L'homme qui murmurait à l'oreille des serpents by Sleipnir
Summary:

Salazar Serpentard n'est pas seulement l'un des fondateurs de Poudlard.

 

Il est aussi le fils de l'un des comtes les plus puissants d'Angleterre mais qui a choisi de quitter la cour pour se consacrer à l'éducation de ses enfants.

Mais on ne peut pas simplement abandonner son chateau. On ne peut pas tout laisser tomber comme ça. Surtout quand le nouveau comte craint de perdre son titre.


Categories: Biographies, Les Fondateurs Characters: Salazar Serpentard
Genres: Aventure/Action
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Genèse de Poudlard
Chapters: 22 Completed: Oui Word count: 44659 Read: 6168 Published: 17/09/2016 Updated: 16/08/2017
Story Notes:

On sait peu de chose de Serpentard.

Il est fourchelangue. Il est un puissant sorcier. Il n'aime ni moldus ni enfants de moldus. Il a vécu à peu près mille ans avant Harry Potter.

Je vais tâcher de combler les trous dans son histoire.

 

Bon par contre, il y aura des morts donc je mets d'office en -16

1. Le serpent attrapé by Sleipnir

2. Quand un serpent retrouve les siens by Sleipnir

3. Le serpent dans son piège by Sleipnir

4. Ne jamais sous estimer un serpent by Sleipnir

5. Serpent dans son trou by Sleipnir

6. Une mue pour le serpent? by Sleipnir

7. Dignus est intrare by Sleipnir

8. Oll Korrect by Sleipnir

9. Sic transit gloria mundi by Sleipnir

10. La liberté n'est pas de faire ce que l'on veut mais de vouloir ce que l'on fait by Sleipnir

11. Je crois qu'il y a des résistances honnêtes et des rébellions légitimes by Sleipnir

12. Le coeur est un muscle qui pompe du sang, pas des sentiments by Sleipnir

13. A la guerre, il est important de savoir reconnaître l'ennemi. by Sleipnir

14. Delanda carthago by Sleipnir

15. Ora et labora by Sleipnir

16. Cherchez et vous trouverez by Sleipnir

17. Salauds de pauvre by Sleipnir

18. Un grand homme travaille avec de grands outils by Sleipnir

19. Les voyages forment la jeunesse by Sleipnir

20. Bist du nun weise, so hilf mir wissen by Sleipnir

21. On n'est jamais trahi que par les siens by Sleipnir

22. Le destin le veut ainsi by Sleipnir

Le serpent attrapé by Sleipnir
Author's Notes:

Pour simplifier, je mettrai les dialogues en fourchelangue entre guillements et en italique

 

La forêt est un lieu mystérieux. C'est un lieu naturel, sauvage. C'est là que l'on s'attend à croiser des chevaliers ou des ermites.

 

C'est un endroit dangereux où la nature règne en maîtresse. C'est un endroit que les hommes exploitent pour le bois ou pour trouver de la nourriture pour eux et leurs bêtes mais c'est un endroit dans lequel ils ne restent pas plus que nécessaire.

 

Pour cette raison, la forêt était l'endroit où se trouvaient tous les marginaux de la société : brigands se cachant des gens d'armes ou se préparant à rançonner de paisibles voyageurs, moines anachorètes cherchant dans la solitude une plus grande proximité avec Dieu, évadés cherchant à se faire oublier et de manière générale, tous ceux qui ne tenaient pas à être en contact avec les autres hommes.

 

 

Dans les profondeurs d'une forêt, à l'époque où les forêts étendaient leur ombre sur une grande partie de l'Europe, vivait une famille, au milieu d'une clairière.

 

L'endroit n'était guère hospitalier. L'herbe haute bruissait régulièrement à cause du passage de serpents.

 

La clairière n'avait pas de sol ferme sous le pied. L'endroit était humide, perpétuellement boueux. Il n'était pas rare que de l'eau stagne au niveau de la cheville et encore, seulement quand le temps était sec.

 

Cette famille était réduite.

 

Il y avait un homme. Il avait une sombre beauté. Une fierté se dégageait de sa personne. Il avait les muscles saillants sous la peau et le regard vif. Ses longs cheveux étaient assez hirsute. Ses mains étaient solides, de la solidité de ceux qui sont habitués à tenir des objets, outils ou armes. Un poignard pendait en permanence à sa ceinture. Sur ses bras, on pouvait discerner des cicatrices qui témoignaient de nombreux combats.

 

Sa femme vivait à ses cotés. Fatiguée par l'age et les grossesses qu'elle avait mené à leur terme, elle n'en était pas moins forte que son époux. Seulement, sa force résidait en grande partie dans son esprit. Elle était taciturne mais très attentive à ce qui l'entourait. Son regard se posait toujours vers l'essentiel pour la vie de sa famille. Ses doigts fins révélaient qu'elle avait plus pratiqué le tissage que les activités de la ferme.

 

Un petit garçon était au centre de cette famille. Ses cheveu, noirs comme l'ébène, flottaient librement au vent. Son regard était calme et posé. Il était silencieux, pensant longtemps avant de parler et parfois se passant même de la parole. Moins musclé que son père, il n'en était pas moins capable de monter à cheval et s’entraîner dur pour apprendre à manier l'épée, exercice auquel il pouvait être assez malhabile.

 

Enfin, une petite fille achevait le tableau de cette famille. Plus joyeuse que son frère, elle aimer vagabondait dans la nature et se montrait toujours ravie quand un animal s'approchait d'elle. Assez vive, elle ne laissait voir d'elle qu'une touffe de cheveux volant derrière elle.

 

Cette famille n'était pas au cœur de cette forêt par contrainte mais par choix. En effet, le père laissa de coté ses affaires dans le monde pour se consacrer pleinement à l'éducation de ses enfants, de son fils en particulier.

 

Avant de venir dans la cabane qu'ils occupaient, il avait prit le temps de lui apprendre à monter à cheval mais là, l'enseignement était plus théorique.

 

Il lui avait montré les différents végétaux qu'on pouvait trouver en forêt et lui avait indiqué qu'elles étaient les propriétés de chacun, de même pour les animaux. Le jeune garçon savait quelle était l'utilité de tout ce qui l'entourait. Il savait aussi comment amplifier, ralentir ou accélérer les effets de ces plantes.

 

Peu à peu, il avait vu comment contrôler certains pouvoirs dont il avait hérité mais il était encore bien maladroit. Il ne pouvait pas faire léviter une pierre sans qu'elle tremblasse comme si elle craignait la mort. Le seul talent qu'il maîtrisait à la perfection était sa capacité à parler aux serpents et à les comprendre. Mais, il ne se contentait pas de cela. Il cherchait comment substituer sa volonté à celles de ces reptiles.

 

Son père avait résolu de l'aider à canaliser son pouvoir. Pour cette raison, il lui fit part de l'existence d'une pratique, ancienne déjà, pour être plus précis et plus puissant.

 

Il l'emmena en dehors de la masure et le fit asseoir dans l'herbe tandis que lui-même se posait tranquillement sur une grosse pierre.

 

―Mon fils, commença-t-il, vous savez que les hommes ne sont pas pareils. Un certain nombre dispose de certaines particularités.

 

Le garçon acquiesçât d'un signe de tête sans ouvrir la bouche.

 

―En effet, continua le père, il y a ceux qui travaillent de leurs mains jusqu'à en perdre l'usage et il y a les autres, ceux qui ont le pouvoir. Ce pouvoir, cette magie, appartient à des hommes privilégiés. Cependant, ces hommes ont la lourde tâche d'apprendre à s'en servir. C'est un travail de longue haleine. Je ne m'attarderai pas sur les nombreuses et souvent infructueuses tentatives d'apprendre à se servir de la magie. Une tentative réussit au delà de toute espérance. Le résultat se trouve ici.

 

Il désigna un bâton de bois de petite taille, pouvant facilement être tenu en main par un homme adulte.

 

―C'est ce que l'on appelle une baguette magique. Elle canalise les pouvoirs du sorciers. De ce fait, elle rend sa magie précise mais aussi plus puissante. Mais il ne s'agit pas d'un vulgaire bâton. Chaque baguette doit être façonnée avec la plus grande attention. Elle doit être pour le sorcier plus précieuse que la prunelle de ses yeux.

 

―Et comment sont-elles fabriquées ? demanda le fils.

 

Son père sourit.

 

―Cela dépend de ce que le sorcier compte en faire. Ce n'est pas simplement du bois mais un véritable alliage entre des éléments ayant des propriétés magiques. L'art consiste à faire ressortir les cotés qui favoriseront une certaine pratique. Cependant, la fabrication des baguettes est un art qui va en s'améliorant et qui permet de mieux répondre à la magie. La baguette ne remplace pas le sorcier. Elle ne suffit pas pour faire de la magie mais elle en permet la pratique, si elle l'accepte.

 

Il inspira lentement après avoir fermé les yeux. Son fils ne réagit pas.

 

―La magie est vivante, reprit-il. Elle s'offre à celui qu'elle juge digne de la pratiquer, de même que la baguette. La baguette est plus qu'un outil mais elle n'est réellement efficace qu'entre certaines mains. C'est une règle dans ce monde. Les hommes ne peuvent être jugés semblables. C'est également le cas parmi les sorciers. Certains ne sont capables que de lire les lignes de la mains quand d'autres peuvent faire fleurir un désert. Les baguettes semblent avoir leur propre personnalité. Elles préfèrent certaines formes de magie et acceptent de suivre un sorcier en conséquence. Mais elle n'est pas acquise et c'est là une autre leçon ; quand la baguette estime que le sorcier n'est pas digne de lui, elle l'abandonne, quand bien même le sorciers s'en est servie pendant des années o l'a acquit à prix d'or. Chacune est unique, comme pour un sorcier. On en apprend beaucoup sur un sorcier en examinant sa baguette. Selon qu'elle est de bois de rosier ou de bois de laurier, selon qu'elle contienne une écaille de sirène ou une plume de griffon, on peut deviner son usage.

 

―Et quelle sera la mienne ?

 

―Nous verrons cela.

 

 

La magie pouvait s'exercer de plusieurs façons.

 

Il y avait d'abord la magie sans baguette, c'est à dire l'art de préparer des potions mais aussi l'arithmancie ou l'étude des runes. Alors que la magie avec sa baguette était rapide et vive, celle-ci, au contraire, devait être mûrie lentement.

 

Mais cette magie n'était pas réservée au sorcier. N'importe qui pouvait apprendre à déchiffrer des runes.

 

Il y avait également, bien sûr, un authentique pouvoir qu'il fallait apprendre à maîtriser. Les sortilèges étaient nombreux et servaient à de nombreuses choses.

 

 

En attendant de la maîtriser, il était possible de voir la magie à l’œuvre dans cette masure.

 

Chaque jour, la vaisselle sortait seule des placards pour se positionner pour le repas. De même, les réserves devin semblaient ne jamais se tarir.

 

Mais rien ne dure en ce monde.

 

 

Un jour, le jeune garçon était dans la forêt. Il aperçut plusieurs espèces, magiques ou non, et crut même voir l'ombre de la crinière d'une licorne mais ce fut tellement fugitif qu'il doutât.

 

La forêt était assez mouvementée d'ailleurs. Il y avait de l'agitation dans l'air, comme avant un orage. Mais il n'y aurait pas d'orage. Il n'y avait aucun signe annonciateur.

 

« Tout ça ne me plaît pas » siffla une voix.

 

Le garçon baissa les yeux et vit un petit groupe de serpents, sans doute une petite famille.

 

Eux aussi étaient agités mais au moins, eux, étaient compréhensibles.

 

« Cela fait quelques temps qu'on les voit ».

 

« C'est vrai mais là, ils semblent plus nombreux. Tout un groupe est arrivé. »

 

 

 

« Peut-être mais c'est une affaire d'humains. Que nous importe à nous leurs histoires ? »

 

 

Des hommes, ici ! C'était tout à fait inhabituel !

 

Le garçon eut un vague soupçon d’inquiétude au fond de lui. Il voulut écouter le reste de la conversation.

 

« J'ai vu un nid pas loin. Les parents ne semblent pas très attention »

 

« Tant mieux. Ce sera notre nourriture pour au moins deux semaines ».

 

Les reptiles étaient passés à autre chose mais cela ne convenait pas du tout au garçon. Il décida d'intervenir.

 

« Hé attendez ! Quels sont les humains dont vous parlez ? »

 

Les serpents se figèrent puis tournèrent leurs têtes vers lui.

 

« C'est un humain. »

 

« Il nous a comprit ».

 

« C'est la première fois que cela arrive ».

 

Le garçon se pencha pour être plus près du sol.

 

« Doucement, dit-il étonné d'être comprit par les serpents. Je ne vous veux aucun mal. Je veux simplement savoir ce qui se passe. »

 

« Nous savons qui vous êtes. Cela fait suffisamment longtemps que vous êtes dans le coin pour cela. Mais d'autres humains sont arrivés. Une grosse troupe en arme »

 

« Que veulent-t-ils ? »

 

« Nous n'en savons rien. Ils ne sont pas venus chasser le serpent, c'est la seule certitude ».

 

Inquiet toujours, le garçon remercia les serpents qui filèrent puis reprit le chemin de sa masure.

 

Il partit à une marche un peu plus rapide que la normale pour commencer puis il accéléra l'allure.

 

Il était presque arrivé quand il entendit une cavalcade derrière lui.

 

Un bref coup d’œil en arrière lui fit voir une dizaine de cavaliers, tous armés.

 

Il réussit à éviter le premier et parvint même à se servir de magie pour faire tomber une branche sur un autre mais il fut violemment frappé dans le dos et s'écroula sur le sol.

 

Quand il releva les yeux, hagards, il vit deux des cavaliers descendre de cheval puis bander des arcs.

 

Poussant un sauvage cri de guerre, ceux qui étaient encore montés passèrent par un étroit passage à sec et donnèrent de la masse d'arme ainsi que du fléau sur tout ce qu'ils croisaient d'origine.

 

La femme fut la première a tenter de partir de la masure qui s'effondrait mais fut tuée d'une flèche.

 

Dans un cri de rage et de douleur, son mari sortit et fit voler son poignard qui atteignit à grande vitesse l'un des archers. Le poignards sortit aussitôt de la blessure et frappa l'autre.

 

Ce dernier portait une protection de cuir qui recouvrait son corps de la taille jusqu'au coup. Elle lui évita la mort mais il dut lâcher son arc pour tenter de retenir le poignard qui cherchait à se frayer un chemin.

 

 

Pendant ce temps, les jambes de l'un des chevaux furent cassés et son cavalier tomba. Il fut bloqué par le poids de sa monture.

 

L'homme jeta un coup d’œil sur sa cabane pour vérifier si sa fille était bien sortie par un autre coté et il ne put éviter la masse qui explosa son crane.

 

 

―Parfait, murmura une voix.

 

Un autre homme s'avança. Il était grand et vêtu richement. Il observa la scène et appela les autres hommes.

 

À sa demande, il lui apportèrent le cadavre de celui qui s'était si bien défendu.

 

―C'est bien lui. Maintenant, plus personne ne pourra me contester mon titre.

 

―Mon seigneur, il reste son fils, dit l'un des cavaliers.

 

―Dans mes geôles, il ne représentera plus une menace. Il doit avoir une fille aussi. Partez à sa recherche ! Elle ne doit surtout pas prévenir qui que ce soit de ce qui vient de se passer. Sinon, le roi pourrait être tenté de me reprendre mon comté s'il apprenait que j'ai fait tué son ancien vassal. Je me charge du garçon.

 

Sur ces mots, il donna un bon coup audit garçon qui fut assommé.

 

 

End Notes:

Il n'est pas censé avoir de soeur. C'est pas grave, j'en invente une.

 

Donc pour que ce soit un eu plus clair, le père de Serpentard a abandonné son comté mais son successeur a eu peur qu'il ne veuille le reprendre un jour.

Quand un serpent retrouve les siens by Sleipnir

 

Une impression de froid fut la première chose qu'il put ressentir au tout début.

L’ouïe fut rapidement mise à contribution et perçut un bruit diffus et assez confus, un mélange de grognements et de sons de gouttes d'eau tombants su un sol dur ou dans des flaques.

L'odeur le saisit à la gorge tellement elle était forte et désagréable.

Enfin, le goût sentit une gorge atrocement sèche.

Le tableau était donc tout sauf alléchant quand une main sortit le jeune garçon de son sommeil involontaire.

 

―Petit, murmura un homme aux tempes blanchissantes. Hé petit ! Tout va bien ?

 

Un grognement lui répondit et le garçon se retourna dans une vaine tentative de prolonger son mauvais repos.

 

Mais l'homme ne renonça pas à poursuivre sa volonté de réveiller le garçon et celui-ci n'eût d'autres choix que d'ouvrir les yeux et de considérer celui qui l'avait réveillé.

 

L'empêcheur de dormir regretta son geste en voyant le regard qui lui faisait face.

Les yeux étaient encore embués de sommeil mais on pouvait y lire une détermination et une colère qui glacèrent le sang de l'imprudent.

 

Le garçon considéra longuement l'homme avant d'enfin parler :

 

―Je vous reconnais, dit-il d'un ton calme qui tranchait avec la colère qui perçait dans ses yeux. Vous étiez l'intendant de mon père. Rodolphe, si je ne m'abuse.

 

―Et vous êtes le jeune Salazar, dit l'homme dans un souffle.

 

Salazar se redressa et s'assit en tailleur.

 

―Passons sur les présentations ! Quel est cet endroit ?

 

Un pli soucieux barra le front de son interlocuteur.

 

―Nous sommes dans les geôles qu'a fait construire votre père quand il était encore le seigneur de ces lieux.

 

―Qu'est-il donc arrivé ? Mon père n'a aucun aucun crime et vous alors ?

 

―Quand le nouveau seigneur est arrivé, il a jugé inutile de conserver les serviteurs les plus proches de son prédécesseurs. Je suis ici depuis des mois. Quand à vous, je pense que vous représentiez trop une menace pour que le comte se permette de vous laisser dehors.

 

―Comment cela ?

 

―Votre famille est ici depuis et sa domination paraît naturelle aux gens du coin. Vous vivant, il y a toujours la possibilité que des paysans vous considèrent comme le seigneur légitime. Quand à moi, je suppose que je rappelais trop votre famille.

 

―Et maintenant ?

 

―Qu'importe maintenant ! Ces geôles n'ont jamais connu d'évasion. Nous sommes condamnés à demeurer ici jusqu'à notre mort ou celle du comte en espérant que son successeur agisse différemment.

 

―Il n'en est pas question ! réagit avec force Salazar. Je refuse de rester là à attendre la mort.

 

―La fougue de la jeunesse, soupira l'ancien intendant. Votre père fait construire ces geôles spécialement pour éviter les évasions. Il n'y a que deux issues. L'une est au plafond et ne s'ouvre que de l'extérieur. C'est par là que de la nourriture est apportée ainsi que les nouveaux prisonniers. L'autre n'est qu'un trou sans fond. D'autres y ont songé mais d'épaisses grilles les ont arrêtés.

 

―Peu importe ! Je ne resterai pas là ! Il ne sera pas dit que le fils de mon père s'est lâchement laissé aller à la mort.

 

Rodolpe lui attrapa les épaules et le secoua doucement.

 

―Écoute, petit ! Je comprend que la mort de ton père te chagrine et que tu veuille le venger mais c'est voué à l'échec. Crois-moi !

 

―Petit ! cracha Salazar avant de le gifler. Je n'admettrai pas d'être appelé ainsi. Vous me rendrez compte de cet acte.

 

La gifle n'avait pas été forte à cause de l'age de Salazar et de sa condition physique qui était ébranlée par le coup reçu lors de son arrestation et de sa fatigue. Elle ébranla au moins moralement celui qui l'a reçue et qui recula machinalement.

 

Le bruit d'une trappe dans le plafond s'ouvrant attira l'attention de Salazar.

C'était l'une des fameuses ouvertures dont il venait d'être question.

Un panier fut descendu au bout d'une corde rempli de victuailles.

 

Salazar fut tenté de les agonir d'injures mais il se retint. Il ne voulait pas attirer l'attention des gardes.

Malheureusement, il avait déjà leur attention. Avant de remonter la corde, pendant que les premiers prisonniers vidaient le panier, l'un d'eux observa tous ceux qui étaient enfermés et son regard s'attarda légèrement sur le jeune sorcier. Sans dire un mot, il remonta le panier puis ferma la trappe.

 

Le cachot, calme jusqu'ici, fut le théâtre d'une soudaine émeute.

Les prisonniers se jetèrent avec avidité sur la maigre pitance. À voir certains des plus proches se faire écraser, il ne semblait pas bon de s'y frotter de trop près.

 

Quand l'effervescence des prisonniers affamés fut un peu calmée, Salazar s'approcha de la nourriture qui restait. Il prit un morceau de pain noir quand une main l'attrapa par le col et le secoua rudement.

 

―Donne-moi ça ! Je l'ai vu le premier, ordonna une voix impérieuse.

 

L'homme vigoureux qui venait de tenir ces propos arracha le mauvais pain des mains de Salazar et repoussa celui-ci comme un cabot.

 

Salazar releva la tête avec une expression de colère intense.

L'homme qui venait de lui voler son maigre repas reçut sur la tête une pierre qui s'était détachée du plafond et fut assommé sur le coup.

 

Plusieurs prisonnier regardèrent la scène, étonnés, mais ne bougèrent pas.

Tranquillement, Salazar se leva et reprit le pain qu'il mangea sans un regard pour ceux qui l’entouraient.

 

Un rire bruyant attira l'attention générale.

 

Un prisonnier sortit la tête du gouffre et tînt avec une joie intense un œuf.

 

―Je savais bien que je finirai par trouver quelque chose, exulta-t-il.

 

 

Ce n'était pas un œuf de poule. Quelle poule vivrait ici de toute manière ?

 

Un sifflement désapprobateur se fit entendre mais personne n'y fit attention, ou presque.

 

 

―N'y compte pas, s'exclama Salazar. Remet cet œuf !

 

Le prisonnier considéra avec dédain l'enfant qui s'adressait à lui et s’apprêta à gober l’œuf.

Il se figea dans son geste et porta la main libre à son cou.

 

Son visage s'empourpra sans raison apparente. Il commença à tousser de plus en plus fort en tomba à genoux. Sans y prendre garde, il lâcha l’œuf mais Salazar parvint à le rattraper, intact.

Enfin, le prisonnier relâcha son cou et respira à grands traits.

Ses yeux remontèrent lentement jusqu'à Salazar qui tenait l’œuf. Ce dernier, sans faire attention à l'homme qui venait de s’étouffer devant lui approcha du bord du trou et vit une petite crevasse et y déposa l’œuf.

Dans la noirceur du cachot, les yeux de celui qui avait découvert l’œuf brillaient d'un éclat mauvais.

Se relevant, il se dirigea d'un pas lourd vers Salazar qui le jaugeait avec un sourire hautain.

 

―Dis donc toi ! Qu'est-ce que tu m'a fais ?

 

Il leva une de ses grande mains, prêt à l'abattre sur le voleur d’œuf après avoir franchi la courte distance qui l'en séparait encore quand une expression de terreur intense apparut sur ses traits.

Une dizaine de gros serpents sortaient du trou et l'encerclèrent prestement.

 

« Voleur d’œuf ! Il est temps de sentir notre colère » sifflaient-ils furieusement.

 

« Non,lança Salazar sans se soucier des regards qui se tournaient vers lui. Laissez-le moi ! »

 

 

Les reptiles hésitèrent. Ils tournèrent autour de l'homme en sifflant avec une colère non dissimulée.

Tous les autres prisonniers étaient plaqués contre les murs les plus éloignés de la scène.

 

L'un des serpents alla vers Salazar qui le regarda venir sans manifester la moindre crainte. Il le regarda un instant avant de siffler à son intention.

 

« Soit ! Il en sera comme vous l'avez voulu ! Nous n'oublierons pas le geste ».

 

Après un dernier sifflement, l'ensemble des serpents repartit vers le gouffre.

 

Salazar fut considéré avec une terreur superstitieuse.

 

―Qu'est-ce que c'est que ce serpent là ?

 

―Que t'importe ? Tu n'as pas besoin de le savoir. Oh ne t'avais-je pas donné un ordre ?

 

Son interlocuteur eut une seconde d’effroi mais il se resaisit.

 

―La belle affaire ! Pourquoi aurai-je du obéir à un marmot ?

 

Salazar plissa les yeux et ne répondit pas. Il repartit se mettre là où il s'était réveillé devant une assistance médusée.

Un grand cri fit se retourner toutes les têtes sauf celle de Salazar.

L'homme qui avait prit l’œuf venait de s'effondrer en se tenant le genou.

Il se tordit de douleur sur le sol en se tenant toujours le genou.

 

Quelques autres prisonniers le maîtrisèrent et un autre qui avait une réputation de rebouteux voulu l'examiner. Il palpa doucement le genou et prit une mine inquiète.

 

―Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer ? Je ne sens même plus l'os. Tout est en mille morceaux.

 

―C'est lui ! hurla un autre en pointa Salazar qui souriait narquoisement. C'est sûrement ce serpent.

 

―Moi ? fit mine de s'étonner l'intéressé. Allons donc ! Je ne l'ai même pas toucher.

 

 

―A d'autre ! rugit-il avant de se précipiter vers le jeune homme.

 

Il courut quelques pas avant de s'effondrer à son tour. Un serpent était accroché à sa jambe et plantait ses crochets dans sa chair. Plusieurs fois, il retira ses crochets avant de les planter encore plus profondément.

 

Un mince sourire s'étira sur les lèvres de Salazar. Il se souvînt des leçons de son père.

 

« Les hommes qui peuplent ce monde sont faibles. Ils ne demandent qu'à obéir. Tu devras leur montrer que tu es leur chef naturel. Pour cela, rien de mieux que la peur. Montre-leur que le seul fait de lever les yeux sur toi peut conduire à de graves conséquences ne cherche pas leur amitié ou leur respect, juste leur crainte. Assure-toi seulement que leur haine ne dépasse pas leur peur ».

 

La leçon n'avait pas été vaine.

À part les deux hommes qui semblaient souffrir atrocement, il n'y avait pas un mouvement dans les geôles.

 

Rodolphe voulut faire un pas en avant mais Salazar le foudroya du regard.

 

―Que personne n'ait l'audace d'être à moins de dix pas de moi ! Balancez ces deux là dans la fosse. Je pense que certains méritent bien une petite récompense.

 

―Par les tripes du diables ! Je crois que je vais le... commença l'un des prisonniers.

 

Il fut arrêté par d'autres qui avaient prit peur devant Salazar.

Ce dernier eut un petit rictus satisfait. Il fronça soudainement les sourcils en sentant quelque chose glisser sur sa jambe. Un serpent était en train de glisser jusqu'à son visage en passant par sa jambe.

 

« Grâce te soit rendue,sauveur d’œuf, mais ta récompense ne nous intéresse guère. Nous ne pouvons manger un cadavre humain. ».

 

« Je sais cela. Mais leur seule présence va attirer vos propres proies. »

 

« Ah, je comprend ! C'est un piège intéressant ! ».

 

Du coin de l’œil, Salazar vit s'éteindre une lueur de joie qui s'était fugitivement allumée dans les yeux des autres prisonniers. Sans doute avaient-ils espéraient que le serpent l'attaquerait.

 

« Comment se fait-il que vos nids soient si accessibles ? Jamais les hommes d'ici ne vous avaient posé problème ? ».

 

« Nenni ! Nous sommes arrivés il y a peu. Nous étions plus bas auparavant. Nous vivions dans une grotte proche de l'extérieur. Nous avons du fuir quand des trolls de cavernes ont décidé d'y habiter. Nous avons remonter une crevasse pour déboucher ici. »

 

« Fascinant ! La crevasse est-elle de grande taille ? »

 

« Nous pouvons y glisser sans problème ».

 

« Puis-je te présenter une requête ? »

 

Jamais encore, Salazar n'avait fait une demande de cette façon. Il faut dire qu'il conversait pour la première fois avec un serpent et ne savait pas exactement comment s'y prendre. Le reptile semblait tout de même plutôt bienveillant à son égard.

 

« Naturellement ! Il est évident que celui qui sauve nos œufs peut présenter la requête qu'il lui plaira. Parle, homme qui parle notre langue ! »

 

« C'est donc si peu commun qu'un homme parle à ceux de ton espèce ? »

 

« En effet, c'est la première fois que j'en suis témoin. Plusieurs anciens de mon groupe dise que certains humains, bien rare, peuvent nous parler. Ils évoquent de vieilles légendes. Je leur demanderai mais tu n'as pas posé ta question ».

 

« C'est vrai ! J'ai besoin de me reposer mais je ne peux me fier à ces humains. Ils tenteront de me faire du mal. Mais, je n'ai aucun moyen de m'en protéger. Puis-je te demander à être sous la protection de ton groupe ? »

 

« C'est déjà le cas. Ce n'est pas seulement du au sauvetage de l’œuf. Ces vieilles légendes sont assez obscures mais il est certain qu'il existe une alliance entre nous et les humains nous parlant. Tu n'es as de notre espèce mais tu es des nôtres. »

 

 

Salazar promena son regard sur les autres prisonniers et vit que la peur s'était installée. Certains murmuraient et il entendait le mot « serpent » qui revenait souvent mais c'était naturel.

Le serpent dans son piège by Sleipnir

 

« On raconte que jadis, dans les temps si anciens qu'aucun homme n'en a gardé le souvenir, quand Noé le juste reçut l'ordre de construire l'Arche et de rassembler tous les animaux de la terre, il refusa de prendre le serpent, l'accusant d'être responsable de la chute de l'homme.

Dépité, le serpent vit ses prédateurs et ses proies, trouver refuge sans savoir comment assurer sa propre survie. Il supplia longuement le patriarche mais celui-ci resta sourd à ses appels.

Oiseaux de tous les pays, chevaux, petits insectes et même les plus gros animaux qui foulaient la terre ferme,tous vinrent et tous furent accepté par Noé.

Mais le serpent resta dehors alors que les premières gouttes tombaient.

Tournant autour de l'arche, il chercha un interstice, où se faufiler mais le fonds du bateau était étanche.

Alors que Noé faisait entrer les animaux venant de lointains pays et qui arrivaient juste à temps, une main attrapa le serpent.

C'était l'un des petit fils de Noé qui, émut par la détresse du serpent, décida de prolonger son existence.

Il cacha sous ses vêtements plusieurs des membres des différentes espèces de serpent et les fit entrer à l'abri.

Il les plaça dans la réserve de bois en leur recommandant la plus grande prudence.

Le serpent se figea et ne bougea plus pendant le long temps de la navigation.

Quand l'arche accosta au sommet d'une montagne, les animaux en descendirent et s'éparpillèrent, sauf le serpent qui était encore immobile.

Ne voyant sortir aucun des serpents,le jeune garçon alla les voir. Il les trouva immobile, comme morts. Voulant encore les sauver, il décida de les nourrir et leur donna la seule chose qu'il avait. Prenant un couteau, il se fit une entaille sur la main et donna le sang aux reptiles leur permettant de vivre encore.

Depuis lors, les anciens prétendent que notre sauveur devint notre éternel créditeur et qu'une alliance fut nouée entre nous et ses descendants. En signe de cette alliance, il put nus comprendre et transmit ce pouvoir à ses enfants. Nul ne sait quelle puissance permit cela mais jamais l'histoire n'a été oublié. »

 

Salazar était presque allongé, le dos sur une pierre moins inconfortable que les autres et qui lui permettait de redresser la tête. Il gardait les yeux fermés, gardant toute son attention sur le serpent qui était enroulé autour de son cou.

 

« Alors les tiens auraient une dette dont je suis bénéficiaire ? »

 

« C'est cela même. Pour honorer cette dette, beaucoup des miens sont prêts à verser leur sang jusqu'à en mourir. »

 

« Beaucoup, tu as dits ».

 

« De même que les hommes n'obéissent pas toujours à leurs rois, les serpents ne se sentent pas toujours liés par cette dette, à moins que celui nous parlant ait à ses côtés notre roi »

 

« Et l’histoire est-elle réelle ? »

 

« Qui sait ? Il parait difficile à un enfant de cacher des représentants de chaque espèce de serpent. Seulement, c’est une histoire dont nous souvenons,nous ».

 

Salazar ferma les yeux en réfléchissant à ce qu'il venait d'entendre.

 

Il frissonna légèrement en sentant le serpent glisser sur sa peau. Malgré sa proximité avec ces reptiles, il y avait tout de même quelques inconvénients à les côtoyer, notamment leur sang froid et leur peau écailleuse assez désagréable au contact.

Pour pallier à cela, il avait volé le maigre manteau d'un autre prisonnier et se préservait mal du froid.

Promenant son regard autour de lui, il vit le regard haineux de l'ancien propriétaire du manteau.

Dans ces conditions où le dénuement était la règle général, la moindre possession était une richesse très convoitée.

Les chausses étaient souvent volées aux plus faibles.

 

Les serpents avaient dissuadé par leur présence toute tentative de vol et Salazar avait aussi récupéré ce qui lui avait été prit avant son réveil, des chausses justement. Même trop petites pour la plupart des autres prisonniers, elles avaient été dérobées.

 

Salazar tentait de faire des exercices pour maîtriser la magie qui était peu exploitée en lui.

 

Les autres détenus le voyaient souvent les yeux fixés sur une pierre, sans plus bouger que s’il était de marbre. Certains crurent voir la pierre frémir mais sans en être sûr.

Une sourde colère habitait Salazar.

Il n’y parvenait pas et c’était terriblement frustrant quand il pouvait se souvenir de ce qu’il avait déjà été capable de faire.

Il avait bien réussi quand il avait été attrapé par les soudards qui avaient tué son père mais il ne semblaient plus en être capable.

Salazar était conscient que son initiation à la magie était inachevée et que seule sa relation avec les serpents lui procurait un peu de pouvoir sur ceux qui l’entouraient. Mais il ne pouvait s’en contenter. Un jour viendrait où les autres prisonniers surmonteraient leur peur et se vengeraient.

 

Après sa première journée mouvementée, il se fit moins remarquer dans les cachots.

Les détenus s’écartaient à son passage et le laissaient se servir le premier quand la nourriture arrivait. Il faisait preuve à ces moments d’une lenteur exaspérante pour les autres que tenaillait la faim mais il se refusait à se précipiter sur la nourriture comme un chien affamé. Il éprouvait un plaisir mesquin à les faire attendre, à les faire trembler de peur devant lui.

Rodolphe, l’ancien intendant de son père, n’osait plus l’approcher par peur de lui ou de représailles des autres prisonniers mais cela ne troublait guère Salazar.

 

 

―N’est-ce pas là le digne fils de son père ? lança une voix éclatante.

 

La trappe s’était ouverte et un homme richement vêtu se tenait là goguenard.

Salazar leva les yeux et soutint son regard sans prononcer un mot.

 

―Il semble que la mauvais graine ait la vie dure. Que devais-je faire moi ? À peine me suis-je occupé d’un… désagrément que je vois qu’il survit par son sang. Deux rejetons de l’ancienne lignée étaient là, dont l’un apprécie la compagnie des serpents semble-t-il. On devrait appeler ainsi ce rejetons ami des serpents. Serpent ! Ou plutôt non, c’est bien trop court et beaucoup trop d’hommes apprécient la comparaison avec un animal même aussi abject. Serpentin ! Serpento ! Il paraît que tes compagnons de cellules t’appellent le serpent également. Tu as raté ta chance tu sais ? Tu semblait tellement inoffensif que j’aurais pu t’envoyer ailleurs, en France, à la cours du pape ou à Constantinople qui sait ? Il ne manque pas d’endroit où envoyer un nobliau sans importance, Serpentu. Mais je ne puis tolérer qu’un de mes prisonniers impose son autorité aux autres. Il eut fallu y penser avant Serpent, maintenant, il est trop tard. Trop tard Serpent, répéta-t-il en élevant encore la voix. c’est bien dommage, tu ne crois pas ?

 

―Nenni ! Est-il possible que je me mette au service de l’assassin de ma famille ?

 

―Il est toujours possible de mettre à son service même ses plus grands ennemis. Il suffit d’être persuasif. Mais ton cas est différent. Tu as un caractère plus fort que les autres. Du moins, c’est ce qu’il me semble.

 

 

 

Une pierre explosa près de Salazar, trahissant sa colère.

 

―Voilà donc la confirmation des rumeurs qui circulaient. La magie est là mais tu n’auras pas l’occasion de t’en servir. Je ne suis point venu ici pour une visite de courtoisie, tu t’en doute, mais pour évaluer une menace. Ta sœur n’en était pas une mais toi bien même au fond de mes cachots. Oh là vous autres ! cria-t-il s’adressant aux autres prisonniers, qu’un seul tente la moindre chose et vous serez tous passés au fil de l’épée.

 

La trappe se referma.

 

Salazar jeta un coup d’œil circulaire pour voir l’ensemble des autres prisonniers.

Leurs regards étaient emplis d’un mélange de crainte et de convoitise associées à une haine sans borne.

Il eut un sourire méprisant. qu’ils essaient seulement et au souvenir de sa colère, ils n’oseront plus dormir.

Dans sa mémoire se gravât le visage de celui qui venait de le toiser comme un vulgaire ribaud.

Il lui devait vengeance et Salazar voulait savoir ce qui était arrivé à sa sœur.

De plus, il venait de lui mettre des bâtons bien encombrants dans les roues. Par crainte de représailles, les autres prisonniers risquaient de le surveiller pour tenter de l’empêcher de faire autre chose que rester ici à pourrir et moisir sur place avant de mourir.

 

Il ferma les yeux et réfléchit intensément. Il était possible que son ennemi dispose de yeux et d’oreilles en ce lieu. Il voulait savoir si un dispositif permettait d’espionner les prisonniers.

Peu à peu, son esprit se détendit et ne fut occupé que par l’idée de trouver si quelqu’un observait.

Il resta immobile pendant un petit temps. Soudain, il frémit ayant senti quelque chose d’insolite.

Il se concentra et ressentit comme une présence dans sa tête.

Sans transition, il se vit bientôt dans une forêt avec un jeune arçon qui tendait des lacets pour piéger des lapins. Sans avoir le temps de comprendre, Salazar vit le décor changer et vit le même garçon, quoiqu’un peu plus vieux, courtisant une jeune aubergiste puis, dans une masure, un homme mur donner une sévère correction au garçon, ensuite, le garçon, devenu un homme cette fois, se battre contre d’autres hommes à l’aspect farouche.

Salazar vit plusieurs scènes, toutes concernant le jeune garçon à des ages différents avant de sortir de sa transe. Il ouvrit brusquement les yeux et haleta un instant. Il vit qu’il était en nage.

Il perçut un faible cri de surprise qui venait du plafond.

 

―Qu’as-tu fait par les tripes du diable ? Jeune inconscient, veux-tu provoquer notre mort à tous ? l’interpella l’un des ses compagnons d’infortune.

 

 

Salazar posa son regard sur lui et le regarda droit dans les yeux avant de lui répondre :

―Ne suis-je pas rester immobile et en silence, qu’allez-vous vous imaginez là ? Que pensez-vous que j’ai fait ?

 

Il se leva et toisa l’autre avec tout son mépris.

 

―Oh, une dernière chose !

 

l’atmosphère du cachot passa d’humide et malodorante à tendue et oppressante rien que par ces mots.

Certains prisonniers reculèrent d’un ou deux pas.

Un caillou lévita à coté de Salazar puis perdit de sa consistance. Il devînt plus fin.

Soudain, il fila à toute vitesse vers l’homme et s’engouffra dans son œil droit puis, pendant que l’homme hurlait, en sortit avant de se jeter sur le gauche.

 

Sans lui prêter plus la moindre parcelle de son attention, Salazar se dirigea vers le trou, seule issue de ce cachots si l’on excluait la trappe. Il observa pensivement l’intérieur sans rien dire avant de retourner là où il était allongé peu avant.

 

« Savez-vous creuser, toi et tes congénères ? »

 

Le serpent qui lui avait servi d’écharpe glissa paresseusement sur le sol.

 

« Certainement ».

 

« Les barreaux de la grille semblent solides. Je ne pense pas pouvoir en venir à bout. »

 

 

Fermant à nouveau les yeux, il essaya de se concentrer comme il l’avait fait avant d’être interrompu pour sentir la présence du garde, car c’était sûrement lui qu’il avait perçu. Il s’était passé quelque chose et il était déterminé à découvrir quoi.

End Notes:

Je me suis dits que le fait d'avoir fini dans un cachot pouvait avoir causé un choc suffisamment important pour une perte provisoire des pouvoirs.

J'avais vu que Salazar était réputé pour sa maitrise de la légilimancie. Il en fait la décuverte. Mais honnetement, j'ai jamais trouvé ça très clair la définition de la légilimancie. Du coup, je resterai vague, je pense.

Ne jamais sous estimer un serpent by Sleipnir
Author's Notes:

Me revoici après une longue absence.

 

Dans la pénombre, les prisonniers essayaient péniblement de s’endormir mais ils étaient dérangés par le seul qui gardait les yeux grands ouverts et s’affairait très bruyamment sans la moindre vergogne

 

Salazar creusait.

Il ne cherchait pas à s’évader, selon toute apparence.

Il creusait sur le sol.

Un serpent lui avait déniché un os et il l’utilisait pour frapper le sol de façon continue.

L’os frappait et se fragilisait en même temps.

Quand il se brisa, un éclat blessa légèrement la main.

Salazar ne put retenir une larme de douleur qui brilla un instant avant d’être brutalement effacée.

Il ne voulait pas tolérer le moindre signe faiblesse.

Dépité, il considéra son outil cassé et le rejeta dans un coin.

Il alla à l’endroit où le ravitaillement arrivait chaque jour.

Leurs geôliers ne s’embarrassaient pas de forme. Du mauvais pain noir accompagné d’un seau étaient descendus.

Salazar caressa les parties en métal du seau en se demandant comment se les procurer.

Il ne pouvait pas démonter le seau et les autres prisonniers risquaient d’estimer qu’il allait trop loin en détruisant l’unique moyen par lequel ils obtenaient de l’eau.

Il retourna voir son bel ouvrage.

Le sol était à peine éraflé. On distinguait de fines traces laissées par l’os.

C’était bien peu par rapport aux journées pendant lesquels Salazar avait travaillé là-dessus.

Il écrasa une larme de rage et attrapa une pierre avec laquelle il frappa le sol à plusieurs reprises.

Il refusait d’abandonner.

 

Soudain, une main agrippa son épaule et le secoua rudement.

 

―Mais c’est pas bientôt fini ce concert de plaintes et de gémissement ? Je vais finir par t’assommer. Cela me garantira un temps de sommeil.

 

Furieux, Salazar posa sa main sur celle de celui qui l’importunait et la repoussa.

L’homme venait presque d’être enfermé dans les geôles.

Un rictus cruel déforma le visage de Salazar pendant que l’homme le toisait.

 

―Il semble que je me sois laissé aller, dit-il sans beaucoup desserrer les dents.

 

l’homme plissa ses yeux.

―Que je t’y reprenne plus petit !

 

Ceci dit, il se leva. Du moins, il en esquissa le mouvement.

Salazar l’avait retenu en posant simplement sa main sur l’un des avants bras de l’homme et en tirant doucement.

 

―Qu’est-ce à dire ? murmura-t-il avant de se décider de négliger cette question simplement.

 

Il se servit de la main que tenait Salazar pour l’attraper par l’épaule et s’apprêta à le repousser brutalement. Dans sa tête, il se demanda un fugitif instant s’il parviendrait à lui faire atteindre l’autre bout des cachots s’il lançait suffisamment fort.

Le regard noir qui se planta dans ses yeux le fit hésiter un bref instant.

Il s’esclaffa :

―Ces marmots ! Tous les mêmes ! Tu crois qu’un regard me fera peur ?

 

―Peut-être pas, admit Salazar.

 

―Alors qu’espère-tu ? Pleurnichard et insolent !

 

Il agrippa Salazar et celui-ci ne sentit plus le sol sous ses yeux.

Il eût un sourire mauvais.

l’homme sentit quelque chose toucher l’une de ses chevilles et remonter le long de ses jambes.

―Par les tripes du diable ! glapit l’homme. qu’est-ce que c’est que ça ?

 

Il lâcha Salazar qui se redressa et le toisa. Un mot franchit ses lèvres, doucement comme un murmure.

 

―Creuse !

 

L’homme, tétanisé, tourna son regard vers lui.

 

―Quoi ?

 

―Si je répète ce que je viens de dire, les conséquences en seraient très regrettables, je pense.

 

Et comme l’homme le considérait dans un silence que rien ne semblait pouvoir briser, il ajouta :

 

― Eh quoi ? Tu me dérange en plein travail ! Tu ose me tutoyer ! Tu cherche à me rudoyer ! Hé bien, vas-y prends ma place, puisque tu semble tant gêné de m’y voir ! Je constate que tu n’as pas été prévenu de certaines choses. Quel dommage ! Je te fais grâce de la vie à la condition que tu creuse.

 

Le serpent s’élevant déjà sur son torse, l’homme s’abaissa craintivement.

 

―Pitié ! Ne me tuez pas, supplia-t-il.

 

―Il me semble que je t’ai donné un moyen pour cela, répliqua froidement Salazar.

 

―Mais je ne peux pas creuser, je n’ai pas d’outils !

 

Salazar fit un geste dédaigneux.

 

―En avais-je moi ? Sers-toi de tes dents, s’il le faut !

 

Baissant la tête, l’autre ne répondit pas. Il ramassa la pierre dont les coups répétés avaient provoqué sa colère et frappa à son tour sur le sol.

 

―En un seul point, commanda Salazar.

 

Quelques heures plus tard, il le fit relayer par un autre prisonnier qui avait tenté de dissimuler un morceau de pain rassis mais qui n’avait pas été assez prudent pour le faire discrètement. L’empressement dont il avait fait preuve avait attiré l’attention de Salazar.

 

Celui-ci attendit deux jours. Pendant ce temps, il y avait toujours quelqu’un pour creuser le sol, même la nuit. Aucun prisonnier n’avait osé tenté de se soustraire aux yeux jaunes des serpents qui étaient toujours là.

Le travail avait peu progressé. Si l’on marchait à l’endroit où les prisonniers se succédaient, en maudissant en pensée Salazar, il était impossible de remarquer quoi que ce soit. C’est à peine si quelques éclats de pierre étaient tranchants, preuve qu’il venait d’y avoir cassure.

La méthode semblait inefficace.

 

―Cela suffit, murmura-t-il dans un souffle à peine audible.

Ce fut suffisant. Le petit espace qu’il cherchait à creuser fut aussitôt désert.

 

Salazar promena ses doigts sur le sol, caressant les anfractuosités, fruit du travail des autres prisonniers. Il ferma les yeux. Sans prévenir, la poussière accumulée à cet endroit se souleva bien tôt suivie des petits éclats de pierre. Ils se mirent à tourbillonner de plus en plus vite jusqu’à ce que l’on ne puisse plus distinguer qu’une colonne de poussière. La terre trembla puis son niveau diminua alors que la colonne s’épaississait. Sur le sol, un cercle parfait était clairement visible et il allait en s’approfondissant.

 

Salazar tomba sur le sol, épuisé. Il avait réussi. Un trou de la forme d’une demi sphère s’était formé dans la pierre. Ce n’était pas tout. Des signes creusées dans la roche étaient également apparus.

Un seul prisonnier savait lire, l’ancien intendant du père de Salazar.

Il s’approcha prudemment mais ne reconnut aucun des signes. Il recula en voyant un serpent glisser en rond autour du jeune garçon, montant la garde.

 

 

 

Jamais, de mémoire de prisonnier, on n’avait vu un tel remue ménage dans ce cachot.

Le lendemain du jour où le trou fut creusé, des serpents allaient et venaient en apportant à Salazar de nombreuses choses, des feuilles, des petits ossements, d’autres choses mystérieuses.

Salazar avait prit d’autorité toute l’eau et l’avait versé entièrement dans le trou.

Maintenant, accroupi, il mélangeait tout ce que les serpents lui apportaient. Derrière lui, une grande flamme crépitait sans le moindre combustible. De temps en temps, une pierre sous la flamme lévitait et tombait dans le trou en faisant frémir l’eau au passage.

Il n’avait pas hésiter à arracher des cheveux ou à prendre du sang des autres prisonniers après avoir préalablement provoqué une égratignure.

De temps en temps, il sifflait quelque chose et les serpents se mettaient aussitôt en quête de ce qu’il voulait.

L’étrange mixture qu’il préparait changeait de couleur de temps en temps. Une fumée verte s’en dégageait.

Salazar plongea un mouchoir qu’un serpent avait volé et le trempa avec soin avant de faire disparaître d’un claquement de doigt sa potion.

Il mit le mouchoir imbibé de coté et il prépara une autre potion sous l’œil perplexe et apeuré des autres prisonniers.

Tout en préparant il chantonnait une étrange mélopée dans une langue inconnue. Les signes qu’il avait gravé scintillaient faiblement.

Cette fois, il n’y avait pas la moindre fumée mais la potion bouillonnait.

 

« Attention ! Un humain observe de là-haut ».

 

Sans qu’il ait besoin de lever les yeux, la trappe s’ouvrit brutalement et un soldat qui regardait à travers les interstices fut brutalement tiré en avant. Il tomba mais sans s’écraser. Au dernier moment, il fut retenu.

L’homme terrifié se leva d’un coup et se plaqua le dos contre un mur en tirant son épée, prêt à faire face à la horde de prisonniers qui n’allaient pas manquer de lui tomber dessus.

Les prisonniers, eux, n’osèrent pas faire un geste malgré l’opportunité d’avoir sous la main un de leurs geôliers.

Personne ne bougeait à part Salazar qui continuait sa préparation.

Soudain, il se leva et marcha vers les autres prisonniers.

Sans dire un mot, il se plaça devant chacun et lui ouvrit la bouche avant d’observer l’intérieur un instant puis de reculer et de passer au suivant.

Enfin, au bout du cinquième prisonnier dont il examinait la bouche, Salazar laissa passer une lueur de triomphe dans son regard.

Il tendit la main et le prisonnier hurla en s’effondra.

Une de ses molaires s’arracha de sa dentition et fut attrapée par Salazar qui repartit, toujours en silence, vers son travail.

On n’entendait plus que la douce mélopée de Salazar et les gémissements de sa dernière victime.

 

Il ne semblai pas se soucier que les autres soldats s’inquiètent de l’absence de leur compagnon.

 

Il agissait tranquillement, sans se presser.

 

Enfin, au bout d’un temps, il se redressa et s’éloigna de sa composition.

Celle-ci dégageait une énorme fumée verte qui se propageait dans toutes les directions.

Les prisonniers les plus proches s’écroulèrent d’un coup quand la fumée leur arriva dessus.

Il y eut un mouvement de panique. Les prisonniers cherchèrent à s’éloigner autant que cela était possible mais ils furent tous atteints.

 

Salazar avait plaqué sur son visage le mouchoir qu’il avait trempé dans sa première potion. Il s’était assis sur une pierre et attendait paisiblement. La fumée ne semblait pas le déranger.

 

La fumée s’éleva et s’engouffra par les interstices du plafond.

 

Au bout d’un petit moment, Salazar se releva et alla vers le grand trou dans le sol dont il avait eu connaissance à son arrivée.

Il se pencha et refréna un mouvement de recul du à l’odeur qui se dégageait.

 

Il y avait une grille.

 

« Allez ! »

 

Plusieurs serpents creusèrent entre la grille et la paroi. Ils dégagèrent un espace suffisant.

Au moment où Salazar glissait la jambe, il entendit une voix.

 

―Par pitié, arrêtez !

 

Stupéfait, il se retourna et vit que l’un des prisonniers était debout. C’était un jeune garçon qui avait plaqué sa chemise contre sa bouche et son nez. Malgré cela, il était très pâle, signe que la fumée commençait à agir sur lui.

 

―De grâce, laissez-moi venir avec vous ! Cela fait tellement longtemps que je n’ai vu le soleil.

 

Salazar songea qu’il lui avait fallu beaucoup d’ingéniosité pour avoir une idée de ce qu’il faisait et d’avoir trouvé un moyen de s‘en préserver, aussi peu efficace soit le moyen. De même, il avait fait preuve de courage en l’interpellant ainsi.

 

Il planta ses yeux dans ceux du garçon qui attendait en tremblant.

 

―A ta guise ! Suis-moi si tu t’en juge capable.

 

Ceci dit, il forçat un peu et réussit à passer sous la grille.

End Notes:

Quelques points.

 

La seconde potion de Serpentard est un somnifère qui agit quand on le respire. Il n'a pas tué tout le monde. La première potion servait à se protéger de l'autre.

 

Serpentard a l'air plutôt fort ici. C'est subjectif, bien sûr, mais après tout, si Voldemort a pu commencer à aprendre la magie tout seul pour terroriser ses camarades, pourquoi Serpentard qui a eu l'enseignement de son père n'en serait-il pas capable?

 

Dans les livres, pour lancer leurs sorts, les sorciers parlent, murmurent, crient, hurlent ou pensent simplement. Serpentard chantonne. Je me demande si je n'ai pas subi l'inflluence du cycle "l'héritage' plus connue sous le nom du personnage principal, Eragon. L'idée m'est venue naturellement. C'est un peu comme une incantation.

 

Les signes gravés sont des runes qui servent à amplifier le pouvoir de la potion.

Oui, Salazar a creusé pour avoir un chaudron. Pas de risque de fuite dirait Percy. Plus sérieusement, c'est tout ce qu'il avait sous la main.

Le fait de balancer des pierres chaudes est une vieille technique pour chauffer l'intérieur d'un chaudron.

Serpent dans son trou by Sleipnir

 

 

Le trou semblait descendre jusqu’aux profondeurs de la Terre.

Il avait rapidement débouché sur une crevasse qui allait toujours plus loin dans le sol.

 

À chaque pas, Salazar devait creuser un peu dans la terre pour bien s’accrocher.

Bientôt, il n’y eut plus assez de terre pour cela et les parois étaient humides. De l’eau suintait par les cotés de la crevasse.

Les serpents avaient plus de facilités et Salazar s’accrocha à eux comme à une vivante échelle.

 

Le garçon qui avait voulu le suivre avait plus de problème.

Il était terrifié à l’idée de s’enfoncer dans les entrailles de la Terre.

Sa respiration était rapide et saccadée.

Du regard, il quémandait des conseils et des encouragements mais Salazar s’y refusait.

Il avait choisi librement de le suivre. Il n’allait pas non plus lui demander de le porter.

Salazar observa attentivement ce qu’il y avait sous ses pieds afin de déterminer la marche à suivre.

De faibles gémissements lui parvinrent. Son suiveur respirait de plus en plus vite et des larmes coulaient le long de son visage. Il était terrifié.

 

―Silence ! lança Salazar en colère. Silence ou, par la mâlemort, je jure que vais t’enfermer dans un placard avec une goule affamée pour seule compagnie.

 

Le jeune garçon se le tint pour dit. À partir de ce moment, il retint pleurs et plaintes. Seulement, s’il ne se plaignait plus, la descente n’en devenait pas plus facile pour autant.

 

Salazar transpirait malgré la froideur du lieu et sentait ses vêtements lui coller à la peau.

L’air sentait l’humidité et le renfermé.

La descente continuait laborieusement quand le jeune garçon lâcha prise un bref instant. Il tenta de se raccrocher de toutes ses forces et jeta ses bras en avant à la recherche d’une prise mais sesmains ne firent que griffer la paroi sans même ralentir sa chute.

Ce fut Salazar qui le rattrapa au bon moment. Il faillit perdre l’équilibre lui-même.

Il lui permit de trouver un espace où poser le pied en attendant de retrouver son souffle.

 

Le garçon bredouilla :

―Vous… vous venez de me sauver la vie !

 

―Silence ! le coupa Salazar dans un sifflement. J’ai de bonnes raisons de vouloir un silence le plus complet possible. Le bruit d’une chute aurait attiré l’attention d’autres choses. Hé bien qu’attend-tu ? Reprend la descente !

Et comme le garçon semblait hésiter, il reprit :

―Il est trop tard pour hésiter. Tu as choisi de me suivre. Suis-moi jusqu’au bout quoi qu’il t’en coûte.

 

« Le sol est-il encore loin ? »

 

« Il faut ramper encore pour l’atteindre ».

 

Sans ralentir, Salazar descendait de plus en plus bas.

Il voyait de moins en moins bien aussi. Il essaya de se concentrer pour faire jaillir une flamme, comme celle dont il s’était servi pour sa potion, mais il n’obtint que des étincelles. c’était peu et en bien en-dessous de ce qu’il avait espéré.

Il avança à l’aveuglette, guidé par les indications des serpents.

L’autre garçon n’avait pas autant de chance. Il ne voyait rien et ne comprenait rien aux sifflements.

Ne désirant pas l’attendre, Salazar donna des instructions aux serpents.

Plusieurs d’entre eux remontèrent jusqu’à l’autre et se chargèrent de le guider. Chacun prit dans sa mâchoire, sans le mordre, ses pieds et mains et accompagnait leurs mouvement jusqu’à avoir trouvé un endroit où s’accrocher.

Le garçon était terrifié.

 

 

Ce ne fut qu’après un long périple que le sol fut atteint.

Un sol immergé d’ailleurs jusqu’à la hauteur des hanches.

 

―Voilà qui est ennuyeux, déplora Salazar. Hé bien qu’attend-tu ? Crois-tu que je vais t’attendre ?

 

―J’ai peur. Et s’il y avait des bêtes dans cette eau ?

 

 

―Et alors ? Que m’importe ta peur ! Seulement, je me demande de temps tu demeureras accroché au mur avant de te résoudre à chercher un chemin vers la lumière.

 

―Attendez ! Vous allez partir ?

 

―Cette question ! Pensais-tu d’aventure que je sois descendu jusque là pour me promener ?

 

―Nenni, bien sûr. Mais, je ne comprends pas pourquoi vous avez veillé tantôt à ce que je ne tombe pas si c’est pour s’en moquer maintenant ?

 

―Tomber de haut fait plus de bruit que tomber d’ici. Ta chute aurait attiré l’attention. Maintenant, le risque est moindre.

 

―Attirer l’attention ? Mais de quoi ? Il y a donc bien quelque chose ici ?

 

―C’est certain !

 

 

Le garçon blêmit puis se résolut à toucher le sol pendant que Salazar s’en allait sans plus se soucier de lui et il le suivit craintivement.

 

« L’air libre est par là ».

 

Salazar réussit à créer une sorte de boule de lumière. Évidemment, il savait que la lumière se voyait de loin dans l’obscurité mais il avait fait le choix de voir plutôt que de risquer de s’égarer et d’errer longtemps. Même avec l’aide des serpents, il préférait voir.

Peu à peu, en s’avançant, le niveau de l’eau allait en diminuant.

Ils finirent enfin par atteindre un sol à peu près sec.

Le garçon allait pousser un soupir de soulagement quand un ronflement sonore retentit.

Salazar lui plaqua la main contre sa bouche pour l’empêcher de proférer le moindre son.

 

―Un seul mot et tu ne vivras pas assez pour le regretter, siffla-t-il.

 

Après quoi, il prit un serpent dans sa main et s’avança vers la créature endormie.

 

La chose était énorme. Debout, elle devait être largement plus grande qu’un homme adulte. Elle avait vaguement la forme d’un homme mais les traits étaient bien plus grossiers.

 

« Il est temps de reconquérir votre caverne, je pense ».

 

 

Quand il fut tout proche du visage, il prit le serpent et le mit juste devant l’œil de la créature.

Très délicatement, il ouvrit la paupière et s’apprêtait à demander au serpent d’injecter son poison dedans quand il vit qu’il y avait deux paupières.

C’était une particularité de certains animaux. Une paupière supplémentaire leur permettait d’ouvrir l’œil sous l’eau.

Ennuyé, Salazar se résolut à ouvrir la bouche de la créature et demanda au serpent cette fois d’injecter son poison.

Il s’éloigna prestement et furtivement. La créature ne s’était pas réveillée.

 

―Qu’est-ce que c’est que cette chose ? osa seulement dire le garçon.

 

Salazar lui lança un regard noir pour avoir parlé.

 

―Un troll des cavernes, daigna-t-il expliquer.

 

« Le poison va se répandre lentement, d’autant plus qu’il dort. » expliqua-t-il aux serpents. « Indiquez-moi où je peux trouver les autres maintenant ».

 

Avant que les serpents n’aient pu répondre, une lumière se fit voir plus loin, une lumière d’origine humaine.

Aussitôt, Salazar éteignit sa propre lumière et s’accroupit.

 

Il vit une quinzaine de silhouette à l’endroit où le gouffre rejoignait la caverne.

 

―Cherchez partout ! Il ne peut pas être loin, cria une voix.

 

―Étonnant, murmura Salazar. Je ne pensais pas qu’ils partiraient à ma poursuite. Je regrette que mon somnifère n’ait pas fait effet plus longtemps.

 

―Qu’est-ce qu’on fait ? murmura angoissé le garçon à coté de lui.

 

« Voulez-vous que nous nous en occupions ? » proposèrent les serpents.

 

―Inutile, répondit à tous Salazar. Les trolls se chargeront de leur faire croire à ma mort. Je ne pense pas me tromper en estimant qu’ils ne savent pas que l’endroit est habité.

 

 

 

En effet, les soldats commencèrent à former deux groupes. Leur objectif était de trouver la sortie de la caverne afin d’y poster des sentinelles qui empêcheraient Salazar de passer.

Mais ils n’étaient pas seuls.

Comme pour Salazar, ils étaient immergés dans l’eau, moins profondément cependant car ils étaient adultes et donc plus grands.

Un soldat vit une masse indéfinie approcher rapidement. Au moment où il tirait son épée, il fut tiré par la jambes par une mains griffue. Il tomba à l’eau avant d’être soulevé par la puissante main.

Les autres soldats virent, effarés, un troll se dresser juste devant eux tenant l’un de leurs camarades par la jambe. De stature beaucoup plus imposante qu’eux, il offrait un spectacle faisant reculer n’importe quel humain avec les crocs dépassants de sa gueule.

Ils étaient courageux. C’était le moins que l’on puisse dire.

Le troll sentit des lames de fer entrer dans son corps. Il grogna de douleur avant de lancer le malheureux soldat qu’il tenait sur la petite troupe.

Un soldat réussit à ne pas tomber, malgré le choc du au corps qui leur était tombé dessus, il s’avança le plus rapidement possible et planta son épée dans le flanc du troll.

Celui-ci s’affaissa sur lui-même à cause de la blessure.

Il recula de deux pas et lança un rugissement. Mais il ne rugissait pas sur les soldats.

 

 

 

Salazar comprit le danger et recula et entraînant le garçon avec lui. Il se plaça derrière le troll qu’il avait empoisonné.

 

Un soldat s’avança hardiment et brandit une torche sous les yeux du troll qui, habitué à l’obscurité, fut contraint de reculer.

Les autres soldats s’avancèrent alors de chaque coté et le tailladèrent de leurs armes.

Mais tandis que le bras frappais, la jambe était emportée.

Une gueule garnie de crocs pointus attendait chaque malheureux soldat attrapé.

Mais si l’homme sait se battre, il n’en est pas de même pour le troll, créature par trop sotte pour savoir profiter de son avantage sans se laisser aveugler par ses passions. Si deux trolls s’empressèrent de refermer leurs crocs sur leurs victimes, il n’en fut pas de même des autres qui les rejetèrent au loin, dans la colère que leur avait communiqué le troll blessé.

Les os rompus et brisés, un soldat ne se releva pas. Les autres ne renoncèrent pas à la vie car c’était là l’enjeu de cette bataille et non plus la recherche de fugitifs.

L’un des trolls se pencha pour ramasser des pierres, les plus grosses qu’il trouvait, pour les lancer sur les soldats.

Un autre brandissait une énorme masse qu’il essayait d’abattre sur les crânes passant à sa portée.

 

―Venez ici si vous tenez à la vie, cria le chef de la petite troupe à ce moment bien diminuée.

Ceci dit, il repartit vers la jonction entre la caverne et le gouffre. Il attrapa une corde qui pendait et tira énergiquement dessus à deux reprises. La corde commença alors à être tirée d’en haut.

 

―Abandonnez ce combat ! Il n’est plus temps de lutter ! Allons venez !

 

Il tint fermement la corde et commença de s’élever. Une petite poignée de soldats parvinrent à la rejoindre.

 

―Qu’en est-il de nos compagnons ? demanda l’un.

 

―Il est trop tard. Pour eux, la seule chose que nous pouvons faire c’est de demander au père de dire sa messe pour leur âme.

 

 

De là où il était, Salazar vit que des soldats avaient réussi à fuir. Les trolls s’acharnaient sur ceux qui restaient, morts ou vivants. Ils les tenaient et les frappaient contre des rochers. Quand ils urent certains qu’ils étaient bien morts, ils arrachèrent les vêtements de cuir qui protégeaient bien peu les soldats et machonnèrent ce qui était dessous.

Le troll qu’il avait empoisonné dormait toujours.

 

« Quand ils dormiront, mettez votre poison dans leurs blessures. Ils mourront plus vite comme cela ».

 

Il tourna les talons et chercha la sortie.

Les serpents lui montrèrent encore le chemin. Il parcourut un véritable dédale de cavernes avant de se retrouver sous la lumière de la lune.

 

Quand Salazar commença à s’éloigner, le garçon qui l’accompagnait sortit de sa torpeur et partit à sa suite sans dire un mot.

 

―Grâces vous soient rendus, dit-il à l’extérieur. Je vous prie de me pardonner, je ne me suis pas présenté. Mon nom est Robin.

 

Salazar le regarda de travers. Il avait été déçu par ce Robin. Il avait d’abord été étonné qu’un autre prisonnier réussisse à se prémunir contre son somnifère mais il avait vite vu que la détermination dont il avait fait preuve pour le suivre avait été plus contrainte que volontaire.

 

―Eh qu’importe ! Nos routes vont se séparer.

 

Le visage de Robin se décomposa.

 

―Par pitié, accordez-moi de rester à vos cotés au moins jusqu’à ce que l’on soit loin du château.

 

―Suis-moi si tu le peux !

 

 

Pourtant, Salazar ne partit pas, contrairement aux espoirs de Robin.

Il passa un long temps dans la caverne, accompagné des serpents, à s’occuper de tuer tous les trolls, en remerciement sans doute de l’aide apportée par les serpents.

Une mue pour le serpent? by Sleipnir

 

 

 

Déchaînée. Calme. Imperturbable. Mystérieuse. À la fois, essentielle à l’homme et crainte de lui.

Telle était la mer qui s’offre à la vue de l’homme.

Elle est pleine de vie et source inépuisable de nourriture.

Elle est la mort pour ceux qui s’y aventurent et pour les hommes habitant sur le rivage quand le temps est mauvais ou sans raison parfois. On apprend simplement qu’un bateau n’est pas revenu.

Elle est un espace que les hommes ne fréquentent que par contrainte.

Rares sont ceux qui parcourent les eaux le cœur ardent, se lançant dans une aventure qui met leur vie en péril.

 

C’est sur les bords de l’une de ces mers que se trouvaient Salazar et son encombrant compagnon.

Salazar allait à grand pas, pour autant que ses jambes d’enfant le permette, sans se soucier de savoir si Robin suivait son rythme ou même était d’accord avec le chemin à suivre.

Ce dernier n’osait protester et suivait docilement Salazar.

Les bords de la mer étaient déserts. On ne voyait aucune trace de présence humaine aux alentours, pas même un filet de fumée.

 

Ils durent se contenter d’un frugal repas composé exclusivement de fruits croisés sur le chemin.

L’absence d’habitations inquiétait et rassurait Salazar.

Personne ne pouvait dénoncer leur passage, si tant est qu’ils fussent poursuivis.

Seulement, ils ne pouvaient changer les hardes qu’ils portaient. Vêtus comme ils l’étaient, ils risquaient d’attirer l’attention.

 

Alors que Salazar observait l’horizon depuis un rocher sur lequel il était grimper, Robin osa s’inquiéter de l’avenir.

―Nous pourrions peut-être prendre la mer ? Nous pouvons aller en France où personne ne nous recherchera.

 

Devant le silence obstiné de Salazar, il reprit :

 

―Ou bien encore demeurer ici le temps d’être oublié. L’endroit semble désert. Dès la fin de l’hiver prochain, je gage que nous auront été oublié de nos geôliers.

 

―Il est hors de question que je parte. J’ai des comptes à régler à ce comte de malheur.

 

―Une rébellion ? Mais cela est impossible ! Bien peu nombreuses sont les rébellions qui aboutissent.

 

―Il s’agit plutôt d’une vengeance mais le temps n’est pas venu. Je ne suis pas encore prêt. j’ai encore à apprendre.

 

―Dans ce cas, que faisons-nous ?

 

―Agis à ta guise et ne t’inquiète pas de mon chemin.

 

Sur ces mots, il reparti sans un regard pour Robin qui le suivit tout de même. Salazar ne réagit pas à sa présence.

 

Ce fut une journée assez morne jusqu’à la fin de la journée.

 

Il devait rester quelques heures de soleil et Salazar commençait à s’inquiéter de trouver un abri pour la nuit quand la situation changea.

 

―Un bateau ! s’exclama Robin avant de faire de grands gestes sur la plage en criant.

 

 

En effet, une grande voile était visible au loin. Le bateau en lui même était trop loin pour pouvoir être distingué.

Salazar agrippa Robin et le fit taire. Il l’entraîna derrière des rochers près de la berge sans lui laisser le temps de demander des explications.

 

―Mais enfin, qu’est-ce qui vous prends ? C’est peut-être notre chance de salut.

 

―Silence ! Cette histoire est étrange ! Que ferait un navire sur une côte déserte ? Un bateau marchand essayerait de rejoindre un port.

 

―Ils ‘ont peut-être plus d’eau à bord et sont venus en chercher sur terre. Ou bien, ils voulaient de la viande fraîche.

 

―C’est possible mais je réserve mon jugement.

 

―Ils ne peuvent pas être des pirates de toute façon. Ils sont trop peu nombreux pour espérer faire quoi que ce soit.

 

―Il n’y a pas besoin d’être nombreux pour enlever des enfants dans la campagne et les vendre comme esclaves. Si tu essaie d’aller sur la plage, au risque de trahir ma présence, tu ne vivras pas assez longtemps pour le regretter.

 

―Enfin…

 

―Il paraît qu’on peut faire de très bonnes potions dans des crânes humains, lâcha mine de rien Salazar.

 

Robin se le tint pour dit et ne fit plus un geste.

Après une heure, le bateau était un peu plus visible.

On distinguait vaguement les silhouettes des membres de l’équipage.

Le bateau arborait une grande voile carrée rouge rayée de blanc.

Un pont qui s’élevait au-dessus des eaux parfaitement symétrique à une seule et unique exception. La proue.

La proue élevait majestueusement une figure de dragon.

 

Comme Robin essayait de bien voir, Salazar le repoussa brutalement et lui maintint la tête cachée.

Le bateau n’aborda pas la côte.

 

Il semblait y avoir de l’agitation à bords puis un petit groupe sauta à l’eau en traînant quelque chose.

 

Ils laissèrent ce qu’ils portaient sur le sable suffisamment loin pour que la marée ne l’emporte pas.

Ils tournèrent autour un instant et retournèrent vers leur navire avant de prendre le large.

 

Intrigué, Salazar alla voir de quoi il s’agissait quand le bateau fut assez loin à l’horizon à son goût.

Robin s’était empressé de le suivre.

 

Il s’agissait d’un homme ligoté.

En voyant les deux garçons, il essaya de parler mais un bâillon étouffait ses paroles.

Robin se précipita pour défaire les liens mais Salazar l’arrêta.

―Cette histoire est étrange, dit-il pour seule explication.

 

Il arracha le bâillon mais, comme il s’en doutait, l’homme ne parlait pas sa langue. Ennuyé par sa voix, il remit le bâillon. C’est qu’il parlait fort le bougre et était bien agité en plus.

 

Robin voulut encore le libérer mais Salazar lui jeta un regard féroce qui le dissuada d’essayer cette fois encore.

Les liens, justement, commencèrent à l’intriguer. Les nœuds ne semblaient pas très solides, pas assez en tout cas pour qu’un homme s’en débarrasse seul au prix d’un peu d’effort il est vrai. C’était comme si les marins avaient voulu qu’il se libère après un court délai. Cela n’avait pas de sens. À moins qu’il ne s’agisse d’un mauvais marin dont les autres voulaient se débarrasser mais cette hypothèse était peu probable, alors quoi ?

Pour comprendre, Salazar commença à fouiller l’inconnu.

Robin protesta :

—Qu’est-ce que cela veut dire ? Relâchons-le !

 

—Tu commence à m’énerver, murmura Salazar.

 

Une lueur passa dans les yeux de Robin mais il ne fit.

Salazar frissonna. Le vent s’était levé et il était frais.

Dans un regard vers la direction du bateau qui n’était déjà plus visible, il vit qu le soleil se couchait.

 

Prenant sa décision, il tourna le dos à l’homme ligoté et commença à partir.

 

—Nous ne pouvons le laisser comme cela, protesta Robin.

 

—Et pourquoi non ? demanda brusquement Salazar en se retournant d’un coup. Que m’importent sa vie et son sort ? Je n’ai aucune obligation envers lui. Il n’est pas de mon sang ni de ma maison. Pour ma part, il peut rester sur cette plage. Je m’en moque. Il peut parfaitement se débrouiller seul.

 

—Un peu de compassion serait trop demander pour un homme dans le besoin ?

 

—Se laisser guider par ce genre d’émotions est signe de faiblesse. Du reste, quel homme condamné aux geôles peut donner des leçons de morale ?

 

Robin rougit de gêne.

 

—Je n’ai commis aucune crime. D’ailleurs, je ne suis pas le seul à avoir été dans ces geôles.

 

—Je n’ai pas à me justifier. Qui parle ainsi devant moi ? Qui ose me demander des comptes ? Je ne suis point un gueux, ni par la race, ni par les pouvoirs. Je ne puis tolérer ce langage plus longtemps. Tu m’as suivi par opportunisme. Tu as voulu profiter de ce que j’étais capable de faire. Soit ! Tu es libre maintenant. Passe ton chemin et tiens-toi en-dehors du mien.

 

Le soleil était couché à ce moment et la nuit installait son manteau étoilé sur la terre. Parmi les étoiles, la lueur de la lune brillait, pâle copie du soleil.

À ce moment, un cri retentit.

C’était l’homme qui avait réussi, malgré son bâillon, à crier si fort que des oiseaux s’enfuirent.

Robin se précipita.

À l’écart, Salazar observa ce qui se passait.

L’homme se tordait sur le sable. Son bâillon devait être tombé car son cri résonnait plus fort, comme un hurlement.

Salazar ne distinguait pas bien mais il lui sembla que l’homme était différent.

Les liens étaient sans doute tombés. Il se tenait à quatre pattes.

Robin s’arrêta net à quelques pieds de l’homme. Il poussa un faible cri de stupeur et tourna les talons.

L’homme le poursuivi, toujours à quatre pattes.

Il ne ressemblait plus à un homme maintenant. Ses jambes et bras semblaient de la même longueur.

Il y avait quelque chose derrière lui, comme s’il avait un grand ruban attaché.

 

Robin ne courut pas longtemps. Il trébucha et n’eut pas le temps de réagir avant que l’homme ne se jette sur lui.

Salazar ne voyait pas tout mais il semblait que Robin avait été agressé et tué par l’homme qu’il voulait secourir.

L’homme eut l’air de mordre sauvagement au cou. Quand Robin fut inerte sur le sol, l’homme sembla s’en désintéresser.

Il leva la tête et poussa un hurlement comme jamais aucun homme n’avait hurlé. Le cri semblait plus animal qu’humain. Mais c’était aussi le cas de l’homme. Pouvait-on encore le considérer comme un homme ?

Il pencha sa tête sur le sol avant de partir dans la direction de Salazar.

 

Celui-ci vit le monstre aller de plus en plus vite puis courir pour l’attraper.

Maintenant qu’il le voyait de plus près, il voyait qu’il n’y avait plus rien de commun entre ce monstre et un homme. C’était un loup qui s’apprêtait à l’attaquer.

Les babines retroussées, laissant voir de redoutables canines, il sauta.

 

Salazar fit un pas en arrière.

Le loup, comment appeler autrement le monstre qui lui faisait face et qui avait été un homme ? Avait couru trop rapidement pour qu’il ait eu une chance de s’enfuir.

Il leva les bras dans un geste instinctif de protection, bien dérisoire dans ces circonstances.

Alors qu’une lueur avide habitait les yeux du monstre, il s’écrasa littéralement contre l’air devant Salazar. Avant qu’il n’ai pu se reprendre, il fut projeté en arrière par une force inconnue.

Mais la bête était déterminée. Elle reprit son élan et chercha encore à attaquer Salazar.

Cette fois, son saut ne rencontra aucune résistance. Ce fut même le contraire.

C’était comme s’il volait. Il passa au-dessus de Salazar et retomba plus loin derrière.

 

Le loup se campa sur ses pattes et grogna, frustré de voir sa proie lui échapper.

 

Salazar ne savait combien de temps il allait pouvoir repousser ce monstre. Une sourde inquiétude monta en lui. Il regretta de ne pas avoir volé un poignard ou une dague aux soldats qui étaient partis à sa poursuite.

Étrangement, il ressentait plus de peur que quand il avait croisé la horde de trolls.

 

Rendus méfiant par ses précédentes expériences, le loup avança une patte après l’autre. Ne rencontrant aucun problème, il s’enhardit quand il fut soulevé dans les airs et envoyé au loin. Il se releva bien vite et considéra Salazar d’un œil où brillait une rage qui ne se contenait pas.

Salazar chercha un abri.

Il n’y avait pas d’arbre à proximité sur lequel il eut pu grimper.

Il fit léviter une pierre et la fit se précipiter vers la bête qui reçut l coup en grognant encore.

 

Il n’y avait plus de bateau et Salazar ne savait pas nager.

 

Le loup poussa un nouveau cri de rage avant de foncer encore et d’être encore stoppé.

 

Le monstre grogna et s’apprêtait à s’élancer une nouvelle fois quand il s’arrêta subitement et tourna son museau dans une autre direction.

 

D’un bois plus loin, Salazar vit une petite silhouette sortir. Un garçonnet rapportait une brassée de bois.

Devant cette proie facile, le loup n’hésita pas et courut.

 

Salazar vit l’enfant se figer en voyant le loup, tenter de s’enfuir et finalement être attrapé à la gorge par une mâchoire garnie de crocs aiguisés.

 

Il décida de profiter de l’occasion pour s’enfuir.

 

Après un dernier regard et un sourire un peu méprisant pour le corps de Robin, il continua son chemin tout en gardant de loin un œil sur le monstre qui cherchait déjà une nouvelle proie.

 

Il passa la nuit sur un arbre après avoir fait en sorte que les branches le tiennent bien.

End Notes:

Le loup-garou, vous avez reconnu le monstre je pense, n'est pas comme dans le film 3 mais ressemble fortement à un loup normal, comme dans le livre d'ailleurs.

 

Dans mon idée, il s'agissait de viking qui voulait affaiblir un pays avant de passer à l'attaque et qui donc ont débarqué des loup-garous en Angleterre juste avant la pleine lune. Après, bien sûr, les loups attaquent les humains, tuent les moldus et éventuellement transforment les sorciers en d'autres loup-garou. C'est un peu la méthode de balancer des maladies chez l'ennemi avant de partir à l'assaut.

Dignus est intrare by Sleipnir
Author's Notes:

Ceux qui suivent a fic ont remarqué un changement sur les titres. J'arrête de prendre des noms de titre en casant systèmatiquement le mot serpent. Au début, ça m'amusait. Maintenant, ça m'ennuie. Pour tous les chapitres, ce sera une citation. Je changerai aussi les titres des chapitres déjà publiés.

 

En l'occurence, il s'agit d'une citation du malade imaginaire signifiant: il est digne d'entrer. Ele peut être employe, par plaisanterie, quand quelqu'un intègre une société.

En postant, je salue l'équipe de modérateurs pour son travail épatant. La dernière fois que j'ai posté, c'était avant le diner. Quand j'ai terminé mon repas, c'était déjà publié. Epatant, je vous dis!

 

Siffle le vent porteur de nouvelles du vaste monde.

Souffle le vent messager, annonçant les grands événements.

Mais c’est en vain qu’il souffle car l’homme ne prête pas attention au vent.

Ah, si l’on écoutait le vent, que ne saurait-on pas des secrets des hommes !

Souffle encore et garde espoir car tant que continuera la marche du monde, le vent gardera sa mission de murmurer aux hommes les lignes du destin !

 

Que dit le vent ?

Il parle d’un jeune garçon promit à un destin exceptionnel. Son cœur est emplit d’un désir de vengeance mais il ne passera pas à l’action avant de le vouloir et il le voudra quand il s’estimera prêt. Car il a soif, ce garçon, il a soif d’apprendre autant que de vengeance.

Peu commun parmi les hommes, il a conscience d’être exceptionnel et sa fierté l’est d’autant plus.

Sa volonté est de fer et il ne connaîtra pas de répit avant d’avoir achevé ce qu’il voulait.

Un garçon comme on en croise peu en somme.

 

Mais le vent file et s’en va délivrer de nouveaux messages à des hommes qui resteront sourds.

Et tandis que le sifflement s’atténue, la douce clarté des étoiles recouvre la terre et un murmure de dépit se fait entendre.

 

―Que n’ai-je appris les secrets des centaures ? Quel est le message crypté des étoiles ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Là où le souffle de la mer parcourt les côtes, Salazar referme ses paupières pour un sommeil réparateur.

Le monstre semblable au loup s’en est allé et il ne l’a pas revu ces derniers jours.

Malgré cela, il a gardé l’habitude de dormir dans des endroits à l’abri du regard des hommes et des animaux.

Il s’est nourri de fruits trouvés au bord de son chemin et de lapin ayant croisé le sien.

Mais il ne laisse pas de trace derrière lui. Aucun pied semble n’avoir foulé le sol depuis longtemps là où il est passé.

L’herbe écrasée se redresse. Les branches cassées par mégarde se dessèchent à tel point qu’il est impossible de penser qu’une main ait brisé ce bois. Les cendres se dispersent et les feux ne font pas de fumée.

Plus furtif qu’un renard traquant un lapin, Salazar s’avance. Il n’a pas de but précis.

Il cherche d’abord à mettre de la distance entre lui et le maudit château où il a été emprisonné.

Il a besoin de temps pour devenir plus fort. Il faut qu’il trouve le moyen d’apprendre les secrets de la magie qui bouillonne dans ses veines.

Il ne connaît d’autre sorcier que son défunt père.

Peut-être que celui-ci entretenait des amitiés avec d’autres mais il n’en a rien dit à Salazar et il paraît difficile d’aller chercher dans ses affaires des traces de ses relations.

Il allait devoir partir de rien.

Où sont les sorciers ?

Vaste question ! Comme tous les hommes, certains vivent un peu partout dans le pays. Il y en a à la cour peut-être.

Salazar ne connaissait personne de sa famille en dehors de ses parents et de sa sœur dont il n’avait eu aucune nouvelle évidement.

 

Tout à ses pensées, Salazar n’entendit pas le trot d’un cheval derrière lui jusqu’à ce qu’une voix le hélasse :

― Holà petit !

 

Sans qu’il n’ait eu le temps de réagir, du fait d’une terrible imprudence, il se retrouva encerclé par trois cavaliers. Il s’agissait de soldats mais ils n’arboraient aucun blason ni sine distinctif particulier.

 

 

―Que fais-tu ici ? Tu ne devrais pas rester si loin dans la forêt. Où habitent tes parents ?

 

Il semblait qu’ils ne l’avaient pas reconnu.

 

―Je n’ai plus de parents, répondit Salazar. Mais et vous messeigneurs que faites-vous là ? Une partie de chasse ?

 

Ils ne réagirent pas en apprenant qu’il était orphelin. En croiser un était tellement fréquent que cette rencontre n’avait rien que de très normale pour eux.

 

―Allons ! Tu vois bien que nous ne sommes pas équipés pour la chasse ! Des enfants ont disparu sans que leurs parents ne les voient sortir de chez eux. Mais ne reste pas là ! Grimpe en croupe ! Nous te déposerons dans un village !

 

Profitant de l’occasion, Salazar monta derrière l’un des soldats avant que le petit groupe ne reparte.

Ils n’avaient aucune idée de l’endroit où pouvaient être les enfants. Ils parcouraient la forêt à leur recherche.

 

―Le diable étouffe celui qui a fait cela, jura l’un des hommes. Depuis le lever du jour que nous allons et venons, en vain. Ils doivent être ailleurs. Peut-être même que ce sont les parents qui les ont tués et qui ne cherche qu’à étouffer les soupçons.

 

―Assez de plaintes ! le rabroua le soldat qui s’était adressé à Salazar.

 

―Je vois un feu, dit le dernier soldat, celui qui avait Salazar avec lui.

 

―Allons voir !

 

―Ce n’est sûrement que des charbonniers, reprit le premier soldat à avoir parlé.

 

Malgré cette dernière intervention, ils allèrent.

Ils se tendirent imperceptiblement.

Salazar sentit que le cavalier qui le prenait en croupe soufflait de façon saccadée. De ce qu’il voyait, c’était également le cas pour les autres.

Il se rendit compte qu’une brume s’était levée au moment où il ne distingua que l’espace entre les chevaux qui allaient maintenant au pas.

Ces chevaux étaient assez agités. Ils renâclaient et poussaient des hennissements stridents.

Les soldats les tinrent d’une poigne de fer et les forcèrent à avancer encore.

Une odeur acre les sait à la gorge, une odeur de brûlé.

Sur les arbres aux alentours, de nombreux corbeaux devaient être perché, si l’on en jugeait par les croassement lugubres qu’on entendait.

La brume sembla s’écarter quand il atteignirent une clairière.

Il y avait un grand tas de bois calcin avec encore quelques braises rougeoyantes. On voyait quelque chose qui achevait de se consumer, une carcasse sans doute d’après l’odeur.

 

 

Intrigué, l’un des cavaliers s’approcha du feu après être descendu de son cheval.

Au départ, il ne comprit pas ce qu’il voyait. La carcasse fumante était ligotée.

D’ailleurs, elle ne semblait pas avoir été entamée.

Et elle avait une curieuse forme, presque humaine.

Pour cause d’ailleurs, c’étaient les restes d’un humain calciné qui se trouvaient là. On voyait encore des restes de vêtements.

Le soldat poussa un juron en palissant.

Il tira le corps du bûcher et l’en éloigna en le faisant glisser sur le sol. Après cela, il sortit une dague et farfouilla dans les cendres.

Après avoir poussé une exclamation d’incrédulité mêlée d’horreur, il héla ses compagnons qui le rejoignirent.

Ils finirent d’éteindre les flammes et démontèrent le bûcher en retirant les corps.

 

Il y en avait cinq. Cinq corps frêles, dont la petite taille trahissait le jeune âge, qui reposaient là.

Les soldats étaient pâles. C’était une chose de côtoyer la mort mais c’en était une autre de contempler le triste spectacle d’enfants morts dans la fleur de l’âge découverts d’une horrible façon.

Pourtant, ce n’était pas le feu qui les avaient tués.

L’ouverture qui béait à la base de chaque cou témoignait des circonstances de la mort.

L’air était pesant. Des corbeaux poussaient leur cri sur les arbres, semblant narguer les hommes.

 

L’un des soldats retira son casque et s’épongea le front en détournant le regard.

Il fut soudain frôlé par quelque chose.

Levant la tête, il aperçut un corbeau qui s’enfuyait. Mais il n’eut pas le temps de rien dire car déjà un autre se jetait sur lui, cherchant ses yeux de ses pattes griffues.

Il voulut le chasser mais l’oiseau était acharné et surtout pas seul.

Un bec acéré commença à s’en prendre à l’une des oreilles de l’homme.

 

―A moi ! cria épouvanté cet homme.

 

Les autres tournèrent la tête et, après un moment de stupeur, accoururent la dague au poing.

Avec des grands gestes, ils tâchèrent d’effrayer les oiseaux.

À leur grand soulagement, les corbeaux qui attaquaient s’en allèrent.

 

―Ventre de biche ! Mais qu’est-ce que cela veut dire ?

 

Pour toute réponse à ce juron, les corbeaux revinrent plus nombreux.

Ils étaient à quelques pieds au-dessus des soldats qui ne savaient pas comment réagir.

Du fait de leur mission, ils avaient assez léger pour ne pas s’encombrer lors de leurs chevauchées.

Ainsi, ils n’avaient pas de boucliers et de simples protections en cuir faisaient office de cote de mailles.

Sans se concerter, ils se regroupèrent, chacun tournant le dos aux autres. Ils étaient disposés de manière à faire face à une menace venant de n’importe quelle direction au sol.

 

―Petit, cria l’un des soldats. Viens te mettre au milieu !

 

Les volatils étaient immobiles, si l’on exceptait bien sûr le mouvement de leurs ailes pour rester sur place.

 

D’autres qui arrivaient portèrent leurs regards vers Salazar qui se tenait au milieu des chevaux.

Il avait une respiration saccadée et regardait de tous cotés très rapidement.

 

Le soldat le plus proche voulut s’approcher pour le mettre sous leur protection mais à peine avait-il fait deux pas qu’un corbeau le survola rapidement en le gratifiant au passage d’un coup de griffe. Il fut contraint de repartir en arrière.

 

Un autre corbeau fila alors vers Salazar.

Ce dernier fit instinctivement le geste de lever ses bras pour protéger son visage mais il n’en eut pas besoin.

Au moment où le corbeau tendait ses griffes pour lacérer la dérisoire protection qu’étaient les bras du garçon, il prit feu. Un squelette tomba en battant encore des ailes, ou ce qu’il en restait.

Les corbeaux croassèrent avec énergie mais ne cherchèrent pas à venger leur congénère.

 

Un rire résonna alors.

Celui qui se laissait aller à une grande joie se tenait hors de la vue des soldats et de Salazar interloqués.

 

―Quel malheur ! déplora faussement l’inconnu. Quelle tristesse, vraiment ! Si faibles, si démunis mais peut-être que ce n’est pas le cas de tous !

 

Comme en réponse, d’autres rires, moins graves retentirent.

 

Les corbeaux s’envolèrent et se posèrent sur des branches pour surplomber les soldats qu’ils regardaient avec une sorte d’arrogance qu’on se s’attend pas à rencontrer chez un animal.

Mais les soldats n’eurent pas le loisir de se faire ce genre de considérations.

Avec un grand cri, ils lâchèrent leur dagues dont le manche était devenu brûlant.

 

―Un réjouissant spectacle, je dois dire, lança encore la voix.

 

 

Seulement, cette fois, l’homme qui parlait s’était avancé.

C’était un homme dont les cheveux d’un blanc sale et les rides témoignaient du grand âge.

Il portait une longue barbe qui lui descendait jusqu’à la taille.

Il portait aussi une sorte de robe blanche.

À la main, un bâton de bois s’agitait nerveusement.

 

―Qui êtes-vous ? Et qu’avez-vous fait à ces enfants ? demanda l’un des soldats.

 

―Que t’importe homme d’armes ?

 

―Au nom du roi, répondez !

 

―Ce roi n’a pas d’autorité sur moi. Mais vous ne représentez aucun intérêt à mes yeux. Aussi, votre silence serait apprécié.

 

Le soldat s’avança à grand pas, la colère sur le visage.

 

Un geste de la main de l’inconnu fit sortir de longues cordes qui s’enroulèrent autour de lui et des autres. Un autre geste et les bouches furent hermétiquement closes.

 

―Voilà qui est bien ! Odhinn sera satisfait je pense.

 

Les soldats ne purent que faire des gestes de leurs yeux. Salazar supposa qu’ils le poussait à s’enfuir, chercher du secours, se mettre à l’abri de l’homme.

 

Celui-ci s’approcha du squelette du corbeau et le saisit délicatement dans ses mains.

―Il y a peu d’hommes qui sont capables de brûler un de mes corbeaux de cette façon, fit-il remarquer sans même regarder Salazar.

 

Le jeune garçon ne répondit rien.

 

―Peut-être que le sacrifice de ceux-là n’a pas été vain, finalement. Loué soit Odhinn ! Je pense avoir entendu parler de toi mon garçon. J’étais justement à la recherche de quelqu’un comme toi, quelqu’un à qui transmettre mon art. j’ai déjà des disciples, bien sûr, mais en aurais-je un jour assez ? Allons n’ai pas peur ! Sais-tu qui est Odhinn.

 

Cette fois Salazar réagit.

Il regarda l’homme en face et répondit sans que sa voix ne frémisse.

 

―Nenni.

 

L’homme rit.

 

―Ah tu parles, c’est bien ! Je craignais que tu ne sois muet. Odhinn est le dieu qui a choisit des élus parmi les hommes ceux à qui il offrirait son don. Sait-tu de quel don je parle ?

 

Les yeux de Salazar étaient posés sur le morceau de bois. Il ne répondit rien.

 

―Ah tu as deviné je crois. La baguette est le signe de la puissance qui a été donné à certains hommes. Puissance dont tu dispose mais dont tu ne sais pas te servir. Je peux t’apprendre. Tu connaîtras la puissance. Tu seras face aux hommes ce que ceux-ci sont face aux bêtes.

 

Du coin de l’œil, Salazar aperçut un petit groupe d’enfants qui l’observaient.

 

―Veux-tu rejoindre mes apprentis ?

 

Les lèvres de Salazar se descellèrent mais ce ne fut pas pour donner une réponse.

 

―Qui êtes-vous ?

 

―Il est vrai que je ne me suis pas présenté. Je suis Diviciacus le druide. On me nomme aussi œil de corbeau. Et toi, quel est ton nom ?

 

Les yeux de Salazar le détaillèrent avant qu’il ne se décide à répondre.

 

―Mon nom est Salazar. Il pensa soudain à tous les noms qui lui avaient été donnés lorsqu’il était prisonnier. Mais, je suis appelé Serpentard.

End Notes:

Un druire parfaitement. Très loin de l'image que vous pouvez avoir d'un panoramix.

En ce qui concerne les enfants, ils ont été sacrifiés. Comment vous ne saviez pas que les celtes pouvaient pratiquer le sacrifice humain?

 

Pour le nom du druide, en cherchant sur internet des exempe pour m'inspirer, je suis tombé sur un site qui propose de donner le nom druide en se basant sur le prénom. Je trouve ça un peu curieux mais bon. En l'occurence, c'est mon prénom qui a été attribué au druide. Mais je vous rassure, je suis pas comme lui.

 

Odhinn est semble-t-il le nom du dieu celte de la magie.

Et surtout enfin le nom de Serpentard sort.  J'ai arbitrairement décidé que ce ne serait pas le nom de sa famille mais un nom qu'il a choisi.

Voilà alors, vous en pensez quoi?

Oll Korrect by Sleipnir
Author's Notes:

C'est une expression qui était utilisée par les pilotes américains pour annoncer qu'il n'y avait pas eu de perte. C'est l'origine de notre ok.

 

 

 

 

 

Les saisons avaient succédé aux saisons et Salazar suivait toujours le druide Diviciacus.

Le druide avait une dizaine d’apprentis au même titre que Salazar.

 

 

 

A une heure bien matinale, avant l’aurore, Salazar se tenait droit, le regard devant lui, sans le moindre sourcillement et sans prêter la moindre attention à tout ce qui eut pu le distraire.

Face à lui, une jeune avait la même attitude. Un peu plus âgée que Salazar, elle était depuis plus longtemps une apprentie de Diviciacus mais cela ne troublait pas Salazar.

 

 

Une brume légère couvrait le sol, laissant à peine entrevoir la couche de feuilles mortes par terre.

 

Chacun des jeunes avait la main droite sur la poitrine, une main qui serrait une fine baguette.

 

 

 

 

 

Salazar avait reçu la sienne peu de temps après avoir rencontré le druide. Il la lui avait confiée avec la promesse qu’elle l’aiderait à pratiquer sa magie plus sûrement.

« Prends la, avait-il dit, 15 pouces, bois de laurier avec dans son cœur un fragment d’écaille d’hydre. Elle a appartenu à de nombreux druides avant toi ». Il lui avait parlé des prédispositions d’une telle baguette et l’avait prévenu de son fort caractère. Il lui avait également recommandé de ne pas s’y attacher outre mesure parce qu’il la reprendrait à la fin de son apprentissage.

« La baguette est pour le druide ce que l’épée est pour ces brutes de chevaliers. Elle est indispensable. Cependant, elle est personnelle et si le chevalier ne peut forger son épée lui-même, un druide façonne de ses mains sa baguette afin qu’elle réponde parfaitement à ses attentes. Les baguettes des meilleurs druides sont récupérées après leur mort pour être ainsi confiées à des apprentis et, s’il arrive que la baguette corresponde au druide, alors il la garde en sa possession. Mas c’est très rare ».

 

 

 

 

 

Une légère brise se leva, trop faible cependant pour emporter la brume au loin.

Une mèche de cheveux blonds voleta sur le visage de la fille en face de Salazar.

Elle semblait tendu mais en dépit de cela peu concentrée. Elle jetait des coups d’œil furtifs au groupe des autres apprentis qui se tenaient à l’écart. Mais ses yeux revenaient toujours sur Salazar qu’elle considérait sans le moindre frémissement, ce qui était peu commun chez les apprentis de Diviciacus. Généralement, ils semblaient prit de malaise après avoir seulement croisé le regard de Salazar et détournaient précipitamment le leur. Ils disaient pour se justifier que celui qui s’était donné le nom de Serpentard avait le mauvais œil.

Ce n’était pas le cas de la jeune fille. Quand bien même elle l’eut pensé, elle préférait relever le défi. Les difficultés ne la décourageaient pas, au contraire. Elle semblait trouver dans chaque épreuve la force nécessaire pour la surmonter.

Dans ses yeux pétillait une étincelle farouche qui annonçait sa volonté d’aller sus à l’ennemi sans se soucier des éventuels dommages pouvant en résulter pour elle.

Cette lueur dans son regard prévenait Salazar de sa volonté de tenir jusqu’au bout.

Les coins de ses lèvres se relevaient légèrement, témoignant du plaisir qu’elle savourait à l’avance.

Du fait de son sexe, la plupart des apprentis du druide se comportaient différemment avec elle, soit qu’ils se comportassent comme des paons se mettant en valeur, soit qu’ils se montrassent timorés, agissant comme si elle était de cristal et qu’il ne fallait pas la brusquer de crainte de la briser.

Salazar était l’un des rares, le seul peut-être, à ne pas sembler se soucier de son sexe. Il ne la traitait ne mieux ni pire qu’un autre. Pour tout dire, il ne semblait pas non plus se soucier particulièrement de ses condisciples.

Il considérait le groupe d’apprentis avec un dédain pas même dissimulé.

Alors que le vent s’éloignait dans les bois, Salazar jeta un bref coup d’œil sur les autres apprentis, croisant sans s’y arrêter le regard de colère d’un autre.

 

 

Cet autre était l’un des apprentis du druide qui le suivait depuis le plus longtemps. Il avait vu arriver tous les autres. Il avait transmit à chacun son admiration pour le druide. Il s’était naturellement chargé de l’accueil des rares nouveaux et les guidait comme il le pouvait, ou comme il le voulait.

Il s’était présenté avec un grand sourire à Salazar qui s’était montré indifférent.

Il avait longuement vanté les mérites d’œil de corbeau devant Salazar qui demeurait sans réaction.

C’est cette absence de réaction qui avait provoqué la colère du premier apprenti, comme il aimait à se nommer, comme s’il avait la primauté. Il accusait Salazar de manquer de respect pour Diviciacus, de ne pas lui être assez reconnaissant pour tout ce qu’il lui apprenait.

De nombreuses frictions naissaient de cette tension.

Il avait l’air d’être toujours en quête d’un reproche à adresser à Salazar. Il gardait un œil sur lui, à l’affût du moindre faux pas. Il enrageait souvent parce que Salazar ne lui donnait pas l’occasion de lui adresser des reproches.

 

Il l’avait abordé à ce sujet la veille, convaincu que Salazar voulait lui prendre sa place, comme il disait.

 

―Votre place ? avait relevé Salazar d’un air détaché.

 

―Effectivement, ma place.

 

―Oh et quelle est cette place que je convoite ?

 

―La place de premier apprenti d’œil de corbeau, naturellement.

 

―La place de premier apprenti, répéta-t-il d’un ton surprit comme s’il entendait pour la première fois l’expression que l’autre répétait pourtant à longueur de journée. Navré, je ne vois pas de quoi vous parlez, fit-il d’un ton indifférent.

 

 

―Vous vous gaussez de moi, siffla l’autre furieux. Je suis l’aide fidèle du maître.

 

―Oh vraiment ? répondit Salazar d’un ton courtois. Et quand il a a besoin de quelque chose, vous vous précipitez pour l’obtenir ?

 

―De fait, se vanta le premier apprenti.

 

―Et vous connaissez tous ses goûts et besoins ?

 

―C’est évident.

 

 

―Et vous êtes toujours prêt à l’aidez quelles que soient les circonstances ?

 

―Été comme hiver, l’aurore naissante me voit souvent déjà au travail.

 

―Et vous devancez Diviciacus quand il s’agit de faire ce dont il a besoin ?

 

―C’est peu dire. Il n’a même pas à demander qu’il a déjà la plupart du temps.

 

―Je vois, je vois. Vous êtes un parfait laquais en somme, ricana Salazar avant de s’éloigner sans prêter lui plus d’attention.

 

 

Il s’était attiré ainsi une rancune féroce mais ne montrait pas la moindre préoccupation.

 

 

 

 

Dans un silence retentissant, Diviciacus se leva solennellement.

Tous les regards convergèrent vers lui à l’exception de celui de Salazar et de la jouvencelle.

D’un air grave, le druide promena son regard autour de lui avant d’ouvrir la bouche.

―Voici l’heure où chante le fils de la poule !

 

Les regards des deux jeunes sorciers se firent plus tendus. On lisait dans chacun d’eux une détermination sans faille avec une nuance pour chacun. Pour Salazar, on pouvait lire qu’il se montrerait impitoyable à son habitude. La jouvencelle, quand à elle, laissait voir un ardent désir de faire ses preuves.

 

Le druide leva lentement ses mains pour une incantation avant de les rabaisser doucement.

 

Comme répondant à un signal, le bras droit se détourna de la poitrine et fut pointé sur l’autre.

Contre toute attente, ce fut elle qui lança les hostilités. Un rayon d’une couleur indéfinie fut envoyé à grande vitesse.

Salazar avait l’air figé par la surprise ou la peur. Il fit un pas maladroit de coté pour échapper au sort, qu’il esquiva de justesse, en ne pointant plus la jouvencelle au passage.

Un grand sourire fendit le visage de la demoiselle qui lança une succession de sorts auxquels Salazar fit face avec une certaine maladresse.

Il continuait à pointer sa baguette partout sauf sur son adversaire.

Un sort l’atteignit et le fit rouler par terre sur quelques pieds. Dans le mouvement de chute, sa baguette pointait vainement le ciel.

 

Des rires et remarques désobligeantes ou encourageantes, selon le nom du destinataire, fusaient des apprentis qui observaient.

La jouvencelle approcha de quelques pas sans cacher son sourire.

À ce moment, Salazar tourna brusquement la tête vers elle en levant la baguette mais pas vers elle.

Un tourbillon se déchaîna.

Toutes les feuilles de la clairières se soulevèrent d’un coup et tournèrent autour de la jouvencelle en lui faisant perdre l’équilibre. Des morceaux de bois morts allèrent se jeter contre ses jambes.

Dans la confusion, elle lâcha sa baguette.

 

Elle ne pouvait pas voir que Salazar s’était relevé et dirigeait le tourbillon pour en contrôler la vitesse afin qu’elle ne s’évanouisse pas. Il récupéra tranquillement la baguette de son adversaire avant de stopper d’un coup le tourbillon.

La jouvencelle était chancelante et avait le regard un peu vague.

Elle secoua sa tête pour se ressaisir, faisant voler ses cheveux, puis fonça pour récupérer sa baguette en profitant de l’effet de surprise dont elle espérait bénéficier.

Ce fut une erreur. Salazar la fit léviter et la laissa en l’air un petit moment. Il la retourna, tourjours en lévitation, et provoqua un brouillard qui lui couvrait les yeux.

 

Elle ouvrit ses mains et les mit bien en évidence.

 

―Soit ! Je reconnais ma défaite !

 

 

Son corps retourna tranquillement à la surface du sol.

Elle se releva avec un air dépité qui fit sourire plusieurs apprentis.

Elle se tourna vers Salazar et tendit la main. Celui-ci comprit et lui rendit sa baguette.

Elle l’attrapa de la main droite et la colla dans un grand geste contre sa poitrine, juste à coté de l’épaule gauche en inclinant légèrement la tête avant de la rabaisser, rendant ainsi hommage à ses qualités de duellistes.

Il lui rendit son salut mais sans incliner la tête.

 

Un bruit de mains qui claquent brisa le silence qui s’était formé juste après que la jouvencelle se soit déclarée vaincue.

Il s’agissait du druide qui avançait d’un pas de sénateur.

 

―Un moment grandiose, assura-t-il. Le damoiseau Serpentard et la demoiselle Elizabeth nous ont fait la grâce d’un spectacle remarquable. Cela n’est guère étonnant du reste. Vous êtes une véritable promesse, damoiseau Serpentard. De grandes choses peuvent s’accomplir par vous, grâce à vous. Damoiselle Elizabeth, le duel est perdu pour vous, j’en ai peur.

 

En vérité, il cachait mal sa jubilation. Ses yeux pétillaient de mille feux. Un sourire ne cessait de marquer ses traits. Il faisait de grands gestes tout en parlant.

La demoiselle était dépitée mais ne répondit rien. Elle était pourtant certaine de maîtriser le duel avant que ce diable de Serpentard ne retourne la situation à son avantage.

Le druide pressa Salazar d’expliquer comment il avait fait malgré la réticence évidente de ce dernier.

 

―Soit ! accepta-t-il au terme d’une longue diatribe de Diviciacus. J’ai préparé un sortilège pour contrôler toutes les feuilles au sol pendant que je simulais l’incapacité à faire face et quand j’ai estimé le moment opportun, j’ai lancé le sort. Le reste a été aisé.

 

Il remarqua qu’Elizabeth fronça les sourcils à son court récit mais elle resta silencieuse.

 

 

―Heureusement que vous avez pu lui apprendre tant de choses, flatta le premier apprenti.

 

―Oh mais dans ce cas, le talent naturel du damoiseau Serpentard a également fait des merveilles, répondit le druide. Cela est de bon augure pour le vieil ordre des druides. Bien, bien ! Maintenant approchez tous ! appela-t-il en élevant la voix. Je vais vous confier ce que je sais sur les sorts portants sur les animaux. Damoiseau Serpentard, puisque vous avez gagné, je vous laisse choisir le sujet de mon cours sur la nature.

 

―Les serpents, répondit dans un souffle Salazar.

 

 

Le druide acquiesça sans faire de commentaire et s’assit pour être à son aise avant de parler.

 

 

 

 

 

Des heures plus tard, Elizabeth se réveilla à cause de bruits qui la dérangèrent.

Agacée et fatiguée, elle promena son regard autour d’elle pour comprendre.

Certains apprentis avaient un mauvais sommeil. Ils se tournaient et se retournaient sur leurs couches en gémissant.

Intriguée, elle secoua doucement le plus proche pour le réveiller mais il resta inerte.

 

―C’est inutile, intervint une voix.

 

Derrière elle, Salazar était dans la position du tailleur, les mains sur les genoux.

 

―Qu’ont-ils donc ?

 

Il sourit.

 

―Ils semblent avoir un sommeil bien agité. Un cauchemar, je pense.

 

―Tous ensemble ? Mais comment le savez-vous ?

 

―Simple supposition !

 

―Ne pouvez-vous rien faire pour les soulager ? Ils semblent souffrir.

 

―J’ai peur de ne pas soigner les mauvais rêves. Et quand bien même, pourquoi en aurais-je envie ?

 

Elle fut étonnée par cette réponse.

 

―Ne sont-ce pas vos camarades ?

 

―Nenni ! Je n’appartiens point à leur groupe. Je n’ai aucune raison de soulager ceux-la.

 

―Qu’ont-ils donc fait ?

 

Il ne répondit pas.

Elle reconnut parmi les mauvais rêveurs, l’apprenti qui avait le plus raillé Salazar le matin-même quand il avait semblé perdre. Il y en avait un autre encore. Elle ne pouvait tous les reconnaître, bien sûr, puisqu’elle avait autre chose en tête au moment des faits, mais un soupçon lui vint.

 

―Ne sont-ce pas là tous ceux qui avaient moqué ce qu’ils avaient cru être votre défaite ce matin ?

 

Un sourire fendit le visage de Salazar.

 

―Quelle idée plaisante ! Vous pensez donc que je porte malheur à ceux qui agissent contre moi de quelque manière que ce soit ?

 

Elle le regarda incrédule.

 

―Ce n’est tout de même pas vous qui les avez plongés dans ce mauvais songe ?

 

―Allons ! Comment aurais-je pu faire une chose pareille ?

 

Elle frissonna légèrement.

End Notes:

Vous avez du comprendre le pourquoi du choix du titre. C'est le premier chapitre où les personnages présents au début sont encore en pleine forme à la fin. ça devait être souligné.

Pour l'attitude des garçons par rapport aux filles, sans vouloir faire dans le cliché, on peut quand même dire que les garçons sont pas forcèment naturels quand des filles sont proches. Intimidés, cherchent à épater, il y a plusieurs attitudes possibles mais globalement c'est ça. Je sais pas si vous voyez ce que je veux dire par là.

 

Pour les cauchemars, c'est ce que je disais il y a quelques chapitres: légilimancie. Il a progressé dans cette matière.

Son raisonement c'est que si quelqu'un fait ou dit juste quelque chose contre lui, il lui fera subir quelque chose sans jamais paraitre coupable. Mais à force de subir à la moindre moquerie, les autres apprentis vont vite apprendre à ne pas en lancer.

Sic transit gloria mundi by Sleipnir
Author's Notes:

Ainsi passe la gloire du monde, locution latine présente dans le rite d'intronisation d'un nouveau pape jusqu'à Jean-Paul I,ce que je trouve personellement dommage d'ailleurs. Le but étant de rappeler au pape qu'il n'était qu'un homme.

Et google m'informe que cette phrase est aussi présente lors d'un rite maçonnique.

 

Diviciacus s’assit tranquillement sur un arbre mort effondré sur la terre, sans doute arraché à la vie par un violent orage.

Suivant leur habitude, ses apprentis s’assirent tout autour en formant un demi-cercle autour du druide. Salazar, lui, préféra rester debout, adossé à un arbre. Les yeux mi-clos, il semblait presque dormir debout.

Le druide était occupé à révéler de nouveaux sorts à ses apprentis.

Suite à une démonstration, des murmures enthousiastes s’élevèrent et il leva la main théâtralement pour demander le silence afin de continuer sa leçon.

Quand il eut enfin obtenu ce qu’il voulait, il prit une profonde inspiration et entendit soudain la voix nette de Serpentard.

 

―Dites-moi, commença-t-il sans plus de cérémonie. Je suis assez dérouté et pour tout dire intrigué par un point qui me semble inexplicable.

 

Salazar qui s’était donné le nom de Serpentard était différent des autres apprentis. C’était le seul à ne pas l’appeler maître. Il était aussi le seul à soutenir son regard. Diviciacus était presque mal à l’aise devant la flamme qui pouvait brûler dans les yeux de Salazar.

 

 

―Quel est donc le mystère que te trouble ?

 

Le visage de Salazar demeura de marbre. À son arrivée dans le groupe, chaque signe de condescendance qui lui était adressé, comme un tutoiement ou une appellation railleuse, provoquait une crispation chez ce garçon. Des désagréments le gênaient peu après. Le druide trouvait cela déroutant. Il n’était pas le seul concerné. Mais, il avait prestement gardé un visage d’une parfaite sérénité en toute circonstance.

Peu de jours auparavant, le jeune Serpentard avait été vu parlant à un serpent et une bonne partie l’avait moqué en le poursuivant avec des sifflements intempestifs. Chacun de ceux qui avaient fait cela avait perdu l’usage de la langue pendant une journée complète.

 

―Pourquoi diable le nom des sorts que vous enseignez est-il en latin ? La magie druidique n’est pourtant pas postérieure à celle des Romains. Alors, quelle raison vous a poussé à adopter la langue des Romains ?

 

 

Le druide eut un tic nerveux mais reprit rapidement contenance.

 

―Hé bien, mon ordre a constaté que la langue latine est un bon outil pour la pratique de la magie.

 

Serpentard ne changea pas d’expression et fixait le druide sans ciller.

 

―Et dans quelles circonstances, cette découverte a-t-elle été faite ? Pourquoi avoir abandonné l’antique magie celtique ?

 

Le druide hésita mais n’eut pas le temps de répondre que Salazar Serpentard reprenait déjà

 

―Qu’est-ce qui vous a convaincu de la supériorité de la magie des Romains ? Et voyant que le druide ne répondait pas, il ajouta : peut-être devrais-je laisser derrière moi votre enseignement pour en chercher un qui a fait ses preuves face à lui ?

 

Le druide se leva, manifestement inquiet.

 

―Ce n’est pas nécessaire, non.

 

Cette fois, le visage de Serpentard changea. Il se fit plus dur. Une lueur impitoyable passa dans ses yeux.

 

―Alors, expliquez-vous !

 

―Nous étions grands autrefois, grands et vénérés. Notre pouvoir s’étendait dans les deux Bretagnes, le pays qui a été nommé Gaule après et même au-delà du Rhin. Nous avons vu grandir Rome, de la petite cité au grand empire jusqu’à sa décadence et sa chute. Les aigles ont quitté le nid et se sont élancés à la conquête du monde par cupidité, par orgueil, par volonté de puissance. Nous les avons méprisé au départ. Nous avons même été leur peur. Mais ils se sont avancés portant haut leurs emblèmes et leurs armes. Ils ont porté le glaive et pratiqué la magie. La langue latine n’est pas magique par elle-même et elle ne porte pas la magie. Sinon, les messes des chrétiens seraient un déferlement de magie. Mais les sorciers romains ont apprit à utiliser la magie. Ils étaient réunis dans un ordre, l’ordre d’Hécate, et accompagnaient les légions. Après avoir apprit à nous craindre, ils ont senti un ardent désir de vengeance et un soif insatiable d’or et d’honneurs. Ils sont venus conquérants irrésistiblement. Ils ont acquit par le sang versé la domination sur maints peuples qui nous étaient soumit. Alors, nos malheur ont commencé. Ils nous ont traqué comme des animaux nuisibles. Ils nous ont arrachés à nos retraites. Ils nous ont traînés dans leur prisons. Ils nous ont fait mourir.

 

La voix du druide parut se briser un moment. Ses apprentis l’écoutaient en pâlissant davantage à chaque mot prononcé.

 

 

―Un trésor inestimable a été perdu mais nous n’avons pas tout perdu. Les Romains se sont contentés du continent, pour un temps du moins. Les îles bretonnes offraient toujours un refuge sûr et nous avons pu survivre. Nous étions amoindris, blessés, mais nous étions vivants. Notre domination s’est restreinte aux peuples habitant ces îles. Sur le continent, nos sanctuaires étaient profanés,nos peuples détournés de nous et nos druides les plus anciens, détenteurs de notre savoir, se sont fait arracher nos secrets. Mais, ils ont fait pire que cela. Ils ont prit nos apprentis et les ont gardés à leur service et leur ont apprit leurs propres secrets. Longtemps après, ils sont revenus nous attaquer. Les galères romaines ont franchi la mer qui nous protégeait. Cette fois, ils ont étendu leur domination jusqu’au pays des Pictes. Et encore une fois, ils ont voulu nous arracher comme mauvaise herbe.

 

 

Sa voix se tut soudain tandis qu’il portait un main à ses yeux et prenait un air affligé.

Certains de ses apprentis semblaient au bord des larmes.

Mais ce n’était pas le cas de tous.

 

―Il me semble, lança calmement la voix de Serpentard, que l’Irlande n’a jamais été sous la domination des Romains, de même que l’Écosse. Pourtant, là également, les druides ont disparu. Comment les druides ont-ils pu disparaître comme cela ?

 

 

Le druide mit sa tête entre ses mains et sembla tirer sur ses cheveux comme s’il voulait les arracher.

 

―Hélas ! Hélas ! Les Romains n’ont pas été le seul danger. La puissance romaine a décliné avant l’effondrement de l’empire. Mais ce sont les chrétiens qui ont prit le relais. Les prêtres se sont répandus, d’abord sur le territoire encore contrôlé par les Romains. Ils ont prêché leur religion et ont acquit les foules à leur Dieu. Mais ce n’était pas suffisant. Ils sont venus dans toutes les îles britanniques. Leur saint Patrick était le plus connu. Ils n’étaient jamais allé assez loin. Ils n’avaient jamais converti assez de personnes. Ils ne semblaient jamais avoir assez propagé leur religion. Ils ne craignaient pas d’être mis à mort ou torturé. Il semblait impossible de les dissuader de poursuivre leur quête. Nous avons eu des victoires, triomphes éphémères, quand des apprentis qui s’étaient convertis se sont détourné de leur toute nouvelle foi pour revenir à l’enseignement de leurs pères. Cela a jeté le trouble parmi les autres convertis. C’est aussi cela qui a changé l’ordre druidique.

 

 

Il prit une petite pause pour porter à ses lèvres une gourde en peau de chèvre dont il but, lentement, le contenu.

 

 

―Plusieurs des convertis sont revenus de leur égarement mais entre temps, ils avaient apprit autre choses. Cela a commencé en Gaule quand ils ont refusé d’abandonner la magie qui était l’une des conditions pour embrasser la foi chrétienne. Ils ont retrouvé l’antique sagesse druide. Certains sont demeurés solitaires, ermites dans des contrées désolées. Bien d’autres prit un nouveau chemin et c’est ainsi que les druides qui avaient toujours été fidèles ont rencontré les anciens sorciers romains dont certains avaient tous leurs ancêtres druides. Il y a eut quelques désaccords. Certains des anciens druides ont voulu bannir ceux dont les ancêtres avaient trahi. L’assemblée druidique a décidé de les incorporer dans ses rangs et bientôt la seule chose qui pouvait permettre de les distinguer était justement qu’ils utilisaient le latin pour lancer des sorts. Cela fut encore une occasion de friction mais nous avons tous adopté les mêmes coutumes. Les anciens romains nous apprirent l’intérêt du latin pour lancer des sorts et les anciens druides partagèrent leurs secrets sur les potions ou les étoiles. Ceux qui ont refusé ce nouvel état des choses se sont éloignés et ont voulu former leurs propres disciples. Il y eut même des conflits. C’est la raison de l’usage du latin dans nos sorts.

 

 

Serpentard hocha lentement la tête. Les yeux mi clos, il semblait être au milieu d’un songe.

 

―Je vois. Je comprends maintenant. Mais si le latin a été choisi pour porter la magie, c’est qu’il était plus efficace. Dans ce cas, pourquoi les sorciers n’ont-ils pas triomphé des missionnaires de la foi chrétienne ?

 

Le druide tressaillit.

Il répondit vivement :

 

―Je ne souhaite pas continuer à évoquer ces souvenirs.

 

―Et pourquoi non ? Qui peut prétendre enseigner et s’arrêter au milieu d’une leçon pour des convenances personnelles ?

 

 

―Cesse d’importuner le maître ! cria une voix parmi les apprentis assit.

 

Un sourire déforma les traits de Serpentard.

 

―Avez-vous si peur que vous ayez besoin de la protection d’un simple apprenti qui se croit plus important qu’il ne l’est ?

 

Le premier apprenti se leva rouge de colère.

 

―Comment ose-tu … ?

 

Le regard de Serpentard se posa sur lui et le fixa jusqu’à ce que l’autre ne détourna le regard mal à l’aise.

 

―Allons cessez cette sotte querelle ! intervint soudain le druide. Les leçons du passé ne vous suffisent pas ? Nous devons rester unis.

 

Instantanément, Serpentard tourna son regard vers lui.

 

―Ce n’est pas nécessaire. Je ne vois pas l’intérêt de m’associer à certains. Et que devrais-je craindre pour ressentir de demeurer dans un groupe ?

 

―Un homme est plus fort dans un groupe, argumenta le druide.

 

 

―Je ne vois pas l’intérêt de demeurer dans un groupe que je ne dirige pas, répliqua froidement Serpentard. Il n’a pas prouvé sa valeur. Son antériorité sous votre enseignement ne le rend pas apte à commander.

 

 

―Dans ce cas, cria furieux le premier apprenti, je vais vous montrer pourquoi je suis le premier apprenti ! De tous, je suis le plus fidèle et le plus loyal et chacun a accepté ma primauté mais puisque vous défiez mon autorité, je vais vous montrer que votre faible puissance devrait vous ncter à plus d’humilité.

 

 

Serpentard prit un air ennuyé.

Cependant, le druide leva les mains.

 

―Eh bien, voilà qui est décidé. Vous commencerez votre duel au crépuscule.

 

―Nenni, lança Serpentard. Puisqu’il tient à m’affronter, je vais m’en occuper maintenant.

 

―Soit ! Et s’il gagne, vous devrez vous soumettre et ne plus commencer de querelles.

 

―Très bien mais si je gagne, vous devrez poursuivre votre récit.

 

―Les conditions me conviennent.

 

―A moi, également.

 

―Dans ce cas, écartez-vous vous autres ! lança Serpentards à tous les autres apprentis.

 

 

 

Un cercle se forma et les hostilités commencèrent.

 

Il y eut tout d’abord un échange de sorts qui n’atteignirent pas leur destinataire ou furent déviés.

Le premier apprenti lui lançait une série de sorts pour le bloquer ou lui arracher la baguette.

Serpentard ne le frappait pas directement. Il pointa sa baguette sur le sol et lança un sort qui démarra un feu dont il dirigea les flammes.

Un vent glacé fut envoyé en réponse qui éteignit les flammes et refroidit l’air autour de Serpentard ce qui le fit frissonner.

Il s’éloigna d’un bond et son sortilège frappa un arbre qui s’écroula à l’endroit où se tenait le premier apprenti qui s’écarta vivement.

 

Une corde apparut et le frappa comme un fouet mais elle fut détruite promptement.

 

Le premier apprenti remarqua alors qu’il s’enfonçait dans un sol boueux. Une véritable mare s’était formée.

 

― Il est encore temps d’abandonner, railla Serpentard.

 

―Je n’en ferai rien. Mes pieds sont à peine enfoncés.

 

―Quel dommage ! Laissez-moi vous montrer mon dernier sort. Je le chéri particulièrement. Pour tout dire, c’est moi qui l’ait inventé. Serpensortia !

 

Une grande vipère jaillit alors de sa baguette et s’avança vers le premier apprenti.

 

Celui-ci eut un grand frisson.

 

« Ne le tue pas ! Enroule-toi autour de lui »

 

Ignorant les regards qui s’étaient tournés vers lui, Salazar marcha vers son adversaire et lui prit sa baguette.

 

―Allons, acceptez la défaite.

 

L’autre ne répondit pas mais ne baissa pas le regard tout en tentant de se dégager.

 

―Dans ce cas, vous ne me laissez pas le choix.

 

D’un sort, il fit venir à lui un petit flacon qui se trouvait dans ses affaires.

C’était trop facile. Il connaissait la peur qu’inspiraient les serpents à son adversaire.

Il déboucha le flacon et en versa le contenu dans la bouche du premier apprenti.

 

―Quand vous avalerez, vous mourrez.

 

« Écarte-toi maintenant »

 

Il recula d’un pas en même temps que le serpent alla plus loin.

D’un autre sort, il fit venir un autre flacon.

 

―Voici l’antidote. Je ne vous le donnerez qu’après votre soumission. Comme vous ne pouvez parler, levez une main quand vous vous serez décidé.

 

La main fut levé avant qu’il n’ait eu le temps de finir.

Serpentard lui dit alors de recracher ce qui fut fait en vitesse puis il lui donna la boisson.

 

―Enfin, que signifie cet acte ? interrogea le druide qui s’avança. Il était question de duel non de mise à mort.

 

―La mort est une fin qui peut arriver en duel, même si c’est peu fréquent, répliqua Serpentard. Votre histoire maintenant !

 

―Bien, céda le druide. Le temps passant, les populations se sont éloignées de nous. Nous avons tout tenté pour les garder sous nos ordres. Nous avons tué des chefs de clan convertis. Nous avons tués des prêtres. Nous avons menacé. Mais nos fidèles se sont raréfiés. Les clans n’avaient plus peur de nous. C’est alors que le combat a cessé. Nous nous sommes dispersés. La vengeance a été dans notre esprit. Certains se sont même convertis mais en voulant continuer à pratiquer la magie. Je crois bien qu’ils ont prêté serment de ne l’utiliser que pour le bien. Les druides sont devenus une légende. Depuis, ceux qui sont restés ont continuer de former des apprentis dans l’espoir qu’un jour la situation changera.

 

―Je vois, commenta simplement Serpentard.

 

 

 

 

 

Le soir parut une soirée ordinaire et pourtant un malaise régnait. Un apprenti avait défié l’autorité du druide et l’avait forcé à agir selon sa volonté.

L’ancien premier apprenti, puisque le titre lui avait été arraché sans que Serpentard se l’appropriasse, se tournait et se retournait sur sa couche.

Enfin, il se leva et partit marcher dans les bois.

 

Damoiselle Elizabeth le suivit du regard.

 

―Étonnant, murmura-t-elle. Il a le sommeil lourd normalement.

 

―Quel ennui, murmura la voix de Serpentard la faisant sursauter. Il ne trouve plus le sommeil.

 

Elle ne répondit rien et s’endormit enfin.

 

End Notes:

Vous constatez que ma vision de l'histoire où la magie existe est différente de la séparation des mondes moldu et magique racontée par JKR. Les druides au coeur des sorciétés celtiques mas aussi les romains chez lesquels la magie est reconnue. L'ordre d'Hécate du nom de la déesse de la magie de la lune et de je sais pas quoi d'autre dans la mythologie gréco-romaine. Franchement, j'ai du mal à imaginer que des sorciers puissent être totalement indifférent à ce qui se passe dans leur pays.

Donc un récit pas tout à fat exact hstoriquement de la conquête romaine. Divciacus n'est pas neutre quand il raconte les faits et déforme un peu.
En vérité, la conquête romaine n'était pas forcèment prévue.

Il y a eu des cas différents. PArfos Rome était appelée à intervenir dans un conflit. C'est comme ça que la Sicile est devenue romaine. Parfois des attaques préventives. Parfois, les armées partaient pour satisfaire une ambition politique.

J'explique. Le système de la république romaine prévoyait que les différents postes de pouvoirs devaient être pourvus par des élections. Mais il n'existait pas de parti, pas de programme, pas vraiment de candidat. Donc pour attirer les votes, il fallait se faire bien voir de l'opinion publique. Et l'opinion publique apprécie beaucoup les victoires ou que des monuments soient construits grâce à l'argent du butin. Mon explication est assez rapide évidement.

 

Les druides ont effectivement disparu pendant la romanisation mais se sont maintenus dans les îles britanniques jusqu'à la christianisation.

 

Serpentard dit qu'un duel peut s'achever par la mort mais que ce n'est pas fréquent. En effet, à l'époque, les chevaliers cherchaient moins à tuer qu'à faire prisonnier pour réclamer une rançon. Amusant de se dire qu'au Moyen-Age, les guerres étaient moins meurtrières qu'aujourdh'ui. Il y avait des morts évidement mais dans les faits pas tant que ça.

 

J'avoue avoir piqué l'idée de verser du poison dans la bouche de quelqu'un en lui disant que s'il avale, il meurt dans une série. Il s'agit de Person of interest, saison 5 l'un des derniers épisodes. Une série que j'ai apprécié.

La liberté n'est pas de faire ce que l'on veut mais de vouloir ce que l'on fait by Sleipnir
Author's Notes:

Une citation de Bossuet que j'aime bien

 

Un vent morne agitait des feuilles sur le sol sous le regard indifférent des apprentis de Diviciacus. Ils se tenaient autour d’un maigre feu sur lequel un lapin cuisait lentement sur une broche.

Une scène bien banale de la vie domestique qui pouvait laisser présager une compagnie soudée et unie mais qui cachait un profond malaise.

Tous étaient silencieux et aucun n’avait le regard sur autre chose que sur le lapin qui fumait légèrement et encore le considéraient-ils sans la moindre lueur d’intérêt ou de convoitise dans les yeux. Aucune parole ne venait troubler le silence presque religieux qui régnait dans cette clairière.

L’un des apprentis tournait négligemment la broche de temps en temps et s’éloignait aussitôt pour ne pas trop s’exposer aux vives flammes. Mais, sitôt retourné à sa place, l’apprenti frissonnait et regrettait presque d’avoir quitté la bienfaisante et néanmoins douloureuse chaleur du feu.

 

 

Un homme passant aurait pu croire que la compagnie venait d’enterrer l’un des leurs, tellement leur morosité était palpable.

 

 

Enfin, Elizabet, lasse sans doute d’être figée à contempler un feu, spectacle qu’il est pourtant possible de contempler indéfiniment sans se lasser, se leva et retira le lapin du feu. Armée d’un poignard, elle le découpa en morceaux qu’elle distribua autour d’elle dans un concert grandissant de grognements de déception devant la maigreur de la portion qui était donnée à chacun.

Deux pourtant ne grognèrent pas.

Le premier était le druide qui regardait Elizabeth avec un mélange de stupeur et d’indignation de ne pas avoir reçu une part plus grosse en vertu de son état de maître.

De même, Serpentard n’avait pas bronché mais pas pour les mêmes raisons. Il sortit sa baguette et la pointa sur sa maigre portion qui prit aussitôt des proportions plus intéressantes. D’un autre coup de baguette, il fit sortir tous les petits os avant de mordre dedans à pleines dents sous le regard halluciné de tous les autres apprentis.

Quelques uns tentèrent de suivre son exemple mais n’obtinrent pas les mêmes résultats.

Trois portions prirent feu. Deux autres furent dures comme du bois. Le pire étant qu’une autre fondit et coula jusqu’au sol comme de l’eau claire.

Ils regardèrent dépités ce qu’il restait de leurs portions et risquèrent un regard sur Serpentard qui n’y prenait pas garde.

 

Elizabeth eut pitié d’eux et décida d’aller parler à Serpentard.

 

―Damoiseau Serpentard, commença-t-elle, certains de nos malheureux compagnons se retrouvent le ventre vide et la dent creuse. Voudriez-vous partager votre portion qui pourrait amplement suffire à les nourrir ?

 

Serpentard lui accorda à peine un regard.

 

―Point n’agirait ainsi. Tous nous avons reçu la même portion. S’ils n’en sont pas satisfaits qu’ils aillent chasser une autre bête.

 

 

―C’est qu’ils sont malhabiles à l’art de la chasse, insista-t-elle.

 

―C’est bien malheureux pour eux, en effet, répondit-il faussement compatissant.

 

―Aussi, j’ose espérer que vous leur viendrez en aide.

 

―Vous parlez en vain. Si vous voulez tant leur donner une part supplémentaire, donnez la votre.

 

―C’est que, je l’ai déjà mangée.

 

 

Durant ce court échange, tous les autres apprentis, y comprit ceux qui avaient pu manger leur part mais qui malgré cela n’étaient pas rassasiés, suivaient du regard l’une et l’autre selon qui parlait. Aucun ne parlait. Ils ne semblaient même plus respirer.

 

―Vous a-t-elle suffit ? Vous ne semblez pas chanceler de fatigue.

 

―Je ne demande rien pour moi. Ma part me suffira.

 

―En ce cas, il doit en être de même pour eux.

 

À ces mots, l’un des apprentis ayant tenté de changé leur nourriture regarda tristement ce qu’il en restait et qui aurait suffit à faire fuir un homme affamé.

 

―Ils ont perdu leurs portions en voulant la changer par magie.

 

―Eh que m’importe ! J’ai acquis cette part grâce à ma magie. S’ils ne sont pas capables de faire de même, c’est leur affaire.

 

 

―Quoi ? Vous laisseriez vos compagnons avoir faim ?

 

―Certes oui ! Et pourquoi agirais-je autrement ? S’ils ne sont pas capables de se débrouiller par leurs propres moyens alors leur sort me laisse indifférent.

 

Pour bien appuyer ses propos, il arracha un bout de viande et commença à le mâcher ostensiblement.

 

―Demandez donc à œil de corbeau de faire une démonstration si vous y tenez tant, lâcha-t-il enfin.

 

 

 

Elizabeth lança un dernier coup d’œil furieux à Serpentard avant de suivre son conseil.

 

―Maître, commença-t-elle.

 

―J’ai entendu toute l’affaire, l’interrompit le druide. Damoiseau Serpentard, voyons, pourquoi ne voulez-vous pas accéder à sa requête légitime ?

 

Serpentard ne tourna pas le regard.

 

―Ou peut-être, reprit agacé le druide, n’êtes-vous plus capable de renouveler votre acte et voulez vous épargner la honte de l’avouer ?

 

―Je le suis mais il n’est nul besoin de le démontrer, répondit sèchement Serpentard. Du reste, je ne vois pas pourquoi je devrais faire un effort pour des gens qui renoncent à la première difficulté. Je les ai vu se résigner après leur échec et se contenter des restes de leur pitoyable effort. Et là encore, ils attendent que quelqu’un d’autre leur vienne en aide.

 

 

―Il n’est pas nécessaire de se mettre en colère, voulut le tempérer le druide. Je suis certain qu’eux seraient prêts à vous venir en aide si besoin était.

 

―Ce ne sera pas nécessaire. Je n’ai que faire de l’aide de gens trop faibles.

 

Le druide le regarda en fronçant les sourcils.

 

―Damoiseau ! Je n’apprécie guère le ton que vous prenez ! puisqu’il en est ainsi, vous ne m’accompagnerez pas lors de ma prochaine expédition.

 

Ces paroles éveillèrent l’intérêt de Serpentard. Il se tourna vers le druide.

 

―Une expédition, vous dites ? Mais quelle est donc le but de cette expédition ?

 

Satisfait d’avoir provoqué l’intérêt de son apprenti sans pour autant le combler pour autant, le druide commença à expliquer.

―J’ai repéré un enfant capable d’exercer la magie dans un village non loin d’ici. Aussi,je compte me mettre en route prestement avec ceux qui me suivront pour aller le chercher.

 

―Et pourquoi faire ? demanda Serpentard. Son père ne peut-il lui apprendre lui-même la magie ?

 

―Nenni ! Je ne sens qu’une seule forme de magie et elle est frêle et hésitante, signes de la jeunesse de celui qui peut la pratiquer. Il est fort possible que l’enfant soit seul de sa famille à pouvoir pratiquer la magie ou que ses parents soient morts et qu’il ait été recueilli mais je le saurai là-bas. Damoiselle Elizabeth, je vous confie la garde de ceux qui ne seront pas avec moi.

 

Ladite Elizabeth s’inclina légèrement en signe d’assentiment.

Le druide appela alors l’ensemble des apprentis et désigna ceux qui l’accompagnerait. Sans surprise, il s’agissait des apprentis les plus anciens dans le groupe. Ils acceptèrent avec enthousiasme la nouvelle sauf un qui se contenta de hocher la tête avec ferveur.

 

―Hé bien, s’étonna le druide, que vous arrive-t-il ? D’ordinaire, vous n’affichez pas cet air sombre et mélancolique !

 

―Pardonnez-moi maître, répondit le plus ancien des apprentis. Je ne parviens plus à trouver le sommeil depuis quelques jours mais je vous suivrai tout de même. Je ne vous décevrai pas.

 

 

―Avant que vous ne partiez, l’interrompit Serpentard, j’aimerais savoir s’il est réellement possible que la magie se manifeste chez un enfant alors qu’elle n’a pas été pratiquée par les précédentes générations de sa famille ?

 

―J’ai déjà vu des enfants qui étaient les premiers de leurs familles à pratiquer la magie, répondit Diviciacus. Mais l’heure est venue de partir maintenant. Damoiselle Elizabeth, nous vous retrouverons à l’orée de cette forêt vers le midi. Il y a un endroit avec des menhir où vous établirez le camp. Quand nous vous y retrouverons, soyez prêts à partir ! Il est possible que des paysans nous poursuivent et je ne tiens pas à m’attarder plus que de raison. De cet endroit, vous apercevrez aisément le village où se trouve l’enfant. Moi et les autres ferons un détour pour le prendre à revers. Si vous partez aujourd’hui vous arriverez sans doute avant nous. Envoyez un corbeau quand vous serez installés. Vous vous souvenez bien de la manière de les faire obéir ?

 

 

Sans écouter la suite, Serpentard se détourna du groupe en maugréant pour lui-même :

―Comment est-ce possible ? Comment peuvent-ils pratiquer la magie ?

 

Le druide donna des instructions sur le chemin à suivre pour le retrouver, tout en agrandissant l’une des portions de viande pour ceux qui avaient gâché la leur.

 

Serpentard assista de loin à son départ.

 

―Finissez votre repas et préparez vos affaires, lança Elizabeth qui prenait sa responsabilité très au sérieux.

 

Le groupe s’exécuta d’assez mauvaise grâce et bientôt tout le monde fut prêt.

Elizabeth resta un petit moment sur place pour vérifier que personne n’avait rien oublié. Il était peu fréquent que l’un des apprenti veille ainsi, du moins de sa propre initiative. Une fois, le damoiseau Serpentard avait été chargé d’agir ainsi mais il avait préféré mettre le feu à ce qu’il avait trouvé et quand un apprenti se souvint plus tard d’avoir oublié ses chausses de rechanges, il révéla ce qu’il avait fait, ajoutant qu’il n’était pas un valet et qu’il n’avait pas l’intention de servir de mule pour un apprenti trop étourdi.

 

Elle lança un coup d’œil et hocha la tête satisfaite.

Elle sourit en sentant un vent léger la rafraîchir. C’était plaisant.

Elle fronça les sourcils en entendant des pas léger, sans doute Serpentard qui s’impatientait.

Elle se retourna et écarquilla les yeux.

 

 

 

Ce ne fut que plus tard qu’elle rejoignit les apprentis dont certains s’étaient confortablement installés pour l’attendre.

 

―Allons maintenant ! dit-elle simplement.

 

 

Elle repéra le Nord grâce à la mousse sur les arbres et prit la direction opposée.

Elle marchait silencieusement et semblait perdue dans ses pensées, ne remarquant que certains des plus jeunes peinaient à suivre son allure.

Elle entendit enfin quand l’un d’eux trébucha.

―Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle dans un murmure.

 

―Simplement, le damoiseau Lowe qui chut, répondit d’un ton sarcastique Serpentard.

 

Le dénommé Lowe se releva. Son visage s’était empourpré de confusion.

 

―Allons, ce n’est pas grave, le rassura Elizabeth. Pouvons-nous repartir ?

 

Surprit d’être sollicité, Lowe acquiesçât d’un signe de tête.

 

―Pourquoi diable lui demander son avis ? demanda Serpentard tout aussi étonné.

 

Elle lui jeta un regard qui était l’expression de la tristesse sans que Serpentard ne comprit pourquoi.

 

―Ne pouvons-nous penser au bien des plus jeunes ? dit-elle d’une voix presque implorante.

 

―Dans la mesure où ils sont un poids, je crains que non.

 

―Nous parlons d’enfants pas de bêtes de somme, rétorqua-t-elle mais d’évidence le cœur n’y était pas.

 

―D’enfants ? reprit-il avec un sourire. Vous voulez dire, des enfants comme ceux que j’ai retrouvé calcinés le jour où j’ai rencontré Diviciacus ? Des enfants qui avaient été délibérément et sans nécessité tués en l’honneur d’idoles ?

 

Elle eut un frisson d’horreur.

 

―Des enfants ? Morts ? murmura-t-elle dans un faible soupir. Oui, je m’en souviens. Mais ce n’était pas moi. J’avais la charge de surveiller les plus jeunes. Les autres fois, il en a été de même. Je n’ai jamais tué un des enfants qu’ Oeil-de-corbeau est allé enlever.

 

Le sourire de Serpentard s’élargit.

 

―Oh mais je vous croie, dit-il. Je suis tout à fait disposé à croire que vous n’avez tué aucun de ces enfants. Vous avez seulement vu ce druide partir en sachant qu’il allait tuer et vous l’avez retrouvé son crime accompli sans rien dire et continuant à agir comme si de rien était.

 

Elle resta figée et pâle et,lentement, des larmes coulèrent coulèrent de ses yeux.

 

―J’ai mal agi, admit-elle. Il est vrai que j’ai mal agi. J’ai laissé faire le meurtre. Il est des femmes qui passent leur vie au couvent sans avoir commit mal moindre que celui que j’ai laissé commettre.

 

―Par les tripes du diable ! jura Serpentard effaré. Voilà un curieux discours ! Il est tenu bien tardivement, je pense.

 

Autour de lui, plusieurs apprentis écoutaient sans vraiment comprendre l’échange qui se tenait devant eux.

 

―Il est vrai que plusieurs vies eussent été épargnées si j’avais agi auparavant. Je ne puis plus rien pour ce qui est passé.

 

―Voilà de belles paroles, railla Serpentard. Et puis-je connaître vos intentions ?

 

Elle tressaillit.

 

―Je ne puis plus continuer ainsi. Je vais quitter les apprentis.

 

―Votre décision semble bien soudaine, lança Serpentard.

 

―Que ne l’ai-je prise plus tôt !

 

Elle demeura un instant silencieuse avant de promener son regard sur les autres apprentis médusés.

―Il est bien tard pour moi de regretter ce qui a été fait mais point trop tard. C’est ici que nos chemins se séparent. Passez votre chemin ! Je voudrais que vous abandonniez vous aussi l’enseignement de…, du druide mais je n’en ai pas la force ni le droit après l’avoir suivi de trop long mois.

 

Les apprentis n’osaient la regarder et lui jetaient de furtifs coups d’œil, ne comprenant pas comment une journée si banale avait pu déboucher sur le refus d’Elizabeth de suivre Diviciacus.

 

 

―Et que comptez-vous faire ? demanda Serpentard d’un air détaché.

 

―Je ne sais. Oh ! Je vous en prie, ne le suivez pas plus avant. Sa route n’amène qu’à la mort. Il vous fera à son image et vous finirez comme lui parcourant les forêts en quête d’enfants à arracher à leur familles pour leur rappeler les anciens temps des druides.

 

―Les druides sont morts et l’ordre ne sera pas rétabli, répliqua Serpentard. Seulement, je tiens encore à connaître certains secrets. Mais soyez certaine que je ne deviendrai pas un druide. Il est bien trop médiocre. Il ne fait que rêver à des temps qu’il n’a pas connu, espérant retrouver une gloire depuis longtemps oubliée mais sans pour autant agir pour l’avoir. Il préfère se reposer et attendre que ses apprentis agissent à sa place. Il avait fondé certains espoirs en vous, d’ailleurs, et sera déçu de les voir réduits à néant. Mais il ne fera que maudire le sort. Cela est donc sans importance. Vous voulez suivre votre propre voie ? Eh bien allez ! Pour ma part, je ne resterai pas longtemps près du druide. Ma vengeance m’attend.

 

Elle le regarda sans ciller.

 

―Une vengeance, c’est donc là ce qui vous pousse.

 

―Qu’importe !

 

―Écoutez ! Vous pouvez facilement devenir un maître dans l’art de la magie. Pourquoi utiliser votre magie pour une vengeance ?

 

―Que vous importe ? Vos nobles sentiments ne m’arrêteront pas. Je les trouve assez déplacés alors que vous savez pertinemment ce que vous avez laissé faire.

 

―C’est bien ce qui me fait dire que…

 

Il la fit taire d’un geste de la main et poursuivit :

―Vous vous dites complice de plusieurs et vous me donnez des leçons de morales.

 

À cet instant, Elizabeth ressentit une sourde angoisse. Elle eut l’impression qu’elle s’était comme condamnée elle-même en jugeant Serpentard et les regards fixes de ses anciens compagnons la confortait en ce sens.

Sans répondre, elle tourna les talons et s’enfuit.

 

Quand elle eut disparu, Serpentard s’écria :

 

―Levez-vous tous ! Nous nous remettons en route !

 

Aucun n’osa protester.

 

 

Elizabeth reprit son souffle plus loin. Elle se maudissait de n’avoir su répondre.

Un léger bruit de pas la tira de ses sombres pensées. Elle leva la tête et ses yeux croisèrent ceux qui l’avait arrêtée plus tôt. Elle eut un nouveau frisson en voyant ces yeux qui semblaient refléter son âme.

 

Je crois qu'il y a des résistances honnêtes et des rébellions légitimes by Sleipnir
Author's Notes:

Alexis de Tocqueville dans 'De la démocratie en Amérique'

 

A la base, le précédent chapitre devait être plus long mais je l'ai coupé pour qu'il ne soit pas trop long justement. Je pensais réussir à faire tenir ce que je voulais en deux châpitres et ça ne suffit finalement pas.

 

Les apprentis de Diviciacus étaient déroutés.

Après le départ de la jouvencelle, ils avaient marché en silence et réfléchissaient sans paraître comprendre les motivations de la demoiselle.

Seul Salazar Serpentard semblait serein.

Il avait naturellement prit la tête du petit groupe et aucun des autres n’avait chercher à lui contester cette place.

C’était une place que Serpentard semblait prendre avec une certaine légèreté.

Son pas était tranquille et posé comme s’il se promenait.

Toutes les autres fois qu’ils participaient à une pareille expéditions, les jeunes apprentis marchaient à grand pas de crainte de faire attendre le druide.

Seulement, Serpentard se souciait peu de le faire attendre justement.

 

Les apprentis le voyaient parfois s’arrêter pour ramasser divers objets sur le sol : ossements d’animaux, fleurs ou branches fraîchements tombées ou mortes et sèches. Il mettait le tout dans sa sacoche.

 

Par moment, des corbeaux survolaient les jeunes sorciers et croassaient en tournoyant autour d’eux avant de filer.

La curieuse manie de ces volatils de venir voir ce que faisaient les jeunes fut rapidement attribuée à Diviciacus, inquiet ou agacé sans doute du temps que prenait la petite troupe pour rejoindre le lieu demandé par lui.

 

Quand l’un des jeunes osa lui en dire en mot, la réponse de Serpentard fut cinglante. Il répondit froidement que Diviciacus pouvait l’attendre et que lui-même ne comptait se presser pour une quête sans importance, du moins, à ses yeux.

 

Seulement, Diviciacus, lui, ne semblait pas du même avis.

Plusieurs corbeaux volèrent autour du groupe en croassant furieusement.

 

―Le maître est peut-être en colère à cause de notre retard, supposa craintivement l’un des jeunes.

 

―Il est possible qu’il soit effectivement en colère, répondit en élevant à peine la voix Serpentard. Mais rien ne permet de l’affirmer.

 

―Cependant, ces corbeaux semblent indiquer…

 

―Je ne parle pas aux corbeaux, interrompit Serpentard. D’ailleurs, je n’ai que faire de cris de vulgaires volatils.

« Qu’en pense-tu toi ? » demanda-t-il à un serpent enroulé autour de son cou.

 

Le reptile ouvrit une paupière et fit sortir sa langue fourchue de sa mâchoire.

« Ces oiseaux ne m’intéressent que pour leurs œufs, je dois dire ».

 

Serpentard eut un léger rire pendant que plusieurs des apprentis se serrèrent pour former un groupe plus compact, assez mal à l’aise.

 

 

Ce ne fut que bien plus tard que les jeunes gens sortirent de l’orée de la forêt et virent les menhirs dont avait parlé Diviciacus plus loin dans la plaine.

Quand ils les atteignirent enfin, un corbeau poussa un croassement sonore et s’éleva assez lourdement alors que la nuit recouvrait la terre de son manteau de velours.

 

―Et maintenant, que faisons-nous ?

 

―Attendez céans, commanda simplement Serpentard.

 

Il retira le serpent de son cou et le laissa filer dans l’herbe. Il dissimula ensuite sa baguette puis partit rapidement après s’être assuré de ne pas être suivi.

 

Il s’allongea dans un pré où seuls des moutons remarquèrent sa présence, encore qu’ils se montrèrent fort peu intéressé par lui mais cela lui convenait parfaitement.

 

Un peu devant lui, un petit village voyait toute activité décliner et toute lumière s’éteindre au fur et à mesure que la nuit avançait.

 

La nuit se fit de plus en plus obscure sans que rien ne paraissent laisser présager qu’un druide et plusieurs de ses apprentis préparaient quelque chose.

 

Et pourtant, alors que l’aurore blanchissait l’horizon, un grand cri retentit.

 

La porte de l’une des maisons avait volé en éclat et quelques silhouettes s’engouffrèrent furtivement à l’intérieur.

Un instant plus tard, les silhouettes ressortaient en traînant derrière elles un jeune enfant qui hurlait de terreur.

 

Un autre homme, un paysan cette fois, sortit à son tour et s’élança à leur poursuite.

 

―Rendez-moi ma fille !

 

L’agitation gagna rapidement l’ensemble du village et des paysans sortirent à leur tour.

Le plus près avait eu la prévoyance de sortir armé d’un bon bâton. Il le brandit et s’élança sur les inconnus.

Mais l’un d’eux, le seul qui ne tenait pas la fillette leva la main et l’homme fut projeté en arrière. Il retomba lourdement sur le dos et se releva avec peine, l’air hébété.

 

Mais à ce moment, l’un des ravisseurs poussa un cri aigu. Le mur de l’une des maisons venait de lui tomber dessus.

La fillette échappa à la main de ses ravisseurs, trop étonnés par la mort de leur camarade pour bien la tenir, mais au lieu de fuir, elle tomba à genou et demeura prostrée tout en continuant de hurler.

 

Quand les ravisseurs voulurent encore la saisir, elle disparut d’un coup et Serpentard se rendit compte qu’elle apparut à quelques pas de lui et que de plus, elle ne semblait pas s’être rendue compte de ce qui s’était passé.

En revanche, les villageois et les ravisseurs s’en rendirent bien compte eux. Ils la trouvèrent vite, bien aidés par ses hurlements qui n’en finissaient pas, preuve de cordes vocales absolument extraordinaires.

Si les villageois demeurèrent saisis à leur tour, mais d’effroi et de stupeur contrairement à la fillette, les ravisseurs, eux, ne perdaient pas de temps et coururent vers l’enfant.

Le père de l’enfant s’était figé et était d’une pâleur cadavérique. Il dut poser sa main sur un mur pour ne pas se laisser tomber.

 

Dissimulé derrière un fourré, Serpentard observait la scène en silence.

 

Il entendit des murmures de plus en plus menaçants de la part des villageois.

« Que sont ces monstres ? Qu’ont-ils fait à la petite… ? »

 

Des enfants sortaient à cet instant des maisons. Il était un peu tôt mais ils étaient habitués à ne pas prolonger leur sommeil pour travailler.

Ils connaissaient la fillette. Leurs petits yeux, embrumés par le sommeil dont ils venaient d’émerger, s’ouvrir grandement d’un seul coup quand ils virent ce qui se passait.

 

Ils voulurent courir pour venir au secours de leur amie, inquiets tous des histoires d’enlèvements d’enfants qui leur étaient régulièrement racontées.

Les adultes en arrêtèrent plusieurs mas d’autres leur échappèrent et continuèrent leur folle course.

 

L’un des ravisseurs leva alors la main dans un geste théâtrale, main dans laquelle Serpentard voyait une baguette magique. Un véritable mur de flammes s’éleva, coupant net les enfants qui reculèrent précipitamment.

Soudain, un autre ravisseur poussa un glapissement. Un mouton venait de le mordre.

Alors, les ravisseurs, qui venaient de faire reculer un village entier, reculèrent à leur tour en voyant que les paisibles ovins semblaient prit de fureur.

 

C’était un spectacle surprenant de voir des hommes forts fuir devant des moutons. C’en devenait grotesque !

 

Mais ces animaux ne se calmaient pas loin de là. Ils couraient en tous sens autour de la fillette tels une vivante muraille.

 

Le mouton le plus proche des ravisseurs s’éleva brusquement dans les airs et fut écartelé d’un seul coup.

Mais les autres ravisseurs reculèrent d’un autre pas face au véritable assaut qui fut mené contre eux mais pas seulement.

L’une des bête commença à courir en direction de Serpentard.

Ne comptant pas se laisser faire par un mouton, même enragé, celui-ci leva sa baguette et fit voler une pierre qui vint frapper la fillette à la tête la faisant s’écrouler sur le sol.

Les ovins eurent un air un peu égaré et reprirent leur paisible routine habituelle.

 

Serpentard sortit de sa cachette et s’avança vers la fillette étendue au sol. Elle était assommée.

 

―Damoiseau Serpentard ! s’étonna l’un des ravisseurs avec la voix de Diviciacus. Mais que faites-vous là ?

 

De là où il était, Serpentard vit que les ravisseurs avaient des masques dissimulant leurs visages. Naturellement, cela ne l’empêcha pas de reconnaître le druide et ceux qui l’accompagnaient.

 

―Je me demande ce que vous aviez l’intention de faire de cette enfant après l’avoir terrorisée. Vous ne pensiez pas qu’elle rejoindrez vos apprentis ?

 

Pendant que les villageois restaient figés, saisis de crainte, le druide fit quelques pas en avant.

 

―Il existe des moyens mais que faites-vous là ? Pourquoi n’êtes-vous point avec les autres apprentis ? Et où est demoiselle Elizabeth ?

 

―Je ne sais, en vérité. Elle a choisi sa propre route. Elle semblait assez… troublée pour tout dire. Mais que vous importe ?

 

―Comment osez-vous parler au maître ainsi ?

 

―Il n’est pas temps de se battre, interrompit le druide.

 

―Oh mais je n’en doute pas, railla Serpentard. Vous êtes le dernier rejeton de fuyards et de lâches qui ont préféré se cacher plutôt que de lutter. Votre temps est passé.

 

―Je ne pense pas, répliqua Diviciacus. Vois ceux que j’entraîne pour qu’ils prennent part à la lutte !

 

―J’ai bien peur que ce soit la fin pour le corbeau.

 

―Prétendez-vous que je doive me retirer et laisser l’ordre druide sombrer dans l’oubli ?

 

―En réalité, c’est déjà fait !

 

―Qu’est-ce à dire ?

 

―Vous avez fui devant vos ennemis. Vos cultes ont été abandonnées par les peuples que vous dominiez. Vous n’existez plus que dans les récits des moines.

 

―Pourtant, je suis bien là et mes apprentis de même.

 

―Vous vous donnez l’illusion de représenter encore quelque chose. Un corps bouge encore quand il grouille de vers.

 

―Balivernes ! cracha le druide furieux d’entendre cela. Je pars avec mes apprentis et cette enfant. Et rien n’entravera notre marche vers le retour de la gloire de l’ordre druide ! Les peuples apprendront de nouveau à nous craindre et nous respecter !

 

Serpentard haussa les épaules et eut une petite moue méprisante.

 

―Vous ne faites que retarder l’échéance !

 

La fillette commença à bouger attirant l’attention du druide qui laissa par inadvertance une ouverture dans son esprit.

 

Désir de vengeance… Une grande volonté...Une rage même...Mais une faiblesse tout aussi grande...De la crainte de ne pas être à la hauteur… Le sentiment d’être écrasé par un passé pourtant vieux de plusieurs siècles… Une irrésolution chronique...Une pointe de narcissisme...Une incapacité à choisir… Une hargne devant le dédain…

 

Serpentard voyait tout. Il avait profité de l’ouverture dans l’esprit du druide.

 

 

 

 

―Il n’est pas nécessaire de nous battre, dit le druide. Rendez-moi cette baguette !

 

―J’en ai l’usage, répondit simplement Serpentard.

 

Le druide fit un geste et la fillette fut soulevée dans les airs. Après quoi, il tendit la main.

 

Serpentard eut un sourire dédaigneux.

 

―Pourquoi parler tant ? commença à s’énerver un autre apprenti qui faisait jaillir des flammèches de sa propre baguette pour maintenir les villageois à distance.

 

 

Serpentard lança un sort très haut, trop haut pour que Diviciacus se sente menacé et prenne la peine de le contrer.

Ce fut une fatale erreur !

Les villageois étaient visés. L’une de leurs maisons s’écroula dans un grand bruit.

Rendu furieux, les dits villageois prirent des pierres sur le sol et les envoyèrent sur les sorciers.

Les apprentis de Diviciacus furent atteints par une pluie de pierres. Ils reculèrent en désordre en ripostant.

Serpentard profita alors de la distraction pour s’engouffrer plus avant dans l’esprit du druide, découvrant ses secrets.

 

Il vit le druide jeune, à un moment où sa barbe n’était composée que de quelques poils épars et disgracieux, écoutant son propre maître avec une vénération presque religieuse.

Il vit le druide parcourir les routes, une fois que sa formation fut jugée achevée par son maître, et se coucher dans un trou pour ne pas être vu d’un groupe de soldats allant sans chercher querelle.

Il vit le druide réussir manipuler la mémoire de ses jeunes apprentis pour leur faire croire qu’il les avait sauvés, traitement auquel Serpentard avait échappé, sans doute parce qu’il n’avait pas été arraché à sa famille par le druide et que celui-ci n’avait en conséquence pas jugé nécessaire de lui faire oublier les circonstances de leur rencontre.

Il vit le druide piller des maisons isolées pour ne pas mourir de faim.

Il vit le druide enlever de jeunes enfants sans pouvoir pour les sacrifier et perpétuer un culte pour lequel les derniers temples étaient sûrement en ruine depuis longtemps.

Il vit son propre père rejeter le druide et se gausser de ses prétentions. Serpentard se demanda d’ailleurs si le druide avait reconnu le fils de l’homme qui l’avait humilié quand il l’avait vu pour la première fois.

Il vit des apprentis devenus fous après que le druide ait tenté de changer leurs souvenirs. Peut-être était-ce une autre raison pour laquelle le druide n’avait pas voulu faire de même sur Serpentard, pour ne pas pas détruire l’esprit d’un jeune sorcier qui avait déjà reçu un enseignement et qui maîtrisait sommairement la magie, afin de ne pas perdre une opportunité d’enrichir son groupe d’apprentis.

 

Soudain, un cri retentit :

―ASSEZ !

 

Serpentard s’extirpa assez difficilement des souvenirs du druide. Ce n’était pas lui qui avait crié. Il avait ses genoux à terre et respirait avec peine dans sa barbe.

C’était l’un des apprentis. Serpentard ne fut pas étonné de voir lequel. Il avait toujours été d’une fidélité touchant au fanatisme au risque de sa propre vie.

Il le voyait lui aussi respirer avec difficultés.

Pendant ce temps, les autres apprentis avaient fait plus que contenir l’assaut des villageois.

La plupart des villageois étaient blessés mais c’était aussi le cas de plusieurs des apprentis.

 

―Et quelles sont tes intentions ? demanda-t-il sarcastique en passant au tutoiement.

 

―Je ne laisserai pas…

 

―Qu’importe cette folie qui t’anime ! Tu es déjà mort ! Je t’ai tué à notre duel ! Tu ne l’avais pas remarqué ?

 

―Tué ? répéta l’autre sans comprendre.

 

―Aurais-tu oublié une certaine potion ?

 

 

Une étincelle brilla furtivement dans l’œil de l’apprenti.

 

―Je croyais que l’antidote…

 

―En vérité, non. La première potion n’était rien d’autre que de l’eau accompagnée d’une ou deux substances inoffensives qui en masquait le goût. C’est ton cher maître qui m’a ordonné de te donner l’autre potion, le prétendu antidote.

 

 

―Qu’était-ce donc ?

 

―Une potion qui empêchait le sommeil. Une mort lente et bien douloureuse, affirma tranquillement Serpentard se délectant de la pâleur envahissant le visage de celui qui prétendait l’arrêter.

 

Celui-ci leva sa baguette avant de la reposer aussitôt.

 

―C’était donc ça ! murmura-t-il faiblement. Je n’ai même plus la force de répliquer.

 

―Mais moi, oui !

 

Le druide entre temps s’était relevé et brandissait sa baguette.

―Peu importe, je n’ai pas trouvé de trésor de magie dans votre esprit mais j’espérais mieux à vrai dire. Médiocre, jusqu’au bout.

 

 

―Il est inutile de se donner de grands airs, répliqua le druide. Ce n’est pas la première fois qu’un de mes apprentis veut prendre ma place.

 

―Ah, je n’en voudrais pas, c’est un cul-de-sac, répondit froidement Serpentard en brandissant à son tour sa baguette.

 

L’apprenti moribond eut alors un faible sourire. Il mourrait peut-être mais son maître allait le venger. Mais son sourire s’effaça pendant que le druide hurlait.

Serpentard n’avait lancé aucun sort pourtant.

 

La main du druide était transpercé par une longue corne qui s’enleva sans douceur en arrachant un nouveau hurlement au vieux druide.

Pleurant de douleur, le druide se tourna vers la source de sa douleur.

 

Il vit un cheval d’un blanc immaculé, presque scintillant, dont la tête penchée était surmontée d’une longue corne sur laquelle coulait son propre sang.

Sur le cheval, une jeune fille était montée en amazone, en se tenant uniquement aux crins. Elle n’avait ni selle, ni harnais.

―Damoiselle Elizabeth, murmura incrédule Diviciacus.

End Notes:

Je dois préciser que la dernière phrase de Serpentard 'Je n'en veux pas. C'est un cul-de-sac' n'est pas de moi.

C'est une citation de Napoléon mais c'était pour dire qu'il ne voudrait pas de la place de Dieu parce que Monsieur l'empereur ne voulait pas paraître trop ambitieux.

 

 

Le coeur est un muscle qui pompe du sang, pas des sentiments by Sleipnir
Author's Notes:

C'est de Hugo Pratt dans la Ballade de la mer salée, la première histoire de Corto Maltèse

 

Elizabeth se laissa glisser sur le sol. Elle caressa doucement l’encolure de la licorne avant de se tourner vers le druide.

 

―Qu’alliez-vous faire ? Ne voyez-vous pas ce que vous avez failli faire ?

 

―Oh que si ! répondit-il. Je m’apprêtais à corriger cet insolent !

 

Elle tourna la tête tandis qu’un voile de tristesse parcourait son visage.

 

―Nenni ! Nenni ! Voyez !

 

Elle tendit la main vers la pelouse entre les deux sorciers. Là, le druide vit la fillette qu’il avait voulu enlevé jeter bouger un peu et essayer de se faufiler à l’abri. Il avait failli la tuer par mégarde.

La licorne releva sa tête, ôtant en même temps sa corne du poignet du druide. Celui-ci commença par grimacer puis cria jusqu’à hurler sous la douleur.

 

Quand la corne fut extraite, elle était tâchée d’une longue coulée de sang.

Sans s’émouvoir, Serpentard entra de nouveau dans l’esprit du druide pour lui voler son savoir.

 

Elizabeth leva sa baguette et provoqua un souffle qui fit tomber la plupart des apprentis que Diviciacus avait emmené avec lui pour l’aider.

 

―C’est assez ! tonna le druide en levant lui-aussi sa baguette.

 

Ce fut Serpentard qui fut atteint.

Déséquilibré, il chuta, levant son sort en même temps.

 

―Vous ne m’arrêterez pas, continua le druide en se jetant en sort pour atténuer la douleur.

 

 

―Il le faudra bien pourtant, répondit très calmement Elizabeth. Vous êtes engagé dans une quête nourrie par votre appétit démesuré de vengeance et dans laquelle vous entraînez de pauvres innocents. Cela doit cesser !

 

La licorne pencha ses naseaux, ses yeux fixés sur le druide qui resta figé un instant devant l’éclat pur et en même temps accusateur de ces yeux. Il secoua sa tête, comme pour chasser des pensées le dérangeant et toisa sans peur l’animal.

 

―Jamais, non jamais, je ne renoncerai ! Il faudra me tuer !

 

Elizabeth eut un tressaillement.

 

Un souffla rauque attira l’attention général.

Serpentard se relevait avec peine. Il avait chuté bien douloureusement mais ne se laissait pas aller. Il n’était point le seul à avoir les traits tirés.

Les villageois, si désireux de protéger la fillette, partaient un à un, se précipitant comme une volée de moineau vers leurs masures pour en retirer leurs biens. Quelques uns essayaient d’éteindre un incendie qui se propageait pour leur plus grande peur.

Les autres apprentis gardaient un œil sur les villageois mais étaient surtout intéressés par l’étonnante confrontation entre leurs deux anciens camarades et leur maître. Ils ne montraient aucun signe qu’ils interviendraient. Ils avaient plutôt l’intention de rester à observer. Du moins, c’était le cas jusqu’à ce qu’Elizabeth les prenne à parti.

 

―Pourquoi le suivez-vous ? Si vous vouliez apprendre à cette enfant, il y avait d’autres moyens de l’aborder ! Elle pouvait vous suivre de son plein grès. Vous avez semé la mort et la destruction sans aucune nécessité.

 

―Il le fallait, répondit après un court silence l’un d’eux. Ses parents ne l’auraient pas laissée partir. De toute façon, si il n’y avait pas eu d’opposition, nous n’aurions pas été contraints d’user de violence, lâcha-t-il avec mauvaise foi.

 

Sans répondre, Elizabeth alla vers l’enfant et la souleva. Elle lui sembla presque légère. Elizabeth commença à la bercer doucement tandis qu’elle reprenait ses esprits.

Elle ouvrit des yeux encore plein de terreur et tendit ses bras vers son père qui s’enfuyait. Sans comprendre, elle les tendit le plus possible, se faisant mal, tandis que les larmes inondaient son visage.

 

―C’en est assez ! tonna impatient le druide. Elle va venir avec moi.

 

Il fit quelques pas dans sa direction tandis qu’elle se recroquevillait dans les seuls bras protecteurs qu’elle avait à sa disposition.

 

―Ni vous, ni le damoiseau Serpentard ne saurait m’en empêcher, poursuivit-il.

 

―Telle n’est pas mon intention, lança Serpentard.

 

Un éclair de triomphe passa dans les yeux de Diviciacus.

―Vous vous soumettez donc ?

 

―Quelle supposition grotesque ! railla Serpentard en grimaçant. Vous n’êtes rien ! Vous voulez dominer ceux-là, lança-t-il en désignant les derniers villageois. Quelle belle ambition ! Mais dans votre quête pour dominer ces gueux, vous entraînez des sorciers qui pourraient faire fructifier leurs talents !

 

Le druide le considéra étonné.

 

―Vous comptez donc libérer vos anciens condisciples de ma tutelle ?

 

―Nenni ! S’ils sont trop couards pour accepter la servitude alors ils ne valent pas la peine que je me batte pour eux !

 

―Nous ne sommes point sous la servitude, intervint un apprenti outré.

 

Serpentard ne répliqua pas mais eut un léger sourire méprisant.

 

―Il suffit damoiselle Elizabeth ! s’écria soudain le druide. Ma patience a des limites !

 

De fait, elle avait monté la fillette sur le dos de la licorne.

Serpentard voulut encore en profiter pour s’introduire dans son esprit mais il ne se laissa pas faire. Il répliqua aussitôt d’un coup de baguette et Serpentard fut bien sonné par le coup reçu. Il en tomba encore. Pendant qu’il se frottait douloureusement la tête, Elizabeth fit de nouveau face.

 

―Je l’emmène, ne vous déplaise.

 

Enfin, le druide et Elizabeth commencèrent à se lancer des sorts.

De son coté, Serpentard, incrédule, contemplait sa baguette cassée en deux.

Malgré tous ses efforts, Elizabeth fut contrainte de reculer. La licorne tapa du sabot sur le sol, hésitant apparemment à charger corne en avant.

Ne voulant pas prendre le risque d’être attaqué par derrière, le druide se retourna et eut un rictus de satisfaction devant la perte de baguette de Serpentard.

Bien sûr, Serpentard avait commencé à apprendre à maîtriser sa magie sans baguette mais il s’était habituée à s’en servir et sans elle, il perdait un atout de poids. Un coup de baguette envoya un filet dans lequel il s’empêtra en pestant.

 

―Vous avez échoué, jeune présomptueux ! ricana-t-il. Si je n’étais pas aussi pressé, j’eus pris tout mon temps mais j’ai à faire. Je vais devoir aller vite, aussi vite que possible. Quel dommage qu’il n’existe pas de sort capable de tuer d’un coup !

 

Il pointa sa baguette pendant qu’Elizabeth repartait à l’assaut. Mais ce ne fut pas elle qui l’arrêta.

Il y eut un éclair verdâtre et le druide sentit une fulgurante douleur à sa cuisse.

Un serpent était en train de lui injecter tout son poison dans le corps.

Diviciacus recula d’un pas, horrifié. Le reptile siffla de dressant sa tête d’une façon qui fit frémir le druide avant de partir se lover autour du cou de Serpentard.

 

―Vous vous êtes avancé bien vite, je le crains, ricana à son tour Serpentard.

« Joli travail ».

 

Diviciacus chancela en reculant puis trébucha et s’effondra. Son cœur battant à tout rompre répandait le poison en lui.

Sortant de leur torpeur, ses apprentis fidèles se pressèrent autour de lui. Certains pleurèrent.

―C’est fini ! Vraiment fini ! se lamenta le druide.

 

Il ne put plus parler. En tout cas, il ne put plus être comprit quand il tentait encore de parler. Les mots se suivaient de façon saccadée et inaudible. Ses yeux devinrent vitreux et sa peau pâle. Il porta la main à la gorge. Il tremblait de façon convulsive.

 

Pendant ce temps, Serpentard s’était débarrassé du filet et s’était relevé, avec toujours le serpent autour de son cou.

Pour sa part, la demoiselle Elizabeth s’était postée auprès de la fillette et vérifiait qu’elle s’accrochait bien à la crinière de la licorne malgré ses larmes qui l’aveuglaient.

 

 

―C’est inutile, avertit Serpentard en voyant un apprenti approcher une gourde des lèvres violettes du druide. Cela ne fera que prolonger son trépas sans l’adoucir.

 

―Pourquoi…, ? Mais… pourquoi ? fut la seule chose que pu répondre l’apprenti.

 

Serpentard jeta un bref regard à Diviciacus.

 

―C’était sa vie ou la mienne.

 

―C’était notre maître ! s’écria un autre apprenti.

 

―C’était aussi celui qui vous avait arraché à vos familles, répliqua Serpentard. C’était aussi celui qui avait détruit vos souvenirs. Il a forgé des liens pour vous tenir des lui et vous a apprit à aimer ces liens, détruisant toute chance pour vous de recouvrer votre liberté. Allons ! Laissez-le maintenant !

 

Sur ces mots, il tourna les yeux vers les restes de sa baguette et fit un geste pour l’envoyer au loin.

 

 

―Il a raison, fit la voix douce d’Elizabeth. Vous êtes encore vivants. Il vous reste une chance de ne plus faire couler le sang à la poursuite d’une chimère. Vous pouvez faire mieux que cela.

 

―C’est étrange mais je suis d’accord, ajouta Serpentard. Allons debout ! Partez maintenant ! Apprenez encore votre art magique ! Et laissez ceux là où il sont ! acheva-t-il en désignant les derniers villageois, des hommes sans pouvoir magique.

 

―Vous pouvez encore faire le bien, murmura Elizabeth.

 

 

Sans se concerter ni vraiment réfléchir, ils partirent l’un après l’autre. Serpentard dit à l’un qui allait dans la direction où se trouvaient encore les autres apprentis qui étaient arrivés avec lui pour qu’ils fassent de même.

 

Il ne resta plus que Serpentard, Elizabeth, la fillette et la licorne.

 

―Qu’allez-vous faire maintenant ? s’enquit-elle.

 

―Je vais sur les traces de mon père, répondit-il. Sa mort n’a pas encore été vengée.

 

―La vengeance vous tuera. Vous pouvez faire autre chose.

 

―Mais je ne le ferai pas. J’ai fait mon choix et je connais quelqu’un qui va regretter de s’en être prit à mon père. Mais je vais devoir trouver une autre baguette ou peut-être m’en fabriquer une.

 

―Soit ! Je me chargerai de l’enfant. Je ne puis l’abandonner ainsi.

 

Serpentard fronça les sourcils.

 

―Mais comment est-ce possible qu’elle ait accès à l’art magique quand on voit son ascendance ?

 

―Je ne sais. Je lui apprendrai à le maîtriser et j’espère qu’elle s’en servira bien et pour le bien.

 

Elle caressa l’encolure de la licorne. Elle hésita à poursuivre.

 

―Je ne saurai l’expliquer mais je vous sens capable de grandes choses. Ne vous tournez pas vers un chemin de sang. Passez votre chemin de la vengeance !

 

―Nenni ! Je suis disposé à faire payer le prix du sang !

 

La licorne hennit doucement. Elizabeth se hissa pour monter dessus en amazone. La licorne leva la tête et, quand elle sentit qu’Elizabeth était bien accrochée, fila comme le vent.

 

 

Après un bref regret de ne pas connaître un moyen d’aller aussi vite, Serpentard prit un autre chemin. Il rentrait chez lui.

Mais il ne prit pas le route la plus directe, surtout qu’il ne savait pas exactement où il était.

Il suivit sa route pendant des semaines. Il traversa des villages sans attirer l’attention, gardant son serpent caché dans ces moments. Il passa devant des châteaux.

Il prêta une oreille peu attentive aux rumeurs qui couraient. Les Hommes du Nord faisaient toujours peur mais seulement près des côtes.

Un jour pourtant, il s’arrêta, poussé par la curiosité.

 

Un tournoi était organisé, un spectacle qui d’ordinaire n’attirait pas son attention.

Seulement, les propos des spectateurs furent différents des habituels paris, encouragements ou insultes et autres commentaires plus ou moins intelligents.

 

―Je vous dis que ce seigneur là triche, affirmait avec force un homme du public.

 

―Allons ! C’est simplement qu’il est très fort !

 

―Que nenni ! Regardez ! Tous les coups qui lui sont portés volent à coté  comme s’ils étaient soufflés par le vent !

 

―C’est qu’il a du talent ou de la chance !

 

―Ou un ange qui le protège, supposa une jeune femme les yeux enamourés.

 

 

―Si ce n’est un ange, marmonna une voix, c’est un démon qui veille sur lui.

 

―Il vient encore d’en défaire un. L’autre seigneur demande à payer rançon.

 

Serpentard observa la mêlée furieuse dans laquelle se battaient les chevaliers. Ils mettaient du cœur à se battre tandis que leurs écuyers leurs donnaient des lances neuves pour remplacer celles qui venaient d’être fracassées. Heureusement, ils n’essayaient pas de tuer, simplement de vaincre.

Il comprit quel était celui qui était l’objet de tout ce débat. Il ne reconnut pas son blason. Mais il paraait trop bien les coups pour que ce soit naturel.

 

―Et qui est donc ce seigneur ? demanda-t-il.

 

―C’est un chevalier français.

 

―C’est le seigneur de Malefoie.

End Notes:

Au cas où quelqu'un se poserait la question, Elizabeth a donc rencontré une licorne ce qui a provoqué chez elle une crise mystique qui la pousse à s'engager entièrement du coté du bien. Elle est pas habituée donc ça peut lui donner un coté un peu décalé parfois.

 

 

Pour la dernière partie, c'est un tournoi, presque un sport national, enfin sport dans les pays chrétiens catholiques. Je crois pas que c'était un tel spectacle chez les Germains, les Slaves ou les Vikings.

On a toujours l'image du tournoi bien propre, une lice deux cavaliers qui se foncent dessus en essayant de se faire tomber. Mais un tournoi pouvait aussi être une grosse mêlée comme ça.

Et ça attirait des spectateurs qui devaient se comporter comme les spectateurs d'un match de foot, de rugby que sais-je?

A la guerre, il est important de savoir reconnaître l'ennemi. by Sleipnir
Author's Notes:

Une citation de Pierre Desproges qui finit par "Car sans ennemi, la guerre est ridicule" mais la première partie convient mieux au chapitre, je trouve.

 

Il était grand et dominait ses concurrent de par la taille autant que par le talent.

Son épée fracassait boucliers et heaumes avec une déconcertante facilité qui ne semblait guère normale.

Il était certain que le seigneur de Malefoie se faisait remarquer par ses prouesses au combat mais Serpentard voyait autre chose.

Il voyait la lame lançait de courts éclairs, presque imperceptibles à l’œil nu, qui frappaient les adversaires de ce chevalier. Ceux-ci semblaient plus lent à la réaction après cela D’autres encore agissaient de manière incohérente, attaquaient dans le vide. Mais le chevalier frappait aussitôt et les mettait à terre jusqu’à ce que ces adversaires admettent être vaincus et promettent de payer rançon, en se demandant ce qui leur était arrivé.

Il arrivait aussi que l’épée détruise les boucliers sans peine apparente ; de même, les lances volaient en éclat.

Aucun homme ne semblait pouvoir lutter contre le seigneur de Malefoie. Il volait de victoires en victoires en terrassant ses adversaires.

 

Quand enfin ce fut la fin de ce petit tournoi, les chevaliers encore debout allèrent saluer le seigneur local, un comte sans importance, qui les complimenta sur leur vaillance et leur force.

De son coté, la foule complimentait aussi avec force « Noël » les exploits des chevaliers.

 

Après quoi, les chevaliers allèrent chacun à une tente pour prendre du repos. Ils pouvaient tranquillement reprendre quelques forces et panser leurs plaies et ce sans être gênés par d’autres gens. Les écuyers les débarrassaient de leur lourde armure et de leurs armes. Il y avait aussi quelques médecins, des guérisseurs, simples rebouteux ou des moines, proposaient leur aide pour soigner les chevaliers.

Des badauds se tenaient proche et commentaient le tournoi en espérant apercevoir l’un des chevaliers dont les exploits les avaient époustouflés.

 

Mais pour eux, les divertissements ne faisaient que commencer. Aux chevaliers en armure succédèrent les montreurs d’ours, les jongleurs, les tireuses de cartes et toute la foule de ceux qui font rire en échange d’une pièce ou d’un bon repas.

Dans le crépuscule qui commençait, des feux de joie furent allumés.

 

Serpentard se demandait quelle était la raison d’une telle effervescence. Peut-être était-ce déjà les feux de la saint Jean ? Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus vraiment la notion du temps qui passe.

Il passait inaperçu dans le tourbillon des hommes en quête d’amusements éphémères à propos desquels ils ne se souviendraient que des espèces sonnantes et trébuchantes qui avaient allégé leurs bourses avec beaucoup de regret quand la joie sera oubliée certainement.

Serpentard a été prit pour un charmeur de serpent, chose que les gens n’avaient pas l’occasion de voir souvent, quand celui qu’il cachait sous son vêtement a trahi sa présence par accident. Il avait sèchement nié être un faiseur de tour et son serpent avait dissuadé les gens d’approcher en prenant une posture menaçante, tellement d’ailleurs qu’elle avait impressionné et conforté dans leur opinion certains qui persistaient à voir un charmeur de serpent. Au moins, ils restaient loin, effrayés par la terreur que les reptiles peuvent faire naître par la seule évocation de leur existence aux humains.

Serpentard a même envisagé de récolter de l’argent avec quelques tours avant d’avoir honte de son mouvement de faiblesse. À bien y réfléchir, il préférait mourir plutôt que se donner en spectacle pour quelques pièces. Puisqu’il avait été remarqué, le serpent n’avait plus aucune raison de rester caché aussi, se tenait-il tranquillement sur les épaules de Serpentard en s’accrochant à son cou pour éviter de tomber.

Allant d’un pas rapide, Serpentard quitta la foule qui l’ennuyait et se dirigea vers les tentes des chevaliers.

Sans prendre la peine de s’annoncer, il s’engouffra dans l’une d’elle.

 

Il était là ce fameux chevalier qui avait tant fait parler de lui. Il était là allongé en train de se remettre des coups reçus. Sur tout le torse laissé à découvert, la peau était d’un rouge presque violet par endroit. L’armure n’avait fait qu’amortir la violence des coups. Elle n’empêchait pas la douleur. Même la tête était atteinte. D’après ce que Serpentard pouvait voir, un médecin avait rasé les boucles brunes du seigneur de Malefoie pour voir ses blessures sur tout un coté de son crâne.

Les armes utilisées étaient rangées proprement, quoiqu’un peu cabossées.

Serpentard s’approcha des armes et examina l’épée. Comme il s’en doutait, ce n’était pas une épée ordinaire. La lame n’avait rien d’extraordinaire, même si elle paraissait bien fine aux yeux de Serpentard, comme pour une arme de parade.

La poignée était richement ouvragée et ornée de belles pierreries avec des runes gravées.

Cette poignée n’était pas aussi lisse qu’elle aurait du l’être. Il y avait comme un creux à la fois fin et long ; un creux de la taille et de la grosseur d’une baguette.

L’épée était de grande qualité pour autant que Serpentard put juger de la qualité d’une épée.

―Quelle vanité ! murmura Serpentard désapprobateur.

 

Il n’avait pas parlé fort mais cela avait suffit pour réveiller le seigneur de Malefoie.

 

―Par la malemort ! Mais qui êtes-vous ?

 

Serpentard n’eut pas besoin de faire un geste pour que son serpent se jette sur le chevalier et le surplombe, le corps allongé sur le ventre et la tête dressée proche du cou. Malefoie se figea.

 

―N’est-ce pas vain tout cela ? Un travail d’une remarquable facture qui sert uniquement à briller lors de tournois sans importance. Quelle dérision !

 

―C’est mon épée, lança Malefoie.

 

―Oh ? Je devrais peut-être la reposer dans ce cas, murmura Serpentard.

 

―Vous feriez bien, répondit Malefoie ulcéré.

 

―J’en conviens, dit-il sans pour autant lâcher l’épée. Il resta un moment à l’examiner tandis que son interlocuteur ne pouvait que regarder la scène sans oser faire le moindre geste. Qu’est-ce qu’un chevalier français est venu faire dans la Grande Bretagne ?

 

―L’autre est trop petite pour moi, lança Malefoie sarcastique.

 

―Vraiment ? continua Serpentard sur le ton de la conversation.

 

« Tu entends cela ? La petite Bretagne est trop petite pour monsieur » dit-il changeant de langue ce qui crispa Malefoie.

Sans répondre, le serpent se tortilla sans lâche son prisonnier du regard.

 

―Je venais chercher gloire et fortune, reprit Malefoie, et peut-être une femme à épouser.

 

―On ne choisit pas sa famille, commenta Serpentard.

 

―Ce n’est pas parce que ma famille est pauvre, reprit Malefoie vexé. Mais je ne recevrai rien de l’héritage.

 

―Et comment un jeune et pauvre chevalier est-il entré en possession d’une telle arme ? Je ne crois pas qu’aucun forgeron serait capable d’allier le métal et la magie.

 

―C’est un travail de gobelin, expliqua Malefoie. Devant le regard de Serpentard, il poursuivit : c’est un alliage, en effet, de magie et de techniques d’armurerie pour obtenir la meilleure arme pour un chevalier maîtrisant la magie.

 

―Fascinant ! Les gobelins ont donc vendu une telle merveille !

 

―Visiblement, répondit Malefoie lassé de ce petit jeu et avec un semblant de gêne dans les yeux.

 

 

―Et à qui l’ont-ils vendue ? insista Serpentard goguenard.

 

Il y eut un petit silence. Serpentard s’amusait beaucoup mais n’en montrait rien. Quand à Malefoie, il pestait intérieurement mais ne pouvait rien faire.

 

―Soit ! admit-il. Je l’ai volée au sorcier auquel elle était destinée.

 

Serpentard resta à le regarder en affichant une expression neutre.

 

―Et c’est l’une de mes raisons de ma fuite dans cette terre, acheva-t-il.

 

―Les gobelins sont connus pour leur rancune tenace autant que pour leur habilité, dit tranquillement Serpentard. Et les sorciers français n’ont pas protégé l’un des leurs ?

 

―Ils ne m’auraient pas protégé après que j’ai volé un autre sorcier.

 

 

―Seulement pour cette raison ? persifla Serpentard.

 

Voyant que Malefoie semblait pour le moins réticent à continuer, il s’immisçât dans son esprit.

 

―Quelle manque de clairvoyance, jugea-t-il ensuite. La fuite est un aveu. Mais il est vrai qu’il eut été imprudent de rester dans un pays où la possession de cette arme aurait provoqué une condamnation à mort immédiate, un châtiment normal pour un traître.

 

―Qu’est-ce à dire ?

 

―Inutile de nier. Cette arme était le premier jalon d’une entente entre votre conseil des mages et les gobelins. Les sorciers devaient apprendre l’art de manier la baguette. Les gobelins devaient partager leur sort. Ce sont eux qui ont fait cette proposition, cet énorme sacrifice. Que vont-ils dire en apprenant que l’arme est perdue ? Vont-ils croire les explications des sorciers de France ou penser qu’ils ont voulu s’approprier leur art sans contrepartie ?

 

Malefoie resta silencieux, affligé et surprit que l’autre en sache autant. Serpentard continua à soupeser l’épée.

 

―Du bel ouvrage ! Mais un sorcier ne devrait-il pas laisser ces armes et ne prendre que sa baguette ?

 

Malefoie haussa les épaules.

 

―C’est par cette arme que l’on est reconnu, dit-il.

 

―Sans doute ! Mais de qui cherchons-nous la reconnaissance ? Ne l’avez-vous pas dit ? Vous êtes venu chercher gloire, fortune et alliance et pour cela vous cherchez à attirer le regard par des exploits avec une arme qui est reconnue ! Quelle vanité !

 

―Pourquoi vanité ?

 

―Pourquoi chercher à être reconnu par ces gens-là ? Ils ne reconnaissent que la force physique.

 

―Tout homme cherche la gloire, rétorqua Malefoie.

 

―Nenni !

 

―Eh ! Que cherchez-vous donc si ce n’est d’inspirer le respect et la crainte avec ce serpent ?

 

―Je suis en quête de justice, à moins que ce ne soit plutôt la vengeance, murmura Serpentard. Je n’ai que faire de récolter gloire et fortune parmi ces gens-là. Ils ne représentent aucun intérêt à mes yeux.

 

―Soit ! Admettons ! Dans ce cas, je ne compte pas gêner votre quête aussi pourriez-vous… ?

 

―Nenni, coupa Serpentard. Je ne comprend guère qu’un sorcier en vienne à amuser les foules.

 

―Il faut bien vivre.

 

―Ce n’est pas vivre cela. La place de bouffon est indigne de celui qui pratique la magie. Il semble que nous n’ayons pas la même conception de la nature de l’honneur d’un sorcier.

 

Outré, Malefoie voulut répliquer mais il n’en eut pas le temps.

 

―Nous sommes sorciers tous deux et nous valons mieux que cela, assena-t-il. Il est étonnant que votre conseil des mages ait prêté allégeance à l’empereur. 

 

―Il a été fondé par Charlemagne. Le conseil actuel ne fait que perpétuer la tradition.

 

―Peu importe ! C’est grande pitié de voir des sorciers écouter ces gens-là ! Jamais un sorcier ne devrait prêter allégeance à un simple homme sans pouvoir. Ma quête m’attend ! Je vous laisse à votre bouffonnerie ! Libre à vous de trahir votre sang en vous soumettant au bon plaisir de rustres ! Mais n’oubliez pas ! Les sorciers ne sont pas comme ces gens-là ! Aujourd’hui, vous avez usé de l’épée pour leur bon plaisir. Qu’adviendra-t-il quand ils voudront user de vous autrement ? Serez-vous leur esclave ? Ne l’êtes-vous pas déjà ? Qui êtes-vous par rapport à eux ?

 

Sur ces mots et sans plus de cérémonie, Serpentard rappela son animal et s’en alla laissant un chevalier effaré.

 

 

 

Il continua à parcourir les routes. Il traversa des forêts.

Au bout d’un long moment, il arriva enfin en vue de son but.

 

Devant lui, proche de la mer, se dressait l’antique château de son père.

Il voyait parfaitement le donjon et les hautes murailles qui l’entouraient avec les tours pour la défense.

End Notes:

Et c'est ansi que s'est déclenché la première guerre des gobelins. Oh, pas tout de suite, bien sûr. Il faut laisser le temps au rancoeurs de s'installer et de se traduire en actes de violence.

 

Et, vous avez reconnu, je pense l'ancêtre de Malefoy dont j'ai francisé le nom. Un breton! 

Delanda carthago by Sleipnir
Author's Notes:

Il faut détruire Carthage, de Caton l'ancien. Ce sénateur avait prit l'habitude de terminer tout ses discours par cette phrase, quel que soit le sujet du discours.

ça illustre bien une certaine obsession, pour Serpentard, c'était le désir de retourner au château.

 

Le château avait toujours eu un air menaçant. Mais, c’était d’autant plus visible quand l’on y était pas le bienvenu.

Au contraire, Serpentard savait que la seule nouvelle de sa présence provoquerait un renforcement immédiat de la vigilance et l’envoi de patrouilles dans tous les coins de la forêt. Mais nul ne savait qu’il était là et c’était très bien comme cela.

Sa baguette ayant été cassée lors de sa confrontation avec le druide, il ne disposait plus de toute la puissance dont il était capable.

Mais la baguette ne pouvait être tout pour un sorcier.

Serpentard prépara un feu au-dessus duquel il plaça un récipient .

Il réussit à marmonner un sort qui empêcher la fumée. Ce n’était pas le moment d’être repéré.

Ruminant longtemps ses pensées, il ajouta divers ingrédients. Quelques écailles de son serpents, toiles d’araignée et même des pattes de ces bestioles, des feuilles de lierre furent jetées dans la mixture entre autres éléments.

Après son travail, un léger sourire se forma sur les lèvres de Serpentard. Il avait réussi.

Il s’assit contre un arbre pour se reposer avant le crépuscule.

 

Quand le soleil déclina et que le ciel prit une teinte rougeâtre tandis que les premières étoiles s’allumaient, Serpentard se leva. Il considéra sa potion un instant et y plongea ses mains.

Il se crispa quand il eut l’impression que sa peau des mains était arrachée.

Ce n’était qu’une impression mais elle était tenace. Sa peau avait d’ailleurs prit une teinte plus grise qu’à l’accoutumée.

Sans s’en inquiéter, Serpentard quitta les sous-bois pour s’approcher du château.

À cause de l’obscurité grandissante, des braseros avaient été installés sur les remparts et quelques torches avaient été allumées.

Restant le plus longtemps possible dans l’ombre, Serpentard s’approcha du rempart sud qui donnait directement sur le donjon.

Quand il l’eut atteint, il posa ses mains sur les pierres du mur et s’y agrippa pour l’escalader.

Grâce à la potion qu’il avait confectionné, ses mains adhéraient presque au mur.

Malgré cela, l’effort était pénible et Serpentard s’est retrouvé contraint à plusieurs reprises de s’arrêter pour reprendre son souffle ou pour assurer ses prises sur le rempart.

Aucune sentinelle ne remarqua sa présence et il put continuer sa progression sans problème.

 

Enfin, il finit par atteindre la plus haute fenêtre du donjon. De l’autre coté, la pièce était vide.

Un peu de magie détruisit la fenêtre que Serpentard franchit ensuite.

Une table était dressée et recouverte de parchemins contre l’un des murs.

Un grand coffre scellé était dans un coin obscur.

 

Naturellement, la pièce n’était pas éclairée mais des cadavres de bougies témoignaient qu’elle était utilisée.

 

Après avoir seulement franchi la fenêtre, Serpentard parcourut la pièce du regard avec lenteur.

Son regard se figea soudain. Il frémit imperceptiblement et se tendit.

Il fit avec hâte deux grands pas et se retrouva contre le mur opposé à la fenêtre. Là, accroché au mur, se trouvait un objet que Serpentard prit pour l‘examiner à la lumière de la lune.

C’était un médaillon de métal.

―Qu’il soit maudit, marmonna Serpentard dans un souffle.

 

Le médaillon lui semblait bien familier. Il avait été martelé.

Ce médaillon était celui de son père mais il était bien différent maintenant.

Il avait été reforgé pour que soient effacées les armes qui l’ornaient. Maintenant, un léopard était peint sur un fond rouge.

On ne pouvait plus distinguer ce qui était représenté auparavant, le blason de la famille de Serpentard. Son n histoire était comme un parchemin qu’on avait gratté pour réécrire dessus. Serpentard manqua d’en pleurer de rage.

 

Sur le plancher, se trouvaient quelques mailles, utile sans doute pour la fabrication d’une cote de mailles.

Invoquant sa magie, Serpentard en fit léviter un certain nombre qui s’enchaînèrent pour forme un collier. Il y accrocha le médaille et la passa autour de son cou après un dernier regard lourd de menaces pour le léopard.

 

Avisant la présence d’un coffre, Serpentard commença à fouiller après l’avoir ouvert.

Le coffre n’était pas fermé à clé mais Serpentard jeta tout de même un coup d’œil aux ferrures qui étaient passablement rouillés.

Il remarqua quelques vêtements qu’il reconnut comme ayant appartenu à son père.

Malgré ses espoirs, il ne trouva pas la baguette de celui-ci. Il devait l’avoir eu sur lui quand il est mort.

Avec étonnement, il constata la présence d’un grimoire dans lequel des plantes se trouvaient complètement desséchées. À presque chaque page, se trouvait une plante, ou une simple partie d’une plante comme une feuille ou une fleur, accompagnées de fines lignes très serrées. Certaines pages étaient aussi ornées de dessins de plantes avec encore de fines lignes écrites.

Très intrigué, Serpentard voulut déchiffrer ces lignes.

Les mots, bien qu’écrits petits, étaient clairement visibles.

Cependant, l’exercice s’avérait plus difficile que Serpentard l’avait d’abord cru.

Il reconnaissait certains signes écrits mais c’était bien insuffisant pour comprendre de quoi il retournait.

Agacé, il tourna les pages, espérant comprendre plus loin, mais rencontra les mêmes difficultés.

Il étouffa un juron.

 

Dans sa petite enfance, son père lui avait apprit à reconnaître les lettres de l’alphabet et à les mettre ensemble pour composer des mots, estimant que le fils d’un seigneur se devait de savoir lire. Mais, cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas été contraint de lire un manuscrit.

Pestant, il comprit qu’il ne savait plus lire.

Pourtant, le grimoire l’intéressait. Il avait le sentiment qu’il avait son importance.

Serpentard décida de l’emporter.

Il prit également un poignard et l’accrocha à sa ceinture. Cela pouvait toujours servir.

 

Après un dernier regard circulaire dans la pièce, Serpentard résolut de repartir.

La descente fut pénible. Heureusement, la potion faisait toujours effet. Il resta donc solidement agrippé au rempart jusqu’à ce qu’il soit arrivé au niveau du sol.

La lune, cachée par des nuages, l’avait dissimulé dans son ombre.

Il s’éloigna furtivement du château.

Sous la lueur de la lune, il tourna le dos au château qui avait été celui de son père et, sans un regard en arrière, se mit en marche.

 

Il n’alla pas très loin. Il marcha simplement suffisamment pour être hors de la vue du château.

Enfin, il s’arrêta et grimpa dans un arbre pour y trouver un abri. Il se prépara à dormir sur un qui avait plusieurs branches rapprochées et ne s’inquiéta plus du reste.

 

Il dormit bien cette nuit-là, bien et tard.

Il n’avait pas le successeur de son père, l’homme qui l’avait traqué et jeté au cachot.

Il en avait eu envie, bien entendu. Mais, il avait senti que ce n’était pas le moment. Il avait senti que c’était prématuré. Il préférait attendre que son moment vienne, quitte à ce que quelqu’un d’autre ne lui vole sa vengeance.

Il regarda longuement le médaillon qu’il avait prit. Il avait fermement l’intention de le changer à son image. Mais cela allait devoir attendre.

Il allait devoir repartir, continuer à apprendre et se trouver une baguette. Ce n’est qu’après cela qu’il pourrait songer à la vengeance.

 

Il ne remarqua par particulièrement de soldats chevauchant dans le pays. Sa petite expédition n’avait sans doute pas été remarquée.

 

Après seulement une journée de marche, Serpentard était sûr de ne pas être rattrapé.

Naturellement, il n’était pas très loin, puisqu’il était à pied. Mais il pouvait facilement se mélanger aux paysans, charbonniers et autres gueux qui vivaient près de la forêt où il était.

Ce qu’il voulait pour l’instant, c’était de la tranquillité. Il comptait se trouvait un endroit sans personne pour se concentrer sur ce grimoire.

À force de patience et d’acharnement, il comptait bien parvenir à le déchiffrer. Que diable ! Il finirait bien par reconnaître ces maudits signes.

À force d’errer dans la forêt, il trouva un endroit un peu plus humide que la moyenne. C’était un coin de forêt où les arbres étaient moins nombreux et où l’eau recouvrait le sol ; un véritable marécage.

Mais l’endroit n’était pas si tranquille qu’il n’en avait l’air.

 

Un hurlement retentit.

Il leva les yeux, intrigués, et alla voir.

Un peu plus loin, il aperçut un homme portant une robe de bure qui avait de l’eau jusqu’aux genoux.

Il agitait l’un de ses bras désespérément, l’autre restant collé à son corps.

 

Serpentard s’approcha prestement.

Ce n’est que quand il fut plus près qu’il vit ce qui se passait.

L’homme était confronté à un animal ressemblant à un serpent.

La bête s’était enroulée autour des jambes et du torse de l’homme, emprisonnant au passage son bras. Il n’essayait pas de étouffer et n’avait pas de crochets pour injecter du venin.

La scène était vraiment étrange. En temps normal, les serpents n’attaquaient pas les humains.

À la rigueur, ils se défendaient quand ils se croyaient agressés mais sans plus.

 

« Qu’est-ce que tu fais ? » demanda Serpentard.

 

Mais la bête ne répondit pas.

L’autre homme semblait mal en point. Il n’avait pas de blessure apparente mais il avait l’air de plus en plus faible.

L’homme portait une robe de bure, remarqua enfin Serpentard.

Il s’agissait peut-être d’un lettré.

 

Sans réfléchir plus, Serpentard dégaina son poignard et s’approcha.

L’homme était dans un tel état qu’il ne s’aperçut même pas de sa présence. La bête, elle, était occupée.

Ce n’était pas un serpent, vit Serpentard. Elle n’avait pas d’écaille, juste une peau.

 

 

« Son souffle est empoisonné » s’avisa de dire le serpent sur l’épaule de Serpentard.

Retenant en conséquence sa respiration, Serpentard fit un pas, attrapa la bête et planta son poignard dans son corps.

Glapissant de surprise et de douleur, celle-ci desserra son étreinte et Serpentard en profita pour enfoncer plus son poignard avant de la couper en deux.

 

L’homme manqua de s’effondrer mais Serpentard le retint au dernier moment.

Il secoua sa tête comme pour reprendre ses esprits puis une étincelle de peur s’alluma dans ses yeux.

 

—Il faut partir, vite, murmura-t-il. Il va revenir.

 

—Si vus parlez de la bête qui vous attaquez, il n’est plus nécessaire de fuir. Je l’ai tuée.

 

L’homme secoua la tête.

—Non, non, on ne peut pas le tuer.

 

Haussant légèrement les sourcils, Serpentard ne fit pas de commentaire et l’emmena sur la terre ferme.

Il eut à peine posé le pied que l’eau remua derrière lui.

La tête de la bête émergea et ouvrit grand ses mâchoires d’un air menaçant. Des centaines de petites dents acérées étaient visibles dans la gueule de la bête.

L’homme, malgré sa fatigue, recula précipitamment.

 

Serpentard essaya encore de lui parler mais la bête ne comprenait pas.

D’un geste rapide, Serpentard avança sa main et entailla la bête au niveau du cou, pour autant qu’un animal ressemblant à un serpent ait un cou.

Mais, il vit la blessure se refermer aussitôt.

La seule trace de blessure qui restait, c’était la coulée de sang.

 

—C’est une créature de l’enfer, marmonna l’autre homme. On ne peut le vaincre par l’épée. Dieu, par pitié, envoyez vos anges sauver votre serviteur ! Le démon me tourmente !

 

La bête lança sa tête en avant pour tenter de mordre Serpentard au bras.

Mais le serpent la devança. Il était descendu au sol et avait attaqué lui-aussi.

La bête poussa un petit cri de surprise et se débattit pour échapper à la poigne de la mâchoire du serpent.

Serpentard en profita pour lui porter un nouveau coup.

Pendant que la bête était sonnée, il la tint fermement et lui trancha la tête.

Quand les deux parties du corps furent au sol, elles se rapprochèrent l’une de l’autre.

Voulant en finir, Serpentard écrasa la tête de son talon et, pour être sûr que la bête était bien morte, invoqua des flammes qui calcinèrent le corps de la bête.

 

 

Après cela, Serpentard tapota la bête du bout du pied pour voir si elle ne réagissait plus.

 

—Étonnante créature, murmura-t-il.

Rassuré, il se tourna vers l’homme quand celui-ci s’évanouit.

 

« Le poison l’a affaibli » commenta le serpent.

 

Sans ajouter un mot, Serpentard l’emmena vers un endroit plus sec où il fit un feu et le laissa se reposer.

Ce n’est que le lendemain que l’homme commença à bouger.

Quand il vit le visage de Serpentard, ses yeux s’écarquillèrent.

 

—Oh ! C’est donc le diable qui me tourmente en me rappelant mon crime !

 

—Qu’est-ce que cela signifie ? Qui êtes vous ?

 

—Je suis un homme qui ait quitté le monde pour expier mon péché dans la prière.

 

—Savez-vous lire ?

 

—Certes, oui ! Pourquoi… ?

 

—C’est bien ! Vous m’apprendrez ! Mais d’abord, qu’était donc cet animal ?

 

L’homme commença des explications et accepta de lui apprendre à lire, disant que c’était pour le remercier.

 

End Notes:

Alors, les châteaux ne ressemblaient pas toujours aux forteresses qu'on voit dans les fims. ça pouvait être simplement un donjon entouré de murs.

 

La bête est inspirée d'une bestiole fantastique britannique. Le ver de Lambton. Dans la légende, il n'y en avait qu'un seul mais qui était assez gros pour recouvrir complétement une colline.  Disons que c'était un petit ver.

Pour le détruire, j'ai repris la technique d'Heraclès face à l'hydre de Lerne. Dans la légende, la méthode est plutôt marrante.

 

Et pour l'homme, c'est simplement un ermite. Il y en a toujours eu dans l'histoire chrétienne. Ils quittent tout pour prier à l'écart, dans le désert à la base mais comme il n'y a pas beaucoup de désert en Europe, ils allaient dans les forêts.  Parfois, ils restaient seuls, parfois d'autres venaient se joindre à eux pour former une comunauté. Il y en a encore aujourd'hui. J'en ai déjà vu un. Enfin, il était rattaché à un monastère mais il ne se mélait aux autres que pour les offices.

Ora et labora by Sleipnir
Author's Notes:

Prie et travaille, c'est une expression latine qui résume la vie des moines.

 

L’apprentissage de l’écriture était un exercice bien difficile.

Serpentard pestait contre les lettres se ressemblant par trop à son goût.

La lettre F était étrangement similaire à la lettre S et le E et le O ne se distinguaient pas sans mal.

Heureusement, il avait pu piocher dans la mémoire du frère Anselme, ainsi que s’était présenté le moine qu’il avait sauvé.

Encore terrifié à cause de la bête qui l’avait assailli et affreusement mal à l’aise en présence du sorcier, le frère Anselme avait accepté de l’aider de mauvaise grâce.

Serpentard était convaincu qu’il ne rêvait que d’aller dans un couvent pour y prendre du repos.

Il s’était tout de même inquiété de savoir si le moine était attendu quelque part mais non.

Son père abbé l’avait laissé partir de son couvent, semble-t-il pour lui faire découvrir les autres couvents d’Angleterre et lui permettre d’en choisir un qui lui conviendrait mieux. Il n’était pas courant que des moines quittassent ainsi leur monastère mais peut-être le sien n’offrait-il pas assez de places. Le frère Anselme était donc devenu ermite.

Quelle que soit la raison, Serpentard n’avait pas creusé la question. Peu lui importait, tant qu’il apprenait l’écriture.

En même temps qu’il apprenait à reconnaître les caractères de l’alphabet, Serpentard déchiffrait le grimoire.

Il s’agissait d’un herbier.

C’était son père qui l’avait rédigé. La plupart des plantes des deux Bretagnes étaient répertoriées en compagnie d’indications sur leurs propriétés magiques, la façon de les utiliser et de l’endroit où les trouver.

Il s’agissait de notes grossières. La plupart des indications étaient approximatives. Parfois, le père de Serpentard avait indiqué que ce qu’il avait écrit se conformait à l’opinion d’herboristes réputés ou à l’avis des anciens. Mais, le plus souvent, il avait répété ce que lui avaient révélé les voyageurs de passage.

La fin du grimoire portait plus sur les minéraux et les animaux et toujours leurs propriétés magiques. Mais, les informations étaient bien plus lacunaires que pour le reste.

Du reste, les nombreuses lacunes et approximations étaient logiques.

Le père de Serpentard n’était pas un voyageur et il devait s’occuper de son comté. Il n’avait guère le loisir de recenser les propriétés magiques de toutes les plantes et bêtes.

 

Ce travail pouvait s’avérer très utile pour la confection des potions.

En effet, Diviciacus avait abordé le sujet, bien que les potions n’étaient pas son fort ; ce qui était curieux pour un druide. Mais, le druide s’était contenté de leur indiquer quelques recettes utiles.

Quand on voulait maîtrisait les potions, on ne pouvait se contenter des recettes. C’était impossible.

Il fallait connaître les propriétés de tous les ingrédients pour pouvoir les combiner à sa guise pour le résultat voulu. Il fallait savoir comment modifier leurs effets ou les nuancer. Ainsi, si un ingrédient était ajouté entier ou en poudre le résultat ne sera pas le même. La différence peut être minime et se limiter au temps de réaction mais le mélange pouvait aussi en être bien changé puisque les éléments ne se mélangeaient plus de la même façon.

C’était tout un art.

 

Mais pour le maîtriser, il fallait apprendre et une bonne intuition, de l’instinct.

 

Serpentard se montrait très attentif à son travail de déchiffrement. Chaque mot dont il finissait par comprendre le sens était aussitôt apprit consciencieusement.

Il se promettait en même temps de vérifier les suppositions de son père.

 

Naturellement, l’apprentissage prit du temps.

En fouillant dans l’esprit du moine, Serpentard pouvait contempler des parchemins remplies d’une fine écriture mais ce n’était pas pour autant qu’il était capable de comprendre le texte.

 

Heureusement, au niveau matériel, ils ne manquaient de rien.

En effet, un homme qui posait des collets pour braconner avait vu de loin le frère Anselme en prière et la nouvelle de sa présence s’était répandue. Depuis, il n’était pas rare de voir un paysan apporter des victuailles.

Oh, il n’y avait pas de quoi se faire un festin. Ce n’était que du mauvais pain noir, de la soupe et parfois même un morceau de viande.

Parfois, les paysans se contentaient de déposer la nourriture proche de crainte de déranger mais il arrivait aussi

Aucun n’avait posé de questions. Ils avaient prit Serpentard et le moine pour deux ermites. Serpentard n’avait pas jugé utile de les détromper.

Mais la rumeur de la présence de saints hommes ayant décidé de vouer leur vie à la prière, si elle leur offrait des conditions d’une vie supportable risquait de faire découvrir la retraite de Serpentard.

Le temps risquait de manquer, d’autant plus que le frère Anselme parlait ou priait avec les paysans de temps à autre.

Combien de temps passerait avant qu’un paysan ne remarque le serpent ou se demande pourquoi il ne voyait que l’un des saints hommes présumés en prière ?

Serpentard exigeait l’aide du moine dans la matinée, à une heure de la journée où ils étaient tranquilles.

Le reste de la journée, le moine priait tandis que Serpentard travaillait seul sur son grimoire.

C’était long et fastidieux de retenir le contenu du grimoire mais c’était le prix à payer pour maîtriser la magie qui bouillonnait dans les veines de Serpentard.

Mais l’urgence d’apprendre n’impliquait pas que Serpentard pouvait faire preuve de négligence et d’imprudence.

Il commença par cacher son serpent, animal peu apprécié des gens d’Église de manière générale.

Il lui commanda de se dissimuler dans un terrier pendant la journée.

 

Ensuite, il mit à profit ses nouvelles connaissances et confectionna une potion.

Ce ne fut guère facile. Il mit du temps à rassembler tous les ingrédients qu’il jugeait utile. En guise de chaudron, il dut se contenter d’un récipient que l’un des paysans avait laissé.

La potion était très complexe. Serpentard y avait associé des sorts sur lui-même.

Il lui fallut une bonne semaine de préparation avant qu’il ne puisse en boire.

Elle avait pour effet de changer les traits de son visage. Ou, plus exactement, elle changeait la perception qu’on avait de son visage. Si Serpentard se regardait dans le reflet de l’eau, il se distinguait comme à l’accoutumée.

Mais, si un homme quelconque l’apercevait, il ne voyait qu’un homme au visage banal, sans rien de particulier ou d’extra ordinaire. Déjà que le frère Anselme attirait plus l’attention, si en plus Serpentard n’avait qu’un physique pouvant passer inaperçu, le risque d’attirer l’attention s’amenuisait. Il avait fait boire un antidote à cette potion au moine pour éviter de le perturber davantage.

Cette potion eut l’effet escomptait.

Serpentard surprit une conversation de deux femmes qui s’étaient inquiétées du confort des ermites et leur avaient apportés des couvertures. Elles étaient ravis par l frère Anselme, beau comme un ange quand il priait, mais qui les avaient tellement intimidées qu’elles n’avaient pu demander de conseils pour prier elles-mêmes ou une parole pour éclaircir un doute qu’elles entretenaient sur des questions obscures de foi.

Elles n’avaient pas prêté la moindre attention à l’autre ermite.

C’était une bonne chose.

Si la rumeur qu’un homme ayant son visage se répandait, Serpentard risquait d’attirer l’attention. Il ne voulait pas être reconnu comme le fils de son père dans la mesure où cela risquait de finir par une compagnie de soldats envoyés à ses trousses. Il n’était pas encore capable de faire face à un gros groupe armé, même sans pouvoir magique.

Mais la notoriété du frère Anselme l’inquiétait.

Il était trop tard pour réagir.

S’il s’avisait de lui donner une mauvaise réputation, l’opprobre serait telle qu’ils risquaient tous les deux d’être chassés.

 

Dans l’hypothèse, peu probable, où quelqu’un sachant lire prêterait attention au grimoire, Serpentard avait jeté un sort sur celui-ci qui avait effet sur toute personne essayant de le lire, à l’exception, naturellement, de Serpentard lui-même et du frère Anselme, pour procurer des maux de tête.

 

Encore Serpentard avait-il la chance que le frère Anselme soit justement un frère et non un père. Il attirait suffisamment l’attention comme cela. S’il avait été prêtre, il eut sans doute voulu célébrer la messe, peut-être même tous les jours. Peut-être même, eut-il demandé à Serpentard de servir la messe.

 

Il n’y avait pas une importante affluence de paysans. Il pouvait se passer plusieurs jours pendant lesquels Serpentard était seul avec le moine. Ils étaient au plus une dizaine à venir en une seule journée.

Après tout, ils n’étaient pas dans une région excessivement peuplée.

 

 

 

Le moine avait fabriquée une croix grossière avec deux simples branches et passait son temps libre agenouillé devant.

Il s’était assez facilement résigné à son sort. Il n’avait pas chercher à filer en douce.

À part quand Serpentard l’avait trouvé attaqué par une bête magique redoutable, il avait toujours conservé une humeur égale, calme et posée la plupart du temps. Il accueillait avec bonhomie les paysans venus le voir, même lorsqu’ils le dérangeaient dans ses oraisons. Il montrait toujours un air surpris quand l’un venait lui offrir de la nourriture et marmonnait qu’il en était indigne.

Il ne parlait que bien peu à Serpantard, par crainte supposait celui-ci. Parfois, le sorcier voyait que le moine le regardait avec insistancen une étrange lueur brillant dans son regard, mais il détournait le regard quand il voyait qu’il avait été remarqué.

Cela étant, sa compagnie n’était pas des plus désagréable. Le frère Anselme était avare de paroles, réclamait peu et priait en étant isolé.

Même lorsqu’il aidait Serpentard à apprendre à écrire, il restait sobre en paroles.

Il se servait d’une tablette d’argile pour y noter les lettres et les effacer facilement en cas d’erreur.

Il s’entendait mieux à parler salut des âmes, rédemption et eucharistie que d’apprendre à lire.

Cela étant, il sut faire preuve d’une grande patience. Il reprenait doucement Serpentard inlassablement tandis que celui-ci pestait sans retenue et maudissait l’inventeur de l’écriture.

Il lui apprenait comment tracer les lettres et les reconnaître.

Quand le moine était occupé à ses oraisons, Serpentard travaillait seul avec acharnement, traçant et retraçant chaque lettre jusqu’à être sûr de savoir les dessiner.

 

En revanche, Serpentard regrettait beaucoup de ne pouvoir travailler en paix avec les paysans.

Il ne dut pas simplement supporter les regards admiratifs portés sur lui et surtout sur le frère Anselme. Quand certains commencèrent à vouloir arracher des morceaux de la robe de bure afin de les conserver comme reliques ou de les vendre comme tel. Pour le coup, Serpentard ne voulait pas rester inactif de crainte de les encourager davantage. Il envoya son serpent qui, sur ses instructions, se dressa menaçant sur la route des voleurs qui crurent que le diable venait les chercher ce qui les arrêta net dans leur entreprise.

Dans un accord tacite, les voleurs abandonnèrent leur butin avant de s’enfuir. Il n’avait fallut renouveler que peu de fois ce genre de démonstration pour dissuader toute nouvelle tentative.

Cela eut pu renforcer la réputation de sainteté et accroître l’affluence de paysans venant de loin mais les voleurs avaient préféré se faire discrets sur leur mésaventure.

 

Et enfin, vint le jour où le frère Anselme n’eut plus rien apprendre à Serpentard, du moins en matière d’écriture.

Soulagé, le sorcier put enfin connaître le résultat du travail de son père ce qui lui donnait accès à une grande force.

Serpentard rappela son serpent et considéra un instant le moine en prière.

Il était temps de partir.

End Notes:

Un chapitre un peu plus court que les autres et sans ligne de dialogue, en espèrant que ça n'aura pas découragé mes rares lecteurs. Toujours prendre soin de ses lecteurs.

 

Pour mes remarques sur la forme des lettres, vous êtes habitués aux lettres bien dessinées mais ça a pas toujours été comme ça. Pour avoir vu des textes anciens, je peux vous dire que les lettres étaient pas toujours écrites de la même façon qu'aujourd'hui. Une horreur, si vous voulez mon avis!

Accessoirement, je n'ai pas eu de cours d'écriture depuis très longtemps et je n'ai jamais eu à en donner donc je savais pas franchement comment procéder.

Pour le fait que des paysans volent des morceaux de vêtements, ça a l'air idiot comme ça mais c'est déjà arrivé.

Le moyen age a été une grosse époque de trafic de reliques, pas toujours authentiques. Pour faire simple, une relique c'est littéralement un reste d'une personne sainte et les catholiques s'en servent pour les aider dans leurs prières, une façon d'être proches. Normalement, l'Eglise appréciait pas toujours le trafic, surtout quand les reliques étaient fausses, mais ça a put être l'occasion de grosses transactions. Il parait que la courrone d'épine a couté une année entière du budget de l'Etat pour saint Louis.  Aujourd'hui encore, des catholiques se "disputent" pour revendiquer l'honneur d'avoir une relique dans un diocèse comme pour le corps de sainte Bernadette Soubirous. Et il est déjà arrivé que des reliques soient récupérées avant la mort du saint, faut voir le curé d'Ars comme exemple.

Bien sûr, cette pratique peut paraitre bizarre pour des gens du XXI siècles assez éloignés du fait religieux. Si j'osais la comparaison, c'est un peu comme les fans qui se battent et peuvent dépenser des fortunes pour avoir un objet d'une star de cinéma. Saut que pour un catholique, une relique a plus de sens que l'instrument d'un chanteur.

Cherchez et vous trouverez by Sleipnir
Author's Notes:

Evangile de saint Matthieu châpitre 7, verset 7

 

 

Voici mon nouveau châpitre. il est un peu plus court que mes précédents mais il était tellement pénible à écrire que je le poste comme ça

 

Serpentard avait reprit la route. Il hésitait un peu pour la marche à suivre.

Il était parti sans prévenir le frère Anselme ni même le remercier pour les longues heures passées à lui apprendre à lire.

Le moine finirait bien par se rendre compte tout seul de son départ. Contrairement à ses craintes, Serpentard lui avait laissé la vie sauve. Pourquoi diable la lui prendre ?

Il n’avait aucune raison de le tuer. Que nenni !

Maintenant qu’il en savait bien plus sur la magie, Serpentard avait cruellement besoin d’une baguette. Pour remédier à ce manque, il allait devoir en confectionner une.

Étant dans une forêt, il pouvait se mettre en quête du meilleur bois qu’il utiliserait.

Le choix de l’arbre qui fournirait le bois était essentiel.

Il pouvait prendre du lierre. Serpentard appréciait le côté pour le moins tenace de cette plante qui de petite et chétive pouvait finir par recouvrir de grands murs. Quoiqu’en y repensant, Serpentard aimait peu l’idée d’une plante qui, après tout, était un parasite.

Il n’était pas non plus question de prendre du gui. De toute façon, cette plante n’offrait point de tige assez solide pour faire une véritable baguette.

Du cèdre peut-être ? Le bois de cèdre était fort. C’était une possibilité.

Mais de cèdre, Serpentard n’en trouva qu’un. Seulement, il ignorait la manière de procéder.

Devait-il prendre une branche dont la taille lui convenait ? Nenni ! Cela était par trop hasardeux.

Mais la tâche était inconnue de Serpentard.

Hésitant, il coupa une branche puis l’agita en agissant comme quand il se servait d’une baguette pour utiliser sa magie. Rien ne se passa. Sans s’émouvoir Serpentard, jeta le bout de bois, désormais inutile, et tourna autour de l’arbre.

Hésitant, il posa les mains sur une branche encore vivante et resta là. Il baissa la tête en fermant es paupière et garda la pose un instant.

Il secoua machinalement la tête. Il ne sentait rien. Il ne ressentait rien.

Il focalisa son esprit sur sa magie. Il se plongea dans ses souvenirs où il se servait de magie.

Respirant profondément, il ne perçut pas le moindre changement.

Il pensa alors à sa magie. Il pensa à la façon dont elle se manifestait quand il le voulait.

Ce n’était pas suffisant, pas encore.

Il voulut alors agir. Il voulut faire comme quand il lançait un sort.

Il voulait réveiller sa magie dont il ne s’était guère servi ces derniers temps.

Cette fois, il y eut quelque chose. Le bois frémit très légèrement sous ses doigts. Le bois réagissait à sa magie. Ce n’était pas une illusion de l’esprit. Serpentard sentait vraiment le bois frémir entre ses doigts. Il sentait comme si quelque chose répondait dans le bois.

Fasciné, il continua à manipuler le bois quand d’un coup il ne réagit plus.

Contrarié, il fronça les sourcils en ouvrant les yeux qui s’écarquillèrent aussitôt. L’arbre était mort.

Sous ses doigts, le bois était aussi sec que si l’arbre avait perdu toute sève depuis des mois.

Diable ! Voilà qui allait compliquer les choses.

Serpentard ne tenait pas à tuer cette forêt.

 

Peut-être l’aubépine pourrait-elle offrir un bois plus approprié ?

Cette fois, Serpentard y alla plus doucement. Il sentit une autre réaction. Cette fois, le bois chauffa légèrement, comme si une braise était présente sous l’écorce.

Ouvrant les yeux, il considéra avec attention la branche qui se cassa soudain. Seule une branche était morte cette fois.

 

Ennuyé mais pas découragé pour autant, le sorcier continua sa quête.

Et pourtant, il alla de déconvenues en déconvenues. Le châtaignier ne réagissait que par moment.

Le chêne resta insensible. Le cyprès se couvrit de petites graines comme s’il voulait empêcher qu’on le tienne en main.

 

Le soir, Serpentard méditait sur la succession d’échec qu’il avait rencontré pour son plus grand déplaisir. Il avait fait un feu avec la plupart des branches qui avaient rejeté son intention d’en faire sa baguette. Le feu était simplement pour son confort. Il n’avait rien à cuisiner ce soir-là et était contraint au jeûne.

En contemplant l’immense forêt, Serpentard se demanda combien de temps il allait devoir faire preuve de patience.

Dans l’ombre, il entendait son serpent glisser sur le sol à la recherche de musaraignes.

Il ne se prépara pas un coin pour dormir.

Fermant les yeux, il respira tranquillement.

Il était assis en position de tailleur et gardait les yeux fermés.

Il était presque parfaitement immobile. Seuls les mouvements de sa poitrine au rythme de sa respiration montraient qu’il était un être de chair et de sang vivant et non une statue qui se révélait dans l’ombre nocturne.

Aux crépitements du feu qui brûlait faiblement s’ajoutèrent les bruits qu’on entendait toujours dans une forêt la nuit. Quelques oiseaux de proies quittaient leurs repaires. Des rongeurs cherchaient furtivement leur nourriture. Le vent soufflait faisant trembler la cime des arbres.

C’était l’heure où les hommes n’aimaient guère être à l’extérieur et où la nature reprenait ses droits.

C’était la nuit, le moment où les hommes laissent libre cours à leurs peurs et se réunissent autour de feux pour passer de longues et agréables soirées à raconter des souvenirs et des histoires. C’était l’heure où les hommes se souvenaient de leurs peurs ancestrales et les faisaient revivre par leurs contes qu’ils donnaient à leurs enfants.

C’était l’heure où les hommes ne voulaient pas être dehors si ce n’est en bonne compagnie.

 

Pourtant, l’heure n’avait rien d’extra ordinaire. Le calme donnait aux milles bruits de la forêt un écho qui s’effaçait dès l’aurore. Le calme rendait en vérité ces petits bruits assourdissants.

Mais cela ne troublait pas Serpentard.

Il resta dans la même position et ne prêtait aucune attention à ce qui se passait autour de lui ou même à la douleur des muscles ankylosés à force de rester dans cette position.

Il méditait simplement. Ce n’était pas la méditation ascétique du frère Anselme pour mieux prier, non, c’était plutôt une tentative pour laisser de coté tout le superflu et se concentrer sur sa magie. Après réflexion, ça ressemblait tout de même à de l’ascèse en moins difficile.

Son cœur battait lentement. Il l’entendait résonner.

La magie en lui n’était pas perceptible par les sens. Et Serpentard ne connaissait pas de moyen de sentir la magie chez chez une personne. À plus forte raison, il ne savait pas comment sentir sa magie, évaluer sa puissance ou ses affinités particulière avec une quelconque aptitude comme la métamorphose.

Il savait ce dont il était capable. Il savait ce qu’il pouvait faire. Il avait pu comparé ses aptitudes avec celles d’autres sorciers.

Il remarquait sa magie quand il l’utilisait.

Alors, il recommença ce qu’il avait fait toute la journée.

Il chercha à lancer des sorts mais cette fois sans toucher un arbre. Il voulait voir s’il sentirait une réaction dans la forêt.

Le néant fut tout ce qu’il obtint.

Une amère déception mais certainement pas ce qui le dissuaderait de continuer à chercher.

Il trouverait comment faire une baguette, dut-il arracher chaque brindille de cette maudite forêt.

Serpentard ne laissa pas la déception le submerger. Il devait garder le contrôle de ses émotions.

Il reprit sa longue méditation sans prêter attention aux courbatures.

Il ne s’arrêta à aucune pensée futile.

Il se plongea dans ses souvenirs, ses souvenirs des enseignements reçus de son père, du druide, ses souvenirs quand il expérimentait seule sa propre magie, ses souvenirs quand il était témoin d’un sort.

Laissant de côté toute émotion ou sa raison, il s’arrêta uniquement sur sa magie.

Il demeura ainsi toute la nuit et l’aube ne l’arracha pas à sa méditation.

Il devait se montrer patient.

Il voulait son aptitude la plus déconcertante et la plus utile. Sa capacité à lire l’esprit des autres.

Il ne lisait pas vraiment les esprits, naturellement, mais il avait une perception inédite des gens autour de lui.

Il chercha à lancer ce pouvoir. En vain.

 

Frustré et un peu inquiet sur ses capacités à trouver l’objet de sa quête, Serpentard voulut recommencer à faire comme s’il lançait un sort espérant une réaction.

Cette fois, il y eut quelque chose.

Serpentard ouvrit les yeux et regarda au devant.

Son regard se posa sur un arbre, un if.

Il ne savait pas exactement pourquoi mais il avait l’intuition que cet arbre pouvait répondre à son besoin de baguette. Il sentait comme un appel de quelque chose qui lui correspondait.

Sans prendre garde aux épines, Serpentard posa sa main sur l’une des branches et recommença à essayer de faire réagir sa magie.

Il n’y avait pas de doute à avoir. Il y avait quelque chose.

Il sentit une douce chaleur se diffuser dans la branche mais la réaction était hésitante.

Sans renoncer si près du but, Serpentard passa en revue les diverses branches qu’il avait à portée de sa main.

Cette fois, il n’y avait plus de doute. Il avait trouvé l’arbre qui fournirait le bois de sa future baguette.

La réaction de l’arbre aussi hésitante soit-elle ne laissait pas de place au doute.

Cette hésitation n’était sans doute due au fait que le bois ne pouvait seul constituer la baguette. Manquait son cœur. Il y avait là encore maintes possibilités. Mais une étape difficile et fastidieuse venait d’être franchie. La nouvelle était bonne.

 

Serpentard s’attarda longuement avant de déterminer quelle était la meilleure branche pour son projet. Il alla jusqu’à grimper jusqu’à la cime pour étudier le bois.

Enfin, il se décida pour une branche. Mais il n’eut pas besoin de la couper. Elle s’était comme détachée du tronc.

Méticuleusement, il ôta les épines et les branches secondaires avec leurs brindilles.

Quand il eut terminé, il avait obtenu un bâton de la taille de son avant bras et de la grosseur de son pouce.

Il essaya un sort qui avait pour effet de créer une flamme et fit apparaître seulement des étincelles de façon sporadique qui s’éparpillèrent aussitôt lancées.

Ce n’était tout à fait le résultat souhaité mais Serpentard eut un franc sourire.

Il était sur le point d’y arriver.

 

Le reste de la journée, il confectionna une potion qui devait éviter au bâton de se dessécher sans perdre ses propriétés. Sa future baguette brillait presque.

Satisfait, Serpentard éteignit le feu et repartit vers des lieux plus habités.

Il avait à faire.

End Notes:

Après une petite recherche, j'ai découvert que Serpentard avait une baguette en bois d'amourette avec une corne de basilic comme coeur. Mais comme ça ne corresondait pas à mes besoins, on va dire que la baguette qu'il fabrique n'est que provisoire. à un moment donné, elle sera détruite et il devra recommencer.

De toute façon, je ne voyais pas comment expliquer la présence d'un morceau de basilic.

 

Bon bien sûr, j'ai totalement inventé le procédé pour trouvé l'arbre d'où sort la baguette. Dans l'idée c'est la bois qui répond à une sorte d'appel du sorcier cherchant sa baguette.

Salauds de pauvre by Sleipnir
Author's Notes:

Réplique de Jean Gabon dans un film de Claude Autant-Lara sorti en 1956. La traversée de Paris.

 

La patronne de l’auberge posa devant lui une assiette pleine de ragoût avec un sourire de circonstance.

Et pourtant, elle était prête à le mettre à la porte quand elle avait vu entrer ce jouvenceau sale avec des vêtements miteux. Mais un peu de suggestion mentale avait fait merveille.

Mais qu’importe ! Serpentard n’était pas venu dans cette auberge pour marquer l’esprit d’une aubergiste trop soucieuse de sa bourse pour laisser entrer le premier venu.

Il devait reconnaître qu’il appréciait de retrouver un minimum de confort après tout le temps passé en forêt ou sur les routes.

Son serpent était caché sous ses vêtements, donnant l’impression qu’il avait une bedaine inhabituelle pour quelqu’un de son âge. Même les jeunes hommes de riches extractions ne pouvaient demeurer oisifs et devait participer aux rudes entraînements des écuyers. Quand aux pauvres, quand ils avaient de quoi se nourrir, ils avaient également des travaux bien éprouvants. Enfin, les religieux étant régulièrement astreints au jeûne n’arboraient pas non plus de bedaine.

 

Serpentard n’aimait point se faire remarquer mais de toute manière, il n’était que de passage. Une heure après qu’il ait quitté les lieux, personne ne se souviendrait de lui.

L’auberge semblait avoir quelques clients réguliers.

Plusieurs tables étaient pleines de gens qui discutaient bruyamment.

Quelques voyageurs demeuraient groupés et échangeaient parfois des nouvelles sur la situation du pays.

Assis à une table isolé dans un coin sombre, Serpentard se tenait à l’affût. Il s’était attiré quelques regards surpris et suspicieux. D’ordinaire, les clients inconnus étaient sommés d’exposer leurs espèces sonnants et trébuchantes avant d’être autorisés à entrer. Plusieurs clients réguliers avaient remarqué que ce n’était pas le cas pour le jouvenceaux et lui jetait de temps à autre un regard intrigué mais les regards étaient de moins en moins posés sur lui au fur et à mesure que la soirée passait.

L’auberge était tenu par un couple d’aubergistes qui veillait à ce qu’aucun écu ne manque leur bourse et d’une jeune servante qui n’avait rien de remarquable.

 

Serpentard mangeait lentement. Il n’était pas pressé. Et puis, il pouvait toujours surprendre une conversation intéressante, quoique le centre d’intérêt des paysans autour de lui était principalement porté sur le prix du blé.

 

 

À un moment, la jeune servante passa entre plusieurs tables quand un homme allongea sa jambe et la fit trébucher. Elle tomba en même temps qu’elle perdait son tableau et se retrouvait dégoulinante ce qu’il y avait dessus.

Dans un grand rire, l’homme qui l’avait fait tomber déversa sur sa tête sa chope pleine. D’autres l’imitèrent pendant que la servante se relevait.

Serpentard, lui, demeurait de glace.

La servante voulut s’éloigner en vitesse mais le premier homme attrapa son bras et tira dessus.

 

―Oh la la ! Pas si vite mignonne ! Un baiser d’abord !

 

Elle se débattit mais l’homme avait une forte poigne.

Elle lança un regard désespéré au couple d’aubergistes mais ils ne semblaient guère se sentir concernés.

L’homme réussit à la placer sur ses genoux mais, à ce moment, les quatre pieds de sa chaise craquèrent d’un coup et il s’effondra.

La servante en profita pour se dégager prestement et s’éloigner.

Elle se retrouva face à l’aubergiste qui beugla

―Mais quelle maladroite ! Une si bonne chaise !

Il lui porta une gifle douloureuse qui la fit tomber un peu plus loin.

Elle se releva en tremblant de peur et de colère.

 

―Suffit de pleurer ! Apporte nous des choppes.

Une étincelle brilla dans les yeux de la servante. Elle remplit donc deux chopes pour l’aubergiste et l’ignoble individu. Elle sortit ensuite une petite fiole qu’elle déboucha.

Mais quand elle voulut la verser dans les chopes, elle lui échappa des mains.

Poussant un petit cri, elle vit la fiole tomber à ses pieds mais sans s’écraser. Sans lui donner de répit, la fiole se déplaça d’elle même sur le plancher et alla jusqu’à un jeune homme qui l’examina avec attention.

 

―Elles arrivent ces chopes, cria l’aubergiste la faisant sursauter.

 

Elle apporta donc les choppes.

 

 

 

 

 

Le soir venu, ayant terminé son service, elle repartit vers sa paillasse.

En traversant le couloir de l’étage de l’auberge où se trouvaient les chambres des clients, elle fut soudain happée par un bras qui la tira vers une chambre.

Ce n’était pas la première fois qu’un client ou même l’aubergiste agissait de la sorte.

En poussant un cri de colère, elle voulut se dégager mais une main se posa sur sa bouche.

Elle se débattit un moment mais remarqua que son agresseur restait parfaitement immobile.

Elle se figea.

 

―Bien, murmura une voix à son oreille. Je vais enlever mes mains. Je ne vous ferait aucun mal. Vous serez libre de partir.

 

Il fit comme il avait dit.

Surprise, elle s’éloigna d’un pas et se retourna. C’était le jeune homme de tout à l’heure.

 

―Bien, dit-il visiblement satisfait qu’elle ne s’enfuit pas. Je dois dire que j’ai apprécié votre action de tout à l’heure, sur la chaise, précisa-t-il.

 

―Je n’ai rien fait. Elle s’est cassée toute seule, la faute sans doute au poids…

 

―Je n’en doute pas, l’interrompit Serpentard. Il est après tout courant que des meubles s’effondrent d’eux même. Allons !

 

Elle recula d’un pas et se tendit.

―Vous pratiquez la magie.

 

Ce n’était pas une question.

 

―Cela n’a pas de sens, se défendit-elle.

 

―Vous la pratiquez et vous la savez. Si ce n’était le cas, vous n’auriez pas fait ceci, termina-t-il en montrant la fiole. Il m’a semblé percevoir un peu de cèdre pour atténuer le goût. Il y a également de l’euphorbe, difficile à sentir justement à cause du cèdre. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu’il y a du bézoard mais sous forme de poudre et en faible quantité. C’est très astucieux, je dois dire. Utilisé de cette façon, le bézoard ne fait que ralentir les effets du poison. De cette façon, la personne qui boit ceci ne meurt pas sur le coup et on ne soupçonne pas l’usage du poison.

 

La servante pâlit.

 

―Allons, allons, continua-t-il. Il est évident que vous avez des dispositions ? Non seulement, vous pratiquez la magie mais vous ne laissez personne vous malmener impunément.

 

Elle protesta faiblement mais il n’en tint pas compte.

 

—Vous avez fait le choix de vous rebeller. Vous avez choisi de ne pas accepter d’être traitée de la sorte. Maintenant, vous pouvez aller jusqu’au bout de votre choix ou retourner à votre pitoyable existence. Le choix est votre.

 

—Qu’est-ce à dire ?

 

—Continuez cette vie ou prenez votre place qu vous confère votre magie. Seulement, je ne tends ma main qu’un fois.

 

 

Dans le couloir, une voix s’éleva :

—Madelon!! Où est-tu encore ?

 

Elle tressaillit.

 

—Notre comte est là et il a passé une rude journée. Il a besoin de se détendre maintenant !

 

Elle se crispa plus encore.

 

—Il semble que votre petit exploit de tout à l’heure ne l’ait pas amené à réfléchir. Depuis combien de temps supportez vous ceci ?

 

—Cela quelques mois qu’il a changé de regard sur moi. De temps à autre, il tente un geste comme tout à l’heure quand ce n’est pas l’un des habitués. Et…

 

Elle hésita à continuer et s’empourpra à cause de son embarras. De fait, elle était sollicitée pour autre chose que son service habituel depuis quelques semaines et les sollicitations n’étaient guère courtoises.

 

—Allons Madelon ! Je suis sûr que ce sera très…

 

Cette fois, Serpentard perdit patience il ouvrit la porte brusquement et cria :

 

—La paix, manant !

 

Contrit, l’aubergiste dévisagea, surprit, son client. C’était la première fois qu’il obtenait une telle réaction, surtout d’un client qui avait justement tout l’air d’un manant.

Son regard changea quand il aperçut la servante.

 

—Oh navré ! J’ignorais que j’interrompais quelque chose ! Madelon se décide enfin !

 

En colère, Serpentard sortit sa baguette et lança un sort qui projeta l’aubergiste contre le mut opposé, le sonnant sur le coup.

Un peu étonné par la violence du sort, il contempla sa baguette. Il voulait simplement que l’autre soit plaqué contre le mur, pas l’assommer. Sa baguette n’était pas tout à fait au point.

Mais au moins, cela avait suffit pour dissuader l’aubergiste de continuer à dire certaines choses.

 

Pendant que l’aubergiste reprenait ses esprits, Serpentard se tourna vers la jeune fille avec un regard interrogateur. Elle était effrayée.

 

—Je me demande ce que vous comptiez faire si votre tentative de tout à l’heure avait été un succès, fit-il remarquer légèrement railleur.

 

Elle hésita puis demanda :

—Comment sera la vie ?

 

—Difficile, répondit en toute sincérité Serpentard.

 

—Hé pas si vite, lança l’aubergiste en se massant le crâne. La petite reste ici. On a beaucoup dépensé pour la nourrir.

 

—Justement, d’où vient-elle ?

 

—On l’a retrouvée dans la masure de la vieille Margaux, il y a de cela au moins six ans. Elle était affamée et épuisée. On s’est occupée d’elle.

 

—Quelle attitude, ô combien charitable, railla Serpentard.

 

—Bon, bon, ne nous fâchons pas ! Mais si elle part ! Je demande une petite compensation !

 

Serpentard se contenta de l’envoya au diable.

 

—Je veux partir, décida finalement Madelon.

 

—Je pars à l’aurore, prévint Serpentard.

 

—Hé la ! Elle va quand même pas partir comme ça ! Et qui fera… ?

 

—Je me moque de vos plaintes, l’arrêta Serpentard. Je ne veux pas savoir ce qu’elle faisait. Vous allez vous débrouillez seuls. Ce n’est point mon problème.

 

Et comme l’aubergiste ouvrait la bouche pour protester, Serpentard agita simplement sa baguette pour lui faire comprendre ce à quoi il s’exposait en le contrariant.

L’avertissement silencieux fut suffisant. Le tavernier recula avec un regard apeuré à la baguette.

Il allait repartir en vitesse quand une voix se fit entendre :

 

—Hé tavernier ! Alors ? Où est-elle cette pouliche que tu m’a vantée ? Qu’a-t-elle dit au final ?

 

Madelon rougit de honte.

L’aubergiste, lui, se précipita vers la voix.

 

—Mon seigneur! Un homme veut l’enlever ! Au secours ! Il m’a attaqué !

 

Serpentard soupira.

—J’espérais un peu de tranquillité ! Bah qu’importe!

 

Des pas lourds résonnèrent dans le couloir, lentement, l’un après l’autre.

Enfin, arriva un homme portant l’épée avec de beaux et riches vêtements.

 

En voyant Serpentard, il eut une expression surprise.

 

—Vous ! Mais ne vous ai-je pas vu mort ? murmura-t-il.

 

—Le moment est venu des retrouvailles, commenta Serpentard. Reconnaissez-vous ceci ? finit-il en brandissant l’ancien médaillon de son père qu’il avait volé.

 

—Mais c’est le mien, s’étonna le comte.

 

—Nenni ! Il me revient de par mon père !

 

—Mais alors, commença l’autre médusé.

 

—Je suis le fils de celui dont vous avez volé le titre et la terre. Je suis celui que vous avez fait jeter dans un cachots. Je reviens pour ma vengeance.

End Notes:

Bien, ceux qui connaissent le films ont sans doute comprit la référence

 

Je ne veux pas faire cliché "les hommes du Moyen-Âge sont de grosses brutes vulgaire et tout"

En fait, j'ai plutôt le sentiment que quand un homme a le sentiment d'avoir du pouvoir sur les autres, il en profitera quelle que soit sa culture ou son époque. Bien sûr, chacun peut avoir son opinion sur le sujet. 

 

Serpentard n'est pas devenu un gryffondor brusquement. Il se décide à réagir seulement à partir du moment où il s'est dit que la servante en valait la peine, c'est à dire au moment où elle s'est rebellée.

 

Je n'ai jamais été témoin de ce genre de scène et j'avoue que je m'horrifiais à écrire ça.

Un grand homme travaille avec de grands outils by Sleipnir
Author's Notes:

Une citation d'un économiste guinéen du nom de Gbamon Kpoghomou

 

Serpentard lança, sans quitter du regard le comte, le médaillon un peu plus loin pour avoir les mains libres.

Il s’était passé de long mois depuis leur première rencontre mais elle était restée gravée dans la mémoire du sorcier. À la vérité, il avait perdu le fil du temps depuis qu’il avait été jeté dans un cachot mais son voyage en compagnie du druide lui avait permit de voir que les saisons s’étaient succédé les unes aux autres.

Mais, jamais, il n’avait oublié son ardent désir de vengeance et elle était enfin à portée de baguette.

 

—Étonnant, commenta le comte remit de sa surprise. Hé bien mon garçon, tu as bien grandi il me semble.

 

—Visiblement, se contenta de répondre Serpentard sans se laisser aller à la colère.

 

Un rictus de colère mêlé de mépris déforma le visage du comte.

 

—Tu cherche à venger ta famille ou à revendiquer tes droits sur mon château et mon titre ?

 

—La vengeance. Je n’ai que faire d’être reconnu d’hommes comme vous.

 

—J’aurais du t’écraser comme un ver de terre quand j’en avais l’occasion.

 

Un léger sourire se forma sur le visage de Serpentard.

 

—Je ne suis point un ver mais un serpent et comme le serpent, je mets la peur au cœur des hommes.

 

Le comte eut un rictus moqueur tout en posant ostensiblement la main sur la garde de son épée.

 

―Je demande à voir, lança-t-il provoquant.

 

Serpentard n’eut pas un sourire.

 

―Cela sera aisé.

Il fit un geste vif de sa baguette et le comte fut brutalement tiré par les pieds jusqu’au centre de la chambre tandis que Serpentard fit un pas sur le côté pour éviter d’être percuté par lui.

Du coin de l’œil, il vit la servante faire un pas vers la porte. Bien qu’elle ait été tentée d’accepter sa proposition, elle était maintenant effrayée par le cours des événements. Il était probable qu’elle espérait avoir une occasion de se tirer de cette inhabituelle situation.

―Je ne ferai pas un geste pour vous retenir, lui dit-il avant qu’elle ne quitte la chambre. Pour ma part, vous pouvez faire le choix qu’il vous plaira, c’est votre affaire même si vous faite le choix le pire possible. Je tiens cependant à vous faire remarquer…

 

Il n’eut pas le temps d’en dire plus. Le comte n’était pas en position de se servir de son épée mais il sortit un poignard avec lequel il tenta de frapper la jambe de Serpentard.

Ce dernier recula d’un bond et ne songea plus à finir sa phrase.

Il voulut lancer un sort pour emprisonner son vieil ennemi mais il ne fit que lui trancher les dernières phalanges de plusieurs de ses doigts.

La coupure était nette et peu douloureuse, d’autant plus que l’adrénaline empêchait le comte de prendre vraiment conscience de la douleur. En revanche, il sentit bien la douleur quand Serpentard lui écrasa les doigts restants.

Larmoyant sur le sol, il donna à Serpentard suffisamment de répit pour qu’il lui lance un sortilège pour l’emprisonner. De solides cordes apparurent et le ligotèrent solidement. Elles l’entravèrent tellement d’ailleurs qu’il commença à étouffer.

Un peu ennuyé par la trop grande force de sa baguette, Serpentard délia légèrement les liens, juste assez pour que l’autre ne meurt pas étouffé.

Madelon était toujours là, apeurée par la scène violente qui s’était déroulée sous ses yeux.

 

—La magie coule dans vos veines, lui dit-il d’une voix parfaitement calme comme s’ils se trouvaient tous deux dans un endroit bien plus paisible que la chambre d’une auberge dans laquelle un homme venait d’être ligoté. Vous pouvez le nier et retourner à votre insignifiante vie ou vous pouvez l’accepter et faire de grandes choses.

 

—Mais, je… commença-t-elle avant de s’interrompre cherchant ses mots.

 

Une rapide vision de son esprit révéla un grand désarroi, de la peur et de l’indécision.

 

—Vous n’avez pas choisi la magie, reprit-il. Mais vous pouvez choisir de l’accepter. Elle fait partie de vous. La renier serait vous renier vous-même. Vous pouvez rester une servante entourée de soudards. Vous pouvez faire de grandes choses. Le choix est votre.

 

Sentant le comte se débattant vainement pour se débarrasser de ses liens, Serpentard reporta son attention sur lui.

Il agita sa baguette devant lui sans prononcer d’incantation.

 

À ce moment, son serpent sortit de sa cachette et s’approcha du comte, faisant frémir d’horreur tout le monde sauf Serpentard.

 

« Reste tranquille » ordonna celui-ci.

 

—Vous allez le tuer ? demanda Madelon.

 

—Qu’alliez-vous faire avec votre potion ? répliqua-t-il. Mais non, je ne vais pas le tuer. Je lui réserve un sort encore pire.

 

—Pire que la mort ? demanda-t-elle incrédule.

 

Sans répondre, il fit venir le médaillon par un sort.

Il ne prit pas la peine de narguer son ennemi et commença une longue incantation.

Le médaillon trembla alors. Ses bords n’étaient pas aussi nets qu’ils l’étaient auparavant.

Le léopard représenté s’estompa progressivement et prit une autre forme plus fine, plus longue. Au bout d’un instant, un serpent argenté avait prit la place du félin. Il s’étira et fit le tour du médaillon, se mordant presque la queue puis se ravisa et se plaça au centre en adoptant la forme d’un S.

Les bords du médaillon continuèrent à se mouvoir et prirent une teinte verdâtre.

Enfin, le médaillon reprit son immobilité.

 

Un coup de baguette fit léviter l’épée du comte dont la lame se sépara de la garde.

Comme s’il passait par un feu ardent, le métal fondit vivement. Il se sépara en plusieurs boule scintillantes. Chaque boule s’amincit et devint un anneau. Les anneaux s’assemblèrent pour former une chaîne à laquelle le médaillon alla s’accrocher avant que la chaîne allât se poser autour du cou de Serpentard.

Le sorcier regarda pensivement le dernier reliquat qui le rattachait à sa famille et à son passé.

 

—Ce sera ma marque, murmura-t-il.

 

Se redressant, il toisa le comte un moment.

―Je l’ai fabriquée moi-même, dit-il en agitant sa baguette. Mais elle ne réponds pas exactement comme je le voudrais. Elle est très exaltée. Elle veut trop en faire. Ce n’est pas qu’elle me résiste. Nenni ! Bien au contraire ! Elle va au-delà de mes désirs et c’est terriblement ennuyeux.

 

Faisant mine de ne pas avoir remarqué le regard noir du comte et la mine fatiguée de Madelon qui avait préféré s’asseoir pendant qu’il travaillait sur le médaillon ce qui la laissait un peu somnolente, Serpentard regardait négligemment sa baguette.

 

―Je pense qu’il lui manque quelque chose. Oui, c’est cela ! Il faut quelque chose pour la tempérer. Je dois reconnaître que je ne suis même pas un novice en matière de baguette, avoua-t-il avec un faux rire. Mais il me semble bien qu’une baguette est autre chose qu’un simple bout de bois. Elle contient quelque chose d’autre.

 

Il se releva et alla vers une table où il avait posé ses rares affaires. Il attrapa l’une des fioles qu’il avait en réserve et la laissa tomber sur le sol.

Contre toute attente, il n’y aucun liquide mais une fumée verdâtre se répandit.

Un geste de baguette dirigea la fumée pour qu’elle se disperse dans la pièce et dans toute l’auberge tout en préservant Serpentard et Madelon.

Le comte arrêta de se débattre et tomba dans une étrange torpeur. Il semblait dormir mais gardait les yeux ouverts. Il ne regardait rien en particulier et aucune lueur d’intelligence de brillait dans ses yeux.

Les liens se défirent alors et s’écartèrent sans que le comte n’ait la moindre réaction.

 

―Ce ne sera pas beau à voir mais je ne mettrai pas sa vie en danger, assura Serpentard à Madelon qui se demandait ce qu’il se passait.

 

Sans attendre de réponse, il prit le poignard du comte qui était tombé non loin et commença à découper ses vêtements.

Quand le torse du comte fut à peu près dégagé, Serpentard s’accroupit à coté. Il passa lentement la lame sur la peau de son ennemi, comme s’il hésitait à l’enfoncer d’un coup pour abréger son existence.

―Il n’aura pas mal sur le moment, promit-il. Et il pourra s’en remettre sans crainte pour sa vie.

 

Soudain, la pointe du poignard entra dans la peau, faisant jaillir du sang.

Serpentard fit une longue incision dans un sens et en fit une autre qui traversa la première.

Le spectacle et l’odeur qui s’offraient à lui lui soulevèrent le cœur. Il dut faire appel à tout son sang froid pour continuer.

Il fit attention à ne pas trancher de vaisseaux sanguin pour éviter de faire jaillir du sang partout.

En se servant doucement de sa magie, il écarta très lentement les côtes qui lui laissèrent voir le cœur qui palpitait lentement.

Serpentard abaissa son poignard et caressa presque le muscle vital avec. La lame frôlait une artère qui frémissait à cause de la pression du sang qui circulait dedans.

Sans attendre plus longtemps, il enfonça la pointe du poignard et provoqua une coupure tout en marmonnant des sortilèges pour éviter que du sang ne coule.

Il redressa la lame et coupa encore en suivant presque la même ligne qu’auparavant mais en laissant un faible espace.

Quand les deux entailles furent terminées, il fit passer le poignard dans l’une pour prélever un petit fragment du cœur.

Quand il l’eut, après avoir provoqué une entaille de taille respectable, il s’écarta du corps du comte et posa le fragment sur le bois de sa baguette.

Le comte était toujours dans sa torpeur et Madelon s’était finalement assoupie.

Serpentard commença une longue incantation. Il voulait que le fragment corresponde au bois d’if pour former sa baguette.

Par sa magie, le bois parut s’animer enfin. Il lui semblait que sa baguette répondait à son appel.

Le fragment de cœur bougeait. Il se tordait et se tortillait autour du bois.

Sans se laisser aller à la distraction que fournissait pareil spectacle, Serpentard continuait sa longue incantation pendant laquelle, il tournait et retournait entre ses mains sa baguette.

Bientôt, la consistance changea sous ses doigts.

Au départ, il avait seulement senti le bois puis, il sentait le bois accompagné par le fragment.

Au bout d’un moment, il n’avait à nouveau senti que le bois, un peu poisseux à cause du sang qui avait coulait dessus.

Risquant un coup d’œil, il remarqua un peu surpris qu’une partie du fragment étaient comme entré dans le bois. Le reste continuait à se tortillait.

Préférant continuer sans attendre, il reprit son incantation.

Avant que ce ne soit terminé, une idée lui traversa l’esprit.

 

« Viens » appela-t-il en fourchelangue.

 

Son serpent obéit docilement.

Il regarda le travail de son maître sans bouger ni rien dire.

Interrompant, son incantation, Serpentard s’adressa de nouveau au serpent qui, sur ses instructions, fit jaillir quelques gouttes de venins sur le bois.

Satisfait, Serpentard reprit alors son travail.

Au bout d’un moment, il eut enfin achevé.

Il tenait sa baguette, enfin achevée, dans ses mains.

Le fragment était totalement entré dans le bois avec le sang.

Il y avait aussi le venin. Il s’agissait là d’un autre sortilège, une précaution de Serpentard.

Le venin était entré dans le bois mais restait inactif pour éviter qu’il n’endommage la baguette. En revanche, si un autre sorcier tentait de s’en servir, le venin sortirait pour le blesser.

Il l’avait rendu corrosif, suffisamment pour qu’il puisse entrer dans toute main autre que les siennes et empoisonner l’imprudent.

 

Il la mania et essaya quelques sorts qui furent lancés à merveille de la façon exacte qu’il le voulait.

 

 

Il se tourna vers le comte qui était toujours allongé avec le torse ouvert. Les côtes se remirent en place et les bords des deux coupures qu’il avait effectué se rapprochèrent mais sans se fermer pour autant.

Le comte allait avoir une belle cicatrice, si toutefois il se sortait vivant de sa convalescence.

 

—Pire que la mort, murmura Serpentard pour lui-même. De fait, dorénavant, il me permettra de lancer des sorts. Tu es devenu l’instrument de ma magie.

 

Il réveilla Madelon sans douceur. Elle ouvrit des yeux plein de sommeil.

 

—L’heure est venue de la décision, dit-il. Que choisissez-vous ?

 

—Je veux vous suivre.

 

—Bien. Préparez vos affaires !

 

Tandis qu’elle s’éclipsait, il rangea ses fioles avant de quitter la chambre, laissant sur le sol le comte qui n’avait toujours pas reprit ses esprits.

 

Serpentard alla jusqu’à l’entrée et se tint devant le pas de la porte.

La nuit était encore fraiche.

Il entendit Madelon arriver derrière lui.

Sans ajouter un mot, ils partirent.

End Notes:

Alors, effectivement, serpentard n'a pas tuer le comte. cela dit, il n'a pas non plus récupéré le fragment de coeur dans des conditions optimales. Un poignard non stérilisé, toute l'opération faite dans une chambre d'auberge pas forcèment propre.

Je n'ai pas d'expérience chirurgicale mais je pense qu'il y a un certain risque que le comte ne survive pas à l'opération.

 

Un morceau de coeur humain comme coeur de baguette. Je pense que personne ne s'y attendait. C'est donc un pari de ma part. Vous trouvez ça crédible?

Les voyages forment la jeunesse by Sleipnir
Author's Notes:

Proverbe, attribué à Montaigne

 

Bien qu’accompagné de Madelon, Serpentard se montrait très taciturne.

En vérité, après qu’ils eurent quitté l’auberge, il attendit quelques heures avant d’enfin ouvrir la bouche. Encore, ce ne fut pas pour demander à Madelon si la marche na la fatiguait pas comme elle l’avait d’abord cru mais pour lui parler de la fameuse potion qu’elle avait concocté. Il lui demanda très naturellement comment elle l’avait préparée.

Elle fut étonnée. Après tout, il avait déjà identifié lui-même plusieurs éléments.

Cependant, son ton n’admettait pas de répliques et elle s’exécuta.

Du moins, elle essaya. À peine avait-elle dit quels ingrédients elle avait mit en premier, qu’il exigea de savoir comment elle avait choisi chaque ingrédient et comment elle se les était procurés.

Mais il ne lui laissa pas le loisir de s’expliquer longuement. À peine disait-elle comment elle avait cueilli certaine plante qu’il la coupait pour dire qu’il eut été plus efficace de procéder autrement.

La cueillette ne fut pas le seul objet de récrimination. La préparation des ingrédients, la façon de les cuire, le temps de préparation comptèrent parmi les raisons des reproches de Serpentard.

Il était préférable de cueillir certaine plante à la pleine lune qui accroissait ses effets. Il était impératif de nettoyer le couteau utilisé pour découper les ingrédients entre chaque pour éviter que des ingrédients entrent en contact prématurément.

Madelon appréciait mal tous ses reproches. Elle allait le lui dire quand il s’arrêta et lui saisit le bras pour l’obliger à en faire de même avant de la regarder droit dans les yeux répondant au regard interrogatif de la demoiselle par un regard hautain.

 

―Figurez-vous demoiselle, lui dit-il, que je ne vous ai pas conviée à une promenade dans un jardin fleuri. Je vous ai prévenu que ce serait difficile alors épargnez-moi vos états d’âme et faites ce que je vous demande. Comment voulez vous progressez si vous ne remarquez pas vos erreurs ? Je sais ! fit-il voyant qu’elle ouvrait la bouche pour répondre, vous n’avez fait ces erreurs que pas ignorance, soit ! Mais s’il est logique que vous fassiez des erreurs, il est normal de faire en sorte que vous ne recommenciez pas !

 

Ils demeurèrent en silence un court instant sur le chemin.

 

―Qu’est-ce qui différencie le maître du novice ? demanda brusquement Serpentard.

 

Elle le regarda effarée par cette soudaine et impromptue question.

 

―Je pense que le maître sait, contrairement au novice, répondit-elle après un temps.

 

―Exactement ! Le novice a tout à apprendre ! Vous êtes novice dans la magie ; ce qui n’est pas mon cas.

 

Naturellement, Serpentard se garda bien de lui dire que lui-même était encore considéré comme novice peu auparavant. Il était toujours moins novice qu’elle et il avait volé les secrets du druide et hérité de ceux de son père. Il ne se considérait plus comme novice.

 

En vérité, bien qu’il ait proposé à la jeune fille de le suivre pour qu’il lui enseigne la magie, Serpentard ne savait comment faire pour cela. Il n’avait pas aimé le druide et peu bénéficié de l’enseignement de son père. Il avait principalement apprit par lui-même.

Dans les semaines et même les mois qui suivirent, Madelon ne sut jamais à quoi s’attendre de la part de Serpentard.

Il était souvent silencieux.

Mais, sans crier gare, il lui demandait de temps en temps comment elle réagirait dans certaines circonstances et faisait un bilan dans la foulée. Il ne se privait pas de la mettre justement dans les circonstances en question pour être sûr qu’elle avait bien comprit.

 

Ils apprirent que le comte était finalement mort des suites du prélèvement d’un extrait de son cœur.

Il s’était accroché pendant plusieurs jours avant de succomber à ses blessures.

 

Son titre et son château allèrent à un de ses neveux.

Serpentard ne jugea pas utile de revendiquer son ascendance pour réclamer les deux.

En revanche, il prit tout de même la direction du château qu’il avait pensét ne jamais revoir.

En chemin, il aida Madelon à fabriquer sa propre baguette. Elle eut du bois de charme mais n’avait rien trouvé pour servir de cœur à la baguette pendant un mois.

Ils se trouvaient tous deux sur une falaise donnant sur la mer que contemplait avidement Madelon.

Elle se pencha brusquement avec une lueur dans les yeux.

 

—Regardez ! dit-elle en pointant du doigt la mer qui s’élançait à l’assaut de la falaise.

 

Il regarda brièvement mais ne vit qu’une lumière scintillante sans pouvoir dire de quoi il s’agissait précisément.

À la demande de Madelon, ils firent le tour pour aller voir de quoi il s’agissait.

Après une longue marche, ils découvrirent un hippocampe échoué sur des rochers.

Il était d’une taille moyenne, signe de son jeune âge qui expliquait peut-être pourquoi il n’avait pas été capable de repartir dans son habitat naturel par ses propres moyens.

Il s’agitait faiblement et essayait de profitait du reflux de la marée pour rejoindre la mer mais n’y parvenait pas. Il se dressa faiblement sur ses deux pattes en voyant arriver les deux sorciers et tenta de s’éloigner mais sans plus de succès.

 

—Il est magnifique, murmura-t-elle avant de se tourner vers Serpentard. Comment peut-on le remettre dans l’eau ?

 

—C’est aisé, répondit-il. Mais avant, peut-être pourriez-vous profiter de l’occasion pour enrichir votre baguette, suggéra-t-il.

 

—Comment cela ? Vous voulez dire ajouter une écaille ?

 

—Précisément ! Allez la chercher !

 

Marchant prudemment sur des rochers glissants, elle s’approcha de l’animal qui hennissait de frayeur.

Elle lui jeta un sort pour l’apaiser mais il tremblait tout de même.

Elle fut enfin près de lui et approcha doucement sa main. Elle caressa doucement les écailles scintillantes.

Elle parcourut du regard le corps de l’hippocampe avant de s’arrêter sur une écaille particulièrement brillante.

Avec sa baguette, elle réussit à l’enlever sans avoir à blesser l’animal.

 

Elle caressa une fois encore la tête de l’hippocampe avant de le faire léviter pour le faire revenir à la mer. Il ne perdit pas de temps avant de plonger.

 

Toujours d’un pas prudent, elle revint vers Serpentard qui était resté à l’écart. Elle lui montra, ravie, l’écaille.

 

—J’ai craint un moment de le blesser, avoua-t-elle.

 

—Il eut mieux valu que non, répliqua-t-il avant de montrer la mer. Si vous l’aviez mutilé, il aurait eu des vengeurs.

Étonnée, elle regarda l’eau avant de percevoir des formes mais sans bien voir quoi.

 

—Il y a des êtres dans l’eau assez intelligents pour être redoutables et qui semblent considérer ce cheval des mers comme étant sous leur protection.

 

—Que sont-ils donc ?

 

—Je ne sais, avoua Serpentard. Je n’aime guère les profondeurs. Mais peu importe, retournons quelque part où nous serons au sec.

 

Ainsi fut fait et la baguette fut complète pour la plus grande joie de Madelon.

 

Après cette histoire, ils reprirent leur route vers le château.

 

 

 

 

 

Un matin, alors qu’ils étaient occupés à faire cuire un lapin sur un maigre feu de bois ils entendirent soudain des exclamations de joie.

—Merveilleux ! J’avais justement la dent creuse !

 

—Et moi donc, ajouta quelqu’un d’autre.

 

—Quel fumet intéressant !

 

 

Ils étaient trois. Trois hommes dans la force de l’âge qui sortaient de derrière un fourré de ronces.

Serpentard ne les regarda même pas.

 

Encouragé par cette attitude, l’un des hommes s’approcha et tendit la main pour s’emparer de la viande.

Indignée, Madelon allait protester mais elle fut devancée.

—Arrière maraud ! lança Serpentard.

 

En réaction, les trois hommes ricanèrent.

 

—Allons, damoiseau, ne te met en travers de notre route !

 

—Si non, nous devrons te corriger, menaça un autre.

 

Serpentard eut un rictus méprisant.

 

—Vois toi-même notre puissance !

 

—Le diable en personne nous a fait don de ses armes !

 

Les trois hommes firent de grands gestes et une flamme crépita d’un coup entre leurs mains.

D’un geste vif, Serpentard sortit sa baguette.

Les flammes invoquées furent soufflées en un instant.

Un autre geste fit réagir les arbres environnants dont les branches frémirent avant de ligoter les trois malotrus.

Sans plus se préoccuper d’eux, Serpentard retourna le lapin pour qu’il cuise bien de tous les côtés.

 

Abasourdis, ils eurent besoin d’un moment avant de pouvoir réagir.

 

—Oh la ! Monsieur ! Ne vous méprenez pas ! Nous n’avions pas de mauvaises intentions ! prétendit l’un des ligotés.

 

Serpentard remarqua que le ton avait changé mais il ne dit rien.

 

—Il faut bien vivre et quand on ne veut porter ni l’épée, ni la faux, ni le goupillon, on a pas tellement le choix.

 

—En détroussant les voyageurs ? ironisa Madelon.

 

Les autres n’eurent absolument pas l’air gêné.

—D’ordinaire, on agit plus subtilement.

 

—Continuez, lui dit Serpentard en voyant que l’autre cherchait ses mots.

 

—Roger, là, dit-il en en désignant un geste qui fit u bref geste de la main pour se faire reconnaître, arrive à multiplier le blé ou la farine. Alors, nous deux on met le feu aux réserves des paysans de sorte de pouvoir leur vendre les nôtres.

 

—Et les paysans ne se posent jamais de question sur les chances que des marchands passent au moment où leur récoltes ont prit feu ?

 

—Dans ce cas, une petite démonstration leur fait croire que nous sommes alliés au diable. Normalement, on utilise un chariot mais on ne retourna pas dans les petits villages. On profite juste des marchés.

 

—On a des bons et des mauvais jours, continua un autre, mais on se débrouille bien. Mais avec vous à nos côtés, nous pourrions…

 

—Je n’ai que faire de vos minables tentatives pour vivre sans besoin. Je vaux mieux que ça.

 

—Pourtant…

 

Il tourna d’un coup son regard vers celui qui aait osé insisté et le fixa sans rien dire. L’autre déglutit, mal à l’aise, et prit le parti de ne rien dire. Un choix prudent, estima Serpentard.

 

Sans leur accorder plus un regard, Serpentard finit de faire cuire le lapin et le coupa en deux parts avant de donner la sienne à Madelon.

Après avoir mangé, ils se levèrent et éteignirent le feu avant de s’éloigner tranquillement.

 

—Attendez ! Ne nous laissez pas comme cela ! Laissez nous aller !

 

—Montre-moi que vous en êtes capable, leur répondit-il sarcastique.

 

Ils partirent sans se retourner. Leur route était encore longue.

 

 

Ils arrivèrent enfin au château peu avant le crépuscule.

Ils purent voir que le nouveau comte menait une vie très fastueuse, se ruinant en fêtes et tournois.

Ce n’est qu’en arrivant qu’ils comprirent la raison de l’affluence.

Un mariage était célébré. Ils n’avaient aucune idée de l’identité des mariés et s’en moquaient.

Devant le château, de nombreuses tentes avaient été dressées. Une pelouse avait été aménagée pour un tournoi.

Là, des paysans profitaient eux-aussi de la fête.

D’énormes barriques avaient été apportés pour qu’ils puissent boire à leur aise.

Des montreurs d’ours côtoyaient des cracheurs de feu. Des hommes faisaient la démonstrations de leur force physique et d’autres montraient des animaux exotiques. Un singe eut beaucoup de succès.

Des troubadours chantaient et des femmes disaient la bonne aventure.

 

Naturellement, l’ambiance n’était pas paisible. Une bagarre générale avait éclaté entre des paysans de villages différents et même quelques chevaliers s’étaient lancés dans la mêlée pour le plaisir de donner des coups et d’en recevoir.

Des jouvenceaux lutinaient avec ardeur et espoir mais pas toujours de succès.

Quand le soleil déclina, des feux de joie furent allumés.

Serpentard et Madelon franchirent les portes du château derrière lesquelles un bal était donné.

 

 

Quelques gardes patrouillaient pour garder un semblant d’ordre.

Il fronça les sourcils. Il ne devait pas attirer l’attention. Il avait déjà surprit quelques regards étonnés sur son médaillon par dessus ses vêtements.

 

Mais soudain, son regard se posa sur un vêtement et il écquarquilla les yeux. Il n’aurait jamais cru, oh ça jamais, le revoir et certainement pas dans ces circonstances.

Dans sa vieille robe de bure, le frère Anselme était dans un coin, l’air passablement mal à l’aise.

 

End Notes:

A la base, je voulais pas le faire revenir à son château, mais j'avais prévu que le comte lui donne une certaine information, ce que j'ai finalement oublié d'écrire finalement.

J'ai donc du changer mes plans et faire encore revenir Serpentard au château de son père.

 

L'hippocampe n'est pas comme les hippocampes normaux. Il est tiré de la mythologie gréco romaine et normalement fait la taille d'un cheval avec les pattes qui vont avec. J'ai arbitrairement décidé que les sirènes protégeaient les hippocampes. Elles auraient tenté de déchiqueter Serpentard et Madelon s'ils avaient fait du mal à la bête.

La scène avec les trois voleurs est dans mon esprit depuis des mois. J'espère qu'elle rend bien.

 

Bist du nun weise, so hilf mir wissen by Sleipnir
Author's Notes:

Etant si sage, aide-moi donc à comprendre

Citation de Siegried de Wagner acte 1, scène 1

 

Intrigué et avide de réponses, Serpentard alla se poster dans la chapelle, suivi par Madelon qui ne comprenait pas son soudain attrait pour les choses religieuses puisqu’il n’avait pas jugé utile d’expliquer pourquoi il cherchait d’un coup le lieu de culte.

L’endroit était sombre, comme bien des églises.

Serpentard s’accroupit près de la porte et attendit, disant à Madelon de faire de même.

L’attente fut longue et enfin, la porte fut ouverte.

Une silhouette entra furtivement et s’approcha de l’autel devant lequel elle s’agenouilla.

Serpentard se redressa, fit quelques pas en silence pour perdre certaines courbatures et s’approcha.

Le priant ne l’avait absolument pas remarqué. Il était positionné sur ses genoux, son corps reposant partiellement sur ses talons, avec les bras ballants à l’exception des mains qui étaient jointes sur les genoux. Il demeurait ainsi avec seulement les lèvres qui bougeaient rapidement sans qu’aucun son ne se fasse entendre.

Serpentard fit passer rapidement son bras par-dessus l’épaule de l’autre et mit sa main devant la bouche avant de le forcer à se lever, aidé par l’étonnement qui paralysa sa victime suffisamment longtemps pour qu’il ne puisse pas réagir, au début du moins.

Il ne put rien dire à cause de la main de Serpentard. Il se débattit tout de même mais le sorcier avait une poigne ferme.

—J’ignorais que les ermites étaient conviés à des festivités, murmura Serpentard juste assez fort pour que le frère Anselme le comprenne mais pas assez pour être entendu d’autres personnes.

 

Il le retourna brusquement et le plaqua contre un mur de la chapelle.

 

—Quelle rencontre inattendue, n’est-ce pas ?

 

Les yeux du frère Anselme s’écarquillèrent mais il ne dit rien. Madelon, elle, l’observait avec curiosité.

 

—Je ne m’étais pas douté que vous fréquentiez des ducs et des comtes, railla Serpentard. Qui êtes-vous ?

 

—Je… je vous l’ai dis, bredouilla le frère Anselme. Je ne suis qu’un humble homme qui a voulu se retirer du monde.

 

—Je croyais que les hommes de Dieu ne mentaient pas.

 

—Ce que je dis est vrai.

 

—Vous dissimulez une partie de la vérité derrière des apparences. Allons, allons, ne me prenez pas pour un simple d’esprit, un innocent.

 

Le moine respirait de plus en plus vite. Il regardait de tous côté comme s’il espérait pouvoir s’enfuir.

 

—Qui êtes-vous ? Qui êtes-vous, ici ? Pourquoi êtes-vous là ?

 

—Je… je viens d’ici, déclara péniblement le moine.

 

—Je n’ai aucun souvenir de vous en ces murs ou dans le village, lança Serpentard.

 

—Et pourtant, murmura le moine dans un souffle avant de poursuivre pour lui-même : C’est le diable qui me tourmente et me rappelle ma faute.

 

—Qu’est-ce que cela signifie ?

 

—Vous ne me reconnaissez pas, jeune Salazar ? demanda le frère Anselme.

 

Le visage crispé et fermé de Serpentard était une réponse en soi.

 

—Je l’ai dis, j’ai quitté ce monde. Mais avant, j’étais là.

 

Serpentard l’approcha d’un cierge pour mieux le voir malgré l’obscurité dans laquelle l’église était plongée.

Il regarda attentivement le visage du moine.

 

—Que me chantez-vous là ? J’affirme ne jamais vous avoir vu en ces murs !

 

—Vous avez vécu peu de temps dedans, rétorqua le moine.

 

Serpentard tourna son regard vers la porte. Il avait cru entendre du bruit venant de l’extérieur.

 

Il se retourna vers le moine et lui dit rapidement :

—Vous allez sortir du château, laisser les joyeusetés populaires de côté et vous diriger vers la forêt. Vous vous arrêterez, disons, au calvaire qui est dressé près du château. Et afin d’avoir la certitude que vous suivrez mes instructions…

 

Son serpent sortit de sa manche et alla s’enrouler autour du cou du moine tétanisé avant de s’engouffrer sous ses vêtements et de ne plus bouger. Le moine était pâle et donnait l’impression d’avoir prit du poids récemment. Au moins, le serpent était parfaitement immobile.

Sur un geste de Serpentard, il fit une dernière génuflexion et quitta la chapelle en marchant d’un pas raide.

Les sorciers lui emboîtèrent le pas après quelques minutes.

 

Dans l’enceinte du château et aux alentours, la fête continuait dans l’enthousiasme général.

 

Ils retrouvèrent le frère Anselme en prière malgré le bruit devant le calvaire.

Sans ménagement, Serpentard le tira de son oraison.

 

―Je veux savoir.

 

―Ne me reconnaissez-vous pas ? Vraiment pas ? demanda le moine incrédule.

 

Sans répondre, Serpentard garda ses yeux fixés sur lui. Le moine eut un étrange sourire.

Pendant ce temps, le serpent glissa sur le sol pour rejoindre Serpentard.

 

―Soit ! En ce cas, j’étais l’un des gardes du temps de feu votre père, révéla-t-il d’un ton égal.

 

Serpentard tressaillit tandis que Madelon s’installait à l’aise en s’asseyant dans l’herbe humide, intriguée et très intéressée par l’histoire de son mentor.

 

―De votre père, oui, car je présume que vous êtes bien le fils de mon ancien seigneur ? lança le moine d’un ton interrogatif.

 

―Effectivement, murmura Serpentard.

 

―Je ne pensais pas revoir le damoiseau Salazar, souffla le frère Anselme avant de reprendre : j’ai donc vu votre père partir dans son exil avec sa famille. J’ai vu le nouveau comte arriver et prendre possession du château.

 

—Vraiment ? Et qu’avez-vous fait ?

 

—Je lui ai obéit, répondit sans hésiter le moine. J’ai obéit à mon seigneur, comme doit le faire tout bon soldat.

 

Il jeta un regard hésitant à Serpentard comme s’il pensait qu’il allait être frappé pour ses mots.

 

—Ma loyauté ne va pas à une personne, dit-il pour seule explication.

 

—Je vois, répliqua simplement Serpentard. Et pourquoi un soldat a-t-il voulu porter la bure ?

 

―Ce n’est pas exceptionnel. Saint Martin était légionnaire et saint…

 

Serpentard se racla la gorge. Entendant cela, le frère Anselme cessa de parler hagiographie et reprit son récit :

―Il a alors cherché à assurer sa présence. Le roi lui avait donné son château et était trop occupé à lutter contre les hommes du Nord pour risquer de le reprendre pour le donner à un autre. Mais il avait peur que le premier comte ne vienne récupérer titre et château.

 

―Je sais cela, le coupa Serpentard. Qu’avez-vous à m’apprendre ?

 

Le moine ferma les yeux et parut méditer un instant avant de les ouvrir et de regarder bien en face Salazar Serpentard.

 

―C’est moi qui ai révélé l’emplacement de sa retraite, avoua-t-il sans même baisser la tête.

 

Serpentard se crispa et sa main se serra autour de sa baguette. Son regard se fit dur.

 

―J’ignorais ce qui allait advenir. Je pensais qu’il y aurait simplement un duel avec la sauvegarde du comté comme enjeu. Naturellement, cela ne m’absous en rien de ma faute.

 

Son regard se fit vague comme s’il était plongé dans des souvenirs et, de fait, c’était le cas.

 

―Après cela, j’ai vu revenir la troupe. Je les ai entendu dire ce qui s’était passé. Seuls les deux enfants du comte étaient encore vivants mais pour combien de temps ?

 

―Et après cela ?

 

Le moine baissa la tête.

―Quelle importance ?

 

Serpentard soupira et alla chercher lui-même les souvenirs qui l’intéressaient.

Sa capacité à lire dans les esprits étaient encore mystérieuse à ses yeux mais toujours utile.

Et il le vit dans son armure retrouvant les gardes qui avaient attaqué sa famille.

Il le vit apprendre avec émotion la nouvelle des deux morts.

Et il vit le maudit comte le remercier de lui avoir permis de se débarrasser d’un danger potentiel pour son pouvoir.

Il vit le comte avec une fillette dans les bras, sa propre sœur qu’il n’avait pas vu depuis si longtemps, et la confier au moine lui recommandant de faire en sorte qu’elle ne vive pas dans le monde.

 

―Qu’est-elle devenue ? demanda-t-il d’une voix où la colère était perceptible.

 

Le moine afficha une mine perplexe.

 

―Hein ? Qui donc ? demanda-t-il.

 

―Ma sœur ! Elle t’a été confiée pour qu’elle disparaisse de ce monde !

 

Une expression de terreur passa sur le visage du frère Anselme.

 

―J’ai obéi aux ordres mais… mais, bredouilla-t-il.

 

―Obéi ? gronda Serpentard. Quel bel exemple de loyauté !

 

―Elle n’est pas morte, s’écria le moine apeuré.

 

Serpentard se figea mais resta crispé.

De son côté, Madelon ne perdait pas une miette de la conversation mais restait parfaitement silencieuse.

 

―Continue! siffla Serpentard.

 

―Je l’ai confiée à un couvent.

 

Un couvent ! Il y avait plusieurs raisons pouvant expliquer la présence d’une jeune fille ou d’une femme dans un couvent ; la volonté des parents de la faire éduquer par des religieuses, la volonté d’être éloignée du monde et enfin une authentique vocation religieuse.

 

―Pourquoi ?

 

Le frère Anselme le regarda avec une expression pleine de surprise.

 

―Je n’allais tout de même pas tuer une fillette.

 

 

Le visage de Serpentard s’adoucit légèrement sans aller jusqu’à prendre un air débonnaire.

 

—Soit ! Et pourquoi donc avoir prit la bure ?

 

Le visage du moine s’assombrit.

—J’avais mal agi. J’ai failli tuer une enfant. Je suis parti alors en quête de repentir. Je suis entré dans un monastère qui avait été fondé par saint Colomban où je suis resté pendant des mois, je ne sais combien de temps exactement, peut-être même plus d’une année. Le père abbé m’a laissé partir parce que je voulais une autre retraite. J’ai alors erré sur les routes et je vous ai croisé mais vous ne m’avez pas reconnu.

 

—Pourquoi m’avoir aidé ?

 

—A vrai dire, je n’ai pas eu l’impression d’avoir le choix, dit le frère Anselme avec un léger sourire. Je ne saurai dire. C’était peut-être pour moi une façon d’expier que de servir le fils de celui dont j’avais provoqué la mort.

 

—Et après, pourquoi être revenu ici ?

 

—Je n’ai pas vraiment voulu. Mes pas ont naturellement suivi les sentiers que je connaissais et m’ont mené dans les environs. J’ai été abordé par des soldats qui m’ont prié de venir pour le mariage. Je ne sais si l’un m’a reconnu. En tout cas, aucune allusion n’ a été faite. Aucun n’a fait mine de me connaître.

 

Il jeta un coup d’œil vers la lune qui s’était levée et reporta son regard vers Serpentard.

 

—Et maintenant, que comptez-vous faire ?

 

—Que t’importe !

 

—Allez-vous me tuer ? demanda-t-il étrangement sereinement.

 

 

—Nenni ! Je vais plutôt te laisser vivre avec ta culpabilité, répondit Serpentard avec un mauvais sourire. Lequel ?

 

—Qu’est-ce à dire ? demanda le moine interloqué.

 

 

—Dans quel couvent est ma sœur ?

 

Le moine lui indiqua l’emplacement du couvent en question. Il était à une certaine distance du château.

 

—Va maintenant ! Et ne t’avise pas de recroiser ma route !

 

Craintivement, le moine quitta les deux sorciers et reprit la direction du château.

Serpentard regarda longuement Madelon, mettant celle-ci mal à l’aise.

 

—Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle.

 

—Il me semble que je vais avoir besoin de vous. Mais nous verrons cela en temps utile. Pour l’instant, je n’ai plus rien à faire en ce lieu. Je sais ce que je voulais savoir.

End Notes:

Saint Colombant rapidement mentionné était un moine irlandais qui a évangélisé et fondé beaucoup de monastères qui suivaient sa règle.

 

On n'est jamais trahi que par les siens by Sleipnir
Author's Notes:

Vieux dition

Bien, je sais pas si je vous ai manqué mais c'est les vacances donc j'ai une excuse.

 

Ils reprirent leur longue route.

Le couvent auquel le frère Anselme avait confié la sœur de Serpentard n’était pas excessivement loin. Si ce n’était le cas, le moine n’aurait sans doute pas pu s’y rendre avec la fillette.

Serpentard resta particulièrement silencieux.

Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas vu sa sœur. Il se demandait comment il allait la retrouver.

Depuis son évasion du château, il avait passé des mois vagabonder à travers le pays, au tout départ seul puis avec le druide Diviciacus. Ensuite, il avait encore erré pendant un temps, seul d’abord puis accompagné de Madelon.

Il s’était effectivement passé du temps.

Et en plus, ils ne se pressaient pas.

Serpentard prenait le temps de s’arrêter pour transmettre son savoir ou pour augmenter le sien.

Il n’avait pas changé de méthode et n’hésitait pas à la laisser se mettre en danger pour voir comment elle réagissait, ce qui les ralentissait d’autant plus puisqu’il devait la soigner. Au moins, devenait-elle vigilante. En vérité, il ne la poussait pas non plus à se mettre en danger mais quand elle y allait malencontreusement, il la laissait faire.

Il l’empêchait toutefois de succomber au danger.

Heureusement, certains apprentissages n’impliquaient pas de se mettre en danger.

Pour apprendre les propriétés des ingrédients, par exemple, il prenait des précautions à cause du trop grand risque. En fait, ils étudiaient les potions ensemble, réfléchissant à différentes façons de combiner plusieurs ingrédients et ne les testant qu’avec la plus grande prudence.

 

Mais, ils arrivèrent enfin en vue du couvent saint Colomban.

Un bien petit couvent, en vérité. Les religieuses ne devaient pas être excessivement nombreuses.

Plusieurs bâtiments étaient réunis autour d’un cloître. On reconnaissait la chapelle.

L’ensemble des bâtiments avec un jardin et un verger de taille respectable étaient entourés d’un mur de la hauteur d’un homme adulte, la clôture.

Le seul accès passait par un portail de taille modeste qui donnait sur une cour intérieure menant à la chapelle ou à une porte d’un autre bâtiment.

D’ordinaire, les laïcs étaient admit pour assister aux offices ou à la messe mais ils ne pouvaient que rarement parler à une religieuse en dehors de la sœur chargée de l’intendance.

Le seul qui pouvait entrer au couvent était le prêtre qui confessait les sœurs et célébrait la messe, encore n’était-il que toléré et n’avait-il accès qu’à quelques pièces.

Serpentard ne pouvait se faire passer pour le prêtre. Même à supposer qu’il parvienne à prendre son apparence, il doutait de pouvoir duper les religieuses.

Il ne pouvait pas non plus envoyer Madelon. Il n’était pas sûr qu’elle soit acceptée à l’intérieur de la clôture à moins de manifester le désir de prendre le voile et les religieuses ne l’accepteraient peut-être pas.

Il restait la solution la plus simple, que Serpentard se présente lui-même et demande à voir sa sœur en invoquant leurs liens familiaux. Il n’aimait pas beaucoup cette idée. Il s’était fait à son nouveau nom et se souvenait qu’il avait été traqué. Même s’il s’était chargé de ceux qui voulaient sa mort, il avait trop changé pour apprécier de retrouver des traces de son ancienne vie. De plus, il avait prit goût au secret et à l’ombre. Aucune personne qu’il avait côtoyé depuis son évasion ne connaissait vraiment son histoire. Le frère Anselme était celui qui en savait le plus.

Pourtant, il ne voyait pas d’autre solution.

Il demanda à Madelon de rester à l’écart et se dirigea seul vers l’entrée du couvent.

La porte était fermée aussi, il se contenta de frapper quelques coups.

Un léger bruit de pas se fit entendre avant que la porte ne s’ouvre. Une femme se tenait derrière avec un air interrogatif sur le visage.

—Bonjour ! Que puis-je faire pour vous ?

 

Ses yeux se posèrent sur les vêtements bien usés de Serpentard.

 

—Voulez-vous un quignon de pain et de l’eau fraîche ? Nous avons aussi de la soupe.

 

Il secoua la tête, un peu agacé d’être prit pour un mendiant.

 

—Nenni ! Je venais voir ma sœur ! J’ai appris qu’elle était en ce lieu.

 

—Je suis navrée. Les sœurs ne reçoivent pas de visite.

 

Serpentard se retint de lever les yeux au ciel.

 

—Je comprends parfaitement votre désir de tranquillité et de vous retirer hors du monde néanmoins, je ne l’ai pas vue depuis longtemps. Pour tout dire, je la croyais morte il y a peu.

 

La religieuse eut l’air gênée comme si elle ne savait pas comment réagir, ce qui était précisément le cas.

—Il faut l’autorisation de la mère supérieure.

 

—En ce cas, pourrais-je la voir ?

 

Elle le fit patienter, la mère supérieure ayant d’autres préoccupations mais enfin elle vînt.

 

—Mon fils, dit-elle simplement en le voyant dans le parloir.

 

—Ma mère, répondit Serpentard en courbant légèrement la tête. Je suis venu ici pour retrouver ma sœur. Un moine m’a appris qu’il l’avait confiée aux bons soins de votre couvent.

 

—Un moine vous dite ? Et quel est le nom de votre sœur ?

 

—Il s’agit du frère Anselme mais il n’était pas encore entré dans les ordres. J’ignore quel était son ancien nom. Quand à ma sœur, son nom est Mary. Mais vous devez voir de qui il s’agit. C’est la fille de l’ancien comte.

 

La mère hocha la tête.

 

—Je vois très bien, en effet.

 

—Puisqu’il en est ainsi, pourrais-je la voir ?

 

La mère supérieure réfléchit sérieusement à cette demande tandis que Serpentard gardait un visage calme et impassible.

 

―L’homme qui nous l’a confiée nous a dit que toute sa famille était morte ou emprisonnée à vie.

 

―C’était le cas jusqu’à mon évasion, répondit Serpentard. Je comprend votre désir de protéger Mary mais je vous assure que je n’ai pas d’intentions hostiles. Quand ma famille a été attaquée, j’ai cru être le seul survivant. Ce n’est que tout récemment que j’ai appris qu’il me restait ma sœur. Je vous remercie d’avoir assuré sa protection mais je souhaiterais tout de même la voir.

 

La religieuse hocha la tête et acquiesça.

―Elle est en ce moment en oraison mais je vais la faire quérir.

 

Elle ouvrit une porte et dit quelque chose à une autre religieuse que Serpentard ne voyait pas puis revint et le guide jusqu’au parloir au silence.

Il patienta debout. La mère supérieure lui tint compagnie en silence.

Enfin, la porte de l’autre coté fut ouverte et Serpentard tourna son regard dans cette direction.

Une jeune fille en habit d religieuse entra.

Serpentard fit un pas et s’arrêta pour la regarder.

Elle avait changé mais il l’a reconnue. Elle avait grandi bien sûr et ses joues avaient perdu de leurs rondeurs enfantines.

Pour tout dire, ses joues s’étaient bien creusées. Elle semblait plus solide physiquement.

Elle ne semblait pas l’avoir reconnu de son coté.

 

Elle s’inclina légèrement mais pas devant lui.

―Ma mère !

 

―Ma fille, nous recevons aujourd’hui…

 

Elle n’eut pas le temps de continuer que Serpentard l’interrompit.

« Ma sœur, cela faisait bien longtemps »

 

Entendant les sifflements, la mère se raidit et lança un regard plein d’incompréhension mêlée de peur au jeune homme.

Mary, elle, tressaillit et regarda son frère droit dans les yeux.

―Salazar, murmura-t-elle n’osant y croire.

 

Il franchit alors la courte distance qui le séparait encore de sa sœur et lui prit les mains.

Elles étaient changées aussi. Il pouvait sentir les cals sous les doigts de Mary, signe du travail manuel qu’elle avait effectué au sein du couvent.

 

―Je ne pensais pas vous revoir.

 

―C’est également mon cas.

 

Il la pressa de questions. Elle raconta simplement qu’elle était arrivée ici peu de jours après la mort de leurs parents et qu’elle avait intégré la communauté.

―Tout cela est fini maintenant, dit-il d’une voix rassurante. Dorénavant, nous allons pouvoir repartir ensemble. Une longue route nous attend.

 

―Une ...route, reprit-elle hésitante.

 

―En effet, même si notre père est mort sans avoir révélé tous ses secrets mais j’ai pu apprendre. J’ai quitté le château et je suis toujours en quête du savoir pour maîtriser la magie.

 

―En vérité, je préférerais demeurer ici, dit-elle.

 

Il la regarda, étonné.

 

―Que dîtes-vous ?

 

Elle baissa les yeux, embarrassée, puis se tourna franchement vers lui.

 

―Je veux rester en ce couvent.

 

Il la regarda en silence pendant une minute.

―Mais...pourquoi diable ? Vous n’avez plus rien à craindre dehors ! Nos ennemis sont morts ! Je vous apprendrai à vous défendre.

 

Elle secoua la tête.

—Ce ne sera pas nécessaire.

 

—Le monde est dangereux. Bien fol qui prétend le contraire.

 

—Bien que sachant cela, je ne demande pas de protection.

 

—Que comptez-vous faire face aux dangers ? l’interrogea-t-il perplexe et inquiet en même temps, sans comprendre ce que sa sœur pensait.

 

—Ce ne sont pas ces dangers là qui m’inquiètent le plus, confia-t-elle.

 

Il secoua la tête, machinalement, renonçant à comprendre.

 

—Peu m’importe la nature de vos craintes, allez vous vêtir plus simplement de façon à pouvoir sortir et marcher sans gêne.

 

Elle aussi secoua la tête.

 

—Vous ne m’avez pas comprise. Je n’ai nulle intention de partir.

 

—Qu’est-ce à dire ?

 

Il ne comprenait plus du tout.

Elle le regarda dans les yeux sans que son attitude ne trahisse la moindre hésitation.

—Je souhaite demeurer ici.

 

Il la regarda, choqué.

 

—Qu’est-ce que cela signifie ?

 

—Je suis et demeurerai une religieuse. Désormais, les affaires de ce monde ne sont plus mes affaires.

 

—Vous ne pouvez rester en ce lieu !

 

—J’appartiens au Christ. Je ne puis quitter ce couvent à moins de partir pour un autre.

 

Les mains de Serpentards commencèrent à trembler légèrement.

—Je ne puis accepter cela.

 

Elle ne recula pas devant la colère naissante de son frère.

 

—Allez-vous accomplir la volonté de l’assassin de notre père en acceptant de disparaître ?

 

Elle fronça les sourcils devant l’accusation qu’elle ne comprenait guère.

 

―Pourquoi une telle colère ? Ne devriez-vous pas vous réjouir pour moi ?

 

―Me réjouir !! Et de quoi donc ? Un assassin a voulu détruire notre famille ! Nos parents ont été assassinés ! J’ai été enfermés dans un cachot profond. Vous avez été contrainte de trouver refuge en ce couvent et vous voudriez y demeurer ! Quelle folie est-ce là ?

 

―Ne vous emportez pas, le supplia-t-elle.

 

Il fit un effort sur lui-même et les traits de son visage se détendirent.

 

―Soit ! Mais votre destin n’est pas ici ! Vous êtes appelée à autre chose ! Vous pouvez devenir une reine parmi les gueux ! Vous en avez le pouvoir !

 

―J’ai renoncé à ces honneurs ! Ils ne sont que vanité !

 

Ils fronça les sourcils et réfléchit une minute en silence.

 

―Vous voulez donc servir ?

 

Elle hocha vivement la tête, heureuse qu’il ait comprit sans provoquer d’esclandre.

 

―Et comment comptez-vous servir ici ? En vous servant de vos pouvoirs, vous seriez plus utile…

 

Le sourire de la jeune fille s’effaça. Elle comprit que son frère refusait toujours son choix.

 

―C’est votre opinion. Néanmoins, j’ai pris ma décision.

 

―Donc, continua-t-il, vous abandonnez ceux qui pourraient avoir besoin de vous pour vous enfermer dans un couvent ?

 

Elle fut peinée de l’entendre parler.

 

―Vos insinuations ne m’intéressent pas, répliqua-t-elle. Pourquoi me parlez-vous de la meilleure façon de servir alors que vous avez choisi une voie de violence ?

 

―De quelle violence parlez-vous ?

 

―La dague que vous arborez est un indice suffisant. De plus, nous avons entendu parler de la mort du comte qui avait assassiné notre père.

 

―Je n’ai fait que rendre justice à mon père.

 

―Vous avouez donc ! Mais qu’importent vos raisons ! Vous ne l’avez pas tué en loyal combat et vous vous êtes acharné sur son corps. Ce n’était pas justice mais vengeance.

 

―Il suffit ! Vous persistez donc dans votre choix de renier notre famille !

 

―Je ne renie pas ma famille, protesta-t-elle. Cependant, je ne reviens pas sur mon choix.

 

Il l’attrapa par le bras et l’emmena de force.

 

―Je saurai bien vous ramener à la raison.

 

 

En revenant à l’entrée du couvent, il fut rattrapée par la mère supérieure qui tenta de l’arrêter.

―Je ne puis tolérer que vous malmeniez mes filles.

 

Furieux, Serpentard se retourna et voulut la repousser quand il sentit une brûlure à la main qui tenait sa sœur. Elle venait d’utiliser sa propre magie pour se défendre.

Il la lâcha, instinctivement, et la regarda s’éloigner prestement de lui.

Sa colère se déchaîna alors et il fit sans y penser s’effondrer un mur proche.

 

―Vous me dégoûtez, cracha-t-il à sa sœur. Vous voulez vous terrer et fuir du monde alors que vous pourriez y briller de mille feux.

 

Sans ajouter un mot, il s’éloigna.

 

Quand il revit Madelon, elle eut la présence d’esprit de ne rien dire.

 

Il s’en alla sans en regard en arrière.

Madelon vit le couvent en flamme mais ne posa pas de question.

Il ne s’était même pas rendu compte qu’un incendie ravageait le couvent.

 

End Notes:

Bon, Serpentard n'est pas fondamentalement anti chrétien mais c'est juste qu'il est déçu et qu'il perçoit la décision de sa soeur comme une trahison. Il y a aussi le fait qu'il est convaincu de sa supériorité et qu'il ne comprend pas que ce ne soit pas le cas de sa soeur.

Et il n'a pas fait exprès de mettre le feu. Magie instinctive pour cause de colère trop grande. Mais bon, ça contribue à ce que les moldus se méfient des sorciers. PArce qe le "les moldus pensent que la magie est diabolique donc ils veulent tous les mettre au bucher" me parait un peu simpliste. Il y a forcèment eu des sorciers qui ont du donner une bonne raison de craindre la magie. C'est mon opinion.

Le destin le veut ainsi by Sleipnir
Author's Notes:

Citation de Sophocle

 

Un frisson parcourut l’échine de Serpentard.

Il faisait froid depuis quelques temps. Le fait d’être sur les routes n’arrangeait pas les choses.

Il passa machinalement une main sur son menton qui commençait à se couvrir de poils.

Il avait perdu le compte du temps. Cela faisait une éternité qu’il avait vu son père mourir sous ses yeux.

Il avait parcouru bien des chemins. Il avait traversé des forêts et passé par maints lieux inhospitaliers. Il n’avait vu que peu d’hommes, préférant contourner villes et villages.

Il avait du laisser son serpent, ce dernier ayant commencé son hibernation, Serpentard avait estimé qu’il était préférable de le laisser vivre selon sa nature.

Madelon non plus n’était plus là.

Après avoir jugé qu’elle en avait apprit assez de lui, il avait passé son chemin.

Il n’était pour autant pas demeuré sans compagnie.

En effet, il avait parfois partagé la route d’un ermite duquel il pouvait apprendre beaucoup. Ces ermites n’étaient pas toujours des sorciers et certains étaient même un peu fou mais ils n’étaient pas dépourvus d’intérêt. De fait, il n’était pas nécessaire de pratiquer la magie pour connaître les vertus des plantes ou pour bien connaître les animaux.

Ainsi, Serpentard étanchait sa soif de savoir.

Il comprit qu’il n’aurait pas assez d’une vie pour percer tous les mystères de la magie.

Il se résolut alors à repartir en des lieux plus habités.

Le monde allait le redécouvrir, ou plutôt le découvrir.

Il doutait qu’il reste beaucoup de personnes capable de le reconnaître.

Il était plus grand et plus fort. De plus, son apparence était plus hirsute, conséquence de mois passés en forêt.

Ses vêtements étaient en piteux état mais il put les remplacer aisément quand des bandits de grands chemin crurent avoir affaire à un gueux ou un noble déchu. En tout cas, ils tentèrent de s’emparer de son médaillon mais aucun n’en survécut. Serpentard vola sur leurs corps des hardes et leur peu d’or.

 

Il atteint enfin un village et trouva une auberge dont l’enseigne lui avait plut. Un cheval blanc était peint avec l’appellation « Au poney fringant ».

 

Une ambiance chaleureuse régnait à l’intérieur.

 

Beaucoup d’hommes buvait de la bière à en perdre le sens et finissait par rouler par terre en ronflant.

―Oh voyageur ! l’interpella l’aubergiste. Qu’est-ce que je vous sers ?

 

―Un repas chaud, tavernier ! Et prépare moi une chambre ! répondit-il d’une voix un peu rauque.

 

―Oh mais c’est qu’il s’énerve, rigola l’aubergiste moqueur. Mais il a de quoi payer au moins, ajouta-t-il d’un ton où perçait la menace.

 

Dédaigneusement, Serpentard posa une bourse pleine devant l’autre dont l’œil brilla d’une étincelle de convoitise.

Il tendit la main pour s’emparer de la bourse mais Serpentard la récupéra prestement.

―Pas avant que je ne sois satisfait, gronda-t-il.

 

Mais il se crispa aussitôt en sentant une main palper sa cuisse juste à coté de sa bourse.

D’un geste vif, il dégaina sa dague en se retournant et en appuya la lame sur la gorge de l’impudent voleur.

―Si ce métal t’intéresse, j’en ai d’autre à ta disposition.

 

 

L’aubergiste rit derrière lui.

―Ah ah, Robert, t’es tombé sur un malin !

 

Serpentard remit sa dague dans son fourreau. Il alla s’installer à une table en demandant à y être servi au plus tôt.

Au bout d’un court instant, plus personne ne fit attention à lui.

Les hommes buvaient, riaient, tentaient de caresser le corps des servantes qui filaient rapidement.

Mais ce n’était pas le cas de tout le monde.

Il aperçut deux femmes attablées. Elles ne semblaient pas se connaître mais s’étaient sans doute retrouvées pour limiter le risque de se retrouver au milieu de malotrus.

Un homme, plus ivre que les autres, s’approcha d’elles et s’installa sans gêne entre elles, posant ses mains sur les épaules des jeunes femmes.

D’un même geste, elles plongèrent leurs mains dans leurs capes et en sortirent chacun une baguette qu’elles pointèrent sur l’ivrogne.

Il ne sut pas laquelle avait lancé quel sort mais l’intrus fut projeté en arrière mais ne parut même pas s’en apercevoir.

Deux sorcières, capables de réagir rapidement et efficacement.

Soudain, la porte fut ouverte d’un coup et un jeune chevalier entra.

Il avait une grande épée au coté qui semblait briller, de fabrication gobeline estima Serpentard.

Il s’avança vers le comptoir et voulut commander quelque chose mais une petite foule le bloquait.

Il tenta vainement de se frayer un chemin puis, las sans doute, fit sortir une baguette et écarta d’un geste nonchalant les buveurs devant lui.

Serpentard eut le pressentiment que ces trois sorciers avaient une grande importance.

 

 

End Notes:

Voici donc la fin de l'histoire de Serpentard en solitaire;

Vous avez sans doute reconnu les trois autres sorciers.

 

Donc merci à ceux qui ont suivi mon histoire.

J'espère que vous avez aimé. Parce que, je n'ai pas de review depuis trois mois alors je n'ai aucune idée de ce que vous avez pensez de ma fic.

Un merci tout de même à Herrion,  tristan lupin et noeme pour leurs reviews qui ont été un bon encouragement et une bonne motivation.

Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=34270