Trou noir by magicalfox
Summary:

Il ne savait pas où il était. Il ne savait pas qui il était. Il savait seulement qu'il avait une photo dans sa poche, et qu'elle représentait son passé. Son avenir aussi, s'il se souvenait de ce qu'il faisait ici.

 fanart d'anastasiamantihora

Fic pour le concours de Weasley16 "En image"

Edit Modération : Bannière supprimée car trop grande. Pour rappel, les dimensions maximales sont 250 px de haut et 500 px de large


Categories: Biographies, Après Poudlard, "19 ans plus tard" Characters: Albus S. Potter, Autre personnage, James S. Potter, Lily L. Potter
Genres: Romance/Amour, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: En Images!
Chapters: 3 Completed: Non Word count: 7750 Read: 2113 Published: 15/12/2015 Updated: 01/01/2016

1. Elsa by magicalfox

2. John Doe by magicalfox

3. James by magicalfox

Elsa by magicalfox
Author's Notes:
J'ai écris un fic sur Albus Potter, une sur la petite Lily, me voici à présent avec une histoire sur le dernier de la fratrie, James. Cela faisait un moment que cette histoire traînait dans ma tête, et le concours organisé par Weasley16 m'a fourni une occasion d'enfin l'écrire. La photo proposée est celle qui m'a permise de commencer ce récit, de lui donner une ligne conductrice. Le concours m'a donc permis de visualiser mon histoire, de lui fournir une ossature. Tout autour autour de cette photo, de ce qu'étaient les enfants Potter. Cela m'a aussi permis de changer le destin de James, que je voulais plus funeste. Peut-être qu'il aura lui-aussi droit à un happy-end.

En espérant que vous aimerez ce texte autant que je me suis amusée à l'écrire, bonne lecture.
Elsa

Bip, bip.

Le son était répétitif, abrutissant, assourdissant dans le silence qui régnait autour de lui. Il avait l’impression de n’entendre que ce bruit, qu’il n’y avait plus que lui au monde. Le son résonnait jusque dans son cerveau, lui donnant le sentiment qu’il émanait de son esprit. Il se répercutait sur toutes les parois de son crâne. Il commençait à avoir mal à la tête à force d’entendre ce bruit.

Et pourtant, après quelques minutes à devoir supporter ce timbre insupportable, il se rendit compte qu’il n’y avait pas que ce bruit qui l’entourait. Il arrivait à présent à percevoir des voix, des mouvements de pas, étouffés certes, mais qui prouvaient qu’il n’était pas tout seul. D’ailleurs, où était-il ?

Il ne le savait pas. Il n’arrivait pas à se souvenir de ce qu’il avait fait avant de se retrouver où il était. Il ne parvenait pas à déterminer dans quel lieu il pouvait être, ni s’il se trouvait bien dans un endroit précis. Tout son corps le faisait souffrir, ses muscles ne répondaient pas aux demandes de son cerveau. Il était cotonneux, comme un malade atteint de la grippe ou comme s’il se réveillait après un long sommeil. Son corps paraissait être enveloppé de coton. Il ne pouvait seulement dire qu’il était allongé sur ce qui devait être un lit, si ses sens ne lui faisaient pas défaut. Tout flottait autour de lui, lui donnant le tournis. Et il n’avait pas encore ouvert les paupières.

Il eut du mal à ouvrir les yeux. Son corps était ankylosé, compliqué à faire bouger. Même quelque chose d’aussi naturel lui demanda un effort énorme. Il dû s’y reprendre à plusieurs reprises avant que son regard puisse se poser sur la pièce dans laquelle il se trouvait. Cette dernière était blanche, très lumineuse grâce à une grande fenêtre sans rideaux par laquelle filtraient les rayons du soleil. La pièce était vide, à part le lit, une petite table de nuit, l’engin étrange d’où sortaient les bips, et une grosse boite noire installée au mur. Il n’y avait que lui dans ce lit blanc.

Il respira profondément, cherchant dans sa mémoire où il était. Mais il n’y avait rien à faire, ses souvenirs refusaient de remonter à la surface. Le pire était qu’il ne se rappelait de rien, ni de son nom, ni de son âge. C’était le vide dans sa tête, le trou noir.

Il se mit à paniquer. A force de fouiller dans son esprit, une forte migraine s’était formée dans sa tête. Il commençait à avoir du mal à garder les yeux ouverts, à respirer, et même à penser. Les bips de la machine à côté de lui résonnaient de plus en plus fort, de plus en plus amplifiés, de plus en plus rapprochés. Il avait envie de la détruire, de faire cesser ce bruit insupportable. Il avait envie de se rendormir, de ne plus penser, d’oublier. Il voulait retrouver l’état magique dans lequel il était avant de se réveiller.

Brusquement, il y eut du bruit dans la chambre. Il n’était plus seul. Une jeune femme brune venait d’accourir, avec d’autres personnes habillées comme elles, d’une blouse blanche. La jeune femme, qui devait avoir une trentaine d’années, lançait des ordres dans une langue qu’il ne comprenait pas. Ce n’étaient que des mots compliqués qu’il ne parvenait pas à saisir. Il se sentait flotter, comme sur un nuage. Les contours devenaient flous. Seul le visage de la jeune femme restait discernable. Il était fin, aux traits bien dessinés. La peau paraissait pâle sous la lumière des néons, mais il trouvait que cela lui allait bien. Cette pâleur lui donnait l’air d’être un être irréel.
Depuis qu’il c’était réveillé, il se sentait enfin bien, en sécurité. Il ne cherchait plus à savoir où il était et ce qu’il faisait là. Il s’en moquait. Seul comptait le visage de la jeune femme, ses ordres qu’elle donnait autour d’elle qui l’apaisait. Il savait qu’il pouvait lui faire confiance. Alors, avec un sourire, il se rendormit, aspiré par l’obscurité qui l’attirait loin de cette lumière et des questions qu’elle apportait.

Lorsqu’il se réveilla, quelques heures plus tard, il faisait nuit. Sa chambre était de nouveau silencieuse, et vide. C’est du moins ce qu’il crut, avant que son regard ne tombe sur le fauteuil qui juxtaposait son lit. La jeune femme en blouse blanche, celle qui avait donné des ordres, dormait dans ce dernier. Son souffle était régulier, presque imperceptible, faisant se soulever doucement sa poitrine enfermée à présent dans un pull à col roulé noir.

Il la regarda dormir pendant de longues minutes, avant que l’étrangère ne finisse par bouger dans le fauteuil inconfortable, et se réveiller. Elle avait des yeux bruns voilés par le sommeil, de grands yeux entourés de longs cils qui lui donnaient l’air d’une biche égarée.
Elle s’étira rapidement, sans dire un mot, avant de se lever et de se poster devant lui.

- Bonjour, dit-elle d’une voix calme, apaisante.

Dès lors, il sut qu’il pourrait la suivre jusqu’au bout du monde, lui confier sa vie. Elle était son nouveau refuge.

- Bonjour, répondit-il, la voix enrouée.

Elle lui sourit, dévoilant des dents parfaites, bien alignées. Il lui sourit en retour, maladroitement.

- Je suis le docteur Elsa Vildestein. Vous êtes à l’hôpital de la Charité, à Berlin. Vous avez été renversé par une voiture dans le centre-ville. C’était cet été. Nous sommes début novembre. Vous avez passé presque quatre mois dans le coma. Votre cerveau a été atteint. Vous souvenez-vous de quelque chose ?

Sa gorge était nouée, il avait du mal à lui répondre. Il ne se souvenait de rien, pas même du prétendu accident. Et qu’est-ce qu’il faisait à Berlin ? Etait-il Allemand ?

- Vous n’aviez pas de papier sur vous, continua le médecin. Nous ne savons pas qui vous êtes, d’où vous venez. Des personnes qui étaient sur le lieu de l’accident, personne ne vous connaissaient. Vos empreintes digitales ne sont pas dans nos fichiers. Votre photo a été diffusée dans le journal, sur notre site, mais personne ne peut répondre à nos interrogations. Pouvez-vous me dire votre nom ?

Il chercha encore, mais aucun nom ne lui vient à l’esprit. Il ne savait toujours pas qui il était.

La jeune femme sortit alors un petit bout de papier de sa poche. C’était un papier tout chiffonné. Il y avait quelque chose dessus. Elle le lui tendit, alors qu’il était en train d’essayer d’apercevoir ce qu’il pouvait contenir, et il se rendit compte que c’était une photo. Elle devait datée un peu, car elle était toute abîmée, légèrement jaunie et de l’eau avait coulée sur les bords. Dessus, trois enfants étaient représentés. Il y en avait d’abord un garçon, plus vieux, sans doute âgé d’une quinzaine d’années. Il avait des cheveux noirs, plutôt longs, un sourire moqueur aux lèvres, des yeux noisette rieurs, un corps musclé moulé dans un tee-shirt où flottait une boule avec des ailes. Il se tenait derrière un autre garçon, plus jeune, et d’une petite fille. Le garçon plus jeune avait un visage semblable, avec des cheveux aux mêmes couleurs, plus courts. Il devait être son frère, mais il avait des yeux verts, fuyants, et un air triste sur son visage fin. Il ne devait pas avoir plus de treize ans. Quant à la fille, elle était très jeune, vêtue d’une robe d’été sombre qui mettait ses cheveux roux flottant au vent en valeurs. Elle se tenait entre les deux garçons, comme si elle voulait faire le lien entre eux deux. Elle avait son regard brun tourné vers le garçon triste, comme si elle se sentait le besoin de le surveiller. Son bras était noué à celui de celui qui devait être son frère. A part l’adolescent, aucun des enfants ne regardaient l’objectif, comme s’ils voulaient l’éviter. L’adolescent, lui, cherchait la lumière de l’appareil photo. Il devait être habitué à poser.

- Cette photo était dans votre poche lorsqu’on vous a trouvé. Cela vous dit quelque chose ?

Il secoua la tête, négativement. Ces personnes lui disaient quelque chose, mais qui étaient-elles pour lui ? Il ne le savait pas.

- Vous, vous êtes là, dit Elsa en lui montrant l’adolescent.

Il hocha un sourcil. Comment pouvait-elle affirmer ça ?

Comme si elle lisait dans ses pensées, elle lui apporta un miroir portatif qui se trouvait dans ce qui devait être la salle de bain. Elle lui mit à sa hauteur, et il put enfin voir à quoi il ressemblait. Il comprit pourquoi Elsa l’avait aussitôt identifié sur la photo. Il était le portrait craché de l’adolescent moqueur, avec maintenant des rides au coin des yeux et une barde naissante. Il supposa qu’il était âgé d’une trentaine d’années.

Il reposa le miroir sur le lit. Il se sentait soudain très triste. Il ne savait pas qui il était, ni d’où il venait. Il savait à présent qu’il avait un frère et une soeur, mais il ne connaissait pas leurs noms, ni comment les contacter. Il ne se souvenait pas de sa vie, s’il était marié, s’il avait des enfants. Il n’avait qu’une photo de lui adolescent. Qu’avait été sa vie entre cette photo et maintenant ? Qui pourrait lui dire ?

Devant saisir l’amertume qui gagnait son patient, Elsa déposa la photo sur la table de nuit, lui conseilla de dormir un peu, qu’elle reviendrait au matin pour l’ausculter et pourquoi pas, l’aider à se souvenir. Sur ces paroles, elle le laissa seule avec ses pensées.
John Doe by magicalfox
John Doe


Les jours avaient passés, filant à une vitesse vertigineuse. Ils avaient laissés place à un temps aussi ensoleillé qu’un mois de juillet, ce qui était assez rare dans la capitale allemande, bercée plus souvent un temps gris qu’un soleil aussi puissant. Les rues commençaient à se parer de couleurs, d’illumination. Les vitrines décomptaient les jours séparant les habitants de noël. Tout était propice à la fête, à la bonne humeur, malgré les épais manteaux et les jours plus courts, la gelée du matin et le vent glacial.

Elsa adorait ces moments, cette période de l’année où les feuilles rouges tombaient encore et où on attendait avec impatience la venue de la première neige. C’était une époque presque magique, et elle tentait d’en profiter le plus possible, ce qui était compliqué avec ses horaires à l’hôpital. Alors elle se promenait dans les ruelles de sa ville pendant ses heures de repos, jusqu’à être si fatiguée qu’elle s’écroulait en rentrant chez elle. Les autres années, son temps était partagé entre son travail et ces promenades, qu’elle effectuait toujours seule. Mais maintenant, elle n’était plus seule, plus depuis que John était entré dans sa vie.

Ils avaient appelés le patient amnésique arrivé au début du mois John Doe, puisqu’il était incapable de se souvenir du moindre élément qui pourrait les aider à trouver son identité. Même la photographie qu’il avait sur lui, le représentant avec ses proches, n’avait pas été l’étincelle qui aurait pu raviver ses souvenirs. Même ses empreintes digitales récupérées par la police et passées dans le fichier des personnes disparues n’avaient rien donné. Il restait un parfait inconnu pour tout le monde, un homme qui se remettait peu à peu de ses blessures, elles aussi inexplicables. C’était pour cela qu’Elsa pouvait se promener plus que d’habitude dans ses ruelles préférées, accompagnée de son patient. Elle amenait avec elle John afin de l’aider à se rappeler de quelque chose, ne serait-ce qu’un détail, même insignifiant, de son restaurant préféré, d’un appartement, d’une rue où il aurait pu aller. Ou pourquoi pas, croiser quelqu’un qui le reconnaitrait. Jusqu’à maintenant, cela n’avait rien donné, mais Elsa gardait espoir. Cela ne faisait qu’une semaine qu’ils se baladaient dans les rues de Berlin, une ville qu’Elsa lui présentait et dont John n’avait aucun souvenir.

La jeune médecin s’était immédiatement proposée pour cette tâche. Non seulement elle estimait être la plus apte à montrer sa capitale à quelqu’un, ainsi qu’être celle qui était la plus à même de travailler avec son patient. Toutefois, il y avait aussi une autre raison, qu’elle refusait de se l’avouer, une raison bien plus personnelle qu’elle avait réussi à faire passer pour de la curiosité. Elle découvrait qu’elle appréciait beaucoup l’inconnu. Elle se sentait proche de lui, beaucoup plus qu’elle n’aurait pu se permettre avec n’importe quel autre de ses patients.

Ce rapprochement avait eu lieu alors même qu’il était encore dans le coma. La première fois qu’elle s’était approché de son lit, dans le but de l’examiner, il avait saisi sa main et l’avait serré fort, si fort qu’elle avait eu bien du mal à se dégager. C’était comme s’il lui avait demandé de rester près de lui, qu’il avait compris qu’il avait besoin d’elle. Au début, elle avait essayé de le traiter comme n’importe quel patient, mais après son réveil, cela avait été plus compliqué. Lorsqu’elle avait croisé ses yeux bruns, elle avait su qu’elle était attirée par lui, comme si une force invisible la poussait vers lui.

Elle se refusait à l’appeler John. Elle avait peur que cela ne soit néfaste pour lui, qu’il finisse par s’habituer par un prénom qui n’était sans doute pas le sien. Elle ne voulait pas l’embrouiller. Elle s’était attachée à lui. Elle le trouvait intelligent, il lui avait prouvé lorsqu’elle avait tenté de délimiter ses connaissances scientifiques et autres ; sympathique, et elle ne pouvait pas le cacher, séduisant. Elle le trouvait mignon, avec ses grands yeux bruns, moqueurs, et ses cheveux de la même couleur, longs, en bataille le plus souvent. Il avait un air charmeur dont il n’avait même pas conscience. Il devait bien laisser une femme derrière lui, quelqu’un qui l’attendait avec impatience. Elsa n’arrivait pas à se convaincre qu’un homme comme lui puisse encore être célibataire. Mais comment expliquer que personne ne chercher à le retrouver ?

Il y avait aussi cette photo. Elsa l’avait beaucoup regardé, comme son patient. Il avait eu l’air d’avoir eu une famille unie, des gens qui l’aimaient. Ou étaient son frère et sa sœur ? Pourquoi n’étaient-ils pas près de lui ? Elle avait tant de question sans réponse.

Lui aussi était frustré. Elle le voyait bien. Au début, il avait été gêné. Il ne savait pas de quoi lui parler, comment se comporter avec elle. Que dire, que faire lorsqu’on ne se souvient pas de ce que l’on aime, du dernier film ou spectacle qu’on est allé voir, du dernier livre qu’on a lu. Il ne savait même pas d’où il venait, s’il avait une famille, un emploi. Il ne pouvait que déduire certains faits, comme le fait qu’il faisait du sport, parce qu’il était musclé. En plus, c’était son médecin. Que pouvait-il lui confier ?

La première fois qu’ils s’étaient préparés pour une promenade, John et Elsa s’étaient regardés en chien de faïence. En effet, Elsa cherchait où elle pouvait l’emmener : dans un coin branché ou plutôt calme ? John avait été plutôt inquiet de sortir de l’hôpital, de se retrouver seul avec cette jeune femme avec qui il ne savait pas quoi dire. Ils s’étaient finalement décidés de rester dans les limites de l’hôpital, de ne pas s’en éloigner. Le silence avait duré un long moment. Ils avaient marché l’un à côté de l’autre. Puis, ils étaient passés devant une famille avec un landau, et Elsa n’avait pu se retenir de poser la question qui lui brulait les lèvres : avait-il une famille quelque part ? Elle espérait que des souvenirs se débloqueraient.

Il avait hésité un moment avant de répondre. Cela lui arrivait parfois d’avoir des flashs, de voir des images s’imprimer dans son cerveau, images qui devaient être des souvenirs. Par exemple, il se rappelait d’avoir rêvé d’une jeune femme rousse qui tenait un petit garçon de deux ans dans ses bras, qui lui souriait. Parfois, c’était une petite fille rousse qui lui tournait autour, alors qu’un homme aux cheveux noirs et portant des lunettes rondes la houspillait. Mais ce n’étaient que des rêves. Et ce qui le faisait douter de la véracité de ces rêves, c’était tous les éléments incongrus qui y apparaissaient. Ce même petit garçon de deux ans n’était pas toujours dans les bras de sa mère, il était parfois sur un balai volant ! Un balai volant ! Comme si cela existait. Et en ce qui concernait la petite fille rousse, il l’avait vu se servir d’une baguette magique et faire apparaitre des fleurs. Mais la magie, ça n’existait pas ! Ce ne pouvaient donc être que de simples rêves. Il ne se voyait pas raconter tout cela à Elsa, elle le prendrait pour un fou. Il ne voulait pas prendre ce risque. Son avis comptait beaucoup pour lui. Elle était son point d’attache.

Pour la première fois depuis leur rencontre, il lui avait menti en toute connaissance de cause. Ou du moins caché quelque chose. Par la suite, ils avaient tout fait pour éviter ce sujet, si bien que c’était le plus souvent Elsa qui faisait la conversation, lui présentant tel ou tel endroit de Berlin. Il n’en reconnaissait jamais aucun, et ce manège dura pendant quinze jours, avant ce jour-ci.

C’était pourtant un jour comme les autres. Ils se baladaient en discutant d’un film à l’affiche sur un agent secret anglais qu’Elsa l’avait obligé à aller voir. Cela avait été une expérience étrange pour tous les deux, car il avait donné l’impression qu’il n’avait jamais été au cinéma auparavant. Tout avait semblé nouveau pour lui. Consciencieusement, Elsa avait pris des notes sur son attitude. Il était rare qu’un adulte de cet âge, surtout vivant dans une grande ville, ne se soit jamais rendu au cinéma. En tout cas, c’était la première fois qu’Elsa en croisait un comme ça.

Ils parlaient donc du film, lorsque John s’arrêta brusquement, en regardant tout autour de lui. Ils se trouvaient dans une rue de Berlin, comme il en existait des centaines. Elsa ne comprenait pas ce qui arrivait à son compagnon. C’était comme s’il était en train de se souvenir de quelque chose.

Il s’approcha d’un vieux bâtiment qui paraissait abandonné. Sur son mur extérieur étaient gravés les mots « école ». Vu la déchéance du lieu, il ne devait pas avoir vu passer entre ses murs d’enfants depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Et pourtant, ce bâtiment, qui selon toute logique aurait dû être détruit, ou du moins réaménagé, était toujours debout, s’effritant un peu plus chaque jour.

C’était déjà assez étrange de se retrouver devant cette école d’un autre temps, mais ça l’était encore plus de se dire qu’on avait dû passer devant sans en avoir un seul souvenir. Elsa était certaine d’être déjà venue dans cette ruelle, mais elle ne se souvenait nullement de ce bâtiment. Elle aurait dû s’en souvenir pourtant, vu son architecture atypique. Elle n’en n’avait même jamais entendu parler, alors qu’elle côtoyait des personnes qui avaient vécu cette période terrible de la ville. Quelqu’un avait bien du fréquenter ce lieu ! Mais c’était comme s’il venait de sortir de terre, comme s’il apparaissait brusquement devant eux. Il détonnait dans le reste de la rue, on ne pouvait pas le manquer au milieu des autres immeubles. En plus de tout cela, son compagnon, qui était amnésique, avait l’air de savoir qu’il était là. Et pourquoi il était là. C’était déroutant.

Il observa l’école pendant un moment, comme s’il hésitait à y entrer. Il semblait perdu dans ses pensées, les yeux fixés sur les fenêtres closes par de lourds volets en bois abîmés. Lorsqu’Elsa voulut l’interroger sur ce dont il se souvenait, elle crut apercevoir du mouvement derrière l’un des volets, comme si quelqu’un était en train de les observer. Elle eut un mauvais pressentiment. Elle se rapprocha de son patient et lui prit fermement le bras.

- Il faut qu’on rentre, lui dit-elle, pour justifier sa soudaine panique.

Il n’eut pas l’opportunité de lui répondre. La porte de l’école s’ouvrit à la volée, laissant apparaître sur le seuil du bâtiment un homme assez enrobé, vêtu d’une tenue crasseuse, les cheveux et la barbe en bataille, d’un aspect tout aussi douteux que sa tenue.

- Pourquoi tu es revenu ! s’énerva l’homme en se rapprochant d’eux rapidement. Tu sais que tu dois rester caché ! On ne rigole plus James !

Le prénom fit sursauter le compagnon d’Elsa. Cela devait être le sien, toutefois cela ne semblait pas lui rappeler de bons souvenirs. Il paraissait à présent perturbé.

Seulement, le nouveau venu n’avait pas l’intention de les laisser réfléchir sur cette nouvelle information. Il était maintenant près de John/James, et avait sorti de sa poche un long morceau de bois qu’il agitait devant ses yeux.

- Tu t’es cru intelligent en la laissant derrière toi, lui cria-t-il. Je l’ai retrouvé dans une rue près d’ici, il y a plus d’un mois. N’importe qui aurait pu tomber dessus ! Je sais que je t’ai dis de te mêler aux moldus, mais cela ne voulait pas dire jeter ta baguette ! Tu en as besoin pour te défendre ! Je ne te pensais pas aussi idiot James !

Il continua quelques instants sur sa lancée, mais Elsa, tout comme son compagnon, n’écoutèrent pas le reste. Ils étaient concentrés sur ce que l’homme avait appelé « baguette ». Cette dernière était en train d’émettre de faibles étincelles.

Soudain, il y eut près d’eux un craquement sourd, comme si une immense brindille venait de craquer. Cela les surprit tous. Heureusement pour eux, l’homme fut rapide à réagir. Sans même demander son avis à John/James, il lui imposa le morceau de bois qui, aussitôt entre ses mains, cessa de scintiller. Puis, il sortit de sa poche un autre morceau de bois et fit face aux nouveaux arrivants. Ces derniers étaient au nombre de trois, et il s’agissait de femmes.

De là où elle se trouvait, Elsa put apercevoir le visage des trois inconnues. Elles devaient être sœurs, car elles se ressemblaient toutes comme deux gouttes d’eau. Elles avaient le même visage en forme de cœur, de longs cheveux noirs soyeux, et les mêmes yeux sombres et inexpressifs. Elsa crut même apercevoir sur leurs traits le même point de beauté situé au même endroit, ce qui était impossible.

Les trois femmes, aux silhouettes longilignes, toutes vêtues de noires, imposaient une forme de peur et de puissance. Elles paraissaient impressionnantes, cruelles aussi. Elles tenaient toutes entre leurs mains un morceau de bois, dans le même style que l’homme qui était sorti de l’école. Et surtout, elles les brandissaient comme des armes.

- Tu pensais nous échapper, Potter ? demanda l’une d’entre elle.
- Tu sais pourtant qu’on est les meilleures chasseuses de primes du monde magique ! rétorqua l’autre.
- Et que qu’il est tant que tu paies ta dette ! finit l’autre.

Toutes les trois en même temps, elles levèrent leurs morceaux de bois et dirent quelques mots qu’Elsa ne reconnut pas. Immédiatement, des morceaux de bois, des rayons rouges en sortirent et vinrent se diriger droit vers eux.
Elsa ferma les yeux, paniquée. Elle ne pouvait que rêver ce qui était en train de se passer. Tout cela ne pouvait pas être réel ! La magie ça n’existait pas ! Et même si ça existait, comment pouvait-elle se défendre face à ce type de menace ? Ils ne pouvaient pas échapper à ces rayons.

C’était sans compter sur l’homme qui était avec eux. Avec son morceau de bois, il repoussa les trois rayons. Puis, il se tourna rapidement vers eux et leur cria de fuir, qu’il allait les repousser.

Elsa, malgré son air tétanisée, fut la première à réagir. Elle tira son compagnon, médusé, et l’entraina vers la grande rue d’où ils venaient. Le jeune homme se mit en marche comme le ferait un robot, sa main serrée sur son morceau de bois. Derrière eux, des explosions se firent entendre. Elsa empêcha son patient de se retourner. Elle courrait comme si sa vie en dépendait, ce qui était sans doute le cas.

Lorsqu’ils émergèrent dans la grande rue, ils n’arrêtèrent pas leurs courses. Ce ne fut que près de l’hôpital, bien des minutes plus tard, qu’ils purent se remettre à marcher. Essoufflée, Elsa parvint tout de même à reprendre ses esprits.

- Vous les connaissiez, tous ces gens ? lui demanda-t-elle.

Son patient hocha les épaules. Il avait le regard fixé sur sa baguette, l’air perdu.

- On a rêvé tout ça, n’est-ce pas ? l’interrogea-t-il.

Elsa repensa aux rayons de couleur, à sa peur, et à tout ce qu’elle avait ressenti à ce moment-là. Elle ne savait pas vraiment ce qui c’était passé, son cerveau avait du mal à le décrypter, elle n’avait pas de réponse concrètes à formuler, cependant elle savait une chose, elle n’avait pas rêvé. Alors, même si elle le décevait, elle hocha la tête négativement.

- J’ai bien peur que tout cela ne soit réel, lui avoua-t-elle.
- C’est ce que je craignais, répondit son compagnon.

Il resta muet le reste du chemin, se refusant à répondre à ses nombreuses questions. Il s’était renfermé dans ses pensées, ne voulant pas les partager. Elsa fut contrainte au silence, à chercher à résoudre ses propres interrogations. Il ne voulait pas l’aider à comprendre.

Arrivés à l’hôpital, John/James monta directement dans sa chambre, Elsa sur les talons. Une fois ceci fait, il cacha sa baguette sous son oreiller, et s’allongea sur son lit, tourna volontairement le dos à la jeune médecin. Celle-ci ne désespéra pas, elle s’assit à côté de lui et attendit qu’il se confit.

- Je ne sais pas qui ils étaient, finit-il par dire. Et je ne veux pas me souvenir. Je sais que ce sont de mauvais souvenirs.

Il avait dit ça avec tellement de douleur dans la voix qu’Elsa en frissonna. Tout d’un coup, elle non plus ne voulait plus en savoir plus, du moins pour le moment. Tout ce qui lui importait à présent, c’était ce présent, ce qu’il impliquait. C’était lui tel qu’il était, ce garçon qu’elle avait sauvé, cet homme un peu perdu, qu’elle devait aider à se reconstruire. Peu importe qui il avait été.
Alors, pour lui faire comprendre qu’elle était de son côté, elle se rapprocha doucement, le frôlant presque. Il lui attrapa alors la main, qu’il sera fort dans la sienne, comme s’il avait peur qu’elle disparaisse. En réponse, elle lui sourit. Cela le rassure un peu. Au moins, il n’était pas seul.
James by magicalfox
Author's Notes:
Voilà enfin le nouveau chapitre. Cette fois, je m'attarde sur la vie de James. Et on voit rapidement Lily. J'avais déjà écrit une fic sur elle, que vous pouvez retrouver au titre "Une nouvelle vie loin de Pouldard". Ma vision de Lily est celle présentée dans cette fic, qu'on retrouvera dans le chapitre suivant de cette fic.

Bonne lecture ;)
James

Mais le lendemain, alors qu’elle se réveillait après une longue garde, Elsa sentit la curiosité la gagner. Elle avait soudain très envie de savoir ce qui c’était passé la veille, et qui était réellement John/James. En vérité, elle avait eu un sommeil assez agité, et elle avait rêvé que les sorcières de la veille, celles qui étaient apparues devant l’école en ruine, revenaient pour lui faire du mal. Car après tout, c’était bien ce qu’elles voulaient faire, du mal à son patient, et à elle, puisqu’elle se trouvait avec lui. Puisqu’elles semblaient maitriser une certaine forme de magie, rien ne garantissait à la jeune médecin qu’elles n’allaient pas la retrouver chez elle et lui faire payer sa fuite. Elle se devait donc de prendre les devants, de comprendre ce qui se passait autour d’elle afin d’y remédier. Elle avait besoin de savoir pour trouver une solution et se protéger.

Ce qui étonnait aussi la jeune femme, c’était la facilité avec laquelle elle avait accepté tout cet univers magique et étranger qui collait à la peau de son patient. Elle aurait pu ne pas y croire, penser que tout avait été une mise en scène, que son patient était un farceur qui se moquait d’elle et de sa bienveillance. C’est ce qu’auraient pensé toutes les personnes qu’elle connaissait, elle le savait. Alors comment se faisait-il qu’elle ne mette rien en doute, qu’elle soit prête à croire toutes ces étrangetés ? Elle ne pouvait pas l’expliquer. Elle savait juste qu’elle faisait confiance à John/James, qu’elle était même prête à mettre sa vie entre ses mains. Certes, c’était un peu exagéré, mais c’était le sentiment qu’elle avait.

Sur un coup de tête, Elsa se leva donc bien plus vite qu’elle n’aurait dû, elle se prépara tout aussi rapidement, et elle se précipita dans les ruelles de Berlin, à la recherche de l’école qui la hantait.

Elle mit du temps avant de la retrouver. Bien qu’elle ait un bon sens de l’orientation, elle eut le sentiment que la ville elle-même essayait de la perdre. Elle s’était retrouvé dans des rues dans lesquelles elle était persuadée n’avoir jamais mis les pieds, et desquelles elle eut beaucoup de mal à retrouver son chemin. Et elle dû même passer au moins deux fois devant la venelle qui menait à cette fameuse école, sans la reconnaître.

Ce fut donc frustrée et légèrement énervée qu’elle réussit enfin à retrouver le lieu de l’attaque. Une drôle d’impression l’envahit alors qu’elle se tenait devant l’école. Elle avait le sentiment que cette dernière était floue, comme si les lignes du bâtiment, ses murs, n’arrivaient pas à se fixer devant elle. Tout semblait trembler. Elsa avait du mal à regarder l’école, elle se sentait comme sur un bateau, lorsque l’horizon est presque indiscernable. Cela lui donna le mal de mer.

Quand elle retrouva ses esprits, que sa brutale nausée fut passée, elle évita de regarder la bâtisse qui paraissait la dominer, et elle gravit en toute hâte les marches qui menaient à l’entrée. Pour ne pas se décourager, car elle sentait déjà ses forces et sa volonté l’abandonner, elle frappa aussi fort qu’elle put. Et elle recommença jusqu’à ce qu’elle entende des pas de l’autre côté du battant.

Elle s’attendait à ce qu’on lui demande ce qu’elle faisait là, que la porte se refuse à s’ouvrir, néanmoins ce fut tout le contraire qui se passa. L’homme de la veille, avec ses affaires sales et son air bourru, fit tourner le battant.

Il la toisa pendant quelques secondes, comme s’il la jaugeait du regard. Puis, il se décala de la porte, lui laissant le passage libre. Sans un mot, Elsa pénétra à l’intérieur, serrant son sac contre elle pour se donner une contenance, l’air sous doute apeurée. Elle n’était évidemment pas rassurée, mais il était hors de question de faire demi-tour.

Toujours en silence, il l’entraina dans un salon vétuste, et il se laissa tomber dans un fauteuil aussi vieux que la demeure. Elsa fut d’ailleurs étonnée qu’il ne tombe pas en poussière sous le poids de son hôte. Mais elle ne dit rien, se contentant de serrer les dents, se demandant si elle devait parler la première ou non.

L’homme sortit un morceau de bois de sa poche, ce qui était certainement sa baguette, et fit apparaitre un verre d’alcool fort devant lui, qu’il sirota un peu tout en observant la jeune femme.

- Bon, laissez-moi deviner, finit-il par lâcher dans un souffle, James vous a mener en bateau. Il vous a caché qui il était. A vous voir, vous ne devez pas connaitre grand-chose à la magie. Vous êtes moldue ?

Elsa se demanda s’il lui posait une question ou s’il exposait simplement un fait. Et elle se demandait aussi ce qu’était un moldu.

L’homme dut s’en rendre compte, car il soupira, prit une nouvelle gorgée dans son verre, lui proposa enfin de s’assoir sur le canapé miteux qui lui faisait face, et lui expliqua la vérité.

- Les moldus sont les non-sorciers. Vous n’êtes pas une sorcière, ça se voit tout de suite. Vous paraissiez étonnée lorsque j’ai sorti ma baguette hier, et même lorsque les sorts ont commencé à fuser. Donc, James vous a caché qui il était.

Elsa hocha simplement la tête. Elle aurait pu lui dire la réalité, lui avouer que le jeune homme avait perdu la mémoire, qu’il avait été trouvé inconscient dans la rue, qu’il ne savait même pas qu’il était un sorcier, mais elle préféré taire tout cela. Peut-être était-ce son instinct, peut-être était-ce tout simplement l’envie de le garder que pour elle, mais elle n’avait pas envie de tout lui raconter. Elle se disait que tout lui raconter pourrait mettre en péril son patient, car qui savait ce qu’il pouvait lui faire. Sans doute fouiller dans son esprit pour lui retrouver ses souvenirs, mais était-ce sans risque ? Elle préférait la méthode douce, celle qui prenait du temps. Et ainsi, elle savait qu’elle serait près de lui.

- James est un sorcier, continua l’homme. Un sorcier très célèbre dans notre monde. Il est le fils de notre héro, le sorcier le plus célèbre que comporte notre histoire contemporaine. Or, malgré la volonté de ses parents, James a grandi sous le feu des projecteurs. Au moins tous les ans, voir tous les trimestres, des paparazzis publiaient des photos volées de lui. James est comme une star chez nous. Et ça a continué à son entrée à Poudlard, notre école. Dès son entrée, James s’est fait remarquer comme un élève qui attirait l’attention sur lui. Il est devenu le gamin le plus populaire de l’école, jouant là-dessus avec ses professeurs. Il était l’attrapeur vedette de l’équipe de quidditch, notre sport préféré. Très demandé par les filles aussi. C’est un vrai coureur de jupon. Dès l’école, il a enchainé les conquêtes. Et même après. D’ailleurs, s’il est dans les ennuis en ce moment, c’est à cause d’une femme.

Elsa hocha un sourcil, l’air intéressée. L’homme abordait enfin le nœud du problème.

- Il serait tombé sous le charme d’une femme mariée, la femme d’un de nos hommes politiques, à ce qu’il parait. Il y a eu des photos dans les magazines. En même temps, il était attrapeur dans une grande équipe de quidditch, toujours sous le feu des projecteurs. Il gagnait beaucoup d’argent. Il écumait les boites de nuit à la mode, avait des fréquentations hasardeuses. Il s’est battu dans des bars, certaines de ses maitresses ont tentés de lui extorquer de l’argent en prétextant des enfants abandonnés.

L’homme eut une pause.

- Comme tous les flambeurs, ça a mal fini. James s’est mis dans de sales draps. Non seulement il courtisait une femme mariée, mais il s’était mis à jouer, à perdre beaucoup, à boire. Il a été viré de son poste, il s’est retrouvé sans emploi, sans argent. Et il en devait pleins à un type peu fréquentable. Comme dans votre monde, nous avons nos mafieux. Ces femmes vus hier, ce sont des tueuses, des traqueuses. Elles se servent de la magie pour retrouver des personnes qui ne veulent pas être retrouvées, qui veulent s’effacer un peu. James, assailli par ses dettes, par une pression forte de la part du mari de sa maitresse, s’est volatilisé dans le monde moldu, dans votre ville. Ce qui m’étonne, c’est qu’il se soit débarrassé de sa baguette.

Elsa hocha les épaules. Elle était en train de réfléchir. Ce qu’elle apprenait sur son patient ne la réjouissait pas beaucoup, elle n’aimait pas les coureurs de jupons. Et pourtant, cela ne ressemblait pas à l’homme qu’elle avait rencontré, celui avec qui elle avait discuté. C’était comme si elle le découvrait tout d’un coup.

- A-t-il une famille ? demanda-t-il finalement, avec une toute petite voix.
- Une famille ? répéta l’homme. Elle est immense sa famille ! Un frère, une sœur, des parents, des tas d’oncles et de tantes, autant de cousins et de cousines. Il est très entouré. Mais si par famille vous entendez une femme et des enfants, non, ce n’est pas son genre.

Elsa retient un soupir de soulagement. Au moins, elle ne verrait pas une femme sortit de nulle part débarquer.

- J’aimerai contacter sa famille, dit Elsa, sa voix cette fois plus assurée.
- Pourquoi ? s’énerva l’homme. Vous croyez qu’il est en bon terme avec eux ? Qu’il a envie de les voir ? Si c’était le cas, il ne serait plus à Berlin mais auprès d’eux.
- James est mon patient, dit la jeune femme. Je suis médecin et je dois parler à sa famille !

Sa voix était ferme. Elle avait besoin de nom pour aider James à retrouver la mémoire. C’était son travail de médecin. Même si son patient était un sorcier.

L’homme dut paraitre impressionné, ou du moins intéressé par un potin juteux, car il la regarda d’un autre œil.

- Je sais que sa sœur vit à New York, dans le monde moldu. Ce sera plus facile pour vous de la contacter, par vos moyens. Je ne veux pas prendre part à cette histoire. Je ne tiens pas à me mettre James et sa famille à dos. Ca mettrait mon commerce en danger.
- Votre commerce ? le coupa Elsa, se demandant si elle ne faisait pas une bêtise en posant la question.

De toute manière, il ne lui répondit pas, ce qui confirma à la jeune femme ce qu’elle pensait, ce n’était pas un commerce légal. Toutefois, cela ne l’intéressait pas. Ce qu’elle voulait, c’était un nom et une adresse.
L’homme se saisir d’un papier et, comme s’il lisait dans ses pensées, il inscrivit des mots dessus. Ensuite, il le lui tendit.

- Voilà, elle s’appelle Lily Potter et vit dans le quartier de Brooklyn. C’est tout ce que je sais.
- Et son frère ? l’interrogea Elsa.
- Albus ? Il doit trainer dans un coin du monde, sans se soucier du monde !

Il y avait tant de mépris dans la voix de l’homme que la jeune femme eut pitié de ce garçon qu’elle ne connaissait pas.

- Ses parents ?
- Des sorciers vivant dans le monde sorcier ! Je vous l’ai dit, vous n’arriverez pas à les contacter avec vos méthodes moldus. Ils vivent en Angleterre, c’est tout ce que vous aurez.

Elsa hocha les épaules et fit demi-tour, serrant son papier entre les mains. Elle quitta l’école sans entre retenue par le mystérieux homme. Heureusement, parce qu’il lui faisait froid dans le dos.

Elle arriva rapidement à l’hôpital. Elle aurait aimé parler avec James de ce qu’elle avait découvert, mais elle avait peur de lui faire de faux espoirs, de lui faire croire qu’il allait retrouver sa famille. Elle n’était pas sure de parvenir à contacter l’un ou l’autre de ses proches, ni s’ils voudraient l’écouter.

Elle avait aussi peur de tout lui raconter, de lui dire qu’il avait sans doute été un homme un peu détestable, qui était poursuivi par des bookmakeurs pour des dettes de jeu. Comment réagirait-il en apprenant ça ? Qu’il était l’amant d’une femme mariée ? Elle ne tenait pas à le voir déprimer.

Elle entra donc dans son bureau, jeta un rapide coup d’œil sur les dossiers de ses autres patients qui s’accumulait sur son meuble de travail, et ouvrit internet. Elle entra le nom donné. Elle râla quand elle se rendit compte que ce nom était assez courant. Elle simplifia sa recherche en se limitant au quartier de Brooklyn, et obtenu trois occurrences. Elle prit alors son téléphone et composa le premier numéro.

Elsa se présenta, demanda à la personne si elle avait un frère du nom de James, et face à un refus, raccrocha et passa au nom suivant.

La voix de la personne qui décrocha la seconde fois était bien plus jeune, sans doute une vingtaine d’année. Cela pouvait correspondre à la sœur, plus jeune, de James.

Elsa se présenta à nouveau, et refit sa demande. A l’autre bout du fil, la femme hésita. Elsa l’entendit alors parler à quelqu’un dans la pièce, certainement un enfant vu le ton de la voix qui lui répondit, légèrement chouineuse.

- Madame, vous êtes toujours là ? finit par demander Elsa, impatiente.
- Oui, mon frère s’appelle James, répondit l’autre, un peu agressive. Je peux savoir ce que vous lui voulez ?
- Vous avez un autre frère du nom d’Albus ? lâcha Elsa, stressée d’un refus.
- Vous voulez quoi à ma famille ? s’énerva Lily. Vous allez me demander le nom de mes parents aussi.
- Excusez-moi, rétorqua Elsa, sans se démonter, je suis médecin et j’ai un patient du nom de James Potter. Il a perdu la mémoire, j’ai besoin de ses proches pour l’aider à la retrouver.

Il y eut un long silence au bout du fil. Puis, Lily répondit :

- Je prends le premier avion pour l’Europe. Je serai là demain. J’avertis aussi Albus de la situation.

Avant qu’elle ne raccroche, Elsa la retient.

- Vous êtes une sorcière, non ? L’avion ? Vous ne pouvez pas venir plus vite ?
- Si, mais j’ai une famille à gérer ! James peut encore attendre un jour de plus !

Sur ces mots, elle raccrocha, sans laisser le temps à Elsa de placer un seul mot.

Elsa repensa à la petite fille qu’elle avait vue sur la photo de James. Qu’avait vécu cette petite fille pour être aussi amère ? Elle avait hâte d’en savoir un peu plus, de rencontrer un membre de la famille de James. Elle avait du mal à imaginer cette petite fille dans la peau d’une adulte aussi glaciale. Elle espérait qu’elle pourrait aider James à se souvenir de sa vie d’avant son coma.
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