Les cousins de Normandie by Persis
Summary: Draco a décidé de passer Noël chez ses cousins normands, les Malfoy. Mais ceux-ci ne partagent pas la même vision de la société sorcière que leurs lointains parents d'Outre-Manche.
Categories: Après Poudlard Characters: Drago Malefoy
Genres: Comédie/Humour
Langue: Aucun
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Mes fics de Noël
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 16419 Read: 1767 Published: 13/12/2013 Updated: 13/12/2013

1. Les deux font la paire by Persis

2. Normaund et Brezhoneg (1) by Persis

3. Le lendemain de la veille by Persis

Les deux font la paire by Persis
Deux jumelles adolescentes, en jeans, vautrées sur un canapé sans âge, prenaient des poses de duchesse et surenchérissaient en adoptant des intonations surannées.

— Pêêêre, quand est-ce qu’ârrive notre chêêêr ...
— Pardon, ma chêêêre sœur, si je vous interromps. Mais-z-on dit : « QUAND notre chêêêr cousin arriverâ-t-il ? »
— Mais vous âvez tout à fait raison, très chêêêre !

Leur frère, calé dans le fauteuil d’en face, n’avait pas l’air d’apprécier leur pantomime.

— Non, mais c’est pas bientôt fini les jujus ? Vous me pompez l’air, là !

Les deux sœurs ouvrirent des yeux ronds, furieux, elles se regardèrent un bref instant et dégainèrent leur baguette en même temps.

— CHAUVE-FURIE ! clamèrent-elles d’une seule voix.

Une armée de chauve-souris s’abattit tout aussitôt sur le malheureux qui n’avait brandi sa baguette assez vite pour se défendre.

— Protego ! cria le père de famille.

Ansgar avait fait apparaître un bouclier entre son fils et ses filles.

— Ça suffit, maintenant ! Dagmar ! Gudrun, faites cesser ce sortilège ! Et toi, Thorvald, tu t’excuses ! Tu sais très bien qu’elles ont horreur qu’on les appelle comme ça.
— ... m’excuse, les filles ! marmonna Thorvald.

Gudrun mit fin au sortilège mais Dagmar se laissa tirer l’oreille et son père dut la rappeler à l’ordre.

— J’ai dit : ÇA SUFFIT ! gronda Ansgar.

Dagmar abaissa dédaigneusement sa baguette et la rangea d’un geste large et royal.

— Bon, pour répondre à votre question, Draco Malfoy arrivera demain vers neuf heures.
— Faut quand même être chtarbé pour appeler son fils « Dragon », murmura Gudrun.
— Il est aussi péteux que ça mère ? demanda Thorvald.
— Mais voyons, mon chêêêr frêêêre, feignit de s’offusquer Dagmar, on ne s’exprime point en des termes si communs. L’on dit : « Emet-il des flatulences au dessus de son sphincter ? »

Cette fois-ci, le fou rire fut général. Même Ansgar ne put s’empêcher de pouffer.

— C’est bon ! N’en jetez plus ! finit-il par dire. Il va falloir vous y faire, il débarque pour les fêtes. A nous de lui faire bon accueil.
— Il vient faire quoi, exactement ? lança Thorvald, sans ambages. Pourquoi veut-il passer les fêtes en France ?
— Il veut se refaire une virginité ? proposa Gudrun.
— Sans doute, répondit Ansgar Je suppose qu’il veut se changer les idées. Officiellement, ses parents prennent du repos aux Samoa.
— Because papa a échappé de peu à un petit séjour à Toboggan, enchaina Dagmar.
— AZkaban ! corrigea son père.
— Toboggan, c’est plus marrant, répliqua sa fille. Bon, soit, pourquoi il ne va pas aux Samoa avec maman et papa ?
— Il veut se faire des nouveaux amis, je parie, répondit Gudrun.
— Il y a des chances, approuva son père. Il veut sortir de son cercle de Mange-la-mort, pour se faire bien voir.
— Je crois qu’on dit Mangemort, papa, reprit Thorvald. En tout cas, c’est comme ça qu’ils l’écrivent dans l’Echo de Loudun.
— Bon, c’est pas tout ça. Et nous, on fait quoi ? enchaîna Dagmar. On passe des crinolines et on s’entraîne à faire la révérence ?
— Arrête ton char à vouivres ! répondit Ansgar. Pas question qu’on change quoi que ce soit à nos bonnes vieilles habitudes. On est nous et il n’a qu’à s’y faire.
— Va falloir quand même se tordre la bouche pour l’appeler Mal-foïe, soupira Thorvald.
— Ah ça, compte pas sur moi, protesta Dagmar. On s’appelle Mal-foi (elle le prononçait à la française) un point c’est tout. Et il cause français ?
— En tout ca, sa lettre était écrite en français, répondit son père.
— Aouw, je Pppawie qu’il a un affweux accent bwitenique, commenta Dagmar.
— Ben ... c’est mignon, l’accent british, répliqua Gudrun.
— Dans une bouche d’arriviste ? ! rétorqua sa sœur.
— Abrège, Nadège, interrompit le père de famille, il ne faudrait pas déroger au programme du jour.
— Le programme ?! s’étrangla Thorvald.
— Quel programme ?! C’est les vacances ! se récrièrent les jumelles.
— He ! ... Descendez de votre balai ! On a un arbre de Noël à dresser et à décorer.

Les mines ébahies se réjouirent et tout ce petit monde se mit en besogne pour décorer le sapin et le salon dans le même mouvement. Quand Madame Inguier revint à la maison, elle la trouva métamorphosée par l’esprit de Noël.

— Fantastique, mes anges ! s’exclama-t-elle. Ansgar, tu veux t’occuper des paquets, s’il te plaît... mais pas ce qu’il y a dans le sac jaune. Les jumelles vont s’en charger.

*°*°*


Le cercle familial s’était réuni autour de la cheminée pour accueillir un curieux père Noël. Une flambée verdâtre fit apparaître la figure d’un jeune homme engoncé dans un costume noir qui lui donnait des airs de séminariste.

— Bienvenue parmi nous ! s’exclama la mère de famille en le voyant débarquer dans son salon.
— Drago, tu es ici chez toi, renchérit Ansgar. Voici ton cousin Thorvald et tes cousines Dagmar et ...Gudrun. Depuis le temps qu’on ne s’est plus vus, tu dois nous trouver fort changés.
— Bonjour, répondit Drago, dans un français impeccable, je suis ravi de vous revoir et je vous remercie de m’accueillir parmi vous.

Les jumelles s’adressèrent un regard narquois. Leurs yeux brillaient de malice et trahissaient leur envie de jouer quelques tours pendables à leur hôte.

— Nous allons te montrer ta chambre, proposa Gudrun.
— Où sont tes bagages ? demanda Dagmar.
— Ils arrivent, répondirent Drago, en se retournant dans la cheminée.

Aussitôt, sa malle se matérialisa dans une belle flambée verte. Un petit coup de baguette magique l’a fit léviter et l’amena vers lui. Les jumelles se hâtèrent de l’installer dans la chambre d’ami. Drago ne fit aucun commentaire sur le décor ni le mobilier, assez ordinaire, mais il ne fallait pas être grand devin pour lire dans ses yeux le peu de bien qu’il en pensait. Très amusées par la figure peu enthousiaste de leur cousin, les deux inséparables s’amusèrent à jeter, sous cap, quelques petits sorts à ses affaires et à ses vêtements, histoire de venger l’honneur de la famille. Le bizutage de Drago n’était pas terminé pour autant. Les deux sœurs se réservaient pour le lendemain.

Quand Draco se leva, il voulut passer ses chaussures et s’aperçut que l’une d’elle était devenue turquoise et l’autre vert bouteille. Il ne fut pas long à deviner qu’une de ses cousines lui avait joué un bon tour. Il pensa en être quitte avec un Finite incantem qui n’y fit rien du tout. Reparo ne lui fut d’aucun secours ; il se gratta la tête et opta pour un Tinctum negrum qui rendit à ses chaussures leur teinte première.

Une fois habillé, il descendit à la salle à manger où l’attendaient des croissants, des petits pains au chocolat et une baguette toute fraîche avec un assortiment de confiture. Un peu trop sucré pour un bec anglo-saxon, habitué aux œufs-bacon. Après avoir salué très formellement « Madame Malfoy » — qui lui rappela qu’elle s’appelait Inguier avant de le prier de l’appeler Birgit, comme tout le monde — son mari et leur progéniture, il prit place à table. La maîtresse de maison plaça devant lui des œufs à la coque pour sustenter correctement son hôte et ce dernier la remercia de son aimable attention. Les jumelles observaient attentivement, du coin de l’œil, tous les faits et gestes de leur cousin à qui leurs parents qui faisaient la conversation en échangeant des banalités.

— La reconstruction de Hogwarts * en est où ? demanda Thorvald qui en avait marre d’entendre des nouvelles de personnes qu’il ne connaissait que de nom et ... pour leur rôle peu glorieux durant la guerre de Grande-Bretagne.
— Cela avance bien. Le gros œuvre est terminé depuis longtemps. Il reste encore des petits aménagements à faire dans les classes et les dortoirs mais les cours s’y déroulent normalement.
— Et toi, tes diplômes ? lança Dagmar de façon très directe.
— ... Hum ! J’ai passé mes Aspic, répondit-il, laconiquement.
— Ça correspond à notre Bouc « Baccalauréat Officiel pour l’Usage des Charmes », expliqua Thorvald.
— Et tu l’as ? s’enquit Draco.
— Oui, je l’ai eu en juin dernier, répondit le cousin. Et maintenant, je fais une année de spécialisation.
— Et vous ? demanda-t-il, non sans une pointe d’ironie, aux jumelles.
— A la fin de cette année, répondit Dagmar.
— Dans six mois, précisa Gudrun.
— À quoi ressemble Beauxbâtons ? demanda Draco.
— A un palais rococo, répondit Birgit. C’est grand, aéré et il y fait chaud. Il y a des jardins, des cours intérieures, des fontaines.
— Et on est en vacances, fit remarquer Gudrun.
— Impertinente ! gronda Birgit.
— Je suppose que vous ne pouvez pas faire de magie en dehors de l’école, poursuivit Draco, sans se démonter.
— Pas en présence de Moldus, de toute façon, expliqua Ansgar. Dans le cercle familial, il y a une certaine latitude.

Draco afficha un sourire satisfait, qui en devenait presque inquiétant.

— Qu’est-ce que tu dirais de prendre l’air, après le petit-déjeuner ? proposa Dagmar avec un sourire du même genre. On pourrait aller faire un tour dans les environs.
— Pourquoi pas ? acquiesça Draco, de manière très formelle.
— Tu viens avec nous, Thorvald ? proposa Gudrun.
— Pas cette fois, si ça ne vous ennuie pas, répondit l’intéressé. Je vais essayer d’organiser quelque chose pour demain.

Une fois qu’ils furent prêts, Draco et les jumelles se dirigèrent vers la cheminée.

— Soyez rentrés avant 16h00 recommanda Mme Inguier.
— T’en fais pas, m’man ! On sera revenu pour le goûter, assura Gudrun.
— Et pas de coup tordu, vous deux ! marmonna Ansgar.
— Faut pas trop leur en demander non plus, ricana Thorvald.

Mais ça, Draco put à peine l’entendre car déjà Dagmar jetait la poudre de cheminette dans l’âtre, y entraînant son cousin britannique, tout en clamant « La Demoiselle de Tonneville ». Draco se retrouva dans la petite salle poussiéreuse et mal éclairée d’un bouge, en compagnie des jumelles. Il regarda autour de lui, en se demandant pourquoi ces demoiselles l’avaient emmené dans un endroit qui n’avait rien à envier à la Tête de Sanglier.

— Quel est cet endroit ? demanda-t-il, soupçonneux.
— Un établissement de cure thermale, répondit Gudrun, pince-sans-rire.
— Tu crois ? Je pensais qu’on était sur un terrain de Quidditch ! renchérit Dagmar.
— Un endroit où on a le droit de lancer des sorts, reprit Gudrun.
— A condition que ce soit un Tergeo, ajouta Dagmar.
— Désolée, mais on va être obligé de consommer, histoire de pas vexer la patronne, vu qu’on a utilisé sa cheminée, conclut Gudrun

Les deux sœurs allèrent s’asseoir sur des bancs de bois brun foncé, mal équarris. Draco se trouva bien forcé de les suivre, malgré la répugnance qui se lisait sur son visage. Il ne se priva pas de commander un whisky Pur-Feu, mais il se ravisa quand la patronne lui conseilla son Calva-Flamme. Les deux jumelles se contentèrent d’un cidraumiel.

— C’est donc ça, les bars sorciers de la Normandie, dit Draco en faisant la moue.

Les jumelles ricanèrent.

— Il y a des endroits plus selects, mais ici, c’est la seule porte ouverte sur Rouen, fit Gudrun.
— Un village sorcier ? demanda-t-il.
— Une ville Moldue, répondit Dagmar. Tu dois voir ça, une fois dans ta vie.
— Bien, merci. Figurez-vous que je me suis déjà promené à Londres, dit-il sèchement.
— Comment peux-tu comparer Londres à Rouen, se récria Dagmar !
— Le lieu où tes ancêtres se sont établis, au temps où les sorciers étaient connus et craints des Moldus ! gronda Gudrun.
— ... Il fallait le dire tout de suite ! s’écria Draco, agacé.

Les deux filles se regardèrent et pouffèrent. Une fois la dernière goutte de calva-flamme avalée, Draco se leva, déboutonna sa veste, l’ôta et l’examina sous toutes les coutures. Gudrun et Dagmar s’interrogeaient du regard.

— Je voulais être sûr que mes vêtements étaient restés ... de la même couleur, expliqua-t-il avec un sourire suffisant.
— Tu vas enlever aussi ton pantalon ? demanda Gudrun.

Draco haussa les épaules.

— Ce ne sera pas nécessaire, dit-il en sortant sa baguette.

Un petit sortilège informulé fit apparaître deux miroirs devant et derrière lui. Une fois qu’il eut jeté le petit coup d’œil nécessaire, il fit disparaître les deux objets, puis il rangea sa baguette et remit sa veste.

— Satisfaites, mesdemoiselles ? interrogea-t-il, avec suffisance.
— Pas mal ! reconnut Gudrun, du bout des lèvres.
— Allez, on y va ! décida Dagmar, en se dirigeant vers la porte, à grandes enjambées.

Comme c’est le cas pour tous les petits bars de ce genre, la devanture se perdait entre deux façades imposantes et seul un regard sorcier pouvait l’apercevoir. Les deux sœurs allaient d’un bon pas et Draco s’étonnait de voir des filles faire de telles enjambées. Ils parvinrent près d’un endroit boisé.

— Là, il y a le cimetière, expliqua Gudrun, et plus loin, c’est le square.
— Très bien ! Et qu’est-ce que vous voudriez me montrer ? L’endroit où ont débarqué nos ancêtres vikings ?
— Tu veux voir la Seine ? s’étonna Dagmar. Ben, tu ne verras que de la flotte !
— On te réserve une autre surprise, ajouta Gudrun. Tu en as peut-être visité à Londres.
— Ou pas, dit Dagmar.
— ... C’est plein de Moldus, par ici, grogna Draco.
— T’en fais pas, ils ne sont pas dangereux, commenta Dagmar.
— Ils n’ont jamais mordu, dit sa sœur.

Il fallu se résoudre à suivre les deux sœurs jusqu’au bout. Leur promenade pédestre les mena jusqu’à un arrêt de bus, puis ils prirent le métro et parvinrent, en bout de course, sur le parking d’un grand magasin.

— Eh là, mesdemoiselles ! se récria le cousin britannique. Où m’emmenez-vous au juste ?!
— Dans un centre commercial, tiens ! répondit Gudrun.
— Tu as déjà vu l’intérieur d’un centre commercial ? demanda Dagmar.
— ...
— Non ! conclut-elle.
— Tu vas voir des choses que tu n’as jamais vues auparavant, ajouta Gudrun.
— Et qui en valent la peine ? s’enquit Draco, sceptique et réticent.
— Pourquoi est-ce qu’on t’y emmènerait, sinon ? répliqua Gudrun.
— Et après, on ira manger de la nourriture à la mode des Moldus américains. Tu vas voir, c’est trop comique.
— Si vous le dites ... répondit Draco, en faisant la moue. Et au fait, comment connaissez-vous tout ça ? ... Ça fait partie de votre cours de l’étude des Moldus ?
— Non, mais on t’expliquera tout après la visite, rétorqua Gudrun.
— Nous aussi, on a des questions, enchaîna Dagmar. Pourquoi est-ce que tu t’appelles Draco et ton père Lucius ?
— ... ?! Je ne vois pas en quoi mon prénom pose problème ... Bien, c’est une tendance dans la famille de prendre un nom d’étoile ou de constellation. En plus Draco veut dire grand serpent et tout le monde dans la famille se retrouve dans la maison de Slynderin, dont le symbole est un serpent. Voilà. Et pour mon père, c’est simple : Lucius, lumière ; Lucifer, Vénus, l’étoile du matin. Et vous ?
— Nous portons tous des noms nordiques, expliqua Dagmar. Mon nom veut dire Fille du Jour.
— Et Gudrun, Rune Divine.
— Vous êtes très attachées à vos origines.
— Très, confirma Dagmar.

Draco eut beau traîner la patte, il lui fallu se soumettre aux excentricités de ses cousines et les suivre à l’intérieur du complexe commercial. Le petit groupe s’engouffra dans l’un des grands magasins. Un personnage, tout de rouge vêtu, portant une barbe blanche postiche et un ridicule bonnet à pompon, trônait dans un traîneau en contreplaqué dans un décor de carton-pâte. Des enfants faisaient la file pour venir s’asseoir sur les genoux de l’homme déguisé et lui murmurer au creux de l’oreille.

— Ridiculous, marmonna Draco. Qu’est-ce que c’est que ça ? ! fit-il en faisant la grimace.
— C’est honteux, n’est-ce pas, mon père, fit une dame âgée, engoncée dans son loden. Les gens ne savent plus ce qu’ils fêtent à Noël. On ne parle plus du petit Jésus, aux enfants. Et regardez-moi ça, ce personnage païen ! La société de consommation ! Ça, c’est une invention des Américains ! De Coca-Cola ! On vous apprend ça au séminaire, n’est-ce pas ?

Draco regarda la vieille Moldue, interloqué, ne sachant quoi répondre.

— Excusez-moi, madame, intervint Gudrun, mais mon cousin est anglais, il n’a pas bien compris ce que vous vouliez dire.
— En plus, surenchérit Dagmar, avec un malin plaisir, il est anglican. Vous savez, chez les anglicans, les prêtres peuvent se marier.

La veille dame horrifiée, recula et reprit son chemin en marmonnant.

— Qu’est-ce qu’elle me voulait ? chuchota Draco.
— Avec ton costume noir boutonné jusqu’au menton, elle t’a pris pour un curé, expliqua Gudrun. Un prêtre quoi ! La religion des Moldus, tu sais ?
— ... Je ne m’y connais pas trop, là-dedans, avoua Draco, embarrassé. Et lui, là, c’est la religion des Moldus, aussi ?
— Non, répondit Dagmar. Ça, c’est le lutin de Yule, façon Moldue.
— Pffff !
— Enfin, une de ses variations.
— Attends, attends ... il y a encore plein de trucs à voir ! renchérit Gudrun. On va au rayon déco.
— Je pense que j’en ai assez vu comme ça, murmura Draco.

Peine perdue, les deux sœurs le prirent chacune par le bras et le traînèrent jusqu’aux sapins de Noëls, leur décoration et leurs guirlandes lumineuses. Le sorcier se promena entre les rayons, très étonné de ce qu’il pouvait y voir, et craignant d’être harponné, à tout moment par un autre Moldu qui l’aurait pris pour un prêtre. Sapins synthétiques multicolores, guirlandes clignotantes, boules colorées, bibelots divers ... tout cela était bien loin des fées du Professeur Flitwick.

Pendant qu’il déambulait, raide comme un piquet et très sur son quant-à-soi, les jumelles se déchaînaient, couraient d’un coin à l’autre, examinaient les décorations et partaient en fou-rires. Il finit par se rapprocher d’elles pour leur demander à voix basse.

— Je peux savoir pourquoi vous m’avez amenez ici ?
— Qu’est-ce que tu en penses ? demanda Dagmar.
— C’est ... c’est d’un kitch !
— Oui, mais ... tu ne trouves pas que les Moldus sont ingénieux pour pallier l’absence de magie. Regarde tout ce qu’ils arrivent à faire sans.
— Je croirais entendre Arthur Weasley.
— Qui c’est ? demanda Gudrun.
— C’est un trrrr...

Draco ravala sa langue. Ce n’était pas le moment de dire du mal d’Arthur Weasley.

— ... quelqu’un qui travaille au service des Détournements de l’artisanat moldu, acheva-t-il précipitamment. Il … il est vraiment toqué de tout ce que les Moldus peuvent inventer. Voilà !
— Pas vraiment le genre que tu fréquentes, n’est-ce pas ? dit Dagmar avec une pointe d’espièglerie.
— Non, pas vraiment.
— Oui, enfin, bon, intervint Gudrun, si tu es venu dans notre famille passer Noël, alors que tu sais qu’on est en bons termes avec les Moldus, c’est que tu voulais mieux les connaître, non ?
— En rencontrer l’un ou l’autre, répondit Draco en levant les yeux au ciel, pas me baigner dedans !

Sans aucune pitié, les deux sœurs conduisirent ensuite Draco dans le rayon des jouets puis celui des cadeaux. Excédé, Draco prit la poudre d’escampette. Il profita d’un moment de distraction de ces demoiselles pour filer à l’anglaise. Décontenancées, elles se mirent à le chercher partout dans le magasin qui était d’une grande superficie. Après maintes émotions, elles finirent par le retrouver, juché sur le traineau du père Noël, en train de poser, tout sourire, aux côtés de l’auguste personnage, pour la photo. Le flash immortalisa la scène. Les jumelles échangèrent un regard interdit. Draco débarqua triomphant.

— Juste à l’heure. Je n’ai pas de monnaie locale pour la photo, je comptais vous emprunter la somme. Naturellement, je vous réglerai une fois à la maison.
— Pas d’souci, répondit Gudrun, sidérée.

Ils allèrent, tous trois, chercher la photo instantanée où Draco s’affichait particulièrement décontracté. Les jumelles froncèrent les sourcils en voyant leur cousin qui s’était montré si amidonné, sourire de toutes ses dents.

— On ne peut pas avoir le négatif ? demanda-t-il, pour en refaire une à la mode de chez nous ?
— Ça m’étonnerait, ça doit être un polaroid, répondit Dagmar. Mais on peut aller chercher un appareil jetable, si tu veux d’autres photos.
— Bonne idée, approuva Draco, ravi.
— J’y vais, proposa la jeune fille. Je vous rejoins où ?
— Près des faux sapins, décréta Draco.

Dagmar fila au rayon photo, passa à la caisse, puis alla rejoindre les deux autres tout en demandant quelle mouche avait bien piqué le cousin anglais. Il se fit photographier dans tous les recoins du département déco avec le sourire et l’allure désinvolte d’un mannequin présentant la nouvelle collection de saison.

Ce petit épisode intriguant se conclut par l’achat d’un appareil supplémentaire, pour la suite de la journée, puis on emmena le cousin d’Outre-Atlantique s’asseoir et se restaurer dans un Mac Donald ou il dût s’initier au hamburger et au Coca-Cola.

— Pouah ! On dirait une potion contre le rhume des foins !
— Essaie le Fanta, ou le Sprite, proposa Dagmar en riant. C’est fort sucré mais ça n’a pas de goût de pharmacie.
— D’accord !... D’accord, je veux bien goûter, mais si c’est aussi mauvais que l’autre truc, je prends le jus d’orange, on est bien d’accord ?
— Oui, oui ! Goûte et puis si t’aimes pas …
— … j’irai te chercher du jus d’orange, acheva Gudrun.

Draco se racla la gorge de manière ostentatoire.

— Le coup des chaussures vertes, c’était vous ? demanda-t-il.
— A ton avis ? dit Gudrun.
— Ben oui ! assura sa sœur.
— Très amusant ! Comme cette matinée, d’ailleurs, déclara-t-il. Mais les plus courtes sont les meilleurs. Alors si vous avez prévu le même genre d’activités pour l’après-midi, je n’hésiterai pas à rentrer sans vous.
— A vos ordres, mon capitaine, répondit Gudrun en portant le tranchant de la main au coin du front.
— A vos ordres, à vos ordres, ronchonna Dagmar, c’est vite dit. Tu as de quoi payer la cheminée à la Mère Tonneville ?

Draco se pencha vers elles avec un sourire dédaigneux et chuchota :

— Contrairement à vous, j’ai le droit de me servir de la magie et j’ai mon permis de transplanage.
— Maman ne sera pas contente si tu nous abandonnes, ici, dans cette ville pleine de Moldus ! tenta Dagmar.
— Quelque chose me dit que ce n’est pas la première fois que vous vous y aventurez et que vous pouvez très bien retrouver votre chemin toutes seules.
— All right, sir, répondit Gudrun. On veut bien alléger notre programme, mais donnant, donnant. Il va falloir nous dire pourquoi tu as élu notre famille pour y passer Noël.
— Mesdemoiselles, je ne vous dois rien du tout. Ce sont vos parents qui m’accueillent, c’est à eux seuls que je rendrai raison.
— Pfff, fit Dagmar. Combien de pages du dictionnaire de l’académie française as-tu mis dans ta potion d’apprentissage du français ?
— Malheureuse ! s’exclama Gudrun. Ne lui parle pas de l’académie française, c’est encore un truc de Moldus.
— On ne met pas de pages de dictionnaire dans les potions d’accélération d’apprentissage, répliqua-t-il.
— Pour cet après-midi, on voulait te montrer le centre ville et des trucs ... plus sorciers, dit Gudrun.
— Je me contenterai des « trucs plus sorciers ». Prenez encore quelques photos dans cette gargote. J’espère qu’on pourra appliquer le procédé de développement sorcier, à ce genre d’appareillage.
— Pas de souci, assura Dagmar. On connaît quelqu’un qui fait ça, même avec ce genre d’appareils. Et, on peut savoir pourquoi tu tiens tant à te faire prendre en photo, dans cette gargote ?
— Mais ... pour avoir des souvenirs ! répondit-il avec un sourire carnassier.

Draco jeta son dévolu sur le Sprite et dédaigna le Fanta. Puis, il commanda un second hamburger car il avait fort faim. Les jumelles se contentèrent d’une deuxième portion pour deux ; elles surveillaient leur ligne. Elles profitèrent d’un passage aux toilettes pour échanger à voix basse.

— Alors, on fait quoi, pour cet après-midi ? demanda Dagmar.
— On l’emmène à la basilique de Lisieux, écouter les confessions des nonnes ? Avec son accoutrement ...
— Il va le sentir venir ! Non, on va être sages. On va l’emmener dans les cryptes.
— Oh oui ! Les cryptes ! Okay, mais alors, on profite quand même de notre passage par ...
— ... pour ... ? hi hi hi !

Une fois sustentés, nos amis rejoignirent le centre-ville. Il fallut prendre les transports en commun. Draco, mécontent, tirait la tête.

— Il n’y a pas de Magicobus, chez vous ? maugréa-t-il entre deux stations de métro.
— Autant y aller à pied ! répliqua Gudrun. Il faut attendre longtemps et on est secoué comme ce n’est pas possible.
— On est presque arrivés, Draco, et je te jure que ça en vaut la peine. Magiquement la peine.
— Je l’espère bien.
— On va juste prendre un bus, un super-bus ! continua Dagmar.
— C’est ça, marmonna Draco, sans conviction. On aurait pu aller dans un coin tranquille et transplaner.
— Quoi ? Transplaner avec TOI ? ! s’exclama Gudrun en faisant la grimace.
— On l’a fait UNE fois avec Thorvald, on a été malades toute l’après-midi, expliqua Dagmar.

Draco éclata de rire.

— Autant vous y habituer, déclara-t-il, d’un air supérieur. Vous allez bien passer votre permis un jour ou l’autre.
— Oui. L’an prochain, répliqua Gudrun. Entre temps, on se débrouille très bien avec un balai.
— Très bien ! Allons-y en balai, déclara Draco, ironique.
— C’est ici qu’on descend, la correspondance n’est pas loin, interrompit Dagmar.

En effet, ils n’étaient plus loin du but. Le petit groupe débarqua tout près de la cathédrale. Le parvis était recouvert des petits chalets du marché de Noël.

— C’est ça que vous vouliez me montrer ? fit Draco, sur un ton blasé. Parce qu’en Angleterre ...
— Oui, on se doute bien qu’en Angleterre, il y a des cathédrales, coupa sèchement Dagmar. Nous ne sommes pas totalement incultes. On t’a promis quelque chose de magique, on va te montrer quelque chose de magique. Et ici, il va falloir faire gaffe. On doit se faufiler jusqu’au bon endroit, sans se faire remarquer.
— Dagmar passe devant et moi, je ferme la marche, poursuivit Gudrun. Prends un air recueilli, ça aidera.
— Un ... un air ... ? bredouilla Draco.
— Regarde devant toi et prends un air ... impressionné ! Voilà ! répondit-elle.

Le temps qu’il se retourne vers Dagmar, elle avait changé de tenue : petite jupe et veste assortie, chemisier blanc et escarpins. Il la suivit donc à l’intérieur de la cathédrale, un édifice gothique, tout en se demandant où tout cela allait les mener.

Ils croisèrent un groupe de dames âgées qui les saluèrent respectueusement. Draco leur rendit leur petit salut de la tête en étirant un sourire crispé. Il commença à se sentir franchement mal à l’aise quand ce fut un vieux prêtre qui lui accorda la même attention, puis un second.

— Qu’est-ce que vous mijotez encore toutes les deux ? demanda-t-i, suspicieux.
— Il faut qu’on arrive à destination sans attirer l’attention, chuchota Gudrun.
— Pas très réussi, tout le monde nous regarde, marmonna-t-il.
— Non, c’est très bien, on se fond dans le décor, murmura Dagmar. Continue comme ça, tu es parfait.
— Si c’est une blague, ce n’est pas drôle, répondit Draco.

Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Même la tenue de Gudrun était transformée ; elle portait une jupe longue et évasée, un duffel-coat entrouvert sur un pull informe et un col Claudine. Ses cheveux étaient attachés en queue de cheval. Il examina rapidement ses vêtements mais n’y trouva rien de changé.

— On va s’asseoir sur une des chaises et attendre un peu. Draco tu prends l’initiative, chuchota Gudrun.
— Pourquoi moi ? s’éxclama Draco.
— Moins fort ! gourmanda-t-elle.
— Parce que tu es censé être le personnage le plus important, murmura Dagmar, mécontente. Et fais ça dignement, comme si tu étais devant le plus grand sorcier du monde.

Draco alla sagement s’asseoir, comme un petit garçon. Les jumelles le suivirent.

— Qui est-ce qui dort, ici et qu’on ne doit pas réveiller ? demanda-t-il ironiquement. Vous ne faites que chuchoter.
— On est dans une église, un lieu de recueillement et de méditation, répondit Gudrun.
— A se demander ce qu’on vous apprend au cours d’Etude des Moldus, en Angleterre, susurra Dagmar.
— En Grande-Bretagne, corrigea Gudrun.
— Ce n’était pas vraiment ma matière favorite, rétorqua Draco.

L’Etude des Moldus ! Quelle idée ! Tout d’un coup, il se mit à repenser au professeur Bubarge et à la façon dont elle avait perdu la vie, chez lui, devant son nez, comment Nagini l’avait englouti. Il soupira et ferma les yeux, ce n’était pas vraiment son meilleur souvenir et il aurait préféré que rien ne vienne le lui rappeler. Mais la pose que ces réflexions lui faisaient prendre arrangeait bien les deux sœurs.

— Maintenant ! chuchota brusquement Dagmar ! Allez ! On y va !

Draco se leva sans trop comprendre ce qu’il devait faire, mais les deux sœurs se mirent en route, d’un pas décidé, vers une porte de bois qui fermait l’accès à un monumental escalier de pierre de style gothique. Dagmar venait d’ouvrir la porte quand un vieux bonhomme sortit de la porte d’à côté, marquée du panneau « sacristie ».

— Monsieur l’abbé veut dire la messe ? demanda-t-il d’une voix chevrotante.
— Euh ... non, intervint Gudrun, il l’a dite ce matin.
— Vous êtes de quel diocèse ? s’enquit-il.
— J’ai une extinction de voix, répondit Draco en chuchotant et en crachotant.
— Nous allons en pèlerinage à Lisieux, ajouta Gudrun, mais nous avons voulu visiter Rouen avant.
— Alors bonne visite et j’espère que la petite Thérèse va vous guérir ! Bonne journée, monsieur l’abbé ! Mesdemoiselles !
— Egalement ! Au revoir, monsieur ! répondit Dagmar qui arborait un badge de l’office de tourisme sur son tailleur.

Il s’éloigna en claudiquant, tandis que Dagmar tirait et Gudrun poussait Draco vers l’escalier. La première referma la porte en pointant sa baguette vers la serrure. Les jumelles poussèrent un soupir de soulagement.

— C’est qui, cette Thérèse ? demanda Draco en grimaçant.
— T’occupes ! répondit Gudrun en riant.
— Des histoires de Moldus, réagit Dagmar. Allez, on ne s’éternise pas.

Elle tapota de sa baguette le mur face à elle. Les pierres se déplacèrent et formèrent une arcade, une porte apparut, percée d’un judas grillagé. Elle s’ouvrit sur une volée d’escalier menant vers le sous-sol. Des torches s’allumèrent d’elles-mêmes sur le passage des Malfoy, pour s’éteindre lorsqu’ils étaient plus loin.

Une fois au sous-sol, ils se retrouvèrent devant la devanture de taverne, un mur de pierre percé d’une fenêtre en verrière et d’une porte avec imposte, surmontée d’une enseigne en bois peint. Elle affichait un drakkar et l’inscription « Au tombeau de Rollon», entourée de savantes circonvolutions et entrelacs de couleur. Dagmar frappa au heurtoir, celui-ci avait la forme d’un tau, orné d’entrelacs, surmonté d’un casque à visière. Celle-ci ressemblait à de grosses lunettes, avec une tige pour protéger le nez.

Un homme encapuchonné vint ouvrir. Il tenait une écritoire sur laquelle reposait un registre. Les jumelles y écrivirent leur nom et invitèrent Draco à faire de même.

— Mets aussi ton lieu et date de naissance, précisa Dagmar.
— Sinon le registre ne va te trouver, commenta Gudrun.
— ... Voi...là ! fit Draco en remettant la plume dans l’encrier. Et à quoi cela sert-il ?

Le gars à la capuche tourna l’écritoire vers lui.

— A voir que ces deux demoiselles sont accompagnées par une personne majeure, expliqua-t-il en vérifiant le registre. C’est bon, vous pouvez rentrer.
— Merci Leif ! fit Gudrun.
— Merci Leif ! dit Dagmar.
— Ravi de vous connaître, Leif, dit Draco.
— Tout le plaisir est pour moi, mon prince, répondit Leif en riant. Il parle comme un précis de grammaire, votre cousin, dit-il à l’adresse des jumelles.
— C’est son sortilège d’accélération d’apprentissage qui fait ça, expliqua Gudrun.

Draco ne fut pas fâché de se trouver à l’intérieur du Tombeau de Rollon. C’était un endroit convivial, éclairé par des torches et des chandeliers. De toute évidence, il était revenu dans son monde. Les consommations volaient d’elles-mêmes vers les clients, sans s’entrechoquer, une chose qu’on ne voyait que dans les établissements de grande classe. Les murs étaient recouverts de planches sculptées, pas seulement d’entrelacs mais aussi de runes et d’animaux fantastiques. Draco ne put que remarquer la cheminée monumentale où l’on avait allumé un feu.

— Non, mais, vous vous êtes bien fichés de moi ! s’étrangla-t-il. On aurait pu venir ici par la cheminée.
— Oui, mais ça aurait été moins drôle, commenta Dagmar.
— Et puis, on aurait pas eu la joie de frauder et d’utiliser la magie, fit remarquer Gudrun.
— C’est ça ! Je vous ai pourtant d...
— Eh ! s’écria une voix masculine. Pas mal le déguisement de Moldu !

Draco se retourna et se retrouva devant un jeune sorcier blond, portant un jeans et une longue tunique bleuâtre au col fendu et aux bords brodés, serrée à la taille par une grosse ceinture de cuir dont un long bout pendait par devant.

— On te présente Einar, un copain de classe, dit Gudrun. Einar, c’est notre cousin anglais, Draco.
— Salut !
— Salut ! répondit vaguement Draco, plus préoccupé des blagues des jumelles que par leur copain. Désolé, mais elles m’ont déjà teint mes chaussures en vert.

Il saisit son miroir et regarda sa tenue de plus près. Les deux sœurs pouffèrent. Un col droit blanc était apparu en dessous de celui de sa veste noire, formant un petit rectangle blanc entre les deux bords du col noir. Une petite croix argentée était épinglée sur la poitrine.

— Mais qu’est-ce que ça signifie ? s’exclama-t-il, outré.

Gudrun brandit prestement sa baguette et récupéra, d’un petit Accio, les deux accessoires.

— Elles sont fortes, hein ? hoqueta Einar en riant.
— C’est toi qui nous as donné l’idée, Draco, s’excusa Dagmar. Avec ton costume tout noir, tu ressemblais déjà à un curé, il n’en fallait pas beaucoup pour compléter la tenue. L’idéal pour traverser la cathédrale en se fondant dans la masse.
— Et puis c’était trop drôle, avoua Gudrun. Ben regarde, je suis bien déguisée en catho coincée !
— Il ne te manque plus que la croix de bois en sautoir et tu feras une novice très convaincante, ajouta Einar.
— Et moi, en guide touristique, avec le badge ensorcelé ! surenchérit Dagmar.
— Le badge est ensorcelé ? s’étonna Draco.
— Il fait office de repousse-Moldu, expliqua-t-elle. L’archiprêtre nous a fichu la paix.
— Mais quelle idée d’avoir bâti un bar sorcier en dessous d’une cathédrale ! s’étonna Draco.
— Ah non, on remet les choses à l’endroit, protesta Einar ! quelle idée d’avoir bâti une cathédrale sur un lieu de rencontre sorcier.
— Allez, on s’assoit et on prend un verre. On va t’expliquer tout ça.

Une serveuse habillée à la mode danoise du Xe siècle s’approcha d’eux. Sa plume à papote prenait automatiquement la commande : deux cidraumiel du jarl et deux calva-flamme. Les deux sœurs se jetèrent mutuellement un sortilège qui annula la métamorphose de leurs vêtements. Entre temps, deux jeunes sorciers adultes prirent place à leur côté.

— Des anciens de Beauxbâtons, expliqua Dagmar, Mélissandre et Merlin. Notre cousin Draco, d’Angleterre.

On échangea des poignées de main.

— Draco s’étonne que le bar se trouve en dessous de la cathédrale, expliqua Gudrun. Oh au fait, Merlin, tu peux nous développer ça ?

Elle lui donna les appareils de photo.

— Des photos sorcières, animées, s’il vous plaît, précisa Draco. Et j’aimerais avoir les négatifs.
— Je connais mon métier, merci, répondit Merlin, un peu vexé.
— Le prends pas mal ! fit Dagmar en riant. On l’a charrié toute la journée. Il est un peu nerveux.
— Je vous envoie ça, chez vous ? demanda Merlin. Pour ce soir, ça vous va ?
— Ce soir, ou demain matin, répondit Gudrun, du moment qu’on les a avant Noël ...
— Allez, Draco, je te raconte l’histoire de ce bar et toi, tu nous racontes pourquoi tu t’es fait prendre en photos, déclara Dagmar. Rollon, c’est le premier Duc de Normandie, le premier homme du nord a régné en prince sur ce lopin de terre. Voilà. Au temps où les sorciers et les Moldus cohabitaient, les sorciers se réunissaient près de la première église, et il n’y avait pas de soucis. Nos ancêtres se sont battus contre les premiers habitants de l’endroit et ils ont mis le feu à leur église, à plusieurs reprises. Les sorciers ont aidé à la reconstruire, mais ils se sont réservé leurs petits endroits à eux. Et puis les Moldus ont voulu agrandir, alors cette fois, les sorciers ont décidés de garder leur endroit de réunion secret, à côté de la vieille église, qui est devenue souterraine et les Moldus ont reconstruit la nouvelle au-dessus. C’est dans cette cathédrale que Rollon, le premier jarl a été enterré.
— Qu’est-ce que c’est, un jarl ? demanda Draco.
— Un prince, dans la langue du nord, répondit Einar. Quand le fils de Rollon a voulu transféré les restes de son père dans une abbaye, les sorciers ont secrètement échangé les ossements et ont gardés. Donc, le bon vieux Rollon est enterré dans un recoin de ce bar.
— Rollon était sorcier ? s’enquit le jeune Malfoy.
— On s’en fiche un peu, c’est notre ancêtre, déclara Einar.
— Moldu, sorcier ou Cracmol, mais en tout cas, il y avait une belle brochette de sorciers dans son entourage et il n’aurait jamais réussi sans eux, expliqua Gudrun.
— Maintenant que les deux mondes sont séparés, il faut user de ruses pour rentrer ici, continua Dagmar.
— Et pour les jeunes sorciers, c’est un vrai sport, reconnut Mélissandre.
— Je comprends pourquoi je devais être avec vous, commenta Draco, sarcastique. Vous risquiez de vous faire renvoyer et de voir votre baguette brisée, si vous n’aviez pas pu justifier l’activité magique par la présence d’un sorcier adulte.
— Ça va pas, non ? s’étrangla Gudrun.
— C’est comme ça que ça se passe en Angleterre ? s’étonna Merlin. Quand un élève fait de la magie en présence de Moldus on le renvoie ?
— Quand il fait de la magie en dehors de l’école, il risque le renvoi, confirma Draco.
— Ici, c’est le contraire, expliqua Dagmar. On te rappelle à l’école pour des cours supplémentaires.
— Et à quoi ça servirait de détruire une baguette ? On peut toujours s’en procurer une autre, ou en fabriquer une, ajouta Mélissandre.
— Fabriquer une baguette est un art ! s’indigna Draco. On ne s’improvise pas fabriquant de baguette !
— Bien sûr que c’est un art, rétorqua Dagmar. Et une baguette de secours n’a pas la même efficacité qu’une baguette du fabriquant. Il vaut mieux ne l’utiliser que pour des petits sortilèges de rien du tout, pour ne pas risquer l’accident. Mais pouvoir se tirer d’affaire, c’est aussi important.
— Vous apprenez à fabriquer des baguettes à Beauxbâtons ?! s’étonna Draco.
— Pourquoi penses-tu que ça s’appelle « Beauxbâtons » avec deux baguettes croisées sur le blason ? répliqua Gudrun. On apprend les bases de la fabrication. On a même des exercices pratiques. Certains sont plus doués que d’autres, mais si jamais notre baguette est brisée par accident, on peut se dépanner en attendant.
— Un bout de sureau que l’on évide, un petit crin de licorne ou un cheveu de sirène, en vente dans toutes les bonnes boutiques de l’Avenue des Détours, un peu de patience et le tour est joué, conclut Merlin.
— C’est une autre de vos blagues ? demanda Draco, sceptique, à ses cousines.
— Alors là, pas du tout ! répliqua Dagmar.
— Et puisque c’est comme ça, on va organiser un petit atelier baguette-maison ce soir ou demain, ajouta Gudrun.
— Mm ... demain, c’est à Thorvald de me jouer des tours, fit remarquer Draco.
— Alors, tu nous dis pourquoi tu t’es fait prendre en photos ? réattaqua Dagmar.
— A ton avis ? Ça me fera de bons souvenirs et des photos comme ça, dans le Daily Prophet **, ça risque de redorer mon blason, dit-il avec un sourire narquois.
— Je savais que tu étais là pour te refaire une virginité, affirma Gudrun.

Cette dernière sortie déclencha le fou-rire dans la tablée.


__________

* Poudlard
** La Gazette du sorcier
Normaund et Brezhoneg (1) by Persis
Author's Notes:
Merci à Azenor pour avoir traduit en breton la phrase annotée (4).
Deux minutes avant seize heures, l’âtre des Malfoy normands crépita et vira au vert. Mme Inguier vit ses deux filles et leur cousin débarquer dans le salon. Le récit de leurs aventures laissa Thorvald mi-figue, mi-raisin, il avait projeté d’amener son cousin dans le même endroit.

— Il y avait d’autres endroits à voir, ronchonna-t-il.
— Moi, je veux bien y retourner, fit remarquer Draco, c’est un endroit plutôt sympathique. Mais à condition qu’on y aille directement, par la cheminée. J’ai mon compte de déguisement.
— On pourrait aller en Bretagne, ce n’est pas loin, par cheminée, proposa Dagmar.
— On verra, je vais réfléchir, répondit Thorvald.
— En tout cas, je voudrais tout de même voir comment vous fabriquez des baguettes magiques de fortune, rappela Draco.
— Ah oui, mais non, intervint Birgit ! Faites vos expériences où vous voulez mais pas à la maison !

Les jumelles éclatèrent de rire.

— Je me doutais bien que c’était dangereux, murmura Draco.
— Tout est relatif, répondit Ansgar. Je veux bien présider l’atelier d’expérimentation. Ce ne sont pas les endroits adaptés qui font défaut.
— Tu as de bonnes couleurs, Draco, fit remarquer Birgit.
— Le calva-flamme lui réussit, expliqua Gudrun.
— Si tu as encore une petite place dans l’estomac, j’ai quelques spécialités locales de prêtes, dit Birgit.
— Bien volontiers, les sandwichs de la gargote écossaise ne m’ont pas rassasié.
— La gargote éc ... ? s’étonna Ansgar en fronçant les sourcils.
— Le Mc Do ! s’exclama Thorvald.
— Evidemment, si tu as descendu quelques Calva-flamme, tu sais maintenant ce qu’est un trou normand : ça creuse l’appétit, expliqua Ansgar.
— Je vais chercher les bourdelots, déclara Birgit. Au fait, c’est Ansgar qui les a préparés.
— C’est un papa-gâteau, s’exclamèrent en chœur les deux sœurs.

Birgit alla chercher les bourdelots, des pommes cuites dans un carré de pâte feuilletée, pendant qu’Ansgar dressait la table en quelques sortilèges. Tout le monde se mit à table et fit honneur au goûter. Draco avait un bon coup de fourchette et il appréciait les talents de pâtissier de son hôte. Après le goûter, il se sentit légèrement somnolant et se retira dans sa chambre pour s’y reposer. Il piqua un petit somme puis alla rejoindre ses cousins au salon, qui discutaient joyeusement ensemble. Sur le coup de six heures et demie, un hibou heurta légèrement la vitre. Thorvald alla ouvrir.

— Du courrier de Merlin, annonça-t-il.
— On a reconnu le hibou, fit remarquer Gudrun.
— C’est sûrement les photos, ajouta Dagmar. Combien est-ce qu’on lui doit ?
— Chaipas, répondit Thorvald. La note est certainement dans l’enveloppe.

Il la lui tendit et elle l’ouvrit avec empressement.

— He ! Génial ! s’exclama-t-elle.
— Fais voir ! dit Gudrun en se collant à elle.
— Vous me direz combien je vous dois, intervint Draco.
— Merlin ne demande pas cher. De toute façon, on t’en fait cadeau pour ton petit Noël, répondit Thorvald.
— Je peux quand même voir les photos ? insista-t-il lourdement.
— Tiens, regarde : avec petit papa Noël, dit Gudrun en lui passant la première.

Draco la prit et la considéra, satisfait. Il n’y avait pas à dire, ce Merlin connaissait son métier. Le développement était réussi et il pouvait en tirer un bon prix auprès du Daily Prophet ou de Witch Weekly (2).

— Les négatifs ? demanda-t-il, pensif, tout en examinant la seconde photo.
— Ils sont dans l’enveloppe, avec le reste, répondit Thorvald.
— Parfait ! C’est parfait ! Du travail bien fait.
— Contente que ça te plaise, fit Gudrun, non sans ironie.

Les clichés avaient de quoi alimenter la conversation jusqu’au repas du soir. On y parla de tout et de rien. Ansgar attendit le dessert pour annoncer qu’il mettrait sur pied un atelier de fabrication de baguettes dans la matinée. Thorvald enchaîna en informant qu’il se chargerait de son cousin, l’après-midi, mais qu’il ne dévoilerait pas encore leur destination.

Draco alla se coucher, satisfait de sa journée, malgré les tours pendables que lui avaient joués les jumelles. Il pensait Thorvald plus raisonnable et ne s’inquiéta pas pour le lendemain. Il dormit d’un sommeil de plomb.

La matinée du lendemain promettait d’être des plus intéressantes. Ansgar emmena son petit monde dans une caverne où il avait allumé des feux magiques, pour la réchauffer. Deux établis attendaient les participants. Des bouts de bois, des becs de gaz, des tiges de cuivres, du papier à poncer, des couteaux.

Travailler de ses mains n’était une chose assez nouvelle pour Draco. Pourtant, la curiosité l’emporta sur la répugnance et les préjugés de parvenu embourgeoisé. La tenue d’Ansgar le fascinait. Il portait une robe de sorcier noire, ornée de motifs scandinaves comme il n’en voyait que trop rarement. C’était l’une des rares choses qu’il appréciait chez ses cousins normands : leurs tenues sorcières. Mais ils les portaient si peu souvent ! Il fallu, scier, poncer, chauffer les tiges, évider les baguettes, et enfiler de longues aguilles, sans jamais avoir recours à la magie si ce n’est sous sa forme naturelle, telle qu’elle était présente pendant l’enfance.

Toutefois, le résultat fut à la hauteur. Après deux heures de travail acharné, de ratages multiples et de fou-rires adolescents, les baguettes artisanales furent prêtes. Il ne restait plus qu’à les essayer. Les résultats n’étaient pas très probants ; elles se révélèrent peu fiables et peu puissantes. Cependant, Draco se rendit compte qu’à force d’essayer et d’utiliser son petit bricolage, la baguette de fortune gagnait en précision en efficacité toute relative. Il pouvait jeter des sorts basiques comme un Accio ou un Wingardium leviosa et arriver à un résultat visible.

Le cousin britannique sortit détendu et heureux de cette matinée récréative. Il garderait sa baguette de fortune en souvenir. Mais il n’eut pas le temps de regagner la demeure des Malfoy normands. Alors qu’il était en chemin, Thorvald posa la main sur son épaule.

— Alors, tout va bien, cousin ? demanda-t-il.
— Mais oui ! Pourquoi cette quessssss...

Le reste de la phrase se perdit dans un grand tourbillon ; Thorvald venait de transplaner en emmenant son hôte avec lui. Les deux garçons se retrouvèrent dans un pré, face au Mont Saint Michel.

— Ça va, l’effet de surprise ? s’enquit Thorvald pour la forme.

Draco réajusta ses vêtements et regarda tout autour de lui, bouche bée.

— Oui ... répondit-il, un peu hébété. Qu’y a-t-il au programme ?
— Une petite balade en balai, en rase-flotte.

Il se dirigea à grandes enjambées vers une petite cabane et en sortit deux balais. Il en jeta un à Draco qui le rattrapa au lancer. Les deux garçons enfourchèrent leur engin et tapèrent du pied pour prendre de l’altitude. Thorvald fila droit devant, à toute vitesse, presque à ras de l’eau. Il était quasiment arrivé au pied du Mont quand il vira brusquement à gauche. Draco, fut surpris par la manœuvre mais il parvint à redresser sa course. Thorvald devait être redoutable sur un terrain de Quidditch, pensa-t-il. Le garçon ralentit un instant sa course, le temps que Draco puisse bien voir où il allait, puis il se dirigea droit vers une anfractuosité de la roche. Elle l’aspira littéralement. Draco fonça lui aussi droit sur l’endroit. Il vit l’ouverture s’agrandir comme il s’en approchait et il pénétra dans la cavité où l’attendait Thorvald. Le sol était égal et le plafond voûté. Des torches allumées illuminaient l’endroit.

— Fantastique ! s’exclama Draco, ravi.
— Attends d’avoir rencontré la tribu Jézéquel, répondit Thorvald, en avançant.
— C’est une famille de Sang- ... ?

Il s’interrompit avant d’avoir terminé, réalisant subitement qu’il venait de gaffer. Thorvald se retourna et le dévisagea, d’un air peu engageant.

— C’est une famille de sorciers, répondit-il, froidement.

Draco se maudit intérieurement. Ses hôtes n’accordaient pas la même importance à la généalogie que ses parents. Les deux garçons s’engagèrent dans une galerie qui les mena à un large escalier hélicoïdal. Un lourd silence plombait l’atmosphère et Draco fut heureux quand il se trouva enfin en face d’autres personnes. La « tribu », au grand complet, l’attendait sur un pallier et l’accueillit avec un large sourire. De toute évidence, il y avait là le père, la mère et leurs nombreux enfants, qui faisaient l’effet d’une série de poupées russes alignées l’une à côté de l’autre. Ils étaient tous blond vénitien, la mère plutôt blonde et le père plutôt roux. Ils avaient des cheveux frisés et vaporeux, de grands yeux bleus et des taches de rousseurs.

— Bienvenue chez nous, Draco Malfoy! s’exclamèrent-ils en chœur.
— Merci ! Merci pour ce chaleureux accueil, bredouilla Draco.
— Alors, Draco, je te présente Elzéar Jézéquel et Eurydice Bailly, commença Thorvald, en l’amenant aux parents. Et voici Evodie, Eleuthère, Ephrem, Eulalie, Eloi, Emérence, Elfride, Eponine, Eudes et Enésidème, le petit dernier.

La version française des Weasley ? se demanda Draco. Sur le nombre d’enfants, ils les battaient largement. En tout cas, leurs rejetons se suivaient de près, l’aînée devait avoir une vingtaine d’années et le plus jeune, huit ou neuf ans.

— ... Sans vouloir paraître indiscret, risqua le jeune homme, les prénoms commençant par E, c’est une tradition ?
— Oui, la tradition, répondit Elzéar. Mais uniquement pour cette génération, puisque nos deux prénoms commençaient par E, nous avons tenu à ce qu’il en soit de même pour nos enfants.
— Mais libre à eux d’en inaugurer une autre, continua Eurydice. Ils peuvent choisir une autre lettre ...
— ... ou suivre l’ordre alphabétique, conclut son mari.

Evodie, l’aînée, leur décocha un regard mi-figue, mi-raisin. Les plus âgés avaient l’air blasé par la question, les plus jeunes pouvaient encore en rire sous cape.

— La tradition veut que le couple de sorcier montois soit mixte : breton et normand, expliqua Eurydice. Parfois ça saute une génération.
— Mais la génération suivante ... poursuivivit Elzéar.
— Et allez-vous-en savoir les enfants Jézéquel sont l’un ou l’autre, ou les deux à la fois, continua Eleuthère.
— Ben, ça vous laisse le choix, répliqua Eurydice.
— Et si je veux épouser une Coréenne, je ferai en sorte qu’elle ait été adoptée par une famille des environs, répondit son fils.
— Allons, évitons ce genre de discussion devant nos hôtes, conclut Elzéar, avec bonhomie. Je suis sûr que ces jeunes gens meurent de faim.
— Mon cousin vient de m’enlever sans crier gare et je suis malheureusement venu les mains vides, s’excusa Draco.
— Mais le kidnappeur a prévu de quoi ne pas faire affront à ses hôtes, rectifia Thorvald.

Il tira d’on ne sait où deux bouteille de cidre, en précisant qu’il ne savait pas trop s’il était normand ou breton, ce qui fit rire tout le monde, sauf Draco qui ne saisissait pas l’allusion.

— Ne restons pas là, nous pourrions prendre racine, plaisanta Elzéar en poussant ses invités vers une lourde porte de chêne.

Ils accédèrent à une grande salle à manger au décor rustique : murs de pierres, lourd mobilier de chêne, tapisseries anciennes et verrières frappées d’armoiries et d’animaux fantastiques. Le repas fut pantagruélique et l’ambiance conviviale. Draco trouvait tout de même plus de style au Jézéquel qu’au Weasley. Le service était de porcelaine et les couverts en argent. La famille était bien habillée, à la mode moldue pour les enfants, sauf les deux aînés qui, comme leurs parents, portaient des tenues sorcières.

Lorsqu’on se leva de table, Eurydice emmena ses invités dans son atelier. Elle était horlogère et tenait une petite fabrique de pendules et de montres magiques. La maître artisan avait un apprenti sous ses ordres qui était déjà à l’ouvrage quand les jeunes gens arrivèrent. Draco fut soufflé quand il en découvrit l’intérieur de l’officine. Un assortiment de pendules les plus originales les unes que les autres recouvraient deux pans de murs. Sur le troisième s’appuyaient plusieurs étalages de montres aux formes et aux usages des plus divers et surprenants.

Le jeune sorcier britannique aurait voulu acheter une bonne partie de la marchandise tant il était subjugué par la qualité et la diversité qu’il découvrait la boutique. Mais Eurydice lui expliqua qu’elle ne travaillait que sur commande. Elle lui fit cependant cadeau d’une montre à gousset qui indiquait également la position des étoiles et la météo pour les jours à venir. Eulalie et Ephrem, qui était sœur et frère jumeaux, rejoignirent leur mère pour lui donner un coup de main, tandis qu’Elzéar emmenait les cousins Malfoy. Eleuthère leur emboîta le pas.

Avant de franchir le seuil de la boutique, le père et son fils échangèrent leur tenue sorcière pour des vêtements moldus, par un simple sortilège de métamorphose.

— Même à cette saison, c’est plein de touristes, expliqua Eleuthère.
— Des Moldus ? demanda Draco.
— Forcément. Les sorciers viennent ici en balai ou par les cheminées.
— Il y en a aussi qui se promènent en rue, tempéra Elzéar. Voici ma petite boutique.

Il poussa la porte d’une petite maison qui ne payait pas de mine, même si elle ne manquait pas de pittoresque. L’intérieur était tout différent : une boutique de haute couture pour sorciers. Différents modèles étaient exposés. Monsieur Jézéquel ne faisait que du sur mesure. Draco jeta un coup d’œil sur le catalogue et ne manqua pas de passer commande pour une robe de cérémonie. Il assura le tailleur qu’il recommanderait sa boutique à ses parents. Thorvald emmena, ensuite, Draco faire un tour sur le Mont, pour admirer le paysage.

— Il y a des fleuristes dans les environs ? demanda le jeune homme.
— A cette période de l’année ? s’étonna Thorvald. Tu trouveras plutôt des boutiques de souvenirs. Moldus, naturellement.
— J’aurais voulu offrir des fleurs à Madame Jézéquel.
— Bailly, corrigea Thorvald. Ici, les femmes mariées gardent leur patronyme. Tu pourras en acheter là où je vais t’emmener et les faire livrer.
— Aujourd’hui ?! s’étonna Draco.
— Oui, aujourd’hui, même.
— C’est parfait. Et les Jézéquel, tu les as connus à l’école ?
— J’ai côtoyé la plupart de leurs gosses à Beauxbâtons, sauf les derniers. Mais je les connaissais d’avant. Les Jézéquel sont assez connus dans la région. Ils sont très réputés pour leur savoir-faire et ils sont apparentés à pas mal de familles sorcières normandes et bretonnes. Donc, on les rencontre souvent dans les réunions, les mariages, les enterrements, etc.
— Mais ce n’est pas un village sorcier, ici ?
— Non, pas vraiment, c’est plein de Moldus.
— Alors pourquoi venir s’installer ici ?
— Il y a toujours eu des sorciers montois, expliqua Thorvald avec conviction. C’est une tradition aussi ancienne que le Mont, du temps où s’appelait encore le Mont Tombe. Comme il y a toujours un Cracmol ou un Moldu au courant de notre existence parmi l’autorité locale. Ça facilite la vie.
— Un Moldu au courant ? s’étrangla Draco.
— Parent de sorciers ou conjoint de sorcier, répondit Thorvald, lapidaire.
— Ce n’est quand même pas pratique pour faire ses courses.
— Tu as déjà entendu parler des balais et des cheminées ? demanda Thorvald ironiquement. Ce n’est pas la clientèle qui manque aux Jézéquel. Et les sorciers d’ici ne rechignent pas à sortir de la boutique pour se mêler aux Moldus. Ça fait exotique.

Cette fois Draco se garda de réagir. Tout en conversant, les deux jeunes gens déambulaient dans les rues et gravissaient de nombreuses marches. Thorvald invita Draco à s’approcher du petit groupe de Moldus qui s’apprêtaient à visiter l’abbaye. Ils pressèrent le pas et entrèrent les premiers, le groupe suivit de peu. Thorvald profita de ce que les Moldus s’engouffraient dans l’entrée pour pousser son cousin vers une porte que personne ne semblaient avoir remarquée.

Les deux garçons pénétrèrent précipitamment dans l’endroit exigu. Le Français sortit sa baguette et en tapota le mur. Un passage s’ouvrit sur un escalier très étroit. Ils s’y engagèrent et l’ouverture se referma derrière eux ; ils grimpèrent une première volée puis se retrouvèrent sur un palier se prolongeant par un long couloir au trajet biscornu. Au terme d’un parcours qui alternait escaliers et couloirs méandreux, ils se retrouvèrent devant un escalier à vis. Dès qu’ils eurent mis le pied sur la première marche, l’escalier se mit en marche et les mena, après une longue ascension, au sommet de l’édifice. Un autre accès magique s’ouvrit sur le clocher d’où ils purent admirer le panoramique.

— Epoustouflant ! s’exclama Draco. Je vais prendre quelques photos ... Oh, c’est dommage, je n’ai pas d’appareil avec moi.
— Moi, bien ! répondit Thorvald. J’avais prévu le coup. Tiens, prends-le.

Il lui tendit un petit appareil du même genre que celui dont il s’était servi la veille. Draco put prendre autant de photos qu’il le voulait.

— Où va-t-on, maintenant ? demanda-t-il, une fois qu’il en eut terminé.
— Accroche-toi bien, on va transplaner.

Sitôt dit, sitôt fait. Les deux cousins se retrouvèrent tout d’un coup dans un autre paysage. Ils avaient atterri sur un chemin au sein d’une forêt. L’endroit n’était pas tout à fait inconnu à Draco, mais il arrivait difficilement à le resituer dans la foule de ses souvenirs.

— Où sommes-nous ? demanda-t-il à son cousin.
— A Brocéliande, pas loin du domaine de Viviane. Tu connais ?
— J’ai visité, avec mes parents, quand j’étais un petit garçon ; je devais avoir cinq ou six ans, je ne me souviens plus très bien.
—Il y a un petit village sorcier, assez touristique, c’est pas là ... Autant te prévenir, l’accueil risque de ne pas être très chaleureux. Entre les Normands et les Bretons, ce n’est pas le grand amour... Sauf chez les Jézéquel.
— Je suppose qu’ils feront un effort d’amabilité commerciale avec un Britannique. J’aimerais acheter des fleurs.
— Tu vas trouver ça facilement.

Deux chênes se dressaient de part et d’autre du chemin, une fois qu’ils furent parvenus à leur hauteur, les deux jeunes gens virent apparaître le village. Des petites maisons de pierres au toit de chaume et aux châssis peints en bleu encadraient les méandres de la chaussée. Des enseignes de bois peints annonçaient les différents commerces.

Draco se précipita sur la première boutique de fleuriste pour faire livrer sur le champ un énorme bouquet à Mme Bailly. Ensuite Thorvald lui fit visiter les lieux : le palais de Viviane, le tombeau de Merlin, ... Le village sorcier qui s’était construit dans ces lieux mythiques était, évidemment, incartable. La visite se termina au puits de Morgane, une taverne construite autour d’un puits enchanté.

L’eau du puits était réputée pour donner beaucoup d’efficacité aux potions mais elle perdait sa propriété si elle était utilisée plus d’une fois par mois par le même sorcier. Elle avait également le don de faire revenir un objet perdu, à condition qu’on y jette une piécette d’or ou quelque chose à quoi on tenait. Beaucoup de sorciers présents dans la taverne portaient les cheveux longs et la barbe. Ils étaient vêtu de longues robes lignées ou à carreaux. On parlait peu français dans la taverne.

— On dirait du gallois, fit remarquer Draco.
— C’est du breton. Et on va se faire tout de suite repérer parce qu’on ne le parle pas, dit ironiquement Thorvald.

Il jeta un coup d’œil circulaire, certains visages le fixaient déjà, d’un air peu engageant.

— On a aussi nos originaux, dans les High Lands. En général, le sens du commerce, prend le dessus, susurra Draco.

Il se racla bruyamment la gorge avant d’aller s’asseoir à une table libre. Thorvald le suivit, goguenard. Le jeune Britannique se retourna vers le barbu à carreaux mauves et or, assis derrière lui.

— Bonjour ! Permettez-moi de me présenter : Draco Malfoy. Je suis anglais, dit-il en prononçant son nom à l’anglaise.
— Salud dit, Draco Malfoy, répondit le barbu. Erwan Gouellec eo ma anv.(3)
— Ravi de vous connaître !

Mais le sorcier avait déjà tourné la tête et il poursuivait sa conversation avec la sorcière attablée avec lui. Un serveur approcha et prit la commande. Draco opta pour une cervoise, Thorvald s’en tint au cidre. Ils sirotaient tranquillement leur consommation quand une jeune femme entra dans la taverne, belle à couper le souffle, élancée, la peau laiteuse, les cheveux blond filasse.

— Kerydwen Argoat, chuchota Thorvald à Draco.
— Vélane ?
— Un joli métissage. Ne te fie pas à son allure juvénile, elle doit être plus âgée que toi et moi réunis. C’est une sorcière redoutable, très réputée. Il vaut mieux être de ses amis que de ses ennemis.
— ... Mm, autant être avertis !
— Dites-moi que je rêve. C’est pas l’accent normand, ça ? demanda un gars qui longeait leur table pour en rejoindre une autre.
— Good afternoon, Sir, répondit Draco avec son pur accent Oxford-English. Let me introduce myself. My name is Draco Malfoy. I’m English.
— Il n’y a pas deux secondes tu parlais français ! s’exclama le gaillard, un homme bien baraqué aux cheveux bruns et courts.
— La bienséance voudrait que vous vous présentiez, répondit Thorvald. Et quand mon cousin parle français, c’est avec l’accent de la Touraine.
— Ouais, toi avec ton accent normand, tu vas pas me donner des leçons de politesse, grogna le gaillard, ici chez moi. Malfoïe ou Mal-foi, c’est du pareil au même, hein. On sait comment les Normands ont joué de la sorcellerie pour arriver là où ils en sont. Tu vois pas ce que je veux dire ? Hein ? Alors qu’il vienne d’Angleterre ou du Danemark, qu’est-ce que ça change ?
— Pourriez-vous nous dire en quoi nous vous avons importuné ? demanda, tranquillement Draco, avec un regard méprisant.
— Ecoute, l’angliche, ton existence-même est ...
— Ro peoc'h dezhañ, ma vefe posubl deomp evañ hon banne chistr trankilik !(4) interrompit Erwan Gouellec, mécontent, en criant par-dessus son épaule.

Le gaillard se redressa surpris et ravala sa salive. Il était sur le point de répliquer quand un sifflement strident le fit sursauter. Tous les regards se dirigèrent vers la semi-vélane qui venait de se faire entendre. Aussitôt, deux korrigans sortis dont ne sait où, se précipitèrent sur l’individu. L’un lui grimpa sur la tête et lui tira les oreilles tandis que le second lui mordillait les mollets. Il n’eut d’autre recours que de sortir au plus vite de la taverne, accompagné des rires et des quolibets qui fusait dans la salle.

— Trugarez, dit Thorvald à Gouellec.
— Mann ebet,(5) répondit-il. On en a assez de ce genre de type qui se ramène avec des guéguerres d’un autre âge. Et puis j’ai des parts dans la taverne. Je n’ai pas envie qu’on me l’abime.

Cette dernière sortie contribua à détendre l’atmosphère. Draco acheva sa cervoise, puis se rendit au comptoir pour acheter une fiole d’eau du puits. La belle Kerydwen ne le quittait pas des yeux. Elle se rapprocha de lui, subrepticement.

— Bonjour, petit garçon, lui susurra-t-elle à l’oreille. C’est bien, tu es resté calme, cette fois.
— Bonjour Madame, lui répondit-il, poliment, mais un peu embarrassé. Draco Malfoy, pour vous vous servir.
— Je sais qui tu es, dit-elle, taquine et même un brin moqueuse. Je reçois pas mal de monde, y compris des Anglais... Et je suis abonnée au Daily Prophet. Tu sais quoi ? ... J’ai même déniaisé ton ami, le jeune Nott ...

Draco la dévisagea, étonné, comment pouvait-elle savoir qu’il était l’ami de Théodore ?

— Ne rougis pas, comme ça ..., dit-elle, rieuse. Tu sais que ton professeur venait ici, de temps en temps, chercher de l’eau pour ses potions ?
— Ah ... Vous voulez parler du professeur Snape ?
— Evidemment ! Je ne parlais pas du gros morse ! s’exclama-t-elle, très gaie. Ah celui-là ! Il aurait voulu m’ajouter à sa collection de célébrités, comme on pose une potiche sur une étagère.

Elle se retourna vers le tenancier et le héla en haussant la voix

— Tanguy, tu as une dette envers les Bihan ?
— Ben ... Non ! Pourquoi ?
— Comment est-ce que tu supportes encore ce type, alors ?
— Non mais, j’étais sur le point de le faire sortir quand Erwan lui a crié dessus. On en a tous ras le chaudron de cette tête de veracrasse, dit le tenancier en rangeant la vaisselle. Je vous sers autre chose ? demanda-t-il à Draco.
— Pas pour le moment, je vais ... rejoindre mon cousin.
— Dommage, dit Kerydwen, câline, en lui caressant la joue du bout de l’index. Si je n’avais pas déjà un rendez-vous, je me serais bien occupé de toi. Allez, remets leur une bolée sur mon compte, Tanguy, qu’ils sachent qu’ils sont les bienvenus chez nous.
— Comme tu veux, ma princesse, répondit le cafetier, conciliant.

Draco la remercia et prit congé, embarrassé. Il se hâta de retrouver Thorvald.

— La demi-vélane, chuchota-t-il, elle me fait du rentre-dedans. Elle vient de nous offrir un verre, à tous les deux.
— Petit veinard, répondit Thorvald sur le même ton.
— Non mais, elle a l’air de connaître tout le monde et ...
— Elle n’a pas l’air. Elle connaît tout le monde et tout sur tout le monde. Sois sûr que si elle en avait eu le temps, elle se serait occupée de toi de façon très courtoise. Ta famille est fortunée et tu es passé entre les mailles du filet.
— C’est mon compte en banque qui l’intéresse ?
— Et ta jolie petite bouille. Quand quelqu’un ne lui plaît pas, elle le laisse sur le côté.
— Franchement, je ne serais pas très à l’aise si je devais me retrouver seul avec elle.
— Elle te mettrait très vite à ton aise, fais-lui confiance, répliqua Thorvald, en riant.

Le serveur revint avec les deux bolées. Thorvald se racla la gorge, leva le bol et lança un yec’hed mad ! (6) reconnaissant à la belle Kerydwen. Une fois les consommations terminées, le jeune homme se chargea d’aller les régler directement au comptoir. Il ne manqua pas de saluer la jeune femme.

— Salut, mon garçon. La prochaine fois que ton cousin vient en France, fais-moi signe.
— Tu sais, en France, j’y suis tous les jours, dit-il, non sans malice.
— Ts ts ! ... Toi, tu as tout ce qui faut. Il y a bien une fille de ton âge qui s’intéresse à toi.
— Pas que je sache, répondit-il, un peu gêné.
— Ouvre tes yeux ! Une petite demoiselle ... dont le prénom commence ... par E.
— Par E ? ... Une Jézéquel ? demanda-t-il, étonné.
— Peut-être bien, répondit-elle, amusée.
— Evodie, non, ça c’est sûr ; elle n’aime pas les garçons plus jeunes qu’elle, murmura-t-il. Eulalie, elle a déjà un petit ami. Emérence ? ! Mais elle est ...
— Elle est quoi ? ... Plutôt pas mal ! A ta place, je ne cracherais pas dans la soupe.
— ... Merci du renseignement ... et des conseils, bredouilla-t-il, troublé.

— Qu’est-ce qu’elle t’a dit ? Tu es tout rouge, fit remarquer Draco quand Thorvald l’eut rejoint.
— Rien ... une histoire de gamine ... Bon ! On prend la cheminée ?
— Comme tu veux ? Et où va-t-on ?
— Suspens ! Kenavo, dit-il à l’adresse de ses voisins de table.

Draco en fit autant et suivit son cousin vers la cheminée. Thorvald jeta la poudre de cheminette et invita son cousin à s’y engager.

— Tombeau de Rollon, lui souffla-t-il.

Les deux cousins se retrouvèrent donc assez vite dans la taverne normande. Thorvald salua ses connaissances et prit place à une table où se trouvaient déjà deux de ses copains.

— Je ne te cache pas que suis plus à l’aise ici, dit-il à Draco.
— Pourquoi ? Ils se sont montrés plutôt de bonne volonté, tes Bretons, répondit le cousin.
— Vous revenez du Puits Enchanté ? demanda Matthieu, l’un des amis.
— Oui, et on a dû se coltiner une tête de pioche, un certain Bihan, à ce que je crois.
— Oh, la vache ! s’exclama le premier copain.
— Au fait, je suis breton, dit l’autre ami.
— Draco, je te présente Matthieu et Cédric, on se connaît de Beauxbâtons. Draco, mon cousin anglais.
— Ravi de faire votre connaissance, fit Draco.
— Pleased to meet you, répondit Matthieu en riant.
— Et alors quoi, la tête de pioche ? s’enquit Cédric.

Thorvald raconta l’incident à ses deux amis. Tout le monde pouffa en y ajoutant son petit commentaire. Les jeunes gens commandèrent une bouteille de Calvaflamme et lui firent honneur. De verre en verre, les langues se déliaient et la prononciation devenait de moins en moins certaine. Draco devait faire de plus en plus d’efforts pour trouver ses mots.

— Thorvald, bafouilla-t-il, qui est-ce la ’tite T’wesse ?
— La p’tite Tresse ? s’interrogea Matthieu en grimaçant.
— Non, la petite ... tes sœurs, là ... avec le clergyman, dans la cassf’... cathédrale ... il a parlé de la petite Tré ...t’resse !
— Hein ? ... la petite traîtresse ?! s’écria Matthieu.
— La petite Thérèse ! s’exclama Cédric, qui venait de saisir.

La bande des copains s’esclaffèrent.

— Mais qui est-ce ? ! insistait Draco.
— C’est une sainte nonne de Dieu, s’écria Matthieu en riant.
— Il doit pas savoir ce que c’est, ça ‘xiste pas en Angleterre, bredouilla Thorvald.
— De quoi ? demanda Cédric.
— Des nonnes !
— Quoi ? Z’ont pas un moine, là-bas ? à Hogwarts ? Un moine grassouillet, qué’qu’chose comme ça ? enchérit Matthieu.
— Le Moine Gras, déclara Draco, sur un ton solennel.
— Eh ben, expliqua Matthieu, la nonne, c’est comme un moine, sauf que c’est une femme.
— I know ... ce que c’est une nonne, protesta Draco. Il y a des ... des ... des choses comme ça, en Irlande ... les fantômes ... du monastère ... Sainte Dymphna. Donc, la p’tite Th’rèse, c’est un fantôme.
— Non ! s’exclama Cédric. C’pas un fantôme, c’t’ une nonne qu’est morte, y a une centaine d’années. Elle a écrit sa vie, même si elle était très jeune ... quand elle est morte. Après les Moldus ont lu le livre, ça leur a plu ... ils la trouvaient sympa.
— Et ils ont été faire leur petite prière près de sa tombe, ajouta Matthieu. Et puis, on sait pas très bien comment ça s’est passé mais ...
— ... Ben, poursuivit Thorvald, ce qu’est sûr, c’est qu’y a eu des sorciers qu’ont exaucé des prières ... avec des sortilèges.
— D’ailleurs, c’est devenu un sport, ajouta Cédric. On se mêle aux Moldus, on écoute ce qu’ils racontent, ou on lit ce qu’ils écrivent ... dans les grands livres des églises et, quand c’est pas trop compliqué, on envoie un petit sortilège.
— Quoi ? ! s’étrangla Draco.
— Comment « Quoi ? « ! C’est le seul endroit où on a le droit de faire de la magie ...quand on n’est pas majeur ! s’esclaffa Cédric.
— Pour aider des Moldus ? ! s’étrangla Draco, en passant au rouge vif.
— Ben oui, quoi ! Et alors ? ! rétorqua Matthieu.
— Attends, tu sais c’qu’il a demandé, l’aut’fois ? grogna Thorvald. Si l’Jézéquel étaient Sang-Pur !
— Mais on s’en taaaaaaaaaape ! hurla Matthieu.
— Rien à cireeeeer ! renchérit Cédric. T’sais quoi ? Chui un pur Né-Moldu !
— Et ton ... ton Lord Volapluk, là ... dit Matthieu, c’était d’jà un Sang-Mêlé. Comme moi !
— Et du côté des Gaunt, du Sang de Purs Dégénérés, ajouta Cédric, une famille de tarés.

Draco se resservit rapidement un verre et l’avala cul sec.

— Ecoute Dragon, là, poursuivit Thorvald, ma grand-mère paternelle est Née-Moldue et mon grand-père maternel EST un Moldu ! Mais par le calecif de Merlin, tu le savais en débarquant chez nous, non ? ! ... Toutes ces années à nous snober parce que ... et là ... tu débarques et tu ... tu ... tu sais quoi !
— Et mais je je ... je ne ... n’ai rien dit contre ... contre... ta famille ! prostesta Draco en bafouillant et en se resservant.
— T’as pas intérêt, répliqua Thorvald.
— Je ne com ...prends pas pourquoi twè ... tu es faché ! marmonna le cousin. Je suis ... seule ... seulement étonné de vos sports now... normands !
— Mwrf ! pouffa Cédric. Tu le tiens pas le coup, le coucou !
— Et tout ça ... pour une ssssaintttte ... neunnnnnne ... nonne ... de D ... de Dieu ! marmonna Draco.

Il fit au moins l’unanimité sur cette phrase ; tous les copains pouffèrent. Leif approcha, un hibou sur l’épaule.

— Thorvald, tu n’aurais pas oublié l’heure du dîner, des fois ? demanda-t-il à son client.
— Chaipas ! L’est quelle heure ?
— L’heure pour Birgit de m’envoyer un hibou pour savoir si tu ne traînerais pas par ici.
— Ben ... on va r’tourner, ’lors !
— Et tu retournes comment, dans cet état-là ?
— Ch’m’née !
— HHHouuuullla ! ... Fameuse, l’élocution ! Je te conseille de goûter à la potion du patron, histoire de pas vous retrouver de l’autre côté de la ville.
— Bn’idée ! T’ajouteras ça à la note.
— Compte sur moi, dit Leif en s’éloignant pour ramener sa potion de clairidée.

Quand les deux cousins eurent avalé le petit dé à coudre de la liqueur jaune qui leur permettait de parler sans bredouiller et qu’ils en ressentirent les premiers effets, Thorvald paya régla ce qu’il devait puis il poussa Draco vers la cheminée C’est ainsi qu’ils atterrirent sans dommage dans le salon familial. Birgit les attendaient, les poings sur les hanches.

— Ah vous voilà ! C’est pas trop tôt.
— Désolé, maman, on n’a pas vu passer l’heure.
— A sentir son ton haleine, tu n’as pas perdu ton temps, déclara Ansgar, un sourire en coin.
— Oui, ben ... Leif nous a servi sa petite potion, pour pas prendre de risque au retour.
— Ah ... vous m’en direz tant ! répondit Birgit, une bonne soupe à l’oignon, c’est ça qui vous faut, pour vous remettre d’aplomb.

Ansgar se dit qu’il ferait mieux de tenir à l’œil les deux garçons, surtout leur invité qui semblait avoir la descente facile. Il laissa soigneusement ses meilleures bouteilles, les réservant pour le lendemain. Thorvald et Draco n’eurent droit qu’au cidre, comme leurs cousines, tout au long de la soirée.
End Notes:
1. Normand et Breton
2. Sorcière-Hebdo
3. Bonjour Draco Malfoy, je m'appelle Erwan Gouellec
4. Fiche-lui la paix, que nous puissions boire notre cidre tranquillement
5. Merci / De rien
6. Santé !
Le lendemain de la veille by Persis
Author's Notes:
J'avoue que j'étais moins inspirée pour ce dernier chapitre.
Le soleil était bel et bien levé. Ses rayons venaient taquiner le nez de Draco qui faisait la grimace. Son lever à lui se fit sous le signe du mal aux cheveux. Une douce musique de Noël résonnait dans l’air, un air où tintaient des clochettes soutenue par la voie d’un pipeau. Le jeune homme tenta de se commémorer ce qu’il avait fait la veille. Il s’était levé tard, était allé se promener avec les cousins en discutant de tout et de rien, puis il avait donné un coup de main aux préparatifs dans l’après-midi, une chose dont il n’avait pas l’habitude. Il avait reçu du courrier de ses parents et distribué les cartes de vœux qui leur étaient destinées à ses cousins.

Les repas de ce début de 24 décembre avaient été légers et peu arrosés. Par contre, la soirée ... Un souper pantagruélique, de grands crus et, en pousse-cafés, des alcools faits maison qui titraient un plus haut degré d’alcool que ceux du commerce. Bref, de quoi éprouver la résistance du foie et de l’estomac. C’était bien différent des réveillons de son enfance et de sa prime adolescence, mais il n’avait pas boudé son plaisir. Il s’était déconnecté des soucis, des ombres du passé et il avait profité pleinement de l’atmosphère détendue et bon enfant.

Au fait, il ne se rappelait plus très bien comment cela s’était terminé. Il avait un vague souvenir de musique et de danses, par contre celui de son coucher était aux abonnés absents. Il se traîna vers la salle de bain et hésita une éternité sur les vêtements à mettre. Ceux de la veille n’étaient plus très frais et il aurait les rafraîchir, mais l’état vaseux dans lequel il se trouvait toujours le faisait hésiter à avoir recours à la bonne vieille magie. Il opta pour une autre tenue qui pouvait tout aussi convenir, noire avec des ornements verts et argent.

Il descendit au salon où l’attendait le reste de la famille. Il n’y avait seulement la musique de circonstance, des petites animations en papier coloré voletaient dans les airs : un Nisse de Yule, dans un traineau tiré par des chèvres, une guirlande de pommes de pin ou de lutins au bonnet pointu ... Ses cousins l’attendaient au salon, revêtus, pour la circonstance, de leur plus belle tenue sorcière. Draco admirait secrètement les broderies d’entrelacs marqués de tête d’animaux fantastiques ou de runes.

Les jumelles ne purent s’empêcher de sourire en voyant la mine mal réveillée du jeune britannique. Ansgar lui tendit, d’un air entendu, une petite potion contre la gueule de bois. Il la prit mais refusa de prendre quoi que ce soit d’autre, à part une tasse de thé. Le déballage des cadeaux pouvait commencer.

Draco offrit des livres à ses cousines, un traité de potions et un autre de sortilèges. Thorvald reçut de lui une paire de miroirs à double sens. Ansgar eut droit à six bouteilles de whisky Purfeu de la distillerie Gordon et Fils. Quant à Madame Inguier, elle eut le bonheur de découvrir, dans son écrin, une broche dont les gemmes s’adaptaient, d’elles-mêmes, aux couleurs de ses vêtements.

Draco reçut un traité de runes, six bouteilles de Calvaflamme, un kit de plumes autonettoyantes et une boîte à musique avec des airs inconnus. Après quelques verres de potions-maison, l’estomac du jeune homme fut d’aplomb pour affronter le repas qui s’annonçait et les boissons qui l’accompagnaient.

L’atmosphère était gaie et détendue. Les jumelles pétillaient de plaisanterie, se taquinaient et riaient pour un rien. Il y avait une chose pour laquelle Draco éprouvait une infinie reconnaissance envers ses hôtes. Aucun des membres de la famille n’évoquait l’Angleterre, la guerre encore récente, son contexte et ses conséquences. Aucune ombre n’était projetée sur ce moment de bonheur. Il pouvait vraiment laisser derrière lui ce qui pesait encore sur ses épaules, goûter le bonheur simple d’un Noël en famille, même si ce n’était pas la sienne. Surtout parce que ce n’était pas la sienne.

Une autre langue, d’autres coutumes, une autre sensibilité, mais c’était Noël, avec sa légèreté et sa magie, son parfum d’enfance et de légende. Pluie d’étoiles, comètes miniatures, trains volants, feux follets, musiques féériques et airs inconnus, surgis de nulle part, surprenant à chaque fois, créaient une ambiance de circonstance. S’il ne se répandait pas en paroles, Draco n’en était pas moins euphorique.

Comme il avait vu que le sujet amusait la galerie, il ramena, d’une phrase, le sujet de la petite Thérèse sur le tapis. Chacun y allait de son commentaire, de son anecdote et de sa petite histoire. Les rires et les bons mots fusaient, Ansgar et Birgit allèrent chercher leurs albums photos pour illustrer leurs récits cocasses ou attendrissants.

Quand elle était plus jeune, Birgit avait, un jour, usé d’un savant mélange de sortilèges de son cru pour prendre l’apparence de la célèbre nonne et amener des pèlerins qui avait cru la reconnaître, jusqu’au sanctuaire. Ils et elle s’était lancée dans un chassé-croisé à travers la ville, puis elle avait, in extremis, repris son apparence réelle alors qu’ils approchaient au but.
Du temps où il était étudiant, Ansgar s’était déjà amusé à faire revenir les objets perdus inscrits dans un grand livre d’intentions de prières et, chose plus ardue, à retrouver ensuite leurs propriétaires.

Plus facétieuses, les jumelles faisaient régulièrement des « apparitions » déguisées en bonnes sœurs, rendaient de menus services puis se jetaient mutuellement un sortilège de désillusion pour échapper aux regards des crédules qui criaient au miracle. Quant au téméraire Thorvald, il avait parfois présenté à boire, comme eau bénite, des potions curatives de son cru, en en masquant leur goût.


Amusé par ces récits où l’on s’était joué gentiment de Moldus crédules, Draco alla chercher ses dernières de photos et, une chose en amenant une autre, la conversation passa des Jézéquel aux tenues sorcières de ses hôtes. Le jeune britannique ne manqua pas de leur dire combien il en admirait les motifs ornementaux.

— Tous ces entrelacs ont-ils une signification ? s’enquit-il.
— Une signification symbolique, expliqua Ansgar. Mais ce n’est pas un langage en soi. Par contre, le choix des runes et des animaux fantastiques est pesé et réfléchi. Voilà Mjöllnir, le marteau de Thor, un grand sorcier, très puissant, des temps anciens. Cela symbolise la maîtrise de sorts liés au feu et à la lumière. Là, tu as deux têtes de boucs, qui incarnent la persévérance, ne pas se laisser abattre par les difficultés et se relever après chaque déboire. Le coq sur la tunique de Birgit est le signe de la vigilance, de la protection et de la fécondité.
— Le dragon est le gardien de la source, donc de la vie, poursuivit Birgit. C’est aussi le porteur de la vengeance, celui qui retire sournoisement la vie aux traîtres et aux voleurs.
— On étudie tout ça, à Beauxbâtons ? demanda Draco.
— Ah non, là, pas du tout ! s’esclaffa Thorvald. Pourquoi, vous étudiez les Vikings, à Hogwarts ?
— L’histoire de la magie est donnée par un fantôme soporifique au possible, répondit Draco, blasé. La plupart du temps, je faisais mon courrier, pendant son cours.

Les jumelles éclatèrent de rire.

— Il n’y a que les sorciers normands qui s’intéressent à tout ça ? poursuivit-il.
— Surtout les Normands, expliqua Ansgar, mais pas qu’eux. Nos voisins bretons sont aussi très proches de leur culture d’origine et s’intéressent à la nôtre.
— Oui, et ils ont leur langue qui ressemble au gallois, renchérit Draco.
— Du breton, quoi ! gloussa Dagmar.
— Et vous aussi, vous avez une langue spéciale ?

Les Malfoy normands se mirent à rire.

— Non, on ne parle pas le norrois, s’esclaffa Gudrun. Pourquoi, tu parles l’ancien français, toi ?
— ... C’est une façon de voir les choses, accorda Draco.
— Tu percutes que ce sont aussi tes racines ? réattaqua Dagmar, taquine.
— Percutes ? interrogea Draco qui ne percevait pas toujours toutes les nuances du français parlé.
— Elle veut dire que ce ne sont pas seulement nos racines, ce sont aussi les tiennes, expliqua Birgit. Les Malfoy qui se sont installés en Angleterre ont les mêmes ancêtres que nous.
— Oui, soupira Draco, un peu décontenancé. Mais vous, vous avez gardé ce contact avec votre filiation. Enfin ... je voudrais en apprendre plus sur les sorciers vikings. Est-ce qu’il y a une magie spécifique à nos ancêtres ?
— La magie reste la magie et les sortilèges sont à peu près les mêmes partout, démystifia Ansgar. Mais il y a quand même des petits trucs, des petites recettes.
— Et mon rêve, ce serait de faire une année supplémentaire à Den lille havfru, déclara Thorvald.
Lilafol ?! s’exclama Draco, en fronçant les sourcils.
La petite sirène, l’école de magie danoise, répondit son cousin en riant.
— Je ne connais pas bien cette école, avoua Draco.
— Elle n’a pas la renommée des autres comme Hogwarts ou Durmstrang, mais elle a son originalité, expliqua Birgit.
— C’est une bonne idée, d’aller faire une année supplémentaire, ailleurs, approuva Draco ... Je devrais y penser.

Le soir venu, personne ne retarda son coucher. Draco alla dormir, non pas satisfait, mais heureux, extatique. Ce Noël avait été le plus beau et le plus agréable depuis longtemps, le climax de son séjour en Normandie.

*°*°*


Lucius profita que son fils portait sa cuillerée de potage à la bouche pour poser sa question.

— J’espère que nos cousins ne t’ont tout de même pas imposé trop souvent la présence de leur parentèle mésalliée.

Draco leva les yeux et regarda froidement son père. Le sourire complaisant de Lucius se figea dans une grimace qui ne le mettait pas à son avantage. Draco avala ce qu’il avait en bouche et lui répondit sur un ton aussi posé que glacial.

— Les membres de leur famille que j’ai rencontrés à la Saint-Etienne étaient des personnes fort charmantes.
— Vraiment ? fit Lucius sceptique. Il me semblait pourtant que l’épouse d’Ansgar avait des alliances peu recommandables.
— Son beau-frère alsacien est né de Moldus et sa belle-soeur est une Cracmole, admit Draco, mais ils n’ont rien de peu recommandables.

Lucius faillit recracher son velouté de champignons ; il se mit à tousser, s’essuya la bouche et avala une gorgée d’eau.

— Comment oses-tu dire une chose pareille ? grogna-t-il.
— Parce que je les ai côtoyés et qu’ils savent se tenir en société, répliqua-t-il, une lueur de rébellion dans le regard.
— Draco veut certainement dire qu’ils connaissent leur place et qu’ils y restent, risqua Narcissa.

Lucius se contenta de soupirer.

— J’aurais préféré que tu passes Noël avec nous, avoua-t-il, après une courte pause.
— Je n’avais pas envie de passer Noël dans un pays chaud. J’ai appris des tas de choses chez nos cousins et s’il a fallu, pour ça, croiser des gens qui ne sont pas de notre milieu, ça en valait la peine.
— Vraiment ? demanda Lucius, sceptique.
— Qu’importe qui nous en apprend davantage sur la magie, quand cette magie est bonne à pratiquer.
— C’est vrai, concéda son père. Mais je ne voudrais pas que tu en fasses une habitude.
— Mais qu’avez-vous fait, lors de la première chute de Celui-qu’on-veut-oublier ? ! objecta Draco, avec une assurance tranquille. Vous avez montré patte blanche, vous avez essayé de vous fondre dans la masse, non ? Alors pourquoi me reprocher de faire la même chose ?
— Je ne te reproche rien ! se récria Lucius, avec une évidente mauvaise foi. Non, il est ... il est tout à fait normal que tu ... que tu cherches à rétablir ... à rétablir ton image face ... face à ces ... derniers changements de société.
— C’est pour ça qu’il n’est pas mauvais que je m’affiche avec des gens qui ne sont pas de notre milieu. Mais rassure-toi, papa, je n’ai pas l’intention d’inviter les Weasley à notre table.

Lucius s’efforça de rire, d’un rire forcé.

— Au fait, tu connais «La petite sirène», l’école de magie danoise ? poursuivit Draco.
— Oui, fit Lucius, sur un ton peu engagant. Une petite école insignifiante, sans ambition et sans relief.
— Thorvald voudrait y passer une année supplémentaire pour en apprendre plus sur la magie de nos ancêtres.
— Pfff ! ... Je ne vois pas très bien ce qu’il va y apprendre de si intéressant. Si c’est pour faire une année supplémentaire, autant la faire à Durmstrang.
— Tu penses franchement qu’une année à Durmastrang redorerait mon image publique ? demanda Draco avec un cynisme appuyé.
— ... Tu ne vas tout de même pas perdre ton temps à La petite sirène ? ! s’offusqua Lucius ... Enfin, c’est le tien, de temps, après tout, pas le mien ..., ajouta-t-il, dédaigneux.
— L’idée de suivre une formation complémentaire sous d’autres cieux ne me déplait pas. Je vais prendre le temps d’y réfléchir, pour faire le bon choix.
— Mon chéri, ton père et moi, on aimerait tout de même rester quelques mois de plus en famille, tu sais, insista Narcissa. C’était déjà un crève-coeur de te voir retourner à Hogwarts pour ta septième année.
— Eh bien, je suis là, maman, répondit Draco avec un sourire plus poli que sincère.
— ... Pour le moment, marmonna Lucius.
— Demain, je passerai au Daily Prophet. J’ai une interview avec Skeeter de mon coeur. Je lui refilerai les négatifs des photos prises en France. Peut-être que papa devrait éviter de lire le journal un moment. Ça risquerait de lui donner des émotions.
— Franchement, Draco, je ne trouve pas ça drôle, répliqua Lucius, sur un ton qui se voulait autoritaire.

Mais Draco ne se laissa pas impressionner. Il devrait, de toute façon tracer sa propre voie, quoiqu’en pense son has been de père.
End Notes:
A ce jour et à cette heure, dix-huit lecteurs sont parvenus jusqu'à la fin de ce dernier chapitre et aucun n'a cru bon de mettre une petite review.
... Snif ! C'est Noël aussi pour l'auteure !
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