Manipulatrice, 1ère classe ! by SumiShann
Summary:

Depuis ses plus jeunes années, Sélim ne se rappelle pas avoir été sincère. Tout, de ses centres intérêts à sa façon de parler, est calculé afin qu'elle s'attire les faveurs du plus grand nombre. Et surtout celles du jeune James Potter qui lui apportera gloire et fortune.

Mais le jeu prend une tournure inattendu lorsqu'elle s'attire les soupçons d'un camarade de classe un peu trop fouineur, et qu'un groupe de sorciers malfaisants semblent s'intéresser d'un peu trop près au premier fils Potter.

Pour s'en sortir, Sélim devra chercher plus loin qu'elle ne l'aimerait.


Categories: Romance (Het), Durant Poudlard, "19 ans plus tard" Characters: Personnage original (OC)
Genres: Aventure/Action
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 6 Completed: Non Word count: 17741 Read: 1673 Published: 23/12/2019 Updated: 11/07/2022

1. Prologue by SumiShann

2. Vie de rêve, me voilà by SumiShann

3. Vie de rêve, reviens ici by SumiShann

4. J'ai dit "vie de rêve", bordel de merde by SumiShann

5. Yo, pourquoi tu dors pas ? by SumiShann

6. Terms and Conditions by SumiShann

Prologue by SumiShann
Author's Notes:

Bonjour, bonsoir

Voici ma première fic sérieuse sur ce site, et j'espère qu'elle vous plaira. Bien que cela fasse un an que je l'ai en tête, je n'ai écrit que trois chapitres (si l'on compte le prologue) et je n'avance pas très vite. J'espère malgré tout que vos commentaires (hé hé) m'encourageront tout du long et que je pourrai vous fournir un contenu qui vous plaira à chaque chapitre.

Sélim est un personnage qui me tient énormement à coeur par bien des aspects, mais j'ai hâte de savoir vos impressions !

Bonne lecture

Moi, Sélim Temple, j'ai toujours suivi les autres. C'est ça, je suis une suiveuse. Ou un mouton, si vous préférez. J'ai suivi ma mère lorsqu'elle a quitté mon père quand j'avais quatre ans. Juste après a commencé un défilé de « beaux-pères » plus ou moins riches, plus ou moins beaux, plus ou moins vieux. J'ai joué la belle-fille parfaite, ne créant aucun scandale, souriant aux blagues sexistes, ne rapportant aucune mauvaise note, rendant service. Et quand un vase se brisait comme par magie, je pleurais et jouais la comédie de l'enfant fragile. De cette manière, je m'attirais toujours plein de faveurs et de cadeaux de la part de mes beaux-papas.


J'ai pris exemple sur ma sublime, séductrice et aguicheuse maman, apprenant tout ce dont j'aurais besoin pour plus tard dans la vie. À neuf ans, j'ai reçu mon premier baiser de la part de mon premier « petit ami ». Il m'offrait des roses, c'était adorable. Je l'ai largué au bout de deux semaines, et j'ai enchaîné.


Ce n'est pas tout. J'ai aussi suivi mes « copines ». Au début c'était dur, car je ne comprenais pas vraiment la différence entre le vernis « rose pétant » et le « rose flashy ». Alors j'ai écouté. J'ai écouté, j'ai appris, j'ai appliqué. Je me suis mise à demander de l'argent, à me maquiller, à me renseigner sur la mode. Elles proposaient une sortie shopping avec leurs parents friqués ? OK. Elles décidaient de mener la vie dure à la petite Déborah couverte de boutons ? Très bien. Je désirais exclure Mary de notre cercle très privé, car elle avait adressé la parole à cette « salope » de Léa ? Parfait.


Et oui. Comme vous pouvez le voir, je ne suis pas n'importe quel type de suiveuse. Je suis au départ une inconnue, une étrangère, et en quelques mois je suis celle autour de qui tout le monde tourne.


À l'école, j'ai suivi les meilleurs. J'ai analysé leurs techniques de travail, les résultats qu'ils obtenaient et là encore, j'ai appliqué. Pas trop non plus, pour ne pas passer pour une intello et être rejetée par mes « amies ». Je laissais même la populaire Sarah m'aider dans une matière où je comprenais deux fois plus vite qu'elle. Et quand elle s'est retrouvée couverte d'excréments après m'avoir prise pour une débile une fois de trop, eh bien... c'est arrivé comme par magie, je vous dis.


J'avais depuis longtemps remarqué ce qui m'arrivait. Des petites choses étranges avaient lieu ici et là, principalement lorsque j'étais en colère ou bouleversée. Ma chère maman ne s'était jamais douté de rien et avait toujours mis ça sur le compte de mes petits caprices pour obtenir de l'attention, que je ne réservais qu'à elle. Aussi ai-je bien rigolé en voyant la tête de ma mère lorsqu'elle a lu la lettre de Poudlard pour la première fois. Malgré notre « complicité » apparente, cela me fit hurler de rire de la voir aussi stupéfaite, ébahie par quelque chose qui lui pendait au nez mais dont elle était trop obtuse pour ne pas avoir daigné y prêter attention. Bien sûr, quand j'ai reçu la lettre, j'avoue avoir été surprise également. Mais quelque part, je l'avais pressenti. Je l'avais toujours su : j'étais différente. Spéciale.


Le reste de l'année qui suivit, je me renseignai par tous les moyens possibles sur cette drôle d'école et ce tout nouveau monde rempli de sorciers, avec des us et coutumes que je ne connaissais pas. Je m'informai sur la mode, bien évidemment, mais aussi sur les objets du quotidien pour ne pas paraître ignorante si je venais à rencontrer un né-sorcier. En tant que née-moldue, j'avais des lacunes auxquelles je me fis un plaisir de remédier. Monnaie, espèces, histoire, célébrités, gouvernement. Cela devint un devoir pour moi d'en connaître au moins les grandes lignes.


On m'expliqua par la même occasion le fonctionnement de Poudlard, le système des maisons et pour moi ce fut comme une évidence. Je savais où j'allais aller, et je savais ce que j'allais faire. Là-bas, je trouverai du challenge. Là-bas, ces longues journées mornes deviendraient enfin intéressantes.


Avec ma mère, nous partîmes acheter mes fournitures une semaine avant le début des cours. Je choisis une belle chouette blanche afin d'être sûre de recevoir la Gazette du Sorcier tous les jours, journal auquel je m'abonnai avec plaisir, ainsi qu'un torchon qui semblait être tourné vers les gossips et autres. Évidemment, être au courant des derniers potins était essentiel. Je repérai au passage deux petites filles de mon âge, gloussant dans leur coin et secouant délicatement leurs boucles faites le matin même.


Sans hésiter, je choisis les accessoires les plus récents, et quand ma mère refusait devant le prix, je hurlais, crachais et la menaçais de dévoiler tous ses amants à mon beau-père actuel. Heureusement pour moi, elle ne pouvait pas se permettre de perdre un aussi bon parti. Le gars était atteint d'un cancer en phase terminale, ç'aurait été trop bête.


Elle céda devant mon sourire réjoui et lorsque j'arrivai sur le quai 93/4 le 1er septembre, ce fut d'un pas conquérant que je m'avançai parmi les élèves, vêtue des derniers vêtements moldus à la mode, une tenue chic, mais sobre. Car avant tout je restais une née-moldue, et les sorciers devaient le voir. Leur donner l'occasion de me juger, de me sous-estimer dès le début ne me permettrait que de mieux prendre le contrôle par la suite.


Et c'est là que je le vis. Il était sur le quai, entouré de ses parents, son frère et sa sœur, et d'une dizaine d'autres personnes qui semblaient faire également partie de sa famille. À la façon dont les passants les dévisageaient d'un air respectueux (et à la multitude de têtes rousses qui les encerclait, faut pas se mentir), je sus que j'avais trouvé la perle rare. Il me suffit d'examiner le visage du père pour confirmer ma déduction. Le fils de Harry Potter, le Survivant !


Sans perdre une seconde, ou même douter ne serait-ce qu'un instant, je m'avançai vers lui et au dernier moment, je fis comme si je ne l'avais pas vu et le renversai. Je m'empressai de m'excuser d'un ton doux auquel je donnai quelques trémolos et comme je m'y attendais, il me tendit sa main pour me relever. Je croisai son regard chocolaté, rougit brusquement (un exercice qui m'avait valu de longues heures d'entraînement) et acceptai sa main en détournant timidement la tête. Je le remerciai dans un murmure et déguerpis sans plus attendre.


Et cela ne manqua pas. Le soir même, alors que nous attendions pour entrer dans la Grande Salle, il me demanda comment je m'appelais. « Et toi ? » demandai-je d'une petite voix. Comme si je ne le savais pas. Enfin, il était vrai que je ne connaissais pas son prénom, mais je savais parfaitement qui il était. Quand il me répondit et qu'il constata l'absence totale d'émerveillement que j'aurais dû lui manifester, il parut encore plus heureux. Pauvre enfant piégé dans l'ombre de son papa...


Durant la répartition, je me plaçai près de mes nouvelles « amies », les deux pouffiasses du Chemin de Traverse. Tout se passait à merveille, comme je l'avais prévu.


À un détail près. Un gros détail. Effectivement, à mon plus grand choc, le Choixpeau hésita longtemps. Tellement longtemps que j'ai cru qu'il ne choisirait jamais. Et aujourd'hui encore, je me demande comment j'ai fini à Gryffondor plutôt que Serpentard. Moi, une âme de stupide Bouffon d'Or ? Merlin doit se foutre de moi.


Cependant, même si je fus plus qu'ébahie par le choix du chapeau, cela fut d'autant plus facile pour moi de me rapprocher de James Potter. Je me mis à sortir avec des dizaines de garçons de maisons différentes malgré mon manque total d'intérêt pour eux, m'assurant toujours de ne pas rester plus de deux mois avec l'un d'eux et de surtout, surtout, toujours me comporter différemment aux côtés du beau et attirant James Potter. Les joues qui rougissent, le regard fuyant, le bégaiement. Et le plus amusant dans tout ça, c'est que James avait le même comportement. Les filles, la durée des relations, et sa timidité autour de moi. À la différence que j'étais sûre que lui ne jouait pas la comédie. Pas trop le genre des Potter, vous voyez ?


Pendant cinq ans, j'ai bataillé dur comme fer pour obtenir ce que je voulais, pour avoir enfin la chance et l'honneur d'être LA petite amie du mec réputé inatteignable. Oui, on pouvait toucher James Potter, mais on ne l'atteignait vraiment jamais. Ou du moins, cet état de fait avait lieu jusqu'à moi.


Car enfin, mon désir s'est réalisé. Pendant les vacances, James s'est décidé à me demander si je voulais sortir avec lui. Il a hésité, rougi, pris du temps comme si c'était la première fois qu'il demandait cela à une fille. Mais il a finalement posé la question. Alors dès aujourd'hui commence ma nouvelle vie en tant que petite amie tant attendue de l'apprécié James Potter. Et vous savez ce que j'ai pensé ? La seule chose qui m'a traversé l'esprit quand je l'ai embrassé en face de tout le monde sur le quai 93/4 ?


 


C'était trop facile.

End Notes:

Voilà, j'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me faire part de vos impressions :)

Vie de rêve, me voilà by SumiShann
Author's Notes:

Ca fait 2 fois que le site me dit "vous n'avez pas le droit à cette fonction" quand je clique sur "ajouter l'histoire", j'espère que cette fois-ci ça va passer...

Chapitre 1

 

— Sélim ? Sélim, réveille-toi, t’as encore oublié de mettre ton alarme !

Quelqu’un n’arrête pas de me secouer depuis dix minutes, et je m’évertue à me cacher sous ma couette. Pas envie. Les vacances sont passées beaucoup trop vite, je n’ai pas encore eu le temps de dormir ! Du moins, pas assez pour affronter la 6e année à Poudlard. On vient d’avoir nos BUSEs, quoi ! Laissez-nous un peu de temps.

— Laisse tomber. Chaque année c’est la même chose. Elle se lèvera une fois qu’elle sera en retard.

C’est cela. Abandonnez-moi à mon sort. Et avec un peu de chance, peut-être que je resterai dans mon lit toute la journée. Alice Londubat soupire une dernière fois puis se résigne à suivre sa camarade. J’attends que le bruit de leurs pas s’estompe dans l’escalier avant de laisser réapparaître le bout de mon nez. Faut quand même que je pense à respirer, ça m’évitera une mort stupide à seize ans. J’ai retenu lors de ma 3e année que s’endormir sous les couettes des lits de Poudlard était hautement dangereux. Faut toujours laisser poindre sa tête, autrement on n’est jamais sûr de retrouver la sortie.

Je me réinstalle confortablement et tente de grappiller quelques minutes de sommeil. Ou du moins, j’espérais : c’est sans compter sur l’autre bisounours qui me sert au passage de camarade de dortoir.

— Sélim ? murmure une petite voix tandis qu’une main toute aussi petite me secoue doucement le bras. Tu ne veux pas voir James ? Tu es sa petite amie maintenant, tu as oublié ?

— C’est vrai ! m’exclamé-je en me redressant d’un coup.

Mauvaise idée. Je heurte violemment le front de Lucy Weasley, et ma tête suit le chemin inverse d’il y a deux secondes pour venir se renfoncer dans mon oreiller. Ouch.

— Désolée, oh par Merlin, je suis tellement…

— Désolée, oui je sais, je soupire.

J’ouvre un œil. Lucy Weasley me regarde avec des larmes aux coins des yeux alors qu’une légère rougeur commence à apparaître sur son front. Une rougeur et c’est tout.

— J’y crois pas ! Tu ne vas même pas avoir de bosse !

La vie est injuste.

— Je suis désolée…

— J’ai compris, Weasley, ça ne sert à rien de te répéter…

Je me tapote le front avec circonspection redoutant plus que tout… la voilà ! Une belle bosse bien bleue. Oui, j’aime bien faire dans les allitérations.

-… et ça n’effacera surtout pas cette bosse qui me défigure, je finis dans une exclamation catastrophée.

À présent, Lucy est rouge comme une tomate. Elle renifle et remonte ses grandes lunettes rectangulaires pour se donner contenance. Je vois bien qu’elle se retient de pleurer uniquement parce qu’elle a conscience que je déteste ça. C’est bien la seule qui s’en soit rendu compte d’ailleurs. Les autres ne se gênent pas pour se servir de moi comme d’un mouchoir.

— Attends une minute, je crois que j’ai quelque chose pour régler ça, s’empresse-t-elle de préciser, ses petits pas effleurant à peine le plancher tandis qu’elle s’en va fouiller dans sa valise.

Ses cheveux roux de trois kilomètres de long ne cesse de retomber devant ses yeux, tel un rideau de feu. Habituellement, elle les tresse en une longue natte qui lui arrive jusqu’en bas de l’abdomen, mais bon. Je suppose que la rentrée surprend tout le monde, même la petite intello de la classe.

Lucy n’élève jamais la voix, fait toujours ses devoirs en avance, lève constamment la main en cours. Moi, tout comme le reste des Gryffondor, nous demandons encore pourquoi elle a atterri dans la maison du courage. La rousse semble terrorisée à chaque fois qu’elle reçoit une remarque, positive ou négative. Elle aurait clairement été mieux ailleurs, la pauvre ! Après tout, bien que ce soit une Weasley, il n’y a aucun mal à entrer à Poufsouffle puisqu’elle a même un cousin à Serpentard ! ‘Me demande encore comment Albus a fait, d’ailleurs…

Elle revient vers moi, un petit pot en main, et commence à en étaler la crème sur ma bosse. Non mais, elle se prend pour ma mère ou quoi ? Agacée, je repousse ses doigts d’un geste brusque.

— Donne, fais-je en tentant de mesurer ma voix.

Après tout, on me connaissait comme un peu directe, mais pas méchante. Pour cette unique raison, je n’allais donc pas lui arracher le pot des mains. Calme.

Elle s’excuse, me tend le pot, s’excuse encore puis se met enfin à faire sa natte.

Sans lui prêter plus d’attention, je me précipite dans la salle de bain avec mon uniforme et ma trousse à maquillage, tandis que le miroir me lance un « Hello ! » joyeux. Je lui réponds en essayant de paraître de bonne humeur, mais ce que je vois dans le reflet ne plaît que moyennement.

De longs cheveux ondulés d’un brun presque noir encadrent un visage aux traits asiatiques. Heureusement, j’ai hérité de la beauté de ma mère et bien que ma peau ne soit pas de la même couleur caramélisée, mon teint est encore loin d’être blanc comme un cul, à l’image de mon père. En revanche, à l’instar de ma génitrice j’ai de jolis yeux en amande bordés de long cils qui me font économiser du mascara, ainsi que des pommettes hautes soulignées par des joues légèrement arrondies comme il faut.

Je prends une douche rapide, pose quelques gouttes de parfum sur ma gorge, là où je sais que James m’embrassera sûrement, rehausse mes lèvres avec un rose innocent et redéfinis mes sourcils en un éclair. Malheureusement, en guise de frange, ce ne sont que deux mèches de cheveux parfaitement sélectionnés et lissés qui se placent de chaque côté de mon visage et je suis obligée d’utiliser de la poudre pour cacher l’hématome sur mon front, après l’avoir tartiné de crème.

Une queue de cheval sur le haut de ma tête et hop ! Je suis parfaite.

— Parfaite ! confirme le miroir en écho.

.

o0o0o0o

.

Je suis plantée à l’entrée de la Grande Salle, confrontée à une décision extrêmement compliquée et déterminante pour mon futur. Devrais-je aller m’asseoir avec mes amies de Poufsouffle, ou serait-il préférable de rejoindre James ? Pour mes conquêtes précédentes, je n’y allais pas par quatre chemins et me posais directement sur les cuisses de l’amoureux du moment. Ou l’amoureuse. Contrairement à ma mère, je n’ai jamais été très regardante de ce côté-là.

Je suis sortie avec toutes sortes de personnes et je sais que pratiquement chacun d’entre eux a apprécié cette approche. Cependant… James n’est pas n’importe qui. Et ça, il faut qu’il le ressente, qu’il le voit, qu’il le constate.

Très bien ! Mon choix est fait. Je m’avance alors dans la Grande Salle, la tête légèrement baissée en signe de timidité mais avec un adorable sourire sur les lèvres, comme ce couple de Serdaigle qui sourit stupidement à chaque fois qu’ils s’aperçoivent. Oui, ils doivent croire que je suis amoureuse.

Je sais que les têtes se tournent vers moi aussitôt que je pose un pied sur les marches, j’entends les gens se donner des coups de coudes tandis que des murmures s’élèvent. Avec un coup d’œil en direction de la table des Gryffondor, je me pince la lèvre d’un air hésitant avant de finalement me diriger vers les Poufsouffle.

— Hey ! Comment ça va ? m’accueille Mary Sparklemoon avec un grand sourire.

Ça se voit rien qu’à sa tête qu’elle n’en a rien à foutre de ma santé. Son seul intérêt est de savoir comment j’ai enfin réussi à sortir avec James, après cinq ans d’essais « infructueux ». Bouffeuse de potins, va. Autour d’elle, Lenny Marbelade, Makayla Simons et Olivia Cortez me regardent avec le même éclat dans les yeux. À croire qu’elles n’ont vécu que pour ce jour.

Et ce qui m’amuse, plus que leur air intéressé, c’est le fait qu’à ce moment précis j’ai du pouvoir sur elles. Bien sûr, j’ai en réalité bien plus de pouvoir qu’elles ne le croient, et cette pensée m’amuse encore plus. Je décide de les faire mariner encore un peu, prenant tout mon temps pour poser mes fesses délicates sur le banc, choisir quelques fruits et servir mon thé.

Je déteste le thé, mais ça donne une image plus mature que le chocolat chaud. Pareil pour les fruits. Chaque jour, les céréales, les croissants, les pains au chocolat me font de l’œil. Je me dois de limiter ces écarts à une fois par mois, quand je suis sûre que personne ne m’observe.

— Alors, alors ? me presse Olivia avec son agaçant accent espagnol.

— Alors…

Je marque une pause.

— Je vais très bien, merci. Et vous ?

Elles soupirent toutes, l’air désabusées. Lenny me lance même un regard de pitié. Est-ce que j’aime jouer les idiotes ? Oh oui, énormément !

— On parlait de Potter, grince-t-elle.

— Oh, je soupire en faisant une moue, faussement déçue qu’elles ne s’inquiètent pas de ma santé.

Puis je retrouve le sourire qu’il se doit quand j’aborde le sujet de mon petit ami :

— C’est incroyable ! J’ai cru que ce jour n’allait jamais arriver !

Mais bien sûr.

— Nous non plus ! rigole Makayla.

Toi, bouffe ton chignon. Cependant, je ris avec elle pour noyer mes pulsions meurtrières.

— Il était teeeellement timide, ajoute Mary de sa voix aiguë insupportable.

— Et toi alors ! s’amusa Olivia. Tu étais teeeellement gauche !

Si vous saviez à quel point j’ai teeeellement envie de vous étrangler. Mais bon, ce n’est pas comme si je m’attendais à ce qu’elles comprennent mon manège.

Je finis tranquillement de petit-déjeuner avec leurs babillages en bruit de fond, puis attrape mon sac quand je vois James sortir de la Grande Salle.

— Désolée, fais-je en leur offrant un sourire contrit.

— C’est ça, amuse-toi bien ! me répondent-elles en gloussant.

Vous ne savez pas à quel point ! Je me précipite dans le Hall après avoir attrapé mon emploi du temps auprès d’Isaac Finch-Fletchley, le préfet des Gryffondor.

— James ! je l’appelle.

Cependant, il n’y a personne dans le Hall quand je franchis les portes. Allons bon, je l’aurais raté ? Non, il ne marchait pas assez vite. Dans ce cas… Je me force à sursauter quand deux mains se posent sur mes yeux.

— Qui est-ce ? demande une voix exagérément grave.

— James, stop ! je ris.

Il retire ses mains puis me regarde dans les yeux après m’avoir volé un baiser. Je finis par rougir et détourne le regard.

— Pourquoi tu ne t’es pas assise avec moi au petit-déjeuner ? demande-t-il.

Son ton n’a rien d’un reproche, au contraire. Il laisse seulement transparaître une sincère curiosité.

— Eh bien, j’explique en gardant mon regard rivé sur mes mains, j’ai pensé que tu ne voulais peut-être pas qu’on aille trop vite, ou que tu pouvais préférer conserver ce moment-là pour être avec tes amis.

Il me relève doucement le menton avant de me voler un autre baiser. Il semble heureux de ma réponse.

— Ce midi, on mange ensemble, d’accord ?

J’acquiesce d’un signe de tête, puis désigne le couloir qui mène aux cachots.

— On fait le chemin ensemble ?

Avec un grand sourire enfantin, il me prend la main et engage la conversation.

.

o0o0o0o

.

— On se voit ce soir, Lim ? Au même endroit que d’habitude, OK ?

J’acquiesce avec un sourire ravi d’amoureuse décérébrée, puis lui arrache un long, langoureux baiser. Je sens sa langue glisser contre la mienne. James embrasse vraiment bien, c’est l’une des premières choses que j’ai remarqué quand j’ai commencé à sortir avec lui, il y a un mois et demi.

— Je prends ça comme un oui, souffle-t-il quand on se sépare.

Il me fait un petit signe de la main en s’éloignant, en route pour son cours sur l’étude des Moldus. Et, forcément, je lui réponds en agitant le bras d’un air stupide.

Je soupire tandis que sa silhouette disparaît à l’angle du couloir. De soulagement. James s’avère dix fois plus collant que je ne l’avais imaginé ! Toujours à me demander ce que je fais, à vouloir m’accompagner partout, à me voler des baisers. La semaine dernière, il a même failli me suivre dans les toilettes !

Ce n’était pas prévu, parce que James ne se comportait pas ainsi avec ses précédentes copines, mais je vais devoir lui expliquer que j’ai besoin d’un peu de liberté. Avec toutes ses conneries, je n’ai même pas pu m’entraîner dans la Salle-sur-Demande, dernièrement. J’ai l’habitude de pratiquer magie noire (rien de trop sombre ou de trop illégal, faut pas croire) et arts martiaux pour ma propre défense, et à présent mon corps vibre de toute l’énergie qu’il ne demande qu’à dépenser, me rendant fébrile et irritable.

Je m’étire comme un chat, les épaules raides à force de jouer la comédie plus que d’accoutumée, et m’apprête à faire demi tour pour rejoindre mon cours de divination lorsque je croise les yeux insistants d’un élève aux cheveux bleu ciel et bardé de piercings.

Aussitôt, un sourire sympathique se plaque à nouveau sur mes lèvres malgré le frisson qui me traverse la colonne vertébrale.

— Shacklebolt ! Que fais-tu ici ?

Il ne répond pas tout de suite, se contentant de me fixer en silence. Quoi ? M’a-t-il vu soupirer ?

— J’allais en divination, déclare-t-il finalement.

— Oh ! C’est vrai, j’oublie sans cesse que tu as continué cette matière, j’explique avec un air désolé.

Faut dire qu’il est tellement transparent ! Alors que je passe devant lui, je sens son regard bleu marine me transpercer de part en part. C’est plus fort que moi, ce gars m’a toujours foutu les jetons ! Pourtant, tout Poudlard s’accorde pour dire que c’est un camarade sociable et agréable, toujours à l’écoute.

Je suppose que c’est cela qui me pose problème : ce mec apparaît n’importe où sans qu’on s’y attende, se cachant parmi les ombres et laissant traîner ses oreilles un peu partout. Je dois continuellement me méfier de lui, des fois qu’il surgirait au moment où j’agis de manière naturelle. Ça n’arrive pas souvent parce que je libère généralement la tension en allant hurler tout en haut de la tour d’astronomie (oui, c’est parfaitement sain, un problème ?), mais il m’arrive parfois de me détendre un peu plus que je ne devrais dans des endroits trop fréquentés. Une pensée surgit brusquement dans mon esprit : et si ce n’était pas la première fois qu’il me surprenait ainsi ? J’en ai des sueurs froides.

— Tout va bien ? s’enquiert-il en voyant mon teint pâle.

Bordel, je n’avais même pas remarqué qu’il m’avait suivi ! Je sursaute (un vrai sursaut, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé !) puis étire mes lèvres en un maigre sourire :

— Je crois que j’ai un peu mal à la tête. Je vais aller faire une sieste dès que les cours seront terminés.

Je continue d’arborer mon plus beau masque de « souffrante de blessure interne légère » no3 jusqu’à notre arrivée dans la salle de divination, envahie par de lourdes senteurs d’encens. Wouah, elle a mis la dose aujourd’hui ! Mon nez se plisse vivement, et je n’ai aucune peine à aggraver ma mine mal en point tant les odeurs me donnent réellement envie de vomir.

Je me choisis une place tout au fond de la salle près des fenêtres, loin des diffuseurs, et m’affale confortablement sur un pouf défoncé.

— POUF ! fait le pouf.

Honnêtement, je n’ai jamais compris l’utilité d’un pouf qui parle. Si au moins il disait des choses intéressantes du style « hmm, vos fesses sont tout à fait charmantes, aujourd’hui ! ». Mais non. Il fait juste « POUF » ce qui, entre nous, manque foncièrement d’originalité.

— POUF ! émet le pouf à ma droite.

Mon regard se décolle de la vitre pour venir se poser sur Shacklebolt, tranquillement installé à mes côtés. C’est une blague ? J’essaye de ne pas paraître trop crispée par son intrusion dans ma solitude. Je passe chaque cours de divination assise seule à une table, et je ne forme un duo que quand c’est nécessaire. Principalement parce que je ne m’entends pas vraiment avec les Serdaigle mais aussi parce que les Gryffondor n’échangent jamais de partenaires.

— Shacklebolt ! je m’exclame, surprise. Tu n’es pas avec tes amis ?

Traduction : barre-toi s’il te plaît. La lueur amusée qui danse dans ses yeux me met mal à l’aise. Je n’aime pas ce regard, comme s’il se moquait de moi.

— J’ai décidé de laisser un peu d’espace à Niall Finnigan et Macey Thomas.

Oh ! Je saute sur l’occasion. Après tout, je suis la commère des Gryffondor, n’est-ce pas ?

— Tu ne trouves pas que ces deux-là sont trop mignons ensemble ? j’interroge en posant mes coudes sur la table et en me penchant d’un air intéressé.

Je sais que de cette manière, j’agrandis légèrement mon décolleté sans passer pour une aguicheuse.

— Totalement, ça en devient étouffant, toute cette tension entre eux.

Tu veux savoir ce qui est vraiment étouffant ? Que tu ne me lâches pas des yeux depuis dix minutes. Lourdaud.

Je lui lance un clin d’œil espiègle.

— Ça te dit de parier ?

— Sur ?

— À ton avis, dans combien de temps vont-ils commencer à sortir ensemble ?

Un sourire de requin naît sur ses lèvres tandis qu’un mauvais pressentiment me fait frissonner.

— Que dis-tu plutôt de parier sur la durée de ta relation avec Potter ?

Ma respiration se bloque, mais je m’efforce de parler d’une voix égale.

— Qu’est-ce que tu racontes ? On sera ensemble pour la vie, James n’est pas comme les autres garçons.

— Bien sûr, chaque personne est unique après tout, continue-t-il confiant. Mais je parie quand même que dans moins d’un mois, ce sera fini.

J’ai envie de lui arracher la tête, tellement il m’horripile. Et d’où il la sort, cette info ?! Calme, Sélim, reprends-toi… La peine et le chagrin se lisent sur mes traits quand je lui demande :

— Pourquoi tu dis ça ? Tu… tu crois vraiment qu’on va se séparer ?

Je sais qu’avec ma voix tremblante et mes yeux brillants, on dirait que je vais me mettre à pleurer, et pendant quelques secondes Shacklebolt paraît troublé. Mais il se reprend bien vite, secouant la tête pour retrouver son air assuré.

— Disons que je me demande dans combien de temps tu en auras marre de le supporter et de faire semblant de l’aimer.

Je sens les couleurs déserter mon visage alors que mes entrailles se nouent abruptement. Impossible… Hop, hop, hop ! Temps de noyer le poisson !

— Pardon ? je crache, la colère montant en moi. Tu ne sais rien de James et moi, c’est clair ? C’est vrai que j’ai eu des dizaines de petits amis auparavant, mais ils ne comptent absolument pas ! Alors oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, j’aime James, et ce n’est certainement pas toi qui vas me faire croire le contraire !

Avec un temps de retard, je me rends compte que je me suis levée et que j’ai crié toute ma tirade. À présent, la classe entière me contemple avec des yeux ronds comme les tasses à thés placées devant eux. Certains ont même la délicatesse de rougir en entendant ma déclaration d’amour passionnée. Quant à Shacklebolt, il semble surpris que moi, la petite commère un peu brusque mais toujours aimable et avenante, puisse s’emporter. Quoi, t’as jamais entendu parler de cordes vocales ?

Je reporte mon regard sur Shacklebolt puis rougis de honte d’avoir attiré autant l’attention, après m’être rassise.

— Désolée, Shacklebolt. Je n’aurais pas dû te crier dessus.

Il n’a pas le temps de répondre que le professeur Trelawney entre dans la salle de classe enfouie sous une masse de foulards.

Il était temps qu’elle débarque, celle-là ! Elle arrive dans la pièce à petits pas feutrés, puis nous fait son speech habituel sur le rêve étrange qu’elle a fait cette nuit (« et même qu’il y avait des dragons roses ») avant de donner un cahier à chaque élève de la classe pour que l’on puisse faire de même pendant le reste de l’année. Trop gentil.

Cependant… Je fais la maligne, mais au fond je n’en mène pas large. Ce qu’a dit Shacklebolt ne cesse de résonner sous mon crâne, d’éveiller mes inquiétudes. Au mieux, il pense que James ne représente pour moi qu’une conquête parmi tant d’autres, à la seule différence qu’il est extrêmement célèbre grâce à son père. Au pire… non, mieux vaut ne pas penser au pire.

C’est beaucoup trop effrayant.

 

Même le joyeux babillement d’Olivia à l’heure du déjeuner n’arrive pas à me sortir de mes sombres pensées. Enfin… SURTOUT le babillement d’Olivia. Tout est plus important que de savoir combien de chirurgies elle compte avoir dans le futur, ou encore combien de fois elle s’est tapé son cousin avant qu’il se marie.

Non, actuellement, je suis plutôt inquiète à cause du léger problème que représente Ryan Shacklebolt. J’espère de tout cœur me tromper, mais n’écarter aucune possibilité en cas d’insécurité fait partie de ma politique. Il y a peu de chances que Shacklebolt connaisse ma vraie personnalité, mais je me dois de prendre des mesures.

Alors que je suis justement en train de réfléchir à ce que ces mesures doivent être exactement, j’aperçois Hodgson, un quatrième année avec une drôle de réputation, sortir de la Grande Salle avec ses amis. Il ne me faut pas plus de quelques secondes pour prendre une décision. Sautant sur mes pieds, j’ignore les protestations de mes amies et quitte la table des Poufsouffle avant que l’une d’entre elles essaye de m’entraîner dans leur conversation débile sur les propriétés possibles (mais surtout totalement inexistantes quand on a suivi un minimum les cours de botanique) du Mimbulus Mimbletonia sur la peau. Je rattrape Hodgson dans le Hall et l’interpelle sans tarder avant qu’il ne disparaisse dans l’un des nombreux couloirs du château.

— Oui ? répond-il en haussant un sourcil étonné.

Ses amis s’arrêtent également, probablement surpris que la commère sexy des Gryffondor (et accessoirement petite amie du célèbre Potter) désire s’entretenir avec quelqu’un à la réputation aussi douteuse, et ne se privent pas de jeter des sourires en coin au Serdaigle.

— Je pourrais te parler, euh, en privée ? fais-je en me tortillant les mains dans un effort pour paraître nerveuse (ouah, c’est pas un exercice que je pratique souvent, ça).

— Eh ben, on dirait que tu vas avoir affaire à un genre de deal particulier, cette fois-ci ! claironne un abruti en donnant un coup de coude à Hodgson.

Je détaille le quatrième année de plus près et retiens de justesse une grimace de dégoût : vu sa carrure plus que maigrichonne, son acné à profusion et ses cheveux gras infestés de pellicules, je préférerais danser avec un troll plutôt que d’avoir un quelconque deal particulier avec Hodgson.

J’entraîne ce dernier un peu à l’écart du groupe de sorte que ses amis ne nous entendent pas et me compose une mine inquiète avant de lui formuler ma requête :

— Tu sais… Dernièrement, j’ai de drôles de sensations…

Hodgson hausse son sourcil encore plus.

— Euh… Ce ne serait pas plutôt à Potter que tu devrais en parler ?

Hmpf. Je reconnais que je me suis très mal exprimée.

— Non, pas ce genre de choses, ris-je. C’est plutôt… J’ai l’impression d’être observée.

Le Serdaigle lâche un soupir blasé. Bien sûr, monsieur a l’habitude de ce genre de demandes de la part de paranoïaques, pauvre chou… Nous, les paranos, aidons à alimenter son marché, alors il va pas se plaindre, quand même.

— J’ai moyen de me procurer une oreillette anti-pervers, si tu veux. C’est une petite boule avec un charme d’invisibilité que tu mets dans ton oreille et elle sonne quand quelqu’un t’observe plus de quinze secondes.

— C’est parfait, merci, souris-je en retour.

Je commence à faire demi-tour tout en espérant qu’il ait oublié…

— Je te ferai part de mon payement à la livraison !

… Raté. Bon, je n’ai plus qu’à attendre.

 

~O~

 

Je monte une dernière volée d’escaliers avant d’atteindre le septième étage. À pas de loup, je me dirige vers la grande horloge, là où le vent souffle trop fort pour que n’importe quelle discussion soit entendue par des oreilles indiscrètes (à condition qu’on décide de crier, évidemment). Je suis terrifiée à l’idée d’être suivie par Shacklebolt : tout au long de la semaine, il a tenté à plusieurs reprises de m’approcher et ne s’est pas privé de continuer ses allusions. Je ne peux plus le nier à présent ; il se doute de quelque chose. Cependant, je ne peux pas me permettre de confirmer ses soupçons. Mon plan avec James ne fait que commencer.

Un « Hep ! Par ici », me fait sursauter (encore ? Ça commence à bien faire !). Je fais volte-face pour apercevoir Hodgson tourner au coin du couloir, puis le suis sans peur dans un recoin sombre. Le lieu n’est pas aussi bruyant que je l’aurais espéré mais au moins il a le mérite de protéger ma coiffure élaborée du vent ; si je suis décoiffée en revenant, je serais obligée d’expliquer où je suis allée traîner, et je ne pourrais pas prétexter une sortie dans le parc, car malheureusement pour moi, ma terrible frilosité est bien connue par à peu près tous les étudiants de Poudlard (il faut dire que sortir l’arsenal gants-bonnet-écharpe-doudoune-bottes fourrées chaque hiver n’est pas ce qu’il y a de plus discret).

Un coup d’œil au visage du Serdaigle m’apprend qu’il est plus qu’heureux d’avoir passé un contrat avec moi, mais surtout que je ne vais pas apprécier la suite. Enfin… Moi aussi, j’ai des atouts dans la manche.

— J’ai reçu ta commande ce matin, tu es chanceuse ! me dit-il un sourire aux lèvres tout en sortant un petit paquet en papier journal de sa poche.

Chanceuse ? Ça fait une semaine ! Je lui arrache le paquet des mains et commence à le déballer sans attendre. Comme il l’a mentionné, l’oreillette anti-pervers ne ressemble qu’à une petite boule aussi translucide que de l’eau. Je la soupèse une seconde entre deux doigts avant de m’enquérir du sort d’activation.

— Severus, pour l’activer et Rogue une fois que tu as trouvé la source quand l’alarme s’active.

Je hausse un sourcil.

— Comme le prof ?

— Qui ça ? répond-il anxieusement.

Il se fiche de moi ? Tout le monde sait qui est Severus Rogue. Je plisse les yeux brusquement ; ne me dites pas qu’il a osé…

— C’est George Weasley qui a inventé ça, n’est-ce pas ? je siffle, luttant pour garder un sourire aimable sur mon visage.

— Arf, rit-il, je ne te pensais pas aussi intelligente, Temple.

Oui, une erreur que beaucoup de gens finissent pas regretter.

— Es-tu en train de me dire que j’aurais pu commander ça à n’importe quel moment dans sa boutique ?

Il lève les deux mains en signe de protestation :

— Hé, c’est tout nouveau et en plus ça coûte extrêmement cher !

— J’aurais pu demander à James.

— Je croyais que tu ne voulais pas qu’il soit au courant.

— Dans ce cas, j’ai largement assez d’argent pour le payer moi-même.

Bon, j’exagère peut-être un peu là. Certes, je ne manque pas d’argent, mais je n’ai jamais entendu parler du gadget auparavant. Cela ne m’étonnerait pas qu’il soit encore à l’état de prototype (George Weasley est assez connu pour tester ses inventions directement sur lui-même ou ses clients).

— Ça n’a plus d’importance, je soupire en faisant demi-tour.

Je murmure « Severus » et m’apprête à glisser la petite boule froide dans mon oreille, lorsque je sens Hodgson me tirer en arrière par le bras.

— Je ne me souviens pas avoir été payé.

La perversion suintant de sa voix me fait frissonner de dégoût. Si ce gars n’avait aucune idée de ce qu’il pourrait me demander en payement la première fois que je l’ai abordé, ses amis l’ont manifestement bien éclairé.

— Combien de Gallions ?

— Allons, on sait tous les deux que je n’ai pas souvent l’occasion d’avoir affaire à une fille.

— C’est une façon d’avouer que t’es toujours puceau ? je réplique, acide.

Hodgson se renfrogne devant mon agressivité. Il me regarde à présent d’un air embêté, une main derrière sa nuque, comme s’il était obligé de me demander ce genre de choses au lieu d’un payement habituel en Gallions.

— Écoute, Temple… Laisse-moi juste… Les toucher, disons trente secondes et c’est fini, OK ? Ou sinon, je peux aller informer Potter de tes petites affaires que tu tiens tant à lui cacher pour je ne sais quelle raison.

Oh, vraiment ? Je laisse la colère prendre le contrôle de mes mains et en seulement cinq secondes, Hodgson se retrouve la tête contre le mur et le bras tordu derrière son dos, probablement en train de regretter très fortement de m’avoir fait du chantage.

— Je te propose un autre deal, Hodgson, je murmure doucement à son oreille. Tu me laisses partir tranquillement en oubliant tout de cet échange, et je te rends ton bras en un seul morceau. Ça te va ?

J’accentue doucement la pression sur son épaule pour donner plus de poids à ma menace, mais vue la vitesse à laquelle le Serdaigle hoche la tête, je suppose que ce n’était pas nécessaire.

Cependant, j’ai à peine le temps de le relâcher qu’une autre personne pénètre dans le couloir enténébré. Et certainement la dernière personne que j’aurais aimé croiser en ce moment.

End Notes:

Voilà, j'espère que ce chapitre vous a plu, si c'est le cas hésitez pas à laisser une review. Tchuss <3

Vie de rêve, reviens ici by SumiShann
Author's Notes:

Bonjour tout le monde,

J'espère que ce troisième chapitre vous plaira

— Lim ?


— James ? Qu’est-ce que tu fais là ?


Un éclair de doute passe dans son regard, mais je m’empresse de le chasser en me précipitant vers lui, une expression soulagée sur mon visage. Je m’empare de son bras comme d’une bouée et entremêle mes doigts aux siens. Un froncement inquiet remplace l’air soupçonneux du beau brun.


— Tout va bien ?


Je hoche frénétiquement la tête.


— Tout va bien maintenant que tu es là, je minaude. On peut y aller ?


James se contente d’un dernier coup d’œil menaçant à l’intention de Hodgson avant de hocher la tête. Il ne se doute pas que le Serdaigle a frissonné à ce moment-là uniquement parce que je lui ai jeté un regard bien plus effrayant.


Nous marchons en silence quelques instants, jusqu’à la cage d’escalier. Je m’apprête à descendre, cependant James me retient en resserrant sa prise autour de mes doigts. Je m’y attendais un peu : il doit se demander ce que je faisais au septième étage, surtout avec Hodgson. Ses traits sont légèrement plissés en une moue inquiète, aussi je n’hésite pas à prendre les devants :


— Je suis vraiment contente que tu sois arrivé à temps, James…


— Tu vas bien ? murmure-t-il en passant une main sur ma joue.


J’acquiesce.


— Que s’est-il passé ? Pourquoi étais-tu avec Hodgson ?


Qu’est-ce que je disais…


— C’est tellement embarrassant, je chuchote en évitant son regard.


Il soulève mon menton pour que je le regarde droit dans les yeux. Je déteste quand il fait ça. Je déteste quand on me touche le menton. Et je déteste quand on me force à faire quelque chose d’une manière générale. Mais je me contente de rougir.


— C’est ma mère… C’est une Moldue, tu sais ? Mais elle veut absolument que je lui offre quelque chose du monde des sorciers…


— Et tu achetais à Hodgson ? s’étonne-t-il. Pourquoi ?


Je baisse la tête de honte.


— Eh bien… J’ai pensé qu’elle apprécierait du Whisky Pur Feu. Malheureusement, on ne m’en vendra jamais, compte tenu de mon âge, et quand j’ai entendu parler de ce Serdaigle, j’ai pensé qu’il pourrait m’aider. On était en train d’en parler et il m’a dit qu’il voulait être payé à l’avance, alors je lui ai donné de l’argent… Mais il a dit qu’il désirait un autre genre de payement.


Quand je relève la tête, je constate que le visage entier de James s’est crispé, signe qu’il est en colère. On dirait que s’il bouge un seul muscle, son visage entier va se fissurer et tomber en morceaux.


— J’ai eu vraiment peur, je termine.


Il sourit, mais son air crispé ne le quitte pas tout à fait.


— Tout va bien, maintenant. Si jamais il s’approche de toi à nouveau, dis-le-moi.


Je hoche la tête frénétiquement, tel un chien recevant un ordre de son maître. Il me prend la main et m’entraîne à sa suite dans les escaliers. J’ai tôt fait de le laisser, car lui comme moi devons rejoindre nos amis afin de nous trouver des vêtements appropriés pour la soirée de Halloween prévue dans deux semaines.


Depuis quelques années, un petit bal clandestin (plutôt une soirée disco à proprement parler) est organisé pour et par les 5ème, 6ème et 7ème années, dans une salle abandonnée des cachots. Bien évidemment, les professeurs sont au courant depuis belle lurette, mais n’ont jamais rien trouvé à y redire, puisqu’aucun accident majeur n’est arrivé depuis sa mise en place. À part cette fois où la moitié des élèves, certains ivres d’autres pas, ont fait une course de balais dans les couloirs à deux heures du matin. Ou l’année dernière quand j’ai décrété que la soirée était décidément bien ennuyante et que j’ai glissé de la vodka dans les verres d’à peu près tout le monde, et surtout les préfets. Ça s’est fini avec une dizaine de personnes se déshabillant sur une table au son d’une chanson lascive (Hit me with your best shot, why don’t you hit me with your best shot) vite suivie par une autre pour des raisons évidentes (Baby, all through the night I’ll make love to yoouu, like you want me toooo), dont notre très cher préfet Isaac Finch-Fletchley, sans être soupçonnée une seule seconde. C’est un peu dommage, vu les abdos de Finch-Fletchley, je pense que j’aurais mérité quelques remerciements. Enfin bref.


Je traîne discrètement des pieds derrière Mary et les autres, en tripotant l’oreillette. À cause de ce chantage avec Hodgson, suivit de ma balade avec James, je n’ai pas encore eu l’occasion de m’en servir. Avec une grimace de dégoût devant la texture visqueuse et froide, je la glisse dans mon oreille. Pendant quelques instants, j’ai l’impression désagréable d’avoir un petit animal mouillé tortiller des fesses pour s’installer confortablement contre mon tympan, mais bientôt la sensation disparaît complètement, au point que je tapote doucement l’intérieur de mon oreille pour m’assurer que l’appareil est toujours en place. Un son mouillé me confirme que, oui, oui, le truc chelou est toujours bel et bien là, prêt à m’indiquer tous les pervers qui oseraient me reluquer un peu trop longtemps.


On ne dirait pas, mais quinze secondes c’est en réalité très long, assez pour que le dispositif ne sonne pas à chaque fois qu’un mec me bave dessus. Sinon, ça sonnerait toutes les dix minutes, hé hé…


Il ne nous faut pas longtemps pour atteindre l’une des plus chics boutiques de vêtements de Pré-au-Lard, et je suis soulagée de constater que l’oreillette n’a pas résonné une seule fois durant le trajet. Lenny et Makayla gloussent à propos de je ne sais quel homme mûr qui vient de nous passer devant tandis qu’Olivia et Mary s’interrogent sur leur tenue de soirée sans s’écouter l’une l’autre.


Elles doivent se rappeler de mon existence lorsqu’on franchit la porte car Mary me demande quel genre de robe je compte choisir. Je prends le temps de la réflexion, fléchissant ma bouche en une adorable petite moue. Le bal illégal n’est pas quelque chose d’extrêmement habillé comparé au bal de Noël qui a lieu un an sur deux. De plus, James voudra probablement danser, et une robe longue m’empêchera de m’amuser correctement, serrés comme on sera dans cette étroite pièce des cachots.


— Une robe courte, qui ne m’empêcherait pas de bouger serait parfaite.


Silence pesant.


— Mais moulante, j'ajoute malicieusement.


Grands sourires.


C’est fou comme on peut changer une atmosphère en quelques petits mots !


Sans attendre une seconde de plus, on se met à farfouiller entre les tringles, empilant robe après robe sur nos bras. Je suis la plus rapide d’entre elles, aussi je me dépêche vers les trois seules cabines d’essayage. La rouge est trop courte, la verte n’est pas assez moulante à mon goût, la jaune est trop niaise avec tous ses froufrous. Les filles hochent distraitement la tête à chaque fois que je sors pour faire ma pose de mannequin, me donnent leur avis (même si elles finissent toujours par se rallier à mon opinion) :


— J’aime beaucoup la rouge, elle te va à merveille !


— Vraiment ? Elle est tellement courte qu’on voit le bout de mes fesses. J’ai plutôt l’air d’une fille de joie, ça ne me correspond pas vraiment.


— Oh, c’est vrai que tu es encore vierge, ma pauvre…


J’ai droit à un concert de soupirs apitoyés qui me fait crisper les mains.


— Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu n’as pas encore sauté le pas ! Ce n’est pas comme si tu n’en avais jamais eu l’occasion, avec toute la ribambelle de relations que tu as à ton actif.


Je force un sourire contrit.


— C’est-à-dire que… c’est assez difficile de trouver des préservatifs, aux alentours.


Le visage de Mary s’illumine vicieusement, et je sais d’avance ce qu’elle va dire. Après tout, ce n’est pas la première fois que nous avons ce genre de conversation.


— Mais enfin ma petite chérie, je t’ai déjà proposé plusieurs fois de t’apprendre un sortilège afin de t’éviter ce problème.


Je hais Mary plus qu’aucune autre. Elle prend toujours un malin plaisir à me rembarrer et à m’humilier, entre autres parce que moi, je refuse de me coltiner le sida. Ce n’est pas à Serpentard qu’elle aurait dû finir, mais carrément dans la poubelle.


— Je te l’ai déjà dit, ton sort empêche seulement la production d’ovules. Je préfère m’assurer que je ne mourrai pas d’une MST quelconque à quarante ans. Mais ce n’est pas grave, j’accepte totalement qu’on n’ait pas les mêmes priorités dans la vie, tu sais, je termine d’une voix sucrée.


La bouche de Mary se crispe de fureur, et je retourne dans ma cabine d’un pas sautillant. Bien qu’elle soit plus maline que les trois autres de Poufsouffle, Mary pense trop peu de moi pour croire que j’ai fait exprès de l’insulter. Pour elle, je ne suis qu’une Bouffon d’Or.


Mon choix finit par tomber sur une robe bleue nuit qui met ma peau laiteuse en valeur, avec un dos nu. Un sort imprégné dans le tissu fait office de soutien-gorge, fichtrement efficace. Il faudra que je me renseigne là-dessus, tiens !


La voix méchante de Mary perce à travers les rideaux de ma cabine alors même que je me rhabille. Je laisse les autres robes sur les pendants et sors, la robe bleue pliée sur le bras. Mary ainsi que Olivia et Makayla ricanent en pointant quelque chose du doigt. De là où je suis, un rayonnage me barre la vue, mais il me suffit de faire quelques pas pour apercevoir Lucy Weasley, l’air gênée, en train de fureter sur les étagères sans trop oser choisir une robe. Elle a sûrement peur que Mary en profite pour la rabaisser encore plus.


— Sérieusement, qu’est-ce qu’elle fout ici ? rigole la Serpentard à ma gauche. Elle aura beau chercher, rien ne lui ira, de toutes façons


Les deux autres renchérissent allègrement, et je me contente de ricaner bêtement. Je pense à la robe verte que j’ai laissée dans ma cabine. Lucy aurait probablement l’air très jolie dedans.


— Cessons, gentes dames, je chantonne d’un air taquin en les prenant bras dessus bras dessous (chose compliquée quand il y a trois personnes à traîner avec vous, vous en conviendrez). Cette triste guenon ne mérite même pas que l’on perde notre temps pour elle.


Nous rejoignons Lenny à la caisse, satisfaite de sa robe rose. Je jette un coup d’œil par-dessus mon épaule, à temps pour voir Lucy filer vers les cabines, des larmes dégoulinant derrière ses larges lunettes rectangulaires. Je ne remarque pas tout de suite qu’elle a pénétré dans la cabine du milieu.


Ma cabine.


Bah, tant mieux pour elle. Espérons juste qu’elle ne soit pas myope au point de ne pas remarquer ce qui l’entoure. Je me détourne, reportant mon attention sur mon achat. Mais au fond de moi, pour je ne sais quelle raison, j’ai la vague impression de retenir un sourire.


Lorsqu’on arrive aux Trois-Balais, notre point de rendez-vous avec James et ses amis, le pub est déjà bondé. Le vent frais d’automne semble avoir donné des envies de Bièraubeurre à tous les élèves de Poudlard, et il est maintenant impossible d’avancer un pas dans la foule sans se faire bousculer ou piétiner.


Un coup d’œil à ma table préférée m’indique qu’une certaine personne horripilante aux cheveux bleus s’y trouvent déjà, avec deux de ses amis probablement tout aussi horripilants. C’est la première fois que je vois Shacklebolt avec ses amis (ou que du moins je le remarque), et je suis surprise de le voir sourire. Cet homme peut exprimer des émotions ?! Noonnn… son visage est tellement placide, le reste du temps. Impossible à lire, vraiment ! Une raison de plus pour laquelle je le déteste.


Ses yeux rencontrent les miens l’espace de quelques secondes, et j’en profite pour y concentrer toute la haine dont je me sens capable. Apparemment le message est passé, car il détourne bien vite son regard. C’est ça, Shacklebolt… Sens ma colère ! Mouah ah ah !


— Lim, tu vas bien ? On dirait que tu es à deux doigts d’assassiner quelqu’un.


Oups.


— Oui, oui je vais bien ! Qu’est-ce que tu racontes, enfin ? ris-je pour apaiser James.


Il ne répond pas, mais m’emmène retrouver les autres à une grande table (placée au milieu de la salle, évidemment). Ils rient tous bruyamment, sirotant leurs Bièraubeurres, s’échangeant des ragots. Makayla a grimpé sur les genoux de Finch-Fletchley et le pauvre essaie vainement de s’en défaire, tandis qu’un Serdaigle que je ne connais pas tente de séduire Lenny d’une façon malheureusement trop subtile pour la blonde.


Je ne peux m’empêcher de me sentir à l’extérieur de tout ça. Comme si je n’étais pas vraiment parmi eux. Une sorte de barrière invisible m’empêche de rire en toute sincérité, mais je force des notes musicales dans ma gorge. Je jette sans cesse des coups d’œil vers la porte de sortie et pourtant, je tourne mon regard vers mes compagnons à ma table. J’ai l’impression étrange d’être isolée alors même que je suis entourée d’amis. Cette sensation persistante depuis mon enfance qui me donne parfois envie de tout envoyer balancer, d’arrêter ce concours de superficialité.


Mais t’aimeraient-ils toujours autant ?


Je secoue la tête pour chasser cette pensée parasite. Décidément, je ne suis pas en forme, aujourd’hui ! On approche d’Halloween, avec la soirée la plus chaude de l’année, ce n’est absolument pas le moment de déprimer !


James surprend mon regard dans le vide qui, par le plus heureux des hasards, s’était posé sur lui.


— Tout va bien ?


— Oui, je mens. Je t’observais.


— Tu m’observes souvent ? demande James, un sourire narquois aux coins des lèvres.


Je suis toujours derrière toi, mon coco. Mais bon, ça fait un peu trop psychopathe pour lui avouer ça de but en blanc. Ou pour lui avouer tout court, d’ailleurs. Je me contente d’un simple « Plus que tu ne le crois, probablement » et il me renvoie un sourire aveuglant.


Je me fige soudain, l’oreille aux aguets.


Noonnn… Déjà ?


Un « bip, bip » résonne dans mon oreille droite.


~O~


L’alarme.


Quelqu’un m’observe.


Sans hésiter, je me retourne vers Shacklebolt, mon plus beau sourire de sociopathe sur les lèvres. Mais Shacklebolt ne me regarde pas. En fait, il est même totalement absorbé par ce que dit son amie. Roxanne, la cousine de James, si j’en crois mes souvenirs. Penche-toi un peu plus, Ry, et t’auras une vue plongeante sur son décolleté. On sait tous que t’en as besoin, avec ce balai coincé dans le cul…


Bref, je m’égare.


Je parcours discrètement la salle du regard, de plus en plus agacée par l’alarme résonnant dans mon oreille. C’est que je vais devenir sourde, si ça continue ! Je sens enfin l’alarme se calmer lorsque mon regard se pose sur un vieux croûton avachi à l’autre bout du bar. Je hausse un sourcil. L’homme me retourne un clin d’œil qui se voulait sans doute coquin. Yerk. Ce type a l’âge d’être mon grand-père, faut qu’il calme ses ardeurs.


Sans attendre, je reporte mon attention sur mes amis. Manquerait plus que le vieux croit qu’il m’intéresse. En regardant la tablée, je me fais tout de même la réflexion que j’aurais presque plus de fun avec lui que je n’en ai actuellement.


Je soupire, ennuyée.


Je veux partir.


Et… Oh ! Il s’avère que j’ai justement l’idée pour ça ! Finalement, c’est assez simple. Il suffit que j’aille aux toilettes l’air souffrante, puis de revenir annoncer mon départ, tellement soudain et dramatique ! Oui, tout simple.


Ou du moins, c’est ce que je croyais.


La première partie du plan s’est déroulée sans accros. J’informe un James distrait que je m’absente quelques minutes, le tout en me tenant l’estomac de façon évidente (quoique je ne suis pas sûre que ça ait un quelconque effet, le pauvre enfant est aussi aveugle que son père), et je me glisse subrepticement vers les toilettes. J’en profite pour respirer. Je ne m’en suis pas rendu compte, mais j’ai à présent une réelle envie de vomir.


Que dire de la deuxième partie ? Elle s’est un tout petit peu moins bien passée.


~O~


OK, je sais ce que vous allez dire ! Aller aux toilettes juste après avoir fait un eye contact avec quelqu’un qui vous drague ouvertement (je ne sais pas comment ils draguaient à l’âge d’or de l’antiquité qui se tient devant moi, mais j’imagine qu’un simple regard devait passer pour une excellente technique) n’était peut-être pas la meilleure chose à faire. Pour ma défense, je ne pensais pas du tout que le vieux croulant allait prendre ça pour un signal, je voulais juste m’aérer la tête ! Franchement, quel cauchemar d’être attirante par moment !


Le vieux me sourit, la main appuyée contre le mur dans la vague espérance de paraître…attirant ? Chose vraiment très compliquée dans sa situation, vu que même Hodgson possède plus de charisme que cet homme à qui il manque au moins trois dents. De devant hein, je ne me suis pas amusée à regarder au fond de sa gorge.


— Alors, ma jolie ? Comment q’ça va ?


— Ça allait.


Il se rapproche lentement, dans une démarche qui se veut probablement nonchalante mais qui ne fait que trahir son alcoolisme avancé.


— On dirait que vous allez vous casser la gueule.


— C’est vrai ? s’étonne-t-il comme s’il venait de se rendre compte qu’il avait des jambes. Pourquoi t’viendrais pas m’soutenir, dans c’cas-là ?


— Ew, nope. Je préfère encore que vous vous cassiez la gueule.


Il fronce les sourcils, essayant sûrement de savoir si je viens de l’insulter ou pas. J’espère qu’il va décider que non. Le type est plutôt grand, son cadavre serait dur à cacher… Je sors la tête la moins avenante de mon répertoire, espérant que ça fasse passer le message au vieux timbré. J’essaye de contourner le vieillard, mais ce dernier semble enfin avoir fait son choix, car il se décale de façon à me bloquer la sortie.


— Dis-moi ma jolie, tu s’rais pas en train d’te foutre de moi ?


— Ha ha, je fais de ma voix la plus plate. Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?


Il fait un pas de plus en me soufflant son haleine au visage et je fronce le nez, n’essayant même pas de masquer mon dégoût. Sérieusement, ce type empeste le Whisky Pur Feu.


— J’aime pas trop les sales gamines d’ton genre qui s’croient plus malines que n’import’qui, baragouine-t-il en tentant de m’attraper par le bras.


Il me suffit d’un pas sur le côté pour l’éviter. Je souffle par le nez, agacée. Il est temps de mettre fin à ce cirque, je suis fatiguée et je n’ai qu’une envie : aller m’enfouir sous mes couettes avec le bouquin sur les tueurs en série les plus célèbres que j’ai piqué discrètement à Lucy après qu’elle l’a fini. J’affirme ma pose et m’apprête à lui administrer un coup de genou pile là où il faut lorsque…


— Temple ? s’enquiert une voix que je ne m’attendais absolument pas à entendre.


OK, nouvelle stratégie. Mes pensées changent radicalement de direction alors que j’adopte un air désespéré typique de damoiselle en détresse. Je tourne la tête et fais un pas sur le côté pour apercevoir Ryan Shacklebolt qui se fraye son entrée dans l’étroit couloir. Il me jette un coup d’œil, quelque peu embarrassé de me voir après ce que je lui ai dit (crié) il y a une semaine, mais reporte vite son attention sur le vieil homme.


— Un problème ? demande-t-il, les sourcils froncés.


Le vieux semble bien embêté. Il voit bien que l’on vient tous les deux de Poudlard, augmentant ainsi nos chances de s’entraider. Bien que je doute que Shacklebolt ait sincèrement envie de m’aider.


— Il ne veut pas me laisser passer, gémis-je à mi-voix avant que le sale type ne puisse déformer la réalité.


Ma voix se casse, et j’arrive même à remplir mes yeux de larmes. L’expression de Shacklebolt vire à la colère alors qu’il se tourne vers le sale pervers. Oh oh ! c’est qu’il mord à l’hameçon ! Mais à mon grand désappointement, il ne fait rien de plus que s’adresser à lui d’un ton sévère :


— Vous m’excuserez, je crois bien que ma camarade aimerait rejoindre son petit ami.


Il le pousse hors du chemin avant de me prendre le poignet doucement et de me ramener dans la salle bondée. On peut difficilement s’entendre parler, mais je m’empresse quand même de le remercier à profusion en rajoutant une couche sur ma situation Ô si combien désespérée. Son regard s’adoucit considérablement et je vois ses doutes à mon propos fondre comme neige au soleil. Enfin ! Depuis le temps qu’il me gonflait, ce gars! Malgré mon soulagement, je ressens tout de même une pointe de déception devant la facilité avec laquelle je le trompe. J’aurais pensé que rouler Shacklebolt requerrait un peu plus d’efforts. Il m’assure que ce n’est rien (tel un gentleman), mais je le remercie tout de même encore une fois avant de m’en aller retrouver James.


Mon petit voyage aux toilettes n’a pas changé grand-chose à mon humeur, et je me dépêche de rejoindre ma table. J’ai vraiment besoin de sortir d’ici. L’air commence à me peser sur la poitrine, et je ne me sens pas d’humeur à prétendre que je m’amuse avec mes camarades alors que ma plus grande envie est de les noyer avec leurs Bièraubeurres.


Ça ne prend que deux minutes pour convaincre James de me raccompagner au château malgré les protestations de nos amis (« on te rapportera du chocolat » me réconforte Alice), et bientôt nous marchons côte à côte en silence dans les couloirs froids de l’école. Je n’ai pas émis un seul mot depuis que nous avons quitté les Trois-Balais, et lui non plus. Il sent bien que quelque chose ne va pas (ce serait assez dur de ne pas s’en rendre compte !), et bien qu’au début j’appréciais sa considération en se taisant, le silence commence à devenir pesant. Mais peu importe, je suis trop exténuée pour lancer une conversation.


— Tu te sens mieux ? s’enquiert-il finalement.


Jusqu’ici perdue dans mes pensées, je cligne des yeux, confuse.


— Tu as dit que tu avais mal au ventre.


— Oh. Oh oui, ça va mieux !


Il me lance un sourire malin.


— Parfait.


Sans prévenir, il me saisit le poignet et me traîne dans une salle de classe toute proche. Il ferme la porte derrière nous. Je réprime un grognement de mécontentement : je n’ai vraiment pas envie de ça maintenant. Il faut croire que James est aussi égocentrique que je l’ai toujours suspecté, car, sans rien remarquer de mes réticences, il m’attire dans ses bras avant de m’embrasser passionnément. Je m’efforce de lui rendre son baiser du mieux que je peux malgré mon manque évident de cœur à la tâche. Heureusement, il se lasse vite de ma bouche et ses lèvres commencent à s’égarer dans mon cou, puis à descendre petit à petit…


Surprise, je le vois défaire quelques boutons de mon chemisier d’une main tandis que je le sens remonter ma jupe de l’autre. Et sa bouche descend plus bas, toujours plus bas… Et sa main remonte plus haut, encore plus haut…


Ma respiration s’accélère. Mes mains tremblent et transpirent. On pourrait croire que ce sont les symptômes d’une adolescente qui s’excite, cependant l’impression que mon estomac se tord telle une éponge qu’on essore de toute once d’eau m’indique autrement. J’essaie de prendre sur moi, mais sa main atteint le bas de mes fesses ; sa langue laisse une traînée de salive répugnante sur son passage. Mes battements de cœur se font erratiques. Les larmes me montent aux yeux. Il faut que ça s’arrête.


Je veux que ça s’arrête.


Cette pensée aussi claire que de l’eau de roche me fait enfin réagir. Je pose mes mains sur ses épaules et le repousse doucement.


— James ? je tente faiblement.


— Hm ? grogne-t-il en retour sans pour autant cesser son affaire.


Mes mains tremblantes ne suffisent pas. Je prends une grande inspiration et enfonce mes doigts dans sa chair. — James !


Cette fois-ci, il relève la tête, surpris. Je lâche l’une de ses épaules pour retirer sa main sur mes fesses. Pendant une fraction de seconde, je sais que j’ai l’air furieuse. Je m’empresse de remplacer cela par de la timidité en priant pour qu’il n’ait rien remarqué.


— Je suis désolé… Je suis allé trop loin, n’est-ce pas ?


Je me contente de hocher la tête.


— Je suis désolée, je murmure lorsqu’il laisse échapper un soupir.


James m’enlace alors.


— Non, non… C’est moi qui m’excuse, chuchote-t-il dans mon oreille.


Ma respiration ne ralentit pas, la sensation oppressante ne s’en va pas. J’ai terriblement besoin d’air. Quand est-ce qu’il compte me lâcher ? Non seulement il m’agace, mais en plus il serre trop fort : mes seins sont pressés contre son torse, et je sais d’instinct qu’il le fait exprès. Une vilaine insulte roule sur le bout de ma langue avant que je ne la rattrape de justesse. Je balance à la place la première excuse qui me vient à l’esprit :


— Je crois que j’ai un rhume… Si on rentrait ?


James m’observe quelques instants encore pour je ne sais quelle raison (et dans l’immédiat je m’en fous) avant d’acquiescer. Bien que le trajet se fasse silencieusement, je fais de grandes enjambées pour arriver plus vite et m’allonger. Quelques « au revoir » distants en bas des escaliers, une promesse ridicule de se voir au matin (dernière chose dont j’ai envie).


Le temps que j’arrive dans ma chambre, j’ai les jambes en compote et la vision floue. Je m’effondre au pied de mon lit, la tête dans les genoux, essayant vainement d’écraser mon souffle dans ma poitrine. La pièce tourne, tourne, tourne autour de moi alors je ferme les yeux, fort. Ça me rappelle la fois où j’avais fait un tour de carrousel quand j’avais quatre ans. Plus jamais je n’étais remontée.


Au bout de longues minutes, je finis par me calmer. Je me hisse sur mon lit tant bien que mal, m’enfouis sous la couette et m’autorise enfin à crier.

End Notes:

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez dans les commentaires :)

Des poutous pour tous

J'ai dit "vie de rêve", bordel de merde by SumiShann
Author's Notes:

Bonjour ! Voici la suite de "Manipulatrice, 1ère classe !" après tout ce temps. J'ai eu un peu de mal à finir ce chapitre compte tenu du soudain manque d'inspiration, mais surtout de motivation.

Saviez-vous qu'on ne peut pas voir qui a mis nos histoires en favori. Ou du moins, si on peut je n'ai pas encore trouvé où.

Truc assez rigolo que j'ai remarqué aussi, je suis assez surprise de voir que cette fic avec ses trois chapitres comptabilise moins de lectures que mon autre fic complètement wtf avec un seul chapitre. Genre. WTF. Les gens ont des goûts bizarres.

J'espère que ce chapitre vous plaira, bonne lecture !

Chapitre 3

En-dehors de ses amis, Edward Spinnet se préoccupe peu de ses camarades de maison. Pour lui, du moment que James et Isaac sont heureux, il est heureux aussi. Et pour s’assurer de leur bonheur, Edward ne laisse pas n’importe qui s’approcher d’eux. Il faut que leur entourage soit intéressant, drôle, et loyaux plus que tout. C’est pour cela qu’Edward n’a jamais eu trop de problèmes avec Sélim Temple, bien qu’il ne l’apprécie pas tellement : non seulement elle est une Gryffondor, mais en cinq ans d’école, elle n’a jamais changé une seule fois de groupe d’amis (bien sûr, si Edward prenait un peu plus de recul, il se souviendrait de ces deux filles de Serpentard qui faisaient également partie du groupe jusqu’en deuxième année).

Edward n’a jamais beaucoup estimé Temple, et encore aujourd’hui il ne comprend pas exactement ce que James lui trouve. Elle est douce et aimable, certes. Mais Edward a entendu dire à plusieurs reprises que ses amies sont loin d’être aussi bienveillantes. Elle ne prononce jamais un mot offensant, mais cela n’a jamais empêché Olivia et Mary de répandre moult rumeurs sur divers étudiants à plusieurs reprises. Pour être honnête, Edward se demande comment une fille aussi charmante peut traîner avec des filles aussi… Bref.

La réponse est au final assez évidente : Temple est stupide. Bien sûr, Edward est au courant des notes bien plus qu’acceptables que récolte Temple, et il est conscient également que la Gryffondor fait office de leader parmi ses amies. Mais il la trouve stupide dans un sens plus profond que ça, il la trouve… fade.

Complètement, définitivement, indéniablement fade.

Elle a beau faire partie de Gryffondor, elle n’aura jamais le courage de critiquer et de s’opposer à ses amies, et aux yeux d’Edward cela témoigne un manque flagrant de personnalité. Chacun de ses actes ne vient que renforcer cette conclusion : elle n’est pas spécialement drôle, elle ne fait aucune remarque particulièrement intéressante ou intelligente, mais pas non plus de commentaires expressément stupides. Même les jurons sont bannis de son vocabulaire, à l’exception des classiques « Merlin ! » et « merde ». Sa seule qualité, en-dehors de l’aura paisible et agréable qui l’entoure, est sa beauté. Edward doit bien admettre qu’elle est aussi belle qu’elle est fade.

Aussi, quand il la voit descendre les escaliers du dortoir des filles le jour du bal d’Halloween, c’est avec une sorte de vieille résignation qu’il écarquille les yeux contre son gré. C’est ainsi chaque année, mais cela le prend toujours de court quoiqu’il fasse. Edward ne l’aime peut-être pas, mais il n’est pas aveugle et il reste sensible aux charmes féminins. Et des charmes féminins, Temple en a plein.

~O~

Je ne suis plus tout à fait sûre que leurs expressions choquées peintes sur leurs visages valent les heures infernales passées à me préparer. Les premières années avaient été vraiment jouissives, mais à présent c’est à peu près toujours la même chose. Yeux ronds comme des soucoupes, bouches légèrement entrouvertes (on peut presque voir la bave, vraiment répugnant), et il est assez facile de cerner les deux derniers neurones qui travaillent encore dans leurs cerveaux. Ce n’est pas compliqué de les satisfaire visuellement parlant, une fois qu’on a compris les bases : seins et fesses sont les must à souligner. Idéalement, montrer un peu de cuisse. Pour l’instant, ils me voient de face. Comment est-ce qu’ils vont réagir quand ils vont voir mon dos nu…

Je termine de descendre les marches une à une, leur offrant tour à tour des sourires tout en veillant à ne pas me casser la figure sur mes talons à plateformes. Finch-Fletchley me lance un petit clin d’œil appréciateur, et c’est le seule à qui je souris sincèrement : je sais qu’il me considère comme une sorte de petite sœur depuis un certain événement en 2ème année, bien que je sois plus âgée que lui.

Spinnet, en revanche, détourne très vite le regard dans une vaine tentative pour cacher son émoi. Quel simplet. Après quelques années, il pourrait s’y attendre, quand même ! C’est pas comme si je m’étais ramenée une seule fois en tenue de nonne.

Une fois arrivée en bas, je laisse mon regard courir dans la salle. James n’est nul part en vue.

— Il est encore en haut, m’informe Finch-Fletchley. Tu sais bien que môssieur ne peut pas se montrer tant que ses cheveux ne sont pas parfaits.

— Faut dire qu’il y a de quoi faire, je ris.

Heureusement pour nous tous, James ne tarde pas trop à descendre. Je dois bien admettre qu’il est plus que sexy dans sa chemise noire qui s’accorde parfaitement à ses cheveux soigneusement ébouriffés. C’est avec plaisir que je me pends à son bras, tiens ! Et que je le traîne. C’est pas tout ça, mais je ne veux pas être en retard à la fête, moi ! Les autres filles de mon année sont déjà toutes en route à l’exception d’Eva Bones qui accompagne Finch-Fletchley. Spinnet est à son grand dam tout seul, mais moi je ne peux m’empêcher de repenser, amusée, à la gifle magistrale qu’il s’est prise avant-hier par sa petite-amie de Serdaigle.

Décidément, je ne comprendrai jamais ce que les filles lui trouvent. Certes il est beau, ce serait idiot de nier, mais il n’est pas aussi grand que Finch-Fletchley ou Shacklebolt, ni aussi musclé que James, et il a cette manie… bizarre de… bouger ses oreilles toutes les cinq secondes. Juste. Bouger. Je me souviens que ça m’avait tellement perturbé en 2ème année que je n’avais pas été capable de suivre un seul cours pendant une semaine, concentrée que j’étais à déterminer à quelle fréquence et/ou dans quelles circonstances elles bougeaient. Et qu’est-ce qu’elles gigotent ! Quand il ment, quand il est stressé, en colère, triste, quand il aborde une fille pour la seconde fois (oui, seconde), le pire restant quand il s’est disputé avec James et Finch-Fletchley en 4ème année, j’ai cru qu’elles allaient s’envoler ! Bref. Je m’égare, non ?

Il y a des choses plus intéressantes à discuter chez Spinnet que ses oreilles volantes. Comme le bruit de rat écrasé qu’il émet lorsque je me tourne dos à lui. Mouah ah ah ah, craignez le pouvoir des dos nuuuuus !

Je me mords la lèvre dans une piètre tentative pour retenir un sourire diabolique, et force James vers la sortie. Ce dernier me lance un sourire en coin, l’air ravi de mon enthousiasme, avant d’en profiter pour me voler un baiser. Je retiens un mouvement de recul de justesse. Depuis le week-end dernier, j’ai fait mon possible pour éviter subtilement tout contact intime avec lui, ce qui implique parfois de l’éviter complètement. Or maintenant je n’ai plus de moyen de me dérober tant qu’on n’arrive pas à la fête, et même là je doute de réussir à lui échapper bien longtemps. Enfin bon, je n’ai besoin que d’un peu de temps pour me réhabituer à sa présence, ses touchers… Je frissonne.

— Tu as froid ? s’inquiète James.

Je secoue la tête et tente de noyer le poisson en lui racontant cette histoire ô combien passionnante de ma rencontre fortuite avec un joueur des Tornades de Tutshill en 4ème année, alors que je faisais des courses dans des rues peu fréquentées du Chemin de Traverse. Pour être honnête, je l’avais d’abord abordé car j’estimais cette anecdote utile pour me rapprocher de James, mais au fur et à mesure, je m’étais vraiment intéressée aux challenges qu’il avait rencontrés dans son parcours, et notamment aux problèmes que posait sa célébrité naissante. Bien que le Quidditch ne me tente pas particulièrement, la conversation avait su maintenir mon attention tout du long et j’en étais ressorti ravie. Bien sûr, je ne parle pas de tous ces détails inutiles à James. La célébrité, lui, il connaît déjà.

Sans m’en rendre compte, nous avons déjà atteint les tréfonds des cachots et c’est avec un empressement certain que je pousse les portes menant à la soirée. Immédiatement, une bouffée de chaleur m’envahit, accompagnée d’effluves de sueur et de parfums entremêlés, sans oublier l’explosion auditive qui finit de me charmer. Les basses lourdes retentissent à un rythme qui a tôt fait de m’entraîner sur la piste. Nous abandonnons Spinnet et les autres sans vergogne pour aller se placer au cœur de la masse de corps en ébullition. James me lance un grand sourire puis se colle à moi, et je commence à me déhancher contre lui.

Une activité qui aurait pu être plaisante si ce n’avait pas été pour le regard de Shacklebolt accrochant le mien, me rendant extrêmement mal à l’aise. J’essaie de me débarrasser de cette impression en lui tirant la langue, et il me renvoie un haussement de sourcil mi-étonné, mi-moqueur. Décidément, il m’exaspère.

J’hésite à lui faire un doigt d’honneur. Histoire que le message soit plus clair. J’hésite beaucoup. Mais non ! Je suis polie, et aimable, et agréable, et charmante, et oh mon dieu, je vais le tuer. Cet enfoiré vient de sortir sa baguette, puis de me lancer un sort. Mon chignon que j’avais mis une heure à attacher se défait d’un coup et mes cheveux viennent caresser le bas de mon dos. Comment ose-t-il ruiner ma coupe sophistiquée ? Je lui lance un regard meurtrier qui je suis sûre le fait trembler de terreur (du haut de mon mètre soixante-cinq), mais cet ignoble personnage aux cheveux bleus se contente d’un clin d’œil avant de s’en aller.

— Tes cheveux se sont détachés, me crie James à l’oreille.

Thanks, Captain Obvious.

— Tu es très observateur, je ne peux m’empêcher de ricaner en retour. Je te laisse, je vais me chercher à boire.

Et hop ! Comment se débarrasser de son petit-ami en deux secondes. James me contemple cependant quelques instants avant de hocher la tête et de se détourner. Ben quoi ? Il va pas me faire croire qu’il n’a pas envie de boire, quand même ? Je veux dire… lui ? La bonne blague. D’ailleurs, faudra que je fasse gaffe à propos de ça plus tard, je voudrais pas qu’il devienne alcoolo.

C’est un vrai parcours du combattant pour réussir à atteindre le buffet, et celui-ci est aussi bondé que la piste de danse. J’ai à peine le temps de commander deux shots qu’une masse de cheveux roux manque de m’éborgner. Je me retourne vers mon agresseuse et me fige bouche bée.

Lucy.

Lucy Weasley.

Avec la robe verte qui ne m’allait pas.

Sauf que sur Lucy… on dirait une reine. Elle se tient droite, sur des petits escarpins, le port de tête altier et elle ne ressemble en rien à cette petite fille effrayée de tout qui se cache sans cesse derrière ses cheveux. Ceci sont rassemblés sur son épaule, et Merlin elle devra m’apprendre à faire des boucles aussi parfaites. Ils tombent telle une cascade le long de sa robe, sa robe si verte qui fait ressortir ses yeux si clairs et ses dents si blanches. Je crois bien que c’est la première fois que je la vois sourire autant, comme si elle passait la meilleure soirée de sa vie.

Et peut-être que c’est le cas. Derrière elle, je vois un adorable Poufsouffle à l’air timide qui lui tend un jus de citrouille.

— Oh, Sélim, je suis désolée, je t’ai fait mal ?

Hein. Oh, c’est vrai.

— Non, aucun problème.

Elle sourit tellement fort que j’ai peur qu’elle se déchire les joues.

— Tu es magnifique, j’ajoute sans y penser.

— Vraiment ?

Lucy semble encore plus heureuse si c’est possible. Je hoche frénétiquement de la tête, et le Poufsouffle derrière elle profite de cette interruption pour me signaler que mes shots sont arrivés. Quand je me retourne à nouveau, j’aperçois Lucy et son cavalier de retour sur la piste en train de danser comme si le monde n’existait pas, et je sens une vague de chaleur se répandre dans ma poitrine.

Chaleur qui se change très vite en glace lorsque la voix de James à mon oreille me souffle :

— Sélim, il faut qu’on parle.

~O~

Pas bon, ça. Pas bon du tout, du tout, je dirais même. Il faut qu’on parle. Vous savez bien le genre de conversation que ça amène. D’habitude, c’est moi qui fait le « Il faut qu’on parle ». Ça se termine par des cris, des larmes et parfois même des coups et du sang. C’est toujours moi qui fait « Il faut qu’on parle ». Et je ne vais certainement pas laissé quelqu’un me le dire, à moi. Surtout pas James.

Quoiqu’il se passe, il faut que je trouve un moyen de rectifier le tir. Ça a forcément dérapé quelque part, il suffit juste que je trouve où et quoi et que je le répare. Comme neuf. Tout simple, non ? Ça ne peut pas être quelque chose de trop grave, de toutes façons. Certes, en ce moment tout ne se passe pas à merveille entre nous, mais ce n’est rien que je ne peux rattraper. On parle de moi, quand même. James est nerveux lorsqu’il ferme la porte des cachots derrière nous.

— Besoin d’air frais ? je le taquine en souriant.

J’en profite également pour lui tendre son shot, histoire de tâter un peu le terrain. Il me prend simplement les deux verres pour les poser par terre un peu plus loin. Hmpf. J’aurais bien besoin du mien, pour le coup.

James prend une grande inspiration.

— C’est assez difficile de t’en parler, alors je vais juste me lancer : j’ai l’impression que quelque chose ne va pas entre nous…

Il me regarde droit dans les yeux, comme s’il voulait que je continue sur ce qu’il vient de dire, comme si j’étais censée comprendre.

— Je n’ai rien remarqué… je murmure l’air confuse. Oh ! Est-ce que c’est à cause de samedi dernier ? Quand on est revenus de Pré-au-Lard ?

— Samedi der… Non, ce n’est pas ça. Enfin, en partie, mais pas vraiment… ?

Il me demande ? Je suis censée faire toute la conversation à sa place ? Bon, c’est le moment d’utiliser ma meilleure petite voix fluette trop choupi.

— Je ne comprends pas. Si ce n’est pas à cause de samedi dernier, alors qu’est-ce qui ne va pas entre nous ?

A présent, James semble sincèrement embêté, je le vois car il se mordille la lèvre et évite mon regard.

— Ce n’est pas nous à proprement parler, c’est plutôt...toi.

Moi ? Je ne comprends plus rien.

— Tu… J’ai… (James n’est pas très doué pour élaborer) C’est comme si… Tu n’étais pas naturelle. Quand tu es avec moi.

— Pardon ?

J’en reste bouche bée. Comment… ?

— Tu ne t’en rends peut-être pas compte ! Peut-être que tu es juste stressée ou timide quand tu es avec moi… Mais c’est comme si tu me cachais quelque chose.

James ose enfin me regarder dans les yeux, mais je crois qu’il n’aime pas trop ce qu’il voit. Je n’ai aucune réaction. J’arrive seulement à fermer la bouche. Manifestement il prend ça comme un assentiment pour continuer le massacre de notre relation idyllique.

— C’est pour ça… que j’aimerais qu’on fasse une pause. Juste pour un moment, quelques semaines tout au plus, pour qu’un puisse chacun réfléchir de notre côté.

Et… Oh. Ce n’est pas exactement une bonne nouvelle, mais c’est mieux que s’il avait rompu. Après tout, avec une pause on peut toujours redevenir comme avant, pas vrai ? J’essaie de pleurer, mais je crois que je suis trop perturbée pour bien jouer le rôle.

— Je vois, je souffle simplement. Je… Je comprends.

Comme s’il n’attendait que ça, et c’était probablement le cas, James hoche la tête avant de filer de nouveau dans la salle, où l’attendent sûrement ses amis, l’alcool, la musique, les danses, la joie.

Mais moi, rien ne m’attend dans la salle.

Pendant plusieurs minutes, je ne peux que fixer un point dans le vide, tournant et retournant la conversation dans ma tête. Finalement, je ramasse les shots et me les enfile cul sec, avant de me mettre en marche.

Tout bien réfléchi, James s’y est pris de façon assez diplomatique pour me dire tout ça. Bon. Il n’a pas exactement été le plus courageux non plus. Mais ç’aurait pu être bien pire. Quelque chose me dérange tout de même dans ce qu’il a dit, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.

Je pense à ma mère. C’est étrange comme elle vient à moi dans les moments les plus étranges. Parfois elle est là, dans un coin de ma tête, à me murmurer quoi faire (« souris », « pleure, maintenant ! », « ris un peu »). A d’autres moments, bien qu’elle soit silencieuse, c’est comme si elle prenait toute la place. Je me rappelle alors, pleins de souvenirs d’elle dont je n’ai pas envie, dont je préférerais me débarrasser dans un trou noir.

Je me demande si elle s’est déjà fait jeter, comme moi je rêve de le faire avec elle. Si l’une de ses victimes lui a déjà dit « non ». Ou si elle a d’abord dit « oui » pour finalement se rendre compte qu’elle ne voulait pas de ma mère. Mais je ne me souviens pas que ce soit déjà arrivé. Ma mère a le don pour se rendre indispensable.

C’est l’une des premières leçons qu’elle m’a données. Soit indispensable, me répète sa voix dans sa tête, même si elle ne me l’a jamais dit. Comme beaucoup de choses, c’est une astuce que j’ai appris en observant. Le vieux veut de l’attention. L’homme brisé veut de l’affection. L’homme riche depuis le berceau veut de l’estime. Donne à ces hommes ce qu’ils veulent, et ils seront à tes pieds. Mais il y a un élément clé à cette recette magique, un élément qui m’a toujours manqué.

Plus je marche et plus je suis en colère. Je sens un trop plein d’émotions qui tourbillonne et bouillonne, toute cette masse de sentiments brûlants qui se mélangent jusqu’à former une masse laide, une pâte pourrie. Bientôt je ne marche même plus, je cours aussi vite que je le peux, je grimpe les escaliers quatre à quatre jusqu’au sommet de la Tour d’Astronomie. L’air y est frais, le ciel noir parsemée d’étoiles fourni juste assez de lumière pour que je sache où je vais.

Et je vais au bord. Tout près du bord, je passe par-dessus la barrière, la peur un sentiment trop faible sur le moment pour m’arrêter. Je pose mes pieds à moitié dans le vide, les bras accrochés à la barrière dans mon dos, je me penche en avant, les yeux fermés.

Et je crie.

Je crie toute ma haine, tout ce que je pense de James Sirius Potter, tout ce que je hais chez lui. Je crie pour sortir ma mère de ma tête, le bon comme le mauvais, pour faire taire sa voix, noyer la sienne par-dessous la mienne. Je hurle tout ce que je peux, je hurle si fort qu’à un moment je ne sais même plus si ce sont des mots, juste un gargouillis sans queue ni tête.

Je hurle tous mes sentiments brûlants et bouillonnants.

Je perds la notion du temps tandis que je sens la pression me quitter par vagues. Elle me laisse tremblante, et après de longues minutes à reprendre ma respiration et à fixer le ciel, j’ai bien du mal à revenir de l’autre côté de la barrière. J’ai mal à la poitrine et à la gorge, mais je me sens mieux.

Et heureusement, car je vois une ombre bouger.

— Si je m’attendais à ça !

~O~

Oh. Mon. Dieu. C’est définitif, ce soir je vais commettre un meurtre. Je dirais bien « heureusement qu’il n’y a pas de caméras de sécurité à Poudlard » mais j’ai comme l’impression que c’est parce qu’avec la magie, ce serait un peu inutile. Quand on a des joujous pour remonter le temps, je pense bien qu’on a de quoi savoir ce qu’il s’est passé à tel endroit, à tel moment. Donc non seulement je vais commettre un meurtre, mais en plus je vais aller à Azkaban. Je ne pourrai plus jamais boire de chocolat chaud. Tant pis, ça vaut le coup.

Du moment que je peux me débarrasser de ce sale petit fouineur. J’ai déjà ma baguette de sortie.

— Shacklebolt, je lâche, grimaçant imperceptiblement à ma voix enrouillée.

— Temple, répond-il en s’avançant dans la lumière, un sourire aux lèvres.

— Ça fait longtemps que tu es là ?

— Hm, assez longtemps pour avoir entendu tout ce que tu as dit.

Ça ne m’avance pas, je ne me souviens absolument pas de ce que j’ai dit. Shacklebolt se fait un plaisir d’éclairer ma lanterne.

— Je me doutais depuis un moment que tu n’étais pas totalement honnête avec ton entourage, mais je n’aurais jamais imaginé que ta personnalité entière soit montée de toutes pièces. Au final, tu nous as tous trompés, et ce depuis le début.

Well, shit.

Ça risque d’être embêtant pour la suite des affaires, ça ! Le sale regard que me lance Shacklebolt m’indigne encore plus. Il fouine dans mes affaires et il a le culot d’être en colère.

— Personne ne t’a demandé d’enquêter sur moi, Shacklebolt, et encore moins de te mêler de ce qui ne te regarde pas. Qu’importe que je ne montre pas ma vraie nature à mes amis : n’est-ce pas ce que l’on fait tous ?

Ses sourcils se froncent.

Si c’est vraiment ce que tu penses, alors ta vie est encore plus triste que je ne le pensais.

Non mais j’hallucine, il me prend de haut ?

— Je me contrefous de ton jugement, Shacklebolt ! Peu importe ce que tu penses de moi, ce n’est pas comme si j’avais fait quelque chose de mal.

— Je ne serais pas si sûr de ça, siffle-t-il furieux (Shacklebolt, furieux ! c’est une première), tu as quand même dit, je cite « James se porterait mieux s’il se pliait à tous mes désirs et fermait sa gueule le reste du temps ».

Tu comptes lui dire un jour que tu sors avec lui seulement pour son nom et son argent ?

J’ouvre la bouche. J’ai dit ça, moi ? Tout bien réfléchi, c’était fort probable. Je referme la bouche.

— Très bien, je reconnais. Tu m’as eu, tu m’as découverte, tu sais tout de mon plan ô si terrible et maléfique.

J’étire ostensiblement mes muscles, crispés après tout ce temps passé accrochée à la balustrade, avant d’épousseter ma robe et de me diriger vers la porte. Je m’apprête à lui passer devant, lorsqu’il me retient par le coude.

— Tu ne vas pas essayer de me dissuader de tout raconter aux autres ?

Je le fixe éberluée pendant une seconde avant d’éclater de rire. Sérieusement ?

— Qu’est-ce qui te fait rire ? s’agace-t-il quand il voit que mes gloussements se sont mués en fou rire.

Et dire que je pensais ce mec intelligent !

— Toi ! je m’esclaffe.

— Moi ? Et pourquoi donc ?

Je laisse courir mes doigts sur son épaule tout en tournant lentement autour de lui.

— Dis-moi, Ryan… Donne-moi une seule personne – une seule, exceptés Fred et Roxanne, bien sûr – qui te croira. Qui croira que la petite idiote de Gryffondor, celle réputée pour s’être enfermée dans les toilettes du deuxième étage par accident en quatrième année, qui… qui croira qu’elle est en réalité… quoi donc, d’ailleurs ?

Je le sens se raidir à mon contact lorsque je fais remonter mon doigt le long de sa gorge jusqu’à son menton. Je sais, c’est ultra-cliché, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. Je laisse retomber mon doigt et esquisse un demi sourire empli de dédain.

— Tu aurais dû finir à Serpentard, chuchote-t-il froidement.

— Tiens donc ! Je ne suis pas la seule à le penser ?

— L’école entière le penserait si elle savait qui tu es réellement.

— Sans aucun doute.

Je hausse les épaules en jouant négligemment avec ma baguette.

— Mais contrairement à ce que tu crois, je ne prends pas cela pour une insulte.

Je peux voir à son tic au coin des lèvres qu’il n’est pas aussi serein qu’il veut le faire croire. Mais pour je ne sais quelle raison, ses yeux bleus conservent cette même lueur amusé qui caractérise tant Shacklebolt. Et d’un coup, c’est à son tour d’éclater de rire.

— Quoi ? je questionne nerveusement.

— Disons que personne ne m’aurait cru si je n’avais pas de preuve…

Il sort sa baguette magique, probablement cachée dans sa manche pendant tout ce temps. Non… Ne me dites pas qu’il…

— Recordito, souffle-t-il.

Et dans l’air froid de cette nuit d’octobre résonne ma voix, plus cruelle et haineuse que je ne l’ai jamais imaginée.

… PERSONNE N’A IDÉE DE LA COMÉDIE QUE JE JOUE DEPUIS TANT D’ANNÉES, ET IL PENSE ME CONNAÎTRE ?

— Stop.

— JE HAIS SES BAISERS, JE HAIS SON SOURIRE, JE HAIS LEURS SOURIRES A TOUS, AUSSI STUPIDES QU’ILS SONT !

— J’ai dit STOP ! je hurle alors que je m’avance à grands pas vers cet enfoiré pour lui arracher sa baguette.

Il recule vivement, murmure une formule magique que je n’entends pas et enfin ma voix cesse de retentir.

— Expelliarmus ! je lance sans attendre.

Il dévie mon sort sans peine. Ses lèvres esquissent un sourire sournois.

— Comme tu peux le voir, j’ai tout ce dont j’ai besoin pour te faire tomber. Ta voix est enregistrée dans ma baguette, et je peux la faire ressortir à n’importe quel moment.

— Eh bien vas-y, qu’est-ce que tu attends ? je rétorque.

De nouveau, il éclate de rire.

— Je ne vais pas gaspiller cette chance, enfin !

Je vois le genre… Je ne m’étais pas attendue à ce stratagème de la part de quelqu’un aussi droit que lui.

— Qu’est-ce que tu veux ? je grince.

— Je ne sais pas encore, sifflote-t-il, mais je suis sûr que ça me sera très utile…

— Et c’est moi qui aurais dû aller à Serpentard, hein ?

Il pince les lèvres.

— Ce n’est pas moi qui ai joué la comédie toute ma vie, n’est-ce pas ?

J’en peux plus de ce gars. Je sens que si je reste ici une seconde de plus, je vais probablement faire un truc que je regretterais par la suite. Comme engager un combat avec lui. Je suis loin d’être mauvaise en duel, mais j’aurais encore plus de problèmes s’il apprenait que j’ai étudié la magie noire dans la Salle-sur-Demande. Non. Mieux vaut trouver un moyen de me rapprocher de lui, puis lui subtiliser sa baguette en toute discrétion. Ensuite il ne me restera qu’à supprimer l’enregistrement et alors il n’aura plus aucun moyen de pression. Parfait.

Je quitte la tour en prenant bien soin de le bousculer au passage, tellement il m’énerve. Très mature.

— À bientôt, Temple ! retentit sa voix goguenarde dans mon dos.

— Va te faire foutre ! je crie en retour.

Seul son rire me répond.

~O~

Loin , très loin de Poudlard, un vieil homme se redresse sur sa chaise en bois usée par le temps. Les yeux écarquillés, un sourire incertain aux lèvres, il ne peut s’empêcher de penser qu’il a rêvé.

Mais non. Sur son poignet, la marque brille d’un or pur, preuve de ce qu’il vient de se passer.

Il l’a senti.

Il est temps.

End Notes:

Voilà, j'espère que ce chapitre vous aura plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de Sélim, sa mère, James, Shacklebolt, ou même de la toute dernière scène !

Tchuss

Yo, pourquoi tu dors pas ? by SumiShann
Author's Notes:

Moi ? Ne pas publier pendant plus d'un an ? Noooon, jamais de la vie... hé hé. Pardon.

Je vous laisse profiter de ce chapitre, bien qu'il soit court, et on se retrouve en note de fin.

 

Quel est le moyen le plus efficace pour se débarrasser d’un témoin gênant dans la communauté magique ? C’est dans ces moments-là que je regrette que les sorciers ne connaissent pas l’existence de Google.

 

Shacklebolt sait à présent quel genre de personne je suis réellement. Pire que ça, il a même une preuve ! Encore une fois, je me tape la tête contre le mur pour avoir été aussi imprudente. Et l’oreillette anti-pervers alors, elle sert à quoi ? Foutu gadget.

 

J’ai tout essayé pour me débarrasser du moyen de chantage que Shacklebolt a contre moi. Je suis même tombée malencontreusement sur lui, comme la pauvre fille maladroite que je suis, en allant en cours de Métamorphose dans le vain espoir de réussir à lui subtiliser sa baguette. Il a tout de suite compris la supercherie et m’a simplement renvoyé un sourire narquois en serrant sa baguette plus fort contre lui.

 

J’assène un autre coup de poing empli de rage sur le mannequin en cuir en face de moi.

 

— Yipeeeeeeeee ! fait le mannequin en tournant sur lui-même avant de se stabiliser à nouveau face à moi.

 

Un jour, il faudra vraiment que j’aie une conversation avec les sorciers sur les objets enchantés pour parler. Non, ce n’est pas charmant. Dois-je donc vivre ma vie dans la peur constante de tomber sur des toilettes qui chantent Never Gonna Give You Up ?

 

Je m’arrête après quelques coups supplémentaires, le souffle court. Je suis loin d’exceller en boxe, mais je connais assez pour me défouler. Heureusement que la Salle-sur-Demande fournit tout ce dont j’ai besoin pour m’entraîner.

 

Je ne peux m’en passer depuis que je l’ai découverte en 4ème année, après avoir suivi James pendant deux semaines dans le but de la trouver. James était encore moins discret à l’époque et aimait bien se vanter de ses connaissances incomparables des recoins du château, alors maintenant tout le monde à Poudlard est au courant de l’existence de la Salle-sur-Demande, bien que la plupart ignore comment y accéder.

 

A présent, je l’utilise trois à quatre fois par semaine pour apprendre quelques techniques d’auto-défense et, quand je me sens vraiment fébrile, des sorts plus ou moins dangereux…

 

A chacune de mes visites dans la Salle-sur-Demande, je visualise la même pièce, avec pour seul changement les petites choses qui me manquent pour mes entraînements. La pièce a toujours contenu des matelas comme ceux que l’on trouve en cours de gym dans les écoles moldues, deux mannequins mobiles, des livres de sorts et contre-sorts et une vingtaine de coussins de tailles différentes.

 

Au fil du temps, des choses diverses et variées s’y sont ajoutées en fonction de mes besoins et de mes envies. La bibliothèque s’est considérablement agrandie, contenant maintenant des livres sur les malédictions et deux livres de magie noire que je n’ouvre que rarement, mais aussi des livres d’histoire sorcière, de langues, un bestiaire impressionnant, et une collection étonnante de livres d’arts martiaux, rédigés par des moldus comme des sorciers.

 

D’autres objets hétéroclites se sont faits une place dans mon antre, comme cette épée datant de l’époque où je croyais avoir un don pour l’escrime (avant de manquer de m’empaler dessus), un large sofa pas trop poussiéreux accompagné de son plaid assorti, des tapis rugueux, une table basse pour travailler, une cheminée enchantée par mes soins, et plusieurs petites lampes aux usages aussi intéressants qu’inutiles. Comme celle qui s’illumine d’un or royal si on lui chante de l’opéra, mais tourne rouge au son du hard rock.

 

Intéressant. Mais inutile.

 

J’enlève mes vêtements collés par la sueur avant de me diriger vers la douche cachée dans un coin par un rideau. C’est une commodité qui m’est très vite apparue nécessaire après m’être entraînée quelques fois en 4ème année. Je ne pouvais rentrer dans mon dortoir pleine de transpiration sans attirer les regards, et j’avais très vite eu assez des questions de mes camarades de chambrée.

 

La douche me fait un bien fou, mais je ne m’attarde pas car le couvre-feu est passé depuis longtemps et je n’ai pas envie de tomber sur un préfet faisant sa ronde.

 

Ce n’est qu’une fois bien avancée sur le chemin du retour que je l’entends à nouveau. L’alarme. Elle résonne avec insistance dans mon oreille, mais j’ai beau me tourner et me retourner, je ne vois que des papillons de nuits et quelques araignées aux longues pattes.

 

— AaaaaaAAAAAAAHHHHHH ! je hurle en sentant quelque chose me toucher l’épaule.

 

Je n’attends pas une seule seconde et saisi le bras de l’intrus avant de le projeter par-dessus mon épaule. L’intrus s’écrase au sol avec un lourd « OUMF ». Je cligne des yeux, confuse, quand je vois que le bras que je tiens n’est relié… à rien.

 

Une seconde s’écoule dans mon cerveau fatigué avant que je ne fasse le lien.

 

— James ?!

 

Un gémissement de douleur me répond. J’y crois pas. Cet abruti me suivait et m’a fichu la peur de ma vie.

 

— Qu’est-ce que tu fais dans les couloirs à cette heure-ci ?

 

— Je pourrais te poser la même question, grogne-t-il en saisissant ma main pour se hisser debout. Tu n’as même pas lancé de sort de Désillusion.

 

— J’avais juste faim, on ne va pas me punir pour ça. Ils n’ont qu’à installer des distributeurs dans les salles communes.

 

James fronce les sourcils.

 

— Les cuisines sont de l’autre côté.

 

Oups. Quelle erreur de débutante.

 

— Je me suis perdue. Tu n’as pas répondu à ma question.

 

James ne semble pas convaincu et il me fixe du regard pendant quelques secondes, mais il finit par laisser couler.

 

— Je cherchais des passages secrets.

 

Je sens qu’il n’est pas complètement honnête. Pendant une seconde, un instant, nous sommes bloqués dans ce jeu des secrets, à se regarder en chiens de faïence comme si l’autre allait soudainement tout déballer. Je ne laisse pas l’instant s’éterniser.

 

— Je me disais… Je sais que tu veux qu’on fasse une pause, mais… tu me laisserais passer la nuit avec toi ? Juste toi et moi, dans ton lit, à discuter jusqu’à ce qu’on s’endorme ? je termine en lui caressant les mains.

 

Je vois James sourire à travers mes cils. Bon, ça doit dire qu’il ne m’en veut pas tant que ça, non ?

 

— Puisque tu insistes.

 

Il me prend la main et m’emmène jusqu’à son dortoir, où nous nous blottissons dans son lit, les yeux dans les yeux. Ou du moins, j’espère que ce sont ses yeux que je fixe et non pas son menton ou un autre truc dans le genre, parce que je ne vois absolument rien dans cette obscurité.

 

— Bien installée ?

 

Je me blottis un peu plus contre lui en guise de réponse et il laisse échapper un léger rire. Il commence à me raconter ses journées depuis les deux semaines que nous avons passé séparés et je lui raconte les miennes en retour. Je continue à parler jusqu’à ce que je sente les battements de son coeur s’égaliser, son souffle se faire plus profond.

 

Quand il est complètement endormi, je souris doucement. Il est temps de mettre mon plan en action.

End Notes:

 

Je ne pourrai jamais exprimer assez ma gratitude envers Feufollet, qui m'a laissé une review magnifique sur le site FanFiction, et à Spiritos qui m'a envoyé une review toute aussi longue et m'a fait comprendre que mon histoire lui importait et valait la peine d'être suivie. Vous m'avez donné du courage et de la motivation quand je ne croyais plus du tout en ce que j'écrivais et en ce que je pouvais faire de bien. J'ai traversé une période très sombre, comme probablement beaucoup d'entre vous, et recevoir vos reviews à ce moment-là m'a mis les larmes aux yeux.

Cette année n'a été facile pour personne et certains, tout comme moi, on toujours du mal à surmonter les aléas de la vie. On nous met des obstacles et on nous demande de les surmonter, encore et encore, mais au bout d'un moment on est trop fatigués, on n'en peut plus. Dans ces moments-là, il est important de se rappeler qu'on peut toujours demander de l'aide.

J'espère que chacun d'entre vous sait qu'il y a toujours des gens là pour vous aider.

Je suppose que c'est ma façon à moi de vous dire que je serai toujours là. Je sais que cette fic n'est pas beaucoup lue, et que je n'atteins pas beaucoup de personnes, mais pour ceux qui sont là, sachez que quoiqu'il arrive je n'abandonnerai pas cette fic. Je peux ne pas publier pendant un an ou plus, je reviendrai toujours avec un autre chapitre qui, je l'espère, vous apportera du réconfort et saura vous divertir.

A bientôt (dans un an lol)

SumiShann

Terms and Conditions by SumiShann

Je me décolle délicatement du torse de James, le nez froncé. Beurk. Depuis combien de temps n’a-t-il pas lavé son haut de pyjama ? Un peu d’hygiène, que diable !

Je descends du lit à pas de loup, le regard bien fixé sur mon objectif : le lit de Shacklebolt.

Les rideaux sont tirés et je n’entends rien en provenance de l’intérieur, mais je ne laisse pas ça me décourager. Shacklebolt n’a jamais été vu en train de passer la nuit ailleurs que dans son dortoir, alors je ne m’inquiète pas trop.

Et en effet, il est bien là, le visage serein et le corps en position étoile de mer. A le voir ainsi, on ne penserait pas que c’est une personne aussi réservée une fois réveillée. Il semble presque m’accueillir à bras ouverts.

J’ai envie de lui enfoncer mon pied dans l’estomac.

Mais pour l’instant, j’ai des choses plus urgentes à faire. Comme trouver cette foutue baguette. Je commence à chercher sur sa table de nuit, bougeant trois, quatre bouquins par-ci, un paquet de mouchoirs magiques par-là, quand mon regard se pose sur un cadre photo de lui avec le reste de sa famille.

La photo a été prise récemment, probablement cet été, et il pose avec ses deux parents et une petite fille qui doit avoir sept ans, tous souriant et s’échangeant des clins d’œil. Je ne savais pas qu’il avait une petite sœur.

Étrangement, cette information me rend amère. Parfait petit Shacklebolt avec sa parfaite petite famille. Plus le temps passe, et plus il m’est facile de le haïr.

Je fronce les sourcils. Dans le coin inférieur droit, la photo est mal cadrée et on peut en voir une autre cachée derrière. Curieuse, j’enlève l’arrière du cadre pour y jeter un œil.

Le cliché est celui de Shacklebolt, bien plus jeune, à côté d’une très vieille grand-mère dans un lit. Là aussi ils sourient, même si je dénote une certaine tristesse dans les yeux du petit garçon. Son sourire n’atteint pas ses yeux et les coins de sa bouche tremblotent. En prêtant un peu plus attention, on remarque que le lit est le même que ceux à Sainte-Mangouste.

Je ne peux m’empêcher de penser bien fait. Ça me terrifie. A quel point suis-je brisée pour que la mort d’une personne m’inspire ce genre de sentiments plutôt que de la compassion ? Pas brisée, non. Juste fendue. Fissurée, même.

Je m’empresse de tout remettre en place, mal à l’aise, quand je cogne sa main droite. Oh, merde. Ce pour quoi je suis venue, le Saint-Graal si je puis dire, repose entre ses doigts endormis. Quel genre de fêlé dort avec sa baguette ?

Diverses scènes de films me passent par la tête tandis que je récupère un stylo qui traîne par terre, et m’apprête à le glisser subrepticement dans la main de Shacklebolt à la place de la baguette.

Tout doucement, tout doucement… Je n’ai même pas fait glisser la baguette de deux centimètres que sa main se referme dessus avec force. Je relève lentement la tête. Merlin, faites qu’il ne soit pas réveillé, faites qu’il ne soit pas…

Merlin me crache au visage, manifestement. Une paire d’yeux irritée me fixe dans la pénombre. Surprise, je tente un mouvement de recul mais son autre main vient enserrer mon poignet. Il ne semble pas près de me lâcher. Plan B.

— Tout ceci n’est qu’un rêve, je murmure.

— Bien tenté, mais non.

Malgré sa voix enrouée par le sommeil, il a l’air on ne peut plus alerte. Plan C ? Je sors ma baguette magique, résignée.

— Oblite…

Je n’ai pas le temps de finir qu’il me tire à lui, me faisant violemment tomber contre son torse. D’habitude, ça ne me dérange pas de me retrouver dans ce genre de position avec un homme, mais avec Shacklebolt, j’ai juste envie de vomir.

— Si ton but était de m’attirer dans ton lit, il fallait le dire tout de suite.

La grimace de dégoût qu’il me renvoie reflète parfaitement comment je me sens à l’intérieur. Plutôt que de me répondre immédiatement, il arrache ma baguette de mon autre main (en même temps que j’essaie de lui arracher la sienne), et laisse tomber les deux par terre.

Je me résigne et me redresse en position assise, à cheval sur son torse, le poignet toujours emprisonné. Heureusement que je suis en jogging, et non pas dans ma jupe d’uniforme ridicule.

— Les sorts de mémoire sont interdits, grince-t-il, scandalisé.

— Tout comme monter dans le dortoir du sexe opposé, et pourtant tu n’en fais pas tout un plat.

— J’allais y venir.

— Oh. Tu ne trouves pas que tu es un tantinet pointilleux ?

— Dois-je l’être jusqu’au bout et prévenir le professeur Londubat ?

— Inutile, vraiment. Maintenant que j’ai dis au revoir à mon copain, je ne compte pas m’éterniser.

— J’ai comme l’impression que dire au revoir à ton copain n’était pas la seule chose que tu voulais faire ici.

— Merlin ! je m’exclame dramatiquement. Comment oses-tu suggérer ce genre de choses ? Moi, faire ça ici ? Quelle indécence !

— Bien que je doute grandement que faire ce genre de choses ici te dérangerait, ce n’est absolument pas ce à quoi je faisais référence et tu le sais très bien. Et si tu arrêtais de faire l’idiote, deux minutes ?

— Très bien. Et si tu arrêtais de me faire chanter et te débarrassais de cet enregistrement ?

— Te faire chanter ? répète-il avec de grands yeux innocents. Je ne t’ai jamais fait chanter.

Je pince les lèvres, agacée. Il aime bien jouer sur les mots.

— Pas encore, c’est vrai. Mais c’est bien ton intention, et je ne compte pas attendre que ce jour vienne sans rien faire. Si ça se trouve, tu essaieras de me faire chanter jusqu’à la fin de mes jours, sans jamais supprimer ce foutu enregistrement.

Shacklebolt me fixe, l’air pensif.

— Et si je te proposais un pacte ?

— Un pacte ? De quoi tu parles ?

— Il y a deux raisons pour lesquelles j’ai décidé d’obtenir quelque chose contre toi. L’une, la moins importante, est le fait que tu prétendes être quelqu’un que tu n’es pas. Mais ça, je te l’ai déjà dit n’est-ce pas ?

Je hoche la tête, attentive.

— Je ne pensais pas que c’était la moins importante.

— La deuxième raison, continue-t-il, mais aussi la plus importante rend le fait que tu joues la comédie encore plus dangereux.

J’attends la suite, mais de toute évidence Shacklebolt se destine à une carrière passionnante d’animateur de mariage parce qu’il refuse de continuer tant que je ne réponds pas. Exaspérée, je lève les yeux aux ciel avant de me résoudre à jouer le jeu.

— Et quelle est donc cette deuxième raison si importante, Monsieur Shacklebolt ?

Il tique légèrement devant mon sarcasme évident, mais ne relève pas :

— Ton manque d’empathie.

Alors là, je suis bouche bée. Mon quoi ?

— Je suis bénévole dans une asso écologique tous les étés, je réponds en clignant des yeux, confuse.

Shacklobolt semble plus exaspéré qu’agréablement surpris.

— Tu le savais déjà ?

— Tout le monde le sait, Temple, tu ne manques jamais de le préciser quand tu as besoin de te faire bien voir.

Oh. Pas faux. Même si pour être honnête, je l’ai seulement mentionné une ou deux fois, et maintenant mes amis se chargent de le rappeler au monde entier à ma place. Je ne peux pas nier que c’était calculé, et je vois à la tête de Shacklebolt qu’il le sait parfaitement.

 

— Et donc ? En quoi consiste ton pacte ?

— Prouve-moi que tu peux changer.

Je… Quoi ?

— Hein ?

Très éloquent ça, dis donc.

— Prouve-moi que tu peux changer, répète-il patiemment.

Je cligne des yeux, éberluée. Pourquoi est-ce que je devrais changer ? Qu’est-ce qu’il y a de si mal à être comme je suis ? Je ne fais de mal à personne, en soi. Je ne fais pas de bien non plus, mais comme beaucoup d’autres gens. Peu de gens font de bonnes choses par pure gentillesse, et ceux qui clament le contraire mentent.

Cependant, j’ai conscience que ce n’est pas en disant ça que je vais améliorer mes chances de me débarrasser de cet enregistrement. Ce n’est pas parce que je vois le monde pour ce qu’il est vraiment que d’autres si. Certains, comme Shacklebolt, sont désespérément naïfs.

— Comment ? Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour que tu trouves que je peux changer ?

Shacklebolt sourit d’un air carnassier.

— A toi de le découvrir.

— Tu te fous de moi, je proteste.

Je suis à deux doigts de lui attraper le col, mais cet emmerdeur est torse nu, alors je me contente de lui enfoncer mes ongles dans la clavicule.

— Si je te disais quoi faire, ce serait trop facile, explique-t-il en retirant ma main prête à l’étrangler. Tu ferais seulement ce que je te demande, me ferais supprimer l’enregistrement, et ensuite reprendrais tes mauvaises habitudes.

Je ne dis rien, parce qu’il n’a pas tort. Ça m’ennuie d’être percée à jour aussi facilement par quelqu’un qui n’a eu qu’un petit aperçu de ma personnalité.

— Tu penses que me laisser tâtonner pour trouver la réponse me fera changer pour de vrai ? je grince des dents.

— Eh bien, c’est ce qu’on verra. Maintenant, bouge.

Avant même que j’aie le temps de réagir, je me retrouve flanquée par terre, puis poussée hors du dortoir, ma baguette jetée à la figure juste avant que la porte ne se referme derrière moi.

Quel manque de politesse.

 

End Notes:

Me voilà de retour, pour vous jouer un mauvais tour...

Dites-moi ce que vous en avez pensé dans les commentaires !

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