Marius by Chiron
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

En 1928, lorsque sa famille découvrit qu'il était un cracmol, Marius Black fut banni et condamné à survivre par ses propres moyens.

Il y parvint. Il eut une vie heureuse, une famille.

En 1992, il fut forcé de se confronter à son passé, et de plonger son petit-fils dans ce monde qui l'avait maudit.

Fragment de la tapisserie de la famille Black. Accessoire du film "Harry Potter et l'Ordre du Phénix"

 

Participation au concours officiel "Souvenir d'antan" organisé par les schtroumpfettes


Categories: Epoque de Harry Characters: Autre personnage, Dennis Crivey, Famille Black, Personnage original (OC)
Genres: Famille, Missing Moments
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Souvenirs d'antan
Chapters: 2 Completed: Oui Word count: 4601 Read: 746 Published: 13/08/2019 Updated: 13/08/2019
Story Notes:

Merci aux bleues pour ce concours qui m'a donné envie de m'y remettre.

Pour le contexte, je me suis efforcé de rendre l'histoire de Marius compatible (au niveau des événements, car je n'ai pas du tout la même lecture des caractères des personnages), avec celle racontée par Ginnyw dans la magnifique fiction Le Poids du sang, que je vous invite clairement à lire.

Je voulais depuis longtemps rendre hommage à cette fiction, qui m'avait marqué, et je suis ravi d'avoir eu enfin l'occasion de le faire.

 

L'émotion choisie est : la confusion

J'ai rassemblé les contraintes sur le chapitre 2, qui s'y prêtait davantage.

 

Je vous souhaite une bonne lecture !

1. Marius by Chiron

2. Dennis by Chiron

Marius by Chiron

Il y avait des décorations de Noël sur quelques fenêtres de Ravey Street, mais elles faisaient figure d'exception. Les habitants de ce quartier populaire du sud de Londres mettaient un point d'honneur à ne pas suivre le mouvement conventionnel consistant à couvrir ses fenêtre de pochoirs blancs ou de couleurs criardes à l'approche de la fin de l'année. En revanche, les murs étaient couverts de fresques urbaines complexes, sortes d'enluminures modernes autour des pseudonyme choisis par ces artistes nouveaux. Là où, dans d'autres quartiers, les tags semblaient salir les murs, ceux de Shoreditch leur donnaient une nouvelle beauté.

 

Un taxi s'arrêta devant le numéro 15. Ronica sortit la première de la voiture, et aida Marius à s'en extirper de son mieux, une jambe après l'autre. Il était plutôt en bonne santé pour un homme de soixante-quinze ans, mais une opération du genou récente l'avait obligé à prendre une canne pour quelques semaines. Canne que sa femme, Ronica, lui tendit et qu'il accepta à contre cœur.

Levant les yeux vers l'appartement du deuxième étage, Marius constata que celui-ci non plus n'était pas paré des couleurs de Noël. Cela le surprit. Il lui avait toujours semblé que sa fille aînée et son mari aimaient cette fête enfantine.

Devant la porte, il y avait la camionnette aussi colorée que les tags des murs du quartier, que Marius appelait par dérision « le chariot de laitier » de son beau-fils. En réalité, en plus de lait frais, il vendait toutes sortes de produits locaux, principalement des fruits et légumes, et sa petite affaire tournait bien. Les citadins londoniens semblaient d'autant plus attirés par l'authenticité de la campagne qu'ils ne la voyaient plus qu'en image.

Marius laissa son épouse sonner à l'interphone. Il entendit la voix de sa fille, un long bip indiquant que la porte était déverrouillée, et ils furent dans l'ascenseur. Au premier étage, la porte était entrouverte. Ronica frappa, par politesse, avant d'entrer. L'appartement n'était pas plus décoré que les fenêtres. Il était en désordre, ce qui n'était pas inhabituel en soit, mais cette fois, il y avait de la poussière sur le sol, et une sorte d'odeur de renfermé. Ronica jeta à Marius un regard lourd de sens, auquel il répondit par un hochement de tête. Leur fille n'avait jamais été trop perturbée par les conventions, mais elle était ordinairement irréprochable sur l'hygiène. Ils étaient persuadé que quelque chose n'allait pas. Après tout, jamais ils n'avaient eu besoin d'insister pour la voir à Noël, et cette année, inexplicablement, elle avait tenté d'invoquer toutes sortes d'excuses invraisemblables pour les dissuader de venir. Marius aurait eu tendance à lui laisser de l'espace, mais Ronica ne l'avait pas entendu de cette oreille, et avait obtenu gain de cause.

– Grand-pa ! Grand-ma !

– Elinor ! Dennis !

L'aînée et le cadet de leurs petit enfants se jetèrent à leur cou, sans égard pour la jambe fragile de Marius, qui, pour une fois, ne s'en souciait pas. Il était ravi et rassuré de constater que, concernant la jeune génération au moins, il n'y avait pas de réserve à leur égard.

– Bonjour Julia, bonjour Franck.

Sa fille et son beau-fils étaient beaucoup plus réticents que leurs enfants. Mais ce qui alerta le vieil homme, c'étaient surtout les cernes de sa fille. Elle avait le visage amaigri, tiré, comme si elle avait beaucoup pleuré. Franck n'avait pas l'air heureux non plus. Marius eu l'impression qu'il avait pris du poids, ce qui n'était pas bon signe chez cet homme athlétique.

 

Ils échangèrent des banalités, et passèrent à table sans que personne ne mentionne le sujet qui était dans tous les esprits. Marius voulait l’aborder, mais ne savait pas comment. Finalement, c’est naturellement Ronica qui se lança :

– Où est Colin ?

Elinor et Dennis baissèrent les yeux. Julia rougit violemment et sembla soudain très absorbée par la carafe d’eau. C’est Franck qui finit par répondre :

– Il… il a dû rester à son école pour les vacances.

Immédiatement, Ronica prit sa fille à témoin :

– Et tu es d’accord avec ça, Julia ? Il a 11 ans, nom de Dieu. Quel genre d’école enlève un enfant de cet âge à ses parents, et ne le laisse même pas revenir chez lui à Noël ?

Plusieurs mois de rumination étaient sortis brusquement. Marius était parfaitement d’accord avec ce que disait sa femme, mais, pendant qu’il parlait, il voyait au regard perdu de Franck et aux sanglots retenus de Julia que quelque chose ne collait pas. Leur fille et son mari leur cachaient quelque chose au sujet de Colin. Impitoyable, Ronica continua :

– Quand tu m’as dit que Colin partait en pensionnat, je n’ai rien dit, parce que c’était ton fils, et que je n’avais pas à juger tes choix d’éducation, mais là, ça va trop loin. Mais franchement, je ne comprends pas d’où cela vous est venu. Franck, tu as toujours méprisés les traditions bourgeoises, et d’un coup, tu te mets à appliquer la plus inhumaine d’entre elles ? Elinor est à Alleyn’s School et elle y est parfaitement épanouie. Pourquoi Colin ne pouvait pas y aller aussi, franchement ? Ce gamin est adorable. C’est parce que c’est un garçon, c’est ça ? L’homme de la famille devait aller en pensionnat ? C’est pathétique !

– Il a été attaqué !

Ronica s’arrêta brusquement. C’était Dennis qui était intervenu, pour défendre ses parents visiblement incapables de réagir à ce torrent verbal.

– Qu’est-ce que tu veux dire par « attaqué » ? demanda Marius.

– Une créature l’a attaqué. Il est devenu tout rigide. Ils l'ont gardé pour le soigner.

Un silence suivi cette déclaration. Ronica devait se demander si on se moquait d'elle, ou, si c'était la vérité, ce qu'elle avait bien pu faire à sa fille pour que celle-ci lui cache un accident grave arrivé à son petit fils. Marius, lui, eut le sentiment que le temps s'arrêtait. Il ne connaissait qu'une explication possible aux paroles étranges de Dennis. Une explication qu'il ne voulait surtout pas entendre. Mais Franck, qui ne voulait plus de secret ni de mensonge, prit la parole.

– Nous ne vous en avons jamais parlé, parce que vous nous auriez pris pour des fous, mais il y a toujours eu des événements étranges depuis la naissance de Colin… Certains de ses jouets se transformaient. D’autres apparaissaient et disparaissaient sans explication. Cela arrive aussi à Dennis, parfois.

La main glaciale d’un passé refoulé et haï saisi la nuque de Marius en entendant cela. Il avait besoin de serrer quelque chose. Ce fut son couteau, et il se fit de profondes marques dans la main, qu'il ne sentit même pas.

– L’année dernière, nous avons reçu la visite d’une femme habillée en vert. Elle nous a dit que Colin était un sorcier, et qu’il avait inscrit à une école de sorcellerie. Colin était très excité, et… nous aussi, à vrai dire. Tout cela semblait tellement extraordinaire. Mais le mois dernier, elle est revenue. Elle nous a dit que Colin avait été attaqué par une créature dans cette école. Il n’est pas mort, mais il est toujours inconscient. Et nous ne savons pas quoi faire. Si nous portons plainte, ils nous ferons oublier jusqu’à l’existence de Colin !

La suite fut une cacophonie confuse. Ronica ne croyait pas un mot de l’histoire. Elle commença par les accuser d’être d’une crédulité pathologique, puis réfuta, avec sa rationalité implacable, chacune de leurs tentatives pour se défendre. La voix de Julia était de plus en plus aigüe. Fragilisée par des semaines de culpabilisation, elle ne supportait pas les reproches, en d’autres circonstances compréhensibles, de sa mère. Personne ne faisait attention à Marius, la main serrée sur son cœur qui battait à une vitesse impossible, les oreilles bourdonnantes et les yeux vagues. Il lui fallut plusieurs minutes pour trouver la force de murmurer :

– Leur histoire est vraie, Ronica. Et c’est de ma faute.

La dispute se tût immédiatement. Tout le monde le regarda.

– Mes parents étaient des sorciers. Mes sœurs aussi. Et mon frère. Mes oncles, mes tantes. Je suppose que mes neveux et nièces en sont aussi. Ils sont tous allés à Poudlard. C’est par moi que Colin a eu sa magie.

Les réactions à cette déclaration étaient assez partagées. Du côté des enfants, Elinor et Dennis étaient surtout soulagés de ne plus entendre leur mère et leur grand-mère se déchirer, quoique l'aînée devine que ce n'était pas pour le mieux. Ronica s'était figée comme s'il l'avait frappée. Franck semblait vouloir réagir, mais ne parvenait qu'à ouvrir la bouche et la refermer sans parvenir à en faire sortir un son. Mais derrière Ronica, Julia était en train de passer du soulagement, à l’espoir : l’espoir d’une mère qui voit enfin une sortie au tunnel de désespoir dans lequel elle était ensevelie depuis des semaines.

– Tu… tu connais des sorciers ?

– Ils m’ont chassé, Julia. Ils haïssaient tout ce qui n’est pas sorcier. Et tout ce qui n’est pas suffisamment sorcier. C'était il y a une éternité. J'étais un enfant...

– Mais tu les connais ? Je veux juste passer un message à cette femme en vert. Lui demander de voir mon fils un instant. Juste le voir, papa, ils ne nous laissent même pas faire ça !

Marius ne pouvait pas résister à l’appel informulé derrière la question de sa fille. Parce qu’elle en avait besoin, il était prêt à oublier six décennies de peur et de haine. Et c’est pour cette raison qu’il lui dit :

– Il s’est passé tellement de temps… Mon oncle Sirius avait une maison à Londres. Ses enfants y habitent peut-être toujours. Je vais aller les voir, Julia. Je vais leur demander de l’aide.

Marius prit sa canne, et s’efforça de se lever, mais son genou ne le porta pas, et il retomba dans son fauteuil. Ronica le regarda, incrédule.

– Tu veux y aller maintenant ?

– Une fin d’après-midi, c’est le meilleur moment pour être sûr de trouver quelqu’un. Et cela fait soixante ans que je ne sais plus s’ils reçoivent le jeudi soir. Je n’ai pas plus de chance d’arriver à un mauvais moment aujourd’hui que demain.

– Mais regarde-toi, tu ne peux pas y aller tout seul !

Marius ne pouvait pas vraiment la contredire. Sa jambe n'était visiblement pas d'humeur à le porter.

– Oui, il faudrait que quelqu’un m’accompagne, convint-il, mais ce n’est pas possible…

– Je t’accompagne !

Ronica, Franck et Julia avaient tous parlé en cœur. Mais Marius secoua la tête.

– Non… La maison des Black est couverte de sortilèges pour repousser les non-sorciers. Si j'amène des gens normaux chez lui… Si le chef actuel de la famille ressemble à ma grande tante Elladora, ils pourraient vous attaquer...

– Quel genre de personne ferait cela ! s’exclama Julia

– Le genre de personne capable de jeter dehors un enfant de onze ans parce qu’il n’a pas de pouvoirs magique, répondit-il, amer. Non, je me débrouillerai. J’irai seul.

Soudain, une petite voix qu’on n’avait pas entendue jusque-là dit :

– Moi, je peux t’accompagner, grand-pa.

Tous les regards se tournèrent vers Dennis, qui les soutint avec l’arrogance de l’enfance.

– Je suis un sorcier, dit-il. Comme Colin. Moi aussi je peux faire des choses extraordinaires

Marius réfléchit un instant. Sa volonté d'y aller seul était une fanfaronnade. Depuis son opération, il était incapable de lâcher sa canne. Un escalier était une épreuve insurmontable. La solution que proposait Dennis semblait idéale, que l'enfant soit vraiment un sorcier comme son frère, ou pas, d'ailleurs. Julia dut voir sa décision dans son regard, car elle protesta :

– Mais ce n’est qu’un enfant ! Et tu dis qu’ils sont dangereux !

– Mais grand-pa ne peut pas marcher tout seul, maman !

La voix de Julia se brisa. Marius la sentait déchirée en le désire de revoir Colin, et la peur de perdre aussi Dennis.

– Papa, tu me promets qu’il ne risquera rien ?

– Qu'il ne risquera rien, cela, je ne peux pas te le promettre. Mais je ne crois pas que ma famille soit tombée si bas, qu’ils en arrivent à faire du mal à un enfant.

– Ils t’ont rejeté, toi ! Et tu étais un enfant.

C’était vrai. Marius réalisa que, malgré toutes ces années, il leur cherchait encore des excuses. Pourtant, au fond de lui, il savait qu’il avait raison. Par un paradoxe qui ne peut exister qu’au sein de l’âme humaine, ses parents, impitoyables pour leur enfant qui n’était pas celui qu’ils avaient voulu, pouvaient faire preuve de compassion envers un enfant né-moldu, dont ils n’attendaient rien.

– Je te promets que je ne l’emmènerais pas si je pensais qu'il sera blessé, dit-il, et c'était suffisant.

Marius regarda son petit fils qui tentait de garder le menton haut pour être à la hauteur de la mission qu'on attendait de lui. Il s'apprêtait à partager avec lui un passé qu'il avait tenu secret pendant toute sa vie. Et il ne savait pas encore ce qu'il ressentait à propos de cela.

End Notes:

J'espère que ça vous a plu. Suite et fin au chapitre suivant.

Dennis by Chiron
Author's Notes:

 

C'est dans ce second chapitre que j'ai mis les contraintes du concours. Le mot « antan », bien sûr, et cinq mots en rapport avec le champ lexical de la confusion :

Ils ne s'attardèrent pas. Les Crivey avaient vécu trop longtemps dans le désespoir pour attendre une minute de plus que nécessaire, maintenant qu'une chance leur était donnée de revoir leur fils. Ronica conduisit son mari et son petit-fils au 12, square Grimmaurd, et aida Marius à sortir de la voiture. Une main sur sa canne, l'autre sur l'épaule de Dennis, Marius avança vers cette maison qu'il n'avait plus revu depuis cette nuit maudite, soixante-quatre ans et trois mois plus tôt, durant laquelle sa tante Elladora, parlant en tant que chef de la famille Black, l'avait banni. La bâtisse lui semblait plus petite et plus sinistre que dans son souvenir. Marius n'avait jamais vécu dans la maison familiale des Black. Son père était un fils cadet. C'était son oncle Sirius, en tant que chef de famille, qui en avait hérité. Surmontant son angoisse, il frappa à la porte. Personne ne répondit. Il frappa à nouveau, plus fort. Cette fois, un bruit de loquet se fit entendre, de l'autre côté de la porte, et il virent, à un mètre du sol, une tête ridée et blanchâtre, aux immenses yeux globuleux. Dennis sursauta en voyant cet être monstrueux, à peine aussi grand que lui. 

– Qui sont les étrangers ? croassa la chose sans les laisser entrer. Kreattur les reconnais pas.

– Kreattur ? s'étonna Marius. Tu es le fils de Teatry ?

– L’étranger connais la mère de Kreattur, mais Kreattur ne connais pas l’étranger.

– Je suis Marius Black, Kreattur. Je t’ai connu alors que tu n’étais encore qu’un bébé.

– Kreattur connaît ce nom. Cracmol. Honte de la famille. Oh, ma pauvre maîtresse avait tellement honte de cette infamie ! Tellement honte !

Marius resta un instant interdit. Dans son enfance, jamais un elfe n’aurait osé insulter publiquement un être humain. La famille Black ne manquait pourtant pas d’ennemis, à commencer par l’oncle Phineus, que ses membres méprisaient sans s’en cacher, mais leurs serviteurs n'avaient pas à exprimer d'opinions sur leurs maîtres. L’attitude anormale de Kreattur l’inquiéta. Quelque chose n’allait pas dans cette maison.

– Qui est le chef de famille, Kreattur ?

– Le cracmol parle à Kreattur. Kreattur ne sait pas quoi faire. Il pense que le cracmol devrait partir, maintenant.

– Kreattur, redit Marius, je t’ordonne de me donner le nom du chef de famille.

L’elfe lui jeta un regard assassin, mais dit :

– Sirius Black. Sirius Black est le maître.

– Encore ? Mais cela lui fait plus de cent-vingt ans ! Enfin, tant mieux pour lui. Où est-il ?

– Il n’est pas ici. La maison est vide. Il n’y a que Kreattur ici.

– Tu devrais lui demander d’aller chercher ce Sirius Black, grand-pa, suggéra Dennis.

– Non, répondit Marius, c’est un elfe, et il serait obligé de m’obéir. Où que soit l'oncle Sirius, je ne pense pas qu'il apprécie de s'en voir brutalement tiré sans prévenir. A vrai dire, c'est peut-être une chance pour nous. Kreattur, dit-il à l'elfe, est-ce que Sirius Black, ou n'importe quel autre sorcier, sera dans cette maison ce soir ?

– Il n'y a que Kreattur. Personne ne revient ici, ni ce soir, ni jamais, jamais jamais !

– Bien, dit Marius, dans ce cas, je t'ordonne de nous laisser entrer.

Avec un regard mauvais, l'elfe s'écarta pour les laisser passer. Puis, sans attendre d'autres ordres, ou peut-être au contraire parce qu'il en sentait venir, il disparut dans un craquement sonore.

– Qu'est-ce que c'était, grand-pa ? Cet... elfe ? demanda Dennis, qui n'avait pas osé montrer sa curiosité tant que Kreattur était là.

– Un elfe de maison. Nous en avions plusieurs. C'étaient nos serviteurs. Des créatures magiques très puissantes, mais celui-ci me semble... dégénéré, dit-il, faute d'un meilleur mot pour exprimer les sentiments emmêlés qu'il ressentait.

– Tu as vraiment vécu dans une maison comme celle-ci ? Avec des créatures comme ça pour te servir quand tu étais enfant ?

Dennis avait déjà oublié le dégoût que lui avait inspiré Kreattur, avec la facilité des enfants de son âge, et il essayait désormais d'imaginer son grand-père, cette figure si familière, dans cet environnement étrange et fantastique. La maison des Black, en désordre et remplie de toiles d'araignées, faisait figure de maison hantée, et Marius songea qu'aux yeux de l'enfant, elle devait parfaitement entrer dans la représentation imaginaire de la sorcellerie que pouvait lui donner la télévision.

– Grand-pa, dit Dennis, comment nous allons faire pour voir Colin si ton oncle n’est pas là ?

– Ne t’inquiète pas, il y a un autre moyen. En fait, c’est peut-être plus simple… Tu vas voir.

Passant dans l'entrée, ils passèrent devant le tableau assez laid d'une vieille femme qui se voulait probablement hautaine.

– Grand-pa, elle bouge ! s'exclama Dennis.

Le tableau le regarda d'un air dégoûté.

– Bien sûr que je bouge. Je suis un tableau, répondit-elle, sur le ton de l'évidence. Êtes-vous des amis de mon fils, demanda-t-elle ?

– Pas exactement, madame, mais...

– Très bien, très bien, coupa le tableau. Si vous le voyez, dites à ce bon à rien qu'il a parfaitement mérité d'être là où il est. Et que sa pauvre mère pleure encore la honte et le déshonneur qu'il a apporté sur notre pauvre famille.

– Je le lui dirai, madame, répondit poliment Marius, mal à l'aise, avant de conduire Dennis, aussi rapidement que sa jambe l'autorisait.

Ils arrivèrent dans la pièce de séjour. Les meubles étaient les mêmes que dans son enfance, et Marius fut soudain submergé par les souvenirs d'antan. Les souvenir d'une époque joyeuse de sa vie.

Il avait joué avec sa sœur Cassy sous cette grande table de chêne. Quand il avait appris à sa cousine Charis à voler des biscuits aux elfes dans la cuisine, c'était devant cette porte que son oncle Arcturus les avaient surpris. Il avait été obligé de faire semblant de les gronder pour donner le change à la vieille Elladora, mais Marius savait qu'en secret, il riait autant qu'eux. Et il se souvenait encore de la fois ou, portant pour la première fois son petit cousin Orion, il avait glissé dans l'escalier. N'osant lâcher le bébé, ses fesses avaient rebondi sur chacune des marches, jusqu'en bas. Il n'avait plus pu s’asseoir pendant un mois après cela. Et puis toute cette joie avait disparu, d'un coup, le jour où...

– Grand-pa, qu'est-ce que c'est ?

Dennis avait continué son exploration des lieux et se trouvait face à ce qui semblait être une immense tapisserie dont les personnages, perchés au bout des branches, semblaient s'ennuyer. Cet ornement n'était pas là lorsque Marius était enfant, et il dû le regarder quelques minutes avant de le reconnaître:

– C'est l'arbre généalogique de la famille ! s'exclama-t-il. Tu vois ici, c'est mon frère aîné, Pollux. Il regarda plus détail, et vit les deux dates sous le portrait. Il est mort, nota-t-il. Mon frère est mort il y a deux ans, et je n'en savais rien. Ma petite sœur Dorea aussi est morte. Et... et...

Son doigt parcourait la tapisserie, sur tous les noms de ses cousins et neveux décédés. Certains qu'il avait connus. D'autres tellement plus jeunes que lui qu'il ne les avaient pas connus.

– L'oncle Sirius n'a pas vévu cent-vingt ans, finalement, observa-t-il. Kreattur devait parler d'un autre Sirius. Mais ils sont tous... Mon Dieu, murmura-t-il, qu'est-il arrivé à cette famille ?

Dennis lui aussi, parcourait la tapisserie, et sa recherche était bien plus précise :

– Et toi, grand-pa, tu es où ?

Marius chercha son nom à côté de celui de Pollux, mais ne vit qu'une tâche noire.

– Je suis sensé être là, mais quelqu'un m'en effacé, dit-il, surpris. C'est bizarre. Pourquoi faire ça ?

– C'est peut-être parce que tu n'a pas de pouvoirs magiques, proposa Dennis.

– Sûrement, dit Marius, mais cette tapisserie était inestimable. Jamais tante Elladora n'aurais permis...

– Tu n'es pas le seul, fit remarquer Dennis, en montrant d'autres trous noirs un peu partout sur la tapisserie.

Il parcourait la droite de la tapisserie, là où se trouvaient les plus jeunes membres de la famille.

– Je ne vois pas de Sirius Black de ce coté, dit-il.

Marius parcouru la branche aînée, depuis Phineas jusqu'à Orion pour trouver l'héritier légitime des lieux, et pointa une autre tâche noire.

– Il était probablement là. Et la charmante femme de l'entrée devait être sa mère Walpurga. C'est probablement elle qui eu l'idée de « nettoyer » la famille des membres qui ne lui convenaient pas.

Il s'arracha de cette contemplation macabre.

– Suit-moi, Dennis, dit Marius, nous devons trouver un moyen de voir ton frère.

Marius conduisit Dennis jusqu’à une pièce encombrée qui avait dû servir de bureau jadis, et dans laquelle se trouvait ce que cherchait le vieil homme : une immense cheminée.

– Il faut que tu m’aide à chercher, Dennis. Je cherche une poudre verte. En générale, elle est dans une jarre, ou une boite, proche de la cheminée, mais étant donné le désordre, elle peut être n’importe où.

Ils fouillèrent ensemble la pièce. Marius ne commentait pas tout ce qu’il voyait, mais il tombait régulièrement sur des objets ou des liasses de papier lui confirmant que la dernière représentante de la famille Black, autrefois noble, avait profondément sombré dans les attraits de la magie noire. Après une bonne heure de fouille, la poudre de cheminette ne semblait nulle part.

– Nous devrions demander de l’aide à l’elfe, grand-pa, proposa Dennis. Il sait peut-être où elle est.

Marius réfléchit. Quelque chose chez Kreattur lui inspirait la méfiance, mais Dennis n’avait pas tort : il n’avait pas le choix. Il était sur le point d’appeler le serviteur lorsque…

– Que faites-vous, intrus, dans la maison de la noble famille des Black ?

La voix acide les fit sursauter tous les deux. Ils cherchèrent qui venait de les surprendre en train de fouiller dans les affaires de la famille sorcière, mais il n’y avait personne dans l’encadrement de la porte.

– Je vous ai posé une question : que faites-vous ici ?

S’appuyant fermement sur sa canne, Marius s’apprêtait à aller voir dans la pièce de séjour, mais Dennis pointa le mur du doigt :

– Grand-pa, le tableau !

Le regard de Marius suivit la direction indiquée par son petit-fils

La voix venait d'un portrait sur le mur. Un portrait que Marius reconnut immédiatement. Il avait connu l'homme dépeint, et il l'avait vu poser des heures durant pendant de l'artiste imprégnait sa toile de peinture et de magie.

– Grand-père ! s'exclama-t-il

– Grand-père ? s'étonna la toile. Plus personne ne m'a appelé grand-père depuis des années  Des décennies, même.

– C'est moi ! Marius !

Une expression étrange passa dans les yeux de la peinture. Marius se souvenait de ce vieux sorcier, sarcastique et même cruel à l'égard de tous, mais qui devenait pratiquement gâteux devant ses petis enfants. Marius pouvait le convaincre de lui donner n'importe quelle friandise, et Cassy était le seul être humain au monde autorisé à lui tirer la barbe. Cependant, une ombre entachait ce souvenir d'enfance. Lorsque Armando Dippet révéla à la famille Black que le jeune Marius n'était pas un sorcier, ses oncles avaient soupçonné que le patriarche, Phineas Nigellus, devait le savoir depuis le début, puisqu'il connaissait les élèves inscrits dans l'école. Pourtant, il n'avait rien dit, et Marius avait passé de longs mois à se demander pourquoi. Était-ce pour le protéger son petit-fils, pour que la famille ne le renie pas avant qu'il ne soit en âge de pouvoir se débrouiller? Mais dans ce cas, pensait-il vraiment qu'à onze ans, Marius serait capable de s'en sortir seul ? Adulte, il avait compris que Phinas était surtout un lâche, qui avait fui ses responsabilités à l'égard de son descendant, mais en voyant son image face à lui, toutes les incertitudes de son adolescence lui revenaient en bloc. Phineas, lui avait pris le visage arrogant qui constituait son masque le plus courant :

– Tu n'as rien à faire dans cette maison, Marius. Tu n'es plus à ta place ici.

– Mais nous devions venir, s'écria Dennis qui s'adapta incroyablement vite aux étrangeté du monde sorcier et ne voyait plus de problème à débattre avec un tableau. Mon frère Colin a été attaqué, et c'est votre descendant aussi, et ma mère voudrait juste le voir, juste un instant, et nous ne trouvons pas la poudre de cheminée !

– Cheminette, jeune moldu ignorant, le terme est cheminette, répliqua Phineas.

– Peu importe ! cria Dennis. Est-ce que vous pouvez nous aider ou pas ?

– Vous devriez baisser d'un ton, jeune impertinent. Tututut ! coupa-t-il avant que Dennis ne dise autre chose. Vous me dites que mon arrière-arrière-petit fils, moldu, a été attaqué, c'est bien cela ?

– Oui !

– Et vous ne pouvez pas aller le voir ? Où est-il donc ?

– A Poudlard, dans l'école de magie.

– A Poudlard ? C'est donc un sorcier ?

– Oui, et moi aussi !

– C'est extraordinaire, dit Phineas, la puissance du sang des Black qui reparaît après des générations. Bien sûr, en tant que sang de bourbes, vous n'êtes pas vraiment des héritiers valables de cette noble lignée, mais tout de même... Vous avez raison, jeune homme, je me dois d'aider mes descendants, fussent-ils de branches douteuses. Il n'y a plus de poudre de cheminette ici depuis des années, mais je vais aller chercher le directeur de Poudlard. Il n'a pas à tenir ma descendance loin de sa famille à Noël, il va m'entendre !

Et, tournant les talons, il disparut du cadre.

– Où est-il allé ? s'étonna Dennis.

– A Poudlard, je suppose, répondit Marius. Vient Dennis, je crois que nous pouvons avertir tes parents que leur message a été transmis.

Il posa la main sur l'épaule de son petit fils pour se remettre en marche vers la sortie de cette maison étrange. Le vieil homme, né dans un famille de sorciers, né dans une famille où régnait la magie, et qui n'était qu'un être ordinaire, s'appuya sur l'enfant, né dans une famille ordinaire, et qui venait de prouver qu'il méritait sa place dans le monde magique.

 

 

La suite de l'histoire aurait pu aller être celle d'un conte de Noël. Le vieil Albus Dumbledore aurait pu être touché par la détresse de Julia et de Franck, et permettre à la famille Crivey de passer les fêtes au chevet de leur fils dans un château d'Écosse. En réalité, l'unique préoccupation du directeur de Poudlard à ce moment était de découvrir comment le seigneur des ténèbres avait ouvert la Chambre des Secrets, et il n'accorda guère d'attention à cette demande. Il se contenta d'expliquer à Phineas Nigellus que les sortilèges anti-moldu de Poudlard ne pouvaient pas être levés, et d'écrire un courrier très compatissant, certes, mais bien insuffisant pour des parents sans nouvelle de leur enfant.

 

En revanche, jamais Dennis n'oublia cette première découverte de ses origines et du monde magique dans lequel il entra l'année suivante. Et ce fut le début d'une autre histoire.

End Notes:

Merci de votre lecture, et j'espère que cela vous a plu !

Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=37004