Harry Potter et l'innocenté d'Azkaban by MadameMueller
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

 

-Est-ce que … Est-ce qu'elle a fait une véritable prédiction ? demanda Harry. Enfin, non, bien sûr, puisque nous avons réussi à empêcher Pettigrow de s'enfuir ... mais je me demandais …

-Si cela voulait dire que l'on peut éviter que des prophéties ne se réalisent ? acheva Dumbledore. Je ne peux te répondre avec certitude, Harry.

 

Et si au lieu de ligoter Pettigrow, Lupin l'avait stupéfixié pour le ramener au château, privant ainsi le Seigneur des Ténèbres du retour de son serviteur ?

La deuxième guerre des sorciers aurait-elle pu être évitée ? Ou bien Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom aurait-il trouvé un autre moyen de recouvrer sa puissance d'antan ?  

 

Image: Une du Daily Prophet issue de de la franchise Harry Potter par Warner Bros et retravaillée par mes soins

 

Tout l'univers de Harry Potter appartient à JK Rowling

ATTENTION: il est conseillé de bien avoir en tête les livres (pas les films), car cet UA s'appuie sur énormement de petits détails des romans à partir du tome 3


Categories: Univers Alternatifs, Epoque de Harry Characters: Le Trio, Sirius Black
Genres: Aventure/Action
Langue: Français
Warnings: Mort violente/Meurtre
Challenges: Aucun
Series: MM's Siriusverse
Chapters: 77 Completed: Non Word count: 229204 Read: 32657 Published: 07/02/2018 Updated: 27/01/2023
Story Notes:

Bonjour à toutes et à tous & bienvenue dans cet Univers Alternatif !

C'est un projet un peu ambitieux, je l'admets bien volontiers, mais je me suis toujours demandé à la lecture du tome 4 pourquoi diable Lupin n'avait pas stupéfixié Queudver.

D'habitude je finis d'écrire mes fics avant de les publier mais j'ai décidé de ne pas le faire cette fois-ci pour pouvoir mieux tenir compte de vos remarques. Je vais essayer de publier un chapitre par mois. 

1. Chapitre 1: Sur l'autre rive by MadameMueller

2. Chapitre 2: Déceptions en chaine by MadameMueller

3. Chapitre 3: Le jugement by MadameMueller

4. Chapitre 4: Rentrée des classes by MadameMueller

5. Chapitre 5: La Coupe de Feu by MadameMueller

6. Chapitre 6: La vengeance de Rogue by MadameMueller

7. Chapitre 7: La première tâche by MadameMueller

8. Chapitre 8: Surprises by MadameMueller

9. Chapitre 9: Le Bal de Noël by MadameMueller

10. Chapitre 10: Les malheurs de Percy by MadameMueller

11. Chapitre 11: L'enterrement by MadameMueller

12. Chapitre 12: La deuxième tâche by MadameMueller

13. Chapitre 13: Le retour de Patmol by MadameMueller

14. Chapitre 14: La détresse de Winky by MadameMueller

15. Chapitre 15: Le rêve by MadameMueller

16. Chapitre 16: La troisième tâche by MadameMueller

17. Chapitre 17: Canicule by MadameMueller

18. Chapitre 18: Joyeux Anniversaire, Harry ! by MadameMueller

19. Chapitre 19: Vacances sous surveillance by MadameMueller

20. Chapitre 20: Rentrée ombragée by MadameMueller

21. Chapitre 21: Un éclair de lucidité by MadameMueller

22. Chapitre 22: La brillante idée d’Hermione by MadameMueller

23. Chapitre 23: L'Association de Défense by MadameMueller

24. Chapitre 24: Panique nocturne by MadameMueller

25. Chapitre 25: Le cimetière by MadameMueller

26. Chapitre 26: Sur le pied de guerre by MadameMueller

27. Chapitre 27: L’Ordre du Phénix by MadameMueller

28. Chapitre 28: Épée de Damoclès by MadameMueller

29. Chapitre 29: Noël au Square Grimmaurd by MadameMueller

30. Chapitre 30: Absence et confidence by MadameMueller

31. Chapitre 31: Ouverture et échec by MadameMueller

32. Chapitre 32: Un soutien inattendu by MadameMueller

33. Chapitre 33: Présumé coupable by MadameMueller

34. Chapitre 34: L'erreur de Diggory by MadameMueller

35. Chapitre 35: Le supplice de Trelawney by MadameMueller

36. Chapitre 36: L’heure de vérité by MadameMueller

37. Chapitre 37: Œillères et cachoteries by MadameMueller

38. Chapitre 38: La finale de Quidditch by MadameMueller

39. Chapitre 39: La faille dans le plan by MadameMueller

40. Chapitre 40: Faute avouée… by MadameMueller

41. Chapitre 41: … À moitié pardonnée by MadameMueller

42. Chapitre 42: Du côté obscur by MadameMueller

43. Chapitre 43: Craintes et espoir by MadameMueller

44. Chapitre 44: L'inauguration by MadameMueller

45. Chapitre 45: Nouvelle ère au ministère by MadameMueller

46. Chapitre 46: Rentrée sous haute tension by MadameMueller

47. Chapitre 47: Manque de chance by MadameMueller

48. Chapitre 48: Essais et retenue by MadameMueller

49. Chapitre 49: Le temps presse by MadameMueller

50. Chapitre 50: Le derby de Poudlard by MadameMueller

51. Chapitre 51: Une question de vie ou de mort by MadameMueller

52. Chapitre 52: La soirée de Slughorn by MadameMueller

53. Chapitre 53: Un fâcheux contretemps by MadameMueller

54. Chapitre 54: In Extremis by MadameMueller

55. Chapitre 55: Haine et amour by MadameMueller

56. Chapitre 56: La vie reprend son cours by MadameMueller

57. Chapitre 57: L’espion aux oreilles pointues by MadameMueller

58. Chapitre 58: Fausse bonne idée by MadameMueller

59. Chapitre 59: Enfermé dans une cage dorée by MadameMueller

60. Chapitre 60: Un hasard de bon augure by MadameMueller

61. Chapitre 61: La Bataille des huit Potter by MadameMueller

62. Chapitre 62: À quel prix ? by MadameMueller

63. Chapitre 63: Dernier séjour au Terrier by MadameMueller

64. Chapitre 64: Godric’s Hollow by MadameMueller

65. Chapitre 65: Perdus et retrouvés by MadameMueller

66. Chapitre 66: Le secret d’Hermione by MadameMueller

67. Chapitre 67: Deux missions pour le prix d’une by MadameMueller

68. Chapitre 68: Un peu de répit by MadameMueller

69. Chapitre 69: Enfer et stagnation by MadameMueller

70. Chapitre 70: Rencontre fortuite by MadameMueller

71. Chapitre 71: De l'aide by MadameMueller

72. Chapitre 72: Des nouvelles du monde by MadameMueller

73. Chapitre 73: Un problème à la fois by MadameMueller

74. Chapitre 74: À visage découvert by MadameMueller

75. Chapitre 75: Un plan insensé by MadameMueller

76. Chapitre 76: Chassé-croisé by MadameMueller

77. Chapitre 77: Dernière résolution by MadameMueller

Chapitre 1: Sur l'autre rive by MadameMueller
Author's Notes:

C'est parti pour le premier chapitre. Bonne lecture !

 

Harry se retourna dans son lit et entrouvrit paresseusement les yeux. Des rayons de lune perçaient au travers des fins rideaux, éclairant faiblement la pièce. Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'il ne se trouvait pas dans le dortoir des Gryffondor.

Il se redressa et cligna plusieurs fois des paupières. Il faisait très sombre, mais Harry reconnut bientôt l'infirmerie de Poudlard. Il y avait déjà séjourné à de nombreuses reprises, et une fois de plus, il ne savait pas comment il était arrivé là.

            En se retournant vers la table de nuit, il trouva sa paire de lunettes. Lorsqu'il les eut posées sur son nez, il constata que Hermione était allongée dans le lit à côté du sien et lui faisait signe de se taire en posant son index sur ses lèvres. Obéissant, Harry tendit l'oreille. Des voix murmuraient à quelques mètres d'eux. Elles parlaient si bas qu'il eut besoin de toute sa concentration pour en capter quelques brides :

-Heureusement que Severus est arrivé à temps, disait la voix de Dumbledore. Sinon, les Détraqueurs n'auraient pas hésité à aspirer leur âme à Harry et à Black.

Harry se retourna à nouveau vers Hermione. Il avait un mal de crâne pire qu'après un double cours d'histoire de la magie et ses souvenirs de cette soirée n'étaient pas clairs.

            Il se rappelait être descendu voir Hagrid avec Ron et Hermione juste avant l'exécution de Buck. Puis ils s'étaient dirigés vers le Saule cogneur. Mais pour quelle raison déjà ? En fouillant plus intensément dans sa mémoire, il se souvint que Croûtard, le rat de Ron, avait pris la fuite et que son ami s'était précipité à sa poursuite.

            Croûtard …


            Voilà que ça lui revenait. Le rat n'en était pas un, et ils étaient tombés nez à nez avec le fugitif Sirius Black dans la Cabane hurlante. Le professeur Lupin les avait rejoints et leur avait appris la vérité à propos du meurtre de ses parents : ce n'était pas Black qui avait été leur Gardien du Secret, mais Peter Pettigrow. Celui-ci, constatant que sa traitrise avait entraîné la chute de Lord Voldemort, avait mis en scène sa propre disparition et s'était caché pendant douze ans sous sa forme d'Animagus. Black avait été accusé à tort de meurtre et envoyé sans procès à Azkaban, la prison des sorciers, avant de s'en échapper au cours de l'été précédent.

            Black avait voulu tuer Pettigrow dans la Cabane hurlante, mais Harry l'en avait empêché. Lui et Lupin avaient été les meilleurs amis de son père, James Potter, et il était hors de question pour Harry de les laisser devenir des meurtriers à cause de cette crapule. Et en plus, seul le témoignage de Pettigrow pouvait permettre à Sirius, son parrain, d'être innocenté.

            Ils avaient donc stupéfixié Peter au lieu de le tuer et avaient repris ensemble le chemin du château. Mais il était arrivé quelque chose.

 

            Harry se rappelait de la bouffée d'air frais qu'il avait ressentie en atteignant le bout du tunnel au pied du Saule cogneur. Sirius venait de lui proposer d'emménager chez lui, lorsque son nom et sa réputation seraient lavés des horribles crimes dont on l'accusait. À cet instant précis, tout était parfait dans la vie de Harry.

            Mais le ciel s'était soudain éclairé : la pleine lune venait de percer au travers des nuages. Et le professeur Lupin, qui avait oublié de prendre sa potion Tue-Loup, se transforma en un monstrueux loup-garou.

-Fuyez ! avait ordonné Sirius. Fuyez immédiatement !*

À ces mots, il s'était métamorphosé en un gigantesque chien noir, celui-là même que Harry avait pris pour un Sinistros pendant toute l'année scolaire, et s'était jeté sur le loup-garou. Les deux bêtes avaient mené un combat acharné avant de disparaître à l'orée des arbres, sous le regard épouvanté de Harry, Hermione et Ron.

-Il ne faut pas rester là !* avait alors gémit Hermione d'une petite voix.

Mais Harry avait hésité : Sirius avait à présent de grosses plaies dans le dos, et sa chair déchiquetée par les griffes et crocs puissants du loup-garou saignait abondamment. D'un autre côté, qu’aurait-il pu tenter, lui, Harry, pour aider Sirius ?

La seule chose à faire, c'était d'éviter qu'il n'y ait d’autres victimes. À contrecœur, Harry avait passé son bras dans le dos de Ron, pour l'aider à marcher avec sa jambe cassée. De sa main libre, il avait pointé sa baguette vers le corps inanimé de celui qu'on appelait Queudver. À cet instant, il avait entendu un aboiement, puis une longue plainte qui lui glacèrent le sang.

-Harry ! avait encore appelé Hermione. Il faut ramener Pettigrow et le professeur Rogue au château ! 

Elle avait fort bien compris ses intentions, mais cela aurait été la chose la plus stupide du monde que de les mettre en pratique ! Et pourtant, Harry avait décidé de l'ignorer, laissant Ron tomber sur les fesses dans l'herbe humide.

-Harry, ne fais pas ça ! Tu vas te faire tuer ! s'était inquiété celui-ci, tandis que Hermione faisait de son mieux pour le hisser à nouveau sur ses pieds.

Mais Harry, qui ne les écoutait déjà plus, était parti en courant en direction de la forêt.

-Sirius, avait-il haleté en repoussant les branches qui lui barraient le chemin.

Harry se souvenait du froid, qui se faisait de plus en plus intense à mesure qu'il s'enfonçait entre les arbres. Les aboiements, qui l'avaient guidé jusque sur la rive du lac, avaient soudainement cessé. Sirius avait repris sa forme humaine et, recroquevillé sur lui-même, suppliait les Détraqueurs de ne pas s'approcher, de le laisser tranquille.

            Harry avait alors senti une onde de détresse s'emparer de lui et malgré tous ses efforts pour tenter de repousser les Détraqueurs, il ne parvint pas à invoquer un Patronus assez puissant.

-Sirius… avait-il murmuré en cherchant à tâtons la main glacée de son parrain, complètement désespéré.

Un Détraqueur s'était alors approché de lui, l'avait soulevé et retiré sa capuche, laissant apparaître une tête sans visage. Terrifié, Harry avait alors su qu'il allait mourir. Qu'ils allaient mourir.

            Sans doute était-ce dû à sa mort imminente, mais Harry avait soudain vu une lumière éclatante se répandre toute autour de lui. Le Détraqueur l'avait alors lâché, et Harry avait tout juste eu le temps d'apercevoir une biche argentée gambader le long de la rive, faisant fuir un à un les assaillants. Puis la biche s'était arrêtée une seconde si près de lui qu'il aurait pu la toucher. Il avait un étrange sentiment de familiarité avec cette créature, mais elle avait fini par disparaître et lui, par s'évanouir.

 

            Harry et Hermione firent semblant de dormir autant de temps qu'il fallut pour que Dumbledore quitte enfin l'infirmerie. Lorsqu'ils furent sûrs d'être seuls, Harry se tourna à nouveau vers la jeune fille :

-Que s'est-il passé ? demanda-t-il aussitôt. Je me souviens avoir été attaqué par les Détraqueurs et qu'un Patronus les a fait fuir mais je...

-C'était celui du professeur Rogue, expliqua Hermione. Lorsque tu es parti rejoindre Sirius, j'ai réveillé Rogue. Il nous a dit, à Ron et à moi…

Elle marqua une pause en désignant le lit de l'autre côté de Harry, où Ron dormait profondément.

-... de rentrer au château avec Pettigrow et d'aller réveiller Dumbledore. C'est ce que nous avons fait, d'ailleurs ça a été beaucoup plus simple que prévu, ricana-t-elle avec une moue sarcastique.

-Qu'est-ce que tu veux dire par là ? s'étonna Harry.

-Rusard faisait sa ronde et nous a pris en flagrant délit, expliqua-t-elle d'un ton dédaigneux qui ne lui était pas habituel. Il s'est chargé d'aller chercher Dumbledore pour nous. Ce n'était vraiment pas simple de marcher du Saule cogneur jusqu'au château en aidant Ron à tenir debout et en faisant voler Pettigrow stupéfixié devant soi !

-Vous avez réussi ? s'enquit aussitôt Harry. Pettigrow, il est enfermé quelque part ?

-Oui, répondit Hermione. Tout comme Sirius, d’ailleurs. Le ministre de la Magie ne va plus tarder, d'après ce que disait Dumbledore, il veut les interroger tous les deux.

Harry s'enfonça un peu plus le dos dans son oreiller. Il était rassuré de savoir Sirius toujours en vie et Queudver sous les verrous, mais il ne savait pas s'il pouvait vraiment avoir confiance dans le discernement de Fudge. Après tout, il avait fait envoyer Hagrid à Azkaban l'année précédente alors qu’il était innocent, lui aussi !

-Ah, vous êtes réveillés tous les deux ! s'exclama Mme Pomfresh d'un ton brusque, faisant sursauter Harry, alors plongé dans ses pensées.

Elle posa un gros morceau de chocolat sur la table de chevet et le cassa en morceaux à l'aide d'un petit marteau.

-Comment va Ron ? demandèrent Harry et Hermione d'une seule voix.

-Il survivra, répondit simplement l'infirmière. Quant à vous deux, avalez votre chocolat, hop hop !

Les deux jeunes gens s'exécutèrent, puis Harry repoussa la couverture et sauta hors de son lit.

-Potter, qu'est-ce que vous faites ? s'interposa Mme Pomfresh.

-Je dois voir Fudge pour être sûr que …

-Le professeur Dumbledore est parti accueillir le ministre, ajouta l'infirmière d'un ton rassurant. Nul doute que les Aurors pourront faire toute la lumière sur cette affaire.

Mais elle voyait fort bien que Harry n'était toujours pas convaincu et qu'il risquait de lui fausser compagnie dès qu'elle aurait le dos tourné.

-Et vous n'iriez de toute façon pas bien loin puisque le directeur a pris soin de verrouiller la porte en sortant, ajouta-t-elle.

Harry n'eut pas le temps de vérifier la véracité de cette affirmation car c'est à ce moment précis que Ron se réveilla à son tour :

-Qu'est-ce qui s'est passé ? grogna-t-il. Où sont Sirius et Lupin ? Et Pettigrow ?

Hermione relata à nouveau les évènements, tandis que Ron engloutissait l'énorme morceau de chocolat que Mme Pomfresh venait de lui tendre.

-Rogue t'a encore sauvé la vie ? s'étonna Ron en se retournant vers Harry. Tu crois que tu vas réussir à le supporter ?

Harry afficha soudain un air sombre.

Il ne l'avait pas encore envisagé de cette manière, mais ses relations déjà difficiles avec le maître des potions risquaient de se détériorer encore un peu plus – Rogue prendrait sans doute un malin plaisir à le lui rappeler à chaque minute de son existence.

-Vous devriez montrer un peu plus de reconnaissance, intervint Mme Pomfresh, scandalisée par sa réaction. Le professeur Rogue mériterait un Ordre de Merlin pour un tel acte de bravoure !

Les trois adolescents échangèrent un regard éloquent mais ne répondirent pas. 

-Vous avez besoin de repos, reprit-elle d'une voix plus douce. Comme je pense que vous êtes actuellement trop nerveux pour dormir de votre plein gré, je vais devoir vous administrer un somnifère.

Elle se dirigea vers son bureau et revint une minute plus tard. Elle força ses trois patients à boire d'une traite leur fiole de Potion de sommeil sans rêve, mais l'inquiétude de Harry lui nouait toujours les entrailles alors qu'il se sentait de plus en plus attiré par les bras de Morphée.

-N'empêche, ajouta Ron en bâillant à s'en décrocher la mâchoire, qui aurait cru que le Patronus de Rogue serait une biche ? Moi, j'aurais parié sur une chauve-sou…

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'il s'était déjà endormi. Harry et Hermione l'imitèrent bientôt.

 

 

Les trois jeunes gens furent autorisés à quitter l'infirmerie le lendemain midi.

Ils s'étaient attendus à une agitation exaltée dans les couloirs, la nouvelle de l'arrestation de Black et Pettigrow ayant sûrement déjà fait trois fois le tour de l'école. Mais il n'en était rien : la chaleur étouffante et la fin des examens avaient incité tout le monde à profiter d'une dernière sortie à Pré-au-Lard. Tous, sauf les trois amis.

-Tu crois que Sirius va être innocenté ? demanda Hermione, inquiète.

-Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir, répondit Harry d'un ton résigné.

-Nous avons quand même réussi à confondre Pettigrow ! argumenta Ron avec optimisme.

Harry hocha la tête. Il n'aurait pas pu expliquer pourquoi, mais il avait un mauvais pressentiment.

-Allons demander à Dumbledore, proposa Hermione. Nous serons fixés.

 

 

End Notes:

*Dialogues issu de Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, traduction de Jean-François Ménard

Pas de vraiment grand chambardement pour le moment mais ça ne va pas tarder. À bientôt !

Chapitre 2: Déceptions en chaine by MadameMueller
Author's Notes:

Bonsoir,

Bienvenue dans ce deuxième chapitre de l'UA "Harry Potter et l'innocenté d'Azkaban" ! Je tiens à remercier du fond du coeur Sleipnir, AlexG57 et Ocedas pour leurs reviews :-) 

Au chapitre précédent, nous avions laissé le trio sortir de l'infirmerie après que Ron et Hermione euent réussi à ramener Queudver au château et que Rogue eut sauvé Harry et Sirius des Détraqueurs. 

Bonne lecture !

 

La voix familière de Dumbledore venait de les inviter à entrer, pourtant Harry n'avait pas le courage de pousser la porte. Hermione lui jeta un regard en coin avant de prendre les devants.

            Le directeur était assis derrière son bureau, mais il n'était pas seul : Sirius s’était levé de sa chaise, comme prêt à l’accueillir. À la vue de son parrain, Harry poussa un cri de joie et se précipita :

-Est-ce que Fudge vous a innocenté ?

-Qu'est devenu Croûtard ?

-Je vais pouvoir venir vivre chez toi ?

-Pas tous en même temps ! rit Sirius. 

Il marqua une pause, le regard légèrement embué et un large sourire aux lèvres ; il était manifestement touché par tant d'attention.

-Je suis en liberté surveillée et dois passer en jugement, annonça-t-il enfin.

Puis, devant les mines courroucées qu'affichaient les trois amis, il ajouta :

-Ça aurait pu être pire. Peter a été transféré à Azkaban en attendant le procès. Le ministre, suivant le conseil du professeur Dumbledore...

Il se retourna vers le directeur et lui adressa un signe de tête reconnaissant.

-... a pensé que j'avais déjà passé de trop longues années enfermé pour un meurtre que je n'ai de toute évidence pas commis. Je devrais cependant me présenter une fois par jour au Bureau des Aurors.

-Quand aura lieu le procès ? demanda timidement Hermione.

-Fin juillet, répondit Sirius. Avec un peu de chance, je serais un homme libre pour ton anniversaire, Harry !

-Et je pourrais venir habiter chez toi ? insista le jeune homme, le regard brûlant d'espoir.

Sirius échangea alors un regard gêné avec Dumbledore. Celui-ci le fixait d'un air impassible et pourtant très déterminé. On aurait presque dit qu’ils cachaient quelque chose.

-Je... commença Sirius d’une voix mal assurée. Ce n'est pas si simple.

-Mais pourquoi ? s'écria Harry.

Il avait le sentiment qu'on venait de le poignarder dans le dos. Sirius ne pouvait pas lui faire une chose pareille ! Pas après lui avoir proposé de quitter les Dursley pour toujours !

-Déjà, il n'est pas dit que je sois relaxé. Il y a une probabilité pour qu'on me renvoie quand même à Azkaban – je suis un Animagus non déclaré, ne l'oublie pas ! Et puis, même si je recouvre ma liberté, je ne suis pas sûr de l'état dans lequel je vais retrouver ma maison. Il me reste encore une partie de la fortune héritée de ma famille mais il me faudra quand même trouver un emploi, ce qui risque d'être compliqué étant donné que je suis directement entré dans la résistance après être sorti de Poudlard.

-Mes parents m'ont légué assez d'argent pour subvenir à nos besoins ! rétorqua Harry.

-Je sais, sourit Sirius, mais ils l'ont laissé pour toi, pour ton avenir, et non pas pour que tu soutiennes ton incapable de parrain.

Harry ouvrit la bouche pour répliquer, mais Sirius ne lui en laissa pas le temps :

-Je vais devoir me reconstruire en tant qu'homme et en tant qu'individu dans notre société avant de pouvoir prendre la responsabilité pour un jeune homme tel que toi. Je m'en voudrais de te servir de mauvais exemple.

Un lourd silence s'abattit sur l'assemblée. Les arguments avancés par Sirius avaient du sens, mais Harry était trop déçu pour le reconnaître.

-Mais ça ne veut pas dire qu'on ne se verra pas ! ajouta précipitamment Sirius. Je pourrais venir te rendre visite chez ton oncle et ta tante, et nous pourrions aller ensemble à un match de Quidditch ou simplement flâner sur le Chemin de Traverse !

Harry hocha la tête en regardant ses chaussures. Il ne voulait pas que Sirius voie qu'il était sur le point de pleurer de déception.

-Et si vous alliez rejoindre vos camarades à Pré-au-Lard ? suggéra Dumbledore, en prenant la première fois la parole depuis leur arrivée. Je sais que ton oncle et ta tante ne t’ont pas donné d’autorisation de sortie, Harry, mais je suis presque sûr que Sirius ici présent est prêt à remédier à ce léger problème…

-Bien entendu, acquiesça aussitôt Sirius. Où est-ce que je signe ?

Comprenant qu'il les congédiait, Harry n’insista pas ; lui, Ron et Hermione prirent alors le chemin de la sortie.

-À très bientôt, Harry ! lança Sirius avant que la porte ne se referme.

 

            N'étant pas d'humeur à s'amuser, les trois jeunes gens se contentèrent de marcher le long du lac noir. Et dire que seulement deux jours plus tôt, Harry aurait donné n’importe quoi pour avoir l’autorisation de se rendre à Pré-au-Lard ! Si Ron et Hermione faisaient leur possible pour positiver, certains de la clémence des juges à l'égard de Sirius, Harry, lui, ne pouvait s'empêcher d'être furieux contre lui-même.

Comment avait-il pu croire que Sirius avait sérieusement envisagé de le prendre avec lui ? C'était un homme dans la force de l'âge, dont les années d'incarcération à Azkaban n'avaient pas réussi à ruiner la beauté désinvolte. Même s'il était relaxé, il préfèrerait sûrement profiter de sa liberté retrouvée pour rattraper le temps perdu plutôt que de supporter les sautes d'humeur d'un adolescent ingrat !

            Harry releva soudain la tête lorsqu'ils arrivèrent la hauteur de l'endroit où les Détraqueurs les avaient attaqués la veille, sur la rive opposée du lac, et sa rage ne fit que croître encore davantage.

Il devait sa vie à Rogue. L'humiliation suprême. Harry comprenait à présent ce que Dumbledore lui avait dit en première année, que Rogue haïssait son père car celui-ci lui avait un jour sauvé la vie.

-Et si nous allions voir Hagrid ? proposa soudain Hermione.

Harry aurait mille fois préféré être seul, mais il se contenta de hausser les épaules et de suivre ses deux amis.

 

            Les rideaux de la cabane étaient tirés et un gros tas de terre avait été remué à quelques mètres de là. C'est alors que Harry se rappela qu'avant de découvrir la véritable identité de Pettigrow, Hermione, Ron et lui étaient venus soutenir Hagrid avant l'exécution de Buck. Ils étaient partis à l'arrivée du bourreau, mais ils avaient entendu très distinctement la hache fendre impitoyablement l'air.

-Hagrid ? appela Hermione d'une voix incertaine. Hagrid, est-ce que ça va ?

Crocdur aboya en guise de réponse. Hermione frappa encore une fois à la porte, en vain. Hagrid n’était peut-être pas chez lui, après tout ? Le trio s'apprêtait à faire demi-tour en promettant de revenir plus tard lorsque le cliquetis de la serrure se fit entendre et le panneau de bois s'entrebâilla.

            Hermione jeta un regard de biais à Ron et Harry, avant de pousser la porte et d'entrer dans la cabane. Hagrid était affalé dans son fauteuil, plusieurs bouteilles vides d'alcool fort étalées autour de lui, ses mains gigantesques recouvrant l'intégralité de son visage. Les trois amis virent très distinctement les larmes qui coulaient entre ses doigts.

-Hagrid, murmura Hermione d'un ton réconfortant. Je suis vraiment désolée.

Le garde-chasse renifla bruyamment et releva la tête vers elle :

-Tu... tu as déjà fait beaucoup, Hermione, sanglota-t-il. C'est ma faute, je n'aurais jamais dû vous faire cours sur les hippogriffes.

Il sortit son mouchoir à pois de sa poche et se moucha si fort, que Harry ressentit le courant d'air dans ses cheveux mal peignés.

-Et maintenant... Buck est mort, conclut Hagrid en pleurant de plus belle.

-J'aimerais tellement pouvoir faire quelque chose pour vous, Hagrid, assura Harry avec sincérité.

-C'est gentil à toi, répondit le gardien des Clés et des Lieux entre deux sanglots, mais rien ne me ramènera Buck.

Crocdur vint poser sa tête sur le genou de son maître et bava abondamment.

-Oui mon chien, reprit Hagrid, il faut que je reste fort pour toi !

Il caressa la tête du chien avec amour avant de se retourner vers ses trois visiteurs :

-Vous êtes au courant pour le professeur Lupin ? demanda-t-il pour changer de sujet.

-Au courant de quoi ? interrogea prudemment Harry.

Ils ne devaient pas prendre le risque de dévoiler le secret de Lunard, surtout à Hagrid qui, malgré son grand cœur, était absolument incapable de rester discret :

-Le professeur Lupin est un loup-garou. Et hier soir, il était en liberté dans le parc. Maintenant, bien sûr, il fait ses valises.

-Ses valises ? s'exclama Harry. Pourquoi ?

-Il s'en va, bien sûr, dit Hagrid. Il a donné sa démission à la première heure ce matin. Il a dit qu'il ne voulait pas prendre le risque que ça se reproduise.

Harry se leva d'un bond

-Je vais aller le voir, dit-il à Ron et à Hermione.

-Mais s'il a démissionné ?

-Je ne crois pas qu'on puisse faire grand-chose...

-Ça m'est égal, je veux quand même le voir. Je vous retrouve ici.*

 

            La porte du bureau de Lupin était fermée. Harry frappa trois coups, et la voix familière du professeur lui répondit un :

-Entrez, Harry !

Celui-ci poussa la porte et à son grand étonnement, Lupin n'était pas seul. Remarquant la tension qui s'installait entre Sirius et son filleul, le professeur prit la parole :

-Je vous ai vu arriver, dit-il avec un sourire.

Il montra le morceau de parchemin posé sur son bureau : la carte du Maraudeur. Ignorant le regard pénétrant de son parrain, Harry ouvrit la bouche :

-Je viens de voir Hagrid, dit Harry. Il m'a dit que vous aviez démissionné. C'est vrai ?

-J'ai bien peur que oui... répondit Lupin.*

-Mais pourquoi ? s'indigna Harry. Vous êtes le meilleur professeur de défense contre les forces du Mal que nous n’ayons jamais eu ! Tout ça, c'est de la faute de Rogue !

Lupin échangea un regard avec Sirius et poussa un profond soupir.

-J'aurais pu mordre n'importe lequel d'entre vous... il ne faut pas que cela se reproduise.* C'était de la pure folie d'accepter ce poste.

-N'empêche que c'est un énorme gâchis, grogna Sirius.

Harry détestait cela en cet instant, mais il était d'accord avec son parrain.

-J'allais oublier, reprit Lupin en changeant de sujet, j'ai rapporté ça de la Cabane hurlante.

Il tendit à Harry la cape d'invisibilité. Il hésita, puis lui donna également la carte du Maraudeur.

-Je ne suis plus votre professeur, je peux donc également vous rendre ceci sans me sentir coupable.* À moins, bien sûr, que votre parrain ait quelque chose contre ? ajouta-t-il en se tournant vers Sirius, un sourire amusé aux lèvres.

-Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles, Lunard, répondit Sirius d’un air faussement innocent.

À ces mots, Harry ne put s’empêcher de sourire à son tour et prit la carte, qu’il fourra dans sa poche avec la cape.

À cet instant, on frappa à la porte et le panneau s’ouvrit sur le visage ridé et barbu du professeur Dumbledore ; il ne sembla pas surpris de trouver Harry dans le bureau de Lupin.

-Votre fiacre est à la porte, dit-il à l'attention de Lupin et de Sirius.

-Merci Monsieur le Directeur.*

Sirius aida Lupin à porter ses affaires et le suivit dans le couloir.

-Bon, eh bien, au revoir Harry, dit Lupin en souriant. C'était vraiment un plaisir de vous avoir comme élève. Monsieur le directeur, inutile de nous accompagner, nous trouverons le chemin …

Harry eut l'impression que Lupin voulait partir le plus vite possible.

-Alors au revoir, Remus, dit sobrement Dumbledore.*

Puis il se retourna vers Sirius :

-Je vous verrai cet été pour préparer votre défense.

-Merci professeur, répondit Sirius.

Lupin s'avança en direction de la sortie, tandis que Dumbledore prenait le chemin de son bureau. Seul Sirius resta un peu en retrait.

-Harry, je sais que tu es déçu, dit-il précipitamment. Mais je te promets que c'est pour ton bien et que ce n'est que temporaire.

Harry haussa les épaules d'un air qui se voulait égal, mais Sirius n'était pas dupe.

-Je passerai te voir pendant l'été. À bientôt, Harry. James serait fier de toi.

Il pressa sa main sur l'épaule de son filleul puis suivit Lupin qui venait de disparaître à l'angle du couloir.

 

            Dépité par la tournure que prenaient les évènements, Harry erra au hasard des couloirs. En y repensant, tout n'était pas si négatif après tout : Sirius était libre – du moins pour le moment. Mais la démission de Lupin, venant s'ajouter au chagrin inconsolable de Hagrid, laissait Harry étrangement vidé de tout espoir.

            En passant dans un couloir de l'aile Est, il aperçut le professeur Dumbledore qui observait distraitement le parc à travers une fenêtre. Ne voulant pas déranger le vieil homme dans ses réflexions, Harry décida de faire demi-tour le plus discrètement possible.

-Harry ! l'appela le directeur. Est-ce que tout va bien ? Tu m'as l'air soucieux.

-Non, professeur, mentit Harry. Tout va bien.

Dumbledore lui lança un regard pénétrant par-dessus des lunettes en demi-lunes.

-Si c'est pour tes examens que tu t'inquiètes, je peux te dire que les résultats devraient arriver dans le courant de la semaine prochaine.

Les examens. Avec les révélations de la nuit précédente, Harry avait complètement oublié qu'il avait passé son épreuve de divination seulement la veille.

-Professeur, commença-t-il, lorsque j'ai eu terminé mon examen avec le professeur Trelawney hier soir, elle est devenue très... très bizarre.

-Vraiment ? Tu veux dire plus bizarre que d'habitude ?

-Oui... Sa voix était grave, tout d'un coup, elle roulait les yeux et elle a dit... elle a dit que le serviteur de Voldemort partirait rejoindre son maître avant minuit... Elle a dit que son serviteur l'aiderait à retrouver sa puissance. Ensuite, elle est redevenue normale et ne se souvenait plus du tout de ce qu'elle avait dit. Est-ce que... Est-ce qu'elle a fait une véritable prédiction ?* Enfin, non, bien sûr, puisque nous avons réussi à empêcher Pettigrow de s'enfuir... mais je me demandais...

-Si cela voulait dire que l'on peut éviter que des prophéties ne se réalisent ? acheva Dumbledore. Je ne peux te répondre avec certitude, Harry. La dernière prédiction du professeur Trelawney s'est malheureusement – ou peut-être, heureusement – réalisée. Que celle-ci se soit révélée caduque ne garantit pas que Voldemort ne reviendra jamais.

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, traduction de Jean-François Ménard

 

Et voilà, j'espère que ça vous a plu. Je posterai le chapitre 3 fin mars/début avril. À bientôt !

Chapitre 3: Le jugement by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Bienvenue dans ce troisième chapitre ! Je tiens à remercier Cernunnos und Ocedas pour leurs reviews ! :-)

Allez, je ne vous retiens pas plus longtemps et vous souhaite une bonne lecture !

Les quatre semaines passées chez les Dursley avaient été les pires depuis qu'il avait été admis à Poudlard : Dudley devait suivre un régime et pour le motiver, la tante Pétunia forçait tous les habitants du 4, Privet Drive à en fait autant. Heureusement pour lui, Harry avait reçu des provisions de la part de Sirius, Ron, Hermione et Hagrid.

            Quelques jours après son anniversaire, Mr Weasley était venu le chercher chez les Dursley, accompagné de Ron, Fred et George. Cette visite avait certainement traumatisé l'oncle Vernon et la tante Pétunia à vie : outre le fait que la moitié de leur salon avait été détruite lorsque les Weasley avaient essayé d'utiliser de la poudre de Cheminette sur la cheminée électrique, les jumeaux avaient également testé leur nouvelle invention, les Pralines Longue Langue, sur le cousin Dudley.

            Harry apprit à son arrivée au Terrier que les deux garçons avaient décidé de se lancer dans le marché des farces et attrapes, ce que leur mère désapprouvait ouvertement. Elle avait détruit tous leurs bons de commande et leur avait formellement interdit de recommencer. En son for intérieur, Harry doutait que cela puisse empêcher les jumeaux de poursuivre leur projet.

            Mr Weasley avait réussi à obtenir des billets pour la finale de la Coupe du Monde de Quidditch, qui devait avoir lieu le lundi suivant, mais un autre évènement rendait Harry nerveux à chaque fois qu'il y pensait : le jugement de Sirius et de Pettigrow devait avoir lieu le vendredi avant le match.

 

 

            L'aube ne s'était pas encore levée mais Harry était parfaitement réveillé. Il avait très mal dormi et remuait sans cesse sur son lit de camp. George poussa un grognement dans son sommeil et Harry décida qu'il valait peut-être mieux descendre avant d'avoir réveillé toute la chambrée. Il se leva et s'habilla en silence dans l'obscurité, avant de se glisser dans le couloir et de refermer la porte le plus doucement possible.

            Malgré l'heure matinale, la cuisine du Terrier était loin d'être déserte. Mr Weasley et Percy prenaient leur petit déjeuner et menaient à voix basse une conversation animée :

-Mr Croupton est consterné par le manque d'organisation de Mr Verpey, dit Percy d'un air dédaigneux. Un évènement aussi important !

-Ludo apporte l'enthousiasme nécessaire, répondit Mr Weasley. Pour les formalités, il peut compter sur Bertha.

-Oui, heureusement qu'il l'a comme assistante ! s'exclama Percy. Elle a travaillé pour Mr Croupton avant de rejoindre le Département des jeux et sports magiques. Mr Croupton a toujours su s'entourer de collaborateurs dignes de confiance et...

-Bonjour Harry, coupa Mr Weasley en lui faisant signe d'entrer. Tu es debout tôt ! Ça ne fait rien, installe-toi et sers-toi un bol de cacao.

Il semblait ravi de pouvoir couper court au monologue de Percy et Harry vint s'asseoir autour de la table.

-Je ne vais pas tarder, père, annonça Percy toujours du même air supérieur. J'ai beaucoup de travail qui m'attend.

Puis il se leva, empoigna sa serviette en cuir élimé et sortit de la maison.

Harry était encore en train de tourner sa cuillère dans son bol d'un air absent lorsque Mrs Weasley entra dans la pièce, un lourd panier de linge dans les mains.

-Oh Harry, mon chéri, tu es déjà levé ? s'étonna-t-elle. Tu n'es pas obligé d'y aller, tu sais.

-Je veux y aller ! répondit précipitamment Harry.

Mrs Weasley poussa un profond soupir avant de se mordre la lèvre, comme si elle hésitait à dire quelque chose.

D'une manière générale, Harry avait remarqué qu'elle évitait soigneusement de faire le moindre commentaire lorsqu'on parlait de Sirius, ce qui le laissait penser qu'elle n'était pas entièrement convaincue de son innocence mais qu'elle avait à cœur de ne pas se mettre Harry à dos.

-Je t'ai repassé une robe propre, ajouta-t-elle. Il faut faire bonne impression lorsqu'on se rend au ministère.

-Merci, Mrs Weasley, répondit Harry avec gratitude.

Il but son chocolat puis monta dans la salle de bain. Il n'avait pas assez d'appétit pour avaler quoi que ce soit d'autre. Il redescendit un quart d'heure plus tard après s’être lavé, alors que le ciel s'éclairait d'une lumière rose.

-Si tu es prêt, nous pouvons y aller, proposa Mr Weasley.

Harry hocha la tête en signe d'approbation.

            Ils sortirent dans le jardin, où les gnomes se baladaient de leur démarche bancale.

-Nous allons transplaner jusque dans une ruelle non loin du ministère, expliqua Mr Weasley. Puis nous prendrons l'entrée des visiteurs. Prends mon bras et accroche-toi bien.

Harry s'exécuta et sentit Mr Weasley se crisper légèrement avant de tourner sensiblement sur lui-même. Le sol disparut alors sous ses pieds.

 

 

            Une seconde plus tard, Harry et Mr Weasley retrouvèrent la terre ferme mais le décor avait changé : ils se trouvaient à présent dans une rue sale et déserte. De la lumière brillait par certaines fenêtres et on apercevait la tour de Big Ben par-dessus les bâtiments.

Harry respira plusieurs fois profondément ; lors du transplanage, il avait eu la désagréable sensation de s'être glissé dans un tuyau trop étroit pour lui.

-Par ici, souffla Mr Weasley en s'approchant d'une cabine téléphonique aux vitres fêlées et à l'appareil défoncé.

Il en ouvrit la porte et se glissa à l'intérieur, en faisant signe à Harry de le suivre. Intrigué, celui-ci entra et regarda Mr Weasley se saisir du combiné.

-Alors, c'est quoi le code déjà ? marmonna-t-il. Ah oui !

Il pianota sur les touches crasseuses, d'abord un 6, puis un 2, puis deux 4 et enfin un autre 2. Une voix féminine s'éleva alors du combiné :

-Bienvenue au ministère de la Magie. Merci de préciser votre nom et la raison de votre visite.

-Je m'appelle Arthur Weasley, je travaille au Service des détournements de l'artisanat moldu, et j'accompagne Harry Potter, qui doit assister au procès Black ce matin.

Il y eut alors un bruit de ferraille et un badge tomba alors dans le réceptacle à monnaie.

-Accroche ça sur ta robe, conseilla Mr Weasley.

Au moment où Harry épinglait le pin's sur sa poitrine, la cabine téléphonique se mit à trembler et s'enfonça lentement dans le sol.

            La cellule s'arrêta au milieu d'une salle si vaste et tellement courue que Harry n'en distinguait pas les extrémités. En son centre se dressait une gigantesque fontaine surmontée de cinq statues en or représentant un gobelin, un centaure et un elfe de maison qui regardaient un sorcier et une sorcière avec adoration. Celui qui était à l'origine de cette œuvre devait connaître bien peu de choses sur le caractère des centaures et des gobelins…

-Il faut faire enregistrer ta baguette, Harry, dit Mr Weasley en le guidant vers le bureau de la sécurité.

            Une fois ces formalités réglées, Mr Weasley entraîna Harry jusqu'à son bureau, au deuxième étage. Harry le regarda travailler jusqu'à ce qu'on frappe doucement à la porte.

-Professeur ! s'exclama Mr Weasley en se levant d'un bond. Quelle ponctualité !

-Bonjour Arthur, répondit Dumbledore avec un sourire bienveillant avant de se tourner vers Harry. Bien, allons-y, le procès ne va pas tarder à commencer.

Il sortit à nouveau dans le couloir et referma la porte derrière lui.

-Ça va, Harry ? demanda-t-il alors qu'ils remontaient le couloir du deuxième niveau en direction de l'ascenseur.

-Oui, répondit Harry d'une voix faible.

-Ne t'inquiète pas pour Sirius, ajouta Dumbledore d’un ton tranquille. Je suis sûr que tout se passera bien.

L'ascenseur s'arrêta et la grille s'ouvrit dans un grincement métallique, mais Harry et Dumbledore ne s'y engouffrèrent pas. Au contraire, le directeur de Poudlard ouvrit une autre porte sur la droite et fit signe à Harry d'entrer.

            Il s'agissait d'une grande pièce avec une estrade montée le long d'un mur, sur laquelle se trouvait un siège derrière un bureau. À gauche se dressait un box avec une demi-douzaine de chaises, et en son centre, une sorte de trône. Dumbledore fit signe à Harry de prendre place sur l'un des bancs situés en face de l'estrade, derrière le trône, tandis que lui-même allait s'installer dans le box.

-Harry ! s'écria Sirius qui attendait déjà sur l'un des bancs.

Il serra son filleul dans ses bras avant de s'asseoir à nouveau.

-C'est l'heure de vérité, pas vrai ? dit-il en esquissant un sourire qui se voulait rassurant.

-Oui, répondit Harry, la gorge de plus en plus sèche.

Sirius lui asséna alors une petite tape sur l’épaule puis d'alla s'installer dans le trône au milieu de la pièce.

 

 

 

 

 

 

            La salle se remplissait peu à peu mais Harry était trop tendu pour vraiment regarder les gens qui prenaient place autour de lui.

-Oh non, souffla Sirius en crissant des dents. Pas elle

Intrigué malgré son inquiétude, Harry suivit son regard et remarqua une femme blonde à la robe rose bonbon, aux ongles cramoisis et au sac en peau de crocodile, qui tenait une plume d’un vert criard ainsi qu’un calepin, et qui les regardait d’un air inquisiteur.

-Qui est-ce ? questionna Harry à voix basse.

-Rita Skeeter, grogna Sirius. Elle travaille pour La Gazette du sorcier. Elle se dit journaliste mais elle est plus intéressée par la recherche de scoops que par celle de la vérité. Quoi qu’elle écrive sur ce procès, il n’en sortira rien de bon.

Il se détourna mais Harry resta de longues secondes à observer cette femme à la mâchoire carrée et à l’allure vraiment peu sympathique. Finalement, il se désintéressa de la dénommée Skeeter lorsqu’une autre femme, vêtue d’une robe de sorcière d’un violet foncé et à la mine austère, entra à son tour dans la pièce.

La nouvelle venue vint prendre place dans le fauteuil sur l'estrade et frappa sèchement trois coups sur le bureau avec un petit marteau.

 

-Je suis Amelia Bones, directrice du Département de la justice magique. C'est moi qui assurerais la fonction de juge lors de ce procès, annonça-t-elle solennellement. Je déclare la séance ouverte. Greffier, veuillez nous lire les chefs d'accusation.

Harry sentit sa gorge le brûler et son estomac se nouer comme les anneaux d'un serpent alors qu'un jeune homme se levait maladroitement. Il faisait un peu penser à Percy, en moins sûr de lui.

-L'individu Sirius Black est accusé des crimes et délits suivants : Animagie non déclarée, meurtre sur la personne de Peter Pettigrow le 1er novembre 1981, meurtre de douze Moldus le 1er novembre 1981, évasion de la prison d'Azkaban le 28 juillet 1993.

Le jeune homme se tut et se rassit, laissant presque tomber sa pile de parchemins. Mrs Bones reprit alors la parole :

-Mr Black, vous avez été envoyé sans procès à la prison d'Azkaban en novembre 1981, pour les meurtres de Peter Pettigrow ainsi que de douze Moldus, puis vous en êtes évadé il y a treize mois grâce à votre maitrise illégale de l'Animagie.

Il y eut un murmure dans l'assemblée. Rita Skeeter prenait frénétiquement des notes et le crissement de la plume sur le parchemin agaçait Harry, qui tenait de moins en moins en place.

-En juin dernier, un nouvel élément est cependant venu contester les conclusions de 1981, poursuivit Mrs Bones. Le dénommé Peter Pettigrow a été retrouvé en vie, après avoir vécu presque treize ans sous la forme d'un rat, se rendant lui aussi coupable d'Animagie illégale. L'individu Sirius Black peut donc être relaxé dans l'affaire du meurtre de Peter Pettigrow.

Une autre vague de chuchotements parcourut la salle. Cette fois, les clacs de la machine à écrire du greffier – ensorcelée pour taper d’elle-même – recouvrirent les crissements de plume.

-À présent, faites entrer Peter Pettigrow, ordonna Mrs Bones.

La porte de la salle s'ouvrit alors et deux sorciers apparurent, faisant léviter une espèce de cage magique à quelques centimètres au-dessus du sol. De toute évidence, elle devait être attribuée d'un sort spécial pour empêcher Queudver de se changer en rat.

-Mr Black, reprit Mrs Bones, pouvez-vous nous dire ce qui s'est passé le 1er novembre 1981 ?

Assis dans le trône devant l’estrade, Sirius inclina légèrement la tête avant de commencer son récit.

Il raconta au Magenmagot comment il avait convaincu James et Lily Potter de faire de Pettigrow leur Gardien du Secret à sa place et comment celui-ci les avait trahis ; comment, comprenant son erreur, il avait alors poursuivi Queudver avec l'intention de le tuer ; et comment, une fois de plus, il s'était fait berner par le petit Peter.

-Vous soutenez donc que c'est Mr Pettigrow qui a assassiné tous ces Moldus, résuma Mrs Bones.

-Oui, Madame, c'est ce qui s'est passé.

Mrs Bones l'observa un moment, comme si elle doutait de ses paroles. Puis elle se retourna vers Queudver, qui n'avait cessé de gémir pendant tout le récit de Sirius.

-Mr Pettigrow, pouvez-vous nous donner votre version des faits ?

Queudver ne se fit pas prier. Comme il l'avait couiné dans la Cabane hurlante, il raconta qu'il n'avait ni livré James et Lily à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ni tué ces douze Moldus.

-Si je comprends bien, récapitula Mrs Bones, vous avez eu tellement peur de Mr Black que vous vous êtes volontairement tranché un doigt pour ensuite passer treize ans dans la peau d'un rat, même sachant que Mr Black était enfermé à Azkaban ?

Cette fois, le scepticisme de Mrs Bones était lisible sur son visage. Pettigrow sembla s'en rendre compte, car il se dépêcha de répondre :

-J'avais peur qu'il ne parvienne à s'évader pour essayer de me retrouver et finir le travail ! Et d'ailleurs, c'est exactement ce qu'il a fait !

Le public de la salle d'audience fut alors secoué d'un étrange mouvement, comme s'il se scindait en deux. Apparemment, une partie de l'auditoire avait de sérieux doutes, alors que l'autre semblait donner raison à Queudver.

-Vous saviez qu'il réussirait à s'échapper ? s'étonna Mrs Bones, les sourcils haussés. Alors que personne d'autre avant n'y était arrivé ?

Queudver baragouina une réponse inaudible.

-Le ministère, étant soucieux de faire toute la lumière sur cette affaire, a autorisé cette cour à faire usage de Veritaserum si les interrogatoires ne se montraient pas concluants, déclara Mrs Bones en regardant tour à tour Pettigrow et Sirius. J'ai peur que vous ne me laissiez pas le choix.

Elle fit signe à un homme en blouse verte de s'approcher. Il portant un petit plateau d'argent avec une petite fiole et deux seringues, qu'il déposa sur une petite table. Il tira le liquide transparent de la fiole avec une première seringue et l'administra à Sirius, qui tendit son bras sans la moindre hésitation. Queudver, en revanche, ne semblait pas du tout prêt à se laisser faire sans se débattre.

-Mr Pettigrow, l'interpela Mrs Bones. Vous n'avez rien à craindre si vous êtes innocent, comme vous le prétendez !

Mais Queudver se tortillait toujours dans tous les sens, dans une forme de danse pour éviter la seringue.

-Stupéfix !

Queudver s'effondra instantanément dans sa cage, ce qui facilita grandement la tâche du guérisseur. Une fois le Veritaserum injecté, on le réveilla.

-Bien, déclara Mrs Bones d'une voix forte, reprenons depuis le début.

 

 

 

 

End Notes:

Les conséquences de la capture de Queudver commencent à se faire sentir. Vous avez remarqué la petite allusion cachée dans ce chapitre ? :-)

Bon week-end de Pâques et à bientôt pour le prochain chapitre !

Chapitre 4: Rentrée des classes by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour à toutes et à tous !

Pardon pour ces quelques jours de retard ! Avant de vous laisser en tête à tête avec ce nouveau chapitre, je tiens à et remercier Hortensea, BellaCarlisle, Sleipnir et Ocedas pour leurs reviews du chapitre précédent

-Je ne suis toujours pas convaincue que je doive te laisser partir, répéta Mrs Weasley pour centième fois au moins. Je n'ai pas confiance en ce Sirius Black.

-Enfin Maman, la rassura Bill, Peter Pettigrow a tout avoué sous Veritaserum et Black a été innocenté. Qu'est-ce que tu demandes de plus ?

Mrs Weasley renifla avec dédain. Elle ne supportait pas l'idée d'avoir hébergé et nourri un assassin pendant toutes ces années, même si c'était sous la forme d'un rat. À cela venaient s'ajouter les évènements tragiques de la Coupe du Monde de Quidditch, où les anciens Mangemorts avaient terrorisé les supporters et où quelqu'un – sûrement l'un d'entre eux – avait fait apparaître la Marque des Ténèbres, semant la panique.

-Je vous promets que tout se passera bien, Mrs Weasley, assura Harry.

À peine avait-il prononcé ces mots qu'on frappa à la porte. Mrs Weasley, faisant de gros efforts pour contenir ses tremblements, alla ouvrir.

            Un homme grand et svelte aux cheveux noirs coupés courts se tenait devant elle. Il portait dans la main un petit pot contenant une plante verte.

-Bonjour Madame, salua-t-il d'un ton courtois. Je suis Sirius Black, le parrain de Harry.

Il marqua une pause tandis que Mrs Weasley le jugeait du regard. Il avait changé depuis que la vérité avait éclaté. S'il était toujours trop mince pour un homme se sa taille, sa peau et ses cheveux n'étaient plus crasseux, et ses cernes s'étaient estompées. S'il n'avait plus l'air dangereux, il n'en restait pas moins impressionnant. Harry ne manqua cependant pas de remarquer qu'il semblait avoir rajeuni de dix ans.

-Oh, tenez, c'est pour vous, ajouta-t-il maladroitement en tendant le pot à Mrs Weasley. C'est une pousse de dictame.

Mrs Weasley saisit le pot et remercia Sirius avec raideur.

-Tu es prêt Harry ? demanda Sirius en se tournant vers son filleul.

-On peut y aller, acquiesça Harry.

-Je veux que tu sois rentré pour dix-huit heures ! s'exclama Mrs Weasley.

Sirius allait ouvrir la bouche pour rétorquer mais Harry fut plus rapide :

-J'ai ma montre avec moi, dit-il.

Mrs Weasley le serra fort contre lui pendant un long instant, puis le laissa passer la porte pour rejoindre son parrain.

            -Elle n'exagère pas un peu ? s'indigna Sirius lorsqu'ils eurent transplané sur le Chemin de Traverse. Je sais que je n'ai pas l'air du gendre idéal mais j'ai été innocenté, tout de même !

-Il faut la comprendre, il m'arrive tellement de choses impossibles qu'elle a tendance à s'inquiéter.

-Enfin, tu n'es pas son fils ! s'emporta Sirius.

-Ne le prends pas mal, répondit Harry avec une pointe de défi, mais elle est le plus proche d'une mère pour moi que ne le serra jamais la tante Pétunia.

Le visage de Sirius se renfrogna davantage :

-Ce n'est pas ma faute si tu es obligé de retourner tous les ans chez les Dursley, souffla-t-il entre ses dents. C'est Dumbledore qui pense que c'est important pour que la protection laissée par Lily continue d'opérer.

Harry ne répondit pas immédiatement.

Le directeur de Poudlard lui avait parlé de cette protection à la fin de sa première année, après qu'il eut affronté Voldemort dans le corps du professeur Quirrell, mais il ne lui avait pas précisé que c'était la raison pour laquelle il l'avait confié aux Dursley plutôt qu'à une famille de sorciers. Concevant cette explication comme plausible, Harry hocha la tête.

-Tu as ta liste de fournitures ? demanda Sirius.

Harry tira le parchemin de la poche de son jean et s'arrêta quelques instants pour le lire, Sirius penché par-dessus son épaule.

-On devrait commencer par aller t'acheter de nouvelles robes, proposa Sirius, et finir par Fleury et Botts. Ça nous évitera de trimbaler les livres toute la journée avec nous. Qu’en penses-tu ?

-Bonne idée, approuva Harry.

Ils prirent d'abord la direction de la banque Gringotts pour aller chercher de l'or dans leurs coffres respectifs, puis flânèrent dans les boutiques colorées du Chemin de Traverse.

Où qu’ils aillent, ils ne s’attardèrent cependant pas très longtemps ; tout comme Mrs Weasley, beaucoup de sorcières et sorciers semblaient eux aussi continuer à avoir des doutes quant à l’innocence de Sirius. L’ancien détenu faisait mine de ne pas s’en formaliser, mais Harry avait tout de même un peu de peine pour lui. Aussi abrégèrent-ils leur séance de lèche-vitrine devant le magasin de Quidditch pour se concentrer sur ses achats de rentrée.

-Une robe de soirée ? lut Harry à haute voix alors qu’ils venaient de de pousser la porte du magasin de Madame Guipure, prêt-à-porter pour mages et sorciers. Mais pour quoi faire ?

-Fais voir la liste, demanda Sirius.

Il jeta lui-même un coup d'œil au parchemin et fronça les sourcils.

-Je ne me souviens pas qu'on nous ait jamais demandé d'avoir une robe de soirée, marmonna-t-il. Pas à Poudlard en tout cas.

-Je crois que les tenues de soirée sont obligatoires cette rentrée pour les élèves à partir de la quatrième année, expliqua Madame Guipure. J'avoue ne pas savoir pourquoi non plus, mais bon, je ne vais pas me plaindre, c'est un coup de pouce pour le chiffre d'affaires !

Elle rit de bon cœur et entraîna Harry dans le coin de la boutique où se trouvaient les uniformes de Poudlard. Après avoir habillé Harry de pied en cap, elle se retourna vers Sirius :

-Et vous, monsieur, avez-vous besoin de quelque chose ? 

Elle semblait être l’une des rares commerçantes à ne pas se méfier de lui.

-Merci, répondit Sirius dans un sourire, mais je n'ai pas encore eu le temps d'user les robes que vous m'avez vendues le mois dernier… 

 

            Deux heures plus tard, assis à la terrasse de Florian Fortarôme, Harry et Sirius dégustaient leurs glaces avec le sentiment du devoir accompli. Ils avaient renfloué le nécessaire de potions chez l'apothicaire et acheté de nouvelles plumes et bouteilles d'encre, le tout soigneusement emballé dans nombreux et énormes sacs posés à leurs pieds.

            Harry était soulagé de retrouver son parrain d'aussi bonne humeur, malgré le comportement de certaines personnes à son égard. Lorsqu'il l'avait croisé une semaine plus tôt sur le terrain de camping de la Coupe du Monde de Quidditch, Sirius était loin d'être jovial :

-Ah, avait-il fait en reconnaissant Harry, Ron et Hermione, salut.

Vêtu d'un uniforme orange, il avait semblé gêné par cette rencontre fortuite.

-Ce que je fais ici ? Je travaille, avait-il lâché en rougissant. Vous savez, payer ma dette auprès de la communauté, tout ça quoi.

Grâce à l'emploi du Veritaserum, Sirius avait été relaxé. Il ne devait cette fin heureuse qu'au fait qu'il avait d'ores et déjà purgé une peine de douze ans à Azkaban pour un meurtre qu'il n'avait pas commis, car la peine encourue par les Animagus non-déclarés était également un titre de séjour au lugubre pénitencier. Cependant, il n'avait pas échappé à une peine de travaux d'intérêt général.

-Vous ramassez les ordures ? s'était étonné Ron. Aïeuh !

Hermione lui avait donné un coup de coude, pour le faire taire. Mais comme d'habitude avec Ron, cela avait produit l'effet inverse.

-Ben oui, avait répondu Sirius avec amertume. Si mes cinglés de parents pouvaient voir ça, leur sang pur si précieux rabaissé à effectuer les tâches d'un elfe de maison, ils s'en retourneraient dans leur tombe !

Il y avait alors eu un silence embarrassé, pendant lequel Harry avait eu un élan de compassion pour son parrain. Non contents de lui avoir volé douze années de sa vie, voilà que ces incapables du ministère prenaient à Sirius la toute dernière chose qui lui restait : sa dignité.

            -Comment se passent les rénovations de ta maison ? demanda Harry entre deux cuillerées de glace.

Le jeune homme connaissait bien le gérant, Florian Fortarôme, pour avoir passé l’été précédent à faire ses devoirs de vacances en dégustant ses délicieux sorbets – il s’était alors rendu compte que Fortarôme savait énormément de choses sur les chasses aux sorcières du Moyen-Âge – et lorsqu’il avait vu Harry s’installer en terrasse en compagnie de son parrain, il avait même tenu à leur offrir une glace gratuite.

-Pas assez rapidement, si tu veux mon avis, répondit Sirius. Mes parents étaient fascinés par la magie noire, et la maison est infestée d'artefacts maudits. C'est un travail considérable de faire le tri, avec le vieil elfe de maison dégénéré qui essaie de sauver les vieilleries de ma mère. Enfin, heureusement que Remus m'aide. Sinon, j'aurais déjà tout fait brûler !

-Comment va le professeur Lupin ? questionna encore Harry.

-Pas terrible, grimaça Sirius. Ç’a été une décision très difficile pour lui que de démissionner de ce poste qu'il aimait tant. Mais tu sais comment il est : la peur que son problème de fourrure ne reprenne le dessus et la honte d'avoir trahi la confiance de Dumbledore lorsque nous étions étudiants... Tout ça fait qu'il ne se sentait plus de taille à regarder les élèves dans le blanc des yeux. Mais au fond, je sais bien qu'il le regrette. C'est sûrement encore plus difficile pour quelqu'un comme lui de trouver un emploi que pour un ancien détenu comme moi.

-Oui, d'ailleurs, qu'est-ce que tu vas faire ?

-Je t'avoue que je ne sais pas trop. Je pense que James aurait voulu être Auror, à l'époque...

-Auror ? répéta Harry, sans comprendre.

-Un chasseur de mages noirs, expliqua Sirius. Mais en ce qui me concerne, il est hors de question de me mettre à la solde du ministère ! La matière dans laquelle j'excellais à Poudlard, c'était la métamorphose. Mais je ne vois pas trop en quoi ça pourrait me servir...

-Tu pourrais prendre les gens en filature sous ta forme d'Animagus, suggéra Harry.

Sirius éclata d'un rire puissant, celui-là même qui ressemblait à un aboiement.

-C'est une idée, dit-il enfin. Bon, si nous voulons que tu sois de retour pour dix-huit heures comme l'a exigé Mrs Weasley, il serait temps que nous prenions le chemin du retour.

À ces mots, il se leva, saisit les sacs et entraîna Harry dans une ruelle adjacente au Chemin de Traverse.

-Accroche-toi bien, Harry, conseilla-t-il à son filleul.

Harry le saisit fermement par le bras et prit une grande inspiration : ce n'était pas la première fois qu'il voyageait par transplanage d'escorte, mais il n'arrivait pas à y prendre goût.

 

            Après ces vacances mouvementées, Harry fut soulagé de retrouver Poudlard et ses dédales de passages secrets. Il trouvait entre ces murs épais une sérénité qu'il n'atteignait nulle part ailleurs, même pas au Terrier, ce qui était assez étrange compte tenu de toutes les mésaventures dont il avait été le héros malgré lui au cours des trois dernières années.

            Le vendredi soir, assis à une table de la salle commune, Lever le voile du futur ouvert devant lui, Harry ne faisait pourtant pas ses devoirs :

           

            « Cher Sirius,

J'espère que tu te portes bien. Ça m'a fait très plaisir de te voir sur le quai 9 ¾ l'autre jour.

La première semaine de cours vient de s'achever. Le professeur Chourave nous a forcé à récolter du pus de Bubobulbs et Hagrid nous a fait cours sur les fées. On ne peut pas dire qu'elles soient un sujet d'étude passionnant mais Hagrid ne semble pas s'être remis de l'exécution de Buck, son hippogriffe, et préfère jouer la carte de la prudence. C'est sûrement mieux ainsi, je ne voudrais pas qu'il donne d'autres occasions à Malefoy d'essayer de le faire renvoyer. Et enfin, le meilleur pour la fin, le professeur Trelawney n'a pas manqué de m'assurer que ce que je crains le plus devrait bel et bien se produire. Rien de plus banal pour Poudlard !

Si Lupin était toujours professeur, je prendrais l'avertissement de cette vieille mouche très au sérieux. On ne peut jamais être sûr de ce que Rogue a derrière la tête et il est furieux de s'être vu refuser le poste de défense contre les forces du Mal, une fois de plus, mais je ne me fais pas trop de soucis avec Maugrey.

C'est lui, notre nouveau prof de défense contre les forces du Mal. Il va falloir s'habituer à son allure redoutable ainsi qu'à ses méthodes peu conventionnelles, mais je ne peux pas nier qu'il est impressionnant. Lors de notre premier cours, il nous a fait une démonstration des Sortilèges Impardonnables. Ce n'était pas pour les âmes sensibles ! Mon camarade Neville Londubat en est encore traumatisé.

Depuis que Nick-Quasi-Sans-Tête nous a raconté que des centaines d'elfes de maison travaillent à Poudlard, Hermione s'est mise en tête de militer pour le droit des elfes. Elle avait déjà été indignée par le sort réservé à Winky, l'elfe de Mr Croupton, à la Coupe du Monde. Je crois qu'elle s'ennuie depuis qu'elle a laissé tomber la divination et l'étude des Moldus pour suivre un emploi du temps normal (avec Ron, on n’a jamais compris comment elle s'y prenait l'année dernière), et comme elle n'aime ni le Quidditch, ni les Bavboules, elle avait besoin de se trouver une nouvelle occupation... Je change vite de sujet car elle me lance un regard noir et je sens que je vais avoir le droit à un autre de ses sermons.

Tu ne me croiras peut-être pas, mais Poudlard accueille le Tournoi des Trois Sorciers cette année ! Je sais ce que tu vas me dire : « Harry, ne fais pas de bêtise, n'essaie pas de devenir le champion de Poudlard ». Je te rassure, il n'y a pas de risque. Dumbledore a bien insisté sur le fait que seuls les élèves de plus de dix-sept ans auraient le droit de concourir. Les élèves de Durmstrang et de Beauxbâtons doivent arriver en octobre. Malefoy dit que la magie noire est enseignée à Durmstrang, mais j'ai du mal à croire que Dumbledore aurait accepté de participer si c'était vrai. Qu'est-ce que tu en penses ?

Passe le bonjour à Lupin de ma part.

À très bientôt,

            Harry »

 

            Une fois la rédaction de sa lettre achevée, Harry roula précautionneusement le parchemin et le mit dans la poche de sa robe. Il était trop tard pour se rendre à la volière. Quoi que... ? Il n'avait pas encore eu l'occasion de s'aventurer la nuit dans les couloirs, caché sous sa cape d'invisibilité. Non, décidément, c'était un peu stupide de prendre le risque de se faire renvoyer dès la première semaine pour une lettre qui pouvait attendre le lendemain.

Reprenant ses esprits après cet instant de réflexion, Harry se rendit compte que Fred et George étaient tous les deux penchés sur un morceau de parchemin, avec un air à la fois conspirateur et contrarié. Peut-être leurs projets pour Farces pour sorciers facétieux ne fonctionnait-il pas comme ils l'espéraient ? 

-Non... On aurait l'air de l'accuser. Il faut faire attention...*

De toute évidence, il devait s'agir d'autre chose. Le regard de George croisa alors celui de Harry, qui détourna les yeux d'un air coupable.

-Apparemment, tu vas te noyer deux fois, fit remarquer Hermione.

-Ah bon ? s'étonna Ron.*

Revenant brusquement à la réalité de son devoir de Divination – son horoscope du mois suivant – Harry tira un morceau de parchemin vers lui, trempa la pointe de sa plume dans l'encrier, et essaya d'inventer toutes sortes d'atrocités dans l'espoir de satisfaire le professeur Trelawney.

 


 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

Voilà, j'espère que ce nouveau chapitre vous a plu. Le mois prochain commencera le Tournoi des Trois Sorciers, je vous laisse libre de spéculer sur la suite des évènements ;-)

 

Chapitre 5: La Coupe de Feu by MadameMueller
Author's Notes:

Bonsoir tout le monde !

Le mois de mai touche à sa fin et je profite d'un moment de répis pour mettre en ligne ce cinquième chapitre. 

Au passage, je remercie BellaCarlisle pour sa super longue review du chapitre précédent : ça me fait toujours un immense plaisir ! :-)

Bonne lecture !

Quelques jours plus tard, Harry, Hermione et Ron étaient assis à la table des Gryffondor pour le petit déjeuner lorsque le ballet quotidien des hiboux s'engouffra dans la Grande Salle. Harry leva la tête par habitude et fut ravi de reconnaître le plumage blanc neige d'Hedwige.

La chouette atterrit en douceur sur la table et laissa tomber une lettre devant l'assiette de Harry, qui se dépêcha de dérouler le parchemin. Ron et Hermione se penchèrent aussitôt vers lui pour entendre la réponse de Sirius :

 

            « Cher Harry,

Je suis heureux d'apprendre que c'est ce vieil Alastor que Dumbledore a recruté pour veiller au bon déroulement du Tournoi. J'ai connu Maugrey pendant la guerre. Tes parents, Remus et moi-même suivions ses consignes dans la résistance. C'est un homme qui a regardé le Mal dans les yeux, écoute bien ce qu'il te dit, il sait de quoi il parle. Je suis également certain qu'il ne lâchera pas Karkaroff (le directeur de Durmstrang) d'une semelle. C'était un Mangemort, à l'époque. Surtout méfie-toi de lui et garde tes distances.

Remus me demande de te saluer chaleureusement. Voilà qui est fait. Nous avons bien avancé dans le ménage de la maison de mes parents, mais cela prendra certainement des années pour la rendre conviviale – si cela est possible. Nous avons commencé par décrocher des murs les têtes d'elfes de maison empaillées. C'était une tradition dans ma famille. Le vieil elfe de ma mère aurait voulu finir accroché au mur lui-aussi, mais même si ce n'est qu'une question de temps avant que je ne le tue de mes propres mains (surtout, ne le répète pas à Hermione), il est hors de question que je m'en serve de décoration. »

 

Hermione étouffa un grognement outré tandis que Harry poursuivait sa lecture :

 

« Quoi d'autre ? Ah oui, j'ai repris contact avec ma cousine Andromeda. C'est la sœur de Narcissa Malefoy, mais elle a été reniée par mes chers oncle et tante lorsqu'elle a pris la fuite avec un né-Moldu, un homme sympathique du nom de Ted. Ils ont une fille, Nymphadora, qui est Auror et connait bien Maugrey elle-aussi. Je trouve leur compagnie vraiment très agréable et j'ai plusieurs fois emmené Remus avec moi leur rendre visite. Mais j'ai l'impression que ces réunions de famille l'ennuient car il les évite autant que possible.

Voilà pour les dernières nouvelles.

Fais-moi plaisir et suis scrupuleusement mes conseils concernant Karkaroff, et tiens-moi au courant de tout ce qui peut te paraître étrange.

À très bientôt,

            Sirius »

 

-Un ancien Mangemort ? souffla Ron, estomaqué. Je n'arrive pas à croire que Malefoy ait raison sur l'enseignement de la magie noire à Durmstrang !

-Je t'ai dit que cette école a une horrible réputation, gronda Hermione avec agacement.

Songeur, Harry replia le parchemin et ouvrit le paquet qui l'accompagnait, coupant court à la dispute naissante entre Ron et Hermione. Un petit miroir carré glissa dans le creux de sa main. Il le fit tourner entre ses doigts pour mieux l'examiner. Une note était accrochée à son dos :

 

« Ceci est un Miroir à Double Sens. J'en possède un autre exactement semblable. Si tu as besoin de me parler, prononce mon nom en le regardant. Tu apparaîtras alors dans mon propre miroir et moi, je te parlerai dans le tien. James et moi utilisions ce moyen pour communiquer lorsque nous étions en retenue dans des endroits différents. »*

 

Quelque chose de chaud se propagea dans la poitrine de Harry tandis qu'il relisait ces derniers mots. Son père avait possédé ce miroir autrefois. Il restait donc plus de son héritage que son coffre à Gringotts et sa cape d'invisibilité. Mais la chose dans sa poitrine se figea brusquement : que lui restait-il de sa mère ?

            Hedwige hulula doucement lorsque Harry la caressa pour la remercier de lui avoir apporté son courrier. Il lui donna un morceau de toast puis elle s'envola à nouveau par l'une des fenêtres de la Grande Salle.

 

 

            Les semaines qui suivirent se passèrent dans une excitation croissante, chaque jour les rapprochant un peu plus du 30 octobre et de l'arrivée des délégations de Durmstrang et Beauxbâtons. Les spéculations allaient bon train quant à ce à quoi les jeunes bulgares et français pouvaient bien ressembler, le moyen qu'ils allaient emprunter pour se rendre à Poudlard, et bien sûr, qui des trois écoles aurait le meilleur champion.

            Les cours devaient se terminer une demi-heure plus tôt que d'ordinaire ce jour-là, pour le plus grand bonheur de Harry et Ron. Ils avaient cours de potions à cette heure normalement, et Rogue avait le projet machiavélique de les empoisonner pour tester les antidotes qu'ils devaient confectionner pendant la leçon. Étant tous deux assez peu doués pour « l'art subtil de la préparation des potions », ils redoutaient que ce cours puisse potentiellement être leur tout dernier. Hermione, quant à elle, était la seule à être un peu déçue.

            À dix-huit heures, tous les élèves de Poudlard se tenaient en rangs serrés dans le parc devant le château, prêts à accueillir leurs invités. Ce fut le carrosse géant de Beauxbâtons qui arriva le premier par la voie des airs, tirés par d'immenses chevaux. Une douzaine de jeunes gens vêtus d'uniformes en soie bleue en sortirent, suivant leur directrice, une femme encore plus gigantesque que Hagrid. Puis, quelques instants plus tard, un navire sortit des eaux du lac noir, avec à son bord les élèves de Durmstrang enveloppés dans d'épais manteaux de fourrure. À la grande surprise de Harry, Dumbledore accueillit Karkaroff comme un vieil ami, mais il fut vite tiré de ses réflexions par le violent coup de coude que lui donna Ron :

-Harry... C'est Krum ! Je n'arrive pas à y croire !**

 

            La présence du célèbre joueur de Quidditch ne fut cependant pas la seule surprise de la soirée. Mr Croupton, comme lors de la finale de la Coupe du Monde, brillait par son absence. Pourtant, il était juge du Tournoi, tout comme Ludo Verpey ! Que pouvait-il avoir de mieux à faire que de participer à la cérémonie d'ouverture ? Cela était décidément très étrange… En tout cas, la situation ne semblait pas déplaire à Percy, qui assurait son remplacement et qui ne cessait de jeter des regards supérieurs autour de lui.

-Il a peut-être trop honte d'avoir renvoyé son elfe, suggéra Hermione en fusillant Percy du regard, comme s'il pouvait transmettre ces ondes négatives à Croupton par une sorte de télépathie.

            Mais le clou de la soirée fut bien sûr la présentation du juge impartial qui devait désigner les trois champions : la Coupe de Feu. Après le banquet de bienvenue, elle fut installée dans le grand hall et entourée d'une limite d'âge, que les jumeaux Weasley n’hésitèrent pas à braver dès le lendemain matin.

-Je vous avais pourtant prévenus, dit le professeur Dumbledore d'une voix amusée depuis le haut de l'escalier de marbre.**

Il y avait en effet de quoi rire : Fred et George avaient été propulsés avec force hors du cercle et se retrouvaient à présent sertis de magnifiques barbes blanches rivalisant avec celles du directeur lui-même ! Ils n'avaient cependant pas réussi à glisser leurs noms dans la Coupe de Feu.

            Les rumeurs allaient bon train sur les potentiels candidats. Angelina Johnson avait notamment tenté sa chance, soutenue et encouragée par tous les élèves de Gryffondor.

-À quoi tu penses Harry ? demanda Hermione, qui l'observait attentivement.

-Non, rien, je... En fait, j'avais l'impression que seul très peu de septième année ont déposé leur nom dans la Coupe. Mais je me fais sûrement des idées.

-Pas du tout, le corrigea Hermione. La plupart des septième année préfèrent se concentrer sur leurs ASPIC.

-Mais Hermione, coupa Ron avec un air légèrement surpris, Dumbledore a bien dit que le champion de Poudlard n'aurait pas à passer d'examen... Il faudrait être idiot pour rater une occasion pareille !

Il semblait consterné à l'idée que l'on puisse oublier un détail de cette importance.

-Les ASPIC sont capitaux pour l'orientation après Poudlard, rappela Hermione d'un ton autoritaire.

-Mais gagner Tournoi doit avoir beaucoup plus de poids que des examens minables ! s'écria Ron. N'oublie pas que le champion sera « couvert de gloire et de fortune » !

Hermione le fusilla du regard. De toute évidence, elle n'appréciait guère qu'on appelle les ASPIC des « examens minables ».

-Imagine un élève qui veuille devenir médicomage, reprit-elle avec mauvaise humeur. Ça leur ferait une belle jambe, à Ste Mangouste, de savoir qu'il a gagné le Tournoi des Trois Sorciers, s'il n'a pas d'ASPIC en potions, sortilèges, métamorphose, défense contre les forces du Mal et en botanique.  

Cette fois, Ron la regardait d'un air vraiment ahuri.

-Comment tu sais ça ? On ne passe nos ASPIC que dans trois ans !

-J'étais curieuse, alors j'ai demandé au professeur McGonagall.

Ron leva les yeux au ciel et secoua la tête avec incrédulité. Tout comme lui, Harry trouvait aussi qu'il n'avait pas à se soucier d'examens qui ne le concerneraient pas avant plusieurs années. D'ailleurs, les ASPIC lui sortirent bien vite de la tête lorsqu'ils traversèrent le parc pour se rendre chez Hagrid.

            Le garde-chasse ne semblait plus être que l'ombre de lui-même depuis ce qui s'était passé avec Buck. Il ne rapportait plus sur le ton de la confidence les derniers potins de la salle des professeurs et ne s'intéressait pas non plus à ce que le trio pouvait lui raconter. Il ne se donnait même pas la peine de faire semblant d'écouter. Crocdur aussi avait l'air triste et amorphe, l'humeur de son maître ayant sans doute déteint sur lui. Harry savait que Ron et Hermione pensaient exactement la même chose que lui : les visites à Hagrid, autrefois l'une de leur plus grandes joies à Poudlard, étaient devenues une déprimante corvée. Mais ça, il était hors de question de l'admettre à haute voix. Il en allait de leur loyauté envers le professeur de soins aux créatures magiques ! 

 

            Comme à l'accoutumée pour Halloween, la Grande Salle avait été somptueusement décorée de citrouilles et de chauve-souris. Quant au festin, il était à la hauteur de la réputation de Poudlard, bien que Harry trouvât qu'il traînait un peu en longueur ; l'attente avant que les noms des champions ne soient révélés devenait interminable.

Ce soir-là encore, les juges avaient pris place à la table des professeurs et Mr Croupton manquait indubitablement à l'appel, toujours remplacé par Percy et son habituelle arrogance.

            Après ce qui parut à Harry une éternité, les plats et les assiettes se vidèrent et Dumbledore se leva enfin. D'un mouvement de baguette, il réduisit la luminosité des chandelles, plongeant la Grande Salle dans une pénombre mystique. Seule la flamme de la Coupe de Feu éclairait la pièce.

-Maintenant, murmura Lee Jordan.**

Le feu de la Coupe vira brusquement du bleu au rouge et un morceau de parchemin noirci fut projeté en l'air. Dumbledore saisit le parchemin au vol et lut par-dessus ses lunettes en demi-lunes :

-Le champion de Durmstrang sera Viktor Krum.**

L'annonce fut accueillie par un concert d'applaudissements tandis que Krum disparaissait par la porte derrière la table des professeurs.

-Le champion de Beauxbâtons sera une championne. Il s'agit de Fleur Delacour !**

Une jeune fille que Ron soupçonnait d'être une Vélane se leva de la table des Serdaigle et contourna à son tour celle des professeurs, alors que certaines de ses camarades éclataient en sanglots, manifestement déçues.

-Le champion de Poudlard est Cedric Diggory !

-Oh non ! s'écria Ron.**

Sa déception passa cependant inaperçu, car la table des Poufsouffle, d'ordinaire si calme et posée, semblait avoir tout bonnement explosé.

Les élèves jaunes et noirs étaient tellement euphoriques que Cedric eut grand-peine à se frayer un chemin jusqu'à la porte où Krum et Fleur avaient disparu quelques instants plus tôt. Dumbledore attendit patiemment que le calme soit revenu avant de demander à tous les élèves de soutenir les trois champions, puis de leur souhaiter bonne nuit.

 

            Sur le chemin du retour à la tour Gryffondor, les commentaires sur la sélection des champions allaient bon train.

-Je suis vraiment déçue que ça n'ait pas été Angelina, déclara Hermione avec une évidente sincérité.

-Moi aussi, approuva Harry. Mais bon, Cedric n'est pas si mal non plus.

-Pas si mal ? répéta Ron d'un air médusé. Quel Billywig t'a piqué, Harry ? Tu oublies qu'il...

-M'a battu au Quidditch ? coupa Harry. Pas du tout. Et j'aurais peut-être gagné si les Détraqueurs n'étaient pas intervenus. Mais il faut quand même admettre que Cedric n'y était pour rien.

-Il aurait pu ne pas attraper le Vif d'Or, fit remarquer Ron avec mauvaise humeur.

-Tu ne lui pardonneras donc jamais ? sourit Harry, touché par tant de soutien de la part de son meilleur ami.

-Non, répondit Ron d'un ton buté. Et d'ailleurs, je vais soutenir Krum. Lui, c'est un véritable champion.

Harry secoua la tête et échangea un regard amusé avec Hermione, qui semblait sur le point de rappeler à Ron qu'il soupçonnait Karkaroff d'enseigner la magie noire à ses élèves. Finalement, elle n'en fit rien. Il était inutile de débattre avec Ron et même si Harry était bien décidé à ce que Poudlard gagne le Tournoi, il avait quand même très hâte de voir les exploits que Krum allait accomplir.

 

 

End Notes:

* Description issue de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

** Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

Voilà, c'est tout pour cette fois. J'ai encore une fois semé quelques petits détails qui peuvent vous mettre la puce à l'oreille concernant la suite de l'histoire. Les avez-vous trouvé ? J'attends vos théories avec impatience :-)

À dans un mois !

Chapitre 6: La vengeance de Rogue by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Un grand merci à Sleipnir, AlexG57, Cernunnos et Charliz pour vos reviews :-) C'est toujours un immense plaisir !

Petit rappel au cas où vous auriez oubliéau cours des quatre dernières semaines, Fleur, Krum et Cedric ont été nommés champions. Harry devra se contenter d'être un simple spectateur.

Bonne lecture !

L'euphorie qui avait suivi la nomination des trois champions se dissipa rapidement, rattrapée par le quotidien des élèves. Le professeur Chourave continuait de dispenser ses cours aux quatrième année dans la serre numéro trois, qui devaient à présent rempoter des Bulbes sauteurs. Les élèves de Gryffondor partageaient la classe avec ceux de Poufsouffle, qui ne tarissaient pas d'éloges sur leur champion :

-Je suis sûr que Cedric remportera le Tournoi, assura Ernie MacMillan sur le ton de la confidence à Harry et Hermione.

Ron, qui faisait semblant de ne pas écouter, laissa échapper son Bulbe sauteur, qui lui explosa en plein visage, et poussa un juron.

-Ce n'est pas grave, Mr Weasley, dit le professeur Chourave en lui adressant un sourire compatissant.

Elle aussi semblait d'excellente humeur depuis que Cedric avait été désigné champion de Poudlard : il devait s'agir là de l'heure de gloire des Poufsouffle, la maison dont elle était la directrice. Si on ne pouvait pas dire du professeur Chourave qu'elle soit quelqu'un de sévère, il ne faisait cependant pas l'ombre d'un doute qu'en temps normal, elle aurait quand même réprimandé Ron en le sommant de faire plus attention.

            Harry, Ron et Hermione sortirent de la serre lorsque la sonnerie retentit et marchèrent en direction de la cabane de Hagrid pour leur cours de soins aux créatures magiques, qu'ils avaient en commun avec les Serpentard. Hagrid sortit de sa cabane par la porte de derrière et se dirigea vers un enclos situé tout près.

-Aujourd'hui nous allons étudier les Veaudelunes, déclara-t-il sans enthousiasme en désignant le troupeau d'animaux à la peau lisse et grisâtre et aux pieds ridiculement grands. Leurs déjections ont des propriétés magiques qui font d'elles un excellent engrais. Je propose que vous les amassiez dans le bac, là-bas. Cela fera sûrement plaisir au professeur Chourave. 

La réaction de Malefoy ne se fit pas attendre :

-Vous ne vous attendez tout de même pas à ce que nous passions la matinée les mains fourrées dans les excréments de ces choses ?

Même s'il refusait de l'avouer, Harry ne pouvait s'empêcher de ressentir un certain dégoût à cette même idée. Prenant son courage à deux mains, il s'avança cependant vers l'enclos en enfilant ses gants en peau de dragon.

            Lorsqu’enfin, la cloche sonna la fin du cours, Harry, Ron et Hermione se hâtèrent de regagner le château pour pouvoir nettoyer un peu leurs robes avant de retourner en classe, après le déjeuner. Ils venaient d'entrer dans le hall lorsqu'ils entendirent la voix de Malefoy derrière eux :

-Je ne comprends pas que cet imbécile soit encore professeur, pesta-t-il à voix haute. Non mais vous vous rendez compte de ce qu'il nous fait faire ? Comme si l'exécution de cette saleté d'hippogriffe n'avait pas suffi pour qu'il retienne la leçon !

Harry et Ron firent volte-face d'un mouvement unanime.

-Répète ça un peu, Malefoy ! ordonna Harry d'un air menaçant.

-Oh comme c'est mignon ! railla Malefoy. Saint Potter va encore prendre la défense de son petit ami, l'homme des cavernes ?

Sans réfléchir à ce qu'ils faisaient, Harry et Ron sortirent leurs baguettes.

-Vas-y Potter, dit tranquillement Malefoy. Maugrey n'est pas là pour te protéger, cette fois-ci.*

Lors de leur dernière altercation, le professeur Maugrey était intervenu et avait transformé Malefoy en fouine ; un souvenir joyeux pour Harry mais sans doute pour le moins cuisant pour le Serpentard.

-Harry, Ron, non ! souffla Hermione.

-Ne te mêle pas de ça, espèce de Sang-de-Bourbe !

-Furunculus ! s'exclama Harry.

-Dentesaugmento ! s'écria Malefoy.*

Les deux sorts se heurtèrent de plein fouet, se déviant l'un l'autre de leurs trajectoires. Celui de Harry atteignit Goyle, tandis que celui de Malefoy percutait Hermione. Tous deux se tenaient le visage dans les mains en hurlant de douleur.

-Qu'est-ce que c'est que tout ce bruit ? dit alors une voix doucereuse et menaçante.*

C'était Rogue qui sortait du couloir menant aux cachots pour se rendre dans la Grande Salle.

-Potter m'a attaqué, monsieur...

-Nous nous sommes attaqués en même temps ! s'écria Harry.*

Rogue envoya aussitôt Goyle à l'infirmerie. Quant à Hermione, dont les dents déjà proéminentes poussaient de plus en plus à chaque seconde et dépassaient à présent son menton :

-Je ne vois pas grande différence, dit Rogue en lui jetant un regard glacial.*

Hermione éclata en sanglots et partit en courant en direction de l'infirmerie alors que Ron et Harry hurlaient des insultes à l'adresse de Rogue.

-Voyons, dit-il de sa voix la plus veloutée. Cinquante points de moins pour Gryffondor et une retenue pour Potter et Weasley.*

Puis il passa devant eux et monta les escaliers de marbre. Harry et Ron ne tardèrent pas à le suivre. Ils ne décoléraient toujours pas tandis qu'ils avalaient leurs côtes de porcs en lançant des regards furieux en direction du maître des potions.

 

            Lorsque les cours eurent pris fin et que Harry et Ron eurent pu s'assurer que les dents d'Hermione étaient redevenues normales, Harry monta un moment dans le dortoir, prétextant y avoir oublié un livre. Comme il l'espérait, le dortoir était désert. Harry sortit alors le petit miroir carré de la poche de sa robe et murmura le nom de Sirius. Quelques secondes plus tard, le visage de son parrain apparut dans la glace :

-Harry ! s'exclama-t-il d'un air joyeux.

Il fronça cependant les sourcils en voyant l'air renfrogné de son filleul :

-Qu'est-ce qu'il se passe ?

Harry lui raconta alors ce qui s'était passé avec Malefoy, ainsi que la réaction de Rogue.

-Quelle immonde ordure ! jura Sirius. Il n'a vraiment, mais alors vraiment pas changé ! Si je pouvais, je lui mettrais bien mon poing dans la figure !

-C'est ce que tu me donnes comme conseil ? s'étonna Harry.

À quoi s'était-il attendu ? Sirius détestait Rogue cordialement depuis leur entrée à Poudlard, il était évident qu'il n'allait pas lui donner le bon exemple. Peut-être que finalement, c'était au professeur Lupin que Harry aurait dû s'adresser dans une telle situation ? Sirius inspira profondément et ferma les yeux. Lorsqu'il reprit la parole, son ton était beaucoup plus calme :

-Non, évidemment. C'est malheureux, mais de vous deux, c'est lui qui a le bras le plus long. Il vaut mieux que tu fasses profil bas, autant que possible. Même si je sais bien que c'est très difficile. Comment va Hermione ?

-Elle a l'air d'aller bien, physiquement, répondit Harry. Mais la réflexion de Rogue l'a quand même profondément blessée.

Sirius hocha gravement la tête.

-Sinon, quoi de neuf à Poudlard ? demanda-t-il pour changer de sujet. J'ai lu les noms des trois champions dans la Gazette. Tu es content ?

Harry haussa les épaules d'un air égal.

-Et toi, comment ça va ? questionna-t-il à son tour.

-J'ai enfin terminé mes travaux d'intérêt général ! Je peux te dire que je suis soulagé.

-Félicitations ! sourit Harry.

-J'ai commencé à chercher un emploi, reprit Sirius, on verra ce qu'un ex-taulard comme moi arrive à trouver.

Harry remarqua que le visage de son parrain s'était à nouveau assombri.

-Tu as peur de ne pas réussir à trouver de travail ? demanda-t-il timidement.

-Hein ? Oh non, ce n'est pas tellement ça... répondit-il d'un ton hésitant. J'ai surtout mauvaise conscience de faire de la concurrence à Remus. Le pauvre est de plus en plus renfermé ces derniers temps, je suppose que c'est l'un des effets néfastes du chômage.

Harry eut un sourire triste. Il appréciait réellement le professeur Lupin et ne supportait pas d'entendre de quelles injustices il était victime. Il mit bientôt fin à la conversation avec Sirius car Ron et lui devaient descendre effectuer leur retenue dans le cachot de Rogue.

            Heureusement pour Harry, il avait tout de même des raisons de se réjouir. Le professeur Flitwick avait commencé à leur enseigner le sortilège d'Attraction et Harry se montrait assez doué.

-Comment tu fais ? demanda Ron alors que son coussin refusait obstinément de bouger dans sa direction.

-Je m'imagine que c'est la tête de Rogue et que je la décolle du reste de son corps, répondit Harry entre ses dents.

Même si Malefoy était le véritable responsable de ce qui s'était passé avec Hermione, Harry ne pouvait s'empêcher d'en vouloir surtout à Rogue pour sa réaction plus que déplacée pour un enseignant.

-Bonne idée ! souffla Ron. Attends, je vais essayer. Accio coussin !

Comme par enchantement, le coussin s'envola et atterrit directement entre ses bras tendus.

-Arrêtez de ruminer cette histoire, s'insurgea Hermione. Rogue a sûrement voulu se venger de la fois où nous l'avons assommé dans la Cabane hurlante.

-Comment est-ce que tu peux prendre les choses aussi à la légère ? s'étonna Ron en réussissant un nouveau sortilège d'Attraction.

-Je ne le prends pas à la légère, corrigea-t-elle en jetant à son tour le sortilège, mais je me dis que ça aurait pu être bien pire.

Elle affichait un petit sourire satisfait qui n'avait rien à voir avec le coussin qui volait droit dans sa direction.

-Hermione, dit soudain Ron. Tes dents...

-Qu'est-ce qu'elles ont mes dents ?

-Elles sont... différentes... Je viens de m'en apercevoir...*

Harry se tourna lui aussi vers Hermione, qui souriait de plus en plus. Maintenant qu'on le lui faisait remarquer, c'était vrai que son sourire était différent de celui qu'elle avait avant que Malefoy ne lui lance le sortilège.

-Quand je suis allée voir Madame Pomfresh pour mes les faire rétrécir, elle m'a mis un miroir devant le nez et je devais lui dire stop quand elles auraient retrouvé leur longueur habituelle, expliqua-t-elle. Mais je l'ai laissée aller un peu plus loin...*

Ron afficha alors un air ahuri, prouvant qu’il n’aurait jamais cru la jeune fille capable d’une telle fourberie ! Il secoua ensuite la tête et se concentra de nouveau sur les sortilèges d’Attraction.

 

            Plus la date de la première tâche se rapprochait, plus Harry se sentait nerveux malgré lui. Il savait qu'il n'y avait pas de raison puisque ce n'est pas à lui qu'on demanderait d'affronter une épreuve inconnue devant l'école réunie. Pourtant, il avait de plus en plus de mal à dormir et son sommeil était à chaque fois agité.

            Il se trouvait dans la Grande Salle. Dumbledore expliquait aux élèves rassemblés que la Coupe de Feu s'était trompée et que c'était lui, Harry, qui était le champion de Poudlard à la place de Cedric. Paniqué, il essaya de prendre la fuite mais Percy lui barra le passage, le regard sévère, avant de le pousser dans une pièce – ou était-ce une clairière ? – aussi sombre qu'une nuit sans lune. Il jetait des regards terrifiés tout autour de lui, mais il était aveugle. Il allait appeler à l'aide lorsque deux yeux rouges apparurent soudain dans l'obscurité et Harry se réveilla en sursaut.

            Haletant, il lui fallut quelques instants pour reconnaître son lit à baldaquin. Il était en sécurité dans la tour Gryffondor et n'était pas – il en était presque sûr – le champion de Poudlard.

Il respira plusieurs fois profondément et essaya de réfléchir logiquement. La première tâche aurait lieu seulement quatre jours plus tard et peut-être que la perspective de revoir Percy remplacer son patron en prenant tout le monde de haut l'énervait plus qu'il ne voulait bien l'admettre ? Et ces yeux rouges, ils lui rappelaient ceux de Voldemort lorsqu'il avait pris possession du corps de Quirrell ; il n'avait plus repensé à son combat pour sauver la Pierre philosophale depuis longtemps, pourquoi cette image revenait-elle le hanter maintenant ?

            Harry se pencha vers sa table de chevet et se servit un verre d'eau. Peut-être ce rêve était-il un effet secondaire de l'empoisonnement que Rogue lui avait fait subir à la fin de leur cours, l'après-midi même ?

            Le maître des potions avait réussi à retirer cinquante autres points à Gryffondor parce que l'antidote de Harry s'était montré efficace. D'accord, à partir du moment où Rogue avait fait comprendre à toute la classe que c'était lui qu'il empoisonnerait, Hermione lui avait soufflé instructions et conseils pour réussir sa potion – mais ce n'était pas un crime ! À aucun moment Rogue ne lui avait interdit de l'aider !

-Heureusement que la Coupe des Quatre Maisons a été annulée, avait souligné Rogue de son air mielleux. Sinon, j'ai bien peur que Gryffondor n'ait pas été en mesure de la remporter, cette fois-ci...

 


 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

C'est tout pour aujourd'hui ! J'espère que ça vous a plu. Le mois prochain, nous assisterons à la première tâche depuis les tribunes.

À bientôt !

Chapitre 7: La première tâche by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour à toutes et à tous !

J'espère que vous supportez bien la vague de chaleur actuelle.

Encore un grand merci à Sleipnir et AleyG57 pour leurs reviews du chapitre précédent.

Bonne lecture !

Le samedi suivant, les trois amis enfilèrent leurs capes, gants et écharpes pour se rendre à Pré-au-Lard. Hermione avait également emporté la boîte en fer dans laquelle elle gardait les badges de la S.A.L.E., dans l'espoir de pouvoir recruter quelques villageois pour l'association de lutte à la libération des elfes de maison qu’elle avait fondée en début d’année scolaire. Harry n'avait pas parlé à Ron et Hermione de son étrange rêve car il n'était sûr de savoir ce qu'il pouvait bien signifier.

            Ils étaient installés confortablement à une table des Trois Balais et dégustaient leurs Bièraubeurres en observant les clients du pub et en imaginant quels genres d'épreuves attendaient les champions pour la première tâche, le mardi suivant.

-Ils devront peut-être capturer le calmar géant ? suggéra Ron.

-Ou survivre une nuit dans la Forêt interdite, proposa Harry.

-Ça, vous l'avez déjà fait, rappela Hermione.

-C'est vrai, approuva Ron en se redressant fièrement. Si nous avions eu l'âge, nous aurions sûrement eu l'étoffe de champions !

Hermione laissa échapper un petit rire moqueur alors que Fol Œil et Hagrid s'approchaient de leur table.

-Ça va, vous trois ? demanda Maugrey, son œil magique s'agitant dans tous les sens.

-Bien, merci, répondirent-ils à l'unisson.

L’ex-Auror grogna de satisfaction puis se dirigea vers le comptoir tandis que Hagrid restait en arrière. Harry remarqua alors que le garde-chasse, qui avait eu l'air si déprimé depuis le début septembre, semblait à présent excité comme une puce lorsqu'il se pencha vers eux d'un air conspirateur :

-J'ai quelque chose d'intéressant à vous montrer. Venez à ma cabane ce soir à minuit, et mettez la cape.

-Vous venez, Hagrid ? appela le professeur Maugrey.

-À ce soir, murmura Hagrid avant de se diriger vers le comptoir pour rejoindre son collègue.

-Qu'est-ce qu'il nous veut, à votre avis ? souffla Ron en fronçant les sourcils.

-Je ne sais pas, mais la soudaine bonne humeur de Hagrid ne me laisse présager rien qui vaille, répondit Harry.

-Tu te prends pour Trelawney ou quoi ? s'esclaffa Ron d'un ton moqueur.

Harry ne répondit pas, trop préoccupé par l’étrange comportement de leur ami et par ce qui leur réservait le soir-même.

 

 

            Il faisait nuit depuis de nombreuses heures déjà et la salle commune des Gryffondor se vidait peu à peu.

-On va être en retard, souffla Harry entre ses dents en regardant une nouvelle fois sa montre.

-Je sais, répondit Hermione dans un murmure résigné, il va falloir qu'on passe au plan B.

Ron sortit alors sa baguette et la tint discrètement en dessous de la table à laquelle ils étaient assis.

-Wingardium Leviosa ! articula-t-il à voix basse.

Deux Bombabouses s'envolèrent du sac qu'ils avaient déposé dans l'ombre d'un meuble plus tôt dans l'après-midi et retombèrent quelques mètres plus loin, en plein milieu de la pièce.

-Beûrk ! s'exclama une élève de septième année en se levant d'un bond.

Elle attrapa son sac d'un geste vif et se précipita dans l'escalier qui menait aux dortoirs des filles. Les autres Gryffondor encore présents l'imitèrent, sans s'apercevoir que Harry, Ron et Hermione ne faisaient que semblant de ranger leurs piles de livres et de parchemins.

-Ok, on y va, murmura Harry en jetant la cape d'invisibilité sur la tête de Ron et Hermione.

-Qui va là ? s'écria la Grosse Dame.

Elle cherchait des yeux la personne qui l'avait réveillée dans le couloir apparemment vide. L'ignorant, les trois amis continuèrent leur chemin en jetant des coups d'œil méfiants à la carte du Maraudeur. La voie était libre. Rusard était en train de faire sa ronde du côté de la bibliothèque, Miss Teigne dans le couloir des enchantements et Peeves se trouvait dans la salle des trophées.

            Lorsqu'ils arrivèrent enfin à la cabane de Hagrid, celui-ci les attendait déjà devant la porte.

-Ah, enfin vous êtes là ! souffla-t-il en faisant semblant de refaire le lacet de son énorme botte. Ne perdons pas de temps ! Mais avant vous devez me promettre que vous ne parlerez de ça à personne, d'accord ?

-Bien sûr, répondirent-ils à voix basse.

-Bien, allons-y.

Harry avait depuis le début le sentiment que ce que Hagrid tenait tant à leur montrer était lié au Tournoi et le fait qu'il leur demande expressément de garder le secret ne faisait que confirmer son intuition.

            Hagrid les conduisit à la lisière de la Forêt interdite, à un endroit qu'il était impossible de voir depuis le château, puis s'arrêta derrière un bosquet.

-Oh ! laissa échapper Ron, ce qui lui valut un violent coup de pied de la part d'Hermione.

Harry, lui, resta bouche bée. Plusieurs dizaines de sorciers s'affairaient dans une clairière à calmer trois gigantesques dragons, à l'aide de sortilèges de Stupéfixion. Parmi les hommes, Harry reconnut Charlie, le frère aîné de Ron, qu'il avait rencontré l'été précédent. En voyant la silhouette de Hagrid se détacher du décor de la forêt, Charlie s'approcha pour venir le saluer et expliqua que les champions devraient passer devant une dragonne en train de couver ses œufs.

-Allons-nous en, chuchota Hermione après une dizaine de minutes.

Hochant la tête en signe d'approbation, les garçons amorcèrent un lent mouvement pour faire demi-tour en faisant le moins de bruit possible. Heureusement pour eux, le boucan qui s'élevait de la clairière masquait le bruit de leurs pas.

            Toujours serrés sous la cape, ils se hâtaient de longer la lisière de la forêt lorsque Hermione les poussa soudainement sur le côté : il s'en était fallu de peu pour qu'ils n'heurtent Karkaroff de plein fouet. De toute évidence, il avait vu Hagrid partir vers le bois et l'avait suivi. Quelques instants plus tard, ils passèrent devant le carrosse de Beauxbâtons et Harry vit distinctement Madame Maxime en train de s'en éloigner aussi discrètement que sa taille imposante le lui permettait.

-Quelle bande de tricheurs ! s’indigna Hermione entre ses dents.

-Viens, répondit Harry en continuant d'avancer vers le château.

 

 

            -C'est vraiment injuste ! souligna une nouvelle fois Hermione lorsqu'ils eurent regagné la tour Gryffondor. Cedric va être le seul champion à ne pas être au courant !

-Qu'est-ce que ça peut faire ? demanda Ron avec mauvaise humeur.

La sortie à Pré-au-Lard l'avait épuisé et il ne cessait de bâiller à s'en décrocher la mâchoire.

-Si tu étais le champion de Poudlard, tu voudrais vraiment qu'on te laisse affronter un dragon en étant le seul à n'avoir aucune idée de ce qui t'attend ? railla Hermione, le regard lançant des éclairs.

-Il s'est porté volontaire, c'est son problème, répliqua Ron sur la défensive. Mais c'est vrai que j'aimerais bien qu'on me prévienne...

Hermione hocha la tête.

-Il faut le lui dire, déclara enfin Harry.

-Quoi ? s'exclamèrent Ron et Hermione d'une seule voix.

-Mais voyons, Harry, comment veux-tu qu'on lui dise sans attirer d'ennuis à Hagrid ?

-On pourrait dire que Ron le sait par Charlie ? suggéra Harry.

-Dans ce cas, c'est Charlie qui aurait des ennuis, remarqua Hermione. En plus, nous avons promis à Hagrid que nous n'en parlerions à personne...

-Admets que les circonstances sont exceptionnelles, souligna Harry.

Après vingt minutes de débat pendant lesquelles aucune solution n'avait été trouvée, chacun monta se coucher dans son dortoir respectif.

-N'empêche, murmura Ron, des dragons !

Harry ne répondit pas. Il était bien content de ne pas avoir eu l'âge de se porter candidat et ne put faire autrement que de repenser à son rêve.

            Pendant toute la journée du dimanche, Harry, Ron et Hermione s'efforcèrent de faire comme s'ils n'avaient pas vu les dragons. Pourtant, Harry était toujours d’avis qu'il fallait prévenir Cedric. Cette pensée le tourmentait toujours le lundi matin et lorsqu'il vit Cedric se lever de la table des Poufsouffle, il ne put s'empêcher de le suivre.

Il était accompagné de plusieurs de ses camarades de sixième année et Harry ne voulait pas parler devant eux. Il sortit alors sa baguette et lança discrètement un sort qui fit craquer les coutures de son sac. Cedric se baissa pour ramasser ses affaires, priant ses amis de prévenir le professeur Flitwick qu'il arrivait dans cinq minutes. Harry en profita pour s'approcher :

-Cedric, la première tâche, c'est d'affronter des dragons.

-Quoi ? dit Cedric en levant la tête.

-Des dragons, répéta Harry.

-Tu es sûr ? dit Cedric à voix basse.

-Absolument, je les ai vus.*

Cedric semblait perplexe. Comme Harry l'avait craint, il voulut savoir comment il avait fait pour le découvrir.

-Peu importe, dit précipitamment Harry.*

Il ajouta ensuite que Madame Maxime et Karkaroff avaient également vu les dragons et que par conséquent, Fleur et Krum devaient à l'heure actuelle eux aussi être au courant.

-Potter ! grogna une voix à l'autre bout du couloir, faisant sursauter Harry avec force.

Il se retourna et vit le professeur Maugrey qui les observait depuis la porte de sa salle de classe.

-Tu n'as pas un cours à suivre au lieu de bavarder au milieu des couloirs ?

-Si, professeur, bredouilla Harry avant de se hâter en direction des serres.

 

 

            Harry n'aurait su dire si la matinée du mardi était passée vite ou lentement. Il était à la fois impatient et anxieux d'assister à la première tâche, maintenant qu'il savait ce qui attendait les champions. Et s'il l'un d'entre eux se faisait tuer ? Ou si quelqu'un dans le public était grièvement blessé ? Dumbledore n'aurait pas accepté que le Tournoi ait lieu si toutes les mesures de précautions n'avaient pas été prises, se répétait-il sans cesse.

            Les cours prirent fin à midi pour laisser le temps aux élèves de déjeuner avant de se rendre à l'enclos des dragons. L'endroit avait beaucoup changé depuis le samedi soir : d'immenses gradins avaient été installés, ainsi qu'une grande tente qui faisait office de loge pour les champions et d'infirmerie.

-C'est géant ! s'exclama Ron, qui semblait beaucoup s'amuser.

Hermione, tout comme Harry, avait le teint livide. Charlie et plusieurs de ses collègues faisaient entrer le Suédois à museau court et disposaient ses œufs entre ses pattes. Harry remarqua que l'un des œufs avait une coquille dorée et ne ressemblait pas aux autres.

            Une fois les élèves des trois écoles assis dans les gradins et le dragon en position, un coup de sifflet sonore retentit et Cedric sortit le premier de la tente. Il s'avança d'un pas peu assuré dans l'arène et jeta un rapide coup d'œil à la dragonne. Celle-ci semblait le jauger du regard, comme si elle tentait de déterminer s'il représentait une menace pour sa progéniture.

Cedric leva sa baguette vers une grosse pierre qui jonchait le sol et la métamorphosa en un berger allemand. La dragonne continuait de l'observer et de toute évidence, l'apparition du chien ne lui plaisait guère car elle commençait à s'agiter. D'un léger mouvement de baguette, Cedric encouragea le chien à s'approcher du dragon, comme s'il voulait le renifler. La diversion fut efficace : la dragonne était tellement préoccupée par les agissements du berger allemand qu'elle essayait de chasser à coups de queue, qu'elle ne vit pas Cedric se glisser sur le côté pour lui subtiliser l'œuf d'or. Le chien continuait de lui tourner autour et la queue de la dragonne fendit l'air.

-Oh, là, là ! s'exclama Ludo Verpey, qui assurait le commentaire. C'était tout juste, vraiment tout juste !*

Cedric persévéra et une quinzaine de minutes plus tard, une exclamation admirative s'éleva dans le public puis s'étouffa tout à coup. Cedric leva sa baguette d'un geste brusque mais il était trop tard : le jet de flamme de la dragonne lui avait frôlé le visage. Cependant, il avait réussi à s'emparer de l'œuf d'or. Les rugissements de la dragonne disparurent bientôt sous un tonnerre d'applaudissements.

-Bravo ! Vraiment très bien ! hurlait Verpey. Voyons maintenant les notes des juges !*

Madame Maxime leva sa baguette d'où sortit un ruban argenté, qui forma le chiffre sept. Percy, qui une nouvelle fois remplaçait Mr Croupton, lui accorda également sept points. Dumbledore et Ludo Verpey donnèrent à Cedric huit points chacun, tandis que Karkaroff faisait apparaître un quatre. Les élèves de Poudlard sifflèrent bruyamment le directeur de Durmstrang.

-Encore deux concurrents, à présent ! s'écria Mr Verpey, tandis que retentissant un autre coup de sifflet. Miss Delacour, s'il vous plait !*

            Fleur entra à son tour dans l'arène, où le Vert gallois avait remplacé le Suédois à museau court. La jeune femme semblait plus pâle que d'habitude, mais également extrêmement déterminée. Lorsqu'elle leva sa baguette en direction du dragon, elle ressembla plus que jamais à une Vélane. Ses cheveux blond argent voletaient doucement autour de sa tête et tout son corps semblait entouré d'une aura mystique.

-Qu'est-ce qu'elle fait ? demanda Ron, perplexe.

Harry se posait la même question lorsque soudain, la dragonne se mit à se balancer imperceptiblement d'avant en arrière, les paupières mi-closes.

-C'est incroyable ! souffla Hermione. Elle l'a fait entrer en transe !

La dragonne semblait presque inoffensive à présent. Alors que Fleur s'approchait prudemment de ses pattes, la dragonne se mit à ronfler bruyamment, provoquant quelques rires dans le public. Fleur n'était plus qu'à un mètre de l'œuf lorsque la dragonne laissa échapper un long ronflement accompagné d'un jet de flammes.

-ARGH ! hurlèrent les spectateurs d'une seule voix apeurée.

-Oh, voilà qui n'était peut-être pas très prudent ! cria Verpey d'un ton ravi.*

La robe de Fleur venait de prendre feu.

-Aguamenti ! souffla-t-elle précipitamment.

Quelques minutes plus tard, la robe trempée mais apparemment indemne, Fleur se faufila entre les pattes de la dragonne et s'empara de l'œuf d'or. Les juges commencèrent à donner leurs notes tandis qu'on faisait sortir que Vert gallois sous les applaudissements de la foule. Dumbledore, Percy et Verpey accordèrent à Fleur chacun huit points, Madame Maxime neuf et Karkaroff...

-Quatre ? lut Hermione, incrédule. S'il pense que ça va favoriser Krum, il se trompe sur toute la ligne !

Harry n'en était pas si sûr, car les autres juges semblaient beaucoup plus justes que lui, et en donnant de mauvaises notes aux autres concurrents, Karkaroff s'assurait de donner l'avantage à son protégé.

-Voici à présent Mr Krum ! s'exclama Verpey.

            Krum s'avança de sa démarche en canard. Il avait les sourcils froncés par la concentration, ce qui lui donnait un air encore moins commode. Le Boutefeu chinois l'attendait de pied ferme. Sans hésiter, Krum leva sa baguette directement vers la tête du dragon, qui poussa aussitôt une plainte déchirante.

-Un sortilège de Conjonctivite, commenta Hermione.

-Très audacieux ! s'écria Verpey.*

Prise de panique et souffrant le martyre, la dragonne commença à se tourner et retourner dans l'arène, sa puissante queue fendant l'air, ses énormes pattes s'enfonçant au sol dans un vacarme assourdissant.

-Elle va écraser les œufs, gémit Hermione en se plaquant les mains sur le visage.

Sa prédiction se réalisa trente secondes plus tard. De toute évidence, Krum n'avait pas prévu ce scénario et commençait à craindre de perdre l'œuf d'or, l'indice pour la deuxième tâche. Prenant une profonde inspiration, il se jeta à plat ventre au sol comme un joueur de rugby, évitant de peu de se faire aplatir comme une crêpe.

-On peut dire qu'il n'a pas froid aux yeux... et... Mais oui, il a réussi à s'emparer de l'œuf !*

La foule applaudit avec tant d'euphorie qu'on aurait cru que l'arène avait explosé. Sans surprise, Karkaroff accorda dix points à Krum, ramenant les scores finaux à trente-huit pour Cedric, trente-sept pour Fleur et quarante pour Krum.

-C'est serré ! constata Ron avec enthousiasme tandis qu'ils sortaient de l'arène. J'ai hâte de voir la prochaine épreuve !

-Et si on allait dire bonjour à Charlie ? proposa Harry.

-Bonne idée, répondit Ron.

Ils contournèrent la tente et aperçurent bientôt les dragons et leurs gardiens.

-Ça vous trois ? demanda Charlie en les voyant approcher. Qu'est-ce que vous en avez pensé ?

-Fantastique ! s'exclama Ron.

-Et toi, comment ça va ? questionna Harry en jetant un coup d'œil aux trois dragons stupéfixiés.

-Bien, répondit Charlie. Enfin, pas aussi bien que Percy, bien sûr.

-Pourquoi, qu'est-ce qu'il a ? demanda Ron.

-Croupton n'est plus venu travailler depuis la Coupe du Monde. Il serait souffrant, à ce qu'il parait.

-Bien fait, s'écria Hermione, il n'avait qu'à garder son elfe !

-En tout cas, poursuivit Charlie en ignorant sa remarque, Percy pense qu'en le remplaçant à la tête du service, il obtiendra plus vite de l'avancement.

Il y eut un moment de silence.

-Charlie, reprit soudain Hermione d'une voix beaucoup plus douce, est-ce que le Boutefeu va se remettre du sortilège de Conjonctivite ?

-Oui, ça va aller, la rassura Charlie. On vient de lui lancer le contre-sort.

La soudaine compassion d'Hermione envers la dragonne lui valut de nombreux quolibets de la part de Ron sur le chemin du retour au château :

-Tu n'as qu'à fonder la F.R.O.I.D.E. : Fondation pour la Réinsertion et contre l'Oppression Ignoble des Dragons Éxilés...

 

 

 

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

C'est tout pour aujourd'hui, mais je promets aux fans de Sirius de ne pas être déçu(e)s le mois prochain !

Chapitre 8: Surprises by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour à toutes et à tous,

Désolée d'avoir laissé passé deux mois depuis la dernière publication !

Encore merci à AlexG57 pour sa review du chapitre précédent. C'est important pour moi d'avoir vos impressions, pour progresser dans l'histoire.

Il y a deux mois, donc, nous assistions ensemble à la première tâche du côté spectateur et Harry avait fait un rêve un peu dérangeant dans lequel il était le champion de Poudlard.

Voici la suite, bonne lecture !

Contrairement à la plupart de ses camarades de classe et de Ron en particulier, Harry avait vite cessé de repenser à la première tâche. Il n'avait parlé à personne de son rêve dans lequel il se retrouvait dans la peau du champion de Poudlard à affronter l'ombre de Lord Voldemort, mais il ne pouvait s'empêcher de revoir ces images dans sa tête, dans l'espoir d'y distinguer un détail quelconque qui lui permettrait de déterminer si ce rêve en était bien un. Il avait même consulté secrètement à la bibliothèque un livre intitulé l'Oracle des rêves, mais il avait rapidement constaté qu'il contenait les mêmes idioties que leur enseignait Trelawney.

            Quand ce n'était pas son rêve, c'étaient les cours qui occupaient son esprit. Le professeur Flitwick avait appris aux quatrième année le sortilège de Répulsion – l'inverse du sortilège d'Attraction – et le professeur McGonagall à changer une pintade en cochon d'Inde. Mais la charge de travail n'était rien comparée aux cours de potions.

Depuis la fois où il l'avait empoisonné, Rogue prenait un malin plaisir à rappeler sans cesse à Harry qu'il serait mort si « Miss Je-sais-Tout » ne s'en était pas mêlée, déclenchant chaque fois une nouvelle crise d'hilarité dans les rangs des Serpentard.

-J'aimerais bien que Sirius lui mette son poing dans la figure, marmonna Harry avec mauvaise humeur à la table des Gryffondor.

-Ne dis pas n'importe quoi ! s'écria Hermione, à la fois outrée et inquiète.

-Avoue qu'il ne l'aurait pas volé, répliqua Ron.

-La violence ne résout aucun problème, argumenta Hermione. Au contraire, elle...

-Laisse tomber, Hermione, coupa Harry.

Il savait parfaitement que ce ne serait pas la solution à ses problèmes et c'était d'ailleurs pour cette raison qu'il n'avait plus reparlé de Rogue à Sirius. Hermione lui lança un regard noir mais n'ajouta rien ; elle aurait de toute façon été interrompue par l'arrivée des jumeaux :

-Il reste un morceau de tarte à la mélasse ? demanda Fred en inspectant la table.

-Mnonpf, répondit Ron, la bouche pleine.

-Je vois, dit Fred en arquant un sourcil moqueur. Toujours en train de te goinfrer, pas vrai ? Fais attention, à ce rythme-là, tu ne passeras plus la grande porte à la fin de ta septième année.

Ron avala avec difficulté tout en fusillant son frère du regard.

-Viens Fred, ajouta George. Nous avons encore le temps de passer aux cuisines.

-Comment on fait pour aller là-bas ? demanda Hermione d'un air qui se voulait dégagé.*

George lui expliquait qu'il suffisait de chatouiller la poire sur un tableau représentant une coupe de fruits pour faire apparaitre la porte des cuisines lorsqu'il fut coupé par Fred :

-Pourquoi tu veux savoir ça ? demanda-t-il d'un ton soupçonneux.

-Oh pour rien, répondit précipitamment Hermione.*

Et avant que Fred n'ait pu lui poser d'autres questions, elle se leva de la table des Gryffondor en annonçant qu'elle devait se rendre à la bibliothèque pour son devoir d'arithmancie.

-Mais tu as tout le week-end pour le faire ! s'exclama Ron d'un air surpris.

Mais Hermione se contenta de lui adresser un signe de la main avant de disparaître dans le couloir, bientôt suivie des jumeaux.

-J'espère qu'elle ne va pas aller encourager les elfes à faire grève, confia Ron à Harry sur le chemin du retour à la salle commune.

Harry ne répondit pas. Elle en était bien capable.

 

            À son grand regret, Harry fut réveillé à l'aube par des coups frappés au carreau près de son lit. Il essaya d'abord de l'ignorer mais pensa soudain qu'il s'agissait peut-être d'Hedwige. Il tira les rideaux de son baldaquin et aperçut la chouette au plumage blanc. D'un geste, il lui fit comprendre qu'il la laisserait entrer dans la salle commune pour ne pas réveiller ses camarades encore profondément endormis.

-Hedwige ! s'écria Harry deux minutes plus tard.

La chouette était venue se poser sur le dossier d'un des fauteuils en poussant un hululement reconnaissant. Les quelques secondes pendant lesquelles il avait ouvert la fenêtre de la salle commune avaient suffi à laisser entrer un courant d'air glacial.

Il déposa quelques biscuits sur une table qu'Hedwige commença aussitôt à picorer tandis que Harry détachait la lettre accrochée à sa patte.

 

            « Cher Harry,

J'espère que tu te portes bien depuis notre dernière conversation et que Rogue a cessé de te persécuter. N'hésite pas à m'en parler si ce n'est pas le cas, je prendrai des mesures. »

 

Des mesures ? pensa Harry. Que voulait-il faire ? Se déplacer en personne jusqu'à Poudlard ou bien envoyer une lettre à Dumbledore exprimant son mécontentement ? Selon Harry, ni l'une ni l'autre ne serait une bonne idée.

-Tu pourrais envoyer une Beuglante à Rogue à la table du petit déjeuner, suggéra Harry à haute voix d'un ton amusé.

 

« J'ai passé plusieurs entretiens d'embauche mais aucun des emplois proposés ne m'a semblé à la hauteur. Je veux me rendre utile, pas faire la plonge au Chaudron Baveur ou trier des bocaux chez un apothicaire. Évidemment, je sais que malgré le fait que je sois officiellement innocenté, il y aura toujours des gens pour douter et se méfier de moi.

Alors j'ai repensé à ce que tu m’as suggéré lorsque nous sommes allés faire tes courses de rentrée et décidé de fonder ma propre agence de détective privé ! Je l'ai appelée « Black Investigation ». C'est pas mal, tu ne trouves pas ? J'ai loué un petit bureau sur le Chemin de Traverse et ait même résolu ma toute première affaire. Un employé chez un fabricant de chaudrons soupçonnait son patron de revendre des produits défectueux en lançant à ses clients un sortilège de Confusion. Il se trouve qu'il avait raison et grâce aux preuves que j'ai pu lui apporter, son patron va passer en jugement la semaine prochaine. Il devrait y avoir un article dans La Gazette. »

 

Harry ne put s'empêcher de sourire en repensant à Percy et son rapport sur l'épaisseur des fonds de chaudrons.

 

« Dis-moi, comment s'est passée la première tâche ? Tu ne m'en as rien raconté et j'ai été obligé de lire les immondices écrites par Rita Skeeter. J'imagine que vous êtes tous fiers du champion de Poudlard, qui a fini deuxième si je ne m'abuse ? Continue à le supporter et à te tenir à distance de Karkaroff.

Préviens-moi si Rogue passe à nouveau ses nerfs sur toi.

À bientôt,

            Sirius »

 

Harry replia la lettre et se laissa tomber contre le dossier du fauteuil. Non, il ne dirait rien à Sirius sur les agissements de Rogue, mais il pouvait lui écrire quelques lignes sur le combat contre les dragons.

Il parcourut à nouveau le parchemin des yeux et se rappela que Percy l'avait empêché de prendre la fuite dans son rêve. Devait-il parler à Sirius de ce songe étrange qui le tourmentait ? Il n'avait aucune preuve qu'il s'agisse d'un genre de vision. Sirius le saurait peut-être, souffla une petite voix dans la tête de Harry. Finalement décidé, Harry saisit une plume et un morceau de parchemin que l'un de ses camarades avait laissé trainer et rédigea une réponse à son parrain :

 

« Cher Sirius,

Je savais bien que l'agence de détective privé était une excellente idée ! J'ai hâte de lire le compte rendu du jugement.

Que dire à propos de la première tâche ? Les champions ont dû combattre des dragons. Cedric a essayé de détourner son attention avec un sortilège de métamorphose, Fleur Delacour a fait entrer son adversaire en transe et Krum lui a jeté un sortilège de Conjonctivite. C'était très impressionnant, et à part Karkaroff, les autres juges sont assez impartiaux.

En tout cas, je peux te dire que je suis bien content de ne pas être champion de Poudlard ! J'en ai rêvé une nuit avant la première tâche et l'épreuve que j'avais à affronter, c'était Voldemort. Au moins, il n'y avait pas de Détraqueur...

Passe un bon week-end – ici, le temps se fait long sans les entrainements et les matchs de Quidditch...

À bientôt,

            Harry »

 

Il laissa sécher l'encre pendant quelques secondes tout en relisant ce qu'il avait écrit. Il se sentait soudain rassuré. Il ne s'agissait que d'un stupide cauchemar, rien de plus.

-Tu peux lui apporter ma réponse, s'il te plait ? demanda-t-il en se tournant vers la chouette.

La chouette poussa un nouvel hululement et tendit la patte.

-Merci Hedwige, ajouta Harry en caressant un moment ses plumes soyeuses.

Il venait de la laisser s'envoler par la fenêtre lorsqu'il entendit des pas dans l'escalier du dortoir des filles.

-Tu es déjà levé, Harry ? s'étonna Hermione.

-Et toi, alors ? répondit-il d'un ton amusé. On va prendre le petit déjeuner et on rapporte quelque chose pour Ron ?

-On pourrait aller chercher à manger directement à la cuisine ? proposa timidement Hermione.

-Tu ne crois pas que les elfes ont assez de travail à cette heure de la journée ? tenta de la raisonner Harry.

Le visage d'Hermione s'empourpra et elle ne répondit qu'en regardant la pointe de ses chaussures :

-Si, bien sûr, tu as raison.

 

            Harry et Ron passèrent le week-end à essayer d'empêcher Hermione de descendre aux cuisines, ce qu'il n'était pas chose aisée, car cela signifiait qu'ils ne devaient la lâcher des yeux à aucun moment. Finalement, les cours reprirent le lundi et les deux garçons eurent d'autres hippogriffes à fouetter, entre des tritons à double-queue et les prédictions funestes du professeur Trelawney, si bien que les indications de George leur sortirent momentanément de l'esprit.

            Hermione ne descendit pas dîner après son cours d'arithmancie et lorsqu'Harry et Ron allèrent la chercher à la bibliothèque, ils tombèrent nez à nez avec Viktor Krum et sa bande de groupies ambulante. Mais pas de trace d’Hermione.

            Ils s'apprêtaient à rentrer à la salle commune lorsque la jeune fille les rattrapa en courant. Elle tenait des propos incompréhensibles et semblait surexcitée. Elle les entraîna jusque dans le hall et tourna à gauche en bas de l'escalier avant de s'engouffrer dans un couloir décoré de natures mortes.

-Attends un peu, Hermione, dit lentement Harry. Je sais où tu nous emmènes.*

Ses craintes se virent confirmées lorsque la grosse poire verte se mit à glousser de façon presque gênante avant de se transformer en une poignée.

-Harry Potter ! Monsieur ! Harry Potter !

-D... Dobby? balbutia Harry.*

            Si Harry fut estomaqué d'apprendre que Dobby et Winky étaient employés à Poudlard, il n'en était pas pour autant moins ravi. L'ancien elfe des Malefoy leur expliqua avoir réussi à obtenir un salaire et des congés de la part du professeur Dumbledore, et Harry était persuadé qu'il n'aurait pas pu trouver meilleur employeur. Malheureusement, Winky ne voyait pas les choses de cette façon et regrettait sa vie auprès de Mr Croupton.

Elle noyait sa détresse dans la Bièraubeurre et refusait qu'on dise du mal de son ancien maître. Lorsque Harry lui apprit que Mr Croupton n'avait plus été vu en public depuis la Coupe du Monde, l'elfe laissa échapper un sanglot déchirant et se mit à répéter sans cesse que Mr Croupton avait besoin d'elle.

 

            Mais rien de ce que Harry avait vu ou entendu dans les cuisines de Poudlard ne lui donna plus à penser que la déclaration du professeur McGonagall à la fin du cours suivant, lui donnait tout à coup l'impression que les épreuves qui protégeaient la Pierre philosophale avaient été à peine excitantes comparées aux sueurs froides qu'il éprouvait à chaque fois qu'il pensait aux mots du professeur de métamorphose. Il n'y avait qu'une seule personne sur Terre qui puisse lui venir en aide.

            Le dortoir était vide lorsque Harry y monta après les cours. Parfait, se dit-il. Il s'assit sur le bord de son lit à baldaquin et sortit délicatement de sa poche le petit miroir carré que lui avait donné son parrain :

-Sirius Black, murmura Harry après un instant d'hésitation.

Le visage du meilleur ami de son père ne tarda pas à apparaître à la place de son propre reflet.

-Harry, est-ce que tout va bien ? s'inquiéta Sirius.

-Oui, répondit Harry. Oui, rassure-toi.

Il marqua une pause, se sentant légèrement rougir tandis qu'il réfléchissait à la façon de formuler sa demande :

-En fait, j'ai besoin d'un conseil, commença-t-il d'un ton incertain.

-Bien sûr, s'empressa de répondre Sirius, tout ce que tu voudras.

-Alors voilà, poursuivit Harry en prenant une profonde inspiration. Ils organisent un Bal de Noël et nous... nous devons... enfin, si on veut...

-Inviter une cavalière ? termina Sirius avec un sourire en coin.

-Oui, voilà, acquiesça Harry, soulagé que Sirius ait si vite compris de quoi il retournait.

-Tu as une idée de qui tu voudrais demander ? interrogea encore Sirius.

-Elle s'appelle Cho Chang, expliqua Harry. Elle est en cinquième année, à Serdaigle.

-D'accord, fit Sirius. Où est le problème ? Les filles ne mordent pas, tu sais ? Enfin, pas la plupart du temps.

Il adressa un large sourire à Harry, mais celui-ci ne sembla pas comprendre la plaisanterie.

-C'était une boutade, précisa Sirius. Je voulais te détendre un peu.

-Désolé, répondit précipitamment Harry. C'est juste que... les filles se déplacent toujours en groupe et si je lui demande devant ses copines, j'ai peur qu'elle dise non.

Sirius regarda Harry d'un air pensif.

-Je ne vais pas te mentir, dit-il enfin. Il y a cinquante pour cent de chances qu'elle te dise non. Mais ce ne sont que des statistiques, et toi, tu es Harry Potter. C'est une sorte de bonus.

Harry leva les sourcils. Il ne s'était pas attendu à ce que son parrain prenne sa requête aussi peu au sérieux.

-Tu n'as jamais été amoureux ? demanda-t-il de but en blanc.

C'était la seule explication quant à ce comportement pour le moins offensant.

-Non, répondit Sirius d'un ton bourru.

Il y eut un silence gêné, puis Sirius reprit la parole :

-Pour en revenir à ton problème, lorsque tu la vois accompagnée de ses amies, tu vas la voir, surtout en ne regardant qu'elle et en faisant comme si les autres n'existaient pas, d'accord ? Tu ne la lâches pas des yeux et tu lui demandes si tu peux lui parler en privé quelques instants. Les autres filles se mettront sûrement à glousser, mais il faut que tu sois fort et en fasses abstraction. Et une fois que tu l'as attirée à l'écart, tu lui proposes de t'accompagner au Bal. Si elle dit oui, tant mieux, mais si elle dit non, tu hausses les épaules et fais comme si tu t'en moquais, d'accord ?

-Mais je ne m'en moque pas ! s'écria Harry.

Il se demandait si la méthode Sirius avait jamais fait ses preuves.

-Je sais, soupira Sirius. Mais elle, elle n'a pas besoin de le savoir.

-Ok, je vais essayer, répondit finalement Harry.

-Je suis sûr que ça va marcher ! Tu me tiens au courant ?

-Promis, dit Harry, sans enthousiasme.

Son parrain lui adressa un clin d'œil, puis disparut.

            Harry resta encore quelques minutes assis sur le bord de son baldaquin à se demander s'il devait vraiment mettre en pratique les conseils de Sirius. Après tout, le fait d'ignorer les autres filles pour parler à Cho était sûrement sa seule option, vu qu'elle ne semblait jamais se déplacer seule. Il se demandait cependant si son parrain n'était pas un tantinet jaloux. Non, c'était stupide. Pourtant, Harry était persuadé que Sirius n'avait pas été entièrement honnête avec lui.

Était-il seulement possible qu'un adolescent passe toute sa scolarité sans tomber une seule fois amoureux ? Harry se souvenait des photos de mariage de ses parents : Sirius avait été trop beau garçon pour ne pas susciter l'intérêt de la gent féminine. Évidemment, cette sollicitude n'avait pas toujours dû être réciproque, mais quand même. Harry se promit d'essayer d'en apprendre plus dès qu'il aurait réglé ses propres problèmes.

 


 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

S'il y a des fans de Sirius parmi vous, j'espère que ça vous a plu ;) 

Peut-être que certain(e)s d'entre vous voudront mettre les conseils de Sirius à l'épreuve, car la prochaine fois, je vous emmène au Bal !

Chapitre 9: Le Bal de Noël by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Je suis désolée d'avoir encore laissé passé autant de temps entre deux chapitres. Pour me faire pardonner, je vais vous mettre deux chapitres à la suite, qu'en dites-vous ?

Encore merci à AlexG57 pour sa review du chapitre 8. 

Bonne lecture !

 

Dans la semaine qui suivit, Harry ne cessa de se répéter les conseils de Sirius, sans pour autant trouver le courage de les mettre en pratique. Chaque fois qu'il apercevait Cho dans un couloir, il se hâtait de se mêler à la foule pour éviter de la croiser. Et chaque fois, il se haïssait d'être aussi lâche.

            Un mardi matin, alors qu'il passait la récréation dans la cour en compagnie d'Hermione et Ron, Harry vit Cho et ses amies marcher dans le cloître en direction de la porte opposée. Il fallait qu'il y aille, il le fallait ! Peut-être était-ce le fruit de son imagination, mais Harry eut soudain la sensation qu'une rafale de vent le poussait dans le dos en direction de Cho. Prenant cet heureux hasard comme un présage favorable, il se hâta de les suivre.

-Harry, où est-ce que tu vas ? appela la voix d'Hermione dans son dos.

-Toilettes, répondit-il laconiquement.

Cho et son groupe venaient de disparaître dans le corridor avant qu'il n'atteigne la porte. Il accéléra l'allure, le cœur battant à lui rompre les côtes. Il marchait si vite à présent que cela relèverait du miracle s'il avait encore assez de souffle pour poser sa question à Cho ! Celle-ci venait de tourner à l'angle d'un couloir ; il se hâta encore davantage.

            Harry venait tout juste de bifurquer à son tour lorsqu'il se figea sur place. Cho se tenait au milieu du couloir ; ses amies l'observaient en gloussant, quelques mètres plus loin.

-Je me demandais, disait Cedric Diggory non sans rougir, si tu voulais aller au Bal avec moi ?

Retenant son souffle, Harry espérait qu'elle dirait non.

-Oh, souffla-t-elle en rougissant à son tour. Oui, ça me ferait très plaisir.

Tandis que les amies de Cho poussaient des petits rires stridents et que Cedric affichait un sourire ravi, Harry sentit son estomac tomber brusquement jusque sous son nombril. Cho et Cedric échangèrent encore quelques mots mais Harry ne les écoutait déjà plus.

            Il était furieux. Contre Cedric d'avoir eu la même idée que lui, contre Cho d'avoir accepté son invitation et contre lui-même d'avoir tant attendu. S'il n'était arrivé ne serait-ce que cinq minutes plus tôt... Mais il avait trop hésité par peur de se ridiculiser. Cho était une très jolie fille, une excellente joueuse de Quidditch. D'une certaine manière, elle l'intimidait. Mais il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir remonter le temps et tout recommencer.

            Mais peut-être qu'elle t'aurait dit non, souligna une petite voix désagréable dans sa tête.

 

            Harry ne parla pas à Ron et Hermione de son fiasco avec Cho et, bien qu'il le lui avait promis, il ne chercha pas à entrer en contact avec Sirius. Il était certain que son parrain finirait par lui poser la question, ce qui serait déjà assez embarrassant en soi.

-On n'est pas obligé d'y aller avec des cavalières, rappela soudain Ron.

Ils étaient installés dans la salle commune ; Ron construisait un château de cartes explosives tandis qu'Harry lisait En vol avec les Canons. Encore une fois, seule Hermione prenait la peine de réviser pour le cours de potions.

-On n’aura qu'à y aller tous les trois, ça ne choquera sûrement personne, ajouta-t-il.

-Je suis désolée, répondit Hermione en levant les yeux de son manuel de potions, mais vous devrez vous tenir compagnie tous seuls.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda bêtement Ron.

Mais Harry n'eut pas besoin d'attendre la réponse d'Hermione pour la connaître : son air à la fois outré et gêné parlait de lui-même.

-Je veux dire, dit-elle d'un air féroce, que quelqu'un m'a invité et que j'ai dit oui.

À ces mots, Ron laissa tomber la carte qu'il tenait à la main, provoquant une réaction en chaîne qui aboutit bientôt à la destruction du château. Mais étant trop occupé à se tordre de rire, Ron ne s'en soucia guère :

-Arrête... Hermione, articula-t-il en reprenant son souffle. Tu as simplement dit ça pour te débarrasser de Neville.

-Ah, tu crois ça ? répliqua Hermione. Ce n'est pas parce que tu as mis trois ans à t'en apercevoir que d'autres n'ont pas vu tout de suite que je suis une fille !*

Jamais encore Harry n'avait vu Hermione dans un tel état de fureur, et pourtant, lui et Ron lui en donnait souvent l'occasion. Ron refusait de la croire, persuadé qu'elle mentait pour se faire mousser, et Hermione finit par monter se coucher pour couper court à la discussion.

            Harry fut soulagé de constater que la conversation houleuse entre Ron et Hermione n'avait pas laissé de séquelle apparente. Comme d'un commun accord, ils avaient décidé de faire comme s'il ne s'était rien passé, bien que Ron ne manquât pas une occasion de demander à Hermione avec qui elle irait au Bal. Ginny leur avait confié, à lui et Ron, qu'elle avait bel et bien un cavalier mais cela n'avait pas suffi à convaincre Ron – après tout, les filles devaient bien se serrer les coudes.

 

            Les vacances de Noël avaient déjà commencé lorsque Hedwige apparut à la table du petit déjeuner, un rouleau de parchemin accroché à la patte.

-Ah ! Ce doit être la réponse de Sirius ! s'exclama Harry en laissant sa chouette se servir dans son assiette.

Il allait dérouler le parchemin lorsqu'il se souvint soudainement des raisons qui l'avaient poussé à écrire à Sirius quelques semaines plus tôt. Il glissa alors le parchemin dans la poche de sa robe.

-Tu ne lis pas ta lettre ? s'étonna Hermione.

-Je le ferai plus tard, répondit Harry en esquissant un sourire, rien ne presse.

Il n'avait pas parlé à Ron et Hermione de son étrange rêve avec Voldemort et voulait d'abord savoir ce qu'en disait Sirius avant de les mettre dans la confidence. Hermione lui jeta un regard soupçonneux mais ne posa pas d'autre question. Après tout, Harry avait bien le droit d'avoir des échanges privés avec son parrain.

            Mais Harry dut attendre la fin de matinée pour pouvoir ouvrir son courrier car tous les élèves à partir de la quatrième année étaient autorisés à participer au Bal et avaient donc décidé de passer les vacances à Poudlard. En conséquence de quoi, la salle commune était pleine. Harry en venait presque à regretter de ne pas avoir l'excuse de faire ses devoirs à la bibliothèque pour rester un petit peu tranquille.

Finalement, il se laissa battre par Ron aux échecs, qui entama alors une nouvelle partie contre Dean tandis que Seamus assurait le commentaire, lui donnant ainsi l'occasion de s'éclipser un moment dans le dortoir.

 

            « Cher Harry,

Je suis désolé de ne pas t'avoir répondu plus tôt. Je suis très occupé ces derniers temps, Black Investigation marche plutôt bien.

As-tu fait d'autres rêves de ce genre ? C'est sûrement le suspense du Tournoi des Trois Sorciers qui a rappelé à ces souvenirs de Voldemort à la surface et je suis certain que tu n'as pas à t'en faire. Cependant, j'aimerais quand même que tu me tiennes informé si jamais il t'arrivait de refaire ce genre de cauchemar.

En parlant de me tenir au courant, est-ce que tu as pu inviter ta cavalière pour le Bal ?

Je te souhaite de bonnes vacances,

            Sirius »

 

Harry laissa le parchemin s'enrouler à nouveau sur lui-même. Sirius s'était donné beaucoup de mal pour prendre un ton léger et insouciant mais Harry avait le sentiment que ce n'était qu'une apparence trompeuse. Sinon, pourquoi Sirius aurait-il prit la peine d'insister pour être prévenu s'il rêvait à nouveau de Voldemort ?

            Songeur, Harry laissa tomber la lettre de Sirius dans sa valise et redescendit dans la salle commune sans prendre la peine de rédiger une réponse. Il n'avait vraiment pas envie de lui avouer son échec avec Cho. Il éprouva cependant un oppressant sentiment de honte lorsqu'il découvrit le lendemain matin le couteau de poche à lames spéciales que lui avait offert Sirius pour Noël, et se promit de lui envoyer une longue lettre le lendemain pour lui raconter le Bal dans les moindres détails.

Il avait tellement mauvaise conscience qu’il accueillit le présent que Dobby lui offrit – une paire de chaussettes dépareillées – avec sans doute moins d’enthousiasme qu’il ne l’aurait dû. Par chance, Ron détourna l’attention de l’elfe en lui faisant don de son traditionnel pullover tricoté main, s’attirant son profond respect ainsi que sa reconnaissance éternelle.

 

            Ron et lui descendirent dans le hall un peu avant vingt heures. Ils n'avaient plus pris la peine de chercher de cavalières et se contentaient d'attendre que les portes de la Grande Salle s'ouvrent. En voyant la tenue de Ron, Harry s'était félicité d'avoir pu bénéficier des conseils de Sirius, mais il se garda bien de faire le moindre commentaire. Mrs Weasley avait dû acheter sa robe d'occasion, à défaut de pouvoir lui en offrir une neuve. Au moins, Ron avait pu se débarrasser de la dentelle grâce à un sortilège de Découpe.

            Fleur Delacour entra bientôt dans le hall en compagnie de Roger Davies, le capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle. Cedric se trouvait à seulement quelques pas, accompagné d'une Cho particulièrement en beauté. La rage de Harry d'avoir laissé passer sa chance le prit à nouveau à la gorge.

 

-Mais est Hermione ?* questionna Ron pour la dixième fois.

Harry détacha à contrecœur les yeux de Cho. Le professeur McGonagall venait de faire signe aux élèves d'entrer dans la Grande Salle. Les champions firent leur entrée sous les applaudissements de la foule. Krum était accompagné d'une ravissante jeune fille à robe bleue que Harry crut d'abord ne pas connaître, avant de se rendre compte qu'il s'agissait d’Hermione.

            Il échangea un regard avec Ron, dont le menton était subitement tombé. Après quelques instants de parfaite incrédulité, il finit par se reprendre et se contenta de la foudroyer du regard. Il ne prononça ensuite pas un mot de tout le repas.

            Bien que lui aussi avait été surpris, Harry ne voyait pas pourquoi Ron semblait en vouloir autant à Hermione. À dire vrai, ses pensées étaient bien loin des contraintes matérielles et se concentraient exclusivement sur Percy qui, une fois encore, remplaçait Mr Croupton. Mais au lieu d'imposer à ses voisins de table ses longs et ennuyeux monologues, le jeune homme semblait soucieux, perdu dans ses propres pensées. Il mangeait à peine et se contentait de regarder son verre vide d'un air absent. Voilà qui paraissait bien étrange.

            Lorsque les restes de desserts eurent disparu des tables, Dumbledore demanda aux convives de se lever et aménagea une piste de danse au milieu de la salle, tandis que les Bizarr' Sisters faisaient leur entrée en scène. Remarquant que Ron continuait d'observer Hermione et Krum d'un regard noir, Harry décida d'intervenir :

-Et si on allait prendre l'air ?

Lui-même n'avait pas la moindre envie de regarder Cedric faire danser Cho toute la soirée.

-D'accord, marmonna Ron en se levant d'un geste lent.

Ils venaient à peine de sortir dans la galerie de glace aménagée dans le parc lorsqu'ils tombèrent nez à nez avec Rogue :

-Qu'est-ce que vous faites là, tous les deux ? demanda-t-il d'un air mauvais.

-On se promène, répliqua Ron d'un ton sec.*

-Ah oui, poursuivit Rogue dont le sourire s'étirait de plus en plus. Il n'y a rien de mieux à faire lorsqu’on n’a pas pu trouver de cavalière.

Harry retint Ron par le bras par peur qu'il ne se jette sur Rogue, mais il était resté comme pétrifié, ses oreilles prenant une horrible teinte écarlate tandis que le maître des potions repartait en leur adressant un sourire moqueur.

-Comme s'il aurait pu trouver une cavalière, lui, souligna Harry lorsque le professeur fut hors de vue.

-Exactement ! approuva Ron. Nous, on n’avait juste pas envie de chercher, c'est tout.

Harry hocha la tête et ils se remirent en marche.

Ils croisèrent Hagrid assis dans sur un banc, une bouteille de whisky Pur Feu à la main, l'œil déjà vitreux. Tout comme eux, il ne semblait pas partager la bonne humeur générale et, trop occupé à marmonner des paroles intelligibles, il ne semblait pas entendre les élèves glousser avec impudeur dans les rosiers. Au bout de seulement dix minutes, Harry et Ron décidèrent de faire demi-tour.

-Harry ! Ron ! appela Hermione, qui était sortie dans le hall. Où est-ce que vous allez ?

-On monte se coucher, répondit Ron d'un ton abrupt.

-Mais le Bal ne fait que commencer, s'étonna Hermione.

-Pour toi et Vicky, peut-être, grogna Ron.

-Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Hermione, surprise.

-Si tu ne le sais pas, ne compte pas sur moi pour te le dire, répliqua Ron d'un ton cinglant.*

La discussion qui suivit fut l'une des plus désagréables dont Harry eut jamais été témoin entre ses deux amis. À cet instant, il aurait tout donné pour pouvoir transplaner.

            Hermione ne comprenait pas que Ron puisse considérer qu'elle trahissait Poudlard, alors qu'il avait fait de Krum son champion favori depuis qu'il avait posé le pied sur la rive du lac noir.

-Comment aurais-je pu me douter que Durmstrang userait de telles ruses ? s'exclama Ron d'un ton outré alors que Hermione venait de le lui rappeler.

-De telles ruses ? répéta Hermione, hébétée.

-Parfaitement ! Tu ne vois donc pas qu'il veut t'utiliser pour que tu l'aides à déchiffrer l'énigme de l'œuf ?

-Il ne me viendrait jamais à l'idée de l'aider dans quoi que ce soit ! s'indigna Hermione.

-Tu as une drôle de façon de le montrer, répliqua Ron d'un ton sarcastique.*

Harry observait à la scène en se gardant bien de prendre parti. À vrai dire, il était plutôt d'accord avec Hermione : le tournoi avait pour but de renforcer la coopération internationale et d’ailleurs, pourquoi Krum irait-il demander de l’aide à une élève de quatrième année ? Mais d’un autre côté, Harry comprenait aussi que Ron se trouvait dans la même position que lui vis-à-vis de Cho et Cedric.

-Viens, coupa soudain Harry en tirant Ron par le bras. Allons-nous coucher, ça vaut mieux.

Hermione jeta à Harry à regard de profonde déception. Pendant une seconde, il crut qu'elle allait se mettre à pleurer. Mais avant qu'il n'ait pu ouvrir à nouveau la bouche pour lui essayer de lui faire comprendre qu'il voulait juste d'empêcher Ron de prononcer d'autres paroles qu'il finirait par regretter, Hermione avait déjà tourné les talons.

Il la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse au milieu de la piste de danse, et ne remarqua pas que Fred et George venaient d'engager la conversation avec Mr Verpey.

-On aurait dû parler du dragon à Cedric, lâcha soudain Ron au milieu du couloir du septième étage.

Harry se contenta de hocher la tête d'un air approbateur mais se garda bien d'avouer que c'était exactement ce qu'il avait fait.

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

À tout de suite pour le chapitre 10 !

Chapitre 10: Les malheurs de Percy by MadameMueller
Author's Notes:

Re-bonjour,

Comme promis voici le chapitre 10. Je n'en dis pas plus et vous laisse le découvrir par vous même.

Bonne lecture ! 

 

 

Harry fut le premier levé le lendemain du Bal. Les autres élèves s'étaient couchés beaucoup plus tard que lui et Ron, bien que ce dernier semblait avoir eu beaucoup de mal à trouver les bras de Morphée. Repensant à la dispute entre lui et Hermione, Harry eut un pincement au cœur et sentit brusquement le besoin vital de parler à Sirius.

            Il se leva le plus discrètement possible, sortit le Miroir du tiroir de sa table de nuit et descendit dans la salle commune. À son grand soulagement, elle était entièrement vide. Il s'installa dans un fauteuil près de la cheminée et murmura le nom de son parrain. Le visage endormi de Sirius apparut aussitôt dans la glace.

-Oh, je suis désolé, souffla Harry. Je te réveille.

-Ça ne fait rien, grogna Sirius en s'asseyant sur le bord de son lit. Tu as passé un bon Noël ?

Harry allait répondre par l'affirmative, mais il se ravisa.

-Pas vraiment, avoua-t-il à voix basse. Je te remercie pour le couteau !

-Pas de quoi, répondit Sirius. Dis-moi, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Harry prit une profonde inspiration et raconta toute l'histoire, depuis son rendez-vous manqué avec Cho jusqu'à la jalousie de Ron. Lorsqu'il eut terminé, Sirius poussa un soupir en secouant la tête :

-J'avais oublié ce que ça veut dire, d'avoir quatorze ans, confia-t-il d'un ton navré.

Il marqua une pause pendant laquelle il observa Harry d'un air grave, avant de reprendre :

-J'ai bien peur que vous ne soyez pas au bout de vos peines de cœur. Mais je te rassure, ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Ce qui compte, c'est que vous ne répétiez pas deux fois les mêmes erreurs. Qu'est-ce que tu as appris de ce Bal de Noël ?

-Que je ne devais pas attendre pour inviter la fille qui me plait à sortir, marmonna Harry d'un ton honteux.

-Exactement, approuva Sirius. Je sais bien que c'est très douloureux pour le moment, mais lorsque tu auras rencontré la fille, alors tu te rappelleras de cette expérience et tu te féliciteras d'avoir commis cette erreur dans ta jeunesse, t'évitant de la reproduire à l'âge adulte.

Harry hocha la tête mais ne répondit pas tout de suite, se laissant le temps d'assimiler les sages paroles de son parrain. Il avait peine à croire qu'il ait pu douter de ses conseils seulement quelques semaines plus tôt. De toute évidence, Sirius s'y connaissait plus en matière de sentiments qu'il ne voulait bien l'admettre aux premiers abords. Mais si Cho était la bonne ? souffla une petite voix dans sa tête. Alors il serait sûrement trop tard...

-Comment marche Black Investigation ? demanda alors Harry pour changer de sujet.

-Pas mal, répondit Sirius sans sourire. Je suis sur une enquête.

-Raconte, encouragea Harry.

-Je ne peux pas, répondit Sirius. Il faut que je sois discret, tu comprends ? Dis-moi plutôt si tu as refait des rêves sur Voldemort ?

-Non, avoua Harry. Ce n'est arrivé qu'avant la première tâche. Ça devait vraiment être l'excitation.

-Sûrement, approuva Sirius d'un air songeur.

-Et comment va Lupin ?

Cette fois, le visage de Sirius s'assombrit pour de bon.

-Il est parti, dit-il d'un ton bourru.

-Comment ça, parti ? répéta Harry sans comprendre.

-Il a dit qu'il allait tenter sa chance à l'étranger, pour trouver un emploi, expliqua Sirius, la mine sombre. Je lui ai dit qu'il pouvait travailler avec moi, qu'on ne serait pas trop de deux pour mener l'enquête, mais il n'a rien voulu entendre.

Après un instant d'hésitation, il ajouta :

-Je crois bien qu'il ne me supportait pas.

-Ne dis pas ça ! s'exclama Harry, horrifié. Ça n'a sûrement rien à voir !

-Mouais, fit Sirius d'un ton peu convaincu.

Harry aurait voulu dire quelque chose pour lui remonter le moral, mais avant qu'il n'ait pu penser à quoi que ce soit, la porte qui menait aux dortoirs des filles grinça et Sirius marmonna un « Bon, je te laisse, salut ! » parfaitement morose avant de disparaître.

 

            La mauvaise humeur de Sirius semblait avoir déteint sur Harry pour la dernière semaine de vacances. Il lui restait une montagne de devoirs à faire avant le début du nouveau trimestre mais il n'arrivait tout simplement pas à se concentrer.

            Au soudain départ de Lupin était venu s'ajouter la tension toujours palpable entre Ron et Hermione. Ils avaient apparemment évité de reparler de leur dispute à propos de Krum, mais il était évident qu’aucun d’entre eux ne semblait vraiment prêt à oublier le comportement de l'autre, aussi ne se parlaient-ils que lorsque c'était vraiment nécessaire.

            Lorsque les cours reprirent, une nouvelle sortie à Pré-au-Lard fut annoncée pour la mi-janvier ; Harry avait l'espoir qu'elle aiderait Ron et Hermione à se réconcilier.

-Tu crois qu'elle va y aller avec Vicky ? demanda Ron en observant le panneau d'affichage d'un air mauvais.

-Je ne sais pas, répondit Harry, mal à l'aise.

Il redoutait secrètement qu'Hermione ne décide de passer la journée au village avec le jeune bulgare mais il renonça à lui poser la question, par peur qu'elle n'en vienne à penser qu'il prenait le parti de Ron.

-Tu sais, commença Harry avec prudence, je crois que tu ne devrais pas attendre pour l'inviter.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? s'étonna Ron.

-Eh bien, poursuivit Harry tout en pesant ses mots, tu n'as qu'à lui demander tout de suite si elle ira au village avec nous. Comme ça, Krum n'aura pas le temps de le faire à ta place.

Ron fronça les sourcils. Prenant une profonde inspiration, Harry lui raconta alors ce qui s'était passé – ou plutôt, ce qui ne s'était pas passé – avec Cho.

-Et pourquoi tu ne vas pas lui demander de t'accompagner à Pré-au-Lard, alors ? s'exclama Ron avec pertinence.

-Parce que, soupira Harry avec lassitude, tu ne l'as sûrement pas remarqué mais Cho et Cedric ne se quittent plus depuis le Bal de Noël. Ils se promènent tout le temps main dans la main dans les couloirs, il n'y a aucune chance pour qu'elle n'aille pas à Pré-au-Lard avec lui. Alors que Krum ne voit pratiquement pas Hermione, ça te laisse l'avantage…

Ron sembla alors réfléchir à ce que Harry venait de dire.

-Je crois que tu as raison, admit-il finalement.

Comme si elle avait attendu dans le couloir que le jeune homme tire les bonnes conclusions, Hermione apparut soudain dans le trou du portrait de la Grosse Dame. Dès qu'il la vit, Ron se précipita vers elle :

-Hermione ! Tu as vu ? Il y a une nouvelle sortie à Pré-au-Lard dans quinze jours ! Tu y vas avec Harry et moi, hein ?

Hermione le dévisagea avec stupeur, comme si le simple fait qu'il pose la question avait quelque chose en soi de ridicule. Harry ressentit tout à coup une vague de panique s'emparer de lui : et si elle lui riait au nez ? Ron ne le lui pardonnerait jamais de lui avoir donné d'aussi mauvais conseils ! Finalement, Hermione sourit à Ron et répondit :

-Avec plaisir, Ronald.

Elle passa ensuite devant lui en souriant d'un air ravi et monta directement dans le dortoir des filles.

-Ce n'est pas si dur que ça, en fait, dit Ron en se laissant à nouveau tomber dans le fauteuil à côté de Harry.

Il affichait un sourire satisfait que Harry n'avait vu qu'une seule fois sur le visage de son meilleur ami : lorsqu'il avait vu son reflet dans le Miroir du Risèd. Soulagé, il lui donna une tape sur l'épaule et sortit son manuel de métamorphose.

 

            Le courage de Ron avait considérablement détendu l'atmosphère et, lorsque les trois jeunes gens prirent le chemin de Pré-au-Lard deux semaines plus tard, ni le froid humide ni Krum qui se baignait dans le lac ne purent gâcher leur bonne humeur.

            Comme à chaque sortie, les boutiques étaient pleines d'élèves de Poudlard. C'était également le cas des Trois Balais, où Harry, Ron et Hermione entrèrent bientôt pour se réchauffer. Harry commanda trois Bièraubeurres à Madame Rosmerta et ils s'installèrent au bar, toutes les autres tables étant déjà occupées.

-Il n'est donc jamais à son bureau, celui-là ? murmura soudain Hermione. Regardez !*

D'un geste de la tête, elle désigna Ludo Verpey qui était en grande conversation avec une bande de gobelins à l'air revêche. Harry haussa les épaules et but une longue gorgée de Bièraubeurre. Hermione continuait de pester contre ces employés du Ministère qui tiraient au flanc tout en louant le dévouement de Mr Weasley et, même si elle avait du mal à l'admettre, celui de Percy, mais Harry ne l'écoutait pas. Son regard venait d'être attiré par un exemplaire de La Gazette du sorcier posé sur le comptoir,

-Je peux vous l'emprunter ? demanda-t-il au sorcier assis à côté de lui sur un tabouret haut.

-Vous pouvez même le garder, répondit le sorcier sans lui prêter la moindre attention.

Harry prit le journal et commença à lire l'encart qui l’avait interpelé :

 

L'ÉTRANGE MALADIE DE BARTEMIUS CROUPTON

 

            C'est juste après la finale de la Coupe du Monde de Quidditch que Bartemius « Barty » Croupton Sr., le chef du Département de la coopération magique internationale, a été vu pour la dernière fois en public, peu après l'apparition de la Marque des Ténèbres. Selon son assistant, un jeune homme ambitieux du nom de Perry Weasley, Mr Croupton serait souffrant et prendrait du repos. « Je suis passé le voir plusieurs fois chez lui et il m'envoie quotidiennement ses instructions par hibou », précise Weasley sur la défensive. Un guérisseur de l'hôpital Ste Mangouste pour les maladies et blessures magiques qui a voulu garder l'anonymat affirme cependant que Croupton n'y a pas été traité comme patient au cours de l'année écoulée.

            Quel trouble peut-il empêcher Mr Croupton d'assurer ses fonctions au ministère mais ne nécessite pas de soins de la part des médicomages ?

            Mr Croupton, qui a autrefois été le chef du Département de la justice magique, est responsable de l'incarcération de nombreux Mangemorts à la prison d'Azkaban. Sa plus grande bévue fut bien sûr de faire emprisonner sans procès Sirius Black pour le meurtre de Peter Pettigrow et de douze Moldus alors que le dénommé Pettigrow était encore en vie, caché pendant une dizaine d'années sous sa forme d'Animagus. Ce dernier a pu être appréhendé en juin dernier et purge actuellement sa peine à perpétuité alors que Sirius Black a depuis été relaxé.

            « Je pense que Croupton est en train de perdre la tête », nous confiait une source au sein du Ministère. « On ne l'avait plus vu depuis des mois lorsque soudain, il y a quelques semaines, il est passé à son bureau le soir de Noël. Il cherchait son assistant qui, bien entendu, assurait son remplacement au Bal organisé à Poudlard dans le cadre du Tournoi des Trois Sorciers. Croupton avait l'air passablement perturbé et semblait avoir perdu toute notion du temps. »

            De toute évidence, Barty Croupton devrait être soumis de toute urgence à un examen neuromagique et, le cas échéant, relevé de ses fonctions. Il semble impensable que la tête d'un Département aussi important que celui de la coopération magique internationale puisse rester indéfiniment entre les mains d'un assistant sans la moindre expérience des responsabilités.

 

Une fois sa lecture achevée, Harry resta un moment à regarder le journal d'un air dégoûté. Ainsi donc, c'était Croupton qui était responsable des douze années qu'avait passées Sirius à Azkaban. Pourquoi Sirius ne lui en avait-il jamais parlé ? Pourquoi le nom de Croupton n'avait-il pas été cité lors du procès au mois de juillet ?

-Qu'est-ce que tu as là ? demanda soudain Hermione, tirant brusquement Harry de ses pensées.

Il lui tendit le journal et elle lut à son tour l'article, Ron penché par-dessus son épaule.

-Pauvre Percy, soupira Hermione en repliant le journal.

-Pauvre Percy ? s'écria Harry, outré. C'est tout ce que tu trouves à dire ?

-C'est terrible pour Sirius, bien sûr, ajouta-t-elle précipitamment, mais avoue que cela ne change plus rien pour lui.

Elle hésita un instant puis ajouta :

-On ne peut pas remonter dans le temps... Alors que si Percy ne fait pas attention, ils vont bientôt le soupçonner d'influencer Croupton d'une manière ou d'une autre pour qu'il lui laisse sa place.

Harry allait ouvrir la bouche pour répliquer, mais Ron fut plus rapide :

-Elle a raison, dit-il en hochant la tête. Ça lui pend sûrement au nez. Mais d'un autre côté, est-ce qu'il ne l'aurait pas un peu mérité ? Vous l'avez vu comme moi, il est plus que ravi de pouvoir jouer les chefs de Département par intérim.

-Ron ! s'exclama Hermione. Je sais bien que Percy est insupportable, mais tu ne te rends pas compte ! Ils pourraient l'envoyer à Azkaban ou pire, ruiner sa carrière !

Harry et Ron échangèrent un regard : il devenait vraiment urgent qu'Hermione revoit l'ordre de ses priorités.

-Rentrons, proposa brusquement Harry.

Ron et Hermione approuvèrent d'un signe de tête et avalèrent une dernière gorgée de Bièraubeurre. En sortant du pub, Harry remarqua que Fred et George avaient accosté Ludo Verpey sur le chemin des toilettes.

-D'après-vous, qu'est-ce qu'il a, Croupton ? demanda Ron tandis qu'ils passaient le portail surmonté de sangliers ailés.

-Aucune idée, répondit Hermione. Il semble avoir subi un sortilège de Confusion, ou quelque chose dans le genre.

-C'est tout à fait le genre de choses qu'aurait pu faire Percy, marmonna Ron d'un air sombre.

-Ou alors, intervint Harry, il ne se remet pas de s'être trompé sur Sirius et Queudver, et maintenant qu'il a renvoyé Winky, il n'arrive plus à rien gérer.

-Oui, souffla Ron avec espoir. Oui, c'est sûrement ça.

Ils venaient de traverser le parc et arrivaient en vue des marches du château lorsque la grande porte s'ouvrit, laissant passer Bill Weasley. Surpris, les trois amis le regardèrent avancer directement vers eux :

-Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Ron en guise de bonjour. Ne me dis pas qu'après les dragons, ils ont besoin d'un briseur de sorts parce que...

Mais Bill l'interrompit d'un geste de la main et dévisagea son frère. Il tremblait légèrement et son regard semblait flou, comme embué de larmes. Enfin, il poussa un profond soupir :

-Percy est mort, annonça-t-il.

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

Voilà ! Je sens que vous me détestez à cet instant précis alors je m'en vais par la petite porte... Rendez-vous en décembre pour la suite... ;)

Chapitre 11: L'enterrement by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Me revoici avec un nouveau chapitre. Je suis désolée pour ces publications irrégulières, je n'ai malheureusement pas beaucoup le temps d'écrire ces derniers temps.

Merci encore à AlexG57 pour sa review du dernier chapitre. Même si je sais que tu attends toujours la suite trop longtemps à ton goût, c'est pourtant de savoir qu'au moins une personne veut connaître la suite qui me motive à continuer d'écrire.

Bonne lecture !

Edit: j'ai modifié une réplique de Sirius suite à une remarque très pertinente de bellatrix92 sur l'utilisation des sortilèges Impardonnables pendant la guerre. 

-Tu me fais marcher, balbutia Ron en s'efforçant de sourire.

-Non Ron, répondit Bill d'un air grave.

-Mais que s'est-il passé ? s'écria Hermione d'une petite voix horrifiée.

Bill hésita un court instant, comme s'il doutait que des jeunes de quatorze ans puissent supporter ces détails sordides. Puis son regard croisa celui de Harry et il se rappela soudain qu'ils avaient sauvé Ginny de la Chambre des Secrets, deux ans plus tôt.

-Son corps a été retrouvé chez Barty Croupton, dit-il enfin. On suppose qu'il a voulu lui rendre visite, peut-être pour lui demander des conseils sur les dossiers en cours. En tout cas, Percy a été tué d'un sortilège Impardonnable et Croupton a disparu. Les Aurors pensent qu'il a pris la fuite lorsqu'il a réalisé ce qu'il venait de faire.

Il se tut et il y eut un long moment de silence. Harry n'osait pas échanger de regard avec Hermione mais il se doutait qu'elle pensait à la même chose que lui.

-Ron, reprit Bill, il faut que je vous ramène à la maison, toi, Fred, George et Ginny.

-D'accord, répondit Ron.

Il ne semblait pas capable de prononcer plus de mots.

-Ils sont aussi de sortie à Pré-au-Lard, j'imagine ? interrogea Bill.

Pour toute réponse, Ron se contenta de hocher la tête.

-Très bien, nous les récupérerons au passage et nous prendrons le Magicobus.

-Et les cours ? murmura Hermione.

-Je les raccompagnerai après l'enterrement, assura Bill. En attendant, le professeur McGonagall va s'occuper de prendre les devoirs pour eux.

-Nous aussi, nous voulons assister à l'enterrement ! s'exclama Harry.

De tous les frères Weasley, Percy était celui qu'il aimait peut-être le moins mais il ne pouvait pas supporter l'idée de ne pas lui rendre de dernier hommage.

-Il faudra voir ça avec le professeur Dumbledore, répondit Bill. Je ne suis autorisé qu'à emmener Ron, Ginny et les jumeaux.

Il marqua une pause puis ajouta à l'adresse de Ron :

-Allons-y.

-Mais… et mes affaires ?

-Le professeur McGonagall s'occupe de tout. Maintenant, allons-y.

À ces mots, il posa sa main sur l'épaule de Ron et l'encouragea en direction du sentier qui menait à Pré-au-Lard et qu'ils venaient tout juste de parcourir, Harry, Hermione et lui.

            Lorsque les deux frères furent hors de vue, Hermione se tourna vers Harry.

-Pauvre Mrs Weasley, souffla-t-elle d'un air abattu. Ça doit être terrible de perdre l'un de ses enfants.

Harry hocha gravement la tête. Plusieurs élèves qui rentraient de Pré-au-Lard les dépassèrent, mais il ne leur accorda aucune attention. Il ne vit pas non plus que Krum venait de descendre du bateau de Durmstrang et se dirigeait dans leur direction.

-Nous devrions monter voir Dumbledore, dit-il enfin.

-Tu as raison, approuva Hermione.

Elle non plus n'avait pas vu Krum. Ils rentrèrent dans le château et prirent le chemin du deuxième étage.

 

 

            Lorsqu’ils regagnèrent la salle commune ce soir-là, l'ambiance y était joyeuse. De toute évidence, la nouvelle de la mort de Percy n'avait pas encore fait le tour de l'école. Assis dans un coin à l'écart de leurs camarades, ils n'avaient pourtant qu'un seul sujet de discussion :

-Tu crois que ça a rapport avec cet article de La Gazette ? demanda Hermione à voix basse.

-C'est possible, souffla Harry. Si Croupton a perdu la tête, il a très bien pu ne pas reconnaître Percy.

-Mais pourquoi Percy est-il allé le voir ? Tu penses qu'il aurait pu se faire du souci pour Croupton ?

Harry ne répondit pas tout de suite.

-Tu crois que Ron pourrait avoir raison en suggérant que Percy serait capable de jeter un sortilège de Confusion à son supérieur dans l'espoir de récupérer sa place ?

-Je ne sais pas, répondit Hermione, mal à l'aise. Je voudrais croire que non.

Harry se tut une fois de plus. Lui aussi voulait croire en l'innocence de Percy. Mais il n'avait jamais caché son ambition.

-Il vénérait Croupton, souligna Harry, Tu te rappelles du bien qu'il en disait à la Coupe du Monde ? Je doute qu'il soit si bon acteur.

Il aurait dû dire « qu'il ait été », mais il n'en avait pas le courage.

-Espérons que les Aurors réussiront à retrouver Croupton, marmonna Hermione en baissant la tête.

Les deux jeunes gens restèrent silencieux, n'ayant rien d'autre à ajouter. Pourtant, ils furent les derniers à monter se coucher.

 

 

            L'enterrement de Percy eut lieu quelques jours plus tard dans le cimetière de Loutry Ste Chaspoule, le village près duquel se trouvait le Terrier. Dumbledore avait autorisé Harry et Hermione à l'y accompagner. Les professeurs McGonagall, Maugrey et Hagrid, ainsi que Madame Maxime et Fleur Delacour avaient également fait le déplacement depuis Poudlard. Harry ne manqua pas de remarquer que très peu de ses collègues du ministère s'étaient donné cette peine. Seul Ludo Verpey et une femme replète qui le suivait partout avaient pris place autour de la tombe béante.

            Un petit homme aux cheveux en épis et vêtu d'une robe sombre de cérémonie prit la parole :

-Nous sommes réunis ici aujourd'hui pour honorer la mémoire de Perceval Ignatius Weasley. Sa disparition si tragique a creusé un gouffre profond dans le cœur de ses parents, ainsi que de ses six frères et sœur, auxquels il n'hésitait pas à promulguer des conseils lorsqu'il les sentait hésitant. Perceval était un jeune homme enthousiaste et passionné. Il avait à cœur de ne pas être uniquement spectateur de notre société : il voulait aussi en être l'acteur. Soucieux du bien-être des autres, il avait également le sens des responsabilités, qui l'ont mené aux titres de préfet, puis de préfet-en-chef à Poudlard. Perceval était un élève assidu et travailleur. Des qualités dont il faisait également preuve dans ses tâches au sein du Département de la coopération magique internationale, où il travaillait depuis six mois. Il était, sans nul doute, à l'aube d'une carrière prometteuse. Mais le destin d'un homme peut se montrer cruel. Nous n'oublierons jamais Perceval Weasley. Qu'il repose en paix.

            Le maître de cérémonie se tut et, d'un mouvement de baguette, déplaça le cercueil jusque dans la tombe. Mr Weasley avait passé son bras autour des épaules de sa femme, qui semblait inconsolable. Tous deux s'avancèrent et jetèrent à main nue une poignée de terre sur le cercueil.

Harry se tenait à côté de Sirius, tandis qu'Hermione versait de silencieux sanglots tout en tenant fermement la main de Ron. Celui-ci semblait toujours dans le même état de choc que lorsque Bill était venu leur annoncer la nouvelle. Fred, George et Ginny pleuraient également, tandis que Bill et Charlie gardaient la tête baissée, la mine grave.

Lorsque chacun eut déposé une poignée de terre dans la fosse, le maître de cérémonie inclina la tête et referma la tombe d'un nouveau coup de baguette.

 

 

            Les quelques personnes présentes à l'enterrement se retrouvèrent ensuite dans le salon du Terrier pour une tasse de thé. Mrs Weasley était dans un tel état de nerfs qu'elle cassa sa théière trois fois de suite.

-Laissez Molly, dit le professeur McGonagall d'une voix douce. Je vais m'en occuper.

-Me... me... merci... Minerva, articula Mrs Weasley entre deux sanglots.

-Ça va Harry ? demanda Sirius en s'asseyant à côté de lui.

Harry se contenta de hocher la tête.

-Harry, poursuivit Sirius, il faut que tu me promettes d'être prudent.

-Tu crois que Croupton pourrait s'en prendre à l'un de nous ? questionna Harry.

-Il se passe quelque chose de louche, répondit Sirius à voix basse. Nous ne savons pas encore ce qui s'est exactement passé entre Percy et Croupton, et même s'il a autorisé les Aurors à utiliser les Impardonnables sur certains suspects pendant la guerre, j'imagine mal Croupton franchir lui-même cette limite.

-Ah non ?

-Non. Il avait ses défauts, mais il haïssait la magie noire plus que tout.

Harry ne répondit pas tout de suite.

Dès que La Gazette du sorcier avait eu vent de l'assassinat de Percy et la fuite de Croupton, ils n'avaient pas tardé à sortir un long et éloquent article sur l'ancien directeur du Département de la justice magique. Harry et Hermione avaient ainsi appris que Croupton avait non seulement envoyé Sirius sans procès à Azkaban mais qu'il n'avait pas non plus hésité une seconde à livrer son propre fils aux Détraqueurs parce qu'il avait été arrêté en même temps que des Mangemorts.

-Ça va mieux entre eux, remarqua soudain Sirius en désignant Ron d'un discret signe de tête.

Hermione n'avait toujours pas lâché sa main.

-Oui, souffla Harry, ça va mieux.

Et avant qu'ils n'aient la possibilité d'ajouter quoi que ce soit, la femme qui suivait Verpey partout s'approcha d'eux.

-Bonjour Sirius, dit-elle en rosissant légèrement. Tu ne te souviens peut-être pas de moi, je suis...

-Bertha Jorkins, coupa Sirius.

-Oh, souffla la dénommée Bertha en rougissant de plus belle. Eh bien, si tu te souviens de moi, alors dans ce cas...

-Pardon de vous interrompre, déclara le professeur Dumbledore, mais il faut que je vous parle, Sirius.

-J'arrive, répondit Sirius, de tout évidence plus que ravi d'avoir un prétexte pour ne pas continuer cette conversation avec Bertha Jorkins. À une autre fois, peut-être.

À ces mots, il se leva et entraîna Harry avec lui.

-Et si tu allais voir comment vont Ron et Hermione, suggéra Dumbledore.

-Bonne idée, approuva Harry.

Il se dirigea vers ses deux amis et s'installa près d'eux de façon à pouvoir observer toute la pièce.

            Le professeur Dumbledore s'était isolé dans la cuisine avec Sirius, Maugrey et Mr Weasley, et il lui fut impossible de savoir ce qu'ils se disaient. Charlie était assis sur le canapé et serrait Ginny contre lui. Fred et George essayaient de consoler leur mère en lui faisait des tours de cartes, mais ils ne réussirent qu'à lui arracher un maigre sourire. Bertha Jorkins, ainsi abandonnée, avait rejoint Ludo Verpey, qui discutait avec Madame Maxime :

-Nous seurions ceurtes deuçus si le Tournoi deuvait être annulé, dit la directrice de Beauxbâtons, ceupendant, nous comprendrions treus bien.

-Rassurez-vous, ma chère Olympe, répondit Verpey, le ministère pense que le jeune Percy n'aurait en aucun cas souhaité voir le Tournoi annulé. Nous avons donc décidé de continuer, pour honorer sa mémoire. Le professeur Karkaroff est également d'accord avec ce point de vue.

-Ceula meu semble être une bonne idée.

Harry détourna les yeux et vit que Fleur s'était approchée de Bill. Il ne pouvait entendre ce qu'elle lui disait, mais jamais elle n'avait semblé aussi douce et attentionnée. Elle avait la main posée sur le coude de Bill et lui souriait avec compassion. Le jeune homme semblait touché par cette attention particulière.

            Harry venait juste de remarquer que George chuchotait quelque chose à l'oreille de Fred, qui secouait vigoureusement la tête, le regard fixé sur la nuque de Verpey, lorsque le professeur Dumbledore ressortit de la cuisine.

-J'ai bien peur qu'il ne soit temps de rentrer à Poudlard, dit-il à l'attention de Harry et Hermione.

Les Weasley étaient autorisés à rester chez eux quelques jours de plus, et ne devaient reprendre les cours que le lundi suivant. Sirius s'approcha à nouveau de Harry, serra la main de son filleul puis se pencha vers lui :

-Harry, murmura-t-il, promets-moi d'être vigilant et n'hésite surtout pas à rapporter tout fait étrange au professeur Dumbledore ou bien au professeur Maugrey.

-D'accord, promit Harry.

-Rentrez bien, ajouta Sirius à l'adresse de Hermione.

Le professeur Dumbledore s'approcha de la cheminée et sortit un petit sachet violet, duquel ils prirent chacune une pincée de poudre de Cheminette.

            Alors que Harry entrait dans l'âtre et s'apprêtait à annoncer sa destination, il vit du coin de l'œil que Bertha Jorkins avait de nouveau entamé la conversation avec Sirius. Ne pouvant rien faire pour aider son parrain, il articula à contrecœur :

-Bureau du directeur de Poudlard.

 

 

End Notes:

Voilà voilà...

Merci d'avoir pris le temps de lire ! Je vous promets le prochain chapitre pour début janvier. D'ici là, passez de joyeuses Fêtes !

Chapitre 12: La deuxième tâche by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour à toutes et à tous, BONNE ANNÉE 2019 !!

J'espère que vous avez passé de joyeuses fêtes de fin d'année et que vous êtes prêts pour un nouveau chapitre de L'innocenté d'Azkaban ?

Encore un grand merci à AlexG57et Cernunnos pour leurs reviews du chapitre précédent, où nous avons assisté à l'enterrement de Percy.

Bonne lecture !

Les Weasley rentrèrent à Poudlard le dimanche suivant l'enterrement. La nouvelle du meurtre de Percy avait bien sûr fini par se répandre dans les couloirs de l’école, et les Weasley furent l'objet de tous les regards à la table du petit déjeuner, le lundi matin. Harry et Hermione savaient pourquoi : La Gazette avait publié quelques jours plus tôt un article intitulé « Percy Weasley, victime ou bourreau ? » dans lequel elle émettait l'hypothèse à mots à peine voilés que Percy aurait pu maltraiter son supérieur, qui aurait réagi par légitime défense. Harry ignorait si Ron avait eu vent de cet article et il n'avait aucune intention d'y faire allusion.

            Hermione était persuadée qu'il n'y avait pas meilleur moyen de se changer les idées qu'un double cours de botanique dans la serre numéro trois, mais elle avait tort.

-Pour ma part, déclara Ernie Macmillan après avoir présenté à Ron ses condoléances, je ne crois pas un mot de ce que raconte La Gazette. Percy était un élève modèle, j'ai toujours eu beaucoup de respect pour lui.

Ron poussa une sorte de grognement tandis qu'Harry et Hermione échangeaient un regard gêné. Heureusement, le professeur Chourave réclama bientôt l'attention de toute la classe pour donner ses instructions, coupant court au monologue du Poufsouffle.

            Après deux heures à tailler les Géranains pour qu'ils repoussent au printemps, l'humeur de Ron ne s'était guère améliorée mais au moins, il avait oublié Percy pendant un moment. Ils se dirigèrent ensuite en grelottant vers la cabane de Hagrid pour leur cours de soins aux créatures magiques. Le garde-chasse attendait ses élèves en leur faisant signe de se dépêcher. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas paru aussi enjoué.

-Allez, approchez, les encouragea-t-il. Tout le monde est là ? J'ai une surprise pour vous aujourd'hui ! Ça va vous plaire. Suivez-moi !

Il s'éloigna alors à grandes enjambées et s'arrêta à la lisière de la forêt.

-Oooooooohhh !* s'exclamèrent plusieurs filles avec admiration.

En effet, une licorne à la robe d’un blanc immaculé était attachée à l'un des arbres.

-Elle est un peu nerveuse, expliqua Hagrid. Pour ne pas lui faire peur, on ne va pas l'approcher de trop près et les filles, mettez-vous devant.

Les filles s'approchèrent avec prudence tandis que les garçons restaient en arrière. Dès que Hagrid eut le dos tourné, Malefoy en profita pour s'approcher de Harry et Ron.

-Alors Wistiti, tu es toujours triste à cause de ton benêt de frère ? demanda-t-il d'un ton narquois. Au contraire, tu devrais te réjouir : avec un frère en moins, ça te fait de plus grosses parts lors de votre repas hebdomadaire.

Harry se donna beaucoup de mal pour empêcher Ron de s'attaquer à Malefoy à mains nues.

-On a parié, chez les Serpentard, poursuivit Malefoy avec le même sourire provocateur. La plupart pensent que ton frère a séquestré Croupton pour prendre sa place. Moi je pense simplement que le vieux en a eu assez d'avoir un assistant aussi incompétent.

-C'est bientôt fini dans le fond ? gronda la voix de Hagrid. Ce n'est pas parce que je vous ai demandé de rester en arrière que ça vous dispense d'écouter ce que je raconte.

À ces mots, Malefoy jeta un dernier regard goguenard à Ron et Harry avant de s'éloigner avec les autres Serpentard.

-Il ne perd rien pour attendre, souffla Ron avec fureur.

-Il n'en vaut pas la peine, assura Harry. Il n'y a que ce crétin pour croire de telles imbécilités.

Mais il avait tort. Si les Gryffondor étaient tous persuadés de l'innocence de Percy, ce n'était pas le cas du reste de l'école.

Tout comme Malefoy, les Serpentard prenaient un malin plaisir à provoquer les Weasley dès qu'ils en avaient l'occasion. Harry avait réussi à empêcher Ron de mettre son poing dans la figure de Malefoy, mais Lee Jordan n'avait pas eu autant de succès avec Fred et George, qui s'étaient retrouvés en retenue pour avoir envoyé un élève de Serpentard à l'infirmerie en plein milieu d'un cours d'histoire de la magie. Mais celle pour qui Harry s'inquiétait le plus, c'était Ginny. Elle aussi avait à subir les assauts répétés de ses camarades : les filles étaient particulièrement cruelles, se moquant ouvertement de ses yeux bouffis par les larmes et le manque de sommeil.

-Ne fais pas attention à ce qu'elles disent, répétait Hermione. Elles se moquent de moi aussi depuis la première année. Il suffit de les ignorer.

Cependant, Harry avait remarqué que les commentaires narquois sur le physique de la jeune fille s'étaient faits beaucoup plus rares depuis qu'elle était allée au bal au bras de Victor Krum.

            Le reste du cours se déroula dans le calme et Harry, Ron et Hermione restèrent en arrière pour pouvoir discuter avec Hagrid à la fin de la classe :

-J'ai bien compris que je ne peux pas vous faire étudier de manticore, expliqua-t-il alors qu'Hermione lui confiait qu'elle avait adoré son cours. Mais après ce qui est arrivé à Buck, je préfère ne plus prendre de risque. J'ai relu Les Animaux fantastiques de Newt Scamander pendant les vacances de Noël et je me suis rappelé qu'il y a des créatures inoffensives et qui ne sont pourtant pas ennuyeuses. Je vais essayer de trouver un Clabbert quand on en aura terminé avec les licornes.

Hermione semblait enthousiaste, mais ne sachant pas ce qu'était qu'un Clabbert, Harry et Ron se contentèrent de hocher poliment la tête.

-La deuxième tâche est dans quatre semaines, poursuivit Hagrid. Je me demande à quelle créature on va avoir le droit, cette fois. Enfin, rien ne pourrait surpasser les dragons de la première tâche, bien sûr ! À part peut-être une chimère.

            L'allusion de Hagrid à la deuxième tâche avait fait à Harry l'effet d'un électrochoc. Les évènements tragiques qui avaient suivi le Bal de Noël lui avaient fait complètement oublier la raison pour laquelle les élèves de Durmstrang et Beauxbâtons se trouvaient encore à Poudlard. Les champions avaient chacun reçu un œuf d'or lors de la première épreuve et avaient eu trois mois pour découvrir ce qui les attendait et s'y préparer. Repensant soudain à son rêve, Harry était heureux de ne pas être à la place de Cedric, car il ne voyait pas quand il aurait pu trouver le temps de résoudre l'énigme de l'œuf dans de telles circonstances.

 

            Au bout de quelques semaines, les élèves de Poudlard s'étaient lassés de leurs messes-basses et bientôt, la deuxième tâche occupa toutes les conversations, au grand soulagement des Weasley. Le matin de l'épreuve, Harry et Ron mangèrent de bon cœur à la table du petit-déjeuner, cependant, quelqu'un manquait à l'appel.

-Mais où est donc passé Hermione ? demanda Harry d'un air inquiet.

-Sais pas, répondit Ron, la bouche pleine. L'ai pas revue depuis que McGonagall l'a convoquée dans son bureau, hier après-midi.

Harry continua de scruter la porte de la Grande Salle dans l'espoir d'apercevoir les cheveux broussailleux de la jeune fille, mais elle ne se montra pas. Peu à peu, les élèves vidèrent leurs assiettes et sortirent en direction du parc.

-On ferait bien d'y aller aussi, déclara Ron. Je ne voudrais pas rater le début. Hermione n'aura qu'à nous rejoindre.

Harry approuva d'un signe de tête, mais quelque chose dans l'absence d'Hermione le rendait nerveux. 

            Il faisait gris mais sec lorsqu'ils prirent le chemin du lac noir, et la neige avait fondu. Les grandes tribunes étaient dressées sur la rive opposée et Harry et Ron se hâtèrent de rejoindre leurs camarades de Gryffondor.

-Est-ce que tu vois Hermione quelque part ? interrogea à nouveau Harry.

-Non, répondit Ron en observant la foule autour de lui.

Cedric, Fleur et Krum se trouvaient déjà au bord de l'eau, essayant d'oublier le vacarme ambiant et de se concentrer sur ce qu'ils allaient devoir affronter. À quelques mètres derrière eux se trouvait la table des juges. Ludo Verpey adressait de grands sourires et des signes de la main à tous ceux qui croisaient son regard. Lorsque les tribunes furent pleines, il pointa sa baguette sur sa gorge et amplifia sa voix magiquement.

-Et voilà, dit-il, tous nos champions sont prêts à entreprendre la deuxième tâche qui commencera à mon coup de sifflet. Ils auront exactement une heure pour reprendre ce qui leur a été enlevé.* Mais avant de commencer, faisons une minute de silence à la mémoire de notre juge par intérim, Perceval Weasley, qui sera aujourd'hui remplacé par Cornelius Fudge, le ministre de la Magie en personne !

Les conversations cessèrent aussitôt et si Harry n'avait pas su ce qu'il se passait, il aurait cru être devenu sourd.

Il baissa la tête et pensa à Percy et Mr Croupton, et au mystère qui ne s'était toujours pas éclairci. Il avait bien demandé des nouvelles à Sirius grâce au Miroir à Double Sens quand il était sûr que Ron ne se trouvait pas dans les parages, mais son parrain lui donnait toujours la même réponse : personne ne savait ce qu'il était advenu de Croupton.

Ludo Verpey remit sa montre dans sa poche et parla à nouveau de sa voix amplifiée :

-Champions, vous êtes prêts ? demanda-t-il à l'attention de Fleur, Krum et Cedric. À mon coup de sifflet... Trois, deux, un !

Sans perdre de temps, les trois champions plongèrent dans les eaux glacées du lac. Cedric et Fleur semblaient avoir opté pour la même stratégie, car ils se retrouvèrent bientôt tous deux la tête entourée d'une énorme bulle. Krum, en revanche...

-Regarde ! cria Ron en tirant sur la manche de Harry. Il s'est métamorphosé en requin !

À vrai dire, il ne s'était pas complètement métamorphosé. Seuls sa tête et son buste avaient pris l'apparence du terrifiant poisson, mais le reste de son corps restait inchangé. Ils ne purent le voir qu'une fraction de seconde avant qu'il ne disparaisse dans les profondeurs abyssales du lac.

-Et maintenant ? fit Ron en scrutant la surface. On attend simplement qu'ils remontent ?

Effectivement, il n'y avait rien d'autre à faire pendant cette épreuve qu'attendre que les champions réapparaissent avec ce qu'on leur avait volé. Pendant que la plupart de ses camarades s'ennuyaient, Harry continuait de chercher Hermione : elle n'était toujours pas réapparue.

-Viens, dit-il à Ron en lui faisant signe de le suivre.

Ils se faufilèrent parmi la foule et arrivèrent bientôt auprès du professeur McGonagall.

-Professeur, commença Harry, nous n'avons pas vu Hermione depuis que vous avez demandé à la voir, hier soir. Est-ce qu'elle a dit quelque chose en sortant de votre bureau ?

-Ah, vous n'avez pas idée ! s'écria-t-elle d'un air alarmé qu'ils ne lui connaissaient pas.

En l'observant de plus près, Harry se rendit compte qu'elle avait l'air fatiguée et aussi inquiète que lui.

-Ce qui a été volé aux champions, c'est la personne qui leur est le plus cher ! Miss Granger a été plongée dans un sommeil magique puis emmenée au fond du lac, où Mr Krum doit la libérer des Êtres de l'eau dans le temps imparti.

-Quoi ? s'exclamèrent Harry et Ron d'une seule voix.

-Ne vous inquiétez pas, il ne peut rien lui arri...

Mais le professeur n'eut pas le temps de terminer sa phrase, car Fleur Delacour venait de remonter subitement à la surface – seule. Elle nagea tant bien que mal jusqu'à la rive où Madame Maxime se précipita vers elle. Harry et Ron étaient à présent assez proches de la table des juges pour entendre ce qu'il se disait :

-C'est à cause des Strangulots... Ces bestioles sont insensées... Elles m'ont attaquée...* expliqua la jeune française.

Elle semblait au bord de la crise de nerf et Madame Maxime eut besoin de toute sa force pour l'empêcher de retourner dans l'eau.

-Professeur, reprit Harry d'une voix lente et sans quitter Fleur des yeux, que se passe-t-il si un champion ne réussit pas à délivrer son être cher ?

Il sentit Ron lui lancer un regard paniqué, mais il était trop effrayé lui-même pour se tourner vers lui ou même vers le professeur.

-Ne vous inquiétez pas, répondit McGonagall d'une voix qui se voulait réconfortante mais qui trahissait ses propres doutes. Les Êtres de l'eau remonteront les prisonniers lorsque l'heure se sera écoulée, si leur champion n'est pas arrivé d'ici là.

Harry et Ron échangèrent un regard anxieux, mais ils n'avaient guère d'autre choix que de faire confiance à Krum – ou aux Êtres de l'eau.

            Jamais une heure n'avait paru si longue à Harry – même dans la classe de Rogue. Finalement, Cedric apparut à la surface du lac, tenant Cho Chang par le buste, qui reprit aussitôt connaissance. Une explosion de joie retentit dans les rangs de Poudlard et en particulier ceux des Poufsouffle, mais ni Ron ni Harry ne réussirent à se mêler à l'allégresse générale.

-Qu'est-ce qu'il fait ? souffla Ron entre ses dents. Cedric a dépassé la limite de temps d'une minute. Où est passé cet imbécile de Krum ?

Le champion de Durmstrang apparut à son tour cinq minutes plus tard. Il avait retrouvé son apparence habituelle, et Hermione était avec lui. Harry et Ron poussèrent un soupir de soulagement avant de se congratuler mutuellement. Ils mourraient d'envie d'aller retrouver Hermione sur la berge, mais ils devaient attendre que l'épreuve soit officiellement terminée. Ils ne la lâchèrent pas des yeux, cependant.

Tandis que les juges se consultaient pour rendre leurs notes, Krum avait entraîné Hermione un peu à l'écart. Ni Ron ni Harry ne pouvaient entendre ce qu'ils se disaient, mais Hermione souriait en baissant les yeux. Lorsque Krum passa sa main dans ses cheveux, Harry et Ron la virent rougir de façon ostensible.

-Retire tes sales pattes de là, gronda Ron en serrant les poings, bien que Krum fussent bien trop loin pour l'entendre.

Trop occupés à surveiller Hermione et Krum, ils ne remarquèrent pas que les Êtres de l'eau venaient de ramener une petite fille qui ressemblait à Fleur en miniature.

-Mesdames et Messieurs, nous venons de prendre une décision, reprit Verpey de sa voix amplifiée. Voici les notes, sur cinquante, que nous avons décidé d'accorder à chacun des champions : Miss Delacour, bien qu'elle ait fait un excellent usage du sortilège de Têtenbulle, a été attaquée par des Strangulots en approchant du but et n'a pas réussi à délivrer sa prisonnière. Nous lui accordons vingt-cinq points.*

Cette annonce fut accueillie par des applaudissements polis mais Fleur Delacour secoua la tête d'un air abattu.

-Mr Cedric Diggory, qui a également fait usage du sortilège de Têtenbulle, a été le premier à revenir avec sa prisonnière, bien qu'il ait dépassé d'une minute le temps imparti. Nous lui accordons par conséquent quarante-sept points.*

Harry détacha les yeux de Krum pour observer Cedric. Cho le regardait avec une telle admiration qu'il en avait la nausée.

-Mr Viktor Krum, reprit Ludo Verpey, a eu recours à une forme incomplète de métamorphose, qui s'est quand même révélée efficace puisqu'il a également réussi à ramener sa prisonnière. Nous lui accordons quarante points.*

Tandis que leurs camarades faisaient les comptes – Cedric menait avec quatre-vingt-cinq points, Krum sur ses talons avec quatre-vingts points et Fleur fermait la marche avec soixante-deux points –, Harry et Ron se précipitèrent au bas de la tribune et coururent vers Hermione.

-Je vais très bien, je vous assure, assura-t-elle en rougissant. Partez devant, je vous rejoins tout à l'heure dans la salle commune.

Ron insistait pour l'attendre et Harry détestait l'idée de laisser Hermione seule avec Krum mais devant le regard appuyé de la jeune fille, il n'eut d'autre choix que de tirer son meilleur ami par la manche.

            Les deux garçons remontèrent lentement vers le château, traînant le pas, et se retrouvèrent bientôt les derniers élèves dans le parc mis à part les champions. Ils arrivaient déjà en vue des marches qui menaient à la grande porte lorsqu'ils aperçurent Rogue et Karkaroff à quelques mètres de là. Ils avaient l'air de se disputer. Harry et Ron s'arrêtèrent à l'ombre d'un bosquet pour ne pas se faire repérer par leur maître des potions.

-... Je ne vois aucune raison de faire des histoires, Igor.

-Severus, tu ne peux pas faire comme s'il ne se passait rien !* disait Karkaroff d'une voix anxieuse. Cela fait plusieurs semaines qu'elle redevient visible.

-C'est sûrement un effet secondaire du maléfice, répliqua Rogue. Je ne vois aucune raison de m'inquiéter.

-Mais en treize ans, ça n'est encore jamais arrivé ! insista Karkaroff. Je te dis qu'il se passe quelque chose.

-Alors, prends la fuite ! Va-t'en, je trouverai une explication pour justifier ton absence. Moi, en tout cas, je reste à Poudlard.*

À ces mots, Rogue monta les marches d'un pas rapide, de toute évidence déterminé à couper court à sa conversation avec Karkaroff. Le directeur de Durmstrang resta un moment immobile, puis suivit Rogue à l'intérieur du château.

-Je me demande de quel genre de maléfice il voulait parler, dit Harry en le regardant s'éloigner.

-Et moi, je me demande ce que fait Hermione, répliqua Ron avec mauvaise humeur.

 

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

J'espère que ça vous a plu. Rendez-vous début février pour la suite.

Chapitre 13: Le retour de Patmol by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

C'est reparti pour un nouveau chapitre de L'innocenté d'Azkaban. 

Mille mercis à vinyaya pour sa review du chapitre précédent ! Cela me motive beaucoup de lire vos avis, alors surtout n'hésitez pas !

Petit rappel des derniers évèments : Cedric a remporté la deuxième tâche, Ron est jaloux de Krum et Harry a surpris une conversation intrigante entre Rogue et Karkaroff...

Bonne lecture !

 

Peut-être était-ce dû au fait que l'épreuve s'était déroulée sous l'eau, loin des yeux des spectateurs, mais la deuxième tâche ne sembla pas marquer autant les esprits que les combats contre les dragons. Finalement, ce que les élèves de Poudlard en avaient surtout retenu, c'était qu'Hermione était la personne la plus chère au cœur de Viktor Krum.

Si les messes-basses n'avaient jamais vraiment cessé depuis le Bal de Noël, la jeune fille ne pouvait à présent plus marcher dans les couloirs sans subir commentaires et provocations. Harry, qui avait lui-même souvent affronté ce genre de situations depuis son entrée à Poudlard, était persuadé qu'Hermione aurait pu supporter toutes les moqueries et ragots si Ron n'avait pas subitement décidé de ne plus lui adresser la parole.

-Elle se laisse manipuler, ne cessait de répéter Ron à Harry. La seule chose qu'il veut, c'est se servir d'elle pour qu'elle l'aide à gagner le Tournoi.

Harry se gardait bien de répondre aux critiques de son meilleur ami, et faisait de son mieux pour partager son temps entre lui et la jeune fille. Même s'il s'inquiétait également pour elle, Harry savait qu'elle avait toujours été une personne raisonnable. De toute manière, elle avait quasiment un an de plus que lui et il se voyait mal lui prodiguer des conseils d'ordre sentimental.

            Plus préoccupé par la conversation qu'il avait surprise entre Rogue et Karkaroff, Harry avait conclu que quoi que fut l'objet de l'inquiétude du directeur de Durmstrang, cela devait avoir un rapport avec la chute de Voldemort. Quelque chose devenait à nouveau visible, avait dit Karkaroff, et cela devait être un effet du maléfice, avait répondu Rogue. Intrigué, Harry observait les deux hommes avec beaucoup plus d'intérêt qu'auparavant, mais sans arriver à découvrir leur secret.

 

 

            Le mois de mars arriva, emportant la pluie, chassée par de violents vents. Dennis Crivey manqua même de s'envoler en se rendant à son cours de botanique ! Les classes de soins aux créatures magiques, bien que devenus intéressantes, étaient un véritable calvaire en raison de la météo. Mais Harry préférait passer la journée tout nu dans le parc plutôt que d'avoir à subir les cours de potions.

            Un vendredi après-midi, alors qu'il descendait dans le couloir où se trouvait la classe de Rogue en compagnie d'Hermione, il vit Malefoy et la troupe des Serpentard ricaner à l'entrée de la salle. En les voyant approcher, Pansy Parkinson se tourna vers eux, surexcitée :

-Tiens, Granger, il y a quelque chose qui devrait t'intéresser, là-dedans ! s'exclama Pansy.*

Elle jeta alors un exemplaire de Sorcière Hebdo, et Hermione l'attrapa au vol.

 

 

L'AMOUR AVEUGLE DE VIKTOR KRUM

 

            Si la deuxième tâche du Tournoi des Trois Sorciers n'aurait pu paraître plus ennuyeuse qu'un bocal de Veracrasses, son dénouement n'en fut pas moins des plus intrigants, écrit notre envoyée spéciale Rita Skeeter. Rappelons que l'épreuve consistait pour les trois champions à libérer « l'être cher à leur cœur » qui leur avait été arraché par la force.           

            Si les champions de Poudlard et Beauxbâtons nous ont déçus par leurs choix d'une banalité navrante, Viktor Krum (le champion de Durmstrang et attrapeur héroïque de l'équipe de Quidditch de Bulgarie), quant à lui, n'a pas hésité à prendre le risque de dévoiler l'identité de sa petite amie, une certaine Hermione Granger. Miss Granger, issue d'une famille moldue, est une élève moyenne de quatrième année à Poudlard.

            Krum, qui s'est de toute évidence pris de passion pour la tortueuse Miss Granger, l'a déjà invitée à lui rendre visite en Bulgarie pendant les prochaines vacances d'été et ne cesse de lui répéter qu'il n'a « jamais ressenti quelque chose d'aussi fort pour une autre fille ».*

            Nous avons appris de plusieurs sources que Miss Granger est également une amie intime de Harry Potter, le garçon qui a survécu. D'après leurs camarades de classe, Potter et Granger seraient inséparables.

            « On ne les voit jamais l'un sans l'autre » nous confie Pansy Parkinson, une charmante élève de quatrième année. « C'est comme ça depuis la première année. Mais maintenant qu'elle a trouvé plus célèbre et séduisant, elle l'a laissé tomber comme une vieille chaussette. ».

            Il n'est tout de fois pas certain que ce soit le charme discutable de Miss Granger qui ait eu sur ces deux malheureux garçons un tel pouvoir d'attraction.*

            « Elle est vraiment laide. » n'hésite pas à affirmer Miss Parkison. « Mais elle est très ingénieuse et serait bien capable d'avoir fabriqué un philtre d'amour. Je crois que c'est comme ça qu'elle y arrive. »*

            Bien entendu, les philtres d'amour sont interdits à Poudlard et il ne fait aucun doute qu'Albus Dumbledore s'appliquera à vérifier l'exactitude de ces affirmations.* En attendant, Viktor Krum devrait rester sur ses gardes au cas où Miss Granger trouverait encore meilleur parti que lui. Harry Potter, quant à lui, se retrouve désormais avec un cœur brisé qui n'attend que d'être consolé.

 

 

            Hermione referma le magazine et sursauta lorsque Ron poussa un grognement, juste derrière elle. Tout comme Harry, il avait lu par-dessus son épaule et ne semblait pas du tout content. Il s'éloigna de plusieurs mètres, soufflant comme un buffle en colère, sous les éclats de rire des Serpentard.

Rogue apparut alors dans l'embrasure de la porte et leur ordonna d'entrer ; tremblant de fureur, Ron jeta son sac sur une table tout au fond de la salle et Harry s'installa à côté de lui.

-Ron, murmura Harry en sortant son nécessaire à potions, tu sais très bien qu'Hermione n'a jamais été ma petite amie et que Parkinson est bien plus laide. Si Skeeter ment là-dessus, elle ment certainement sur le reste. Sirius lui-même m’a dit, le jour de son jugement, que Skeeter était plus intéressée par le scoop que la vérité.

À ces mots, le visage de Ron sembla se détendre un instant, mais il fronça à nouveau les sourcils.

-N'empêche que je n'aime pas qu'elle traîne avec Krum, insista-t-il d'un air buté.

-Hermione ne traîne pas avec Krum, répondit Harry. Elle passe tout son temps en cours ou dans la salle commune à travailler. Je ne crois pas qu'elle ait revu Krum depuis la deuxième tâche.

C'était un mensonge, mais Ron n'avait pas besoin de le savoir.

-Tu pourrais mieux t'en rendre compte si tu arrêtais de l'ignorer et passais du temps avec nous, suggéra-t-il à voix basse.

Ron le dévisagea pendant un instant, la bouche légèrement entre-ouverte, mais ne répondit pas.

-Je ne doute pas que votre vie personnelle soit absolument passionnante, Mr Potter, dit la voix glaciale de Rogue derrière eux, mais je vous demanderai de ne pas choisir mon cours pour en faire bénéficier vos voisins. Dix points de moins à Gryffondor.*

            De toute évidence, l'argument de Harry avait convaincu Ron et, bien qu'Hermione semblait trouver les sautes d'humeur de Ron particulièrement exaspérantes, elle se garda bien de faire le moindre commentaire lorsqu'il recommença à lui parler, au repas du soir. Harry remarqua cependant que la jeune fille avait l'air soucieuse.

-Tout va bien Hermione ? lui demanda-t-il.

-Oui, souffla-t-elle en évitant son regard.

-Ce n'est quand même pas l'article ridicule de Rita Skeeter qui te tracasse ? insista Harry.

Hermione enfourna un gros morceau de pomme de terre pour ne pas avoir à lui répondre, jetant un regard inquiet en direction de Ron. Comprenant qu'elle ne voulait pas prendre le risque de le vexer une nouvelle fois, Harry se promit de reparler à Hermione de l'article dès qu'il en aurait l'occasion.

 

 

            Le lendemain matin, les trois jeunes gens descendirent prendre leur petit-déjeuner sans que Harry n'ait eu l'occasion de parler à Hermione. Lorsque le courrier arriva dans la Grande Salle, un hibou moyen-duc vint déposer une lettre dans son assiette de porridge.

-C'est Sirius ! s'exclama-t-il en reconnaissant l'écriture sur l'enveloppe.

-Ouvre-là ! encouragea Ron avec curiosité.

 

 

            « Cher Harry,

Il me semble que vous avez une sortie à Pré-au-Lard ce samedi. Viens me rejoindre devant la Cabane hurlante à quatorze heures. Ron et Hermione peuvent se joindre à nous s'il le cœur leur en dit.

À bientôt,

            Sirius »

 

 

-Eh ben, il était plus que temps que cette lettre arrive, fit remarquer Ron.

            Ils prirent la direction du village après le déjeuner et commencèrent par aller chez Scribenpenne, le magasin de plumes, car Hermione avait déjà presque épuisé son stock de parchemin.

-Voilà ce qui arrive quand on écrit des devoirs trop longs, la taquina Ron.

À treize heures trente ils avaient terminé de faire leurs emplettes et parcoururent le chemin bordé de ronces qui menait à la Cabane hurlante.

-Bons souvenirs, pas vrai ? plaisanta encore Ron.

Il était d'excellente humeur, tout comme Harry. Ce dernier sentit son cœur faire un saut périlleux dans sa poitrine lorsqu'il aperçut Sirius, négligemment adossé à la clôture qui entourait la Cabane hurlante, un pied posé sur un piquet.

-Harry ! s'exclama le détective en serrant son filleul.

-Bonjour Sirius, sourit Harry. Je suis content de te voir !

-Moi aussi, je suis heureux de vous voir, les jeunes, répondit-il. Même si j'aurais préféré que les circonstances soient meilleures.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? questionna aussitôt Harry.

-Allons boire un verre, proposa Sirius. Je vous invite.

Intrigués, les trois jeunes gens suivirent Sirius jusque sur la grand-rue, mais contrairement à ce qu'ils avaient cru, il ne prenait pas le chemin des Trois Balais. En effet, il bifurqua dans une rue adjacente et continua jusqu'à un pub d'aspect miteux dont l'enseigne délabrée indiquait « La Tête de Sanglier ».

-On sera plus tranquille pour parler ici qu'aux Trois Balais, expliqua Sirius, comme s'il avait lu dans leurs pensées.

Il ouvrit la porte et les laissa entrer les premiers.

Le pub était petit et crasseux, et il flottait dans l'air comme une odeur de chèvres. Les fenêtres étaient tellement sales qu'elles laissaient à peine passer la lumière du jour, ce qui rendait la pièce encore plus sombre qu'elle ne l'était déjà. On aurait dit que personne n'y avait fait le ménage depuis des siècles.

-Allez-vous installer dans le coin, là-bas, indiqua Sirius.

Lui-même se dirigea vers le comptoir où il échangea quelques mots avec le barman avant de venir les rejoindre avec quatre bouteilles de Bièraubeurre.

-Je vais aller chercher des verres, dit Hermione en se levant précipitamment.

-Crois-moi Hermione, interrompit Sirius, il vaut vraiment mieux boire à la bouteille.

Il lui lança un regard appuyé et la jeune fille finit par changer d'avis. Si la vaisselle était dans le même état que le bâtiment, alors il valait effectivement peut-être mieux y renoncer.

-Alors, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Harry avec curiosité.

-Nous avons retrouvé Croupton, déclara Sirius d'un air sombre. Mort noyé. On a repêché son corps dans une rivière à quelques kilomètres de chez lui.

Il y eut un moment de silence. Ron sembla d'abord ébranlé par la nouvelle, mais ce fut finalement lui qui parla le premier :

-Bien fait pour lui, grogna-t-il.

-C'est pour ça que je voulais vous le dire de vive voix, avoua Sirius. Je ne voulais pas que vous l'appreniez dans la presse.

Ils se turent à nouveau, puis Hermione demanda d'une voix hésitante :

-Vous croyez qu'on devrait le dire à Winky ?

-Qui est Winky ? interrogea Sirius.

Hermione lui expliqua alors que Croupton avait renvoyé son elfe et que celle-ci travaillait à présent dans les cuisines de Poudlard.

-Croupton a renvoyé son elfe ? répéta Sirius d'un air intrigué.

-Oui, le jour de la Coupe du Monde de Quidditch, dit Harry.*

-On s'en moque ! s'énerva Ron.

-Peut-être pas tant que ça, insista Sirius. C'est bien son elfe qu'on a retrouvé avec ta baguette magique ? Celle qui avait lancé le sortilège qui fait apparaître la Marque des Ténèbres ?

-Exactement, acquiesça Harry.

Sirius continua de poser des questions sur le cours des évènements lors de la Coupe du Monde. Bien sûr, il avait lui-même été sur place à purger sa peine de travaux d'intérêt général, mais il avait été occupé à aider le ministère à repousser les Mangemorts lorsque la Marque était apparue, et il n'avait pas assisté au match.

-Qu'est-ce que ça a à voir avec le meurtre de Percy ? s'emporta Ron.

-Tout, répondit Sirius d'un ton catégorique. Tu ne comprends donc pas ? Croupton a préféré renvoyer son elfe innocente plutôt que de voir son nom mis en relation avec des histoires de magie noire. Et quelques mois plus tard, il assassine son assistant avant de prendre la fuite. C'est très louche.

-Il était complètement cinglé ! s'écria Ron d'une voix forte.

-Et c'est quand même lui qui t'a envoyé à Azkaban sans procès, rappela Harry avec amertume.

Sirius poussa un profond soupir. Il leur raconta alors à quoi ressemblait la vie lorsque Voldemort était au sommet de sa puissance et expliqua que Croupton avait lutté de toutes ses forces contre le mage noir, même si ses méthodes avaient fini par devenir aussi radicales que celles des Mangemorts eux-mêmes.

-Et je n'ai pas été le seul à être livré aux Détraqueurs sans procès, ajouta-t-il. Le propre fils de Croupton a été arrêté en compagnie d'un groupe de Mangemorts qui avaient réussi à convaincre leurs juges de ne pas les envoyer à Azkaban. Apparemment, ils essayaient de retrouver Voldemort pour le ramener au pouvoir.*

Bien sûr, les trois jeunes gens le savaient déjà : ils l’avaient lu dans La Gazette du sorcier.

-Il est possible que le fait que je sois acquitté ait ravivé chez Croupton le traumatisme de l'emprisonnement de son fils, conclut Sirius. Peut-être qu'il a fini par se demander s'il ne s'était pas tout simplement trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment, et que ça l'ait rendu fou. Mais de là à tuer Percy de sang-froid...

-Vous pensez que quelqu'un d'autre aurait pu tuer Percy ? s'étonna Hermione.

-Aucune idée, avoua Sirius. Mais j'ai le sentiment que nous ne voyons que la partie émergée de l'iceberg. Mais assez parlé de Croupton. Parlez-moi de la deuxième tâche. J'ai cru comprendre que tu avais été capturée par les Êtres de l'eau, Hermione ?

-Oui, acquiesça la jeune fille en détournant les yeux.

Elle n'avait pas besoin de le voir pour sentir le regard assassin de Ron posé sur elle.

-Rogue, souffla soudain Harry, s'attirant le regard des trois autres.

-Pardon ? fit Sirius.

-Je viens d'y repenser, poursuivit Harry sur un ton d'excuse. Lorsque nous sommes remontés du lac après la deuxième tâche, Rogue et Karkaroff étaient en train... pas vraiment de se disputer, mais en tout cas, ils n’étaient pas d'accord.

-De quoi parlaient-ils ? interrogea encore Sirius, qui de toute évidence s'intéressait beaucoup à ce que manigançait le maître des potions.

-D'une chose qui redevenait visible, expliqua Harry, quelque chose qu'ils n'avaient plus vu depuis treize ans. Karkaroff semblait paniqué, mais Rogue a dit que ce n'était qu'un effet secondaire du maléfice. Tu vois de quoi il pourrait s'agir ?

-Non, répondit Sirius, pas la moindre idée.

Il marqua une pause.

-Trois heures et demie, dit-il en regardant sa montre. Vous devriez rentrer au château.

-Bonne idée, approuva Hermione en se levant. Il faut que nous commencions à réviser pour nos examens.

-Hermione ! protesta Ron d'un air révolté. Les examens ne sont que dans trois mois !

-Et ça arrivera bien assez vite ! répliqua Hermione d'un ton implacable. Sirius, merci pour la Bièraubeurre.

-Il n'y a pas de quoi, assura l’ancien fugitif en s'inclinant. Travaillez bien, et Harry… Je garde le Miroir toujours sur moi, n'hésite pas s'il y a quoi que ce soit dont tu voudrais parler.

Harry remercia son parrain puis les trois jeunes gens sortirent de La Tête de Sanglier tandis que Sirius s'approchait à nouveau du comptoir.

Eh bien, fit Hermione lorsqu'ils furent sortis dans la rue, cet endroit est vraiment à la hauteur de sa réputation.

 

 

 

 

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

C'est tout pour aujourd'hui, j'espère que ça vous a plu !

Je suis en plein milieu de ma relecture annuelle de la saga, et du coup j'avance assez vite dans la rédaction de cette fanfic en parallèle. Peut-être - si vous êtes sages et que vous me laissez quelques reviews - que vous aurez le droit à la suite dans 15 jours au lieu des quatre semaines habituelles ;-)

À bientôt 

Chapitre 14: La détresse de Winky by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Un grand merci à AlexG57 et alex375 pour leurs reviews :)

Comme promis, je vous met le chapitre 14 avec un peu d'avance. Au chapitre 13, Sirius apprenait au trio que Mr Croupton avait été retrouvé noyé.

Bonne lecture !

Harry se leva de bonne heure le dimanche matin, ne pouvant s'empêcher de repenser à ce que leur avait dit Sirius au sujet de Croupton. Décidant de laisser dormir Ron, il s'habilla en silence et descendit dans la salle commune. De toute évidence, il n'était pas le seul à avoir peu dormi : Hermione, qui s'était assoupie dans l'un des fauteuils devant la cheminée, se réveilla en sursaut lorsqu'il vint s'asseoir à côté d'elle.

-Oh c'est toi, Harry, s'écria-t-elle d'une petite voix. Où est Ron ?

-Il dort encore, répondit Harry. Profites-en pour me dire ce qui te tracasse.

La jeune fille hésita un instant, mais sembla juger qu'il n'y avait pas de risque à mettre Harry dans la confidence.

-C'est l'article de Skeeter, commença-t-elle.

-Hermione, ne me dis pas que tu accordes de l'importance à l'opinion de Parkinson ? coupa Harry.

-Bien sûr que non ! répliqua-t-elle sèchement. Je me demande simplement comment Skeeter a pu savoir que Viktor m'a invitée à venir le voir cet été.*

Harry la regarda avec des yeux ronds, et le visage d'Hermione s'empourpra aussitôt. Elle lui expliqua alors d'un air gêné que c'était justement pour cela que Krum l'avait attiré un peu à l'écart, après l'avoir sortie du lac.

-Et en plus, il a vraiment dit qu'il n'avait jamais ressenti quelque chose d'aussi fort pour une autre fille, ajouta-t-elle. Mais comment Rita Skeeter a-t-elle pu l'entendre ? Elle n'était pas là... Ou alors peut-être qu'elle y était quand même ? Peut-être qu'elle a aussi une cape d'invisibilité et qu'elle a réussi à se faufiler dans le parc pour assister à la deuxième tâche...*

-C'est possible, admit Harry. Mais tu ne pourras pas le vérifier. C'est précisément le but d'une cape d'invisibilité.

-Je sais, soupira Hermione, c'est justement ce qui m'inquiète. Comment être sûr qu'on mène vraiment une conversation privée. Elle pourrait être assise sur ce fauteuil, là, et écouter tout ce que nous disons.

-Je doute qu'elle connaisse le mot de passe, souligna Harry.

-Mais elle aurait pu entendre des élèves de Gryffondor le prononcer, insista Hermione.

-La Grosse Dame ne l'aurait quand même pas laissée entrer, assura-t-il. Pas après ce qui s'est passé avec Sirius l'an dernier.

-Mais elle aurait pu passer le portrait en même temps que des élèves ! s'écria Hermione avec une note de panique dans la voix.

Harry poussa un soupir, se leva et passa le bras sur le fauteuil qu'Hermione avait désigné.

-Tu vois, il n'y a rien.

-Il n'y a rien à cet endroit, précisa la jeune fille entre ses dents.

-Écoute Hermione, tu ne peux pas passer ta vie dans la peur que Skeeter t'espionne, alors qu'il se passe des choses bien plus graves, rappela Harry.

-Je sais, admit-t-elle en hochant la tête. Tu penses que Sirius a raison et que Croupton n'est pas responsable de la mort de Percy ?

-Je l'ignore, répondit-il. Mais nous devrions peut-être aller voir Winky après le petit-déjeuner.

Hermione acquiesça d'un signe de tête et Harry monta réveiller Ron.

 

            Comme lors de leur dernière visite, les elfes de maison les accueillirent comme des princes et Ron en profita pour leur quémander des éclairs au chocolat.

-Tu viens de prendre ton petit-déjeuner ! s'exclama Hermione d'un ton irrité.*

-Comment vas-tu, Dobby ? demanda Harry. Je vois que le violet te va comme un gant.

En effet, l’elfe portait le pullover tricoté par Mrs Weasley que Ron lui avait offert à Noël.

-Merci Harry Potter, monsieur, couina l'elfe d'un air ravi. Dobby ne quitte plus le pull que Mr Weasley lui a offert, monsieur !

-Content de t'avoir fait plaisir, articula Ron tant bien que mal, la bouche pleine de pâtisseries.

-Dobby, où est Winky ? interrogea Hermione en regardant autour d'elle.*

L'elfe de maison les conduisit près d'une cheminée. Winky était assise sur un tabouret, près du feu, et paraissait dans un état pitoyable. Elle tenait une bouteille de Bièraubeurre serrée dans sa petite main.

-Winky en est à six bouteilles par jour, murmura Dobby.*

-Dobby, demanda Harry à voix basse, est-ce que Winky sait ce qui est arrivé à Mr Croupton ?

-Non monsieur, avoua Dobby d'un air coupable. Dobby n'a pas eu le cœur de lui dire que son ancien maître était accusé de meurtre.

-Alors elle ne sait pas non plus qu'il a été retrouvé mort ? interrogea encore Harry.

-Mr Croupton est mort ? répéta Dobby, les yeux écarquillés. Il ne faut surtout pas le dire à Winky ! Winky pense encore que Mr Croupton est son maître, monsieur, et rien de ce que lui dit Dobby ne peut la persuader que son maître, c'est le professeur Dumbledore, maintenant.*

-Qu'est-ce que tu en penses ? glissa Harry à Hermione, Ron étant trop occupé à se goinfrer.

-Je ne sais pas, hésita Hermione. Peut-être que si elle sait qu'il est mort, elle se sentira libérée de ses obligations envers lui ?

Harry réfléchit un moment, puis se tourna à nouveau vers Dobby :

-Hermione a raison, Dobby. Il faut le lui dire.

À ces mots, il s'agenouilla près du tabouret où se trouvait l'elfe.

-Winky ? commença-t-il d'une voix douce. Je suis désolé, j'ai une très mauvaise nouvelle.

L'elfe tourna vers lui ses grands yeux vitreux et laissa échapper un hoquet.

-Mr Croupton a été retrouvé noyé dans une rivière près de chez lui, dit-il avec autant de tact que possible.

-Mr Croupton s'est – hic ! – noyé ? répéta-t-elle d'un air absent, comme si ces paroles n'avaient aucun sens.

-Je suis désolé, assura Harry. Si je peux faire quoi que ce soit pour toi...

-Mon maître ne peut pas s'être – hic ! – noyé ! s'écria Winky, qui semblait avoir soudain reprit ses esprits. C'est – hic ! – impossible !

-C'est pourtant la vérité, insista Harry. Je voulais te le dire avant que tu n'entendes d'autres gens en parler.

-Il faut – hic ! – que Winky – hic ! – retourne chez son maître ! braya l'elfe en pleurant à chaudes larmes.

-Winky, dit Hermione avec douceur, tu ne peux plus aider Mr Croupton.

-Winky doit retourner – hic ! – dans la maison – hic ! – de son maître ! insista encore l'elfe, entre deux sanglots. Winky doit s'occuper... – hic !

-Je suis sûre qu'ils trouveront quelqu'un pour s'assurer que les effets personnels de Mr Croupton ne seront pas jetés, poursuivit Hermione. Peut-être que si on leur demande, ils accepteront de te donner quelque chose en souvenir ?

Mais l'elfe ne l'écoutait pas. Elle venait de se lever du tabouret et titubait d'un pas incertain en direction de la porte de la cuisine.

-Winky doit – hic ! – partir. Mon maître a – hic ! – confié à Winky – hic ! – le plus important – hic ! – le plus secret...

-Quoi ? s'exclama Harry.

-Winky garde – hic ! – les secrets de son maître, dit-elle en s'efforçant de garder l'équilibre. Vous êtes – hic ! – un fouineur !

-Winky ne doit pas parler comme ça à Harry Potter ! s'exclama Dobby avec colère.*

La discussion était sur le point de dégénérer lorsque Winky s'effondra soudainement sur elle-même et s'endormit sur le carrelage de la cuisine. Les autres elfes de maison, qui avaient assisté à toute la scène avec un air effaré, se dépêchèrent de recouvrir Winky d'une grande nappe à carreaux.

-Dobby avait dit à Harry Potter de ne pas dire à Winky que Mr Croupton était mort, rappela Dobby d'un air navré.

-Elle est malheureuse ! s'écria Hermione d'un ton exaspéré. Pourquoi n'essayez-vous pas de lui remonter le moral au lieu de la cacher sous une nappe ?*

L'elfe le plus proche expliqua alors à Hermione que tant qu'ils avaient du travail, ils n'avaient pas à être malheureux.

-Vous avez autant le droit que les sorciers d'être malheureux !* répliqua Hermione avec colère.

Elle se lança alors dans un discours digne de celui d'un militant du Front populaire, mais n'eut pas le temps de convaincre qui que ce soit : les elfes les poussèrent sans ménagement vers la sortie.

-Tu n'aurais pas pu la fermer, Hermione ? dit Ron d'un ton furieux lorsque la porte de la cuisine se fut brutalement refermée derrière eux.*

 

            Ron et Hermione passèrent le reste de la journée à se disputer et Harry décida d'aller voir Hedwige à la volière. Dès qu'elle le vit, la chouette vint se poser sur une poutre à sa hauteur et hulula de contentement tandis qu'il caressait délicatement ses plumes.

-Je n'ai pas de travail pour toi aujourd'hui, lui dit-il. Mais je t'ai apporté des friandises.

Il déposa plusieurs graines de Miamhibou sur la poutre et sortit de sa poche le Miroir à Double Sens.

-Sirius, chuchota-t-il en se regardant dans la petite glace carrée.

Son reflet disparut aussitôt, laissant apparaître celui de son parrain.

-Est-ce que tout va bien ? interrogea Sirius d'une voix inquiète.

-Oui, assura Harry. Mais il s'est passé quelque chose, tout à l'heure.

Il lui raconta en détail ce que Winky avait bien voulu leur dire – et tout ce qu'elle avait passé sous silence.

-Je me demande bien quel genre de secret Croupton pouvait garder, conclut Harry.

-Et tu dis qu'elle a soudainement décidé de quitter Poudlard pour retourner chez Croupton ? répéta Sirius. Alors qu'il n'y a plus personne à servir là-bas ?

-Oui, acquiesça Harry. C'est étrange, n'est-ce pas ?

-Très étrange, approuva Sirius, l'air pensif. Sa maison et son bureau au ministère ont été fouillés de fond en comble après la mort de Percy, bien sûr, mais on n'a rien trouvé de vraiment déplacé.

-Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda Harry, intrigué.

-Il avait laissé la chambre de son fils intacte, comme s'il l'avait quitté la veille. Des affiches de Quidditch étaient encore accrochées aux murs. Mais cela arrive souvent aux familles qui ont perdu un enfant : leur chambre devient une sorte de temple sacré où déplacer ne serait-ce qu'un objet serait un sacrilège.

-Mais Croupton a lui-même envoyé son fils à la mort, dit Harry. J'aurais pensé qu'il aurait voulu se débarrasser de tout ce qui le lui rappelait.

-Peut-être qu'il l'aimait plus qu'il ne voulait l'admettre, finalement, suggéra Sirius.

Il y eut un moment de silence.

-J'ai lu cet article idiot de Rita Skeeter, reprit Sirius. J'imagine qu'elle a tout inventé vu que tu m'avais parlé d'une certaine Cho, mais je préfère demander pour être sûr : Hermione ne t'a pas brisé le cœur ?

-Non, assura Harry, mais Cho se balade toute la journée main dans la main avec Cedric Diggory.

Il lui expliqua avec une pointe d'amertume que c'était elle que Cedric avait dû aller chercher au fond du lac lors de la deuxième tâche.

-D'ailleurs, ça me fait penser, ajouta-t-il soudainement, que d'après Hermione, Rita Skeeter n'a pas fait qu'inventer des ragots dans son article.

Il répéta à Sirius ce que Hermione lui avait avoué.

-Il y a un moyen très simple de savoir si Skeeter se trouvait là sous une cape d'invisibilité, déclara Sirius.

-Ah bon ? s'étonna Harry. Lequel ?

-Demandez au professeur Maugrey. Son œil magique voit au travers des capes d'invisibilité. C'est lui qui me l'a dit, après l'enterrement de Percy. À ce propos, est-ce que Ron tient le choc ?

-Je crois, répondit Harry d'une voix incertaine. En fait, j'ai l'impression qu'il a d'autres préoccupations en ce moment. Comme le fait que Krum s'intéresse à Hermione, par exemple.

Harry et Sirius restèrent un long moment à parler de Ron et Hermione, jusqu'à ce que la lumière du jour commence à décliner et que Harry fût forcé de rentrer au château.

 

            La relation entre les deux jeunes gens s'améliora sensiblement dès le lendemain à l'heure du petit-déjeuner. Alors qu'Hermione attendait avec impatience La Gazette du sorcier à laquelle elle venait de s'abonner, elle fut littéralement submergée de lettres de personnes mécontentes, qui critiquaient ouvertement son prétendu comportement envers Harry. L'une des enveloppes contenait même du pus de Bulbobulb non dilué, et Hermione dut renoncer aux cours de botanique et de soins aux créatures magiques pour se rendre à l'infirmerie. Elle ne vint les rejoindre devant la cabane de Hagrid que quelques minutes avant la fin de la classe.

-Tu as manqué un très bon cours, dit Harry à Hermione sur le chemin du château. C'est vraiment bien, les Niffleurs, pas vrai, Ron ?*

Mais Ron ne l'écoutait pas et demanda à Harry sur un ton de reproches pourquoi celui-ci ne l'avait pas prévenu que l'or des farfadets qu'il lui avait donné pour le rembourser de l'achat des Multiplettes avait disparu. Il sembla d'encore plus mauvaise humeur lorsque Harry avoua sans réfléchir qu'il ne l'avait tout simplement pas remarqué, et Harry se sentit aussitôt coupable en voyant la réaction de Ron :

-J'ai horreur d'être pauvre.*

Hermione essaya de lui remonter le moral en lui montrant ses mains, et Harry se souvint du conseil que Sirius lui avait donné la veille :

-Tu devrais demander à Maugrey s'il a vu Rita Skeeter sur la berge le jour de la deuxième tâche, dit-il à Hermione. Selon Sirius, son œil magique peut voir au travers des capes d'invisibilité.

-En parlant d'elle, reprit Hermione, vous avez vu la Une de La Gazette ce matin ?

-Non, répondit Harry d’un ton méfiant. Pourquoi ?

En guise de réponse, la jeune fille sortit le journal de son sac. Elle rencontrait des difficultés à le déplier avec ses mains entourées de bandages et Harry s'en chargea pour elle.

-Il fallait s'y attendre, marmonna-t-il avec mauvaise humeur en lisant les gros titres.

Une immense photo de la famille Croupton recouvrait entièrement la Une et plusieurs longs articles dans les pages intérieures relataient l'ascension de l'ancien directeur du Département de la coopération magique internationale au sein du ministère, l'appartenance de son fils au groupuscule des Mangemorts, et affirmaient que sa culpabilité dans la mort de Percy ne faisait plus l'ombre d'un doute puisqu'il avait fini par se suicider.

            Harry observa longuement le visage juvénile du fils Croupton. Rien dans son teint laiteux parsemé de taches de rousseur ni dans ses cheveux couleur paille parfaitement coiffés ne laissaient supposer qu'il avait pu être l'un des fidèles de Voldemort. Il avait le regard typique du jeune homme qui avait accepté de se faire photographier avec ses parents seulement pour leur faire plaisir. Sirius avait raison, pensa Harry, Croupton aurait mieux fait de s'occuper de sa famille plutôt que de courir après le poste de ministre de la Magie.

-On a bien fait de prévenir Winky, dit soudain Hermione. Il valait mieux qu'elle l'apprenne par nous qu'en tombant par hasard sur le journal.

Elle s'efforçait d'afficher un air convaincu, mais Harry avait nettement l'impression qu'elle essayait de se persuader elle-même.

 


 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

Merci d'avoir pris le temps de lire ce chapitre, j'espère que ça vous a plu ! On se retrouve bientôt pour la suite...

Chapitre 15: Le rêve by MadameMueller
Author's Notes:

Bonsoir !

Je suis terriblement confuse pour cette trop longue attente depuis le chapitre quatorze ! Je n'ai aucune excuse valable, je dois bien l'admettre et je remercie AlexG57 de m'avoir rappelée à l'ordre !

Petit récaputilatif: au chapitre précédent Sirius nous apprenait que Croupton avait été retrouvé noyé dans une rivière non loin de chez lui et que Winky voulait retourner chez lui pour s'occuper de ses affaires. 

Bonne lecture !

Le jeudi suivant, Hermione resta à la fin du cours de défense contre les forces du Mal pour vérifier la théorie de Sirius. Le professeur Maugrey lui confirma alors qu'il pouvait effectivement voir au travers des capes d'invisibilité, mais qu'il n'avait pas vu Rita Skeeter au bord du lac – ni où que ce soit d'autre – ce jour-là. Hermione était cependant loin d'être satisfaite.

-Peut-être qu'elle a mis des micros ? suggéra Harry.*

Hermione balaya cette idée : les ondes magiques présentes à Poudlard empêchaient les objets moldus de fonctionner correctement. Ron tenait quand même à savoir ce qu'étaient des micros, et Harry se lança alors dans des explications avant de conclure :

-On en trouve qui ne sont pas plus gros que des insectes, impossible de les voir.*

            Lorsque les vacances de Pâques arrivèrent, les quatrième année furent tellement surchargés de travail qu'Harry oublia momentanément Croupton, Skeeter et tout ce qui se passait à l'extérieur de Poudlard. La seule chose qui vint le lui rappeler, fut le paquet envoyé par Mrs Weasley. Ron et Harry avaient tous les deux reçu d'énormes œufs en chocolat remplis de caramels tandis que celui d'Hermione était plus petit qu'un œuf de poule. De toute évidence, Mrs Weasley avait cru à cette histoire de triangle amoureux entre Harry, Hermione et Krum. Se sentant coupable, Harry proposa à Hermione de partager ses propres sucreries avec elle, mais la jeune fille était trop blessée par le comportement de Mrs Weasley pour accepter.

-Tu veux que j'écrive à Mrs Weasley pour lui dire que Rita Skeeter a tout inventé ? suggéra-t-il.

-Tu ne peux pas lui écrire pour lui reprocher de ne m'avoir envoyé qu'un seul petit œuf, refusa Hermione d'un ton catégorique. Elle n'était pas obligée de m'envoyer quoi que ce soit, après tout. C'est déjà gentil de sa part d'avoir pensé à moi.

Elle avait raison, pensa Harry, mais il se sentait tout de même honteux de recevoir un tel traitement de faveur alors qu'Hermione subissait injustement les foudres de la même femme qui n'avait jusqu'alors jamais hésité à l'accueillir sous son toit comme si elle avait été sa propre fille. N'ayant plus le cœur à apprécier ses friandises, il en fit cadeau à Ron.

 

            Le temps devenait de plus en plus clément à mesure qu'avançait le mois de mai. Certains jours, le soleil brillait tellement qu'Harry aurait donné n'importe quoi pour pouvoir monter sur son Éclair de feu et disputer une partie de Quidditch. Mais le stade, qui devait servir à la troisième tâche, était à présent recouvert de longues haies feuillues.

-Je parie qu'ils font pousser un labyrinthe, dit Hermione en suivant le regard de Harry au travers d'une fenêtre.

Ils étaient en cours d'histoire de la magie et même la jeune fille semblait avoir du mal à se concentrer sur l'insipide monologue du professeur Binns.

            Le vendredi suivant, alors qu'Harry se débattait avec son chaudron, le cours de potion fut interrompu par des coups frappés à la porte. Toute la classe se retourna d'un mouvement unanime pour voir le professeur Karkaroff entrer et s'approcher nerveusement du bureau de Rogue.

-Il faut que nous parlions, dit Karkaroff à Rogue, sans autre préambule.

-Nous parlerons après mon cours, murmura Rogue.*

Harry fit semblant de relire les instructions dans son manuel de potion pour pouvoir écouter ce que les deux professeurs se disaient. Comme lors de leur conversation après la deuxième tâche, Karkaroff avait l'air inquiet et de rechercher l'appui de Rogue, mais ce dernier ne semblait pas prêt à l'écouter. Le directeur de Durmstrang s'installa près du tableau et attendit que la cloche sonne pour interpeler à nouveau le maître des potions. Curieux, Harry fit exprès de traîner à ranger ses affaires.

-Alors ? dit Karkaroff en remontant sa manche gauche. Tu as vu ? Elle n'a jamais été aussi nette depuis...

-Cache ça ! lança Rogue, ses yeux noirs balayant la classe.

Il aperçut alors Harry qui faisait semblant d'éponger une flaque autour de son chaudron.

-Potter, qu'est-ce que vous fabriquez ?*

Comprenant qu'il était temps de partir, Harry hissa son sac sur son épaule et sortit du cachot avant que Rogue n'ait le temps de retirer des points à Gryffondor.

            Trop troublé par la conversation qu'il venait de surprendre, Harry décida de repousser l'heure du dîner pour aller parler à Sirius. Tandis que tous ses camarades se pressaient vers l'intérieur de la Grande Salle, Harry prit la direction de la volière.

-Sirius, murmura-t-il avec impatience dans le petit miroir carré.

Une fois de plus, le visage de son parrain lui apparut aussitôt :

-Que se passe-t-il ? demanda Sirius, toujours du même air inquiet.

Harry s'empressa de lui raconter l'étrange comportement de Rogue et Karkaroff quelques minutes plus tôt.

-Harry, rends-moi service, répondit Sirius.

-Tout ce que tu voudras, acquiesça Harry, le souffle court.

Peut-être Sirius allait-il lui demander de suivre Karkaroff sous sa cape d'invisibilité ?

-Ne te préoccupe pas de ça, acheva Sirius. L'année scolaire est presque terminée, tu dois te concentrer sur tes examens.

-Mais je... commença Harry d'un air dépité.

-Fais ce que je te dis, insista Sirius.

Il observa la mine boudeuse de son filleul pendant quelques instants.

-Je dois te laisser, dit-il au bout d'un moment. À plus tard, Harry.

Son visage disparut alors et Harry ne put voir que son propre reflet dans la glace. Déçu, Harry sortit de la volière sans prêter attention à Fred et George qui, une fois de plus, avaient des airs conspirateurs.

            -Tu ne manges pas ? s'étonna Hermione en haussant les sourcils.

-Je n'ai pas faim, répondit Harry d'un ton laconique.

Hermione lui lança alors un regard perçant et Harry lui fit comprendre d'un signe de tête que ce n'était ni le lieu ni l'endroit pour en parler. Lorsqu'ils remontèrent dans la salle commune, Harry prétexta d'avoir oublié son livre de métamorphose et monta dans le dortoir. Là, il sortit de sa valise un grand parchemin vierge qui avait vu de meilleurs jours :

-Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, récita-t-il à voix basse.

Aussitôt, la carte du Maraudeur apparut, offrant un plan détaillé du château et du parc environnant. Cette carte, fabriquée par Sirius, Lupin, Peter Pettigrow et James Potter, était une véritable mine d'informations. En effet, elle indiquait les passages secrets qui menaient hors de l'enceinte de l'école et on pouvait y suivre les déplacements de tous ses habitants.

            Harry chercha Rogue un moment des yeux et finit par le trouver au sous-sol dans son propre bureau. Déçu, il parcourut à nouveau la carte à la recherche de Karkaroff, mais le directeur de Durmstrang avait lui aussi simplement regagné son navire. Harry venait d'effacer la carte en prononçant la formule « Méfaits accomplis » lorsque la porte du dortoir s'ouvrit soudain :

-Harry, tu viens ? appela la voix de Ron dans son dos.

-J'arrive ! s'écria Harry d'une voix un peu plus aiguë qu'à l'ordinaire en cachant le parchemin à nouveau vierge sous ses robes de sorciers. Je n'arrivais pas à mettre la main sur ce satané bouquin.

Le souffle court, il se leva et agita dans sa main son manuel de métamorphose avant de suivre Ron dans les escaliers en colimaçon qui menaient à la salle commune.

            L'humeur de Harry ne s'améliora pas au cours du week-end, entre la pile de devoirs interminable qu'il avait à faire et les remontrances d'Hermione concernant Rogue. Il avait fini par parler à ses deux amis de la conversation qu'il avait surprise entre le maître des potions et le directeur de Durmstrang, ainsi que le service que lui avait demandé Sirius.

-Sirius a raison, trancha Hermione. Ce que fait Rogue, ce ne sont pas tes affaires.

-Mais il se passe quelque chose ! s'exclama Harry d'un air exaspéré. La mort de Percy, celle de Croupton, tout ça...

-Je suis sûre que Dumbledore et le professeur Maugrey ont une idée de ce qui se trame, assura la jeune fille, et je suis persuadée qu'ils n'ont nullement besoin de ton aide.

Voyant qu'Harry n'était pas près d'abandonner de sitôt, Hermione dut user de l'argument ultime lorsqu'il s'agissait de Rogue :

-Combien de fois étais-tu convaincu qu'il manigançait un mauvais coup alors qu'en fait, c'était tout le contraire ? demanda-t-elle d'un air hautain avant de se replonger dans son livre d'arithmancie.

            Si le cours de soins aux créatures magiques pouvait être un véritable calvaire lors des mois d'hiver, il n'en était que plus agréable au printemps. Il faisait si chaud à présent que Ron et Harry redoutaient les cours de divination encore plus que d'habitude.

Le professeur Trelawney faisait du feu dans sa cheminée quelles que soient les températures extérieures, et les deux garçons se dépêchèrent de monter l'échelle argentée pour pouvoir s'installer près des fenêtres avant que les autres n'aient la même idée. Profitant d'un instant où le professeur avait le dos tourné, Harry entrouvrit légèrement la lucarne, laissant entrer une brise rafraichissante.

-Mes chéris, dit-elle, nous avons presque fini notre travail sur les prévisions astrologiques. Aujourd'hui, nous avons toutefois une excellente occasion d'examiner l'influence de Mars, étant donné sa position particulièrement intéressante en cette période. Si vous voulez bien regarder dans cette direction pendant que j'éteins les lampes...*

Harry regarda le professeur Trelawney appuyer ses propos grâce à un modèle du système solaire mais sans vraiment prêter attention à ce qu'elle disait.

La faible lueur qui éclairait la pièce, ainsi que les parfums d'encens et la voix mystique du professeur le plongèrent dans un état semi-comateux. Il sentait l'air qui s'engouffrait par la fenêtre lui caresser doucement le visage et il crut entendre le bourdonnement d'un insecte, tandis que la voix du professeur se faisait de plus en plus lointaine et difficile à distinguer.

 

            Il se trouvait assis dans un large fauteuil. Les fenêtres avaient été condamnées par des planches, plongeant la pièce autour de lui dans la pénombre malgré le soleil qui brillait à l'extérieur. La seule source de lumière était le feu qui brûlait dans la cheminée – il pouvait sentir la chaleur des flammes sur sa peau glacée et savourait cette sensation qu'il n'avait plus éprouvée depuis bien trop longtemps.

-J'ai jeté tous les sorts de protection nécessaires, Maître, déclara une voix d'homme dans son dos. Aucun Moldu ne devrait pouvoir s'approcher.

-Bien, siffla Harry d'une voix aiguë et froide. Rapproche-moi un peu du feu.

L'homme derrière lui s'avança et poussa le fauteuil jusque devant l'âtre. 

-Où est Nagini ?* demanda encore Harry sans prendre la peine de remercier l'homme.

-Elle est partie explorer la maison, répondit l'autre.

L'homme vint alors s'agenouiller devant le fauteuil, entrant dans le champ de vision de Harry. Il était grand et mince, ses cheveux d'un blond sale lui tombaient devant les yeux et son teint était si pâle qu'il en faisait d'autant plus ressortir ses taches de rousseur. On aurait dit qu'il avait prématurément vieilli.

-Il faudra la traire avant de se coucher, reprit Harry du même ton glacial. J'aurai besoin de me nourrir au cours de la nuit. Ce voyage m'a grandement fatigué.*

À cet instant, un serpent gigantesque se glissa dans l'entrebâillement de la porte en sifflant, et Harry lui répondit de la même manière.

-Nagini a des nouvelles intéressantes à nous apprendre, dit-il. À l'en croire, il y a derrière la porte un vieux Moldu qui écoute tout ce que nous disons.*

L'homme aux cheveux blonds se leva aussitôt et ouvrit la porte d'un geste brusque. Le serpent n'avait pas menti : un vieil homme à la jambe raide se tenait sur le palier, l'air terrorisé. Sans prononcer le moindre mot, l'homme tira le vieillard à l'intérieur de la pièce et le jeta sur le sol poussiéreux entre le fauteuil et la cheminée.

-D'où viens-tu, Moldu ? interrogea l'homme d'un air menaçant.

-C'est le jardinier, devina Harry. Tu as lancé les sorts de protection autour du domaine, mais tu ne pouvais pas savoir qu'un Moldu se trouvait déjà à l'intérieur...

Prenant appui sur sa canne, le vieil homme tenta de se redresser et lorsqu'il leva les yeux vers Harry, son visage se figea d'abord dans une expression de stupeur horrifiée, puis un long hurlement s'échappa de sa gorge.

-Avada Kedavra ! dit Harry.

Au même moment, une violente bourrasque et un éclair de la lumière verte envahissaient la pièce, et le corps sans vie du vieillard tomba mollement sur le parquet.

 

            -Harry ! Harry ! criait une voix au-dessus de sa tête.

Il ouvrit soudain les yeux. Sa cicatrice le lançait comme si on lui brûlait la peau du front au fer rouge, et il eut besoin de plusieurs secondes pour se rappeler où il se trouvait. Peu à peu, il reconnut la classe du professeur Trelawney. Il était allongé sur le sol, Ron agenouillé à ses côtés, et de toute évidence, il s'était effondré en hurlant.

-Que s'est-il passé Potter ? Une prémonition ? Une apparition ? Qu'est-ce que vous avez vu ? s'enquit le professeur Trelawney.

-Rien, mentit Harry.*

Mais le professeur semblait trop excitée par la situation et insista pour que Harry lui raconte ce qu'il avait vu. Mais Harry n'avait aucune intention de parler de son rêve à cette diseuse de bonne aventure, et encore moins devant tous ses camarades réunis.

-Je crois que je ferais bien d'aller à l'infirmerie, dit-il. J'ai mal à la tête.*

Sans attendre la permission de la part du professeur, il attrapa son sac et descendit par la trappe mais il ne prit pas le chemin de l'infirmerie. Il parcourut quelques couloirs avant de trouver enfin une classe vide et sortit le Miroir à Double Sens de sa poche.

-Va voir le professeur Dumbledore, dit Sirius d'un ton sans réplique lorsque Harry lui eut raconté son rêve.

-Mais...

-Ne discute pas et fais ce que je te dis, insista-t-il.

C'était l'un de ces moments où Sirius ressemblait au grand chien noir menaçant dont il prenait l'apparence lorsqu'il se transformait.

            Résigné, Harry fourra le Miroir dans sa poche et prit la direction du deuxième étage. Il ne s'arrêta que lorsqu'il eut atteint la gargouille de pierre qui masquait l'entrée du bureau de Dumbledore. Après plusieurs essais, il finit par deviner le mot de passe en vigueur et monta l'escalier en colimaçon qui tournait sur lui-même. Arrivé devant la porte, il tendit la main vers le heurtoir de cuivre mais arrêta son geste lorsqu'il entendit des voix s'élever de l'autre côté du panneau :

-Je veux interroger cette elfe ! dit Cornelius Fudge d'un ton furieux.

-Je regrette, répondit Dumbledore d'une voix aimable, mais Winky ne vous parlera pas sans mon autorisation, vous le savez bien.

-Dans ce cas, donnez-la-lui ! s'énerva le ministre.

-Non, trancha Dumbledore. Elle a déjà assez souffert comme cela.

-Vous placez les sentiments de cette elfe au-dessus d'une enquête du ministère ? s'écria Fudge d'une voix horrifiée.

-Est-ce que nous pourrions mettre un terme à cette conversation ? grogna Maugrey.*

-Oui, c'est ça, descendons aux cuisines, dit Fudge avec impatience.

-Il ne s'agit pas de ça, reprit Maugrey. C'est simplement parce que Potter veut vous voir, Dumbledore. Il attend devant la porte.*

 



 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

Merci encore d'avoir pris le temps de lire. Je vous promets que vous n'aurez pas à attendre trois mois avant d'avoir la suite ! 

Chapitre 16: La troisième tâche by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour à toutes et à tous !

Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa ! Je n'ai absolument aucune bonne excuse pour avoir délaissé cette fic pendant plus d'un an (mais des mauvaises, croyez-moi, j'en ai des tas !).

Comme ça commence vraiment à remonter, je vais vous faire un résumé de ce qu'il s'est passé dans les quinze chapitres précédents. C'est parti :

 

Queudver, stupéfixié, n'a pas pu prendre la fuite et a été remis aux Détraqueurs pour passer en jugement. Du même coup, Sirius a été disculpé et est un homme libre. Cela signifie cependant que Harry et Hermione n'ont pas eu besoin d'utiliser le Retourneur de Temps donc, primo, Buck a été exécuté et secondo, c'est Rogue qui a fait fuir les Détraqueurs près du lac, pas Harry venu du futur.

Queudver, toujours lui, est enfermé à Azkaban et n'a pas pu rejoindre Voldemort en Albanie. Pourtant, il se passe des choses étranges : la Marque des Ténèbres à la Coupe du Monde de Quidditch, l'absence soudaine de Barty Croupton, le meurtre encore non résolu de Percy.

Alors que Poudlard s'apprête à suivre la troisième et dernière tâche du Tournoi des Trois Sorciers, Harry se met à rêver de Voldemort et se réveille en sursaut, sa cicatrice le faisait hurler de douleur.

 

Bon, j'espère que vous vous y retrouvez...

Bonne lecture !

La porte du bureau s'ouvrit dans un grincement, laissant apparaître le visage balafré de Maugrey.

-Bonjour Potter, dit-il. Entre donc.*

Le professeur de défense contre les forces du Mal s'écarta pour le laisser passer et Harry pénétra dans la pièce.

-Je suis désolé, dit-il, son regard gêné passant de Dumbledore à Fudge, je ne voulais pas vous déranger.

-Tu ne nous déranges pas, assura Dumbledore. Nous avions terminé.

À ces mots, Fudge le foudroya du regard.

-Nous reparlerons de cette histoire ! s'exclama-t-il d'un ton menaçant.

Dumbledore se contenta de lui adresser un sourire aimable puis le suivit du regard par-dessus ses lunettes en demi-lunes tandis que le ministre sortait du bureau, Maugrey sur ses talons. Lorsqu'ils furent seuls dans la pièce, Dumbledore se tourna vers Harry :

-Alors, Harry, tu voulais me dire quelque chose ? questionna le directeur d'une voix douce.

-Oui, répondit Harry. Professeur, j'étais au cours de divination, et... heu... je me suis endormi...

-C'est très compréhensible, assura Dumbledore. Vas-y, continue.

-Alors j'ai fait un rêve, poursuivit Harry. J'ai rêvé de Lord Voldemort.* Il parlait avec un homme, il disait que le voyage l'avait épuisé et l'homme répondait qu'il avait mis en place toutes les protections nécessaires. Ensuite, un serpent gigantesque est entré dans la pièce et a dit qu'un Moldu se trouvait derrière la porte. L'homme a ouvert la porte et a dit au vieux Moldu d'entrer, puis Voldemort l'a tué avec sa baguette et ma cicatrice s'est mise à me faire mal. La douleur était si forte que je me suis réveillé.

Il marqua une pause, levant un regard inquiet vers Dumbledore. Dit comme ça, son histoire avait l’air ridicule.

-Je vois, dit enfin Dumbledore.* C'est la première fois que ta cicatrice te fait mal depuis que Voldemort a essayé de s'emparer de la Pierre philosophale, il y a trois ans ?

-Euh... réfléchit Harry. Oui. Oui, c'est la première fois.

-Et lorsque tu as rêvé que tu étais le champion de Poudlard et que ton épreuve, c'était d'affronter Voldemort, ta cicatrice ne t'a pas fait mal ? insista le directeur.

-Non, répondit Harry, stupéfait. Mais comment savez-vous que j'ai rêvé d'être le champion il y a quelques mois ?

-Tu n'es pas le seul à échanger du courrier avec Sirius*, expliqua Dumbledore.

-Que pensez-vous que ces rêves signifient ? questionna encore Harry.

-J'ai une hypothèse, rien de plus*, dit Dumbledore. Je pense que le premier rêve que tu as fait n'était qu'un rêve. Il est tout à fait naturel qu'un jeune homme tel que toi se fantasme en champion de Poudlard et, étant donné que tu as déjà affronté beaucoup plus d'épreuves que tous tes camarades réunis, ton subconscient t'a renvoyé l'image de Lord Voldemort.

Tandis qu'il parlait, il leva sa baguette et la posa sur sa tempe. L'un de ses longs cheveux argentés semblait s'y être accroché mais Harry comprit bientôt qu'il devait s'agir d'autre chose, car le filament lumineux se détacha soudain de sa tempe et Dumbledore le laissa tomber dans une bassine en pierre au bord gravé de runes.

-Quant au rêve que tu viens tout juste d'avoir, reprit-il, il est probable que Voldemort t'ait involontairement communiqué quelques-unes de ses pensées. Cela à rapport avec le sort qu'il t'a lancé lorsque tu étais bébé et qui a raté.

-Professeur, poursuivit Harry, sa voix à peine plus haute qu'un murmure. Croyez-vous qu'il est en train de retrouver des forces ?

-Voldemort ? demanda Dumbledore en retour. Une fois de plus, Harry, je ne peux exprimer que des soupçons.*

Il poussa un soupir puis s'efforça de sourire d’un air qui se voulait rassurant.

-Mais tu ne devrais pas te préoccuper de ces choses-là, dit-il enfin, et plutôt te concentrer sur tes examens et te réjouir de la troisième tâche.

 

 

            Mais Harry eut beaucoup de difficultés à se concentrer sur ses révisions alors qu'il ne pouvait s'empêcher de repenser à son rêve, encore et encore. L'homme qui accompagnait Voldemort lui avait paru étrangement familier. Mais d'où pouvait-il bien le connaître ? Ron et Hermione avaient tous deux semblé inquiets – mais pas surpris – lorsque Harry leur avait avoué que Dumbledore semblait penser que le mage noir était en train de recouvrer ses pouvoirs.

-Raison de plus pour bien pratiquer la défense contre les forces du Mal ! ne cessait de répéter Hermione depuis lors.

            L'épreuve de sortilèges se passa sans accro, tandis que celui de potions tourna à la catastrophe lorsque Harry oublia de mettre un ingrédient primordial dans son antidote. En revanche, il réussit son sortilège de Transfert sous le sourcil pointilleux du professeur McGonagall et sut répondre à toutes les questions sur les licornes. Bien sûr, ni Harry ni Ron ne s'attendaient à avoir une bonne note en divination – une fois de plus, ils avaient inventé toutes leurs prédictions –, et Maugrey grogna d'un air satisfait que Harry ferait un excellent Auror.

            Lorsqu'arriva le matin de la troisième tâche, il ne leur restait plus que l'examen d'histoire de la magie, qui s'annonçait déjà comme une débâcle assurée. Assise à la table du petit-déjeuner, Hermione faisait des révisions de dernière minute tandis que les hiboux postaux s'engouffraient dans la Grande Salle, et l'un d'eux déposa devant elle un exemplaire de La Gazette du sorcier

-Qu'est-ce qu'il y a ? demandèrent Harry et Ron d'une même voix alors que la jeune fille venait de recracher sa gorgée de jus de citrouille en découvrant la Une.

-Rien, répondit-elle précipitamment en essayant de cacher le journal.*

Avant qu'ils n'aient pu lui arracher le quotidien des mains, Malefoy cria depuis la table des Serpentard :

-Hé, Potter ! Potter ! Comment ça va, la tête ? Tu te sens bien ? J'espère que tu ne vas pas piquer ta crise !*

Redoutant le pire, Harry profita de la distraction d'Hermione pour lui prendre le journal des mains.

 

 

HARRY POTTER « PERTURBÉ ET DANGEREUX »*

 

 

Harry poussa un grognement puis se résigna à lire l'article. Rita Skeeter s'était à nouveau surpassée : elle avait non seulement interrogé les Serpentard qui lui avaient appris qu'il parlait le Fourchelang, mais elle avait également eu vent de l'incident en cours de divination.

-La fenêtre était entrebâillée, dit Harry. C'est moi qui l'avais ouverte pour respirer.

-Vous étiez au sommet de la tour Nord ! fit remarquer Hermione. Ta voix n'aurait pas pu porter jusque dans le parc !

-C'est toi qui es censée mener des recherches sur les méthodes magiques pour écouter aux portes ! répliqua Harry. Si on ne peut pas poser de micros à Poudlard, c'est à toi de me dire comment elle fait pour cafarder dans son journal !

-J'ai essayé ! assura Hermione, mais je... mais...*

Elle s'interrompit brusquement, l'air d'avoir résolu tous les mystères de l'univers sur le visage. Sans ajouter un mot, elle se leva et se précipita hors de la Grande Salle. Harry et Ron échangèrent un regard étonné puis haussèrent les épaules : sans doute Hermione voulait-elle vérifier quelque chose à la bibliothèque avant l'épreuve de Binns. Ils finirent leurs assiettes puis se dirigèrent d'un pas traînant vers la classe d'histoire de la magie.

            Comme ils s'y étaient attendus, l'examen fut un désastre mais cela n'avait pas d'importance car une ambiance d'attente fébrile avait enfin envahi les couloirs. Même Harry réussit à oublier quelques temps son rêve et sa cicatrice en prenant le chemin du stade de Quidditch, après le banquet. Les haies du labyrinthe atteignaient à présent six mètres de hauteur mais les tribunes, elles, étaient toujours à leur place.

-Venez, dépêchez-vous ! grogna Ron. Sinon, toutes les bonnes places seront prises !

À ces mots, il accéléra le pas et fendit la foule sans prendre garde aux protestations des élèves de première année qu'il venait de bousculer. Ils réussirent à trouver d'excellentes places au bord d'une des tribunes, pour la plus grande joie de Ron.

-Qui de Fleur, Cedric ou Krum sortira vainqueur du Tournoi des Trois Sorciers ? lança la voix de Fred. Si vous voulez parier, c'est par ici !

Bien qu'il eût parlé sans grand entrain, plusieurs élèves se ruèrent aussitôt vers lui. C'était comme si lui et George n'organisaient plus les paris que par habitude. D'ailleurs, ils s'étaient faits étrangement discrets depuis le meurtre de Percy.

-Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, dit la voix magiquement amplifiée de Ludo Verpey, la troisième et dernière tâche du Tournoi des Trois Sorciers est sur le point de commencer !* Permettez-moi de vous rappeler le classement actuel des concurrents ! À la première place, avec quatre-vingt-cinq points : Mr Cedric Diggory, de l'école Poudlard ! À la deuxième place, avec quatre-vingts points : Mr Viktor Krum, de l'institut Durmstrang ! Et à la troisième place : Miss Delacour, de l'académie de Beauxbâtons !

La foule hurlait, fiévreuse, et frappait énergiquement des mains. Ron encourageait Cedric mais Hermione semblait partagée entre Poudlard et Krum. Harry ne la comprenait que trop bien : lui aussi voulait que la victoire revienne à Poudlard, mais encourager Cedric était au-dessus de ses forces.

-Attention... À mon signal, Cedric ! reprit Verpey. Trois... deux... un...

Un bref coup de sifflet retentit et Cedric s'engouffra dans le labyrinthe, suivi quelques instants plus tard de Krum puis de Fleur.

            Les haies étaient extrêmement épaisses et, bien que les tribunes surplombassent le labyrinthe, il était cependant difficile aux spectateurs d'y voir grand-chose. Seule la lueur des baguettes des concurrents leur permettait de suivre leur progression mais ils étaient bien incapables de deviner quelles embûches les attendaient au cœur du dédale.

-Au moins, on sait qu'Hermione ne risque rien, cette fois, murmura Ron à l'oreille de Harry, qui lui répondit d'un vigoureux hochement de tête.

Ils continuèrent de suivre l'éclat des trois baguettes qui avançaient en zigzag entre les haies, s'arrêtant parfois devant un obstacle, lançant quelques jets de lumières tandis qu'elles essayaient de venir à bout de difficultés qui restaient désespérément invisible à l'œil du spectateur. Après ce qui parut des heures d’un ennui presque mortel, l'une des baguettes atteignit le centre du labyrinthe mais une immense forme noire se mouvant rapidement sembla l'attaquer.

-Tu penses que c'est qui ? questionna Ron.

-Aucune idée, souffla Harry, se concentrant sur le combat acharné que menait le champion ou la championne.

Puis soudain, la chose s'écroula dans un bruit sourd ; quelques instants plus tard, un intense rayon de lumière s'éleva du centre du labyrinthe et Cedric apparut, tournoyant dans les airs, le Trophée des Trois Sorcier à la main.

            Le stade sembla alors exploser de joie. Les élèves de Poudlard hurlaient si fort que Harry se demanda s'il serait un jour capable d'entendre à nouveau. Partout autour de lui, ses camarades se sautaient dans les bras, sautillaient sur place et applaudissaient à tout rompre.

-Alors c'était ça, le Tournoi des Trois Sorciers ? lâcha Ron d'un air sceptique. Je m'attendais à mieux. Mis à part les dragons, ce n'était pas très impressionnant.

Harry ne pouvait pas lui donner tort. Il échangea un regard avec Hermione, qui s'efforça de sourire, et Harry sut ce qu'elle devait penser : au moins, qu'elle fréquente Krum ou non n'avait plus d'importance maintenant que Poudlard avait remporté le trophée. Ou tout du moins : Ron ne pourrait plus se servir de cet argument pour lui donner mauvaise conscience. Quant à Harry, il savait qu'il n'avait plus la moindre chance de conquérir Cho maintenant que Cedric était devenu le vainqueur du Tournoi.

            Suivant la foule, ils prirent bientôt le chemin du château et passèrent devant la tente dressée pour les champions. Cedric était porté en triomphe par ses camarades de Poufsouffle et brandissait le trophée d'un air radieux tandis que Fleur et Krum le regardaient passer, la mine sombre.

-Je reviens tout de suite, murmura Hermione à l'adresse de Harry.

Sans attendre sa réponse, elle s'éloigna en direction de Krum.

-Le pauvre chéri, ricana Ron d'un ton caustique. Tu crois qu'il se remettra un jour de cette humiliation ?

Harry haussa les épaules devant tant de mauvaise foi mais ne répondit pas. Hermione les rejoignit quelques instants plus tard, le regard illuminé d'une inquiétante lueur de triomphe.

-Qu'est-ce que tu as ? demanda aussitôt Ron.

-Pas ici, murmura-t-elle. Venez.

Elle fendit la foule mais au lieu de se diriger vers le château, elle prit la direction des serres.

-Hermione, qu'est-ce que tu fais ?

-Tu vas voir, répondit-elle. Ouvre-moi la porte, s'il te plait.

Surpris, Harry baissa les yeux sur les mains de la jeune fille et se rendit compte qu'elle les tenait étroitement serrées, comme si elle gardait quelque chose à l'intérieur qui pouvait s'enfuir à tout moment. De plus en plus intrigué, Harry sortit sa baguette et prononça la formule :

-Alohomora !

La porte s'ouvrit aussitôt et ils se hâtèrent d'entrer à l'intérieur de la serre numéro un.

-Ron, apporte-moi l'un des bocaux !

-Mais pourquoi...

-Dépêche-toi ! insista Hermione.

Elle lui lança un regard pénétrant et Ron alla chercher un bocal.

-Ouvre-le, reprit Hermione, les traits tendus par la concentration. Je vais y laisser tomber quelque chose dedans et il faudra que tu refermes le couvercle très vite, d'accord ?

-Oui...

-À trois. Un, deux, trois !

Hermione ouvrit soudain les mains au-dessus du bocal et il y eut un ploc ! lorsque le minuscule objet toucha le fond. Ron en profita pour revisser le couvercle.

-Tu veux bien nous expliquer, maintenant ? gronda-t-il.

Reprenant son souffle, Hermione expliqua alors qu'elle avait enfin compris comment Rita Skeeter s'y prenait pour espionner les gens :

-C'est un Animagus non déclaré ! s'exclama la jeune fille d'un air rayonnant. Elle est capable de se transformer en scarabée, ajouta-t-elle en désignant l'insecte pris au piège dans le bocal.

Les deux garçons se penchèrent aussitôt pour l'examiner et manquèrent de se cogner la tête.

-Regarde bien et tu verras que les marques autour de ses antennes sont exactement semblables à ses horribles lunettes.*

Elle avait raison. De toute évidence le scarabée semblait encore étourdi par sa chute et Hermione en profita pour ensorceler le bocal de manière à rendre le verre incassable.

-Qu'est-ce que tu vas faire d'elle ? questionna encore Harry.

-Oh je vais la garder quelques temps dans ce bocal, répondit Hermione d'un ton dégagé. Je la laisserai sortir lorsque nous serons de retour à Londres. Mais elle devra promettre de ne plus rien écrire pendant un an si elle ne veut pas que nous la dénoncions au ministère...

 

 

            Pour la plupart des élèves, l'année scolaire se termina dans la joie et l'allégresse mais pour Harry, Hermione et les Weasley, rien ne pouvait effacer le meurtre de Percy ni le soi-disant suicide de Barty Croupton.

-J'espère que Sirius aura du nouveau, dit Ron en attendant l'arrivée des diligences qui devaient les conduire à Pré-au-Lard.

-Moi aussi, acquiesça Harry.

Sirius avait promis de venir le chercher à King's Cross puis de le ramener chez les Dursley, où il devrait passer les vacances d'été, à son grand désarroi.

-Tu sais, reprit Harry, je me disais que peut-être Maugrey allait lui aussi enquêter sur la mort de Percy.

-Le professeur Maugrey a décidé de retourner à sa retraite, le contredit Hermione d'un ton sévère qui semblait vouloir dire « Qu'est-ce qui te prend de lui donner de tels faux espoirs ? ». Tu sais bien qu’il n’avait accepté de dépanner Dumbledore que pour une seule année !

Avant qu'il eût pu répondre ou Ron donner son avis sur la question, une voix s'éleva derrière eux :

-Herrr-mion-neû ?

-Viktor ! s'écria Hermione d'une voix aiguë, ses joues prenant soudain une couleur rouge Souafle.

-Est-ce que je pourrrais te parrrler ? lui demanda-t-il.*

Toujours écarlate, Hermione le suivit parmi la foule des élèves ; ils discutèrent quelques instants puis leurs chemins se séparèrent quelques minutes plus tard.

            Le retour par le Poudlard fut assez calme, seul Malefoy flanqué de Crabbe et Goyle leur rendit son habituelle visite mais le trio réussit à s'en débarrasser avec l'aide des jumeaux et de quelques sortilèges bien placés.

-Au fait, vous êtes au courant ? demanda Fred quelques temps plus tard. Ludo Verpey a pris la fuite. Il avait tellement de dettes après ses paris de la Coupe du Monde qu'il a misé sur Krum pour rembourser ses créanciers. Comme Diggory a gagné, il se retrouve sans un sou en poche.

Les jumeaux leur racontèrent alors que Verpey les avait payés en or de farfadet lorsqu'ils avaient parié contre lui le soir de la victoire de l'Irlande, et qu'ils ne pouvaient plus compter récupérer leurs gains. Cette histoire trotta dans la tête de Harry tout le temps du retour mais lorsque le Poudlard Express entra dans King's Cross, il avait pris sa décision.

            Sirius l'attendait sur le quai comme il l'avait promis et discutait avec Mrs Weasley, qui ne semblait plus se méfier de lui à présent. Tous deux avaient le visage grave, et Harry devinait quel devait être le sujet de leur conversation. Il suivit Hermione et Ron dans le couloir du wagon, traînant sa grosse malle et la cage d'Hedwige, puis sauta sur le quai bondé.

-Harry ! s'exclama Sirius, un large sourire aux lèvres. Je suis tellement heureux de te revoir !

-Moi aussi, répondit-il en serrant chaleureusement la main de son parrain.

Mrs Weasley s'approcha à son tour et l'étreignit longuement.

-Dumbledore t'autorise à venir passer la fin des vacances chez nous, lui apprit-elle. J'espère que tu es d'accord ?

-Je suis tout à fait d'accord, Mrs Weasley ! s'exclama Harry d'un air ravi. Merci... merci beaucoup !

-Il n'y a pas de quoi, mon chéri, sourit Mrs Weasley.

-Tu as toutes tes affaires ? demanda Sirius en scrutant les bagages entassés devant le train.

-Euh... oui, répondit Harry.

Sirius hissa la malle et la cage sur un chariot à bagage puis prit congé de Mrs Weasley.

-Il y a du nouveau concernant Barty Croupton ? questionna Harry à voix basse dès qu'ils se furent éloignés.

-Peut-être, répondit Sirius. Mais il y a plus important : j'ai enfin réussi à rendre la maison de mes parents habitable et Dumbledore m'a également donné l'autorisation de te prendre quelques temps en vacances, qu'est-ce que tu en dis ?

Bouche bée, Harry ne répondit pas tout de suite.

-Mais c'est formidable ! s'écria-t-il enfin.

Sirius, qui une seconde plus tôt avait semblé nerveux d'entendre sa réponse, sembla soudainement se détendre.

-Bien, sourit-il. Dans ce cas, allons-y.

Et sans ajouter un mot, il courut en direction de la barrière qui devait les ramener du côté moldu de King's Cross.

 

 

 

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

C'est tout pour aujourd'hui ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.
À très bientôt pour le chapitre 17 qui correspondra au début du tome 5.

Chapitre 17: Canicule by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour à toutes et à tous !

Comme promis me voici de retour avec un nouveau chapitre de cet univers alternatif dans lequel Sirius a été innocenté.

Un grand merci à bellatrix92, Lady Scott et AlexG57 pour leurs reviews du chapitre précédent ! :)

Allez, je vous laisse lire tranquille ;)

 

Le soleil brillait déjà malgré l'heure tardive, la journée avait encore été très chaude. Cela faisait trois semaines que Harry était de retour chez les Dursley et il ne se rappelait pas avoir jamais vécu une canicule comme celle-ci. Poussant un soupir de lassitude, il s'essuya le front avec son bras, sans grand effet : lui aussi était baigné de sueur.

Il laissa ses pieds toucher le sol et la seule balançoire que son cousin Dudley et sa bande n'avaient pas encore cassée s'arrêta aussitôt. N'était-ce pas la voix de Big D qu'il entendait ricaner bêtement au loin ? Curieusement, Dudley semblait avoir décidé de le laisser tranquille. Sans doute était-ce dû au fait que Sirius, l'ex-taulard, lui faisait peur ?

L'oncle Vernon n'avait pas manqué de demander pourquoi Harry vivait-il toujours sous son toit puisque son dépravé de parrain avait été disculpé un an plus tôt et qu'il avait même une maison, à ce qu'il avait compris. Sirius avait alors dû le menacer avec sa baguette – l'oncle Vernon n'avait aucune idée qu'employer la magie devant Harry dans un quartier moldu entraînerait son expulsion de Poudlard, et il n'avait pas besoin de le savoir – et l'oncle Vernon avait finalement accepté de garder Harry jusqu'au jour de son anniversaire contre la promesse que Sirius le récupère ce jour-là.

-Je viendrai le chercher et il passera le reste des vacances avec moi, avait alors assuré Sirius.

            Bien qu'il n'en eût aucune envie, Harry se leva et sortit du parc de Magnolia Road. Il restait encore une semaine jusqu'à son anniversaire, comment allait-il faire pour tenir ? Il s'était rarement autant ennuyé de toute sa vie, même pas en cours d'histoire de la magie. Pourquoi Sirius refusait-il de le prendre plus tôt ? Harry savait que cela avait rapport avec la protection que sa mère lui avait laissée mais il ne comprenait pas vraiment en quoi. D'ailleurs, maintenant qu'il y réfléchissait, le professeur Dumbledore ne le lui avait jamais vraiment expliqué.

            Harry venait de tourner à l'angle de Privet Drive où il croisa Mistrigri – ou bien était-ce Patounet ? –, le chat de Mrs Figg, la voisine qui sentait le chou et chez qui les Dursley le déposaient chaque fois qu'ils partaient en vacances. À quelques mètres devant lui, Big D prenait congé de son gang et Harry se hâta de le rattraper dès que Piers Polkiss eut disparu.

-Alors, à qui as-tu cassé la figure, ce soir ? demanda Harry. Encore un môme de dix ans ? Je sais que tu t'en es pris à Mark Evans il y a deux jours...

-Il l'avait cherché, gronda Dudley.*

Les deux jeunes hommes se défièrent un moment du regard puis repartirent en direction du 4, Privet Drive. Ils n'échangèrent plus un mot avant d'être arrivés devant la maison et Harry monta directement dans sa chambre.

            Hedwige n'était pas là ; Harry l'avait laissée sortir la veille et elle n'était pas encore revenue. Il espérait qu'elle lui apporterait une lettre de Ron ou d'Hermione à son retour. Harry se laissa tomber assis sur le lit, retira ses baskets puis ses chaussettes et caressa doucement sa cicatrice d'un air songeur.

            Depuis qu'il avait fait ce drôle de rêve sur Voldemort huit semaines plus tôt, il ressentait de plus en plus souvent un étrange picotement dans sa cicatrice. Voldemort reprenait des forces, avait sous-entendu Dumbledore. Peut-être était-ce une réaction normale de sa cicatrice ? Il avait l'intention d'en parler à Sirius mais pas dans une lettre. Cela pouvait attendre qu'ils se voient.

Harry baissa la main et se frotta les yeux sous ses lunettes, que la sueur avait rendues glissantes. Il avait beau ne rien avoir fait de la journée, il se sentait quand même épuisé. C'est sans doute dû à la chaleur, pensa-t-il. Il réussit à trouver la force de se lever à nouveau et d'aller prendre une douche avant de se laisser tomber sur le matelas, mort de fatigue.

 

            La pièce aux fenêtres condamnées était toujours aussi sombre et un feu brûlait dans la cheminée malgré la chaleur écrasante qui sévissait dehors.

-Je viens de traire Nagini, Maître, dit l'homme aux cheveux blonds paille agenouillé devant lui. Est-ce qu'il y a autre chose que vous souhaitez que je fasse ?

-Je veux que tu réussisses ta mission, répondit Harry d'une voix aiguë et froide.

-Je ne vous décevrai pas, Maître, assura le serviteur.

Ses traits étaient tirés par la concentration et son regard brillait de détermination. Oui, pensa Harry, il n'allait pas le décevoir.

-Dans ce cas, ne perds pas de temps, répondit-il de sa voix sifflante.

L'homme blond s'inclina brièvement puis se hissa à nouveau sur ses deux pieds et recula de plusieurs pas. Il tourna ensuite sur lui-même et disparut dans un CRAC ! sonore.

            Harry resta un moment seul, assis dans son fauteuil à regarder les flammes danser dans l'âtre, leur aura réchauffant sa peau glacée. Un bruit s'éleva soudain dans son dos, comme si l'on traînait quelque chose de lourd sur le parquet poussiéreux.

-Approche, Nagini, chuchota Harry, et l'immense serpent s'exécuta, venant se lover autour de lui sur le fauteuil. Qu'en penses-tu, Nagini ? Crois-tu qu'il sera capable de nous ramener le garçon ?

            Mais Harry ne put jamais entendre la réponse du serpent : il venait de se réveiller en sursaut dans son lit chez les Dursley, à l'autre bout du pays, la cicatrice en feu, l'homme aux cheveux blonds paille debout à côté de lui.

 

            Pendant quelques secondes, Harry resta étendu sur son lit à regarder l'homme qui semblait presque aussi surpris que lui. Était-il encore en train de rêver, ou bien était-ce la réalité ? Si oui, il fallait qu'il réagisse !

            Les idées à présent tout à fait claires, il roula sur le côté juste au moment où l'homme fondait sur lui et retomba de l'autre côté du lit. L'homme poussa un juron et leva sa baguette.

-Stupéfix ! hurla-t-il.

L'éclair de lumière rouge le manqua de peu et Harry en profita pour se jeter sur l'homme. Bien qu'il ait réussi à récupérer sa baguette sous son oreiller juste avant de se laisser tomber au sol, il préférait ne pas s'en servir s'il pouvait l'éviter, surtout qu'il n'était pas sûr de viser juste sans ses lunettes.

            Il renversa l'homme en l'agrippant au niveau des cuisses comme un rugbyman. Déséquilibré, l'homme tomba en arrière et sa tête heurta l'angle du bureau dans un bruit sourd.

-C'est pas bientôt fini ce raffut ! rugit l'oncle Vernon en faisant irruption dans la pièce.

De toute évidence, il avait actionné l'interrupteur de l'éclairage plafonnier car une lumière vive les aveugla momentanément. Dans un réflexe, Harry s'était tourné vers lui ; bien qu’il ne puisse pas le voir distinctement sans ses lunettes, il savait que le regard de l'oncle Vernon passait de son lui à l'intrus puis de l'intrus à lui.

-PÉTUNIA ! hurla-t-il à nouveau. APPELLE LA POLICE !

Harry allait ouvrir la bouche pour l'en empêcher mais l'homme avait profité de sa distraction pour se redresser et se jeter à nouveau sur lui. Surpris, Harry tomba à la renverse sur le parquet, écrasé par le poids de l'homme. De toute évidence, son adversaire avait perdu sa baguette dans la lutte et était prêt à se battre à mains nues.

            Tentant de se débattre du mieux qu'il pouvait, Harry ne vit pas que l'oncle Vernon avait pris la fuite pour s'enfermer dans la chambre de Dudley avec la tante Pétunia. Son fils avait beau être le champion de boxe de son école, il ne voulait sans doute pas courir le risque qu'il soit blessé pour de vrai. Mais ça n'avait pas la moindre importance, car l'homme le lâcha soudain en poussant un hurlement strident et recula précipitamment.

-Qu'est-ce que... ? marmonna-t-il en regardant ses mains brûlées d'un air horrifié.

Harry comprit, lui. Il avait déjà fait subir la même chose à Quirrell trois ans plus tôt. Se retrouvant soudain en position de force, Harry se redressa, prêt à en découdre. On entendait déjà le bruit de sirènes en bas de la fenêtre mais Harry n'y prêta aucune attention : il se jeta à nouveau sur l'homme, qui poussa un nouveau hurlement strident avant de le repousser de toutes ces forces. Harry bascula en arrière, et avant qu'il n'ait pu revenir à la charge, l'homme avait récupéré sa baguette et disparu en tournant sur lui-même.

            Hors d'haleine, Harry resta assis sur le parquet pendant quelques instants.

-Police ! Ne bougez plus ! cria un Moldu armé d'une matraque.

Harry leva aussitôt les bras en l'air et le policier s'approcha, une paire de menottes à la main.

-Ce n'est pas moi, le cambrioleur ! s'écria Harry alors que l'homme le forçait à se relever. Je vis ici !

-C'est vrai ? demanda l'un de ses collègues à l'oncle Vernon, qui venait d'apparaître dans le couloir.

Pendant une fraction de seconde, l'oncle Vernon sembla hésiter.

-Oui, c'est vrai, admit-il enfin à contrecœur.

À ces mots, le policier relâcha aussitôt Harry, qui se hâta d'aller chercher ses lunettes sur sa table de nuit.

-Où est passé votre agresseur ? questionna encore le Moldu en uniforme.

-Il est parti en passant par le jardin, mentit Harry.

Le policier fit signe à deux de ses collègues d'aller voir tandis que lui restait auprès de Harry.

-Est-ce que vous êtes blessé ? poursuivit-il en apercevant les traces de sang sur le parquet. Vous voulez que je vous appelle un médecin ?

-Non, souffla Harry. Le cambrioleur s'est cogné la tête lorsque j'ai voulu me défendre, c'est son sang, pas le mien.

-Hm, fit le policier. Si vous êtes sûr que ça va, je vais prendre votre déposition. Expliquez-moi ce qui s'est passé et donnez-moi une description aussi précise que possible de votre agresseur.

-D'accord, répondit Harry, bien qu'il sache que c'était tout à fait inutile.

            L'homme était un sorcier, cela ne faisait aucun doute, et il travaillait avec Voldemort. Si le rêve qu'il avait fait plus tôt dans la nuit n'en était pas vraiment un mais une espèce de vision, alors il ne partageait pas son corps avec le mage noir. Comment se faisait-il alors qu'il n'ait pas pu le toucher ? Cela avait-il un rapport avec le fait qu'il se trouvait chez les Dursley ?

            Harry s'efforçait de répondre aux questions du policier le plus rapidement possible pour qu'il le laisse enfin en paix lorsque sa cicatrice devint subitement si douloureuse qu'il se mit à hurler, plié en deux par la douleur. De toute évidence, le serviteur avait déçu son maître, finalement.

-Je crois que vous avez besoin d'un médecin, insista le policier en le dévisageant avec inquiétude.

-Non, haleta Harry, les larmes aux yeux. Ça va aller, je vous jure !

Sa cicatrice continuait de le lancer mais la douleur était redevenue supportable.

-Bon, conclut le policier. Si vous vous souvenez de quoi que ce soit, n'hésitez pas à nous contacter.

Sans ajouter un mot, il se détourna et sortit de la pièce.

            Harry entendit la tante Pétunia raccompagner les policiers jusqu'à la porte et se laissa tomber sur le matelas, les yeux fermés.

-Tu peux m'expliquer ce qui s'est passé ? gronda l'oncle Vernon en le tirant par le bras pour le redresser en position assise.

-Je n'en suis pas sûr, répondit Harry d’une voix lasse. Je pense que c'était un Mangemort... un partisan de Lord Voldemort, précisa-t-il. Il venait pour m'enlever mais il n'a pas réussi à me toucher.

-Ah non ? s'étonna l'oncle Vernon, une grosse veine visible sous sa tempe à cause de la fureur. Et pourquoi pas ?

-À cause de la protection de Lily, répondit dans un souffle la tante Pétunia.

L'oncle Vernon se tourna alors vers elle en lui lançant un regard sidéré.

-Rappelle-toi, reprit-elle d'une voix tremblante, c'est pour cette raison que nous avons accepté de le prendre avec nous.

Cette fois, la mâchoire de l'oncle Vernon semblait s'être décrochée pour de bon. Avant qu'il n'eût trouvé quoi dire, un hibou moyen duc s'engouffra par la fenêtre ouverte de la chambre et laissa tomber une lettre d'aspect officiel aux pieds de Harry avant de disparaître à nouveau dans l'obscurité de la nuit. Intrigué, Harry se pencha pour la ramasser et déplia le parchemin :

 

            « Cher Mr Potter,

Nous avons reçu des informations selon lesquelles vous auriez exécuté le sortilège de Stupéfixion ce matin à une heure vingt-trois, dans une zone habitée par des Moldus. »

 

Le reste de la lettre, écrite par une employée du Service des usages abusifs de la magie, lui expliquait qu'il était dorénavant expulsé de Poudlard et que des représentants du ministère ne tarderaient pas à venir frapper à la porte du 4, Privet Drive pour lui confisquer – non, pire : pour détruire – sa baguette. Comme si cela ne suffisait pas, il était également convoqué à une audience disciplinaire au ministère de la Magie, le 12 août.

            Il ne pouvait s'agir que d'une erreur, d'une épouvantable erreur ! Ce n'était pas lui qui avait lancé le sortilège de Stupéfixion mais le Mangemort qui avait essayé de le kidnapper ! Dumbledore ! Il fallait qu'il avertisse Dumbledore ! Dumbledore saurait quoi faire, il en était persuadé.

            Mais Hedwige n'était pas encore rentrée.

            La solution le frappa alors comme la foudre. Sans accorder la moindre attention à l'oncle Vernon, il s'approcha à nouveau de sa table de nuit et saisit le petit miroir carré qui y était posé.

-Sirius Black ! s'exclama-t-il, et le visage de son parrain apparut aussitôt à la place de son reflet.

-Harry, que se passe-t-il ? questionna Sirius sans autre préambule.

Il avait l'air sincèrement inquiet, ce qui semblait être devenu une sorte d'habitude mais cela n'avait pas d'importance pour le moment.

-Sirius ! dit Harry d'une voix pressante. Je viens de me faire attaquer par un Mangemort et le ministère veut me renvoyer de Poudlard. Il faut que tu préviennes le professeur Dumbledore !

Sirius eut à peine le temps d'ouvrir la bouche d'un air hébété qu'on sonna à la porte.

 

            -Quel genre de saligaud peut bien sonner à une heure pareille ? rugit l'oncle Vernon.

Furieux, il dévala les escaliers aussi rapidement que sa volumineuse corpulence le lui permettait et ouvrit la porte d'un geste brusque tandis que Harry échangeait avec Sirius un regard alarmé.

-Bonsoir, dit une voix sereine et aimable que Harry aurait pu reconnaître entre mille.

Il y eut un moment de flottement puis l'oncle Vernon sembla retrouver l'usage de la parole.

-Qui êtes-vous et qu'est-ce que vous voulez ? gronda-t-il.

-Je voudrais parler à Harry, si cela ne vous dérange pas, répondit la voix.

-Eh bien si, ça me dérange, répliqua l'oncle Vernon. Vous avez vu l'heure qu'il est ?

C'était une question rhétorique, mais connaissant son interlocuteur, ce n'était pas l'oncle Vernon qui allait l'impressionner.

-C'est urgent, voyez-vous, insista Dumbledore du même ton courtois mais déterminé.

L'oncle Vernon balbutia alors quelques paroles incompréhensibles puis Harry l'entendit refermer la porte. Sans attendre davantage, Harry passa devant la tante Pétunia et Dudley et descendit les escaliers de quatre en quatre, Sirius toujours présent par l'intermédiaire du Miroir à Double Sens.

-Professeur Dumbledore ! s'exclama le jeune homme en se précipitant vers lui.

-Harry ! salua le vieil homme en retour. J'ai à te parler. Y a-t-il un endroit où nous pourrions nous installer pour discuter ?

-Euh...

Avant que Harry n'ait su quoi répondre, Dumbledore était déjà entré dans le salon et s'était installé dans l'un des fauteuils. Vêtu d'une longue robe de sorcier bleu nuit, il avait l'air terriblement déplacé dans ce décor pour le moins ordinaire, pour ne pas dire banal.

-Je suis tellement content de vous voir, professeur ! reprit Harry. Je viens de recevoir une lettre du ministère de la Magie, ils veulent m'expulser de Poudlard et détruire ma baguette !

-Je suis au courant, Harry, répondit Dumbledore d'un ton calme. Je suis également au courant qu'un intrus se trouvait ici au moment où le sortilège a été lancé.

-Comment le savez-vous ? questionna Harry, estomaqué.

-Mrs Figg m'a prévenu que la police moldue avait débarqué à cause d'un cambriolage, expliqua Dumbledore. Lorsque j'ai eu vent de ton expulsion de Poudlard, j'ai tout de suite fait le rapprochement.

Bien trop agité par les évènements, Harry ne pensa même pas à demander d'où Dumbledore connaissait Mrs Figg.

-Ce n'est pas moi qui ai lancé le sortilège, expliqua-t-il précipitamment. C'était le même Mangemort que j'ai vu dans mon rêve, il y a deux mois. D'ailleurs, j'ai à nouveau rêvé de Voldemort juste avant l'attaque. Il disait à cet homme de ne pas le décevoir et d'accomplir sa mission. Lorsque je me suis réveillé, il était là, à côté de mon lit.

Semblant réfléchir à ce que Harry venait de lui dire, Dumbledore ne répondit pas immédiatement.

-À quoi ressemblait cet homme ? demanda-t-il au bout d'un moment.

-Il était grand et très mince, le visage émacié un peu comme Sirius lorsqu'il s'est évadé d'Azkaban. Ses cheveux étaient blonds, un peu comme de la paille. Et je crois... oui, je crois qu'il avait des taches de rousseur.

Il marqua une pause puis ajouta :

-Je suis sûr de l'avoir déjà vu quelque part. J'ai cette impression depuis que j'ai rêvé de lui, la première fois.

Cette fois encore, Dumbledore prit son temps pour répondre.

-Que s'est-il passé ensuite ?

-Il a essayé de me stupéfixier mais j'ai réussi à l'esquiver. Ensuite, je me suis rué sur lui et il a perdu sa baguette. Nous nous sommes battus à mains nues et là...

-Il s'est brûlé au contact de ta peau comme l'avait fait le professeur Quirrell ? devina Dumbledore.

Il avait parlé à voix très basse, presque dans un souffle, et Harry se contenta de hocher la tête.

-Tu comprends maintenant pourquoi il est si important que tu reviennes ici tous les étés ? poursuivit Dumbledore. Ni Voldemort ni qui que ce soit sous ses ordres ne peut te toucher tant que tu es dans cette maison où coule le sang de ta mère. C'est l'endroit le plus sûr pour toi : en dehors de ces murs, n'importe quel Mangemort peut s'en prendre à toi. Seul Voldemort continue à souffrir s'il te touche, quel que soit l'endroit où tu te trouves.

Harry le dévisagea un moment d'un air dubitatif. Cela ne voulait tout de même pas dire que... ?

-Je crois que tu es en sécurité ici, reprit Dumbledore. Il n'y a aucun risque à ce que tu restes, à condition que tu me promettes de ne plus sortir de la maison.

-Mais, professeur ? balbutia Harry. Sirius doit venir me chercher le jour de mon anniversaire ! Et Mrs Weasley a promis que je pourrais venir passer deux semaines au Terrier !

Il avait bien conscience de la puérilité de ses objections après avoir échappé de peu à un enlèvement, mais pour le moment, la seule chose qui comptait, c'était de s'assurer qu'il ne passerait pas l'intégralité des vacances chez les Dursley.

-Ne t'inquiète pas, sourit Dumbledore. La maison de Sirius est elle-même assez sûre.

-Je confirme, acquiesça Sirius au travers du Miroir que Harry tenait toujours dans le creux de sa main, le faisant sursauter.

-Et je ne pense pas que Voldemort cherchera à s'en prendre à toi lorsque tu seras sous le toit d'un employé du ministère, ajouta Dumbledore.

À ces mots, Harry ne put réprimer un soupir de soulagement avant de se rappeler un autre point alarmant.

-Et pour ma baguette ?

-Tu n'auras pas à la rendre, assura Dumbledore, et tu n'es pas non plus exclu de Poudlard. J'ai déjà tout arrangé avec Mrs Hopkrik. C'est l'issue de l'audience disciplinaire qui statuera sur les sanctions à prendre. Mais comme tu n'as pas lancé ce sortilège de Stupéfixion, ajouta-t-il en réponse à l'inquiétude visible sur le visage de Harry, tu n'as absolument rien à craindre.

Sans ajouter un mot, Dumbledore se leva et traversa à nouveau le salon. Il venait de passer devant les Dursley lorsque l'oncle Vernon l'apostropha :

-Et si nous ne voulons plus de lui chez nous ? grogna-t-il d'un ton qui se voulait menaçant.

-Vous n'avez pas le choix, souligna Dumbledore en arquant les sourcils. Votre épouse a accepté de prendre soin de Harry lorsque je l'ai déposé devant votre porte pour le protéger et...

-Mais là, nous risquons nos vies ! coupa sèchement l'oncle Vernon.

-Comme je l'expliquais tout à l'heure à Harry, reprit patiemment Dumbledore, personne ne peut l'atteindre tant qu'il est sous votre toit. Voldemort a peut-être fait cette erreur aujourd'hui, mais il ne recommencera pas. Et puis, il ne s'agit plus que d'une seule semaine.

Il avait parlé d'un ton courtois mais sans réplique, et l'oncle Vernon n'insista pas. Dumbledore sortit alors dans le couloir et Harry le suivit jusque dans l'entrée.

-Encore une fois, insista Dumbledore, la main sur la poignée de porte, je veux que tu me promettes de ne pas sortir d'ici avant que Sirius vienne te chercher et que tu vérifies son identité en lui posant une question dont lui seul connait la réponse. Tu m'as bien compris ?

-Oui, acquiesça Harry dans un souffle.

-Parfait, sourit Dumbledore. Dans ce cas, nous nous verrons le jour de l'audience. Sirius, ajouta-t-il en se penchant vers le Miroir à Double Sens, je vais passer vous voir avant de rentrer à Poudlard, si cela ne vous dérange pas.

-Je vous en prie, acquiesça Sirius en hochant la tête.

À ces mots, Dumbledore lui adressa un bref sourire puis tourna la poignée, ouvrant la porte, traversa le jardinet et disparut dans la nuit.

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

C'est tout pour aujourd'hui, j'espère que ça vous a plu. J'avoue avoir eu beaucoup de difficultés à écrire ce chapitre parce que Voldemort n'a jamais envoyé l'un de ses sbires essayer d'attaquer Harry quand il était chez les Dursley, alors qu'il ne semble pas vraiment comprendre la protection due au sacrifice de Lily et que, à mon avis, c'est la première chose à essayer quand on méprise autant les Moldus que lui. Enfin bref, n'hésitez pas à me donner votre avis là-dessus.

 

Le prochain chapitre sortira le 31 juillet pour l'anniversaire de Harry puisque justement, il soufflera ses quinze bougies :)

 

Chapitre 18: Joyeux Anniversaire, Harry ! by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

 

Merci d’être encore une fois au rendez-vous pour ce nouveau chapitre !

 

Nous sommes le 31 juillet et nous fêtons l’anniversaire de Harry et de JKR, alors chantons tout en chœur :

 

JOYEUX ANNIVERSAIRE ! JOYEUX ANNIVERSAIRE ! JOYEUX ANNIVERSAIRE, HARRY & JKR ! JOYEUX ANNIVERSAIRE !

 

Bonne lecture !

Le lendemain de l'intrusion du mystérieux Mangemort, Harry reçut une lettre de Ron :

 

            « Harry,

Papa m'a dit que tu vas être expulsé de Poudlard pour avoir fait de la magie en dehors de l'école ? Qu'est-ce qui t'est passé par la tête ? Envoie-moi un hibou le plus vite possible pour me raconter ce qui t’est arrivé.

            Ron »

 

N'ayant rien de mieux à faire de ses journées depuis qu'il n'avait plus le droit de sortir de la maison, Harry lui avait répondu en lui donnant le plus de détails possible, relatant la visite de Dumbledore et les nouvelles rassurantes qu'il lui avait apportées.

            La semaine qui séparait Harry de son départ de Privet Drive sembla s'éterniser. Il avait beau prendre contact avec Sirius chaque jour, son parrain n'avait que peu de temps à lui accorder.

-Nous sommes très occupés à rechercher celui qui t'a attaqué, répétait-il sans cesse.

Las, Harry, n'insista plus, supposant qu'on le préviendrait s'il y avait du nouveau. La veille du 31 juillet, Harry se décida à ranger toutes affaires dans sa malle de manière à être prêt quand Sirius viendrait le chercher, le lendemain.

-Je te laisse sortir, dit-il à Hedwige. Tu sais où vit Sirius, n'est-ce pas ?

La chouette hulula doucement et Harry interpréta sa réponse comme un « oui ». Une fois ses bagages pliés, Harry se laissa tomber sur son lit et essaya de trouver le sommeil mais il était bien trop excité pour y parvenir. Il ne réussit qu’à somnoler plusieurs heures pendant lesquelles il revoyait la pièce sombre aux fenêtres condamnées où se trouvait Voldemort, mais sans parvenir à capter la moindre image précise.

            Sirius se présenta chez les Dursley à huit heures du matin, en plein petit-déjeuner.

-Ah, c'est vous, grogna l'oncle Vernon en le reconnaissant.

Il mourait d'envie de lui lancer quelque chose de désagréable, Harry en était persuadé, mais l'oncle Vernon se réjouissait trop de se débarrasser de lui pour prendre cette peine.

-Comment s'appelle la fille que j'ai voulu inviter au Bal de Noël ? demanda Harry en prenant la place de l'oncle Vernon dans l'embrasure de la porte.

-Qu'est-ce que ça peut bien faire ? marmonna l'oncle Vernon.

-Cho Chang, répondit Sirius sans la moindre hésitation tout en jetant à l'oncle Vernon un regard assassin.

Harry ouvrit la porte et Sirius entra dans le hall. Il était vêtu comme un Moldu, avec un jean noir, le t-shirt d'un groupe de rock, une paire de santiags et un blouson en cuir, ce qui irrita passablement Harry, habitué à le voir en robe de sorcier.

-Tes affaires sont prêtes ? questionna Sirius.

-Oui, acquiesça Harry. Elles sont là-haut.

-Je vais t'aider, déclara Sirius en gravissant les premières marches, faisant fi des protestations de l'oncle Vernon. Je pourrais les faire venir d'un sortilège d'Attraction mais le ministère risquerait de te le coller également sur le dos. Je préfère éviter...

Ils venaient d'atteindre le palier et Harry le conduisit jusque dans sa chambre, où sa malle et la cage vide d'Hedwige les attendaient. Ils saisirent chacun une poignée de la valise et Sirius agrippa la cage de sa main libre puis ils redescendirent précautionneusement jusqu'au rez-de-chaussée.

-Bon ben... commença Harry en se tournant vers l'oncle Vernon. Au revoir.

L'oncle Vernon se contenta de grogner en guise de réponse et se hâta de refermer la porte sur eux.

-On va prendre le Magicobus, annonça Sirius, et Harry se contenta d'approuver d'un signe de tête.

Debout sur le trottoir, Sirius se baissa, agita brièvement sa baguette au ras du sol, et un bus violet à double impériale apparut aussitôt devant eux.

-Bienvenue à bord du Magicobus, transport d'urgence pour sorcières et sorciers en perdition, récita un jeune homme au visage boutonneux que Harry reconnut aussitôt. Je m'appelle Stan Rocade et je serai votre contrôleur aujourd'hui.* Hey, Neville !

-Salut Stan, répondit Harry sans pouvoir s'empêcher de sourire.

-Alors, où est-ce que tu vas aujourd'hui, Neville ?

-Nous allons au square Grimmaurd, à Londres, répondit Sirius, qui semblait passablement irrité par l’étrange comportement du contrôleur envers son filleul.

Stan sursauta, comme s'il venait juste de se rendre compte de sa présence et le dévisagea.

-Nom d’une gargouille, Neville ! Mais c'est Sirius Black !

-Euh... oui, admit Harry, mal à l'aise. Tu veux bien nous laisser monter, s'il te plait ?

-Quoi ? fit Stan d'un air absent. Ah oui ! Ça fait vingt-deux Mornilles.

Sirius se chargea de régler la course puis lui et Stan hissèrent la lourde valise à l'intérieur du bus tandis que Harry empoignait la cage d'Hedwige.

-Ne nous installons pas trop loin, murmura Sirius en désignant deux places assises à l'arrière, près de la porte du véhicule, et Harry approuva d'un signe de tête.

            Le trajet fut de courte durée mais des plus éprouvants, entre les tressautements du bus et l'interrogatoire interminable de Stan à Sirius. Finalement, entre la poudre de Cheminette, les Portoloins, le transplanage et le Magicobus, Harry était incapable de dire lequel de ces moyens de transports magiques il trouvait le plus pénible. Le bus s'arrêta soudain au milieu d'une petite place, Ernie le conducteur debout sur les freins.

-Square Grimmaurd, Londres ! annonça Stan d'une voix claironnante, et Harry et Sirius se hâtèrent de descendre du véhicule.

-À un de ces jours, Neville ! lança Stan d'un ton joyeux avant que le Magicobus ne disparaisse à nouveau.

-Pourquoi est-ce qu'il t'appelle Neville ? questionna Sirius en hissant la lourde malle en haut d'un perron délabré.

Cette question lui brûlait manifestement les lèvres depuis qu’ils avaient quitté Privet Drive.

-Parce que je n'ai pas voulu lui dire qui j'étais la première fois que je l'ai rencontré, expliqua Harry d'un ton amusé. D'ailleurs, c'était le jour où tu m'as suivi sous ta forme d'Animagus dans Magnolia Crescent, tu t'en souviens ?

Sirius hocha la tête et déverrouilla la porte noire à la peinture écaillée et à la poignée en forme de serpent.

-Avant que nous entrions, reprit Sirius en se tournant vers son filleul, il faut que je te prévienne de bien rester silencieux tant que nous serons dans le couloir.

Bien que soudain envahi d'un mauvais pressentiment, Harry se contenta de hocher la tête en signe d'approbation. Sirius ouvrit la porte et Harry le suivit.

Son parrain n'avait pas menti lorsqu'il disait que la maison de ses parents respirait la magie noire. Le hall avait été nettoyé mais une odeur de poussière flottait dans l'air, tenace, comme un voile invisible suspendu aux vieilles lampes à gaz qui tombaient du plafond, et des tâches claires au-dessus de l'escalier témoignaient encore de l'ancienne tradition familiale qui consistait à exposer les têtes empaillées des elfes de maison décédés, bien que Sirius les eût décrochées depuis longtemps. Il déposa la valise de Harry aux pieds de l'escalier puis traversa le couloir d'un pas lent, et Harry le suivit docilement. Ils passèrent devant un grand rideau qui devait masquer une porte mais bifurquèrent pour descendre une volée de marches qui menait au sous-sol, et se retrouvèrent bientôt dans une immense caverne qui semblait abriter la cuisine.

-Bienvenue dans la demeure des Black, reprit Sirius à voix haute en se laissant tomber sur l'une des chaises autour de la longue table en bois. Je suis désolé pour tout ce cirque, mais je n'ai toujours pas réussi à me débarrasser du portrait de ma mère qui se trouve dans l'entrée. Elle se réveille dès qu'on fait trop de bruit et se met à hurler des insultes qu'on entend jusqu'au grenier.

-Tu ne peux pas simplement le décrocher ? suggéra Harry dans un haussement d'épaules, en s'asseyant à son tour.

-On voit bien que tu n'as pas connu ma mère, répondit Sirius d'un air sombre. Elle a sûrement dû jeter un maléfice de Glu Perpétuelle à la toile pour éviter que je ne la jette aux ordures.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Harry ne sut quoi ajouter, puis Sirius se tourna vers lui, un large sourire sur le visage.

-Je ne t'ai même pas souhaité un joyeux anniversaire ! s'exclama-t-il soudain.

-Ah, euh... merci.

-Qu'est-ce que tu veux faire, aujourd'hui ? questionna Sirius d'un ton si jovial qu'il en était exagéré et peu convaincant. Il n'y a malheureusement pas de match de championnat à cette époque de l'année, sinon je t'aurais emmené voir du Quidditch. Mais on pourrait peut-être se promener un peu dans le Londres moldu, qu'est-ce que tu en penses ?

Cette fois encore, Harry hésita.

-D'accord, répondit-il enfin, mais j'aimerais bien passer à Gringotts.

-À Gringotts ? répéta Sirius en se grattant le menton, l'air dubitatif. Aujourd'hui ?

-Euh... non, pas forcément aujourd'hui... Mais j'ai besoin d'aller chercher de l'argent dans mon coffre et euh... je ne préfère pas le faire devant Mr et Mrs Weasley...

-Je comprends, assura Sirius, mais il n'est pas sûr pour toi de te rendre sur le Chemin de Traverse, par les temps qui courent. Je pourrais te prêter l'argent dont tu as besoin, en attendant.

Harry ouvrit la bouche d'un air dépité. Il pensait que Sirius le laisserait faire à peu près tout ce qu'il veut – n'était-ce pas lui qui, un an plus tôt, avait critiqué l'attitude de Mrs Weasley, qu'il trouvait trop maternelle ? – et ne s'était pas attendu à devoir se justifier.

-C'est que... reprit-il d'un air gêné, j'ai besoin de cinq cent Gallions...

-Cinq cent Gallions ? s'écria Sirius, les yeux soudain exorbités. Qu'est-ce que tu veux faire d'une somme pareille ?

Harry ouvrit la bouche et remua sur sa chaise, de plus en plus mal à l'aise. Il poussa un soupir résigné et expliqua alors qu'il avait envie d'aider Fred et George à lancer leur magasin de farces et attrapes.

-Même s'ils passaient leur temps à se moquer de lui, la mort de Percy les a beaucoup affectés, conclut Harry, et maintenant que Verpey a disparu avec leurs gains de la Coupe du Monde de Quidditch, j'ai peur qu'ils n'abandonnent pour de bon. Mais on a tous besoin de rire, n'est-ce pas ? Et la famille Weasley a déjà fait tellement pour moi, je voudrais pouvoir faire quelque chose pour leur redonner un peu le sourire.

Sirius poussa un profond soupir et se laissa tomber contre le dossier de sa chaise.

-Je vois ce que tu veux dire, dit-il d'une voix lente après un long moment de silence, mais il me semble que Molly était contre ce projet. Si je t'aide à les aider et qu'elle le découvre, je risque de passer un sale quart d'heure.

À cet instant, Harry comprit que Sirius, sous ses airs virils et très sûr de lui, avait en fait un peu peur de Mrs Weasley. C'était une vision un peu ridicule et pourtant, Harry devait avouer qu'elle l'impressionnait, lui aussi.

-Fred et George ne lui diraient jamais d'où vient l'argent, insista-t-il cependant.

-On en reparlera, d'accord ? dit Sirius en lui lançant un regard pénétrant. Bon, ajouta-t-il en se levant d'un bond, on ne va pas passer toute la journée enfermés au sous-sol alors que le monde des Moldus n'attend plus que nous !

Sans ajouter un mot, il sortit de la cuisine et Harry n'eut d'autre choix que de le suivre.

            C’était la première fois que Harry venait à Londres, et parrain et filleul passèrent la journée à jouer les touristes. Ils se promenèrent devant le parlement et l'abbaye de Westminster, admirèrent la fameuse tour de l'horloge, et prirent le ferry jusqu'à Tower Bridge, une glace à la main, en passant devant le Shakespeare's Globe Theater et la tour de Londres, la célèbre prison, puis finirent l'après-midi assis à l'ombre d'un arbre de Hyde Park, terrassés par la chaleur qui semblait encore plus étouffante dans une ville aussi fréquentée – et polluée – que la capitale britannique.

-Et cette fille ? Cho ? Tu as eu l'occasion de lui reparler depuis le Bal de Noël ? demanda Sirius en s'allongeant sur la pelouse, appuyé sur ses coudes, les pieds croisés, la tige d'une pâquerette dans la bouche.

-Non, souffla Harry. Elle sort toujours avec Cedric Diggory et comme il vient de gagner le Tournoi des Trois Sorciers, j'imagine qu'elle voudra tout faire pour le garder.

-Ouais, répondit Sirius d'un air sombre, je sais ce que c'est.

Perdu dans ses pensées, il ne s'aperçut pas tout de suite que Harry lui lançait un regard intrigué. D'un geste inconscient, il prit la pâquerette qu'il tenait encore entre ses dents et l'écrabouilla entre ses doigts.

-Est-ce que tout va bien ? demanda timidement Harry.

-Hein ? fit Sirius en levant soudain la tête vers lui. Oui. Oui, tout va bien.

Il y eut un nouveau moment de silence, puis Sirius se redressa.

-On ferait bien d'y aller, déclara-t-il. On en a pour une bonne heure à rentrer par les moyens de transport moldus.

À ces mots, il se leva et tendit la main vers Harry, qui la prit sans hésiter, et le hissa sur ses deux pieds.

            Il était déjà presque dix-huit heures lorsqu'ils passèrent la porte du 12, square Grimmaurd et Sirius commença par monter la malle de Harry dans l'une des chambres du deuxième étage.

-J'espère qu'elle te convient, déclara-t-il dans un haussement d'épaules, et Harry jeta un regard à la pièce.

Elle était haute de plafond et la tapisserie était décollée par endroits. Deux lits jumeaux occupaient la plus grande partie de l'espace et une armoire se tenait à côté de la porte à la poignée en forme de serpent. Enfin, une toile vide au fond marron était accrochée en face des deux lits.

-C'est très bien, assura Harry.

Ce n'était pas le dortoir des Gryffondor mais quand même dix fois mieux que sa chambre chez les Dursley.

-La salle de bain est au fond du couloir, ajouta Sirius. Tu peux te rafraîchir un peu avant de descendre dîner.

Harry acquiesça d'un signe de tête puis Sirius sortit de la pièce en refermant la porte derrière lui.

La salle de bain avait le même style que le reste de la maison : froid comme la salle commune de Serpentard. Harry comprenait à présent pourquoi Sirius s'était enfui de chez ses parents à l'âge de seize ans pour se réfugier chez ceux de son meilleur ami – ses grands-parents, à lui.

            Après avoir pris une douche et enfilé des vêtements propres, Harry redescendit à la cuisine en prenant bien soin de faire le moins de bruit possible. Ses efforts furent cependant réduits à néant lorsqu'une explosion se produisit au moment où il poussait la porte de la cuisine.

-SURPRISE ! hurlèrent une dizaine de personnes d'une seule voix.

-Vermines ! Saletés ! Résidus de pourriture et d'abjection ! Bâtards, mutants, monstres, quittez cette maison ! Comment osez-vous souiller la demeure de mes aïeux ?**

-Aïe, soupira Sirius.

Il secoua la tête d'un air exaspéré puis passa devant Harry et disparut hors de la cuisine.

-Harry, mon chéri ! s'exclama Mrs Weasley en le prenant dans ses bras. Je suis tellement heureuse de te revoir !

-Moi aussi, Mrs Weasley, répondit-il, le souffle coupé. Qu'est-ce que vous faites tous ici ? ajouta-t-il en détaillant les visages de Ron, Hermione, Fred, George, Ginny et Mr Weasley réunis dans la cuisine.

-Sirius nous a invités à fêter ton anniversaire, répondit Mrs Weasley avec un sourire ému. C'est vraiment très gentil de sa part.

-Il n'y a vraiment pas de quoi, Molly, assura Sirius en réapparaissant dans la cuisine.

Harry prit place en bout de table, entouré de Ron et Hermione tandis que Mrs Weasley insistait pour aider Sirius à préparer le dîner.

-Non, non, répondit Sirius. À quoi sert-il d'avoir un elfe de maison ?

À ces mots, Hermione lui lança un regard de reproches et ouvrit la bouche pour répliquer, mais Mrs Weasley ne lui en laissa pas le temps.

-Oh, dit-elle, j'aimerais bien avoir un elfe de maison.

-Je suis prêt à te l'offrir, répondit Sirius, mais celui-ci n'est vraiment pas un cadeau.

-Le maître est toujours aussi charmant, croassa soudain une voix, faisant sursauter tout le monde.

-Ah, te voilà, toi ! gronda Sirius. Mets-toi donc au travail !

L'elfe de maison s'inclina en marmonnant des paroles inintelligibles puis s'avança vers les fourneaux et se mit au travail. Tout comme Hermione, Harry ne pouvait en détacher les yeux : Kreattur était si vieux que sa peau semblait devenue trop grande pour lui et des touffes de poils blancs lui sortaient des oreilles.

-Alors, Harry, intervint Mr Weasley avec un sourire aimable. Tu es content de pouvoir passer un peu de temps avec ton parrain ?

-Oui, répondit Harry échangeant un sourire avec Sirius.

Il hésita une seconde puis ajouta :

-Mais j'ai quand même un peu peur de cette audience au ministère...

-Ne t'en fais pas, dit Mr Weasley d'un ton qui se voulait rassurant. Dumbledore va assurer ta défense et tu t'en sortiras blanc comme neige.

Harry s'efforça de lui rendre son sourire : il aurait voulu en être aussi persuadé.

            La soirée d'anniversaire se passa sans autre incident que les remarques de Sirius envers Kreattur, et Harry trouva que Mr et Mrs Weasley avaient beaucoup de courage de se montrer si attentionnés envers lui alors qu'ils avaient perdu l'un de leurs fils tout juste six mois plus tôt. Ils étaient loin d'avoir oublié Percy, bien sûr, et leur infinie tristesse continuait à marquer leurs traits d'habitude si joviaux. Je souhaite que la famille Weasley soit à nouveau heureuse ! pensa-t-il de toutes ses forces au moment de souffler ses bougies. Par chance, il réussit à éteindre les quinze petites flammes d'un seul coup et espéra plus que jamais que son vœu se réalise. Hagrid est venu me chercher le jour de mes onze ans, après tout, se rappela-t-il alors.

Il était déjà presque minuit lorsque les Weasley retournèrent au Terrier par la poudre de Cheminette en compagnie d'Hermione.

-Je suis d'accord avec toi, finalement, déclara Sirius lorsqu'ils furent à nouveau seuls. Moi aussi, je vais investir dans Farces pour sorciers facétieux.



 

End Notes:

*  Dialogues issus de Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, traduction de Jean-François Ménard

**  Extrait de Harry Potter et l’Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard.

 

J'espère que c'est mieux côté orthographe. Merci encore de votre fidélité ! Je vous donne rendez-vous le 31 août pour le prochain chapitre !

Chapitre 19: Vacances sous surveillance by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

 

Me voilà de retour comme promis avec un nouveau chapitre. Un grand merci aux 52 personnes qui ont lu jusqu’au chapitre 18 et un merci tout particulier à AlexG57 et Lady Scott pour leurs reviews :)

 

Bonne lecture !

Harry monta dans sa chambre du deuxième étage et se laissa tomber tout habillé sur le matelas. La toile accrochée en face de son lit était aussi vide que plus tôt dans la soirée et Harry se demanda l’espace d’un instant où se trouvait son occupant – il n’avait vu aucun autre tableau dans la maison à part celui de Mrs Black mais après tout, il n’en avait visité que trois pièces, plus le hall d’entrée.

Tandis qu’il s’enfonçait lentement dans le sommeil, les images de la journée défilèrent dans son esprit. S’il devait faire un classement de ses plus beaux anniversaires, celui-ci arriverait sans aucun doute dans le peloton de tête. Bon, d’un autre côté, il n’avait pas eu beaucoup d’anniversaires heureux…

            Les souvenirs de sa promenade à Londres avec Sirius laissèrent peu à peu place à des ténèbres profondes tandis que ses membres s’engourdissaient, happés par la fatigue. Puis, lentement, la lueur d’un feu de cheminée l’éclaira à nouveau. Les images restaient floues, mais Harry pouvait distinguer l’homme blond ainsi que le gigantesque serpent. Sa cicatrice recommença à le lancer, et Harry se réveilla en sursaut.

-Qui est là ? demanda-t-il en se redressant dans son lit, cherchant à tâtons comment allumer la lampe de chevet.

-Ce n’est que l’humble Kreattur qui fait le ménage, répondit la voix croassante de l’elfe de maison.

Harry trouva enfin l’interrupteur. Un halo de lumière envahit soudain la chambre, et le jeune homme en profita pour enfiler ses lunettes.

-Vous faites le ménage la nuit ? s’étonna-t-il, mais plus il observait l’elfe, moins il avait l’impression qu’il travaillait.

Penché au-dessus de la malle grande ouverte, Kreattur le dévisagea un long moment puis se redressa et s’approcha de lui.

-Est-ce vrai ? Est-ce vraiment Harry Potter ? Kreattur voit la cicatrice, ce doit être vrai, c’est lui qui a fait échec au Seigneur des Ténèbres, Kreattur se demande comment il s’y est pris…*

-Je… balbutia Harry, troublé par la présence si proche de l’elfe de maison, je ne sais pas comment j’ai fait… Je n’étais qu’un bébé, et je…

Mais Kreattur ne l’écoutait déjà plus et marmonnait à présent des paroles inaudibles.

-Euh… reprit Harry, cherchant ses mots. Vous n’avez pas besoin de faire le ménage la nuit, d’accord ? C’est que, j’aimerais bien dormir, voyez-vous…

Il marqua une pause, le temps de voir comment l’elfe allait réagir mais, comprenant qu’il n’avait nullement l’intention de partir, Harry se leva et alla ouvrir la porte de la chambre.

-À demain, dit-il d’une voix dure qui aurait certainement déplu à Hermione, mais qui sembla efficace car Kreattur passa devant lui en grommelant et disparut dans l’obscurité du palier. Soulagé, Harry referma la porte et tourna la clé dans la serrure.

            Le reste de la nuit se passa sans incident notable, bien qu’Harry eût du mal à se rendormir après l’intrusion de Kreattur. Les rayons du soleil qui perçaient au travers des rideaux mangés aux mites le réveillèrent en début de matinée et Harry descendit silencieusement à la cuisine dans l’espoir d’y trouver Sirius et put constater que son parrain n’était pas seul.

-Professeur Maugrey ? s’étonna Harry en s’arrêtant sur le seuil, estomaqué.

-Ah, Potter, grogna l’ancien Auror, son œil normal et son œil magique fixés sur lui.

-Entre, Harry, ajouta Sirius. Tu as bien dormi ? ajouta-t-il en se levant de son siège.

-Ça a été, répondit Harry en s’asseyant sur l’une des chaises à côté de l’ancien professeur de défense contre les forces du Mal, qui continuait de le scruter. J’ai reçu la visite de Kreattur…

-Je savais bien que j’aurais dû lui interdire d’entrer dans ta chambre, soupira Sirius, comme s’il s’était attendu à un tel comportement de la part de son elfe.

Il se pencha alors pour servir à Harry une tasse de thé ainsi qu’une assiette remplie de toasts et de confiture.

-Merci, dit Harry en lui adressant un sourire reconnaissant tandis que Sirius s’asseyait à nouveau.

-Où en étions-nous ? reprit Sirius en s’adressant à Fol Œil.

-On en reparlera plus tard, si tu veux bien, répondit Maugrey d’un ton bourru, son œil magique toujours fixé sur Harry, et Sirius hocha la tête en signe d’approbation. Alors, Potter ? ajouta-t-il en se tournant à nouveau vers lui. Il paraît que tu t’es fait attaquer chez ton oncle et ta tante ?

-Oui, avoua Harry dans un souffle.

-Ce Mangemort, il ressemblait à quoi ?

Harry poussa un profond soupir de lassitude et raconta à nouveau tout ce dont il se souvenait.

-Ça te rappelle quelqu’un ? questionna Sirius en levant vers Fol Œil un regard plein d’espoir.

-J’ai plusieurs noms en tête, répondit Maugrey, mais ils sont tous morts ou à Azkaban. Je vais mener ma petite enquête.

À ces mots, il se leva dans un grognement puis salua Sirius d’un signe de tête.

-Euh, professeur Maugrey ? appela Harry d’une voix mal assurée, et l’ex-Auror se retourna pour lui lancer un regard interrogateur. Est-ce que vous avez de nouvelles pistes concernant le meurtre de Percy ?

-Tu penses bien que si nous en avons, nous ne te le dirons pas, répondit-il dans un sourire tordu. Sur ce, il faut que j’y aille. Sirius, on reste en contact.

Et sans ajouter un mot, il sortit de la cuisine de son pas claudiquant.

-Je ne sais pas quand arriveront tes listes de livres, reprit Sirius lorsque lui et Harry furent à nouveau seuls, le professeur Dumbledore semble avoir des difficultés à trouver quelqu’un pour la défense contre les forces du Mal, une fois de plus… Mais nous pouvons aller aujourd’hui à Gringotts, si tu veux ?

-Euh, oui, répondit Harry, surpris de cette proposition. Oui, comme ça, je pourrais donner l’argent à Fred et George dès que je les reverrai.

-Parfait, sourit Sirius. On y va quand tu es prêt.

            Harry monta rapidement se laver puis enfila un jean et un t-shirt avant de retrouver Sirius dans le hall. Cette fois encore, ils empruntèrent les moyens de transport moldus pour se rendre sur Charing Cross Road, où la porte du Chaudron Baveur était dissimulée entre une grande librairie et un disquaire.

-Bonjour Tom ! salua Sirius en entrant dans le pub.

-Ah, bonjour Mr Black ! répondit le barman au dos voûté. Comment vont les affaires ?

-Je suis en vacances, expliqua Sirius en donnant une tape sur l’épaule de Harry.

-Ah oui, dit Tom en souriant, je vois.

-Nous viendrons peut-être déjeuner, annonça Sirius tout en entraînant Harry vers la porte qui donnait sur la cour du pub.

-Je vous garde une table ! promit Tom en les regardant s’éloigner.

Ils sortirent dans la cour et Sirius tira sa baguette. Bientôt, le mur de pierres s’effaça pour laisser place à une arcade donnant sur la rue la plus fantastique dont Harry eut connaissance.

-Tu as envie de faire un tour dans le magasin de Quidditch ? questionna Sirius tandis qu’ils se mêlaient à la foule, et Harry acquiesça aussitôt. Dans ce cas, nous ferions mieux d’y aller en premier. Il est plus difficile de résister à la tentation avec les poches pleines d’or.

Lorsqu’ils entrèrent dans la boutique bondée, Harry ne put que lui donner raison. L’échoppe était étroite mais très haute et un service d’ascenseur en balai permettait aux clients de passer d’un étage à l’autre au lieu d’utiliser l’escalier. Au rez-de-chaussée se trouvaient les balais, les nouveautés bien mises en évidence juste derrière la vitrine, et Harry se souvenait parfaitement de l’été avant sa troisième année, lorsqu’il venait quotidiennement admirer l’Éclair de Feu.

-Tu as essayé les gants que je t’ai offerts hier ? demanda soudain Sirius. Est-ce qu’ils sont à ta taille ?

-Oui, ils sont parfaits, assura Harry en souriant avec gratitude.

Il n’avait vraiment pas besoin de nouvel équipement mais en voyant la multitude de produits qui s’étalaient devant ses yeux ébahis, Harry ressentit la soudaine envie d’acheter le fonds de commerce.

-Je crois qu’on a fait le tour, déclara Sirius lorsqu’ils furent arrivés au troisième étage de la boutique, où l’on trouvait des supports pour parapluie et des sièges enfants à fixer sur le manche pour les sorties en famille.

Ils empruntèrent l’un des balais-ascenseur pour descendre puis sortirent du magasin avant de se diriger vers le bâtiment le plus imposant du Chemin de Traverse : la banque Gringotts. Lorsqu’ils en ressortirent une heure plus tard, leurs poches tintaient de l’or qu’ils avaient sorti de leurs coffres respectifs.

-Je ne sais pas pour toi, mais je meure de faim ! annonça Sirius d’une voix tonitruante. Bonjour Mesdames ! ajouta-t-il alors que plusieurs passantes s’étaient retournées pour lui lancer un regard réprobateur.

Les sorcières se mirent aussitôt à glousser et Sirius, un sourire aux lèvres, se détourna d’elles. Harry ne s’en était pas rendu compte jusque-là, mais le comportement des gens envers Sirius avait changé depuis la dernière fois qu’ils s’étaient rendus ensemble sur le Chemin de Traverse, juste après son acquittement par le Magenmagot ; de toute évidence, la communauté sorcière britannique avait fini par se faire à l’idée que Sirius Black soit innocent.

-On commence par aller manger un morceau et ensuite je te montre mon agence de détective privé ? proposa-t-il en se tournant vers Harry, le tirant de ses réflexions.

-Excellente idée ! approuva le jeune homme avec enthousiasme.

Sans attendre, ils s’engouffrèrent à l’intérieur du Chaudron Baveur et Tom ne tarda pas à leur indiquer la table qu’il leur avait réservée, dans un coin tranquille de la pièce.

-Sirius ? appela une voix tandis qu’ils s’installaient, et Harry se retourna.

Une jeune sorcière au visage en forme de cœur et aux cheveux rose fluo coupés courts venait d’apparaître et leur adressait un large sourire.

-Dora ! s’exclama Sirius en la serrant brièvement dans ses bras. Je suis tellement heureux de te revoir ! Tu veux te joindre à nous ?

-C’est gentil, sourit la jeune sorcière, mais je profite de ma pause déjeuner pour aller acheter un nouveau Scrutoscope pour mon collègue Kingsley. J’ai cassé le sien par inadvertance, ajouta-t-elle en adressant un clin d’œil à Harry, tu sais à quel point je suis maladroite…

-Tu es un véritable ouragan, tu veux dire ? se moqua gentiment Sirius, et la dénommée Dora lui tira la langue. Laisse-moi tout de même te présenter mon filleul, Harry. Harry, voici Nymphadora Tonks…

-Ne m’appelle pas Nymphadora ! gronda la jeune femme en plissant les yeux d’un air menaçant.

-… qui préfère qu’on l’appelle Tonks, ou Dora, ajouta précipitamment Sirius. Dora est la fille de ma cousine Andromeda, précisa-t-il en réponse au regard interrogateur que lui lançait Harry.

-Enchantée, dit Tonks en serrant la main de Harry.

-Moi de même, assura le jeune homme, un peu confus.

-Bon, il faut que j’y aille, reprit la jeune sorcière. On se reverra peut-être ? ajouta-t-elle à l’adresse de Harry.

Sirius hocha la tête puis Tonks tourna les talons. Sirius et Harry venaient à peine de s’asseoir à leur table lorsque la jeune femme fit demi-tour.

-J’ai failli oublier, dit-elle en s’approchant à nouveau. Tu n’as pas de nouvelles de ton ami Remus, par hasard ?

-De Remus ? répéta Sirius en se grattant le menton d’un air songeur. Je lui ai écrit une lettre la semaine dernière mais je n’ai pas encore de réponse. Pourquoi ?

-Oh, euh… balbutia Tonks, dont les joues s’empourpraient à vue d’œil. Pour rien. Bonne journée, ne faites pas trop de bêtises ! conclut-elle le souffle un peu court avant de s’éloigner de nouveau.

-Comme si c’était notre genre ! répondit Sirius d’une voix sonore.

Tonks agita la main sans même se retourner puis disparut par la porte qui donnait dans la cour, en trébuchant sur le paillasson.

-Elle a l’air gentille, commenta Harry lorsqu’il fut à nouveau seul avec son parrain.

-Oui, répondit Sirius. Elle travaille au Bureau des Aurors, c’est Maugrey qui l’a formée.

-Ah, fit Harry d’un air penaud. Espérons qu’elle ne finira pas avec autant de cicatrices que lui…

À ces mots, Sirius éclata de rire – ce rire si semblable à ses aboiements de chien. Il y eut ensuite un moment de silence, puis Harry reprit la parole.

-Vous êtes proches, tous les deux ? questionna-t-il, l’air de rien, le regard fixé sur la carte du menu.

-Bah, fit Sirius en haussant les épaules. Je la vois une fois de temps en temps quand je vais rendre visite à ses parents, tous les quelques mois.

Pour toute réponse, Harry hocha la tête mais n’insista pas.

            Tom, le barman du Chaudron Baveur, avait cuisiné un ragoût de lapin comme plat du jour et leur en apporta deux belles assiettes.

-Une glace chez Fortarôme pour le dessert ? suggéra Sirius en se levant après avoir laissé à Tom un généreux pourboire.

-Peut-être plus tard, répondit Harry. J’ai tellement mangé que j’ai l’impression que je vais exploser !

Sirius se contenta de sourire d’un air compréhensif puis ils se jetèrent une nouvelle fois dans le tumulte du Chemin de Traverse.

-Viens, dit Sirius, c’est par là.

Fendant la foule, il guida Harry jusque dans une minuscule boutique à deux pas de l’Allée des Embrumes au-dessus de laquelle une enseigne en bois indiquait simplement les initiales « B.I. – Détective privé » et dont il déverrouilla la porte à l’aide de moulinets compliqué de sa baguette.

-Bienvenue chez Black Investigation ! déclara Sirius en s’écartant pour laisser passer Harry.

L’échoppe était aussi étroite à l’intérieur qu’à l’extérieur et ne comportait pour simple ameublement qu’un fauteuil en cuir brun d’aspect confortable derrière un bureau, et deux chaises en bois de l’autre côté.

-C’est un peu spartiate, convint Sirius, mais je passe plus de temps sur le terrain qu’au bureau, de toute façon. C’est surtout pour avoir une adresse où recevoir du courrier et des clients potentiels, même si rares sont les gens qui ont envie qu’on les voie sortir d’une agence de détective privé…

-Tu as beaucoup de travail ? demanda alors Harry.

-Oh oui, répondit Sirius, mais la plupart des affaires se règlent très vite « Est-ce que mon mari me trompe ? Est-ce que mon frère est en train de me voler mon héritage ? », ce genre de questions futiles et triviales, mais il faut bien gagner sa vie…

Harry ne répondit pas tout de suite. Il comprenait bien que Sirius était de la trempe d’hommes capables de mener une enquête comme les Aurors – et c’était ce qu’il faisait de façon plus ou moins officielle depuis le meurtre de Percy – mais Harry considérait l’adultère comme quelque chose d’assez grave pour espérer que ça ne lui arrive jamais. Sirius avait décidément toujours une réaction un peu bizarre quand on parlait d’amour.

            Ils ne restèrent qu’une dizaine de minutes dans le bureau de Black Investigation, le temps pour Sirius d’emporter sa pile impressionnante de courrier, puis ils ressortirent sur Charing Cross Road. Lorsqu’ils furent de retour au 12, square Grimmaurd, Harry prétexta une envie pressante pour monter au deuxième étage et fouiller dans sa malle à la recherche de l’album photo de ses parents que Hagrid lui avait offert quatre ans plus tôt, puis descendit à la cuisine.

-Euh, Sirius ? commença-t-il d’une voix mal assurée en s’avançant d’un air penaud.

Maintenant qu’il se trouvait face à lui et que son parrain le dévisageait de ses yeux gris insondables, il n’était plus sûr que l’idée qu’il avait eue sur le chemin du retour soit si bonne que ça, en fin de compte.

-Oui ? répondit Sirius d’un ton poli en lui jetant un regard interrogateur.

-Je… Hagrid m’a donné ça, balbutia Harry en lui tendant l’album. Ce sont des photos de mes parents et je, euh… je me demandais si tu serais d’accord pour qu’on les regarde ensemble et que… tu me parles un peu d’eux ?

À ces mots, le regard de Sirius s’éclaira et ses lèvres s’étirèrent dans un sourire.

-Je trouve que c’est une excellente idée, dit-il en tirant la chaise à côté de lui pour permettre à Harry de s’asseoir. Fais-voir un peu, ajouta-t-il en commençant à feuilleter l’album.

Il s’arrêta sur la première page où Lily et James étaient assis sous un hêtre dans le parc de Poudlard, de lourds ouvrages posés sur leurs genoux.

-Ah, les révisions pour les ASPIC, commenta Sirius d’une voix chargée de nostalgie. Ils étaient tous les deux préfets-en-chef, ajouta-t-il en désignant les insignes épinglés sur leurs uniformes. C’est comme ça qu’ils sont tombés amoureux.

Il tourna la page.

-Ça, c’était leur pendaison de crémaillère après qu’ils aient acheté la maison à Godric’s Hollow, en 1978. Comme tu le vois, c’était Halloween, car nous sommes tous déguisés.

-Mais… ils devaient tout juste de sortir de Poudlard en 1978, fit remarquer Harry, les sourcils froncés. D’où est-ce qu’ils tenaient l’argent ?

-Tes grands-parents la leur ont offerte, expliqua Sirius. Fleamont a inventé la potion capillaire Lissenplis et a rapidement fait fortune, tu ne le savais pas ?

-Non, bougonna Harry. Personne ne me parle jamais d’eux.

-Ah, fit Sirius d’un air contrit. Bah, au moins, je te sers à quelque chose ! ajouta-t-il d’un ton joyeux.

Il passa à la page suivante – celle des photos du mariage des Potter – et son sourire se figea soudain. Intrigué, Harry suivit son regard et se rendit compte qu’il scrutait la photographie sur laquelle on le voyait lui, le témoin de James, au bras d’une jeune femme radieuse dans une robe de soirée.

-Qui est-ce ? demanda Harry avec curiosité.

-Iris, souffla Sirius à voix basse sans quitter la jeune femme des yeux.

-C’était ta petite amie ? questionna encore le jeune homme.

-Oui… non…

Sirius soupira et se passa la main sur le visage d’un geste empli de lassitude.

-Nous avions rompu un an et demi avant que soit prise cette photo, expliqua-t-il enfin.

-Vous avez pourtant l’air de bien vous amuser, commenta Harry d’un air innocent.

S’il était possible de rester amis après une rupture, alors Harry n’avait peut-être pas à s’en faire pour Ron et Hermione, en fin de compte…

-Nous, euh… nous nous sommes réconciliés quelques heures plus tard, marmonna Sirius, dont les joues avaient pris une teinte rouge Souafle, et Harry ne put s’empêcher de sourire.

Sirius avait donc déjà été amoureux, finalement.

-Tu l’as revue, depuis que tu as été innocenté ?

-Oui, dit Sirius.

-Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

-Rien du tout, elle ne savait pas que j’étais là, répondit Sirius dans une moue sarcastique.

-Je ne comprends pas, avoua Harry.

-J’ai été emprisonné pendant douze ans à Azkaban, rappela Sirius d’une voix dure. Elle a cru, comme tout le monde, que j’avais trahi sa meilleure amie – ta mère – et que j’étais un Mangemort. Tu crois vraiment qu’on attend quelqu’un qui est condamné à une peine de prison à perpétuité et qu’on croit coupable ? Non, poursuivit Sirius, elle s’est mariée et a refait sa vie.

Un lourd silence s’abattit alors sur la cuisine pendant lequel Harry n’osa plus bouger. Sirius avait l’air à la fois furieux et anéanti, et le jeune homme s’en voulut d’avoir été aussi curieux et indiscret. Il aurait dû laisser Sirius lui faire croire qu’il n’avait jamais aimé car, de toute évidence, le souvenir de ce sentiment lui faisait trop mal. Au bout d’un moment qui parut une éternité, Sirius referma l’album et le poussa en direction de Harry.

-On continuera une autre fois, d’accord ? demanda-t-il d’une voix plus calme.

-D’accord, acquiesça aussitôt Harry.

 

            Harry ne reparla plus de ses parents ni de la jeune fille de la photo dans la semaine qui suivit, et Sirius se donnait beaucoup de mal à paraître aussi jovial que possible. Pourtant, Harry pouvait sentir comme un fossé entre eux, une sorte de froid comparable à celui qui émanait des Détraqueurs. Cela n’avait peut-être pas entièrement rapport avec leur discussion, cependant : la date de l’audience au ministère approchait à grands pas.

            Le matin du 12 août, Harry enfila ses plus beaux habits de moldus et même Sirius avait fait l’effort de revêtir un pantalon noir et une chemise blanche plutôt que ses t-shirts habituels.

-Ça va bien se passer, assura-t-il en s’efforçant de sourire, tandis qu’ils s’engouffraient dans la bouche de métro.

Quelques minutes plus tard, ils montèrent dans une rame de train branlante, se mêlant aux voyageurs qui se rendaient au travail et lorsqu’ils regagnèrent la surface, ils se trouvaient au beau milieu de la City. Bientôt, Harry reconnut la cabine téléphonique rouge délabrée qu’il avait empruntée un an plus tôt pour se rendre au jugement de Sirius et Pettigrow, et qui marquait l’entrée des visiteurs du ministère de la Magie. Sirius composa le code – six, deux, quatre, quatre, deux – puis la cabine se mit en branle et disparut sous le trottoir. Ils s’enfoncèrent quelques instants dans l’obscurité puis un rayon de lumière éclaira soudain leurs pieds tandis que l’atrium du ministère de la Magie apparaissait devant eux.

            Après avoir fait enregistrer leurs baguettes auprès du sorcier-vigile, Sirius et Harry se dirigèrent vers les ascenseurs pour descendre au niveau deux, où se trouvaient le Département de la justice magique et le bureau d’Amelia Bones.

-Sirius ! appela la voix haletante de Mr Weasley.

-Bonjour Arthur, salua Sirius, est-ce que t…

-Ils ont changé l’horaire et le lieu de l’audience ! s’écria Mr Weasley en crachant ses poumons. Il faut que vous descendiez tout de suite au niveau neuf ! Vous êtes déjà en retard !

Pris de panique, Sirius poussa Harry dans la cabine d’ascenseur et appuya sur le bouton neuf comme un forcené.

-Allez, plus vite, plus vite ! grogna-t-il avec impatience.

Lorsque l’ascenseur les déposa finalement au niveau neuf alors que la voix désincarnée indiquait « Département des mystères », Sirius agrippa le bras de Harry et l’entraîna dans un couloir aux murs sans fenêtres ni tableau au bout duquel se trouvait une porte noire et lisse, puis bifurqua vers la gauche pour descendre une volée de marches. Ils coururent le long d’un couloir qui ressemblait à ceux des cachots de Poudlard, puis s’arrêtèrent devant une lourde porte en bois et Sirius frappa trois fois avec son poing.

-Vas-y, haleta-t-il. Entre.*

Le cœur martelant contre ses côtes, Harry avala sa salive et tira sur la lourde poignée.

            Des bancs en gradins s’élevaient contre les murs de la pièce souterraine faiblement éclairée tandis qu’un fauteuil aux bras munis de chaînes se dressait en son centre.

-Vous êtes en retard, dit une voix avec froideur.

-Désolé, répondit Harry, mal à l’aise, Je… je ne savais pas que l’heure avait changé.

-Ce n’est pas la faute du Magenmagot, dit la voix. Un hibou vous a été envoyé ce matin. Asseyez-vous.*

Harry s’exécuta sans discuter. Intimidé par tous ces regards braqués sur lui, il n’osa lever les yeux. Lui et Sirius étaient censés retrouver Dumbledore avant l’audience, mais apparemment, le directeur de Poudlard n’avait pas non plus été prévenu du changement d’horaire.

-Très bien, dit une voix que Harry reconnut comme appartenant à Cornelius Fudge, le ministre de la Magie, l’accusé étant présent – enfin ! –, l’audience peut s’ouvrir. Vous êtes prêt ? lança-t-il en tournant la tête.

-Oui, monsieur le ministre,* répondit la voix fluette d’une jeune sorcière.

Fudge commença alors un monologue dans lequel il expliqua les faits reprochés à Harry – d’avoir usé de magie en dehors de Poudlard alors qu’il était encore mineur et, de surcroît au beau milieu d’une habitation moldue.

-Témoin de la défense, Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, dit une voix paisible derrière Harry.*

Sentant son cœur faire un bond dans sa poitrine – tout n’était peut-être pas perdu ! – Harry suivit le professeur des yeux tandis qu’il s’avançait d’un pas serein et faisait apparaître un fauteuil recouvert de chintz avant de s’y installer.

-Ah, dit le ministre d’un ton fort peu enthousiaste.

Sans trop savoir pourquoi, Harry eut soudain l’impression que le changement d’horaire et de lieu avait directement rapport avec la présence de Dumbledore pour le défendre. Comme si Fudge avait à tout prix voulu l’éviter.

-Vous m’avez demandé de ne pas prendre part au vote étant trop près de l’accusé mais rien ne m’empêche d’assurer sa défense, n’est-ce pas ? Et, si je peux me permettre ce commentaire, dit Dumbledore en hochant la tête d’un air aimable, je suis très surpris que vous ayez pris la peine de convoquer le Magenmagot au complet pour une banale histoire d’usage de la magie par un sorcier de premier cycle, surtout que l’affaire va être réglée en cinq minutes.

-Cinq minutes, vraiment ? gronda Fudge en grinçant des dents.

-Mais parfaitement, assura Dumbledore. Si ma mémoire est bonne, il est reproché à Harry Potter d’avoir jeté un sortilège de Stupéfixion, n’est-ce pas ? Un sortilège qui n’est même pas au programme de quatrième année…

-Hm, hm, intervint une petite sorcière à l’allure de crapaud que Harry n’avait jusque-là pas remarquée et qui se tenait assise à la droite de Fudge.

-La cour donne la parole à Dolores Jane Ombrage, sous-secrétaire d’État auprès du ministre, annonça Fudge.*

-Pardonnez ma question, dit la sorcière d’une voix enfantine et haut perchée qui donna à Harry la chair de poule, mais êtes-vous en train de défendre le suspect en argumentant sur le fait que le sortilège de Stupéfixion n’étant pas au programme de quatrième année, il est impossible que l’accusé ait pu jeter ce sort ? On nous a pourtant rapporté que le dernier professeur de défense contre les forces du Mal que vous avez recruté – comment s’appelait-il, déjà ? Ah oui ! Alastor Maugrey – n’a pas hésité à faire démonstration des sortilèges Impardonnables devant toutes les classes auxquelles il a enseigné alors qu’ils ne sont pas censés être abordés avant le niveau ASPIC. Dans ces conditions, vous comprenez, j’en suis sûre, que nous ne puissions pas faire valoir votre argument.

Un murmure parcourut l’assemblée et Harry dut lui-même reconnaître qu’elle n’avait pas tort – bien qu’il fût vraiment incapable de jeter un sortilège de Stupéfixion.

-Vous avez raison, madame la secrétaire d’État auprès du ministre, admit Dumbledore en souriant d’un air tellement calme qu’il en était presque insolent. Mais je ne doute pas un seul instant que ce tribunal a l’intention de vérifier le dernier sort lancé par la baguette de Mr Harry Potter.

Cette fois, un silence figé s’abattit sur l’assemblée.

-Effectivement, l’utilisation de la remontée des sortilèges a été prévue, intervint Amelia Bones, le sourcil froncé par-dessus son monocle.

-Vraiment ? siffla Fudge entre ses dents, mais Mrs Bones l’ignora.

Elle fit signe à l’un des hommes restés assis dans un coin de la pièce de s’approcher.

-Donnez-lui votre baguette, Mr Potter, pria Mrs Bones d’une voix paisible.

Se rappelant de la neutralité de la sorcière pendant le procès de Sirius, Harry sortit sa baguette de sa poche et la tendit à l’homme sans trop d’hésitation.

-Prior Incanto !

À l’instant même où il prononçait la formule, une multitude de pustules composés d’une épaisse fumée grise apparurent et éclatèrent sous les yeux ébahis du tribunal. Harry réfléchit à toute vitesse et finit par se souvenir : il avait jeté ce maléfice à Malefoy lors du trajet de retour dans le Poudlard Express, six semaines plus tôt.

-Destructum, marmonna l’homme, et les pustules disparurent.

-Vous voyez, reprit Dumbledore en se levant de son fauteuil, un simple sortilège de Furonculose, pas de Stupéfixion. Or le ministère n’a plus détecté de magie depuis l’incident de la fin juillet, n’est-ce pas ?

-Non, admit Fudge avec mauvaise humeur, et Harry se rendit compte que Sirius n’avait pas lancé le moindre sortilège depuis qu’il était venu le chercher chez les Dursley.

-Ceux qui sont partisans d’abandonner les charges contre le prévenu ? lança la voix tonitruante de Mrs Bones.*

Elle avait à peine eu le temps de terminer sa phrase qu’un très grand nombre de mains se levèrent unanimement. En jetant un regard circulaire au tribunal, Harry se rendit compte que seuls Cornelius Fudge et la sorcière à l’allure de crapaud s’étaient abstenus.

-Les charges sont abandonnées, déclara le ministre, la mâchoire serrée.



 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

C’est tout pour aujourd’hui. Vous l’avez sûrement remarqué, ce chapitre était un peu plus long que d’habitude, c’est parce qu’à la base la scène avec l’album photo n’était pas prévue. J’en ai eu l’idée en répondant à une review il y a quelques temps et je me suis dit que c’était le genre de discussion qu’Harry n’a pas eu le temps d’avoir avec Sirius dans les livres et que ça manquait un peu. Ceci dit, pas de panique, cette UA ne va pas tourner à l’histoire à l’eau de rose, je vous en fais la promesse !

 

On se retrouve le 30 septembre pour le chapitre 20. À très bientôt !

Chapitre 20: Rentrée ombragée by MadameMueller
Author's Notes:

Salut tout le monde !

 

Me voilà de retour, comme promis, avec un nouveau chapitre, merci d’être encore une fois au rendez-vous ! Un merci très spécial à Lady Scott, AlexG57, didi64270, teddy et Fuego pour leurs reviews ! Vos messages m’aident à tenir bon dans l’écriture de cet UA vraiment compliqué !

 

Bonne lecture !

Soulagé de l’énorme poids qui pesait sur sa poitrine depuis l’intrusion du mystérieux Mangemort chez les Dursley, Harry trouva la maison de Sirius bien moins oppressante, tout à coup. Cependant, il ne la regretta pas une seule seconde lorsque lui et Sirius empruntèrent à nouveau le Magicobus pour se rendre au Terrier, dans la semaine qui suivit l’audience au ministère.

-Harry ! s’exclama Mrs Weasley en l’accueillant sur le seuil de la porte. Je suis tellement heureuse de te revoir ! Vous avez fait bon voyage ?

-Ça peut aller, répondit Sirius en haussant les épaules.

Il avait parlé d’un air profondément las et Harry dut réprimer un sourire : cette fois encore, Stan Rocade n’avait pas pu contenir sa curiosité et avait assommé Sirius de questions sur Azkaban et sa vie d’Animagus.

-Viens, Harry, mon chéri, ne reste pas sur le pas de la porte, reprit Mrs Weasley en s’écartant pour les laisser entrer.

Ils pénétrèrent dans l’étroite cuisine où Ron, Fred, George et Ginny étaient occupés à éplucher des légumes.

-Ce n’est pas juste, marmonna Ron en laissant un regard venimeux à ses deux frères. Moi aussi, je pourrais déjà avoir fini si j’avais le droit d’utiliser la magie !

-On ne peut pas être le petit Ronnie adoré et avoir le droit de se servir de la magie, nota Fred d’un air goguenard.

-Geindre ou grandir, il faut choisir, renchérit George comme s’il récitait la morale d’une fable pour enfant.

-Vous deux ! coupa sèchement Mrs Weasley en s’adressant aux jumeaux. Montez donc les bagages de Harry dans la chambre de Ron.

Les deux garçons tirèrent la moue mais Mrs Weasley les fusilla du regard et ils n’osèrent pas protester.

-Je vais vous aider, intervint alors Sirius, qui les avait suivis à l’intérieur de la maison.

-Sirius, c’est inutile, voyons ! protesta Mrs Weasley, visiblement confuse.

-Je peux bien donner un coup de main, assura Sirius en empoignant l’une des poignées de la malle tandis que Fred agrippait l’autre et que George soulevait la cage vide d’Hedwige.

Ils disparurent ensuite dans le couloir et Mrs Weasley se tourna à nouveau vers Harry.

-Le déjeuner sera bientôt prêt, lui dit-elle d’une voix douce. Dès que Ron et Ginny auront terminé d’éplucher les haricots verts, ajouta-t-elle en lançant à ses enfants un regard noir.

À ces mots, Ron et Ginny poussèrent un soupir unanime avant de saisir chacun une poignée de haricots dans le saladier posé devant eux. Mal à l’aise à l’idée de les regarder travailler tandis que lui ne faisait rien, Harry s’assit à son tour et commença à les aider. Quelques minutes plus tard, Sirius et les jumeaux réapparurent dans la cuisine, un étrange sourire aux lèvres.

-J’espère qu’ils ne t’ont pas trop embêté, dit Mrs Weasley en adressant à Sirius un regard désolé, comme si elle partait du principe que ses deux fils ne savaient pas se tenir.

-Au contraire, Molly, au contraire, assura Sirius le plus sérieusement du monde.

Mrs Weasley jeta alors aux jumeaux un regard suspicieux mais ils se contentèrent d’afficher une mine outrée par ces accusations apparemment sans fondement.

-Tu restes déjeuner avec nous ? demanda encore Mrs Weasley à Sirius.

-C’est très gentil de me le proposer, répondit-il poliment, mais j’ai pas mal de travail en retard.

À ces mots, Mrs Weasley hocha la tête d’un air compréhensif.

-Amusez-vous bien, reprit Sirius en s’adressant aux cinq adolescents, ne faites pas trop de bêtises…

Il échangea un clin d’œil avec les jumeaux.

-Harry, on se revoit le 1er septembre.

Puis, après les avoir tous salués chaleureusement, Sirius sortit de la cuisine, traversa la cour jusqu’au petit portail encadré d’un muret de pierres et se volatilisa.

            Les deux dernières semaines de vacances se passèrent sans incident notable mais Harry commençait à désespérer de trouver un moment seul avec les jumeaux pour leur remettre les cinq cent Gallions qu’il avait retiré de son coffre à Gringotts exprès pour eux. Depuis que Sirius les avait aidés à transporter la valise de Harry jusqu’à l’étage, Fred et George passaient tout leur temps enfermés dans leur chambre au lieu de jouer au Quidditch avec les autres dans le verger, et on entendait souvent de drôles bruits au travers des carreaux de leur fenêtre.

-Je suis sûr qu’ils ont recommencé cette histoire de Farces pour sorciers facétieux, déclara un jour Ron avec entrain.

-Ça a l’air de beaucoup te réjouir, nota Harry, qui trouvait cela bien étrange.

-Bah, tant que Maman est furieuse contre eux, elle ne pense pas à l’être contre moi, fit-il remarquer dans un sourire entendu.

Cette réflexion amusa Harry mais il ne fit aucun commentaire. Et si les jumeaux s’attiraient vraiment les foudres de Mrs Weasley à cause de leurs expériences et si elle venait à apprendre que Sirius et lui avaient participé à les soutenir financièrement ? Pas de plaisir sans danger, comme dirait Sirius…

            Les lettres de Poudlard arrivèrent au matin du dernier jour des vacances, alors que les cinq jeunes gens étaient assis à la table du petit-déjeuner. De toute évidence, le professeur Dumbledore avait réussi à trouver à un remplaçant de dernière minute à Maugrey Fol Œil et, à la grande surprise de tout le monde, Ron avait été nommé préfet.

-Percy serait tellement, tellement fier de toi ! s’écria, les larmes aux yeux, en couvrant Ron de baisers.

-Maman… ça… suffit ! se débattait le jeune homme, tandis que les jumeaux ricanaient en silence.

Mais Mrs Weasley était tellement émue, tellement fière de son fils cadet, qu’elle ne prit même pas la peine de leur accorder ses habituelles remontrances. Fred et George cessèrent cependant brusquement de rire lorsque leur mère, qui avait relâché Ron, l’interrogea sur la récompense qu’il souhaitait avoir pour sa nomination.

-Tu veux de nouvelles tenues de soirées ? proposa-t-elle. Ou un chaudron neuf ?

-Maman, dit Ron, plein d’espoir, est-ce que je pourrais avoir un nouveau balai ?*

Mrs Weasley ouvrit la bouche mais ne répondit pas tout de suite. Pour avoir flâné au magasin de Quidditch quelques semaines plus tôt, Harry savait que les balais étaient souvent hors de prix.

-Bien sûr que tu l’auras, assura finalement Mrs Weasley, arrachant au passage une nouvelle grimace à Fred et George, mais elle ne leur prêta pas la moindre attention. Le mieux, ajouta-t-elle, ce serait que tu m’accompagnes sur le Chemin de Traverse.

À ces mots, Ron se leva d’un bond et courut faire sa toilette tandis que les jumeaux et Ginny protestaient vigoureusement.

-Nous aussi, on veut y aller !

-Vous n’avez pas besoin de venir tous, coupa Mrs Weasley.

Elle se dirigea alors vers la cheminée et jeta une pincée de poudre violette dans l’âtre.

-Sirius, appela-t-elle. Je vais aller avec Ron sur le Chemin de Traverse cet après-midi faire les courses de rentrée. Est-ce que tu veux bien venir surveiller la maison pendant ce temps-là ?

-Bien sûr, Molly, répondit la voix distante de Sirius. Pas de problème.

-Depuis quand on a besoin de quelqu’un pour surveiller la maison quand on s’absente ? demanda Fred, passablement choqué.

-Occupe-toi de tes affaires, répliqua Mrs Weasley.

Son ton était sans appel et Fred n’insista pas. Harry savait parfaitement pourquoi elle avait demandé à Sirius de venir : ce n’était pas la maison qui avait besoin d’être surveillée, mais lui. Bien que passablement agacé d’être à nouveau le centre de toute l’attention, il essaya de se dire qu’au moins, ça lui donnait une occasion de voir Sirius.

            L’après-midi se passa dans le calme et Sirius parvint à distraire Ginny assez longtemps pour que Harry puisse donner aux jumeaux sa part d’investissement dans leur entreprise.

-Nous te rembourserons avec les intérêts, assura George d’un air grave. Tout comme Sirius.

-Rien ne presse, assura Harry dans un sourire.

Les jumeaux le remercièrent avant de s’enfermer à nouveau dans leur chambre.

-Quelque chose te tracasse, dit Sirius lorsque Ginny fut momentanément sortie du salon.

Ce n’était pas une question mais une affirmation. De toute évidence, Sirius pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert et Harry se décida à ne pas tourner autour du Portoloin.

-J’aurais bien aimé être préfet, moi aussi, avoua-t-il d’une voix honteuse.

-Pour quoi faire ? s’étonna Sirius, les sourcils haussés par l’incompréhension.

-Je… balbutia Harry, pris de cours par la réaction de son parrain. Je ne sais pas… Mon père a été préfet-en-chef, non ?

-C’est vrai, admit Sirius d’une voix lente, mais Dumbledore ne l’a nommé qu’en dernière année. Avant ça, c’était Remus, le préfet. Et puis, soyons honnêtes : la seule raison pour laquelle James a accepté le poste de préfet-en-chef, c’était parce qu’il savait qu’il devrait faire équipe avec Lily. Et peut-être aussi parce que ça lui permettait de tenir les Serpentard en respect, je suppose, ajouta-t-il après un instant de réflexion.

-Et toi, tu n’as jamais été préfet ? s’enquit encore Harry.

-Moi ? répéta Sirius en éclatant de rire. Je n’ai jamais été capable de respecter le règlement, ils n’allaient pas me donner des responsabilités !

À ces mots, Harry poussa un soupir de soulagement : lui non plus n’était pas vraiment doué pour respecter le règlement.

            Ron et Mrs Weasley rentrèrent de Londres en fin de journée, les bras chargés de paquets et Ron ne tarda pas à montrer à tout le monde son Brossdur flambant neuf. Mr Weasley arriva une demi-heure plus tard et, puisqu’il était déjà là, Sirius accepta de rester dîner.

-Tu peux dormir dans la chambre de Percy, si tu veux, l’invita Mrs Weasley.

-Oh non, ne t’en fais pas pour moi, sourit Sirius. Je vais monter une tente dans le jardin. Ça fait longtemps que je n’ai pas dormi à la belle étoile, ajouta-t-il en adressant un clin d’œil à Harry.

Mrs Weasley secoua la tête mais n’insista pas.

 

            Le quai 9 ¾, comme à son habitude, semblait s’être dissous dans la fumée du Poudlard Express. Les Weasley ouvraient la marche, suivis de Sirius et Harry.

-Tu es content de retourner à l’école ? questionna Sirius.

-Oui, répondit Harry. Je suis heureux de ne pas avoir été renvoyé…

-Tu passes tes BUSE, cette année, rappela son parrain avec un sérieux que Harry ne lui connaissait pas. Je sais que c’est difficile, mais… Essaie de ne pas te laisser trop distraire…

Il n’avait pas besoin d’en dire plus pour comprendre ce que Sirius voulait dire par là. À ce moment précis, Cho passa devant eux, main dans la main avec Cedric Diggory, et Harry ne put réprimer une grimace.

-Tu pourrais au moins attendre d’être monté dans le train pour commencer à ignorer mes conseils, dit Sirius d’un air gentiment moqueur.

Ils rejoignirent bientôt les Weasley, qui s’étaient arrêtés à la hauteur de la famille Granger.

-Harry ! s’exclama Hermione en le serrant dans ses bras. Heureuse que tu sois de retour parmi nous.

La jeune fille avait gardé son abonnement à La Gazette du sorcier pendant l’été et Harry avait été obligé de lui raconter dans une lettre quelles péripéties lui étaient arrivées.

-Vous devriez monter, conseilla Mr Weasley.

Les parents étreignirent alors leurs enfants puis ces derniers escaladèrent tour à tour le marchepied du wagon le plus proche.

-Bon voyage ! dit Mrs Weasley.

Elle venait à peine de terminer sa phrase qu’un sifflet strident retentit, invitant les derniers retardataires à monter à bord. Un nouveau panache de fumée s’éleva tandis que le moteur accélérait et bientôt, la locomotive se mit en branle.

            Les six adolescents restèrent un moment à la fenêtre, agitant la main, jusqu’à ce que le Poudlard Express eût dépassé le premier virage, soustrayant à leur vue le quai 9 ¾.

-Bon, dit Fred en claquant ses mains l’une contre l’autre, on ne va pas passer la journée à bavarder, on a des choses à voir avec Lee. À plus tard.*

Sans ajouter un mot ni attendre de réponse, ils s’éloignèrent dans le couloir. Harry suggéra alors de chercher un compartiment où lui, Hermione, Ron et Ginny pourraient s’installer mais Hermione le coupa dans son élan :

-Ron et moi, nous sommes censés aller dans le wagon réservé aux préfets, dit-elle, gênée.

-Ah, très bien, dit Harry.*

Ron et Hermione lui adressèrent un sourire désolé avant de disparaître à leur tour, laissant Harry seul avec Ginny. Ils parcoururent plusieurs wagons à la recherche d’un compartiment et furent bientôt rejoints par Neville Londubat, qui avait lui aussi des difficultés à se trouver une place assise.

-Qu’est-ce que tu racontes, répliqua Ginny en jetant un coup d’œil dans le compartiment suivant. Celui-là est libre, il n’y a que Luna Lovegood là-dedans.*

À ces mots, elle ouvrit la porte du compartiment et salua la dénommée Luna Lovegood. C’était une jeune fille aux longs cheveux blond sale et emmêlés qui portait un uniforme de Serdaigle et tenait à l’envers un magazine intitulé Le Chicaneur.

            L’après-midi était déjà bien avancé lorsque Ron et Hermione vinrent rejoindre leur petit groupe hétéroclite avec de mauvaises nouvelles : Drago Malefoy avait été nommé préfet de Serpentard. D’ailleurs, il ne tarda pas à leur faire sa petite visite traditionnelle, entouré de Crabbe et Goyle, ses deux gorilles à l’air patibulaire, mais Harry y était trop habitué pour accorder la moindre importance à ses insultes.

Lorsque le train arriva enfin en gare de Pré-au-Lard, Hermione et Ron se hâtèrent d’aller remplir leurs devoirs de préfets, laissant Harry seul avec Ginny, Neville et Luna.

-Les premières années, par ici, s’il vous plait ! appela la voix familière de Hagrid.

Il tenait à la main une lanterne qui éclairait son visage de façon effrayante pour quiconque ne le connaissait pas.

-Salut Harry, ça va ? demanda-t-il en le saluant d’un geste, un large sourire aux lèvres.

Harry lui rendit son salut puis se dirigea avec les autres vers les diligences sans chevaux, où Ron et Hermione ne tardèrent pas à les rejoindre.

            La vue du château de Poudlard éclairé dans la nuit noire était toujours un spectacle à couper le souffle et Harry ne put se retenir de sourire à cette vision : il était de retour chez lui. La diligence les déposa devant la grande porte et ils se hâtèrent de traverser le hall puis de s’installer à leurs tables respectives dans la Grande Salle.

-Qui c’est, ça ? demanda Hermione en montrant le milieu de la table des professeurs.

-C’est cette bonne femme, Dolores Ombrage ! s’écria Harry, qui avait suivi son regard.

-Qui ?*

Harry expliqua alors qu’il s’agissait de l’une des collaboratrices de Fudge, et qu’elle avait voté pour son expulsion lors de son audience disciplinaire.

-Elle travaille avec Fudge ? répéta Hermione en fronçant les sourcils. Qu’est-ce qu’elle fait ici, alors ?

Elle eut la réponse deux heures plus tard, lorsque le professeur Dumbledore se leva pour son traditionnel discours de bienvenue.

-Nous aurons cette année une nouvelle enseignante, déclara-t-il. J’ai le plaisir de vous présenter le professeur Ombrage, qui enseignera la défense contre les forces du Mal.

Quelques applaudissements polis s’élevèrent alors, puis le directeur poursuivit son discours.

Il venait d’entamer le sujet des sélections de Quidditch lorsque la petite sorcière au visage de crapaud l’interrompit d’un « Hum, hum » sonore. Bien que passablement surpris, Dumbledore se tut puis s’assit, laissant la parole au nouveau professeur, qui prononça un discours long et, selon Harry et Ron, dénué d’intérêt. Hermione, qui semblait être la seule élève à l’avoir écouté avec attention, les détrompa bientôt :

-Ça veut dire ce que ça veut dire. Que le ministère a décidé d’intervenir dans les affaires de Poudlard.*

            Elle avait raison.

 

            Le trio dut assister à son premier cours de défense contre les forces du Mal dès le lendemain, après avoir dû supporter les professeurs Binns, Rogue et Trelawney – autant dire qu’Ombrage ne partait pas gagnante. Dès les premières minutes de cours, elle tenta de leur imposer sa méthode pédagogique puérile et obsolète en les obligeant à la saluer d’une seule voix. Mais ce n’était pas le pire.

-Rangez vos baguettes et sortez vos plumes, s’il vous plait,* les pria-t-elle de sa voix de fillette haut perchée, et les élèves obéirent sans enthousiasme.

Elle leur demanda ensuite de sortir leurs manuels et d’en lire le premier chapitre intitulé « Principes de base à l’usage des débutants ».

-Et je vous signale qu’il est inutile de bavarder.*

Il s’avéra très vite que le professeur Ombrage n’avait nullement l’intention de laisser ses élèves pratiquer les sortilèges de défense, soi-disant par soucis de sécurité, et l’envoyée du ministère se heurta bientôt à un mur de protestations.

-Il n’y a pas une partie pratique dans l’épreuve de défense contre les forces du Mal quand on passe les BUSE ? demanda soudain Parvati Patil.

-Si vous étudiez suffisamment bien la théorie, il n’y a aucune raison pour que vous ne puissiez pas exécuter l’un de ces sorts sous le contrôle attentif des responsables de l’examen.

-Sans jamais les avoir pratiqués avant ?

-Et à quoi nous servira la théorie dans le monde réel ? intervint Harry.*

Le professeur Ombrage, qui rencontrait de plus en plus de difficultés à masquer sa fureur grandissante, sembla passablement décontenancée mais ne tarda pas à se ressaisir.

-À votre avis, qui aurait l’idée d’attaquer des enfants comme vous ? interrogea-t-elle d’une horrible voix mielleuse.

-Mmm, voyons… répondit Harry en faisant semblant de réfléchir. Peut-être… disons… Lord Voldemort ?*

Un silence stupéfait s’abattit sur la salle de classe.

-Vous étiez là, le jour de mon audience disciplinaire, reprit Harry sur un ton de défi. Vous savez que je me suis fait attaquer par un Mangemort l’été dernier.

-Dix points de moins pour Gryffondor, Mr Potter, répliqua le professeur. Et maintenant, je vais éclaircir certaines petites choses.* Vous avez peut-être apporté la preuve que ce n’était pas vous qui aviez lancé ce sortilège de Stupéfixion, en revanche, rien ne prouve qu’il s’agissait bien d’une attaque. Pour ma part, je reste persuadée que c’est votre vaut-rien de parrain qui a lancé ce sortilège et vous avez mis en scène cette histoire ridicule d’agression pour…

-Ce n’est PAS vrai ! s’exclama Harry, coupant la parole au professeur.

Il n’arrivait pas à croire que quelqu’un ait l’esprit assez tordu pour croire que Sirius préfèrerait rejeter la faute sur Harry plutôt que d’assumer lui-même ses erreurs. Furieux, il était sur le point de répliquer mais Hermione posa sa main sur son bras et lui lança un regard de biais qui semblait signifier « Fais attention à ce que tu dis ». De toute manière, l’envoyée du ministère ne lui laissa pas le temps d’ajouter quoi que ce soit.

-Vous aurez une retenue, Mr Potter ! répliqua le professeur Ombrage d’un air triomphal. Demain soir. Cinq heures. Dans mon bureau. Et maintenant, veuillez reprendre votre lecture. Page 5, « Principes de base à l’usage des débutants ».*





 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

Bon, je sais ce que vous vous dites, pas beaucoup de nouveautés dans ce chapitre (je vous rassure, il y en aura plus au prochain) et je suis passée vite sur les moments qui auraient été du copier-coller du tome 5 (le voyage dans le Poudlard Express avec Luna, par exemple). Ceci dit, il y a quelques détails qui changent, c’est subtil, mais peut-être les avez-vous repérés ? Ça pourrait être un jeu drôle, vous cherchez les différences et me les notez dans les commentaires ^^

 

En tout cas, merci encore une fois pour votre fidélité, n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. On se retrouve le 31 octobre pour le prochain chapitre ! :)

Chapitre 21: Un éclair de lucidité by MadameMueller
Author's Notes:

Salut la compagnie !

Comme promis voici le chapitre 21 de "L'innocenté d'Azkaban". Encore un IMMENSE MERCI à teddy, AlexG57 et Lady Scott pour leurs retours sur le dernier chapitre, qui n'était pas le meilleur de tous, j'en ai bien conscience. 

Nous sommes donc de retour à Poudlard et Ombrage a commencé à faire des siennes... Bonne lecture !

La perspective de commencer la nouvelle année scolaire par une retenue n’était déjà pas bien engageante, mais Harry passa en plus la journée du lendemain à écouter les professeurs Flitwick et McGonagall leur rappeler pendant un quart d’heure au début de leurs cours l’importance des BUSE. Et, comme s’ils jugeaient que son humeur n’était pas déjà assez morose, ils imposèrent à leurs élèves une montagne de devoirs à faire en plus de tout le reste, les forçant à sauter le déjeuner pour se plonger dans les lourds volumes poussiéreux de la bibliothèque.

Par chance, l’après-midi promettait d’être un peu plus tranquille bien qu’il plût toujours lorsque le trio prit le chemin de la cabane de Hagrid pour leur cours de soins aux créatures magiques, qu’ils devraient à nouveau partager avec les Serpentard.

-Alors, Potter, tu ne t’es pas encore fait attaquer, aujourd’hui ? lança Malefoy d’un ton narquois, provoquant l’hilarité de Crabbe, Goyle et Pansy Parkinson.

-Ignore-les, Harry, conseilla Hermione dans un murmure.

Comme s’il avait besoin d’elle pour savoir comment se comporter face aux Serpentard !

-Tout le monde est là ? interrogea Hagrid en passant en revue les visages de la vingtaine d’élèves réunis devant lui. Alors on s’y met. Qui peut me dire comment s’appelle ce qu’on voit sur cette table ?*

Sans surprise, Hermione leva aussitôt la main. Harry jeta un coup d’œil aux petites brindilles posées sur les tréteaux et essaya de se souvenir de sa lecture de « Vie et habitats des Animaux Fantastiques » par Norbert Dragonneau, en vain. Soudain, les brindilles s’animèrent, se transformant en de petits bonhommes de bois. Comme Hermione le leur apprit quelques instants plus tard, il s’agissait de Botrucs, dont le rôle était de veiller sur les arbres, en particulier ceux dont on se servait pour fabriquer les baguettes magiques.

-Cinq points pour Gryffondor*, la récompensa Hagrid, un sourire reconnaissant aux lèvres.

Le cours se déroula sans autres accrocs que les habituelles moqueries des Serpentard mais comme l’avait souligné Hermione, mieux valait les ignorer. Ce fut cependant très difficile lorsqu’ils entendirent Malefoy dire :

-Papa s’entretenait avec le ministère il y a quelques jours, et il semble que le ministère soit décidé à en finir avec les cours qui ne sont pas au niveau.* Alors, à mon avis, ce crétin hypertrophié devra sans doute bientôt faire ses valises.

-Harry, ne cherche pas la bagarre avec Malefoy, souffla Hermione. N’oublie pas qu’il est préfet, maintenant, il pourrait te rendre la vie difficile.

-Je me demande ce que ce serait d’avoir une vie difficile, répliqua Harry d’un ton sarcastique.*

La cloche retentit au loin, dans le château, et les trois jeunes gens se hâtèrent de rejoindre les serres pour leur cours de botanique, d’où ils ressortirent une heure et demie plus tard, les vêtements imprégnés d’une écœurante odeur de bouse de dragon.

-Je vais dîner tout de suite, annonça Harry. Je dois me présenter au bureau d’Ombrage à cinq heures pour ma retenue.

Il se dirigea alors vers la Grande Salle mais à peine avait-il atteint la porte qu’une voix tonitruante l’interpela vivement.

-Ohé, Potter !* scanda Angelina Johnson, la nouvelle capitaine de l’équipe de Quidditch de Gryffondor. Je voulais te prévenir que les essais pour le nouveau gardien auront lieu vendredi soir à cinq heures. J’ai retenu le terrain et je veux l’équipe au complet pour qu’on puisse trouver quelqu’un avec qui tout le monde puisse s’entendre.

-D’accord, acquiesça Harry. Je serai là.

Angelina hocha la tête d’un air appréciateur puis s’éloigna dans le couloir, laissant Harry, Ron et Hermione entrer dans la Grande Salle.

-Je me demande bien qui va remplacer Dubois, s’interrogea Harry à voix haute.

-Oh, ben… balbutia Ron, dont les oreilles avaient soudain pris une teinte rouge Souafle. On verra bien.

-En tout cas, reprit Harry, qui n’avait rien remarqué de l’étrange réaction de son meilleur ami, j’espère qu’Ombrage ne va pas me garder trop longtemps ce soir. Vous vous rendez compte, il faut qu’on rédige trois devoirs, qu’on pratique les sortilèges de Disparition pour McGonagall, qu’on mette au point un contre-sortilège pour Flitwick, qu’on finisse le dessin du Botruc et qu’on commence ce stupide journal de nos rêves pour Trelawney !*

            Mais malheureusement pour lui, Ombrage fut loin d’être aussi complaisante. Dans un premier temps, Harry avait cru que le professeur de défense contre les forces du Mal avait simplement l’intention de lui faire copier des lignes – « Je ne dois pas dire de mensonges » – mais il ne tarda pas à comprendre que la cruauté de cette petite sorcière au cardigan rose et au nœud dans les cheveux allait bien au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer. Ainsi, pendant de très, très longues heures, Harry écrivit ces sept mots, encore et encore, avec la plume que lui avait prêtée Ombrage et qui, comme il l’avait rapidement compris, se servait de son propre sang comme d’une encre, taillant la phrase sur le dos de sa main ensanglantée.

La face de crapaud l’observait attentivement, guettant sans doute une réaction de sa part, le moindre signe de faiblesse, mais Harry était bien décidé à ne pas lui donner satisfaction. Finalement, la nuit était déjà tombée depuis longtemps lorsqu’Ombrage lui ordonna de lui montrer sa main.

-Mmm, il me semble que je n’ai pas encore réussi à faire grande impression, dit le professeur avec un sourire. Eh bien, nous n’aurons qu’à recommencer demain soir, n’est-ce pas ?*

-Mais, protesta Harry, professeur, vous ne m’avez donné qu’une seule retenue. Je n’ai rien fait qui justifie…

-Vous venez tout juste de le faire, Mr Potter, répondit Ombrage dans un sourire mauvais. Il temps que vous appreniez que, contrairement à ce dont on vous a, semble-t-il, donné l’impression, vous ne jouissez pas d’une position privilégiée dans cette école. Vous êtes un élève comme un autre et je vous traiterai comme tel, soyez-en sûr !

Elle marqua une courte pause, savourant l’expression outrée sur le visage de Harry.

-Je n’ai jamais demandé à avoir des privilèges, répondit-il d’un ton brusque.

-À la bonne heure, sourit Ombrage d’un air mielleux avant de le congédier.

            Harry se présenta à nouveau au bureau du professeur Ombrage le lendemain, puis le surlendemain, et à chaque fois, le professeur lui demandait de revenir le jour suivant, jugeant qu’il n’avait « toujours pas assez bien intégré le message ». Son attitude rendait Harry d’autant plus furieux qu’il n’arrêtait pas de penser à ces tonnes de devoirs qui s’accumulaient et qu’ils n’avaient pas le temps de faire à cause de ces retenues.

-Je ne comprends pas pourquoi elle s’acharne contre toi comme ça, commenta Hermione le jeudi matin, à la table du petit-déjeuner.

-‘Sais pas, grommela Harry avec mauvaise humeur.

-À mon avis, poursuivit la jeune fille comme s’il n’avait rien répondu, elle ne supporte pas l’idée que le ministère se soit trompé sur Sirius et s’obstine à le considérer comme coupable. En somme, comme elle ne peut pas lui faire payer à lui, elle te le fait payer à toi.

-Voilà qui me réconforte drôlement, répliqua Harry, non sans sarcasme.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Hermione sembla soudain songeuse.

-Il n’empêche, reprit-elle au bout d’un moment, je n’arrive toujours pas à croire que Dumbledore ait pu laisser le ministère nous l’imposer. Surtout en année de BUSE !

Harry regarda le dos de sa main mais ne répondit pas. Lui aussi aurait bien donné tout l’or de Gringotts pour se débarrasser de cette horrible bonne femme. Ron, quant à lui, restait étrangement silencieux.

-Peut-être que si assez d’élèves se plaignent d’elle, le conseil d’administration de l’école sera obligé de la renvoyer ? suggéra encore Hermione.

-Laisse tomber, d’accord ? rétorqua Harry avec mauvaise humeur.

            Priant pour que cette retenue soit sa dernière, Harry se présenta une fois de plus au bureau du professeur Ombrage et, contre toute attente, après six nouvelles heures à écrire avec son propre sang, l’envoyée du ministère sembla enfin satisfaite.

-Très bien, commenta-t-elle. Voilà qui devrait vous servir d’aide-mémoire, n’est-ce pas ? Mais je crois qu’une soirée de travail supplémentaire permettra d’inscrire le message un peu plus profondément.*

-Professeur, répondit précipitamment Harry. Il y a les essais de Quidditch de Gryffondor demain. Je fais partie de l’équipe et notre capitaine…

Sans lui laisser le temps de terminer sa phrase, le professeur Ombrage balaya sa requête d’un geste de la main.

-Je pense qu’il est excellent de vous priver d’une chose à laquelle vous tenez véritablement, dit-elle. Cela ne fera que renforcer la leçon que j’essaye de vous donner.*

            Harry prit le chemin de la salle commune en fustigeant Ombrage mais s’arrêta brusquement lorsqu’il aperçut Ron à moitié caché derrière une statue, son Brossdur à la main.

-Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il, intrigué par l’étrange comportement de son meilleur ami.

-Je… enfin… Bon, O.K., je vais te le dire mais ne te moque pas de moi, d’accord ? répondit Ron, sur la défensive.*

Il expliqua alors avoir l’intention de postuler au poste de gardien, maintenant qu’il possédait balai convenable.

-Je trouve que c’est une excellente idée ! s’exclama Harry. Ce serait super si tu entrais dans l’équipe ! Je ne t’ai jamais vu jouer comme gardien, tu es bon ?*

Visiblement soulagé par la réaction de son meilleur ami, Ron lui confia que Charlie et les jumeaux le mettaient toujours devant les buts lorsqu’ils s’entraînaient pendant les vacances.

-Fred et George vont s’effondrer de rire quand ils me verront arriver pour les essais. Ils n’ont pas arrêté de se payer ma tête depuis que je suis préfet.

-J’aurais bien aimé être là, dit Harry avec amertume*, mais Ombrage m’a demandé de revenir encore demain, alors…

Ils s’apprêtaient à reprendre le chemin de la salle commune lorsque Ron lui agrippa soudain le poignet.

-Harry, qu’est-ce que tu as à la main ?

-Une simple coupure, ce n’est rien…*

Mais Ron insistait, et Harry fut bientôt obligé de lui avouer ce qui se passait vraiment dans le bureau d’Ombrage.

-Dumbledore, parles-en à Dumbledore !

-Non, répondit Harry d’un ton catégorique.*

-Dans ce cas, parles-en à Sirius.

C’était une option, mais Harry secoua à nouveau la tête : s’il en parlait à Sirius, Sirius en parlerait à Dumbledore. Or Harry ne tenait pas à donner à Ombrage la satisfaction d’apprendre qu’il s’était plaint à ce parrain qu’elle semblait tant détester. Et il ne voulait pas non plus que Sirius se sente coupable des agissements de cette immonde harpie.

            Angelina piqua une crise à la table du petit-déjeuner, le lendemain matin, lorsque Harry lui apprit qu’il ne pourrait pas assister aux essais, à tel point qu’il se demanda si Olivier Dubois n’était pas décédé et s’était réincarné dans le corps de la jeune fille. Après ça, la journée fut tout aussi éprouvante que le reste de la semaine et Harry se rendit en traînant les pieds pour le quatrième soir d’affilée dans le bureau de l’envoyée du ministère.

-Vous savez ce que vous avez à faire, Mr Potter, lui dit Ombrage dans un sourire mielleux.*

Les heures passèrent à nouveau, lentement, comme si Harry regardait un film image par image. De là où il était assis, il pouvait apercevoir le terrain de Quidditch et des silhouettes vêtues de rouge, mais il lui était impossible de distinguer les visages. Il espérait que Ron s’en sortirait. Une épaisse goutte de sang glissa sur le dos de sa main, venant tacher le parchemin.

-Voyons si le message est passé, dit la voix doucereuse du professeur Ombrage.*

Elle s’approcha alors et prit sa main ensanglantée entre ses doigts potelés. Soudain, Harry sentit une violente douleur au niveau de sa cicatrice, le projetant à nouveau dans la pièce sombre aux fenêtres condamnées, lui arrachant un petit cri.

-Ah oui, ça fait mal, n’est-ce pas, dit-elle doucement, l’extirpant de sa vision aussi brutalement qu’elle l’y avait projeté. Eh bien, je crois que j’ai réussi à me faire comprendre, Mr Potter. Vous pouvez partir.*

Harry était encore tellement déboussolé par son retour soudain auprès de Lord Voldemort qu’il ne réagit pas tout de suite.

-Y a-t-il quoi que ce soit que vous vouliez me dire ? demanda alors Ombrage dans son horrible sourire mielleux.

Bien que toujours sous le choc, Harry secoua énergiquement la tête et se rua hors du bureau.

            La salle commune était encore bondée lorsqu’il y pénétra et Ron lui sauta presque dessus à l’instant où il passa le trou du portrait.

-Harry, j’ai réussi, c’est moi le nouveau gardien !*

-Super, répondit Harry d’un ton pressé qui n’exprimait pas sa joie comme il l’aurait voulu, mais il avait bien d’autres choses en tête à cet instant.

Sans prendre la peine d’ajouter un mot, il monta les escaliers de quatre en quatre avant d’ouvrir la porte du dortoir à la volée et de se précipiter vers son lit. Il fouilla brièvement dans le tiroir de sa table de nuit et en sortit le Miroir à Double Sens avant de se laisser tomber assis sur son matelas et de prononcer le nom de son parrain.

-Que se passe-t-il ? demanda aussitôt Sirius de cet air alarmé qu’il avait toujours lorsque Harry le contactait.

-Je sais qui est l’homme qui m’a attaqué ! s’exclama Harry, hors d’haleine.

-Quoi ? s’écria Sirius, visiblement abasourdi. Comment le sais-tu ?

-Je me suis souvenu, haleta Harry, je…

-Harry, calme-toi. Reprends d’abord ton souffle puis raconte-moi tout depuis le début, d’accord ?

Harry hocha la tête et tenta de respirer en même temps qu’il remettait de l’ordre dans ses idées. Soudain, la porte du dortoir grinça dans son dos et Harry se retourna vivement.

-Ce n’est que moi, mon vieux ! se défendit Ron en s’approchant. Tu es passé tellement rapidement que je me suis inquiété. Que se passe-t-il ? C’est encore Ombrage ?

À ces mots, Harry se détendit légèrement et lui fit signe de venir s’asseoir à côté de lui.

-Est-ce que c’est Sirius ? demanda Ron d’un air vaguement intéressé en jetant un coup d’œil à l’intérieur du Miroir.

-Salut, Ron, répondit-il. Harry, est-ce que ça va mieux ?

Le jeune homme hocha alors la tête et commença son récit, passant volontairement sous silence la partie qui concernait les pouvoirs spéciaux de la plume d’Ombrage.

-Lorsqu’elle m’a touchée, poursuivit-il, ma cicatrice s’est subitement mise à me faire mal et je me suis retrouvé dans cette pièce sombre où Voldemort semble habiter. Je n’y suis resté qu’une seconde, mais le Mangemort qui m’a attaqué était là, et je me suis souvenu d’où je le connaissais.

Il marqua une courte pause le temps de voir la réaction de Sirius. Mais à part le tressaillement de Ron à l’évocation du nom du mage noir, son parrain gardait une expression concentrée.

-D’où est-ce que tu le connaissais ? interrogea finalement Sirius, jugeant que son filleul faisait un peu trop durer le suspense.

-Lorsque Croupton… commença Harry avant de s’interrompre. Lorsqu’il y a eu tous ces articles sur lui dans La Gazette, reprit-il en jetant à Ron un regard de biais, il y avait aussi des photos de sa famille. Sirius, ce Mangemort… C’est le fils de Barty Croupton !

Un lourd silence suivit cette affirmation.

-Harry, souffla Sirius au bout d’un moment, ça ne peut pas être Barty Croupton Jr, c’est tout simplement impossible. Il est mort à Azkaban il y a près de quinze ans, j’ai vu de mes propres yeux les Détraqueurs porter son corps sans vie devant ma cellule.

-Alors, toi aussi, tu m’accuses de mentir ? s’énerva soudain Harry.

-Comment ça, « moi aussi » ? répliqua Sirius. Et non, je ne t’accuse pas de mentir. Je dis juste que tu t’es trompé. Ce sont des choses qui arrivent quand on est stressé, ce n’est pas grave.

-Je ne me suis pas trompé ! insista Harry d’un ton boudeur. Et si tu ne me croies pas, alors bonne nuit.

Et sans ajouter un mot, il interrompit la connexion avec le Miroir de Sirius, et un lourd silence s’abattit alors sur le dortoir.

-Moi, je te crois, déclara Ron d’une voix faible après quelques secondes.

-Ah oui ? s’étonna Harry en se tournant vers lui.

Il ne savait pas pourquoi la réaction de Ron l’étonnait. Après tout, ce n’était pas comme si son ami avait jamais mis en doute sa parole.

-Oui, répéta Ron. On a déjà vu des tas de trucs qu’on croyait impossibles, à commencer par l’innocence de Sirius, la fausse mort de Pettigrow, précisa-t-il, l’air soudain mal à l’aise.

Excellent exemple ! pensa Harry avec amertume. Pendant douze ans, tout le monde avait cru au meurtre de Queudver alors qu’il était bel et bien vivant. L’histoire pouvait-elle se répéter avec le fils Croupton ?

-Merci, Ron, répondit-il, la gorge nouée par la gratitude. Ça compte beaucoup pour moi, que tu me croies.

Ron hocha la tête et ses oreilles s’empourprèrent légèrement.

-Et si c’était le fils Croupton, poursuivit Ron, ça expliquerait…

Ron baissa soudain les yeux, n’ayant pas le courage de terminer sa phrase, mais Harry savait ce qu’il avait voulu dire : cela expliquerait pourquoi Percy et Croupton Sr avaient tous les deux été retrouvés morts.

-Au fait, reprit Harry pour changer de sujet, toutes mes félicitations pour ta sélection au poste de gardien. Je suis vraiment très fier de toi !

-Oh, souffla Ron, dont les oreilles avaient définitivement pris une teinte rouge Souafle, à présent. C’est gentil à toi de dire ça.

Il hésita une seconde avant de reprendre :

-Il y a une petite fête, en bas… Si tu veux te changer un peu les idées, on peut descendre s’amuser un peu. Hermione s’est endormie dans un fauteuil au milieu de ses bonnets informes qu’elle tricote pour libérer les elfes contre leur gré, mais il y a de la Bièraubeurre !

-Excellente idée, acquiesça aussitôt Harry. J’ai bien besoin d’une Bièraubeurre.

Il reposa alors le Miroir à Double Sens dans le fond du tiroir et le referma d’un geste sec, comme s’il dissuaderait Sirius de reprendre contact.     

 

-Ce serait parfaitement logique, déclara Hermione à voix basse lorsque Harry lui raconta sa vision, le lendemain matin.

Ayant des tonnes de devoirs en retard, Harry avait dut se résoudre à se rendre à la bibliothèque au lieu d’accompagner Ron au terrain de Quidditch et Hermione n’avait pas hésité une seule seconde entre les deux options.

-Ah oui ? s’étonna Harry, qui avait presque fini par douter de lui-même pendant la nuit.

Bien qu’il soit toujours furieux contre Sirius de l’avoir traité de menteur, il n’avait pas pu s’empêcher de jeter un coup d’œil au Miroir le soir avant d’aller se coucher et une nouvelle fois au réveil, mais il n’avait pas cherché à le recontacter, jugeant que c’était à Sirius de faire le premier pas.

-C’est évident, non ? rétorqua Hermione d’un ton hautain. Enfin, rappelle-toi ! Winky nous a avoué à demi-mot que Croupton avait un secret, non ? Qu’elle devait retourner chez lui pour s’occuper de quelque chose ? Et si c’était de son fils ?

À ces mots, le regard de Harry s’éclaira soudain.

-C’est vrai, s’écria-t-il d’une voix surexcitée, et Hermione le sermonna d’un « Chut ! » tout aussi sonore. J’avais complètement oublié ! Comment est-ce que ça a pu me sortir de la tête ? La réponse était devant mon nez depuis le début !

Sans vraiment réfléchir à ce qu’il faisait, Harry se leva d’un bond, renversant sa chaise au passage.

-Harry, qu’est-ce que tu fais ? interrogea Hermione d’un air réprobateur. Tu as encore tous tes devoirs à terminer, et…

-Ça peut attendre, coupa Harry en fourrant ses affaires dans son sac d’un geste impatient. Il faut que j’aille parler à Winky.

Et sans ajouter un mot, il hissa son sac sur son épaule et sortit en trombe de la bibliothèque.

-Harry ! appela Hermione d’une voix implorante en courant dans le couloir pour le rattraper. Il ne te sert à rien de parler à Winky, tu sais parfaitement qu’elle ne te dira rien. Seul le professeur Dumbledore a le pouvoir de lui faire avouer ce qu’elle sait ! Écoute, insista-t-elle en l’attrapant par le bras pour qu’il cesse enfin de marcher, même si Sirius pense que tu as tort, je suis sûre qu’il en aura parlé à Dumbledore ou à Maugrey et qu’eux aussi auront l’idée de parler à Winky. Tu devrais les laisser faire et te concentrer sur tes devoirs.

Elle marqua une courte pause le temps de jeter un regard suspicieux autour d’elle puis ajouta :

-On a déjà bien assez de soucis avec Ombrage.

-On a assez de soucis avec Ombrage ? répéta Harry d’un ton furieux. Tu ne crois pas que le fait que Voldemort soit sur le point de revenir est bien plus préoccupant que cette vieille harpie à la face de crapaud ?

-Les deux le sont tout autant, rétorqua Hermione. Comment allons-nous pouvoir nous en sortir une fois sortis de l’école si on ne nous apprend pas à nous défendre ?

Elle avait posé cette question à voix haute, pourtant Harry savait qu’elle ne s’adressait pas à lui : son regard était lointain et sa voix semblable à un écho.

-Qu’est-ce que tu suggères alors ? demanda-t-il, agacé.

Hermione ne lui répondit pas. Elle fixait un point par-dessus son épaule et Harry se retourna alors pour voir ce qu’elle regardait. À son grand déplaisir, il s’agissait de Cedric Diggory qui sortait de son cours de sortilèges. Au moins, pour une fois, Cho n’était pas avec lui.

-Ne me dis pas que toi aussi, tu es amoureuse de lui ? railla Harry en se retournant vers elle.

-Hein ? fit Hermione, semblant retrouver soudain ses esprits. Non, bien sûr que non ! répondit-elle sèchement.

Et, sans le moindre signe avant-coureur, elle passa devant Harry et s’éloigna à grandes enjambées.

-Hey ! appela-t-il. Hermione, où est-ce que tu vas ?

-Il faut que j’aille demander un service à quelqu’un ! répondit-elle par-dessus son épaule avant de disparaître à l’angle du couloir.

 

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

Merci d'avoir pris le temps de me lire ! J'espère que vous êtes moins déçus que la dernière fois. Celui ou celle qui me laissera la 80ème review aura le droit d'exprimer un souhait pour la suite de l'histoire :-)

Rendez-vous lundi 30/11 pour un chapitre intitulé "La brillante idée d'Hermione" (vous avez le droit d'essayer de devenir de quoi il s'agit ;) ) !

Chapitre 22: La brillante idée d’Hermione by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !


Merci d’être au rendez-vous pour ce nouveau chapitre et un merci tout particulier à teddy, AlexG57, Bigoudie et Lady Scott pour leurs critiques.


J’ai bien compris que vous ne voulez pas lire d’extrait des romans et vais m’efforcer de réduire les citations au strict minimum mais avant de vous laisser à votre lecture, je pense qu’un petit rappel s’impose : le but de cet UA n’est pas de partir dans tous les sens en jetant le canon par les fenêtres. Au contraire, je l’envisage comme une sorte d’expérience où je change une variable (le fait que Sirius soit innocenté et Peter emprisonné) pour voir l’impact que ce « détail » va avoir sur l’histoire originale. Merlin sait que je déteste Ombrage, mais je suis d’avis qu’avec toutes les difficultés qu’a Dumbledore à trouver un prof de DCFM, Fudge en aurait profité pour caser Ombrage de toute façon, même s’il ne le suspecte pas encore de lever une armée contre le ministère. Donc oui, désolée, Ombrage est là, mais sa présence combinée à la survie de Cedric me permet d’explorer une piste que, personnellement, je trouve vraiment intéressante (vous me direz ce que vous en pensez).


Il existe énormément d’UA sur ce site et si ce que vous recherchez est une histoire à des années lumières du canon, alors je suis forcée de vous dire que vous êtes ici au mauvais endroit. Pour les autres : j’ai mon plan, je le suis, je sais où je vous emmène, ayez un peu confiance ;)


J’espère avoir pu éclaircir un peu vos doutes et vous souhaite à présent une bonne lecture.

Harry était d’humeur toujours aussi massacrante lorsque les cours reprirent, le lundi suivant, et son humeur ne s’améliora pas dans les jours d'après. Entre la nomination d’Ombrage au poste de Grande Inquisitrice – ce qui lui donnait le pouvoir d’inspecter, de mettre à l’épreuve et de renvoyer ses collègues enseignants –, le Désolant qu’il avait reçu à son devoir de potions et la nouvelle semaine de retenues dont il avait écopé pour avoir dit la vérité concernant Quirrell, autant dire que le jeune homme se sentait chaque jour un peu plus furieux contre le monde entier.

Il n’avait pas tenté de reprendre contact avec Sirius et gardait le Miroir à Double Sens enfermé dans son tiroir de table de chevet, mais il lui devenait de plus en plus difficile de résister à l’envie de parler au seul adulte qui pouvait sûrement comprendre l’intensité de sa colère. Sirius aussi t’a traité de menteur, lui rappelait alors une voix dans sa tête, refroidissant passablement ses ardeurs.

            Les conséquences de cette nouvelle semaine de retenue furent absolument catastrophiques pour Harry : la blessure sur le dos de sa main risquait de plus en plus de laisser une cicatrice durable, ses devoirs à faire s’accumulaient tellement qu’ils atteindraient bientôt la taille du professeur Flitwick, et Angelina Johnson piqua une telle crise le mardi, à la table du petit-déjeuner, que le professeur McGonagall dut intervenir et lui enlever des points.

-Mais professeur… il s’est encore arrangé pour avoir une retenue…

-Qu’est-ce que c’est que ça, Potter ? demanda sèchement le professeur McGonagall. Qui vous a donné une retenue ?

-Le professeur Ombrage, marmonna Harry.*

À ces mots, la directrice adjointe se redressa de toute sa hauteur et expira bruyamment par le nez, lui donnant l’air d’un taureau furibond.

-Venez avec moi, Potter, ordonna-t-elle alors.

Sentant que sa dernière heure avait sonné, Harry se leva sous les regards inquiets de Ron et Hermione. Ils sortirent de la Grande Salle et traversèrent le hall d’entrée. Ils venaient tout juste d’atteindre l’escalier de marbre lorsque la porte située à sa droite s’ouvrit – celle qui menait aux cuisines –, laissant apparaître le professeur Dumbledore et son épaisse robe de velours pourpre. Intrigué par la présence du directeur à cet endroit, Harry s’arrêta soudain de marcher et tourna la tête vers lui. Comme souvent, Dumbledore le regardait par-dessus ses lunettes en demi-lunes et semblait le passer au rayon X.

-Vous avez parlé à Winky, n’est-ce pas ? demanda-t-il à voix basse.

-Je parle à beaucoup d’elfes, lorsque je descends aux cuisines, répondit Dumbledore, l’ombre d’un sourire se perdant dans sa barbe blanche.

-Mr Potter, j’ai toujours à vous parler, rappela sèchement le professeur McGonagall.

Harry se retourna à contrecœur après avoir échangé un dernier regard avec le directeur. Il était sûr que Dumbledore était descendu à la cuisine pour parler à Winky – mais qu’avait dit l’elfe ? Avait-elle fini par avouer que le fils de Croupton était toujours en vie et expliqué la façon dont il s’y était pris pour s’échapper d’Azkaban ? Harry n’avait pas encore trouvé de réponses à ses questions lorsque le professeur McGonagall déverrouilla la porte de son bureau et lui fit signe d’entrer.

-Prenez un biscuit, Potter, dit-elle en s’installant dans le fauteuil derrière son bureau.

-Un… quoi ?

-Prenez un biscuit, répéta-t-elle avec impatience en désignant une boîte en fer posée devant elle. Et asseyez-vous.*

Harry s’exécuta, de plus en plus perplexe.

-Potter, je sais que le professeur Ombrage est quelqu’un de désagréable, mais vous devez absolument réussir à vous contrôler en sa présence. Le ministère pense que votre parrain a une mauvaise influence sur vous et, pour avoir enseigné pendant sept longues années à Mr Black, je suis forcée d’admettre que moi aussi, j’ai parfois cette crainte. Alors rendez-nous service à tous les deux : prouvez-nous, au ministère et à moi-même, que nous nous trompons.

Harry, qui venait de croquer dans un coin de son biscuit au gingembre, dut d’abord avaler sa bouchée pour ne pas paraître impoli, ce qui lui laissa l’opportunité de réfléchir. C’est donc pour ça qu’Ombrage s’acharne sur moi… À cause de Sirius… C’était injuste, un comportement indigne d’un professeur ! Rogue te fait aussi payer pour ton père, rappela alors une voix mesquine dans un coin de sa tête. Est-ce que tu as vraiment envie de continuer à supporter le courroux des gens à cause de choses que d’autres ont faites ? La réponse était évidemment « non ».

-Ne vous inquiétez pas professeur, déclara-t-il alors d’une voix lente et déterminée. Je ne laisserai plus Sirius m’influencer.

 

            Mais de toute évidence, Ombrage avait décidé de mettre ses bonnes résolutions à l’épreuve car elle assista au cours de métamorphose – ou le professeur McGonagall ne manqua pas de la remettre à sa place – mais également – et Harry sentit son estomac se décrocher – à celui de Hagrid.

-Ça aurait difficilement pu être pire, marmonna-t-il lorsqu’ils regagnèrent la Grande Salle pour le dîner.

-Ce qui est terrible, dit Hermione d’un air sombre, c’est que ce cours était loin d’être inintéressant. Les Sombrals sont des créatures fascinantes, même si on ne peut pas les voir…

Harry acquiesça d’un signe de tête. Lui non plus n’avait pas pu percevoir les Sombrals, mais il avait vu distinctement le morceau de chair se détacher de la carcasse de vache qu’Hagrid avait apportée comme appât et avait senti ses cheveux se dresser sur sa nuque à cette vision.

-Ce qui m’étonne, c’est que Neville ait pu les voir, confia Ron à voix basse.

-Moi, ce qui m’inquiète le plus, coupa Hermione d’un ton brusque, c’est qu’à tous les coups, Ombrage va mettre Hagrid à l’épreuve. Vous avez vu comme elle a fait semblant de ne pas comprendre ce qu’il disait ?

            La jeune fille n’avait toujours pas décoléré lorsque Harry regagna la salle commune après sa retenue, la main enroulée dans un foulard ensanglanté. Par chance, Hermione avait trouvé un remède pour aider à la cicatrisation : un liquide jaune qu’elle assura être une solution filtrée de tentacules de Murlap marinés.

-Je persiste à dire que tu devrais le dire à Sirius, dit Ron en regardant sa main trempée dans le bol avec une moue dégoûtée.

-Non.

-Pourquoi pas ? Il pourrait sûrement faire quelque chose, et…

-Le ministère pense que Sirius a une mauvaise influence sur moi, expliqua Harry avec mauvaise humeur. Si je vais me plaindre à lui, que croyez-vous qu’il se passera ?

Il y eut un moment de silence pendant lequel ni Ron ni Hermione ne semblèrent savoir quoi dire. Finalement, ce fut Hermione qui reprit la parole.

-Que tu ne veuilles pas te plaindre d’Ombrage est une chose, mais qu’on la laisse détruire notre scolarité en est une autre, dit-elle Hermione à voix basse. J’ai eu une idée, ajouta-t-elle après un instant d’hésitation. Je pense que nous devons nous trouver un autre professeur qui nous enseignerait la défense contre les forces du Mal sans qu’Ombrage ne le sache.

-Excellente idée, railla Harry avec sarcasme. Et tu penses à qui ?

À ces mots, le visage de la jeune fille prit une teinte rouge Souafle, provoquant chez Harry et Ron un froncement de sourcils immédiat.

-Je pensais à Cedric Diggory, avoua-t-elle dans un souffle.

Un silence stupéfait s’abattit alors.

-Pourquoi Diggory ? questionna Harry avec mauvaise foi.

Il savait parfaitement quel avait été le raisonnement d’Hermione, mais il n’était pas près d’admettre qu’elle avait raison.

-Parce qu’il est en dernière année et qu’il a dû apprendre des tas de sortilèges en plus pour le Tournoi des Trois Sorciers, se justifia-t-elle sur un ton de défi.

-Justement, répliqua Harry avec humeur, il passe ses ASPIC, il n’a sûrement pas le temps de…

-Je lui ai déjà demandé, déclara Hermione. Il n’était pas sûr au début, mais il a fini par accepter d’y réfléchir. Nous voulons organiser une réunion à Pré-au-Lard, pour voir combien d’élèves seraient intéressés par la démarche.

Furieux, Harry se leva d’un bond, renversant le bol contenant l’essence de Murlap au passage mais il n’y prêta aucune attention et traversa la salle commune à grandes enjambées. Il détestait Cedric depuis qu’il avait invité Cho au Bal de Noël avant lui et il continuait à lui en vouloir pour ça. Bien sûr, le Poufsouffle n’y pouvait rien et dans le fond, Harry savait qu’Hermione avait raison, pourtant il ne pouvait s’empêcher de la haïr, rien qu’un tout petit peu, d’avoir pris cette initiative sans lui en parler avant. En même temps, tu ne lui as jamais dit que tu en pinçais pour Cho, rappela une petite voix à l’intérieur de sa tête.

Harry poussa un profond soupir tandis qu’il se laissait tomber sur son lit tout habillé. Ron le rejoignit quelques minutes plus tard et, prenant garde à ne pas réveiller Dean, Seamus et Neville, il chuchota à l’adresse de Harry :

-Tu sais, je suis sûr que même le calmar géant pourrait nous en apprendre plus en défense contre les forces du Mal qu’Ombrage. Du coup, qu’est-ce que ça nous coûte de donner sa chance à Diggory ? S’il est nul, on pourra toujours arrêter de suivre ses cours.

Harry ne répondit pas mais la petite voix dans sa tête le força à s’admettre à lui-même que Ron avait raison : Diggory ne pouvait pas être pire qu’Ombrage.

 

            Hermione ne reparla pas de son idée de classe illégale de défense contre les forces du Mal pendant les deux semaines suivantes mais lorsqu’arriva le jour de la sortie à Pré-au-Lard, le premier week-end d’octobre, la jeune fille sembla soudain nerveuse. Le soleil brillait mais le vent glacial leur mordait le visage tandis qu’ils s’avançaient dans la grand-rue de Pré-au-Lard.

-Où va-t-on ? demanda Harry. Aux Trois Balais ?

-Oh non, dit Hermione, c’est toujours plein de monde et beaucoup trop bruyant.* Cedric et moi avons convenus de nous retrouver à La Tête de Sanglier.

Harry échangea un regard sceptique avec Ron mais cela n’empêcha nullement les deux garçons de la suivre quand même dans une ruelle adjacente à la rue principale. Les trois jeunes gens connaissaient déjà l’établissement pour y être venu avec Sirius l’année précédente, et Harry redouta soudain que son parrain ait pris la décision de venir les rejoindre sans le prévenir.

Il jeta un regard méfiant autour de lui, mais il ne reconnut aucun visage parmi les quelques excentriques hurluberlus vêtus de la façon la plus bizarre qui soit – il y avait, entre autres, une sorcière vêtue d’un très long voile noir qui recouvrait la totalité de son visage –, ni aucun élève de Poudlard. Soulagé de ne pas se retrouver nez à nez avec Sirius alors qu’il n’avait aucune envie de le voir, Harry leur commanda trois Bièraubeurres puis ils s’installèrent à une table et attendirent.

            La porte du pub s’ouvrit bientôt, laissant apparaître Cedric Diggory dans un halo de lumière, lui donnant l’air d’être le Messie. Harry ne put réprimer une grimace mais il sentit son visage se liquéfier à la seconde où il s’aperçut que Cho le suivait. Bien sûr que Cho est avec lui, pensa-t-il avec agacement. Et soudain, Harry se prit à souhaiter que Sirius entre à son tour dans le pub, lui donnant une excuse pour se défiler.

-Salut, dit Cedric en s’approchant, ses doigts repliés sur ceux de Cho.

La jeune fille leur adressa un sourire ainsi qu’un petit signe de la main, auxquels ils répondirent avec plus ou moins bonne grâce.

-Alors, dit Cedric en s’asseyant à côté de lui, le séparant de Cho, est-ce que tu penses que beaucoup de monde va venir ?

-Oh, juste deux ou trois personnes*, répondit Hermione en consultant sa montre.

-Nous en avons un peu parlé dans nos maisons respectives, poursuivit Diggory en baissant la voix d’un air conspirateur, mais je ne sais pas combien sont réellement intéressés…

À peine avait-il prononcé cette phrase que la porte du pub s’ouvrit à nouveau, laissant entrer Neville, Dean, Lavande, Ginny, les jumelles Patil, Luna Lovegood, l’ensemble de l’équipe de Quidditch de Gryffondor, les frères Crivey, Ernie MacMillan, Zacharias Smith, Justin Flinch-Fletcher, Hannah Abbot, ainsi qu’une demi-douzaine d’autres que Harry ne connaissait que de vue.

-En fait, on dirait que l’idée a eu pas mal de succès, déclara Hermione d’un ton joyeux.* Vous voulez bien aller chercher d’autres chaises ? ajouta-t-elle à l’adresse de Ron et Harry.

Passablement irrité de se retrouver à jouer les déménageurs, Harry s’exécuta néanmoins : il ne voulait pas que Diggory – ou Cho – pense qu’il n’était qu’un gamin immature et jaloux. Il se sentit cependant un peu mieux lorsque Fred se dirigea vers le comptoir pour commander trente Bièraubeurres, montrant qu’il ne les considérait pas, lui et Ron, comme leurs butlers. Lorsque tout le monde fut servi, Hermione échangea un regard interrogateur avec Cedric, qui hocha galamment la tête :

-Honneur aux dames, dit-il d’un ton tranquille, et Harry vit les joues d’Hermione prendre une teinte rouge Souafle qui lui déplut fortement.

Il n’était pas le seul, d’ailleurs : Ron et Cho avaient tous les deux froncés les sourcils d’un air mécontent.

-Heu… commença Hermione d’une voix plus aiguë que d’habitude, eh bien, heu… bonjour.* 

Elle échangea un nouveau coup d’œil avec Diggory qui l’encouragea d’un signe de tête.

-Alors, heu… bon vous savez pourquoi vous êtes ici.* Heu… donc Cedric et moi avons eu l’idée…

-Ne sois pas si modeste, intervint Cedric, c’est toi qui as eu cette idée.

-Ah, euh, oui… admit Hermione en rougissant de plus belle. Donc, j’ai eu l’idée… que ce serait peut-être bien pour les gens qui veulent étudier la défense contre les forces du Mal – je veux dire étudier vraiment – que nous prenions nous-mêmes les choses en main.

Elle marqua une courte pause, jeta un regard gêné aux quelques visages familiers autour d’elle puis se décida à poursuivre.

-Étant donné que la Coupe de Feu a vu en Cedric l’élève le plus talentueux pour représenter Poudlard au Tournoi des Trois Sorciers, je me suis dit qu’il serait également le mieux placé pour endosser le rôle du professeur et après un temps de réflexion, il a fini par accepter malgré le fait qu’il doive préparer ses ASPIC. D’ailleurs, je te remercie, Cedric.

-Il n’y a pas de quoi, Hermione, assura Diggory en appuyant ses propos d’un signe de tête courtois. Comprenez-moi bien, ajouta-t-il en s’adressant au reste de l’assistance, je n’ai en aucun cas les qualifications nécessaires pour enseigner, et cela n’a jamais été mon ambition. Mais puisque nous avons affaire à un professeur peu encline à nous laisser pratiquer la magie, je pense qu’il est de mon devoir de soutenir tous celles et ceux d’entre vous qui voudront apprendre. Pour le Tournoi des Trois Sorciers, j’ai dû approfondir mes connaissances bien au-delà de ce qu’on nous enseigne en classe, et si je veux en faire profiter ne serait-ce qu’un seul d’entre vous, alors j’aurais le sentiment de ne pas avoir fait cela pour rien.

À ces mots, Harry échangea un regard avec Ron et sut que son meilleur ami pensait la même chose que lui : ils trouvaient un peu exagéré le fait qu’il ait besoin d’avoir le sentiment de ne pas « avoir fait tout ça pour rien » alors que le Tournoi des Trois Sorciers lui a apporté gloire et fortune. Cedric s’était tu – apparemment, il avait terminé son discours – mais le silence fut de courte durée.

-Où est-ce qu’on signe ? demanda aussitôt Ernie MacMillan de son habituel ton pompeux.

Hermione poussa un profond soupir de soulagement et son visage s’éclaira d’un sourire radieux.

-Bien, dit-elle. Vous êtes tous d’accord pour que Cedric nous enseigne la défense contre les forces du Mal ?

-Oui !

-Carrément !

-Alors, la question suivante, c’est à quel rythme va-t-on le faire ? À mon avis, il faut au moins une séance par semaine, sinon, ça ne vaut pas le coup…*

C’est là que les ennuis commencèrent : il y avait des joueurs de trois équipes de Quidditch différentes autour de cette table, et personne ne voulait changer son planning pour des cours supplémentaires.

-Je suis certain que nous réussirons à trouver une soirée qui convienne à tout le monde, assura Cedric dans un sourire rassurant. Ce qui m’inquiète le plus, c’est de savoir où nous allons pouvoir nous retrouver sans éveiller les soupçons d’Ombrage. Je ne suis pas sûr qu’elle apprécierait ce que nous planifions de faire, si elle était au courant…

Les propositions fusèrent dans tous les sens mais aucune ne sembla véritablement satisfaisante.

-Bon, alors, on essayera de trouver autre chose, dit Hermione. Nous enverrons un message à tout le monde lorsque nous aurons fixé une date et un lieu pour le premier rendez-vous.*

Elle sortit ensuite un rouleau de parchemin ainsi qu’une plume et demanda à tout le monde présent à la réunion de bien vouloir noter son nom.

-Je vous remercie à tous d’être venus, déclara solennellement Cedric, et Harry dut réprimer l’envie soudaine de se faire vomir. La confiance que vous placez en moi me touche beaucoup. Je tâcherai de m’en montrer digne. Mais en attendant notre premier cours, je vous demanderai de ne pas ébruiter ce que nous avons l’intention de faire. Merlin sait ce qu’il nous arriverait si Ombrage venait à l’apprendre !

Un hochement de tête unanime parcourut l’assemblée et, après avoir tous signé, les élèves quittèrent peu à peu La Tête de Sanglier, laissant le trio à nouveau seul avec Cedric et Cho.

-Si tu n’as rien contre, reprit alors Hermione d’une petite voix timide, je vais essayer de prendre contact avec le professeur Lupin pour voir s’il peut nous donner quelques conseils…

-Merci Hermione, répondit Diggory en se tournant vers elle. Merci pour ton soutien et ton engagement.

Tandis qu’il prononçait ces mots, il tendit une main vers la jeune fille, qui la serra sans hésiter. Cedric lui adressa encore un sourire en coin avant de prendre Cho par la main et de la guider hors du pub.

-Eh bien, conclut Hermione d’un air satisfait, voilà une bonne chose de faite !

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard


 


 


C’est tout pour cette fois, j’espère que ça vous a plu.


Concernant la publication du prochain chapitre (il est déjà écrit, je vais juste le relire et le corriger), je pense qu’il ne serait pas spécialement intelligent de le sortir le 31 décembre. Du coup, ce sera sans doute entre Noël et le premier de l’An, je ne sais pas encore exactement quand, donc si vous avez une préférence sur la date, n’hésitez pas à me le faire savoir.


Merci encore de votre fidélité !


MadameMueller

Chapitre 23: L'Association de Défense by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

J'espère que vous avez passé de joyeuses fêtes de Noël et que vous êtes parés pour ce dernier chapitre de l'année 2020 ! Une fois de plus, je remercie du fond du coeur Lady Scott, AlexG57, Teddy et Sifoell pour leurs reviews. Votre soutien au cours de l'année écoulée m'aide à tenir le cap !

Petit rappel du chapitre précédent : Ombrage refuse d'enseigner la pratique de la défense contre les forces du Mal, c'est pourquoi Hermione a l'idée de demander à Cedric Diggory de leur donner des cours clandestins.

Prêt(e)s à voir comment il se débrouille comme prof ? C'est parti :)

-Eh bien, on dirait qu’il va falloir abandonner notre petit projet, commenta Harry à voix basse en terminant de lire le décret d’éducation numéro vingt-quatre, épinglé au tableau d’affichage de la salle commune des Gryffondor, le lundi suivant la sortie à Pré-au-Lard.

Évidemment, il haïssait tout ce que faisait Ombrage mais bizarrement, la perspective que l’idée d’Hermione et Diggory tombe à l’eau ne le chagrinait pas plus que ça. Au contraire, cela lui donnait une excuse toute trouvée pour ne pas participer. La jeune fille ne tarda pas à les rejoindre et Harry la vit soudain blêmir lorsqu’elle découvrit l’encart.

-C’est impossible*, assura Hermione alors que Ron émettait l’avis que l’une des personnes présentes à la réunion avait dû les vendre.

Elle leur expliqua alors avoir ensorcelé la liste de nom de manière à être rapidement au courant si un traitre se cachait parmi eux. Bien que toujours préoccupée, la jeune fille les poussa hors de la salle commune et ils descendirent ensemble prendre leur petit-déjeuner.

            Diggory tourna aussitôt la tête vers eux mais il s’esquissa aucun mouvement pour les rejoindre, ce qui était sans doute la chose la plus intelligente à faire à cet instant. Tandis que le trio déjeunait, Harry ne put s’empêcher de scruter les tables des Poufsouffle et des Serdaigle à la recherche du traitre qui, selon les dires d’Hermione, devait à présent se promener avec le visage parsemé d’hideux boutons, mais tous ceux qui avaient assisté à la réunion semblaient parfaitement normaux.

Le jeune homme était tellement perdu dans ses pensées qu’il ne remarqua pas tout de suite qu’Hedwige était venue se poser juste devant lui avant qu’elle ne commence à lui mordiller l’index.

-Aïe ! s’écria-t-il, s’attirant les regards intrigués de ses camarades.

Un petit rouleau de parchemin était accroché à la patte de la chouette et Harry s’efforça de défaire le nœud qui la retenait d’une seule main, occupé à sucer le sang qui avait perlé sur le doigt de son autre main. Lorsque ce fut chose faite, il déroula le parchemin qu’il calla sous son gobelet pour l’aplatir. La lettre était de Sirius.

 

            « Harry,

Je n’arrive plus à te joindre par le biais du Miroir à Double Sens, que tu as dû enfermer dans un tiroir, je suppose. Il faut absolument que nous parlions ! J’ai des choses très urgentes à te dire, que je ne peux pas te communiquer dans une lettre.

Je sais que tu penses que je t’ai traité de menteur mais je t’assure que ce n’est absolument pas le cas et d’ailleurs, je te crois. Je ne peux pas t’en dire plus pour l’instant mais… S’il te plait, contacte-moi par le Miroir, quelque soit l’heure du jour et de la nuit.

            Ton dévoué parrain

            Sirius »

 

Harry relut la lettre deux fois. Si Sirius le croyait alors qu’il avait balayé sa théorie d’un revers de main, cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : Winky avait parlé.

-Harry, où est-ce que tu vas ? s’étonna Hermione tandis qu’il se levait précipitamment de la table des Gryffondor.

-J’ai oublié un livre au dortoir, mentit-il.

-Dépêche-toi ! le somma-t-elle alors d’une voix pressante. Tu vas être en retard en histoire de la magie.

Elle avait raison, mais Harry s’en moquait : il avait plus urgent à faire et le professeur Binns ne remarquerait même pas son absence, de toute façon. Il traversa les couloirs et gravit les escaliers au pas de course jusqu’au septième étage, où la Grosse Dame essaya de lui faire la leçon concernant l’importance de la ponctualité. Lorsqu’elle accepta enfin de le laisser entrer, il courut au travers de la salle commune et ouvrit à la volée la porte du dortoir avant de fouiller le tiroir de sa table de nuit d’une main fébrile.

-Sirius Black ! s’exclama-t-il.

Une seconde plus tard, le visage de Sirius apparut.

-Content de te revoir, dit-il d’un ton bourru. Tu as reçu ma lettre, on dirait.

-Oui ! confirma Harry, plus excité que jamais. Alors comme ça, tu me crois ? Pour de vrai ?

-Oui, je te crois pour de vrai, confirma Sirius en hochant sombrement la tête. Barty Croupton Jr est bel et bien en vie et il ne fait plus aucun doute quant à sa culpabilité dans la mort de Percy.

-Je l’avais bien dit ! déclara Harry d’un air de triomphe. Comment est-ce qu’il a fait pour s’enfuir d’Azkaban ?

-C’est une longue histoire, et elle n’a pas d’importance pour toi, répondit Sirius. Ce n’est pas de ça dont je voulais te parler.

-Ah non ?

-Non, répéta-t-il. Je veux que nous parlions de la petite réunion que vous avez organisée à Pré-au-Lard il y a deux jours.

Un lourd silence suivit ses paroles.

-Comment… balbutia Harry. Comment es-tu au courant ?

Était-il possible que Sirius se soit trouvé là et qu’il ne l’ait pas vu ? Après tout, il était détective privé et devait connaître de nombreuses techniques de filature.

-L’une de mes sources, un ancien de l’Ordre du Phénix, était dans ce pub, expliqua Sirius. Alors comme ça, vous voulez fonder un cours illégal de défense contre les forces du Mal… Je suis très impressionné, je l’avoue, ajouta-t-il dans un sourire.

-On ne va pas pouvoir le faire, répondit aussitôt Harry.

Il lui parla alors du décret d’éducation numéro vingt-quatre.

-Ne dis pas n’importe quoi, rétorqua Sirius. Ce n’est pas un décret d’éducation ridicule qui va vous empêcher d’apprendre à vous défendre, si ? Ai-je vraiment besoin de te rappeler que le fils de Barty Croupton t’a attaqué chez ton oncle et ta tante l’été dernier ? Vous avez besoin de ces cours.

-Je suis sûr qu’on peut très bien se débrouiller tous seuls, grommela Harry avec mauvaise foi.

-Dis plutôt que tu ne tiens pas à ce que ce Cedric Diggory soit ton professeur, corrigea Sirius avec perspicacité. Je te comprends parfaitement ! assura-t-il précipitamment. Mais comme je ne peux pas te donner ces cours moi-même avant tes dix-sept ans – et crois-moi, à ce moment-là, il sera trop tard – tu ne vas pas avoir d’autre choix que de suivre Diggory.

Harry n’en croyait pas ses oreilles ! Comment son parrain, celui qui avait failli pleurer devant une photo vieille de plus de quinze ans, pouvait-il lui donner un pareil conseil ?

-Ah oui, tu crois ? railla-t-il avec sarcasme. Moi je crois plutôt que je ferais mieux de me tenir à carreaux, parce qu’Ombrage me puni déjà bien assez comme ça à cause de toi !

-Quoi ? s’écria Sirius en manquant de s’étouffer. Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

-Je veux dire qu’à chaque fois que je dis le moindre mot qui lui déplaise, elle me colle une semaine en retenue. D’après le professeur McGonagall, elle me fait payer ta mauvaise influence, et je n’ai pas envie de lui donner raison.

-McGo a dit ça ? demanda-t-il d’une voix blanche.

Il lui fallut quelques instants pour reprendre contenance puis, d’un ton résigné, il ajouta :

-Toi aussi, tu penses que j’exerce une mauvaise influence sur toi ?

-Je ne sais pas, admit Harry en soutenant son regard.

Cette fois encore, Sirius avala sa salive avec difficulté et tarda à répondre.

-Je vois, dit-il enfin d’une voix très calme. Dans ce cas tu n’as vraiment pas de chance, car c’est moi que tes parents ont chargé de…

-Mes parents étaient peut-être aussi irresponsables que toi ! rugit Harry en se levant d’un bond.

-Je t’interdis… siffla Sirius comme un Magyar à pointes enragé, je t’interdis de parler comme ça de tes parents ! Tu me prends pour un irresponsable, parfait ! Je te rappelle que ta première question au professeur Dumbledore après l’attaque de cet été a été de savoir si tu pouvais venir chez moi. Mais j’imagine que ça ne compte pas, n’est-ce pas ? Ou quand tu me demandes des conseils de cœur, est-ce que je t’ai une seule fois envoyé sur la mauvaise piste ? Je comprends que tu sois en colère et je parlerai à Dumbledore du comportement d’Ombrage, mais je n’ai pas de mauvaise influence sur toi ! La seule chose que je veux, c’est te protéger, comme tes parents me l’ont demandé ! Et oui, en l’occurrence, je t’encourage à participer à ce groupe de défense parce que je ne tolèrerai pas que Voldemort te fasse du mal ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Il y eut un nouveau moment de silence pendant lequel Harry ravala les larmes de colère qui parlaient entre ses cils.

-Me suis-je bien fait comprendre ? répéta Sirius de sa voix la plus menaçante.

-Oui, grommela Harry.

-Bien, souffla Sirius.

Il poussa un profond soupir de lassitude, ce qui surprit Harry.

-Je n’ai pas envie qu’on se dispute, reprit-il d’une voix plus calme. Je veux juste t’éviter de commettre les mêmes erreurs que moi j’ai commises. Essaie de faire abstraction de Diggory, d’accord, et fais de ton mieux pour apprendre le plus de choses possible. Maintenant que Voldemort a récupéré l’un de ses Mangemorts, nous devons nous attendre au pire. Il va faire tout ce qui est en son pouvoir pour retrouver son corps et sa puissance d’antan. Crois-moi, Harry, tu vas avoir besoin de ces connaissances.

Il se tut à nouveau et Harry hocha gravement la tête. Il s’était comporté comme un enfant, il s’en rendait compte. Sirius ne voulait que l’aider, rien de plus.

-Est-ce que… tu as toujours contact avec le professeur Lupin ? demanda-t-il alors. Hermione voudrait qu’il nous donne quelques pistes à explorer…

-Je peux lui écrire pour le lui demander, proposa Sirius, visiblement soulagé de voir que son filleul se reprenait.

La discussion s’aiguilla ensuite vers le lieu de rendez-vous, qui représentait toujours un problème majeur. Sirius proposa la Cabane hurlante et le passage secret derrière le grand miroir du quatrième étage, mais ces deux options étaient malheureusement hors de portée d’un groupe aussi nombreux.

-Il faut que je te laisse, dit Harry au bout d’un moment. J’ai pu sécher le cours de Binns mais Rogue ne me loupera pas si je rate le sien…

-Bon courage, répondit Sirius.

Il était sur le point de couper la connexion lorsqu’il le rappela :

-Promets-moi de me tenir au courant, ajouta-t-il en lui lançant un regard perçant.

-Je te le promets, s’empressa d’assurer Harry.

À ces mots, Sirius hocha la tête d’un air satisfait puis son visage disparut, laissant place au reflet de Harry dans le miroir.

 

            Le jeune homme avait bien fait de rejoindre Hermione et Ron pour le cours de potions car le professeur Ombrage avait décidé de venir inspecter Rogue ce matin-là. Il sembla que les deux enseignants étaient sur le point de s’annihiler mutuellement mais finalement, ils ressortirent tous les deux indemnes de l’inspection. Mais ce n’était pas le cas du professeur Trelawney, qu’Ombrage avait d’ores et déjà mise à l’épreuve.

            Le fait que leur cours clandestin de défense contre les forces du Mal était devenu officiellement illégal n’était malheureusement pas la seule conséquence de la publication du décret d’éducation numéro vingt-quatre : l’équipe de Quidditch de Gryffondor avait de facto également été dissoute et n’obtint l’autorisation de se reformer qu’après l’intervention du professeur Dumbledore.

            Harry s’endormit le nez dans ses devoirs après l’entraînement de Quidditch et se réveilla soudain en sursaut lorsqu’une silhouette se démarqua dans l’obscurité de la salle commune plongée dans la pénombre.

-Quiélà ? dit Harry en se redressant dans son fauteuil.*

-Dobby, Harry Potter, monsieur ! répondit l’elfe en s’inclinant bien bas.

Il fallut à Harry plusieurs secondes pour que cette information atteigne son cerveau encore embrumé par le sommeil. D’après ce que lui expliqua Dobby, il était le seul elfe à accepter de nettoyer la salle commune des Gryffondor à cause de tous les vêtements qu’Hermione dissimulait dans la pièce pour libérer les elfes contre leur volonté – une nouvelle étape pour le moins osée de la Société d’Aide à la Libération des Elfes, association que la jeune fille avait fondée un an plus tôt.

-Comment va Winky ? demanda-t-il lorsque Dobby eut terminé ses explications.

-Winky boit toujours beaucoup, monsieur, répondit-il avec tristesse.* Elle boit encore plus depuis que le professeur Dumbledore a demandé à lui parler, il y a quelques semaines.

-Qu’est-ce qu’elle lui a dit ? s’enquit Harry avec un tel empressement qu’il eût conscience de paraître malpoli.

-Dobby ne sait pas, Harry Potter, monsieur, regretta l’elfe en secouant la tête d’un air désolé. Le professeur Dumbledore a voulu parler seul à Winky.

-Ah, fit Harry avec déception.

Pourtant, c’était tout à fait logique : les autres elfes de Poudlard n’avaient pas besoin d’entendre la vérité à propos de la famille Croupton.

Harry était sur le point de monter se coucher lorsqu’une idée lui traversa l’esprit :

-Tu ne connaitrais pas un endroit où vingt-neuf personnes puissent s’entraîner à la défense contre les forces du Mal sans être découverts par les professeurs, par hasard ?

-Dobby connaît l’endroit idéal, monsieur !* s’exclama l’elfe d’un ton allègre.

Il lui parla alors d’une pièce connue d’une poignée de personnes seulement et qu’on appelait la Salle sur Demande ou encore, la Pièce Va-et-Vient. L’entrée se trouvait au septième étage, en face de la tapisserie de Barnabas le Follet apprenant l’art de la danse à des trolls, et d’après les dires de Dobby, la salle se transformait en fonction des besoins de l’utilisateur.

-Merci, Dobby, dit Harry avec une gratitude sincère. Tu nous rends un très grand service.

 

            Hermione n’aurait pas pu paraître plus enthousiaste si elle avait reçu un Optimal à chacune de ses BUSE, et elle se dépêcha d’aller prévenir Cedric, qui fit à son tour passer le mot via Cho, et le groupe se donna rendez-vous pour le soir même. Le trio monta en avance au septième étage pour s’assurer qu’ils étaient bel et bien capables d’ouvrir la salle et, pour le plus grand soulagement de Harry qui n’aurait pas supporté de se ridiculiser devant Diggory, ils réussirent à entrer.

            La pièce était très vaste et ressemblait à un mélange entre la bibliothèque et les cachots, si on faisait abstraction d’une série d’instruments étranges qui reposaient sur les étagères accrochées au mur du fond. Sans surprise, Hermione se dirigea aussitôt vers les rangées de livres et commença à en détailler les titres. Elle était en train de s’émerveiller lorsqu’on frappa à la porte, et Diggory entra alors dans la pièce, encore et toujours accompagné de Cho.

-Incroyable ! s’exclama-t-il. Quand Hermione m’en a parlé, je ne voulais pas y croire, mais c’est franchement épatant ! Comment as-tu découvert l’existence de cette salle, Harry ? demanda-t-il encore en tournant vers lui un visage radieux.

-C’est un elfe de maison qui m’en a parlé, admit Harry.

-Vraiment ? s’étonna Cedric. Les elfes ne trahissent pas les secrets, d’habitude.

-C’est parce que Harry l’a délivré de la famille Malefoy, expliqua Hermione. Dobby est un elfe libre grâce a lui. C’est pour suivre son exemple que j’ai fondé la S.A.L.E., ajouta-t-elle d’un air entendu.

A ces mots, Harry et Ron ne purent s’empêcher de rire dans leurs barbes inexistantes alors que Diggory ouvrait la bouche, visiblement mal à l’aise à l’idée d’exprimer son opinion sur le sujet alors que son père travaillait au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques. Par chance, les autres élèves arrivèrent peu à peu, lui épargnant la peine d’avoir à répondre.

-Bienvenue ! annonça Cedric dans un large sourire lorsqu’ils furent au complet. Avant de commencer, je voudrais remercier chaleureusement Harry qui nous a trouvé cette superbe salle pour nous entraîner et qui a, il me semble, pris contact avec le professeur Lupin ?

-Euh… balbutia Harry, pris de court. Pas exactement, j’ai euh… demandé à Sirius de le faire pour moi…

-Ce qui revient au même, assura Diggory en inclinant la tête en signe de remerciement. Bien, reprit-il en se tournant vers les autres, je pense que nous devrions commencer par évaluer un peu votre niveau. Vous êtes tous dans des années différentes et il me semble évident que je ne peux pas attendre de vous tous que vous soyez capable d’invoquer un Patronus, qui est un sortilège de sixième ann…

Il s’interrompit soudain et jeta un regard interrogateur à Hermione, qui venait de lever la main comme elle le faisait en classe.

-Oui, Hermione ? demanda-t-il avec courtoisie.

-Je pense que nous devrions aussi nous donner un nom, dit-elle d’une voix claironnante, la main toujours en l’air. Ce serait une façon de créer une unité et un esprit d’équipe, vous ne croyez pas ?*

Ce fut comme si elle avait jeté un pétard mouillé du Dr Flibuste dans un chaudron plein de potion : les propositions fusèrent dans tous les sens.

-L’association de défense ? suggéra Cho. En abrégé, ça donnerait A.D., personne ne saurait de quoi il s’agit.*

-Va pour A.D. ! trancha Cedric d’un air ravi. Vous êtes tous d’accord ?

Un concert d’approbations s’éleva alors, et Hermione se pressa d’ajouter le nouveau nom de l’organisation au-dessus de la liste de ses membres.

-Bien, reprit Diggory. Maintenant que les détails administratifs sont réglés, je vous propose de commencer un simple charme du Bouclier. Normalement, vous devriez tous être capable de le faire. Alors, allez-y, montrez-vous ce dont vous êtes capables !

Harry er Ron échangèrent une grimace. Diggory leur parlait comme s’il avait affaire à des gamins, lui aussi, ça ne valait pas beaucoup mieux que la manière dont Ombrage les traitait. Ils levèrent néanmoins leurs baguettes et exécutèrent le sortilège sans trop de problème mais il sembla bientôt évident que Cedric avait eu raison de commencer un exercice simple, car beaucoup de leurs camarades étaient incapables de maintenir le charme plus que quelques secondes.

-C’est pas mal du tout, assura cependant le Poufsouffle. Nous allons à présent faire des équipes de deux. Le premier devra tenter de désarmer son adversaire tandis que le second devra l’en empêcher grâce à un charme du Bouclier. D’accord ?

Harry et Ron se hâtèrent de mettre en équipe, tandis que Hermione se retrouvait avec Neville. Diggory, quant à lui, passait entre les rangées pour observer leurs résultats, ce qui agaça fortement Harry.

-Ça ne va pas, intervint Cedric lorsqu’il arriva à la hauteur de Neville et Hermione. Il vous faut à tous les deux quelqu’un qui est plus à votre niveau. Ron, ajouta-t-il en se tournant vers lui, tu veux bien échanger avec Hermione ?

À ces mots, les oreilles de Ron prirent une teinte cramoisie.

-Ça ne veut pas dire que tu es mauvais, Ron, assura Hermione d’une voix timide.

Pourtant, ça en avait tout l’air.

-Moi je veux bien aller avec Neville, intervint Harry.

-Comme tu veux, répondit Cedric en haussant les épaules. Allez-y.

Furieux contre le Poufsouffle, Harry se dirigea vers Neville, dont le visage lunaire avait complètement blêmi.

-Ne l’écoute pas, Neville, murmura-t-il. Tu veux commencer par quoi ?

-Ça m’est égal, répondit-il d’un air abattu.

-D’accord, dit Harry. Tu commences par le charme du Bouclier et moi le sortilège de Désarmement. Ça te va ?

Neville hocha la tête et leva sa baguette.

-À trois. Un, deux, trois ! Expelliarmus !

-Protego !

Le charme du Bouclier de Neville était trop faible et sa baguette lui échappa aussitôt des mains.

-Ce n’est pas grave, assura Harry. On recommence.

Au bout du quatrième essai, Neville réussit à maintenir son Bouclier assez longtemps pour que le sortilège de Harry se perde.

-Tu vois que tu peux y arriver ! s’exclama Harry avec enthousiasme. On le refait encore une ou deux fois, et ensuite on échange ?

Neville, qui semblait reprendre peu à peu confiance, acquiesça sans hésiter. Ils réessayèrent trois fois, dont deux où Neville réussit à parer l’attaque, puis ils inversèrent les rôles. Harry était beaucoup plus doué que Neville pour le charme du Bouclier, et celui-ci eut toutes les peines du monde à lui arracher sa baguette des doigts. Il y arriva finalement lorsque Harry se détourna dix secondes pour regarder ce que faisaient les autres.

-J’Y SUIS ARRIVÉ ! s’exclama Neville d’un air ravi.

-Bien joué ! dit Harry pour l’encourager.*

Il était inutile de lui faire remarquer qu’il n’avait réussi que grâce au manque d’attention de Harry.

-C’est très bien, Neville, le félicita à son tour Cedric en s’approchant. Quant à toi, Harry, ajouta-t-il en se tournant vers lui, sois plus concentré, d’accord ? Dans un vrai combat, chaque seconde d’inattention pourrait être fatale.

Et sans ajouter un mot, il tourna les talons.

            Harry était de plus en plus furieux. D’abord, parce que Cedric avait raison et ensuite parce qu’il lui en avait fait la remarque. Finalement, la leçon prit bientôt fin, et Diggory les félicita tous.

-C’était très bien pour une première fois, assura-t-il, mais Harry se doutait qu’il s’agissait là d’un mensonge éhonté. On se retrouve ici mercredi prochain à la même heure ? proposa-t-il.

Tous acquiescèrent avec enthousiasme et Cedric les fit sortir par petit groupe, de peur de trahir l’existence de la Salle sur Demande.

-C’était plutôt bien, ce premier cours, non ? dit Hermione, l’air de rien, tandis qu’ils prenaient le chemin de la tour Gryffondor.

-Plutôt bien ? rugit Ron. Non mais tu as vu la façon dont Diggory nous a traité, Neville et moi ?

-Il n’a pas dit ça méchamment, assura Hermione.

-Ah ouais ? s’énerva Ron de plus belle. N’empêche que je le retiens !

Harry ne fit aucun commentaire, mais il était assez d’accord avec Ron.

Ils venaient de s’engager dans la grande cage d’escaliers lorsqu’une douleur fulgurante traversa la cicatrice de Harry, qui perdit l’équilibre et glissa sur les marches, aveuglé par la souffrance.

-Harry ! s’écrièrent Ron et Hermione d’une seule voix paniquée.

C’était comme si on lui appliquait sur le front un fer chauffé à blanc, il en avait les larmes aux yeux mais il ne vit pas la pièce aux fenêtres condamnées, cette fois. Et puis soudain, la douleur passa aussi subitement qu’elle était apparue, et Harry hoqueta de surprise.

-Harry, qu’est-ce que tu as vu ? demanda aussitôt Hermione d’une voix anxieuse.

-Rien, répondit-il dans un souffle. Il est content, ajouta-t-il.

Il ne savait pas pourquoi il avait dit cela, mais il savait que c’était la vérité.

-Qui est content ? interrogea encore Hermione.

-Voldemort… souffla Harry. Il est content, ses projets avancent.

-Harry, reprit la jeune fille en le regardant comme s’il était mourant, ce n’est pas normal que tu puisses percevoir ses émotions. Il faut que tu en parles à Dumbledore !

-Je lui en ai déjà parlé l’an dernier, coupa sèchement Harry. Il a dit que c’était un effet secondaire du sort qu’il a lancé pour me tuer, qu’il y a une sorte de connexion entre nous.

-Mais si Tu-Sais-Qui est content parce que ses projets avancent, Dumbledore voudrait sûrement le savoir, non ?

-Oui… admit finalement Harry. Oui, sans doute.

L’escalier les déposa dans le couloir du septième étage où se trouvait la tour Gryffondor, et Harry se hissa à nouveau sur ses deux pieds.

-Je vais en parler à Sirius, dit-il, pour qu’il en parle à Dumbledore. Ce sera toujours plus discret que d’aller le voir dans son bureau, avec Ombrage qui espionne tout le monde…

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

Alors ? Vous voyez l'horizon s'obscurcir pour Harry ou pas ? ;) Qu'avez-vous pensé de sa petite "conversation" avec Sirius ? Et comment trouvez-vous Cedric comme prof ? D'après vous, pourquoi Voldemort est-il content ?

Je vous remercie une nouvelle fois de votre fidélité et vous souhaite un excellent réveillon, "glissez bien dans la nouvelle année" comment disent les Allemands ^^ On se retrouve le 31 janvier pour la suite ! :)

 

Chapitre 24: Panique nocturne by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Me revoilà pile à l'heure pour un nouveau chapitre de "L'Innocenté d'Azkaban" !

Je remercie une fois de plus chaleureusement Lady Scott, teddy et AlexG57 pour leurs reviews et leur soutien :)

À la fin du chapitre précédent, nous avions laissé Harry au sortir du premier cours de l'Association de Défense (animée par Cedric Diggory), la cicatrice en feu.

Bonne lecture !

Tout comme Hermione, Sirius semblait plus qu’alarmé par la capacité de Harry à ressentir l’humeur de Voldemort, même s’il s’était efforcé de le cacher.

-Je vais en parler à Dumbledore, avait-il assuré d’une voix pressante, et toi, en attendant, tu continues à suivre les cours de Diggory.

Harry n’avait pas discuté. À quoi bon ?

            Le professeur Lupin leur avait fait parvenir par le biais de Sirius une liste de sorts et enchantements qu’il leur serait utile d’apprendre mais les cours de l’Association de Défense n’avaient pas lieu à un rythme régulier et Hermione avait inventé un système de communication secret entre ses membres : elle avait ensorcelé de faux Gallions pour que les numéros de série sur la tranche indiquent la date et l’heure du prochain rendez-vous, ce qui avait grandement impressionné Cedric.

-Heureusement que tu n’étais pas majeure au moment du Tournoi des Trois Sorciers, lui dit-il avec le plus grand sérieux, car la Coupe de Feu ne m’aurait jamais choisi, sinon.

-Oh, fit Hermione en rougissant comme une pivoine, se tordant les mains d’un air gêné. Je n’aurais sans doute pas déposé mon nom dans la Coupe de toute façon, répondit-elle.

Cedric lui adressa un sourire séducteur et Harry dut retenir Ron par le bras pour l’empêcher de se jeter sur lui. Les sentiments de Harry concernant le comportement de Diggory envers Hermione étaient pour le moins mitigés : d’un côté, il savait que Ron piquerait une colère terrible s’il devait se passer quoi que ce soit entre eux, mais d’un autre côté, cela lui donnerait peut-être l’opportunité de consoler Cho.

            Les semaines passèrent et Harry se sentait de plus en plus frustré. Pour commencer, les leçons avec l’AD, malgré le fait qu’elles lui donnaient la sensation de faire quelque chose contre Ombrage, étaient un véritable calvaire à cause de son antipathie envers Cedric. Ensuite, le premier match de Quidditch de la saison qui opposait Gryffondor à Serpentard fut une catastrophe absolue : certes, ils avaient gagné mais Harry, Fred et George avaient réussi à se faire interdire à vie de Quidditch pour en être venus aux mains avec Malefoy qui avait insulté la famille Weasley, et Ombrage avait même confisqué leurs balais pour s’assurer qu’ils ne revoleraient pas. Sans parler du fait que les moqueries des Serpentard avaient tellement déstabilisé Ron qu’il aurait donné sa démission si Angelina l’avait laissé faire. Et pour couronner le tout, Harry rêvait de plus en plus souvent de Voldemort et se réveillait en sursaut, la cicatrice en feu, sans être pour autant capable de se souvenir de ses visions une fois réveillé. Il se tramait quelque chose, cela ne faisait aucun doute, la question restait de savoir quoi.

 

            Lorsqu’arriva le mois de décembre, Poudlard se réveilla sous un épais tapis de neige, annonçant que les vacances de Noël approchaient. Pour la première fois dans sa vie, Harry serait ravi de pouvoir quitter l’école quelques semaines, même si c’était pour se retrouver dans la maison fort peu hospitalière de Sirius.

            Une nouvelle sortie à Pré-au-Lard avait été organisée pour le dernier samedi avant les vacances et, bien que Harry ne fût pas vraiment d’humeur à y aller, Hermione avait réussi à le convaincre que c’était l’occasion de faire quelques achats de Noël.

-Tu ne veux pas offrir quelque chose à Sirius ? avait-elle demandé d’un ton sévère, le faisant capituler.

Ainsi, Harry passa la soirée précédant la sortie à échanger des idées avec Ron, qui s’y connaissait beaucoup mieux que lui en artefacts magiques.

-Qu’est-ce qui pourrait lui faire plaisir, à ton avis ?  

Ils étaient d’accord que Sirius n’avait sans doute pas envie d’un livre, qu’une tablette de chocolat de chez Honeydukes serait légèrement ridicule, quelle que soit sa taille, et qu’ils ne seraient sans doute pas autorisé à acheter de l’alcool à leurs âges – même si Ron était persuadé que le patron de La Tête de Sanglier n’y verrait sans doute rien à redire.

-Nous, nous le savons, déclara George en se laissant tomber dans le canapé à côté de Harry, et Fred l’imita.

-Ah oui ? s’étonna-t-il.

Avec les jumeaux, il fallait s’attendre à ce qu’il s’agisse d’une plaisanterie pour le faire passer pour un idiot.

-Oui, assura Fred.

Puis, se penchant d’un air conspirateur, il ajouta :

-Tu te souviens du jour où Sirius t’a déposé chez nous, l’été dernier ? Il nous a aidé à monter tes affaires dans la chambre de Ron…

-Il se trouve, renchérit George, qu’il ne voulait pas seulement participer financièrement à notre petite entreprise…

-Non, confirma Fred. Il voulait aussi nous demander de plancher sur un projet pour lui.

-Quelque chose qui pourra l’aider dans son travail de détective privé…

-Et nous sommes tout près du but, se félicita Fred. Ce sera notre cadeau de Noël pour lui.

-Et qu’est-ce que c’est ? demanda avidement Ron.

-Tu crois qu’on va te le dire ? ricana George. Où serait la discrétion ?

-Nous sommes des hommes d’affaires sérieux, ajouta Fred en fronçant les sourcils d’un air sévère qui ne lui ressemblait pas, nous savons garder les secrets de nos clients.

-C’était bien la peine de nous en parler, du coup, grommela Ron avec mauvaise humeur.

Pour toute réponse, les jumeaux lui adressèrent un sourire narquois puis se levèrent d’un mouvement unanime avant de rejoindre Lee Jordan.

-À ton avis, qu’est-ce qu’il leur a demandé ? interrogea Harry en se penchant vers Ron.

-Aucune idée, admit-il. Mais si Maman apprend que Sirius leur a prêté de l’argent, je ne donne pas cher de sa peau. Les Détraqueurs, c’est de la rigolade à côté…

Harry eut un petit rire nerveux mais ne répondit pas : lui aussi avait investi dans Farces pour sorciers facétieux et le courroux de Mrs Weasley était ce que lui et Sirius redoutaient plus que tout. Peut-être encore plus que le retour de Voldemort...

            Les deux garçons montèrent se coucher sans avoir eu d’idée brillante et Harry décida de se laisser inspirer sur le moment, en faisant les boutiques. Épuisé par ce premier trimestre particulièrement éprouvant, il ne tarda pas à sombrer dans le sommeil mais cette fois encore, il rêva de la pièce aux fenêtres condamnées.

 

            L’endroit était plongé dans la pénombre, comme à son habitude. Seul un feu brûlait dans la cheminée. Soudain, une silhouette se découpa dans l’encadrement de la porte qui menait au palier, et Harry vit bientôt le fils de Mr Croupton pousser devant lui quelque chose de massif qui flottait à environ un mètre au-dessus du sol. Lorsqu’il fut assez proche, il abaissa sa baguette et la chose vint se vautrer au pied du fauteuil dans lequel – Harry le savait – Voldemort siégeait.

-Je te félicite, mon fidèle serviteur, dit la voix froide du mage noir, et Croupton Jr s’inclina bien bas.

-Tout est prêt, Maître, répondit-il alors. Il me tarde de pouvoir commencer.

-Patience, siffla Voldemort. L’heure n’est pas encore arrivée.

-Qu’est-ce qu’on fait de lui ? demanda Croupton. Est-ce qu’on le tue ?

-Non ! trancha Voldemort. Je suis sûr qu’il peut encore nous être utile. Nous pourrions, bien sûr, le réveiller et nous amuser un peu, mais je préfère ne pas prendre le risque qu’il réussisse à s’enfuir.

-Je saurai l’en empêcher, Maître, assura le Mangemort. C’est moi qui ai sa baguette.

-Tu penses vraiment à tout, s’amusa Voldemort.

Puis il pointa sa baguette vers la masse effondrée devant lui et dit :

-Enervatum !

L’homme affalé sur le sol poussiéreux de la pièce se redressa alors et Harry reconnut avec horreur le visage mal rasé et encadré de longs cheveux noirs de Sirius.

-Endoloris !

Sirius poussa un hurlement strident et Harry se réveilla en sursaut.

 

            Pris de panique, Harry repoussa les rideaux de son baldaquin et ouvrit le tiroir de sa table de nuit d’un geste si brutal qu’il l’arracha du meuble, déversant son contenu sur le parquet ciré du dortoir, réveillant au passage ses camarades de chambrée.

-Keskispasse ? demanda Ron d’une voix ensommeillée, son visage parsemé de taches de rousseur apparaissant entre les rideaux de son propre baldaquin.

Harry ne lui répondit pas, trop occupé à chercher le Miroir à Double Sens dans le fatras éparpillé sur le sol. Il finit par le trouver mais il s’était brisé en tellement de petits morceaux qu’il ferait un excellent puzzle de cent pièces. Harry poussa un juron.

-Harry, qu’est-ce qui se passe ? insista Ron en s’agenouillant à côté de lui, à présent parfaitement réveillé et visiblement inquiet pour la santé mentale de son ami.  

-Il tient Sirius en otage ! s’écria Harry en attrapant Ron par le col de son pyjama, dans un mouvement de panique incontrôlé.

-Il… Tu parles de Tu-Sais-Qui ?

-OUI ! hurla Harry. J’ai vu Croupton Jr l’amener à Voldemort, ils le torturaient.

-Harry, ce n’était peut-être qu’un rêve, cette fois, dit Ron dans une tentative aussi peu convaincue que convaincante de le rassurer.

-C’est ce que je voulais vérifier, mais le Miroir s’est brisé ! lança Harry avant d’éclater en sanglots.

C’était puéril de pleurer ainsi, ça ne l’aidait pas à trouver une solution.

-Il suffit de le réparer, fit remarquer Ron avec raison.

Alors que Harry, les yeux toujours baignés de larmes, le regardait d’un air de profonde incrédulité, Ron se leva et alla chercher sa baguette magique.

-Reparo !

Une seconde plus tard, le Miroir à Double Sens était comme neuf. Harry voulut dire à Ron qu’il était un génie, mais sa peur pour le sort de Sirius était bien plus forte – et bien plus urgente. Il ramassa le Miroir et hurla presque le nom de son parrain.

            Rien ne se produisit.

-Sirius Black ! cria-t-il encore.

Toujours pas de réponse. Le Miroir fonctionnait, pourtant, car Harry ne voyait plus son propre reflet mais le noir le plus complet, comme si le Miroir était enfermé quelque part, dans une poche ou dans un tiroir. Il réessaya et réessaya encore

-Il a perdu la boule, ou quoi ? demanda Seamus dans son dos, mais Harry n’y prêta pas la moindre attention.

La seule chose qui le rassurait un peu, c’était que si Sirius était torturé en ce moment même, alors il devrait être capable d’entendre ses cris au travers du Miroir, même s’il ne voyait pas son visage. À moins qu’il ait laissé le Miroir au 12, square Grimmaurd, fit remarquer une voix désagréable dans sa tête. Cette pensée lui glaça les sangs. Non. Non, Sirius gardait toujours le Miroir sur lui, quelle que soit l’heure du jour et de la nuit. Ou alors, il est sous sa forme d’Animagus et donc incapable de se servir du Miroir. Oui, oui c’était plausible. Harry fit une nouvelle tentative désespérée et le visage de Sirius apparut soudain dans la petite glace carrée.

-Harry ? s’étonna-t-il.

-Sirius ! s’écria Harry en sentant son cœur faire un bond dans sa cage thoracique. Est-ce que tu vas bien ? Où es-tu ?

-Où je suis ? répéta Sirius dans un petit rire. Je suis dans mon lit, comme les gens normaux à cette heure de la nuit.

Harry ne répondit pas tout de suite, trop soulagé pour savoir quoi dire.

-Qu’est-ce qui se passe ? demanda encore Sirius.

-Rien, assura Harry. J’ai juste fait un cauchemar.

-Ce sont des choses qui arrivent. Tu devrais essayer de dormir encore un peu, il est tôt. Et vous avez une sortie à Pré-au-Lard, demain, non ?

-Euh, oui, acquiesça Harry.

Il se demanda l’espace d’une seconde comment Sirius le savait mais il était probable que Dumbledore le lui ai dit lui-même.

-Je viendrai t’y rejoindre, reprit Sirius. Ça fait longtemps que je ne suis pas allé à Pré-au-Lard. D’accord ?

-Oui, souffla Harry, d’accord.

-Magnifique ! À demain alors. Bonne nuit !

-Bonne nuit.

Sirius coupa la connexion.

-Tu vois, dit Ron en souriant, pas la peine de t’inquiéter.

Harry hocha la tête puis se releva.

-Eh ben, marmonna Seamus en lui jetant un regard noir, on va enfin pourvoir dormir tranquille !

Harry l’ignora. Il agita sa baguette pour que le tiroir se remplisse à nouveau et retrouve sa place initiale dans la table de nuit puis, lorsqu’il fut allongé, tira à nouveau les rideaux de son baldaquin. Il aurait été bien incapable d’expliquer pourquoi, mais il ne se sentait pas complètement soulagé pour autant. Au moins, tu verras Sirius demain, le consola la voix dans sa tête.

 

            Seamus semblait ne lui avoir toujours pas pardonné sa panique nocturne lorsqu’ils s’installèrent à la table des Gryffondor le lendemain matin pour le petit-déjeuner.

-Ignore-le, conseilla Ron.

Le trio prit le chemin du village emmitouflés dans leurs plus lourdes capes, écharpes, gants et bonnets, Hermione faisant fondre la neige devant eux grâce à un sort qui faisait sortir un courant d’air chaud du bout de sa baguette. Ils arrivèrent bientôt à Pré-au-Lard, dont les maisons ressemblaient plus que jamais à du pain d’épice saupoudré de sucre-glace.

-À quelle heure Sirius a-t-il dit qu’il nous rejoindrait ? demanda la jeune fille.

-Il n’a pas dit d’heure, répondit Harry. Je suppose qu’il ne va pas tarder.

Tout du moins, il l’espérait. Il semblait difficile à croire que dix semaines plus tôt, il avait par-dessus tout souhaité que Sirius ne vienne pas à sa rencontre, lors de la première sortie de l’année.

-On commence par où, du coup ? dit Ron.

-Je pense que Derviche et Bang est sans doute le meilleur endroit pour trouver un cadeau pour Sirius, déclara Hermione.

Harry acquiesça et le trio se dirigea alors vers le magasin d’objets magiques.

-Qu’est-ce que tu penses de ça ? suggéra Ron en désignant une paire de jumelles serties d’un sortilège d’Agrandissement. Ça pourrait lui être utile dans son travail…

-Oui, admit Harry. Ou alors, un Scrutoscope ?

-Si tu en veux un qui marche vraiment, il va falloir vider tes poches, prévint Ron. Ou alors il y a cette sacoche garantie sans fond et introuable.

-Sirius n’a pas besoin que tu lui achètes un tel sac, intervint Hermione, je suis sûre qu’il est capable d’en faire un lui-même. Il suffit d’appliquer un sortilège d’Extension indétectable ainsi qu’un autre Antidécoupe pour obtenir ce résultat. C’est incroyable tout ce qu’ils peuvent essayer de vendre alors que n’importe quel sorcier pourrait se le fabriquer soi-même !

-Tous les sorciers ne sont pas Hermione Granger ou Cedric Diggory, rétorqua sèchement Ron.

Sentant une dispute sur le point d’éclater, Harry se décida d’intervenir.

-Je vais prendre la paire de jumelles, déclara-t-il d’une voix forte. Ron, tu viens avec moi à la caisse, s’il te plait ?

Sans laisser à Ron le temps de répondre, il l’attrapa par le bras et l’entraîna vers le comptoir.

-Tu tiens vraiment à ce qu’elle fasse la tête la dernière semaine avant les vacances ? chuchota Harry lorsqu’ils furent assez éloignés.

Ron ouvrit la bouche pour répliquer mais Harry ne lui laissa pas le temps de répondre.

-Tu devrais l’inviter à sortir officiellement avant que Diggory n’en ait l’idée.

-Tu crois qu’il laisserait tomber Chang ? s’étonna Ron. Quoi que, un bellâtre pareil, ça ne serait guère surprenant de sa part…

Harry hocha la tête mais n’eut pas le temps d’ajouter quoi que ce soit car la sorcière devant lui dans la file d’attente venait de payer son chaudron auto-touilleur, libérant la place devant la caisse. Harry paya les six Gallions, quinze Mornilles et deux Noises que coûtait la paire de jumelles puis les trois jeunes gens sortirent de l’échoppe.

            L’atmosphère était tendue depuis que Ron avait lancé sa petite pique et Harry, las de devoir toujours se tenir entre les deux, décida de les ignorer. Ils venaient de décider d’aller boire une Bièraubeurre aux Trois Balais lorsque Sirius vint à leur rencontre.

-Ah, te voilà, Harry ! s’exclama-t-il. Je t’ai cherché partout. Comment vas-tu ? ajouta-t-il en le serrant dans ses bras.

Bien que surpris par cette familiarité si atypique de la part de Sirius, Harry se laissa faire. Sirius resserra encore un peu son étreinte, puis Harry se sentit comme aspiré dans un tuyau trop étroit pour lui, Sirius toujours collé contre sa poitrine.

             Ils avaient transplané. Mais pour aller où ?

Et pourquoi ?

 

 

End Notes:

Et... c'est tout pour cette fois. Je sais que vous devez me haïr à l'heure qu'il est ;)

Des théories sur la suite des évènements, peut-être ? ^^

Prochain chapitre dans pile quatre semaine !

Chapitre 25: Le cimetière by MadameMueller
Author's Notes:

Salut tout le monde !

Vous êtes de plus en plus nombreux à suivre cette UA et je vous en remercie du fond du coeur ! Un merci tout particulier à Lady Scott, AlexG57, Sifoell et Chrisjedusor pour leurs reviews =)

Au chapitre précédent nous avions laissé Harry en promenade à Pré-au-Lard après avoir rêvé de Sirius torturé par Voldemort et après avoir vérifié grâce au Miroir à Double Sens que ce n'était pas le cas. Sirius venait justement de le rejoindre au village lorsqu'il l'a entraîné par tranplanage d'escorte, mais pour aller où ? Je vous laise le découvrir.

Bonne lecture !

La première chose que Harry vit en arrivant à destination fut une pierre tombale à moitié recouverte de neige.

-Qu’est-ce qu’on fait ici ? demanda-t-il à son parrain.

Il n’y avait plus la moindre trace d’inquiétude sur le beau visage de Sirius, mais un sourire satisfait.

-J’ai une petite surprise pour toi, répondit-il avec malice.

-Une surprise ? répéta Harry, de plus en plus perplexe. Euh… d’accord…

Le sourire de Sirius s’élargit alors tandis qu’il sortait sa baguette :

-Petrificus totalus !

Avant qu’il n’ait eu le temps de réagir, Harry sentit son corps entier se figer puis tomber à la renverse, comme l’avait fait Neville presque quatre ans plus tôt, lorsque lui, Ron et Hermione étaient partis sauver la Pierre Philosophale. Les sens soudain en alerte mais incapable de bouger, Harry dut lutter de toutes ses forces pour ne pas céder à la panique.

            Sirius se plaça à côté de lui et lui jeta un bref regard avant de s’éloigner. Allongé sur le dos, Harry ne pouvait rien voir d’autre que le ciel d’une blancheur fantomatique mais il entendait le bruit des pas de son parrain dans la neige encore fraîche. Que s’était-il donc passé ? Pourquoi Sirius agissait-il comme il le faisait ? Avant qu’il n’ait pu trouver de réponses à ses questions, une douleur fulgurante lui traversa le front. Mais Harry ne pouvait pas crier.

            Des larmes de souffrances perlèrent entre ses paupières closes et le sang lui battait aux oreilles, recouvrant les autres bruits autour de lui, si bien que Harry ne s’aperçut de la présence de Sirius à ses côtés seulement lorsque celui-ci le souleva à l’aide d’un sortilège avant de le ligoter étroitement à une pierre tombale dont il eut tout juste le temps de reconnaître le nom : Tom Jedusor.

            Horrifié, Harry observa Sirius tandis qu’il resserrait ses liens et se rendit alors compte que la teinte de ses cheveux s’était subitement éclaircie : au lieu de ses cheveux bruns qui lui tombaient sur les épaules, Sirius abordait à présent une coupe courte et blonde, ainsi que des taches de rousseur. Quant à ses mains, elles étaient rugueuses et rougeâtre, comme si elles gardaient la cicatrice de graves brûlures. Harry comprit alors de qui il s’agissait : le fils de Bartemius Croupton.

            Sa vision nocturne n’avait donc pas été un rêve, finalement.

 

            Croupton se détourna avant de s’éloigner, dégageant enfin la vue à Harry. Un immense chaudron était placé à quelques mètres de lui tandis qu’une masse sombre et amorphe était affalée entre deux pierres tombales. Tout comme Harry, le véritable Sirius semblait être sous l’emprise d’un maléfice du Saucisson en plus d’avoir été ligoté car, à en juger par l’expression horrifiée de son regard, il était bel et bien conscient de ce qui se passait malgré le fait qu’il ne pouvait pas bouger. À quelques centimètres de lui, un gigantesque serpent retenait dans ses puissant anneaux un petit tas de couvertures. On aurait presque dit que le reptile berçait un bébé.

            De grosses flammes crépitaient à présent sous le chaudron et le liquide qu’il contenait arriva bientôt à ébullition, crachant des étincelles enflammées. Croupton se pencha alors vers le serpent ; il souleva délicatement le tas de couvertures et dévoila d’un geste la chose qu’elle contenait : un enfant hideux à la peau recouverte d’écailles et au visage de serpent sertis de deux abominables yeux rouges.

            Le Mangemort s’approcha du chaudron, Lord Voldemort dans les bras, puis le laissa glisser à l’intérieur. Que cette chose se noie, pensa Harry*. Sans perdre de temps, Croupton leva sa baguette et dit :

-Que les ossements du père, donnés en toute ignorance, fassent renaître son fils !*

La tombe aux pieds de Harry s’ouvrit brusquement, laissant échapper un nuage de poussière osseuse. Tel le chef d’un orchestre macabre, Croupton dirigea les volutes vers le chaudron d’un geste assuré, les traits tirés par la concentration. La potion prit alors une teinte bleu vif et le Mangemort tira un long poignard de la poche de sa cape, une leur démente dans le regard.

-Que la chair du serviteur donnée volontairement fasse revivre son maître !*

Il avait parlé d’une voix assurée – conquérante, même – et son geste le fut tout autant lorsqu’il tendit son bras droit devant lui puis leva le poignard de sa main gauche avant de l’abattre impitoyablement.

            Harry ferma les yeux à la seconde où la lame scintillante atteignait sa cible. Croupton ne poussa pas le moindre cri mais Harry entendit distinctement le bruit d’éclaboussure en provenance du chaudron lorsque la main du Mangemort avait dû tomber à l’intérieur.

            Bien trop terrorisé pour oser rouvrir les yeux, Harry garda les paupières closes jusqu’à ce qu’il ressente la présence de Croupton juste devant lui. Le jeune homme avait blêmi mais son regard était plus dur et déterminé que jamais.

-Que le sang de l’ennemi pris par la force ressuscite celui qui le combat*, récita-t-il encore avant d’enfoncer sa lame déjà ensanglantée dans l’avant-bras de Harry.

Croupton rangea alors le poignard puis sortit un flacon de la seule main qui lui restait pour recueillir le sang qui coulait le long de sa manche avant de se diriger à nouveau vers le chaudron pour y ajouter le dernier ingrédient.

            Une colonne de vapeur s’éleva alors, recouvrant le coin de cimetière où ils se trouvaient. Puis, lorsque la fumée se fut dissipée, une longue silhouette squelettique se redressa lentement.

            De toute évidence, Croupton s’y était préparé car il tenait d’ores et déjà sa baguette pointée sur la robe posée près du chaudron et, d’un geste du poignet, la fit venir se placer sur les épaules frêles de son maître. Lord Voldemort se laissa faire, ses yeux rouges carnassiers fixés droit sur Harry.

             Jamais encore sa cicatrice n’avait brûlé à ce point mais, toujours prisonnier du maléfice du Saucisson, Harry ne pouvait ni hurler, ni se débattre. Voldemort l’observa encore quelques instants avant de se rendre compte que Croupton s’était agenouillé devant lui, la manche relevée sur son bras gauche tendu, révélant le plus hideux tatouage qu’on puisse imaginer : la Marque des Ténèbres. Le visage reptilien de Voldemort esquissa alors un sourire cruel tandis qu’il pressait son index sur l’avant-bras de son serviteur.

-Combien auront le courage de revenir lorsqu’ils la sentiront ? Et combien seront assez sots pour rester à l’écart ?* demanda-t-il dans un murmure.

-Maître, répondit Croupton d’une voix pressante, n’oubliez pas que tous ceux qui reviendront ce soir sont également ceux qui vous ont répudié pendant plus d’une décennie.

-Je le sais, mon fidèle serviteur, siffla Voldemort d’un ton presque amusé, je le sais.

            Le front toujours en feu, Harry risqua un regard vers Sirius, dont les yeux étaient plus exorbités que jamais. Et soudain, deux douzaines de silhouettes encapuchonnées apparurent entre les tombes et se dirigèrent vers eux sous le regard calculateur de Voldemort.

            Les Mangemorts se jetèrent à ses pieds les uns après les autres et embrassèrent le bas de sa robe. Voldemort avait l’air plutôt satisfait, contrairement à Croupton dont la mâchoire s’était soudain crispée – mais peut-être était-ce sous l’effet de la douleur de son moignon emmailloté dans un linge ensanglanté ?

-Soyez les bienvenus, Mangemorts, dit Voldemort à voix basse.*

Pourtant son ton était loin d’être accueillant, bien au contraire.

-Je vous vois tous en parfaite santé, avec des pouvoirs intacts, et je me demande comment se fait-il que tous ces sorciers ne soient jamais venus au secours de leur maître à qui ils avaient juré une fidélité éternelle ?* ajouta-t-il bientôt.

Un lourd silence s’abattit sur les rangs des Mangemorts tandis que Croupton, lui, affichait un sourire triomphant, bien que son teint se fasse de plus en plus livide à chaque minute qui s’écoulait.

-Treize longues années… reprit Voldemort d’un ton glacial. Et pas un seul d’entre vous n’a daigné venir à ma recherche. Pas un seul, mis à part mon fidèle Bartemius, ici présent !

En entendant prononcer son mot, Croupton se redressa avec fierté.

-Ah, fit Voldemort, je sens un parfum de profonde incompréhension. Comment Bartemius peut-il être de retour parmi nous alors qu’il est censé être mort à Azkaban il y a plus de dix ans ? Bartemius, ajouta-t-il en se tournant vers Croupton, permets-tu que je raconte cette histoire à ta place ?

-Bien sûr, Maître ! répondit aussitôt le Mangemort en s’inclinant devant le mage noir.

Visiblement satisfait, Voldemort commença alors à faire les cent pas.

-Comme vous le savez sûrement, Bartemius a été pris par les Aurors avec trois autres de mes fidèles serviteurs, les Lestrange, et envoyé à Azkaban par son propre père, alors directeur du Département de la justice magique. Mais ce que vous ignorez, c’est que Barty Croupton Sr a fait preuve d’assez de… cœur… pour ne pas laisser mourir son fils unique en prison.

            « Lui et sa femme mourante se sont rendus à Azkaban sous prétexte de vouloir lui faire leurs adieux mais ils ont trompé les Détraqueurs grâce au Polynectar. C’est ainsi que Bartemius a pu sortir de prison sous l’aspect de sa propre mère tandis que cette dernière mourait en cellule sous son apparence à lui. Mais Bartemius n’était pas libre pour autant, n’est-ce pas ? demanda-t-il de façon rhétorique en se tournant vers le Mangemort.

-Non, Maître, acquiesça alors Croupton.

-Son père le retenait prisonnier à l’intérieur de sa demeure, dissimulé sous une cape d’invisibilité et entravé par un sortilège de l’Imperium, poursuivit Voldemort. Mais vous le savez autant que moi, ce sortilège peut être combattu par la seule force mentale. Or Bartemius n'avait qu’une seule envie : venir me retrouver et m’aider à retrouver mes pouvoirs.

« Il lui a fallu des années pour réussir à se défaire de l’emprise de l’Imperium, et un point de non-retour a été atteint le soir de la finale de la Coupe du Monde de Quidditch.

« C’est lui qui a fait apparaître la Marque des Ténèbres alors que vous autres vous amusiez à effrayer ces Moldus. Comment se fait-il, d’ailleurs, que vous ayez tous pris la fuite en voyant ma Marque apparaître dans le ciel ? interrogea-t-il soudain d’un ton cinglant.

            « Malheureusement, poursuivit-il sans donner aux Mangemorts l’opportunité de se justifier, Bartemius Sr n’a pas tardé à reprendre l’ascendant sur son fils, l’empêchant de venir me rejoindre. Mais il perdait son temps.

            « Car l’Imperium avait chaque jour de moins en moins d’emprise sur Bartemius, obligeant son père à rester chez lui pour le surveiller, feignant la maladie. Le scandale causé par l’acquittement de Sirius Black venait soutenir cette thèse, bien sûr, précisa-t-il en désignant son prisonnier d’un geste négligeant. Et tandis que le fils reprenait peu à peu des forces, le père sombrait lentement mais sûrement dans les abysses.

            « Et puis, la veille de Noël, Bartemius a presque réussi à prendre le dessus sur son père, mais le peu de volonté qu’il restait à Croupton lui permit de s’échapper pour se rendre au ministère de la Magie, mais ses propos étaient tellement incohérents que ceux qu’il a croisés en ont conclu qu’il était devenu fou.

« Ce fâcheux contretemps aurait pu tout gâcher, car il força Bartemius à sortir de la maison pour se mettre à la recherche de son père. Par chance, il ne tarda pas à le retrouver et à la ramener de force dans la demeure où il avait été trop longtemps retenu prisonnier.

« Il venait tout juste de s’affranchir de son père de manière définitive lorsque le jeune assistant de ce dernier s’est précipité chez lui, ayant entendu dire que son patron était passé au ministère, et Bartemius l’a tué lui aussi en faisant croire que son père, dans un accès de folie, l’avait assassiné avant de prendre la fuite.

            « Bartemius recouvrait enfin sa liberté et s’est mis aussitôt à ma recherche. Il ne pouvait, bien sûr, pas se promener au grand jour alors qu’il était censé être mort mais il lui restait encore la cape d’invisibilité qui lui avait servi de carcan pendant tant d’années.

« Il lui a fallu du temps, mais il a fini par arriver dans la forêt d’Albanie où les rumeurs disaient que je me cachais. Ensemble, nous avons pu me reconstituer un corps certes faible et rudimentaire, mais un corps que je pourrais habiter en attendant ma véritable renaissance.

« Nous sommes rentrés au pays au printemps, mais il nous fallait attendre de réunir tous les ingrédients pour que je puisse recouvrer toute ma puissance. L’un d’eux était déjà à portée de main, la chair d’un serviteur. Les ossements de mon père signifiaient qu’il nous faudrait revenir là où il est enterré. Mais le sang d’un ennemi… Il me fallait le sang de Harry Potter.*

« Il nous était impossible de l’atteindre à Poudlard, sous la protection d’Albus Dumbledore. Alors nous avons attendu qu’il rentre chez sa famille moldue pour passer à l’action. Malheureusement, ce que j’avais profondément redouté se produisit : protégé par le sang de sa mère au sang-de-bourbe, Bartemius ne put toucher le garçon sans subir de grave blessures – les mêmes blessures qui avaient coûté la vie à un autre de mes serviteurs, Quirinus Quirrell, trois ans plus tôt.

« Cette tentative fut un cuisant échec, je vous l’accorde, mais rien n’aurait pu ébranler la volonté de Lord Voldemort, ni celle de son plus fidèle serviteur. Bartemius a passé les derniers mois à rassembler le plus d’informations possibles sur notre jeune ami et a découvert quel lien étroit le liait à son parrain, Sirius Black. Dès lors, la solution s’est imposée à nous : nous devions nous servir de Black pour attirer Potter. Et c’est précisément ce que nous avons fait.

« Bartemius a commencé à préparer le Polynectar il y a plus d’un mois puis a enlevé Black hier soir avant de retrouver Potter cet après-midi à Pré-au-Lard en se faisant passer pour son cher parrain. Potter n’y a vu que du feu et grâce à lui, j’ai retrouvé mon corps d’antan.

 

            Un long silence suivit le monologue de Voldemort mais le cerveau de Harry était assailli de pensées. Comment avait-il été assez stupide pour se laisser berner par un imposteur ? Miroir à Double Sens ou pas, il aurait dû être capable de faire la différence entre le véritable Sirius et un usurpateur !

            Voldemort jeta un dernier regard circulaire aux rangs des Mangemorts avant de se tourner vers Croupton, qui tenait toujours son moignon étroitement serré dans un morceau de tissu imbibé de son sang.

-Je ne serais jamais arrivé là sans ta précieuse aide, Bartemius, déclara le mage noir. Et Lord Voldemort récompense ceux qui l’aident…

À ces mots, Voldemort fit tournoyer sa baguette au-dessus de sa tête. Une main humaine mais d’une couleur étrangement argentée apparut alors et vint remplacer celle que Croupton avait sacrifiée un peu plus tôt lors du rituel.

-Merci, Maître, dit le Mangemort en s’inclinant de plus belle.

-Que ta loyauté serve d’exemple à tes pairs, dit Voldemort d’un ton cinglant, adressant un message chargé de menaces aux silhouettes encapuchonnées.

Croupton se redressa alors, un sourire sadique aux lèvres, et alla prendre sa place parmi le cercle des Mangemorts. C’est alors que Voldemort se tourna vers Sirius.

-Black, dit-il d’un ton amusé. Le fait que le commun des mortels ait pu croire une seule seconde que tu étais mon bras droit est une insulte aussi bien pour toi que pour moi, n’est-ce pas ?

Une vague de rires s’éleva alors des rangs des Mangemorts.

-Je pourrais, bien sûr, mettre tout de suite fin à l’opprobre et clarifier la situation une bonne fois pour toutes, reprit le mage noir, mais je m’en voudrais de te priver du spectacle.

Puis, se tournant vers Harry, il ajouta :

-Endoloris !

De toute évidence, les effets du maléfice du Saucisson venaient de s’estomper car cette fois, Harry convulsa en hurlant de douleur. C’était comme si tous ses os avaient pris feu, comme si sa tête était sur le point d’exploser.

            Voldemort abaissa sa baguette et la douleur disparut aussi subitement qu’elle était apparue. Harry put alors entendre les hurlements de Sirius se mêler aux rires des Mangemorts.

-Laissez-le tranquille, espèce de lâche ! criait-il en se débattant contre ses liens qui semblaient se resserrer encore davantage à chacun de ses mouvements. Prenez-vous-en à quelqu’un de votre taille !

-Oh mais je vais m’occuper de toi, sois sans crainte, assura Voldemort dans un sourire mauvais. Mais avant, je tiens à prouver à tout le monde que ce garçon n’a rien d’exceptionnel, sans la protection de Dumbledore ou sa mère pour mourir à sa place.

Il se tourna à nouveau vers Harry puis ajouta :

-À présent, détache-le, Bartemius, et rends-lui sa baguette magique.

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

 

Alors, comment avez vous trouvé cette version du cimetière ? Barty a une autre approche que Queudver, vous ne trouvez pas ? J'espère en tout cas que le loooong monologue de Voldemort répond à toutes les interrogations, notamment sur le meurtre de Percy :)

Mais LA question que j'ai laissé volontairement en suspend est: Sirius va-t-il s'en sortir vivant ? Pour le savoir, rendez-vous le 31 mars ! ;)

Chapitre 26: Sur le pied de guerre by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Comme promis voici le nouveau chapitre de "L'innocenté d'Azkaban" ! Encore un grand MERCI à AlexG57, Lady Scott, teddy et Chrisjedusor pour leurs reviews du chapitre précédent ♥

Si vous vous souvenez bien, Voldemort vient de retrouver son corps avec l'aide de Barty Jr et du sang de Harry, sous les yeux horrifiés de Sirius.

Bonne lecture !

Croupton s’approcha de Harry et défit ses liens à l’aide d’un sortilège avant de lui rendre sa baguette. Les membres tremblants de douleur, de peur et de colère, Harry sentit ses doigts se crisper autour du bois de houx. Il fallait qu’il trouve un moyen de s’enfuir, mais comment ? Et surtout, comment faire pour délivrer Sirius ? Comme s’il avait lu dans ses pensées, Sirius se mit à crier :

-Cours ! Cours, ne reste pas là ! Ne…

Mais il n’eut jamais le temps de terminer sa phrase car le Mangemort le plus proche lui jeta un sortilège de Mutisme. Ses lèvres continuaient de bouger avec véhémence alors qu’aucun son ne pouvait plus sortir de sa gorge. Une fois de plus, les Mangemorts éclatèrent de rire.

-On t’a appris à te battre en duel, Harry Potter ? dit Voldemort à voix basse.*

Harry ne répondit pas. Il ne se souvenait que trop bien de la performance ridicule de Gilderoy Lockhart au club de duel, mais il n’avait pas vraiment appris quoi que ce soit d’utile, mis à part le sortilège de Désarmement. Or à quoi lui servirait-il de désarmer Voldemort alors qu’une vingtaine de Mangemorts les encerclaient ?

-Nous devons nous saluer, Harry, dit Voldemort.*

Il inclina légèrement la tête et tout se passa en un éclair.

            Une masse énorme et touffue s’était jetée sur le mage noir, qui s’écroula au sol sous son poids, et Harry se jeta à plat ventre dans un réflexe.

-Non ! hurla Bartemius alors que plusieurs Mangemorts venaient de lever leurs baguettes. Vous risquez de toucher le Seigneur des Ténèbres !

Le gigantesque chien noir redressa sa gueule dégoulinante de sang puis courut à toute allure entre les pierres tombales. Lorsqu’il fut arrivé à la hauteur de Harry, Sirius reprit forme humaine. Les sortilèges fusaient au-dessus leurs têtes à présent. Sirius empoigna fermement Harry par les épaules pour l’aider à se relever puis pivota sur lui-même, évitant de justesse un éclair de lumière verte.

            Voldemort poussa un cri de rage qui résonna encore aux oreilles de Harry lorsqu’ils atterrirent dans la grand-rue recouverte de neige de Pré-au-Lard.

 

            La foule de passants qui flânaient dans les rues du village s’arrêtèrent subitement, les yeux exorbités par la soudaine apparition de ces deux silhouettes couvertes de sang. Puis, une fois passé le premier choc, ils se mirent à parler tous en même temps, provoquant un bourdonnement assourdissant.

-Harry ! s’écria Sirius sans leur prêter la moindre attention. Est-ce que ça va ?

Mais Harry aurait été bien incapable de répondre.

-Harry ! cria une autre voix, beaucoup plus aiguë, cette fois.

Le jeune homme leva les yeux et vit Hermione se laisser tomber à genoux devant lui, son visage déformé par l’inquiétude. Ron se trouvait juste derrière elle.

-Qu’est-ce qu’il vous a pris de transplaner avec lui sans nous prévenir avant ? s’énerva-t-elle en jetant à Sirius un regard courroucé. Nous nous sommes fait un sang d’encre !

-Ce n’était pas moi, se défendit Sirius, c’était…

Il ne finit pas sa phrase. La foule autour d’eux s’était faite encore plus dense et Sirius chercha sa baguette dans la poche de sa robe – mais bien sûr, elle n’y était pas.

-Je peux emprunter ta baguette ? demanda-t-il à Hermione d’une voix pressante.

-Quoi ? Pourquoi faire ?

-Hermione ! s’impatienta Sirius. On m’a pris ma baguette et j’ai besoin d’envoyer un message urgent à Dumbledore !

Voyant qu’Hermione hésitait toujours, Harry prit la parole :

-Prête-lui ta baguette, Hermione, dit-il d’une voix à peine audible.

Bien que toujours réticente à cette idée, la jeune fille s’exécuta. Sirius s’en saisit et murmura la formule :

-Spero Patronum !

Une volute de brume argentée s’en échappa et fila entre les badauds.

-Forcément, avec une baguette empruntée je ne peux pas invoquer de Patronus corporel, regretta Sirius en rendant sa baguette à Hermione, mais j’espère qu’il arrivera quand même à destination.

Puis, sans ajouter un mot, il aida à nouveau Harry à se relever.

-Harry, dit-il en regardant son filleul droit dans les yeux. Il faut que nous rentrions au château. Tu penses pouvoir marcher ?

Harry hocha la tête. À part l’entaille profonde dans son avant-bras, il n’avait pas de blessure physique.

-Bien, reprit Sirius. Dans ce cas, allons-y.

            Ils se mirent en route, Ron et Hermione faisant de leur mieux pour repousser les curieux qui leur barraient la route.

-Sirius, dit Hermione, que s’est-il passé ? Si ce n’était pas vous, tout à l’heure, alors qui était-ce ?

-Pas ici, Hermione, répondit Sirius entre ses dents. Je ne pense pas qu’on viendra nous attaquer dans la grand-rue de Pré-au-Lard en plein milieu de l’après-midi, mais sait-on jamais.

Ils marchèrent tous les quatre en silence jusqu’au portail surmonté de sangliers ailés. Ils venaient à peine d’entrer dans le parc lorsque Hagrid vint à leur rencontre.

-Sirius, qu’est-ce qu’il s’est passé ? interrogea le garde-chasse.

-Il est revenu, répondit aussitôt Sirius.

-Qui est revenu ? demanda encore Hagrid. Oh ?

De toute évidence, il venait de comprendre.

-Dumbledore m’a envoyé à votre rencontre, ajouta-t-il.

Sirius hocha la tête puis accéléra encore l’allure.

            Ils pénétrèrent dans le hall désert puis gravirent l’escalier de marbre. Ils venaient à peine d’atteindre le palier du deuxième étage lorsqu’une petite silhouette au cardigan rose, au visage de crapaud et au nœud dans les cheveux fit irruption devant eux.

-On peut savoir ce que vous faites là ? demanda Ombrage de son ton le plus mielleux.

De toute évidence, elle désignait Sirius.

-J’ai rendez-vous avec le professeur Dumbledore, il m’attend, répliqua-t-il sèchement.

-Oh, je vois, sourit Ombrage d’un air faussement aimable. Vous revêtez toujours vos vêtements les plus sales lorsque vous vous rendez à une entrevue avec le directeur de Poudlard ?

-Je ne crois pas que ça vous regarde ! grogna Sirius en s’avançant d’un pas, les lèvres retroussées comme un chien qui montre les crocs.

-Vous apprendrez, mon cher, que tout ce qui se passe dans cette école regarde la Grande Inquisitrice de Poudlard. Si vous allez voir le professeur Dumbledore, j’insiste pour vous accompagner.

-C’est hors de question ! s’énerva Sirius.

L’espace d’un instant, Harry crut qu’il allait lui jeter un sort avant de se rappeler qu’il n’avait plus de baguette. De toute évidence, Sirius avait lui aussi failli oublier ce détail, car son visage se décomposa soudain.

-Laissez-nous passer ! insista-t-il avec rage.

-Non, je ne crois pas, répondit Ombrage d’une voix doucereuse. Au contraire, en tant que Grande Inquisitrice, j’ai…

-Puis-je savoir ce qui se passe ? s’enquit soudain une voix puissante depuis le bout du couloir, et Ombrage se retourna.

-Dumbledore, vous tombez à pique, fit-elle de son air de petite fille ingénu. Cet… énergumène… ajouta-t-elle en désignant Sirius d’un geste dédaigneux, assure avoir rendez-vous avec vous. Mais vu la manière dont il est accoutré, je doute que cela soit correct. J’ai alors demandé à l’accompagner, mais il a tenté de m’en dissuader.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Dumbledore sembla passer Sirius, Ombrage et Harry au rayon X par-dessus ses lunettes en demi-lunes.

-Eh bien, soit, répondit-il finalement. Si vous le désirez, vous êtes la bienvenue pour vous joindre à nous, Dolores.

Ombrage étouffa un petit rire de triomphe tandis que Sirius fulminait.

-Dumbledore, vous n’êtes pas sérieux ? s’indigna-t-il.

-Je suis très sérieux, au contraire, le contredit le directeur. Si ce que vous avez à m’annoncer est bien ce à quoi je m’attends, alors la présence d’une représentante du ministère pourra s’avérer utile.

-Utile à quoi ? demanda aussitôt Ombrage.

De toute évidence, l’idée de pouvoir être « utile » à Dumbledore la répugnait.

-Et si nous montions dans mon bureau ? suggéra le vieil homme d’un ton courtois mais sans appel. Nous serions plus au calme pour parler.

Sans ajouter un mot, il se tourna vers la gargouille, donna le mot de passe puis se laissa porter par les escaliers escamotables.

-Je vous laisse y aller, déclara alors Hagrid d’un ton bourru. J’ai encore du travail à faire.

À ces mots, il tourna les talons et disparut dans le couloir. Hermione et Ron échangèrent un regard incertain, mais Harry leur fit signe de le suivre, et ils s’exécutèrent.

 

            Le bureau du professeur Dumbledore semblait aussi encombré qu’à l’accoutumée. Fumseck dormait sur son perchoir, le Choixpeau et l’épée de Gryffondor étaient posés dans leurs vitrines tandis que les portraits des directeurs de Poudlard somnolaient avec plus ou moins de conviction.

-Alors ! s’exclama Ombrage lorsqu’ils furent tous entrés dans la pièce circulaire. Vous allez enfin me dire de quoi il s’agit ?

-Ma chère Dolores, si vous aviez la convenance de laisser Sirius parler, je suis sûr qu’il vous dirait tout ce que vous voulez savoir, répondit Dumbledore en s’installant dans son fauteuil, derrière son imposant bureau.

Cette réplique avait fait mouche car la Grande Inquisitrice n’osa plus dire quoi que ce soit après cela. Harry se laissa tomber sur la chaise installée devant le bureau professoral mais Sirius demeura debout derrière lui.

            Il leur raconta tout : comment il était sorti faire un tour la vieille au soir ; comment il s’était fait attaquer par derrière ; comment il avait repris connaissance dans une pièce sombre aux fenêtres condamnées, face à face avec ce qu’il restait de Lord Voldemort, et comment celui-ci l’avait torturé. Lorsqu’il arriva au moment où Bartemius Croupton Jr avait revêti son apparence grâce à du Polynectar, le matin même pour se rendre à Pré-au-Lard, Ombrage intervint pour la première fois depuis une dizaine de minutes.

-Barty Croupton Jr ? répéta-t-elle dans un petit rire amusé. Parmi tous les soi-disant « Mangemorts », vous en choisissez un qui est mort et enterré depuis dix ans ? Et vous espérez… que je vais vous croire ?

-C’est la stricte vérité ! se défendit Sirius d’une voix forte.

-Il a raison, Dolores, acquiesça Dumbledore. Nous avons la preuve grâce à l’ancienne elfe de maison de Croupton qu’il a aidé son fils à s’évader d’Azkaban et l’a gardé enfermé chez lui pendant tout ce temps.

-Tout ceci est parfaitement grotesque ! rétorqua Ombrage.

-Vraiment ? répondit Dumbledore, comme si on venait de lui exposer une nouvelle découverte pour le moins surprenante. Et pourtant, cela explique le drame qui est arrivé il y a près d’un an, lorsque le Bureau des Aurors a soupçonné Barty d’avoir assassiné son assistant, Percy Weasley, et frère de Ron ici présent, précisa-t-il en adressant à Ron un signe de tête.

-Barty Croupton n’a pas supporté d’avoir envoyé un « innocent » en prison, réfuta aussitôt Ombrage. Quoi que si vous me demandez mon avis, Croupton n’a pas commis une erreur si grave que ça. Après tout, vous êtes bien un Animagus non déclaré, non ?

-J’étais un Animagus non-déclaré, siffla Sirius d’un ton venimeux, faisant allusion au fait qu’il était à présent inscrit au registre.

-Eh bien, reprit Ombrage, rien que cela vous aurait valu un séjour à Azkaban de toute façon.

Sirius était sur le point de répliquer mais Dumbledore ne lui en laissa pas le temps.

-Revenons-en à nos Veaudelunes, voulez-vous ? coupa-t-il. Sirius, reprenez, s’il vous plait ?

Sirius et Ombrage échangèrent un dernier regard carnassier, puis l'ancien fugitif poursuivit son récit.

-Où en étais-je ? se demanda-t-il à voix haute. Ah oui ! Croupton Junior a arraché une mèche de mes cheveux pour prendre mon apparence puis m’a laissé ainsi, ligoté et sous l’emprise d’un sortilège du Saucisson, seul dans le cimetière avec Voldemort et le gigantesque serpent qui les accompagne. D’après ce que j’ai compris, Voldemort ne pouvait pas survivre longtemps sous cette forme primitive, surtout par le froid qu’il faisait, et j’ai espéré de tout mon cœur que Croupton Jr ne revienne pas et que nous mourrions tous de faim et de froid. Mais évidemment, Croupton est revenu. Et il n’était pas seul.

Sirius marqua une courte pause et échangea un regard incertain avec Harry avant de poursuivre. Il leur raconta alors ce qui s’était passé : comment Voldemort avait réussi à retrouver son corps et ses pouvoirs, puis comment il avait rappelé les Mangemorts grâce à la Marques des Ténèbres tatouée sur le bras de Croupton.

-Le récit que Voldemort a fait des évènements concorde avec ce que nous avions supposé, ajouta Sirius à l’adresse de Dumbledore.

-Comment avez-vous fait pour vous en sortir ? demanda alors le directeur.

-Lorsqu’il a eu terminé de dévoiler son plan machiavélique, poursuivit Sirius d’un ton acerbe, Voldemort a voulu se battre en duel avec Harry. Les effets du sortilège du Saucisson s’étaient dissipés et j’ai attendu que Croupton délivre Harry de ses liens et lui rende sa baguette pour me transformer en chien. C’est comme ça que j’ai pu me débarrasser de mes liens, précisa-t-il. Et je me suis jeté sur Voldemort avant qu’il n’ait eu le temps d’attaquer Harry. J’ai dû le blesser, supposa-t-il encore, mais ses Mangemorts auront tôt fait de le guérir. Mais ils étaient au moins assez décontenancés pour me permettre d’attraper Harry et de nous faire rentrer à Pré-au-Lard par transplanage. La suite, vous la connaissez.

Il se tut et un bruit d’applaudissements retentit alors dans la pièce.

-Quelle histoire palpitante et pleine de rebondissements, bravo ! s’exclama Ombrage en claquant dans ses mains. Vous et votre filleul, vous ne manquez vraiment pas d’imagination, c’est le moins que l’on puisse dire…

-Vous croyez que je mens ? s’emporta à nouveau Sirius. Que j’ai inventé tout cela de toute pièce ?

-C’est effectivement ce que je crois, oui, admit Ombrage de son habituel ton mielleux.

Cette fois encore, Sirius allait répliquer mais Dumbledore ne lui en laissa pas le temps.

-Dolores, intervint-il d’un ton pressant. Que vous croyiez Sirius ou non n’a pas d’importance. Il faut que vous préveniez Cornelius du danger. Si nous rassemblons nos forces maintenant, nous serons peut-être en mesure de ralentir l’ascension de Voldemort.

-Oh, ne vous en faites pas, Dumbledore, répondit la Grande Inquisitrice dans un sourire déplaisant. Je vais de ce pas faire mon rapport à Cornelius, vous pouvez en être certain.

-Faites, je vous en prie, acquiesça Dumbledore en la saluant d’un signe de tête.

Tout le monde comprit alors qu’il la congédiait. Bien que visiblement mécontente de la tournure qu’avait pris la conversation, Ombrage releva le menton d’un air hautain et sortit du bureau, ses talons claquant sur le parquet ciré.

-Bien, reprit Dumbledore lorsqu’ils furent enfin seuls. Ce que nous redoutions depuis un an vient donc de se produire. Et vous dites que Voldemort s’est servi du sang de Harry pour retrouver son corps ?

-Oui, confirma gravement Sirius, évitant à Harry d’avoir à répondre lui-même.

L’espace d’un instant Harry eut l’impression de voir une lueur de triomphe dans le regard autrement grave de Dumbledore.

-Qu’est-ce que ça signifie ? demanda encore Sirius, une main protectrice posée sur l’épaule du jeune homme.

-Je crains, regretta le directeur d’une voix lente, que cela signifie que Lord Voldemort sera désormais capable de te toucher sans subir la moindre douleur. Sauf, bien sûr, dans l’endroit où tu restes le plus protéger par le sang de ta mère…

-Chez les Dursley, soupira Harry à contrecœur.

-Exactement, acquiesça le vieillard.

Puis, d’un mouvement lent, il se leva de son fauteuil.

-Miss Granger, Mr Wealsey, veuillez conduire Harry à l’infirmerie, s’il vous plait, pour que Madame Pomfresh puisse panser sa plaie.

Harry esquissa un geste pour se lever mais Sirius le retint assis en appuyant sur son épaule.

-Un instant, Dumbledore, dit-il. Vous ne croyez pas que nous devrions…

-Nous pouvons discuter de cela entre nous, Sirius, l’interrompit Dumbledore.

Il fixait Sirius par-dessus ses lunettes en demi-lunes d’un air sévère que Harry ne lui connaissait pas. À cet instant, il ressemblait un peu au professeur McGonagall.

-L’infirmerie, rappela-t-il alors en se tournant vers Ron et Hermione.

La jeune fille sursauta brusquement puis poussa ses deux amis hors du bureau. Ils n’avaient pas encore tout à fait refermé la porte lorsqu’ils entendirent Sirius dire :

-Vous ne croyez pas que c’était le bon moment pour lui parler de la…

Le panneau se referma brusquement, comme si Dumbledore l’avait poussé à l’aide de sa baguette.

-Le moment pour me dire quoi ? s’énerva Harry en toisant le heurtoir d’un regard noir.

-Je ne sais pas, Harry, souffla Hermione en le tirant par le bras. Mais Dumbledore a raison, tu as besoin de soins. Viens…

Sans prendre note de ses protestations, elle le guida jusque dans le couloir du deuxième étage, Ron sur ses talons.

            Ils n’échangèrent pas un mot sur le chemin de l’infirmerie ni ne racontèrent quoi que ce soit à Madame Pomfresh – sans doute Dumbledore voudrait lui expliquer lui-même. Ou pas. L’infirmière ne posa pas la moindre question, et Harry se laissa soigner sans protester. Mais il bouillonnait intérieurement.

            Quelles auraient été ses chances de survie si Sirius n’avait pas été là ? Et comment Fudge allait-il réagir ? Il ne nous croira sans doute pas, se dit Harry. Après tout, le ministère pense que Sirius est un menteur pathologique et qu’il exerce une mauvaise influence sur moi. Et il y avait le fait que Voldemort serait à présent capable de le toucher. Rien que d’y penser, ça le rendait malade !

            Madame Pomfresh n’eut besoin que de quelques instants pour faire disparaître la blessure sur le bras de Harry puis, lorsqu’elle eut terminé, il la remercia et les trois Gryffondor prirent alors le chemin de leur salle commune.

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et la Coupe de Feu, traduction de Jean-François Ménard

Félicitations à Chris qui avait deviné que Sirius les sortirait de là par transplanage d'escorte :)

Je sais que certain(e)s d'entre vous auraient aimé voir le duel mais non seulement je ne voulais pas faire un copier-coller du livre (on me l'a assez reproché, j'ai retenu la leçon) mais en plus je voyais pas Sirius attendre sagement que Harry affronte Voldemort. Ça me parassait bien plus crédible comme ça, vous me direz ce que vous en pensez.

D'après vous, à quoi va ressembler la suite ?

Je vous retrouve donc le 30 avil prochain pour la suite. Merci de votre fidélité, à bientôt ♥

MadameMueller

Chapitre 27: L’Ordre du Phénix by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Encore un mois a passé et me revoici comme promis avec la suite de cet UA. Je remercie du fond du coeur AlexG57, Lady Scott, teddy, Chrisjedusor, Sifoell et bellatrix92 pour leurs reviews :)

Le mois dernier, nous avions donc laissé Harry au retour du cimetière avec Sirius, après que Voldemort ait récupéré son corps avec l'aide de Barty Jr. Dolores Ombrage ne les avait pas cru et Sirius voulait que Dumbledore parle de la ??? à Harry, sans que celui-ci n'ait eu l'occasion d'entendre la fin de la phrase.

Je vous laisse découvrir la suite. Bonne lecture :)

Sirius était passé brièvement à la tour Gryffondor pour s’assurer que Harry allait bien – tout du moins, physiquement.

-Nous aurons tout le temps de parler pendant les vacances de Noël, lui avait-il dit. Ici, les murs ont des oreilles.

Harry s’était contenté de hocher la tête, encore trop choqué par les évènements qu’ils venaient de vivre, tous les deux.

            La nouvelle de leur réapparition fracassante à Pré-au-Lard avait rapidement fait le tour de l’école, et ce malgré le nouveau décret d’éducation de la Grande Inquisitrice interdisant aux élèves de parler du retour de Lord Voldemort. Évidemment, le fait que cette vieille harpie s’acharnait à présent encore plus sur lui ne faisait qu’aiguiser davantage la curiosité de leurs camarades.

-Comment l’ont-ils appris ? s’interrogea Harry, les sourcils froncés après avoir entendu deux élèves de deuxième année en discuter.

-Comme disait Sirius, les murs ont des oreilles, répondit Hermione. Il peut s’agir de l’un des tableaux, ou d’un fantôme.

-Ou d’un parent qui travaille pour le ministère et qui aurait averti son enfant, ajouta Ron d’un air sombre.

-Au moins, reprit Hermione en posant la main sur son bras, maintenant, nous savons exactement comment est mort Percy. Il n’y a plus de zone d’ombre.

Ron baissa les yeux et serra les mâchoires mais ne répondit pas. Harry se doutait de ce qu’il devait penser : ce n’était pas vraiment d’un grand réconfort, finalement, car cela ne ramenait pas Percy.

            Le mardi après le retour de Voldemort, Cedric vint trouver Harry pendant la pause du milieu de matinée. Et pour une fois, il était venu sans Cho.

-Salut, dit-il d’un air solennel. Comment vas-tu ?

-Ça va, mentit Harry.

Sa main gauche était à nouveau enroulée dans du linge depuis qu’Ombrage lui imposait de nouvelles retenues tous les deux jours.

-Hm, fit Cedric en hochant la tête, montrant ainsi qu’il n’était pas dupe. Écoute, si tu t’en sens la force, je pense que ce serait bien que tu parles un peu de ce qui s’est passé pendant la prochaine réunion de l’A.D. Je veux dire… Ces cours sont encore plus importants maintenant, pas vrai ?

Harry ne répondit pas tout de suite. Ce que disait Cedric avait du sens, mais il n’était pas prêt à parler de son face à face avec Voldemort ouvertement devant ses camarades.

-C’est seulement si tu le sens, d’accord ? Tu n’y es pas obligé…

Cette fois encore, Harry ne répondit pas et se contenta de hocher la tête.

-Bon, fit Cedric, il faut que j’y retourne. À ce soir.

-À ce soir, répondit Hermione d’une voix étrangement aiguë.

Lorsqu’il fut parti, Ron et Harry la fusillèrent du regard.

-J’ai de moins en moins envie d’y aller, grommela Ron avec mauvaise humeur.

-Mais Cedric a raison ! s’écria Hermione. Maintenant que Tu… Maintenant que Voldemort est de retour, nous avons d’autant plus besoin d’en apprendre sur les sortilèges et maléfices de défense. Et il ne faut pas compter sur cette harpie d’Ombrage pour nous les apprendre ; tu as vu comme le ministère s’est empressé d’adopter la politique de l’autruche ?

-Toi, Harry, qu’est-ce que tu en penses ? demanda Ron en ignorant délibérément le plaidoyer d’Hermione.

-J’ai promis à Sirius que je suivrais ces cours, marmonna-t-il. Ce n’est pas comme si j’avais le choix… Mais je ne parlerai pas de ce qui s’est passé samedi, c’est hors de question !

-Je pense que tu prends les choses sous le mauvais angle, regretta Hermione.

-Ah oui ? fit Harry d’un ton caustique.

-Oui, assura-t-elle. En te demandant de parler, Cedric montre qu’il te croit.

 

            Malgré les paroles d’Hermione, Harry ne dit pas un mot lors de la réunion de l’A.D., ignorant de son mieux les coups d’œil insistants que lui lancèrent certain de ses camarades. Cedric, quant à lui, l’avait simplement interrogé silencieusement du regard en début de séance avant de se détourner lorsque Harry eut répondu d’un signe de tête négatif.

            Le premier jour des vacances, Sirius vint chercher Harry à Pré-au-Lard et ils rentrèrent au square Grimmaurd par transplanage, où un invité-surprise les attendait.

-Professeur Lupin ? s’écria Harry, les yeux écarquillés par la stupeur.

Le lycanthrope, qui était installé à la table de la cuisine et concentré sur la lecture d’un parchemin, releva aussitôt la tête.

-Bonjour Harry, répondit-il en se levant, un sourire aux lèvres. Je suis content de te revoir, ajouta-t-il en lui serrant la main, mais je ne suis plus ton professeur, tu peux simplement m’appeler Remus.

Bien que passablement mal à l’aise à l’idée d’appeler un ancien professeur par son prénom, Harry acquiesça néanmoins d’un signe de tête.

-Je croyais que vous étiez à l’étranger, dit-il finalement tandis qu’ils s’installaient tous les trois autour de la longue table en bois.

-C’était vrai, admit Lupin. Mais aux vues des circonstances, je n’avais pas d’autre choix que de revenir.

À ces mots, lui et Sirius échangèrent un sombre regard, et Harry comprit qu’ils devaient parler du retour de Voldemort.

-Comment vas-tu, Harry ? demanda encore Lupin.

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite. Quelle réponse attendait-il au juste ? Quelle réponse attendaient-ils tous ? À vrai dire, il en avait assez qu’on lui pose cette question alors que non, il n’allait pas bien.

-Je comprends, ajouta précipitamment Lupin devant le long silence de son ancien élève. Il faut que tu saches que tu n’es pas seul. Nous sommes nombreux à vous croire, Sirius et toi. Beaucoup plus qu’il n’y paraît.

-Vraiment ? fit Harry avec scepticisme.

-Oui, assura Lupin.

Tout en parlant, il jeta un regard insistant à Sirius, qui croisa les bras sur sa poitrine et se laissa tomber contre le dossier de sa chaise d’un air boudeur.

-Que se passe-t-il ? s’enquit aussitôt Harry.

-Tu n’as pas lu La Gazette du sorcier ces derniers jours ? devina Lupin, et Harry secoua la tête en signe de négation. Non, bien sûr que non…

Il tira alors un exemplaire du journal et le tendit à Harry.

 

L’INNOCENTÉ SIRIUS BLACK PRÉTEND QUE

CELUI-DONT-ON-NE-DOIT-PAS-PRONONCER-LE-NOM

EST DE RETOUR.

JUSQU’OÙ IRA BLACK POUR RESTER SOUS LES PROJECTEURS ?

 

-C’est complètement ridicule ! s’écria Harry.

-Et ce n’est pas le pire, grommela Sirius avec mauvaise humeur.

Devant le regard interrogateur que lui jetait Harry, il ajouta :

-Selon cet article, je me sers de ta célébrité et de la sénilité de Dumbledore pour faire parler de moi.

-Qui a écrit ça ? demanda aussitôt Harry. Si c’est Rita Skeeter, alors elle…

-Skeeter est une journaliste véreuse qui cherche à faire le scoop, coupa Lupin. Elle ne travaille que pour elle-même. Ce qui se passe ici est beaucoup plus grave.

-Je ne comprends pas, balbutia Harry d’un air dépité.

-C’est pourtant clair comme du Veritaserum, grogna Sirius. Le ministère dicte ses articles à La Gazette.

Il marqua une courte pause avant de poursuivre.

-Allons, Harry ! s’esclaffa-t-il sans aucune joie. Tu ne croyais tout de même pas que Dolorès Ombrage allait nous croire et convaincre Fudge à son tour ? Au contraire, c’est elle qui l’a persuadé que nous mentions. Et pendant ce temps-là, Voldemort recouvre ses forces.

-Donc, le ministère ne prend même pas la peine de le rechercher ? devina Harry, scandalisé.

-Exactement, confirma Lupin.

-Mais… On ne peut pas laisser Voldemort gagner. Il faut…

-Qu’est-ce que tu crois que nous avons fait ces derniers jours ? railla Sirius, que le dénigrement dans la presse semblait avoir profondément blessé.

À ces mots, Lupin lui adressa un regard sévère puis se tourna vers Harry.

-Dumbledore a reformé l’Ordre du Phénix seulement une heure après votre retour du cimetière, expliqua-t-il d’une voix posée. Il s’agit d’un groupe de résistants qui a déjà combattu lors de la première guerre, ajouta-t-il en réponse au regard interrogateur que lui lançait Harry. Malheureusement, beaucoup d’entre nous se sont fait tuer la dernière fois et nous ne sommes plus très nombreux, mais nous avons réussi à recruter quelques membres supplémentaires, ce qui est bon signe.

-Et vous combattez Voldemort ? Vous savez où il est ?

-Non, admit Lupin. Mais nous savons ce qu’il prévoit de faire. D’ailleurs à ce propos, ajouta-t-il en se tournant vers Sirius, quand Dumbledore est-il censé venir ?

-Ce soir pour la réunion, répondit Sirius dans un rictus, comme s’il n’était pas enchanté de la venue du professeur.

-Vous tenez les réunions de cet Ordre du Phénix ici ? s’étonna Harry.

-Oui, confirma Lupin. La maison de Sirius était déjà protégée par un grand nombre d’enchantements et nous avons profité du tapage médiatique pour ajouter un sortilège de Fidelitas.

-Je ne comprends pas, admit Harry.

-Les journalistes de La Gazette ont pris la mauvaise habitude de venir camper devant ma porte dans l’espoir de pouvoir m’interviewer chaque fois que je sors dans la rue, ironisa Sirius. C’est à peine s’ils ne voulaient pas tous être présents dans la boutique le jour où j’ai acheté une nouvelle baguette.

Sirius avait en effet perdu la sienne lors de sa capture par Barty Croupton Jr.

-Un jour, j’ai fait une scène en disant que j’en avais assez, poursuivit-il. Je n’ai pas eu à me forcer beaucoup pour jouer la comédie… Et le lendemain nous avons mis en place le sortilège de Fidelitas pour que ces imbéciles croient que c’était à cause d’eux.

-En fait cette petite pièce de théâtre nous a permis de trouver une excuse à la disparition soudaine de la maison, et comme Sirius a fait couper sa connexion au réseau de Cheminette et que tous les membres de l’Ordre transplanent directement sur le perron – tout comme Sirius et toi tout à l’heure –, le ministère ne risque pas de découvrir ce qui se trame ici.

-Et ça m’arrange aussi de pouvoir éviter ces satanés vautours ! ajouta Sirius avec force.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Harry emmagasina toutes ces nouvelles informations

-Mais les Mangemorts doivent bien se douter de quelque chose, non ? demanda-t-il enfin. Eux, ils savent que tu ne mens pas et doivent bien se douter que Dumbledore ne restera pas les bras croisés à attendre que Voldemort prenne le pouvoir…

-Bien sûr, mais ils ne peuvent que supposer que nous nous servons du square Grimmaurd comme quartier général, ils n’en sont pas certains.

Un long silence suivit cette dernière phrase.

-Est-ce que je peux assister à la réunion ? demanda vivement Harry au bout d’un moment.

À ces mots, Sirius et Lupin échangèrent un regard incertain.

-Pas de ce soir, répondit finalement Sirius, mais peut-être une prochaine fois.

Lupin n’était visiblement pas aussi confiant car son visage se renfrogna.

-Mais je veux me battre ! insista Harry.

-Je le sais, assura Sirius. Mais tu as quinze ans, et en tant que parrain, j’ai le regret de te dire que je te trouve encore un peu trop jeune pour prendre part à un conflit armé. Même ton père et nous n’étions pas aussi jeunes lorsque nous avons rejoint le premier Ordre du Phénix, et je ne pense pas que James et Lily seraient d’accord si je te laissais prendre des risques lorsque ce n’est pas nécessaire. En revanche, ajouta-t-il alors que Harry ouvrait la bouche pour répliquer, il y a certaines choses que tu dois savoir, pour ton propre bien, et j’essaie actuellement de convaincre Dumbledore de ne pas traîner à t’en faire part.

Surpris, Harry ouvrit et referma plusieurs fois la bouche sans qu’aucun mot de daigne sortir de sa gorge. Il se souvenait de cette phrase de Sirius, alors que lui, Hermione et Ron avaient été congédiés du bureau de Dumbledore, le jour du retour de Voldemort : « Vous ne croyez pas que c’était le bon moment pour lui parler de la… ». De la quoi ?

-Pourquoi Dumbledore tarderait-il à me dire des choses qui sont importantes pour mon propre bien ? demanda-t-il finalement.

-Parce qu’il pense que ces « choses » pourraient te perturber et je préfère être honnête : elles sont perturbantes. Mais continuer à te les cacher serait selon moi une grave erreur, et je pense qu’avec notre soutien, tu es parfaitement capable de supporter la vérité.

Ne sachant quoi répondre, Harry regarda tour à tour Sirius et Lupin. Tous les deux affichaient un air grave qui ne laissait rien présager de bon, et Harry se sentit soudain furieux. De toute évidence, ils savaient quelque chose à son sujet – quelque chose de terrible – et ils en étaient encore à discuter si oui ou non Harry était capable d’encaisser la – probablement mauvaise – nouvelle. Comme s’il n’avait pas déjà fait ces preuves lorsqu’il avait sauvé la Pierre philosophale et Ginny des mains de Voldemort ?

Sans ajouter un mot, il se leva d’un geste brusque et quitta la cuisine sous le regard de Sirius et Lupin.

Harry monta dans sa chambre, au deuxième étage. Ayant l’interdiction d’entrer dans la pièce, Kreattur avait déposé sa malle en travers de la porte, de manière à ce que Harry doive l’enjamber pour pouvoir passer. Ses forces décuplées par la colère, il tira le coffre jusqu’au pied du lit et claqua la porte derrière lui avant de se laisser tomber sur le matelas.

Les minutes passèrent et Harry sentit son pouls ralentir sensiblement à l’intérieur de ses veines. Il avait peut-être un peu exagéré. Après tout, Sirius faisait ce qu’il pouvait pour lui, ce n’était pas sa faute si Dumbledore n’avait pas confiance en lui. Mais Sirius a confiance, lui, rappela une voix dans sa tête. Et il semble prêt à te parler. Au lieu de t’énerver comme ça pour rien, tu aurais pu au moins lui poser la question…

Harry poussa un profond soupir, le regard fixé sur la toile vide accrochée au mur en face de lui. La voix avait raison, ça ne coûtait vraiment rien de demander. Torturé par sa mauvaise conscience, le jeune homme se leva et redescendit dans la cuisine, où Sirius et Lupin semblaient mener une discussion animée. Ils se turent néanmoins à la seconde où l’ancien professeur l’aperçut dans l’encadrement de la porte.

-Toi, tu pourrais me dire de quoi il s’agit, puisque tu penses que je suis capable de l’encaisser… ? suggéra-t-il timidement à l’adresse de son parrain.

-Je voudrais bien, assura Sirius en hochant sombrement la tête, mais je ne connais que les grandes lignes, pas le détail. Or c’est le genre de chose qu’il vaut mieux savoir complètement. Enfin, je suppose.

-Donc, si Dumbledore décide de ne rien me dire…

-Je réussirai à le convaincre, coupa Sirius. Je te le promets.

 

            La famille Weasley arriva en fin de journée. La réunion ne devait avoir lieu que plusieurs heures plus tard mais Mrs Weasley avait tenu à s’assurer que Harry allait bien et proposa même de faire le dîner.  Elle venait tout juste de se mettre au travail lorsqu’un raffut effroyable s’éleva soudain du hall d’entrée, suivi presque aussitôt des hurlements du tableau de Mrs Black.

-Ça doit être Nymphadora, devina Sirius d’un air à la fois amusé et exaspéré.

Il se leva et disparut hors de la cuisine. Les cris de Mrs Black cessèrent bientôt et Sirius réapparut en compagnie de la jeune femme aux cheveux roses chewing-gum qu’Harry avait déjà rencontrée sur le Chemin de Traverse.

-Tonks va rester manger, annonça-t-il alors que la jeune Auror faisait bonjour de la main à toutes les personnes présentes.

Comme lors de leur première rencontre quelques mois plus tôt, la dénommé Tonks était souriante et avait l’air vraiment sympathique. Mr et Mrs Weasley la connaissaient visiblement déjà – sûrement d’une des réunions du fameux Ordre du Phénix – et Fred, George, Ginny et Ron l’accueillirent également avec enthousiasme. Le seul que sa présence semblait laisser de marbre était Lupin.

            Harry ne s’était pas trompé concernant la jeune femme et il se réjouit bientôt de sa présence parmi eux. Elle transpirait la joie de vivre et passa la soirée à changer la forme de son nez pour les amuser. Elle était une Métamorphomage, expliqua-t-elle à Harry. Il s’agissait d’une aptitude très rare qui permettait au sorcier de changer d’apparence à volonté.

-On naît Métamorphomage, on ne le devient pas*, précisa-t-elle alors qu’Harry venait de lui demander s’il elle pouvait lui apprendre à en devenir un à son tour.

            Plus la soirée avançait, plus la cuisine se remplissait. Ils en étaient encore au dessert lorsque Dedalus Diggle – que Harry reconnut aussitôt pour l’avoir croisé plusieurs fois, notamment au Chaudron Baveur le jour de son onzième anniversaire – entra à son tour dans la cuisine, suivi d’un grand sorcier noir au crâne chauve et portant un anneau à l’oreille.

 

-Voici Kingsley Shacklebolt, déclara Sirius en désignant l'homme. Kingsley travaille avec Tonks au Bureau des Aurors.

-Ravi de faire ta connaissance, dit le dénommé Shacklebolt d’une voix lente et profonde.

-Moi de même, répondit Harry en lui serrant chaleureusement la main.

On lui présenta tant de personnes par la suite qu’Harry fut incapable de retenir tous les noms. C’est alors que Bill Weasley fit son apparition en compagnie de Fleur Delacour, la championne de Beauxbâtons.

-Qu’est-ce que tu fais ici ? s’étonna Harry. Je croyais que tu travaillais en Égypte pour le compte de Gringotts…

-Je travaille toujours chez Gringotts, expliqua l’aîné de la fratrie, mais après la mort de Percy, j’ai préféré demander ma mutation. Maman a besoin de soutien moral…

À ces mots, Harry ouvrit la bouche puis la referma d’un air confus. Oui, il comprenait.

-Tu connais déjà Fleur, n’est-ce pas ? demanda Bill en faisant signe à la jeune Française d’approcher.

Elle vint alors se planter devant Harry en repoussant ses longs cheveux d’un blond argenté par-dessus son épaule. Elle était comme dans ses souvenirs.

-Euh… balbutia-t-il. Oui.

Bill sembla alors sur le point d’ajouter quelque chose mais une silhouette sombre et horriblement familière venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte.

-J’aimerais qu’on commence tout de suite, j’ai un chaudron sur le feu, déclara froidement Severus Rogue.

Avant que Sirius n’ait eu le temps de répliquer quoi que ce soit, Mrs Weasley ordonna à Harry ainsi qu’à ses quatre enfants encore scolarisés de bien vouloir quitter la pièce et d’attendre à l’étage.

Ils protestèrent avec véhémence mais rien n’y fit, et ils durent se résoudre à patienter dans la chambre de Harry.

-C’est le moment de tester nos talents de détectives privés, lança Fred avec enthousiasme.

Lui et George sortirent sur le palier à pas de loup avant de tirer de leurs poches de longues ficelles couleur chair. Ils en tendirent une à chacun puis les firent descendre jusque devant la porte de la cuisine avant de se glisser l’autre extrémité à l’intérieur de l’oreille. Curieux, Harry, Ron et Ginny les imitèrent et attendirent. Or rien ne se produisit.

-Qu’est-ce que c’est censé faire ? ricana Ron d’un ton goguenard.

-Ils ont dû jeter un sort d’Impassibilité sur la porte, dit Fred à George sans prendre compte de la remarque cynique de Ron.

-Forcément, soupira George en secouant la tête. Sirius devait bien se douter que nous ne lui avions pas donné tout notre stock…

-De quoi est-ce que vous parlez ? s’impatienta leur frère cadet.

-Pas ici, grommela Fred.

Ils retournèrent dans la chambre de Harry et se répartirent sur les deux lits.

-Sirius nous a demandé de développer une gamme de produits spéciaux pour ses activités de détective privé, expliqua-t-il. Les Oreilles à Rallonge sont une de nos inventions.

-Elles permettent d’écouter aux portes, précisa George, mais elles sont inefficaces contre les sorts d’Impassibilité.

-Qu’est-ce que vous avez inventé d’autre, comme gadget ? s’enquit Harry avec curiosité.

 

Il avait l’impression de se retrouver dans l’un de ces films d’espionnage que l’oncle Vernon et Dudley regardaient parfois.

 

-Désolé, dit Fred en secouant la tête d’un air solennel, mais c’est un secret entre partenaires commerciaux.

Ron lui adressa alors un doigt d’honneur puis la conversation dériva sur la présence de Rogue à cette réunion. Dumbledore avait confiance en lui, ce n’était pas un secret, mais tout de même… De là à le laisser faire partie de la résistance contre Voldemort !

Harry hésita un moment à leur faire part de ce que Sirius et Lupin lui avaient raconté plus tôt dans la journée, mais il se ravisa. Il avait envie d’en parler à Ron et Hermione, mais pas à Ginny ou aux jumeaux. Sans doute n’aurait-il pas d’occasion avant leur retour à Poudlard, mais il n’avait guère d’autre choix.

            La réunion sembla durer des heures puis Mrs Weasley frappa doucement à la porte de la chambre, où les cinq adolescents faisaient semblant de jouer à la Bataille Explosive.

-Nous allons rentrer, dit-elle à l’adresse de sa progéniture. Harry, ajouta-t-elle, le professeur Dumbledore souhaite te parler. Il t’attend au salon.

Harry échangea un regard surpris avec Ron puis sortit de la chambre le premier. Tandis que les Weasley continuaient de descendre jusqu’au rez-de-chaussée, Harry s’arrêta au premier étage, où se trouvait le salon.

-Bonne chance, lui glissa Mrs Weasley, et Harry sentit sa gorge se serrer.

            Le professeur Dumbledore était installé dans un fauteuil devant la cheminée dont le manteau de marbre noir était sculpté aux armoiries des Black, Sirius debout de dos devant la fenêtre, les bras croisés derrière lui. Il se retourna néanmoins lorsqu’il entendit Harry entrer.

-Bonsoir Harry, dit Dumbledore d’un ton courtois. Ferme la porte s’il te plait et vient t’asseoir, ajouta-t-il en désignant le fauteuil à côté du sien.

Harry échangea avec Sirius un regard chargé d’appréhension mais celui-ci hocha légèrement la tête en signe d’encouragements. Une fois la porte refermée, Harry avança vers le fauteuil et s’y installa.

-Il est temps que je te dise certaines choses, Harry, dit Dumbledore.

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

Alors ? Qu'est-ce que Dumbledore va lui dire ? La vérité ? Et si oui, en entier ou seulement des brides ?

Que pensez-vous des Oreilles à Rallonge comme commande spéciale de Sirius pour son business de détective privé ?

Je sais que vous m'en voulez d'avoir coupé le chapitre à ce moment-là, mais n'oubliez pas : tout vient à point qui sait attendre ;)

La suite le 31 mai ! À bientôt :)

 

Chapitre 28: Épée de Damoclès by MadameMueller
Author's Notes:

Salut tout le monde !

Je ne sais pas pour vous, mais ici à Glaglaska, il fait ENFIN beau et assez chaud pour glander sur la terrasse après le boulot !!! Enfin comme vous voyez, ça ne m'empêche pas de penser à vous ;)

Je remercie une nouvelle fois LadyScott, AlexG57, Teddy et Chrisjedusor pour leurs reviews du chapitre précédent !!

Souvenez-vous, on avait laissé Harry au Square Grimmaurd pour les vacances de Noël, qui est devenu le QG de l'Ordre du Phénix après le retour de Voldemort, avec Dumbledore qui voulait lui parler de choses sérieuses.

Bonne lecture !

Il y eut un moment de silence pendant lequel Dumbledore garda les yeux rivés sur le feu qui craquait dans la cheminée du salon, l’air perdu dans ses pensées, et Harry suivit son regard par automatisme, n’osant l’interrompre. C’est alors que Sirius se râcla bruyamment la gorge, et Harry vit la barbe du directeur frémir.

-Avant de commencer, reprit alors le vieil homme en se tournant vers Harry, il est important que tu comprennes que je ne peux pas te donner toutes les réponses aujourd’hui, pour ta propre sécurité.

Harry se contenta de hocher la tête.

-Tu te souviens du jour où je t’ai rendu visite à l’infirmerie après que tu aies sauvé la Pierre philosophale des mains du professeur Quirrell ? demanda Dumbledore.

Il s’agissait bien sûr d’une question rhétorique ; comment aurait-il pu l’oublier ?

-Ce jour-là, tu m’as demandé pourquoi Voldemort avait voulu te tuer quand tu étais bébé, tu te souviens ?*

Cette fois encore, Harry acquiesça silencieusement. Dumbledore le dévisageait par-dessus ses lunettes en demi-lunes, comme s’il essayait d’anticiper une quelconque réaction de la part de Harry, mais le jeune homme resta immobile, pendu à ses lèvres perdues dans sa barbe blanche.

-Voldemort a agi selon une prophétie, déclara-t-il alors.

-Je ne comprends pas, lâcha Harry sans qu’il puisse s’en empêcher.

-Vois-tu, une prophétie vous concernant tous les deux a été énoncée quelques mois avant ta naissance.

À ces mots, Harry ouvrit la bouche, estomaqué, mais aucun son ne daigna sortir de sa gorge. Il s’était attendu à beaucoup de choses, mais certainement pas à cela.

-Que disait-elle ? demanda-t-il finalement avec nervosité.

La vérité, c’était qu’il redoutait de connaître la réponse.

-Cela fait malheureusement partie des choses que je ne peux pas te révéler aujourd’hui, répondit gravement Dumbledore. Ce qui est important pour le moment, c’est que Voldemort a eu vent d’une partie de cette prophétie, et qu’il a ensuite jugé prudent de se débarrasser de toi. Comme tu le sais, le sortilège a raté, et Voldemort a perdu tous ses pouvoirs cette nuit-là.

-Mais… Pourquoi ?

-Encore une fois, Harry, il va falloir que tu fasses preuve de patience, répéta le vieillard.

Harry fronça les sourcils. Quel était l’intérêt de lui parler de cette prophétie s’il refusait de lui en dévoiler le contenu ?

-Voldemort a commis une erreur en essayant de te tuer lorsque tu étais enfant et chaque fois que tu t’es retrouvé face à lui, tu as réussi à le tenir en échec. Maintenant qu’il a retrouvé son corps et l’intégralité de ses pouvoirs, il va essayer de comprendre pourquoi. Et pour le savoir, comme toi, il lui faut connaître entièrement la prophétie et dans ses termes exacts.

-Je ne comprends toujours pas pourquoi vous me parlez de ça, professeur, dit Harry d’une voix plus rude qu’il ne l’aurait souhaité.

-J’y viens, assura le directeur. Il existe au ministère de la Magie, plus précisément au Département des mystères, une salle dans laquelle sont conservées des copies de toutes les prophéties jamais énoncées. Celle dont nous parlons s’y trouve également.

-Dans ce cas, je pourrais l’entendre, moi aussi ! s’exclama le jeune homme, le regard plein d’espoir.

Et contre toute attente, Dumbledore pinça les lèvres d’un air contrit et secoua la tête.

-Non, Harry, c’est inutile.

-Comment ça, inutile ? Je…

-C’est inutile parce que je suis celui à qui cette prophétie a été énoncée, répondit Dumbledore. Mais encore une fois, ce n’est pas ce qui est important à l’heure actuelle.

-Qu’est-ce qui pourrait être plus important que…

-Seuls ceux que les prophéties concernent directement peuvent les sortir du Département des mystères, coupa Dumbledore. C’est-à-dire toi, ou Voldemort lui-même. Personne d’autre. Bien sûr, il va sans doute essayer quand même, mais il finira tôt ou tard par se rendre à l’évidence et, comme il ne voudra sans doute pas prendre le risque de se présenter en personne au ministère de la Magie, il essaiera forcément de t’attirer dans un piège. C’est cela, Harry, que nous devons à tout prix éviter.

Il y eut un moment de silence, puis Harry reprit la parole.

-Je ne suis pas stupide, dit-il en fronçant les sourcils. Jamais il ne me viendrait à l’idée de me rendre au ministère pour prendre cette prophétie si vous en connaissez les termes.

-En es-tu absolument sûr, Harry ? interrogea Dumbledore d’un ton courtois.

Une fois de plus, Harry ouvrit la bouche mais le directeur ne lui laissa pas le temps de répondre.

-Sirius m’a dit que tu avais essayé de le contacter via le Miroir à Double Sens la nuit où il a été capturé par Barty Croupton Jr.

-Oui, admit Harry, qui ne voyait absolument pas le rapport avec cette histoire de prophétie.

-Tu peux me dire pourquoi ? s’enquit encore le vieillard d’un ton poli.

À ces mots, Harry se tourna brièvement vers Sirius. Il avait le sentiment que Dumbledore savait très bien pourquoi il avait voulu joindre son parrain, cette nuit-là.

-J’ai rêvé qu’il se faisait torturer, expliqua-t-il alors à mi-voix.

-Précisément, acquiesça Dumbledore. Tout comme tu as rêvé de Croupton prenant ses ordres auprès de Voldemort juste avant qu’il ne t’attaque, l’été dernier chez ton oncle et ta tante. Je t’ai expliqué, lorsque tu as vaincu le souvenir de Jedusor, que tu parlais le Fourchelang parce que Voldemort le parlait.

-Oui, se rappela le jeune homme. Vous avez dit qu’il m’a transmis une partie de ses pouvoirs le soir où il a tué mes parents. Que nous avons une sorte de lien.

-Et c’est pour cette raison que tu es capable de voir certaines images, en particulier lorsque Lord Voldemort éprouve des émotions très vives. Pour l’instant, nous ne sommes pas sûrs de savoir si oui ou non Voldemort a pris conscience de cette connexion. Ta conversation avec Croupton sous Polynectar a sans doute pu lui mettre la Ciseburine à l’oreille, mais il est pour l’instant plus probable qu’il soit trop occupé à rassembler ses Mangemorts et à trouver un moyen de s’emparer de la prophétie pour prendre pleinement conscience de ce que ce lien peut signifier pour lui.

-Vous voulez dire… qu’il pourrait m’envoyer des rêves exprès ?

-Je le crains, en effet, admit Dumbledore, ses longs doigts noueux croisés sur ses genoux. Et j’aimerais éviter que cela se produise. C’est pour cela que tu vas prendre des cours particuliers dès la rentrée de janvier.

-Des cours particuliers ? répéta Harry, de plus en plus interloqué.

-Des cours d’occlumancie, précisa le directeur.

-Jamais entendu parler, dit le jeune homme en haussant les épaules.

-Il s’agit de l’art de fermer son esprit contre les intrusions extérieures, expliqua Dumbledore. Voldemort est lui-même un Legilimens de talent, c’est-à-dire qu’il a la faculté de pénétrer l’esprit d’autrui. C’est pour cela qu’il le sait toujours quand on lui ment.

-D’accord, acquiesça alors Harry. Qui me donnera ces cours ? Vous, professeur ? demanda-t-il encore avec espoir.

-Je crains que cela ne soit pas une bonne idée, répondit le vieillard en secouant la tête, comme s’il le regrettait. Dans le cas où Voldemort prendrait conscience de cette connexion, il serait sans doute tenté de te servir de toi dans le seul but de m’atteindre, sans se soucier des conséquences pour ta personne.

Harry hocha la tête. Oui, il comprenait.

-Dans ce cas, qui… ?

-Le professeur Rogue se chargera de t’enseigner l’occlumancie.

-QUOI ?

Derrière le fauteuil où siégeait Harry, Sirius avait tout bonnement rugi.

-Dumbledore, vous n’y pensez pas ? s’énerva-t-il encore.

-Comme vous le savez, Severus est un excellent Occlumens, gronda Dumbledore avec sévérité. Il est tout à fait qualifié pour ce travail.

-Mais il déteste Harry !

-C’est vrai, monsieur, confirma le jeune homme.

Et puis, pouvait-on vraiment faire confiance à Rogue ?

-Le professeur Rogue ne te déteste pas, Harry, assura Dumbledore. Et cette décision n’est pas sujette à débat. Il te fera savoir d’ici la fin des vacances quand aura lieu votre premier cours du trimestre.

Sirius continua d’argumenter, mais Harry savait qu’il perdait son temps. Et bien que la perspective de passer encore plus de temps en compagnie de l’antipathique maître des potions ne l’enchantait guère, le jeune homme savait qu’il n’avait pas le choix.

-La discussion est close, trancha Dumbledore d’un ton sans appel.

Puis, se tournant à nouveau vers Harry, il ajouta :

-Je te remercie d’avoir pris le temps d’écouter ce que j’avais à te dire ce soir. En ce qui concerne le détail de la prophétie, je ne pourrai t’en faire part que lorsque tu seras en mesure de fermer correctement ton esprit. J’espère que tu le comprends.

Sans attendre de réponse, le vieil homme se leva et s’éloigna de plusieurs pas avant de se tourner à nouveau vers eux.

-Je te souhaite de bonnes vacances, Harry. Sirius…

Il inclina la tête pour le saluer puis, un instant plus tard, il avait disparu dans un flash de lumière blanche.

 

            Un lourd silence s’abattit alors sur le salon du 12, square Grimmaurd.

-Harry, je suis désolé ! s’écria Sirius en se précipitant vers lui. J’ignorais qu’il allait demander à Rogue de te donner ces cours, je pensais qu’il le ferait lui-même !

-Ce n’est pas grave, répondit machinalement Harry.

Si, ça l’était, mais le jeune homme avait des questions bien plus urgentes en tête.

-C’est quoi cette prophétie ? questionna-t-il d’un ton pressant en relevant la tête vers son parrain. Tu sais ce qu’elle contient ?

À ces mots, Sirius eut un mouvement de recul. Il semblait soudain terriblement mal à l’aise.

-Plus ou moins, répondit-il au bout d’un moment.

-Dans ce cas, tu peux me dire au moins ce que tu sais, non ?

-Harry…

-C’est toi qui as dit tout à l’heure que je devais savoir les choses pour mon propre bien, et que j’étais assez fort pour les encaisser.

-Oui, c’est vrai, j’ai dit ça, admit Sirius. Et Dumbledore t’a dit ce que tu as besoin de savoir pour le moment. Je sais que c’est frustrant de n’avoir que des brides d’information, ajouta-t-il précipitamment, mais nous sommes tous très inquiets à l’idée que Voldemort puisse réussir à pénétrer volontairement dans ton esprit. Te donner le détail de la prophétie avant que tu ne saches pratiquer l’occlumancie serait bien trop risqué.

-Donc, tu penses que Dumbledore m’a dit tout ce que j’ai besoin de savoir ? récapitula Harry.

-Oui, confirma Sirius.

-Parfait.

Sentant la colère à nouveau battre violemment dans ses veines, Harry se leva d’un bond puis traversa le salon à grandes enjambées. Il espérait que Sirius le retiendrait et accepterait enfin de lui en dire plus, mais il n’en fit rien. L’ancien fugitif se tenait toujours debout devant la cheminée au manteau de marbre sombre et regardait son filleul s’éloigner d’un air indéchiffrable. Harry sortit en claquant la porte.

            Il monta l’escalier jusqu’à l’étage supérieur et se réfugia dans sa chambre. Fou de rage, il donna un violent coup de pied dans le coin de sa malle d’école et poussa un hurlement strident. Pleurant de douleur, Harry se laissa tomber sur son lit, ses orteils endoloris serrés entre des doigts.

Il ne savait pas ce qui était le pire : le fait de savoir qu’il existait une prophétie le concernant, ou celui de ne pas savoir ce qu’elle contenait. Comment Dumbledore pouvait-il croire qu’il se contenterait de ces maigres informations ? Et comment Sirius pouvait-il l’approuver ? Ne savoir que la moitié était une plus grande torture encore que de ne rien savoir ! 

La douleur dans son pied finit par s’apaiser et Harry se redressa. Si on ne voulait rien lui dire de plus, il faudrait qu’il se renseigne lui-même…

Selon Dumbledore, une copie de la prophétie était conservée au ministère de la Magie. Ne pouvait-il simplement pas s’y rendre et demander à la consulter ? C’était son droit, après tout. Non ? C’est ce que Voldemort voudrait, s’insurgea une voix dans sa tête. Harry se figea soudain. Oui, la voix avait sans doute raison. Il poussa un grognement sourd de frustration puis se laissa à nouveau tomber en position assise sur le matelas.

La journée avait été longue et le trimestre épuisant d’une manière générale. À cette pensée, Harry se massa le dos de la main gauche, où les mots « Je ne dois pas dire de mensonges » commençaient à nouveau à cicatriser, et sentit une boule de colère lui serrer à nouveau l’estomac.

Quand il repensait à Ombrage, ça le rendait malade ! Bien sûr que cette vieille harpie avait convaincu Fudge que Sirius et Harry mentaient ! Et le ministère ne faisait rien pour retrouver Voldemort ! L’espace d’un instant, Harry eut un petit rire, mais un rire jaune et terriblement sarcastique en imaginant la tête d’Ombrage lorsqu’elle apprendrait qu’il avait demandé à entendre la prophétie le concernant. Était-elle seulement au courant qu’une telle prédiction existait ? Harry en doutait, mais plus rien n’était impossible à ses yeux.

-Vigilance constante, marmonna-t-il entre ses dents.

Il poussa un profond soupir et se laissa tomber à la renverse sur le lit sans prendre la peine de se déshabiller.

 

            À force de trop réfléchir, Harry avait fini par s’endormir, mais ses rêves étaient encore une fois devenus très étranges.

Il se trouvait dans un long couloir sombre éclairé de torches, dont les murs nus étaient dépourvus de fenêtres. Tout au bout se trouvait une seule porte, noire et lisse. Harry trouvait cet endroit étrangement familier. Peut-être parce qu’il ressemblait un peu aux corridors qui arpentaient les cachots de Poudlard ?

Harry se réveilla en sursaut et eut besoin de quelques instants pour se rappeler qu’il était en vacances dans la maison de Sirius. Une aube grisâtre perçait au travers des rideaux mangés au mites et Harry se rendit compte qu’il s’était endormi avec sa paire de lunettes sur le visage.

Il n’était que sept heures du matin, pourtant Harry n’avait plus sommeil. Il repoussa ses couvertures dans lesquelles il avait dû s’envelopper pendant la nuit sans même s’en apercevoir, et se décida à se lever.

Sirius et Lupin étaient déjà en train de prendre leur petit-déjeuner autour de la table de la cuisine, mais Harry s’y était attendu. Et cette fois encore, les deux hommes interrompirent leur conversation lorsqu’ils le virent entrer dans la pièce.

-Bonjour, dit-il en s’approchant d’un pas traînant.

-Bonjour Harry, salua Lupin. Bien dormi ?

Le jeune homme était sur le point de répondre « oui » mais il se ravisa.

-Pas vraiment, avoua-t-il alors.

-Hm, fit le lycanthrope d’un air songeur, ça ne m’étonne pas.

Harry était en train de se demander s’il devait leur parler du rêve qu’il venait de faire lorsque Sirius se leva et se tourna vers lui.

-Œufs au bacon ? Ou de simples toasts ?

-Ce qui te fait le moins de travail, marmonna Harry avec gêne.

S’il y avait une chose qu’il ne souhaitait pour rien au monde, c’était être un poids pour son parrain. À ces mots, Sirius se dirigea vers la cuisinière, remua le contenu d’une poêle puis revint vers la table où il déposa une belle assiette d’œufs au bacon devant Harry, ainsi qu’une tasse de thé.

-Merci, dit-il en s’efforçant de sourire.

Sirius lui répondit d’un simple signe de tête. De toute évidence, il n’avait pas oublié leur dispute de la veille. Lui en voulait-il beaucoup de s’être comporté comme un gamin susceptible ?

-Sirius, je…

-Ne t’en fais pas, coupa Sirius avant que Harry n’ait eu le temps de terminer sa phrase. J’aurais sans aucun doute réagi comme toi.

À ces mots, Harry baissa les yeux d’un air vaguement honteux.

-Qu’est-ce qu’on va faire, aujourd’hui ? demanda-t-il au bout d’un moment, histoire de changer de sujet.

-Ce qu’on va faire ? répéta Sirius en se grattant le menton d’un air dubitatif. C’est qu’on peut difficilement faire quoi que ce soit en ce moment… Tout du moins, dans le monde sorcier…

-C’est une mauvaise idée, Sirius, intervint Lupin, les sourcils froncés d’un air sévère.

-Tu voudrais qu’on reste enfermé deux semaines entières ici, c’est ça ? s’emporta Sirius.

Il avait retroussé les lèvres dans un rictus qui lui donnait l’air d’un chien qui montre les crocs.

-Non, bien sûr, soupira le lycanthrope. Je veux juste dire que vous devriez être prudents, c’est tout.

-Content de savoir que tu me prends toujours pour un inconscient écervelé, répliqua Sirius.

-Je ne demandais pas à sortir, lança Harry pour couper court à la dispute naissante. Je voulais juste savoir s’il y avait une nouvelle réunion de prévue ce soir…

-Non, répondit Sirius d’un ton un peu abrupte, visiblement pincé que son filleul ne l’ait pas appuyé dans ses projets. Mais même si c’était le cas, on ne te laisserait pas y participer. Comme je te le disais hier, tu es trop jeune.

Cette fois, c’était Harry qui fut déçu de ne pas recevoir le soutien escompté. Comme s’il sentait le danger approcher, Lupin reprit la parole.

-Tu as beaucoup de devoirs à faire pendant les vacances, Harry ? demanda-t-il. Tu passes tes BUSE, cette année, n’est-ce pas ?

Surpris par ce brusque changement de sujet, Harry tarda à répondre.

-Oui, dit-il enfin. Les professeur McGonagall et Rogue nous ont donné plusieurs devoirs à rendre après les vacances.

-Et comment se passent les classes de Dolores Ombrage ?

À ces mots, le visage de Harry se renfrogna, ce qui fit sourire Lupin.

-Je reformule ma question : comment se passent les cours clandestins de défense contre les forces du Mal ? Sirius m’a dit que c’est Cedric Diggory qui vous enseigne. C’est un bon élève, ajouta-t-il encore, et je suis vraiment curieux d’apprendre s’il est également un bon professeur ?

Harry détourna le regard, mal à l’aise.

-Tu peux parler franchement, Harry, ajouta Lupin dans un sourire encourageant. Je te promets que je n’irai pas lui répéter.

Harry hésita encore une fraction de seconde puis prit une grande inspiration.

-Il est pas mal, admit-il enfin. Mieux qu’Ombrage, ça c’est sûr.

-Ça ne doit pas être bien difficile ! commenta Sirius d’une voix forte.

-Non, confirma Harry d’un air sombre.

-Qu’est-ce que Diggory vous a appris jusqu’à maintenant ? interrogea encore Lupin, une lueur de curiosité au fond des yeux.

-Le sortilège de Désarmement et le charme du Bouclier, mais ça, je les connaissais déjà, précisa Harry.

-Bien sûr, dit l’ancien professeur en opinant du chef.

 

-Il nous a aussi montré le maléfice d’Entrave, poursuivit le jeune homme, et avant les vacances, nous avions commencé le sortilège de Stupéfixion.

-Ce sont de bonnes bases, approuva Lupin d’un ton appréciateur. Et est-ce que tu as continué à t’entraîner au sortilège du Patronus ?

Le visage de Harry prit aussitôt une teinte rouge Souafle. Non, il ne l’avait plus pratiqué depuis le soir où il avait tenté de sauver Sirius des Détraqueurs et lamentablement échoué, à la fin de sa troisième année. C’était Rogue et sa biche argentée qui les avaient secourus, au grand dam de Harry et Sirius.

-Je te conseille de t’y remettre, sourit Lupin. Ce sort est difficile mais il peut être très utile. Peut-être que Diggory le maîtrise et pourrait vous le montrer ?

Il n’y avait aucune once de reproche dans le timbre de Lupin, pourtant Harry ne put s’empêcher d’avoir mauvaise conscience d’avoir à se point négliger son entraînement contre les Détraqueurs, alors que c’était lui qui avait insisté pour que l’ancien professeur lui enseigne ce sort malgré son état de santé. À cet instant, Harry se fit la promesse qu’il serait le premier de leur petit groupe clandestin à maîtriser le sortilège du Patronus. 

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

C'est tout pour cette fois.

Que pensez-vous du fait que Dumbledore ait décidé d'avertir Harry de l'existence de la prophétie sans lui en dévoiler le contenu ? Harry sera-t-il assez intelligent pour ne pas se précipiter au Département des mystères, ou va-t-il faire sa tête d'hippogriffe ?

Je vous donne rendez-vous le 30 juin pour le prochain chapitre, en attendant n'hésitez pas à me laisser votre avis et/ou vos théories pour la suite ;)

Chapitre 29: Noël au Square Grimmaurd by MadameMueller
Author's Notes:

SURPRISE !!

Ah, je sais, vous ne m'attendiez pas avant douze jours, mais j'avance bien dans l'écriture de cette histoire ces derniers temps et donc pour m'encourager à tenir le rythme, j'ai décidé d'augmenter la fréquente de publication d'une fois par mois à toutes les 3 semaines dans un premier temps, peut-être plus souvent si je continue comme ça. Qu'en dites-vous ?

Je remercie encore une fois ThibaultLeguin, AlexG57, Lady Scott, Chrisjedusor et Sifoell pour leurs reviews :)

Nous avions laissé Harry après avoir appris l'existence de la Prophétie mais pas son contenu. Bonne lecture !

            Les deux semaines de vacances de Noël se déroulèrent dans une atmosphère assez étrange.

            Pour commencer, Harry passait ses journées à faire ses devoirs avec l’aide de Lupin – mais ils ne pouvaient s’intéresser qu’à la théorie, le jeune homme ayant toujours la Trace sur lui – cet enchantement qui permettait au ministère de détecter l’usage de la magie par les sorciers mineurs. Lorsque l’ancien professeur lui avait expliqué de quoi il s’agissait, le jeune homme s’était demandé si les protections qui entouraient le 12, square Grimmaurd ne pouvaient pas brouiller les pistes pour les autorités ministérielles, mais il renonça à poser cette question à voix haute, ayant autant peur de se faire rabrouer par les adultes que de la réaction de Fudge s’il se faisait prendre une troisième fois pour un cas de magie hors de l’école. Et puis, Dumbledore pourrait difficilement lui sauver la mise si c’était bel et bien lui qui avait jeté le sortilège…

            Les Weasley venaient leur rendre visite presque tous les jours, et lorsque ce n’étaient pas eux, il s’agissait d’autres membres de l’Ordre du Phénix. Tonks était celle qu’ils voyaient le plus souvent, suivie de près par son collègue du Bureau des Aurors, Kingsley Shacklebolt, que Harry ne manquait pas de questionner au sujet de leur travail, lui qui avait dans l’idée d’embrasser à son tour une carrière de chasseur de mage noir.

            La veille de Noël, Sirius avait insisté pour que Harry et Lupin mettent leurs révisions de côté pour venir l’aider.

-Ces guirlandes sont inoffensives, assura-t-il en ouvrant une grande boîte sur la table de la cuisine. Je les ai achetées moi-même dans un magasin moldu, aucun risque pour qu’elles aient été ensorcelées par ma cinglée de mère !

À ces mots, il éclata d’un rire guttural qui ressemblait aux aboiements d’un chien.

Les trois hommes passèrent donc la journée à décorer la maison et, lorsque le soir fut venu, ils s’installèrent dans le salon pour prendre leur dîner.

-C’est tout de même un peu plus chaleureux que dans la cuisine, n’est-ce pas ? argumenta Sirius.

Il feignait la bonne humeur mais Harry savait qu’il était au moins aussi déprimé qu’il ne l’était lui. Il aurait tellement voulu pouvoir lui dire quelques paroles de réconfort, mais rien ne lui venait à l’esprit. Rien, mis à part…

-Je peux te donner ton cadeau maintenant ? demanda-t-il d’une voix mal assurée alors qu’ils venaient de sortir un jeu de société appelé Magic Poursuit.

De toute évidence, Sirius ne s’était pas attendu à ce que son filleul lui offre quoi que ce soit car il haussa les sourcils tellement haut que son front en devint profondément ridé.

-Si tu veux, répondit-il enfin.

Harry se leva aussitôt et monta rapidement dans sa chambre. Lorsqu’il réapparut dans le salon, Lupin avait déjà préparé le plateau de jeu.

-Joyeux Noël, dit Harry en tendant le paquet soigneusement emballé à son parrain.

-Je te remercie, Harry, sourit Sirius.

Ses yeux gris anthracite se mirent à briller d’une vive émotion – ou bien n’était-ce que le reflet du feu dans ses pupilles ? Sans attendre, Sirius déchira le papier et découvrir bientôt la paire de jumelles serties d’un sortilège d’Agrandissement que le jeune homme avait achetées chez Derviche et Bang juste avant de se faire capturer par Croupton Jr. Sirius les contempla pendant de longues secondes sans rien dire et Harry fut soudain pris d’un doute. Peut-être qu’il en possédait déjà une paire ?

-Je… Je me suis dit que ça pourrait te servir pour tes enquêtes mais euh… Si ça ne te plait pas, on peut sans doute les échanger…

-Elles sont parfaites, Harry, assura Sirius d’une voix étrangement rauque. Merci.

Il se pencha alors vers son filleul et le serra fort dans ses bras. Bien que d’abord surpris – il ne se souvenait que trop bien de l’attitude tactile de Barty Croupton, justement – , Harry finit par lui rendre son étreinte. Elle n’était pas sans lui rappeler les accolades de Mrs Weasley, et Harry se sentit soudain un peu plus léger.

-Elles vont m’être très utiles, assura Sirius lorsqu’il desserra son étreinte, quelques instants plus tard. Merci encore !

-Il n’y a pas de quoi, souffla Harry, soulagé d’avoir fait le bon choix.

Puis, se retournant vers Lupin, il ajouta :

-Je suis désolé, si j’avais su que vous seriez là aussi, je…

-Tu n’as pas à t’excuser, Harry, répondit le lycanthrope. Même si tu l’avais su, Sirius est ton parrain, moi je ne suis que ton ancien professeur.

-Vous étiez aussi l’un des meilleurs amis de mon père, rappela Harry d’un presque accusateur.

-C’est vrai, concéda Lupin dans un sourire nostalgique. Et je suis sûr que tes parents seraient ravis de savoir que toi et Sirius êtes devenus si proches.

Ils passèrent le reste de la soirée à évoquer de vieux souvenirs d’école, notamment toutes les fois où les Maraudeurs avaient enfreint le règlement en s’aventurant dans le parc et Pré-au-Lard les nuits de pleine lune. Si les deux amis ne manquaient pas une occasion d’évoquer son père, Harry remarqua néanmoins qu’ils s’efforçaient de passer la présence du quatrième membre de leur groupe sous silence mais cela n’avait rien d’étonnant : c’était à cause de Queudver que Sirius avait passé douze ans enfermé à Azkaban – c’était à cause de lui que ses parents étaient morts assassinés.

            Sirius et Lupin continuaient de s’esclaffer mais Harry ne les écoutait plus. Penser à ses parents lui avait rappelé cette histoire de prophétie. Ils te diront bientôt tout, se répétait-il en boucle. Tu dois juste apprendre à fermer ton esprit. Si Rogue le peut, ça ne doit pas être si compliqué… D’un autre côté, Rogue était – et cela tuait Harry de le reconnaître – un remarquable maître des potions alors que lui-même était incapable de concocter la moindre mixture.

Harry fut soudain pris d’un doute : et s’il ne parvenait pas à maîtriser l’occlumancie ? Dumbledore ne consentirait jamais à lui dévoiler le contenu de la prophétie… À cette pensée, Harry lança un regard de biais à son parrain, qui minait quelque chose avec de grands moulinets des bras, sous le regard à la fois amusé et exaspéré de Lupin. Sirius lui dirait sans doute la vérité... Mais Sirius n’avait-il pas dit lui-même ne connaître que des généralités et pas la vérité dans son ensemble ?

Le jeune homme eut soudain mauvaise conscience lorsqu’une autre pensée traversa son esprit : si Dumbledore refusait de lui parler et que Sirius ne le pouvait pas, alors il devrait peut-être reconsidérer son idée de se rendre directement au ministère pour consulter la copie de la prophétie qui y était conservée. Essaie d’abord l’occlumancie, conseilla la voix dans sa tête.

-Harry ? appela Sirius.

Reprenant ses esprits, Harry se rendit compte que son parrain le dévisageait d’un air préoccupé.

-Est-ce que tout va bien ? demanda-t-il encore.

-Oui, souffla Harry. Je suis juste un peu fatigué, voilà tout.

À ces mots, Sirius hocha la tête d’un air compréhensif.

-Il est tard, fit alors remarquer Lupin. Nous devrions aller nous coucher.

Sirius acquiesça et, après avoir rangé le jeu auquel ils n’avaient finalement pas touché, ils montèrent chacun se coucher dans leurs chambres respectives.

 

            La famille Weasley les rejoignit le lendemain pour fêter Noël, les bras chargés de cadeaux. Comme tous les ans, Harry reçut un pullover en laine tricoté main par Mrs Weasley. Et contre toute attente, elle en avait même offert un à Sirius et Lupin.

-Oh, merci Molly ! s’exclama ce dernier, surpris. Tu n’aurais pas dû te donner tant de mal…

Il était visiblement sincèrement touché par cette attention particulière.

-Mais non, voyons, répondit-elle, les joues en feu. 

Sirius, en revanche, ne semblait pas particulièrement ému par le geste. Les ignorant, Ron rapprocha un peu sa chaise de celle de Harry.

-Merci pour la boussole de balai, lui dit-il. C’est une excellente idée, bien meilleure que celle d’Hermione… Elle m’a offert un planning de devoirs…*

-À moi aussi, confirma Harry d’un air amusé.

-Elle est vraiment en vacances au… Comment ça s’appelle déjà… ? demanda encore Ron à voix basse. 

-Au ski, répondit Harry. Oui, elle devait partir avec ses parents, il me semble ?

À ces mots, Ron hocha sombrement la tête mais ne fit aucun commentaire.

-Tu as vu comme elle prend toujours la défense de Diggory ? reprit-il au bout d’un moment. On dirait qu’elle essaie de le séduire, c’est pitoyable.

Cette fois, ce fut Harry qui garda le silence. À vrai dire, le comportement d’Hermione envers Cedric était devenu le cadet de ses soucis, ces derniers jours, mais Ron ne pouvait pas le savoir : Harry n’avait pas encore trouvé l’occasion de lui parler de sa discussion avec Dumbledore.

-Lupin et Sirius m’ont offert une collection de livres de défense contre les forces du Mal, déclara soudain le jeune homme, pris d’une soudaine inspiration. Viens, je vais te les montrer.

-Quoi, maintenant ? s’étonna Ron. Tu m’as confondu avec Hermione !

-Non, insista Harry, je suis sûr qu’ils vont t’intéresser. Viens.

Il avait particulièrement appuyé sur ce dernier mot et vu l’expression qu’affichait à présent le visage de Ron, il venait de comprendre où son ami voulait en venir.

-Bien sûr qu’ils m’intéressent ! lança-t-il finalement.

Sans attendre une seconde de plus, les deux garçons se levèrent et sortirent de la cuisine.

            Ils gravirent les étages jusqu’au deuxième palier et, après avoir jeté un dernier regard suspicieux à la cage d’escalier, Harry referma la porte derrière lui.

-Tu ne vas pas vraiment me montrer des livres ? s’enquit aussitôt Ron.

-Non, confirma Harry. Il faut que je te raconte quelque chose mais je n’ai pas envie que tout le monde soit au courant…

Il s’assit alors sur le bord du lit et lui relata ce qui s’était passé le soir où Dumbledore avait voulu lui parler après l’une des réunions de l’Ordre du Phénix. Lorsqu’il eut terminé, Ron poussa un long sifflement.

-Je me doutais bien que c’était quelque chose de grave, confia-t-il. Mais je n’étais pas sûr que tu veuilles en parler…

-Bien sûr que si ! assura Harry, presque vexé que son meilleur ami puisse penser une telle chose. C’est juste que nous n’avons pas été seuls une minute depuis le début des vacances…

-C’est vrai, admit Ron en opinant du chef.

Il y eut un moment de silence, puis le préfet reprit la parole :

-Et donc, tu penses que c’est vrai ? demanda-t-il d’une voix mal assurée.

-C’est forcément vrai, répondit Harry. Pourquoi est-ce que Dumbledore me mentirait ?

-Je ne parle pas de l’existence de cette prophétie, précisa précipitamment Ron. Je veux dire… Tu crois qu’elle pourrait se réaliser ? Quel que soit son contenu…

Harry ne répondit pas tout de suite.

-Et puis, poursuivit Ron, si cette prophétie est aussi fiable que les prédictions de Trelawney, tu n’as pas trop à t’en faire !

Cette remarque frappa Harry comme la foudre.

Il venait de se souvenir d’une autre prophétie : celle énoncée par le professeur Trelawney à la fin de son examen de troisième année. Elle avait dit que Voldemort serait rejoint par son serviteur, ce soir-là, mais ils avaient réussi à capturer Pettigrow et il n’avait pas pu rejoindre son maître.

-Est-ce qu'elle a fait une véritable prédiction ?** avait-il demandé à Dumbledore, quelques temps plus tard. Enfin, non, bien sûr, puisque nous avons réussi à empêcher Pettigrow de s'enfuir... mais je me demandais...

-Si cela voulait dire que l'on peut éviter que des prophéties ne se réalisent ? avait achevé Dumbledore. Je ne peux te répondre avec certitude, Harry. La dernière prédiction du professeur Trelawney s'est malheureusement – ou peut-être, heureusement – réalisée. Que celle-ci se soit révélée caduque ne garantit pas que Voldemort ne reviendra jamais.

Et Voldemort était tout de même revenu.

Même sans l’aide de Queudver, il avait trouvé le moyen de revenir. Il n’était peut-être donc pas possible d’empêcher les prophéties de se réaliser ? Peut-être que ce que Trelawney avait vu, c’était la façon dont le destin de Pettigrow – et celui de Sirius – pourrait influer sur le cours des évènements ? Peut-être que, quelles que soient leurs décisions, leurs vies étaient déjà toutes tracées d’avance ?

Harry secoua la tête. Tout cela lui donnait la migraine !

-Harry, est-ce que ça va ? demanda Ron à mi-voix, comme s’il parlait à un mourant.

-Oui, mentit-il.

Il en avait plus qu’assez qu’on lui pose cette question !

-Je sais que c’est flippant, admit Ron, dont la bouche était tordue dans une moue compatissante, mais je ne crois pas que tu doives t’en faire plus que ça. Après tout, nous avons Dumbledore dans notre camp, et Tu-Sais-Qui a toujours eu peur de Dumbledore.

À ces mots, Harry releva la tête. Ron avait raison, tant que Dumbledore était là, il n’avait rien à craindre. Il n’a pourtant rien pu faire pour tes parents… fit remarquer la voix dans sa tête. Cette pensée le déstabilisa à nouveau mais avant qu’il n’ait eu le temps de réfléchir à une réponse satisfaisante, on les appela pour venir déjeuner.

 

            L’Ordre du Phénix continua de se réunir régulièrement pendant le reste des vacances de Noël, et Harry avait à nouveau demandé à participer. En vain.

-Harry, tu sais ce que tu as à savoir pour le moment, lui répétait Sirius, une main posée sur l’épaule dans un geste protecteur, chaque fois qu’il remettait le sujet sur le tapis. Laisse les adultes prendre leurs responsabilités et concentre-toi sur tes BUSE.

Mais Harry en avait assez de passer ses journées à réviser. Il avait commencé à feuilleter la collection de livres que Sirius et Lupin lui avaient offert pour Noël, mais il n’arrivait tout simplement pas à se concentrer. Il revoyait sans cesse le couloir sombre qui menait au Département des mystères – car il avait très bien compris de quoi il s’agissait – qui hantait ses rêves, sans réussir tout de fois à savoir si c’était sa propre obsession ou celle de Voldemort qui lui faisait parcourir ce corridor encore et encore, jusqu’à cette porte lisse et noire, qui refusait de s’ouvrir pour lui.

            Un soir où se tenait encore une de ces réunions secrètes et que Harry, Ron, Ginny et les jumeaux étaient à nouveau consignés à l’étage en attendant que les adultes aient fini, Fred se risqua à poser la question qui leur brûlait les lèvres depuis près de deux semaines :

-De quoi est-ce que vous croyez qu’ils parlent ? Je veux dire… Qu’est-ce que vous croyez qu’ils font, concrètement ?

-Ils recrutent de nouveaux membres, non ? répondit Ron. Tonks, par exemple. Elle est trop jeune pour avoir fait partie du premier Ordre du Phénix…

-Oui, mais à part ça ? insista Fred. Que peuvent-ils bien faire contre Tu-Sais-Qui ?

-Peut-être qu’ils surveillent ceux qu’ils pensent être des Mangemorts, suggéra George en haussant les épaules. Des types comme Lucius Malefoy…

De toute évidence, il n’avait pas oublié que Malefoy avait volontairement piégé Ginny avec le journal de Jedusor, trois ans plus tôt.

-C’est sûrement ça, approuva la jeune fille.

Et devant le regard surpris que lui lancèrent les quatre garçons, elle ajouta :

-J’ai entendu Papa et Maman parler de tours de garde, il y a quelques jours, quand ils pensaient qu’on était tous au lit.

Cette réponse sembla satisfaire les jumeaux mais Harry et Ron échangèrent un regard sombre. Il était effectivement possible – voire probable – que l’Ordre du Phénix s’évertue à tenir à l’œil les Mangemorts se promenant en liberté, mais il était également vraisemblable qu’ils surveillent l’entrée du Département des mystères – la fameuse porte dont Harry ne cessait de rêver.

            D’ailleurs, le jeune homme vit sa théorie se confirmer dès le lendemain matin, à la table du petit-déjeuner.

-Tu as l’air fatigué, dit Harry à Sirius en remarquant le teint blême et les profonds cernes sous les yeux gris de son parrain.

À ces mots, Sirius s’étira en bâillant, sans prendre la peine de mettre sa main devant sa bouche.

-C’est parce que je n’ai pas dormi de la nuit, confia-t-il en s’affalant à nouveau sur sa chaise.

-Ah non ? s’étonna Harry en cessant de remuer le contenu de sa tasse de thé.

-L’Ordre du Phénix n’est pas une sinécure, répondit simplement Sirius.

Il n’avait visiblement pas l’intention de s’étendre davantage sur le sujet, mais Harry insista.

-Tu étais de garde ? demanda-t-il d’un air faussement innocent.

À ces mots, Sirius échangea un regard avec Lupin, qui secoua légèrement la tête.

-Même si c’était le cas, ça ne te regarde pas, répondit finalement Sirius dans un sourire en coin.

Il attendit que Lupin ait détourner le regard pour adresser un clin d’œil à Harry, qui eut toutes les peines du monde à se retenir de sourire.

-Bon ! reprit Sirius en bâillant à nouveau, cette fois en se couvrant la bouche. Je vais aller me coucher quelques heures. Réveillez-moi en cas de besoin.

Il termina le fond de sa tasse de thé, s’essuya les lèvres avec une serviette puis repoussa sa chaise, faisant crisser les pieds sur le sol dallé de la cuisine. Il s’apprêtait à sortir de la pièce lorsqu’un pas claudicant se fit entendre dans le hall.

-Je ne savais pas qu’Alastor devait passer ce matin, dit Lupin en fronçant les sourcils.

-Moi non plus, répondit Sirius, l’air tout aussi préoccupé.

Un instant plus tard, Maugrey entrait dans la cuisine.

-On a un problème, déclara-t-il de son habituel ton bourru, sans prendre la peine de les saluer.

-Bonjour à toi aussi, se moqua gentiment Sirius.

-On n’a vraiment pas le temps pour ces imbécilités, répliqua sèchement l’ex-Auror. Je sais enfin pourquoi Sturgis ne m’a pas rendu ma cape d’invisibilité, l’autre jour… poursuivit-il tandis que Harry, Sirius et Lupin retenaient leur souffle.

Harry, qui n’arrivait pas à croire que Maugrey était sur le point de parler des affaires de l’Ordre devant lui, tenta d’ailleurs de se faire le plus petit possible.

-… Il s’est fait surprendre en train de forcer la porte du niveau neuf, acheva Maugrey. Il passe en comparution immédiate ce matin, ils vont l’envoyer à Azkaban.

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

** Dialogues issus de Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, traduction de Jean-François Ménard

 

J'admets qu'il ne se passe pas grand-chose de neuf dans ce chapitre, mais il pose des interrogations intéressantes concernant les prophéties en général, vous ne trouvez pas ? Et finalement, il résume assez bien le but de cet UA : savoir si le destin de Sirius influe ou pas sur celui de Voldemort.

On se retrouve donc dans trois semaines, ça fait le 9 juillet, pour le chapitre 30. Et je peux déjà vous dire qu'il va marquer le début de tout un pan d'histoire où vous allez pouvoir à nouveau vous creuser les méninges, comme au moment de la mort de Percy. Je n'en dis pas plus, et vous souhaite un excellent week-end ! :)

MM's

Chapitre 30: Absence et confidence by MadameMueller
Author's Notes:

Salut tout le monde !

Encore un grand merci à ThibaultLeguin, Sifoell, AlexG57, Lady Scott et Chrisjedusor pour leurs reviews du chapitre précédent !

Sans plus attendre, je vous souhaite une bonne lecture !

 

Les derniers jours de vacances se déroulèrent dans une ambiance morose suite à l’emprisonnement d’un membre de l’Ordre du Phénix. Bien qu’on l’ait chassé de la cuisine quelques instants après l’arrivée de Maugrey, Harry en avait assez entendu pour comprendre que le dénommé Sturgis avait dû monter la garde devant le Département des mystères, où il s’était fait repérer par un Mangemort envoyé en reconnaissance et soumis à l’Imperium pour qu’il aille chercher la prophétie.

            Chaque jour qui passait de ce côté de Noël le rapprochait par ailleurs un peu plus de son retour à Poudlard, ce que Harry redoutait secrètement plus que tout : entre Ombrage et les cours de l’A.D. avec Cedric, le jeune homme se demandait de plus en plus ce qui l’empêchait de rester au square Grimmaurd, avec Sirius et Lupin comme précepteurs. À tel point qu’un soir, Harry se surprit à poser cette question à voix haute.

            Il y eut un moment de silence pendant lequel Sirius et Lupin le dévisagèrent d’un air stupéfait, puis les deux amis échangèrent un regard.

-Harry, commença Lupin d’une voix prudente, Sirius et moi sont loin d’avoir toutes les connaissances requises pour t’enseigner tout ce qu’un jeune sorcier est censé apprendre. Les potions, par exemple…

-Quelle importance ! s’exclama Harry. Je suis nul en potions, de toute façon, autant laisser tomber. Et je suis sûr que vous auriez des tas de choses à m’apprendre en matière de métamorphose, ajouta-t-il en se tournant vers Sirius, le regard brillant d’espoir.

À ces mots, les lèvres de Sirius s’étirèrent bien malgré lui dans un sourire en coin, mais il retrouva rapidement son sérieux tandis que Lupin le foudroyait du regard.

-Remus a raison, Harry, dit-il finalement en secouant la tête. Même si nous pouvons effectivement t’enseigner une ou deux choses, tu sais pertinemment que tu ne pourras pas pratiquer la magie avant ta majorité, sans parler du fait que tu ne pourras exercer aucun métier si tu n’as pas de diplôme.

-Je viendrais travailler avec toi chez Black Investigation, répondit aussitôt Harry, qui avait préparé son argument en amont.

-Tu crois que j’ai envie d’un assistant qui n’a pas de bases solides en magie ? rétorqua Sirius dans un rictus. Non, Harry, il faut que tu retournes à Poudlard, je suis désolé.

Bien que passablement déçu par cette réponse, Harry se contenta de hocher la tête. Il s’était bien sûr attendu à un refus et savait lui-même que Sirius et Lupin avaient raison. Mais tout de même…

-Allez, ne fais pas cette tête ! dit Sirius en lui donnant une tape amicale sur l’épaule.

 

            La veille du retour à Poudlard, Rogue fit parvenir un message à Harry lui annonçant que leur premier cours d’occlumancie devait avoir lieu dès le lundi soir, à dix-huit heures, dans le bureau du maître des potions. Celui-ci avait également insisté sur le caractère privé de ces leçons. De toute évidence, Dumbledore avait peur que Dolores Ombrage n’apprenne la vérité, et Rogue avait suggéré comme excuse des cours de rattrapage de potions. « Quiconque vous aura vu à l’un de mes cours se saurait nier que vous en ayez grand besoin », avait-il conclu. Lorsqu’il eût terminé de le lire, le parchemin s’enflamma de lui-même, et il n’en resta bientôt plus qu’un petit tas de cendre sur le plat de la table.

-Harry, dit gravement Sirius en posant sa main sur son épaule. Je tiens à ce que tu me préviennes si jamais Rogue se montre trop dur envers toi.

-Rogue me déteste, rappela Harry avec amertume. Ça m’étonnerait qu’il me traite bien, même si Dumbledore lui en donnait l’ordre.

-Je sais, acquiesça son parrain, et c’est justement pour ça que j’insiste pour que tu me préviennes, d’accord ?

-D’accord, capitula Harry.

-Bien, conclut Sirius. Tu devrais monter faire tes bagages, je voudrais éviter de te ramener trop tard.

-Je ne prends pas le Poudlard Express ? s’étonna le jeune homme.

-Non, confirma Sirius. Ces vautours de journalistes nous attendrons sûrement devant la porte, et j’aimerais éviter d’attirer leur attention.

-Mais on pourrait transplaner jusqu’à King’s Cross, non ?

-Jusqu’à King’s Cross ou jusqu’à Poudlard, quelle différence ? demanda Sirius en haussant les épaules. Et puis, c’est beaucoup plus sûr comme ça. Tu retrouveras Ron lors du banquet, ce n’est pas la fin du monde.

Comprenant qu’il était inutile de débattre, Harry tourna les talons et monta préparer ses affaires.

            Au moment où le Poudlard Express quittait King’s Cross, Sirius et Harry transplanèrent du perron du 12, square Grimmaurd jusque sur le chemin qui séparait Pré-au-Lard du château, cachés sous la cape d’invisibilité. Une fois arrivés devant le grand portail surmonté de sangliers ailés, Sirius leva sa baguette neuve et fit apparaître un grand chien argenté, qui disparut dans le parc à une vitesse phénoménale.

-C’était un Patronus, n’est-ce pas ? questionna Harry, interloqué.

-Oui, confirma Sirius tout en jetant un regard méfiant autour d’eux, bien qu’ils soient invisibles. C’est comme ça que communiquent les membres de l’Ordre. Chaque Patronus est unique, il est impossible de le copier.

Pour toute réponse, Harry opina du chef pour montrer qu’il avait compris. De longues minutes s’écoulèrent puis un chat tigré apparut, marchant dans l’herbe d’un pas souple et silencieux, et Harry ne tarda pas à reconnaître le professeur McGonagall. Lorsqu’elle fut arrivée de l’autre côté du portail, elle reprit forme humaine et Sirius sortit de sous la cape.

-On va plus vite sous sa forme animale ? sourit-il, tandis que la grille s’ouvrait devant eux.

-Vous le savez aussi bien que moi, rétorqua le professeur en fournissant de gros efforts pour ne pas sourire. Et c’est aussi un moyen d’échapper à la surveillance de Dolores Ombrage. Potter est avec vous ? demanda-t-elle encore en cherchant le jeune homme des yeux.

Par mesure de précaution, il se tenait toujours sous la cape.

-Je suis là, professeur, acquiesça-t-il.

-Bien, dans ce cas, venez, Potter. Mr Black, ajouta-t-elle en saluant Sirius d’un signe de tête.

L’innocenté lui rendit son salut puis disparut à nouveau dans un CRAC ! sonore tandis que le portail se refermait sur eux et que le professeur faisait disparaître sa malle d’école d’un coup de baguette.

-Je vais me transformer à nouveau, reprit McGonagall. Vous n’aurez qu’à me suivre sous la cape.

Et sans ajouter un mot ni attendre de réponse, la professeure se métamorphosa de nouveau.

            Ils traversèrent le parc d’un pas rapide, Harry ayant des difficultés à suivre l’allure soutenue à laquelle le félin avançait. Lorsqu’ils arrivèrent en vue de la cabane de Hagrid, le professeur reprit forme humaine, ce qui permit à Harry de la rattraper.

-Bonjour, professeur McGonagall ! appela une voix féminine depuis la lisière de la forêt.

La femme en question avait les cheveux gris coupés courts et portait un monocle. Ce qui ressemblait à une pipe dépassait de la poche de sa robe de sorcière.

-Bonjour, Wilhelmina, répondit la directrice adjointe. Vous préparez votre premier cours, à ce que je vois ?

-Tout à fait, acquiesça la femme.

-Dans ce cas, je vous laisse travailler. On se voit ce soir au dîner ?

La dénommée Wilhelmina hocha la tête et le professeur McGonagall se remit en marche, suivie de Harry.

-Qui est-ce ? l’interrogea-t-il à voix basse.

-Le professeur Gobe-Planche, expliqua l’Animagus. Elle remplace Hagrid.

Ces mots firent à Harry l’effet d’un Cognard en pleine figure.

-Comment ça, elle remplace Hagrid ? demanda-t-il précipitamment. Où est-il ?

-En mission pour l’Ordre, répondit le professeur entre ses dents. Rien qui doive vous inquiéter.

Harry trouvait au contraire que le départ de Hagrid était une bonne raison de se faire du souci. Mais au moins, il était parti avant qu’Ombrage n’ait eu l’occasion de le mettre à la porte. Mais le laissera-t-elle reprendre son poste lorsqu’il aura accompli sa mission ?

-Montez directement dans votre salle commune et ne redescendez qu’avec vos camarades à l’heure du dîner, ajouta McGonagall lorsqu’ils arrivèrent sur le perron.

Sans attendre de réponse, elle ouvrit la double porte d’un coup de baguette et gravit l’escalier de marbre jusqu’au premier étage, où se trouvait son bureau.

-J’ai failli oublier, murmura-t-elle encore. Le mot de passe, c’est Alea jacta est.

Sur ce, elle bifurqua dans le couloir.

            Harry poursuivit son ascension jusqu’au septième, où il trouva la salle commune de Gryffondor pratiquement vide. Contrairement à l’année précédente où la plupart des élèves avaient passé les vacances à Poudlard pour pouvoir assister au Bal de Noël, ils semblaient avoir déserté le château. Sans doute à cause de cette vieille harpie, pensa Harry. Il monta d’abord dans son dortoir, où sa malle l’attendait déjà, et retira la cape d’invisibilité avant de jeter un œil à sa montre. Il n’était pas encore midi ; il faudrait à Ron et Hermione encore de nombreuses heures à bord du Poudlard Express avant de le rejoindre.

Harry poussa un profond soupir. Que pouvait-il bien faire, d’ici là ? Son estomac criait déjà famine mais le professeur McGonagall lui avait intimé l’ordre de ne descendre que pour le dîner. Je pourrais toujours descendre aux cuisines, songea-t-il. Dobby se ferait sûrement un plaisir de me donner quelque chose à manger… D’un autre côté, se rendre aux cuisines, même sous la cape, alors qu’il était censé se faire le plus petit possible n’était pas forcément une bonne idée. C’est le genre de choses que Sirius et mon père auraient faites ! Harry soupira de nouveau et se décida finalement pour une sorte de compromis.

-Dobby ? appela-t-il d’une voix incertaine.

À peine avait-il prononcé le nom de l’elfe que celui-ci apparut devant lui, sa grande pile de chapeau informes toujours sur la tête.

-Harry Potter, monsieur, a demandé Dobby ?

-Euh, oui… balbutia le jeune homme. Bonjour, Dobby, comment vas-tu ?

-Dobby va très bien, Harry Potter, monsieur, répondit l’elfe en s’inclinant de nouveau. Dobby remercie Harry Potter de prendre de ses nouvelles ! Harry Potter est un grand sorcier !

-Euh… fit Harry, de plus en plus mal à l’aise. Il n’y a pas de quoi. Et comment va Winky ? demanda-t-il encore, se rappelant de la présence de l’elfe de Barty Croupton dans les cuisines de Poudlard.

-Winky n’est toujours pas en état de travailler, monsieur, expliqua Dobby en secouant la tête d’un air atterré. Mais le professeur Dumbledore est très gentil, ajouta-t-il précipitamment. Il continue de payer Winky.

-C’est bien qu’il le fasse, acquiesça Harry. Mais il ne peut rien faire pour l’aider ?

-Non, Harry Potter, monsieur, regretta Dobby. Le professeur Dumbledore en fait déjà beaucoup.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Harry essaya lui aussi de réfléchir à une solution pour Winky, puis Dobby reprit la parole :

-Harry Potter a demandé à Dobby de venir ? rappela-t-il poliment.

-Ah, euh… Oui, admit Harry d’un air gêné. Voilà, je… Le professeur McGonagall m’a demandé de ne pas sortir de la tour Gryffondor que pour le dîner mais, euh… En fait, j’ai déjà faim…

-Dobby peut rapporter à Harry Potter ce qui lui fait plaisir, répondit aussitôt l’elfe en s’inclinant une nouvelle fois.

-Je me contenterai de restes, précisa Harry.

Il avait déjà assez mauvaise conscience de faire travailler l’elfe de de cette façon et ne tenait pas à ce que celui-ci fournisse plus d’effort que nécessaire pour le servir.

-Dobby va rapporter de quoi manger à Harry Potter, assura-t-il. Attendez Dobby ici, Harry Potter. Dobby revient tout de suite.

À ces mots, il disparut à nouveau.

 

            Après avoir dégusté les restes du déjeuner rapportés par Dobby, Harry passa l’après-midi dans le dortoir à essayer d’invoquer un Patronus. Il s’était intérieurement promis qu’il serait le premier de l’A.D. à réussir à maîtriser cet enchantement et comptait bien s’y tenir. Le jeune homme, qui ne l’avait plus pratiqué depuis dix-huit mois, eut la mauvaise surprise de constater que s’il se souvenait encore de la formule, il lui était difficile de trouver un souvenir heureux assez fort pour pouvoir faire apparaître autre chose qu’une volute grise informe. Entre la mort de Percy, le retour de Voldemort, Ombrage et les cours d’occlumancie avec Rogue, le jeune homme se sentait aussi déprimé que si un Détraqueur avait été réellement présent dans la pièce.

-Poudlard ne s’est pas construit en un jour, déclara une voix solennelle dans son dos, et Harry sursauta violemment.

-Ah, c’est vous, Nick ! s’exclama-t-il en reconnaissant la silhouette translucide qui flottait à un mètre au-dessus du sol.

-Désolé, sourit le fantôme, je ne voulais pas vous effrayer.

-Il n’y a pas de mal, grommela Harry. Je n’arrive à rien, de toute façon.

-Ne soyez pas si dur avec vous-même, l’encouragea Sir Nicholas.

Il marqua une pause avant de reprendre.

-Je descends à la Grande Salle pour le dîner, souhaitez-vous m’accompagner ?

-Oui, répondit aussitôt Harry, soulagé.

            Une fois installé à la table des Gryffondor, il n’eut pas à attendre Ron et Hermione bien longtemps.

-Pourquoi tu n’as pas pris le train ? s’étonna Ron.

-Sirius pensait que ce n’était pas assez sûr, expliqua-t-il.

-Il a sans doute raison, acquiesça Hermione.

La jeune fille, qui venait de passer deux semaines à skier dans les Alpes avec ses parents, affichait un bronzage impressionnant, sauf autour des yeux.

-Comment c’était, au ski ? lui demanda-t-il d’un ton chaleureux.

Contre toute attente, il vit les joues d’Hermione rougir subitement tandis que son regard fuyait celui de Ron.

-C’était très bien, assura-t-elle d’une voix aiguë.

Harry comprit aussitôt qu’il s’agissait d’un mensonge mais il n’insista pas.

-Qui est-ce ? demanda-t-elle alors en désignant la table des professeurs d’un geste du menton.

-Le professeur Gobe-Planche, elle remplace Hagrid, expliqua Harry.

Puis, se penchant vers ses deux amis d’un air conspirateur, il ajouta :

-McGo m’a dit qu’il était parti en mission pour l’Ordre.

-Pour l’Ordre ? répéta Hermione, sans comprendre.

-Pas ici, chuchota Harry, qui venait de se rappeler que la jeune fille n’était pas au courant de ce qui se tramait au square Grimmaurd.

            Après le dîner, les trois jeunes gens prirent le chemin de la salle commune. Leurs camarades étaient tellement heureux de se retrouver après ces deux semaines de vacances que la pièce était vraiment bruyante – l’environnement parfait pour avoir une conversation privée.

-Et donc, Dumbledore a demandé à Rogue de me donner des leçons privées de ce truc… l’occlusion…

-L’occlumancie, corrigea Hermione. Tu devrais prendre ces leçons très au sérieux, Harry, ajouta-t-elle d’un air préoccupé.

-Tu ne crois pas que toute cette histoire de prophétie est vraie, n’est-ce pas ? demanda Harry en baissant encore davantage la voix.

-Ça n’a pas d’importance que la prophétie dise vrai ou pas, assura la jeune fille. Tant que Voldemort, lui, y croit, alors tu n’as pas le choix, tu es obligé de la prendre au sérieux.

-Mais je ne sais même pas encore ce qu’elle dit ! s’emporta Harry, et Hermione lui lança un regard noir pour l’inciter à baisser d’un ton.

-Et tu ne l’apprendras que si tu apprends à fermer ton esprit correctement, répéta-t-elle.

-Ou si je vais la chercher moi-même au Département des mystères, souffla Harry.

À ces mots, Hermione poussa un petit cri puis se plaqua aussitôt une main sur la bouche.

-Harry, tu n’es tout de même pas sérieux, si ?

-Non, bien sûr que non ! répondit-il précipitamment.

Vu la réaction de son amie, il jugea préférable de ne pas admettre à voix haute qu’il avait beaucoup réfléchi à un moyen de s’introduire à l’intérieur du ministère de la Magie.

-Tant mieux, rétorqua-t-elle.

Ses yeux étaient toujours plissés d’un air méfiant, et Harry se demanda l’espace d’un instant si elle non plus n’était pas capable de lire dans ses pensées. L’occumachin peut vraiment m’être utile, en fin de compte, se dit-il à contrecœur. Par chance, avant qu’il n’ait eu le temps de trouver quoi répondre, Hermione redressa subitement la tête.

-Qu’est-ce que c’est que tout ce tapage ? gronda-t-elle en se levant de son fauteuil d’un geste brusque.

Pattenrond, qui dormait paisiblement sur ses genoux, glissa sur le sol et cracha de mécontentement avant de disparaître dans l’escalier qui menait aux dortoirs des filles. Hermione traversa la salle commune à grandes enjambées puis dispersa la foule de première année qui s’était agglutinée devant le tableau d’affichage.

-Ils dépassent vraiment les bornes !*

Elle arracha l’un des parchemins accrochés au panneau puis se hâta de rejoindre Harry et Ron.

-Regarde un peu ça ! s’écria-t-elle en tendant l’encart à Ron, et Harry se pencha pour lire en même temps :

 

DES GALLIONS À FOISON*

 

De toute évidence, Fred et George recherchaient des cobayes pour leur expériences.

-Il va falloir leur dire deux mots, Ron.*

Ron ne semblait pas du tout enthousiaste à cette idée, et lorsque les jumeaux entrèrent à leur tour dans la salle commune flanqués de Lee Jordan, Hermione se précipita vers eux tandis que leur frère cadet se faisait le plus petit possible.

-Je ne veux plus voir de petites annonces comme celles-ci ! les prévint-elle.

-Mêle-toi de ce qui te regarde, répliqua George.

-À moins que tu ne te portes volontaire pour tester nos boîtes à Flemme ? suggéra Fred.

-Vos quoi ?

-Nos boîtes à Flemme, répéta George. C’est un choix de sucreries qui rendent malade. Pas très malade, bien sûr, juste assez pour être dispensé de cours quand on en a envie.*

Il expliqua alors que lui et Fred en développaient toute une gamme, allant des pastilles de Gerbe aux petits-fours Tourndelœil en passant par le nougat Néansang.

-Maintenant, si tu permets, nous avons encore des tas de choses à faire avant de monter nous coucher. Bonne soirée, Hermione.

Et sans ajouter un mot ni attendre de réponse, les jumeaux et Lee se dirigèrent vers la foule des première année.

-Tu aurais pu venir m’aider ! s’énerva la jeune fille en se retournant vers Ron.

-Oh, j’ai pensé que tu t’en sortais très bien toute seule, marmonna-t-il, ses oreilles ayant pris une teinte cramoisie.

Hermione continuait de fulminer, mais avant qu’elle n’ait eu le temps d’ajouter quoi que ce soit, Ron déclara qu’il tombait de fatigue, ponctuant ses propos d’un long bâillement parfaitement simulé, puis se dirigea vers le dortoir des garçons, Harry sur ses talons.

 

            La nuit fut particulièrement agitée pour Harry, qui passa ensuite la journée du lundi à se ronger les sangs à l’idée de se retrouver complètement seul avec Rogue en début de soirée. Lorsque six heures sonnèrent, il prit le chemin des cachots où le maître des potions l’attendait déjà.

            Rogue commença par lui tenir un long discours sur la subtilité et la complexité de l’occlumancie, un monologue qui n’était pas sans rappeler celui qu’il avait débité concernant les potions, lors de leur tout premier cours ensemble. Puis, sans avertissement, il pénétra dans la tête de Harry. Pris de court, le jeune homme n’eut pas la moindre chance de lutter contre cette intrusion et laissa le maître des potions voir certains de ses souvenirs les plus humiliants.

-Je croyais que le directeur vous avait averti des enjeux ? demanda Rogue de sa voix doucereuse lorsqu’il fut à nouveau sorti de l’esprit de Harry.

-Il l’a fait, rétorqua Harry entre ses dents.

-Dans ce cas, vous avez conscience que vous ne connaîtrez le contenu de la prophétie que si vous réussissez à fermer votre esprit. Faites un effort !

-C’était seulement mon premier essai, monsieur ! se défendit Harry. Et je n’étais pas prêt !

-Oh, vous n’étiez pas prêt ? répéta Rogue d’un ton mielleux. C’est vrai qu’il y a de fortes chances pour que le Seigneur des Ténèbres attende que vous soyez prêt pour tenter de pénétrer dans votre esprit… Et moi qui croyais que vous auriez retenu au moins une chose de l’enseignement d’Alastor Maugrey !

Vigilance constante ! se rappela soudain Harry.

-Je vais essayer de faire mieux, répondit-il d’un ton plus calme en se redressant face à Rogue.

-Ça ne devrait pas être trop difficile, railla-t-il.

Et sans ajouter un mot, il leva à nouveau sa baguette :

-Legilimens !

Les tentatives suivantes se révélèrent aussi infructueuses les unes que les autres. Au bout du troisième essai, Harry se retrouva dans le couloir du niveau neuf du ministère de la Magie, le couloir qui menait au Département des mystères.

-Depuis quand voyez-vous cette porte, Potter ? demanda sèchement Rogue en abaissant sa baguette, sortant aussi soudainement de ses pensées qu’il n’y avait pénétré.

Harry, la respiration haletante, tarda à répondre.

-COMBIEN DE TEMPS ? hurla le maître des potions.

-Depuis presque deux semaines, répondit le jeune homme à contrecœur.

-Vous en avez parlé à quelqu’un ?

-Non.

Rogue serra les mâchoires et ses yeux noirs et si froids brillèrent d’une lueur de rage.

-La situation est encore pire que ce que je craignais, articula-t-il.

Il ferma brièvement les yeux, cherchant visiblement à retrouver son calme.

-Vous reviendrez mercredi prochain à la même heure. Nous poursuivrons ce travail.*

Après lui avoir donné comme exercice de chasser toute émotion de son esprit avant de s’endormir, Rogue, le front soucieux finit par libérer Harry.

 

Il fut cependant très difficile à Harry de vider son esprit avant d’aller se coucher ce soir-là, tout comme les jours suivants. Cedric avait envoyé par l’intermédiaire des faux Gallions la nouvelle date pour la première réunion de l’A.D. du trimestre, et c’est en traînant les pieds que Harry s’y rendit. Ce qui le consolait un peu, c’était que Ron était aussi peu enthousiaste que lui.

-Bienvenue ! les salua Diggory de son habituel sourire mièvre. Vous avez passé de bonnes vacances ? Je propose que nous revoyions rapidement les sortilèges d’Entrave et de Désarmement avant de reprendre le sortilège de Stupéx…

-J’aimerais bien que Potter nous parle d’abord de Tu-Sais-Qui, coupa Zacharias Smith, le poursuiveur de l’équipe de Poufsouffle.

Un lourd silence s’abattit alors sur la Salle sur Demande tandis que tous les regards se tournaient vers Harry.

-Harry n’a pas envie d’en parler, répondit finalement Cedric, et je respecte son souhait.

-Il n’a pas envie d’en parler, tu parles ! ricana Smith. C’est parce que lui et Black mentent, évidemment !

-C’est vraiment ce que tu crois, Smith ? siffla Harry entre ses dents.

Il avait serré les poings dans un réflexe et devait lutter de toutes ses forces contre l’envie de frapper Smith.

-Ça a l’air de te surprendre, mais je ne suis pourtant pas le seul ! s’exclama le Poufsouffle. Même les Gryffondor ne te croient pas ! assura-t-il en désignant Seamus et Lavande.

-Ah vraiment ? s’énerva Harry.

-Dites-lui ! lança Smith à l’adresse de leurs camarades.

Ni Seamus, ni Lavande ne répondirent. Leurs regards s’étaient cependant faits fuyants, et Harry comprit qu’ils n’osaient simplement pas dire ce qu’ils pensaient devant lui, et cela le rendit encore plus furieux.

-Parfait ! rugit-il. Puisque vous me prenez pour un menteur, je ne vois pas pourquoi je resterai !

Il traversa la pièce à grandes enjambées, suivi de Ron, et claqua la porte sans tenir compte des protestations d’Hermione et de Cedric.

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

C'est tout pour aujourd'hui ! J'espère que vous n'êtes pas trop déçu(e)s de la séance d'occlumancie écourtée, mais je ne voulais pas prendre le risque de répéter le tome 5.

En revanche, j'aimerais qu'on parle un peu d'Hermione. Qu'avez-vous pensé du fait que je la laisse passer les vacances avec ses parents au lieu de lui faire trouver une excuse pour rejoindre Harry ? Et comment trouvez-vous son analyse concernant la prophétie ?

En ce qui concerne l'A.D., Harry va-t-il continuer de bouder dans son coin, ou va-t-il ravaler sa fierté et y retourner malgré tout ?

Quant à l'absence de Hagrid, vous paraît-elle cohérente à ce stade de l'histoire ?

 

Je vous donne rendez-vous dans trois semaines, le 30 juillet, pour le prochain chapitre ! :)

Chapitre 31: Ouverture et échec by MadameMueller
Author's Notes:

Salut tout le monde !

Me revoici avec la suite de cette histoire !

Encore un grand merci à AlexG57, Lady Scott et Chrisjedusor pour leurs reviews du dernier chapitre, où nous avions laissé Harry de retour à Poudlard, en train de claquer la porte de l'AD.

Bonne lecture !

 

 

Dans les semaines suivant son retour à Poudlard après les vacances de Noël, Harry eut à nouveau toutes les peines du monde à faire profil bas face à Ombrage, dont les cours étaient toujours aussi inutiles et ennuyeux, et Harry était encore plus en colère de ne rien pouvoir faire contre elle : après son altercation avec Smith lors de la dernière séance, il refusait toujours de remettre les pieds à l’Association de Défense.

-Désolée de te le dire de cette façon, Harry, mais je trouve ton comportement parfaitement puéril, dit Hermione un soir qu’elle s’apprêtait à se rendre dans la Salle sur Demande.

-Ah oui, tu trouves ? rétorqua-t-il avec mauvaise humeur.

Pour appuyer ses propos, il croisa les bras sur sa poitrine d’un air boudeur. Son attitude ne faisait que conforter Hermione dans son analyse mais Harry était trop buté pour l’admettre. 

-Oui, insista-t-elle, un sourcil arqué. Écoute, souffla-t-elle encore en se laissant tomber sur le fauteuil à côté de lui, je sais que Smith est un imbécile mais tu as besoin des cours de l’A.D. Même Sirius le dit !

-Mais Sirius n’est pas là, rappela sèchement Harry. Et de toute façon, ce n’est pas que Smith, n’est-ce pas ? Seamus et Lavande ne me croient pas non plus, que je sache !

-Je persiste à dire que tu devrais mettre ton égo de côté et te concentrer sur l’enseignement de Cedric…

-Je me demandais à quel moment tu allais citer Diggory, intervint soudain Ron, prenant la parole pour la première fois.

Ron aussi refusait de remettre les pieds dans les cours de l’Association de Défense. Peut-être était-ce sa haine de Cedric ou bien une preuve de soutien envers son meilleur ami, Harry n’aurait su le dire ; en tout cas, il était heureux de pouvoir compter sur lui pour l’épauler.

-Ron, quand est-ce que tu vas arrêter d’être jaloux ? soupira la jeune fille.

-Je ne suis pas jaloux, mentit le rouquin. Je ne fais qu’adopter un comportement « parfaitement puéril ». Tout le monde ne peut pas être aussi adulte et réfléchi que le bellâtre Diggory…

À ces mots, Hermione se leva d’un bond.

-Comme vous voudrez ! s’exclama-t-elle.

Et sans ajouter un mot ni attendre de réponse, elle tourna les talons et disparut par le trou du portrait de la Grosse Dame.

-Non mais franchement, qu’est-ce qu’elle lui trouve ? se demanda Ron à voix haute.

-Je ne sais pas, admit Harry, qui ne put s’empêcher de penser à Cho.

Il y eut un moment de silence, puis Harry reprit la parole :

-On devrait finir ce devoir pour Gobe-Planche.

Pour toute réponse, Ron poussa un grognement puis alla chercher son sac de cours. 

Au grand dam de Harry, la nouvelle professeure de soins aux créatures magiques, le professeur Gobe-Planche, s’avérait être une enseignante exemplaire, et ses cours étaient non seulement mieux structurés mais également plus intéressants que ceux de Hagrid. Ce constat objectif avait le don de l’énerver encore plus qu’il ne l’était déjà, car non seulement Harry aimait beaucoup Hagrid, mais elle plus Gobe-Planche plaisait également à Ombrage, qui vint inspecter son cours le lendemain.

Le ciel était encombré de nuages menaçants cet après-midi-là, mais il ne pleuvait pas. Tout du moins, pas encore. Harry, Ron et Hermione ne semblèrent cependant pas le remarquer, trop intrigués par l’étrange comportement de la Grande Inquisitrice, qui s’était approchée de Gobe-Planche comme si elle avait peur des oreilles indiscrètes.

-Dites-moi, glissa-t-elle au professeur tandis que les cinquième année s’affairaient à séparer les Noueux d’un groupe de hérisson. Savez-vous peut-être pourquoi Hagrid est absent ?

-Je croyais que vous l’aviez mis à pied, répondit Gobe-Planche d’un ton jovial.

-Oh, euh, eh bien… hésita Ombrage, dont le visage prenait à présent une teinte similaire à celle de son cardigan. Non. J’allais le faire, bien sûr… Mais il semblerait que… hum… Dumbledore ait pris les devants…

-Qui sait ? s’amusa le professeur. Il est peut-être tombé d’accord avec vous, finalement !

Harry, qui s’efforçait d’écouter le plus discrètement possible, échangea un sombre regard avec Ron et Hermione. Ils ne savaient toujours pas quelle était la mission de Hagrid, bien que la jeune fille eût émis l’hypothèse que Dumbledore l’ait envoyé comme émissaire auprès des géants, puisque Fudge refusait de le faire. La jeune fille n’en était pas certaine, mais elle semblait croire que Hagrid puisse être ce qu’on appelait communément un « demi-géant », c’est-à-dire qu’il avait au moins un géant dans sa généalogie. Jusqu’où remontait cette parenté, elle aurait été cependant bien incapable de le deviner.

-Il y a peu de chance, répondit Ombrage dans un petit rire.

À ces mots, Ron s’enfonça un doigt dans la bouche pour illustrer tout le dégoût que lui inspirait cette remarque. Ce geste fit sourire Harry et froncer les sourcils d’Hermione.

-La seule chose que je peux vous dire, reprit Gobe-Planche, c’est que Dumbledore ne m’a proposé cet emploi que de façon temporaire.

-Ah vraiment ? s’étonna Ombrage. Et pour combien de temps.

-Deux mois, expliqua Gobe-Planche.

-Hm, fit Ombrage. Et cela vous suffit ? Je veux dire, vous êtes de toute évidence très douée pour enseigner… Contrairement à d’autres comme cette Sibylle Trelawney, qui ne devrait plus tarder à perdre son poste, d’ailleurs… Personnellement, j’ai l’intention de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que vous restiez en place, même si ce primitif de Hagrid devait un jour revenir, vous pouvez me faire confiance.

-Oh, sourit alors Gobe-Planche. Je ne resterai ici que le temps qui me sera nécessaire pour remplir la mission qui m’a été confiée… Mais je vous remercie de votre soutien et n’hésiterai pas à me tourner vers vous, en cas de besoin.

-C’est réciproque, assura Ombrage.

Le professeur Gobe-Planche la salua d’un signe de tête avant de s’avancer vers sa classe pour vérifier que ses élèves avaient bien trouvé tous les Noueux qu’elle avait placés parmi les hérissons, et Ombrage se contenta de prendre des notes jusqu’à ce que la cloche retentisse, annonçant la fin du cours. Tandis que les élèves rangeaient leurs affaires, Ombrage se hâta de regagner le château et le professeur Gobe-Planche la suivit du regard, un sourire satisfait sur le visage.

-Il faut voir le bon côté des choses, souligna Ron alors qu’une pluie fine venait de se mettre à tomber.

Devant le regard interrogateur que lui lançaient Harry et Hermione, il ajouta :

-Au moins, on sait que Hagrid sera rentré dans deux mois.

 

            Cette pensée réconforta Harry dans les semaines suivantes, car elle semblait être sa seule lueur d’espoir au bout du tunnel. Bien sûr, il y avait également de fortes probabilités pour qu’Ombrage empêche son retour, mais même Hermione s’était bien gardée de le faire remarquer. D’ailleurs, si Harry n’avait pas été autant occupé à s’apitoyer sur son propre sort, il se serait peut-être rendu compte que son amie ne semblait pas particulièrement heureuse non plus.

-Elle passe de plus en plus de temps avec Ginny et cette Loufoca Lovegood, remarqua un soir Ron.

Harry releva la tête et aperçut la crinière brune d’Hermione encadrée de celles rousse de Ginny et blonde de Luna, quelques mètres plus loin à la table des Gryffondor.

-Elle doit en avoir assez que tu critiques sans cesse Diggory, supposa Harry en haussant les épaules.

En vérité, il était persuadé qu’un peu de compagnie féminine ne pouvait pas faire de mal à Hermione.

-Hey, tu ne l’aimes pas non plus, que je sache ! rappela Ron d’un ton scandalisé après avoir avalé la bouchée qu’il venait tout juste d’enfourner.

-C’est vrai, admit-il.

Il était sur le point de faire remarquer à Ron qu’il lui suffirait d’être un peu plus gentil envers elle pour qu’Hermione cesse de le fuir, mais il n’en fit rien : Ron était la dernière personne qui le soutenait, et il était hors de question qu’il se le mette à dos !

-Il faut que j’y aille, reprit-il au bout d’un moment. Rogue serait capable de me coller si j’arrive en retard à nos « cours de rattrapage »…

-Bonne chance, mon vieux, acquiesça Ron tout en se servant une seconde part de gâteau au chocolat.

Harry secoua la tête d’un air à la fois amusé et exaspéré, et prit à nouveau le chemin des cachots, se préparant mentalement à subir une nouvelle soirée de calvaire.

-Harry ? appela la voix lointaine de Sirius.

Le jeune homme s’arrêta aussitôt de marcher et fouilla ses poches à la recherche du Miroir à Double Sens, qu’il ne quittait plus, à présent. Apparemment très occupé par l’Ordre du Phénix, son parrain avait cependant pris l’habitude de le contacter à des horaires imprévisibles.

-Salut Sirius, répondit-il en tenant la petite glace carrée devant son visage.

-Je ne te dérange pas ? questionna l’ancien fugitif. Je vais devoir bientôt partir, mais je voulais prendre de tes nouvelles d’abord. Tout va bien de ton côté ?

-Tout va bien, mentit Harry. Il y a du nouveau ? lui demanda-t-il précipitamment, dans l’espoir de se voir épargner l’habituel interrogatoire.

Bien qu’il n’ait vraiment aucune envie de parler à Sirius de ce qui se passait au sein de Poudlard, il savait que son parrain n’était pas aveugle à sa mauvaise humeur et le questionnait souvent sur le sujet.

-Ça dépend... répondit vaguement Sirius en se grattant le menton mangé par une barbe de trois jours. Comment se passent les cours d’occlumancie ?

À ces mots, Harry se renfrogna. Il y eut un instant de silence pendant lequel Sirius haussa les sourcils d’un air impatient.

-Ça se passe mal, grommela Harry à contrecœur. 

-Qu’est-ce que Rogue te fait ? s’enquit aussitôt Sirius.

-Rien, marmonna Harry d’un air vaguement honteux.

-Comment ça, rien ? insista néanmoins son parrain.

De toute évidence, Sirius n’était pas dupe.

-Il me répète à quel point je suis arrogant, comme mon père, marmonna le jeune homme en guise de réponse.

Ce n’était pas un mensonge, mais pas l’entière vérité non plus. Car la vérité, il valait sans doute mieux que Sirius l’ignore.

-Oui, je m’y attendais, acquiesça-t-il d’un air sombre. Mais est-ce que tu fais des progrès, au moins ?

-Oui, répondit Harry d’un ton catégorique.

Il s’agissait bel et bien d’un mensonge, cette fois, et Sirius le comprit aussitôt.

-Je sais que Servilus est quelqu’un de foncièrement désagréable, reprit-il d’un ton un peu rude, mais il est très important que tu apprennes à fermer ton esprit.

-Mais pourquoi est-ce que le professeur Dumbledore ne me…

-Le professeur Dumbledore ne peut pas te donner ses cours lui-même parce qu’il craint deux choses : la première, que Dolores Ombrage devienne suspicieuse, car le directeur n’a aucune raison de donner des cours particuliers à l’un de ses élèves sans que le ministère ne veuille savoir de quoi il retourne ; et la seconde, que Voldemort ne se serve de toi pour l’espionner, lui. Voldemort n’a pas à espionner Servilus car il pense déjà tout savoir. Alors même si je sais que c’est difficile, s’il te plait, Harry, et pour l’amour de tes parents, fais un effort !

À ces mots, Harry ouvrit la bouche d’un air dépité puis la referma sans qu’aucun son ne daigne sortir de sa gorge.

-Et il faut aussi te dire que plus vite tu sauras maîtriser l’occlumancie…

-Plus vite je connaîtrai le contenu de la prophétie, acheva Harry.

Il y eut une seconde de flottement pendant laquelle la bouche de Sirius s’étira dans un sourire.

-J’allais dire « plus vite tu seras débarrassé de Rogue », mais ça marche aussi…

Il marqua une nouvelle pause avant d’ajouter :

-Crois-moi, Harry, je ne te demanderais pas de faire un tel sacrifice si ce n’était pas une question de vie ou de mort. D’accord ?

Harry poussa un profond soupir de lassitude.

-D’accord, capitula-t-il finalement. Bon, soupira-t-il, il faut que je te laisse. Rogue doit déjà se faire une joie de pouvoir me passer un savon parce que je ne suis pas capable d’arriver à l’heure…

Pour toute réponse, Sirius hocha la tête d’un air compréhensif puis coupa la connexion.

            Mais promettre à Sirius de faire des efforts ne suffisait pas pour autant à ce que Harry fasse des progrès. Comme il s’y était attendu, Rogue n’avait pas manqué de relever son manque de civisme et de respect – un comportement insolent et intolérable, mais à la hauteur de son exécrable paternel –, mais ce n’était pas le pire. Dans les jours qui suivirent, Harry rêva chaque nuit du couloir qui menait au Département des mystères, mais la porte restait désespérément fermée, ce qui ne faisait qu’accroître encore davantage la frustration que le jeune homme pouvait ressentir.

-Écoutez ça ! s’écria Hermione un matin à la table du petit-déjeuner, après qu’elle ait laissé Ron et Harry s’installer à ses côtés.

Elle avait étalé devant elle l’exemplaire de La Gazette du sorcier qu’un hibou postal venait de faire tomber dans son assiette.

 

NEBULEUX ACCIDENT AU DÉPARTEMENT DES MYSTÈRES

UN LANGUE-DE-PLOMB HOSPITALISÉ

 

            Le ministère de la Magie a fait transférer de toute urgence l’un de ses employés hier à Ste Mangouste, l’hôpital pour les maladies et blessures magiques, après qu’un accident soit survenu sur son lieu de travail.

            D’après nos sources, l’employé en question, un certain Broderick Moroz, serait un « Langue-de-plomb » – un sorcier officiant au Département des mystères. « Nous ne pouvons ni infirmer, ni confirmer vos informations », nous répond-on au ministère.

            Ce que le ministère ne peut cacher, en revanche, c’est que Mr Moroz a été évacué devant plusieurs dizaines de témoins sur une civière volante par les médicomages. Selon une source anonyme au sein de l’hôpital Ste Mangouste, Mr Moroz aurait perdu la raison : « Il n’arrive même pas à aligner deux mots et se prend pour une théière ! ».

            Le ministère refusant de communiquer la moindre information sur les activités de Mr Moroz au sein du Département des mystères, il ne nous reste plus qu’à spéculer (pour la liste des sujets d’études présumés du Département des mystères, voir page 6 et 7).

 

-Tu ne crois tout de même pas que… ? souffla Harry, horrifié.

-Ce serait pourtant possible, répondit Hermione à voix basse. Dumbledore t’a bien dit que seuls ceux concernés par la prophétie peuvent la sortir de là, n’est-ce pas ? Que se passerait-il si quelqu’un d’autre essayait quand même ?

-Enfin, Hermione ! intervint Ron, les sourcils froncés. Moroz est un Langue-de-plomb. Il sait parfaitement quelles seraient les conséquences s’il essayait de…

-Il l’a peut-être fait contre son gré, insista la jeune fille.

Puis, se retournant vers Harry, elle ajouta :

-Tu nous a bien dit qu’un membre de l’Ordre s’est fait envoyer à Azkaban pour avoir tenté de forcer cette porte sous Imperium, non ?

-Oui.

-Eh bien voilà. Comme ce Sturgis n’arrivait pas à entrer, ils ont ensorcelé un Langue-de-plomb qui avait accès à ce qui se trouve derrière la porte. C’est aussi simple que ça.

Harry ne répondit pas, mais il était persuadé qu’Hermione avait raison.

-Je suis sûr que Sirius monte la garde dans ce foutu couloir, leur dit-il à voix basse.

-Sirius va bien, dit Ron d’un ton qui se voulait rassurant mais qui n’avait absolument rien de convaincant.

-Sirius va bien, pour l’instant, précisa Hermione en lui lançant un regard noir. Harry, il n’y a qu’un seul moyen pour éviter que Sirius ne soit le prochain, et tu le sais.

À ces mots, le jeune homme se renfrogna.

-Oui, soupira-t-il à nouveau. Je sais…

Il devenait vraiment urgent qu’il apprenne à fermer son esprit, et Harry se promit intérieurement de faire encore plus d’efforts. Si tu es aussi efficace que pour le Patronus, tu y seras encore dans cent ans, railla une voix dans sa tête. Le pire, c’était que Harry savait que cette voix avait raison.

 

 

End Notes:

Je sais ce que vous pensez : ce chapitre est à la fois court et plein d'informations.

D'ailleurs j'ai caché un indice sur la suite de l'intrigue dans ce chapitre ; serez-vous capable de le retrouver ?

Je vous donne rendez-vous dans 3 semaines, le vendredi 20 août, pour le chapitre 32 "Un soutien inattendu". En attendant, j'ai hâte de voir vos spéculations ^^

Merci & à bientôt,

MM's

Chapitre 32: Un soutien inattendu by MadameMueller
Author's Notes:

Salut tout le monde !

J'espère que vous allez bien ! Me voici de retour comme promis avec un nouveau chapitre, et à cette occasion je remercie chaleureusement AlexG57, Sifoell, Lady Scott, Chrisjedusor et Winter pour leurs reviews ♥

La dernière fois, nous avions quitté Harry en train de se promettre de bosser son occlumancie pour éviter que Sirius ne se retrouve à Azkaban comme Sturgis Pordmore ou à Ste Mangouste comme Broderick Moroz. Pendant ce temps-là, Hagrid est en mission pour l'Ordre et se fait remplacer par le professeur Gobe-Planche, ce qui n'est pas pour déplaire à cette chère Dolorès.

Bonne lecture !

Une nouvelle sortie à Pré-au-Lard avait été prévue pour le 14 février mais ayant gardé un très mauvais souvenir de sa dernière visite au village, Harry décida de rester au château.

-S’il te plait, Harry ! le supplia Hermione, le matin à la table du petit-déjeuner. Ne me laisse pas y aller toute seule !

Angelina avait convoqué l’équipe de Quidditch de Gryffondor pour qu’ils s’entraînent toute la journée, obligeant Ron à descendre au stade après le petit-déjeuner et l’empêchant de se joindre à eux. Cela était également valable pour Ginny, qui avait endossé le rôle d’attrapeuse depuis l’exclusion de Harry de l’équipe.

-Tu n’y vas pas avec ton nouvel ami Diggory ? fit mine de s’étonner Ron, avec mauvaise humeur et mauvaise foi.

Il n’avait aucune envie de continuer à faire partie de l’équipe, mais Angelina refusait d’accepter sa démission.

-C’est la Saint Valentin, rappela Hermione en lui jetant un regard noir. Il a rendez-vous avec Cho.

-Et tu n’es pas jalouse ? railla encore Ron.

-Tu es vraiment épuisant, Ronald, répliqua sèchement Hermione.

Et sans ajouter un mot ni attendre de réponse, elle quitta la table des Gryffondor et sortit de la Grande Salle. Il y eut un moment de silence puis Angelina s’approcha de Ron et lui intima l’ordre de la suivre jusqu’au stade.

-Amuse-toi bien, lança Harry d’un air encourageant.

Pour toute réponse, Ron émit une sorte de grognement.

            Harry remonta alors dans son dortoir, qu’il pensait être complètement vide à présent. Il avait l’intention de passer la journée à essayer de vider son esprit puis de s’entraîner au sortilège du Patronus. Mais contre toute attente, quelqu’un se trouvait dans la chambre.

-Oh, salut Harry ! dit Neville en souriant d’un air nerveux. Tu n’es pas parti au village ?

-Non, répondit-il d’un air contrit. Toi non plus, à ce que je vois…

-Oui… Euh… Non, balbutia Neville.

Le jeune homme était visiblement mal à l’aise, et Harry referma la porte derrière lui avant de s’avancer à l’intérieur de la pièce.

-Tout va bien, Neville ? demanda-t-il.

-Oui ! s’écria-t-il. Je…

Il poussa un profond soupir et secoua la tête.

-Je voulais m’entraîner un peu aux sortilèges que Cedric nous enseigne, admit-il enfin. Je suis le plus nul de tous…

-Tu n’es pas nul, Neville, assura Harry d’un ton ferme. Et si c’est ce que Cedric dit, alors il…

-Oh, il ne le dit pas, assura le jeune homme. Mais je sens bien que je ne suis pas à la hauteur…

Il marqua une pause pendant laquelle il jeta à Harry un regard mal assuré.

-Moi je te crois, tu sais ? dit-il enfin.

-Je ne comprends pas, répondit Harry.

-Ma grand-mère a toujours dit que Tu-Sais-Qui reviendrait un jour. Et elle dit que si Dumbledore annonce qu’il est revenu, c’est qu’il est revenu.*

À ces mots, Harry expira bruyamment et ne put se retenir de sourire.

-Merci, Neville, dit-il.

Sa gratitude était sincère, et Neville lui rendit son sourire.

-Tu as besoin d’aide pour les sortilèges ? demanda encore Harry. Je voulais moi-même m’entraîner au Patronus…

-Oh, tu sais invoquer un Patronus ? s’étonna Neville.

-Euh… Pas vraiment, admit Harry dans une grimace. C’est pour ça que je m’entraîne.

-Je comprends, assura Neville. Je veux bien qu’on s’exerce ensemble, si tu es d’accord ?

Harry était sur le point de lui rappeler que c’était son idée, mais il s’en retint.

-Dans ce cas, mettons-nous au travail ! s’exclama-t-il d’un air jovial.

Et sans perdre davantage de temps, les deux camarades se mirent en position.

            Galvanisé par le soutien de Neville, Harry réussit à invoquer un Patronus corporel, la première fois depuis qu’il avait pris Malefoy pour un Détraqueur lors d’un match de Quidditch, en troisième année.

-Whoua ! fit Neville en observant l’immense cerf brillant avec de grands yeux ronds d’admiration. Qu’il est beau !

-C’est mon père, murmura Harry en tendant la main vers le Patronus, comme pour le caresser.

-Comment ça, ton père ? interrogea Neville, sans comprendre.

Le Patronus disparut, plongeant subitement le dortoir dans la pénombre. Déçu, Harry garda le regard fixé plusieurs secondes sur l’endroit où le cerf se tenait encore un instant auparavant.

-Mon père était un Animagus non déclaré, répondit Harry au bout d’un moment. Ses amis l’appelaient « Cornedrue » parce qu’il se transformait en cerf.

-Ah oui ! s’exclama Neville. Et ton parrain aussi, était un Animagus non déclaré, n’est-ce pas ? Sirius Black ?

-Oui, acquiesça Harry. Et Peter Pettigrow aussi…

Cela faisait plus d’un an qu’il n’avait plus prononcé le nom de Queudver et Harry ressentit un arrière-goût amer dans sa bouche. Il n’avait encore jamais parlé de son père à qui que ce soit, à part Ron, Hermione et Sirius, mais se confier à Neville l’avait en quelque sorte libéré d’un poids. Pas une seule seconde il ne repensa au Patronus en forme de biche du professeur Rogue.

-Tu veux qu’on réessaie le sortilège de Stupéfixion ? demanda-t-il à Neville pour changer de sujet.

-Je veux bien, répondit-il en rougissant légèrement. Je préfère en profiter que le dortoir soit entièrement vide. À toi, je sais que je peux te faire confiance…

-Tu pourras toujours compter sur moi, Neville, assura Harry.

Neville lui adressa un large sourire puis Harry ajouta :

-Allez, remettons-nous en position !

 

            Le match entre Gryffondor et Poufsouffle la semaine suivante fut une véritable catastrophe. Non seulement Ron n’avait pas réussi à arrêter un seul des tirs adverses mais en plus de cela, Cedric avait attrapé le Vif d’or sans que Ginny n’ait pu faire quoi que ce soit pour l’en empêcher.

Avec les milles Gallions qu’il avait gagné à l’issue du Tournoi des Trois Sorciers, Diggory s’était en effet offert un Éclair de Feu, qui battait à plate couture le Comète 260 de Ginny.

Mais le pire n’était bien évidement pas la place de Gryffondor au classement, mais bel et bien le fait que les Serpentard avaient désormais modifier les paroles de Weasley est notre roi pour y intégrer Ginny.

-Ne les écoute pas, dit Harry à Ginny. Eux, ils ont Malefoy comme attrapeur parce qu’il a acheté sa place dans l’équipe. C’est encore pire !

Ginny acquiesça d’un signe de tête lugubre mais ne répondit pas.

            Ron faisait semblant de dormir lorsqu’il monta le rejoindre dans le dortoir et Harry se contenta d’aller se coucher sans prononcer le moindre mot. Lorsqu’il eut callé sa tête sur son oreiller, il regarda le ciel de son lit à baldaquin et s’efforça de vider son esprit, mais les paroles de Les Weasley sont nos rois tournaient dans sa tête sans qu’il ne parvienne à les en chasser. Finalement, après quelques minutes de vaines tentatives pour ne penser à rien, Harry finit par tomber endormi.

            Il se retrouva à nouveau dans le couloir qui menait au Département des mystères, au niveau neuf du ministère de la Magie. Le corridor était désert, aucune trace de Sirius ni de qui que ce soit de l’Ordre. La porte noire et lisse, en revanche, semblait entrouverte car un mince rayon de lueur bleutée se détachait dans l’obscurité.

Sentant son cœur s’emballer dans sa poitrine, Harry accéléra l’allure et tendit le bras. Il était sur le point de l’ouvrir lorsque Ron émit un ronflement sonore qui réveilla Harry en sursaut.

Furieux contre lui-même d’avoir encore rêvé de cette maudite porte alors qu’il s’était promis de tout faire pour que cela n’arrive plus, Harry se tourna sur le côté et essaya de se rendormir.

 

            Redoutant la fureur de Rogue, Harry se tint prêt à se défendre lorsqu’il se retrouvera à nouveau en face de lui, lors de leur prochaine leçon d’occlumancie, bien décidé à ne pas le laisser s’apercevoir qu’il continuait non seulement à rêver du Département des mystères mais qu’il avait en plus été sur le point d’y pénétrer.

-Je ne me rappelais pas vous avoir dit d’utiliser le charme du Bouclier… Mais c’était efficace, sans aucun doute...*

Harry ne répondit pas. En utilisant ce sortilège pour empêcher Rogue d’entrer dans son esprit, le jeune homme avait eu accès à ses souvenirs à lui, et ce qu’il avait vu n’était guère réjouissant. À vrai dire, il avait même un peu pitié de Rogue, qui semblait avoir eu une enfance au moins aussi malheureuse que la sienne, sinon plus.

-Essayons à nouveau, d’accord ?* dit Rogue de sa voix doucereuse.

Ses lèvres minces étaient étirées dans un horrible rictus et Harry sentit ses cheveux se dresser sur sa nuque. Rogue leva à nouveau sa baguette et récita la formule. Un instant plus tard, Harry se retrouvait à nouveau dans le couloir du Département des mystères et cette fois, la porte était grande ouverte.

-POTTER ! Expliquez-vous !* s’écria Rogue, furieux.

Profondément désemparé par ce qu’il venait de se produire, Harry se confondit en excuses mais rien de ce qu’il pouvait dire ne réussissait à convaincre Rogue. Par chance, un hurlement de femme détourna son attention.

-Avez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel lorsque vous êtes descendu ici, Potter ?* demanda-t-il.

Harry secoua la tête tandis qu’un nouveau cri retentissait dans les étages, et Rogue se précipita hors de la pièce.

            Harry le suivit jusque dans le hall d’entrée du château, qui était soudain devenu le théâtre d’un véritable drame. De toute évidence, Ombrage venait de renvoyer le professeur Trelawney, qui tentait désespérément de la faire changer d’avis.

La scène était absolument pitoyable mais la Grande Inquisitrice restait parfaitement stoïque. Non, en fait, elle semblait prendre plaisir à faire souffrir l’ancienne professeure de divination devant toute l’école réunie. Même le professeur Gobe-Planche, qui n’était pourtant en poste que depuis deux mois, ne semblait pas indifférente car elle s’approcha de Trelawney et lui tendit un mouchoir.

-Allons, allons, Sibylle… Calmez-vous… Tenez, mouchez-vous… Ce n’est pas si grave… Il y a des tas de choses à vivre à l’extérieur du château. Il faut le voir comme une chance qu’on vous offre… La chance d’un nouveau départ…

-Écoutez le professeur Gobe-Planche, conseilla Ombrage d’un ton mesquin. Et maintenant… Ouste !

À peine venait-elle de prononcer ce dernier mot que la grande porte s’ouvrit brusquement, laissant apparaître le visage barbu et ridé de Dumbledore.

-Vous n’avez pas à quitter Poudlard, Sibylle, déclara-t-il d’une voix forte. Je souhaite que vous restiez.

-Ah vraiment ? s’étonna Ombrage dans un rictus sarcastique. J’ai bien peur que vous n’ayez pas bien compris la situation.*

Tandis qu’elle parlait, elle déroula un long parchemin – l’ordre de révocation de Trelawney signé de sa main et de celle du ministre de la Magie. Si la Grande Inquisitrice pensait que cet argument suffirait à faire taire Dumbledore, elle avait tort : en effet, le directeur rappela alors que si elle avait le droit de relever ses enseignants de leurs fonctions, elle n’avait en revanche pas l’autorité pour les chasser physiquement du château. Or pour une étrange raison, Dumbledore tenait à ce que Trelawney reste.

-Puis-je vous demander de raccompagner Sibylle chez elle, professeur ?* demanda-t-il poliment à l’adresse de Gobe-Planche.

-Bien sûr, répondit aussitôt la professeure de soin aux créatures magiques. Venez Sibylle…

Elle agita sa baguette pour pouvoir transporter les bagages de l’ancienne professeure de divination, et se mit en route. Le professeur Chourave se précipita alors pour prendre l’autre bras de Trelawney mais Gobe-Planche la remercia d’un ton courtois, mais sans appel.

-Faites-le moi savoir, si je peux faire quoi que ce soit pour vous, Sibylle, dit la directrice de la maison Poufsouffle avant de laisser ses deux collègues gravir l’escalier de marbre.

Harry pensait que l’incident était clos, mais il avait tort. Le professeur Dumbledore venait une fois de plus de défier Ombrage en nommant lui-même un remplaçant à Sibylle Trelawney : le centaure Firenze.

Le jeune homme était tellement absorbé par cette confrontation qu’il ne remarqua pas l’expression de profonde perplexité sur le visage cireux du professeur Rogue, alors que ses yeux noirs et froids étaient toujours fixés sur l’angle de couloir où les professeurs Trelawney et Gobe-Planche avaient disparu quelques instants plus tôt.

 

            Rogue ne demanda pas à Harry de redescendre avec lui dans son bureau pour qu’ils achèvent leur leçon d’occlumancie et le jeune homme ne chercha pas à le lui rappeler. Il remonta directement dans la tour Gryffondor, où Ron et Hermione étaient installés, occupés à faire leurs devoirs.

-Que s’est-il passé ? s’enquit la jeune fille d’une voix aiguë en remarquant la mine sinistre de son ami.

Harry poussa un profond soupir et leur relata la scène dont il venait d’être témoin. Toute l’école ne tarderait pas à être au courant, de toute façon.

-Le professeur Trelawney s’est faite renvoyer ? s’écria Lavande d’une voix perçante. Il faut qu’on aille la voir tout de suite ! ajouta-t-elle à l’adresse de Parvati.

Sans ajouter un mot, les deux adolescentes disparurent par le trou du portrait de la Grosse Dame.

-Alors pour ça, elles me croient ? railla Harry avec mauvaise humeur.

-Ne cherche pas à comprendre, répondit vaguement Hermione. Comment s’est passé l’occlumancie ?

Mais avant qu’il n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche, une voix s’éleva de l’intérieur de sa poche.

-C’est Sirius, dit-il en empoignant le Miroir à Double Sens. Il faut que je lui réponde.

À ces mots, il traversa la salle commune puis grimpa de quatre en quatre les escaliers qui menaient au dortoir des garçons. Il venait à peine d’atteindre la porte lorsqu’une douleur fulgurante lui transperça le front et Harry ne put retenir un cri.

-Harry, est-ce que ça va ? demanda Sirius lorsque Harry eut placé le Miroir devant son visage.

-Oui, assura le jeune homme. Ma cicatrice vient de me faire mal, c’est tout, j’ai l’habitude…

-Tu as toujours ces visions ?

Harry ne répondit pas tout de suite.

-Oui, admit-il finalement, jugeant qu’il était inutile de mentir.

-Je croyais que tu voulais faire des efforts ? rappela Sirius d’un ton menaçant.

-Je fais des efforts ! se défendit Harry. Ce n’est pas ça…

-De quoi s’agit-il, alors ?

Cette fois encore, Harry prit son temps pour répondre.

-Je crois que Voldemort est… Je crois qu’il est à la fois frustré et soulagé…

-Qu’est-ce que tu veux dire ?

-Je ne sais pas exactement… J’ai le sentiment que quelque chose ne s’est pas déroulé comme il l’avait prévu mais que la tournure prise par les évènements ne lui déplait pas pour autant…

Contre toute attente, Sirius poussa un profond soupir et secoua la tête.

-Oui, nous sommes déjà au courant…

-De quoi ? s’enquit aussitôt Harry, bien qu’il soit persuadé que Sirius ne lui donnerait pas de réponse.

-Tu as entendu parler de cet « accident » au Département des mystères et de ce Langue-de-plomb qui s’est retrouvé hospitalisé ?

-Oui, répondit Harry. Avec Hermione et Ron, on s’est demandé si Voldemort ne l’avait pas forcé à essayer de sortir la prophétie pour lui…

-Et vous aviez entièrement raison, grommela sombrement Sirius.

Surpris d’obtenir confirmation de la part de son parrain, Harry haussa les sourcils.

-Dans ce cas, pourquoi est-il content ?

Il y eut un moment de silence, puis Sirius se décida enfin à répondre :

-Ce sera dans la presse demain donc tu l’apprendras de toute façon… Moroz a été assassiné dans sa chambre de Ste Mangouste par un Filet du diable déguisé en plante d’agrément.

-C’est horrible ! s’exclama Harry en se plaquant une main sur la bouche.

-Comme tu dis… acquiesça Sirius. Et les cours d’occlumancie, comment ça avance ?

-J’essaie, assura Harry d’un ton dépité. Mais je n’arrête pas de voir cette fichue porte.

Il hésita une seconde puis ajouta :

-Tout à l’heure, lorsque Rogue a pénétré mon esprit, la porte était grande ouverte…

Sirius le dévisagea alors avec gravité mais il n’y avait aucune trace de colère sur son beau visage.

-Harry, je sais que tu veux connaître le contenu de la prophétie mais ce n’est pas comme ça que tu vas y parvenir. Voldemort ne sait pas ce qu’elle contient, donc même s’il t’entraînait en pensées dans les entrailles du Département des mystères, tu ne pourrais pas pour autant découvrir ce qu’elle dit. Ces rêves ne te servent strictement à rien, il faut que tu cesses consciemment de vouloir passer cette porte. Il n’y a que comme ça que tu pourras fermer ton esprit. Tu veux bien essayer, pour moi ?

-Oui, Sirius, souffla Harry d’un air honteux. Tu as raison.

Il y eut un nouveau moment de silence, puis Sirius décida de changer de sujet :

-Sinon ? demanda-t-il d’un ton faussement jovial. Quoi de neuf à Poudlard ?

 

 

End Notes:

* Dialogues issus de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

Ça y est ! Harry a réussi à invoquer un Patronus corporel ! Hip Hip Hourra !!!! Bon, pas devant un vrai Détraqueur, mais il y a tout de même du mieux... D'ailleurs à cette occasion, que pensez-vous du rapprochement entre Harry et Neville ?

Sinon, comment trouvez-vous le dernier conseil de Sirius ? Va-t-il enfin aider Harry à fermer son esprit une bonne fois pour toutes ?

J'ai encore laissé un méga indice sur la suite dans ce chapitre. Ça, plus celui de la dernière fois, vous avez toutes les cartes en mains pour découvrir le pot-au-rose... ;)

 

Je commence à avoir pas mal d'avance dans l'écriture donc si vous n'avez rien contre, je vais à présent tous les quinze jours. Je vous donne donc rendez-vous vendredi 3 septembre pour le chapitre 33 "Présumé coupable".

À bientôt,

MM's

Chapitre 33: Présumé coupable by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Me revoilà avec un nouveau chapitre de "L'innocenté d'Azkaban" ! Je remercie une nouvelle fois Lady Scott, Chrisjedusor, AlexG57 et Winter pour leurs reviews, et vous laisse découvrir ce nouveau chapitre sans plus attendre.

Bonne lecture !

Sirius s’était à peine ému des progrès de son filleul dans la maîtrise du sortilège du Patronus, trop ébranlé par la nouvelle du renvoi de Trelawney. Pour une raison étrange, l’ancien fugitif avait semblé soulagé d’apprendre que le professeur Dumbledore avait permis à son ancienne enseignante de rester vivre au château. Mais Harry n’eut pas l’occasion de s’en soucier bien longtemps.

            Environ une semaine après le renvoi de Trelawney et la nomination de Firenze, une nouvelle effroyable faisait la Une de La Gazette du sorcier :

 

ÉVASION MASSIVE D’AZKABAN

LE MINISTÈRE SOUPÇONNE BLACK D’EN ÊTRE LE CHEF D’ORCHESTRE

 

-C’est une plaisanterie ? s’écria Harry en découvrant la manchette, un matin à la table du petit-déjeuner.

Mais l’article était loin d’employer un ton humoristique.

 

            Le ministère de la Magie annoncé tard dans la nuit qu’une évasion massive avait eu lieu à Azkaban.

            Recevant les reporters dans son bureau privé, Cornelius Fudge, ministre de la Magie, a confirmé que dix prisonniers sous haute surveillance s’étaient évadés hier en début de soirée et qu’il avait déjà informé le Premier Ministre moldu du caractère dangereux de ces individu.

            « Nous nous trouvons malheureusement dans la même situation qu’il y a deux ans et demi, au moment de l’évasion de Sirius Black. », nous a déclaré Fudge. « Nous pensons d’ailleurs que ces deux affaires ne sont pas sans rapport. Une évasion de cette ampleur laisse supposer l’existence d’un concours extérieur et il faut savoir que Black, qui est la première personne à s’être jamais échappée d’Azkaban, serait idéalement placé pour aider d’autres détenus à suivre ses traces.*»

            L’implication de Black semble d’autant plus évidente que, mis à part le fait que l’une des évadées, Bellatrix Lestrange, ne soit autre que la cousine de l’ancien fugitif, le fait que Peter Pettigrow soit lui toujours enfermé dans sa cellule semble étayer cette hypothèse. Pour rappel, c’est à cause de Pettigrow que Black a dû passer douze ans emprisonné à Azkaban pour des crimes qu’il n’avait pas commis.

            « Black n’a pas encore pu être arrêté du fait que sa maison soit protégée depuis quelques mois par un sortilège de Fidelitas, preuve s’il en est que cette évasion était prévue de longue date. », nous confie une source au sein du Bureau des Aurors. « À l’heure actuelle, nous envisageons sérieusement que les dix Mangemorts en fuite y soient hébergés. »

            Peter Pettigrow, de son côté, a profité de de la venue du ministre en personne en visite à Azkaban pour clamer son innocence et demander à être à nouveau jugé.  

 

-Non ! s’écria Harry en laissant tomber le journal d’un geste dégoûté, comme s’il était contaminé par l’éclabouille. Ils ne sont pas sérieux ?

-J’ai bien peur que si, répondit sombrement Hermione.

-Il faut que je parle à Sirius tout de suite ! s’exclama-t-il encore.

Le jeune homme se leva d’un bond et sortit de la Grande Salle d’un pas rapide, Hermione et Ron sur ses talons.

Lorsqu’ils eurent atteint une salle de classe vide, Harry sortit le Miroir à Double Sens de la poche de sa robe et prononça le nom de son parrain. Son reflet disparut dans la glace, mais ne laissa place qu’au noir abyssal.

-Sirius ! appela Harry d’une voix un peu plus forte encore, dans l’espoir que l’adulte l’entendrait.

Toujours pas de réponse.

-Sirius, s’il te plait ! insista-t-il.

Il y eut un mouvement de l’autre côté du Miroir et bientôt, le visage prématurément ridé de Lupin apparut.

-Harry ? s’étonna le lycanthrope.

-Profes… Remus ! s’exclama le jeune homme. Où est Sirius ? Où est-il ?

-Il est au ministère, répondit Lupin d’un air grave. Il s’est rendu ce matin.

-Comment ça, il s’est rendu ? répéta Harry d’une voix horrifiée. Ne me dites pas qu’il…

-Non, coupa Lupin. Bien sûr que non ! Mais si le ministère pense qu’il a quelque chose à voir avec cette évasion, le seul moyen de leur prouver sa bonne foi était de se présenter au Bureau des Aurors pour essayer de les convaincre de l’implication de Voldemort.

-Et vous croyez vraiment qu’ils vont le croire ? s’indigna Harry. Ombrage ne nous a pas cru lorsque nous sommes revenus du cimetière, Fudge ne le croira pas plus maintenant !

-Sans doute pas, admit le lycanthrope, mais ils n’ont aucune preuve contre lui.

-Ils n’ont pas eu besoin de preuves pour l’envoyer à Azkaban, la dernière fois !

-Il y avait de nombreux témoins, corrigea Lupin. Or cette fois, il n’y en a aucun.

-Et Queudver ? Il n’a rien vu ?

-Kingsley lui-même fait partie des Aurors envoyés à Azkaban pour interroger Queudver. Mais il y a fort à parier qu’il va accabler Sirius.

-On pourrait le faire parler sous Veritaserum, comme lors du procès ?

-L’utilisation du Veritaserum est extrêmement restreinte, rappela Lupin. Mais tout le monde au ministère n’est pas comme Fudge. Rufus Scrimgeour, qui dirige le Bureau des Aurors, a lui aussi des doutes sur la version officielle. Il faut être patient.

Harry ne répondit pas, trop préoccupé pour parler.

-Je suis sûr qu’ils vont le laisser rentrer d’ici la fin de la journée, assura Lupin.

Mais son ton n’était pas très convaincant ; en fait, on aurait dit qu’il essayait de s’en persuader lui-même.

-Harry, reprit-il au bout d’un moment, il faut que je te laisse. Garde le Miroir sur toi, j’essaierai de te tenir au courant lorsqu’il y aura du nouveau, d’accord ?

-Oui, souffla le jeune homme en baissant la tête d’un air accablé. D’accord.

-À bientôt, Harry, conclut Lupin.

Le visage de l’ancien professeur disparut, aussitôt remplacé par le reflet mal coiffé de Harry.

            Un lourd silence s’abattit sur la salle de classe vide pendant lequel Ron et Hermione se contentèrent de fixer Harry d’un air profondément inquiet et compatissant.

-Lupin a raison, se rendre était sans doute la meilleure chose à faire, déclara finalement Hermione d’une petite voix.

-Et s’ils le renvoient à Azkaban ?

-Ils ne prendront sans doute pas le risque de commettre deux fois la même erreur, répondit Ron avec espoir. Ils se sont déjà trompés sur son compte une fois et ça s’est mal terminé pour eux…

-Et puis, ajouta Hermione, Sirius a sans doute un alibi…

-Tu crois ? demanda Harry, sceptique. Je doute qu’il soit judicieux d’admettre qu’il montait la garde devant la porte du Département des mystères.

-Il n’était peut-être pas de garde. Lupin…

-Je doute que la parole d’un loup-garou ait le moindre poids, coupa sèchement Harry. Surtout que lui et Sirius sont amis.

Il y eut un nouveau moment de silence, ni Ron ni Hermione n’osant ajouter quoi que ce soit pour la défense de Sirius.

-Comme l’a dit Lupin, il faut attendre, dit Harry.

Et sans ajouter un mot ni attendre de réponse, il sortit à nouveau de la salle de classe désaffectée.

 

            Ils remontèrent dans la salle commune, où la nouvelle de l’évasion des dix Mangemorts – et la prétendue implication de Sirius – commençait déjà à se répandre. Alors qu’il venait à peine de faire deux pas à l’intérieur de la pièce, le jeune homme vit distinctement tous les regards se tourner vers lui tandis que le flot des conversations s’interrompait soudain.

N’ayant aucune envie de subir un leurs médisances, Harry se dirigea vers l’escalier qui menait au dortoir, suivi encore une fois de Ron et d’Hermione, mais aussi, à la surprise générale, de Neville.

-La Gazette est à la solde du ministère, assura-t-il. Bien sûr que ton parrain n’y est pour rien ! Il n’est pas comme elle.

Il affichait une moue à la fois furieuse et dévastée, qui étonna ses trois camarades.

-Mais de qui tu parles ? interrogea Ron, les sourcils froncés par l’incompréhension.

-Oh, euh… fit Neville, l’air soudain confus.

Il leur lança un regard hésitant puis prit une grande inspiration.

-Je peux bien vous le dire, c’était marqué dans le journal, de toute façon… Bellatrix Lestrange et son mari ont été envoyés à Azkaban après avoir torturé mes parents, expliqua-t-il d’une voix brisée.

-Ils sont morts ? demanda Ron avec son tact habituel.

-Ronald ! s’exclama Hermione sur un ton de reproches.

-Ce n’est rien, Hermione, assura Neville.

Il n’en avait pourtant pas l’air convaincu.

-Mes parents sont encore vivants, poursuivit-il dans un souffle. Ils sont internés à Ste Mangouste. Ils ont perdu la raison…

À ces mots, Hermione poussa un petit cri horrifié puis se plaqua les deux mains sur le visage.

-Neville, je… balbutia Ron. Je suis vraiment désolé !

-Je sais, répondit-il en s’efforçant de sourire. Toi aussi tu as perdu ton frère à cause de Tu-Sais-Qui. Et Harry a perdu ses parents. On est tous dans le même bateau…

            La confiance de Neville lui fut d’autant plus importante qu’Harry ne tarda pas à se rendre compte que toute l’école ne parlait plus que de l’évasion des dix Mangemorts. Tous les enfants de sorciers connaissaient bien sûr leurs noms ainsi que leur terrible réputation, et les élèves ayant des parents parmi leurs victimes se trouvèrent souvent confrontés à des questions plus que déplacées. Mais quelles que soient les pertes qu’ils avaient pu subir de la main des dix fugitifs, ils étaient pourtant encore loin d’attirer autant la curiosité et les médisances que Harry ne pouvait le faire.

            Comme s’il n’avait pas suffi qu’il réapparaisse au beau milieu de la grand-rue de Pré-au-Lard couvert de sang en sa compagnie trois mois plus tôt et soit accusé de mentir pour attirer l’attention, le fait que Sirius soit le seul et unique prisonnier à avoir jamais réussi à s’échapper d’Azkaban semblait constituer la preuve ultime de son besoin maladif de faire parler de lui.

-Il a déjà menti sur le fait d’être un Animagus, entendit-il Ernie Macmillan murmurer à Justin Finch-Fletchley, lors d’un cours de botanique. Peut-être que Pettigrow a vraiment tué tous ces gens il y a quatorze ans, mais ils pourraient très bien avoir été de mèche… Et Black a laissé Pettigrow moisir en prison pour se venger de ne pas s’être fait prendre à l’époque…

À cet instant, il remarqua le regard assassin que lui lançait Harry et il se concentra de nouveau sur son arbrisseau autofertilisant. Le Gryffondor était à deux doigts de le sommer de lui répéter ces accusations en face, mais Hermione vint se placer devant lui, comme si elle sentait venir le danger, et lui boucha la vue.

-Laisse-les dire, Harry, chuchota-t-elle. Tu ne pourras jamais empêcher les gens de parler. Ils n’ont rien de plus intelligent à faire.

Harry ne répondit pas et planta sa serfouette avec hargne dans le pot de terre posé sur la table devant lui.

 

            Après sa conversation avec Lupin, Harry avait espéré que Sirius ne tarderait pas à rentrer au square Grimmaurd et qu’il reprendrait contact. Or il n’en était rien. Même le lycanthrope, malgré sa promesse, tardait à lui donner des nouvelles. Terriblement nerveux et n’en pouvant plus d’attendre, Harry décida d’en demander lui-même.

-Il est toujours là-bas, lui apprit Lupin. D’après ce que m’a dit Tonks, ils ont commencé à l’interroger sur le meurtre de Percy, aussi.

-Quoi ?

-Je vais être honnête avec toi, poursuivit le lycanthrope. Pour l’instant, ça sent le roussi. Mais Sirius a engagé une excellente mage-défenderesse, quelqu’un qui travaille pour l’Ordre.

-Qui ?

-Emmeline Vance. Je ne crois pas que tu l’aies déjà rencontrée.

-Non, admit Harry.

Il poussa un profond soupir puis ajouta :

-J’aimerais tant pouvoir faire quelque chose pour l’aider !

-Tu ne peux rien faire pour l’aider, assura Lupin. Même Dumbledore se tient en retrait pour que le ministère ne se serve pas de son appui contre lui. La seule chose que tu puisses faire à ton niveau, c’est te concentrer sur les cours d’occlumancie. C’est ce que Sirius souhaite le plus au monde.

À ces mots, les lèvres de Harry s’étirèrent dans un rictus ironique.

            Dire que les cours d’occlumancie se passaient mal était un euphémisme : ils étaient catastrophiques. Et les récents déboires de Sirius avec la justice ne faisaient qu’empirer les choses.

-Avec un peu de chance, ils vont lui aménager une nouvelle cellule juste à côté de cette de Pettigrow, dit Rogue de son habituel air doucereux, lors de la séance suivant la reddition de Sirius. Ce serait un beau geste, n’est-ce pas ? Réunir ainsi deux vieux amis…

Harry le foudroya du regard et serra les mâchoires, tandis que ses doigts se refermaient si fort autour de sa baguette que les jointures de ses phalanges avaient blanchi, mais il se garda de répondre. De toute évidence, sa réaction amusait grandement Rogue, qui le toisait à présent d’un air ouvertement goguenard.

-Reprenons, voulez-vous ? Legilimens !

Rogue l’avait encore une fois pris de court sans qu’il n’ait eu le temps de se préparer à cette intrusion. Harry était tellement furieux qu’il lui aurait été impossible de fermer son esprit même si sa vie en dépendait, et il offrit au maître des potions un nouvel aperçu de ses souvenirs les plus intimes, notamment la fois où il avait regardé l’album photo de ses parents avec Sirius.

-Comme tout cela est touchant, ricana Rogue lorsqu’il fut enfin ressorti de ses pensées. Vous êtes toujours une proie aussi facile pour le Seigneur des Ténèbres, mais il faut voir le bon côté des choses : enfermé bien en sécurité au Bureau des Aurors, Black ne risque absolument rien…

BANG !

Cette fois s’en était trop ! Harry n’avait pas pu se contrôler et avait envoyé un maléfice Cuisant au visage de Rogue. Avant que le maître des potions ait eu le temps de lui donner une retenue ou de lui retirer des points, Harry sortit du cachot en claquant la porte derrière lui.

            Il remonta dans les étages d’un pas furibond et rejoignit Parvati et Lavande, qui discutaient d’un air profondément déçu devant le portrait de la Grosse Dame.

-Je ne comprends pas pourquoi le professeur Trelawney passe autant de temps avec elle, dit Parvati à mi-voix. C’est vrai, après tout ! Elle vient seulement d’arriver il y a quelques mois. Nous, elle nous connaît depuis près de trois ans, et nous avons toujours été proches d’elle, non ? 

Sans se soucier de savoir de qui elles parlaient, Harry passa devant elles et donna le mot de passe avant de s’engouffrer dans la salle commune.

            Il en avait plus qu’assez de Poudlard ! Le château, qui avait pourtant toujours été sa maison depuis le premier jour où il y avait mis les pieds, était devenu un véritable enfer. Entre Ombrage, Diggory, et les autres…

 

« En te demandant de parler, Cedric montre qu’il te croit. » C’était Hermione qui avait dit ces mots lorsque Diggory lui avait proposé de s’exprimer sur le retour de Voldemort lors de la dernière réunion de l’A.D. avant les vacances de Noël. Sur le coup, Harry avait refusé et il commençait à le regretter.

S’il leur avait dit ce qu’il avait vu, ce qu’il avait vécu… Peut-être que Seamus et les autres l’auraient cru, eux aussi, et peut-être même qu’ils croiraient en l’innocence de Sirius ? Trop tard, tu ne le sauras jamais, fit remarquer une voix dans sa tête. Car il était absolument hors de question pour Harry de retourner à l’A.D. après tout ce temps !

De plus en plus énervé, Harry se laissa tomber sur son lit et tira d’un coup sec les rideaux de son baldaquin. Sa cicatrice recommençait à le picoter, et pour la première fois depuis qu’il était au courant de l’existence de la prophétie, Harry aurait vraiment voulu pouvoir se rendre au Département des mystères pour enfin connaître le fin mot de toute cette histoire.

 

 

End Notes:

* Extrait issu de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, traduction de Jean-François Ménard

 

Mouahahahahahaha !!!! Désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher !!

Que pensez-vous des conclusions du ministère ? Sirius va-t-il réussir à s'en sortir cette fois ?

J'ai cru comprendre dans vos précédentes reviews que vous souhaitiez un rapprochement avec Neville... Là, c'est plutôt bien amorcé, non ? :)

Et Rogue ? Que pensez-vous de son comportement pendant le cours d'occlumancie ?

Last but not least: de qui parlaient Parvati et Lavande ?

 

On se retrouve dans 15 jours, le vendredi 17/09 pour un nouveau chapitre intitulé "L'erreur de Diggory". Que va-t-il faire de travers, selon vous ?

 

Chapitre 34: L'erreur de Diggory by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour tout le monde !

Me revoici pile à l'heure pour la suite de cet UA, et je remercie AlexG57 et ThibaultLeguin du fond du coeur pour leurs reviews du chapitre précédent !

Nous avions laissé Sirius retenu au Ministère, accusé d'avoir fait évader dix Mangemorts d'Azkaban (mais pas Queudver) et de les avoir cachés au Square Grimmaurd sous Fidelitas. Voyons voir s'il va s'en sortir...

Bonne lecture !

 

Le Bureau des Aurors garda Sirius aussi longtemps que la loi sorcière le permettait mais n’eut finalement d’autre choix que de le libérer, n’ayant visiblement aucune preuve tangible contre lui. Mais l’ancien fugitif était loin d’être disculpé pour autant, et il avait dû lever le sortilège de Fidelitas qui protégeait jusque-là le 12, square Grimmaurd, que le Département de la justice magique avait tenu à fouiller de fond en comble.

-Si ma mère voyait ça… ironisa Sirius lorsqu’il contacta Harry après sa remise en liberté. Son portrait doit les traiter de tous les noms !

Il avait dit cela sur le ton de la plaisanterie, mais Harry savait qu’il n’en restait pas moins amer.

-Où est-ce que tu loges, maintenant ? interrogea Harry dans l’espoir de changer de sujet.

-Nous sommes retourner vivre dans la vieille maison de Remus, expliqua Sirius. Le propriétaire n’a pas réussi à la louer après son départ, et il faut admettre que c’est un taudis. Enfin, ce n’est que temporaire.

-Tu penses pouvoir retourner bientôt au square Grimmaurd ?

-Non, je ne crois pas, répondit Sirius dans un rictus. Quand je pense à tout le travail que nous avons investi pour rendre cette baraque vivable, ça me rend malade ! Ce qui est assez drôle, quand on y pense, étant donné que j’ai toujours détesté cet endroit…

-Au moins, ils ne t’ont pas renvoyé à Azkaban, tenta de le consoler Harry.

-Mouais, c’est sûr, admit sombrement Sirius. Même si à leurs yeux, je serai toujours coupable. Enfin peu importe…

Il y eut un moment de silence pendant lequel Harry chercha quelque chose d’intelligent à dire, mais rien ne lui venait à l’esprit. Finalement, ce fut Sirius qui reprit la parole le premier.

-Et sinon, quoi de neuf à Poudlard ? Ombrage laisse Trelawney tranquille ?

-Je crois, oui, répondit Harry. Pourquoi est-ce que ça t’intéresse tant que ça ?

-Pour rien. Comment se passent les cours d’occlumancie ?

Harry ne répondit pas tout de suite. Malgré ses promesses répétées pour faire des efforts, il devait avouer ne pas avoir fait le moindre progrès au cours des deux semaines écoulées. Comme s’il avait lu dans ses pensées, Sirius poussa un profond soupir.

-Harry…

-Je sais ! coupa-t-il aussitôt. Mais c’était difficile de ne penser à rien pour fermer mon esprit alors que le ministère te gardait en détention.

-Mais je suis libre, maintenant, souligna Sirius. Tu n’as donc plus la moindre excuse pour ne pas te concentrer entièrement sur ton occlumancie. Je compte sur toi, Harry.

-Oui, souffla le jeune homme d’un air coupable.

-Bon, reprit Sirius. Je vais te laisser. Tiens-moi au courant, s’il se passe quelque chose de ton côté.

Et sans ajouter un mot, ni attendre de réponse, Sirius coupa la connexion. La mort dans l’âme, Harry rangea le Miroir à Double Sens dans la poche de sa robe et alla rejoindre Ron et Hermione dans la salle commune.

-Il me fait de la peine, dit Ron lorsque Harry leur re