Racines by Violety
Summary:

 

 

Photo by Haseesh Rahithya on Unsplash

« Pour la première fois depuis des mois, Parvati serrait enfin sa sœur adorée dans ses bras, et cela aurait dû remplir sa vie de joie – mais elle venait d’apprendre la nouvelle la plus dévastatrice qu’il lui eut été donné d’entendre, et il lui semblait que son monde s’écroulait.

 

Prasad Patil était mort. Papa était mort. Parvati avait définitivement perdu son père, sans être sûre d’avoir retrouvé sa sœur. Le brouillard qu’elle s’évertuait patiemment à chasser depuis des années venait de faire un grand retour assourdissant, par quelques mots prononcés par une sœur endeuillée. »

* * *

2007. Suite au décès de son père, Parvati retourne en Inde pour l'été. Une famille qui ne la comprend pas, des retrouvailles avec sa soeur, et un voyage improvisé à travers le pays l'attendent...


Participation Hors-Concours à « La saison du phénix », organisé par Seonne


Categories: Après Poudlard Characters: Lavande Brown, Luna Lovegood, Padma Patil, Parvati Patil
Genres: Amitié, Aventure/Action, Famille
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Les chemins de Parvati, La saison du phénix
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 11659 Read: 859 Published: 07/09/2020 Updated: 26/10/2021
Story Notes:

Voilà plusieurs années que cette histoire me trottait en tête. Elle fait directement suite à un OS, Sous la tonnelle, que j'avais écrit pour "A vos claviers" 2013. Elle reprend par ailleurs des thèmes évoqués dans Au marché, un OS écrit pour l'édition 2014 du concours - il y a toutefois quelques différences, ma vision du personnage de Parvati Patil et de sa famille s'étant un peu affinée au fil du temps.

Voilà plusieurs années que j'écris sur Parvati, essayant de lui construire une personnalité, des rêves, des envies et des difficultés, et surtout un avenir. Avec toujours cette question qui me passionne : comment cette génération de jeunes sorcier.e.s qui a dû se battre si tôt s'en sort avec la vie d'adulte (ou presque). Sur le même sujet, je me suis également mise à écrire sur Susan Bones.

 

J'ai commencé à écrire cette histoire il y a plusieurs années, pour un concours sur la famille il me semble. Je l'avais un peu laissée en plan, et le concours estival de Seonne, "La saison du phénix", m'a donné l'occasion de le reprendre. Je n'ai pas réussi à finir cette fic, qui m'a un peu échappée, à temps pour le concours, donc je la publie en hors-concours.

 

Il fallait écrire une histoire ayant pour thème le changement et le renouveau. Le personnage devait subir une perte majeure, ayant lieu dans le texte ; puis en tirer quelque chose : un changement dans sa façon de penser, un désir de revanche... Le texte devait mentionner la mort d'un personnage et la naissance d'un autre. Voilà pour les éléments issus du concours.

Cette fic parle d'amitié, de sororité, de famille, de questionnements, d'identité et de voyage. J'espère qu'elle vous plaira, n'hésitez pas à me laisser un petit mot :)

1. Chapitre 1 : Au nom du père by Violety

2. Chapitre 2 : Entre deux sœurs by Violety

Chapitre 1 : Au nom du père by Violety
Author's Notes:

Voici le premier chapitre de cette fanfiction. Les personnages et l'univers appartiennent à l'autrice de Harry Potter, la famille Patil est issue de mon imagination. La famille de Lavande, dont sa fille Brooke citée plus bas, est une invention de mon amie Bloo.

J'ai utilisé mes quelques connaissances sur les funérailles hindoues pour imaginer et décrire leur version sorcière. Si vous êtes hindouiste et voyez des erreurs dans ce que j'ai écrit, n'hésitez pas à me le dire :)

 

Bonne lecture !

Parvati était, une fois de plus, dans le brouillard.

 

Padma se tenait devant elle pour la première fois après bientôt un an. Sa sœur jumelle, qu’elle n’avait pas vue depuis si longtemps, à qui elle ne parlait plus vraiment, était enfin là, et Parvati sentait son cœur brisé se remplir d’amour et d’une joie douce-amère à sa vue. A ces sentiments se mêlaient la rancœur et une sensation d’abandon tenace, et surtout la plus grande des confusions.

 

Car Padma lui parlait et Parvati ne comprenait pas ce qu’elle lui disait.

 

« Parvati… fit sa sœur. C’est Papa… »

 

Parvati sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, puis se figer, et un froid glacial envahit ses veines. Les deux sœurs s’étaient toujours comprises mieux que personne, et elle put deviner les mots qu’allait prononcer Padma avant que ceux-ci ne sortent de ses lèvres.

 

« Papa est mort. »

 

Et Padma lui tomba dans les bras.

Pour la première fois depuis des mois, Parvati serrait enfin sa sœur adorée dans ses bras, et cela aurait dû l'emplir de joie – mais elle venait d’apprendre la nouvelle la plus dévastatrice qu’il lui eut été donné d’entendre, et il lui semblait que son monde s’écroulait.

Prasad Patil était mort. Papa était mort. Parvati avait définitivement perdu son père, sans être sûre d’avoir retrouvé sa sœur. Le brouillard qu’elle s’évertuait patiemment à chasser depuis des années venait de faire un grand retour assourdissant, à cause de quelques mots prononcés par une sœur endeuillée.

 

* * *

Après, tout se passa très vite. Lavande fit entrer Padma chez elle, et amena les deux sœurs jusqu’au salon où elle resservit du thé. Elle les laissa entre elles et se rendit dans la cuisine – Parvati apprendrait un peu plus tard que son amie avait, en quelques minutes, contacté Seamus, son mari, pour lui annoncer son départ, réservé un Portoloin international, appelé son travail pour poser des congés, et fait de même avec celui de Parvati. Celle-ci lui en fut très reconnaissante ; elle aurait été bien incapable d’organiser quoi que ce soit dans l’état dans lequel elle se trouvait.

Le thé servi, Padma leur raconta : l'état de Mr Patil avait soudainement empiré deux nuits plus tôt, lorsqu'il avait été pris de très fortes fièvres. Le médicomage de famille l'avait examiné, avant d’annoncer à sa femme qu'il ne passerait sans doute pas la nuit. Celle-ci n'avait pas osé appeler ses filles tout de suite. Padma devait être très occupée avec Priya, sa première-née. Et après la façon dont Parvati avait quitté la maison deux semaines avant...

 

En entendant cela, Parvati sortit sa léthargie, le temps de se sentir extrêmement coupable. Puis elle cacha cette culpabilité très, très, très profond, au milieu du brouillard. Mieux valait ne pas y penser maintenant.

Le lendemain à 11 heures, les trois jeunes femmes se trouvaient au terminal des Portoloins internationaux, d’où elles se rendraient à Jaipur. Mrs Patil était déjà en route avec l’oncle Ashok : ils accompagnaient le corps de Mr Patil, transporté jusqu’en Inde grâce aux Pompes funèbres magiques internationales.

Le portoloin de Parvati, Padma et Lavande partit à 11h30. Quelques instants plus tard, les trois sorcières se matérialisèrent au terminal de Jaipur, 15h35 heure locale. À 16h40, Parvati passait le pas de la porte de la maison familiale, et tombait dans les bras de sa grand-mère paternelle.

 

* * *

Parvati se tenait devant l’entrée du salon de sa grand-mère, hésitante. Elle effleura machinalement les broderies de sa longue kurta blanche. Elle vérifia, par réflexe, que l’étui de sa baguette était bien accroché à sa taille. Elle pouvait imaginer le regard réprobateur de ses tantes si elles s’apercevaient de la manière dont Parvati portait sa baguette – mais peu importait, la sensation du saule le long de sa hanche la rassurait.

Elle n’osait pas passer la porte. Elle n’avait pas vu le corps de son père depuis son arrivée à Jaipur, la veille. Il avait été déposé pour la veillée funéraire dans cette grande pièce, dans laquelle elle hésitait à entrer. Le brahmane devait arriver plus tard dans la journée, et la mère de Parvati avait demandé à ses filles de l’aider pour la toilette funéraire.

Mais Parvati ne savait pas comment trouver le courage de rentrer.

 

Elle sentit une main chaude se glisser dans la sienne, et releva les yeux. Padma lui adressa un sourire triste, et serra sa main dans un geste réconfortant.

« Je ne l’ai pas vu non plus, pas encore. »

Parvati sourit malgré elle – même après tout ce temps, sa sœur parvenait toujours à savoir à quoi elle pensait.

« Même pas à Sainte-Mangouste ?

- Non. Je suis arrivée après qu’il est… Et je n’ai pas réussi à rentrer dans la pièce. Pauvre maman… Je l’ai laissée toute seule. »

Parvati serra la main de sa sœur à son tour. « Elle n’était pas seule. Il y avait Ashok avec elle… Elle ne sera plus seule maintenant. »

Les deux sœurs échangèrent un regard et prirent une grande inspiration en même temps. Padma ouvrit la porte et rentra dans la pièce, suivie par Parvati.

 

Le corps de leur père avait été déposé sur un petit lit recouvert d’un drap blanc. Leur mère était déjà là, agenouillée à ses côtés. Derrière elle, la tante Alisha rangeait un rasoir et une paire de ciseau.

Parvati sentit son cœur s’arrêter un petit instant. Son père paraissait si… petit. Lui qui avait toujours été plutôt corpulent, avait dû perdre beaucoup de poids depuis la dernière fois qu’elle l’avait vu. Sa tête était déjà rasée, disparue sa belle chevelure noire, ce qui amincissait encore son visage pâli par la mort.

 

Les deux sœurs s’avancèrent, se tenant toujours la main, et s’agenouillèrent de l’autre côté du lit, face à leur mère. Celle-ci leur adressa un sourire triste. « Meri beti… Merci d’être là, il faut que nous préparions votre papa avant l’arrivée du brahmane... »

La suite se passa comme dans un rêve. Parvati et Padma suivaient les indications d’Alisha. Elles déposèrent des cendres sur le front de leur père, puis quelques gouttes d’eau, et placèrent des feuilles de basilic sur sa bouche. Leur mère attira d’un Accio un cadre contenant une image du dieu Ganesh, qu’elle déposa à côté de son mari. Alisha agita sa baguette à son tour, et une bougie vint flotter dans l’air au-dessus de la tête de Prasad.

Pendant plusieurs heures, les quatre femmes s’affairèrent jusqu’à l’arrivée du prêtre, puis furent rejointes par le reste de la famille pour les rituels religieux et magiques, qui permettraient à l’âme du défunt de s’élever. Padma et Parvati restèrent tout ce temps auprès de leur mère, deux piliers pour la soutenir dans sa douleur.

 

L’incinération eut lieu le surlendemain, sur la place centrale d’un village sorcier près de Jaipur, d’où la famille Patil était originaire. A travers le brouillard qui enveloppait ses sens, Parvati fut surprise de constater le nombre de gens très différents qui s’étaient déplacés pour les funérailles de son père. Des cousins éloignés qu’elle n’avait jamais vus, des voisins et des sorciers de la communauté qui connaissaient ses grands-parents, et même quelques sorcières et sorcier britanniques qui firent le déplacement pour l’occasion.

Le mage qui présidait la cérémonie était un brahmane également, dont la tunique blanche était brodée de fils argentés qui brillaient sous le soleil. On avait revêtu Prasad Patil d’une kurta jaune, de sorte que son corps allongé sur le bûcher funéraire se détachait parmi la foule vêtue de blanc. Parvati portait un ghagra choli, tandis que sa mère et sa sœur étaient habillées des saris réservés aux femmes mariées.

Alors que le mage commençait son office, Parvati se retourna pour croiser le regard rassurant de Lavande. Elle avait insisté pour que celle-ci se tienne près d’elle, juste derrière le premier rang familial. Lavande lui adressa un clin d’œil et un petit sourire, auquel Parvati répondit. Padma lui donna un léger coup de coude, et Parvati se retourna. Elle observa le brahmane lever sa baguette, suivi par son oncle et ses cousins. De leurs baguettes sortirent des filaments dorés, qui entourèrent le corps de son père posé sur le bûcher.

Elle sentait les larmes monter doucement, mais elle ne pleura pas. Elle ne pleura plus, pendant tout le temps que dura la cérémonie funéraire. Elle gardait en elle, comme un Patronus pour lutter contre la tristesse qui l’envahissait, le souvenir du sourire de son père, les mots doux que sa grand-mère lui avait murmurés, la sensation de la main de Padma qui frôlait la sienne, et la présence confortable de sa meilleure amie. Elle se concentrait sur toutes ces belles choses, essayant de ne pas se laisser envahir par la vision du corps sans vie de son père, par l’atmosphère chargé de magie, par les filaments qui se changeaient en flammes, par le bûcher qui s’embrasait et l’air rougeoyant.

 

Le soir, couchée dans son lit, Parvati resta longtemps éveillée. La journée avait été longue et remplie, de repas et de rencontres familiales et d’hommages à son père. Tout lui échappait déjà. Elle revoyait le bûcher immense, les flammes rouges dressées, et les cendres de Prasad Patil qui s’élevaient vers le ciel.

Elle s’endormit doucement, bercée par la lente respiration de Lavande allongée à côté d’elle.

 

* * *

Parvati devait rester au moins un mois en Inde. Elle réalisa rapidement qu’elle ne pourrait pas rester aussi longtemps chez sa grand-mère. Il en allait de sa santé mentale.

Les premiers jours, malgré la tristesse, furent relativement agréables. Elle discuta longuement avec Padma, et les deux sœurs entamèrent une lente mais certaine réconciliation. Il leur restait beaucoup à dire, tout n’était pas pardonné, et leur relation ne serait peut-être jamais comme avant...

« Mais vous avez changé, Parv’, beaucoup changé ! C’est normal que tout ne soit plus « comme avant », lui fit remarquer Lavande quand elle en discuta avec elle. Notre relation non plus n’est pas « comme avant », ta relation avec Dean encore moins… On grandit et on évolue et c’est normal que tout ne reste pas pareil.

- Oui, tu as raison… C’est juste que… Revenir ici, dans la maison où on a passé tellement de vacances, enfants, ça me renvoie un peu à « Parvati et Padma ». On était « les jumelles », inséparables et complémentaires. Et maintenant ; regarde-nous… Il aura fallu que notre père crève pour qu’on se reparle enfin pour de vrai !

- Mais vous vous reparlez, vous vous êtes retrouvées, et c’est ça le plus important, Parvati ! Tu ne crois pas que ton père serait heureux en voyant ça ?

- Hmm… J’ai envie de croire que si… Mais, tu sais, mon père et moi, on ne se connaissait plus vraiment...

- Cela n’empêche que malgré vos désaccords, vos incompréhensions, tu restais sa fille et il t’aimait. Je suis sûre qu’il serait heureux de voir que toi et Padma êtes proches à nouveau !

- On se reparle, mais est-ce qu’on est proches…

- Il ne tient qu’à vous de passer du temps ensemble et d’entretenir cette proximité. »

Encouragées par Lavande, Parvati et Padma passèrent donc beaucoup de temps ensemble. Elles allèrent se balader en ville, dans la campagne alentour, ou s’assirent dans le jardin des après-midi entier pour rattraper leurs vies respectives. Parvati apprit également à connaître sa nièce, Priya, qu’elle n’avait vu qu’à quatre reprises, sa naissance et le dernier Noël compris. La petite avait un an, et elle était déjà le portrait craché de sa mère et sa tante, ce sur quoi s’extasiait toute la famille. Parfois, Padma laissait leur fille avec Raj, son mari, pour profiter de sa sœur seule à seule. Elles étaient souvent rejointes par leur mère, ou accompagnaient leur grand-mère dans sa vie quotidienne, et Parvati avait alors presque l’impression qu’elles vivaient de nouveau leur vie d’enfants.

 

Cela faisait dix jours que les trois femmes étaient à Jaipur, quand Lavande annonça à son amie qu’elle avait réservé un portoloin international, départ prévu trois jours plus tard. Il était temps qu’elle reprenne le travail et retrouve sa famille.

Parvati et Padma entreprirent alors de construire un programme « complet » de choses à faire et à voir avant le départ de Lavande. Les trois femmes furent très occupées pendant trois jours. La veille du départ, la famille proche se réunit dans la grande salle à manger de Mrs Patil, pour un dîner d’au-revoir à leur hôte.

 

Ce soir-là, le cirque commença. Alors qu’elle avait à peine adressé la parole à Lavande jusque là, la cousine Nandini se tourna vers la jeune femme dès qu’elle eut terminé son plat.

« Alors, Lavande, tu rentres à Londres pour t’occuper de ta fille, n’est-ce pas ?

- Euh, oui, enfin je rentre surtout car je ne pouvais pas m’absenter plus longtemps du travail… », répondit Lavande d’un ton hésitant. Elle jeta un regard inquiet vers Parvati, qui lui avait déjà parlé de Nandini – celle-ci se contenta de hausser les épaules avec un air résigné. Elle savait où menait cette conversation et s’étonnait même qu’elle n’ait pas eu lieu plus tôt.

« Donc tu es mariée, bien sûr ? continua Nandini, ne relevant pas la réponse de Lavande.

- Oui, depuis trois ans. Mon mari était à Poudlard avec nous…

- Qu’est-ce qu’il fait comme métier ?

- Il est Auror, mais pour l’instant il est en congé pour s’occuper de notre fille…

- Et Lavande est l’une des plus jeunes cheffes de service du premier hebdomadaire britannique ! intervint Padma. Elle a une brillante carrière devant elle.

- Merci, Padma, répondit la concernée. »

Nandini regarda les deux jeunes femmes, plissant les yeux, puis se tourna vers Parvati.

« Tu vois, Parvati ! Un mari, un enfant, une belle carrière… Tu devrais prendre exemple sur ton amie, et sur ta sœur ! »

Parvati soupira intérieurement. C’est parti.

« C’est vrai que nous sommes inquiets, Pati », intervint l’oncle Parmesh. « Tu n’es plus si jeune, et d’après ce que me disait ta mère…. » Parvati baissa la tête vers son assiette, et étouffa volontairement les mots qu’émettaient les membres de sa famille. Elle le savait. Elle s’y attendait.

 

A vingt-sept ans, Parvati était célibataire, sans enfant, et sans perspective de carrière sérieuse. Voilà qui était tout à fait suffisant pour inquiéter sa famille, surtout l’oncle Parmesh qui avait toujours été plus conservateur que son frère Prasad.

Les parents de Parvati l’avaient longtemps laissée tranquille. Ils avaient accepté il y a bien longtemps que leurs deux filles avaient des personnalités différentes, et que Parvati ne ferait pas forcément comme - « aussi bien que » - Padma. Ils avaient accepté, même s’ils ne le comprenaient pas tout à fait, que Parvati n’avait pas de rêves de carrière grandioses ; ils avaient accepté, même s’ils ne l’avoueraient jamais à la famille, que Parvati ne se marierait peut-être pas avec un indien. Mais Mr et Mrs Patil avaient tout de même des espoirs pour leur fille : si elle ne faisait pas un beau mariage indien, au moins épouserait-elle un jeune sorcier britannique de bonne famille ? Ou l’un des ces résistants à la lignée moins noble, mais qui avaient la reconnaissance de la société magique ? Et même sans carrière grandiose, peut-être trouverait-elle un métier stable, et s’épanouirait-elle plus facilement dans la vie de famille ?

Parvati sentit son cœur se serrer en pensant à tout cela. Elle était résolue à ne pas le montrer devant Pramesh et Nandini et les autres, mais les critiques et les propos de sa famille la touchaient.

Surtout, l’inquiétude de ses parents – bien réelle celle-ci, elle le savait – était l’objet principal de la dernière conversation qu’elle avait eu avec son père. Celle qui s’était terminé par son départ en furie, claquant la porte et transplanant avant que sa mère n’ait eu le temps de la rattraper. Elle avait correspondu avec eux ensuite, et avait même eu son père par cheminette, mais les discussions étaient restées tendues. Il y avait quelque chose de non résolu. Et qui ne le serait jamais, maintenant que Prasad était mort.

 

Laissant son oncle et sa cousine, parfois rejoints par sa tante, parler, Parvati risqua un regard vers sa mère. Celle-ci gardait les yeux obstinément baissés sur son assiette. Quelle humiliation cela devait-il être, pour elle ! De voir sa belle famille juger ainsi la vie de sa fille. Nul doute que maintenant que Prasad n’était plus, Neeta serait tenue seule responsable des errements de Parvati.

Parvati échangea un regard avec sa sœur, assise en face d’elle, qui lui adressa une grimace. D’un petit signe de tête, elle lui fit comprendre qu’elle s’inquiétait pour leur mère. Padma eut tôt fait de reprendre le fil de la discussion :

« Dis-moi Nandini, est-ce que tu as eu des nouvelles des Rajkumar récemment ? Il paraît que le fils de Leela serait peut-être un Cracmol… »

Nandini adorait les potins, et Padma le savait. Leur cousine s’empressa de leur raconter tout ce qu’elle savait sur les anciens voisins de leur grand-mère, qui vivaient désormais à Delhi comme elle, et dont non seulement le fils cadet était peut-être un Cracmol, mais en plus l’aîné avait failli se faire renvoyer de son école de sorcellerie privée… La diversion avait fonctionné, et Parvati vit sa mère se détendre. Elle sentit son propre souffle passer plus tranquillement. A côté d’elle, Lavande posa la main sur son genou, dans un geste réconfortant. La diversion avait fonctionné. Pour l’instant.

 

* * *

Dès que Lavande et Parvati furent seules dans la chambre ce soir-là, son amie s’empressa de s’excuser.

« Je suis vraiment désolée, Parv’, je trouvais ça bizarre toutes ces questions – et franchement un peu malpoli – mais je ne pensais pas qu’en répondant la vérité elle l’utiliserait pour t’attaquer… »

Parvati soupira, et passa son bras sur l’épaule de son amie dans un geste qui se voulait désinvolte et rassurant – mais qui était encore un peu tendu.

« Ne t’en fais pas, Lav’. Je t’avais déjà parlé de Nandini – je savais qu’elle allait aborder le sujet tôt ou tard, elle attendait juste que les cérémonies soient passées. On ne s’est jamais vraiment appréciées, elle et moi…

- Mais vous êtes cousines…

- Oui, mais on a pas grand-chose en commun, et mon père est… était le « préféré » de sa mère, ce qui a toujours créé une sorte de jalousie de la part de Parmesh, qui s’est répercutée sur ses enfants… Avec Padma, comme elle a réussi selon tous les critères ou presque – il lui manque juste un fils – Nandini ne peut pas être mauvaise, alors elle lui lèche les bottes. Mais avec moi… Elle adore pouvoir rappeler que je ne suis ni mariée, ni avec un beau métier. Par contre elle fait la gueule quand ma grand-mère ou ma tante Priya rappellent que je suis une « héroïne de guerre »... »

Lavande éclata de rire. Parvati sourit également, mais de manière un peu plus forcée. Même si elle avait l’habitude du comportement de sa cousine et de son oncle, ce genre de confrontation n’étaient jamais agréables, et c’était exactement pour cela qu’elle se tenait à l’écart d’une partie de sa famille.

Elle s’assit sur l’un des deux fauteuils qui faisaient face à la fenêtre en soupirant. Voyant cela, Lavande s’arrêta de rire et vint s’asseoir en face d’elle.

« Est-ce que… est-ce que ça va aller, après mon départ ? »

Parvati soupira de nouveau, et attendit un instant avant de répondre.

« Honnêtement… Je ne sais pas. Il y a Padma, donc je ne suis pas toute seule, mais elle va bien devoir reprendre le travail aussi. Moi, je n’ai pas vraiment de raison de repartir, ils savent tous que je ne fais pas un travail assez « important »… Et de fait, la saison est terminée donc le théâtre est fermé pour l’été !

- Et tu as déjà essayé de leur dire que tout cela ne t’intéressait pas, de leur demander de te laisser tranquille ? demanda Lavande timidement.

- Le problème, c’est ma mère… Si je me rebelle, si je m’énerve, ce sera de sa faute.

- Quoi ? Mais ce n’est pas juste ! En plus, ta mère est plutôt d’accord avec eux, non ? »

Parvati grimaça. « C’est plus compliqué que ça. En gros… Bon, je t’ai déjà raconté la rencontre de mes parents ?

- Oui, enfin… Je sais que ton père est venu pour les affaires en Angleterre, qu’il a rencontré ta mère à la coopération magique internationale… Et tu m’as dit que la famille de ta mère venait d’un autre état dans le sud du pays ?

- Le Karnataka. C’est ça. En fait, la famille de ma mère est un peu différente de celle de mon père. Ses parents étaient plus « libéraux ». Ils sont venus en Grand-Bretagne quand elle était jeune, elle a fait ses études à Poudlard. La famille est ensuite rentrée en Inde, mais elle est revenue dès qu’elle a pu parce qu’elle avait ses amies anglaises, et qu’elle se sentait bien en Grand-Bretagne… Et du coup, quand elle a rencontré mon père, ils ont vite décidé qu’après leur mariage, ils resteraient là. D’autant que ma mère avait des cousins, des oncles en Angleterre, donc ils n’étaient pas sans ressources… »

Lavande fronça les sourcils. « Mais qu’est-ce que cela a à voir avec toi ?

- J’y viens… Donc mes parent se sont mariés, se sont installés à Londres, et ça n’a pas plu à une partie de la famille de mon père. Il était supposé se marier avec une sorcière d’ici, d’une famille de Jaipur… Et faire sa vie en Inde. En plus, c’était le petit dernier de sa fratrie, un peu le chouchou de sa mère… Et mon grand-père n’a pas été très content. De ce que je sais, lui et ma tante Alisha, que tu connais, ont très mal accueilli ma mère au début…

- Oh la la, pauvre Neeta…

- Oui… En vérité, mes parents ont eu de la chance : ils sont issus de castes et de milieux sociaux équivalents, ma mère est de culture hindoue – le fait qu’elle soit d’une ethnie kannada ET qu’elle « entraîne » mon père en Angleterre a posé problème, mais au moins ils ont pu se marier… Mais bref, toujours est-il que, pour mon grand-père quand il était vivant, et pour Parmesh et sa famille aujourd’hui, quand Padma réussit, c’est parce que c’est la fille de son père, mais quand moi je me foire, c’est parce que je suis la fille de ma mère… Et encore, tout ce qu’ils ont à me reprocher c’est ma carrière et mon célibat… S’ils savaient que j’aime les femmes autant que les hommes, je n’ose pas imaginer… » termina Parvati d’un ton amer.

Les deux amies restèrent silencieuses un moment, chacune perdue dans ses pensées. Puis Parvati reprit : « Tu vois, c’est pour ça que tous ces trucs de sorciers Sang-pur, de bonne famille etc, ça me gonfle. Je vois bien ce que ça a fait à ma mère, alors même qu’elle a « la chance » de venir d’une famille qui est beaucoup moins comme ça…

- Cette famille, c’est celle de ton oncle Ashok ? Celui qui a accompagné ta mère ici ?

- Oui, Ashok vit en Grand-Bretagne. En fait c’est mon grand-oncle, c’est l’oncle de ma mère mais comme il est plus proche d’elle en âge, et qu’il n’a pas eu d’enfants, c’est plus un frère pour ma mère et un oncle pour moi… Il reste indien et de « sang-pur » hein, mais il est moins chiant que Parmesh… 

- Et le reste de ta famille maternelle ? Ton autre grand-mère qu’on a vue hier, elle n’était pas du Karnataka ?

- En fait, sa famille paternelle était de Jaipur aussi ! Pour le coup, elle était enchantée quand ma mère a rencontré mon père… Et à la mort de son mari, mon autre grand-père, elle a préféré venir ici, dans la maison de son père, avec son frère…

- Ton grand-père maternel, il est venu en Angleterre n’est-ce pas ? C'est lui qu'on avait vu ?

- Oui, en 2000 ! Je l'adorais, mon grand-père... Lui et ma grand-mère vivaient près de Hampi, au Karnataka. On y allait souvent quand on était petites, j’aimais bien Hampi…

- Pourquoi tu n’y retournes pas ? demanda Lavande.

- Je ne sais pas… Je n’ai pas vraiment eu l’occasion ? Il y reste une tante, et des cousins près de Bangalore aussi, plus au sud, mais je ne les connais pas bien... »

 

Parvati se tut, et les deux jeunes femmes restèrent silencieuses un moment, pensives.

« Tu ne crois pas que… commença Lavande.

- Oui ?

- Que ça pourrait te faire du bien, de retourner au Karnataka ? Si ça te manque… Ou alors de voyager ailleurs, peu importe. Mais tu dis toujours que tu ne sens pas chez toi en Inde, que ce n’est pas vraiment ton pays… Et je comprends ! Mais en même temps tu as l’air d’y avoir plein de souvenirs agréables et ces derniers jours, je t’ai trouvée assez à l’aise dans plein de moments. Peut-être que, ce qui te retient, c’est plutôt ta famille ? Enfin, la pression ?

- Ah oui, oui, c’est sûr que ça joue…

- Mais justement, si tu vas te balader un peu, voir d’autres endroits, le reste de ta famille, te faire des amis… Cela peut te faire du bien, non ? Comme de toute façon tu ne retournes pas au théâtre avant septembre…

- Oui… C’est vrai… Clairement, il faut que je parte d’ici. Mais je n’ai pas très envie de rentrer à Londres maintenant… Oui, c’est une bonne idée, Lavande ! » s’écria finalement Parvati.

Plus elle y pensait, plus partir lui semblait être la bonne chose à faire. Elle pouvait commencer par suivre Padma à Mumbai… Puis elle descendrait, elle irait voir la famille, elle irait peut-être à Goa, on lui avait toujours dit que c’était beau… Peut-être que sa mère voudrait se joindre à elle ? Il fallait qu’elle retourne discuter avec sa Nani… Elle enverrait aussi un hibou à Luna Lovegood, qui devait se rendre au Kerala en août…

Parvati sentit l’enthousiasme qui précédait un projet de voyage l’envahir. Elle qui avait si peur du départ de Lavande, elle se projetait maintenant quelques jours en avant, elle y voyait un peu plus clair.

Elle fut tirée de ses pensées par un petit rire que laissa échapper son amie. Elle releva les yeux vers elle : Lavande la regardait d’un air attendri.

« Qu’est-ce qu’il y a ?

- Rien, haha, mais tu as l’air très excitée et enthousiaste soudainement, et ça se voit sur ton visage, et ça fait plaisir à voir. »

Parvati laissa échapper un petit rire. « Cela change de d’habitude, sûrement…

- Parvati ! s’écria son amie. Pourquoi tu dis ça ?

- Ben… Je sais que je n’ai pas été de meilleure compagnie, ces derniers temps.

- Euh… Tu viens de perdre ton père, tu as le droit d’être triste hein !

- Je sais ! Mais je parle même d’avant… Je ne suis pas très joyeuse en ce moment, et je sais que tu étais très prise avec Brooke, et tu as dû souvent m’écouter me plaindre et… Bref, désolée d’avoir été une amie un peu nulle ces derniers temps.

- Mon chat, déclara Lavande en passant un bras autour des épaules de Parvati, si je devais partir en courant à chaque fois que tu es de mauvaise humeur, on n’aurait pas dépassé le premier trimestre à Poudlard !

- Eh, c’est pas très gentil ça… », protesta mollement Parvati. Lavande rit de nouveau, puis repris un air sérieux.

« Je plaisante, bien sûr… Mais bref, je sais que c’est dur pour toi en ce moment, et je suis désolée aussi de ne pas toujours avoir le temps d’être là comme avant…

- Non mais c’est normal, Lav’…

- Quand même. Je sais que c’est dur, même si je ne dis rien, et je compatis, et j’espère que tu sais que tu peux toujours – toujours – te confier à moi. Mais voilà, peut-être que, malgré le deuil de ton père, les complications avec ta famille… Peut-être que ce séjour peut te faire du bien ?

- Oui, peut-être… On verra bien ! En tout cas, je suis heureuse que tu aies été là ces derniers jours. Je t’aime fort.

- Moi aussi Parv, moi aussi. Je t’aime très fort », répondit doucement Lavande, resserrant son étreinte.

 

Ce soir-là, Parvati et Lavande s’endormirent dans les bras l’une de l’autre, bercée par le murmure de la ville et le chant de la fontaine qui leur parvenaient par la fenêtre restée ouverte. Avant de laisser le sommeil l’envahir, Parvati sourit en pensant que, quoi qu’il arrive, la pensée de Lavande auprès d’elle serait toujours comme un talisman ancré dans son coeur.

End Notes:

Merci d'avoir lu, j'espère que cela vous a plus !

Chapitre 2 : Entre deux sœurs by Violety
Author's Notes:

Bonjour ! Voilà un moment que ce chapitre attendait que je le publie, et je ne cessais d'oublier ou repousser. Mais il se trouve que la formidable Cache Cœur a suggéré ce texte pour la sélection Deuil de novembre 2021, et je me suis dit que si ce texte plaisait, il fallait que je continue de poster ;)

Merci encore à Erwan pour sa relecture et ses précieux conseils ♥

Fun fact : dans les commentaires lors de sa relecture, il était noté "but he's gay" au sujet de Dean, qui est ici présenté comme un amour passé de Parvati. La vérité, c'est que j'ai commencé à écrire sur ces personnages il y a bien longtemps, à une époque où j'écrivais hétéro. Ma vision des choses a pas mal changé depuis, mais comme j'aime garder une cohérence entre mes fanfics... Je me retrouve avec des relations qui ne me conviennent plus tellement :mg: Bref, le headcanon est une chose mouvante, et quand on est aussi lente que je suis à écrire ça peut vite être un piège -->

Certains passages de ce chapitre ont été écrit au cours de projets du forum HPF, dont le Combat à Mort et les Nuits de HPF. C'est notamment le cas de la balade de Parvati dans Mumbai, en partie inspirée de mes propres déambulation.

Les personnages et l'univers appartiennent à l'autrice de Harry Potter, la famille Patil est issue de mon imagination.

 

Lavande partit à midi le lendemain. Parvati et Padma l’accompagnèrent au terminal de portoloin de Jaipur, en direction de Delhi, d’où elle prendrait une correspondance pour Londres. L’au-revoir fut tendre. Lavande fit promettre cinq fois à Parvati de lui écrire, et Padma la rassura cinq autres fois qu’elle s’occuperait bien d’elle. Parvati eut le plaisir de voir sa sœur et sa meilleure amie échanger une étreinte affectueuse. La rivalité qui avait toujours existé entre ses deux personnes préférées au monde semblait s’être enfin estompée avec le temps, et ce séjour. Elles partageaient désormais une douce amitié qui avait dépassé le stade de la cordialité polie.

En repartant du terminal, Parvati et Padma allèrent déjeuner dans un restaurant moldu qui faisait les meilleurs paneer butter masala de la ville, selon Padma. Les deux sœurs dégustèrent leurs plats sans parler, ce qui fit plaisir à Parvati. C’était dans ces moments de camaraderie silencieuse qu’elle retrouvait le plus sa relation avec sa sœur. Elles avaient tant partagé, toute leur enfance et adolescence, qu’elles n’avaient pas forcément besoin de se parler pour passer un bon moment ensemble. Padma était la personne à côté de qui elle pouvait lire une journée entière, sans échanger plus de quelques mots. Elle était heureuse de retrouver ces moments.

Alors qu’elles buvaient des lassi en guise de dessert, Padma lui demanda tout de même :
« Comment tu te sens ? »

Parvati se tendit. Elle sentait au ton de sa voix de quoi sa sœur voulait parler. Elle tenta de feindre l’innocence.

« Oh, ça va, je reverrai Lavande en rentrant à Londres, ce n’est pas si long.

- Ce n’est pas ça que je demande, Pati. »

Parvati haussa les sourcils.

« Il faut bien qu’on parle d’hier soir, non ? lâcha finalement Padma.

- Quoi donc, tu veux dire Nandini et Parmesh qui me rappellent devant tout le monde à quel point je suis une déception pour la famille ? Quoi de nouveau là-dedans ? Depuis quand on se soucie de ce qu’ils disent ?

- Pati… »

La jeune femme soupira, et baissa sa garde devant le regard mi-agacé, mi-inquiet de sa jumelle.
« Écoute, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Est-ce que ça fait mal ? Oui. Est-ce que je m’y attendais ? Oui, aussi, même si je pensais que ça viendrait plus tôt, j’avais baissé ma garde. Mais qu’est-ce que je peux y faire ? Ils ont raison, au fond… Je ne suis pas mariée, et sûrement pas en bonne voie pour l’être, je n’ai pas de boulot fixe, le théâtre est l’endroit où je suis restée le plus longtemps et un, pas sûre qu’ils me gardent pour la saison prochaine, deux, tant que je ne serai pas, disons, la star du théâtre, Parmesh et compagnie ne considéreront pas qu’ils s’agit d’un vrai travail – et même là, je me ferais sûrement traiter de saltimbanque... »

Padma laissa échapper un petit rire, et Parvati sourit à son tour. Elle monologuait, elle le savait. Elle reprit toutefois un air sérieux.

« En vrai, Padi, je m’inquiète surtout pour maman… J’ai peur que, si je fais trop “n’importe quoi” selon leurs critères, cela retombe sur elle…

- Oui, ça m’inquiète aussi, répondit Padma en fronçant les sourcils. Pas que je pense que tu fais n’importe quoi, hein !

- Oh, je sais bien que mon mode de vie n’est pas idéal, même pour une famille moins conservatrice que les Patil…

- Peut-être, mais parfois, j’envie ta liberté, laissa échapper Padma d’une petite voix. Mais je suis d’accord avec toi que, papa étant... n’étant plus là, Parmesh et compagnie risquent d’embêter maman encore plus… »

Padma ne semblait pas vouloir élaborer sa réflexion sur la liberté, et Parvati n’insista pas. Sa sœur lui en parlerait quand elle serait prête. Elle continua sur le sujet de leur mère :

« Oui, quand elle est à Londres ça va, elle est avec Ashok, et sa famille, et les Patil ne l’emmerdent pas trop. Mais elle compte rester ici tout l’été, c’est ça ?

- Oui, comme chaque année, le ministère la laisse travailler à distance tu sais…

- Elle pourrait au moins s’installer avec naani*…

- Mais ce serait mal vu, tu sais bien, elle est supposée être une Patil, maintenant…

- Oui, si elle reste à Jaipur. Mais si elle retourne au Karnataka ? Et si… »

Parvati marqua une pause, réfléchissant à toute vitesse.

« J’avais envie de voyager un peu, je pourrais lui proposer de me rejoindre à Hampi ? On irait voir la tante Kavita, ça peut lui faire du bien…

- Oui, c’est une idée... »

 

La conversation s’essouffla un peu, et les deux sœurs en profitèrent pour payer et sortir du restaurant. Le soleil de juin tapait fort, mais elles décidèrent tout de même de marcher, s’abritant sous les arches des immeubles et les auvents des commerces. Parvati vit Padma plonger sa main dans sa poche et faire tourner son poignet, et l’air ambiant lui parut soudain bien moins lourd, comme si une légère brise soufflait autour d’elles. Sa sœur avait toujours bien maîtrisé les sortilèges climatiques.

 

Après quelques minutes de marche au hasard, dans le dédale des rues du centre-ville, Padma reprit leur conversation :

« On va se débrouiller pour Maman… Mais toi, comment on fait pour qu’ils te laissent tranquille ?

- Hmm, je ne sais pas… Tu rentres quand à Mumbai, tu penses ? Je peux venir avec toi ?

- Oui, bien sûr, avec plaisir ! répondit Padma avec un grand sourire. Raj va rentrer avec Priya samedi, mais je pensais ne le rejoindre que quelques jours après – j’avais des jours de congé en plus de toute façon. On peut partir mercredi de la semaine prochaine ?

- Très bien. D’ici là on passe du temps avec maman, et on essaye de la convaincre de bouger un peu.

- Mais ça leur laisse quand même presque dix jours… Parmesh travaille beaucoup moins en plus, il a tout le temps de rassembler les aunties pour aller te chercher des potentiels maris ou que sais-je…

- Je sais bien… Mais au moins quand je serai partie, ils ne pourront pas continuer… Enfin, ils seraient capable de me faire rencontrer des “jeunes hommes bien nés” en Angleterre, ceci dit…

- Je ne comprends vraiment pas ce délire de vouloir trouver le mari parfait à ta place…

- Tu peux dire ça parce que tu as trouvé le mari parfait toute seule, Padma, rétorqua Parvati d’un ton plus cassant qu’elle n’aurait voulu.

- Raj n’est pas parfait ! fit Padma, presque indignée.

- Sans doute pas. Mais il a tous les critères de perfection de notre famille : c’est un Indien, sang-pur, de la même caste que nous, d’une bonne famille, riche… C’est un homme… »

 

Padma éclata de rire.

« Ben ça ! Ha, ha… Je ne risquais pas de me tromper sur le dernier critère... »

Parvati sentit son corps se tendre et s’arrêter de marcher. Elle inspira puis expira lentement, puis, fixant sa jumelle, demanda :

« Parce que ce serait “se tromper” que de tomber amoureuse d’une femme, selon toi ? »

 

Padma cessa immédiatement de rire en entendant le ton sérieux de sa sœur. Elle s’arrêta à son tour et se tourna vers Parvati. Longtemps, elle observa celle-ci, qui finit par baisser les yeux. Padma reprit la parole d’une voix douce :

« Bien sûr que ce n’est pas “se tromper” de tomber amoureuse d’une femme, si c’est ce qui t’arrive. Je voulais juste dire que je n’avais jamais eu d’attirance ou de sentiments pour une autre femme, donc ce n’est pas… J'étais sûre que je présenterais un homme à la famille. C’est tout.

- Ok, répondit Parvati, se remettant à marcher.

- Mais… commença Padma, hésitante. Est-ce que ça pourrait t’arriver, à toi ? »

Silence.

 

Elle ajouta :

« De tomber amoureuse d’une femme, je veux dire...

- J’ai compris ce que tu voulais dire, Padi », répondit Parvati.

 

Elle laissa le silence s’installer de nouveau, tandis que les deux sœurs reprenaient leur marche. Parvati ne s’était pas attendue à faire son coming-out à sa sœur ainsi. Elle ne savait même pas si elle voulait faire un coming-out. Elle était parfois encore incertaine quant à son identité, son orientation sexuelle… Ou plutôt non, elle savait pertinemment qu’elle était attirée par les femmes autant que par les hommes – quant à tomber amoureuse, ça n’était pas encore arrivée, mais elle avait conscience que c’était possible. Elle ne savait pas vraiment ce que cela signifiait pour elle, pour sa vie, si elle voulait « revendiquer » quelque chose, l’annoncer à ses proches. Ses amis à qui elle en avait parlé l’avaient juste accepté, tout simplement, et n'avaient rien exigé de plus de sa part.

Elle réalisa alors qu’elle avait sans doute eu peur d’en parler à sa sœur, des questions que cette révélation pourrait entraîner, que Padma essaye de décortiquer les choses comme son esprit cartésien le faisait souvent, qu’elle ne parvienne pas à lui expliquer, qu’elles ne se comprennent pas, que sa sœur la rejette…

 

Elle sentit la main chaude de Padma se glisser dans la sienne, et entendit plus qu’elle ne vit sa sœur jeter un sort d’apaisement. Elle sentit le calme envahir doucement son corps, et comprit qu’elle s’était trouvée quelques instants plus tôt dans les prémices d’une crise d’angoisse. Doucement, le bras gauche de Padma vint se lover autour de ses hanches, et elle attira Parvati contre elle. Celle-ci se laissa aller à l’étreinte – cette étreinte si familière, si puissante et douce à la foi, qui lui avait tant manqué ces derniers mois – et laissa les battements de son cœur et son souffle diminuer de vitesse.

Un long moment passa ainsi, les deux jumelles enlacées dans une ruelle de Jaipur. Au loin, Parvati entendait la rumeur de la ville, les bruits de la circulation moldue, les cris des enfants qui jouaient à quelques rues de là, et les voix qui s’interpellaient entre les commerces. Si elle se concentrait, elle entendait aussi les battements du cœur de sa sœur, presque synchronisés avec le sien, son souffle encore légèrement haché qui s’échappait de ses lèvres, le bruissement léger que faisait la main de Padma sur sa robe en caressant son dos dans un geste apaisant.

 

Enfin, elles se séparèrent. Padma prit le visage de sa sœur entre ses deux mains, et dans un geste d’une immense tendresse, lui déposa un doux baiser sur le front. Elle s’écarta un peu, glissa ses mains dans celle de Parvati, et, la regardant droit dans les yeux, lui dit doucement :

« Pati… Je sais que toi et moi, ça n’a pas été toujours facile, surtout depuis mon mariage. Mais sache que quoiqu’il arrive, quoiqu’il se passe entre nous – même si maintenant, je ne te lâche plus – je ne pourrais jamais t’en vouloir ou te détester, ou te rejeter, ou pire, à cause de qui tu es ou de qui tu aimes. Si un jour, je dis ou fais des choses qui te blessent, je t’en prie – dis-le moi. Ou jette-moi un sort même. Mais je vais faire tout mon possible pour que ça n’arrive pas. »

Parvati sentit des larmes couler le long de ses joues. Pourtant, elle souriait. Padma lui montrait une fois de plus comme elle était capable de dire parfois exactement la bonne chose, ce qu’elle avait besoin d’entendre sans même le savoir elle-même.

 

* * *

Les deux sœurs rentrèrent tard dans l’après-midi ce jour-là, après avoir longuement discuté. Parvati raconta à Padma tout le détail de sa vie amoureuse et sexuelle des dernières années – tout ce qu’elle n’avait pas osé lui dire tant ses relations lui paraissaient chaotiques à côté de la stabilité de sa sœur. Padma s’excusa à plusieurs reprises de lui avoir fait penser qu’elle pourrait ne pas accepter sa bisexualité.

Parvati réalisa que le fait d’avoir caché tout cela à Padma avait probablement encore étendu la distance entre les deux femmes – du moins de son côté. Elle s’était persuadée que sa sœur si parfaite, si réussie, n’accepterait pas ce qui sortait de la norme. L’après-midi qu’elles passèrent ensemble lui donna tort. Padma se montra sincèrement intéressée par ce que Parvati lui racontait de sa relation avec Dean et de ce qui n’avait pas fonctionné, de ses réflexions sur les enfants – elle était de moins en moins certaine d’en vouloir –, de la communauté sorcière queer, que Padma ne connaissait pas du tout, de ses soirées avec Susan, Luna, Alicia et les autres… Parvati évoqua longuement ses questionnements sur l’exclusivité dans le couple, qui avaient en partie provoqué des incompréhensions entre elle et Dean.

 

Elle lui confia que les questions qu’elle se posait depuis un moment avaient sans doute rendu ses relations avec ses parents encore plus compliquées. « Je supportais de moins en moins leurs remarques, leurs interrogations, j’avais l’impression que tout était une remise en question de moi, de mon identité – alors qu’ils ne sont… n’étaient… enfin, maman n’est pas au courant, papa ne l’était pas non plus... » L’évocation de son père provoqua une crise de larmes que Padma parvint à calmer à force de patience et de compassion.

Sa sœur était pleine de curiosité pour tout ce qu’elle lui racontait, et fit plusieurs fois de petites allusions à sa propre situation. Parvati comprenait peu à peu que celle-ci ne convenait pas entièrement à sa jumelle, qui n’avait pas l’air d’être prête à se l’avouer. Elle était curieuse d’en savoir plus sur la vie que menait Padma à Mumbai.

 

* * *

Les jumelles annoncèrent leurs plans pour les prochains jours à leur mère en rentrant. Celle-ci rangeait de vieilles affaires de Prasad, celles qu’il gardait chez sa mère – le reste, resté à Londres, devrait être trié à l’automne ; Padma et Parvati se joignirent à elle.

Neeta Patil parut surprise quand Parvati lui annonça son envie de rendre visite à leur famille au Karnataka.

« Je ne savais pas que tu te souvenais d’eux…

- Pas vraiment, concéda Parvati. Mais justement… J’ai de beaux souvenirs de nos séjours à Hampi, quand grand-père était toujours vivant, je trouve dommage de ne plus avoir de liens avec cette partie de notre famille… De ta famille. Ce sont aussi nos racines, après tout ! »

Neeta ne répondit rien à cela, mais sa fille aperçut un léger sourire naître au coin des lèvres de sa mère. Parvati continua :

« Et si en plus, tu viens avec moi, ce sera encore mieux ! Tu pourras me raconter plus l’histoire de la famille, et tu dis toujours que tu devrais aller voir ta tante…

- Oui, c’est vrai, Kavita m’écrit souvent à ce sujet… Ses petits-enfants ont à peu près votre âge, d’ailleurs, ou un peu plus jeunes, on ne les a pas vus depuis des années… Mais je ne sais pas si je peux partir comme ça, vos grand-mères ont besoin d’aide, et Parmesh et Alisha font déjà tellement toute l’année, et sans compter ma mère…

- Maman, l’oncle Ashok va rester là, non ? Il pourra s’occuper de naani-ji*. Quant à daadi-ji*, elle s’occupe d’elle-même depuis des années, elle n’a pas besoin de Parmesh, et en plus la tante Priya reste tout l’été, elle me l’a dit avant-hier, raisonna Parvati.

- Tu sais maman, lâcha Padma, maintenant que papa n’est plus là, ta vie n’a plus à dépendre de la sienne. Parmesh et Alisha utiliseront n’importe quelle occasion pour te faire des reproches, de toute façon. Donc autant les anticiper et faire quelque chose de bien pour toi. Tu devrais pouvoir rendre visite à ta famille sans que ça pose de problème. »

 

Parvati et Neeta échangèrent un regard interdit. Padma avait lâché tout cela d’un ton rapide, presque sec. Elle leur tournait le dos, apparemment concentrée sur sa tâche, organisant le pliage de chemises à l’aide de sa baguette. Quand elle se retourna, ses yeux sombres lançaient des éclairs.

« Je suis fatiguée de te voir te plier aux règles des Patil à chaque fois que nous sommes là, maman, déclara Padma. Tu es une sorcière forte et puissante, et ta vie n’est pas terminée parce que ton mari est mort. Le décès de papa est une horrible chose, et tu dois – nous devons toutes – faire notre deuil de la manière qui nous convient le mieux. Je ne pense pas que rester tout l’été ici, à te taper les commentaires de Parmesh et l’hypocrisie d’Alisha, soit la meilleure façon de faire ton deuil de l’homme de ta vie. Je ne pense pas que c'est ce que papa aurait voulu pour toi. »

 

Parvati n’avait jamais entendu sa sœur parler ainsi à leurs parents. C’était elle qui dérapait, qui disait tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Padma était celle qui savait se tenir, usant de rhétorique de façon posée pour transmettre son opinion. Elles avaient souvent discuté, toutes les deux, de ce qui les agaçaient dans leur famille, et de l’insupportable poids des traditions. Mais elle n’aurait jamais imaginé que sa sœur puisse dire ce qu’elle en pensait aussi franchement devant leur mère.

Celle-ci affichait une expression indéfinissable. Parvati ne savait pas à quelle réaction s’attendre… Mais après un long silence, Neeta laissa échapper un petit gémissement, et se jeta sur Padma pour la prendre dans ses bras.

« Beti*… Merci… Merci de me dire tout cela. Je suis tellement fière de toi ! De vous deux ! », ajouta-t-elle précipitamment, et Parvati fut pressée contre sa mère. Par-dessus l’épaule de celle-ci, elle croisa le regard surpris de Padma – aucune des deux jeunes femmes ne s’était attendue à une telle réaction. Elles se laissèrent aller à l’étreinte de leur mère, qui était maintenant tout à fait en train de pleurer. L’émotion du moment était contagieuse, et les trois femmes furent bientôt en larmes dans les bras l’une de l’autre.

Elles restèrent ainsi longtemps, et lorsqu’elles se séparèrent, les yeux rougis, elles reprirent leur rangement sans rien dire. Neeta ne répondit pas à ce que lui avaient dit ses filles. Mais le samedi soir au dîner, peu après le départ de Raj et Priya, elle annonça à la famille Patil que ses filles s’en allaient le mercredi suivant et qu’elle-même rejoindrait Parvati trois semaines plus tard à Hampi. « Il est temps que j’aille rendre visite à ma famille », termina-t-elle d’un ton fier et sans appel, avant de se remettre à manger.

 

Parvati et Padma échangèrent un sourire, mais ne dirent rien, se contentant d’observer les réactions des Patil. Nandini parut s’étrangler avec sa nourriture ; la tante Alisha prit la parole pour expliquer d’un ton doucereux que bien sûr, elle comprenait l’envie de Neeta de voir sa famille, mais était-ce si raisonnable, en période de deuil ? Elle était après tout, une Patil – et puis, sa vieille mère, toute seule à Jaipur, qu’allait-elle faire sans elle ? Quant à Parvati, était-ce une si bonne idée de la laisser partir seule à travers le pays, étant donné sa « situation » ? Qu’aurait pensé son défunt père, paix à son âme ? D’autant qu’il y avait plusieurs rencontres prévues avec de jeunes hommes de bonne famille, qu’Alisha avait elle-même organisées avec l’aide d’une cousine...

Neeta répondit calmement, avec la même politesse feinte, à chaque argument de sa belle-sœur la concernant. Puis, regardant Parvati, elle ajouta :

« Je ne crois pas que ma fille, qui a vécu des choses qu’aucun de nous, sinon sa sœur, ne sommes en mesure d’imaginer, qui a fait preuve de bien plus de courage dans sa courte vie que les personnes réunies autour de cette table, et qui maîtrise parfaitement des sortilèges de défense avancés, n’ait besoin de supervision pour voyager. Parvati n’est pas une petite poupée que l’on garde à la maison en attendant de la marier. Prasad était très fier d’elle, quoique vous en pensiez, et il aurait été heureux de son intérêt pour ses racines. »

 

Parvati sentit les larmes lui monter aux yeux alors que sa mère parlait. Elle fit mine de s’essuyer la bouche avec sa serviette pour cacher son émotion, tandis que Parmesh prenait le relai de sa femme, d’un ton plus agité, ne cachant même plus sa réprobation. En face d’elle, Padma leva les yeux au ciel, grimaçant. Parmesh parlait, parlait, et le reste de la famille attendait qu’il ait fini sa diatribe.

Parvati croisa le regard de sa tante Priya, qui ne disait rien. L’aînée des Patil adressa un clin d’œil quasiment imperceptible à sa nièce, qui aurait juré que Priya était… amusée ?

 

« Cela suffit, Parmesh », asséna finalement la grand-mère de Parvati d’un ton agacé. 

Assise en bout de table, la matriarche de la famille Patil se tenait droite, dardant un regard sévère sur son fils. Celui-ci arrêta de parler d’un seul coup. Depuis le décès de son fils cadet, on avait peu entendu Priyanka Patil. Celle-ci se taisait, laissant les membres de sa famille discuter entre eux, partageant parfois un sourire triste ou une légère caresse.

« J’en ai assez de t’entendre parler ainsi de tes nièces. Nous vivons un moment difficile, avec le décès prématuré de Prasad. Parvati et Padma ont perdu leur père, elles n’ont pas besoin d’entendre tes jugements hâtifs sur leur vie, que tu ne connais pas. Tu ne t’es jamais intéressé à elles, tu n’as pas besoin de faire semblant maintenant. Les filles sont assez grandes pour savoir ce qui est bon pour elles, et en cas de besoin elles peuvent compter sur leur mère ou sur moi pour les aiguiller. »

Priyanka s’arrêta de parler et darda un regard sévère sur le reste de la tablée. Le silence était complet. L’oncle Parmesh avait baissé le visage, mais Parvati constata qu’il tremblait de fureur.

Elle tourna les yeux vers sa grand-mère lorsque celle-ci s’adressa à elle :

« Parvati, je pense que ce voyage est une excellente idée. Tu as beau être anglaise, il est temps que tu connaisse un peu mieux notre pays. Quand tu auras décidé d’un itinéraire, viens me voir : j’enverrai des hiboux à mes connaissances qui pourraient te guider ou t’héberger. Mais je ne doute pas que Padma saura t’aider également.

- Merci, daadi-ji, répondit Parvati avec un sourire. J’espère que tu pourras aussi me conseiller sur les lieux à visiter. »

Priyanka hocha la tête, avant d’appeler son elfe de maison pour lui demander d’apporter le dessert. La tante Priya entama une conversation sur un sujet plus neutre – l’école pour enfants sorciers de Mumbai où se rendait son homonyme, la fille de Padma – et on n’entendit plus ni Parmesh, ni sa femme pendant le reste du dîner.

 

* * *

Les jours suivants passèrent à toute vitesse. Parvati partagea son temps entre ses deux grand-mère. Naani, la mère de sa mère, avait été enchantée d’apprendre qu’elle comptait se rendre au Karnataka, et lui avait confié un guide sorcier de Hampi ayant appartenu à son défunt mari. Elle lui décrivit longuement les ruines des temples, qui attiraient des touristes, sorciers et moldus, du monde entier. Elle lui parla aussi de la communauté sorcière, encore importante dans la petite ville de Hampi.

Si les moldus locaux vivaient principalement du tourisme et de l’exploitation du site archéologique, le Hampi sorcier était toujours un haut lieu d’étude et de pèlerinage – certains temples magiques, cachés aux yeux des gens dépourvus de pouvoirs, avaient bien résisté aux affres du temps et des hommes.

 

Parvati élabora un itinéraire plus précis, avec l’aide des femmes de sa famille. Elle irait d’abord avec Padma à Mumbai, où elle passerait une semaine. Puis elle se rendrait à Goa, sur la côte ouest, avant de rallier Hampi où elle retrouverait sa mère. La tante de celle-ci, Kavita, leur avait déjà promis de les y héberger. Parvati descendrait plus au sud, pour traverser le Karnataka jusqu’au Kerala. Elle avait écrit à Luna, qui comptait en effet visiter des réserves naturelles dans le Wayanad, entre les deux états.

Sur les conseils de sa tante Priya, qui avait beaucoup voyagé et connaissait bien les transports indiens, sorciers comme moldus, Parvati réserva plusieurs trajets dans des trains moldus.

« C’est bien plus lent que le portoloin, bien sûr, mais au moins tu vois du pays et tu rencontres des gens », affirma sa tante.

Parvati passa beaucoup de temps en sa présence, et regretta de n’avoir pas plus essayé de la connaître. Lorsqu’elles étaient seules, ou en présence de Padma ou de Neeta, Priya était bien plus extravertie et drôle qu’elle ne le laissait paraître en famille. L’aînée de Parmesh et Prasad avait perdu son mari dans un accident de balai alors qu’elle n’avait que 24 ans, deux ans après leur mariage. Peu de temps après, Pavan, le cadet des frères Patil, était décédé à son tour ; Priya avait été très affectée par ce double deuil. Elle ne s’était jamais remariée, n’avait pas eu d’enfant.

« J’ai eu de la chance, je n’ai pas subi le sort souvent réservé aux veuves, raconta-t-elle à Parvati et Padma. La famille de mon mari m’a laissée partir, et j’ai retrouvé les Patil. Mon père m’a laissée reprendre des études d’enchantements. J’ai pu mener la vie que j’entendais. »

Priya avait rejoint une entreprise de fabrication de balais, qui produisait le modèle qui avait coûté la vie à son jeune époux. Elle avait travaillé à le rendre plus sécurisé, plus maniable et plus accessible en terme de prix, et avait ensuite passé plusieurs décennies à parcourir le pays pour le vendre aux différentes équipes indiennes de Quidditch.

En écoutant sa tante faire le récit de sa vie, Parvati comprenait mieux pourquoi, alors qu’elle semblait être en désaccord avec son frère Parmesh, Priya ne s’opposait pas à lui frontalement. Elle se sentait, sans doute, encore redevable envers son père et ses frères de ne pas lui avoir imposé un autre mari, ou pire, de ne pas l’avoir laissée à la rue.

Priya avait pu vivre, et elle avait vécu une belle vie, remplie de voyages et d’aventures dont elle régala ses nièces. Parvati lui fit promettre qu’elle viendrait lui rendre visite à Londres, pour son anniversaire par exemple.

 

Quant à Neeta, la mère des jumelles, elle paraissait bien plus sereine, même si Parvati la trouvait souvent en pleurs – elle ne disait rien, elle-même se sentant terriblement triste. Après l’intervention de la matriarche des Patil, le samedi soir, Parmesh et sa famille ne paraissaient plus vouloir s’imposer ; ils dînaient d’ailleurs souvent dehors, chez des amis ou dans la famille de la tante Alisha qui semblait tout d’un coup avoir besoin d’eux.

« Tu dois être contente de savoir que daadi te soutient, remarqua un jour Parvati – elle voulait savoir ce que sa mère pensait de cette intervention.

- Oh, tu sais, répondit celle-ci avec un sourire triste, je pense que c’est surtout pour vous qu’elle est venue à ma défense…

- Oh, maman…

- Ce n’est pas grave, Pati. Je sais bien que je n’étais pas le parti préféré des Patil pour ton père, je le savais avant de l’épouser. Mais Priyanka m’a toujours bien accueillie – elle sait ce que c’est, d’arriver dans une telle famille – même si elle ne pouvait pas toujours me témoigner son soutien devant son mari ou son fils. Je pense que c’est le fait que Parmesh s’en prenne à toi, surtout dans un moment comme celui-ci où nous souffrons tous, qui l’a poussée à intervenir.

- Mais ça va aller, quand on sera parties ? Tu restes un moment ici encore…

- Ne t’inquiète pas pour moi, va. J’irai souvent voir ma mère et l’oncle Ashok, et puis ta tante Priya et moi avons des plans pour la semaine… »

Parvati fut surprise d’apprendre cela, mais ne dit rien. Elle comprenait peu à peu que les relations entre les membres de sa famille étaient plus complexes qu’elle ne l’avait imaginé. Sa mère était mieux intégrée à une partie des Patil qu’elle ne le pensait, sa grand-mère en pensait plus qu’elle ne le disait, et même son père semblait encore avoir des secrets à dévoiler.

 

Depuis le dîner du samedi, les mots de sa mère lui revenaient sans cesse en tête. « Prasad était très fier d’elle », avait-elle affirmé. Si on le lui avait dit, quelques semaines auparavant, Parvati n’y aurait jamais cru. Mais sa mère ne mentait pas, pas pour des choses aussi importantes. La jeune femme ne cessait de penser à ces mots, à ce qu’ils signifiaient. Elle avait si longtemps cru être une déception complète pour ses parents, qu’elle s’était distanciée d’eux, s’était renfermée sur elle-même pour se protéger. Il était plus simple de leur en vouloir… Elle avait nourri, sans s’en rendre compte, une rancœur qui avait favorisé leur dernière dispute, sa dernière discussion avec son père. Si elle n’avait pas été aveuglée par ses insécurités et sa colère mal placée, elle aurait pu lui reparler avant sa mort…

Voilà qu’elle pleurait de nouveau. Sa mère, affolée, la prit dans ses bras. Les larmes coulaient désormais à flots, elle ne pouvait plus les arrêter.

« Pati… Qu’est-ce que tu as, ma fille ?

- Ce que tu as dit, l’autre soir… parvint à articuler Parvati. Que papa était fier de moi… C’est vrai ? » demanda-t-elle d’une petit voix.

Sa mère la regarda avec le même sourire triste qu’elle arborait depuis le décès de son mari, et lui dit d’une voix très douce :

« Bien sûr que c’est vrai, beti. Ton père était très fier de toi et de qui tu es. Et moi aussi, je le suis. »

Les sanglots reprirent de plus belle et Parvati se laissa aller à l’étreinte de sa mère, dont les larmes se mêlèrent bientôt aux siennes.

* * *

Le mercredi matin, Priyanka Patil insista pour accompagner sa belle-fille et ses deux petites-filles au terminal de portoloin de Jaipur. Ce fut bref, sans effusion. La grand-mère fit promettre à Parvati de leur envoyer des hiboux à chaque étape, et de contacter ses vieux amis les Shah, qui résidaient à Goa. Parvati sentit les larmes monter de nouveau lorsqu’elle serra sa grand-mère, puis sa mère dans ses bras. Elle ne les laissa pas couler ; Priyanka aurait désapprouvé cette marque de faiblesse en public.

Alors qu’elles entraient dans la salle du portoloin, Parvati entendit sa sœur renifler à ses côtés. Elle lui attrapa la main, et la serra fort. Elles s’approchèrent de la poêle à frire qui les transporterait, saisirent chacune un bout de la poignée, saluèrent les trois autres voyageurs et attendirent patiemment le départ.

Quand elles arrivèrent à Mumbai, elles se tenaient toujours la main.

 

* * *

 

Les premiers jours, Parvati se sentit emportée dans un tourbillon sans fin de rencontres, de déplacements, de nouveaux lieux et d’habitudes à prendre. Parvati, Raj et Priya vivaient au sud de la mégalopole, dans un quartier sorcier installé au milieu de bâtiments construits à l’époque de la colonisation britannique.

Comme dans une majeure partie de l’Inde, les sorciers du Maharashtra avaient longtemps vécu mélangés aux moldus, dans une harmonie relative, expliqua Shirish, un frère de Raj, lors d’un dîner avec la famille de celui-ci.

« L’arrivée des colons européens, en particulier les portugais et les britanniques, et donc du christianisme qui avait tant lutté contre la sorcellerie, sur le sous-continent indien, a forcé les sorciers à se dissimuler. Lorsque le Code international du secret magique est entré en vigueur en 1689, cela faisait déjà un moment que les communautés d’ici se cachaient.

- Je vois… On nous avait expliqué des choses similaires sur la côte est des États-Unis, tu te souviens, Padma ? »

Celle-ci hocha la tête, et Parvati se tourna de nouveau vers Shirish :

« Dans les communautés natives américaines, les sorciers et les moldus étaient mélangés. Après l’arrivée des colons et le génocides des natifs, les sorciers ont dû se cacher aussi…

- Oui, ça ne m’étonne pas, je crois que les mouvements de colonisation ont eu des conséquences sur la plupart des communautés sorcières…

- Et donc ce quartier date de l’époque du Code du secret ?

- Non, cette zone a été investie plus tard, intervint Meena, la femme de Shirish. En fait, le centre de la communauté sorcière était plutôt à Pune, qui était aussi la capitale d’un empire moldu… Mais Mumbai s’est développée avec les Britanniques, et pas mal de sorciers ont profité de l’urbanisation de la péninsule, au XIXe siècle, pour y construire ce quartier sorcier.

- Mais Pune reste la principale ville sorcière de l’état, précisa Shirish. Meena et moi y enseignons, à l’Université sorcière du Maharashtra. »

Parvati discuta longuement ce soir-là avec Meena et Shirish. Elle les avait croisés au mariage de Padma et Raj quelques années plus tôt, mais ne leur avait guère prêté attention, tant elle était occupée à se désoler de l'union. Elle était heureuse de faire leur connaissance, tous deux étaient passionnants et connaissaient très bien l’histoire de la région. Meena avait également longuement travaillé à Hampi, et lui fit plusieurs recommandations qu’elle ajouta à sa liste mentale.

Si la belle-famille de sa sœur était sympathique et intéressante, Parvati ne parvenait pas vraiment à se sentir confortable avec son beau-frère, Raj. Elle l’observait, ainsi que sa relation avec Padma, depuis qu’elles étaient arrivées. Elle n’arrivait pas encore tout à fait à pointer ce que cachaient les allusions éparses de sa sœur, au fait que la situation n’était pas si parfaite qu’elle en avait l’air. Mais plus le temps passait, et plus elle se demandait si les deux époux s’aimaient réellement, s’ils partageaient plus que leur amour pour leur fille.

Les premiers jours, Padma, toujours en congé, emmena sa sœur découvrir la ville où elle vivait depuis maintenant plusieurs. Elle lui présentait ses amis en fin de journée, lors de dîners ou de rencontres dans des bars locaux. Les jumelles Patil continuaient de retisser patiemment ce lien qui s’était presque défait entre elles, et cela leur faisait un bien fou. Elles parlaient beaucoup de leur père aussi, de leur souvenir d’enfance et de la guerre. Parvati finit par avouer à sa sœur à quel point elle se sentait coupable de sa dernière rencontre avec Prasad. Cela les mena à une longue conversation sur les erreurs qu’elles avaient toutes deux faites depuis Poudlard, qui aida Parvati à trouver une certaine forme de sérénité sur certaines choses. Elle n’osa toutefois pas aborder le sujet de Raj.

 

Le lundi suivant, Padma retourna au travail. Ce jour-là, Parvati alla se balader seule.

Après plusieurs jours dans le quartier sorcier de Fort, elle commençait à se repérer plutôt bien dans le dédale des rues. Elle avait même ses habitudes au stand du chaiwala* qui faisait le coin avec la rue où vivait Padma.

Parvati sortit vers 10 heures, la chaleur était encore supportable. Elle avait revêtu une des robes de sorcière les plus légères qu’elle possédait, car la température devait monter très haut dans l’après-midi. Elle avait de bonnes chaussures aux pieds, et une besace dans laquelle se trouvaient de l’argent, un livre, quelques fruits secs, une gourde pleine d’eau et le petit appareil photo qu’elle avait acheté quelques jours plus tôt. Sa pellicule s’épuisait rapidement, elle avait prévu d’en racheter une.

Elle s’arrêta d’abord au coin de la rue et acheta à Vivek le chaiwala un chai* « double adrak », avec une double dose de gingembre. C’était une chose sur laquelle Padma et elle ne parvenaient pas à tomber d’accord : la bonne quantité de gingembre à ajouter dans son chai. Sa sœur estimait que doubler la dose était un « sabotage », qui faisait perdre tout l’intérêt et le goût du thé. Parvati lui répondait que la quantité de sucre et de lait que mettaient les Indiens dans leur thé était déjà un « sabotage » en soi, et que le gingembre, au moins, rehaussait les épices présentes dans la boisson.

Son chai avalé, elle continua son chemin jusqu’à Lakshmi Road, la principale artère sorcière du sud de Mumbai. Celle-ci reliait la gare de Chhatrapati au quartier bourgeois de Colaba, à l’extrémité de la péninsule. Elle suivait plus ou moins le tracé des avenues moldues, lui avait expliqué Padma. Lakshmi Road était bien trois ou quatre fois plus grandes que le Chemin de Traverse, et la somme d’articles qu’on pouvait y trouver semblait infinie. Mais Parvati avait une mission très précise, qu’elle accomplit en moins de vingt minutes. Après quoi, munie de trois rouleaux de pellicules magiques supplémentaires, elle repartit d’un pas énergique par une ruelle charmante qui s’échappait de l’artère principale.

Au début, elle reconnaissait un peu – Padma l’avait beaucoup emmenée dans ce quartier depuis leur arrivée. Puis, laissant ses pas la porter au hasard des rues, elle se perdit volontairement. Elle décidait de son trajet en fonction d’un joli balcon, d’un détail surprenant ou d’un rayon de soleil qui attirait son œil. De petites rues calmes et très étroites débouchaient sur de belles avenues plus ou moins désertées, en ce milieu de l’été.

Alors qu’elle avançait le long d’un terre-plein central orné d’arbres, elle sentit l’odeur de la mer. Elle tourna vers la droite, dans la direction où elle pensait trouver l’océan, et tomba sur une charmante place aux basses maisons colorées. L’une d’elle, entièrement repeinte en bleu, avait sa façade couverte de fleurs et d’ornements, qui tintaient joyeusement grâce à la brise venue de la mer. Sur le côté de l’habitation, une petite fenêtre carrée, recouverte par un simple grillage. Deux jardinières débordant de plantes vertes et de fleurs roses étaient accrochées un peu en-dessous.

Parvati fit le tour de la maisonnette, admirant les arrangements floraux et la couleur des murs. A Jaipur, et dans le reste du Rajasthan, elle avait l’habitude de voir des maisons peintes en bleu pour tenter d’éloigner les moustiques. Mais ici, la couleur était si éclatante qu’il avait dû s’agir d’un choix esthétique.

Elle continua son chemin, essayant d’imaginer pourquoi les propriétaires de cette maison avait pu décider de la repeindre en bleu. Après une quinzaine de minutes de marche, elle se trouva sur une grande avenue chargée d’automobiles et de rickshaws moldus. Sans s’en rendre compte, elle avait tant déambulé qu’elle était sortie du très calme et résidentiel quartier sorcier. Elle vérifia rapidement sa tenue – elle passerait sans problème pour une moldue, elle pouvait continuer sa route.

 

Elle s’arrêta manger un dosa dans un restaurant, à l’ombre d’un petit immeuble aux balcons de fer forgé. De sa position, elle avait une vue générale sur la place et l’avenue devant elle, et elle s’amusa à regarder passer les riverains, les touristes et les travailleurs moldus, tentant d’imaginer d’où ils et elles venaient, ce qu’ils et elles faisaient là. C’était une chose qu’elle avait toujours fait, d’aussi longtemps qu’elle s’en souvenait, imaginer la vie des inconnus dans la rue – et qu’elle faisait souvent avec son père, même après son entrée à Poudlard.

Parvati sentit son cœur se serrer en pensant à cela. Le souvenir de son père, et des moments partagés ensemble, provoquait toujours en elle un mélange de nostalgie, de joie et de détresse, face auquel elle ne savait pas encore comment réagir. Elle noya son envie de pleurer dans un lassi bien trop sucré, paya, et reprit sa route.

Perdue dans ses pensées, elle faillit rentrer dans d’énormes piles de livres alors qu’elle tournait le coin d’une rue calme pour revenir vers l’une des avenues passantes. Pavati cligna des yeux, surprise. Devant elle s’étendaient, sur plusieurs dizaines de mètres, des étals chargés de livres de toutes tailles, couleurs, état… Et probablement qualité. Un peu plus loin, un panneau proclamait « Marché du livre d’occasion de Mumbai ». Elle sentit ses lèvres s’étirer en un sourire satisfait – elle n’aurait pu trouver meilleur endroit pour terminer sa journée.

Elle rentra ce soir-là avec sept nouveaux livres dans son sac.

* * *

 

Parvati passa une dizaine de jours à Mumbai. Ce laps de temps lui suffit pour tomber amoureuse de cette mégalopole bruyante, animée, grouillante de monde, de magie et d’une énergie qui lui rappelait celle de Londres, en « plus ».

Tout était « plus ». Même dans le quartier sorcier, pourtant plus résidentiel et moins animé que celui de Pune, à en croire Padma et ses amis, elle se sentait envahie d’un dynamisme et d’une passion qu’elle n’avaient plus ressentis depuis longtemps. Elle sentait revenir en elle une envie de « faire des choses », d’avancer, d’essayer, d’expérimenter.

Cette envie l’avait conduite toute son enfance, mais elle était fluctuante depuis la guerre. Ces dernières années, la « flamme », comme disait Seamus, était vacillante, Parvati le sentait. Elle l’avait crue éteinte pour de bon avec le décès de son père.

Pourtant, c’était ce décès qui l’avait amenée dans ce pays familier mais si méconnu, dans cette ville regorgeant de surprises, qui ranimaient en elle un désir d’aventure qu’elle avait cru disparu.

Elle faillit rester plus longtemps à Mumbai. Mais elle ne voulait pas rater ses rendez-vous avec sa mère, ni celui avec Luna, et elle rêvait depuis trop longtemps de visiter Goa et de revoir Hampi pour risquer de manquer ces deux voyages.

Elle fit donc ses valises, et après une dernière soirée en ville avec Padma et ses amis, et de doux au-revoirs, elle monta dans un train moldu à destination de Goa.

 

End Notes:

Quelques mots de vocabulaires :

*Daadi : grand-mère paternelle, et "daada" désigne le grand-père paternel. Le suffixe -ji est une marque de respect envers les aînés, notamment.
*Naani : grand-mère maternelle, et "naani" désigne le grand-père maternel.
*Chaiwala : vendeur de thé ; chai : thé.
*Beti : enfant, fille.

J'espère poster le troisième chapitre plus rapidement, il est quasiment terminé ! Je pense qu'il y en aura quatre, mais je ne sais pas encore où je m'arrête. Si vous souhaitez retrouver Parvati en attendant, mes textes sur elle sont regroupés dans la série "Les chemins de Parvati". Et récemment, pour le concours Koh-LantaHPF, j'ai publié Quand elle arrive en ville, qui se déroule quelques semaines plus tard.

Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=37692