Le vent se lève by CamCaz17
Summary:

Ludivine est une sorcière ambitieuse, comme aiment souvent le répéter Albus et Scorpius. Alors quand un concours est organisé par le ministère au sein du château, elle accepte sans surprise de bousculer son petit monde pour atteindre ses objectifs.

Elle comprenait toutefois, face au regard implacable de son partenaire, que lorsque le vent se lève, la tempête ne s'affronte pas plus aisément à deux.

 

Crédits : Image libre de droit

Nextgen


Categories: Romance (Het), Durant Poudlard, "19 ans plus tard" Characters: Albus S. Potter, James S. Potter, Personnage original (OC), Scorpius Malefoy
Genres: Aventure/Action, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 22 Completed: Non Word count: 187013 Read: 10510 Published: 01/01/2020 Updated: 04/09/2022

1. Cette sensation de liberté by CamCaz17

2. Tempérament et caractère by CamCaz17

3. Ouverture sur le monde by CamCaz17

4. L'insouciance crée des soucis by CamCaz17

5. Courroux et douceur by CamCaz17

6. Partie et répartie by CamCaz17

7. Annonce et réactions by CamCaz17

8. Festive et décisive by CamCaz17

9. Une décision n'est bonne qu'une fois prise by CamCaz17

10. Pacte scellé by CamCaz17

11. Revêches et rebours by CamCaz17

12. La connaissance | Partie A by CamCaz17

13. La connaissance | Partie B by CamCaz17

14. Un instant de lucidité by CamCaz17

15. La puissance by CamCaz17

16. Panser sans penser by CamCaz17

17. Ce qui marche et ce qui marque by CamCaz17

18. Direction confiance et sérénité by CamCaz17

19. Malgré le déluge et le chaos by CamCaz17

20. Construire sur des ruines by CamCaz17

21. Et marcher sur des braises by CamCaz17

22. Instaurons ainsi une atmosphère de changement by CamCaz17

Cette sensation de liberté by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour à tous,

Pour ceux qui connaissent déjà cette histoire, les 20 premiers chapitres ont été repris et republiés au 27 août 2022 : il n'est pas nécessaire de tout relire, il n'y a aucune modification substantielle. J'ai surtout réécrit certaines scènes, affiné les dialogues et accentué le fil conducteur de l'histoire.

J'espère que vous en apprécierez la lecture !

Disclaimer : les personnages que vous reconnaîtrez et l'univers appartiennent à J. K. Rowling.

 

Chapitre 1 - Cette sensation de liberté

— Nom d'une écaille de dragon, que penses-tu faire, Potter ?

Aucune réponse. Albus Potter ignora la remarque de sa camarade, concentré sur son balai qu'il attrapa avant de s'éloigner en direction du terrain de Quidditch. Ludivine, qui n'aimait définitivement pas être ignorée, marmonna un juron avant d'attraper le bras du sorcier.

— Tu as vu l'heure ? lui dit-elle à voix basse. On pourrait se faire prendre.

— Personne ne vient sur le terrain à cette heure-ci, répliqua Albus en posant un regard amusé sur elle sans s'arrêter de marcher. Viens, Scorpius attend.

Bien évidemment que Scorpius attendait. Là où se trouvait Albus Potter, Scorpius Malefoy n'était jamais bien loin, encore plus quand il s'agissait d'enfreindre le règlement.

— Scorpius peut bien attendre, siffla Ludivine qui commençait à perdre patience. Qu'est-ce qu'il vous prend d'aller voler à une heure pareille ?

Cette fois, Albus arrêta sa marche frénétique pour se tourner vers la sorcière qui se tenait devant lui. Malgré l'obscurité qui régnait autour d'eux, il devinait facilement l'air agacé qui se dessinait sur son visage et il ne put retenir un sourire amusé.

— Scorpius et moi nous sommes mutuellement lancés le défi de voler jusqu'à la tour de Serdaigle, lui expliqua Albus sur un ton presque étourdi qui ne lui ressemblait pas, eeeeeet bah on se lance !

— Vous vous lancez ? répéta Ludivine sur un ton incrédule, vous vous lancez ?

— Hé, s'exclama Albus, un Serpentard ne refuse jamais un défi !

Ludivine fronça les sourcils, passant une main dans ses cheveux châtain clair à longueur d'épaule, signe de son exaspération. Elle s'approcha du sorcier, qu'elle fixait de ses yeux clairs. Il y avait quelque chose dans son attitude qui l'intriguait.

Grand, d'une carrure naturellement fine mais solidement bâtie par les entraînements de Quidditch, Albus Potter était un sorcier que l'on remarquait facilement. La ressemblance avec son père, Harry Potter, était flagrante, et il arborait constamment un regard réfléchi et un sourire amical qui lui attiraient la sympathie de nombreux sorciers.

A cet instant, ce regard était moins avisé qu'à l'habitude. Il était mobile, agité, comme incapable de se focaliser. Mais ce ne fut qu'une fois qu'elle fut suffisamment proche du sorcier pour que leurs visages se touchent que Ludivine comprit.

— Par Merlin, Potter, s'exclama-t-elle d'un ton dépité, tu es saoul !

— Perspicace, Hendell, rigola Albus en passant son bras autour des épaules de la sorcière. Viens, Scorp attend.

Si un autre sorcier l'avait touchée de cette façon, Ludivine l'aurait stupéfixié avant qu'il n'ait eu le temps d'expirer. Elle n'aimait pas qu'on empiète sur son espace personnel et pouvait se montrer très réservée. Ludivine était une jolie sorcière, mais elle était du genre à garder des distances qui dissuadaient toute tentative d'approche. Cette distance la rassurait, aussi renvoyait-elle de préférence une image austère.

Mais là, il s'agissait d'Albus Potter, son meilleur ami, alors elle se laissa guider, refusant toutefois de retenir un soupir d'exaspération.

— Yo Al ! s'exclama une voix. Je commençais à croire que tu t'étais défilé !

Au centre du terrain se tenait Scorpius Malefoy, appuyé sur son balai. Tout comme son meilleur ami, on remarquait facilement Scorpius. Grand et d'une musculature très fine, ses yeux bleus rieurs et sa posture nonchalante correspondaient parfaitement à l'image du Serpentard insouciant. Et Serpentard, Scorpius l'était du bout des ongles jusqu'à ses gènes les plus lointains.

Quand il remarqua Ludivine, son sourire hasardeux s'agrandit.

— Luuuuud, s'exclama-t-il, tu viens t'envoler avec nous ? Quand je pense que tu as privilégié ta patrouille à une soirée avec nous !

— C'est son côté Serdaigle qui essaie de prendre le dessus, se moqua Albus, mais les serpents ne se laisseront pas faire !

— Par Merlin, chuchota Ludivine férocement, arrêtez de crier, on pourrait se faire prendre !

Oh, les deux sorciers le savaient. Ils s'en fichaient tout simplement. Ils avaient passé toute la soirée sur le terrain, à profiter des derniers instants de l'été. Personne n'était venu les déranger, et ils n'étaient pas vraiment inquiets que ça arrive.

Tout ce qui leur importait était de relever le défi qu'ils s'étaient mutuellement lancé. Et maintenant que Ludivine était là, ils ne comptaient pas la laisser s'en aller.

— Tu viens voler avec nous, Lud ? demanda de nouveau Scorpius en ignorant la réticence de la sorcière.

— Tu rigoles j'espère, répliqua-t-elle en balayant l'idée d'un revers de la main. Une retenue après seulement une semaine, très peu pour moi.

Elle exagérait sa réticence, ils le savaient. Ludivine n'était pas du genre à craindre les retenues, elle n'était simplement pas d'humeur. Mais Albus et Scorpius étaient plus joueurs que ça, et elle également. Ils n'avaient qu'à appuyer sur les bons boutons.

Albus et Scorpius échangèrent un regard malicieux. Ils savaient très bien comment la convaincre de se joindre à eux. Un argument qui, ils le savaient, marcherait. Parce qu'il marchait toujours sur Ludivine.

— Aurais-tu peur, Hendell ?

Ludivine s'offusqua, fusillant ses amis du regard. Elle était prudente et sobre, deux choses qu'ils n'étaient définitivement pas en ce moment, et elle refusait qu'on assimile sa prudence à de la peur. Maudits Serpentard, se dit-elle. Eux avec leur sournoiserie, et elle avec son orgueil.

— Bien sûr que non, répondit-elle froidement.

— Dans ce cas, commença Albus, joins-toi à nous.

— Sauf si tu préfères retourner dans ton lit, termina Scorpius avec moquerie.

Ludivine n'était pas du genre à refuser une invitation à voler, et encore moins à refuser un défi quand on lui en lançait un. C'était bien le problème de leur amitié. Ils connaissaient parfaitement leurs défauts et points faibles respectifs. Et aucun des trois n'hésitait à appuyer dessus pour obtenir ce qu'ils voulaient.

Ludivine savait deux choses. La première était qu'elle n'avait aucune envie de les laisser s'envoler dans leur état, même s'ils étaient bien plus habiles qu'elle sur un balai. La deuxième était qu'elle pourrait facilement les désarmer et les renvoyer d'un coup de baguette dans leur dortoir. Mais une troisième pensée la parcourut : son amour pour le vol. Elle n'avait pas touché à un balai depuis des semaines, et à cet instant, c'était comme si les airs l'appelaient. Oh, qu'ils l'appelaient !

Alors, consciente qu'elle n'arriverait pas à aller au-delà de ses propres envies, Ludivine fusilla ses amis du regard. Un rictus se dessina sur leurs lèvres quand ils comprirent.

— YES ! s'exclama Albus en venant passer un bras autour des épaules de Ludivine.

— Mazeltov ! approuva Scorpius en posant un baiser furtif sur les cheveux de la sorcière avant de les ébouriffer.

Ludivine ne se retint pas de manifester son exaspération. Ce qu'ils pouvaient être excessifs quand ils le voulaient. Mais elle adorait leur exubérance, leur folie.

— Je vous déteste, murmura-t-elle en agitant sa baguette vers le ciel.

Quelques minutes plus tard, son balai volait jusqu'à elle. Elle l'enjamba aussitôt, ignorant l'excitation de ses deux amis, déjà installés sur leur balai.

Échangeant un regard entendu, les trois sorciers s'envolèrent. Doucement au début, puis avec plus de force une fois les premiers mètres passés. Et très vite, ils fonçaient dans le ciel.

Le regard de Ludivine s'ajusta rapidement au clair de lune. Le ciel illuminait le château, et la lumière qui s'en dégageait l'émerveillait.

Elle se souvenait parfaitement de son premier vol dans l'enceinte de Poudlard. Elle n'avait pas attendu leur premier cours de vol, répondant au défi de deux sorciers de sa maison à qui elle avait demandé de faire moins de bruit pour lire son livre. Elle avait relevé le défi sans hésiter, même si ce n'était que leur troisième jour au sein du château.

Bien évidemment, ils s'étaient tous les trois faits attraper par la directrice McGonagall. Ludivine se souviendrait néanmoins toujours de cet instant où elle avait survolé Poudlard pour la première fois. D'une part, pour cette beauté qu'elle avait vue de ses yeux. D'autre part, pour l'amitié qu'elle avait créée avec ses deux camarades durant la semaine de retenue qui avait suivi.

Ils ne volèrent pas longtemps. Après avoir survolé la tour de Serdaigle, ils se dirigèrent de nouveau vers le stade.

Ludivine échangea un sourire avec Albus et Scorpius. Ils n'avaient plus de notion du temps, et elle n'avait pas encore envie de redescendre.

A cet instant, il lui semblait simple de tout oublier. Elle oublia où elle se trouvait, laissant l'adrénaline monter en elle. Elle profitait maintenant de la sensation de se sentir à des dizaines de mètres du sol, le vent frappant son visage avec une violence qu'on ne pouvait connaître qu'à cette hauteur.

Elle était folle, elle le savait, d'aimer de telles sensations. Avec les années, elle était devenue moins à l'aise avec la notion de vide, mais tant qu'elle avait la maîtrise de son balai, tout allait bien. Et cette adrénaline, cette sensation de liberté, la grisaient.

A côté d'elle, Albus et Scorpius échangèrent des mots depuis leur balai respectif avant de piquer vers le sol. Eux aussi adoraient voler. C'était comme si toutes les obligations, toutes les attentes de leur monde disparaissaient. C'était une passion qu'ils avaient longtemps partagée. C'était ce qui avait fondé leur amitié, que les années au sein de l'équipe de Quidditch avait renforcée. Même si Ludivine n'en faisait aujourd'hui plus partie, elle continuait d'apprécier ces moments où rien n'existait à part eux.

Finalement, elle piqua vers le sol où ses amis l'attendaient patiemment, un rictus sur les lèvres face à son air enivré.

— Alors, commença Albus.

— On t'avait dit que ce serait top, finit Scorpius.

Leur habitude de finir les phrases de l'autre la fit sourire. Après six ans d'amitié infaillible, cette harmonie ne surprenait personne. Ludivine, qui connaissait peu l'historique des lignées anglaises, avait souvent entendu parler de l'improbabilité qu'un Potter et un Malefoy deviennent amis. Quand elle voyait l'unité qui liait les deux sorciers, elle comprenait qu'on ne pouvait rien prévoir dans la vie.

— Je suis sûr, continua Albus avec un sourire malicieux, que cette petite virée t'a donné envie de revenir dans l'équipe.

— Je n'en doute pas non plus, surenchérit Scorpius avec le même sourire, avoue que l'adrénaline d'un match te manque.

Et avec ces deux phrases, l'affection que Ludivine ressentait pour les deux sorciers disparut. Satanés Serpentard, avec leur malice.

— Vous pouvez toujours rêver, répondit Ludivine en renvoyant les trois balais à leur place d'un coup de baguette. Hors de question d'être sous les ordres d'Albus !

— Tu dis ça comme si j'étais un tyran, s'indigna Albus.

Le regard en biais de Ludivine en disait suffisamment tandis qu'elle tournait les talons sans un mot de plus.

— Lud, attends-nous ! s'exclama Albus. Tu voles trop bien pour gâcher ce talent.

— Rien à faire, Al.

— On a besoin de toi ! appuya Scorpius. Il nous manque encore des joueurs.

— La ferme ! s'écria Ludivine.

Les deux sorciers ne tinrent pas compte de son éclat, ricanant face à l'irritation de leur amie. Cette dernière esquissa toutefois un sourire. Elle faisait souvent preuve d'un tempérament acrimonieux, mais Albus et Scorpius ne lui en tenaient jamais rigueur. Ils s'en amusaient même. Elle laissa donc Albus passer un bras autour de ses épaules et Scorpius lui raconter la scène gênante qu'ils avaient vécue cet après-midi lorsque deux Serdaigle de troisième année les avaient invités, Albus et lui, à Pré-au-Lard.

Leur sixième année avait commencé depuis dix jours, et elle se révélait déjà aussi agréable que les précédentes. Entourée de ses amis, Ludivine pouvait faire face à tout. Parce qu'avec eux, elle avait le sentiment qu'elle pouvait être elle, libre et heureuse.

 

Tempérament et caractère by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour à tous, voici le deuxième chapitre. J'espère que ce chapitre vous plaira.

Chapitre 2 - Tempérament et caractère

— Par Merlin Lud, toujours la tête dans un bouquin, tu devrais aller t'asseoir à la table de Serdaigle.

Ludivine releva la tête de son livre pour voir Albus et Scorpius s'installer à côté et en face d'elle. Elle pouvait facilement constater que leur soirée de la veille se faisait ressentir, mais elle n'eut pas plus de sympathie à leur égard pour autant.

— Ne me tente pas, Potter, la vue y est moins appréciable mais la compagnie bien plus agréable.

— Es-tu en train de dire qu'il n'y a pas plus sexy que nous dans les autres maisons ? sourit Scorpius.

— Qui a dit que je parlais de vous, Malefoy ?

Elle n'eut comme réponse qu'un sourire narquois, cela lui suffit pour retourner à son livre. Ludivine était concentrée. Aujourd'hui avait lieu son premier cours avancé pour les ASPIC, à savoir les cours de septième année auxquels pouvaient se joindre les élèves de sixième année qui souhaitaient obtenir des points d'avance. Pour Ludivine, l'enjeu était grand.

Albus et Scorpius misaient sur le Quidditch pour obtenir des points supplémentaires. Ludivine, elle, misait sur la seule matière qui importait à ses yeux : les Sortilèges. Elle comptait bien, avec ce cours, obtenir la moitié de ses ASPIC avant de les avoir passés.

— Au fait Lud, signala Scorpius, Rockwood semblait te chercher.

Ludivine releva une nouvelle fois la tête de son livre. Albus et Scorpius avaient commencé une discussion sur le Quidditch, comme à leur habitude.

— Mais enfin Scorp, défendait Albus, on ne peut pas tout miser sur l'attrapeur face aux Gryffons, tu sais très bien qu'ils élaborent toujours leur stratégie pour le mettre hors d'état de nuire !

— Je sais bien, répondit Scorpius, mais leur gardien est excellent. On ne pourra jamais les distancer seulement en marquant des points.

Ludivine n'écoutait déjà plus. Le Quidditch ne l'intéressait pas. Son regard se porta plutôt sur la table de Gryffondor qui commençait à se remplir.

Son regard se posa sur la sorcière qu'elle cherchait. Acca Rockwood discutait énergétiquement avec ses camarades de chambre. Lorsque Rose Weasley lui murmura quelque chose, Acca éclata de rire, attirant les regards de plusieurs élèves autour d'elle.

Brune, à la peau d'une couleur caramel, Acca rayonnait d'exubérance et d'énergie. Elle parlait toujours d'une voix forte, teintée d'un accent américain. Son aisance sociale lui avait toujours donné beaucoup de popularité.

Néanmoins, personne ne connaissait Acca mieux que Ludivine. Leurs regards se croisèrent et les deux sorcières échangèrent un sourire complice. D'un signe discret, Acca lui signifia qu'elles discuteraient plus tard, ce à quoi Ludivine répondit d'un hochement de tête.

Ludivine reporta son attention sur ses deux amis qui n'avaient toujours pas changé de sujet.

— Mais oui, s'excitait d'ailleurs Scorpius, tablons sur un horaire matinal, c'est le plus stratégique si tu prends en compte que…

Ludivine roula des yeux en constatant qu'elle aurait droit à du Quidditch toute la journée. Exaspérée, elle se leva en direction de la salle de Potions sans crier gare.

— Mais Lud, attends-nous ! s'exclama Albus en se levant avec précipitation de son siège.

— On voulait ton avis sur la stratégie ! compléta Scorpius en faisant de même.


— Tu ne serais pas en train de t'émerveiller sur un cours de Sortilèges, Hendell ?

— La ferme, Potter, à moins que tu ne préfères que je m'émerveille sur ton frère.

La réponse de Ludivine n'amusa pas Albus qui grommela quelque chose dans sa barbe. A côté de lui, Scorpius ne s'était pas retenu d'éclater de rire en tapant - un peu trop fort - l'épaule de Ludivine pour la féliciter de sa réplique.

Quelques années plus tôt, lorsque les filles, années confondues, venaient régulièrement faire connaissance avec Albus dans l'unique but qu'il parle d'elles à son frère aîné, cette blague ne serait pas passée. Elle serait encore moins passée qu'en grandissant, Ludivine s'était mise à s'intéresser aux garçons et qu'Albus avait redouté que son attention ne commence à se porter sur son frère - comme toutes les filles qu'il avait pu côtoyer - au détriment de sa relation avec lui. Mais Albus avait depuis longtemps réglé ce complexe, d'une part parce qu'il avait appris à se distancer de quiconque se mettait soudainement à lui adresser la parole, et d'autre part parce qu'il avait constaté de ses yeux l'intérêt que les filles avaient commencé à lui accorder également.

— Merci de ne pas me mettre des images écœurantes en tête, grimaça Albus.

Ludivine sourit, c'était bien évidemment une porte ouverte à ce qu'elle l'embête. Tout ce qui pouvait énerver l'autre était bon à prendre, ils fonctionnaient comme ça.

— Quel est votre programme ? demanda Ludivine.

— Temps libre, sourit Scorpius. On hésite entre aller espionner Poufsouffle qui s'entraîne ou aller draguer de jolies sorcières dans le parc.

— Le Quidditch ! répondit Albus.

— Les sorcières ! s'exclama Ludivine en même temps.

Ludivine fusilla du regard Albus qui eut un sourire coupable. Il savait très bien qu'elle était exaspérée par leurs discussions incessantes sur le Quidditch. Elle avait rejeté ce sujet en quittant l'équipe un an plus tôt et détestait qu'ils s'étendent autant dessus. Ils s'étaient promis de faire un effort, mais ils ne se contrôlaient pas. Et d'un autre côté, il n'y avait rien de plus amusant, aux yeux d'Albus, que de voir Ludivine contenir son irritation.

— Tu n'as pas d'autres centres d'intérêts, Potter ? s'exclama-t-elle d'un ton agacé. Tu n'as pas des envies à assouvir ?

— Pas besoin de parler de mes envies à assouvir pour le faire, répondit Albus avec amusement.

Ludivine émit un son qui sembla s'apparenter à du dégoût alors que Scorpius rigolait. Il passa son bras autour de ses épaules, comme il adorait le faire pour lui montrer qu'elle était plus petite que lui.

— Ne pose pas de questions dont tu ne veux pas connaître les réponses, ma Lud, lui dit-il sur un ton moqueur. Allez, on va draguer de jolies sorcières sur le terrain. Bon cours !

Ludivine salua ses deux amis d'un mouvement de bras nonchalant avant d'atteindre la salle de Sortilèges. Des idiots, se dit-elle en s'installant au milieu de la salle. Elle trépignait d'impatience à l'idée de se mesurer à des élèves de septième année. Dans les domaines où elle excellait, Ludivine n'avait pas honte de son assurance, même si elle pouvait s'apparenter à de l'arrogance.

Elle observa les élèves entrer dans la salle et s'installer, constatant qu'elle reconnaissait peu de visages.

Durant toutes ces années, Ludivine ne s'était jamais intéressée aux sorciers qui l'entouraient. Son cercle officiel se limitait à Albus et Scorpius, et elle n'avait aucune curiosité pour les autres. Ayant été la cible de jalousies pour son amitié avec les deux sorciers, Ludivine était d'autant plus méfiante. Enfin, la distance qu'elle mettait entre elle et les autres avait fini de restreindre ce cercle.

Elle reconnut toutefois quelques personnes, Fred Weasley, le cousin d'Albus du côté de sa mère ou encore Thomas Faber, capitaine de l'équipe de Serdaigle. Les deux capitaines – tous les deux grands et athlétiques, même si la finesse du corps de Weasley s'opposait à la carrure carrée du Serdaigle – discutaient avec animation, probablement de Quidditch, avant de s'installer chacun à sa place.

Ludivine reconnut un autre visage, James Potter, le frère aîné d'Albus qui pénétrait dans la salle. Il semblait suivre du regard un signe qu'on lui faisait, et Ludivine se doutait qu'il s'agissait de Fred Weasley, assis derrière elle.

Elle voulut suivre leur échange alors que Potter rejoignait son cousin, mais son regard fut attiré par une nouvelle personne. Liz Walsh ajustait sa jupe bleue et bronze, analysant rapidement et nerveusement la salle du regard pour y croiser un regard familier. Son visage s'éclaira en voyant Ludivine, lui faisant un grand sourire avant de s'approcher à grand pas.

— Tu attends quelqu'un ? demanda-t-elle sur un ton nerveux.

— Assieds-toi, tête de nœud, sourit Ludivine.

Le sourire de son interlocutrice s'agrandit d'autant plus alors qu'elle posait son sac et s'installait. Ludivine en profita pour observer la sorcière qu'elle connaissait maintenant depuis de nombreuses années.

Liz semblait sur le point de se briser en deux, avec son corps fin et frêle et ses gestes nerveux. Ses cheveux blonds avaient poussé durant l'été, lui arrivant aux aisselles, et ses traits s'étaient affinés.

— Pas beaucoup de sixièmes années, murmura-t-elle.

— Tout le monde préfère prendre Défenses, c'est plus populaire. Ou Potions, tout le monde sait que Slughorn donne les points facilement pour les cours avancés.

Liz observa Ludivine quelques instants avec un sourire.

— On ne t'a pas vue depuis la rentrée, fit-elle remarquer. Les filles vont finir par croire que tu les évites.

— Tu sais bien que non ! réfuta Ludivine. Je vais moi-même devenir folle à force d'être entourée de testostérone.

— Tu devrais te faire des amies chez les filles de ta maison, rigola Liz.

La blague était récurrente entre elles, mais elle n'était pas vraie. Le cercle officiel de Ludivine s'arrêtait à Albus et Scorpius, mais officieusement, elle était déjà suffisamment entourée par trois sorcières en qui elle avait entièrement confiance : Acca, Liz et Evelyn. Officieusement, parce que leur amitié à toutes les quatre n'avait jamais été mise en avant. Amies depuis l'enfance, elles ne faisaient pas partie des mêmes cercles.

Amicale avec tout le monde, Acca était populaire au sein de Gryffondor. Liz était une Serdaigle active au sein de plusieurs clubs du château, où sa douceur et sa gentillesse conquéraient quiconque s'adressait à elle. Enfin, Evelyn avait de nombreuses relations au château, que son statut de sang-pur, ainsi que sa place au sein de l'équipe de Poufsouffle, lui conféraient.

Ludivine, en revanche, avait réduit son cercle à deux sorciers qui avaient fait de même. Et avait quitté l'équipe de Serpentard en déclarant que le Quidditch était un jeu - et non un sport ! - stupide qui n'en valait pas la peine. Cela avait créé des frictions avec ses camarades, et le fait qu'elle ne s'intéresse pas aux autres avait accentué cela. Sans compter qu'elle préférait que les autres restent loin d'elle.

Ludivine sentit la sorcière s'agiter à côté d'elle.

— Pourquoi ce stress, Lizzie ?

— Tu penses qu'on a le niveau pour ce cours ?

— Bien sûr, sourit Ludivine avec assurance, tu crois que la moitié des septième année qui sont là savent ce qu'ils y font ? On est bien meilleures qu'eux.

Un rire étouffé survint derrière elles mais Ludivine ne fit pas l'effort de se retourner, à l'inverse de son amie. Elle savait très bien que les deux sorciers derrière elles l'avaient entendue, ses propos autant que son ton méprisant, mais elle s'en fichait.

— Elle est amusante ta copine, dit Fred Weasley à Liz sur un ton ironique, et toi, tu es mignonne.

Liz se retourna violemment vers son bureau, le visage rouge et les mains légèrement tremblantes. Le rire derrière elles s'accentua, et Liz murmura un idiot qui parvint certainement à l'oreille du concerné.

Finalement, Ludivine se retourna. Elle croisa un regard amusé - Fred Weasley qui l'examinait sans gêne aucune de haut en bas - et un regard neutre - James Potter qui la regarda un instant sans réel intérêt avant de tourner la tête vers le professeur Flitwick qui venait d'entrer. Ludivine fit de même, refusant de se laisser déconcentrer.

— Bonjour à tous, commença le professeur Flitwick avec entrain. Je suis ravi de revoir vos visages ! Félicitations aux sixième année qui nous ont rejoints, vous allez voir, ce cours est passionnant !

Ludivine écouta avec un sourire. Elle adorait les Sortilèges et elle attendait beaucoup de ce cours. Il lui fallait impérativement la meilleure des notes, dans ce cours et en Botanique, pour suivre les études qu'elle souhaitait après Poudlard. Et Ludivine était une sorcière ambitieuse, elle aurait ce qu'elle voulait.


— C'est illégal d'être aussi sexy !

Ludivine leva les yeux au ciel, concentrée sur son livre de Botanique alors que dans les airs, l'équipe de Serpentard se réunissait à la demande d'Albus. Les entraînements de Quidditch, peu importait la maison sur le terrain, étaient le meilleur spot pour réunir sorciers et sorcières, toutes années et maisons confondues. Des filles s'extasiaient ouvertement tandis que certains sorciers étaient installés discrètement, comme s'ils n'osaient pas admettre être venus regarder des sorciers et sorcières jouer. L'équipe de Serpentard réunissait en l'occurrence plusieurs jolies filles, jolies mais également féroces.

— Tu n'es quand même pas en train de lire alors qu'il y a un entraînement au-dessus de ta tête ?

Le ton était cynique, et Ludivine l'aurait reconnu parmi cent autres. Elle leva la tête pour croiser un regard moqueur et un rictus sur l'un des plus beaux visages de Poudlard, Evelyn Lowell.

— Evelyn, répondit Ludivine alors que la nouvelle arrivante prenait place à côté d'elle, sache que j'ai déjà ma dose de Quidditch au quotidien, étant le seul sujet dont savent parler Albus et Scorpius.

— Le problème ne vient pas d'eux, rétorqua Evelyn en replaçant sa fine écharpe jaune et noire, mais de toi qui détestes ce noble sport.

Ludivine eut un rire auquel se joignit très vite Evelyn. C'était bien placé, elles le savaient tous les deux.

— Comment tu vas, Lud ?

Ludivine ferma son livre pour se tourner pleinement vers la Poufsouffle. Evelyn était magnifique. Ses cheveux bruns, longs et soyeux, dévalaient dans son dos, et son maquillage mettait parfaitement en avant ses yeux bleus en amande, son nez fin et ses lèvres pulpeuses. Magnifique était le bon mot, d'une beauté froide qui aurait fait honneur à sa mère, mais Ludivine voyait uniquement de la douceur de son regard, rare chez la sorcière.

— Te serais-tu adoucie durant cet été, Evelyn ? la taquina-t-elle. Je décèle de la gentillesse dans ta voix ET dans tes yeux. Tu sais que trop de sympathie peut être mauvais pour ta santé.

— La ferme, Hendell.

Ludivine éclata de rire, consciente qu'elles pouvaient être vues par les personnes présentes dans les gradins. Ce fut certainement la raison pour laquelle Evelyn n'esquissa qu'un sourire.

— Je vais bien, finit par répondre Evelyn d'un ton distant. Difficile de se sentir plus chez soi autre part qu'entre ces murs, n'est-ce pas ?

— Je ne te le fais pas dire.

Ludivine savait que l'été d'Evelyn avait été compliqué, comme les lettres qu'elle leur avait envoyées, à elle et aux filles, en avaient attesté. Les vacances en famille devenaient de plus en plus difficiles pour Evelyn dont on attendait qu'elle soit la parfaite héritière.

— Ta mère ne lâche pas le morceau avec le mariage ?

— Non ! s'exclama Evelyn avec une fureur non dissimulée. C'est incroyable d'être aussi têtu, à croire que c'est elle que ça concerne ! Et mon père qui reste immobile tel un poids mort, il fuit à la moindre recherche de soutien !

— En même temps, sourit Ludivine, ta mère est effrayante.

Evelyn soupira. Les Lowell était une famille de sang-pur très portée sur les traditions. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, les relations avec ses parents avaient toujours été tendues. Avec sa mère qui ne jurait que par l'image de leur famille, qui surveillait et dictait chaque action d'Evelyn. Avec son père qui s'était effacé face aux exigences de sa femme et qu'Evelyn avait toujours connu… éteint. Totalement éteint. Et enfin avec sa sœur qui l'avait fliquée toute sa scolarité pour s'assurer qu'elle reste dans les clous.

Quand Evelyn avait été répartie à Poufsouffle, cela avait été une honte. Quand elle s'était inscrite dans l'équipe de Quidditch, cela avait été une offense. Quand elle avait candidaté au poste de capitaine suppléante, cela avait été un affront. Quand elle avait déclaré qu'elle allait tenter sa chance dans le Quidditch professionnel, cela avait été la goutte qui avait fait déborder le vase. Et cet été lui avait semblé long, très long.

— Pourtant, reprit Evelyn, mon père semblait vivant autrefois. Ma mère lui a aspiré sa vitalité, son âme.

— Une chance qu'elle n'ait pas encore aspiré la tienne.

— Et ça n'arrivera pas, rétorqua Evelyn. Je ne serai pas sa fidèle comme Eva.

La sœur aînée d'Evelyn, ancienne Serpentard et stagiaire au ministère depuis juin, était la représentation même de la sorcière supérieure. Elle avait surveillé sa petite sœur qui n'avait pas eu le droit à l'erreur. C'était d'ailleurs pour cette raison que c'était la première fois, en six ans, qu'Evelyn venait s'adresser en public à Ludivine, et cela malgré leur amitié plus longue que leur scolarité.

— Ce n'est pas vrai, souffla Evelyn, il est tout le temps là celui-là. On ne croirait pas qu'il a refusé le poste de capitaine cette année.

Ludivine sut de qui elle parlait en suivant son regard sur le terrain. Adossé aux gradins, les bras croisés, James Potter observait les joueurs qui s'élevaient au-dessus de sa tête, plongé dans une analyse de leur jeu.

— Je le soupçonne de regretter son choix, confia Evelyn en fusillant le sorcier du regard.

Si Ludivine n'entendait pas parler de Quidditch à longueur de journée, elle aurait rigolé de l'irritation de la Poufsouffle. Evelyn n'avait jamais digéré la victoire de Gryffondor sur Poufsouffle l'année dernière lors de la Coupe de Quidditch, pour laquelle elle avait élaboré sa toute première stratégie.

— Il a de la chance d'avoir une belle gueule, moi je te le dis, continua Evelyn en continuant de le fusiller du regard.

Ludivine ne put qu'approuver. James Potter était beau, c'était indéniable. Avec ses cheveux coiffés de façon désordonnée et ses yeux marron noisette généralement malicieux, le sorcier charmait facilement. Et si son visage n'avait pas l'effet escompté, il pouvait compter sur sa carrure, marquée comme celle de son frère par le Quidditch. Avec ses épaules larges et son torse musclé, James Potter était fatalement attirant. Toutes les filles de ce château le pensaient, et Ludivine n'échappait définitivement pas à la règle.

— Al, attenti…

Le bruit d'un choc sortit Ludivine de sa contemplation. Elle porta son attention dans les airs et vit avec effroi le corps d'Albus chuter de son balai jusqu'au sol. Elle réagit au quart de tour, bondissant de son siège pour dévaler les gradins jusqu'à sauter du premier rang au sol, suivie de près par Evelyn.

Les joueurs de l'équipe avaient déjà formé une foule autour d'Albus, et Ludivine dut se frayer un chemin, poussant sans délicatesse quiconque se trouvait entre elle et son ami. Elle parvint enfin à s'agenouiller près du sorcier qui se mettait sur les fesses.

— Ça va, Albus ? demanda Mila Stones, poursuiveuse de l'équipe et camarade de chambre de Ludivine.

Albus hocha de la tête, se tenant le coude avec une grimace. Lorsqu'il leva la tête, il croisa le regard inquiet de Ludivine dont le visage était si proche qu'il faillit avoir un mouvement de recul.

— C'est cassé ? demanda-t-elle silencieusement.

— Miller ! s'éleva une voix avec force qu'elle reconnut comme celle de Scorpius. Que foutait ce putain de cognard sur Albus ?

— Je la joue Gryffondor pour tester, Scorp, s'exclama Maximilien Miller. A ces mots, un bruit de mécontentement éclata. Désolé Potter, dit Miller en s'adressant à James qui s'était approché. Et désolé Potter, dit-il cette fois avec amusement à son coéquipier tandis qu'Albus lui répondait en levant son majeur, faisant rire l'équipe.

Ludivine n'écoutait pas. Tout le monde s'agitait pour comprendre ce qu'il s'était passé mais elle était concentrée. Elle manipulait doucement le bras d'Albus, essayant de comprendre l'état de la blessure.

— Putain, Lud, grimaça Albus, un peu de douceur, tu me…

— La ferme, Potter.

Son ton autoritaire fit taire Albus qui ne retint pas une nouvelle grimace. Quelqu'un s'agenouilla à côté d'elle mais Ludivine avait les yeux rivés sur le bras d'Albus. Un gonflement commençait à apparaître au niveau du coude et elle n'arrivait pas à tendre son bras. Puis un sourire se forma sur ses lèvres.

— C'est cassé, affirma-t-elle cette fois.

— Si fragile Al, dit James Potter à côté d'elle d'un ton moqueur, je t'avais conseillé de boire du lait, petit.

— La ferme, James, rigola Albus en grimaçant de nouveau alors que ses yeux cherchaient ceux de Ludivine. Tu es sûre de ce que tu fais ?

Ludivine le fusilla du regard. Elle avait sorti sa baguette, et sentait la réticence d'Albus. Autour d'eux, Scorpius était en train de disputer Miller sur son coup de batte tandis que les autres joueurs se rejouaient la scène. Tout le monde semblait avoir oublié que leur capitaine s'était cassé un os.

Dans l'équipe, elle avait toujours été celle qui soignait. Une coupure, une fracture, un malaise, Ludivine s'en chargeait. Alors la réticence d'Albus l'irritait tandis que son regard croisait celui de James Potter qui l'étudiait avec sérieux. Ce qu'elle pouvait détester le Quidditch. Mais elle répondit tout de même à Albus.

— Je vais ignorer le fait que tu doutes de moi, siffla-t-elle. Je l'ai déjà fait.

— Oui mais pas sur moi, argumenta Albus.

— Laisse ta petite-amie s'occuper de toi, Potter, rigola Miller, ce n'est pas moi que t'entendrais geindre si j'avais une infirmière personnelle.

Ludivine serra sa baguette avec force alors qu'autour d'elle, les sorciers présents rigolaient. Elle bouillonnait, c'était le cas de le dire. Réparer un os n'était pas à la portée de tout le monde, c'était un acte de magie qui méritait une forte concentration et beaucoup d'énergie. Ludivine ne supportait pas qu'on minimise ses capacités. Ça, et le fait d'être désignée comme la « petite-amie » d'Albus. Ce connard de Miller oubliait qu'ils avaient été coéquipiers pendant plusieurs années, elle avait un nom !

Mais elle ne dit rien, faisant comme si elle n'avait rien entendu. Elle ne vit pas Scorpius taper le sorcier à l'arrière de la tête avec force. Elle sentait cependant le sourire narquois d'Albus, amusé justement parce qu'il savait qu'elle se contenait. Enfoiré, se dit-elle, se retenant de faire souffrir le sorcier en réparant son bras.

Alors que le Gryffondor à côté d'elle semblait n'avoir toujours pas détourné son regard d'elle, Ludivine agita agilement sa baguette au-dessus du coude de son ami, faisant jaillir des lumières jaunes. Albus grimaça alors qu'il attrapait le poignet libre de Ludivine de sa main valide et le serrait avec force. L'opération était douloureuse, elle le savait. Alors elle ne dit rien quand il écrasa son poignet de sa forte poigne.

— Ne fais pas ta mauviette, Al, se moquait son frère, se faire réparer un os, ça arrive tous les quatre matins.

Piqué dans sa fierté, Albus fusilla son frère du regard et quelques secondes plus tard, Ludivine abaissa sa baguette.

— Mieux ? demanda-t-elle avec un sourire.

— Parfait ! répondit Albus en agitant son bras. Tu es vraiment une boss, Lud ! Merci !

Albus se releva avec un sourire à faire chavirer des cœurs. Et un regard vers Mila confirma cette hypothèse à Ludivine. L'équipe se réunit autour d'Albus, en attente des prochains ordres de leur capitaine.

— Serpentard, dit Albus d'une voix forte et autoritaire, on remonte !

Et sur ces mots, toute l'équipe de Quidditch retourna dans les airs.

Lorsque Ludivine regarda autour d'elle, Evelyn avait déjà disparu. Elle regrettait de ne pas avoir pu finir leur discussion, s'inquiétant du moral de son amie.

A côté d'elle, cependant, se tenait toujours James Potter. Les mains dans les poches, il la dévisageait sans gêne d'un air nonchalant qui l'irrita. Elle n'était pas à son aise, et elle n'aurait su dire s'il s'agissait de son malaise social qui faisait surface ou bien à cause du regard impérieux du sorcier sur elle. Finalement, James lui fit un léger sourire narquois.

— Toujours présente quand il s'agit de s'occuper de mon frère, fit-il remarquer avec amusement.

Ludivine fronça les sourcils, comprenant très bien ce qu'il sous-entendait. La moitié de l'école le sous-entendait tout le temps, que ce soit par des regards appuyés dans son dos ou des remarques faites pour ne pas être entendues. Le privilège d'être amie avec Albus Potter et Scorpius Malefoy, les moqueries et chuchoteries, se dit-elle cyniquement. Ça, et la joie d'entendre toujours parler de Quidditch.

— Juste au bon endroit au bon moment, répondit-elle en haussant les épaules.

— Miller a raison, continua James. Mon frère a de la chance d'avoir son infirmière dans les parages.

Le regard de Ludivine changea. Elle arrêta d'éviter le regard du Gryffondor et planta ses yeux dans ceux du sorcier. Les siens étaient moqueurs. Il la provoquait. Il avait compris que les mots de Miller l'avaient énervée et à cet instant, il tentait de faire de même. Pourquoi, Ludivine n'en savait rien. Probablement pour s'amuser.

— Je sais tout aussi bien réparer des os qu'en abîmer, Potter.

Le message était clair, James le comprit très bien, et son sourire narquois se fit plus grand alors que Ludivine levait son menton, le défiant de répondre. Mais il ne semblait pas en avoir l'intention, la dévisageant de haut en bas avec insistance avant de tourner les talons et s'en aller.

Quel mec étrange, se dit-elle avant de quitter le terrain à son tour.

 

End Notes:

Et voilà pour ce nouveau chapitre ! 

Que pensez-vous de Ludivine et de sa relation avec Albus et Scorpius ? J'introduis les personnages petit à petit, que pensez-vous d'Acca, Liz et Evelyn ? On a également un aperçu de James !

Ouverture sur le monde by CamCaz17

Chapitre 3 - Ouverture sur le monde

Il se dégageait toujours de Poudlard une atmosphère particulière. Isolé dans les terres écossaises, enchanté et vieux comme le monde sorcier, le château était majestueux.

Ludivine observait cet édifice qui brillait de mille feux, uniquement éclairé par la lune dans le ciel. Même après six années, elle restait fascinée par cette construction qui lui semblait irréelle.

Le château avait été abîmé durant la Grande Bataille, celle où Voldemort avait été vaincu. Rien n'avait été conservé de cet événement. Poudlard avait été entièrement réparé, et personne n'en faisait mention.

On en parlait comme d'un fait historique, inscrit dans un manuel d'histoire, enseigné en cours d'Histoire de la magie. Aucun adolescent de son époque ne s'identifiait à cette guerre, à la guerre tout court. Ils ne s'y intéressaient pas. Ils ne connaissaient pas la terreur du Seigneur des ténèbres, n'imaginaient pas ce que cela avait pu être d'être enfant de moldu à cette période. Personne ne s'y intéressait.

Le château restait toujours aussi majestueux. Ludivine adorait s'y promener de nuit. A ces heures, il semblait dire tant de choses, silencieux, monumental. Monumental même s'il lui semblait aujourd'hui moins impressionnant que lorsqu'elle faisait deux têtes de moins.

Appuyée depuis plusieurs minutes à la rambarde du pont qui menait au parc, Ludivine pensait à l'été qui venait de s'achever. Cela n'avait pas été des vacances classiques pour elle. Elle n'était pas allée chez Acca à Boston, ni à Londres avec sa mère ou encore chez Scorpius.

Non, cet été avait été différent. Pour la première fois, sa mère avait fait le choix de l'emmener en mission avec elle. Alors elles avaient parcouru plusieurs pays européens, avaient vécu sur le qui-vive et sous les ordres de certains des meilleurs sorciers de l'Union magique européenne. Ses vacances chez Scorpius avaient été annulées. C'était la première fois que Ludivine avait partagé une réelle complicité avec sa mère.

Et puis, elle avait appris d'elle, à être plus observatrice, à écouter ce qu'on lui disait mais surtout ce qu'on ne lui disait pas. Il avait été difficile pour Ludivine, au départ, de se faire à l'idée de prêter attention aux autres, de s'intéresser à ce qu'ils pouvaient dire ou penser. Mais elle acceptait de s'adapter.

Finalement, Ludivine se décolla de la rambarde. Il valait mieux pour elle qu'elle évite de se faire attraper après le couvre-feu. Certains professeurs n'hésiteraient pas à appliquer une peine lourde. Alors ce fut tout discrètement qu'elle retourna aux sous-sols de Serpentard.


Lorsque Ludivine pénétra dans la salle commune, elle fut surprise de voir Scorpius assis sur l'un des canapés en cuir près de la cheminée, plongé dans un livre. De fines lunettes sur le nez, un bas de pyjama vert en flanelle et un pull brodé par la grand-mère d'Albus sur les épaules, il était concentré. Ludivine ne se gêna pas pour le dévisager, notant son dos droit et sa tête relevée alors qu'il tenait son livre à hauteur de menton. Scorpius Malefoy respirait l'aristocratie, la noblesse née.

— Encore une insomnie ? demanda-t-elle en se laissant tomber dans le canapé.

— Encore une balade nocturne ? répondit Scorpius sans lever le regard de son livre.

— Poudlard est magnifique la nuit, dit-elle simplement en posant son regard sur le feu de cheminée qui crépitait.

— Rien ne vaut la vue du château de nuit depuis un balai.

Ludivine sourit en repensant à leur escapade clandestine une semaine plus tôt. L'excitation de ne pas se faire surprendre, l'adrénaline de voler librement, cette virée l'avait animée durant plusieurs jours. Elle ne l'aurait pas admis, mais elle avait adoré leur session de vol.

— On est de mauvais préfets, rigola-t-elle, à enfreindre le règlement tous les soirs.

— Je n'irais pas jusque-là, sourit Scorpius, toi tu te débrouilles bien. Moi, je suis là par défaut, je pense que ça se voit.

— Si ce n'est pas du Quidditch, tout ce que vous faites, Al et toi, est par défaut, cingla Ludivine.

Scorpius partit d'un rire franc. Ludivine n'avait pas spécialement tort. Après tout, Albus prévoyait de construire sa vie professionnelle dans le Quidditch et Scorpius était passionné par toute la stratégie que demandait un match, c'était de la passion pure et dure pour eux. Ils adoraient ça.

— Que veux-tu, sourit Scorpius, nous sommes des passionnés.

— Obsédés, oui, corrigea Ludivine avec un sourire doux.

— Qui se ressemble s'assemble, très chère ! Tu t'es déjà entendue parler de médicomagie ? Tu serais incapable de te souvenir de ton nom si on te demandait la procédure d'un sort hémorragique.

— Peut-être, admit-elle, mais moi je ne parle pas que de ça à longueur de temps !

— Non, sourit Scorpius en se sentant gagner la bataille, tout simplement parce que tu as toujours la tête plongée dans les bouquins de médicomagie !

— Je m'instruis !

— Et nous, on divertit !

— Vous ne divertissez que vous !

— Je peux te donner le nom de plusieurs filles qu'on divertit également.

Ludivine ne sut quoi répondre face au regard espiègle de Scorpius. Elle se contenta de le regarder avec des yeux ronds et ils surent tous les deux qu'il avait gagné leur joute verbale.

Finalement, elle lui rendit un sourire silencieux. Ils n'avaient pas besoin de parler pour se comprendre.

Après six ans d'amitié au compteur, Ludivine avait développé une relation très différente avec Albus et Scorpius. Ce dernier, comme elle, était enfant unique. À l'inverse d'Albus. Plus jeunes, ils avaient un caractère très similaire, tempéré. Habitués à garder leurs sentiments pour eux, ils étaient toujours très cordiaux.

Ce n'était pas le cas d'Albus, qui avait eu l'habitude des cris, des chamailles et des règlements de compte. Il n'avait aucun problème à montrer que quelque chose le dérangeait, parce qu'il avait appris très jeune que s'il n'exprimait pas son mécontentement, personne ne s'attarderait à le prendre en compte.

Cette franchise s'était rapidement propagée auprès de Ludivine et Scorpius qui avaient appris à dire les choses également. Les trois sorciers étaient donc très francs les uns envers les autres, parfois trop, mais ce naturel à garder ses émotions pour soi n'avait jamais réellement quitté les deux sorciers. Ludivine se retrouvait souvent dans les réactions de Scorpius, plus que dans celles d'Albus.

L'autre raison qui marquait la différence de relation avait été cette histoire d'attirance qui avait pris en proportion en quatrième année. Sur le chemin de l'amitié, Albus et Ludivine avaient rencontré quelques embûches, et l'une d'elles était les hormones qui avaient pris le pas sur leurs sentiments amicaux durant quelque temps.

Lorsqu'il s'en était rendu compte, Albus avait été franc avec Ludivine. Il l'avait prise entre quatre yeux et lui avait dit ce qu'il ressentait, refusant de prendre le risque de s'éloigner d'elle ou de créer des malentendus. Ludivine en avait été fortement perturbée et s'était beaucoup interrogée sur ses propres sentiments. Finalement, ils avaient tenté quelque chose. Et ça avait duré une semaine.

Ils s'étaient rendu compte qu'ils avaient confondu l'affection qu'ils avaient l'un pour l'autre pour de l'amour, et l'intérêt qu'ils commençaient à porter à la personne du sexe opposé dont ils étaient le plus proche pour de l'attirance ciblée. C'était Ludivine qui avait pris la décision d'arrêter. Avec du recul, elle s'était demandé si Albus avait suivi son choix ou s'il avait partagé entièrement son avis.

En tout cas, il avait respecté sa décision. Personne n'avait été au courant, à part Scorpius. C'était un sujet qu'aucun des trois sorciers n'évoquait. C'était le passé. Toutefois, ils en avaient gardé une complicité et une affection forte.

Parfois, Ludivine se sentait plus proche d'Albus, mais Scorpius l'avait toujours mieux comprise, il la connaissait par cœur.

— Tu sais qu'Emily Brive crie à qui veut l'entendre dans le château qu'elle a couché avec toi cet été ?

— Ce qui n'est pas faux, sourit Scorpius.

— Ça ne te dérange pas que tout le château pense que tu couches dans tous les sens ?

— Autant que toi face à toutes les rumeurs sur le fait que tu te tapes Albus et moi en même temps.

— Pardon ? répondit Ludivine d'un air interloqué.

— Tu vois, rigola Scorpius. Tu en as tellement rien à faire que tu n'es même pas au courant que tout le château pense ça.

Ludivine n'était pas sûre d'avoir bien entendu. En face d'elle, Scorpius rigolait d'un air léger mais il ne semblait pas comprendre. Pour sûr, elle n'écoutait pas toutes les rumeurs qui circulaient dans le château. Aucune personne censée ne le faisait, notamment parce qu'elles étaient généralement fausses et qu'elles ne servaient qu'à occuper ceux qui les inventaient.

Ludivine, elle, n'écoutait pas les rumeurs parce qu'elle se doutait que sa personne devait servir de protagoniste dans les histoires les plus farfelues incluant le cadet des Potter et l'héritier des Malefoy. Mais jamais elle n'aurait pensé qu'on dise de telles choses à son propos. Que disait-on d'autre, par ailleurs ?

— Les gens disent que je couche avec vous ? En même temps ?

— Pour la version soft, rigola Scorpius.

— Ça n'a rien de drôle ! cingla-t-elle.

Scorpius se contenta de hausser les épaules en la fixant du regard.

— N'écoute pas ce qu'ils peuvent dire.

— Facile à dire, marmonna Ludivine.

Scorpius fronça les sourcils. Il semblait prendre conscience de son malaise, et il ne cacha pas sa surprise. Un des aspects qu'il appréciait le plus chez son amie, c'était bien son indifférence vis-à-vis des autres. Il était rare qu'elle soit atteinte par ce qu'on pouvait dire sur elle. L'avis d'autrui ne l'importait pas et elle ne s'en cachait pas. Alors pourquoi était-ce soudain le cas ?

— Hey, dit-il dans un souffle en se penchant vers elle pour poser sa main sur son genou, si j'écoutais toutes les rumeurs à mon sujet, j'aurais trouvé la pierre de résurrection en troisième année et j'aurais essayé plusieurs fois de ramener Voldemort à la vie pour restaurer l'honneur de ma famille auprès des anciens Mangemorts. Et ça, c'est quand on ne dit pas que je suis le fils de Voldemort. Les rumeurs sont faites pour occuper ceux qui s'emmerdent dans leur vie. Et crois-moi, Poudlard est peuplé de ce type de personne.

Ludivine lâcha un petit rire nerveux. Ces rumeurs étaient ridicules, et absurdes. Probablement lancées par des personnes qui ne connaissaient pas Drago Malefoy. Ludivine oui, et elle savait à quel point ces on-dit étaient aberrants. Tout comme ceux à son sujet, se dit-elle amèrement.

Elle ne devrait pas être autant surprise. Elle savait que Poudlard pouvait être cruel. Des rumeurs circulaient tous les jours, elle n'en connaissait juste pas le contenu. Absurde, se dit-elle.

La porte de la salle commune s'entrouvrit pour laisser passer Albus. Il fut surpris de voir Ludivine et Scorpius mais se dirigea vers eux en se laissant tomber dans le canapé à côté de Ludivine comme cette dernière l'avait fait plus tôt, un sourire d'enchantement sur les lèvres.

— Tu étais où ? demanda-t-elle avec curiosité. Il est tard.

— Je t'ai vue sur la carte du maraudeur vingt minutes plus tôt, se contenta de répondre Albus.

— Oui mais moi c'est habituel.

— Qui te dit que ça ne l'est pas pour moi ?

— Moi, répondit-elle avec évidence. Et Scorpius.

— Merci de ne pas me mêler à ça, intervint Scorpius d'un ton neutre sans lever les yeux de son livre.

— Alors seulement moi, répliqua Ludivine en fusillant le blond du regard.

— J'étais sorti, déclara simplement Albus d'un ton exaspéré.

Ludivine ne dit rien, surprise de son impatience. Il en fallait bien plus pour exaspérer Albus en temps normal, encore plus quand il s'agissait d'elle. Elle l'examina du regard. Il semblait extatique, avec son sourire hébété et ses yeux rêveurs. Elle n'avait pas l'habitude de le voir comme ça.

Albus était quelqu'un de réfléchi. Il avait toujours un air calme et un sourire avenant, même s'il choisissait avec précaution ceux avec qui il acceptait de rigoler. Comme Scorpius, il était toujours en maîtrise. Il ne laissait pas paraître toutes les émotions sur son visage et construisait l'image que les autres avaient de lui.

Pendant longtemps, Ludivine avait pensé que Scorpius et Albus étaient des personnes en parfait contrôle de leurs sentiments. Dû à leur jeunesse et leur proximité à un jeune âge, elle avait rapidement vu que ce n'était qu'une façade, lorsqu'ils s'étaient chacun ouverts aux deux autres. Là, elle avait découvert le côté moqueur de Scorpius et le sang chaud d'Albus. Elle avait mis encore plus de temps à se rendre compte qu'elle appliquait cette exacte même stratégie. Jusqu'à parfois sembler assez insensible, mais ça ne la dérangeait pas. Elle n'avait jamais réellement accordé d'importance à ce que les autres pensaient. Enfin, jusqu'à ce qu'elle se rende compte que les autres pensaient beaucoup de choses. Des choses très peu positives.

Un silence s'était installé, un silence confortable pour Scorpius qui lisait et Albus qui s'était perdu dans ses rêves. Ludivine, elle, se tourmentait l'esprit.

— Tu étais avec une fille, affirma-t-elle.

Ce n'était pas une question, mais rien ne se lut sur le visage du sorcier.

— Je ne pose pas de question quand tu sors faire tes escapades jusqu'à l'aube, Lud.

— C'est parce que je vous raconte déjà tout. Et n'évite pas le sujet !

— Je n'évite rien, répliqua Albus sèchement. Je vais me coucher, bonne nuit.

Albus s'était fermé. Ludivine savait que rien ne sortirait de sa bouche. Elle n'insista pas, le regardant monter nonchalamment les escaliers avant de reporter son attention sur Scorpius qui semblait avoir oublié son existence.

— Ça ne te dérange pas de ne pas savoir ? demanda Ludivine.

— Qui te dit que je ne sais rien ?

— Tu ne sais rien, affirma-t-elle en balayant la réponse du sorcier d'un revers de main.

Ils se comportaient comme si elle ne savait pas reconnaître lorsqu'ils évitaient de répondre à ses questions, ce qui l'exaspérait.

— Chacun ses secrets Lud, se contenta de dire Scorpius.

— Je croyais qu'il n'y en avait pas entre nous.

Scorpius dut sentir que la sorcière était sérieuse, parce qu'il fronçait les sourcils lorsqu'il releva la tête de son livre. Il la jaugeait du regard, essayant de comprendre ce qui pouvait bien passer par son esprit.

— Arrête de te prendre la tête, Ludivine. Ce qu'Albus ne nous dit pas ne concerne que lui. Il nous en parlera quand il sera prêt. En attendant, ce qu'on peut faire est de respecter son intimité.

Scorpius ferma son livre, décidant qu'il était temps d'aller se coucher. Ludivine n'était pas dupe. Elle savait très bien qu'il s'était inquiété, et que la seule raison pour laquelle il était resté si tard dans la salle commune était de s'assurer de voir Albus rentrer. Non, elle n'était pas dupe, mais elle ne dit rien quand Scorpius lui souhaita bonne nuit, ébouriffant les cheveux de la sorcière avant de se tourner vers les escaliers.

Il ne lui restait qu'à faire de même, sentant la fatigue la tirailler soudainement. Respecter l'intimité d'Albus. Ludivine essaierait.


— Je t'ai déjà dit que je ne te dirai rien, Ludivine ! s'exclama Albus avec irritation.

— Et pourquoi ça ? s'offusquait Ludivine en adaptant sa marche au pas rapide d'Albus.

— Parce que je n'ai pas envie d'en parler, ni à toi, ni à personne !

— Je suis ta meilleure amie ! s'exclama-t-elle.

— Et même la meilleure des meilleures, mais ça ne change rien ! commençait à s'énerver Albus.

— As-tu honte ?

— Ça suffit Lud, soupira Albus.

Tout le monde s'était retourné sur leur chemin, mais ils n'y avaient pas prêté attention, chacun tenant ses positions avec fermeté. Ludivine était inhabituellement insistante et Albus inhabituellement secret.

— C'est un mec ? tenta Ludivine avec précaution.

La réaction d'Albus, à savoir de lever les yeux au ciel en pinçant les lèvres, lui suffit pour démonter les idées qui se faisaient dans sa tête.

— Ce n'est pas une de mes amies ? insista Ludivine avec horreur en franchissant la salle encore vide de Potions.

— Quoi ? s'étonna Albus. Mais non, tu penses que j'en ferais un secret ?

Ludivine se contenta de hausser les épaules. Qu'en savait-elle vraiment à cet instant. Irritée, elle s'arrêta une rangée avant sa place habituelle, qu'elle occupait habituellement avec Albus.

— Si c'est comme ça, je préfère m'asseoir seule aujourd'hui.

— Merlin, Lud, depuis quand tu es aussi insistante ? s'irritait Albus. Je n'ai pas envie d'en parler, c'est tout. Scorpius n'est pas non plus au courant et tu ne l'entends pas en faire une citrouille.

— Ça, c'est parce que je ne lave pas mon linge sale en public, marmonna Scorpius en prenant la place inoccupée de Ludivine.

Il était facile de voir que la dispute des deux sorciers l'irritait. Ludivine le fusilla du regard en posant un sac sur le plan de travail devant eux. Elle n'avait pas besoin qu'on le lui dise pour savoir que Scorpius avait certainement essayé de connaître la raison des escapades d'Albus. Le fait qu'il l'ait attendu hier soir jusqu'à pas d'heure était pour elle une preuve suffisante. Il était juste plus subtil qu'elle.

— Tu n'es juste pas le genre à tenir des secrets, marmonna-t-elle furieusement.

— La blague, s'exclama Albus avec un rire, tu peux bien parler !

— Nom d'un niffleur, querelle d'amoureux ?

Les deux sorciers se tournèrent d'un même corps vers la nouvelle arrivante, une souriante Acca Rockwood qui se prit deux regards furieux.

— Ne dis pas n'importe quoi Acca !

Face à la réponse de son amie, d'habitude si calme et distante en public, le regard d'Acca changea et elle se tourna vers Albus en posant son sac à côté de Ludivine.

— Qu'est-ce que tu as bien pu faire pour l'énerver, Potter ?

— Mais rien du tout ! s'offusqua Albus.

— Il n'y a que toi pour réussir à autant lui taper sur le système.

— C'est elle qui ne supporte pas que d'autres aient une vie en dehors d'elle, cingla Albus, et puis, mêle-toi de tes affaires, Rockwood !

A ces mots, Ludivine fusilla le sorcier du regard. Pas besoin d'être vexant !

Ludivine était habituée à ce qu'on ne lui dise pas tout. Toute son enfance, elle avait vu sa mère rester secrète, à chuchoter dans la cheminée lorsqu'elle était dans le coin, à ne pas laisser n'importe qui franchir le seuil de leur appartement, à envoyer des lettres codées. Jusqu'à cet été, sa mère n'avait que très rarement parlé de son travail, de ses missions, de son père. Ludivine y était habituée. Elle respectait sa mère pour sa dévotion. Mais y être habituée ne voulait pas dire qu'elle le vivait bien, et encore moins venant d'Albus qui s'était toujours confié à elle.

— Ludivine ? l'interpella-t-on.

La dénommée releva la tête vers Rose Weasley, qui s'était approchée et lui faisait un sourire amical qu'elle lui rendit.

— Dis-moi tout, Rose.

— Pourrais-tu me remplacer demain soir pour la surveillance de retenue ? demanda Rose. Jones est toujours malade et James m'a demandé de la remplacer pour sa ronde.

Alina Jones était la préfète-en-chef de Poudlard, avec son homologue masculin James Potter. Ludivine s'entendait bien avec la Poufsouffle, qui avait en charge les préfets de sa maison et de Serpentard, dont Ludivine et Scorpius, tandis que James Potter avait en charge les préfets de sa maison et de Serdaigle.

La Poufsouffle était malade depuis une bonne semaine, ce qui avait chamboulé la charge et le programme des préfets. Mais ça ne dérangeait pas Ludivine, elle préférait la surveillance aux rondes. Au moins, elle pouvait travailler tranquillement.

— Pas de soucis, dit-elle poliment.

— Donc on ne te voit pas à notre soirée dortoir, Rosie ? demanda Acca.

— Et non, dit Rose avec une grimace, ces modifications deviennent insupportables ! Merci beaucoup, Ludivine.

Rose fit un signe de la main aux deux sorcières et un sourire à Albus et Scorpius avant de retourner à sa place.

— Je me demande bien ce qu'a Jones, dit Ludivine.

— Sûrement une rhinopharyngite aiguë à force de crier sur Potter qu'il ne prend pas son poste suffisamment au sérieux.

Ludivine partit d'un rire franc avant de se taire en voyant le professeur Slughorn rentrer dans la pièce et s'installer. Âgé et presque retraité, son directeur de maison était bedonnant et fatigué. Peu bavard depuis la rentrée, Ludivine le soupçonnait de tenter de cacher une toux profonde.

Il se perdait habituellement dans de grands discours en début de cours avant de se rappeler qu'ils étaient en classe et que les élèves devaient produire quelque chose et donc arrêter de perdre du temps. Récemment, cependant, il se contentait de donner les consignes et de faire de rares passages pour voir comment les potions avançaient.

Albus lui avait dit que ce comportement venait du fait que Jacob Sven était devenu professeur de Défenses contre les forces du mal. La légende disait qu'Horace Slughorn avait un jour volé la compagne du sorcier de vingt ans son cadet. Personne ne savait si c'était vrai. En tout cas, les deux professeurs se détestaient. Et sans détour, le professeur Sven détestait Serpentard, mettant des retenues à tout élève enfreignant même d'un doigt le règlement.

Ludivine et Acca entamèrent une potion de Regermination, que les élèves avaient l'habitude de faire à cette période de l'année pour assainir les plantes du château qui avaient difficilement survécu à la période estivale, et leur redonner un second souffle de vie. Potion difficile mais qu'ils connaissaient déjà tous.

— Des nouvelles de ta mère ? demanda Acca en commençant à découper les feuilles de chêne.

— Nope, répondit Ludivine d'un air distrait en chauffant le chaudron d'un tour régulier de la baguette, s'assurant que le feu ne soit pas trop fort. J'ai reçu une carte postale de Budapest la semaine dernière.

— Rien dessus ?

— Nope, répéta Ludivine, consciente que ces réponses suffisaient à Acca. Rien du tout.

— Je suis sûre que tout va bien, dit Acca d'un ton assuré en coupant de la fleur d'aconit en fines lamelles.

— Oui, affirma Ludivine sur le même ton, je ne suis pas inquiète.

Les deux sorcières échangèrent un regard complice. Elles n'avaient pas besoin d'en dire plus, connaissant toutes les deux la procédure de leurs parents. Les nouvelles viendraient lorsque la mission prendrait fin. En attendant, les cartes postales arrivaient toutes les semaines, avec des chiffres indiquant un message.

— Donc Europe de l'Est, reprit Acca, tu crois qu'elle y fait quoi ?

— Toujours la même chose, je suppose, elle cherche des indices. Elle ne dit jamais rien.

Seule Acca connaissait ce moyen de communication, ayant le même avec ses parents. Même Albus et Scorpius ignoraient tout de ce protocole. C'était l'un des plus gros secrets de Ludivine, et le temps d'un instant, elle se trouva hypocrite d'embêter Albus sur le sien. Jusqu'à ce qu'elle se rappelle que le sien était une raison de sécurité, pour elle et pour sa mère. Quelle était la raison d'Albus ?

Ludivine soupira. Elle était de mauvaise foi, elle le savait, elle n'avait pas à connaître toute la vie d'Albus. Ce n'était pas pour autant qu'elle contrôlait ce sentiment.

— J'ai vu Evelyn il y a quelques jours, reprit-elle alors que la potion commençait à bouillir, elle n'avait pas l'air bien.

— Par rapport à sa famille ? demanda Acca en fronçant les sourcils. Ils craignent tellement qu'elle s'émancipe, maintenant qu'Eva n'est plus à Poudlard pour la surveiller. Alors ils lui foutent la pression.

— C'est mal la connaître, sourit Ludivine.

Acca eut un sourire similaire. Les deux sorcières savaient toutes deux que c'était une battante. Plus sa famille insistait à régir sa vie, et plus elle gagnait en volonté d'indépendance.

— On aimerait se voir toutes les quatre prochainement, reprit Acca.

— Je sais, soupira Ludivine. Je vais m'arranger avec Scorp pour libérer une soirée même si Jones ne guérit pas.

Acca fit un sourire doux à Ludivine qui le lui rendit. Son amie était étrangement calme.

— Et toi, demanda-t-elle dans un froncement de sourcils, comment vas-tu ?

— Moi, répondit Acca sans lever les yeux de la potion, je vais bien. Comme toujours.

La discussion était close, Ludivine l'avait compris. Ce n'était ni le lieu, ni le moment, le message était clair. Alors elle changea de sujet, choisissant d'obtempérer en sachant que viendrait un moment où elle cuisinerait Acca et que cette dernière serait plus encline à lui dire ce qui se tramait dans sa tête.


— Le devoir pour Hagrid est à rendre quand, Lud ? demanda Scorpius.

— Mardi prochain.

— Tu te souviens du sujet ?

— Les grapcornes.

— Tu as commencé ?

— Pas encore.

— Est-ce que tu me ferais également la tête, Ludivine ? demanda Scorpius alors qu'Albus lâchait un bruit ressemblant à un grognement.

Ludivine se contenta de relever la tête de son parchemin, interrompant l'écriture de son mot pour dévisager le sorcier.

— Je ne fais la tête à personne, Scorp.

— A peine, railla Scorpius, ce que vous pouvez être fatigants tous les deux !

Ludivine ne répondit pas, reportant son attention sur son parchemin. Elle savait qu'elle aurait dû profiter de la fin d'après-midi à la bibliothèque, et non tenir compagnie à Albus et Scorpius qui attendaient l'heure de leur entraînement dans la Grande Salle.

— Arrête d'éviter le sujet Ludivine, dit Scorpius d'un ton autoritaire.

— Pourquoi tu n'embêtes pas Albus ? soupira-t-elle sans relever la tête.

— Parce qu'Albus ne garde pas sa frustration pour lui, rétorqua Scorpius comme si son ami ne se tenait pas juste devant lui. Toi, tu es capable de ne rien dire pendant des jours juste pour appuyer ton point.

Toutes les mêmes. Il l'avait pensé, Ludivine le savait. Lorsqu'elle releva la tête, Ludivine vit que ni Albus ni Scorpius ne travaillait, la fixant d'un regard critique. A cet instant, elle regrettait d'être constamment en compagnie de deux sorciers, qui n'aimaient ni le silence, ni les contentieux. Scorpius la regardait d'un air désabusé tandis qu'Albus la fixait d'un air curieux, comme s'il s'interrogeait sur ce qu'il pouvait lui dire. Finalement, il soupira discrètement avant de fermer son livre.

— Bon, dit-il placidement en se levant, c'est l'heure de l'entraînement. Si tu te décides à discuter, fais-moi signe.

Scorpius fit un sourire indulgent à la sorcière avant de se lever à son tour. Ludivine soupira. Elle se comportait comme une enfant, elle le savait. Et elle en voulait presque à Albus de ne pas être aussi immature qu'elle.

— Al, attends ! s'entendit-elle dire.

Elle se leva, prenant rapidement ses affaires et son sac, et accourut légèrement vers les deux sorciers qui avaient avancé de quelques mètres et s'étaient arrêtés à son appel.

— On discute après votre entraînement ? demanda-t-elle d'une voix timide, mais le sourire d'Albus mit l'orgueil de la sorcière de côté.

— Bien sûr, répondit-il d'un ton doux en lui ébouriffant légèrement les cheveux.

Ils échangèrent un sourire avant de se remettre tous les trois en mouvement, Albus et Scorpius se dirigeant vers le terrain et Ludivine vers la bibliothèque. Elle voulut avancer, lorsque la hanse de son sac à dos qu'elle avait laissé tomber à ses pieds se bloqua dans sa cheville. En une demi-seconde, elle se sentit tomber. Si Scorpius n'avait pas eu le réflexe de la retenir, passant sa main autour de sa taille pour la stabiliser, elle aurait fini au sol.

— Tout va bien ?

Ludivine hocha de la tête. Elle avait conscience que les regards étaient posés sur eux, et elle détestait ça. Scorpius retira son bras et Ludivine voulut jeter un regard autour d'elle, mais des rires attrapèrent son attention.

— Six ans et ils n'ont toujours pas réussi à se débarrasser de leur groupie, ces deux-là.

Ludivine sentit la colère monter alors que les rires s'intensifiaient. Elle choisit de fusiller les sorciers en question, découvrant avec surprise qui avait lancé cette pique.

Assis au milieu d'un groupe de Gryffondor hilares, James Potter rigolait en tapant dans la main de William Milton. Il était fier de sa blague. Lorsqu'il releva la tête vers elle, Ludivine lut l'amusement dans ses yeux et elle le détesta de faire d'elle une source de moquerie. Pour qui se prenait-il ? Toute l'attention était tournée vers lui mais il ne semblait pas le remarquer, le regard rivé vers elle.

Ludivine le fusilla du regard, balayant le groupe de septièmes années d'un revers de main. Elle n'eut pas le temps de voir la réaction du sorcier, décidée à ne pas accorder plus d'importance à leurs futilités. Elle ne vit que le sourire narquois d'Albus, et Ludivine s'irrita à l'idée que les propos de son frère aient pu l'amuser.

Elle fusilla également Albus du regard. Idiot, se dit-elle en reprenant sa marche, Scorpius et Albus sur ses pas. Ils n'essayèrent pas de l'arrêter lorsqu'elle s'éloigna sans un geste à leur égard. Si elle l'avait fait, elle aurait vu le regard mi-inquiet, mi-blasé qu'ils avaient échangé.


Pendant deux heures, Ludivine avait travaillé avec acharnement à la bibliothèque, tentant d'oublier cette journée dans son devoir de Métamorphoses.

Néanmoins, il lui avait été impossible de se concentrer. Son esprit n'avait pas arrêté de virevolter entre diverses pensées. Elle s'interrogeait sur le silence inhabituel d'Albus. Elle se demandait si Liz et Evelyn allaient bien. Elle s'inquiétait de savoir pourquoi elle n'avait pas eu de nouvelles de sa mère cette semaine.

L'heure avançait sans qu'elle ne le réalise. Il fallait qu'elle se dépêche si elle voulait poser son sac au dortoir avant d'aller manger. Elle rangea ses affaires et sortit de la bibliothèque d'un pas rapide. Elle marcha dans le couloir désert, mais s'arrêta soudain quand elle sentit quelqu'un lui attraper le bras avec une force qui la surprit. Elle se retourna violemment, emportée dans le mouvement, et faillit s'inquiéter jusqu'à voir qu'il s'agissait d'Albus.

Toujours en tenue de Quidditch, il avait encore les joues rouges et transpirait légèrement du front. Ses cheveux étaient en pagaille, et Ludivine se fit la réflexion que le sorcier, malgré l'effort, restait attirant.

La force de sa poigne l'avait surprise, et il dut le comprendre en voyant son expression car il lâcha aussitôt son bras en murmurant une excuse avant de passer une main dans ses cheveux, geste typique des Potter.

— Qu'est-ce qu'il y a, Albus ? demanda-t-elle en reprenant lentement sa marche tandis qu'Albus calait son pas au sien.

— On avait dit qu'on discutait, non ?

— Oui, sourit Ludivine, mais ça pouvait attendre que tu prennes ta douche, tu sais.

Albus se contenta de sourire, ravi de voir que Ludivine avait retrouvé sa verve.

— Tu sais que mon silence n'a rien à voir avec la confiance que j'ai en toi, hein ?

— Bien sûr que je le sais Al, soupira-t-elle.

— Désolé de t'avoir rembarrée de façon agressive ce matin.

— Non, réfuta-t-elle en balayant les excuses du sorcier d'un revers de main, c'est moi qui m'excuse. Je n'aurais pas dû être aussi insistante, je sais que tu as tes raisons.

— On oublie ?

L'immense sourire d'Albus déclencha une vague de chaleur dans le corps de Ludivine. Il semblait tellement heureux de savoir qu'il n'y avait aucune rancune entre eux qu'elle en rougit presque. Dans un élan de contentement, elle passa son bras autour des épaules du sorcier même si cela impliquait de finir sur la pointe des pieds, prête à perdre l'équilibre si Albus ne l'avait pas retenue en passant son bras autour de sa taille.

— Bien sûr qu'on oublie, il manquerait plus qu'une stupide dispute nous éloigne. J'espère juste que tu ne t'engouffres pas dans des complications, Potter.

Ludivine retira son bras, s'éloignant légèrement. Il avait fallu d'un rien pour que sa rancune disparaisse. C'était toujours la même chose avec eux. Ils se tapaient sur les nerfs, montaient le ton puis il suffisait que l'un s'excuse pour que l'autre fasse de même. Ils n'avaient aucune difficulté à reconnaître leurs torts, et les partageaient toujours.

— Pourquoi tu ne m'as pas simplement répondu que tu étais avec un membre de ta famille ? demanda-t-elle par curiosité. Ça aurait réglé la question.

— Parce que je ne pensais pas que tu serais aussi pénible, dit Albus avec un sourire bienveillant. Et puis, reprit-il après une seconde d'hésitation, on ne se ment pas toi et moi, n'est-ce pas ? On ne se dit pas tout, certes, mais on ne se ment pas.

Albus avait pris une mèche de Ludivine entre ses doigts, la passant d'un geste furtif de l'autre côté de son épaule, un sourire tendre sur les lèvres. C'était ce même sourire que Ludivine lui rendit. Elle savait qu'Albus tenait à elle, elle n'avait besoin de rien pour se le rappeler. Parfois, elle se demandait même s'il ne tenait pas un peu trop à elle, mais elle ne laissait jamais ces pensées lui traverser l'esprit trop longtemps.

— On ne ment pas à sa groupie, hein ? dit-elle avec une amertume non dissimulée en repensant à l'événement qui avait eu lieu un peu plus tôt.

À ces mots, Albus éclata de rire. Clairement, cette histoire l'avait grandement amusé.

— Ce n'est pas drôle ! s'offusqua Ludivine. C'était même dégradant, et toi ça t'a fait rire.

— C'est ta réaction qui m'a fait rire, rigola Albus, tu es incapable de cacher ta colère, tout se lit sur ton visage et James l'a vu. Il adore voir qu'il fait réagir les gens, plus tu es énervée et plus il est amusé.

— Ton frère est un idiot, Potter.

— Ce n'est pas moi qui te contredirais, rigola Albus.

— Toi aussi tu es un idiot.

Albus acquiesça d'un sourire. Il n'était pas assez bête pour contredire Ludivine à cet instant.

— Ton meilleur pote aussi est un idiot, continua-t-elle en souriant, consciente de ce que faisait Albus.

Ce dernier finit par éclater d'un rire vif.

— On est tous des idiots, surenchérit-il, heureusement que tu es là pour nous en mettre un peu dans la tête.

Ludivine sourit et le remercia mentalement de la suivre dans son délire.

— Viens, dit-il en passant son bras autour de ses épaules, allons manger.

— Tu ne pourras pas aller dans la Grande Salle habillé comme ça, souligna Ludivine.

— Je sais bien, on va aux cuisines. Scorpius nous y attend déjà.

Ludivine eut un sourire tendre. Les deux sorciers restaient ses meilleurs amis, ses acolytes du quotidien. Malgré son caractère difficile, ils restaient ceux qui la connaissaient et la supportaient le mieux.

 

End Notes:

Bonjour à tous, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? L'amitié de Ludivine et Albus vous plait ? Quelques petits mystères concernant Ludivine :)

N'hésitez pas à me faire un petit retour, ça fait toujours plaisir ! Bonne journée à chacun

L'insouciance crée des soucis by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour! Voici le quatrième chapitre.


J'espère qu'il vous plaira, bonne lecture !

Chapitre 4 - L'insouciance crée des soucis

« Ma chérie, je m'excuse de ces semaines sans nouvelle. Nous pensions avoir trouvé des pistes intéressantes et tout contact aurait été superflu. Entends-tu parler des soulèvements qui ont lieu dans plusieurs capitales européennes ? Fais attention à toi et n'oublie pas de reporter toute information que tu pourrais entendre à ce sujet à Minerva. Je te retrouve à Noël, je t'aime. »

Nous pensions avoir trouvé des pistes intéressantes. Depuis qu'elle avait reçu cette lettre le matin-même, Ludivine n'arrêtait pas de retourner cette phrase dans tous les sens. Habituellement, sa mère parlait en phrases cryptées mais ici, elle était assez claire. Elle avait été envoyée en Europe de l'Est pour infiltrer un réseau et en avait profité pour effectuer des recherches personnelles qui semblaient n'avoir rien donné.

— Excellent miss Hendell, toujours très efficace, je vous félicite !

Le professeur Xinaon s'était penché sur son texte, et Ludivine lui fit un sourire reconnaissant. Âgé d'une trentaine d'années, le professeur était bienveillant, encourageant toujours ses élèves. Elle conserva son sourire jusqu'à ce qu'il s'éloigne finalement.

— Il t'adore, chuchota Rose Weasley à côté d'elle.

— Il adore surtout Serpentard, répondit Ludivine, concentrée sur son texte.

— Non, argua Rose en suivant le professeur du regard, il t'adore toi.

Ludivine releva la tête vers Rose qui s'était replongée dans son texte de Runes, et elle l'observa. De nature sérieuse, les traits fins de son visage pouvaient parfois sembler durs, mais c'était sans compter la profonde gentillesse de la sorcière. Ses ondulations rousses laissaient apparaître quelques reflets bruns, donnant une profondeur à son épaisse chevelure. Il se dégageait toujours beaucoup de douceur et un indéniable charme de Rose lorsqu'elle s'adressait aux autres.

Les deux sorcières se connaissaient peu mais s'appréciaient mutuellement.

— J'ai quelque chose dans les cheveux ? demanda Rose avec un sourire sans relever la tête de son parchemin.

— Je me disais que tu avais de plus en plus de reflets bruns, admit Ludivine.

— Au plus grand plaisir de ma mère, rigola Rose, elle est fière de voir que ses gènes reprennent le pas sur ceux des Weasley.

Ludivine eut un petit rire. Hermione et Ron Weasley. Albus lui avait suffisamment parlé d'eux pour savoir qu'ils avaient un fort caractère, parfois explosif et que leur quotidien n'était pas de tout repos. A vrai dire, malgré son amitié avec Albus, Ludivine en savait peu sur la famille Potter-Weasley.

Ça avait été un choix de Ludivine, et de Scorpius à moindre échelle, de ne pas être plongée dans ce monde. C'était une famille très unie, mais où tout le monde se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Il n'y avait aucun tabou et aucune intimité. Pour Ludivine, qui avait grandi seule et entourée de mystères, c'était difficilement supportable. Alors elle avait décliné toute invitation familiale chez les Potter, et n'avait jamais fait un pas vers un autre membre de la famille d'Albus.

— On t'a perdue ? demanda Rose.

— Je pensais à ta famille, lui répondit mécaniquement Ludivine.

— Tu souhaiterais en faire partie ? rigola Rose.

La blague aurait pu faire rire Ludivine, mais à la place, elle la fit rougir violemment. Ce n'était qu'une blague de la part de Rose, elle le savait, mais elle ressentit le besoin de se justifier.

— Il n'y a rien entre Albus et moi ! s'exclama-t-elle abruptement.

— Je le sais bien, dit Rose avec surprise, c'est assez évident en vous voyant.

— Pas pour tout le monde il semblerait, marmonna Ludivine.

Rose se contenta de sourire. Elle avait compris comment Ludivine fonctionnait, cette dernière savait qu'elle ne lui en tiendrait pas rigueur, tout simplement parce qu'elles étaient de la même trempe. Tout comme la petite sœur d'Albus, Rose avait dû s'imposer dans un environnement masculin très protecteur, et en avait développé un caractère fort pour ne pas se faire marcher dessus.

— Tu m'as l'air de beaucoup te prendre la tête, Ludivine, fit-elle remarquer.

Ludivine garda le silence, fixant la sorcière d'un regard vide. Peut-être bien. C'était même sûr. Mais pas comme pouvait le penser Rose. Ludivine se prenait la tête constamment, sur son utilité dans ce monde, sur son futur et les décisions qui l'y mèneront, sur ses parents, sur tous les secrets et non-dits qui existaient dans sa famille. Ludivine se prenait beaucoup la tête, en effet.

Elle savait que sa mère l'avait emmenée avec elle cet été pour une raison. Elle ne savait pas laquelle mais il y en avait une, elle en était persuadée. Toute sa vie, sa mère l'avait maintenue hors des secrets, gardant toute information pour elle, pour protéger Ludivine. Pour la protéger de son métier et des dangers qui allaient avec. Pour la protéger des secrets et des réponses qui valaient parfois mieux être ignorées. Pour la première fois, sa mère s'ouvrait à elle, et elle n'avait qu'une hâte, la retrouver à Noël et mieux comprendre son monde.

— Je vous laisse terminer votre texte pour la semaine prochaine, déclara le professeur Xinaon en tapant dans ses mains, sonnant la fin du cours. Bon déjeuner à tous !

Ludivine rangea ses affaires, souhaitant la bonne journée à Rose avant de sortir de la salle. Elle traîna presque du pied, réticente à l'idée de se retrouver au milieu du brouhaha habituel, mais son ventre gargouilla avec force, alors elle accéléra le pas.

Lorsqu'elle s'assit à la table de Serpentard à côté d'Albus et Scorpius, ces derniers avaient la tête plongée dans la Gazette du sorcier, les sourcils froncés et la mine préoccupée. Ils n'étaient d'ailleurs pas les seuls.

— Putain, marmonna Scorpius.

— Que dit la Gazette ? demanda-t-elle en se servant à manger.

— Attaque dans une maternelle sorcière, répondit Albus sans relever la tête du journal, huit morts dont trois aurors, trois enseignants et deux enfants.

L'horreur dut se lire sur le visage de Ludivine, comme sur celui de plusieurs élèves. Ils s'étaient doutés que quelque chose était arrivé lorsqu'ils n'avaient pas reçu leur journal au petit-déjeuner. C'était déjà la troisième fois que cela arrivait depuis leur retour.

— Mon dieu, marmonna-t-elle.

— Ça commence à prendre de sacrées proportions, commenta Albus.

— Une maternelle, continua de marmonner Ludivine, c'est inhumain. Quel est leur but ?

— Semer la terreur, répondit Scorpius alors que Mila et Nina Stones, deux camarades de chambre de Ludivine, se tournaient vers eux.

— Il paraît, ajouta Mila, qu'ils ont laissé un message.

— « On prend le relais », compléta Nina, c'est ce qu'ils ont dit aux aurors.

— Le relais de qui ? demanda Ludivine. Des Mangemorts ?

— Qui d'autre ? dit Mila en passant une main dans sa chevelure blonde. Tout cela va nous retomber dessus, moi je vous le dis.

Albus se tourna vers la sorcière qui échangeait un regard avec sa cousine, la dévisageant quelques secondes, intrigué.

— Comment ça ?

— Des sorciers attaquent la population en disant reprendre le flambeau des Mangemorts, expliqua Mila. Tous les sang-purs vont être soupçonnés de participer à ça, et je ne te parle pas de ceux dont les parents ou grands-parents se sont ralliés à Voldemort en temps de guerre.

— Ce ne sont pas les enfants de moldus qui sont visés, argua Ludivine.

— Ça ne change rien, compléta Nina, les gens ne feront pas la différence. J'attends de voir l'inverse, vraiment.

— Enfin, conclut Scorpius qui refusait de se laisser porter par des pensées négatives, ce n'est pas le cas pour le moment. On verra en temps voulu.

Un silence s'installa. Bien évidemment, ils n'y étaient pas. Tous savaient cependant que ça ne saurait tarder.

— L'entraînement de demain tient toujours, Albus ? demanda finalement Mila.

— Bien sûr ! s'exclama le sorcier, et on...

— Potter ? quelqu'un l'interrompit.

Albus fit un signe d'excuse à Mila avant de se tourner vers le nouvel arrivant, Thomas Faber, capitaine de l'équipe de Serdaigle. Il salua Scorpius et Mila d'un mouvement de tête avant de poser ses yeux sur Ludivine dont le visage était maintenant fermé, comme à chaque fois qu'une personne extérieure approchait.

Il la dévisagea d'un air impassible avant de reporter son attention sur Albus qui venait de lui répondre.

— Le terrain est à Serpentard vendredi soir, comme tu le voulais, annonça Faber.

— Ah ! Super ! s'exclama Albus alors que son visage s'illuminait et que Scorpius souriait. Merci Faber !

— Remercie ton frère, répondit Thomas Faber. C'est lui qui m'a rappelé qu'il serait plus amusant de vous affronter au second tour que Poufsouffle.

Il parlait bien évidemment de la coupe inter-maisons, dont le premier match avait lieu samedi entre Serpentard et Poufsouffle. Ludivine leva les yeux au ciel, prête à dégainer un bouquin si la conversation commençait à tourner autour du Quidditch. Une fois qu'on lançait Albus, on ne l'arrêtait plus. Au début, ça avait été attendrissant, vraiment. Plus maintenant.

Le Serdaigle salua la tablée une nouvelle fois, prêt à tourner les talons. Son regard s'attarda toutefois sur Ludivine, ce dont elle avait parfaitement conscience. Elle se doutait qu'il essayait de replacer son visage dans sa mémoire, elle qui avait toujours été très effacée auprès des autres équipes.

Finalement, il tourna les talons.

— Il a mis du temps à s'en aller, commenta Scorpius avec un rictus moqueur. J'ai cru qu'il allait se noyer dans tes yeux, Lud.

— Il ne s'intéresse pas à moi, Malefoy, répondit-elle simplement.

— Laisse-moi en juger, répondit-il d'un ton paternel.

Ludivine soupira. Parfois, très rarement - et heureusement d'ailleurs -, le côté protecteur de Scorpius refaisait surface.

— Oh arrête Scorp, rigola Albus, Faber n'est pas problématique.

— Tu dis ça uniquement parce qu'il nous a laissé le terrain, se moqua Scorpius, tu es tellement achetable, Al.

— Et alors, répondit Albus en haussant les épaules, il n'y a rien de mal à être reconnaissant. Et puis c'est vrai, Faber est un mec clean, je le pré-valide s'il s'intéresse à Ludivine.

— Bien sûr que tu le pré-valides, il aime le Quidditch ! s'exclama Scorpius, prêt à éclater de rire.

— Bah bien sûr, répondit Albus comme si c'était une évidence, tu imagines si on ne peut pas parler Quidditch au mec de Ludivine ? Qu'est-ce qu'on aura à lui dire ?

— LA FERME, s'exclama Ludivine alors que les deux sorciers la regardaient, hilares, et que des têtes se tournaient vers eux. Mais qu'est-ce que vous allez encore imaginer ?

Elle était rouge de gêne, ou de colère, elle ne savait pas vraiment. Ce qu'ils pouvaient être agaçants quand ils s'y mettaient !

Ce n'était pas un sujet qu'elle aimait aborder, notamment parce que ses relations avaient toujours été quasi-inexistantes. Albus et Scorpius pouvaient être très dissuasifs quand ils le voulaient, et son caractère difficile terminait de faire fuir les quelques courageux.

Les deux sorciers menaçaient de partir en fou rire, et Ludivine marmonna un juron. Il fallait définitivement qu'elle change d'amis.

Puis les rires s'arrêtèrent net, et un regard vers Albus lui indiqua que ce dernier venait de perdre toute envie de s'amuser. Il semblait avoir vu quelque chose de déplaisant. Elle n'eut pas le temps d'attraper le lieu où son regard s'était posé, Albus avait déjà baissé la tête vers son assiette, serrant les poings sous la table.

— Tout va bien, Al ? demanda-t-elle avec précaution.

Il lui jeta un regard noir qui, elle le savait, ne lui était pas destiné. Albus secoua la tête, comme s'il se parlait à lui-même, et Ludivine échangea un regard interrogateur avec Scorpius qui haussa les épaules, observant également son ami avec attention.

— Tu as vu quelque chose qui ne t'a pas plu ? insista-t-elle.

A l'entente de la question, Albus grogna avec ce qu'elle prit pour du mépris. Ça ne lui était toujours pas destiné, elle le savait, mais Ludivine n'était pas du genre à savoir prendre sur elle. Alors elle fronça les sourcils, mais n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit. Albus s'était levé et se dirigeait hors de la Grande Salle.

Ludivine chercha du regard chaque personne de l'entourage d'Albus mais ne parvint pas à voir ce qui aurait pu l'énerver à ce point. Ou alors, cela concernait quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.

— Qu'est-ce qui lui arrive ? demanda-t-elle à Scorpius.

— Aucune idée, répondit-il, pensif.

— Il nous cache quelque chose, tu penses ?

— Toujours la même chose, sûrement.

Ludivine ne dit rien durant quelques secondes, réfléchissant à ce qu'elle pouvait faire pour savoir ce qu'il se passait.

— On creuse ? demanda-t-elle dans l'espoir que le sorcier ne la recale pas.

— Il est temps, je crois bien, répondit Scorpius avec détermination alors qu'il lui lançait un regard complice que Ludivine adorait.


Lorsque Ludivine entra dans la salle de Sortilèges, elle repéra aussitôt Liz, assise à leur table, la tête enfoncée dans un parchemin qu'elle noircissait à la vitesse de l'éclair.

— Quelle matière t'inspire tant, Lizzie ? se moqua Ludivine en posant son sac à côté d'elle.

— Pas une matière, répondit simplement Liz en posant sa plume pour lui faire un sourire doux.

Le sourire de Ludivine s'agrandit. La Serdaigle se passionnait d'écriture, écrivant à ses heures perdues.

— Je croyais que tu avais perdu ton inspiration, interrogea Ludivine.

— Comme à chaque fois, ça revient au galop dès que je suis entre ces murs. La rédaction du journal de l'école me manquerait presque.

— Tu devrais y retourner ! l'encouragea Ludivine. La ligne éditoriale laisse à désirer depuis ton départ.

— Elle est juste différente, répondit Liz avec un sourire.

Liz avait dirigé la rédaction du journal de l'école durant deux années. Elle avait passé du temps sur chaque mot écrit par les élèves, avec minutie et passion. Le journal avait eu énormément de succès lorsqu'elle le dirigeait. Prise par le temps, elle s'était néanmoins retirée de cette fonction.

— Je pense que je prenais plus de plaisir dans l'édition que l'écriture, partagea-t-elle.

— Tu devrais t'écouter plutôt que de te focaliser sur le ministère.

Liz se figea, et Ludivine ne put retenir un sourire. Très jeune, Liz s'était tracé un chemin d'excellence qu'elle respectait à la lettre depuis. Au fil des années, elle s'était demandé plusieurs fois si elle ne devait pas plutôt suivre ses envies. Elle garda néanmoins le silence tandis que la salle se remplissait et que le professeur Flitwick entrait à la suite des derniers retardataires, un sourire extatique sur les lèvres.

— Bonjour à tous ! s'exclama-t-il. Aujourd'hui, nous allons travailler les sortilèges informulés. Avec l'actualité, vos professeurs ont choisi de privilégier la convergence de nos cours afin de renforcer votre maîtrise des sorts d'attaque et de défense. De ce fait, aujourd'hui, nous nous entraînerons aux sorts de déviation et de renvoi. Mettez-vous en groupes de trois !

Ludivine sentit ses yeux briller. Elle s'était suffisamment entraînée aux sorts informulés pour savoir que sa maîtrise était bonne, mais insuffisante. C'était le genre de défi qu'elle adorait, ainsi que Liz. Il ne leur restait plus qu'à trouver une troisième personne.

— Hé les sixièmes années !

Les deux sorcières se retournèrent, constatant que Fred Weasley s'était penché sur son bureau, un sourire sur les lèvres alors qu'il attrapait le regard de Liz.

— Besoin d'une troisième personne, il me semble, commenta-t-il.

— Tu n'as personne d'autre avec qui te mettre, Weasley ? demanda Ludivine sans cacher son mécontentement.

— Va savoir, rigola Fred en échangeant un regard avec James Potter qui se dirigeait vers un groupe un peu plus loin. J'ai envie de me mettre avec vous.

Ludivine échangea un regard avec Liz qui eut un sourire encourageant. Cette dernière était beaucoup trop gentille pour refuser la proposition. Ludivine décida de mettre de côté son mauvais caractère, faisant signe au sorcier de s'approcher. Le sourire de ce dernier s'agrandit. Il avait le sentiment qu'il allait s'amuser durant cette heure.

Ce n'était pas le cas de Ludivine.

Et elle avait raison. Quinze minutes plus tard, elle soufflait pour au moins la sixième fois alors que Fred éclatait de rire et que Liz rougissait en abaissant sa baguette.

— Allez ma belle, s'adressa Fred à Liz, ne te laisse pas perturber par mes beaux traits.

Liz lui jeta un regard mi-amusé, mi-irrité, appuyée par Ludivine qui commençait à trouver les remarques du Gryffondor crispantes.

— Ignore-le, Lizzie, encouragea-t-elle. Tu savais déjà faire ce combo en quatrième année.

C'était vrai. Elles s'étaient entraînées ensemble pendant des années pour prendre de l'avance et en apprendre toujours plus. Lorsqu'elles avaient enfin trouvé l'entrée de la Salle sur Demande en deuxième année, elles y avaient passé tous leurs mercredi soir et dimanche après-midi à s'entraîner. Elles avaient commencé à travailler sur les sortilèges informulés en quatrième année, et avaient développé un assez bon niveau.

Liz inspira en levant sa baguette. Elle fit un signe de tête à Ludivine qui initia un léger mouvement de baguette, envoyant un expelliarmus. Liz leva sa baguette et fit un mouvement de gauche à droite et de droite à gauche, redirigeant le sort vers Fred. Ce dernier mima son geste, renvoyant le sort à Liz en lui faisant un sourire charmeur et un clin d'œil. Perturbée, Liz se mit soudain à rougir. Le sort l'aurait touchée si Ludivine n'avait pas annulé le sort avec un finite.

— Ça suffit, Weasley ! s'irrita Ludivine d'un ton autoritaire qui accentua le rire du sorcier. Tu ne vois pas qu'elle n'arrive pas à se concentrer avec tes moqueries ?

Le sorcier s'arrêta de rire mais ne fit pas disparaître son sourire carnassier.

— Ce n'est pas de la moquerie, dit-il simplement.

— Ça ne change rien ! Arrête de la draguer et de rire comme un idiot, elle a failli se prendre le sort en plein visage !

Ludivine avait subitement haussé le ton, s'attirant les regards des autres groupes.

— J'ai vraiment l'impression que tu n'apprécies pas mon humour à sa juste valeur, Hendell, commenta Fred.

— Crois-moi que si, pour son aspect irritant.

— Ouh, douloureux, sourit Fred. Ne m'en veux pas si je ne me tourne pas vers toi le jour où j'ai besoin d'un boost de confiance.

Liz lâcha un petit rire, appuyant les propos de Fred. Le visage de ce dernier s'illumina en constatant qu'il avait fait rire la sorcière. Ludivine aurait pu être attendrie par la sincérité et la spontanéité du sorcier s'il ne lui avait pas tapé sur les nerfs juste avant.

— Tu ne me parais pas être quelqu'un qui a besoin d'un boost de confiance, Weasley, en revanche tu sapes celle de Liz !

— J'essaie juste de rendre l'atmosphère agréable en s'entraînant, répondit Fred en haussant les épaules.

Ludivine soupira. Il ne faisait, en effet, rien de bien méchant. Le sorcier ne lui semblait de toute façon pas être mauvais, plutôt quelqu'un à l'humeur légère. Mais Merlin, ce qu'il l'irritait !

— Tu y arrives bien, intervint Liz avec douceur, personnellement je m'amuse bien.

— Aaaaaaaaaah ! s'exclama Fred en leur faisant un grand sourire. Tu vois que Liz n'est pas dérangée par mon attitude.

— Ne le prends pas mal, Weasley, répondit la concernée avec un sourire, mais ça reste Walsh pour toi pour le moment.

Fred ne cacha pas sa surprise, hébété quelques secondes jusqu'à ce qu'un sourire ravageur apparaisse sur ses lèvres. C'était comme s'il venait de relever un défi à cet instant même.

— Je t'apprécie bien, Walsh, dit Fred avant de se tourner vers Ludivine. Je ne dirais pas pareil pour toi, Hendell, mais simplement parce que je ne veux pas que mon cousin me casse la gueule.

Ludivine sentit le sang quitter son visage alors qu'elle fusillait le métis du regard. Sans un mot, elle leva sa baguette et commença à attaquer le sorcier qui éclata de rire alors qu'il se protégeait de chaque sortilège. Leur jeu dura une bonne minute avant d'inclure Liz et ils terminèrent l'heure ainsi.


— Il est amusant, dit Liz en rangeant ses affaires.

— Il est insupportable, répondit Ludivine en sortant de la salle.

— Arrête de faire comme si tu n'aimais personne, Lud.

— Mais c'est la vérité !

Liz souriait tandis que Ludivine posait son regard sur Fred Weasley et James Potter qui discutaient à l'entrée de la salle en les pointant de la main. Elle leur jeta un regard froid, mais le sourire de Fred lui montra qu'il ne la prenait pas au sérieux. Il la salua d'un sourire ironique avant de tourner les talons et de s'éloigner.

Avant de s'en aller en direction de la bibliothèque, Liz rappela à Ludivine qu'elles passaient la soirée toutes les quatre, vendredi, ce que Ludivine confirma.

Liz lui fit un signe de la main et Ludivine regarda la silhouette fine de son amie s'éloigner avant de se diriger elle-même vers les sous-sols. Albus et Scorpius devaient avoir fini leur entraînement à cette heure-ci.

Son sourire disparut lorsqu'elle vit Albus, assis dans un fauteuil près de la cheminée, qui raturait son carnet de stratégie avec colère. Impassible à la vie qui s'activait autour de lui, il semblait marmonner des sortilèges impardonnables lorsqu'elle s'approcha.

Elle prit place doucement sur le bras du fauteuil, demandant d'un ton bas ce qu'il se passait.

— Rien, Lud, répondit-il sèchement et Ludivine dut prendre sur elle pour ne pas tenir compte de son ton.

— Arrête de faire l'enfant, Potter ! s'énerva-t-elle tout de même. Dis-moi ce qu'il t'arrive et comment je peux t'aider !

— Tu ne peux pas, d'accord ? On n'aide pas la connerie !

Ludivine souffla. Elle se sentait démunie face au silence et la colère d'Albus, ne sachant pas comment alléger l'esprit du sorcier. Puis une idée lui vint, une idée qui la fit sourire jusqu'aux oreilles.

— Où est Scorpius ? demanda-t-elle.

— Juste ici !

Ludivine tourna la tête et vit Scorpius contourner le fauteuil pour s'asseoir sur le canapé face à eux. Elle le regarda analyser l'expression d'Albus avant de tourner la tête vers elle.

— Pourquoi me cherchais-tu ?

— Sortons ! dit-elle avec un sourire conspirateur.

— Il pleut des cordes, répondit Scorpius en balayant son bras sans enthousiasme vers la fenêtre haute des sous-sols.

— Pas uniquement hors du château, Malefoy, siffla Ludivine. Sortons de Poudlard, on a la carte et il est tôt.

— On va rater le dîner, dit Albus.

— Et alors ? le provoqua Ludivine. On aura qu'à se prendre un truc à grignoter en même temps qu'un verre.

Les deux sorciers restèrent silencieux, et Ludivine commençait à s'irriter. Si même les inciter à enfreindre le règlement pour aller s'amuser dans un bar était un défi, ça commençait à être compliqué.

— Malefoy, Potter, ordonna-t-elle sèchement, prenez vos affaires et allez chercher la carte. On va à Pré-au-Lard.

Son ton était implacable, et après quelques secondes, les deux sorciers échangèrent un sourire complice avant de se diriger vers leur dortoir. Ludivine fit de même. Elle mit dans un sac des vêtements d'extérieur qu'elle enfilerait dans le passage secret, et prit de l'argent avant de dévaler les escaliers.


Une vingtaine de minutes plus tard, les trois Serpentard sortaient du seul passage secret encore ouvert menant au village sorcier, tapotant leurs vêtements pour en retirer la poussière, et se jetaient un sort d'imperméabilité pour se protéger de la pluie.

— J'ai faim, dit Scorpius en constatant qu'il était bientôt l'heure du repas.

— On se prendra un truc à l'Horcruxe, répondit Albus, je crève d'une bonne bièraubeurre !

L'Horcruxe était l'un des bars les plus fréquentés de Pré-au-Lard. Il avait ouvert peu de temps après la fin de la guerre, et le nom provoquant avait toujours attiré les jeunes populations. C'était d'ailleurs à celui-ci qu'était relié le seul passage secret venant de Poudlard, une sortie allant directement au bar, généralement fermée, et une autre allant jusqu'à la ruelle derrière. C'était l'un des rares passages secrets réellement secrets, dont seule une poignée de sorciers était informée.

Le bar était toujours noir de monde, ils y passeraient inaperçus, même en semaine. Et en effet, le bar était peuplé de sorciers venant d'écoles supérieures des alentours. Ils s'installèrent dans un coin, à une table ronde, et leur commande fut rapidement prise et apportée. Trois bièraubeurres pour commencer.

— Maintenant, dit Ludivine alors que Scorpius posait une chope devant elle, dis-nous ce qu'il t'arrive, Potter.

Albus soupira. Il savait qu'accepter la proposition de sortir impliquait de tout raconter, mais il n'en avait aucune envie.

— Tu sais qu'on ne va pas te juger, Al ? ajouta-t-elle comme si elle réalisait que c'était peut-être ce qui le retenait, mais le rire cynique d'Albus fut une réponse.

— C'est vrai mec, ajouta Scorpius. On a quand même autour de cette table la sorcière, dit-il en pointant Ludivine du menton, qui a fait boire un philtre d'amour à Smith en quatrième année uniquement pour gagner un pari qu'elle pouvait faire craquer n'importe quel mec. On a également le sorcier, dit-il en se pointant du doigt, qui a fait croire qu'il était un Mangemort simplement pour qu'on lui fiche la paix et qui s'est retrouvé avec trois aurors sur le dos à 12 ans, dont ton père.

Les trois sorciers eurent un petit rire. En effet, des histoires humiliantes, ils n'en manquaient pas.

— Vous devriez en avoir honte, sourit Albus, pensif.

— Oh mais c'est le cas, rigola Ludivine, juste pas entre nous.

Un silence s'installa, calme, paisible. Albus semblait se triturer la tête alors qu'il passait d'un rythme régulier son doigt sur le contour de sa chope. Ludivine et Scorpius avaient compris qu'il avait juste besoin d'un peu de temps pour se lancer, alors ils acceptèrent le silence une longue minute avant d'opter pour une discussion distrayante.

— Alors, reprit Ludivine en se tournant vers Scorpius, des nouvelles de ton père au sujet de tout ce qu'il se passe ?

— Nope, répondit Scorpius en buvant sa bièraubeurre, mais ça ne devrait pas tarder.

— Il faudrait le c...

— J'ai couché avec Rimens, lâcha Albus de but en blanc.

Ludivine se tut aussitôt, se tournant vers Albus avec des yeux ronds tandis qu'un rictus se dessinait sur les lèvres de Scorpius.

— Rimens ? répéta-t-elle. Comme dans Souhad Rimens de Poufsouffle, petite-amie de Benjamin Lams depuis plusieurs années ?

— C'est ça, confirma Albus en buvant une grande gorgée de sa chope. On a couché ensemble cet été et on s'est revus quelques fois au château depuis notre retour.

— Dont la fois où tu n'as pas voulu me dire où tu étais ? demanda Ludivine qui commençait à comprendre.

— Tout à fait, hocha Albus. Je ne voulais pas qu'on l'apprenne sachant qu'elle était toujours avec Lams. Elle me disait qu'elle comptait le quitter. Elle me l'a dit plusieurs fois.

Ludivine ne dit rien tandis que Scorpius regardait Albus avec surprise. Ludivine connaissait Rimens, camarade de chambre d'Evelyn, et cette dernière n'était pas tendre lorsqu'elle parlait de la sorcière et de sa relation tumultueuse avec son petit-ami.

— Ce n'est plus le cas ? demanda précautionneusement Ludivine.

— Il semblerait que non, dit Albus avec amertume. Elle a eu une discussion avec lui hier soir à ce sujet et je pensais qu'ils n'étaient plus ensemble. Mais je les ai vus se bécoter au déjeuner, et ils y mettaient du cœur.

— Oh Al, s'exclama Ludivine en posant sa main sur l'avant-bras du sorcier.

— Ça craint, vieux, dit Scorpius.

— C'est moi qui ai été con, avoua Albus.

— Tu es attaché, souffla Ludivine.

— Disons que j'avais des attentes.

Un silence s'installa, et Ludivine chercha le regard d'Albus, s'assurant qu'il n'était pas trop peiné. Il lui fit un sourire qui se voulait rassurant, mais elle y lisait de la peine et ça lui brisa le cœur. Face à eux, Scorpius tapota l'épaule d'Albus, pensif.

— N'empêche, dit Scorpius, elle est sexy.

— Ça c'est clair, approuva Albus, je peux te dire que je n'ai pas hésité longtemps, en couple ou non.

— Je n'aurais pas hésité non plus, ricana Scorpius.

— Ça valait au moins le coup pour ça.

Albus eut un petit rire que Ludivine apprécia, même si en temps normal, elle aurait levé les yeux au ciel face aux propos des deux sorciers. Tout ce qui lui importait à cet instant était le sourire d'Albus.

— Tu sais que ça ne vient pas de toi ? lui dit-elle dans la volonté de le rassurer. Que son hésitation ne veut pas dire que tu n'en vaux pas la peine ?

— Tu me prends pour une de tes copines, Lud ? demanda Albus avec exaspération. Bien sûr que je le sais.

Ludivine ne dit rien. Albus pouvait être ironique et moqueur autant qu'il le voulait, elle lisait tout de même la peine dans ses yeux et elle savait que ses mots le touchaient. Mais elle ne voulut pas blesser sa virilité, alors elle ne dit rien pour se défendre, et choisit même de jouer la dérision.

— Pardon, dit-elle d'un ton joueur, j'avais oublié votre grandeur, très cher.

— On ne doute pas d'un Potter, Hendell, répondit Albus avec un sourire.

— Mes excuses, Monsieur je porte le nom de deux directeurs de Poudlard et du sauveur du monde sorcier.

Les trois sorciers rigolèrent tout en buvant une gorgée de leur bièraubeurre. Autour d'eux, le bar s'animait mais ils n'y faisaient pas attention. Ils étaient dans leur bulle, comme à chaque fois qu'ils étaient tous les trois.

— Vous savez ce qui me ferait le plus grand bien ? demanda Albus.

— Dis-nous, répondit Scorpius.

— Qu'on détruise Poufsouffle samedi au match, sourit Albus, on verra s'ils auront toujours envie de s'embrasser après la raclée qu'on va mettre à leur maison !

Albus ne cachait plus son sourire et Scorpius éclata de rire alors que Ludivine baissait les bras. Elle savait qu'il ne suffisait que d'une phrase pour qu'ils se lancent dans une discussion endiablée.

— Il faudra faire attention à leurs batteurs d'ailleurs, Al, répondit Scorpius, moi aussi j'ai envie de leur faire mordre la poussière alors on ne les laisse pas nous mettre hors d'état de nuire.

— On verra vendredi soir quelle stratégie on supporte le mieux après tous les entraînements qu'on a eus, dit Albus d'un air pensif. Leur gardien est très bon, marquer des points sera difficile.

— Qu'est-ce que tu en penses, Lud ?

Scorpius venait de s'adresser à elle, et Ludivine prit quelques secondes pour le dévisager. Elle était à deux doigts de les interrompre en leur rappelant qu'elle n'avait pas enfreint le règlement pour les entendre parler de Quidditch, mais un coup d'œil à Albus avait suffi pour voir qu'il avait déjà oublié sa peine de cœur. Il n'avait fallu que le Quidditch. Et eux, se dit-elle tout de même.

Scorpius et Albus attendaient calmement, avec la patience qui caractérisait Serpentard, qu'elle leur réponde.

— J'en pense, commença-t-elle, que votre obsession pour le Quidditch est l'une des raisons pour lesquelles j'ai quitté l'équipe.

— C'est faux ! s'offusqua Albus. Tu dis ça comme si on ne pensait qu'à ça !

— Albus, répondit-elle calmement, il est temps que quelqu'un te le dise, tu es un capitaine tyrannique et obsédé par le jeu.

Albus se figea, choqué par la remarque de Ludivine qui ne pouvait contenir son sourire tandis que Scorpius éclatait de rire.

— J'aurais confirmé si je ne craignais pas de faire cent tours de terrain vendredi, rigola Scorpius.

Ludivine ne tint plus, éclatant de rire alors qu'Albus comprenait qu'ils se moquaient de lui. Il les fusilla du regard alors que leur rire se renforçait, conscients qu'Albus restait un Serpentard, et qu'à ce titre, il n'aimait être moqué.

— Vous n'êtes qu'une bande de Scroutt à pétard, se contenta-t-il de répondre d'un air renfrogné, marmonnant un « foutaises » qui fit rire Ludivine alors qu'elle finissait sa bièraubeurre.

Au bout de quelques heures, et de quatre bièraubeurres chacun - trois pour Ludivine qui avait déclaré forfait -, les trois sorciers décidèrent de retourner au château. Le couvre-feu venait seulement de tomber, c'était l'avantage d'avoir quitté le château tôt, mais il leur fallait tout de même rentrer discrètement.

Discrètement, cependant, n'était pas le terme approprié. Scorpius eut le réflexe de jeter un sort d'imperméabilité à chacun d'entre eux, mais ce fut la seule chose qu'ils firent correctement. La carte leur permit de retourner rapidement au sous-sol de Honeydukes. Mais elle n'empêcha pas Albus de buter contre une pierre dans le couloir du passage et de chuter violemment alors que Ludivine et Scorpius éclataient de rire sans se soucier du bruit qu'ils faisaient.

Remettre la robe de sorcier fut également une épreuve. Ludivine s'y prit à deux fois pour la mettre à l'endroit et Scorpius en ressortit avec une oreille rouge et douloureuse. Ils blâmaient l'alcool pour leur maladresse mais ça n'en amoindrissait pas leurs rires. Ce fut lorsqu'ils atterrirent dans le couloir par la statue de la sorcière borgne que cela se compliqua. Ils pouvaient maintenant être vus et entendus, mais aucun des trois sorciers n'en prenait conscience alors qu'Albus lançait des maléfices du Croche-Pied pour faire trébucher Scorpius et Ludivine qui rigolaient à chaque fois qu'ils esquivaient le sortilège. L'alcool leur avait complètement fait oublier le risque.

L'ambiance changea quand Ludivine, qui surveillait distraitement la carte du coin de l'œil, y vit quelque chose qui l'inquiéta. Un point venait tout droit dans leur direction, et il s'agissait du professeur Sven. Elle eut tout juste le temps de murmurer un « méfaits accomplis » que le professeur avait atteint leur localisation.

— S'il-vous-plaît.

Les trois Serpentard s'arrêtèrent avec effroi. Devant eux se tenait le professeur Sven, une main sur sa baguette et le regard perçant. Il les dévisagea lentement, avant qu'un sourire ne se dessine sur son visage.

— Est-ce que l'un de vous, commença-t-il lentement, peut me dire ce que vous faites hors de vos dortoirs. A une telle heure. En semaine.

Bien sûr, ce n'était pas une question, et ils savaient que la suite allait être mauvaise pour eux. Et leur esprit embrumé par l'alcool ne leur était d'aucune utilité.

— Professeur, commença Ludivine.

— C'est une longue histoire, continua Scorpius.

— Une très longue histoire que l'on préfère raconter demain, termina Albus.

Ce n'était certainement pas la chose à dire, et Ludivine ferma les yeux de désespoir. L'air incrédule de leur professeur n'indiquait rien de bon.

— Demain, Potter ? Est-ce que cela veut dire que vous attendez que je vous renvoie dans votre dortoir sans rien dire ? Est-ce que l'optimisme irréaliste est un trait de la maison Serpentard ? finit-il d'un air condescendant.

— Monsieur, répondit Albus dont l'alcool avait inhibé tout filtre, votre ressentiment envers Serpentard n'a rien à faire dans la situation.

Ludivine et Scorpius se tournèrent avec effroi vers leur ami. Qu'est-ce qui lui prenait de provoquer le professeur Sven de cette façon ? Ludivine se demandait même si le sorcier n'était pas stupide. En face d'eux, le professeur ne semblait pas dérangé par les propos d'Albus. Il avait même un sourire sur les lèvres qui n'indiquait vraiment rien de bon.

— Etes-vous dans votre état normal, Potter ?

— Albus ne se sent en effet pas très bien professeur, intervint Ludivine, veuillez l'excuser.

Albus allait protester mais le regard noir que lui fit Ludivine l'en dissuada.

— Vraiment, miss Hendell ? demanda le professeur avec un sourire ironique. Et est-ce que cela justifie votre présence si tardive dans les couloirs ?

Ludivine ne sut pas quoi répondre. C'était comme si son cerveau avait décidé d'arrêter de fonctionner. C'était d'ailleurs le cas. À côté d'elle, Scorpius était impassible, conscient que ce qu'il dirait ne ferait qu'aggraver la situation. Et il avait raison. Ce n'était cependant pas le cas d'Albus qui eut un rire désabusé et qui secoua la tête, marmonnant quelque chose dont ressortirent seulement les mots « abus de pouvoir ». Des mots que tous entendirent.

— Peut-être, Potter, reprit le professeur Sven, devrais-je vous inviter à passer la journée du samedi dans mon bureau afin de vous montrer que l'on respecte le corps professoral dans ce château.

— Samedi, Serpentard joue contre Poufsouffle, dit Scorpius comme si c'était une évidence.

— Dans ce cas, vous devriez peut-être vous entraîner à jouer sans votre capitaine, monsieur Malefoy.

Ça ne manqua pas, l'effroi qui se lut sur le visage des deux sorciers fit sourire le professeur. Ludivine n'arrivait pas à voir comment ils allaient sortir de cette situation. Être interdit de jouer pouvait être fatal pour Albus, que ce soit pour le score de Serpentard autant que pour son poste de capitaine. C'était un rôle pour lequel on attendait une irréprochabilité sans faille, et la directrice serait intransigeante.

A côté d'elle, Albus et Scorpius commençaient à être nerveux. C'était comme si l'alcool avait quitté leur corps à l'entente de cette menace et malgré la situation, Ludivine leva les yeux au ciel. Il n'y avait vraiment que le Quidditch qu'ils prenaient à cœur.

— Monsieur ! s'indigna Scorpius.

— Bien sûr, c'est à moins que vous ne me donniez une bonne raison pour votre présence dans les couloirs, sourit le professeur Sven, conscient qu'ils n'en avaient aucune.

Un silence pesant s'installa. Alors que Scorpius et Albus semblaient réaliser que s'ils ne trouvaient pas une échappatoire, ils risquaient de se retrouver à six sur le terrain face à Poufsouffle, Ludivine se demandait comment elle allait rattraper le coup.

— L'infirmerie ! balbutia-t-elle dans un moment de détresse.

Les deux sorciers se tournèrent vers elle avec une incompréhension non dissimulée.

— L'infirmerie ? répéta le professeur Sven avec un petit sourire.

— Oui, répondit-elle, nous sommes allés chercher Albus qui se sentait mal.

— Vraiment très intéressant, miss Hendell, et qui vous a demandé de faire cela ?

— C'est moi, professeur.

Tous tournèrent la tête vers le couloir. Malgré la faible lueur qui émanait de la baguette du professeur, Ludivine reconnut James Potter qui s'approchait, les mains dans les poches. Il posa un regard sur chaque Serpentard, et lorsqu'il croisa celui de Ludivine, celle-ci se sentit frissonner sous la dureté de ces yeux noisette. Finalement, le Gryffondor posa son regard sur le professeur Sven.

— Monsieur Potter, reprit Sven qui rangea son air surpris, expliquez-moi donc la situation.

— C'est très simple, professeur, dit l'aîné des Potter avec un sourire assuré, mon petit frère s'est senti mal avant le dîner. Malefoy et Hendell l'ont accompagné à l'infirmerie avant de venir me raconter son état.

James fit une pause, jetant un regard aux sorciers qui n'avaient pas bougé d'un pouce, dans l'attente de voir où mènerait son histoire, et Ludivine y décela du mépris.

Elle prit le temps de le dévisager. Il ne portait pas sa robe de sorcier mais un simple t-shirt gris et un jean foncé. Les mains dans les poches, les épaules reculées vers l'arrière, le Gryffondor avait une carrure imposante et son regard dur ne laissait place à aucune objection, tout comme sa mâchoire crispée ne donnait aucune envie de le contredire. Même si la coupe de cheveux et les traits du sorcier étaient similaires à ceux d'Albus, son air implacable le distinguait fondamentalement de son frère qui portait plutôt naturellement un air de nonchalance et d'indifférence. Chez Albus, il n'y avait que ses yeux qui s'exprimaient tandis que chez son frère, c'était son visage entier.

— Je sais qu'Albus est effrayé par l'infirmerie, dit-il d'un ton sarcastique, mais je ne lui ferais pas l'humiliation de vous expliquer pourquoi, et j'ai demandé aux deux préfets d'aller le chercher.

— Vous n'êtes pas responsable des préfets de Serpentard, monsieur Potter, c'est miss Jones qui l'est.

— Mais je suis responsable de mon frère, monsieur, répondit James d'un ton si assuré qu'il ne laissait place à aucune réponse. Je me dirigeais justement vers leur salle commune pour m'assurer que mon frère allait bien.

James maintint le regard du professeur Sven d'un air implacable. A côté de lui, les trois Serpentard n'en menaient pas large. L'histoire du Gryffondor pouvait être plausible, mais ils n'étaient pas sortis d'affaires. Face à eux, le professeur Sven restait sceptique.

— Pourquoi devrais-je croire votre histoire, monsieur Potter ? demanda-t-il avec suspicion.

— Ils étaient tous les trois absents au dîner, non ? dit James. Et puis, vous pouvez demander à madame Pomfresh, elle vous dira certainement la même chose.

— Vous vous doutez que je compte bien le faire à la première heure demain matin.

— Je n'en doute pas une seconde, professeur.

Le professeur Sven garda le silence. Il maintint le regard du Gryffondor puis le posa sur les trois Serpentard qui se sentaient pâlir. Il finit par sourire d'un air désabusé avant de s'adresser de nouveau à James.

— Je vous laisse raccompagner votre frère et les deux préfets dans les cachots, monsieur Potter. Pour cette nuit, vous êtes responsable d'eux, et je ne veux plus personne dans les couloirs dans vingt minutes.

— C'est noté professeur, merci.

Le professeur Sven tourna les talons sans un mot de plus. En le voyant partir, Ludivine ferma les yeux de soulagement tandis qu'Albus et Scorpius lâchaient la respiration qu'ils avaient gardée. Ils avaient été à deux doigts de la catastrophe !

James se tourna sèchement vers eux, les surplombant d'un regard dur et colérique.

— Heureusement que tu étais là, James, souffla Albus.

— Mais qu'est-ce qui vous a pris d'être aussi imprudent ? cingla James en ignorant le remerciement de son frère. Vous avez une idée de ce qui serait arrivé si je n'avais pas été là ?

— Ça va James, répondit Albus sur la défensive, on sait.

— C'est une erreur de débutant, Albus ! insista James.

Il avait raison, ils le savaient et pour cette raison, Ludivine n'en menait pas large. Elle se tenait droite, le menton haut mais alors que son regard croisait celui du sorcier, elle se sentit presque reculer. Elle avait rarement interagi avec James, mais embrumée par l'alcool, elle se sentit impressionnée par ce regard inquisiteur. Cela venait également également de la honte qu'elle ressentait de s'être fait attraper en pleine infraction au règlement.

— On sait, se contenta de répéter Albus avec un air coupable.

— On a bu, James, dit Scorpius avec franchise, on n'a pas réfléchi.

James serra les dents. Son langage corporel était tellement expressif que Ludivine interpréta son action par un « merci de pointer l'évidence ».

— Pas besoin de le dire, Scorpius, ça se voit à des kilomètres. La seule raison pour laquelle Sven a lâché l'affaire, c'est qu'il compte vérifier nos dires demain.

— C'est d'ailleurs un problème, se rendit compte Scorpius.

— Non, dit James en balayant l'inquiétude du sorcier d'un revers de main, j'irai voir Pompom pour lui expliquer la situation, ça ne la dérangera pas de mentir.

Pompom ? Ludivine voulut rire et elle se surprit à ne pas oser le faire. Pour le moment, l'aîné des Potter avait dirigé sa colère vers Albus, ce qui lui convenait très bien.

James fit un bruit dédaigneux alors que son regard se posait sur Ludivine, le temps d'une seconde.

— Tu es capitaine, Al, dit James sur un ton qu'elle trouva condescendant. Tout le monde suit ce que tu fais, dans les airs mais également sur terre. Je parle des recruteurs.

— Ils ne viendront pas me chercher avant ma dernière année, répondit Albus en fronçant les sourcils.

— Les recruteurs n'attendent pas quand tu es capitaine en sixième année et fils de Harry Potter, réfuta James. Tu as de grandes chances d'en voir dès samedi, et si on vient pour toi mais qu'on apprend que tu as été interdit de jouer pour ne pas avoir respecté le règlement, ce sera fini pour toi.

Albus marqua un temps. Il semblait réfléchir à ce que lui disait son frère, comme s'il réalisait que cette rencontre avec le professeur Sven aurait pu lui être fatale. Son visage perdit quelques couleurs, et James esquissa un rictus.

— Tu réalises, hein ?

— Arrête de te comporter comme si tu ne faisais pas comme nous James, dit Albus qui sentait l'irritation monter, tu enfreins le règlement aussi ! Tout le temps !

— Mais moi, je ne me fais pas prendre.

— Facile avec une cape d'invisibilité, dit Ludivine dans un silence qui fit résonner ses propos.

Les trois sorciers se tournèrent vers elle, comme s'ils semblaient se rappeler de sa présence. Albus ne cacha pas son sourire fier tandis que Scorpius se divertissait de l'ironie dont elle avait joué. Cependant, James n'était pas amusé. Il lui jeta un regard si froid que Ludivine sentit la colère monter. Elle n'aimait pas le dédain dont il faisait preuve.

— N'aurais-tu pas la carte du Maraudeur dans les mains, Hendell ? Rien qu'avec ça, je ne me ferais pas prendre. A moins que tu ne manques d'intelligence pour l'utiliser.

Ludivine le fusilla du regard. Son ton condescendant commençait à l'irriter, sans parler du fait qu'il venait de l'insulter.

— On aurait pu croire, continua James, que de vous trois, tu aurais été la plus responsable. Quand on sort en semaine, et qu'en plus on boit, on se fait discret dans les couloirs.

— On peut se passer de tes conseils, Potter, siffla Ludivine, vexée et sur la défensive.

— Je m'inquiète juste pour mon frère, Hendell, répondit James froidement, peut-être que toi tu n'en as rien à faire de son futur mais ce n'est pas mon cas.

— Pardon ? s'exclama Ludivine, dubitative. Pour qui te prends-tu, Potter ?

— Pour ton préfet-en-chef, Hendell.

Ludivine allait répliquer avec férocité. Le Gryffondor la faisait tellement sortir de ses gonds qu'elle sentait son cœur battre à toute vitesse, mais une main se posa sur son épaule, et un mouvement des yeux lui permit de voir qu'il s'agissait de Scorpius qui la regardait d'un air autoritaire. Il l'incitait à se calmer, ce qu'elle fit aussitôt. Elle sembla se rappeler qu'il était le frère aîné d'Albus, son préfet en chef, et qu'en plus il venait de leur sauver la mise. Alors elle se tut, défiant le sorcier du regard, avant de se tourner vers Albus et Scorpius.

— Est-ce qu'on peut retourner à la salle commune ? leur demanda-t-elle. Cette discussion ne mène nulle part.

James eut un rire dédaigneux. C'était comme s'il la considérait comme insignifiante et Ludivine décida que, définitivement, elle n'aimait pas le sorcier.

— Faites plus attention la prochaine fois, dit James à son frère.

Albus hocha la tête et James tourna les talons, surplombant une dernière fois Ludivine du regard et enfin Scorpius à qui il fit un très léger mouvement de tête avant de s'en aller.

Ce fut Albus qui souffla en premier. Il semblait exténué et Ludivine ne put s'empêcher de penser que c'était en partie sa faute.

— Tu comprends maintenant, lui dit Albus en passant une main dans ses cheveux comme il avait l'habitude de le faire quand il était nerveux, pourquoi j'ai refusé le poste de préfet quand on me l'a proposé l'année dernière ? James est attachant mais il peut être très autoritaire quand il le veut. Aucune envie d'être sous ses ordres.

Ludivine resta silencieuse, le fixant du regard.

— Attachant ? Ton frère est un connard, Potter.

Elle ne dit rien de plus alors qu'elle se mettait en marche, Albus et Scorpius sur ses talons. Le retour se fit dans un silence assez inhabituel pour eux, chacun perdu dans ses pensées. Lorsqu'ils arrivèrent au pied des escaliers du dortoir, Scorpius embrassa le crâne de Ludivine, la remerciant de les avoir forcés à sortir, alors qu'Albus passait un bras autour de ses épaules en lui faisant un grand sourire.

Finalement, ce fut tout ce que Ludivine choisit de retenir de cette fin de soirée, le clin d'œil espiègle de Scorpius et le sourire joyeux d'Albus. Elle n'avait besoin de rien d'autre pour se coucher. Le reste, elle le prendrait en compte après une bonne nuit de sommeil.

 

End Notes:

 

Courroux et douceur by CamCaz17
Author's Notes:

Bonne lecture !

Chapitre 5 - Courroux et douceur

Le lendemain, Ludivine se réveilla d'humeur exécrable. Elle bouillonnait. Elle fulminait, et ça n'avait pas aidé de se réveiller avec un mal de crâne sans nom. Dès le réveil, elle avait pressenti que sa journée allait être compliquée. Fatiguée, ses yeux lui étaient douloureux et la pourtant faible luminosité du dortoir lui brûlait la rétine.

— Oh, ça n'a vraiment pas l'air d'aller, Ludivine.

Mila Stones lui jeta un regard moqueur tandis qu'elle boutonnait sa chemise.

Mila ne ratait jamais une occasion de faire preuve de cynisme, Ludivine s'étant déjà demandé si Scorpius et elle ne partageaient pas quelques gènes. Les deux sorcières s'entendaient bien, après six ans de vie commune. Ludivine l'appréciait d'autant plus qu'elle ne s'était jamais offusquée de sa sécheresse occasionnelle. Alors sans surprise, Mila ricana lorsque Ludivine lui répondit par un grognement en se dirigeant vers la douche.

Ce fut la seule interaction qu'elle eut. Ses autres camarades de chambre avaient très rapidement arrêté d'essayer d'entamer une discussion après deux réponses cinglantes de Ludivine. Fragiles !

Albus et Scorpius n'étaient pas dans la salle commune quand elle descendit. Ils se levaient toujours après elle, mais elle ne doutait pas qu'ils faisaient exprès de l'éviter. Connards !

Plusieurs élèves croisèrent sa route et baissèrent les yeux aussitôt, probablement inquiets de ce qu'une Serpentard de mauvaise humeur pouvait bien leur faire. Trouillards !

Alors ce fut dans une solitude profonde, qui, par ailleurs, accentuait d'autant plus sa colère, que Ludivine s'assit à la table de Serpentard. Elle n'avait pas faim. Zéro appétit. Le visage fermé, le regard figé au loin, ignorant l'existence des sorciers autour d'elle.

— Fâchée, Lud ?

Ludivine releva la tête et constata que Scorpius et Albus la fixaient d'un air mi-concerné, mi-amusé. Elle réalisa à ce moment que la table de Serpentard était déjà pleine. Elle s'était probablement levée plus tard que d'habitude.

Albus et Scorpius échangèrent un regard en biais tandis qu'elle les fusillait du regard. Ils n'étaient pas responsables de sa mauvaise humeur, mais elle ne pouvait s'en prendre qu'à eux sans qu'ils ne lui en tiennent rigueur. Et au sourire qu'ils échangèrent, ils semblaient l'avoir bien compris, reprenant leur discussion comme si de rien n'était.

Le regard de Ludivine balaya la salle déjà bien remplie. Le volume sonore était élevé et les élèves agités. Rien qui ne la mette de meilleure humeur. Elle tomba toutefois sur Evelyn qui discutait avec une coéquipière, et à son expression féroce, elle devait parler du match de samedi. Liz déjeunait avec Acca et Rose, et elles semblaient discuter sérieusement, chuchotant en s'assurant que personne ne les écoutait. Ludivine les observa un moment, se demandant de quoi elles pouvaient bien parler.

Lorsque Rose pointa quelqu'un du doigt à la table de Gryffondor, le regard de Ludivine se posa sur un visage en particulier, qu'elle dévisagea si intensément qu'elle aurait pu créer une poupée vaudou à son effigie et le maudire à vie.

James Potter était à moitié appuyé sur William Milton tandis qu'il écoutait avec attention ce que racontait Fred Weasley, un sourire fendant son visage. Les trois sorciers semblaient se trouver dans une bulle à laquelle seuls eux appartenaient. Puis, soudain, Fred conclut une phrase et ses deux amis éclatèrent de rire.

Le rire de James résonna dans la Grande Salle alors que plusieurs têtes se tournaient vers lui. Il avait un rire guttural et fort, qui lui donnait cet air rauque et puissant que les sorcières appréciaient tant. La tête renversée en arrière, son rire finit par se tarir tandis que Milton répondait à Weasley.

L'aîné des Potter dut se sentir épié car il releva la tête directement vers Ludivine, croisant son regard. Son sourire mourut, probablement dû au regard meurtrier de Ludivine. Connard, pensa-t-elle si fort qu'elle se demanda s'il ne l'avait pas entendue en voyant un rictus se former sur ses lèvres. L'enfoiré, il la narguait. Ludivine se sentit fulminer alors que les événements de la veille lui revenaient avec précision.

— Euh, Lud ? fit une voix hésitante.

Face à elle, Albus la fixait d'un regard concerné et Ludivine rompit aussitôt le contact avec le Gryffondor, refusant de lui accorder plus d'importance qu'elle ne l'avait déjà fait.

— Je suppose que les événements d'hier soir ne t'ont pas mise de très bonne humeur, constata-t-il.

— Ton frère est un connard, Potter.

— Tu l'as dit hier, ma chère Lud, sourit Albus.

— Ne me dis pas que tu ne t'en es toujours pas remise ? rigola Scorpius.

— Tu sais, dit Albus alors que Scorpius rigolait face au regard noir qu'elle lui jetait, il n'est pas toujours comme ça. Et je suis content que tu l'aies enfin rencontré, je trouve que tu ne fréquentes pas suffisamment ma famille.

— Et ça ne risque pas d'arriver, rétorqua Ludivine en se frottant le front pour essayer de faire partir son mal de crâne.

Albus ricana alors que Scorpius lui tendait un petit flacon. Il avait un sourire indulgent qui contrastait totalement avec la lueur de malice qui brillait dans ses yeux. Ils se moquaient ouvertement d'elle et elle les détesta pour cela.

— Tiens, dit-il doucement, ça devrait t'aider avant ton rendez-vous avec Slug. Et tes cours, à l'occasion.

A ce geste, le premier sourire de Ludivine apparut enfin. Elle détestait les deux sorciers, mais elle les aimait également de tout son cœur et son sourire dut le montrer car Albus et Scorpius rigolèrent sans s'en cacher. Elle prit le flacon et le but avant de commencer à déjeuner. Son sourire était revenu alors qu'Albus et Scorpius lui racontaient comment ils prévoyaient d'organiser l'entraînement du vendredi soir.


Les cours de la matinée passèrent à la vitesse de l'éclair pour Ludivine qui n'avait pas suivi grand-chose de ce qu'il s'était dit. Durant l'heure de Métamorphoses, elle avait repassé en boucle les événements de la veille, allant de la révélation d'Albus au ton condescendant de son frère lorsqu'il s'était adressé à elle.

Elle savait qu'ils étaient en tort. Habituellement, ils veillaient à boire raisonnablement lorsqu'ils sortaient du château. Hier, l'euphorie les avait pris et ils n'avaient pas fait attention. Alors ils étaient en tort, d'avoir enfreint le règlement et de s'être fait attraper. James Potter leur avait en effet sauvé la mise. Mais ses regards méprisants et son ton condescendant l'avaient vraiment vexée. Elle avait beaucoup d'orgueil, elle le savait, et cet orgueil prenait le pas sur sa faute.

La cloche avait balayé ces pensées. Durant les deux heures de Potions qui avaient suivi, c'était son rendez-vous avec le professeur Slughorn qui avait occupé ses pensées. Il voulait faire un point d'orientation avec elle, chose très surprenante en ce début d'année. Pour les sixièmes années, il avait généralement lieu en juin mais plusieurs directeurs de maison en avaient fixé de façon optionnelle.

Au déjeuner, elle s'était laissé porter par la discussion de ses camarades sur la première sortie de l'année à Pré-au-Lard. Ces sorties étaient attendues avec impatience, notamment pour les rumeurs qui en ressortaient toujours et occupaient la population de Poudlard.

A côté d'elle, Albus et Scorpius s'étaient également mélangés à leurs camarades pour discuter du match de samedi. Rien n'unissait plus la maison Serpentard que le Quidditch. Juste avant son rendez-vous, Ludivine avait pris part à la discussion. Elle avait conclu celle-ci en les menaçant de terrasser Poufsouffle sans quoi elle leur « ferait bouffer leur balai ». Pour la gloire de sa maison, mais avant tout pour voir la défaite sur le visage de Souhad Rimens que Ludivine détestait depuis la veille au soir.

Finalement, la potion avait pleinement fait son effet lorsqu'elle toqua à la porte de son directeur de maison.

— Entrez, miss Hendell, installez-vous, dit le professeur Slughorn rangeant un ouvrage dans sa bibliothèque.

Ludivine fit comme on lui dit, posant son sac à dos au pied de sa chaise alors que son professeur prenait place à son bureau. Ludivine appréciait son directeur de maison, toujours d'un caractère jovial. Il était plein de défauts, mais ceux-ci étaient tellement acceptés par le sorcier qu'on ne pouvait qu'en faire de même.

— Alors Ludivine, que prévoyez-vous de faire après Poudlard ? Nous parlions l'année dernière de médicomagie, est-ce toujours ce qui vous intéresse ?

— Oui monsieur, confirma-t-elle.

— Et un parcours comme celui de votre mère ne vous intéresse pas ? La Coordination des Mondes, c'est un beau choix. Et avec votre mère, vous pourriez y entrer facilement.

Ludivine garda le silence, surprise de la suggestion de son directeur. Elle savait ce qu'elle voulait faire de son avenir depuis sa deuxième année. Elle n'avait jamais, au grand jamais, remis ce choix en question. De plus, entrer facilement quelque part n'était certainement pas un facteur de décision.

Sans compter que rien n'était facile quand il s'agissait de la Coordination des Mondes. Sa mère l'avait rejointe vingt ans plus tôt, quand elle avait quitté la France pour s'installer en Angleterre. Créée dans le secret après la défaite de Voldemort, cette structure indépendante rattachée au ministère de la Magie avait pour but de désamorcer tout conflit en travaillant étroitement avec les services moldus.

Avec le temps, Ludivine avait compris qu'il n'y avait, en fait, jamais eu aucune paix. Tous les jours, des sorciers se donnaient corps et âme pour désamorcer les conflits. De la guerre civile, à la violence de masse ou au terrorisme, la Coordination se déployait dans le secret pour s'assurer que toute belligérance soit endiguée et gardée sous silence pour le reste de l'actualité sorcière et moldue. Mais il n'y avait jamais eu aucune paix.

— Ce n'est pas un mode de vie que je recherche, professeur.

— Trop dangereux ?

— Trop secret, répondit-elle amèrement en pensant à tous les mystères qui entouraient le quotidien de sa mère, et trop de sacrifices.

— Je vois que vous y avez déjà réfléchi, ma chère, répondit le professeur avec un sourire avenant.

— J'ai surtout réfléchi à l'apport que je veux avoir dans ce monde, professeur, dit-elle avec un petit sourire. On ne pourra pas toujours empêcher qu'un conflit éclate, les événements récents nous le montrent bien. Nous nous sommes habitués à la paix, sans penser que nous manquerons d'effectif médical le jour où nous en aurons besoin.

Le professeur Slughorn l'observa avec malice, et Ludivine eut le sentiment qu'il savait des choses qu'elle ignorait.

— On reste donc sur médicomage en terrain d'intervention ? conclut-il avec un sourire.

Cette fois-ci, Ludivine sourit également. Elle avait fait son choix depuis bien longtemps maintenant. Ce choix se résumait à pouvoir intervenir dans un combat et soigner des innocents. Ludivine avait trouvé le rôle qu'elle voulait jouer.

— Vous savez que c'est beaucoup d'ambition ? continua le professeur. Il faut cinq ans d'études minimum pour la médicomagie. Ajoutez à cela une à deux années supplémentaires pour l'accréditation auror pour intervenir en terrain d'urgence. Sans compter que les places pour l'accréditation sont très rares.

— Je ne suis pas inquiète, professeur, répondit cette fois Ludivine avec fermeté. Je travaille dur depuis pour obtenir le meilleur dossier, les meilleures notes, j'ai même arrêté le Quidditch. Est-ce que vous savez les misères que m'ont fait mes camarades pour avoir quitté une équipe gagnante ? Je l'ai fait parce que j'ai un objectif et je l'atteindrai. Je sais parfaitement que c'est beaucoup d'ambition, j'y pense tous les jours. Mais je m'en donne les moyens.

Ludivine était très lucide sur la question. Être médicomage d'intervention, ce n'était pas uniquement intervenir en cas de conflit. C'était un quotidien, comme pour les aurors, qui demandait une certaine dévotion. C'était accepter d'être réquisitionné dès lors qu'il y avait besoin de renfort médical, principalement au cours de combats. L'accréditation auror signifiait que ces médicomages pouvaient se défendre tout en effectuant une opération magique de soin.

— C'est une énergie qu'il me plaît de voir, Ludivine, s'exclama le professeur. Je vous conseille de continuer de vous entraîner comme vous le faites, de rester assidue en cours et surtout, de suivre les annonces prochaines qui auront lieu au sein du château.

— Comment ça, professeur ?

Son directeur de maison sourit d'un air paternel que l'esprit indépendant de Ludivine détesta avant de se dire qu'il ne pensait qu'à son épanouissement.

— Vous verrez en temps voulu, Ludivine. En attendant, comme je vous l'ai dit, continuez comme vous le faites et gardez votre motivation. Je pense vous avoir suffisamment retenue.

— Très bien, professeur, répondit-elle avec un petit sourire, je vous remercie.

— Ah ! s'exclama-t-il en regardant autour de lui avant de se lever vers une étagère, pourriez-vous apporter ce bocal chez Hagrid ? Il m'a demandé de lui fournir ce cataplasme pour ses bêtes.

Ludivine hocha la tête. Comme de nombreux sorciers dans le château, elle adorait aller voir Hagrid qui était pour beaucoup bien plus qu'un simple professeur. Le professeur Slughorn lui fit un sourire complice et extatique alors qu'il lui remettait le bocal.

— Gardez-le pour vous ma chère, mais mon secret pour un cataplasme digne de ce nom, c'est d'ajouter de l'essence de rose aux feuilles de plantain et aux fleurs d'aconit. Mais c'est un secret, Ludivine !

Cette fois-ci, Ludivine ne retint pas son rire. Oui, elle appréciait le professeur Slughorn que son exubérance rendait unique.


Ludivine choisit d'aller directement à la cabane de Hagrid lui apporter le cataplasme. Elle traversa le parc où plusieurs groupes profitaient de l'été indien. Elle-même profita des rayons de soleil qui réchauffaient ses jambes sur son trajet. Elle arriva d'un pas rapide à la cabane, où elle tapa vigoureusement contre la porte. Elle savait que le demi-géant pouvait ne pas l'entendre.

— Tu risques de l'attendre longtemps, il est avec le professeur Londubat.

Ludivine releva la tête vers la personne qui venait de s'adresser à elle. Habillé aux couleurs de Poufsouffle, le sorcier passa une main dans ses cheveux châtains tout en souriant. Elle le connaissait pour la seule raison qu'il était un ami lointain d'Albus et connaissait son nom de famille, Finnigan. Mais impossible pour elle de se souvenir du prénom du sorcier.

Elle l'observa une seconde. Du sang et de la boue s'étalaient de son bras gauche à sa joue en passant par sa nuque. Ludivine fronça les sourcils mais fit comme si le sorcier ne ressemblait pas à un psychopathe prêt à trucider tout le corps étudiant du château.

— Sais-tu quand il sera de retour ?

— Aucune idée, mais il s'y dirigeait à la fin de notre cours, il y a dix minutes.

— Ceci explique cela, dit Ludivine d'un ton neutre en montrant d'un revers de main le bras du sorcier.

Ce dernier éclata de rire en constatant l'état de sa chemise. Il en retira un bouton avant de passer une main dans ses cheveux, cette fois-ci la main gauche, y déposant de la terre. Ludivine eut un petit sourire devant l'état dépenaillé du sorcier qui semblait clairement n'en avoir rien à faire.

— En effet, répondit-il d'un air nonchalant, on ne ressort pas indemne d'un cours avec Hagrid. On a aidé un Tébo femelle à accoucher.

Cette fois, Ludivine s'autorisait un vrai sourire. Ce n'était pas elle qui démentirait, et pourtant elle admirait la passion et l'amour du demi-géant pour les créatures magiques. C'était une passion épatante et inspirante. Décidant qu'il était temps pour elle de retourner au château, Ludivine fit un léger sourire poli au sorcier.

— Hendell, c'est bien ça ? la héla-t-il avant qu'elle n'ait le temps de tourner les talons.

— C'est bien ça, répondit-elle sur un ton légèrement méfiant, dans l'attente de ce qu'il allait dire.

— Je me souviens de toi, lui dit-il en souriant. Tu as foutu ton poing dans la gueule de Miller lors de la défaite de Serpentard contre Gryffondor l'année dernière.

Le souvenir lui revenait parfaitement, la faisant sourire. Premier match de l'année, c'était également le premier que Serpentard jouait sans elle. Ils avaient perdu, encore peu organisés avec leur nouveau joueur. Albus, qui venait de passer capitaine, et Maximilien Miller avaient blâmé leur défaite sur elle. Alors ils avaient eu beau se trouver en plein milieu du terrain, avec professeurs et familles présents, ça n'avait pas empêché Ludivine de lui asséner son poing en plein visage. Et elle avait adoré ça !

— C'était entièrement mérité, dit-elle avec un léger sourire.

— Oh je n'oserais pas dire le contraire, rigola Finnigan d'un rire qu'elle trouva doux, je ne voudrais pas qu'il m'arrive la même chose.

— Pour le moment, ça devrait aller.

Ludivine ne cachait plus son sourire et le Poufsouffle le lui rendit. Elle ne ressentait étonnamment aucune gêne, aucun inconfort face au sorcier. Néanmoins, son instinct défensif reprit le pas rapidement. Le sorcier l'avait parfaitement compris, et son sourire s'agrandit. C'était comme s'il lisait en elle comme un livre ouvert.

— Bon, dit-elle, sur ce, je vais te laisser.

— Bien sûr, répondit-il avec le même sourire égal, je suis sûr que Potter et Malefoy se demandent où tu es.

Ludivine fronça légèrement les sourcils, se demandant pourquoi il amenait les deux sorciers sur le tapis, mais n'en fit rien. Elle lui fit un sourire poli et un signe de la main avant de s'éloigner.

— Hendell ! l'appela-t-il une dernière fois, attendant qu'elle se retourne. Moi c'est Kilian, dit-il, Kilian Finnigan. Pour la prochaine fois qu'on se croise.

Il semblait amusé. C'était probablement dû à l'expression surprise de Ludivine, qui se contenta de hocher la tête, perplexe, avant de tourner les talons en direction du château, prise d'une gêne qui la caractérisait avec ceux qu'elle ne connaissait pas et qui agissaient familièrement avec elle.


— Finnigan ? demanda Evelyn. Oui, je le connais, toutes les sorcières de ma maison l'adorent.

— Ta maison ? rigola fortement Acca. Pas uniquement, crois-moi. Chez nous aussi, on l'a dans le radar.

— Il avait l'air gentil, marmonna Ludivine.

— Et il l'est, lui confirma Liz, si jamais tu te posais la question.

Ludivine haussa les épaules. Elle n'était pas sûre de se la poser justement, mais elle devait reconnaître avoir été perturbée par le confort qu'elle avait ressenti en sa présence. Elle ne voulait néanmoins pas s'étendre sur le sujet.

— Tu devrais retourner lui parler, suggéra Acca, histoire que tu voies d'autres sorciers que Malefoy et Potter.

— Quel est le mal à ça ? s'offusqua Ludivine.

— Oh aucun, répondit Acca en levant les yeux au ciel, personne ne se plaindrait de passer tout son temps avec eux.

— Sauf Ludivine justement, rigola Liz, qui se plaint sans arrêt de leurs discussions sur le Quidditch.

— De quoi tu peux bien parler tous les jours si tu n'évoques pas le Quidditch ? demanda Evelyn comme si l'idée lui était impensable.

— De sujets bien plus intéressants, répliqua Ludivine avec un sourire amusé.

Lorsqu'elle jouait encore, Evelyn et elle pouvaient parler de ce sujet durant des heures sans jamais s'ennuyer. Elle savait que son amie lui en avait voulu, comme Albus et Scorpius, d'avoir arrêté de jouer et d'avoir rejeté le sujet.

— Je ne répondrai pas à ta provocation, répondit Evelyn avec le même sourire.

— Sans vouloir vous interrompre, intervint Acca, je maintiens que tu devrais aller voir Finnigan.

— Je suis d'accord avec Acca, confirma Liz.

— C'est vrai que rien n'existe pour toi en dehors de Potter et Malefoy, appuya Evelyn.

— En même temps, répliqua Acca dans un soupir exagéré, je ferais pareil si j'avais ces deux beautés à portée de main. Tant qu'ils ne parlent pas, bien sûr.

Cette fois, Ludivine éclata de rire, jetant des cacahuètes sur Acca qui rigolait en se protégeant le visage.

Cela faisait plus d'une heure qu'elles s'étaient retrouvées à leur endroit habituel, dans une salle de la Tour d'astronomie, où elles avaient fait apparaître des coussins et des plaids pour s'installer confortablement. Elles avaient aussi fait des provisions aux cuisines pour fêter le week-end.

C'était la première fois qu'elles se réunissaient toutes les quatre depuis leur retour au château, et rien n'aurait pu mettre Ludivine de meilleure humeur. Elle ne s'attarda pas sur ce que lui disaient ses amies, qui n'étaient pas particulièrement sérieuses.

— Changeons de sujet, déclara Ludivine, qu'est-ce que j'ai raté ?

— Et bien, ricana Acca en se tournant vers Liz, il paraîtrait que notre Lizzie nationale se fasse courtiser par Fred Weasley.

— Il s'amuse juste, répondit Liz dans un haussement d'épaule.

— Cet idiot ne sait pas faire autre chose, dit Evelyn en commençant à faire virevolter une plume devant elle avec sa baguette. Restes-en loin, Lizzie.

— M'as-tu vue ? rigola Liz. Tout le monde sait que le charme coule dans son sang, je n'accorde aucune importance à ses mouvements de drague.

— Tu pourrais, dit Acca qui s'allongeait sur le dos, il est vraiment pas mal. Et puis n'écoute pas Evelyn, elle est rabat-joie depuis qu'elle sait que sa famille lui a choisi Nott.

— Nott ? intervint Ludivine avec surprise. Ethan Nott ?

— Lui-même, répondit Evelyn qui n'avait pas quitté les yeux de sa plume. Magnifique, n'est-ce pas ?

Ludivine ne répondit pas au ton ironique de son amie. Ses parents avaient finalement choisi quelqu'un pour Evelyn. Pendant longtemps, elles avaient toutes pensé que sa famille choisirait Scorpius. Pendant longtemps, Scorpius également. Ça n'aurait surpris personne étant donné que la mère d'Evelyn avait un jour été promise à Drago Malefoy, avant que Voldemort ne tombe. Il semblerait que, comme leurs parents, cette décision n'ait pas tenu.

— Tu l'as appris quand ? demanda-t-elle.

— Deux jours auparavant. Mais je ne le prends pas aussi mal que je l'aurais pensé.

— Parce que tu sais que tu ne l'épouseras pas ? supposa Acca.

— Oh non, je l'épouserai, répondit Evelyn d'un air résolu. J'ai beau faire ma rebelle, je ne m'opposerai pas à ma famille. Je tiens trop à notre réputation.

— Ce n'est pas obligatoirement un mal, objecta Liz.

— Non, mais c'est à cause de cette mentalité que ces traditions ont perpétué, dit Evelyn. Parce qu'on tient tous trop à notre honneur.

Un silence s'installa. Ludivine avait toujours admiré le caractère fort d'Evelyn. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds, disait haut et fort ce qu'elle pensait et mordait quiconque essayait de l'attaquer. Ce n'était pas cette Evelyn qui se trouvait face à elle, et ça l'attrista. Il était dur de lutter longtemps quand on était seul à le faire.

— Eh oui, reprit Evelyn qui cherchait à rompre le silence qui s'était installé, tout le monde n'a pas la chance d'avoir un Michael Straton sous la main comme miss Rockwood !

— Oh arrête, balaya Acca d'un revers de main alors que Liz ricanait, il n'y a pas de mal à avoir un mec sympa sous le coude !

— Je croyais que tu romprais avec lui en revenant à Poudlard, se moqua Evelyn en remplissant son verre vide.

— Et bien j'ai changé d'avis ! s'exclama Acca en s'allongeant sur le plaid, posant sa tête sur la cuisse de Liz. Je me suis dit qu'on ne mettait pas fin à une relation de trois ans sur un coup de tête.

— Un coup de tête qui dure depuis plusieurs mois, fit remarquer Ludivine sur un ton suffisamment neutre pour irriter Acca.

— Oh la ferme ! dit Acca. Normalement, on se moque des filles célibataires, pas de celles en couple !

— Cassons les codes, dit Liz, tu es la seule en couple, tu es une proie facile.

— Vous pouvez parler ! Entre miss je sors avec des livres, miss je suis mariée de force et miss je préfère être pote avec deux mecs sexy plutôt que me les taper, on ne sait plus où on en est !

— Je crois que Straton est un sujet sensible, rigola Evelyn.

— Attention, menaça Acca en contenant un rire, ton Nott pourrait devenir mon Straton.

— Tu veux dire un sujet de moquerie pour vous ? Mais je vous en prie !

Ludivine n'écoutait déjà plus, elle affichait un sourire détendu en buvant une gorgée de son verre. Elle se laissait bercer par les piques qu'elles se lançaient en savourant son bien-être. Elle réalisait à quel point ces ambiances lui manquaient. La dynamique qu'elle avait avec les trois sorcières était très différente de celle qu'elle avait avec Albus et Scorpius. Même si dans les deux cas, il y avait toujours ce ton moqueur mais aimant, Ludivine se sentait parfois plus à l'aise dans cet environnement féminin.

Elle avait rencontré Acca avant de savoir marcher, leurs parents ayant toujours travaillé ensemble au sein de la Coordination. Lorsqu'elles étaient jeunes, leurs mères avaient été envoyées sur une mission où elles avaient travaillé avec le père d'Evelyn comme représentant du ministère et la mère de Liz comme scientifique moldue. La mission avait duré plus d'une année, durant laquelle les quatre sorcières du même âge avaient passé la majeure partie de leur temps ensemble.

Elles étaient néanmoins très différentes, et ne s'étaient fait aucune illusion en arrivant à Poudlard. Elles n'auraient jamais fini dans la même maison, et elles n'auraient pu tomber plus juste, elles avaient même fini dans quatre maisons différentes. Avec le temps, elles avaient drastiquement réduit leurs interactions. Pour diverses raisons, toutes plus regrettables les unes que les autres, elles étaient d'accord là-dessus.

Pour Evelyn, ça avait été la pression de sa sœur aînée qui la surveillait et rapportait chaque fait et geste à leurs parents. Pour Acca, ça avait été le communautarisme des Gryffons qui l'avait inconsciemment poussée à privilégier les mouvements de maison. Pour Liz, ça avait été le besoin d'étudier et privilégier la bibliothèque à toute autre activité, sentiment que ses camarades de chambre partageaient avec elle. Pour Ludivine, ça avait été le quotidien passé auprès d'Albus et Scorpius auquel elle s'était très facilement habituée. Sans le réaliser, elles avaient chacune évolué dans leur cercle et avaient perdu l'habitude d'interagir en public.

Cela ne voulait pas dire qu'elles avaient rompu tout contact, loin de là. Elles avaient continué de se voir chaque semaine, dans cette salle, à échanger sur leur vie. Elles étaient restées unies et soudées, suivant le parcours de chacune en arrière-plan.

— Tu penses à quoi, Lud ? demanda Liz.

— A nous quatre, avoua Ludivine, je me disais qu'on était amies depuis longtemps.

— Douze ans, ma chère ! affirma Acca en faisant rire les autres.

— Maintenant qu'Eva n'est plus là, souleva Liz, on pourra arrêter de nous cacher.

— A voir, répondit Evelyn avec mélancolie, je crois que ma mère a chargé Nott de me surveiller.

— Oh, s'exclama Ludivine, je ne crois pas que Nott s'embête à porter ce rôle !

Evelyn fronça les sourcils et Ludivine se rendit compte que la sorcière attendait une explication qu'elle s'empressa de lui donner.

— Nott est quelqu'un de très solitaire, expliqua-t-elle, mais il me semble loin d'être l'un de ces sang-purs obsédés par leur sang. Ces sorciers-là ont quitté l'école en même temps que ta sœur.

— Je me méfie tout de même de lui, répliqua Evelyn.

— Et tu as raison, acquiesça Ludivine, mais je pense que tu devrais apprendre à le connaître et t'en faire un allié face à vos familles.

Evelyn ne répondit pas, pensive. Ludivine savait que son amie cogitait énormément. Jusqu'ici, il était impensable qu'elle épouse un sorcier que ses parents avaient choisi. Maintenant que c'était le cas, elles réalisaient qu'Evelyn ne quitterait jamais son rang. Même si elle ne l'admettait pas, elle avait mal vécu le rejet de sa famille lorsqu'elle avait été envoyée à Poufsouffle.

— C'est quelqu'un de respectueux, ajouta Ludivine avec douceur. Nott n'est pas du genre à parler pour rien dire mais quand il le fait, c'est avec respect.

Evelyn ne répondit rien et Ludivine n'insista pas. Elle n'interrogea pas non plus Acca sur le rendez-vous d'orientation qu'elle avait eu avec le professeur Londubat. Elle réfléchissait d'ailleurs au sien. Autour d'elle, la discussion avait repris, et Ludivine se perdit une nouvelle fois dans ses pensées.

La fatigue lui jouait de plus en plus de tours, le fait que son esprit s'évade autant en était la preuve. Pourtant, elle se sentait bien, entourée des trois sorcières. Elle posa sa tête contre le mur derrière elle, écoutant Liz raconter à Acca et Evelyn comment Thomas Faber l'avait bousculée la veille, la faisant tomber à la renverse tellement il l'avait percutée avec violence. D'une politesse qui l'avait surprise, il s'était fondu en excuses et avait ramassé les livres de la sorcière avant de décider de l'accompagner jusqu'aux portes de la bibliothèque où elle se rendait au départ, bien qu'il eût été en retard à son entraînement.

— Faber, arriver en retard à un entraînement ? demanda Evelyn d'un ton soupçonneux.

— C'est ce qu'il disait, confirma Liz.

— Ça me surprend, c'est un obsédé du jeu.

— Et bien, intervint Acca, il semblerait que ça ne l'empêche pas de connaître les formes de politesse. Invite-le à Pré-au-Lard, Lizzie !

— Tu rigoles ! s'exclama Liz en avalant une gorgée de travers. Je n'ai rien à raconter à Faber.

— Et alooooors, gémit Acca, il a été poli, c'est qu'il doit être intéressé !

— Tu dis ça comme si je devais le féliciter d'être correct, réprimanda Liz, alors que c'est le minimum à attendre de quiconque. Il m'a foutue à terre, cet idiot !

— Pourquoi tu t'énerves, rigola Evelyn, tu connais Acca, tout est bon à rencard.

— Avec un mec mignon, toujours !

— Comment tu as tenu trois ans avec le même mec, je m'interroge ! rigola Liz.

Acca se releva avec indignation de la cuisse de Liz dont le rire ne faisait que s'accentuer, comme celui d'Evelyn. Ludivine sourit, elle n'avait toujours pas pris part à la discussion, mais elle n'en ressentait pas le besoin. Encore une fois, les sorcières se chamaillaient. Comme d'habitude. Et qu'est-ce qu'elle adorait cette ambiance !


Ludivine salua ses amies, l'esprit léger, avant que leurs chemins ne se séparent. Rien ne pouvait entraver sa bonne humeur après la soirée qu'elle venait de passer avec ses trois amies d'enfance. Bien sûr, c'était tant qu'elle ne tombait pas sur le professeur Sven ou James Potter. Ludivine détestait ces deux sorciers, c'était décidé.

— Donc vous avez vu tout le monde, dit une voix.

Ludivine s'arrêta, reconnaissant la voix de la directrice McGonagall. Que faisait-elle dans les couloirs à cette heure-ci un vendredi soir ?

— Tout à fait, Minerva, répondit une voix que Ludivine identifia comme celle du professeur Londubat. Vous également, Horace ?

— Oui, en effet, répondit-il, et j'ai un nombre de candidats potentiels assez important.

— De mon côté également, dit une voix que Ludivine crut reconnaître comme celle du professeur Sven, je pense que ça pourrait donner lieu à quelque chose de très intéressant.

— Pour une fois, dit le professeur Flitwick, je suis d'accord avec Jacob !

Les quatre directeurs de maison étaient accompagnés de la directrice et avançaient d'un pas décidé. Ludivine, elle, reprit sa marche vers la salle commune en s'interrogeant sur ce qu'elle avait entendu. Un nombre de candidats, pourquoi donc ? Quelque chose d'intéressant, disaient-ils ? De quoi pouvaient-ils bien parler ?

Elle ne tenta pas d'en savoir plus. Elle n'avait ni cape ni carte pour les suivre, et avec les événements de cette semaine, Ludivine avait eu sa dose de péripétie. Alors elle retourna rapidement dans la salle commune.


Ludivine la trouva bondée. Il était habituel que le week-end commence dans les salles communes et que les maisons se mélangent par la suite. Ce serait le cas le lendemain, un match étant toujours honoré d'une soirée réunissant l'école entière.

Ludivine fit un tour d'horizon rapide. Son regard s'arrêta sur Ethan Nott qui discutait avec Lucas Zabini, un verre de ce qui semblait être du Whisky Pur Feu à la main. Il releva le regard vers elle, la jaugeant alors qu'il portait son verre à ses lèvres, avant qu'un rictus ne se forme sur son visage.

Ludivine détourna la tête, repérant ses amis qui jouaient à un jeu d'échec, comme ils le faisaient toujours la veille d'un match.

— Lud ! s'exclama Albus en souriant avant de faire de la place sur le bras de son fauteuil où elle s'installa.

— Alors, demanda Scorpius avec un sourire, as-tu passé le meilleur moment de ta semaine avec tes copines ?

— Mieux que ceux que j'ai pu passer avec vous, Malefoy !

— Aaaaaaaaaah, s'exclama Albus, ça c'est notre Lud nationale.

Ludivine sourit en coin. Elle n'avait aucun doute qu'ils étaient extatiques de leur match à venir. Elle se demanda même un instant s'ils n'avaient pas consommé quelque chose, mais elle balaya vite cette idée de sa tête. Jamais, au grand jamais, ils ne se seraient permis ça la veille d'un match.

Elle les observa jouer leur partie d'échec tout en discutant. Elle n'écoutait pas, mais une main sur son genou la sortit de ses pensées. Albus la fixait avec attention alors que Scorpius observait ses pions.

— Tout va bien ?

— Très bien, sourit-elle, je suis juste fatiguée.

— Que ça ne te casse pas pour demain hein, prévint Albus avec un sourire, j'attends tes encouragements pour réussir !

— Mon dieu, s'exclama Scorpius sans relever la tête du jeu, arrête ta drague, c'est limite de l'inceste !

Ludivine eut un petit rire et Albus sourit avec malice. Elle mentirait si elle disait qu'elle n'appréciait pas ces moments où Albus la couvait du regard et lui disait des choses qu'il ne dirait à personne d'autre. Ils étaient d'autant plus précieux qu'elle n'avait pas à se triturer le cerveau pour interpréter tout ça.

— Tu vas mieux ? demanda-t-elle.

Son ton ne payait pas de mine, mais Albus sut que la question était sérieuse et destinée à un unique sujet.

— Je vais bien, Lud, affirma Albus en regardant Scorpius jouer son tour. Je vais l'oublier rapidement. J'ai juste besoin de terrasser Poufsouffle demain avant ça.

— On va écrire l'histoire ! rigola Scorpius alors que son cavalier faisait exploser une tour d'Albus.

— Je n'en doute pas, dit Ludivine sans retenir un bâillement.

— Mais tu sais Lud, continua Albus en la fixant du regard, ça allait déjà mieux avec nos bières ce soir-là.

Ludivine sourit. Elle força son esprit à se focaliser sur le moment qu'ils avaient partagé tous les trois dans le bar, et non sur ce qu'il était advenu par la suite. Ces moments-là étaient toujours précieux pour chacun d'entre eux, comme les soirées passées avec les filles l'étaient pour chacune d'entre elles.

Ludivine l'oubliait parfois, mais elle était entourée et soutenue. Elle ne ressentait pas la solitude. Elle la cherchait parfois, et l'accueillait à bras ouverts souvent, mais seulement parce qu'elle pouvait en sortir quand elle le voulait.

 

End Notes:

Et voilà ! Alors, qu'en avez-vous pensé ? J'espère que l'amitié entre Acca, Liz, Evelyn et Ludivine vous a plu, beaucoup moins de Scorpius et Albus dans ce chapitre mais au prochain promis !


N'hésitez pas à me laisser un petit avis, c'est motivant :) et à très vite pour la suite. Prenez-soin de vous !

Partie et répartie by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour à tous, j'espère que tout le monde se porte bien !


J'espère que le chapitre vous plaira, merci à tous ceux qui prennent le temps de lire. Et merci à LouMath et Milamila pour vos reviews qui sont très motivantes et agréables à lire :)


Bonne lecture !

Chapitre 6 - Partie et répartie

Des cris s'élevaient dans tous les sens autour de Ludivine. Des cris de colère et de honte tandis qu'elle-même fronçait les sourcils. Mais très rapidement, ces cris se transformèrent en hurlements de joie alors qu'autour d'elle, tout le monde applaudissait à tout rompre. Au milieu de cette foule verte, Ludivine n'était pas en reste. Lorsqu'Albus attrapa le Souafle pour la seconde fois en moins d'une minute, elle mit tout l'air dans ses poumons à disposition d'un cri d'encouragement pour l'équipe de Serpentard qui marqua son premier but.

Albus, Mila Stones et Olivia Flint échangèrent un regard complice en se dispersant de nouveau pour attraper le Souafle. Scorpius surveillait avec attention les échanges de balle, à l'affût de tout lancer vers ses cercles tandis que Lucas Zabini et Maximilien Miller donnaient toute leur énergie à éloigner les cognards de leurs coéquipiers. Hannah Zeller, de son côté, avait disparu depuis le début du match à la recherche du Vif d'or. L'assurance et la coordination de l'équipe transpirait aux yeux de tous, c'était une des forces de Serpentard.

Face à eux, Poufsouffle avait tout autant le feu sacré. Alors qu'Evelyn criait quelque chose à ses joueurs, les élèves en jaune encourageaient leur équipe avec le même acharnement et la même violence de gagner. Il y avait clairement une animosité entre les gradins, et Ludivine espérait que ça ne dégénérerait pas comme le précédent match où une quinzaine d'élèves s'était mis à se taper dessus avant la fin du match.

Le Quidditch était une affaire sérieuse à Poudlard. C'était admis, les joueurs étaient particulièrement mis en avant et parfois favorisés par les professeurs. La maison qui remportait la coupe de Quidditch était acclamée pendant plusieurs semaines. Tout le château assistait aux matchs, et chaque maison supportait son équipe de toutes ses forces. Les équipes avaient implicitement des comptes à rendre à leur maison. Il était accepté que les joueurs soient privilégiés, mais seulement s'ils effectuaient leur travail sur le terrain.

Alors oui, le Quidditch était une affaire sérieuse à Poudlard. Ça, Ludivine l'avait appris de la dure manière lorsqu'elle avait quitté l'équipe au début de sa cinquième année. Elle avait fait ce choix, entre autres pour se concentrer sur ses études, mais également parce qu'elle ne supportait plus ce jeu. Elle avait fait ce choix pour elle, et sa maison lui en avait fait voir de toutes les couleurs. Mila avait arrêté de lui parler pendant plusieurs semaines. Maximilien Miller lui avait fait de nombreuses remarques désobligeantes, que personne n'avait contestées.

Albus et Scorpius lui en avaient également voulu. Leurs relations avaient été très tendues pendant plusieurs semaines. Personne n'avait compris. Pour eux, il était possible de coordonner les deux, le terrain et les notes, mais ils n'avaient pas réellement essayé de comprendre. Alors, ils lui avaient reproché son choix, et elle leur avait reproché leur manque de compréhension. Ça avait duré plusieurs semaines, avant que Scorpius ne fasse le premier pas. Ludivine sourit au souvenir, qui lui semblait remonter à une époque plus lointaine.

Des rugissements de joie s'élevèrent lorsqu'Albus attrapa une nouvelle fois le Souafle avant de foncer vers les cercles de Poufsouffle et de marquer avant que le gardien ne puisse l'arrêter. De l'autre côté du terrain, Ludivine vit Evelyn fulminer. Elle savait que son amie avait autant l'esprit de compétition qu'Albus. Pour elle, gagner faisait partie du sport.

Evelyn s'était affirmée face à sa famille par deux décisions : aller à Poufsouffle et continuer une carrière dans le Quidditch. Deux orientations pour lesquelles sa famille lui en avait fait voir de toutes les couleurs, mais pour lesquelles elle s'était battue et n'avait jamais démordu. Dans un sens, Ludivine voyait beaucoup de similitudes entre son amie et Albus.

— Potter est fort ! s'exclama une voix près d'elle.

Ludivine sortit de ses pensées en constatant la présence d'Acca et la regarda avec effroi.

— Qu'est-ce que tu fous dans les gradins de Serpentard ?

— Je viens t'accompagner, répondit-elle en passant un bras autour des épaules de Ludivine, tu m'avais l'air seule. Et puis, il y a plus d'ambiance ici.

Ludivine ne répondit pas, cachant à moitié son inconfort. Non pas qu'elle n'avait pas l'habitude d'une telle démonstration de la part d'Acca, mais jamais en public. Non, devant les autres élèves, leurs contacts étaient toujours restés cordiaux, et Ludivine se rendit compte que Acca avait pris très au sérieux leur discussion sur le fait qu'il était temps qu'elles arrêtent de se cacher.

Ludivine ne craignait pas le regard des autres. Elle était habituée à ce qu'on la regarde de travers, mais elle n'aimait tout de même pas attirer l'attention. Ce qui était totalement le cas avec une Gryffondor dans les gradins de Serpentard.

— Tu attires les regards, Acca, constata Ludivine.

— C'est parce que je suis une beauté exotique, ma chère, rigola Acca en passant avec exagération une main dans ses cheveux.

Un bruit sourd se fit entendre, et des cris d'indignation surgirent autour de Ludivine qui leva la tête vers les airs. Près des cercles de Serpentard, Scorpius se tenait le genou alors qu'une grimace de douleur déformait ses traits et qu'il se replaçait sur son balai. Ajouté au sourire suffisant des batteurs de Poufsouffle, il n'en fallut pas plus à Ludivine pour comprendre que Scorpius s'était pris un cognard et qu'il avait failli tomber de son balai.

Albus fit un signe à Mila Stones et Olivia Flint de continuer leur ascension vers les cercles de Poufsouffle avant de voler vers Scorpius, avec un air inquiet qu'il ne cachait pas. Il s'arrêta juste à côté du sorcier et se pencha vers son genou, examinant le membre de Scorpius en lui disant des choses inaudibles depuis les gradins. Ludivine, quant à elle, soupira. Elle ne considérait pas judicieux le fait de quitter son poste pour aller voir l'état de son coéquipier, il était évident pour elle que Scorpius continuerait le match.

C'était ce que Scorpius devait être en train de dire à Albus à cet instant alors qu'il pointait les buts de Poufsouffle de la main et disait quelque chose avec force. Albus dut lui dire de se taire car Scorpius s'arrêta avec un regard d'effroi, mais il fallut quelques secondes de plus aux spectateurs pour comprendre ce qu'il se passait. Un cognard avait fait son chemin jusqu'à eux à une vitesse impressionnante.

— Albus, merde ! marmonna Ludivine avec colère.

Quand Albus se prit le cognard dans l'épaule, ce fut de vrais cris de fureur qui s'élevèrent autour d'elle, et elle ne cacha pas son air surpris tandis qu'Acca la narguait d'un sourire moqueur.

— On croirait que tu es surprise de la popularité de Potter, rigola Acca qui ne semblait pas se soucier du sorcier.

Ce dernier se tenait maintenant l'épaule et jurait alors qu'il échangeait un regard avec Scorpius. Ils retournèrent chacun à leur place pour continuer le match, blessés ou non.

— Parfois, je crois que je l'oublie vraiment.

— En même temps, c'est un bon stratège, dit Acca, alors les mecs l'adorent. Et puis, sa belle gueule aide plutôt bien à l'apprécier, mais ça c'est pour les filles !

— Acca !

La susnommée éclata de rire devant son indignation. Elle savait très bien que parler de la popularité d'Albus Potter n'était pas un sujet que Ludivine appréciait, sans n'avoir jamais réellement compris pourquoi.

— Quoi, se moqua Acca, ne me dis pas que tu ne vois pas les regards que les sorcières lui portent.

— Tu rigoles, murmura Ludivine, je ne vois que ça.

Ludivine promena son regard sur les autres gradins. Poufsouffle, comme Serpentard, hurlait de toutes ses forces pour soutenir son équipe. La bonne humeur régnait dans les gradins, autant que la rage de vaincre, faisant sourire Ludivine. Elle pouvait détester le Quidditch, car selon elle la stratégie gâchait le plaisir du vol, et la compétition gâchait celui de voler à plusieurs, mais elle devait reconnaître qu'elle aimait l'unité des maisons.

Elle savait que leur génération n'était pas tendre. Ils n'avaient connu ni la guerre, ni la misère. Ils avaient grandi dans un univers bâti dans la paix et la liberté. Les histoires datant de la Grande Guerre leur paraissaient surréalistes et sa génération ne se sentait pas concernée par ce conflit. De simples histoires ne suffisaient pas à ce qu'ils se rendent compte de l'horreur qui avait été vécue. Tout ce qu'ils pouvaient se dire était que de toute façon, ça ne pourrait jamais arriver de nouveau.

Pour eux, la plus grande guerre se jouait sur le terrain de Quidditch, tous les mois, et les plus grands héros étaient les capitaines d'équipes. Et face à elle, récupérant le Souafle des mains d'Evelyn qui jura, se trouvait l'un des plus grands héros de leur génération.

Albus avait un talent indéniable. Outre son physique, qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui de son père à son âge, Albus avait également hérité de son talent. Il avait une telle aisance sur son balai qu'il semblait avoir appris à voler avant de savoir marcher. Cette aisance lui insufflait une vitesse désarçonnante pour ses adversaires comme pour ses coéquipiers. Par-dessus tout cela, il avait une capacité d'analyse qui faisait de lui un excellent stratège.

Lorsque Ludivine était arrivée à Poudlard, elle avait vite compris que le Quidditch était une affaire sérieuse. Tout le monde n'avait qu'un nom à la bouche : James Sirius Potter. D'un talent qu'il avait hérité de son père et d'un amour pour le jeu que sa mère lui avait légué, tout le monde était persuadé, alors qu'il n'était âgé que de douze ans, qu'il serait le meilleur joueur du siècle.

Puis Albus avait candidaté au poste de poursuiveur meneur l'année suivante et avait été pris sur le champ. Par la suite, chaque match avait donné lieu à des paris : quel frère serait le meilleur ? Lequel percerait ? Lequel avait la meilleure stratégie ? Tant de paris.

Ludivine avait joué plusieurs fois contre James Potter. Meneur comme son frère, il avait une aisance et une rapidité supérieures à la moyenne. La vraie différence avec son frère était les risques qu'il était prêt à prendre pour gagner. Comme son père, il aimait le danger et n'hésitait pas à mettre sa vie en péril pour gagner. Albus avait cette tendance au risque également, mais toute proportion gardée par rapport à son frère aîné.

Mais James Potter, même s'il était passionné par le jeu, n'y avait pas vu son futur et n'avait jamais cherché à défendre cette image de meilleur joueur. Tout ce qui lui importait était la gloire de sa maison et son amour pour le jeu. Ludivine avait été surprise par cette explication qu'Albus lui avait donnée, elle qui avait toujours eu une image narcissique du sorcier, très centrée sur lui-même. Quoi de plus honorifique dans le château que le Quidditch, mais James Potter y avait en partie tourné le dos en refusant le badge de capitaine pour la troisième année consécutive. Ludivine n'avait pas demandé à Albus la raison de ce refus, mais il était vrai qu'elle se l'était demandé.

Son regard avait inconsciemment dérivé vers le sorcier en question. Assis dans les gradins de Gryffondor, il était calme. Son attention était focalisée, il analysait la stratégie des deux maisons. Autour de lui, tout le monde s'agitait, chacun supportant une équipe différente, mais il restait imperturbable, et cela malgré les nombreux à-coups de Weasley sur son épaule. Ce dernier parlait avec une énergie débordante et sollicita James à multiples reprises sans que ce dernier ne réagisse. C'était comme s'il était seul dans les gradins. Seul, se suffisant à lui-même. Pas même le regard perçant de Ludivine ne le perturbait.

Lorsqu'elle reposa son regard sur lui quelques minutes plus tard, il avait accepté de rompre sa concentration pour discuter avec sa petite sœur. Tournant le dos au match, il parlait avec animation, provoquant un sourire chez Lily Potter. L'aîné avait ce même sourire, innocent et sincère, qui illumina son visage alors qu'il passait son bras autour des épaules de sa cadette. Ludivine les observa quelques secondes avant de reporter son regard sur Albus, se faisant la remarque que les gènes des Potter étaient incroyablement beaux, et elle n'avait pas de mots pour décrire leur sourire.

— Putain de Potter.

Ludivine se tourna vers Acca qui marmonnait dans sa barbe sans quitter le joueur des yeux. Dans le ciel, les joueurs continuaient leur match avec toujours la même vélocité. Pourtant, Ludivine les voyait fatiguer, ce qui était normal après une bonne heure de jeu. L'attrapeuse qui avait remplacé Ludivine, Hannah Zeller, cinquième année, continuait de voler dans les airs, à la recherche du Vif d'or. Poufsouffle avait repris un peu de terrain, mais Serpentard avait toujours une longueur d'avance, avec 90-70 points.

— Est-ce que tu le maudis ou tu t'extasies devant lui ? demanda Ludivine avec un rire. Parce que c'est difficile à dire entre ton regard noir et ton sourire.

— Je te laisse interpréter à ta guise, dit Acca en accentuant son sourire en coin.

Pas besoin pour Ludivine de chercher bien loin, il n'y avait rien de nouveau au fait qu'Acca et Albus s'appréciaient peu. Elle n'avait jamais compris pourquoi, mais n'avait jamais réellement essayé de comprendre. C'était probablement dû à leurs caractères très opposés, Albus étant très calme et réfléchi, et Acca très énergique et expansive.

— Mais, reprit Acca après un léger silence alors qu'elle fixait le poursuiveur des yeux, il faut reconnaître qu'il est sexy. Et doué.

Ludivine ne cacha pas son sourire. En effet, elle le reconnaissait sans soucis.

— RENVERSANT ! s'exclama une voix qui sortit Ludivine de ses pensées et qu'elle reconnut comme celle de Owen Jordan qui commentait le match. Lowell vient de jeter le Souafle à la tête de Potter ! Quand je pensais qu'elle ne pouvait pas être plus attirante !

— Monsieur Jordan ! s'exclama le professeur Londubat avec indignation alors qu'il frappait le crâne du Serdaigle.

Acca éclata d'un rire fort alors que Ludivine esquissait un sourire. Face à elles, Albus venait d'éviter de peu le Souafle et fusillait maintenant Evelyn du regard alors qu'il aboyait quelque chose. La sorcière lui jeta un regard noir tandis que des rires commençaient à s'élever dans les gradins. Ça n'empêcha pas Evelyn de hurler sur Albus, ponctuant sa phrase par un connard que tout le monde entendit.

Albus allait répliquer, mais quelque chose sembla s'activer dans les airs. Des bruits s'élevèrent dans les gradins tandis que Hannah Zeller s'élevait comme un pique, suivi de son homologue de Poufsouffle, Andy Corner. Les deux attrapeurs semblaient avoir repéré le Vif d'or et se mettaient en compétition pour l'attraper.

Maximilien Miller lança un cognard en direction de l'attrapeur de Poufsouffle, un cognard suffisamment bien placé sur la trajectoire de l'attrapeur qui se le serait pris de plein fouet s'il n'avait pas dévié son manche de quelques centimètres. Ces centimètres suffirent à ce que sa trajectoire soit légèrement déviée, suffisamment pour que Hannah prenne une avance et tende le bras pour attraper le Vif.

Cependant, Andy Corner était bon. Il se rattrapa très rapidement et parvint à se trouver de nouveau épaule contre épaule avec Zeller. Les deux joueurs étaient maintenant côte à côte, le bras tendu à quelques millimètres du Vif d'or. Une main se referma sur la petite balle et des cris s'élevèrent dans tous les gradins.

Le match était terminé, et Ludivine ne pouvait retirer le sourire qu'elle avait sur les lèvres.


— Mais quel enfer ! s'exclama Ludivine en se laissant tomber dans le canapé.

A côté d'elle, Mila Stones ricana en passant une main dans ses cheveux.

— Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? demanda-t-elle d'un ton amusé avant de reporter son regard sur la fête.

— Duel entre un Serpentard et un Poufsouffle de troisième année, se contenta de répondre Ludivine, en buvant une gorgée du verre que Mila lui tendait. Il a fallu les emmener chez McGo, mais avant ça il a fallu les séparer.

— Tu étais toute seule ?

— Ma chance, sourit Ludivine.

— Tu n'es quand même pas déjà fatiguée ? la taquina Mila. On a une victoire à fêter !

— Laisse-moi souffler deux minutes, implora Ludivine alors que sa camarade ricanait d'un air moqueur.

Bien sûr, Ludivine exagérait, et sa camarade le savait très bien. Ce fut pour cela qu'elle reporta son attention sur la discussion qu'elle venait de laisser. Ludivine en profita pour l'observer du coin de l'œil. Comme tout sang-pur, Mila se tenait droite alors qu'elle écoutait calmement ses camarades parler. Personne n'aurait pu dire qu'elle venait de jouer un match exténuant quelques heures auparavant, avec sa robe noire moulante et ses talons mi-hauts. Elle était une tout autre sorcière que sur son balai.

— Qu'est-ce que tu fous sur ce canapé, Hendell !

La surplombant de sa hauteur alors qu'il se penchait vers elle, Albus souriait. Il ne semblait pas avoir conscience des regards qu'il attirait, concentré sur son amie qu'il regardait d'un air moqueur. S'il avait fait plus attention à son entourage, il aurait vu le rougissement de certaines filles qui l'observaient. Non, Albus Potter ne voyait pas tout ça. Il ne voyait que Ludivine.

— J'attends qu'un jeune homme digne de mon intérêt vienne m'inviter à danser, sourit Ludivine.

— Et si je t'invitais à boire, plutôt ?

Albus n'était pas un fin danseur, c'était connu, mais il savait tenir sa liqueur et cette proposition plut autant à Ludivine que son idée d'origine. Ils échangèrent un sourire complice. Elle prit sans hésiter la main qu'il lui proposa, ignorant les murmures autour d'eux.

— Alors, Hendell, demanda Albus en posant son avant-bras sur le bar en appelant le barman de la soirée, Hugo Weasley. Qu'est-ce que tu bois ?

— Surprends-moi, Potter, répondit Ludivine avec un sourire espiègle que lui rendit Albus.

— C'est même ce que je préfère faire.

Albus fit un signe à son cousin, chuchotant quelque chose à son oreille que Ludivine n'entendit pas. Lorsqu'il se tourna vers elle, elle sut à son sourire qu'il avait pris quelque chose de fort. Ça ne la dérangeait pas, comme elle avait du mal à se détendre dans ces soirées si bondées. Elle avait beau faire abstraction des élèves qui l'entouraient, l'alcool avait toujours beaucoup aidé au processus.

Albus lui tendit un verre à moitié plein d'une liqueur verte qui prenait des teintes rougeâtres, et Ludivine trinqua avec un sourire, buvant d'une traite le contenu. Albus fit de même avec sa boisson qui tirait du bleu au jaune. Le mélange n'avait qu'un mot pour Ludivine : écœurant. Elle fusilla Hugo Weasley du regard, ce qu'il ne vit pas, et Albus éclata de rire en voyant son expression, se retenant lui-même de faire la grimace.

— J'ai bu cette horreur uniquement pour honorer votre victoire, dit-elle.

— 140 points d'écart, répondit Albus avec un air suffisant, ça mérite bien une deuxième tournée !

— Attends, rigola Ludivine en stoppant le sorcier d'une main, laisse-moi diriger cette horreur.

— Mauviette, ricana Albus en la regardant avec moquerie.

Ludivine éclata de rire tandis que le regard d'Albus se faisait tendre. Il adorait la voir se désinhiber. Elle le faisait avec une telle douceur, mettant sa carapace de côté, qu'il fondait toujours immédiatement.

Ludivine ne voyait pas son regard, portant le sien sur la soirée qui se déroulait sous ses yeux.

La fête battait son plein. Les soirées de victoire de Quidditch étaient les plus spectaculaires, réunissant les maisons dans un esprit de célébration.

Quelques années plus tôt, Teddy Lupin, ancien élève, avait conclu un accord avec l'Horcruxe, bar phare de Pré-au-Lard, pour relier magiquement les distributeurs d'alcool de la Salle sur Demande aux réserves du bar avec une comptabilisation des quantités consommées au litre. Le bar facturait ce qui avait été consommé, à des prix que Ludivine savait extrêmement avantageux, et ce coût était réparti entre maisons avec une participation volontaire des élèves. Certains participaient en mettant de grosses sommes, d'autres ne participaient pas et d'autres encore faisaient en fonction de leurs moyens, mais il n'y avait jamais eu de problème jusqu'ici à ce sujet.

Une grande piste de danse avait été pensée au milieu de la salle, où des dizaines d'élèves se déhanchaient, de la première à la septième année. Un peu partout autour de cette piste se trouvaient des canapés et fauteuils. Un grand bar longeait un mur, dont était responsable une maison à tour de rôle. Cette fois-ci, c'était à Poufsouffle de s'occuper du bar, et Hugo Weasley avait pris cette responsabilité. Il était d'ailleurs en train de se moquer de troisièmes années qui venaient de demander une bièraubeurre.

Ludivine eut un sourire. Les professeurs fermaient les yeux sur ces rares soirées. Tout le monde connaissait les conditions à respecter pour qu'elles se perpétuent : la première était d'interdire tout élève en-dessous de la cinquième année de toucher à de l'alcool. Si cette règle était transgressée, les professeurs changeraient leur politique. Et personne ne voulait que ça arrive. C'était déjà assez exceptionnel que ces soirées soient tolérées.

Ludivine voyait bien que de nombreux regards convergeaient vers elle, et elle en connaissait très bien la raison. A côté d'elle, Albus observait également son entourage. Appuyé contre le bar, il avait reposé ses bras en arrière pour poser ses coudes sur le comptoir. Sa chemise bleu marine épousait son torse et ses épaules et faisait ressortir ses yeux verts. Ses cheveux n'avaient pas été coiffés depuis sa sortie de douche, et ce n'était pas faute pour Ludivine d'avoir essayé plusieurs fois de passer sa main dans ses cheveux pour les discipliner. Mais le sorcier lui avait tapé la main avec force à chaque fois pour l'en dissuader.

A cet instant, il attirait les regards et ne s'en rendait même pas compte. Non, il fixait quelque chose avec attention et Ludivine ne cacha pas son irritation en voyant ce qu'il regardait.

— Mon dieu Potter, oublie-la ! s'énerva-t-elle.

— Elle reste magnifique, marmonna Albus.

— Je croyais que tu la détestais ?

— Tu sais bien que c'était la colère qui parlait, Lud.

Ludivine rongea son frein, avant de reporter son attention vers la concernée. Souhad Rimens rigolait avec ses amies sur la piste de danse, et Ludivine devait bien reconnaître que la sorcière était très jolie. Elle ne semblait absolument pas affectée par la défaite de sa maison, se déhanchant avec entrain tout en éclatant de rire. Rien ne semblait importer à part leur groupe d'amies.

— Pourquoi tu ne la rejoins pas, dans ce cas ? demanda Ludivine avec un sourire doux.

— Pas devant tout le monde, Lud, répondit Albus dans un murmure, pas devant tout le monde. Et puis, je sais que tu as raison, que je ne devrais pas essayer de la revoir.

Ludivine ne répondit rien. Elle s'inquiétait du bien-être de son ami, et les histoires comme celles qu'il était en train de vivre étaient à bannir. Ce n'étaient pas des relations saines. Mais elle n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, qu'on héla Albus.

— Potter !

Evelyn s'approchait d'eux avec un large sourire, et Ludivine la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle n'en était pas à son premier verre. Ses cheveux bruns tombaient dans son dos avec élégance alors que de légères boucles faisaient leur place au bout de sa chevelure. Comme Mila, il était impossible de dire que la sorcière avait passé plusieurs heures dans un sport violent et essoufflant un peu plus tôt dans la journée. Elle fit un sourire à Ludivine qui illumina son visage, la rendant encore plus attrayante que possible.

— Félicitations ! s'exclama Evelyn en trinquant avec Albus qui n'avait pas bougé de position, son verre toujours à la main. Il observait la sorcière avec un sourire un coin, la détaillant de haut en bas sans aucune discrétion.

— Je t'ai connue plus revancharde, Lowell, dit Albus avec douceur.

— Oh ne t'inquiète pas, j'ai toute l'année pour te fusiller du regard à chaque petit-déjeuner, dit Evelyn avec un sourire charmeur.

Ludivine eut un sourire en voyant Albus rigoler, buvant son verre sans quitter Evelyn des yeux. Cette dernière s'était tournée vers son amie, trinquant avec elle alors qu'elles échangeaient un regard complice.

— Tu sais, commença Ludivine avec un sourire, que nos attrapeurs ont évité un drame aujourd'hui ?

— Je sais bien, rigola Evelyn, je ne sais pas si j'ai reçu plus de réprimandes ou de félicitations pour avoir jeté ce Souafle. Désolée pour ça, Potter.

— Ce n'est pas la première fois que ça arrive, sourit Albus. J'espère simplement que tu n'as pas un Souafle caché sous ton aile.

— Non, je l'ai bien laissé au vestiaire.

Le sourire d'Evelyn s'agrandit alors qu'elle voulait rajouter quelque chose, mais quelqu'un vint lui attraper le poignet libre, la tirant de force vers la piste de danse sans qu'elle n'oppose aucune résistance. Il s'agissait d'Andy Corner, son attrapeur, alors Evelyn leur fit un léger sourire d'excuse avant de se mettre à danser.

Ludivine, elle, ne manqua pas le regard que son meilleur ami lançait à Evelyn.

— Arrête de fixer ma pote comme ça, Potter.

— On ne peut rien faire avec toi, Hendell, marmonna le sorcier.

Ludivine leva les yeux au ciel.

— Je connais ce regard, dit-elle. C'est celui que plein de sorcières vous portent, à Scorpius et toi, tous les jours juste avant de me fusiller du regard.

— Je me disais juste qu'elle était jolie, se défendit Albus.

De nouveau, Ludivine eut l'air excédé. Ce n'était pas le genre de discussion qu'ils avaient souvent, et pour une simple raison. C'était un sentiment sourd de jalousie qui se réveillait en elle, un élan de possessivité qui jaillissait sans qu'elle ne le comprenne, et heureusement assez rarement.

— D'ailleurs, demanda Ludivine, où est Scorp ?

— Aucune idée, dit Albus en commandant deux verres à son cousin, je l'ai perdu en arrivant ici.

Ludivine balaya la salle du regard en prenant le verre que lui tendait Albus. Elle se fit la remarque qu'ils n'avaient pas bougé depuis un moment. Elle avait envie de danser. Ludivine adorait danser, oubliant tout le reste. Pendant plusieurs années, le Quidditch avait été son défouloir et le terrain le seul endroit où plus rien n'existait. Elle s'était surprise à retrouver ce même sentiment sur une piste de danse bondée où elle passait inaperçue.

— J'ai envie de danser, dit-elle.

— Ma Lud, répondit Albus avec une grimace, ne me demande pas de t'accompagner, s'il te plaît.

Ludivine n'eut pas le temps de défendre son envie.

— Toujours au même endroit, le champion !

— Près du bar, au bras de sa reine !

— Attention Lily, Ludivine mord avec ce genre de blague.

Rose Weasley ne cachait pas son sourire alors qu'elle s'approchait d'eux, accompagnée de Lily Potter qui passa son regard de Ludivine à son frère avec un sourire espiègle qui rappela à Ludivine celui de Scorpius.

— Dommage, souffla Lily en plantant ses yeux dans ceux de Ludivine, je trouve que vous détonnez tous les deux.

— Mais c'est qu'elle nous fait un compliment, se moqua Albus en ébouriffant les cheveux de sa sœur qui le fusilla du regard, merci petit singe !

Ludivine ne connaissait pas vraiment la petite sœur d'Albus. Elle avait interagi quelques fois avec la sorcière, mais de façon très superficielle. Elle savait cependant que la petite sœur d'Albus avait un caractère de lionne et beaucoup d'humour et d'ironie. Albus s'entendait très bien avec elle, la protégeant à tout prix, et l'embêtait à tout bout de champ.

— Respecte-moi, Al, s'énerva Lily en lui tapant la main avec violence.

— Quand tu auras atteint une taille acceptable, Lily. Sérieusement, tu ne grandis plus depuis plusieurs années.

— Il a raison, fit une voix nouvelle, j'ai même l'impression que tu rapetissis tous les trois mois.

— Scooooorp ! s'exclama Albus en voyant que le sorcier s'était joint à eux. Tu étais où, vieux ?

— Par-ci, par-là, répondit Scorpius d'un air mystérieux tout en prenant appui avec son coude sur l'épaule de Lily.

— Hé ! protesta cette dernière, tu te crois où ?

— Pardon, dit Scorpius avec un sourire malicieux, je t'ai confondue avec le comptoir du bar.

Scorpius rigola d'un rire franc alors que Lily lui donnait un coup - assez violent - dans les côtes. Il fit un clin d'œil à Ludivine qui lui sourit, puis posa son regard sur Rose qui souriait également à la blague du sorcier.

— Il a fallu que deux jolies filles se joignent à nous pour que tu daignes nous retrouver, dit Ludivine.

— Techniquement, se défendit le sorcier, Lily est comme une petite sœur donc il est difficile de la qualifier de jolie.

— Et bah merci, murmura Lily.

— Personnellement, dit Rose avec un sourire, je prends le compliment.

— Et tu fais bien, Weasley, répondit Scorpius avec douceur, parce que ce n'est pas tous les jours que Ludivine complimente d'autres personnes qu'elle-même.

Scorpius avait posé son regard sur Rose, la détaillant quelques secondes avant de se tourner vers Ludivine pour voir sa réaction. Celle-ci avait levé les yeux au ciel sans répondre, c'était Lily qui se chargeait de le faire.

— Et bien, constata Lily, vous n'avez que de l'amour à donner !

— On ne sait juste pas comment le dispenser ! dit Albus en rigolant alors que Scorpius hochait la tête d'approbation.

Scorpius avait de nouveau porté ses yeux sur Lily et Rose qui échangeaient un regard amusé. Il sembla se dire quelque chose car il secoua la tête, portant son regard sur Ludivine.

— Tu danses, Lud ? demanda Scorpius en tendant sa main.

— Enfin ! rigola Ludivine en posant sa main dans celle du sorcier. On ne peut vraiment compter que sur toi, Scorp.

Scorpius eut un sourire amusé alors qu'il la menait au milieu de la piste où des dizaines de sorciers dansaient. Une musique douce passait et Scorpius et Ludivine se mirent en rythme avec la musique alors qu'ils échangeaient un sourire. Elle attendit quelques secondes avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive, Malefoy ? demanda-t-elle en plantant son regard dans celui du sorcier.

— Qui te dit qu'il se passe quelque chose ?

— Je te connais, affirma-t-elle avec fermeté, et je connais toutes tes humeurs.

— C'est pour ça que tu as accepté de danser avec moi ? dit Scorpius avec un sourire.

— Tu sais bien que non, ça fait des heures que j'ai envie de danser !

Scorpius semblait nerveux, se retenant de dire quelque chose alors qu'il fuyait son regard comme si cela allait le sortir d'une position embarrassante dans laquelle il se trouvait.

— Je, commença le sorcier. Je ne…

— Respire, Scorp, dit Ludivine avec un sourire apaisant.

— Pas ici, Lud, dit-il finalement d'un ton suppliant.

— Pas ici parce qu'il y a du monde ou parce que tu n'as pas envie d'en parler maintenant ?

— Les deux.

Ludivine hocha la tête en signe de compréhension. Elle n'avait aucune envie d'insister dans le mal-être du sorcier et elle avait bien vu quelques semaines plus tôt avec Albus qu'insister contre sa volonté ne la mènerait nulle part. Et puis, ce n'était vraiment pas l'endroit propice pour tirer les vers du nez de Scorpius.

Alors elle lui fit un sourire, attrapant ses mains alors que la musique changeait pour un rythme plus entraînant. Scorpius, comme elle, aimait se défouler de cette façon alors il la suivit sans la moindre difficulté lorsque la musique s'accéléra. Ils se laissèrent porter par la musique, dansant en rythme.

Si Ludivine avait tourné la tête, elle aurait vu que Scorpius et elle avaient attiré les regards et que plusieurs personnes chuchotaient à leur intention. Pourtant, ils étaient en plein milieu de la foule dansante. Pour la première fois depuis le début de la soirée, Ludivine sentait l'alcool monter alors qu'elle occultait tout à l'exception de la musique, ne lâchant jamais la main de Scorpius qui la faisait régulièrement virevolter sur elle-même.

Ils avaient l'habitude de danser ensemble, et elle était habituée à ce que Scorpius mène la danse, lui qui avait suivi de nombreux cours durant sa jeunesse. Lorsque Scorpius tira sur sa main pour la plaquer contre lui avant de l'attraper par les hanches pour la faire tourner, Ludivine se laissa porter, éclatant de rire.

Ils dansèrent comme cela pendant une bonne demi-heure, jusqu'à ce que Ludivine déclare forfait. Elle n'avait définitivement plus le même cardio. Scorpius rigola, passant son bras autour de ses épaules, s'appuyant à moitié sur elle, alors qu'ils s'éloignaient de la piste de danse.

— Salut Malefoy, est-ce que je peux t'emprunter Hendell ?

Ni Ludivine, ni Scorpius ne cachèrent leur surprise en voyant Fred Weasley s'approcher d'eux avec un grand sourire, un verre dans chaque main.

— Tu lui veux quoi, Weasley ? demanda Scorpius avec une légère méfiance.

— Simplement discuter, répondit Fred en souriant, si elle l'accepte bien évidemment.

Ludivine haussa les épaules, signalant son indifférence, et Scorpius sembla ranger sa méfiance tandis que le sourire de Fred s'agrandissait. Il tendit à Ludivine l'un des deux verres qu'il tenait, mais cette dernière se contenta de regarder sa main avec un sourire amusé.

— Je n'accepte pas de verre d'inconnus, Weasley.

— Oh arrête ! s'offusqua Fred. Tu sais que ce verre est clean.

Ludivine le fixa quelques secondes. Scorpius était retourné sur la piste de danse et dansait maintenant avec deux sorcières qui se tenaient dangereusement proche de lui.

— Dernier verre que je bois, s'engagea-t-elle en prenant le verre alors que Fred souriait avec la même intensité.

— Tu passes une bonne soirée, Hendell ? demanda-t-il en trinquant avec elle.

— Très bien, Weasley. Maintenant, si tu me disais ce que tu veux.

Ludivine ne cacha pas son sourire lorsque le sorcier s'offusqua, se pointant lui-même du doigt avec un regard désabusé. Mais il finit par arborer un sourire malicieux mais authentique.

— Pourquoi n'irions-nous pas voir Walsh ? suggéra-t-il. Je suis sûr que tu n'as pas vu ton amie depuis un petit moment et que ça te ferait plaisir de lui parler.

Ludivine n'eut pas le temps de répliquer quelque chose d'acerbe que quelqu'un se joignit à eux.

— Alors Freddie, tu pactises avec l'ennemi ?

Ludivine identifia le ton moqueur avant de voir à qui il appartenait. A côté d'elle se tenait James Potter, un sourire amusé sur les lèvres. Une main dans la poche, il tenait son verre rempli d'une liqueur sombre de l'autre. Il la surplombait d'une tête, et Ludivine n'éprouvait définitivement pas le même amusement. Elle le fusilla du regard alors qu'elle raidissait son dos pour gagner quelques centimètres de hauteur.

— Oh Jamie, répliqua Fred avec le même sourire, je viens tout juste de réussir à lui faire ranger les crocs, ne gâche pas mon travail.

— Je ne suis pas un animal, Weasley.

— Personne n'a dit ça, Hendell, mais reconnais qu'il faut t'approcher à tâtons.

— Ou sinon, peut-être que tu es un fragile, Freddie.

— Peut-être Jamie, dit Fred avec un rire franc, mais j'ai déjà ton caractère d'Hippogriffe à gérer.

Ludivine garda le silence. Elle cacha son sourire, soutenant le regard de James tandis que Fred éclatait de rire. La complicité qui liait les deux sorciers était semblable à celle qui unissait Albus et Scorpius, et malgré la méfiance qu'elle ressentait vis-à-vis d'eux, Ludivine se détendit légèrement. Enfin, c'était bien avant que le Gryffondor ne rouvre la bouche.

— D'ailleurs Hendell, reprit James sans la quitter du regard, je ne t'aurais pas prise pour le genre cheerleader.

— C'est vrai ! s'exclama Fred comme s'il venait de se rappeler quelque chose. Tu as mis de l'énergie durant le match.

— Comme beaucoup, j'aime bien gagner, répondit Ludivine en haussant les épaules, sans réaliser que les deux sorciers l'avaient observée durant le match, et j'ai été assez de fois sur le terrain pour savoir que les encouragements sont moteurs.

— Une vraie cheerleader, répéta James sur un ton ironique.

Ludivine fusilla James du regard. Il ne la quittait pas des yeux, arborant un sourire malicieux qu'il cacha en buvant une gorgée de son verre. Il la défiait et semblait se délecter de la voir réagir à ses provocations.

Si Fred ressentait de la tension, il ne semblait pas y prêter attention.

— Tu essaies de provoquer une réaction, Potter ?

— Ce n'est pas très difficile avec toi, Hendell, répondit James, tu montes rapidement dans les tours.

— Oh mes excuses ! s'exclama Ludivine avec ironie en posant sa main sur son cœur. Je ne sais pas ce qui me prend d'oser me défendre quand tu me cherches !

Le sourire de James s'agrandit et quelque chose se passa dans ses yeux, comme s'il obtenait exactement ce qu'il désirait. Il ne l'avait toujours pas quittée du regard et elle se demandait ce qu'il pouvait bien se dire. Elle, en tout cas, venait de monter légèrement en pression et le fusillait du regard d'avoir réussi à l'énerver.

— Putain James, tu me l'as tout énervée ! s'exclama Fred en levant les bras d'impuissance. Allez Hendell, emmène-moi voir Walsh !

— Et pourquoi je ferais ça ?

— Parce que, même si tu ne le reconnais pas, tu m'apprécies ?

Ludivine étouffa un rire moqueur, mais son regard désabusé ne passa pas inaperçu.

— Allez Hendell, aie pitié de moi !

— Liz n'est pas intéressée par toi, Weasley.

— Qu'en sais-tu ?

— Elle me l'a dit ! s'exclama Ludivine. Elle ne te prend pas au sérieux.

— Perspicace, dit James dans sa barbe, ce qui la fit très légèrement sourire.

— Dans ce cas, s'exclama Fred avec un sourire charmeur, à moi de la convaincre ! Je relève le défi ! Allez, allons la voir, tu seras mon excuse. A toute mec !

Fred attrapa son coude avec une force qui la surprit alors qu'il l'emmenait où Liz se trouvait avec une camarade et Acca, sur un canapé d'angle. Elles étaient concentrées sur ce que Liz racontait quand Ludivine et Fred arrivèrent.

— Mesdemoiselles, bonsoir ! s'exclama Fred avec un ton fort et un sourire charmeur.

— Weasley, répondit Acca avec un grand sourire, que fais-tu sans ton acolyte de toujours et avec la nôtre ?

— Je découvre son humour sans limite, Rockwood, répondit Fred.

Il passa son bras autour des épaules de Ludivine, bras qu'elle retira aussitôt sous le rire de ses deux amies.

— Et puis, reprit Fred comme si rien ne s'était passé, comme elle insistait pour venir vous voir, je me suis proposé pour l'accompagner.

— Oui, sourit Acca avec ironie, on ne doute pas qu'elle aurait exprimé cette envie auprès de toi !

— Est-ce que si j'ajoute qu'elle se retenait de me jeter un sort parce que mes blagues l'irritaient, ça te semblerait plus réaliste ?

— Totalement, dit Liz d'une voix douce en rigolant dans son épaule.

Fred afficha un sourire victorieux, celui qu'il arborait à chaque fois qu'une jolie fille rigolait à l'une de ses blagues. Ludivine ne retint pas un sourire en coin, elle commençait à apprécier l'authenticité et l'exubérance du sorcier qui lui rappelait Acca. Celle-ci fit d'ailleurs un signe en direction du canapé à côté d'elle.

— Asseyez-vous, proposa-t-elle, apparemment, les professeurs préparent quelque chose !

— Tiens, tu écoutes aux portes, Walsh ? la taquina Fred.

— Disons que ma mère m'a appris à récolter des informations de la façon la plus discrète possible, répondit Liz avec un sourire espiègle.

Quelque chose brilla dans le regard de Fred, qui sembla s'apparenter à de la malice et autre chose que Ludivine ne put qualifier.

— Impressionnant, dit-il.

— Oh, dit Liz qui se prenait au jeu, attends d'entendre ce que j'ai à dire !

— Qu'attends-tu ? On s'assoit, Hendell ?

— Je vais retourner voir Albus et Scorpius, répondit Ludivine avec un sourire, les filles me raconteront tout ça plus tard, mais reste donc, Weasley.

Fred ne se le fit pas dire deux fois, prenant place à côté de Liz sur le canapé, et Ludivine se demanda un instant si elle faisait bien de laisser le sorcier en compagnie de son amie. Après tout, elle restait méfiante vis-à-vis du Gryffondor. Elle lança un regard à Acca qui comprit sa demande, hochant la tête pour lui assurer qu'elle le surveillait.

— On te raconte tout ça durant notre soirée, dit Acca avec un sourire.

— D'ici-là, pas de bêtise, compléta Liz d'un sourire doux.

Ludivine leur fit un sourire avant de s'éloigner, laissant Fred s'installer confortablement. Elle chercha Albus et Scorpius. Elle trouva ce dernier facilement, grâce à sa chevelure blonde, qui dansait avec une sorcière de façon lascive, l'embrassant sensuellement.

Ludivine détourna le regard, laissant son intimité à son ami, et chercha Albus. Elle eut plus de mal à le trouver, mais il n'y avait que deux sorciers dans cette immense salle dont les cheveux étaient si bordéliques.

Adossé à un mur, Albus parlait avec une sorcière de Gryffondor avec beaucoup de proximité, jouant avec le pan de col de sa chemise. Elle chuchota quelque chose, qui provoqua un sourire en coin à Albus qui se rapprocha, prenant une mèche de cheveux entre ses doigts avant de se pencher vers elle pour lui murmurer quelque chose avec un sourire charmeur.

Une nouvelle fois, elle tourna la tête et décida de s'installer près du bar. Elle commanda un jus de citrouille citronnée qui l'aiderait à redescendre.

Elle reposa une dernière fois son regard sur Albus qui passait une main dans les cheveux de la sorcière avant de rapprocher son visage du sien et lui embrasser la tempe.

Il dut se sentir observé car il releva la tête dans la direction de Ludivine. Elle lui fit un léger sourire, levant son verre dans sa direction avant de détourner le regard.

Ludivine reporta son attention sur la piste de danse, où la musique était plus douce. Les danses s'étaient faites plus sensuelles et de nombreux couples s'étaient formés. L'heure commençait à être tardive et l'alcool était monté à la tête des sorciers. Mais elle n'eut pas le temps de ressentir la solitude. On prit place à côté d'elle et elle ne cacha pas sa surprise en voyant Albus pencher la tête en avant vers elle avec un sourire en coin.

— Que fais-tu là, Potter ?

— Tu ne veux pas de moi ? bouda Albus.

— Je pense plutôt à la jolie compagnie que tu as laissée.

Albus haussa les épaules en posant son regard sur la sorcière qui semblait confuse d'avoir été abandonnée aussi rapidement, avant de reporter son regard sur Ludivine.

— Tu étais toute seule, se contenta de répondre Albus.

Ludivine ne cacha pas sa surprise, ce qui le fit rire.

— Tu sembles surprise que je te choisisse à un flirt.

— Disons que tu me vois suffisamment au quotidien, sourit-elle.

Albus leva les yeux au ciel, se disant qu'il avait parfois des difficultés à comprendre les femmes, sa meilleure amie incluse.

— Vous savez que des paris ont été lancés sur vous deux ?

Scorpius s'approchait d'eux, s'appuyant sur la chaise haute de Ludivine.

— Je suis venu mettre fin aux rumeurs, dit-il avec un sourire amusé, mais je crains que certains ne se mettent à parier sur un plan à trois.

— Super, marmonna Ludivine.

— On voit que l'idée t'enchante, se moqua Scorpius.

— L'idée de passer pour la pire des vélanes ? répondit-elle avec amertume. Oui, j'adore !

— N'écoute pas ce que les gens disent, dit Scorpius. A une époque, les rumeurs disaient qu'Albus et moi étions gays, que nous avions une relation secrète et que tu étais notre alibi pour cacher la vérité.

— Pardon ?

Ludivine ne cacha pas son effroi tandis que Scorpius et Albus souriaient d'un air moqueur.

— Si tu savais ce qui peut être dit sur nous, Lud, sourit Albus, je pense que tu serais capable d'arrêter de nous parler uniquement pour faire arrêter ces rumeurs.

— Je ne préfère pas savoir, soupira-t-elle.

Scorpius passa son bras autour de ses épaules tandis qu'Albus tapotait légèrement son genou. Par ces gestes d'affection, ils lui intimaient de ne pas prêter attention à tout ce qui pouvait être dit ou fait hors de leur cercle à eux trois.

— Allez, conclut-elle en posant son verre, je rentre !

— Tu veux qu'on te raccompagne ?

Albus ignora le regard de travers que son amie lui jeta tandis que Scorpius s'était relevé, prêt à partir.

— Vous n'avez pas besoin de venir avec moi, répondit-elle en agitant les cheveux des deux sorciers. Retournez auprès des jolies filles avec qui vous étiez, qu'on ait des choses intéressantes à se raconter au petit-déjeuner, ou il faudra parler Quidditch et j'ai déjà eu ma dose.

Ludivine tapa dans la main des deux sorciers avant de leur souhaiter une bonne fin de soirée et de se diriger vers la sortie. Elle se doutait qu'ils la suivaient du regard alors qu'elle passait le portrait. Elle ne voulait pas priver ses amis de leur soirée, consciente que ce soir, ils étaient les rois et qu'ils feraient la fête jusqu'au lever du jour.

— Tiens, Hendell.

Ludivine tourna la tête vers la personne qui l'avait interpellée. Avec le portrait refermé, il était encore possible d'entendre un fond de musique classique, différente de celle qui se jouait à l'intérieur, et elle se surprit à n'avoir jamais remarqué ce charme.

— Potter, se contenta-t-elle de répondre froidement au sorcier qui se tenait appuyé contre le mur, les mains dans les poches.

— Tu mets déjà fin à la soirée ?

— Toutes les bonnes choses ont une fin.

— Les soirées n'ont une bonne fin que quand elles se finissent en bonne compagnie, dit James avec un sourire amusé.

— Pourtant, répondit-elle en ignorant l'arrogance du sorcier, tu as quitté cette soirée et tu es seul.

— Oh mais je compte bien profiter de cette soirée plusieurs heures encore, rigola James en sortant quelque chose de sa poche. J'étais en repérage jusqu'ici et j'ai décidé de faire une pause.

Ludivine ignora les sous-entendus du Gryffondor, portant son attention sur l'objet rectangulaire qu'il sortait de sa poche, et ne cacha pas sa surprise en le voyant en sortir un fin objet cylindrique.

— Tu fumes des cigarettes moldues ? demanda-t-elle avec un air incrédule qui le fit sourire.

— Très occasionnellement, répondit James en faisant rouler une cigarette dans sa main.

— Je ne savais pas, se contenta-t-elle de dire.

— C'est normal, dit-il avec un sourire qu'elle ne parvenait pas à déchiffrer, tu sais ce qu'Albus sait, mais il ne sait pas tout. Je suis sorti avec une moldue cet été qui m'y a donné goût. C'est récent.

Ludivine se contenta de hocher la tête. Le Gryffondor avait raison, elle ne connaissait de lui que ce qu'Albus savait et partageait avec elle. Et James Potter n'était pas un sujet qu'ils abordaient souvent. Le fait, à cet instant, de partager une information inconnue d'Albus la perturba. Elle n'aimait pas ce sentiment.

Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vu le regard que le Gryffondor lui portait. Il avait ce sourire en coin qui semblait rarement le quitter lorsqu'il lui parlait, la dévisageant ouvertement. Lorsqu'elle attrapa son regard, elle rougit. Elle savait ce qu'il faisait, il l'évaluait. Il déterminait si elle valait l'attention qu'il lui accordait, et Ludivine n'avait certainement pas envie de savoir ce qu'il pouvait bien se dire, alors elle fit un pas en arrière, se raclant la gorge.

— Et bien, reprit-elle d'une voix forte et maîtrisée, je vais te laisser à tes occupations.

— Je vais faire un bout de chemin avec toi, suggéra James avec un sourire, je vais dans le parc.

Ludivine haussa les épaules. Il pouvait bien faire ce qu'il voulait, elle s'en fichait. Elle se dirigea vers sa salle commune, James Potter sur ses pas, un sourire amusé sur les lèvres. Ils marchèrent quelques minutes dans le silence, et Ludivine maugréa en se demandant l'intérêt de venir avec elle si c'était pour se taire.

Finalement, le sorcier eut un rire discret, rigolant sous cape, et Ludivine le fusilla du regard.

— Tu es tellement expressive, c'en est comique, dit le sorcier alors que son rire s'accentuait.

— Et toi, tu n'en rates pas une pour te moquer de moi, grinça-t-elle.

— Qui aime bien châtie bien, Hendell, répondit James avec moquerie.

— Oh, alors je me sens si spéciale, dit Ludivine d'une mièvrerie ironique qui accentua de nouveau le rire de James.

— C'est que tu ressens plus d'émotions que je ne le pensais.

— Me prendrais-tu pour un robot ? demanda Ludivine en levant les yeux au ciel.

— Oh tu aurais pu me duper, dit James avec un sourire en coin et un regard moqueur.

— Quel est ton but, Potter ?

Ludivine s'était arrêtée et tournée vers le sorcier qui avait imité son pas. Il la regardait toujours de cet air amusé qui commençait à l'irriter. Ils n'étaient pas inquiets de se faire attraper par un professeur. De toute façon, à cet instant, tout ce qui importait à Ludivine était de comprendre ce sorcier qui lui faisait face en la regardant narquoisement comme s'il savait quelque chose qu'elle ignorait.

— Que veux-tu dire ? demanda-t-il avec un regard qui se voulait innocent.

— Je ne comprends même pas ce que tu fais ici, dit-elle en levant les bras en signe d'incompréhension. La dernière fois que l'on s'est parlé, tu m'as pratiquement craché ton dédain au visage. Du peu de fois où j'ai croisé ton regard, je semble t'exténuer au plus haut point. Alors que tu ne me connais p…

— Je connais de toi ce qu'Albus en dit, la coupa James.

Ludivine referma la bouche, perplexe. Elle n'avait rien à répondre à cela. James passa une main dans ses cheveux, levant son regard vers les portraits avant de le reporter sur elle. Ludivine avait choisi l'endroit où s'arrêter, c'était ici que leurs chemins se séparaient.

— Mon frère risquait gros ce soir-là, expliqua-t-il après un moment de silence, ce match était important.

— Ce sont des choses qui arrivent, répondit-elle.

— Qu'elles arrivent n'est pas le problème, dit James d'un ton moins patient qui ne cachait pas son irritation. Quand on est capitaine, qu'on souhaite évoluer dans le Quidditch professionnel et qu'on joue le premier match de l'année sur un terrain où TOUS les recruteurs viennent chercher leur commission, on ne se fait pas attraper alcoolisé à la mort dans les couloirs après le couvre-feu cinq jours avant.

Ludivine rongea son frein. Elle savait que le sorcier s'énerverait qu'elle ne le prenne pas au sérieux. Elle savait qu'il avait raison, ils avaient été imprudents. Bien sûr, l'entendre de cette façon de la bouche du sorcier - et non de manière agressive comme il l'avait fait quelques jours plus tôt – la poussait à vouloir reconnaître ses torts.

— Je ne t'aurais pas pensé aussi sérieux, Potter, reconnut-elle.

— Et pour quoi me prenais-tu ? sourit James.

— Plutôt pour un champion de Quidditch imprudent, admit Ludivine avec un léger sourire.

— Tu vois ce que je veux bien montrer, Hendell. Tout comme toi, tu montres ce que tu veux que les autres voient.

Ludivine haussa un sourcil, pour montrer son désaccord mais ne répondit rien. James eut un sourire devant sa réaction, se penchant vers elle alors qu'il enfonçait un peu plus ses mains dans ses poches. Il la surplombait de sa taille, effet qui semblait s'accentuer avec son sourire malicieux, et Ludivine ressentit un certain malaise face à cette proximité.

James baladait son regard noisette sur le visage de Ludivine, la détaillant avec attention, et elle ne manqua pas l'éclat d'amusement qui brillait dans les yeux du Gryffondor. Cet éclat adoucissait tellement ses traits qu'elle se surprit à apprécier son expression amicale et attrayante. Elle reconnaissait qu'il était beau, même si elle préférait ignorer l'air de malice qui habitait son sourire.

— Quand on creuse, reprit James dans un souffle qui effleurait le visage de Ludivine, on voit qu'il n'y a pas tant d'indifférence chez toi.

— Tu n'en saurais rien, Potter, se contenta-t-elle de répondre, sentant ses joues rougir.

— Tu as probablement raison.

Le sourire de James s'agrandit. Il constatait probablement l'inconfort de la sorcière. Au bout de quelques secondes durant lesquelles il la fixa intensément, il choisit de reculer, sortant les mains de ses poches pour les lever en signe de rétractation.

— Nous verrons bien, dit James avec son éternel sourire espiègle. Sur ce, je ne te retiens pas plus longtemps, Hendell. Bonne nuit.

Il lui jeta un dernier regard avant de tourner les talons. Ludivine le regarda partir, s'interrogeant un instant sur les intentions du sorcier avant de se diriger elle-même vers sa salle commune. Elle avait donné toute son énergie dans cette journée. L'alcool avait embrumé son cerveau, la danse avait fatigué son corps et les discussions l'avaient éreintée tout entière. Ludivine ne pensait qu'à une chose, aller se coucher.

Elle bloqua de son esprit les informations que Liz avait pu récolter, les secrets que Scorpius ne voulait pas partager, les regards qu'Albus lançait aux sorcières de son entourage, les blagues de Fred Weasley ou encore les remarques ironiques de James Potter.

Elle mit tout cela de côté lorsqu'elle retourna dans son dortoir. Elle n'avait qu'une pensée à l'esprit, celle que cette année ne serait pas de tout repos. Mais cette idée la fit étrangement sourire.

 

End Notes:

Et voilà! Alors, qu'avez-vous pensé du match de Quidditch ? Et de la soirée ?


Au prochain chapitre, nous aurons une annonce au sein du château qui surprendra les élèves et qui les poussera à faire des choix. En espérant vous retrouver au rendez-vous ! D'ici-là, prenez soin de vous !

Annonce et réactions by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour à tous, voici le nouveau chapitre de cette histoire.


Merci à Pierredelune, Lili10410, Sara1125 et Milamila pour leurs reviews adorables :)


Bonne lecture à tous, j'espère que le chapitre vous plaira.

Chapitre 7 – Annonce et réactions

« Chaque jour, nous procédons à la mise hors d'état de nuire d'individus désireux de frapper notre société magique. Nous resserrons davantage les mailles du filet en renforçant nos services pour mettre un terme à ces massacres. » assure le ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt.

Ludivine soupira sans ralentir tandis qu'elle tournait une nouvelle page du journal. Rien de joyeux n'en ressortait malheureusement. Une nouvelle attaque avait eu lieu, cette fois sur le Chemin de Traverse, faisant neuf morts dont un auror. A ce rythme, le Bureau des Aurors finirait vide avant Noël.

Ludivine était inquiète. Depuis le match entre Serpentard et Poufsouffle, qui remontait à deux semaines, trois attaques avaient eu lieu en Grande-Bretagne. Les deux premières avaient pu être parées par les aurors, mais celle de la veille avait été meurtrière.

Sa mère lui avait envoyé l'exemplaire de la Gazette du Sorcier en avant-première, joignant une lettre. Elle était inquiète, tout le monde semblait l'être. De ce que Ludivine en savait, il devenait difficile pour le ministère de la Magie de prévenir ces attaques et leurs interventions sur le terrain étaient bien souvent tardives. Cela venait du fait qu'il n'existait aucun lien entre toutes ces offensives. Qu'il s'agisse du lieu, des victimes, du mode opératoire, ou bien du profil des auteurs, aucun dénominateur commun n'existait et il devenait ainsi impossible de les anticiper, ni de les traquer.

Ce n'était pas la première fois en vingt ans que de tels mouvements tentaient de se créer, que ce soit sur le territoire anglais comme Albus l'entendait souvent de son père, ou à l'international comme Ludivine le savait par sa mère. Cette fois-ci, cependant, le nombre de morts était déjà trop élevé pour une menace non-identifiée.

Ludivine atteignit la Grande Salle déjà remplie d'élèves, ce qui était surprenant à cet horaire. Puis elle se rappela la demande de la directrice d'être présent au petit-déjeuner.

— Tu te laisses aller à des tendances Serdaigle, Scorp ?

Ludivine s'installa à côté du sorcier qui avait la tête plongée dans un livre épais alors que sa main tournait de façon distraite la cuillère de son bol. Interpellé, le sorcier leva la tête, croisant un regard amusé qu'il connaissait très bien.

— J'ai bien peur de te décevoir, dit-il d'un ton malicieux en levant son livre pour en montrer la couverture. Quidditch.

— Ah, s'exclama-t-elle en levant les yeux au ciel, me voilà rassurée !

— N'aie pas l'air si dépitée, dit Scorpius en rigolant.

Ludivine s'abstînt de répondre en se servant une tasse de café. Bien sûr, elle n'était aucunement surprise. Scorpius était peut-être moins mordu qu'Albus, mais il l'était déjà à un degré suffisamment élevé.

— Tu as reçu la Gazette en avance ?

— Par ma mère, répondit Ludivine en lui tendant le journal pour qu'il puisse le lire, nouvelle attaque sur le Chemin de Traverse. Neuf morts.

— Merde, dit Scorpius en parcourant d'un œil rapide les quelques lignes en question, qu'en dit ta mère ?

— Que tout le monde est en alerte. Ton père ?

Scorpius jeta un coup d'œil rapide autour de lui avant de reporter son attention sur elle.

— Que le ministère a raison d'être inquiet, dit-il d'une voix faible, ça ne s'annonce pas bon. Albus doit interroger son père également, mais il dira probablement la même chose.

Ludivine fronça les sourcils. Drago Malefoy travaillait au Bureau des Lois Magiques. Quant à Harry Potter, il était chef du Bureau des Aurors. Aussi étonnant que cela ait pu paraître au monde sorcier qui avait connu ces sorciers, tous deux travaillaient maintenant à faire respecter l'ordre et la loi sorcière. Si le discours au ministère était le même que celui de sa mère à la Coordination, peut-être que la situation échappait réellement à tout contrôle.

— Albus doit interroger son père sur quoi ? demanda une voix qui prit place en s'asseyant nonchalamment à côté de Ludivine, posant sa tête sur son épaule quelques secondes.

— A propos de l'attaque d'hier, répondit Scorpius.

— Est-ce que tu penses que c'est la raison pour laquelle Kingsley est ici ? demanda Albus en relevant la tête pour se servir une tranche de bacon et des haricots blancs.

Ludivine leva si brusquement la tête vers la table des professeurs qu'elle manqua de se bloquer une cervicale. Le ministre Shacklebolt y était en effet assis, en pleine discussion avec la directrice. Ludivine le trouvait magnétisant, d'une prestance qui habillait ses traits neutres mais bienveillants, avec sa robe prune qui s'harmonisait parfaitement avec la couleur foncée de sa peau.

Quelques minutes plus tard, la nourriture disparut des tables et la directrice McGonagall se leva lentement, prenant le temps de lisser sa robe vert émeraude, avant de s'approcher au-devant de l'estrade. L'assemblée d'élèves se tint muette devant sa directrice.

— Mes chers élèves, commença-t-elle, je vous remercie d'être présents, je vois que certains d'entre vous ont eu du mal à se lever mais ont fait l'effort d'être ici. Notre ministre s'est déplacé aujourd'hui pour vous parler et je vous demande la plus grande attention.

Certains élèves s'autorisèrent un petit rire à sa pique, cherchant rapidement les visages fatigués dont elle parlait, mais l'assemblée était entièrement à l'écoute tandis que le ministre s'avançait.

— Bonjour à tous, commença-t-il d'une voix profonde et bienveillante, comme certains d'entre vous doivent déjà le savoir, nous avons fait face à une nouvelle attaque terroriste sur notre territoire. Nous craignons que ce type d'attaque soit amené à se répéter et nous travaillons activement à en trouver la source.

Le ministre Shacklebolt marqua une pause, balayant son regard sur les expressions graves des élèves avant de reprendre.

— Je suis parmi vous aujourd'hui pour vous annoncer une décision inédite au ministère. Nous prenons de nombreuses décisions car ces événements nous rappellent une sombre époque et nous devons à tout prix prévenir que cela n'arrive de nouveau. Parmi ces décisions, nous avons choisi de revoir notre politique de formation et de recrutement d'agents opérationnels, notamment des aurors.

Certains élèves s'agitèrent mais le ministre ignora le léger bruit qui commençait à se former.

— Nous avons décidé, cette année, d'établir un concours pour les étudiants de premier et second cycle. Nous avons réfléchi à plusieurs épreuves afin de pouvoir évaluer les compétences qui nous paraissent essentielles à un bon agent. Ces épreuves seront à relever en binôme, et…

Le ministre se tût en voyant les élèves s'agiter et un brouhaha se former. La directrice se leva, prête à intimer le silence mais le ministre lui fit un signe de la main, lui indiquant qu'il gérait la situation. Ludivine, elle, écoutait attentivement mais son cerveau ne semblait pas comprendre où il voulait en venir.

Il ne dit rien durant une bonne minute, observant les élèves discuter entre eux avec énergie, puis, sans retenir un sourire amusé, il reprit la parole.

— S'il vous plaît, intima-t-il d'un ton impérieux qui fit son effet. Merci. Comme je le disais, des épreuves en binôme. Au terme de ces épreuves, un classement sera établi, garantissant aux meilleurs d'entre vous une place à toute formation qu'ils souhaitent intégrer au ministère sans qu'il ne leur soit demandé de passer un concours.

La directrice McGonagall s'approcha du ministre et posa une main amicale sur son épaule. Ils échangèrent un regard complice d'une amitié vieille de trente ans. Puis elle prit la parole.

— Sachez que ce concours est ouvert à tout sorcier âgé de plus de quinze ans en Grande-Bretagne, vous ne serez donc pas les seuls. Au château, nous avons accepté de l'ouvrir aux élèves de sixième et septième année, ainsi qu'aux élèves de cinquième année sous réserve d'acceptation de leur directeur de maison.

— Merci Minerva, dit le ministre avec un sourire. Nous vous laissons une semaine pour vous décider. A l'issue de cette semaine, vous devrez vous inscrire et nous vous détaillerons le contenu des épreuves.

Le ministre s'interrompit alors que son regard parcourait l'ensemble de la salle. Il avait un léger sourire sur les lèvres, comme s'il s'amusait de cette situation.

— D'ici-là, je vous donne trois mots qui vous aideront à choisir de la façon la plus pertinente votre partenaire : connaissance, puissance, confiance.

Il conclut sur ces mots avec un sourire. Aussitôt, les élèves s'agitèrent, se levant de leur siège, passant d'une table à l'autre pour retrouver d'autres camarades et discuter de l'annonce. Une grande agitation s'était créée dans la Grande Salle.

Ludivine, elle, réfléchissait à toute allure, le regard perdu dans son café. L'annonce du ministre repassait dans sa tête, sans réaliser ce qui avait été dit. Elle comprenait toutefois une chose, c'était une chance inédite.

Comme le lui avait rappelé son directeur de maison, devenir médicomage en terrain d'intervention requérait cinq années d'études, ainsi qu'une accréditation auror en parallèle. Il n'existait qu'une ou deux places par année pour cette accréditation et un nombre disproportionné de candidats. Et être accepté ne voulait pas dire la réussir.

Son regard parcourut rapidement la Grande Salle, observant la cohue que l'annonce avait provoquée. Des binômes commençaient déjà à se former, et ses yeux furent attirés par quelques personnes. Acca qui rigolait d'une voix forte avec Rose. Kilian Finnigan qui avait passé ses mains dans les cheveux et marmonnait quelque chose d'un air alarmé. James Potter qui, comme elle, avait le regard fixé sur le bois de la table, comme s'il réfléchissait à l'impact des mots énoncés par le ministre.

Lorsqu'elle reporta son regard autour d'elle, Albus et Scorpius discutaient calmement, la regardant avec amusement.

— Alors Lud, commença Albus avec un sourire.

— Comment tu prends cette nouvelle ? compléta Scorpius avec la même expression.

— J'en dis, répondit-elle pensivement avant qu'un immense sourire ne s'installe sur ses lèvres, que c'est génial ! C'est même incroyable !

— Tu comptes t'inscrire ? demanda Albus.

— Bien sûr ! s'exclama-t-elle avec un grand sourire. Vous aussi, n'est-ce pas ?

Albus fit la moue, et Scorpius ne répondit pas tout de suite. Il semblait réfléchir à la question, comme s'il venait tout juste de se la poser.

— J'hésite, répondit-il.

— Je ne pense pas me concernant, répondit Albus. Ça impacterait le Quidditch.

— Ah c'est vrai, reconnut Scorpius en se tournant vers Albus, je n'y avais pas pensé ! Il faudrait qu'o…

— Hé ! s'exclama Ludivine d'une voix contrariée en tapant le plat de sa main sur la table, faisant sursauter les deux sorciers. Vous n'allez quand même pas TOUS LES DEUX refuser de participer à l'événement du siècle juste pour le Quidditch !

Scorpius eut un sourire narquois tandis qu'Albus fronçait les sourcils. Il était habitué à l'entendre se plaindre de leurs discussions, de leur passion à Scorpius et lui pour ce sport, mais il n'appréciait pas qu'elle sous-entende que le Quidditch n'avait pas son importance.

— Lud, commença-t-il sèchement, le Quidditch est aussi important pour mon futur que ce concours peut l'être pour le tien. N'y porte pas de jugement.

— Tu sais bien que ce n'est pas le cas, Al, répondit Ludivine avec douceur tout en levant ses mains en signe d'excuse, pardonne-moi.

— En soi, intervint Scorpius d'un air pensif, je pourrais faire les deux. Ce concours peut être intéressant, et ça me laisserait du choix pour trouver ce que je souhaite faire plus tard.

— Top ! s'exclama Ludivine. On pourrait se mettre en binôme !

Scorpius haussa les sourcils en signe de surprise tandis qu'Albus cachait un rire discret. Il savait très bien ce qui passait dans la tête de son meilleur ami.

— Oh ma Lud, commença Scorpius avec un léger rire qu'il échangea avec Albus, ne le prends pas mal mais je ne me mettrai pas avec toi.

— Pardon ? demanda Ludivine avec surprise.

— Oh non, se reprit-il, ne le prends pas comme ça ! Disons, hésita-t-il, qu'on n'est pas au même niveau d'ambition. Toi, tu voudras gagner.

A côté de lui, Albus était au bord de l'hilarité. Scorpius utilisait beaucoup de précaution pour expliquer ce qu'il pensait à son amie alors qu'Albus estimait qu'il fallait être franc avec la sorcière. Il savait qu'elle comprendrait la position de Scorpius. Elle fusilla d'ailleurs Albus du regard en le voyant prêt à éclater de rire, avant de reporter son attention sur Scorpius.

— Tu peux le dire hein, dit-elle en soupirant, je sais que j'ai un caractère difficile.

Ludivine tenta un sourire et Scorpius en fut attendri. Il ne souhaitait pas la blesser mais ne se voyait pas lui dire autre chose que ce qu'il pensait.

— C'est le cas, dit Scorpius avec un sourire, et je ne t'aurais pas autant aimée autrement. Mais si je m'inscris, c'est sans me prendre la tête. Toi, tu voudras gagner.

Il avait raison. Scorpius ne savait pas ce qu'il comptait faire de son futur. D'ailleurs, il ne cherchait pas particulièrement à le savoir. Il prenait la vie comme elle venait et ne cherchait pas à se restreindre. Il aimait le Quidditch, alors il s'y jetait à corps perdu. Il aimait les Potions, alors il s'y donnait à fond. Mais il ne se restreignait pas à des choix.

Au fond, Ludivine était persuadée qu'il rejetait inconsciemment cet univers lisse et construit dans lequel il avait grandi. Chez les sang-purs, chacun devait savoir quelle était sa place et Scorpius, comme Evelyn, avait grandi dans cette mentalité. Autant Evelyn tentait au maximum de tracer son chemin avec le Quidditch, autant Scorpius tentait de tracer le sien en suivant ses envies au jour le jour.

Mais Ludivine, elle, voulait gagner. Il fallait qu'elle saisisse cette chance.

— Ce n'est pas grave, soupira-t-elle en posant sa tête dans sa main. Et puis, je suppose que ça vaut mieux pour notre amitié.

— Ça, je confirme ! s'exclama Scorpius.

— Et je confirme la confirmation ! s'écria Albus avec un rire.

— C'est juste que, reprit-elle en les ignorant, ça aurait été le plus simple. On s'entend bien et j'ai confiance en tes capacités. Maintenant, je dois trouver un binôme.

— Tu as du choix, dit Albus d'un ton dédramatisant.

— Pour trouver quelqu'un avec qui je m'entends bien et en qui j'ai confiance ? Pas tant que ça.

— C'est vrai, admit Albus en exagérant une grimace. Et en plus, il faudrait que cette personne t'apprécie. Autant te présenter en solo !

Ludivine ne retint pas son expression choquée, lâchant un petit bruit d'indignation, tandis que Scorpius éclatait ouvertement de rire. Elle resta impassible au sourire en coin d'Albus durant quelques secondes puis attrapa sa baguette qu'elle lui jeta au visage.

Albus éclata également de rire tout en évitant le projectile qu'il attrapa de sa main avant de le rendre à son amie. Il était fier de sa blague.

— Tu n'es qu'un idiot, Albus Severus Potter.

— Oui mais tu m'adores.

— Et moi qui pensais te révéler ce que j'ai appris sur la stratégie de Serdaigle hier soir avec les filles, soupira Ludivine d'un ton faussement blasé.

A ces mots, le rire d'Albus et Scorpius mourut aussitôt et ils lui jetèrent un regard effaré. C'était au tour de Ludivine de jubiler en les voyant mordre à l'hameçon. Oh, elle se vengerait de leurs moqueries.

— Qu'as-tu dit ?

— On a très bien entendu, Scorp ! s'irrita Albus. Dis-nous tout !

— A qui ? demanda Ludivine avec un faux air curieux alors qu'elle se levait pour aller en cours. Mon meilleur ami qui ne veut pas se mettre en équipe avec moi ou l'autre qui se moque de moi ?

— LUDIVINE ELYANA HENDELL ! s'exclama Albus suffisamment fort pour que les élèves autour d'eux se tournent vers lui. Ramène tes fesses ici TOUT DE SUITE !


— Dis-moi Lud, pourquoi Potter te fixe de cette façon ?

Ludivine ne cacha pas son sourire sans prendre le temps de se retourner tandis qu'Acca fixait Albus du coin de l'œil tout en poudrant de l'épine de porc-épic pour la potion.

— Ignore-le, sourit-elle, il est en colère parce que je lui ai dit que j'avais des informations sur la stratégie de Serdaigle.

— Comment tu as récupéré ces informations ? demanda Acca avec surprise.

— D'aucune façon, c'était une blague pour me venger.

— Vraiment ? Tu aimes jouer avec le feu.

Ludivine ricana en remuant la potion. Sa blague n'avait pas duré longtemps, parce qu'Albus et Scorpius avaient passé la matinée à l'interroger sur ce qu'elle savait, ce qui leur avait notamment valu de se faire réprimander par le professeur Sven durant le cours de Défenses, déjà que ce dernier ne les appréciait pas particulièrement ! Albus avait cependant mal pris sa blague, marmonnant qu'on ne rigolait pas avec le Quidditch, mais elle ne s'inquiétait pas, son ami digérerait rapidement sa plaisanterie.

— Tu t'inscris au concours ? demanda-t-elle, bien qu'elle connaisse déjà la réponse.

— Bien sûr ! s'exclama Acca. C'est dans les gènes pour toi comme pour moi, je n'ai même pas besoin de te poser la question ! Je dois juste trouver un binôme encore.

En effet, Acca n'avait pas besoin de poser la question. L'une comme l'autre aimait relever les défis. Acca et Ludivine avaient toujours été particulièrement proches. Elles n'avaient aucun souvenir où elles n'étaient pas amies, et avaient toujours partagé un lien que personne ne pouvait comprendre.

Les missions à l'étranger, l'attente des cartes postales, les semaines sans nouvelles, les blessures légères comme graves. Il n'y avait que Acca dans ce monde qui connaissait mais surtout comprenait la peine qu'était l'histoire familiale de Ludivine. Elles avaient toujours vu leurs parents se battre et elles avaient toujours pensé que c'était la marche naturelle à suivre.

— Tu as des idées pour ton binôme ? demanda Ludivine.

— Je n'y ai pas encore réfléchi, dit Acca. Je vais attendre quelques jours que les plus motivés trouvent leur binôme et je verrai ensuite.

— Tu ne te considères pas motivée ? demanda Ludivine avec un sourire taquin.

— Motivée pour relever le défi mais pas particulièrement pour gagner ! Je ne veux pas me prendre la tête alors autant trouver quelqu'un qui est aussi dans cette mentalité.

Ludivine ne répondit pas mais elle ne retint pas son sourire. Les mots d'Acca lui rappelaient ceux de Scorpius. Elle pouvait comprendre d'où venait cette vision. Ni Scorpius, ni Acca ne savait particulièrement ce qu'ils prévoyaient de faire après leurs études, rejetant tous les deux le chemin qu'on a pu leur tracer. Le ministère était une possibilité mais n'était pas une fin en soi. Et ils aimaient le défi.

— On croirait entendre Scorp, dit-elle en se retournant pour jeter un œil à ses amis qui murmuraient des choses en remuant leur potion. Il refuse de se mettre avec moi parce qu'il ne veut pas se prendre la tête.

— Aucune surprise, sourit Acca.

— Vraiment ? demanda Ludivine sans cacher la sienne.

— Bien sûr, répondit Acca avec le même sourire, tu es exigeante, Lud. Moi, je n'aurais aucun souci à me mettre avec toi pour ce concours, mais je ne pense pas remplir ton niveau d'exigence.

— Je ne suis pas aussi obsédée par la victoire ! s'exclama Ludivine.

— Tu parles ! se moqua Acca. Moi, j'aimerais bien que tu gagnes, affirma-t-elle tandis que Ludivine l'interrogeait du regard. Tu es une battante, Lud, et tu sais ce que tu veux faire. Ce concours est une belle opportunité pour toi, bien plus que ça ne peut l'être pour Malefoy ou moi. Alors trouve un binôme qui partage cette vision.

Ludivine se contenta de soupirer. La seule conclusion à laquelle elle arrivait était qu'elle ne trouverait jamais de binôme.


Ludivine se dirigea vers la salle de Sortilèges à reculons. Elle se réjouissait de voir Liz et elle adorait ce cours. Non, sa réticence venait plutôt de ses voisins de derrière, avec qui elle ne savait plus vraiment comment se comporter.

Depuis la victoire de Serpentard, Fred Weasley n'avait cessé de l'interpeller aux tournants de couloirs ou durant leur cours commun. Il semblait avoir décidé qu'ils étaient devenus suffisamment proches pour rigoler ensemble, ce que Ludivine n'était pas sûre de vouloir.

A vrai dire, la familiarité du sorcier ne la dérangeait pas tant que ça. Il se dégageait de lui une telle authenticité que, malgré ses côtés irritants, elle sentait une certaine aise à interagir avec lui.

Elle ne pouvait pas en dire autant de son acolyte. James Potter avait fait un bout de chemin avec elle, avait discuté avec elle et lui avait souri. Et il semblait s'être fait un avis car il n'avait pas interagi avec elle depuis. Elle avait plusieurs fois croisé son regard qui semblait la défier avec toujours ce même sourire en coin, mais ça n'était pas allé plus loin.

Ludivine n'avait jamais cherché à l'aborder non plus. Elle n'était définitivement pas connue pour aller vers les autres. Dans le fond, cette situation la rassurait. Elle n'aimait pas cette incertitude qui était née de cet intérêt soudain - tout du moins, ce qui avait semblé s'y apparenter - à sa personne.

— Pourquoi si concentrée, Ludivine ?

Liz s'installa à côté d'elle avant de lui tendre un paquet, son jeu de Bavboules.

— Tiens, reprit-elle, tu l'as oublié hier.

— Merci, mais tu aurais mieux fait de le donner à Acca. Cette fille est tellement forte, je ne comprends pas qu'elle ne dirige pas le club de Poudlard.

— Je ne crois pas que ce soit l'image qu'elle veut avoir, dit Liz avec un rire doux.

Ludivine cacha son sourire. En effet, les Bavboules n'étaient pas populaires et Acca n'aurait définitivement jamais crié sur tous les toits son don pour ce jeu.

— Walsh ! Hendell ! s'exclama une voix enjouée.

Ludivine leva les yeux au ciel, faisant rire Liz alors que Fred arborait un sourire amusé.

— Fais toutes les têtes que tu veux, Hendell, mais je sais que tu m'apprécies.

— Je pense aussi, dit Liz d'un ton complice en faisant un clin d'œil au sorcier qui s'asseyait derrière elles.

Liz, contrairement à Ludivine, semblait avoir acquis une certaine aisance avec le sorcier. Elle riait ouvertement à ses blagues et s'autorisait même parfois à être charmeuse avec lui, ce à quoi il mordait sur le champ à chaque fois.

De ce que Acca et Liz lui avaient raconté, le Gryffondor était resté un long moment avec elles lors de la soirée et, après quelques discussions banales, les avait longuement interrogées sur leur vie. Il s'était intéressé à elles, étayant sur son vécu de la même façon.

Durant les cours de Sortilèges, l'attention de Fred était souvent portée sur Liz, tentant de la distraire et d'attirer son attention. Il se lassait rarement, même lorsque Liz l'ignorait.

— Dis-moi Walsh, as-tu trouvé un binôme pour le concours ?

— Je n'ai pas encore décidé de ce que je comptais faire.

A ces mots, Ludivine se tourna vers les deux sorciers.

— Il faut t'inscrire, Walsh ! s'exclama Fred avec entrain. C'est l'événement de l'année.

— Mes cours me prennent beaucoup de temps, se contenta-t-elle de répondre.

— Justement, renchérit Fred qui ne perdait pas son dynamisme malgré les réticences de la sorcière, ce concours te permettrait de ne plus te préoccuper de tes notes.

— Mais je ne gagnerai pas, répondit Liz avec douceur.

— Sauf si tu te mets avec moi ! argumenta Fred avec un grand sourire.

Ni Liz, ni Ludivine ne cachèrent leur surprise face à cette proposition. Même James, concentré sur son livre, avait relevé la tête avec surprise.

— Tu es sérieux, mec ?

Ludivine fronça les sourcils. Elle commençait à se demander si le Gryffondor n'était pas sérieusement intéressé par son amie. Choisir un partenaire dans un tel concours ne se faisait pas à la légère. Il fallait prendre le temps d'y réfléchir, choisir quelqu'un que l'on connaissait mais avant tout, avec qui on était sûr de bien s'entendre. Elle n'était pas sûre que Fred Weasley réponde à ces critères.

A côté d'elle, Liz semblait se dire la même chose.

— Je ne pense pas, Weasley, se contenta-t-elle de répondre d'un ton neutre en se tournant vers son bureau.

Le métis allait insister, refusant de se laisser démonter aussi facilement, et Ludivine tenta de soulager son amie en détournant la discussion.

— Vous ne vous mettez pas ensemble ? demanda-t-elle en pointant James du menton qui levait le regard vers elle avec un rictus.

— Tu rigoles, caqueta Fred, hors de question que je me mette avec ce dément de la baguette. D'un, j'ai prévu de m'amuser durant ce concours, ce qui ne sera pas le cas avec lui vu qu'il voudra gagner. De deux, je tiens trop à notre amitié - et notre lien familial - pour qu'on finisse par s'entretuer avec son caractère d'Hippogriffe.

Ludivine ne cacha pas sa surprise, portant son regard sur James qui la fixait avec un sourire amusé, levant les mains en signe d'innocence. Elle allait réagir, mais le professeur Flitwick entra dans la pièce, l'incitant à refaire face à son bureau. A côté d'elle, Liz souriait en ouvrant son livre.

— Concernée par ce qu'il a dit ? demanda-t-elle d'un ton amusé.

— Oh tais-toi, chuchota Ludivine avec un sourire.

Elle avait bien compris de quoi Liz parlait, et elle dût reconnaître que les propos du Gryffondor l'avaient perturbée, principalement parce que Scorpius avait dit la même chose à son propos. Mais elle refusait de croire qu'elle pouvait avoir quelconque point commun avec James Potter.

Liz reçut un morceau de papier et retint un soupir. Elle jeta un regard à Ludivine avant de l'ouvrir et de le poser à plat sur la table pour qu'elles puissent toutes les deux lire ce qui y était annoté.

« Mets-toi avec moi, Walsh. On s'amurera bien, tu peux me faire confiance. ».

Ludivine arqua un sourcil. Elle était à deux doigts de se retourner pour lui intimer de ne pas jouer sur les sous-entendus, mais à côté d'elle, Liz ne semblait pas faire attention à cela. Elle était en pleine réflexion, et finalement se retourna discrètement.

— Réponds à une question, intima-t-elle d'une voix faible.

— Je t'écoute.

— Proposerais-tu à Ludivine de se mettre avec toi ?

— Oh que non, sourit Fred alors que la concernée se retournait pour le fusiller du regard, elle est de la même trempe que James.

Liz se retourna avec un sourire. De la description qu'il avait donnée de James Potter un peu plus tôt, Liz n'avait aucun doute que son amie avait le même caractère.

— Je suppose, intervint Ludivine auprès de Liz dans un chuchotement, que tu n'envisages pas de te mettre avec moi.

— Qu'est-ce que tu racontes ? dit Liz avec un sourire doux. Si toi tu l'envisages, ce serait avec plaisir. J'aurais pensé que tu te mettrais avec Potter ou Malefoy.

— Albus ne participe pas, et Scorpius refuse de se mettre avec moi.

Liz ne retint pas un rire discret. Elle n'était pas surprise. Scorpius Malefoy n'était pas du genre à vouloir se prendre la tête - pour autre chose que du Quidditch a priori. L'ambition et les attentes de Ludivine pouvaient être réceptionnées comme une sorte de pression. Liz, elle, voyait cette ambition comme un moteur, motivant son amie à toujours se surpasser.

— On en reparle, conclut Ludivine avec un sourire.


« Ma chérie, as-tu vu les nouvelles ? Au ministère, tout le monde est en alerte. La Coordination a été mobilisée pour enquêter sur ce mouvement, et je crains bien qu'il ne faille prendre très au sérieux cette menace. Même si les attaques sont décorrélées les unes des autres, elles nous paraissent parfaitement organisées. Fais attention à toi.

Rachel et moi avons choisi de suivre une piste en Amérique du Nord, mais nous reviendrons rapidement pour nous pencher sur les attaques en Grande-Bretagne. N'attends rien de moi durant ces prochaines semaines, mais reste à l'affût de ce que tu pourrais recevoir. Prends soin de toi, ma fille. Je t'aime. »

Ludivine soupira en relisant la lettre de sa mère. La Coordination des Mondes avait été sollicitée par le ministère pour travailler avec le Bureau des Aurors pour identifier ces menaces et infiltrer les réseaux identifiés comme prenant part aux mouvements. Les infiltrations n'étaient pas du ressort des aurors mais des agents de la Coordination. Du ressort de sa mère et de Rachel, la mère d'Acca.

La lettre s'enflamma et les mots écrits en français disparurent. Assise dans le parc, Ludivine soupira en se mettant à observer plusieurs groupes d'élèves profiter des dernières heures de l'après-midi.

— Que tu m'as l'air seule !

Ludivine n'eut pas besoin de lever la tête pour reconnaître la voix d'Evelyn qui s'affalait sur l'herbe en soupirant.

— Laisse-moi deviner, sourit Evelyn, tu réfléchissais au concours ?

— Trop facile, répondit Ludivine.

— Liz m'a dit que tu cherchais toujours un binôme.

— A ce stade, dit Ludivine avec un rire, j'hésite à m'allonger dans l'herbe et attendre qu'il vienne à moi !

Evelyn rigola, s'asseyant en posant ses avant-bras sur ses genoux.

— Tu as encore du temps pour en trouver un, la rassura-t-elle.

— Tu ne t'inscris pas, toi ? demanda Ludivine.

— Et non, répondit Evelyn en secouant la tête de gauche à droite, mes priorités sont autres.

— Vous et votre foutu Quidditch, marmonna Ludivine avec véhémence, provoquant un rire chez Evelyn.

— Je ne comprendrai jamais d'où te vient cette aversion.

— Peut-être qu'un jour, je t'expliquerai, répondit Ludivine avec un sourire mystérieux.

Evelyn rigola de nouveau et Ludivine se réjouit de la faire rire. Evelyn semblait avoir lâché du lest concernant le regard des autres, elle qui n'avait que très rarement été expansive autre part qu'en privé. C'était finalement bien un soulagement que sa sœur aînée ait quitté le château.

— Du coup, reprit Ludivine en changeant de sujet, tu as confirmé à Nott pour Pré-au-Lard ?

— Il veut m'emmener au Sureau, soupira Evelyn en hochant la tête.

— Et bien ! s'exclama Ludivine, impressionnée. Il ne fait pas les choses à moitié.

Le Sureau était un restaurant prisé de Pré-au-Lard qui attirait de nombreux sorciers de Grande-Bretagne jusqu'au village. Ethan Nott, qui avait invité Evelyn à déjeuner, lui signifiait qu'il voulait prendre le temps de la connaître.

— Tu sais, reprit Evelyn, je n'ai pas l'impression que cette situation le dérange.

— Comment ça ?

— Il m'a l'air de bien prendre la nouvelle, expliqua Evelyn. Je suis restée distante les peu de fois où on a échangé mais lui est toujours resté très calme. Il n'a pas l'air mécontent.

— Peut-être, commença Ludivine en réfléchissant, qu'il s'était préparé depuis longtemps à cet arrangement, là où toi tu pensais secrètement que ça n'arriverait jamais. Et puis, il doit se dire qu'il n'est pas mal tombé, finit-elle avec un sourire qu'Evelyn lui rendit.

— J'espère, souffla Evelyn. J'espère qu'il me laissera mes libertés, qu'il ne m'enlèvera pas le Quidditch.

— A toi de te battre pour ça, Evy.

Les deux sorcières échangèrent un regard complice, chaleureux. Le mariage aurait lieu après les études d'Evelyn, Nott quittant Poudlard à la fin de l'année, et tout semblait se concrétiser. En quelques semaines, tout avait changé pour Evelyn.

Elle faisait tout pour ne pas montrer que cette situation l'atteignait, mais elle ne pouvait rien cacher à ses amies. Ludivine sentait qu'une part d'elle souhaitait continuer à se battre, même si elle semblait se résigner. Au fond d'elle, Ludivine espérait néanmoins qu'Evelyn finisse par tout plaquer.

— En tout cas, reprit-elle, si tu souhaites participer au concours, je serais ravie de me mettre avec toi !

Evelyn eut un rire doux. Elle n'aurait pas été contre l'idée de participer mais elle n'y voyait pas l'intérêt. Ceux qui s'inscrivaient visaient une place au ministère, ou pour l'adrénaline du défi. Evelyn, elle, comptait percer dans le Quidditch et se surpassait tous les jours sur le terrain. Elle n'avait pas besoin de ce concours.

— Au risque de me prendre un regard meurtrier, ce concours ne m'intéresse pas.

— Tu es vraiment comme Albus, soupira Ludivine. Je ne trouverai jamais un binôme qui me convient.

— Je suis sûre que si, sourit Evelyn.

— Tout le monde dit que j'ai un caractère difficile.

— Ce qui n'est pas faux, comme chacune d'entre nous. Sauf Liz, rajouta Evelyn après réflexion.

— Je me demande si je devrais autant me prendre la tête, soupira Ludivine.

— C'est-à-dire ?

— Et bien, expliqua Ludivine, je me dis que n'importe quel binôme ferait l'affaire. Qu'en penses-tu ?

— Je pense, répondit Evelyn avec un sourire, que tu participes pour gagner. Alors trouve un partenaire qui est dans cette même mentalité.

Ludivine soupira en se laissant tomber dans l'herbe, les bras ouverts.

— C'est ce que tout le monde me dit, geignit-elle.

— Tous ceux qui te connaissent, dit Evelyn avec un sourire. Tu sais, les sorciers dans ce château qui savent ce qu'ils veulent faire de leur avenir sont rares. C'est ton cas, alors sois exigeante. Personne n'en attend moins de toi.

Evelyn se leva, époussetant sa jupe tout en attrapant son sac.

— Je dois aller en cours de Soins aux Créatures, mais réfléchis à ce que je t'ai dit.

— Oh ne t'inquiète pas, je n'ai rien d'autre en tête.

Evelyn lui fit un dernier sourire avant de s'éloigner. Ludivine resta une bonne heure dans la même position, observant les nuages qui défilaient à une rapidité impressionnante, puis décida qu'il était temps pour elle de rentrer.

Elle attrapa son sac et se mit en marche d'un pas rapide. L'air s'était rafraîchi et l'heure du dîner approchait. Le soleil continuait de se coucher de plus en plus tôt au fil des jours, l'automne se faisait sentir.

— Hendell !

Ludivine hésita à accélérer le pas mais s'en dissuada. Il fallait qu'elle apprenne à être moins réfractaire au contact des autres. Alors elle ralentit pour s'approcher d'un arbre imposant sous lequel Fred Weasley, James Potter et William Milton étaient confortablement installés.

Fred lui fit un grand sourire tout en ouvrant ses bras en signe d'accueil.

— J'ai failli croire que tu ne t'arrêterais pas, dit Fred.

— J'ai hésité, répondit-elle avec un petit sourire tandis que William Milton, allongé dans l'herbe, les jambes croisées, la dévisageait d'un regard amusé.

Le sourire de Fred s'élargit. A côté de lui, James était appuyé contre le tronc de l'arbre, les avant-bras sur ses genoux, et avait ouvert les yeux pour la regarder. Ludivine sentit une montée d'inconfort sous les regards observateurs des trois Gryffondor.

— Hendell, reprit Fred d'un ton déterminé, il faut que tu convainques Walsh de se mettre avec moi pour le concours.

— Et pourquoi ferais-je ça ?

— Parce que tu sais que je serai un bon binôme pour elle.

— A vrai dire, non, Weasley, dit-elle sur un ton rude, je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est que tu t'es mis mon amie dans le viseur et que tu es étrangement insistant.

Un silence s'installa, durant lequel les trois sorciers l'observèrent, d'un œil amusé pour James, soupçonneux pour William et surpris pour Fred. Ludivine regrettait presque sa dureté.

— Je retire ce que j'ai dit tout à l'heure, se contenta de répondre Fred alors qu'un sourire se formait sur ses lèvres, tu es même pire que James niveau caractère !

Ludivine ne cacha pas sa surprise. Il semblait impossible de miner le moral du sorcier et Ludivine fut impressionnée par son caractère résilient.

— D'ailleurs, Hendell, dit William Milton en s'adressant à elle pour la première fois depuis le début de sa scolarité, tu as un binôme pour le concours ?

Ludivine hocha la tête négativement, ce qui fit rire Fred tandis que James esquissait un sourire discret.

— Est-ce que c'est toi ou les autres qui n'ont pas voulu se mettre avec toi ? demanda Fred avec espièglerie.

— Un peu des deux, se contenta-t-elle de répondre.

— Comme James ! s'exclama Fred, faisant réagir le brun qui le fusilla du regard. Les rares personnes avec qui il voulait se mettre ont refusé.

— J'ai eu des propositions, se défendit James d'un ton neutre.

— Pas beaucoup de propositions sérieuses, argumenta William d'un ton moqueur.

— Je te ferais dire que j'ai refusé la tienne, Milton.

— Tu crains simplement que je te fasse de l'ombre.

James ne répondit pas, se contentant d'un sourire malicieux tandis qu'il rappuyait sa tête contre le tronc et fermait les yeux. Ludivine ne cachait plus son sourire.

— Et bien, commença-t-elle, j'ai moins de monde au balcon mais j'en suis au même point.

— Rejetée de tes pairs ? sourit Fred.

— Exactement, dit-elle avec le même sourire. Mes deux meilleurs potes sont des mauviettes.

Fred et William lâchèrent un rire, accentuant le sourire de Ludivine. Quant à James, il rouvrit les yeux, posant sur elle un regard espiègle. Il avait esquissé un sourire, montrant plus de retenue que ses amis, mais elle voyait bien qu'il était amusé.

— Je n'aurais pas mieux dit de mon cousin ! approuva Fred avec un hochement de tête.

— En y pensant, reprit Ludivine avec malice, peut-être que je vais proposer à Liz de se mettre avec moi.

Le rire de Fred se coupa net, contrairement à celui de William qui redoubla. Le métis la dévisagea d'un air outré qui la fit rire.

— Tu n'oserais pas ! s'offusqua-t-il.

— Je rigole, Weasley, le rassura Ludivine, mais je ne compte pas t'aider à la convaincre. Débrouille-toi pour lui montrer que tu en vaux la peine.

Le sourire revint sur les lèvres de Fred tandis qu'il hochait la tête.

— Tu te dirigeais vers la Grande Salle ? demanda-t-il.

— On va te suivre, dit William en se levant de l'herbe, on a faim.

James regarda les deux sorciers avec surprise. Il ne semblait pas avoir prévu de changer de position si tôt. Voyant qu'il ne bougeait pas, Fred lui fit un regard appuyé et James soupira, se levant avec une moue.

— Fred commence à un peu trop t'apprécier à mon goût, dit James à Ludivine tandis que le concerné et William se dirigeaient vers le château.

— Te lever était un trop gros effort, Potter ? demanda Ludivine avec ironie.

— Plus que tu ne le crois, répondit James avec un sourire en coin.

Ludivine ne retint pas un petit sourire en retour mais choisit de montrer son agacement en levant les yeux au ciel. L'ironie était clairement l'arme phare du sorcier, qui semblait la dégainer à chaque échange avec elle.

— C'est toujours un plaisir de te parler, Potter, railla-t-elle.

— Tu prévois de gagner, Hendell ? demanda James qui changea de sujet sur un ton abrupt.

Ludivine jeta un œil au sorcier qui marchait à côté d'elle, le regard sur Fred et William qui étaient concentrés sur un désaccord.

— Oui, répondit-elle dans un souffle, je participe pour gagner.

— Moi aussi, dit le sorcier fermement, je participe pour gagner.

Ils atteignaient la Grande Salle lorsque Ludivine s'arrêta de marcher, regardant le sorcier dans les yeux. Elle ne cacha pas son interrogation tandis qu'il rentrait ses mains dans ses poches en posant son regard sur elle.

— Qu'essaies-tu de me dire ? demanda Ludivine d'un ton calme.

— Que tu ferais bien de choisir ton partenaire avec attention, répondit James dans un sourire énigmatique, parce que tu auras un adversaire redoutable durant le concours.

Ludivine scruta le regard noisette du sorcier et y lut de la férocité tandis que son sourire était moins rieur. Elle ne cacha pas sa surprise face à son changement radical mais n'eut pas le temps de lui répondre qu'il avait déjà tourné les talons, rejoignant William et Fred qui l'attendaient, ce dernier faisant un signe de la main à la sorcière.

Ludivine resta interdite quelques secondes, légèrement abasourdie. Pourquoi le sorcier avait-il montré une si soudaine agressivité ? Elle fronça les sourcils avant de choisir d'oublier ce qui venait de se passer, elle n'avait pas de temps à perdre. James Potter était un idiot.


Lorsqu'elle atteignit la table de Serpentard, la vue d'Albus et Scorpius qui discutaient avec animation la fit sourire. Elle n'avait aucun doute qu'ils parlaient de Quidditch. Lorsqu'ils la virent arriver, ils l'accueillirent avec un sourire qui lui fit aussitôt oublier sa discussion précédente.

— Alors, demanda Albus, tu as trouvé un binôme ?

— Nope, dit-elle avec nonchalance, je commence à hésiter à me présenter seule.

— Ne me dis pas qu'aucune des filles n'a souhaité se mettre avec toi ? demanda Scorpius avec surprise.

— Et bien, Evelyn ne participe pas. Comme toi, Al, elle préfère prioriser le jeu. Acca est plutôt dans le même état d'esprit que toi, Scorp. Il reste Liz mais Weasley semble vraiment vouloir se mettre avec elle.

— Weasley ? répéta Albus avec surprise. Lequel ?

— Fred.

Albus fronça les sourcils. Il se demandait bien ce que son cousin voulait à Liz Walsh, connue pour sa discrétion et sa rigueur en classe. Elle n'était clairement pas le profil auquel Fred portait habituellement attention.

— Ça ne te dérange pas ? s'enquit-il d'un ton détaché.

— Devrais-je me méfier de lui ? demanda Ludivine avec méfiance.

— Pas particulièrement, répondit Albus en haussant les épaules. Fred peut avoir l'attachement léger, mais il ne ferait jamais de mal à quelqu'un volontairement.

— Dans ce cas, répondit Ludivine en s'adoucissant légèrement, je peux te dire que Liz est une grande fille.

Albus hocha la tête sans vraiment défroncer les sourcils. Plongé dans ses pensées, il se tourna vers la table de Gryffondor, observant son cousin et son frère quelques secondes avant de se tourner de nouveau vers Ludivine.

— En tout cas, commença Scorpius, tu ferais bien de te dépêcher de trouver quelqu'un.

— Je sais bien, cingla-t-elle alors que Scorpius esquissait un sourire, j'ai encore une semaine !

— Scorp a raison, dit Albus en posant sa tête dans sa main d'un air amusé, à ce stade, tu vas finir toute seule pour le tournoi.

— Est-ce que votre but est de me rappeler que peu de gens m'apprécient et que même mes meilleurs amis trouvent que j'ai un caractère trop difficile pour se mettre avec moi ?

Scorpius ne retint pas son rire face à l'air mi-blasé, mi-énervé de Ludivine tandis qu'Albus se contentait de sourire. Ils adoraient l'embêter, mais ils savaient également qu'ils jouaient sur une pente dangereuse depuis ce matin.

— Je ne vois pas le mal à ça, répondit Albus.

— Je peux le voir à certains endroits, marmonna Ludivine.

— Écoute, reprit Albus avec sérieux, Scorpius et moi, on t'embête. Je sais que ce n'est pas un tournoi comme celui auquel mon père a participé. Les épreuves ne seront certainement pas aussi dangereuses pour un recrutement du ministère mais ça ne veut pas dire qu'il faut les sous-estimer.

— Il a raison, continua Scorpius qui savait où son ami voulait en venir. Ce concours sera éprouvant et il faut quelqu'un en qui tu auras confiance.

— C'est comme un match de Quidditch, dit Albus qui ne se laissa pas démonter lorsque Ludivine commença à grommeler. Je n'ai jamais eu peur sur un terrain parce que je savais que Scorpius réceptionnerait les lancers de l'adversaire et, quand tu jouais, que tu attraperais le Vif au plus tôt. Et si ce n'est pas le cas, je savais que vous auriez tout donné. J'ai cette confiance absolue. C'est de ça dont tu as besoin dans ce concours.

— Et c'est pour ça que je ne me mets pas avec toi, compléta Scorpius avec un sourire. Parce que c'est ce que tu vas donner et je ne peux pas m'engager à faire de même. Parce que ça ne me prend pas assez à cœur. Pour moi, c'est déjà une confiance bafouée.

Ludivine soupira. Elle ne savait pas si elle appréciait tant que ça lorsque ses deux amis devenaient aussi sérieux. C'était comme une alerte dans son cerveau que le sujet était suffisamment important et qu'il fallait qu'elle en prenne la mesure.

— Liz est un bon choix, reprit Albus pour la rassurer. Je ne sais pas si je peux affirmer la même chose pour Rockwood, mais je ne l'exclurais pas non plus.

— Je pense que tu pourrais également convaincre Lowell, renchérit Scorpius.

— Sinon, dit Albus comme si une idée venait d'émerger, tu peux voir avec ma famille !

Ludivine et Scorpius posèrent un regard surpris sur Albus.

— Tu penses à qui ? demanda Scorpius.

— J'hésite, hésita Albus, à Rose ou Lily mais je ne sais pas si elles s'inscrivent et si elles ont un binôme. J'aurais bien dit James, ajouta-t-il avec amusement, mais je ne voudrais pas le retrouver mort.

— Plutôt crever, murmura Ludivine.

Ce fut au tour d'Albus de la regarder avec surprise, et Ludivine sentit le besoin de se justifier en lui relatant l'échange qu'elle avait eu un peu plus tôt.

— Et depuis quand tu échanges avec mon frère ? demanda Albus quand elle eut fini.

— Depuis que ton cousin me harcèle pour que je le rencarde avec ma copine et que ton frère est tout le temps avec lui.

Albus fronça les sourcils, silencieux. Puis il reporta son attention sur Ludivine qui se sentit rougir sous son regard inquisiteur.

— James peut être irascible quand il le souhaite, expliqua Albus pour justifier le comportement de son frère. Il veut à tout prix devenir auror. Tu as dû le voir mais parfois, il prend les choses trop à cœur.

Ludivine haussa les épaules. Elle n'avait pas du tout apprécié le ton sur lequel le sorcier lui avait parlé, ce qui le rendait encore plus difficile à cerner. Elle avait un mot d'ordre pour ce genre de personnes : en rester loin.

— Vous feriez une bonne équipe tous les deux, intervint Scorpius d'un air pensif.

— Mais bien sûr, répondit Ludivine avec ironie, on s'entend si bien lui et moi.

— Tu ne penses pas, Al ? demanda Scorpius en se tournant vers Albus, balayant la réponse de Ludivine de la main.

— Étonnamment, répondit le sorcier qui n'avait toujours pas défroncé les sourcils, je crois que tu as raison.

— N'est-ce pas ! s'exclama Scorpius sans se rendre compte de l'expression du brun. Vous détruiriez le château lors de vos disputes mais vous pourriez gagner !

Cette fois, ce fut à Ludivine de balayer leurs réflexions du regard.

— J'irai voir Acca demain, se contenta-t-elle de répondre.

Albus resta pensif quelques secondes puis finit par sourire. Il savait qu'ils n'aidaient pas la sorcière à faire son choix, qui d'ailleurs était restreint. Mais il espérait que son choix serait aussi intransigeant qu'elle pouvait l'être. Albus voulait que Ludivine gagne. De toutes les personnes qu'il connaissait, elle le méritait. Elle et son frère, reconnut-il, parce que James donnait également tout ce qu'il avait pour atteindre ses rêves.

— Allez viens, dit Albus en se levant, on va aller se balader dans le parc.

— J'en reviens, répondit Ludivine.

— Oui mais tu n'étais pas avec nous, renchérit Scorpius en se levant, l'expérience en est bien meilleure.

Ludivine jaugea les deux sorciers du regard. Ils ne semblaient pas prêts à accepter quelconque refus et en effet, prendre l'air pourrait lui faire du bien. Alors elle se leva, les suivant hors du château jusqu'au parc où la nuit commençait à tomber.

Elle les suivait d'un pas mécanique, plongée dans ses pensées. Elle réfléchissait à toutes les discussions qu'elle avait eues dans la journée. Elle avait beaucoup de mal à discerner ce qu'elle voulait et ce qu'elle pouvait viser.

Albus et Scorpius lui avaient dit de choisir un binôme en lequel elle avait confiance et qui se donnerait totalement dans les épreuves. C'était également ce que lui avait conseillé Acca, tandis qu'Evelyn lui avait dit d'être exigeante. Et tout ce que Ludivine se disait, c'était qu'elle ne trouverait jamais ce binôme.

Il fallait qu'elle réévalue les possibilités. Elle irait voir Acca dès demain et discuterait également avec Liz. Elle n'excluait pas non plus Rose, avec qui elle s'entendait bien, mais il fallait qu'elle prenne le temps d'y réfléchir. L'esprit de Ludivine se porta à nouveau sur James Potter, mais elle balaya ces pensées. Même si Ludivine avait pu envisager un millième de seconde de se mettre avec lui, le ton qu'il avait eu avec elle avait fini de tuer cette possibilité.

Les deux sorciers respectèrent son silence, se lançant dans une discussion sur le Quidditch, mais au bout d'un quart d'heure, ils l'inclure de force en discutant de l'actualité. Ils marchèrent durant une longue heure jusqu'à l'approche du couvre-feu, et Ludivine s'ouvrit progressivement à la discussion. Albus et Scorpius n'eurent aucune difficulté à lui changer les idées. Avec eux près d'elle, Ludivine se sentait apaisée, rassurée de ce que l'avenir lui offrait.

 

End Notes:

Voilà! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Avec qui pensez-vous que Ludivine va se mettre en binôme ? N'hésitez pas à me laisser un petit message pour me donner votre avis sur l'histoire :)


Merci pour votre lecture et à très vite.

Festive et décisive by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour à tous, j'espère que vous vous portez bien !

Merci à Sara1125, Milamila et Spiritos pour vos reviews et notes qui m'ont fait très plaisir, ainsi qu'à tous ceux qui prennent le temps de lire.

J'espère que la suite vous plaira !

Rappel du contexte : Le ministère de la Magie annonce un concours pour obtenir un accès direct aux formations du ministère, sans passage par les concours d'entrée. Ludivine est à la recherche d'un binôme, mais rencontre quelques difficultés pour le trouver.

 

Chapitre 8 — Festive et décisive

— Perdu, Hendell !

Scorpius se leva avec spontanéité, tapant dans ses mains de satisfaction avec un sourire vainqueur. Il venait de gagner une nouvelle partie et n'hésitait pas à exagérer sa joie, sachant pertinemment que ça irritait d'autant plus Ludivine et Albus qui n'aimaient pas plus perdre que lui.

Les deux sorciers avaient d'ailleurs le visage plein de suie et le fusillaient du regard. Leur expression renforçait bien évidemment celle de Scorpius qui les nargua un peu plus d'un sourire amical.

— Quel enfoiré, soupira Albus.

— Pourquoi tu n'as jamais aucune carte qui t'explose à la tête, Malefoy ! siffla Ludivine d'un ton colérique.

— Rien ni personne, pas même un jeu de cartes explosives, ne se permettrait de toucher au visage d'un Malefoy, répondit Scorpius avec un sérieux feint avant d'éclater de rire en voyant leur mine dépitée.

Ni Albus, ni Ludivine ne démordait de leur colère. C'était la troisième partie qu'ils terminaient et Scorpius avait gagné à chaque fois. Piqués dans leur orgueil, Scorpius savait qu'il faudrait un temps avant que leur mauvaise foi ne se dissipe. Il n'y prêta d'ailleurs aucune attention alors qu'il rangeait le jeu, sachant pertinemment que la prochaine partie pourrait provoquer une dispute, et s'affala dans le canapé.

A côté de lui, Albus se détendit également, se vautrant de la même façon tandis que Ludivine restait tendue dans son fauteuil. La salle commune était déserte, tous les élèves étant déjà partis à Pré-au-Lard. Ludivine avait rendez-vous avec son directeur de maison, et Albus et Scorpius avaient choisi d'attendre avec elle.

— De toute façon, reprit Albus, je n'aime pas ce jeu.

— Tu n'aimes que le Quidditch, se moqua Scorpius.

— Ce n'est pas un jeu, siffla Albus qui finit par sourire alors que Scorpius balayait ses propos d'un revers de main.

— Tu peux aller dire ça à Mila qui a failli te jeter un sort quand tu as suggéré de mettre un entraînement un jour de sortie à Pré-au-Lard, rigola Scorpius.

Albus ne retint pas son rire en repensant à la panique qu'il avait vue sur le visage de ses coéquipiers quand il avait fait ladite suggestion. Il ne l'aurait bien évidemment pas fait, sachant pertinemment qu'un bon capitaine devait avoir le soutien de ses joueurs et donc savoir les écouter, mais il aimait abuser de son pouvoir en se rendant imprévisible.

— Tu ne dis rien, Lud ? demanda Scorpius. On critique pourtant Albus en tant que capitaine.

Ludivine s'était perdue dans ses pensées mais elle fusilla Scorpius du regard quand ses yeux se posèrent sur lui.

— Je suis certaine que tu as triché, grinça-t-elle.

— Toujours là-dessus ? s'étonna Albus en ricanant légèrement.

— Mon dieu, Lud, surenchérit Scorpius avec un sourire narquois en utilisant sa baguette pour faire disparaître la suie qui se trouvait sur le visage de la sorcière, ce n'est pas avec ce comportement que tu trouveras un binôme.

— Mêle-toi de tes bouses, Malefoy.

Scorpius éclata de rire tandis qu'Albus la regardait avec amusement. Scorpius et lui n'avaient pas arrêté de la taquiner sur sa recherche de binôme ces trois derniers jours et ils la connaissaient suffisamment pour savoir que leurs blagues lui tapaient de plus en plus sur le système. Le problème était que plus Ludivine montrait de l'agacement, plus ils étaient tentés de continuer.

— Allez, sourit Albus, ne te vexe pas ! Tu sais qu'on rigole.

— Ce n'est pas drôle, se vexait-elle.

— Pourquoi tu te vexes ? demanda Scorpius avec un haussement d'épaules. Ce n'est pas comme si tu n'avais pas de choix.

— J'en aurais d'autant plus si vous ne faisiez pas fuir les sorciers qui essaient de m'approcher ! s'écria Ludivine.

— Tu parles encore du Poufsouffle d'hier ? répliqua Scorpius avec animosité. Il était en train de te draguer !

Ludivine souffla de frustration. Elle n'allait pas avoir cette discussion une nouvelle fois mais elle ne cacha pas son agacement face à l'entêtement dont Scorpius faisait preuve. A côté, Albus avait conservé son sourire amusé, passant son regard d'un sorcier à l'autre.

— Je me dis parfois, finit-il par exprimer, que tu es plus possessif que moi avec Ludivine, Scorp.

Scorpius regarda Albus avec surprise avant de hausser les épaules avec indifférence.

— C'est que tu n'as pas vu les regards que tu lances, sourit Scorpius avec malice, mais je n'en fais pas tout un plat.

— Vous êtes tous les deux possessifs, dit Ludivine en coupant court au débat.

Scorpius et Albus levèrent la tête d'un même corps vers elle tandis qu'un sourire se formait sur ses lèvres.

— Vous m'adorez, ne le cachez pas.

— Je crois qu'il faut arrêter le Pur Feu au réveil, Hendell, répondit Albus avec un sourire entendu.

— C'est un mot bien trop fort, « adorer », surenchérit Scorpius, à la rigueur, on te supporte.

Ludivine leva les yeux au ciel avant de rire avec douceur. Elle avait appris avec les années à lire leur affection, et elle savait qu'ils n'aimaient pas qu'on la pointe du doigt.

— Bon ! s'exclama-t-elle en se levant. Je vais voir Slughorn. On se retrouve à Pré-au-Lard ?

— Dès que tu auras décidé qu'on vaut mieux que tes supers copines, sourit Scorpius.

— Revoilà cette possessivité dont on a déjà parlé, Malefoy, il faut contrôler ça.

Scorpius échangea un regard amusé avec Ludivine, reconnaissant par un sourire que sa réplique était bien choisie. Albus et lui se levèrent également.

— Évite de te vexer quand Slug te demandera pourquoi tu n'as toujours pas de binôme, s'exclama Albus alors qu'ils se séparaient avec un signe de la main.


— Alors miss Hendell, avez-vous trouvé un binôme pour le concours ?

Ludivine retint un soupir, pensant aux derniers mots d'Albus, alors que son professeur la regardait d'un air bienveillant.

— Toujours en pleine recherche, professeur !

— Ce n'est pas facile, reconnut son directeur avec un sourire. Si ça peut vous rassurer, vous êtes loin d'être la seule. Le tableau sur lequel vous vous êtes tous inscrits se remplit très lentement.

Ludivine garda le silence, submergée par ses pensées. L'annonce du ministre, trois jours plus tôt, avait créé une émulation sans précédent au château. Nombre d'élèves étaient à la recherche d'un binôme, plusieurs s'interrogeaient encore sur leur participation. Même les plus jeunes, qui ne pouvaient participer, s'étaient laissé gagner par l'effervescence qui régnait. Il n'y avait, étonnamment, pas tant de sorciers qui avaient trouvé un binôme.

Un grand tableau était apparu devant l'entrée de la Grande Salle, avec le nom de tous les élèves qui s'étaient inscrits auprès de leur directeur de maison. Ludivine, qui s'était inscrite dès qu'elle l'avait pu, avait vu certains noms apparaître et disparaître du tableau jusqu'à quatre fois en quelques jours. Les noms se déplaçaient et se mettaient côte à côte lorsque deux sorciers avaient scellé un pacte. Jusqu'ici, il n'y en avait eu qu'un très petit nombre. Tout le monde se doutait que Pré-au-Lard serait l'occasion de créer de nouveaux pactes.

— Miss Hendell, reprit le professeur Slughorn, avez-vous envisagé de vous présenter seule ?

Ludivine garda une fois de plus le silence. Elle y avait, bien évidemment, pensé. Cette option, qui n'en était pas une au départ et sur laquelle elle avait plusieurs fois ironisé, avait été présentée le lendemain aux élèves. Une explication avait été donnée : ne pas rendre trop contraignante l'inscription aux étudiants qui ne faisaient pas leurs études à Poudlard et ne pas pénaliser ceux qui rencontraient des difficultés à trouver un binôme.

C'était devenu sa principale solution. C'était même celle qui lui convenait le mieux, persuadée d'avoir autant de chance de gagner seule, mais elle savait que cette arrogance pouvait lui jouer des tours.

Liz et elle avaient longuement discuté d'un potentiel binôme. Très ouverte au départ, Liz avait finalement eu quelques réserves concernant son niveau sur le terrain. Elle refusait de pénaliser Ludivine, et cette dernière n'avait pas réussi à la convaincre du contraire. Le niveau de Liz était très bon dès lors qu'elle restait composée, et Ludivine avait eu beau lui marteler qu'elle saurait garder son calme, son amie était restée trop réticente.

En parallèle, Liz avait eu plusieurs propositions, toutes très intéressantes et qui pouvaient mieux correspondre à la douceur et la tranquillité qui la caractérisaient. Quant à Acca, Ludivine avait déjà une idée du binôme parfait pour elle.

Bien sûr, Ludivine excluait d'autres propositions qu'elle avait pu avoir, comme celle d'un cinquième année de Poufsouffle, qui l'avait approchée lors du dîner la veille. Mais le pauvre sorcier n'avait pas su tenir tête à Scorpius et Albus lorsque ceux-ci l'avaient fusillé d'un regard malveillant.

— Ce n'est pas un bal de Noël, avait cinglé Scorpius avec un regard glacial, si c'est pour draguer, va voir ailleurs !

Il n'en avait pas fallu plus au sorcier pour décamper. Ludivine, qui avait un instant hésité à s'énerver en leur disant de se mêler de ce qui les concernait, avait finalement haussé les épaules d'indifférence avant de se remettre à manger. Le résultat aurait de toute façon été le même, elle n'aurait jamais accepté.

Elle avait également tenté de convaincre Albus. Ce dernier était naturellement fort, et Ludivine avait entièrement confiance en lui. Mais rien n'y avait fait. Tout ce qu'espérait Albus du concours, c'était qu'aucun de ses joueurs ne s'y inscrive en mettant de côté le Quidditch, et que les autres équipes fassent l'inverse.

Ludivine sortit de ses pensées, se rendant compte qu'elle n'avait toujours pas répondu à son directeur qui la regardait d'un œil attentif.

— En effet, professeur, répondit-elle, je l'ai envisagé et ne l'ai toujours pas exclu.

— Je vous conseille d'y réfléchir sérieusement. Votre niveau est bon, je n'ai aucune inquiétude vous concernant.

Ludivine jaugea son professeur du regard, ne cachant pas sa surprise.

— Vous le pensez vraiment ? demanda-t-elle avec un scepticisme qui arracha un sourire à son professeur.

— Vous savez, répondit le professeur Slughorn avec malice, je mise sur vous et Lucas dans ce concours !

— Lucas Zabini ?

— Tout à fait ! s'exclama le professeur avec entrain. Et je compte bien gagner cet accès aux serres que m'a promis Neville ! Et hors de question que je perde la face devant Jacob Sven ! Alors réfléchissez bien à vos choix, Ludivine !

Son directeur de maison était parti dans un autre univers, murmurant vigoureusement qu'il aurait « accès à ce Mimbletonia par tous les moyens, nom de Merlin ». Ludivine se retint de marquer son impatience avant de décider qu'il était temps pour elle de s'en aller, consciente que plus rien de pertinent ne sortirait de cet échange. Elle se leva, s'excusant auprès du sorcier qui l'arrêta toutefois d'un mouvement de main.

— Lorsque vous aurez un instant, reprit-il avec plus de sérieux, peut-être devriez-vous envisager de vous essayer au Philtre de Paix.

— On ne l'a encore jamais pratiqué, monsieur.

— Justement, pensez à bien le maîtriser pour la semaine prochaine, dit le professeur Slughorn avec un sourire. Un laissez-passer au ministère ne vous dispensera pas d'avoir besoin d'un dossier solide pour la médicomagie.

Ludivine ne dit rien, échangeant un sourire complice avec son directeur. Elle avait compris le message et savait qu'il serait idiot de sa part de ne pas s'entraîner à ladite potion afin de gagner des points facilement.


Quelques minutes plus tard, Ludivine sortait du château d'un pas rapide et mécanique en empruntant le sentier qui reliait le château à Pré-au-Lard. Si elle faisait vite, elle pourrait voir Evelyn avant son rendez-vous avec Nott.

Plongée dans ses pensées, elle ne fit pas attention aux alentours et à mesure d'éviter des sorciers par réflexe, elle finit par sentir un gros choc quand son corps percuta une masse avec violence. Elle se sentit vaciller mais deux mains vinrent la stabiliser par les bras.

— Regarde où tu vas Hendell, mince !

Ludivine releva la tête vers James Potter qui la surplombait maintenant de sa hauteur. Il la regardait d'un air agacé et Ludivine fut perturbée par son regard inquisiteur.

— Pardon, Potter, se contenta-t-elle de dire.

— Ah ! s'exclama le sorcier avec un sourire narquois. J'ai failli croire que ta répartie s'était perdue dans ton petit-déjeuner.

Ludivine le fusilla du regard, se dégageant de l'emprise du sorcier en faisant un pas en arrière. Ce dernier mit ses mains dans ses poches, la regardant avec amusement tandis qu'elle sentait l'agacement monter.

— Tu n'en rates jamais une, Potter, dit-elle avec irritation.

— Oh tu sais, je suis un casse-cou.

Il la regardait d'un air malicieux, un sourire en coin se formant sur ses lèvres et Ludivine leva les yeux au ciel sans cacher également un petit sourire. Il était toujours difficile de savoir sur quel pied danser avec le sorcier, mais les piques qu'il lui lançait n'avaient aucune animosité, elle le sentait.

— Tu allais à Pré-au-Lard, n'est-ce pas ? demanda James. Moi aussi, compléta-t-il quand Ludivine hocha de la tête en signe d'approbation, l'équipe a passé la matinée à s'entraîner.

— Ça ne vous rendra pas meilleurs, se moqua Ludivine.

— On essaie, répondit James avec humour, on essaie.

Ludivine ne retint pas son sourire. Elle n'avait bien évidemment aucun doute sur les compétences de Gryffondor, qui avait toujours été un adversaire redoutable. Tout comme le sorcier qui se tenait à côté d'elle. Ludivine avait joué contre lui pendant plusieurs années et connaissait très bien ses capacités. Alors elle apprécia qu'il prenne sa blague avec humour.

Elle ne tenta pas de répondre, et James ne combla pas le silence. Ils marchèrent quelques minutes dans cette ambiance, observant l'environnement autour d'eux et Ludivine trouva ce calme étonnamment agréable.

— Du coup, reprit finalement James, j'ai entendu dire par Albus que tu n'avais toujours pas trouvé de binôme ?

— Albus et toi parlez de moi ? argua-t-elle avec ironie.

— Quand je laisse Albus parler, très souvent.

Ludivine eut un petit rire. Elle ne croyait pas vraiment le sorcier quand il disait cela, mais une part d'elle gardait le bénéfice du doute.

— Mais, reprit James avec espièglerie, n'hésite pas à te dire que je suis initiateur de ces discussions si ça provoque chez toi plus de plaisir.

— Ne te donne pas tant d'importance, Potter, répliqua Ludivine en balayant les propos du sorcier d'un revers de main.

James ne répondit pas, et elle ne put s'empêcher de lui jeter un regard à la dérobée. Il marchait avec détente, un sourire sur les lèvres tandis que ses mains avaient, comme à leur habitude, leur place dans ses poches. Ludivine se rendit compte qu'elle n'avait jamais répondu à sa question.

— Je n'ai en effet toujours pas de binôme, dit-elle doucement, je crois que toi non plus.

— Je fais le choix de t'épargner la blague que tu m'as faite, sourit James. Personne également ! Il paraît que j'ai un caractère trop compliqué, aucun membre de ma famille n'a voulu se mettre avec moi.

— Je croyais que tu avais eu de nombreuses demandes, railla Ludivine en se souvenant de ce que lui avait dit Fred quelques jours plus tôt.

James haussa les épaules, soudain pensif et Ludivine regretta presque sa blague. Il n'avait pas réagi comme elle l'aurait pensé. Elle s'était attendue au même humour qu'un peu plus tôt mais l'air grave qu'il arborait lui indiqua qu'il avait pris sa réflexion avec sérieux.

— Je ne veux pas me mettre avec n'importe qui, dit-il après un court silence, et certainement pas avec des filles qui voient juste une opportunité de passer du temps avec moi. Ce concours est une grande opportunité.

— C'est une grande opportunité pour beaucoup de monde, murmura Ludivine.

— C'est sûr, confirma James.

Ludivine ne répondit rien mais elle n'en pensait pas moins. Elle l'observa une nouvelle fois du coin de l'œil. Il marchait avec une nonchalance qui contrastait avec son air plein d'assurance, et il se dégageait de lui un tel aplomb qu'il pouvait en être intimidant. Ludivine se surprenait à être intimidée parfois par le regard qu'il pouvait poser sur elle

— Et toi, Hendell, reprit James avec légèreté, comment ça se fait que tu n'aies trouvé personne ?

— Mes amis ont peur de moi et de mon envie de gagner, dit-elle avec un léger rire.

— Je peux comprendre pourquoi, rigola également James.

Ce n'était qu'une blague, Ludivine le savait, et pourtant son rire mourut dans sa gorge. Que sous-entendait-il ? Probablement rien de sérieux mais une petite voix dans sa tête se méfia.

— Tu peux parler, répliqua-t-elle avec amertume, ce n'est pas moi qui ai lancé une menace sans sommation en apprenant que j'allais avoir de la compétition.

Tout comme elle quelques secondes plus tôt, le rire de James se coupa net. Il jeta un regard interrogatif à la sorcière qui fronçait les sourcils, le regard fixé devant elle. Il finit par soupirer.

— Je me suis peut-être laissé emporter, admit James.

— Peut-être ? répéta Ludivine avec moquerie. Tu étais hostile sans raison Pot…

— Ecoute, l'interrompit James avec un léger agacement, désolé pour ça. Je peux parfois être sanguin.

Ludivine secoua la tête, décidant que les excuses du sorcier n'avaient aucune valeur vu le ton sur lequel il les avait formulées. Il lui semblait cependant qu'il était habitué à ce qu'on ne lui tienne pas rigueur de grand-chose.

— Tu es trop complexe, Potter, soupira Ludivine.

— Je crois comprendre que toi aussi, Hendell, répondit cyniquement James.

Un silence s'installa tandis qu'ils entraient dans le village sorcier par l'allée centrale. Ludivine remarqua Acca qui se tenait devant une boutique et qui discutait avec deux camarades. Entraînée dans une discussion animée, elle ne la vit pas.

Ils s'arrêtèrent au milieu de l'allée, et Ludivine attendit une réaction de James en voyant ce dernier plongé dans ses pensées. Finalement, le Gryffondor eut un sourire, secouant très légèrement la tête comme s'il balayait une pensée de sa tête.

— Quand on voit ce que donnent dix minutes ensemble, reprit-il après un court silence, je ne peux m'empêcher de me dire qu'un binôme avec toi serait festif.

Ludivine lui lança un regard interrogatif.

— C'est le genre de défi qui pourrait me plaire, ajouta-t-il.

Elle porta un regard surpris sur James qui la jaugeait d'un œil expectatif. Quelque chose dans le regard du sorcier l'interrogeait. Il la regardait fixement, comme s'il analysait son langage corporel. Il aurait pu paraître nerveux mais il se dégageait une telle tranquillité du sorcier que la pensée ne traversa pas l'esprit de Ludivine. Par son attitude affirmée, il ne donnait pas l'impression de porter d'importance à la réponse de Ludivine qui sentit plusieurs émotions s'entrechoquer en elle.

— Luuuuuuuuuud !

Ludivine ferma les yeux un instant, pestant contre sa meilleure amie pour son manque de discrétion alors que plusieurs têtes se tournaient vers James et elle.

— La cavalerie t'appelle, dit James, ne la fais pas attendre. A une prochaine, Hendell.

Sur ces mots, le sorcier lui jeta un dernier regard avant de s'éloigner, et Ludivine se dirigea d'un pas mécanique vers Acca qui l'observait avec un sourire malicieux.

— Ludivine Hendell, s'exclama Acca, que faisais-tu avec James Potter ?

— On s'est croisés sur le chemin, répondit-elle platement.

— Et donc… vous avez fait la route ensemble ? demanda Acca avec scepticisme.

— Et bien oui ! rétorqua Ludivine. On sait être civilisé.

— Ah bon, dit Acca faiblement, comme si elle ne l'en croyait pas capable. En tout cas, fais attention, reprit-elle avec amusement. Ses admiratrices sont plus féroces que celles de son frère, tu risques de te faire de nouvelles ennemies.

— Qu'elles essaient de s'approcher, marmonna Ludivine.

— AH ! Ça, c'est la Lud que j'aime !

Acca rigola avec légèreté, ignorant la contrariété de Ludivine qui se sentait gagnée par la bonne humeur de son amie.

— Tu m'as l'air bien joyeuse pour quelqu'un qui n'a pas de binôme, dit-elle avec malice.

— Bien placée pour parler ! s'esclaffa Acca. Figure-toi que je ne manque pas de proposition.

— Vraiment ? sourit Ludivine. Et tu as décidé de ne pas faire équipe avec Michael ?

— Non, répondit Acca avec gêne, je n'en ai pas envie.

Ludivine ne répondit rien, peu surprise par la décision d'Acca de ne pas faire équipe avec son petit ami. Voilà plusieurs mois qu'elle semblait freinée dans sa relation, dont elle ne disait plus un mot, gênée ou mal à l'aise lorsqu'elle le faisait. Michael Straton n'était plus un sujet de discussion entre elles, et Ludivine se demandait quand son amie prendrait son courage de Gryffondor à deux baguettes pour agir.

— J'ai envie de m'amuser, dit Acca comme si elle tentait de se justifier.

— Je compre…

— J'ai envie de m'amuser durant ce concours, répéta Acca d'une autre façon, comme si parler lui permettait d'évacuer la frustration. Je sais que ce n'est pas cool de ma part, mais je ne veux pas m'enfermer.

Acca guetta la réaction de Ludivine du regard, et celle-ci se contenta de lui sourire, attrapant la main de son amie avec douceur.

— Viens, on va retrouver les filles !

Acca répondit par un sourire brillant avant de l'emmener plus loin dans les rues adjacentes. Elle savait très bien où elles allaient, au Gallion Chauffant, peu fréquenté des élèves et où elles s'étaient retrouvées à chaque sortie depuis qu'elles avaient été en mesure d'y aller.

Contrairement à toutes les autres fois, Ludivine n'avait pas retrouvé ses amies au fond du café, dans un box excentré de la pièce. Non, Evelyn et Liz étaient assises à une table de la terrasse, et profitaient du faible soleil d'octobre. Ludivine ressentit beaucoup de fierté à l'idée de voir ses amies ne plus se cacher pour profiter du temps ensemble.

Liz et Evelyn échangeaient avec animation. Liz semblait dire quelque chose avec sérieux et empêchait Evelyn de l'interrompre, cette dernière ouvrant la bouche plusieurs fois pour la refermer aussitôt. Les deux sorcières rayonnaient, Liz balayant ses cheveux blonds et fin d'un revers de main tandis qu'Evelyn profitait du soleil, lunettes noires sur le nez.

— Vous semblez vivre votre meilleure vie ! s'extasia Acca en s'affalant à côté d'Evelyn.

— Peut-être pas pour Liz qui m'écoute geindre depuis une heure, sourit Evelyn en faisant un clin d'œil à Ludivine qui s'installait à côté de Liz.

— Stressée par ton rendez-vous galant ? demanda Ludivine avec moquerie.

— Il n'a rien de galant ! se défendit Evelyn avec véhémence.

— Ce n'est pas faute de le vouloir, je crois, sourit Liz avec une moquerie douce qui fit sourire ses amies.

Ludivine porta un regard surpris sur Evelyn qui détourna la tête, triturant ses doigts de nervosité.

— Stressée ou impatiente ? demanda Ludivine.

— Les deux, avoua Evelyn. Je n'ai toujours pas réussi à le cerner, c'est l'occasion de savoir ce qu'il pense réellement, comment il envisage ce mariage et comment il est humainement.

— Je suis sûre que tout va bien se passer, lui dit Acca avec douceur.

— C'est ce que je lui répète depuis toute à l'heure, marmonna Liz avec un sourire.

— Et si ce n'était pas le cas ? se risqua Ludivine.

Les trois sorcières se tournèrent vers elle, chacune arborant une expression différente. Evelyn la scrutait d'un regard curieux tandis que Acca avait une expression horrifiée et que Liz lui jetait un regard irrité. Ludivine s'en voulut presque de détruire son travail de réassurance en une question.

— Ce n'est pas le moment, Ludivine ! dit Liz avec fermeté.

— Il faut se préparer à toutes les possibilités, répondit-elle en haussant les épaules.

— Elle a raison, ajouta Evelyn d'un air pensif. Je ne m'enfermerai pas dans un mariage malheureux avant même qu'il n'ait commencé.

— Tu es prête à prendre le risque de rompre l'engagement ? demanda Acca avec scepticisme.

— Tu ne m'en penses pas capable ?

— J'en pense que c'est un pari très risqué à prendre, répondit Acca.

Evelyn ne répondit pas, pensive. Ce fut Liz qui brisa le silence en s'avançant vers Evelyn, posant sa main sur le poing fermé de son amie.

— Ludivine a raison, finit-elle par dire, il faut envisager toutes les options et rester réaliste. Mais, reprit-elle après une seconde de réflexion, rien ne doit orienter ton jugement avant d'avoir vu Nott suffisamment longtemps pour t'en faire ton avis. Le reste, tu le verras par la suite. En fonction de ce qui se dégage de lui.

Evelyn hocha la tête, et quelque chose dans son regard sembla se calmer tandis qu'elle échangeait un regard complice avec Liz.

— Tout se passera bien, accentua Acca avec douceur.

— Et quoi qu'il en soit, termina Ludivine, on est là pour te soutenir.

Evelyn hocha de nouveau la tête, plus vigoureusement cette fois-ci, et ce fut avec plus d'aplomb qu'elle se leva.

— Bon ! s'exclama-t-elle. Je suppose qu'il ne reste qu'une chose à faire. On se retrouve plus tard ?

Les trois sorcières hochèrent la tête et regardèrent leur amie s'éloigner d'un pas sûr avant de décider elles-mêmes de déjeuner.

— Au fait Liz, commença Acca avec malice, devine qui est devenu amie avec James Potter ? demanda-t-elle en posant son regard sur Ludivine, ce qui supprima tout potentiel doute sur la réponse.

Liz jeta un regard surpris à Ludivine qui fusillait Acca du regard. Elle ne goûtait pas être la cible du côté commère de son amie.

— Ne raconte pas n'importe quoi, siffla-t-elle, on s'est simplement croisés sur le chemin et on a fait la route ensemble.

— Qu'est-ce que vous vous êtes dit ? demanda Liz avec un sourire.

— Et bien, hésita Ludivine, il a, entre autres, sous-entendu qu'être mon binôme pourrait l'amuser.

Liz et Acca affichèrent un air effaré. Ludivine en aurait presque ri.

— Tu es sérieuse ? demanda Liz avec doute.

— Tu as dû te tromper, affirma Acca.

— J'ai entendu qu'il faisait équipe avec Alice Londubat, argua Liz à Acca.

— Je n'ai pas dit qu'il m'avait proposé quoi que ce soit, objecta Ludivine.

Acca et Liz échangèrent un regard complice que Ludivine ignora. Elle savait qu'elle n'aurait jamais dû dire quoi que ce soit.

— James Sirius Potter, marmonna Liz.

— Tu rendrais folle toute la population féminine de Poudlard, sourit Acca.

— Oh arrêtez, siffla Ludivine avec irritation, Potter est une plaie ! Il est toujours d'humeur changeante et se croit meilleur que les autres !

— Tu es exact…

— Je ne veux plus parler de lui, affirma Ludivine avec fermeté en interrompant Acca, changeons de sujet.

— Pour rester sur le thème des binômes, reprit Liz, j'ai fini par choisir le mien.

— Aaaaaaaaaah ! s'exclama Acca. Alors, qui as-tu choisi parmi toutes ces propositions que tu as reçues ? Weasley ?

— Exactement, dit Liz avec un sourire malicieux.

— La question est : quel Weasley ? demanda Ludivine.

— Rose, répondit Liz. Je pense que c'est la personne qui me conviendra le mieux.

— J'en connais un qui va être dévasté, marmonna Ludivine narquoisement.

— Fred Weasley ? demanda Liz. Je suis déjà allée lui en parler, et il l'a très bien pris, figure-toi.

— Bien sûr qu'il l'a bien pris, argua Acca, on parle de Fred. Rien ne peut être négatif le concernant.

— Il était déçu, compléta Liz, mais faire équipe avec moi était son petit défi du moment, il va vite se remettre de son échec.

Ludivine n'en doutait pas. Elle n'était pas surprise par la décision de Liz. Elle avait été flattée par la demande du sorcier - malgré son insistance ces derniers jours - et était trop douce pour refuser sèchement une proposition faite avec autant de cœur. Mais au fil des jours, son choix s'était élargi, dont Rose, et il n'était pas surprenant que Liz choisisse quelqu'un qui lui corresponde mieux.

— Vous avez scellé votre pacte ? demanda Acca.

— Ce soir, en revenant du village ! répondit Liz avec un clin d'œil. Je dois la retrouver pour fêter ça.


En milieu d'après-midi, les trois sorcières se séparèrent. Ludivine devait retrouver Albus et Scorpius à l'Horcruxe tandis que Liz s'en allait retrouver Rose. Acca, qui devait retrouver Michael plus tard, accompagna Ludivine.

Quand elles entrèrent dans le café, leurs yeux mirent quelques secondes à s'habituer à la faible luminosité du lieu qui contrastait avec le soleil à l'extérieur. Ludivine s'était attendue à ce changement, le lieu était connu pour son cadre reproduisant l'ambiance des années 1990 d'avant-guerre. Et pour l'assiègement qu'il connaissait par les étudiants de Poudlard, l'endroit était bondé d'élèves.

— Potter nous fait signe, signala Acca.

Cherchant son ami du regard, elle l'entrevit dans un coin de la salle, installé dans un canapé qui pouvait accueillir trois personnes, avec Scorpius qui écoutait ce qu'il disait, assis nonchalamment dans un large fauteuil. Ils étaient perdus dans leur monde.

Ludivine attrapa la main d'Acca et s'avança vers eux.

— Vous n'avez pas le sentiment de prendre de la place ? taquina Acca avec aise en prenant place à côté d'Albus.

— On n'empêche personne de s'asseoir avec nous, répondit Scorpius dans un sourire.

— Mais on n'invite pas non plus les autres à le faire, continua Albus qui fronça les sourcils, mécontent d'être obligé de faire de la place pour Acca.

Ludivine s'installa sur une chaise, à côté du fauteuil. Albus lui sourit en lui demandant comment s'était passé sa journée depuis qu'ils s'étaient quittés, ce à quoi elle répondit tranquillement.

En face d'elle, Scorpius passa une main dans ses cheveux décoiffés avant de se tourner vers Acca, installée avec beaucoup d'aise, à l'instar d'Albus. Ce dernier ne cachait pas son irritation, lui qui appréciait peu la sorcière qu'il trouvait bruyante et démesurée.

— Dis-moi Rockwood, dit Scorpius, j'ai appris d'une source sûre que tu n'avais toujours pas de binôme, et que tu en cherchais un moins prise de tête que ton amie ici présente, avec en plus un sens de l'humour de qualité.

— En effet, Malefoy, répondit Acca qui attendait de voir où le sorcier voulait en venir, ignorant le regard offusqué de Ludivine.

— Comment le prendrais-tu si je te disais que j'ai trouvé ce sorcier, qui est en plus d'une beauté sans nom ?

— Par Merlin, Malefoy ! interrompit Ludivine en le fusillant du regard. Serais-tu en train de draguer ma pote ?

— Oh arrête Lud, ne gâche pas notre échange humoristique ! geint Scorpius.

Ludivine leva les mains en signe d'abandon, laissant Scorpius reporter son attention sur Acca tandis qu'Albus arborait une expression amusée. Il savait très bien où son ami voulait en venir et regardait la scène sans toutefois retenir une expression irritée à chaque fois qu'il entendait Acca parler plus fort que nécessaire.

— Qu'en dis-tu, Rockwood ?

— De me mettre avec toi ? rigola Acca d'une voix forte. Je suppose que c'est mieux que d'être seule !

Ludivine porta un regard neutre à ses deux amis. C'était elle qui avait suggéré l'idée à Scorpius, persuadée que la légèreté et la bonne humeur de Scorpius correspondaient bien à la vitalité et l'expansivité d'Acca. Cette dernière se tourna vers Ludivine.

— Bien sûr, dit-elle, seulement si ça te convient.

— Bien sûr, confirma Scorpius avec un sourire narquois en direction de Ludivine, uniquement si tu es d'accord avec ça. Je ne voudrais pas que tu t'imagines des choses. Après tout, rien n'est pire qu'une amourette entre ses meilleurs amis.

Le sourire de Scorpius était carnassier, il se régalait tandis que Ludivine le fusillait du regard, rougissant sans le vouloir. Albus, lui, faillit lâcher son verre et lui lança un regard meurtrier. Ludivine n'avait jamais dit à ses amies ce qu'il s'était passé entre eux. Il n'y avait que Scorpius qui était au courant et ça avait toujours convenu à Ludivine autant qu'à Albus.

— La ferme, Malefoy ! cingla Ludivine en le fusillant du regard, accentuant le rire de Scorpius. Tu sais très bien que c'était mon idée !

— Je préfère me l'approprier, dit Scorpius avec nonchalance, tirant un sourire à Acca.

— Dans ce cas, confirma Acca, c'est confirmé ! On scelle notre pacte plus tard Malefoy, je dois y aller.

— Quand tu veux, Rockwood ! s'exclama Scorpius.

Acca se leva et Ludivine la suivit en se dirigeant vers le comptoir. Elle salua son amie avant de commander une bièraubeurre.

— Tu ne trouves pas le village bondé ? demanda Scorpius quand elle revint.

— Un peu plus que d'habitude, c'est vrai, remarqua Ludivine.

— Les sorciers hors Poudlard ont été sommés de venir s'inscrire aujourd'hui, et le village est leur point d'arrivée. Il paraîtrait que Thomas Faber s'est battu avec un ancien élève.

— Tout le Royaume-Uni est ici, dit Albus sur un ton blasé et irrité qui surprit Ludivine.

— Un sorcier lui a cherché des noises par rapport à son père, confessa Scorpius à Ludivine au sujet d'Albus. Il n'en décolère pas.

— Il ne vous est rien arrivé avec ce sorcier ? demanda-t-elle avec inquiétude, les faisant sourire.

— Sven était dans le coin, ce trouillard s'est calmé dès qu'il a vu un professeur, expliqua Albus avec dédain.

Ludivine était surprise, réalisant qu'ils n'avaient aucune idée du nombre de sorciers qui allaient participer à ce concours. Elle se doutait que certains mettaient des années à intégrer une formation au ministère et donc qu'il pouvait donc y avoir des sorciers plus âgés à se présenter au concours. Sans compter les sorciers qui étudiaient à la maison et les étudiants étrangers qui venaient travailler au Royaume-Uni.

Les pensées de Ludivine dérivèrent une nouvelle fois vers le concours. Elle pensa à Liz qui avait trouvé un binôme, se disant qu'elle devait sérieusement envisager de se présenter seule.

Une main se posa sur son genou et Ludivine croisa un regard concerné.

— Tout va bien ? chuchota Albus doucement, comme pour ne pas rompre le fil de ses pensées.

Elle hocha la tête avec un sourire. Il fallait qu'elle sorte de cette spirale, et Albus dut le sentir car il lui demanda de lui raconter ses derniers échanges avec sa mère, ce qu'elle lui avait déjà raconté plusieurs fois.

Les heures passèrent et les trois sorciers n'avaient pas quitté leur place. Albus et Scorpius venaient de finir leur troisième bièraubeurre et l'ambiance se faisait de plus en plus festive alors qu'ils passaient au Pur Feu. Quant à Ludivine, elle était fatiguée et s'était donc arrêtée à la fin de son deuxième verre.

L'ambiance se mit à changer, de la musique commençait à sortir des murs et des tables au centre disparaissaient. Plusieurs sorciers s'aventurèrent au centre et commencèrent à danser. Emporté par ce qu'il avait ingurgité, Scorpius eut envie d'aller danser. Il profita de l'arrivée de Roxane Weasley qui s'installait pour discuter avec son cousin pour soulever Ludivine de sa chaise sans qu'elle ne puisse opposer de résistance.

— Je n'avais pas envie de danser, Malefoy !

— Allez Hendell, s'exclama Scorpius avec un sourire amusé, tu es mon argument de drague.

— Pardon ?

— Les filles sont toujours jalouses lorsqu'elles voient une autre fille sur leurs plates-bandes, et osent faire des choses qu'elles n'auraient pas fait autrement.

— Qui as-tu à l'œil ?

— Michelle Oxlay, de Serdaigle, admit-il avec un petit sourire.

— Tu ne l'as pas embrassée à la victoire de Serpentard ? se souvint Ludivine.

— Tout à fait ! confirma le blond. Et elle insiste depuis pour ne montrer aucun intérêt envers ma personne MAIS je sais très bien que je lui plais.

— Et donc tu m'utilises pour la rendre jalouse ?

— Allez, Hendell, c'est ton devoir de m'aider en tant que meilleure amie !

Ludivine s'offusqua de l'audace du sorcier qui finit par rire à gorge déployée. En le regardant s'esclaffer, elle se demanda comment on pouvait bien lui résister, et choisit alors de jouer son jeu. Elle attrapa la main de Scorpius et lui indiqua d'un regard qu'elle attendait qu'il mène la danse, ce qu'il fit aussitôt, la faisant tournoyer sur le rythme de la musique.

Ils dansèrent une bonne demi-heure, jusqu'à que Ludivine choisisse de retourner voir Albus en convainquant Scorpius d'aller parler à la fille qui l'intéressait plutôt que de jouer de stratagèmes inefficaces. Elle quittait la piste de danse lorsqu'un morceau de parchemin virevolta autour d'elle, au niveau de son visage avant de se poser avec douceur sur son poignet.

Ludivine fronça les sourcils en attrapant le charme magique, se demandant laquelle de ses amies lui envoyait un mot alors qu'elles s'étaient vues quelques heures plus tôt.

« C'est toi qui avais raison. »

Ludivine réfléchit un instant. Elle savait que Liz passait la soirée avec Rose, et Acca avec Michael. Le message ne pouvait venir que d'Evelyn et elle s'inquiéta à l'idée que les avertissements qu'elle avait émis un peu plus tôt au sujet de Nott ne se soient concrétisés.

Ludivine se dirigea vers la sortie du bar, indiquant à Scorpius qu'elle retournait au château sans plus d'explication.

Les rues étaient désertes à cette heure-ci, tout le monde se trouvait dans les bars et les restaurants. Ludivine passa devant plusieurs d'entre eux, noirs de monde tandis qu'elle marchait en direction du château.

— Pressée, Hendell, constata une voix, attirant l'attention de Ludivine qui ralentit le pas.

James Potter était assis sur une marche d'immeuble, une cigarette moldue à la main et un regard averti et réfléchi posé sur elle. Il esquissa un sourire quand elle posa son regard sur lui, hésitant à s'arrêter ou à continuer au même rythme.

Il l'observa dans sa réflexion, et elle choisit finalement de s'arrêter lorsqu'il s'adressa de nouveau à elle.

— Que fais-tu toute seule ?

— Quelle surprise à ce que je sois seule, Potter ? demanda-t-elle avec sarcasme.

— Aucune, tu es une sorcière forte et indépendante, railla-t-il en guettant sa réaction.

Elle le fusilla du regard mais ça n'eut pour résultat que de faire sourire narquoisement James qui s'amusait visiblement de sa susceptibilité. Il était évident qu'il avait bu plusieurs coups et n'avait pas l'air dans son assiette.

— Ton amie a refusé la proposition de Fred, dit-il d'un ton neutre.

Il réussit à attirer l'attention de Ludivine quand il évoqua Liz, provoquant un sourire chez lui. Il avait bien compris comment intéresser la sorcière à ce qu'il pouvait dire.

— C'est ce que j'ai appris en effet, répondit-elle. Comment l'a-t-il pris ?

— Oh ne t'inquiète pas pour lui, rigola James comme si l'idée que son cousin ait pu mal le prendre était absurde. C'était probablement le plus judicieux de la part de Walsh.

— Pourquoi ça ? demanda Ludivine avec une curiosité méfiante.

Elle savait qu'elle perdait du temps et qu'à ce rythme, l'heure serait trop avancée pour voir Evelyn, mais elle avait besoin de savoir si Fred Weasley avait un quelconque intérêt pour son amie ou si ça n'avait été qu'un amusement pour lui. Et elle se fichait bien de l'humeur excédée qu'elle percevait chez le Gryffondor. James, qui n'était en effet pas de très bonne humeur avant de la croiser, semblait toutefois avoir compris son intention, et c'était probablement pour cela qu'il arborait un air narquois.

— Disons que Fred a l'attachement léger, répondit-il avec un ton mystérieux qui tapa sur le système de Ludivine. Il s'intéresse et se désintéresse très vite.

— Quel idiot, marmonna-t-elle avec colère.

— Compatissante, Hendell, comme à ton habitude, dit James d'un air railleur en écrasant son mégot qu'il jeta dans une poubelle en se levant, prêt à mettre fin à la discussion.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive, Potter ? demanda Ludivine avec ironie. Quelqu'un a brûlé le fond de ton chaudron ?

— Quelque chose dans le genre, marmonna James pour lui-même avec un sourire ironique.

Sans le savoir, elle avait visé juste. James s'était isolé dans cette allée pour se calmer après une discussion trop animée avec ses camarades. Il constatait amèrement que ça n'avait pas marché.

— Ce concours commence déjà à monter à la tête de beaucoup de monde, dit James sur le même ton.

— La recherche de binôme te stresserait-elle ? se moqua Ludivine.

— Toi, non, peut-être ? argua James en dardant un regard dur sur elle.

Ludivine ne répondit pas, retenant la remarque acerbe qui lui brûlait la langue. Elle devait reconnaître qu'elle était surprise qu'il prenne autant à cœur ce concours. Ne faisait-il pas partie d'une élite ? Pourquoi semblait-il avoir besoin de ce concours. Après quelques secondes d'hésitation, elle osa aller au bout de sa curiosité.

— Tu penses vraiment qu'avec ton nom, tu rencontreras des difficultés à intégrer la formation d'auror ?

Le regard que James lui lança lui fit aussitôt regretter ses paroles. Il y avait, dans ses yeux, une lueur de sévérité qui la fit frissonner, James n'avait plus aucune trace d'humour ni de gentillesse sur ses traits. Il était en colère.

— Tu sais, ça ne me semble pas étonnant que tu n'aies toujours pas trouvé de binôme, cingla-t-il, personne n'existe à part ton petit entourage.

Ludivine le fusilla du regard devant la provocation, et son irritation s'accentua lorsqu'elle vit son sourire froid. En effet, se dit-elle, elle n'aurait pas dû aller sur ce terrain.

— Et qu'en sais-tu, Potter ?

— Ça se lit sur ton visage, Hendell, que tout le monde t'insupporte et que personne ne mérite ton estime.

Ludivine allait répondre quelque chose mais se restreignit. Elle le trouvait culotté de lui faire cette réflexion alors qu'il était sensiblement comme elle. Ludivine n'avait aucun intérêt à débattre à ce sujet, sachant pertinemment que l'attaque du sorcier faisait partie de son mécanisme de défense.

— Je n'ai pas le temps pour tes humeurs, répondit-elle sèchement avant de se remettre en marche.

— Qu'est-ce que je disais, marmonna James.

Cette fois-ci, Ludivine ne résista pas à la colère qu'elle éprouva à son égard. Elle se retourna violemment puis fit quelques pas dans la direction de James qui l'observait d'un œil impassible. Elle s'arrêta avant de se retrouver trop près de lui, mais s'assura qu'il l'entende suffisamment bien.

— Et toi alors ? lança-t-elle froidement. Tu ne vaux pas mieux que moi, tu ne t'intéresses qu'à ta famille ! Les filles t'adulent à cause de ta belle gueule et de ton nom mais tu es imbuvable, Potter.

— C'est vrai, dit platement James, et Ludivine cacha sa surprise devant cette franchise. Je ne fais aucun effort avec les autres et pourtant on m'adore, alors pourquoi j'en ferais ?

Ludivine se sentit désarmée. Pourquoi en faire plus que ce que l'on avait besoin de donner ? Elle se posait elle-même la question, mais n'eut jamais le temps d'en débattre avec James Potter.

— Tiens, tiens, tiens, fit une voix qu'elle ne reconnut pas, regardez qui voilà !

Consciente que c'était à eux que l'on s'adressait, Ludivine se retourna pour voir quatre sorciers s'approcher. Ils semblaient être plus âgés, marchant d'un air assuré et un sourire méprisant aux lèvres. Elle n'appréciait pas le regard qu'ils leur jetaient. Celui qui, elle le supposa, venait de s'exprimer, la détaillait d'un œil calculateur avant de reporter son regard sur James.

— James Potter, reprit le sorcier, le fils de Harry Potter.

— C'est bien moi, répondit James d'un ton neutre, enfonçant les mains dans ses poches. Et toi, tu es… ?

Au ton calme de James, Ludivine eut la curiosité de se tourner vers lui. Il se tenait avec nonchalance, un regard vaguement intéressé posé sur les quatre sorciers. Il ne semblait pas perturbé par l'hostilité de son interlocuteur.

— Justin Selwyn, répondit le sorcier avec un sifflement.

James ne dit rien, mais sa posture changea. Il se raidit et son regard se fit plus averti, mais à aucun moment, il ne jeta un œil à Ludivine. Cette dernière commençait à sentir l'inconfort la gagner. Elle n'avait pas un bon pressentiment, sentant que ces sorciers avaient envie de chercher des noises.

— En quoi je peux t'aider, Selwyn ? demanda James d'un ton neutre qui évaluait la situation.

— Ne fais pas comme si tu ne savais pas ! siffla le sorcier. Ton père a emprisonné ma mère il y a trois semaines.

— Et en quoi suis-je concerné ? dit James avec un ennui exagéré. Si je ne me trompe pas, mon père fait respecter la loi sorcière. Si ta mère a été arrêtée, c'est qu'elle ne la respectait pas.

— Tu ne…

— Je crois même, l'interrompit James cette fois avec moquerie, qu'elle est accusée de conspiration pour l'attaque d'une école. Ce n'est pas du joli ça !

Ludivine fusilla James du regard, lui demandant silencieusement de ne pas aggraver la situation en faisant le fier, mais le sorcier évitait sciemment tout contact avec elle. Depuis qu'il avait changé de posture, James n'avait jamais éloigné son regard de Selwyn.

Ce dernier, d'ailleurs, ne cacha pas sa surprise face aux propos du sorcier, mais se reprit vite, refusant de perdre la face. Ses trois acolytes autour de lui restaient silencieux mais regardaient la scène d'un œil vif.

— Ça doit couler dans le sang de faire le malin, reprit Selwyn avec colère, mais tu ferais bien d'analyser la situation avant de te penser supérieur.

James ne répondit rien mais détacha pour la première fois son regard du sorcier pour le poser sur ses comparses. Ils avaient chacun la main sur leur baguette et semblaient prêts à la dégainer au besoin. Ils étaient attentifs et leur regard hostile confirmait à James qu'ils n'attendaient que d'intervenir.

Puis James posa son regard sur Ludivine. Elle n'avait pas bougé, mais sa position n'était pas naturelle. Elle avait une main appuyée sur la hanche, tenant le bout de sa baguette qui était accrochée le long de sa ceinture dans son dos. Il la fixa quelques secondes avant d'esquisser un sourire.

Ludivine sentait le regard de James sur elle, mais elle refusa de se tourner vers lui. Elle commençait à s'inquiéter de la situation et craignait de rencontrer un regard inquiet.

— Qu'est-ce que je dois analyser ? demanda James avec une incompréhension feinte et Ludivine se demanda à quel moment le Gryffondor arrêterait de jouer avec les nerfs déjà visiblement fragiles de son interlocuteur.

— Que tu devrais t'inquiéter pour ta copine, siffla Selwyn.

— Vraiment ? Je crois plutôt qu'elle n'a besoin de personne pour se défendre.

Cette fois-ci, Ludivine porta son attention sur James. Elle croisa un regard assuré et déterminé, et elle comprit qu'il s'amusait de la situation. Il semblait ne ressentir aucune inquiétude, ni pour lui, ni pour elle, et un sentiment instinctif surgit chez elle, celui d'un pincement au cœur qu'il ne s'inquiète pas pour elle.

— Bon, s'impatienta James, quel est le but de cet échange ? Tu prévois de me menacer ou tu prévois de t'en aller ? A moins que, reprit James avec un sourire narquois après un court silence, tu ne prévoyais de m'attaquer en pensant avoir une chance contre moi ?

Selwyn se raidit en entendant la provocation, son visage se contractant de colère. Derrière lui, ses trois acolytes firent un pas pour s'avancer et Ludivine sentit que la situation pouvait dégénérer à tout moment. Elle maudit le Gryffondor qui semblait vouloir montrer à tout prix qu'il avait le contrôle sur la situation.

— Je vais te détruire, Potter.

— Si tu crois que tu es le premier à me dire ça.

James arborait un air blasé, mais Ludivine sut que ce n'était qu'une façade quand il fit quelques pas en avant pour se tenir devant elle, le dos raidi, la main sur sa baguette.

Même si ce geste eut pour effet d'adoucir Ludivine, celle-ci refusa de rester en retrait. Elle ne comptait pas laisser James défendre son honneur, alors elle s'avança à ses côtés. Ludivine eut un frisson quand elle vit le regard dur qu'il posa sur elle. Il aurait préféré qu'elle reste en retrait, elle le savait, mais il en était tout simplement hors de question.

— Tu fais quoi ? grinça James dans un murmure.

— Si tu crois que je vais rester en retrait, répondit Ludivine avec fermeté, c'est mal me connaître.

James ne répondit rien, la jaugeant du regard. Il semblait se contenir et elle palpait la tension qui l'habitait. Il hésitait sur le comportement à adopter, sachant pertinemment qu'il ne parviendrait pas à la faire changer d'avis.

Puis l'expression de James changea, s'adoucissant tandis qu'il passait un bras autour des épaules de Ludivine. Elle sentit ses yeux s'écarquiller sous la surprise, mais ne se débattit pas lorsqu'il appuya sur son bras pour qu'elle se rapproche de lui, collant son corps au sien d'un faux air joueur. Elle tenta d'ignorer la chaleur qui se dégageait du corps de James, et l'odeur boisée qui chatouillait ses narines.

— Tiens-toi prête, lui murmura-t-il dans l'oreille.

Ludivine ne dit rien, assimilant les propos du sorcier tandis qu'il détachait son bras de ses épaules pour attraper sa main. Il ignora le tressaillement qui la saisit à ce geste.

— Et si on abrégeait, Selwyn ? demanda James avec un sourire sardonique en levant la main dans laquelle il avait emprisonné celle de Ludivine, que je puisse profiter de ma soirée, si tu vois ce que je veux dire.

Ludivine retint un regard dur, laissant le Gryffondor mener la danse, consciente qu'il avait quelque chose derrière la tête.

— Va te faire foutre, Potter ! cracha Justin Selwyn.

A ces mots, James serra la main de Ludivine avec force, et cette dernière comprit le message. Les deux sorciers pointèrent aussitôt leur baguette vers leurs opposants, chacun prononçant avec clarté son sortilège.

Stupefix, murmura James d'un ton calme.

Bombarda ! s'exclama Ludivine.

Les deux sortilèges touchèrent leur cible de plein fouet, l'un tombant raide sur le sol sans qu'il n'ait pu réagir tandis que l'autre était projeté quelques mètres plus loin sous le coup d'une explosion. Les deux sorciers restants réagirent aussitôt, levant leur baguette vers eux.

Expulso !

Fulgari !

James cria un protego qui bloqua le sortilège d'expulsion lancé dans sa direction. Quant à Ludivine, elle leva sa baguette au-dessus de sa tête et lui fit faire un léger mouvement de va et vient, redirigeant le sort vers son envoyeur qui se le prit de plein fouet, finissant plaqué au sol par une force invisible qui lui noua les mains.

Diffindo.

Le sortilège lancé avec calme par James fut en partie évité par Selwyn qui s'était décalé vers la gauche. La manche de sa veste fut néanmoins découpée, avec une partie de sa peau mais de façon superficielle. Il renvoya un sortilège de stupéfixion, que Ludivine évita quand James la plaqua au sol avec dextérité avant d'envoyer un sortilège de confringo qui toucha Selwyn de plein fouet.

Un silence s'installa une fois les quatre sorciers mis hors d'état de nuire. Lorsque Ludivine n'entendit plus aucun bruit, elle porta son attention sur James. Il avait maintenu sa pression sur son poignet et était à moitié affalé sur elle, s'assurant par son coude de ne pas l'écraser de son poids.

Il posa son regard sur elle, s'assurant d'un œil mobile qu'aucune expression de douleur ou de peur ne se trouvait sur ses traits. Ludivine soutint son regard jusqu'à qu'il décide de se relever, lui tendant une main.

— Qu'est-ce que je disais ? dit James avec un sourire narquois. Tu es festive, Hendell.

— Et toi, inconscient, dit Ludivine sèchement en attrapant toutefois la main qu'il lui tendait. On aurait pu éviter ce duel.

— Pour en avoir eu bon nombre, je peux t'assurer que non.

Ludivine ne sut interpréter l'émotion qui passait sur les traits du sorcier. Elle voulut lui demander ce qu'il voulait dire par là, mais elle le savait déjà. Être le fils du Survivant n'était pas uniquement synonyme de célébrité. Elle savait, par Albus, que James avait pâti de son rôle de premier né de Harry Potter.

Ludivine ne dit rien, choisissant de s'approcher des quatre sorciers allongés sur le sol. Deux d'entre eux étaient tombés raides au sol, pris dans un sort de stupéfixion. Un autre avait atterri un peu plus loin sous la force du sortilège d'explosion. Un dernier était toujours conscient, les mains ligotées au sol. Ludivine eut un instant d'hésitation, mais choisit de lever sa baguette et jeter un sort de stupéfixion. Elle ne prendrait pas le risque de relancer un duel.

Lorsqu'elle se retourna vers James, celui-ci avait remis ses mains dans ses poches et la regardait d'un air indéchiffrable qu'elle choisit de ne pas interpréter. Il s'approcha, jetant un regard rapide sur les quatre sorciers au sol avant de relever la tête vers elle. Il se tenait très proche et elle se demanda pourquoi il avait autant réduit la distance entre eux. Elle voyait sur son visage qu'il était en pleine lutte intérieure, et Ludivine choisit de parler pour briser la lourdeur du moment.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

— Tu as un bon niveau, répondit pensivement James.

— Tu en doutais ? demanda Ludivine d'un ton défensif.

— Vraiment pas, répondit James dans un sourire, amusé de la défensive de la sorcière dès qu'on attaquait ses compétences.

— Dans ce cas, tu ne...

— Mets-toi en équipe avec moi pour le concours, dit James avec fermeté, créant un élan de panique chez Ludivine qui sentit ses yeux s'écarquiller sous la surprise.

End Notes:

Et voilà ! Alors, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ?

Pensez-vous que Ludivine va accepter la proposition de James ? Pensez-vous qu'ils feraient un bon binôme ?

Merci pour votre lecture, la suite arrive très rapidement !

Une décision n'est bonne qu'une fois prise by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour à tous ! Voici la suite, je suis assez contente de la publier aussi rapidement, j'espère qu'elle vous plaira ! Je suis impatiente de connaître vos réactions :)


Merci à Milamila et Lilou menthe pour vos reviews si constructives !


Bonne lecture !

Chapitre 9 — Une décision n'est bonne qu'une fois prise

— Pardon ? demanda Ludivine, interloquée.

— Tu m'as compris, répondit James en levant les yeux au ciel, faisons équipe !

James se tenait très proche de Ludivine, qui eut un mouvement de recul. Elle commençait à se sentir oppressée sous le regard inquisiteur et ferme de James, et sa proximité physique. Elle ne savait pas pourquoi, mais la proposition du sorcier l'irritait. Que savait-il vraiment d'elle pour penser qu'ils feraient une bonne équipe ?

— C'est absurde, rétorqua-t-elle en fusillant James du regard, absurde.

— Allons, argua-t-il en souriant avec malice, ce n'est pas si absurde que ça. On vient d'en avoir la preuve! Tu as un bon niveau. Moi aussi. Faisons équipe !

— Ce n'est pas un critère suffisant ! cingla Ludivine.

— C'est le plus important, objecta James en fronçant les sourcils.

— On ne s'entend pas, Potter.

— Je ne participe pas pour me faire de nouveaux amis, Hendell, répliqua James en haussant les épaules. Je participe pour gagner.

Le regard de James s'était durci et Ludivine sentait bien qu'il s'impatientait. Il avait posé sur elle un regard vindicatif qui provoqua un mouvement de recul chez elle, lui rappelant celui qu'il avait arboré quelques jours plus tôt. Pendant un instant, elle comprit pourquoi son entourage ne souhaitait pas se mettre avec lui. Bien sûr, il ne lui avait pas fallu plus d'un échange pour voir que James Potter était un jeune homme compliqué. Et elle n'avait pas besoin d'un tel niveau de complexité.

— Il faut plus qu'un bon niveau pour gagner, Potter. Les binômes vont devoir travailler ensemble et se faire confiance. Pour ça, il faut bien s'entendre !

— Tu trouves qu'on s'entend mal ? répliqua le sorcier.

— Tu trouves qu'on s'entend bien ? renvoya-t-elle d'un air sidéré.

Pour elle, cet échange restait incohérent, mais James se contenta de hausser les épaules, portant sur elle un regard réfléchi. Il ne semblait pas voir les choses du même œil qu'elle et elle se demanda s'il vivait dans son monde ou s'il le faisait exprès.

— Ta proposition sonne creux, cingla-t-elle en sentant une colère sourde monter en elle.

— Tu ne…

— Ludivine ?

James se tut, observant aigrement la personne qui l'avait interrompu dans son argumentaire. C'était Acca qui s'approchait, accompagnée de Michael, les regardant avec un mélange de surprise et de méfiance.

— Qu'est-ce que vous… commença-t-elle avant de poser son regard sur les sorciers à terre. Tout va bien ?

— Tout va bien, répondit Ludivine sèchement sans détourner son regard de celui de James, je m'apprêtais à retourner au château.

Ludivine défia James du regard de l'en empêcher, mais celui-ci s'était refermé dès l'arrivée des deux sorciers. Il se contenta de soutenir son regard, se décalant d'un pas comme pour lui ouvrir le chemin.

Acca s'approcha en voyant que Ludivine ne bougeait ni son regard, ni son corps. Elle attrapa sa main, saluant James poliment avant de se mettre en marche avec Ludivine en direction du château, Michael sur les talons.

Sur le chemin du retour, Acca ne posa aucune question mais elle sentait la tension chez Ludivine et tenta de lui changer les idées. Elles discutèrent d'Evelyn, décidant qu'aller la voir à une heure aussi tardive n'était pas ce qu'il y avait de mieux à faire. Ludivine alla donc se coucher, la tête bourdonnante.


Assise sous un arbre dans le parc, Ludivine n'arrivait pas à détourner ses pensées de l'échange de la veille.

Au matin, elle s'était réveillée en ressentant une certaine appréhension. La proposition de James Potter n'avait pas quitté son esprit, et elle s'était surprise à trouver cette idée… palpitante. Elle avait senti une poussée d'adrénaline la veille, lorsqu'ils avaient combattu les quatre sorciers, qui l'avait fait vibrer. C'était un sentiment qu'elle adorait et elle devait reconnaître qu'ils avaient fait une bonne équipe.

Elle restait toutefois réticente, d'une part parce qu'elle ne prenait pas au sérieux la proposition du Gryffondor qui reviendrait sur son idée, elle en était persuadée. Et d'autre part, parce que cela impliquait qu'elle ait une discussion avec Albus, et Ludivine n'avait aucune idée de la potentielle réaction de son ami.

Elle avait refusé de se retrouver face à Albus et Scorpius à qui elle n'avait définitivement pas envie de raconter sa fin de soirée, et avait souhaité se réfugier ailleurs. Elle avait prétexté devoir écrire un courrier à sa mère quand elle les avait croisés. Elle se savait ridicule mais elle n'avait pas le courage de les affronter. Finalement, elle s'était laissé porter jusqu'au parc où elle s'était promenée pendant un long moment, ressassant tout ce qu'elle avait en tête avant de décider de se diriger vers le terrain.

Lorsqu'elle arriva, elle fut surprise de l'agitation qui régnait dans les airs. L'équipe de Serpentard volait autour du terrain d'un mouvement uni, mais l'expression sur leur visage montrait qu'ils n'avaient aucun plaisir à effectuer l'exercice.

— Ludivine Hendell, entendit-elle depuis les gradins un peu plus haut.

Ludivine se retourna et croisa un regard amical, qui appartenait à un sorcier de Poufsouffle qu'elle reconnut, pour l'avoir rencontré quelques semaines plus tôt.

— Kilian Finnigan, répondit-elle, fière d'avoir retenu le nom du sorcier qui se tenait devant elle.

— Je peux t'accompagner dans ton observation ? suggéra-t-il en montrant le terrain de sa main.

Ludivine hésita un instant. Elle n'avait parlé qu'une seule fois au sorcier, et même si elle avait eu un très bon premier sentiment, elle ne le connaissait tout de même que très peu. Elle jeta un regard en direction d'Albus, qu'elle trouva pris dans un échange animé avec Mila qui semblait en avoir marre de faire des tours de terrain, et elle se dit qu'un peu de compagnie ne lui ferait pas de mal.

Ludivine reporta alors son attention sur le sorcier qui attendait sa réponse avec une légère appréhension sur son visage.

— Pourquoi pas, tenta-t-elle avec un léger sourire.

Kilian lui rendit un sourire éclatant avant de descendre les bancs qui le séparaient d'elle, prenant place sur le siège à côté.

— Je ne vais pas te mentir, commença Kilian en appuyant ses coudes sur ses genoux, je ne m'attendais pas à ce que tu acceptes.

— J'ai l'air hostile, n'est-ce pas ? demanda-t-elle dans un sourire.

— Hostile n'est certainement pas le bon terme, répondit-il avec précaution, plutôt imprévisible mais ça fait partie de ton charme.

Ludivine ne cacha pas sa surprise tandis que Kilian lui faisait un sourire amical. Il ne semblait pas se rendre compte du compliment qu'il venait de lui faire et Ludivine en rougit presque.

— J'ai vu ton nom sur le tableau d'inscription, reprit-il, c'est cool !

— Ça le sera d'autant plus quand j'aurai trouvé un binôme, répondit-elle. Et toi, tu participes ?

— J'hésite encore, admit Kilian avec un sourire, je fais partie des indécis du château. J'entends que beaucoup de monde s'inscrit, même hors Poudlard, et la plupart a un bon niveau. Je n'ai pas encore choisi si j'allais m'aventurer sur ce terrain ou non. Surtout que, comme tout Poufsouffle qui se respecte, je suis meilleur avec mon relationnel qu'avec ma baguette, et un concours n'aide pas les relations entre élèves.

Ludivine eut un rire, et elle se surprit à essayer de le rendre plus agréable que moqueur. Elle n'était pas dérangée par la longue réponse du sorcier. Elle ne ressentait aucune gêne près de lui, voire même une aisance qu'elle n'avait qu'avec très peu de monde.

— Tu as encore un peu de temps pour faire ton choix, répondit Ludivine.

— Ça ne me préoccupe pas particulièrement, dit Kilian avec malice.

Le langage corporel du sorcier la mettait à l'aise. Rien dans son attitude et ses propos n'inspirait la méfiance, et elle se surprit à trouver ce sentiment agréable. Personne ne lui avait inspiré une telle tranquillité depuis ses onze ans, âge auquel ses dernières amitiés existantes s'étaient formées.

— Je t'ai vu à Pré-au-Lard hier, reprit-il, avec Rockwood et Walsh, je ne savais pas que vous étiez amies.

— Comme beaucoup de monde, répondit Ludivine. On reste discrètes.

— Je ne pensais pas que ton entourage était plus large que Potter et Malefoy, dit Kilian.

L'amusement n'était pas contagieux pour Ludivine qui resta hermétique à son humour.

— Je pense juste que tu ne me connais pas vraiment, argua Ludivine d'un ton qu'elle voulut conserver le plus calme possible.

— C'est vrai ! reconnut Kilian.

Il avait toujours ce même sourire et Ludivine se demanda s'il ne testait pas son caractère en la titillant pour voir ses réactions.

— En tout cas, reprit-il sur le ton de la confession, je regrette de ne pas t'avoir croisée avant Pré-au-Lard. Je t'aurais invitée à y boire un verre sinon.

Ludivine rougit devant le sous-entendu explicite qui la mit mal à l'aise. Elle ne réagissait pas particulièrement bien au flirt et commençait à être gênée.

— Peut-être la prochaine fois, suggéra-t-elle sur un ton bas.

Ludivine se demanda un instant ce qu'il lui prenait, à flirter avec Kilian Finnigan. Elle n'était pas quelqu'un de particulièrement abordable, car toujours accompagnée d'Albus et Scorpius, et parce qu'elle coupait toujours court aux discussions. Ce n'était pas le cas aujourd'hui et elle ne comprenait pas pourquoi.

— STONES ! QU'EST-CE QUE TU FOUS !

Sur le terrain, Albus hurlait sur ses joueurs depuis plusieurs minutes. Il semblait contrarié et maintenant que Ludivine y regardait de plus près, elle pouvait voir que l'ambiance était tendue.

— Potter est remonté ce matin, expliqua Kilian. Il crie sur tout le monde depuis le début de l'entraînement.

Ludivine haussa les sourcils de surprise. Il n'était pas dans les habitudes d'Albus d'être tyrannique s'ils n'étaient pas à l'approche d'un match, et le prochain affrontait Serdaigle et Gryffondor. Mais il suffit d'un regard pour que Ludivine voie qu'il était en effet contrarié par quelque chose.

Albus continuait de s'énerver contre Mila qui avait volé à toute allure dans sa direction et lui hurlait maintenant dessus sans que ses propos n'arrivent jusqu'aux gradins. Les deux sorciers réglaient leurs comptes et aucun ne décolérait.

— Ce que Potter peut être excessif sur un terrain, marmonna Kilian.

Ludivine fronça les sourcils. Elle savait qu'il n'y avait aucune méchanceté dans ce qu'il disait, lui qui semblait transparent et sincère, mais elle se méfia. Elle était surprise de constater que, pour des sorciers dont les parents avaient fait la guerre ensemble, ils ne semblaient pas particulièrement s'apprécier. Il avait peut-être raison, elle n'appréciait cependant pas qu'on critique Albus.

— JE M'EN CARRE LA BOUSE DE DRAGON, POTTER !

Albus et Mila s'étaient posés au sol et se tenaient maintenant à quelques centimètres l'un de l'autre, se fusillant du regard. Finalement, Albus recula d'un pas et clama d'un ton froid la fin de l'entraînement, sommant Mila de l'accompagner dans les vestiaires. Devant la scène, Kilian fit un bruit marqué de dédain et Ludivine se sentit obligée de défendre son ami.

— Il est juste très investi, dit-elle sèchement.

— Pardon, répondit Kilian avec un sourire qui calma aussitôt son irritation, j'avais oublié que Potter et toi étiez comme les doigts d'une main.

Kilian porta un regard amusé en direction de Ludivine qui choisit de ne pas répondre. Elle savait qu'elle était de mauvaise foi, étant la première à clamer haut et fort qu'Albus était un obsédé du Quidditch et un capitaine tyrannique. Mais elle mentirait avec adresse et sans cligner des yeux pour défendre Albus.

— Et ça, fit une voix, je ne te le fais pas dire, Finnigan !

Ludivine leva les yeux au ciel alors que Scorpius descendait de son balai pour s'installer à côté d'elle. Il salua le Poufsouffle d'un mouvement de tête narquois avant de reporter son attention sur elle.

— Fin de l'entraînement ? demanda-t-elle.

— Tout à fait ! s'exclama Scorpius d'un ton railleur. Un entraînement de qualité, comme tu as pu le constater.

Scorpius avait les traits tirés et Ludivine ne doutait pas que son ami était fatigué. Il lui partagea un sourire amical avant de jeter un regard à la dérobée au Poufsouffle.

— Si ça ne te dérange pas, Finnigan, reprit Scorpius avec toujours ce même sarcasme, l'annulaire aimerait passer du temps avec le majeur avant de retrouver l'index.

Kilian jaugea le sorcier du regard avec réserve avant de reporter son attention sur Ludivine pour lui faire un sourire chaleureux.

— Dans ce cas, lui dit-il, je ne te retiens pas plus longtemps. Peut-être qu'on pourra concrétiser ce que je t'ai dit une prochaine fois.

Il lui fit un dernier sourire, qu'elle lui rendit avant de saluer cordialement Scorpius et de quitter le gradin. Ce dernier suivit le sorcier du regard avant de reporter son attention sur son amie.

— Il te draguait, maugréa Scorpius quand le sorcier fut suffisamment loin.

Ludivine soupira avec exagération mais ne répondit pas, ne souhaitant pas aller sur ce terrain-là.

— Qu'est-ce qui arrive à Albus ? demanda-t-elle. Je le vois rarement aussi énervé.

Scorpius lui jeta un regard en biais, teinté d'une indécision imperceptible pour qui ne le connaissait pas bien.

— Il est comme ça depuis le petit-déjeuner.

— Et que s'est-il donc passé ? insista Ludivine qui avait bien compris que Scorpius ne voulait pas tout lui dire.

— Demande-lui directement, se contenta-t-il de répondre.

Ludivine plongea son regard dans celui de son ami. Elle y lut une gêne peu habituelle, et s'il n'était pas venu vers elle, elle aurait pensé qu'il ne voulait pas lui parler. Ludivine était une vraie éponge à émotions quand il s'agissait de Scorpius ou Albus, et elle ressentait cette gêne dans tout son corps.

— On t'a perdue de vue, hier soir, reprit-il en lui jetant un nouveau regard en biais.

— Je voulais retrouver Evelyn, expliqua Ludivine avec prudence.

— C'est ce que semblait m'expliquer Rockwood ce matin. C'est une pipelette, Rockwood, quand elle le souhaite.

Scorpius portait un regard insistant sur Ludivine qui comprit le message.

— Qu'est-ce que tu attends de moi, Scorp ? demanda-t-elle en toute transparence, mal à l'aise.

— Que tu m'expliques pourquoi c'est James qui vient annoncer à Al qu'il t'a proposé de faire équipe pour le concours, et non toi ?

Ludivine sentit ses yeux s'écarquiller à cette information.

— Parce que ce n'est pas à moi de le faire, répondit-elle, irritée. Potter a eu une illumination qui, j'en suis sûre, lui est passée depuis.

— Il est suffisamment sérieux pour en avoir parlé à Albus, assura Scorpius.

Ludivine ne répondit rien, agacée. Elle n'aimait pas le ton de reproche de Scorpius, mais elle savait que ce qui la dérangeait autant était qu'elle se sentait coupable. Elle avait évité ses deux amis ce matin, et même s'ils n'en savaient rien, elle s'en voulait. Ils avaient toujours été très transparents les uns avec les autres, et elle ne comprenait toujours pas pourquoi elle n'en avait pas parlé le matin. Elle savait pourtant qu'ils l'auraient conseillée avec la plus grande objectivité.

— Tu sais qu'Al t'adore, reprit Scorpius sur un ton plus doux, il n'a pas compris pourquoi il apprenait ça de son frère et non de toi. Et je peux te dire que la surprise de James quand il a vu qu'Albus n'était pas au courant n'a pas aidé la situation.

— J'avais besoin d'y réfléchir tranquillement avant de vous en parler, soupira Ludivine.

— Je sais, souffla Scorpius avec douceur, et Al aussi. C'est juste un concours de circonstance et je pense qu'il faut lui en parler pour éluder tout ça.

— Ce n'est rien de sérieux, argua-t-elle, je ne l'envisage même pas.

— Pourquoi ? demanda Scorpius avec surprise.

— Parce que je ne lui fais pas confiance, répondit simplement Ludivine.

Scorpius resta silencieux, réfléchissant à ce qu'il pouvait lui répondre. Il arborait un air sérieux qui n'avait rien à voir avec la moquerie qu'il avait affichée un peu plus tôt. Maintenant qu'il avait partagé ce qu'il avait à dire, sa gêne vis-à-vis d'elle avait disparu. Il avait juste eu besoin de s'exprimer.

— James est un très bon sorcier, déclara Scorpius, tu devrais au moins considérer sa proposition.

Ludivine ne cacha pas sa surprise, faisant sourire Scorpius qui passa son bras autour de ses épaules.

— Je te disais simplement qu'il fallait en parler à Albus plutôt que d'éviter la discussion, lui expliqua-t-il. En dehors de ça, je ne vois pas quel serait le problème.

— Je crains que ça ne dérange Albus, confessa Ludivine à voix basse.

— Je ne vais pas te mentir, sourit Scorpius, ça n'a pas l'air de l'enchanter là de suite. Mais ça lui passera, et je suis sûr qu'il soutiendra votre décision, quelle qu'elle soit.

— Tu penses ? douta Ludivine.

— Albus te soutiendrait dans tout, Lud, affirma Scorpius, ce n'est pas ton meilleur ami pour rien.

Il lui fit un sourire rassurant et elle le remercia du regard avant de changer de sujet.

— Acca et toi avez scellé votre pacte ?

— Tout à fait ! s'exclama Scorpius avec un sourire. Je peux te dire que la présence de Rockwood avant qu'on le fasse n'a d'ailleurs pas aidé à améliorer l'humeur d'Albus.

— Je ne comprends vraiment pas pourquoi ils ne s'aiment pas, ces deux-là, soupira Ludivine. En tout cas, félicitations ! Tu verras, tu t'amuseras bien avec Acca.

— J'y compte bien, répondit Scorpius avec malice.

Ludivine n'en doutait pas. Son amie était la partenaire idéale pour Scorpius. Ce dernier pouvait avoir un humour très railleur qui chatouillait là où ça faisait mal, et elle se doutait que l'espièglerie de Scorpius correspondait bien à l'explosivité d'Acca et sa capacité à tout prendre à la légère.

Le choix de Scorpius, comme celui de Ludivine, avait été restreint. Lui non plus ne s'intéressait pas à grand monde, et surtout il n'accordait pas suffisamment d'importance au concours pour se mettre avec quelqu'un de trop sérieux ou trop impliqué. Ludivine était même surprise, avec du recul, que le sorcier choisisse de participer.

Scorpius rejetait les institutions, qu'il trouvait injustes et inégales. Passionné par l'histoire de la Grande Guerre et la façon dont elle avait été gérée par le gouvernement magique, Scorpius avait un avis politique très arrêté, même s'il n'en faisait pas étalage. Ils avaient passé suffisamment de soirées à refaire le monde pour que Ludivine sache que Scorpius réformerait tout s'il en avait le pouvoir, et qu'il était hors de question qu'il entre dans cette machine mal huilée qu'était le gouvernement magique anglais. Alors elle était bien placée pour savoir que Scorpius n'avait aucune ambition de gagner ce concours autre qu'un défi à relever.

— Tu penses que je devrais aller voir Al maintenant ? demanda-t-elle.

— Laisse le redescendre en pression, conseilla Scorpius, tu sais comment il est quand un entraînement se passe mal. Ça lui tient plus à cœur que toutes ces histoires.


Diffindo.

— Quelque chose te préoccupe, Lud.

Ludivine ne répondit pas immédiatement, concentrée sur la découpe de la plante à ses pieds. Elle attrapa la branche d'ellébore qu'elle rangea dans son sac à dos, puis releva la tête. Face à elle, Liz et Evelyn s'installaient sur un tronc d'arbre au sol tandis que Acca s'asseyait directement sur un tas de feuilles sans se préoccuper de l'état de sa jupe.

Suivant les conseils de son directeur, Ludivine avait décidé de s'entraîner à la préparation du philtre de Paix et devait récupérer des feuilles d'ellébore pour en faire un sirop à utiliser dans la potion. Heureusement, il n'y avait pas besoin de s'avancer trop loin dans la forêt interdite pour en trouver.

Elle en avait profité pour envoyer un charme aux trois sorcières pour leur proposer de l'y retrouver. Elle n'avait finalement pas pu discuter avec Evelyn de son déjeuner et si elles pouvaient le faire toutes ensemble, ça n'en était que mieux.

— On est là pour parler de ton déjeuner, répondit Ludivine avec un sourire.

— Ne détourne pas le sujet, siffla Evelyn, et dis-nous ce qui te préoccupe suffisamment pour te créer des rides.

Ludivine hésita à argumenter de nouveau mais elle savait, en voyant ses trois amies tournées vers elle dans l'attente, qu'elle n'échapperait pas à l'interrogatoire.

— James Potter m'a proposé de faire équipe avec lui pour le concours, dit-elle platement.

La surprise qu'elle lut sur le visage de ses amies lui confirma que cette situation était lunaire. Elles échangèrent un regard et Ludivine soupira. Même si sa discussion un peu plus tôt avec Scorpius l'avait détendue, elle sentait un poids qu'elle ne parvenait pas à alléger. C'était d'autant plus frustrant qu'elle n'arrivait pas à expliquer ce qui la dérangeait tant.

— Hier soir, quand je vous ai croisés ? demanda Acca qui rassemblait les pièces de puzzle dans son esprit.

Ludivine hésita un instant à leur relater les événements de la veille, mais la question d'Acca avait déjà suscité suffisamment de curiosité chez Evelyn et Liz. Alors Ludivine leur raconta sa rencontre avec James.

Liz et Evelyn eurent un même air surpris tandis qu'une expression de compréhension s'installait sur les traits d'Acca. Ce fut Liz, rationnelle, qui prit la parole en premier.

— Et qu'est-ce que tu penses faire ? demanda-t-elle. Tu comptes accepter ?

— A l'inverse ! dit Ludivine comme si la réponse était évidente. Je prévois de refuser.

Les trois sorcières restèrent interdites et Ludivine sut qu'elles se retenaient de dire quelque chose lorsqu'elle vit le regard qu'elles échangeaient.

— Vous n'êtes pas d'accord, affirma-t-elle.

— L'idée même d'accepter a l'air de te sembler absurde, tenta Liz.

— Bien sûr qu'elle me semble absurde, se justifia Ludivine, tout comme sa proposition ! On ne se connaît même pas ! s'exclama-t-elle.

— Et alors ? argua Acca. Malefoy et moi ne nous connaissons pas plus que vous et pourtant nous faisons équipe.

— Rien ne me dit qu'il est encore de cet avis aujourd'hui, continua Ludivine qui n'appréciait pas la tournure que prenait cette discussion.

Acca voulut répondre mais Evelyn l'en empêcha d'une main, fixant Ludivine d'un air hésitant. Elle avait bien compris que convaincre Ludivine n'était pas la bonne méthode à adopter. Le regard qu'elle avait échangé avec Liz avait confirmé à Evelyn qu'il fallait employer une autre stratégie.

— Qu'est-ce qui te fait peur ? demanda Evelyn avec prudence, comme si elle ne souhaitait pas la brusquer.

— Je ne le connais pas, admit Ludivine avec hésitation. Qu'est-ce qui me dit que je peux lui faire confiance ? En dehors de son lien de parenté à Albus, rien ne me pousse à me fier à lui.

— Dans ce cas, répondit Liz avec douceur, pourquoi n'essaies-tu pas de faire plus ample connaissance avec lui ?

Ludivine haussa les épaules en soupirant. Elle n'avait pas besoin de le dire pour qu'elles le sachent. Elle avait tout simplement peur de s'ouvrir à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Elle ne l'avait pas fait en six années, en dehors d'Albus et Scorpius. Elle s'entendait bien avec Mila car elle la côtoyait au quotidien, ainsi qu'avec Rose car elles se connaissaient par leur obligation de préfètes. Mais Ludivine n'avait jamais fait l'effort - jamais pris le risque - de s'ouvrir à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas ou peu. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle son cercle d'amis était si restreint et qu'elle n'avait eu presque aucune relation amoureuse.

Elle n'était ni Acca qui avait une aisance impressionnante avec tout le monde, ni Evelyn qui avait un cercle de connaissances élargi par le Quidditch et ses obligations familiales, ni Liz dont la douceur attendrissait quiconque s'approchait.

Ludivine se ferma à la discussion en se penchant pour récupérer des fleurs d'aconit, et ses trois amies comprirent le message. Il n'y avait aucun intérêt à insister. Ce fut pour cette raison que Liz se tourna vers Evelyn, lui demandant comment s'était passé son déjeuner.

Evelyn soupira en entendant la question, passant une main dans ses longs cheveux noirs.

— C'était très… plat, hésita Evelyn. On a discuté de façon très cordiale de nos vies respectives, mais rien de particulier n'est ressorti de cette discussion.

— Il était agréable ?

— Est-ce qu'il était aussi réticent que toi ?

— Tu comptes faire quoi ?

Les questions fusèrent dans tous les sens, et Evelyn eut un sourire attendri. Elles prenaient toutes très à cœur sa situation.

— On s'est engagé à faire plus ample connaissance, dit-elle. Je pense que d'ici là, rien d'extraordinaire ne sortira de cette relation.

— Nott n'est pas quelqu'un qui s'exprime beaucoup, informa Ludivine, ça ne me surprend pas qu'il se soit montré peu expressif.

— Tout Serpentard est comme ça au premier abord, se moqua Acca.

— Peut-être, répondit Ludivine, mais il faut simplement faire confiance à son interlocuteur.

— Simplement, ironisa Evelyn, c'est Ste Mangouste qui se fout de la charité !

— Tout ce que je veux dire, conclut-elle, c'est qu'il lui faudra du temps pour s'ouvrir à toi, mais ce sera également ton cas. Apprenez à vous connaître en tout premier lieu.

Evelyn ne répondit rien, toujours un air sceptique sur le visage. Concentrée sur sa situation, elle ne fit aucun commentaire sur le conseil que son amie refusait par ailleurs d'appliquer à elle-même. Evelyn avait beau vouloir tout plaquer, elle devait tout de même être honnête avec elle-même. Elle n'avait aujourd'hui aucune force pour tenir tête à ses parents et rejeter ce mariage. Et tout ce qu'elle pouvait se dire au quotidien n'y changeait rien.

La panique qu'elle avait ressentie la veille après son déjeuner s'était calmée après une session de vol puis en croisant le regard d'Ethan Nott le matin-même au petit-déjeuner. Ce dernier l'avait saluée d'un petit sourire, qu'Evelyn vit comme un premier pas. Le rendez-vous ne s'était pas mal passé, elle le reconnaissait avec du recul, mais il n'y avait aucun coup de foudre.

— Au moins, soupira-t-elle, ce n'est pas quelqu'un de mauvais. Et puis, les rares blagues qu'il a initiées étaient drôles.


Lorsque Ludivine arriva à la lisière de la forêt après avoir vagabondé une petite heure à la recherche du reste des ingrédients, elle fut étonnée de voir que quelqu'un l'attendait. Appuyé patiemment contre un arbre, Albus avait le regard rivé sur son carnet de stratégie et semblait concentré, ce qui ne l'empêcha pas de relever la tête vers Ludivine quand elle approcha.

— Que fais-tu là ? demanda-t-elle avec un sourire qui ne cachait pas sa surprise.

— J'ai vu ton nom sur la carte et je me suis dit qu'un peu d'air frais ne me ferait pas de mal.

Ludivine hocha la tête, arborant un petit sourire qu'Albus ne lui rendit qu'à moitié tandis qu'ils se mettaient à marcher en direction du château.

— James est venu me voir au petit-déjeuner, dit Albus sans tourner autour du pot.

Le ton d'Albus était neutre et Ludivine se raidit à l'entente du prénom du Gryffondor. Scorpius lui avait déjà expliqué la situation, et elle préféra ne rien dire et attendre qu'Albus parle, ce qu'il fit au bout de quelques secondes.

— Il m'a raconté votre rencontre hier soir et m'a partagé l'idée intéressante, reprit Albus en insistant sur ce mot avec ironie, qu'il aurait eue de se mettre en équipe avec toi.

— Ton frère a réagi sur le coup de l'adrénaline, argua Ludivine qui n'aimait pas l'expression troublée du sorcier.

— Oh je pense qu'il était très sérieux, répondit Albus en secouant la tête. Il ne serait pas venu m'en parler si ce n'était pas le cas.

L'expression dubitative de Ludivine fit sourire Albus qui se sentit obligé de lui expliquer ce qu'il insinuait par-là. Il était conscient qu'elle avait toujours pris soin de ne pas être impliquée dans les histoires du clan Potter-Weasley et, de ce fait, connaissait peu comment ils fonctionnaient.

— James est du genre à préférer mettre les pieds dans le plat plutôt que de laisser planer des doutes, expliqua Albus. Tu es ma meilleure amie alors il voulait s'assurer que ça ne me dérangeait pas.

Ludivine ne cacha pas sa surprise. Il lui semblait en effet qu'elle connaissait très mal le frère d'Albus et leur relation fraternelle, mais elle apprécia la franchise et la transparence du sorcier, admettant à elle-même qu'elle n'avait pas eu ce courage.

— Tu lui as répondu quoi ? demanda-t-elle

— Quand il m'a dit qu'il envisageait de se mettre avec toi ? demanda Albus en haussant les épaules. Que c'était à toi de décider et que je n'avais pas à rentrer dans l'équation.

— Tu le penses ? demanda Ludivine d'un air sceptique.

— Et toi, tu l'envisages ? demanda Albus avec curiosité.

— Et bien, rougit Ludivine tandis qu'elle commençait à s'agiter, j'en ai discuté avec les filles qui pensent que ce ne serait pas une si mauvaise idée.

— Mais toi ? insista Albus. Tu en penses quoi ?

— J'en pense, répondit-elle après un temps de réflexion, qu'il a un bon niveau et qu'on s'est bien débrouillé hier pour deux personnes qui n'avaient jamais combattu ensemble.

— Je croyais que tu ne pouvais pas le supporter, argua Albus.

— C'est le cas.

— Alors comment tu pourrais lui faire même un minimum confiance ? demanda-t-il comme si l'idée lui était inconcevable.

— Je ne lui fais pas confiance, répondit Ludivine pour qui c'était une évidence, et je reste encore très sceptique à l'idée de ce binôme. Mais je ne peux pas te cacher que je réfléchis beaucoup à ce qu'il m'a dit.

Albus fixa la sorcière du regard avant de tourner la tête, la lèvre pincée. Il n'était pas content et Ludivine n'avait aucune difficulté à le voir.

— L'idée ne te plait pas, constata Ludivine.

— Pas vraiment, admit Albus.

— Pourquoi ? demanda-t-elle.

— Je connais mon frère, répondit sèchement Albus avant de se mordre la lèvre d'hésitation, mais Ludivine ne fit pas attention à son ton.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Albus s'arrêta et la regarda.

— Mon frère aime les défis, Ludivine, reprit Albus. Tout ce qui représente un défi pour lui est intéressant à relever.

Albus la scrutait d'un œil expectatif, mais Ludivine ne parvenait pas à savoir quelle information il cherchait. Elle pouvait sentir qu'il y avait plus à cette histoire que ce qu'elle savait mais n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

— C'est comme ça que tous les participants voient ce concours, Al, je ne vois pas le problème à ça.

Albus ne cacha pas son agacement en éloignant son regard, ignorant l'air perplexe de Ludivine. Elle ne comprenait pas son irritation, et Albus, malgré sa contrariété, s'adoucit devant l'innocence de son amie, choisissant d'aller dans son sens.

— Tu as raison, ma Lud, il n'y a aucun mal à ça.

Ludivine ne dit rien, cherchant le regard d'Albus. Quelque chose le dérangeait et elle ne parvenait pas à déterminer quoi. Elle ne savait pas précisément ce que son frère avait pu lui dire mais elle comprenait bien que l'idée de ce binôme ne lui plaisait pas.

— Est-ce que tu veux que je refuse ? demanda-t-elle avec un sourire bienveillant.

Albus ne cacha pas sa surprise, lui jetant un regard à la dérobée. Ludivine eut un petit rire. Elle commençait à avoir une légère idée de ce qu'il se passait, l'expression pincée d'Albus confirmant ses doutes.

— Tu n'aurais pas d'intérêt à refuser, répondit-il avec neutralité.

— J'en aurais si ce binôme te dérange.

Albus réfléchit d'un air impassible, sans la quitter du regard. Ludivine lui fit un sourire doux. Elle n'hésiterait pas à faire ce choix si son ami le lui demandait. Peut-être même, reconnut-elle, que la volonté d'Albus le lui faciliterait.

— Est-ce-que tu préfèrerais, Al ? insista Ludivine avec sérieux.

— Je te soutiens dans tout, Lud, dit finalement Albus d'un ton fataliste mais avec un petit sourire après un moment de silence, si tu penses que faire équipe avec James te permettra de gagner, je ne serai pas un frein.

Ludivine rendit son sourire à Albus. Elle n'avait pas besoin d'insister. Ils avaient beau être particulièrement dévoués l'un à l'autre, elle savait également qu'Albus pensait suffisamment à lui pour ne pas hésiter à lui dire si jamais l'idée le dérangeait réellement.

— Je pense que mon envie irrationnelle de dire merde au Quidditch et de m'inscrire pour faire équipe avec toi devrait me passer, Hendell, confessa Albus sur le ton de l'amusement.

Albus avait choisi l'humour pour faire passer le message et Ludivine lui rendit son sourire. Elle se disait parfois qu'il était en effet resté plus de traces qu'elle ne le pensait de ce qu'ils avaient un jour partagé tous les deux et sur quoi ils avaient décidé de tirer un trait. Ces élans de possessivité, rares mais qui avaient le mérite d'exister, en étaient la preuve. Mais Ludivine voyait que le sourire d'Albus était plein d'une tendresse amicale, d'un sentiment de protection qui allait au-delà de toutes ces histoires.

— Et tu oses dire que tu n'es pas possessif, Potter ? dédramatisa-t-elle avec un sourire moqueur. Il faut te reprendre, ce n'est pas Serpentard de ne pas contrôler ses émotions !

Albus éclata d'un rire léger tandis qu'il passait son bras autour de ses épaules et qu'ils reprenaient doucement leur marche vers le château.

— Je dois reconnaître, dit Albus avec un sourire, que je ne sais pas auquel des deux je dois souhaiter bonne chance.


Avant le dîner, Albus était allé s'excuser auprès de Mila pour son comportement. Elle avait été très réticente, mais l'insistance d'Albus avait eu raison de sa colère et elle avait fini par accepter les excuses du sorcier.

Ludivine avait passé le dîner à écouter Scorpius et Albus lui raconter leur fin de soirée. Elle avait plusieurs fois ri aux larmes devant leurs anecdotes. Elle avait notamment appris que Scorpius n'était jamais allé parler à Michelle Oxlay car celle-ci avait détourné les yeux quand il s'était approché. Mais orgueilleux Serpentard qu'il était, il n'avait pas voulu tourner les talons et avait donc feint d'être venu pour la meilleure amie d'Oxlay et l'avait draguée pendant un quart d'heure avant qu'Oxlay ne décide qu'elles devaient partir.

— Elle avait l'air jalouse, au moins ? demanda Ludivine au bord des larmes.

— J'aime à penser que oui, répondit Scorpius en prenant une part de tarte à la citrouille, mais franchement, elle avait l'air bien énervée.

Ludivine en déduisit qu'il s'agissait de jalousie, mais ne dit rien, ne voulant pas mener Scorpius vers une potentielle fausse piste. La scène d'hier semblait l'avoir définitivement découragé de tenter quoique ce soit.

— Franchement, dit Scorpius à Albus, ça ne vaut pas le coup de lutter.

— Elle essaie peut-être d'attirer ton attention de cette façon, suggéra Albus sans grande conviction.

— Peu importe, répliqua Scorpius, c'était trop gênant.

Parlant de gêne, ce fut à Albus de raconter la suite de sa soirée. Il avait discuté un long moment avec Roxanne avant que Souhad Rimens ne choisisse de se joindre à eux. Albus en avait été ravi car c'était la première fois que la sorcière faisait un pas vers lui en public depuis qu'il avait mis fin au semblant de relation qu'ils avaient partagé, mais Roxanne n'avait pas été de cet avis. Connaissant parfaitement l'historique de cette histoire et appréciant particulièrement le petit-ami de Rimens, elle n'avait pas rangé sa langue dans sa poche quand sa camarade de maison avait commencé à parler de façon charmeuse à son cousin. L'échange avait fini avec Roxanne qui lâchait un aguamenti au visage de Rimens.

— J'ai tenté de lui expliquer que ce n'était pas contre elle…, raconta Albus.

— Non, absolument pas contre elle, rigola Scorpius, c'était ce qu'on appelle un malentendu !

— Mais, continua Albus en ignorant Scorpius et le rire de Ludivine, elle n'a rien voulu entendre. Pour elle, Weasley égale Potter.

— Ça lui passera, lui dit Ludivine avec gentillesse.

— Tu ne le penses pas, n'est-ce pas ? demanda Albus, désabusé.

— Et bien, avoua Ludivine en réprimant un rire lorsque Scorpius leva les yeux au ciel, ce n'est peut-être pas plus mal ! Ta cousine n'avait pas tort.

— Tu apprendras qu'on n'énerve pas Roxanne Weasley, dit Scorpius avec un sourire.

— Alors ça, s'exclama Ludivine en rigolant, je n'avais pas besoin qu'on me l'explique !

Albus fusilla ses deux amis du regard quand ils éclatèrent de rire, décidant qu'il n'avait aucun soutien de sa famille qui n'hésitait pas à l'enfoncer dans le trou qu'il commençait à se creuser seul, ni de ses amis qui l'achevaient lorsqu'il était déjà à terre.

— Qu'est-ce qu'il ne vous arrive pas quand je ne suis pas là, plaisanta Ludivine en posant son menton dans sa main.

— Tu peux parler, argua Albus, tu t'es retrouvée dans un duel à six sorciers.

— Et tu en as mis trois à terre ! compléta Scorpius

— Hé, s'offusqua Ludivine, je n'avais rien demandé moi !

— Tu es une tueuse quand on n'est pas là, se moqua Albus.

— Et vous, des boulets !

Ludivine, Albus et Scorpius échangèrent un regard complice, et Ludivine sentit son cœur se réchauffer. Elle n'était pas habituée à ce qu'il y ait de la tension entre eux, c'était tellement rare, et elle se sentait soulagée de savoir que ça n'avait pas duré. Elle savait qu'ils se disaient la même chose quand ils échangèrent un sourire de connivence.

Ce moment prit fin quand une personne s'installa à côté d'eux et qu'un brouhaha commença à résonner autour d'eux. James Potter venait de saluer son frère et Scorpius d'un mouvement de tête avant de poser un regard amusé sur Ludivine qui le fixait avec incrédulité.

— Que fais-tu là, Potter ? demanda-t-elle en jetant un regard circulaire pour voir qui écoutait leur discussion.

— Je viens voir mon petit frère, Hendell, répondit narquoisement James en croisant les bras pour se pencher légèrement au-dessus de la table. Tu aurais préféré que ce soit pour toi ?

Ludivine le fusilla du regard tandis que Scorpius souriait avec humour et qu'Albus jetait un regard surpris à son frère. Ce dernier se tourna vers Albus, ignorant les réactions qu'il avait provoquées avec sa remarque.

— Papa voudrait que tu lui partages les dates de match de cette année, dit James à Albus, qu'il les bloque dès maintenant. Tu sais comment c'est avec lui.

— Pourquoi il ne m'a pas écrit directement ? demanda Albus avec surprise.

— Va savoir, balaya James d'un revers de main, il tenait probablement à tout prix à m'écrire pour me rappeler à quel point ce concours était une chance inouïe pour moi et qu'il fallait que je la saisisse, finit-il en posant son regard sur Ludivine une seconde avant de se tourner de nouveau vers son frère. Et deux lettres, ça relèverait de l'exploit.

Les deux frères échangèrent un regard et un sourire entendu qui se passaient de mots. James se leva, saluant son frère d'une tape dans le dos avant de s'éloigner pour sortir de la Grande Salle. Quand il fut suffisamment loin, James se tourna de nouveau vers le trio.

— Au fait, Hendell, dit-il d'une voix suffisamment forte pour être entendu de tous, j'attends toujours ta réponse !

Et il tourna les talons. Ludivine, de son côté, devint rouge quand elle vit de nombreuses têtes se tourner vers elle. Elle était à deux doigts de se lever et de suivre le sorcier dans le couloir pour lui hurler dessus, mais elle savait que ça n'aurait fait qu'accentuer les rumeurs qui étaient sûrement déjà bien entamées.

— Quel enfoiré, murmura-t-elle en fusillant l'entrée de la Grande Salle du regard bien qu'il l'ait déjà franchie.

— Mon frère a bien compris comment te faire sortir de tes gonds, dit Albus avec amusement.

— Ton frère est un idiot, marmonna Ludivine qui avait le sentiment de chanter une vieille rengaine.


Allongée dans son lit, Ludivine fixait le plafond depuis une bonne heure. Elle remuait en boucle dans sa tête les discussions qu'elle avait eues depuis la veille. Elle avait repensé au regard féroce du Gryffondor lorsqu'il lui avait fait sa proposition. Elle avait revu l'expression dubitative de ses amies devant sa réticence. Elle avait ressenti le combat intérieur d'Albus. Ce concours occupait l'esprit de Ludivine depuis plusieurs jours, et elle commençait à avoir la tête qui bourdonnait à force d'y penser.

Malgré tous les doutes qui persistaient dans sa tête, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine excitation à l'idée de se lancer dans ce concours. C'était la même excitation qu'avant un match quand elle jouait encore, avant qu'elle ne se découvre une aversion pour le Quidditch. C'était la même excitation qu'à l'idée de revoir Albus et Scorpius après plusieurs semaines d'absence.

C'était un sentiment d'inconnu mais en même temps de sérénité. Elle avait tant de confiance en elle-même, Ludivine ne doutait pas de ses capacités. Elle doutait parfois de son physique, se demandant ce qu'elle avait de plus que d'autres, si elle pouvait d'une façon ou d'une autre avoir plus de charme. Elle doutait aussi de son caractère, se demandant si elle pouvait travailler sur ce qu'elle dégageait pour être moins hostile. Parfois, elle avait encore du mal à s'accepter comme elle était.

Mais une chose dont elle ne doutait pas, c'était de ses capacités. C'était notamment pour cela qu'elle n'était pas inquiète à l'idée de se présenter seule, l'option parfois la soulageait d'ailleurs car elle n'aurait aucun compte à rendre à personne, et elle n'aurait rien à attendre des autres.

L'esprit de Ludivine dériva vers James Potter. Elle avait maintenant une proposition très sérieuse, à laquelle elle devait donner une réponse. Ludivine s'était rendu compte que sa plus grosse réticence à faire équipe avec lui venait de l'avis d'Albus. Ça, et la confiance qu'elle portait au sorcier. L'approbation d'Albus l'avait amplement soulagée et elle s'imaginait pour la première fois prendre au sérieux l'offre du Gryffondor.

« Mon frère aime les défis ».

Quelque chose dérangeait encore Ludivine. Elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus, mais elle restait réticente sans pouvoir en expliquer la raison. Si Ludivine y réfléchissait vraiment, elle pourrait facilement déterminer de quoi il s'agissait, mais elle savait que les réponses à ses questions ne viendraient pas d'elle.

Finalement, elle ne parvint pas à trouver le sommeil et une idée lui vint. Elle se releva pour se pencher vers sa table de nuit. Ludivine avait gardé la carte du Maraudeur, qu'Albus lui avait confiée deux jours plus tôt. Murmurant « je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises », qu'aucune de ses camarades n'aurait pu entendre avec le sortilège d'assourdiato lancé autour de son lit, elle vit des noms apparaître alors que Poudlard se dessinait sous ses yeux.

Son œil se balada habilement, constatant que Scorpius et Albus ne dormaient pas, s'agitant dans leur dortoir. Elle chercha directement la personne qu'elle voulait voir, son regard s'attardant sur la salle commune de Gryffondor. La plupart des élèves étaient dans leur dortoir, mais la personne qui intéressait Ludivine était justement dans la salle commune et elle se sentit chanceuse. Il n'était pas seul dans la pièce, mais elle n'était plus à ça près.

Elle sortit de son lit pour enfiler un jogging vert sapin qui avait appartenu à Scorpius en troisième année, un sweat noir et des baskets de la même couleur avant de sortir du dortoir. Ludivine avait l'habitude de se balader la nuit. D'un pas léger et d'un œil observateur, elle avançait avec rapidité, atteignant la salle commune de Gryffondor en quelques minutes.

Elle prononça le mot de passe que Acca lui avait partagé en début d'année, et entra dans la pièce, où James restait maintenant le seul élève présent. Il entendit du bruit et releva la tête de son ouvrage, repositionnant de fines lunettes sur son nez qui ne cachèrent pas sa surprise en la voyant arriver.

— Hendell, constata James en la dévisageant de haut en bas, jolie tenue.

Ludivine s'approcha, ignorant la remarque du sorcier alors qu'elle s'installait dans un fauteuil face à lui. Elle se demandait ce qu'elle faisait là, ses yeux la brûlaient et sa tête bourdonnait, mais elle ne se démonta pas.

— J'ai beaucoup réfléchi à ta proposition, commença Ludivine qui sut qu'elle avait l'attention du sorcier quand il ferma son livre pour le poser à côté de lui.

— Tu ne...

— Pour moi, l'interrompit-elle en évitant son regard, et James comprit qu'il ferait mieux de la laisser s'exprimer, c'était inenvisageable sans l'approbation d'Albus. En fin de compte, j'ai l'impression que l'idée ne le dérange pas particulièrement.

— J'ai cette impression également.

— Mais, reprit Ludivine comme si James n'avait pas parlé, je reste quand même sceptique à l'idée que l'on fasse équipe.

— Qu'essaies-tu de me dire, Hendell ?

— J'ai besoin de savoir pourquoi tu m'as proposé de faire équipe avec toi.

Lorsqu'elle leva la tête, elle vit qu'il la fixait avec attention, sans jamais détourner son regard du sien. Finalement, il soupira, retirant ses lunettes de ses yeux pour se frotter les paupières avant de reporter son attention sur elle.

— Je pensais que c'était suffisamment clair, répondit-il d'un ton calme, tu es une bonne sorcière.

Il hésitait à continuer mais il vit bien à l'expression de Ludivine qu'il allait devoir en dire plus s'il voulait la convaincre.

— Pendant le duel, reprit-il, tu es restée calme et composée. Tes sorts étaient précis et suffisamment dosés pour mettre hors d'état de nuire sans blesser. C'est signe d'une bonne maîtrise de sa magie. Et tu pratiques la magie sans baguette, ce qui renforce mon idée.

— Il y a pleins de sorciers dans ce château qui ont mon niveau, répliqua Ludivine.

— Pas dans la maîtrise de leur magie, argumenta James en balayant sa réflexion d'une main. La moitié ne dose pas suffisamment parce que leur magie n'est pas assez puissante, tandis que l'autre moitié ne la contrôlent pas suffisamment. La puissance, c'est l'une des valeurs de ce concours. Et puis, dit-il finalement, j'ai cru comprendre que tu avais la même ambition de gagner que moi.

Ludivine jaugea le sorcier d'un œil attentif. Il avait une expression très sérieuse et elle avait le sentiment qu'elle pouvait presque lui faire confiance. Presque. Il y avait quelque chose chez le Gryffondor qui la restreignait, quelque chose qui l'empêchait de pleinement se fier à lui. Alors elle se risqua à poser la question qui lui brûlait la langue.

— Tu ne joues à aucun jeu, Potter ?

L'attitude de James changea, pinçant ses lèvres, et Ludivine sut que la question ne lui avait pas plu. Il posa sur elle un regard sévère, qui la fit presque frissonner, mais elle maintint le regard

— A quel jeu pourrais-je jouer, Ludivine ? demanda James avec rudesse, sans remarquer l'expression surprise de la sorcière quand elle l'entendit prononcer son prénom. Ce concours, c'est ma chance de faire ma place et je ne me risquerai pas à la saboter avec des futilités.

James se tut, attendant une réaction de Ludivine qui ne vint pas. Elle se sentait puérile de douter autant du sorcier quand il semblait mettre autant de bonne volonté, mais elle devait en avoir le cœur net. Elle ne pouvait pas revenir en arrière maintenant.

— Nos noms, reprit James d'un ton plus confidentiel en posant ses coudes sur ses genoux pour se pencher vers elle, ont une histoire qui nous précède et qui ne nous appartient pas. Je ne serai pas « le fils aîné du Survivant » toute ma vie, je refuse de l'être, ce concours est l'opportunité pour moi d'être James Sirius Potter, je veux être reconnu pour mes capacités.

Il la fixait d'un regard flamboyant et Ludivine sentit qu'il lui parlait avec son cœur, la faisant rougir.

— Je sais qu'on ne s'entend pas, conclut James, mais je suis sûr qu'on peut apprendre à travailler ensemble. Je ne suis pas là pour m'amuser, et encore moins avec toi. Je n'ai pas ce temps.

Ludivine observait le sorcier, qui ne bougeait pas en attendant une réaction. Elle hésita à poser la question qui lui brûlait les lèvres, jusqu'à se lancer.

— Tu as quelque chose à prouver à ton père, Potter ?

Le visage fermé de James fut une réponse pour Ludivine qui n'insista pas. Elle avait compris qu'il considérait s'être suffisamment ouvert à elle, et qu'elle devrait également lui donner un peu d'elle-même avant qu'il ne partage plus avec elle.

— Moi aussi, je veux être connue pour mes capacités, confia-t-elle d'une voix faible.

Ils échangèrent un sourire entendu, qui n'avait rien de complice mais Ludivine sentait que c'était un premier pas. Elle n'avait pas de réponse à donner, et elle savait qu'il n'en attendait pas. Il préférait lui laisser du temps pour réfléchir.

— Et puis, ajouta James avec un léger rire, Al me casserait la gueule si j'osais te blesser.


Le lendemain, au petit-déjeuner, Ludivine avait les réponses à ses questions. A côté d'elle, Albus expliquait à Scorpius la tactique qu'il comptait mettre en place pour retourner dans les grâces de Souhad Rimens, mais elle n'écoutait pas. Elle était perdue dans ses pensées, et sa décision était prise.

Elle s'autorisa à fixer avec insistance James, assis à la table de Gryffondor. Il discutait avec plusieurs sorciers, et semblait diriger la discussion qui animait le groupe entier. Elle en eut la confirmation lorsque James finit de dire quelque chose et que tout le monde éclata de rire tandis qu'il les regardait avec satisfaction. Ludivine l'observa faire, et ne put retenir un sourire en se demandant quelle facette du sorcier était sa vraie nature. Elle savait qu'elle en avait appris plus sur lui la nuit dernière qu'en sept années, mais elle doutait pouvoir un jour réellement le cerner.

Un petit hibou vint se poser avec douceur sur l'épaule de James. Cavan était encore tout petit et Ludivine eut peur un instant qu'il ne le balaye d'un revers de main. Elle fut agréablement surprise lorsqu'il pencha sa tête avec un léger sourire sur les lèvres. Il mit sa main devant son épaule, proposant au petit hibou d'y monter tandis qu'il attrapait le morceau de papier que l'oiseau portait. James prit un bout de pain qu'il proposa au hibou, celui-ci faisant un petit bruit de contentement avant de s'installer plus confortablement sur la main du sorcier. L'oiseau ne semblait pas prêt à partir de sitôt et Ludivine leva les yeux au ciel.

Finalement, James ouvrit le morceau de papier, et Ludivine observa sa réaction. Elle savait parfaitement ce qu'il y avait d'écrit dessus, mais elle était curieuse de sa réaction. James finit de lire les quelques lignes avant de relever la tête vers la table de Serpentard. Il trouva Ludivine rapidement, lui jetant un regard espiègle et taquin qui la fit sourire.

Le sourire qu'il partagea était sincère, chaleureux, et Ludivine fut soulagée en voyant sa réaction. Pour elle, accepter d'être la partenaire de James Potter signifiait lui confier une énorme part d'elle-même, et il pourrait faire n'importe quoi de cette partie d'elle. La respecter ou la détruire.

Elle n'aurait pas pensé que le sorcier réagirait aussi spontanément et elle en fut agréablement surprise. Elle observa James faire apparaître une plume pour écrire quelque chose sur le morceau de parchemin avant que ce dernier n'apparaisse dans la main de Ludivine. A côté du texte « J'accepte d'être ta partenaire pour le concours, Potter. Maintenant, montre-moi que je peux compter sur toi » avaient été griffonnés les mots « J'y compte bien, Hendell ».

End Notes:

Et voilà ! Alors qu'avez-vous pensé des réactions autour de Ludivine ? Pensez-vous que le binôme Ludivine/James marchera ?

Je suis très attachée à cette histoire qui vient d'atteindre 150 pages Word et j'espère qu'elle vous plaît tout autant ! Je suis vraiment touchée par les reviews très positives que je reçois. Je tiens à pousser ceux/celles qui voient des marges de progression à ne pas hésiter à me le dire, même minimes. Je suis ici pour partager mes écrits mais également pour m'améliorer alors je suis ouverte à tout retour constructif !

On va rentrer progressivement dans une nouvelle phase de l'histoire qu'est le concours, et je voudrais avoir votre avis sur plusieurs points : pour qui aimeriez-vous avoir plus/moins d'intrigue personnelle dans l'histoire ou que vous aimeriez voir plus, tout simplement ? Est-ce que vous identifiez des aspects peu solides qu'il faudrait renforcer dans l'histoire ? Et enfin, trouvez-vous les chapitres trop longs ?

Merci pour vos retours et à très vite!

Pacte scellé by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour à tous !

J'espère que vous allez bien en ce milieu de mois d'août. Voici le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Dans ce chapitre, on officialise le binôme Ludivine-James et nouveaux axes se développent pour d'autres personnages.

Merci à Sara1125, Lilou menthe et Milamila pour vos reviews qui valent de l'or. Merci également à toutes les personnes qui lisent, je vous vois ces lecteurs de l'ombre ;)

Bonne lecture, on se retrouve à la fin du chapitre !

 

Chapitre 10 — Pacte scellé

Tout était allé très vite une fois que Ludivine eut accepté de faire équipe avec James Potter. Fred, qui avait lu par-dessus l'épaule de James, l'avait félicité d'une voix forte, apprenant la nouvelle à William. Il n'en avait pas fallu plus pour que toute la table de Gryffondor s'intéresse au binôme du très sollicité James Potter. Et avec ça, le château entier.

Ludivine, qui avait reporté son attention sur Albus quand elle l'avait vu froncer des sourcils en réceptionnant une lettre, avait senti des regards se porter vers elle et les murmures s'intensifier. Son cocon s'était aussitôt brisé lorsqu'elle avait relevé la tête, consciente qu'il lui fallait maintenant affronter la réaction du château.

Elle avait croisé le regard narquois d'Evelyn et celui surpris de Liz, mais n'avait pas caché son rougissement quand Acca avait levé un pouce dans sa direction, avec un rire bruyant. Albus s'était penché vers elle quand les regards avaient commencé à s'intensifier, lui chuchotant un « bon courage » qui avait beaucoup fait rire Scorpius. Pas Ludivine. Elle s'était contentée de fusiller ses deux amis du regard avant de décider de se lever et d'aller en cours. Il était hors de question qu'elle reste plus longtemps dans cette pièce, sous les regards de tous.

Toute la matinée, elle avait évité James, et plusieurs fois, elle avait hésité à revenir sur sa décision. Lorsqu'elle en parla à Albus durant la pause déjeuner qu'ils passèrent dans le parc à sa demande, celui-ci eut un rire compatissant.

— Ne laisse pas le comportement des autres t'impressionner, lui conseilla-t-il.

— Je n'aime pas les regards qu'on me jette, avoua-t-elle en posant ses avant-bras sur ses genoux.

— Dis-toi, sourit Albus, que tout ce que tu vis avec moi sera multiplié par dix avec James. Les sorciers l'envient et les sorcières l'adulent.

— C'est censé me rassurer ? railla Ludivine.

— C'est bien de le savoir, se contenta-t-il de répondre.

— Pourquoi les chuchotements seraient pires qu'avec toi ? demanda-t-elle avec une curiosité non dissimulée.

— Parce que tu les entends, répliqua Albus comme si c'était une évidence.

Ludivine garda le silence. Elle avait bien compris ce qu'il sous-entendait. Elle avait franchi les portes de ce château pour la première fois sans en connaître réellement son passé. Sa mère s'était assuré qu'elle ne s'enferme pas dans l'univers sorcier étant enfant et Ludivine était donc arrivée plus ignorante que sachante de l'histoire du château et du monde de la sorcellerie.

Elle était devenue amie avec un Potter et un Malefoy, et n'y avait jamais vu un problème. Elle s'était mise à passer tout son temps avec eux, ignorante de cet univers rempli de préjugés et de traces du passé qu'était Poudlard. Elle n'avait jamais fait attention aux regards en biais dans leur direction, aux chuchotements sur leur passage. Ils n'étaient que des enfants, et Ludivine n'avait pas vu tout ça.

Elle était dévouée et ambitieuse, alors seulement seuls deux éléments lui avaient toujours importé dans ce château, ses amis et ses notes. Le monde de Poudlard n'existait pour elle qu'à travers ces deux critères, et elle n'avait jamais fait attention au reste. Elle n'avait jamais prêté attention au comportement des autres envers elle. Les sorcières ne l'aimaient pas à cause de sa relation avec Albus et Scorpius. Les sorciers ne l'approchaient pas à cause de sa distance. Poudlard s'était construit autour d'elle de cette façon, et elle n'avait jamais interrogé cet état de fait.

Aujourd'hui, la situation était différente. Elle était parfaitement consciente du monde qui existait autour d'elle, sa naïveté d'enfant l'avait quittée et sa peur d'être blessée l'avait poussée à porter beaucoup plus d'attention au comportement d'autrui. C'était pour ça qu'elle voyait les regards mauvais qu'on lui lançait, les expressions curieuses qui se tournaient vers elle à son passage, qu'elle entendait les chuchotements qui s'ébruitaient près d'elle. Et elle se sentait mal à l'aise.

— Je me demande si ce n'était pas une erreur, confessa-t-elle.

— Tu t'es engagée, Lud, répondit Albus avec plus de fermeté que de douceur, tu ne peux pas revenir en arrière pour des choses futiles.

— Ça n'a rien de futile ! s'exclama Ludivine.

— Bien sûr que si ! argua Albus. Ça ne concerne même pas James ! Si tu m'avais dit que tu reconsidérais ton choix à cause de lui - et Merlin sait que tu aurais mille raisons de le faire -, je l'aurais compris mais là, c'est futile.

Ludivine ne répondit pas. Elle était flattée de voir que son ami avait mis sa réticence de côté pour la soutenir. Elle n'en était d'ailleurs pas surprise, Albus l'avait toujours soutenue dans ses décisions, sans jamais y réfléchir à deux fois.

Elle reporta son attention sur lui, et vit qu'il s'était lui aussi perdu dans ses pensées. Seulement, il arborait un air plus grave que Ludivine, qui fronça les sourcils à cette idée.

— Et toi, tenta-t-elle, quelque chose te préoccupe ?

— A quel sujet ? demanda Albus avec une surprise feinte.

— Ne fais pas comme si tu ne comprenais pas.

Albus eut un sourire narquois. Il savait que Ludivine prenait sur elle pour ne pas s'irriter, elle qui partageait avec eux tout ce qui pouvait lui trotter dans la tête. Eux ne parlaient de leurs préoccupations qu'une fois gérées. Ludivine le savait, mais ça ne l'empêchait pas d'insister. Et elle avait bien constaté le silence d'Albus durant la matinée, depuis qu'il avait reçu une lettre tamponnée du sceau des Potter.

— Mon frère sera un grand soutien, reprit Albus.

— Tu changes de sujet, argua Ludivine en le fusillant du regard.

— Je finis seulement le précédent.

— Si tu le dis, soupira-t-elle, refusant de montrer que son silence la vexait. Ton frère prend tout à la légère, je me vois mal lui confier quoi que ce soit.

— Il faut juste que tu apprennes à le lire, rigola Albus, il n'en montre qu'une mais il sait ressentir plus d'une émotion.

Ludivine ne répondit rien, marmonnant des phrases dont Albus n'entendit que des bribes. Il éclata de rire quand il comprit « maudits Potter », décidant de passer son bras autour de ses épaules et de la tirer vers lui pour qu'elle pose sa tête contre lui.

— Donc je continue ? demanda Ludivine qui avait besoin d'une confirmation.

— Donc tu continues, affirma Albus avec un sourire confiant, et vous remportez ce concours.


Cette discussion n'avait pas calmé les murmures que Ludivine entendait sur son chemin. Elle l'avait cependant rassurée sur sa capacité à les affronter, même si elle ne s'y prenait pas de la bonne manière.

C'était ainsi qu'elle avait laissé son indifférence habituelle de côté et s'était retrouvée face à trois sorcières de Gryffondor et de Poufsouffle, lorsqu'elle les avait entendues chuchoter sur son passage en direction de son cours avancé de Sortilèges.

Elle s'était retournée avec violence, les défiant d'un regard brûlant qui changeait de son regard hautain habituel.

— Pourquoi ne parlerais-tu pas plus fort ? avait-elle cinglé froidement, qu'on s'assure que je t'entende bien.

La Gryffondor l'avait regardée avec surprise avant de se reprendre et de la fusiller du regard, retrouvant sa contenance. Ludivine ne s'était que rarement retrouvée dans une confrontation, et à cet instant, elle maudit James Potter pour sa popularité.

— On se demandait simplement si tu avais utilisé une potion ou un sortilège, dit la sorcière d'une voix teintée de moquerie qui fit sortir Ludivine de ses gonds.

— Pardon ? demanda-t-elle, interloquée.

— Pour que James accepte ce partenariat, continua la sorcière avec évidence, tu as bien dû le charmer d'une façon ou d'une autre.

Ludivine comprit enfin ce que la sorcière insinuait, et elle sentit ses origines moldues prendre le pas quand elle dut se retenir de lui mettre son poing dans le visage.

— Le sortilège, dit Ludivine narquoisement.

— Pardon ?

— Le sortilège, répéta-t-elle comme si c'était évident en s'approchant doucement de la sorcière, la main dans son dos, reposant sur sa ceinture. Je lui ai jeté un sortilège, dit-elle en haussant les épaules, j'y suis bien plus douée qu'en potions. Et si tu ne t'éloignes pas tout de suite, je vais te le montrer sans hésiter.

Ludivine dégainait sa baguette de sa ceinture lorsque James intervint, attrapant son avant-bras avec fermeté pour l'éloigner. Elle ne put opposer aucune résistance physique, mais ça ne l'empêcha pas de lâcher le reste de ses nerfs sur le Gryffondor.

— Lâche-moi Potter ! s'insurgea-t-elle.

— Pas tant que tu ne te seras pas calmée, répondit froidement James.

Il l'avait attirée dans la salle de Sortilèges où aucun élève ne se trouvait encore et l'avait menée à sa table avant de décider de la lâcher. A ce geste, Ludivine le fusilla du regard, rêvant d'effacer cet air narquois de son visage.

— Je fais bien ce que je veux, siffla-t-elle.

— Je pensais que tu avais un minimum de maîtrise de toi, commenta James.

Ludivine se ferma aussitôt, réalisant à l'instant qu'elle venait d'éclater de colère en plein couloir contre des sorciers qu'elle ne connaissait même pas. Ça ne lui ressemblait pas. Ludivine était habituellement d'une colère froide, elle se fichait des sorciers qui l'entouraient et ne prêtait attention à personne. Elle avait toujours vécu comme ça et ne s'en était jamais plainte.

— C'est ta faute, Potter ! accusa-t-elle en passant une main dans ses cheveux de colère. Personne ne faisait attention à moi avant !

James eut un rire moqueur qui donna des frissons à Ludivine tandis qu'il la jaugeait d'un regard narquois.

— Personne ne faisait attention à toi ? répéta-t-il comme si l'idée était absurde. Mais sur quelle planète vis-tu, Hendell ?

Il parcourut d'un œil désabusé le visage de la sorcière dont le regard était noir, irritée qu'il s'adresse à elle comme si elle était une enfant.

— Définitivement pas sur la même que la mienne, soupira James en secouant la tête avant de se tourner vers le bureau pour y poser son sac, mettant fin à la discussion.

Ludivine allait répliquer avec une remarque acerbe qui lui brûlait les lèvres, avant de réaliser ce que faisait le sorcier.

— Que crois-tu faire, Potter ? demanda-t-elle avec incrédulité.

— Je m'installe pour le cours.

— C'est la place de Liz, répliqua-t-elle avec dédain.

James ferma les yeux un instant, inspirant profondément. Ludivine savait qu'elle commençait à lui taper sur le système, mais elle n'en avait rien à faire. Elle avait besoin de s'en prendre à quelqu'un et le Gryffondor était la cible parfaite. Et plus elle voyait le contrôle dont il faisait preuve, plus elle voulait voir jusqu'où il pouvait aller. Il porta un regard inflexible sur Ludivine.

— On est partenaires, Hendell, dit-il comme s'il parlait à un enfant. On doit s'entraîner ensemble, je suis sûr que Walsh comprendra.

— Ça ne veut pas dire qu'on doit passer notre temps ensemble, répliqua Ludivine. Je te vois suffisamment à mon goût !

Ludivine devait reconnaître qu'elle était impressionnée par le calme et la résilience du sorcier. Elle avait conscience de son comportement immature mais elle décida qu'agir ainsi lui faisait du bien.

— Retourne avec Weasley, siffla-t-elle doucement.

James la regarda d'un air moqueur, croisant les bras sur son torse. Il la défiait de l'y forcer.

— Hum, Lud ? intervint une voix hésitante. Je pense qu'il a raison.

Ludivine releva la tête vers Liz, et son visage s'adoucit aussitôt. Cette dernière lui fit un sourire en posant son sac derrière James qu'elle salua poliment, attachant ses cheveux blonds d'un geste rapide.

— Je ne vois pas en quoi, maugréa Ludivine.

— Arrête de faire ta tête de mule, souffla Liz.

Ludivine n'eut pas le temps de prendre ses affaires pour les déplacer que Fred Weasley s'était déjà approché, un grand sourire sur les lèvres en voyant Liz assise à la place de James.

— Walsh ! s'exclama-t-il avec chaleur en s'installant à côté d'elle, tu m'honores de ta présence !

— Toujours dans l'exagération, marmonna Liz avec moquerie.

— On dirait vraiment Acca, intervint Ludivine.

Les deux sorcières échangèrent un regard complice, ce qui n'enleva rien au sourire de Fred qui passait son regard de l'une à l'autre. Quant à James, il jeta un regard à la dérobée à Ludivine que celle-ci vit. Elle remarqua son soupir et dut reconnaître qu'elle ne devait pas lui paraître facile.

— Alors Hendell, reprit Fred avec un grand sourire, ravie de ton binôme ?

— Je dois encore me faire mon avis, sourit Ludivine en ignorant le regard agacé du Gryffondor qui restait néanmoins silencieux.

— Tu verras, lui dit Fred avec un clin d'œil, une fois qu'on s'habitue à son caractère désagréable, on commence à l'apprécier.

Ludivine eut un petit rire, voyant très bien que Fred essayait de faire réagir son cousin. Ce dernier lui jeta un regard irrité qui accentua le rire de Fred. Elle appréciait beaucoup la taquinerie qui existait entre les deux sorciers, qui s'apparentait à celle qui existait entre Albus, Scorpius et elle.

Sans s'en rendre compte, la douceur de Liz et la légèreté de Fred l'avaient calmée. Sans compter la sérénité de James, même si elle ne l'aurait jamais admis.

— Moi tu vois, reprit Fred d'un ton plus dramatique cette fois, je suis un être simple à vivre. Mais ça n'a pas suffi à convaincre Walsh qui a préféré ma cousine.

Fred jeta un regard à Liz, lui faisant un grand sourire quand il la vit rougir de gêne. Il semblait apprécier mettre les gens mal à l'aise, même si son sourire atténuait toute pique qu'il pouvait lancer. Ludivine n'hésita pas à aller au secours de son amie dans un léger rire.

— Il faut beaucoup plus que de la simple gentillesse pour être à la hauteur de Liz, Weasley.

— Je l'ai bien compris, confirma Fred avec malice, aucune de mes techniques habituelles n'a marché ! J'ai pourtant tellement à te montrer, Walsh.

Liz jeta un regard sceptique à Fred qui lui fit un clin d'œil, lui signifiant par ce geste qu'il fallait prendre ce qu'il disait avec humour, et Liz, dans un élan d'audace, lui répondit.

— Dans ce cas, j'attends que tu me le montres.

Le sourire de Fred s'agrandit. Il adorait voir Liz répondre à son jeu et il devait sentir qu'elle pourrait lui donner du fil à retordre si elle le souhaitait. Ça ne faisait qu'attiser la curiosité de Fred, Ludivine en avait bien conscience.

— Défi relevé, murmura-t-il.

— Tu es incapable d'être à la hauteur d'une sorcière aussi bien, Fred, intervint James qui se tournait vers son cousin avec moquerie.

— Tu peux parler, ricana Fred qui semblait ravi de voir James finalement réagir, si tu crois en attirer d'intelligentes avec ton sourire charmeur et tes blagues toutes faites.

James éclata d'un rire discret tandis que Fred et lui échangeaient un regard complice. Ludivine, de son côté, se contrôlait pour ne pas poser un œil curieux sur le sorcier assis à côté d'elle. Elle avait en effet beaucoup de difficultés à imaginer James Potter charmeur et blagueur. Même si, après réflexion, elle réalisait qu'elle l'avait vu de nombreuses fois dans cette posture avec d'autres sorcières.

Ludivine ne vit pas James se pencher vers elle, un sourire amusé sur les lèvres.

— Ne te torture pas l'esprit sur des choses qui n'en valent la peine, Hendell, lui dit James avec malice avant de reporter son attention sur le professeur Flitwick qui entrait dans la salle.


James et Ludivine s'étaient donc entraînés ensemble pour la première fois durant ce cours, et Ludivine en avait gardé un goût amer.

La consigne du professeur Flitwick avait été simple. Ils devaient pratiquer le sortilège du bouclier sur des sortilèges offensifs. Le sortilège n'était pas difficile à lancer, mais la force qui lui était attribuée variait selon la puissance du sorcier. Ludivine savait que sa maîtrise serait essentielle pour le tournoi et elle avait été ravie de s'entraîner. Enfin, c'était ce qu'elle avait pensé jusqu'à qu'ils ne commencent à pratiquer.

Pour une fois, ce n'était pas le comportement du sorcier qui l'avait irritée, mais de voir à quel point il était fort. Elle l'avait senti quand il lui avait lancé un sortilège de confusion qu'elle eut beaucoup de mal à contrer et qui avait légèrement traversé sa protection. Elle l'avait compris quand il avait murmuré un protego qui n'avait absolument rien laissé passer de son sort, pourtant lancé avec beaucoup de puissance. Elle l'avait vu quand elle l'avait désarmé et qu'il avait rappelé sa baguette au sol simplement en tendant son bras.

Ludivine aurait pu prendre sur elle, si elle n'avait pas en plus senti que le sorcier l'observait, la jaugeait. Il avait gardé un visage fermé durant tout le cours, aucun humour ne traversant ses traits ou sa bouche, et Ludivine s'était demandé un instant s'il ne regrettait pas son choix.

— Tu réussis presque à me faire transpirer, remarqua James durant le cours, esquissant un très léger sourire.

Ludivine savait que la remarque du sorcier était un compliment, quelque chose au fond d'elle le lui disait, mais elle ne réussit pas à en voir le positif. Tout ce qu'elle entendait était que le nombre de sortilèges qu'elle lui lançait ne suffisait pas à le fatiguer.

A côté d'eux, Ludivine entendit le rire de Liz. Lorsqu'elle tourna la tête, elle vit Fred assis par terre, s'appuyant sur ses mains, légèrement sonné et le haut du corps trempé tandis que Liz s'approchait, lui tendant sa main tout en essayant de calmer son rire. Il accepta la main de Liz, lui rendant son sourire avant de se relever et de secouer ses cheveux de sorte à tremper la sorcière dont le rire s'accentua d'autant plus.

Ludivine ne put retenir un sourire, constatant que James faisait de même. Lorsqu'il reporta son regard vers elle, Ludivine ne sut lire ce qu'il pouvait bien penser.

Faisant face à des démons qu'elle n'aurait pas cru avoir, Ludivine était sortie en trombe du cours, refusant de se retrouver face au sorcier qui l'avait mise dans le doute.


Quelques heures plus tard, Ludivine s'était isolée dans un coin du parc. Elle avait observé durant une longue heure le ciel se complexifier, menaçant d'éclater à tout moment. Elle adorait ce temps d'automne, où il devenait impossible d'anticiper l'humeur du ciel.

Sous les nuages sombres, Ludivine avait commencé à récupérer des pierres de petite taille qu'elle avait réunies pour s'entraîner à la magie élémentaire.

Alors, baguette rangée, elle avait commencé à les faire bouger par la pensée. Les soulever n'avait pas demandé tant d'efforts. Les déplacer de sorte qu'elles forment un serpent de pierres, alignées les unes derrière les autres, s'était révélé plus compliqué. Faire avancer ce serpent lui avait néanmoins demandé de puiser dans sa magie. L'élever dans les airs pour faire un saut, cette fois, l'éreinta. Elle sentit son souffle se couper dans sa gorge alors que les pierres retombaient sur l'herbe avec fracas.

Ludivine grommela devant ce nouvel échec. Malgré ses entraînements, ses progrès étaient minimes. Il fallait beaucoup de concentration et d'énergie pour maîtriser un élément. La terre était, avec le feu, très difficile à contrôler, à dompter. Même en sachant cela, Ludivine ne pouvait pas contenir sa frustration, essoufflée au moindre effort. Elle manquait de pratique, ce qui accentua sa mauvaise humeur. Dans un soupir, elle se laissa tomber dans l'herbe.

En réalité, ce n'était pas cela qui la préoccupait. Elle pensa à James, à la facilité avec laquelle il avait rappelé sa baguette. Elle avait immédiatement su qu'il avait une grande force magique. Si Ludivine ne voulait pas être un poids dans ce concours, il lui fallait s'entraîner plus.

Elle savait qu'il était ridicule de se comparer à James, qui avait un an d'avance sur elle. Elle-même avait un très bon niveau, elle n'avait pas besoin qu'on le lui rappelle. Mais la facilité avec laquelle il avait rappelé sa baguette l'avait dérangée. Et puis, le regard inquisiteur de James l'avait oppressée. C'était comme s'il savait des choses qu'elle ignorait. Elle détestait ce sentiment.

— On a choisi la solitude, Hendell ? fit une voix moqueuse que Ludivine aurait reconnue entre mille.

Elle tourna la tête pour voir Scorpius s'affaler à côté d'elle dans un grand soupir tandis qu'Albus s'allongeait de l'autre côté, le visage fermé.

— Je préfère tout de même votre compagnie, Malefoy, sourit-elle.

Scorpius lui fit un sourire. Il avait les cheveux en pagaille et semblait légèrement essoufflé, ce qui n'était pas le cas d'Albus, et elle en déduisit qu'il était allé s'entraîner seul. Scorpius dut la surprendre dans son observation car il lui apporta une réponse.

— J'étais avec Rockwood, expliqua-t-il en passant une main dans ses cheveux, on a évalué nos niveaux.

— Alors ? demanda Ludivine avec un grand sourire.

— Elle se débrouille bien, jaugea Scorpius, très bien même mais elle ne sait pas totalement doser sa magie.

— C'est son point faible, mais elle travaille dessus.

— Je le sens bien, confessa Scorpius avec douceur, on peut aller loin. Et puis, on s'amuse bien avec elle !

Ludivine ne retint pas son rire, même si celui-ci fut coupé par un grognement venant d'Albus, attestant d'une moquerie. Ludivine lui porta un regard surpris et vit qu'il avait fermé les yeux, allongé, les mains derrière la tête. Scorpius lui fit un signe discret, lui indiquant de ne pas faire attention à lui.

— Tu sais que ça jacte pas mal dans le château ? lui dit-il.

— Je sais, bougonna-t-elle, je ne m'attendais pas à ça.

— Moi si, soupira Scorpius, mais c'est encore pire que ce que je croyais.

— J'ai failli en cogner une ce matin, admit Ludivine.

Scorpius lui jeta un regard surpris avant d'éclater de rire tandis qu'Albus se redressait à leur hauteur, une lueur de malice dans ses yeux.

— Qu'est-ce qui t'a retenu ? demanda Albus.

— Ton frère, maugréa Ludivine, il m'a tirée en cours de Sortilèges.

— Par Merlin, s'exclama Scorpius, j'aurais aimé être présent !

— Moi aussi, marmonna Albus.

— Albus pense qu'il vaut mieux ignorer les rumeurs, expliqua Scorpius avec entrain, qu'elles se tasseront d'elles-mêmes. Moi je pense qu'il faut frapper fort pour calmer le château. Rockwood est de mon avis.

Ludivine n'en doutait pas, elle ne retint pas son rire en voyant l'air vindicatif de Scorpius, et était contente de voir que ses amis s'entendaient bien. Elle n'avait eu bien évidemment aucun doute là-dessus, mais elle avait pensé pareil pour Acca et Albus quelques années plus tôt.

Ludivine tourna la tête vers le concerné. Le visage fermé, la lèvre pincée, il avait le regard tourné vers l'horizon et refusait de tourner la tête vers elle malgré l'observation insistante de Ludivine. Elle avait conscience qu'il n'avait rien dit depuis qu'il était arrivé, cette même expression mécontente sur le visage.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda-t-elle de but en blanc.

— Lud, déplora Scorpius avec moquerie, tu ouvres la boîte de pandore, je te préviens.

Albus soupira, montrant son agacement devant la remarque de Scorpius. Il semblait que les deux sorciers avaient déjà eu une discussion à ce sujet, quel qu'il soit.

— La dernière fois que je t'ai vu si secret et agacé, dit-elle, c'était quand tu refusais de parler de Rimens. Ton plan de sauvetage n'a pas fonctionné ?

— C'est autre chose, se contenta-t-il de répondre avant de préciser, de bien plus important.

— Quidditch ? tenta Ludivine qui connaissait déjà la réponse.

Le visage d'Albus se ferma de nouveau, et elle sut qu'elle avait raison alors que Scorpius esquissait un sourire narquois.

— Raconte-nous tout, Al, dit-elle avec douceur.

Il était sur le point de la rembarrer, elle le lut dans ses yeux, mais il se ravisa lorsqu'il croisa son regard concerné.

— Mon père m'a écrit ce matin, expliqua Albus en passant une main nerveuse dans ses cheveux décoiffés. Flaquemare prévoit de publier une offre de sélection pour remplacer l'un de ses joueurs.

Ludivine ne cacha pas sa surprise. Ce n'était pas tous les jours qu'une équipe nationale faisait des sélections ouvertes, encore moins pour une équipe aussi cotée.

Le club de Flaquemare était l'une des meilleures équipes de la ligue de Grande-Bretagne et d'Irlande, et la plus ancienne. Leurs matchs étaient légendaires, avec leurs vingt-deux victoires en ligue nationale et leurs deux victoires européennes.

Ludivine savait qu'Albus avait été bercé toute son enfance par celles-ci. Il avait toujours admiré Flaquemare, traçant son chemin de carrière en fonction : rejoindre le Club, y devenir un joueur incontournable, puis intégrer l'équipe nationale pour représenter le pays dans les matchs internationaux.

Elle n'était pas sûre de comprendre son combat intérieur mais choisit de le laisser parler tandis que Scorpius l'observait d'un air impassible.

— Ils recrutent un poursuiveur, continua Albus, pour anticiper le départ en retraite de Wigley Chelton.

— Tu envisages d'y participer ? demanda-t-elle.

— L'offre sera diffusée la semaine prochaine, soupira Albus. Tout le Royaume-Uni va se ruer sur ces sélections, je compte bien tenter ma chance.

— Et tu es préoccupé parce que … ?

Il soupira de nouveau sans répondre, et Ludivine supposa qu'il stressait parce qu'il considérait que l'offre de sa vie se présentait devant ses yeux. Son premier réflexe fut alors de le rassurer.

— Tu sais que tu as toutes tes chances, Al ? lui dit-elle. Tu es l'un des meilleurs joueurs que je connaisse.

Albus leva les yeux au ciel, ce qui fit comprendre à Ludivine qu'il n'avait pas besoin de sa sensibilité. Elle ne parvenait cependant pas à saisir où se trouvait le problème.

— Il n'en doute pas, intervint Scorpius avec malice, demande à Albus ce qui le dérange réellement.

— Quoi donc ? interrogea-t-elle sans comprendre tandis que Scorpius ignorait le regard meurtrier d'Albus.

— Mon père m'a clairement indiqué qu'il refuserait de pousser ma candidature, maugréa Albus d'une voix si faible que Ludivine dut tendre l'oreille pour entendre.

— Pousser ta candidature ? répéta-t-elle, incrédule. Tu veux dire que tu lui as demandé de te pistonner ?

Albus frotta son crâne de malaise en hochant la tête, et Ludivine éclata de rire en se laissant tomber dans l'herbe tandis que Scorpius la regardait d'un air narquois. Elle ne doutait pas qu'il attendait qu'elle ait cette exacte réaction.

— Habitué aux privilèges, Potter, se moqua-t-elle avec désinvolture.

— C'est l'offre de ma vie, Lud ! s'irrita Albus.

— Et alors ? demanda-t-elle en se relevant sur ses coudes pour accrocher le regard d'Albus. Qu'est-ce que ça y change ?

— J'augmenterais mes chances d'avoir le poste, s'indigna Albus pour qui la réponse était évidente.

— Tu n'en as vraiment pas besoin.

— Où est passé ton orgueil de Serpentard ? le provoqua Scorpius avec dédain, ignorant le regard réprobateur de Ludivine.

— N'écoute pas Scorp, rétorqua-t-elle.

— Il sait que j'ai raison.

— Vous ne vous rendez pas compte du pouvoir du nom de mon père, répondit Albus en secouant la tête comme si les propos de ses amis n'avaient pas de sens pour lui. Et vous ne vous rendez pas compte du niveau attendu dans ces sélections.

— Je croyais que tu voulais faire ton petit bonhomme de chemin ?

— Scorp a raison, tu…

— Faut savoir, la coupa Scorpius avec malice, faut m'écouter ou pas !

Ludivine ne retint pas un léger rire, qui s'accentua quand elle vit Albus esquisser un sourire. Celui de Scorpius se renforça également en voyant qu'il les avait amusés.

— Tu n'as pas besoin du nom de ton père, reprit Ludivine, tes simples capacités feront le travail.

Elle lut le doute dans les yeux d'Albus, se doutant qu'il n'était pas d'accord. Elle devait bien reconnaître qu'elle n'avait aucune idée du niveau attendu dans ces sélections. Pourtant, elle ne comprenait pas qu'Albus envisage d'utiliser la renommée de son père pour augmenter ses chances de réussite. Ça ne ressemblait tellement pas au Serpentard qui avait toujours tenté de se distinguer de son nom au maximum.

— Vous ne comprenez pas, marmonna Albus pour lui-même.

Ludivine pensa au cours de Sortilèges, au sentiment d'infériorité qu'elle avait ressenti face à James, à la panique que le doute avait créée en elle. Si, elle pouvait comprendre sa peur.

Elle attrapa la main d'Albus, lui faisant un sourire rassurant. Elle savait que seul le doute pousserait le sorcier à prendre une telle décision. Pour elle, ce n'était plus le moment d'aller à contre sens.

— Peut-être que non, répondit-elle avec douceur, mais ne mélange pas tout. Avant d'utiliser le nom de ton père, montre d'abord tes compétences.


Comme convenu plus tôt, Ludivine finit par rejoindre James dans une salle de classe. La tête plongée dans un ouvrage, il la releva lorsqu'elle entra dans la salle. Il l'observa quelques secondes avant de fermer son livre.

— Tu es partie telle une bourrasque tout à l'heure, fit-il remarquer.

— Je n'étais pas d'humeur, rétorqua-t-elle alors qu'il se levait avec un sourire en coin.

Il ne répondit rien, s'approchant tout en posant sur elle un regard réfléchi qui l'interrogea.

— Tu sais sceller un pacte, Hendell ? demanda James avec curiosité.

— Tu me prends pour qui ? s'insurgea Ludivine, surprise par sa propre susceptibilité.

— Ce n'est pas une insulte.

— J'ai fait partie de l'équipe de Quidditch, Potter, se contenta-t-elle de répondre, bien sûr que je sais sceller un pacte.

James la regarda curieusement en retenant un soupir. Il ne semblait pas comprendre ses réactions mais ne dit rien, passant une main dans ses cheveux déjà ébouriffés. Ludivine pouvait cependant deviner ce qu'il pensait. Elle-même se trouvait un peu trop sur la défensive, sans parvenir à comprendre pourquoi elle agissait avec tant d'agressivité. Elle s'en voulait presque de le mettre autant à l'épreuve.

James s'approcha un peu plus d'elle, s'arrêtant à quelques centimètres avant de tendre son bras. Ludivine dut relever la tête pour regarder James dans les yeux, l'observant un instant avec suspicion avant de tendre son propre bras d'un geste mimétique.

Elle enroula ses doigts autour du poignet de James sans pour autant réussir à en faire le tour, ce qui fit sourire le sorcier lorsqu'il enserra à son tour son poignet, l'enveloppant de sa main large.

Ludivine sentit de la chaleur se propager au niveau de son torse lorsque la main de James vint s'agripper fermement à elle, mais elle tenta de cacher son trouble du mieux que possible quand elle leva à nouveau son regard. James la fixait d'un œil impassible et elle ne sut, comme souvent, interpréter son regard.

— C'est parti ? demanda-t-il à voix basse.

Ludivine hocha la tête, fermant les yeux pour se concentrer. Elle commença à vider son esprit, focalisée sur les doigts qui enserraient son poignet. Pourtant, la chaleur qu'elle sentait sous le toucher du sorcier l'empêchait de réfléchir.

Des flashs de sa journée se bousculaient dans son esprit. Sa discussion avec Albus et Scorpius résonnait dans son cerveau. La vision de James rappelant sa baguette sans effort lui traversait l'esprit. Le sentiment d'insécurité qui avait surgi au plus profond de ses entrailles refaisait surface. Toutes ces pensées se bousculaient dans sa tête, consciente que sa concentration était insuffisante.

Une lueur apparut au-dessus de leurs poignets, mais Ludivine ne la vit pas. Ce ne fut qu'à la remarque de James qu'elle réalisa que le charme avait été lancé.

— Va falloir y mettre du tien, Hendell, se moqua James.

Ludivine rouvrit les yeux et vit qu'entre eux était apparu un ruban violet dans une lumière claire, légèrement terne et lacéré à de multiples endroits. Le sortilège se rompit et le ruban tomba sur la main de Ludivine qui lâcha le bras de James pour le récupérer.

— Qui te dit que cela vient de moi ? s'indigna-t-elle en fronçant les sourcils.

— Parce que tu es un livre ouvert et qu'il est facile de voir que tu ne te sens pas à ta place, répondit James d'un ton goguenard. Pour créer un ruban parfait, il faut le vouloir.

— Je sais sceller un pacte ! s'irrita Ludivine.

Elle ne l'aurait jamais reconnu, mais le Gryffondor avait parfaitement réussi à la lire.

— Je le sais bien, répliqua sèchement James qui s'agaçait de sa susceptibilité, mais il va falloir faire du tri dans ta tête si tu veux qu'on arrive à sceller quoi que ce soit.

Evanesco, chuchota Ludivine en regardant le tissu disparaître dans des flammes entre ses doigts.

Elle choisit de ne pas répondre, levant un regard orgueilleux qui sembla amuser James. Il la regarda d'un air railleur. Il savait parfaitement où appuyer pour l'énerver et ne se gênait pas pour en profiter.

Elle se contenta de tendre de nouveau son bras vers James qui l'attrapa avec la même fermeté qu'un peu plus tôt. Ils fermèrent de nouveau les yeux afin de relancer le charme. Ludivine se força à vider son esprit, et parvint à mettre de côté le trouble qu'elle avait ressenti un peu plus tôt.

Elle ne réussit cependant pas à balayer ce dernier sentiment d'incertitude, portant sans le vouloir un regard à James. Il émanait une telle assurance de lui, une telle quiétude, que Ludivine en fut perturbée. Elle vit avant James la lumière apparaître entre eux, et elle en connut très vite le résultat. Ce qu'elle vit, en effet, renforça sa frustration.

Le ruban qui était apparu était, comme le précédent, lacéré à plusieurs endroits, bien qu'il ait été plus brillant. Ils étaient encore bien loin d'obtenir un ruban parfait pour un pacte solide, et Ludivine sentit la colère monter en elle. Elle lâcha le poignet de James pour attraper le tissu avec une violence qui la surprit elle-même.

— Hendell ? l'interpella James doucement.

Silencieuse, Ludivine refusa de lever la tête. Toute son attention était portée sur le tissu, le faisant disparaître comme le précédent. Elle se sentait honteuse de ne pas parvenir à effectuer un simple rituel de pacte.

Ludivine sentit une pression sur son visage, et fut surprise de voir que James avait placé un doigt sous son menton pour lui relever la tête. Lorsqu'elle croisa son regard, elle y vit une bienveillance qui la surprit. Elle constata par ailleurs que le sorcier était bien plus proche qu'un peu plus tôt, et en rougit tout en se retenant de faire un pas en arrière.

— Respire, Hendell, chuchota James d'une voix rassurante, ce n'est pas compliqué.

— J'essaie ! répliqua Ludivine sur un ton irrité.

— Tu es trop crispée, lui dit-il, et même si j'apprécie l'idée qu'être proche de moi te perturbe, il faut que tu te détendes.

Ludivine fusilla James du regard en entendant sa blague, mais ne fit aucun commentaire. La raison qu'il donnait n'était peut-être pas la bonne, mais il avait raison. Il fallait qu'elle parvienne à se détendre si elle voulait réussir à aller au bout du charme. Quelque chose l'en empêchait et elle ne parvenait pas à savoir quoi.

— On pourrait sceller le pacte avec ces rubans, argua-t-elle dans un souffle.

— Peut-être, répondit James doucement en retirant son doigt du visage de Ludivine et en faisant un pas en arrière, mais je n'ai aucune envie de sceller un pacte si fragile et je pense que toi non plus. Alors arrête de douter.

— Ce n'est pas en toi que je ne crois pas, marmonna Ludivine avec honte, sentiment que le regard surpris de James accentua.

— Tu doutes de toi, Hendell ? demanda-t-il doucement et elle fut étonnée de n'entendre aucune moquerie.

Elle ne répondit pas, fuyant le regard du Gryffondor qui n'avait pas besoin d'en entendre plus. Un silence s'installa et lorsqu'elle releva la tête, Ludivine constata qu'il la regardait d'un air concentré et réfléchi.

— Dans ce cas, reprit-il doucement comme s'il ne voulait pas la brusquer, faisons-le ensemble. Fais-moi confiance, concentre-toi sur moi.

Ludivine était comme pétrifiée, elle était tout bonnement incapable de faire confiance à James Potter. Elle ne le connaissait pas suffisamment pour cela. Et puis, comment pouvait-elle faire confiance à quelqu'un d'autre lorsqu'elle doutait déjà d'elle-même. Pourtant, quelque chose dans le regard de James, dans sa présence, la rassura et elle sentit ses doutes s'alléger.

James avait de nouveau tendu son bras. Il n'avait pas quitté Ludivine des yeux, et elle lui rendit son regard tandis qu'elle attrapait une nouvelle fois le bras de James, serrant de ses doigts le poignet du sorcier qui refermait les siens sur son avant-bras.

Contrairement aux deux essais précédents, aucun des deux sorciers ne ferma les yeux. Chacun était concentré sur l'autre. Ludivine avait porté toute son attention sur James et fut presque surprise du sérieux qui habitait ses traits. Comme la veille lorsqu'il s'était ouvert sur les raisons qui le poussaient à participer à ce concours, il lui montrait à cet instant qu'ils s'engageaient à deux et qu'ils pourraient compter l'un sur l'autre.

Une lueur apparut sous leurs yeux, dans laquelle ils plongèrent le regard. Un ruban se dessina, violet et scintillant, virevoltant en parfait état. Ludivine sentit une légère pression sur son avant-bras, venant de James, et elle devina ce qu'il attendait d'elle. Échangeant un regard ferme, ils se mirent à réciter leur serment.

« Tempora mutantur et nos mutamur in ilis. Sic, nec spe, nec metu, ibi incipit et deficit orbis. »[1]

Comme s'il avait entendu les paroles prononcées par les deux sorciers, le tissu vint s'enrouler avec élégance autour de leurs deux poignets entremêlés. A cette vue, Ludivine ne put retenir un sourire fier et satisfait de se former sur ses lèvres. Elle sentit sa peau chauffer tandis que le tissu la pénétrait pour finalement disparaître.

Le charme prenait fin et le sourire de Ludivine était maintenant rayonnant. Elle adorait la belle magie, et l'ancienne magie avait quelque chose de transcendant et d'étourdissant qui la bouleversait. Lorsqu'elle releva la tête vers James, elle vit l'expression indéchiffrable qui s'était installée sur ses traits, cohérente avec le regard pénétrant qu'il posait sur elle. Il resta silencieux un instant avant que son expression ne change radicalement.

— Tu vois, dit-il avec un sourire maintenant narquois, il suffisait de faire un effort.

Ludivine ne répondit rien. Elle lâcha le bras du sorcier, lui faisant toutefois un sourire scintillant. James avait ressorti son ironie, mais elle l'ignora. Elle avait bien compris que le sarcasme était l'essence même de la carapace du sorcier, mais il l'avait suffisamment baissée devant elle pour qu'elle commence à entrevoir le vrai James Potter. Et ce sorcier n'hésitait pas à la soutenir lorsqu'elle en avait besoin.

Alors Ludivine lui partagea un sourire doux et délicat, qui montrait sa reconnaissance pour l'avoir aidée à sceller ce pacte, avant de relever ses remparts à son tour également.

— Tout avec toi est un effort, Potter.


Lorsque Ludivine se dirigea vers la Grande Salle pour dîner, son regard s'arrêta sur le tableau d'inscription. Son nom avait changé de place pour aller se positionner à côté de celui de James. Un sentiment étrange la parcourut quand elle réalisa dans quoi elle s'était engagée.

Elle sentait encore sa peau la picoter au niveau de son poignet gauche, et elle y porta inconsciemment sa main. La trace du serment resterait plusieurs jours, elle le savait, et elle continuerait de la sentir durant un moment.

Elle allait franchir l'entrée de la Grande Salle quand une personne fonça vers elle, attrapant sa main pour la tirer hors de la pièce. Ludivine se laissa porter par Acca qui l'éloignait avant de se tourner vers elle, sans s'arrêter de marcher.

— Non, pas ici, l'apostropha Acca avec un sourire, c'est la folie dans la Grande Salle.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Ludivine.

— Tu as vu le tableau ? rebondit Acca. Je ne sais pas si tu as une idée du nombre de propositions que Potter a reçues, mais savoir qu'il a trouvé sa partenaire fait des vagues.

Ludivine leva les yeux au ciel. Comment cela pouvait-il encore être d'actualité ? Elle réalisa qu'elle n'avait pas demandé à James comment il vivait ces réactions. Elle avait lâché ses nerfs sur lui, et il n'avait pas bronché, mais elle ne s'était pas intéressée à son cas. Pourtant, Ludivine avait vu pendant des années ce que cette célébrité non-voulue avait eu comme effet sur Albus. L'habitude n'avait pas rendu la chose plus simple à digérer.

— Tu m'emmènes où ? demanda-t-elle avec un soupçon qu'elle ne cachait pas.

— J'ai eu ordre de Malefoy de t'amener aux cuisines, répondit Acca avec malice.

— Et depuis quand tu passes par mon meilleur ami, dis donc ?

— Depuis que tu l'as poussé à faire équipe avec moi.

Ludivine ne cacha pas son sourire. Elle savait que son amie la connaissait suffisamment pour comprendre quand elle avait besoin de se changer les idées. Et à cet instant, un excès de jalousie ne faisait pas de mal à Ludivine.

— Je t'ai à l'œil, hein ! la gronda-t-elle faussement.

— Ne t'inquiète pas, sourit Acca en chatouillant la poire du portrait qui marquait l'entrée aux cuisines, mettant un pied à l'intérieur avant de se tourner vers Ludivine, il t'en restera toujours un. Je te laisse ce casse-pieds de Potter de bon cœur.

Ludivine rigola en suivant Acca dans les cuisines où de nombreux elfes s'attelaient à produire pléthores de plats.

Les cuisines étaient méconnues de nombreux élèves. L'architecture était particulière, avec des structures verticales triangulées à la façon d'une cathédrale. Les murs étaient habillés de dorures de siècles passés et s'élevaient en hauteur, quelques arcs encadrant le plafond avec élégance. Quatre grandes tables exactement disposées sous celles de la Grande Salle occupaient la pièce, et des centaines d'elfes s'affairaient dans tous les sens pour produire des plats qu'ils n'avaient plus qu'à envoyer par magie à l'étage du dessus.

Son attention fut attirée par les rares élèves présents à cette heure-ci. Albus écoutait Scorpius assis face à lui, tout en posant sur Acca un regard meurtrier alors qu'elle se dirigeait vers eux.

— Pourquoi cette tête, Potter ? se moqua Acca en s'asseyant à côté de Scorpius tandis que Ludivine prenait place face à elle.

— Tu sais que quand le portait est à moitié ouvert, on peut entendre ce que tu dis, Rockwood ? cingla Albus.

— Je n'ai rien dit que tu ne savais pas déjà, susurra Acca d'un ton acerbe, et puis je n'essayais pas particulièrement d'être discrète.

— Comme si tu savais l'être, marmonna Albus suffisamment fort pour qu'Acca l'entende.

— Pardon de ne pas avoir un nom qui fasse que tout le monde me remarque sans que je ne dise un mot.

— Par Merlin, intervint Scorpius, je comprends pourquoi Ludivine refuse toujours que vous soyez dans la même pièce.

Ludivine se contenta de sourire narquoisement à Scorpius en remerciant l'elfe qui lui apportait son plat. Elle adorait qu'en cuisine, il soit possible d'être en contact direct avec des elfes de maison.

— Tu le sauras maintenant, chantonna-t-elle avec amusement, ne jamais les mettre au même endroit.

Ludivine avait arrêté de tenter de les réconcilier plusieurs années auparavant. Certaines personnes n'étaient pas faites pour s'entendre, c'était leur cas. Ils ne s'en offusquaient d'ailleurs pas, lucides sur leur relation qui n'existait qu'à travers Ludivine. Albus regardait d'ailleurs la Gryffondor avec moquerie tandis que celle-ci lui montrait son majeur.

— L'un de vous ne survivra pas à ce concours, marmonna Ludivine.

— On te renvoie la remarque, se moqua Albus. J'ai entendu dire que tu passais ton temps à t'insurger contre mon frère.

— Tu devrais revoir tes sources.

— Mes sources sont le château entier, Lud, affirma Albus, tout le château parle de vous.

— On a déjà eu cette discussion, Al.

— Ignore-les tous, intervint Acca en empêchant Albus de continuer, c'est bien ce que fait Potter. Et je peux te dire que des remarques et des questions, il en reçoit un paquet.

— Il les ignore ? demanda Ludivine.

— Il n'est pas du genre à donner de quoi alimenter les rumeurs, répondit Acca en haussant les épaules tandis qu'elle se mettait à manger.

Ludivine soupira en s'installant plus profondément dans sa chaise. Elle savait très bien que les rumeurs ne faisaient qu'aller et venir sur elle, et que chaque action de sa part alimenterait de nouveau le débat.

— Je crois que des paris ont été pris entre Gryffondor et Poufsouffle sur un duel entre les frères Potter pour t'avoir, rigola Scorpius, les mises sont sur combien de temps.

— Par Merlin, sourit Albus, ce sont des gallions qui vont se perdre.

— Serdaigle parie plutôt sur la durée du binôme, ajouta Acca, ils ne croient pas que vous allez tenir.

— C'est si agréable quand des inconnus parient sur toi, siffla Ludivine avec irritation. Et Serpentard ?

— Oh Serpentard ne parie pas, dit Albus avec malice. La plupart te connaît mieux que le reste du château, ils savent que votre binôme a toutes les chances de gagner. Beaucoup d'élèves de notre maison se sont inscrits, et ils vous prennent pour de la concurrence solide.

— Seule maison intelligente, marmonna Ludivine.

— Ce n'est pas pour rien qu'on y est ! s'exclama Scorpius en tapant dans le dos d'Acca avec plus de force que voulu alors qu'elle s'étouffait à moitié avec son plat.

— Putain, Malefoy ! s'exclama-t-elle en buvant une gorgée d'eau. Je ne suis pas ton acolyte, contrôle-toi.

— Et pourtant si, sourit Scorpius, tu es mon troisième acolyte depuis hier, Rockwood ! On devrait d'ailleurs s'appeler par nos prénoms.

Acca jaugea Scorpius du regard. Ce n'était bien évidemment pas un souci pour elle, mais Ludivine savait qu'elle réfléchissait à la façon d'embêter au maximum le sorcier.

— Je vais y réfléchir, Scorpius.

Ce dernier partit d'un rire franc. Il s'amusait beaucoup de l'humour de la sorcière qui dégageait une bonne humeur constante. Puis son visage s'illumina en se tournant vers Albus.

— On devrait alimenter les paris ! s'exclama-t-il. Tu imagines les gallions qu'on se ferait en faisant croire que tu es jaloux de James ?

— C'est une idée de génie ! s'enthousiasma Albus en tapant dans la main que lui tendait Scorpius.

— Hé ! s'indigna Ludivine. Vous n'allez pas vous faire des gallions sur mon dos !

— Techniquement, c'est sur le mien, argumenta Albus.

— Et le mien !

— Oh mais ne t'inquiète pas Lud, répondit Albus en passant un bras autour de ses épaules, on partagera avec toi.

Ludivine lui jeta un regard désabusé. Ce qu'ils pouvaient être bêtes, mais c'était si simple de se chamailler avec eux.

Elle hésita un instant à leur partager ses doutes et inquiétudes. Elle hésita à interroger Albus sur sa décision au sujet de la sélection. Il croisa son regard hésitant, voulant s'exprimer avant que Ludivine ne décide que le moment ne se prêtait pas à de tels sujets. Elle lui fit donc un clin d'œil joueur avant de prendre la parole.

— Dix gallions sur la table et on s'arrange pour faire croire à tout le château qu'Albus et James se jettent sur la gueule avant Halloween.


[1] « Les temps changent et nous aussi changeons avec eux. C'est ainsi, sans espoir et sans crainte, qu'ici commence et finit le monde. »

 

End Notes:

Voici pour le chapitre 10 ! Comment réagissez-vous au pacte que James et Ludivine ont scellé ? J'ai souhaité en faire une scène détaillée parce que je trouve que c'est un engagement fort pour deux personnes qui se connaissent peu, et je me suis un peu créé mon délire. Un avis sur le mécontentement d'Albus et ses scènes avec Ludivine ? J'ai essayé de faire varier les personnages dans ce chapitre.

Au programme du prochain chapitre : lancement du concours.

Bon mois d'août !

 

Revêches et rebours by CamCaz17
Author's Notes:

Hello, me revoici avec un nouveau chapitre ! 

Merci à Milamila et Liloumenthe pour leur reviews.

J'espère que le chapitre vous plaira, bonne lecture.

Chapitre 11 - Revêches et rebours

— Jeunes gens, commença le ministre Shacklebolt en s'avançant sur l'estrade de la Grande Salle, je vous félicite pour votre participation à ce concours. C'est un événement inédit pour le ministère de la Magie, sachez que nous avons souhaité en faire un moment mémorable pour chacun d'entre vous.

Ludivine ne retint pas un sourire ironique. Ce n'était pas le genre de phrase qui inspirait confiance dans un concours quand on avait une idée des épreuves qui avaient pu composer chaque Tournoi des Trois Sorciers. Ludivine était persuadée ne pas avoir été la seule à le penser en voyant des sourires s'afficher autour d'elle.

C'était le cas d'Acca et Liz, assises de part et d'autre d'elle, les yeux rivés vers le ministre. C'était également le cas de Scorpius. Ludivine choisit ce moment pour jeter un regard circulaire.

Tous les sorciers participant au concours avaient été réunis dans la Grande Salle un samedi matin. Parmi les élèves de Poudlard se trouvaient des étudiants étrangers qui avaient pris un portoloin le matin-même, et des sorciers déjà diplômés de second cycle. A première vue, elle estimait une centaine de participants, dont une trentaine ne venait pas de Poudlard.

Elle ne prit pas le temps d'observer les sorciers qui l'entouraient, cherchant son binôme du regard. Elle le trouva assis entre Fred et William qui discutaient en ricanant sans discrétion. Il intercepta son regard et lui fit un clin d'œil. Ludivine se sentit rougir à ce geste, et elle reporta aussitôt son attention sur le ministre.

Ce dernier avait continué de parler et elle rattrapa son discours en cours de route.

— Ce concours sera pour vous un tumulte d'émotions, car c'est face à ses émotions qu'un sorcier révèle sa vraie nature, sa vraie magie. Certains d'entre vous ont choisi de se présenter seuls, d'autres de faire équipe. Je suis ravi de voir que le tableau comporte de nombreux binômes, mélangeant jeunes femmes et jeunes hommes, mais surtout mélangeant les maisons.

A ces mots, le ministre arbora un sourire sincère tandis que la directrice McGonagall s'était redressée sur sa chaise avec fierté. Ludivine sentit une tape sur son épaule, et elle constata que Acca arborait le même sourire. Elle n'y avait pas pensé, mais il était vrai que de nombreuses équipes inter-maisons s'étaient formées, comme Liz et Rose, Acca et Scorpius, James et elle.

— Je ne doute pas, reprit le ministre, que chacun a fait un choix réfléchi. Que vous ayez choisi votre partenaire, ou non, en vous appuyant sur les mots que nous vous avions partagés, votre choix devrait être le bon.

Connaissance. Puissance. Confiance. Ludivine contrôla tout son être pour ne pas se tourner de nouveau vers James, même si elle sentit un picotement à l'arrière de sa tête, se doutant que lui avait dardé son regard sur elle.

Ludivine ressentait une étrange sérénité face à son choix. Même si elle ne pouvait pas encore faire confiance au sorcier, elle avait toutefois confiance en ses capacités. Il voulait la même chose qu'elle : gagner.

Puis, la vraie annonce avait été faite.

— Dans deux semaines aura lieu votre première épreuve, reprit le ministre Shacklebolt de son regard bienveillant. Celle-ci s'inspirera de la connaissance. Certains l'ont définie comme notre représentation de la réalité extérieure et la notion de vérité absolue qu'elle engage. Ce n'est pas seulement une croyance partagée mais une opinion raisonnée et universelle. Mais comment cette connaissance vient-elle se greffer à nos actions et notre vision, biaisée par notre expérience de ce monde ? N'en perd-elle pas son universalité ?

Le silence régnait lorsqu'il s'arrêta, observant son audience d'une expression amusée. Le discours philosophique dans lequel il s'était engagé avait égaré plusieurs sorciers. Ludivine se demandait où il voulait en venir, et s'interrogeait sur le contenu de l'épreuve à l'aube des nouvelles informations qu'il leur apportait. Elle ne parvenait pas à comprendre.

Elle porta son regard sur Acca, qui dégageait un sentiment de détente qui la rassura presque. C'était comme si rien ne pouvait l'atteindre ou l'inquiéter, et Ludivine se demanda si elle écoutait toujours.

Scorpius fixait le ministre avec sérieux. Ludivine s'était imaginé que le sorcier adopterait une nonchalance et une détente totale mais ce n'était pas le cas.

— Ce qu'il faut retenir, reprit le ministre, c'est que les termes et les concepts ont une signification propre, mais qu'il faut savoir les appliquer à notre expérience et notre réalité. La connaissance est une vérité universelle, mais elle ne s'applique pas de façon universelle.

A ces mots, Ludivine s'était finalement tournée vers James. Il réfléchissait à toute allure, dardant sur elle un regard froid. Elle s'était attendue à une expression accueillante, et constatait qu'elle s'était tendue face à sa réaction. Alors quand James lui fit un sourire confiant, elle ne réussit à lui rendre qu'à moitié.

Parfois, elle se demandait sur quelle voiture volante elle avait embarqué.


Connais-tu ces épis sans grâce,

Deux semaines. C'était le temps qui était passé entre le moment où Ludivine avait scellé son pacte avec James, et le lancement officiel du concours qui avait eu lieu le matin-même. Les deux sorciers avaient appris à mieux se connaître, et s'il y avait bien un élément central que Ludivine retenait de ces deux semaines, c'était bien ceci : James Potter était un sorcier déconcertant.

Contrairement à ce qu'elle avait pu penser, James n'était pas d'une personnalité exubérante. Il était joueur et aimait se faire remarquer, mais uniquement lorsqu'il le décidait. D'une manière générale, le Gryffondor privilégiait néanmoins le silence, arborant un sourire narquois qui indiquait à qui le voulait qu'il choisissait d'être silencieux et était en parfait contrôle. Puis, quand il estimait que la situation s'y prêtait, il adaptait son comportement. James analysait énormément, Ludivine en prenait conscience.

Au premier abord chaleureux et amical, son sourire était une façade que ses yeux n'aidaient pas à gravir. Son regard reflétait la sévérité de son jugement. Plus les jours passaient, et plus Ludivine faisait attention à ce que lui disaient ces iris noisette. Ils lui communiquaient souvent de l'impatience, parfois de l'agacement, occasionnellement de la douceur et de la bienveillance. Ils restaient quelques fois fixés sur ses mouvements, et d'autres fois évitaient son regard.

James Potter restait toutefois un paradoxe à lui-même, elle le voyait dans son calme, mais également dans ses moments de colère.

Qui, dans une manche glissés,

Il lui semblait généralement posé et réfléchi, analysant une situation avant de s'exprimer. Dans ces moments-là, il était capable de déceler les émotions des autres et même de les prendre en compte. Ludivine l'avait compris de nombreuses fois, notamment lorsqu'ils avaient scellé le pacte. Son impression avait été confirmée quelques jours plus tard, lorsqu'ils avaient passé une heure dans la Grande Salle à essayer de comprendre en quoi pourraient consister les épreuves et qu'ils avaient évoqué la possibilité qu'ils identifient leurs peurs pour les utiliser contre eux. James avait vu le mouvement de panique qui s'était créé chez elle. Il l'avait sentie se tendre, et il avait compris qu'elle n'était ni prête à les partager avec lui, ni prête à les identifier tout court.

Alors James était resté silencieux quelques secondes, jusqu'à ce qu'il pose sa main sur le poignet de Ludivine encore marqué par leur pacte. Rien que ce geste l'avait calmée, et elle avait arrêté de s'agiter inutilement.

— On n'est pas obligés d'aborder ce sujet maintenant, lui avait-il dit avec prudence.

Ludivine n'avait rien répondu, hochant la tête tandis qu'un petit sourire d'excuse se formait sur ses lèvres. Oui, son binôme était réfléchi.

Par leurs poils revêches hissés,

D'autres fois, James Potter pouvait être protecteur. Elle l'avait vu la semaine dernière lorsqu'un sorcier, à l'évidence plus âgé, s'était approché au dîner de Liz et Rose qui discutaient avec Lily à la table de Gryffondor. Ludivine avait tout de suite vu James se tendre quelques sièges plus loin, serrant son gobelet avec force tandis que le sorcier se penchait vers sa sœur avec une proximité qui n'avait visiblement pas été demandée par la sorcière au vu de son regard courroucé.

Le sorcier avait souri, passant un bras autour des épaules de Lily qui allait le retirer lorsque, tout d'un coup, le verre dans la main du sorcier avait explosé. Il avait reculé abruptement, le liquide se renversant sur sa chemise tandis que lui-même était presque tombé du banc et qu'un cri aigu avait raisonné dans la Grande Salle. Quant à Lily, elle était tout naturellement de la trempe des Potter : un sourire s'était formé sur ses lèvres avant qu'un rire amusé ne se déploie dans sa gorge.

Ludivine avait compris, au sourire qu'arborait James, qu'il était l'auteur du méfait. Il avait tourné la tête vers elle lorsqu'il avait senti un regard, et son sourire narquois s'était renforcé tandis qu'elle le mettait au défi d'afficher un air innocent. A ce moment-là, Ludivine s'était demandé à quel moment elle avait commencé à être amusée par les frasques de James Potter.

Elle ne s'était pas posé la question plus d'une seconde, s'interrogeant plutôt sur la façon dont il avait réussi son coup, étant donné qu'il avait gardé ses mains au-dessus de la table tout le long. Ludivine lui aurait posé la question si elle avait été près de lui, mais elle n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longtemps, Acca lui ayant attrapé le poignet pour lui partager quelque chose.

Grimpent d'autant plus qu'on les chasse ?

James Potter pouvait également être têtu et orgueilleux, comme pouvait l'être Ludivine, et c'était très souvent à celui qui aurait le dernier mot. Et peu importait qui avait raison.

— Tu es vraiment têtue, lui avait dit James après une session d'entraînement tardive en expirant fortement pour reprendre son souffle.

— Parce que je refuse de perdre ? s'était-elle moquée, s'asseyant sur le sol en s'appuyant sur les mains.

— Tu ne gagnes pas non plus, avait-il rétorqué en s'installant dans la même position.

— Parce que je n'essaie pas.

— Qu'est-ce que je disais, avait nargué James avec un sourire moqueur, têtue.

— Pas plus que toi, avait-elle répondu en faisant apparaître un coussin sous sa tête.

Ludivine avait étendu ses bras et avait fermé les yeux, tentant de récupérer un souffle régulier. Les sessions d'entrainement avec James étaient éprouvantes. Il avait une endurance qui l'impressionnait, mais qui ne la surprenait pas. James était d'une constance remarquable.

Perdue dans son souffle irrégulier, elle ne l'avait pas entendu se lever. Ce ne fut qu'une minute plus tard, lorsqu'elle avait senti une odeur particulière, qu'elle avait ouvert les yeux. James était concentré sur la cigarette moldue qu'il fumait à la fenêtre.

— Je ne crois pas que ce soit autorisé, Potter, s'était-elle moquée.

— Autant que sortir à Pré-au-Lard en semaine et en revenir alcoolisé, avait rétorqué James.

— Ce n'est arrivé qu'une fois.

— Une fois où j'ai sauvé vos fesses, avait dit James fièrement.

Encore une fois, c'était la bataille à qui aurait le dernier mot. Mais Ludivine le prit à la légère, choisissant d'en rigoler.

— Sacré monsieur le préfet-en-chef, avait-elle finalement susurré avec amusement.

L'entraînement avait été particulièrement intense, et l'effort physique avait allégé son esprit. Elle était parcourue d'une euphorie qui avait abaissé ses barrières, et son allégresse avait failli lui faire manquer le regard ardent que James lui avait lancé à cet instant, un regard qui lui aurait fait peur s'il n'avait pas disparu la seconde d'après, comme si Ludivine l'avait imaginé.

C'était l'une des rares fois où elle avait abaissé ses barrières avec le sorcier, se laissant porter par l'allégresse en rigolant ouvertement avec lui. Elle sut que c'était la seule fois où il avait également abaissé les siennes. L'un comme l'autre avait aussitôt relevé ses bâtisses.

Tels sont, contredisant toujours,

D'ailleurs, James Potter pouvait parfois être impulsif et sanguin. Ludivine le savait, mais elle se l'était rappelé quelques heures plus tôt lorsqu'un ancien élève, Logan Rowle avait-elle appris un peu plus tard, s'était approché d'elle lors du cocktail qui avait suivi le discours du ministre.

Elle avait rapidement senti qu'elle devait s'en méfier. Elle ne savait pas si c'était le regard prédateur qu'il avait posé sur elle ou son sourire canin, mais il était dangereux.

— Tu es l'équipière de James Potter ? lui avait-il demandé d'une voix rauque et grave qui impressionna légèrement Ludivine qui se contenta de hocher la tête. Intéressant, avait-il complété en la détaillant du regard.

— Que lui veux-tu ? avait-elle demandé avec une méfiance que Acca dut sentir car elle se positionna de l'autre côté du sorcier, comme pour l'encercler.

Règle numéro une apprise par leurs parents : ne jamais laisser la possibilité à un ennemi de tout voir dans son champ de vision. Au loin, Ludivine avait vu Scorpius interrompre sa discussion avec Lily pour la surveiller, mais Ludivine lui avait fait un clin d'œil amusé. Il n'y avait aucune raison d'inquiéter son ami.

— Tu étais avec lui lorsqu'il a attaqué Justin Selwyn, n'est-ce pas ? avait demandé Rowle en ignorant sa question.

Justin Selwyn, Ludivine se souvenait bien évidemment de ce nom. Elle avait senti ses épaules se tendre à l'idée que le sorcier s'adresse à elle dans une volonté de vengeance. C'était d'ailleurs très probablement le cas, alors elle n'avait laissé aucune émotion transparaître.

— Ce nom ne me dit rien, avait-elle dit avec un sourire insolent qui fit tiquer le sorcier, suffisamment pour qu'il se rapproche.

— Ne me force pas à faire en sorte que tu te souviennes du mien, lui avait-il susurré sur un ton menaçant.

Elle avait de nouveau senti ses muscles se tendre, mais avait refusé de montrer que ses mots pouvaient l'atteindre. Elle allait répliquer, mais elle n'en eut pas l'occasion car une personne s'était interposée. Les mains dans les poches, un sourire assuré sur les lèvres, James arborait une mine amusée tandis qu'il posait sa main sur l'épaule de Ludivine, mais celle-ci avait senti qu'il ne l'était pas.

— Que se passe-t-il ici ? avait-il demandé comme si la situation était cocasse. Essaierais-tu de me voler ma partenaire, Rowle ?

— Tiens, Potter, avait grincé Rowle, tu viens aider ta demoiselle.

A l'évidence, les deux sorciers se connaissaient. Ludivine s'était doutée qu'il s'agissait encore d'une histoire de famille, et elle avait maudit James pour son nom. Ce dernier avait gardé la même expression amusée, mais elle avait vu dans ses yeux qu'il avait entendu la menace.

— Ce n'est pas le genre à avoir besoin d'aide, avait lâché James d'une légèreté qu'il contrôlait difficilement, encore moins face à des sorciers comme Selwyn ou toi.

— Oh nous en reparlerons pendant les épreuves, avait ricané Rowle, il me faut bien venger mon ami de toujours d'une façon ou d'une autre.

Ludivine s'était tendue. La menace n'était plus simplement implicite, et elle savait qu'il lui fallait répliquer quelque chose, qu'il lui fallait montrer qu'elle n'avait pas peur et qu'elle en avait sous le coude. Face à ce genre de personne, le mépris était pour Ludivine la meilleure arme.

Mais elle n'eut pas le temps de répliquer car James avait déjà fait un pas en avant, attrapant l'épaule du sorcier d'une poigne ferme avant de se pencher vers son oreille. Ludivine l'entendit murmurer, sur un ton glacial « Ose tenter quoi que ce soit, et je fais de toi un sorcier mort ».

Rowle afficha un sourire narquois, peu impressionné par la poigne de James. Ludivine pouvait facilement comprendre pourquoi. James avait beau être grand et d'une carrure assez imposante, Rowle l'était encore plus. Ce n'était pas un gabarit bâti par le sport, mais une masse physionomique intimidante.

Ludivine maudit James Potter et son impulsivité. Pour elle, il s'était mis en position de faiblesse à partir du moment où il avait perdu son sang-froid. C'était tout ce qu'attendait le sorcier plus âgé, trouver le moyen de faire pression sur lui.

Ils avaient maintenu leur regard pendant de longues secondes, sans que personne ne parle. Ludivine sentait que la situation pouvait dégénérer à tout moment, et il était hors de question que son équipier se fasse remarquer en mettant un coup à un autre sorcier.

Alors elle fit le choix d'avancer d'un pas et d'attraper le poignet de James. Lorsqu'il sentit les doigts de Ludivine sur sa peau, il se retourna et croisa son regard. Il soupira avant de reculer d'un pas, acceptant de battre en retraite.

Leur discussion commençait à se faire remarquer, ils en avaient tous conscience. Alors chacun s'assura que toutes les tensions avaient disparu lorsque la directrice s'approcha d'eux pour leur demander de se réunir.

Et contrecarrant quoi qu'on fasse,

James Potter était devenu un interlocuteur quotidien dans la vie de Ludivine. Elle qui avait toujours restreint ce nombre au minimum, apprenait désormais à s'adapter à ce nouveau cas de figure. Elle avait beau apprendre à le cerner, leur relation n'en était pas moins conflictuelle, notamment lorsqu'il s'agissait de prendre une décision.

Sur plusieurs aspects, James lui faisait penser à Albus. Son meilleur ami était très semblable à son frère aîné. Cette indifférence aux autres, mais malgré tout ce besoin de montrer qu'ils étaient en contrôle. Là où James jouait d'un sourire, Albus avait un regard expressif qui disait la même chose que son frère.

Ludivine ne savait pas toujours quel James Potter était le vrai. Il lui semblait qu'il tentait de rester calme et silencieux face à elle, mais elle avait compris comment irriter le sorcier, et elle pouvait en abuser autant que possible selon ses humeurs. Elle voyait alors les éclairs qui passaient dans son regard, son langage corporel parlant pour lui.

Ludivine cherchait plus régulièrement son contact, et se surprenait à trouver un certain confort dans son regard, comme ça avait été le cas lors de l'annonce. Et d'autres fois, son ton ironique et son regard narquois étaient les dernières choses auxquelles elle avait envie de se confronter, comme cet après-midi.

Les fâcheux esprits nés rebours.[1]


Il avait été évident pour James que les propos du ministre les incitaient à étudier sans relâche. James n'avait pas perdu de temps et avait requis de Ludivine qu'elle le retrouve tous les soirs après dîner pour qu'ils étudient jusqu'à la fermeture de la bibliothèque. Elle lui avait ricané au nez, le regardant comme s'il était fou.

Ils s'étaient interrogés de nombreuses fois sur la forme que prendrait le concours. Devaient-ils réviser leurs connaissances, devaient-ils s'entraîner à attaquer, à se défendre ? Le lancement du concours était censé leur apporter des réponses, c'était du moins ce qu'ils avaient espéré. Mais une chose était certaine pour Ludivine qui repensait au discours du ministre, celui-ci n'avait pas apporté de réponse et avait même créé d'autant plus de questions. Et sans réponse claire, elle ne prévoyait pas de s'enfermer à la bibliothèque sans y réfléchir auparavant.

De toute façon, elle avait déjà décidé d'y passer son après-midi, choisissant de s'isoler pour écrire à sa mère. Elle n'avait pas eu de ses nouvelles depuis plusieurs semaines, et ce n'était pas dans ses habitudes de rester silencieuse si longtemps. Ludivine était inquiète, et l'inquiétude n'avait pas un bon effet sur elle.

Ma chère mère,

Même si ma dernière lettre est restée sans réponse, j'aime à croire que tu vas bien et que mes envois trouvent leur destinataire. Acca m'a dit que Rachel et Zach étaient rentrés quelques jours plus tôt, alors je suis surprise de ne rien recevoir de ta part.

Le concours a officiellement commencé ce matin. Tu ne l'as peut-être pas encore lu, mais je fais équipe avec James Potter, le frère aîné d'Albus.

Ludivine se doutait que sa mère l'identifiait très bien. Elle parlait d'Albus et Scorpius depuis des années, mais n'avait pas besoin de parler du reste de la famille Potter pour que sa mère en connaisse les membres.

Ludivine avait été étonnée, quelques années plus tôt, par la réticence de sa mère quand elle avait appris qu'elle s'était liée d'amitié avec le cadet des Potter. Ludivine avait supposé qu'elle ne connaissait juste pas la famille, sa mère ayant vécu en France jusqu'à sa majorité. Elle n'avait jamais démenti cette hypothèse, mais Ludivine avait réalisé au fil des années qu'elle connaissait justement très bien cette famille pour quelqu'un qui avait vécu en France et suivi la guerre de loin.

Tout le professionnalisme de sa mère, toutes ses compétences de renseignement semblaient disparaître quand il s'agissait des Potter. Comme la fois où Ludivine lui avait montré une photo de Scorpius, Albus et elle au repas de Noël de leur troisième année, et que sa mère avait lâché sans se contrôler qu'Albus était « le portrait craché de son père à son âge ». Oh bien sûr, elle n'avait pas interrogé sa mère qui lui aurait répondu d'un air impassible qu'Harry Potter faisait la une de tous les journaux depuis trente ans.

Mais Ludivine savait, elle sentait, qu'il ne s'agissait pas de cela. Elle avait longtemps essayé de comprendre ces incohérences. Elle avait fait d'innombrables recherches et avait tendu de nombreux pièges à sa mère mais celle-ci avait toujours trouvé un moyen d'ignorer le sujet ou de se rattraper. Après tout, elle mentait à tout le monde depuis vingt-cinq ans, cachant même à sa fille le vrai fondement de son travail, de ses missions. On ne la piégeait pas comme cela.

Je ne sais pas encore quoi penser de mon binôme. Il est téméraire et sûr de lui mais je ne suis pas encore persuadée que nous ferons une bonne équipe. Albus dit que son frère et moi sommes trop similaires pour être compatibles, mais je me considère bien moins obstinée que lui !

Acca et Liz participent également au concours, et j'espère ne pas avoir à les affronter au cours d'une épreuve. Acca prend toutes les annonces avec le sourire, et c'est la partenaire idéale pour Scorpius. Je regrette de ne pas les avoir incités plus tôt à passer du temps ensemble, entre la folie d'Acca et l'humour de Scorpius, on s'amuse bien.

Liz, en revanche, est un peu plus angoissée et je ne sais pas comment la détendre. Il est vrai qu'elle est excellente dans ce qu'elle fait, mais elle n'aime pas s'opposer aux autres. Les concours, les épreuves où il faut affronter d'autres personnes autrement qu'à l'écrit, ont tendance à la stresser.

Quant à Evelyn, elle est comme Albus, elle se voue corps et âme dans le Quidditch. Je pense qu'elle veut y oublier ses obligations mais je ne voudrais pas qu'elle oublie que les filles et moi sommes également là pour la soutenir. Je ne sais juste pas comment le lui montrer.

C'est plus facile avec Albus, même si je vois bien qu'il est tourmenté. Quant à Scorpius, je crois qu'il n'a pas reçu de bonnes nouvelles de la maison, mais il n'a pas souhaité en parler. Même si ce n'est qu'une façade, au moins il continue de rire. Peut-être que quand il n'y arrivera plus, il se confiera.

Au fait, comment nous organisons-nous pour Noël ? Si j'ai raison pour Scorpius, peut-être que le sortir de son cadre familial quelques jours pourrait lui faire du bien, il pourrait venir avec nous ? Je crois que Acca retourne aux États-Unis. Peut-être serait-il temps que tu rencontres Albus ?

J'attends de tes nouvelles, prends soin de toi. Je t'aime.

Ludivine signa la lettre avec incertitude. Elle avait beau être pressée que sa mère lise sa lettre, son inquiétude dominait ses pensées. Comment pouvait-elle s'assurer, sans ces cartes postales, qu'elle allait bien ? Elle ne pouvait jamais le savoir.

— Tu m'as l'air d'apprécier la solitude, Hendell.

Il y eut du mouvement autour de Ludivine et lorsqu'elle releva la tête, elle vit James Potter prendre place à côté d'elle. Elle ne retint pas son soupir, s'appuyant dans le dossier de sa chaise pour l'observer.

Il avait croisé les bras sur son torse et la regardait d'un air amusé, attendant sa réaction. Il semblait sortir de la douche, ses cheveux étaient trempés et son t-shirt collait à sa peau, à certains endroits où elle n'avait pas dû être suffisamment séchée. Ludivine laissa son regard se promener sur le torse du sorcier. Elle pouvait deviner ses muscles à travers le tissu mouillé, mais elle se reprit vite et reposa son regard sur le visage de James.

— Et peut-être que j'aimerais profiter un peu plus de sa compagnie, répondit-elle.

— Range ta carapace, se moqua James en décroisant les bras et en passant une main dans ses cheveux, je sais bien que ma présence ne te dérange pas tant que ça.

Ludivine lança un regard désabusé au Gryffondor qui rigola en comprenant le message. Bien sûr qu'il se moquait d'elle, à lui parler d'une carapace qu'il avait lui-même construite plus grosse que celle de Ludivine.

Elle ne répondit pas, peu encline à tergiverser, et retourna à sa lettre tandis que James attrapait le livre qu'elle avait emprunté en entrant dans la bibliothèque.

Mémoires de Tiberio Simolion et le Cercle de Brocéliande, lut-il en lâchant un léger sifflement, tu t'intéresses à de grands sujets, Hendell.

Ludivine ne retint pas, cette fois, un air agacé. Son silence n'en disait-il pas suffisamment sur son envie et sa capacité à tenir une discussion ? Elle récupéra le livre des mains de James et le posa à côté d'elle de sorte qu'il ne puisse plus y toucher, montrant son impatience par un regard irrité.

— Pourquoi ne te mêlerais-tu pas de ce qui te regarde, Potter ? demanda-t-elle avec distance.

— C'est un crime de m'intéresser à toi ? rétorqua James avec malice.

— Tu n'es pas en train de t'intéresser, dit Ludivine qui refusait de rentrer dans son jeu, tu te mêles de ce qui ne te regarde pas.

James se contenta d'un grand sourire alors qu'elle levait les yeux au ciel. C'était comme parler à un scroutt à pétard, se dit-elle en voyant la malice passer dans les yeux du sorcier.

— C'est dur de savoir de quel côté attraper une baguette avec toi, commenta James.

— Si tu crois que c'est plus simple te concernant, marmonna-t-elle en reportant son attention sur sa lettre.

Un silence s'installa, durant lequel Ludivine continua de relire sa lettre. James se balançait sur sa chaise, l'observant d'un œil discret. Ludivine s'en rendit compte quand elle finit sa relecture.

— Tu es encore là ? demanda-t-elle avec surprise.

— Tu préférerais que je m'en aille ? suggéra James avec un sourire.

Elle haussa les épaules, n'ayant pas de réponse à fournir au sorcier dont le sourire s'agrandit.

— Dire que je pensais qu'on avait franchi une étape, toi et moi, se moqua-t-il.

— Tenir une discussion civilisée avec toi ne veut pas dire que je veux en avoir une tous les jours.

— Moi qui pensais que je te faisais rire ! s'exclama James avec désarroi.

Une nouvelle fois, Ludivine ne répondit rien, le fusillant du regard. Pourtant, elle ne contrôla pas le sourire qui commençait à se former sur ses lèvres. Merlin qu'il pouvait l'importuner, mais elle commençait à s'habituer à ses frasques.

— Quelque chose me dit, reprit James, que tu es fâchée que je sois intervenu ce matin.

— Tu fais bien ce que tu veux, répondit-elle sèchement.

Ludivine hésita à relever la tête, et le regretta aussitôt quand elle vit le regard moqueur qu'il avait posé sur elle.

— Tu n'aimes pas qu'on intervienne pour toi, reprit James comme s'il était légèrement embêté par l'idée, c'est problématique.

— Tu as perdu ton sang-froid, cingla finalement Ludivine qui avait posé sa lettre dans un bruit sec sur la table. Tu as simplement confirmé ce qu'il pensait être un point faible pour toi.

— Et alors ? répondit James dans un claquement de langue agacé. Je me fiche de ça, Rowle est stupide, il ne va pas aussi loin dans sa réflexion. Ce qui m'importe, c'est qu'il sache que s'il cherche un adversaire, il en trouvera un de taille en ma personne.

Ludivine grinça des dents. Rempli d'ego, voilà un autre terme qui caractérisait James Potter. Bien sûr, c'était également son cas alors il n'y eut aucune surprise à ce que chacun maintienne son regard face à l'autre. Encore une fois, c'était à qui aurait le dernier mot.

Finalement, James eut un sourire, choisissant de battre en retraite.

— Tu t'essaies à la magie élémentaire, n'est-ce pas ? reprit-il avec une légèreté qui irrita Ludivine.

Comme elle ne répondait pas, il continua.

— Tiberio Simolion était un grand géomancien, il n'y aurait aucune raison d'emprunter un ouvrage sur sa vie passée si tu ne pratiquais pas le contrôle de la terre

— C'est pour un cours sur les druides, se contenta de répondre Ludivine.

— Ça m'étonnerait, dit James en secouant la tête de gauche à droite en arrêtant de se balancer sur sa chaise, tu es le genre de sorcière qui pourrait s'essayer à cette difficulté.

Il se stabilisa, approchant son visage de Ludivine comme s'il avait l'intention de lui partager un secret. Il était soudain très proche, elle pouvait presque sentir le souffle du sorcier sur elle, et elle se demanda un instant si elle rougissait de cette proximité.

— On pourrait s'y entraîner ensemble, suggéra James dans un murmure.

— En quoi ça t'intéresse ? demanda Ludivine alors qu'il affichait un sourire narquois.

— Moi aussi j'ai voulu gagner en puissance, expliqua James, et la magie élémentaire a été un bon moyen. Ça l'est toujours.

Ludivine savait lire entre les lignes. Il ne lui disait pas uniquement qu'ils pouvaient s'entraîner ensemble à cette magie ancestrale, mais également qu'il le faisait depuis un moment. Puis un éclair de compréhension passa sur le visage de Ludivine. Elle revoyait le Gryffondor en Sortilèges, et la facilité avec laquelle il avait rappelé sa baguette. Elle revoyait le Gryffondor dans la Grande Salle, et la façon dont le verre avait explosé au visage du sorcier qui draguait sa sœur. Elle revoyait le Gryffondor sur le terrain de Quidditch, se laissant porter par les bourrasques.

— Tu maîtrises l'air, réalisa-t-elle d'une voix blanche.

— Je m'y essaie, répondit James avec une malice discrète, comme s'il se retenait d'apprécier la surprise de Ludivine.

Elle pensa tomber de son siège. La magie élémentaire était une forme de magie rare et ancienne, dont Ludivine avait entendu parler à force de lire d'innombrables livres. Comment James Potter en avait-il, lui, entendu parler ? Elle pensa à la facilité qu'avait le sorcier à tenir dans les airs, à la prestance qu'il dégageait et à l'assurance qu'il manifestait. Elle ne doutait pas qu'il pratiquait l'aéromancie depuis des années.

Un sentiment la prit aux tripes quand elle comprit que James s'y exerçait pour augmenter ses pouvoirs. Elle aurait pu penser qu'il s'agissait d'un sentiment de jalousie à l'idée qu'il maîtrise une magie qu'elle ne parvenait pas à discipliner. Mais ce n'était pas ça. C'était un sentiment d'excitation. C'était une envie d'apprendre avec lui, de partager ses secrets, de formuler des propositions. Un sentiment étrange anima Ludivine alors qu'elle posait un regard nouveau sur James.

Ce dernier s'amusait de sa surprise. Il la regardait d'un air narquois, observant tout ce qu'il se passait dans ses yeux. C'était comme s'il avait réussi, pour la première fois, à trouver le vrai filon pour amener la jeune femme à s'intéresser à ce qu'il disait. Mais bien évidemment, rien ne devait être simple pour James Potter, il s'en assurait toujours.

— Je ne t'embête pas plus longtemps, lui dit-il en lui faisant un clin d'œil avant de se lever. Je venais simplement te dire que mon frère aurait besoin d'être raisonné, voilà maintenant trois heures qu'il s'entraîne sous ce vent glacial. Mais c'est toujours un plaisir de rigoler avec toi, Hendell.

Et sur ces derniers mots, il tourna les talons et sortit de la bibliothèque. Ludivine le regarda partir, plongée dans ses pensées. Elle avait tant de questions à poser, tant d'idées à partager, tant de propositions à faire. Mais elle se calma. Elle avait beau s'habituer au contact de James, ça ne voulait pas dire qu'elle lui faisait confiance et qu'elle était prête à révéler ses secrets.

Et pour l'instant, c'était Albus qui importait.


Ludivine avait donc pris la direction du terrain de Quidditch. Albus s'était isolé quelques heures plus tôt sur son balai et elle se doutait qu'il ne serait toujours pas revenu. Voilà plusieurs jours qu'il passait la majeure partie de son temps dans les airs, s'entraînant à des techniques ou bien réfléchissant à des tactiques.

Ludivine l'aperçut au loin, volant autour du terrain. Il filait à une vitesse impressionnante, et elle se demanda depuis combien de temps il tournait en rond sous ces nuages sombres qui menaçaient d'éclater à tout moment, et ce vent glacial qui s'infiltrait sous les tenues d'automne.

Elle regretta ses gants quand elle monta dans les gradins, s'installant sur un siège malgré le vent froid qui sifflait. Elle n'eut cependant pas le temps de sortir son livre de Botanique qu'Albus fonçait déjà vers elle à une vitesse ahurissante.

Il s'arrêta juste à côté d'elle, posant un pied au sol puis un second. Il passa une main dans ses cheveux, faisant un sourire authentique à Ludivine, le genre de sourire qu'elle n'obtenait du sorcier qu'après un enivrement de Quidditch. La passion de son meilleur ami lui ajoutait une certaine attractivité.

— Enfin un sourire, se moqua-t-elle, je pensais que tu ne savais plus comment faire.

— Tu vas attraper froid, la sermonna Albus en ignorant sa remarque.

— Ce n'est pas grave, le rassura-t-elle, j'avais envie de te voir.

Le sourire d'Albus se renforça tandis qu'il passait un bras protecteur autour de ses épaules pour la réchauffer.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive ? s'enquit Albus.

— Rien qui ne me concerne. Je m'inquiète pour toi.

L'air surpris d'Albus la fit sourire. Qu'il n'ait même pas conscience qu'il se renfermait la fascinait presque. Albus, comme Scorpius, choisissait parfois de ne voir que ce qu'il voulait voir.

— Tu ne devrais pas, la rassura-t-il.

— Scorpius et moi ne te voyons plus.

— Je t'assure que Scorpius me voit suffisamment pour en avoir marre, ricana Albus, et toi et moi nous voyons moins parce que nous sommes tous les deux occupés.

Ludivine fronça les sourcils. Depuis le début de leur année, les interlocuteurs de Ludivine s'étaient multipliés et elle n'était pas sûre d'avoir encore appris à répartir le temps qu'elle passait avec chaque personne. Elle avait bien conscience qu'Albus et elle se voyaient moins, d'autant plus que lui avait renforcé ses entraînements solitaires ces deux dernières semaines et qu'elle avait passé beaucoup de temps avec James à s'entraîner pour le concours.

— Ce n'est pas grave, tu sais, sourit Albus.

Il lui fit un sourire doux, frictionnant sa main sur le bras de Ludivine tandis que celle-ci laissait sa tête reposer contre la clavicule du sorcier. Aucun d'eux ne parlait, écoutant silencieusement le vent souffler.

Puis, au bout d'une longue minute, elle releva la tête.

— Comment prends-tu la nouvelle ?

Elle savait que ce n'était pas la question à poser, elle le sut à la façon dont le dos d'Albus se tendit. Il posa un regard distant vers elle, avant de soupirer de lassitude.

— Comme une trahison, cingla Albus.

— Il faut que tu acceptes que ton rêve ne soit pas celui des autres, Al.

— Comme ça a été ton cas ?

Ludivine vit une légère rancœur dans le regard d'Albus. Deux jours plus tôt, Olivia Flint avait annoncé son retrait de l'équipe pour se consacrer au concours. Sans aucune surprise, cela avait créé un esclandre dans l'équipe, où de nombreuses indignations avaient fusé. Quitter l'équipe alors que la saison avait commencé pénalisait l'équipe tout entière, d'autant plus qu'Olivia Flint jouait en tant que poursuiveuse et qu'il n'était pas facile de créer une complicité entre les membres à ce poste.

Ce n'était cependant pas un cas isolé. Toutes les équipes avaient perdu un joueur. Serdaigle et Gryffondor, dont le match approchait, avaient eu la chance de ne perdre que des remplaçants. Poufsouffle qui avait perdu un attrapeur et Serpentard un poursuiveur avaient plus souffert. C'étaient des pertes lourdes. Un poursuiveur devait pouvoir s'appuyer sur ses co-poursuiveurs, leur faire confiance et les comprendre. Une telle dynamique ne s'acquérait pas en quelques semaines. Un attrapeur n'avait pas besoin de s'intégrer à une équipe mais il était difficile d'en trouver un bon. Et ça, Ludivine le savait bien.

— Comme ça a été mon cas, confirma-t-elle finalement avec douceur.

Oh, Ludivine se souvenait parfaitement du traitement auquel elle avait eu droit à la suite de son départ. Scorpius et Albus lui en avaient fait voir de toutes les couleurs, en jouant de la froideur comme elle leur avait rarement connu. Ils n'avaient pas compris son choix, mais elle ne leur en avait pas réellement voulu. Elle ne leur avait jamais expliqué.

— Qu'as-tu décidé pour les sélections ?

— Je vais les faire tenir en début de semaine je pense, il nous faut quelqu'un très rapidement.

— Je ne parlais pas de celles-là.

Bien sûr, Albus l'avait déjà compris. Il savait que Ludivine se fichait du futur remplaçant d'Olivia Flint. Que l'équipe de Serpentard se débrouille comme elle le pouvait ! Non, elle parlait des sélections organisées par Flaquemare.

Albus avait d'abord insisté fortement auprès de son père pour qu'il pousse sa candidature, ce qui avait grandement surpris Ludivine. Ces sélections étaient une opportunité exceptionnelle pour Albus. S'il parvenait à obtenir le poste, il mettrait un pied dans le Quidditch professionnel avant même d'être diplômé de Poudlard. Elle n'avait pas envie que cela arrive parce qu'Albus aurait utilisé son nom de famille. Il avait des compétences bien plus grandes que son nom.

— Maintenant que l'offre a été diffusée, répondit Albus, je constate que même au sein de Poudlard, de nombreuses personnes sont intéressées.

— Des personnes qui auraient plus de chances que toi d'y arriver ? demanda-t-elle.

— Va savoir, éluda Albus, mais je m'inscrirai quand ce sera le moment et je tenterai ma chance.

— Que t'a dit ton père ?

— Un jour, sourit Albus, tu rencontreras mon père et il te fera un de ses grands discours sur la valeur d'un sorcier. Il te dira que dans de telles situations, il ne s'agit pas de faire l'impensable pour gagner, mais de donner tout ce que l'on a pour s'approcher de la victoire.

Ludivine fit un sourire à Albus. Elle savait que Harry Potter avait beaucoup de principes, et que ceux-ci avaient parfois effrayé Albus qui s'était souvent demandé s'il était à la hauteur des attentes paternelles. Peut-être, se dit-elle, que James avait déjà eu ces doutes également. Mais elle comprenait ce que lui disait Albus, s'appuyer sur nos compétences, sur nos capacités, et non jouer de mille stratégies pour gagner. Albus semblait avoir accepté l'idée, et elle était contente qu'il tente sa chance, acceptant la concurrence et la difficulté que cela pouvait représenter.

Puis le regard du sorcier changea, et Ludivine y vit une certaine mélancolie tandis qu'il éloignait ses yeux.

— Tu sais que mon père était le plus jeune attrapeur de son siècle ? reprit Albus, le regard perdu.

— Je sais qu'il était particulièrement talentueux, répondit-elle doucement, dans l'attente de voir où Albus voulait en venir.

— Ma mère a joué chez les pros pendant des années, continua Albus, mais on compare toujours mon talent à celui de mon père. On ne cherche pas à savoir à quel point je suis bon, on essaie simplement de savoir si je suis aussi bon que lui.

— Ce n'est pas obligatoirement une mauvaise chose.

— Pourtant, j'ai appris à me définir par ça, répliqua Albus. James me dit toujours que je devrais me détacher de l'image de notre père, que je devrais faire comme j'en ai envie, mais en vérité, ce dont j'ai envie, c'est montrer que je suis aussi bon que lui.

Albus posa un regard presque craintif sur Ludivine, comme s'il craignait que ces mots qu'il avait formulés ne le pourchassent à vie. Elle attrapa la main d'Albus, la serrant avec force malgré le vent qui lui brûlait la peau.

Dans leur amitié, ils ne parlaient jamais de ces sujets familiaux qui les hantaient tous les trois. Albus ne parlait jamais de ses doutes liés aux attentes que l'on avait de lui. Tout comme Scorpius ne parlait jamais de la maladie de sa mère qui avait failli l'emporter un jour et qui parfois refaisait surface pour tanner les Malefoy. De même, Ludivine ne parlait jamais de son cadre familial détruit par des questions qu'elle n'avait jamais posées et des réponses que sa mère n'avait jamais arrêté de chercher.

— Ce n'est pas un problème d'avoir cette envie, Al, lui dit Ludivine. Ce qui compte, c'est que tu fasses ton petit bonhomme de chemin sans t'identifier à ton père. Ce que tu as toujours bien réussi à faire jusqu'ici.

— Les gens continuent de m'identifier à lui.

— Malheureusement, répondit-elle avec douceur, ils n'arrêteront probablement jamais.

— James a pourtant réussi à…

— Tu n'es pas James, le coupa-t-elle fermement. Ton frère n'a pas ta passion pour le Quidditch. Il a peut-être réussi à se détacher de ce sport pour ne pas continuer dans les pas de votre père, mais que crois-tu qu'il fasse en tentant de devenir auror ?

Albus ne répondit pas, la jaugeant du regard. Ludivine savait qu'il réfléchissait, mais ses mots ne semblaient pas suffire au sorcier. Alors elle choisit d'aller plus loin dans son raisonnement, de s'ouvrir suffisamment pour que ses mots lui parlent.

— C'est normal de ne pas réussir à se détacher de sa famille, Al, lui dit-elle d'un ton bas. Regarde-moi, reprit-elle après quelques secondes de silence, j'ai été incapable de faire confiance à une nouvelle personne en six ans parce que j'ai toujours vu ma mère se méfier de tout le monde. Je crains les secrets de mes proches parce que j'en ai connu toute ma vie, et je suis hantée par la crainte qu'on ne me quitte du jour au lendemain comme mon père a pu le faire.

— Ton père ne t'a pas quittée.

— Il n'est plus là, c'est pareil.

Ludivine n'en parlait jamais. Papa était un mot qu'elle n'utilisait pas, c'était une notion qu'elle ne connaissait plus, c'était une pensée qu'elle n'avait jamais. Elle n'en avait parlé uniquement pour montrer à Albus qu'il n'était pas le seul à être rattrapé par sa famille, que chacun était marqué par son passé, dans ses relations aux autres et dans son rapport à soi-même. Mais sinon, Ludivine n'en parlait jamais. Et Albus le savait, ce fut pour ça qu'il choisit d'alléger la discussion.

— Par rapport à ce que tu disais sur James tout à l'heure, reprit Albus avec une moquerie feinte mais suffisante, tu sais que James est aussi passionné que moi par le Quidditch ?

— Que Merlin m'en préserve alors, s'exclama Ludivine avec un petit rire, il en parle en tout cas moins que toi !

Albus eut également un petit rire. Il lui semblait que son avenir se jouait ces prochaines semaines, comme celui de Ludivine, et il ne comprenait pas pourquoi il était tant bloqué sur ce que les autres attendaient de lui et non sur ses propres attentes. L'échec n'existait pas chez les Potter, et ça effrayait Albus qui, maintenant plus que jamais, n'avait pas le droit d'échouer.

Il sentit Ludivine s'agiter sur son siège, et il regretta qu'elle ait eu à parler de son père. Elle ne l'avait pas fait depuis la fin de leur quatrième année, lorsqu'ils avaient dû soutenir Scorpius. Le regard plongé sur le terrain, que le vent d'automne avait terni, Albus se dit que l'été les avait définitivement quittés, et une certaine mélancolie avait touché le château, même si ce dernier était animé de l'excitation générée par le concours et le Quidditch. Un début de mois d'octobre normal à Poudlard.

— Le meilleur moyen de te démarquer de ton père, reprit Ludivine avec douceur, c'est en te détachant de son nom et en ne comptant que sur tes compétences, uniquement sur ça. C'est une chose que ton frère a comprise.


— Tes pensées me rendent morose, Ludivine.

Pourtant, elle n'avait pas dit un mot. C'était peut-être ce qui avait poussé Rose à lui faire cette remarque, tandis qu'elles empruntaient un escalier dans la tour d'astronomie. Il était assez rare que les deux sorcières aient des missions de préfètes ensemble, mais Ludivine appréciait la tranquillité qui l'accompagnait quand c'était le cas. Avec Rose, il n'y avait pas besoin de faire semblant. La Gryffondor était d'un calme à toute épreuve, et Ludivine le ressentait.

— Désolée, grimaça-t-elle, je pensais au concours.

— Les propos de Kingsley t'ont mis le doute, toi aussi ? demanda Rose avec gentillesse.

— Difficile d'y voir clair avec ses tirades philosophiques, répondit Ludivine. À croire qu'il a pris une bièraubeurre avec Platon la veille.

Rose eut un rire discret, amusée par le ton sec de Ludivine. Rose était la seule Potter-Weasley à la connaître un peu. Jusqu'à quelques semaines plus tôt, cette dernière n'avait jamais adressé un mot à Fred et James, et avait rarement échangé avec Lily. Elle n'avait réellement connu que Rose, qui avait très rapidement saisi son caractère.

— Je pense, supposa Rose, qu'il ne faut pas trop essayer de deviner le contenu des épreuves. Ils espèrent recruter des aurors à la fin du concours, alors ils s'assureront que rien ne soit prévisible.

— C'est ta mère qui t'a dit ça ? sourit Ludivine qui hésitait à l'embêter sur le fait qu'elle n'avait pas le droit de recevoir des informations de l'intérieur du ministère.

— Contrairement à bien d'autres, rigola Rose, ma mère sait dire beaucoup de choses avec peu de mots.

— Comme toute personne intelligente, répliqua Ludivine.

— Comme toute femme intelligente ! renforça Rose.

Les deux sorcières échangèrent un rire discret tandis qu'elles tournaient à un angle de couloir.

— Je ne savais pas que Liz était ton amie, fit remarquer Rose.

— On ne l'avait jamais montré avant cette année, admit Ludivine, mais on est amies depuis longtemps.

— C'est ce qu'elle m'a dit, répondit Rose en rigolant. Ce n'est pas facile d'obtenir des informations de sa part, mais j'y arrive petit à petit.

— Liz est discrète.

— Liz est secrète, corrigea Rose, mais je crois qu'elle a ça en commun avec toi.

— Ce doit même être la seule chose que nous ayons en commun, dit Ludivine dans un rire léger.

— J'étais persuadée que tu n'appréciais personne en dehors de mon cousin et de Malefoy, sourit narquoisement Rose.

— En vérité, confia Ludivine, je n'aurais jamais pu tenir six ans d'amitié avec ces deux-là sans avoir d'autres personnes à qui me plaindre d'eux.

— Je veux bien te croire ! ricana Rose en commençant à prendre une voix grave pour imiter les deux sorciers. Scorpius, on mange et on boit Quidditch ? Avec plaisir Albus, respirons également Quidditch afin de s'assurer qu'on s'étouffe bien sur nos tactiques de Souafle !

Ludivine éclata d'un rire fin. C'était la première fois que quelqu'un d'autre se moquait avec un tel humour de l'obsession de ses deux amis, et elle était à l'aise à l'idée que ce soit la cousine d'Albus. Même si Ludivine connaissait peu Rose, il lui avait toujours semblé que celle-ci était d'une bienveillance et d'une sincérité évidente.

— Ils se sont bien trouvés, dit Ludivine.

— Ah ça ! sourit calmement Rose comme si elle réfléchissait à ce qu'avait dit Ludivine. Albus se cherchait beaucoup avant de vous rencontrer. Il était proche de ses cousins, mais aucun d'entre nous n'avait la folie qui correspondait à la sienne comme c'est le cas avec Scorpius, et il n'acceptait la douceur ou les critiques de personne autant qu'il les accepte venant de toi.

Ludivine ne répondit rien, se contentant d'échanger un sourire avec Rose. Cette dernière lui avait déjà confié une fois qu'elle était contente qu'Albus les ait trouvés, Scorpius et elle.

— Tu sais que tu as créé un sacré boucan chez nous ? reprit Rose avec un sourire.

Ludivine porta un regard interrogateur sur la sorcière dont le sourire s'agrandit.

— Personne n'aurait pensé que James pourrait faire équipe avec une personne extérieure à la famille, en dehors de William, expliqua Rose. Tous les cousins se demandent comment ça a pu arriver, et je ne te parle même pas des adultes.

— Votre famille et sa propension à se mêler de tout, grinça Ludivine qui n'avait jamais apprécié cet aspect.

— Nous sommes une famille unie, dit Rose en haussant les épaules, comme si elle ne comprenait pas l'agacement de Ludivine, on se soutient beaucoup et ça implique parfois de se mêler de la vie des autres.

C'était bien un principe que Ludivine ne comprenait et n'acceptait pas, même si ce qui la surprenait d'autant plus était l'abnégation des membres de cette famille. Ils avaient tous admis que la transparence était normale entre eux et donc ne s'indignaient pas que tout le monde soit au courant de tout.

— James aussi est très secret, reprit Rose d'un air pensif.

— Vraiment ? demanda Ludivine avec dérision. Je le trouve un peu trop expansif.

— Rarement sur ce qu'il pense réellement, la contredit Rose. Il dit beaucoup de choses avec humour et ironie mais ne partage jamais ce qu'il pense, et je ne suis pas sûre que même Fred, parfois, sache ce que James a dans la tête.

— Pourtant, cingla Ludivine, ça ne l'empêche pas d'avoir un avis et de l'affirmer, toujours à la recherche d'une contradiction.

Rose posa un regard pensif sur Ludivine, comme si elle réfléchissait à ce qu'elle lui disait, et Ludivine sentit un pic de stress monter en elle. Pourquoi avait-elle l'impression que Rose comprenait quelque chose qu'elle-même n'arrivait pas à saisir ?

— Sais-tu pourquoi j'ai proposé à Liz de faire équipe avec moi ?

— Parce que c'est une bonne sorcière ? proposa au hasard Ludivine.

— Parce que j'ai estimé que c'était la sorcière qui me correspondait le mieux pour m'imaginer gagner.

Ludivine ne répondit rien, interrogeant Rose du regard. Cette dernière sourit avec amusement avant de reporter son attention sur les couloirs vides qu'elles traversaient.

— Et donc connaissant James, reprit-elle, je me demande bien ce qui l'a convaincu de te proposer de faire équipe.

De nouveau, Ludivine sentit sa nuque la picoter de nervosité. Elle n'aimait les commentaires qu'elle recevait, ayant le sentiment qu'on se mêlait de sa vie tout en se mêlant de celle de James.

Néanmoins, elle comprenait l'interrogation de Rose. Qu'est-ce qui avait convaincu James Potter de faire équipe avec elle ? Elle avait entendu de nombreuses choses ces dernières semaines, qu'elle n'avait pas particulièrement bien vécues, notamment qu'elle avait charmé James, grâce à un sortilège, à une potion, ou bien simplement à force de le côtoyer. Quelle chance avait-elle d'être amie avec Albus et maintenant binôme de James, elle a dû faire quelque chose ! avait-elle entendu.

Ludivine eut un sourire à cette pensée. Personne n'avait compris. Ce n'était pas une question d'ensorcellement, ni d'attirance ou d'affection. C'était la seule chose dont Ludivine était sûre, la seule chose qui faisait sens pour elle. James avait fait son choix lorsqu'il l'avait vue manier sa baguette avec contrôle. Cette idée, qui faisait tout son sens pour elle, semblait cependant incompréhensible pour les autres.

Mais Ludivine ne prévoyait pas de l'expliquer, ça ne regardait personne.

— N'hésite pas à lui demander la prochaine fois que tu le verras, souffla-t-elle.


Lorsque Ludivine retourna dans sa salle commune à une heure tardive, elle constata qu'il n'y avait plus grand monde. Albus et Scorpius n'étaient pas dans les parages, probablement dans leur dortoir. Elle décida de faire de même, avant qu'on ne l'interrompe.

— Hendell, la héla-t-on.

Ludivine se figea une demi-seconde, cachant sa surprise à l'idée qu'Ethan Nott l'interpelle. D'un air poli mais sec, elle se tourna vers le sorcier. Il était installé dans l'un des fauteuils Louis XIV qui peuplaient la salle commune, au dossier haut et légèrement incliné vers l'arrière, couverts d'étoffe de velours vert.

Il la fixait d'un air inflexible, mais elle aurait juré voir ses pupilles s'agiter. Elle hésita un instant à s'approcher. Il était rare de le voir sans son acolyte, Lucas Zabini, et elle était perplexe à l'idée qu'il souhaite échanger des mots cordiaux.

— Arrête d'hésiter, Hendell, lui dit Nott avec moquerie, plus vite je t'aurai parlé, plus vite je te laisserai tranquille.

Ludivine ne retint pas un regard froid face au ton ironique, mais décida toutefois de s'installer sur le fauteuil d'à côté, prête à entendre ce qu'il avait à lui dire.

— Lucas m'a dit que tu t'étais gentiment fait aborder par Logan Rowle.

— Il a cherché à me faire peur, répondit-elle, à cause d'un historique entre sa famille et les Potter je suppose.

— Comme pour un grand nombre de familles de sang-pur, répondit Ethan.

— Que veux-tu, Nott ? demanda Ludivine d'un ton sec qui l'aidait à garder son calme.

Elle sut, au sourire amusé d'Ethan, qu'il appréciait sa franchise, mais Ludivine se méfiait toujours de lui. Comme elle l'avait répété plusieurs fois à Evelyn, Ethan Nott était un sorcier respectueux et peu intéressé par les histoires de sang, mais ça ne l'empêchait pas de se méfier.

— Dis-moi, Hendell, reprit Ethan d'un air pensif, penses-tu que ton amie annulerait les fiançailles si elle le pouvait ?

Ludivine ne cacha pas sa surprise. Ce n'était pas tant la question posée que l'air sérieux du sorcier qui l'interrogeait.

— Pourquoi me demandes-tu cela ?

— De la simple curiosité, répondit Ethan d'un air narquois, j'essaie d'en apprendre plus sur ma fiancée.

— Dans ce cas, rétorqua-t-elle, tu devrais passer plus de temps avec elle.

Ethan se contenta d'un sourire mystérieux, et Ludivine se demandait pourquoi il posait cette question à laquelle il savait qu'elle ne répondrait pas. Il était hors de question qu'elle dise quoi que ce soit qui pourrait causer un potentiel tort à Evelyn, même par inadvertance.

Ethan posa un regard pensif sur elle, se caressant le menton dans sa réflexion. Puis il se pencha abruptement, approchant son visage de Ludivine qui retint un mouvement de recul.

— Tu devrais te méfier de Rowle, lui dit-il avec sérieux.

— Je l'avais compris lorsqu'il m'a menacée, maugréa Ludivine.

— Pourquoi crois-tu que certains sorciers participent à ce concours, Hendell ? demanda soudain Ethan sur un ton de confidence.

Ludivine ne répondit pas, se demandant où le sorcier voulait en venir. Pour elle, certains participaient pour atteindre leurs objectifs, comme James, Liz ou elle, et d'autres participaient pour relever un défi, comme Acca et Scorpius. Elle n'avait pas réfléchi à d'autres motifs.

— Pour des sorciers comme Rowle, reprit Ethan, ce concours est un moyen de mettre un pied dans le ministère. Parce qu'il n'y a que de l'intérieur que l'on connaît réellement son ennemi.

— Tu penses que Rowle est un mauvais sorcier ?

Ethan fit un sourire mystérieux, reculant dans son fauteuil tandis qu'il gardait son regard amusé sur elle.

— Je pense que toutes ces attaques ont un auteur, se contenta de répondre Ethan, et qu'on n'a pas éradiqué les mauvais sorciers en détruisant Voldemort.

— Et toi, demanda-t-elle, qu'es-tu ?

— J'aime à croire que je suis la meilleure version de moi-même.

Ludivine jeta un regard suspicieux au sorcier. Ses propos avaient-ils même un sens, elle en doutait. Oh bien sûr, elle avait compris le message. Ce n'était pas en posant la question qu'elle aurait une réponse. Mais ça lui convenait. Elle était de toute façon de ceux qui pensaient que seuls les actes révélaient la vraie nature de l'Homme.

— Pourquoi me conseilles-tu ?

— Je préfère t'avoir de mon côté, sourit Ethan, le jour où les amies d'Evelyn donneront leur avis sur l'une de nos disputes.

— C'est joyeux, se moqua Ludivine, si tu imagines déjà les disputes que vous aurez.

— Je serais un idiot de penser qu'Evelyn m'écoutera docilement, lui répondit Ethan avec amusement.

Sur cela, Ludivine approuvait. Qu'il en ait conscience la fit sourire. Ethan Nott n'était pas idiot, et il semblait avoir décidé de considérer Evelyn comme son égal. Cette idée la conforta dans son avis que le sorcier n'était pas le pire héritier de sang-pur sur lequel son amie aurait pu tomber.

Ludivine entendit un léger piaillement qui détourna son attention d'Ethan Nott. Lorsqu'elle aperçut une petite chouette à la fenêtre semi-enterrée de la Salle commune, elle se leva à vitesse de l'éclair pour débloquer la fenêtre d'un coup de baguette. La chouette s'engouffra aussitôt à l'intérieur, déposant une lettre dans les mains de Ludivine qu'elle regarda aussitôt.

Quelques mots étaient inscrits, qui lui firent oublier Ethan Nott et ce qu'il pouvait lui dire. Une seule chose importait : sa mère lui apportait des nouvelles. Sa mère allait bien.


[1] Les esprits revêches, Henri-Frédéric Amiel, extraits du recueil Il penseroso (1858)

End Notes:

J'espère que le chapitre vous aura plu, n'hésitez pas à me laisser un petit avis ;) à très vite !

La connaissance | Partie A by CamCaz17
Author's Notes:

Hello, me voici de retour avec la première épreuve ! Je l'ai divisée en deux parties, la deuxième est déjà écrite et arrivera dans quelques jours.

J'espère que ce chapitre vous plaira, bonne lecture.

Chapitre 12 – La Connaissance, Partie A

Ludivine n'oublierait jamais la première fois qu'elle avait réalisé que l'on pouvait perdre un être cher en un instant.

Elle n'oublierait jamais l'instant où elle avait réalisé cela. Elle avait douze ans, et se souvenait du soleil radieux qui commençait à décliner alors qu'elle marchait dans les rues piétonnes du Paris moldu. Acca se tenait à côté d'elle, lui montrant l'arc-en-ciel qui s'était formé une fois que la pluie s'était arrêtée.

Rachel et Zach, les parents d'Acca, se tenaient plus loin, et rigolaient avec la mère de Ludivine qui mettait un pied hors du restaurant asiatique où ils avaient tous dîné. Acca et Ludivine avaient commencé à avancer, marchant sur les rues pavées avec insouciance. Acca avait lancé un défi, à savoir laquelle sauterait le plus fort dans les flaques d'eau formées par la précédente pluie, et provoquerait le plus d'éclaboussures.

Acca gagnait, de façon incontestable. Elle était trempée et éclatait de rire tandis que sa mère la grondait d'un peu plus loin. Ludivine regardait son amie taper dans ses mains d'excitation, lorsqu'elle avait senti un regard. À partir de là, tout était allé très vite. Elle ne se souvenait pas de tout, mais certains flashs n'avaient jamais quitté son esprit.

Un éclair avait volé vers Acca et elle, mais n'avait jamais atteint sa cible. Il avait été dévoyé vers un vélo garé à côté, et Ludivine revoyait encore l'aspect carbonisé de l'objet moldu après que le sort l'a touché. A cet instant, elle avait eu peur. Elle avait entendu son nom être hurlé, celui d'Acca également. C'étaient leurs mères, mais leur cri n'était pas teinté d'inquiétude. Il y résonnait une détermination, une volonté de les protéger que Ludivine n'oublierait jamais.

Elle ne se souvenait pas du visage de l'attaquant. Était-il seul ou y en avait-il une dizaine, elle n'en savait rien. Était-ce un homme ou une femme, elle ne s'était jamais posé la question. Elle n'avait plus aucune image de ces détails. Elle se souvenait qu'un bras masculin était passé autour de son estomac, celui de Zach qui les attrapait par la taille, Acca et elle. Alors qu'il les éloignait, Ludivine avait vu sa mère s'avancer pour engager le duel.

Ludivine n'oublierait jamais son regard déterminé, la main ferme qu'elle avait levée pour lancer un sortilège offensif, la posture défensive et inflexible qu'elle avait tenue. Sa mère lui avait semblé si forte à cet instant, Ludivine ne l'oublierait jamais.

Elle ne se souvenait plus des témoins, ou des actions de son ou ses attaquants à ce moment-là. Elle se souvenait uniquement d'avoir vu un éclair foudroyant voler en direction de sa mère, la touchant de plein fouet. Mère et fille hurlèrent à l'unisson tandis que cette première tombait à genoux. C'était sa dernière vision avant de sentir qu'elle transplanait.

Elles avaient atterri dans la maison familiale. L'enfant qu'elle était se souviendrait toujours du sentiment d'éternité qu'elle avait ressenti durant la minute qui avait suivi et qui n'avait montré aucun signe de sa mère. Tant de choses étaient passées dans son esprit durant cette minute. Tant d'horreurs. Et elle avait ressenti tant de solitude.

Finalement, sa mère était apparue, soutenue par Zach. Ils étaient tous les deux blessés, elle à l'estomac, et lui à la tête. Leurs blessures semblaient profondes, et dans ce grand salon dans lequel Ludivine aurait dû se sentir en sécurité, elle avait connu l'un des pires instants de sa vie.

Ça avait été la cohue. Inquiet, Zach avait hurlé aux deux jeunes sorcières d'aller ailleurs. Sa mère s'était allongée dans le canapé, le souffle court et Ludivine avait dardé son regard sur le sang qui s'écoulait d'elle tandis que Rachel accourait pour la soigner.

Ludivine avait douze ans. Le geste le plus utile qu'elle avait eu à ce moment avait été d'attraper la main d'Acca et de la serrer avec force. Durant les premières secondes, elle avait pensé perdre sa mère, jusqu'à ce que Rachel soupire de soulagement, quelques minutes plus tard. Aucun adulte ne faisait attention à Acca et elle maintenant.

Ce n'était pas un sentiment de solitude que Ludivine avait ressenti, non, Acca était là. Ce n'était pas non plus un sentiment de peur à l'idée de perdre sa mère, non, cette dernière respirait encore. C'était un simple sentiment d'impuissance, en constatant que la situation pouvait lui échapper des mains en un instant, qu'elle pouvait y perdre une personne qu'elle aimait, et qu'elle ne pouvait rien faire pour y changer quoi que ce soit. Rien faire pour sauver les meubles quand tout s'effondrait.

Elle n'était pas sûre d'avoir été traumatisée par ce sang qui s'était écoulé du corps de sa mère, mais Ludivine aurait peut-être reconnu être dans le déni si on le lui avait pointé du doigt. Cependant, alors qu'elle revoyait sa propre impuissance, elle repensait à la détermination de sa mère, à son courage et sa fermeté lorsqu'il avait fallu affronter le danger.

Pour l'enfant qu'elle était, qui avait été élevée par une femme courageuse et déterminée, ce sentiment d'impuissance représenterait toujours le plus grand moment de faiblesse qu'elle avait pu vivre. Pour la fille qu'elle était, qui avait toujours admiré sa mère, ce risque de ne pas la voir se relever représenterait toujours son pire cauchemar. Pour la sorcière qu'elle était, à qui l'on avait toujours dit de ne pas baisser les bras, ce duel représenterait toujours une inspiration. Les bras étaient faits pour attaquer et se défendre, et non pour être baissés.

« Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse. » Nelson Mandela

— Toutes les équipes peuvent se mettre en place.

Ludivine n'oublierait jamais la première fois qu'elle avait réalisé que l'on pouvait perdre un être cher en un instant. Elle avait ressenti de la peur, mais n'oublierait jamais que la détermination de sa mère avait vaincu cette peur, et elle s'était fait la promesse de ne plus jamais se retrouver dans une situation où sa plus grande compagne serait son impuissance.

— C'est à nous, Hendell, signala James à côté d'elle pour la sortir de ses pensées. Avance-toi.

Ludivine reprit conscience du monde autour d'elle et posa son regard sur James qui se tenait à ses côtés. Le dos droit, le visage fermé, il ne la regardait pas, concentré sur son environnement qu'il analysait avec minutie. Le Gryffondor se tenait avec allure. Il se dégageait une telle force de lui, prêt à affronter tout ce qui lui ferait front, que Ludivine se sentit presque chanceuse de ne pas avoir à s'opposer à lui.

Une centaine de sorciers se tenait autour d'eux, alors qu'aujourd'hui avait lieu la première épreuve du concours. Toutes les équipes avaient été réunies dans le parc de Poudlard, à la lisière de la forêt interdite.

C'était le grand jour, James était silencieux, Ludivine était pensive. Ils ne ressemblaient en rien aux équipes qui se tenaient autour d'eux. Plusieurs chuchotaient, certains ricanaient silencieusement, d'autres rigolaient sans s'en cacher. Mais James et Ludivine n'échangeaient pas un mot.

Ludivine n'avait pas écouté le discours de Gawain Robards, ancien Chef du Bureau des Aurors avant que Harry Potter ne prenne sa suite à ce poste, mais en avait saisi les grandes lignes. Ils seraient livrés à eux-mêmes lors de cette épreuve. Personne n'aurait de vision sur ce qu'il se passerait dans la forêt et c'était à chaque équipe de se débrouiller pour en sortir.

Chaque équipe devait récupérer trois flammes pour réussir l'épreuve. Comment trouver ces flammes, c'était la question que tous les participants se posaient. Le seul indice qu'ils avaient eu était le suivant : utilisez vos connaissances, mais faites avant tout preuve de sagesse.

Comme toutes les autres informations qui leur avaient été données concernant cette première épreuve, Ludivine avait du mal à en discerner l'essentiel. Utiliser ses connaissances, encore fallait-il les avoir. Et comment savoir lesquelles seraient utiles dans la forêt interdite ? Quant à la sagesse, comment se couplait-elle aux connaissances ?

Ludivine soupira. Elle n'aimait pas manquer d'informations, et pour rien au monde aurait-elle posé de question à James qui affichait un regard dur et déterminé qui ne lui inspirait aucun confort. Bien sûr, elle n'avait aucun doute que son expression à elle devait être aussi fermée que celle du Gryffondor.

Ludivine s'avança, suivie par James, jusqu'à un cercle qui avait été tracé à la baguette dans l'herbe. Il s'y tenait un objet en lévitation à hauteur de poitrine, une miniature de la forme d'étoiles en collision. Toutes les équipes avaient ainsi un objet différent. C'était un portoloin qui les amènerait au cœur de la forêt.

Des étoiles en collision, Ludivine ne retint pas son sourire en les voyant. Elle leva son regard sur James. Ce dernier était imperturbable et elle pouvait sentir dans la sévérité de son expression toutes les pensées qui se promenaient dans son esprit. Il était impressionnant.

James dut sentir son regard car il releva la tête. Leurs regards se croisèrent et toute l'expression de James changea aussitôt, passant d'une concentration absolue à une ironie forcée.

— Tu m'as l'air tendue, Hendell, sourit-il.

— Concentrée, se contenta-t-elle de répondre, comme toi apparemment.

James ne répondit rien, mais Ludivine vit son regard se durcir de nouveau à l'idée qu'elle puisse sentir son stress. James, comme elle, n'aimait pas montrer ses faiblesses, et l'idée qu'une autre personne puisse comprendre et interpréter ses émotions en était déjà une. Pourtant, l'un comme l'autre n'affichait rien d'autre que de la concentration.

La concurrence était élevée, mais ça n'inquiétait ni James, ni Ludivine qui savaient que la forêt regorgeait de créatures plus dangereuses que les participants. Ils se demandaient surtout ce qu'ils allaient affronter. Il n'y aurait pas de dragon dans cette épreuve, mais chacun savait qu'il y avait bien pire qu'affronter des créatures effrayantes. Comme affronter ses peurs et découvrir qui l'on est face à elles.

Ludivine posa sa main sur l'objet, ce que fit également James. Aucun des deux ne réagit lorsque leurs mains se touchèrent, créant une vague de chaleur qui se propagea bien au-delà de leur toucher. Aucun des deux ne parla lorsque l'auror Robards demanda si les participants étaient prêts. Aucun des deux ne protesta lorsqu'un gong se fit entendre et que le portoloin s'activa, les transportant dans un mouvement de vent.

« La connaissance parle mais la sagesse écoute. » Jimi Hendrix

En quelques secondes, James et Ludivine avaient été transportés dans la forêt interdite. L'atterrissage se fit en douceur, et Ludivine lâcha aussitôt la main de James. En un simple coup d'œil, elle comprit qu'ils avaient été déposés à une croisée des chemins.

Sombre et profonde, la forêt s'étendait d'un côté dans l'obscurité. Elle était dense, constituée d'innombrables arbres, aux troncs hauts et aux souches épaisses. La verdure n'avait plus de place dans cet espace où la terre dominait. La lumière du jour n'avait pas réussi à se frayer un chemin dans cette partie de la forêt, et Ludivine dut plisser les yeux pour voir au loin, et quelque chose en elle l'incitait à s'éloigner de cette pénombre mystérieuse.

Lumineuse et paisible, l'autre versant de la forêt s'opposait à ses profondeurs inquiétantes. Les arbres bas et peu feuillus servaient d'habitacle à une grande biodiversité, et Ludivine pouvait apercevoir au loin une large clairière, somptueuse. Cette partie de la forêt était emplie d'une clarté qui lui inspirait confiance.

C'était décidé, Ludivine voulait aller vers la lumière. C'était sans compter sur James, qui se mettait en marche silencieusement vers les profondeurs de la forêt, sans lui demander son avis. Ludivine l'alpaga avant qu'il n'ait pu faire un pas de plus.

— Où vas-tu, Potter ? demanda-t-elle d'un ton désapprobateur.

— Je m'éloigne de la lisière, lui répondit James, nous aurons plus de chances au cœur de la forêt.

— Le cœur de la forêt est dangereux, argua-t-elle, pourquoi nous compliquer la tâche ?

— Toutes les équipes se dirigeront vers la lisière, où elles seront plus en sécurité, rétorqua James comme si c'était une évidence, il faudra se battre pour toute flamme à trouver.

Ludivine soupira, évitant le regard de James tandis qu'elle reconnaissait mentalement qu'il avait raison. Ils n'avaient aucune idée de la façon d'obtenir ces fameuses flammes, et c'était une stratégie de s'éloigner des autres participants pour ne pas avoir de concurrence. Elle tut sa crainte, ce sentiment profond qui lui signifiait que les créatures qui peuplaient le cœur de la forêt pouvaient être bien plus dangereuses que leurs concurrents, et suivit James d'un pas silencieux.

Ils marchèrent un bon quart d'heure, dans un silence qui ne dérangeait ni Ludivine, ni James. Au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient plus profondément dans la forêt, l'air se rafraichissait et une brume commençait à se former. Les arbres paraissaient de plus en plus hauts, cachant le ciel qui se composait maintenant uniquement de feuilles grises.

Ils marchaient sans réellement savoir ce qu'ils recherchaient, tandis que leur environnement devenait de plus en plus sombre. Ludivine commençait à entendre des bruits qu'elle ne parvenait pas à identifier, tandis que James avançait avec ce même air impassible, renforçant sa vigilance au fur et à mesure que leur champ de vision se réduisait. Il devenait progressivement difficile de voir quoi que ce soit autour d'eux, et Ludivine hésita à proposer à James de s'arrêter.

Lumos, lâcha James silencieusement.

— Potter, l'interpella Ludivine, tu es sûr qu…

Ludivine s'interrompit, tandis qu'un bruit fracassant se faisait entendre. Un hurlement strident, qui semblait appartenir à un homme, résonna et Ludivine sentit son cœur se serrer à l'entente de sa douleur. Elle distingua toute la souffrance dans ce cri. Aussitôt, des bruits de combat retentirent, qui ne semblaient pas se tenir loin d'eux, et Ludivine et James se demandèrent d'un regard s'ils devaient en trouver la source.

Finalement, ils entendirent des piétinements. Des piétinements sourds et imposants de créatures qui se rapprochaient de leur position à une vitesse foudroyante. Au fil des secondes, ce bruit ravageur s'accentua et ce fut James qui réagit le plus vite. Il attrapa Ludivine par le bras, la plaquant violemment contre un tronc d'arbre suffisamment large pour les cacher et posa une main sur la bouche de la sorcière qui commençait déjà à protester tandis qu'il murmurait un finite pour éteindre sa baguette dans son autre main.

La lumière disparut autour d'eux, et Ludivine l'en remercia mentalement alors que les piétinements s'arrêtaient à proximité. Un hurlement de colère résonna, et elle constata d'un mouvement des yeux qu'il s'agissait non pas d'êtres humains mais d'un troupeau de centaures.

Six centaures se tenaient à quelques mètres d'eux, et l'un d'entre eux était visiblement blessé. Cachés par le large tronc d'arbre, James et Ludivine restèrent silencieux plusieurs minutes, attendant de voir ce que les créatures faisaient. Elles étaient toutefois trop concentrées sur leur camarade blessé pour s'enquérir de ce qu'il se passait autour d'elles.

— Tu m'écrases, Potter, grinça Ludivine dans un murmure au bout de plusieurs minutes.

— Réjouis-toi que ce soit mon torse et non un sabot de centaure, argua James

— Je m'en serais moins plainte, marmonna-t-elle en tentant de se dégager de la poigne du sorcier.

— Tu n'aurais pas eu l'occasion de te plaindre ! siffla-t-il en attrapant les deux poignets de Ludivine pour l'empêcher d'attirer l'attention sur eux avec ses mouvements.

Malgré la pénombre, Ludivine savait que James avait deviné son regard noir, tout comme elle devinait son sourire narquois. Il était particulièrement proche d'elle, et elle sentait ses joues chauffer. Cette proximité toute nouvelle avec James la dérangeait. Elle sentait le souffle chaud du sorcier sur son visage, et si dans le noir, il ne pouvait pas voir son rougissement, il pouvait, cependant, sentir son rythme cardiaque s'accélérer. A cette idée, son rougissement s'accentua.

— Allons les aider, suggéra-t-elle en entendant l'énième plainte lancinante du centaure.

— Il en est hors de question, répliqua James, ils nous tueront.

— On ne leur veut aucun mal, cingla Ludivine qui n'aimait pas qu'on lui dise quoi faire.

— Ils ne le savent pas, rétorqua James en relâchant sa pression sur ses poignets. Regarde-les bien, l'un des leurs a été blessé par un sortilège magique. Si ça se trouve, ils penseront qu'il s'agit de nous.

— Il suffit de leur dire qu'on veut les aider, dit Ludivine sur un ton obtus en se décalant de l'arbre.

De nouveau, James l'attrapa par le coude, la plaquant de nouveau contre l'arbre. Elle aurait lâché un cri qui aurait attiré les centaures si James n'avait pas de nouveau couvert sa bouche de sa main. Sa poigne était plus forte qu'auparavant, l'empêchant de bouger, et Ludivine n'appréciait pas la démonstration de force dont le Gryffondor faisait preuve. Elle se contenta cependant de le fusiller du regard tandis qu'il approchait dangereusement son visage du sien.

— Le thème de l'épreuve est la connaissance, Hendell, dit James d'un calme imperturbable. Il ne s'agit pas uniquement de vérités universelles mais également de croyances s'appuyant sur de bonnes raisons.

James s'interrompit, la fixant d'un regard sévère. Il retira sa main de sa bouche, et elle se retint de lui hurler dessus. Pour qui se prenait-il, à faire preuve d'autorité et de force physique sur elle ? Mais avant tout, pour qui se prenait-il, à lui dire ce qu'elle devait faire ? Elle n'eut cependant pas le temps de partager sa pensée.

— S'ils croient qu'on les a blessés, reprit James, et que l'on représente une menace, c'est alors une connaissance pour eux que nous tuer garantira leur sécurité.

— Je n'aime pas l'idée de laisser une créature blessée, Potter, protesta Ludivine avec véhémence, aussi dangereuse puisse-t-elle être !

— Mais c'est qu'un cœur se cache derrière cet air distant.

James contint un rire discret et narquois, tandis que Ludivine le fusillait du regard. Cette discussion risquait de très mal finir s'il décidait de ne pas la prendre au sérieux.

— Ne t'en fais pas, Hendell, reprit-il sur ton plus doux, je n'aime pas ça plus que toi. Faisons-le juste de façon intelligente.

— Et que suggères-tu, avec ton esprit brillant ? demanda-t-elle avec ironie.

James renforça son sourire narquois alors qu'il l'examinait d'un œil railleur. Ludivine soupira, se décalant de l'arbre pour retrouver une distance acceptable. Puis, une idée éclaira ses pensées, une idée qui provoqua chez elle une euphorie frénétique.

— Je peux faire un cataplasme puissant si tu me trouves les bons ingrédients, chuchota-t-elle en regardant autour d'elle.

— Énumère, lui indiqua James, et je trouverai.

Ludivine partagea la liste d'ingrédients que lui avait confiée le professeur Slughorn à la fin de son entretien d'orientation pour la concoction pour les créatures de Hagrid. Elle n'avait pas les ingrédients nécessaires pour reproduire le même mélange, mais elle pouvait en faire un dérivé efficace.

James se mit aussitôt à chercher les ingrédients, utilisant sa baguette pour lancer des accio informulés. En quelques secondes, il disparut de son champ de vision. De son côté, Ludivine reporta son attention sur le troupeau de centaures, prise d'inquiétude pour cette pauvre créature. Les cinq autres centaures s'étaient légèrement calmés, mais discutaient avec animation, cherchant probablement un moyen de calmer la douleur de leur camarade.

Lorsque James revint, Ludivine avait perdu la notion du temps. Elle avait, d'un sort, fabriqué un bol à partir d'écorces éparses, et récupéré une branche solide pour en faire un pilon.

Ludivine attrapa les brindilles d'aconit, s'assurant de ne pas toucher aux feuilles, toxiques, et de n'en récupérer que les fleurs. Elle prit les épines et les pétales des roses qu'il avait posées à côté d'elle, et en fit de la poudre grâce à un sortilège. Elle s'arrêta un instant, observant les ingrédients que James avait réunis. Quelque chose manquait, mais elle ne parvenait pas à savoir quoi.

— Ne me dis pas que je me suis trompé, Hendell, prévint-il.

— Je ne…

Ludivine ne finit pas sa phrase, réalisant ce qui la dérangeait. Elle s'éloigna, ignorant le sorcier avant de revenir quelques minutes plus tard. Elle fit un sourire à James qui la regardait d'un air excédé.

— De l'armoise, lui signifia-t-elle en montrant la plante en question dans sa main, une plante commune qui réagit si elle est mélangée à des produits toxiques.

— Quelle utilité ? demanda James.

— C'est la preuve pour un centaure que le cataplasme n'est pas nocif.

James ne répondit pas, irrité. Ludivine avait bien conscience qu'il n'appréciait pas ne pas avoir le contrôle, mais elle retourna à sa composition sans un mot. Il lui fallut quelques minutes de plus pour compléter le reste de sa concoction.

A côté d'elle, James s'impatientait et ne le cachait pas.

— On perd un temps précieux, finit-il par exprimer.

— Je ne peux pas aller plus vite, cingla Ludivine.

— Je sais, rétorqua James avec frustration, je ne sous-entendais rien.

— J'en ai conscience, reconnut-elle d'un ton bas en rebondissant sur la remarque première du sorcier, j'ai bien conscience que l'on perd du temps, mais on ne peut pas les laisser sans les aider.

— Je sais, marmonna James avec plus de douceur, ne fais pas attention à mes jérémiades.

Ce fut à cet instant que Ludivine se rendit compte de la proximité du sorcier. Il s'était agenouillé près d'elle, et son visage était à quelques centimètres du sien alors qu'il observait d'un œil précis chacun de ses gestes. Lorsqu'elle releva la tête, Ludivine lui sourit doucement, plongeant son regard dans celui observateur du sorcier.

— C'est prêt, murmura-t-elle.

James hocha la tête, la remerciant silencieusement avant d'attraper le bol.

Wingardium leviosa.

Le cataplasme s'éleva dans les airs, et James le guida de sa baguette jusqu'aux centaures. Concentrés sur leur camarade blessé, ils ne firent pas attention à ce bol de bois qui se posa juste à côté de leurs sabots, et il leur fallut une bonne minute avant que l'un d'eux ne bouscule ledit bol.

Ludivine maintint son regard sur le centaure qui attrapait maintenant le cataplasme après avoir regardé autour de lui avec méfiance. Elle les entendit murmurer entre eux, l'un d'eux voulut taper dans le bol pour en jeter le contenu, mais le centaure qui l'avait attrapé l'en empêcha. Ils échangèrent de nouveau avec véhémence, avant que le centaure le plus âgé n'attrape le bol avec autorité. Il prit une quantité du mélange, le sentant avec précaution avant de l'appliquer sur la blessure du centaure qui continuait d'émettre des petits cris de peine.

En trente secondes à peine, les gémissements de douleur se calmèrent, et Ludivine sentit un poids quitter sa poitrine tandis qu'elle inspirait une nouvelle bouffée d'air.

— Rassurée ? murmura James avec douceur.

Elle releva le regard vers le sorcier, hochant la tête en signe d'approbation tandis qu'il souriait d'un air attendri.

Par un regard, Ludivine le remerciait de ne pas avoir uniquement pensé au concours. Elle n'aurait jamais fait la paix avec elle-même si elle avait laissé cette pauvre créature à sa souffrance, et le Gryffondor avait respecté sa volonté.

— Tant mieux, dit-il doucement en s'approchant d'elle d'un pas.

Comme pour confirmer les propos de James, une lueur apparut entre eux. Ils baissèrent la tête et virent une flamme de la taille d'une paume virevolter devant leurs yeux. Ce n'était pas une réelle combustion, mais plutôt une lumière incandescente d'un rayonnement faible, d'une couleur orangée complexe. Sa forme virevoltait sous l'emprise d'un vent imperceptible, et sa vision en était envoûtante.

— Pourquoi est-elle apparue ? interrogea Ludivine.

— J'ai tendance à penser, sourit James, que tu as utilisé tes connaissances en botanique à des fins plus vertueuses que notre simple objectif.

— Et tu as joué de sagesse pour m'empêcher de foncer au risque de finir piétinée, marmonna Ludivine.

James lui fit un sourire, qu'elle lui rendit avec douceur avant que son attention ne se porte de nouveau sur la flamme.

— Notre première flamme, marmonna-t-elle avec fascination.

— Il semblerait que l'on n'ait pas tant perdu notre temps que ça.

James attrapa la main de Ludivine tandis que la flamme venait se loger dans la paume qu'il avait ouverte. La main du Gryffondor était large et chaude. Si son geste ne semblait pas naturel, le toucher, lui, l'était et Ludivine resta interdite aux picotements qu'elle ressentait sur sa peau, se concentrant sur le remuement qu'elle détecta dans son estomac lorsque la flamme les transporta dans un autre lieu.

Ludivine vit son environnement changer, des images floues d'arbres et de noirceur vrillaient autour d'elle quand un choc se fit ressentir. Une barrière invisible l'empêchait d'aller plus loin. Elle chuta et sentit sa baguette lui échapper des mains tandis que son corps rentrait violemment en contact avec un sol feuillu.

— Tout va bien, Hendell ? entendit-elle.

Ludivine se redressa très doucement, déboussolée. Elle replaça ses cheveux qui lui étaient tombés devant le visage et lui bloquaient la vue, puis observa les alentours.

Ils se trouvaient toujours dans une zone très sombre de la forêt. Les arbres étaient plus denses et imposants encore. D'une si grande hauteur que Ludivine devait entièrement lever la tête pour apercevoir leur cimes inatteignables.

Cette partie de la forêt était particulière. Ils étaient encerclés par une dizaine d'arbres, dans un espace restreint dont il semblait impossible de sortir. Les troncs étaient incroyablement larges, proches les uns des autres, leurs racines entrelacées. Il semblait impossible d'accéder au reste de la forêt.

Il faisait particulièrement sombre, mais Ludivine parvenait tout de même à distinguer James, un mètre plus loin, qui se relevait, époussetant son pantalon tout en la cherchant du regard.

— Je vais bien, Potter, répondit-elle en regardant autour d'elle, les mains perdues entre les feuilles séchées, mais j'ai perdu ma baguette.

— Moi aussi, lui signala James, un charme a dû nous les enlever.

Ludivine soupira tandis que James s'approchait prudemment d'elle, lui proposant une main qu'elle accepta pour l'aider à se relever. Il regarda autour de lui, les lèvres pincées.

— Il va nous falloir nos baguettes pour sortir d'ici, constata James.

— Il nous les faudra de toute façon pour continuer.

D'un regard entendu, ils se mirent à les chercher. James retourna à l'endroit où il avait atterri tandis que Ludivine s'était penchée sur place. Le sol jonché de feuilles mortes et de boue séchée et la faible luminosité ne rendaient pas la tâche facile. Ludivine lâcha un grognement, n'appréciant pas d'être privée de sa baguette.

— Où crois-tu qu'on ait atterri ? demanda-t-elle.

— Dans le seul endroit de la forêt dont il semble impossible de sortir, soupira James.

— Tu crois que cela veut dire qu'une flamme se trouve entre ces arbres ?

— C'est possible, maugréa-t-il, ou bien ça veut dire qu'on n'en sortira pas.

Ludivine sentait que James la cherchait du regard, sans voir autre chose que la forme de son corps qui se mouvait, mais elle restait concentrée sur sa recherche. Sans leur baguette, ils n'avaient aucune chance de sortir de cet endroit et plus les minutes passaient, plus Ludivine sentait un stress monter en elle à l'idée de ne pas la retrouver.

— J'ai trouvé la mienne ! s'exclama soudain James.

Ludivine soupira, constatant étrangement que cette information l'irritait plus qu'elle ne la rassurait. Une baguette était toujours mieux qu'aucune, mais c'était la sienne qu'elle désirait ! Il était hors de question qu'elle reste sans moyen de défense. Alors elle accéléra ses mouvements, balayant négligemment le sol jonché de feuilles sèches, consciente que des projections de boue séchée allaient sur elle, ce dont elle se fichait.

— Je peux sentir ta frustration à des mètres, ricana James.

— Je n'aime pas me retrouver sans baguette, maugréa-t-elle.

— Je comprends, compatit James qui avait quitté sa posture stoïque pour retrouver sa personnalité moqueuse que Ludivine commençait à bien connaître, ça impliquerait que je doive te défendre. J'imagine l'enfer que ça représente pour toi, rigola-t-il.

— Arrête de supposer me connaître, grommela-t-elle.

— Je n'aurais pas cette prétention, marmonna James avec moquerie.

Il murmura un accio, mais rien ne se passa alors il se pencha de nouveau vers le sol pour reprendre sa recherche.

Ludivine ne disait rien, mais elle sentait la colère monter en elle. Elle réalisait que, malgré ce qu'elle pouvait dire, le sorcier la connaissait mieux qu'elle ne le connaissait. Il avait d'ailleurs tout à fait raison. L'idée de dépendre du Gryffondor pour se défendre l'angoissait. Elle ne pouvait pas imaginer que l'épreuve prenne fin grâce à James et sa baguette.

— On a plus de chances de réussir avec deux baguettes, s'exclama-t-elle au bout d'une courte minute, ressentant le besoin de justifier son mécontentement.

— Je me demande si tu serais aussi dérangée si c'était ma baguette qu'on ne trouvait pas, ironisa James.

— Quel est le problème à ne pas vouloir dépendre de toi ? grinça-t-elle.

— Les serpents et leur orgueil, marmonna James qui ne semblait plus l'écouter, c'est incroyable.

Arrête de penser me connaître, cingla Ludivine !

Elle s'était relevée avec fureur, lâchant la boue séchée qu'elle avait attrapée dans sa main. Elle se tourna vers la localisation de James, sans réaliser que plus les minutes passaient, et moins elle parvenait à distinguer le sorcier parmi les arbres. Il ne pouvait pas non plus la voir et n'essayait d'ailleurs pas tandis qu'il continuait à chercher frénétiquement la baguette de Ludivine. Il se contenta d'un éclat de rire, puissant et bruyant.

— C'est trop facile de t'énerver, Hendell.

Ludivine ne répondit pas, retenant un cri de frustration avant de s'agenouiller de nouveau dans la boue. Ce qu'il pouvait parfois lui taper sur le système, avec son air arrogant et son rire impertinent.

— Même dans de telles situations, maugréa-t-elle, tu restes insup…

Ludivine s'interrompit tandis qu'elle tâtonnait des écorces sèches jusqu'à atteindre les racines d'un arbre. A l'instant où elle toucha ce qu'elle pensait être une souche, quelque chose vint agripper fermement son pied. Malgré le tissu de son pantalon, Ludivine sentit sa jambe la brûler vivement, lui arrachant un cri qui inquiéta James.

— Hendell ?

— Quelque chose m'attaque, grinça-t-elle en réalisant que cette chose s'était enroulée autour de sa cheville.

La panique commençait à monter en elle, consciente qu'elle n'avait aucun moyen d'identifier son attaquant sans lumière, ni de se défendre sans sa baguette. Elle n'entendit pas James accourir vers elle, mais vit un rayon de lumière s'approcher. Lorsque le Gryffondor ne fut qu'à quelques centimètres d'elle, Ludivine réalisa que c'étaient des tentacules qui s'étaient enroulés autour de sa jambe. Des tentacules couverts d'épines qui la troublèrent pour de bon.

— Putain, Hendell, s'exclama James en s'agenouillant avec précipitation.

— Ne touche pas, prévint-elle en l'arrêtant d'une main, les tentacules brûlent.

Elle entendit James jurer dans sa barbe tandis qu'il essayait d'en identifier la source. Ils semblaient sortir d'une souche d'arbre, mais Ludivine était incapable de suivre ce qu'il se passait sous ses yeux tant sa jambe la brûlait. Sa vision commençait d'ailleurs à s'altérer.

Reducto, entendit-elle James dire d'une voix rauque.

Rien ne se passa alors que le sortilège touchait la créature, et Ludivine se tourna violemment vers James après avoir vu le sort manquer sa peau de quelques millimètres.

— Je te préviens, Potter, tu n'as pas intérêt à rater ta cible !

— Tu ferais bien de ne pas trop te plaindre, Hendell, maugréa James tandis qu'il tentait un sortilège de brûlure. Cette saleté ne bouge pas.

— Comment un arbre peut m'attaquer, cria Ludivine avec frustration.

— Qu'est-ce que je peux en sav… répondit James avec effroi avant de s'interrompre et de regarder vers l'arbre en question. L'arbre…

Ludivine entendait James marmonner mais elle ne l'écoutait déjà plus. Les tentacules remontaient sur sa jambe et la tiraient progressivement vers la souche. Sa tête tournait, et même si elle distinguait qu'on prononçait son nom, elle ne parvenait pas à comprendre ce qu'on lui disait.

— Je crois que la plante est vénéneuse, geignit-elle doucement tandis que ses yeux commençaient à se fermer.

Une nouvelle fois, elle entendit son nom. Mais Ludivine était dans l'incapacité de réagir. Elle se sentait glisser petit à petit vers la cavité de la plante, dont les tentacules atteignaient sa cuisse, mais elle n'avait plus aucun moyen de se défendre.

— Hendell, reste avec moi !

Ce n'était pas tant la voix forte et dominante qui ramena Ludivine à la réalité, mais la main chaude que James avait placée dans sa nuque, la secouant doucement pour attirer son attention. A son contact, Ludivine rouvrit les yeux, constatant que James s'était tellement rapproché d'elle que son visage ne se tenait plus qu'à quelques centimètres d'elle. Si Ludivine avait été en pleine possession de ses moyens, elle aurait rougi de cette proximité qu'elle n'avait pas choisie.

— Reste éveillée Hendell, l'intima James, j'ai compris ce qu'est la chose qui t'attaque.

— Com-ment-tu-la-tues ? demanda Ludivine avec difficulté.

— Quand je te ferai signe, lui indiqua-t-il avec concentration, tu jetteras un sortilège de coupure sur la souche d'arbre. C'est le seul sortilège qui la forcera à ouvrir ses tentacules !

— Et toi ? protesta Ludivine.

— Fais-moi confiance, Hendell, répondit James d'un ton impérieux, conscient que le temps leur manquait en voyant Ludivine à moins d'un mètre de l'arbre.

Ludivine n'avait, de toute façon, plus la capacité de s'exprimer, mais James n'y prêtait de toute façon aucune attention. Il se relevait déjà pour attraper un morceau de bois sur le sol qu'il aiguisa d'un coup de baguette. Il attrapa ensuite la main de Ludivine, aidant la sorcière à détendre ses muscles pour ouvrir la paume avant qu'il ne mette sa baguette dans sa main.

Ludivine sentit quelque chose se soulever en elle lorsqu'elle prit possession de la baguette de James. D'un diamètre plus épais que la sienne et d'une longueur plus grande, le bois de chêne rouge était plus clair et rugueux que son bois de cèdre. La baguette ne lui appartenait pas, et cette dernière le manifesta en vibrant légèrement. Ludivine resserra son emprise, c'était elle qui avait le contrôle, et la baguette sembla l'accepter en arrêtant ses vibrations.

James fût satisfait en voyant la pointe au bout du morceau de bois. Il jeta un regard si confiant et déterminé à Ludivine qu'elle sut, sans réellement comprendre pourquoi, que sa douleur prendrait bientôt fin.

— Maintenant, Hendell !

Diffindo, parvint-elle à formuler avec la baguette de James.

Le sortilège toucha de plein fouet l'un des tentacules, fendant celui-ci dans toute sa longueur jusqu'à sa souche. Un liquide blanc, presque jaunâtre, en jaillit et les autres tentacules lâchèrent aussitôt la jambe de Ludivine pour se rétracter autour d'une cavité qui semblait cacher quelque chose de précieux.

Ludivine retint un geste d'écœurement tandis que James, sans une once d'hésitation, plantait l'extrémité de son morceau de bois au cœur de la cavité, éclatant des gousses vertes dont s'extrayaient des asticots de la même couleur.

La plante émit comme un cri de douleur tandis qu'elle se rétractait entièrement autour de la cavité pour disparaître derrière un tronc d'arbre, un peu plus loin. Aussitôt, James se précipita vers Ludivine, se penchant sur sa blessure.

— Comment tu te sens ? s'enquit-il.

— Mieux, dit-elle en recouvrant progressivement ses esprits.

— Je n'ai pas l'impression qu'elle t'ait empoisonnée, mais tu as de belles brûlures au niveau de la cheville.

James posa son regard sur elle, vérifiant qu'elle retrouvait des couleurs Il posa le revers de sa paume sur son front, approchant son visage pour observer ses pupilles. Il ne dit rien, mais sa mine pincée interrogea Ludivine.

— Tu te sens de continuer ? demanda-t-il.

— Bien évidemment ! siffla-t-elle.

Le regard de James se durcit à son ton. Sans un mot, il récupéra sa baguette des doigts de Ludivine avant de murmurer un léger episkey qui referma de légères plaies sur sa jambe, s'assurant ne pas toucher aux brûlures.

James se releva, toujours silencieux tandis qu'il lui proposait sa main. Elle s'en saisit, mais lorsqu'elle fut sur ses jambes et que James s'apprêtait à relâcher son étreinte, elle l'en empêcha.

Il posa un regard surpris sur elle, mais toujours aussi dur, et Ludivine s'en sentit presque insignifiante. Elle savait qu'il l'avait sortie d'un sacré pétrin, et qu'il était ingrat de sa part de ne pas le reconnaître.

— Merci, murmura-t-elle avec une gêne qu'elle ne cacha pas.

La surprise se renforça dans les iris noisette de James. Il lâcha la main de Ludivine, portant la sienne dans les mèches de la sorcière dont il enleva plusieurs feuilles mortes. Elle ne dit rien tandis qu'elle le laissait faire, maintenant son regard sur le visage du sorcier.

— Je ne doute pas que tu t'en serais parfaitement sortie sans moi, nargua James avec douceur, mais ravi d'avoir pu aider.

Cette fois-ci, le sourire qu'elle arbora était sincère et chaleureux, sans filtre. James ne lui faisait pas ressentir que c'était grâce à lui qu'ils s'en étaient sortis. Non, il avait compris comment elle fonctionnait, et il allait dans son sens.

— Qu'est-ce qui nous a attaqués ? demanda-t-elle.

— Un Snargalouf, répondit James, une plante magique carnivore qu'on étudie en fin de sixième année.

— Il semblerait que cette fois, ce soient tes connaissances qui nous aient aidés.

James lui fit un sourire fin, puis attrapa de nouveau la main de Ludivine pour glisser dans sa paume une baguette. Le toucher fut si naturel qu'elle sut immédiatement qu'il s'agissait de la sienne. Même si la baguette de James s'était très rapidement adaptée à elle, Ludivine devait reconnaître qu'aucun sentiment ne s'approchait de celui qu'elle ressentait lorsqu'elle reprenait possession de sa baguette à elle.

— Je l'ai trouvée dans le chaos, sourit James, elle était coincée sous une racine.

Un silence complice s'installa tandis qu'elle le remerciait d'un sourire. Un silence profond mais agréable, qu'aucun des deux sorciers n'eut le sentiment de devoir combler. Alors que James lâchait ses doigts avec une lenteur qu'elle pensa calculée, Ludivine sentit ses joues chauffer, réalisant que ce silence lui était confortable.

Ce sentiment se renforça lorsqu'un éclat apparut au-dessus de leurs têtes, un éclat qu'ils reconnurent comme celui d'une flamme. Ils rompirent leur échange pour lever la tête. Avec un naturel qui n'interrogea ni James, ni Ludivine, cette dernière leva la main afin que la flamme s'y loge, un sourire éclatant sur les lèvres tandis que James attrapait sa main de nouveau, avec une douceur qu'elle choisit d'ignorer.

Et dans ce silence toujours aussi serein, ils transplanèrent.

Cette fois-ci, l'atterrissage se fit plus en douceur. Ludivine sentait que sa cheville était affaiblie et elle remercia Merlin de prendre cet élément en considération tandis que ses pieds touchaient l'herbe verdoyante.

James avait également atterri sur ses deux jambes. Autour d'eux, le décor avait totalement changé. Les arbres hauts, larges et sombres, avaient disparu pour laisser place à une verdure foisonnante. La lumière n'avait plus besoin de se frayer un chemin parmi les feuillages, elle était présente partout autour d'eux. Ils comprirent à l'aspect de la forêt, qu'ils avaient quitté son cœur pour son orée.

— Comment va ta chev… commença James.

— Arrête tes faux-semblants, Malefoy ! entendirent-ils. Ça se voit que tu n'as jamais pris un coup !

Ludivine et James échangèrent un regard confus à l'entente de l'exclamation remplie d'animosité. Il n'y avait qu'un Malefoy dans l'enceinte du château, et Ludivine se demanda quel élève se permettait de s'adresser ainsi à Scorpius avec tant de colère et de haine.

Bien évidemment, c'était sans compter qu'ils participaient à un concours, et que la pression et l'envie de réussir poussaient parfois les sorciers à faire des choses étranges. Alors Ludivine se retourna et constata qu'ils avaient atterri en plein duel, et pas avec n'importe qui.

Scorpius et Acca se tenaient à quelques mètres d'eux en position défensive, et faisaient face à Rowle, dont Ludivine n'avait pas retenu le prénom, et son équipier. Il ne fallut pas plus d'une seconde à Ludivine et James pour sentir l'animosité et la tension qui régnaient entre les quatre sorciers.

Une flamme virevoltait entre les deux équipes, et Ludivine comprit aussitôt, au regard glacial et à la posture méfiante d'Acca, que Rowle et son partenaire tentaient de la voler. Elle ne savait depuis combien de temps les sorciers s'opposaient, mais Ludivine s'inquiéta pour ses amis. Rowle se comportait comme s'il dominait la situation. Ce qui était probablement le cas. Ludivine l'avait bien compris à la baguette que les anciens élèves avaient pointée sur Acca et Scorpius qui semblaient sans défense.

L'épreuve venait de prendre une tout autre tournure.

 

End Notes:

Et voilà ! Je suis impatiente d'avoir vos retours, j'espère que ça vous aura plu :) à bientôt

La connaissance | Partie B by CamCaz17
Author's Notes:

Hello, j'espère que vous vous portez bien et que ce chapitre vous plaira :)


Merci à Milamila pour ses retours toujours très construits qui me sont très précieux !


Bonne lecture !

Chapitre 13 – La connaissance, Partie B

— Donne-nous cette flamme, Malefoy, ça évitera d'avoir des blessés.

D'un regard concis, Ludivine balaya la scène qui se déroulait sous ses yeux.

Elle ne l'avait vu qu'une fois, mais Ludivine n'eut aucune difficulté à identifier Logan Rowle. Bâti d'une carrure qui pouvait faire des dommages, le sorcier tenait une posture assurée et offensive, et un simple coup d'œil à la situation permettait de voir qu'il la dominait. Il avait pointé une baguette nonchalante sur Acca et Scorpius, leur montrant qu'il n'était pas réellement inquiet d'une quelconque riposte de leur part, appuyé par son coéquipier qui faisait de même.

Face à lui, Scorpius et Acca semblaient en difficulté. Scorpius arborait une expression froide et impassible, mais sa posture raide parlait pour lui. Il tenait fermement sa baguette, mais ne la dirigeait contre personne, la gardant tournée vers le sol. C'était comme s'il n'osait pas la pointer en direction des deux sorciers. Quant à Acca, elle était en retrait, ce qui était surprenant venant de la sorcière. Elle arborait une expression contrariée, presque inquiète, et Ludivine sentit la colère monter en elle devant cette scène.

— Je n'ai aucune intention de te laisser voler cette flamme, répliquait froidement Scorpius.

— Dans ce cas, ricana Rowle, il va falloir que tu te défendes un minimum si tu veux protéger ton amie !

La mâchoire de Scorpius se contracta un peu plus devant l'ironie de son aîné, il était visible qu'il se contrôlait pour ne pas l'attaquer. Cette envie démangeait également Ludivine, mais ils avaient tous entendu les règles avant que l'épreuve ne commence. Quiconque utiliserait sa baguette dans un sort offensif contre d'autres participants se verrait perdre des points, voire éliminé.

C'était d'ailleurs bien pour cette raison que Rowle et son équipier jouissaient d'une telle assurance, parce qu'ils savaient que Scorpius et Acca ne prendraient pas ce risque.

Ce ne fut qu'à cet instant que Ludivine constata la posture d'Acca, qui se tenait la taille comme si elle souffrait. Elle était blessée à la hanche, et son jean commençait à se teinter d'une couleur sombre. Cette réalisation mit Ludivine dans une colère profonde, et il était hors de question qu'elle ne laisse cette situation continuer.

Elle choisit d'intervenir mais en fut aussitôt empêchée. James s'était approché d'elle et lui avait discrètement mais fermement attrapé le poignet. Personne ne les avait remarqués, lui signifiait-il par ses actions silencieuses.

— Si on les attaque, lui signala-t-il, on risque l'élimination.

— Comme tu peux le constater, cingla Ludivine sur un ton bas, ça n'a pas l'air de les arrêter.

— Je ne prendrai pas ce risque, gronda James d'une voix qui la fit presque frissonner.

— Je ne resterai pas sans rien faire, Potter, prévint-elle froidement, refusant de se laisser démonter.

James soupira bruyamment, jetant un regard à la scène qui se jouait sous ses yeux. Il était évident, par sa posture rigide, qu'il ne cautionnait pas ce qui se déroulait. Seulement, James voulait préserver leurs chances de gagner. Il voulut dire quelque chose, qui de toute évidence ne plairait pas à Ludivine, mais un regard vers elle le ravisa. L'expression de Ludivine était limpide, il ferait mieux d'agir avant qu'elle ne le fasse, car les conséquences ne lui importaient que peu, à cet instant.

— Laisse-moi m'en occuper, siffla James avec autorité.

Ludivine allait protester, constatant qu'une nouvelle fois, le sorcier tentait de lui dicter ses actions. Elle fut néanmoins arrêtée par la douleur qu'elle ressentait au niveau de sa cheville. Elle sut que James avait vu sa grimace car elle le sentit se tendre avant de soupirer. Finalement, il lâcha son bras pour se tourner vers l'échange envenimé devant lui, s'approchant de quelques pas avant de s'exclamer d'une voix forte.

— Aucune surprise à te voir tricher, Logan, intervint-il avec une moquerie flagrante, si décevant.

Le ton moqueur de James n'était pas la meilleure entrée pour adoucir la situation, Ludivine le réalisait bien en voyant la posture de Logan Rowle se rigidifier tandis qu'il se tournait avec lenteur vers James. L'étonnement qui s'affichait sur son visage disparut aussitôt, au profit d'un sourire sardonique. Ludivine avait le sentiment qu'il en fallait bien plus à Logan Rowle pour l'inquiéter. Néanmoins, James avait réussi son coup. Il avait détourné l'attention du sorcier des amis de Ludivine.

Scorpius, malgré l'arrivée de James, n'avait jamais quitté son expression glaciale, et Ludivine se surprit à ressentir un certain malaise. Il était si rare de constater une telle froideur, une telle colère se dégager du sorcier, qu'elle pouvait parfois en oublier qu'il était le digne héritier de la maison Malefoy. Il émanait une infinie prestance de lui, et Ludivine aurait tout donné pour obtenir un sourire de son meilleur ami.

Un éclair de soulagement traversa les yeux d'Acca lorsque leurs regards se croisèrent. C'était imperceptible, sauf pour elles et il sembla impossible à Ludivine de rester à sa place alors qu'elle pouvait apporter un appui physique et mental à sa meilleure amie, à ses meilleurs amis.

Alors elle s'avança d'un pas rapide vers Acca, ignorant sa douleur à la cheville, ignorant la baguette que l'équipier de Rowle pointait maintenant vers elle, et le regard colérique de James lorsqu'il entendit un mouvement dans sa direction. Elle n'eut cure de tout cela alors qu'elle accourait vers sa sœur de cœur, attrapant sa main avec force.

— Tu es blessée, constata-t-elle en approchant une main de la taille d'Acca.

— Je m'en occuperai plus tard, la rassura Acca en éloignant la main de Ludivine dans un sourire, vous feriez bien de vous en aller avant que la situation ne dégénère.

— Tu te doutes bien qu'on n'ira nulle part, répondit Ludivine presque trop sèchement.

Acca ne retint pas un léger sourire. Elle la connaissait suffisamment pour le savoir.

— Ce sont eux qui t'ont blessée ? demanda Ludivine.

Acca ne répondit rien, jetant un regard à la dérobée à Scorpius. Il n'avait pas détourné un seul instant son attention des sorciers qui s'affrontaient, même lorsque Ludivine était apparue à côté de lui. Lorsqu'elle posa toutefois sa main sur son bras, Scorpius porta finalement son regard vers elle, rapide et éphémère, avant de reporter son attention sur les sorciers face à lui.

Il était en colère, contre Rowle et de son équipier pour avoir blessé Acca, contre lui-même pour ne pas l'avoir protégée. Elle savait parfaitement ce qu'il se tramait dans sa tête. Sa main crispée sur sa baguette indiquait qu'il maîtrisait tout son être pour ne pas l'utiliser. Son regard rivé sur celle de son ennemi indiquait qu'il surveillait toute potentielle attaque. Sa posture rigide indiquait qu'il n'hésiterait pas, à tout instant, à se précipiter pour protéger Acca s'il le fallait.

— Reste en dehors de ça, James, conseilla Scorpius placidement.

— On n'est jamais trop nombreux pour affronter de la vermine, Scorpius, répondit James d'un ton débonnaire.

— Ecoute le Serpentard, s'exclama Rowle avec moquerie. Dégage, Potter.

— Tu peux rêver, siffla James, j'attends de te regarder prendre la fuite. On sait tous que c'est ce que tu fais de mieux.

Le visage de Logan Rowle se tordit de colère tandis qu'il déviait totalement son attention de Scorpius et Acca pour la porter sur James. Il s'avança de quelques pas, faisant signe à son acolyte de continuer à surveiller la flamme. Ce dernier pointa plus ardemment sa baguette sur Scorpius qui grinça des dents. Plus les minutes passaient, et plus leurs chances de récupérer la flamme s'amenuisaient.

Ludivine observa Rowle s'avancer vers James, se demandant à quel point les deux sorciers pouvaient bien se connaître. A en voir la familiarité de leurs échanges, elle était persuadée qu'ils n'avaient pas fait connaissance le jour du lancement du concours. Non, les ressentiments ne dataient pas d'hier.

— Comme toujours, siffla Rowle, tu as tendance à trop faire le malin, Potter.

— Vraiment ? le provoqua James dans un rire jaune. J'imagine que je devrais plutôt m'inquiéter de la baguette pointée vers moi alors que tu sais que je ne ferai pas de même ?

— Ne me fais pas perdre patience, maugréa Rowle.

— Effrayant, se moqua James avec lenteur.

James semblait refuser de montrer une autre émotion que de l'indifférence, ce qui accentuait la colère de Rowle. Ce dernier s'approcha de James à une vitesse surprenante, pointant aussitôt sa baguette entre les deux yeux du Gryffondor. La carrure du sorcier était toujours aussi imposante, suffisamment pour que Ludivine se surprenne à s'inquiéter pour son équipier, qui pourtant n'était pas particulièrement maigrichon non plus.

Ludivine sentit Scorpius s'agiter. Un coup d'œil dans sa direction suffit pour constater que Scorpius avait levé sa baguette pour la pointer sur Rowle, conscient qu'ils ne parviendraient pas à s'extirper de la situation sans l'utiliser, et qu'il faudrait réagir si la situation venait à dégénérer. Il ignorait le coéquipier de Rowle qui s'approchait maintenant de quelques pas, laissant un sourire provocateur franchir ses lèvres.

— Tente donc quelque chose, Malefoy, provoqua le sorcier.

James dut également voir le mouvement de Scorpius, car il intervint malgré la baguette pointée entre ses deux yeux.

— Scorpius, l'interpella-t-il sans quitter Rowle des yeux, dès que ce sera possible, Rockwood et toi attraperez la flamme.

— Si tu crois que je vais te lais… commença Scorpius avec colère.

— Il est hors de question, siffla James, que Rowle et Travers s'emparent de cette flamme, tu m'entends ?

James échangea un regard avec Scorpius qui soupira avant de hocher la tête et de reporter son attention sur l'équipier de Rowle. Scorpius semblait prêt à lui sauter dessus, la colère irradiait de tous ses pores et Ludivine sut que Acca était la seule chose qui le retenait.

Cette dernière semblait souffrir et luttait contre toute sa personne pour ne pas s'asseoir sur le sol et expirer un grand coup. Ludivine s'approcha un peu plus, lui suggérant silencieusement de s'appuyer sur elle pour soulager sa douleur. Ils semblaient tous impuissants, et Ludivine se demandait si l'épreuve en valait le coup.

Logan Rowle n'avait toujours pas bougé. Sa baguette se tenait à quelques centimètres du front de James mais ce dernier se refusait de perdre la face. James, comme Scorpius avant qu'ils n'arrivent, tenait tête au sorcier, malgré son absence de baguette.

— Tu m'as l'air tendu, provoqua-t-il d'un ton moqueur, je m'en voudrais presque d'avoir interrompu tes desseins.

— Dis-moi ce qui me retient de te lancer un doloris, grinça Rowle.

— Tu n'oserais pas si je décidais d'utiliser ma baguette, répliqua James avec assurance.

— Tu as raison, Potter, siffla Rowle avec dédain, suis les règles comme un bon petit soldat.

— Tu sais ce que c'est, Logan, de suivre les ordres comme un bon petit soldat, siffla James d'une voix glaciale que Ludivine lui avait rarement connue. Papa t'a bien appris.

Il était évident que James provoquait Rowle, et il y parvenait. Un grognement franchit les lèvres de Rowle, tandis que sa posture se tendait. Il retenait visiblement sa colère, et Ludivine comprit que James jouait sur un tout autre plan que la magie. Il jouait la guerre du nerf, il tentait de faire sortir Rowle de ses gonds. A quel bénéfice, elle ne le comprenait pas.

— Il allume une mèche, marmonna Acca tandis qu'elle portait une main au niveau de son estomac.

— Les Gryffondor et leur impulsivité, souffla Ludivine en ignorant le regard réprobateur d'Acca, ça doit couler dans votre sang de jouer aux héros.

— Potter est intelligent, répliqua Acca, et je crois comprendre ce qu'il a en tête.

— Il a l'air de vouloir se prendre un sortilège impardonnable, marmonna Ludivine.

— Il veut les pousser à commettre une faute.

— Reste prête à te défendre, Lud, la mit en garde Scorpius.

— Ne t'inquiète pas pour moi, Scorp, fais ce que tu as à faire.

— Je détruirai Potter s'il t'arrive quoi que ce soit.

Ludivine resta silencieuse, échangeant un sourire discret avec son meilleur ami avant de se tourner de nouveau vers Rowle et James. Ce dernier échangea un regard avec Scorpius, un signal muet, avant de reporter son attention sur son ennemi.

— Ce concours te rappelle de bons souvenirs, s'amusa James, n'est-ce pas, Logan ?

— Tu es toujours aussi arrogant, siffla Rowle avec un mépris visible.

— Je suis simplement meilleur que toi, ricana James, tu n'as juste jamais pu l'accepter. La preuve, je ne m'en prends pas à des sorciers de trois ans mes cadets.

Soudain, un bruit sourd retentit. Un morceau de pierre, de la taille d'un poing, avait fendu l'air dans un sifflement pour frapper l'arrière du crâne de Travers qui s'effondra au sol, assommé par la force de la pierre décuplée par la vitesse.

Il n'en fallut pas plus pour que la situation dégénère. Rowle, qui avait gardé sa baguette sur James, la retira avec cette même rapidité qui impressionna Ludivine. À la place, ce fut un poing qui entra en contact avec la mâchoire de James. Le coup n'était pas planifié, elle le comprit immédiatement. Il englobait toute la force de Rowle, et elle s'inquiéta pour James quand un craquement se fit entendre et qu'il s'effondra à terre.

Rowle semblait avoir oublié l'utilisation de sa baguette alors qu'il grimpait à califourchon sur James, le tabassant avec une violence qui fit pâlir Ludivine. Cette dernière fulminait, et sa colère augmenta lorsqu'elle constata que James ne se défendait pas.

Le Gryffondor encaissait les coups. Il aurait pu en contrer, mais n'en faisait rien. Ludivine confia donc Acca à Scorpius qui passa un bras sous ses épaules, et sortit sa baguette pour la pointer avec assurance sur les deux sorciers au sol. Elle échangea un dernier regard avec Acca et Scorpius, les intimant d'un mouvement de menton de s'emparer de la flamme. Elle les vit hésiter tous les deux, ne souhaitant pas laisser James et Ludivine dans ce combat, et ce fut pour cette raison qu'elle cingla un « MANIEZ-VOUS » qui attira l'attention de Rowle.

Scorpius soupira avec force, renforçant sa prise sous les épaules d'Acca avant de passer une main sous ses genoux, la soulevant avec facilité avant de se diriger vers la flamme. Lorsqu'il attrapa celle-ci, Ludivine les vit disparaître dans un rayon blanc.

Ses amis étaient en sécurité, souffla-t-elle, rassurée. Ce n'était cependant pas leur cas. La baguette pointée sur Rowle, Ludivine ne pensait plus à leur potentielle élimination.

Expellia…

Elle n'eut cependant pas le temps d'aller au bout de son sortilège. Sa baguette lui échappa des doigts, comme happée par une force qu'elle ne contrôlait pas tandis qu'elle finissait au sol, à un mètre d'elle.

L'attention de Rowle était déjà portée sur elle, et cette seconde d'hésitation suffit à James. Ce dernier semblait n'avoir attendu que la disparition d'Acca et Scorpius pour réagir.

Dans un élan de fureur, James se dégagea et le cogna de toutes ses forces, l'étourdissant avant de lui mettre un coup de pied dans les parties inférieures qui fit tomber le sorcier au sol. Rowle n'eut pas l'occasion de réagir, et James profita de la douleur du sorcier pour se relever aussitôt, assénant un nouveau coup qui l'assomma pour de bon.

James s'assura que le sorcier ne se relevait pas avant de regarder autour de lui. Il semblait savoir où chercher la baguette de Ludivine, qu'il trouva au premier coup d'œil. Il la récupéra avant de s'approcher d'elle mais ne la lui tendit pas. Au lieu de ça, il posa un regard glacial sur elle.

— Tu as failli rentrer dans son piège ! s'exclama-t-il d'une voix rauque.

— Il allait te démolir ! lui signala Ludivine comme si le sorcier perdait la tête.

— C'était exactement son but, siffla James, qu'on réagisse et qu'on l'attaque ! Et tu allais tomber dans le panneau !

— Tu as donc préféré te faire casser la gueule ? s'énerva Ludivine.

— C'est un risque que je prends sans hésiter, répliqua-t-il sèchement, comme toi lorsque tu laisses tes états d'âmes entraver notre épreuve !

La voix de James était rocailleuse, sa mâchoire crispée, son souffle erratique, son regard noir. Il venait de prendre de sacrés coups, pourtant il se tenait toujours avec la même allure, la même force.

Ludivine était surprise par l'animosité du sorcier. Elle lui était dirigée mais elle refusait d'être un exutoire à sa colère. Elle était peut-être responsable de ce qu'il venait de se passer en souhaitant intervenir, mais c'était James qui avait provoqué Rowle en premier lieu ! Il avait réussi son coup, détourner l'attention du sorcier d'Acca et Scorpius qui avaient pu récupérer leur flamme, mais il ne pouvait pas lui reprocher d'avoir voulu le défendre. Si sa baguette… Et elle comprit. Le Gryffondor avait utilisé la magie élémentaire pour interrompre son sort.

Ludivine comprit combien James était déterminé à gagner. Elle comprit qu'il ne laisserait personne entraver son chemin et qu'il lancerait corps et âme dans l'atteinte de son objectif. Le Gryffondor voulait gagner cette épreuve, et à cet instant Ludivine était une nuisance à cet objectif.

Elle se surprit à ressentir un léger pincement au cœur, consciente qu'elle n'était qu'un moyen pour le sorcier d'atteindre plus facilement son but. Alors face au regard colérique de James, elle garda le silence. Elle avait également conscience que, malgré la volonté du sorcier de gagner, il avait accepté ses requêtes à chaque fois, même si elles impliquaient de perdre du temps. Il l'avait aidée à soigner le centaure. Il l'avait aidée à défendre Scorpius et Acca. Il avait accepté ses requêtes à chaque fois.

James dut sentir le conflit dans son regard car il finit par expirer, passant une main dans ses cheveux comme s'il réfléchissait lui-même à ce qu'il venait de dire.

— Tu sais bien que ça ne me dérange pas, soupira-t-il avec remords.

— C'est bien le problème avec toi, Potter, dit Ludivine d'une voix étonnamment étranglée, c'est que je ne sais justement ri…

Diffindo.

Elle fut interrompue par un sortilège qui toucha James de plein fouet. Lancé avec une force et une précision surprenantes, le sort traça une entaille profonde le long du bras de James d'où du sang jaillit abruptement. Ludivine voyait rouge tandis que James la bousculait sous l'impact.

Elle n'eut pas le temps de répliquer qu'il lui avait attrapé la main, et elle sentit de nouveau son estomac se retourner tandis que son environnement devenait flou.

Avant qu'elle ne comprenne ce qu'il se passait, Ludivine se sentit chuter violemment sur de l'herbe épaisse, le visage face au sol. Lorsqu'elle releva la tête, Ludivine constata qu'ils avaient atterri dans une clairière si lumineuse que son regard mit quelques secondes à s'y habituer.

L'herbe était sauvage, avec de grandes étendues de verdure, et quelques arbres fruitiers et buissons fleuris parsemaient l'horizon. Un sentiment de sérénité régnait dans ce lieu magique, et Ludivine se laissa bercer par le bruit d'un ruissellement d'eau qui laissait deviner une rivière à quelques mètres.

Cependant, une complainte la ramena à la réalité. James se tenait un peu plus loin et se mettait en position assise, une main sur son biceps ensanglanté.

— Potter ! s'alarma-t-elle en regardant sa blessure.

— Ce n'est rien, maugréa James en éloignant son bras de la main de Ludivine.

Elle le fusilla du regard, mécontente qu'il refuse son aide.

— Si tu ne soignes pas ça, tu vas te vider de ton sang ! cingla-t-elle froidement, comme si elle s'adressait à un enfant mal élevé.

— Je ne suis pas Albus, Hendell, s'énerva James, je n'ai pas besoin qu'on prenne soin de moi !

— Arrête d'être si buté !

La dispute continua silencieusement, par le regard désagréable de James et celui colérique de Ludivine.

Elle comprenait bien qu'il refusait son aide car il ne souhaitait pas montrer ses faiblesses. Elle se retint d'en faire un commentaire, mais ne se laissa pas démonter.

Ça n'avait rien à voir avec le sorcier. Il lui était juste impensable de laisser une personne blessée sans soins si elle pouvait les prodiguer. Elle en avait même oublié la douleur dans sa propre cheville. En revanche, James n'avait pas oublié la sienne, elle le sut à sa grimace.

Finalement, il soupira de résignation, passant une main dans ses cheveux avant de tourner son bras gauche vers elle.

— Ne crois pas que je t'aurais laissé faire si j'avais eu le choix, maugréa-t-il.

— Ne crois pas que je le fais pour une autre raison que gagner cette épreuve, répliqua Ludivine en s'agenouillant près de James tandis qu'il se laissait manipuler.

Elle commença à examiner la blessure, dans un silence qu'elle trouva agréable avant que James ne décide de poser son regard sur elle. Concentrée, elle réalisait toutefois leur proximité et n'aurait relevé la tête pour rien au monde.

James avait également pris des coups au visage, comme en attestaient sa lèvre ouverte et le bleu qui commençait à se dessiner au niveau de sa mâchoire, mais elle ne dit rien à ce sujet, préférant parer au plus urgent.

— Je croyais qu'on ne pouvait pas transplaner au sein de Poudlard, fit-elle remarquer.

— L'interdiction sur la forêt a sauté avec le décès du professeur Dumbledore, expliqua James en retenant une grimace. On n'aurait pas pu en sortir mais je voulais simplement m'éloigner d'eux.

— Tu as utilisé la magie élémentaire, n'est-ce pas ? demanda Ludivine d'un ton qui n'amenait pas de réponse. Pour assommer Travers.

— L'air est un élément pratique, se contenta de répondre platement James.

Un silence s'installa, et Ludivine échangea un regard amical avec lui. Il venait de les sortir d'une sacrée pétrin. Elle était impressionnée par le tempérament du sorcier, qui avait su rester calme et maître de lui-même, même lorsqu'il se faisait tabasser. Alors qu'elle n'avait pas su quoi faire d'elle-même.

— Il m'a bien fracassé la gueule, marmonna James.

Ludivine ne dit rien. En effet, il avait pris de multiples coups, d'une force incontestable. Mais approuver équivaudrait à reconnaître qu'il s'était fait battre par Rowle, et ce n'était pas ce qu'elle souhaitait sous-entendre. Mais lorsqu'il posa sa main sur son genou, Ludivine décida de lever la tête avant que le trouble ne la gagne.

— Tu sais, reprit James, que j'ai choisi de ne pas répondre quand il a commencé à me frapper ?

— Bien sûr que je le sais, murmura-t-elle avec douceur, consciente qu'elle dirait tout ce que le sorcier voudrait entendre à cet instant.

— Tu sais que si je l'avais fait, je l'aurais détruit ?

— Je le sais, Potter.

— Tu sais que je ne l'aurais pas laissé t'approcher ?

Cette fois-ci, elle ne répondit rien. Même pour rassurer le sorcier, elle ne s'y engagerait pas. Son regard toutefois, dut contenir une once de certitude, car un léger sourire se forma sur les lèvres de James avant qu'il ne ferme les yeux.

Ludivine contint un soupir de soulagement avant de reporter son attention sur la blessure. Elle se retenait de clamer qu'elle n'avait pas besoin qu'on la protège, qu'elle se serait très bien défendue toute seule, mais elle choisit de ne rien dire, consciente que ça n'apporterait rien à la situation.

— C'est profond, expira-t-elle.

— Tu peux me soigner ? demanda James.

— Ne me sous-estime pas.

Ludivine sortit sa baguette, murmurant un puissant episkey. Pourtant, rien ne se passa. Lorsqu'elle retenta et qu'aucune magie n'apparut, elle sentit la colère monter.

— Je t'ai vue faire mieux avec mon frère, se moqua James, mets-y un peu de cœur.

— Il y a un problème, répondit-elle en ignorant la pique du sorcier.

— Ils ont dû trafiquer quelque chose.

Ludivine ne fit pas attention à la supposition de James, concentrée sur la recherche d'une explication. Puis, quelque chose cliqua dans sa tête. Elle repensa à la façon dont ils avaient chuté durant le transplanage, comme si la magie de James avait buté contre quelque chose.

Souhaitant confirmer son hypothèse, elle dirigea sa baguette vers un buisson derrière James, murmurant un inflammare. Ce dernier éloigna son visage avec inquiétude, mais rien ne se passa au bout de la baguette.

— Il n'y a pas de magie ici, comprit Ludivine

— Pas besoin de te justif…

— La clairière est dénuée de magie, l'interrompit-elle avec impatience. On ne peut pas pratiquer de magie ici !

Le regard de James changea, exprimant de l'incompréhension avant qu'un sourire ne fende ses lèvres.

— C'est incroyable ! commença-t-il à s'exciter.

— Je ne peux PAS te soigner ! s'énerva soudain Ludivine en se laissant tomber dans l'herbe.

Une vague de frustration cogna ses tympans, consciente de son impuissance. Elle ferma les yeux, refusant de laisser ce sentiment la gagner, mais c'était si dur. Son équipier était blessé et elle ne pouvait rien faire pour la soigner. Ça ne devait pas arriver !

— Tu n'aimes pas être impuissante, entendit-elle James dire sur le ton du constat.

— Comme toi, tu n'aimes pas paraître faible.

— C'est vrai, reconnut James placidement. J'ai peur que si une personne me voit fragilisé, elle garde toujours l'image d'un sorcier faible.

— Même affaibli, tu restes puissant, Potter, marmonna Ludivine.

Elle rouvrit les yeux, constatant d'un mouvement de tête que le sorcier avait souri discrètement.

— Je m'en veux de t'avoir conduit dans une telle mésaventure, admit-elle avec résignation.

Elle n'eut pas l'occasion de se perdre dans ses pensées. James lui attrapa fermement le poignet, la relevant d'une force qui lui coupa presque le souffle. Son visage se trouvait maintenant à quelques centimètres de celui de James, qui la regardait avec détermination.

— Je me suis moqué plusieurs fois de ton indifférence, murmura-t-il, mais je découvre que tu es bien plus sensible que tu ne le laisses paraître.

— Vois-tu la sensibilité comme une faiblesse, Potter ? demanda-t-elle sur le même ton faible et secret.

— Je pense que lorsqu'elle sert à penser à l'autre et à l'aider, c'est une force.

Ludivine s'abstint de parler. Elle essayait de comprendre ce qu'il se passait dans les iris noisette qui se tenaient si proche des siennes. Elle y lisait plusieurs émotions contradictoires, indéchiffrables.

— J'ai peur que ta blessure ne s'infecte si on ne la soigne pas, reprit-elle finalement, souhaitant mettre fin à son malaise.

— Ne me sous-estime pas, dit James à son tour d'une voix amusée. On va avancer et voir quelle flamme on trouve.

— Comme si on les avait trouvées en les cherchant, soupira Ludivine.

— On va trouver la dernière qu'il nous manque, lui répondit James avec aplomb.

Ludivine soupira une nouvelle fois, échangeant un regard avec James qui l'apaisa. Ce n'était pas le moment de se laisser abattre, il avait raison. Alors elle hocha la tête, se relevant avec entrain.

La douleur de sa cheville refusant de se taire, elle fut contrainte d'avancer doucement tandis que James déchirait un morceau de son t-shirt pour l'attacher autour de son bras pour arrêter l'écoulement de sang.

— On a l'air fin avec nos blessures, maugréa Ludivine.

— Vaut mieux être blessé que sans honneur comme d'autres, marmonna James.

Ils marchèrent un certain temps, écoutant l'écoulement d'une rivière qui se frayait tant bien que mal un chemin parmi la végétation. Ils ne croisèrent aucun sorcier, aucune créature et le silence qui régnait était serein. Puis Ludivine entendit une branche craquer.

Elle s'immobilisa, posant une main devant James qui s'arrêta également. Il lui jeta un regard d'incompréhension, et elle posa un doigt devant sa bouche en signe de silence avant de montrer quelque chose du menton.

Devant eux se trouvait une biche, une belle biche au museau long et fin et au pelage noisette tacheté de points blancs. Elle grapillait dans un buisson à la recherche de baies jaunes et de baies vertes tandis que se trouvaient également, de façon parsemée, des baies blanches.

Ludivine l'observa mordre dans une baie blanche, et une idée fulgurante lui traversa l'esprit.

— Elle se nourrit des baies, marmonna-t-elle.

— Tu as faim, Hendell ? se moqua James.

— Les blanches sont des baies de gui, l'intima-t-elle à se taire avec irritation, c'est un antidote pour ton bras !

— Je n'en mangerai pas, prévint James.

— Potter, s'énerva Ludivine en agrippant un morceau de son t-shirt, il nous reste encore une flamme à trouver. On ne peut pas être tous les deux blessés !

— Qu'est-ce qui me dit que ces baies ne vont pas m'intoxiquer ? la défia-t-il.

— Regarde la biche en manger, sourit Ludivine.

James la jaugea du regard, un regard qu'elle trouva presque dédaigneux mais devant lequel elle refusa de baisser les yeux. Elle pouvait voir le tissu gris autour du bras du sorcier se teinter progressivement de rouge tandis que le Gryffondor perdait progressivement ses couleurs. Elle refusait de baisser le regard, et James l'avait bien compris.

— Très bien, soupira-t-il en passant sa main valide dans ses cheveux, va me chercher tes baies de malheur.

— Si ça peut te rassurer, tu n'auras pas à les manger.

Ludivine se dirigea vers la haie, attrapant une baie blanche, luisante, qu'elle ouvrit en deux. Un liquide tout aussi blanc en sortit, et Ludivine sourit de satisfaction. Elle en cueillit une pleine poignée avant de retourner auprès de James qui l'avait suivie d'un regard impassible.

Il la laissa faire tandis qu'elle lui attrapait le poignet. Ils s'installèrent au bord de la rivière, et Ludivine s'enquit de détacher le morceau de tissu. James porta sur elle un regard profond tandis qu'elle attrapait de l'eau pour rincer la plaie.

Le sang séché commençait à disparaître, et elle pinça ses lèvres de colère en voyant les coupures profondes créées par l'entaille. Le sortilège avait été lancé pour blesser sévèrement, et James pouvait s'estimer chanceux de l'avoir en partie dévié.

Elle approcha le jus de baie de la blessure où s'écoula le liquide, se frayant un chemin dans les fissures provoquées par la coupure. Il finit par se solidifier, formant une couche blanche qui soulagea James, au soupir qui franchit ses lèvres.

— Tu sens son pouvoir de cicatrisation ? demanda-t-elle.

— C'est limite agréable, s'étonna James, bien plus que les sortilèges de guérison qui tirent la peau.

— C'est normal, c'est une magie naturelle.

Ludivine regardait ce pansement se créer, émerveillée par la magie qui habitait la nature de la forêt. C'était une magie si belle, si vertueuse. Elle ne voyait pas le regard que James avait porté sur elle. Enfin, elle le sentait, mais agissait comme si elle ne voyait rien.

— La guérison est un art qui te fascine, marmonna-t-il.

— C'est la magie qui me fascine, le corrigea-t-elle doucement.

Ludivine releva la tête, partageant un sourire amical avec James. Il allait répliquer quelque chose, mais s'interrompit lorsqu'un rayon de lumière apparut plus loin, près de la haie. Ludivine suivit son regard, et un sourire se forma à cette vision.

— La dernière flamme, marmonna-t-elle avec ébahissement.

— On l'a trouvée, sourit James avec fierté, encore une fois tes connaissances nous ont sauvés, Hendell.

Ludivine gratifia le sorcier d'un regard doux tandis qu'il se levait. Elle n'avait pas eu le temps d'appliquer les baies à ses propres brûlures et au visage du sorcier, mais elle consentit à attendre. James lui tendit une main, qu'elle prit cette fois sans aucune hésitation. Elle le laissa utiliser sa force pour la relever avec aisance avant de la guider vers la flamme.

— A toi l'honneur, Potter, sourit-elle, car tu as eu la sagesse d'accepter de te faire soigner.

James choisit d'ignorer la moquerie qui teintait sa voix, portant sa main sous la flamme tandis que Ludivine glissait ses doigts dans ceux de James. Ils attendirent quelques secondes, mais rien ne se passa. La flamme, dont la lumière ne pouvait être plus éblouissante, ne semblait pas réagir. Le regard de James changea tandis qu'il lâchait la main de Ludivine.

— Il n'y a pas de magie, grinça-t-il.

— Pourtant, la flamme est apparue, protesta Ludivine.

— Elle est apparue, siffla James avec impatience, mais sa magie ne fonctionne pas ici.

— Et que fait-on maintenant, maugréa-t-elle, on ne peut pas la déplacer.

— Je n'en sais rien, Hendell ! s'exclama James avec colère. Si proche du but, merde !

Ludivine l'empêcha de continuer, posant une main ferme sur sa bouche pour l'inciter à se taire. Ce qu'il fit immédiatement sous la surprise. Ce ne fut que lorsqu'il suivit du regard l'endroit qu'elle indiquait qu'il comprit.

La biche, qui auparavant se délectait de baies, avait disparu, laissant place à une licorne. Une licorne argentée, majestueuse, dont la robe indiquait la jeunesse. Sa crinière, soyeuse et moirée, se mariait parfaitement avec sa corne de la même couleur. Elle était étincelante.

— Elle est magnifique, marmonna Ludivine avec fascination.

— Que fait-elle ici ?

— Cette clairière non-magique doit être un sanctuaire.

— Les licornes sont sources de magie, se souvint James.

Son regard changea alors que la licorne commençait à sentir les différentes baies qui se trouvaient dans le buisson. IL choisit de s'approcher, mais fut interrompu par Ludivine qui l'arrêta en attrapant son avant-bras.

— C'est une créature sacrée, Potter, elle n'est pas là pour servir nos intérêts !

— Je ne lui veux pas de mal, protesta James en se dégageant de son emprise.

— Toucher une licorne se mérite ! le récrimina-t-elle en tentant d'attraper de nouveau le bras du sorcier qui l'évita.

Ludivine fulminait. Elle n'arrivait pas à croire que le Gryffondor serve son intérêt auprès d'une créature aussi pure, aussi magique qu'une licorne.

James avançait de nouveau avec agilité. Son pas était léger, ses mouvements minutieux, et elle se souvint soudain qu'elle faisait face à l'un des meilleurs joueurs de Quidditch de la décennie. Cependant, lorsqu'il tenta de caresser la licorne, celle-ci recula d'un pas, plantant son regard bleu dans celui noisette du sorcier. Elle refusait de se laisser approcher.

— Elle doit sentir que tu veux sa magie, ricana Ludivine en s'approchant prudemment, que tes intentions ne sont pas assez pures.

— Les tiennes le seraient-elles plus ? siffla froidement James.

Ludivine ne répondit rien, continuant d'avancer vers la licorne. Elle était hypnotisée par sa beauté de la créature. La façon dont l'air virevoltait autour d'elle la fascinait. C'était comme si l'espace et le temps avaient ralenti, comme si les particules mettaient plus de temps à se déplacer. C'était de la pure magie qu'elle avait sous les yeux, elle n'en avait jamais vu de telle.

Elle s'approcha encore légèrement, craignant que la licorne ne recule comme elle l'avait fait avec James, mais il n'en fut rien. Elle resta immobile devant Ludivine qui se tint fébrilement. La créature abaissa sa crinière argentée, indiquant à la sorcière qu'elle se laissait caresser.

Ludivine hésita à s'approcher de nouveau, mais l'immobilité de la licorne l'incita à tendre le bras. Elle posa ses doigts sur la crinière argentée, et un sentiment d'exaltation la parcourut. Un sourire sincère franchit ses lèvres, se transformant en rire épanoui. La créature venait de lui faire confiance.

Ludivine allait reculer, retirant sa main, mais la licorne l'en empêcha. Elle mit sa corne en avant et Ludivine comprit le message. Elle la caressa d'un geste prudent et délicat, et sa main se teinta d'une poudre blanche qui illuminait ses doigts.

— De la magie, marmonna-t-elle.

Lorsqu'elle releva la tête vers James, elle constata que ce dernier n'avait pas porté son attention sur sa main brillante. Il l'avait observée interagir avec la licorne, le regard rivé sur Ludivine. Elle était incapable de déchiffrer ce regard, ou peut-être se le refusait-elle. L'intensité de ses iris noisette était si profonde, si ardente, qu'elle sentit des palpitations au niveau de sa poitrine.

— Elle t'a acceptée, constata-t-il.

— Elle a vu que je ne voulais pas sa magie, marmonna Ludivine.

— Alors elle t'en a donné.

Le regard de James changea, retrouvant une lueur de détermination que Ludivine lui connaissait si bien. Ils avaient retrouvé de la magie, et pouvaient maintenant utiliser la flamme. D'un signe de tête, il lui indiqua qu'il était temps pour eux de retourner vers celle-ci.

Cependant, il ne restait plus rien de la flamme qu'ils avaient laissée. Elle avait perdu sa lumière orangée, et rayonnait maintenant d'un étincellement doré. Plus petite, elle était d'autant plus éblouissante et dégageait une chaleur qui remplit leur cœur d'un sentiment de légèreté.

— Une flamme dorée, s'exclama James avec fascination.

— Qu'est-ce qu'elle signifie ?

— Je n'en ai pas la moindre idée, admit-il en lui prenant délicatement la main, mais laissons-la nous ramener à la maison. À toi l'honneur, Hendell.

Ludivine échangea un sourire entendu avec James. Sa main brillante de poussière de licorne entra en contact avec la flamme dorée, les transportant dans un halo de chaleur.


Lorsque Ludivine aperçut la lisière de la forêt interdite, ses pieds prenant contact avec l'herbe du parc, un sentiment de soulagement la submergea. James était à côté d'elle, et d'un regard circulaire, elle constata que plusieurs équipes étaient déjà arrivées. Parmi elles, Scorpius et Acca.

Après un regard entendu avec James, elle se précipita vers son amie qui était assise sur une chaise, prise en charge par une médicomage. Elle courut si vite, ignorant la douleur de sa cheville, qu'elle eut du mal à freiner tandis qu'elle s'agenouillait abruptement près d'Acca.

— Comment vas-tu ? s'enquit-elle.

— Je vais bien Lud, répondit Acca dans un rire, je n'ai rien qui ne se soigne pas.

— Tu devrais dénoncer Rowle.

— Hors de question, répliqua Acca, je n'accepterais pas qu'on me pense faible !

Ludivine garda le silence, consciente qu'elle ne pourrait pas forcer son amie à aller dénoncer le gredin, même si ce n'était pas l'envie qui lui manquait de le faire elle-même. Elle imaginait qu'ils avaient dû jouer le coup à plusieurs équipes, et qu'ils en ressortaient gagnants si personne ne les dénonçait.

Ignorant cette pensée, Ludivine sourit tendrement à son amie tandis qu'autour d'elles, le nombre d'équipes présentes augmentait au fil des minutes.

— On a réussi l'épreuve, sourit Acca.

— Pas suffisamment rapidement, maugréa Ludivine. Potter et moi n'entrons même pas dans les dix premiers.

— L'écart de temps entre les équipes est très faible, lui dit Acca pour la rassurer, ce n'est pas dans cette épreuve qu'on verra un réel différentiel de points.

Ludivine garda le silence, ne souhaitant pas expliquer à son amie qu'elle se fichait que l'écart soit faible, tant qu'elle n'était pas parmi les premiers. Mais elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même, un grand nombre des décisions inutiles était de son fait.

— C'est Potter qui a utilisé de la magie sans baguette pour attaquer Travers, n'est-ce pas ? demanda Acca d'un ton qui n'attendait pas de réponse.

— Il peut être surprenant, se contenta de sourire Ludivine.

— On ne serait pas arrivés au bout de l'épreuve sans votre aide.

Acca échangea un regard doux avec Ludivine, qui le lui rendit sans hésitation.

— Où est Scorp ? demanda Ludivine.

Acca releva la tête, le montrant d'un mouvement de menton. Scorpius approcha d'un pas rapide, et un sourire enchanté s'installa sur ses lèvres lorsqu'il vit Ludivine se tourner vers lui.

Il ouvrit ses bras à Ludivine qui s'y logea sans hésitation. La force que Scorpius mit dans leur câlin la détendit, c'était comme si les choses ne pouvaient qu'aller mieux maintenant.

— Tout va bien ? demanda-t-il d'un ton bas.

— C'est le cas maintenant que je t'ai vu sourire, rigola-t-elle.

Scorpius éclata d'un rire fin, s'éloignant de la sorcière pour passer une main dans ses cheveux blonds. Il semblait bien plus apaisé qu'auparavant et elle était rassurée de retrouver l'expression sereine de son ami.

Plusieurs équipes revinrent d'un coup. Parmi elles, Liz. Elle repéra Ludivine et accourut vers elle après avoir murmuré quelque chose à Rose qui essuyait du sang sur sa main.

Liz attrapa les mains de Ludivine, analysant chaque trait de son visage avec attention. Constatant qu'elle n'avait pas de blessure visible, Liz se tourna vers Acca, s'agenouillant à côté d'elle.

— Tout va bien, Lizzie, rigola Acca, arrête de t'inquiéter !

— Des participants ont tenté de voler l'une de nos flammes, informa Liz avec irritation, et j'ai cru comprendre que nous n'étions pas les seules.

— Que s'est-il passé ? s'enquit Acca qui se leva aussitôt de sa chaise pour s'assurer, à son tour, que son amie n'était pas blessée.

— Je vais bien, affirma Liz. Rose et moi avons réussi à nous enfuir avec l'aide de Fred Weasley.

La discussion tourna aussitôt sur les embuscades fomentées par certains sorciers, et Ludivine fut happée par l'échange alors que Acca racontait leur propre expérience.

Un bon quart d'heure passa avant que les dernières équipes ne soient rappelées une fois le temps imparti écoulé. Certains participants étaient en meilleur état que d'autres, et plusieurs médicomages prenaient déjà soin des plus grands blessés.

— Jeunes gens, s'exclama soudain l'auror Robards, nous constatons que les équipes sont maintenant toutes de retour et allons donc bientôt annoncer le classement de cette épreuve.

Ludivine se mit à chercher James. Il rigolait à gorge déployée avec Fred et William qui semblaient en plein récit palpitant, mais il détourna son attention d'eux quand il sentit le regard de Ludivine. Les médicomages avaient bien fait leur travail sur lui, il avait retrouvé toute sa beauté.

James l'incita d'un signe de tête à le rejoindre, ce qu'elle fit en ignorant l'expression amusée de Liz et Acca.

— Je crains bien que nous n'ayons pas été si bons, déplora-t-elle avec prudence alors qu'elle approchait.

— Je suppose que nos choix en valaient le coup, répondit James avec un sourire prévenant.

— Je promets de ne pas laisser mes états d'âme prendre le pas sur notre objectif durant la deuxième épreuve, dit Ludivine dans un petit rire.

— Quel dommage, marmonna James avec humour, je commençais pourtant à apprécier la sorcière attentionnée que j'ai découverte.

Ludivine se sentit rougir tandis que James arborait un air narquois. Il allait ajouter autre chose mais fut interrompu par l'auror Robards qui faisait apparaître un immense panneau sur lequel étaient affichées les 46 équipes. Ludivine repéra rapidement son nom et celui de James.

— Jeunes gens, reprit-il, comme nous l'avons expliqué en début d'épreuve, l'objectif était de revenir avec trois flammes. Chacune de ces flammes représente 50 points comptabilisés pour le classement.

A cet instant, des chiffres défilèrent à côté de chaque équipe. Au fil des secondes, les chiffres finirent par s'arrêter au nombre 150 pour 39 équipes.

— Vous êtes nombreux à avoir obtenu les trois flammes, constata l'auror Robards avec un sourire. Ensuite, un classement a été effectué sur le temps d'arrivée, indépendamment du nombre de flammes récupérées. Pour chaque temps inférieur au suivant, 10 points ont été attribués.

Ludivine regarda les chiffres défiler de nouveau, retenant son souffle tandis que le classement se redéfinissait. Étant arrivés parmi les quinze premiers, c'était plus de 280 points qu'ils gagnaient. Mais ce n'était pas suffisant. Lorsque le nombre à côté de leurs noms s'afficha, Ludivine sentit un pincement au cœur tandis que James posait une main sur son épaule. Autour d'eux, des exclamations de joie commençaient à se manifester.

— Douzièmes avec 430 points, constata James placidement.

— On ne…

— Félicitations à toutes les équipes ! s'exclama l'auror Robards. Nous ne nous arrêtons bien évidemment pas maintenant, car nous avions établi des règles qui n'ont pas été respectées par toutes les équipes. Nous déduisons donc 20 points pour chaque transgression par équipe.

Ludivine vit certaines équipes perdre des points, 20 pour certaines, 40 pour d'autres, redéfinissant le classement. Ludivine grinça des dents en constatant qu'une seule infraction avait été relevée pour Rowle et Travers qui perdaient seulement 20 points.

Aux discussions qu'ils entendirent autour d'eux, cela pouvait concerner autant une attaque inexpliquée envers une créature de la forêt qu'un manque de respect de la forêt en elle-même. Mais Ludivine et James n'écoutaient pas réellement. Tout ce qu'ils voyaient, c'était le classement qui retirait deux des équipes devant eux pour les faire remonter, eux, dans les dix premiers avec toujours 430 points.

— Dixièmes, réagit Ludivine d'une voix enrouée, on n'était pas si loin.

— Le classement commence à prendre sa forme finale, sourit l'auror avec engouement, mais il reste encore quelques points à distribuer qui devraient marquer une différence. Certains d'entre vous ont obtenu une flamme argentée. Cette flamme s'est présentée à ceux qui avaient fait preuve d'une intelligence particulière durant cette épreuve. Pour ceux qui l'ont récupérée, elle représente 100 points.

De nouveau, les chiffres défilèrent mais uniquement à côté de six équipes, dont celle de Liz et Rose qui passait de la 17ème à la 7ème place. Ludivine ne put retenir un sourire de fierté, même si cela signifiait qu'elle passait maintenant à la onzième place.

— Et enfin, certains ont obtenu une flamme dorée. Cette flamme s'est présentée à ceux qui avaient fait preuve d'une force magique particulière durant cette épreuve.

Un silence s'installa tandis que l'auror Robards souriait avec malice. Ludivine et James, conscients qu'ils avaient eux-mêmes obtenu une flamme dorée, échangèrent un regard rempli d'un espoir dont ils auraient presque pu avoir honte.

— Cette flamme, conclut l'auror, représente 150 points.

A l'instar de deux autres équipes, les chiffres se mirent à défiler. Le 430 franchit en quelques secondes la barre des 500 jusqu'à atteindre 580. Ils venaient de passer devant l'équipe de Lucas Zabini et Ethan Nott ! Ils leur étaient passés devant, de dix points.

— Et bien, je crois que nous tenons notre classement, s'exclama l'auror Robards, félicitations à tous !

Des applaudissements retentirent dans tout le parc, mais Ludivine ne les entendait pas. Les yeux rivés sur le panneau, elle continuait de regarder la position de leurs noms, tout en haut du tableau. Ils étaient premiers.

À cette réalisation, un rire nerveux et incontrôlable franchit ses lèvres. C'était un rire rempli de fierté, rempli de joie. Un rire de satisfaction et de réalisation. L'ascenseur émotionnel redescendait, tout comme la pression, et son rire était radieux.

Avant qu'elle ne le comprenne, des bras vinrent entourer ses épaules, et elle reconnut aussitôt la carrure de James. Lui aussi rigolait avec euphorie, accompagné par Fred et William, et Ludivine s'autorisa à accompagner cet enthousiasme en répondant à l'étreinte. Alors elle posa sa tête dans le creux de l'épaule de James et passa ses bras autour de son torse.

James resserra une dernière fois sa prise avant de la lâcher, portant sur elle un regard indéchiffrable, dans lequel elle décela presque de la tendresse. Scorpius, Acca et Liz s'étaient approchés d'eux et discutaient avec Fred et William dans une euphorie qui allégeait les cœurs, mais aucun de leurs amis ne vint interrompre leur échange.

— C'était agréable de relever ce défi avec toi, lui dit-il avec douceur.

— On a fait preuve d'une fluidité dont je ne nous aurais pas crus capables, reconnut-elle.

— Moi, je n'en avais aucun doute, affirma James.

Ludivine afficha un regard surpris, même si elle ne pouvait pas retenir le sourire amusé qui s'installait sur ses lèvres. L'assurance du Gryffondor la touchait, mais elle n'était pas naïve. Ils n'étaient pas faits pour s'entendre et rien ne garantissait au départ que ça aurait été le cas.

— Peut-être un léger doute en découvrant ton caractère d'Hippogriffe, rigola finalement James après quelques secondes de silence, mais très léger.

Ludivine éclata d'un rire chantonnant. Elle sentait une telle allégresse la parcourir qu'elle pourrait ne jamais s'arrêter de rire. Ils étaient arrivés premiers. Et aussi étrange que cela pouvait paraître, aucune de leurs décisions ne s'était faite dans la contrainte pour l'un, ou le désaccord pour l'autre. Ils s'étaient soutenus et avaient avancé ensemble.

Ils échangèrent un regard complice, avant que leur moment ne soit interrompu par leurs amis. Liz et Acca s'étaient approchées de Ludivine, la félicitant avec enthousiasme avant de la prendre chacune dans leurs bras. Fred et William firent de même avec une tape dans l'épaule de James, affirmant avec force qu'ils n'avaient jamais douté de lui. Scorpius se joignit au mouvement général, prenant une nouvelle fois Ludivine dans ses bras en chuchotant des félicitations.

— Je n'avais aucun doute, lui murmura-t-il dans l'oreille, et ça me rend encore plus fier de toi.

Ludivine le remercia avec émotion alors qu'il la relâchait. Scorpius lui fit un sourire, passant une main dans les cheveux de Ludivine pour les ébouriffer. Ce geste, si naturel pour Scorpius et marque de son affection pour elle, la combla.

— Et si on allait annoncer la nouvelle à Al et fêter ça avec lui ? proposa Scorpius.

Le sourire de Ludivine se renforça en pensant à Albus. Il allait être si fier d'elle !

Elle hocha la tête, faisant un signe à Liz et Acca de venir avec eux avant de saluer les trois Gryffondor d'un geste de la main. Ils se mirent en marche, et Ludivine commença à écouter ce qu'il s'était passé pour Scorpius et Acca une fois la flamme récupérée.

— Hendell !

Ludivine s'arrêta tandis que Scorpius, Acca et Liz continuaient d'avancer et elle se tourna vers James qui approchait d'un pas rapide. Il arborait un sourire narquois, et elle se demanda ce qu'il avait en tête.

— Je t'écoute, Potter.

— Tu te souviens, demanda James avec une légère hésitation, t'avoir dit que je n'aurais pas la prétention d'affirmer te connaître suffisamment ?

Ludivine hocha la tête, l'interrogeant du regard. James sourit de nouveau, jetant un regard circulaire autour de lui avant de s'approcher dangereusement d'elle. Il ne se tenait plus qu'à quelques centimètres, et Ludivine sentit ses joues chauffer quand le souffle brûlant de James caressa sa peau.

— Je retire ce que j'ai dit, lui murmura-t-il sur le ton de la confidence, maintenant que je t'ai vue passer par toutes les émotions imaginables.

— Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Ludivine dans un froncement de sourcils car elle ne comprenait pas où le sorcier voulait en venir.

— Je savais bien que tu cachais de la sensibilité derrière cet air indifférent, souriait James avec assurance. Durant cette épreuve, je t'ai vue t'inquiéter pour une créature qui pouvait te vouloir du mal, t'énerver parce que l'on touchait à ceux que tu aimes, être frustrée d'être impuissante devant la douleur de quelqu'un, énuméra-t-il, et je pense maintenant pouvoir dire que je te connais.

— On ne connaît jamais vraiment les gens, Potter, argua Ludivine qui sentait une boule se former dans son estomac à l'idée qu'il puisse penser qu'elle était sensible.

— Mais on révèle tous notre vraie nature devant un symbole de magie aussi pure qu'une licorne.

Ludivine garda le silence. Elle pensa au mouvement de recul que la créature avait eu devant James, à sa démonstration de refus devant la détermination du sorcier. Elle pensa à sa propre ambition, à son envie d'un jour maîtriser suffisamment la magie de soin pour ne plus jamais connaître ce désespoir qui l'avait parcourue face aux blessures de sa mère. Rien que pour ces motivations si profondes qui lui étaient inconnues, elle considérait que James Potter ne pouvait pas prétendre la connaître.

Elle réalisait cependant qu'elle était également loin de connaître le Gryffondor, qui avait fait preuve d'une ambition dont elle n'avait pas douté, mais qu'elle n'avait certainement pas correctement mesurée. Un niveau de détermination qui avait fait reculer ce symbole de magie si pure.

Au regard qu'il posait sur elle, Ludivine comprit que James se disait la même chose.

— Ta vraie nature est ambitieuse, constata-t-elle placidement.

— Je ne te l'ai jamais caché, affirma James d'un air qu'elle trouva presque provocateur.

— En effet, se contenta-t-elle de répondre, la mine pincée.

— Mais, reprit James, je suis content de constater que c'est moins ton cas que je ne le pensais.

— Comment ça ? demanda Ludivine dans un froncement de sourcils.

— On l'a vu durant cette épreuve, lui expliqua-t-il avec malice, la magie et la détermination ne font pas tout. Il faut savoir rester humain. Et toi, tu apportes cette humanité dans notre binôme.

Ludivine ne répondit pas, mais garda une mine pincée qui renforça le sourire de James.

Elle ne savait pas comment interpréter les propos du sorcier. Elle n'estimait pas qu'il associait sa sensibilité à de la faiblesse, mais elle n'aimait pas l'idée qu'on la pense sensible. Elle aimait l'image qu'elle se faisait d'elle-même, d'une sorcière froide et distante. C'était le rempart qu'elle avait toujours réussi à construire, et l'idée qu'on parvienne à voir au-delà l'angoissait tout particulièrement.

— Ne te torture pas trop l'esprit, Hendell, dit-il en rigolant avec amusement, et apprends à reconnaître de l'affection quand on t'en montre, ça t'économiserait de l'énergie.

Sur ces paroles, James fit un geste qui ne lui ressemblait absolument pas. Il approcha sa main du visage de Ludivine, lui ébouriffant les cheveux comme Scorpius avait l'habitude de le faire avant de replacer délicatement une mèche derrière son oreille.

Puis il lui fit un dernier sourire avant de se tourner vers Fred et William, à qui il indiqua d'un regard qu'il retournait au château, les deux sorciers sur ses pas.

Quant à Ludivine, elle resta abasourdie avant de reprendre ses esprits. Elle se tritura les méninges quelques secondes, avant de secouer sa tête comme si elle souhaitait retirer les propos du sorcier de sa tête. Autour d'elle, le parc s'était déjà vidé, et Ludivine suivit le mouvement général alors qu'elle reprenait sa marche en direction du château. Elle était bien décidée à ne pas laisser son partenaire semer le doute dans son esprit.

 

End Notes:

Et voilà !


Qu'avez-vous pensé de cette première épreuve ? L'avez-vous trouvée intéressante, avec les flammes, le système de points ? Le binôme James et Ludivine vous plaît-il ? Je suis preneuse de vos retours :)


Prochain chapitre : Ludivine et son entourage apprennent à vivre entre deux épreuves ! Publication dans moins de dix jours. D'ici là, prenez soin de vous.

Un instant de lucidité by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour à tous ! J'espère que tout le monde se porte bien en ce mois de décembre.


Comme promis, la suite ! Merci beaucoup à Milamila pour ta review, je suis ravie que l'histoire conteinue de te plaire. Promis, beaucoup de réponses arriveront au chapitre 14 !


J'espère que ce chapitre plaira à tout le monde. 

Chapitre 14 – Un instant de lucidité

Quatorze. C'était le nombre d'élèves qui avaient candidaté au poste vacant de poursuiveur de Serpentard. Sept. C'était le nombre de candidats qui avaient été retenus lors de la première phrase de sélections. Six. C'était le nombre de joueurs qui étaient revenus pour la deuxième phase. Trois. C'était le nombre de concurrents qu'Albus avait souhaité revoir pour son choix final et qui se tenaient à cet instant au-dessus de Ludivine.

Les deux sorciers et la sorcière virevoltaient dans les airs, dans l'attente des prochains mots d'Albus. Ce dernier venait de se positionner face aux trois candidats. Son visage était fermé, et elle avait conscience que la clarté des iris verts du jeune Potter renforçait la dureté de son expression.

A côté de lui, le sourire carnassier de Scorpius montrait son impatience de voir comment finirait ce qu'il avait qualifié la veille de « carnage ». Maximilien Miller se tenait de l'autre côté d'Albus, sa batte à la main tandis qu'il analysait chaque joueur d'un air circonspect. Ce n'était pas un jury chaleureux qui accueillait les candidats, mais c'était une façade.

Assise dans les gradins, Ludivine observait à moitié les sélections. Elle était venue pour faire plaisir à Albus et Scorpius, qu'elle attendait pour aller déjeuner ensuite à Pré-au-Lard, mais elle était principalement absorbée par les Mémoires de Tiberio Simolion, géomancien reconnu.

Depuis que la première épreuve avait pris fin, deux semaines plus tôt, elle avait passé une bonne partie de son temps à lire des ouvrages pour étoffer sa culture générale, ses connaissances, son savoir. Elle avait passé la majeure partie de son temps à étudier et à pratiquer la magie élémentaire, consciente qu'il lui fallait renforcer sa puissance magique et ses réflexes. Et même si les progrès étaient encore minimes, ils avaient le mérite d'exister.

— Merci à tous d'être présents, commença Albus d'une voix claire et forte. Maintenant que nous sommes tous échauffés, nous allons pouvoir rentrer dans le vif du sujet. Les deux dernières fois, nous avons testé vos compétences, vos réflexes et votre endurance physique. Cette fois, nous allons voir comment vous vous adaptez à une équipe constituée sur le tas, soit vous trois.

Les trois sorciers échangèrent un regard surpris à l'idée de devoir faire équipe plutôt que de s'opposer, et Albus afficha un sourire mutin en constatant qu'il obtenait les réactions attendues.

— Comme les autres fois, reprit-il, Scorpius s'assurera que vous vous ridiculisiez en essayant de marquer des points, et Maximilien fera tout pour que vous rentriez au château en boitant. Dans cette équipe, on se soutient, mais tant que vous n'en ferez pas partie, il n'y aura pas de quartier.

Ludivine leva les yeux au ciel en entendant la sécheresse d'Albus. Elle oubliait que le capitaine qui sommeillait en lui pouvait être impitoyable. Il était autoritaire et intraitable, et les trois candidats le sentirent car ils échangèrent un regard déterminé et compétitif. Elle sentait que ces essais allaient donner lieu à de belles performances.

— Il en fait trop, n'est-ce-pas ?

Ludivine ne cacha pas sa surprise quand elle se tourna et reconnut Lily Potter. D'une taille moyenne, la jeune sorcière avait couvert ses cheveux roux d'un bonnet noir et avait rentré ses mains dans les poches de sa veste. Elle rayonnait par son regard vif et son sourire amical, mais Ludivine savait reconnaître la méfiance dans les yeux d'une personne. La sorcière, du haut de son mètre soixante, l'analysait.

— L'insigne fait de lui une autre personne, continua Lily.

— C'est le terrain qui fait de lui une autre personne, corrigea Ludivine en reportant son attention sur les joueurs qui discutaient de la tactique à tenir face à Scorpius qui prenait place devant les anneaux.

Elle sentit le sourire de Lily plus qu'elle ne le vit, et elle se demanda ce qu'elle lui voulait. Elles avaient certes déjà interagi dans des dynamiques de groupe, mais Lily Potter n'avait jamais fait un pas vers Ludivine, et inversement.

Lily s'installa à côté d'elle, portant également son attention sur les sélections. Les trois sorciers se passaient le Souafle, évitant le Cognard, jusqu'aux anneaux où Scorpius attendait avec concentration tandis qu'Albus analysait le jeu d'un regard inflexible.

Un silence s'installa, et Ludivine se retint de soupirer. Petite sœur d'Albus ou non, elle n'était jamais à l'aise avec quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.

— Tu dois en avoir marre de l'entendre, reprit Lily tandis que Scorpius interceptait un lancer avec son pied, mais félicitations pour l'épreuve. Mon frère et toi avez assuré.

— Merci, répondit Ludivine en constatant que Lily la regardait maintenant avec retenue. Je préfère ça aux regards désagréables que je reçois depuis que James et moi nous sommes mis en équipe.

Il était vrai qu'elle avait reçu de nombreuses félicitations, par la directrice, par certains professeurs en début de classe, et par de nombreux élèves. Chaque fois était plus gênante que la précédente, mais ce n'était rien par rapport aux regards hostiles et aux chuchotements qui n'avaient cessé à leur passage. Ils s'étaient même renforcés, et Ludivine savait pourquoi. Parce que James avait changé son comportement vis-à-vis d'elle.

Le Gryffondor gardait toujours cette retenue qui le caractérisait tant, mais il semblait avoir décidé qu'ils étaient officiellement partenaires. Il semblait avoir franchi un stade de confiance, car il n'hésitait plus à l'aborder et à discuter avec elle, du beau temps comme du concours, que cela se fasse en privé ou en public. Il ignorait les regards tournés vers eux, et faisait l'impasse sur la gêne de Ludivine qui ne semblait voir que ça.

Elle n'avait jamais fait aucune remarque, car elle appréciait échanger avec le sorcier qui était un fin stratège. Comme son frère, il analysait, déduisait, et élaborait des stratégies imbattables. Ludivine, qui n'avait pas de telles compétences, appréciait cet aspect. Ce qu'elle appréciait moins était les barrières qui semblaient avoir sauté entre eux, et les conséquences que cela impliquait pour elle.

— Ça ne semble pas déranger James, dit Lily en haussant les épaules.

— C'est parce que ton frère est arrogant, maugréa Ludivine, il aime l'attention qu'on lui porte.

Un sourire amusé fendit les lèvres de Lily, et Ludivine sentit qu'elle venait de marquer des points.

— Tu sais qu'il n'a que des éloges à ton sujet ?

— Pourtant, il ne me cache pas à quel point je peux lui être pénible.

— Lui aussi peut l'être, approuva Lily.

— Oh que oui ! s'exclama Ludivine, et je ne me cache pas pour le lui dire également.

Lily sourit discrètement tandis que Ludivine reportait son attention sur l'un des candidats qui venait de se prendre le Cognard au poignet, lâchant le Souafle que la sorcière récupéra. Impassible, Albus regarda le sorcier gémir quelques secondes avant de se reprendre et de faire signe aux deux autres de continuer tandis qu'il se repositionnait. Ludivine ne retint pas un sourire, appréciant le comportement du candidat.

— En quoi puis-je t'aider ? demanda-t-elle finalement.

— Tu l'as déjà fait ! s'exclama Lily avec entrain, je reste par curiosité.

— Tu venais t'assurer que je trouvais bien ton frère pénible ?

Le sourire de Lily montrait une douceur que Ludivine avait déjà vue chez elle, mais elle décelait également de la prudence dans son regard. Il n'y avait pas d'animosité, et Ludivine estimait qu'il n'y aurait aucune raison d'en avoir, mais il régnait une atmosphère incommodante qu'elle ne comprenait pas.

— Mes frères et moi sommes nos propres garants, lui expliqua Lily d'une voix distante.

— Aurais-tu le moindre soupçon que je n'abuse de James, répondit Ludivine avec perplexité, alors qu'Albus est mon meilleur ami depuis cinq ans ?

— Je ne te connais pas suffisamment pour ne pas avoir ce soupçon, confia Lily. Et l'amitié n'a pas empêché mes grands-parents de mourir par trahison.

Le regard de Ludivine se durcit face au sous-entendu de la jeune Potter. Elle décelait une hostilité qu'elle ne lui avait jamais connue et Ludivine eut le sentiment d'être la première venue. Mais après tout, n'était-ce pas le cas compte tenu de la distance qu'elle avait toujours mise entre elle et les Potter ?

— Ne te méprends pas sur mes intentions, reprit Lily, je ne me méfie pas de toi. Je me disais simplement qu'il était temps que l'une de nous deux fasse le premier pas vers l'autre.

Ludivine garda le silence, consciente qu'elle jetait maintenant un regard désobligeant à la jeune sorcière qui ne semblait pas s'en incommoder. Son expression s'était adoucie, et Ludivine se força à faire de même tandis que Lily reprenait la parole.

— Nous étions tous très jeunes quand tu es devenue amie avec Albus, et toute la famille a respecté ta volonté de ne pas être associée à nous. Je peux te dire que ça en a titillé plus d'un de ne pas pouvoir jauger cette sorcière en qui Albus plaçait toute sa confiance.

— Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui ? demanda Ludivine.

— Nous ne sommes plus des enfants, répondit Lily placidement, et il devient difficile de comprendre pourquoi personne dans notre famille ne te connaît.

— Je n'ai pas à justifier mon choix, argua Ludivine dans un souffle, et ton intervention me le confirme. Votre manie de vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ne me plaît pas.

— Tu ne peux, dans ce cas, te surprendre de ma méfiance, répondit Lily en haussant les épaules comme si l'avis de Ludivine ne l'affectait pas.

Ludivine voulut répondre quelque chose, mais elle fut interrompue par une exclamation enjouée au-dessus d'elle. Elle releva la tête pour constater que les trois candidats avaient réussi à marquer des points et que Scorpius et Albus échangeaient maintenant un sourire complice. Les sélections étaient terminées, Albus avait fait son choix. Quant à Lily Potter en face d'elle, elle s'était fait son avis.

— James n'est pas du genre à faire des éloges, reprit Lily avec sérieux, mais surtout, il ne fait confiance à personne. Personne.

Un sentiment étrange traversa Ludivine à l'idée d'entendre que James Potter faisait difficilement confiance. Elle n'avait jamais eu besoin d'échanger avec lui pour le savoir. C'était de famille. Tout ce qu'elle savait, c'était que ses intentions à elle n'avaient jamais changé entre le jour où elle était devenue amie avec Albus et celui de sa victoire avec James.

Ce besoin de se justifier dérangeait Ludivine. Elle ne devait aucune explication, et Lily dut le comprendre lorsque Ludivine se leva, récupérant son livre avant de se tourner vers la Gryffondor.

— Ton frère me fait confiance car il a compris que je veux autant remporter ce concours que lui, dit-elle d'une voix implacable.

— Tu n…

— Potter ou non, l'interrompit Ludivine, je ne te dois aucune explication. Je comprends tes intentions, et te laisse comprendre ma réaction.

Une seconde plus tard, elle s'était déjà éloignée.


Ludivine n'était pas partie loin. Elle s'était installée à côté des vestiaires et attendait patiemment qu'Albus et Scorpius se changent. Plongée dans son livre, elle s'efforçait d'éloigner de son esprit les paroles qu'elle venait d'échanger. Elle était consciente que son comportement n'avait pas joué en sa faveur et que la sorcière devait maintenant lui être réellement hostile, mais elle s'en fichait. Elle se protégeait.

— Pensive, Lud.

Ludivine releva la tête, constatant que Scorpius s'était approché et la surplombait d'un regard narquois. A côté de lui, Albus passait une main dans ses cheveux pour les essorer. Lorsque leurs regards se croisèrent, un sourire authentique s'afficha sur les lèvres du brun tandis qu'il s'approchait d'elle, passant un bras autour de ses épaules avant d'embrasser ses cheveux avec affection.

— Tu es restée durant toutes les sélections, lui dit-il avec une surprise non feinte.

— Je voulais voir si tu faisais le bon choix, sourit Ludivine, même si j'appréciais quand même la parité qu'il y avait dans l'équipe auparavant.

— On se rattrapera en septembre, s'engagea Albus.

Le sourire de Ludivine s'agrandit tandis qu'Albus et Scorpius échangeaient un regard amusé avant de décider qu'il était temps de rejoindre le reste des élèves qui profitaient d'Halloween au village sorcier.

Albus ajusta le bras qu'il avait passé autour des épaules de Ludivine tandis que Scorpius marchait à côté d'eux.

— Je vous préviens, dit celui-ci, je veux un gros burger ! Je suis affamé.

— Tu l'es tout le temps, se moqua Ludivine.

Scorpius se contenta de sourire tandis qu'Albus commençait à expliquer les raisons derrière son choix. L'observation et la résilience, expliqua-t-il. Le temps que le sorcier prenait pour observer son environnement, l'œil qu'il gardait toujours sur Maximilien et son Cognard, sa mobilité constante, étaient des réflexes nécessaires à un bon poursuiveur. Sa rigueur malgré son essoufflement, son silence malgré son poignet foulé, sa détermination à marquer un but, c'était un état d'esprit essentiel à un joueur de Quidditch.

Ludivine approuvait son choix, même lorsque Scorpius regretta le manque de souplesse et d'endurance du sorcier. La souplesse et l'endurance se travaillent, argumentait Ludivine tandis qu'Albus et Scorpius ricanaient en confirmant vigoureusement que c'était bien ce qu'ils prévoyaient de faire.

Pré-au-Lard était décoré pour l'occasion, et Ludivine se perdit dans son observation tandis qu'Albus et Scorpius débattaient avec animation sur les avantages d'avoir un nouveau poursuiveur en pleine saison dont les adversaires ne connaîtraient pas le jeu.

A cet instant, elle ne pouvait que se réjouir de voir l'excitation sur son visage. Disparu, le désespoir qu'il avait ressenti lorsque Olivia Flint avait quitté l'équipe. C'était maintenant de l'impatience et de l'engouement à l'idée d'utiliser l'effet de surprise d'un nouveau joueur, notamment contre le futur vainqueur du match Gryffondor-Serdaigle qui aurait lieu dans quelques jours.

— Je ne sais pas à quand remonte la dernière fois que tu as parlé Quidditch pendant aussi longtemps, se moqua Scorpius tandis qu'ils s'installaient à l'intérieur du Gallion Chauffant qui abritait de nombreux sorciers pour le déjeuner.

— Je vous écoute principalement, argumenta Ludivine.

— Mais je ne t'ai pas encore vue lever les yeux au ciel, ricana Scorpius en attrapant la carte qui venait d'apparaître sur la table en bois.

— C'est une stratégie pour que vous m'invitiez à manger, sourit-elle.

Albus et Scorpius éclatèrent de rire, et elle sentit le contentement la gagner à l'idée de faire rire ses deux meilleurs amis. Le quotidien était tellement simple quand il n'était question que d'eux trois qu'il lui arrivait de regretter l'époque où rien ne comptait à part eux.

A la suite de leur victoire, James et elle avaient passé beaucoup de temps à s'entraîner. Albus et Scorpius s'étaient, eux, concentrés sur le recrutement d'un nouveau joueur, procédure de plusieurs semaines chez les Serpentard. Scorpius avait passé le reste de son temps en compagnie d'Acca, à s'entraîner également. Quant à Albus, les sélections de Flaquemare, prévues après les vacances de Noël, étaient son principal objectif.

Tous les trois avaient de nombreuses obligations, et les moments comme celui-ci étaient précieux.

— Arrête de réfléchir à la vie, Hendell, la ramena Albus à la réalité.

— Il faut bien que l'un de nous trois le fasse.

— Mais c'est qu'elle est enflammée aujourd'hui, rigola Scorpius.

Ludivine éclata d'un rire discret, consciente du regard amusé qu'ils portaient sur elle. Elle fit son choix dans la carte, et ils passèrent leur commande au serveur qui se présenta à eux. Ludivine ne fit aucun commentaire lorsque Scorpius demanda un triple burger aux quatre viandes et qu'Albus commanda trois bièraubeurres, mais elle s'assura qu'ils voient son sourire moqueur.

— Souhad Rimens te cherchait du regard ce matin, s'adressa-t-elle à Albus d'un ton nonchalant.

Ce dernier et Scorpius échangèrent un regard amusé, et Ludivine sut qu'elle n'était pas au courant de tout, alors elle attendit une réponse tandis qu'Albus cherchait quelque chose dans sa poche. Il en sortit un parchemin froissé qu'il lui tendit.

— Je l'ai reçu en début de semaine, lui expliqua-t-il. Elle m'explique qu'elle n'est plus avec Lams et qu'elle souhaite qu'on se revoie.

— Ce que tu as fait ?

— Hier soir, répondit Albus avec un petit sourire qui en suggérait bien plus, et je lui ai expliqué que je ne comptais pas la revoir.

Ludivine releva la tête avec précipitation, affichant un regard surpris. Scorpius arborait un sourire amusé, légèrement fier, tandis qu'Albus s'installait avec plus de nonchalance dans son siège.

— Je croyais que tu n'attendais que ça, demanda-t-elle, qu'elle quitte son copain ?

— C'était vrai, affirma Albus, il y a deux mois ! Je n'ai pas le temps pour quelqu'un qui hésite, j'ai d'autres priorités.

— Le Quidditch ! s'exclama Scorpius en tendant sa main.

— Le Quidditch ! confirma Albus en tapant dans la main tendue.

Ludivine leva les yeux au ciel, exaspérée par cette dévotion qu'ils vouaient à ce sport.

— Je ne vois pas ce qui change avec un mois plus tôt, poursuivit-elle.

— Tout, ma Lud ! sourit Albus. Jusqu'ici, j'avais l'ambition d'un jour percer dans le Quidditch professionnel alors j'ai suivi mon parcours : avoir une bonne équipe, gagner des matchs, devenir capitaine, me faire repérer. C'était l'éthique de la réussite qui me démarquait. Aujourd'hui, j'ai un objectif, défini et précis, intégrer Flaquemare et je prévois d'y consacrer toute mon énergie.

— Tu devrais comprendre de quoi il parle, Lud, intervint Scorpius, James et toi vivez la même chose.

— Exact ! surenchérit Albus. Le concours, c'est la concrétisation de votre ambition, et rien ne compte à part ça. Votre objectif définit votre quotidien, c'est pour ça que tu passes ton temps la tête dans les bouquins ou la main sur la baguette. Quant à James, je n'en parle pas, il te vénère à chaque fois qu'il repense à cette flamme dorée.

Cette idée perturba Ludivine, mais elle ne releva pas tandis qu'elle réfléchissait à ce que lui disait Albus. Elle comprenait parfaitement qu'il ne souhaite pas s'attarder sur Souhad Rimens qui l'avait fait tourner en bourrique durant plus d'un mois et dont l'éthique relationnelle n'était pas la meilleure.

— Si je dois me concentrer sur une fille, conclut Albus, je préférerais qu'elle ne me fasse pas perdre mon temps avec son indécision.

— De toute façon, s'exprima Ludivine avec une moue, je ne l'aimais pas.

— Elle ne t'a rien fait, se moqua Albus.

Ludivine émit un petit bruit de dédain, exprimant qu'elle se fichait bien de ne pas connaître la jeune femme. Son jugement était fait. Scorpius ricana tandis qu'Albus souriait discrètement.

Le serveur leur apporta leur commande, et Ludivine commença à manger en écoutant religieusement Albus et Scorpius discuter des vacances de Noël lorsque Scorpius demanda si Albus avait reçu une réponse de sa mère concernant sa venue chez les Potter.

— Je n'en ai pas besoin pour savoir que c'est bon, répondit Albus en mangeant ses frites.

— Je préfère tout de même avoir sa réponse.

— Il n'y a aucune différence pour mes parents, argua Albus, que tu restes trois ou sept jours. Tu pourrais informer la veille de notre départ que tu viens les deux semaines que ça ne les dérangerait toujours pas.

Scorpius ne répondit pas, mais ne cachait pas son mécontentement. Il préférait avoir une réponse directe de la mère d'Albus, et Ludivine pouvait le comprendre. Après tout, ni elle, ni lui n'avait grandi dans une famille nombreuse, avec un si grand entourage familial. Ils ne pouvaient pas imaginer une maison si remplie, avec tant d'allées et venues qu'une venue sans allée ne se remarquait pas.

— Tu as eu des nouvelles de ton père ? demanda-t-elle.

— Il est pratiquement sûr qu'ils ne seront pas au Royaume-Uni pour les vacances, répondit Scorpius, et je préférerais leur assurer qu'ils n'auront pas à se prendre la tête pour ma personne.

— La question ne se pose même pas, Scorp, protesta Albus, chez moi, tu es chez toi.

— Tu ne prévois pas d'aller avec eux ? demanda Ludivine.

— Ils pensent que c'est mieux pour moi si je reste ici.

La lèvre pincée, Scorpius plongea son regard dans le bois de la table, et Ludivine et Albus le laissèrent à ses pensées, respectant son intimité.

Quelques jours plus tôt, Scorpius avait eu confirmation par son père que la santé de sa mère se dégradait, et il s'était enfin ouvert à eux sur sa situation familiale. Ce n'était pas la première fois que l'état de santé de sa mère se dégradait en six années. Atteinte d'une malédiction du sang qui remontait à plusieurs générations et qui avait déjà touché plusieurs femmes de la famille Greengrass, Astoria Malefoy avait failli perdre la vie à plusieurs reprises. Et même si son état s'était amélioré à chaque fois, l'idée qu'il existe une fois de trop ne quittait l'esprit de personne. C'était bien le seul sujet qui pouvait inquiéter Scorpius dans ce monde.

Astoria se faisait suivre par un médecin aux Etats-Unis, où elle suivait un traitement à chaque fois que son état se détériorait. C'était l'utilisation de certains produits prohibés au Royaume-Uni qui amélioraient sa condition, et Astoria et Drago Malefoy prévoyaient déjà d'y passer le reste de l'année s'il n'y avait pas d'amélioration d'ici décembre.

Albus se tourna finalement vers Ludivine, conscient que Scorpius s'adresserait à eux quand il le choisirait.

— Mes parents t'invitent d'ailleurs à passer quelques jours à la maison, lui signala-t-il.

— Comme tous les ans, sourit-elle.

— Ils finiront par mal prendre ton refus.

— Ce que je peux comprendre, répondit Ludivine, mais les moments avec ma mère sont précieux.

— Tu pourrais venir un ou deux jours uniquement, suggéra Albus, en même temps que Scorpius si tu ne veux pas être au centre de l'attention.

Ludivine garda le silence, consciente qu'aucune de ses réponses ne plairait à Albus. Elle repensa à la discussion qu'elle avait eue avec Lily, qui lui avait partagé qu'elle se méfiait d'elle parce qu'elle ne la connaissait pas. Elle se demanda un instant si sa volonté de se distancier des Potter-Weasley ne donnait pas l'impression à ces derniers qu'elle avait quelque chose à cacher, à commencer par ses intentions.

— Tu penses que ta famille se méfie de moi ? demanda-t-elle soudainement.

— Parce qu'ils ne t'ont jamais rencontrée ? réfléchit Albus avant de finalement hausser les épaules. Pourquoi penserais-tu ça ?

— C'est ce que ta sœur a sous-entendu ce matin.

Albus fronça les sourcils, jetant un regard discret à Scorpius pour s'assurer que ses pensées ne le noyaient pas, avant de reporter son attention sur elle.

— Ma famille est de nature méfiante, Lud, ce n'est pas nouveau.

— Depuis quand l'est-elle avec moi ?

Albus soupira, passant une main dans ses cheveux, et Ludivine se demanda ce qu'il pensait. Il n'était pas du genre à laisser planer le doute. Puis, le regard d'Albus croisa celui de Scorpius, et elle sentit que quelque chose passait entre eux avant que le blond n'intervienne.

— C'est comme si tu oubliais parfois que tu côtoies des Potter, Lud, se moqua Scorpius, et pas un mais maintenant deux ! Tu devrais venir à Noël, suggéra-t-il, ça règlerait le sujet.

Albus sourit avec malice en constatant que Scorpius appuyait son idée, mais Ludivine hocha la tête négativement.

— Je passerai les vacances de Noël avec ma mère, dit-elle fermement, fin de la discussion.

Scorpius leva les mains en signe d'innocence en reportant son attention sur son burger, mais l'esprit de Ludivine avait déjà navigué vers d'autres horizons.

L'envie lui venait, comme de nombreuses fois ces derniers jours, de demander à Scorpius comment il se sentait, ce qu'il ressentait face aux nouvelles de ses parents, de sa mère. Elle voulait lui rappeler qu'elle était là, comme Albus, s'il souhaitait partager ses pensées, montrer sa peine, se changer les idées. Mais elle ne dit rien, consciente que son ami balayerait ses propos d'un revers de main en lui affirmant que tout allait très bien. Il s'agissait de Scorpius, après tout.

— Tu es sûre de ne pas vouloir venir boire un verre avec l'équipe ? demanda Scorpius.

— Et entendre parler Quidditch tout l'après-midi ? ricana-t-elle. On a déjà atteint mon niveau de tolérance, Malefoy.

— Tu dis ça comme s'il était haut de manière générale, se moqua Albus.

Ludivine fusilla du regard les deux sorciers qui ricanaient ouvertement.

— Désolé Lud, lui dit Albus, mais même lorsque tu faisais partie de l'équipe, tu ne supportais personne.

Ludivine ignora la remarque d'Albus pour se concentrer de nouveau sur son repas. Ce qu'il disait était vrai, et c'était bien pour cela qu'elle n'avait pas créé de nouvelles amitiés en six années. Elle ne côtoyait d'autres personnes que ses amis seulement par circonstance.

Ludivine se méfiait des autres, et n'accordait pas le bénéfice du doute aux sorciers qu'elle ne connaissait pas. Il leur fallait faire leurs preuves, et elle ne facilitait la tâche de personne. Mais elle était très lucide sur qui elle était, sur comment elle était, et d'où cela venait. Après tout, sa mère lui avait appris à garder toute information pour elle et à ne pas montrer ses émotions si elle avait le moindre doute qu'on puisse les utiliser contre elle.

Ludivine ne choisissait jamais de son plein gré de passer du temps avec des gens dont elle se méfiait, et ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait changer ses croyances. Certainement pas pour faire plaisir aux autres.

— Tu viens au moins ce soir ? demanda Scorpius.

— Tu sais bien que non, soupira-t-elle, je vois Potter.

— Ah, sourit Albus, ton défi perdu !

— Je ne l'ai pas perdu ! s'exclama Ludivine avec mauvaise foi.

— Pourquoi tu ne veux pas le reconnaître ? dit Albus d'un ton railleur. Ce n'est pas si grave.

Ludivine fit la moue, refusant d'admettre sa défaite. Voilà deux semaines que les deux sorciers se défiaient, généralement en duel. Ce n'était qu'une simple compétition, mais cette fois, ils avaient parié un gage. Alors Ludivine n'avait pu qu'accepter lorsque James lui avait dit de réserver sa soirée d'Halloween.

— Si je l'admets à voix haute, répondit-elle, il l'utilisera contre moi dès que possible.

— Il n'est pas si tyrannique, répondit Albus avec un sourire qui disait le contraire.

— A quoi il joue, intervint Scorpius, à te faire rater la soirée d'Halloween ?

Ludivine haussa les épaules. Tenter de comprendre ce qu'il se tramait dans l'esprit de James Potter n'était pas une activité qu'elle appréciait particulièrement. Alors quand Scorpius émit l'idée que les enfants Potter étaient dérangés, Ludivine ne perdit pas de temps à renchérir sur cette idée, ignorant les protestations d'Albus.


Deux heures passèrent, durant lesquelles les trois sorciers discutèrent comme si rien d'autre n'existait. L'après-midi était déjà bien entamé lorsqu'ils décidèrent de se séparer. Albus et Scorpius prirent le chemin des Trois Balais où le reste de l'équipe les attendait pour fêter l'arrivée de la nouvelle recrue, et Ludivine partit en direction de Gaichiffon.

— Hendeeeeeeell ! entendit-elle sur son chemin.

Elle n'eut pas besoin de se retourner pour reconnaître la voix qui l'avait interpellée, le seul sorcier se permettant de chantonner son nom de cette façon étant Fred Weasley, deuxième du nom. Ce dernier lui fit un immense sourire lorsqu'elle se tourna vers lui.

Assis à la terrasse d'un restaurant avec James, il lui fit signe de s'approcher, ce qu'elle fit en les observant. Il n'y avait personne d'autre à cette terrasse, tous les sorciers ayant probablement préféré s'installer à l'intérieur compte tenu du vent froid d'automne qui soufflait. Les deux Gryffondor ne semblaient cependant pas se préoccuper de la température, vêtus d'une simple veste ouverte, une bièraubeurre à la main.

— Installe-toi un peu avec nous, Hendell, proposa Fred en tirant la chaise à côté de lui.

— Il fait neuf degrés, Weasley.

— On saura te tenir chaud, sourit James. Avec un chocolat chaud, ajouta-t-il avec amusement en voyant Ludivine lui jeter un regard outré.

James rigola légèrement, suivi de Fred tandis qu'elle les fusillait du regard. Au fil des semaines, elle s'était habituée aux remarques narquoises et au ton moqueur de son partenaire, qui semblait de plus en plus apprécier la mettre mal à l'aise, mais elle l'ignorait toujours royalement.

— Un jour, répondit Ludivine en s'installant toutefois, il faudra qu'on travaille ta verve pour faire rester une fille, Potter.

Le sourire de James se renforça alors qu'ils échangeaient un regard perçant, puis Ludivine reporta son attention sur Fred. Ce dernier la regardait avec la même lueur d'amusement, et elle réalisa qu'elle avait développé une certaine aisance avec les deux Gryffondor.

— M'as-tu interpellée parce que tu sais que je vais rejoindre Liz ? sourit-elle.

— Sous-entendrais-tu que j'ai souhaité te parler uniquement par intérêt ? s'offusqua Fred.

Ludivine n'était pas dupe. Elle voyait le sourire de Fred se renforcer, et son jeu d'acteur qui consistait à poser une main sur sa poitrine d'un air vexé ne fonctionnait pas. Alors ce fut un rire amusé qui franchit ses lèvres.

— Tu es un livre ouvert, Weasley.

— Je ne sais pas comment je dois le prendre, s'offusqua de nouveau Fred.

— D'aucune manière, répondit-elle en balayant sa propre remarque d'un revers de main. Viens-en au but.

Fred haussa un sourcil, amusé par la franchise de la sorcière. Il se tut un instant, avant de reporter son attention sur James qui les observait silencieusement, avec amusement.

— Si je ne connaissais pas ton caractère d'Hippogriffe, dit Fred à James, j'aurais demandé comment tu fais pour la supporter.

— La question reste légitime, répliqua James narquoisement.

— C'est vous qui avez demandé ma présence, répliqua Ludivine, et je constate que je n'ai toujours pas mon chocolat chaud.

L'aisance de Ludivine la surprenait elle-même, et elle mit ça sur le compte de la bièraubeurre qu'elle venait de boire. Toutefois, son comportement semblait ravir les deux sorciers qui choisissaient de se prêter au jeu. James la jaugea du regard et elle ne parvint pas à retenir son sourire.

Au bout de quelques secondes, il se leva sans un mot avant de se diriger à l'intérieur du restaurant. Surprise qu'il ait écouté sa demande qui n'était qu'une taquinerie, Ludivine le suivit du regard, ne le quittant pas des yeux même lorsque la porte se referma. Ce fut un sifflement qui la ramena à la réalité.

— Voilà quelque chose que je n'aurais jamais cru voir, dit Fred sur un ton impressionné.

— Je suis sûre qu'il fait ça pour m'embêter, marmonna Ludivine en ignorant l'éclat de rire de Fred à côté d'elle.

— Ma chère Hendell, s'esclaffa-t-il, il va falloir que je t'explique une ou deux choses.

— A commencer par ce que tu voulais me dire quand tu m'as interpellée, enchaîna Ludivine.

— Obstinée, constata Fred, tu ne perds pas le nord !

Ludivine se contenta de sourire en refusant de détourner le regard, persuadée qu'elle avait raison. Mais Fred n'essayait pas de jouer un rôle, ni de lui faire croire quoi que ce soit. Ce fut pour cette raison qu'elle maintint son regard avec audace, jusqu'à ce que Fred soupire, levant ses bras en signe de défaite.

— Walsh, admit-il finalement, je voulais savoir si elle comptait venir ce soir.

— Pourquoi ne lui demandes-tu pas directement ?

— Je l'ai déjà fait hier en Sortilèges et elle a éludé ma question avec un rire, répondit Fred en haussant les épaules. Je ne veux pas paraître insistant.

— Elle ne te prend pas au sérieux, répondit Ludivine, elle pense que tout ce que tu lui dis a pour but de l'embêter et que tu ne t'intéresses pas réellement à sa réponse.

— Pourtant, je m'intéresse à elle ! s'exclama Fred, mais je ne sais pas comment le lui montrer.

— Tu es trop joueur, Weasley.

— Même mon cœur de joueur ne lui résiste pas.

Ludivine ne dit rien, jaugeant le sorcier du regard. C'était la première fois qu'il admettait être joueur, et elle s'interrogea sur le sens de ces mots. Était-il en train de lui dire qu'il prenait la vie à la légère ou bien qu'il ne prenait pas au sérieux ses émotions et relations avec les autres. En fin de compte, est-ce que cela ne revenait pas au même ? Ludivine était partagée entre l'idée d'indiquer au Gryffondor qu'elle le stupéfierait jusqu'en enfer s'il venait à jouer avec Liz et l'idée de le conseiller sur la façon d'aborder son amie.

Elle n'eut cependant pas le temps d'y réfléchir, car James revenait avec une tasse dans la main dont se dégageait de la fumée. Il la posa devant elle, la toisant d'un regard amusé alors qu'il se rasseyait.

— En espérant que madame soit satisfaite.

— Merci Potter, marmonna-t-elle avec une gêne qui renforça le sourire de James.

— Je t'en prie, j'ai déjà une idée de la façon dont tu pourras me remercier ce soir.

Ce fut au ricanement de Fred que Ludivine réalisa le sous-entendu de James, et elle faillit en renverser sa tasse tandis qu'elle sentait ses joues chauffer.

— Continue, le menaça-t-elle, et je te dirais où tu peux te mettre ton gage.

James se contenta d'un rictus en échangeant un regard amusé avec Fred, et Ludivine sentit l'irritation monter en elle. Elle regretta sa tasse, qui l'empêchait de s'en aller dès maintenant.

— Tu sauras, lui dit James, que je suis impatient d'être à ce soir.

— On peut dire que tu as bien choisi ton moment, marmonna Ludivine.

— Je ne te croirais pas si tu me dis que tu avais à cœur d'assister à cette soirée, ricana James, je sais que c'est Albus qui te traîne à chaque fois !

— Ça me tenait à cœur de voir Weasley bégayer en demandant à Liz de danser avec lui, répondit-elle.

Un silence s'installa, avant que les deux sorciers n'éclatent de rire.

— Par Merlin, Hendell, s'exclama Fred, tu m'impressionnes de jour en jour !

Ludivine se contenta de sourire, buvant une dernière gorgée de son chocolat avant de décider qu'il était temps pour elle de s'en aller. Elle remercia une nouvelle fois James, qui hocha la tête avec malice, puis se tourna vers Fred.

— Même si je me méfie encore de tes intentions, lui dit-elle, je suppose que je ne prends pas de risque en te disant que Liz prévoit bien d'être présente ce soir.

Un sourire fendit les lèvres de Fred, et Ludivine lui rendit un petit sourire avant de se lever. Elle se dirigea vers Gaichiffon, magasin de prêt-à-porter où Evelyn, Liz et Acca choisissaient un costume pour la soirée.

Ludivine poussa la porte de la boutique qui n'abritait pas beaucoup de sorciers à cette heure-ci. Lumineuse, aux couleurs très féminines, la boutique était remplie de portants dont débordaient toutes sortes de vêtements.

— Ludivine Elyana Hendell, on ne t'attendait plus.

— Désolée, sourit Ludivine à Evelyn, j'ai été retenue.

— Je n'ose plus te demander par qui, ces derniers temps.

Evelyn lui fit un clin d'œil avant de lui attraper la main, la dirigeant vers le fond de la boutique où Liz était installée dans un fauteuil face à une cabine où devait se trouver Acca.

— Tu ne sauras jamais qui est impatient de te voir ce soir, dit-elle à Liz.

— La même personne qui m'a demandé deux fois si je venais cette semaine ?

— Je vais finir par croire qu'il est vraiment intéressé, intervint Evelyn.

— C'est bien le problème avec lui, répondit Liz avec détachement, c'est qu'il joue sur l'ambiguïté.

— Et ça, ajouta Ludivine, notre Liz n'aime pas.

Liz haussa les épaules, montrant son détachement pour le sujet. Elle était trop rationnelle pour se préoccuper d'intentions qui n'étaient pas les siennes et qu'elle ne pouvait deviner.

— Vous avez choisi vos costumes ? demanda Ludivine.

Evelyn attrapa le sac à ses pieds et en sortit un bracelet en bronze. Large de plusieurs centimètres, il était incrusté de six pierres précieuses, chacune d'une couleur différente, qui en faisaient le tour. Devant la beauté du bijou, Ludivine ne retint pas un sifflement.

Evelyn enfila le bracelet qui s'illumina. La seconde d'après, elle était habillée d'une longue robe bleu ciel, au tissu écaillé, qui s'évasait au niveau des genoux. La robe mettait parfaitement en avant le corps svelte d'Evelyn, et son visage était entièrement couvert d'un maquillage méticuleusement construit. En un mot, Evelyn était magnifique.

— Incroyable, marmonna Ludivine.

— Ah ! s'exclama une voix qu'elle reconnut comme celle d'Acca, je pensais bien avoir entendu ta voix.

Acca qui avait tiré le rideau de sa cabine, était méconnaissable. Elle était habillée d'un corset noir lacé en cuir, et d'une longue jupe de la même couleur qui lui descendait aux chevilles, ainsi que de talons noirs. Une partie de ses cheveux bouclés avait été attachée au-dessus de sa tête, et Ludivine resta bouche-bée.

— Alors, demanda Acca avec excitation, qu'en pensez-vous ?

— Bellatrix Lestrange ? s'étonna Evelyn. On peut dire que c'est original.

— Pour ne pas dire déplacé, marmonna Liz.

— Tu rigoles ! s'offusqua Acca. Halloween est censé faire peur, et je peux te dire que je vais traumatiser plus d'un première année ! C'est Scorpius qui m'a suggéré l'idée.

Ludivine éclata de rire. Acca était bien fidèle à elle-même, et elle n'eut pas le cœur d'aller à contre-sens de son amie. Quand elle se tourna vers Liz, cette dernière lui indiqua qu'elle avait choisi un simple costume de scientifique.

— On a tenté de lui faire prendre un costume sexy, expliqua Acca, mais elle a refusé.

— Ce n'est pas à moi d'être sexy ce soir, répondit Liz en balayant l'idée d'Acca, le regard posé sur Evelyn.

— Contrairement à ce que vous pensez, protesta Evelyn, je n'ai pas l'intention de me jeter dans les bras de Nott.

— Tu avais reçu l'info, Lud ? demanda Acca avec excitation. Nott a officiellement invité Evelyn à la soirée.

— Il est très procédurier, défendit Evelyn en voyant la surprise de Ludivine.

Ludivine n'en doutait pas, et son sourire en disait autant. Même si elle restait très prudente vis-à-vis du Serpentard, notamment parce que son expression fermée et distante rendait impossible la lecture de ses pensées réelles, elle devait toutefois admettre que son comportement envers Evelyn était irréprochable. Peut-être était-ce le sourire poli, presque amical, qu'il lui montrait toujours, son regard avenant quand il discutait avec elle, ou bien l'impression qu'il donnait de vouloir faire les choses à sa façon dans ces fiançailles, et non comme ses parents le demandaient.

— Qu'il soit procédurier n'enlève rien à son charme, répondit simplement Ludivine.

— Ou à son sex-appeal ! s'exclama Acca. Il a un charme très sensuel.

— Ce ne sont pas les rêves d'Evelyn qui te diront le contraire, marmonna Liz d'un sourire mutin.

Le regard prostré d'Evelyn n'était pas de taille face au choc qui se lisait sur les traits de Ludivine, l'exclamation d'excitation d'Acca et le rire de Liz. Une seconde plus tard, Evelyn tentait de se dépêtrer de Ludivine et Acca et leur pluie de questions, la première étant de savoir comment elle envisageait la fin de soirée avec Ethan Nott.


Le repas d'Halloween était, chaque année, festif et mélangeait toutes les maisons pour l'occasion. Ainsi, Acca avait répondu favorablement à la proposition de Scorpius de dîner à la table de Serpentard. Elle faisait face à Ludivine tandis qu'Albus s'installait à côté d'elle avec une réticence qu'il ne cachait pas.

Evelyn dînait également chez les Serpentard, mais accompagnait Zabini et Nott, à la demande de ce dernier qu'elle n'avait pas osé refuser. Nott lui suggéra d'un signe de main de s'installer sur le banc avant qu'il ne fasse de même à côté d'elle. De sa place, Ludivine pouvait voir le regard intimidé de son amie lorsque Nott lui murmura quelque chose à l'oreille.

Liz, elle, s'était installée avec Rose chez les Gryffondor. Lorsque Fred pénétra la Grande Salle, il accéléra le pas pour prendre place à côté d'elle, ce qu'elle accueillit avec un sourire amical. Derrière lui s'approchait James.

— J'adore les ambiances festives ! s'exclama Acca en tapant dans ses mains lorsque tout le monde s'était servi.

Maximilien Miller, assis à côté d'elle, sembla remarquer sa présence. Il s'étonna de voir une Gryffondor à la table, mais répondit toutefois lorsqu'elle lui demanda s'il faisait bien partie de l'équipe de Serpentard comme elle le supposait.

Les deux sorciers commencèrent à discuter, et Ludivine porta son attention sur Albus, constatant qu'il se tenait étonnamment proche de Mila Stones, assise à côté de lui. Il avait passé un bras sur le banc derrière elle et lui chuchotait quelque chose à l'oreille, qui la fit rire discrètement.

Ludivine se pencha vers Scorpius qui avalait son plat avec enthousiasme.

— Depuis quand Mila et Albus sont-ils aussi proches ? demanda-t-elle.

— Tu trouves qu'ils le sont ? interrogea Scorpius en levant les yeux vers eux.

— Bien plus qu'il ne s'est jamais permis de l'être avec un joueur depuis qu'il est capitaine.

— Maintenant que tu le dis, dit Scorpius en réfléchissant, ils étaient très complices au bar.

Ludivine haussa un sourcil. Elle avait toujours su que Mila était attirée par Albus, elle l'avait toujours senti, même si la sorcière n'avait jamais fait aucune réflexion en ce sens. Mais elle savait qu'Albus n'avait jamais renvoyé le sentiment Ils étaient coéquipiers. Pour Albus, c'était un engagement à ne pas rompre.

— Et toi ? demanda soudain Ludivine. Tu ne parles jamais de tes histoires.

— Aucun de nous trois ne le fait, répondit Scorpius en haussant les épaules, tout simplement parce qu'il n'y a rien à raconter.

— Tu passes beaucoup de temps avec Acca, constata-t-elle d'une voix qu'elle voulut détachée.

— Je te renvoie la remarque concernant James.

Ludivine sentit des joues chauffer, et elle ne rata pas le regard narquois de Scorpius qui eut la gentillesse de ne pas continuer sur cette pente.

— Ne t'inquiète pas pour moi, lui sourit-il, je m'occupe bien plus que je ne vous le dis.

— Je me doute, mais je parlais de quelque chose de plus sérieux que du simple amusement.

Scorpius garda le silence, et Ludivine vit la lueur d'hésitation qui apparut dans son regard pour disparaître aussitôt. Elle connaissait parfaitement Scorpius, et il ne lui disait pas tout.

— Lorsque j'aurai quelque chose qui vaut la peine d'être discuté, finit-il par répondre en ébouriffant les cheveux de Ludivine, je t'assure que tu seras la première à le savoir.

Ludivine se contenta de sourire. La curiosité la brûlait de l'intérieur, et elle ne pouvait retenir un pincement au cœur à l'idée qu'il ne lui dise pas tout. Elle avait cependant conscience qu'elle ne pouvait pas insister, alors elle rongea son frein et reporta son attention sur Acca qui venait de s'adresser à Scorpius.

Au bout de quelques secondes, l'attention de Ludivine s'envola, son regard se baladant dans la Grande Salle. Elle ne s'attarda pas longtemps sur Albus qui venait de passer un bras autour des épaules de Mila, lui partageant ses prévisions sur le prochain match. Elle survola une nouvelle fois Scorpius et Acca qui rigolaient à une phrase de cette dernière, avant de porter son regard un peu plus loin sur la table.

Lucas Zabini était en train d'expliquer quelque chose à Evelyn, qui malgré son expression neutre, semblait accorder une attention particulière à ce qu'il disait. Lorsqu'il finit de parler, elle secoua la tête, visiblement en désaccord avec ce qu'il disait, et partagea son point de vue. A côté d'elle, Ethan Nott les observait, un sourire un coin sur les lèvres.

Lorsque Ludivine détourna son regard vers la table de Gryffondor, elle identifia Liz qui avait fait apparaître un parchemin et une plume et dessinait quelque chose pour Fred qui l'observait attentivement. Rose pointait quelque chose, que Liz approuva, mais il était évident que Fred n'écoutait pas. Il regardait Liz avec une telle intensité, que Ludivine fut surprise que son amie n'en prenne pas conscience.

Mais son observation prit fin lorsque son regard se posa sur James. Il tournait le dos à Fred et discutait avec une jolie sorcière, que Ludivine identifia sans connaître son nom. Il avait posé son bras sur la table et lui racontait quelque chose avec un sourire passionné qui fit tiquer Ludivine. Lorsqu'il finit de parler, ricanant légèrement, la sorcière éclata de rire.

C'était une discussion normale, bien qu'intime compte tenu de leur proximité, et Ludivine se sentait intrusive. Ce sentiment se renforça lorsque la sorcière se pencha vers James, posant sa main sur son avant-bras pour lui murmurer quelque chose. James observa une seconde la main qu'elle avait posée sur lui, avant qu'un sourire espiègle ne s'installe sur ses lèvres.

Le regard de Ludivine se voila, une émotion la prenant à la poitrine sans qu'elle ne le réalise. C'était comme si elle ne supportait pas la proximité que les deux sorciers partageaient, l'aisance de James dans ce jeu de la séduction, et sa propre solitude.

Perturbée par ce qu'elle venait de voir et par le sentiment que cela avait provoqué chez elle, elle balaya néanmoins ces idées lorsque Scorpius, révolté, lui demanda son avis sur la politique antiterroriste du gouvernement magique.

A partir de là, elle mit toute son énergie dans cette discussion, à laquelle se joignirent Albus et Mila. Lorsque le repas prit fin, une petite note apparut devant elle. Devinant l'émetteur, elle l'ouvrit en lisant les mots « terrain de Quidditch, dès que tu auras fini ». Dans un soupir, elle releva la tête vers la table de Gryffondor, constatant que James n'y était plus.

Ludivine se leva en même temps que Scorpius et Albus, suivis par l'équipe de Quidditch dans l'idée de continuer leur cohésion. Lorsque leurs chemins se séparèrent, Albus embrassa le crâne de Ludivine tandis que Scorpius lui ébouriffait les cheveux, et ce furent ces gestes qui réussirent à la détendre alors qu'elle se dirigeait discrètement vers l'extérieur du château.

Ludivine repéra rapidement James. Les mains dans les poches, il se tenait avec assurance au centre du terrain et la regardait s'avancer vers lui avec amusement.

— J'ai presque eu un doute sur ta présence, l'apostropha-t-il avant qu'elle n'ait eu le temps de s'approcher.

— Je sais admettre une défaite, Potter, sourit-elle.

Ce n'était pas si vrai, mais elle se retint bien de le dire. Il n'y avait que la luminosité de la lune pour éclairer le terrain, et elle attrapa sans difficulté le regard amusé du Gryffondor.

— Pourquoi ne m'expliquerais-tu pas ce que l'on fait ici ? suggéra-t-elle.

— Tu dois savoir, répondit James, que Gryffondor affronte Serdaigle la semaine prochaine.

— J'en ai vaguement entendu parler, se moqua-t-elle, faisant sourire James.

— Ce sera un gros match, dit-il avec une hésitation si légère que Ludivine faillit la manquer.

— Inquiet, Potter ?

Le visage du sorcier se ferma aussitôt à l'idée qu'elle puisse déceler de l'inquiétude. Mais le sourire de Ludivine était avenant, il n'y avait aucune moquerie chez elle et James dut le comprendre car son expression s'adoucit. Il s'éloigna de quelques pas, observant les gradins vides.

— J'adore ce sentiment avant un match, confia-t-il, cette envie de vaincre, cet esprit de compétition. Cette soif d'être le meilleur, elle m'anime.

Ludivine garda le silence. Le sorcier se confiait à elle, et elle se demanda à quel moment elle avait gagné ce début de confiance dont avait parlé sa petite sœur. Cependant, elle le laissa parler, ne partageant pas ces pensées. Cette atmosphère de compétition, cette volonté de gagner, Ludivine ne les avait jamais partagées sur un terrain. Tout ce qui lui importait, c'était de se surpasser. Et ça n'impliquait qu'elle et elle-même.

James se tourna vers elle, l'observant un instant avant de s'approcher de nouveau. Ludivine n'avait pas bougé, immobile alors que James s'arrêtait à quelques centimètres d'elle et qu'elle était obligée de relever la tête.

— Ces sentiments, reprit-il sur le ton de la confidence tandis qu'il attardait son regard sur la chevelure de Ludivine, n'ont plus la même saveur depuis que j'ai rendu mon badge de capitaine.

— Et pourquoi l'as-tu fait si ça te plaisait tant ? souffla-t-elle.

— J'ai dû faire des choix, s'enhardit James en attrapant une mèche de la chevelure de Ludivine qu'il passa derrière son oreille, comme toi.

Une nouvelle fois, Ludivine resta silencieuse, laissant le sorcier faire. Le regard de James ne l'avait pas quittée, et elle avait l'impression qu'il pouvait lire en elle. Ce sentiment, même s'il continuait de la perturber, la dérangeait moins qu'auparavant. Mais James n'attendait pas de réponse, du moins pas dans l'immédiat.

— Donc, reprit-il avec plus d'aplomb tandis qu'il sortait sa baguette, mon défi est le suivant : affrontons-nous dans les airs.

Ludivine perdit des couleurs, et elle se demanda un instant si le sorcier se moquait d'elle ou s'il lui restait encore des parts d'elle à découvrir. Au regard convaincu de James, elle réalisa qu'il y avait des réactions chez elle que le Gryffondor ne pouvait pas encore comprendre.

— C'est bien la dernière chose que je compte faire ce soir, répondit-elle placidement en ignorant la déception qu'elle lut dans le regard du sorcier.

— Je croyais que tu aimais la compétition, dit James.

— Pas celle-ci, expliqua Ludivine, et c'est bien pour cette raison que j'ai arrêté le Quidditch.

— Parce que tu craignais de perdre ? la provoqua James en ignorant son regard froid.

— Parce que le vol était un exutoire qui s'est envolé avec l'envie de gagner et la pression de la compétition.

Ludivine n'alla pas plus loin dans son explication. Elle n'expliqua pas à James que le Quidditch avait presque réussi à la dégoûter du vol, que la stratégie avait ruiné l'ingénuité du jeu, qu'elle avait découvert sa plus grande peur dans les airs. Pour lui et le reste du château, elle avait quitté l'équipe pour se concentrer sur ses cours, et ça lui convenait parfaitement. James n'insista pas.

— Je me souviens des semaines qui ont suivi ton départ, reprit-il avec détachement, Al était fou.

— Je sais, soupira Ludivine, il me l'a bien fait payer.

— Les Gryffondor étaient tous persuadés que vous vous étiez disputés.

— Je ne doute pas que vous avez dû longtemps discuter de mon départ, ironisa Ludivine en ignorant la remarque sur Albus et elle.

— Evidemment, répondit James sur le ton de l'évidence, ignorant la surprise de Ludivine, c'est très difficile d'analyser le jeu d'un attrapeur. Ton départ a perturbé notre stratégie entière, que j'avais passé l'entier été à construire. Je t'ai détestée pour ça.

James était amusé. Il en rigolait, ne prenait pas le sujet au sérieux, mais Ludivine ne put retenir le léger pincement au cœur qu'elle ressentit. C'était la deuxième fois dans la soirée qu'un tel sentiment la prenait, et il lui fut plus difficile cette fois-ci de balayer ce constat.

— Alors, Hendell, reprit James en agitant sa baguette, juste une session de vol ?

— Il fait nuit, Potter, répondit-elle.

— Ne me fais pas croire que vous n'avez jamais volé la nuit, argua James en la regardant d'un œil dubitatif.

— Qu'en sais-tu ? finit-elle par répondre avec un sourire, constatant qu'elle avait un plaisir particulier à contredire le sorcier, mais ce dernier n'était pas dupe.

— D'un, Al adore voler la nuit. De deux, Scorpius le suivrait sur n'importe quel délire de ce genre. De trois, je t'ai déjà vue voler, tu adores ça. De quatre, je te rappelle que je dispose la moitié du temps de la carte du maraudeur.

Ludivine garda le silence, consciente qu'elle n'avait pas d'argument à donner. Elle vit son balai, ainsi que celui de James, arriver vers eux et se poser sur le sol juste à côté d'elle. Lorsque son regard se posa dessus, Ludivine sentit une vague d'exaltation monter en elle. Elle avait beau ne plus aimer le Quidditch, elle n'avait jamais perdu sa passion pour le vol.

— Donne-moi une réponse positive, Hendell, demanda James avec un sourire qui l'attendrit.

— J'ai peur qu'en acceptant ta requête, tu ne prennes mon oui pour acquis.

— Je n'aurais jamais l'arrogance de penser que ton approbation est acquise, ne t'en fais pas.

Le sourire de James était candide. Ludivine pouvait sentir son excitation et elle fut frappée de constater qu'il souhaitait réellement voler avec elle. Elle n'était définitivement pas la seule à se sentir de plus en plus à l'aise en la présence de l'autre. Pour cela, elle ne protesta pas plus longtemps, attrapant son balai d'une main ferme.

Un sourire enjoué fendit les lèvres de James tandis qu'il faisait de même. Ils échangèrent un regard, et la minute d'après, ils s'élevaient dans les airs, filant en pointe vers les nuages. Il fallut quelques secondes à Ludivine pour laisser un sentiment d'allégresse la transporter, tandis qu'elle commençait à voir le château depuis le ciel. James la suivit, jusqu'à finalement accélérer d'un coup, passant devant elle dans un courant d'air.

Ludivine l'observa filer telle une flèche hermétique au vent qui tapait son visage. Puis, piquée dans son orgueil, elle tapota son balai de son pied et ce dernier tressauta sous le coup de l'accélération. Il lui fallut pousser la capacité de son balai au maximum pour rejoindre le sorcier qui filait à une rapidité déconcertante.

Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas volé à cette vitesse, c'était comme si toutes les pensées qui saturaient quotidiennement son esprit s'étaient envolées, comme s'il n'existait rien d'autre qu'elle et la vision de James qui lui souriait, comme si le ciel renfermait un secret qu'ils étaient seuls à partager.

James et Ludivine se retrouvèrent dans une course de vitesse, et cette dernière sentit un rire irrépressible la gagner tandis qu'elle voyait le sorcier la distancer. Elle s'en fichait, prise dans l'adrénaline qui montait en elle et se propageait dans l'ensemble de son corps.

— L'euphorie te va bien, Hendell ! s'écria James.

Le rire de Ludivine se renforça, et elle ignora la chaleur qu'elle sentait monter en elle. Elle ne savait pas depuis combien de temps ils volaient. Perdus dans ce moment, ils n'avaient plus de notion du temps. Ce fut uniquement lorsqu'elle s'essouffla qu'elle fit signe à James de redescendre, ce qu'il approuva d'un mouvement de tête avant de piquer vers le sol.

Lorsque Ludivine descendit de son balai, un rire incontrôlable la parcourut. La vitesse lui était montée au cerveau, des frissons avaient parcouru chaque parcelle de sa peau, l'adrénaline battait si fort dans ses tempes qu'elle n'entendait rien autour d'elle. C'était un mélange d'émotions qui la submergeaient et s'exprimaient par un rire irrépressible.

Elle se laissa chuter à terre et son rire se renforça. A côté d'elle, James posait son balai au sol avant de s'asseoir, à quelques centimètres d'elle. Il la regardait avec le même sourire euphorique, mais Ludivine constata, lorsque son rire commença à se calmer, qu'il était en parfait contrôle.

James posa ses coudes sur ses genoux, observant silencieusement la sorcière qui reprenait ses esprits.

— Je n'avais pas volé à cette vitesse depuis longtemps, confia-t-elle d'une voix saccadée, je suis essoufflée.

— J'ai l'impression de découvrir une nouvelle facette de toi, sourit James, c'est agréable.

— Il te reste encore beaucoup de choses à découvrir sur moi, rigola-t-elle doucement.

— C'est ma seule hâte, souffla James d'une voix profonde qui perturba Ludivine, car elle avait conscience que son murmure n'avait pas pour but d'être entendu.

Lorsqu'elle releva la tête, elle croisa le regard pénétrant de James. Son visage se tenait à quelques centimètres du sien, et elle jura voir les yeux de James se diriger vers le bas de son visage le temps d'une seconde. Mais il pinça aussitôt ses lèvres, détournant son attention d'elle, et Ludivine sut qu'elle s'était méprise.

— Je pense qu'il est temps de rentrer, lui dit-il en se relevant, on pourrait même rejoindre la soirée si tu le souhaites.

Ludivine ne dit rien, perturbée par ses pensées tandis que James époussetait son pantalon avant de tendre sa main qu'elle attrapa. Elle n'avait cependant pas suffisamment anticipé la force que le sorcier mettait, car elle se sentit éjectée sur ses jambes, jusqu'à en perdre l'équilibre. C'était sans compter sur James qui passa un bras autour de sa taille pour l'aider à se stabiliser.

— Je savais bien que le temps ferait les choses, sourit-il d'un air taquin.

Ludivine s'offusqua face au sous-entendu, tapant l'épaule du sorcier avec une force qui le fit rire. Cependant, il n'enleva pas son bras, renforçant même sa prise sur elle et Ludivine se sentit rougir de cette proximité. Elle pouvait sentir la poitrine de James se soulever contre la sienne, et son rougissement s'accentua. Il était si proche d'elle.

Le terrain était éclairé par la lune, mais les alentours restaient sombres. Il n'y avait aucun bruit autour d'eux, ils étaient seuls. Ludivine voyait parfaitement la façon dont les pupilles de James bougeaient pour détailler chaque partie de son visage. Elle sentait la poitrine de James se soulever avec plus d'intensité, et elle réalisa que leurs respirations s'étaient approfondies. Il n'y avait qu'eux, ce silence et leurs regards. Et Ludivine paniqua.

Une pensée traversa son esprit, elle repensait maintenant aux propos de Lily. Tout à coup, la douceur de James la perturba, ce sentiment de sérénité l'inquiéta, et Ludivine fit ce qu'elle pensait être le plus rationnel. Elle recula d'un pas, constatant que le sorcier ne mettait aucune force pour la retenir alors que son bras glissait d'elle. L'atmosphère était chargée, et Ludivine regretta presque son geste. Presque.

— As-tu parlé de moi à ta sœur ? demanda-t-elle.

— Quelques fois, répondit James avec hésitation, comme s'il se retenait de demander d'où sortait cette question.

— Elle est venue me voir ce matin, expliqua Ludivine d'un ton soudain irrité, et j'ai eu le droit à une hostilité qui m'a prise de court.

James fronça les sourcils, silencieux. Il essayait de comprendre pourquoi elle abordait un tel sujet, mais il dut répondre à sa propre question car il soupira sans retenue en remettant les mains dans ses poches. Il semblait maintenant blasé.

— Dans notre famille, nous sommes très protecteurs.

— C'est ce qu'Albus a également dit, murmura-t-elle d'un ton distant, mais ça ne m'explique rien.

— Parce qu'il n'y a tout simplement rien à expliquer, Hendell. Pourquoi t'y attarder ?

James s'approcha d'elle, jusqu'à se tenir de nouveau à quelques centimètres. Il ignora le fait qu'elle s'était reculé à l'instant, qu'elle avait fui son toucher et que son corps venait de se tendre lorsqu'il s'était rapproché. Il portait ce regard contrit, animé d'une lueur qu'elle ne parvenait pas à lire. C'était comme s'il se retenait. De quoi, elle n'en savait rien.

— Ça me trotte dans la tête depuis ce matin, expliqua-t-elle.

— Je ne vois pas pourquoi.

— La seule explication que je vois à un tel comportement est qu'elle pense que je suis intéressée par toi et que je profite du concours pour me rapprocher de toi.

— Et ce n'est pas le cas ? interrogea James d'un ton moqueur.

Il la toisait d'un regard amusé, et Ludivine sentit une bouffée de colère monter en elle tandis que ses mécanismes de défense se réveillaient. Il ne semblait pas comprendre sa colère, ce qu'elle cachait, ce qu'elle représentait. Oh, Ludivine avait conscience que James et elle s'étaient rapprochés. Elle avait conscience qu'un infime sentiment avait changé en elle depuis l'épreuve, et elle ne doutait pas que cela devait être le cas pour le Gryffondor également.

Avec la confiance était venue la sérénité, et l'adrénaline qu'elle ressentait à cette réalisation était bien différente de celle qui l'avait traversée un peu plus tôt. Ce sentiment-là l'inquiétait et Ludivine avait besoin d'être rassurée. Elle aurait souhaité que James lui dise que leur rapprochement n'était pas mal interprété. Elle souhaitait qu'il lui confirme qu'elle n'avait aucune raison d'ériger de nouvelles barrières. Elle n'en avait aucune envie, mais elle n'hésiterait pas si leur rapprochement laissait sous-entendre de telles choses.

Finalement, James le comprit peut-être, car son visage se ferma et son regard perdit cette lueur d'amusement. Il réduisit l'infime espace qui restait entre eux, penchant sa tête vers elle alors qu'il posait ses deux mains sur ses épaules.

— Je t'assure que personne dans ma famille ne pense que tu profites de la situation, lui affirma-t-il avec douceur. Tout le monde sait très bien que c'est moi qui t'ai proposé de faire équipe.

— Alors pourquoi cette méfiance ? demanda-t-elle de nouveau.

— Lily pense juste me protéger.

— De mes mauvaises intentions ? supposa-t-elle avec irritation.

— Tu n'as pas idée du nombre de sorcières qui ont essayé de me piéger, dit James à voix basse.

— Et tu penses que c'est mon cas ? s'écria-t-elle.

— Bien sûr que n…

— Je ne suis pas intéressée par toi ! scanda Ludivine avec force.

Elle avait conscience que le regard de James s'était voilé. Elle avait conscience que ses mots étaient durs. Étaient-ils d'ailleurs vrais, c'était une question qu'elle balaya de son esprit tandis que James lâchait ses épaules.

— Ne t'en fais pas, répondit-il froidement, je l'ai parfaitement intégré.

Ludivine crut déceler une certaine acrimonie dans la voix de James, mais elle choisit de ne pas y prêter attention. Il lui avait fallu se protéger, il lui avait fallu se préserver. Pourtant, elle regrettait déjà cette distance qu'elle venait de créer.

— Rassurée ? demanda-t-il d'un ton narquois et presque méprisant.

Ludivine garda le silence, se demandant un instant si elle avait blessé son ego. Puis elle repensa au dîner, à la façon dont la sorcière avait posé sa main sur son avant-bras, à la façon dont elle s'était penchée vers lui, au sourire complice qu'il lui avait lancé. James Potter n'avait pas besoin d'elle pour rassurer son ego.

Alors Ludivine hocha la tête par automatisme, se pinçant la lèvre devant le regard distant de James. Un silence s'installa, durant lequel elle attendit un geste, une parole du sorcier. Ce dernier se contenta de la regarder, parcourant son visage de ses yeux noisette. Il était si proche d'elle qu'elle pouvait sentir son souffle sur elle. Il ne fallait qu'un geste.

James leva sa main vers son visage, caressant de quelques doigts sa joue avant de laisser sa main froide à moitié fermée reposer dans sa nuque. Il se pinça la lèvre inférieure, parcourant de nouveau le visage de Ludivine qui se sentait incapable de réagir sous le regard profond du sorcier.

— Tu as l'orgueil des Serpentard, marmonna-t-il sur un ton doux mais presque défaitiste, et même si je respecte ce trait de caractère, j'aurais aimé qu'il soit moins un obstacle.

Ce furent les derniers mots qu'ils échangèrent sur le terrain. Ludivine sourit timidement à James, cachant sa perplexité face à ses propos. Mais ses mécanismes de défense étaient solidement construits, son esprit mit automatiquement de côté l'interprétation des propos du sorcier.

James retira sa main de la nuque de Ludivine, ne quittant pas son regard alors qu'il expirait et reculait d'un pas. Il agita sa baguette, et les deux balais regagnèrent les casiers avant qu'il ne lui suggère d'un mouvement de tête de retourner au château.

Le retour fut silencieux, mais lorsqu'ils se séparèrent, James se permit toutefois de replacer une mèche de cheveux de Ludivine derrière son oreille avec un sourire affectueux. Par ce geste, il lui indiquait que leur échange ne changeait rien à ce qu'ils avaient construit jusqu'ici. Et elle le remercia du bout des lèvres, consciente que le sorcier était bien plus mature qu'elle.

Dans son lit, elle pensa une dernière fois à la façon dont le regard de James avait parcouru son visage, au tracé de ses doigts sur sa peau, au sentiment d'adrénaline qui l'avait parcourue face à leur proximité. Cette douceur, c'était une facette de James qu'elle ne connaissait pas jusque-là, et elle ne savait pas quoi penser de cette découverte. Il lui fallut du temps pour imposer à son esprit de balayer ces idées, d'écarter toutes ces pensées. Mais elle finit par y arriver, et parvint enfin à s'endormir.

 

End Notes:

Chapitre beaucoup plus calme entre deux épreuves, avec de légères tensions et une Ludivine têtue au possible !


Prochain chapitre : la deuxième épreuve ! Ce chapitre me tient beaucoup à coeur car on y apprend beaucoup de choses sur Ludivine et James.


D'ici-là, prenez soin de vous !

La puissance by CamCaz17
Author's Notes:

Bonjour à tous,

A l'approche des fêtes, voici le chapitre qui me tient le plus à coeur depuis que j'ai commencé cette histoire : la deuxième épreuve !

Bonne lecture, en espérant qu'il vous plaira.

Chapitre 15 – La puissance

Ces dernières semaines, Ludivine avait connu un sommeil tumultueux. Il lui avait été difficile de s'y abandonner et elle avait passé plusieurs nuits à observer le cadran de son lit des heures durant. Elle devait d'ailleurs maintenant en connaître chaque fissure, chaque marque de peinture, chaque rainure du bois à force de l'avoir observé. Et lorsqu'elle parvenait à s'endormir, elle rêvait d'images perturbantes, qui provoquaient chez elle de la panique, de l'inquiétude, et surtout beaucoup de fatigue. Ludivine n'avait aucun repos.

Il lui avait fallu plusieurs jours pour identifier les causes de ce sommeil agité, et elle les avait enfin partagées à Albus et Scorpius la veille au soir.

Il y avait d'abord eu l'attaque de Pré-au-Lard, une semaine après Halloween. Alors que le matin-même, Gryffondor gagnait contre Serdaigle de 20 points, et que les élèves se dirigeaient vers le village, de la fumée noire avait commencé à s'élever dans les airs. Visible depuis le château, ils avaient tous pensé à un incroyable incendie de la forêt interdite, mais cette option avait été rapidement écartée.

L'information avait rapidement fait le tour du château. Le village avait été attaqué par des sorciers qui avaient jeté des sortilèges explosifs d'une ampleur dévastatrice : plusieurs magasins avaient été détruits, une vingtaine de sorciers avait été gravement blessée, et deux d'entre eux avaient succombé à leurs blessures. C'était un massacre.

Les jours suivants avaient paru sombres au sein du château. Après les attaques quelques mois plus tôt, tout le monde avait pensé que ces initiatives avaient pris fin, que leurs auteurs avaient prouvé leur point. Maintenant que ce cauchemar avait eu lieu, il était impossible de savoir à quoi s'en tenir. Aucune information n'avait été partagée sur le motif de cette offensive meurtrière, aucune revendication. Certains témoins disaient avoir reconnu d'anciens Mangemorts, mais aucune preuve tangible n'avait été amenée. Comme pour les précédentes, le mode opératoire n'avait pas permis d'en retracer les auteurs. Et c'était le plus troublant.

Un autre affrontement avait eu lieu quelques jours plus tard, au nord du Royaume-Uni, causant trois blessés. Après cela, un sentiment avait gagné la population de Poudlard, celui qu'ils n'étaient pas en sécurité. Ces attaques étaient imprévisibles, que ce soit dans la forme ou leur localisation, et les aurors ne parvenaient pas à attraper des coupables. Chacune d'entre elles avait causé des dommages non réparables, avait coûté la vie à des sorciers. Et il n'y avait aucun moyen de rassurer la population sorcière, car personne ne savait ce qu'il se passait.

Il y avait ensuite eu la lettre que Ludivine avait reçue de sa mère, dans laquelle elle lui expliquait qu'un suspect avait été appréhendé. Originaire d'Europe de l'Est, il y avait des chances qu'il appartienne à un groupe terroriste qui agissait également dans le monde moldu. Même si de nombreux doutes persistaient, lui expliqua-t-elle dans sa lettre, il y avait toutefois de grandes chances qu'ils ne se trompent pas.

Cette idée dérangeait fortement Ludivine. Outre l'inquiétude qui grandissait en elle, elle savait surtout très bien ce que cela impliquait. Il fallait infiltrer cette organisation, savoir s'ils étaient réellement responsables, s'ils prévoyaient de recommencer. Il fallait les démanteler de l'intérieur, or il s'agissait du périmètre de sa mère : experte de l'infiltration, elle connaissait très bien l'Europe de l'Est où elle était souvent intervenue.

Elle lui avait garanti qu'elle refuserait toute mission avant Noël, mais Ludivine commençait à en douter.

Elle était donc préoccupée. C'était sans parler des rares fois où elle avait croisé le chemin de Rowle lors de ses passages au château pour des raisons administratives. Elle savait une chose, le sorcier lui en voulait.

Elle l'avait surpris plusieurs fois à l'observer silencieusement, d'un regard calculateur et menaçant. Elle l'avait senti la suivre du regard, et se souvenait avoir vu Ethan Nott discuter avec lui, la surveillant du coin de l'œil. Malgré l'air impassible et le regard froid qu'elle mettait en avant, Ludivine était passablement angoissée. Elle avait bien compris que Logan Rowle était un sorcier dangereux, et qu'elle devait éviter d'être dans son giron. Elle se demandait, en outre, quel était le rapport entre lui et le fiancé d'Evelyn.

Toutes ces préoccupations étaient complétées par ce sentiment qui lui était resté sur le cœur après sa séance de vol avec James. À la suite de cela, son comportement avec elle n'avait pas changé. Toujours aussi narquois, il n'avait raté aucune occasion de l'embêter. Mais Ludivine semblait plus alerte sur certaines choses.

Comme par exemple, la proximité du sorcier avec sa camarade et amie, Alice Londubat. Elle n'avait jamais réalisé leur complicité, mais elle avait maintenant l'impression de ne voir que ça. Le sourire fluide d'Alice Londubat, son rire chantonnant, son toucher délicat, la connivence qu'elle partageait avec James, mais surtout les réponses charmeuses de ce dernier. Il jouait au même jeu que sa camarade. Oui Ludivine semblait ne voir que cela, ce qui l'obsédait.

Il y avait quelque chose dans ce constat qui créait un nœud dans son estomac, qui pesait sur ses épaules d'une façon qu'elle ne parvenait pas à qualifier. Une chose était sûre, Ludivine n'acceptait pas cette fragilité.


L'instant n'était cependant pas à de tels sentiments. Ludivine faisait face à James. Ils arboraient la même expression fermée tandis que des médicomages circulaient autour d'eux et installaient un bracelet métallique à chaque participant. Lorsqu'on lui installa le sien, Ludivine ressentit un choc électrique la traverser depuis son poignet au reste de son corps. Au regard de James, il avait ressenti la même chose, perplexe.

Plusieurs personnes réagirent de la même façon. Elle entendit un petit cri de surprise qui venait de Liz, tandis qu'Acca à côté d'elle tentait d'enlever le bracelet. Elle n'y arriva pas, ce qui n'était pas surprenant. Il lui semblait singulièrement solide.

Aussi large qu'un petit doigt, le bracelet métallique semblait visuellement lourd, même si ce n'était pas le cas. Il disposait de deux trous d'une forme octogonale, comme si quelque chose était censé s'y imbriquer et elle sut qu'ils devraient aller à la recherche de ces éléments manquants.

— Jeunes gens, commença l'auror Robards qui se tenait sur une estrade en bois avec le corps professoral et quelques agents du ministère, nous revoici tous réunis pour la deuxième épreuve du concours et je sens que vous êtes impatients d'en connaître le contenu.

De l'impatience, c'était ce qui s'affichait sur le visage des participants mais également de l'incompréhension. Les agents avaient récupéré toutes les baguettes, laissant un sentiment perturbant à l'idée de devoir foncer dans l'inconnu sans avoir dans la main ce qui faisait de chacun d'entre eux un sorcier.

— Il y a certaines pensées que seul le cœur peut connaître, continua-t-il, et personne ne peut savoir ce qu'il se passe dans le vôtre. En temps normal.

L'auror s'interrompit, observant les participants échanger des regards mitigés. Il n'y avait plus d'impatience, seulement un questionnement général. Et de l'inquiétude.

— Vous pourrez vous retrouver demain face à un ennemi qui vous attaquera frontalement. Un ennemi qui tentera de connaître et ranimer vos traumatismes. Le sorcier puissant est celui qui a identifié ses peurs, les a acceptées et est capable de les affronter s'il le faut. Certaines peurs s'affrontent, et nous devons aller à leur rencontre, d'autres se surmontent, et nous devons les porter en nous.

Ludivine pinça les lèvres Il y avait quelque chose dans ces mots qui l'inquiétait, et un coup d'œil en biais vers James lui confirma qu'il pensait la même chose. Ni l'un, ni l'autre ne se réjouissait de ce qu'ils entendaient.

Ils avaient imaginé de nombreuses choses pour cette épreuve, parce que la puissance pouvait se représenter de plusieurs façons. Ils avaient pris le terme au sens littéral et avaient imaginé qu'ils affronteraient d'autres équipes jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'une. Ou peut-être qu'ils devraient démontrer leur force magique. Mais cette épreuve était bien plus qu'une simple démonstration de force.

— On aurait dû s'y attendre, marmonna James, la mâchoire crispée, quand on voit ce qu'ils nous ont pondu pour la première épreuve.

— Quelle est ta plus grande peur, Potter ?

James lui jeta un regard narquois, et elle sut qu'elle n'aurait pas de réponse. Elle n'en attendait de toute façon pas.

— Je te dirais la mienne si tu me dis la tienne.

Ludivine sourit nerveusement. Ils avaient déjà évoqué la possibilité que le ministère utilise leurs peurs contre eux, mais elle n'était toujours pas prête à identifier les siennes, ni prête à les partager avec lui.

— Jeunes gens, reprit l'auror, je ne vous ferai pas l'affront de vous faire patienter plus longtemps. Il manque des écussons à vos bracelets, récupérez-les dans les trois prochaines heures. Sachez qu'il n'y aura aucun danger dans cette épreuve, aucun adversaire. Mais ne vous méprenez pas, vous pouvez être votre plus grand ennemi.

Les derniers mots finirent de tendre Ludivine, mais son attention fut attirée par un oiseau d'argent qui virevoltait au-dessus d'eux. D'instinct, elle attrapa la main de James avec fermeté, et l'oiseau de l'autre main. Et en un instant, ils disparurent d'une façon qu'ils commençaient à connaître parfaitement.

« La peur est la plus terrible des passions parce qu'elle fait ses premiers effets contre la raison, elle paralyse le cœur et l'esprit. » Antoine de Rivarol

Ludivine atterrit avec douceur sur ses deux jambes, et elle constata qu'ils n'avaient pas transplané loin. James et elle échangèrent un regard avant d'observer les alentours.

Face à eux se tenait le viaduc en pierres qui reliait Poudlard au reste du monde, mais il n'était pas en l'état habituel. Il semblait avoir été attaqué, de nombreux morceaux de pierre manquaient, au niveau du passage comme des pieds qui s'enfonçaient dans l'eau de la vallée.

Ludivine inspira profondément en regardant sous ses pieds. La rivière qui traversait la montagne s'agitait sous leurs yeux, et semblait se tenir à une centaine de mètres. C'était haut, très haut. Elle savait très bien ce qu'il était attendu d'eux, et elle sentait déjà que cette épreuve serait bien plus difficile que la précédente. Ils jouaient la guerre du mental.

Au-dessus d'eux, l'oiseau d'argent continuait de virevolter en direction du pont.

— Il veut que l'on traverse, constata James.

— As-tu fait attention à l'état du viaduc, Potter ? siffla Ludivine, tendue

— A moins que tu n'aies une autre idée, rétorqua-t-il, il va bien falloir y aller.

Ludivine garda le silence, fermant les yeux un instant. Elle savait que James se contenait pour ne pas la brusquer et qu'il ne tiendrait pas longtemps si elle refusait de lui répondre. Mais il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas que l'épreuve venait de commencer, et qu'ils étaient déjà propulsés au cœur de leurs peurs.

— Je ne peux pas prendre ce risque, marmonna-t-elle d'un ton si bas que James faillit ne pas l'entendre, c'est mon défi.

— Tu as peur du vide, Hendell ? demanda-t-il avec stupeur lorsqu'il comprit ce qu'elle lui disait, jusqu'à ce qu'une légère moquerie ne se fasse entendre. C'est un comble pour une ancienne joueuse.

— Ça n'a rien à voir, répliqua-t-elle aussitôt en fusillant James du regard.

Elle sentait l'irritation monter en elle face au regard narquois de James. Elle n'avait pas envie de lui expliquer ce qu'elle avait en tête, et sa réaction renforçait cette idée.

— Je t'embête, Hendell, sourit James, aujourd'hui, on est dans le même bateau.

— Ce bracelet, répondit-elle en montrant son poignet, analyse nos peurs et nos traumatismes. Tu sais ce que cela signifie ?

Le Gryffondor ne dit rien, mais elle vit les yeux du sorcier s'écarquiller. Pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré, elle vit un sentiment d'inquiétude s'installer sur les traits de James Potter.

— Si le vide est ton plus grand traumatisme, réalisait-il d'une voix distante, ce sera ensuite le mien.

— Exactement, confirma-t-elle dans un souffle, quel est ton plus grand traumatisme, Potter ?

Comme un peu plus tôt, James ne répondit pas, mais le regard craintif qu'il jeta au cours d'eau qui s'agitait sous eux avait suffi.

— Tu as peur de l'eau ? demanda-t-elle avec une surprise qu'elle ne sut contenir.

— T'es-tu déjà retrouvée coincée dans un courant, Hendell ? demanda James avec une rudesse qui cloua Ludivine sur place. Dans l'eau, c'est la nature qui décide. Tu n'es qu'un fétu de paille à la merci de ses caprices. Tu n'as aucun contrôle.

Ce fut un regard nouveau qu'elle posa sur James, un regard d'étonnement, mélangé à du respect. Il n'avait pas honte de sa peur, qui semblait si rationnelle à Ludivine. Il l'admettait sans détour, et elle se demanda un instant si c'était parce que le sorcier lui faisait confiance, ou si c'était parce qu'il avait compris que l'on était plus fort avec nos peurs de notre côté. Encore une fois, il lui montrait à quel point il était bien plus mature qu'elle.

— Je suis tombée de mon balai, lâcha-t-elle soudain, en quatrième année.

James posa un regard surpris sur elle, mais elle n'y fit pas attention. Elle était lancée et choisit de ne pas s'arrêter.

— J'avais repéré le vif durant un match contre Serdaigle, continua-t-elle, et Dubois m'avait suivie. Je me souviens de son regard, c'était son dernier match au château, il voulait gagner. Alors quand les batteurs de Serdaigle m'ont envoyé les deux cognards, Dubois a tiré sur mon balai et je m'en suis pris un dans les cervicales.

— C'est illégal ! s'offusqua James, provoquant un sourire chez Ludivine.

— On était bien trop haut pour que ce soit remarqué. Je ne m'en souvenais moi-même pas lorsque je me suis réveillée trois jours plus tard. Ça m'est revenu durant l'été, marmonna-t-elle, alors que je volais.

— C'est pour ça que tu as quitté l'équipe juste après, réalisait James, à cause de l'accident.

Ludivine ne répondit rien, mais elle n'en avait pas besoin. James avait fait ses déductions par lui-même. De toute façon, elle n'écoutait déjà plus.

Perdue dans ses pensées, elle voyait se rejouer sa chute devant ses yeux. Elle n'avait duré que quelques secondes, et elle ne s'en rappelait plus réellement, mais elle se souvenait parfaitement du sentiment qui avait accompagné sa chute, ce sentiment d'impuissance, de paralysie, de colère contre elle et le reste du monde. Elle n'avait plus aucun contrôle, elle avait subi cette peur et se souvenait encore de ce que cela avait généré chez elle. De la panique totale, absolue.

Ludivine ferma les yeux. Il fallait qu'elle chasse ces idées noires. Un sentiment de panique la prit tandis qu'elle rouvrait les yeux et voyait les pieds fragilisés du viaduc. Elle se mit à secouer la tête machinalement.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive, Hendell ? demanda James.

— Je ne traverserai pas ce pont ! scanda-t-elle avec force.

— On n'a pas le choix, s'exclama-t-il d'un ton légèrement impatient

— Le pont va lâcher sous nos pieds, Potter, cingla-t-elle.

— Hendell, siffla James, je ne laisserai pas l'épreuve avancer sans qu'on fasse quoi que ce soit !

Mais Ludivine refusait de l'écouter, sentant sa respiration s'accélérer. Elle continuait de secouer la tête machinalement, décidant finalement de détourner le regard du vide et de fermer les yeux. Il fallait qu'elle se calme, rien ne pouvait lui arriver tant qu'elle restait sur la terre ferme.

Elle passa les mains dans ses cheveux, prête à s'en arracher les racines si cela signifiait faire partir ces pensées de sa tête.

Ce fut le toucher de James, plus que sa voix, qui la calma. Il attrapa ses poignets, d'une douceur qui la surprit mais d'une fermeté qui l'incita à lâcher ses cheveux tandis qu'elle levait les yeux vers le regard prévenant du sorcier.

— On ne tombera pas dans le vide, murmura-t-il. Et même si c'était le cas, je te promets qu'il ne nous arrivera rien.

— Tu comprends bien que je ne suis pas la seule à devoir affronter ma peur, Potter ?

Ludivine sentit la respiration de James s'approfondir, et elle sut qu'il faisait tout pour garder le contrôle.

— Exactement, répondit-il enfin avec un calme qui l'impressionna, ce qui signifie que l'on finira irrémédiablement dans cette eau, toi et moi.

Ils jetèrent un regard à la vallée à leurs pieds. Puis James lâcha les poignets de Ludivine, s'éloignant de quelques pas en passant une main dans ses cheveux, les agrippant comme elle l'avait fait un instant plus tôt. Il inspira profondément, et Ludivine comprit qu'un duel se jouait dans son esprit. Comme dans le sien. Mais le regard de James changea au bout de quelques secondes. C'était comme s'il avait répondu à une question qu'il venait tout juste de se poser.

— Et dans ce cas, lui dit-il fermement, on sautera.

— Pardon ? demanda-t-elle, incrédule. Potter, est-ce que tu réa…

Mais elle n'eut pas le temps de continuer, car James s'était approché d'un pas rapide et avait encerclé son visage de ses mains, plongeant son regard dans le sien.

— Hendell, chuchota-t-il comme s'il souhaitait la raisonner, si on veut réussir cette épreuve, il va falloir que l'on affronte nos peurs. Il va falloir que l'on aille à leur rencontre.

— Je n'en ai pas envie, gémit-elle sans réaliser qu'elle montrait ses faiblesses.

— Moi non plus, sourit James avec douceur, mais on le fera ensemble. Tu me fais confiance, n'est-ce pas ?

James Potter était un sorcier perspicace. Il n'avait jamais posé cette question à Ludivine, car il avait toujours connu la réponse. Il savait, depuis qu'il l'avait rencontrée, qu'elle se méfiait de lui plus qu'autre chose. Mais ce dernier mois, leur relation avait évolué. Et pour deux sorciers comme James et Ludivine, on n'atteignait pas ce niveau de relation sans confiance.

Alors elle fit un mouvement de tête imperceptible, un hochement de tête positif, si léger, si discret, qu'il fallait y prêter attention pour le voir. Et le sourire qui fendit les lèvres de James lorsqu'il retira ses mains de son visage, lui indiquait qu'il l'avait définitivement vu.

— Dans ce cas, allons remporter ce concours.

Ludivine se tourna vers le pont, et lorsqu'elle commença à avancer de quelques pas, elle sentit, malgré la largeur et la solidité du viaduc, que ce dernier ne supporterait pas leur poids. Il avait déjà trop subi. Pourtant, elle continuait de marcher. A côté d'elle, James avançait au même rythme.

Il fallut tout le courage du monde à Ludivine pour mettre un pied devant l'autre malgré les chutes de pierres sous leur poids. Il lui fallut toute l'abnégation du monde pour mettre de côté ce sentiment de terreur qui grimpait du bas de son ventre jusqu'à son sternum, jusqu'à sa poitrine, lorsqu'elle sentit son équilibre se perdre. Elle détesta James Potter de l'obliger à combattre ses peurs, il était tellement plus simple de les fuir.

Le viaduc commençait à s'ébranler. Et tout à coup, ils chutèrent.

La chute sembla durer une éternité. Pour Ludivine, toutes les émotions qu'elle tentait de fuir au quotidien venaient la percuter de plein fouet. Elle perdait le contrôle entier sur son corps, sur son environnement, sur ce qu'elle était et ce qui l'entourait. Elle tentait autant qu'elle le pouvait de se raccrocher à quelque chose, à cette branche d'arbre qui n'existait pas, à ce corps proche qui ne s'y trouvait pas, à cette pensée qu'elle ne formait pas.

C'était elle, sa chute et sa perte de contrôle. C'était elle, sa peur et son affolement. C'était elle qui ne pouvait rien faire pour changer les événements. C'était elle, elle et encore elle. Et Ludivine était terrassée d'effroi.

Alors lorsque son corps entra en contact avec l'eau froide, elle n'eut pas le temps de prendre une inspiration correcte. Perdue dans la vague d'émotions qu'elle tentait de contrôler, perdue dans la réaction de terreur de son corps qu'elle tentait de maîtriser, Ludivine ne réalisait pas qu'elle se laissait maintenant emporter par le courant. Tout ce qu'elle arrivait à se dire, était qu'il fallait qu'elle arrête de tomber. Le vide ne s'arrêterait jamais à ce rythme. Sa chute ne prendrait jamais fin, et elle n'en ressortirait jamais vivante.

Il lui fallut un moment pour comprendre qu'elle ne chutait plus, mais qu'elle était prise dans un courant incontrôlable. Tout ce qu'elle voyait, c'était l'eau qui s'agitait violemment autour d'elle. Tout ce qu'elle sentait, c'était la constriction de sa cage thoracique, à mesure que l'air lui manquait. L'air qui lui avait fouetté le visage pendant une durée interminable, lui était maintenant proprement inaccessible.

Elle commença à se sentir faible, si faible. Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle se serait laissé porter par ce courant sans plus lutter. Car privée d'air, sa conscience s'amenuisait.

Alors Ludivine ne réalisa pas directement qu'elle n'était plus seule. Elle ne réalisa pas qu'un bras venait d'encercler sa taille et que des lèvres venaient de se poser sur les siennes. Un sentiment de panique surgit en elle. Elle voulut se débattre mais la personne avait passé une main derrière sa tête et lui maintenait la nuque.

Il n'y avait aucune douceur dans ce geste, aucune affection. C'était un geste vigoureux, rempli de force. C'était un geste de survie, et Ludivine le comprit lorsqu'elle sentit ses bronches se remplir d'air, de beaucoup plus d'air qu'on ne devrait être capable de lui fournir.

A cet instant, elle sentit une nouvelle bouffée d'énergie la parcourir tandis qu'elle retrouvait sa lucidité. Elle croisa le regard de son sauveur. James. Il parcourait son visage d'un air préoccupé, s'assurant qu'elle reprenait vie avant de passer son bras autour de sa taille pour la ramener à la surface.

Ils n'étaient en réalité pas tombés profondément, et si Ludivine n'avait pas perdu ses moyens, elle aurait pu remonter toute seule. Mais elle se laissa faire alors que James la ramenait au bord de ce qui semblait être le lac de Poudlard et l'aidait à sortir de l'eau.

Elle se détacha de James lorsque ses pieds touchèrent le sol, se laissant tomber dans l'herbe en ignorant le vent glacial qui venait cingler son corps mouillé. Elle reprenait son souffle.

— Tu m'as fait peur, lui dit-il en s'installant à côté d'elle, le souffle court.

— J'ai perdu mes moyens, avoua-t-elle silencieusement.

— C'est normal, Hendell, c'était une sacrée chute.

Ludivine garda le silence, fermant les yeux tandis que les événements se rejouaient dans sa tête. Son souffle était court, erratique. Sa tête bourdonnait et le sang frappait ses tempes. Elle ressentait la même adrénaline que deux semaines plus tôt, mais la frayeur qu'elle venait de vivre était bien loin de l'exaltation qui l'avait parcourue sur son balai.

Puis elle repensa à l'air que lui avait insufflé James. Ludivine se permit de dévisager le sorcier. Il respirait fort, la respiration altérée par l'émotion, et ses inspirations soulevaient sa poitrine avec intensité. Ses cheveux étaient mouillés et en pagaille, ses vêtements collés à son corps. Il était particulièrement attirant.

Elle se demandait d'où venait ce traumatisme chez le sorcier, cette peur de l'eau. Comme elle avec le vide, il avait dû vivre un moment traumatisant. James dut voir son regard car il affichait un air embarrassé tandis qu'il tournait son visage vers le ciel.

— Lorsque j'étais plus jeune, lui raconta-t-il, je me suis noyé dans le fleuve qui longe notre maison. Al et moi jouions près des rochers, et Al a glissé. Je me souviens avoir attrapé sa main avant qu'il ne tombe, et en le faisant remonter, c'est moi qui suis tombé à l'eau.

James soupira, jetant un regard rapide à Ludivine.

— Je suis tombé de très haut, reprit-il. J'avais inhalé tellement d'eau lorsque mon père m'a sorti, que je m'étais arrêté de respirer. Il y a des choses que la magie ne peut pas faire, sourit-il légèrement, mais heureusement, mon père a eu de bons réflexes.

— J'en serais aussi sortie traumatisée, murmura Ludivine.

— C'était Al ou moi, sourit James, et je ne me serais jamais pardonné l'inverse.

Pour la première fois depuis qu'elle le fréquentait, Ludivine voyait James comme le grand frère qu'il était, protecteur. Il semblait si irrité, à l'idée que cela eut pu arriver à Albus, qu'elle sentit son cœur s'adoucir. Elle n'avait pas conscience de l'affection et l'amour que les Potter se portaient.

Ils avaient tous l'air si détachés les uns des autres, si indépendants, prêts à chacun faire leur petit bonhomme de chemin. Cependant Ludivine réalisait à quel point ils veillaient les uns sur les autres, à quel point ils se soutenaient.

Pour elle, qui n'avait jamais connu une telle unité, cette réalisation avait une signification particulière. James, comme Albus, était bien plus aimant et protecteur qu'il ne le laissait paraître.

— Tu m'as insufflé de l'air, reprit Ludivine.

— En magie élémentaire, répondit James, on dit que c'est l'élément qui choisit le sorcier. Mais j'ai clairement choisi le mien. Car l'air est le seul rempart à l'eau.

— Qu'es-tu en train de me dire, Potter ? demanda-t-elle. Que tu respires sous l'eau ?

James lui fit un sourire mystérieux qui confirma ses pensées.

— Seulement lorsque je suis proche de la surface, mais j'ai été surpris que tu tiennes aussi longtemps sans air. On a fait un sacré bout de chemin.

Ludivine regarda James avec intensité. Elle devinait que la magie élémentaire était bien plus qu'une simple maîtrise sans baguette. C'était le contrôle d'un élément, la fusion de son corps et de son esprit avec cet élément. Depuis qu'elle avait réalisé que James maîtrisait l'air, elle ne comprenait pas comment elle avait fait pour ne pas s'en rendre compte plus tôt.

Le Gryffondor flirtait avec l'air de façon insolente. Il maîtrisait parfaitement son corps, et n'était qu'un ensemble de particules parmi d'autres. Et il fallait croire qu'il maîtrisait parfaitement son esprit, car il parvenait à faire appel à cet élément même lorsqu'il venait à manquer.

Ludivine pensa à ses quelques morceaux de pierre, qu'elle avait encore des difficultés à assembler entre eux et à faire avancer sans ressentir de l'essoufflement, et elle se demanda si la terre était bien son élément.

Elle souhaitait remercier le sorcier, mais son attention fut attirée par l'oiseau d'argent qui venait de réapparaître au-dessus de leur tête. Il vint se positionner entre eux, et ouvrit ses serres pour faire apparaître deux écussons octogonaux. L'un, jaune, vint glisser dans les mains de James et l'autre, bleu, dans les mains de Ludivine.

— C'est notre récompense, sourit-elle.

— Le bracelet a deux trous, dit James dans un froncement de sourcils, il a l'air de manquer deux écussons encore.

Ludivine fronça également les sourcils. N'avaient-ils pas affronté leur peur, comme le disait l'auror Robards ? Ou bien tentaient-ils de concrétiser plus d'une d'entre elles ? L'oiseau commença à s'agiter, se dirigeant vers le château.

— Suivons-le, dit James en se mettant à courir, suivi de Ludivine.

Le château était vide de présence. Les couloirs étaient sombres, les torches faibles, le sol brillant de propreté comme si nul n'avait jamais foulé son marbre. La chaleur habituelle du château n'existait plus, confirmant qu'ils n'étaient pas dans l'univers qu'ils connaissaient. Et Ludivine le détesta.

Ce fut devant l'infirmerie que l'oiseau s'arrêta. Elle était vide, et la disposition particulière des lits confirma qu'ils n'étaient pas dans leur réalité. Sombre, silencieuse, aucune chaleur ne s'en dégageait, et Ludivine sentit quelque chose remuer en elle. Ce n'était pas le lieu accueillant qu'elle connaissait.

Mais elle n'eut pas le temps de partager sa pensée. James courait déjà vers le fond de la pièce, lâchant un profond juron qui la dérouta. Lorsqu'il s'agenouilla près d'un lit, au fond de la pièce, le sang de Ludivine ne fit qu'un tour en reconnaissant la sorcière qui y était allongée.

— Lils, l'interpella James en attrapant délicatement la main de la jeune femme, Lils ! Réveille-toi !

Il n'aurait pas de réponse, ils le savaient tous les deux. Ludivine n'osait pas s'approcher, alors elle se tint en retrait, observant le corps frêle de Lily Potter. Du sang coulait de plusieurs plaies profondes, de nombreux bleus couvraient ses bras, ses jambes, son visage. Ce qui inquiétait surtout Ludivine, c'était la pâleur de sa peau, et elle n'eut pas besoin de toucher sa main pour savoir que sa température était dangereusement basse.

James serra la main de Lily avec plus de force, portant ses doigts sur la joue de sa sœur. Il n'y avait plus de délicatesse. L'inquiétude avait rendu les gestes de James brusques et imprécis.

— Réveille-toi, Lils ! dit-il dans un grincement de dents.

— Elle est inconsciente, Potter, dit Ludivine à voix basse pour ne pas le brusquer.

Mais James n'écoutait pas. Il ne voyait pas que la sorcière allongée n'était pas réelle, il ne regardait pas tout cela. Il se leva férocement, étouffant un bruit de colère avant de se mettre à fouiller sauvagement les tiroirs près de lui.

— Il faut l'aider, commençait-il à s'énerver, Hendell, aide-moi !

Mais Ludivine ne bougea pas. Au lieu de cela, elle continua d'observer le sorcier qui sortait tout un kit de soin magique d'un tiroir qu'il commença à éparpiller sur le lit pour voir ce qu'il contenait. Ses gestes étaient inexacts tandis qu'il faisait tomber par terre une potion qui s'explosa au sol. Il semblait confus, et pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, Ludivine voyait James se faire dépasser par ses émotions. Il y avait une telle alerte, une telle détresse dans son regard, dans ses mouvements, qu'elle sentit son estomac se tordre de compassion.

— Potter, tu ne…

— Aide-moi, Hendell ! l'interrompit-il en examinant une autre fiole avec hésitation.

— Tu ne…

— Si tu ne m'aides pas, intima-t-il, au moins ne me dérange pas.

— JAMES SIRIUS POTTER !

Ludivine réalisa qu'elle avait crié lorsqu'elle croisa le regard surpris de James qui s'immobilisa en plein mouvement. La surprise fut aussitôt remplacée par de la froideur, presque du mépris. Il allait répliquer mais elle l'en empêcha, réduisant l'espace en eux avant d'attraper la fiole qu'il avait entre les mains.

— Elle n'est pas réelle, murmura-t-elle pour tenter de le raisonner.

— Tu n'en sais rien.

— C'est un monde alternatif, Potter !

— Ecoute, Hendell, dit James d'une voix sourde de menaces qui inquiéta Ludivine, je sais que tu es fille unique alors je ne te demande pas de comprendre. Mais, siffla-t-il en s'approchant dangereusement d'elle, ne reste pas sur mon chemin.

Il était implacable, avec son regard froid et ses épaules larges. Sans le réaliser, Ludivine se décala sur le côté mais son regard ne quitta pas un instant James qui récupérait la fiole et se précipitait de nouveau vers sa sœur.

Elle n'était pas vexée, ou du moins elle faisait tout pour ne pas l'être, mais elle n'avait jamais pensé se retrouver un jour intimidée par lui. Il fallut toute l'abnégation en elle pour aller au-delà de ses émotions et essayer de comprendre ce qu'il ressentait.

Devant ses yeux était allongée sa petite sœur, couverte de sang et de blessures, et elle pouvait ressentir la peine du sorcier à l'idée qu'elle ait pu être maltraitée et blessée. Seulement la détresse de James ne venait pas de là, parce qu'il savait très bien que la sorcière allongée devant lui n'était pas réelle. Et Ludivine comprit.

La détresse de James venait de l'impuissance qu'il ressentait à l'idée de ne pas avoir été présent pour sa petite sœur, à l'idée qu'elle ait pu souffrir et qu'il n'ait pas été là pour la défendre, pour la protéger, pour prendre le traumatisme comme il l'avait fait pour Albus plus jeune. Et panser les plaies de Lily, réelles ou non, était la seule façon pour lui de panser les siennes.

Ce fût cette réalisation, ou peut-être celle que rien ne pouvait davantage émotionnellement toucher James Potter que l'idée de n'avoir pas joué son rôle de grand frère, qui la poussa à attraper le flacon d'essence de dictame qu'il n'avait pas identifié pour prendre le relais.

Elle identifia toutes les plaies et y versa quelques gouttes. Elles se résorbèrent en quelques secondes. James, qui réalisait que Ludivine l'aidait et faisait un bien meilleur travail qu'elle avec les blessures, attrapa les bandages, et commença à couvrir les membres foulés.

Ils y passèrent une vingtaine de minutes. Aucun des deux ne parla, ils n'échangèrent pas un regard, chacun était concentré sur ce qu'il avait à faire.

Lorsque les plaies furent résorbées, les articulations bandées, les saignements nettoyés et les gonflements couverts de poches de froid, James s'autorisa enfin à se laisser tomber dans une chaise. Il posa sa tête entre ses mains, soufflant un grand coup, tandis que Ludivine s'asseyait à côté.

— Certaines peurs s'affrontent, d'autres se surmontent, cita James à voix basse. Ils m'ont mis face à mon plus grand traumatisme, mais également face à ma plus grande hantise, confia-t-il.

— Tu as parfaitement su répondre aux deux, le rassura Ludivine.

James leva un regard sur elle et elle sut, à son agitation, qu'il hésitait à dire quelque chose.

— Mes parents, confia-t-il en reposant son regard sur le corps de Lily, ont toujours su qu'ils voulaient plusieurs enfants. Mon père refusait que son ou ses enfants grandissent seuls comme il l'avait été. Alors quand ils m'ont eu, je n'étais pas leur miracle comme pour d'autres, j'étais « le premier ».

Ludivine écouta James s'exprimer, consciente que, comme elle, il y avait des choses dont il ne parlait jamais.

— Être le fils d'un héros, ce n'est rien face à la pression d'être l'aîné d'une famille si importante. Tu dois constamment renvoyer une image de personne respectable – pas de bêtise, pas un mot plus haut que l'autre, pas d'avis inutile –, de personne à respecter – ne pas faire confiance à n'importe qui, paraître inatteignable, montrer que l'on existe uniquement par soi-même –, et dont on respecte les proches – être suffisamment fort pour protéger les autres, toujours veiller sur eux, les faire passer avant soi.

James soupira, comme s'il réalisait ce qu'il était en train de confier à Ludivine. Il posa son regard sur elle, tentant de déchiffrer ce qu'elle pouvait bien penser. Mais ça ne l'arrêta pas, car il exprimait pour l'une des rares fois, ce qui avait toujours pesé sur ses épaules.

— J'ai grandi avec cette pression de devoir montrer l'exemple, de devoir veiller sur les autres et les protéger, elle fait partie de moi, continua-t-il avec plus d'irritation. Je me suis construit une solide carapace pour donner l'apparence que je suis tout ce que je t'ai listé. Et face à la réalisation qu'une telle chose pourrait arriver à ma petite sœur, j'ai paniqué.

— Tu n'as pas laissé la panique l'emporter, intervint Ludivine avec douceur, tu as fait ce que tu avais à faire.

— Tu m'y as aidé, sourit James.

— On est partenaires, Potter, je suis là pour t'aider.

Le regard que James posa sur elle n'était ni reconnaissant, ni chaleureux. C'était comme s'il la voyait pour la première fois. Dans un sens, c'était le cas. Jusqu'ici, il avait dû la voir selon plusieurs angles : la meilleure amie de son petit frère, l'adversaire de Quidditch, la sorcière fière et pénible du quotidien, sa meilleure option pour avancer dans ce concours. Et peut-être d'autres visions encore. Mais aujourd'hui, à cet instant, elle devenait une alliée, son alliée pour avancer face aux difficultés.

Ludivine le vit prendre une grande inspiration, et elle fit de même sous le regard profond du sorcier.

— Je ne voulais pas être désagréable, reprit-il.

— Ne t'en fais pas, dit-elle en balayant ses propos d'un revers de main, on réagit comme on le peut face à nos peurs.

— Quelle est la tienne ? demanda-t-il avec curiosité. Celle que tu dois surmonter.

— Je suppose qu'on le découvrira bien assez vite, marmonna-t-elle platement.

Il y avait un certain sadisme à les confronter à leurs traumatismes, à leurs pires cauchemars. Mais Ludivine supposait que c'était ce que le Ministère entendait par la puissance, qu'un sorcier puissant n'était pas celui qui maîtrisait parfaitement sa magie, mais celui qui identifiait ses peurs et était capable de les affronter. Et il n'y avait aucun doute dans son esprit que James Potter était un sorcier puissant.

L'oiseau réapparut une nouvelle fois. Il vint se positionner sur l'épaule de James avant de s'ouvrir pour laisser apparaître un écusson octogonal vert. Puis, il s'éleva de nouveau dans les airs, se dirigeant vers la sortie.

— Il veut qu'on le suive, dit Ludivine en se levant.

James soupira, posant un dernier regard sur le corps de sa sœur. Il fut pris d'une hésitation, mais s'avança finalement vers elle, embrassant son front avant de se diriger en foulées vers la porte de l'infirmerie.

Ludivine s'était déjà dirigée dans le couloir désertique. L'oiseau d'argent avançait rapidement, et ils comprirent que le temps imparti commençait dangereusement à s'écouler. Il ne restait plus qu'un écusson à trouver, et Ludivine sentit son cœur se serrer à l'idée d'aller à la rencontre de sa plus grande peur.

Ils s'engagèrent vers la cabane de Hagrid jusqu'au parc où l'oiseau arrêta son trajet en haut d'une colline.

Ludivine chercha un indice dans l'horizon. La forêt interdite s'étendait à perte de vue devant eux, très différente de celle qu'ils connaissaient. Elle semblait plus étendue, plus obscure, sous un ciel qui continuait de s'assombrir, et Ludivine se demanda si ce n'était pas un effet du temps qui s'écoulait.

Puis quelque chose attrapa son regard, un rayonnement, un réfléchissement à travers les arbres, qui la transporta. Sans le réaliser, elle dévalait maintenant la colline à une vitesse dont elle ne se serait jamais crue capable. Elle n'entendit pas James l'appeler, elle ne le vit pas la rattraper. Ludivine courait à en perdre haleine.

Ils atteignirent les premiers arbres, dans une tranche de la forêt qu'ils ne reconnurent pas. Elle comprit qu'elle n'existait pas en apercevant la source du rayonnement.

La clairière dans laquelle ils se trouvaient ne reflétait aucune sérénité, aucune joie. Les arbres étaient bas et feuillus, et si l'ambiance n'avait pas été si morose, Ludivine aurait pu en apprécier la vision.

Au milieu de ces arbres se tenait une pierre taillée en rectangle, imposante, avec une inscription métallique. La terre semblait avoir été remuée devant la pierre, mais de l'herbe avait depuis longtemps poussé par-dessus.

Devant cette vision, Ludivine se laissa tomber au sol, se retenant de ses mains. Elle sentait son cœur se serrer, son estomac se tordre, ses jambes vibrer sous l'émotion qui montait en elle.

— Hendell ? demanda James d'une voix hésitante tandis qu'il s'approchait de la pierre.

Mais elle ne l'entendait pas, elle ne le voyait pas. Elle n'avait pas quitté la pierre des yeux, et elle commençait à sentir sa tête bourdonner et ses yeux s'embuer.

James lisait l'inscription, cette inscription qui n'avait jamais existé mais qui semblait si réelle, qu'elle n'avait jamais vue mais qu'elle connaissait par cœur. ,Ces quelques mots qu'elle redoutait d'avoir un jour à former dans sa tête, « Johanne Chloé Hendell, née Leroy. Agent disparue en mission ».

— Hendell, répéta James d'une voix plus douce, parle-moi.

Ludivine n'était pas sûre de le vouloir. Ce qu'elle voyait n'était pas réel, mais le désarroi qu'elle ressentait l'était, tout comme cette boule au niveau de sa gorge qui retenait un sanglot.

Il y avait des choses dont Ludivine ne parlait jamais, des pensées qu'elle se refusait d'avoir, des douleurs qu'elle entassait dans un coin de son cœur, de la tristesse qu'elle n'avait plus la capacité de ressentir. C'était tout cela que cette pierre représentait, et c'était comme si son monde se réduisait en cendres.

Elle sentait qu'il était de plus en plus difficile pour elle d'avoir de réelles inspirations. Sa respiration s'accélérait elle perdait de nouveau le contrôle. Elle était comme plus tôt, sous l'eau, sans air ni secours.

Elle n'eut pas d'autre choix que de se confronter à James lorsque ce dernier s'agenouilla à côté d'elle et posa une main sur son épaule.

— Ce que tu vois, chuchota-t-il comme pour la sortir de ses songes, ce n'est pas la réalité.

Elle s'en fichait. Elle n'en avait rien à faire, qu'il s'agisse ou non de la réalité. Pour elle, rien n'était plus réel que cette angoisse qu'elle ressentait, qui lui disait qu'elle pourrait un jour perdre sa mère comme elle avait perdu son père. Ce jour-là, elle se retrouverait seule, comme elle l'avait toujours été depuis le jour où sa mère lui avait annoncé que son père ne rentrerait peut-être jamais à la maison et qu'elle lui avait expliqué pourquoi. Et jusqu'ici, il n'était en effet jamais reparu.

L'étau autour de sa gorge se resserrait et Ludivine n'avait aucune idée de la façon dont elle formerait ses prochains mots, si elle serait capable de parler à nouveau. Ses yeux n'avaient pas quitté la pierre, mais cette dernière n'était plus qu'une tâche dans son regard.

Elle prit conscience de ses larmes lorsqu'elle sentit les doigts de James les essuyer sur sa joue. Il la regardait avec une telle douceur, une telle inquiétude, que son cœur se serra un peu plus, mais non de douleur. Alors elle parla.

— Elle est tout ce qu'il me reste d'une famille, confia-t-elle d'une voix cassée par les sanglots qu'elle retenait.

James garda le silence, il ne savait pas quoi répondre. Comme elle n'avait pas pu comprendre la peine d'un frère aîné face aux blessures de sa cadette, il ne pouvait pas comprendre la solitude d'une fille unique qui n'avait déjà plus son père.

Pourtant, il restait là, une main maladroite sur son épaule, un regard compatissant sur elle. Cette pensée, autant que la peine qu'elle ressentait au niveau de son thorax, la poussa à se confier comme elle ne l'avait pas fait depuis des années.

— Mon père n'est jamais rentré d'une de ses missions d'exfiltration, expliqua-t-elle, et les souvenirs que j'ai de lui sont si flous ! C'est comme si mon esprit avait tout fait pour oublier ce qui pouvait se rapporter à lui, au lieu de conserver ces images.

— Ton père était espion ? demanda James prudemment, continuant lorsqu'elle hocha affirmativement. Que lui est-il arrivé ?

— Il s'est fait trahir par ses équipiers et n'est jamais rentré, expliqua Ludivine, le souffle court.

— Il rentrera peut-être un jour, la rassura James.

— Pas au bout de sept années. Ma mère cherche encore des réponses, mais elle ne le cherche plus lui.

Sa mère n'avait jamais laissé son histoire personnelle impacter son métier, même si ce dernier signifiait qu'elle pourrait, un jour, ne jamais rentrer à la maison. Comme son mari.

Johanne avait rejoint la Coordination, créée dans la confidence par le Ministère qui souhaitait avoir un organisme de renseignement extérieur après la chute de Voldemort. Le père de Ludivine, moldu, avait, lui, rejoint les services secrets extérieurs anglais. Ils avaient travaillé ensemble sur plusieurs missions avant de se marier.

Lorsque son père avait disparu au cours d'une mission, les services moldus n'avaient apporté aucune explication tangible. Alors sa mère était partie chercher la sienne. Il n'y avait aucune chance, après tout ce temps, que son père soit toujours en vie, mais Johanne n'avait jamais arrêté de chercher des réponses. C'était probablement ce qui la retenait de faire complètement son deuil.

La vie d'espion impliquait des sacrifices, et Ludivine avait le sentiment de les avoir tous connus. Elle avait perdu un membre de sa famille, n'avait connu que le secret, vivait dans l'inquiétude constante de se retrouver un jour seule.

Les larmes continuaient de couler sur son visage, mais malgré son regard embué, elle attrapa le regard profond de James. Il semblait comprendre tant de choses à son sujet. C'était comme si la méfiance, l'hostilité de Ludivine, son agressivité ponctuelle prenaient sens et elle ne doutait pas que, comme elle dans l'infirmerie, il réalisait qu'ils n'étaient pas si différents que cela.

Ce fut peut-être pour cette raison qu'il s'autorisa à se pencher vers elle et lui attraper délicatement la main.

— Ça ne veut pas dire que ça t'arrivera, murmura-t-il avec douceur.

— Je prends toutes les précautions pour.

C'était la première fois qu'elle l'admettait à haute voix. Ludivine se fermait aux autres par peur de se faire trahir, par peur d'être déçue, par peur d'avoir un jour la confirmation qu'il valait mieux rester seul pour ne pas être blessé.

Peut-être qu'à ce moment, elle réalisait qu'elle avait réellement accordé sa confiance à James, car les larmes se mirent à couler de nouveau sur ses joues et un sanglot s'étrangla dans sa gorge mais elle continua de parler.

— J'ai peur de me retrouver seule, avoua-t-elle à bout de souffle, j'ai peur d'un jour avoir à pleurer ma mère et ne pas savoir vers qui me tourner. J'ai…

Elle s'interrompit, expirant un grand coup pour calmer ses émotions. Cette pierre éveillait tant de craintes qu'elle ne parvenait pas à surmonter, tant d'inquiétudes qu'elle refusait d'admettre et qu'elle faisait tout pour bannir de son esprit, tant d'obstacles qu'elle s'assurait d'empiler entre le reste du monde et elle. Tout pour ne pas souffrir.

Et elle détesta le ministre de la Magie, l'auror Robards, ou encore la directrice McGonagall pour lui faire admettre cela. Une fraction d'instant, elle détesta James pour assister à sa démonstration de faiblesse. Mais peut-être que tout se trouvait dans cet instant justement, où elle acceptait d'admettre ses peurs et ses faiblesses. Peut-être saurait-elle faire de ces faiblesses une force.

— J'ai peur de ne pas être à la hauteur, se força-t-elle à formuler en fuyant le regard de James, et que les gens que j'aime me quittent parce que je n'aurais pas fait suffisamment, parce que je n'aurais pas été suffisamment.

James resta silencieux, hésitant sur sa réponse. Il n'y avait cependant rien à dire, ils le savaient tous les deux.

Au lieu de cela, il réduisit l'espace entre eux et passa ses bras autour des épaules de Ludivine. Comme leur baiser un peu plus tôt, ce câlin n'était pas un geste d'affection, il n'y avait aucune douceur. C'était un geste de survie ! Il visait à montrer à Ludivine que dans ses pires moments de doute, dans la réalisation de ses pires craintes, il pouvait être une personne vers qui se tourner, son allié.

— Pott…

— Je ne peux pas prétendre comprendre ta peine, avoua-t-il, car je suis entouré d'une famille unie et étendue. Mais je comprends cette solitude, qui t'interroge sur ce que tu as à donner et ce que tu dois recevoir des autres. Et je pense que tes barrières te protègent, mais te feront également souffrir.

— Je viens de t'expl…

— Ton histoire familiale, reprit-il en jetant un regard à la dalle de pierre, a construit qui tu es. Et tu es peut-être la sorcière la plus pénible de Grande Bretagne, dit-il avec un sourire, mais tu as parfaitement su t'entourer de gens qui t'aiment et en qui tu peux et dois avoir confiance.

Un silence s'installa, durant lequel James lui porta un regard si pénétrant qu'elle se demanda s'il parvenait à lire ce qui se cachait au plus profond de son esprit et son cœur. Alors elle se permit de poser une question qu'elle n'aurait jamais imaginé voir quitter ses lèvres.

— Est-ce que tu comptes parmi ces personnes ?

— Ça, sourit James avec affection en essuyant une larme sur sa joue, c'est à toi de me le dire.

Ludivine sentit ses joues chauffer. James ne fit aucun mouvement vers elle. Il se contenta de la fixer, et elle sut qu'il ne ferait aucun geste envers elle. Ce n'était pas à lui de le faire.

Ludivine hésitait. Elle aurait aimé prendre le sorcier dans ses bras, nicher son visage dans sa nuque, se protéger du reste du monde avec son corps. Mais elle n'en était pas capable. Il y avait des choses qu'elle n'était pas encore en mesure d'admettre, même à elle-même.

Alors elle se contenta d'un sourire affectueux et reconnaissant tandis que l'oiseau se frayait un chemin pour se poser au-dessus d'eux. Lorsqu'il ouvrit sa serre, Ludivine attrapa l'écusson octogonal de couleur rouge qui en tomba.

— On les a toutes, souffla-t-elle.

— Ça tombe bien, sourit James, le temps imparti est écoulé.

Et sur ces mots, le décor autour d'eux changea. Les arbres disparurent, la tombe s'effaça comme un mauvais rêve, et ils se relevèrent parmi une centaine de sorciers qui réalisaient, comme eux, qu'ils n'étaient plus dans ce monde alternatif.

D'un regard circulaire, Ludivine comprit que nombre d'entre eux avaient souffert de leur affrontement avec leurs peurs. Il n'y avait aucune animation, aucune excitation à l'idée d'avoir fini cette épreuve. Elle remarqua quelques sorciers prostrés, immobiles, plongés dans leurs pensées. D'autres chuchotaient entre eux, comme s'ils ne voulaient pas que les autres les entendent, comme s'ils ne voulaient pas s'entendre eux-mêmes.

Puis, une pensée la traversa en remarquant une sorcière pleurer. Scorpius. Elle savait que les démons de son ami étaient multiples ces derniers temps. Ludivine signifia à James d'un regard qu'elle revenait rapidement avant de regarder hâtivement autour d'elle.

Lorsqu'elle repéra Scorpius, assis au sol avec Acca qui avait posé son front sur son épaule, les yeux fermés, elle se sentit voler jusqu'à eux. Elle posa ses deux genoux au sol et attrapa la main de Scorpius.

— Je vais bien, Lud, lui dit-il avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit. C'était quelque chose que je devais voir.

— Tu sais que ce n'est pas réel.

— Oh les larmes étaient réelles, sourit-il, mais j'étais bien accompagné.

Ludivine sourit de soulagement, échangeant un regard entendu avec Acca qui avait relevé la tête et lui souriait avec douceur. Aussi étrange que cela puisse paraître, Ludivine n'était pas inquiète pour Acca. Elle avait une idée des démons de cette dernière, similaires aux siens, et elle savait que son amie les gérait depuis toute petite, refusant de les fuir comme Ludivine l'avait fait.

Fred et William s'approchèrent d'eux, ainsi que James, d'un pas désinvolte. Il ne souhaitait pas montrer que cette épreuve l'avait affecté, et Ludivine ne put retenir un sourire. Elle avait vu les peurs les plus profondes de James Potter, elle l'avait vu les affronter mais également les subir. Alors elle savait que l'air débonnaire qu'il affichait à cet instant n'était qu'une grande façade.

Les trois sorciers échangèrent un regard entendu, comme s'ils s'assuraient que chacun allait bien. Malgré leur silence, ils hochèrent tous les trois de la tête.

Ludivine voulut dire quelque chose à James lorsque leurs regards se croisèrent mais elle n'en eut pas le temps car une bourrasque de cheveux blonds s'agita devant ses yeux avant qu'elle ne se trouve enserrée de bras frêles mais puissants.

— Je suis contente de te voir, murmura Liz dans son oreille.

— Et moi de constater que tu es toujours bien plus solide que tu ne le laisses paraître, sourit Ludivine tandis que Liz rigolait avant de la lâcher et de se tourner vers Acca qui se relevait.

— Jeunes gens, s'exprima l'auror Robards après avoir appliqué un sortilège d'amplificatum, cette deuxième épreuve est terminée.

Les participants se tournèrent vers l'estrade où se tenaient le corps professoral et les agents du ministère.

— Cette épreuve a été particulièrement intense pour la plupart d'entre vous, reprit l'auror d'un ton bienveillant. Certains sorciers fuient leurs peurs toute leur vie jusqu'à leur mort, ce n'est pas votre cas. Pour cela, je vous salue. Certains d'entre vous ressortiront de cette journée avec des séquelles. Néanmoins, continua-t-il d'une voix plus forte, je peux vous assurer qu'elle vous servira un jour. En situation difficile, vous saurez surmonter la terreur, imaginer l'inimaginable et rester fort. Vous sentirez votre monde s'écrouler, mais vous continuerez à avancer.

Ludivine pensa au moment où elle avait réalisé qu'elle serait obligée de chuter du pont, à sa chute, ou encore à la vision de cette tombe qui pouvait détruire tout ce qu'elle était. Elle avait mis des mots sur ce qu'elle n'avait jamais avoué, avait exprimé à voix haute ce qu'elle enfouissait au fond d'elle. Peut-être que cela lui servirait un jour. Peut-être.

— Nombre d'entre vous ont récupéré des écussons, à chaque fois qu'ils ont affronté ou avoué une peur. Pour cela, je vous félicite sincèrement. Le système de points n'en sera pas modifié, vous conservez la place que vous aviez auparavant. Néanmoins, pour chaque écusson récupéré, un indice non négligeable vous sera attribué pour la troisième épreuve.

Plusieurs sorciers échangèrent un regard curieux, il était évident que personne ne comprenait réellement les propos de l'auror. Mais ce dernier semblait se délecter de cette confusion.

— Dans nos métiers, reprit-il, nous avons plus souvent des questions que leurs réponses. Tout vient à temps. Et jeunes gens, conclut-il avec malice, laissez-moi vous dire que vous serez heureux d'avoir affronté vos peurs quand viendra la troisième épreuve. Félicitations à tous.

Un silence s'installa tandis que l'auror descendait de l'estrade et que les agents se mettaient à redistribuer les baguettes.

Quatre écussons, pensa Ludivine, quatre avantages. James et elle restaient premiers, et ils faisaient partie des équipes avec le plus d'indices. C'était une victoire, mais elle n'en avait pas le goût. Elle ne parvenait pas à se réjouir de la situation, mais elle se doutait qu'elle aurait encore le contrecoup de ce qu'elle venait de vivre durant plusieurs jours.

Son regard croisa celui de Logan Rowle, qui la fixait d'un regard neutre, et elle sentit un malaise la gagner. Elle n'eut cependant pas le temps d'y réfléchir car Acca se tournait vers elle avec un regard déterminé.

— Je viens de voir ma mère me hurler dessus parce que j'avais été trop faible durant une mission tandis qu'elle couvrait de terre le corps de mon père. Autant te dire que j'ai besoin d'oublier tout ce que je viens de traverser.

— Preneuse de l'oubli sans fin, marmonna Liz.

Ludivine hocha la tête, approuvant sans hésitation. Elle allait leur proposer de s'éclipser à Pré-au-Lard, mais elle se tut à la pensée des événements de la semaine précédente. C'était sans compter sur Scorpius.

— Albus et moi avons ce qu'il faut dans notre dortoir, les informa-t-il, si vous voulez noyer vos soucis dans une salle de la tour d'Astronomie.

Acca poussa une exclamation de contentement et Scorpius échangea un regard entendu avec Ludivine tandis qu'un sourire espiègle s'installait sur ses lèvres.

— Je vais en parler à Al, dit-il en s'éloignant.

Lorsque Acca et Liz suggérèrent de retourner au château, suivies par Fred, Ludivine se tourna vers James. Et elle se fit violence pour s'approcher de lui.

— Tu as été incroyable durant cette épreuve, Potter, lui dit-elle timidement.

— Je te renvoie la remarque, Hendell.

Ludivine cacha son rougissement en détournant la tête. Devant eux, Fred tentait de faire rire Liz et le sourire de Ludivine se renforça.

— Je suis désolé, Hendell, reprit James.

— Pourquoi donc ?

— Pour ton père, souffla-t-il avec douceur, et ce que ta famille a traversé.

Ludivine sentit son cœur se serrer. Elle réalisait à cet instant que James faisait maintenant partie de ces rares personnes qui savaient tout d'elle. L'espace d'un instant, elle se demanda si elle pouvait lui faire confiance, mais le regard empathique qu'il avait posé sur elle lui donna une première réponse.

— Merci, Potter.

Le sourire de James était sincère, et elle ne put retenir un rougissement devant l'intensité de son regard.

— On en a beaucoup appris l'un sur l'autre aujourd'hui, lui dit-il.

— Tu fais étonnamment partie des quelques personnes qui savent tout de moi, sourit Ludivine.

— Oh, je suis sûr que j'en ai encore beaucoup à apprendre, répondit-il avec taquinerie.

— Peut-être bien.

Le sourire qu'ils échangèrent était complice, rempli d'une connivence nouvelle. Ludivine se sentait fragile, consciente que l'épreuve l'avait secouée, réveillant des émotions qu'elle avait tant de fois enfouies au plus profond d'elle. Pourtant, le sourire de James la rassurait. Elle sentait qu'ils pouvaient remporter ce concours et aller au bout de leur objectif respectif.

Et quand elle constata qu'Albus l'attendait près de la cheminée de la salle commune, et qu'il ouvrit les bras en la voyant s'approcher, elle s'y précipita sans réfléchir. Il lui murmura combien il était fier d'elle, et Ludivine autorisa quelques larmes à couler qu'il fit semblant de ne pas voir, de ne pas sentir dans son cou tandis qu'il resserrait son étreinte.

La seule chose dont elle était réellement sûre, à cet instant, était qu'elle était loin d'être seule.

 

End Notes:

Et voilà ! Qu'avez-vous pensé des récents événements dans le monde magique, du principe de l'épreuve, des peurs et traumatismes de James et Ludivine, ou encore de leur relation ?

Ce chapitre me tient beaucoup à cœur car on entre enfin dans le passé et la tête de James et Ludivine, et on apprend des choses sur eux qui viennent expliquer qui ils sont. James a le sentiment qu'il doit protéger tout le monde et a peur d'échouer, et Ludivine a peur d'être seule et de ne plus avoir, un jour, de repères. Ils se sont livrés leurs plus grandes vulnérabilités et mine de rien, ça va les rapprocher.

Merci beaucoup à tous ceux qui lisent et commentent (Milamila, mention spéciale car tes analyses régulières sont une source de motivation sans fin, promis je te réponds en fin de journée !).

Je vais profiter de mes congés pour souffler et faire une pause dans cette histoire qui, mine de rien, me prend beaucoup d'énergie et de temps. Je vous retrouverai donc en 2021 et d'ici-là, je vous souhaite de bonnes fêtes.

Panser sans penser by CamCaz17
Author's Notes:

Hello ! Tout d'abord, une très belle année à tous et à toutes !

Je reviens pour le chapitre 15 qui vient célébrer les un an de l'histoire ! J'ai pris énormément de plaisir à l'écrire, je vous laisse découvrir pourquoi de suite ;)

Comme d'habitude, un grand merci pour vos lectures. Une mention spéciale pour Milamila (toujours au rendez-vous, toujours un plaisir!), et Cernunnos (ravie de te recontrer!).

Chapitre 16 - Panser sans penser

— Lud, tu savais que les Vagabonds de Wigtown étaient la première équipe à avoir utilisé la tactique de la Tremblante de Woollongong ?

Ludivine jeta un regard blasé vers Albus qui l'apostrophait pour la troisième fois sur une tactique de Quidditch. Un grand sourire fendit les lèvres de ce dernier devant sa réaction tandis que Scorpius affichait une expression amusée, concentré sur sa lecture.

— C'est la troisième fois que tu interromps mon devoir, Potter.

— Ne me dis pas que ça ne te fascine pas !

— Ce qui me fascinerait, cingla-t-elle, serait que tu me laisses dix minutes en paix !

— Par Merlin, se moqua Albus, moi qui pensais que la bibliothèque t'adoucirait.

Le sourire d'Albus se renforça tandis qu'il replongeait la tête dans son ouvrage, et elle regretta presque de lui avoir conseillé d'étudier la théorie des tactiques et stratégies de Quidditch pour l'épreuve écrite de ses qualifications, coutume de Flaquemare.

Ludivine se concentra de nouveau sur son devoir de Métamorphoses, dont elle ne parvenait pas à tirer grand-chose. Elle ignora pour la cinquième fois le bruit de mécontentement qu'émit Scorpius en lisant le journal de l'école.

— Incroyable, siffla-t-il, qui a écrit une telle bouse ? Même Skeeter n'en serait pas capable !

— Encore un article sur les attaques ? demanda Albus sans lever la tête de son livre.

— Non, sur les probabilités que Poufsouffle gagne contre Gryffondor samedi.

— Absurde, répondit Albus du tac au tac.

— Pas besoin de me convaincre, confirma Scorpius.

Ludivine jeta un regard froid aux deux sorciers qui l'empêchaient de se concentrer. Elle aurait dû savoir qu'il fallait refuser toute proposition de leur part de l'accompagner à la bibliothèque. Cela se confirma lorsque Albus s'exprima de nouveau, lui jetant un regard furtif.

— Ils disent ici que les Pies de Montrose ont longtemps utilisé la Roulade du paresseux.

— Ça consiste en quoi ? demanda Scorpius.

— Tu évites les Cognards en roulant vers le bas. Ils disent que les sélectionneurs adorent cette tactique.

— Tu penses que…

— Par Dumbledore ! intervint Ludivine sèchement. Vous ne savez pas vous taire ?

Albus et Scorpius portèrent un regard surpris vers elle, avant qu'un sourire narquois ne franchisse leurs lèvres.

— On t'irrite, Hendell ? demanda Scorpius.

— J'essaie de me concentrer.

— Ne nous fais pas croire ça, se moqua Albus, tu lis la même page depuis vingt minutes.

— Tu penses au concours, renchérit Scorpius.

— Parce que vous m'empêchez de me concentrer !

Albus et Scorpius échangèrent un regard amusé, et Ludivine grommela en reportant son attention sur son devoir. Ils avaient raison, elle était bloquée sur la même page depuis un quart d'heure, mais il n'y avait pas que leurs discussions qui la dérangeaient. Ses pensées également.

Ludivine n'avait pas eu de nouvelles de sa mère depuis bientôt deux semaines. Aucune lettre ni carte postale, elle ne connaissait ni sa localisation, ni l'objectif de sa mission. Elle avait tenté d'obtenir des nouvelles, mais sans résultat. Même chose pour Acca lorsqu'elle avait tenté d'interroger sa mère, ce qui avait fini de l'inquiéter.

Pour Ludivine, qui découvrait, deux semaines plus tôt, que l'une de ses plus grandes peurs était d'un jour avoir à enterrer sa mère et de se retrouver seule, sans famille, l'inquiétude était insoutenable. Cette vision lui apparaissait de nouveau la nuit, parfois. Lorsque cela arrivait, elle se réveillait en sueur, en larmes, le souffle court.

— Ce journal est un vrai chiffon, souffla Scorpius en le jetant sur la table, je ne l'utiliserais même pas pour y poser un Souafle mouillé.

— Et bien, intervint une voix, je ne t'aurais pas imaginé si intraitable, Scorpius !

C'était Acca qui avait parlé, accompagnée de Liz, et un sourire franchit les lèvres du concerné lorsqu'il reconnut sa partenaire. Ils échangèrent un regard complice tandis que Liz glissait un regard discret sur le journal en question, haussant un sourcil en voyant l'article qu'il lisait.

— C'est parce que tu n'as jamais parlé politiques avec moi, Acca.

— Heureusement, nos activités sont bien plus passionnantes !

Acca éclata d'un rire qui attira l'attention de plusieurs élèves, ce qu'elle ignora superbement, tout comme le regard qu'Albus levait au ciel. Scorpius se tourna vers Liz.

— Walsh, s'exclama-t-il sévèrement, comment peux-tu accepter que de telles absurdités soient publiées ?

— De quoi parles-t…

— Le journal de l'école, expliqua-t-il, dit que l'histoire se répète et qu'un nouveau Seigneur des Ténèbres est en train d'émerger.

— Tu n'es pas d'accord avec ça ?

— Pas besoin d'être le père d'Albus, sans offense mec, rajouta Scorpius à l'attention d'Albus qui haussa les épaules d'indifférence, pour comprendre qu'il n'y a pas d'idéologie. Ils veulent uniquement semer la terreur.

Un silence s'installa et Ludivine échangea un regard amusé avec Albus. Scorpius avait un avis politique très arrêté et suivait avec attention les événements qui avaient lieu ces derniers mois. A ses yeux, les analyses journalistiques n'étaient que des inepties destinées à attirer le plus grand nombre de lecteurs en créant de la peur.

Acca ne cachait pas sa surprise, tandis que Liz posait un regard réfléchi sur le sorcier.

— Tu devrais proposer ton propre article, finit-elle par dire avec un sourire.

— Pas envie, répondit Scorpius en balayant la remarque d'un revers de main, mais tu ne devrais pas accepter de publier de telles stupidités.

— Je ne dirige plus le journal de l'école depuis plus d'un an, Malefoy.

Ludivine ne se retint pas, elle éclata de rire devant l'expression incrédule de Scorpius. Ce dernier marmonna quelque chose d'incompréhensible avant de reporter son attention sur le journal. A cet instant, les regards d'Acca et Ludivine se croisèrent.

— Des nouvelles de ta mère ? demandèrent-elles simultanément.

Acca pinça les lèvres, le tracas visible dans son regard. L'inquiétude gagnait Ludivine, et chaque personne présente autour de cette table la connaissait suffisamment pour le savoir.

— Ce n'est pas bon signe, soupira Acca.

Par Merlin, Rockwood, marmonna Albus en regardant les traits de Ludivine se tirer, tu pourrais être un peu plus rassurante.

Pardon, Potter ? s'offusqua Acca en levant un sourcil.

Tu l'angoisses ! cingla Albus.

Ses propos n'avaient pas vocation à être désagréables, et Ludivine se doutait qu'il ne savait pas comment communiquer avec sa meilleure amie, lui qui préférait la maudire plutôt que d'échanger même une seule phrase banale avec elle. Mais le regard d'Acca s'était durci.

Pour la première fois depuis que Ludivine les avait présentés, Acca n'avait ni gentillesse, ni tolérance pour le sorcier. Et cela se ressentit dans le ton glacial qu'elle utilisa.

— Tu n'as pas à ME dire comment réconforter MA meilleure amie, Potter.

— Visiblement, tu ne…

— Je pense savoir autant que toi ce que c'est d'avoir un parent qui lutte contre les forces du mal, l'interrompit-elle sèchement, et j'en ai appris une chose. La vérité est bien mieux à entendre que des consolations vides de sens. Ne me dis PAS quoi faire !

Le ton sec d'Acca surprit Albus, mais également chacun d'entre eux. Ludivine l'avait rarement vue s'énerver, même devant les maintes et maintes provocations d'Albus.

Ce dernier ne répondit rien, son regard était absent de colère ou de vexation. Non, Ludivine y lisait… de l'ébahissement, et un certain emballement, comme s'il estimait pour la première fois que la sorcière méritait son attention.

— Mais dis-moi Lud, l'interpella Liz, tu n'avais pas rendez-vous avec McGonagall ce matin ?

Les yeux de Ludivine s'écarquillèrent en réalisant qu'en effet, elle avait rendez-vous dans cinq minutes avec la directrice. Elle rangea ses affaires avec affolement dans son sac à dos, sous le regard amusé de ses amis.

— Je te suis, dit Albus en se levant, je vais aller voler un peu.

— Tu ne comptes pas parler Quidditch sur le chemin ? lui demanda-t-elle d'un air soupçonneux.

Albus afficha un sourire amusé en secouant la tête négativement, la suivant sur ses pas.

— Mes parents souhaiteraient que tu viennes dîner un soir durant ces vacances, lui partagea-t-il, l'interrompant avant qu'elle ne puisse répondre, et je crois que c'est non-négociable.

Ludivine ne retint pas une moue, mécontente qu'on ne lui laisse pas le choix. Néanmoins, elle n'insista pas. Elle comprenait que cela importait aux parents d'Albus, qui avaient à cœur la protection de leur famille. Et ça, elle pouvait l'entendre.

— En comité restreint ? demanda-t-elle.

— Le plus restreint possible.

Albus éclata de rire devant son regard soupçonneux, sachant pertinemment que ce n'était pas une réponse engageante.

— Un dîner alors.

— Rassure-toi, sourit-il, je ne compte pas te voir plus que ça si je n'y suis pas obligé.

— Cache donc ton amour pour moi comme tu le peux, répondit Ludivine dans un éclat de rire.

— Peut-être que l'on pourra profiter de ce dîner pour voler ensemble, suggéra innocemment Albus.

Le visage de Ludivine se ferma aussitôt.

Le lendemain de l'épreuve, elle avait partagé son expérience à Albus. Il l'avait écoutée silencieusement raconter ce qu'elle avait ressenti devant la tombe de sa mère. Il existait certains sujets qu'ils abordaient rarement, et la famille en faisait partie, mais elle était allée au bout de son histoire. Lorsqu'elle eut fini, Albus s'était contenté de la prendre dans seihs bras, lui chuchotant qu'il l'aimait et qu'il prendrait sa peine sur ses épaules si cela fût seulement possible. Et elle l'en avait remercié.

Cependant, le récit de son match contre Dubois avait eu un tout autre effet. Albus était rentré dans une colère noire, qui avait presque fait reculer Ludivine. Il n'était pas habituel de voir son ami entrer dans une telle rage, dénuée de cette malice qui le caractérisait habituellement si bien.

La colère d'Albus l'avait touchée, notamment lorsqu'il s'était engagé à retrouver le sorcier plus âgé pour lui casser la figure. Mais au-delà de sa réaction envers Dubois, Albus avait refusé d'entendre que Ludivine n'ose plus jouer au Quidditch à cause de cet événement. Pire que cela, selon lui, qu'elle ait peur de chuter.

Alors il l'avait, depuis, tannée pour jouer avec lui, sans se formaliser de ses regards froids, de son ton cinglant, de ses propos qui parfois franchissaient la limite du respect. Il n'en avait rien eu à faire, il avait continué d'insister. Il voulait qu'elle surmonte sa peur, et pour lui, cela impliquait de rejouer.

Mais Ludivine n'était pas de cet avis.

— Je ne veux rien entendre, Potter, cingla-t-elle.

— Tu sais ce qu'on dit sur les traumatismes, Lud, enchaîna Albus avec conviction, une fois qu'on a compris d'où ils vie…

— Al, l'interrompit-elle en posant sa main sur son avant-bras, épargne-moi ça s'il te plaît.

— Promets-moi de ne pas rejeter de but en blanc ma proposition pour un match alors.

Ludivine garda le silence. Albus la jaugea du regard avant de soupirer et de passer un bras autour de ses épaules.

— Ce que tu peux être tenace, sourit-il.

— C'est ce que dit également ton frère, répondit Ludivine en fronçant les sourcils.

— Il sait de quoi il parle, railla Albus, il est pareil. Tu devrais d'ailleurs y aller car tu es définitivement en retard.

Ludivine s'affola lorsqu'elle réalisa qu'elle avait une fois de plus oublié son rendez-vous. Elle commença à s'éloigner mais Albus l'arrêta dans son action.

— Lud, l'interpella-t-il en lui attrapant la main, tu sais que je suis là si jamais tu as besoin de quoi que ce soit ?

Ludivine sourit chaleureusement. Albus la couvait d'un regard sous lequel elle avait l'impression que rien ne pouvait lui arriver.

— Je n'en ai jamais douté, répondit-elle avec le même sourire.

— Tant mieux, s'esclaffa-t-il en passant un bras autour de ses épaules pour la rapprocher de lui et lui embrasser les cheveux.

Ludivine lui fit un sourire rayonnant avant de s'éloigner en direction du bureau de la directrice. Quand elle arriva, James était adossé nonchalamment contre le mur à côté de la gargouille en pierre et l'observait s'avancer vers lui, les bras croisés.

— Hendell, commença-t-il avec un sourire, tu m'honores de ta présence.

— Désolée, s'excusa-t-elle avant de constater que le sorcier ne bougeait pas.

— McGo a été appelée à Londres, lui expliqua James en sortant un petit parchemin de sa poche, elle m'a donné ceci.

Il fallut beaucoup de contrôle à Ludivine pour ne pas attraper le parchemin et l'ouvrir, sans attendre un mouvement de James. Ce dernier la regardait avec amusement et elle se douta qu'il attendait qu'elle agisse de cette façon. Alors ce fut justement ce qu'elle ne fit pas.

— Qu'attends-tu, Potter ?

— Que tu t'impatientes, sourit-il.

Ludivine émit un bruit qui s'apparenta à un feulement tandis qu'elle attrapait avec brusquerie le parchemin et l'ouvrait, ignorant le ricanement de James.

— « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu »[1], récita-t-elle.

Relevant la tête vers James, elle croisa son regard interrogateur et soupira, se pinçant l'arête du nez.

— Je croyais que les indices devaient nous éclairer sur la troisième épreuve, marmonna-t-elle.

Inflammare, formula James en récupérant le parchemin.

— Putain, Potter ! s'écria Ludivine avec effroi.

— Personne ne mettra la main sur nos indices, lui dit-il avec fermeté. Quant à celui-ci, il est très clair, nous allons affronter d'autres sorciers en duel.

— Des participants, tu penses ? demanda-t-elle sans retenir une moue. Je ne voudrais pas affronter Liz ou Acca.

— Je peux te dire à qui je casserais bien la gueule, marmonna James.

Ludivine garda le silence, jetant un regard furtif à James qui avait maintenant la mâchoire crispée. Elle savait qu'il pensait à Rowle qui était venu le voir à la fin de la deuxième épreuve. Ils avaient eu une discussion sulfureuse, et James avait fini par attraper Rowle par le col en murmurant des menaces.

— J'imagine que nous avons un peu de temps pour y réfléchir, répondit-elle avec plus de douceur.

James hocha la tête, portant sur elle un regard un peu plus détendu.

— Fred m'attend, lui dit-il en passant une main dans ses cheveux. Il veut s'assurer que tout est prêt pour notre soirée de victoire ce week-end.

— Quelle assurance avant même d'avoir joué, se moqua Ludivine.

— J'espère t'y voir, répondit James avec ce que Ludivine imagina être une pointe d'espoir.

— Voyons déjà si Gryffondor gagne.

Un sourire amusé fendit les lèvres de Ludivine, reconnaissant qu'elle assisterait au match Gryffondor-Poufsouffle. C'était un effort venant d'elle, qui ne regardait généralement pas les matchs si Serpentard ne jouait pas. Mais au regard amusé que James posa sur elle, elle comprit qu'il le savait déjà.


Le Vif d'or avait un scintillement particulier. Il était, comme son nom l'indiquait, d'une couleur dorée, mais il brillait d'une lumière argentée qui attirait le coin de l'œil lorsque l'on y prêtait suffisamment attention.

Le Vif d'or avait une signification particulière. Il était déclencheur de victoire et de fierté, il réunissait les cœurs et en fragilisait d'autres. Il représentait la difficulté et l'inatteignable. Jusqu'à ce qu'on l'attrape.

Ludivine savait que la balle ne se cherchait pas. C'était en la cherchant qu'on ne la trouvait jamais. Un Vif d'or était une traînée étincelante qui attirait l'œil dans un décor normal. Alors au lieu de chercher toute chose qui n'était pas usuelle, il fallait se concentrer justement sur cet ordinaire où l'œil était attiré par toute exception.

C'était de cette façon qu'elle avait repéré le Vif que les attrapeurs de Gryffondor et Poufsouffle cherchaient depuis près d'une heure. La tête perdue dans tous les sens, ils s'agitaient beaucoup trop pour réussir à le localiser.

C'était un match calme pour les gradins de Serpentard, et Ludivine ne serait pas de ceux à s'en plaindre. Elle ne prêtait généralement pas attention à l'ambiance autour d'elle, trop concentrée sur le jeu des équipes sur le terrain. Elle préférait ne pas l'avouer à Albus et Scorpius, mais elle appréciait encore observer un match occasionnellement. Très occasionnellement.

— Ils sont aveugles, chuchota Albus à côté d'elle.

— Ils ne sont pas concentrés, répondit-elle.

— L'attrapeur de Poufsouffle est nouveau, expliqua-t-il, et il a l'air totalement perdu.

— Et le défaut de Gryffondor est aussi son attrapeur, c'est pour ça qu'ils misent sur le Souafle.

Et le Souafle, Gryffondor le maniait à la perfection. L'avancée des trois poursuiveurs, menés par James, se caractérisait par une harmonie et une synchronisation évidentes. Ils communiquaient par le regard et les mouvements de bras, ils étaient huilés, et c'était pour cela que Gryffondor menait le match de 90 points.

Sur le terrain, Evelyn hurlait sur son gardien, lui demandant sèchement de se réveiller et de « contrer ces satanés tirs de ces connards de Gryffons ». Elle était bien plus accaparée à crier sur ses coéquipiers pour tenter de récupérer le Souafle des mains de l'équipe adverse.

— Lowell se déconcentre trop, constata Albus.

— Et elle se fatigue énormément à hurler partout, ajouta Scorpius.

— Elle est énervée, expliqua Ludivine.

— Et c'est comme ça qu'elle va perdre, argua Albus. Elle prend les choses trop à cœur.

Ludivine ne retint pas un sourire désabusé, devant lequel Albus ressentit le besoin de se justifier.

— Je prends du recul durant un match, défendit-il. Sur le terrain, il est déjà trop tard pour reprendre ton équipe, tout ce qu'elle fait l'époumone inutilement.

Ludivine ne répondit pas. Albus avait raison, Poufsouffle manquait d'organisation. Leur jeu laborieux ne s'expliquait pas uniquement par le changement de leur attrapeur, et à cette vitesse, Gryffondor marquerait suffisamment de points pour gagner même sans attraper le vif.

C'était la stratégie de Gryffondor, et le nouveau lancer de James dans l'un des anneaux de Poufsouffle confirma cela. Il afficha un sourire victorieux tandis que Poufsouffle récupérait le Souafle.

James était confiant. Plus les minutes passaient, et plus grande était leur avance. Fred s'approcha de lui pour lui dire quelque chose, et James hocha la tête avant qu'ils n'échangent un sourire complice. Ils étaient sûrs d'eux. Et la partie reprit.

Le regard de Ludivine était fixé sur James, dont l'aisance était évidente. Il filait dans l'air avec rapidité, la tête toujours mouvante et le bras droit toujours mobile. Il communiquait constamment avec ses coéquipiers, mais gardait une trajectoire fixe. Poufsouffle déchaînait ses cognards sur lui mais il les évitait avec aisance. Il réussit une nouvelle fois à s'approcher des anneaux et marqua un nouveau but. Dix points de plus pour Gryffondor.

Le jeu continua une bonne heure, durant laquelle l'homologue Gryffon de Fred s'était pris un cognard dans la tête et s'était évanoui, pris en charge au sol par madame Pomfresh. Le gardien de Poufsouffle avait quelques difficultés à tenir sur son balai après s'être pris un cognard dans l'épaule.

Gryffondor avait réussi à marquer 90 points supplémentaires, et Poufsouffle 40 points. L'avance de Gryffondor était flagrante, et chaque joueur s'essoufflait petit à petit.

L'ambiance changea soudain dans les gradins lorsqu'un cognard fila en direction de James qui avançait à une vitesse foudroyante vers les anneaux de Poufsouffle, et le frappa de plein fouet dans les côtes.

Un bruit de craquement se fit entendre, et les spectateurs observèrent la scène béatement. James lâcha presque le Souafle quand son balai fit un tour sur lui-même sous le choc de la collision. Il réussit à maintenir une prise sur son balai, mais son expression laissait deviner la douleur qu'il ressentait. Chez Gryffondor, des protestations de colère commençaient à s'élever.

— Un os a craqué, marmonna Albus avec inquiétude.

— Vu le bruit, plus d'un, renchérit Scorpius.

L'inquiétude gagna Ludivine en imaginant la blessure de James. Pourtant, ce dernier resserra sa prise sur son balai et fila de nouveau vers les anneaux.

Sans qu'elle ne le comprenne, le match avait repris. James conservait la même allure, la même énergie, mais Ludivine voyait ses grimaces. Son vol était moins fluide et penchait sur la gauche. Il était effectivement blessé. Ça ne l'empêcha pas de marquer de nouveau dix points.

— Les attrapeurs ont repéré le Vif, indiqua Scorpius.

Mais maintenant qu'elle avait posé son regard sur James, Ludivine ne voyait que lui. Il plaça une main sur sa côte, une grimace sur le visage. Il souffrait et ne parvenait plus à le cacher. Ludivine le comprit lorsque l'un de ses coéquipiers lui jeta le Souafle et qu'il ne put se résoudre à lâcher sa côte pour attraper la balle.

Elle lisait la détresse sur les traits de James, mais cela n'avait plus d'importance. Poufsouffle venait d'attraper le vif d'or, le match était terminé et les deux équipes étaient ex-aequo.

Tout Poufsouffle s'époumona de joie à l'idée d'avoir rattrapé un retard qui aurait été catastrophique pour leur classement. Chez Gryffondor, les réactions étaient plus modérées mais eux aussi avaient cherché à limiter les dégâts. L'avis de Serpentard était toutefois unanime, Gryffondor avait joué un plus beau match que Poufsouffle.

Ludivine suivit Albus et Scorpius sur le terrain, cherchant sans le réaliser James du regard. Il était introuvable, et elle regretta aussitôt sa décision lorsqu'elle se trouva encerclée de joueurs qui se félicitèrent mutuellement durant un bon quart d'heure. Elle finit par voir Liz et Acca qui s'approchaient d'elle, lui suggérant d'aller voir Evelyn qui était finalement libérée par ses joueurs.

Ludivine fut cependant arrêtée en plein chemin par Fred qui bravait la foule jusqu'à elle en criant son nom. Lorsqu'il arriva à sa hauteur, il lui attrapa le poignet dans un mouvement brusque qui la surprit, ainsi que ses amies à côté d'elle.

— Hendell, l'apostropha-t-il, tu soignes les blessures, n'est-ce pas ?

— Ça dépend du type de blessure, répondit-elle, mais…

— J'ai besoin que tu me suives, l'interrompit-il d'un ton implacable en commençant à tirer sur son poignet.

— Je ne suis pas infirmière, Weasley ! protesta-t-elle en empêchant le sorcier de l'emmener avec lui.

— Écoute, lui dit Fred d'un ton sec qu'elle ne lui aurait jamais soupçonné, James s'est pris un cognard et refuse de reconnaître que ce coup l'a sévèrement secoué. Maintenant, j'ai un joueur pâle comme la mort qui refuse de se faire soigner.

— Et que veux-tu que j'y fasse ? s'énerva Ludivine qui n'appréciait pas la démarche du métis. Je ne suis pas Pomfresh.

— J'ai besoin que tu le soignes, et peu importe qu'il faille lui faire les yeux doux ou l'insulter. Juste, fais-le réagir.

Ludivine voulait s'énerver. Elle ne reconnaissait pas le sorcier et n'appréciait pas qu'il lui dise quoi faire sur ce ton autoritaire qu'il n'avait aucune raison d'utiliser avec elle. Alors elle l'empêcha une nouvelle fois de tirer sur son bras, et même si elle n'eut pas la force de se dégager de son emprise, elle réussit toutefois à l'arrêter dans son élan.

— Lâche-moi, Weasley, dit-elle.

— Je ne te demande pas grand-chose, souffla Fred qui commençait à s'impatienter.

Ludivine jeta un regard interrogateur à Acca qui regardait son camarade avec surprise, comme si elle le découvrait pour la première fois. Mais ce fut Liz qui intervint.

— Lâche son bras, Weasley, lui ordonna-t-elle sèchement.

Fred sembla réaliser, en remarquant le ton froid de Liz et son regard noir, qu'il avait emprisonné le bras de Ludivine avec une force qui commençait à former une marque. Il lâcha son poignet vivement, comme électrocuté, avant de soupirer en passant une main dans ses cheveux.

— Désolé, s'excusa-t-il avec sincérité, je me suis laissé emporter.

— Qui l'aurait cru, marmonna Ludivine en frottant son bras.

Fred jeta un regard furtif à Liz, et se pinça la lèvre en constatant que son comportement l'avait énervée. Il voulut dire quelque chose, mais se ravisa. Il n'était pas là pour ça, Ludivine le comprenait. Au lieu de ça, il passa de nouveau une main dans ses cheveux en soufflant.

Elle eut presque de la peine pour lui. Elle savait qu'il était inquiet pour son cousin, et s'en voulait en tant que capitaine. Elle aurait pu réagir bien plus violemment que lui, à sa place. Alors elle consentit à l'aider, mettant de côté la brusquerie dont Fred venait de faire preuve. Elle l'avait suffisamment cerné pour savoir qu'il réagissait sous l'inquiétude. Ce fut pour cette raison qu'elle se tourna vers Liz et Acca.

— Je vous rejoins plus tard, leur dit-elle, félicitez Evelyn pour moi.

Les deux sorcières hochèrent la tête, et Ludivine se tourna vers Fred qui la regardait avec surprise. Mais il se reprit aussitôt, lui décochant un grand sourire reconnaissant qui la détendit. Elle préférait cette version du sorcier.

Ils marchèrent d'un pas rapide vers les vestiaires, où certains membres de Gryffondor se changeaient. Personne ne fit de commentaire en constatant sa présence, mais elle sentit les regards appuyés sur elle. Sa présence n'était pas voulue.

Lorsqu'elle constata que James ne se trouvait pas dans la pièce, elle leva les mains en signe d'interrogation tandis qu'elle se tournait vers Fred qui chuchotait quelque chose à William.

— James se douche, lui dit la batteuse dont Ludivine oubliait le nom.

— N'hésite pas à le rejoindre, blagua William.

Ludivine jeta un regard froid en direction du sorcier, ignorant les ricanements autour d'elle tandis qu'elle se dirigeait vers la porte fermée des douches. Elle toqua à la porte doucement.

— Potter ? demanda-t-elle.

Elle n'obtint aucune réponse, alors elle soupira en réitérant timidement son action.

— Je viens voir ta blessure, dit-elle.

Aucune réponse. Ludivine se demandait bien ce qu'elle faisait ici, entourée de sorciers qu'elle ne connaissait pas, à sentir une odeur de transpiration qui l'incommodait, à attendre que James Potter lui ouvre une fichue porte. Mais Ludivine n'était pas du genre à renoncer.

— Sors de cette douche, Potter ! s'exclama-t-elle en tambourinant à la porte.

— Les groupies attendent au moins que je sois sec, Hendell.

Ludivine fulminait. Elle entendit des ricanements dans son dos qui appartenaient à Fred et William, et elle leur jeta un regard froid par-dessus son épaule. Idiots de Gryffondor, pensa-t-elle tandis que les deux sorciers se ravisaient sous son regard colérique.

Néanmoins, elle n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, car la porte s'ouvrait pour laisser apparaître James. Habillé d'un t-shirt noir et d'un jean foncé, il semblait importuné. Ses cheveux humides mouillaient son t-shirt mais il n'y prêtait pas attention, portant un regard narquois sur Ludivine.

— Hendell, tu étais si impatiente de me voir ?

— Weasley m'a demandé de venir.

— Vraiment, sourit-il ironiquement en portant son regard sur son cousin, ça me touche que tu aies pensé à ma récompense personnelle.

Ludivine sentit ses joues chauffer d'embarras. Elle fusilla James du regard, dont le sourire était mutin. Il attendait une réaction de sa part. Il la provoquait délibérément pour qu'elle s'en aille, elle le comprit. Alors elle refusa de bouger. Elle remercia toutefois Merlin qu'il ne reste maintenant plus qu'eux quatre dans le vestiaire. Fred et William arboraient le même sourire que James, et Ludivine se sentit stupide de se retrouver ici.

— Toujours la meilleure répartie, James, sourit Fred.

— Weasley, cingla-t-elle en se tournant vers lui, pourquoi m'as-tu fait venir ?

— James fait le malin pour ne pas montrer qu'il a mal, lui expliqua-t-il.

— Mon bleu va passer, dit sèchement James.

— En tant que capitaine, répondit Fred d'un ton sec qui la surprit, je souhaite que Hendell jette un œil à ta blessure.

Le visage de James se ferma, et un combat de regard s'engagea entre Fred et lui. Le métis jouait de son autorité, et cela ne plaisait pas à James qui respectait la hiérarchie mais n'avait aucune envie de se plier à la demande.

Debout entre deux feux, Ludivine se demandait à quel point James avait pu être blessé pour que Fred soit si solennel dans sa demande. Parti le Fred Weasley rieur et insouciant qu'elle connaissait. À cet instant, il était inflexible et autoritaire, comme il l'avait été un peu plus tôt.

Finalement, James soupira. Il s'assit sur un banc et commença à retirer son t-shirt. Ce fut à ce moment, lorsque Ludivine comprit qu'il fallait qu'elle examine le torse du brun, que la panique la gagna. Elle jeta un regard furtif à Fred qui arborait une expression victorieuse tandis que William commençait à se diriger vers la sortie. Ils ne prévoyaient pas de rester.

Prise de nervosité, elle s'efforça d'avancer vers James, qui attendait silencieusement qu'elle s'approche. Elle entendit la porte des vestiaires se refermer, et elle sut qu'ils étaient seuls. Et ce fut peut-être pour cette raison qu'elle se surprit à rougir sous le regard inquisiteur de James tandis qu'elle posait son regard sur son torse.

Sa vision confirmait ce qu'elle savait déjà, James Potter était solidement bâti. Il était d'une carrure naturellement fine, que l'effort avait musclée et développée. Ludivine s'attarda quelques secondes sur ses épaules athlétiques, ses bras puissants, son torse ferme. Il était particulièrement attirant, et Ludivine en fut perturbée.

James continuait de la regarder d'un air inflexible, elle qui n'avait pas bougé depuis une bonne minute. Elle avait si chaud qu'elle se demandait comment elle sortirait de cette pièce autrement que carbonisée. Et ce fut presque avec soulagement que son regard repéra ce qu'elle cherchait.

Au niveau des côtes s'était dessiné un hématome qui la fit pâlir. De couleur foncée, la blessure était un mélange de bleu et de rouge, ainsi que de jaune. De la taille d'une paume, il n'était pas beau à voir, et elle se demanda s'il n'y avait pas quelques os cassés, et une potentielle hémorragie interne.

— On ne va pas y passer la soirée, Hendell.

Ludivine ignora son ironie et sa mauvaise humeur tandis qu'elle s'agenouillait, les yeux rivés sur la blessure.

— Que comptais-tu faire avec cette blessure, Potter ?

— J'ai les crèmes qu'il faut dans mon dortoir, marmonna-t-il.

— Il te faudra bien plus que des crèmes pour soigner ça.

Ludivine porta ses doigts sur l'hématome, effleurant la blessure. Elle sentit James tressaillir sous son toucher, et elle regretta aussitôt de lui faire mal. Mais il ne dit rien, gardant une expression neutre et impassible.

— Il va falloir que je touche, Potter, le prévint-elle en sortant sa baguette, ça risque de faire mal.

— Fais donc.

Ludivine se redressa, approchant une chaise sur laquelle elle s'installa avant de se rapprocher de nouveau de James. Avec sa baguette, elle murmura un sortilège d'analyse radiologique, et une lumière bleue jaillit, entourant la blessure d'un rayon. De son autre main, elle porta ses doigts autour de l'hématome, le tâtant avec précaution.

Elle pouvait sentir le regard inquisiteur de James sur elle, et elle tenta au maximum de rester impassible, ignorant magistralement la sensation qu'il lui procurait à cet instant. La proximité avec le sorcier la perturbait réellement. C'était une toute nouvelle intimité qu'elle partageait avec lui, et elle remercia Merlin d'avoir quelque chose sur quoi concentrer toute son attention.

— Un premier verdict, Hendell ?

— Ce que tu as n'est pas beau à voir, se contenta-t-elle de répondre.

Elle voulut continuer mais quelque chose s'agita sous ses yeux, quelque chose qui attira son attention sans qu'elle ne le réalise. Sur la peau de James se baladait un vif d'or, longeant la clavicule pour faire quelques tours sur l'épaule avant de descendre vers les côtes et enfin s'aventurer dans le dos du sorcier. Elle le suivit quelques instants des yeux, fascinée par ce tatouage qui se promenait sur cette peau musclée.

— Il a l'air content de te voir, marmonna James.

Ce dernier avait posé sa tête sur les casiers derrière lui sans quitter Ludivine du regard.

— Il est magnifique, répondit-elle sur le même ton.

Le vif réapparut, s'immobilisant au niveau de la clavicule. Sans s'en rendre compte, Ludivine posa trois doigts légers sur la peau de James, qui prit une soudaine et violente inspiration. Elle ne le voyait pas, fascinée par ce vif qui semblait attendre qu'elle le touche. A ce moment, il se remit à bouger, d'une lenteur qui la fit sourire tandis qu'il descendait vers les côtes, suivant l'exact même chemin qu'auparavant.

— Il suit un tracé, marmonna-t-elle.

James ne répondit pas, mais elle entendait sa respiration, bruyante et profonde. Ce ne fut qu'une fois qu'elle toucha sans le réaliser l'hématome qu'elle réalisa qu'elle lui faisait peut-être mal.

Prise d'un électrochoc, elle allait retirer vivement ses doigts, mais James lui attrapa le poignet, d'une fermeté qui la prit tellement de court qu'un petit cri de surprise sortit de sa gorge. James la fixait d'un regard pénétrant, ses iris s'étaient assombris. Son visage effleurait le sien, quand s'étaient-ils rapprochés l'un de l'autre ? Elle sentait son souffle sur elle, un souffle profond qui la perturba tout entière.

James approcha un peu plus son visage, et elle sentit sa propre respiration se couper dans sa gorge. Il était si proche qu'elle pouvait sentir la chaleur qui se dégageait de lui, une chaleur qui l'irradiait tellement qu'elle sentait sa propre température corporelle monter. Ludivine se serait crue dans un four.

Lorsque James arrêta de s'approcher, elle osa de nouveau porter son regard sur lui. Il l'examinait avec une telle précision, d'un regard si pénétrant qu'elle avait l'impression que rien d'autre n'existait pour lui à cet instant à part elle. Et le sentiment de satisfaction qui se propageait dans son estomac à cette idée la perturba. C'était comme si elle avait envie de ce qui pourrait arriver.

Puis James pinça ses lèvres, expirant bruyamment avant de lâcher son poignet et de reculer de sorte à s'appuyer de nouveau sur les casiers derrière lui.

— Désolé, dit-il sur un ton léger avec une grimace, je n'ai pas l'habitude qu'on le touche.

— Tu as un bel attrape-fille ici, chuchota Ludivine.

— Généralement, sourit-il narquoisement, je les ai déjà attrapées à ce stade.

Ludivine se sentit vivement rougir devant le sous-entendu. Elle réalisait que leur proximité n'était pas normale et qu'elle était bien plus intime qu'elle ne devrait l'être. Et Ludivine ne voulait pas être assimilée aux autres conquêtes de James Potter.

— Je ne…

— Bien sûr, l'interrompit-il, aucune d'entre elles n'était là pour me soigner.

Ludivine garda le silence, refusant d'entrer dans le jeu de James. Elle le voyait détailler son visage de ses iris noisette, et choisit de reporter son attention sur l'hématome en reprenant le sortilège d'analyse.

— Tu as une côte fêlée, l'informa-t-elle.

— Tu peux me la soigner ?

Ludivine pinça les lèvres. Elle avait déjà soigné plusieurs formes de fractures sur des articulations mais les côtes étaient une zone délicate qu'elle n'avait jamais osé approcher.

— Je pense que tu devrais aller voir Pomf...

— Je préfèrerais que tu me soignes, l'interrompit fermement James.

— Les côtes fêlées ne sont pas mon champ d'expertise, Potter.

— Je t'ai vue réparer le coude de mon frère en début d'année, argua-t-il en haussant les épaules, tu sais le faire.

Ludivine grinça des dents, le défiant du regard. Ce n'était pas pareil, la plèvre adhérant aux côtes, mais il ne semblait pas le réaliser. Voyant qu'il ne lâchait pas sa position, elle soupira en attrapant une bouteille d'eau qu'elle congela à l'aide d'un sortilège et qu'elle entoura du t-shirt de James posé sur le banc.

Elle s'agenouilla, rivant son regard sur l'hématome, et inspira un grand coup avant d'agiter sa baguette au-dessus de la blessure, faisant jaillir des lumières jaunes. Elle sentit James se tendre, agrippant le banc de sa main, mais elle resta concentrée sur la blessure. Si elle s'était écoutée, Ludivine aurait attrapé la main de James, consciente que l'opération était douloureuse. Mais elle n'en fit rien.

Après une bonne minute, la lumière de sa baguette s'atténua et Ludivine attrapa la bouteille entourée du tissu qu'elle tendit à James pour qu'il la pose sur l'hématome qui commençait déjà à diminuer.

— Comment tu te sens ? demanda-t-elle.

— Mieux, répondit James qui respirait déjà plus facilement, merci Hendell.

— Il faudrait que tu te reposes ce soir, indiqua-t-elle.

— Après la soirée chez Gryffondor, répondit-il avant que son sourire ne s'élargisse lorsqu'elle le fusilla du regard.

— Dans ce cas, soupira-t-elle, pas d'alcool.

— Veux-tu me punir de quelque chose ? rigola James.

Il se leva du banc, mais elle l'empêcha d'avancer en lui attrapant fermement le bras.

— Tu as pris un très gros coup, grinça-t-elle.

— Ce n'est pas le premier, et c'est dans mon intérêt de m'habituer à encaisser.

Ludivine secoua la tête d'incompréhension en lâchant son bras. James attrapa son t-shirt, et elle n'eut pas la pudeur de détourner la tête tandis qu'il levait ses bras pour l'enfiler, les muscles de son dos se contractant à ce geste. Une chose était sûre, James Potter était incroyablement sexy. C'était comme si elle le réalisait à cet instant, et elle se demandait comment elle parviendrait un jour à sortir cette pensée de son esprit.

Elle n'argumenta pas. Elle avait rempli le rôle qu'on lui avait attribué et ne souhaitait pas se fatiguer plus longtemps à convaincre le Gryffondor de se ménager. Il était, après tout, responsable de lui-même.

Mais lorsqu'elle voulut s'écarter, ce fut au tour de James de la retenir par le même geste qu'elle à l'instant.

— Je ferai attention, Hendell, c'est promis.

— Tant mieux, se contenta-t-elle de répondre, perturbée par la main sur son bras.

— Même si, reprit-il avec un sourire narquois, être blessé peut présenter certains avantages.

Ce n'étaient pas tant les propos de James, que son regard ardent qui alerta Ludivine sur les intentions du sorcier. Elle sentit l'air se couper dans sa gorge, et il dut ressentir son malaise car au bout de quelques secondes, il atténua son sourire carnassier et lâcha son bras, reculant d'un pas avant de lui montrer la porte des vestiaires.

— Je pense avoir suffisamment accaparé ton temps, lui dit-il gentiment, je suis sûr que tes amis t'attendent.

Elle voulut dire quelque chose. Elle voulait sortir une remarque perspicace, reprendre le contrôle de cette situation qui lui avait échappé de trop nombreuses fois pour qu'elle ne sache quoi faire de ces informations. Mais elle réalisait qu'elle ne savait pas quoi dire, qu'elle était incapable d'avoir une ligne de pensée claire et construite. Plusieurs idées se brouillaient dans sa tête, et à cet instant, Ludivine avait besoin d'air.

Alors elle se contenta d'un signe de tête en direction de James, avant de tourner les talons et de sortir des vestiaires telle une tornade.


— Trois, Hendell !

C'était le nombre de shots que Ludivine se retrouva à distribuer, l'une à Acca, la suivante à Liz et la dernière à Scorpius. Et quand Fred la félicita d'une tape dans le dos en l'incitant à en boire une également, elle refusa, éloignant ce verre qui s'était rempli de bien trop nombreuses fois.

Scorpius choisit une carte dans le tas sur la table et Ludivine détourna son attention du jeu qui commençait à lui faire tourner la tête. La salle commune de Gryffondor était remplie de sorciers qui discutaient et s'animaient ensemble, un verre à la main. Certains d'entre eux commençaient à se mouvoir en son centre, créant une piste de danse improvisée.

Elle chercha Albus du regard, encerclé par trois Poufsouffle qui l'écoutaient religieusement tandis qu'il expliquait les différentes façons dont il était possible de contrer les tactiques de Gryffondor.

Ludivine ne retint pas son sourire lorsque Evelyn, qui discutait plus loin, se retourna vers Albus avec une expression offusquée sur le visage. Il avait dû dire quelque chose d'offensant car Evelyn s'approcha d'un pas rapide, s'installant dans le canapé à côté de lui pour répondre avec véhémence.

Albus éclata de rire, se tournant vers elle pour ouvrir le cercle de discussion et lui répondre. Mais à partir de ce moment, il n'existait plus de discussion à plusieurs. Evelyn et Albus étaient entrés dans un débat qui ne concernait qu'eux. Ludivine pouvait voir la satisfaction d'Albus à l'idée de débattre de Quidditch avec une joueuse qu'il respectait.

Son regard se posa plus loin, sur James qui était assis dans les fauteuils avec William. Les coudes sur ses genoux, il discutait avec sérieux et semblait irrité. Elle le comprit à la façon dont il pinça son nez, expirant avant de passer une main dans ses cheveux en s'appuyant sur le dossier du fauteuil. A cet instant, son regard croisa celui de Ludivine.

Le regard dur du sorcier s'adoucit aussitôt, mais elle dut se méprendre car il arborait maintenant un sourire moqueur qui lui était destiné. Elle choisit de l'ignorer en conservant une expression neutre. Même lorsqu'il croisa ses mains sur son ventre avec un air de défi, elle conserva son flegme.

Enfin, elle le tenta autant que possible, car des millions de pensées se bousculaient maintenant dans son esprit. Au milieu de toutes, la vision d'un vif d'or qui se baladait avec liberté sur une peau musclée et parfaitement dessinée. Ludivine était troublée.

— Toujours en train de jouer au même jeu ? demanda Albus qui s'était approché en compagnie d'Evelyn.

— Les jeux moldus sont les meilleurs pour boire, lui signifia Fred, mais tu as peut-être plus intéressant à proposer, cousin ?

— J'ai bien une idée, sourit malicieusement Albus.

Ce fut de cette façon que Ludivine se retrouva à réquisitionner une table sur laquelle Albus et Scorpius disposaient une vingtaine de verres. Albus avait sorti plusieurs balles de la taille d'un vif et deux équipes se formèrent sur un principe : les filles contre les garçons. Ludivine se trouva à faire équipe avec Evelyn et Acca face à Scorpius, Albus et Fred tandis que Liz faisait office d'arbitre.

— D'où sors-tu ton jeu, Potter ? avait demandé Acca.

— D'une soirée moldue à laquelle Scorp et moi étions invités. Ils ont des idées de génie, ces moldus.

Et il avait expliqué les règles de ce qu'il appelait le vif-pong. Chaque équipe disposait de dix verres positionnés en triangle, et dix verres de côté. Chaque joueur devait lancer une balle dans les verres de l'équipe adverse. S'il réussissait son lancer, l'équipe adverse devait boire le contenu du verre. S'il ratait son coup, le joueur devait boire le contenu des verres de réserve.

Grâce à un sort, le contenu des verres variait à chaque tour, laissant planer le doute sur la sorte d'alcool à boire pour l'équipe perdante. De la bièraubeurre au Pur Feu, en passant par des liquides fumants et violemment teintés. Les règles expliquées, ils avaient commencé à jouer. Ludivine se rappela rapidement la première règle de ce jeu : boire.

— Peut-être que cette fois, sourit narquoisement Fred, tu pourras gagner, Lowell.

— Ne la provoque pas trop, le prévint Albus, la dernière fois que j'ai fait ça, j'ai failli me prendre un cognard en pleine tête.

— Faites les malins, rétorqua Evelyn, mais j'ai confiance en mon équipe.

— Alors c'est que tu n'as jamais vu Lud jouer à ce jeu, ricana Albus.

— Hé ! s'offusqua la concernée avant de toutefois admettre qu'il était risqué de faire équipe avec elle, les minutes suivantes lui donnant raison.

Fred inaugura la partie, lançant une balle qui entra du premier coup dans un verre rempli d'un liquide bleu que Acca accepta de boire. Lorsque Albus fit entrer sa balle avec une précision parfaite dans un verre fumant, Ludivine maudit ses compétences de poursuiveur. Elle retint une grimace sous le goût âcre de la boisson qu'elle but d'une traite.

Ce fut Evelyn qui sourit lorsque Scorpius rata son lancer de quelques millimètres et que ce fut à son tour de lancer. Sa balle atteignit sa cible avec la même précision qu'Albus, et ce dernier accepta d'en boire le contenu. Fred et Scorpius ne s'embarrassèrent pas de cette tâche car Ludivine rata sa cible de quelques centimètres tandis que Acca ne toucha même pas la table, lançant la balle avec trop de force.

— Vous allez vous faire exterminer, les filles, constata Liz avec dépit.

Elle n'aurait pu être plus juste, et il fallut moins de dix minutes à Ludivine pour regretter d'avoir accepté de participer à ce jeu qui allait vite, et le nombre de joueurs de Quidditch l'accélérait d'autant plus. Albus ne rata pas un seul lancer, pas plus qu'Evelyn. La partie se transforma très vite en compétition pour savoir lequel des deux raterait le premier coup, et Acca et Ludivine décidèrent de prendre les gorgées pour ne pas altérer les lancers de leur amie.

Une première partie finit rapidement, dont les garçons sortirent victorieux, et ils décidèrent d'entamer une deuxième manche. Ludivine fut la première à lancer, mais le nombre de verres qu'elle avait bu commençait à lui monter à la tête et il lui fallut quelques secondes pour se concentrer. Mais toute la concentration du monde ne l'aida pas à marquer son premier lancer.

— Je déteste ce jeu ! s'exclama-t-elle lorsque sa balle ricocha contre le verre.

— Il faut dire que tu es sacrément nulle ! rétorqua Albus en observant Acca se concentrer.

Il ignora le regard noir de Ludivine, décidant de perturber la sorcière métisse.

— Faire semblant de te concentrer ne cache pas le fait que tu es aussi nulle que Lud, Rockwood.

— Laisse une chance aux débutants, répondit Acca sans se déconcentrer.

— Tant qu'ils ne sont pas dans mon équipe, marmonna Albus.

Cette fois-ci, Acca releva la tête vers Albus qui la regardait avec taquinerie. Il était facile de voir qu'il la provoquait et attendait qu'elle réagisse.

— Tu ne rates aucune occasion d'être désagréable, Potter.

— C'est dans mon sang, sourit Albus.

— Moi qui pensais que Ludivine exagérait, répondit Acca avec un léger sourire.

— C'est peut-être votre point commun de meilleures amies.

Acca soutint le regard d'Albus, dont le sourire indiquait qu'il n'était pas sérieux. Il avait insisté sur ce dernier mot avec moquerie et la regardait avec malice, et Ludivine comprit qu'Albus flirtait avec sa meilleure amie. Voilà quelque chose qu'elle n'aurait jamais pensé voir !

Elle ne put y réfléchir plus longtemps, car Acca réussit son lancer et des cris s'élevèrent des deux camps, mais l'attention de Ludivine était déjà partie ailleurs.

Elle avait senti un regard sur elle. Balayant la pièce de ses yeux, elle constata qu'il s'agissait de James. Il avait le regard rivé sur elle, frottant sa lèvre inférieure avec son index tout en écoutant Alice Londubat lui raconter une histoire avec beaucoup d'entrain.

Ludivine sentit le trouble la gagner. Peut-être était-ce la sévérité de ce regard, ou bien les souvenirs de la main du sorcier sur son poignet, de la proximité de leurs visages, qui commençaient à défiler dans son esprit. Elle n'en savait rien, mais cela ne l'empêcha pas de remarquer Ethan Nott qui pénétrait dans la salle commune, se dirigeant d'un pas rapide vers James.

Nott posa une main sur l'épaule de James, lui murmurant quelque chose. Ce dernier éloigna aussitôt le Serpentard d'Alice Londubat.

Ludivine aurait tout donné pour entendre ce qu'ils se disaient, notamment lorsque James fronça les sourcils, répondant avec véhémence. Les deux sorciers échangeaient maintenant avec animation, et James finit par soupirer, passant une main dans ses cheveux tandis qu'il se tournait soudain vers Ludivine. Elle comprit qu'elle était le sujet de leur discussion quand Nott chuchota quelque chose à James en la montrant furtivement d'un mouvement nonchalant de la main.

Ludivine fronça les sourcils. Que faisait James en compagnie d'Ethan Nott, c'était une première question. Et pourquoi parlaient-ils d'elle, c'en était une autre qui l'intéressait tout autant. Mais son attention fut accaparée par Fred qui se mit à déblatérer des inepties dans le but de déconcentrer Evelyn. Devant cette scène, Liz s'approcha et posa sa main sur le bras du sorcier.

— C'est de la triche, Weasley ! souffla-t-elle.

Je vois que tu as déjà choisi ton camp, Walsh, sourit Fred.

— De nous tous, intervint Evelyn en lançant la balle qui rentra sans difficulté dans un verre plein, tu n'as pas plus impartial.

Fred soupira en voyant qu'Evelyn avait réussi son lancer, ne faisant pas attention au regard de défi qu'elle jetait maintenant à Albus. Liz lâcha le bras de Fred mais ce dernier l'empêcha de s'éloigner en passant un bras autour de ses épaules. Elle le regarda avec surprise, mais il avait visiblement trop bu pour se rendre compte de l'intimité de son geste.

Au lieu de ça, il attrapa le verre qu'il était censé boire et le tendit à Liz qui le regardait maintenant avec suspicion.

Pourquoi je boirais ce verre ?

Parce que je te le propose ? suggéra Fred.

Tu achèterais l'arbitre ? soupçonna Liz avec un faible sourire.

Je pense, ricana Fred, que notre victoire est suffisamment évidente pour que tu ne doutes pas de ma sincérité, Walsh.

Le sourire de Liz se renforça, échangeant un regard avec Ludivine qui lui fit un clin d'œil tandis qu'elle ratait son lancer. Liz attrapa finalement le verre pour en boire quelques gorgées, et un sourire victorieux fendit les lèvres de Fred.

Tu as de nombreuses victoires au compteur, Weasley, lui dit-elle en lui rendant le verre avant de retirer son bras de ses épaules, mais ça n'en est pas une.

On ne réussit pas en commençant par des victoires, lui sourit énigmatiquement Fred.

Liz garda le silence sans le quitter du regard, puis un sourire franchit ses lèvres, doux et amical, avant de retourner à sa place initiale, contre le canapé.

Acca, Evelyn et Ludivine avaient gardé un œil sur eux, et cela se vit dans le nombre de verres qu'il leur restait. Lorsqu'elle dut boire un nouveau verre, Ludivine refusa. Elle avait déjà bu bien plus qu'elle ne se le serait autorisé en temps normal.

Tu abandonnes, Hendell ? demanda Scorpius avec provocation.

Il faut croire qu'elle est plus forte pour nous crier dessus que gagner une partie, ricana Albus sur le même ton.

Je crois que tu as rais…

Scorpius n'eut jamais l'occasion de continuer car il reçut une balle sur la clavicule, lancée par Ludivine qui éclata de rire.

Premier lancer que tu réussis, Lud, sourit Albus.

Je visais le front, rigola-t-elle.

C'est en effet une réussite relative, intervint une voix.

Ludivine eut du mal à réprimer son rire tandis que Rose s'approchait en compagnie de James et William.

Cousine ! s'exclama Albus en la pressant vers lui avant de lui tendre une balle. Montre donc que tous les Weasley-Potter sont excellents.

Rose récupéra la balle qu'elle lança avec aisance dans un verre, éclatant de rire devant l'air défait des trois sorcières.

Ces gènes sont insupportables, marmonna Acca.

Oh, intervint Fred en passant un bras autour des épaules de Rose, ça c'est juste notre Rosie nationale qui réussit tout.

Rose secoua la tête tandis que Acca récupérait une balle et la lançait. Quand celle-ci entra dans un gobelet presque plein d'une liqueur rosâtre, des exclamations de joie et d'indignation résonnèrent en même temps. Tandis qu'Albus et Fred se disputaient pour savoir qui allait boire le verre et qu'Evelyn félicitait Acca, Ludivine observa Rose qui murmurait maintenant quelque chose à l'oreille de Scorpius.

Rose avait posé son regard sur la nuque de Scorpius, y portant sa main pour essuyer quelques gouttes de bièraubeurre qui avaient giclé dans le lancer de Ludivine, et cette dernière vit son meilleur ami tressaillir. Elle vit Scorpius se tendre et ses yeux s'écarquiller de surprise tandis qu'il initiait un mouvement de recul. Il lui fallut quelques secondes pour retrouver une certaine contenance et porter un sourire maladroit à Rose qui le regardait avec surprise.

C'est si visible, dit-on à Ludivine dans un chuchotement.

Lorsqu'elle tourna la tête, Ludivine constata que James s'était approché et s'appuyait maintenant sur le dossier du canapé à côté d'elle. Il la regardait avec précision, un sourire amusé sur les lèvres.

De quoi parles-tu ? marmonna-t-elle.

D'après toi ?

Elle garda le silence, portant de nouveau son regard sur Scorpius qui expirait maintenant avec force en passant une main dans ses cheveux avant de lancer la balle que lui tendait Fred.

Tu dois te tromper, Potter.

C'est toi qui connais ton meilleur ami.

Ludivine reporta son attention sur James et réalisa qu'il lui était particulièrement difficile de soutenir le regard du sorcier. Elle se sentait rougir, ses pensées se mélangeant tandis que des images de la blessure de James se rejouaient dans sa tête. De sa blessure, de son torse, de ce vif d'or qui avait suivi son toucher.

Tu es alcoolisée, Hendell, constata-t-il.

Qu'est-ce que ça peut te faire ?

Ce fut au tour de James de ne rien répondre. Il pinça ses lèvres et elle ne put retenir un rougissement quand elle vit son torse se soulever sous son inspiration. Elle était perturbée et n'arrivait pas à comprendre pourquoi. Depuis quand prenait-elle en compte la respiration de James Potter ? Ludivine sentait le trouble et la panique monter en elle.

Tout va bien ? demanda James en fronçant les sourcils.

J'ai envie de danser ! beugla-t-elle sur un ton paniqué.

Tu veux aller dans…

Avec Scorpius ! s'exclama-t-elle en se tournant vers le concerné.

Incapable de regarder de nouveau James dans les yeux sans rougir, elle s'approcha de Scorpius, lui attrapant le bras pour le tirer vers la piste de danse sans explication.

Ce dernier se laissa faire, expirant de soulagement lorsqu'ils se faufilèrent au milieu des danseurs. À cet instant, Ludivine réalisa qu'elle n'était peut-être pas la seule à être sortie d'une situation embarrassante.

Je ne crois pas t'avoir déjà vu rougir, lui dit-elle.

Lorsque Scorpius lui jeta un regard interdit, elle sut que les insinuations de James étaient vraies.

Merde, marmonna-t-elle, tu en pinces pour Rose Wea...

Scorpius posa précipitamment une main sur sa bouche, la surprenant par sa brusquerie. Mais finalement, un léger sourire se forma sur ses lèvres quand il s'éloigna d'elle.

Ça ne va pas de dire de telles choses devant tant de monde ?

Depuis combien de temps ?

C'est juste de l'attirance, balbutia Scorpius en regardant ailleurs.

Tu ne…

Écoute, lui dit-il fermement, changeons de sujet maintenant, et je ne ferai aucun commentaire sur tes propres rougissements.

Ce fut au tour de Ludivine d'afficher un air interdit alors que Scorpius commençait à sourire.

Qu'en dis-tu, Hendell ?

Scorpius lui tendit une main qu'elle observa avant de soupirer et de l'attraper. Aussitôt, Scorpius la tira à lui, posant une main sur sa hanche pour entamer le rock qui commençait à se jouer.

Ils dansèrent un long moment, se laissant porter par la musique et leur état d'ébriété. Ludivine ne compta pas le nombre d'éclats de rire devant les mouvements de son meilleur ami. Il dansait avec une telle aisance, une telle agilité qu'il lui était impossible de se rendre ridicule, même en essayant. Ludivine, elle, se laissait porter sans arrière-pensée.

Plusieurs fois, elle perdit Scorpius de vue pour le retrouver quelques minutes plus tard. Elle pouvait danser seule ou avec d'autres sorciers dont elle ne parvenait pas à se remémorer le visage, mais peu lui importait. Elle se laissait porter par l'ivresse.

Des mains se baladaient en ce moment sur son bras, et elle ne réagissait pas. L'une des mains la rapprocha d'un corps et elle se laissa faire. Mais lorsque la main remonta contre son ventre, Ludivine s'éloigna avec un regard mauvais pour le sorcier, lui signifiant qu'elle n'était pas intéressée.

Sans s'en rendre compte, elle buta contre une masse solide et voulut s'excuser avant de constater qu'il s'agissait de James. Debout au milieu de la foule de sorciers qui dansaient, il fixait d'un regard assassin son dernier compagnon de danse. Ludivine ressentit de nouveau ce trouble monter en elle.

Désolée, Potter, marmonna-t-elle.

Elle voulut s'éloigner mais James l'en empêcha en attrapant son poignet.

Tu m'évites, constata-t-il d'un ton neutre.

Ludivine ne répondit pas, tentant de s'éloigner de nouveau mais James l'en empêcha. Il soupira, grinçant des dents avant de tirer sur son poignet pour l'emmener avec lui. Elle n'eut pas le temps de protester, elle n'aurait d'ailleurs rien pu faire face à la poigne du sorcier qui l'éloignait déjà de la piste.

Ce ne fut qu'une fois que son dos entra un peu trop abruptement en contact avec la tapisserie d'un mur, qu'elle réalisa qu'il l'avait menée dans une alcôve de la pièce derrière un portrait.

Tu m'évites, répéta ce dernier.

Tu t'accordes trop d'importance, Potter.

Être désagréable était la seule carte qu'elle pouvait jouer pour garder une certaine contenance. Mais lorsqu'il ne répondit pas et qu'elle releva le visage vers lui, elle réalisa qu'il était toujours énervé. Sa mâchoire était crispée et son regard était dur. C'était comme s'il essayait de comprendre quelque chose, mais qu'il n'y arrivait pas.

Finalement, il soupira bruyamment de frustration en passant une main dans ses cheveux.

C'est impossible de savoir comment agir avec toi ! s'exclama-t-il avec colère.

Avec moi ? s'offusqua soudain Ludivine devant l'air agacé du sorcier. Tu penses être plus facile à comprendre, peut-être !

La mâchoire de James se contracta. Pourtant, ses actions ne reflétaient pas sa frustration. Il s'approcha d'elle jusqu'à ne laisser qu'un infime espace entre leurs corps, et elle oublia sa propre irritation. James posa une main sur le mur derrière elle, à hauteur de sa tête, et elle sentit son souffle se couper dans sa gorge. Le regard de James se posa sur son visage, s'attendrissant à mesure qu'il le parcourait, et le cœur de Ludivine eut un loupé. Il était si proche d'elle, leurs corps pouvaient ne faire qu'un. Il ne suffisait pas de grand-chose.

Tu es tellement paradoxale que je ne sais plus quoi oser tenter avec toi, murmura finalement James sans jamais la quitter du regard.

Tu es culotté, Pott…

Mais elle n'eut jamais l'occasion d'aller au bout de sa phrase car James avait réduit l'espace entre eux, portant une main dans sa nuque avant de poser ses lèvres sur les siennes, l'embrassant doucement.

C'était un simple contact des lèvres, mais Ludivine sentit l'émotion la prendre au niveau de la poitrine en réalisant que James Potter l'embrassait. Il la plaqua contre le mur derrière elle tandis qu'il renforçait sa prise dans sa nuque, d'une main chaude et forte, d'une poigne possessive et ferme.

James ne mettait aucune douceur dans ce baiser, c'était comme s'il lâchait une vague d'émotions qu'il avait contenues jusqu'ici. Il n'y mettait aucune réserve, aucune candeur, aucune retenue. C'était un baiser avide, ardent, fougueux. Il libérait un désir réfréné depuis trop longtemps, et Ludivine était submergée.

Plusieurs pensées se bousculèrent dans son esprit. Elle pensa à repousser le sorcier, à rompre ce baiser qui la brûlait de l'intérieur, mais elle en était incapable. Elle n'en avait aucune envie. Au lieu de ça, elle ressentait le besoin de répondre à ce baiser, de se jeter dans les bras de James et ne jamais laisser quoi que ce soit se mettre un jour entre leurs deux corps.

Alors elle attrapa le t-shirt de James de ses poings, s'accrochant à lui comme pour ne pas tomber alors qu'il pressait un peu plus son corps contre le mur. Elle affichait sa propre ardeur, et James perdit presque le contrôle de lui-même devant ce constat.

Aucun des deux sorciers n'avait une idée du temps qu'ils passèrent à s'embrasser. Ludivine était submergée par le flot d'émotions qu'elle ressentait, et James commençait à réaliser son geste. Alors elle lutta pour retenir un gémissement lorsqu'il rompit finalement le contact en s'éloignant d'un pas.

Il posa un regard pénétrant sur Ludivine qui ne savait quoi dire, abasourdie. Puis il passa une main dans ses cheveux en évitant son regard.

Je ne voulais p...

Mais Ludivine l'empêcha de continuer. Prise d'une impulsion soudaine, d'une envie qu'elle ne parvenait pas à réfréner, elle réduisit l'espace qui se trouvait entre eux et posa ses mains dans la nuque de James avant de poser ses lèvres sur les siennes.

Le baiser était à l'initiative de Ludivine, et était beaucoup plus doux que le précédent. Jusqu'à ce que James réponde. Lorsqu'il comprit ce qu'elle venait de faire, il passa un bras puissant autour de sa taille, la plaquant de nouveau contre le mur, avec délicatesse avant qu'il n'approfondisse plus sauvagement son mouvement.

Elle ne réagit pas lorsqu'elle sentit une main encercler son visage. Elle se laissa faire lorsqu'elle sentit son autre main se faufiler sous son t-shirt pour se poser sur sa hanche, attrapant sa peau comme s'il avait besoin de s'y raccrocher pour ne pas sombrer. Elle sentit toutefois sa respiration se couper lorsqu'il colla son corps au sien, et qu'elle se sentit entièrement dominée par la passion de James.

C'était un baiser passionné, et Ludivine fut prise d'un sentiment de plénitude. Et ce sentiment de plénitude fut la dernière chose dont elle se souvint.


Ludivine sentit quelque chose remuer au niveau de son sternum en ouvrant les yeux. Ses yeux mirent plusieurs secondes à s'habituer à la luminosité de la pièce, mais il ne lui en fallut pas plus pour savoir qu'elle n'était pas dans sa chambre. Les rideaux habituellement argentés étaient rouges, et la pièce était bien moins luxueuse, bien plus chaleureuse.

Lorsqu'elle comprit qu'elle était chez Gryffondor, Ludivine se releva si violemment qu'elle faillit en vomir. Elle sentit quelque chose bouger à côté d'elle dans le lit, et elle faillit hurler. Puis elle vit qu'elle était allongée à côté d'une Acca profondément endormie, et Ludivine se sentit de nouveau respirer.

Qu'avait-elle pensé, elle se refusa d'y réfléchir tandis qu'elle sortait du lit ainsi que du dortoir. Il semblait être très tôt car elle ne croisa personne dans la tour de Gryffondor, et encore moins dans les couloirs.

D'un geste mécanique, Ludivine atteignit son dortoir, et se dirigea vers les douches pour en ressortir trente minutes plus tard. Les idées plus claires, elle but la fiole que Scorpius avait posée sur son lit et attrapa le journal à côté.

Et d'un coup, elle se sentit pâlir en lisant les gros titres « Attaque au ministère, le Survivant grièvement blessé ».


[1] Bertolt Brecht

 

End Notes:

Alors, verdict ? J'espère en avoir satisfait quelques-uns, quelques-unes ;)

A très vite !

Ce qui marche et ce qui marque by CamCaz17
Author's Notes:

Hello, j'espère que vous allez bien !

J'espère que tout le monde se porte bien. Je dépose le nouveau chapitre, qui montre où mène le baiser de James et Ludivine. En espérant qu'il vous plaise !

Merci pour votre lecture et les favoris, ça fait chaud au coeur. Mention spéciale à Bigoudie (c'est toujours un énorme plaisir de rencontrer de nouveaux lecteurs!), à Milamila (toujours un soutien royal !) et à Sara1125 (ravie que le chapitre t'ait plu !) !

Bonne lecture !

Chapitre 17 – Ce qui marche et ce qui marque

« C'est arrivé hier soir », lut-elle d'un œil rapide. « Plusieurs sorciers ont attaqué le ministère de la Magie. Selon nos sources présentes sur le terrain, ces sorciers sont connus des forces magiques pour avoir anciennement participé à la guerre aux côtés du Seigneur des Ténèbres. L'attaque, bien différente des précédentes dans son mode opératoire et ses revendications, vient toutefois confirmer nos soupçons : les Mangemorts sont de retour. Heureusement, le Survivant était présent, ainsi que quelques aurors qui auront réussi à contrer l'attaque. »

Ludivine sentit l'inquiétude la gagner tandis qu'elle sautait plusieurs paragraphes.

« L'état du survivant reste incertain et nous attendons des nouvelles de Ste Mangouste où le Chef du Bureau des Aurors a été emmené en urgence. ».

Cette fois-ci, Ludivine sentit l'air se couper dans sa gorge. Son premier réflexe fut de dévaler les escaliers de son dortoir pour foncer dans celui d'Albus et Scorpius.

Ignorant l'odeur d'alcool fermenté qui régnait dans la pièce non éclairée, elle s'agenouilla près du lit d'Albus qu'elle secoua violemment. Paniqué, le sorcier bondit de son lit, tirant sa baguette de sous son oreiller avant d'essayer de comprendre ce qu'il se passait. Ce ne fut qu'une fois qu'il la reconnut qu'il émit une expiration de soulagement.

— Putain, Lud, marmonna-t-il en passant une main dans ses cheveux, que fais-tu ici ?

Elle ne répondit pas, tendant le journal à Albus. Ses yeux s'habituant à la noirceur de la pièce, elle réalisait que le sorcier était torse nu. Pour la première fois, elle se sentit gênée d'observer son meilleur ami tandis que des flashs incompréhensibles de la veille se bousculaient dans son esprit, et elle se demanda depuis quand elle faisait attention à de tels détails.

— Ils ne nous apprennent rien de plus, soupira Albus en lui rendant le journal.

— Tu étais au courant ? demanda-t-elle avec étonnement.

Albus l'observa avec suspicion avant d'approcher son visage d'elle. Devant sa réaction, Ludivine sut qu'elle ignorait une information capitale.

— Tu te souviens de quoi de la soirée d'hier ?

— Pourquoi ça ? demanda-t-elle en remerciant Merlin qu'Albus ne voie pas son rougissement dans le noir.

— La soirée a été interrompue parce qu'Emily Brive a reçu un flash hibou de sa mère, lui expliqua-t-il sans perdre son regard sceptique. Elle lui annonçait que le ministère était attaqué.

Un éclair de lucidité la traversa, se remémorant certaines scènes de la veille. James qui se tenait à quelques centimètres d'elle, la foule qui lui semblait lointaine, le tissu de la tapisserie dans son dos. Et les lèvres de James. Sur les siennes.

Comment avait-elle pu oublier ? Elle revoyait maintenant James rompre leur baiser. Elle le revoyait, haletant, tentant de calmer sa respiration saccadée. Elle se revoyait, hagarde, tentant de réaliser ce qu'il venait de se passer. Elle le revoyait, hésitant, cherchant ses mots, vrillant ses iris noisette sur son visage. Il l'avait regardé avec tellement de tendresse, mais également de confusion. Elle le revoyait, indécis, ouvrant la bouche pour s'exprimer et mettre des mots sur ce qu'ils venaient de partager.

Il avait commencé à parler, avant d'être interrompu par William qui avait posé une main sur son épaule. Il avait posé un regard soupçonneux sur eux tandis que l'expression de James se fermait et qu'elle pinçait ses propres lèvres. Il n'avait cependant fait aucun commentaire sur l'atmosphère chargée.

— Le ministère a été attaqué, avait indiqué William d'un regard appuyé.

Le corps de James s'était tendu avant de suivre William vers le centre de la pièce où Emily Brive lisait la lettre qu'elle avait reçue. Ludivine aurait pu rester plantée au même endroit durant des heures si James n'était pas revenu sur ses pas, l'interrogeant du regard avant d'attraper son poignet pour la tirer au centre.

L'ambiance festive avait disparu. Ludivine avait parcouru les visages inquiets de ses camarades, réunis en cercle. Elle avait ressenti un nouveau sentiment d'insécurité trancher l'air tandis que les derniers mots de Brive expliquaient que plusieurs aurors, dont Harry Potter, étaient emmenés à Ste Mangouste.

Albus avait passé une main dans ses cheveux, lâchant un juron de colère tandis que Lily avait poussé un cri de surprise. Fred s'était dirigé vers elle, l'attrapant par les épaules pour la rassurer tandis qu'à côté de Ludivine, James s'était raidi. Des murmures avaient commencé à s'élever et les images dans son esprit étaient devenues floues.

Elle se souvenait toutefois avoir discrètement posé sa main sur le poignet de James. Ce dernier avait vrillé un regard glacial sur elle, qu'elle aurait pris pour elle s'il n'avait pas porté son autre main sur la sienne, la serrant une seconde avant de se diriger vers sa petite sœur qu'il enserra de ses bras.

— Tu ne te souviens pas ? demanda Albus en la sortant de ses pensées.

— Ça commence à me revenir, marmonna-t-elle.

— Je vais me doucher, lui signala-t-il en se levant. On se retrouve dans la salle commune ensuite si tu veux.

Ludivine hocha la tête et sortit du dortoir, évitant le regard de son meilleur ami. Elle se dirigea vers un canapé dans lequel elle s'enfonça confortablement. Certains flashs de la soirée commençaient effectivement à lui revenir par vague.

Le vif-pong. Albus qui flirte avec Acca. Scorpius qui rougit. Elle qui danse. Le regard froid de James. James qui l'éloigne de la piste. James qui l'embrasse, elle qui l'embrasse.

Elle sentit une vague de chaleur lui monter aux joues et son estomac se tordre d'émotion. C'était de l'envie qu'elle avait ressenti, du désir lorsque James lui avait montré une ardeur et une passion qui l'avaient enivrée. Étourdie au milieu de toutes ces émotions nouvelles qu'elle découvrait, qu'elle réalisait, Ludivine était perdue.

Après tant de temps à côtoyer le sorcier, elle n'avait compris qu'hier ce sentiment qui la prenait depuis un moment à chaque fois qu'il se trouvait trop près d'elle, à chaque fois qu'il avait un geste affectueux envers elle, à chaque fois qu'il posait ses iris noisette sur elle. Elle était attirée par James Potter, et elle était atterrée de cette découverte.

Elle ferma les yeux, se rejouant une nouvelle fois les quelques moments dont elle se souvenait. Elle réalisa qu'elle s'était endormie quand elle sentit des doigts caresser sa joue avec délicatesse.

— Ma Lud, entendit-elle.

Elle sentit quelques gouttes d'eau lui chatouiller le front, alors elle ouvrit les yeux. Albus portait sur elle un regard éveillé et alerte, tandis que Scorpius s'installait dans un fauteuil, les yeux à moitié clos.

— Raconte-moi tout, demanda-t-elle tandis qu'Albus s'installait à côté d'elle.

— Des Mangemorts profitent de l'inquiétude générale pour semer un peu plus la panique, commença-t-il, et certains d'entre eux ont tenté d'attaquer le ministère hier soir.

— Il étaient nombreux ?

— Une petite dizaine, selon Brive et la Gazette, mais ils ont réussi à n'en identifier que trois.

— Ton père est blessé ? osa-t-elle demander.

Le visage d'Albus se ferma aussitôt, et les muscles de son corps se tendirent. Ludivine n'avait pas besoin d'une réponse formulée, voulant simplement s'assurer qu'Albus n'était pas trop affecté, et sa réaction parlait pour lui. Le regard qu'il posa sur elle était inquiet, mortifié.

— On attend de savoir à quel point, se contenta-t-il de répondre.

— Tu es inquiet, constata-t-elle platement.

— Tant que l'on n'a pas plus d'information, je m'efforce de ne pas l'être, répondit-il en haussant les épaules.

Ludivine refusait d'imaginer ce qu'elle ressentirait à sa place. Elle savait toutefois ce dont elle aurait besoin.

— Je suis sûre qu'il va bien, répondit-elle d'un ton qui se voulait rassurant.

— Ce n'est pas la première fois que mon père finit à Ste Mangouste, sourit Albus.

Ludivine lui rendit son sourire. Scorpius, qui était resté silencieux jusque-là, les écoutant les yeux fermés, intervint.

— Les journaux vont remettre les événements des derniers mois sur le dos des Mangemorts, soupira-t-il. Leur discours est bien différent de celui de septembre.

— Tu en es sûr ? demanda Albus.

— La Gazette a déjà commencé, répondit Scorpius en montrant le journal que Ludivine avait reçu, et il est plus simple de remettre la faute sur une menace que l'on a identifiée et déjà battue, c'est plus rassurant pour la population.

— Et qu'est-ce que ça change ? demanda Ludivine.

— Je te laisserai constater par toi-même les regards que l'on me lancera aujourd'hui, argua Scorpius en se levant de son fauteuil.

Ludivine resta silencieuse, fronçant les sourcils tandis qu'Albus et Scorpius se mettaient d'accord pour prendre leur petit-déjeuner dans les cuisines afin d'éviter les curieux.

C'était comme s'ils connaissaient un monde qu'elle ignorait. Les regards curieux en direction des Potter, les regards méfiants en direction des enfants d'anciens partisans. Ludivine avait grandi trop éloignée de ces mœurs pour les comprendre. Elle savait cependant qu'aucun Mangemort n'avait agi depuis des années, et la revendication des sorciers qui avaient attaqué une école maternelle en septembre, proclamant prendre le flambeau des Mangemorts, n'avait pas été prise au sérieux.

Était-il possible qu'on remette en effet tous les récents évènements sur les Mangemorts ? Pouvait-on changer un discours aussi facilement, en assumant certaines choses qui ne faisaient pas sens ? Elle supposait que oui, au regard inquiet d'Albus et Scorpius. Comme ce dernier venait de le dire, n'était-ce pas plus simple pour chacun de croire une absurdité rassurante que la réalité inquiétante ? Ludivine soupira. Elle ne connaissait pas suffisamment la géopolitique magique pour la comprendre.

Les couloirs commençaient à se remplir lorsqu'ils se mirent en chemin, et Ludivine constatait déjà les quelques regards dans leur direction.

— Ça va jaser toute la journée, marmonna-t-elle.

— Ne t'inquiète pas, lui dit Albus, personne n'a attendu cette attaque pour le faire.

Ils s'aperçurent rapidement qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir eu l'idée de se réfugier dans les cuisines. Lily était assise à l'une des tables, en compagnie de ses cousines, Rose et Roxanne. A sa peau métissée, Ludivine supposa qu'il s'agissait de la sœur de Fred, dont elle avait plusieurs fois entendu parler, notamment pour sa langue bien trempée.

Les trois sorcières interrompirent leur discussion lorsqu'ils s'approchèrent, les dévisageant.

— Ne vous gênez pas pour nous, sourit vaguement Albus en passant un bras autour des épaules de Lily.

— Des nouvelles ? demanda cette dernière en touchant sa boucle d'oreille par nervosité.

— Pas de mon côté, répondit Albus en haussant les épaules, peut-être que James en saura plus.

— C'est justement lui qu'on attend, pointa Rose en lisant le journal qu'elle tenait dans ses mains.

— James en sait toujours plus, marmonna Lily en même temps que Rose.

Comme si une pensée venait de lui traverser l'esprit, Lily posa son regard sur Ludivine qui se ferma. C'était la première fois qu'elle avait une quelconque interaction avec la sorcière depuis la fois où elle lui avait aboyé au visage avant de partir en furie, et son entourage lui avait suffisamment souligné l'excès de sa réaction pour qu'elle se sente gênée. Mais il n'y avait aucune animosité dans le regard de Lily qui lui fit un sourire triste, auquel elle répondit avec timidité.

Lily, et vraisemblablement Roxane à la façon dont elle pianotait ses ongles sur le bois de la table, semblaient plus inquiètes qu'Albus. Quant à Rose, son attention était tournée vers l'article de la Gazette, à la recherche d'un quelconque indice supplémentaire.

— Maudite Gazette, vociféra-t-elle, ils ne prennent pas le temps de rassembler tous les éléments avant de les partager.

— Ils veulent juste être les premiers à annoncer la nouvelle, intervint Scorpius.

— Et bien c'est du mauvais journalisme ! siffla Rose en reposant le journal sur la table avant de se tourner vers les trois Serpentard d'un air exaspéré.

Scorpius ne retint pas un sourire amusé, et Ludivine se souvint ! Le geste doux de Rose la veille, le rougissement de Scorpius, son regard paniqué dès qu'il avait réalisé qu'elle avait compris. Comment avait-elle pu oublier ! Scorpius dut comprendre ce qu'il se passait dans sa tête, car il lui jeta un regard préventif, la dissuadant de dire ou faire quoi que ce soit qui pourrait le trahir.

— Cette attente m'exaspère ! s'exclama Lily en tapant le poing sur la table tandis que de la nourriture apparaissait devant eux.

A cet instant, le portrait s'ouvrit, laissant apparaître James et Fred qui avançaient vers eux d'un pas déterminé.

La vision du sorcier troubla Ludivine qui se surprit à vouloir savoir s'il l'avait vue. Elle resta immobile, ne bougeant pas d'un cil tandis qu'il s'approchait. Les sourcils froncés et la mine inquiète, il semblait nerveux.

— Jamie ! s'exclama Lily avec enthousiasme.

Le concerné répondit par un sourire tendre envers sa sœur avant de se tourner vers Rose, ignorant la nourriture qui continuait d'apparaître et Fred qui commençait déjà à se servir.

— Rose, l'interpella-t-il, aurais-tu eu des nouvelles de ta mère ?

— Aucune, soupira Rose, elle ne devrait pas tarder à le faire.

— Des nouvelles de maman ? demanda Albus.

— Elle doit être auprès de papa, grinça James en s'installant sur le banc tandis que Fred remplissait son assiette de muffins, mais on a reçu quelques lignes de la part d'oncle George.

— Il dit que Harry s'en remettra, informa Fred la bouche pleine de haricots blancs. La Gazette a largement exagéré.

Un soulagement parcourut l'ensemble des sorciers. Un juron corsé franchit les lèvres de Rose en direction du journal tandis qu'Albus échangeait un sourire avec Lily. Cette dernière remarqua cependant l'inquiétude de James qui n'avait toujours pas desserré la mâchoire.

— Qu'est-ce qui te tracasse, Jamie ? demanda-t-elle.

Tous les regards se portèrent sur lui, et sa mâchoire se crispa un peu plus à l'idée qu'on devine son inquiétude. Il parcourut silencieusement le visage de chacun jusqu'à poser son regard sur Ludivine. C'était comme s'il remarquait sa présence pour la première fois, et elle se demanda si son cerveau ne lui jouait pas des tours en voyant le regard du sorcier s'adoucir imperceptiblement. Une fois qu'il la remarqua, James ne la quitta plus des yeux.

— Vous avez dû le lire, reprit-il, ce sont des Mangemorts qui ont attaqué.

— Qu'est-ce que ça change ? demanda Albus nonchalamment.

— Ce n'est pas la première fois qu'ils tentent de se reconstituer, compléta Lily en haussant les épaules.

James resta silencieux, toute son attention était portée sur Ludivine, il ne voyait qu'elle. Gênée par l'intensité de son regard, elle détourna les yeux pour les poser sur la première personne qu'elle croisa, Roxanne qui observait silencieusement son cousin. Elle semblait néanmoins comprendre où James voulait en venir.

— Ce n'est pas le ministère qu'ils attaquaient, dit-elle dans un souffle.

— En effet, confirma James, ils avaient une cible bien précise, papa.

— Il a déjà été la cible d'attaques, marmonna Lily qui tentait d'atténuer leurs propos.

— Pas par des Mangemorts depuis au moins dix ans, Lils.

— Ils profitent de la cohue dans le monde sorcier pour poursuivre leur vendetta, intervint Fred.

— Et leur vendetta a pour nom Potter, renchérit James.

Un silence s'installa, et le soulagement partagé auparavant venait de disparaître. Lily se mordit la lèvre tandis qu'Albus passait une main dans ses cheveux.

De son côté, Ludivine ne put s'empêcher de se sentir de trop, contrairement à Scorpius qui restait impassible. Elle était surprise par l'habitude qui se retranscrivait dans leur échange. Discuter des menaces pour leur famille était-il si commun ?

— On a tenté d'aller voir McGo pour en savoir plus, expliqua Fred, mais elle était occupée.

— On a envoyé un courrier à chaque membre de la famille mais seul oncle George nous a répondu pour le moment, compléta James.

— Neville doit bien savoir quelque chose ! s'exclama Rose.

Le regard de James s'illumina et il se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il échangea un regard avec Albus qui hocha la tête avant de se lever, signifiant à tout le monde qu'il allait soudoyer des informations auprès du professeur Slughorn. Quant à James, il fit signe à Fred de se lever. Ils allaient à la recherche de leur directeur de maison.

Ludivine vit les trois sorciers s'éloigner d'un pas résolu, sans autre regard envers elle ou le reste de leur famille, et ses yeux ne quittèrent pas le dos de James. Ce dos qu'il avait tourné sans une pensée pour elle, l'oubliant devant ses problèmes. Elle ne put rester à sa place.

Sans le réaliser, elle avait bondi, se dirigeant d'un pas rapide vers le portrait qui allait se refermer.

— Potter !

Albus n'était déjà plus dans les parages lorsqu'elle mit un pied dans le couloir. Elle vit James s'arrêter et échanger quelques mots avec Fred. Ce dernier sourit avec amusement, portant son regard sur elle un instant avant de s'éloigner. Ce ne fut qu'une fois qu'il changea de couloir que James se tourna vers Ludivine, et elle pouvait sentir sa réticence.

— Peut-on parler plus tard, Hendell ? la pressa-t-il.

Ludivine cacha autant que possible son trouble face à sa distance. Les mains dans les poches, il s'agitait sur ses deux jambes, comme incapable de rester en place. Il était nerveux, mais Ludivine était surtout perturbée par son regard inhabituellement fuyant.

— Je voulais savoir comment tu allais, murmura-t-elle sur un ton hésitant.

— On ne peut mieux ! grinça James avec sarcasme. Hier, je me pensais le roi du monde en franchissant enfin le pas avec la fille qui me plaît et maintenant, je ne suis qu'un adolescent impuissant alors que ma famille est la cible d'une menace vieille d'au moins vingt ans !

Ludivine sentit l'air se couper dans sa gorge, et James sembla réaliser ce qu'il venait de dire car il se figea, fermant les yeux tout en se pinçant l'arête du nez avant de lui jeter un regard en biais. Il n'avait certainement pas prévu de partager de tels sentiments, mais Ludivine ne sut comment les interpréter. Le comportement inhabituel du sorcier, en plus de la confusion qu'elle ressentait depuis qu'elle avait posé son regard sur lui ce matin, renforçait le malaise qui l'habitait.

— Est-ce que je peux faire quelque chose ? demanda-t-elle toutefois, consciente qu'elle ouvrait la porte à un rejet potentiel.

— Pas vraiment, répondit James en haussant les épaules en s'approchant toutefois d'elle, tout ça ne te concerne pas et ce serait égoïste de ma part de t'y impliquer.

A cause d'un simple baiser, il ne l'avait pas dit, mais elle aurait juré l'avoir tout de même entendu. Elle savait qu'il n'y avait pas de mal dans ses propos, mais elle sentait une vague de honte la parcourir. Alors ce fut avec surprise que les prochains mots sortirent.

— On est une équipe, Potter.

— Tu connais mes plus grandes peurs, sourit tristement James en portant un doigt sur sa joue, mais face à elles, je suis seul.

Cette fois-ci, Ludivine se ferma. Le toucher de James ne parvenait pas à compenser la façon dont ses mots la piquèrent à un endroit très particulier. Elle sentait son estomac se contracter, et elle commençait à se demander ce qu'elle faisait ici, à se tourner en ridicule. Il fallait qu'elle y mette un terme.

Elle entendit le portrait s'ouvrir derrière elle, réalisant que leur échange prenait fin alors que James reculait d'un pas, le visage fermé.

— Désolé, Hendell, lui dit-il sur un ton distant, ce n'est juste pas le bon moment.

Pas le bon moment. Parlait-il de cette discussion ou de ce qu'il s'était passé entre eux ? Le sourire d'excuse de James et la façon dont il tourna vivement les talons lui apportèrent une réponse. Ludivine sentait sa poitrine se serrer d'émotion tandis qu'une main chaude se posait sur son épaule, qu'elle reconnut comme celle de Scorpius.

— Scorp, marmonna-t-elle d'une voix étranglée.

— Raconte-moi, murmura-t-il en passant délicatement son bras autour de ses épaules.

— On s'est embrassés, avoua-t-elle d'une voix faible.

Scorpius n'était pas surpris et elle se demanda s'il savait des choses qu'elle ignorait. Elle eut un sourire triste, destiné à elle-même. Face à l'émotion qui la prenait aux tripes devant le comportement distant de James, elle réalisait qu'il y avait certainement beaucoup de choses qu'elle ignorait, même à son propre sujet.

— Ça avait une signification particulière pour toi ? demanda Scorpius avec prudence.

— Je ne sais pas.

C'était un mensonge, et Scorpius eut l'empathie de ne rien dire, de ne faire aucun commentaire. Il posa un regard doux sur elle, la couvant de ses yeux bleus, et Ludivine sentit tout de suite ses muscles se détendre.

— C'est une situation de crise, Lud, lui dit-il doucement.

— Je…, hésita Ludivine avant de finalement murmurer, il m'a ignorée.

— Dans une telle situation, c'est James qui pilote tout, continua Scorpius. Tout ce qui compte à cet instant, c'est de savoir comment va leur père. Il ne faut pas le prendre pour toi. D'autant plus, ajouta-t-il dans un sourire, qu'il avait les yeux rivés sur toi dans les cuisines.

Ludivine pinça les lèvres, silencieuse. Scorpius avait raison, mais elle ne souhaitait pas le reconnaître. Elle ne souhaitait pas non plus essayer de comprendre James. Elle ne se concentrait que sur cette peine étrange qu'elle ressentait.

— Laisse-lui la journée, suggéra-t-il en renforçant le bras qu'il avait passé autour de ses épaules pour la diriger vers leur salle commune, et je suis sûr qu'il reviendra vers toi.

— Tu n'es pas surpris, réalisa-t-elle soudain.

— Je te connais par cœur, sourit Scorpius, je sais reconnaître l'attachement que tu portes à quelqu'un.

Ludivine grogna, ignorant l'éclat de rire de Scorpius. De l'attachement ? Était-ce ce qu'elle ressentait pour James ? Elle n'en savait rien, mais Scorpius la connaissait en effet très bien. Et inversement.

— Depuis quand Rose te plaît-elle ? demanda-t-elle en changeant de sujet.

— Depuis cet été, répondit Scorpius en passant une main dans ses cheveux. On a discuté un soir, durant plusieurs heures. Je lui ai partagé mes peurs : la mort de ma mère, l'emprisonnement de mon père, mon rejet par la société. Et elle m'a écouté sans jamais m'interrompre, même quand j'ai réalisé que je parlais des nouvelles attaques depuis une demi-heure. Je l'ai trouvée si douce.

Un sourire attendri fendit les lèvres de Ludivine. Elle savait en effet que Rose pouvait être cette oreille attentive. Pour un sorcier comme Scorpius, qui avait grandi dans la solitude et qui avait appris à ne jamais exprimer ce qu'il ressentait, elle savait qu'une telle oreille représentait beaucoup. Et il n'avait jamais caché trouver la cousine d'Albus attirante, même s'il ne l'avait jamais dit trop fort pour ne pas subir les foudres de son meilleur ami.

— Tu devrais lui dire ce que tu ressens, lui conseilla-t-elle.

Les joues de Scorpius se teintèrent de rouge à cette idée, et le sourire de Ludivine s'élargit. Il était rare de voir Scorpius Malefoy perdre ses moyens, et cette vision renforça sa conviction que Rose avait dû sacrément le chambouler.

— Lui dire ? répéta-t-il en secouant la tête comme pour chasser cette idée. Tu veux qu'Al me tue ? Tu sais comme il est protecteur envers les filles de sa famille.

— Oui, mais il te fait conf… argumenta Ludivine.

— Hendell, l'apostropha Alina Jones, préfète-en-chef, la directrice te cherche !

Ludivine ne cacha pas sa surprise, cachant sa frustration d'avoir été interrompue. Que lui voulait donc la directrice ? Avaient-ils droit à leur second indice ?

Elle remercia la sorcière avant de commencer à s'éloigner, signalant à Scorpius qu'elle le retrouverait plus tard.

— Et Lud, l'interpella-t-il avec un regard narquois, Albus aussi te connaît par cœur.

Ludivine se sentit rougir devant la remarque implicite. Comme lui, Albus avait compris. Compris quoi, c'était bien ce qu'elle se demandait. La panique la prit à cette réalisation, avant qu'un rire ne franchisse ses lèvres. Avait-elle été aveugle à ce point à son propre comportement ? Elle rougit en s'éloignant d'un pas rapide.

Elle prononça le mot de passe du bureau de la directrice et la gargouille bougea. Ludivine sauta sur la première marche de l'escalier en colimaçon qui commençait à s'élever, et un doute s'installa lorsqu'elle se tint devant la porte, dont provenaient des voix féminines. Un « entrez » s'éleva, la poussant à ouvrir la porte. Mais elle n'aurait jamais pu se préparer à ce qui allait suivre.

— Par Merlin ! s'éleva une voix. Comme disait ton père, j'ai une vraie championne en face de moi !

Les yeux de Ludivine s'écarquillèrent en reconnaissant la voix qui s'adressait à elle. Une voix familière, féminine et élégante. Une voix qui laissait transparaître un accent. Une voix qui l'avait élevée durant tant d'années.

Sans réfléchir une milliseconde de plus, elle se jeta dans les bras ouverts de la sorcière, qui les referma lorsqu'elle s'y nicha.

— Une championne heureuse de voir sa mère, il semblerait, continua-t-elle sur un ton taquin.

Un rire se forma dans la gorge de Ludivine mais il se perdit parmi les larmes qui dévalaient maintenant son visage. Une main délicate vint en essuyer quelques-unes, et Ludivine décida de se détacher et de reculer d'un pas pour observer sa mère qui faisait de même.

— Tu as grandi en quelques mois.

Ludivine ne put retenir un sourire en voyant le regard tendre de sa mère.

Johanne Hendell était encore plus belle qu'elle n'aurait pensé être possible. Elle avait laissé ses longs cheveux châtains dévaler sur ses épaules, son regard brillait d'une malice douce et son sourire était si éclatant que Ludivine avait cru plus jeune que c'était la meilleure arme de sa mère contre les mauvais sorciers.

— Que fais-tu ici ? demanda-t-elle.

— Toujours à en venir au cœur du sujet cependant, sourit Johanne.

Elle échangea un regard amusé avec la directrice McGonagall, dont Ludivine remarqua la présence. Cette dernière lui fit un sourire avant de se diriger silencieusement hors de son bureau.

— Minerva n'a que d'éloges à ton sujet, lui partagea sa mère.

— Que fais-tu ici ? répéta-t-elle en évitant de changer de sujet.

— Je n'ai pas le droit de venir voir ma fille ? s'offusqua faussement sa mère.

— Nous sommes censées nous voir dans dix jours.

Censées, tout était dit dans ce mot. Ludivine l'avait utilisé intentionnellement et la petite lueur qui passa dans le regard de sa mère confirma qu'elle l'avait saisi.

— Tu sais ce qu'on dit avec les services secrets, Ludivine ?

— Qu'ils détruisent les familles ? marmonna-t-elle en fuyant le regard de sa mère pour cacher les larmes qui commençaient à se former.

— Que prévoir est le début du hasard, répondit Johanne d'une voix contrite.

— Raconte-moi, parvint à dire Ludivine dans un souffle.

Le sourire de Johanne se renforça face au ton ferme de sa fille. Il n'était plus possible de mener les discussions comme bon lui semblait, elle en avait conscience. Sa fille ne se laissait plus faire.

— Nous n'avons plus de nouvelles de Rachel depuis cinq jours.

Le cœur de Ludivine se serra subitement. Elle savait que la mère d'Acca était en mission. Qu'elle ne reporte rien durant cinq jours n'était définitivement pas bon signe.

— Où est-elle ?

— En mission, se contenta de répondre sa mère.

Ludivine sentit l'irritation monter. Elle ne pouvait pas faire plus vague ! N'avaient-elles pas déjà franchi ce pas l'été dernier, lorsque Ludivine l'avait accompagnée en mission ? Sa mère dut le comprendre en voyant son regard car elle se résigna à en dire plus.

— Nous avons découvert, commença-t-elle, que le sorcier européen que les aurors ont appréhendé est lié à un réseau que la Coordination connait déjà. Nous y avons donc envoyé quelqu'un pour infiltrer leur réseau.

— Je croyais que les infiltrations, c'était ton rayon, rétorqua Ludivine.

— Il fallait bien qu'un parent rate Noël, sourit tristement Johanne. Rachel est partie pour s'assurer que je n'aie pas à le faire.

Une vague de culpabilité submergea Ludivine, et le sourire doux de sa mère n'atténua rien.

— Rachel a disparu à cause de m…

— Nous sommes des espions, Ludivine, l'interrompit sa mère, nous connaissons nos risques.

Elle savait que sa mère n'avait pas l'énergie de s'apitoyer sur un sort auquel elle ne pouvait rien changer.

— Tu prévois d'aller à sa recherche, n'est-ce pas ?

Johanne se contenta de sourire, et Ludivine retint un soupir. Elle connaissait déjà la réponse. Elle était venue lui dire qu'elles ne passeraient pas Noël ensemble, et son cœur se serra, ne pouvant contrôler ce sentiment d'abandon qui la prenait. Elle aurait souhaité exploser de colère, ou pleurer de caprice, elle qui avait tant attendu de retrouver sa mère. Mais il s'agissait de retrouver celle d'Acca.

— Si tu le souhaites, reprit sa mère, tes grands-parents seront ravis de t'accueillir.

— Et parler français durant deux semaines entières ? geignit Ludivine.

— Tu peux également aller chez les parents de ton père, mais il te faudra cacher ta magie.

— J'ai besoin de m'entraîner, marmonna Ludivine, mais je pourrais rester au château ? suggéra-t-elle.

— Je préférerais, répondit sa mère d'un ton hésitant, que tu ne restes pas seule pour les fêtes. Mais je n'irai pas contre ton choix.

Ludivine hocha la tête mécaniquement et le sourire de sa mère ne faiblit pas.

— Tu pourrais peut-être, reprit-elle avec une malice nouvelle, accepter l'invitation qui t'a été faite.

Ludivine ne cacha pas sa surprise face au regard mystérieux dont sa mère avait le secret. Elle ne demanda pas d'où lui venait cette information, sachant pertinemment qu'elle n'aurait pas de réponse.

Elle ne put cependant s'empêcher de penser que sa mère était belle, d'une patience qui n'avait jamais caractérisé Ludivine, d'une douceur qu'elle n'avait jamais réussi à imiter.

— Je croyais que tu ne les appréciais pas ? demanda-t-elle tandis que Johanne éclatait de rire, feignant la confusion.

— Je ne sais pas d'où te vient cette idée, sourit-elle. J'ai une entière confiance envers les Potter.

Ludivine se mordit la lèvre, retenant la question qui lui trottait dans la tête. Une entière confiance, ce n'était pas peu dire pour Johanne Hendell, et Ludivine ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle les connaissait, d'une façon ou d'une autre. Après tout, comment pouvait-elle être informée de cette invitation ?

Un sentiment d'inconfort la prit soudain. Elle s'était tellement refusée à rencontrer la famille Potter qu'elle ne savait même plus pourquoi elle y était tant opposée. Et à cet instant, face à sa magnifique mère et la pensée d'un James distant et d'un Albus inquiet, Ludivine le savait encore moins.

Devant son hésitation, sa mère la sortit de ses pensées.

— J'ai de nombreux échos de tes performances, lui dit-elle en changeant de sujet, tu en impressionnes plus d'un.

— Je suis bien accompagnée, murmura Ludivine, peu convaincue.

— Je suis fière de ce que tu as accompli jusqu'ici, sourit sa mère, tu le sais j'espère ?

Ludivine hocha la tête tandis qu'un sourire ému fendait ses lèvres et que les larmes lui montaient aux yeux, des larmes qu'elle tenta de retenir. Ludivine faisait tout pour être la meilleure, pour s'approcher de ses objectifs, mais surtout pour rendre sa très chère mère fière. Alors de tels propos, de sa part, représentaient un monde pour elle.

— C'est tout ce qui compte, murmura Ludivine en se réfugiant dans les bras maternels.


Lorsque la directrice revint dans son bureau, Ludivine fit ses au revoir. Elle prit sa mère dans ses bras, lui demandant d'être prudente et de lui revenir au plus tôt. Sa mère essuya ses larmes avec un rire, allégeant légèrement son cœur avant qu'elle ne quitte le bureau.

Ludivine déambula une longue heure dans le château. Perdue dans ses pensées, elle ne fit pas attention au froid qui glaçait ses jambes vêtues d'un simple collant, ni aux sorciers qui murmuraient sur son passage. Elle pensait au sourire éclatant de sa mère, à la réaction d'Acca lorsqu'elle apprendrait la situation, à l'inquiétude qui s'était lue sur les visages de James et Albus, au silence de Scorpius face à la situation stationnaire de sa mère. Il était difficile pour Ludivine de voir le positif à cet instant. Elle se sentait si seule.

Une voix la sortit de ses pensées, s'élevant dans le couloir vide. Elle constata alors que Scorpius était assis sur un banc en compagnie de Liz, et qu'ils s'arrêtèrent de parler en la voyant approcher. Ludivine ne cacha pas sa surprise, tiquant devant l'expression fermée de Scorpius et le sourire chaleureux de Liz.

— Tout va bien, Lud ? demanda-t-elle avec douceur, pliant un parchemin dans sa main.

— Que faites-vous ensemble ? répondit Ludivine avec surprise.

— J'expliquais à Malefoy comment fonctionne la rédaction d'un journal.

Ludivine ne cacha pas son air sceptique, mais choisit de ne pas remettre en cause l'explication de Liz qui, elle le savait, n'était pas capable de mentir.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda Scorpius dans un froncement de sourcils.

Ludivine haussa les épaules, tentant d'afficher un air totalement détaché. Elle savait que ni Liz, ni Scorpius n'était dupe, mais elle espérait qu'ils feraient l'effort de ne rien relever.

— Walsh !

Ludivine se retourna, constatant que Fred approchait d'un pas rapide. James, qui l'accompagnait, se tendit en posant son regard sur Ludivine, et elle supposa qu'il allait tourner les talons lorsque Fred lui attrapa le bras pour le tirer avec lui. Elle ignora le tiraillement qu'elle ressentait dans sa poitrine.

— Walsh, répéta Fred avec un sourire pour Liz, aurais-tu vu Rose ?

— Tout va bien ? demanda Liz.

— Ma tante lui a envoyé une lettre, répondit-il en sortant l'objet de sa poche, et James est à deux doigts d'envahir la vie privée de notre chère cousine.

— Tu devrais demander aux Gryffondor, lui conseilla Liz, elles en sauront plus.

James grommela quelque chose, faisant rougir Liz qui éclata soudain de rire.

— Je suis touchée que tu fasses l'effort de trouver une bonne raison de me parler, sourit-elle.

— James raconte n'importe quoi, marmonna Fred en tentant de calmer son rougissement.

Le concerné jeta un regard moqueur à Fred qui lui mit un coup dans l'épaule tandis que Liz échangeait un regard amusé avec Ludivine avant de se lever du banc.

— Elle doit être à la bibliothèque, suggéra-t-elle, je peux t'accompagner si tu le souhaites.

Fred s'immobilisa, vérifiant que Liz ne se moquait pas de lui. Quand il croisa son regard doux, un sourire fendit ses lèvres et il ouvrit le chemin pour elle avec une révérence.

Scorpius, qui n'avait pas bougé jusqu'ici, jeta un regard à Ludivine et James avant de se lever, le regard fuyant. Il ne chercha même pas à évoquer une excuse, tapotant l'épaule de Ludivine avant de s'éloigner. Elle en aurait rigolé si elle n'était pas si gênée.

Face à elle, James passa une main dans ses cheveux. Il ne semblait pas vouloir être là et Ludivine sentit son cœur se serrer à cette idée. Son sentiment d'abandon, de rejet, semblait se renforcer et elle se détesta d'y être si sensible.

— Tu peux t'en aller, Potter, je ne t'en tiendrai pas rigueur.

— Pourquoi je ferais cela ? demanda James en posant un regard surpris sur Ludivine qui choisit de détourner le sien.

Elle aurait préféré qu'il s'en aille sans poser de questions, incapable de gérer sa relation avec le sorcier alors que toutes ses pensées étaient tournées vers sa mère. N'était-ce d'ailleurs pas son cas, à lui également ?

— Je sais reconnaître une personne qui n'a pas envie d'être là, se contenta-t-elle de répondre nonchalamment.

— Ne dis pas ça, souffla faiblement James.

Ludivine garda le silence, haussant les épaules pour lui signifier qu'elle n'accordait pas d'importance à cette discussion. Ce n'était pas vrai, mais peu importait.

Les rôles s'étaient inversés depuis hier. C'était maintenant James qui l'évitait. Il semblait embarrassé, et Ludivine se demanda s'il regrettait leur baiser.

Immobile, il enfonça un peu plus ses mains dans ses poches, laissant un silence pesant s'installer.

— Les choses ont rapidement changé depuis hier, constata-t-elle d'une voix faible.

— La matinée a été très compliquée, répondit James, et j'essaie de gérer comme je peux. Cette discussion-là, dit-il en faisant un va et vient de la main entre eux, je ne peux pas l'avoir maintenant.

— Tu peux m'embrasser quand tu en ressens l'envie mais en discuter t'est difficile ? demanda Ludivine avec une pointe de frustration qu'elle ne réussit pas à cacher. Qu'est-ce qui a changé depuis hier ?

— Mon père est à l'hôpital, Hendell, soupira James en passant une main dans ses cheveux, je m'inquiète pour ma famille. Tu me connais suffisamment à ce stade pour savoir que rien ne passe avant cela.

Ludivine tenta autant que possible de conserver une expression neutre. Elle comprenait en effet que l'esprit du sorcier était tourné vers d'autres préoccupations, le sien l'était également. Mais avait-il besoin d'être aussi distant ?

Elle se doutait qu'à ses yeux, elle ne devait pas paraître très compréhensive. Mais lui-même ne comprenait pas. Il ne comprenait pas son trouble. Pourquoi se sentait-elle si triste, à l'idée qu'il soit distant avec elle ? Pourquoi se sentait-elle si seule ?

Elle n'était cependant pas surprise de ces incompréhensions. De l'attirance physique et un baiser ne changeaient rien à leur relation, complexe et conflictuelle.

— Je n'aurais jamais dû te sauter dessus, soupira James après un temps de silence.

Ludivine ferma les yeux, assimilant les propos qu'elle aurait préféré ne pas entendre. Elle comprenait finalement cette peur qui s'était installée en elle, celle d'être rejetée. Il regrettait son geste. Et elle regrettait de lui avoir donné les moyens de la blesser, elle qui faisait tout pour éviter qu'on rejette qui elle était et ce qu'elle avait à donner.

— L'alcool fait faire des choses surprenantes, marmonna-t-elle amèrement.

James sembla vouloir parler mais se ravisa, se pinçant les lèvres comme pour s'en empêcher. Son silence voulait cependant tout dire. Il lui confirmait qu'il s'était laissé porter par l'alcool. Après tout, elle ne l'avait jamais vu porter plus d'attention que cela à sa personne avant ce baiser. Elle n'était que son binôme.

Ludivine se sentait saturée, c'en était trop. Elle se fichait de ces événements extérieurs qui venaient chambouler leur relation. Tout ce qu'elle voyait et prenait en compte, c'était ce que le sorcier lui montrait et lui donnait. Et à cet instant, il ne lui donnait et ne lui montrait rien.

— Oublions cette histoire, suggéra-t-elle, comme tu l'as dit, ça n'aurait pas dû arriver.

— Ce n'est pas ce que j'ai dit, protesta James. Loin de là.

— Mais c'est ce que j'en comprends, s'exclama Ludivine en grinçant des dents. L'indécision et le doute, je n'en veux pas !

Elle tenta autant que possible de ne montrer aucune émotion particulière, mais tout son corps parlait pour elle. Elle ne savait plus quoi faire d'elle et de ses pensées. Elle était perdue et cette idée la faisait paniquer. Et ça ne faisait même pas vingt-quatre heures !

James ne semblait cependant pas l'entendre ainsi. Il s'approcha d'elle, ignorant son mouvement indicible de recul, et posa deux doigts sous son menton pour remonter son visage jusqu'à ce que leurs regards se croisent. Celui de James était conflictuel, et il semblait autant perdu qu'elle. Que renvoyait le sien à cet instant ?

— Il n'y a aucun doute ni indécision de mon côté, lui dit-il d'un ton univoque, laisse-moi juste m'assurer que to…

— James ! s'exclama une voix.

James s'interrompit, serrant la mâchoire d'irritation tandis que William arrêtait sa course effrénée à leur niveau. Le temps qu'il reprenne son souffle, Ludivine se détacha de la prise de James, reculant d'un pas. Il voulut l'en empêcher, mais n'en fit rien car William relevait déjà la tête. Jetant plusieurs regards de l'un à l'autre, il dut sentir que quelque chose n'allait pas, mais comme hier, il ne fit aucune remarque, aucune réflexion, reportant son attention sur James.

— McGo te cherche, dit-il. Ils vous ont autorisés à aller voir votre père.

Ludivine vit la surprise s'installer sur les traits de James avant qu'un sourire soulagé ne fende ses lèvres. William lui signifia que Lily et Albus l'attendaient déjà et James hocha la tête, jetant un regard discret à Ludivine. A ce geste, William sourit malicieusement, faisant un signe de tête entendu à son ami avant de s'éloigner.

— Tu devrais retrouver ton frère et ta sœur, dit-elle avant que James ne puisse dire quoi que ce soit.

— Hendell, commença James, je voulais te dir…

— Tu l'as dit, Potter, l'interrompit-elle en reculant d'un pas, chaque chose en son temps.

Ludivine tourna les talons sans jeter un autre regard à James, s'éloignant avant qu'il ne puisse voir les larmes qui se formaient dans ses yeux et qu'elle ne parvenait plus à contrôler.


Plusieurs heures passèrent. Ludivine s'était installée dans un fauteuil près du feu de la salle commune et n'en avait pas bougé. Elle avait observé les flammes dansantes, ressassant la journée qui venait de s'écouler, bloquant de son esprit les événements de la veille, se triturant les méninges à décortiquer chacune des pensées qui la traversaient.

Elle réalisa, au bout d'un moment, qu'elle n'était plus seule. Albus était assis dans le canapé et lisait son livre. Il dut sentir le regard de Ludivine, car il porta son attention sur elle, et le sourire qu'il lui fit lui réchauffa le cœur. Sans réfléchir, elle se précipita dans le canapé, se réfugiant contre lui tandis qu'il passait un bras autour de ses épaules.

— Comment va ton père ? demanda-t-elle.

— Il a connu bien pire, répondit calmement Albus, on s'est inquiétés plus que nécessaire.

Ludivine ne retint pas son sourire, même s'il était caché dans l'épaule d'Albus. Elle était soulagée d'apprendre qu'au moins un parent allait bien. Elle espérait que c'était également le cas de la mère d'Acca.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive, Lud ? demanda Albus doucement.

— Rien de…

— Ne me fais pas l'affront de sous-entendre que je ne te connais pas.

Ludivine pinça les lèvres, retenant un sourire, et l'irritation disparut aussitôt des pupilles d'Albus.

— Ma mère est passée au château, confia-t-elle, la mère d'Acca est portée disparue et elle part à sa recherche.

— Rockwood est au courant ?

— Son père est venu lui annoncer tout à l'heure.

— Elles en reviendront rapidement, la rassura Albus.

— Pas pour Noël, soupira Ludivine.

Albus garda le silence, pensif. Il imaginait la peine de son amie, qui n'osait pas admettre à voix haute que l'éloignement de sa mère lui pesait au quotidien. Il savait à quel point elle attendait de la retrouver. Il savait également qu'elle luttait en ce moment-même pour effacer ce sentiment irrationnel d'être abandonnée.

Il ne put néanmoins retenir un sourire, et elle sut aussitôt ce qui défilait dans sa tête. Elle ne lui laissa pas le temps de réagir.

— Je ne souhaite pas passer Noël dans une autre famille, Al.

— Ma famille est comme ta famille !

— Elle ne me connaît pas !

— Elle n'attend que ça !

Ludivine constata qu'il la fixait d'une lueur étrange, comme s'il pensait chaque mot qu'il venait de prononcer, et que ces mots avaient une signification toute particulière. Un sentiment d'inconfort la fit frissonner, et elle fut prise d'une impulsion soudaine.

— J'ai embrassé James hier soir, lâcha-t-elle dans un souffle.

Albus haussa un sourcil de surprise, mais elle ne lui laissa pas le temps de réagir.

— Si ça peut te rassurer, continua-t-elle, l'alcool l'avait f…

— Impossible, la coupa Albus en se secouant la tête en signe de désaccord, James n'a pas bu d'alcool hier.

— Qu'en sais-tu ? demanda-t-elle avec suspicion.

— Tu le lui as interdit, répondit-il sur le ton de l'évidence, à cause de sa blessure.

Ludivine écarquilla les yeux de surprise. James était-il sobre lorsqu'il l'avait embrassée ? Elle réalisait maintenant qu'il avait failli s'exprimer un peu plus tôt mais s'était ravisé, et cette réalisation lui coupa le souffle. Il l'avait embrassée en toute connaissance de cause.

Albus se pencha vers elle, attrapant ses mains délicatement.

— C'est ce baiser qui te rend si triste ?

— Ton frère m'évite, murmura-t-elle avec une colère qu'elle ne cacha pas.

— C'était une journée compliquée, soupira Albus. James s'est battu pour obtenir des informations concernant l'état de notre père, c'est grâce à lui que nous avons pu aller le voir. Ne prends pas sa distance pour toi.

— Tu penses que je réagis excessivement ? demanda-t-elle avec un pincement au cœur.

— Les Mangemorts sont un sujet important chez nous, Lud, lui expliqua-t-il. Ils ont une vendetta contre notre père et hier, il n'a pas fini à l'hôpital en tant que Chef des Aurors mais en tant que Harry Potter.

Albus se pinça les lèvres. D'un regard, Ludivine lui demanda de continuer, regrettant toutes les fois où elle n'avait pas prêté attention en cours d'histoire de la Magie, ou bien aux discussions autour d'elle. Après un soupir, Albus se lança.

— Lorsque la guerre a pris fin, reprit-il, c'est toute une communauté qu'il a fallu reconstruire. Les aurors ont mis des années à arrêter les sorciers soupçonnés d'avoir soutenu Voldemort. Lorsque les premiers procès ont commencé, on s'est vite rendu compte que les preuves de culpabilité aux yeux de la justice ne se résumaient pas à des témoignages. Il avait fallu des preuves écrites, mais il n'en existait que pour ceux qui avaient intégré le ministère de remplacement. Alors au sortir de la guerre, peu de Mangemorts ont été jugés coupables. Lorsque mon père a compris cela, il a disparu.

Ludivine en avait effectivement entendu parler quelques fois. Marqué par l'inaction de la justice magique, Harry Potter avait disparu après la guerre. Il avait été repéré plusieurs fois, dans différents pays, au Japon, en Russie, en Iran mais également dans plusieurs pays européens, dont la France. Puis un jour, il était revenu, deux ans plus tard, à la surprise de toute la communauté anglaise.

— Lorsqu'il est revenu, mes parents ont rapidement eu James, puis moi. Mon père a monté les échelons chez les aurors en prenant la direction d'une équipe d'intervention pour arrêter les sorciers qui continuaient d'agir au nom de Voldemort. La législation avait changé, attraper un Mangemort sur le fait suffisait. A cette période, il y en avait encore beaucoup qui agissaient.

Albus jeta un regard à Ludivine. Elle l'écoutait avec attention, réalisant qu'elle en savait très peu sur l'histoire des Potter et qu'elle aurait peut-être dû porter plus d'attention au passé de son meilleur ami. Mais à la façon dont il pinça les lèvres, elle sut qu'Albus n'aimait de toute façon pas revenir sur ces événements.

— Lorsque j'avais quatre ans, mon père a été blessé dans une attaque et hospitalisé. La nuit suivante, ils ont attaqué notre maison.

Ludivine afficha une grimace horrifiée. Elle n'osa pas demander ce qu'il s'était passé ce soir-là, Mais Albus la connaissait, alors il répondit à sa question muette.

— Rien de grave ne s'est passé, Lud. Mais, hésita Albus, James a assisté à l'attaque. Ses pouvoirs se sont manifestés pendant que ma mère repoussait les Mangemorts. Elle a été blessée et je sais que cette vision a marqué James.

Ludivine pensa au corps de Lily qui était apparu durant la deuxième épreuve, aux blessures qu'elle avait. Venaient-elles de souvenirs lointains de James ? L'inconfort la prit, et elle pensa aux rues de Paris, au corps blessé de sa mère sur ce canapé familial. Ces images n'avaient jamais quitté son esprit. Elle n'imaginait pas ce que le James de cinq ans avait dû ressentir.

Albus afficha un sourire tandis que Ludivine assimilait tout ce qu'il venait de lui raconter.

— On a tous nos démons, Lud, reprit Albus avec un regard tendre. En ce moment, les pensées de James sont entièrement tournées vers notre famille. Il fait tout pour obtenir les informations qu'on ne nous donne pas. Laisse-lui du temps et il reviendra naturellement vers toi.

— Qu'en sais-tu ?

— Parce qu'il t'adore, sourit Albus comme si c'était une évidence.

Ludivine soupira, s'enfonçant un peu plus dans le canapé. Cette pensée ne la rassurait étrangement pas, quand elle voyait avec quelle facilité James pouvait l'ignorer dès qu'un problème se présentait. Elle se surprenait elle-même, à prendre toutes ces réactions à cœur, elle qui savait habituellement si facilement se détacher des autres.

Elle était de mauvaise foi, elle le savait. Elle aurait réagi de la même manière s'il avait été question de sa famille. Mais elle s'en fichait. Elle avait besoin de se rassurer, de se protéger. Et le plus simple était encore d'en vouloir au sorcier plutôt que d'essayer de le comprendre.

Il y avait cependant une lueur dans le regard d'Albus qu'elle ne parvenait pas à identifier. Alors elle posa la question qui lui brûlait les lèvres.

— Ça ne te dérange pas ? se surprit-elle à demander.

Voilà une discussion qu'ils n'avaient jamais eue. Pourquoi l'auraient-ils eue, Ludivine ne réalisait qu'aujourd'hui que ses sentiments envers James avaient évolué. Evolué vers quoi d'ailleurs, elle n'était pas prête à y réfléchir.

Un sourire amusé fendit les lèvres d'Albus qui s'approcha d'elle, attrapant une mèche de cheveux qu'il replaça derrière son oreille.

— Personne ne t'aimera comme moi je t'aime, Lud, chuchota-t-il, peu importe le type d'amour dont on parle. Alors je te soutiendrai dans tout ce qui te rend heureuse.

— Ça ne me rend pas très heureuse en ce moment, admit-elle à mi-voix.

Ludivine sentit les larmes lui monter aux yeux, et elle ne savait pas si cela était dû à la déclaration d'Albus ou la réalisation que le comportement distant de James, après l'avoir embrassée avec ce qu'elle avait assimilé à de la passion, la blessait. Et bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé.

— Comme je te l'ai dit, sourit tendrement Albus en attrapant sa main, laisse-lui du temps.

Ludivine hocha la tête. Tant de pensées se bousculaient dans sa tête qu'elle était incapable d'en faire le tri. Elle savait qu'elle n'était pas une fille parmi d'autres pour James. Elle était sa partenaire, la sorcière qu'il estimait et qu'il élevait à sa hauteur, qu'il respectait. Et peut-être que c'était finalement ce qui l'inquiétait le plus, que ces nouveaux sentiments, peu importe leur signification, ne dévalorisent l'image qu'il avait d'elle. Considérait-il qu'elle n'en valait plus le coup ? Peut-être bien.


Un peu plus tard, Albus accompagna Ludivine retrouver Acca. Ils la trouvèrent grâce à la carte, près de la cabane de Hagrid. Elle était perdue dans ses pensées, et lorsque son regard croisa celui de Ludivine, elle fonça dans ses bras. Aucune larme ne coula, aucun mot ne fut prononcé, mais ils restèrent ainsi tous les trois un long moment.

Lorsqu'Albus porta une main maladroite sur l'épaule d'Acca, la serrant légèrement pour montrer son soutien, cette dernière releva la tête, les yeux brillants, et fit un sourire mince à Albus. Au sourire qu'il lui rendit, Ludivine sut que son meilleur ami était attendri. Elle savait également qu'ils partageaient une peine qu'ils connaissaient tous les deux. D'un regard, elle remercia Albus de soutenir Acca, mais la posture du sorcier lui indiqua qu'il ne s'était aucunement forcé.

Plusieurs jours passèrent, durant lesquels Ludivine s'isola sans réellement s'en rendre compte.

Alors que les fêtes approchaient à grands pas, l'ambiance était particulièrement morose au château. À la suite de la dernière attaque, le ministère avait partagé la possibilité d'instaurer un couvre-feu durant les fêtes, sur tout le territoire anglais. Toutes les activités extra-scolaires avaient été reportées à la rentrée, de la chorale aux matchs. La troisième épreuve était potentiellement décalée d'un ou deux mois. Personne dans le château n'avait réellement une idée de ce qu'il se tramait à l'extérieur et nombre d'élèves était inquiet à l'idée de retourner chez elle.

Pour Ludivine, cela n'avait pas d'importance. Elle ne retournait, de toute façon, pas chez elle. Elle n'avait reçu aucune nouvelle de sa mère, depuis son départ quelques jours plus tôt, et elle savait qu'elle n'en aurait qu'une fois rentrée. Tout ce qu'elle pouvait faire en attendant était de s'inquiéter.

Il avait été décidé, après de nombreuses discussions avec Albus et Scorpius qui avaient usé de tous les stratagèmes imaginables pour l'en convaincre, que Ludivine passerait Noël chez les Potter. Tous ses prétextes pour ne pas venir avaient été rejetés : que les parents d'Albus étaient prévenus tardivement, que la situation était gênante, qu'il n'y aurait pas de place pour elle. Albus n'avait rien voulu entendre, et Ludivine avait cédé. Tout simplement parce qu'elle n'avait pas souhaité se retrouver seule.

C'était le principal sujet de discussion que Ludivine avait partagé avec ses deux amis ces derniers jours car ils n'avaient passé que peu de temps ensemble. Albus s'était réfugié dans les airs, accusant le coup suite à l'annulation des matchs et le potentiel report des auditions de Flaquemare.

Scorpius, lui, avait étrangement passé beaucoup de temps avec Liz, échangeant des messes basses que personne n'aurait pu deviner tant ils étaient précautionneux qu'on ne les entende pas. Si Ludivine avait suffisamment fait attention à eux, elle aurait été suspicieuse devant ce soudain rapprochement.

Acca avait été autorisée à retourner quelques jours chez elle, aux États-Unis et Ludivine ne l'avait pas vue depuis deux jours. Quant à Evelyn, elle avait également trouvé refuge sur le terrain, renforçant le jeu de ses poursuiveurs chaque jour, sans répit.

Ludivine ne s'était pas résolue, lorsqu'elles avaient passé une soirée ensemble, à leur raconter le baiser. Face à Acca qui restait silencieuse, et Evelyn qui fulminait à l'idée de devoir passer quelques jours chez les Nott, elle n'en avait pas eu le cœur. Cela n'avait pas empêché Evelyn de lui jeter plusieurs regards interrogateurs, qu'elle avait fuis autant que possible.

Enfin, James n'était jamais revenu terminer leur discussion. Les septième année avaient dû gérer une salve d'examens juste avant les vacances, et le sorcier s'était entièrement concentré sur ceux-ci. Elle n'avait jamais fait de pas vers lui non plus.

Au milieu de tout cela, Ludivine s'était sentie seule. Mais la solitude ne l'avait pas dérangée. Elle l'avait même rassurée dans cette cohue de mauvaises nouvelles, elle lui avait permis de faire ce qu'elle faisait de mieux, se protéger.

Alors elle avait mis de côté James Potter, avait tenté d'oublier la disparition de Rachel et le départ de sa mère, et s'était concentrée sur la médicomagie. Ses objectifs ne lui semblaient pas difficiles à atteindre si elle y mettait tous ses efforts. C'était une pensée qui la rassurait et la motivait.

Pour cette raison, elle avait un grand sourire sur les lèvres en quittant la bibliothèque après une matinée entière passée à étudier les sortilèges de bandage.

— Hendell !

Ludivine reconnut sans difficulté la voix de James qui avançait vers elle d'un pas trottinant. Curieuse de savoir ce qu'il lui voulait, elle le regarda s'approcher jusqu'à se retrouver à quelques pas d'elle.

Le visage fermé, elle attendit qu'il s'exprime. Elle était surprise, mais ne le montrerait certainement pas.

— Je t'ai cherchée dans tout le château, sourit-il malgré une prudence qu'elle décela.

— Et tu m'as trouvée, répondit-t-elle placidement.

James remarqua facilement son air distant. Il approcha d'un nouveau pas mais s'arrêta en voyant le mouvement de recul imperceptible de la sorcière.

— Albus m'a annoncé que tu passais Noël avec nous, continua-t-il sur le même ton.

Ludivine hocha la tête, et le petit sourire de James se renforça. Sans le réaliser, elle sentit une certaine irritation l'atteindre. Que lui voulait-il donc, à lui parler et lui sourire comme si de rien n'était ?

— Je suis désolé que tu ne passes pas Noël avec ta mère, dit-il d'un ton plus doux, je sais que tu attendais de la retrouver avec impatience.

— Je m'en remettrai, se contenta-t-elle de répondre d'une petite voix.

L'attention de James adoucit Ludivine qui sentait une vague de fragilité l'atteindre. Il avait appris à bien la connaître, c'était indéniable, et il savait quoi lui dire. Elle se força, cependant, à garder une distance avec le Gryffondor qui semblait l'analyser. Il ouvrit la bouche pour s'exprimer mais se ravisa.

— Es-tu venu uniquement pour me dire ça ?

— Je…

James hésita. Il tenta d'attraper son regard, souhaitant comprendre son état d'esprit avant de continuer. Ludivine n'était pas froide, mais n'était pas non plus ouverte à la discussion.

Alors il s'approcha doucement, ignorant sa réticence. Il s'approcha jusqu'à poser ses mains sur ses épaules, et Ludivine se raidit aussitôt. La main droite de James effleura sa nuque jusqu'à ce qu'il ne pose deux doigts sous son menton pour lui relever le visage.

Leurs regards se croisèrent, et Ludivine lut de la perplexité dans celui de James. Ils étaient si proches, que l'électricité qui avait existé entre eux lorsqu'ils s'étaient embrassés menaçait de réapparaître. Mais Ludivine ne pensait qu'à une chose, avoir la fin de son explication.

— Je suis désolé de ne pas être venu te retrouver plus tôt, murmura-t-il.

— Pourquoi ne l'as-tu pas fait ? osa-t-elle demander.

— Je… hésita-t-il de nouveau, j'avais besoin de remettre de l'ordre dans ma tête. Concernant mon père. Concernant les examens. Te concernant.

James fuit instinctivement son regard avant de le reporter de nouveau sur elle. Silencieuse, elle ne savait pas quoi répondre devant l'hésitation et le malaise évident de James. Il était si rare de le voir comme ça.

— Et qu'en as-tu conclu, Potter ?

— Que je ne souhaite pas oublier.

Ludivine accusa le coup. Il faisait référence à leur dernière discussion et la suggestion de Ludivine d'oublier le baiser. Prise d'un moment de panique, elle se dégagea de l'emprise du sorcier, reculant d'un pas. Rien que ce geste lui permit de retrouver une certaine contenance. Le regard de James, cependant, s'alluma d'une assurance retrouvée.

— C'est ce que je suis venu te dire, répéta-t-il avec fermeté, que je ne souhaite pas oublier ce qu'il s'est passé.

— Et bien moi, je préférerais, répondit-elle en croisant les bras.

Le regard de Ludivine était dur, aucune émotion ne pouvait se lire sur son visage. James hésita à parler, mais se ravisa en la voyant plonger un regard déterminé vers lui.

— J'ai passé des années à ériger des barrières très hautes pour ne pas être blessée par les autres, Potter, dit-elle d'une voix douce mais ferme.

— Je sais que tu…

— Ce qui signifie, continua-t-elle sur le même ton en l'ignorant, qu'il est très difficile de m'atteindre. Je rejette et ensuite je réfléchis, j'ai toujours fonctionné comme ça et ne l'ai jamais regretté. Mais toi, tu as réussi à passer au-delà et je ne pense pas être prête à l'accepter encore.

James secoua la tête. Il s'approcha de nouveau d'elle, ignorant sa posture fermée, son immobilité. Pourtant, lorsqu'il tenta d'attraper sa main et qu'elle l'éloigna de sa portée, il n'insista pas.

— Je sais que tu as peur, lui dit-il avec douceur, mais je ne joue pas avec toi.

— Je ne joue pas non plus, répondit Ludivine avec un léger sourire, mais je ne suis pas prête à m'ouvrir à toi. J'ai mis du temps à te faire confiance et à accepter l'idée de confier ma vie à mon binôme, à mon partenaire. Je ne crois pas être prête à te confier davantage.

Ludivine y avait longuement réfléchi. Peut-être avait-elle été naïve de ne réaliser que maintenant son attirance pour James. Cette attirance physique qu'elle avait ressentie lorsqu'elle l'avait soigné, les menant à s'embrasser le soir-même. C'était allé trop vite pour elle qui n'avait jamais su s'ouvrir à une autre personne qu'à ses amis de longue date.

Et les événements du lendemain, la distance de James qui se préoccupait du bien-être de sa famille, la solitude de Ludivine en voyant sa mère partir une nouvelle fois avec la vive hypothèse de peut-être ne jamais la revoir, lui avaient confirmé que tout allait trop vite. Ils avaient bien d'autres choses dont ils devaient se préoccuper. Pour le moment, elle avait encore trop peur d'être abandonnée pour confier cette part d'elle au sorcier.

Face à elle, le visage de James se ferma. Elle tenta d'ignorer l'éclair qui passa dans son regard. Il contenait une colère nouvelle en reculant d'un pas, passant une main dans ses cheveux. Puis il soupira de résignation.

— Tu n'es pas une sorcière facile, dit-il avec fatalisme.

— C'est ce qui te plaît en moi, osa-t-elle murmurer avec un léger sourire que James renvoya en miroir.

— Je dois bien le reconnaître, souffla-t-il en posant un regard doux sur elle.

— Tu comprends, n'est-ce pas ?

— Et bien, soupira-t-il, je ne m'attendais pas à ce que tu me sautes dans les bras, ça c'est une certitude. Que tu répondes à mon baiser m'a déjà beaucoup surpris.

Ludivine eut un petit sourire, que James lui renvoya une nouvelle fois. Leur complicité était toujours présente.

— Mais je comprends, continua-t-il. J'ai passé ces quatre dernières années à concentrer tous mes efforts dans le Quidditch et ma magie. Je n'ai jamais oublié de m'amuser - et j'ai toujours eu du choix, ajouta-t-il d'un sourire carnassier - mais je n'y ai jamais accordé plus de pensées que cela. Mes priorités ont toujours été autres.

Pour la troisième fois, James tenta de s'approcher. Elle ne fit aucun mouvement, de rejet ou d'acceptation, et James était déterminé. Il réduisit l'espace entre eux, jouant avec une mèche de ses cheveux avant de la passer derrière son oreille et de poser un regard doux sur elle. Leurs visages ne se tenaient plus qu'à quelques centimètres, et Ludivine sentit une bouffée de chaleur monter en elle.

— Moi non plus, je n'avais pas prévu que mes sentiments envers toi évoluent autant, continua James. Je pensais encore moins que tu me renverrais un millième de ces sentiments, et peut-être que ce baiser n'était qu'un mouvement dirigé par l'alcool pour toi, mais ce n'était pas mon cas. Je pensais gérer la situation, jusqu'à ce que j'apprenne que des sorciers s'en étaient pris à ma famille.

Ludivine pouvait voir qu'il s'exprimait sans filtre, lui avouant explicitement qu'il tenait à elle. Il semblait tiraillé mais savait parfaitement ce qu'il voulait, ce qu'il était prêt à donner. James avait fait ses choix.

— Je ne veux pas m'amuser avec toi, ce que tu as à donner est beaucoup trop précieux. Mais je quitte Poudlard dans six mois et j'ai besoin d'être entièrement concentré sur mon objectif. Je suis ambitieux, mes objectifs passent avant tout. Et j'aurais peur de te faire souffrir en chemin.

James soupira. Il semblait résigné.

— Je dois me concentrer sur mon objectif, conclut-il pour elle autant que pour lui-même.

Ludivine repensa à la licorne qui avait reculé devant l'ambition de James. Elle avait reculé de peur que l'ambition du sorcier ne soit trop grande et ne la mette en danger. Ce trait de James, Ludivine le connaissait très bien, alors elle n'était pas surprise par son discours. Et il fallait qu'elle se préserve, qu'elle recule également. Au fond d'elle, elle ressentait un certain soulagement face à la tournure de cette discussion. Faire un pas en arrière, reculer avant d'être blessée, Ludivine savait faire.

— On fonctionnait bien jusqu'ici, répondit-elle avec un apaisement nouveau, alors gardons ce qui marche et gagnons ce concours, Potter. Pour toi comme pour moi, il n'y a que cet objectif qui compte.

James vrilla ses iris noisette sur Ludivine, parcourant chaque parcelle de son visage, et elle y lut l'indécision, le combat qui se jouait entre ses pensées. Il voulait refuser sa proposition, tout en sachant que c'était la seule issue de son discours.

— Gardons ce qui marche, murmura-t-il d'un ton hésitant en caressant la joue de Ludivine.

Il semblait avoir tranché, car il se pencha vers elle sans prévenir, posant ses lèvres sur les siennes. Un baiser d'une douceur qui fit palpiter le cœur de Ludivine. C'était comme s'il avait peur de la brusquer, de la faire fuir avec trop d'ardeur. Mais il n'en était rien. Ludivine sentit une vague de plaisir monter en elle. Sans le réaliser, elle se mit sur la pointe des pieds, encerclant le cou de James de ses bras tandis que ce dernier passait un bras autour de sa taille. Le corps de James, large et chaud contre le sien, était étrangement rassurant. Une nouvelle fois, ils s'accrochaient l'un à l'autre.

Ce baiser, doux et profond, se prolongea avant qu'ils ne se détachent. Ludivine sentit ses joues chauffer, fuyant le regard de James sous la gêne. Mais lorsqu'elle posa finalement ses yeux sur lui, elle constata qu'il souriait, d'un sourire amusé et malicieux.

— Je comprends nos raisons à chacun, murmura James en caressant une dernière fois sa joue, mais à mes yeux, ça, dit-il en faisant un mouvement de bras entre eux, c'est une chose qui pourrait marcher.

Ludivine resta silencieuse, un sourire doux sur les lèvres. Elle était apaisée. Apaisée de savoir que le sorcier tenait tout de même à elle, apaisée de savoir qu'ils étaient sur la même longueur d'onde. Ils souhaitaient simplement réaliser leurs rêves, et elle préférait que les choses se passent ainsi.

Ludivine était une sorcière ambitieuse, alors leur décision lui semblait indéniablement la plus cohérente. Ils n'ouvraient aucune porte, mais n'en fermaient aucune également. Au sourire affectueux que lui fit James et au sentiment qui la prit à la poitrine, elle savait qu'ils n'en fermaient définitivement aucune.

 

End Notes:

Et voici ! On rencontre enfin la mère de Ludivine :) 

Prochain chapitre, Ludivine chez les Potter !

D'ici-là, prenez soin de vous.

Direction confiance et sérénité by CamCaz17
Author's Notes:

Hello ! Désolée pour cette absence d'un mois, je n'ai pas vu les semaines passer et je ne réalise que maintenant que je n'avais pas posté le nouveau chapitre !

J'ai eu des retours mitigés sur le dernier chapitre, ce dont je me doutais haha mais j'espère me rattraper avec celui-ci, que j'ai eu du mal à écrire mais dont je suis très contente.

Merci à tous de suivre cette histoire, avec mention spéciale pour Sara1125, Cernunnos, Milamila et Lilou menthe pour vos reviews si complètes ! Le chapitre est publié en coup de vent mais je vous réponds d'ici vendredi, promis !

Bonne lecture !

Chapitre 18 – Direction confiance et sérénité

Lorsque l'heure arriva pour les élèves de Poudlard de retourner chez eux pour dix jours, Ludivine monta dans le train le cœur lourd. Pour la première fois en six années, elle ne retournait pas auprès de sa mère. Non, elle allait passer les fêtes dans la famille d'un autre, et cette situation lui pesait.

Albus avait dû le comprendre, car il avait posé un baiser furtif dans ses cheveux pour lui dire bonjour le matin du départ, lui montrant son soutien par ce geste. Scorpius avait dû le sentir, car il lui avait préparé le petit-déjeuner, lui avait porté sa valise et l'avait aidée à se couvrir, lui facilitant autant que possible le départ. Acca, Liz et Evelyn avaient dû le savoir, car elles avaient insisté pour que le trajet se fasse entre filles.

Ludivine observait silencieusement le paysage défiler à toute allure. Elle n'avait fait que s'inquiéter ces derniers jours. Sa mère était partie à la recherche de Rachel. La mission d'infiltration se transformait en exfiltration, et devenait de ce fait extrêmement dangereuse. Allait-elle retrouver Rachel vivante, c'était une première question. Allaient-elles toutes les deux en sortir vivantes, c'était une deuxième question.

Ludivine avait l'impression que le danger n'avait jamais été aussi proche, que le risque de ne pas revoir sa mère n'avait jamais été aussi grand.

Le trajet se fit dans les rires, c'était exactement ce dont elle avait besoin. Lorsque Scorpius entra dans le wagon, quelques heures après le départ, et salua individuellement chaque sorcière pour leur souhaiter de très belles fêtes, le cœur de Ludivine se remplit d'une chaleur particulière. Lorsqu'il laissa la place à Albus qui sourit à l'assemblée en leur proposant de venir passer deux jours chez lui durant les vacances, l'émotion la prit à la gorge.

Alors qu'elle observait les quelques personnes à qui elle faisait entièrement confiance, rigoler ensemble et se respecter, Ludivine était reconnaissante de l'amitié qui l'entourait, du soutien dont elle était l'objet.

Finalement, ils arrivèrent à la gare de Londres King's Cross. Sur le quai, le professeur Neville, accompagné de sa fille, les attendait pour les emmener chez les Potter. Contrairement à la mère de Ludivine qui venait toujours la chercher en voiture, il utilisa la magie pour quitter la gare. Ainsi, elle sentit son estomac se retourner avant que ses pieds ne retrouvent contact avec le sol. Un sol bétonné face à un manoir qui lui coupa le souffle.

Oh, Ludivine avait déjà vu le manoir Malefoy. Majestueux, derrière ses grilles métalliques et entouré d'une forêt s'étendant à des kilomètres, il respirait des siècles d'histoire. Le manoir des Potter n'avait pas cette même aura d'ancienneté mais il s'en dégageait une luminosité qui respirait un confort inégalé.

Ludivine n'avait connu que son petit appartement londonien, discret et qui passait inaperçu, parfait car il était semblable à tous les autres. Alors la singularité de ces maisons anciennes et imposantes l'impressionnait toujours.

Ça l'était cependant moins que de se trouver face à Ginny Potter. Lorsqu'elle pénétra dans la cuisine, une femme à la chevelure flamboyante leva le visage vers elle. Le sourire chaleureux et l'excitation qu'elle retranscrivit par une tape de ses mains rassurèrent aussitôt Ludivine. Ginny Potter semblait l'avoir attendue et se réjouissait de sa venue.

— Ludivine Hendell ! s'exclama-t-elle en s'approchant avec un grand sourire avant de poser ses deux mains sur les épaules de Ludivine, quel plaisir d'enfin te rencontrer !

— Maman, ma