Miss Elizabeth ! by Juliette54
Summary:

 

UA. Si James et Lily s’étaient rencontrés un siècle plus tôt. 1875. 

Après quatre années de recherche, le Livre des Admissions a été retrouvé. Les Nés-Moldus peuvent enfin être conviés à Poudlard pour apprendre à maîtriser leur magie. Mais n’est-ce pas trop tard pour Lily Evans ? Surtout si Fleamont et Euphémia Potter s’en mêlent.

« Miss Elizabeth, que… 

- Je m’appelle Lily, insista-t-elle. Lily ! LILY ! fit-elle en élevant la voix. »

- En voilà des manières ! s’outra la femme. Vous allez réveiller James en criant de la sorte. Voulez-vous baisser d’un ton ! »


Categories: Univers Alternatifs, Jily (James/Lily) Characters: Autre personnage, Famille Potter, James Potter, Lily Evans
Genres: Amitié
Langue: Français
Warnings: Lime
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 26 Completed: Oui Word count: 76754 Read: 14945 Published: 19/06/2020 Updated: 23/03/2021

1. Chapitre 1 : Le Grand Livre de Poudlard by Juliette54

2. Chapitre 2 : Lily Evans by Juliette54

3. Chapitre 3 : Direction Londres by Juliette54

4. Chapitre 4 : Le Chemin de Traverse by Juliette54

5. Chapitre 5 : L'Atelier by Juliette54

6. Chapitre 6 : Une matinée mouvementée by Juliette54

7. Chapitre 7 : Une étude colorée by Juliette54

8. Chapitre 8 : Drôle de soirée by Juliette54

9. Chapitre 9 : Deuxième journée by Juliette54

10. Chapitre 10 : La famille de Lily Evans by Juliette54

11. Chapitre 11 : Des noisettes pour Halloween by Juliette54

12. Chapitre 12 : Lire by Juliette54

13. Chapitre 13 : Les Maraudeurs by Juliette54

14. Chapitre 14 : Noël by Juliette54

15. Chapitre 15 : Sorcière sauvage by Juliette54

16. Chapitre 16 : Le bal du nouvel an by Juliette54

17. Chapitre 17 : Fils à papa by Juliette54

18. Chapitre 18 : Je marche ! by Juliette54

19. Chapitre 19 : Maty et Tomy by Juliette54

20. Chapitre 20 : Deux ans et demi plus tard by Juliette54

21. Chapitre 21 : Pour vous remercier by Juliette54

22. Chapitre 22 : BUSES by Juliette54

23. Chapitre 23 : Ô Lily ! by Juliette54

24. Chapitre 24 : Rentrée à Poudlard by Juliette54

25. Chapitre 25 : Les filles de Gryffondor by Juliette54

26. Chapitre 26 : Escapade éternelle by Juliette54

Chapitre 1 : Le Grand Livre de Poudlard by Juliette54

 

Chapitre 1 : Le Grand Livre de Poudlard

 

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Août 1875,

 

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« Le Grand Livre de Poudlard a été retrouvé ! Le Grand Livre de Poudlard a été retrouvé ! Achetez la Gazette du Sorcier ! Le…

 

-Passe-moi en un, petit, lui demanda aimablement le sorcier.

 

-Ça fera trois Noises, M’sieur ! fit le gamin en tendant la main. »

 

Le sorcier le paya et prit le journal. En première page, la photo du directeur de Poudlard, Albus Dumbledore, tenait un immense ouvrage ouvert devant lui. Fleamont Potter tourna les pages jusqu’à l’article qui développait cette annonce que tous les sorciers avaient aux lèvres.

 

LE GRAND LIVRE DE POUDLARD A ETE RETROUVE !

 

Il y a près de quatre ans, alors que le vénérable Albus Dumbledore, Directeur de l’Ecole de Sorcellerie Poudlard, se rendait dans la tour la plus haute de l’ancestral château afin de récupérer comme chaque année, les noms des nouveaux élèves pour l’année 1871-1872, un homme caché sous une cape d’invisibilité sortait de sa cachette. Cet homme, que l’on sait aujourd’hui être Lucifer McNair, a immobilisé par derrière le Directeur, a subtilisé l’inestimable ouvrage, ainsi que la plume qui l’accompagne, puis s’est échappé dans des circonstances encore inconnues. Aujourd’hui, 31 août 1875, le livre et la plume viennent d’être retrouvés par la brigade d’Aurors chargée de l’affaire.

 

Le Grand Livre de Poudlard, que l’on nomme aussi le Livre des Admissions, ainsi que la plume, que l’on nomme la Plume d’Acceptation, rappelons-le, permettent au Directeur de Poudlard d’obtenir une liste complète (ni plus, ni moins) des élèves pouvant entrer dans la célèbre école écossaise. Sans le Livre des Admissions et la Plume d’Acceptation, le Directeur avait dû procéder à un recensement des sorciers grâce au ministère en se basant sur l’origine des parents. De nombreux ratés ont eu lieu, puisqu’une bonne vingtaine de Cracmols se sont vu renvoyés par le Choixpeau, à peine leur rêve de magie avait-il commencé.

 

Mais de nombreuses absences ont aussi eue lieu… On ne compte pas moins d’une quinzaine d’enfants Nés-Moldus ayant manqué leur première, deuxième, troisième voire l’une d’entre eux la quatrième année à l’école de Sorcellerie. Ces derniers sont d’ores et déjà appelés à venir s’inscrire pour l’année à venir. Cependant, comment peut-on penser rattraper tant en si peu de temps ? Le Professeur McGonagall, Professeur de Métamorphose au Collège Poudlard, nous assure qu’une classe spéciale va être ouverte pour ces Nés-Moldus qui viennent de voir leur vie basculer. Ces derniers…

 

Fleamont Potter replia le journal, le rangea dans la poche intérieure de sa cape de sorcier et ne réfléchit pas deux secondes avant de transplaner devant Poudlard, afin de demander audience à Albus Dumbledore.

 

La foule devant le château l’aurait arrêté dans ses démarches en d’autres circonstances. Mais il s’agissait de son fils, et il aurait bravé n’importe quoi pour James.

 

Il laissa les journalistes tambouriner à la grille et se glissa dans la boutique Honeydukes de Pré-au-Lard. Là, le plus discrètement possible, il se faufila dans la réserve et emprunta le passage secret menant directement au château. Il laissa la sorcière borgne derrière lui, et monta les étages déserts jusqu’au bureau du Directeur. Albus ne pouvait pas lui refuser cela. Il avait promis de tout faire pour aider James.

 

Il leva le poing, et cogna contre la lourde porte.

 

Ladite porte s’ouvrit en grinçant quelques secondes plus tard, révélant le vénérable sorcier en tenue de nuit.

 

« Fleamont Potter, soupira Albus Dumbledore en lui faisant signe d’entrer depuis le centre de la pièce. Je m’attendais à votre visite.

 

-Quel est son nom ? Elle pourrait…

 

-Je sais ce que vous voulez, Fleamont, mais je doute que ce soit une bonne idée, soupira à nouveau le directeur sans baisser le regard. »

 

Après un silence durant lequel chacun essayait de convaincre l’autre, Fleamont Potter reprit la parole.

 

« Cette élève née-moldue ne pourra jamais rattraper quatre années d’étude de la sorcellerie, c’est impossible. A moins qu’elle soit surdouée, nuança Fleamont avec scepticisme. Mais elle pourrait tenir compagnie à James et apprendre plus à son rythme, avec lui, cette année. Il…

 

-Fleamont, j’ai été voir cette élève, le coupa Albus avec abattement. Elle n’a pas à rattraper quatre années de sorcellerie seulement. 

 

-Que voulez-vous dire ? s’enquit Fleamont perplexe. »

 

Albus le regarda en fronçant les sourcils à travers ses lunettes en demi-lune.

 

« Elle travaille dans les mines.

 

-Ce n’est pas un problème, fit-il en balayant l’air d’un revers de main. Mon épouse et moi l’embaucherons comme dame de compagnie pour James.

 

-Elle n’a jamais été à l’école, elle ne sait point lire, elle ne sait point écrire, précisa-t-il en fermant les yeux. Si seulement elle était entrée dès ses onze ans à Poudlard, nous aurions pu y faire quelque chose, mais à présent qu’elle a quinze ans… Ecoutez Fleamont…

 

-Cela ne fait rien, se ressaisit-il. Nous lui…

 

-Elle n’a pas très bien pris le fait d’être sorcière. Elle s’est mise à crier qu’on lui racontait des histoires, qu’on l’avait droguée, que les vapeurs de la mine avaient dû la rendre folle. Elle a frappé Minerva jusqu’à ce qu’elle transplane, finit-il en fermant les yeux. Tout ceci est de ma faute, le Livre, la Plume si seulement… fit-il dans un soupir sous la culpabilité.

 

-Ce n’est pas votre faute, Albus, reprit-il aussitôt. Donnez-moi son nom, et laissez une chance à James de ne pas devenir fou et à cette petite d’apprendre à maîtriser sa magie avant qu’un drame n’arrive. »

 

Albus le fixa de son regard intense un peu trop longtemps pour qu’il soit tranquille, puis abdiqua.

 

« Lily Evans, elle habite à Carbone-les-Mines, dans la banlieue du Durham. »

End Notes:

(C'est juste le début hein, un genre de prologue. Lily arrive au prochain chapitre ! Elle sera pas très conventionnelle, on va dire. Bref. ça changera un peu ! bonne soirée !)

Chapitre 2 : Lily Evans by Juliette54

 

Chapitre 2 : Lily Evans

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Fleamont quitta aussitôt le château et transplana chez lui. Sans un mot pour son épouse de peur de lui faire une fausse joie, il se rendit directement à la remise pour prendre un balai, une carte et une boussole. Il fixa le tout à son balai et décolla.

 

Direction Durham. Le trajet lui pris sûrement dix bonnes heures, mais il s’agissait de James, et Fleamont Potter faisait tout ce qui était en son pouvoir pour permettre à son fils de guérir. Il arriva vers dix-neuf heures à destination. Il posa le pied dans une ruelle peu fréquentée et rangea son balai dans sa sacoche soumise à un sortilège d’Extension Indétectable. Il ôta sa cape et transforma sa robe de sorcier en pantalon.

 

« Excusez-moi, demanda-t-il à un jeune homme à l’air fort aimable. Pourriez-vous m’indiquer la direction de Carbone-les-Mines ? »

 

L’autre le regarda suspicieusement avant de lui désigner la gauche.

 

« Faut suivre la grand’route, pis tourner à droite là-bas. Pis après zy êtes, fit-il en le détaillant des pieds à la tête. »

 

Fleamont le remercia d’un hochement de tête et remonta la rue, perdu dans ses pensées. C’était ce qu’il fallait à James. Une jeune sorcière avec lui toute la journée, capable de partager des jeux avec lui, de lui faire la lecture (une fois qu’elle aurait appris à lire), bref une camarade, une jeune fille de compagnie. La solution était toute trouvée pour qu’il ne soit pas seul lorsque ses amis retourneraient à Poudlard. C’était déjà une situation assez pénible. Il ne fallait surtout pas qu’il soit en plus, seul toute la journée.

 

Des cris d’enfants le tirèrent de ses pensées et il remarqua la fin de la rue après un parc de jeu. Il tourna à droite et un haut le cœur le prit. Ce n’était pas des maisons. C’étaient des vieilles bicoques qui tenaient plus de ruines insalubres plutôt que d’habitation. Il avait tendance à oublier que de tels quartiers existaient en vivant à la campagne dans un petit village sorcier.

 

Il s’approcha des gosses.

 

« Petit ! s’exclama-t-il vers l’un d’eux. Viens ! »

 

Le gamin s’approcha de lui en se mettant le doigt dans le nez. Il regarda se qui coulait au bout de son doigt et le mit dans sa bouche sous la grimace de Fleamont.

 

« Saurais-tu où je pourrais trouver Lily Evans, par hasard ? demanda-t-il tout de même. »

 

Le gamin ne fit même pas mine d’avoir entendu et tendit la main devant lui. Fleamont sortit la petite pièce moldue qui trainait dans sa poche.

 

« Où ? répéta-t-il. »

 

Il s’était fait avoir une fois. Pas deux.

 

« J’vous zemmène M’sieur, fit-il en lui attrapant la manche. »

 

Fleamont se laissa tirer dans le dédale des ruelles sales. Les gens tournaient le regard sur son passage, et il essaya de ne pas y faire attention. Il entendait des chuchotements et cela ne le rassurait pas.

 

« C’est là, au troisième, lui fit le gamin en tendant la main.

 

-Merci gamin, souffla-t-il en faisant face à l’immeuble insalubre. »

 

Il lança la pièce au môme qui détala aussitôt.

 

« Fous l’camp ! Casse-toi ! gueula une voix d’homme derrière la porte.

 

-T’as pas l’droit ! T’as pas l’droit, Bryan ! T’as pas l’droit… gémit la voix de femme en pleurant.

 

-J’ai tous les droits, salope ! J’t’avais dit… »

 

Fleamont se décida à ouvrir la porte et à monter les escaliers. Arrivé au troisième, il se retint difficilement de tirer sa baguette. La femme se tenait recroquevillée sur elle-même alors qu’un grand type baraqué lui flaquait des coups de pieds dans le ventre et dans le dos.

 

« Monsieur ! s’écria-t-il à la place. »

 

Le type au nez cassé s’arrêta de frapper la femme pour se tourner vers lui. La fille gémit puis se mit à cracher du sang.

 

« Vous aussi vous-z-en voulez ? fit-il en faisant craquer ses phalanges.

 

-Puis-je parler à Lily Evans, s’il vous plaît ? fit-il simplement en jetant un coup d’œil à la femme au sol qui se tordait de douleur. »

 

Elle semblait sur le point de vomir, et c’est exactement ce qu’elle fit la seconde d’après.

 

« J’vous la laisse, fit-il en ricanant en désignant la femme du menton. Faites-en c’que vous voulez.

 

-Bryan… gémit la femme en avançant une main désespérée vers lui.

 

-Bas les pattes, cracha-t-il en lui flaquant un dernier coup de pied. »

 

Il rentra dans sa chambre puis claqua la porte derrière lui.

 

Fleamont pinça les lèvres. Bon. Il ne s’était pas attendu à cela. Il hésita un instant, puis se rappela que James avait besoin de compagnie pour l’année à venir.

 

« Vous êtes Lily Evans ? demanda-t-il poliment en tirant un mouchoir de sa poche pour le tendre à la jeune fille. »

 

Elle le regarda d’un air suspicieux, lui arracha le morceau de tissu des mains puis se redressa en grimaçant.

 

« Et vous, vous êtes un autre de ces timbrés ? fit-elle abruptement en s’essuyant la bouche.

 

-Je suis un sorcier, comme vous, précisa-t-il avec douceur en sortant sa baguette. »

 

Il agita négligemment la main pour faire disparaître la vomissure puis vint s’asseoir à côté d’elle sur les marches de l’escalier mangé par les vers. La gamine regardait l’endroit qu’il venait de nettoyer avec fascination.

 

« Je m’appelle Fleamont Potter. Il a sûrement dû vous arriver des choses étranges, depuis que vous êtes petite, Miss Evans, reprit-il doucement pour ne pas la brusquer.

 

-Hum, fit-elle en haussant les épaules.

 

-Ce n’est pas une tare d’être sorcier, vous savez. Et puis, reprit-il parce qu’elle ne disait rien, il y a même une école de sorcellerie en Grande-Bretagne.

 

-Poudlard, marmonna-t-elle comme une incantation en regardant ses doigts qui se trituraient.

 

-C’est cela, oui, se rassura-t-il. Il y a malheureusement eu un petit incident, il y a quatre ans. Et Le Grand Livre qui recense les noms de tous les sorciers a été volé. Il vient seulement d’être retrouvé par les Aurors, des détectives sorciers, précisa-t-il sous son sourcil arqué. Et nous avons découvert votre prénom dans ce livre. Mais le Professeur McGonagall vous l’a déjà expliqué.

 

-La vieille chouette ? Ouais, grimaça-t-elle en faisant craquer ses poignets.

 

-Mon fils aussi la surnomme ainsi, s’amusa-t-il.

 

-Ah, commenta-t-elle platement en se tortillant. »

 

Fleamont attendit, cherchant comment aborder le sujet.

 

« Vous n’aimeriez pas apprendre à maîtriser votre magie ? lui demanda-t-il finalement.

 

-Bryan veut pas, fit-elle de but en blanc. »

 

Il cligna des yeux. Depuis quand laissait-on des Moldus empêcher leurs enfants sorciers d’aller étudier à Poudlard ?

 

« Il me semble qu’il vient de vous mettre à la porte, se permit-il. »

 

Il regretta son indiscrétion lorsqu’il vit ses poings blanchir sous la colère.

 

« Et puis j’en ai pas besoin, je sais déjà faire de la magie, grinça-t-elle en ouvrant doucement son poing. »

 

A l’intérieur, une petite pâquerette se mit à onduler, comme si elle poussait dans la main de la jeune fille. Puis elle attrapa la tige entre son index et son pouce, souffla dessus. Comme par magie, les petits pétales blancs s’envolèrent, telles les graines d’un pissenlit. Puis ils se rassemblèrent devant leurs yeux pour former un soleil.

 

« J’ai pas besoin d’apprendre, j’ai appris toute seule, précisa-t-elle en reniflant.

 

-Vous ne voulez pas apprendre à vous servir d’une baguette ? Vous ne voulez pas apprendre les sortilèges des vieux grimoires ? s’étonna-t-il.

 

-Pas besoin. Et puis lire, ça remplit pas ton assiette, fit-elle en haussant les épaules.

 

-Vous savez, il n’y a pas que la magie. Il y a tout un monde de la magie, avec une population sorcière, des habitations magiques, et même des objets magiques.

 

-Comme ? demanda-t-elle.

 

-Comme les balais volants, par exemple, dit-il en pensant douloureusement à James. »

 

Ses yeux pétillants lui apprirent qu’il avait gagné la partie.

 

« Les balais volants existent vraiment ? s’émerveilla-t-elle.

 

-C’est exact, confirma-t-il avec un sourire amusé. »

 

Elle sourit dans le vide.

 

« Ecoutez, Miss Evans, j’ai une proposition à vous faire. Mon fils, James, a des problèmes de santé, et il ne pourra donc pas retourner à Poudlard l’année prochaine. Je lui cherche une dame de compagnie afin qu’il ne s’ennuie pas pour l’année à venir sans ses amis. En lisant la Gazette, le journal des sorciers, tout à l’heure, j’ai tout de suite pensé à vous. En effet, James recevra l’enseignement d’un professeur à domicile cette année afin de pouvoir passer ses examens de Poudlard et retourner à l’école lorsqu’il sera guéri. Si vous acceptiez de venir habiter chez nous, de tenir compagnie à James la journée, nous vous hébergerions et nous vous permettrions d’apprendre à pratiquer un peu mieux la magie avec un professeur qualifié. Lorsque vous saurez lire, vous pourrez même faire la lecture à James et…

 

-Lire, ça sert à rien, le coupa-t-elle. »

 

Il cligna des yeux, peu habitué à ce qu’on remette en question ses propos et surtout à ce qu’on refuse de s’instruire.

 

« Comment voulez-vous maîtriser votre magie sans lire les grimoires ? Apprendre à lire ne sera pas négociable, Miss Evans, la prévint-il. »

 

Il s’était juré de tout essayer pour la convaincre, mais si la première étape la rebutait à ce point, ce n’était pas la peine.

 

Il la regarda réfléchir. Elle semblait réellement peser le pour et le contre.

 

« Et combien vous me payerez pour être « dame de compagnie » de votre fils ? demanda-t-elle finalement. »

 

Son audace l’amusa. Il lui proposait déjà le couvert et l’instruction, mais non, elle voulait une pièce en plus.

 

« Disons un Gallion par semaine en plus du logement, du couvert, du linge et de l’instruction, proposa-t-il quand même.

 

-C’est quoi, ça, un Gallion ?

 

-C’est la plus grosse pièce de la monnaie sorcière, lui apprit-il en souriant.

 

-Je suppose que vous savez pas ça fait combien en argent normal, fit-elle.

 

-En argent moldu ? Aucune idée, avoua-t-il. »

 

Il s’attendait à la voir refuser lorsqu’elle se leva.

 

« Vous habitez loin d’ici ? demanda-t-elle en enfouissant ses mains dans les poches de sa robe.

 

-Assez. Il faut prendre le balai pendant une demi-journée. »

 

Elle pinça les lèvres et malgré son jeune âge, elle avait le même que James, il remarqua qu’elle devait souvent être soucieuse puisque des rides creusaient déjà son front. Elle entortilla ses doigts dans la couture de sa poche.

 

« Je pourrais pas rentrer ici alors, en conclut-elle. »

 

La grimace qu’il lui répondit la fit hocher la tête.

 

« Faut faire quoi quand on est dame de compagnie ? demanda-t-elle en s’appuyant contre le mur. 

 

-Vous devez tenir compagnie à James. Rester avec lui la journée, jouer aux jeux qu’il veut, lui faire la lecture, étudier avec lui… Faire tout ce qu’il veut en somme, fit-il à présent rassuré.

 

-Je suis pas une putain, moi, hein, répliqua-t-elle aussitôt en croisant les bras sur sa poitrine.

 

-Comment ? s’étonna-t-il en secouant la tête. Bien sûr que non ! Tout ce qu’il veut sauf en ce qui concerne ce sujet, la rassura-t-il aussitôt. »

 

Comment pouvait-on penser aussitôt à ça à quinze ans ?

 

« Dernière condition, exigea-t-elle.

 

-Je vous écoute, fit-il avec un sourire amusé.

 

-On peut y aller en balai ? fit-elle, lui permettant de remarquer les plus beaux yeux verts du monde dans ce visage malingre. »

Et Fleamont sut qu’elle s’entendrait très bien avec James.

Chapitre 3 : Direction Londres by Juliette54

 

Chapitre 3 : Direction Londres

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« Avez-vous un sac à faire ? demanda Fleamont en jetant un coup d’œil à la porte de l’appartement dont elle venait de se faire virer. »

 

Miss Evans opina du chef en carrant les épaules. Elle s’approcha de la porte en se frictionnant les mains.

 

« Attendez, lui proposa-t-il en sortant sa baguette. Alohomora ! lança-t-il en tapotant la poignée du bout de sa baguette. »

 

Un déclic plus tard, il poussait la porte vers l’intérieur pour pouvoir entrer.

 

« Qu’est-ce !... s’écria le Moldu au nez cassé, mais Fleamont le pétrifia d’un autre coup de baguette. »

 

Il vit la jeune sorcière plaquer ses mains sur sa bouche en se cachant derrière lui. Puis, comme il n’y avait plus aucun bruit, elle sortit de sa cachette pour s’approcher du Moldu.

 

« Il est mort ? demanda-t-elle avec inquiétude.

 

-Non, seulement pétrifié, l’informa-t-il en se traitant mentalement d’idiot. Il est tout à fait conscient de ce qui se passe, mais dès que j’aurai lancé le contre-sort, il se réveillera, sans souvenir. »

 

Elle s’approcha de lui en sursautant lorsqu’un fracas retentit chez la famille d’à côté. Du bout du pied, elle testa ses dires en appuyant sur le gros ventre de l’homme. Puis elle lui donna un premier coup de pied, suivi d’une flopée d’autres.

 

« Et ça c’est pour Maggy ! cria-t-elle finalement après une longue liste. »

 

Le Moldu saignait du nez et commençait à devenir bleu, mais Fleamont ne pouvait décemment pas arrêter la jeune fille, après le passage à tabac qu’elle avait subi tout à l’heure. A la place, il regarda son environnement. Une table carrée dans un coin de la pièce, entourée de deux bancs et une chaise. Une armoire bancale à côté de la fenêtre. Un lit deux places dans un coin, un autre à barreaux à côté. Il se pencha pour découvrir deux bébés endormis. L’un devait avoir deux ans, l’autre pas le double. Est-ce que… Ce n’était tout de même pas les enfants de la fille ? Non, elle avait quinze ans, elle ne pouvait pas avoir un enfant de quatre ans.

 

Il la regarda tirer un torchon du meuble pour l’étaler sur la table. Elle posa dessus une robe moldue pliée négligemment, quelques sous-vêtements et une paire de vieilles bottes qu’elle avait tirée de sous le grand lit. Du meuble, elle sortit une écuelle et une cuillère en bois qu’elle plaça sur la maigre pile d’habits. Elle ouvrit un meuble bas dont elle sortit un morceau de savon qu’elle coupa en deux à l’aide d’un couteau de cuisine. Intrigué, il faillit lui demander ce qu’elle comptait en faire, mais il eut sa réponse lorsqu’elle l’enfonça dans un gobelet en fer blanc qui alla rejoindre ses affaires. Elle souleva alors le meuble pour en tirer une boîte en bois qu’elle posa aussi sur la table.

 

Puis elle s’approcha du lit à barreau. Les enfants dormaient encore, sourds à l’agitation. Elle se pencha vers le lit avec le couteau de cuisine. Un instant, il crut qu’elle allait les égorger, mais elle attrapa une mèche de cheveux du plus petit des enfants et prit l’unique chaussette de l’autre. Elle fourra les mèches dans la chaussette, qu’elle posa sur le tas d’affaires. Rapprochant les coins du torchon, elle en fit un baluchon dont elle serra assez fort le nœud pour qu’il ne puisse pas s’ouvrir.

 

Puis elle retourna auprès des enfants.

 

« Tatie Lily reviendra un jour grâce à la magie, chuchota-t-elle suffisamment fort pour que Fleamont l’entende. Et ce jour-là, elle vous offrira une belle vie toute douce, c’est promis. Tatie Lily t’aime Maty, fit-elle à la petite en lui embrassant le front. Elle t’aime aussi Tomy, dit-elle en embrassant le plus grand. »

 

Elle resta penchée sur les deux enfants assez longtemps pour que Fleamont se sente mal à l’aise et s’éloigne afin de la laisser un moment avec sa nièce et son neveu. Il ne voulait pas l’arracher à sa famille, mais il pensait surtout à James, à cet instant. Et puis, le Moldu, Bryan apparemment, l’avait mise à la porte, donc Miss Evans aurait de toute façon dû dire au revoir aux deux petits. Ceci ne l’empêcha pas de se sentir un instant coupable surtout lorsqu’il crut entendre des sanglots derrière lui.

 

Mais quelques secondes plus tard, elle était là, sans aucune trace sur son visage témoignant d’un quelconque chagrin. Il l’aurait plutôt comparée à James avant un match de Quidditch : déterminée à gagner.

 

« Où est le balai ? demanda-t-elle en tenant son baluchon devant elle.

 

-Dans mon sac, fit-il en indiquant sa sacoche. »

 

Il reçut un regard dubitatif en retour.

 

« Elle est soumise à un sortilège d’Extension Indétectable, lui souffla-t-il avec un sourire en coin. Nous décollerons dans la ruelle où je suis arrivé tout à l’heure, vous me suivez ? lui proposa-t-il en lui tendant son bras. »

 

Elle le regarda bizarrement puis lui désigna l’étroit escalier abrupt d’un geste de la main. Fleamont retint un juron. Il avait l’habitude du grand escalier du ministère lorsqu’il allait à Londres, ou de celui de chez lui.

 

Il agita sa baguette pour réveiller le moldu qu’on entendit grogner puis se retourna pour descendre les marches avec prudence. Une fois en bas, il se demanda comment on pouvait monter toute ces marches toute l’année sans les dégringoler au moins une fois par semaine.

 

Le froid mordant de l’air du soir le frappa de plein fouet. Il faisait encore assez jour pour qu’il puisse voir les limites du quartier, cependant, les recoins sombres semblaient grouiller d’ombres pleines de mauvaises intentions. Aussi, il tendit son bras à Miss Evans, qui l’ignora superbement pour passer devant lui. Il la rattrapa en deux enjambées et n’insista pas. Peut-être que les Moldus ne se prenaient pas par le bras après tout.

 

« Mais c’est la Lily, fit une voix de femme moqueusement derrière eux. »

 

 Ils se retournèrent d’un même mouvement.

 

« Ça y est, tu vas faire la putain dans l’beau monde maintenant qu’Bryan t’a mise à la porte ? continua la femme, une maigrichonne à tête de souris.

 

-J’vais être dame de compagnie, Kate, répliqua Miss Evans avec une fierté évidente.

 

-C’est l’beau nom qu’ils donnent pour fille de joie ? s’amusa méchamment un homme trapu au nez cassé.

 

-Chui pas une pute ! s’écria Miss Evans en fourrant son baluchon dans les mains de Fleamont pour remonter ses manches.

 

-Nan, t’es une sorcière, tout l’monde le sait, reprit la femme à tête de souris. C’est moi qu’ai mis en garde tes vieux.

 

-Ils ont fini par te foutre dehors quand Pétu s’est barrée avec un flic, fit une autre fille avec une voix grinçante.

 

-T’l’avais ensorcelée pour qu’elle dégage. T’as toujours été jalouse des autres, Evans, fit un autre homme. »

 

Fleamont remarqua bien qu’ils se faisaient encercler par les mauvaises langues. Les sorciers dans les villages de Moldus devenaient toujours les boucs émissaires.

 

« Venez Miss Evans, dépêchons-nous, l’incita-t-il en attrapant son coude.

 

-Miss Evans ? T’es pas une d’moiselle, Lily. T’es qu’une moins qu’rien qui fricote avec les démons, cracha la femme à tête de souris.

 

-C’est pas vrai ! s’écria-t-elle en faisant un pas en avant.

 

-T’as rendu Bryan barjot avec…

 

-C’est pas vrai ! C’est pas vrai ! C’est pas vrai ! s’écria-t-elle. »

 

Fleamont la vit prendre appui sur ses jambes pour s’élancer contre ses détracteurs, mais ils étaient beaucoup trop nombreux à présent et il ne tenait pas à sortir sa baguette devant autant de gens. Néanmoins, il ne savait pas comment faire sans en venir à cette extrémité. Il plongea la main dans sa poche et sans faiblir, la tira.

 

« Cofundo ! s’écria-t-il en projeta un filet de lumière tout autour d’eux. »

 

Il attrapa le bras de la jeune fille, et transplana dans la ruelle où il avait atterri. Il l’entendit vomir distinctement.

 

« Qu’est-ce que vous m’avez fait ? s’écria-t-elle. Où est mon baluchon ? 

 

-Nous avons transplané, c’est-à-dire nous…

 

-MON BALUCHON ? cria-t-elle avant de vomir à nouveau.

 

-Il est dans ma sacoche, fit Fleamont d’une voix contrariée. Et je vous prierai de me parler sur un…

 

-C’est toute ma vie, là-dedans ! Vous pouvez pas comprendre ! Rendez-le-moi ! éructa-t-elle en essayant de lui arracher son sac.

 

-Mais calmez-vous enfin ! hallucina-t-il. Vous ne pouvez pas le garder dans vos mains en balai ! »

 

Elle ferma les yeux comme si elle était épuisée puis se détourna de lui. Ses épaules tremblaient tellement qu’elle aurait dû sangloter. Mais maintenant qu’il avait quelques informations sur sa famille et la manière dont les habitants de son quartier la traitaient, il ne s’étonnait pas qu’elle ne sût plus montrer de faiblesse en public.

 

« Ecoutez, reprit-il. Je peux vous ramenez chez vos parents si vous…

 

-J’en ai pas, répliqua-t-elle aussitôt en se retournant brusquement vers lui. »

 

Pour peu, elle aurait peur de les voir.

 

« Vous êtes toujours sûre de vouloir venir travailler chez moi ? redemanda-t-il malgré lui. »

 

Il voulait vraiment qu’elle vienne égailler les journées de James. Mais elle semblait si… Si sauvage et indomptable qu’il ne savait plus si c’était une bonne idée. Euphémia en deviendrait folle, et James… Peut-être qu’elle épuiserait James si elle criait souvent comme elle venait de le faire. Il la regarda avec inquiétude en la voyant baisser la tête.

 

« Je vous ai fait peur, hein, fit-elle en donnant un coup de pied dans un caillou imaginaire.

 

-Un peu, avoua-t-il. Je ne pensais pas qu’il y avait encore des sorciers et des sorcières qui se faisaient lyncher par des Moldus de nos jours, préféra-t-il nuancer. »

 

Elle releva le visage vers lui avec tant d’espoir dans ses grands yeux verts qu’il eut l’impression d’avoir pouvoir de vie ou de mort sur elle.

 

« Vous voulez quand même bien m’prendre alors ? souffla-t-elle sans y croire.

 

-Bien sûr, se força-t-il à affirmer avec légèreté. Mais il va falloir établir quelques règles de conduite, sommes-nous d’accord ? »

 

Elle hocha la tête avec un sourire ravageur.

 

« D’abord, il ne faut pas crier à l’Atelier.

 

-L’Atelier ? demanda-t-elle.

 

-C’est le nom de la Maison des Potter, lui expliqua-t-il posément. Mon fils James est malade, et il a besoin de calme, lui précisa-t-il alors qu’elle hochait la tête en fronçant les sourcils comme l’enfant à qui il avait l’impression de parler. Ensuite, nous devons vous trouver une robe de sorcière, vous entrez dans le monde de la sorcellerie après tout.

 

-J’ai pas de sou pour en acheter, prévint-elle en rougissant.

 

-Ce sera votre uniforme de travail, il est normal que je vous en fournisse une, fit-il avec un sourire rassurant. Il vous faudra aussi une baguette, que vous me rembourserez plus tard, précisa-t-il en la voyant ouvrir la bouche. La magie se pratique avec une baguette en Grande-Bretagne. James vous prêtera ses manuels des années précédentes pour que vous puissiez rattraper votre retard. Pour ce qui est du reste, mon épouse vous en donnera les autres détails. Je crois que nous avons fait le tour.

 

-Je crois, oui, accepta-t-elle en cessant de froncer ses sourcils.

 

-Prête pour un baptême de l’air en règle ?

 

-Prête, fit-elle avec un air concentré. »

 

Fleamont ouvrit son sac et en tira le balai sous le regard ébahi et ravi de Miss Evans. Il le posa au sol, s’écria « debout ! », l’enjamba et tendit la main à la jeune fille. Elle s’installa derrière lui.

 

« N’hésitez pas à bien vous tenir à moi, sinon, vous risqueriez de finir dans la Tamise. Nous devons faire un détour par Londres.

 

-Londres ! s’écria-t-elle avec ravissement alors qu’il donnait un coup de pied au sol. »

 

Il l’entendit rire aux éclats lorsqu’ils prirent de la hauteur. Si Fleamont Potter ne s’était jamais vraiment soucié des autres, entendre rire avec tant d’insouciance une gamine qui semblait avoir vécu les pires des misères le rendait heureux. 

End Notes:

(J'espère que la suite te plaît aussi Ayli !)

Chapitre 4 : Le Chemin de Traverse by Juliette54

 

Chapitre 4 : Le Chemin de Traverse

 

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Fleamont Potter avait l’impression de voler depuis des heures, ce qui était en fait le cas, lorsqu’il aperçut le sommet de Big Ben. Il obliqua à l’ouest afin de gagner Charing Cross Road, rue dans laquelle se trouvait le fameux Pub du Chaudron Baveur. Un moment, il avait arrêté d’entendre Miss Evans rire pour percevoir son admiration dans des onomatopées amusantes. Régulièrement, elle tournait la tête, et il sentait son menton pointu s’enfoncer légèrement dans son dos. Mais elle restait tranquille et à aucun moment elle n’avait demandé de faire une pause.

 

« On va descendre, la prévint-il malgré le vent fouettant leurs oreilles.

 

-J’me tiens ! fit-elle aussitôt. »

 

Il piqua vers le sol, afin de distinguer le quadrillage des rues de la capitale. Le Chaudron Baveur n’était plus qu’à une centaine de mètre, juste ce qu’il fallait de distance pour atterrir. Relevant le manche pour ralentir, il appuya sur les étriers pour rester stable. Heureusement que la jeune fille avait de bons réflexes, car il avait oublié de la prévenir de tendre ses pieds vers le sol afin de se poser sans chuter.

 

« Génial ! J’adore voler ! s’exclama-t-elle dès qu’elle eut mis pied à terre, faisant fuir un chat errant. »

 

Puis elle perdit l’équilibre et dût poser un genou au sol pour ne pas s’affaler sur les pavés. Un rire passa les lèvres de Fleamont en la voyant faire. Il sortit sa montre à gousset de sa poche.

 

« Pourquoi vous portez une robe ? J’vous ai pas vu vous changer… reprit-elle en le regardant bizarrement.

 

-Les sorciers et les sorcières se vêtissent de robes, Miss Evans, lui expliqua-t-il aimablement. Mon pantalon a dû reprendre son apparence originelle pendant que nous volions. Dépêchons-nous de rentrer, il est près de deux heures du matin. Comme les Nés-moldus n’ont reçu la visite du Professeur McGonagall que le 31, soit la veille de la rentrée, les commerçants du Chemin de Traverse ont accepté de garder leurs portes ouvertes cette nuit. Nous allons prendre une collation avant de vous trouver une baguette et une robe. Suivez-moi, lui proposa-t-il en lui tendant son coude. »

 

Elle se frotta les mains avant d’enfin accepter son bras.

 

Ils avancèrent jusqu’à l’entrée moldue du Pub puis il lui ouvrit la porte. Il la vit accepter ce geste avec difficulté puisqu’elle hésita à passer. Ou bien redoutait-elle ce qu’elle allait trouver dans ce lieu aux apparences louches.

 

L’agitation ambiante eut raison d’elle puisqu’elle se retrouva, la bouche entrouverte d’émerveillement au milieu de la pièce à tourner sur elle-même. Il la laissa découvrir un des lieux les plus emblématiques de la sorcellerie britannique en s’approchant du comptoir.

 

« Bonjour Tom. Pouvons-nous encore nous installer pour manger ? demanda-t-il au jeune homme.

 

-Allez-y M’sieur Potter, de toute façon, c’est sans dessus-dessous aujourd’hui, fit-il en haussant les épaules. Demain, je ferme toute la journée, grommela-t-il ensuite pour lui-même. »

 

Fleamont lui serra la main qu’il lui tendait puis se dirigea vers une table libre au fond de la salle, récupérant au passage Miss Evans.

 

« Que voulez-vous manger ? demanda-t-il en lui désignant le tableau noir accroché au dessus du bar qui indiquait les trois plats servis aujourd’hui, les mêmes que d’habitude : Tom n’était pas un adepte du changement.

 

-Je peux choisir ? s’étonna-t-elle sans le lâcher des yeux.

 

-Bien sûr, fit-il en sentant quelque chose lui tordre l’estomac. »

 

Pauvre enfant, songea-t-il une fois de plus en la voyant se retourner vers la carte puis vers lui.

 

« Tous les sorciers savent vraiment lire ? demanda-t-elle finalement sans le regarder dans les yeux. 

 

-Tous ceux qui ont été à Poudlard du moins, donc en Angleterre oui, affirma-t-il en la voyant réfléchir.

 

-C’est pas chez les Moldus que ça arriverait, marmonna-t-elle. Je prendrai comme vous, fit-elle finalement en regardant le plafond craquelé.

 

-Tom, s’il vous plaît, nous prendrons deux soupes aux pois ! fit-il au barman qui s’approchait d’eux.

 

-J’envoie ça, répliqua-t-il en allant prendre une autre commande.

 

-C’est ma préférée, expliqua-t-il à Miss Evans.

 

-J’ai jamais goûté ça, avoua-t-elle en prenant une fourchette et une grosse cuillère en métal dans le pot au milieu de la table. C’est sorcier ? demanda-t-elle

 

-La soupe aux pois ? Je ne sais guère, reconnut-il. Mais celle de Tom, il faut la manger avant que les pois ne vous mangent.

 

-Quoi ? s’exclama-t-elle en écarquillant les yeux. »

 

Il lui désigna une table à l’autre bout du Pub où un garçon d’une dizaine d’années secouait sa main mordue par quatre pois dont il essayait de se débarrasser. Le visage de Miss Evans était un des plus expressifs qu’il n’avait jamais vu, et cet instant aurait mérité d’être raconté tant sa mâchoire se décrochait de son visage, d’abord à cause de la stupéfaction, puis à cause de ses éclats de rire.

 

Tom arriva rapidement avec leurs soupes, et en moins de dix minutes, elles furent englouties.

 

« J’ai bien mâché les pois pour pas qu’ils se battent dans mon ventre, lui assura Miss Evans en sauçant son bol avec son doigt. »

 

Si Euphémia la voyait… songea-t-il amusé en la regardant faire. Sa femme allait s’arracher les cheveux avec les manières de cette enfant.

 

« Je reviens, lui dit-il en se levant. »

 

Elle continua de nettoyer son assiette sans prêter attention à lui. Il se rendit au bar pour payer sa note.

 

« Euphémia est au courant ? lui demanda Tom en encaissant.

 

-Pas encore. C’est une surprise pour James, dit-il en jetant un coup d’œil à la gamine qui testait la résistance de la cuillère en métal en la tapant sur la table.

 

-Une… Attends, c’est pas ta maîtresse ? s’étonna Tom en relevant le nez de sa boîte en ferraille.

 

-Bien sûr que non ! s’insurgea Fleamont. C’est… c’est la jeune fille née de parents moldus qui devait entrer en cinquième année, expliqua rapidement Fleamont en faisant attention à ce que personne ne l’écoute. Comme James ne peut retourner à Poudlard cette année, je lui ai proposé de faire ses années en accélérée avec lui, chez moi, expliqua-t-il brièvement. Ceci évitera à James d’être seul cette année. »

 

Tom hocha la tête en la fixant.

 

« Il est vrai qu’elle dénote ici, compléta-t-il en la regardant. »

 

Fleamont se retourna aussitôt vers Miss Evans. Elle avait le nez en l’air au milieu de la pièce. Sa robe moldue en grosse toile se soulevait en rythme comme elle tapait des pieds dans une danse improvisée. Sa tête n’était pas couverte d’un chapeau ni pointu ni rond, et elle regardait les bougies voler au dessus d’elle.

 

« Au plaisir, Tom, lança-t-il en allant la chercher. »

 

Elle avait déjà attiré toute l’attention sur elle, sans le faire exprès sans doute. Mais il ne tenait pas à rentrer au-delà de huit heures. Trop tard, se dit-il en jetant un coup d’œil à la grosse horloge du pub. Il ne tenait cependant pas à transplaner à nouveau avec elle. Elle finirait à Saint-Mangouste s’il en abusait trop.

 

« Venez, lui fit-il en lui offrant son bras. »

 

Elle l’ignora superbement.

 

« Je vous suis, préféra-t-elle. »

 

Lui préféra ne pas insister, et les mena à la grande arche dont il tapota les briquettes avec sa baguette. Elle s’émerveilla à nouveau devant la magie mais ce fut autre chose lorsqu’elle découvrit le Chemin de Traverse, illuminé par les réverbères sortis pour l’occasion.

 

« C’est beau, souffla-t-elle simplement comme si elle savait que chercher d’autres mots serait vain pour qualifier ce qu’elle voyait. »

 

C’est la magie, voulut-il lui répondre.

 

« Trouvons-vous d’abord une robe. La baguette vous attendra, lui promit-il. »

 

Elle hocha la tête puis pointa une enseigne qui indiquait Achat-vente de seconde main : vêtements, chez Mrs Duchiffon. Elle avait dû repérer les robes dans la vitrine.

 

« Je devrais trouver qu’lque chose là-bas, l’assura-t-elle en s’élançant vers la boutique. »

 

Fleamont n’était pas sûr qu’Euphémia se réjouisse de savoir qu’il avait conduit la jeune fille dans une boutique de revente, mais il préféra la laisser choisir. Son épouse n’en saurait rien de toute façon.

 

Elle poussa la porte avec la brusquerie qui semblait la caractériser en lançant un tonitruant « bonjour ! ». Et moins d’un quart d’heure plus tard, elle ressortait chargée d’une robe de couleur prune faisant ressortir ses taches de rousseur.

 

« Allons chez Ollivander à présent.

 

-Qui ça ?

 

-Ollivander, le meilleur fabricant de baguette au monde, lui assura-t-il. »

 

Il tira la porte de la boutique poussiéreuse et lui fit signe de passer, ce qu’elle s’empressa de faire pour découvrir des étagères remplies de boîtes rectangulaires.

 

« Miss Evans, vous voilà enfin ! soupira de soulagement le vieil homme. 

 

-Comment vous m’connaissez ? demanda immédiatement la jeune fille avec méfiance.

 

-Mon épouse a lu dans sa tasse de thé cette après-midi que vous viendriez acheter votre baguette avant le levé du soleil, lui expliqua-t-il avec son sourire vaporeux. Où ai-je mis mon mètre ?... souffla-t-il ensuite en baissant la tête sous son comptoir.

 

-C’est courant de lire dans sa tasse de thé ? demanda-t-elle à Fleamont à voix basse en regardant le vieux fabriquant de travers.

 

-Mrs Ollivander est Voyante dans la boutique d’en face, lui dit-il en lui désignant la vitrine.

 

-Et ça pose pas de problème ? continua-t-elle avec étonnement.

 

-Pourquoi cela en poserait-il ? s’étonna Fleamont.

 

-Ben… La dame qui tirait les cartes à Carbone-les-Mines elle était traitée de menteuse, fit-elle avec un air inquiet.

 

-C’est de la magie, et les Moldus se méfient de la magie, lui concéda-t-il d’un sourire.

 

-C’était pas une sorcière, l’assura-t-elle.

 

-Sûrement une Cracmole alors, en convint-il.

 

-Une quoi ?

 

-Une Moldue dont les parents étaient sorciers. »

 

Elle fronça les sourcils, toujours sceptique. Mais Mr Ollivander relevait la tête avec son mètre, un air très fier de lui.

 

« Il me faut vos dimensions. »

 

Il donna un coup de baguette magique sur le rouleau qui vola tout seul jusqu’à Lily et commença à prendre ses mesures. La taille, le tour de hanche, de tête, la longueur des bras, de l’avant-bras, de chaque doigt. Lorsque le mètre se mit à lui prendre la distance entre ses deux narines, elle fit un pas en arrière, outrée.

 

« T’as besoin de connaître la taille de mon trou de fesse aussi ? fit-elle ironiquement. »

 

Fleamont s’étouffa avec sa salive en l’entendant. Merlin, Euphémia allait vraiment le tuer. Le mètre, en revanche ne fut pas déstabilisé pour un sou, et lui tira la langue. Miss Evans croisa les bras devant sa poitrine, décidée à ne pas se laisser faire.

 

« Juste celle de votre oreille droite, lui demanda Mr Ollivander avec sérieux. »

 

Lily Evans le regarda mal à nouveau puis haussa les épaules avant de tendre l’oreille. Le mètre s’amusa à la lui chatouiller, et ils furent à nouveau copains comme cochons.

 

« Essayez celle-ci, fit Ollivander en lui ouvrant une première boîte contenant une courte baguette. »

 

Elle s’en saisit, fit le geste sous le regard impatient du marchand, brisa les vitres du magasin.

 

« Oh non, soupira Ollivander avec un air embêté. Elles étaient neuves. »

 

Fleamont sortit sa propre baguette et un reparo plus tard, la vitrine était comme neuve.

 

« Merci Mr Potter, 25,6 cm, bois de houx, ventricule de dragon, très flexible, fit-il sous le regard ébahi de Miss Evans. Mais où-je mis cette boîte ? reprit-il comme si de rien n’était. Mais oui, je l’ai rangée ici ! »

 

Il partit à peine une seconde avant de revenir avec une vieille boîte en cartonné, si poussiéreuse qu’on n’en distinguait plus la couleur.

 

« C’est une patiente, elle vous attend depuis dix ans, fit-il en tendant la boîte ouverte à la jeune fille. Bois de Saule, 25,6 cm, souple et rapide, excellente baguette pour les enchantements. Allez-y, prenez-la, l’incita-t-il comme elle était réticente. »

 

A peine avait-elle effleuré le morceau de bois, qu’une petite lumière traversa la vitre de la boutique pour venir faire briller ses cheveux. Toute la poussière et la crasse dont ils étaient recouverts sembla s’évaporer pour ne laisser qu’une flamboyante crinière rousse à la place. C’était toujours magique lorsqu’une baguette trouvait son sorcier, mais là ce fut différent. C’était comme si Miss Evans acceptait enfin la magie en elle, et la magie tout simplement.

 

« Je crois que c’est la bonne, fit-elle en pointant un vase de fleurs de la boutique avec. »

 

Les petites fleurs ratatinées verdirent à nouveau pour prendre plusieurs centimètres.

 

« C’est étrange, fit Ollivander en la regardant avec inquiétude. Cette baguette veut de vous, et vous voulez d’elle mais… Mais je crains que toutes deux vous ne teniez trop à votre liberté. 

 

-Peut-être, concéda-t-elle. »

 

Elle baissa sa baguette et tendit la main à la plante qui avait poussé. Des fleurs violettes en sortirent aussitôt.

 

« Ne forcez pas le mariage, d’accord, insista-t-il. »

 

Miss Evans hocha la tête avec gravité. Fleamont paya les huit Gallions pour elle et ils quittèrent la boutique.

 

« Je vous dois huit semaines de salaire, dit-elle aussitôt. Donc deux mois. »

 

Au moins elle sait compter, songea-t-il avec soulagement.

 

« Vous pouvez prendre mes affaires le temps que nous rentrions ? Je veux pas les faire tomber en cours de vol. »

 

Il rangea sa nouvelle robe et sa baguette dans son sac et sortit à nouveau son balai. Ils s’envolèrent rapidement. S’ils arrivaient pour neuf heures, Euphémia ne lui en voudrait pas trop d’avoir découché. Ou plutôt, de n’avoir pas dormi. 

Chapitre 5 : L'Atelier by Juliette54

 

Chapitre 5 : L’Atelier

 

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« Réveillez-vous, nous arrivons, hurla-t-il en mettant un coup de coude à la jeune sorcière endormie derrière lui.

 

-Je ne dors pas, lui répliqua-t-elle en baillant. »

 

Ils atterrirent peu après dans la rue principale de Godric’s Hollow. Le soleil était déjà levé. Le village, sans doute réveillé pour la rentrée à Poudlard, était à présent désert. Fleamont ouvrit la grande grille de sa maison, puis la porte d’entrée à l’aide de quelques sortilèges. Mauvaise surprise, Euphémia les attendait de pied ferme dans le grand hall d’entrée.

 

« Où étiez-vous, Fleamont ? demanda-t-elle aussitôt avec une trace visible de colère dans la voix. Je me suis inquiétée pour vous, et vous arrivez, comme une fleur, pour le petit-déjeuner ? J’exige des explications. Vous… »

 

Elle vit la jeune fille derrière lui et se figea. Euphémia la détailla des pieds à la tête, et l’agacement fit place à la consternation.

 

« Qui est-ce ? demanda-t-elle avec plus de mépris que de curiosité.

 

-Euphémia, puis-je vous parler un instant ? En privé ? insista-t-il en voyant la jeune fille regarder partout autour d’elle sans doute à la recherche d’une quelconque cachette. Nous revenons, Miss Evans, lui promit-il. »

 

Mais elle était perdue dans la contemplation du plafond orné de stuc.

 

.

 

C’est du moins ce qu’il croyait, car en réalité, Lily Evans commençait à se demander dans quoi elle s’était embarquée. Elle laissa Mr Potter emmener la dénommée Euphémia, qui devait être sa femme, dans une pièce attenante et tirer la porte derrière eux. Mais il ne l’avait pas fermée, et Lily tendit l’oreille.

 

« Mon amie, commença Mr Potter avec une voix ferme. Comme James ne peut retourner à Poudlard cette année, j’ai pensé qu’il lui faudrait de la compagnie.

 

-Je peux très bien m’occuper de lui, Fleamont, fit-elle froidement.

 

-Vous voyez très bien ce dont je veux parler, reprit-il d’un ton plus doux. Il lui faut une compagnie de son âge. Une sorcière ou un sorcier de préférence. Avez-vous lu la Gazette hier matin ? Le Grand Livre de Poudlard a été retrouvé et une Née-Moldue de l’âge de James a appris qu’elle était une sorcière. Je suis allée voir Albus, il m’a dit où la trouver et je suis allée la chercher. Elle ne peut aller à Poudlard cette année, il lui manque quatre années d’étude de la sorcellerie derrière elle. Donc j’ai proposé au directeur de la prendre ici comme dame de compagnie pour James et d’ainsi lui permettre d’étudier à son rythme.

 

-Je vous le répète, Fleamont, je sais très bien m’occuper de James, reprit la voix de la femme.

 

-Euphémia, vous…

 

-Fleamont, James n’a pas besoin d’être distrait, il a besoin de se soigner et donc de notre amour. Que…

 

-Il a besoin de quelqu’un de son âge également, reprit fermement l’homme. La question est déjà réglée, Euphémia.

 

-Je n’ai donc pas mon mot à dire ? reprit-elle avec amertume.

 

-Vous êtes aveuglée par votre amour pour James, et par la possibilité de ne l’avoir que pour vous. Vous refusez de voir combien il a besoin de compagnie, combien le départ de ses amis pour Poudlard l’a affecté. Rien ne lui fera plus de bien que quelqu’un de son âge avec qui parler.

 

-Si vous le dites, fit-elle avec raideur. »

 

Lily s’éloigna de la porte en sentant la discussion se terminer. C’était deux petits vieux riches qui savaient pas se mettre d’accord sur ce qui était le mieux pour leur gamin. Au moins, dans tout ça, Lily y gagnait un toit et la possibilité d’étudier la magie en toute liberté. Même s’il lui faudrait apprendre à lire.

 

Les deux sorciers, celui qui était venu la chercher et la femme a l’air sévère revinrent dans le hall d’entrée. Le sorcier semblait déjà lassé, la sorcière cherchait plutôt à contenir sa colère.

 

« Comment vous appelez-vous ? lui demanda-t-elle d’une voix aigre.

 

-Lily Evans, fit-elle.

 

-Lily ? Ce n’est pas un prénom, Lily. Je ne vous ai pas demandé votre surnom mais votre prénom. »

 

Oh eh elle allait se calmer celle-là. Lily croisa les bras sur sa poitrine et se redressa. Elle ne s’était jamais laissé marcher sur les pieds à Carbone-les-Mines, ça n’aillait pas commencer maintenant.

 

« Je m’appelle Lily, répéta-t-elle.

 

-C’est sûrement un diminutif d’Elizabeth, proposa le sorcier avec agacement. Euphémia, pourquoi…

 

-Elizabeth, d’accord, Elizabeth est un vrai prénom. Miss Elizabeth, que…

 

-Je m’appelle Lily, insista-t-elle. Lily ! LILY ! fit-elle en élevant la voix.

 

-En voilà des manières ! s’outra la femme. Vous allez réveiller James en criant de la sorte. Voulez-vous baisser d’un ton ! »

 

Lily serra les dents. Décidément, c’était une vieille peau celle-là.

 

« Je m’appelle Euphémia Potter, je suis la mère de James. Vous pouvez m’appeler Mrs Potter, reprit la femme avec un froncement de sourcil. Dans cette maison, on ne crie pas, on ne court pas, on est calme et on respecte les horaires que je vais vous indiquer. »

 

Elle se prenait pas un peu pour la reine, là ? C’était chez elle, mais tout de même, ce n’était pas la peine de lui parler comme à une moins que rien.

 

« Le petit-déjeuner est servi à huit heures et quart, commença-t-elle. L’étude débute à neuf heures, s’arrête à midi, puis reprend à quatorze heures jusque seize heures. Jusque dix-neuf heure trente, vous tenez compagnie à James s’il le souhaite, précisa-t-elle avec un regard noir en direction de son mari. Puis nous dînons. Avant le coucher qui a lieu à dix heures et demie, vous continuez à faire ce que James désire. Des questions ?

 

-Ça veut dire que…

 

-On ne dit pas ça veut dire, on dit cela signifie que, la coupa la femme avec rudesse. »

 

Lily fronça les sourcils. Pour qui se prenait-elle à la reprendre de la sorte ? Néanmoins, elle se força au calme. Elle ne voulait pas se faire mettre à la porte de si tôt.

 

« Cela signifique…

 

-Cela signifie que, répéta la femme.

 

-Cela signifie que vous me laissez neuf bonnes heures pour dormir ? »

 

Mrs Potter papillonna des yeux.

 

« Est-ce trop peu ? s’étonna-t-elle.

 

-C’est beaucoup vous voulez dire ! s’étonna à son tour Lily.

 

-C’est nécessaire à votre âge pour être en bonne santé, rétorqua Mrs Potter.

 

-Si j’dors…

 

-Si je dors, la reprit à nouveau Mrs Potter.

 

-Si je dormais cinq heures par nuit c’était déjà super, fit-elle. »

 

Si c’était ça la vie de sorcier, c’était franchement chouette.

 

« Et que faisiez-vous le reste du temps ? lui demanda la femme.

 

-Je travaillais à la mine, fit-elle en omettant volontaire Maty et Tomy qui lui manquaient déjà.

 

-Et votre étude ?

 

-Quoi mon étude ? Mr Potter vous a pas dit ? Je sais pas lire, pas écrire, fit-elle avec provocation.

 

-Fleamont, s’affola Mrs Potter. Mais que m’avez-vous amené là ? Comment voulez-vous que James partage quelque chose avec elle ?

 

-Je vais apprendre, paniquez pas comme ça, soupira Lily agacée par tant de manières.

 

-N’utilisez pas l’impératif contre moi, la mise en garde Mrs Potter.

 

-L’impéquoi ? demanda Lily avec une grimace d’incompréhension.

 

-Oh Merlin elle ne connait pas ses temps ! Vous me surchargez de travail, Fleamont ! J’ai mieux à faire avec James que de m’occuper de…

 

-Il suffit, Euphémia, la coupa Mr Potter visiblement épuisé. Le précepteur s’en chargera pendant que James rédigera ses devoirs écrits. Quelle chambre à coucher pouvons-nous lui donner ? »

 

Elle les regarda se toiser du regard. Si Mrs Potter l’emmerdait trop avec ses manières, elle irait voir Mr Potter, c’était décidé. Pitié pour que le fils soit comme son père et non comme sa mère. Elle ne tiendrait pas sinon.

 

« Je vais vous conduire à la chambre jaune, céda Mrs Potter. Puis nous irons voir James, le Guérisseur ne va plus tarder. »

 

La chambre jaune ? C’était un truc de riche, ça, de différencier les chambres par les couleurs parce qu’il y en avait de trop ? Attendez, elle aurait une chambre pour elle toute seule ? Un lit pour elle toute seule ? Elle suivit Mrs Potter dans un grand escalier jusqu’au second et dernier étage. Qu’est-ce qu’elle était grande cette maison ! Qu’est-ce que le plafond était haut ! Et puis il y avait de grandes tapisseries sur les murs, avec plein de couleurs dessus !

 

Mr et Mrs Potter lui désignèrent finalement une des cinq portes du couloir. Elle l’ouvrit et crut rêver. La pièce était plus grande que celle où elle vivait avec Bryan, Maty et Tomy. Il y avait un grand lit avec des montants en bois et des draps autour qu’on pouvait tirer pour avoir bien chaud. Une grande armoire et même une table avec un broc et une cruche d’eau. Et puis il y avait…

 

« Mais c’est moi ! s’étonna-t-elle en se voyant dans la surface brillante.

 

-C’est un miroir, c’est fragile, ne le cassez pas, lui précisa Mrs Potter avec son éternel agacement.

 

-Un miroir, répéta-t-elle pour s’en souvenir. »

 

Elle s’amusa à faire grossir ses narines puis à les rétrécir suffisamment longtemps pour faire rire Mr Potter. Elle aurait juré que son reflet lui avait fait un clin lorsqu’elle se retourna vers le couple. Mrs Potter semblait au bord de la crise de nerfs. Ça l’amusa plutôt qu’autre chose.

 

« J’peux avoir mes affaires, Mr Potter ? demanda-t-elle en faisant un pas vers lui.

 

-Puis-je… grommela Mrs Potter mais Lily l’ignora pour cette fois.

 

-Mais certainement, répondit-il en ouvrant sa sacoche. »

 

Il plongea les mains dedans pour en tirer sa baguette, sa nouvelle robe prune de sorcière, et son baluchon.

 

« Qu’est-ce que cela ? s’étonna à nouveau Mrs Potter.

 

-C’est mes affaires, répondit aussitôt Lily en posant le paquet sur le lit.

 

-Ce sont mes affaires, la reprit encore Mrs Potter. 

 

-Ah non ce sont les miennes, répliqua-t-elle en faisant attention, priant pour bien avoir parlé comme le patron snob de la mine. »

 

Elle vit la femme fulminer mais comme Mr Potter gardait son petit sourire, elle se rassura. Elle accrocha ses deux robes dans l’armoire, posa les bottines et la boîte en bois de Maggy au fond du meuble, ainsi que son écuelle, sa cuillère, son gobelet et la chaussette de Tomy contenant les cheveux de Maty.

 

« Je peux mettre la robe de sorcière avant de vous rejoindre ? demanda-t-elle. »

 

Elle avait envie de mettre son nouveau vêtement. D’abord parce que c’était la première fois qu’elle porterait quelque chose qu’elle avait acheté et non qu’on lui avait donné pour se débarrasser, ensuite parce que c’était sorcier.

 

« Nous vous attendons dans la chambre d’en face, il s’agit de celle de notre fils, lui proposa Mr Potter. »

 

Il ferma la porte derrière eux et Lily se jeta sur la nouvelle robe. Elle prit son savon dans son gobelet et se fit un brin de toilette avant de la revêtir. Elle se regarda dans le miroir, encore fascinée par l’objet (le miroir, quoique par la robe aussi). La robe était si longue qu’elle traînait au sol. Et elle était douce ! Lily n’avait jamais eu de robe aussi douce que celle-ci, et d’une aussi jolie couleur. Dans le miroir, elle remarqua que ses cheveux brillaient de mille feux. C’était sûrement lorsqu’elle avait pris sa baguette, elle s’était sentie nettoyée de toute sa vie d’avant. Comme si elle prenait un nouveau départ.

 

Elle sortit de la chambre dans un grincement de porte. Elle entendait le couple débattre dans la chambre de leur fils et Lily se demanda comment ils pouvaient se supporter au vu de la différence de caractère.

 

Elle toqua à la porte. Le silence se fit. Elle regarda la poignée s’abaisser, et pria pour que le fameux James ne soit pas aussi insupportable que son aigrie de mère.

 

« Bonjour Mr Po… Ouah mais qu’est-ce qui vous est arrivé ? ne put-elle s’empêcher de demander en voyant ses bras enrubannés.

 

-Vous ne pouviez pas lui expliquer avant ? grogna le garçon en essayant de se redresser. »

 

Elle s’étonna que ses parents ne l’aident pas, voulut le faire mais Mr Potter l’arrêta d’un geste.

 

« James a contracté une maladie magique. Dès que quelqu’un le touche, dès qu’il fait un mouvement brusque, ses os se brisent, lui expliqua-t-il brièvement avec inquiétude.

 

-Ça fait mal ? demanda-t-elle en le regardant se redresser.

 

-Ouai ça fait mal, grogna l’adolescent en réussissant à se mettre assis.

 

-Oh mon pauvre chéri, se lamenta sa mère en se mordant le bout des doigts.

 

-Il suffit Mère, ce n’est que passager, fit-il méchamment. »

 

Il ne semblait pas coincé comme sa mère, ni détendu comme son père. En fait il semblait… Elle ne savait pas quoi encore.

 

« C’est quoi la maladie ? demanda Lily.

 

-Quel est le nom de cette maladie, enfin Miss Elizabeth, faites des phrases correctes je vous en prie ! s’exaspéra Mrs Potter, sans doute ravie de se défouler sur elle.

 

-Je m’appelle Lily, Lily Evans ! se répéta-t-elle avec contrariété.

 

-Ici, vous serez Miss Elizabeth, un point c’est tout. Lily, ce n’est pas un prénom !

 

-Appelez-moi Evans dans ce cas ! s’exaspéra-t-elle.

 

-Nous ne sommes pas sur un terrain de Quidditch ! s’emporta à nouveau Mrs Potter.

 

-Oh et puis zut, je ne tiens pas à ce que vous m’appeliez de toute façon ! conclut Lily en levant les bras au ciel. »

 

Il y eut un instant de silence. Elle se dit que peut-être, elle avait été impolie avant d’entendre rire le fils Potter.

 

« Vous avez bien choisi, Père, dit-il lorsqu’il cessa de rire. Miss Evans saura me distraire, fit-il avec un sourire appréciateur. »

 

Elle fulmina en voyant son regard la détailler sans gêne.

 

« Qu’est-ce que vous savez faire, Miss Evans ? demanda-t-il avec une prétention horripilante.

 

-Envoyer chier les gens, fit-elle distinctement en relevant le regard avec provocation. »

 

Il eut le culot et l’arrogance de rire à s’en étouffer.

 

Il n’était pas comme sa mère.

 

Il était pire.

 

Un vrai petit arrogant qu’elle se ferait un devoir de remettre à sa place. 

End Notes:

(Et voilà enfin James, bien arrogant comme on l'aime ! A très vite !)

Chapitre 6 : Une matinée mouvementée by Juliette54

 

Chapitre 6 : Une matinée mouvementée

 

.

 

Ça aurait été drôle de voir Mrs Potter rouspéter contre son vocabulaire fleuri, mais elle ne voulait pas tenter le diable non plus. Alors lorsqu’un fracas se fit entendre au rez-de-chaussée et que Mrs et Mr Potter s’en allèrent chercher le Guérisseur, elle se sentit soulagée.

 

C’était avant que la voix du fils du maître des lieux ne se fasse entendre.

 

« Alors comme ça, vous venez de chez les Moldus, fit-il en la détaillant à nouveau.

 

-Oui, fit-elle avec raideur.

 

-Ne me répondez pas de cette façon, je croirais entendre Ursuline Rowle, dit-il en grimaçant.

 

-C’est qui, ça, Urmachin ? fit-elle en faisant un pas de plus dans la pièce qui ressemblait étrangement à la chambre qu’elle occupait désormais.

 

-C’est une Serpentard de notre année. Une vraie vipère pleine de mépris pour les Moldus, fit-il succinctement. 

 

-C’est quoi, ça, Serpentard ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils. »

 

Elle savait qu’elle avait déjà entendu ce mot quelque part, mais elle était incapable de ce souvenir à quel endroit.

 

« La pire Maison de Poudlard. Mais ne vous en faites pas, vous n’irez pas là-bas. Les Serpentards détestent les Moldus et les Nés-Moldus, la rassura-t-il en lui faisant signe d’approcher.

 

-Et pourquoi est-ce qu’ils n’aiment pas les Moldus et les gens comme moi ? demanda-t-elle en croisant les bras devant elle.

 

-Parce qu’ils sont stupides, fit-il tout simplement. Les Serpentards, je veux dire, pas les Moldus. Moi j’aime bien les Nés-Moldus, surtout celles qui sont rousses, avec d’immenses yeux verts et une langue acérée, fit-il en levant un sourcil suggestif. »

 

Quel arrogant !

 

« Et moi je ne sais pas si j’aime les sorciers, surtout les bruns à lunettes lourdingues, répliqua-t-elle. »

 

Son sourire s’élargit un peu plus.

 

« Pour un peu j’aurais eu peur que vous deveniez intime avec mon père, fit-il. J’ai un corps d’athlète, ma chère Evans… Enfin, je l’avais avant ce petit incident, précisa-t-il et son arrogance se transforma en contrariété. Et je l’aurais à nouveau lorsque je serai guéri, reprit-il de sa superbe.

 

-Vous êtes d’une arrogance, hallucina-t-elle en secouant la tête, n’en croyant pas ses yeux.

 

-Remus et Sirius me le disent parfois, reconnut-il en souriant un peu plus. Mais entre nous, nous savons que passer toutes vos journées ici vous rendra folle de moi, n’est-ce pas ?

 

-Folle tout court, oui, fit-elle en grimaçant.

 

-C’est tout à fait possible aussi, reconnut-il en riant. Ah vous me faites bien rire, Miss Evans. Lorsque mon père m’a dit qu’il avait été vous chercher, je pensais tomber sur une jeune fille bien élevée, comme les aime ma propre mère, mais vous êtes bien plus drôle. Elle va devenir folle avec vous. Et moi, je pourrais m’amuser de vous voir la confronter. Cela me rappellera Sirius et la vieille chouette, fit-il avec nostalgie. »

 

Lily voyait bien qu’il tâchait de donner le change, mais qu’il était amer. Du coup, elle ne savait plus s’il était arrogant, provocateur ou cynique. C’était bien sa veine, ça. Peut-être qu’il était les trois à la fois et que ça changeait de temps en temps.

 

« C’est qui, ça, Sirius ? demanda-t-elle. Et l’autre, Remus ? 

 

-Mes amis à Poudlard. Il y a aussi Peter. Nous partageons le même dortoir dans la Maison de Godric Gryffondor. Je vous parlerai de Poudlard tout à l’heure, j’entends le Guérisseur monter. »

 

Et effectivement, Lily s’éloigna de la porte avant de la voir s’ouvrir. Un vieux monsieur à la longue barbe et à la robe verte prit place à côté de James Potter. C’était quoi cette manie qu’avaient les sorciers à porter des robes d’ailleurs ?

 

« Voulez-vous sortir, Miss Evans, la pressa Mrs Potter de sa voix horripilante. »

 

Lily ne se fit pas prier. Moins elle passerait de temps avec eux, mieux elle se porterait. Lorsque la porte claqua derrière elle, elle se demanda que faire et où aller. Au bout d’un moment elle se résolut à aller dans sa nouvelle chambre. Mais c’était avant d’entendre hurler à travers la porte. Elle se figea et n’osa plus bouger. Le même cri reprit, durant encore plus longtemps. Elle n’avait pas forcément beaucoup d’amitié pour James Potter ni même d’empathie pour les inconnus, mais entendre le fils de Mr Potter crier de la sorte lui retourna l’estomac. Un instant, elle hésita à faire demi-tour, juste pour vérifier que le Guérisseur n’était pas en train de le tuer, puis n’y parvint pas.

 

Les cris lui rappelaient les pleurs de Maty et Tomy. Et elle sentit à nouveau une boule dans sa gorge en pensant à eux. Elle les avait abandonnés avec Bryan. Bon, c’était leur père, mais il ne savait pas s’occuper d’eux. Elle avait abandonné les enfants de Maggy… Que devait penser Maggy là où elle était à présent ? Lily leva les yeux vers le ciel, dans une demande muette de pardon. Mais elle reviendrait les chercher, elle le leur avait promis. Elle irait les chercher lorsqu’elle aurait économisé un peu d’argent et qu’elle saurait mieux faire de la magie. La magie permettait sûrement plein de choses merveilleuses. Elle leur construirait une petite cabane près d’une forêt, ils mangeraient des champignons et des pommes volées. Et puis Lily trouverait un travail magique. Il devait bien y avoir des emplois magiques, non ? Autre que celui de dame de compagnie bien entendu. Le fils de Mr Potter finirait par guérir, et alors, elle n’aurait plus qu’à trouver autre chose à faire.

 

Un nouveau cri la fit sursauter. Mais que faisait donc le Guérisseur ? Il lui brisait à nouveau les os ?

 

La porte s’ouvrit violemment sur Mrs Potter qui partit en courant tout en se cachant le visage. Même si Lily la trouvait horrible, elle pouvait comprendre la sorcière. Lorsqu’elle entendait Maty et Tomy pleurer, Lily s’en rendait malade.

 

Elle s’approcha de la porte entrouverte. Le fils de Mr Potter était allongé sous les draps, si bien qu’elle ne voyait qu’une partie de sa figure luisant de sueur. Le Guérisseur était assis plus loin à côté de Mr Potter, lui expliquant sans doute des détails sur la maladie magique. Lily poussa la porte et pénétra dans la chambre sur la pointe des pieds.

 

Le drap se soulevait à fréquence élevée, signe que le fils de Mr Potter respirait avec difficulté, sans doute à cause de la douleur. Elle remonta ses manches et passa ses mains au dessus de lui, comme elle le faisait lorsque Maty et Tomy avaient mal au ventre. Généralement, elle sentait un désagréable frisson là où ils avaient mal pendant un instant, mais eux étaient soulagés. Elle ne savait pas comment ça se faisait ni comment elle le faisait. Elle passait ses mains, elle les sentait chauffer, elle se concentrait pour toucher leur douleur et hop. C’était comme si ses mains aspiraient la douleur.

 

Le picotement habituel fut plus brutal et elle faillit perdre l’équilibre. Mais elle se concentra, faisant rouler ses épaules pour les détendre. Ça la brûla dans tous les bras et elle sentit sa respiration s’accélérer.

 

« Arrêtez ça, siffla le fils de Mr Potter en attrapant son bras. Vous allez vous tuer. »

 

Elle baissa les yeux vers lui. Il la regardait plus avec curiosité qu’avec animosité.

 

« Mais non, ça va, fit-elle la gorge sèche. 

 

-Vous êtes en nage, dit-il en désignant son front.

 

-C’est un peu plus douloureux que d’habitude, avoua-t-elle en relâchant sa concentration. D’habitude ça chatouille seulement. Par contre, vous m’faites mal, grimaça-t-elle en lui désignant son avant-bras qu’il tenait toujours. »

 

Il relâcha aussitôt la pression qu’il exerçait sur son bras, surpris.

 

« J’ai pu vous faire mal ? s’étonna-t-il.

 

-Vous me faisiez mal, oui. Regardez, j’ai un bleu, lui montra-t-elle.

 

-Oh je… dit-il avec une perplexité évidente en regardant ses doigts.

 

-James, que se passe-t-il ? demanda Mr Potter en voyant Lily.

 

-Elle… Miss Evans a soigné mes mains, fit-il sans y croire. »

 

Lily le regarda en fronçant les sourcils. Il déraillait là. Elle avait juste tenté de le soulager de la douleur qui semblait l’accabler.

 

« Pardon ? s’exclama le vieux Guérisseur en s’approchant d’eux. C’est impossible vous… Il faut au moins six mois pour guérir de la Maladie de l’Os-en-Verre !

 

-Mais regardez ! Je peux fermer les mains et les ouvrir et je ne ressens rien, aucune douleur ! Et je lui ai fait un hématome ! se récria le jeune homme. »

 

Trois paires d’yeux se braquèrent sur Lily. Instinctivement, elle fit un pas en arrière.

 

« Qu’avez-vous fait mademoiselle ? lui demanda aussitôt le vieux Guérisseur. Qu’avait vous fait pour réussir cet exploit ?

 

-Eh ! M’agressez pas comme ça ! J’ai rien fait d’mal !

 

-Bien sûr que non, Miss Evans, dit Mr Potter avec plein d’espoir dans les yeux. Mais cette maladie est très longue à soigner et… ceci tient du miracle ! »

 

Elle haussa les épaules.

 

« Je voulais juste lui prendre un peu de douleur, qu’il ait moins mal quoi, fit-elle avec méfiance. Je faisais ça avec… Avec les enfants lorsqu’ils avaient mal au ventre. Je mets mes mains juste au dessus d’eux et hop, je leur arrache la douleur. C’est tout, précisa-t-elle comme ils attendaient une suite.

 

-Mais vous ne vous êtes pas contentée de m’enlever la douleur vous avez soigné mes mains.

 

-P’t-être, j’en sais rien moi, fit-elle en levant les mains devant elle pour plaider son innocence. Bah merde alors, elles sont toute rouges, s’étonna-t-elle en les regardant côté paume. Ça m’avait jamais fait ça. »

 

Elle les frotta l’une contre l’autre dans l’espoir de faire disparaître la rougeur. Manque de chance, elle se sentit tourner. Elle posa la main sur le mur derrière elle. Oula qu’est-ce qui se passait ? Son ventre lui fit un mal de chien alors qu’elle s’asseyait contre le mur.

 

Puis tout devint noir.

 

.

 

« Miss Evans ! Miss Evans ! Tenez, elle revient à elle, retentit une voix.

 

-Maggy ? demanda Lily en voyant blanc tout autour d’elle.

 

-C’est Fleamont Potter, Miss Evans, calmez-vous. »

 

Les couleurs revinrent peu à peu autour d’elle. Le plafond était rouge et elle était secouée par quelqu’un. Elle essaya de leur dire d’arrêter mais seul un grognement rauque sortit de sa bouche.

 

« C’est bon Guérisseur Brisos, elle est revenue à elle. Je ne vous retarde pas plus longtemps.

 

-Cela ne fait rien, Monsieur Potter. C’est toujours plaisant d’assister à des miracles. »

 

-Et à des pertes de connaissances aussi, grommela quelques instants plus tard la voix du fils de Mr Potter. Vieux égoïste.

 

-James, enfin ! s’outra Mrs Potter.

 

-Elle a guéri mes mains à s’en faire s’évanouir ! Et lui, tout ce qu’il voit c’est ce miracle !

 

-J’peux avoir un verre d’eau ? marmonna Lily en frottant ses yeux. C’est quoi qu’il s’est passé ?

 

-Bon sang mais où a donc appris à parler cette enfant ! se désespéra la voix de Mrs Potter alors qu’on mettait un verre d’eau devant la bouche de Lily.

 

-Par le caleçon de Merlin ! On s’en contre-fiche, Mère ! Vous la comprenez très bien !

 

-De toute façon, vous êtes comme votre père, James. Tout vous passe au-dessus de la tête !

 

-Mère, ne commencez pas.

 

-Vous vous liguez toujours avec lui contre moi ! Que ce soit pour…

 

-Il suffit Euphémia ! vibra la voix grave de Mr Potter. Nous allons déjeuner. »

 

Lily fut ravie de ne plus les entendre crier. Mrs Potter était insupportable à toujours piailler pour un oui ou pour un non. Elle se releva à l’aide de Mr Potter puis s’appuya contre le mur.

 

« J’ai été hors service longtemps ? bafouilla-t-elle.

 

-Une demi-heure, lui apprit Mr Potter.

 

-Nous avons bien failli vous mener à votre chambre, précisa son fils. D’ailleurs, je ne sais pas si c’est une bonne idée de lui en avoir donné une aussi proche de la mienne. J’ai peur qu’elle ne vienne abuser de moi la nuit, fit-il avec amusement.

 

-J’ai envie de dégueuler, me tentez d’le faire sur vous, grogna-t-elle provoquant un énième cri outré de Mrs Potter qui quitta la chambre à grands pas sous l’éclat de rire de son fils. »

 

Lily se força à respirer doucement. Elle n’avait pas réellement pensé à vomir sur lui, mais il avait cette manie horripilante de toujours lui lancer pique sur pique. Et Lily ne savait pas sortir avec un affront pas très bien lavé.

 

« Asseyez-vous là-bas, Miss Evans, lui intima Mr Potter en la guidant sur les trois chaises disposées près du lit de son fils. »

 

Lily ne se le fit pas dire deux fois. Elle marcha à petits pas, le dos courbé jusqu’au fauteuil. Enfin, pour elle c’était un fauteuil vu comment elle s’enfonçait dedans. Bon il fallait qu’elle réfléchisse si elle voulait rester ici avec ces trois sorciers. Le père, ça allait. Il était persuadé que son fils avait besoin de quelqu’un de son âge avec lui la journée et comme elle était la seule sorcière qui ne fréquentait pas Poudlard en ce moment, il la retiendrait et s’efforcerait de la faire rester ici. Le fils… même s’il était sûr de lui et prétentieux, elle pouvait s’y faire. Il semblait tout de même avoir un sacré sens de l’humour vu qu’il riait de tout ce qu’elle pouvait lui lancer à la figure. La mère en revanche… Pouah ça allait être corsé. Elle semblait à l’entier opposé de Lily. Mais tant qu’elle avait deux personnes sur les trois de cette famille avec elle, ça pourrait passer. Et puis, elle avait besoin d’apprendre la magie pour pouvoir aller rechercher et garder avec elle Maty et Tomy. Le mieux serait que le fils Potter ne guérisse pas trop vite pour qu’elle ait le temps d’apprendre à maîtriser suffisamment la magie, ni trop lentement sinon elle se retrouverait coincée ici pour un bout de temps. Un an. Un an ce serait l’idéal. Après elle devrait pouvoir se débrouiller et emmener Maty et Tomy loin de Bryan et de Carbone-les-Mines.

 

« Miss Evans, vous avez enfin repris des couleurs, observa le fils Potter.

 

-Vous moquez pas, je suis blanche comme un cul, grogna-t-elle en se forçant à ouvrir les yeux. »

 

Il la regardait en souriant. Ses parents n’étaient pas encore revenus d’elle ne savait où.

 

« Vous n’êtes pas très colorée, effectivement, avoua-t-il. Mais je… Merci, fit-il avec difficulté.

 

-Pour ? s’étonna-t-elle en fronçant les sourcils.

 

-Pour mes mains, précisa-t-il en levant les bras. »

 

Il ouvrait et fermait les mains comme si c’était une chose nouvelle pour lui.

 

« J’ai pas fait exprès, fit-elle simplement en haussant les épaules. Je voulais juste que ça vous fasse un peu moins mal.

 

-Merci justement, insista-t-il et elle fut surprise de lui trouver un air aussi sérieux. Brisos dit que j’en ai pour au moins six mois si mon corps répond positivement aux potions, ou plusieurs années s’il les rejette. Mais ce que vous m’avez fait…

 

-Allez, arrêtez ça, j’vais rougir, s’agaça-t-elle parce qu’elle sentait ses oreilles chauffer. »

 

Elle n’avait pas l’habitude de recevoir des compliments. La seule qui lui en avait jamais fait était Maggy, et Maggy n’était plus là depuis trop longtemps.

 

« Alors Lily Evans, parlez-moi de vous, reprit-il finalement.

 

-Qu’est-ce que vous voulez savoir ? demanda-t-elle sur la défensive.

 

-Ce que vous acceptez de me dire, fit-il avec intelligence. »

 

Elle se dit qu’elle pourrait bien l’envoyer paître. Mais depuis tout à l’heure, il y avait autre chose dans sa voix, quelque chose de plus mûr qui lui faisait croire qu’il n’était pas qu’un petit enfant pourri gâté.

 

« Je suis née le 30 janvier 1860 à Carbone-les-Mines, fit-elle comme elle ne trouvait rien d’autre.

 

-Vous avez deux mois de plus que moi, dit-il.

 

-Ah, commenta-t-elle. »

 

Puis elle songea qu’elle pouvait lui demander quand avait lieu son anniversaire pour ne pas que le silence s’éternise.

 

« Le 27 mars, répondit-il. »

 

Il n’avait plus cet air plein d’orgueil, et Lily, qui ne se sentait pas pour autant prête à copiner avec lui, ne fut pas non plus mal à l’aise.

 

« J’ai quand même été un peu à l’école, quand j’étais petite, commença-t-elle. Mais je… une fois j’avais mal parlé à l’instit et il voulait que je m’agenouille sur une règle triangulaire. Je lui ai dit que je ne m’agenouillais que devant Dieu et il a pas aimé, raconta-t-elle. Il m’a attrapée par l’oreille pour me tirer devant la classe. Mais… Mais là c’est ma magie qui n’a pas aimé et sa règle triangulaire est allée s’abattre sur sa tête. Je me suis fait virer de l’école, raconta-t-elle. »

 

Elle se mordit la lèvre inférieure en le voyant rire. Pour le moment, c’était ce qu’elle préférait dans cette maison : entendre rire. Elle avait tellement peu entendu les gens rire simplement parce qu’ils étaient heureux dans sa vie, que ça lui donnait une nouvelle façon de voir les choses. D’ordinaire, les gens riaient pour se moquer méchamment d’elle. C’étaient des rires mesquins et plein de fiel. Alors que lui, elle n’avait pas l’impression qu’il riait pour l’humilier mais plus parce qu’elle le faisait rire malgré elle.

 

« Le petit déjeuner, annonça Mrs Potter en arrivant dans la chambre. »

 

Lily la regarda faire voler un grand plateau avec sa baguette jusqu’à la console en bois. Ça c’était de la magie. Mr Potter, derrière elle, fit apparaître deux tréteaux entre les chaises et le lit, et Mrs Potter, après un coup de baguette, ramena le plateau chargé de victuailles parmi eux.

 

« Comme James doit bouger le moins possible, c’est nous qui venons à lui, lui expliqua Mr Potter. »

 

Lily hocha la tête sans lâcher des yeux le plateau. Il était tellement rempli ! Lily avait l’impression qu’il y avait à manger pour dix personnes dessus. Elle n’arrivait plus à le quitter des yeux.

 

« Que voulez-vous, James ? demanda Mrs Potter en s’asseyant sur le siège le plus proche de lui.

 

-Une tasse de thé, je vous prie, fit-il. »

 

Lily regarda alors la sorcière servir son fils dans une grande tasse.

 

« Et vous Miss Elizabeth, que buvez-vous au petit-déjeuner ? lui demanda-t-elle en reposant la théière. »

 

Lily la regarda porter la tasse aux lèvres de son fils, mais celui-ci, non content d’avoir enfin les mains soignées, la pria de lui laisser boire sa tasse tout seul.

 

« Alors, Miss Elizabeth, que souhaitez-vous boire ? insista-t-elle. »

 

Lily sursauta puis détala vers sa chambre. Elle prit dans son armoire son gobelet en fer blanc, son écuelle et sa cuillère en bois, puis revint aussitôt dans la chambre en face de la sienne. Sa vaisselle faisait un peu grise mine par rapport aux jolies tasses décorées de dorures, aux assiettes délicatement peintes et aux couverts qui brillaient. Un instant, elle se sentit un peu intruse lorsqu’ils la fixèrent tous avec de grands yeux. Même s’ils semblaient beaucoup se disputer, ils formaient un tout, ils étaient une famille. Ils étaient harmonieux. Et malgré le sourire qui vint rapidement remplacer l’état de stupeur de Mr Potter et de son fils, elle se sentit un peu ridicule.

 

« Qu’est-ce que cela ? s’étonna Mrs Potter.

 

-C’est mes affaires, bafouilla-t-elle en se sentant rougir.

 

-Ce sont mes affaires, la reprit à nouveau Mrs Potter.

 

-Ce sont mes… mes… »

 

Une boule vint se loger dans sa gorge et ses yeux la piquèrent. Elle n’avait jamais pris un petit déjeuner comme ça, en s’asseyant, autour d’une table avec ses parents et sa sœur. Les seules personnes avec qui elle l’avait fait étaient Maggy, Maty et Tomy. Et encore, Bryan était aussi là, et il leur prenait tout ce qu’il y avait sur la table, et il faisait pleurer Maty et Tomy. Et il levait la main sur Maggy. Puis sur elle quand elle voulait s’interposer. Et ça finissait par son départ, et Maggy qui s’enroulait une bande autour de la tête ou du bras.

 

Elle secoua la tête. Peut-être allaient-ils se disputer comme ça eux aussi ?

 

Non, Mr et Mrs Potter semblaient plus du genre à parler sans fin et puis s’ils avaient eu l’habitude de se battre, le fils Potter n’aurait vraiment eu plus d’os à l’heure qu’il était.

 

« Ce sont mon écuelle, mon gobelet et ma cuillère, dit-elle en souriant. Désolée, ce sont pas aussi jolis que celles-là, fit-elle en désignant les leur, mais ça fonctionne aussi.

 

-Chacun avait sa vaisselle chez vous, Miss Evans ? demanda le fils Potter en fronçant les sourcils.

 

-Bah oui.

 

-Mais… Quand vous invitez quelqu’un à dîner, dans quelle vaisselle mange-t-il ? s’étonna-t-il.

 

-Dans la sienne pardi, répondit-elle en fronçant les sourcils à son tour.

 

-Donc il faut qu’il vienne avec sa propre vaisselle ? s’étonna-t-il à nouveau.

 

-Bien sûr.

 

-Mais…

 

-Mais où est le problème ? s’agaça-t-elle.

 

-Aucun, aucun ! fit-il en rendant sa tasse à sa mère. Nous ne faisons pas ainsi ici, voilà tout. Nous avons une vaisselle complète pour une vingtaine de personne afin que chaque convive puisse avoir un jeu complet pour lui. Personne n’a une tasse à lui. »

 

Elle cilla avant de regarder l’immense plateau. En effet il y avait quatre tasses, quatre assiettes, quatre cuillères, quatre fourchettes comme elle en avait vu au pub de Durham ou au Chaudron Baveur et d’autres objets contenant de la nourriture.

 

« Oh… ne trouva-t-elle qu’à commenter en regardant sa vaisselle en fer blanc. Je vais la ranger alors, s’empressa-t-elle de dire en retournant dans sa chambre. »

 

Elle pourrait boire dans ces jolies tasses ? C’était gentil, ça, de leur part, de lui prêter leur propre vaisselle. Elle revint s’asseoir entre Mr et Mrs Potter aussitôt, se sentant un peu perplexe.

 

Elle prit délicatement la jolie tasse devant elle, la retourna en faisant attention à ne pas la casser et la tendit à Mrs Potter qui la regardait toujours de travers.

 

« Du… Je voudrais du thé aussi s’il vous plaît, demanda-t-elle en se forçant à faire une phrase compliquée. »

 

Mrs Potter hésitait, ne sachant plus quoi faire apparemment. Elle échangea un long regard avec son mari avant de servir Lily.

 

« Voici Miss Elizabeth, fit-elle en lui rendant la tasse. »

 

Lily posa sa tasse devant elle, puis regarda Mrs Potter remplir la tasse de son mari puis la sienne.

 

« Toujours deux sucres, mon ami ? demanda Mrs Potter à son mari.

 

-S’il vous plaît, Euphémia, répondit-il en lui souriant. »

 

Lily jeta un coup d’œil au fils Potter pour voir ce qu’il pensait de la situation. Mais elle se rendit compte qu’il la fixait. Elle porta sa main à sa bouche.

 

« J’ai un truc coincé entre les dents ? lui demanda-t-elle abruptement. »

 

Il ne trouva qu’à rire là où sa mère se prit l’arrête du nez entre le pouce et l’index sous l’agacement.

 

« Y a rien d’drôle ! protesta-t-elle auprès de lui.

 

-Effectivement, James, il n’y a rien de drôle dans le comportement de cette enfant ! renchérit Mrs Potter. Miss Elizabeth, pourriez-vous éviter de faire des remarques déplacées, s’il vous plaît. Et puis vous n’êtes plus une enfant, vous êtes une jeune fille. Comportez-vous comme telle. Je reconnais que les mœurs des moldus peuvent différer des nôtres, mais la politesse est universelle ! martela-t-elle.

 

-J’ai dit s’il vous plaît ! protesta-t-elle en se levant. »

 

Elle manqua de faire voler le plateau, et choisit de se rasseoir. Ce n’était pas le moment de tout ficher en l’air. Pas dès le premier jour.

 

« On ne se lève pas de table avant que tout le monde ait fini de manger, chuchota furieusement Mrs Potter. Et retenez bien ce que je vais vous dire car cette après-midi… PAS DE PIED SUR LA CHAISE ! se coupa-t-elle en Lily baissa ses genoux sous la table aussitôt. Car cette après-midi, reprit-elle plus calmement, le précepteur viendra donner ses premières leçons de l’année à James, leçons que vous devrez suivre.

 

-Euphémia, Miss Evans n’a jamais étudié la magie de manière académique, lui rappela Fleamont.

 

-Elle rattrapera son retard. Il est hors de question que James prenne du retard à cause de cette petite, rétorqua-t-elle.

 

-Mère, la coupa James en prenant la brioche qu’elle lui tendait et Lily s’empressa de se servir à son tour. Si je…

 

-Mangez au dessus de votre assiette, jeune fille, la reprit Mrs Potter et Lily s’avança aussitôt au bord de la chaise pour accéder à sa demande trop heureuse de manger pour se rebeller.

 

-… peux me permettre, sans étude de la sorcellerie antérieure, Miss Evans risque de ne pas pouvoir suivre mes cours du niveau des BUSES, finit le fils Potter.

 

-Sans savoir ni lire, ni écrire, Euphémia, Miss Evans…

 

-Ni lire, ni écrire ? le coupa son fils. »

 

Lily savait qu’ils parlaient d’elle. Mais la brioche était tellement bonne que pour l’instant, cela lui était égal. Elle sentait des petites pépites sucrées dans la brioche et se demanda vaguement ce que c’était. Elles n’avaient pas le goût du chocolat. Ni celui des fraises des bois qu’elle allait cueillir avec Maggy dans le champ de l’autre côté de la rue. Elle vida sa tasse de thé d’un coup lorsqu’elle eut fini sa brioche, puis la tendit à Mrs Potter qui discutait toujours avec son mari et son fils de ce qu’elle allait bien pouvoir faire d’elle.

 

« Est-ce que je peux en avoir une autre s’il vous plaît ? demanda-t-elle en faisant attention. »

 

Elle tendit la tasse vers elle en souriant le plus gentiment possible. Ce thé n’avait pas du tout le même goût que celui que Maggy achetait. Il était bien meilleur.

 

« Bien sûr, répondit son fils à la place alors que Mrs Potter la regardait avec agacement. »

 

Il prit une baguette sur la table à côté de son lit, l’agita et la théière vint d’elle-même au dessus de la tasse que Lily tenait, la remplit et retourna sur le plateau, pour le plus grand plaisir de Lily. Elle pourrait faire cela elle aussi avec sa magie ?

 

« James, soupira Mr Potter. Je ne vous ai pas obtenu l’autorisation de pratiquer la magie hors de Poudlard pour que vous le fassiez à tout bout de champ. Cette autorisation concerne seulement vos heures d’études.

 

-Père, je révise mes sortilèges de première année, fit-il moqueusement. Alors, Miss Evans, par quelle matière voudriez-vous commencer votre étude ?

 

-Mr Potter veut que j’apprenne à lire et à écrire en premier, fit-elle en plongeant son doigt dans sa tasse pour tester la chaleur de l’eau.

 

-Miss Elizabeth ! la reprit Mrs Potter.

 

-Qu’est-ce que j’ai fait ? s’étonna Lily en mettant son doigt dans sa bouche pour l’essuyer.

 

-Ne touchez point la nourriture avec votre doigt et ne mettez point vos doigts à la bouche lorsque vous mangez, la corrigea-t-elle.

 

-Pourquoi ? s’étonna-t-elle un peu plus.

 

-Parce que c’est inconvenant ! Et ne discutez pas !

 

-Qu’est-ce que ça veut dire, ça, inconvenant ?

 

-Que signifie le mot inconvenant, la reprit Mrs Potter. »

 

Elle souffla lourdement. Elle voulait bien faire des efforts pour s’adapter à leur façon de vivre, mais si elle se faisait reprendre au moindre mot, elle n’était pas sortie de l’auberge.

 

« Et on ne souffle pas de cette manière ! précisa à nouveau Mrs Potter.

 

-Qu’est-ce que j’peux faire alors, hein ? demanda-t-elle avec hargne.

 

-Parlez-moi sur un autre ton, Miss Elizabeth. »

 

Lily reposa la tasse pour ne pas la faire tomber. Elle sentait son cœur taper dans sa poitrine et la moutarde lui monter au nez. Elle essaya vraiment de maîtriser sa colère. Elle serra les poings aussi fort qu’elle le put. Mais Mrs Potter semblait s’entêter à lui mener la vie dure. Elle sentait déjà du vent lui fouetter les oreilles, comme lorsqu’elle suppliait Maggy de quitter Bryan et que sa cousine refusait. Il fallait qu’elle se calme, sinon quelque chose allait se casser.

 

Ça ne manqua pas. Lily se força à respirer à fond mais trop tard. Le miroir du fond de la pièce explosa. Lily eut juste le temps de se lever pour se placer devant Mrs Potter et son fils et empêcher les morceaux du miroir de voler vers eux. Ils se figèrent en l’air devant elle un instant avant de retomber au sol avec fracas.

 

« Je suis désolée, bafouilla-t-elle en s’enfuyant. »

 

Elle descendit les escaliers le plus vite possible, ouvrit toutes les portes de grand hall d’entrée avant d’en trouver une menant à l’extérieur. Elle ne reconnut pas la route par laquelle elle était venue ce matin, mais posa le pied sur une vaste terrasse. Après la terrasse, il y avait un grand jardin avec des arbres qui semblaient respirer paisiblement, des fleurs qui serpentaient entres les plates-bandes, des papillons qui volaient un peu partout. Elle fut aussitôt apaisée. Elle courut pour s’enfoncer dans les arbres jusqu’à s’arrêter à cause d’un ruisseau.

 

Elle s’allongea par terre pour reprendre son souffle.

 

Et à force d’écouter sa respiration, après la nuit blanche qu’elle venait de passer, elle s’endormit. 

Chapitre 7 : Une étude colorée by Juliette54

 

Chapitre 7 : Une étude colorée

 

.

 

Elle ne savait pas combien de temps elle avait dormi lorsqu’elle se réveilla. De la lumière l’éblouissait, mais ce n’était pas le soleil. Elle papillonna des yeux en voyant l’animal fait d’une lumière bleuté devant elle. C’était un grand cerf, immense, avec des bois. Il était assis à côté d’elle et l’observait. Effarée, elle recula aussitôt.

 

C’état forcément un animal magique, ça. Et un animal magique ne pouvait pas lui faire de mal puisqu’elle était une sorcière.

 

Elle se remit sur ses pieds en même temps que l’animal puis s’approcha de lui. Il secoua la tête comme un chien puis fit un pas vers elle. Elle en fit de même en levant la main. Etonnement, elle ne réussit pas à caresser l’animal et sa main passa à travers lui.

 

« Ben ça alors, souffla-t-elle, impressionnée par les capacités de l’animal. »

 

Elle aurait juré que l’animal se moquait d’elle. Mais elle devait rêver. Quoiqu’on pouvait peut-être parler avec les animaux magiques ?

 

« T’es un cerf magique, toi, hein ? Je m’appelle Lily Evans, Lily pour les intimes. Et toi ? Tu viens d’où ? »

 

Le cerf fit sortir un drôle de son de sa bouche, comme le tintement d’une clochette. Elle ne put s’empêcher de rire, malgré ce qui était arrivé tout à l’heure. C’était fini à présent, et puis Mrs Potter avait dû se calmer. L’animal lui fit un signe de tête l’enjoignant à le suivre puis s’éloigna de la rive. Elle le suivit, fascinée par ses sabots qui touchaient à peine le sol lorsqu’il se déplaçait.

 

Elle parlait au cerf tout en marchant, s’étonnant presque qu’il ne lui réponde pas. Puis un moment, il disparut. Elle fit un tour sur elle-même pour le chercher, et tomba nez à nez avec Mr Potter.

 

« Miss Evans vous voilà ! s’exclama-t-il en lui attrapant le bras. »

 

Il était grand. Vraiment très grand. Lily n’avait d’ailleurs jamais vu quelqu’un de plus grand et maigre que lui. Sa femme aussi était grande. Elle se demanda un instant quelle taille pouvait bien faire leur fils avant d’entendre la voix de Mrs Potter.

 

« Miss Elizabeth vous voilà ! Nous nous faisions un sang d’ancre ! Où étiez-vous passée ! Nous vous cherchons depuis… Depuis au moins quatre heures ! Le précepteur vient d’arriver ! Ne disparaissez point comme cela, je vous en prie ! »

 

Et elle continua ainsi jusqu’à ce qu’elle ait trainé Lily jusqu’au deuxième étage où son fils patientait dans sa chambre avec un monsieur que Lily ne connaissait pas.

 

Ainsi on ne lui disait rien de plus ? On ne la punissait pas pour avoir disparu ? Pour avoir dormi en pleine journée ? Bah, elle n’allait pas s’en plaindre.

 

« Mr Fortescue, voici Miss Elizabeth Evans, la Née-Moldue qui n’est pas entrée à Poudlard, la présenta-t-elle succinctement. Miss Elizabeth, voici Mr Fortescue, votre précepteur. »

 

Elle lui tendit la main pour la serrer, mais celui-ci la porta à son bouche pour l’embrasser. Elle dût faire la grimace puisqu’elle entendit distinctement le fils Potter pouffer de rire.

 

« James, voyons que vous prend-il ? s’étonna sa mère.

 

-Miss Evans vous le dira, fit-il lâchement.

 

-Mais non, je sais pas, fit-elle hypocritement. Voyons que vous prend-il, Mr Potter ?

 

-Oh ne m’appelez pas Mr Potter, c’est mon père, fit-il avec un sourire provocateur.

 

-Et comment vous voulez qu’j’vous appelle ? Mr James ? s’amusa Lily.

 

-Allons-y pour Mr James, Miss Lily, fit-il avec un haussement de sourcil appréciateur. »

 

S’il n’avait pas été malade, elle lui en aurait collé une. Qu’il cesse de la détailler comme un bout de viande à la fin, même si c’était peut-être une façon de plaisanter.

 

« Miss Elizabeth, tenez-vous donc, s’exaspéra Mrs Potter. Allez-vous asseoir devant la table. »

 

Effectivement, une table avait été installée devant l’une des chaises. Mrs Potter alla quant à elle au fond de la pièce, et sortit une espèce de tissu dans lequel elle passait une aiguille.

 

« Mrs Potter m’a dit que vous ne saviez pas lire, fit le précepteur avec un ton neutre qui la désarma.

 

-Euh… ne trouva-t-elle qu’à répondre.

 

-Eh bien nous allons apprendre, fit-il en remontant ses manches. Mr Potter, veuillez lire l’introduction de votre livre de Potions, nous…

 

-Puis-je commencer par celui de Métamorphose, Mr Fortescue ? le coupa-t-il en ronchonnant.

 

-Vous devrez toutes les avoir lues pour la fin de ce cours, lui précisa simplement Mr Fortescue. Miss Evans, reprit-il en se tournant vers elle, nous allons commencer par l’alphabet. Je vais vous l’écrire sur ce tableau noir, fit-il en lui montrant ledit tableau noir, et nous allons l’apprendre en même temps. Avez-vous des questions ? »

 

Tout avait été très vite depuis son réveil, si bien qu’elle ne trouva qu’à bailler bruyamment.

 

« Miss Elizabeth ! s’outra Mrs Potter au fond de la salle.

 

-Oui Mrs Potter ? demanda-t-elle sans comprendre.

 

-Veuillez bailler en silence et mettre la main devant votre bouche. Personne n’a besoin de rencontrer le fond de votre gorge, précisa-t-elle en reprenant son bout de tissu et son aiguille. »

 

Lily leva les yeux au ciel mais se força à retenir cette manie-ci en plus des autres.

 

« Ben allons-y, fit-elle en posant ses coudes sur la table pour loger sa tête entre ses mains. »

 

Lily le regarda écrire un premier signe au tableau. Celui-là, elle s’en souvenait, c’était le premier de l’alphabet. L’instituteur l’avait assez agacée avec ça.

 

« A ! fit-elle en même temps que Mr Fortescue. J’ai quand même été un peu à l’école, précisa-t-elle comme il la regardait avec stupeur.

 

-A l’école ?

 

-A l’école de Carbone-les-Mines oui. Avec les autres enfants qui faisaient pas de magie.

 

-A l’école moldue, précisa Mr James derrière elle. »

 

Elle se retourna pour le voir concentré sur un livre en lévitation devant lui.

 

« Miss Evans, reprenons, ne vous déconcentrez pas, la pria gentiment Mr Fortescue. A, B, C, D, E…

 

-Doucement ! s’exclama Lily. »

 

Elle passa en revue les cinq lettres écrites dans deux formes différentes, les répéta doucement. Elle savait que c’était la Majuscule et la Minuscule. L’instituteur… moldu – c’est comme ça qu’on disait apparemment pour tout ce que ne venait pas du monde magique – le lui avait répété des dizaines de fois.

 

« … Et eee, on avance les lèvres et ça fait une petite ouverture comme sur la petite lettre, commenta-t-elle à voix haute pour s’en souvenir. »

 

Mr Fortescue n’y prit pas garde et écrivit une nouvelle lettre.

 

« F, fit-il.

 

-F… fff, c’est une lettre toute longue comme le son. D’accord, F. Ensuite ?

 

-G, fit-t-il.

 

-G ? C’est quoi ça G ? Quel mot commence par G ? demanda-t-elle sans trouver d’exemple.

 

-G comme garçon, lui proposa Mr James.

 

-Ah donc c’est un son ggg pas jjj d’accord. G comme garçon, marmonna-t-elle. Alors on reprend. A, B, C, D, eee, fff, garçon donc G. Ensuite ?

 

-H, lui indiqua Mr Fortescue en traçant la nouvelle lettre.

 

-Comme une hache ? s’étonna-t-elle. Ouai, on va dire que ça ressemble un peu à ça, une hache, en convint-elle avant de répéter toutes les lettres.

 

-I, lui proposa-t-il avec un sourire clairement amusé pour une raison qu’ignorait Lily.

 

-Comme dans Lily ! s’extasia-t-elle. I, c’est facile, c’est juste un bâton avec un point.

 

-J.

 

-Comme James, se permit de commenter Mr James. »

 

Elle se retourna pour le voir sourire avec intelligence.

 

« Le i de Lily est avant ton J de toute façon, fit remarquer Lily. Alors, on recommence. A, B, C, D, eee, fff, garçon donc G, hache, le bâton de Lily donc c’est i, Et après vient James donc J. Ensuite ?

 

-K.

 

-Ka ? c’est quoi ça Ka ? Vous auriez pas un mot qui commence par ka ? demanda-t-elle perplexe.

 

-Kaki, proposa Mr James.

 

-C’est quoi, ça, kaki ? s’étonna Lily en se retournant vers lui.

 

-C’est une couleur entre le vert et le brun.

 

-Ah.

 

-Sinon il y a Kelpi, proposa alors Mr Fortescue.

 

-C’est quoi, ça, Kelpi ? s’étonna à nouveau Lily.

 

-C’est l’animal qui vit dans le Loch Ness, lui expliqua le précepteur.

 

-Ahhh le monstre du Loch Ness s’appelle Kelpi ?

 

-C’est son espèce, le Kelpi.

 

-D’accord, K comme Kelpi. On recommence. »

 

Et elle reprit l’alphabet depuis le début.

 

« Puis nous avons un L, compléta Mr Fortescue.

 

-Comme dans Lily ! Ça y est je peux écrire mon prénom ! se réjouit Lily en prenant un des crayons noirs devant elle.

 

-Attendez, il vous manque une lettre, lui dit le précepteur.

 

-Ah bon ? s’étonna-t-elle.

 

-Le i grec, il vient à la fin. Un peu de patience. »

 

Elle reposa le crayon noir, croisa ses mains devant elle, et écouta à nouveau le précepteur.

 

« M.

 

-Comme Maggy ? demanda-t-elle.

 

-Par exemple. N.

 

-Presque comme le M. Nnnnn.

 

-O.

 

-Ah celui-là je m’en souviens. Oooo.

 

-P.

 

-Comme Potter, proposa à nouveau Mr James.

 

-Oooo Potter, se moqua Lily sans qu’il ne comprenne.

 

-Q.

 

-C’est quoi cette drôle de lettre ?

 

-R.

 

-Comme se faire rouspéter, ça je connais.

 

-S.

 

-Comme serpent, fit Mr James en s’amusant à faire sss.

 

-C’est vrai que la lettre ressemble à un serpent.

 

-T.

 

-Comme timbré.

 

-U, V et double V.

 

-On dirait deux V l’un sur l’autre, c’est pour ça ?

 

-X, i grec…

 

-Je peux écrire Lily maintenant !

 

-Et Z ! »

 

Le tableau noir était à présent recouvert de traits blancs qui donnaient le vertige à Lily. Elle ne pourrait jamais retenir tout ça, c’était beaucoup trop. Mais elle essaya.

 

« A, B, C, D, eee, fff, garçon donc G, ça c’est le hache, I, et après Lily vient James donc J, Kelpi commence par K, L de Lily, puis vient Maggy donc M, N, ooo Potter donc O et P, Et ça… Bah zut alors, aucune idée, buta-t-elle.

 

-Mon cul oui, marmonna Mr James derrière elle.

 

-Q ! se reprit-elle en se retournant pour lui sourire. Puis…

 

-Tu vas te faire rouspéter, commenta l’air de rien Mr James.

 

-R, serpent donc S…

 

-Et les Serpy sont timbrés, fit Mr James.

 

-T ! U, V et W ! Le X comme les poutres dans la mine, puis le Y de Lily, et le Z ! conclut-elle avec fierté. Je peux écrire Lily maintenant ? demanda-t-elle en reprenant son crayon.

 

-Ecrivez les lettres que je vous montre sur ce parchemin dans ce cas, lui proposa le précepteur en lui tendant un rouleau. »

 

Avec le bout d’une longue baguette, il lui montra le L puis le I puis à nouveau le L et enfin le Y. Et Lily tenta de les écrire, même si c’était difficile.

 

« A présent, recopiez-moi toutes les lettres, lui indiqua-t-il. »

 

Lily avait déjà eu du mal à écrire son prénom, elle n’était pas sûre de parvenir à écrire tout cela.

 

-Je sais pas si je vais y arriver, avoua-t-elle. C’est difficile.

 

-Ne baissez pas les bras avant d’avoir commencé, la prévint-il. »

 

Lily baissa à la place les yeux et s’appliqua pendant ce qui lui parut des heures avant de parvenir à reporter tout ce qu’il y avait sur le tableau noir. Lorsqu’elle tendit le parchemin à Mr Fortescue, il hocha la tête avant de lui demander d’en faire autant pour demain, et de savoir réciter l’alphabet par cœur, sans dire ses moyens ménoteknik – ou quelque chose comme ça qu’elle n’avait pas compris – à voix haute. En bref, il ne voulait que les lettres de l’alphabet. Puis il effaça le tableau, et écrivit des couples de deux lettres à chaque fois.

 

« Voyons maintenant les syllabes, lui proposa-t-il. »

Lily ne dit rien, mais elle avait franchement envie de dormir à présent.

End Notes:

 

Chapitre 8 : Drôle de soirée by Juliette54

 

Chapitre 8 : Drôle de soirée

 

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Après le départ du précepteur, Lily eut encore l’impression de travailler pendant des heures à recopier les lettres de l’alphabet sur le parchemin. Lorsqu’elle eut fini, elle se permit de bailler à s’en étouffer.

 

De toute façon, Mrs Potter s’était endormie quelques minutes après le début de l’étude. Heureusement pour elle, lui avait soufflé Mr James, sinon elle n’aurait pas apprécié sa façon de retenir l’alphabet. Puis elle avait reconduit le précepteur et Mr James lui avait dit qu’elle pouvait prendre du temps pour elle. Elle n’avait pas semblé enchantée, et Lily avait compris que c’était une façon polie de lui demander de les laisser tranquille. Tant pis pour elle. Lily n’allait pas se plaindre de ne pas l’avoir sur le dos. Au moins, Mr James semblait se moquer éperdument de la façon dont elle pouvait bien parler.

 

« J’ai fini ! se réjouit-il et Lily entendit son livre se fermer. »

 

Elle se retourna vers lui.

 

« Je connais pas encore bien l’alphabet, lui dit-elle. Ça vous dérange si je continue un peu d’apprendre avant de faire ce que vous voulez ? »

 

Elle devait lui tenir compagnie après l’étude s’il le voulait, c’est ce qu’avait dit Mrs Potter ce matin.

 

« Je vais même vous aider, lui proposa-t-il. Tournez votre chaise vers moi, lui intima-t-il.

 

-Mais le tableau, protesta-t-elle.

 

-Vous n’en avez pas besoin. »

 

Elle haussa les épaules et retourna sa chaise.

 

« Il faut retenir l’alphabet comme une chanson, c’est beaucoup plus facile, lui assura-t-il. »

 

Et effectivement, c’était plus facile. Les lettres venaient plus facilement à Lily à présent.

 

« Vous aviez d’autres choses à faire ? lui demanda-t-il en allumant la bougie à côté de lui d’un coup de baguette parce qu’il commençait à faire noir. 

 

-Moi aussi je sais allumer les bougies avec la magie, lui indiqua-t-elle prenant une autre bougie sur la commode. »

 

Elle frictionna les doigts de sa main droite entre eux, puis pinça la flammèche. Une flamme monta d’un coup et elle s’empressa d’enlever sa main. Elle lui montra son travail avec un grand sourire. Il la regardait avec des yeux ronds de stupeur.

 

« Vous faites vraiment de la magie sans baguette ? dit-il avec quelque chose comme du respect dans la voix.

 

-J’fais quelques trucs, j’ai appris toute seule, fit-elle en relevant le menton.

 

-C’est considéré comme très difficile de faire de la magie sans baguette, dit-il.

 

-Ah oui ? s’étonna-t-elle. Alors pourquoi vos parents veulent que j’apprenne à me servir d’une baguette ?

 

-On peut faire plus de choses avec une baguette, en convint-il. Alors ces devoirs ? reprit-il.

 

-Ah oui, ben faut que je m’entraine à lire les syllabes au tableau.

 

-Eh bien allez-y, lisez-les moi. »

 

Lire ? Vrai qu’elle avait appris à les lire. Peut-être qu’un jour elle saurait même vraiment lire des mots et des phrases entières.

 

« J’en ai mare, fit-elle lorsque Mr James insista pour qu’elle les lise une deuxième fois. Ça me détruit la cervelle tout ça, précisa-t-elle en appuyant ses mains sur ses yeux. J’ai pas l’habitude d’apprendre autant de choses d’un coup. On pourrait pas faire un peu autre chose ? lui demanda-t-elle en laissant sa tête retomber contre le dossier de la chaise. »

 

Elle attendit une réponse qui ne vint pas.

 

« Allez, s’il vous plait, geignit-elle en se mettant à genou sur la chaise qui tournait le dos à Mr James pour pouvoir le voir. 

 

-Faisons autre chose alors, capitula-t-il en levant les mains devant lui en signe de reddition. »

 

Elle descendit du fauteuil pour le tourner vers lui et s’y asseoir à nouveau.

 

« Voulez-vous danser pour moi ? lui demanda-t-il avec ce sourire sûr de lui et agaçant retrouvé.

 

-Non, refusa-t-elle directement en croisant les bras devant elle.

 

-Pourquoi ? s’étonna-t-il. »

 

Un instant, elle jura qu’il jouait l’innocent tellement il avait dit son « pourquoi » avec effarement. Puis comme il ne riait pas, elle hallucina purement et simplement.

 

« Chui pas une pute ! s’outra-t-elle en se levant, furibonde.

 

-Je ne vous demande pas de me toucher mais de danser ! riposta-t-il sans voir où était le problème.

 

-Je suis pas venue vendre mon corps, juste vous tenir compagnie, précisa-t-elle sans bouger d’un poil. Après, vous me demanderez de retirer ma robe pour mieux me voir danser et…

 

-Mais n’importe quoi ! s’outra-t-il à son tour en rougissant furieusement si bien que Lily dut lui accorder le bénéfice du doute. Je voulais juste… Par Merlin, vous me gênez à présent. Vous devez me prendre pour un pervers alors que pour une fois je n’y pensais vraiment pas ! se récria-t-il en secouant la tête.

 

-Pour une fois ? releva-t-elle en lui jetant un regard appuyé.

 

-Nom de… Vous m’ennuyez, là, en convint-il avec une grimace. Je voulais juste… »

 

Il se tut assez longtemps pour que Lily puisse voir ses yeux se ternir.

 

« Ils… Que ce soient mes parents ou mes amis, ils s’arrangent pour ne pas me parler d’activités qui nécessitent de bouger, expliqua-t-il en perdant toute trace de légèreté sur son visage. Mais c’est encore pire, puisque par conséquent ils font attention à chaque mot qu’ils disent, ils ne sont plus du tout naturel avec moi. Alors que… Rien que de voir quelqu’un danser me donnerait sûrement envie de guérir et donc de bien faire les exercices que Brisos m’a prescrit. »

 

Lily plissa les yeux. C’était bizarre son explication. C’était même un peu beaucoup bizarre. Elle ne savait pas s’il jouait vraiment bien la comédie et se moquait d’elle ou s’il lui disait la vérité. Il lui avait paru si prétentieux lorsqu’il lui avait demandé de danser, mais tellement sincère dans son explication, qu’elle ne savait plus quoi en penser.

 

« De toute façon, je sais pas danser, fit-elle pour clore la question.

 

-Je ne vous crois pas, tout le monde sait danser, réfuta-t-il aussitôt. »

 

Il agita sa baguette en marmonna des mots bizarres et le premier tiroir de la commode s’ouvrit. Lily regarda une énorme boîte en bois en sortir, bien trop grosse pour être contenue dans ce tiroir. Il devait être soumis au même sortilège que la sacoche de Mr Potter. Puis la boîte s’ouvrit, révélant un gramophone, le même que celui du pub de Carbone-les-Mines.

 

« Ouah, un gramophone, souffla-t-elle, sidérée d’en voir de si près.

 

-Connaissez-vous la musique sorcière ? Je vais vous faire écouter la Suite enchantée de Musidora Barkwith, lui annonça-t-il en faisant voler un vinyle jusqu’au gramophone. C’est une œuvre inachevée avec tuba explosif qui date du XVIIème siècle. »

 

Lily avait juste retenu tuba explosif et Musidora Bark-quelque-chose. Mais ça ne l’avait nullement préparée à la véritable explosion qui la fit se précipiter à l’autre bout de la pièce. On aurait dit que la musique éternuait. Mais c’était joli, hein. C’était même tellement beau que Lily se mit à tourner sur elle-même, comme elle le faisait quand le cirque venait à Carbone-les-Mines et qu’on entendait la musique qu’il faisait jusque sur la place du marché. Elle étendit ses bras pour aller plus vite et sans faire attention, elle se mit à fredonner le rythme de la musique en riant.

 

Puis la musique mourut et elle se rappela qu’elle ne voulait pas obéir à Mr James au doigt et à l’œil et s’arrêta face à lui. Elle perdit un peu l’équilibre avant de pouvoir chercher son habituel sourire suffisant.

 

Mais elle ne le trouva pas. A la place, il la regardait avec un grand sourire malgré ses yeux brillant de larmes.

 

« Vous allez bien ? s’inquiéta-t-elle soudain. »

 

Il se contenta d’opiner du chef.

 

« C’est juste que… cela faisait longtemps que je n’avais pas vu quelqu’un s’amuser autant en dansant, avoua-t-il. »

 

Il serait pas un peu sensible par hasard pour se mettre à pleurer comme ça, comme une fillette ? Ou p-t-être à fleur de peau ?

 

« Pas d’problème, fit-elle en lui souriant. »

 

Celui-là semblait vraiment avoir besoin d’une compagnie autre que celle de sa coincée de mère.

 

« De quoi on vous parle plus non plus ? fit-elle en revenant s’asseoir sur la chaise à côté de lui.

 

-Du Quidditch, fit-il avec amertume. 

 

-Qu’est-ce que c’est, ça, le Quidditch ? demanda-t-elle en posant ses coudes sur ses genoux et son menton dans ses mains. »

 

Et il lui parla de ce sport sorcier le plus connu au monde avec tellement de joie et d’entrain, que Lily se dit qu’il ne pouvait pas être une mauvaise personne, et qu’en plus d’être mignon (elle n’était pas aveugle quand même, même si son petit côté je suis le meilleur l’irritait assez, c’était physique), il semblait passionné. Et quelqu’un de passionné, pour Lily, était forcément intéressant. Il lui expliqua les règles, et bizarrement, ça rentra plus facilement que l’alphabet, du moins l’alphabet comme avait tenté de lui apprendre Mr Fortescue.

 

« Regardez dans la commode, il doit y avoir une sorte de paire de jumelles, cela s’appelle des multiplettes. J’ai regardé un match du Club de Flaquemare contre les Frelons l’année dernière avec celles-ci, si vous tournez… Mais non, pas mes caleçons ! s’outra-t-il en rougissant lorsqu’elle en tira un du tiroir. Je disais, si vous tournez la molette en haut à gauche, vous devriez pouvoir revoir le match. Venez là, je vais vous montrer. »

 

Il lui indiquait la place à côté de lui sur son lit. D’abord suspicieuse, elle le regarda se décaler pour lui faire une place à côté de lui avec un grand sourire innocent. De toute façon, il ne pourrait pas lui faire grand-chose avec sa maladie. S’il tentait de la toucher, il en aurait les os brisés. Rassurée, elle vint s’asseoir à côté de lui, comme le faisait Maggy avec elle lorsqu’elle était plus jeune.

 

Il tourna la molette, plaça ses yeux couverts des verres de ses lunettes devant les deux tubes des multiplettes et se recula avec un sourire satisfait. Puis il les lui tendit en lui parlant de la figure qu’exécutait l’attrapeur, une feinte de Wronski apparemment. Et il le fit pour des dizaines et des dizaines de séquences comme il lui dit. Et finalement, ce furent des coups à la porte qui les coupèrent dans leur éclat de rire lorsqu’il lui parla de la figure de l’Etoile de mer, et Lily lui assura que des étoiles étaient dans le ciel et qu’elle ne pouvait pas tomber dans la mer.

 

La porte s’ouvrit sur Mrs Potter alors qu’ils riaient toujours car apparemment l’étoile de mer était un animal aquatique selon Mr James, mais elle en doutait sérieusement.

 

« Nous pouvons man… Veuillez descendre de là Miss Elizabeth ! James est malade et…

 

-Ne vous en prenez pas à elle, la coupa aussitôt Mr James alors que Lily bondissait au sol. Je lui ai demandé de venir là pour que nous visionnons le Match de Quidditch dans les multiplettes et…

 

-Quidditch ? Mais James…

 

-S’il vous plaît, Mère, je lui expliquais les règles. Nous pouvons manger à présent. »

 

Elle regarda son fils avec inquiétude avant de jeter un regard noir à Lily puis de faire demi-tour. Lily relâcha sa respiration. Ce n’était pas qu’elle lui fichait la trouille, c’était plus qu’elle n’avait pas trop envie de la pousser à bout et de se faire virer de cette maison. Elle devait apprendre la magie pour pouvoir aller rechercher Maty et Tomy.

 

« Merci Miss Lily, lui fit James en attrapant sa main. »

 

Elle le regarda fixement pour qu’il développe sa pensée, mais il ne trouva qu’à lui embrasser la main.

 

« Arrêtez ça, grogna-t-elle. J’suis pas une Lady, c’est pas pour moi les papouilles de respect, précisa-t-elle lorsqu’il lui eut rendu sa main.

 

-J’ai eu une éducation telle qu’elle me pousse à considérer toutes les jeunes filles comme des princesses, fit-il en lui souriant sincèrement. Or il me semble que vous êtes une jeune fille, si mes lunettes sont bien ajustées ? Et ne grognez pas comme un chat sauvage, cela déforme votre joli visage. Vous pouvez rougir par contre, c’est d’une mignonnerie renversante, se moqua-t-il gentiment lorsqu’elle sentit ses pommettes chauffer. Plus sérieusement, je vous remercie pour cette journée. Je suppose que vous ne pensez pas avoir fait des merveilles, mais je crois que c’est la seule depuis des semaines où je ris spontanément et avec sincérité. Cette maladie me mine le moral. »

 

Elle se souvint des cris qu’elle avait entendus derrière la porte ce matin. Sa maladie devait vraiment le faire souffrir.

 

« Allez, si vous suivez les exercices de Brisos, ça se remettra en six mois, c’est ça ? fit-elle parce qu’elle n’aimait pas voir tant de reconnaissance envers elle dans les yeux des gens. »

 

Elle n’en avait pas l’habitude en fait, et elle ne savait pas comment gérer ça.

 

« Et modeste en plus, commenta-t-il en ouvrant un peu plus ses grands yeux chocolat. »

 

Elle fit semblant de ne pas avoir entendu en se tournant vers la porte parce que des bruits de pas approchaient. C’était Mr et Mrs Potter, le même plateau que ce matin les suivait. Lily remit le fauteuil qu’elle avait bougé et s’assit dessus, avant de voir le regard insistant de Mrs Potter. Oh elle voulait sûrement être à côté de son fils. Elle lui céda la place avant de se faire réprimander, et reprit la chaise qu’elle occupait ce matin.

 

« Soupe de poisson et légumes de saison, leur annonça Mrs Potter en tirant sa baguette. »

 

La louche se leva toute seule et remplit quatre bols qui vinrent se placer devant chacun. Mr James dut encore batailler auprès de sa mère pour manger tout seul, et Mr Potter ne se retint pas de soupirer devant l’insistance de sa femme. Lily, quant à elle, se contenta de porter le bol à ses lèvres. Elle mourrait de faim.

 

« Miss Elizabeth, veuillez prendre votre cuillère ! s’outra Mrs Potter en lui en tendant une. »

 

Lily la prit en fronçant les sourcils. Elle jeta un coup d’œil à Mr James qui enfonçait sa cuillère dans sa soupe en la fixant, comme pour lui expliquer ce qu’il convenait de faire. Lily grimaça en sentant son estomac gargouiller. Elle n’aurait jamais fini de manger à s’y prendre comme ça. Mais elle s’y employa, décidée à se faire toute petite.

 

« Qu’avez-vous fait cette après-midi, si ce n’est pas un indiscret ? fit Mrs Potter avec un ton pincé qui fit dire à Lily qu’elle n’était pas ravie que son fils ait préféré la présence de Lily à la sienne.

 

-Nous avons fini nos devoirs, nous avons écouté de la musique puis j’ai expliqué à Miss Lily les règles du Quidditch, expliqua-t-il succinctement en souriant à Lily. »

 

Lily répondit à son sourire un peu trop rapidement à son goût. Voilà qu’elle se prenait d’affection pour lui à présent alors qu’elle avait cru ne pas pouvoir le saquer en début de journée. Enfin, mieux valait côtoyer quelqu’un qu’elle appréciait que quelqu’un qu’elle détestait. Ce serait plus agréable. Et bravo pour cette réflexion splendide, Lily Evans, songea-t-elle en grimaçant.

 

Puis Mr Potter lui demanda ce qu’elle préférait dans le Quidditch et Lily manqua de jurer : elle ne pourrait donc jamais manger ?

 

A la place, elle parla des trois types de balles. Elle trouvait que c’était plus varié que dans le football et plus dangereux et donc plus marrant, conclut-elle, faisant rire Mr James.

 

« Miss Elizabeth, vous arrive-t-il souvent de faire de la magie spontanée ? finit par lui demander Mrs Potter lorsqu’ils eurent fini la soupe.

 

-De la magie spontanée ? Qu’est-ce que c’est, ça ? demanda-t-elle en croisant ses mains devant elle comme le faisait Mrs Potter. »

 

Si Mrs Potter le faisait, elle pouvait le faire, c’est que ça se faisait.

 

« La magie spontanée, c’est de la magie qui s’agite malgré vous. Lorsque vous faites de la magie sans le faire exprès, il s’agit de magie spontanée. »

 

Le miroir, bien sûr, elle n’avait pas oublié le petit incident de ce matin.

 

« Quand je suis très en colère, ou très contente, parfois, je fais de la magie spontanée, comme vous dites, avoua-t-elle du bout des lèvres parce qu’elle ne savait pas si c’était grave. Mais j’arrive à la contrôler la plupart du temps, précisa-t-elle tout de suite pour la rassurer.

 

-Ne vous inquiétez pas, reprit aussitôt Mr Potter. C’est tout à fait normal que vous fassiez de la magie spontanée puisque vous n’avez jamais appris à vous servir d’une baguette ni à canaliser votre magie. Mais vous verrez que plus vous avancerez dans votre étude, plus votre magie se stabilisera. »

 

Lily hocha la tête pour montrer qu’elle avait compris. S’ils ne lui en voulaient pas, c’est que ce n’était pas grave.

 

« Un jour, je devais avoir quatre ans, notre voisin m’a empêché de jouer avec sa fille. Alors, sans le faire exprès bien sûr, j’ai transformé ses poules en pigeons, lui raconta Mr James. Ils se sont tous envolés et mes parents on dut appeler le service des Oubliators parce que notre voisin est Moldu, bien sûr, sinon cela n’aurait pas été drôle. »

 

S’en suivit une multitude de question sur les Oubliators de la part de Lily, puis un éclaircissement bienvenu sur le pourquoi les sorciers se cachaient du monde moldu et le Code International du Secret magique que Mr Potter lui expliqua en long en large et en travers. Apparemment, tous les sorciers connaissaient cela parce qu’ils l’apprenaient à Poudlard. A ce commentaire, Mr James s’empressa de lui faire une grimace éloquente en secouant la tête, et Lily dut se retenir de rire.

 

Finalement, ce fut Mr Potter qui se leva le premier.

 

« Il est l’heure de dormir les enfants…

 

-Je ne suis plus un enfant, protesta Mr James avec une grimace.

 

-Moi ça me dérange pas qu’on me considère comme une enfant, commenta Lily en baillant allègrement. »

 

Après un petit bruit agacé de Mrs Potter, elle plaça sa main devant sa bouche largement ouverte. Qu’est-ce qu’elle pouvait être rigide !

 

« Vous aimez être considérée comme une enfant ? hallucina Mr James.

 

-Au moins, quand tu es enfant, c’est pas à toi de remplir ton assiette, tes parents s’en chargent. Allez, bonne nuit, j’dors debout, fit-elle en agitant vaguement la main pour aller s’enfermer dans sa chambre. »

 

Sa chambre. C’était la première fois qu’elle avait une chambre pour elle toute seule. Ce serait aussi la première fois qu’elle dormirait toute seule dans une pièce.

 

Elle ferma la porte derrière elle, et cala la chaise contre la porte pour ne pas qu’on puisse l’ouvrir. Une vieille habitude que Maggy lui avait fait prendre. Y a des garçons qui pensent que tout leur appartient, disait-elle toujours en fronçant les sourcils. Lily n’avait pas compris ce qu’elle voulait dire avant d’avoir treize ans et que…

 

Elle secoua la tête et tira sur les lacets de devant sa robe afin de l’ouvrir. Puis elle la passa par-dessus sa tête et la rangea dans l’armoire.

 

Le lit avait l’air tellement douillet, qu’elle se laissa tomber dessus en étoile. Les étoiles dans la mer, franchement, qu’est-ce qu’il pouvait dire comme bêtises, songea-t-elle en riant toute seule. Elle était fatiguée au possible. Après tout, elle n’avait pas dormi de la nuit, et seules quelques heures de sommeil après le petit-déjeuner lui avaient été permises aujourd’hui. D’ordinaire, cela ne la gênait pas trop, mais là, après toutes ces choses qu’elle avait découvertes, elle était éreintée.

 

Et pourtant, le lit était tellement moelleux par rapport à celui dans lequel elle se couchait d’ordinaire, qu’elle ne parvint pas à dormir avant d’avoir jeté la couette au sol et de s’être vautrée dessus. Le sol était plus dur, mais au moins, il ressemblait plus au lit de Maggy. 

End Notes:

Merci pour toutes tes gentilles reviews Ayli, elles me font vraiment plaisir ! 


Le prochain chapitre arrivera avant deux semaines, c'est promis (au plus tard dans une semaine!)... A très vite donc ! 

Chapitre 9 : Deuxième journée by Juliette54

 

Chapitre 9 : Deuxième journée

 

.

 

« Miss Elizabeth ! Miss Elizabeth ! Voulez-vous ouvrir cette porte ! Alohomora ! Nom de nom qu’avez-vous fait ! »

 

Lily se réveilla en entendant la porte frémir sur ses gonds à cause des sortilèges. Elle sauta sur ses pieds. Un instant perdue dans cette immense chambre douillette, elle se rappela brusquement que ce ne pouvait pas être Bryan qui rentrait de la mine et qui s’excitait derrière la porte puisque Mr Potter était venu la chercher pour qu’elle tienne compagnie à son fils et qu’elle apprenne… et qu’elle apprenne la Magie. Ouai, elle n’était pas la seule à faire de la magie. Elle était une sorcière, comme plein d’autres gens.

 

« J’arrive ! cria-t-elle à travers la porte. 

 

-Ouvrez donc cette porte ! cria la voix de Mrs Potter.

 

-J’peux pas, j’suis nue ! dit-elle en courant jusqu’à l’armoire. »

 

Elle entendit distinctement le cri offusqué de Mrs Potter et se mit à rire nerveusement. Tomy… Maty… Comment avait-elle pu les laisser ? Bryan était leur père mais… Elle n’avait pas pu faire autrement. Elle ne pouvait pas les élever toute seule. Du moins, pas sans magie.

 

Après un brin de toilette avec sa savonnette et l’eau qu’il restait dans le broc puis après avoir démêlé ses cheveux avec ses doigts, elle passa sa robe prune, encore émerveillée par cette jolie robe. Elle fit un tour sur elle-même avant d’entendre à nouveau la voix de Mrs Potter. Alors elle retira la chaise qui bloquait la porte pour l’ouvrir, et tomba nez à nez avec…

 

« Bonjour Miss Elizabeth, pépia joyeusement l’horrible petite créature. 

 

-Bonjour Monsieur, bafouilla-t-elle en calmant sa respiration. »

 

Il était aussi moche que le vieux Schmeck, le vieux mineur qui regardait sous les jupes des petites filles, mais bien moins effrayant. Ses grands yeux bleus étaient fascinants et même si son long nez pendait misérablement entre les deux, le petit être semblait sympathique.

 

-On ne dit pas Madame et encore moins Monsieur à Duniky, Miss Elizabeth, la réprimanda le petit monstre.

 

-Qui est Duniky ? demanda-t-elle en cherchant une autre personne dans le couloir.

 

-Duniky est là, devant vous, Miss Elizabeth et…

 

-Duniky, cesse de bavarder et va ranger la chambre de cette petite, elle a déjà renversé sa couette à terre, les coupa Mrs Potter avec un ton impérieux. Miss Elizabeth, venez prendre le petit-déjeuner avant que Mr Fortescue n’arrive.

 

-Tout de suite Maîtresse Euphémia, fit le petit être en s’inclinant si bas que son énorme nez toucha le sol.

 

-Donc c’est…

 

-C’est Duniky, notre elfe de Maison, lui expliqua brièvement Mrs Potter en la dardant de son air pincé. Vous savez ce qu’est un elfe de Maison, non ?

 

-Un elfe oui, une maison oui, mais la petite personne rabougrie, ça non, marmonna Lily toujours sous le coup de la surprise.

 

-Ne commencez pas à marmonner, la reprit dès le départ Mrs Potter. Un elfe de Maison s’occupe de la maison. Il fait la cuisine, le ménage, les lessives et d’autres tâches réservées aux domestiques. Allons manger à présent. »

 

Lily resta perdue dans sa réflexion assez longtemps pour que Mrs Potter ait besoin de faire claquer sa langue dans sa bouche pour la faire revenir parmi eux. Un elfe de Maison faisait tout ça ? Pratique.

 

Mr Potter les attendait patiemment. Mr James était tout à fait réveillé, et regardait avec mépris autour de lui. Lily s’étonna de voir tous les traits de son visage se détendre et s’illuminer lorsqu’il la vit.

 

« Voilà le soleil de ma journée ! s’exclama-t-il même en souriant largement.

 

-Ouai bah faites gaffe, l’soleil ça brûle, marmonna-t-elle en se sentant rougir. »

 

Tout en l’écoutant rire, elle se demanda s’il parlait sérieusement ou au contraire se moquait d’elle. Mais qu’en avait-elle à faire, après tout ? Fallait juste qu’elle le supporte (dans les deux sens du terme hein) le temps de sa maladie, et après, elle irait chercher Maty et Tomy pour qu’ils vivent tous les trois dans la forêt.

 

« Votre répondant est la plus douce des musiques à mon oreille, Miss Lily, lui rétorqua Mr James avec un sourire mutin. »

 

Elle le regarda en plissant ostensiblement le nez. Qu’il arrête de faire semblant de la draguer, ça finissait par devenir gênant, surtout devant ses propres parents.

 

« Ma musique préférée à moi, c’est le silence, grimaça-t-elle en le voyant attendre une réponse. 

 

-Elle était facile, celle-là, lui reprocha-t-il en haussant les sourcils sans se départir de son sourire.

 

-Bah vous vous en contenterez, grogna-t-elle en regardant Mrs Potter remplir les tasses de thé. 

 

-Vous n’êtes pas du matin ? se moqua-t-il.

 

-J’ai faim, c’est tout, fit-elle en prenant la tasse qui volait devant elle. Bon appétit !

 

-Miss Elizabeth ! l’interrompit Mrs Potter. D’une part, veuillez attendre que tout le monde soit servi, d’autre part, on ne souhaite pas « bon appétit » de cette manière.

 

-On souhaite ça comment alors ? s’étonna Lily en oubliant momentanément sa tasse fumante.

 

-On ne fait pas l’éloge de la chair de cette manière, c’est inconvenant, lui expliqua avec agacement Mrs Potter.

 

-Qu’est-ce que ça veut dire…

 

-Que signifie ! la reprit Mrs Potter. »

 

Oh mais qu’est-ce qu’elle avait encore ? Elle était encore plus rigide qu’hier !

 

« Que signifie inconvenant ? Et éloge de la jair ? fit-elle en se forçant à respirer calmement, peu désireuse que le miroir vole à nouveau en éclats.

 

-Inconvenant, signifie qui n’est pas convenable, ce qui ne se fait pas.

 

-Selon qui ? s’étonna à nouveau Lily, parce que c’était bizarre quand même.

 

-Selon la société ! s’exaspéra Mrs Potter. Ne mettez pas votre doigt dans le nez !

 

-Je me grattais ! s’offusqua réellement Lily. »

 

Maggy lui avait assez dit que c’était pas propre.

 

« Se mettre les doigts dans le nez est inconvenant, par exemple, dit Mrs Potter comme si elle parlait à un bébé et Lily sentit la moutarde lui monter au nez. Lorsqu’on fait un éloge, on vante les mérites d’une telle chose ou d’une telle personne. La chair, c’est la nourriture.

 

-Pourquoi on peut pas faire l’éloge de la chair alors ? C’est bien de manger, non ? »

 

Elle entendit Mr James s’étouffer de rire en buvant son thé. Qu’avait-elle dit de drôle cette fois, hein ?

 

« C’est bien de manger, oui, mais pas de manger à n’en plus pouvoir, reprit Mr Potter en lui tendant la corbeille de petits pains. 

 

-Si vous voulez, abdiqua-t-elle pour pouvoir enfin manger. »

 

Le petit pain était encore tout chaud. Elle sentit la mie lui glisser dans la bouche et dans la gorge et ne se retint pas un petit soupir de satisfaction. Tout ce qu’elle avait mangé ici depuis qu’elle était arrivée était fabuleux. C’était chaud, ça avait du goût et puis ça lui remplissait vraiment l’estomac. Si bien que Lily, même si elle n’avait plus vraiment faim, tendit la main pour prendre une autre petite brioche. Elle la coupa en deux afin d’en garder un morceau pour tout à l’heure qu’elle fourra dans sa poche, puis trempa la moitié restant dans sa tasse de thé. Regarda le pain se ramollir et l’enfourna dans sa bouche. C’était doux, c’était sucré, c’était bon.

 

« En voulez-vous un troisième, Miss Lily ? lui demanda Mr James sans se départir de son sourire.

 

-Je peux ? s’étonna Lily avec des yeux ronds. »

 

Elle pouvait vraiment manger autant qu’elle le voulait ici ?

 

« Si vous en avez envie, oui. »

 

Mais la sonnette de l’entrée retentit et Mrs Potter fit disparaître le plateau d’un coup de baguette.

 

« Mr Fortescue est là, fit-elle simplement. »

 

Lily regarda l’endroit où se trouvaient les petites brioches l’instant d’avant en fronçant les sourcils. Elle espéra qu’il y en aurait encore demain.

 

Mr Potter agita à son tour sa baguette pour faire disparaître les tréteaux et ranger les chaises. Les tréteaux disparaissaient-ils vraiment ou étaient-ils simplement rangés quelque part ?

 

Elle oublia ses questions en entendant la voix neutre de Mr Fortescue. Il donna des indications à Mr James puis lui demanda de réciter à nouveau l’alphabet. Il l’aida un peu, mais pas de trop pour ne pas être mécontent de son travail. Et elle passa l’heure suivante à recopier à nouveau l’alphabet puis à déchiffrer les syllabes.

 

Etonnamment, Mrs Potter ne l’embêta pas à midi, peut-être parce que Mr Fortescue mangeait avec eux, peut-être aussi parce que Lily tâcha de se faire toute petite et préféra penser à Maty et Tomy. Mr James n’essaya pas de lui parler. Elle s’en étonna mais ne s’en plaignit pas. Les trois adultes discutaient ensemble sans lui prêter attention. Enfin, après le repas, ils durent reprendre l’étude.

 

« A présent, nous allons faire de la magie, lui annonça le précepteur avec un très discret sourire.

 

-De la magie ? Enfin ! se réjouit Lily. 

 

-Vous devez rattraper les quatre premières années d’étude de la sorcellerie, puis enchaîner avec la cinquième si vous désirez passer vos BUSES à la fin de l’année comme les jeunes de votre âge. Le plus sage serait de se concentrer sur trois ou quatre matières. Qu’en pensez-vous ? lui proposa-t-il.

 

-J’vous fais confiance, fit-elle, déjà impatiente de commencer.

 

-Que savez-vous déjà faire en magie ? »

 

Lily jeta un coup d’œil à Mr James derrière elle. Mais il semblait concentrer sur son livre et agitait sa baguette. Des filets de lumières s’en échappaient.

 

« Ça, fit-elle en serrant son poing droit. »

 

Elle sentit une pâquerette se glisser dans sa paume et ouvrit la main pour la regarder grandir, souffla sur les pétales et les laissa voler. A la place du soleil habituel qu’elle finissait par former, elle s’efforça de former son prénom, Lily, devant elle. Puis elle récupéra les pétales dans ses mains, et les jeta au dessus d’elle. Elle regarda la neige tomber dans la chambre, satisfaite de sa prestation.

 

« Sortilège et Botanique, souffla Mr Fortescue en regardant le sol devenir blanc.

 

-Et Métamorphose, ajouta Mr James en ramassant une poignée de neige à côté de lui.

 

-Ce sont les matières ? demanda Lily en louchant pour voir un flocon se déposer sur son nez.

 

-Vous avez grandi chez les Moldus, non ? Nous verrons quelques petites choses pour l’Etude des Moldus alors, ceci ne devrait pas vous poser de problème, ajouta Mr Fortescue.

 

-Et la Défense Contre les Forces du Mal ! ajouta Mr James. Il faut qu’elle sache un minimum se défendre !

 

-C’est beaucoup trop difficile de rattraper…

 

-Elle ne peut pas faire l’impasse dessus, insista Mr James sous l’œil étonné de Lily.

 

-Cinq matières ? C’est pas un peu beaucoup ? demanda-t-elle.

 

-Si la masse de travail est trop importante, vous n’aurez qu’à abandonner une matière, fit Mr James. Mais en ajouter une plus tard sera beaucoup plus difficile.

 

-Faisons ça alors, en convint Lily. »

 

 Il avait raison, elle voulait savoir se défendre, ça pouvait être utile.

 

« On commence par quoi ? demanda-t-elle en sortant la jolie baguette qu’elle avait achetée dans la boutique sorcière de sa poche.

 

« Sortilège, lui proposa Mr Fortescue. Un bon vieux Wingardium Leviosa rend toujours service, dit-il en posant une jolie plume devant elle. Prenez votre baguette et faites comme moi. On tourne et on abaisse, allez-y ! »

 

Lily agita sa baguette de la même manière que le précepteur. Après quelques tours, elle put dire la formule en même temps le tout en fixant son attention sur la plume. La première fois, la plume se contenta de frémir. La deuxième fois, elle se retourna d’elle-même. La troisième fois, elle s’envola un peu, un peu plus lorsque Lily leva sa baguette, encore un peu, jusqu’à toucher les poutres peintes de motifs jaune et rouge du plafond.

 

« J’ai réussi ! s’extasia-t-elle. Je fais de la magie avec une baguette ! »

 

Elle se leva de sa chaise pour sauter de joie. Puis son attention fut attirée par le livre de Mr James qui lévitait doucement devant lui, et elle décida qu’elle serait celle qui l’embêterait pour une fois. Elle prononça la formule en pointant le livre, qui s’envola au dessus de sa tête puis alla se poser au dessus de la grande armoire de la pièce. Elle se mit à rire toute seule, amusée de voir combien c’était facile de le déstabiliser.

 

Elle se tourna vers lui. Il la regardait avec des yeux de merlans frits, sûrement atterré de son audace. Elle lui offrit son plus beau sourire sans se forcer. Elle avait réussi à exécuter ce sortilège ! Elle se tourna vers Mr Fortescue qui lui fit comprendre d’un simple sourcil arqué et d’un geste en direction du dessus de l’armoire qu’elle devait faire redescendre l’objet. Alors elle monta sur la chaise pour mieux le voir, agita sa baguette, puis laissa le livre reprendre sa place originelle.

 

« Merci, Miss Lily, lui rétorqua Mr James avec un sourire clairement amusé.

 

-Mais de rien, Mr James, fit-elle de la même manière en retournant s’assoir. Ensuite ? demanda-t-elle avidement.

 

-Recopiez d’abord la formule pour ne pas l’oublier, je vous l’écris au tableau.

 

-Oh vous ne pouvez pas me l’écrire directement ? soupira Lily.

 

-Il n’en est pas question. C’est une bonne façon de continuer à s’entraîner à l’écriture, de cette manière, vous saurez écrire dans quelques mois sans aucun problème, dit Mr Fortescue. »

 

Là-dessus, Lily en doutait sérieusement. Elle ne fit cependant aucun commentaire. Lire les syllabes, ça allait. Mais écrire, c’était pas gagné. Elle avait déjà du mal à tenir le crayon de papier…

 

« Pour la Botanique, en revanche, je ne sais comment m’y prendre, avoua le précepteur. Je ne peux décemment pas ramener de plantes ici. D’autant plus que vous n’avez pas cette matière, Mr James. Je pense que nous allons devoir faire l’impasse.

 

-Mais j’ai cette matière, Mr Fortescue, commenta Mr James. Mais avec ma santé, il a été décidé que nous ne nous en occuperons plus tard. Mon père a promis de s’en charger.

 

-Votre père ? s’étonna Mr Fortescue.

 

-Mon père est botaniste et potioniste, Mr Fortescue.

 

-Exact, eh bien, Miss Elizabeth attendra elle aussi, en conclut le précepteur. Métamorphose à présent. Vous allez tâchez de changer cette brindille en aiguille. »

 

Il posa une brindille tirée de sa poche sur la table que Lily regarda avec scepticisme. Et Lily eut beau dire et faire tout ce qu’il lui disait, la brindille ne bougea pas d’un pouce. En désespoir de cause, elle prit la brindille, la serra le plus fort possible dans sa main, voulant de toutes ses forces en tirer une aiguille afin de recoudre sa chaussette qu’elle avait trouée ce matin et sentit sa main la piquer. Elle l’ouvrit, et découvrit une aiguille un peu grossière et tordue.

 

« Et voilà ! s’exclama-t-elle fière d’elle.

 

-Vous… Sans baguette ? bredouilla Mr Fortescue. Eh bien nous… Nous allons dire que c’est bon. Il faut que vous sachiez le faire. Avec ou sans baguette, à la rigueur… »

 

Il continua de bredouiller en inscrivant la formule au tableau.

 

Le meilleur moment fut quand elle réussit à exécuter le sortilège de crottes de nez sur Mr Fortescue lui-même. Le Mucus ad Nauseam lui venait si facilement dans la bouche, qu’il fit couler au moins dix litres de morve du nez du précepteur. Et Lily était tant écroulée de rire que Mr James finit par quitter sa propre étude des yeux pour rire à son tour. Au bout d’un trop court moment selon Lily, il lança un autre sortilège au précepteur qui fit se tarir le flot de morve, au soulagement visible de Mr Fortescue.

 

« Je crois que nous allons nous en tenir là, Miss Elizabeth. Apprenez ces trois sortilèges par cœur, écrivez trois fois l’alphabet pour demain, et exercez-vous sur les syllabes des pages trois, quatre et cinq du manuel que je vous ai apporté.

 

-Tout ça ? se désespéra Lily.

 

-Il le faut bien si nous voulons que vous puissiez passer vos BUSES à la fin de l’année, dit-il fermement. Monsieur James, quant à vous, je veux quinze centimètres sur le Protego, et quinze autres sur la pierre de Lune.

 

-Tout ça ? fit James de la même façon que Lily.

 

-Seulement cela, vous voulez dire ! Il me faudra aussi quinze centimètres sur les Animagi, précisa-t-il. »

 

Le Précepteur haussa la voix pour leur souhaiter une bonne soirée afin de réveiller Mrs Potter, qui s’était assoupie dès le début de leur étude. Laquelle s’empressa de raccompagner Mr Fortescue, masquant par des propos débiles une gêne évidente. Mr James ne se gêna pas pour rire une fois le départ des deux adultes, mais Lily se décida à reprendre le crayon pour faire ses lignes d’écriture.

 

« Vous êtes acharnée, commenta Mr James avec amusement.

 

-Faut bien si j’veux pouvoir rattraper mon retard, marmonna un peu trop fort Lily.

 

-Ne vous en faîtes pas, vous allez très bien y arriver et… »

 

Elle n’écouta plus ce qu’il lui disait pour se concentrer sur le dessin de ses lettres. C’était assez difficile, mais elle devait y arriver. Il dut se lasser qu’elle ne réponde pas à ses questions, puisqu’il finit par lui ficher la paix. Il le fit si bien, que contrairement à la veille, Lily termina ses devoirs avant lui. Elle ferma donc son livre, et s’approcha de la fenêtre. Le soleil commençait déjà à décliner. Tomy et Maty iraient bientôt se coucher. Pourvu que Bryan leur lise une histoire. Pourvu qu’il les nourrisse correctement. Pourvu qu’ils ne la réclament pas trop. Pourvu quand même qu’elle leur manque un peu. En tout cas, eux, ils lui manquaient. Elle imagina la petite main chaude de Tomy dans la sienne, et le corps maigrelet de Maty enroulé autour de sa jambe.

 

« Miss Lily ? »

 

La voix de Mr James la sortit de ses pensées. Elle les avait quittés depuis seulement deux jours, et voilà qu’elle se languissait déjà de leur absence.

 

« Oui ? demanda-t-elle en se retournant vers lui, forçant un sourire à franchir ses lèvres.

 

-Savez-vous jouer aux échecs ? demanda-t-il avec une réserve qu’elle n’avait pas encore vue chez lui.

 

-Pas l’moins du monde, avoua-t-elle sans même savoir de quoi il parlait.

 

-Je vais vous apprendre dans ce cas, s’enthousiasma-t-il.

 

-Vous n’êtes pas épuisé d’apprendre après cette après-midi passée à apprendre justement ? fit-elle en baillant largement. »

 

Elle s’empressa de mettre sa main devant sa bouche en entendant la porte s’ouvrir. Elle avait bien fait, car c’était Mrs Potter qui faisait son grand retour.

 

« Veuillez laisser James, Miss Elizabeth. Il doit faire ses exercices.

 

-Bien Mrs Potter, fit-elle avec soulagement.

 

-Mais Mère !... tenta-t-il de protester mais son aigrie de mère se montra inflexible. »

 

Lily en profita pour aller s’enfermer dans sa chambre. Elle sortit la chaussette de Tomy contenant les cheveux de Maty et les respira pour retrouver l’odeur de ces deux enfants qu’elle considérait comme ses cousins, ses frères et sœurs ou ses propres enfants selon le moment. Sa petite famille lui manquait, surtout lorsqu’elle voyait Mrs Potter, aussi agaçante soit-elle, et Mr Potter parler avec douceur à leur fils et s’occuper de lui comme ils le faisaient.

 

Elle s’assit par terre, le dos contre le côté du lit et leva la tête vers le plafond.

 

« Est-ce que j’ai fait comme il fallait, Maggy ? souffla-t-elle au silence ambiant. »

 

Personne ne lui répondit. Du moins, pas volontairement. Elle entendait bien les jurons de Mr James qui faisait ses exercices, mais ils ne lui étaient pas destinés.

 

Elle avait eu beau aimé faire de la magie tout à l’heure, et bien apprécier découvrir ce monde magique dans cette famille, elle préférait bien plus Maty et Tomy. Sa gorge se fit toute serrée.

 

Un an, c’était pas long, un an. C’était moitié moins que le temps passé sans Maggy.

 

C’était long. 

End Notes:

(J'ai pas attendu deux semaines cette fois aha... Merci à nine pour sa super review, ça m'a fait très plaisir ! Et sinon, au prochain chapitre on aura le point de vue de... James Potter ! A très vite !)

Chapitre 10 : La famille de Lily Evans by Juliette54

 

Chapitre 10 : La famille de Lily Evans

 

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Deux mois plus tard,

 

Fin octobre 1875,

 

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La douleur lui vrilla tant les jambes que James se réveilla. Il haleta un certain temps. Il sentait les draps moites de sueur lui coller à la peau et un courant d’air lui arracher des frissons. Ses mains, la seule partie de son corps à être guérie, s’agrippaient au duvet qui était sensé lui tenir chaud. Mais l’impression de chaleur qu’il ressentait à cet instant avec l’impression d’étouffer ne venait pas de l’amas de couette qu’il avait à sa disposition. Elle venait plutôt de ses os qui semblaient en ébullition dans sa chair.

 

Il se concentra sur sa respiration pour oublier la douleur.

 

Depuis juillet, quelques jours après la fin de sa quatrième année à Poudlard, la maladie de l’Os-en-Verre avait rendu ses os plus fragiles que n’importe quelle brindille de paille. Il n’avait d’abord pas voulu y croire. Il n’avait reçu aucun maléfice capable de lui affliger une telle souffrance ! Ses os se brisaient au moindre effort de ses muscles, comme s’ils étaient faits d’un cristal particulièrement fin incapable de supporter un poids de plus d’une livre !

 

Le Guérisseur Brisos lui avait expliqué que c’était une maladie magique dégénérative, c’est-à-dire que sa magie se retournait contre le sorcier et détruisait ses os. Heureusement, un antidote avait été découvert par Brisos lui-même il y avait quelques décennies de cela, et James pouvait guérir. Mais le traitement était douloureux : il fallait briser les os chaque semaine pour les faire se réassembler avec du Poussos. Cependant, il fallait faire en sorte que les os se ressoudent correctement, harnacher ses membres et tout son corps avec du bois et des lanières de cuire et s’assurer que certains os ne perforent pas les organes lorsqu’ils se cassaient. Oh bien sûr Brisos aurait pu faire disparaître ses os afin qu’il ne souffre plus, et il le faisait d’ailleurs pour certains os. Comme ceux des jambes. Mais lorsque ses fémurs, ses tibias, ses péronés, ses rotules et tous les os de ses pieds repoussaient, James sentait sa chair fondre sous les assauts de la matière osseuse en puissance. C’était insupportable.

 

Mais c’était déjà plus supportable que les fractures incessantes de ses côtes et du reste des os de la partie supérieure de son corps. Le pire avait été cette fracture à la tête qu’il s’était fait quelques heures avant d’être diagnostiqué. Il s’était réveillé, avait voulu se lever, mais s’était écroulé sous la douleur. Tous les os qu’il avait sollicités pour se mettre debout avaient été réduits en morceau. Il s’en était fallu de peu pour qu’il trépasse, selon Brisos. Merci de la précision, avait-il voulu crier, mais sa mâchoire même étaient fendue de partout, il n’avait pu que baragouiner des injures bien senties.

 

Il avait alors supplié Brisos de faire disparaître toute la matière de ses os. La réponse ne s’était pas fait attendre. Sans os dans le tronc et la tête, sans colonne vertébral, plus rien ne retiendrait ses organes, et il mourait sur le champ, laissant derrière lui une simple flaque de chair humaine. Le bas du corps savait survivre sans os durant une courte période, les bras aussi à la rigueur, mais pour le reste, ce n’était pas envisageable.

 

La douleur finit par refluer lorsqu’il parvint à se décaler un peu vers le bord du lit. Le Poussos avait fait son œuvre dans ses jambes, il était au moins libéré à cet endroit pour une semaine. Dans quelques jours, Brisos dissoudrait les os de son pied, et James gémirait toute la nuit. Parmi tous les os à faire repousser, ceux du pied étaient les plus douloureux.

 

Il souleva la couette et le duvet pour regarder ses jambes. Il faisait bonne figure devant ses parents, devant Lily et dans les lettres à ses amis aussi, mais en réalité, il n’en pouvait plus. Dans un accès de rage, il défit les lanières de cuire qui maintenaient ses jambes enfermées dans des planches de bois, comme si elles formaient un cercueil et ses jambes le cadavre, songea-t-il avec cynisme. Il plia prudemment les jambes. Il n’était pas sensé faire ça, se défaire de son armature de bois avant le matin, mais ça le soulageait.

 

Il regarda ses articulation à travers le tissu de sa robe de chambre, encore surpris de les sentir si réticentes à se laisser faire.

 

Puis il releva la tête.

 

De drôles de bruits venaient du couloir. Ils les auraient bien comparés aux reniflements de Patmol ou à ceux de Lunard après un petit combat amical, mais il y avait quelque chose d’un peu trop humain dedans. Il attrapa sa baguette magique sur sa table de nuit et lança un Alohomora à mi-voix. La porte s’ouvrit dans un léger chuintement. Le bruit s’éclaircit en sanglots qui firent froncer les sourcils à James. Il n’y avait qu’une seule personne, à part lui, qui dormait à cet étage. Lily ? Lily n’était pas le genre de fille à pleurnicher, et surtout pas pour des peccadilles.

 

Il ne réfléchit pas deux minutes avant de jeter un coup d’œil à l’espèce de chaise-boîte, nommée Bicie comme les premières lettres de boîte et de chaise par Lily. C’était une espèce de chaise roulante mais l’endroit où reposaient les jambes était entouré de bois et de tissu rembourré pour le protéger des impacts. D’où l’impression de chaise-boîte qu’il en ressortait. Oh James ne pouvait pas aller loin, mais avec quelques précautions, ses parents le faisaient descendre dans le jardin en passant par la fenêtre d’un sortilège de lévitation pour la journée. Soit il restait dehors, même s’il commençait à faire froid, soit il se rendait dans les pièces du rez-de-chaussée. Dans les deux cas, il n’était plus obligé de rester enfermé entre les quatre murs de sa chambre.

 

Il écarta tout à fait la couverture sans faire un geste trop brusque qui réduirait son humérus, son radius ou son cubitus en poussière. Il avait besoin de son bras pour effectuer des sortilèges. D’ailleurs, il reprit sa baguette pour se jeter un faible Levicorpus. Il ne devait pas le faire, il ne devait pas se jeter des sortilèges à lui-même au vue de sa maladie, ni même en règle générale. A part les sortilèges de métamorphose, on évitait généralement de s’auto-ensorceler. Mais pour une fois en quatre mois qu’il avait une excuse pour prendre ce risque, il n’allait pas retenir son bras. Et puis il en avait plus qu’assez de l’état dans lequel il se trouvait. Et puis il faisait ce qu’il voulait, non ? De toute façon son état n’évoluait pas depuis que Miss Lily avait guéri ses mains.

 

Il atterrit en douceur dans son fauteuil, rassuré malgré tout de ne pas sentir ses os se briser. Il relâcha d’ailleurs un peu trop son attention une fois au dessus de Bicie et sentit son orteil gauche taper contre le coin du meuble. Il lâcha un juron entre ses dents en sentant les petits os de son pied se réduire en morceaux. Merlin, ce n’était pas le plus douloureux à casser, mais ça piquait quand même. Enfin, de toute manière Brisos s’occuperait de ses pieds dans quelques jours.

 

Il fit tourner les roues à l’aide de ses mains. Il aurait pu utiliser la magie pour le faire, mais comme c’était un des rares gestes qu’il pouvait faire sans briser ses os, il n’allait pas s’en priver.

 

Il arriva dans le couloir en quelques secondes. La porte de la chambre qu’occupait Lily n’était pas fermée, aussi il se plaça devant l’ouverture pour s’assurer que les pleurs venaient bien de là. Le volume sonore augmenta à ses oreilles, ce qui le conforta dans son intuition première. Puis il vit la jeune fille agenouillée à côté de son lit, les coudes sur la chaise de chambre, dos à lui. Ses épaules se secouaient et sa voix frémissait dans la nuit, entrecoupée par des pleurs.

 

« Je vais y arriver, soufflait-elle en pleurant. Je vais y… S’il vous plaît… S’il te plaît… Notre père, qui es au Cieux, que ton nom soit sansanQue ton règne vienne, que ta vovolonté soitsur la Terre et au Ciel… Non c’est pas ça… Pardonne nous nos o… offenses, comme nouscomme nous… je sais même plus ça… S’il te plaît mon Dieu, j’ai besoin d’un coup de pouce, reprit-elle avec encore plus de désespoir que James dut se retenir de pousser la porte pour la prendre dans ses bras. Ils me manquent tellement… Je suis sûre que tu m’en veux, Maggy… Dis-moi mon Dieu, est-ce qu’elle m’en veut ? Tu peux lui parler, toi, est-ce qu’elle m’en veut ? Tu sais pas ? Elle veut pas te parler ? C’est qu’elle m’en veut de les avoir laissés alors… Oh non je voulais pas, je jure que je voulais pas mais… »

 

James se demandait à qui elle parlait jusqu’à ce qu’il comprenne qu’elle priait. Elle priait Dieu parce qu’ils lui manquaient, même si James n’avait aucune idée de qui lui manquaient. Peut-être cette Maggy ?

 

Miss Lily avait repoussé la chaise et s’était laissé tomber contre la ruelle du lit. James ne la voyait plus mais il entendait nettement ses sanglots à présent. Il se sentait un peu voyeur à cet instant, mais il n’arrivait pas à détacher ses yeux de la chaise sur laquelle Miss Lily priait quelques instants plus tôt. Elle ne lui avait jamais paru porter une telle peine ou souffrir de quoi que ce soit. Certes, sa mère était parfois infernale avec elle et la corrigeait dès qu’elle ouvrait la bouche, mais James avait cru que tout lui passait au dessus de la tête. Elle avait un tel répondant ! Personne ni rien ne semblait l’atteindre, et James en était le premier amusé. La voir répondre à sa mère avec son parler fleuri avait de quoi le distraire, même si parfois elle lançait des phrases qui le faisait tiquer tant elles reflétaient la vie peu facile qu’elle semblait avoir eue.

 

Mais il ne comprenait pas. Elle n’était pas maltraitée ici, et James tâchait de toujours lui décrire un peu plus le monde magique ce qui semblait l’intéressait, à voir les étoiles dans ses yeux d’émeraude. Magnifiques yeux, soit dit-en-passant. Et puis, comme elle ne parlait jamais de sa vie chez les Moldus, James en avait conclu que rien de là-bas ne lui manquait.

 

Il avait tort, apparemment.

 

Après avoir hésité un certain temps, il se résolut à pousser la porte de la chambre parce que ses sanglots ne tarissaient pas. Il recula un peu Bicie pour pouvoir passer le seuil. Cette chambre n’avait pas changé depuis la dernière fois où il y était entré au mois de juillet. Remus avait dormi là lorsqu’il était venu passer quelques jours, avant que sa maladie n’ait été déclarée.

 

Lily continuait de pleurer, recroquevillée sur elle-même. Elle n’avait pas dû l’entendre entrer, et à présent, James ne savait pas comment lui annoncer sa présence, c’était bien une première, ça.

 

A la place, il sortit un mouchoir en tissu de la poche de sa robe de chambre et lui tendit. Ce n’est bien sûr pas pour cela qu’elle releva la tête. Il eut beau se racler la gorge, elle sanglotait si bruyamment qu’elle n’en entendait rien. Une fois de plus, il maudit sa maladie qui l’empêchait de bouger comme il le voulait et à cet instant de s’asseoir à côté d’elle.

 

« Miss Lily, dit-il à la place en espérant ne pas avoir été trop brusque. »

 

Elle s’immobilisa, arrêta de respirer. Même ses bras tremblants qui entouraient ses genoux se figèrent. S’il l’avait pétrifiée c’aurait été la même chose. Un instant il eut peur qu’elle se mette à lui hurler de déguerpir parce qu’il était dans sa chambre en pleine nuit et qu’elle voulait sûrement pleurer en paix et à l’écart de tout être humain.

 

Mais elle lâcha simplement ses jambes, la tête toujours enfoncée dans ses genoux. Il attendit qu’elle relève des yeux gorgés de larmes vers lui. Mais si elle l’avait fait, elle aurait cédé au stéréotype de la jeune fille en détresse qu’il chercherait à sauver. Or Lily Evans n’était pas ce genre de fille. Et c’était plutôt lui qui avait besoin de son aide ces temps-ci.

 

Elle releva le visage juste assez pour passer la manche de sa chemise de nuit sur ses yeux et son nez avant de le fixer. Elle avait les yeux rougis par les larmes mais elle ne pleurait plus. S’il avait eu quelqu’un d’autre en face de lui il aurait été surpris et même admiratif de tant de contrôle sur soi-même. Là il fut seulement affligé de voir que même au plus mal, elle ne laissait personne trop s’approcher d’elle. Elle lui arracha presque le mouchoir en tissu des mains pour se moucher bruyamment.

 

Sans un mot, il lui tendit la main pour l’inciter à se relever. Elle s’en saisit en soupirant. Soit c’était toujours de désespoir, soit de soulagement. Peut-être un peu des deux. Il la poussa dans son lit. Elle se laissa faire, sans doute trop épuisée pour l’envoyer paître comme elle savait le faire. Il la borda d’un côté puis de l’autre, comme sa propre mère le faisait lorsqu’il était plus jeune. Il n’avait jamais fait ça avec personne, mais il n’avait pas réfléchi, cela lui était venu naturellement. Il se sentit malgré tout rougir en se rendant compte de ses gestes et donc de la place que Lily avait pris dans sa vie en moins de deux mois.

 

Il fit rouler Bicie pour être le plus proche possible de son lit en cherchant toujours quoi dire. C’était Remus qui savait réconforter les gens. Lui, il savait seulement les faire rire.   

 

Elle devait vraiment être au bout de ses forces car elle se remit à pleurer lorsqu’il commença à lui caresser les cheveux, faute de mieux.

 

« N’êtes-vous pas heureuse ici ? ne trouva-t-il qu’à dire. »

 

C’était peut-être ce qu’il comprenait le moins. Chaque jour qui passait, ils apprenaient à se connaître, ils discutaient, ils riaient. Jamais elle ne lui avait semblé triste ou malheureuse. Il ne comprenait pas ce qui pouvait la faire tant pleurer.

 

« Ils me manquent, fit-elle entre deux sanglots. Mes petits me manquent, répéta-t-elle. »

 

Il ne put empêcher la main qui parcourait ses cheveux roux de se figer. Ses petits ?

 

« Vous avez des enfants ? demanda-t-il d’une voix blanche. »

 

Mais… Elle avait quinze ans !

 

« C’est tout comme les miens, continua-t-elle sans voir son trouble. Maty et Tomy me manquent. »

 

Sa main reprit les caresses sur ses cheveux. Il avait cru la connaître. Apparemment il s’était trompé.

 

« Qui est-ce ? demanda-t-il pour la faire parler. »

 

Il ne savait pas trop pourquoi il tenait à la faire cesser de pleurer, ni pourquoi il se sentait responsable de son malheur. Il sentait seulement un nœud se former dans sa gorge en entendant ses sanglots.

 

« C’est les enfants de Maggy, fit-elle et il crut entendre sa voix s’apaiser. Maggy c’est… C’est ma cousine en vrai, mais en vrai c’est plus que ça. Maggy c’est la seule personne qui n’m’a jamais considérée comme un monstre. Elle disait toujours que… elle disait toujours que j’avais une petite particularité qu’il fallait soigner parce que c’était un petit truc marrant. »

 

Déjà, les traits de son visage se détendaient et James crut même voir un petit sourire fleurir sur ses lèvres.

 

« Quand mes parents m’ont mise à la porte parce que la magie leur faisait peur, parce que ma sœur s’était enfuie avec un gars de la ville et qu’ils m’en tenaient responsable, je suis allée chez Maggy. Tomy venait de naître, il était tellement gentil. Puis Maty est née à son tour. Elle était tellement jolie, un peu râleuse, mais tellement jolie. Mais Maggy est morte un peu après la naissance de Maty. »

 

James rangea ses cheveux derrière son oreille pour pouvoir voir sa joue humide de larmes. Il fit courir ses doigts sur sa pommette pour la sécher avec son pouce. C’était… C’était étrange comme sensation. Il savait que Lily avait son âge, ou deux mois de plus, mais parfois il avait l’impression qu’elle avait vécu bien plus de choses que lui et en même temps, elle avait si souvent des réactions de gamine, qu’il ne savait jamais à quoi s’attendre avec elle.

 

« Elle est morte et j’ai rien pu faire, répéta Lily et ses yeux se remplirent à nouveau de larmes. »

 

James la regarda se frotter les yeux avec ses poings. Comment pouvait-on mettre sa propre fille à la porte ? Même les Black qui étaient loin d’accepter les idées de Sirius ne l’avaient pas fait. Comment avait-elle pu continuer à se tenir debout après la mort de celle qui l’avait recueillie ?

 

Grâce à Maty et Tomy, pensa James en attrapant sa main. Lily la serra de toutes ses forces entre ses doigts maigres. C’était la première fois que James secourait quelqu’un d’extérieur à ses trois amis et qu’il secourait une fille. Et il n’aurait jamais pensé que cette fille serait Lily, elle qui semblait si forte et indépendante.

 

« Comment est-elle morte ? demanda-t-il en rapprochant son autre main. »

 

Sa voix avait été étrangement voilée.

 

« Des suites de l’accouchement, Maty avait deux semaines quand elle est tombée gravement malade. Je l’ai vue mourir pendant un mois, expliqua brièvement Lily mais James la sentit resserrer sa prise sur ses mains. Mais en vrai, c’est à cause de Bryan.

 

-Bryan ?

 

-Son mari, un abruti fini, commenta Lily avec une rancœur qui étonna James. Maggy avait à peine accouché qu’il l’a faite retourner travailler à mine, cracha-t-elle avant de pleurer à nouveau. Et puis il la tapait quand il avait trop bu et quand il était pas content. Mais elle voulait pas partir parce que… Ben parce que ça se fait pas, et puis pour Tomy et puis parce qu’une femme avec un gosse mais pas de mari, elle trouve pas d’travail, et même si elle en trouve ça suffit pas à nourrir deux personnes. »

 

Ce n’était pas juste, évidemment, mais tout le corps de Lily le criait si bien, que James ne le dit pas à voix haute. Elle lui rirait au nez en lui disant que la vie était injuste, elle l’avait déjà fait un jour, et James n’avait pas envie que la désillusion s’ajoute à sa tristesse.

 

« Et dire que je les ai laissés avec Bryan, chuchota-t-elle en fermant les yeux de toutes ses forces pour ne plus rien voir.

 

-Mais… il s’agit de leur père, non ? tenta de la rassurer James.

 

-Mais il ne sait pas s’occuper d’eux ! se lamenta-t-elle en relevant enfin son regard émeraude vers lui. Quand Maggy est morte, j’ai pu rester vivre chez lui parce que je m’occupais des enfants la journée pendant qu’il travaillait à la mine. Et la nuit c’est moi qui allais à la mine.

 

-La nuit ? fit James avec effarement.

 

-C’est galère mais ça paie un peu mieux pour les filles, expliqua brièvement Lily. Et puis comme ça j’avais pas à dormir avec Bryan, ajouta-t-elle un temps après en grimaçant. 

 

-Dormir avec lui ? demanda-t-il parce qu’il ne comprenait pas.

 

-Y avait qu’un lit chez lui. Il a vendu ma paillasse quand Maggy est morte parce qu’il disait qu’on n’en avait plus besoin, expliqua-t-elle brièvement. Mais en fait c’est… »

 

Elle fronça ses sourcils de manière si prononcée que James en conclut qu’elle se retenait de pleurer. Il passa sa main libre dans les cheveux roux de la jeune femme pour l’inciter à continuer.

 

« Quelques soirs après la mort de Maggy, il… On s’était mis au lit. J’étais pas encore retournée à la mine vu que Maty n’avait qu’un mois, je voulais pas la laisser seule. Fallait la nourrir la nuit en plus. Ce que j’avais récupéré en vendant la paillasse m’avait permis de la nourrir à peu près bien. Mais en deux semaines, tout y est passé, et l’argent de ma paillasse, et ce que j’avais récupéré en vendant les affaires de Maggy. Je songeais à aller vendre ma deuxième robe et tout à coup, je sens quelque chose sur ma taille. Je sursaute sans oser faire un geste et… Et puis je comprends que c’est la main de Bryan, qui dort à côté de moi. Et puis j’entends sa respiration dans mon oreille. Et puis j’entends les draps se froisser et puis je le sens se coller à moi et… »

 

Elle s’arrêta à bout de souffle tout à fait redressée dans son lit, effrayée. James ne voyait plus que ses yeux terrifiés dans la lumière de la lune.

 

« J’ai eu peur, j’ai compris ce que Maggy voulait dire par il y a des garçons qui pensent que tout leur appartient, j’ai compris qu’il essayait de me faire des trucs, de mettre ses mains et ses doigts où j’avais pas envie, de me prendre comme ça. »

 

James sentit le nœud qui s’était formé dans sa gorge l’étouffer tout à fait. Lily lui paraissait si… si fragile à cet instant alors que quelques heures plus tôt il trouvait qu’elle incarnait la force et forçait le respect par un simple regard.

 

« J’avais que treize ans ! Maggy venait de mourir ! Je… »

 

James sentit un élan de rage faire repartir son corps, le même qui s’était emparé de lui lorsqu’il avait compris l’injustice de la situation de loup-garou de Remus ; la même colère contre celui qui l’avait mordu.

 

« Et là, j’ai senti mon corps chauffer de panique, fit-elle en s’asseyant sur le bord du lit pour reprendre sa main. Vraiment. Il est devenu brûlant de peur, de haine, d’affolement et de désespoir. Si bien que Bryan a hurlé en me traitant de sorcière. Sur tout son corps, il y avait des cloques rouges grosses comme mon poing. »

 

Lily s’en était sorti toute seule, évidemment. Elle n’avait besoin de quelqu’un ni pour la défendre ni pour la venger.

 

« Le lendemain je suis retournée à la mine. J’ai plus fait de magie, il m’a plus touchée, conclut-elle. »

 

Elle ne l’avait pas lâché des yeux et James avait cru lire en elle. Il avait eu l’impression d’être le premier à découvrir les faiblesses de Lily Evans ou plutôt, à être le premier à qui elle en parlait.

 

« Vous, je sais que vous n’êtes pas comme ça, continua-t-elle en fermant enfin ses yeux hypnotisant. Vous faites votre sale gosse, mais vous faites pas de mal aux autres. Pas comme ça. Et puis même si vous vouliez m’faire quelque chose, je pourrais vous casser tous les os avant de m’enfuir, précisa-t-elle en souriant. »

 

Elle ne perdait pas le nord, et pas une occasion pour le taquiner, ajouta-t-il mentalement. C’était d’ailleurs la seule à oser faire des blagues sur sa maladie. Même Sirius n’avait pas essayé.

 

« Je pourrais vous immobiliser avec ma baguette et vous toucher avec mes mains, dit James d’un ton joueur en entrant dans son jeu. »

 

Elle cilla et un instant, il crut qu’elle n’avait pas plaisanté.

 

« Mais vous êtes pas comme Bryan. Vous m’f’rez pas de mal, répéta-t-elle en levant la main pour caresser sa joue. »

 

James se rappela une seconde trop tard qu’elle ne devait pas le toucher. Il attendit de sentir l’os de sa mâchoire se briser, mais seule une légère chaleur lui piqua la pommette.

 

« Je vous ai juste frôlé, vous pouvez ouvrir les yeux, vous avez rien de cassé en plus, lui souffla-t-elle à l’oreille. »

 

Il manqua de se cogner la tête contre le dossier de la chaise roulante. Lily était penchée vers lui et le regardait avec ses grands yeux rougis aux reflets à présent violets. Il n’avait jamais été aussi proche d’une fille, surtout d’une fille en tenue de nuit. Il la regarda s’éloigner sans pouvoir s’empêcher de constater que sa robe de chambre était légèrement transparente et qu’il pouvait deviner ses courbes féminines, des courbes de femme qu’il avait toujours imaginées dans ses fantasmes sans pour autant leur attribuer un visage. Sans doute qu’il n’avait pas vraiment réalisé auparavant que Miss Lily pouvait être une jeune fille désirable derrière son côté indépendant un peu masculin. Heureusement qu’il ne pensait pas à voix haute, elle l’aurait déjà tapé pour avoir pensé cela sinon, malade ou pas.

 

« Vous allez bien ? Vous êtes tout rouge, vous étouffez ? demanda-t-elle en se rapprochant de lui. »

 

Il entendit une espèce de jappement craintif sortir de sa bouche lorsqu’elle se rapprocha à nouveau de lui, elle et ses grands yeux innocents à cet instant.

 

« Oui, oui, c’est juste… Tout ce que vous m’avez raconté… Comment avez-vous pu tout garder pour vous ? souffla-t-il en le regardant se glisser à nouveau sous ses draps.

 

-A qui vouliez-vous que j’en parle. Là-bas… »

 

Elle disait toujours là-bas pour parler de la ville moldue dans laquelle elle avait habité auparavant.

 

« … Là-bas j’étais leur bouc émissaire, la sorcière, la démone. Quand Maggy est morte, j’avais plus personne à qui parler. Ça fait deux ans que j’ai pas vraiment parlé à qui que ce soit, avoua-t-elle la voix tremblant à nouveau. »

 

Elle lui faisait confiance. Il ne le réalisa qu’à cet instant. Or elle semblait n’accorder sa confiance qu’avec difficulté. Il leva à nouveau la main pour dégager encore une fois ses cheveux roux de ses yeux. Mais son visage lui apparut sous un autre jour. Elle n’était plus seulement la gamine insolente qui confrontait sa mère avec panache, elle était aussi une jeune fille qui avait perdu le peu de famille qu’elle s’était trouvée.

 

« Ils me manquent tellement, répéta-t-elle en fermant les yeux. Je donnerais n’importe quoi pour les retrouver. »

 

Ces quelques mots serrèrent le cœur de James un peu trop violemment. Il ne voulait pas qu’elle parte ! Il s’était habitué à Lily depuis presque deux mois. Si jamais elle partait, il serait de nouveau en tête à tête avec ses parents, entre sa mère aigrie et son père absent.

 

« Vous n’allez pas partir ? s’inquiéta-t-il en attrapant la main qui reposait devant son visage. 

 

-J’peux pas, dit-elle sans remarquer sa panique. Il faut une demi-journée en balai pour aller là-bas et puis Bryan m’a mise à la porte lorsque le Professeur McGonagall est venue parler de magie et de Poudlard. Si je n’étais pas tombée sur votre père, j’aurais été à la rue. Quand vous serez guéri, j’irai les chercher et j’irai vivre avec eux dans une forêt. Faut juste que j’apprenne la magie pour qu’on puisse se débrouiller. »

 

Donc la seule façon pour qu’elle reste ici, avec lui, c’était qu’il ne guérisse pas ? Avec un sourire jaune, il se rendit compte que c’était ce qui était en train de se passer puisque, malgré tous les exercices, toutes les potions et les enchantements que Brisos lui prescrivait, la guérison était loin de poindre le bout de son nez. Les six mois annoncés d’emblée se transformaient rapidement en une ou deux années. Bien sûr qu’il avait envie de retourner à Poudlard, de revoir Sirius, Remus et Peter, mais il tenait de plus en plus à son amitié avec Lily. Il avait l’impression qu’elle lui ouvrait les yeux sur le monde. Il ne s’était jamais autant poser de question sur la vie des autres auparavant, il n’avait jamais eu autant d’empathie malgré sa propre maladie auparavant.

 

La réalité le rattrapa lorsqu’il entendit la respiration sifflante de Miss Lily. Elle s’était endormie en tenant sa main. Il la regarda à nouveau. Elle semblait tellement paisible lorsqu’elle dormait. Déjà le premier jour, lorsqu’elle s’était enfuie après avoir cassé le miroir de sa chambre à cause de sa magie spontanée, il avait été surpris de voir à travers les yeux de son Patronus combien elle pouvait être calme quand elle dormait. Puis il avait dû se retenir de rire en l’entendant parler au cerf lumineux en croyant s’adresser à un animal magique. Il avait cru qu’elle lui parlerait de ce qu’elle avait vue, mais elle avait dû l’oublier. Lily Evans, Lily pour les intimes ? Il l’avait aussitôt appelée Miss Lily, puisqu’elle lui en avait donné la permission. Enfin elle ne le savait pas.

 

Le sifflement s’apaisa. James récupéra sa main le plus doucement possible. Il la regarda dormir encore longtemps en songeant à tout ce qu’elle avait dû endurer chez des Moldus qui craignaient la magie, ce qui le conforta dans l’idée qu’elle devait rester ici, avec lui, pour apprendre la magie et pour s’épanouir dans un monde qui l’accueillerait à bras ouvert. Elle retrouverait ses neveux bientôt, James trouverait une solution.

 

Il entendit l’horloge du salon sonner six fois. Sa mère ne tarderait plus à venir le réveiller pour que Brisos puisse venir constater la non-avancée de sa guérison. Avec un soupir, il se résolut à retourner dans sa chambre.

 

Si seulement il pouvait guérir et garder Lily dans sa vie. 

End Notes:

Comme promis, un chapitre du point de vue de James... Et puis le prochain sera aussi de son point de vue. Merci encore à Javalia et Ayli pour leurs reviews adorables ! A très vite !

Chapitre 11 : Des noisettes pour Halloween by Juliette54

 

Chapitre 11 : Des noisettes pour Halloween

 

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« James, mon chéri, réveillez-vous, entendit-il lorsqu’il eut enfin l’impression de s’être rendormi. »

 

Il grimaça avant d’ouvrir les yeux. Sa mère était toute coulante avec lui, elle ne lui tenait rigueur d’aucune phrase prononcée sous le coup de la colère. Il préférait quand elle râlait à longueur de journée, au moins cela lui était habituel, épuisant, mais habituel. Là, il avait l’impression d’être une pauvre petite chose fragile qui se briserait au moindre mouvement brusque – ce qu’il était effectivement.

 

Il se releva en retenant d’autres soupirs. Il avait remis ses armatures de bois lorsqu’il s’était recouché afin d’éviter une prise de bec avec ce vieux Guérisseur prétentieux. L’affreux bonhomme lui avait fait la morale pendant plus d’une heure la semaine dernière parce qu’il les avait enlevées pendant la nuit.

 

Brisos était d’ailleurs sur le seuil de la porte, sa baguette à la main. Il s’avança vers lui en tendant l’autre main. James la serra de mauvaise grâce.

 

« Comment vous sentez-vous, Mr Potter ? lui demanda-t-il aussitôt.

 

-Comme d’habitude, répliqua-t-il sans prendre la peine de lui retourner la politesse.

 

-Pas d’évolution ?

 

-Non. »

 

Il écarta les draps de ses jambes pour laisser le Guérisseur défaire les liens de cuire. Celui-ci sembla prendre son temps, craignant sans doute de lui briser les os nouvellement formés. James n’attendit pas son instruction pour mettre en action les articulations de ses genoux. Il eut plus mal que cette nuit, comme si la maladie avait déjà plus attaqué les nouveaux os depuis quelques heures.

 

Puis lorsque tout bloqua il rebaissa les jambes en jurant. C’était toujours la même chose. Les os se bloquaient et il ne pouvait plus rien faire sans souffrir le martyr.

 

« J’ai tout de même l’impression qu’il y a des progrès, précisa Brisos en rangeant sa montre à gousset. Deux seconde de plus que…

 

-Deux secondes ! répéta James en hurlant d’un faux rire. Vous vous moquez de moi ? Vous appelez ça un progrès ? Rien ! Il n’y a aucun changement !

 

-James ne…

 

-Taisez-vous, Mère, vous savez que j’ai raison !

 

-Mr James…

 

-Allez-y ! Pétez-moi les os du bras gauche, histoire que je ne puisse plus rien faire aujourd’hui ! Ou tenez, ceux de la colonne, qu’on en finisse ! renchérit-il en se laissant retomber sur le lit renforcé par des sortilèges de coussinet.

 

-James ! pépia sa mère en se mettant à pleurer. »

 

Peut-être était-il aller un peu trop loin. Mais il en avait assez qu’on lui mente. Et il exécrait ce Brisos.

 

« Laissez, Mrs Potter, c’est normal qu’à son âge on perde patiente, se résigna Brisos avec une tristesse toute de circonstance qui agaça encore plus James. Nous allons en rester là pour aujourd’hui. C’est Halloween, cela mérite bien une pause dans le traitement. Je vous assure que je vois des progrès se dessiner. Mais vous devez vous reposer, c’est encore le meilleur des traitements. Or vous êtes à bout. Je reviendrai dans trois jours. »

 

James le regarda avec surprise poser trois fioles sur sa table de nuit, une pour chaque soir, et quitter sa chambre à la suite de sa mère. C’était la première fois qu’il arrivait à faire fléchir le vieux guérisseur. Il resta là sans savoir s’il devait se réjouir ou se traiter de Veracrasse. L’entrée fracassante de Lily Evans le sortit de ses pensées. Il rabattit les draps sur ses jambes maigrichonnes alors qu’elle se plantait sur ses pieds à côté de la tête de lit.

 

« Pour cette nuit… commença-t-elle. »

 

Il sentit qu’elle était gênée et qu’elle ne savait pas comment lancer la discussion. Elle n’avait plus l’habitude de parler d’elle et elle devait se sentir à sa merci.

 

« Tout le monde peut avoir des moments de faiblesse, concéda-t-il. Je viens de faire pleurer ma mère en rembarrant Brisos, confessa-t-il en se sentant coupable. »

 

Elle releva ses grands yeux vert émeraude vers lui en fronçant les sourcils.

 

« Ça, c’est stupide, renchérit-elle en mettant ses poings sur ses hanches. Qui va vous soigner maintenant ?

 

-Bah, il revient dans trois jours, répliqua-t-il négligemment en s’amusant de la voir reprendre son air bourru. En attendant, aujourd’hui, c’est Halloween ! se réjouit-il.

 

-C’est exact, jeune homme, renchérit sa mère en passant le seuil de la porte de sa chambre à coucher. Et votre oncle, le frère de votre père, et sa famille viennent passer l’après-midi avec nous. Nous allons vous habiller et vous descendre au rez-de-chaussée. Et Miss Elizabeth, veuillez brosser vos cheveux, je ne vous ai pas donné cette brosse pour décorer votre chambre. »

 

Lily détala dans sa chambre, sans doute ravie d’éviter sa mère. James se redressa une nouvelle fois pour déplacer ses jambes au dessus du vide. Il se fit un brin de toilette pendant que sa mère lui choisissait une robe pour la journée. Il avait l’impression d’avoir trois ans lorsqu’elle s’occupait de lui de cette manière. Chaque jour, il se débattait pour qu’elle le laisse se débrouiller mais comme il venait de la faire pleurer, il prit sur lui pour ne pas la peiner encore plus.

 

Il la laissa lui passer sa robe pourpre, celle qu’il préférait, et le faire léviter jusque dans son fauteuil. Duniky entra ensuite pour aider sa mère à le faire descendre les étages par la fenêtre et le pousser jusqu’à la salle à manger. La table avait déjà été servie pour le petit-déjeuner. Miss Lily regardait le jardin par la fenêtre, les deux bras le long du corps.

 

« Les feuilles des arbres sont de la même couleur que vos cheveux, remarqua-t-il à voix haute pour attirer son attention. »

 

Elle se retourna aussitôt et s’empressa de s’asseoir à la place qu’elle occupait habituellement à table, juste en face de lui.

 

« Je suis une feuille fanée, comme les feuilles d’automne ? s’indigna-t-elle avec un petit sourire qui la trahissait.

 

-Vous êtes une fleur d’automne qui arrive tardivement dans ma vie mais qui la remplit de bonheur, contredit-il avec un clin d’œil.

 

-Et vous, vous êtes un beau parleur, rétorqua-t-elle en rougissant. »

 

Ceci lui redonna le sourire. Il avait bien compris qu’elle n’était pas à l’aise avec les compliments, et c’était tellement amusant de la voir rougir et bredouiller des répliques qui se voulaient acerbes à l’origine. Il ne pouvait manquer une occasion.

 

Sa mère s’assit à côté de lui sans faire de commentaire, à présent habituée aux piques incessantes qu’ils se lançaient. Son père ne tarda pas, et ils purent se mettre à manger.

 

« Mère disait qu’Oncle Charlus et Tante Dorea venaient passer l’après-midi chez nous pour fêter Halloween, fit-il. Ils viennent avec mon cousin Fergus ? fit James en grimaçant.

 

-Bien sûr, le petit à trois ans à présent, ils peuvent se déplacer par Cheminette avec lui, lui rappela sa mère. Mon ami, reprit-elle à l’intention de son mari, vous me ferez le plaisir de laisser vos plantes et vos potions pour l’après-midi et la soirée.

 

-Mais, Euphémia…

 

-Vous avez invité votre frère, vous vous devez d’être là, fit-elle d’un ton qui n’admettait pas la discussion. J’ai dit à Mr Fortescue de ne pas venir cette après-midi, James. Vous resterez avec nous. Miss Elizabeth, je compte sur vous pour faire bonne impression, la prévint-elle et James s’étonna que Lily ne réplique pas aussitôt. Vous dîtes bonjour, vous parlez seulement pour répondre aux questions que l’on vous pose et vous n’élevez la voix sous aucun prétexte. Si vous pensez que je suis stricte, vous n’avez pas encore vu ma belle-sœur. »

 

James grimaça un peu plus en pensant à sa tante. Une vraie vipère de Black. Incapable de se laisser aller. Elle devait toujours tout maîtriser. Et personne n’était assez bien pour elle. Pourquoi son père les avait invités déjà ? Ah oui, pour Halloween, une fête de famille. Sans doute un souhait de ses grands-parents en voyage à l’autre bout du monde.

 

« Il vaudrait peut-être mieux que je ne sois pas là cette après-midi alors, souffla Lily en plongeant le nez dans sa tasse de thé.

 

-Bien sûr que non, répliqua aussitôt James. Vous n’allez pas me laisser avec ce gamin qui ne sait que pleurer. N’est-ce pas, Mère ? insista-t-il en sachant que sa mère était sur le point de dire le contraire.

 

-Evidemment, fit-elle en se retenant d’incendier James. »

 

Mr Fortescue arriva peu après. Le précepteur d’une quarantaine d’année semblait euphorique en entrant à l’Atelier. Ils ne mirent pas longtemps à en savoir la raison.

 

« Mon épouse vient d’accoucher ! explosa-t-il avec un immense sourire. Depuis des années nous voulions un enfant, et nous voilà enfin parents !

 

-Toutes mes félicitations, Mr Fortescue, s’empressa de dire sa mère qui ne s’était pas encore endormie sur sa broderie.

 

-Bravo oui, fit Lily avec un sourire sincère. Comment s’appelle le bébé ?

 

-Dexter, comme son grand-père, mon épouse y tenait, répondit-il aussitôt. Naître le jour d’Halloween ne peut-être qu’un bon présage ! Allez, dépêchons-nous de faire ce cours que je puisse les retrouver ! Votre livre, Miss Elizabeth. Commencez par me lire les pages 35 et 36. Les syllabes oui et les petites phrases. Vous, Mr Potter, entraînez-vous au sortilège de Locomotion. »

 

James écouta d’une oreille distraite la voix de Lily prononcer des syllabes avec hésitation. Néanmoins, il trouvait qu’elle avait fait des progrès fabuleux. Elle n’était partie de rien, et à présent, elle savait écrire, certes très lentement et avec une écriture tremblotante, mais elle savait écrire des mots plus ou moins justement. Et puis elle écorchait de moins en moins les mots qu’elle lisait. De même pour la magie, tout semblait lui venir naturellement pour les enchantements. La métamorphose lui donnait un peu plus de difficultés mais elle finissait toujours par y parvenir avec ou sans baguette, avec parfois un acharnement exemplaire. Quant à la Défense, James n’avait jamais vu quelqu’un réagir aussi instinctivement. Parfois, il se disait que le sortilège ne venait pas de sa baguette mais d’elle-même et qu’elle continuait à faire de la magie sans baguette. Mr Fortescue lui-même avait avoué à sa mère qu’il était impressionné par la vitesse à laquelle Lily apprenait. Elle se gavait de tout ce qu’on lui disait comme si elle était affamée de connaissances magiques.

 

Sa mère laissa Mr Fortescue partir avant l’heure afin qu’il puisse retrouver sa femme et son fils tout juste né. Lily et lui continuèrent leurs devoirs pour les finir avant d’aller manger et ainsi en être débarrassés pour la journée. Si bien qu’après le repas, ils purent faire ce qu’ils avaient envie.

 

Ils se retrouvèrent enfin seuls et Lily le regarda fixement, sans doute dans l’attente de savoir ce qu’il voulait faire.

 

« Si on allait dehors, proposa-t-il. »

 

Il en avait assez de sentir le regard de sa mère sur eux. Il ne pouvait pas le lui reprocher frontalement, mais il pouvait bien le fuir pour une fois. De toute façon, elle ne tarderait pas à faire courir Duniky à droite à gauche afin que la maison soit impeccable pour l’arrivée du frère de son père.

 

Miss Lily le poussa dans sa chaise roulante jusqu’à l’extérieur. Le vent froid d’automne leur mordit les joues. James eut l’impression rien qu’un instant d’être sur un balai à pleine vitesse avant de revenir sur terre.

 

« Mais ce sont des noisettes ! s’exclama Lily en s’élançant dans le jardin.

 

-Miss Lily ! l’appela-t-il. 

 

-Attendez, je reviens, Mr James ! »

 

Elle continua de courir vers l’arbre à vingt mètres d’eux. Il aurait voulu se lever et la suivre, mais comme d’habitude, il se contenta de la regarder aller et venir sous l’arbre en riant de plaisir. Lorsqu’elle revint vers lui, elle tenait dans ses mains une montagne de noisettes.

 

« Il y en a tellement ! On pourrait faire une tarte à la noisette ! Oh dîtes, est-ce qu’on pourrait ? Je veux bien le faire ! »

 

Il n’avait jamais vu ses yeux pétiller de la sorte. Lui qui aurait voulu lui parler de ce qu’il s’était passé la veille, il se rendait compte que ce n’était pas la peine. Elle n’avait pas changée, il la connaissait simplement mieux, peut-être. Il avait aussi comme l’intuition que la veille, elle ne lui aurait pas demandé aussi spontanément de faire cette tarte aux noisettes. Peut-être que… Peut-être qu’elle avait compris elle aussi combien elle lui faisait confiance, combien elle pouvait être elle-même avec lui. Mais qu’est-ce qui lui prenait de réfléchir autant ?

 

« Il doit y avoir un panier dans la cuisine, fit-il en souriant, toujours perturbé par toute cette attention qu’il ne pouvait s’empêcher de lui accorder. »

 

Elle fila dans la cuisine sans remarquer son trouble. Il n’avait jamais eu de sœur, peut-être que c’était pour ça. Il n’avait jamais été proche d’une fille de cette manière, à vouloir la protéger et la faire rire et sourire tout le temps.

 

Il la regarda remplir son panier avec frénésie. Comment pouvait-elle aller de l’avant avec tout ce qui lui était tombé dessus ? Il avait toute sa famille et ses amis derrière lui, et il parvenait avec peine à garder la tête hors de l’eau. Peut-être qu’elle le fascinait et qu’il l’admirait à présent. Il se sentait si petit devant ses grands yeux émeraude vingt-quatre carats.

 

Elle finit par rentrer dans la maison avec un plein panier qu’elle posa sur la table de la cuisine sous le regard clairement amusé de James. Si sa mère descendait, ils étaient bons pour un sale quart d’heure. Elle ouvrit les placards pour en tirer un grand saladier.

 

« Y aurait pas un sort pour ouvrir les noisettes ? demanda-t-elle en plaçant sa chaise roulante devant la table. »

 

Elle se plaça à côté de lui sur une des chaises en bois de la cuisine et tira une première noisette du panier.

 

« On peut essayer le maléfice explosif. Mais c’est du niveau de cinquième année, prévint-il.

 

-On fait ça. C’est quoi la formule ? s’empressa de demander en posant une noisette devant lui. 

 

-Vous faîtes un geste sec vers la noisette en disant Confringo. Comme cela. Confringo ! fit-il en s’exécutant. »

 

La coque en bois s’ouvrit en deux et James récupéra la petite arachide pour le mettre dans sa bouche. Il regarda Lily en faire de même, et elle réussit du premier coup. Elle ne sembla pas se rendre compte de sa réussite. Tout ce qu’elle vit, fut la petite noisette à présent libre de sa coque de protection, qu’elle enfonça dans sa bouche.

 

« Super bonne, approuva-t-elle. »

 

Et elle se mit à toute les ouvrir à coup de sortilège explosif. Au bout d’un moment, James finit par la regarder faire. Elle semblait tellement heureuse de ce qu’elle faisait, qu’il se demanda comment elle avait pu vivre sans faire de la magie.

 

« Vous ne faisiez jamais de magie à cause du mari de votre cousine avant ? demanda-t-il finalement. »

 

Il regretta d’avoir reparler de cet affreux type lorsqu’il vit ses yeux s’éteindre.

 

« J’évitais quand il était là. Mais Maty et Tomy aimaient bien, alors j’ai continué à en faire un peu pour eux. Et puis je n’arrivais pas à ne pas en faire. C’était plus fort que moi. Je n’arrivais pas à la garder pour moi. Fallait que ça sorte. »

 

Heureusement, songea-t-il. Sinon elle aurait développé un Obscurus et il n’imaginait pas ce qu’elle serait devenue.

 

« Et vous aimez pouvoir en faire autant que vous voulez ? demanda-t-il en attrapant sa main pour corriger sa prise sur sa baguette après qu’une noisette eut volé à travers la pièce.

 

-Mmh, fit-elle en hochant la tête. »

 

Il décida de ne pas approfondir le sujet. A la place, il regarda le plein saladier de noisettes qu’ils avaient récolté.

 

« Eh bien, je crois que nous en avons assez à présent. Qu’en pensez-vous ?

 

-Je le crois aussi, Mr James.

 

-Que vous faut-il pour faire une tarte aux noisettes ?

 

-De l’eau, de la farine et un peu de matière grasse pour faire la pâte, et du sucre pour faire le caramel.

 

-Et vous savez faire tout cela ? s’étonna-t-il.

 

-J’ai essayé de travailler dans une boulangerie de l’autre côté de la ville, mais mes parents l’ont su et ils ont répandu le bruit que j’étais une sorcière et… Ben je me suis fait virer, fit-elle en grimaçant.

 

-Au moins, vous savez faire les tartes. Alors ouvrez les placards, vous devriez trouver tout ça quelque part ici, fit-il en regardant autour de lui. »

 

Il ne mettait jamais les pieds dans cette pièce. Duniky faisait la cuisine, et personne ne trouvait rien à y redire.

 

Pas gênée pour une Noise, Miss Lily se mit à farfouiller partout, à ouvrir tous les placards et tous les pots. Elle posa finalement ce dont elle avait besoin à côté des noisettes. Elle fit le tour de la table pour se retrouver en face de lui. Elle avait sorti le beurre qu’ils mangeaient au petit-déjeuner et James se dit qu’il se ferait bien une tartine. Mais à peine avait-il avancé la main vers le beurre, qu’il reçut une tapette dessus. Il leva des yeux ronds de stupeur vers Miss Lily qui le regardait en plissant les yeux.

 

« Déjà vous avez les mains sales, ensuite c’est pour la tarte, enfin c’est pas l’heure de manger, fit-elle avec un tel sérieux que James n’osa même pas se moquer. Et me regardez pas comme ça, je vais pas vous bouffer, conclut-elle en se mettant finalement à rire. »

 

Elle se tourna vers l’évier pour se décrasser les mains et remplir une cruche d’eau. Il regarda ses petites mains se mettre à la tâche : vider la farine sur la table, émietter un peu de beurre au dessus, réunir le tout en un tas et faire un trou au centre pour verser un peu d’eau, mélanger, malaxer, écraser. Elle faisait tout cela sans se poser de question, sans réfléchir aux proportions qu’elle versait. Tout lui venait naturellement, comme la magie. Puis elle se remit à farfouiller dans les placards et sortit une grande plaque en métal qu’elle saupoudra de farine. Elle reprit sa boule de pâte, l’aplatit avec un rouleau de bois qu’elle avait trouvé dans un tiroir et la plaça sur la plaque de fer. Elle prit des poignées de noisettes les unes après les autres, les étala sur la pâte. Là, elle ne s’arrêta pas, sortit une casserole en cuivre et y versa du sucre et un peu d’eau.

 

Elle s’approcha de la cheminée de la cuisine où ronronnait un petit feu. Elle tint la casserole au dessus et attendit en tournant le mélange avec une cuiller en bois, elle revient vers lui, ajouta du lait dans la préparation en versa le tout sur les noisettes. Elle plaça la plaque dans l’âtre, et revint vers lui.

 

Elle semblait satisfaite d’elle-même.

 

« Ben alors, vous n’avez pas cassé d’autres noisettes ? s’étonna-t-elle. Mais qu’est-ce que vous avez fait tout ce temps ? 

 

-Je vous regardais, dit-il spontanément en se sentant rougir.

 

-Eh recommencez pas à faire semblant de me draguer, ça devient franchement gênant devant vos parents, lui rétorqua-t-elle en croisant les bras devant elle.

 

-Mais mes parents ne sont pas là, reprit-il avec un sourire confiant pour retrouver ses moyens.

 

-Ouai bah quand même, ne trouva-t-elle qu’à grogner. »

 

Il se mit à rire tout seul en la voyant s’activer pour masquer ses joues rouges. C’était si facile de la pousser dans ses retranchements.

 

Elle nettoya tout ce dont elle s’était servie dans le grand évier de la cuisine puis revint vers lui.

 

« Qu’est-ce qu’on fait à Halloween chez les sorciers ? demanda-t-elle en s’asseyant en face de lui. »

 

James poussa le saladier de noisettes pour pouvoir la voir sans obstacle.

 

« On creuse des citrouilles pour faire des photophores, fit-il en agitant sa baguette. »

 

Il avait entendu sa mère demander à Duniky de mettre les citrouilles du jardin dans le garde-manger pour ce soir. Ils pouvaient bien en piquer une. L’énorme citrouille se posa entre Lily et lui sur la table. Un couteau entreprit d’ôter le dessus, et après un mouvement du poignet de plus, le couvercle de la citrouille et le couteau se posèrent à côté d’eux. Il tendit une cuillère à Lily.

 

« Il faut la vider à présent, lui dit-il. »

 

Elle le regarda avec les mêmes yeux pétillants que tout à l’heure et s’exécuta sans poser de question, pestant et jurant comme une moldue quand elle se rendit compte que la chair de la citrouille était dure comme du bois. Elle finit néanmoins par réussir sa tâche, et James put découper des yeux avec le couteau ensorcelé sur la citrouille. Miss Lily en profita pour tirer sa tarte du feu et la lui montrer.

 

« Elle sent bon, en convint James.

 

-Nous la sortirons pour le goûter, ça sera une bonne surprise, non ? »

 

Elle la posa sur la table à côté d’eux. James ne savait pas si sa mère serait surprise de façon positive d’apprendre leur activité du début d’après-midi, mais elle serait surprise, c’était certain.

 

Il regarda Lily placer une bougie dans la citrouille et l’allumer en touchant la mèche, comme elle savait le faire.

 

« Magnifique, en conclut-elle. »

 

James lui, ne la regardait qu’elle. Elle semblait bien plus rayonnante que les jours précédents, maintenant qu’il y pensait.

 

« Nous devrions retourner au salon avant que ma mère n’entre dans la cuisine. Ranger votre gâteau juste là, dans le placard pour que personne ne tombe dessus, et nous allons prendre la citrouille avec nous. »

 

Elle opina du chef, fit tout cela, et le suivit dans le salon. Ils y trouvèrent Duniky et sa mère qui faisaient la poussière, alors qu’il n’y avait pas de poussière, à grands coups de sortilèges.

 

« Nous avons fait la citrouille, la prévint James. »

 

Ceci sembla la sortir de son obsession ménagère. Elle fixa la magnifique citrouille que portait Miss Lily.

 

« Bien, bien, nous l’avions oubliée, fit-elle en sortant un large plat du vaisselier. »

 

Miss Lily vient y loger la citrouille, qui trôna fièrement sur la table basse de la pièce à vivre. Il était moins une, car l’instant d’après la cheminée crépita et deux sorciers en sortirent.

 

James vit Lily se placer derrière lui, il tourna la tête pour voir que son air serein et enjoué avait disparu pour une expression sévère et concentrée. Cette tête-là ne lui allait pas, elle s’en déferait bientôt.

 

Son oncle, un grand brun qui ressemblait énormément à son père tendit la main à sa mère. La femme, sa tante, posa l’enfant qu’elle tenait contre elle au sol. Il se mit aussitôt à geindre de toutes ses forces.

 

« Oh non Fergus, pas encore, s’il vous plaît, pleurnicha la femme. »

 

James n’avait jamais vu sa tante Dorea aussi épuisée. Elle semblait sur le point de se mettre à pleurer. Elle prit l’enfant dans ses bras, tenta de le bercer, mais le petit diable se débattait si bien qu’elle dut le reposer. Mais celui-ci s’accrocha à sa jambe en se mettant à crier de plus belle.

 

« Bonjour Euphémia, bonjour James, bonjour… Vous devez être Elizabeth, ravie de vous rencontrer, fit-elle dans un filet de voix avant de baisser la tête vers le petit Fergus. S’il vous plaît Fergus, mon petit… »

 

James voyait très bien le sourire mesquin de sa mère, et le désespoir chez les deux parents. Et il avait envie de rire, malgré le vacarme insupportable, en les voyant.

 

Puis ce fut le silence. Il baissa les yeux vers son cousin Fergus, qui regardait Lily, accroupie devant lui, avec fascination. Elle agitait ses mains en chantant, et il essayait de l’imiter.

 

« Ainsi font, font, font, les petites marionnettes, ainsi font, font, font, trois p’tits tours et puis s’en vont… »

 

Fergus se mit même à rire en agitant ses mains comme Lily.

 

« C’est qu’tu fais tes dents, toi, dit-elle en lui montrant les siennes. Tu veux pas m’laisser regarder, dis ? »

 

Le petit fronça les sourcils en cachant sa bouche avec ses mains.

 

« Tant pis, moi je sais soigner ça, c’est tout. Ah non, pleure pas encore, dis. Viens avec moi, on va jouer au cheval, tu connais ? »

 

Fergus la suivit un peu plus au fond du salon. Lily s’accroupit à nouveau, et se mit même à quatre pattes sous les yeux interloqués de James. Elle plia les bras, et fit signe au petit de se mettre sur son dos, puis elle tendit les bras, et se mit à déambuler dans le salon, dans le même silence religieux qui s’était installé quand Fergus avait cessé de pleurer. Seuls les rires de Fergus et de Lily déchiraient le silence.

 

« Tu m’laisses regarder tes dents maintenant ? Ah mais c’est pas tes dents que tu fais, fit-elle en mettant un doigt dans la bouche du petit, qu’il s’empressa de mordre sans que Lily ne semble ressentir la moindre douleur. Tu as juste faim, non ? Allez, va dire bonjour à tout le monde sans râler, je reviens avec une surprise, mmh ?

 

Sa tante Dorea explosa en sanglots.

 

« C’est juste ça ? bafouilla-t-elle pendant que son mari la prenait dans ses bras. »

 

James serra la main à son cousin sans quitter Lily des yeux qui revenait avec la tarte aux noisettes qu’elle avait faite.

 

« Avec James, nous avons fait une tarte aux noisettes pour le goûter, fit-elle lentement pour choisir ses mots en posant le gâteau sur la table. »

 

Elle se mit à en couper une part sous le regard stupéfait des trois adultes. James se retint de rire de dépit. Elle avait voulu bien faire : elle avait calmé Fergus, elle avait apporté une surprise et elle avait fait une phrase comme sa mère les aimait. Manque de chance, elle avait tout faux : jamais sa mère n’aurait accepté qu’elle cuisine, c’était le travail de Duniky, jamais on ne mangeait le goûter dans le salon qui était réservé à l’heure du thé ou aux verres d’alcool, et surtout on ne donnait pas une part de tarte de la main à la main comme Lily venait de la faire avec Fergus. Mais comme personne n’avait encore rien dit, James fit apparaître une pile d’assiettes venant de la cuisine ainsi que la théière qu’il s’empressa de remplir d’eau. Il ne fallait pas que Lily voit qu’elle avait tout fait de travers. Elle faisait des efforts incroyables pour essayer d’agir comme sa mère le lui demandait. Il ne voulait pas qu’elle pense que tous ses efforts étaient vains.

 

« Asseyez-vous, les invita-t-il. Fergus, mange au-dessus de l’assiette que je viens de mettre devant toi, s’il te plaît. »

 

Le petit s’exécuta plus rapidement que ses parents. Lily continuait de couper sa tarte à la manière moldue, sous les yeux écarquillés de stupeur de sa mère. Celle-ci finit par ouvrir la bouche, mais James agita sa main devant elle et lui murmura un s’il vous plaît en serrant sa main pour qu’elle se taise.

 

Il adula sa tante Dorea pour la première fois lorsqu’elle adressa la parole à Lily pour rompre le silence.

 

« Fergus ne fait que pleurer depuis ce matin, comment avez-vous su qu’il avait faim, Miss Elizabeth ?

 

-Je ne le savais pas, répondit-elle en lui tendant une part de gâteau. Mais à cet âge, à moins d’être sujet aux colères, les enfants ont soit mal aux dents, soit faim, fit-elle en souriant.

 

-Et cette chanson, que vous lui avez chantée, qu’est-ce ? renchérit sa tante sans sa froideur habituelle.

 

-Les petites marionnettes ? s’étonna Lily. Tout le monde connaît cette chanson, non ? Vous ne lui chantez pas de chanson ? »

 

James hallucina lorsqu’il vit les yeux de sa tante se remplir de larmes.

 

« Si mais… Mais pas avec les mains, je veux dire, je chante avec la voix, mais je ne fais pas de geste, bafouilla-t-elle.

 

-Dorea est un peu fatiguée en ce moment, lui murmura son oncle à côté de lui. Le petit ne dort pas. »

 

Il n’y prêta pas vraiment attention et préféra regarder Lily chanter en agitant ses mains devant sa tante pour lui apprendre la chanson. Cette situation était tellement improbable, et tellement cocasse qu’il se retint à grand peine d’éclater de rire. Tante Dorea agitait ses mains gantées devant elle avec concentration en écoutant attentivement les explications de Lily. Puis Fergus tira sur la main de Lily pour retourner jouer. Cet enfant avait peut-être eu un peu faim, mais il avait surtout envie de jouer. Pour la première fois, James se reconnut un peu dans son cousin. Lui aussi avait grandi sans frère ni sœur pour partager ses jeux. Heureusement que sa mère l’avait suivi dans toutes ses histoires sinon il aurait été bien seul.

 

« Cette jeune fille est fabuleuse, Euphémia, vous avez de la chance de l’avoir trouvée pour tenir compagnie à James, commenta sa tante Dorea en regardant son fils rire aux éclats après un nouveau jeu de Lily.

 

-J’étais sceptique au début, compléta son oncle Charlus. Elle vient du monde Moldu après tout, et elle n’avait jamais pratiqué la magie selon les mots de mon frère, mais elle semble d’une gentillesse remarquable.

 

-Il lui manque encore quelques codes, je m’excuse pour ce goûter dans le salon, ne trouva qu’à dire sa mère et James eut envie de lui hurler que ce n’était pas grave du tout.

 

-Non, ne vous excusez pas, ce qu’il faut à Fergus me convient tout à fait, rétorqua aussitôt Dorea. »

 

James crut halluciner à nouveau. Il ne reconnaissait plus du tout sa tante.

 

« N’est-ce pas, James, votre moral semble meilleur qu’en juillet ? reprit Oncle Charlus.

 

-Oui oui, Miss Lily est d’une compagnie… comment dirai-je, agréable et pleine de surprise. Je ne m’ennuie pas, conclut-il en voyant Fergus lui courir après en riant.

 

-Je croyais qu’elle s’appelait Elizabeth ? s’étonna-t-il.

 

-Elle se fait appeler Lily, dit sa mère en lui lançant un regard perçant.

 

-C’est un drôle de surnom, en convint Charlus.

 

-Mais non, c’est très bien, cette petite est très bien, le contredit son épouse en regardant toujours son fils et Lily avec des yeux brillants. »

 

Sa tante était gaga et sa mère ne disait plus un mot : c’était le monde à l’envers, par Merlin.

 

Sur ce, joyeux Halloween, songea James en dévorant la tarte aux noisettes de Lily.

End Notes:

Et voilà ! Prochaine chapitre : la réaction d'Euphémia sur tout ça (entre autre)... Merci encore à Ayli et nine pour leurs reviews et à toutes celles et ceux qui viennent lire !

Chapitre 12 : Lire by Juliette54

 

 

Chapitre 12 : Lire

 

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Son oncle Charlus, sa tante Dorea et son cousin Fergus partirent le soir après le dîner. Dès qu’ils eurent franchi l’âtre de la cheminée, sa mère s’empressa de déverser ses reproches.

 

« Miss Elizabeth, approchez-vous, j’ai deux mots à vous dire, commença-t-elle malgré l’agacement visible de James. Je croyais vous avoir demandé…

 

-Qu’est-ce que j’ai encore mal fait cette fois ? soupira-t-elle d’emblée. J’ai occupé le petit, je…

 

-Ne me coupez pas ! s’irrita sa mère. »

 

James sentait encore une fois toute la rancœur de sa mère se réveiller. D’abord, elle n’avait jamais souffert sa belle-sœur, Dorea Potter née Black. Et voir cette dernière défendre Miss Lily (qu’elle avait d’ailleurs appelée de cette manière) toute l’après-midi avait eu de quoi l’agacer. Ensuite…

 

« Je ne vous ai jamais demandé de le faire, rétorqua sa mère avec virulence. Toutes ces initiatives étaient complètement déplacées ! Faire la cuisine… Bon sang James, comment avez-vous pu la laisser faire ? La cuisine appartient au domaine des elfes de maison ! Manger dans le salon, couper ce drôle de gâteau à la main, en distribuer des parts de la main à la main ! Vous rouler par terre avec cet enfant ! VOUS N’ETES PLUS UNE ENFANT ! VOUS NE DEVEZ PAS…

 

-Mère ! la coupa-t-il. 

 

-… VOUS TRAINER AU SOL EN FAISANT DES PITRERIES ! OU AVEZ-VOUS DONC…

 

-MERE ! la coupa-t-il à nouveau en couvrant sa voix. Vous allez TROP LOIN ! Tout ce que Miss Lily a fait était d’une gentillesse admirable ! Fergus était ravi, mon oncle et ma tante aussi ! Que voulez-vous de plus ? Montez-vous coucher, Miss Lily, nous nous verrons au petit-déjeuner demain matin, bonne nuit.

 

-James ! se récria sa mère.

 

-Bonne nuit, Miss Lily ! répéta-t-il sans cesser de fixer sa mère du regard. »

 

Il entendit enfin les bruits de pas de Miss Lily monter les escaliers à toute vitesse. Il n’avait jamais voulu en arriver là. Au début, il avait vraiment trouvé amusant de voir sa mère se prendre la tête sur sa fameuse bienséance et se borner à vouloir donner des manières de jeune fille à Lily. Mais à présent, il trouvait cela exaspérant et insultant. Peut-être que les confidences de Lily lui avaient aussi ouvert les yeux. Elle était déjà assez brisée par la vie pour qu’on ne vienne pas en plus l’importuner sur sa façon d’être un peu trop franche au goût de sa mère.

 

« Revenez ici, Miss Lily ! Devant moi ! Je suis encore la maîtresse de maison ! Je vais vous dire ce que j’ai à vous dire ! James, ne m’obligez pas à vous soumettre au sortilège de Mutisme ! Cette petite doit apprendre ce qu’il est convenable et ce qui n’est pas convenable de faire ! »

 

Lily avait fait demi-tour. Son instinct de survie extraordinaire n’avait pas su l’avertir du danger qui rodait. Il regarda sa mère la saisir par l’oreille pour l’asseoir sur le canapé. Un instant, il s’étonna qu’elle ne réagisse pas, prompte à la rébellion qu’elle était, puis il remarqua qu’elle pleurait. La seule autre fois où il l’avait vue pleurer c’était cette nuit.

 

« Mère, si vous persistez à vouloir vous en prendre à elle, je… »

 

Mais sa mère devenait un peu plus folle furieuse de seconde en seconde. Sûrement que la longue absence de son père, qui n’était arrivé que pour le repas et qui avait dû s’enfuir juste avant le dessert pour régler un problème dans l’usine de potion, y était aussi pour quelque chose.

 

Il leva un bras tremblant, redoutant déjà ce qu’il allait faire mais ne trouvant rien d’autre pour calmer la furie qu’était sa mère à cet instant. Le crac de son radius lorsqu’il le toucha le fit hurler.

 

« JAMES ! paniqua sa mère en se jetant sur lui. Merlin et Morgane ! Qu’avez-vous fait ?

 

-Laissez… Lily… tranquille… siffla-t-il en sentant la douleur refluer. »

 

Son père trouva opportun de sortir de la cheminée à cet instant. Il crut qu’il allait lui arracher la tête. Ne pouvait-il pas faire un effort, aussi égoïste qu’il était ? Pourquoi fallait-il toujours qu’il mette sa femme en colère en ignorant superbement la moindre de ses demandes ?

 

« Montez-moi à ma chambre, père, j’aimerais dormir, fit-il avec amertume. 

 

-Y a-t-il un quelconque problème ? demanda son père en ôtant sa cape et son chapeau. Mon frère… 

 

-Le problème, mon ami, est que vos plantes et vos potions comptent plus pour vous que moi-même ou votre famille, fit sa mère en se tournant résolument vers son mari. »

 

James tourna la tête vers Lily qui sanglotait toujours. La voix de ses parents prenait en volume de seconde en seconde, au comble de l’exaspération de James. Si ses parents se donnaient même en spectacle devant Lily, c’est qu’ils étaient à bout tous les deux. Ou bien qu’ils la considéraient comme faisant partie de leur famille. Mais James en doutait.

 

« … NE FAITES QUE…

 

-QUE QUOI ? VOUS ETES TOUJOURS ABSENT, COMMENT VOULEZ-VOUS… »

 

Il attrapa la main de Miss Lily qui le regarda sans cesser de sangloter. Il lui fit un signe de tête pour sortir de la pièce et la mena sur la terrasse. La nuit avait déjà bien recouvert l’horizon, mais des lucioles serpentaient parmi les Géraniums à Bulles si bien qu’il voyait encore ses larmes briller.

 

« Ma mère est aigrie, commença-t-il en faisant glisser son pouce sur le dos de la main de Lily après l’avoir reprise. La famille Potter n’est pas une très grande famille sorcière, même s’il n’y a presque que des sorciers enfants de parents sorciers dans son arbre généalogique et que leur coffre fort est assez rempli à Gringott’s. Ma mère a dû faire des pieds et des mains auprès de ses propres parents pour qu’ils consentent à son mariage avec mon père. Elle vient de la famille Greengrass, une très importante famille de sorciers, très impliquée dans les affaires internationales sorcières. Mais… Mais je pense qu’elle avait idéalisé mon père, un chercheur un peu fou à la tête d’une usine de potions. Il est toujours plongé dans son travail et se soucie peu d’elle. Oh bien sûr qu’il l’aime énormément, mais il préfère ses recherches. Je ne l’ai compris que depuis que je suis malade. Je ne m’étais jamais rendu compte combien ma mère passait ses journées seule dans cette grande maison alors que mon père est dans ses expériences et que je suis à Poudlard. En épousant mon père, elle a perdu plusieurs de ses amies qui ne supportent pas la famille Potter. Même ses parents viennent rarement la voir.

 

-Il est tellement gentil, souffla-t-elle pour toute réponse. »

 

James fronça les sourcils. Parlait-elle de son père ?

 

« Il me fait tant penser à Tomy, continua-t-elle en regardant la pleine lune dans le ciel. J’ai eu l’impression de le revoir. »

 

Elle ne pleurait pas à cause de sa mère. Elle se fichait bien des remontrances qu’Euphémia Potter pouvait lui faire. Elle avait seulement l’impression qu’on lui arrachait à nouveau son neveu avec le départ de Fergus.

 

« Duniky, appela-t-il. »

 

L’Elfe apparut aussitôt à côté de lui dans un crac sonore.

 

« Maître James, le salua l’elfe.

 

-Pourrais-tu me monter dans ma chambre ? Miss Lily, montez à l’étage s’il vous plaît, j’arrive dans quelques instants. »

 

Elle hocha la tête avant de rentrer à l’intérieur. Il dut regarder la place où elle se trouvait quelques secondes plus tôt avec insistance pour que Duniky se permette un commentaire.

 

« Cette jeune fille est troublante, en convint-elle.

 

-Insaisissable, ajouta-t-il. J’aimerais vraiment qu’elle retrouve le sourire, mais je n’ai pas encore trouvé de solution. M’aideras-tu à l’insu de ma mère ?

 

-Duniky fera ce qu’elle pourra, lui affirma immédiatement l’elfe.

 

-Bien. Allons-y à présent. »

 

La petite elfe fit léviter son fauteuil roulant jusqu’à la fenêtre de sa chambre et James retrouva Lily qui l’aida à atterrir. Elle semblait encore plongée dans ses pensées. Duniky fit léviter James dans son lit puis disparut, laissant James et Lily en tête à tête. James ne savait pas quoi faire pour lui redonner le sourire, aussi, lorsqu’elle lui demanda si elle pouvait aller se coucher, il se résolut à le lui accorder.

 

« N’hésitez pas à venir me voir si… si vous vous trouvez mal, ajouta-t-il lorsqu’elle passa la porte de sa chambre.

 

-Mmh, répondit-elle distraitement. »

 

Il regarda la poignée de la porte remonter en soupirant. Il était un cas désespéré pour réconforter les gens. Il aurait vraiment dû prendre des cours avec Remus. Il tendit la main pour se saisir d’une fiole sur sa table de nuit et la descendit d’un coup. Puis la lassitude l’emporta et il sombra dans un triste sommeil.

 

.

 

La voix douce de sa mère le réveilla le lendemain. Elle avait perdu toute trace de courroux et resplendissait dans la lumière matinale. Son père avait sans doute dû lui faire une stupide promesse qu’il ne tiendrait pas une fois de plus. Enfin, ça les regardait. Lui, il ne finirait jamais comme eux, incapable de s’écouter sur le moindre sujet.

 

« James, venez petit-déjeuner, une belle journée de novembre vous attend, mon chéri, souffla-t-elle en lui souriant tendrement.

 

-Je serai prêt dans quelques minutes, dit-il en baillant. »

 

Sa mère s’entêta néanmoins à l’habiller, et il se laissa faire, préférant réfléchir à un moyen de rendre le sourire à Miss Lily. Il pourrait lui lire les contes sorciers. Elle ne devait pas les connaître. Peter ne les connaissait pas en entrant à Poudlard.

 

Sur cette bonne résolution, il retrouva Lily déjà attablée dans la salle à manger. Elle semblait en bien meilleure forme que la veille, puisqu’elle dévorait littéralement du regard les brioches aux pépites de chocolat.

 

« Une si jolie fleur en face de moi, que demander de plus ? s’amusa-t-il pour la sortir de sa faim grandissante.

 

-La fleur a des épines, Mr James, lui répondit-elle avec la plus grande innocence du monde. »

 

Si elle avait retrouvé son panache, elle devait aller mieux. Il s’étonna néanmoins du mutisme dont elle fit preuve avec ses réponses monosyllabiques. Il dût cependant relâcher l’attention qu’il lui portait lorsque Mr Fortescue entra. Il semblait toujours aussi épanoui qu’hier.

 

Le semblant d’humeur de Lily s’éteignit lorsqu’il mentionna une nouvelle fois son fils auprès de sa mère. James voulut lui prendre la main, juste pour lui montrer son soutien, mais Lily s’enfuyait déjà dans sa chambre pour redescendre ses devoirs de la vieille. Lorsqu’elle revint avec les sourcils froncés et les yeux un peu rouges, il sentit son ventre se tordre de douleur.

 

« Mr Potter, exercez-vous en Métamorphose aux pages trente et trente-et-une. Je vous laisse dix minutes. Miss Elizabeth, prenait le manuel de lecture à la page soixante-treize. C’est un extrait d’un des contes les plus connus de la communauté sorcière britannique. Le Conte des trois frères de Beedle le Barde. Allez-y je vous écoute. »

 

Et là, James crut rêver. La voix de Lily glissait, sans presqu’aucun accro. Les mots coulaient hors de sa bouche en un flot limpide et ininterrompu. Un instant, il crut qu’elle avait appris le texte par cœur tantôt, puis il dût se résoudre à la vérité.

 

« Je sais lire, souffla-t-elle à la fin de la page. Je sais lire, répéta-t-elle en se tournant vers lui. »

 

Comme il n’avait pas cessé de la fixer depuis le début de la leçon il ne manqua pas une miette de son sourire magnifique. Elle avait retrouvé une joie de vivre grâce à l’accomplissement de ce premier objectif qu’elle s’était fixée.

 

« Je sais lire ! répéta-t-elle en se mettant à sautiller partout. »

Elle vint le prendre dans ses bras. Il sentit ses côtes se casser mais sa joie était le meilleur remède contre la douleur. Il l’oublia bien vite en se mordant l’intérieur de la joue jusqu’au sang. Quelques os brisés de plus ou de moins, il n’était plus à ça près. 

End Notes:

(Un petit chapitre pour ce soir... mais les retrouvailles des Maraudeurs arrivent dans le chapitre suivant la semaine prochaine ! Je suis pardonnée ?.. 

Encore merci à Ayli pour ses reviews !)

Chapitre 13 : Les Maraudeurs by Juliette54

 

Chapitre 13 : Les Maraudeurs

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Un mois et demi plus tard,

 

Mi-décembre,

 

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James n’avait jamais été aussi euphorique depuis le début de sa maladie. Enfin, enfin ! il allait revoir ses amis ! Les vacances de Noël commençaient aujourd’hui. Sirius, Remus et Peter avaient promis de venir immédiatement à Godric’s Hollow lui rendre visite sitôt le Poudlard Express arrivé en gare de Londres. Il les imaginait bien dans un wagon à s’agiter dans tous les sens, tout aussi contents que lui de leurs retrouvailles imminentes ! Merlin, il avait passé des mois fabuleux en compagnie de Lily, et il se sentait presqu’aussi complice avec elle qu’avec Sirius, mais Sirius aurait toujours une place spéciale dans son cœur, tout comme Remus et Peter. Et il n’avait plus qu’une hâte : entendre la cheminée crépiter et pouvoir retrouver ses trois meilleurs amis, ses trois amis, ses Maraudeurs.

 

« Eh ben, ils ont de la chance vos amis. Je n’vous ai jamais vu aussi impatient et plein de joie depuis que je suis là, commenta Miss Lily à côté de lui. »

 

Elle lui faisait la lecture depuis une heure, mais il n’avait pas retenu un traître mot de ce qu’elle lui avait dit. Mais depuis qu’elle savait lire sans avoir besoin de trop de concentration, il ne l’arrêtait plus. Si elle continuait ainsi, aucun livre ne lui échapperait dans cette maison.

 

« C’est juste que… Je les connais depuis si longtemps, j’ai vécu tant de choses avec eux ! explosa-t-il. Je vous ai déjà raconté la fois où nous avons organisé un concours autour du Saule Cogneur ? Il fallait s’en approcher le plus possible sans se faire toucher par ses branches farouches et sujette à l’agacement. Et…

 

-Et un certain Dave Goujon y a laissé un œil, vous me l’avez déjà raconté, le coupa-t-elle avec un sourire moqueur. Même que Mr Sirius avait tenu des paris et que personne n’a eu son gain puisque les professeurs ont tout confisqué pour payer les soins de cet imbécile à présent borgne.

 

-Et je vous ai dit que Peter était…

 

-Le meilleur d’entre tous pour s’en approcher à pas de souris sans aiguiser le courroux de cet arbre de malheur, compléta-t-elle en riant. Ils ne devraient plus tarder maintenant. Je vais vous laisser vous retrouver, je reviendrai…

 

-Ne dites pas de bêtises, vous pouvez rester là, l’assura-t-il aussitôt. »

 

Il voyait bien que quelque chose la tracassait depuis qu’il l’avait avertie de la venue de ses amis. Mais il pensait lui en avoir suffisamment parlé pour qu’elle n’ait pas à s’inquiéter à ce sujet. Peut-être qu’elle avait peur de faire un de ces faux pas qui faisait monter sa mère sur ses grands chevaux. Pourtant, il lui avait suffisamment parlé des frasques de ses amis pour qu’elle comprenne qu’elle n’avait pas à craindre de parler comme elle le voulait en leur présence.

 

« Et je… »

 

Le crépitement de l’âtre le coupa dans sa lancée. Il tourna aussitôt la tête vers le feu ronronnant qui virait au vert. Sirius, Sirius passerait le premier. Il connaissait l’impatience de son ami. Sirius n’envoyait jamais de courrier et pourtant il avait reçu une lettre tous les deux jours depuis la rentrée de septembre.

 

Son grand dadais d’ami se releva en secouant la tête comme un chien pour faire tomber les cendres de ses cheveux longs.

 

« Cornedrue ! s’exclama-t-il en s’apprêtant à se jeter sur lui. »

 

James ouvrit les bras pour le recevoir, mais son ami dévia de sa trajectoire au dernier moment pour s’affaler dans le fauteuil à côté, la tête la première. James eut à peine le temps de s’en demander la raison que Remus entra à son tour, talonné par Peter.

 

« Bon sang, vieux, tu m’as manqué, lui fit d’emblée Remus en lui tendant la main. »

 

James s’étonna quelques instants de cette réserve avant de se rappeler sa foutue maladie. Il serra la patte de Sirius et celle de Peter en souriant plus largement que jamais. Puis ils se mirent à parler tous les trois en même temps si bien que James explosa de rire.

 

« Les gars, racontez-moi tout ! Les cours, les farces, les soirées de Gryffondor, le Quidditch !

 

-James, le coupa Remus en lui faisant un signe de tête vers la porte du salon. »

 

James tourna la tête pour voir une Lily droite comme un I, les yeux écarquillés, plantée sur le seuil de la porte. Tout à ses retrouvailles il l’avait un instant oubliée. Il avança son fauteuil vers elle pour lui attraper la main mais elle se déroba en croisant les mains derrière elle.

 

« Alors c’est elle, la fameuse Lily Evans, commença Sirius en haussant un sourcil.

 

-Elle, elle est là, marmonna faiblement Lily si bien que James fut le seul à l’entendre et il ne put s’empêcher de sourire encore plus largement, ses zygomatiques allaient souffrir aujourd’hui.

 

-Sirius, Remus et Peter, je vous présente Lily, Miss Lily, voici mes trois amis, le petit Peter, le sage Remus et le séducteur Sirius. »

 

Il la regarda plisser ses jolis yeux émeraude en fixant ses amis tour à tour.

 

« Pourquoi me qualifies-tu de sage, James ? s’interrogea Remus avec une moue sceptique.

 

-Parce que tu es d’une grande sagesse, Mumus, rétorqua Sirius. Et moi, je suis un séducteur né. Mademoiselle Lily, m’offririez-vous votre cœur pour réparer le vol que vous avez commis sur le mien d’un simple regard ? reprit-il dans son français approximatif. »

 

James reporta son attention sur Lily en riant. Elle fronçait les sourcils en les regardant tour à tour. Son rire mourut dans sa gorge en voyant ses yeux cligner de plus en plus rapidement.

 

« Allez-y, rembarrez-le, lui souffla-t-il avec inquiétude. »

 

Elle tourna la tête vers lui tout en continuant de cligner des yeux. Il ne l’avait jamais vue aussi paniquée. Que lui arrivait-il ? Face à sa mère, elle ressemblait à une boule d’indifférence et de panache. Là, elle semblait terrifiée.

 

« Vous pouvez y aller avec Sirius, lui assura-t-il. Il est comme moi. »

 

James jeta un regard perdu à Sirius qu’il voyait froncer les sourcils.

 

« James disait que vous n’aviez pas votre langue dans votre poche, j’attends une démonstration de votre savoir-faire, poursuivit-il avec une gentille provocation. »

 

James regarda à nouveau Lily. Elle avait toujours cet air concentré qui l’inquiétait, mais une étincelle d’amusement faisait ressortir à présent son œil. Elle s’avança vers Sirius, le détailla des pieds à la tête durant un temps qui parut horriblement long à James. Puis elle passa derrière lui et empêcha Sirius de se retourner. Il rêvait ou elle le… elle le reluquait ? Sirius devait en être venu à la même conclusion puisqu’il souriait avec suffisance à ses amis. Elle soupira ostensiblement avant de se tourner vers James.

 

« Vous êtes sûr que c’est lui, le fameux Sirius ? demanda-t-elle à James en revenant à côté de lui. J’ai bien cherché mais… Vous n’m’aviez pas dit qu’il était beau ?

 

-Mais je suis beau, Miss Lily ! s’outra immédiatement Sirius alors que Remus riait. Un sublime jeune homme dans la fleur de sa jeunesse !

 

-Un tas de sublimes imbécilités, oui, rétorqua Remus en s’asseyant sur le canapé en faisant signe à Lily de venir à côté de lui. Ne l’écoutez pas, son cas est incorrigible, dit-il à Lily et James le remercia silencieusement de s’efforcer de la mettre à l’aise. »

 

Il les laissa discuter tous les deux, et se tourna vers Sirius et Peter.

 

« J’ai hâte de la voir à l’œuvre auprès de ta mère, commenta Sirius.

 

-Tu as raison Cornedrue, c’est un beau brin de fille, en convint Peter.

 

-Trop rousse pour moi, nuança immédiatement Sirius.

 

-Et trop maligne aussi, précisa Peter avec un rire moqueur.

 

-C’est mon jour, on dirait, râla faussement Sirius.

 

-Alors, quoi de neuf au château ? demanda James avec impatience.

 

-Il faut bien avouer que, comme tu n’es pas là, on s’ennuie, lui dit Sirius avec une moue qu’il voulait faire passer pour amusée.

 

-J’espère que l’honneur des Maraudeurs est sauf, dit James avec un froncement de sourcil.

 

-Les Maraudeurs sont amputés d’un de leurs membres, et ce membre est la machine à idées du groupe, avoua Sirius.

 

-Et sans idée… Pas d’idée à mettre en œuvre, précisa Peter avec une pointe de tristesse.

 

-Je vous ai donné des idées par courrier ! s’offusqua James.

 

-Mais tu n’es pas derrière nous à nous motiver, soupira Sirius. Enfin, les filles sont aussi une nouvelle distraction qui permet de nous occuper un peu, confessa Sirius avec un sourire satisfait.

 

-Les filles ? s’étonna James avec une grimace.

 

-Kaitlin et Miranda ont de nouveaux avantages, cette année, si tu vois ce que je veux dire, fit Sirius en passant ses mains devant son torse pour lui indiquer avec un semblant de subtilité une poitrine.

 

-Mais… franchement, elles ne font que soupirer et parler chiffon, poursuivit James sans comprendre.

 

-Mais depuis septembre, reprit Sirius un ton plus bas, elles mettent des robes qui donnent envie d’être enlevées.

 

-Et puis si tu avais vu Hortense, continua Peter, tu aurais changé d’avis sur les filles. Elle a ce quelque chose qui te fait tourner la tête.

 

-Mais… les filles ? ne parvint pas à comprendre James. Elles ont toujours peur de faire un pas de trop et de se briser un ongle ! Miranda ne sait que faire respecter le règlement ! Hortense ne peut pas parler sans que ses joues ne virent au carmin !

 

-Tu dis des filles, reprit Sirius innocemment, mais tu passes tes journées avec cette Lily Evans.

 

-C’est différent, fit James sans comprendre.

 

-Oh, Lily Evans n’est pas une fille ? s’étonna gentiment Peter.

 

-Bien sûr que si mais… »

 

James tourna la tête vers elle. Elle discutait toujours avec Remus en lui souriant gentiment. Elle avait tressé ses cheveux roux ce matin, ce qu’il ne l’avait jamais vue faire, et restait assise bien droite sur le canapé, sans se laisser aller dans le dossier rembourré du meuble comme à son habitude. Son visage d’un blanc laiteux faisait ressortir ses yeux d’un vert émeraude comme il n’en avait jamais vu. Il vit le coin de ses lèvres roses s’élever un peu plus vers le haut lorsqu’elle remarqua qu’il l’observait, et il lui répondit instinctivement. Elle lui semblait bien plus calme et posée que d’ordinaire, ou du moins que lorsqu’il l’avait rencontrée. Pourquoi cela l’intriguait-il ?

 

« Lily n’est pas comme les autres filles, fit-il avant de se rendre compte que ses mots étaient niais au possible. »

 

Il sentit ses joues chauffer de façon désagréable sans en savoir la raison. Même lorsqu’elle ne disait rien, elle parvenait à le déstabiliser sans s’en rendre compte.

 

« Je veux dire qu’elle ne fait pas de manières comme Kaitlin ou Hortense, expliqua-t-il sous l’œil perplexe de ses amis.

 

-Ah, commenta Peter en tournant son regard vers elle. »

 

Sirius en fit de même en fronçant les sourcils, et James finit par observer Lily lui aussi pour pouvoir expliquer un peu mieux ce qu’il voulait dire.

 

« Donc si je la courtisais, j’aurais une réponse directe de ce qu’elle pense de moi sans rougissements ou bégaiement stupides ? s’amusa Sirius.

 

-Laisse-la tranquille, veux-tu, ne put s’empêcher de l’arrêter James.

 

-Tu veux te garder l’exclusivité ? fit Peter en riant.

 

-Mais non mais… Et puis fais ce que tu veux, elle va te rembarrer, maugréa-t-il. »

 

Il ne comprenait pas pourquoi il ne voulait pas que Sirius s’approche trop d’elle. C’était comme s’il voulait la garder pour lui, parce qu’il avait peur que les autres ne la comprennent pas parce qu’ils ne la connaitraient pas. Ou bien comme s’il avait peur que Lily ne se détourne de lui et lui préfère Sirius peut-être.

 

Il sentit ses sourcils se froncer d’agacement en la voyant rire à un quelconque propos de Remus. Qu’est-ce qu’il lui prenait ?

Il avait sans doute peur qu’elle se sente mal à l’aise en leur présence, parce qu’ils lui diraient quelque chose qui lui rappelleraient ses neveux. C’était sans doute cela.

End Notes:

(Je voulais mettre ce chapitre en ligne vendredi dernier mais j'ai des petits diables à garder alors j'ai pas pu ouvrir mon ordi avant. Mais voilà les retrouvailles maraudeuresques ! Dites-moi ce que vous en pensez !

J'essaie de mettre le prochain chapitre vendredi, mais mes petits diables de cousines risquent de m'en empêcher (à leur insu) donc c'est possible que le prochain chapitre arrive dans seulement dix jours ! Des bisous !)

Chapitre 14 : Noël by Juliette54

Chapitre 14 : Noël

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Fatalement, cette histoire de fille était montée à la tête de James. Il n'avait pas pu s'empêcher de regarder à présent Miss Lily comme une fille à part entière, et même, ce qui ne lui était jamais arrivé avant le retour de ses amis de Poudlard, à laisser ses yeux dévier juste en dessous de son visage, juste au niveau de ses seins. Elle n'avait pas beaucoup de poitrine, surtout avec cette robe large de couleur prune qu'elle mettait, mais le tissu laissait deviner la présence de… de quelque chose.

Et il s'en voulait de ne plus réussir à la voir comme avant, comme une bonne amie, une petite sœur avec qui il s'entendait bien. Le pire, dans cette histoire, c'était ce qu'il était en train de faire, quelques heures avant le repas de Noël, poussé par Sirius qui ne tenait plus en place.

Il se demanda encore une fois pourquoi il avait été si heureux que Sirius lui annonce qu'il avait réussi à négocier avec ses parents de passer la moitié des vacances de décembre à l'Atelier plutôt qu'au 12, Square Grimmaurd, au vu de la situation dans laquelle son ami les avait mis.

« Décale-toi un peu, lui souffla Sirius. »

James lui répondit par un grognement. Si Sirius voulait qu'ils espionnent Lily en train de s'habiller, pourquoi pas, mais James ne le laisserait pas voir grand-chose. Le trou de la serrure suffisait juste pour un œil, et James, dans une volonté toute fraternelle de protéger le petit corps de Miss Lily, ne faciliterait pas la tâche à Sirius. Lorsqu'il la vit se lever de sa coiffeuse et laisser tomber sa serviette de toilette par terre, laissant toute la surface de sa peau à l'air libre, il déglutit difficilement. Bon sang, ça ressemblait à ça une fille sans chiffon pour cacher (ou plutôt gâcher) la vue ?

« Alors ? s'impatienta Sirius.

-Toujours rien, mentit James. »

Il ne pouvait pas laisser Sirius avoir accès à ce tableau magnifique. Il ne pouvait pas non plus fermer l'œil et manquer la silhouette délicate de Miss Lily. Son regard semblait fait pour glisser sur la peau diaphane de la demoiselle. Avec un soupir de regret, il la vit disparaître derrière les grandes portes du placard quelques secondes avant de reparaître tout à fait habillée de son éternelle robe prune. Il continua à la regarder marcher dans la pièce. Merlin elle allait sortir !

« Pousse-toi ! eut-il simplement le temps de souffler avant de reculer le fauteuil. »

Miss Lily ouvrit la porte au même moment. Elle resta plantée devant eux un instant en fronçant les sourcils.

« Qu'est-ce que vous faites là ? s'étonna-t-elle suspicieusement.

-Nous vous attendions, mentit aisément Sirius en tirant sur le fauteuil de James.

-On ne vous a toujours pas descendu ? s'étonna-t-elle un peu plus.

-Duniky est à la cuisine et ma mère fait sa toilette, dit James en se sentant rougir. »

Il ne pourrait plus la regarder dans les yeux à présent ! Quelle idée de suivre Sirius dans tous ses plans !

« Eh bien nous allons le faire nous-mêmes, n'est-ce pas Mr Sirius ? proposa-t-elle en remontant ses manches avant de sortir sa baguette de sa poche. »

Sirius et James acquiescèrent de concert, soulagés de ne pas attiser plus longtemps la suspicion de la jeune fille. Et quelques minutes plus tard, ils étaient dans la salle à manger de l'Atelier. Trois jours plus tôt, ils avaient installé un sapin dans la pièce, et accroché des couronnes faites de rubans rouges et de branches de pins aux murs car Noël approchait. Et ce soir, il allait enfin réveillonner comme il se doit avec sa famille, ainsi que Sirius et Lily en prime. Pour une fois, il ne serait pas en tête à tête avec ses parents, comme il aimait l'être les années précédentes, mais ceci ne lui déplaisait pas. Sirius était comme son frère et il voulait passer le plus de temps possible avec lui avant qu'il ne retourne à Poudlard, et la présence de Lily amenait toujours des fous rires en perspective, surtout lorsqu'elle confrontait sa mère.

« Je vois que vous êtes prêts pour la messe de Noël, dit sa mère en les rejoignant dans le salon. »

Si Lily hocha la tête en souriant, Sirius et lui soupirèrent de concert.

« Je ne sors pas en chaise roulante, prévint immédiatement James.

-Et moi je ne laisse pas James seul ici, poursuivit Sirius.

-Eh bien moi, je profite d'une heure sans vous deux, conclut Lily en s'étirant sous l'œil exaspéré de sa mère. Nous pouvons y aller, Mrs Potter !

-Où mon père est-il ? demanda James.

-Il est sans doute dans son atelier, fit sa mère en regardant par la fenêtre du salon. »

Une petite lumière perçait depuis la serre du jardin, où son père devait une fois de plus avoir oublié le passage du temps en compagnie de ses plantes et de son chaudron.

« Sirius, allez lui dire de me rejoindre à l'Eglise Sainte-Clémentine, le pria sa mère en soupirant. Je ne vais pas me battre avec vous deux, alors soyez sages, les prévint-elle en se tournant vers Lily. Vous n'avez ni cape ni chapeau ? s'agaça sa mère.

-Euh… Non, fit Lily en haussant les épaules.

-Comment cela, non ? s'irrita sa mère. »

James toucha le bras de Sirius pour attirer son attention avant qu'il ne sorte et lui désigna sa mère et Lily en se retenant de rire. Trois, deux, un avant l'explosion.

« Eh bien, non, j'ai pas de cape et pas de chapeau, répéta Lily en se retenant visiblement de soupirer.

-Et comment sortiez-vous, lorsque vous viviez chez les Moldus ?

-En petite tenue, s'exaspéra Lily en levant les bras au ciel. Avec mon gilet et mon écharpe pardi.

-Et en hiver ? s'irrita sa mère qui devait penser qu'elle la faisait marcher.

-La même ! Bon, on y va, s'exaspéra Lily.

-Mais…

-Mais quoi ? D'abord les Moldus mettent pas de cape, ensuite j'avais pas les sous pour acheter un bonnet, voilà, vous êtes contente ? s'agaça un peu plus Lily en dégageant son bras de la main gantée de Mrs Potter.

-Quelle impertinence ! Descendez de vos grands chevaux, par Morgane !

-Oh eh, c'est pas moi qui en fais tout un plat !

-Mais vous allez être malade à sortir avec cette petite robe !

-Mais non, je suis solide comme un roc, j'vous assure.

-Nom de nom, toute votre éducation est à refaire, soupira ostensiblement sa mère. »

Puis elle partit à grands pas dans le vestiaire de l'entrée en ordonnant à Lily de la suivre, ce que la jeune fille fit de mauvaise grâce en traînant les pieds et en pestant. James ne put plus se retenir de rire, et explosa en même temps que Sirius. Le regard mauvais de Lily ne changea rien à son hilarité, qui augmenta même lorsqu'elle lui fit une grimace agacée.

Il entendit encore sa mère et Lily se prendre le bec avant de les voir sortir l'une derrière l'autre. La première satisfaite, la seconde à nouveau agacée.

« J'avais pas besoin que vous me prêtiez quoi que ce soit, grogna-t-elle-même en écartant légèrement l'écharpe verte de son cou. »

Le prune et le vert s'harmonisaient parfaitement et faisaient ressortir son teint blanc, ses cheveux roux vif et ses grands yeux émeraude. James sentit son ventre s'agiter en la voyant comme ça, et il repensa à l'instant d'avant, lorsqu'il l'avait vue derrière le trou de la serrure. Et à nouveau ses joues chauffèrent sans qu'il ne puisse rien y faire et qu'il ne sache tout à fait pourquoi il se mettait dans un tel état : Lily ne savait pas à quelle activité Sirius et lui s'étaient adonnés avant qu'elle n'ouvre la porte, et puis… c'était Lily quoi. Miss Lily. Juste Miss Lily.

« J'ai un truc sur l'nez ? grogna-t-elle en passant sa main à présent gantée de noir sur son visage.

-Pourquoi auriez-vous quelque chose sur le nez, Miss Lily ? s'étonna-t-il.

-Vous me fixiez comme si j'avais un truc de dérangeant sur la figure, fit-elle en baissant la main. »

Oups. Il avait dû la fixer pendant qu'il réfléchissait.

« Bon, à tout à l'heure, fit-elle en lui souriant.

-Priez pour moi, la taquina-t-il.

-C'est Noël, ne m'donnez pas une corvée supplémentaire, le rembarra-t-elle en tournant les talons. Eh Mrs Potter, attendez-moi, je connais pas le village, moi ! »

Puis elle disparut derrière la porte d'entrée à la suite de sa mère.

« C'est toujours plaisant de voir quelqu'un d'autre que nous se faire réprimander, commenta Sirius en sortant de la pièce pour aller trouver son père dans la serre.

-Toujours, renchérit James en se tournant vers la fenêtre pour regarder son ami traverser le jardin enneigé. »

Il le vit revenir quelques instants plus tard suivi par son père qui paraissait affolé. Si James en croyait les cloches de l'église qui sonnaient le début de la messe sorcière de Noël, son père était en retard pour la cérémonie.

Il vit son père passer en catastrophe dans la maison et ressortir aussitôt par la porte d'entrée, derrière lui, Sirius explosa de rire en venant s'assoir sur le canapé à côté de James.

« Ton père a été jusqu'à oublier que Noël avait lieu aujourd'hui, expliqua-t-il.

-Mon père oublie même son prénom, de temps à autre, répliqua James.

-Pardon ?

-Lorsque ma mère l'appelle et qu'il est avec moi, il me dit qu'elle me cherche.

-Il vit dans un autre monde, fit Sirius en se levant pour sortir le jeu d'échecs. »

James pris ses pions, les noirs, et commença à les disposer sur le damier, Sirius en fit de même avec les siens.

« Tu ne m'as même pas laissé regarder Miss Lily à travers le trou de la serrure, soupira Sirius avec un regard noir.

-Elle s'est changée derrière les portes de son armoire, mentit-il à moitié. A croire qu'elle savait qu'on la regardait.

-On remettra ça aux prochaines vacances alors, fit Sirius avec un clin d'œil. Pion en A, 4 ! »

Le pion s'avança sous la grimace de James. Sirius s'intéressait bien trop aux filles pour le mental de James à présent.

« Pion en D, 3, répliqua-t-il à la place. »

Il battit bien sûr Sirius à plate couture, sans doute parce que Sirius fantasmait sur Kaitlin une fois de plus au lieu de se concentrer sur le jeu. Peut-être aussi que lui pensait au petit paquet qu'il avait envoyé Sirius chercher pour Miss Lily, et qu'il avait failli se perdre dans sa réflexion avant de voir une belle ouverture dans le jeu. Ce n'était pas grand-chose, mais c'était Noël, et depuis qu'il était entré à Poudlard, James s'assurait de toujours faire un cadeau à ses amis.

L'heure avançait depuis qu'ils avaient fini leur partie d'échecs. Les aiguilles de l'horloge tournaient sans pour autant que ni sa mère, ni son père, ni Miss Lily ne montrent signe de vie. Pourtant, la messe sorcière de Godric's Hollow devait être finie depuis une bonne demi-heure à présent.

Après avoir regardé l'horloge trois fois de suite sans pour autant que la petite aiguille des heures ait changé de place, quand James fut sur le point de prier Sirius de partir à la rencontre de ses parents dans le village de Godric's Hollow, la porte de l'entrée s'ouvrit enfin.

« Si vous aviez tant besoin de vous confessez auprès du Révérend-Sorcier, il fallait m'en avertir plus tôt ! furent les premiers mots de sa mère lorsqu'elle se fut débarrassée de sa cape et de son chapeau. Vous pourriez m'accompagner à la messe sorcière chaque dimanche !

-Pour de vrai ? s'étonna Miss Lily avec une joie manifeste.

-Vraiment ! la reprit Mrs Potter en soupirant de façon ostensible.

-Vous me proposer vraiment de venir avec vous à la messe sorcière, chaque dimanche ? insista Miss Lily sans tenir compte de l'air agacé de sa mère.

-Dois-je me répéter ?

-Oh non, pas la peine, je veux venir avec vous ! s'empressa de dire Lily avant de les voir. Mr James ! C'est formidable la messe sorcière ! Un vrai spectacle ! Dès que vous remarchez, vous venez avec moi, avec nous je veux dire, et pas de discussion ! Ah Mr Sirius, j'ai pensé à vous tout à l'heure parce que…

-Et pas à moi ? la coupa James avec une moue boudeuse.

-Oh ne m'faites pas votre numéro de petit malheureux, le rabroua-t-elle en venant derrière son fauteuil pour le pousser jusque dans la salle à manger. A qui est-ce que j'ai adressé la parole en premier depuis que nous sommes rentrés ?

-A madame ma mère, marmonna James.

-A vous, espèce de petit pleurnichard, s'amusa-t-elle largement.

-Vous êtes en forme ce soir, commenta-t-il en tournant la tête derrière lui pour voir son visage rayonnant.

-Il y avait tellement de magie à la messe magique, c'était magnifique, fit-elle rêveusement en s'asseyant sur la chaise à côté de lui.

-Et vous n'avez pas vu un mariage sorcier, dit James en voyant du coin de l'œil ses parents et Sirius s'attabler auprès d'eux.

-Un mariage sorcier ? C'est différent des mariages normaux ? Enfin, moldus ?

-Je ne sais guère, je n'ai jamais assisté à un mariage moldu, lui avoua James. Enfin, si mais même les mariages moldus de Godric's Hollow s'ornent de magie tant les Moldus de ce village sont proches de notre communauté.

-Les Moldus de ce village n'ont pas peur de la magie ? s'étonna-t-elle une énième fois.

-Oh non, et s'il y a eu des périodes de méfiances au cours de siècles, un petit sortilège de confusion rétablissait très bien la paix entre les deux communautés, se répéta une nouvelle fois James. »

Miss Lily avait une véritable suspicion à l'encontre des Moldus, et James ne pouvait s'empêcher d'essayer de la rassurer à leur sujet. Elle avait vécu d'horribles choses parmi eux, mais il ne voulait pas qu'elle les mette tous dans la même bourse.

« La mère de Remus est une Moldue, intervint Sirius. Et elle n'a jamais eu le moindre problème avec le fait que son mari soit un Sorcier. »

James tourna la tête vers lui. Un instant, il avait oublié la présence de son meilleur ami et de ses parents, tout concentré qu'il était sur Miss Lily. Cette constatation le plongea à nouveau dans un de ses instants de réflexion qu'il avait de plus en plus souvent ces temps-ci. Le rire de Miss Lily l'en sortit aussitôt. La réprimande de sa mère face à si peu de tenue l'amusa. Et l'air goguenard de Sirius acheva de le ramener parmi les convives du repas de Noël.

« Soupe de citrouille et courges, annonça la voix fluette de Duniky. »

Elle claqua des doigts, et une large soupière fit son apparition sur la table richement décorée pour l'occasion. Des trainées de poudre d'or, des bougies rouges et dorées, des rubans de velours pourpres recouvraient une nappe blanche ornée de broderies, où l'elfe avait disposé la vaisselle en or de son ancêtre Iolanthe Peverell, dernière des Peverell, que l'on sortait uniquement pour les grandes occasions. Les yeux ronds comme de soucoupes de Miss Lily la première fois qu'elle avait vu cette vaisselle de cérémonie lors du dîner d'Halloween avaient pour toujours leur place dans les meilleurs souvenirs de James.

« J'aime pas cette vaisselle, j'ai l'impression que je vais l'abîmer dès que je la touche, marmonna Miss Lily à côté de lui et James se tourna vers elle. »

Ses cheveux tombaient comme à leur habitude de chaque côté de son visage, si bien qu'il ne voyait même pas son nez dépasser de ce rideau de feu. Sa main remit la mèche envahissante derrière l'oreille de Miss Lily avant qu'il ne se rende compte de son geste. Elle tourna ses grands yeux émeraude remplis de questions vers lui, et il ne dût son salut qu'au rire bruyant de Sirius, puisqu'ils reportèrent tous les deux leur attention vers lui en même temps.

« Lui avez-vous vraiment dit cela, Mr Potter ? insistait Sirius.

-Bien sûr ! Mais je ne pouvais savoir qu'il était l'auteur de cet article d'une stupidité sans nom !

-Si, vous auriez dû, Fleamont, s'agaça sa mère.

-Comment aurais-je pu me douter que j'avais en face de moi le grand potionniste Clairet Boileduncoup ? protesta son père. Il portait le même tablier que les serveurs du Chaudron du Farfadet !

-Vous vous rendiez à un colloque sur les Potions revigorantes, vous auriez dû vous renseigner sur les noms des autres participants, insista sa mère.

-Mais je connaissais tous leurs noms, non leurs visages ! Et… »

Un hoquet brusque et bruyant le coupa dans sa lancée.

« Miss Elizabeth ! s'outra sa mère avant de hoqueter à son tour.

-Mrs Potter ! s'affola Sirius qui fut secoué d'un hoquet semblable et en lâcha sa cuillère. »

James regarda la soupe qu'il n'avait pas encore goûtée, il plongea sa cuillère dedans, regarda le velouté qu'elle contenait, avant de le voir retourner d'un bond dans son assiette creuse.

« Duniky, appela-t-il en se retentant rire.

-Maître James a appelé Duniky, le salua aussitôt l'elfe après être apparu.

-Aurais-tu mis des châtaignes ensorcelées dans le velouté ? lui demanda James en regardant sa famille hoqueter avec un demi-sourire.

-Bien sûr, Maître James. C'est ce que Maîtresse Euphémia avait ordonné, lui assura l'elfe en exécutant une courbette soignée.

-Tu peux disposer, l'autorisa-t-il en regardant Sirius et en se retenant de rire. Sirius, je t'ai battu ce soir, quoi que tu puisses faire dorénavant.

-C'est toi qui…

-Des châtaignes ensorcelées ! avoua-t-il en riant. »

Il avait soumis Duniky à un sortilège de confusion la veille pour la faire ajouter ces châtaignes dans la soupe et apporter un peu de folie à ce dîner. Il pensait que son sortilège n'avait pas pris en voyant les grands yeux globuleux de l'elfe rouler dans leurs orbites : il avait bien cru devoir appeler ses parents quand elle s'était mise à convulser mais elle s'était calmée en quelques secondes. Alors il n'y avait plus pensé. Mais à présent qu'il voyait que son tour avait pris, il était très fier de lui.

« James ! s'exclama sa mère entre deux hoquets. Hic ! Qu'avez-vous encore fait ? Hic !

-Laissez-le … hic ! …Euphémia ! Vous voyez bien… hic ! …qu'il s'est seulement amusé !

-Il s'est joué de nous ! Hic ! protesta sa mère en tentant de rester digne.

-D'un instant à l'autre…

-Donnez-moi plutôt… hic ! …une de vos potions antidotiques ! le coupa sa mère.

-Je n'en ai plus ! Hic !

-Refaites-en… hic ! …par le corsage de Morgane ! Hic !

-Le temps d'en confectionner, hic ! … le maléfice aura cessé son effet ! Hic !

-Re… hic ! …garder ! Hic ! Mon… hic ! ...ventre …hic ! …enfle ! Hic ! fit Miss Lily en réussissant tout de même à rire malgré son hoquet intense. »

Là, James commença à s'inquiéter. Le gonflement du ventre n'était pas inscrit parmi les effets des châtaignes ensorcelées, ni dans les effets secondaires dus à leur prise. Peut-être Miss Lily était-elle allergique aux châtaignes ?

Il recula légèrement son fauteuil roulant de la table pour regarder le ventre de Lily, mais il se rendit vite compte que le ventre enfler puis désenfler au rythme de ses hoquets de plus en plus fréquents. Et finalement, lorsqu'il ne savait plus si elle riait, hoquetait ou s'étouffait, sa tête bascula sur le dossier de la chaise, et elle se mit à ronfler, sous ses yeux agrandis par la stupéfaction. Sirius et ses parents ne tardèrent pas à l'imiter, et il se retrouva comme un imbécile à regarder sa soupe s'agiter toute seule dans son assiette. Il avait peut-être mal évalué la puissance des châtaignes ensorcelées, et en donner un sac complet à Duniky pour qu'elle l'ajoute dans la soupe de Noël n'était peut-être pas la meilleure idée qu'il ait eue.

Il grimaça en se rendant compte qu'il se retrouvait tout seul pour le soir de Noël. Il n'avait peut-être pas été très malin sur ce coup.

Un ronflement de son père l'arracha à sa propre soupe, et en le regardant dormir la bouche grande ouverte il retrouva le sourire. Un discret filet de bave coulait depuis la commissure des lèvres de sa mère, et Sirius avait mis son pouce à sa bouche. Miss Lily, quant à elle, avait arrêté de ronfler, et respirait à présent de manière régulière, avec cette sérénité qu'elle n'avait que lorsqu'elle dormait. Il poussa son assiette de soupe un peu plus loin sur la grande table de la salle à manger afin de pouvoir déposer la tête de Miss Lily dessus. Pas un grognement ne s'échappa de ses lèvres lorsqu'il prit entre ses doigts sa tête aux joues rougies par le rire. Il fixa un instant de trop ses lèvres, et comme l'imbécile qu'il était, il eut envie de les goûter rien qu'un peu. Il avait déjà embrassé celles de sa voisine lorsqu'il avait neuf ans, mais il ne se rappelait plus ce que cela faisait. Et comme Miss Lily en tant que fille le fascinait depuis des jours, comme elle dormait à l'instant, comme elle n'en saurait rien, il se pencha vers sa bouche toute rose et cueillit la douceur de leur toucher.

Une décharge électrique le fit se reculer aussitôt. Il mordilla ses lèvres avec ses dents pour faire cesser la sensation de brûlure et sursauta à s'en briser les os du pied en entendant le bâillement de Miss Lily.

Est-ce que… Est-ce qu'il l'avait réveillée avec ce baiser ? Comme dans toutes les stupides légendes ?

« Que s'est-il passé ? bâilla-t-elle en s'étirant. Je riais, j'avais le hoquet puis… Pouf, plus rien, expliqua-t-elle en le fixant en quête d'une réponse. »

Lui ne regardait que ses lèvres.

« Mr James ! fit-elle d'un ton plus haut en claquant des doigts devant son nez.

-Vous… Vous vous êtes endormie, comme les autres, dit-il en s'arrachant à sa contemplation.

-Donc ils vont se réveiller bientôt eux aussi, fit-elle en lui souriant largement. Cette blague dépasse de loin toutes celles que Mr Sirius a pu faire, j'vous jure ! Des châtaignes ensorcelées, c'est ça ?

-Euh… oui, c'est cela, bafouilla-t-il sans réussir à la regarder dans les yeux et en fuyant également ses lèvres.

-Attendez, je vais aller secouer un peu Mr Sirius pour le réveiller. »

Elle fit ce qu'elle avait annoncé, sans succès. Elle essaya également avec ses parents, aucun effet si ce n'est de faire ronfler encore plus fort son père. Ils attendirent un bon quart d'heure, le temps de dessiner une moustache à Sirius avec un peu d'encre, puis se résolurent à cesser d'attendre leur réveil.

« Venez, fit James lorsqu'une idée lumineuse germa dans son esprit. J'ai un cadeau de Noël pour vous.

-Un cadeau ? s'étonna Miss Lily en rougissant d'une façon fulgurante.

-Bien sûr, je fais toujours un cadeau à mes amis le jour de Noël, lui assura-t-il et il se demanda depuis quand il considérait Miss Lily comme son amie.

-Amie… bafouilla-t-elle en le suivant dans le salon. »

Il fit venir à lui le petit paquet emballé de papier kraft qu'il avait déposé au pied du sapin de Noël pour le tendre à Miss Lily. Celle-ci mit un temps à l'ouvrir puisqu'elle le fixa sans bouger pendant plusieurs secondes avant que James ne lui mette dans les mains. Finalement elle l'ouvrit, et découvrit le pendentif ovale orné de nacre qui s'ouvrit dans ses doigts.

« Vous pourrez y mettre la mèche de cheveux de votre nièce comme cela et… Vous pleurez ? s'inquiéta-t-il en la voyant frotter ses yeux pleins de larmes. Mon cadeau ne vous plaît pas ?

-J'ai l'droit de m'gratter l'œil quand même ! bafouilla-t-elle en lui tendant le collier pour qu'il lui mette. »

James sourit.

Lorsqu'il s'endormit ce soir là, il ne songea pas à la fureur de sa mère quand elle s'était réveillée une heure après l'ingestion du velouté aux châtaignes ensorcelées, ni à la rancune factice de Sirius face à sa victoire indiscutable, ni au faux désespoir de son père sur ce qu'il ferait de son fils plus tard. Non, James repensa à Miss Lily, à son grand cœur malmené par la vie et à son bon vieux foutu caractère.

End Notes:

(C'était définitivement compliqué pour écrire et mettre des chapitres en ligne ces temps-ci... Mais voilà le chapitre 14 ! Il n'y a que Sirius parmi les Maraudeurs, mais les autres reviendront plus tard j'pense ! Merci à Ayli et nine pour vos reviews, ça me fait super plaisir ! à très vite pour la suite !)

Chapitre 15 : Sorcière sauvage by Juliette54

 

Chapitre 15 : Sorcière sauvage

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Deux jours plus tard,

 

26 décembre 1875,

 

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Lorsque Mrs Potter lui avait ordonné de remettre la cape, l’écharpe, le chapeau et les gants qu’elle lui avait prêtés deux jours plus tôt, Lily n’avait pas osé poser de question. Mrs Potter ne lui faisait pas peur, mais elle avait ce petit air agacé en permanence, et Lily n’était plus amusée de la voir s’énerver après elle. Pas qu’elle ce soit un jour réjouie de se faire disputer. Mais l’air pincé de Mrs Potter avait toujours un côté si ridicule que supporter une réprimande n’était pas si désagréable pour pouvoir se marrer ensuite. Et puis parfois Lily avait l’impression que Mrs Potter aimait s’agacer pour un rien. C’était son petit plaisir quoi.

 

Mais lorsqu’elle lui avait dit qu’elle l’emmenait sur le Chemin de Traverse, là, Lily n’avait pas pu rester muette plus longtemps. Pourquoi ? En quel honneur ? Rien que toutes les deux ?

 

« Il vous faut une robe pour le Bal de la nouvelle année que la famille Potter organise chez elle chaque année ! »

 

Une robe pour un bal. Une robe à elle, une belle robe, pour un bal.

 

« J’ai pas assez de sous pour m’acheter une belle robe. 

 

-Considérez cette robe comme votre présent de Noël, s’était agacée Mrs Potter en attachant sa cape sur ses épaules. »

 

Et voilà pourquoi Lily avait à nouveau atterri dans la cheminée du Pub du Chaudron Baveur, pourquoi elle avait découvert le Chemin de Traverse encore décoré pour les fêtes, pourquoi elle se tenait devant cette boutique bien trop chic pour elle.

 

« Tissard et Brodette, robes de qualité, lut Lily sur l’enseigne.

 

-Tout à fait, Mrs Tissard est la couturière la plus adroite du Chemin de Traverse. Suivez-moi, lui proposa Mrs Potter en poussant la porte. »

 

Un carillon annonça leur entrée. La pièce, une salle carrée dont les murs étaient recouverts de tissus, de meubles d’où débordaient des rubans et des boutons, était éclairée par une dizaine de bougies. Un immense miroir occupait les deux mètres centraux du plus grand mur de la boutique et sous les fenêtres, des étagères ployaient sous les bobines. Par chance, il n’y avait personne dans la boutique. Si Lily devait se faire reprendre par Mrs Potter, elle préférait que ce soit devant le moins de monde possible. Elle savait que tout un chacun, surtout chez les sorciers, n’était pas obnubilé par l’idée de lui faire du mal, comme cela avait été le cas à Carbone-les-Mines, mais moins elle voyait de gens, mieux elle se portait.

 

« Mrs Potter ! s’exclama une voix jeune et dynamique. »

 

Lily tourna la tête vers l’origine de la voix pour voir accourir une femme d’une trentaine d’années aux longs cheveux blonds. Elle portait une robe de sorcière bleue et violette d’une fluidité impressionnante.

 

« Je n’ai pas dû vous voir depuis des semaines, comment allez-vous ? Et votre fils, j’ai appris qu’il était malade… Son état s’améliore-t-il ? Oh, mais vous êtes accompagnée. Bonjour mademoiselle.

 

-Bonjour Ondine, répondit Mrs Potter en lui souriant. Je vais bien, merci. James est en convalescence, mais le médecin est optimiste. Quant à cette jeune personne, reprit-elle en posant ses doigts osseux sur les épaules de Lily. Je vous présente Miss Elizabeth, et c’est pour faire confectionner une robe à cette jeune fille que je suis ici aujourd’hui. »

 

Lily se laissa détailler par la Mrs Tissard. Elle se sentait nue devant ses yeux acérées, chaque petit défaut, dont elle se fichait éperdument, la mettait mal à l’aise. Puis elle se rebiffa contre cette idée.

 

« Bonjour madame, fit-elle avec une courbette.

 

-Très polie cette jeune fille, fit Mrs Tissard avec un sourire entendu pour Mrs Potter. Eh bien, de quelle couleur faisons-nous cette robe, Mrs Potter ?

 

-Quelle couleur lui siérait le mieux, Ondine ? Je me fie à votre jugement, répondit Mrs Potter.

 

-Laissez-moi réfléchir… Non, avec des yeux pareils, il lui faut du vert, affirma Mrs Tissard.

 

-Non ! Pas de vert ! S’il vous plaît ! J’aimerais du rouge, les coupa Lily. »

 

Mrs Tissard reporta son attention sur elle en clignant des yeux sous le coup de la perplexité.

 

« Miss Elizabeth, vous n’allez pas porter du rouge avec les cheveux que vous avez ! Cela jurera horriblement ! s’exaspéra Mrs Potter.

 

-Pas de vert ! dit Lily avec fermeté. Je veux du rouge, insista-t-elle.

 

-Mais enfin, pourquoi voulez-vous du rouge ? soupira Mrs Potter en s’excusant d’un regard désappointé vers la couturière.

 

-C’est… commença Lily en se sentant rougir. C’est la couleur préférée de Mr James et…

 

-Qu’a à voir mon fils dans cette histoire ? s’agaça Mrs Potter. Vous n’avez pas besoin d’une robe qui lui plaise mais d’une robe qui vous mette en valeur !

 

-Mais c’est pas pour lui plaire ! s’outra Lily en se sentant rougir un peu plus. C’est juste pour… Pour lui montrer que j’écoute ce qu’il me dit, finit-elle en baissant la voix.

 

-Je vous demande pardon ?

 

-Je veux juste lui montrer que j’ai retenu quelle était sa couleur préférée, avoua-t-elle. »

 

Il était le premier, en dehors de Maggy, à être vraiment gentil avec elle. Il était le premier à lui parler d’amitié. Elle correspondait à présent avec Remus par courrier, mais elle avait rencontré Remus par l’intermédiaire de Mr James. Et… Et elle ne pouvait s’empêcher de lui montrer, maladroitement peut-être, qu’elle tenait elle aussi à lui.

 

Comme Mrs Potter ne disait rien, elle osa relever les yeux vers elle. Celle-ci la fixait avec concentration, comme si elle essayait de percer ses secrets.

 

« Avez-vous du pourpre, Ondine ? Le rouge du pourpre jurera moins avec les cheveux roux de cette jeune fille, non ? demanda Mrs Potter avec un sourire poli.

 

-Nous avons un tissu pourpre qui est arrivé ce matin du Pays de Galles ! répondit aussitôt Ondine Tissard. Et avec un tel tissu et une taille aussi fine, un bliaud du XIIème siècle à larges manches évasées lui siéra comme un charme. Qu’en pensez-vous Mrs Potter ?

 

-Très bien, mais ne lui faîtes pas une ceinture trop large.

 

-Et pour la couleur du gallon ?

 

-Nous prendrons un galon du même noir que la ceinture.

 

-Donc nous partons sur du noir et pourpre pour un bliaud, en conclut Ondine Tissard en ordonnant au mètre mesureur de prendre les longueurs de Lily. »

 

Lily regarda le mètre prendre ses mesures comme l’avait fait celui du vendeur de baguettes quelques mois plus tôt. Elle apprit qu’elle devrait aussi porter une chemise de lin sous le… Bliaud ? Mais elle avait du rouge, le reste lui était égal. Elle laissa donc Mrs Potter et Ondine Tissard régler les dernières finitions de la robe. Apparemment, elle l’aurait pour le trente du mois de décembre, la veille du fameux bal.

 

« Pour les chaussures, que conviendrait-il, Ondine ? demanda Mrs Potter.

 

-Un paire de talons noirs, proposa la vendeuse lorsque Lily tourna la tête vers elle.

 

-Mes bottes ne sont pas bien ? fit-elle sur la défensive. »

 

Il s’agissait des bottes de Maggy, le seul objet qui lui restait de sa cousine. Personne ne viendrait lui dire que ces bottes n’étaient pas belles ou quelque chose comme ça.

 

« Elles ne conviennent pas pour un bal, fit patiemment Mrs Potter.

 

-J’veux pas mettre de truc pointu comme vous, prévint Lily. C’est un coup à ce que je me casse la figure devant tout le monde.

 

-Votre langage, s’agaça Mrs Potter. Et puis, il est temps que vous appreniez à marcher avec des talons, vous êtes dans votre seizième année ! J’étais presque fiancée à votre âge !

 

-Très peu pour moi, marmonna Lily. Moins y a d’homme dans ma vie, mieux j’me porte.

 

-Enfin, que vous arrive-t-il ? s’exaspéra Mrs Potter avec un regard embarrassé pour la couturière.

 

-Ne vous en faites pas Mrs Tissard, reprit Lily avec un large sourire. Mrs Potter adore me rouspéter, c’est son p’tit truc à elle.

 

-Miss Elizabeth ! s’outra Mrs Potter. Voulez-vous cesser vos pitreries !

 

-Je ne prendrais pas le risque de jouer dans le domaine de prédi… prédilection de votre fils, Mrs Potter, rétorqua-t-elle en posant sa main droite sur son cœur.

 

-Petite insolente, il suffit ! s’agaça pour de bon Mrs Potter. »

 

Lily sentit qu’elle marchait à présent sur la limite entre l’agacement et la véritable colère chez Mrs Potter, aussi, elle préféra se taire et la regarder avec de grands yeux innocents.

 

« Allons chez Sendespieds à présent, reprit Mrs Potter en se tournant vers la vendeuse. Je vous remercie Ondine, vous m’enlevez une épine du pied.

 

-Oh ce n’est rien. Vous êtes une vieille cliente après tout. Et puis, ajouta-t-elle plus bas pour que Lily ne l’entende pas mais c’était sans compter sur la super ouïe de la Lily, cette enfant ne semble pas facile. C’est fort aimable à vous et Mr Potter d’avoir accepté de la garder chez vous. »

 

Lily eut envie de lui tirer la langue, puis refusa de voir Mrs Potter se faire plaindre. Cette vieille sorcière n’en avait pas besoin.

 

« Merci Mrs Tissard, fit-elle en s’approchant de Mrs Potter pour lui prendre la main. Nous y allons, Mrs Potter ? »

 

Elle ne manqua pas une miette de l’air ébahi de Mrs Potter dont le regard jonglait entre ses yeux verts et leurs mains qui se tenaient. Toujours troubler l’ennemi : première règle de Lily Evans. D’accord, Mrs Potter n’était pas l’ennemi à proprement parler, mais elle ne faisait pas partie des amis non plus.

 

« Qu’est-ce qui vous a pris chez Tissard et Brodette ? s’agaça Mrs Potter en la tirant par la main vers la boutique d’en face qui indiquait : Sendespieds, cordonnerie depuis 1875.

 

-Sent des pieds ? lu-t-elle à voix haute avant de se mettre à rire.

 

-Ne recommencez pas à tout faire pour m’énerver, jeune fille, il en est assez, siffla Mrs Potter en lui faisant face.

 

-Non mais, « Sent des pieds », répéta Lily sous le regard perplexe de Mrs Potter.

 

-Ces châtaignes ensorcelées ont laissé des séquelles sur vous, soupira Mrs Potter aux cieux. Ne parlez pas inutilement à présent. Nous n’en avons plus pour longtemps. »

 

Les sorciers avaient des noms bizarres. Rien que Sirius, siriussement ? Nan, à ça, Lily ne s’y ferait jamais.

 

« Bonjour Jacques, salua Mrs Potter. »

 

Un jeune sorcier habillé de jaune canari bondit sur ses pieds pour venir les accueillir. Il faisait plein de gestes dans tous les sens. Avec la couleur de sa robe, sa moustache entortillée en spirale et sa barbichette, ses lunettes incrustées de diamants et la vitesse de son flot de parole au fort accent étranger, Lily eut le tournis.

 

« Euphémia ! Comment allez-vous ? fit-il en venant embrasser les deux joues de Mrs Potter si bien que Lily dut étouffer un cri de surprise. Oh vous voilà accompagnée pour une fois ! Ne me dites pas… Ne me dites pas que c’est la jeune fille née de Moldus qui n’avait jamais fait de magie avant cette année ! Une sorcière sauvage, selon la Gazette, mais elle me semble on ne peut plus douce, cette jeunette ! Mademoiselle… Elizabeth Evans, si je me souviens bien ? Ravie de vous rencontrer, fit-il en embrassant les deux joues de Lily si vite qu’elle n’eut pas le temps de se reculer.

 

-Mais j’vous connais pas, ne trouva qu’à dire Lily ce qui fit rire le sorcier.

 

-Et moi non plus pardi ! Mais entre nous, j’ai une mémoire des noms phénoménale ! Je lis un nom, je le retiens ! Merveilleux, n’est-ce pas ? Surtout pour un vendeur ! fit le sorcier en riant un peu plus sous le sourire poli de Mrs Potter et l’air ahuri de Lily.

 

-Et puis je m’appelle…

 

-Nous venons pour une paire de talons pour Miss Elizabeth, la coupa Mrs Potter.

 

-Non pour votre pied ? Je ne vais pas dire que je suis déçu, je ne connais point encore celui d’Elizabeth – je peux vous appeler Elizabeth n’est-ce pas ? – mais votre pied Euphémia, est exquis à chausser ! Tout lui va, tout lui sied, même les modèles les plus improbables ! Votre mollet et votre cheville doivent aussi avoir leur part de mérite dans cet extraordinaire maintien, mais ce pied ! Elizabeth, ôtez ces chaussures et montez sur ce tabouret, je vais prendre vos mesures ! Allez-y ! Ah les jeunes filles, ce sont les plus difficiles à satisfaire, mais les pieds fin et délicats qu’elles ont sont habillables à souhait ! Et voilà ! Oh mais ces pieds sont intéressants. Tout est encore modelable et enfant dedans ! Ce sera votre première paire de talons, n’est-ce pas ?

 

-Je veux pas de talons ! le coupa Lily en se sentant tourner. Je vais tomber avec des choses comme ça !

 

-Mais non vous n’allez pas tomber ! rit à plaisir le sorcier qui paraissait plus sympathique à Lily que la sorcière blonde de tout à l’heure. Nous allons vous mettre un de ces talons carrés peu élevé pour commencer. Vous ne pensiez tout de même pas que je vous ferais des chaussures comme celles d’Euphémia, qui lui font gagner une dizaine de centimètres ? Eh les jeunes filles, elles en veulent toujours trop ! Voyons, quelle couleur ? Nous pourrions oser la fantaisie pour de si beaux yeux ! Des émeraudes le long de l’ouverture d’un simple escarpin de cuir noir… ou mauve, quelques perles du lac de Merlin au Pays de Galles, non, vous êtes trop jeune, il vous faut quelque chose de plus… De plus lumineux et de moins lourd. La robe sera de quelle couleur ?

 

-Pourpre et noire, fit simplement Mrs Potter.

 

-Oh oh ! Il vous faut bien des escarpins noirs ! Quel dommage que votre robe ne fusse point verte, avec ces yeux émeraude…

 

-Mes yeux sont verts, se permit Lily.

 

-Emeraude ! Ils sont émeraude ! Comme cette pierre, là, sous le verre du comptoir ! Personne n’a jamais qualifié vos yeux d’émeraude ? Ma foi, le premier garçon qui le fera sera le seul digne de tels yeux ! Je ne parle pas de moi bien sûr, j’ai déjà trouvé chaussure à mon pied ! Non, ne relevez pas le jeu de mot, il n’était pas voulu. Donc nous parlions de noir, souligné d’un galon rouge, c’est cela ?

 

-Ce sera très bien, en convint simplement Mrs Potter en souriant. Pour le trente, ce sera prêt ?

 

-Pour le trente ? Bien sûr Euphémia ! Elle les aura pour votre bal, je devine tout, vous le savez bien ! Et j’espère que vous avez reçu mon hibou, je répondrai volontiers à votre invitation. Et dire que l’année passée j’étais en France dans le bureau poussiéreux de mon… Oh, je vous en ai déjà parlé, vous savez que je n’aime guère les fêtes de fin d’année ! Mais j’ai l’impression que la tendance est en train de s’inverser ! Je ne vous embrasse pas à nouveau, je vous connais, vous les Anglais, vous n’aimez pas cela ! Au revoir ! »

 

Lily sortit de la boutique juste devant Mrs Potter.

 

« Il… Il parle beaucoup, ne trouva-t-elle qu’à dire.

 

-En effet, en convint Mrs Potter. »

 

Lily fut surprise de constater qu’elle se retenait de rire. Rire, c’était bien une chose que Mrs Potter ne faisait jamais, ou si rarement que Lily ne connaissait pas le visage qu’elle avait à cet instant. Si bien qu’au lieu de la provoquer, Lily se résolut à faire preuve de bonne volonté.

 

« Du coup on a fini ? demanda-t-elle en enfouissant les mains dans ses poches.

 

-Oh non, tout ce que j’ai prévu pour vous, nous occupera toute la journée, la prévint Mrs Potter et Lily sentit l’entourloupe à plein nez.

 

-Comment ça ? fit-elle avec méfiance.

 

-D’abord, il vous faut un chapeau assorti à votre robe, nous devons aller chez le chapelier, lui apprit Mrs Potter et Lily aperçut au bout de la rue une boutique dont la vitrine croulait sous des chapeaux les plus extravagants les uns que les autres. Ensuite il vous faudra des gants noirs, nous irons donc chez l’accessoiriste. Enfin, je vais vous donner des cours de bonnes manières.

 

-Des cours de quoi ? s’éberlua Lily.

 

-Des cours de bonnes manières, sur ce qui est convenable ou non de faire, lui expliqua patiemment Mrs Potter.

 

-Et vous n’auriez pas pu le faire avant ? Que je sache ce qu’il fallait faire ou non ! »

 

C’était le pompon ça ! Elle s’était fait réprimander pendant des semaines, et pendant ces semaines-ci elle avait tâché de dissocier le convenable du inconvenant par elle-même, et voilà que Mrs Potter, tout sourire, lui apprenait qu’elle allait enfin lui donner des indications plus précises sur la manière dont elle voulait que Lily fasse les choses ?

 

« Ne vous réjouissez pas trop vite, les leçons de bonnes manières sont aussi physiques qu’un match de Quidditch, jeune fille, la menaça presque Mrs Potter en entrant dans la chap… dans la boutique de chapeaux quoi. »

 

La pièce était envahie par les chapeaux, certes, mais aussi les tissus, les rubans, les boutons, les bobines de fil et tout un tas de cartonnés. Et au milieu de ce royaume des couleurs, un simple sorcier en robe noir et au chapeau haute-forme agrémenté de plumes et de boutons jaunes et or. Il leva la tête de son ouvrage lorsque le carillon sonna à leur entrée et vint les accueillir.

 

« Bonjour Madame, en quoi puis-je vous être utile ? fit-il avec morosité. »

 

Puis il remarqua Lily et son regard s’anima pour se faire curieux.

 

« Je ne vous ai jamais vue à Poudlard, fit-il en fronçant les sourcils.

 

-J’y suis pas encore, c’est pour ça, dit-elle aussitôt, ravie qu’on s’adresse à elle comme à une sorcière à part entière et non comme la petite fille traînée par Mrs Potter.

 

-Comment c’est possible ? s’étonna le garçon.

 

-Une histoire de grand livre volé, expliqua rapidement Lily.

 

-Ah c’est vous la fille de Moldus qui vit chez les Potter, dit-il et Lily se demanda si cette situation était si incongrue ou si la communauté des sorciers ragotait à longueur de temps.

 

-Ouaip, fit-elle en se tournant vers Mrs Potter sans s’en rendre compte.

 

-Et comment va James ? Sirius dit que sa maladie se soigne doucement.

 

-Ouaip, répéta-t-elle en revenant poser ses yeux sur le visage rond aux yeux bruns du garçon. »

 

Il devait avoir à peu près son âge, un peu plus grand de taille qu’elle mais ça c’était facile puisque Lily était toute petite. Mais ça perturbait Lily qu’on s’adresse poliment à elle sans même la connaître. Elle était plus habituée à la méfiance qu’autre chose.

 

« Et sinon vous êtes qui en fait ? demanda-t-elle.

 

-Miss Elizabeth, faites des phrases correctes, s’agaça Mrs Potter en posant sa main sur son épaule.

 

-Eloi Belletête, je suis à Gryffondor dans l’année en dessous des Maraudeurs, se présenta-t-il en tendant sa main à Lily.

 

-Lily Evans, se présenta-t-elle en s’emparant de sa main.

 

-Est-ce que Lily est le diminutif d’Elizabeth ? demanda-t-il poliment.

 

-C’est exact, les coupa Mrs Potter. Nous venions pour un chapeau de forme pointue, noir avec un liseré pourpre pour Miss Elizabeth.

 

-Oh euh oui, pardonnez-moi Madame, vous devez être Mrs Potter par conséquent. Je vais chercher le mètre à mesurer. »

 

Etonnement, le garçon lui prit ses mesures manuellement. Lily se rappela que les enfants n’avaient pas le droit de faire de magie en dehors de Poudlard. Heureusement qu’elle s’en rappela avant de poser la question, elle avait évité une nouvelle contrariété à Mrs Potter.

 

« Quel tissu préférez-vous ? Velours ?

 

-Velours, ce sera très bien. Sera-t-il prêt pour le trente au plus tard ? demanda Mrs Potter.

 

-Je peux le finir pour le vingt-neuf si vous préférez, proposa aussitôt Eloi en notant la commande dans un grand livre derrière le comptoir.

 

-Je viendrai le chercher le trente, insista Mrs Potter. Vous transmettrez mon bonjour à monsieur votre père, Mr Belletête.

 

-Transmettez mes amitiés à James, s’il vous plaît. Au revoir Mrs Potter, au revoir Elizabeth, les salua-t-il avec un air morose retrouvé. »

 

Elle s’assura d’avoir fermé la porte derrière elle avant de parler à Mrs Potter.

 

« Tout le monde se connaît chez les sorciers.

 

-Merlin non, mais comme je fréquente toujours les mêmes boutiques, les vendeurs finissent par me reconnaître, lui expliqua-t-elle avec une patience rare. Et en ce qui vous concerne, vous avez fait la une de la Gazette le lendemain de la remise du Grand Livre de Poudlard au directeur de l’Ecole de sorcellerie.

 

-Moi ? s’estomaqua Lily. Mais j’n’ai rien d’extraordinaire !

 

-Vous êtes la première sorcière depuis des décennies à n’avoir pas fréquenté Poudlard sans pour autant vivre dans une famille sorcière, Miss Elizabeth, lui expliqua-t-elle patiemment. Allons chercher des gants noirs pour vous, et je vous expliquerai plus longuement tout cela. »

 

Lily s’empressa de choisir des gants dans une boutique de tout et n’importe quel accessoire sans faire d’histoire ni de scandale et suivit Mrs Potter jusqu’au Chaudron Baveur, qui voulait discuter de tout cela autour d’une tasse de thé avant de rentrer à Godric’s Hollow. Lily prit son mal en patience, et attendit qu’elle ait commandé son thé.

 

« Alors, j’ai pas encore été à Poudlard, et alors ? reprit-elle en posant un peu brusquement ses mains sur la table.

 

-Tenez-vous bien s’il vous plaît, et parlez moins fort, les gens vont finir par nous remarquer, la tempéra Mrs Potter. Tous les sorciers enfants de Moldus vont à Poudlard pour apprendre à maîtriser leur magie, ce n’est pas négociable. Les autres enfants peuvent demander à rester chez eux et à recevoir l’instruction d’un précepteur, même si ce fait est extrêmement rare.

 

-Et alors ?

 

-Et alors les sorciers étaient inquiets à votre sujet, car une sorcière qui n’apprend pas à exercer sa magie, qui en plus est rejeté par les Moldus de sa famille, peut couver un Obscurus.

 

-Un quoi ?

 

-Miss Elizabeth, votre langage, s’il vous plaît, s’exaspéra Mrs Potter.

 

-Non mais Mrs Potter, c’est trop grave ce que vous me dites pour que j’arrive à me tenir, avoua-t-elle en se redressant néanmoins sur sa chaise.

 

-Un Obscurus est un parasite magique qui ronge un sorcier de l’intérieur parce qu’il refoule la magie en lui. C’était très fréquent au Moyen-âge, mais avec le secret magique, les Obscurials, c’est-à-dire les sorciers envahis par un Obscurus, ont disparu. Or les Obscurials sont extrêmement dangereux, puisqu’ils regorgent de magie incontrôlable. Mais leurs inquiétudes étaient stupides. Les Obscurials ne peuvent pas vivre plus de dix ans, la magie est trop forte. Alors, ils ont rapidement parlé de sorcière sauvage.

 

-Sorcière sauvage ? s’étonna Lily avec une moue sceptique : ils étaient bizarres ces sorciers.

 

-Une sorcière qui aurait appris à faire de la magie toute seule, s’expliqua Mrs Potter, et ce sans baguette et sans concentration. Ou bien une sorcière de magie spontanée, une sorcière-enfant.

 

-Et alors, en quoi c’est mal ? fit Lily avec méfiance.

 

-En rien, mais ce peut être dangereux, reconnut Mrs Potter. Rappelez-vous le premier jour, lorsque vous avez brisé le miroir de la chambre de James. Imaginez ce qui se serait passé si vous n’aviez pas maîtrisé les morceaux de miroir brisé ? »

 

Lily offrit une grimace éloquente pour toute réponse.

 

« Les sorciers tenaient à ce que vous soyez internés à Ste-Mangouste, pour être… formée et étudiée.

 

-Moi j’vais pas dans les hôpitaux si je suis pas malade. Y a tellement de maladie là-bas, que t’es sûr d’y rester, prévint Lily.

 

-Miss Elizabeth, soupira Mrs Potter en fermant les yeux comme si elle était encore sur le point de la reprendre sur son langage puis elle se reprit elle-même. Personne ne va vous envoyez à Ste-Mangouste. Mon mari a réglé cette histoire avec le directeur de Poudlard et le Ministre de la magie, et ils ont tout trois convenu que la meilleure situation pour vous était de demeurer avec nous, au calme, pour apprendre à maîtriser votre magie de façon rudimentaire. Les dernières semaines ont confirmé le bien fondé de cette décision. Vous ne faites plus de magie spontanée, si je ne m’abuse. »

 

Lily regarda Mrs Potter boire son thé. C’est vrai que sa magie ne s’agitait plus vraiment toute seule lorsqu’elle était en colère. Cependant elle parvenait tout de même à faire de la magie sans baguette. C’était peut-être différent de la magie spontanée.

 

« Bon, et maintenant, ils en disent quoi les autres sorciers ?

 

-Toujours la même chose. Mais ce bal est l’occasion de leur montrer que vous êtes une jeune sorcière tout à fait maîtresse d’elle-même et une jeune fille bien élevée, n’est-ce pas ? insista Mrs Potter en reposant sa tasse. »

 

Les morceaux du puzzle s’assemblaient dans la tête bien faite de Lily Evans. Mrs Potter l’avait emmenée se trouver une tenue complète pour le bal du nouvel an, parce que le bal du nouvel an serait comme un examen pour montrer à tous les sorciers que Lily n’était pas une sorcière de magie spontanée dangereuse et à enfermer. Et il fallait qu’elle soit toute-belle si le Ministre de la Magie, le Directeur de Poudlard et sûrement tout un tas de sorciers effrayés seraient présents. Et puis si Mrs Potter était à ce point rigide, ce n’était peut-être pas que parce qu’elle était aigrie comme Mr James disait, mais aussi parce qu’elle voulait que Lily…

 

Elle voulait la garder avec elle ?

 

Lily sauta de sa chaise pour la prendre dans ses bras en se mettant à pleurer. Elle avait fait tout ça pour ne pas qu’on l’envoie à Ste-Mangouste ?

 

« Enfin, Miss Elizabeth, que vous prend-t-il ? Tenez-vous ! Attendez un instant que nous prenions la poudre de cheminette ! s’horrifia Mrs Potter en fermant sa cape sur elle. »

 

Lily la laissa les mener à la cheminée du Pub et la tenir contre elle dans le réseau de Cheminette, puisqu’elle ne voulait plus la lâcher.

 

« Enfin, calmez-vous ! Que vous arrive-t-il ? s’étonna-t-elle en attrapant son visage dans ses mains.

 

-Vous… vous avez… Vous avez dû…

 

-Calmez-vous, s’il vous plaît, répéta Mrs Potter la voix montant dans les aigues.

 

-Vous avez fait en sorte que je reste là, chez vous ? parvint enfin à dire Lily. »

 

La sorcière parue déboussolée.

 

« Eh bien oui, nous n’allions pas les laisser vous enfermer à Ste-Mangouste, répondit-elle en l’asseyant sur le canapé pourpre de la pièce à vivre. »

 

Elle n’avait pas dit je, elle avait dit nous, mais c’était pareil pour Lily. C’était sûrement les seules personnes qui s’étaient battues pour qu’elle reste chez eux. Et elle qui ne pensait qu’à les quitter pour retrouver Maty et Tomy, jour après jour… Comment pourrait-elle partir à présent ? Alors qu’elle apprenait tout le mal qu’avaient eu Mr et Mrs Potter à la garder avec eux ?

 

« Allez, cessez de pleurer, je ne vous pensais pas si sensible, par Merlin, poursuivit-elle. Et puis de toute façon James ne parlait que de vous, nous ne pouvions pas vous voir vous en aller. »

 

Elle parlait de James maintenant pour justifier ce qu’elle avait fait, mais Lily voyait clair dans son jeu. Elle l’aimait bien, quand même. Au moins un peu. Sinon, elle aurait été elle aussi, comme tous les autres, effrayée dès le premier jour en la voyant faire exploser en mille morceaux le miroir de Mr James.

 

Elle ne pleurait presque jamais comme ça. Pas pour la joie. Elle avait pleuré parce qu’elle s’était sentie seule, elle avait pleuré parce que Maggy lui manquait, elle pleurait parce que Maggy, Tomy et Maty lui manquaient, elle pleurait parce qu’elle était inquiète pour eux. Et encore, c’était rare. Mais elle ne pleurait pas de joie. Jamais. Enfin, elle avait découvert ça à Noël, quand Mr James lui avait fait un cadeau.

 

« J’avais une poussière dans l’œil, mentit-elle effrontément en tirant son chiffon de la poche pour s’essuyer les yeux.

 

-Oh, bredouilla Mrs Potter en reconnaissant sûrement l’une de ses excuses. Je suis rassurée, ma foi. Vous êtes donc à présent prête pour vos leçons de bienséance ?

 

-Les cours de bonnes manières, vous voulez dire ? demanda Lily.

 

-C’est cela.

 

-Tout à fait ! »

Elle se leva un peu précipitamment et brisa l’énorme vase à côté du canapé. Le regard exaspéré de Mrs Potter en disait long sur la suite de leurs leçons de bienséance.

End Notes:

(Encore un peu de retard sur mon planning, mais ça vient ! Encore merci à Ayli pour ses reviews et à tous ceux et toutes celles qui suivent plus discrètement la fic ! A très vite !)

Chapitre 16 : Le bal du nouvel an by Juliette54

Chapitre 16 : Le bal du nouvel an

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Quelques jours plus tard,

31 décembre 1975,

Peu avant l’arrivée des invités au bal de la nouvelle année,

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Depuis des jours, James n’avait pas pu jouer aux échecs avec Miss Lily, ni même l’écouter lui faire la lecture, ni même discuter avec elle. C’est à peine s’il l’avait vue durant les repas. Et c’en était de même pour sa mère. Depuis qu’elles s’étaient absentées de la maison pour se rendre au Chemin de Traverse, elles s’enfermaient dans la salle à manger pour faire des choses dont James n’avait aucune idée. Heureusement que Sirius avait été là ces derniers jours.

Au début il avait pensé que c’était une technique de sa mère pour qu’il puisse être seul avec Sirius, sans Miss Lily avec eux. Il avait demandé à sa mère de la laisser venir avec eux, mais elle avait refusé, et Miss Lily – oh chose surprenante ! – était allée dans son sens. Peut-être que sa mère avait besoin de compagnie ? Mais lorsque Sirius et lui avait essayé de s’inviter dans leurs petites activités secrètes, ils s’étaient fait purement et simplement mettre à la porte.

Alors oui, définitivement, James sentait que quelque chose clochait, ou bien qu’on lui cachait quelque chose et dans les deux cas, il n’aimait pas ça.

Le pire était que ce stupide bal du nouvel an, que ses parents donnaient chaque année chez eux, avait été maintenu malgré le fait qu’il fût toujours en fauteuil roulant, et qu’il répugnait à ce qu’on ne le vît dans cette situation. Il avait mis sa robe de cérémonie noire à dentelles pourpres, la plus belle qu’il possédait, et son chapeau de cérémonie avec l’aide de Duniky. Les manches étaient si lourdes qu’il avait senti ses os vibraient sous la pression exercée par le tissu avant que l’elfe n’ensorcèle sa tenue pour l’alléger.

Et voilà qu’à présent, il attendait les premiers invités dans le hall d’entrée. Son père, pour une fois, était avec eux, ce qui aurait dû contenter sa mère, mais étrangement, ses parents n’arrêtaient pas de discuter en chuchotant, peu rassurés. Ils devaient avoir peur que Miss Lily fasse montre de son caractère de feu devant tant de gens. Quelle idée, aussi, avaient-ils eu en invitant le Ministre et une large part du Magenmagot ? Cela ne leur était jamais venu à l’esprit avant cette année. A croire qu’ils cherchaient les ennuis.

« Miss Elizabeth ? l’appela sa mère du bas des escalier. Veuillez descendre, nom de nom, nous vous attendons !

-Mais…

-Il n’y a pas de mais !

-Je…

-Dépêchez-vous, Miss Elizabeth, les invités ne vont plus tarder à présent ! s’exaspéra sa mère en revenant se placer à côté de son père. »

James entendit une chaussure claquer sur le marbre de l’escalier et leva la tête. Un autre pas résonna en même temps qu’un long frottement de tissu. Sa mère lui avait vaguement dit qu’elle avait été faire confectionner une robe de cérémonie à Miss Lily, il l’avait oublié. D’un coup, il trouvait cette soirée un peu plus mystérieuse. Il se demanda quelle couleur sa mère avait choisi pour cette robe avant de penser au vert, comme les yeux de Miss Lily, même si lui, James, n’appréciait pas cette couleur (trop Serpentard, oui). Puis il aperçut une longue manche pourpre et sourit. Le rouge était bien mieux, oui. Surtout sur les joues de Miss Lily à l’heure présente. Elle se mordait les lèvres en descendant l’escalier avec concentration pour ne pas s’emmêler dans les longues manches de sa robe qu’elle tenait légèrement relevée avec ses mains gantées de noir, dévoilant deux pieds chaussés d’escarpins noirs. Il n’osa pas faire de commentaires, même s’il en mourrait d’envie, parce qu’il ne savait pas quelle bêtise il pourrait sortir alors qu’il se sentait déjà rougir lui aussi. Il ne savait pas très bien pourquoi. Peut-être parce que sa robe mettait bien en vue sa taille fine et sa poitrine naissante. Peut-être parce qu’elle avait à nouveau natté ses cheveux, dégageant son visage lumineux. Peut-être parce qu’il voyait pour la première fois toute la douceur qu’elle pouvait dégager.

Il releva le regard vers son visage lorsque son pied se posa sur la dernière marche de l’escalier. Sa gorge s’assécha.

« C’est bien comme cela ? demanda-t-elle à sa mère.

-Très bien, lui assura sa mère. Et rappelez-vous, si vous ne voulez pas danser, dites que vous devez tenir compagnie à James, n’est-ce pas ?

-Oui, Mrs Potter, obtempéra Lily sous le regard contemplatif de James.

-Miss Lily, finit-il par dire ne pouvant plus se retenir.

-Oui Mr James ? répondit-elle d’une voix posée qu’il ne lui avait jamais connue.

-Vous êtes… splendide, dit-il avant d’entendre le rire moqueur de Sirius mal masqué par une toux de circonstance.

-Merci, Mr James, dit-elle aussitôt en rougissant un peu plus. Je vous… Où est-ce que je vous mène ? dit-elle en se plaçant derrière son fauteuil pour le pousser.

-Dans la salle de bal, indiqua Mrs Potter. »

James regarda Miss Lily passer derrière lui et découvrit une nouvelle fois la douceur qu’elle pouvait manifester. D’ordinaire, elle ne le poussait pas brusquement, mais bien moins calmement qu’aujourd’hui. La salle à manger avait été étendue par magie, afin de pouvoir accueillir plus d’une centaine de personnes.

Sa mère ne tarda pas à venir les retrouver avec son oncle Charlus et sa tante Dorea.

« Bonjour James, Sirius et Miss Elizabeth, les salua son oncle Charlus. Comment se passent ces vacances chez les Potter, Sirius ?

-Fort bien, Mr Potter, la maison de votre frère est très accueillante.

-Dites-moi Miss Lily, vous ne vous ennuyez pas avec ces garçons ? demanda sa tante Dorea apparemment toujours aussi reconnaissante auprès de la jeune fille.

-Je ne m’ennuie jamais avec eux, Mrs Potter, ils inventent toujours des bêtises plus grosses qu’eux, répondit gentiment Lily bien qu’un peu tendue.

-Je suis rassurée, j’aurais proposé de venir vous voir, dans le cas contraire, avec Fergus bien entendu.

-Oh oui, comment qu’il… comment va-t-il ? demanda-t-elle avec bonne humeur.

-On ne peut mieux. Dès qu’il pleure je lui chante votre chanson avec les mains, et il se calme tout de suite, lui avoua-t-elle avec un large sourire.

-Il n’est pas là ? s’étonna Lily.

-Miss Lily, ce bal n’est pas pour les enfants, lui expliqua sa tante.

-…James ! insista Sirius et il revint à la conversation de son oncle et Sirius. Ton oncle te demandait si tu comptais reprendre le Quidditch lorsque tu serais guéri.

-Bien sûr ! répondit-il aussitôt. Je n’envisage pas de vivre sans Quidditch.

-Me voilà rassuré. Mon frère me disait que vous ne vouliez plus en faire.

-Mon père a dû se tromper, répondit-il en grimaçant.

-James, je crois que Dumbledore vient d’arriver, le prévint Sirius. »

James tourna la tête pour voir qu’une dizaine de personne était déjà dans la pièce. Dumbledore s’approcha d’eux en les reconnaissant.

« Mr Black et Mr Potter, je préfère vous voir ensemble, même si ce n’est pas à Poudlard, je vous l’avoue volontiers, dit le vieux sorcier en serrant la main à son oncle Charlus puis à eux deux. Ne répétez surtout pas au professeur McGonagall ce que je vais vous dire, mais je trouve le château bien triste sans votre présence. Il me tarde de vous voir revenir. Quant à notre petite Lily Evans… Est-ce vous, Miss ? »

Lily regardait la barbe du vieux sorciers fixement, la bouche à demie-ouverte. James lui attrapa la main pour la faire sortir de son mutisme.

« Professeur Dumbledore, je vous présente Miss Lily Evans, dit-il en sentant la main de Lily se raccrocher à lui. Miss Lily, voici le…

-Le Professeur Dumbledore, oui, j’ai compris vous venez de le dire, marmonna-t-elle sans lâcher le vénérable professeur du regard. »

James se mordit la langue pour ne pas rire devant le retour de la franchise pure et dure de Miss Lily. Le professeur la fixait avec cette étincelle de malice qui le caractérisait.

« Enchanté de vous rencontrer, Miss Evans, dit Dumbledore en attrapant sa main non pour y faire un baisemain, comme James s’y attendait, mais pour la lui serrer. J’apprécie le caractère volontaire et spontané des jeunes gens. Bien plus que monsieur le Ministre cependant, ajouta-t-il plus bas en la regardant par-dessus ses lunettes en demi-lune. Prenez mon bras, j’aimerais discuter avec vous, lui proposa-t-il. »

Les joues un peu rouges de Miss Lily firent dire à James qu’elle était impressionnée, certes, mais aussi paniquée surtout lorsqu’elle s’apprêta à refuser en s’accrochant à son fauteuil.

« Je vous suis, la rassura-t-il aussitôt, mais elle préféra le pousser elle-même. Ne vous inquiétez pas, le Professeur Dumbledore n’est pas un frigide de la bonne tenue, lui souffla-t-il pour le rassurée. »

Elle hocha la tête en lui retournant un sourire crispé. Il voyait bien qu’elle était un peu anxieuse avec tout ce monde autour d’elle, mais personne n’allait lui faire de mal ici.

« Votre apprentissage se passe-t-il bien ? lui demanda-t-il.

-Très bien, la famille Potter est très accueillante, dit-elle du bout des lèvres.

-Sentez-vous dès à présent libre de parler, je vais assourdir les oreilles de Mr Potter, dit le directeur avant que James ne puisse faire quoi que ce soit. »

Il ne put que les voir parler sans rien pouvoir ni dire ni parler. Il bouda dans son coin sous le visage rieur de Lily. Prenant son mal en patience, il se contenta de l’observer se détendre au fur et à mesure de sa discussion avec le directeur. Au bout de plusieurs minutes, Dumbledore leva le sortilège, et James pu à nouveau entendre et parler.

« C’est bon ? Avez-vous suffisamment craché votre venin sur ma prétentieuse petite personne ? marmonna-t-il.

-Tout à fait, se contenta de répliquer Lily avec un grand sourire.

-Oh oh, Monsieur le Ministre arrive, tenez-vous bien, jeunes gens, les prévint le Professeur Dumbledore. Monsieur le Ministre, bien le bonjour, salua Dumbledore en levant légèrement son chapeau violet. Je vous présente Miss Evans, la jeune fille née de parents Moldus que vous deviez voir ce soir. Et à côté, c’est le jeune Mr Potter. Miss Evans, voici le Ministre de la Magie.

-Bien, bien, enchantée Miss Evans, dit le ministre en lui faisant un baisemain sous la grimace mal dissimulée de Lily. Mr Potter. Et qu’en est-il, Albus ?

-Tout me semble pour le mieux. Mr Fortescue m’a donné son compte-rendu, et je m’en tiens à son jugement. »

James regarda les deux sorciers s’éloigner en fronçant les sourcils. Miss Lily semblait bien plus détendue d’un coup, mais pour James c’était tout l’inverse.

Ainsi, la présence de Dumbledore et du ministre ne visait qu’à voir l’évolution magique de Lily ? Toute cette cérémonie… Il balaya la pièce du regard pour surprendre plusieurs paires d’yeux qui les observaient. Il attrapa la main de Miss Evans sans la regarder, puisqu’elle était retournée derrière lui pour pousser son fauteuil.

« Pouvons-nous aller dans le couloir quelques instants ? demanda-t-il en lançant un regard noir à tous ceux qui avaient osé poser leurs sales yeux de fouine sur Lily.

-Bien sûr Mr James, accepta-t-elle aussitôt et elle le poussa jusqu’au grand hall d’entrée désert avant de se mettre devant lui. »

Cette douceur qu’elle mettait à pousser le fauteuil l’horripila d’un coup. Alors c’était pour cela, pour en faire une petite fille modèle, que sa mère l’avait accaparée ces derniers jours ? Pour que Dumbledore et le Ministre puisse être éblouis par Lily ? Pour que sa mère puisse se vanter de… sauver la pauvre petite Née-Moldue qui n’avait jamais été à Poudlard ? Pour briller devant tout le monde ?

« Pourquoi… Comment avez-vous pu accepter que ma mère vous érige en… en trophée, en victoire ce soir, Lily ? demanda-t-il durement faisant se faner son sourire paisible.

-Pardon ?

-Quoi ! Vous dites quoi habituellement ! s’agaça-t-il.

-Vous n’aimez pas que je fasse de belles phrases ? demanda-t-elle perdue.

-Ce n’est pas vous ! Vous ne faites pas de manières comme ça !

-Peut-être parce qu’on m’a jamais appris à en faire ! s’exclama-t-elle.

-Et alors ? Vous êtes vous-même ! C’est bien mieux ! s’emporta-t-il à son tour.

-Bien mieux ? Bien mieux de ne savoir rien faire d’autre que survivre ? chuchota-t-elle furieusement en baissant son visage afin qu’ils soient nez à nez.

-Vous savez faire plein de choses, la contredit-il.

-Ah oui ? Lire, ah mais c’est Mr Fortescue qui m’a appris. Jouer aux échecs ? Vous m’avez appris. Danser ? C’est votre mère qui me l’a appris ! Qu’est-ce que je savais faire à part crier quand je suis arrivée chez vous ?

-Vous saviez faire une tarte aux noisettes ! fit-il avec colère.

-C’est le boulanger qui me l’a appris, c’était un boulot pour survivre aussi !

-Vous me faisiez rire ! avoua-t-il un peu plus fort. »

Elle ne dit rien pendant plusieurs secondes avant de se redresser et de le regarder avec dégout.

« J’vois qu’y a que votre bon plaisir qui compte à vos yeux, cracha-t-elle en tournant les talons.

-Lily…

-C’est Lily à présent ? fit-elle méchamment en se retournant brusquement. Ce n’est plus drôle de se moquer de moi avec du Miss Lily ? Je suis la seule parmi vos amis que vous n’appeler pas directement par son prénom, la seule qui vous vouvoie. Vous aimez bien m’avoir sous la main, hein ? Vous aimez bien que je sois à vos pieds ? Vous aimez bien vous sentir indispensable à ma survie ? Vous aimez bien savoir que si je fais un pas de travers ce soir, ils vont tous pousser le Ministre à m’envoyer à Azkaban sous prétexte que je serais dangereuse pour la communauté sorcière ! »

James sentit sa respiration se bloquer dans sa gorge.

« Pardon ? souffla-t-il en détaillant son visage rouge de fureur.

-Quoi pardon ? Vous n’aimez pas la vérité ? s’irrita-t-elle un peu plus.

-On veut vous… Mais vous n’êtes pas dangereuse ! fit-il perplexe. »

Elle fronça les sourcils sous l’incompréhension.

« Votre mère ne vous a rien dit ? demanda-t-elle en s’adoucissant.

-Dit quoi ? Mais de quoi parlez-vous donc ? »

Elle lui expliqua brièvement combien les sorciers craignaient qu’elle soit une sorcière incontrôlable, proche d’un Obscurial. Combien Dumbledore s’efforçait de faire comprendre qu’elle n’était qu’une sorcière qui avait tardé à apprendre à maîtriser sa magie, mais qu’à présent tout allait pour le mieux. Elle lui expliqua aussi que cette soirée était une forme d’examen d’entrée dans le monde de la sorcellerie et que tout un chacun devait voir combien elle n’était qu’innocence et douceur.

« Eh bien allons-y, allons leur montrer que vous valez mille fois plus qu’eux ! Allons-y, Lily ! »

-Je n’pensais pas ce que j’vous ai dit, avoua-t-elle cependant.

-Quoi donc ?

-Que vous aimiez que je sois à vos pieds, et tout et tout…

-Non, vous avez un peu raison, j’aime beaucoup savoir que je vous suis dépendant, car vous êtes ma dépendance, Milady, fit-il en fléchissant sa voix de quelques octaves pour la rendre plus mûre.

-Qu’est-ce que vous êtes bête parfois, Mr James, dit-elle en riant malgré elle.

-James, juste James, conclut-il avec un sourire. » 

End Notes:

(L'histoire avance ! Merci à Ayli et Alask pour leurs reviews, en espérant que ce chapitre là vous plaise... A très vite !)

Chapitre 17 : Fils à papa by Juliette54
Chapitre 17 : Fils à papa 

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Quelques semaines plus tard,

Fin janvier 1875,

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Depuis le bal du nouvel an, Mrs Potter était redevenue beaucoup moins patiente avec elle. Mais ça, ce n’était pas grave. Cette vieille sorcière tenait sûrement à Lily, mais elle ne savait pas l’exprimer et puis elle était obsédée par sa bienséance. Mais à présent, Lily s’en fichait encore plus qu’avant. Mrs Potter était comme elle était, Lily ne la changerait pas.

En revanche, il y avait quelque chose de plus avec Mr… Avec James, juste James. C’était peut-être leur prise de bec, ou bien juste le fait qu’ils aient enlevé ce formel Mr et Miss qui précédaient leur prénom lorsqu’ils s’adressaient la parole. Elle ne savait pas. Mais ce qu’elle savait, c’était que cette situation lui plaisait.

Elle avait retrouvé l’émotion provoquée par un fou rire, comme elle l’avait eue avec Maggy. Et ça, ça n’avait pas de prix.

Il avait beau être prétentieux de façon horripilante à certains moments, il y avait quelque chose qui la faisait se sentir bien lorsqu’ils discutaient tous les deux. Elle n’était pas mal à l’aise, pas euphorique non plus, mais juste bien et paisible. Enfin, paisible en grinçant des dents lorsqu’il se prenait pour le roi du monde. Et encore, généralement elle se contentait de lever les yeux au ciel puis de le faire redescendre sur terre avec une remarque bien placée.

Pourtant, aujourd’hui, c’était différent.

S’il y avait bien une chose que Lily avait retenu de chez ses parents, c’était sa date de naissance. Son père avait été un maniaque là-dessus, de manière tout à fait incongrue. Si bien qu’à ses six ans, alors qu’elle était sur le point de rentrer à l’école, elle avait dû répéter et répéter cette date encore et encore jusqu’à la savoir par cœur. Sa sœur avait sûrement dû faire la même chose des années avant, mais Lily ne s’en souvenait plus. En revanche, elle se souvenait de la colère de son père quand au bout de trois jours, elle ne parvenait toujours pas à retenir cette foutue date. Deux heures plus tard, elle en cauchemardait. Le lendemain, elle la savait.

Et ce matin, elle avait écrit la date du 29, la veille de son anniversaire. Donc demain, elle aurait seize ans, et plus un seul souvenir complet du visage de Maty et du sourire de Tomy. Combien de dents avaient-ils à présent ? Est-ce que Bryan leur racontaient des histoires le soir ? Est-ce qu’il les nourrissait correctement ?

« Allez-vous bien, Lily ? lui demanda James pour la énième fois depuis ce matin.

-Bien sûr, pourquoi cela n’irait pas ? mentit-elle en souriant. »

Après tout ce qu’ils avaient fait pour elle, elle ne pouvait pas se plaindre et se languir de sa nièce et de son neveu. Peut-être qu’au départ, Mr Potter l’avait embauchée pour tenir compagnie à son fils James dans cet unique but égoïste, peut-être que Mrs Potter était une vieille sorcière – littéralement certes, mais pas que - peut-être que James était un enfant gâté arrogant. Mais il s’agissait des seuls personnes qui avaient fait en sorte qu’elle puisse rester chez eux, et qui lui avaient ouvert les portes du monde de la magie.

Et quoi qu’on puisse en dire, Lily avait de l’honneur et de la fierté, et elle ne pouvait pas leur renvoyer toute leur gentillesse à la figure comme ça.

Et puis, elle tenait à eux, quand même. Pas de la même manière qu’à Maty et Tomy, peut-être. Et puis de toute façon, elle avait besoin de mieux savoir pratiquer de la magie pour pouvoir protéger comme il le fallait Maty et Tomy. Et si l’on était en janvier, il restait une bonne demi-année avant la fin de son année d’étude. Elle avait déjà fait la moitié au moins.

« En êtes-vous sûre ? Vous avez été ailleurs toute la journée, lui rappela James une fois de plus.

-Vous êtes jaloux de mes pensées ? le taquina-t-elle en tentant de chasser Maty et Tomy de son esprit.

-Et vous me poussez sur ce chemin terrible ! déplora-t-il dramatiquement.

-Faites pas votre malheureux, le rabroua-t-elle en souriant malgré elle. Que voulez-vous faire avant qu’on dorme ? »

Il plissa les yeux, comme lorsqu’il réfléchissait à la chose stupide qu’il voulait qu’ils fassent. Elle se contenta de s’assoir sur la chaise la plus proche de lui. Il était encore dans sa chaise roulante, comme depuis près de six mois. Lily l’entendait se disputer tous les matins et tous les soirs avec sa mère lorsqu’il devait faire les exercices prescrits par le vieux Guérisseur. De ce qu’elle avait compris, il ne les faisait pas sérieusement. Ce n’était pas malin, Lily le reconnaissait. Ses parents s’occupaient de lui, faisaient venir un médecin, l’avaient même fait venir elle pour lui remonter le moral et lui tenir compagnie et lui, il ne trouvait rien de mieux qu’à rechigner sur ses exercices. Enfin, ça le regardait.

« Je pourrais vous aider à faire vos exercices, proposa-t-elle comme il ne répondait pas.

-Je les ferai plus tard, dit-il avec désinvolture. Mais vous étiez à nouveau perdue dans vos pensées.

-Vraiment ? s’étonna-t-elle avec lassitude. Peut-être que je suis fatiguée, tout simplement.

-Vous préférez aller vous coucher ? s’enquit-il.

-Non, non, ça ira, réfuta-t-elle. Bon, que voulez-vous faire ?

-Vous me liriez mon livre d’Histoire de la Magie ? Je n’arrive pas à retenir les dates et le précepteur voudra m’interroger demain matin.

-Où est ce livre ? »

Il le lui tendit, et elle s’assit à côté de lui sur le fauteuil pour le lui lire. Elle aimait bien ce livre. Elle ne retenait pas tout, mais il était plein d’anecdotes amusantes sur le monde des sorciers. Elle finit tout de même par piquer du nez et par monter se coucher sous l’insistance de James.

.

Ce fut un grattement à la porte de sa chambre qui la réveilla quelques heures plus tard. Elle se leva pour enlever la chaise qui la bloquait lorsqu’elle entendit son prénom dans la voix de James.

« James ? s’étonna-t-elle en baillant. Que se passe-t-il ?

-Joyeux anniversaire, chuchota-t-il en chantant. Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Lily… Joyeux anniversaire, finit-il en lui tendant son bougeoir. »

Elle se mit à sourire comme une imbécile. Il y avait pensé, il n’avait pas oublié son anniversaire. Elle le laissa entrer dans sa chambre et s’assit sur la chaise devant la coiffeuse pour être à sa hauteur.

« N’oubliez pas le vœu, lui rappela-t-il alors qu’elle prenait une grande inspiration pour souffler la chandelle. »

Elle pensa à Maty et Tomy qu’elle mourrait d’envie de revoir, puis à la maladie de James et souffla tout l’air de ses poumons. Ils se retrouvèrent aussitôt dans le noir.

« Je suis idiot, il est minuit, et on ne voit plus rien sans bougie, s’excusa-t-il en cherchant sa main.

-Donnez-moi la chandelle, demanda-t-elle en riant. »

Elle ralluma la mèche d’un toucher et ils se virent à nouveau.

« Alors, que dites-vous de cette visite impromptue ? demanda-t-il avec fierté. La surprise est-elle réussie ?

-Réussie, approuva-t-elle. Je ne m’y attendais pas du tout. Mais dites-moi, vous n’avez pas veillé exprès ?

-Bien sûr que si ! se vanta-t-il. Je n’allais pas manquer votre anniversaire, Lily.

-Mais avec votre maladie, il faut vous reposer, s’inquiéta-t-elle. Si vous ne dormez pas bien, vous ne guérirez jamais.

-Laissez, mes os sont toujours aussi promptes à se briser, louper un peu de sommeil ne changera rien à présent ? Je vais en avoir pour des années et…

-Ne dites pas ça ! s’insurgea-t-elle en reprenant sa main.

-Mais c’est la vérité, répliqua-t-il avec agacement.

-Non, ce n’est pas vrai. Vous vous faites moins de fracture qu’au début, et puis si vous faisiez correctement vos exercices, vous guéririez plus vite ! s’emporta-t-elle. »

Peut-être qu’elle lui en voulait un peu de ne pas se soigner correctement malgré la chance qu’il avait de pouvoir le faire. C’était même sûr. Elle, personne ne s’apitoyait sur son sort quand elle était malade ou qu’elle se sentait mal.

« Je fais mes exercices ! reprit-il avec colère en faisant rouler son fauteuil vers l’arrière. Vous n’avez pas le droit de me dire ce que je dois faire ou devrais mieux faire et surtout pas en ce qui concerne mes exercices !

-Eh bien si, je vais même vous dire tout ce que je pense de vous, reprit-elle en sentant elle aussi monter la colère en elle. Vous n’êtes qu’un petit enfant gâté qui a toujours eu ce qu’il voulait, commença-t-elle. Personne ne vous a jamais dit non, vous avez toujours eu tout le monde à vos pieds, même vos amis feraient n’importe quoi de stupide pour vous ! Vos parents vous considèrent comme la plus merveilleuse chose du monde et vous êtes arrogant, méprisant et prétentieux ! Vous n’êtes qu’un fils à papa ! »

A la seconde où elle vit son visage devenir impassible, elle sut qu’elle était allée trop loin.

« C’est ce que vous pensez de moi ? insista-t-il.

-Pas tout à fait, nuança-t-elle en faisant un pas vers lui mais il fit rouler son fauteuil vers la porte, manquant de lui écraser les pieds.

-Pas tout à fait, cela signifie un peu tout de même.

-Mais vous vous plaignez sans cesse alors que…

-Alors que quoi ? Je souffre, je ne vois plus mes amis, je…

-Vous n’êtes pas le seul à souffrir ! s’emporta-t-elle à nouveau. Et vous avez votre famille avec vous, même si vous ne vous en rendez pas compte ! Moi, je n’ai personne ! Vraiment personne ! répéta-t-elle en sentant son cœur se faire gros dans sa poitrine. Mais ça vous est bien égal, hein, que j’ai rien du tout à part votre insupportable petite personne, puisque tout ce qui compte c’est « oh je souffre et j’ai pas mes copains avec moi » ! Fils à papa ! »

Il claqua la porte en sortant de la chambre, emportant la lumière avec lui. Le noir de la nuit l’enveloppa à nouveau, et elle s’en voulut de lui avoir dit des mots si durs. Parce qu’elle n’avait pas menti. Maty et Tomy étaient à des kilomètres de Godric’s Hollow : elle n’avait que lui dans sa vie à présent. 

End Notes:

(Tout d'abord, merci à Aylinine et Alask pour leurs reviews ! Vous êtes adorables !

Ensuite ce chapitre est un peu court mais j'étais un peu en panne d'inspiration... D'ailleurs, en l'écrivant, je me suis demandé si on soufflait déjà des bougies d'anniversaire en 1875. Je n'ai pas toruvé la réponse, donc bon, on va dire que ça passe (sauf si vous me dites le contraire hein, auquel cas faudra que je trouve autre chose zut).

Enfin eh bien, à la semaine prochaine avec la réaction de James face à cette discussion assez... aride on va dire !)

Chapitre 18 : Je marche ! by Juliette54

Chapitre 18 : Je marche ! 

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James rentra furax dans sa chambre à en pleurer. Comment pouvait-elle ?... Comment pouvait-elle lui dire qu’il ne faisait pas bien ses exercices ? Comment pouvait-elle le traiter d’arrogant et de prétentieux alors que la seconde d’avant il lui souhaitait son anniversaire ? Elle pensait que cela lui plaisait de souffrir et de rester le cul collé à ce fauteuil roulant ? Si elle le trouvait si insupportable, elle ferait mieux de partir d’ici ! Elle disait qu’il se lamentait, mais elle faisait la même chose. Elle n’avait pas que lui enfin, elle avait aussi ses neveux, même s’ils étaient à des kilomètres de là, et puis elle avait aussi ses parents, enfin elle ne leur parlait pas beaucoup en comparaison du temps qu’elle passait avec lui. Mais elle envoyait pas mal de courrier à Remus… qui était son ami avant d’être le sien. Et puis sa tante Dorea venait la voir avec Fergus de temps à autre… mais c’était sa tante.

Merlin, elle ne passait son temps qu’avec lui, ou bien des connaissances à lui. Elle n’avait plus de parents et…

Elle était toute seule. Et dire qu’il se plaignait sans cesse d’avoir sa mère sur le dos.

Il baissa la tête vers ses genoux avec culpabilité.

A ses yeux, bien sûr qu’il n’était qu’un petit imbécile de fils à papa. Mais qu’est-ce qu’il était… !

Il se remit avec peine dans son lit et fixa le plafond en quête de réponse. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle le remette à sa place et lui jette ses quatre vérités à la figure ? Il n’arrivait plus à dormir après et se repassaient leurs discussions en boucle avant de se sentir stupide et de s’en mordre les doigts.

Il regarda ses jambes encore faiblardes.

Lily pensait qu’il ne faisait pas bien ses exercices ? Peut-être qu’il les faisait à reculons, en effet, mais elle ne pouvait pas savoir combien il avait mal aux jambes quand il se mettait dessus.

Il bougea les orteils avec agacement. Ce n’était pas bien compliqué, quand même. Il pouvait le faire.

Il leva sa jambe droite en l’air, puis la gauche, et à nouveau la droite. Ses muscles le tiraient, mais c’était normal vu qu’il ne s’en servait plus depuis des mois. Il fallait juste qu’il remette tout ça en place.

Le lendemain, il ne mentionna pas l’anniversaire de Lily à ses parents, encore blessé des propos qu’elle lui avait tenu la veille. Le trouvait-elle si insupportable ? Quand elle lui demanda d’une voix monotone ce qu’il voulait faire durant leur temps de pause du matin, il lui demanda de lui faire la lecture. Et le soir, il lui demanda de rester seul. Là, il continua ses exercices.

Il n’aima pas la voir morose et au bord des larmes chaque fois qu’il la regardait froidement. Mais, même s’il avait peut-être eu besoin qu’elle lui dise ce qu’elle ressentait pour qu’il fasse ses exercices avec sérieux et acharnement, il craignait qu’elle le trouve aussi repoussant qu’elle l’avait sous-entendu. Elle le comptait dans ses amis, forcément, vu la peine qu’elle avait dans les yeux quand il la voyait. Mais cette image qu’il renvoyait l’horrifiait. Il ne voulait pas avoir l’air d’un insupportable gamin. Il valait mieux que ça !

.

Un mois et demi plus tard,

Mars 1876,

.

Il se réveilla avant que sa mère n’entre dans sa chambre ce matin-là. Un rictus déforma ses lèvres.

Seize ans et toutes ses dents, mais pas une seule seconde l’envie de sourire aujourd’hui.

Il avait entendu Lily sangloter toute la nuit sans trouver la force d’aller la voir et de s’excuser pour son comportement imbuvable depuis presque deux mois. Il ne la taquinait plus, il ne riait plus avec elle, il se contentait de lui demander de le promener dans le jardin et de lui lire ses manuels lorsqu’ils avaient du temps libre. Il préférait jouer aux échecs avec sa mère qu’avec Lily, il préférait faire semblant de ne pas voir qu’elle était au bord des larmes plutôt que de s’excuser.

Parce qu’elle avait raison, même s’il n’arrivait pas à l’admettre à voix haute. Depuis qu’il faisait correctement ses exercices, ses os le faisaient moins souffrir et ils se cassaient moins.

Mais il ne parvenait pas à oublier les mots durs qu’elle lui avait jetés alors qu’il venait lui souhaiter son anniversaire. Il s’était attendu à ce qu’elle s’excuse jusqu’à ce qu’il cède, mais elle n’en avait rien fait. Le lendemain elle s’était excusée, il avait fait mine de n’avoir rien entendu, mais elle n’avait pas insisté. Il n’avait pas réussi à ramener le sujet sans se sentir stupide et humilié à la fois.

La porte de sa chambre s’ouvrit, et il ferma les yeux pour faire croire à sa mère qu’il dormait encore.

« James, mon chéri, c’est votre anniversaire aujourd’hui, souffla-t-elle à son oreille avec une voix toute joyeuse. »

Il papillonna des yeux pour faire croire qu’il se réveillait, sans savoir la raison de ce stupide subterfuge et força un sourire.

Depuis que James faisait la tête à Lily, ou quelque chose comme ça, il avait l’impression que sa mère se délectait de reprendre sa place auprès de lui. Elle n’en profitait pas pour autant pour lancer des piques à Lily, mais elle se contentait de l’ignorer. Et c’était encore pire pour James. Car si sa mère s’était énervée contre Lily, il aurait pu avoir une raison pour prendre sa défense et lui reparler comme avant.

« Joyeux anniversaire, mon chéri, souffla-t-elle pendant qu’il se redressait.

-Merci, Mère, fit-il d’une manière toute conventionnelle qui lui laissa un goût amère dans la bouche. »

Il prit le paquet qu’elle lui tendait et l’ouvrit avec un sourire un peu plus sincère, sourire qui se figea en découvrant l’assortiment de plume d’oie, le même que celui de l’année dernière.

« Merci, Mère, répéta-t-il platement en prenant sa main dans la sienne, faute de pouvoir lui embrasser la joue.

-J’avais peur d’avoir mal choisi la couleur, commenta sa mère en rosissant, comme l’année dernière.

-Vous savez très bien que le rouge est ma couleur préférée, répéta-t-il. »

Et le même dialogue que celui de l’an passé aurait pu se reproduire en entier si la porte de sa chambre ne s’était pas ouverte sur une Lily au visage toujours aussi gris et triste.

« Miss Elizabeth, je vous ai appris à frapper aux portes avant d’entrer il me semble, s’agaça sa mère sans doute contrariée d’être ainsi coupée dans ce moment privilégié avec son fils.

-Prenez, se contenta de dire Lily en lui tendant une rose rouge. »

C’était la première fois que James recevait une fleur et il se sentit stupide à ne pas savoir quoi faire.

« Miss Elizabeth, on offre des fleurs aux femmes, pas aux hommes, soupira sa mère avec désespoir.

-Prenez-la, répéta Lily en tendant la fleur au dessus de ses jambes étendues dans le lit. »

Elle le fixait de son regard émeraude inébranlable malgré les cernes mauves de ses joues. Malgré lui, il tendit la main devant lui, conscient qu’à la seconde où leurs doigts se toucheraient, il serait foutu et il se mettrait à pleurer à ses pieds pour obtenir son pardon.

A la place, l’une des épines de la rose le fit sursauter lorsque son index se ficha dedans et il ne parvint plus à détacher ses yeux de la corolle de pétales rouges qui s’ouvrit délicatement pour laisser émerger une petite tarte individuelle, aux noisettes, sur laquelle une bougie d’anniversaire était fichée.

« Soufflez, lui ordonna Lily avec une voix ferme. »

Il s’exécuta, comme soumis à l’Imperium par Lily elle-même. Sous son souffle, la bougie se transforma aussitôt en deux bâtons recourbés, faits de rayures rouges et blanches.

« Ce sont des sucres d’orge, comme j’en offrais à mes petits lorsque leur anniversaire approchait, expliqua Lily en le fixant dans les yeux.

-Pourquoi deux ? ne trouva-t-il qu’à dire plutôt que de s’excuser.

-Pour partager avec qui vous voulez, dit-elle avant de tourner les talons.

-Lily, tenta-t-il de la rattraper. »

Elle se retourna vers lui sans rien dire, seul son sourcil arqué dangereusement lui rappela qu’elle pouvait elle aussi être en colère d’avoir été traitée ainsi pendant deux mois.

« Mmmmerci, bredouilla-t-il difficilement.

-De rien, fit-elle abruptement avec un sourire mauvais. »

Apparemment, ce n’était pas ce qu’elle avait attendu de lui puisqu’elle sortit aussitôt en claquant la porte derrière elle.

« C’est gentil de sa part, commenta sa mère en regardant les bâtons colorés.

-Oui, ne trouva-t-il qu’à répondre en s’insultant mentalement de tous les noms.

-C’est pour cela que je l’ai trouvée dans la bibliothèque cette nuit à feuilleter des livres de sortilèges et de métamorphose, comprit sa mère. Elle est douée pour son âge surtout lorsqu’on sait qu’il y a moins de huit mois elle ne savait pas tenir une baguette, remarqua-t-elle. »

James libéra la tartelette de ce qui restait de la rose, puis tira sur les sucres d’orge. Il n’en avait jamais vu auparavant, puisque c’étaient des friandises moldues. Il se demanda un instant où elle avait pu les trouver et en conclut qu’elle avait dû se rendre dans le prochain village pour en acheter. Or le prochain village était à plus d’une heure de marche. Elle avait dû y aller hier lorsqu’il lui avait dit de le laisser faire une sieste.

« Que voulez-vous faire, James, aujourd’hui ? demanda sa mère en lui souriant gentiment. »

Il regarda encore les deux bâtons rouge et blanc et quelque chose se souleva dans sa poitrine.

« Pouvez-vous aller me chercher Lily, s’il vous plaît ? demanda-t-il à sa mère.

-Maintenant ? s’étonna-t-elle avec une trace de reproche dans la voix.

-Juste après m’avoir aidé à m’habiller, précisa-t-il en trouvant une nouvelle force en lui. »

Sa mère l’aida à se préparer et il se laissa faire, bien conscient qu’il avait intérêt à cacher la surprise qu’il comptait faire à Lily s’il ne voulait pas que sa mère l’accapare toute la journée.

Car avant que Lily n’entre dans sa chambre, et après que sa mère fut descendue la chercher, il s’installa sur l’un des fauteuils de la pièce, et attendit avec appréhension.

Elle entra avec les traits toujours aussi figés en venant se mettre devant lui. Il releva la tête vers son visage pendant qu’elle approchait.

« Restez là, lui demanda-t-il lorsqu’elle fut à un mètre de lui. »

Elle ne prit pas la peine de lui répondre, et de toute façon, il n’était plus question de mot. Il posa les mains sur les accoudoirs du fauteuil, se concentra sur les muscles de son ventre et de ses cuisses, et se força à remonter, remonter, remonter, dérouler sa colonne vertébrale, et poser bien à plat ses pieds encore faibles au sol. Il trembla un instant et crut qu’il avait été trop ambitieux et qu’il aurait mieux fait de s’entraîner à se lever sans s’appuyer sur le lit avant de le faire devant Lily lorsqu’il tangua un peu, mais finalement, une fois serein sur ses pieds, alors que la tension dans ses os se faisait oublier, il osa enfin ouvrir les yeux.

Toute petite, elle est toute petite, fut la première pensée qui lui vint à l’esprit lorsqu’il rencontra ses yeux émeraude fixés sur lui avec une étincelle de stupéfaction. Elle leva une de ses mains vers lui avant de la laisser retomber le long de son corps.

« Vous êtes guéri ? souffla-t-elle d’une voix étrange.

-J’arrive à me lever seul depuis quelques jours, avoua-t-il. »

La voir ainsi devant lui, de haut, petite et perdue, remua à nouveau quelque chose dans son ventre et il ne parvint pas à retenir sa main droite de se lever pour aller remettre ses cheveux roux derrière son oreille droite. Il la regarda rougir et baisser le regard devant lui pour la première fois.

« Est-ce que vous me pardonnez d’être arrogant, méprisant et prétentieux ? souffla-t-il en passant son pouce sous son œil larmoyant.

-Vous n’êtes pas…

-Un peu quand même, la coupa-t-il en souriant.

-Un peu parfois, reconnut-elle en reniflant.

-Ne pleurez plus, s’il vous plaît, insista-t-il en sentant une boule s’installer dans sa gorge.

-C’est juste que… c’était pas drôle sans vous, avoua-t-elle.

-Je… Je suis un peu trop fier aussi, avoua-t-il lui faisant relever la tête. Et je savais que vous aviez raison, que j’aurais dû mieux faire mes exercices dès le début et… Et voilà où j’en aurais été un mois plus tôt si je m’étais un peu plus appliqué.

-Mmh, approuva-t-elle en passant sa manche sur son nez. J’ai été tellement en colère contre vous au début, j’ai failli faire mon sac et partir à pied.

-Je l’aurais bien mérité, reconnut-il en grimaçant.

-Mais où est-ce que je serais allée, hein ?

-Je suis désolé, dit-il enfin. »

Il la laissa se moucher dans un carré de tissu sale qu’elle avait dans la poche.

« Est-ce que… Est-ce que vos os sont assez solides pour être touchés sans se casser maintenant ? demanda-t-elle en rougissant.

-Je crois, il faut juste être délicat, précisa-t-il.

-Est-ce que… Est-ce que ce serait inconvenant, comme dit votre mère, si je vous demandais de me prendre dans vos bras ? Maggy est morte depuis plus de deux ans et personne… »

Il lui ouvrit les bras et elle vint s’y blottir avec une douceur qu’elle avait acquise depuis le bal du nouvel an. Il lui caressa les cheveux, en s’étonnant de l’avoir fait aussi naturellement. Là où elle était blottie, sa peau se réchauffait à une vitesse fulgurante, et jamais il ne s’était senti aussi serein depuis deux mois.

« Merci, souffla-t-elle en se délogeant de ses bras. C’est quand même agréable la douceur, murmura-t-elle en fixant l’extérieur à travers la fenêtre ouverte. »

Il la regarda encore un instant, toujours aussi perturbé par les soubresauts qui agitaient son ventre.

« Maintenant, on va vous faire marcher ! s’exclama-t-elle soudain. »

L’étincelle un peu folle furieuse de ses yeux émeraude était revenue, et James sut que même s’il protestait, elle s’acharnerait à le faire se déplacer jusqu’à ce qu’il parvienne à marcher à nouveau.

Il éclata de rire. Et elle aussi. 

End Notes:

(Coucou ! Je viens de me rendre compte que le titre du chapitre est un peu un spoil complet, mais bon, je l'ai laissé... Je sais que l'évolution est un peu rapide, mais j'aimerais avancer dans l'histoire, même si je me demande comment raccrocher les wagons pour le moment. J'ai des scènes en tête, j'essaie de les organiser et on verra ensuite ! J'ai quelques chapitres d'avance pour le moment, mais le mois d'octobre risque d'être un peu creux pour Miss Elisabeth ! ... Mais je n'abandonnerai pas, c'est promis ! Bon en plus, il y a la rentrée, la fac etc. et j'aurai moins de temps pour écrire. Bref. J'ai d'autres textes en attente d'être publiés que je mettrai peut-être pour compenser. Enfin, on verra bien ! 


Merci à Ayli pour toutes ses reviews (des bisous supra-spéciaux à toi !), et à vous tous/toutes qui lisaient cette histoire, ça me motive à publier (parce que mine de rien ça prend du temps !)


A très vite ! (La semaine prochaine dans l'idéal) !)

Chapitre 19 : Maty et Tomy by Juliette54
Chapitre 19 : Maty et Tomy

.

Un mois plus tard,

Vacances de pâques,

.

Lily regardait James faire les cent pas dans le salon, encore stupéfaite des progrès qu’il avait fait en quelques semaines. Il fallait toujours éviter de le bousculer, mais il parvenait même depuis la veille à monter les escaliers sans avoir besoin de prendre appui sur Lily ou sur sa mère.

« Déjà la dernière fois j’étais stupéfaite de votre impatience avant l’arrivée de vos amis, mais aujourd’hui je crois que c’est encore pire, commenta-t-elle en riant.

-C’est juste que… je passais tout mon temps avec eux les années précédentes, je me sens un peu seul parfois mais… non ! Ce n’est pas ce que je voulais dire ! s’interrompit-il pour venir s’asseoir à côté d’elle. Vous êtes là, je ne me sens pas seul mais c’est juste différent et…

-C’est bon, j’ai compris, le coupa Lily en arrêtant hausser les sourcils en signe de contrariété pour se mettre à rire devant son embarra manifeste. »

Elle décroisa les bras et se laissa tomber dans le dossier du canapé.

« Je vais bientôt pouvoir vous laisser maintenant que vous êtes guéri, finit-elle par souffler à mi-voix. »

Elle avait voulu dire cela comme ça, nonchalamment, comme James le faisait, mais sa voix avait un peu tremblé. Elle était contente qu’il guérisse, et qu’il puisse peut-être finir son année à ce château de Poudlard qui lui manquait tant. Mais s’il partait, elle devrait elle aussi partir, et elle doutait de pouvoir suivre toute seule les cours qu’il avait à Poudlard. Oh elle savait lire maintenant, même écrire un peu, mais lorsqu’elle voyait les dissertations qu’il rendait à Mr Fortescue, elle se disait que jamais elle ne pourrait en faire autant à moins d’y sacrifier ses heures de sommeil.

« Je suis loin d’être guéri ! protesta-t-il. »

Il la regardait maintenant, mais elle, elle fuyait son regard et faisait semblant de trouver le feu de la cheminée tout à fait intéressant.

« Dans un mois vous serez tout à fait capable de retourner dans votre école, insista-t-elle en fronçant les sourcils.

-Je ne peux pas retourner maintenant à Poudlard. Je… Mes cours… Mr Fortescue ne m’a sûrement pas enseigné les sortilèges dans le même ordre que les autres professeurs et…

-Vraiment ? Pourtant Mr Sirius avait les mêmes livres que vous.

-Oui mais…

-Mais quoi ? lui demanda-t-elle parce qu’il s’était tu.

-La Botanique, je suis à la traîne, mon père va seulement commencer à me donner les cours, fit-il en se levant. »

Il était bien trop grand pour qu’elle garde toute son assurance lorsqu’il la regardait de haut comme ça. Elle se leva pour rétablir un semblant d’égalité, mais c’était peine perdue. Il était encore plus grand que ses parents, et Lily, qui était toute petite, lui arrivait à peine aux épaules. Lorsqu’il était fatigué et qu’elle l’aidait à marcher pour éviter à ses os de se casser à nouveau, il n’avait qu’à appuyer son bras pour son épaule, et c’était la hauteur parfaite pour lui. Il s’en était amusé, elle s’était renfrogné.

« De toute façon dans un mois ce sera les examens, je ne vais pas retourner à Poudlard pour les examens, dit-il en restant devant elle les bras ballant.

-Vous en mourrez d’envie pourtant, fit-elle en fronçant les sourcils plus par étonnement que pour retenir des larmes de détresse qui sortait d’elle-ne-savait-où.

-Et puis j’aurai plus envie de réviser si je reste ici avec vous, dit-il maladroitement. »

Lily se sentit rougir de fureur.

« Parce que je suis pas drôle et que je fais que travailler ? siffla-t-elle en faisant un pas en arrière.

-Non ! Non, non, je… Merlin, à chaque fois vous me comprenez de travers, se désespéra-t-il. C’est juste que, ici, je serai plus concentré et plus calme, alors que si je retourne à Poudlard, je risque d’avoir envie de me promener dans le château et tout et… Et puis c’est comme ça, je reste ici, ne posez pas de questions. »

Lily s’étonna un peu plus à mesure de son discours. De désespéré, il semblait s’être embourbé dans ses explications et maintenant il s’emportait.

« Oh, Miss Lily Evans doit dire Amen à tout ce que fait Mr James Potter ? fit-elle d’une voix grinçante. Je suis pas vot’e mère ou vot’e femme ou je sais pas quoi, j’ai pas à vous obéir et à supporter vot’e mauvais caractère et vos décisions sans les comprendre, hein. Je croyais qu’on s’était mis d’accord là-dessus. »

Un rire sarcastique retentit derrière elle, et elle se retourna pour tomber nez à nez avec Sirius Black. Derrière lui, Remus Lupin et Peter Petitgrow les regardait en se retenant de rire eux aussi.

« James, tu ne sais pas parler aux filles, commenta Mr Sirius en attrapant la main de Lily pour l’embrasser sous l’agacement de cette dernière.

-Ah les hommes ! râla-t-elle en reprenant sa main pour serrer celle de Remus et Peter. Je serai seulement tranquille lorsque j’en verrai plus un seul de la journée et que j’aurai mes deux… »

Elle se coupa. « … mes deux petits avec moi. » Elle secoua la tête et s’occupa de prendre les capes et les chapeaux des amis de James et d’aller les ranger dans le vestiaire de l’entrée. Lorsqu’elle revint, ils se turent et la regardèrent entrer. Instinctivement, elle comprit qu’ils ne voulaient pas qu’elle les écoute.

« Je vais aller me promener pour vous laisser vous retrouver et tout et tout, souffla-t-elle en leur faisant un sourire forcé.

-Lily, vous ne voulez pas discuter un peu ? s’étonna Remus.

-On fait ça tout à l’heure, hein, insista-t-elle. »

Elle sortit dans la rue après avoir enfilé la cape, l’écharpe et le chapeau que Mrs Potter lui avait donné et déambula dans les rues du village. Elle fit un signe de main au boulanger et à sa femme, s’arrêta pour poser deux bises sur les joues biens rebondies de leur petit dernier. Elle s’approcha de la vitrine de robes de seconde main, et regarda la jolie robe verte qui brillait sous les rayons de soleil. Derrière la vitre, la couturière lui fit un discret signe de main pour la saluer et Lily lui répondit sans entrain. Elle continua son chemin, passa entre les vieilles maisons à colombage puis sous une arche entre deux maisons très rapprochées. La lumière du soleil s’amenuit lorsqu’elle passa sous les encorbellements des petites maisons avant de déboucher sur les limites du village et de s’élancer sur le chemin bordé de champs.

Des rires joyeux la retinrent un moment. Derrière elle, les trois gamins de Mr Ravengood jouaient en riant. Elle pensa un instant à les rejoindre, puis elle se souvint que Maty et Tomy étaient loin d’elle, qu’elle ne savait même pas si Bryan s’en occupait bien, s’ils étaient même en vie, et les larmes qu’elle retenait depuis tout à l’heure dévalèrent ses joues fouettées par le vent.

Elle s’enfonça dans les bois et chercha un endroit où elle pourrait construire la cabane où ils vivraient. Avec un peu de magie, ce pourrait même être confortable.

A proximité de la rivière, mais pas trop, à l’écart, mais pas trop, en hauteur, mais pas trop, à l’abri du vent, a l’abri des Moldus, à l’abri des autres. Un endroit juste pour elle et eux deux, ses petits, ses enfants, ses cousins, ses frères et sœurs, ses petits tout.

Elle ramassa des branchages qu’elle étala en un rectangle approximatif. Elle enfonça d’autres branches tout autour pour élever des murs à cette cabane, à flanc de colline. Elle essaya des sortilèges pour que le tout tienne, pour créer un endroit assez solide pour pouvoir faire un feu, pour que la pluie qui commençait à tomber ne l’empêche pas de rester au sec. Elle essaya assez longtemps puis dut se rendre à l’évidence : il lui faudrait plus d’un mois pour rendre cet endroit habitable.

Elle alla laver ses mains à la rivière en se retenant de pleurer à nouveau. Pourquoi ne s’y était-elle pas prise plus tôt, hein ? Pourquoi avait-elle attendu si longtemps ? Oh elle n’avait pas espéré que James ne guérisse jamais, mais… Mais peut-être, qu’au fond d’elle, elle avait espérait qu’il l’aide à trouver quelque chose de bien pour ses petits. Elle lui en avait beaucoup parlé après tout. Il avait compris qu’ils étaient plus qu’importants pour elle.

Elle reprit le chemin de la maison des Potter en traînant des pieds. Elle se ferait disputer pour avoir traîné si longtemps, vu comme il faisait sombre à présent, Mrs Potter lui dirait sans doute qu’une jeune fille ne se promenait pas si tard seule dans un village, elle lui dirait qu’elle aurait pu être plus polie et rester à proximité de la maison si jamais son fils avait eu besoin d’elle.

Elle frappa à la porte en se préparant à la soufflante qui l’accueillerait avant d’entendre à travers le bois verni un rire.

Un rire qu’elle connaissait bien.

Puisqu’il avait peuplé ses nuits depuis bientôt huit mois.

Elle ouvrit la porte sans attendre qu’on l’autorise ou qu’on le fasse pour elle et s’avança dans le hall d’entrée. Le rire retentit à nouveau. Il venait du salon.

Elle posa ses pieds l’un devant l’autre en oubliant de respirer. Déjà, à nouveau sa gorge se serrait et ses yeux se voilaient.

Par la porte entrouverte, elle le vit. Sa petite tête blonde découverte, ses pieds qui trépignaient sur le parquet ciré, ses petites mains qui s’agitaient pour expliquer ce qu’il babillait plus qu’il ne parlait véritablement.

Elle tomba à genoux en pleurant assez fort pour attirer le regard de son petit.

« Tatie Lily ! hurla Tomy en se jetant dans ses bras. »

Elle le reçut aussitôt, referma ses bras sur lui et le serra fort, passa ses mains dans ses boucles sales, embrassa son front sans y croire vraiment. Elle manqua les regards mi-tendres, mi-gênés des quatre garçons et de Mr Potter qui étaient allés lui chercher ses petits.

« Pleure pas, Tatie Lily, je suis là, je suis là, lui assura son petit. »

Un autre boulet de canon lui fonça dedans et elle retrouva les boucles brunes de Maty, les mêmes que celles de Maggy. Elle serra la petite fille qui avait appris à marcher avec bien plus s’assurance. Ses sanglots de joies lui retournaient tant le cœur et la poitrine qu’elle n’arrivait même pas à respirer leur parfum d’enfant, mais elle les tenait dans ses bras, et elle ne les lâcherait plus. Jamais plus. Ils lui avaient trop manqué.

« Oh mes petits, souffla-t-elle enfin en leur embrassant mille fois le visage.

-Tatie Lily, pouffa Tomy. Tu nous faisais pas autant de bisous comme ça avant, babilla-t-il.

-Alors c’est vraiment vrai ? Elle existe vraiment vrai Tatie Lily, demanda Maty à son frère.

-Tu crois que je te mentais ? s’offusqua le gamin de cinq ans.

-Ché pas, bredouilla la petite fille de trois ans. Elle est plus belle que tu m’as dit.

-Elle est revenue, je t’avais dit. C’est Tatie Lily, confirma Tomy pendant que Lily se remettait à pleurer. Tu pleurais pas comme ça avant aussi, continua le gamin. T’as toujours dit que pleurer ça sert à rien.

-Oh je vous aime tellement, souffla simplement Lily en les écrasant encore une fois contre elle avant de les éloigner pour les fixer dans les yeux. Je vous promets qu’on sera plus jamais séparés, hein ? On va vivre tous les trois pour toujours maintenant, hein ?

-On verra plus Papa, hein ? demanda Tomy avec inquiétude.

-Plus jamais, lui assura Lily. Bryan vous a fait du mal ?

-J’ai protégé Maty, comme tu le faisais avec nous, répondit aussitôt Tomy avec fierté et Lily put voir la plaie à son front mal masquée par ses cheveux.

-Et pour manger ? s’inquiéta-t-elle.

-Il ramenait des trucs et puis sinon je suis allée jouer les éclaireurs à la mine, lui confia-t-il.

-Et Maty ? Tu l’as laissée toute seule ? s’affola Lily.

-Non, je l’ai laissée chez La Charnue.

-Tu as quoi ? s’écria Lily.

-Mrs Oli met aussi Riri là-bas, c’est bien, lui assura-t-il. »

La Charnue gardait sa petite maison en faisant jouer ses charmes sur toutes les âmes en peine, autant dire que Lily s’était toujours tenue bien éloignée de la bonne femme. Elle serra à nouveau ses deux neveux contre elles, et juste derrière eux, elle rencontra enfin le regard chargé d’émotions de James.

« Comment êtes-vous venus ici ? demanda Lily en attendant une réponse du plus grand des enfants. »

Maty restait obstinément dans ses bras, et Lily n’eut pas le cœur à l’en détacher.

« Les gens-là sont venus nous chercher pour nous dire que tu nous attendais, fit-il en désignant les quatre garçons et Mr Potter. On est entrés dans la cheminée et hop ! on a atterri ici ! expliqua-t-il avec des étoiles dans les yeux. »

Elle leva les yeux vers Mr Potter qui patientait assis confortablement dans son fauteuil, un sourire tranquille aux lèvres. Lequel, d’un signe du menton, lui désigna son fils.

« Ils te manquaient, répliqua James lorsqu’elle reporta son regard sur lui. Alors j’ai demandé à mon père, Sirius, Remus et Peter d’aller les chercher, développa-t-il en ayant le bon goût de rougir. Je ne peux pas encore prendre la poudre de Cheminette alors je… »

Lily avait laissé un instant ses neveux et s’était précipitée sur lui dans l’idée de le serrer dans ses bras mais au dernier moment, elle se souvint qu’elle devait se montrer douce avec lui au risque de lui briser les os. Aussi, elle fit une chose qu’elle n’avait jamais faite, mais qui lui parut approprié sur le coup pour lui montrer combien elle était reconnaissante de cette attention. Elle posa délicatement ses doigts de chaque côté de son visage et déposa ses lèvres sur les siennes avant de s’écarter aussitôt pour lui faire un sourire rayonnant.

« Merci, souffla-t-elle sans prendre garde à son air stupéfait pour retourner aussitôt auprès de ses neveux.

-C’est ton namoureux ? demanda Maty et fronçant les sourcils.

-Mais non, c’est James, fit-elle en rougissant sans en savoir la raison. C’est mon ami et je travaille pour lui, et c’est lui qui s’est arrangé pour que je puisse vous récupérer, expliqua-t-elle. J’espère que vous l’avez remercié.

-Pourquoi tu l’as embrassé si c’est pas ton namoureux ? Riri dit qu’on embrasse sur la bouche que son namoureux, insista la petite fille.

-Riri raconte des bêtises. Je voulais juste lui dire merci. Allez, bougez pas, je vais faire mon sac, et on y va, souffla-t-elle en les embrassant encore une fois.

-Miss Evans, veuillez patientez un moment, la coupa Mr Potter.

-Mr Potter ? s’étonna-t-elle.

-Mon fils n’est pas guéri, vous ne pouvez pas vous en aller maintenant, reprit-il calmement.

-Mais, vous êtes allés me chercher mes neveux, vous… Je ne vous laisserai pas les ramener à leur père, ils m’ont trop manqué, je ne peux pas les laisser repartir maintenant, paniqua-t-elle. »

Elle reprit Maty dans ses bras, et laissa Tomy s’accrocher à sa jambe.

« Et puis, James est guéri, c’est bien pour ça que vous êtes allés me les chercher, c’est pour que je puisse partir avec eux, non ? continua-t-elle.

-Miss Evans, calmez-vous, vous n’y êtes pas, reprit Mr Potter très calmement. James n’est pas encore guéri, et le Guérisseur Brisos lui prescrit encore trois à quatre mois d’exercices et de repos suivant l’évolution de la maladie.

-Mais…

-Mais James et ces trois garnements qu’il a pour amis m’ont convaincu que vous ne retrouveriez le sourire qu’avec la présence de vos neveux.

-Donc…

-Avec leur aide, je suis allé les chercher, et je n’ai nullement l’intention de les ramener chez leur père, d’après ce que j’ai compris, poursuivit-il sans sourciller. Il ne nous reste plus qu’à annoncer à Euphémia…

-Qu’avez-vous à m’annoncer mon am… Merlin, mais qu’est-ce que cela ? intervint la voix maniérée de Mrs Potter. »

Lily se retourna aussitôt, resserrant sa prise sur Maty. Tomy se cacha derrière elle. Les quatre garçons retinrent leur souffle alors que Mr Potter soupirait.

« Sont-ce là vos enfants ? s’horrifia Mrs Potter. Vous… Vous avez…

-Ce sont mes neveux, les enfants de ma cousine décédée, dit-elle pendant que Maty enfouissait son nez dans son cou.

-Oh… Mais… Que font-ils là ? bredouilla Mrs Potter en dévisageant la bouille que Tomy venait de laisser entrevoir.

-Ils me manquaient, terriblement, fit Lily de sa voix la moins tremblante.

-Donc vous les avez amenés ici ? demanda Mrs Potter avec une espèce de contrariété sourde.

-J’ai demandé à Père d’aller les chercher, intervint James en se levant.

-Et vous avez accepté, Fleamont ? fit-elle avec une stupéfaction évidente.

-Sirius, Remus et Peter ont avancé de bons arguments, fit-il distraitement.

-Et quand les ramenez-vous d’où ils viennent ? demanda-t-elle dangereusement. »

En d’autres circonstances, Lily se serait amusée de voir ses narines s’agrandir puis se rétrécir comme celle d’un dragon en colère.

« Enfin, Euphémia, avez-vous écouté Miss Evans ? reprit Mr Potter en s’avançant vers elle. Leur mère est décédée. Miss Evans est comme leur mère, et on ne prive pas un enfant de sa mère, n’est-ce pas ?

-Donc…

-Donc il va falloir préparer le lit d’enfant, et laisser quelques heures par jour à Miss Evans pour lui permettre de s’occuper de ses neveux, conclut-il. »

Il pressa distraitement l’épaule de son épouse avant de sortir de la pièce, laissant les quatre garçons, la jeune fille et les deux enfants au bord de l’apoplexie, tant et si bien que la plus jeune, la petite Maty, se mit à pleurer. Lily osa à peine s’agenouiller pour la poser par terre et tenter de la consoler sous le regard insondable de Mrs Potter.

« Comment t’appelles-tu ? finit par demander la sorcière à la petite qui retenait tant bien que mal ses sanglots.

-Elle s’appelle Maty, dit très vite Lily.

-Il me semble m’être adressée à cette petite, Miss Elizabeth, fit froidement la sorcière. Alors, Miss, quelle est votre prénom ?

-Ma… Maty, bafouilla la petite. 

-Maty, comme Mathilda ?

-Juste Maty, répéta la petite en laissant de grosses larmes rouler sur ses joues.

-Soit. Lâchez donc votre tante, et prenez ma main, Maty, ordonna-t-elle en tendant sa main gantée à l’enfant. »

Lily essaya de faire lâcher prise à Maty, mais la petite était tétanisée et refusait de s’écarter de ses bras.

« Maty, vas-y, souffla Lily en lui embrassant la joue.

-Tatie Lily, pleura-t-elle.

-Fais ce que Mrs Potter te dit, insista Lily.

-Tatie Lily, répéta-t-elle en se mettait à pleurer un peu plus. »

A bout de force, elle lâcha le cou de Lily et prit avec crainte la main ganté de noir de la sorcière. Laquelle l’entraîna aussitôt à sa suite, manquant de faire trébucher l’enfant. Lily la suivit précipitamment avec Tomy et les quatre garçons. Ils arrivèrent sur la terrasse derrière la maison baignée par l’obscurité de la nuit.

Mrs Potter s’approcha d’une des plantes de la terrasse avec Maty, et s’accroupit devant la jardinière.

« Soulevez les feuilles, lui indiqua Mrs Potter. »

Maty secoua vivement la tête de droite à gauche, alors Mrs Potter le fit elle-même. Une volée de lucioles s’échappa aussitôt pour venir à la hauteur des yeux de la petite, vite rejointe par son frère. Deux secondes plus tard, les éclats de rire enfantins envahissaient Godric’s Hollow. 

End Notes:

(... Alors euh, avec la rentrée à la fac entre autre, j'ai juste pas vu le temps passer à un point tel qu'à un moment, je me suis rendu compte que j'avais dix jours de retard sur la publication des chapitres de Miss Elizabeth !. Je me dis, bon, c'est pas grave, je le mets le vendredi qui vient, en plus ça m'arrangeait j'avais pas pu trop avancer dans l'écriture. Et puis des trucs me sont tombés dessus hier, du coup je poste ce matin. Mais ce chapitre rattrape l'attente non ? On voit enfin Maty et Tomy !! 

Merci pour vos reviews Ayli et Alask !!

A très vite ! Disons dans deux semaines maximum !)

Chapitre 20 : Deux ans et demi plus tard by Juliette54
Author's Notes:

! ! ATTENTION CECI N'EST PAS LA FIN ! !

 

J'ai juste envie de mettre l'épilogue ici pour finir la première partie qui tourne plus autour de l'amitié entre James et Lily, et pour commencer la deuxième qui est plus sur leur amouuuur ! Bref, point de vue d'un personnage qu'on a pas encore eu... je vous laisse découvrir et on se retrouve en bas !

 

Et je le redis : CECI N'EST PAS LA FIN !

Chapitre 20 : Deux ans et demi plus tard

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Deux ans et demi plus tard,

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Euphémia regardait une fois de plus le jardin depuis la terrasse. Maty et Tomy se couraient l’un après l’autre en riant comme des fous. Si elle avait bien compris leur nouveau jeu, l’un devait attraper l’autre puis inversement et le seul moment où le poursuivi pouvait s’arrêter de courir résidait dans la prise d’une position en hauteur dite perchée. Le poursuivant s’arrêtait pour reprendre lui aussi son souffle à ce moment-là.

« Puis-je vous parler, Mrs Potter ? vibra la voix de Miss Elizabeth à côté d’elle. »

Euphémia tourna ses yeux sombres vers la jeune femme. Elle rayonnait, littéralement. Toute la lumière du soleil déclinant semblait converger vers elle et faire briller sa chevelure rousse comme si elle était faite de braises. Sa robe mauve se mariait parfaitement avec ses cheveux de feu et ses yeux vert émeraude. Se marier... son fils et cette jeune fille allaient se marier dans moins de vingt-quatre heures et elle n’était pas sûre de survivre à cet événement si spécial.

« Vous venez de le faire mais allez y, continuez, lui répliqua-t-elle avec intelligence. »

Elle vit un éclair d’amusement traverser le visage si expressif de la petite.

« Je voulais vous demander... au cas où... ça ne vous gênera pas qu’on porte le même nom à l’avenir ? fit avec hésitation Miss Elizabeth.

- Je n’ai plus le temps d’être contrariée par cet état de fait, dit-elle en reportant son regard sur les petits.

- C’est-à-dire ?

- Disons plutôt que je n’en aurai pas le temps, précisa Euphémia sous le regard perdu mais suspicieux de la jeune fille.

- Comment ça ? dit Miss Elizabeth en plissant les yeux. »

Trois ans de travail pour un « Comment ça ? », songea Euphémia avec un grimace intérieure. Même si la panique de cette enfant était charmante, son utilisation de « ça » à tout bout de champ faisait pleurer les oreilles délicates d’Euphémia.

« Je suis malade, dit-elle le plus doucement possible. 

-Quoi ? bafouilla-t-elle.

-Oh non ne pleurez pas, ce n’est pas le moment, la réprimanda-t-elle gentiment avec une drôle d’impression dans la gorge. Et puis James et Fleamont vont poser des questions. Je n’aimerais pas le leur dire aujourd’hui.

-Mais...

-J’avais besoin de me confier à quelqu’un et j’ai songé que vous étiez la personne idéale, compatissante mais jamais prompte à ressentir de la pitié. Et puis... »

La voix de son fils la coupa dans sa lancée. Elle se retourna vers lui en haussant un sourcil de surprise.

« Que voulez-vous, James ? »

Mais il ne la regardait déjà plus. Son attention restait fixée sur Miss Elizabeth depuis... depuis la première fois où il l’avait vue. Euphémia ressentait encore cette pointe de jalousie lui piquer le cœur lorsqu’elle sentait son fils unique lui échapper, mais à présent c’était aussi un sentiment de sérénité qui envahissait son corps quand elle contemplait l’amour dans le visage de Miss Elizabeth.

« Tout va bien, Lily ? Vous avez les yeux rouges, dit-il en saisissant la main de sa fiancée.

- Une poussière, répondit-elle à la place de son habituel « j’peux m’gratter l’œil quand même ! » ce qui ne manqua pas de faire tiquer James.

-Lily vous êtes sûre que...

-Voyons, James, ne la gênez pas plus que cela, intervint Euphémia en posant sa main sur l’épaule de son fils. Je voulais d’ailleurs vous prévenir que Sirius n’allait pas tarder à venir vous chercher. Il n’est pas question que vous dormiez sous le même toit que votre fiancée. Cela porte malheur.

-Mère ! s’outra-t-il aussitôt et Euphémia récupéra son attention. Je suis ici chez moi !

-Et Lily l’est aussi, répliqua-t-elle sans baisser le regard. »

Elle attendit la réponse de son fils sans fléchir mais il se coupa de lui même dans sa lancée. Seul un maigre filet de voix franchit ses lèvres.

« Vous l’avez appelée Lily.

- Et alors ? N’est-ce pas son prénom ? rétorqua-t-elle en sentant ses oreilles rougir sous le lapsus. Et voudriez-vous courir faire votre sac. Sirius devrait arriver d’un instant à l’autre. »

Il continua de la regarder, ce qui ne déplaisait pas à sa mère, mais avec ce sourire niais qu’il arborait normalement lorsqu’il regardait sa fiancée. Puis il ouvrit les bras pour les envelopper toutes les deux.

« Les deux femmes de ma vie ont enfin trouvé un terrain d’entente en plus de celui de ma magnifique personne, cela va sans dire, dit-il en les serrant contre lui. »

Puis il les lâcha sous le rire de Miss Elizabeth.

« James ! s’exclama-t-elle même lorsqu’il lui embrassa la joue avec trop d’insistance.

-Mon amour pour vous me fait faire des folies, mademoiselle, se contenta-t-il de dire pour s’excuser avant de s’enfuir à l’étage supérieur. »

Miss Elizabeth le regarda monter avec cet air extatique qui ne la quittait pas lorsqu’ils étaient dans la même pièce. Elle semblait ne pas croire à son bonheur et à sa chance. Cela rassurait Euphémia. James avait trouvé quelqu’un qui tenait à lui sans pour autant s’écraser devant sa personne parfois envahissante.

« Voilà. J’voulais vous d’mander que’qu’chose, Mrs Potter, commença Miss Elizabeth en retenant son souffle. »

Sa demande n’était pas anodine pour qu’elle recommençât à manger les lettres de la sorte.

« Je vous écoute, dit-elle.

-Voilà eh bien... c’est pour demain. Je pensais... Je pensais que je... mais James m’a dit que je pouvais pas lui demander à lui, qu’il valait mieux que je m’adresse à quelqu’un d’autre... Je pense qu’il parlait de Remus ou même de Sirius mais... voilà...

-Où voulez-vous en venir, Miss Elizabeth ? la coupa Euphémia qui ne comprenait rien au discours de la jeune femme.

-Vous ne pourriez pas m’accompagner jusqu’à l’autel du mage demain ? fit-elle dans un dernier souffle. »

Euphémia se figea de surprise.

« Mais...

-Je sais que je devrais demander à un homme normalement, continua la jeune fille avec précipitation, mais je veux pas, je... Remus sera mieux avec Peter et Sirius est déjà le témoin et je veux pas demander à Mr Potter mais à vous parce que... croyez pas que j’ai pitié ou que’qu’chose comme ça hein, c’est juste que... celle qui a pris soin de Maty et Tomy comme s’il s’était agi de ses enfants est pour moi la plus belle des mamans, souffla-t-elle. »

Si Euphémia n’avait pas appris à rester digne en toutes circonstances peut-être qu’elle se serait mise à pleurer comme une vieille dame.

« Et puis je veux pouvoir dire à mes enfants que c’est leur Euphémiamie qui m’a confiée à son fils et...

-Euphémiamie ? Qu’est-ce que cela ? s’étonna-t-elle en souriant d’amusement.

-La contraction d’Euphémia et Mamie ? proposa sa belle-fille les jours délicatement rouges de gêne.

- Je refuse...

-LILY ! retentit la voix de James depuis la fenêtre de l’étage supérieur. J’ESPÈRE QUE VOUS N’AVEZ PAS DIT À MA MÈRE QUE VOUS ÉTIEZ ENCEINTE !

-JAMES ! s’horrifia-t-elle en levant la tête et les bras au ciel. JE N’EN AVAIS RIEN FAIT MAIS VOUS, VOUS VENEZ DE LE FAIRE ! »

Miss Elizabeth ferma les yeux alors que James fuyait dans sa chambre à nouveau.

« Enceinte ? balbutia Euphémia en regardant la ventre de sa belle-fille avec effarement. Mais... le mariage n’a lieu que demain et... par Merlin depuis combien de temps ?

-Quelques temps mais... nous n’y tenions plus ! se justifia-t-elle comme une supplique. »

Euphémia prit quelques secondes pour assimiler la réalité.

« Ah, vous m’aurez tout fait ! Vous êtes incorrigibles tous les deux ! se désespéra-t-elle en rentrant dans la maison. »

Elle s’arrêta néanmoins sur le pas de la porte en sentant son cœur faire un bon dans sa poitrine.

« Euphémiamie... ça sonne tout de même bien, songea-t-elle à voix haute avec un sourire. »

.

C’est PAS la fin, ça

End Notes:

C'est PAS la fin, ça. Je le redis encore hein, j'veux pas vous perdre en cours de route quoi. Surtout que le prochain chapitre sera la suite direct du chapitre 19 (réaction de James entre autre...).

 

Et donc j'ai déjà le chapitre suivant d'écrit, mais j'avoue que je bloque un peu sur cette fic. Je la finirai hein, j'abandonne pas, j'ai encore jamais abandonné de fic que j'avais commencé à publier et ça commencera pas, hein. C'est juste que je suis en train d'écrire d'autres trucs (que je mettrai en ligne bientôt!).

 

Merci à Ayli et Alask ! Vos reviews sont adorables et elles me font toujours super plaisir ! 

 

La suite dans deux semaines ! A très vite !

Chapitre 21 : Pour vous remercier by Juliette54
Chapitre 21 : Pour vous remercier

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Avril 1876,

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James tendit à nouveau l’oreille depuis la porte de sa chambre, mais il n’entendit toujours pas le pas de Lily. Il commençait à se faire tard, pourtant. Sirius, Peter et Remus étaient rentrés chez leurs parents, tout en précisant qu’ils reviendraient le lendemain. Ses parents étaient couchés depuis au moins une heure à l’étage inférieur. Et lui-même, il tournait en rond dans sa chambre depuis au moins autant de temps.

Elle l’avait embrassé.

Pour le remercier, selon ce qu’elle avait dit à ses neveux.

Mais elle l’avait embrassé.

Ce n’était pas anodin, comme geste, non ? C’était un geste… tendre et doux. C’était… La gamine, Maty, avait raison. On n’embrassait que son amoureux de cette façon. Ou du moins, quelqu’un à qui on tenait vraiment beaucoup. Et pas de manière amicale – il n’embrasserait jamais Sirius de cette manière.

Mais le plus perturbant, c’était qu’il voulait encore de ce contact avec Lily. Il en avait envie. Il voulait un autre baiser. Et un baiser d’elle. Qu’est-ce que c’était que cette envie ? Cette boule de chaleur dans son ventre ? Cette impossibilité de se concentrer sur autre chose ou même de songer à dormir ?

Lily l’avait embrassé.

.

.

Lily referma la porte de la chambre d’enfants que Mrs Potter avait attribuée à Maty et Tomy derrière elle. Que c’était bon de les retrouver. Elle leur avait donné quelques consignes pour ne pas qu’ils se fassent réprimander par Mrs Potter, puis elle avait pu leur lire un livre de contes sorciers pour les endormir, après avoir discuté avec eux. Elle les avait embrassés alors qu’ils s’endormaient avant de retourner à sa chambre.

Elle marcha le plus silencieusement possible dans le couloir pour ne pas réveiller James, et ferma la porte derrière elle. Les gonds grincèrent un peu, et elle grimaça une seconde en écoutant la nuit. Mais comme aucun son ne lui parvint, elle soupira discrètement. James avait tant fait pour elle aujourd’hui, elle pouvait tout de même le laisser dormir tranquillement.

Elle s’avança vers l’armoire pour prendre une robe de chambre, mais elle entendit gratter à la porte avant d’avoir fait un mètre. C’était sûrement Maty ou Tomy qui ne voulait pas dormir. Ah non, il ne fallait pas qu’elle commence à céder, sinon elle ne s’en sortirait jamais… Même si elle en avait terriblement envie.

Elle ouvrit la porte et fut étonnée de voir James sur le pas de la porte. Elle releva la tête vers lui et voulut lui demander s’il avait besoin de quoi que ce soit, mais déjà il posait sa question.

« Est-ce que je peux entrer ? »

Elle cligna des yeux. Elle n’était pas sensé l’autoriser à entrer, Mrs Potter avait été claire là-dessus. Lily s’était fait sermonner en janvier lorsque Mrs Potter avait surpris James dans sa chambre alors qu’ils discutaient une nuit, comme ceci leur était arrivé quelques fois. Apparemment, un jeune homme ne devait pas entrer dans la chambre d’une jeune fille. Allez savoir. Et comment faisait-on lorsqu’on vivait toute la famille dans une seule pièce, hein ?

« Je suis pas sensé vous laisser entrer, fit-elle avec méfiance.

-Ce ne sera pas long, lui assura-t-il en jetant un coup d’œil dans le couloir.

-Ça n’peut pas attendre demain ? demanda-t-elle quand même.

-S’il vous plaît. »

D’accord, il ne disait jamais s’il vous plaît, ce devait être important. Elle ouvrit la porte et se décala pour le laisser entrer. Elle le regarda fermer la porte derrière lui et se retourner vers elle. Il resta néanmoins contre la porte. Les fois précédentes, il s’était pourtant assis sur la chaise qui était devant la coiffeuse.

« Il y a un problème ? J’ai fait quelque chose qui vous a déplu ? finit-elle par demander parce qu’il se contentait de la regarder.

-Est-ce que vous… Tout à l’heure, vous… »

Puis il s’interrompit pour s’humidifier les lèvres, encore et encore. Lily haussa un sourcil perplexe pour lui indiquer entre autre qu’elle ne voyait pas où il voulait en venir. Il secoua la tête et se décolla de la porte pour s’approcher d’elle. Elle dut relever la tête parce qu’il était trop près et que sinon, elle avant le nez dans son torse.

« Tout à l’heure vous… vous m’avez embrassé, alors je me demandais si… enfin, si… »

Evidemment, sur le coup, c’était la chose la plus naturelle à faire qui lui était venue. Mais, évidemment, à présent elle sentait ses oreilles et ses joues chauffer de manière fulgurante.

« Pourquoi ? demanda-t-il enfin clairement.

-Je voulais vous remercier d’avoir fait venir mes neveux, répéta-t-elle en baissant les yeux. »

C’est qu’elle était intimidée sous son regard insistant. Il ne la regardait pas avec autant d’attention d’ordinaire.

« Seulement pour me remercier ? insista-t-il. 

-Hum. »

Qu’est-ce qu’il allait s’imaginer encore ?

« Donc… »

Elle sentit la main de James glisser sur sa joue jusqu’à ce que ses doigts s’enfoncent dans ses cheveux. Instinctivement, elle releva la tête. Et instinctivement, elle ne se recula pas en le voyant se pencher vers elle. Elle tressaillit lorsqu’il s’arrêta à un demi-centimètre de sa bouche et qu’il ferma les yeux. Elle tressaillit encore plus lorsqu’il colla sa bouche à la sienne. Son ventre bourdonnait, elle avait des fourmis dans les mains et ses jambes se ramollissaient. Il ne resta pas plus de deux secondes contre sa bouche, et pourtant, Lily sentit encore toute la caresse de ses lèvres et toute l’agitation de son ventre les longues secondes suivantes qu’il passa à la regarder dans le blanc des yeux.

« Pour… pourquoi ? bafouilla-t-elle en regardant la lèvres pleines de James.

-Pour vous remercier, répondit-il avec son assurance teintée d’autre chose qu’elle ne connaissait pas chez lui.

-De quoi ? bafouilla-t-elle tout à fait perturbée.

-De tout, répondit-il avec son sourire malin.

-De tout quoi ? s’étonna-t-elle. »

Il se contenta de la regarder en souriant avant de tourner les talons. Il ouvrait déjà la porte quand Lily réagit.

« Mais de tout quoi ? Tu peux pas m’embrasser comme ça ! paniqua-t-elle. »

Il se retourna avec surprise et elle se rendit compte qu’elle l’avait tutoyé. Elle jura, marmonna et tenta de se rattraper.

« Je veux dire, vous ne pouvez pas m’embrasser sans raison ! Ce… Ce n’est pas décent ! »

Elle eut l’impression de s’enfoncer encore plus en le voyait sourire moqueusement. D’accord, c’était une réplique classique de Mrs Potter, une réplique qui faisait toujours lever les yeux au ciel à Lily. Mais tout de même, il devait comprendre ce qu’elle voulait dire, non ?

« Vous n’aimez pas que je vous remercie ? ne trouva-t-il qu’à répondre.

-Donc c’est notre nouvelle façon de nous remercier ? fit-elle avec sarcasme pour cacher la panique grandissante dans sa poitrine due à l’étrange sensation qu’avait provoquée ce baiser.

-C’est cela, répondit distraitement James en sortant de la chambre. Bonne nuit Lily. »

Sa voix chaude et moqueuse rebondit longtemps contre les murs de la chambre.

.

Il l’avait fait. Il… Bon, rien n’était trop clair, mais au moins, il avait établi avec elle une disposition aux baisers… de remerciement, mais aux baisers tout de même. Sa petite bouche rose et douce était juste ce qu’il fallait pour le détendre et lui faire faire de beaux rêves.

.

A claquer. Lily aurait dû se claquer elle-même. Puis lui aussi à la réflexion. D’où croyait-il qu’on pouvait s’embrasser pour se remercier, hein ? D’où en était-il si certain ? Elle avait l’air d’une greluche qui ne voyait pas qu’il la menait en bateau ? Qu’il voulait obtenir d’elle des trucs ? Qu’il puisse assouvir sa curiosité des filles et tout le reste ? Elle n’était pas comme ça, elle. Elle ne voulait pas d’un homme dans son lit ni des mains d’un homme sur elle. Et il le savait en plus. Elle le lui avait plus ou moins dit. Alors, d’où s’était-il permis de l’embrasser ? Elle, c’était pour le remercier. Alors que lui…

Mais pourquoi l’avait-elle remercié de cette manière ?... C’était évident qu’il en tirerait des conclusions toutes à son avantage à lui. Et puis d’où une idée pareille lui était venue ? Elle n’aurait pas pu se contenter de dire merci, comme tout le monde ? Namoureux, namoureux… il devait se monter la tête et à présent elle était dans une position délicate. Elle ne pouvait pas le repousser vraiment ou crier au scandale parce qu’elle avait initié la démarche, et qu’en plus, c’était théoriquement son patron. Enfin, le fils de son patron. Mais c’était la même chose. Bref. Elle était dans de sales draps.

.

.

James avait vraiment bien dormi. Est-ce que c’était dû au baiser qu’il avait fait à Lily ? Il n’avait pas bien envie de s’en assurer en s’en passant ce soir. Il irait en cueillir un autre avant la nuit.

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Lily se réveilla un peu plus tôt que d’habitude et s’empressa de se préparer pour assister au réveil de Maty et Tomy. Ses petits anges dormaient encore lorsqu’elle poussa la porte de la chambre. Elle s’assit sur la chaise entre les deux lits d’enfant et regarda leurs petites bouilles endormies avec tendresse. Maty bavait allègrement et Tomy faisait la grimace dans son sommeil. Ils n’avaient jamais dormi dans des aussi bons lits, on le voyait bien. Ils étaient réveillés beaucoup plus tôt d’habitude. Elle finit par ouvrir les rideaux et les volets en faisant le moins de bruit possible. Le gazouillis des oiseaux eut raison du sommeil de plomb de ses deux neveux.

« Tatie Lily, bailla Tomy vite imité par Maty. »

Elle leur ouvrit ses bras et ils vinrent, chacun d’un côté, se blottir contre elle. C’était vraiment bon de les revoir et de les avoir avec elle. Ils étaient vraiment merveilleux. Une petite étincelle qui lui avait manqué pendant ces huit longs mois.

« On va vous préparer pour descendre prendre le petit-déjeuner. Il faudra bien écouter ce que Mrs Potter vous dira et bien lui obéir, d’accord ?

-Tu peux faire de la magie ? préféra lui demander Tomy pour la dixième fois depuis la vieille au soir. »

Elle lui sourit tendrement et se décida à enfin accéder à sa demande. Elle réussit à mettre en lévitation les couvertures pour que le lit se fasse tout seul sous les éclats de rire des deux enfants. Elle en était à la difficile opération de lacer les chaussures de Tomy tout en essayant de garder sa baguette entre ses dents alors que sa nièce essayait de la lui piquer lorsqu’une toux faite pour attirer l’attention s’éleva derrière elle.

Elle tourna la tête en finissant enfin le nœud de la chaussure gauche de Tomy pour tomber sur James. Elle se redressa comme un ressort sur ses pieds et lissa sa robe pour se rendre présentable. Elle en profita pour garder les yeux baissés et cacher comme elle le put ses joues à tous les coups toutes rouges.

« Je vois que vous faites tourner Lily en bourrique, commenta-t-il d’une voix grave et réprobatrice.

-Non, non, James, ils sont seulement…

-Allons, ne les couvrez pas, la coupa-t-il en dardant un regard inquisiteur sur Maty qui rendit sa baguette à Lily instantanément. Une baguette ne se prête pas, Miss Maty. Elle est la propriété d’un sorcier, continua-t-il et Lily vit avec affolement les lèvres de Maty se mettre à trembler. Quand à vous, Tomy, il serait bon de penser à boutonner les boutons de votre chemise correctement. »

Mais pour qui se prenait-il ?

« Vous avez décidé de vous faire la voix de votre mère ? ne put-elle s’empêcher de demander tout à fait effrontément. »

Il ne devait pas être d’humeur, puisqu’un simple claquement de langue fut sa réponse. D’un geste de la main, il indiqua aux petits de gagner la salle à manger. Les deux enfants ne se firent pas prier et Lily les entendit bientôt descendre le grand escalier bruyamment. Elle reporta son attention sur James pour lui rappeler qu’il s’agissait de ses neveux à elle, et qu’il n’avait pas son mot à dire les concernant, et surtout pas de cette manière, mais elle remarqua que son visage avait perdu toute trace d’agacement pour se faire simplement joyeux. Elle ne défronça pas les sourcils, surtout lorsqu’il fit un pas vers elle.

« Je dois vous remercier, Lily, car j’ai très bien dormi grâce à vous, eut-il le culot de dire en posant sa main sur sa joue. »

Elle ne s’embarrassa pas à se contenir et se recula en abattant sa main sur la sienne dans un claquement sonore. Quel goujat.

« Ceci ne vous donne pas le droit de chasser Maty et Tomy comme s’ils étaient des malpropres. Chacun a son tour dans ma journée, James, lui envoya-t-elle en passant à côté de lui le menton relevé de cette manière fière et hautaine que lui avait apprise Mrs Potter.

-Lily ! s’exclama-t-il d’un ton clairement confus. 

-Et si vous voulez me remercier, arrangez-vous pour que j’aie aussi à vous remercier, ne put-elle s’empêcher d’ajouter. »

Le petit cri de victoire qu’elle entendit dans son dos la fit grimacer. Qu’est-ce qui lui avait pris ? D’accord, les deux contacts entre leurs lèvres avaient été agréables, mais tout de même… Elle avait une dignité, oui ou non ?

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Une fois Remus, Sirius et Peter rentrés chez eux, une fois sa mère et son père couchés, une fois Maty et Tomy endormis, une fois Lily de retour dans sa chambre, James se glissa subrepticement dans le couloir du deuxième étage. Il frappa fébrilement à la porte de la chambre jumelle à la sienne et attendit que la poignée s’abaisse et que la porte s’ouvre. Si les grands yeux émeraude de Lily apparurent à l’endroit exact où il avait baissé la tête, ses joues avaient pris une teinte rubis qu’il ne leur avait jamais connue.

« Je peux entrer un instant ? demanda-t-il du bout des lèvres.

-Juste un instant, accepta-t-elle aussitôt. »

Elle le laissa entrer et referma la porte derrière elle avec empressement puis cala une chaise sous la poignée pour bloquer l’entrée de l’intérieur. C’était donc pour cette raison qu’il n’avait pas pu entrer une semaine plus tôt pour discuter avec elle.

« Alors ? souffla la voix de Lily. »

Elle était dos à la porte, comme lui l’était la veille. Ses mains étaient dans son dos, sans doute à plat contre le bois de la porte, et elle le regardait avec une hésitation peu coutumière. Et puis, elle mâchouillait sa lèvre avec ses dents, ce qui attirait inexorablement le regard de James.

« Je dois vous remercier onze fois, avança-t-il avec assurance.

-Ah oui ? bredouilla-t-elle en s’éloignant légèrement de la porte.

-Oui. Et vous ? demanda-t-il.

-Au moins autant, lui répondit-elle en relevant la tête. »

Il lui sourit largement. Elle se laissa faire lorsqu’il attrapa son menton entre son pouce et son index d’une manière possessive mais qui ne sembla pas choquer Lily puisqu’elle ferma les yeux et attendit qu’il la remercie. Il se sentait tellement… en contrôle. Il maîtrisait vraiment la situation pour la première fois face à Lily, et il n’en avait pas seulement l’impression. Il caressa sa bouche onze fois avec les siennes, sentant la chaleur monter dans son corps un peu plus au fur et à mesure. C’était une chaleur sourde, pétillante et qu’il avait envie de faire durer toute la soirée.

« Je… bafouilla Lily lorsqu’il se recula à contrecœur d’elle puisque son décompte était terminé.

-Oui ? demanda-t-il avec impatience. »

Elle avait peut-être besoin de le remercier un peu plus ?

« J’aimerai vous remercier un peu mieux, souffla-t-elle en déviant son regard. Vous…  vous pensez que nous pourrions nous asseoir contre le lit ? »

Il hocha la tête en souriant. Tout était nouveau, mais tout paraissait si simple avec Lily – pour la première fois, hein. Il s’assit précautionneusement contre la ruelle du lit et regarda Lily le rejoindre la seconde d’après. Elle n’osa pas s’approcher trop de lui, de peur sans doute d’exercer une trop grosse pression sur ses os et de les briser.

« Ou… ouvrez un peu la bouche, comme ça, lui demanda-t-elle en lui mimant le geste. »

Il fronça les sourcils avec méfiance, mais accéda à sa demande en se sentant particulièrement idiot. Il était avec Lily, rien qu’avec elle, alors il ne pouvait rien lui arriver d’humiliant, n’est-ce pas ?

« Vous… est-ce que vous pourriez fermer les yeux ? demanda-t-elle avec timidité. »

Il s’exécuta sans réfléchir. Le tissu de sa robe mauve se froissa dans un bruissement de feuilles lorsqu’elle se rapprocha de lui. Il faillit sursauter quand il sentit la bouche entrouverte de Lily se mouler contre la sienne, et qu’un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Bon Dieu, c’était quoi ça ? Et ça, est-ce que c’était… sa langue ?

« Vous… vous n’aimez pas ? bafouilla Lily en s’éloignant de lui. »

Bien sûr que si ! eut-il envie de crier avant de se rendre compte qu’il ne pouvait plus bouger tant il était figé sous le coup de la surprise. C’est que… c’était… étonnant et… agréable.

« Si ! bafouilla-t-il pour éteindre l’affolement dans les yeux de Lily. On… On pourrait recommencer ? lui demanda-t-il en fixant sa bouche avec avidité. »

Le hochement de tête de Lily et ses grands yeux brillants disparurent bien vite de la vue de James… car les sensations chaudes et succulentes des lèvres et de la langue de Lily dans sa bouche occupèrent toute son attention. 

End Notes:

(... On n'en a pas fini... Comment vous pensez que ça va évoluer entre nos loulous ? Est-ce que vous êtes déçu.e.s de la tournure que ça prend ? Est-ce que j'en fais trop ? Pas assez ? c'est un peu "innocent" mais j'aime bien cette idée qu'ils découvrent ensemble, presque rien que tous les deux, l'amouuuur... Disons qu'ils ont seize ans, qu'on est en 1876, qu'ils ont passé une année sans voir personne (j'ai eu l'idée de cette fic bien avant le confinement hein... d'ailleurs je me suis rendu compte dans un texte que j'ai écrit entre novembre 2019 et janvier 2020 que j'avais utilisé le mot confinement... brrr frisson bizarre.. bref) et que du coup ils sont peut-être un peu à la traîne à ce niveau par rapport aux autres de leur âge (vu que, ben, on a beau dire que c'est naturel et patati et patata, les relations amoureuses, sexuelles etc. sont quand même assez codifiées par rapport à ce qu'on voit et entend autour de nous, bref je parle trop ce soir). Bref, dites-moi tout ce que vous en avez pensé s'il vous plaît !


Sinon, j'espère que vous êtes confinés quelque part où vous serez bien, ou pas confinés à cause du travail (dans tous les cas courage courage à vous...), et je vais continuer à écrire les chapitres pour cette histoire ! J'ai quasi fini une autre histoire (moment pub oups), c'est plutôt la 


Et puis aussi, merci Ayli et Alask ! 


courage pour la période, merci merci merci, et à très vite (une ou deux semaines) pour la suite !)

Chapitre 22 : BUSES by Juliette54

Chapitre 22 : BUSES

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Deux mois plus tard,

Juin 1876,

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Qu’est-ce qu’il aimait embrasser Lily, par Merlin ! Deux mois de rendez-vous le soir pour s’embrasser et discuter après une journée passée à réviser pour les BUSES, ou passée à jouer avec Maty et Tomy. C’était leur petit truc, comme un secret.

Il leva la main de Lily, qui somnolait sur son épaule, et l’approcha de sa bouche.

« Je vous remercie un peu… commença-t-il en embrassant le bout de son pouce, beaucoup, ajouta-t-il en embrassant son index, pa… passionnément, poursuivit-il avec hésitation en embrassant son majeur, à la folie, continua-t-il en effleurant son majeur, beaucoup beaucoup, conclut-il en embrassant son annulaire. »

Il entendit Lily rire de ce rire qu’elle n’avait que lorsqu’ils étaient tous les deux. C’était à mi-chemin entre un pouffement ridicule et un éclat de joie. C’était mignon. Et puis, il aimait bien le fait d’être le seul à savoir la faire rire comme ça. Il tourna la tête et inspira à fond, le nez dans ses cheveux roux. Elle dormait presque, là, assise à côté de lui contre la ruelle du lit. Il avait passé son bras autour de sa taille pour la tenir un peu plus proche de lui et qu’elle puisse somnoler à sa guise. Il avait osé le faire pour la première fois le mois dernier, alors qu’elle n’arrêtait pas de bailler. Il ne regrettait pas. Lily était un vrai sortilège de chauffage. Et puis, à son contact, il avait eu l’impression que ses os s’étaient fortifiés d’un coup.

« Lily, vous dormez, se moqua-t-il à mi-voix.

-Non, souffla-t-elle en se blottissant un peu mieux dans ses bras.

-Lily…

-James, murmura-t-elle.

-Lily, demain nous commençons notre semaine d’examens pour les BUSES…

-Je ne réussirai pas à dormir de toute façon, je suis trop patraque à l’idée d’aller au Ministère.

-Même pas pour les BUSES ? hallucina James.

-Bah, j’ai appris et ils vont pas me demander des trucs que je sais pas, répondit-elle en baillant. »

James leva les yeux au ciel. Sacrée Lily.

« Lily, mettez-vous au moins au lit, la pria-t-il inutilement. »

Elle était tellement butée. C’était adorable et tellement agaçant à la fois.

« Mais je suis bien, là, murmura-t-elle en se redressant un peu pour le regarder. »

Pourquoi est-ce que son cœur s’emportait dans son torse déjà ? Cinq petits mots de Lily, et le voilà devenu débile. Ses petits yeux endormis et la moue de sa bouche l’attendrirent un peu plus. Il glissa sa main sur sa joue et dans ses cheveux pour déposer un baiser furtif sur ses lèvres.

« Pas vous ? murmura-t-elle les yeux entrouverts.

-Si, approuva-t-il en essayant de retenir tous les détails de son visage. Quand… Quand je suis avec vous, et que nous nous embrassons c’est comme…

-Comme ? le relança Lily en ouvrant tout à fait les yeux. 

-Comme si à chaque baiser, je mangeais un paquet de Chocogrenouilles entier, expliqua-t-il maladroitement. Je suis bien, j’ai comme une bulle de chaleur qui m’entoure, je suis détendu et… et voilà. »

Il crut qu’il avait manqué sa… déclaration, lorsque les yeux de Lily se mirent à briller. Elle allait se moquer de lui, c’était sûr. Mais c’était sa première déclaration à une fille aussi, ça ne pouvait pas être parfait.

« C’est le plus beau truc qu’on m’ait jamais dit, murmura finalement Lily à son grand soulagement. Moi, quand je suis avec vous et que je vous embrasse, c’est… c’est comme si j’entrai dans un autre monde. J’oublie tout le reste, et y a plus que vous qui existez. »

Il avala rapidement sa salive. Il lui faisait un tel effet ? C’était fou, ça. A la réflexion, elle avait un peu le même sur lui.

« Moi aussi, bafouilla-t-il en retournant l’embrasser. »

Il sentit Lily se rapprocher de lui encore plus que d’habitude. Elle vint s’asseoir sur ses cuisses allongées devant lui et coller sa poitrine à son torse. Il sentit malgré lui son corps chauffer, que ce soit à cause de ses os encore un tout petit peu malades, ou parce que… eh bien… avoir Lily comme ça sur lui l’émoustillait beaucoup.

Il se recula et grimaça en lui montrant ses cuisses. Lily s’écarta aussitôt en s’excusant. Il n’osa pas lui dire qu’il avait à peine eu mal aux cuisses, mais que c’était plutôt ce qu’éveillaient leurs baisers et leurs confessions qui le mettaient dans cet état de gêne. Il resta assis avec embarras en priant pour redescendre rapidement. C’était presque systématique depuis quelques jours… et c’était un peu gênant par rapport à Lily. Il savait bien qu’on ne faisait pas ça hors… mariage, si on voulait faire les choses bien… pas comme le mari de sa cousine qui avait essayé de « lui faire des trucs », pour reprendre les mots de Lily. Le souvenir de ce moment où elle s’était confiée à lui le mit à nouveau en colère. Il prit sur lui pour ne pas le montrer à Lily. Ce Bryan était loin d’ici, et il ne pourrait plus rien faire à sa Lily.

« Je suis désolée James, j’ai… comme vous n’avez pas eu mal de la journée, j’ai pensé que…

-Ce doit être la fatigue, mentit-il à moitié. Mettez-vous au lit, Lily, insista-t-il en se relevant. »

Elle obtempéra sans discuter cette fois. Il soupira discrètement de soulagement. Il la borda comme d’habitude et vint s’asseoir sur le bord de son lit. Il caressa sa joue en la regardant avec attention. Elle lui fit un de ces sourires timides qu’elle ne faisait qu’à lui et son cœur s’emballa à nouveau.

« Remerciement du soir, souffla-t-elle en ferma les yeux, les lèvres un tout petit peu entrouvertes d’une façon toute sensuelle qui le fit remonter aussitôt. »

Il se pencha pour l’embrasser rapidement, lui souhaita bonne nuit, et décampa. Est-ce que c’était normal de bander dès qu’elle lui souriait ? Il n’avait même pas forcément envie de… de ça tout de suite maintenant. D’accord, il mourait d’envie de voir ses seins nus, d’un peu plus près, et même de les toucher, mais… il ne voulait pas que quelque chose change dans la manière dont ils se comportaient l’un avec l’autre. Il ne voulait pas qu’un malaise se crée ou que Lily se sente obligée. Il faisait toujours attention à ne pas faire quelque chose si elle ne l’avait pas fait avant. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’il avait mis un mois entier avant de s’autoriser à glisser son bras autour de sa taille.

Tant qu’il ne changeait pas d’attitude, Lily ne verrait rien, hein.

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Lily sourit comme une idiote lorsqu’elle se réveilla.

C’est comme si à chaque baiser, je mangeais un paquet de Chocogrenouilles entier. Je suis bien, j’ai comme une bulle de chaleur qui m’entoure, je suis détendu et… et voilà.

C’était un peu une déclaration d’amour, non ? Elle ne pensait pas qu’il se confierait comme ça, au bout de seulement deux mois. Au début, elle avait pensé que c’était purement… physique. Qu’il aimait seulement l’embrasser. Mais rapidement, il avait mis de la tendresse dans ses gestes et dans sa voix dès qu’il se tournait vers elle. Il était toujours foutrement agaçant lorsqu’il faisait son malin en se prenant pour le roi du monde, mais lorsqu’il croisait son regard exaspéré, il grimaçait et demandait si encore une fois, il s’était montré prétentieux. Il essayait de corriger un peu cela, elle le voyait. Elle ne savait pas pourquoi il voulait le corriger. Pour elle ?... Cette idée l’avait fait rougir de plaisir et de prétention à son tour. Elle avait été à bonne école à ses côtés de toute façon.

« Miss Elizabeth ! Nous vous attendons pour le petit-déjeuner ! piailla la voix stridente de Mrs Potter. »

Quelle plaie celle-là, nom de nom. Lily ne donnait pas cher de sa peau si par malheur la mère de James les découvrait dans sa chambre en train de se remercier à leur façon. Avec la chance qu’elle avait, James se ferait à peine houspiller et elle se prendrait tout dans la figure. Il n’y avait qu’à espérer que James la défende et mieux encore, qu’ils ne se fassent jamais prendre.

« J’arrive, marmonna-t-elle en se levant de son lit. »

Elle se laissa tomber par terre, enfila les bas qu’elle avait préparés la veille au pied de son lit, ainsi que les sous-vêtements qui l’attendaient. Elle enfila ensuite une robe noire que lui avait achetée Mrs Potter le mois dernier pour passer ses examens dans une tenue appropriée, et sauta dans ses bottines. James était déjà descendu puisqu’il n’était pas dans sa chambre. Elle jeta un coup d’œil à la chambre d’enfants dans laquelle dormaient Maty et Tomy. Mrs Potter avait dit qu’elle s’occuperait d’eux puisqu’ils devaient se lever plus tôt pour aller au Ministère passer leurs BUSES de Métamorphose. C’était la matière que Lily sentait le moins. Elle préférait nettement les Sortilèges. Elle s’assit à côté de James, comme d’habitude. Mrs Potter radotait ses conseils comme d’habitude et Mr Potter faisait des petits commentaires pour faire plaisir à sa madame. James lui fit un sourire rayonnant qui la fit rougir malgré elle.

Une demi-heure plus tard, ils entrèrent dans la Cheminée.

Ils arrivèrent au Chaudron Baveur, Lily reconnut tout de suite l’endroit. James lui présenta son bras, comme chaque fois qu’ils sortaient de l’Atelier, et elle s’empressa de glisser sa main dans le creux de son coude. Mr Potter ne fit pas de commentaire, habitué à cette attitude. Même Mrs Potter ne faisait pas de commentaire. A croire que c’était un truc normal chez eux qu’une femme ne se promène pas toute seule sans se tenir à l’homme qui l’accompagnait. Pour une fois que cet état des choses l’arrangeait, elle ne protestait pas.

Londres grouillait de monde. Ça lui faisait penser à Durham mais en plus grand et plus peuplé. Et puis, les gens lui paraissaient encore moins sympathiques. Mais ici, personne ne vint l’embêter. Peut-être que c’était parce qu’elle était avec James et Mr Potter. Ils arrivèrent devant un immense immeuble lorsque Mr Potter indiqua que c’était ici… Mais il ne se dirigea pas vers la porte. Il s’arrêta devant un mur.

« Euh… Mr Potter, murmura-t-elle en sentant les regards des passants lui chatouiller la nuque.  

-Miss Evans, passez la première, lui indiqua-t-il. »

Certes. Elle le regarda fixement avec un air si dubitatif qu’il finit par comprendre qu’il y avait un problème, hein.

« C’est un faux mur, vous savez, comme sur le quai 9 ¾… Mais oui, vous n’avez encore jamais pris le Poudlard Express. Eh bien, passez avec elle, James, le pria Mr Potter. »

Pour le coup, James ne se fit pas prier et l’entraîna vers le mur.

« James, mais arrêtez-vous… »

Elle ferma les yeux lorsqu’elle crut que son nez allait cogner contre le mur, mais rien. Elle ouvrit un œil, pour se faire aveuglée par une lumière bien trop forte.

« Merlin, mais qu’est-ce que… »

Elle lâcha James pour se cacher les yeux et se détourner de la lumière aveuglante. Elle fonça dans quelqu’un ce faisant, mais heureusement, ce n’était que Mr Potter.

« Par la barbe de Merlin, l’entendit-elle-même jurer. »

Elle sentit quelqu’un lui attraper le bras, essaya de se débattre en appelant James et Mr Potter. C’était quoi le délire ? Elle rouvrit les yeux en agitant les mains autour d’elle comme pour chasser les mouches.

Bon Dieu, dites-lui pourquoi une dizaine de personnes la regardait fixement, hein ? L’une d’elle avait allumé sa baguette au dessus d’une grosse boîte noire, et les autres, parchemin et plume en mains, l’appelaient. Le brouhaha finit par prendre sens.

« Miss Elizabeth Evans, maîtrisez-vous à présent votre magie ?

« Elizabeth, avez-vous pensé à vous rendre à Sainte-Mangouste ?

« Miss Evans, votre magie est-elle stable ?

« Miss Evans… »

Elle chercha James des yeux, et le vit derrière les dix sorciers qui l’encerclaient. Il essayait de les pousser, avec Mr Potter. Elle le vit grimacer en tenant son bras, et crut qu’il se l’était cassé à nouveau. Mais c’était quoi leur problème à tous ces gens ? D’où est-ce qu’ils l’agressaient comme ça, hein ?

« Mais ça va pas ! hurla-t-elle pour tous les faire taire. »

Ceci eut le mérite de marcher. Elle se dégagea d’un mouvement sec de la main d’une sorcière et agita les mains pour les faire tous s’éloigner d’elle.

« J’ai autre chose à faire que de me faire agresser ! Poussez-vous, bande de débiles ! s’écria-t-elle en les poussant sans ménagement. »

Ils s’écartèrent d’elle aussitôt et elle put rejoindre James et Mr Potter. Ils la regardaient tous les deux avec des yeux ronds de stupeur. Quoi ? Ils pensaient qu’elle ne savait plus se faire respecter ? Eh bien si, et qu’ils s’en rappellent tous à l’avenir.

« Bon, c’est bien joli ce hall, mais si on allait passer nos BUSES, hein ? proposa-t-elle. »

Mr Potter secoua la tête et s’adressa au sorcier derrière le comptoir. La mine perplexe de James se changea en une sorte… d’émerveillement, d’admiration ou de fierté. Allez savoir. Ce n’est pas parce qu’elle était toute douce avec lui depuis deux mois qu’elle ne savait plus hurler, hein.

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Ils étaient sans doute dans la salle d’examens du Ministère. Il avait entendu les gens murmurer sur le passage de Lily, mais il la laissait gérer. Elle avait si bien su rabattre le caquet des journalistes qui les avaient accueillis qu’il ne pouvait pas oser penser faire mieux qu’elle. Son menton relevé et son dos bien droit offraient suffisamment de prestance pour faire taire les rumeurs sur sa soi-disant instabilité. Et puis… Elle ne lui avait jamais paru aussi belle qu’aujourd’hui. Plus belle encore que dans cette robe rouge six mois plus tôt, pour la nouvelle année.

« Miss Evans, Mr Potter, vous avez trois heures, les avertit l’employé du Ministère en leur tendant un rouleau de parchemin à chacun. »

Il fit un clin d’œil à Lily, elle lui sourit en retour. Puis il déroula le rouleau et commença son épreuve. Il aima beaucoup la question dix : Donnez cinq signes permettant d’identifier un loup-garou. Il n’avait passé que deux nuits avec Lunard et Patmol sans la Cabane Hurlante, mais il se souvenait bien du loup-garou en Remus. Peter avait enfin réussi à se transformer, et il lui tardait de pouvoir organiser des soirées tous les quatre sous leurs formes animales…

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Lily jeta un coup d’œil à James à côté d’elle. Elle le surprit à l’observer intensément. Elle haussa un sourcil pour lui demander sans bruit s’il avait un problème. Elle le vit rougir et reporter son attention sur son parchemin pour griffonner sauvagement. Qu’est-ce qui lui prenait ? Elle haussa les épaules, et relut une dernière fois son parchemin.

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L.E. Mais qu’est-ce qui lui était passé par la tête pour écrire les initiales de Lily sur son parchemin, dans un petit vif d’or, hein ? Et si elle l’avait vu ? Et si n’importe qui l’avait vu ? Il aurait été dans de beaux draps, par Merlin.

« Posez vos plumes, s’il vous plaît ! s’exclama l’employé du Ministère. »

James lâcha la sienne, et regarda Lily sursauter. Elle se levait déjà pour s’étirer et bailler bruyamment. James dut se retenir de rire en voyant le regard éberlué de l’employé du Ministère.

« Nous devons vous donner les feuilles ou vous venez les ramasser ? demanda-t-il en se levant à son tour.

-Je vais le faire, se reprit l’employé du Ministère. Allez manger au réfectoire, leur indiqua-t-il en leur tendant deux tickets jaunes. »

James prit les deux, et fit signe à Lily de le suivre. Elle vint s’accrocher à son bras en soupirant. Il aimait bien qu’elle s’accroche spontanément à son bras dès qu’ils n’étaient pas à l’Atelier. Il avait presque l’impression qu’elle voulait qu’il la protège, ce qui était on ne peut plus faux avec Lily bien sûr.

« Qu’est-ce que c’était long, soupira-t-elle lourdement. Et puis, j’aime pas beaucoup la Métamorphose. J’ai toujours l’impression que je dis n’importe quoi. C’était vraiment bizarre comme sensation, j’avais l’impression que je savais plus rien du tout. Ça vous a pas fait ça à vous aussi ?

-J’ai cette impression en Sortilèges parfois, en convint-il.

-Et puis j’ai super faim ! C’est quoi cette histoire de réfectoire ? »

Il entra dans l’ascenseur avec elle et trois autres personnes.

« Il y a une cantine ici, et nous pouvons y manger cette semaine. Mon père reviendra nous chercher ce soir, lui expliqua-t-il à mi-voix. Venez, c’est à cet étage. »

Il laissa Lily passer devant lui puis la mena au réfectoire en suivant les indications sur les murs. Elle se laissa docilement conduire. Il était déjà treize heures, si bien qu’il n’y avait plus grand monde que ce soit dans la file ou dans la cantine. Aujourd’hui, c’était tarte à l’oignon, salade et Jelly en dessert. Lily l’imita lorsqu’il prit l’assiette qu’on lui tendit et la coupelle de Jelly. Il s’assit à un bout d’une table et fit signe à Lily de s’installer en face de lui pendant qu’il allait chercher des couverts, une cruche d’eau et deux verres. Elle regardait tout autour d’elle avec ses grands yeux vert émeraude.

« Le Ministère vous fait toujours peur ? demanda-t-il avec amusement. »

Il lui servit un verre d’eau avant de se mettre à manger.

« C’est juste un endroit avec des plafonds un peu haut en fait, dit-elle en haussant les épaules. Et puis, il y a beaucoup de monde, en convint-elle en faisant la moue. »

Il se mit à rire vraiment, car la mine désappointée de Lily valait le détour.

« Vous vous moquez de moi ? se rebiffa-t-elle aussitôt.

-Je n’oserais pas, se défendit-il mollement.

-Si, vous vous moquez de moi ! J’avais envie de vous dire un truc gentil, et bien tant pis pour vous, marmonna-t-elle.

-Ne marmonnez pas voyons, je ne comprends plus rien, mentit-il avec amusement. »

Il arrivait si bien à la vexer, c’était bien trop amusant pour qu’il s’en prive.

« C’était quoi le truc gentil ? reprit-il en la voyant décidée à bouder.

-Je vous le dirai pas, s’entêta-t-elle.

-J’imagine que je ne vais pas dire mon truc gentil non plus alors. Alors, comment s’est passé votre examen ? »

Ses petits yeux plissés de contrariété le firent rire à nouveau. Elle était en forme aujourd’hui, dites donc.

« Bah j’ai répondu aux questions qu’ils me demandaient, c’est tout, dit-elle en haussant les épaules.

-A toutes les questions ? s’étonna-t-il.

-Eh bien oui, j’avais appris, j’ai répondu, dit-elle sur le ton de l’évidence. Enfin, j’ai répondu là où j’avais appris. Mais y avait des questions bizarres, alors j’avais pas envie d’y répondre, donc j’y ai pas répondu. Et vous ? »

J’avais pas envie d’y répondre ? Euh… d’accord. C’était une bonne philosophie de vie à la réflexion.

« Vous ne faites que ce que vous avez envie de faire, n’est-ce pas ? demanda-t-il.

-Eh bien oui, je vais pas me forcer à faire quelque chose que j’ai pas envie de faire si j’ai le choix, répondit-elle comme si ça tombait sous le sens. Je vous le dis quand j’ai pas envie de faire un truc que vous me demandez, non ? insista-t-elle.

-Euh… oui, en convint-il. »

Il est vrai que Lily savait lui dire quand quelque chose la dérangeait à la réflexion.

« Et là, par exemple, vous ne voulez vraiment pas me dire le truc gentil que vous vouliez me dire ? reprit-il pour retomber sur ses pattes. »

Elle fit la moue, rougit puis se mit à manger en silence en regardant rêveusement par la fenêtre. Il attendit de longues secondes, et en profita pour manger la salade qui accompagnait la tarte à l’oignon en faisant la grimace.

« Je me disais que c’était la première fois qu’on mangeait que tous les deux, dit-elle enfin avec un petit sourire aux lèvres. Et… Et je me disais que ça ressemblait à une sortie… amoureuse, ou quelque chose comme ça. »

Elle était toute rouge, plus écarlate qu’elle n’avait jamais été par le passé. C’était adorable. Le ventre de James se retourna d’un coup. La salade était bien meilleure soudainement.

« Amoureuse ou quelque chose comme ça, oui, répéta-t-il stupidement.

-Est-ce que… Votre mère, si elle sait que vous venez dans ma chambre comme ça, le soir, et… et qu’on s’embrasse bien, elle ne va pas être très contente, reprit-elle en jouant avec un morceau de salade du bout de sa fourchette.

-Elle s’en saura rien, essaya-t-il de la rassurer. Et puis, je ne pensais pas que ma mère vous faisait peur.

-C’est que… Je ne veux pas… qu’on doive… arrêter tout ça, dit-elle en réussissant à rougir encore plus. »

Les peaux de rousses étaient vraiment miraculeuses quand on y songeait. Les taches de rousseurs de Lily avaient presque disparues à présent, ce n’était pas rien tout de même.

« Si on ne le dit à personne, personne ne pourra nous dire d’arrêter quoi que ce soit, dit-il en attrapant sa main. »

Elle perdit tout rougissement pour le fixer avec étonnement, puis fixer sa main sur la sienne. Elle regarda par-dessus son épaule avant de retirer doucement sa main.

« Et… et à Poudlard, comment on pourra se voir pour… pour les remerciements ? Vous m’avez dit que je serai dans un dortoir avec d’autres filles, et que vous ne pourrez pas monter dedans. Et puis si ça se trouve, on ne sera même pas dans la même maison et…

-Eh, Lily, calmez-vous, la coupa-t-il avec inquiétude. »

C’est qu’il ne l’avait pas pensée si… attachée à leurs instants en tête à tête et surtout… il ne l’avait jamais vue s’inquiéter pour quoi que ce soit. Non que ceci ne lui fasse pas plaisir et ne gonfle pas son orgueil, mais tout de même. Il y avait toujours des solutions.

« Déjà, vous êtes une Gryffondor, il n’y a aucun doute là-dessus, commença-t-il avec certitude.

-Vous redevenez sûr de vous, marmonna-t-elle en plantant rageusement sa cuillère dans sa Jelly.

-Ensuite, on trouvera toujours un moment dans la journée pour n’être que tous les deux et pouvoir s’embrasser autant qu’on le veut, lui assura-t-il. »

Avec sa cape d’invisibilité, s’ils n’arrivaient pas à se trouver un moment tranquille, vraiment, il n’était plus un Maraudeur.

« Vous promettez que vous m’oublierez pas ? demanda-t-elle d’une toute petite voix. 

-Lily, soupira-t-il avec stupeur. »

On était au mois de juin et elle s’inquiétait déjà pour Poudlard ? Comment pouvait-elle penser qu’il l’oublierait en deux coups de baguette ? Après l’année entière qu’ils avaient passée ensemble ? Elle avait si peu confiance en lui ?

« Comment voulez-vous que je vous oublie ? Nous nous verrons tous les jours, nous serons dans les mêmes classes, nous…

-C’est juste que… commença-t-elle en gonflant ses poumons et ses joues d’air avant d’expirer. Les gens ne m’aiment pas beaucoup en général, alors… voilà, les groupes de gens ensemble, ça change toujours les situations. 

-Mais lorsque Sirius, Remus et Peter sont venus, vous ne vous êtes pas sentie mise à l’écart…si ? s’inquiéta-t-il. »

Elle haussa simplement les épaules, et James tomba des nues.

« Si ? répéta-t-il avec stupéfaction. Mais Lily, pourquoi vous ne me l’avez pas dit ?

-Vous ne m’avez pas mise à l’écart, c’est simplement que nous n’étions plus juste tous les deux, répondit-elle en rangeant ses couverts dans son assiette. Faut que je m’habitue. »

Lily était de nature angoissée ? Merlin, il ne l’avait jamais vu, ça.

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Quelle cruche, quelle quiche, quelle idiote elle faisait, nom de nom. Pourquoi est-ce qu’elle avait commencé à parler de ça à James, hein ? Elle avait très bien su jusque là continuer de le vouvoyer alors que ça lui faisait tout drôle de vouvoyer quelqu’un qu’elle bécotait parce qu’elle savait qu’il était comme ça, à vouvoyer les femmes, même sa mère, c’était pour dire. Elle avait pris sur elle lorsque ses amis étaient venus même si elle n’était pas rassurée d’être plongée dans un groupe. Elle détestait les groupes. Les gens étaient toujours méchants lorsqu’ils étaient en groupe. Elle avait peur que James… En fait, elle craignait que James se montre différent avec elle en tête à tête qu’en public comme il préférait que leurs rendez-vous restent secrets. Elle avait un peu honte sur ce coup, de douter comme ça de lui alors qu’il lui montrait tous les jours combien il était tendre avec elle. C’est que sa vie lui plaisait comme elle était actuellement, à l’Atelier avec Mr et Mrs Potter, James et ses neveux. Même si Mrs Potter était pète-sec et casse-pied, au moins elle ne s’en prenait pas physiquement et violement à elle comme Bryan ou ses parents avaient pu le faire. Il fallait juste ne pas l’écouter et tout se passait bien. Et puis certains jours, Mrs Potter était même sympathique. Et puis, Maty l’aimait bien alors…

« Venez Lily, retournons dans la salle d’examen, lui proposa James. »

Elle empila leurs assiettes, couverts et verres et posa tout à l’endroit indiqué pour s’occuper les mains. La stratégie consistait à faire comme si de rien était. Ce serait toujours mieux que de ressasser.

Elle le suivit dans un silence inconfortable dans… l’ascenseur (il lui semblait que ça s’appelait comme ça), puis dans la salle d’examen, bien trop grande pour eux deux seulement. Le petit vieux qui les avait surveillés n’était plus là. Elle alla à la fenêtre pour regarder dehors et se retourna en sursaut lorsque la porte claqua derrière elle. James venait vers elle avec un air décidé sur le visage. Elle fit un pas en arrière en fronçant les sourcils. Mais qu’est-ce qui lui prenait ?

« James ?

-Lily, dit-il après avoir pris une grande inspiration. »

Il s’arrêta juste devant elle. Elle dut lever la tête pour pouvoir voir son visage. Ses yeux bruns ne regardaient qu’elle, et ses sourcils froncés indiquaient clairement combien il était concentré.

« Oui ? demanda-t-elle. 

-Vous n’avez pas besoin de vous inquiétez comme ça pour moi, ne trouva-t-il qu’à dire. »

C’était plus pour elle que pour lui qu’elle s’inquiétait, mais passons.

« J’aime vraiment quand… je pense que je ne pourrais pas bien dormir sans vous voir le soir et vous embrasser, dit-il. Et puis… »

Elle se hissa sur la pointe des pieds pour lui donner un baiser rapide. Elle avait un moment pensé qu’elle lui avait cassé les pieds avec ses inquiétudes, ou même qu’elle lui avait fait de la peine, mais finalement, il essayait de la rassurer.

Il posa ses mains de chaque côté de son visage et l’embrassa à son tour, bien plus longuement, bien plus tendrement et bien plus… amoureusement. Parce qu’il y avait un peu d’amour entre eux, hein ? En tout cas, Lily aurait bien appelé ça de l’amour, le sentiment tout chaud et agréable qui la prenait au ventre lorsqu’elle était avec James.

 

End Notes:

(Je sors de la salle d'examen du Ministère à petit pas pour laisser James et Lily tranquilles... Que pensez-vous de James et de Lily dans ce chapitre ? :) 

Merci Ayli, tes reviews sont toujours aussi adorables ! 

A très vite !)

Chapitre 23 : Ô Lily ! by Juliette54
Author's Notes:

Salut ! Déjà joyeux Noël !

 

Et voilà enfin le chapitre 23... Je vous préviens, il est assez court. J'ai eu du mal à le finir. Merci Ayli et Alask pour vos reviews ! On se retrouve en bas ! Bonne lecture !

Chapitre 23 : Ô Lily !

 

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Ô Lily ! Elle finirait par le rendre chèvre. James l'avait su dès qu'il l'avait vue pour la première fois, sur le pas de la porte de sa chambre dans sa robe prune. Elle avait déjà ses longs cheveux roux qui dégringolaient de chaque côté de son visage, ses grands yeux émeraude à mettre un terre le pire des mage noir et cet air farouche dans la moindre partie de son corps. Tout son corps était en permanence tendu vers l'avant, prêt à bondir et à réduire en miette l'imbécile qui se croirait de taille à l'affronter. Et là, alors qu'il l'embrassait à en perdre haleine dans cette stupide salle de stupides examens du stupide Ministère de la Magie, il avait l'impression d'avoir définitivement tout perdu et tout gagné à la fois. Il ne lui restait que l'essentiel dans ses bras, un petit bout de femme qui lui apprenait la vie en deux regards, une réplique acerbe et des baisers à vous retourner la tête.

 

« Et après, vous pensez que je pourrais vous oublier… chuchota-t-il contre ses lèvres en posant son front contre le sien. »

 

Son rire nerveux était une douce mélodie à ses oreilles. Il osa resserrer timidement les mains qu'il avait sagement posées sur sa taille. Il mourrait d'envie de laisser ses doigts courir dans son dos et sur son ventre, mais il ne savait pas si Lily en avait envie. D'ordinaire, il se contentait de toucher son visage, ses joues et ses cheveux. Il lui prenait souvent la main pour embrasser ses doigts, l'intérieur de ses poignets et le dos de ses mains, mais c'était tout.

 

Là, elle ne dit rien, et vint même se lover dans ses bras. Il la sentit poser un baiser dans son cou, juste à côté de sa carotide et sursauta. Le petit rire mutin de Lily le fit immédiatement resserrer ses bras autour d'elle. Ô Lily !

 

La porte de la salle grinça, et ils se séparèrent l'un de l'autre dans un sursaut. Il envoya un sourire complice à Lily auquel elle répondit aussitôt. L'employé du ministère, le même que le matin, entra dans la salle avec un vieux bonhomme du Magenmagot, reconnaissable à sa robe couleur violette et au gros M brodé sur sa poitrine.

 

« Epreuve pratique de Métamorphose, annonça l'employé du ministère. Mr Godown est votre examinateur. Miss Evans, veuillez vous placer devant ce bureau, indiqua-t-il à Lily. Mr Potter, vous pouvez vous asseoir en attendant votre tour. »

 

James fit un nouveau sourire à Lily, d'encouragement celui-là, avant de s'asseoir.

 

Mr Godown s'assit après les avoir salué pendant que l'employé du Ministère quittait la pièce. Il posa une mallette sur la table, et en sortit divers objets parmi lesquels, une tasse, un hérisson, et une cage à hibou très… sale.

 

« Miss Evans, je vais vous demander trois sortilèges de métamorphose, commença-t-il d'une voix lente et chevrotante, le nez sur son rouleau de parchemin. Je voudrais que vous transformiez cette allumette en aiguille, cette tasse à thé en lapin et que vous nettoyiez cette cage à hibou. »

 

James regarda Lily froncer les sourcils et vider l'air de ses poumons. Il grimaça. Lily n'avait jamais réussi à changer une allumette en aiguille avec sa baguette. Elle finissait toujours par la prendre dans sa main et…

 

Elle leva sa baguette en tremblant, et James fit la chose la plus stupide qui lui vint à l'esprit, il fit mine de tomber de sa chaise.

 

Le boucan attira l'attention du vieil examinateur membre du Magenmagot. Il se mit à geindre – pour de faux – en tenant sa cheville.

 

« Merlin, Merlin, Morgane et Godric, jura-t-il bien fort en voyant du coin de l'œil le Mage se lever de sa chaise et s'approcher de lui. Je suis sûr que je l'ai cassée, je suis sûr que…

 

-Mr Potter, mon petit, vous allez bien ?

 

-J'ai perdu l'équilibre, je suis désolé, je…

 

-Voyons, calmez-vous… »

 

Il jeta un coup d'œil à Lily qui était tétanisée devant les trois objets qu'elle devait transformer. Il lui fit un clin d'œil et un sourire en coin pendant que l'examinateur l'aidait à se rasseoir sur la chaise pour regarder sa cheville. Elle fronça les sourcils, eut un air offusqué et un regard meurtrier qui fit lever les yeux au ciel à James, et se détourna de lui. Quoi ? Elle n'allait pas lui en vouloir pour lui donner un coup de pouce, nom de nom.

 

« Je crois que vous avez raison, Mr Godown, j'ai seulement craint de m'être à nouveau cassé la cheville, mais elle a l'air intacte, dit-il en bougeant doucement son pied.

 

-Eh bien, vous nous avez fait une belle frayeur, Mr Potter, commenta le vieux Mr Godown en retournant à sa place. Eh bien Miss Evans, cette allumette est toujours une aiguille ? »

 

Quoi ? Il avait joué au malheureux et elle n'en avait pas profité ? Ben bravo.

 

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Pour qui se prenait-il, bon Dieu ? Il lui avait foutu la frousse avec ses conneries ! Elle n'avait pas besoin de ses pitreries aujourd'hui ! Surtout pas pour essayer de détourner l'attention du vieux afin qu'elle puisse changer l'aiguille à la main ! Elle n'avait pas besoin de lui ! Elle lui fit un regard noir et reporta son attention sur l'allumette. Il fallait juste qu'elle la prenne dans sa main, qu'elle la change en aiguille, puis qu'elle agite sa baguette avec la formule pour faire croire que ce n'était pas de la magie spontanée ou sans baguette, mais de la magie avec baguette, et hop, le tour était joué.

 

Elle attendit que Mr Godown revienne devant elle.

 

« J'arrive mieux quand je la tiens dans ma main, dit-elle. Je peux ? demanda-t-elle. »

 

Le petit vieux cligna des yeux avec hébétude. Il était sénile ou juste stupide ? Bah, allez savoir.

 

« Euh… oui, bien sûr, allez-y Miss Evans, lui permit-il. »

 

Ben voilà, c'était pas compliqué. Elle s'empara de l'allumette, la serra dans sa main et sentit le bois chaud se changer en métal froid. Avec satisfaction, elle agita sa baguette.

 

« Immuto in acu, dit-elle avec conviction. »

 

Rien ne se passa, bien sûr, mais lorsqu'elle ouvrit la main, une jolie aiguille reposait dans sa paume. Le vieux sénile cligna à nouveau des yeux comme un idiot, sans doute intrigué du comment du pourquoi l'allumette était devenue une aiguille alors qu'aucune lumière de sortilège ne s'était échappée de la baguette de Lily. Mais Lily s'en moquait bien. Il avait son aiguille, le vieux, il n'avait pas à critiquer ses méthodes.

 

« Et voilà, dit-elle avec fierté en posant le bout de ferraille sur la table.

 

-… Euh… votre aiguille n'est pas très droite, ne trouva qu'à lui reprocher le vieux.

 

-C'est une aiguille médicale, lui assura Lily en constatant effectivement que l'aiguille était en croissant de lune au lieu d'être toute droite comme une des aiguilles à broder de Mrs Potter.

 

-Médicale… Euh… J'imagine que c'est convenable alors, en convint le vieux Godown en griffonnant quelque chose sur un rouleau de parchemin devant lui. »

 

Elle se tourna vers James pour lui sourire avec arrogance. Héhé, elle l'avait dit qu'elle n'avait pas besoin de lui.

 

Enfin, pas besoin de lui… juste de ses baisers.

 

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Pleine de surprises, ma Lily, s'émerveilla à nouveau James avant de regarder de haut Mr Godown. Et quel panache, quelle répartie. Ah ça, il avait hâte d'être à Poudlard avec elle pour la voir se frotter à McGo et aux autres.

 

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Euphémia Potter fit une nouvelle fois le tour du salon avant de s'asseoir à nouveau sur le canapé en cuir rouge.

 

Fleamont était parti accompagner leur fils et Miss Elizabeth au Ministère de la Magie pour qu'ils puissent passer leurs BUSES, puis s'entretenir avec des clients apothicaires londoniens.

 

Et encore une fois, elle se retrouvait seule…

 

Enfin, pas tout à fait, se rappela-t-elle en songeant aux deux petites têtes qui dormaient au deuxième étage.

 

Elle réprima un sourire pour se construire un air strict et exigeant. Même si son fils s'en retournerait à Poudlard en septembre et que Miss Elizabeth quitterait l'Atelier pour Poudlard, si elle avait bien comprit les décisions de son époux, les deux neveux de Miss Elizabeth resteraient chez eux…

 

Elle qui avait dû attendre plus de vingt-cinq ans avant d'avoir un seul enfant alors qu'elle en aurait voulu des dizaines, elle qui avait à nouveau attendu quatre ans chaque retour de son fils unique de Poudlard, elle qui même ces derniers mois avait dû le partager avec cette petite insolente de Miss Elizabeth, elle aurait enfin des enfants chez elle, et qui grandiraient autour d'elle. Elle s'était résignée au caractère solitaire et casanier de son époux. Elle s'était presque habituée à passer ses journées toute seule dans cette grande maison vide… et voilà qu'on lui mettait dans les bras deux enfants, un petit garçon de cinq ans, et une petite fille de trois ans. Et ces deux enfants n'avaient pas de mère et pas de père convenable mais seulement une tante à qui il manquait clairement de l'éducation.

 

Tout était à faire, et pourtant, elle n'en était pas effrayée comme avec Miss Elizabeth neuf mois plus tôt, ni même contrariée comme lorsqu'elle avait découvert que son époux avait encore une fois pris la décision d'héberger ces deux enfants sans même lui en toucher deux mots. Deux enfants qui en plus ne pratiquaient pas la magie, ce qui, lorsque ses propres parents l'apprendraient les feraient partir dans une fureur folle, pire encore que lorsqu'ils avaient appris que Miss Elizabeth était la sorcière née de parents moldus qui n'avaient pu aller à Poudlard à cause du vol du Livre des Admission cinq ans plus tôt.

 

Neuf heures sonnèrent, et elle se releva une nouvelle fois pour monter au deuxième étage cette fois-ci.

 

Non, elle n'était ni effrayée, ni contrariée. Peut-être un peu inquiète, du haut de ses cinquante-neuf ans de devoir veiller sur des enfants remplis d'énergie.

 

Elle tâcha de gommer le nouveau sourire qui gracia ses lèvres lorsqu'elle poussa la porte de la nurserie.

 

Ni effrayée, ni contrariée. Un peu inquiète. Un peu contente aussi.

End Notes:

(Je vous l'avais dit, c'est plutôt court et je ne vais pas faire de pronostique pour le prochain chapitre vu qu'il n'est même pas écrit, mais je vais essayer de le mettre d'ici un mois au maximum... J'ai d'autres projets en ce moment, comme mettre en ligne Historiae Amoris (romance sur Dorea Black et Charlus Potter) et d'autres fic en lien ou non. Bref, je n'abandonne pas cette fic, mais la fréquence de publication sera assez aléatoire (mais je finirai cette fic un jour, c'est promis!)

 

Merci à vous tous qui m'avez écrit des reviews depuis le début, merci pour celles du chapitres 22 à Ayli et Alask, vous êtes adorables !

 

Encore joyeux Noël (malgré le contexte) et j'espère que vous continuerez à lire la fic malgré l'absence de régularité de la publication des chapitres... Des bisous !)

Chapitre 24 : Rentrée à Poudlard by Juliette54
Author's Notes:

Salut :) J'avais dit un mois, eh bien je crois bien que ça fait un mois aha

Bonne lecture :) 

Chapitre 24 : Rentrée à Poudlard

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Trois mois plus tard,

31 août 1876,

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Lily atterrit dans la cheminée d’une grande pièce assombrie par le crépuscule et éclairée en partie par tout un vieux tas de bougies. Eh bien, le directeur de Poudlard ne lésinait pas sur la dépense pour voir la nuit presque comme en plein jour. Elle aperçut le vieux Professeur Dumbledore qu’elle avait déjà rencontré à la réception de la Nouvelle Année à l’Atelier, et puis James qui riait comme un idiot pour changer. Elle vint se glisser à côté de lui en prenant soin d’effleurer ses doigts des siens pour se rassurer. James préféra entrelacer leurs doigts, perdus dans les pans de leurs uniformes d’écolier. Elle dut se retenir de sourire niaisement.

« Miss Evans, vous me voyez enchanté d’enfin pouvoir vous accueillir à Poudlard, la salua le Professeur Dumbledore.

— Moi aussi, Professeur, répondit-elle sobrement. »

Il était sacrément impressionnant, le type, avec sa longue barbe blanche et ses yeux tout clairs carrément fous. Il ressemblait aux magiciens du cirque qui venait chaque année à Carbone-les-Mines. Mais il ne gesticulait pas dans tous les sens. Il en mettait plein la vue sans avoir besoin de jouer les gros bras. Les gros bras n’en mettaient pas plein la vue à Lily de toute façon. Ils l’agaçaient plus qu’autre chose.

« J’ai reçu vos résultats aux BUSES, et je dois reconnaître que je suis impressionné quand on sait qu’il y a à peine un an vous ne saviez pas même lire.

— Ouaip, répondit-elle après avoir jeté un coup d’œil nerveux à James qui sourirait comme l’idiot qu’il était.

— Acceptable en Défense Contre les Forces du Mal, en Botanique, en Métamorphose et Effort Exceptionnel en Sortilège. Vous avez manqué de peu l’Histoire de la Magie.

— Les guéguerres de Trolls ça va deux minutes, commenta Lily entre ses dents.

— On peut voir les choses ainsi, répondit le Professeur Dumbledore en souriant largement.

— Un gourdin c’est un gourdin, pas besoin de savoir qu’il vient de la forêt ou de la montagne, compléta-t-elle sans flancher.

— Évitez de réduire ainsi l’Histoire de notre magie devant le Professeur Binns. Il est déjà mort, ce n’est pas la peine de le tuer une deuxième fois. »

Hein ? Le type était impressionnant, mais quelles bizarreries il pouvait dire quand même.

« Allons, commençons par vous trouver une Maison.

— Lily est une Gryffondor, intervint aussitôt James et Lily le sentit serrer un peu plus ses doigts.

— Voyons Mr Potter, vous n’êtes pas encore le Choixpeau, le rabroua le Professeur Dumbledore. Venez-vous asseoir, Miss Evans. »

Lily lâcha la main de James pour s’asseoir sur le fauteuil que lui désignait le vieux Professeur Dumbledore. Il était vraiment grand pour un vieux. Plus grand que James. Et James était déjà bien trop grand selon Lily. Elle devait lever la tête pour lui parler et elle n’aimait pas beaucoup ça.

« Je vais poser le Choixpeau parlant sur votre tête et…

— Je sais bien, James m’a tout raconté, le coupa-t-elle. Le chapeau… Choixpeau va me causer pour m’expliquer que je dois aller à Gryffondor, et puis James me fera visiter l’école.

— Je vois que Mr Potter vous a préparé tout un programme, se moqua le vieux Professeur dont les petits commentaires moqueurs commençaient à faire tiquer Lily.

— Il m’a rien préparé du tout, se rebiffa-t-elle.

— Soit, en convint le vieux Professeur. Alors répartissons vous, puis vous n’irez pas visiter le château, mais vous irez dormir chacun de votre côté. La visite aura lieu demain. »

Lily fit une moue vite camouflée par le bord intérieur rugueux du Choixpeau.

« ENFIIIIN ! sembla se réjouir la voix grinçante du Choixpeau. JE VOUS ATTENDS DEPUIS DES ANNÉES !

— PAS LA PEINE DE CRIER ! s’époumona Lily. VOUS ME CASSEZ LES ZOREILLES !

— Hum… Oui… Bien… Une tête si bien faite, mais si malmenée… Beaucoup de défiance… Beaucoup de franchise… J’aime ça, commenta le Choixpeau ce qui commença à faire fulminer Lily. Une telle franchise permet de répartir plus facilement… ET POURTANT…

— JE VOUS AI DIT DE NE PAS CRIER !

— Certes… Certes… Une franchise… Mais… Mais pas une franchise téméraire, une simple honnêteté. Et une assurance ! Merlin, vous savez ce que vous voulez… Je vous rappelle que les dortoirs des filles ne sont pas accessibles aux garçons, Miss Evans…

— JE N’VOUS PERMETS PAS ! bafouilla-t-elle en se sentant rougir. »

D’accord, depuis cinq mois, elle avait pris des libertés avec James et James en avait pris avec elle. Elle adorait lorsqu’il lui embrassait l’intérieur des poignets et qu’elle se blottissait dans ses bras le soir, avant de dormir. Elle adorait lorsque sa main serrait sa taille une fois qu’il avait entouré son dos de son bras. Elle adorait son odeur, elle adorait ses baisers et elle avait envie de plus. De beaucoup plus. Elle avait envie que ce soit lui. Elle avait envie d’ouvrir sa robe devant lui et de le laisser toucher ses seins. Elle avait même envie qu’il… Merlin, elle recommençait à penser à ça. Maggy lui avait parlé de l’amour avant de tomber enceinte de Tomy. Bryan n’avait pas toujours été la brute qu’il avait été. Selon Maggy du moins. Elle lui avait parlé des caresses et des baisers que Bryan s’appliquait à lui faire au début, avant qu’elle tombe enceinte, qu’ils se marient, qu’ils se mettent en ménage et que tout débloque. Lily n’avait jamais voulu croire à tout ça. Bryan était un pourri, point à la ligne, et Maggy avait été aveuglée par l’amour ou quelque chose comme ça.

Mais à présent… elle n’imaginait pas que James puisse tourner comme Bryan, mais elle pouvait essayer de croire Maggy quand celle-ci lui avait dit que l’amour était… bon.

« En revanche, Miss Evans, le dortoir des garçons est accessible aux filles… reprit le Choixpeau.

— Ah ouais ? se réjouit-elle un peu trop vite. »

Non, non, non. James n’était pas de ce genre-là. Il était tout propre sur lui, tout gentil et il avait déjà mis des semaines avant d’oser poser ses mains sur sa taille. Elle ne serait même pas étonnée qu’il lui dise qu’on ne faisait pas plus hors mariage.

« Je veux dire, à bon ? Bouse, James n’a pas menti, hein, on ne nous entend pas, hein ? s’empressa-t-elle de demander.

— Non, non, répondit le Choixpeau d’une voix moqueuse, on ne nous entend pas. Mais vous êtes une petite dévergondée, Lily Evans. Terriblement audacieuse et pernicieuse. Mais pas assez naïve, innocente et altruiste pour aller à Poufsouffle. Serdaigle vous ennuierait et Serpentard ne convient absolument pas à votre spontanéité. De toute façon, il n’y a qu’une maison qui vous convient. GRYFFONDOR ! »

Le Choixpeau s’échappa de sa tête la seconde d’après. Elle cligna des yeux et chercha James dans la pièce. Il était juste devant elle, son air fier de lui tout à fait horripilant plaqué sur le visage.

« Je vous avais dit, Professeur Dumbledore que Lily était une Gryffondor. Venez Lily, allons nous installer dans nos dortoirs.

— Mr Potter, laissez un moment à Miss Evans pour se remettre de sa discussion avec le Choixpeau qui semble l’avoir remuée. »

Pour qui se prenait-il le vieux ? Elle était un peu rouge, peut-être, et alors ? À moins qu’il ait lu dans ses pensées…

« J’vous permets pas ! s’écria-t-elle en sautant sur ses pieds.

— Miss Evans, que…

— Vous lisez dans ma tête, c’est ça ? J’ai lu dans la Gazette que ça s’appelait Legiliquelque chose, et ben je veux pas que vous…

— Lily, la coupa gentiment James. Nous vous avons simplement entendue vous disputer avec le Choixpeau.

— Oh, bafouilla-t-elle en lançant tout de même un regard suspicieux au vieux Professeur barbu. Ben quand même, on lit pas dans ma tête comme ça.

— Personne ne lira vos pensées, Lily, la rassura James en glissant son bras autour de sa taille. Vous venez ? »

Elle tourna la tête vers lui. Son sourire en coin un peu attendri la fit rougir, surtout lorsqu’elle surprit le regard insistant du Professeur Dumbledore sur eux. Elle fit au vieux professeur son regard noir le plus terrible (qui ne servit à rien puisqu’il se contenta de sourire un peu plus) et laissa James la conduire vers la porte.

« Ne trainez pas en route, Mr Potter, l’avertit le Professeur Dumbledore.

— Comme si c’était dans mes habitudes, Professeur, répliqua-t-il.

— Et moi je peux alors ? s’empressa d’ajouter Lily.

— Vous non plus, Miss Evans, ne trainez pas en chemin. Si vous faites faire un détour inutile à Miss Evans je le saurais, Mr Potter, les prévint le Professeur Dumbledore. »

Lily attendit que James ait refermé la porte derrière eux pour lui poser la question.

« Comment qu’il pourrait savoir ça, le vieux ? demanda-t-elle à mi-voix. »

L’écho que renvoya pourtant le couloir la fit sursauter. James lui proposa son bras, comme lorsqu’il sortait de l’Atelier, et elle se résolut à le prendre même si elle avait espéré un peu moins de cérémonie ici, à l’école de Sorcellerie Poudlard.

« Dumbledore a des oreilles et des yeux partout, répondit James en les menant dans la tour de Gryffondor sûrement. Et puis, il y a des tableaux dans Poudlard. Vous ne l’avez peut-être pas vu à cause de l’obscurité du soir, mais les murs du bureau du directeur sont recouverts de tableaux qui communiquent entre eux à travers Poudlard.

— J’ai rien compris, fut obligée de reconnaître Lily après plusieurs secondes de silence. »

James éclata de rire. Pas moqueusement, hein. Seulement avec amusement. Il s’arrêta pour la regarder et toute la tendresse dans le regard de James ralluma la boule de feu dans son ventre. Ouaip, elle avait qu’il lui fasse des trucs. Elle avait envie de lui faire des trucs, elle aussi. Elle avait envie qu’il la remercie toujours plus.

Elle s’éleva sur la pointe des pieds et vint coller leurs bouches l’une à l’autre une brève seconde. Il la rattrapa contre lui, et l’embrassa à son tour.

Elle avait eu peur qu’il se lasse, surtout lorsque ses trois amis étaient rentrés de Poudlard et qu’ils avaient passé une bonne partie des vacances avec eux. Mais il n’avait pas manqué un seul soir de venir la voir dans sa chambre pour au moins un baiser du soir. Et puis il ne cherchait jamais à la forcer à quoi que ce soit. Mieux, il attendait toujours qu’elle initie quelque chose de nouveau. Mieux… ou pire. Elle avait parfois l’impression qu’ils n’avaient pas du tout les mêmes attentes, qu’il ne pensait jamais à tous ces trucs auxquels elle pensait et qu’il était satisfait du peu qu’ils faisaient tous les deux. C’était pas l’inverse normalement ? C’étaient pas les garçons qui pensaient que tout leur appartenait, hein ? C’étaient pas eux qui voulaient tout le temps faire des trucs ? Pfff, elle ne comprenait plus rien. Elle avait même l’impression d’être une chienne en chaleur alors qu’il restait tout sage comme un jeune chiot.

Il ne devait simplement pas oser. Ouaip. C’était sûrement ça. Il suffisait qu’elle ouvre un peu sa robe, qu’il voie ses seins et il oserait la toucher un peu, hein ?

Ouais mais si elle n’arrivait plus à s’arrêter… Bouse, elle n’avait pas besoin de tomber enceinte en ce moment. Il ne manquerait plus que ça pour que Mrs Potter la déteste tout à fait, merci bien. Et puis qui sait s’il ne la jetterait pas aussitôt après, hein ? Elle en avait vu des filles se retrouver toutes seule avec un môme dans le bide qui n’avaient plus qu’à faire le trottoir pour vivre. Elle ne ressemblerait pas à ça. Et puis il y avait Maty et Tomy. Et puis…

Oui mais s’il lui disait qu’il ne fallait pas faire des trucs hors mariage, elle pourrait… lui parler de mariage... entre elle et lui ? Elle avait seize ans, c’était correct pour se mettre en ménage, non ?

Non, mais ça n’allait pas bien ! Elle avait deux années à tirer ici, dans l’école de Sorcellerie Poudlard. Et puis est-ce qu’il voudrait vraiment un mariage avec elle ? Elle avait rien à lui apporter. Quand elle entendait Mrs Potter parler à table de mariage de sorciers qu’elle connaissait, elle entendait aussi parler de dot et de trousseau entre autres.

Oui mais s’il n’y avait rien dans l’avenir de possibles entre eux, à quoi bon…

« Eh bien Lily, vous êtes bien silencieuse ce soir. Les murs de ce château vous impressionnent ? »

Elle se tourna en sursaut vers James. Son regard était toujours tendre, sa voix douce comme que pour elle et son bras autour du sien. Mais personne ne savait qu’ils aimaient s’embrasser, qu’ils se retrouvaient le soir. Surtout pas Mrs Potter. Mr Sirius ? Non plus, il ne lui semblait pas.

« Lily ?

— Oui, James ?

— Tout va bien ? s’inquiéta-t-il. »

Elle opina du chef. Elle se montait trop la tête. James ne la laisserait pas partir comme ça, hein ? Elle savait que c’était de l’amour. Elle le savait. Elle en était sûre. Et on pouvait faire tout et n’importe quoi pour l’amour, comme elle l’avait fait pour Maty et Tomy, comme Maggy l’avait fait pour Bryan. Il ne fallait juste pas qu’elle se précipite et qu’elle gâche tout parce qu’elle avait envie de découvrir tous ces trucs avec James, hein.

« On est obligé de dormir tout de suite ? demanda-t-elle.

— Pourquoi serions-nous obligés de dormir immédiatement ? Nous pouvons bien… nous remercier un peu auparavant, ajouta-t-il plus bas. »

Elle s’entendit pouffer de rire comme une idiote et s’élança dans le couloir pour qu’il ne l’entende pas. Il la rattrapa en quelques secondes, se plaça devant elle, et elle se jeta dans ses bras. Les os de James étaient tout à fait consolidés à présent. Elle pouvait lui foncer dedans autant qu’elle le voulait sans craindre de le blesser. Il la fit tourner autour de lui, jambes dans les airs avant de la reposer et de venir l’embrasser.

Ouaip, elle avait envie qu’il lui fasse des trucs.

.

James laissa Lily passer devant lui après avoir donné le mot de passe à la Grosse Dame. Ses yeux vert émeraude éclatés en mille lumières l’émerveillèrent. Le château avait été plongé dans l’obscurité et elle n’avait pas pu en voir grand-chose ce soir, mais la Salle Commune, de la même manière que le bureau du Professeur Dumbledore, était largement éclairée par les chandelles. Tout le rouge de Godric Gryffondor avait toujours offert un accueil chaleureux à tous les élèves de Poudlard. Et Lily ne faisait pas exception. Elle éclata de rire en se laissant tomber dans les canapés rouges rembourrés devant l’immense cheminée. Il vint aussitôt la rejoindre.

Il n’y avait personne ce soir dans la Salle Commune, les Maraudeurs n’étaient pas encore là, et il savait qu’il n’aurait pas une soirée aussi tranquille avec Lily avant de nombreuses semaines. Entre la Carte du Maraudeur et la curiosité de Sirius, il n’était pas sûr de pouvoir garder Lily rien que pour lui encore longtemps. Il suffirait qu’il oublie une fois la Carte pour que ses amis le voient avec Lily ou qu’il s’absente de trop pour attirer leur attention et leur curiosité, et ils sauraient tout. Et puis, il n’avait pas bien envie de se cacher de Sirius.

Lily comprendrait. Elle appréciait déjà ses amis et il ne doutait pas qu’elle s’entendrait bien avec les filles de Gryffondor de leur année. Elle prendrait doucement sa place parmi eux… enfin, aussi doucement que pouvait agir Lily. Elle n’aimait pas beaucoup l’attention et les gens, il l’avait bien saisi, mais il espérait vraiment qu’elle ne s’inquiéterait pas outre mesure lorsqu’on les regarderait en chuchotant qu’ils… se fréquentaient. Le seul hic, c’est que même si Poudlard était un havre de paix loin des parents, James ne donnait pas longtemps à leur tranquillité avec Lily. Sa mère serait très rapidement au courant qu’ils étaient bien trop proches pour les convenances et ils se feraient sermonner assez vigoureusement. Avec un peu de chance, Lily n’exploserait pas et ne se mettrait pas à insulter sa mère et l’affaire passerait rapidement. Son père calmerait sa mère d’une façon ou d’une autre.

« Vous êtes fatigué finalement ? lui demanda Lily à l’oreille. »

Il sursauta, ouvrit les yeux et tourna la tête vers elle, sans la détacher du rebord du gros canapé. Elle était toute échevelée assise en tailleur sur le cuir bombé du fauteuil et elle le regardait de ce regard pétillant qui le mettait en vrac.

Il lui sauta dessus sans vraiment savoir ce qu’il faisait. Il constata juste qu’il était juste au dessus d’elle, de tout son corps, et qu’elle était étendue sous lui, sur le canapé.

Il déglutit difficilement en voyant ses joues rouge tomate et ses yeux écarquillés de surprise. Merlin, qu’avait-il fait ? Il avait réussi à se contenir pendant des semaines, des mois même, à maîtriser le moindre geste qui pourrait affoler Lily, et voilà qu’on les laissait vraiment seuls, en tête à tête, quelques heures, et il se jetait sur elle ? Mais qu’est-ce qui n’allait pas chez lui ? Quelle impression de profiteur donnait-il et…

Pourquoi était-elle en train d’ouvrir les boutons de sa robe, ceux de devant, qui maintenaient le tissu de sa robe contre sa poitrine ? Pourquoi n’arrivait-il pas à détacher son regard du morceau de tissu qu’elle tournait lentement, comme la page d’un livre, pour le laisser mieux voir sa peau blanche ? Et cette trace rose sur sa peau, à la lisière d’un tissu blanc qui semblait tenir ses seins, est-ce que c’était… un téton ?

Il leva la main dans l’idée de toucher la peau blanche, puis remonta ses yeux vers les joues écarlates de Lily. Qu’est-ce qu’elle faisait ? Qu’est-ce…

« Lily, bafouilla-t-il. Que… que faites-vous ?

— Tu… Vous ne voulez pas… me toucher ? souffla-t-elle en rougissant un peu plus. »

La poitrine de Lily se soulevait et s’affaissait toujours plus vite à mesure que son regard trainait sur sa poitrine presqu’entièrement découverte à sa vue. Oh si, il voulait toucher, la toucher, mais… Il jeta un coup d’œil derrière lui, ce qui était stupide puisqu’ils étaient tout à fait seuls. Il leva un peu plus la main et frôla la peau blanche du bout des doigts. Il la sentit frémir sous lui et il vit sa peau se transformer en chair de poule. C’était doux, c’était… Il posa un peu plus ses doigts en sentant l’eau lui venir à la bouche et son caleçon devenir soudain plus serré. Il caressa encore la poitrine douce et blanche de Lily. Il frôle la trace rose avec ses doigts et hésita à glisser ses doigts sous le tissu blanc qui mettait une limite à sa découverte.

Un rapide coup d’œil à Lily le figea. Elle avait renversé la tête en arrière et respirait d’un souffle tremblant. Heureusement qu’il n’était pas allongé sur elle, sinon elle aurait senti combien la ligne de son cou, dont la peau était découverte jusqu’à la naissance de sa poitrine, lui donnait envie.

Il enleva sa main d’elle, peu enclin à l’effrayer avec l’état dans lequel ce minuscule morceau de chair blanche le mettait.

« On devrait… on devrait… Quelqu’un pourrait arriver, bafouilla-t-il en s’asseyant à l’autre bout du canapé.

— On… On pourrait aller dans votre dortoir, proposa-t-elle à voix si basse qu’il crut l’avoir rêvé. »

Mais il ne l’avait pas rêvé, il le savait, puisqu’elle le fixait les yeux dans les yeux avec une envie et une hésitation qui le firent trembler d’impatience. Il ne devait pas faire cela. Il ne devait pas céder face aux yeux amoureux de Lily et à son envie de découvrir un peu plus sa poitrine. Mais s’il ne faisait que regarder, toucher et embrasser sa poitrine, ce ne serait pas trop audacieux et déplacé, n’est-ce pas ?

Il se leva lentement sans quitter du regard ses terribles yeux émeraude et ses lèvres rouges d’envie. Il se retrouva comme un imbécile devant elle à hocher la tête avec fébrilité. Il lui attrapa la main, la porte à sa bouche pour en embrasser le dos sans lâcher ses yeux, puis la mena à sa suite dans le dortoir des garçons de sixième année. Il y trouva sa malle, qu’un elfe avait dû apporter pendant que Lily discutait avec le Choixpeau, mais il s’en fichait bien de sa malle.

Il se retourna vers elle une fois qu’il eut fermé la porte. Il la regarda enlever deux boutons de plus à son uniforme, puis tirer sur le nœud qui retenait le tissu blanc sur sa poitrine. Elle marcha lentement à reculons jusqu’au lit près de la porte, mais il secoua la tête, et elle alla à celui d’à côté. Il secoua encore la tête en lui souriant. Elle sourit en retour avant d’essayer l’un des deux derniers lits et James hocha la tête en avalant âprement sa salive. Est-ce qu’elle avait conscience de toute la séduction qu’elle mettait dans ses sourires, ses gestes et cette attitude ? Sûrement pas.

Il avança doucement vers elle alors qu’elle s’asseyait sur le lit et reculait doucement jusqu’à se retrouver contre la tête de lit. Il déglutit à nouveau, pas vraiment conscient de ce qu’il se passait autour de lui. Il arriva à côté d’elle, sur le lit, les yeux braqués sur sa poitrine. Il s’autorisa à tirer un peu sur le tissu pour découvrir entièrement son téton avec fascination.

« Tu… Vous aimez ? demanda-t-elle alors qu’il caressait ses seins pour les découvrir entièrement.

-Ou… Oui, avoua-t-il. Et vous ? Vous aimez… que je vous caresse de cette manière ? »

Il attendit avec inquiétude et impatience à la fois sa réponse. Elle semblait apprécier, mais…

« Hum, approuva-t-elle en hochant la tête, les yeux clos. C’est… c’est trop bon, ajouta-t-elle. »

Il lui sourit largement. C’était sa Lily, franche et sans chichi. Il approcha sa bouche de sa peau toute blanche et déposa un léger baiser sur sa gorge renversée. Il guetta une réaction sur son visage mais il n’en aurait pas eu besoin puisqu’elle soupira d’aise au même moment.

« Encore, exigea-t-elle du bout des lèvres et il s’exécuta avec plaisir. »

 

End Notes:

(... ça avance doucement entre nos deux tourteraux ! Merci Ayli pour tes reviews et à vous tous pour votre patience, un chapitre par mois... c'est looong, je sais, mais j'espère que l'histoire vous plaît toujours ;) 

Des bisous et à dans un mois !)

Edit : je viens de corriger quelques fautes de frappe assez comiques (dont : qu'il soit (au lieu de voie) ses seins... oups)

Chapitre 25 : Les filles de Gryffondor by Juliette54
Author's Notes:

Coucou à tous ! 

mauvaise nouvelle : j'ai du retard pour mettre en ligne ce chapitre.

bonne nouvelle : j'ai fini d'écrire cette fic et il restera un dernier chapitre après celui-ci et il sera en ligne la semaine prochaine ! 

re bonne nouvelle : bonne lecture, lectrices/lecteurs chéri.e.s ! 

Chapitre 25 : Les filles de Gryffondor

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Le lendemain,

 

1er septembre 1876,

 

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Lorsque Lily se réveilla le lendemain matin, elle resta en étoile au milieu du vieux lit à baldaquin à sourire à la tenture supérieure du lit. Comme une étoile dans la mer, pensa-t-elle avec amusement en se rappelant ce que James lui avait dit des mois plus tôt… presque un an plus tôt à la réflexion. Elle le connaissait depuis un an, c’était fou ça. Elle avait pourtant l’impression que ça faisait beaucoup et plus longtemps en même temps.

 

Hier, il lui avait touché la gorge et les seins tout doucement avec les doigts puis toute sa main chaude. Puis il lui avait embrassé le cou… et les seins. C’était fantastique tous les frissons qu’elle avait eus lorsqu’il avait fait ça. Elle n’imaginait pas ce que ce serait lorsqu’il ferait les mêmes trucs sur son ventre. Elle s’était laissé dorlotée hier soir, mais elle espérait bien qu’elle pourrait regarder de quoi il était fait rapidement. Non mais ce serait pas juste qu’elle ne puisse pas faire la même chose, hein ?

 

Et si…

 

Elle sauta de son lit, s’habilla en deux-deux de son uniforme tout neuf acheté par Mrs Potter sur le Chemin de Traverse, referma la malle d’un coup de pied et dévala les marches de l’escalier menant aux dortoirs des filles de Gryffondor. Il y avait cinq lits dans son dortoir, ce qui voulait dire quatre filles avec lesquelles elle devrait… cohabiter. Beurk. Elle tenait à sa tranquillité. Mais elle ne semblait pas avoir le choix de toute façon…

 

Elle poussa la porte du dortoir de James et le vit endormi à baver dans son lit. Elle s’avança sans hésitation vers lui, s’étonna à peine un quart de seconde qu’il n’ait pas fermé les rideaux du lit à baldaquin (c’est que c’était drôlement pratique) et lui sauta dessus sans cérémonie pour le réveiller.

 

C’est qu’elle devait en profiter ! Pas de Mrs Potter pète-sec pour la rabrouer, pas de Maty et Tomy à aller réveiller et habiller, personne pour l’en empêcher… James poussa un cri suraigu qui la fit rire aux éclats. Elle se jeta sur sa bouche lorsqu’il la dévisagea avec des yeux terrifiés pour l’embrasser à en perdre la raison.

 

Elle perdit un peu la raison, c’est vrai, lorsqu’elle sentit les mains de James sur ses hanches et tout son corps contre le sien. Ils n’avaient jamais été aussi proches, pas même hier soir. Là, elle sentait très bien que c’était bel et bien un homme et qu’elle lui faisait un vrai effet. Elle perdit la raison, parce que sur le moment, si James ne l’avait pas repoussée, l’idée de faire plus que des trucs ne lui parut plus du tout insolite ou dangereuse.

 

« Eh, Lily, vous… Qu’est-ce qui vous prend ? bafouilla-t-il en attrapant ses poignets. »

 

Elle arrêta de passer et repasser ses mains sur son torse couvert d’un tissu tout fin pour le fixer, un peu désorientée. C’est vrai ça, qu’est-ce qui lui prenait ? Pendant cinq mois ils avaient été tous corrects, et à présent qu’ils étaient seulement tous les deux, elle se sentait pousser des ailes et…

 

« Je… J’aimerais te voir torse… vous voir torse nu, bafouilla-t-elle hypnotisée par sa mine effarée. »

 

Elle n’arrivait plus à le vouvoyer, pas après ce qu’ils avaient fait hier. C’était vraiment trop bizarre. Mais elle voulait pas tout bousculer dans sa tête en même temps. Il semblait déjà assez choqué de ce qu’elle lui avouait. Pourtant, c’était pas grand-chose qu’elle lui demandait. Surtout à côté de ce qu’ils avaient fait hier soir.

 

« Lily, enfin, vous…

 

— Oh, fais pas ton offusqué, se rebiffa-t-elle. Tu as touché mes seins hier, tu les as même embrassés ! Tu croyais tout de même pas que je voudrais pas te voir un peu mieux moi aussi.

 

— Lily, vraiment, ce n’est pas convenable et… bafouilla-t-il en devenant encore plus rouge.

 

— J’arrive plus à te vouvoyer, désolée, s’empressa de s’excuser en sentant tout lui échapper. »

 

Elle s’assit au bout du lit, là où il y avait eu ses pieds quelques minutes plus tôt, puisqu’il s’assit lui aussi dans son lit. Il allait mal le prendre. Il allait la remettre à sa place et… Ses cheveux étaient plus en pétard que jamais et Lily ne l’avait jamais trouvé aussi… aussi… foutrement pas mal. 

 

« Ce n’est pas grave, ne vous inquiétez pas, faites un effort en public, mais tout va bien, la rassura-t-il en venant attraper ses mains. Il faut simplement que nous nous calmions, vraiment. Hier soir… je… peut-être que… Je veux dire, c’était merveilleux ce que vous m’avez permis de faire, et j’en ai l’eau à la bouche rien qu’en y repensant mais… »

 

Rien que ça ? Mmmh, moi je suis en chaleur. Non, ne pas penser à…

 

« … mais nous avons encore deux années entières à Poudlard avant de pouvoir penser à… »

 

La porte du dortoir s’ouvrit à la volée. Lily se tourna aussitôt vers ladite porte et remarqua la vieille chouette.

 

« Vous ! s’exclama-t-elle avec stupéfaction en sautant à bas du lit de James. Mais j’vous connais !

 

— Moi aussi je me souviens de vous, Miss Evans, rétorqua la Professeure McGonagall d’un ton pincé. Et j’aimerais savoir rapidement ce que vous faites dans le dortoir des garçons de sixième année et surtout ce que vous faisiez sur le lit de Mr Potter ! »

 

Lily leva les yeux au ciel. À présent qu’elle n’avait plus Mrs Potter dans les pattes, elle aurait la vieille chouette ? Génial.

 

« J’venais le réveiller, c’est une vraie marmotte. Vous savez qu’il bave quand il dort ?

 

— Lily ! s’étouffa James. Pourriez-vous éviter de…

 

— Oh ça va, tu… vous avez le droit de baver quand vous dormez, c’est pas la fin des haricots, marmonna-t-elle.

 

— Miss Evans, cessez vos pitreries, et descendez prendre votre petit-déjeuner dans la Grande Salle, lui ordonna la vieille chouette.

 

— Et où qu’elle est votre Grande Salle, hein ? James m’a dit qu’il me ferait tout visiter aujourd’hui, je vais nulle part sans lui, je vous préviens. »

 

La vieille chouette montra les dents comme un chat à lunettes carrées l’aurait fait. Lily haussa les sourcils. C’était quoi le problème encore ? C’est bon, elle avait compris à présent qu’elle était une sorcière, elle ne la chasserait pas à coups de casseroles.

 

« Vous m’en voulez pour les coups de casseroles ? demanda Lily. Je vous attends en bas des escaliers, James, annonça-t-elle simplement avant de sortir de la chambre, la vieille chouette sur les talons.

 

— Les coups de casseroles, parlons-en des coups de casseroles, reprit la vieille chouette. »

 

Cette Professeure McGonagall n’était même pas beaucoup vieille. Peut-être quarante ans, quelque chose comme ça. Mais elle était tellement sévère avec ses cheveux tous tirés et sa bouche toute pincée. Elle semblait énervée aussi, là.

 

« Écoutez, j’voulais pas, d’accord, expliqua Lily avec lassitude. J’voulais pas que Bryan me mette dehors donc j’ai réagi un peu beaucoup, voilà, reconnut-elle. Mais pensez qu’y avait Maty et Tomy, j’voulais pas les laisser avec lui, d’accord. Et puis avec vos manières de dire devant lui que je suis une sorcière, il m’a quand même foutue dehors, d’accord. J’ai dû mater James, et c’était pas de la tarte, hein. Sans parler de sa mère. J’ai cru plusieurs fois qu’on allait se crêper le chignon, elle et moi. Alors voilà, on oublie ? proposa Lily en tendant la main devant elle. »

 

La Professeure McGonagall la regarda en secouant la tête, les yeux démesurément écarquillés pendant au moins dix secondes avant de soupirer lourdement et de lui serrer la main en grimaçant.

 

« J’espère que vous ne me ferez pas regretter ma décision, Miss Evans, la prévint la vieille chouette en remontant ses lunettes carrées sur son nez avec le bout de son index. Et je ne veux plus vous voir dans le dortoir de Mr Potter. Sommes-nous d’accord ?

 

— Pas vraiment, marmonna Lily. Bien sûr, lui assura-t-elle en sachant pertinemment qu’elle mentait.

 

— Bien, lui dit la vieille chouette avec un très discret sourire satisfait. Je suis la directrice de la Maison de Godric Gryffondor, j’attends de vous une conduite irréprochable. Je vous souhaite une bonne journée. »

 

Pfff.

 

.

 

Lily finirait par l’achever. C’était quoi ces manières de faire ? Le réveiller aussi violemment n’était pas permis, par Merlin ! Et puis venir sur son lit, dans son lit, comme ça… elle n’avait aucune tenue ! Bon, il savait déjà qu’elle n’avait pas beaucoup de tenue et ceci lui plaisait. C’était assez rafraîchissant et parfois amusant, surtout quand elle se confrontait à des gens qui n’avaient pas encore compris que cette absence de tenue n’était pas faite exprès, mais qu’elle était naturelle.

 

Non mais là, c’était un peu trop tout de même. Et Puis McGo était venue s’en mêler, merci bien. Si elle ne racontait pas ceci dans un courrier à sa mère ou à son père, il était chanceux. Non pas qu’il ne se pensait pas capable de mentir convenablement à sa mère, mais tout de même.

 

Et puis zut, ce n’était pas décent et même Lily aurait dû le savoir ! D’accord ils discutaient souvent vêtus de robes de chambre le soir, et lorsqu’ils s’embrassaient le soir ils étaient en robe de chambre mais… mais ce n’était pas pareil ! Déjà, il n’était jamais monté sur le lit de Lily. Ou pour s’y asseoir les jambes dans le vide, à la rigueur. Mais c’était pour seulement une seconde. Ensuite… elle n’était jamais montée sur son lit à l’Atelier ! Zut, ce n’était pas correct ! Une femme n’entrait pas dans la chambre d’un homme !

 

… Bouse, elle était sur son lit hier soir, lorsqu’il avait dévoré sa gorge et sa poitrine de caresses et de baisers.

 

Oui mais c’était lui qui l’avait fait entrer ! Elle n’était pas rentrée d’elle-même !

 

Merlin, qu’avait-il fait ? Évidemment que Lily s’en fichait. Elle n’avait jamais été gênée lorsqu’il avait été malade de passer sa journée avec lui dans sa chambre.

 

Pourquoi tout était confus et incohérent dans sa tête, hein ?

 

« James, mais qu’est-ce que tu fais ! retentit la voix de Lily. »

 

Il sursauta en se précipita sur sa malle pour l’ouvrir et en tirer de quoi s’habiller. Le tutoiement le mettait vraiment mal à l’aise. Ses parents se vouvoyaient parce qu’un homme et une femme devaient se vouvoyer, non ? Et puis si sa mère l’entendait, pour sûr qu’elle ferait une syncope.

 

« J’arrive, s’exclama-t-il en attachant sa cravate rouge et or d’un nœud malhabile. »

 

Le tissu vola et lui glissa des mains pendant la manœuvre mais il réussit à faire quelque chose de plutôt correct.

 

Lily était là, dans la Salle Commune, les pieds sur la table basse, enfoncée dans les canapés.

 

« Qu’est-ce que c’est ? lui demanda-t-elle en venant tirer sur le tissu de sa cravate. Pourquoi tu noues le foulard autour de ton cou ?

 

— C’est une cravate, vous… où avez-vous mis la vôtre ? s’étonna-t-il.

 

— Ben dans mes cheveux, répliqua-t-elle en lui montrant le tissu rouge rayé d’or entouré autour de sa tête comme un bandeau ou un serre-tête.

 

— Évidemment, approuva-t-il en se retenant de rire. Nous y allons ? »

 

Il tendit le bras à Lily qui enroula ses doigts graciles autour de son coude en lui faisant ce sourire exaspéré qu’il adorait. Il lui embrassa la tempe en un battement de paupière avant de la mener à travers le dédale de couloirs du Château de l’École de Sorcellerie Poudlard.

 

.

 

La journée était passée très très très vite. Trop vite, même.

 

Le château de l’École de Sorcellerie Poudlard était… magique. Ouais, c’était nul comme remarque, mais c’était magique selon Lily. Merveilleux et magique. Magique parce qu’il y avait plein de magie et surtout parce qu’elle avait l’impression de rêver. Il y avait plein de surprises partout. Il y avait un secret et un mystère derrière la moindre petite pierre du château. Nan mais les armures étaient vivantes. Vivantes. Et puis les tableaux parlaient. Ils parlaient. Comme elle. Elle pouvait parler avec des images qui bougeaient. C’était dingue, nan ? C’était magique ?

 

Et puis James lui avait proposé de faire un tour en balai. Elle s’était accrochée à lui et il avait volé si vite que tout lui avait paru flou. Sans compter qu’ils étaient montés haut dans le ciel, qu’ils s’étaient éloignés du château et qu’ils avaient pu voir le château entier de loin. Il l’avait embrassée à des tonnes de mètres au-dessus du sol, et ça, c’était trop… magique aussi.

 

Là, en revanche, le troupeau d’enfants et de plus grands de son âge, c’était pas magique du tout.

 

« Me laissez pas, paniqua Lily en se cachant derrière James. »

 

Ils étaient aux grilles du château et James guettait avec impatience ses trois amis, Sirius, Remus et Peter.

 

« Je suis là, Lily, ne vous inquiétez pas, essaya-t-il de la rassurer mais il riait en même temps et Lily se retrouva à lui frapper l’épaule avec irritation.

 

— Vous moquez pas ! Je vais pas bien là, j’aime pas le trop de gens !

 

— Lily, enfin, calmez-vous, toutes les filles de Gryffondor sont gentilles et…

 

— Vous zallez pas m’oublier, hein ? On est d’accord, tous les soirs entre minuit et une heure on se retrouve dans la Salle Commune, hein ? s’assura-t-elle une dernière fois en voyant Sirius Black courir vers eux. »

 

James attrapa son visage et elle fut bien obligée de le regarder dans les yeux. Ses yeux d’un brun chocolat comme celui qu’il y avait dans les petits gâteaux que faisaient Duniky, l’elfe de maison, la fixaient avec l’amusement et la tendresse qu’ils lui réservaient toujours. Lily sentit son cœur se mettre à battre très vite et très fort.

 

« Que faut-il que je vous promette pour vous rassurer, Lily ? lui demanda James avec son sourire en coin qu’elle adorait et trouvait horripilant à la fois.

 

— Chsais pas, grommela-t-elle en sentant sa voix partir en n’importe quoi.

 

— Je ne vous promets rien de plus et vous me faites confiance ? reprit-il et elle se retrouva comme une idiote à hocher la tête. »

 

De toute façon, elle ne pouvait pas dire quoi que ce soit de plus puisque les problèmes déboulèrent au même instant en la personne de Sirius Black. Lily lui grimaça un sourire lorsqu’elle croisa son regard. Il s’en contenta et préféra sauter sur James pour lui faire un de ces câlins complètement bourrins qui semblaient plaire à James.

 

« Bonjour Lily, vous allez bien ? intervint Remus en s’approchant avec plus de retenue.

 

— Ouaip, répondit-elle succinctement. C’est chouette ici.

 

— Poudlard est ma deuxième maison, lui répéta Remus pour au moins la dixième fois même si elle choisit de ne pas le lui faire remarquer.

 

— Lily, vous boudez ? l’embêta une fois de plus Sirius.

 

— Ouaip, répondit-elle de la même manière. C’était chouette ici, se corrigea-t-elle en le détaillant de la tête aux pieds.

 

— Cette jeune personne a beaucoup d’humour, hurla Sirius à l’intention de la petite foule d’élèves qui les regardaient. »

 

Lily leur fit son plus beau regard noir, se détacha des pattes de Sirius d’un coup d’épaule et lui montra ses poings.

 

« Me cherchez pas, marmonna-t-elle.

 

— Bonsoir Lily, intervint Peter avec fébrilité. Est-ce que vous… »

 

Une fille de son âge, les cheveux noirs, et de grands yeux bleus complètement fous se mit à hurler en courant vers elle. Pourquoi les idiots qui s’étaient regroupés devant eux s’écartèrent sur son chemin ? Allez savoir. Toujours est-il que ceci effraya Lily qui préféra s’enfuir vers la Grande Salle après avoir attraper le poignet de James pour le tirer derrière elle.

 

.

 

« Mais qu’est-ce qu’il vous a pris ? s’exclama James lorsqu’ils tombèrent assis sur l’un des bancs de la table de la Maison Gryffondor après leur course folle à travers le château.

 

— Elle m’a fait peur, couina Lily en enfonçant sa tête dans son assiette et en la recouvrant de ses mains.

 

— Mais qui vous a fait peur ? s’étonna James. »

 

Et puis Lily, avoir peur ? C’était un peu surréaliste. Elle n’avait peur de rien, elle tenait tête à tout le monde. Ceci n’avait aucun sens.

 

« La fille qui a crié en me courant dessus, couina à nouveau Lily. J’aime pas les gens, et j’aime encore moins quand il y en a beaucoup.

 

— Lyra ? s’étonna James. Mais Lyra est complètement inoffensive…

 

— Elle m’a fait peur, le coupa Lily en relevant des yeux paniqués vers lui. »

 

Allons bon, que lui faisait Lily ? Elle n’avait pas peur de sa mère mais elle avait peur de Lyra ? C’était ridicule.

 

« Si vous voulez mon attention, ce n’est pas la peine de faire tout ce cirque, Lily, la prévint-il.

 

— Vous prenez pas pour le roi de la terre, lui rétorqua-t-elle. J’ai pas besoin de vous. »

 

Voilà, c’était ridicule. Il la regarda narquoisement lui tourner le dos, croiser ses bras devant elle, croiser ses jambes sur le banc dans une position qui aurait fait crier sa mère et se servir un verre de jus de citrouille. James leva les yeux au ciel et la laissa bouder.

 

Qu’est-ce qu’il était heureux d’être de retour à Poudlard ! Tout lui avait manqué. Tout avait une saveur différente et il prenait un nouveau plaisir à être dans la Grande Salle et à regarder ses amis s’asseoir en face de lui. Il prenait même plaisir à revoir ce bon vieux Rusard que Lily avait tout de suite qualifié de pervers. Merci Lily pour l’éclaircissement.

 

« Potter, tu reviens dans l’équipe, n’est-ce pas ? s’empressa de lui demander son Capitaine, Freddy Stevenson.

 

— Bien sûr Stevenson ! se réjouit James. À quand les sélections ?

 

— Fin du mois, je te redis ! »

 

Et le défilé dura un petit bout de temps.

 

.

 

A côté de James, Lily n’en menait pas large. Elle était cernée par trois paires d’yeux de couleurs différentes, bleus, verts et bruns, et essayaient de jauger leur état d’esprit vis-à-vis d’elle. Elle avait bien essayé de discrètement mettre sa main sur celle de James sous la table pour se rassurer, mais c’était peine perdue (l’imbécile parlait en agitant les mains depuis qu’il l’avait vaguement présentée aux trois paires d’yeux).

 

« Je m’appelle Lyra Black ! finit par dire celle avec les yeux bleus globuleux. »

 

Ses yeux avaient perdu leur côté fou de tout à l’heure. Oui, il n’y avait pas de doute possible. C’était la fille aux longs cheveux noirs qui avait hurlé en courant à elle, comme si elle menait l’assaut contre Lily ou qu’elle lui chargeait dessus.

 

« Dac, répliqua-t-elle. »

 

Puis elle ne put s’empêcher d’ajouter :

 

« Comme Sirius Black ? C’est ton frère ? »

 

Sa curiosité la perdrait.

 

« Lui ? s’exclama Lyra Black faisant sursauter les dix Gryffondors autour d’eux. Vous plaisantez ! se récria-t-elle avec dégoût. Lui, il vient de la très noble et très vieille Maison des Black, répliqua-t-elle de sa voix fluette en prenant un ton faussement important. Moi, je suis née-moldue, je n’ai rien à faire avec Sirius Black.

 

— Dac, répéta Lily en hochant la tête. 

 

— Comme vous selon ce que Remus nous a dit.

 

— Remus, répéta l’autre fille, celle aux yeux verts en faisant la moue. Vous ne jurez que par Remus, Lyra. »

 

Lyra, la brune qui parlait vite et aigu, était assise à côté de Lily, alors que l’autre, celle aux yeux verts, était assise en face d’elle… et à côté de Remus. Lily fit la navette de l’une à l’autre en déglutissant doucement. D’accord. Lyra était toute rouge et agitait silencieusement un doigt menaçant en direction de la blonde aux yeux verts. Donc Lyra était… était quoi ? amoureuse de Remus ? Pourtant, Remus ne lui avait pas dit que…

 

« Moins fort, siffla entre ses dents ladite Lyra. Il va vous entendre. »

 

Remus était emporté dans une discussion vive avec Sirius, James et Peter sur le Quidditch alors Lily doutait qu’il entende quoi que ce soit, même si la blonde aux yeux verts parlait de lui. Celle-ci en avait conclu la même chose puisqu’elle regarda Lyra avec exaspération avant de tourner sa mine renfrognée vers Lily.

 

« Felicity, se présenta-t-elle en lui désignant la fille à sa droite avec les yeux bruns d’un geste du doigt. Ayli.

 

— Dac, répéta Lily crispée de tous ses membres. »

 

Elles se connaissaient bien. Elles étaient sans doute amies. Alors qu’elle, Lily, ne les connaissait pas du tout. Mais ce n’était pas grave, hein ? Tant que James était là…

 

« La répartition va commencer ! se réjouit Felicity. Regardez, ma petite sœur entre cette année à Poudlard. Espérons qu’elle nous rejoigne à Gryffondor.

 

— Votre petite sœur intégrera la Maison de Serpentard, Carrow, l’apostropha Sirius. C’est là qu’échoue toutes les fratries irrécupérables.

 

— Ne commencez pas, Sirius, voulez-vous, rétorqua la brune aux yeux bruns presque noirs que Felicity avait appelé Ayli.

 

— Je ne dis que la vérité, Miss Dulce, se moqua allègrement Sirius.

 

— Cela se prononce Doulché, et vous le savez. Mon père est italien et… »

 

Ils se connaissaient tous, et ceci finit par donner le tournis à Lily. Elle jeta un coup d’œil à James qui riait à une autre remarque de Sirius. Elle se sentait si petite, si perdue, si oubliée dans toute cette foule. Et si James… Elle croisa ses yeux bruns comme le chocolat, son sourire en coin moqueur et sentit ses doigts s’emparer des siens sous la table. Il était là, hein. Avec elle. Il ne la laisserait pas. Elle se fichait bien de tous ces gens. Ou plutôt, elle s’en serait fichu comme de sa première chaussette un an plus tôt. Mais depuis, il y avait James. Et ces gens-là étaient importants pour James. Et puis ils n’étaient pas exaspérants comme Mrs Potter, seulement… nombreux.

 

Elle lui sourit en déviant son regard vers la table. En face de James s’étaient assis Remus et Peter. Sirius était assis à côté de James. Et juste à côté de Peter, il y avait une fille blonde avec un air vraiment pas accueillant. C’était sûrement une connaissance de James. Elle se pencha vers Lyra pour le lui demander.

 

« C’est Marlene McKinnon, lui expliqua Lyra avec moquerie. Méfiez-vous d’elle, elle vous déteste déjà. »

 

Ah ! Donc ils n’étaient pas tous gentils, elle le savait !

 

« Ne racontez pas d’idioties, Lyra, soupira à nouveau Felicity Carrow. Vous allez effrayer Lily.

 

— Marlene porte une certaine affection à James, ajouta Ayli Dulce avec un sourire moqueur. Bien que celui-ci ne s’en rende absolument pas compte, elle semble tout de même penser qu’il lui est destiné. »

 

Ah oui ? Vraiment ? Et elle croyait quoi la fille ? Qu’on attrapait un homme en faisant des regards noirs à ses concurrentes ? Elle avait bu ou quoi ? On gardait pas un homme comme ça, petite Marlene.

 

James tourna à nouveau la tête vers elle. Son sourire lumineux et la main qu’il glissa dans la sienne sous la table la confortèrent dans l’idée que Marlene McKinnon perdait son temps.

 

Elle était à James, et James était à elle. Point à la ligne, hein ? 

End Notes:

Merci Ayli pour ta review <3 Tu as vu ma suprise pour toi ? ;) 

A la semaine prochaine ! 

Chapitre 26 : Escapade éternelle by Juliette54
Author's Notes:

Je crois que je me suis trompée d'une semaine, désolée. Et donc, voici le dernier chapitre, celui que j'ai le plus peur de vous laisser lire, mais bon, allons-y. On se retrouve tout en bas pour la note de fin !

Chapitre 26 : Escapade éternelle

.

Le reste du repas se passa sans accroc.

Lyra, Ayli et Felicity étaient super chouettes. Lyra semblait un peu fofolle, c’était amusant. Felicity faisait sa princesse, mais elle était tellement attentive avec elle que Lily aurait fait des pieds et des mains pour lui décrocher la lune. Ayli était la fille la plus taquine que Lily n’avait jamais vue. Elle aurait été une alliée redoutable pour ennuyer Mrs Potter, Lily en était certaine.

« Et vous venez d’où, Lily ? demanda Felicity une fois qu’elles furent dans leur dortoir, tout en caressant son chat Titou-Douh.

— J’aimerais dormir, si cela ne vous gêne pas, râla Marlene. »

Marlene, c’était pire qu’une princesse. C’était une gamine de bourgeois pourrie gâtée qui faisait un caprice parce qu’elle comprenait que James lui avait filé sous le nez. Ben oui ma cocotte, un homme, ça s’attrape et puis ça se conserve. Beuh.

« Ben vous dormirez quand j’aurai répondu, la rembarra Lily faisant pouffer de rire les trois autres filles. J’viens de Carbone-les-Mines, c’est dans le nord de l’Angleterre d’après ce que James m’a dit.

— En parlant de James, commença Felicity l’air de rien. Vous êtes très proches.

— Je l’ai supporté toute une année quasiment toutes les heures de la journée, un peu qu’on est proches ! répliqua Lily en se félicitant mentalement pour sa brillante répartie.

— Est-ce que… Est-ce qu’il vous a déjà fait des propositions ? demanda-t-elle en devenant rouge des joues.

— Fel ! s’exclama Ayli en posant une main sur son cœur. James n’est pas comme cela, voyons !

— Je vous rappelle, Ayli, que Sirius, qui est le meilleur ami de James, m’a fait ce genre de propositions ! s’offusqua Felicity. Je ne voudrais point que Lily…

— Quoi, t’as pas dit oui ? s’étonna Lily.

— Mais… mais non ! s’affola Felicity d’une voix suraigüe. Ce n’est absolument pas digne d’un gentleman, il aurait dû…

— Au moins, il a demandé, il s’est pas servi comme ça, la coupa Lily avec un hochement de tête approbateur. C’est très gentleman en fait. »

Le ricanement de Lyra qui se tordait littéralement de rire par terre attira l’attention de Lily. Quoi ? Qu’y avait-il de drôle ?

« James vous a clairement fait des propositions de la même sorte que Sirius en a fait à Fel, mais vous, vous avez dit oui ! s’exclama Lyra.

— Mais taisez-vous ! hurla Marlene avant de se mettre à chougner.

— Mais non, il m’a pas fait de propositions pour coucher, nia Lily en levant les yeux au ciel. »

Il avait même tendance à freiner radicalement Lily depuis ce matin. Et puis, il était long à la détente, il ne semblait pas comprendre qu’elle était engagée dans cette voie avec lui. Ça bourdonnait partout dans son corps quand James était devant elle, Maggy lui avait dit que ça faisait ça quand on était amoureux et qu’on avait envie.

« Mais ça me déplairait pas, avoua-t-elle en rougissant. »

Qu’est-ce qui lui prenait de dévoiler ça à des inconnues ? Ils avaient convenus avec James qu’il valait mieux ne parler à personne de ce qu’il se passait entre eux au risque de ne plus être tranquilles.

« Ahhh ! s’enthousiasma Lyra.

— J’veux dire, essaya-t-elle de se rattraper, il est gentil et il serait doux avec moi, donc ce serait bien.

— Ma mère dit que c’est le moment où on doit le plus obéir à l’homme, bafouilla Felicity à toute vitesse en rougissant un peu plus. Je… Je lui ai posé des questions, vu que Sirius m’a fait des propositions et que… nos familles… les Carrow et les Black… ceci les calmeraient toutes les deux et puis… il est… je m’entends bien avec lui donc…

— Tu… Vous vous entendez bien avec lui ? Et donc ? insista Lily sans bien comprendre.

— Je préfèrerai m’engager avec lui qu’avec un autre. »

Lily écarquilla les yeux avant de pouffer de rire. Qu’est-ce qu’il ne fallait pas entendre, tout de même.

« Tu peux… Vous pouvez dire qu’il vous plaît, vous savez. Y a aucun mal à ça, lui apprit Lily en tapotant son épaule avec amusement.

— Mais non, mais ceci n’a aucun rapport, je… Nous irions bien ensemble, non ? demanda-t-elle d’une petite voix. »

Lily pouffa comme une idiote. Elles étaient marrantes ces filles, finalement. C’était chouette et détendu de discuter avec elles, des sorcières de son âges.

« C’est pas parce qu’il veut coucher qu’il veut que vous soyez sa petite femme, lui rappela-t-elle. »

La pauvre Felicity rougit furieusement. Ses yeux écarquillés et sa bouche entrouverte de stupeur la faisait ressembler à un poisson.

« Attendez, c’est trop cool chez les sorciers vous avez plein de potions qui fonctionnent bien mieux que les techniques moldues pour ne pas tomber enceinte ! insista Lily sans comprendre. Les lavements de vinaigre, ça doit être horrible ! La potion d’Ursuline Craggy donne un peu la nausée, une fois par mois, mais c’est tout ! »

Même Marlene s’était redressée sur son lit pour regarder Lily avec des yeux exorbités. Lyra ne riait plus. Ayli et Felicity regardaient Lily en clignant des yeux. D’accord, elle ne connaissait pas ça ? Elles étaient aussi coincées que Mrs Potter ? Mais enfin…

« Attendez, vous ne connaissez pas les méthodes pour éviter de tomber enceinte ? demanda Lily sans comprendre. Mais… Mais ce vos techniques sorcières sont méga géniales ! Vous êtes plus… libérés ou… Ah merde, nan, vous êtes même pires que les Moldus. »

Bah brouta zut.

« Vous… Vous pourriez peut-être nous expliquer, Lily ? demanda Felicity du bout des lèvres en rougissant à nouveau. »

Ahhh.

.

James se laissa tomber dans son lit avec un soupir de contentement. Que c’était bon d’être de retour à Poudlard. Avant l’année dernière, il n’avait pas pris conscience de combien il aimait être ici, dans la Maison de Gryffondor, dans le château écossais et combien toute cette atmosphère lui avait manquée. Il avait même été content de revoir les professeurs, c’était pas fou, ça ?

« Maraude nocturne ? proposa Sirius en sortant la carte.

— Où veux-tu aller ? demanda-t-il aussitôt. »

Il se rappela en le disait qu’il avait promis à Lily d’être à minuit dans la salle commune.

« Nous pourrions aller explorer le septième étage ? proposa Sirius.

— Bonne idée ! se réjouit Peter. Je suis sûr qu’il y a…

— Je vous laisse, demain c’est la pleine lune, je dors debout, les prévint Remus avec une grimace.

— Merlin Lunard, j’avais oublié, s’excusa aussitôt Sirius en refermant la carte. Une soirée cartes te convient ?

— Non mais allez…

— Oh, ne commence pas Remus, nous pouvons bien faire notre sortie dans trois jours, le coupa James. Allons-y pour la soirée cartes ! »

Il n’aurait qu’à sortir quand ses amis seraient couchés.

.

« Mais qui vous a appris tout ceci ? se réjouit Felicity Carrow.

— Je suis tombée sur un bouquin que j’avais pas le droit de lire dans la bibliothèque de Mr Potter, leur révéla Lily avec arrogance. Il faut toujours faire ce qu’on nous interdit, c’est la clé pour découvrir la vie, assena-t-elle avec conviction.

— Et donc, vous êtes sûre que si on prend cette potion tous les jours, il n’y a aucun risque pour tomber enceinte ? répéta Ayli avec émerveillement.

— Ben le livre le disait en tout cas, reconnut Lily. On aura qu’à essayer, proposa Lily.

— Essayer, essayer… si je tombe enceinte sans être mariée, ma famille deviendra folle, s’inquiéta Felicity.

— Ben sinon, faut que vous lui disiez de s’arrêter à temps, en convint Lily en faisant la moue.

— S’arrêter à temps ? s’étonna Lyra.

— Ah ouais, vous êtes vraiment pas plus libérées que les moldues, se désespéra Lily. »

.

James attendait Lily depuis au moins une demi-heure lorsqu’il entendit du bruit. Il se leva du canapé de la Salle Commune de Gryffondor pour l’accueillir : elle lui sauta dans les bras et ils tombèrent à la renverse sur le fauteuil. Elle l’embrassait déjà à en perdre haleine lorsqu’il comprit qu’elle s’était installée à califourchon sur lui dans une position on ne peut moins décente. Si quelqu’un venait, il n’était pas sûr de…

« Je discutais avec Ayli, Fel et Lyra, elles sont chouettes, dit-elle entre deux baisers. »

Sa langue revint aussitôt dans sa bouche, l’empêchant de lui faire un quelconque reproche ou même de lui répondre que ce n’était pas grave même si c’était elle qui avait insisté encore et encore pour qu’ils se retrouvent entre minuit et une heure sans faute. Elle avait déjà ouvert les premiers boutons de sa tenue de nuit et écarté les pans de sa robe de chambre lorsqu’il prit conscience que les doigts de Lily sur sa peau n’étaient pas non plus décents.

« Lily, bafouilla-t-elle en rompant le baiser, à bout de souffle. »

Il aurait bien parlé d’agression mais comme il avait été plus que consentant, il préféra s’abstenir. Lily était renversante, et il sentait déjà le désir de la posséder revenir au galop. Il respira profondément en posant son front contre le sien. Ce n’était pas convenable et pourtant, il en avait tant envie qu’il ne voyait pas comment résister à la tentation de Lily, sa bouche maligne, son corps gracile et ses doigts habiles.

« J’aime tellement t’embrasser, souffla Lily. »

Son cœur fit un bond dans sa poitrine et le sang battit fort à ses tempes. Ô Lily !

« Moi aussi j’aime vous embrasser, répondit-il en tâchant de se calmer. Mais… Comment dire vous… Ne m’approcher pas autant, je… Je vous respecte et je… je veux faire les choses bien. »

Il sentit Lily éloigner son front du sien. Il releva des yeux incertains vers elle. La perplexité de ses traits fut vite remplacée par un agacement dont James ignora si bien la raison qu’il se mit à paniquer. Lily était bien trop imprévisible pour lui. Qu’allait-elle lui dire ? Qu’elle trouvait révoltant qu’il lui tienne des propos pareils ? Qu’il n’avait pas le droit de songer à elle de la sorte avant…

« T’es en train de me dire que tu veux pas aller au bout ? Je te fais pas envie ? »

Quoi ? Mais, mais non !

« Mais si vous me faites envie ! protesta-t-il. Bien trop même ! C’est d’ailleurs pour cela que je vous freine et…

— T’as la frousse alors ? cassa-t-elle. T’as peur de pas savoir ce qui faut faire ? Tu sais ça s’apprend hein, je vais pas…

— Mais non, je… Mais ça n’a rien à voir ! Je… Tout ce que vous faites me retourne l’estomac et j’ai tellement envie de…

— Ça te retourne l’estomac ? Dis plutôt que ça fait durcir ta…

— Lily ! s’exclama-t-il durement pour la faire taire… »

… Ce qui était bien mal la connaître puisqu’elle finit sa phrase sans tenir compte de l’ordre implicite. Pourtant, sa mère se taisait lorsque son père prenait ce ton-là. C’était évident que Lily n’avait pas de limite.

« Eh, je dis ce que je veux, protesta-t-elle sans voir qu’il était en panique et complètement offusqué de la manière dont les choses se déroulaient. Et c’est pas parce que tu me respectes qu’on peut pas coucher. »

D’accord, là, c’était trop.

Attendez, quoi ?

« Bon ben, je vais dormir, t’auras qu’à… vous n’aurez qu’à me dire quand vous serez prêt à en discuter. Bonne nuit ! conclue-t-elle en haussant les épaules. »

Il eut à peine le temps de comprendre ce qu’il s’était passé qu’elle était remontée dans son dortoir. Il y avait définitivement quelques règles qu’il manquait à Lily.

.

.

Si James était finalement aussi coincé que sa mère, elle n’était pas sortie de l’auberge. Le coup qu’il lui avait fait hier soir, elle ne s’en remettrait pas avant quelque temps. Maggy lui disait toujours que les hommes voulaient tout de suite coucher, et ben si c’était vrai, James n’était pas un homme, c’était la seule explication possible.

Elle ferma sa robe en grommelant. Et dire qu’elle avait fait la maligne devant Fel, Ayli et Lyra la veille, ben c’était mal joué de sa part. Elle avait l’impression d’être revenue à la case départ, lorsque James n’osait même pas mettre son bras autour de sa taille. Bientôt ils allaient à nouveau parler de remerciements, et bientôt il lui vanterait les mérites de l’abstinence. Bravo.

« Avez-vous mal dormi, Lily ? lui demanda gentiment Ayli, son sourire taquin de retour. J’aurais pourtant juré vous avoir entendu ronfler allègrement.

— Non, non, ça va, j’ai bien dormi. James m’a pris la tête hier, c’est tout, en convint-elle.

— Je suis certaine que ça ne durera pas. Prête pour votre première journée de cours ?

— Et comment ! se réjouit Lily. »

.

James était déjà attablé lorsque Lily arriva dans la Grande Salle. Elle se laissa tomber à côté de lui sans dire un seul mot. Il se sentit rougir comme jamais en se rappelant des propos qu’elle lui avait tenus la vieille. Mal lui prit d’essayer de faire comme si de rien n’était puisqu’il s’étrangla dans un timbre de voix suraigu lorsqu’il voulu saluer Lily. Il croisa ensuite le regard curieux de Sirius qui passa de lui à Lily avec interrogation.

« Bonjour James, j’espère que vous avez bien dormi. Et donc, on commence par quoi ? »

Il s’étrangla à nouveau dans son lait chaud cette fois-ci. Quoi ? Elle voulait commencer quoi ?

« Quel cours ? précisa-t-elle en le regardant de travers. Vous êtes bizarre ce matin.

— Ah euh, métamorphose, bafouilla-t-il en lui montrant l’emploi du temps que McGonagall venait de lui donner.

— Ah, ça j’y vais, approuva-t-elle en regardant l’emploi du temps. Je peux en avoir un à moi ? 

— La Professeure McGonagall reviendra bientôt, oui. Regardez, elle est… »

Il regarda Lily se lever et se jeter sur McGo. Lyra et Ayli se mirent à rire.

« Lily est vraiment drôle, en convint Lyra.

— Et elle semble tout connaître ! se réjouit Ayli. »

Tout connaître… Est-ce qu’elle aurait déjà…

« Elle n’a pas sa langue dans sa poche surtout, précisa Sirius. Qu’en pensez-vous Felicity ? La princesse de Gryffondor donne-t-elle grâce à l’attitude sans gêne de Lily Evans ? se moqua-t-il. 

— Je ne suis pas une princesse ! s’offusqua Felicity. Veuillez cesser ces… ces qualificatifs complètement hors de propos !

— Elle m’adore, l’éclaircit Sirius en attrapant la main de Felicity pour l’embrasser. »

Les joues écarlates de Felicity et l’attitude frivole de Sirius laissèrent un instant James figé. Qu’est-ce qui se passait ? Sirius lui avait beaucoup parlé de filles dès qu’il venait le voir l’année dernière, mais se permettre une telle attitude en public le laissait assez…

Mais Lily, la veille…

Et si c’était lui qui était… coincé ?

« Quand vous rougissez, j’ai encore plus envie de vous embrasser, ajouta Sirius en glissant des doigts habiles sur la joue de Felicity pour remettre une mèche de cheveux en place. »

Il détourna le regard. Si Sirius le faisait…

Lily revint bruyamment à leur table avec son emploi du temps dans les mains, un immense sourire aux lèvres. James la contempla plus longuement, perdu dans ses pensées. Elle avait tressé des cheveux comme elle l’avait fait aux visites de Remus, Sirius et Peter. Son uniforme cachait ses formes que James avait pu explorer ces derniers mois avec des mains courageuses et curieuses. Sa poitrine était à peine dévoilée par un bouton mal mis et James rougit en se rappelant qu’il l’avait embrassée longuement à cet endroit. Et il avait envie de recommencer malgré le côté indécent de l’affaire. Mais était-ce si indécent ? Est-ce qu’il pouvait faire comme Sirius et lui dire ouvertement ce dont il avait envie ? Et céder à ces envies, comme ça ? Est-ce que, s’il disait ce genre de choses à Lily là tout de suite, elle le prendrait bien ? Oui mais ils avaient convenu d’être discret sur cette intimité qui s’était développée entre eux afin de se protéger de quelconques remontrances de Mrs Potter. Oui mais…

« Ben qu’est-ce que vous avez ? lui demanda Lily en posant son emploi du temps entre leurs assiettes.

— Vous… Vous êtes une étoile, bafouilla-t-il. »

Lily lui jeta un coup d’œil perplexe en clignant des yeux avant de rougir. Mais ça, ce n’était pas grand-chose. Le problème se situait en face de lui, en la personne de Sirius Black qui avait arrêté de conter fleurette à Felicity Carrow pour s’intéresser à lui.

« Une étoile ? répéta Lily en rougissant encore plus. »

Qu’est-ce qu’il aimait quand elle rougissait. Ses yeux incertains passaient de leurs camarades à lui et son sourire était hésitant. Il ne savait plus bien ce qu’il faisait, mais l’attitude de Sirius semblait acceptée alors il pouvait bien…

« Vous me guidez même dans les moments les plus sombres, bafouilla-t-il en attrapant sa main. »

C’était ça la solution. S’il voulait être à peu près décent et respectueux, il n’avait qu’à se mettre à genoux devant elle, l’appeler sa fiancée, et ceci ferait taire sa conscience.

« James, qu’est-ce vous fichez ? bafouilla-t-elle en regardant autour d’elle avec nervosité. Laissez-moi manger avant d’aller en cours. J’ai la dalle. »

Il sursauta alors qu’elle agitait sa main pour qu’il la lâche et ceci le réveilla. Mais qu’est-ce qui lui prenait ?

.

Lily ne s’appesantit pas plus longtemps sur l’attitude de James. Il était bizarre de toute façon. Mais tout de même, il la regardait avec des cœurs dans les yeux, et si elle aimait bien qu’il le fasse quand ils étaient tous les deux, là, devant toute la Grande Salle, elle était un peu mal à l’aise. Qu’est-ce qui tournait pas rond dans sa tête ? Il voulait pas que sa mère soit au courant pour pas qu’elle s’esquinte à les faire dormir à des endroits opposés de la maison, et voilà qu’il essayait de lui faire des mamours en public. Merci bien pour la logique, James Potter.

« Bon ben, on y va ? demanda-t-elle en enfournant un énième petit pain dans sa bouche.

— Lily, vous avez le temps de finir votre bouchée, la taquina Ayli.

— J’veux pas être en retard pour mon premier cours ! Ah nan mais non, c’est la vieille chouette la professeure de métamorphose ? C’est pas vrai, elle va encore me rouspéter comme une gosse, râla-t-elle en se levant de table. Tout ça, c’est parce que je lui ai donné un ou deux coups de casserole dans… »

Tout en se levant, elle avait tourné le regard vers la porte de la Grande Salle et son regard s’était posé sur des yeux noirs qu’elle avait espéré voir pendant des mois et des années avant de les oublier… jusqu’à l’arrivée de la vieille chouette chez Bryan.

« Sev ? bafouilla-t-elle en se rétamant sur le sol de pierre en s’emmêlant les pieds dans le banc. »

Elle n’y prêta pas beaucoup d’attention et se releva aussitôt.

« Est-ce que c’est toi ? bafouilla-t-elle en se précipitant sur lui. »

Ils avaient le même âge et ils avaient tous les deux grandi, mais c’était bien lui, les cheveux noirs mi-longs, le nez un peu cassé, le visage trop blanc, et une silhouette toute maigrichonne. Pourtant Lily ne décela pas l’attention et la douceur que Severus lui avait toujours accordées avant de disparaître de sa vie. Tant pis, c’était bel et bien lui.

« Sev ! s’exclama-t-elle avant de lui sauter dans les bras. Bon dieu, t’es pas mort ? Pourquoi t’es jamais revenu me chercher ? Tu m’avais dit qu’on irait à Poudlard, qu’on était des sorciers, et puis t’es jamais revenu et… 

— Lily, la coupa Severus en attrapant ses poignets pour se dégager d’elle. »

Sa voix était beaucoup plus grave que celle dans son souvenir, les traits crispés et son regard aux aguets, mais elle était sûr que c’était son ami qui…

Qui l’avait abandonnée.

« Vous vous connaissez ? intervint la voix de James avec une stupeur effroyable. »

Il lui avait couru après puisqu’il était à côté d’elle, une main sur son épaule.

« Potter, grimaça Severus avec un mépris qui mit Lily un peu plus mal en point.

— Pourquoi t’es jamais venu me chercher ? demanda-t-elle en sentant sa voix trembler. Tu… Tu m’avais dit qu’ils avaient dû se tromper et qu’ils avaient dû oublier de m’envoyer la lettre et que tu… et que tu leur parlerais alors pourquoi… Pourquoi tu m’as laissée là-bas ? demanda-t-elle en cherchant instinctivement le contact du corps de James. »

Son ami… amoureux ou quoi qu’il fût n’eut pas besoin de plus pour refermer ses bras autour de ses épaules et laisser le dos de Lily se blottir contre son torse. L’œil de Severus devint un peu plus noir, et sa bouche se tordit bizarrement, un peu comme son pochtron de père. Il lui avait donné un véritable espoir en lui disant que sa magie lui permettait d’entrer dans un monde magique loin de ses parents. Il lui avait parlé de Poudlard et elle s’y était raccroché. Puis il avait reçu sa lettre, elle n’avait pas reçu la sienne, et il était parti de Carbonne-les-Mines… pour ne plus jamais revenir. Elle avait cru pendant des années qu’il s’était moqué d’elle… puis qu’il était mort lorsque Mr Potter était venu la chercher. Parce qu’il n’avait pas pu l’abandonner chez ses moldus de parents autrement que parce qu’il était mort, hein ? C’était pour cette raison qu’elle n’avait pas voulu croire la vieille chouette. On pouvait la tromper une fois, pas deux.

« Je pensais que tu n’étais pas une sorcière finalement, reprit Severus de cette voix grave qu’elle ne reconnaissait plus, puisque…

— Le Grand livre des Admissions avait été volé ! s’exclama James et Lily sentit sa voix la faire trembler dans tout son corps. Tu savais qu’il avait été volé ! Pourquoi tu n’es pas allé voir Dumbledore ? Pourquoi tu as laissé Lily là-bas si…

— Elle n’est pas comme nous ! s’exclama Severus en serrant les poings. »

Lily le vit blanchir un peu plus et baisser le regard vers elle avant de venir regarder James qui serrait un peu plus Lily contre lui.

« Pas comme nous ? demanda froidement James. Attention à ce que tu vas dire, Servilus.

— Tu sais très bien qu’elle vient de… de…

— Attention, Rogue, je ne…

— C’est une Sang-de-Bourbe ! s’exclama Severus en faisant un pas en arrière. 

— Répète un peu ! s’emporta James en poussant Lily sur le côté pour tirer sa baguette.

— Arrête, arrête James, s’il te… s’il vous plaît je… bafouilla-t-elle en se sentant se mettre à pleurer. »

Qu’est-ce qui se passait ? C’était quoi ce mot, Sang-de-Bourbe ? Ce n’était pas gentil, c’était sûr, mais pourquoi James s’emportait-il et pourquoi Severus n’était jamais revenu et…

« Lily, entendit-elle et elle se laissa guider hors de la Grande Salle. »

.

James laissa Servilus entre les mains des Maraudeurs et de McGonagall qui n’avait pas manqué une seconde de la scène. Comment Lily pouvait-elle connaître Servilus ? Ce n’était pas possible, ça n’avait aucun sens ! Rogue venait de la famille Prince, et il imaginait mal Mrs Rogue née Prince habiter dans le quartier minier que lui avait décrit son père. Et comment avait-il pu… James n’avait pas entendu l’insulte depuis des années, et encore, c’était en cours d’Histoire de la Magie pour les besoins du cours.

« Lily, chuchota-t-il en l’amenant dans un coin désert du parc de Poudlard. »

Il avait l’impression que son cœur était en train de se déchirer en mille morceaux depuis qu’il l’entendait pleurer. C’était encore pire que le soir où elle lui avait parlé du mari de sa cousine, un certain Bryan, qui avait essayé de la toucher alors qu’elle avait à peine treize ans. Il l’assit sur l’herbe et s’assit à côté d’elle.

« Il était mon ami, il était… C’est pas gentil ce qu’il m’a dit, hein ? Hein c’est pas gentil ? sanglota-t-elle. Et dire… C’est le premier qui m’a parlé de magie et… et moi je l’ai attendu pendant des années et… et il n’est jamais revenu et… J’ai cru qu’il était mort mais en fait… il me déteste hein ?

— Il n’aime pas vos origines moldues, confirma James en grimaçant. »

Lily se jeta à nouveau dans ses bras pour sangloter. Il posa sa main sur ses cheveux et les embrassa doucement en la berçant un peu. Elle l’avait sauvé cette année par sa joie de vivre, sa vivacité et sa spontanéité un peu naturelle, c’était à lui désormais de prendre soin d’elle.

« Il est affreux avec moi ! s’exclama-t-elle en tapant du poing contre son torse. »

Elle lui coupa le souffle par la même occasion et il s’effondra dans l’herbe derrière lui en respirant difficilement. Des étoiles dansèrent devant ses yeux pendant un petit moment. Mais comme Lily était la plus belle étoile de sa vie, elle fit rapidement la lumière sur tout ça. Son petit visage affolé et qui ne pleurait plus était penché sur lui lorsqu’il put à nouveau voir autour de lui.

« Oh James, je… Je suis désolée, je me rends pas compte de ma force et… Oh Seigneur, j’ai cru que je t’avais tué !

— Ah ça, oui, vous me tuez, en convint James en se mettant à rire. »

Lily l’étouffa bien vite en l’embrassant. Et pour sûr qu’il ne l’arrêterait plus de sitôt.

« Miss Evans ! s’exclama la voix choquée de la vieille chouette. »

L’éclat de rire encore embrumé de larmes de Lily lui arracha un sourire. Il glissa ses mains de chaque côté de son visage pour garder son regard mutin et ses joues parsemées de taches de rousseur juste au dessus de lui. Là, voilà, il n’avait plus qu’elle dans son champ de vision.

« Tu me feras aimer Poudlard ? lui demanda-t-elle avec des trémolos dans la voix.

— Je te le promets, lui répondit-il en retournant l’embrasser. »

Ils avaient encore deux années complètes à Poudlard pour se faire houspiller. La vieille chouette pouvait bien attendre un peu.

 

End Notes:

Que vous aimiez ou non Sevrus Rogue, ne me tuez pas et laissez-moi me justifier pour cette apparition (je l'aime beaucoup ce personnage d'ailleurs, allez lire Du sel dans les pâtes si vous ne me croyez pas!). Déjà, je voulais remettre la fameuse scène de l’insulte parce que c’est un point de bascule pour Lily et Rogue dans leur amitié. Sauf que dans cet UA, Rogue est parti à Poudlard sans Lily, donc il n’a jamais eu à « montrer » son amitié à qui que ce soit des autres de sa maison, il ne l’a pas vue depuis cinq ans et il n’avait personne pour lui faire aimer le monde de son moldu de père. Donc, cinq ans sans contact avec Lily ont fait du mal, d’autant plus qu’il ne pensait pas que c’était Lily la nouvelle arrivée à Poudlard mais une certaine Elizabeth Evans, puisque les journaux ont parlé de Lily ainsi (la faute à Mrs Potter). Ensuite, James est là, et Severus comprend bien à leur attitude qu’ils sont très liés, ce qui lui enlève vraiment toute envie de revenir vers Lily à cet instant et ce, devant tout le monde. Bien sûr que comme dans la saga, il viendra s’excuser le soir, il va regretter et revenir progressivement vers la lumière. Mais un accueil aussi violent va marquer Lily, alors qu’elle est plutôt méfiante voire hostile aux Moldus, ce qui irait dans le sens de ce Severus actuel/de cette époque. Bref, j’attends vos récriminations, vos insultes et aussi votre clémence… Et on a une fin en cheveux sur la soupe, je sais pas faire autrement, pardonnez-mwaaa.


Des milliers de mercis à Ayli pour toutes ses reviews adorables <3 A Alask aussi, à nine et aussi à Javalia et aussi à vous tous d'avoir lu et aux 21 mises en favoris, vous êtes adorables ! 


Donc c'est la fin... n'hésitez pas à me dire tout ce que vous voulez sur cette histoire, et sur cette fin abrupte. Je voulais finir cette fic parce que j'aimerais faire un Jily à une autre époque (Moyen-âge ou antiquité, je réféchis) et puis à avancer dans les autres fics que j'ai en cours d'écriture. Mais c'est pas impossible que je vienne mettre un ou deux chapitres bonus si j'ai une idée. L'épilogue c'est le chapitre 20 si vous voulez le relire. 


Et des bisous, merci d'avoir lu jusqu'au bout et j'espère vous retrouver sur d'autres fics :D

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