Les revenants by Labige
Summary:


Skyltik



Alors que le monde sorcier essaye de se reconstruire, Hermione décide de terminer ses études à Poudlard. Elle veut être reconnue pour ses capacités, et pas simplement pour son amitié avec Harry.

Alors qu’il se sent méprisé et perdu dans un monde d’ignorance et de préjugés, Draco choisit de leur montrer à tous qu’il peut réussir et ce, malgré ses erreurs passées.

Ils auraient pu s’ignorer mais se retrouvent à se soutenir. Surtout quand une série d’étranges évanouissements commence…


Categories: Biographies, Durant Poudlard, Romance (Het) Characters: Autre personnage, Drago Malefoy, Hermione Granger
Genres: Aventure/Action, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 7 Completed: Non Word count: 13496 Read: 5655 Published: 27/09/2015 Updated: 15/11/2015
Story Notes:

Cette fanfiction est ma première fanfiction "longue" pour laquelle j'ai de l'avance. Je vais donc essayer de tenir un rythme de publication hebdomadaire.
N'hésitez pas à laisser vos avis, ils permettent à l'auteur de s'améliorer, de comprendre ce qui plait et ne plait pas ;-)

Bonne lecture !

Merci à Lucette pour ses corrections, et Eanna pour ses avis éclairés !

1. Perdus by Labige

2. Babillements extraordinaires by Labige

3. Le ciel est bas et lourd comme un couvercle by Labige

4. Etouffer en silence by Labige

5. Débuts difficiles by Labige

6. Morceaux qui tombent by Labige

7. Pardonner by Labige

Perdus by Labige
Author's Notes:

Monica et Wendell Wilkins sont les prénoms des parents d'Hermione après leur modification de mémoire.
Je leur donne comme vrais prénoms Elisabeth et Charles.

Hermione pose un pied hors de l'avion et suit les autres passagers. Elle tripote nerveusement son passeport, et se demande ce qu'elle fait là pour la trois cent quarante-deuxième fois depuis qu'elle a décollé. 
La jeune sorcière a décidé de prendre l'avion plutôt que d'attendre l'autorisation du Ministère pour un Portoloin car elle veut reprendre autant que possible la vie qu'elle avait avant. Avant qu'elle n'abandonne ses parents, qu’elle ne les mette à l'abri si loin. Quand elle leur racontait avec des yeux émerveillés ce qu'elle découvrait à Poudlard, et qu'elle faisait entrer un peu de magie dans leur quotidien.

En récupérant sa valise, Hermione a une pensée dont elle a honte. Elle a l'impression de faire une purification en venant ainsi, et en logeant dans une auberge moldue sans chercher à rencontrer la communauté magique présente. Pourtant, ce n'est pas l'envie qui lui manque ! Mais elle part retrouver des personnes qui ont tout oublié des six années passées qu’elle a passées entre deux mondes. Des personnes qu'elle doit aborder tout simplement.
C'est un peu comme si elle regrettait d'avoir ce sang impur. La magie devient une souillure qui a détruit sa famille. Elle ne le pense pas vraiment, mais l’idée est latente…

Sur le chemin entre l'aéroport et l'auberge, ses grands yeux de petite fille découvrent avidement un paysage de contrastes. Hermione ne rencontre tout d’abord que des étrangers qui explorent comme elle ce territoire à la fois hostile et domestiqué. Elle flâne, retarde le moment redouté puis finit par se plonger dans les recherches.

Des Wilkins, il y en a pas mal sur cette immense île et Hermione a décidé de se concentrer sur la ville d’où a été expédiée l'unique carte de sa mère à sa meilleure amie. Elle a d’ailleurs bataillé pour expliquer maladroitement à cette femme la raison du départ de ses parents. Elisabeth et Charles Granger sont partis si rapidement en Australie que personne n’a compris. Ils ont tous vu ces amis s’envoler précipitamment et laisser derrière eux une maison vide. 

Elle est allée voir les offices d’immigrations et Hermione a fini par les retrouver. Un couple de vieux amoureux qui goûtent une vie sans enfant et sans attache. Leur situation semble instable, ils ont après tout débarqué ici presque sans rien.

Pour Hermione, il a été très difficile d’avoir le courage de les aborder dans la rue et de trouver un prétexte pour boire un café. Elle a essayé d’abord d’expliquer la situation, leur a montré sa baguette magique et leur a donné des détails qu'elle n'aurait pas dû connaître.

Oh bien sûr, elle a lu la peur dans les yeux avant de dire les mots qui ont délivré leurs mémoires. Et le regard apeuré s'est transformé en regard vague, qui cherche à s'accrocher.

Ils se sont revus quelques fois. Hermione a laissé à ses parents le temps de réfléchir à ce qu'elle avait fait et à ce qu’ils voulaient faire à présent.


*


« Je suis un peu perdue... Je ne me sens plus l'âme d'être dentiste et pourtant, j'ai l'impression que l'Australie n'est plus qu'un rêve... dit Elisabeth Granger.
- Monica, ne t'inquiète pas, ça va revenir... On va se retrouver tous les trois, d'accord ? » rassure son mari en prenant la main de sa femme et de sa fille.

Hermione n'entend pas l'espoir dans la voix de son père. Elle n'entend que Monica, prénom venu si naturellement. Qu'a-t-elle cru ? Qu'il suffisait de murmurer quelques mots et d'un mouvement de main, pour que ses parents retrouvent leur identité ? Qu’ils se souviendraient de leur vie d'avant, de la place de la magie dans son quotidien ?


Elle hoche vaguement la tête et laisse les larmes couler. Ca fait mal, très mal. 
Peut-être encore plus que de savoir qu'ils vivaient tranquillement leur nouvelle vie.  Elle aurait pu repartir sans leur révéler la vérité et rien n’aurait changé ; elle aurait disparu de leur monde une nouvelle fois. Et les aurait laissés en paix…

 

Elle aurait dû les laisser en paix, peut-être les rencontrer différemment, en tant qu'étrangère. Ou même s'obliger à ne jamais les revoir.
Elle a joué avec la magie pour leur plus grand bien et ils en payent maintenant le prix.

Sa mère passe un bras hésitant autour de sa taille, et attira sa fille contre elle. Elle lui embrasse le front et pleura avec elle. Leur vie de famille recommence, mais ce sera bien différent. Et Hermione a peur de cet inconnu, un inconnu qui va mélanger tout ce qu'elle connait, tout ce qu'elle a espéré retrouver et qui vogue déjà vers des horizons étranges.

 
Ils discutent de beaucoup de choses, tombent d'accord sur certaines et doivent s'obliger à reporter les décisions sur d’autres. Hermione se sent toute petite et tellement perdue entre ces deux corps aimés. Elle est perdue elle aussi.

Ses parents rentreront en Angleterre dans un mois, le temps de dire au revoir à une vie tissée ici et trouver des points de repères auxquels s'accrocher. 
Ils s'appellent encore souvent Monica et Wendell plutôt que Elisabeth et Charles ; sa mère ne reprendra pas son métier de dentiste mais continuera le bénévolat auprès des femmes seules, comme elle le faisait en Australie ; son père reprendra un cabinet, mais il pense plutôt s'associer à quelqu'un. Ils essayeront de revivre dans leur maison, bien qu'ils doutent la retrouver dans un bon état.

Hermione leur assure que leurs voisins se sont engagés à y faire des tours régulièrement.
Là-bas, d'autres personnes les connaissent, et il y a encore la famille qui a été à peine informée de ce voyage australien.

Peut-être qu'après tout, avec les mois et les années, Elisabeth et Charles retrouveront le sourire qui lui manque tant. 
Hermione leur a demandé de regarder la photo prise d'eux trois sur la plage de Deauville, lors d'un voyage en France. Elle sait que son père garde toujours ce souvenir avec lui et elle espère qu'un an après il n'a pas changé ces petites habitudes 
Il ouvre son portefeuille et découvre qu'Hermione a repris sa place, entre ses parents, sur la plage. 

Il la regarde, surpris, et puis sourit.

« Je m'en souviens à présent, ça me semblait étrange dans ma tête de parfois parler dans le vide sans qu'Elisabeth me réponde. Il faisait si beau... Ce serait bien d'y retourner ensemble.»

Elisabeth pleure encore plus. Hermione aussi.

 

*

 

Dans l'avion du retour, Hermione savoure cette semaine passée avec ses parents. Ils lui ont montré des paysages magnifiques, aussi bien désertiques que montagneux. Elle a laissé la mer lui lécher les pieds, emmitouflée dans un gros pull à cause de la saison fraîche. Elle a parcouru leur ville sous la neige en rencontrant des personnes qui construisaient leur nouvelle vie.

Ils n'ont pas beaucoup parlé de magie, ni même de Poudlard et encore moins de ses amis qui l'attendent en Angleterre. Elle leur a juste dit qu'elle y retournait pour une nouvelle année mais passerait du temps avec eux, beaucoup plus qu'avant. Elle obtiendrait le droit de passer des week-ends hors de l'école, dut-elle enfreindre le règlement !

C'est une décision qu'elle n'a pas encore avouée à Harry et Ron. Ils ont respecté son silence jusqu'à ce qu'elle retrouve ses parents, mais il lui faut à présent trouver les mots.

Elle retournera à Poudlard et les laissera tous vivre un peu leur vie.

 

Hermione respire, sourit à la serveuse qui lui propose de l'eau et part dans la contemplation de la mer qui s'étend.

Elle va reconstruire son monde, elle se le promet.

End Notes:

Merci d'avoir lu ! Le chapitre suivant est sur Draco, il continue cette sorte d'introduction qui finira avec le quatrième chapitre et l'arrivée à Poudlard :-)

Je sais que je suis passée vite sur les parents d'Hermione mais nous les retrouverons plus loin. Je ne voulais pas non plus être mal à l'aise avec des retrouvailles plus détaillées pour garder cette Hermione perdue.

Merci à Lucette pour son aide !

Babillements extraordinaires by Labige
Author's Notes:

Thème Extraordinaire – Nuit 15/08 (légèrement développé)

Merci à Lucette pour ses corrections toujours pertinentes et sa patience, et un GRAND merci à Eanna pour sa review et son avis détaillé et stimulant :D


Quelques bâillements échappent à Draco dans l’escalier. Il se sent tiraillé, fourbu et pourtant, il a l’impression d’avoir bien dormi. Ni trop, ni assez mais surtout d'un sommeil profond, celui qui lui garantit de ne pas se réveiller.
Et se réveiller pendant la nuit, ça lui arrive presque chaque fois, inlassablement, depuis cinq mois.

Les premières fois, sursaut, transpiration. Peur. Il ne pouvait rien oublier. Ni la terreur au Manoir, ni les cris des tortures, ni le bruit assourdissant des morts et la panique de la bataille. Et la lâcheté, celle qui hante ses souvenirs ! Il s’attarde sur chaque moment en se disant « et si », il entretient en quelque sorte la honte pour ne pas oublier.
Ne pas oublier qu’il n’a jamais fait partie de ceux qui ont osé, ceux qui ont su dépasser tout ce qui leur a été dit, ceux qui ont su mettre en doute leur héritage.

Draco sait que tout ce qu’il a entendu, tout ce qu’on lui a dit et montré n’est pas totalement vrai. Ne l’était pas, et ne le sera jamais.
Mais certaines convictions sont profondes et la haine a du mal à partir.

Certains jours, elle grandit encore, s'épanouit en enfonçant ses racines dans les événements qui ont bouleversé sa vie. Il déteste encore Potter et sa clique, il les hait pour avoir toujours séparé les bons des méchants, pour avoir creusé ce fossé insurmontable entre eux et entretenu ce manichéisme. Oh bien sûr, Draco reconnaît qu'il a entretenu cette distance en les méprisant, en leur crachant son dégoût et sa jalousie. Il y a des choses qu'il regrette. D'autres non.

Il n'oublie pas qu'il a pu toujours compter sur l'amitié de Blaise malgré des divergences d'opinions, mais, après tout, ils n'ont pas la même famille, ni le même passé. Et aussi sur celle de Pansy qui a su l’aider, malgré ses airs de gamine avide de ragots. Elle appuyait ses attaques, détestait autant Granger que lui et pourtant, ils ont beaucoup ri ensemble !

Ces pensées douloureuses sont là, chaque matin. Il creuse encore et encore, cherche ce qu'il aurait pu faire ou dû faire, se flagelle parfois pour sa bêtise. Mais Draco a bien compris qu'il n'est pas que noir à l'intérieur. Ca le rassure beaucoup. Il sait aussi qu'ils ont tous des feuilles noires et blanches qui bourgeonnent en eux, et que c'est à chacun de doser le gris qu'il veut montrer.

C'est si simple de retourner ces événements encore et encore dans sa tête, de se laisser emporter dans les abîmes de ses souvenirs. Il pense beaucoup à sa relation avec ses parents, y relève des marques de tendresse et d'autres moments, plus durs et secs. Ils lui ont donné une éducation au-dessus des sorciers de basse condition.

Draco se passe de l'eau sur le visage, enfile un tee-shirt et se traîne jusque dans la cuisine pour commencer une nouvelle journée.

Il prend la bouilloire, la remplit d’eau et la pose sur la gazinière. Il tourne le bouton, sursaute comme toujours au bruit des premières étincelles et se sent toujours rassuré de voir la flamme s’allumer. Il ne se rend même pas compte qu’il a laissé sa baguette sur la table de nuit. Draco est juste passé du confort moelleux du matelas et de la couette, à celui de l’odeur du café.

Il hait le café en réalité, le goût est répugnant et en boire le matin est un supplice, sa petite torture. Nécessaire pour avoir l’esprit réveillé.
Mais l’odeur… l’odeur, c’est un peu le paradis.

C'est un nuage vers ces doux matins d'été, quand il courrait sur la terrasse pour dévorer son pain au chocolat et tremper ses lèvres dans le chocolat chaud fait maison. Il arrivait toujours quand son père était plongé dans son journal, sa tasse de café à la main. Il lui laissait un rapide baiser sur la joue dans un "B'jour Père" avant d'entamer son petit déjeuner. Petit plaisir de ces journées chaudes ensoleillées. Et Lucius avait toujours cette odeur de café, ce parfum qui s'accroche aux vêtements et qui donne envie de goûter.
Pourtant, il déteste cette boisson. Il n'a qu'une envie quand il en boit : recracher sa gorgée. En mettant du sucre, il ne fait qu'accentuer le dégoût et se force à le finir en trois gorgées avant qu'il ne refroidisse et que ce soit encore pire.

Ce matin-là, Draco sait que c'est un matin à café. Il commence à s'y habituer pour tout avouer, même s'il ne le boit jamais de bon coeur. Il a besoin de cette dose d'énergie pour affronter les cauchemars, refermer le placard et ne les retrouver que la nuit. La journée, elle, est consacrée à respirer.

Alors qu’il s’apprête à s’asseoir et à avaler la boisson honnie en lisant tranquillement la Gazette qui vient d’arriver, Draco se souvient. Aujourd’hui Andromeda lui a demandé de s’occuper de Teddy car elle devait partir tôt. Et il a complètement oublié. Il s’attendait à entendre les pas sur le plancher de l’étage, puis l’écouter débiter des discours peu cohérents au bébé en l’emmenant dans la cuisine. Mais il a dormi d’un sommeil tellement profond qu’il ne l’a pas entendue partir.

Alors il pose sa tasse, grimpe les marches quatre à quatre et trouve Teddy réveillé. Et c’est étonnant car le garçon ne pleure pas, ne s’impatiente pas non plus. Il gazouille en jouant avec les petites peluches qui pendent au-dessus de son berceau. Draco entend dans ce gazouillement un rire, un hymne à la vie qui s’ouvre devant le bébé. Ce qu’il adore, c’est quand Teddy lui attrape un doigt et ne veut plus le lâcher.

Délicatement – si on lui avait demandé six mois auparavant s’il se sentait apte à s’occuper, ne serait-ce que quelques heures, d’un bébé, il aurait ri au nez de la personne – il prend l’enfant dans ses bras et l’allonge sur la table à langer. Etape la plus détestable. Mais Draco pense au goût du café, se dit qu’il y a pire, pense à l’odeur du café, se dit qu’il y a définitivement mieux et se dépêche de rendre propre ce petit bout d’homme.

Et il redescend les escaliers, exactement comme Andromeda le fait chaque matin : il joue avec les cheveux de Teddy, lui vole son nez, lui caresse la joue et débite un tas de choses incompréhensibles. De l’eau chauffée pour son café, il en reste assez pour mélanger avec le lait en poudre et remplir le biberon. Il n’oublie pas de vérifier la température et se sent presque content de s’en sortir si facilement.

Draco laisse Teddy téter, il l'aide en tenant le biberon par le dessous même si l'enfant repousse souvent sa main. Il grandit tellement vite... Quelques semaines, quelques centimètres, des milliers de sourires et de babillements. De l'innocence pure à portée de main. Et ces grands yeux qui découvrent le monde, émerveillés... sans oublier cette bouche qui goûte et mord tout, avide de connaissances.

Teddy bave autour de la tétine, il recrache le lait en faisant des bulles et rit en même temps. Le petit bout d’homme en met partout, ça dégouline sur le bavoir et Draco soupire. Il hait parfois ce gamin mais l'essuie quand même en lui rendant son sourire.

Bien sûr, il ne ferait pas ça chaque matin, mais il sait que ça fait partie du pacte conclu avec sa tante : il intègre leur vie ordinaire, trouve le calme et réfléchit. Ce qui implique pour lui de moins utiliser la magie, et de se plier à des contraintes qui parfois l’agacent – comme la vaisselle à la main. Il ne comprend pas toujours les raisons de ce choix fait par Andromeda, mais il ne va pas changer ses habitudes alors qu’il ne reste que quelques semaines et qu’elle agit ainsi depuis de nombreuses années.

Jamais il n’avait imaginé qu’en toquant à sa porte l’autre matin, elle l’aurait accueilli comme si elle le connaissait depuis longtemps et n’avait pas une sœur à laquelle elle avait dernièrement si peu parlé. Mais c’était anxieux qu’il était venu, et serein qu’il était devenu. Elle avait accepté de l’héberger jusqu’à fin août avec douceur, sans trop poser de questions.

Et les jours extraordinaires se sont écoulés…

Draco n’a pas pu réfléchir à tout ce qu’il voulait. Il n’a pas toujours su trouver les mots pour expliquer à Andromeda ce qu’il pensait de certains sujets, et n’a pas abordé tous les points délicats sur lesquels ils auraient risqué de ne pas s’entendre du tout. Car si la guerre a changé certaines choses, elle n’a pas tout ébranlé et il sait qu’il aura des avis qui ne seront pas très bien accueillis.

Personne ne peut changer du jour au lendemain. Personne ne peut d’un coup devenir extraordinairement gentil et ouvert sous le regard des autres. Ce serait se fourvoyer. Et il ne veut pas nier ce qu’a été sa vie jusqu’ici : ce qu’il a vécu, ce qu’il a dit et fait l’a façonné. Il ne peut détruire le garçon qu’il a été. Il peut seulement construire quelque chose différemment pour celui qu’il va devenir.

Demain il doit retourner au Manoir. Du moins, il a choisi d’y retourner. Rien n’aurait pu l’y obliger, mais savoir que ses parents sont toujours là-bas, malgré tout ce qui s’y est passé, ne lui plaît pas. Il n’a pas su les convaincre, pourtant il n’abandonne pas. Draco espère que les derniers jours d’août ne verront pas le retour des cauchemars et des cris, sinon il demandera à aller directement à Poudlard.

 

*



Quelques heures plus tard, Andromeda revient et trouve un Draco bien silencieux. Il regarde, les yeux un peu dans le vague, son petit cousin jouer avec les vieux jouets de Nymphadora. Elle aime ce garçon entre l’enfance et l’âge adulte, celui qui a vu la cruauté, y a pris part et ne sait plus sur quel pied danser. Elle espère qu’il saura trouver son chemin.

End Notes:

Qu'en pensez-vous ? :)

Il reste deux chapitres pour cette introduction pré-Poudlard, et puis nous attaquerons l'intrigue en soi ;)

Sinon je vous invite à aller faire un tour sur le forum pour 

- Voter pour les Sélections du mois de septembre (derniers jours aujourd'hui et demain !) sur le thème Romance (Hétéro) et pour les Sélections du mois d'octobre sur le thème James/Lily !

- Participer au Jilyctober, ou découvrir les oeuvres des participants 

- Voter pour le concours "Trois, deux, un... Riez !" organisé par Ellie

Le ciel est bas et lourd comme un couvercle by Labige
Author's Notes:

Et voilà le nouveau chapitre ! 
Merci aux lecteurs (même invisibles ;-) ) de lire. 
On avance vers Poudlard, vers l'intrigue.

For the first time in history, it’s gonna start raining men…

La pluie ruisselle sur les fenêtres du compartiment. Hermione a cette chanson en tête alors que tout ce qui tombe du ciel, ce sont des seaux d’eau.
Mélancolique, elle est assise contre la fenêtre et apprécie la fraîcheur de la vitre qui apaise le feu de ses joues. Elle est montée seule dans le train, dans le dernier wagon ; elle se sent morose et n’arrive pas à chasser le manque. Elle n’a jamais passé un voyage dans le Poudlard Express sans Harry et Ron, et la joie des autres élèves lui pèse.

Perdue dans les souvenirs de l'été, Hermione baisse ses défenses face au doute. Doute perfide qui s'infiltre dans la moindre fissure de sa motivation, et qui détruit une à une les raisons qui l'ont poussée à cet acte insensé.

S'arrêter, revenir sur ses pas. Se confronter au passé et l'accepter. 
Accepter pour avancer.

Quelques mots qui l'ont motivée pour plier les vêtements dans la valise, quelques mots devenus litanie sur le chemin de la gare. 
Profiter de chaque jour depuis mai pour savourer la vie. Et pourtant, l'amour donné et reçu ne suffit plus. Les cauchemars sont toujours là. Ils ne partiront jamais... Du moins, en a-t-elle l'impression. Les bras de Ron ont su les apaiser, et elle a presque cru qu’ils s’éloigneraient, qu’ils disparaitraient. Mais chaque matin, son cœur menace d’exploser. Elle ne peut pas oublier.

Oh, cette douleur, elle la retrouve partout, elle ne lui est ni personnelle ni exclusive. Elle est dans les yeux éteints de George, dans cette absence qui pèse. Ce poids qui l’empêche d’avancer.


Les conséquences des derniers mois éprouvants et de cette terrible nuit ne sont pas les mêmes pour tous. George est devenu un fantôme quand Ron et Harry se donnent corps et âmes dans leur formation d'Aurors. Elle n'arrive pas à se passionner pour les mêmes choses qu’eux. Ni à reconstruire. Pas maintenant. Elle n'arrive pas non plus à tout abandonner et partir loin, très loin comme le projette Lavande. Ou se couper totalement des études comme le fait Hannah. 

Hermione sent un besoin pressant de réconcilier son passé avec son présent avant d'imaginer un futur. Un possible. Elle n'a pas tant perdu comparé à d'autres. Elle n'a pas de morts à déplorer dans sa famille. Juste un trou béant qui ne se remplit pas, qui avale toutes les émotions et ne rend pas. Il pleut des hommes, il pleut des cadavres qui hantent ses rêves. Imiter une vie devient impossible. Ils font partie d'elle et la tirent vers le bas, toujours plus bas. Si elle veut doucement les effacer, elle doit s'y confronter.

Hermione s'est sentie pitoyable en avouant à ses amis qu’elle avait choisi de retourner à Poudlard. La soif de connaissances, alliée imparable, a réussi à dissimuler ses angoisses. Elle se cache derrière cette excuse, elle prétexte passer ses nuits dans les bouquins alors qu’elle a juste peur de s’abandonner au sommeil.

Elle a espéré qu'un matin quelqu'un lui dise Mon Hermione, pourquoi ces cernes ? Comment sont tes nuits ?, que Ron se réveille au milieu d'une de ses insomnies et lui murmure des mots pour éloigner les pensées noires. Être dans ses bras n'était plus une carapace assez solide. 


Et maintenant, elle ne peut que repenser au regard déçu de son petit ami, un regard qui lui pèse sur les épaules et courbe son dos un peu plus. En une seconde, elle a brisé ses espoirs, ses rêves de vie à deux. Elle a dévoilé le fossé qui se creusait auquel ils n'osaient pas se confronter. Main dans la main, ils auraient pu. Peut-être.

Le silence de Ron a été plus convaincant que ses piètres explications, il ne l’a pas suppliée. Elle ne sera pas la deuxième moitié du deux qu'ils voulaient former, elle ne sera pas la femme qui se réveillera le matin à ses côtés. L'embrasser, le laisser continuer l'entraînement et partir au travail... Elle y a pensé, a failli accepter l'offre du Ministère. 
Mais c'était trop tôt. Les fantômes marchent encore à ses côtés. 

La chaleur de son étreinte, la douceur de ses lèvres, le son rauque de son rire... Non, Hermione ne pourra rien oublier. Mais ce n'est pas assez. Pas assez pour le vide qui ronge son coeur, qui attaque son âme et l'attache. L'entache. 


Les nuages bas et lourds s'essorent au passage du train et laissent la pluie se déverser sur un monde triste qui se relève jour après jour. Depuis ce que tous appellent la victoire, Hermione ne pleure plus. Les idées noires ont contaminé son innocence. Pleurer ne lui fera pas remonter le temps. Elle préfère donc relever le menton et se taire pour laisser le chaos de ses pensées dans sa tête.
Devenir folle mais ne jamais le montrer.

 

*


Le train est secoué par les rails que le temps a usés. La tête d'Hermione ballote au rythme de ces soubresauts tandis qu'elle somnole. Le sommeil ne repose pas tout à fait son corps fatigué mais lui permet d'échapper un peu aux profondeurs.
La fatigue devient son amie, sa confidente. Elle la retrouve chaque soir et la subit chaque matin. Comme une crème canari mal mâchée et collée à sa chaussure. C'est un sommeil sans rêve, loin d'être celui réparateur du repos du juste. Mais il y ressemble assez pour qu'elle s'y abandonne.

« Elle dort, on ne va quand même pas s'installer là ! fait remarquer une petite voix qui tente à peine de chuchoter.
- On ne peut pas non plus rester dans le couloir ! proteste une autre. Tant pis, elle dort  ! On ne la dérangera pas ! »

Hermione ouvre un oeil. Niveau discrétion, ces enfants ont encore du chemin à faire. Doit-elle être soulagée qu'ils n'aient pas remarqué qui elle est ? Le calvaire des interviews et des sollicitations est-il fini ?

Elle comprend beaucoup mieux Harry et sa répulsion pour les journalistes... À peine quatre mois après, elle ne supporte déjà plus les questions, les admirations, les sourires béats et sa vie disséquée...

Ils ne sont que des adolescents grandis trop vite. Qu'on les laisse à leur conscience et aux morts à pleurer ! Comment Ron, Harry et tous les autres sanctifiés trouvent-ils la force d'avancer quand il faut pleurer sur chaque décès, quand il faut raconter cent fois leur épopée ?

 

Hermione aimerait seulement qu'on les laisse faire à leur rythme, accepter l'ampleur du désastre... Ils ont tant de soucis, tant de souvenirs, qu'on ne les assaille pas avec ce qui reste à découvrir ! Grandir n'est plus à faire, c'est trop tard, ils n'en ont pas eu le temps.

Cette génération de sacrifiés a été projetée dans les affres du doute et de la souffrance. Combien parmi eux peuvent à présent voir les Sombrals ? Combien ont dû choisir entre tuer et survivre ? Et à quel prix ?!

 

Les cinq enfants qui viennent d'entrer ont été épargnés par l’horreur. Oui, tous ont été touchés, chacun à leur manière. Et le nombre de possibles l'effraye !

Elle a entendu McGonagall espérer un rapprochement des maisons pour les générations à venir... Mais comment effacer l'héritage qui pèse sur les nouveaux élèves ? Comment ignorer les traditions soufflées par les anciens ? Ils restent un moule auquel se conformer pour se rassurer, une lumière qu’on aimerait bien suivre. Un peu égarée la lumière, parfois.

 

Hermione joue distraitement avec le badge de Préfète qu'elle tient dans la main. Personne ne l'a remarqué. De toute façon, elle compte le rendre dès que possible. Elle ne veut plus de responsabilités. Elle veut goûter à l'insouciance d'une liberté illusoire, se détacher de toute autorité et être seule maîtresse de ses gestes.

 

Les rires des enfants l'arrachent définitivement à sa somnolence et la ramènent dans une rêverie triste dont elle n'arrive pas à se détacher. Elle regarde les gouttes qui s'écrasent sur la vitre et qui coulent pour disparaître, tandis que la chaleur des rires s’infiltre doucement dans sa peau.

Hermione se sent ailleurs, pas vraiment ici, pas vraiment là-bas.

 

« On t'a réveillée ? s'inquiète une des filles.

- Je ne dormais pas vraiment », dit Hermione dans un sourire.

 

Les souvenirs de sa première rencontre avec Ron et Harry ne sont pas loin. Elle pourrait même entendre Trevor croasser et s'enfuir dans le couloir.

 

Ses jambes sont encore engourdies, sa bouche pâteuse. Elle est arrivée bien tôt sur le quai et s'est laissé emporter par le sommeil sans sentir le train s'ébranler.

Sous les yeux observateurs, Hermione ramasse son sac et sort du compartiment. Elle leur souhaite une bonne fin de voyage et s'éloigne, la tête pleine de mélancolie.

 

Elle n'aurait pas dû repartir...

 

Alors que le vide des pensées tristes recommence à se creuser sous elle, Hermione passe devant un compartiment où Ginny a l'air en pleine conversation avec Ernie et Luna. La présence d'Ernie la surprend, puis elle se ravise en pensant que peu de Poufsouffle ont dû revenir.

Eux, ils font partie des fous. De ceux qui veulent se torturer une année de plus.

 

Elle toque, sourit à travers la vitre et entre les rejoindre. Ce petit moment où ils lui disent bonjour avant de reprendre leur conversation passionnée et que Luna referme son journal pour lui parler de l'expédition qui vient de partir capturer un Ronflak, ce tout petit moment suspendu dans le temps réchauffe son coeur plus que toutes les étreintes et les baisers. Plus que des paroles réconfortantes tant de fois répétées qu'elles sonnent creux. Ils sont comme elle, ils cherchent à avancer. Et ils ne la culpabilisent pas d’avoir voulu un peu de solitude, de s’être éloignée avant de revenir.

 

En s'asseyant en face de Luna, Hermione pense à Lavande, défigurée. Leur rivalité lui paraît tout à coup stupide, le temps passé à se détester trop important par rapport aux moments passés entre filles. Le dortoir paraîtra vide sans les ragots, sans les fous rires et les habits éparpillés au sol. Qui osera lui dire que non, décidément, elle ne peut pas sortir avec les cheveux coiffés ainsi ? A qui va-t-elle tirer la langue quand elle mettra encore son pull vert informe mais si confortable ?

 

Elle devra s'habituer aux camarades de Ginny, les encourager à surmonter sa soi-disant renommée pour peut-être tisser de nouvelles amitiés....

Perdue dans un fou rire, penchée avec Luna sur les mots croisés du Chicaneur, Hermione se laisse à penser que cette année va être un nouveau départ. Un petit rayon de soleil dans le ciel bas et lourd.

 

Alors qu'elle lève la tête, elle voit Draco passer avec sa valise et se dit que finalement, sa solitude est moins triste que d'autres.

End Notes:

Est-ce que ce rythme une fois par semaine vous convient ? Un peu plus souvent ?
Que pensez-vous que Draco pense, seul dans le couloir ? 
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Trouvez-vous Hermione trop mélancolique, trop silencieuse ?

Tout avis est bienvenu ! :D (et vous pourrez chanter avec Hermione It's raining men ;-)

Savez-vous d'où est tiré le titre de ce chapitre ?

Etouffer en silence by Labige
Author's Notes:

Nouveau chapitre différent des autres, car écrit lui aussi dans le cadre d'une nuit HPF sur le thème Clos.

Il clôture cette introspection pré-Poudlard de Hermione et Draco. Les choses commenceront dans le prochain !

Un grand merci pour ces reviews qui me motivent à continuer, même si je garde ce rythme d'un chapitre par semaine. J'écris en effet d'autres textes à coté et parfois l'inspiration est quelque peu capricieuse.

J'espère cependant vous retrouver la semaine prochaine ! Bonne lecture :-)

Tu es entré dans ce train que tu connais sur le bout des doigts. Combien de fois l’as-tu arpenté ? Combien de portes as-tu ouvertes pour le simple plaisir de commenter et critiquer ?

 

Ce train t’a vu fier, onze années pimpantes, fils de ton père.

Ce train t’a vu impatient, tu fomentais ton coup, tu voulais faire partie de l’équipe et être la vedette.

Ce train t’a vu mortifié, ils t'ont ôté tout espoir et n’ont laissé que le froid, le vide en toi. Mais tu t’es moqué de lui.

Ce train t’a vu surexcité, tu étais un des seuls à savoir, et l’envie te démangeait de t’en vanter. Trop jeune pour être sélectionné, tu voulais être émerveillé.

Ce train t’a vu horrifié, quelque chose commençait, de sombre et triste. La bête qui a rongé ta famille venait de surgir.

Ce train t’a vu tourmenté, tu te sentais vieux. Tu soupesais la réussite inenvisageable et ta famille, si vulnérable.

Ce train t’a vu silencieux et maussade. Tu étais en colère. Tout avait changé, et il te fallait trouver une nouvelle place.


Aujourd’hui, ce train te voit pensif et calme. Le calme qui vient après la réflexion et les décisions. Tu as changé, et tu vas trouver une nouvelle place.

Tu tires ta valise, tu cherches un compartiment mais chaque porte se ferme devant toi. Ils te regardent, certains terrifiés, d’autres dégoûtés. Ton visage parle pour toi et réveille leurs souvenirs, leurs appréhensions.


Leur monde est clos, tu n’appartiens plus à leur vie. Tu les connaissais à peine, cela pourrait t’importer guère de voir ces visages fermés. Mais tu cherches une place et pour ça, tu veux ouvrir ces portes, tu veux parler et montrer que la guerre t’a aussi changé. Un peu. Assez pour avoir cette envie étrange d’être un des leurs.

 

Alors tu continues à avancer, longer les compartiments, regarder, espérer, et trouver porte close.

Tes yeux gris se posent sur chaque poignée, ton regard traverse les vitres, mais ils détournent le leur et reprennent leurs conversations. Dont tu ne fais pas partie.

Il y a toujours le dernier, près de celui des préfets. Personne ne s’y installe : c’est être trop vite repéré, c’est ne pas pouvoir faire de bruit sous peine de gêner leurs réunions. Tu te souviens combien les rires à côté t’importunaient alors que tu peinais déjà à te concentrer sur des discours rébarbatifs.

Tu t’étais même mis en colère, avait ouvert la porte et leur avait dit de dégager.

Que ne donnerais-tu pas pour retrouver ces rires, t’asseoir et t’y joindre !

 

Mais aujourd’hui, ce train voit le solitaire que tu es devenu. Celui qui a du dégoût pour ses propres paroles, ses propres discours : comment as-tu pu te supporter ? Tu n’as plus les pensées qui vagabondent alors que Pansy tente d'attirer ton attention.

Tu entends ton nom de famille. Surpris, tu te retournes et ferme immédiatement ton visage.

Granger.

Tu l’ignores et continues ta recherche, petit détour du mince espoir. Tout mais pas ça ! Car tu sais ce qui l’habite, tu sais qu’elle ne vient pas te saluer et te dire « Viens nous rejoindre et nous raconter ton été ! ». Elle a juste pitié.

 

De toute façon, ton été se résume en deux mots : Andromeda et Teddy.

Ils sont le cœur de ces quatre derniers mois et pourtant, tu les as à peine côtoyés une quinzaine de jours. Un cœur dont tu ne peux pas vraiment parler. Ils t’ont aidé à te redresser, à déposer un peu ton fardeau. Mais tu n’as aucune raison de retourner les voir, ils appartiennent à d’autres et tu as été leur hôte quelques jours, le temps de te ressourcer. Tu les regarderas de loin, tu verras leur bonheur et tu n’y trouveras pas de place pour ta solitude. Tu t’en convaincs, et cela te va très bien.


Granger t’appelle à nouveau. Tu réalises seulement que sa présence signifie qu'elle recommence son année. En fait, elle la fait tout court. Toi, tu as la chance d’avoir eu les Potions, la Métamorphose, les Sortilèges et quelques autres enseignements ; tu sais que tu vas tout réapprendre. Tu n’as pas vraiment suivi l’année passée, tu ne peux te vanter d'avoir eu des notes mirobolantes. Tu n’en as pas eu envie non plus. Le monde ne se jouait plus sur ça, et tu avais déjà échoué à t’y insérer.

Si cela devient trop répétitif, tu sais ce que tu devras faire. Il y a ce concours pour entrer dans l’école des relations magiques internationales, et celle d’Angleterre est l’une des plus demandées. Tu n’as pas le courage d’aller ailleurs, tu t’en contenteras. Du moins, si tu réussis. Tu as un peu d’espoir. Un peu.

Tu veux tenter ce concours car tu ne seras qu’un numéro parmi tant d’autres. Oh oui, il y a l’oral qui vient après mais tu crois en l’objectivité du jury. Ou alors les portes te seront à tout jamais closes, quelle que soit la personne que tu deviendras. Ils te jugeront. Toujours. Et ce concours est une opportunité que tu veux saisir.

 

Agacée, Granger reprononce ton nom. Elle ne veut pas te laisser en paix, et ne met pas non plus de côté ses rancœurs. Tu es Malfoy, et tu le resteras. Tu ne veux pas de sa pitié et tu ne sais comment lui dire sans mal commencer l’année.

« Qu’est-ce que tu veux Granger ? » dis-tu, à la limite d’aboyer. Tu te retiens, tu essayes. Vraiment.

 

Elle te regarde, peu surprise. Tu n’as pas encore assez changé apparemment.

« Je t’ai vu chercher un compartiment, et je voulais te dire qu’il restait de la place dans le nôtre. »

 

Le nôtre. Qui sont les autres qui retournent à Poudlard ? Qui sont ceux qui vont poser leurs yeux sur toi et rire pour se moquer du pauvre Malfoy seul, déchu ? Qui sont-ils ?

« Je ne te veux pas de ta pitié, merci bien. »

Et tu reprends ta valise. Mâchoire serrée. Le calme et la paix des jours avec le petit garçon aux cheveux multicolores sont loin. Trop loin. Tu n’arriveras pas à te reconstruire, plus calme, plus réfléchi, si les fondations disparaissent si vite.

 

« Ce n’est pas de la pitié. Je te propose, c’est tout. A ta place, je ne saurais pas non plus où m’asseoir. Ce n’est pas les places vides qui manquent pourtant... »

Tu l’observes à nouveau, son regard est franc. Elle pense ce qu’elle vient de te dire et du coup, tu hésites. C’est cruel d’hésiter car c’est marquer le début de l’acceptation. Dire « non » semble plus difficile.

Alors tu acceptes. Tu voulais qu’une porte s’ouvre ? Elle s’est ouverte. Tu t’y engouffres et tu espères à nouveau.

 

Granger regarde souvent par-dessus son épaule, elle vérifie que tu la suis. Ses yeux ne sont pas froids, elle sourit presque. Devant le compartiment, elle t’ouvre la porte, te laisse ranger ta valise et s’assoit. Tu salues d’un geste de la tête Weasley, Lovegood et Macmillan. Tu te demandes ce qui a poussé ce dernier à revenir lui aussi. Vous êtes donc au moins trois de votre année. Peu.

D’un autre côté, tu ne veux plus vraiment voir les personnes qui ont rythmé tes années à Poudlard, celles que tu as martyrisées et qui, elles, ont su révéler leurs bons côtés.

 

Toi, tu es le corps mort, fermé qui a du mal à laisser l’âme s’échapper. Tant de choses se bousculent ! Et même si tu ne dis pas un mot du trajet, tu sais déjà que ton monde est moins clos qu’avant. Que tu as eu raison de revenir sur tes pas et de te surprendre, pour une fois.

 

Il n’y a plus de raison d’étouffer en silence.

End Notes:

Merci d'avoir lu.
L'utilisation de la deuxième personne est différente, je sais, j'espère que vous avez quand même aimé :-)

Qui d'après vous retourne à Poudlard refaire son année ? Et pourquoi ? 

 

Débuts difficiles by Labige
Author's Notes:

Merci pour ces reviews ! Voilà la suite, enfin à Poudlard, avec les personnages qui commencent à intéragir entre eux.

Draco traîne des pieds dans le couloir, les mains dans les poches. Son sac pèse sur son épaule, il annonce à l’avance son enthousiasme et l’intérêt qu’il aura pour le cours. Tout recommencer a été son choix, un choix vivement encouragé par le Ministère – comme si retourner à l’école ferait passer un peu plus la dragée ! – et pourtant il n’a pas beaucoup de motivation. Il sait que le programme des A.S.P.I.C est dense et qu’avoir les meilleurs résultats possibles est son seul espoir d’être reconnu.

Mais le problème vient de l’ennui qui pointe déjà le bout de son nez. Le programme n’a pas beaucoup évolué en un été et il a déjà suivi la majorité des cours. Et, plus que tout, Granger est à nouveau dans la partie ! À tous les coups, elle aura passé l’été plongée dans ses livres à dévorer des pages et pages, et sera finalement plus en avance que lui.

 

Draco entre dans la salle d’Arithmancie et un seul regard suffit à tirer le bilan : si une petite dizaine d’élèves suivent habituellement cette classe, Granger, Macmillan et lui sont les seuls qui continuent pour leur année. Toujours les mêmes. Certes, ils ne sont pas nombreux à être revenus, mais il se les est déjà coltinés dans le train à cause de leur pitié… Et il comprend qu’eux aussi veulent les meilleurs résultats. Et donc seront toujours avec lui.

 

Comme prévu, Granger est plongée dans un livre, seule à une table. Macmillan est en pleine conversation avec sa voisine, une Serdaigle. Draco se refuse immédiatement à aller s’asseoir à côté de Granger. Il préfère prendre la table derrière. Seul, lui aussi. Il faudra qu’il s’y habitue, ce sera sûrement comme ça tous les jours et ce, encore pour des années, il en a peur. A la fin, il embrassera certainement la solitude sur les deux joues comme une vieille amie. Il sera peut-être aigri et mourra seul et vieux, sans personne à ses côtés.

Cette pensée lui arrache un sourire, il s’invente déjà des histoires. Draco se fustige un peu : il a pris des résolutions, dont celle de se battre et il ne compte pas se laisser abattre si tôt ! Alors il pose son sac sur la table libre, ouvre à son tour son livre et sort ses parchemins, prêt à redémarrer.

 

Contrairement au préjugé de Draco, Hermione n’est pas plongée dans son livre d’Arithmancie et ne l’a pas même lu pendant l’été. Elle l’a ouvert sur la première page du premier chapitre de leur programme et ne lit pas. Ses yeux se sont arrêtés sur une formule pourtant simple, mais elle ne comprend plus. Son cerveau semble laisser les nombres s’échapper et ne retient rien. Hermione est à deux doigts de pleurer et se déteste pour ça. La peur de l’échec est revenue au triple galop et, avec elle, la sensation de ne pas être à sa place. Tout semblait si simple avant... Quand elle dévorait le savoir, aidait Ron et Harry, quand ces chiffres l’emportaient dans un univers de logique !

Elle se reprend en entendant leur professeur arriver, lui sourit quand ses yeux se posent sur son élève la plus studieuse et essaye de suivre le cours. Quinze minutes avant la fin, Vector leur donne un exercice type A.S.P.I.C mais qui recoupe tout le programme depuis leur troisième année. C’est un bon moyen d’évaluer lors de l’examen si les élèves se sont concentrés uniquement sur réviser les derniers cours, ou s’ils ont pris le temps de relier avec minutie le savoir accumulé. Hermione regarde l’énoncé, reprend ses notes des années précédentes, les feuillette et commence difficilement à se remettre dans le bain.

 

Draco lève le nez de son parchemin. Il s’attend à voir Granger la main levée, prête à demander un autre exercice. Et pourtant, ce qui lui saute aux yeux est la plume qui gratte sur le bord du parchemin des gribouillis et des arabesques. Tout sauf de l’Arithmancie. Il se décale un peu sur le banc et aperçoit ses lignes de calcul ; il remarque tout de suite où est son erreur et donc la raison de son blocage. Draco met un dernier point à l’exercice et attend que sa camarade en fasse autant. Pour une fois qu’il est plus à l’aise… Mais il sait qu’avoir arrêté l’Arithmancie pendant une année entière n’a pas aidé Granger. Il regarde sa montre, commence à ranger ses plumes et referme son encrier.

Le professeur Vector leur donne plus d’exercices encore pour le prochain cours pour continuer dans cette lancée de révisions avant d’attaquer la suite. Vector jette un œil sur le parchemin de Draco et acquiesce légèrement. Draco a toujours été bon dans cette matière. Pas excellent mais suffisamment bon pour que son professeur lui demande de corriger plusieurs exercices l’année précédente.

 

En sortant, Draco voit que Granger a la tête baissée et qu’elle ne répond pas à la proposition amicale d’Ernie d’aller à la Bibliothèque. Il hésite. Une seconde. Puis la rattrape. Alors qu’il arrive à son niveau, il lui dit :

 

« Il faut que tu utilises la formule de substitution des nombres premiers pour résoudre l’exercice. »

 

Hermione le regarde, interloquée, avant de s’exclamer :

« Tu as raison ! Parce que du coup si tu lis la matrice avec cette clé, ça donne bien l’alignement attendu ! Et il ne reste plus qu’à transposer dans la base hexagonale. Je n’y avais pas pensé du tout .

- Granger qui ne sait plus tout… Serait-ce le début d’une nouvelle ère à Poudlard ? » se moque Draco.

 

Hermione hausse un sourcil en esquissant un sourire moqueur, puis s’éloigne en prenant le chemin du prochain cours. Elle doit avouer que cette aide l'a réconfortée. Il suffira de travailler plus dur les premières semaines et tout redeviendra ensuite comme avant ! Elle se sent seulement un peu rouillée, moins concentrée. Tout devrait aller mieux. Elle l’espère...


*

 

« Quelle journée de Botrucs ! soupire Ginny en se laissant tomber sur le banc, à côté de Hermione. JAMAIS on a eu autant de devoirs, je ne sais même pas comment survivre jusqu’au week-end. »

Hermione n’entend pas la dernière phrase prononcée par son amie, qui a enfoui la tête dans ses bras, sur la table.

« Tu dis ça sûrement chaque année, mais je suis certaine que tu t’en sors, lui répond-t-elle en repoussant la salade.

- Mais je ne veux pas, gémit Ginny. Je veux rester sous ma couette avec Arnold et dormir…

- D’ailleurs avant de dormir, tu devrais penser à une date pour les sélections de Quidditch, rapidement. Au moins trois personnes sont venues me le demander en cours de Potions aujourd’hui.

- Quand je sortirai de ma couette… Mais d’abord, manger ! s’exclama Ginny en attrapant le plat de pommes de terre. »

 

Hermione ne peut s’empêcher de sourire. Son amie ressemble à Ron parfois qu’elle avait dû mal à refréner les réprimandes qu’elle s’amusait à faire. Elle mangeait autant que lui, si ce n’est plus, mais le faisait plus discrètement.

 

« Dis, Hermione, tu pourrais m’aider à comprendre ce qu’on a fait en Métamorphose aujourd’hui ? demande une voix hésitante sur sa droite. »

 

Elle tourne la tête et sourit au garçon qui lui a posé la question, cherchant précipitamment son prénom. Quelque chose comme Antoine, elle n’en est plus certaine. Ginny les a présentés avant le cours du professeur McGonagall mais son prénom lui échappe. Elle a envie de l’appeler Anthony, mais garde un doute et elle ne veut surtout pas se tromper, ce serait gênant ! Elle répond « Bien sûr, tu veux qu’on y aille maintenant ? » et prend son sac, en laissant Ginny se plaindre de cette journée éprouvante aux autres camarades de son année. Le Gryffondor la suit et Hermione commence à expliquer que le cours de l’après-midi s’appuyait sur le troisième principe des médiations de Jargovy.


*

 

Hermione se laisse tomber sur son lit, toujours le même depuis sept années à présent. Elle aime bien pouvoir s’adosser à l’oreiller et regarder le parc par la fenêtre. Elle peut deviner au loin le stade de Quidditch, et la lumière de la cabane de Hagrid si elle se penche vers la gauche.

C’est une première journée, une seule petite journée sur les dizaines qui l’attendent jusqu’aux vacances. Elle se sent déjà épuisée, avec la tête qui bourdonne des révisions et des devoirs qu’elle a déjà entamés. Elle n’arrive pas à avouer sa faiblesse en Arithmancie à Ginny. Elle n’y arrive pas parce que ça veut dire parler de Malfoy et elle ne trouve pas les mots pour décrire ce qui s’est passé. C’était si étrange, presque spontané et, si elle a beaucoup apprécié comprendre l’exercice, elle s’est sentie faible et stupide. Et ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps…

 

« Ginny, il s’appelle comment le garçon que j’ai aidé ? demande-t-elle d’une petite voix.

- Anthony Owen, souffle son amie en enfilant son pyjama aux couleurs des Flèches d'Appleby. Il est sympa, par contre j’ai été étonnée qu’il obtienne son B.U.S.E. en Métamorphose. Il était plutôt limite. Mais il a bossé comme un malade avant les examens, comme quoi ça paye.

- Il était un peu perdu… D’ailleurs je crois qu’il t’aime bien, rit Hermione en s’emmitouflant dans sa couette. Il a parlé beaucoup de toi et du Quidditch.

- Ca va faire comme pour Harry, cinquante candidats et trois de valables, marmonne Ginny. »

 

Les autres filles s’endorment, elles sont quatre dans ce dortoir confortable et le seul bruit de leurs respirations emplit le silence. Hermione ferme les yeux et apprécie ce moment qui ressemble à tant d’autres, à toutes ces rentrées où dès le premier jour l’agitation revient. Et ils sont tous si gentils à l’accueillir comme si elle faisait partie de leur année depuis le début !

Alors qu’elle s’apprête à s’endormir, les pensées plus légères, dans le lit à côté une voix chuchote :

 

« Tu as entendu parler de ce qui s’est passé ce midi avec certains élèves ?

- Non, pas du tout, répond Hermione.

- Rappelle-moi de te raconter demain, dit Ginny en baillant. »

 

Et Hermione n’a pas le temps de la presser pour plus de détails, qu’elle réalise que la jeune Weasley s’est vraiment endormie, écrasée par le sommeil. Que s’est-il donc passé ?

End Notes:

Plus de Quidditch au prochain chapitre ! On apprend aussi la réponse à la dernière question ;-)

Mais à votre avis, que s'est-il passé ? Une réponse en Arithmancie par review :P


Bon dimanche !

Morceaux qui tombent by Labige
Author's Notes:

Voilà la suite !

Toi, lecteur, je t'invite à me donner ton avis quel qu'il soit dans la case tout en bass ! Même un ou deux mots m'iront très bien, mais c'est très important je trouve :-)

Sinon, j'ai corrigé le chapitre précédent qui contenait encore des restes de la correction, désolée :/

Merci à minibn et à weasley pour leurs reviews qui me font chaud au coeur !

 

Thème Morceaux – Nut 16/10 (légèrement développé)

La première semaine de cours passe tellement vite qu'Hermione ne trouve pas le temps de parler avec Ginny. Entre les devoirs, les horaires différents et leurs activités à côté, les deux jeunes femmes ne se retrouvent généralement que le soir, épuisées.
Hermione essaye de participer aux conversations de ses camarades, et de mieux connaitre Anna et Pauline. Elle les a déjà croisées à Poudlard, dans la salle commune, mais ne leur a jamais vraiment parlé. Alors souvent, elle écoute et pose des questions. Cela la rassure de les voir lui répondre, l'intégrer petit à petit comme si elle était avec elles depuis longtemps.

Mais elle n'a pas eu l’occasion de voir Ginny et d'écouter ses confidences à l'abri des oreilles indiscrètes, et l'impatience grandit.

Hermione a à peine le temps de noter la montagne de devoirs que vient d'ajouter le professeur McGonagall, que le week-end arrive et avec lui, la possibilité de souffler. Elle est bien décidée à reprendre un emploi du temps précis pour ses révisions et ne surtout pas se laisser submerger par les devoirs.

Depuis qu'elle est revenue à Poudlard, Hermione a l'impression de compartimenter son quotidien entre les cours, ses amitiés, sa vie d'avant et la vie dehors.

En cours, elle s'ennuie et pourtant, ce n'est pas la même chose que sous la tente. Elle n'est pas inactive, elle se sent juste... différente. Elle n'est plus à l'affût, plus sur ses gardes, baguette en main. La peur n'est plus là. La terreur qui pesait sur ses épaules non plus.
Hermione se sent légère et l'absence du doute, cette peur de ne jamais réussir lui plaît. Cependant, ce relâchement d'attention créé cet ennui de toute pièce. Elle est toujours aussi intéressée par les cours, mais son corps se repose dans le confort de la sécurité. Elle n’a plus besoin de faire preuve d’ingéniosité pour se sortir de situations où ils risquaient inconsciemment leur vie.

Toutes les questions soulevées, toutes les ombres obscures qui se dressaient entre Voldemort et eux ont disparu. Que lui reste-il à faire en dehors d’apprendre ? Harry et Ron ne sont même pas là pour l'embarquer dans une aventure extravagante, pour outrepasser le règlement et trouver un mage noir au bout de l'expédition.
Ce morceau d'elle se repose dans la sérénité.

Un autre morceau d'Hermione profite des nouvelles amitiés qu'elle découvre. Ginny, d'abord, à qui elle peut se confier. Partager le même dortoir change tout : elles sont plus complices, parlent des cours et n'ont plus entre elles, ni Ron ou Harry, ni la différence scolaire qui agissaient comme des barrières

Hermione a conscience que sans ses deux amis, elle pourrait être seule. Mais grâce à Ginny, elle rencontre davantage d’élèves et ils lui semblent tous merveilleux !
Anthony vient souvent travailler à la bibliothèque avec elle, surtout pour la Métamorphose. Il a vu un des badges de la S.A.L.E. épinglé sur son sac et lui a demandé la signification. Contrairement à beaucoup d'autres, il ne s'est moqué ni du sigle, ni du but de l'association. Il lui a même a confié que les elfes de maison étaient un grand débat entre ses parents. Son père sorcier trouve normal d'en engager un, alors que sa mère Moldue partage la vision esclavagiste d'Hermione. Lui est indifférent à la question, il ne savait même pas jusqu'alors que les cuisines de Poudlard étaient occupées par des elfes. Pourtant, il se souvient en avoir croisés lors de la bataille, en mai, mais sans avoir fait le rapprochement.

Hermione apprécie cette nouvelle facette d'elle, plus ouverte aux autres élèves. Elle se sent coupable de ne pas connaître tous les noms. Parfois elle hésite encore entre deux prénoms.
Elle a remarqué que Kenny, lui aussi en septième année, est un solitaire qui passe son temps plongé dans des livres, et pas forcément de Magie ! Elle l'a vu souvent à la bibliothèque, le nez plongé dans un roman, ses devoirs étalés sur la table devant lui, à peine entamés. Anthony lui a dit qu'il vivait à travers les personnages de ces univers et qu'il ne parlait pas beaucoup.

Hermione a aussi sympathisé avec Demelza Robin, venue la saluer en lui demandant des nouvelles de Harry. La jeune fille avait vraiment apprécié sa période comme Capitaine et avait espéré qu'il reprendrait son poste. Elle prépare ses B.U.S.E.S. et hésite encore sur les matières à privilégier : elle a peur d’être trop faible pour la Défense Contre les Forces du Mal et s’est confiée à Hermione à ce propos. Celle-ci l’a réconfortée avec un sourire : il faut de la pratique, et tout ira bien !

Elles ont continué à discuter du nouveau professeur de cette matière. Ancien Auror, il n’a pas fait partie de l’Ordre du Phénix. Mais Hermione trouve qu’il sait de quoi il parle, et que la théorie le passionne autant que les cas concrets.
Il manque d’expérience dans l’enseignement, mais certainement pas de pratique ! La désorganisation du Ministère après le démantèlement du régime imposé par Voldemort laisse une grande marge de manœuvre à Pouldard. Avec le soutien de ses collègues, et l’admiration d’Hermione, le professeur McGonagall a pris la direction du château et a recruté ce professeur dans la précipitation. Elle semble débordée et prend moins de temps avec les élèves de Gryffondor.

Grâce aux Préfets responsables, les débordements sont peu nombreux. A l’exception de celui du jour de la rentrée dont Hermione a à peine entendu parler… Les bavardages et les « on dit » déforment ce qui s’est passé et le seul fond de vérité qu’elle croit saisir est que certains élèves se sont fait attaquer.
Attaquer n’est pas le bon mot, mais elle n’arrive pas à saisir la nature des comportements, ni ce qui a déclenché cela. Oh, évidemment, en revenant elle ne s’attendait pas à ce que la vie soit tranquille ni que tous les élèves aient mis de côté leur rancœur.

Le Poudlard qu’elle connaissait s’est émietté. Elle ne peut plus se rattacher à ses souvenirs, aux personnes qu’elle avait l’habitude de croiser et aux antagonismes qui ont rythmé sa scolarité.

En retournant ici, Hermione sait que ses habitudes vont être différentes. Elle doit s’adapter à l’absence de repères et de visages plus connus. Mais, aussi, ses études ne sont à présents plus sa seule motivation alors que, jusque-là, elles ont été le ciment de son organisation.
Elle se sent libre, moins oppressée et plus confiante. Elle a fait des choses l'année passée dont elle est secrètement fière, et réalise de plus en plus qu'il n'est pas si difficile de sortir des livres. Tout ne s'apprend pas dans ceux-ci.

Parfois, il suffit de s'ouvrir aux autres et de se laisser libre pour apprendre des nouvelles choses. Elle a conscience que ses lectures, tous les sorts qu'elle a en mémoire sont importants et même nécessaires ! Combien de fois ses connaissances les ont-elles sauvés d'une retenue ou d'une situation délicate ? Sans elles, ils seraient peut-être restés tous trois, avec Ron et Harry, dans ce filet du diable. Sans elles, Harry aurait pu boire la mauvaise Potion et ne jamais empêcher Voldemort de prendre la Pierre Philosophale.

Depuis le début, cette soif de connaissance est une part importante d'elle. Et en huit ans, elle a appris doucement à s'en détacher. Elle l'accepte depuis la bataille. Elle accepte que tout ne s’apprenne pas dans les livres. C'est un morceau un peu dur à avaler. Mais un nouveau morceau d'elle qui lui plaît.

Alors elle prend un peu de temps pour autre chose que les cours. Elle ne peut plus le faire pour profiter de ses deux amis, elle le fait pour elle-même. Pour ouvrir les yeux sur des petites choses qu'elle ignorait ou dédaignait avant.

C'est pourquoi, en ce premier samedi matin de l'année, Hermione profite de la matinée pour dormir. Quand elle ouvre les yeux, elle découvre un dortoir vide et une pièce baignée dans les rayons de soleil. Elle reste quelques minutes, allongée, à tracer des arabesques lumineuses.
Le bruit dans les escaliers la tire de sa rêverie : elle a promis à Ginny de venir voir les sélections de l'équipe de Quidditch. Hermione se lève précipitamment, et trébuche sur son livre d'Herbologie.

Passionnée par le cours de la veille, elle a dévoré le chapitre sur les mutations génétiques des plantes et leur développement dans les milieux hostiles. Tous ces caractères de l’ADN disparus avec le temps car considérés comme trop faibles lui rappellent affreusement ce qu'elle a vu au Ministère de la Magie. Ces Moldus attendant tristement qu'on vienne les juger, les placer dans la catégorie des faibles et les éradiquer pour ne laisser que la Magie pure, celle qui se doit de survivre...

Tout ce qu'elle a vu et entendu lui reste en mémoire. Sans parler de ce qu'elle a vécu.
Hermione ne peut oublier ce système qui s'est mis en place, les sorciers qui n'ont pas osé poser de questions, ou qui ont fermé les yeux, ceux qui se sont battus, les corps qui sont tombés, les visages défigurés, les membres écartés. La peur, la joie, la tristesse et l'espoir.
Les souvenirs reviennent trop vite en mémoire. Hermione aimerait pouvoir les extirper de sa tête et les laisser tourner indéfiniment dans une Pensine. Elle doit cependant vivre tous les jours avec et les faire siens, sinon elle sait qu'elle les rejettera toujours, sans faire son deuil des morts et des corps.
Elle soupire en laçant ses chaussures, caresse Pattenrond endormi en boule au bout de son lit, et dévale les escaliers vers le parc de Poudlard. On l'attend sur le terrain de Quidditch.



*

« J'ai cru qu'on en sortirait jamais, soupire Ginny en enlevant ses protections de Quidditch, assise sur son lit. Ils étaient dix rien que pour le poste d'Attrapeur ! Dix ! Ils veulent tous la place de Harry, à croire que le talent s'obtient en claquant des doigts...
- Il a pas l'air mal le petit Harper, tempère Hermione. D'accord, il n'a que treize ans mais il a un peu la même carrure : petit, assez mince et dynamique. Si tu l'entraînes un peu, il pourra faire plus de figures et aiguiser ses réflexes.
- Mais c'est que tu ne donnes pas que de mauvais conseils ! Il faudrait que je le prenne à part en fait, mais j'ai tellement pas le temps... gémit son amie en entrant dans la salle de bain.
- Tu me rejoins en bas pour le devoir de Métamorphose ? crie-t-elle en essayant de couvrir le bruit de la douche, mais Ginny ne lui répond pas. »

Hermione descend dans la salle commune, son sac lourd des livres et parchemins. Elle a enfilé un pull en laine car il fait déjà frais et humide, temps écossais. Elle déroule son rouleau du cours du professeur McGonagall, et apprend l'engrenage qui simule la métamorphose humaine. Elle le redessine plusieurs fois, bute sur des volutes dans la disjonction trente-et-une jusqu'à ce que l'arrivée de Ginny la tire de son schéma.

« J'ai repensé à ce qu'on a dit. Harper, je vais le faire voler tous les jours jusqu'au premier match. Bibine nous a donné le planning, on ne joue que fin octobre. Ca me laisse du temps pour lui montrer deux trois trucs et éviter qu'il ne tombe de son balai à cause d'un Cognard... soupire Ginny.
- Pourquoi tu ne demanderais pas de l'aide à quelqu'un d'autre, quelqu'un qui est Attrapeur depuis plusieurs années ? propose Hermione. Certes, tu as vu Harry et tu l'as remplacé quelques fois, mais il faut peut-être plus.
- J'y ai pensé, mais pour être honnête, je vois pas qui. Maëlle chez les Poufsouffle est partie l'année dernière, et n'est pas revenue. Serpentard... Je sais même pas qui prend la place cette année. Quant à Serdaigle, pourquoi pas. Je ne sais pas si tu vois qui est John Hawkin, leur Attrapeur. Grand et mince, cheveux bruns. Il est un peu courbé, comme s'il était bossu. Mais il est pas mal. J'irai le voir demain même si bon… J’vais voir, hésite-t-elle une dernière fois. »

Ginny étouffe un bâillement et déroule son parchemin de Métamorphose. Elle le regarde fixement, la plume suspendue pour trouver sa première phrase.

« Pitié Hermione ! Tu veux pas faire autre chose ? dit-elle avant de bailler à nouveau. Je vais m'endormir sinon sur le troisième principe de bidule chouette. »

Son amie la regarde, un sourire aux lèvres. Ginny a effectivement l'air éreintée de sa semaine. Entre les cours, les négociations avec Bibine pour le terrain de Quidditch, les sélections et leur premier entraînement en fin d'après-midi, elle avait eu une grosse semaine. Clémente, Hermione referme son encrier et range le livre de Métamorphose.

« De toute façon j'ai besoin d'aller à la bibliothèque et elle est fermée, dit-elle. Il faudrait que je consulte le traité de substitution-
- Stop, je ne te suis pas, la coupe Ginny. On fera ça demain et tu m'expliqueras, mais pas ce soir ! »

Hermione finit de ranger ses affaires et observe à la dérobée Ginny qui joue avec sa plume. Elle ne sait pas par où commencer, mais sa curiosité la ronge toujours et elle a enfin l'occasion d'en parler.

« Tu ne m'as pas dit ce qui s'est passé l'autre jour, à midi, se lance-t-elle. »

Ginny hausse un sourcil d'incompréhension avant de réaliser qu'elle a gardé cette information :

« Tu n'en as pas entendu parler cette semaine ?! Comment fais-tu pour ne pas écouter ce qui se dit sur tout le monde... Bon, donc lundi midi pendant la pause des élèves ont abîmé les affaires de certains... coopérateurs, disons, de l'année dernière.
- Abîmer ? Que veux-tu dire ? demande Hermione, sa curiosité encore plus attisée. Et qui sont les victimes ? Et les coupables ?
- On sait pas, on saura jamais. »

Ginny semble tout d'un coup moins fatiguée. Parler de quelque chose qui ne la concerne pas lui redonne un peu d'énergie. Après tout, elle ne peut pas se plaindre quand elle sait ce qu'ils ont subi...

« Tu as bien vu qu'avec nos emplois du temps on ne mange pas toujours ensemble le midi. Ils ont donc juste profité de cette opportunité pour aller dans les dortoirs quand leurs victimes n'étaient pas là et ont saccagé leurs affaires. Calum Smirk a retrouvé ses vêtements dans la douche je crois, ses encriers vidés dessus. »

Devant le regard interrogateur de Hermione, elle ajoute :

« C'est un Poufsouffle. Cinquième année je crois. Il était très peureux et n'hésitait pas à dénoncer ses camarades chaque fois que les Carrow cherchaient un coupable et qu’ils lui demandaient. Parce qu’ils savaient pertinemment qu’il craquerait. Très discret, il avait été témoin de pas mal de choses. Y a aussi une quatrième année chez Serdaigle, elle marchait main dans la main avec les Préfets. Enfin, Préfets... ceux à la botte des Carrow. Ils ont beaucoup utilisé de jeunes élèves comme ça, leur ont fait goûter au plaisir de faire souffrir.... C'était horrible. »

Ginny se lève de la chaise, et va s'installer sur le canapé devant le feu. Si elle doit veiller pour tout raconter à Hermione, autant qu'elle soit confortablement installée. Car ce qu'elle doit dire n'est ni plaisant à dire, ni à écouter.

Hermione vient la rejoindre et d'un geste de baguette, fait apparaître deux couvertures. Ginny la remercie d'un sourire. Elle s’emmitoufle un peu plus, au chaud.

« Cette fille s'appelle Catie. Elle était adorable, elle m'avait posé plein de questions sur Arnold et franchement, elle avait tellement l'air gaga devant lui que je lui ai fait confiance. Si jeune... Toi aussi tu l'aurais laissée t'accompagner, se défend Ginny, comme pour se justifier. Tout le monde l'aimait bien. Et bêtement je suis allée au lieu de rendez-vous habituel avec Seamus. Et elle était avec moi. Seamus a juste demandé ce qu'elle foutait là, je lui ai dit qu'on faisait que discuter et elle est repartie avec un grand sourire aux lèvres. Je croyais qu'elle pensait aux Boursoufflets et qu'elle en demanderait un à Noël, tu vois... »

Ginny déglutit. Elle a son regard posé sur le feu qui crépite. La fatigue semble être revenue, comme une chape de plomb. Lourde, pesante. Elle soulève son tee-shirt et dévoile une cicatrice encore rouge qui remonte le long de ses côtes.

« J'y ai gagné ça. Le lendemain, les Carrow nous attendaient dans au passage. On avait tellement vérifié que personne n'y allait que c'était notre repère. C'était tellement simple. Trop simple, dit-elle amèrement.
- Ils lui ont fait quoi ? demande doucement Hermione pour éviter que son amie ne s'enferme dans le silence.
- Ils ont effacé le contenu de tous ses bouquins. Elle va devoir les racheter. Je l'ai vue en pleurs. Y avait écrit "Traitre" sur son lit, avec les draps déchirés. A Gryffondor aussi, Arthur n'est pas venu en cours de la semaine après. Je sais que McGonagall l'a convoqué hier mais c'est tout. Lui c'était moindre, juste un message d'avertissement sur chaque rouleau de parchemin et deux trois vêtements collés au plafond. C'est pas les seuls, mais j'me souviens pas ce qu'ils ont fait à Malfoy, Perkins et Galston. Et je dois en oublier...
- Une vengeance donc. Pour l'année dernière... Ils ont pas tardé.
- Tu approuves ?! s'étonne Ginny.
- Non, bien sûr que non ! Mais ils ne sont sûrement pas les seuls, et ont peut-être leurs raisons. Et c'était à prévoir. Comme Marietta avec l'AD. Si on commence ce cycle infernal, on n’en sortira jamais... Ils vont être mis de côté et ressasseront leurs erreurs sans personne pour les aider.
- Tu n'étais pas là, asséna Ginny. Tu n'as pas vu ce qui se passait à Poudlard.
- C’est vrai… Alors dis-moi plus... Mais ne m'accuse pas...
- Pas ce soir. »

Ginny détourne le regard. Elle a du mal à parler de cela ce soir. Elle ne voulait pas veiller si tard après le Quidditch, et voilà qu'elle doit se replonger dans les souvenirs douloureux. Elle ferme les yeux et voit encore les coups, les Sortilèges et les visages défigurés par la douleur.

Veiller. Combien de fois ont-ils fait ça ? Combien de soirées passées à tourner en rond, à chercher comment libérer les élèves qui criaient dans les cachots ? Combien de retenues à ne pas dormir, à lutter contre la volonté écrasante des Carrow ? Et à attendre Luna, après Noël… Ces soirées d’angoisse où leur imagination leur jouait des tours. Elle n'en veut plus à tous ces élèves qui ont succombé.
Et pourtant… Cette vengeance a un goût amer. Elle soulage, un peu. Mais elle n’approuve pas. Cette situation ne doit pas continuer, ils ne vont pas leur infliger ce qu’eux ont subi l’année dernière. La déshumanisation, céder à la violence… Rien n’est loin finalement.

End Notes:

Eh oui, pas de Draco dans ce chapitre ! Il reviendra ne vous inquiétez pas ;-)

Qu'avez-vous pensé de ça ? Est-ce que vous approuvez ? Comprenez ? 

Merci d'avoir lu ! N'oubliez pas la case review juste en dessous ! Et vous pourrez vous enrouler dans une couverture au chaud, dans la salle commune de Gryffondor! 

Pardonner by Labige
Author's Notes:

Désolée de ne pas avoir publié la semaine dernière mais j'essayais de finir le Nanowrimo qui consiste à écrire 50 000 mots en 1 mois et comme j'étais emportée dans mon élan, je l'ai fini mardi !

Ces mots sont pour cette fiction, donc je peux vous annoncer que la suite est bien amorcée mais pas du tout finie donc il y en a encore pour des semaines de lecture ! 

Je voulais chaudement vous remercier pour vos reviews, auxquelles je vais répondre dans la soirée, parce qu'elles sont des rayons de soleil lorsque les jours sont tristes et sont la meilleure des motivations pour ne pas garder cette histoire pour moi seule.

J'espère donc que vous utiliserez à nouveau la petite case en bas pour me dire ce que vous en pensez, même si ce chapitre est assez court et de transition plutôt qu'il fasse réellement avancer l'intrigue. Il est à nouveau du point de vue d'Hermione mais le suivant sera du point de vue de Draco, je le promets !

Je sais qu'il est triste et je vous prie de m'en excuser, mais si le rire doit revenir, il n'est pas encore revenu dans ma fanfiction. Des temps meilleurs arrivent promis ! Cependant, vous verrez que déjà certaines choses sont glissées dans ces introspections qui serviront pour la suite !

 

Petit bémol : ce chapitre n'a pas été corrigé, j'ai essayé de le relire mais bon, il reste assurément des fautes et des lourdeurs, veuillez m'en excuser.


Quant à ce qui s'est passé vendredi soir, c'est une tragédie. Cependant, je maintiens qu'il ne faut pas se laisser abattre et qu'il faut répondre à la haine qui se propage par l'amour pour vos familles, vos proches et vos amis. 

 

Ils doivent pardonner. Se pardonner et pardonner aux autres.
Pardonner, c'est un bien grand mot. Cela signifie recommencer à vivre avec les fantômes et les camarades. Leur dire bonjour, les laisser respirer. Ils font tous encore partie de Poudlard, ils sont encore des élèves, des enfants à qui on a imposé une peau d'adulte. Ils sont dans les équipes de Quidditch, dans les clubs et vont en cours. Ceux qui se sentent vainqueurs, ceux qui se sentent blessés par les traîtres, par les faibles, ne peuvent d'un coup décider d'exclure de leurs vies tant de personnes.

Si la vengeance mesquine et la destruction des affaires personnelles et scolaires a visé certains élèves très précis, elle en a mis bien d'autres de côté. Tous ces autres qui ont parfois vendu, qui ont eux aussi succombé à la pression, aux blessures, à la torture et à la peur. Ces autres qui ont trouvé leur intérêt dans l'attrait de la violence, dans l'attrait de l'obéissance. Dire oui, accepter et fermer les yeux auraient parfois été tellement plus simple, Ginny en a conscience. Elle ne peut oublier combien cacher la vérité a été parfois difficile. Elle aussi a voulu en sacrifier un pour sauver d'autres, ou sourire aux Carrow et faire semblant de... pour mieux riposter derrière. Des techniques fourbes que certains ont dû faire pour sauver l'A.D. Mais elle n'a jamais pu s'y résoudre.
Elle a toujours respiré, avalé le dégoût et accepté la punition. Fière de ce qu'elle avait fait.

Ginny a fermé les yeux et posé sa tête sur l'accoudoir du canapé. Elle se laisse doucement emporter par le sommeil quand Hermione la secoue doucement, et lui conseille de monter de se coucher. Elle acquiesce, essuie la larme qui a perlé au coin de son oeil et elle remonte vers le dortoir, traînant la couverture derrière elle.

Cette nuit-là, Ginny rêve qu'ils sont tous là, tous ces élèves qui n'ont pas su résister jusqu'au bout. Ils l'entourent, l'accusent d'avoir abîmé leurs affaires et d'être leur coupable idéale. Ils vont la dénoncer aux Carrow et se délecter de ses cris qui monteront depuis les cachots. Chacun leur tour, ils viennent la voir et caressent ses bras dénudés, relèvent sa tête meurtrie et la regardent, droit dans les yeux, avec ce regard déterminé et cette absence d'émotions. Puis ils lancent leurs Sorts, l'un après l'autre, des tortures différentes.
Ils n'ont pas détourné les yeux, n'ont pas vomi leurs tripes en sortant de la salle. Ils rient seulement et ils la regardent frissonner un peu plus. Elle succombe à la fièvre. Elle ne peut plus parler, ni bouger. Les larmes coulent et elle ne peut plus rien retenir. Ginny se sent tomber dans un vide sans fin. Son corps n'existe plus et ses dents, lentement, dans une souffrance infinie qui l'envahit, ses dents tombent une par une. Le sang dégouline de sa bouche et elle hoquette pour ne pas suffoquer.
Elle finit par hurler silencieusement, ultime explosion de douleur.

Au milieu de la nuit, Hermione est réveillée par des pleurs. Elle voit son amie en sanglots et pourtant toujours plongée dans son sommeil. Avoir parlé de cet incident a aiguisé bien plus que de la rancoeur. Elle sait que Ginny est une personne aimante, une jeune femme qui aime beaucoup trop la vie pour s'attarder sur les erreurs passées. Elle prend les faiblesses et souffle dessus jusqu'à y voir le fondement d'une force. Elle accepte tout et se laisse emporter pour en sortir plus vivante.

Par-dessus tout, Hermione ne saisit pas toutes les vies que son amie a vécues ici, à Poudlard. Ginny ne s'est pas épanchée sur cette période et les seuls détails que tous connaissent sont ceux des actes de l'A.D. Quelques idées glanées ici et là, quelques murmures admiratifs pour cette force que tous ces adolescents ont montrée. L'organisation montée jour après jour, les moyens de communication, leurs plus grandes peurs et les plus grandes blessures... physiques. Mais leurs esprits ?

Son amie ne s'est jamais confiée sur le quotidien, la résistance passive et active de chaque matin et de chaque soir, celle de chaque minute et de chaque regard. Comme elle ne s'est, elle, jamais confiée sur leur quotidien sous la tente. Ce sont des histoires emplies de détails qui sont encore trop vives, trop brûlantes et trop ancrées dans leurs esprits. Prendre de la distance, dédramatiser peut-être apparaît si difficile. Et la période où ils se souviendront de cette année mouvementée, où ils l'auront déjà racontée des milliers de fois et où, à leur tour, leurs enfants vivront leurs propres aventures, est si loin, si inaccessible encore.
Hermione a peur qu'on lui reproche de ne pas être revenue à Poudlard, de les avoir tous abandonnés pour vaquer à des combats plus futiles, trop abstraits. Personne n'osera dire que ce qu'ils ont fait de si longs mois était inutile. Ils n'oseront pas tout de suite du moins, peut-être d'ici quelques années cependant. Ils diront que tout aurait pu se terminer plus tôt si Harry Potter n'avait pas joué au fuyard avec ses deux amis.

Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont tous vu que la dernière bataille. Pour eux, elle a tout fait, elle a tout changé. Harry aurait dû depuis bien longtemps remonter ses manches et mettre sa petite vie en péril pour le bien de la communauté sorcière. Si peu encore sont au courant des Horcruxes. Cette Magie noire effraye tant, ou alors ils se bouchent les oreilles et ne veulent pas croire qu'elle puisse exister.
Voldemort était un homme comme les autres, un peu trop assoiffé de pouvoir. Et, pourtant, il ne s'est jamais proclamé Ministre de la Magie. Il n'a jamais utilisé la manière douce pour infiltrer les hauts rangs et répandre ses idées. Dumbledore n'a-t-il pas dit à Harry qu'il était, à sa sortie de Poudlard, déjà promis à un brillant avenir ? Quel poste aurait-il pu avoir au Ministère ? Pourquoi ne pas avoir imaginé être ce Ministre reconnu, celui dont les idées auraient pu sortir la communauté sorcière de l'oubli ?

Hermione se pose souvent cette question et la seule réponse plausible qui lui vient à l'esprit est de vaincre la mort. Tel a été le combat de Voldemort, celui sous-jacent derrière les idées de sang et de domination. La mort a été son but, l'avènement des sorciers a été un moyen. Du moins l'imagine-t-elle. Elle ne pourra jamais avoir réellement la raison.

Hermione soupire alors que Ginny pleure encore. Elle se lève et, doucement, lui secoue l'épaule.

« Ginny, tu pleures..., murmure-t-elle.
- Désolée, grogne son amie encore ensommeillée. »

Elle essuie ses larmes avec le drap du lit et, les yeux toujours fermés, reprend le train d'un sommeil peut-être plus calme. Hermione retourne dans son lit, toujours aussi pensive. Elle plie le bras sous sa tête et cherche en vain le sommeil.

Mais les mots de Ginny tournent et retournent dans sa tête. Elle a du mal à associer ces petits actes de couardise, de lâcheté, de peur ou d'abandon au pardon. Parce qu'avec de toutes petites choses, tout commence. Tous se laissent entraîner et l'obscurité prend leurs doigts, leurs mains puis les jambes avant de fermer leurs yeux, d'emporter leurs oreilles et d'enfermer leur esprit et leur capacité de réflexion. La peur est là, partout. Elle suinte de chaque pore de leur peau et il est trop tard.

C'est ainsi que sont morts les parents de Harry. Cette pensée écrasante vient de surgir dans sa tête et éloigne toute trace du mot pardon.
Ces petites choses sont-elles révélatrices d'un instant de faiblesse ? Ou de la nature même de ces personnes ? Peut-on passer outre une erreur et espérer qu'elle ne se reproduise jamais ? Que penser alors si le scénario se répète ? Si les faiblesses recommencent malgré les efforts ? Faut-il persévérer dans le pardon ou éviter d'être blessé et mettre de côté la personne ? Mais comment mettre de côté ses amis ?
Est-ce que la guerre et ses incidents, ses péripéties et la peur qu'elle engendre révèlent la nature, la raison d'être de toutes ces personnes ? Ou pousse-t-elle seulement à se corrompre, à se méprendre ?

Derrière ces réflexions, Hermione pense à deux personnes.

D'abord, elle pense à Ron. Elle a bien fini par se réfugier dans ses bras, y pleurer et le soutenir. Elle a réussi à panser l'abandon, à ne plus sentir cette vague de colère étouffer sa tendresse.
Et pourtant, elle ne pourra jamais oublier les premières nuits sous la tente, sans lui. Cet abandon et ce vide qui l'ont engloutie. L'attente, l'angoisse et la déception l'ont poussé à bout. La peur qui mûrissait en lui s'est transformée en colère et ils auraient pu, ce soir-là, tout faire. Se frapper, dépasser les mots et ne jamais se reparler. Tout abandonner et continuer chacun de leur côté, perdant force et espoir. Hermione l'a deviné, elle l'a senti. Son impulsivité et ses sentiments exacerbés par l'Horcruxe auraient pu faire bien pire.
Mais il a dit avoir immédiatement regretté, s'être lavé de la colère et avoir voulu les rejoindre. Il ne les a pas oubliés pendant ces longues semaines et son amitié, son amour même pour ses deux amis lui ont permis de revenir. Oui, il a succombé à sa manière. La jalousie était là bien avant les soirées sous la tente. Alors avec le temps, leur relation nouvelle, oui bien sûr qu'il a été pardonné. La question ne se pose même plus pour elle !
Et pourtant, la peur d'être mise sur le côté, d'être laissée derrière ou bien d'être juste et simplement délaissée, elle, malheureusement, est toujours là.

Ensuite, Hermione pense à Malfoy. Draco Malfoy. Il a toujours été infect, méprisant et il l'est toujours dans cette attitude trop guindée, ce regard qui juge et méprise. Pourtant, au lieu d'exacerber ces traits ignobles, la guerre l'a rendu plus faible. Elle a craquelé la carapace forgée par son éducation et ses envies, elle a permis aux sentiments d'exister et de ne plus être contrôlés. Harry a toujours dit que Malfoy n'aurait pu tuer Dumbledore. Et elle l'a vu au Manoir, si craintif devant l'évidence. Il n'a pas pu les condamner. Harry sous ses yeux, Hermione et Ron si souvent croisés. Evidemment qu'il aurait pu affirmer que Bellatrix avait sous sa main des cibles parfaites, que la famille Malfoy allait enfin sortir de sa torpeur et retrouver sa grandeur, son goût du malheur des autres.
Pourtant, il a détourné les yeux et a hésité. L'hésitation. Dans ce sens, Hermione l'encourage volontiers. Dans l'autre, l'hésitation vers l'autre côté, vers la douleur, elle a du mal à oublier.
Mais ce regard, ces yeux apeurés de dire la vérité, elle n'arrive pas à l'oublier. Et si elle doit mettre ça en parallèle avec tout le reste, alors oui, elle croit sincèrement que la guerre a dévêti les Malfoy que tous connaissaient. Couche par couche, elle a montré des touches d'humanité. Et Hermione veut savoir si aujourd'hui encore ces touches existent. Si malgré le rejet de la communauté sorcière, elles peuvent s'épanouir. Le vent a tourné en leur défaveur, mais les erreurs existent.

Oui, les erreurs existent. Et ceci est valable pour tous. Que ce soit du blanc teinté de noir ou du noir teinté de blanc. Ils doivent pardonner.

Mais le reste. Ce grand tout qui existait avant la guerre et qui fait toujours parti de Draco Malfoy. Ce grand tout qui les méprisait, les insultait et les a blessés tant de fois ? Pas seulement eux, mais tous ces élèves qui n'avaient rien demandé et ont découvert le mépris gratuit. Ce mépris qui classait chacun par son sang, une caractéristique qu'ils ne peuvent changer. Une petite chose, quelques litres à peine, intrinsèque.
Une petite chose qui a incité des personnes à vendre leurs amis, à tuer leurs familles et à s'asservir.
Une petite chose mortelle, finalement. Être tué par son propre corps, pourtant sain... Comique.

Ce reste, donc. Doit-elle pardonner Malfoy pour sa méchanceté perpétuelle ? Doit-elle lui donner une chance et aller vers lui ? Ou, au contraire, le laisser tranquille, se reconstruire et décider de l'attitude que lui seul veut avoir, sans qu'elle ne l'influence ?

Les paupières lourdes et l'esprit assailli par ces questions, Hermione ferme les yeux. Elle repense à ses années à Poudlard aux côtés de Ron et Harry. Tout semble si loin. Les souvenirs s'estompent déjà et seuls les moments les plus importants restent.
Alors qu'elle n'oubliera jamais sa première rencontre avec ses deux amis, elle n'arrive même plus à se souvenir de sa première conversation avec Lavande et Parvati alors qu'elle aura passé six années dans le même dortoir.

Emportée par les souvenirs, Hermione s'endort.
Doucement, dans le noir de la nuit et du sommeil, elle entend des voix. Les souvenirs deviennent fantasmés, transformés et ce qui lui parait être la réalité est indiscernable du rêve.
Elle pleure sur le plancher du manoir des Malfoy, la brûlure de la blessure élance son bras. Hermione n'arrive pas non plus à retenir ses larmes et laisse la peine s'exprimer. Les souvenirs partent, douceur mélancolique des oubliés.

End Notes:

Merci d'avoir lu ! 

Dès la semaine prochaine, les mystères commencent avec un long chapitre :-)

Aviez-vous entendu parler du Nanowrimo avant de lire ma note d'auteur ? Si oui, l'avez-vous déjà tenté ?

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