas enflammer Cameron.



— Hé ! Juliet ! Tu n'as pas le droit de m'ignorer !

Dans le couloir du troisième étage, Juliet soupira en reconnaissant la voix d'Albus. Elle ne savait pas comment il avait fait pour la trouver étant donné le fait qu'elle venait de passer en coup de vent à la bibliothèque pour rendre un exemplaire du Géants et sorciers : quelle coopération ? que Binns leur avait recommandé de lire pour leur prochain examen. En découvrant un Albus à bout de souffle la rattraper, elle ne put s'empêcher de se sentir coupable. Elle avait laissé ses amis de côté ces derniers temps.

— Bon, d'accord, en quelques jours tu as fait quelques progrès depuis que tu passes ton temps avec lui, admit Albus à contrecœur. Mais on ne te voit plus aux heures de repas, et on était censés aller à Pré-au-Lard aujourd'hui, tu te rappelles ? Qu'est-ce-qui s'est passé pour que tu disparaisses aussi souvent ? On s'inquiète, Rose et moi...
— Vous n'avez aucune raison de vous inquiéter, le coupa Juliet en espérant que sa voix était suffisamment ferme et assurée. Je travaille dur, c'est tout.

Albus plissa les yeux et remarquant que son ami était dubitatif face à sa réponse, Juliet poursuivit :

— Vous vous faites probablement du souci pour rien. Et je pourrais très bien t'avouer que tu m'inquiètes aussi, Al. Du peu que j'en ai vu, Hopkins te tourne autour et bizarrement, tu ne l'envoies pas balader.
— Elle est sympa, se justifia Albus. Rose traîne bien avec Malefoy et Leighton depuis le début de la semaine, on devrait vraiment encourager le mélange entre les maisons... Attends un instant, Juliet. Ne change pas de sujet.

Juliet ouvrit la bouche pour répliquer, mais Albus la fit taire d'un œil furieux.

— Je vais te dire ce que j'en pense sincèrement, dit-il face à une Juliet sceptique. Rose pense que tu as juste envie d'être avec ton Serpentard mais tu as aussi commencé à t'éclipser depuis notre escapade dans le bureau de Lloyd et je trouve que c'est une belle coïncidence.

La brunette soupira.

— Al, je vous ai dit ce que je pensais de votre liste… répliqua Juliet d’un ton las.
— Lloyd t'a dit quelque chose ?
— Non, arrête d’être aussi suspicieux ! lui reprocha-t-elle devant l’air décidé de Albus. Ton frère t’a déjà dit que ça n’avait aucun sens. Ce n’est rien du tout cette liste.

Albus restait silencieux face à la réplique de Juliet qui était incapable de savoir à quoi il pouvait bien penser.

— Rose n'avait peut-être pas si tord que ça, dit lentement Albus au bout d'un long silence. Tu changes.
— On change tous, le coupa Juliet, blasée à l'idée qu'il ressorte le sujet entamé il y a deux mois. J’ai le droit d’avoir mon avis sur cette maudite liste, non ?
— Ouais, admit Albus sans un sourire. Sérieusement, Juliet, je n'arrive pas à croire que tu laisses tomber alors qu'Andrea a été agressée dans de drôles de circonstances.

C'était tout ce que la jeune fille ne voulait pas entendre. Depuis quand Albus était le premier à se jeter dans la gueule du loup ? Juliet ressentit un pincement au cœur à l'évocation de sa sœur. Pourtant, elle doutait que la liste d’ingrédients que ses amis avaient trouvé dans le bureau de Lloyd avait un quelconque lien avec l’agression d’Andrea. De plus, elle n'avait pas osé aborder le sujet avec Cameron depuis le jour où ses amis avaient trouvé la liste d’ingrédients. Elle était devenue paranoïaque à son sujet probablement à cause de ce qui était arrivé à Andrea.

Pourquoi Cameron l’aiderait à se défendre s’il avait un quelconque lien avec l’amnésie d’Andrea ? Non, pour la jeune fille, c’était de l’ordre de l’inconcevable.

Juliet allait proposer à Albus de se rendre à la Grande Salle ensemble, pour au moins apaiser les tensions quand Lily Potter débarqua à l'autre bout du couloir, le pas rapide et l'air toujours autant sur les nerfs que d'habitude. Albus, qui attendait une réaction de la part de son amie, cacha à peine sa déception en voyant qu'elle ne laissait rien transparaitre et qu'elle semblait plus absorbée par ce qui se passait derrière lui. Enfin, il se retourna au moment où sa sœur arriva à leurs côtés.

— Lily ? s'étonna Albus.
— Tu n'aurais pas vu James ?
— Non, répondit Albus. Qu'est-ce-qui se passe ?
— Ne m'en parle pas, bougonna Lily d'un air sombre. Fred et moi le cherchons depuis ce midi. A croire qu'il fait exprès d'éviter tout le monde depuis ce matin... c'est quand même pas de ma faute si sa copine et lui ont rompu !
— Quoi ? l'interrompit Juliet. Tu en es sûre ?

Lily lui décocha un regard noir.

— Non, non, je m'amuse à raconter ça à qui veut l'entendre parce que j'aime voir mon frère déprimer, rétorqua la Serpentard en levant les yeux au ciel. On ne parle que de ça depuis le petit déjeuner dans la Grande Salle…

Juliet se tourna vers Albus, médusée. Il était impossible d'avoir une conversation avec Lily Potter. Mais Albus ne s'intéressait pas à ce que sa sœur pouvait bien raconter, plongé dans ses pensées. Ce fut de nouveau le ton agressif de Lily qui le réveilla de ses songes :

— Bon, Al, tu m'aides à le trouver ? Réunion de famille, maintenant. Il n'est pas question qu'il se laisse aller à cause d’elle…

Face à l'autorité non dissimulée de Lily, Juliet la contempla prendre sauvagement la main de son frère et de l'entraîner à sa suite, à la recherche de James. Juliet se retrouva alors toute seule au milieu du couloir de la bibliothèque, pensive. Finalement, elle ne pouvait pas dénier que Lily Potter avait tous les défauts de la terre : elle restait loyale et bien qu'un peu excentrique, elle n'en oubliait pas sa famille. Juliet se mit alors à divaguer dans les couloirs sans but précis : elle n'avait pas encore assez faim pour se rendre au diner.

Puis ses pensées dérivèrent vers James. L'effet de leur rupture ne devait pas être surprenant mais elle aurait du être davantage sonnée : le couple que représentait James Potter et Audrey Collins relevait de la légende à Poudlard, au même titre que l'avait été celui d'Andrea et de Will Leighton, ou même de Rose. Elle ne comprenait pas comment James avait bien pu tenir face aux crises de jalousie de la Poufsouffle : elles étaient tellement poussées que le motif pour lequel Juliet avait quitté Marshall Finch-Fletchey lui paraissait faible tout à coup.

Juliet soupira en pensant à au septième année. Il avait été si triste ces derniers temps qu'elle osait à peine imaginer ce qu'il devait ressentir en ce moment même. Elle hésita à essayer de le chercher dans le château ; depuis qu'elle avait tenté de le réconforter en début de semaine, il n'avait pas cherché à venir vers elle. Un peu préoccupée, elle en vint à se demander si le soir où elle était montée dans leur dortoir avait joué dans leurs disputes. Collins ne l'avait jamais portée dans son cœur et s'était toujours montrée suspicieuse face à sa relation avec James. Juliet savait parfaitement ce qu'il en était mais elle se rendait compte que les autres pouvaient aussi y déceler un tout autre type de relation. Et Collins l'avait toujours pris dans le mauvais sens.

Juliet jura, exaspérée, tandis qu'elle se baladait sans vraiment savoir où elle allait. Et voilà qu'elle culpabilisait. Si on lui avait dit un jour qu'elle aurait de la peine pour Audrey Collins, elle aurait ri au nez de la personne en question. Puis elle s'arrêta. Aurait-elle cru à la rentrée qu'elle tomberait amoureuse de Cameron Lloyd, considéré comme le méchant Serpentard depuis des années ? Sûrement pas.

— Fais attention où tu marches !

Sans crier gare, un groupe de septième années de Poufsouffle la dépassèrent en la bousculant violemment et sous le choc, Juliet se retrouva par-terre en moins de temps qu'il n’en faudrait pour dire Quidditch. Juliet jura une nouvelle fois en se relevant. C'étaient les amis de Audrey Collins, mais cette dernière n'était pas avec eux. Les cinq étudiants se retournèrent alors pour rire de la Gryffondor qui époussetait ses vêtements, de mauvaise humeur.

— Tu es satisfaite, je suppose ? demanda Mia Cruikshank, poursuiveuse de l’équipe de Quidditch de Poufsouffle. A cause de toi, Audrey est anéantie.
— Je n'ai rien à voir dans cette histoire, répliqua froidement Juliet en défiant la Poufsouffle du regard. Et ça ne vous regarde pas non plus.
— Ah... j'en doute à ce sujet. Quand on s'attaque à l'un d'entre nous, nous sommes tous concernés. Ce n'est peut-être pas une valeur assez importante pour une Gryffondor qui obtient ce qu'elle veut, mais nous, on venge nos amis.

Sans voix et surtout sous le choc, Juliet n'en croyait pas du discours que les amis de Collins tenaient. Elle ne connaissait pas tous leurs noms, mais elle se rappelait d'eux surtout pour le fait qu’ils se déplacaient constamment en groupe. Pourtant, elle n'aurait pas du baisser sa garde face à la Poufsouffle qui lui faisait face avec un grand sourire. Rapidement, Cruikshank sortit sa baguette et d'un seul mouvement du poignet, elle lança un informulé vers ses amis qui attendaient derrière. Trois bouteilles de jus de citrouille volèrent jusqu'à elle et plantée sur ses pieds, Juliet sentit le liquide se déverser sur sa tête, le long de ses cheveux et sur ses vêtements.

— Ton heure de gloire est terminée, tout le monde te déteste dorénavant, Hardy !

Le jus de citrouille dégoulinait de partout sur elle, mais Juliet ne bougeait pas, trop choquée pour faire le moindre mouvement. Elle suivit du regard les cinq étudiants qui faisaient demi-tour, bouche-bée, avant de se rendre compte qu'elle méprisait par dessus tout ces Poufsouffle. Même plus qu'Audrey Collins en personne.



Hominum revelio !

Personne. Néanmoins, Cameron restait attentif à tout bruit, suspectant une présence dans la bâtisse. Lentement, il referma la porte d'entrée dans un silence presque assourdissant. Rentrer dans la maison qui avait été la sienne depuis sa naissance ne lui fit ni chaud ni froid, au début. Rien n'avait changé depuis le 1er septembre, date à laquelle Maisie et lui étaient retournés à Poudlard. Pour être précis rien n'avait changé depuis des années. C'était sa mère Daphné qui s'était toujours occupée de la décoration, son passe temps était de tout rénover complètement à chaque fois que son travail le lui permettait. Mais ce loisir avait suscité de nombreuses disputes entre elle et son mari qui ne supportait pas voir trop d’entrepreneurs autour de la maison.

Les pièces étaient donc encore décorées façon baroque, la dernière lubie de sa mère avant de partir, presque six ans auparavant. Cameron était toujours un peu mélancolique quand il passait devant le vase posé sur un guéridon de l'entrée. Quand Daphné était là, de magnifiques bouquets explosaient de couleur et rendaient à la maison froide un peu de sa chaleur. Mais quand elle était partie, les dernières fleurs avaient fané, on les avait jetées et le vase était resté désespérément vide. Cameron ne savait pas pourquoi cette histoire de fleurs le touchait tant, peut être parce que sa mère avait été son repère avant de partir, et une fois passée les portes, la maison dans lequel il vivait ne lui avait plus jamais apporté le moindre réconfort.

Cameron se secoua la tête pour reprendre ses esprits. Il n'était pas chez les Lloyd pour se rappeler du départ de sa mère. S'il avait délibérément caché à Juliet qu'il se rendrait dans son ancienne maison, ce n'était pas pour de mauvaises raisons : la sortie à Pré-au-Lard lui avait offert la possibilité de transplaner jusqu'ici. Ainsi, après avoir quitté la Gryffondor un peu plus tôt dans l'après-midi, il s'était directement rendu dans le village sorcier où il pouvait s'éclipser sans éveiller les soupçons. En six ans à rôder dans les couloirs de l'école, il n'avait jamais réussi à trouver le moyen d'en sortir en douce, la majorité des passages secrets menant à l'extérieur avaient été bloqués depuis l'occupation des Mangemorts à Poudlard des années plus tôt. En plus, Aaron était chargé de surveillance à l'école en ce samedi. Cameron ne se l'était pas répété deux fois et avait sauté sur l'occasion.

Les Lloyd vivaient en périphérie de Whitchurch, à la limite entre le pays de Galles et l'Angleterre, d'où le changement de la météo qui prit Cameron au dépourvu : ici, il faisait gris mais la tempête ne sévissait pas comme dans le nord du pays. De toute façon, il ne pouvait pas rester longtemps, la soirée approchait et tous les élèves devaient rentrer à Poudlard avant le diner, Cameron devait donc agir rapidement et aller droit au but. Il ne s'attarda pas en passant à côté de l'escalier. Sa destination était toute choisie : le bureau de son père.

— Monsieur, que faites-vous ici ?

Cameron se figea face à la porte qu'ils désirait tant ouvrir, parcouru de sueurs froides. Il se retourna lentement vers l'elfe de maison qui le dévisageait d'un air accusateur. Robbert. L'elfe de maison. Il l'avait totalement oublié. Comment cela avait-il pu se produire ? Avec lui, tout était planifié, calculé et allait toujours dans le sens qu'il espérait. C'était le cas de ses marchés qu'il avait pu maintenir pendant si longtemps : il connaissait les chemins qu'empruntaient ses « victimes » et ne s'était jamais fait prendre en train de se battre. Cameron se refusait à l'admettre mais il avait hérité du côté méticuleux et perfectionniste de son père. Sauf qu'aujourd'hui, il n'avait pas été assez vigilant, résultant en une énorme erreur.

Cameron étudia rapidement la situation, il y avait toujours moyen de s'en sortir. Il jeta un coup d'œil à la porte menant au bureau de Aaron, déçu d'être si proche de son but. Robbert n'était pas l'elfe de maison qu'il préférait, loin de là, il était même foncièrement mesquin. Mais Cameron avait ses moyens de pression. Il avait connu l'elfe en grandissant et avait découvert ses vices qui ne seraient pas au goût de son père s'il l'apprenait. Robbert était attiré par le luxe et il n'hésitait pas vendre les objets de son maître malgré son admiration pour lui.

— Robbert pense qu'il ne sera pas ravi de vous voir ici quand Robbert lui apprendra ce soir que monsieur Cameron est venu ici, poursuivit l'elfe en plissant ses yeux globuleux.
— Alors attendons-le autour d'une tasse de thé, tu veux bien ? remarqua Cameron d'un ton glacial. Je serais aussi heureux de lui faire savoir où disparaissent ses Gallions. Personnellement, je ne pense pas qu'il reste très indulgent s'il savait que tu es un voleur.
— C'est du chantage ? répondit l'elfe, moins assuré mais toujours aussi suspicieux.

Cameron sentit qu'il était sur le point de gagner. Il se baissa alors à hauteur de l'elfe et l'empoigna par son pull cashmere sans faire de cérémonie. Aussitôt, une lueur de panique apparut dans les grands yeux de Robbert.

— Ecoute-moi bien, petit profiteur, susurra Cameron sans cligner des yeux. Je ne suis jamais revenu ici, compris ? Si j'apprends que tu lui as tout répété, je me ferais un plaisir de lui avouer comment ont disparu les baguettes magiques des grand-parents cet été. Tu sais aussi bien que moi qu'il y tenait comme à sa propre vie.
— Comment...
— Je t'ai vu monter au grenier, le coupa Cameron en resserrant son emprise sur le pull de Robbert. Crois-moi, le jour où il découvre ta pièce, tu signes ton arrêt de mort. Alors ?
— Bien, Robbert ne dira rien ! Mais lâchez-moi...

S'assurant que l'elfe de maison était sincère, Cameron garda ses yeux rivés à ceux de Robbert jusqu'à ce qu'il ne le lâche brusquement. L'elfe trébucha et faillit tomber à la renverse mais Cameron n'en avait que faire. Un instant plus tard et Robbert vérifierait qu'il n'avait pas fait d'accroc dans son pull.

Cameron s'empressa alors de tourner la poignée de la porte, sachant que le temps était compté. Cependant, la porte était verrouillée. Absolument pas surpris que ce soit le cas, il sortit à nouveau sa baguette et tenta un Alohomora sans grande conviction. La porte demeurait fermée. Décidé à passer de l'autre côté, Cameron essaya les deux autres sortilèges de déverrouillage qu'il connaissait avant de s'avouer vaincu. Puis il eut une idée et se retourna vers l'elfe qui était comme il s'y attendait en train d'observer son pull rouge sous tous les angles.

— Tu sais comment entrer ?
— Non, répondit l'elfe en relevant la tête vers lui, craintif. Robbert est défendu d'y entrer, vous le savez bien...

Cameron haussa les sourcils, « en revanche, ça ne t'as jamais empêché de le voler », se dit-il avant de se retourner vers la porte en bois. A moins de détruire la porte, il devait exister une sorte de code ou un sortilège spécial qui permette d'entrer dans la pièce. Cameron passa ses deux mains dans ses cheveux en réfléchissant à toute allure. La seule ouverture possible se trouvait par cette unique porte. Cameron le savait car presque dix ans plus tôt, lorsque son cousin Scorpius et lui étaient entrés en douce dans la pièce, il avait eut le temps de constater que les murs étaient recouverts de bibliothèques et que la seule source de lumière provenait d'une chandelle sur le bureau central.

Profondément agacé par la situation, Cameron frappa violemment la porte de la paume de sa main. Peu d'occasions comme celles-ci se présenteraient à lui dans le futur. Pourquoi était-il si distrait en ce moment ? Oublier un détail comme l'elfe de maison était déjà de l'ordre de l’impardonnable, mais ne pas avoir de plan de secours le laissa bien trop démuni : il lui fallait des preuves, des preuves irrévocables et qui pourraient faire ouvrir les yeux à sa sœur et lui prouver qu'elle s'enfonce dans les ennuis.

Sentant un regard sur lui, le Serpentard se tourna vers l'elfe qui le fixait sans ciller. Soudain, un doute l'assaillit.

— Robbert, gronda-t-il. Serais-tu en train de me cacher quelque chose ?

L'elfe remua la tête de droite à gauche un peu trop rapidement pour être irréprochable. Cameron fit un pas dans sa direction, les traits menaçants tout en mettant en évidence sa baguette magique qu'il fit tourner entre ses doigts. Il ne reculerait devant rien pour obtenir la moindre petite réponse, même si cela voulait dire lancer un maléfice à Robbert pour qu'il comprenne à quel point il était sérieux et déterminé. Cameron n'eut pas à attendre très longtemps : Robbert, de plus en plus paniqué, arrêta de triturer ses petites mains en rendant les armes.

— Il faut toquer six fois à deux secondes d'intervalle, l'informa Robbert d'une petite voix tremblante. Oh non, Robbert... tu as aidé le fils indigne...

Ignorant les plaintes de l'elfe, Cameron s'empressa de vérifier qu'il lui avait dit la vérité et suivit ses instructions. Quand il toqua à la porte pour la sixième fois, il y eut un déclic et la porte s'ouvrit. Soulagé, il entra finalement dans le bureau interdit. Rien n’avait changé depuis la dernière fois où il s’y était introduit, des années auparavant. Des bibliothèques recouvraient entièrement les murs, la table n’avait pas bougé et la même atmosphère étouffante régnait dans les lieux. Puis Cameron baissa le regard vers le sol : un lourd tapis persan recouvrait les trois-quarts du parquet en bois.

Dans ses lointains souvenirs, lorsque Scorpius et lui étaient entrés dans cette pièce à l’insu des adultes, il avait remarqué qu’un coin du tapis avait été replié et qu’il masquait sans aucun doute une ouverture dans le sol. Il n’avait accordé aucune importance à ce détail jusqu’à ce que Rose Weasley et Albus Potter se soient introduits dans le bureau d’Aaron. En pensant à ses éventuelles cachettes, tout lui était revenu comme si ses souvenirs avaient décidé de faire brusquement surface. Cameron se précipita vers le tapis et s’empressa de le soulever. Puis il essaya de désemboiter une latte avec ses ongles avant de sortir sa baguette magique :

Diffindo !

Après avoir découpé un morceau de parquet, Cameron découvrit un espace étroit et très poussiéreux où était entreposé un épais volume. Circonspect, le Serpentard attendit quelques secondes avant de le prendre précautionneusement et le poser à ses côtés. La couverture était en cuir rouge de mauvaise qualité et qui avait l’air d’avoir connu de meilleurs jours. Cameron inspecta alors l’intérieur du livre et fut forcé de constater qu’il ne s’agissait pas réellement d’un ouvrage à proprement parler.

L’intégralité du livre était composé d’enchaînements arithmantiques qui semblaient avoir été écrits par Aaron lui-même. Entre deux tableaux de nombres qui allaient pour certains jusqu'à dix pages, l’écriture changeait et l’opération se répétait des dizaines et des dizaines de fois. Des pages avaient été ajoutées au fur et à mesure que les tableaux s’allongeaient et une fois arrivé jusqu’à la dernière page, le dernier tableau restait inachevé. La dernière ligne était à moitié remplie par ces nombres qui n’apportaient pas beaucoup de sens à Cameron.

Il avait suivi le cours d’arithmancie un an avant de préférer se concentrer sur les runes anciennes, et cette unique année était hélas insuffisante pour comprendre le centième de ce qui était inscrit sous ses yeux. Agacé, Cameron fit tourner les pages lentement, à la recherche d’annotations ou d’indices. Il ne tarda pas à rencontrer quelques mots au bout de certaines lignes : « c’est ici où tu te trompes ! », « intéressant », « presque ! ». De toute évidence, Aaron ne faisait pas d’arithmancie tout seul et son collaborateur et lui semblaient travailler de paire sur ces nombres.

Cameron se gratta la joue d’un air pensif. A quoi ces recherches arithmantiques menaient ? Si elles étaient vaines alors pourquoi étaient-elles dissimulées dans le sol de la maison ? Le septième année inspecta alors l’ouvrage dans tous ses recoins, venant à se demander si son père y avait touché depuis toutes ces années. Il allait refermer le livre et le reposer dans sa cachette quand il s’arrêta sur la page de garde. Une phrase y était inscrite et semblait avoir été écrite bien avant tout le reste. Fais de tes rêves une réalité. D.

Perplexe, Cameron scruta la phrase sans parvenir à comprendre le lien entre ces suites arithmantiques et cette phrase. Daphné ? Cameron n’avait aucun souvenir de sa mère ayant pris des cours d’arithmancie lorsqu’elle était à Poudlard. La divination n’avait pas été sa tasse de thé non plus. Il releva la tête en regardant tout autour de lui, essayant de se rappeler un moment où ils en auraient parlé. En vain. Se faisant la promesse de lui en parler la prochaine fois qu’il la verrait, sûrement aux vacances de Noël, Cameron se releva soudainement et alla s’intéresser de plus près à la bibliothèque et tira des livres au hasard, légèrement désemparé par le manque de preuves.

Pendant presque une demi-heure, Cameron poursuivit son investigation dans les livres de la bibliothèque. Tous étaient reliés de près ou de loin à l’arithmancie mais pas seulement : un nombre incalculable d’ouvrages concernaient la divination dans son sens large ainsi que l’étude des rêves. Alors lorsque Cameron reposa les exemplaires de « L’avenir est déjà écrit » et « Rêveries : essence même de notre être », son irritation prit le pas sur sa détermination.

Accio livre ! lança-t-il en direction d’une haute étagère.

Un nouveau livre atterrit dans sa main tendue. Cameron se mit à tourner les pages d’un air absent au moment même où on toqua à la porte qu’il avait laissé ouverte. Exaspéré, ce dernier ne leva même pas les yeux vers l’elfe de maison. Il lui restait trop peu de temps pour être ralenti par cet horrible Robbert.

— Va voir si quelques Noises ne traîneraient pas dans le salon… ordonna Cameron d’un ton las en continuant de feuilleter « Confréries Sorcières d’Europe ».
— Merci pour cet accueil, cher voisin.

Cameron releva soudainement la tête et faillit en faire tomber son livre. Les bras croisés, une jeune fille de son âge était adossée contre l’encadrement de la porte. Il n’eut aucun mal à reconnaitre la désinvolture et les boucles châtain de sa voisine moldue. Un courant glacé le traversa alors qu’ils se fixaient tous les deux sans rien dire. Que faisait-elle ici ? Comment avait-elle réussi à rentrer dans la maison ? Effaré, le Serpentard jeta des coups d’oeil autour de lui pour s’assurer qu’aucun objet magique n’était visible et rangea discrètement sa baguette dans sa poche.

— C’était quoi, ça ? lui demanda-elle en le désignant.
— Une baguette magique.

La jeune fille gloussa, l’air peu convaincu. Cameron l’ignora, pas du tout enclin à lui faire la conversation une minute de plus.

— Rentre chez toi, Amy. Tu ne devrais pas être ici.

Loin d’être sur le point d’obéir, Amy ne bougea pas d’un pouce et sortit un objet jaune fluo de sa poche en ne lâchant pas Cameron des yeux.

— Et j’en déduis que tu ne devrais pas être là non plus ? lui demanda-t-elle avec un léger sourire. Je t’ai vu rentrer il y a une heure, je me suis demandée si tu avais besoin de quelque chose. Tu t’es enfui de ton internat ?
— Pourquoi ça t’intéresse ?
— Eh bien… hésita Amy avec un grand sourire, j’ai beaucoup pensé à toi depuis l’été dernier et… tu ne m’as même pas laissé ton numéro, ni ton twitter, ni ton insta, ni rien du tout !

Désorienté, Cameron fronça les sourcils. Il ne comprenait pas la moitié de son charabia, mais ce n’était pas le plus important, Amy devait absolument sortir de cette maison. Si Aaron apprenait que quelqu’un s’était introduit dans son bureau, et que leur voisine moldue était elle aussi entrée à l’intérieur de la maison… Cameron ne donnerait pas cher de leur peau. Et un rapide coup d’oeil à sa montre le rappela à l’ordre : il lui restait dix minutes avant de revenir à Poudlard.

— Maintenant je comprends, tu n’as même pas la télé chez toi, ajouta Amy en regardant tout autour d’elle comme si la décoration n’était pas à son goût. Remarque, l’abonnement coûte une blinde, c’est pas plus mal…
— Ecoute, tu dois vraiment y aller, la pressa-t-il en allant reposer son livre.

Ensuite, Cameron força Amy à sortir de la pièce sous les faibles protestations de celle-ci. Cependant, avant de refermer la porte derrière lui, son regard fut attiré par le trou qu’il avait laissé dans le parquet. Planté sur le seuil de la porte, Cameron hésitait. La tentation était forte. Son père entrerait dans une colère froide en découvrant que quelqu’un avait mis le nez dans ses petites affaires. Peut-être même qu’il accuserait Robbert. Enfin, il se détourna.

Une fois la porte refermée derrière eux, un déclic se fit entendre et Cameron s’empressa alors de sortir de la maison, entraînant une Amy qui se plaignait dans son sillage. Au moment où ils passaient enfin le seuil de la maison, Cameron repéra Robbert dans un coin sombre du vestibule. Il le fixait de ses grands yeux méfiants et Cameron lui lança un dernier avertissement silencieux avant de rejoindre Amy à l’extérieur.

Il faisait nuit noire maintenant et seuls les lampadaires dans la rue leur permettaient de voir dans la pénombre. Le vent soufflait un peu plus que lorsque Cameron était arrivé une heure plus tôt.

— Ne dis à personne que j’étais ici, lui dit-il d’un ton presque menaçant.

Pendant l’espace d’un instant, le sortilège Oubliettes surgit dans l’esprit de Cameron et sa baguette magique sembla peser plus lourd dans sa poche. Mais il se détesta aussitôt pour avoir envisagé d’utiliser cette possibilité sur sa voisine. Amy était bavarde et n’hésitait pas à raconter sa vie sur son téléphone jaune fluo. N’ayant pas été élevé dans un contexte moldu, Cameron avait eu beaucoup de mal à comprendre cet objet et du peu qu’il en avait vu auparavant, il avait déjà oublié toutes les choses les fonctionnalités dont elle avait parlé. Pourtant, il ne pouvait pas décemment lui faire une telle chose. Elle ne le méritait pas.

— T’es bizarre, se contenta-t-elle de dire au bout d’un long silence.
— Pas un mot à quiconque, se répéta Cameron pour être certain que le message soit bien passé.

Amy rangea son téléphone dans la poche de son jean et se retourna vers Cameron, les yeux plissés. Elle se mordit la lèvre.

— Sexy et mystérieux, mais bizarre quand même. J’espère qu’on se reverra.

La jeune fille soupira en secouant la tête puis se détourna pour remonter l’allée de la maison Lloyd. Elle frissonna quand elle fut de retour dans la rue. Le temps était plus frais qu’elle ne l’avait prévu. Elle n’avait pas réellement pensé à prendre sa veste en sortant de chez elle et avec dépit, Amy repensait aux remontrances quasi-quotidiennes de sa mère qui lui disait de s’habiller plus chaudement. « Ouais ouais, t’as toujours raison, m’man », se dit-elle intérieurement en soupirant de nouveau.

Soudain, un crac ! retentit et l’arracha de ses pensées. Amy sursauta et regarda par-dessus son épaule pour voir ce que Cameron fabriquait. Mais il n’était plus là. Amy fronça les sourcils. Puis elle sortit de nouveau son téléphone de sa poche en reprenant le chemin jusqu’à sa propre maison quelques mètres plus loin. Elle devait absolument raconter à Anna qu’elle avait revu Cameron. Un sourire s’étira lentement sur ses lèvres. Décidément, elle l’aimait bien, ce garçon.

End Notes:

Oh well… comme vous avez pu le constater, les cours particuliers n’étaient pas vraiment l’élément clef du chapitre, héhé.

RDV au prochain épisode je-ne-sais-pas-quand avec "la nouvelle concierge" !

La nouvelle concierge by Pinkgrass
Author's Notes:

Après la maintenance du site, une migraine ophtalmique qui m’a gâché mon weekend et un Cameron qui faisait des trucs bizarres dans ce chapitre, on va dire que j’ai pris mon temps pour poster !

Malgré ce fâcheux épisode, plusieurs petites choses à propos de… un peu tout :

  • En général j’aime bien poster hebdomadairement environ mais au vu de la densité des chapitres, je ne sais pas si c’est trop ou non. C’est une question que je me pose ces derniers temps. Du coup je m’adresse surtout aux lecteurs réguliers que je connais, je me plierais à votre volonté si vous êtes unanimes.
  • Par contre il y a un truc que je ne changerai certainement pas, c’est la longueur des chapitres, ma sentence est irrévocable ! (Denis, sors de ce corps)
  • S’il se trouve que je ne donne pas de nouvelles pendant un moment, ne vous inquiétez pas, je n’abandonne pas cette histoire.
  • Il reste des problèmes suite à la maintenance du site, du coup les tirets cadratins ne passent pas, je les ai remplacés par les traits d’union pour ce chapitre, histoire que ça soit fluide à la lecture (��” = pas terrible). Je modifierai ça dès que tout sera revenu à la normale !
  • Pour en revenir au chapitre en lui-même : je l’aime bien, même s’il n’est pas le plus palpitant (enfin… ça dépendra des points de vue), notamment à cause de plusieurs facettes de Juliette. J’ai une vision subtile de la maison Gryffondor, un jour je vous en ferais peut-être part. J’espère que ce nouveau chapitre vous plaira :)

    (et il a été relu avant mes hallucinations visuelles, si ça peut vous rassurer)

    Assise à même le sol en se massant la cheville, la douleur que Juliet ressentait lui fit monter les larmes aux yeux. Cela faisait maintenant plusieurs jours que ça durait. Cette fois, on l'avait poussée dans les escaliers. Même après coup, elle entendait toujours ces maudits gloussements qui résonnaient dans sa tête. Les gloussements qui la suivaient partout à chaque fois qu'elle le se trouvait seule. Et les Poufsouffle de septième année en profitaient en la croisant.

    Au pied des escaliers du quatrième étage, Juliet aurait du se douter que cette partie du château était moins fréquentée et qu'elle aurait du s'y attendre. Cependant, elle avait souvent la tête ailleurs et ses pas la conduisaient machinalement sans faire attention où elle allait. Ses nombreuses expéditions nocturnes lui avaient permis de se déplacer aisément et sans plus se perdre comme durant sa première année à Poudlard. Pourtant, elle aurait du vérifier ses arrières.

    Soudain, au bout de cinq bonnes minutes à frictionner sa cheville en souffrant toujours autant, une main secourable à laquelle elle ne s'attendait pas du tout lui apparut devant ses yeux. C'était Victoria Finnigan, sa camarade de dortoir avec qui elle était plus ou moins restée en froid depuis qu'elle lui avait hurlé dessus en début d’année.

    — Je t'emmène à l'infirmerie.

    Sans rien ajouter, Juliet accepta la main qu'elle lui tendait et Victoria l'aida à se remettre debout. Malheureusement, Juliet n'arrivait pas à poser son pied gauche parterre sans ressentir une douleur atroce. Elle grimaça tandis que sa camarade l'aidait à la soutenir et lentement, mais sûrement, elles se dirigèrent vers l'infirmerie située un étage en dessous. Le bras passé autour des épaules de Victoria, cette dernière soutenait une grande partie de son poids mais c'était hélas insuffisant pour qu'elle ressente une vive souffrance à chaque fois qu'elle sautillait à cloche-pied.

    Une affaire de quelques minutes plus tard sans s'être adressées la parole, Victoria poussa la porte de l'infirmerie et Mrs Pomfresh débarqua aussitôt en voyant les deux filles. Quand elle eut reconnu Juliet, elle ne put s'empêcher de soupirer. Juliet marmonna quelques mots, lui disant vaguement qu’elle était tombée dans les escaliers sans se soucier de ce que l'infirmière de l'école en pensait. Avec l'aide de Victoria, elle l'aida à s'installer sur le lit le plus proche. Quand Mrs Pomfresh s'affaira à aller chercher sa crème spéciale, Juliet s'autorisa un regard vers sa cheville. Elle avait légèrement enflé. « Ouch », fit—elle.

    — J'espère que ce sera la dernière fois que ça t'arrive, lui confia alors Victoria d'un ton accusateur en s'installant sur la chaise d'à côté. Tu ne vas rien dire à personne sur ce qu’ils te font subir ? Tu vas continuer à te laisser faire ?

    Juliet se retourna brusquement vers sa camarade, surprise qu'elle soit au courant. Victoria désigna du menton Mrs Pomfresh qui revenait, un tube bleu pâle dans la main, signe qu'elle s'expliquerait après qu'elles soient parties. Victoria Finnigan croisa les jambes, décontractée en regardant autour d'elle tandis que l'infirmière posait l'onguent avec ses doigts frais. Juliet eut un mouvement de recul, même ce contact léger lui avait fait un mal de chien. Mrs Pomfresh leva les yeux au ciel, irritée par la sensibilité de sa patiente, et elle lui maintint la jambe avec une force surprenante.

    — C'est juste une foulure, miss, soupira-t-elle. Dans une heure, vous serez déjà repartie !
    — Mais ça fait mal, protesta Juliet en grimaçant à nouveau.

    Mrs Pomfresh l'ignora et continua de lui malaxer la cheville avec une sorte de crème bleutée jusqu'à ce qu'elle estime son travail terminé. Finalement, elle se releva et retourna voir l'un de ses patients qui était entouré par les rideaux à quelques mètres de là. De l’endroit où elles étaient situées, Juliet et Victoria pouvaient entendre clairement les gémissements de la personne dissimulée. Juliet se demanda vaguement de qui il s'agissait et de ce qu'il s’était passé avant qu'elle ne soit rappelée à l'ordre par sa camarade de dortoir.

    — On t'a vue hier, avec Kenny, quand ils t'ont bousculée dans les armures... avoua Victoria d'un air sombre. Je pensais que tu allais te défendre mais... ça n'est jamais arrivé.
    — Et je suis censée faire quoi, seule, contre cinq septième années ? répliqua Juliet, piquée à vif. Tu sais aussi bien que moi à quel point j'ai du mal à tenir debout face à une personne en duel alors cinq, tu imagines un peu ?

    Victoria pinça les lèvres, hésitante à dire ce qu'elle avait en tête.

    — Tu pourrais essayer, ça leur montrerait que tu ne te laisses pas faire et que tu n’es pas… faible. Et puis, Lloyd t'aide, n’est-ce-pas ?
    — Comment tu sais ça ?
    — Je sais tout sur tout le monde, tu te rappelles ? répondit Victoria, penaude. Ça faisait une semaine qu'on ne te voyait plus avec Rose et Albus alors Kenny et moi avons mené notre enquête et il s'est avéré que tu étais avec le fils Lloyd à chaque fois.

    Juliet ouvrit la bouche, surprise. Et maintenant, elle se faisait espionner par ses camarades de maison ? Elle réalisa avec fatalité qu'elle ne serait jamais tranquille dans cette école, en particulier dans sa relation avec Cameron. Heureusement, Juliet le félicitait intérieurement de penser à tout à chaque fois qu'ils se voyaient et que la salle dans laquelle ils s'entraînaient était insonorisée.

    — Écoute, Juliet, poursuivit Victoria après un moment de silence. Je sais que tu n'apprécies pas le fait qu'on se mêle de tes affaires, mais je te promets que c'est fini. Quand j'arrive dans le dortoir et que Rose et toi vous mettez à me regarder comme si j'avais la Dragoncelle, ça me rend malade. Et aussi... on sait que tu es accusée à tord de la rupture entre Potter et Collins, ce n'est pas sur lui que tu as des vues...
    — Et comment je suis censée savoir que vous êtes sincères tous les deux ? la coupa Juliet, rougissante face à la déclaration de Victoria.
    — Personne ne sait que Lloyd te donne des cours particuliers. Alors tu as le champ libre si tu veux sortir secrètement avec lui. Promis.

    Interdite, Juliet fixait Victoria sans rien dire. Elle lui paraissait honnête, en tout cas. Et Victoria avait l'air de s'en vouloir pour cette histoire de rumeurs du début d'année. Puis sa dernière phrase lui revint en mémoire, lui apportant une nouvelle fois des joues roses de confusion.

    En y réfléchissant, Juliet se fichait bien que leur relation soit secrète ou non, elle n'en avait rien à faire, tant que Cameron était là. Même dans le cas où Victoria avait raconté à qui voulait l'entendre qu'elle était dingue de lui, elle n'aurait pas réussi à lui en vouloir. D'ailleurs, peut-être que le fait que tout Poudlard soit au courant l'aurait réveillée une bonne fois pour toute pour avouer à Cameron ce qu'elle ressentait. Pourtant, elle n'en avait pas le courage, et ça la déprimait.

    — Je ne comprends pas pourquoi tu te laisses faire avec ces trolls des montagnes, fit Victoria en remarquant que Juliet était de nouveau dans les nuages.
    — Je ne sais pas... admit Juliet en haussant les épaules. Je crois que je me sens coupable quand même.
    — T'es pas sérieuse, si ? s'étonna Victoria en se redressant sur sa chaise. Rien n'allait plus entre eux, ce n'est pas parce que t'as fait un tour dans le dortoir de James que c'est de ta faute. C'était limite si elle piquait une crise parce que Pince fixait Potter une seconde de trop…
    — Ouais, je sais, admit Juliet, déconfite.
    — Ou sinon, tu demandes à ton petit ami de te débarrasser d'eux ! proposa Victoria avec un petit sourire. Il le fera gratuitement pour toi !

    Juliet la fusilla du regard avant d'attraper l'oreiller contre lequel elle était appuyée et l'envoya avec force sur sa camarade qui eut à peine le temps de se protéger de ses mains. Victoria poussa un petit cri de surprise, ce qui alerta immédiatement Mrs Pomfresh, qui sortit de derrière les rideaux de son patient. Victoria prit rapidement l'oreiller dans ses bras, l'air de rien. La vieille infirmière les dévisagea un instant, l'air revêche, avant de retourner voir le malade. Quand Juliet se retourna vers Victoria, elles éclatèrent toutes les deux de rire.

    La tension du dortoir des filles allait enfin s'évaporer.



    L’après-midi suivant sa chute dans les escaliers, Juliet fut plus prudente que jamais. Elle ne savait toujours pas quelle attitude adopter face aux Poufsouffle et elle devait s'avouer un peu apeurée face à la manière si simple et basique dont ils se servaient pour l'atteindre. Elle se refusait à aller les dénoncer à un professeur, quelque chose l'en empêchait, sûrement sa fierté qui lui jouait très souvent des tours. Certes elle faisait quelques progrès avec Cameron, mais ce n'était pas encore suffisant pour qu'elle ait l'assurance de se défendre aussi bien que ses propres camarades. Elle en était encore très loin.

    Rêvassant la bonne partie de la journée, elle ne fit même pas attention qu'elle suivait Rose machinalement jusqu’à leur salle de métamorphose.

    — Tiens, tu t'es souvenue que j'existais ? s'étonna Rose, un léger reproche dans la voix. Si je ne savais pas que tu passais tout ton temps libre avec Cameron, je pourrais croire que tu es en train de m'éviter, tu sais. Je ne t'ai pas vue du weekend.
    — Non, qu’est-ce-que tu racontes... dit platement Juliet en se cachant à moitié derrière ses cheveux.
    — On travaille notre devoir d'histoire, après le cours ? proposa Rose en entrant dans la salle de cours.
    — Euh... je rejoins Cameron, répondit Juliet d'une petite voix. Mais on peut faire ça après mon entraînement, ce soir ?
    — D'accord ! conclut son amie avec un grand sourire.

    Puis, elle croisa le regard de Aaron Lloyd une fois installée aux côtés de sa meilleure amie. Son sang se glaça dans ses veines en voyant qu'il ne la quittait pas des yeux, se contentant de la dévisager avec scepticisme et méfiance. Juliet prit peur : avait-elle fait quelque chose de répréhensible entre le dernier cours qu'ils avaient eu ensemble et aujourd'hui ? Non, elle avait arrêté de se mêler de ses projets en se focalisant sur son travail, ses cours particuliers avec Cameron et ses entraînements de Quidditch. Elle n'avait rien à se reprocher.

    — Arrête, murmura Rose dont l'inquiétude perçait à travers la voix.

    Lorsque Rose lui tira sa manche, Juliet reprit lentement ses esprits en se tournant vers elle. Ses grands yeux bleus exprimaient étrangement la détermination mélangée à l'angoisse.

    — Ne t’attire pas plus d’ennuis avec lui.

    Juliet acquiesça gravement, n'osant pas lever les yeux vers son professeur de peur de s’attirer ses foudres. Dans le silence, les deux filles attendirent patiemment que le cours ne commence pour avoir autre chose à penser que cette histoire de plans et de listes appartenant au professeur qui leur faisait cours actuellement. Lloyd allait fermer la porte quand Albus s'engouffra à l'intérieur au dernier moment, marmonnant des excuses à son professeur avant de s'empresser d'aller s'asseoir à côté d'un de leurs camarades de Gryffondor. Puis il se retourna discrètement, leur adressant un sourire rassurant.

    — Tu sais où il était ? demanda Juliet en se penchant vers Rose.
    — Aucune idée, répondit-elle en haussant les épaules. Je vais finir par croire que je fais fuir tout le monde.
    — Weasley, Hardy ! s'exclama Lloyd du devant de la salle. Je vous retire cinq points chacune pour vos bavardages incessants.

    Interdites, les deux Gryffondor n'osèrent même pas se regarder, de peur qu'il prenne ça pour une attaque.

    — Aujourd'hui, je vais vous rendre vos devoirs sans plus attendre, reprit Lloyd en affichant un sourire éclatant face à la classe de Serpentard et de Gryffondor. Je dois vous avouer que certains d'entre vous m'ont surpris. Vraiment surpris. Bien, commençons. Mr Malefoy, c'était correct...

    Juliet s'autorisa à reprendre sa respiration. Elle était tellement à cran dans son cours qu'elle angoissait même en passant devant la salle. Une fois qu'elle était à l'intérieur, c'était différent : elle était mortifiée à l'idée que son professeur soit de plus mauvaise humeur que la fois précédente et cela avait pour effet la malheureuse conséquence de ne pas pouvoir se concentrer sur les sorts qu'elle devait exécuter, trop occupée à imaginer comment éviter l'acharnement que Aaron Lloyd avait contre elle. Depuis qu'elle savait qu'il n'était pas très clair, ce n'était plus seulement le fait de faire perdre des points à sa maison qui l'épouvantait, c'était aussi et surtout le fait de ne pas savoir ce dont il était capable.

    — Miss Weasley, remarqua Aaron Lloyd quelques minutes plus tard en lui tendant son parchemin. Je n'ai pas très bien compris votre opinion sur les métamorphoses partielles permanentes, mais bien dans l'ensemble. Juliet Hardy...

    La sixième année ne bougea pas d'un pouce et n'osa même pas le regarder.

    — Une aide extérieure, peut-être ?

    Le professeur posa son parchemin devant elle sans attendre de réponse et passa au rang de devant. Un Effort Exceptionnel. Juliet n'avait pas eu une note aussi élevée depuis sa troisième année dans cette matière. Elle n'en croyait pas ses yeux. Le « E » rouge inscrit dans le coin supérieur de son parchemin lui fit presque oublier qui lui avait accordé.

    Waouh, s'extasia Rose en jetant un coup d'œil au devoir de son amie.

    Voilà qui expliquaient les raisons de l'attitude suspicieuse de leur professeur. Cependant, Juliet ne put s'empêcher de ressentir un très grand sentiment d'injustice : elle s'était énormément donnée de mal avec ce fichu devoir et y avait passé des heures. Cameron l'avait bien sûr aidée à lui corriger quelques fautes, mais lui-même avait été agréablement surpris de ne pas en trouver autant, justement.

    — Nous arrivons en décembre, leur informa Aaron Lloyd une fois qu'il eut fait lévité une correction du devoir à chaque élève. Donc je trouverais assez logique que chacun d'entre vous soit capable de reproduire chaque sortilège étudié en classe de façon informulée. Dans une semaine, vous aurez un examen pratique, mais ne vous inquiétez pas, cela ne devrait pas poser de problème à la plupart d'entre vous.

    Les doigts de Juliet se crispèrent sur sa plume mais elle mit tous ses efforts pour paraître la plus sereine et confiante possible. Si elle avait levé les yeux vers lui, il se serait rendu compte de la colère dans laquelle elle se trouvait et Juliet n'avait aucune envie de lui donner cette satisfaction. Pour se distraire, elle pensa à la soirée avec Rose qu'elle allait passer dans quelques heures, elles qui n’avaient pas passé de temps ensemble depuis longtemps.

    Le reste du cours se déroula lentement, notamment à cause du fait que le professeur de métamorphose ponctuait ses explications de piques à son attention. S'il pensait qu'elle serait incapable de lancer des informulés, il se trompait : elle allait tout faire pour réussir, même si cela signifiait ne plus dormir ni même travailler ses autres matières. Au bout d'une heure, elle salua rapidement Rose, puis se dirigea d'un bon pas vers la bibliothèque où Cameron et elle avaient prévu de se rejoindre. Et après une telle journée remplie de confrontations, Juliet ne s'avouait pas totalement à quel point c'était l'occasion de souffler, même s'il s'agissait de travailler.

    — Regarde ça.

    Juliet plaqua son parchemin sur lequel un « E » était inscrit, brillant et triomphant. Cameron releva le nez de son propre devoir de potion qu'il était en train de rédiger et eut un petit sourire en coin.

    — Il aurait pu mettre un Optimal si tu veux mon avis, précisa le Serpentard tandis que Juliet se laissait lourdement tomber sur la chaise d'à côté.
    — Et ce n'est pas tout, soupira Juliet, abattue, il faut que je maîtrise les informulés pour la semaine prochaine.

    Amusé, le Serpentard lui décocha le fameux regard « tu sais ce qui t'attends » et Juliet sourit à la perspective de passer à nouveau de longues heures à ses côtés. Pour dissimuler le fait que ces soirées de dur labeur lui faisait plus plaisir qu'autre chose, elle se détourna vers les rayons situés à sa droite. Dans le coin, ils étaient seuls et ce n'était pas pour déplaire à Juliet : depuis qu'elle avait parlé à Victoria le matin-même, elle avait fait plus attention au monde autour d'elle et la Gryffondor devait admettre que les gens se posaient des questions à son sujet. Ils la reluquaient comme si elle avait été atteinte d’une maladie trop contagieuse pour qu’on puisse l’approcher.

    Quand Juliet se retourna face à son parchemin encore vierge, elle remarqua que la main de Cameron était suspendue au dessus de son devoir et que sa plume ne grattait plus frénétiquement le parchemin comme il avait l'habitude de le faire. Intriguée par ce qui l'avait interrompu – Cameron n'était pas du genre à se laisser distraire par des mouvements extérieurs, Juliet remarqua une jeune femme blonde qui déambulait près des étagères consacrées aux créatures magiques de classification X. Elle avait l'air complètement perdue. Et à la réflexion, Juliet ne l'avait jamais vue à Poudlard.

    — Tu la connais ?
    — Non, répondit simplement Cameron, les yeux plissés.

    Juliet arqua un sourcil. Si elle, la fille amicale qui avait jusqu’à maintenant entretenu des liens cordiaux avec presque tout le monde à Poudlard, et lui qui en connaissait un rayon grâce à ses activités dans l’ombre, ne la connaissaient pas, c'était que la jeune femme n'avait très probablement jamais mis les pieds ici auparavant.

    — Il n'y a qu'une façon de savoir qui elle est.

    Juliet se leva et s'avança d'un pas rapide en direction de l'inconnue. A peine arrivée à sa hauteur, la blonde se retourna vers elle, interrogative. La jeune femme était grande et élancée et avait certainement une petite vingtaine d'années. Elle ne portait pas d'uniforme scolaire comme eux tous, mais une robe de sorcier bordée de fine dentelle. C'était si fin que Juliet resta un instant bloquée dessus : jamais elle n'avait vu pareils détails chez les vêtements sorciers, ni en Angleterre, ni en France, ni en Europe tout court.

    — Vous avez besoin d'aide ? proposa enfin Juliet avec un petit sourire.
    — Euh oui, je recherche des informations sur les montagnes d'Ecosse, hésita-t-elle avec un fort accent.

    Une américaine. La Gryffondor n'aurait su déterminer de quelle région elle venait mais il était certain maintenant qu'elle n'était pas anglaise, et donc n'avait aucune raison d'être ici.

    — C'est par là-bas, désigna Juliet en lui indiquant l'étage surplombant la partie inférieure de la bibliothèque. Excusez-moi, mais qui êtes vous ?

    La jeune femme fronça les sourcils devant la curiosité non dissimulée de Juliet. Cependant, elle ne le prit pas mal et sourit largement avant de lui répondre.

    — Je suis Rebecca Morris, l'assistante de Mr Rusard, se présenta-t-elle.
    — Donc vous êtes la nouvelle concierge ? en conclut Juliet, alarmée tout à coup.
    — Presque, je suis chargée de l'aider à temps partiel, répondit l'américaine d'un ton patient. Le professeur Flitwick a accepté que je puise dans les ressources de sa bibliothèque pour terminer ma thèse en échange de ce poste. Je viens de rencontrer Argus, il n'est pas facile, ajouta-t-elle, espiègle.
    — Bonne chance alors, s'empressa de répondre Juliet.

    La Gryffondor la salua prestement, peu désireuse d'avoir à faire à une adulte qui pourrait être la cause de retenues futures. Rebecca avait l'air d'être très sympathique mais elle serait certainement plus athlétique que son collègue, et ça, ce n'était pas bon du tout pour ses escapades nocturnes. Elle revint donc vers Cameron, qui suivait toujours la nouvelle arrivée du regard jusqu'à ce qu'elle ne disparaisse.

    — Alors ? insista Cameron en se retournant vers elle.
    — C'est l'assistante de Rusard, dit simplement Juliet avant de s’intéresser de nouveau à son parchemin. Il doit se faire trop vieux pour s’occuper seul du château.

    Le silence s'imposa alors entre la Gryffondor et le Serpentard, chacun se remettant à son devoir respectif. Juliet, concentrée sur sa tâche, évitait de jeter des coups d'œil du côté de son voisin. Malgré le comportement troublant de Aaron et Maisie Lloyd qui auraient du l'inquiéter, des envies irrépressibles comme prendre la main de Cameron posée sur la table ou simplement le toucher la taraudait à chaque instant. C'était mal, mais elle n'arrivait pas à s'extirper ses pensées parasites de sa tête.

    Les minutes s'écoulèrent pendant lesquelles la plume de Cameron grattait sans discontinuer sur son parchemin tandis que Juliet passait la moitié de son temps à vérifier une information dans l'un des trois énormes ouvrages. C'était long et fastidieux, mais si elle arrivait à avoir une aussi bonne note que pour son devoir de métamorphose, elle aurait gagné. Et maintenant, elle était persuadée d'en être capable.

    Quand Cameron et elle quittèrent la bibliothèque une heure avant l'entraînement de Quidditch de la Gryffondor, elle avait terminé son devoir. Et fière d'elle, elle n'aurait pas à culpabiliser lorsqu'elle se retrouverait sur son balai à apprécier le vent dans ses cheveux et ayant pour seul objectif d'envoyer le Souaffle dans l'un des anneaux.

    — Je dois y aller, lui annonça Cameron une fois dans le couloir, l’air pressé.

    Juliet fronça les sourcils. Le Serpentard avait toujours besoin d’être quelque part et il cherchait très souvent des excuses pour s’éclipser à la fin de leurs cours particuliers. S’il n’y avait pas eu de drôles d’événements à l’école, elle aurait pensé que c’était dans sa nature et qu’il avait besoin de se retrouver souvent seul. Pourtant, elle n’y croyait pas. Une petite part d’elle continuait à penser que Cameron ne lui disait pas tout.

    — Où vas-tu ? lui demanda-t-elle d’un ton plus agressif qu’elle ne l’aurait voulu.

    Cameron eut un mouvement de recul en jaugeant l’attitude de Juliet.

    — Tu aimes beaucoup disparaître, poursuivit la Gryffondor face à son absence de réponse.
    — Et ?
    — Tu ne veux rien me dire ?
    — Es-tu réellement en train de me demander ce que je fais ? la questionna Cameron, sur la défensive. Je ne vois pas pourquoi je te ferais un compte rendu de mes activités, Hardy.

    Juliet se figea, prise au dépourvu. Cameron la fixait, impassible, et Juliet regretta aussitôt d’avoir abordé le sujet avec lui. Elle se mit à tripoter nerveusement la hanse de son sac.

    — Je… hésita-t-elle en devenant rouge. Je pensais qu’on était… Que tu me faisais confiance… Un peu.

    Sa réponse parut mettre mal à l’aise Cameron qui la dévisageait comme s’il la rencontrait pour la première fois.

    — Je vais juste à mon cours d’astronomie, lui dit enfin Cameron après avoir cligné des yeux. On se voit demain pour les informulés.

    Juliet acquiesça lentement, prête à aller diner, même si son estomac paraissait se tortiller dans tous les sens. Puis elle les entendit. Ces voix. Ces gloussements qui étaient parvenus à la traumatiser dès qu'elle les entendait. Alors elle se retourna vers le Serpentard qui partait en sens inverse. Il lui avait dit qu'il avait un cours d'astronomie mais les paroles de Victoria firent mouche dans son esprit et bien qu'elle s'en sente cruellement mauvaise de l'utiliser à ces fins, elle savait qu'avec lui, les Poufsouffle n'oseraient pas l'approcher.

    — Attends, Cameron !

    Le Serpentard s'arrêta en entendant la voix aux accents paniqués de Juliet. Lorsqu’il fut de retour à ses côtés, Juliet se mit à triturer un pli de sa jupe, angoissée à l'idée de revoir les cinq Poufsouffle qui seraient dans le même couloir quelques secondes plus tard. Cameron, surpris, l'interrogeait du regard.

    — Je... j'ai... balbutia-t-elle sans avoir aucune idée de ce qu'elle pouvait lui dire pour le retenir.

    Tandis qu'il la fixait sans comprendre, le groupe de Poufsouffle de septième année passa à leur niveau en se parlant à voix basse. Juliet aurait juré être le sujet de leurs messes basses en surprenant leurs regards fuyants. Les yeux de Cameron firent l’aller-retour entre le teint cramoisi de Juliet et les cinq élèves de son année qui suivaient Audrey Collins habituellement.

    — Tu as peur d'eux ? demanda Cameron, presque ahuri. Ils sont aussi bêtes que des lutins de Cornouailles...
    — Non, pas du tout ! s’empressa-t-elle de répondre. Je te laisse, tu vas être en retard.

    Rouge de honte, Juliet s'empressa de quitter ce couloir maudit avant de s'embarrasser un peu plus. Elle se sentait déjà assez mal à l'aise d'avoir recours à Cameron pour éviter une énième confrontation, mais ce fut bien pire quand elle réalisa qu'elle espérait que les Poufsouffle croient que Cameron et elle étaient suffisamment proches pour écoper des représailles du Serpentard. Juliet dévala une nouvelle volée d'escaliers, en proie aux tourments : elle se trouvait bien égoïste. Elle pouvait dire ce qu'elle voulait de sa sœur Andrea, elle-même ne valait pas mieux.

    A deux mètres de la Grande Salle, Juliet se constitua un visage serein et entra seule dans le brouhaha perpétuel que constituaient normalement les repas à Poudlard. D'ordinaire, Juliet adorait l'atmosphère bon enfant qui régnait autour des quatre tables, on bavardait de façon insouciante autour des excellents mets préparés par les elfes, on retrouvait les gens qui n'étaient pas dans la même classe, et c'était aussi l'occasion de se distraire en observant les autres. Sauf qu'aujourd'hui, Juliet n'était absolument pas d'humeur et si elle n'avait pas sa séance d'entraînement juste après, elle aurait volontiers attendu Cameron pour qu'ils mangent ensemble aux cuisines.

    Son regard balaya la table des Gryffondor pour remarquer que ni Rose ni Albus n'étaient ici. A la place, elle avisa James, assis seul au bout de la table, un coude sur la table et n'ayant pas l'air d'être au diner pour manger. Juliet ne l'avait pas vu depuis leur dernière séance de Quidditch la semaine précédente, et c'était déjà une chose. Ils n'avaient pas eu une conversation à proprement parler depuis le jour où elle l'avait rejoint dans les vestiaires. Depuis, lui et Collins avaient rompu et Juliet avait appris par Macmillan qu'il était inapprochable.

    — Tu devrais avaler quelque chose, lui conseilla Juliet en s'asseyant en face de lui.

    James leva le visage vers elle, la dévisagea pendant deux secondes, puis reprit son air vague et écrasa ses frites à l'aide de sa fourchette sans mot dire.

    — J'ai eu un Effort Exceptionnel en métamorphose aujourd'hui, lui annonça Juliet en s'enhardissant. C'est génial, tu ne trouves pas ? Surtout avec ce prof...

    Prenant une petite moue préoccupée, Juliet attendit une quelconque réaction de la part de son ami avant de se servir une assiette de haricots et de quelques toasts. Évidemment, elle ne dit pas à James que c'était grâce à Cameron, ces deux garçons se détestaient cordialement, elle en avait fait les frais. Inquiète à propos du mutisme de James, elle jeta un coup d'œil à la table des Poufsouffle où elle ne trouva pas Collins ni ses amis. En reportant son attention sur James, elle se rendit compte qu'elle ne savait pas quoi lui dire pour le consoler de sa rupture avec Audrey. Absolument rien.

    — James, dit-elle d'un ton grave en posant sa fourchette. Ne plus parler à personne n'est pas la bonne solution si tu veux mon avis...
    — Ton avis est bien la première chose dont je me passerais volontiers, Juliet.

    Un lourd silence s'imposa alors. Seul le bruit des conversations et le tintement des couverts contre les assiettes parvint aux oreilles de Juliet. Elle n'arrivait pas à croire que James avait prononcé cette phrase avec tant de froideur et de colère. Même son regard habituellement malicieux paraissait dédaigneux. Ce fut comme si elle était rentrée dans un fantôme par inadvertance.

    — Qu’est-ce-que…
    — Arrête, la coupa James en se levant soudainement. Je n'ai pas envie d'entendre ta compassion ou tes bons sentiments, compris ? Tu es la dernière personne que j'ai envie de voir là maintenant, alors laisse-moi tranquille.

    James lui lança un dernier regard neutre avant de sortir de la Grande Salle sous les regards intrigués d'une bonne demi-douzaine de Gryffondor qui avaient entendu leur conversation. Juliet, la bouche entrouverte, le suivit du regard jusqu'à ce qu'il ne passe les portes sans leur accorder un regard.

    — Quoi ? Vous voulez une retenue ? Profitez-en, je suis généreux ce soir.

    Albus s'assit brutalement en face de Juliet, prenant la place de son frère, défiant du regard tout camarade qui oserait les regarder d'un peu trop près. Juliet aurait pu être choquée par l'attitude agressive d'Albus, qui d'habitude restait constamment dans l'ombre sans vouloir se faire remarquer, mais les propos de James qui lui avaient fait l'effet d'un poignard en plein cœur étaient bien trop douloureux et choquants qu'elle n'aurait même pas eu l'idée de le lui faire remarquer.

    Pourquoi James s'était montré si mauvais à son encontre ? Elle le savait pertinemment. Ces histoires de dortoir avaient finalement pris le pas sur la confiance qu'ils avaient établis entre eux et maintenant, il la prenait pour responsable de ce qui s'était passé entre Collins et lui. En faisant face à cette réalité, Juliet se retrouva d'autant plus blessée qu'elle ne l'était déjà. Elle qui croyait qu'ils étaient sur la même longueur d'onde et que James n'accorderait pas d'attention aux potins qu'on entendait souvent centrés sur eux, elle s'était trompée, encore une fois.

    Un goût horriblement amer en bouche, Juliet regarda son assiette même pas touchée avec dégoût. Il serait impossible de manger ce soir.

    — L'autre jour, il a sorti à Lily « qu'en tant que sale vipère, elle n'avait pas son mot à dire », cita Albus avec un sourire rassurant. Quoiqu'il t'ait dit, il ne le pensait probablement pas.
    — Oh si, il le pensait. Ne cherche pas à le défendre, Al.
    — Collins l'a mis dans tous ces états, poursuivit Albus.
    — Ce n'est pas une raison pour se montrer aussi odieux, gronda Juliet. Qu'il me traite comme ça aujourd'hui... Je m'inquiète pour lui, je lui propose mon aide et tu vois comment il me remercie ? Je t'en prie, Al, je sais que tu n'aimes pas être pris entre deux partis, mais ne cherche pas à le défendre, au moins pour ce soir. Il a été purement et simplement...
    — Con, acheva Albus, las.
    — J’aurais dit cruellement mauvais, mais ta version me convient aussi.

    Encore retournée, Juliet se fit la promesse que cette fois, elle ne lui pardonnerait pas aussi facilement.

    — En plus, tu étais le premier à ne pas le supporter, continua Juliet, accusatrice.
    — Hé, je ne sais pas ce qu'il t'a dit, mais quoiqu'il en soit, il n'a pas changé tant que ça depuis qu'on est entrés à Poudlard. Je l'admets, on était un peu en désaccord au début...
    — Quel doux euphémisme, remarqua Juliet d'un air sombre.
    — On est d'accord, ça été la guerre pendant longtemps, accorda Albus en levant les yeux au ciel. Mais James a toujours fait ce qu'il voulait et quand il a envie d'être blessant avec quelqu'un, il n'y va pas par quatre chemins. T'as juste été aveuglée par lui.
    — Quoi ?
    — Bah oui, il s'est toujours donné le rôle du grand-frère protecteur envers toi. Et tu t'es contentée de le suivre comme un Croup à son maître.

    Juliet ouvrit la bouche pour répliquer, sans qu'aucun son n'en sorte. Elle n'était pas une vulgaire suiveuse, par Merlin !

    — Tu es en train de me comparer à un animal de compagnie ?
    — Les Croups sont coriaces, ajouta Albus en guise de défense. N'avoue pas le contraire, ça fait cinq ans que tu suis ton modèle, tout le monde le sait. Le Quidditch, vos petites sorties, ta notoriété... c'est James qui t'a entraîné dans son monde. Et là, il te lâche.

    Albus vit avec inquiétude le visage de Juliet se décomposer. Seulement quelques places les séparaient du reste des Gryffondor mais les conversations ni les regards qu'on leur jetait de temps à autre ne les atteignaient.

    — Rose a raison, tu devrais arrêter d’analyser les autres, annonça alors Juliet d’un ton froid. Tu devrais te demander pourquoi tu te mets tant de barrières. Tu es triste, comme personne.

    Albus plaqua son lourd ouvrage de potions à côté de son assiette, l’air profondément agacé. Le choc contre la table alerta les élèves qui mangeaient à quelques mètres d’eux.

    — Eh bien au moins, j’ai ma propre personnalité et je n’ai eu besoin de personne pour être quelqu’un. Tu vas faire comment l’année prochaine quand James ne sera plus là ?

    Juliet se leva soudainement, sa fourchette toujours en main. Albus la défiait du regard, l’air déterminé.

    — Des fois tu ferais mieux de ne rien dire. Je n’ai pas besoin de lui ni de personne pour être qui je suis.

    Albus haussa un sourcil, visiblement peu convaincu par les propos de la jeune fille. De son côté, Juliet en avait assez entendu : elle ramassa son sac dans un geste rageur et quitta la Grande Salle sous certains regards condescendants que lui jetaient certains élèves. Elle sortit rapidement dans le parc et arriva même en avance sur le stade de Quidditch où elle attendit avec impatience de pouvoir monter sur son balai et oublier ses soucis du moment.



    Ce soir là, la séance de Quidditch ne la détendit pas ; elle eut même l’effet inverse. James ne s’était pas présenté sur le terrain et l’entraînement s’en ressentait. Les simulations de match se révélèrent désastreuses, ce qui ne fit qu’accroître le profond agacement qu’elle ressentait depuis son semblant de diner. Juliet n’avait cessé de hurler sur sa partenaire Emma Ellis parce que leurs stratégies ne se déroulaient pas comme prévu et elle ne pouvait pas admettre que cela était du à l’absence de James. Auparavant, il leur était arrivé de jouer l’un sans l’autre et Juliet s’était toujours montrée exceptionnellement douée. Toujours, sauf ce soir.

    — Ecoute-moi, Emma ! s’exclamait Juliet une énième fois en une demie-heure. Je t’ai dit quoi tout à l’heure, hein ? Tu attends que j’arrive dans le troisième secteur avant de m’envoyer ce foutu Souaffle !
    — Si James était là, on pourrait l’exécuter normalement ! répliqua Emma en volant jusqu’à elle, l’air revêche. Tu me demandes l’impossible, je me fais coincer dans tous les cas ! On a besoin de quelqu’un…
    — Il n’est-pas-indispensable ! la coupa Juliet en haussant un peu plus la voix. Je suis meilleure que lui, tu le sais ! Alors maintenant, TU FAIS CE QUE JE DIS !
    — ARRÊTE DE ME HURLER DESSUS !

    Un long coup de sifflet retentit. Les deux Poursuiveuses tournèrent la tête vers les anneaux où on distinguait clairement Troy Macmillan faire un geste à Juliet. Le jeu s’était également arrêté pour les autres joueurs qui étaient tous tournés vers les filles qui se disputaient. A contrecoeur, Juliet lança un peu trop fort le Souaffle à Emma qui chancela en l’attrapant au dernier moment, puis elle empoigna férocement le manche de son balai et rejoignit le Capitaine des Gryffondor. La mâchoire étroitement serrée, il n’avait jamais paru aussi énervé, comme s’il était sur le point d’exploser.

    — Quitte ce terrain immédiatement, je préfère ça à être sur le point de te suspendre, lui dit enfin Troy Macmillan d’un ton empreint de colère sous-jacente. En ce moment, je suis en train de considérer ma recommandation pour le titre de capitaine l’année prochaine. Si tu n’es pas capable mettre tes soucis personnels de côté et respecter ta propre équipe, tu n’as rien à faire sur un terrain de Quidditch et encore moins à la tête des Gryffondor.
    — Je…
    — Tais-toi, je t’ai assez entendue pour aujourd’hui.

    La voix de Macmillan avait claqué dans l’air et Juliet mit plusieurs secondes avant de réagir. Quand enfin le jeune homme vola jusqu’à l’équipe qui se trouvait au milieu du terrain, elle se réveilla et fonça en piqué pour atterrir le plus rapidement possible. Elle se sentait tellement en colère qu’elle ressentait le besoin de frapper dans quelque chose et de balancer son balai contre le sol. La seule chose qui l’empêchait de fracasser son balai était le fait qu’elle y avait mis toutes ses économies, jusqu’aux dernières Noises. Elle atterrit trop brusquement, ce qui lui valut une légère douleur à sa cheville encore fragile.

    Fulminante, Juliet regarda un moment les joueurs de son équipe voler dans les airs avant de se détourner. Le Quidditch, elle n’avait plus envie d’en entendre parler de la journée. Puis elle repensa à Rose qui l’attendait après son entraînement pour qu’elles puissent travailler ensemble. Pourtant Juliet ne la rejoindrait pas : il était hors de question qu’elle se mette une énième personne à dos aujourd’hui.

    Entrevues surprenantes by Pinkgrass
    Author's Notes:

    Fanfiction 1 - 0 Rapport de stage

    Malheureusement le temps me manque, je me demande même comment je vais pouvoir boucler mon rapport de stage avant la fin de l’été, c’est dire (il n’existe pas même l’ombre d’un fichier word un mois avant la date fatidique). C’est le truc par excellence que je déteste faire et du coup je vais y passer quatre fois plus de temps (que je n’ai pas). Mais comme l’univers de la fanfiction HP me fait beaucoup de bien en ce moment, je vais faire de mon mieux pour garder un certain rythme.

    Ou alors dites moi que cette histoire est nulle à chier et que je ferais mieux de déserter la fanfiction. Et là, je sauve mon rapport de stage. Peut-être.

    Non, ne faites pas ça.

    Et sinon j’ai quand même commencé à relire les premiers chapitres de cette fiction (notamment pour retirer ces affreux losanges), chose que je n’avais pas faite depuis 2 ans (oh ça va… l’intrigue n’était pas encore réellement lancée) et la question que je me pose, c’est comment vous avez réussi à accrocher. Je suis juste horrifiée quand je relis, sans mentir. Pas pour la forme et les fautes, non non, le contenu, carrément. Bon après je suppose que c’est parce que j’ai écrit ça il y a longtemps comparé aux chapitres plus récents qui ont été repris entre temps.

    Pour ce chapitre, je ne vais pas m’étaler en commentaire, il parle assez pour lui-même…

    Décembre était arrivé, apportant avec lui ses flocons de neige qui firent la joie de nombreux étudiants. Cela signifiait également que les vacances de Noël approchaient à grands pas, un soulagement pour tous. En effet, les sixième année étaient débordés de travail et même Albus, qui avait l'habitude d'avoir plusieurs longueurs d'avance sur tous ses camarades, commençait à ramer sérieusement. La majorité des conversations était donc tournée vers le temps neigeux qui avait fait son arrivée, laissant une couche de plusieurs centimètres de poudre blanche dans le parc, et les devoirs qui plombaient le moral de tous.

    Juliet, Rose et Albus avaient donc perdu tout le temps libre qu’ils avaient et qui ne leur permettait pas de mener leur petite enquête, au plus grand plaisir de Juliet. Cette dernière s’était réjouie que ses amis aient enfin eu une autre préoccupation que leur liste d’ingrédients. Elle fut même soulagée en voyant Albus courir se rendre à la bibliothèque ou à la suite d'un professeur pour lui accorder un délai pour l'un de ses devoirs. Et cela la convainquait qu'il était plus concerné pour lui-même que pour les Lloyd, ou pour leur dispute.

    Pour Juliet, les journées étaient bien remplies également : après une journée de cours parsemée d'heures passées à la bibliothèque, elle avait un jour sur deux une séance de Quidditch qui se révélait un peu plus désastreuse à chaque fois, ses soirées consistaient soit au travail avec Rose et Albus, tous les trois cachés derrière d'énormes piles de livre en salle commune, soit en l'apprentissage de sortilèges jusqu'à des heures tardives avec Cameron. Même elle, qui avait moins de mal à se lever le matin que Victoria ou Rose, devait lutter contre ses paupières qui se fermaient toutes seules après avoir été réveillée par leur réveil matinal.

    Pendant ces quelques jours, Rose et Albus avaient appris à éliminer les noms « James Potter » et « Aaron Lloyd » de leur vocabulaire s'ils ne voulaient pas assister à une crise d'arrachage de cheveux de la part de Juliet. Leur amie devenait très irritable en la présence de l'un ou de l'autre et en cette période de surmenage, les deux cousins prenaient des pincettes en choisissant leur sujet de conversation pendant leurs repas. Il était même arrivé à Rose de calmer Juliet en lui disant à quel point Cameron lui apparaissait presque sympathique face à toutes ces personnes qui se révélaient cette année. Et Juliet devait bien admettre que Cameron était un bon dérivatif à son stress.

    Cette nouvelle semaine avait également permis de répandre la nouvelle concernant Rebecca Morris. L'assistante de Rusard avait beaucoup fait parler d'elle : certains garçons venaient exprès à la bibliothèque dans l'unique but de la regarder tandis que les filles s'extasiaient devant sa garde robe si exotique. Juliet ne savait toujours pas si elle devait s'en méfier, elle la croisait tous les jours dans l'antre de Pince, mais il lui était arrivé de presque se retrouver nez à nez avec elle à trois heures du matin en rentrant d'un de ses cours particuliers avec Cameron. Cette situation ne lui plaisait pas et Juliet la trouvait un peu trop perspicace à traîner autour de la tour de Gryffondor.

    — C'est qui ? Andrea ? demanda Fred au petit déjeuner en se penchant au dessus de l'épaule de Juliet.
    — Sans aucun doute, sa chouette me regarde toujours avec son air impérieux, regarde, lui répondit-elle en désignant du menton la chouette couleur sable de sa soeur.

    Fred acquiesça lentement, pas certain de remarquer ce que Juliet reprochait à l'animal, puis il se tourna vers ses amis tandis que Juliet s'empressait de décacheter son enveloppe sous le regard peu amène de la chouette posée sur une miche de pain. A côté, Albus était inlassablement suspendu à ses fiches de potions qu'il avait rédigé des semaines auparavant, en attente de son examen. Rose quant à elle était calme et détendue, ses mains entourant son mug de chocolat chaud, elle fixait d'un oeil rêveur la neige tomber du faux plafond de la Grande Salle. Déjà pas très enthousiaste à la perspective de la journée qui l'attendait, le moral de Juliet s'enfonça un peu plus au fur et à mesure de sa lecture.

    Visiblement, Andrea s'était faite deux amies à Beauxbâtons, Jessica et Schéhérazade, mais à cela s’ajoutait la fatigue suite aux essais à la clinique et leur cousine démoniaque. Valentine était une peste, ce n'était pas nouveau. Cependant, les années avaient passé et ses défauts de petite fille pourrie gâtée s'étaient accentués. Résultat, elle était la coqueluche de l'académie française et tout le monde était à ses pieds, et personne ne devait faire exception. Juliet n'était pas surprise, d'autant plus qu'elle avait perdu son autre cousin dans son entreprise. Damien était tombé sous la sphère malveillante de Valentine et c'était le plus grand regret de Juliet.

    En repensant à Damien, Juliet eut un pincement au coeur. Il avait longtemps été le seul à la comprendre et à se sentir différent dans cette famille où tout se devait d'être irréprochable. Pourtant, leurs points communs ne les avaient pas empêché de ne plus se voir qu'aux soirées mondaines ou repas familiaux obligatoires, et si Juliet et Damien ne s'étaient plus vraiment adressé la parole depuis le départ de la jeune fille à Poudlard. Elle percevait la mélancolie dans le regard de son cousin autant qu'elle la ressentait. Et malheureusement, l'attitude de James à son encontre lui avait rappelé cette sombre histoire.

    Alors quand Albus lui avait clairement dit qu'elle avait été sous la coupe de James depuis qu'elle était entrée à Poudlard, Juliet l'avait très mal pris. Tout ce qu'elle entreprenait, elle le faisait pour elle et non pas pour suivre un gourou. Oui, elle ne pouvait pas le nier, James avait été un exemple pour elle quand elle hésitait à dire qu'elle aimait le vol sur balais, que partir explorer une partie inconnue du château lui procurait des frissons de plaisir. A onze ans, James avait représenté pour Juliet le grand-frère qui l'entraînait dans ses plans pas toujours très sûrs, mais elle s'en fichait, puisqu'elle aimait ça.

    Et puis, s'il ne l'avait pas forcée à venir avec lui dans ce verger chez les Weasley, elle ne serait probablement pas considérée comme la Poursuiveuse la plus douée de Poudlard. La gamine qu'elle était alors n'avait rien à regretter, quoiqu'en pensait Albus aujourd'hui. Après tout, lui aussi avait ses tords. Il ne pouvait pas la juger alors qu'il s'était lui-même rendu ridicule à vouloir prouver à tout le monde qu'il était digne d'être le fils de Harry Potter.

    Soudain, l'arrivée d'une autre chouette l'arracha de ses souvenirs pour l'intriguer un peu plus. La chouette hulotte qui lui apportait une nouvelle lettre appartenait à l'école et de toutes les lettres qu'elle recevait, aucune d'entre elles ne provenait de Poudlard en général. Sa curiosité attisée, Juliet prit la lettre et l'oiseau s'envola presque aussitôt, donnant au passage un coup d'aile malheureux au bol de céréales de Fred.

    Bonne chance pour cet après-midi.
    Oblige-le à te donner un Optimal, pour moi.
    Cameron


    Juliet se retint de sourire niaisement. Elle s'était donné énormément de mal à travailler ses sortilèges informulés et bien qu'elle ne réussisse pas à chaque fois à les exécuter à la perfection, elle s'était améliorée de jour en jour. La fatigue s'accumulait, bien sûr, mais rien ne valait la joie qu'elle ressentait en lançant un sortilège sans avoir à prononcer la formule à haute voix. Et puis, Cameron était un très bon professeur. Juliet se demandait comment il avait pu l'aider en quelques semaines alors qu'elle avait pataugé pendant des années. Quelque part, elle se disait qu'il lui faisait prendre confiance en elle...

    Les joues légèrement roses, elle le chercha du regard à la table des Serpentard où, sans surprise, il ne se trouvait pas. A la place, William Leighton la gratifia d'un sourire entendu. Finalement, Rose, Juliet et Albus quittèrent la Grande Salle pour se rendre à leur cours de défenses contre les forces du Mal, Juliet toujours dans ses pensées.



    — Par le slip liberty de Merlin, Juliet ! s'exclamait Rose en sortant de leur cours de métamorphose, dans l’après-midi. Tu lui as carrément cloué le bec, à ce Lloyd ! Je t'en prie, continue de passer autant de temps avec Cameron !

    Juliet eut un sourire contrit : elle était certainement heureuse d'avoir réussi son examen pratique, mais à côté, voir les yeux exorbités de son professeur lui avait fait peur sur le coup.

    — Ouais, grogna Albus en traînant des pieds, c'est quoi son secret ? Pourquoi tu réussis avec lui et pas avec nous ?
    — Je ne sais pas, admit Juliet en haussant les épaules. Mais c'est le résultat qui compte, non ? Allez, Albus, tu sais très bien que sans ton aide, je n'aurais jamais eu assez de BUSE pour passer en année supérieure...

    Juliet appuya ses propos d'un petit coup dans son épaule et fut soulagée de constater qu'Albus avait quitté sa petite moue vexée. Intérieurement, elle jubilait tandis que les trois amis se quittaient à nouveau pour se rendre à leur cours respectif. Tout en pensant à Cameron, un vague sourire sur les lèvres, elle empruntait machinalement le chemin la menant à la salle de divination. Arrivée à sa destination sans encombre, elle se rappela un peu trop tard qu'elle n'avait pas fait attention à ce qu'elle faisait et qu'elle aurait très bien pu tomber sur les affreux de Poufsouffle. La semaine passée, son application à ne jamais se retrouver seule dans les couloirs de l'école avait plutôt bien marché : tout ce qu'elle avait récolté était les regards noirs de ces derniers à l'heure du diner un samedi soir.

    — … c'est impressionnant, déjà, racontait Kenny Clarks, avachi sur sa chaise. Un Malefoy qui suit le cours d'étude des moldus, ça doit hérisser le poil de tous les ex-mangemorts, si vous voulez mon avis. Et maintenant, j'ai entendu dire que Weasley et lui s'assoient ensemble pendant ce cours, vous vous rendez compte ?

    Assis au fond de la classe de divination, lui, Juliet, Victoria et Barbara tentaient d'établir des prédictions à l'aide de leurs précédentes cartes du ciel, mais c'était sans compter Kenny, qui passait son temps à pérorer sur tout Poudlard en dessinant une armée de mini-trolls sur son parchemin. Même Victoria, qui adorait les cancans, semblait être agacée par son compère de toujours qui ne faisait aucun effort pour l'aider. De leur côté, Juliet et Barbara avaient déjà ouvert quatre livres, posé une dizaine de questions au professeur Trelawney et la Serdaigle ne comptait plus le nombre de fois où elle redressait ses lunettes du bout de son nez.

    — Juliet, t'en penses quoi toi ? Rose est ta meilleure pote, non ?
    — Tu ne veux pas travailler, un peu ? répondit Juliet, un doigt posé sur sa carte tandis qu'elle écrivait de l'autre main, une ride de concentration entre les deux sourcils.
    — Pas vraiment, non, soupira Clarks, je suis persuadé que la réponse c'est que Jupiter me rend agressif.
    — N'importe quoi, commenta Barbara Hopkins sans lui accorder le moindre regard. Qu’est-ce-que tu fais ici, Clarks ?

    Juliet tenta d'oublier la présence de Kenny alors qu'il continuait ses spéculations concernant Rose. Cependant, Juliet savait ce qu'il en était. Rose appréciait Scorpius Malefoy parce qu'il ne la jugeait pas par rapport à ses parents. Certes, ils se parlaient plus que les années précédentes, mais Rose lui avait confié il y quelques jours qu'ils s'étaient découvert de nombreux communs : bien que leurs parents ne soient pas connus pour la même raison, ils en avaient tous les deux souffert à leur façon et partager leur point de vue avait apporté beaucoup de bien à Rose.

    En débarquant à Poudlard, Juliet ne connaissait pas la mauvaise réputation des Malefoy, ni ce pourquoi Scorpius avait été la cible de moqueries. Avec regret, Juliet se souvenait très clairement de James qui avait même été l'un des premiers instigateurs de ce mouvement anti-Malefoy. Les gens avaient eu tendance à le juger pour les actions de sa famille et avant qu'on ait appris à le connaître, seule Andrea s'était approchée de lui, elle aussi rejetée par ses pairs. Au contraire, Rose avait tout de suite été acceptée par ses camarades, on avait même cherché à se rapprocher d'elle uniquement car elle était la fille de Ron et Hermione Weasley.

    Quoiqu'il en soit aujourd'hui, Rose et Scorpius étaient devenus amis, partageant bien plus qu'un chocolat ou une table au cours d'étude des moldus. Mais ça, Kenny Clarks n'avait pas besoin de le savoir.

    Le cours se termina enfin avec les bavardages incessants de Kenny et même après les avoir salué, Juliet croyait encore percevoir les bourdonnements de sa voix dans sa tête. Puis, Barbara s'enquit une nouvelle fois de comment allait Albus et Juliet se retrouva seule. Comme par habitude, elle se dirigea vers la bibliothèque. Elle avait une heure de libre avant son cours de botanique et avec le travail qu'elle avait, se coucher une heure plus tôt serait plutôt un signe encourageant.

    Cependant, c'était sans compter un autre type de bourdonnement que Juliet aurait pu oublier ces derniers jours. Cinq septième années débouchèrent du couloir en face d'elle et avec horreur, Juliet constata qu'elle n'avait aucun moyen de prendre la fuite. Plantée raide comme un piquet au milieu du corridor, Juliet fut prise de panique.

    — Hardy ! s'exclama Cruikshank avec un large sourire. Ta cheville va mieux ?
    — Ça en a tout l'air en tout cas, ajouta une autre en s'avançant vers la Gryffondor. Tiens, tiens... pas de Cameron Lloyd à l’horizon. T’aurait-il abandonnée lui aussi ?
    — Je ne suis pas seule, dit Juliet entre ses dents, essayant de garder son sang froid.
    — Ce n'est pas ce que je vois, reprit la Poufsouffle, suivie de ses amis. Tu sais, passer ton temps avec Lloyd ne va que t'éloigner des autres, tu t'en rends compte ? Oh oui, il te défend, mais quand il n'est pas là, qui vole à ton secours ? Hein, qui ?
    — Personne, acheva Mia Cruikshank, quinze jours plus tôt.
    — Elle n'est pas seule, figurez-vous.

    Les Poufsouffe, surpris, tournèrent simultanément leur regard derrière Juliet quand la voix masculine se fit entendre. Et en se retournant, Juliet fut presque soulagée de trouver Kenny Clarks et Victoria Finnigan, baguette à la main, l'air décidés à en découdre. Victoria s'avança alors et lança un bref regard sévère à Juliet avant de s'adresser aux septième années.

    — Vous n'êtes pas les seuls à être loyaux les uns envers les autres, dit-elle froidement.
    — Et tu crois que trois petits sixième années feront le poids contre nous ?
    — Oh que oui ! Et je sais aussi certaines choses à ton sujet qui feraient friser tes si beaux cheveux… ou te faire virer de ton équipe, la défia Victoria, baguette levée.
    — C'est ce qu'on verra ! répliqua la Poufsouffle en dégainant sa baguette magique.

    Cette dernière fut instantanément suivie de ses amis, rendant la situation aussi ridicule que dans un autre moment que celui-ci, Juliet en aurait rit volontiers. Bientôt rejointe par Kenny Clarks, elle sortit elle-même sa baguette, plus pour accompagner ses camarades que pour autre chose. Trop reconnaissante pour l'avouer à voix haute, elle ne voulait pas se défiler une nouvelle fois. Victoria envoyait des regards noirs aux Poufsouffle, prête à bondir au moindre signe d'attaque.

    Mais au moment où la tension montait à son comble entre les Poufsouffle et les Gryffondor, une voix les rappela à l'ordre derrière les cinqs étudiants alignés les uns à côté des autres :

    — Que se passe-t-il ici ?

    Juliet fut la première à voir de qui il s'agissait et telle ne fut pas sa surprise quand, bouche bée, Audrey Collins s'avança vers eux.

    — Qu’est-ce-que vous faites, là ? Kelly ? Mia ? demanda Collins, ahurie, dont le regard faisait des aller-retours entre Mia Cruikshank et Juliet.

    La dénommée Kelly rabaissa aussitôt son bras quand Collins l'eut interpellée. Interdite, elle la fixait comme une petite fille venant de commettre une énorme bêtise. Entre eux, Victoria et Kenny échangèrent un regard empli d'incompréhension.

    — Tout va bien, Audrey. On réglait juste quelques différents, se justifia faiblement Kelly.
    — Des différents qui la concernent ? persiffla Collins, les mains sur les hanches.
    — On a voulu t'aider, tu sais, dit Mia sur un ton défensif.

    Audrey plissa les yeux, mécontente, puis se détourna de ses amis pour s'intéresser à Juliet qui tenait toujours sa baguette dans sa main moite. Elles se défièrent quelques instants du regard avant que la Poufsouffle ne se détache du groupe de ses amis en s'approchant des sixième années. Tout en ne brisant pas leur contact visuel, Audrey Collins s'arrêta en face de Juliet.

    — Il faut qu'on parle. Tes gardes du corps me donnent leur permission ? demanda-t-elle d'un ton mauvais en désignant Victoria et Kenny d'un mouvement de tête dédaigneux.

    Juliet, incapable de voir une autre solution à celle directe d'une confrontation entre elle et Collins, ne put qu'acquiescer sans dire un mot. C'était sûrement mieux comme ça, au lieu de subir les coups bas de ses amis qui apparemment n'agissaient que de leur propre chef et qui n'avaient même pas parlé de cette fâcheuse histoire à leur soit disant meilleure amie.

    Alors Juliet esquissa un léger sourire de remerciement à Victoria tandis qu'elle tournait les talons, immédiatement suivie de Audrey Collins, la fille qui lui avait valu de nombreuses larmes plus d'un mois auparavant. Elle ne savait pas ce qu'elle voulait bien lui dire, surtout que James et elle n'étaient plus ensemble désormais. Quand elles entrèrent toutes les deux dans un couloir adjacent, Juliet se força à paraître sûre d'elle, malgré le fait qu'Audrey Collins l'intimidait bien plus qu'elle ne se l'admettait.

    — Alors, lança enfin Juliet d'une voix froide. Vas-y, lâche-toi, dis ce que tu as à dire, je sais que tu en meurs d'envie.

    Audrey haussa les sourcils, puis croisa les bras, l'air impénétrable.

    — Te présenter des excuses est au delà de mes forces, avoua-t-elle sombrement. Et je crois bien que même en essayant, je n'arriverais jamais à t'apprécier. Mais je ne peux pas te coller ma rupture sur le dos.

    Adossée contre le mur, Juliet n'en revenait pas. Où était passée la Poufsouffle jalouse et prête à tout pour garder James près d'elle ? Cette fille, devant elle, qui admettait qu'elle n'était pas complètement la cause de leur séparation ne pouvait pas s'appeler Audrey Collins.

    — Je ne suis pas au courant de ce que mes amis t'ont fait, continua Collins sur le même ton plat, mais rassure-toi, tu ne les verras plus.

    En remarquant l'absence de réaction de la Gryffondor, Audrey lui lança un dernier regard dénué de toute émotion et fit demi-tour, sans rien ajouter.

    — C'est tout ? s'étonna Juliet sous elle ne savait quelle impulsion.
    — Que veux-tu que je te dise ?
    — Oh, j'en sais rien, répondit Juliet en reprenant de la vigueur. Tu as quand même passé des années à m'insulter pour être amie avec James. Aujourd'hui, tu as enfin l'occasion de te venger de moi et tu... tu fais comme si rien ne s'était passé ?
    — Parce que tu préfères qu'on se batte et que tu finisses à l'infirmerie ? Encore ? Crois-moi, ce n'est pas l'envie qui manque. Je crois que je t'en voudrais toujours d'être restée aussi proche de lui quand j'avais besoin de lui, en entier. Et je n'ai jamais eu toute son attention.
    — Qu’est-ce-que tu veux dire ?

    Audrey Collins la détailla de haut en bas, la jaugeant sans qu'elle ne montre ce qu'elle pensait réellement.

    — Laisse-tomber, Hardy. File le parfait amour avec Lloyd et ne m'adresse plus la parole, on s'en sortira aussi bien l'une que l'autre.

    Et elle s'en alla.



    — Elle n'a rien dit de plus ? s'étonna Rose, sa plume en sucre dans la main.

    Juliet secoua la tête, l'air grave. Elle avait eu beau remuer dans tous les sens sa conversation avec Collins le reste de la journée, elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi la septième année avait paru si résignée, elle qui avait mis tant d'efforts à lui mener la guerre pendant toutes ces années. Et visiblement, en voyant la mine stupéfaite de Rose quand elle le lui avait raconté, elle n'était pas la seule à être surprise du comportement flegmatique de la Poufsouffle. Ce n'était pas la première fois qu'on lui reprochait sa relation avec James, mais l'entendre de la part de Collins prenait une toute autre dimension.

    — Et toi, tu en penses quoi ? demanda Rose à Albus, assis dans le fauteuil à côté d'elles.

    Albus haussa les épaules sans lever les yeux vers elle, se contentant de poursuivre la traduction de ses Runes anciennes comme s'il n'avait pas été interrompu. Juliet et Rose échangèrent un regard entendu : Albus avait été anormalement silencieux alors que décrypter les gens était une de ses spécialités. Malgré tout, Juliet ne chercha pas à insister. Leur conversation qu'ils avaient eu à propos d'elle et de son modèle James était encore de l'ordre du tabou et elle n'avait aucune envie qu'Albus remette le sujet à l'ordre du jour. Ni Albus, ni Juliet n’avaient fait part de leur dispute à Rose.

    Les deux filles se remirent au travail à la lumière tamisée de la salle commune de Gryffondor. Elles étaient arrivées tôt après le dîner et ainsi elles avaient pu bénéficier de la meilleure place de la salle commune : auprès de la cheminée. Fatigué, Albus s'était écroulé à leurs côtés un peu plus tard après qu'il soit rentré de son club d'échec. Et en ce temps frais et neigeux, les couloirs de l'école étaient bien trop glaciaux pour s'y attarder. Le petit plaisir de Juliet, Rose et Albus était donc de se blottir auprès du feu de cheminée crépitant de leur pièce favorite tout en regardant la neige tomber au dehors.

    Un peu plus tard dans la soirée pourtant, Juliet et Cameron avaient prévu de se rejoindre et ce court moment de bien-être serait bientôt remplacé par un autre sentiment de satisfaction. En attendant, Juliet essayait tant bien que mal de prendre de l'avance dans son travail. Étrangement, les professeurs semblaient s'être donné le mot pour les surcharger avant les vacances prévues dans un peu moins de trois semaines et cela les empêchait de pouvoir se réjouir de la neige dans le parc. Car Juliet l'avouait elle-même, faire des batailles de boules de neige avec ses amis était une de ses activités favorites.

    — J'en ai maaarre, se plaignit soudain Rose en lâchant sa plume et son parchemin sur le sol. Je crois que je vais aller me coucher.
    — Hé, Rose ! l'interpella Hugo, quelques mètres plus loin accompagné de quelques quatrième années. Si t'as fini, tu veux bien venir ? Nat ne sait pas quoi offrir à Lily pour Noël, on a besoin de l'avis d'une fille ! Aux dernières nouvelles, t'en es une, nan ?

    Rose, blasée, rangea lentement ses affaires sous le regard amusé de Juliet. Puis elle lui souhaita une bonne soirée avec un clin d'oeil et traîna des pieds en direction de son petit frère. Juliet en avait également assez de passer des soirées à travailler comme une malade, aussi se permit-elle de s'octroyer une petite pause à observer les alentours. Il n'était pas très tard et le couvre-feu était à peine dépassé, ce qui signifiait que c'était l'heure de pointe chez les Gryffondor.

    Comme tous les jours, toutes les places assises étaient occupées, la rumeur des conversations faisait vaguement penser à celle de la Grande Salle, les tintements des couverts en moins. Au brouhaha ambiant s'ajoutaient les objets qui volaient d'un point à un autre, une sixième année qui passait son temps à chanter et qui était persuadée de percer dans le monde de la musique une fois sortie de Poudlard et des petits groupes se lançaient parfois des défis, qui entraînaient très souvent des grands cris d'acclamation dans chaque clan. Ce soir, les filles de troisième année affrontaient les garçons de la même année et leur défi consistait à garder en bouche le plus grand nombre de Chocogrenouilles sans les mâcher.

    Le nez froncé, Juliet se détourna du spectacle du garçon qui était en train de recracher une petite dizaine de Chocogrenouilles frétillantes à même le sol. Rapidement, elle tomba sur James, légèrement à l'écart de son groupe d'ami, qui jouait d'un air distrait avec sa baguette magique. Juliet ne lui avait pas adressé la parole depuis le fameux diner où il lui avait clairement dit qu'il ne voulait plus la voir.

    En plus de ses paroles vexantes, James s'était mis à n'assister qu'à un entrainement de Quidditch sur deux. Fred tentait autant que possible de le remettre sur la bonne voie, mais apparemment, il avait du également subir ses foudres et il avait finalement laissé Macmillan lui faire la morale, le menaçant même de le virer de l'équipe s'il continuait à prendre les séances d'entraînement à la légère.

    Poussant un profond soupir, Juliet se détourna de lui pour tomber sur Albus, dont le regard perçant la fixait, son attention détournée de ses runes.

    — Un problème ?
    — Aucun, répondit-il simplement avant de se remettre à sa traduction.

    Toujours aussi suspicieuse à propos de ce qu'Albus pouvait bien penser, Juliet se remit elle aussi à la rédaction de son devoir, sachant que dans une heure, son esprit serait bien loin de toutes ses préoccupations actuelles.



    Le souffle coupé, Juliet s'était plaquée contre le mur, derrière une armure. Pétrifiée à l'idée de se faire attraper alors qu'elle venait de sortir de la salle commune de Gryffondor, elle regarda passer Rebecca Morris, le nez dans son livre. Quand enfin elle tourna à l'angle du couloir, elle s'autorisa à reprendre sa respiration. Depuis quelques temps, la moindre rencontre malheureuse la terrorisait : l'idée de se retrouver à nouveau menacée par Maisie, de tomber seule à seul face à Aaron Lloyd ou même de se faire lâchement attaquer par les Poufsouffle lui faisait tellement peur qu'elle avait honte de se prétendre Gryffondor.

    Les mains tremblantes, Juliet reprit son chemin en longeant les murs et portraits au passage, attentive à la moindre présence. L'époque où elle se montrait insouciante sans prendre de précaution semblait révolue : à chaque hululement de chouette ou apparition soudaine de fantôme, Juliet se retenait de hurler tellement elle était prise au dépourvu. Et ce type de comportement ne correspondait pas du tout à celui qu'elle avait adopté les années précédentes.

    — Juliet !

    La jeune fille sursauta, son coeur faisant un bond dans sa poitrine. La silhouette de Cameron se découpa dans l'obscurité tandis qu'il sortait d'une tapisserie. Soulagée, Juliet tenta vainement de calmer les battements erratiques de son coeur, sa frayeur ajoutée à la joie de retrouver son Serpentard favori ne jouant en sa faveur.

    — Tu m'as fait peur, lui reprocha Juliet dans un murmure presque inaudible. Je croyais qu'on devait se rejoindre dans la salle habituelle ?
    — On ne va pas travailler ce soir, lui confia-t-il tout bas. On a mérité une pause, tu ne crois pas ? Mais on ne peut pas rester ici, en montant j'ai croisé Rusard qui traînait à l'étage du dessous. Suis-moi.

    Sans se poser de questions, Juliet s'engouffra dans le passage secret à la suite de Cameron. L'escalier étroit dissimulé menait à l'étage inférieur, ils furent tous les deux extrêmement prudents lorsqu'ils débouchèrent dans le couloir du quatrième étage qui donnait sur la bibliothèque. Juliet jura même avoir entendu des voix quand Cameron la prit par la main, jugeant qu'elle ne marchait pas assez vite à son goût. Pourtant, en tournant à l'angle du couloir, Juliet fut certaine d'avoir vu deux personnes qui débarquaient de l'autre côté. Loin d'être les seuls à se balader dans le château ce soir-là, Juliet se contenta de suivre Cameron en lui faisant confiance.

    Au bout de plusieurs minutes de course silencieuse, le Serpentard s'arrêta enfin devant une grande fenêtre, l'air très intéressé par ce qui se trouvait au dehors.

    — Méfie-toi des hiboux, lui conseilla Cameron tout à coup en se détournant de la fenêtre.
    — Pourquoi ?

    Cameron l'ignora avant de repartir à grands pas. Juliet s'empressa de le suivre, réellement intriguée par ce qu'il venait de lui dire. Mais le jeune homme ne s'arrêta qu'une fois avoir passé une nouvelle porte et alla s'asseoir sur le rebord d'une fenêtre. Juliet se demanda vaguement si cet endroit était fiable et qu'aucun professeur ne risquait de les surprendre, mais ce couloir délaissé et dont toute la façade était couverte de fenêtre se présentait plutôt paisible à première vue. Alors Juliet s'assit à côté de Cameron, interrogative.

    — Tu ne t'es jamais demandée pourquoi mon père ne s'était jamais montré sous sa forme d'animagus ? Ça me semble assez évident pour un professeur de métamorphose.

    Juliet tomba des nues : en première année, certains élèves de sa classe l'avaient interrogé à ce sujet et Aaron Lloyd leur avait répondu qu'il voulait préserver son secret, nourrissant ainsi l'admiration d'un bon nombre de ses étudiants. L'idée de connaître sa forme d'animagus était progressivement sorti de l'esprit de la jeune fille au fil des années. Ainsi, il pouvait se transformer en hibou à volonté ? Réprimant des frissons dus à la fraîcheur des lieux et pas seulement, Juliet resserra son écharpe rouge et jaune autour de son cou.

    — Pratique, hein ? soupira Cameron en sortant un paquet de cookies de la poche de sa cape.

    Songeuse, Juliet médita ces révélations en grignotant un de ces biscuits.

    — Depuis cette affaire avec ta soeur, reprit Cameron en émiettant un cookie, j'ai l'impression qu'il a redoublé de prudence concernant ses projets personnels. Et il commence à faire peur à Maisie.
    — Comment ça ? s’étonna Juliet en s’efforçant d’imaginer une Maisie Lloyd craintive - sans succès. Je suis certaine que Maisie n’a jamais peur de rien, même un épouvantard reculerait devant elle.

    Cameron arrêta d'écraser son biscuit qui produisait de petits crépitements. Juliet se rendit compte qu'elle avait été un peu trop audacieuse et qu'agir ainsi avec lui pouvait être une erreur. Il n'était pas à l'aise pour parler de lui et s'attaquer à une cause qui le touchait de très près était risqué de la part de la Gryffondor.

    — Je sais qu’elle n’a pas été très indulgente avec toi, mais ce n’est pas une raison pour dire une telle chose, répondit froidement Cameron.

    Juliet blêmit.

    — Elle a ses torts, poursuivit-il d’une voix plus douce, mais les choses n’ont pas été faciles pour nous ces dernières années. Quand ma mère est partie de la maison, Maisie lui en a énormément voulu, et elle lui en veut toujours d’ailleurs. Ça fait trois ans qu’elles ne se sont plus adressé la parole.

    Puis, Cameron éclata d'un rire froid que Juliet ne lui connaissait pas.

    — Je ne sais même pas pourquoi je te raconte ça.
    — Pourquoi pas ? Tu peux me faire confiance.

    Cameron se retourna vers Juliet en fronçant les sourcils.

    — Tu as peut-être aussi besoin de quelqu'un à qui te confier, après toutes ces années, dit-elle lentement en ne déviant pas le regard bleu perçant du Serpentard.
    — Mais toi et moi, on est différents, répliqua Cameron, parler de ce que tu ressens, de tes journées ou de tes problèmes à quelqu'un te fait du bien, mais c'est l'inverse pour moi. Pourquoi crois-tu que je n'aime pas me lier aux gens ? Exposer tes faiblesses au monde entier ne fait que te rendre plus vulnérable.
    — Alors pourquoi tu arrives à me parler de ta famille ?

    Juliet ne put s'empêcher d'avoir un petit sourire en détournant le regard, devant l'expression de surprise de Cameron. Il restait un mystère pour elle. Parfois, elle admettait ne pas comprendre la réserve d'Albus, mais en y réfléchissant, la retenue impressionnante de Cameron était probablement l'une des raisons qui l'avait attirée, au début. La prudence dont avait fait preuve Cameron pendant toutes ces années lui avait donné cet air attachant, de celui qu'on a envie de protéger, de découvrir et de faire sortir de ses sentiers battus.

    S'il refusait tout contact avec quiconque pour se préserver lui-même, ils n'en seraient vraisemblablement pas là où ils en étaient ce soir. Il ne l'aurait pas aidée, elle, une Gryffondor qu'il se serait contenté d'ignorer si elle l'avait laissé tomber après l'avoir invité à Pré-au-Lard. Juliet était sûrement incapable de se battre en duel comme lui le faisait, mais au moins, elle s'était rendue compte plus tôt que Cameron n'était pas si acariâtre qu'il le laissait croire à tout Poudlard et à sa famille.

    — Tu n'es pas détestable, et tu n'es pas un monstre non plus, loin de là, reprit Juliet d’une petite voix.

    Cependant, Juliet remarqua que le Serpentard n'eut pas l'air de prendre très bien sa dernière remarque, alors elle demeura silencieuse, soucieuse de ne pas l'offenser.

    — Puisqu'on est dans les révélations, je dois aussi t'avouer que j'ai très souvent eu des envies de meurtre quand je t'entendais dans les couloirs la nuit. Vous étiez insupportables, toi et ton petit groupe de Gryffondor bienheureux... Mais tu t'es améliorée depuis, s’empressa-t-il d'ajouter en voyant Juliet lui faire les gros yeux.

    Juliet eut beau se mordre la lèvre pour réprimer son sourire, elle ne put que répondre à celui de Cameron, même si ce revirement de comportement la déstabilisait légèrement.

    Puis soudain, un bruit sourd provoquant un petit tremblement au sol se fit ressentir, sans que l'on puisse déterminer exactement la provenance de la mini-secousse. Juliet, affolée tout à coup, se leva d'un bond inspectant les deux extrémités du couloir. Personne.

    — On devrait rentrer, suggéra Cameron en se levant à son tour, suspicieux.
    — Qu’est-ce-que c'était ?
    — Je ne sais pas, mais si on reste dans le coin, on pourrait se faire prendre à cause de ça. Et Tourdesac nous a déjà à l’oeil, tous les deux.

    Juliet remercia intérieurement la pénombre qui dissimulait ses joues devenues écarlates et donna le change en allant ouvrir la porte pour sortir. De l'autre côté, les choses paraissaient tout aussi calmes et rien n'avait bougé du tapis rouge usé qui longeait le couloir en passant par l'unique portrait représentant un moine qui grognait, réveillé par le bruit étrange. Juliet, suivie de près par Cameron, s'avança à pas de loup vers l'autre porte donnant sur leur unique sortie. Enfin, un caquètement bien connu les arrêta à un mètre de leur but.

    — C'est pas vrai, grogna Cameron. Il ne manquait plus que lui.
    — Gugus, je suis là ! s'exclama Peeves de sa voix insupportable. Toi aussi t'as entendu le boum ?! Ahahah !
    — ATTENDS ICI QUE JE T'ATTRAPE SALE VERMINE ! s'égosillait un Rusard à bout de souffle.

    Sans rien prévoir, la porte derrière laquelle se trouvaient Juliet et Cameron s'ouvrit à la volée et Cameron eut juste le temps de la tirer violemment sur le côté alors que le battant n'aille la heurter de plein fouet. La respiration coupée sous le choc, Juliet vit Peeves, l'esprit frappeur de l'école, voleter joyeusement droit devant lui sans les avoir remarqué, Rusard à ses trousses. Il soufflait comme un boeuf, claudiquant comme jamais à la suite de son pire ennemi.

    A moitié planqués derrière la porte grande ouverte, Juliet regardait disparaître le vieux concierge à l'autre bout du couloir tandis que Cameron ne relâchait pas la pression autour du bras de la jeune fille.

    Waouh, fit Juliet une fois que les caquètements de Peeves se furent suffisamment éloignés. On a eu chaud cette fois.

    Cameron acquiesça tout en reprenant ses esprits mais remarquant qu'il ne la lâchait toujours pas, Juliet s'apprêta à l'entraîner quand elle croisa ses yeux bleus trop saisissants. Même dans la pénombre, quelque chose l'interpellait dans son regard, cette même lueur qui l'avait tant perturbée presque trois mois plus tôt. Alors, Juliet céda à ses pulsions qu’elle-même était bien incapable de toujours comprendre. Elle se dressa sur la pointe des pieds et sans se poser de questions plus longtemps, elle embrassa Cameron.

    A son contact, Cameron se figea d'emblée, mais cela ne dura qu'un court instant. Très vite, il répondit au baiser de Juliet qui passa ses bras autour de son cou, portée par le trop plein d'émotions qu'elle venait de ressentir. Ce qu'elle s'était imaginé était bien fade face à la réalité. Les lèvres de Cameron étaient biens plus douces que ce qu'elle avait pu imaginer.

    Envahie par son exaltation, Juliet eut du mal à quitter son rêve éveillé quand un bruit semblable à celui qui s'était produit cinq minutes auparavant vint briser la quiétude du moment. Doucement, Cameron repoussa la Gryffondor, un léger sourire aux lèvres mais néanmoins alerte. Puis, sans qu'ils n'aient eu le temps de se concerter, le bruit sourd accompagné de petites secousses fut alors suivi d'un boucan tonitruant. Sous leurs pieds, le sol en pierre était sujet à un véritable tremblement de terre.

    Après avoir échangé un bref regard paniqué avec Cameron, Juliet fut certaine qu'un éboulement s'était produit quelque part dans le château.

    End Notes:

    Vous avez connu les jeux Harry Potter sur pc ? Genre le tout premier ? Perso les courses poursuites avec Rusard me rappellent toujours ces jeux là où il fallait sauter sur les étagères de la bibliothèque pour lui échapper et lancer des Flipendo pour les renverser. C'était trop bien. Comment ça vous vous en foutez ?

    Allez, à la prochaine les potterheads.

    Les risées de Gryffondor by Pinkgrass
    Author's Notes:

    Fanfiction 2 - 0 Rapport de stage

    (je pense que la prochaine fois que je poste, il faudra commencer à s’inquiéter. Ou pas. Je suis une pro de l’urgence dans des conditions extrêmes)

    Certains d’entre vous le savent sûrement -ahem ahem-, j’ai quelques difficultés à écrire depuis un moment. Ca passera, mais en attendant, j’ai même du mal à réécrire certains passages, donc si la suite se fait attendre… désolée. Mais je suis dans les temps là je crois.

    Aujourd’hui, le chapitre est un peu plus long que d’habitude, j’ai ajouté le début du chapitre 22, vous allez comprendre pourquoi à la fin. J’espère que ça vous plaira.

    Ouch !

    Un pied coincé dans la marche escamotable, Juliet jura avant de se rendre compte que c'était une très, très mauvaise idée. Ce n'était pas le meilleur moment de signaler sa présence alors qu'un éboulement quelque part dans le coin venait juste de se produire. Cameron revint rapidement sur ses pas en voyant qu'elle ne la suivait plus et l'aida à se relever. Juliet avait fini par croire que même le château s'était interposé entre elle et Cameron, à l'instar de ses camarades. Mais pour l'instant, le plus important était de mettre le plus de distance possible entre eux et le supposé carnage.

    — Fais attention, marmonna le Serpentard alors qu'ils s'étaient remis en route.

    Plus prudente que jamais, Juliet redoubla de précautions pour ne plus se prendre les pieds dans quelque chose. Explorer le château et connaître ses pièges était son domaine, par Merlin ! Ils arrivèrent enfin à la tapisserie par laquelle ils étaient passés un peu plus tôt dans la soirée sans avoir croisé ne serait-ce qu'un fantôme. Pourtant, des voix se faisaient entendre et Juliet n'arrivait jamais à déterminer d'où elles venaient, ni de qui il s'agissait. Son coeur battait la chamade à l'idée de se faire attraper et surtout de découvrir ce qui avait provoqué ce raffut. Et le plus étonnant était très probablement le fait qu'ils ne soient pas tombés sur un mur défoncé ou un éboulis. Non, le château semblait être intact.

    Arrivés en haut de l'escalier dissimulé, Cameron brandit son bras pour empêcher Juliet de poursuivre. Cette dernière fronça les sourcils.

    — Je crois qu'il y a quelqu'un, chuchota-t-il, l'oreille tendue vers le couloir dissimulé par la tapisserie.
    — J'entends rien.

    Juliet avait beau essayer de capter le moindre bruit, pour elle, le couloir restait désespérément vide à son oreille. Elle détourna le regard de Cameron en sentant le rouge lui monter au joues. Le souvenir de leur baiser échangé il y a tout juste cinq minutes la mettait dans un tel état d'excitation qu'elle ne pouvait plus le fixer sans y penser. Alors elle se détourna des si beaux yeux du Serpentard et repoussa la tapisserie pour dissimuler sa gêne. Et elle fonça dans quelqu'un. Ils tombèrent tous les deux au sol sous le choc de la collision.

    — Juliet !

    Fred Weasley la regardait avec un air ahuri avant de se relever rapidement. Ce n'était qu'une fois de nouveau sur ses pieds que Juliet constata la présence de James qu'elle se contenta de tout bonnement ignorer. Cependant, elle ne put laisser passer le regard noir qu'il lançait à Cameron, lui aussi découvert. Puis, Juliet réalisa.

    — C'était vous ?

    Le jeune homme métisse ouvrit la bouche pour répondre, la gêne se lisant à des kilomètres sur les traits de son visage. Juliet le prit pour une réponse positive. Si Fred n'osait pas lui répondre, c'était qu'il était forcément pour quelque chose dans les éboulements plus tôt dans la soirée. Seulement, Juliet ne s'attendit pas à ce qu'une autre personne réponde à sa place :

    — Tous les quatre, dans mon bureau, IMMÉDIATEMENT.

    Sous la voix calme mais d'où on percevait des accents de rage particulièrement prononcés, Juliet ressentit des frissons le long de sa colonne vertébrale : Tourdesac ne serait certainement pas d'humeur pardonnable cette fois-ci.



    — Je ne vais pas le répéter plus longtemps, si vous ne me dites pas qui est responsable de ce raffut, la sentence sera bien pire que dans vos cauchemars les plus sombres.

    Juliet se pinça les lèvres, nerveuse. Cela faisait bientôt vingt minutes qu'ils étaient enfermés, elle, Cameron, James et Fred, dans le petit bureau exigu du professeur Tourdesac. Elle était postée dans un coin de la pièce, près de Cameron, mais depuis le début, elle ne détournait pas le regard du bout de ses ballerines qui semblaient avoir pris une importance notable depuis qu'ils étaient arrivés ici. Personne ne disait un mot : ni Fred, ni James ne laissaient penser quoi que ce soit concernant leurs activités de la nuit. Quand aux deux autres, Tourdesac devait encore imaginer qu'ils s'étaient retrouvés pour passer une nuit ensemble.

    — Vous voulez vraiment savoir ce que j'en pense ? répliqua soudainement Cameron, agacé à l'idée d'être enfermé ici. Vous savez aussi bien que moi qu'il n'y a que Potter et Weasley pour foutre le bordel dans le château. Alors pourquoi nous garder tous ici ?
    — Surveillez votre ton, Mr Lloyd ! fulmina le professeur Tourdesac, dans sa robe de chambre. Vous n'êtes pas aussi irréprochable que vous semblez le penser, sinon, vous seriez sagement dans les cachots de Serpentard, et pas six étages au dessus à batifoler comme vous le faites avec miss Hardy !

    James toussota de contentement et Juliet se retint de ne pas aller le frapper.

    — Professeur Tourdesac, dit alors calmement Fred en joignant ses deux mains. Peut-être que vous avez attrapé les mauvais fauteurs de trouble ? Peut-être que d'autres personnes sont en train de détruire le château à l'heure actuelle. Ce n'est qu'une suggestion mais...

    Devant le regard noir de la vieille chouette, Fred se tut instantanément. Quand leur professeur se leva pour se pencher par dessus le bureau, appuyant ses mains dessus, Fred avait reculé d’un pas tremblant. Puis, Tourdesac les regarda un à un, les jugeant tour à tour avant de planter son regard noir dans celui de Fred.

    — Mr Weasley. Me prenez vous pour une imbécile ? Les éboulements ont cessé depuis une demi-heure, soit le laps de temps depuis que vous êtes ici. Et je vous retrouve tous les quatre, ensemble. A cause de vous, tout le monde au château est réveillé, vous avez provoqué une panique générale, on a même retenu l'un de vos camarades de Gryffondor de sauter par la fenêtre parce qu'il croyait à une attaque d’ex-mangemorts. C'est pourquoi je retire cinquante points à Gryffondor, chacun.
    — CHACUN ? s'exclamèrent Juliet, James et Fred simultanément.

    De son côté, ce fut au tour de Cameron de ricaner sombrement.

    — Et bien entendu, reprit Tourdesac en se tournant vers lui avec un grand sourire dévoilant des dents jaunies. Je retire également cinquante points à Serpentard.

    Cependant, cela ne fit aucun effet à Cameron, qui s’adossa contre le mur, l'air détendu.

    — Votre père sera également prévenu, Mr Lloyd, ainsi que vos parents dès ce soir, ajouta-t-elle aux trois autres.
    — Oh non, pas ça... souffla James en se plaquant une main sur le front.
    — Il fallait y réfléchir avant, Potter, rétorqua sèchement Tourdesac. Maintenant, vous allez rentrer sagement dans vos salles communes respectives. Mais sachez qu'au moindre éboulement suspect, je suggère vos renvois de l'école au directeur. Oh, et je réfléchis à votre prochaine retenue.

    Le professeur Tourdesac les observa quelques instants de plus, les yeux plissés, puis elle leur fit un geste las de la main et les quatre élèves s'empressèrent de quitter le bureau. Juliet se trouvait presque dans un état second en passant le seuil de la porte. A eux trois, ils venaient de faire perdre cent cinquante points à Gryffondor et surtout, Charles Hardy allait l'apprendre. Tout ce qu'elle espérait était qu'il ne lui ordonne pas de rentrer en France après tous ces mystérieux événements. Après tout, il lui avait bien ordonné de se tenir tranquille avant qu'il ne parte avec Andrea. Et elle avait fait tout le contraire de ce qu'elle était supposée faire.

    — Bon, Juliet, tu te magnes ? grogna James un peu plus loin.

    Juliet lança un regard désespéré à Cameron qui était sorti à sa suite, l'air amer et de mauvaise humeur. Elle aurait voulu lui souhaiter une bonne nuit avant de se rendre compte que cela paraissait déplacé dans une pareille situation, alors elle lui sourit un peu tristement. Il lui répondit la pareille quand enfin, elle tourna les talons sans oser regarder une nouvelle fois dans sa direction et rejoignit les deux septième années de Gryffondor.

    — Vite, filez-moi une pastille anti-gerbe, marmonna James.

    Pour la deuxième fois de la soirée, Juliet s'empêcha de ne pas le frapper ou de lui faire mal. Elle ne savait pas pourquoi il se montrait si mesquin avec elle mais tôt ou tard, ses « bons sentiments » comme il aimait lui-même les appeler allaient vite être oubliés et remplacés par des envies de meurtre. Cependant, Juliet tâcha de l'oublier et de se concentrer sur Fred alors qu'ils remontaient d'un pas rapide à leur tour.

    — Qu’est-ce-que vous faisiez ? lui demanda-t-elle à voix basse, consciente qu'ils pouvaient encore tomber sur n'importe qui.
    — Pas ici, répondit simplement Fred, les murs ont des oreilles.

    La sixième année retint alors son flot de questions qui la harcelaient intérieurement. C'étaient eux qui avaient produit tout ce boucan, elle en était certaine mais de là à en connaître les raisons et le comment, Juliet avait l'impression de se retrouver face à un gros trou noir. Et ce qui était tout de même très étrange était le fait qu'aucune partie du château n'avait été endommagée. Qu’est-ce-que James et Fred avaient bien pu fabriquer pour provoquer un tel bruit dans les couloirs de l'école ?

    Finalement, les trois Gryffondor rentrèrent dans leur salle commune sans un bruit tout en ayant salué Nick Quasi sans Tête qui flottait près du portrait de la Grosse Dame. La pièce était vide. S’il y avait eu panique un peu plus tôt, les débordements devaient avoir été contrôlés puisque tous leurs camarades semblaient être rentrés dans leur dortoir respectif. Mais avant que Juliet n'ait eu le temps de demander son reste, elle suivit du regard James s'empresser de se diriger vers les dortoirs des garçons, raide et sans un mot. Alors Juliet se tourna vers Fred, qui haussa les épaules avant d'aller s'avachir dans un canapé.

    — Ça fait deux semaines que je me retiens d'aller le noyer dans le lac, soupira Fred, à moitié écroulé.
    — Toi aussi ? demanda Juliet d'un ton sarcastique en s'asseyant dans le fauteuil d'à côté.

    Fred acquiesça d'un signe de tête paresseux puis ferma les yeux l'espace d'un instant.

    — Alors ? insista Juliet.
    — D'accord, je te dois une explication, admit enfin Fred après s'être redressé. Tu te rappelles du jour où je vous ai dit à Troy et toi que j'avais un projet ? Eh bien j'avais décidé de m'y mettre maintenant, je pensais que ce serait une pierre deux coups. J'aidais James à se changer les idées et en même temps je m'exerçais à mon futur métier.

    Juliet fronça les sourcils, circonspecte. Puis elle se souvint d'un soir d'été, au détour d'une conversation, quand Fred lui faisait part de ses plans pour devenir architecte, se lancer dans la construction et la rénovation de bâtiments, ce qui demandait une formation assez complète dans le monde moldu. C'était un métier qui demandait énormément de travail et de précision et Juliet ne doutait pas que derrière ses airs détendus, Fred était quelqu'un d'assez déterminé et travailleur.

    — Tu sais aussi bien que moi que tous les passages pour se rendre à l'extérieur ont été bloqués depuis la guerre, continuait Fred d'un air sévère. Mais en étudiant de près la carte des Maraudeurs, je me suis rendu compte qu'il y avait eu un passage bloqué par un éboulement depuis des dizaines d'années. J'ai décidé de le réhabiliter. Ça fait plus d'un mois que j'essaie d'y remettre de l'ordre et à me frayer un passage... Et ce soir, j'avais décidé d'emmener James avec moi. Grave erreur.

    Les yeux ronds, Juliet avait les yeux rivés à ceux clairs de Fred, le poussant à lui faire part du reste de l'histoire.

    — Il n'écoute jamais ce qu'on lui dit, soupira Fred. Je lui avais dit de ne pas toucher à certaines pierres instables, je les avais même colorées en rouge ! Mais il a quand même réussi à en faire tomber deux avant que l'avalanche ne se produise. En voyant que toute l'arcade se mettait à trembler, on est sortis en courant. Résultat, des semaines réduites à néant et mes amis qui comptent rester à Poudlard pour les vacances ne pourront pas sortir à la dérobée !
    — Fred ! protesta Juliet, ébahie. Vous auriez pu vous tuer !
    — Tu comptes vraiment me faire la morale ? se plaignit Fred qui était complètement blasé par la situation. J'en ai déjà assez de ma mère qui a failli venir à Poudlard en apprenant mes exploits du dernier match.

    Avec une grimace, Juliet se rappela de l'unique fois où elle avait rencontré Angelina Weasley, une femme grande qui s'était montrée très imposante en parlant de l'année où elle avait été Capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Fred approuva d'un petit sourire en coin, signe qu'il avait compris le rictus de la sixième année.

    — Je suis désolé, Juliet, s'excusa Fred après avoir passé une main gênée dans ses cheveux. C'est de ma faute, j'aurais du tout avouer à Tourdesac, mais j'avoue qu'elle m'a donné froid dans le dos sur le coup. Si tu veux, j'irais la voir demain.
    — Non laisse tomber, objecta Juliet avec un revers de la main. Ça fait plusieurs fois qu'elle nous tombe dessus de toute façon. Elle m'aurait donné la même punition s'il n'y avait pas eu votre accident.

    Tout à coup rattrapée par sa fatigue, Juliet se leva d'un bond sous le regard suspicieux de Fred. Après cette soirée mouvementée, elle n'avait qu'une idée en tête, celle de se blottir dans son lit, avec son chat s'il était dans son dortoir, et tout oublier. Cependant, au moment où elle souhaitait bonne nuit à Fred, celui-ci l'interrompit d'un ton hésitant et incertain qui le lui ressemblait pas :

    — Dis, Juliet, c'est sérieux entre toi et Lloyd ?

    Juliet, arrêtée à mi-chemin entre lui et les escaliers. S'il y avait bien une question qu'il ne fallait pas poser ce soir-là, c'était bien celle-ci. Toutes ses interrogations concernant la réciprocité de ses sentiments envers Cameron lui donnaient un mal de tête terrible et elle avait espéré les mettre de côté avant d'aller se coucher, surtout après qu'ils se soient embrassés. En y repensant, elle s'était sentie comme sur un petit nuage.

    — Plus ou moins, répondit vaguement Juliet avant de se précipiter vers les dortoirs.

    Pourtant, si Juliet avait pensé esquiver les suspicions de Fred, elle ne put éviter les trop nombreuses questions de Rose qui l'attendait de pied ferme dans leur chambre. Passer au crible tous les détails de sa soirée pour lui raconter ce qui avait provoqué tout ce bruit répercuté dans les entrailles du château attendait encore Juliet avant qu'elle ne puisse enfin s'écrouler d'abattement sur son lit.



    Le lendemain matin, un grand bruit traversait la table des Gryffondor au petit-déjeuner. A la vue des sabliers géants, les protestations avaient commencé entre leurs rangs : comment le sablier de Gryffondor avait-il pu perdre la moitié de ses rubis en une nuit ? Rapidement, on avait établi le lien entre la perte soudaine de points et le raffut qui avait réveillé la majorité du château en fin de soirée. On passait même de groupe en groupe pour tenter d'en savoir plus, car dans leur maison, la Coupe des Maisons était un sujet à prendre avec des pincettes : cela faisait dix ans que Gryffondor n'avait pas remporté victoire et tout élève surpris à faire perdre ne serait-ce qu'un point devenait la risée de toute la maison.

    C'était donc dans une ambiance lourde et tendue que Juliet, Rose et Albus prenaient leur petit-déjeuner, au bout de la longue table. Sur le chemin, les deux filles avaient alors raconté toute l'histoire à Albus qui les avait écoutées avec ahurissement. On les avait aussi souvent accosté pour savoir s'ils savaient quelque chose, mais grâce à son aura de préfet, Albus s'était montré cinglant et menaçant pour éloigner les curieux. Malheureusement, même si leurs camarades étaient dans l'incompréhension la plus totale, les trois amis savaient pertinemment qu'ils allaient bientôt connaître le fin mot de l'histoire.

    — Bande d'inconscients, les sermonna Albus avant de mordre de façon sauvage dans un toast. Ils sont les premiers à donner des leçons aux nouveaux et il n'appliquent même pas ce qu'ils disent. C'est encore fichu pour cette année !
    — C'était pour la bonne cause, se défendit timidement Juliet.
    — Toi, ne la ramène pas, rétorqua Albus en la foudroyant de ses yeux verts. C'est de ta faute pour un tiers, je te signale !
    — Al ! Calme-toi, on nous regarde ! murmura Rose à son oreille.

    Albus n'eut pas le temps de répliquer quoi que ce soit à sa cousine que leur attention se tourna vers l'arrivée du courrier. Juliet eut alors l’impression que les hiboux et chouettes étaient beaucoup plus nombreux qu'à l'accoutumée. Son mauvais pressentiment ne fit que s'accroître quand le hibou grand duc de son père se posa majestueusement en face d'elle. Alarmée, Juliet déglutit en gardant ses yeux rivés à ceux de l'oiseau. « Peut-être arriverais-je à le convaincre de partir avec la lettre ? », se dit-elle silencieusement. Puis, s'avouant enfin vaincue, elle prit la lettre que le hibou lui avait apportée avec des mains qui tremblaient légèrement.

    — Regarde, je crois que ton frère a reçu une Beuglante ! s'exclama Rose en pointant James du doigt, au milieu de la table.

    Soudain, Juliet se dévissa le cou pour vérifier les dires de son amie. Et en effet, James tenait entre ses mains une enveloppe caractéristique, l'air complètement paniqué à l'idée de l'ouvrir. A côté de lui, tout le monde s'était tu. Son amie Melinda lui secouait le bras pour le forcer à réagir tandis que Carlton, assis de l'autre côté, se retenait de pouffer de rire. Puis finalement, James sembla enfin reprendre ses esprits et se leva subitement, alors que l'enveloppe frémissait entre ses doigts. Sous les encouragements de ses amis, James piqua un sprint vers la sortie de la Grande Salle, attirant vers lui absolument tous les regards.

    — JAMES SIRIUS POTT… ! hurlait une voix féminine tandis que la garçon à la tignasse ébouriffée disparaissait.

    La voix amplifiée de Ginny Potter disparut totalement quand James eut l'intelligence de sortir, le fracas de la porte du hall d'entrée laissant un silence imposant parmi tous les étudiants attablés. Et aussitôt, on fit le lien maudit entre la perte de points chez Gryffondor et la beuglante que venait de recevoir James. Contrairement à ses habitudes, Fred n'accueillit pas cette nouvelle attention portée sur lui avec des rires, pire que cela, il prétexta un mal de tête et s'enfuit hors de la Grande Salle. Tout à coup, Juliet sentit qu'un courant glacé lui traversait le corps. Secrètement, elle espérait que personne ne ferait le lien entre elle et ses escapades nocturnes avec James.

    — Parais naturelle, lui chuchota Rose tandis le silence pesant toujours aussi impénétrable.

    Sous les conseils de Rose, Juliet souffla un bon coup et attrapa sa tasse de café pour donner le change, consciente que la quasi-totalité des Gryffondor se questionnait. Elle ne pouvait pas s'enfuir comme Fred, tout de même ! Alors Juliet se tourna vers Albus, un peu anxieuse.

    — On a quoi comme cours aujourd'hui ?



    Hardy, si tu ne marques pas vingt-cinq buts au prochain Gryffondor-Poufsouffle, on fait de ta vie un enfer.

    En deux jours, c'était le quinzième mot de menace que Juliet recevait. Ajoutés à la missive particulièrement alarmante que son père lui avait envoyé, les nerfs de la jeune fille était à vif. Si ce type d'affaire venait à se répéter, elle ne donnerait pas cher de sa peau et elle serait réduite à compter les jours qui la sépareraient de son départ de Poudlard. Fred et James aussi avaient été considérablement touchés par les esprits échauffés de leur maison, et dans leur cas, c'était du nouveau. Jamais leur réputation n'avait été entachée, on les prenait davantage pour les rois de Poudlard, même l'écart de Fred durant le match avait surtout apporté une dose de railleries et non un rejet certain de leurs pairs.

    L'atmosphère bon enfant qui régnait alors au sein des Gryffondor n'était plus du tout au beau fixe. D'ordinaire, James et Fred s'appliquaient à mettre une ambiance joviale en salle commune, discutant avec un peu tout le monde et inspirant l'admiration des plus jeunes. Cependant, c'était de l'ordre du révolu. Fred fuyait autant que possible les foules, évitant ainsi les soirées en salle commune et James quant à lui était devenu si détestable que personne ne voulait plus l'approcher sous peine de subir ses foudres. Macmillan était le premier à s'en plaindre, notamment pour les séances d'entraînement, mais lui-même craignait tellement ses excès de mauvaise humeur qu'il n'osait plus lui faire la moindre remarque.

    De son côté, Juliet n'avait rien changé à ses habitudes, elle se surprenait même à passer des heures et des heures avec Rose sans qu’elles ne se prennent la tête, ce qui n'était pas le cas d'Albus. Juliet le savait, tant qu'elle ne faisait pas perdre de points à leur maison, elle pouvait faire tout ce qu'elle voulait, mais cette fois, cette histoire avait eut trop de conséquences pour le préfet qui prenait la cause de Gryffondor très à coeur. S'il n'y avait pas eu Cameron et Rose, Juliet se serait sentie bien démunie face à tous ceux qui lui tournaient le dos.

    Bien sûr, Albus n'était pas vraiment en colère contre elle, mais ce n'était pas le cas de James qui lui au contraire paraissait s'appliquer à lui montrer ses ressentiments à tout moment de la journée : à la moitié des séances de Quidditch auxquelles il assistait et même quand ils se croisaient dans les couloirs.

    — Désolé, je suis en retard, j'avais un truc urgent à régler...

    Le souffle court, Cameron ferma la porte de la salle dans laquelle ils s'entraînaient. Juliet s'empressa alors de ranger le morceau de parchemin de menace dans son sac et lui sourit. Le Serpentard jeta un bref coup d'oeil au geste précipité de la jeune fille, fronça les sourcils, puis déposa ses affaires.

    — On bosse sur les informulés maintenant ? proposa alors Cameron en se rapprochant d'elle. Parce que quelque chose me dit que la retenue de ce soir sera nettement plus longue que les autres.
    — J'avais oublié, soupira Juliet en se frappant le front du dos de sa main. Et moi qui pensais être débarrassée de James pour une soirée.

    Cameron se contenta de hausser les sourcils, n'en pensant pas moins.

    — Bon, on s'y met ?

    Avec un sourire rayonnant, Juliet sauta de la table sur laquelle elle était assise et sortit sa baguette, prête à en découdre.

    Juliet et Cameron travaillaient dur pour la remettre à niveau. Ayant accumulé beaucoup de retard principalement dans la pratique, Cameron se montrait impitoyable quand il remarquait que Juliet n'était pas au meilleur de ses capacités, lui démontrant que son manque de confiance en elle influençait grandement sur ses pouvoirs magiques. Personne n'était arrivé à lui faire faire de tels progrès en si peu de temps. Si le chemin entre ses anciennes inaptitudes et les notes optimales était encore long à parcourir, Cameron la rassurait en lui affirmant que oui, c'était dans ses cordes.

    Lorsque l'estomac de Juliet gargouilla après avoir passé une heure à s'entraîner sur les informulés en défenses contre les forces du Mal, ils décidèrent tous les deux de faire une pause bien méritée avant de se rendre à leur retenue. Tout ce qu'ils savaient, c'était que le professeur Tourdesac leur avait fait parvenir un message leur disant d'être dans le hall d'entrée à huit heures tapantes. Et ce lieu si inattendu avait le don d'intriguer Juliet au plus haut point tandis que Cameron et elle descendaient les étages.

    — Ça te dirait, un passage de l'autre côté ? suggéra Cameron.
    — Pardon ? s'étonna Juliet en faisant attention à ne pas rater une marche.
    — On pourrait manger ensemble à ma table.

    Bouche bée, Juliet s'arrêta en plein milieu des escaliers du premier étage. Depuis quand Cameron lui faisait de telles propositions ? Mais remarquant que son invitation à sa table troublait la Gryffondor à ce point, il soupira.

    — Tu crois vraiment que je suis aveugle, Juliet ? Tes poches débordent des mots doux que tes amis n'arrêtent pas de t'envoyer. Si tu venais manger avec moi à la table des Serpentard, je pense que ça y mettrait un terme. Personne n'est venu me voir quand toute ma maison a appris que je leur avais fait perdre cinquante points.
    — Oui mais... moi ? A la table des Serpentard ? balbutia Juliet.
    — C'est ce que je te propose, en effet.
    — Tu ne sais pas ce que ça implique.

    En proie aux tourments, les pensées de Juliet s'entrechoquaient pour ne plus être cohérentes les unes entre les autres. Cameron ne pouvait pas être sérieux. Si effectivement elle mangeait à ses côtés, non seulement on la laisserait enfin tranquille mais surtout, les rumeurs qui courraient entre eux seraient fixées : Juliet Hardy et Cameron Lloyd sortaient officiellement ensemble. Et Juliet n'avait pas du tout pensé à cette possibilité. Faisant des efforts pour calmer les battements erratiques de son coeur, Juliet déglutit difficilement devant le regard de Cameron rivé au sien.

    — Au contraire, je crois que si, répliqua lentement Cameron en se rapprochant d'elle dans les escaliers.

    Cameron monta une nouvelle marche, qui précédait celle où Juliet, raide comme un piquet, se tenait. Même une marche en dessous d'elle, il restait plus grand qu'elle. Elle était bien plus obnubilée par sa proximité très étroite avec le Serpentard et par la lueur vive qui brillait dans ses yeux.

    — Prouve-moi que tu n'es pas la stupide et superficielle copine de Potter et Weasley qui ferait tout pour sauver son honneur de Gryffondor. Je sais que tu vaux mieux que ça.
    — Qu’est-ce-qu’on attend ? le défia-t-elle en prenant un peu plus d'assurance face à ses paroles.

    Une dizaine de minutes plus tard, Juliet prenait donc l'attitude la plus Andréenne qu'elle connaissait en honneur à sa soeur et accessoirement, pour se donner contenance en s'asseyant à la table des Serpentard, la table opposée à celle des Gryffondor. C'était la première fois qu'elle s'asseyait à une table qui n'était pas la sienne et encore moins en la compagnie de Cameron. Si on lui avait dit qu'elle était arrivée à ce stade, elle aurait cru que c'était une bonne blague. Cependant, elle se trouvait là aujourd'hui, très proche du garçon le plus redouté de Poudlard, en froid avec le reste de sa maison.

    Juliet faisait dos au reste de la Grande Salle, aussi faisait-elle attention à la moindre expression de Cameron lorsqu'il regardait autour de lui. Déjà, Juliet remarquait les trop nombreux regard tournés vers eux côté Serpentard alors quand elle faisait face au visage serein et détendu de Cameron, elle se demandait comment il faisait pour ignorer l'attention qu'on leur portait. Car elle en était persuadée, Juliet aurait juré que des dizaines de regards curieux ou outrés lui vrillaient le dos.

    — Tiens donc, bonsoir Juliet.

    Sur le qui-vive, la Gryffondor intruse lâcha la cuisse de poulet qu'elle était en train de se servir. Maisie Lloyd s'installait tranquillement à côté d'elle comme si elles étaient de vieilles amies. Reprenant les conseils de Rose un peu plus tôt dans la semaine, elle essaya de se convaincre d'agir aussi naturellement que possible. Maisie, extérieure au combat intérieur qui avait lieu en elle, commença à se servir dans le plat de spaghetti.

    — Qu’est-ce-que tu fais ? demanda froidement Cameron en la toisant.
    — Je viens manger, Cam, tout comme toi, lui répondit sa soeur, tout sourire.
    — Bien sûr, tu décides de venir manger avec moi, ce soir ?

    Maisie soupira avant d'attraper son verre de jus de citrouille. A côté, Juliet n'en menait pas large, elle décortiquait son poulet à l'aide de sa fourchette. La présence de Maisie avait eu raison de son appétit pour ce diner chez les Serpentard.

    — Je me préoccupe de ton bien, tu sais, se défendit Maisie d'une voix douce, faussement vexée. Et j'ai aussi envie d'apprendre à connaître ta petite amie.

    Cameron demeura impassible, ses yeux rivés à ceux de sa soeur. Pourtant, Juliet n'arrivait plus à faire semblant. Elle n'avait aucune envie de terminer son repas avec Maisie Lloyd à ses côtés.

    — La petite amie te dit d'aller te faire voir, Lloyd, lança sèchement Juliet avant de se lever.
    — On se voit plus tard alors, Hardy, répondit Maisie, pleine d’aplomb.

    Juliet ne daigna pas s'attarder sur Maisie, elle lança un sourire désolé et furtif à Cameron qui la regardait avec des yeux ronds. Puis elle quitta rapidement la Grande Salle. Mais arrivée dans le hall d'entrée, Juliet laissa disparaître son air assuré qu'elle s'était efforcée de conserver depuis qu'elle s'était assise à la table des Serpentard. Dépitée, Juliet alla s'asseoir sur la première marche du grand escalier de marbre. Certains élèves lui jetaient des regards curieux en passant, mais peu importait : elle ne se sentait pas bien.

    — Juliet...

    La jeune fille leva les yeux vers Cameron.

    — Je n'aurais pas du te proposer ça ce soir.
    — Ne t'en fais pas, ça va.

    Cameron, gêné, resta planté en face d'elle, ne sachant que faire. Puis il alla s'asseoir à ses côtés, silencieux.

    — Je la comprends pas, déclara enfin Juliet d'un ton distant. Elle vient me menacer hors du château parce que je passe du temps avec toi, le lendemain, Andrea disparaît, et maintenant elle fait comme si on était les meilleures copines du monde. Ta soeur est dérangée, Cameron. Je ne vous connais pas mais j’ai un mauvais pressentiment…

    Le Serpentard entrouvrit la bouche pour répondre, mais se ravisa au dernier moment. Il sembla se prendre d'intérêt pour la torche flamboyante sur leur gauche.

    — Tu n'es pas d'accord ? lui demanda-t-elle au bout d'une minute de silence en se tournant vers lui.
    — Je ne sais pas, avoua Cameron à voix basse tandis qu'un groupe de Serdaigle passait à leur niveau.

    Juliet était très loin d’être satisfaite de sa réponse. Elle décida d’insister, incertaine que ce soit la meilleure chose à faire.

    — Qu’est-ce-qui ne va pas avec elle ?
    — Rien… répondit vaguement Cameron en regardant dans le vide. La seule chose que je lui reprocherais, c’est de faire tout ce que mon père lui dit sans réfléchir…

    Sa voix était sombre, comme s'il regrettait de s'être trop confié. Pourtant, il était trop tard. Juliet ne pouvait pas faire semblant de n'avoir rien entendu et elle se promit que dès ce soir, elle irait tout raconter à Albus et Rose. Quel genre de choses pouvait-il bien lui demander de faire ? Sceptique, Juliet commença à se triturer les mains nerveusement.

    L'arrivée de James et de Fred coupa alors court à ses réflexions, l'heure de la retenue était arrivée. Comme à son habitude, Juliet reçut de la part de James un regard noir, tandis que Fred lui souriait un peu tristement. Quelques minutes plus tard, le professeur Tourdesac arriva le menton haut en compagnie de la nouvelle concierge, Rebecca Morris. Juliet et Cameron se levèrent pour rejoindre le petit groupe. Mais avant qu'ils ne soient arrivés à leur hauteur, Juliet retint Cameron par le coude, se dressa sur la pointe des pieds et lui murmura à l'oreille :

    — Ne crois pas que je vais te laisser t'en tirer aussi facilement.
    — Je sais.

    Quand il furent arrivés aux côtés du professeur, de la concierge, de Fred et de James, l'inquiétude reprit le pas sur la détermination qu'elle avait à découvrir ce que Cameron lui dissimulait. Le sourire sadique du professeur Tourdesac se lisait aisément sur son visage. A ses côtés, Morris paraissait naturelle, presque enjouée à l'idée de la retenue qui se profilait. Elle tenait également deux ou trois morceaux de parchemin dans ses mains.

    — Bonsoir, les salua la professeur de défenses. Ce soir, votre retenue est un peu spéciale. Puisque rien ne vous arrête, peut-être qu'un petit tour dans la forêt interdite fera disparaître votre grande passion commune, celle d'enfreindre le règlement de l'école. Miss Morris a besoin de mains supplémentaires pour sa thèse, elle vous donnera plus de détails dans un instant. Mais sachez que vous retournerez dans la forêt interdite autant de fois qu'il le faudra pour que votre mission soit terminée. Me suis-je bien faite comprendre ?
    — Mais la forêt est interdite, professeur, remarqua faiblement Juliet sans pouvoir s'en empêcher.
    — Très pertinent, miss Hardy, je n'en attendais pas moins de votre part. C'est une retenue, miss, pas des vacances.

    Pâlissant à vue d'oeil, Juliet ne fit même pas attention au coup d'oeil moqueur de Fred. Elle n'avait jamais mis un pied là-bas, à l'exception de son cours de soins aux créatures magiques. Cette forêt l'angoissait au plus haut point, et elle s'était toujours sentie mal à l'aise quand elle et ses amis passaient à la lisière. Et après ce qui était arrivé à Andrea, Juliet se sentait fébrile en imaginant ce qu'elle avait enduré là-bas. Non, elle ne pouvait pas y aller.

    — Vous vouliez faire deux groupes Rebecca ? l'interrogea Tourdesac.
    — Oui, pour couvrir plus de terrain, répondit joyeusement la jeune femme avant de se tourner vers Juliet. Tu peux venir avec moi, si tu veux.

    Intérieurement, Juliet fut soulagée : plus nombreux ils étaient et plus elle se sentirait rassurée. Malgré tout, sa fierté en prit un coup. On devait lire son appréhension et son angoisse à des kilomètres à la ronde.

    — Très bien, reprit le professeur Tourdesac après avoir réfléchi intensément. Hardy, Potter, vous accompagnerez miss Morris, Weasley et Lloyd, tâchez de ne pas vous entretuer.

    Juliet songea avec dépit qu'elle avait fait exprès de le séparer de Cameron. Pourtant, quand Juliet écopa du regard glacial que James lui lançait, elle regretta amèrement de ne pas faire sa retenue avec Fred. Enfin, Tourdesac leur souhaita bonne chance avant de s'éloigner d'un pas léger en direction des étages. Rebecca Morris eut un sursaut et entraîna les élèves dans le parc.

    Une fois dehors, la tension ne fit qu'augmenter pour la jeune fille. Elle avait un mauvais pressentiment. Rien de la neige qui craquait sous ses pieds ou du ciel étoilé ne parvint à la détendre. Et que voulait dire la vieille chouette quand elle parlait de couvrir du terrain ?

    — Entre nous, ne prenez pas ça comme une retenue, leur dit Rebecca Morris sur le ton de la confidence. Je vous serais infiniment reconnaissante si vous pouviez m'aider.
    — Tout ce que tu voudras, répondit Fred, enjôleur.

    Rebecca le gratifia d'un regard indulgent, puis continua :

    — Je ne peux pas vous révéler maintenant le sujet de ma thèse, mais je vais avoir besoin de certaines choses pour l'appuyer, c'est là que vous intervenez.

    Faisant face au regard curieux et circonspect des quatre étudiants, Rebecca sourit et distribua deux de ses parchemins à James et à Fred. Mais au moment où James posa les yeux sur le morceau de parchemin, il ouvrit de grands yeux ronds.

    — Tu as besoin de ça ? demanda Fred en se tournant à nouveau vers l'assistante de Rusard.

    A la grande surprise de Juliet et pour la première fois depuis des semaines, James ne la regarda pas avec son air dédaigneux. Intriguée, Juliet prit le parchemin qu'il lui tendait. Aussitôt, elle se sentit prise de vertiges. C'était la liste d’ingrédients que Rose et Albus avaient trouvé dans le bureau de Aaron Lloyd.



    — Pourquoi le sujet de la thèse est secret ? Vous avez reçu de l'aide d'un de nos professeurs ?

    Depuis plus d'une demi-heure, Juliet harcelait Rebecca pour lui soutirer des réponses à ses trop nombreuses interrogations. Elle était tellement obsédée par la liste qu'elle avait complètement oublié qu'elle était censée être en retenue. L'assistante de Rusard ne s'offensait pas de l'attitude presque agressive de la sixième année. En fait, elle ne l'écoutait pas vraiment. Rebecca était davantage concentrée sur sa mission : elle savait qu'ils ne trouveraient jamais tout ce dont elle avait besoin dans la soirée, malgré tout elle s'était fixée l'objectif de trouver le repère des acromantula de la forêt. Elle avait même chargé les deux élèves de s'occuper des crins de licorne.

    — Concentre-toi et regarde autour de toi, lui répétait vaguement Rebecca pour la dixième fois.

    Loin d'être satisfaite, Juliet se tut bien que rester silencieuse la démangeait tellement ses nerfs étaient à vif. Avant qu'ils ne se séparent pour aller chacun de leur côté, Juliet avait surpris Cameron rester figé sur le maudit morceau de parchemin et le fait qu'il ait été aussi interloqué qu'elle ne l'aidait pas à se calmer face à cette trop grosse coïncidence. Le peu d'assurance qu'elle avait réussi à rassembler pour se rendre au beau milieu de la forêt interdite lui avait été arraché par ce parchemin gribouillé d'ingrédients rares : il n'y avait pas de doute, il s'agissait de la même liste, des mêmes ingrédients et Juliet aurait même juré qu'ils avaient été écrits dans le même ordre.

    — Juliet, l'appela alors James qui marchait derrière.

    Surprise, Juliet se retourna et faillit trébucher sur une racine d'arbre. Éclairé à la lueur de sa baguette magique, James paraissait tendu. Il n'avait pas dit un mot depuis qu'ils étaient partis en expédition et à vrai dire, Juliet l'avait presque oublié tellement son comportement effacé ne lui ressemblait pas. Prenant un air aussi indifférent que possible - elle lui en voulait toujours après tout -, elle attendit qu'il la rattrape.

    — Pourquoi Albus avait cette liste ? lui demanda-t-il à voix basse.
    — Pas tes affaires, répliqua Juliet du même ton bas.
    — Où vous l'avez trouvée ?

    Lui non plus, James ne se départait pas de sa résolution à en savoir plus sur le morceau de parchemin que lui avait présenté son frère des semaines plus tôt.

    — Tu sais quoi, James ? Mes bons sentiments m'empêchent de te révéler quoi que ce soit. Je n'ai pas envie de te faire du mal, tu comprends ?
    — Hé vous deux !

    Rebecca s'était tournée vers eux et les regardait avec sévérité.

    — Je veux bien être sympa mais ce n'est pas une raison pour papoter, reprocha-t-elle, baguette levée vers eux.
    — On était loin de papoter, répondit froidement James après avoir lancé un énième regard dédaigneux à Juliet.
    — En plus, je vous ai donné la mission la plus simple, poursuivit Rebecca, une moue ennuyée au visage. Les licornes se prennent leur crinière dans les buissons. Ouvrez l'oeil.

    La jeune femme les jaugea du regard l'un après l'autre, puis elle se retourna et reprit son chemin. Aussitôt, James la suivit sans rien ajouter. Quant à Juliet, elle resta plantée là, se demandant avec mélancolie comment ils avaient fait pour en arriver là. Leur complicité lui manquait, et encore plus maintenant que de sombres secrets traînaient dans les couloirs de l'école. James, c'était celui qui avait été là pour elle quand elle se disputait occasionnellement avec Rose ou Albus et c'était aussi celui qui lui faisait oublier ses soucis rien qu'avec un Souaffle. Aujourd'hui, elle sentait presque abandonnée.

    Soudain, un loup hurla au loin. Juliet secoua la tête, encore trop pensive. En reprenant ses esprits, elle vit les deux silhouettes ainsi que la lueur de leur baguette magique s'enfoncer un peu plus profondément entre les arbres. Réprimant un frisson d'angoisse, Juliet repartit d'un pas pressé, jetant un coup d'oeil derrière son épaule. La jeune fille avait peur. Les craquements qu'elle entendait autour d'elle, les hululements de chouette et des bruits de sabots occasionnels la faisait violemment sursauter.

    Et surtout, la révélation que Cameron lui avait faite quelques jours plus tôt ne faisait qu'accroître sa paranoïa. Si Aaron Lloyd pouvait se transformer à volonté en hibou, elle ne se sentait définitivement pas en sécurité. Angoissée, ses regards frénétiques lancés autour d'elle se multipliaient à mesure que les minutes s'écoulaient. Juliet avait beau se mettre la mission de trouver ces crins de licorne en tête, ses pensées se tournaient inévitablement vers son professeur de métamorphose. Que fabriquait-il avec cette liste d'ingrédients si cela faisait partie de la thèse de Rebecca Morris, l'américaine fraîchement débarquée à Poudlard ?

    La seule certitude que Juliet pouvait avoir, c'était qu'il ne pouvait pas s'agir d'une simple coïncidence.

    Sur le qui-vive, elle resta dans les traces de James tandis qu'ils poursuivaient leur recherche dans un silence trop lourd pour être normal. Ils étaient arrivés dans une partie de la forêt où les arbres étaient denses et où la faible lueur apportée par une baguette magique n'éclairait pas plus loin que trois mètres. Le coeur battant à tout rompre, Juliet avait la désagréable impression d'être observée, et le temps n'allait pas en s'améliorant. Quand soudain, un éclat argenté attira son attention. Momentanément heureuse de sa trouvaille, Juliet quitta à pas prudents l'étroit chemin qui n'en était pas vraiment un.

    Un crin de licorne gisait là, sur le sol. Pourtant, en le ramassant, les questions se bousculèrent dans sa tête. Cet endroit ténébreux était bien trop sauvage pour un tel animal. Elle se souvenait très bien d'un de ses cours de soins aux créatures magiques où Hagrid leur avait précisé que ces créatures magiques préféraient les clairières et grands espaces. Et puis, en y réfléchissant, une licorne était un animal bien trop imposant pour circuler entre les troncs d'arbre. Aussi s’empressa-t-elle de ramasser l'unique crin avant de se rendre compte qu'effectivement, elle était observée.



    Quand James entendit crier, il fit volte-face. Juliet n'était plus derrière lui. Son sang ne fit qu'un tour, il revint sur ses pas en ignorant les appels de Rebecca Morris un peu plus loin. Il brandit sa baguette autour de lui à la recherche de la jeune fille, mais elle était introuvable. Pourtant il lui avait semblé que son cri n'était pas si éloigné... En ne la voyant pas se manifester, le souvenir d'Andrea Hardy qu'on ramenait de la forêt interdite s'imposa à son esprit. Aussitôt, une masse s'abattit sur son estomac. Pas elle.

    — Juliet ? JULIET !

    End Notes:

    Voilà. Un suspense en cache un autre ! Et celui là est bien mieux que celui d’origine, vous en conviendrez j’espère. Je devais couper au moment de la découverte de la liste…

    Le devoir m'appelle. Mon lit, en fait (il est tard à l'heure où je poste). Donc je vous laisse, à la prochaine !

    Le parfait coupable by Pinkgrass
    Author's Notes:

    Hello ! C’était bien parti, et puis… motivation chancelante en ce moment. Je ne sais pas si quelqu’un va lire cette note après le suspense de la dernière fois, mais si vous êtes là, à lire ces lignes, maintenant tout de suite, insérez "dragon pourpre" dans votre review. Si vous commentez bien évidemment. Je ne suis pas encore très douée en legilimancie, hein.

    Attention, chapitre un peu… varié. Il devait être plus court que le précédent mais au final, euh… je ne sais pas faire court, en fait. Bonne lecture.

    — Juliet ! JULIET !

    Les appels de James restèrent sans réponse dans la forêt sombre. C’était comme si toute vie avait été aspirée entre les arbres, le laissant seul à chercher Juliet dans l’immensité des lieux. Derrière lui, la voix de Rebecca lui semblait tellement lointaine qu’il ne lui répondait pas, absorbé à scruter la moindre parcelle d’obscurité autour de lui. S’il arrivait à Juliet ce qui était arrivé à Andrea Hardy, il ne se le pardonnerait pas. Pas après les semaines qu’il venait de passer à lui en faire voir de toutes les couleurs, à lui en vouloir et à se montrer infect.

    Quelle direction avait-elle pu prendre ?

    Les secondes semblèrent durer des heures. Chaque instant passé à la chercher resserrait l’étau qui lui comprimait l’estomac. James avait beau vouloir faire fuir cette image d’Andrea qui avait été retrouvée dans la forêt après des heures et des heures d’errance, elle revenait toujours plus vive et s’imposait à lui telle une évidence de ce qui allait arriver à son amie. James s’efforça de ne pas penser à cette éventualité et continua ses recherches en prenant un chemin envahi par les herbes folles. Juliet était forcément quelque part. Elle était juste derrière lui quelques instants avant qu’il n’entende ce cri. Elle était par ici. Elle devait être ici.

    Dammit, j’ai perdu une élève, s’exclama Rebecca Morris d’une voix aux accents désespérés.

    James se retint de ne pas lui lancer une remarque acerbe mais sa voix semblait s’être perdue au fond de sa gorge. Il parcourut quelques mètres à l’inverse de la concierge, à l’affut du moindre bruit ou de la moindre présence. Puis soudain, il remarqua une lueur à une dizaine de mètres. Ce ne pouvait être que la lueur de la baguette magique de Juliet. Fred et Lloyd étaient partis dans une direction bien trop éloignée pour qu’il puisse s’agir d’eux. James accéléra le pas, manquant de peu de se prendre le pied dans des racines et entra dans une petite clairière où il remarqua tout de suite la baguette sur le sol.

    Tout proche d’elle, Juliet était parterre et lui faisait dos, immobile. James ne se le fit pas répéter deux fois et plus que soulagé de la retrouver, il se précipita aux côtés de la sixième année et s’accroupit auprès d’elle. Ses yeux étaient grands ouverts et lorsqu’il la prit par le bras, il se rendit compte qu'elle tremblait de tous ses membres. Une nouvelle angoisse l’assaillit alors, tout aussi terrible que le fait de ne pas l’avoir retrouvée immédiatement.

    — Juliet ? Tu te souviens de moi ?

    Juliet tourna lentement son regard vers lui. La lueur de la baguette magique de James n’éclairait que leurs visages et conférait à la scène une atmosphère d’horreur. James serra son poing sur l’avant-bras de Juliet.

    — Tu es stupide ?

    Rassuré, James lâcha son emprise et jeta un coup d’oeil à la jeune fille. Sa cape était déchirée. Mais elle n’avait pas l’air d’avoir été blessée.

    — Qu’est-ce-qui s'est passé ? s'alarma James devant l’ampleur des dégâts.
    — Il y a... une énorme panthère noire... elle m’a attrapé par la cape et trainée jusqu’ici, parvint à articuler Juliet en jetant des coups d'œil effrayés tout autour d'eux. Je crois que je l'ai stupéfixée mais j'étais pas concentrée... elle a disparu, par là-bas.

    Juliet leva sa main et désigna la direction qu'avait prise la bête de son bras. James était circonspect. Cette forêt était remplie d'animaux et de créatures en tous genres, et certaines n'étaient sûrement pas aussi amicales qu'une inoffensive licorne. Il avait remarqué un peu plus tôt dans la soirée que Juliet n'avait pas eu l'air très encline à faire un tour dans la forêt. James se détendit enfin.

    — Tu as du l'effrayer, elle ne reviendra pas, la rassura-t-il prudemment.

    Juliet arrêta alors ses regards emplis d’appréhension tout autour d’eux pour fixer James droit dans les yeux, déterminée.

    — La panthère n'avait rien d'un animal, James, elle m'a fixé comme seul un être humain peut le faire.

    James fronça les sourcils en la regardant : Juliet avait l’air d’avoir peur, mais elle n’en était pas moins consciente et sûre d’elle. James se releva lentement puis scruta les environs. Il n'y avait aucun bruit, aucune trace d’animal. Tout était calme, peut-être un peu trop calme justement. Le septième année aida alors Juliet à se relever, peu enclin à rester dans les environs si une bête sauvage traînait dans le coin. Ils avaient eu assez d’émotions fortes ces dernières minutes pour continuer à risquer leur chance.

    — Je ne veux pas rester ici, je veux rentrer, lui dit Juliet d’une voix légèrement tremblante.
    — Qu’est-ce-qui s'est passé ? Pourquoi tu as crié ? Tu es blessée ? s’écria presque la concierge en débarquant dans la clairière.

    Tandis que Rebecca Morris s'assurait que Juliet allait bien, James examina les alentours avec attention. Juliet ne pouvait être aussi secouée pour une bête sauvage qui trainait dans les parages. Une bête qui avait voulu l’emmener quelque part, de toute évidence. Un regard humain ? Et puis d'abord, qu’est-ce-qu’une panthère faisait au beau milieu de la forêt interdite, en pleine Ecosse ? James se retourna lentement vers la sixième année, qui expliquait ce qui lui était arrivé à la concierge. Juliet avait paru si tendue depuis quelques temps... et il doutait qu'il en soit lui—même l'unique raison.

    Des idées étranges s’infiltrèrent alors dans son esprit : la liste des ingrédients qu'Albus lui avait présenté et l'épouvante de Juliet de se retrouver face à un animagus lui donnaient l'impression que cette tension chez son amie n'était pas si obscure. Mais que se passait—il sous son nez ?

    — Juliet a raison, on devrait sûrement rentrer, suggéra James, inquiet tout à coup.

    Un bras autour des épaules de Juliet, Rebecca leva la tête vers lui, comme si elle semblait analyser la situation. Elle observa les deux Gryffondor tour à tour tout en se mordant la lèvre. La pauvre jeune femme paraissait désespérée et perdue. James en profita pour aller ramasser la baguette magique de Juliet, abandonnée sur le sol. Le silence était pénétrant et James ne se sentait plus aussi à l’aise que lorsqu’il avait posé le pied dans la forêt interdite, une heure plus tôt.

    — C'est d'accord, on rentre... commença Rebecca.
    — JAMES ! DERRIÈRE—TOI !

    Le hurlement de Juliet fut comme l'effet d'une bombe. La panthère avait un poil luisant noir qui reflétait à la lumière des trois baguettes et grognait dans leur direction. Rebecca poussa violemment Juliet sur le côté qui tomba au sol. L'américaine brandit sa baguette magique mais il était trop tard : la panthère avait bondi et impuissant, James vit l'animal sauvage se rapprocher trop vite pour se jeter sur lui, plantant ses crocs dans son épaule au passage. James s’effondra à son tour.

    Mais la panthère n'avait pas l'air d'en avoir terminé. De nouveau sur ses pattes, elle bondit à nouveau dans la direction de Juliet qui la regarda, elle et son regard trop humain pour être animal, pétrifiée sur le sol humide de la forêt. La panthère grognait, dents retroussées.

    — STUPÉFIX ! hurla Rebecca.

    L'animal se retrouva alors propulsé dans les airs. Cependant, Rebecca, dont la main tremblait, gardait sa baguette rivée sur la panthère. La jeune femme transpirait à grosses gouttes. Elle avait chaud, même s'il faisait très froid. De son côté, Juliet, la respiration haletante, fixait ses pieds d'où Rebecca avait réussi à la sauver. Puis, elle leva lentement le regard, encore sous le choc.

    Légèrement engourdie, et tremblant comme jamais, Juliet rejoint rapidement James. Il se maintenait l'épaule, les yeux étroitement fermés et Juliet se força elle-même à ne pas détourner son regard. La panthère avait transpercé l'épaisseur de sa cape noire qui prenait lentement des teintes bordeaux. Ils devaient se rendre immédiatement à l'infirmerie, aussi Juliet se retourna prestement vers Rebecca, paniquée. Cette dernière cherchait quelque chose au loin. La bête sauvage.

    — On doit y aller, la pressa Juliet d'une voix bien trop aiguë pour être normale. Viens.
    — Et moi qui croyais que ton chat était sauvage...

    Juliet le toisa d'un regard meurtrier. C’était loin d’être le moment de plaisanter. La jeune fille se sentait tellement oppressée dans cette forêt et suite aux événements étranges liés à cet animal, ils ne pouvaient pas rester une seconde de plus ici. Un nouveau coup d’oeil à l’épaule de James la rappela à l’ordre : c’était la seule chose qui importait pour le moment, et pas une stupide histoire de chat. Alors elle prit par le coude et l'entraîna, affrontant sa propre peur à l'idée de tomber à nouveau face à l'animal.

    — Rebecca ! s'emporta Juliet en remarquant que la jeune femme partait dans la mauvaise direction.
    — Elle a disparu ! s'exclamait Morris. Je l'avais touchée !

    Juliet jeta un dernier coup d'œil angoissé autour d'elle. Il n'y avait plus une trace de la panthère noire. Serrant un peu plus son emprise sur l'avant bras de James, elle le força à marcher plus vite. Ils devaient quitter cet endroit maudit le plus rapidement possible.



    — Mais que vous est-il arrivé ? s'horrifia Mrs Pomfresh en les voyant débarquer dans l'infirmerie, une demi-heure plus tard. C'est encore une retenue qui a mal tourné, c'est ça ?

    James était très pâle mais lui envoya un regard noir une fois qu’ils passèrent les portes de l’infirmerie.

    — Un animal dangereux rôde dans la forêt interdite, s'expliqua l'assistante de Rusard. Je pense que je devrais prévenir le directeur. Mais il faut que je retourne dans la forêt, les deux autres élèves y sont encore.

    Mrs Pomfresh leva les yeux au ciel. Comme si le directeur pouvait faire quelque chose contre ce qu'il y avait dans cette forêt. Puis, elle remarqua la présence de Juliet Hardy, les bras croisés autour d'elle, ainsi que des yeux emplis d'inquiétude rivés sur James Potter. Elle repensa alors à sa sœur, qui avait erré une journée dans la forêt interdite avant qu'on ne la retrouve. Tout en utilisant un sortilège de découpe sur la cape du jeune homme, elle songea que cette affaire de fille se dénonçant n'était pas claire. Pour la vieille infirmière, l'enquête avait été bâclée et envoyer la sixième année là-bas aujourd’hui avait été une énorme erreur.

    — La blessure est profonde, Potter, vous allez souffrir, le prévint Mrs Pomfresh. Hardy, écartez-vous. Hardy !

    L'air hagard, Juliet s'était approchée et prit la main de James. Les deux Gryffondor échangèrent un regard. Mrs Pomfresh leva les yeux au ciel pour la deuxième fois depuis cinq minutes. Personne ne l’écoutait jamais.

    — Très bien, je vais lancer un sort désinfectant, ça va faire mal. A trois. Un.

    Mais elle n'attendit pas la fin du décompte et en sentant que James lui broyait la main, Juliet devina que le sort était lancé. N'osant pas regarder dans sa direction, elle fixait la porte de l'infirmerie en attendant que James desserre la pression.

    Non, ils n'auraient jamais du mettre un pied dans cette forêt. Alors quand elle vit leur professeur de défenses contre les forces du Mal entrer en trombe dans l'infirmerie, elle n'eut même pas l'envie de se moquer de sa robe de chambre vert pomme comme à l'accoutumée. Juliet lâcha subitement la main de James et alla s'interposer à grands pas entre l'infirmière qui soignait James et sa professeur. La colère était montée aussi vite en elle et incapable de retenir les mots faisaient rage dans sa tête, elle perdit tout contrôle d’elle-même.

    — Tout ça, c'est de votre faute ! lui cracha-t-elle au visage. Si vous n'aviez pas eu la brillante idée de nous envoyer là-bas, on n’aurait pas failli se faire tuer ! Vous vous souvenez d'Andrea, qui a quitté Poudlard ? Vous pensiez qu'elle prenait des vacances dans la forêt interdite, peut-être ? Des malades traînent dans cette école, sous votre nez, et vous... vous vous souciez uniquement du respect de ce foutu couvre-feu !

    Le professeur Tourdesac resta bouche bée devant Juliet qui, pantelante, était au bord des larmes.

    — Juliet, calmez—vous, ce n'est pas la peine de s'emporter de la sorte, lui dit doucement la professeur de défenses. Vous devriez aller vous asseoir. Le choc a du vous...
    — Non, non et non ! s'écria Juliet, repoussant sans ménagement la main de sa professeur. Ne me parlez pas comme à une imbécile, je sais ce que vous pensez, tous ! La pauvre petite Juliet, elle est tellement innocente, elle n'est même pas capable de se défendre face à un apprenti sorcier, elle se fait même assommer par Barbara Hopkins pendant les heures de retenue ! ALORS POURQUOI VOUS M'AVEZ ENVOYÉE DANS CETTE FORÊT ? Vous êtes mon professeur, vous saviez tout ça ! Regardez James, il a l'air d'aller bien selon vous ?

    Sa vue se troubla à cause des larmes qu'elle ne put retenir un instant de plus. Juliet éclata en sanglots, au milieu de l'infirmerie, sous le regard décontenancé de sa professeur. Ayant assisté à la scène sans mot dire, James esquissa un geste pour se lever, mais il fut vite rappelé à l'ordre par Mrs Pomfresh qui l'en dissuada du regard et de sa poigne. Elle s'essuya rapidement les mains de l'onguent qu'elle était en train d'appliquer sur l'épaule du septième année, puis elle rejoignit la jeune fille et fit un petit geste à Mrs Tourdesac pour lui dire qu'elle s'en occupait.

    — Je veux retourner dans mon dortoir, articula Juliet, la tête entre les mains.
    — Juliet, après tout ce qui est arrivé, vous avez été secouée, je pense que vous devriez vous reposer ici le temps que...
    — Non ! J'ai besoin de voir Albus et Rose. J'en ai besoin, vous comprenez ?
    — Oui, miss, mais le mieux est que vous restiez ici en attendant que Rebecca ne revienne, répondit l'infirmière d'un ton ferme en posant une main sur l'épaule de la jeune fille. Juliet, je dois m'occuper de ton ami, d'accord ? Tu vas t'asseoir là-bas et les attendre tranquillement.

    Juliet, les yeux toujours embués par les larmes, hocha la tête en gardant ses lèvres serrées. Encore toute retournée, elle alla s'asseoir sur un lit au fond de l'infirmerie et ramena ses jambes contre elle, incapable de regarder autre chose que le lit d'en face. Elle se sentait honteuse de s'être emportée contre le professeur Tourdesac mais elle n'avait rien pu faire pour l'en empêcher. C'était à cause d'elle s'ils s'étaient faits attaqués par cette panthère, que cette dernière avait déchiqueté l'épaule de James.

    Et elle aurait du savoir. Tourdesac savait qu'après avoir découvert Andrea sortant de la forêt interdite, se rendre sur les lieux n'avaient pu qu'être une très, très mauvaise idée.

    Tremblante, Juliet retenait la rage qu'elle sentait bouillonner en elle. Elle n'avait aucun moyen de la mesurer, et encore moins de la contrôler à l'encontre de certaines personnes. Il n'y avait pas seulement le professeur Tourdesac qui lui faisait perdre son sang froid, mais également la famille Lloyd en sa totalité. Juliet retenait du mieux qu'elle put les larmes de colère qui menaçaient à nouveau de se déverser. Elle se détestait suffisamment pour s'être donnée ainsi en spectacle, et au vu de ce qu’elle avait réalisé en faisant face à la panthère noire, elle n’était pas prête de se calmer.

    Quelques mètres plus loin, l'infirmière de Poudlard s'affairait autour de James qui demeurait étrangement silencieux depuis qu'ils étaient arrivés. Le professeur Tourdesac s'était empressée d'aller prêter main forte à Rebecca Morris pour aller chercher les deux septième années dans la forêt interdite. S'attarder auprès de Juliet ne lui avait pas semblé être une bonne idée après avoir déclenché une telle crise.

    — Vous passerez une nuit à l'infirmerie, Potter.

    James réprima une grimace.

    — Que s’est-il passé exactement ?
    — J'en sais trop rien, marmonna James, vague. Une bête sauvage nous a attaqués.

    Il lança un coup d'œil à Juliet, de l'autre côté de l'infirmerie, qui avait la tête entre ses genoux. Mais il n'eut pas le temps de s'y attarder que Pomfresh s'imposa dans son champ de vision, tout en ayant l'air de sonder la moindre parcelle de son âme. Elle aussi devait avoir des doutes concernant les attaques qui semblaient suivre les sœurs Hardy. Et James commençait sérieusement à se demander ce qu’il se passait en ce moment.

    Au bout de quelques minutes qui semblèrent durer des heures à Juliet, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau sur le professeur Tourdesac, Rebecca Morris, Fred, et Cameron. Aussitôt, elle bondit du lit sur lequel elle s'était assise et fonça droit sur le Serpentard en ignorant Fred à ses côtés qui lui demandait si elle allait bien. Les lèvres étroitement pincées, Juliet attrapa fermement Cameron par la main et murmura tout bas, de façon à ce que personne ne l'entende :

    — C'est ce que tu me cachais, que Maisie est un animagus ?
    — Quoi ? rétorqua Cameron, les yeux ronds.

    Juliet détourna le regard vers le petit groupe formé par Pomfresh, Tourdesac, Morris, James et Fred, sur les nerfs. Elle était à deux doigts d'exploser à nouveau. S’il faisait semblant de ne rien comprendre à ses propos, elle ne retiendrait pas sa rage une seconde de plus.

    — Comment je peux te faire confiance si tu me caches une telle information ? persiffla Juliet en faisant de grands efforts pour ne pas hausser le ton.
    — Qu’est-ce-que tu racontes, Maisie, une animagus ? chuchota frénétiquement Cameron.
    — J'en suis certaine, c'était elle, affirma sèchement Juliet. Alors maintenant, dis-moi si tu le savais. Maisie es-elle un animagus ?

    Cameron la fixait sans comprendre, mais Juliet ne chercha pas à être patiente. Comme par hasard, une panthère à l'air particulièrement humaine l'attaquait juste après son altercation avec Maisie un peu plus tôt dans la soirée. Ce ne pouvait pas être une coïncidence pour la jeune sorcière. On se voit plus tard alors, Hardy. La phrase qu’avait prononcée Maisie prenait tout son sens après ce soir. Ces yeux bleus… elle avait eu le temps de les voir avant que la panthère ne lui bondisse dessus. C’étaient ceux de Maisie, elle en était certaine.

    — Je... je ne sais pas, hésita-t-il.

    Juliet soupira profondément, tentant vainement de se calmer. Cameron ne la regardait pas, il fixait un point au dessus de l'épaule de la Gryffondor.

    — Que me caches-tu ? demanda Juliet, raide. On ne peut pas continuer comme ça si tu me caches des infos pareilles. Pas après ce qui vient d'arriver. Réponds-moi !
    — Tu veux vraiment qu'on en parle, ici ? Que tu fasses une crise devant eux ? demanda-t-il dans un chuchotement en désignant le groupe de personnes autour de James.
    — Je ne fais pas de crise ! s'exclama alors Juliet. On aurait pu se faire tuer et toi tu...

    Tout à coup, Cameron la prit dans ses bras, ayant pour effet de la couper net dans sa phrase.

    — Tais-toi, Juliet, tais-toi, lui dit-il entre ses dents. On en parlera plus tard.

    Juliet, le cœur battant à tout rompre, ne chercha pas à se détacher de lui. Elle ne revenait tout simplement pas du fait qu'il continuait à se défiler même après l'éventuelle attaque de sa sœur. Malgré tout, elle dut admettre quelque chose : cela lui avait au moins permis de ne pas éclater de colère une seconde fois. Pourtant, tous ses ressentiments envers le Serpentard ne la quittaient pas et elle fut déçue amèrement déçue qu'il ne s'explique pas.

    Puis il s'écarta de la Gryffondor et après lui avoir lancé un regard dénué de toute émotion, il se dirigea directement vers le professeur Tourdesac. Ils échangèrent quelques mots et Cameron quitta l'infirmerie sans plus d'explications. Juliet se retrouva alors seule dans son coin de la pièce, ne sachant quoi faire. Tout ce qu'elle avait en tête était de retrouver Rose et Albus, qu'elle puisse se déverser sans crainte de représailles et qu'elle soit aussi comprise. Pourtant, un autre détail la dérangeait dans cette histoire. Il s'agissait même d'un détail qui pourrait même faire toute la différence.

    Alors Juliet rejoignit lentement le lit où James était assis. Mrs Pomfresh expliquait au professeur Tourdesac les différentes étapes de la cicatrisation qui devait prendre la nuit tandis que Fred, James et Rebecca parlaient de l'étrange créature qui les avaient attaqués. Rebecca Morris leur disait ne pas savoir réellement s'il était nécessaire de s'inquiéter à propos de la bête sauvage car il s’agissait tout de même de la forêt interdite et c'était plutôt courant d'y trouver des animaux dangereux. Cependant, elle finit par leur annoncer qu’elle reporterait l'accident auprès du directeur.

    — Juliet, vous allez mieux ? lui demanda Mrs Pomfresh en la remarquant soudainement à leurs côtés.
    — Oui, répondit-elle d’une petite voix, désireuse de se faire oublier de sa professeur.

    Il était impératif qu'elle parle à James immédiatement. Rien ne s’était arrangé entre eux, elle en était consciente, mais elle devait à tout prix s'assurer qu'il n'avait rien dit et qu'il ne dirait rien quant à ce qu'elle lui avait confié dans la forêt. Après son premier face à face avec la panthère, elle avait clairement été terrifiée et dans son empressement à vouloir quitter la forêt, Juliet lui en avait peut-être un peu trop dit. Elle se rapprocha de lui pour être à son niveau tandis qu’il la regardait sans un mot.

    — James ? chuchota-t-elle tandis que Fred parlait avec Rebecca. Quoi que tu aies vu ce soir...
    — Il se fait tard, je pense qu'il est temps que vous retourniez dans vos dortoirs, vous deux, les interpela Tourdesac en s'adressant à Fred et à Juliet.

    Juliet se retourna subitement vers James. Il fronçait les sourcils.

    — Je vais revenir, mais je t'en prie, ne dis rien, souffla-t-elle avant de suivre à contre-cœur son professeur et Fred.



    Quand Juliet fut enfin de retour à son dortoir, la tension qu'elle avait accumulé jusqu'ici ne la quitta pas. Elle avisa Rose dans sa robe de chambre blanche à pois bleus, assise sur son lit à lire son roman policier de la semaine « Neuf petits trolls », puis elle jeta un coup d'œil au lit de Victoria qui était vide. Elle s’adossa à la porte du dortoir, se permettant de souffler un bon coup après les événements périlleux de la soirée. Sur son lit, Rose paraissait tellement paisible que cette vision apporta du baume au coeur de Juliet.

    — Alors, on ne t'a pas assommée cette fois ? l'interrogea Rose, un brin moqueuse.

    Mais voyant que Juliet restait adossée à la porte sans bouger, Rose releva les yeux de sa lecture. Elle se mit à la détailler : Juliet était blême, ses cheveux étaient ébouriffés et ses yeux étaient légèrement rougis. Rose se redressa légèrement, inquiète, et vit Juliet lui foncer droit dessus pour se précipiter dans ses bras. Interloquée par l’attitude silencieuse de son amie, Rose lui frotta le dos dans un geste réconfortant, bien qu’elle soit dans l’incompréhension la plus totale.

    — Rose, il faut que je retourne à l'infirmerie parler à James. S'il dit à quelqu'un que j'étais visée, mon père me forcera à rentrer en France.
    — De quoi tu parles ? lui demanda Rose avec des yeux ronds. Qu’est-ce-que c'est que cette histoire ?
    — Je t'expliquerai tout une fois que je serais rentrée de l'infirmerie, lui assura Juliet en se dirigeant vers son lit. En attendant, je crois que j'ai les pieds trempés à cause de cette neige...

    Totalement ahurie, Rose regarda Juliet changer de chaussettes comme si elle faisait ça tous les soirs avant de repartir en direction de la salle commune. Mais arrivée sur le pas de la porte, elle se retourna lentement, l'air hésitant.

    — Tu peux m'accompagner ? lui demanda-t-elle timidement. Je ne peux pas… je n’ai pas envie d’être seule.

    Cinq minutes plus tard, Juliet et Rose étaient de nouveau dans les couloirs de Poudlard, redoublant de vigilance. La première sursautait à tous les tournants tandis que l'autre avait trop de questions en tête pour prêter attention au fait qu'elle se baladait en pyjama. Les deux filles descendirent une énième volée d'escaliers avant de se retrouver dans l'escalier menant à l'infirmerie. Quand elles arrivèrent à ses portes, Juliet tendit l'oreille. Il était tard, mais cela ne voulait pas dire que Mrs Pomfresh était partie se coucher.

    Puis, à leur plus grande surprise, la porte de l'infirmerie s'ouvrit de l'autre côté et James leur fit face, vêtu d'un pyjama neutre de l'infirmerie. Rose retint un cri de surprise en se collant la main sur la bouche alors que Juliet sursautait une nouvelle fois. Cependant, la surprise laissa instantanément place à de l’agacement du côté de la brunette.

    — Tu es censé te reposer ! lui reprocha Juliet à voix basse.
    — Et toi tu es censée être dans ton dortoir ! répliqua James en brandissant la carte des Maraudeurs.
    — Hé ! les rappela à l'ordre Rose en les poussant à l'intérieur de l'infirmerie. Je peux savoir ce qui s'est passé ? Assurdiato ! ajouta-t-elle en direction du bureau de Pomfresh, baguette en main.

    Juliet resta plantée sur le seuil de la porte. Elles n’auraient pas besoin de rester bien longtemps : la jeune fille voulait seulement s’assurer que James ne dirait rien de la réelle cible de l’attaque. Alors résolue à en terminer au plus vite, elle se tourna vers James qui repliait sa carte en silence, l’air grognon. Juliet plissa les yeux. Il les avait vues arriver. Rose jeta un coup d’oeil par précaution au bureau de l’infirmière. Tout était plongé dans l’obscurité.

    — James, c'est important, je sais que nous ne sommes pas en très bons termes en ce moment, mais tu ne dois dire à personne que la panthère a cherché à m'attaquer.
    — Sauf que c'est toi qu'elle a voulu attaquer, insista James, acerbe. Morris fait son rapport demain à la première heure, je ne vais pas me gêner. C'est moi qui ai eu l'épaule en charpie, alors je donne ma version.

    Rose, qui jusque là avait été silencieuse, sauta presque sur son cousin pour constater l'ampleur des dégâts. Mais James, de mauvaise humeur, la repoussa tandis qu'elle tentait de déboutonner le haut de son pyjama. Imperturbable, Juliet poursuivit :

    — Si tu donnes ta version, mon père m'inscrit à Beauxbâtons dès qu'il l'apprend.

    James entrouvrit la bouche, mais ne répondit pas face à Rose qui avait abandonné la perspective de voir son pansement. Elle semblait totalement perdue. Juliet lui avait simplement dit qu'ils s'étaient faits attaquer dans la forêt interdite pendant leur retenue, cependant, elle n'était pas allée plus loin, quand Victoria avait tenté de les dissuader de sortir. Pourtant, quand elle voyait l'air grave et fatigué de sa meilleure amie, elle ne put s'empêcher de penser qu'il y avait strangulot sous roche.

    — Alors peut-être que ce n'est pas une mauvaise idée.

    Bouché-bée, Juliet n'en revint pas. Rose non plus.

    — Tu veux que je m'en aille ? lui demanda Juliet d'une voix plus aiguë qu'à l'ordinaire.
    — Ne me dis pas que tu lui mets encore ta rupture sur le dos ? rétorqua Rose dont l'inquiétude à son égard avait disparu, aussitôt remplacé par un ton accusateur.

    James contempla un instant sa cousine.

    — Non, Rose, répondit-il froidement. Mais au cas tu ne l'aurais pas remarqué, il se passe des trucs bizarres depuis un certain temps. Andrea, maintenant elle. Ce serait mieux que tu partes d'ici, ajouta-t-il, son regard rivé à celui de Juliet. Tu as complètement pété les plombs tout à l'heure !
    — Oui, parce que les forêts m'angoissent...
    — Non, pas seulement, la coupa James sans cérémonie. Tu veux que je te rappelle ce que tu m'as dit tout à l'heure ? Que cette bête n'était pas animale ? Et que des malades se baladaient dans l'école ? Tourdesac n'a pas relevé, mais je ne suis pas sourd moi. Il se trame quelque chose et ça a commencé depuis que tu traînes avec Lloyd.
    — Alors on y revient.

    Juliet se détourna en soupirant. Cette conversation ne les mènerait à rien. James était trop buté et malheureusement pour cette fois, il était trop perspicace. L’image très attirante de son lit s’imposa alors à elle et Juliet n’eut qu’une envie : aller se coucher et oublier toute cette histoire le temps d’une nuit. Quitte à profiter une dernière fois de son dortoir dans la tour Gryffondor, autant s’y rendre le plus tôt possible. Pour le reste, elle aviserait le jour suivant.

    — James, tu te rends compte de ce que tu veux faire ? demanda posément Rose. Lloyd ou non, Juliet ne peut pas partir du jour au lendemain. Vous êtes toujours amis, non ?
    — Andrea l'a bien fait, elle.
    — Sauf qu'Andrea ne s'est jamais sentie chez elle ici, dit Juliet d’un ton agressif, perdant patience. Laisse-tomber Rose, on s'en va. On ne doit pas avoir la même notion de l'amitié.

    Rose s'apprêta à suivre les pas de Juliet tout en lançant un dernier regard à James. Il semblait être en proie à un combat intérieur. Pour la jeune fille, il était tout bonnement impossible que sa meilleure amie s'en aille : elles avaient toujours tout fait ensemble, Juliet lui manquait pendant les vacances et malgré ces problèmes inquiétants, il leur restait un peu plus d'un an d'insouciance avant d'entrer dans le monde réel, celui des adultes. Rose ne se voyait pas faire ce voyage sans elle de l'autre côté de la Manche. Elles devaient rester ensemble.

    Pourtant, quand elle croisait le regard troublé de son cousin, Rose se disait qu'il suffisait d'une personne et d'une parole pour tout gâcher. Elle savait que Juliet et James ne se parlaient plus depuis un moment, mais cela ne pouvait pas signifier le départ de Juliet. Alors arrivée sur le seuil de la porte, Rose implora James du regard dans une ultime tentative pour le convaincre de dire quoi que ce soit. Secrètement, elle espéra que James allait faire le bon choix et qu'elle ne verrait pas Charles Hardy débarquer dans la matinée.



    Lorsque Cameron entra dans la salle commune des Serpentard, il fut surpris de constater qu'il y avait encore beaucoup de monde debout pour un soir de semaine. Puis il se rappela que c'était l'une des nombreuses périodes pendant lesquelles les professeurs se liguaient contre les loisirs des élèves. Cependant, ce soir, Cameron se fichait éperdument des regards craintifs que certains lui lançaient avant de se renfoncer dans leur fauteuil. Il avait un but précis en tête : trouver Maisie. Ce que lui avait confié Juliet ne l'avait pas laissé indifférent, bien au contraire.

    Après avoir jeté un coup d'œil aux quatre coins de la pièce, la déception envahit Cameron. Maisie n'était ni avec son groupe de sixième année habituel, ni avec ceux de septième années, ni avec personne. Elle n'était tout simplement pas dans la salle commune. Etait-elle dans la forêt interdite ? Cameron ne voulait pas y croire. Profondément agacé, il vérifia une nouvelle fois que sa petite sœur n'était pas là, sans plus de succès.

    Puis soudain, il repéra une tête blonde platine. C'était son cousin, Scorpius Malefoy. Cameron savait qu'il se méfiait de Maisie depuis le jour où ils s'étaient tous les deux introduits dans le bureau d'Aaron. Quand son père les avait surpris, Maisie s'était cachée dans le couloir et les avait rejoints plus tard pour raconter à Scorpius que Aaron préparait un plan diabolique pour prévoir la fin du monde sorcier. Bien sûr, Cameron n'avait pas écouté sa sœur, habitué à ses histoires, mais Scorpius, leur cousin choyé et surprotégé par ses parents, avait gobé toute l'histoire avec un air totalement apeuré.

    Cameron et Scorpius s'étaient rarement adressé la parole depuis qu'ils étaient à Poudlard, mais ce soir, le septième année avait besoin de réponses. D'un pas décidé, il s'approcha du coin habituel de Scorpius sans prêter attention à William Leighton qui le regardait suspicieusement au dessus de son livre.

    — Scorpius, tu as vu Maisie ce soir ?

    Surpris, Scorpius se redressa dans son fauteuil où il semblait sur le point de s'endormir. Il fronça ses sourcils blonds presque transparents avant de répondre :

    — Elle a mangé avec toi, pas vrai ?
    — Mais ensuite ? s'impatienta Cameron.
    — Je ne sais pas, répondit lentement Scorpius.

    Exaspéré, le septième année tourna les talons. Non, il ne pouvait pas croire que Maisie était un animagus. Certes, elle était très douée mais de là à pouvoir se transformer en animal à volonté ? Maisie, sa petite sœur, avait-elle les capacités pour le faire ? L’idée paraissait déroutante pour le jeune homme, mais réalisable. Et elle avait le meilleur des professeurs.

    — Lloyd, attends ! l'interpela Leighton.

    Cameron se retourna vers le capitaine de l'équipe des Serpentard, surpris.

    — Elle est dans son dortoir, je l'ai vue passer tout à l'heure, l’informa-t-il, plume perchée au dessus de son parchemin.
    — Il y a combien de temps ?

    En réfléchissant, William baissa les yeux vers ses affaires posées à même le sol. Des dizaines de parchemins, de livres en tous genres étaient étalés parterre autour de son fauteuil.

    — En début de soirée, je venais de terminer un… devoir.
    — Elle n'en est pas ressortie ? poursuivit Cameron, indifférent au regard interrogateur et insistant de Scorpius.

    William secoua la tête en signe de négation. Cameron n'attendit pas une seconde de plus. Il devait vérifier de ses propres yeux que Maisie était bel et bien dans sa chambre. Alors quand il passa la porte menant aux dortoirs des filles, il ne ressentit aucune gêne. Les noms des filles de Serpentard étaient inscrits sur les portes, aussi sa recherche ne dura le temps que d'un petit cri apeuré d'une deuxième année. Il poussa la porte de la chambre de sa soeur, se retrouvant face à deux filles qui le regardèrent, choquées.

    — Je cherche Maisie, leur dit-il le plus naturellement du monde.
    — Le lit là-bas, lui désigna l'une d'elles à voix basse. Elle dort.

    Maisie, dormir aussi tôt ? La soirée était légèrement avancée, on approchait de onze heures, mais il n'était pas dans ses habitudes d'être couchée à cette heure. Guère soucieux des regard outrés de deux autres filles qui discutaient sur le lit d'à côté, Cameron tira brusquement le rideau vert émeraude, dévoilant un corps allongé sous une grosse couverture. Sans faire plus de cérémonie, Cameron s'en empara et força la jeune fille à se réveiller.

    — Cameron ! s'écria Maisie en sursautant violemment. Qu’est-ce-que tu fabriques ici ?

    La sixième année aux lourdes boucles brunes, les yeux arrondis sous le choc, tentait vainement de reprendre la couverture que son frère lui avait arrachée.

    — Ecoute, tu m'as bien fait comprendre tout à l'heure que... commença-t-elle en abandonnant toute tentative de récupérer sa couette.
    — Arrête de mentir, la coupa Cameron d'une voix sans appel. La famille, il n'y a que ça de vrai, n’est-ce pas ? Comment tu es sortie d'ici sans passer par la salle commune ?
    — Que racontes-tu, Cam ? l'interrogea Maisie tout en s'asseyant en tailleur. Je n'ai pas bougé d'ici, tu m'as vraiment attristée au dîner, tu sais… tu t’es disputé avec ta copine pour être en colère contre moi ?

    Cameron détourna le regard de sa sœur, impatient. Il la détestait dans ces moments là, lorsqu'elle prenait son ton mielleux comme s’ils étaient encore enfants.

    — Il y a eu une attaque dans la forêt interdite, lui annonça-t-il sans détour.

    Maisie fronça les sourcils puis se pencha vers sa table de chevet où elle saisit sa baguette magique. Elle la pointa ensuite sur son propre front en fermant les yeux.

    — Maisie, qu’est-ce-que tu fais encore ?
    — Sortilège rafraîchissant, médicomagie basique, tu me donnes mal à la tête. De quelle attaque tu parles ?

    Cameron contempla sa soeur encore quelques instants, déconcerté, avant de reprendre ses esprits :

    — Potter a été blessé et Juliet est persuadée de t’avoir reconnue sous ta forme d’animagus.

    Maisie ouvrit prudemment un oeil, puis l’autre, et retira enfin sa baguette de son front. Une fine pellicule d’eau recouvrait sa peau suite au sortilège. Impatient d’intercepter la moindre moue qui aurait pu la trahir, Cameron s’assit aux côtés de Maisie sur le lit. Cette dernière le contempla sans mot dire jusqu’à éclater de rire. Un rire clair et sincère.

    — Je peux savoir ce qui est drôle ?
    — Ce n’est pas évident ? lui répondit Maisie, tout sourire. Tu ne portes pas James Potter dans ton coeur, tu es la personne la plus douée que je connaisse en magie, personne ne serait étonné de te voir devenir animagus. Tu es le coupable idéal, Cameron.

    Maisie lui lança un petit sourire contrit et désolé avant de répéter son sortilège, l’ombre d’un sourire aux lèvres.

    — Je n’étais pas là, j’étais avec Weasley, répliqua Cameron, touché par les paroles de Maisie.
    — N’importe qui serait capable de lancer un sort de confusion, même Juliet, ajouta-t-elle avec un accent français forcé. Regarde ce qui est arrivé à Fiona, elle a été accusée à tord, injustement renvoyée de cette école par des enquêteurs débutants ! Aussi utiles que la bouse de dragon sur mes chaussures, ceux-là…

    Maisie avait ouvert ses paupières et regarda dans la direction du lit vide de son amie qui avait quitté Poudlard deux mois plus tôt. Son regard dériva rapidement jusqu’au lit qu’Andrea avait déserté à la même période. Elle plissa les yeux comme si les soeurs Hardy étaient responsables de tous ses maux.

    — Je n’y suis pour rien, se défendit simplement Cameron. Tu aimes bien te balader dans la forêt interdite, ne dis pas le contraire.
    — Qui te dit que j'y étais ce soir ? Demande à Laura, ou Amity, ou n'importe qui. Je suis restée ici.

    Le sourire naissant sur les lèvres de Maisie s'étendit largement, ce qui eut l'effet de faire perdre son sang froid à Cameron. Sa main dériva vers la poche de sa cape, par pur réflexe : il aurait eu envie de lui faire avaler son grand sourire, de lui donner une bonne leçon pour la réveiller une bonne fois pour toutes. Il ne serait bien sûr jamais capable de lui faire le moindre mal, mais la tentation de lui faire ravaler son sourire était énorme. A la place, il se contenta de la regarder d'un air mauvais... et déçu.

    — N’agis pas comme si tu étais innocent dans cette histoire, Cam.

    Maisie avait adopté un ton plus bas, rauque, qui ne lui ressemblait pas. Elle avait arrêté de frotter distraitement sa jambe de sa baguette, sourire évanoui, ses yeux rivés à ceux de son frère. Cameron ne répondit rien, écoutant d’une oreille les filles du dortoir murmurer derrière lui. Il se rapprocha un peu plus de Maisie, qui semblait sur le point de préciser le fond de sa pensée. Être hésitante était quelque chose qui n’était pas dans les habitudes de la sixième année. Cameron serra un peu plus la mâchoire.

    — Je sais que tu parles de nouveau à papa, chuchota-t-elle dans un souffle, je ne sais pas de quoi vous parlez, mais j'espère que tu es franc avec nous.

    Cameron bougea imperceptiblement et resta sur la défensive jusqu’à ce que du mouvement à l’entrée du dortoir ne vienne distraire l’attention des frère et soeur.

    — Lloyd ! Ce n'est pas ton dortoir.

    Cameron soupira en reconnaissant la voix de sa camarade de classe, Deirdre Doherty et accessoirement préfète-en-chef.

    — Qu’est-ce-qui t’a fait changer d’avis, hein ? poursuivit Maisie à voix encore plus basse sans faire attention à la Serpentard sur le seuil de la porte. Marre de faire ton fils à maman ?

    Devant l’air agressif teinté d’amertume de sa soeur, Cameron fronça les sourcils. Pourtant son attitude changea du tout au tout en l’espace d’un instant, comme si elle ne voulait pas lui montrer ce qu’elle ressentait réellement.

    — Lloyd ! Dehors, maintenant !

    Maisie demeura imperturbable et ne lui accorda plus ni sourire, ni moquerie, ni reproche. Elle se contentait de le contempler de ce regard perdu sur lui mais qui allait bien au-delà de ce monde, profondément plongée dans ses pensées. Cameron aurait donné n’importe quoi pour décrypter les pensées de sa soeur en ce moment même. Cependant, Doherty attendait après lui et il se pencha à l’oreille de Maisie, dans une dernière approche.

    — Rassure-toi, on en a pas terminé.
    — On en aura jamais fini, Cam. Tu seras toujours mon frère.

    End Notes:

    Alors, qui est le parfait coupable selon vous ?

     

    Et trois mois après tout le monde, je vais à l’expo Harry Potter ce weekend, j’espère que ça ravivera la flamme du phénix qui est en moi et que je me mette à écrire en folie (rapports de stage et fanfiction confondus). J’espère que ce chapitre vous aura plu en tout cas.

     

    (merci flodalys, j'ai enfin activé l'éditeur de texte et ça marche ! Pourquoi je ne l'ai pas utilisé avant, telle est la question)

    Les araignées by Pinkgrass
    Author's Notes:

    Non, vous ne rêvez pas !

    Au programme de ce nouveau chapitre : des cookies, des araignées et le grand froid qui s'abat sur l'Ecosse. Et comme nous sommes à l'heure actuelle le 1er septembre (back to Hogwarts!), je peux officiellement vous dire que je suis déjà excitée pour l'automne et la période pré-Noël. Donc ça m'a fait trop plaisir de reprendre ce chapitre et d'ajouter des détails Noëlisés. Oui oui, j'ai plus de 20 ans, j'assume totalement.

    Comme toujours, j'espère que ce chapitre vous plaira.

    — Tu es certaine que c'était Maisie ? demanda Albus à Juliet alors qu'ils se rendaient avec Rose à leur cours de défenses contre les forces du Mal.
    — Pas à cent pour cent, admit Juliet dont le doute l'assaillait depuis la veille.
    — Et Cameron ne saurait rien de tout ça ?

    A l'évocation du Serpentard, Juliet se rembrunit. Elle ne savait plus sur quel pied danser avec lui. Il ne lui disait pas tout mais en même temps, il avait paru sincère lorsqu'il lui avait dit ne rien savoir de cette histoire d'animagus. Juliet reculait à l'idée d'en parler à Cameron. Il avait l'air fermé à toute évocation de ce sujet délicat, en particulier quand il s’agissait de sa petite soeur.

    — Hé, ne t'inquiète pas, la rassura Albus en la rattrapant par le bras. On va la garder à l’oeil, d'accord ? Si elle agit bizarrement, on la dénoncera. Flitwick ne pourra pas garder une folle furieuse comme elle à Poudlard.

    Albus lança un coup d’oeil inquiet à Rose qui marchait à leurs côtés, silencieuse, puis reprit :

    — De toute façon, il faut qu'on sache ce que Lloyd fabrique avec cette liste. Et on devra aller voir de plus près les projets de Morris.

    Rebecca Morris avait l'air de travailler sa thèse depuis un long moment et les trois amis avaient de bonnes raisons de s'interroger sur les réelles intentions de Aaron Lloyd. Il ne pouvait pas être en possession de cette liste par pur hasard. Malheureusement, s'intéresser de trop près aux affaires du professeur de métamorphose alors qu'ils le suspectaient d'être l'instigateur de l'agression d'Andrea était une chose risquée, surtout s'il s'avérait que Maisie était bel et bien un animagus.

    — Et je dois parler à Cameron, ajouta Juliet dans un murmure alors qu'ils étaient toujours en plein couloir. Si James se tait aujourd’hui.

    Albus acquiesça gravement tandis que Rose fixait la brunette avec un air suspicieux. De son côté, Juliet était reconnaissante envers Albus pour savoir prendre du recul par rapport à cette histoire et elle ne le remercierait jamais assez pour prendre les rennes de cette aventure périlleuse. La vérité, c'était que Juliet ne se sentait pas dans son assiette après tous ces événements : trop de choses se produisaient autour d'elle et le monde dans lequel elle vivait depuis son entrée à Poudlard semblait couler lentement depuis le début de l'année. D'abord, il y avait eu le départ d'Andrea, puis le mystère Lloyd et enfin les relations désastreuses qu'elle vivait en ce moment.

    — Allez, le trio infernal, dépêchez-vous si vous ne voulez pas nous faire perdre des points ! leur lança Victoria en les dépassant d'un pas pressé.



    Le cœur de Juliet battait la chamade en ce midi dans la Grande Salle. Le déjeuner était le moment qu'elle avait redouté depuis le matin : s'y trouveraient Rebecca Morris, le professeur Tourdesac, James, et avec un peu de chance, Cameron. Ils étaient tous plus ou moins porteurs de mauvaises nouvelles suivant ses interrogations, c'était pourquoi les nerfs de la jeune fille étaient mis à rude épreuve. Sur le qui-vive, son regard se portait inlassablement sur les quatre coins de la salle où elle pourrait trouver l'une de ces personnes. Même la salle envahie de sapins de Noël et la présence de ses amis ne la rassuraient pas : elle jouait peut-être ses dernières heures à Poudlard.

    — Tu ne veux rien manger ? s'inquiéta Rose, à côté d'elle. Parce qu'après avoir sauté le petit-déjeuner, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Tu vas encore te goinfrer de cookies !

    Albus approuva sa cousine en hochant gravement la tête, sa fourchette à la main. Juliet reporta alors son attention vers son assiette, une côte de porc accompagnée de légumes qu'elle aurait dévoré comme une sauvage en temps normal. Cependant, elle n'en avait pas envie, son estomac était bien trop noué. Pour donner le change, elle attrapa son verre de jus de citrouille et Rose se détourna enfin, guère convaincue. Tout en buvant doucement, Juliet remarqua alors Tourdesac, installée à la table des professeurs.

    Son sang se glaça dans ses veines. Son professeur de défenses contre les forces du Mal contre laquelle elle s'était emportée la veille la regardait avec un air soucieux. Mais ce n'était pas tout, elle discutait avec Aaron Lloyd, qui la fixait elle aussi en plissant les yeux. Juliet eut alors envie de se réfugier dans les toilettes les plus proches. Non seulement elle regrettait amèrement ce qui était arrivé la veille, mais en plus, cette histoire devait avoir fait le tour des professeurs, à commencer par Lloyd, qui lui lança un sourire poli quand il se rendit compte qu'elle avait le regard tourné vers eux.

    Juliet se leva subitement. Rose la regarda avec des yeux ronds.

    — J'ai besoin de prendre l'air, on se rejoint plus tard, leur dit-elle sans leur laisser le temps de protester.

    Après avoir enjambé le banc, Juliet se dépêcha de quitter la Grande Salle. C'était la deuxième fois qu'elle quittait la pièce à cause d'un Lloyd, et ce en moins de vingt quatre heures. Elle ne supportait plus l'air narquois de son professeur et de sa fille. Désireuse de mettre le plus de distance possible entre elle et le professeur, Juliet sortit dans le parc de Poudlard où le froid la frappa de plein fouet. Elle resserra alors sa cape autour de son cou et détacha son écharpe aux couleurs de Gryffondor de son sac.

    — Juliet ? J'allais manger et je t'ai vue sortir.

    La voix hésitante de James surprit Juliet qui se retourna vers lui en fronçant les sourcils. James était quelqu'un qui avait confiance en lui et elle l'avait toujours plus ou moins admiré pour ce trait. Puis cette histoire de Croup suivant son maître la rattrapa et elle eut une petite moue résignée en pensant de nouveau aux paroles d'Albus.

    — Je n'ai rien dit, lui confia-t-il, les bras ballants en ne la regardant pas. Si tu dois quitter Poudlard, ce n'est pas à moi que la décision revient.

    Juliet se retrouva alors soulagée d'un poids énorme, même si elle ne s'en rendit pas forcément compte dans l’instant, préférant jauger du regard James qui se gratta inconsciemment la joue, preuve de sa gêne.

    — Donc tu ne diras rien de ce qui s'est produit dans la forêt ? lui demanda-t-elle, sceptique.
    — Si, j'ai été obligé de raconter ce qui s'était passé, répondit James comme s'il s'agissait d'une évidence. Mais je n'ai pas dit que tu étais la cible de la bête. Ce qui était plus qu’évident, entre nous.

    Juliet se détourna, puis soupira. Elle ignorait s'il elle devait le remercier, le prendre dans ses bras ou bien s'enfuir en courant. Abattue, Juliet se retrouva sans rien ajouter, incapable de savoir quoi dire à la personne qu'elle considérait comme son grand-frère. Ils ne s'étaient plus adressés la parole pendant seulement quelques semaines et la sixième année ne savait même plus comment se comporter en sa présence.

    — De toute façon, on y retournera plus dans cette forêt, dit-elle finalement en foudroyant les arbres du regard, comme s'ils étaient responsables de tous ses problèmes.
    — Elle n'est pas interdite pour rien, commenta James, les mains dans les poches.
    — Depuis le soir où toi et Fred m'avez entraînée dans les couloirs de l'école, je m'étais toujours demandée ce qui la rendait interdite. Maintenant, j'ai compris. Elle est maudite.
    — Tu sais pourquoi on y est jamais allés ensemble ? lui demanda-t-il en retrouvant la lueur de malice qui brillait habituellement dans son regard. Quand on était en première année, Fred et moi on a décidé de s'y aventurer.

    Juliet se détourna des arbres qu'elle fixait d'un œil furieux pour regarder James. Il souriait à l'évocation du souvenir, formant sur son visage les fossettes qu'elle n'avait pas vu depuis des jours et des jours.

    — Qu’est-ce-qui s'est passé ?
    — On s'est perdus, avoua-t-il en riant légèrement. On y a passé une nuit entière avant que Hagrid nous retrouve. On a failli se faire enlever par une horde de centaures, dépecer par des araignées géantes – tu sais comme j'ai peur des araignées –, et Fred croit même avoir repéré des géants dans une grotte. Mais je l'ai jamais cru.

    Juliet éclata de rire.

    — Je vois, nota-t-elle en souriant sincèrement. Courageux, mais pas téméraires, hmm ?
    — Tu peux parler, répliqua-t-il en lui donnant un petit coup dans l'épaule. Tu n'as jamais été très encline à vouloir y aller, hmm ?
    — Hé ! protesta Juliet. J'ai peur des forêts, toi des araignées, à chacun ses problèmes !

    Cependant, en prononçant ces mots, le sourire de Juliet disparut aussi soudainement qu'il était arrivé. Celui de James également. L'espace d'un instant, elle avait oublié la panthère, les Lloyd, et même la masse qu'elle sentait constamment dans son estomac. Elle repensa alors  à ce pourquoi James et elle étaient en froid depuis un certain temps et eut l'idée que ce serait l'occasion de s'expliquer. Après tout, James ne paraissait pas de si mauvaise humeur, aujourd'hui.

    — Pourquoi tu m'en veux autant depuis que Collins et toi avez rompu ?
    — Qu’est-ce-que vous cachez, toi, Al, et Rose ?

    Juliet se mordit la lèvre : ils avaient parlé en même temps. En face d'elle, James se sentait maladroit et eut un petit rire gêné. Il passa de nouveau une main distraite sur sa joue et jusqu’à son cou.

    — Réponds à ma question, s’il-te-plaît, l'implora Juliet en penchant la tête.

    D'habitude, utiliser son charme de petite fille modèle marchait sur presque tout le monde : sur son père, ses cousins, James, Fred, Albus et même Rose. Juliet n'avait jamais été spécialement capricieuse, mais parfois, recourir aux méthodes de sa sœur Andrea faisaient ses preuves. James la contempla un instant, interdit, avant de plisser les yeux.

    — Non, toi d'abord.
    — Allez, James...
    — Non. Tu me dois des explications. J'ai menti pour toi.
    — Ce n'était pas mentir, se défendit Juliet en abandonnant toute tentative pour l'attraper dans ses filets. Tu as juste caché une partie de la vérité.
    — Une partie de la vérité qui aurait pu nous coûter la vie, rétorqua James en désignant son épaule.

    Se sentant affreusement coupable, Juliet abandonna alors l'idée de lui arracher des réponses.

    — Je suis désolée pour ce qui t'est arrivé, sincèrement, s’excusa-t-elle, le regard fixé sur l'épaule de son ami.

    Pour sa plus grande surprise, James jura, la mine profondément agacée. Son regard se reporta sur la forêt interdite au loin, tandis que sa respiration plus saccadée produisait de la buée dans le froid polaire de décembre. N'osant rien dire pour s'attirer les foudres du septième année, Juliet guetta les réactions de James avec appréhension. Puis, subitement, il se retourna vers elle et planta son regard noisette dans le sien, où une lueur de défi et de détermination brillait.

    — Tu n'as vraiment rien compris Juliet. C'était rien, ça, insista James, rien du tout. Il aurait pu nous arriver bien pire, t'arriver bien pire.

    Juliet eut à peine le temps de digérer la réplique de James que ce dernier poursuivit sur sa lancée, rageur :

    — Tu ne penses qu'à une chose depuis le début de l'année, garder tes petits secrets pour toi, mais regarde où ça te mène. Tu te voiles complètement la face. Un animal, si c'en est un, tu l'as dit toi-même, nous a attaqué hier soir et la seule chose qui te soit venue à l'esprit a été de le cacher à tout le monde. Je ne sais pas à quoi vous jouez, toi, Rose et Albus mais je crois que ça vous dépasse et tu ne m'enlèveras pas de l'esprit que tout part en vrille depuis que tu traînes avec Lloyd.
    — C'est ce que tu crois, mais tu te trompes.
    — Je ne crois pas, non.
    — Qu’est-ce-que tu en sais ? répliqua Juliet, piquée au vif. Tu n'as pas à te mêler de nos affaires, je savais que Albus n'aurait pas du te montrer la liste, mais ça nous regarde.

    James ricana en croisant les bras et se retourna au moment où un groupe de troisième années passèrent derrière eux. Il se rapprocha de Juliet et reprit une fois qu’il était sûr que personne ne les entende.

    — Je te préviens, au moindre événement suspect, je parle au directeur.

    Juliet croisa les bras, voulant paraître le plus indifférente possible à la menace de James. Pourtant, une part d’elle-même lui criait d’en parler à quelqu’un dans cette école, un adulte qui aurait forcément plus de pouvoir qu’eux. Cependant, elle ne voulait pas lui donner raison, pas après les semaines où il l’avait traitée comme une ennemie.

    — Je… je suis désolé de m’être comporté comme un imbécile, hésita James en se balançant sur ses pieds. Je ne veux pas que tu continues à me détester… mais je ne veux pas qu’il arrive quelque chose à ma famille ou à mes amis, ni à toi. Alors si jamais quelque chose venait à se reproduire, je n’hésiterai pas. Et tant pis si tu m’en veux à vie.  

    Touchée par ses paroles, Juliet resserra ses bras autour d’elle. Le froid était de plus en plus pénétrant et elle commençait à ne plus sentir ses doigts. Mais le temps glacial n’avait rien à voir avec le malaise qu’elle ressentait en ce moment même. Elle ne trouvait pas les mots pour lui dire qu’elle n’avait pas besoin de quelqu’un pour veiller sur elle, et pour autant elle ne parvenait même pas à le remercier de n’avoir rien dit. James, qui semblait s’attendre à une réponse de sa part, continuait à piétiner sur place pour se réchauffer.

    — Bon appétit, lui dit-elle enfin avant de s’éclipser.

    Sans demander son reste, elle se rendit directement à son cours de divination à l’autre bout du château.



    — Je n’aime pas ça du tout… se répéta Rose pour la cinquième fois de la soirée.

    Sous la cape d’invisibilité, Juliet, Rose et Albus rôdaient dans l’aile ouest de Poudlard à la recherche de Rebecca Morris qui devait faire ses rondes nocturnes habituelles. La veille, Juliet et Albus l’avaient suivie pendant presque trois heures alors qu’elle marchait tranquillement en lisant son livre avant de retourner dans ses appartements. Et lorsque les trois amis avaient voulu s’y rendre plus tôt dans la soirée, la porte par laquelle ils avaient vu disparaître Rebecca n’existait plus. La filature s’était alors révélée infructueuse et Rose avait par conséquent émis quelques objections à vouloir faire parti de leur virée nocturne ce soir-là. De plus, la dernière fois qu’ils étaient sortis tous les trois après le couvre-feu avait été le soir où Juliet s’était retrouvée dans le fameux placard à balais avec Cameron Lloyd et s’était ensuivi la deuxième retenue la plus mouvementée de sa scolarité.

    En pensant à lui, Juliet eut un pincement au coeur. Elle ne lui avait plus adressé la parole depuis l’attaque de la forêt interdite : elle n’avait pas cherché à lui parler et il lui avait semblé que cela avait été réciproque. Cameron fuyait son regard quand ils mangeaient au même moment dans la Grande Salle et contrairement à ces dernières semaines, il ne lui avait plus envoyé de mot pour lui donner rendez-vous dans une salle pour leurs séances d’entraînement. La gorge nouée, Juliet regretta qu’il ne leur reste plus qu’une semaine avant qu’ils ne partent chacun de leur côté pour les vacances.

    — Même ces maudits tableaux me font peur, ils ne peuvent pas dormir en silence ?! s’exclama Rose tout à coup, tirant Juliet de ses sombres pensées. Tout serait plus simple si tu avais réussi à prendre la carte des Maraudeurs, Al…
    — Je te mets au défi d’aller la chercher, répliqua Albus en s’arrêtant brusquement, forçant les filles à s’arrêter elles aussi. James dort avec maintenant, il la met dans…
    — On n’a pas besoin d’avoir les détails, le coupa Rose avec une grimace.

    Juliet approuva d’une moue dégoûtée.

    — Peut-être qu’on devrait se concentrer sur Maisie, suggéra alors Juliet à voix basse. Suivre Rebecca à la trace n’a pas l’air de nous réussir.
    — Rebecca a la liste, Juliet, insista Albus.
    — Maisie nous a attaqués, Albus.

    Juliet et Albus se défièrent du regard, l’air revêche, jusqu’à ce qu’Albus se tourne subitement vers Rose. Surprise, cette dernière recula sous le regard perçant et l’attitude agressive de son cousin.

    — On est trois, on a deux avis divergents, c’est à toi de trancher.

    Rose soupira et détourna le regard, exaspérée par ses amis qui attendaient impatiemment sa réponse.

    — Réfléchissons, dit Rose dans le silence le plus complet, nous savons que Maisie est dangereuse, mais Rebecca trame on ne sait quoi avec cette liste d’ingrédients… Liste que détient aussi Aaron Lloyd. Pour être honnête avec vous, je n’ai aucune idée de la personne qu’il faut espionner, les gars.
    — Un nom, Rose, c’est ce qu’on te demandait, s’impatienta Albus.
    — Oh, alors Aaron Lloyd dans ce cas.

    Irrité, Albus se saisit de la cape d’invisibilité et la tira avec force, les révélant tous les trois aux occupants de Poudlard. Sidérée, Rose grommela quelque chose en rapport avec ce qu’elle venait de dire tandis qu’Albus s’était mis en marche vers le bout du couloir qui avait l’air de mener à la tour Serdaigle. Juliet se demanda vaguement pour quelles raisons il partait dans cette direction alors qu’ils savaient tous trois que cet endroit était le plus calme de toute l’école en général. Juliet haussa un sourcil interrogateur à l’attention de Rose qui la contemplait avec le même air intrigué.

    Dans l’optique de ne surtout pas se séparer, Juliet fit un petit signe à Rose et elles emboîtèrent le pas à Albus qu’elles retrouvèrent rapidement au coin du couloir. Quand il les entendit arriver, il pressa un doigt contre ses lèvres pour leur faire imposer le silence. Déconcertée, Juliet tendit l’oreille pendant qu’Albus déployait à nouveau la cape sur eux trois. Rose émit une exclamation de surprise quand deux personnes débouchèrent de l’autre côté. Plongés dans l’obscurité, il était impossible de les reconnaître à la vue.

    — Barbara, murmura Albus en réponse aux questions silencieuses de ses amies.

    Mais il se tut rapidement lorsque Barbara Hopkins et la personne mystère se rapprochèrent lentement d’eux.

    — … Quelque chose d’énorme, je suppose, expliquait la Serdaigle à voix basse. J’ai besoin de temps et tu sais que ce n’est pas facile avec les examens. Tout le monde ne peut pas être toi, hein. Je galère en cours de pratique…
    — Mais j’ai réellement besoin de comprendre ce truc. Il faut que tu m’en dises plus.

    Juliet ouvrit la bouche en grand quand elle reconnut la voix de Cameron. Aussitôt, Rose l’incita au silence en la dissuadant du regard de ne pas bouger. A côté d’elles, Albus n’en menait pas large non plus, il était blême et suivait le duo avancer tranquillement le long du couloir obscur dans lequel ils se trouvaient. Juliet porta sa main à sa bouche, tentant de comprendre ce qui pourrait bien amener Cameron, l’asocial de Poudlard, à discuter tranquillement avec Barbara Hopkins. De quoi pouvaient-ils discuter à plus de minuit un soir de semaine ?

    Les Gryffondor les regardèrent passer dans le silence le plus total tandis que Barbara se plaignait de la surcharge de travail que les professeurs leur donnaient. Quand Juliet aperçut finalement la silhouette de Cameron dans le couloir illuminé par la lune, elle ne tint plus, il fallait qu’elle sache ce qu’il fabriquait : elle s’apprêta à leur emboîter le pas quand Rose la retint par le bras.

    — Juliet ! chuchota-t-elle. On ne peut pas les suivre comme ça…
    — Bien sûr que si ! rétorqua en voulant se détacher de la poigne de sa meilleure amie. Al ?

    Albus avisa Rose et Juliet tour à tour pour planter ses yeux verts dans ceux de Rose.

    — Désolé, on n’a pas besoin de ton avis cette fois.

    Sous les protestations à voix basse de Rose, les trois amis se remirent en route à la suite de Cameron et de Barbara qui semblaient être plongés dans une discussion houleuse. Barbara faisait de grands gestes et Cameron lançait quelques remarques de temps à autre, de sa démarche décontractée comme à son habitude. Albus, Rose et Juliet gardaient une bonne distance de plusieurs mètres pour éviter de se faire repérer mais Juliet avait les nerfs tellement à vif qu’elle ne les lâchait pas du regard une seule seconde et rabrouait ses amis toutes les vingt secondes sous prétexte qu’ils n’avançaient pas assez vite selon elle.

    Puis soudain, la cape glissa pour les révéler tous les trois et Juliet s’apprêta à réprimander Albus ou Rose quand elle se rendit compte qu’ils n’étaient plus seuls. Carlton tenait la cape d’invisibilité d’Albus à la main avec un petit sourire goguenard. Elle jeta un coup d’oeil à Cameron et Hopkins qui venaient de disparaître à l’angle du couloir pour descendre une volée d’escaliers. Il ne lui fallut qu’un quart de seconde pour se décider à partir en courant à la poursuite du Serpentard et de la Serdaigle, délaissant ses amis et Carlton sur place.

    — Laisse-la, fit Albus à Rose qui s’apprêtait à la suivre avant de se tourner vers Carlton. Qu’est-ce-que tu veux ?

    Sous leur regard étonné, Carlton avait la tête plongée dans un gros sac dans lequel il cherchait activement quelque chose, remuant ce qui semblait être du papier. Albus jeta un coup d’oeil inquiet autour d’eux, il était certes préfet, mais il n’avait pas le droit de traîner aussi tard dans le château, surtout accompagné de sa cousine et d’un de ses camarades qui n’était pas très net en temps normal. Il eut même l’impression qu’une armure décorée de guirlandes de Noël les regardait et épiait le moindre de leur mouvement, puis il secoua la tête, accusant la fatigue de ses journées riches en émotions.

    — Vous êtes cordialement invités à la très célèbre soirée de la Cabane Hurlante ! leur annonça-t-il enfin en sortant deux enveloppes rouges de son sac.
    — Attends, tu es l’organisateur de cette année ? s’exclama Rose avant de mettre une main sur sa bouche, se rendant compte trop tard qu’elle avait parlé trop fort.
    — Quoi ? De quoi tu parles ?
    — Potter, si tu étais venu l’année dernière, tu saurais que l’organisateur de cette soirée a tous les pouvoirs, expliqua Carlton en passant une main distraite dans ses cheveux blonds sales.

    Carlton posa une main sur l’épaule d’Albus et l’observa d’un oeil vitreux et rouge.

    — Je suis l’heureux élu qui vous fera passer devant le Saule Cogneur et qui vous fera passer la meilleure soirée de votre vie !

    Suspicieuse, Rose avait du mal à croire que Carlton avait été choisi par les septième années de l’année précédente pour garder les secrets de leur fête clandestine. Seulement une personne était choisie chaque année pour ouvrir le passage du Saule Cogneur et aussi étrange que cela puisse paraître étant donné le caractère clandestin de la soirée, cette même personne était la seule à être mise au courant pour éviter que des accidents n’arrivent au cours de l’année.

    — Je ne veux pas te vexer… hésita Rose. Mais pourquoi toi ?

    Carlton tourna subitement la tête vers elle et lâcha enfin l’épaule d’Albus pour se rapprocher d’elle. Arrivé à sa hauteur, il plissa les yeux, son visage à seulement quelques centimètres de celui de Rose.

    — Croyez-le ou non, miss Weasley, j’ai le sens de l’amusement, lui confia-t-il avant de jeter un coup d’oeil à sa montre. Dites à Hardy qu’elle peut venir, mais qu’elle se fasse discrète, personne n’a encore digéré les cent cinquante points en moins.

    Puis il passa son gros sac sur son épaule, les salua solennellement de la main et partit dans la direction d’où venaient Albus, Rose et Juliet. Rose le contempla jusqu’à ce qu’il disparaisse, les laissant dans le calme et la quiétude du château endormi. Elle se tourna vers Albus, la tête penchée.

    — Il se prend pour un père Noël ou quoi ?

    Albus eut un petit rire avant de lui faire un signe pour repartir à la recherche de Juliet, Cameron et Barbara.



    La Gryffondor faisait attention au moindre de ses pas, gardant à bonne distance le duo improbable formé par Barbara Hopkins et Cameron Lloyd. Tous ses sens en éveil, Juliet gardait toujours un oeil derrière son épaule, la dernière chose qu’elle voulait étant de se faire repérer par les concierges ou un professeur. Profondément agacée, elle essayait de capter la moindre bribe de leur conversation, sans succès, les deux étudiants parlaient à voix très basse et se retournaient de temps à autre, laissant tout juste le temps à Juliet de se cacher derrière un mur. Ils avaient failli lui échapper à de maintes reprise.

    Plus le temps passait et plus Juliet se faisait des idées à propos d’eux deux : et si Cameron et Barbara se retrouvaient pour un rendez-vous amoureux ? Mais elle se secoua la tête aussitôt pour chasser ces pensées parasites. Elle se serait détestée pour avoir un comportement tel que celui de Audrey Collins. Non, ce ne pouvait être le cas, leur sujet de conversation paraissait sérieux et ils n’avaient eu aucun geste l’un envers l’autre qui aurait pu porter à confusion. Perdue, Juliet s’arrêta en plein chemin. Qu’était-elle en train de faire ?

    La situation était ridicule, si elle voulait lui arracher des réponses et non apparaître comme une fille jalouse en train de le filer à la moindre rencontre avec une fille, il n’y avait qu’une seule solution. Juliet se mit à courir pour les rattraper, ne faisant plus attention au bruit qu’elle produisait dans le couloir vide. Un tableau l'interpela même pour faire du raffut mais elle n’y fit pas attention. Cameron et Barbara l’avaient entendue et la dévisagèrent avec surprise quand elle débarqua à leurs côtés.

    — Tu ne devrais pas rester seule dans les couloirs, lui dit simplement Cameron.
    — Je n’étais pas seule.

    S’ensuivit un long échange de regards emplis de défi où Juliet voulait faire pa