Les soldats de papier by Lyssa7
Summary:

Seamus Finnigan est un Gryffondor relativement populaire auprès de ses pairs. Armé du courage qui sied à sa maison, il rejoint les rangs de l’Armée de Dumbledore après que Poudlard soit tombée entre les mains de Rogue et des Carrow. Il devient ainsi une tête de proue de la résistance.

Wayne Hopkins est un Poufsouffle discret qui a subi les brimades et les moqueries de ses camarades. Sa capacité à ne pas laisser abattre comme seul bouclier, il tente de survivre comme il peut dans ce monde enclin à la violence.

Anthony Goldstein est un Serdaigle studieux et honnête qui a naturellement hérité d’un poste de préfet en cinquième année. Au moment où la résistance s’organise et que la guerre contre les Carrow se prépare, il se voit obligé de jouer un double jeu particulièrement dangereux.

Theodore Nott est un Serpentard solitaire et cynique qui ne se mélange que très rarement aux autres. Toutefois, plongé dans une éducation qui prône la supériorité du sang depuis l’enfance, il rejoint la brigade inquisitoriale pour le compte des Carrow et traque la résistance au sein de Poudlard.

 

Mais en un instant, le destin va redistribuer les cartes.

Et s’il existait un monde, un univers, sur lequel Voldemort et ses Mangemorts n’ont aucun contrôle ?

 

Dans cette autre réalité, le mage noir n’est jamais né, et Harry Potter n’est qu’un élève comme les autres. Dans ce monde, tout est différent. Dans cet univers si loin du leur, la paix règne. Du moins, c’est ce qu’ils croient car les clivages qui règnent entre les maisons sont si omniprésents que les quatre garçons sont embarqués au sein d’une autre guerre où la révolte des opprimés gronde et où les nantis ne sont pas prêts à céder leur trône.

Que ce soit dans ce monde ou dans l’autre, ils devront faire des choix. Des choix cruciaux pour leur avenir. Entre désillusions, trahisons, peurs, doutes et amitiés improbables, ces quatre soldats de papier, forts et fragiles à la fois, vous emmènent avec eux dans une aventure qu’ils ne risquent pas d’oublier. Au point d’en revenir profondément changés…

 

Crédits : Illustration libre de droits


Categories: Univers Alternatifs, Résistance, Epoque de Harry Characters: Autre personnage, Seamus Finnigan, Theodore Nott
Genres: Amitié, Aventure/Action, Guerre
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 9 Completed: Non Word count: 31806 Read: 2782 Published: 17/09/2020 Updated: 02/05/2022
Story Notes:

Bonsoir,

Je suis irrécupérable, c'est un constat. Cependant, je ne pouvais pas ne pas écrire cette fiction. Il le fallait absolument. Tout simplement parce qu'elle va réunir plusieurs thèmes qui me passionnent tout particulièrement.

C'est-à-dire ? Du tragique avec le côté septième année sous le régime des Carrow au tout début de cette fic, un petit côté science-fiction/mystère avec le monde parallèle par la suite, de la résistance (yeah !), de la solidarité et de l'amitié fraternelle avec ces quatre persos plus différents les uns des autres, du traumatisme et du drama bien évidemment, et enfin une touche en plus de magie que je ne dévoilerai pas maintenant pour garder le suspens. J'espère que vous prendrez plaisir à la lire et que vous me suivrez dans mon délire. :mrgreen: 

Bonne lecture !

Lyssa

 

1. Prologue : Dès l'aube by Lyssa7

2. Chapitre un : Suivre les règles by Lyssa7

3. Chapitre deux : S'adapter à la situation by Lyssa7

4. Chapitre trois : Faire face aux conséquences by Lyssa7

5. Chapitre quatre : Comprendre son rôle by Lyssa7

6. Chapitre cinq : Ne pas se faire repérer by Lyssa7

7. Chapitre six : Prendre conscience by Lyssa7

8. Chapitre sept : connaître ses alliés by Lyssa7

9. Chapitre huit : trouver sa place by Lyssa7

Prologue : Dès l'aube by Lyssa7

— Seamus, il faut se lever.
— Je sais, marmonna-t-il d’une voix rugueuse.

Les yeux clos, plongé dans un demi-sommeil où les angoisses et les doutes n’avaient encore aucune prise sur lui, Seamus Finnigan essaya de se raccrocher à cette once de bien-être qui se faisait de plus en plus illusoire ces derniers temps. Depuis que leur septième et dernière année à Poudlard avait commencé, l’adolescent de dix-sept ans n’avait pas eu un seul instant, hormis dans ces dernières secondes d’inconscience juste avant le réveil, dont il aurait pu se réjouir ou se sentir apaisé.

Après la mort de Dumbledore, le Ministère de la magie était rapidement tombé aux mains de Celui-dont-on-devait-pas-prononcer-le-nom et de ses sbires, et Poudlard avait suivi. Le 1er septembre, les étudiants en partance pour l’école de sorcellerie avaient été accueillis par des Mangemorts sur le quai de la voie 93/4, et le célèbre train avait été parcouru d’un frisson d’appréhension et de désespoir. Chaque fois qu’il repensait à ce moment, ses dents se serraient jusqu’à en grincer. Chaque fois qu’il revoyait le sourire gras de Severus Rogue à leur arrivée dans la Grande Salle, une bouffée de colère l’envahissait sans qu’il ne puisse la contrôler.

— Seamus, on doit se bouger. Tu sais que si on arrive encore en retard aujourd’hui… insista Neville à voix basse.
— Ouais, je sais, réitéra Seamus, ouvrant brusquement les yeux en prenant conscience de ce que disait son ami.

Ils ne pouvaient pas se permettre d’être en retard pour le cours de magie noire d’Amycus Carrow. Ils ne pouvaient pas, une fois de plus, repousser la réunion prévue dans la Salle sur Demande si l’un d’eux venait à défier le Mangemort dans sa propre classe. Leurs camarades comptaient sur l’Armée de Dumbledore, sur la résistance qui s’organisait et s’implantait progressivement dans tout Poudlard malgré la surveillance renforcée de la Brigade Inquisitoriale. Pour garder espoir dans les moments les plus sombres.

Il ne fallut que quelques minutes à Seamus pour se redresser, s’habiller de son uniforme aux couleurs des Gryffondor et suivre Neville Londubat en dehors du dortoir. Quelques minutes pour reprendre courage et pour se rappeler que leur monde ne leur laissait aucun répit.

Alors qu’ils allaient sortir de la salle commune, le jeune homme sentit le gallion magique, auparavant fourni par Hermione pour l’A.D en cinquième année et remis au goût du jour par Ginny, chauffer dans la poche intérieure de sa robe. En un simple coup d’oeil, les deux résistants se comprirent. L’heure de la réunion venait d’être donnée à tous leurs partisans. L’heure était grave. L’heure était à la révolte dans les couloirs de Poudlard et tous les élèves, peu importait leur camp, le savaient parfaitement. Quelque chose se tramait dans l’ombre et les armées se préparaient à combattre.

— Il faut frapper un grand coup cette fois-ci, déclara Neville d’un air sombre.

 


 

Anthony Goldstein resserra sa cravate bleu et bronze autour de son cou, remit correctement son insigne de préfet, et adressa un dernier signe de tête résolu à ses amis avant de sortir en premier de la salle commune des Serdaigle. Il avait appris à ne plus être vu en leur compagnie. Il ne valait mieux pas qu’on le croise avec eux, surtout ces derniers jours.

— Ce soir, lui souffla Michael Corner dans un murmure avant que la statue ne se referme derrière lui.

Depuis que Severus Rogue était devenu le directeur de Poudlard en début d’année et que les Carrow avaient eux aussi pris leurs quartiers dans l’école de sorcellerie, leur menant la vie dure, leur existence n’était plus celle qu’ils menaient auparavant. Il fallait sans cesse se méfier des portraits aux aguets, faire attention à la moindre parole qu’on prononçait, au moindre geste qu’on faisait.

C’était étouffant, invivable, épuisant, mais nécessaire. D’autant plus qu'il n’était affilié à aucun camp, du moins officiellement, et que sa qualité de préfet lui permettait de glaner des informations importantes qu’il n’aurait pas pu obtenir autrement. C’était dangereux, suicidaire, mais nécessaire pour la résistance, et son rôle d’espion était un sacrifice de tous les instants.

Stoïque, il commença sa ronde matinale pour les Carrow. Le plus difficile était qu’il devait parfois leur redonner confiance pour qu’il ne se méfie pas de lui, leur apporter une certaine satisfaction s’il ne voulait pas être enfermée dans les cachots comme l’avait été Padma trois jours plus tôt quand elle avait été surprise à fouiller dans le bureau de Rogue.

— Toi ! Ne traîne pas dans les couloirs.
— Pa… pardon, balbutia le jeune première année qu’il venait d’interpeller d’un ton glacial.
— Dépêche-toi d’aller en cours, ou je devrais faire un rapport sur ton comportement.
— O...ou...oui, bégaya le Serdaigle de onze ans en poursuivant son chemin sans demander son reste.

Anthony se détestait chaque fois qu’il les menaçait. Il sentait tout son corps se révulser de honte, de culpabilité, chaque fois que sa voix oser reprendre froidement l’un de ses enfants. Il se maudissait, se vomissait du plus profond de son âme à la fin de chaque mois, quand Alecto lui demandait de choisir trois élèves qu’il avait jugé désobéissants. Il se haïssait lorsque sa plume notait ces trois noms, parce qu’il savait parfaitement ce que ces trois noms signifiaient. La douleur, les cris, la peur.

Il se détestait, il se haïssait, il se maudissait, mais la résistance lui répétait qu’ils avaient besoin de ces informations. Anthony connaissait les heures de ronde de la Brigade Inquisitoriale, Anthony était le détenteur d’une partie de l’emploi du temps d’Alecto Carrow. Anthony était l’atout maître, l’as dans un jeu de cartes. Tant pis pour la honte et la culpabilité, il se devait d’avancer, de jouer son rôle de soldat de l’ombre.

— Ce soir, se murmura-t-il à lui-même pour garder espoir.

 


 

— Tu devrais manger un peu.

Theodore Nott fixait son chocolat chaud et ses tartines beurrées d’un regard vide, ce qui ne lui ressemblait pas. Habituellement, c’était le moment de la journée où il était le plus disposé à parler, celui où il se mélangeait plus facilement à ses camarades de maison. Lui, le solitaire. Lui, le silencieux. Lui, le misanthrope. Pourtant, ce n’était plus le cas depuis un moment. Le jeune homme avait de nouveau érigé un mur entre le monde extérieur et lui-même. Sur sa gauche, Pansy Parkinson, plus pâle encore que les jours précédents, jugea bon de ne pas insister. En face d’eux, Zabini émit un claquement de langue méprisant qui traduisait sa pensée.

Les discussions devenaient rares chez ces élèves habillés de vert et argent. Le climat était à la méfiance et à l’individualisme chez les Serpentard. Personne ne savait ce que l’autre pensait, personne ne voulait le savoir. Ils exécutaient les ordres et prônaient les valeurs enseignées par les Carrow, celles que leurs parents leur avaient inculquées depuis leur plus tendre enfance. Aucun d’eux n’aurait songé à les défier, aucun d’eux n’en avait l’envie. Ou peut-être était-ce juste une question de courage. Les contradictions se heurtaient à leurs esprits étriqués, mal conseillés, chaque fois que la violence jaillissait dans les classes, dans les couloirs, dans les cachots. Chaque fois que les cris, les pleurs et la douleur s’invitaient dans leur journée.

Ils étaient les soldats de l’autre camp, la Brigade Inquisitoriale, les vendus, les traîtres, les lâches. Ils étaient ceux qui obéissaient aux envahisseurs. Ils s’étaient glissés sous la bannière rouge sang du Seigneur des Ténèbres et de ses Mangemorts. Véritable choix ou instinct de survie, ils avaient suivi le chemin de la terreur, de l’oppression, et de la haine.

Or, les masques, véritables apparats de survie arborés durant une décennie, finissaient par se fissurer. Cela ne tenait à pas grand-chose, c’était à peine discernable sur leurs visages. Un air morose, une pâleur soudaine, un rictus trop méprisant. Pas grand-chose, un rien dans le regard de ces adolescents. Juste avant qu’ils ne soient envoyés sur le champ de bataille. Face aux autres. Les résistants. Ceux qu’ils devaient terrasser. Coûte que coûte. Parce que c’était ce qu’on leur avait dit de faire et qu’ils n’avaient jamais appris à désobéir, ou tout simplement parce qu’ils étaient persuadés que leur vie était plus précieuse que celle des autres. C’était inscrit dans leurs gênes. L’égoïsme et la laideur. Ne penser qu’à soi, baisser les yeux, et avancer. Survivre à cette guerre d’une manière ou d’une autre. Et Theodore Nott, bien que les hurlements des prisonniers des cachots ne cessaient de le hanter, était de ceux-là.

 


 

Wayne Hopkins remonta ses lunettes sur son nez d’un doigt tremblant. Toutefois, il se dirigeait d’un pas déterminé vers cette salle de classe. Ses jambes flageolaient, des gouttes de sueur perlaient sur son front humide, son coeur battait à un rythme totalement effréné, mais il marchait toujours dans la même direction. Il aurait pu fuir, il aurait pu courir en sens inverse, il aurait pu supplier sa mère de l’envoyer chez son oncle, en Amérique, mais il ne le ferait pas. Il était plus fort que sa peur.


Sa cravate noire et jaune flottait autour de son cou, symbole d’une autre révolution qui durait depuis des années. Une révolution qui avait commencé bien avant l’arrivée des Carrow à Poudlard. Une révolution que l’adolescent avait toujours menée seul. Contre les autres et contre lui-même. Wayne avait toujours su que la violence régnait sans partage dans les couloirs de l’école, parce qu’il l’avait toujours subie avant ses camarades. La violence était pernicieuse, et elle avait plusieurs visages.

Elle n’avait pas attendu que la guerre enfonce les portes du château pour entrer. Pas pour lui. La violence avait ri, la violence avait souri, la violence l’avait ignoré tant de fois. Elle s’était moquée et l’avait humilié. Il n’avait plus peur d’elle. Plus maintenant. Peu importait la forme qu’elle avait, il apprendrait à vaincre cette nouvelle guerre. C’était sa façon à lui de résister. En silence, grelottant mais toujours présent. Tapi dans l’ombre.

— Entrez ! tonna la voix d’Amycus Carrow quelques minutes plus tard en ouvrant la porte de sa salle de classe.

Chapitre un : Suivre les règles by Lyssa7
Author's Notes:

Bonsoir,

Je préfère le dire tout de suite, ce chapitre est plutôt difficile à lire. Il parle, plus ou moins implicitement, de torture. Donc, si vous êtes sensibles, mieux vaut passer votre chemin. Je monte également mon rating pour la violence mentionnée entre les lignes.

Merci à Selket et Camcam17 pour leurs reviews sur le prologue. <3

Lyssa

— N’oublie pas. Nous ne devons pas intervenir. Quoi qu’il arrive.

Le dernier murmure de son ami à son oreille sonna comme un avertissement et assombrit encore un peu plus, si c’était possible, l’humeur de Seamus Finnigan. Les lèvres pincées, les traits tirés, le Gryffondor entra dans la salle de classe avec la démarche d’un homme qu’on envoie à l’échafaud. C’était finalement le cas. Le rictus mauvais d’Amycus Carrow ne trompait personne sur ce qu’il avait prévu de leur faire étudier, et tous n’ignorait pas ce qui avait pu se passer durant les cours précédents.

Le dernier avait laissé des séquelles chez les Serdaigle de leur promotion, à commencer par Terry Boot qui, après avoir été la victime du sortilège de l’Imperium à de multiples reprises, avait de fréquentes pertes de mémoire. Lors de leur rapport, Michael Corner avait signifié à Neville avec rage qu’il était plus que temps d’envisager un plan de recours. La tension était montée d’un cran depuis que Padma Patil avait été enfermée trois jours plus tôt par Alecto, sur ordre de Rogue, pour avoir tenté de pénétrer dans le bureau du directeur.

Tandis que Seamus prenait place au milieu de la pièce près de Neville, il sentit Hannah Abbot trembler légèrement sur sa gauche. Par instinct, sa main alla se poser sur son bras comme pour lui témoigner un soutien silencieux. Elle ne fit rien qui lui laissa penser qu’elle avait compris, mais la légère étreinte des doigts de Seamus parvint à la calmer.

La mort de la mère de la jeune fille en octobre 1996, tuée par des Mangemorts, avait laissé une trace indélébile dans ses yeux bleus. Une forme de courage désespéré que Seamus avait du mal à affronter quand il croisait son regard. Pourtant, il savait qu’ils avaient tous la même lueur qu’elle dans les yeux à présent. Celle de l’innocence accablée, de la colère éperdue. Le chagrin des révoltés. Ce sentiment était ce qui les maintenait en vie, debout face à la cruauté, au mal incarné. Au milieu de cette salle de classe, ils ne formaient qu’une seule et même personne. Une seule entité.

Le rictus d’Amycus Carrow s’élargit alors qu’il désignait de son doigt crasseux Parvati Patil. Celle-ci avait pâli et semblait sur le point de fondre en larmes. L’emprisonnement de sa sœur avait mis à rude épreuve ses émotions, et elle allait être sacrifiée pour le bien de l’A.D. Elle savait qu’il le fallait, le plan ne fonctionnerait pas si elle s’effondrait. Personne ne l’aiderait cette fois. Personne n’allait se positionner en sauveur. C’était trop risqué. Le plan nécessitait qu’ils fassent ce que le Mangemort leur disait, pour ne pas se faire repérer. Le plan nécessitait toutes leurs forces, ils ne pouvaient plus se permettre de repousser sa date. Alors, ils se l’étaient jurés : le cours d’Amycus Carrow ne devait, en aucun cas, être perturbé. C’était la règle pour que tout puisse fonctionner, pour qu’ils puissent gagner cette bataille.

— Avance, ordonna Amycus.

Parvati ne put retenir un hoquet de terreur, mais elle obéit. Son corps frêle paraissait agité de spasmes frénétiques, et Seamus eut le réflexe de bouger dans sa direction. La main de Neville, comme si celui-ci s’attendait à cette scène depuis le début, le retint aussitôt. Cependant, Amycus fronça les sourcils, apparemment peu satisfait.

— Pas toi, fit-il dans un grondement. Lui.

 


 

Le coeur de Wayne Hopkins stoppa sa course dans sa poitrine lorsqu’il prit conscience que c’était lui que le Mangemort avait choisi et que Parvati Patil se décalait lentement, les larmes aux yeux, pour le laisser passer. Les prunelles noires du sorcier, si enfoncées dans leurs orbites qu’elles étaient à peine discernables, le fixaient avec une lueur si malsaine que l’adolescent ne put soutenir plus longtemps son regard.

Les corps des élèves s’étaient statufiés, même si une multitude de visages plus ou moins connus s’étaient tournés vers lui. Ces visages, il les avait déjà vus dans d’autres circonstances. Ces visages, à présent chargés de compassion, ne l’avaient pas toujours été. Pendant des années, ils étaient restés indifférents à sa cause, au harcèlement qu’il subissait. Juste sous leurs yeux. Car ce n’était rien d’autre que des blagues, n’est-ce pas ? Quelques piques, deux ou trois affaires cachées, ce n’était pas bien méchant. Personne n’avait rien dit. Personne ne s’était révolté. Car, après tout, ce n’était pas la guerre. Car, après tout, c’était sans doute lui qui était trop sensible. Alors, ils pouvaient bien la garder leur compassion, leur pitié, ou quoi qu’ils puissent ressentir à cet instant. Il n’en voulait pas, il ne l’accepterait pas. Il combattrait seul.

Paradoxalement, ce furent ces pensées qui lui redonnèrent du courage, le poussèrent à s’avancer face à Amycus Carrow jusqu’à sentir son haleine chaude et fétide. Wayne retint sa respiration et releva les yeux vers le monstre de haine.

— Tu sembles plein d’assurance, ironisa l’autre, son rictus se faisant plus retors.

Le jeune homme se garda de lui répondre. Il se contenta de rester debout, comme il l’avait toujours fait face aux autres. Certains de ses détracteurs étaient maintenant derrière lui, à la fois soulagés de ne pas être à sa place et apeurés de ce que le Mangemort s’apprêtait à lui faire. Il aurait été mentir de certifier que Wayne n’avait pas peur, qu’il bravait férocement la bête pleine de rage devant lui. Évidemment, Wayne avait peur. Évidemment, s’il avait pu trouver une autre alternative que de se trouver là, à jouer les victimes, les marionnettes lugubres, il l’aurait saisie sans la moindre hésitation. Toutefois, aucune ne se présenta à lui. Pas une seule. Comme avant, personne ne s’avança pour lui, personne ne se révolta. Il dut donc se tenir sur ses deux jambes en s’efforçant de ne pas flancher pour supporter ce qui allait suivre.

— Tu connais la règle, c’est toi qui commence ce duel. Je te laisse l’avantage, je te conseille de ne pas te louper, lui rappela Amycus, faisant tourner sa baguette entre ses doigts, ses lèvres s’étirant en un sourire barbare.

Ce que le Mangemort définissait comme un avantage n’en était définitivement pas un. Le contraire aurait d’ailleurs été étonnant. Dans ce duel mis en place au sein des cours de Magie Noire, les règles étaient pernicieuses, traîtresses, comme celui à qui elles appartenaient. Dans ce duel, tous les coups étaient permis, surtout les plus intolérables. Le mérite revenait au plus inhumain des deux, et la médaille était décernée au plus sadique.

Peu d’élèves étaient parvenus à sortir de ce cours sans séquelles, hormis quelques Serpentard tels que Crabbe et Goyle qui n’avaient eu aucun scrupule à utiliser deux des sortilèges impardonnables : Doloris et Imperium. Lorsqu’il était d’humeur perverse, Amycus organisait des duels entre élèves, et il intervenait si les sorts n’étaient pas au niveau qu’il exigeait. Il n’allait jamais trop loin – du moins selon sa définition personnelle de la morale – comme lui avait expressément demandé Severus Rogue. Il maudissait ce dernier pour cela, lui reprochant de « brider sa créativité ».

— C’est quand tu veux, intima-t-il, vicieux.

Cette phrase fut comme une montée d’adrénaline pour Wayne. Toute cette rage, cette colère, qui grondait en lui déborda. Tout ce qu’il avait ressenti pendant des années, chaque fois que ses bourreaux osaient le harceler, se propageait rapidement dans son for intérieur, le rendant totalement inapte à réfléchir, à analyser correctement les événements. Brusquement, il n’était plus que cet être brisé, ce monceau de fureur et de rancœur. Et cette rancœur, elle l’avalait tout entier, de la même manière qu’il gobait les chocoballes magiques dans son enfance. Cette rancœur le transformait en monstre lui aussi et, face à Amycus, elle ricochait contre la plus petite parcelle de son corps pour se décupler dans son esprit ; elle remplaçait celui qu’il était par un autre, un animal guidé par l’instinct de survie et qui n’avait plus qu’une seule envie : faire disparaître la menace que le Mangemort représentait.

Lashlabask !

Malheureusement, son adversaire avait deux fois plus d’expérience en terme de duels et il n’eut aucun mal à prévenir le sort et à éviter la gerbe d’étincelles brûlantes qui fondaient sur lui. Elles allèrent s’écraser sur le mur et Amycus laissa son rictus s’agrandir, comblé par le tour que prenaient les événements. Wayne, les pieds solidement ancrés sur le sol, paraissait de nouveau prêt à attaquer. La foule d’élèves, spectateurs invisibles, retint son souffle.

— Tu as du cran, fit Amycus, mais tu n’es pas assez rapide.
Stupé…
Waddiwasi !

Wayne eut à peine le temps de comprendre ce qui se passait que l’énorme grimoire disposé sur le bureau à sa gauche vint heurter violemment son crâne après que son rival l’eut envoyé valser jusqu’à lui dans un mouvement leste de sa baguette. Sous le choc, les lunettes de l’adolescent se brisèrent sur le marbre blanc et, sonné, la vision de l’adolescent se fit trouble alors qu’il trébuchait. Il parvint cependant à garder une certaine stabilité, mais sa main redescendit mollement sur sa hanche, et Amycus Carrow ricana. La foule, unanime, fut parcouru d’un frisson tandis que le sourire du monstre se faisait carnassier.

Il y eut un léger bruissement dans la masse de corps qui se pressaient les uns contre les autres, un murmure de révolte que le Mangemort prit plaisir à défier de son regard sombre. Il attendit quelques secondes, prêt à mettre fin à tout sentiment de résistance comme il l’avait fait tant de fois ces derniers mois, mais personne ne broncha. Pas cette fois. S’il en fut étonné, l’homme n’en montra rien. Wayne flageola légèrement sur ses deux jambes, et un filet de sang goutta de son front pour aller mourir sur le sol.

— Fini de jouer, tança Amycus en se tournant d’un air mauvais vers le garçon. Endoloris !

En un instant, en un rayon de lumière rouge, tout devint noir et Wayne sombra dans un trou sans fond. Ses hurlements recouvrirent la pièce pendant une dizaine de minutes avant que sa souffrance ne prenne fin. Durant ce laps de temps, les autres baissèrent les yeux et serrèrent les dents. Il se tordait de douleur sur le sol et ils se trouvèrent des excuses, des arguments plus ou moins valables pour défendre leur lâcheté, se disant que la révolte, la vraie, approchait et que la résistance devait envisager des sacrifices. Ils se dirent que c’était la guerre, qu’elle avait commencé entre les murs de Poudlard, et que Wayne Hopkins en était l’une des victimes. Il y en avait d’autres des victimes, enfermées dans les cachots, attendant qu’on les délivre. Il y en avait d’autres des victimes et, pour les sauver, il fallait que rien ne vienne entraver le plan qui visait à les délivrer. Des sacrifices, ils en faisaient tous. Les sacrifices, c’était le nerf de la guerre.

 


 

Theodore Nott vivait comme une ombre solitaire dépourvue de la moindre émotion humaine. Il exécutait les ordres qu’on lui donnait sans discuter. D’une apparente neutralité, il adoptait continuellement une sorte de cynisme aristocratique, le fameux flegme anglais que son éducation stricte lui avait octroyé. Parfait sang-pur, personne ne se doutait des remords et des doutes qui régnaient dans son esprit depuis de longs mois, lui causant perte d’appétit et insomnie. Ces doutes lui faisaient prendre des risques, comme quelques jours plus tôt lorsque Pansy et lui avaient laissé filer Lavande Brown alors qu’elle se trouvait dans les couloirs en dehors du couvre-feu. Ces doutes faisaient qu’il avait de plus en plus de mal à surveiller les cachots et ses prisonniers quand Alecto le lui demandait.

— Amycus m’envoie te chercher. Il souhaite que tu escortes l’un de ses élèves jusqu’à l’infirmerie.
— Encore ? releva Theodore en haussant un sourcil sceptique. Et pourquoi tu ne le fais pas, Zabini ?
— C’est toi qu’il veut, lui répondit l’autre avec un sourire en coin. Il teste ta motivation et ta loyauté, Nott.

Theodore préféra ne pas relever le sous-entendu et posa un regard sur son camarade avant de reprendre sa route en sens inverse. Derrière lui, Blaise continua à scruter ses gestes jusqu’à ce que la cape noire du Serpentard tourne à l’angle d’un couloir. Il savait que Zabini prêchait ses propres intérêts et sa survie, tout comme lui, mais il s’en méfiait. Les deux adolescents se connaissaient depuis des années, bien avant d’entrer à Poudlard, mais ils n’étaient pas amis. Ils n’étaient que des connaissances qui avaient appris à se côtoyer et à s’accorder un relatif respect, mais ils n’avaient pas confiance l’un en l’autre. Si Blaise avait appris ce qui s’était passé pour Brown, il aurait tout aussi bien pu le dénoncer que garder le secret. Impulsif et vindicatif là où Theodore était imperturbable et glacial, les deux alliés ne l’étaient que par un pur concours de circonstances et dans un but commun.

L’adolescent se perdit dans des songes brumeux alors qu’il parcourait un long couloir et montait un escalier qui menait jusqu’à la classe d’Amycus Carrow, se rappelant des anciens professeurs de Défense contre les Forces du Mal qui en avaient franchi les portes et de leur façon d’enseigner. Ils se souvint qu’ils étaient tous différents et qu’il n’avait apprécié aucun d’entre eux. Toutefois, il dût reconnaître avec objectivité que Lupin avait été sans conteste le professeur le plus intéressant et le plus doué dans son domaine. Un léger sourire vint s’accrocher à ses lèvres fines en repensant à leur examen final de troisième année, une sorte de course d’obstacles parsemée de créatures qu’ils avaient étudié en cours. Il n’était d’ailleurs pas peu fier de l’avoir réussi haut la main.

— Qu’attendiez-vous pour entrer, Nott ?

Amycus venait d’ouvrir la porte de sa salle de classe en grand, et Theodore revint brutalement à la réalité. Remus Lupin n’était plus dans cette pièce depuis bien longtemps et les cours qu’il y avait enseigné à l’époque appartenait à un passé révolu. Le Mangemort qui lui faisait face n’apprenait pas aux élèves à se défendre, il leur apprenait à se battre et à utiliser des sorts impardonnables, vantant les mérites d’un seigneur des ténèbres que son propre père, Nott Senior, érigeait en sauveur du monde sorcier. Theodore, lui, était de moins en moins sûr d’en partager les valeurs bien que son géniteur eut tout fait pour que ce soit le cas, allant jusqu’à le traîner devant lui, jusqu’à lui brûler la chair de son avant bras gauche pour apposer leur marque. Il leur appartenait à présent, il lui appartenait, et son esprit rejetait, niait de toutes ses forces, cette idée.

— J’étais sur le point de le faire, monsieur, répliqua-t-il calmement.
— Emmenez-le. Il aura besoin de soins pour être remis sur pieds, fit Amycus en désignant un corps sur le sol.
— Bien, monsieur.

Theodore ne jeta qu’un bref coup d’oeil à la silhouette de Wayne Hopkins étendu sur le marbre blanc. Il ne prêta aucune attention aux autres élèves qui se dispersaient lentement, après que la fin de ce cauchemar eut sonnée. Il se contenta de sortir sa baguette et de lancer un sort de lévitation sur le Poufsouffle, le guidant à l’extérieur de la salle avec une indifférence cruelle. Il marchait doucement, sa cape noire se soulevant au rythme de ses pas, et il allait descendre les escaliers quand Seamus Finnigan le rattrapa pour se placer à sa hauteur. Le visage pâle, le Gryffondor serrait les poings si fort que ses jointures en étaient devenues blanches.

— Je t’accompagne, dit-il dans un souffle.
— Qu’est-ce qui te fait penser que je vais accepter, Finnigan ? rétorqua Nott d’un ton plat.
— Je ne te laisse pas le choix, Nott.

Theodore s’arrêta et, sur ses lèvres, un rictus sarcastique apparut alors que ses doigts s’amusaient à jouer avec la broche ornant sa cape noire. Seamus ne tourna pas le regard dans sa direction, il continuait de fixer le corps de Wayne comme s’il était incapable d’en détacher les yeux.

— Tu ne me laisses pas le choix ? reprit le Serpentard à voix basse, railleur. Vois-tu, je ne crois pas que tu sois en position de me donner des ordres. Je ne suis pas l’un de vos soldats, Finnigan, et Merlin me garde d’en être un si c’est de cette façon que vous protégez les innocents…
— Fais attention à ce que tu dis, Nott.

Soudainement, toute la tension que Seamus semblait avoir accumulée durant cette heure de cours se dirigea vers Theodore Nott. Le regard noir de fureur, il plongea rapidement la main dans la poche de sa cape et en sortit sa baguette qu’il pointa sous le nez de son rival. Celui-ci, loin de s’en trouver ébranlé, tenait toujours Wayne en suspension dans les airs grâce à sa baguette et renchérit par un haussement de sourcils blasé.

— Si tu crois que j’ai le temps pour tes petits jeux de pouvoirs, tu te trompes. J’ai une mission, et je compte bien la terminer donc, si tu veux bien, je vais te laisser avec ta culpabilité et le fait que tu n’aies rien pu faire pour ce Poufsouffle.

 


 

Anthony Goldstein sortait de la Grande salle où il venait de prendre son petit-déjeuner quand il assista à une scène atypique. En haut du grand escalier se tenaient Theodore Nott et Seamus Finnigan, ainsi que le corps immobile et inconscient de Wayne Hopkins. Celui-ci, visiblement mal en point, était maintenu en lévitation par la baguette du Serpentard qui produisait un filament de couleur blanchâtre le faisant graviter à deux mètres du sol. Finnigan, la baguette levée sous le nez de Nott, paraissait avoir une envie folle de lui refaire le portrait.

L’adolescent analysa rapidement la situation, pressentant que la tension qui régnait entre ces deux-là n’allait certainement pas s’arranger. Anthony avait deux solutions à cet instant précis : intervenir ou partir. S’il intervenait en faveur de l’un de ses camarades, cela revenait à prendre partie pour un camp et, en présence d’un membre de la Brigade Inquisitoriale, il ne pouvait pas se permettre d’être associé à Seamus Finnigan s’il voulait continuer à jouer un rôle dans la résistance. S’il choisissait cette option, le plus sage était donc d’intervenir pour calmer le jeu mais, si la situation dégénérait, l’avantage irait forcément à Theodore Nott puisqu’il n’aurait pas d’autres choix que de se rallier à lui. S’il partait, il ne prendrait le parti de personne, mais il laissait le corps de Wayne Hopkins aux mains d’un éventuel duel, ce qui se terminerait sûrement très mal pour l’un des trois protagonistes. Son esprit cartésien lui disait qu’il était plus sain de ne pas s’aventurer sur leur terrain. Cependant, sa morale prit le dessus. Sa décision prise, il se rua dans l’escalier, prêt à en découdre s’il le fallait.

— Tiens, Goldstein, l’interpella Theodore dans un sourire circonspect, tu tombes très bien. Je disais justement à Finnigan que je devais partir, mais il n’a pas l’air de mon avis. En ta qualité de préfet, qui est la même que la mienne par ailleurs, je suppose que tu peux lui faire comprendre que sa présence m’est indésirable.
— Ferme-la, Nott, grogna Seamus, le tenant en joue avec férocité. Un mot de plus, et je te pulvérise ta sale petite gueule de snobinard. Anthony, ne te mêle pas de ça, tu veux ?

Le dit Anthony fronça les sourcils en prenant conscience de la familiarité avec laquelle Seamus lui avait parlé, mettant sa couverture en danger. Si les Carrow comprenait dans quel camp il était, il était foutu et toute la résistance l’était également. Justement, Theodore, qui était loin d’être dupe, semblait avoir retenu chaque mot du Gryffondor et se tournait déjà vers lui avec un rictus de plus en plus narquois.

— Eh bien, Anthony, que vas-tu faire ? Est-ce que tu vas écouter ce cher Finnigan ? C’est plutôt risible, je ne vous pensais pas si proches tous les deux, souleva-t-il, visiblement amusé par le déroulé des événements.
— On ne l’est pas, répliqua le Serdaigle, sortant sa baguette pour la pointer sur Seamus.
— Oh, vraiment ?
— Qu’est-ce que tu fous, bordel ?!

Seamus lui lança un regard qui ne trompait pas. Il lui ordonnait de baisser sa baguette et de se rallier à ses côtés, mais Anthony n’était pas prêt à laisser tomber. Il n’était pas question que Padma soit tombée aux mains des Carrow pour rien. Il n’était pas question qu’il abandonne cette identité à cause d’un idiot qui n’avait rien compris à la stratégie qu’il avait mis en place pendant des mois. Il n’avait pas vendu son âme à Alecto Carrow pour que leur plan n’aboutisse pas. Il était l’un des cavaliers du jeu. Si son masque était révélé, alors la mission de ce soir était vouée à l’échec. Et Padma resterait dans sa cellule.

— Baisse ta baguette, Finnigan, intima Anthony d’un ton sans appel.
— Il n’en est pas question ! rétorqua le Gryffondor, le coeur serré par la révolte.

La scène était incroyable. Anthony Goldstein pointait résolument sa baguette sur Seamus Finnigan tandis que celui-ci tenait le Serpentard en respect avec la sienne. Et, pendant tout ce temps, le bras de Theodore Nott n’avait pas flanché, maintenant Wayne Hopkins dans les airs. Personne ne sut réellement ce qui se passa à cet instant, et surtout pas ces quatre adolescents. Toujours fut-il que les baguettes semblèrent établir une connexion puissante entre elles et qu’un éclair blanc les aveugla tous les trois. Cela ne dura que quelques secondes tout au plus mais, quand ils rouvrirent les yeux, plus rien n'était comme avant.

End Notes:

J'ai choisi de vous présenter brièvement la situation à Poudlard lors de l'Année des Ténèbres afin que vous compreniez mieux qui sont ces quatre garçons et l'environnement dans lequel ils baignent avant de vous emmener avec eux dans un univers alternatif. Comme vous avez pu le constater, ils obéissent tous les quatre à des règles diverses.

 

- Seamus est dans la révolte permanente, au point d'en oublier les stratégies mises en place par la résistance après la torture dont a été victime Wayne et, par voie de conséquence, de mettre en danger Anthony.

 

- Wayne est une perpétuelle victime. Il maintient la peur et la colère jusqu'à ce moment, face à Amycus, où il craque et se laisse submerger par ses émotions. Wayne n'a pas de règles, hormis celle de survivre au mieux.

 

- Theodore obéit aux règles des Carrow, mais il lui arrive d'en dériver. C'est un esprit analytique, qui doute énormément et remet les valeurs qu'on lui a transmises en question. Il pense à sa survie et à ses intérêts personnels pour survivre.

 

- Anthony est un esprit cartésien. Il établit des stratégies en sa qualité d'espion comme s'il était sur un jeu d'échecs.

 

J'espère que mes personnages vous plaisent, que leur évolution et ce nouvel univers vous intriguent. Si vous avez l'envie de me laisser votre avis, n'hésitez pas ! ;)

 

Lyssa

Chapitre deux : S'adapter à la situation by Lyssa7
Author's Notes:

Bonjour,

Me revoici enfin pour actualiser cette fiction. Cette fois, on entre dans le vif du sujet avec le monde alternatif que nos trois adolescents (Wayne ne sera pas éveillé durant tout ce chapitre) découvrent peu à peu avec stupéfaction. En parallèle, ils commencent plus ou moins à souder des liens, même si ça reste encore très minime (et puis, on peut dire qu'ils n'ont pas vraiment le choix).

Bonne lecture !

Lyssa

Ce furent les pas de quelqu’un qui s’éloigne qui réveillèrent Seamus. Juste avant d’ouvrir les yeux, il eut le temps d’entendre le cliquetis d’une porte qu’on verrouille derrière soi. Puis, le silence. Le genre de silence intangible qui vous fait battre le coeur à une vitesse folle parce que vous ne savez pas où vous êtes et pourquoi vous êtes là, et que vous êtes encore inconsciemment dans les songes desquelles on vient de vous arracher. C’était ce genre de silence, et il hésita pendant une seconde à soulever ses paupières pour découvrir ce qui se tramait autour de lui. S’il le faisait, alors il n’aurait plus aucun doute et tout prendrait sens. Si tout prenait sens, ce ne serait sans doute pas à son avantage après la scène qui s’était déroulée dans le hall de Poudlard.

Il se rappelait le cours d’Amycus Carrow où il avait senti son âme se briser à chaque fois que le cri de douleur de Wayne Hopkins s’élevait. Il se souvenait de ce dernier, suspendu dans les airs, et de Nott qui le tenait en suspension grâce à un sortilège. Il ressentait encore cette colère, cette rage, cette culpabilité qui l’avait poussé à s’en prendre au Serpentard. Il avait vu rouge, aveuglé par sa propre lâcheté, par l’injustice, par la guerre qui planait dans les salles de classe. Il revoyait la lueur dans les yeux d’Anthony Goldstein lorsque, dans le plus grand des calmes, il avait pointé sa baguette vers lui. Ensuite, c’était comme si tout s’était éteint dans une sorte de flash lumineux. Un million de pensées décousues et de pensées tourbillonnaient dans son esprit.

Est-ce qu’il avait fait un malaise ? Est-ce qu’on lui avait jeté un sortilège ? Est-ce que c’était Nott ou Goldstein qui l’avait lancé ? Où l’avaient-ils emmené ? Qu’était-il advenu de Wayne Hopkins après cela ? Où se trouvait-il à présent ? Les pas qui s’éloignent, le cliquetis d’une porte. Sans doute les Carrow l’avaient-ils enfermé dans un cachot. Si c’était le cas, le plan échouerait. Neville lui avait dit que si un seul maillon de la chaîne pour la mission manquait à l’appel, ce serait un échec. Si c’était sa faute… Si la mission échouait par sa faute… il ne se le pardonnerait jamais. Cette idée, intolérable, lui fit ouvrir brusquement les yeux.

Allongé sur le dos dans ce qui semblait être un lit, la première image qu’il vit fut un plafond blanc et légèrement écaillé par endroits. Tout en clignant des paupières pour s’habituer à la luminosité, il se fit la réflexion qu’il n’avait vraisemblablement pas été enfermé aux cachots après son esclandre dans le hall de Poudlard. C’était étrange. Soit un professeur comme Flitwick ou McGonagall avait pris son parti, soit il était en trop mauvais état pour que les Carrow puissent l’attacher au fond d’une cellule froide et humide. Donc, il en revenait toujours au même point : que s’était-il passé après l’intervention de Goldstein ?

Son regard se détacha du plafond et, lorsqu’il observa les lieux, il n’eut aucun mal à reconnaître l’infirmerie de Poudlard. Une rangée de lits se trouvait sur sa droite, et les rideaux étaient tirés autour de trois d’entre eux. Comme Seamus tentait de se redresser pour tenter d’apercevoir l’un des occupants, son dos lui fit chèrement payer son geste et la douleur qu’il en éprouva le cloua immédiatement au matelas. Après avoir poussé un gémissement qui mêlait cette souffrance soudaine et la frustration de ne pas pouvoir se lever pour obtenir des réponses, Seamus laissa un florilège d’insultes fleuries sortir de sa bouche.

— Un peu d’éducation ne te ferait pas de mal, Finnigan, lui conseilla une voix qu’il reconnut aussitôt.
— Nott ?! s’exclama Seamus, tournant brusquement la tête sur sa droite.
— Lui-même, ironisa le Serpentard en ouvrant le rideau du lit à côté du sien.
— Qu’est-ce que tu fous ici ?!
— La même chose que toi, j’imagine.

Theodore Nott était un être placide, si bien qu’on se demandait parfois s’il ressentait vraiment des émotions, mais à cet instant son visage exprimait une totale incompréhension. Ses sourcils, froncés, dénonçaient qu’il était en train d’analyser chaque élément de la pièce et que certains détails le chagrinaient. Il n’avait d’ailleurs pas regardé Seamus une seule fois durant leur discussion. Il ne releva les yeux vers lui qu’à ce moment précis, comme s’il venait de prendre conscience de son existence. Aussitôt, il revêtit son masque de neutralité et un rictus cynique vint se dessiner sur ses lèvres fines.

— La première chose que tu devrais te demander, Finnigan, c’est ce qui a pu arriver pour que nous atterrissions tous ici sans en garder le moindre souvenir, émit-il en désignant les deux autres lits. J’ai vérifié, Goldstein et Hopkins sont là aussi. Ils dorment encore. La deuxième chose qui devrait t’interpeller, c’est pourquoi et comment nous avons pu nous retrouver dans cet état, ajouta-t-il en pointant son bras gauche complètement tordu et entouré d’un bandage. Ensuite, la dernière chose, c’est la date sur le calendrier.

Le regard de Seamus se dirigea dans la direction que lui montrait Nott. Le calendrier était accroché près de la porte de l’infirmerie à deux mètres d’eux et affichait la date du jour. Le problème, c’était que cette date ne collait pas avec celle qui était la leur le matin même. Il se souvenait parfaitement de cette date : 10 avril 1998. Ce matin, lorsqu’il avait posé un pied sur le sol, on était le 10 avril 1998, et non pas le 20 octobre 1997. Des sorciers, sur l'illustration du calendrier, vêtus de costumes d’Halloween se tenaient devant un décor d’automne en leur faisant de grands signes joyeux.

— L’explication la plus rationnelle serait que Pomfresh n’ait pas pensé à actualiser le calendrier, supposa Theodore, sceptique.
— Sans doute… Et qu’est-ce que tu proposes comme réponse quant au fait que je ne puisse pas me lever ? J’ai l’impression qu’on vient de me briser la colonne vertébrale et je n’exclus pas l’hypothèse que tu sois le responsable, assena-t-il froidement.
— Et je me serais volontairement tordu le bras pour que tu ne te doutes de rien. Tu es d’une perspicacité hallucinante, Finnigan, ironisa Nott avec un rictus narquois. C’est prometteur et digne d’une grande carrière d’auror.
— Ne prends pas tes airs supérieurs avec moi, Nott ! Le menaça Seamus, le fusillant du regard sans pouvoir bouger.
— Je suppose que je devrais trembler…
— Merlin, vous me foutez la migraine ! marmonna une troisième voix d’un air las.

Anthony Goldstein venait de tirer les rideaux de son lit situé sur la droite de Theodore Nott. Seamus, toujours allongé, ne put discerner que sa silhouette, mais il crut voir que le Serdaigle avait les traits tirés, comme gonflés, et ses yeux paraissaient être à demi-fermés. Ses réflexions furent confirmées par Nott.

— C’est pas beau à voir, constata-t-il, cette fois sans une once de moquerie.
— Ouais, je me doute, confirma Anthony alors qu’il esquissait une grimace de douleur en touchant son visage du bout des doigts.
— Tu te souviens de quelque chose avant qu’on atterrisse ici ? s’enquit Seamus d’une voix forte pour que l’autre puisse l’entendre.
— Tu veux dire, à part de vous en train de vous donner en spectacle dans le hall de Poudlard ? rétorqua sèchement le Serdaigle. Je me souviens que tu visais Nott avec ta baguette, Finnigan, alors qu’il avait la responsabilité de faire léviter Hopkins qui était déjà mal en point, relata Goldstein en montant sa voix d’une octave. Ensuite, j’ai voulu t’empêcher de faire une connerie et… plus rien. C’est le trou noir, abdiqua-t-il après quelques secondes de plus à réfléchir à la question. Et vous, vous en avez une idée ?
— On en est au même point, lui répondit Theodore d’un air sombre. On ne sait pas ce qui s’est passé après ton arrivée dans le hall. On s’est réveillés tous les trois dans cet état, sans savoir ce qui a provoqué nos blessures. Et ce n’est pas Hopkins qui va pouvoir nous aider.

Un drôle de silence vint s’installer entre les trois garçons. Toujours allongé sans pouvoir bouger sur son lit d’infirmerie, Seamus se méfiait de Nott et se demandait s’il disait la vérité. Toutefois, si c’était le cas, il n’arrivait pas à comprendre comment il avait pu procéder pour que, ni lui ni Anthony, ne puissent se souvenir de quoi que ce soit. D’ailleurs, comme il l’avait soulevé plus tôt, il aurait fallu qu’il se brise le bras, mais peut-être n’était-ce qu’un leurre pour mieux les duper. Dans quel but ? A quoi pouvait bien lui servir cette mascarade ? Pour la troisième fois depuis son réveil, Seamus tenta de se redresser mais retomba lamentablement sur le matelas comme les deux premières fois.

— N’aggrave pas ton cas, Finnigan, lui conseilla Theodore, sarcastique.
— La ferme ! J’aimerais bien t’y voir, Nott !
— Je compatissais simplement à ta douleur.
— C’est ça, grommela Seamus, prends-moi pour un strangulot.
— Taisez-vous, je crois que quelqu’un vient, les prévint Anthony, les intimant à se taire.

Le Serdaigle avait l’ouïe fine. Quelques instants après sa mise en garde, la porte s’ouvrait sur une sorcière. De grande taille, les cheveux bruns attachés en un chignon serré et une coiffe d’infirmière sur ses cheveux bruns, elle avait un air revêche que Mrs Pomfresh n’avait jamais eu. Alors que Theodore haussait un sourcil, trahissant le fait qu’il ne comprenait pas ce qu’il était advenu de l’infirmière qui avait officié à Poudlard pendant ces sept dernières années, Goldstein écarquilla les yeux en apercevant la personne qui se trouvait derrière elle. Potter. C’était Potter, en chair et en os, parfaitement vivant, visiblement peu concerné par le contexte et le fait que l’école soit tombée aux mains des Mangemorts. Nott et Goldstein échangèrent un regard perdu alors que Harry entrait dans la pièce et se dirigeait vers le lit de Seamus.

— Bon sang mon vieux, tu nous as fait une de ces peurs ! fit-il en ramenant une chaise en bois près du Gryffondor pour s’y asseoir.
— Vous avez dix minutes, Mr Potter, l’informa l’infirmière en refermant les lourdes portes derrière elle.

Dès qu’elle eut disparu et sans que Seamus n’ait pu encore dire un mot, ébranlé par l’apparition du Survivant qui était censé être en cavale avec ses deux meilleurs amis depuis des mois, Harry se pencha vers lui avec un sourire qui ne lui ressemblait pas du tout. Bien qu’il eut enfreint le règlement plus d’une fois dans les souvenirs de son camarade, il n’avait jamais eu autant l’air d’un garçon qui s’apprête à faire un mauvais coup.

— Il va falloir qu’on mette un terme à cette révolution, murmura-t-il avec un regard suspicieux en direction de Theodore, d’Anthony et du lit de Wayne. Ils sont nombreux à vouloir renverser l’ordre établi, mais nous le sommes aussi et nous avons le directeur de notre côté. Il va falloir dresser une liste des rebelles, et je compte sur toi pour cela. Tu as forcément vu ceux qui t’ont attaqué. Est-ce que Goldstein et Hopkins en faisait partie ou est-ce qu’ils ont pris ta défense ? Ça ne peut pas être Nott, ajouta-t-il rapidement, réfléchissant à voix si basse qu’elle en était presque inaudible. Nott est l’un des nôtres, il ne peut décemment pas se permettre de changer de camp. Cependant, nous ne pouvons faire confiance à personne et…
— Harry, je… je ne comprends pas de quoi tu parles ni ce que tu fais ici. Tu...
— L’état de choc, supposa Harry en le considérant d’un air inquiet. Tu as besoin de te reposer. Je dois prévenir les autres de ce qui s’est passé. Essaie de te remettre vite, Seamus, Lavande est dans tous ses états. Elle viendra te voir un peu plus tard.
— Attends, tu es…

Aussitôt vite qu’il était arrivé, Harry Potter était ressorti de l’infirmerie comme s’il avait le diable à ses trousses. Toutefois, ce qu’il lui avait dit durant cette visite n’avait absolument aucun sens, tout comme sa présence ici. Complètement paumé, Seamus se tourna vers les deux autres avec l’air de quelqu’un qui vient de se prendre un seau d’eau glacé en plein visage. Déboussolé, il les regardait sans les voir.

— Qu’est-ce qu’il a dit ? s’enquit Anthony, venant s’asseoir sur le lit de Theodore.
— Finnigan ! l’interpella Nott en claquant des doigts pour que le Gryffondor revienne à lui. Goldstein t’a posé une question. Qu’est-ce que Potter a dit pour te mettre dans cet état ?

La tête tournée vers eux, Seamus les considéra pendant plusieurs secondes avec un regard vide. Nott, agacé, claqua la langue contre son palais. Anthony, quant à lui, semblait comprendre que la situation devait être plus grave que ce qu’ils s’imaginaient et s’assombrit encore un peu plus. En réalité, leur camarade de promotion ne savait pas comment exprimer ce que Harry venait de lui annoncer. Theodore Nott était présent, ce qui rendait les échanges avec Goldstein plus délicats, s'il pouvait toutefois lui faire confiance, et il ne s’agissait pas de parler de leur plan devant le Serpentard et allié des Carrow.

Pourtant, quelque chose clochait. Si le fait que le Survivant lui parle de révolution ne le choquait pas, il avait mentionné Anthony Goldstein et Wayne Hopkins comme étant des « rebelles » et avait désigné Nott comme l’un des leurs, ce qui était totalement aberrant venant de Harry Potter. Et puis, comment avait-il fait pour entrer à Poudlard par la grande porte et pénétrer dans l’infirmerie sans la moindre encombre ? C’était insensé, et Seamus commençait à se demander s’il n’avait pas plutôt reçu un gros coup sur la tête.

S’il était dans une sorte de coma, il était sans doute en train de rêver de cette scène, ce qui expliquerait aussi que Mrs Pomfresh ait été remplacée par une autre. Dans les rêves, les détails pouvaient changer au gré des envies du dormeur, et ce dernier faisait naturellement fi des complications comme le fait que Potter ne se trouvait pas à Poudlard dans la réalité. Voilà, il rêvait, ce ne pouvait être que cela, songea-t-il, presque rassuré. Cette pensée lui tira un rire de soulagement tandis que les deux autres l’observaient, d’un air déconcerté pour l’un et cynique pour l’autre.

— Seamus ? insista Anthony, relativement inquiet. Seamus, tu m’entends ?
— Il a complètement vrillé, annonça Nott d’un ton plat.
— C’est un rêve, fit celui-ci après repris son souffle. C’est forcément un rêve.
— Tu viens de présumer que je ne suis pas réel ? assena Theodore.
— Rien de tout cela ne l’est, répliqua Seamus en levant sa main pour désigner les alentours. Absolument rien ne justifie ce qu’on est en train de vivre. Je ne me rappelle même pas ce qui a pu se passer pour que j’atterrisse ici donc, la conclusion évidente, c’est que je suis en plein dans un rêve et que je ne devrais pas tarder à me réveiller. Vous, vous n’êtes que des morceaux de mon subconscient. Je ne sais pas ce qu’il essaie de me faire passer comme message mais…
— Cesse tes considérations oniriques, Finnigan, le coupa froidement Theodore. Si tu veux, je peux te prouver de suite que tu es bel et bien dans la réalité, il suffit de demander, ajouta-t-il en sortant difficilement sa baguette de sa poche, son bras gauche étant invalide.
— Arrêtez ça tous les deux, grinça Anthony, il me semble que la situation est plus urgente que vos enfantillages.

Ulcéré qu’on puisse penser qu’il manquait de maturité, Theodore Nott fusilla Goldstein du regard et se tut immédiatement. Il rangea sa baguette à contrecoeur alors que Seamus Finnigan détournait les yeux pour les fixer au plafond immaculé, certain de ses réflexions.

— Bien, soupira Anthony, il va falloir qu’on en ait le coeur net. Mrs Pomfresh, ensuite Potter, il y a forcément une explication satisfaisante à tout ce qui se passe depuis notre réveil ici. Peut-être que Rogue et les Carrow… émit-il en jetant un coup d’oeil à Nott.
— Peut-être qu’ils ont été vaincus, en effet, admit Theodore en trouvant un soudain intérêt pour le symbole de Médicomagie affiché sur le mur derrière Seamus. Ce serait une solution puisque Potter est entré dans cette pièce sans que rien ne l’arrête.
— Et Pomfresh ? demanda Anthony, peu convaincu par sa propre hypothèse qu’il jugeait à la fois impossible et trop évidente.
— Elle a pu avoir quelque chose de personnel à régler, et une remplaçante a pu être envoyée à sa place, proposa lentement le Serpentard, les lèvres serrés par la concentration et les réflexions qui semblaient faire rage dans son esprit.
— Elle connaissait le nom de Harry, intervint Seamus sans les regarder. Si c’est une remplaçante et qu’elle ne l’a jamais vu, elle n’est pas censée le connaître et encore moins lui accorder le droit de visiter un malade.
— Un point pour Finnigan, commenta Nott.
— De toute manière, si Rogue et les Carrow avaient vraiment été vaincus, le château serait en effervescence, continua Seamus dans un grognement, ce ne serait pas aussi calme. Donc… c’est un rêve, un foutu rêve qui n’en finit pas.

Theodore Nott était un être de neutralité, mais Seamus Finnigan avait le don de le mettre sur les nerfs. Si le Gryffondor souhaitait rester dans ses illusions pour ne pas être confronté au problème qu’ils rencontraient tous les trois, ils allaient très vite l’en sortir. Se penchant légèrement de façon à pouvoir atteindre son camarade, il le gratifia d’une pichenette sur la joue. L’autre, se redressant subitement de surprise, poussa un hurlement de douleur lorsqu’une brûlure insupportable irradia de nouveau dans son dos.

— Tu ne rêves pas, Finnigan, sinon tu ne ressentirais pas cette douleur. Alors, heureux ? assena-t-il dans un rictus sarcastique.
— Je vais te buter, Nott, grogna Seamus entre ses dents.
— Encore faudrait-il que tu parviennes à te lever…

Anthony, désespéré par l’attitude puérile de ses condisciples, leva une fois de plus les yeux au ciel. Heureusement – ou malheureusement – pour lui, l’infirmière qui avait fait entrer Harry Potter une dizaine de minutes plus tôt venait de revenir et réclamait le silence. Elle leur ordonna, sur un ton qui n’admettait aucune contradiction, de regagner leur lit. Ce qu’ils firent, sans réellement avoir l’envie de le contester.

Le réveil des trois garçons avaient été douloureux, compliqué, et ils n’avaient toujours pas de réponses à leurs questions. En plus de cela, le contexte qu’ils vivaient ensemble à Poudlard les avait vus s’affronter de nombreuses fois durant leur septième année. Ils n’avaient ni les mêmes valeurs, ni le même but, prenant des décisions diamétralement opposées au sein de cette guerre.

Seamus Finnigan était un résistant, et il était fier de le clamer. Anthony Goldstein était un espion, et il le supportait du mieux qu’il le pouvait. Theodore Nott était un partisan, et il survivait parce que rien d’autre ne comptait. Quant à Wayne Hopkins, toujours endormi, il était une simple victime et l’avait toujours été. Jusqu’à présent car tout, absolument tout, allait bientôt changer.


Le lendemain matin, lorsqu’il ouvrit les paupières, Theodore Nott eut un mauvais pressentiment. Malgré tout ce qu’il avait pu dire à Seamus Finnigan, il aurait voulu, lui aussi, que cet épisode vécu la veille ne soit rien de plus qu’un rêve. Certes, la situation actuelle avec les Carrow en tant que professeurs n’était pas la meilleure qui soit, mais au moins était-ce une réalité qu’il connaissait. Une réalité où il avait appris à adapter ses paroles et ses gestes, à adopter cette posture glaciale, afin qu’on le laisse poursuivre sa vie en paix. Une existence qui devenait de plus en plus difficile à vivre depuis que son père l’avait amené rencontrer le Seigneur des Ténèbres pour se faire marquer. Une vie au vitriol, empli d’amertume et d’acidité, qu’il avait de plus en plus de mal à assumer.

Par réflexe, comme il le faisait tous les matins, sa main droite vint se poser sur son avant-bras gauche alors qu’il poussait un gémissement presque indistinct. Il faisait encore nuit, mais il savait qu’il n’était pas dans son lit. Il faisait encore nuit, mais ses sens ne le trompaient pas. Sur son avant-bras gauche, le bandage était toujours là, et son bras avait cette difformité qu’il avait constaté la veille, incrédule, quand il s’était éveillé dans ce lit d’infirmerie. Ce bandage qui cachait la marque et cet avenir sombre qui le hantait.

— Nott, tu es réveillé ? interrogea une voix qu’il reconnut comme étant celle de Goldstein.
— Je suis réveillé, confirma Theodore, prenant conscience que la situation était bel et bien la même que la veille.
— Ce n’était pas un rêve, remarqua Anthony comme s’il s’était fait la même réflexion.
— Finnigan avait tort. Ce qui n’est pas étonnant venant de lui, répliqua Theodore d’une voix qu’il voulut indifférente.
— Hum… ce qui veut dire qu’on est revenu au point de départ. On ne sait toujours pas ce qui a pu se passer.
— Belle analyse, Goldstein, le nargua Theodore, un fin sourire se dessinant sur ses lèvres sans que son camarade puisse le voir.
— Si tu as des solutions, je suis preneur, rétorqua sèchement le Serdaigle, mécontent du ton supérieur qu’avait pris Nott.
— La seule que j’ai, c’est de sortir de cette pièce. Ce n’est pas en restant ici qu’on réussira à avoir le fin mot de cette histoire, tu ne crois pas ? Personnellement, je compte demander ma sortie dès que l’infirmière passera le seuil de cette porte. Tu devrais faire de même, Goldstein. Finnigan et Hopkins sont dans un piteux état, mais nous nous en sortons mieux qu’eux, autant en profiter.
— Tu sais que tu es un sale opportuniste, Nott ? lui lança Anthony, offusqué par les dires égoïstes du Serpentard.
— Bien vu, acquiesça Nott avec un sourire narquois. Dans le cas présent, on appelle cela être suffisamment intelligent pour s’adapter aux circonstances exceptionnelles que nous vivons.

Sur cette belle parole, Theodore Nott se glissa hors de ses draps et se saisit de sa baguette qu’il avait rangée, en se couchant, sous son oreiller. Prononçant un « lumos » à voix basse, il éclaira la pièce d’une faible lueur verte qui se refléta contre les rideaux blancs de son lit.

Anthony, dont le visage avait dégonflé durant la nuit, l’observa se lever avant de parcourir la pièce à la recherche d’un indice. Arrivé au bureau de Mrs Pomfresh – qui ne l’était plus actuellement – il se stoppa et tenta d’ouvrir les tiroir à l’aide d’un sortilège.

— Qu’est-ce que tu cherches ?
— D’après toi ? répliqua Theodore, irrité. Je cherche nos dossiers. D’ailleurs, je m’étonne de ne pas y avoir pensé avant ce matin. C’est certainement le contrecoup, estima-t-il en secouant la tête, se rassurant lui-même sur son état de santé mentale.

Anthony ne répliqua pas. Il considérait pourtant que c’était une bonne idée, mais le Serpentard étant déjà suffisamment imbu de lui-même, il ne comptait pas lui donner du grain à moudre pour sa fierté personnelle. Il se contenta donc d’attendre dans un silence quasi-religieux que Theodore Nott parvienne à ouvrir le tiroir.

Or, ce fut cet instant que l’infirmière choisit pour glisser la clé dans la porte et entrer dans la pièce. Trop préoccupés par leurs recherches, les deux adolescents ne l’avaient pas entendue arriver. La femme se stoppa net à l’entrée de l’infirmerie et fixa Theodore d’un œil noir qui ressemblait vaguement, d’après Nott, à celui du corbeau qui ornait le blason de sa famille.

— Que faites-vous, jeune homme ? s’enquit-elle sévèrement.
— Il se trouve que je voulais connaître les conséquences de ma blessure, Mrs, mentit le Serpentard avec un aplomb surprenant. Je n’ai jamais joué au Quidditch, mais j’ai toujours rêvé de devenir un batteur célèbre, vous savez ?

L’infirmière haussa un sourcil sans pour autant se départir de son air sombre, ce qui n’augurait rien de bon pour Theodore Nott. Si les Carrow venait à découvrir sa tentative de vol, il lui accorderait deux fois plus d’attention et pourrait même le soupçonner d’aider l’Armée de Dumbledore, et ce n’était pas du tout ce qu’il souhaitait. Toutefois, droit comme un balai, il ne se départit pas de cet air neutre et aristocratique que son père lui avait longuement enseigné.

— Mr Nott, je sais que votre qualité de Serpentard vous octroie des avantages et que, de ce fait, vous êtes un privilégié dans cette école, mais il n’est pas question que je vous reprenne à fouiller dans mon bureau. Est-ce que c’est bien clair ?
— Ma qualité de Serpentard ? répéta Theodore sans comprendre ce qu’elle entendait par là.

Theodore Nott avait été élevé par son père et avait, par conséquent, il avait intégré les valeurs des sang-purs. On lui avait conté depuis l’enfance à quel point il était supérieur aux autres de par sa lignée et ses ancêtres et, dans son esprit, c’était devenu une caractéristique qu’il n’avait jamais remis en question. Seulement, la phrase de l’infirmière sonnait étrangement faux, comme si elle ne faisait pas référence à son statut mais à autre chose de totalement différent.

— Ne faites pas l’innocent, Mr Nott, rétorqua l’infirmière en levant les yeux au ciel. Je ne le cautionne pas mais, à Poudlard, tout se sait et, même si je ne suis pas ici depuis très longtemps, il est de notoriété publique que Gryffondor et Serpentard ont un rang plus élevé que les deux autres maisons, ce qui leur permet de bénéficier de certains avantages auprès des professeurs et au sein de l’école.

Theodore, comme Anthony, ne sut que répondre face à cette affirmation extrêmement déconcertante. Tout était de plus en plus étrange, comme si leur monde avait brutalement changé pour se transformer en un autre, similaire mais différent. L’infirmière perdit, pendant un instant, son masque de sévérité en voyant l’air perdu de son élève.

— Enfin… vous n’êtes que des enfants, ce n’est donc pas votre faute mais celle des générations passées qui ont tout fait pour établir des castes et une hiérarchie, soupira-t-elle brièvement, le ton empreint de tristesse. Retournez vous coucher, Mr Nott, je vais vous administrer le remède pour que vos os se ressoudent. Je vous préviens, cela risque de vous faire mal… le prévint-elle avec un sourire presque maternel.

Ce fut de mauvaise grâce que le jeune homme s’exécuta. Tandis qu’il se dirigeait vers son lit, Nott échangea un regard sérieux et lourd de conséquences avec Anthony.

Ce dernier, assis sur son lit, sentit une angoisse indicible s’emparer de son corps. Cette fois, ils n’avaient plus aucun doute, quelque chose clochait réellement depuis leur réveil de la veille.

Chapitre trois : Faire face aux conséquences by Lyssa7
Author's Notes:

Bonsoir,

Je suis totalement inspirée par cette fiction et tout ce que j'ai en tête la concernant, du coup mes doigts volent carrément sur mon clavier en ce moment. J'espère que vous en appréciez la lecture. Dans ce chapitre, tout commence à se mettre doucement en place et Wayne finit par se réveiller (le dernier au courant donc). Deux jours se sont passés depuis le cours d'Amycus Carrow et Wayne n'a  aucune idée de ce qui se passe.

La relation entre les quatre garçons commence à s'esquisser et ça risque d'être très compliqué entre Theodore et Seamus. Il faut dire que Seamus a le sang chaud...

Bonne lecture,

Lyssa

 

 

 

Wayne Hopkins se réveilla deux jours après les événements qui s’étaient produits avec Amycus Carrow, soit le surlendemain de l’arrivée des quatre garçons à l’infirmerie. Inconscient de ce qui avait pu se tramer pendant son sommeil forcé, l’adolescent ouvrit les yeux et se redressa aussi brutalement que soudainement. Puis, en constatant qu’il avait écopé d’une belle migraine après le sortilège que lui avait lancé le Mangemort durant le cours de Magie noire, il poussa un gémissement de douleur et porta une main à son crâne, ce qui attira l’attention de ses trois camarades ainsi que celle de l’infirmière. Celle-ci se précipita immédiatement vers lui et s’empressa de relever son oreiller pour qu’il puisse s’asseoir plus confortablement.

— Mr Hopkins, vous m’avez fait une peur bleue, dit-elle en lui tendant sa paire de lunettes. Si vous ne vous étiez pas réveillé avant ce soir, j’aurais été amenée à penser que mes soins n’avaient aucun effet sur vous et j’aurais été dans l’obligation de contacter Sainte-Mangouste…

Theodore, Anthony et Seamus avaient finalement appris que l’infirmière se nommait Mrs Mills et avait également constaté à quel point elle pouvait être bavarde sans même s’en rendre compte, marmonnant dans une barbe inexistante tout ce qui lui passait par la tête. En effet, malgré sa sévérité apparente et son air revêche qu’elle utilisait à bon escient, l’infirmière semblait porter une attention extrême à ses patients et leur prodiguait une bienveillance agréable. En ce sens, hormis sa capacité étonnante à dévoiler ses pensées, Mrs Mills n’était pas vraiment différente de Mrs Pomfresh.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? s’enquit Wayne en retrouvant progressivement une vision claire.
— Eh bien, c’est justement ce que le professeur Dumbledore cherche actuellement à comprendre… avoua Mrs Mills.
— Le professeur…

Wayne écarquilla les yeux, ne comprenant pas ce que leur ancien directeur, mort l’année précédente, venait faire dans toute cette histoire. De plus, pour ne rien arranger, la femme en face de lui n’avait rien à voir avec l’infirmière qu’il connaissait et, juste derrière elle, trois de ses camarades le fixaient avec une sorte de curiosité mêlée à une angoisse évidente. Sur le visage de Seamus Finnigan, qui détourna rapidement les yeux pour ne pas croiser les siens, se lisait de la compassion accompagnée de culpabilité ; sur celui d’Anthony Goldstein, il reconnut l’habituel sérieux du jeune homme, associé à une pointe de gravité ; et, pour finir, sur les traits aristocratiques de Theodore Nott, il nota une appréhension sous son masque de neutralité. Jamais aucun d’entre eux ne l’avait regardé de cette manière. Jamais aucun d’eux ne l’avait vraiment vu jusqu’à aujourd’hui. Lui, l’invisible, l’adolescent qui se fondait dans la masse.

— Est-ce que tout va bien ? interrogea-t-il, brusquement anxieux, après avoir assimilé l’attitude des autres.

Aucun d’eux ne lui répondit. La présence de Mrs Mills était bien trop encombrante pour qu’il lui dise quoi que ce soit. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était d’attendre d’être seuls, ce qui arriverait certainement à un moment ou à un autre. Wayne eut le pressentiment étrange qu’il se tramait quelque chose de déplaisant, mais ses suppositions étaient loin du compte. Comment aurait-il pu se douter de la vérité ? Raisonnablement, il analysa la culpabilité de Seamus, la gravité d’Anthony, et l’appréhension de Theodore comme des émotions liées à la guerre qu’ils vivaient tous les quatre entre les murs de ce château. Une guerre qui faisait d’eux des soldats. L’esprit hanté par ces pensées sombres et le coeur empreint de défiance, Wayne ne vit pas que Mrs Mills était revenue vers lui pour lui déposer un gant d’eau fraîche sur le front.

— Vous avez eu une sacrée fièvre, Mr Hopkins, déclara-t-elle en lui faisant signe de tenir le gant. Gardez-le de cette façon cinq bonnes minutes, ça devrait vous rafraîchir un peu.
— Merci, se contenta-t-il de répondre.

L’infirmière sortie, le Poufsouffle cala son dos contre l’oreiller et prit le temps d’observer correctement ses trois camarades du coin de l’œil. Goldstein et Nott s’étaient assis sur le lit du Serdaigle, à distance raisonnable l’un de l’autre, et n’avaient pas décroché un mot depuis son réveil, se lançant de temps en temps des regards interrogateurs comme s’ils conservaient un secret qu’ils hésitaient à dévoiler. Anthony avait le côté droit du visage gonflé, bien qu’il était évident que les hématomes avaient diminués et s’étaient estompés. Theodore, dont le bras gauche était en écharpe, paraissait être maladroit dans ses gestes. Finnigan, quant à lui, était assis dans un siège qui paraissait flotter dans les airs, le maintenant magiquement à un mètre environ du sol. Le dossier, excessivement droit, supportait l’ensemble de la colonne vertébrale du jeune homme jusqu’à sa nuque.

— Qu’est-ce qui t’es arrivé ? demanda Wayne de nouveau, désignant le fauteuil flottant dans lequel Seamus se trouvait.
— J’en sais rien, répondit Seamus, visiblement contrarié de ne pas avoir la réponse.
— Et tu vas bien ?

Wayne s’était toujours préoccupé des autres, peu importait si ces derniers avaient conscience de son existence ou non. Il ne supportait tout simplement pas que quelqu’un puisse souffrir et, même s’il aurait dû s’en abstenir, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter du bien-être de ceux qu’il croisait. Et à l’instant, même s’il se fustigeait de ne pas être assez égoïste, c’était exactement ce qu’il faisait : il se préoccupait de quelqu’un qui ne se souciait absolument pas de lui, au détriment de sa propre santé. Seamus, qui ne s’attendait visiblement pas à la question, haussa un sourcil surpris et planta ses prunelles brunes dans les siennes.

— Pas vraiment, mais je devrais pouvoir survivre, répliqua-t-il avec un rictus.
— Dommage, commenta Theodore sur un ton cynique.
— Toi… le menaça Seamus d’un doigt menaçant en vérifiant que l’infirmière ne revenait pas, tu as de la chance d’être encore en vie. Une fois que je serais sorti d’ici, je t’assure que je te ferai la peau !
— Je tremble d’effroi… murmura Nott, sarcastique.
— Ne fais pas attention à eux, ils sont comme ça depuis leur réveil ici, expliqua Anthony à Wayne en levant les yeux au ciel. C’est épuisant, et je dois dire que je suis bien content que tu sois de retour parmi nous, ajouta-t-il avec un sourire.
— Leur réveil ici ? répéta Wayne, sans parvenir à saisir l’étrangeté de la situation.

Le comportement de Theodore et Seamus n’était pas surréaliste pour le Poufsouffle. Après tout, en ces temps sombres, l’un appartenait à la résistance et n’avait pas peur de s’en vanter, et l’autre ne cachait pas son appartenance à la Brigade Inquisitoriale. Ce qui l’était, en revanche, c’était le fait que leurs menaces n’aient plus l’air aussi sérieuses qu’elles ne l’auraient été auparavant. Elles avaient comme une intonation de rivalité adolescente, de concurrence immature. Les provocations de Seamus sonnaient faux, tout comme les sarcasmes du Serpentard. Plus qu’épuisant, c’était perturbant, et Wayne se pencha vers Anthony afin d’obtenir des réponses.

— Maintenant, tu peux me dire ce qui s’est passé ? Ce que tu sous-entends par « ici » ?
— Tu risques de ne pas me croire, le prévint son camarade, passant une main dans ses cheveux crépus coupés courts.
— Essaye toujours, rétorqua Wayne d’un ton ferme, remontant ses lunettes rondes sur son nez.
— C’est vraiment une histoire de fou… grogna Seamus à voix basse.
— Tu vas avoir du mal à nous prendre au sérieux, acquiesça Theodore, soudainement las.
— Je suis pas un enfant, vous n’avez pas besoin de me protéger de quoi que ce soit, rétorqua-t-il, agacé.

Non, Wayne Hopkins n’était pas un enfant. Il vivait la guerre entre les murs de ce château, tout comme eux, et il en avait assez qu’on puisse le considérer comme une victime impotente et incapable de se défendre. Il aurait pu riposter mais il avait choisi de ne pas le faire. Il était simplement convaincu que la violence ne menait à rien, sinon à une plus grande violence encore, et il avait passé ses années à Poudlard à subir celle des autres. Il avait pensé, à chaque instant, qu’elle finirait par s’arrêter d’elle-même mais une autre, bien plus atroce et cruelle, avait infiltré Poudlard et il avait dû trouver d’autres moyens de ne pas flancher, de se relever face à la terreur et l’horreur qui vibrait dans chaque recoin.

— D’accord, abdiqua Anthony. Quelle est la dernière chose dont tu te souviens ?
— Le cours d’Amycus Carrow, grimaça Wayne en se souvenant de la douleur qu’il avait éprouvé dans la salle de classe.
— Après cela, je devais t’emmener à l’infirmerie, continua Theodore en jetant un regard empli de reproches à Seamus.
— Et nous y sommes, releva le Poufsouffle, ne comprenant pas où ils voulaient en venir. J’ai dormi combien de temps ?
— Tu as été inconscient deux jours, dit Anthony, reprenant la parole. Seulement… Theodore ne t’a jamais emmené à l’infirmerie. Il n’en a pas eu le temps. Seamus… Enfin, Finnigan l’a stoppé. Il était incontrôlable et…
— Je suis là aussi, je te rappelle, souleva le dit Seamus, fusillant le Serdaigle du regard. J’étais en colère après ce qui s’était passé avec Carrow, expliqua le jeune homme d’un ton retors. Je n’avais pas confiance en Nott – je ne l’ai toujours pas d’ailleurs – et j’ai voulu l’empêcher d’empirer la situation dans laquelle tu étais. Tu étais inconscient et je me suis dit qu’ils allaient finir par te tuer donc…
— Donc il a préféré m’attaquer. De ce fait, il a manqué de te tuer lui-même en m’empêchant de t’emmener à l’infirmerie afin qu’on puisse te prodiguer les soins d’usage, compléta Theodore, cynique. Visiblement, chez les Gryffondor, courage et bon sens ne font pas bon ménage.

Seamus, furieux, ouvrit la bouche pour répliquer, mais Anthony balaya ses paroles d’un revers de main. Wayne, qui n’avait pas dit un mot depuis quelques minutes, attendait la suite de cette histoire improbable dont il comprenait pas encore tous les tenants et les aboutissants.

— Et ensuite ? s’enquit-il en se tournant vers le Serdaigle.
— Je suis intervenu pour empêcher Finnigan de commettre un acte regrettable, reprit Anthony dont les joues mates avaient considérablement pâlies. Seulement… il y a eu une sorte de flash blanc, comme une sorte d’arrêt sur image. Après cela, nous nous sommes tous réveillés ici mais… des tas de choses diffèrent de notre réalité.
— Je ne comprends pas.

Wayne remonta une fois de plus ses lunettes rondes sur le bout de son nez. C’était une sorte de tic, une manie, un système d’auto-protection qu’il mettait en place chaque fois qu’il sentait que la situation lui échappait et que ses émotions menaçaient de le submerger comme l’aurait fait un raz-de-marée. Anthony se redressa légèrement, hésitant tout à coup sur la démarche à suivre. Hopkins ne manquerait pas de les prendre pour des fous si jamais ils lui disaient ce qu’ils savaient sans qu’il ne le découvre par lui-même.

— Est-ce que tu comptes nous faire attendre encore longtemps, Goldstein ? intervint Seamus, irrité.
— Si tu penses être plus diplomate que moi – ce dont je doute fortement – je t’en prie, Finnigan, répliqua Anthony, échaudé par le comportement de plus en plus mauvais du Gryffondor.
— Il faut juste lui dire la vérité, la diplomatie n’a rien à voir dans ce genre de situation, riposta Seamus, les sourcils froncés. Si je ne me trompe pas, elle ne t’a d’ailleurs pas été d’un grand recours ces derniers temps…

Anthony n’eut aucun mal à comprendre que Seamus faisait référence à Padma et son emprisonnement dans les cachots. Sans pour autant se mettre en danger, il avait tenté de plaider la cause de la jeune fille auprès d’Alecto Carrow, soumettant l’hypothèse que c’était une erreur et que Padma avait compris la leçon. Toutefois, tout ce qu’il avait eu en retour était la menace de la rejoindre au fin fond de sa cellule. Depuis, il avait jugé bon de ne pas en reparler et de laisser l’Armée de Dumbledore exécuter son plan, tout en surveillant les allées et venues de la Brigade Inquisitoriale et de leurs chefs. Ce double jeu lui valait suffisamment d’insomnies et de culpabilité sans que Seamus Finnigan n’en remette une couche, et le Serdaigle manqua de perdre patience. Heureusement, Theodore Nott fut plus rapide que lui.

— Cesse de tourner toi-même autour du chaudron, Finnigan, et crache le morceau comme le fier Gryffondor que tu es, assena Theodore.

La formule utilisée lui valut un regard noir du « fier Gryffondor ». Seamus, bouillonnant de rage depuis son réveil sans savoir exactement pourquoi et se trouvant paradoxalement des milliards de raisons à cela, se concentra sur ce qu’il avait appris durant ces deux derniers jours ; sur cette situation ridicule qu’il pensait être un simple rêve avant de prendre conscience que c’était trop réel pour n’être qu’une illusion évanescente. La piqûre qu’il avait reçue de la part de Mrs Mills dans la colonne vertébrale le matin même prouvait que sa douleur était bel et bien présente, et non pas fictive comme il avait voulu le croire au début.

Il se sentait à la fois coupable et victime, et c’était tout bonnement insupportable. De plus, la compagnie de Theodore Nott le rendait plus exécrable si c’était encore possible. Heureusement – ou malheureusement, il n’avait pas encore pris sa décision le concernant – Anthony Goldstein était là également, et il parvenait plus au moins à temporiser les tensions dans leur groupe. Quant à Wayne qui le fixait de ses grands yeux bleus derrière ses lunettes rondes, il lui faisait de la peine. Une sorte de pitié intense mélangée à sa propre culpabilité de n’avoir pas réagi lors du cours d’Amycus Carrow, ce qui le rendait terriblement nerveux, à deux doigts d’exploser.

— Ce monde, ou quoi que ce soit d’autre, n’est pas le nôtre, résuma Seamus, vérifiant que l’infirmière ne revenait pas. C’est… différent. On n’en a aucune certitude, mais on a pensé à un sortilège de magie noire. Ça expliquerait le fait qu’on ne se souvienne de rien, nos blessures, et cette réalité alternative où nous sommes. La deuxième solution vient de Goldstein, et elle est plus spirituelle que magique.
— C’est-à-dire ? interrogea Wayne, haussant un sourcil sceptique.
— Un monde parallèle, répondit Seamus en détournant les yeux. Ici, de ce que nous avons compris des visites que nous avons reçues, Tu-Sais-Qui n’existe pas et Harry Potter n’est qu’un élève comme les autres.
— C’est une blague ?

Wayne tenta un maigre sourire alors qu’il essayait de lire dans les yeux de ses camarades que tout ceci n’était qu’une vaste plaisanterie. Des années plus tôt, il aurait pensé à une énième humiliation de grande ampleur comme la fois où Megan Jones et Justin Finch-Fletchey avaient suspendu ses caleçons dans la salle commune en sixième année. Ce jour-là, la honte l’avait saisi de plein fouet et le harcèlement dont il était victime avait été si extrême qu’Ernie Macmillan était finalement intervenu pour le défendre. Cependant, il ne parvenait pas à imaginer ce qui pousserait ces trois-là à s’associer pour le harceler, surtout en ces temps troubles où les camps étaient adverses et constamment divisés. Cette hypothèse n’avait aucun sens. Pas plus que celles que Seamus Finnigan venait d’énumérer.

— Ce n’est pas une blague, Hopkins, insista Theodore sur un ton sérieux. Tu n’auras qu’à vérifier par toi-même sur le calendrier et auprès de l’infirmière mais, ici, il semblerait que nous soyons le 22 octobre 1997. Or, nous étions…
— Le 10 avril 1998, murmura Wayne, troublé malgré lui.
— Exact. Et, comme tu as pu le constater, l’infirmière de cette réalité n’est pas Mrs Pomfresh. Il s’agit de Mrs Mills. J’imagine qu’il s’agit de l’une des variantes de ce monde parallèle, comme le suppose Goldstein.
— Ou c’est lié à un sortilège de magie noire, le coupa Seamus. Après tout, tu es l’un des sbires de Rogue et des Carrow, Nott, et il est de notoriété publique que ton père est un allié fidèle de Tu-Sais-Qui. Qui nous dit que tu n’es pas un Mangemort ?

Un lourd silence s’abattit sur le groupe. En proférant ces paroles, Seamus Finnigan leur avait rappelé qui ils étaient réellement, avant que cette situation absurde ne les unisse malgré eux. Il leur avait rappelé les alliances et les choix que chacun d’eux avait fait dans cette guerre, au coeur de ce château qui les avait vus grandir. Et à travers ces mots, les souvenirs s’étaient ravivés d’une flamme brûlante, violente.

A Théodore, elle avait ranimé la pensée qu’il était du camp adverse, qu’il était de ceux qui enfermait les autres dans les cachots sans une once de sentiment et qui n’hésitait pas une seconde à exécuter les ordres qu’on lui donnait ; à Anthony qu’il était avant tout un espion qui devait faire des sacrifices pour sa survie et celle de ses amis ; et à Wayne qu’il n’était rien d’autre qu’un sacrifié sur l’autel.

— Finnigan, tu… commença Anthony d’une voix affaiblie.
— Laisse, Goldstein. Je pense qu’il ne sert à rien de nier des évidences. Je fais partie de la Brigade Inquisitoriale, et mon père est un Mangemort. Ce sont des faits que je n’ai pas grand intérêt à cacher puisque tout le monde le sait, n’est-ce pas ? Il est plutôt logique que Finnigan en ait tiré ces conclusions, fit-il en se relevant du lit sur lequel il était assis, avant de se tourner vers Seamus. A propos, je me demandais quand est-ce que tu allais me le jeter au visage. Sauf que tu as tort. Je n’ai absolument rien à voir avec ce qui se passe maintenant.

La froideur caractéristique de Theodore Nott semblait avoir repris les pleins pouvoirs sur lui. Récupérant sa cape fourrée, posée sur le rebord de son lit, il l’enfila et se tourna, presque impérial, vers ses trois camarades.

— Toujours est-il que je vais vous laisser, mon bras est presque guéri, et Mrs Mills m’a autorisé à sortir dès que l’envie me prendrait… Comme visiblement je ne suis pas le bienvenu parmi vous, je vais vous souhaiter une belle journée, trancha-t-il, sarcastique.
— Nott, attends… tenta Anthony.

Toutefois, la porte de l’infirmerie se referma derrière le Serpentard sans qu’il ne leur accorde plus un seul regard.

— Tu n’as pas pu te retenir, c’est ça ? fit sèchement Anthony à Seamus.
— Qu’il aille se faire voir par un troll, rétorqua Seamus.
— Vu la situation…
— Peu importe la situation, il peut arriver n’importe quoi à Nott, ce ne sera pas un problème pour moi. Bien au contraire, reprit le Gryffondor, rageur. Il appartient à la Brigade Inquisitoriale, Goldstein, et tu sais aussi bien que moi ce que ça veut dire ! Il a enfermé Susan Bones la semaine dernière, et lorsqu’il l’a tenue en joue avec sa baguette, on aurait pu penser que c’était un inferi. Aucune émotion sur son visage. Ce type n’a pas de coeur et tu le sais aussi bien que moi, alors ne vas pas croire que je vais tout oublier même si on se trouve dans une situation désespérée.
— Parkinson et lui ont laissé Lavande fuir. Elle était en plein milieu d’un couloir, et ils ont très bien vu le colis de nourriture qu’elle tentait de cacher, mais ils l’ont laissé partir. C’est Nott qui a fait un signe de tête à Parkinson et ils ont rebroussé chemin. Lavande en a parlé au dernier rapport dans la Salle sur Demande, murmura Anthony, le regard braqué sur la porte. Si ça avait été Zabini ou Goyle…
— Qu’est-ce que ça prouve ? Juste parce qu’il a laissé fuir Lavande une seule et unique fois, c’est un mec bien ? répliqua Seamus entre ses dents. Ne me fais pas rire et réveille-toi Goldstein, ton double jeu te liquéfie le cerveau !
— Tu ferais mieux de calmer ton ego, Finnigan, si tu ne veux pas finir tout seul, répliqua Anthony d’un ton glacial.

Cette dernière pique eut au moins le mérite de calmer son camarade qui rumina encore quelques secondes ses griefs contre Theodore Nott. En vérité, Anthony ne pouvait pas lui donner tort. Theodore Nott était, en quelque sorte, un « ennemi » de l’Armée de Dumbledore, et il aurait aussi dû être le sien. Le problème, c’était que le Serdaigle analysait chaque événement, chaque réaction, chaque personne, selon ce qu’il observait. Et contre toute attente, ce qu’il avait pu voir de Nott ne le catégorisait pas comme étant quelqu’un de dangereux, du moins pas comme l’était Blaise Zabini ou Gregory Goyle. Il n’était pas pour autant quelqu’un de bien, mais il n’était pas non plus entièrement mauvais. Les deux derniers jours où ils avaient essayé de trouver des solutions ensemble en était l’ultime preuve. Sans doute Nott était-il un entre-deux, une espèce de pont qui tanguait constamment entre ces deux extrémités.

 


 

Theodore Nott venait de quitter l’infirmerie. Il se demandait encore ce qu’il allait faire, comment il allait procéder face à ce monde inconnu, tandis qu’il passait le grand hall de Poudlard pour se diriger vers les cachots des Serpentard. Étonnamment, quelques élèves de Poufsouffle et de Serdaigle se poussèrent précipitamment sur son passage, de la même manière qu’on l’aurait fait pour une célébrité éminente ou un membre haut placé du Ministère. Exactement la même posture de soumission, de respect extrême qu’avait son paternel devant le Seigneur des Ténèbres, celle-là même qu’il lui avait forcé à prendre.

Le Serpentard sentit un frisson lui parcourir l’échine alors qu’il continuait sa marche en silence, essayant de redevenir cette ombre qu’il avait réussi à être les six premières années, mais les murmures qui le suivaient renforçaient son impression. Pendant un instant, il se stoppa, perdu. Pendant un instant, il dût avoir l’air de cet adolescent de dix-sept ans et demi qu’il était vraiment. Ce ne fut que l’espace d’un instant avant que le masque impassible ne reprenne sa place sur son visage. Il allait pénétrer dans les longs couloirs sombres, éclairés de bougies, qui menaient aux cachots quand un chuchotement prononçant son nom et provenant d’un renfoncement sous l’escalier attira son attention.

— Nott, par ici ! fit la voix qui l’avait interpellé la première fois.

Theodore n’était pas suffisamment préparé à cette réalité, ni à la personne qui l’attendait sous l’arcade. Il s’agissait d’une jeune fille de son âge qui faisait deux têtes de moins que lui. Une jeune fille à la natte rousse et au blason de Poufsouffle qui le fixait avec ses grands yeux bruns et un discret sourire sur le visage. Cette jeune fille, la dernière fois qu’il l’avait vue, il avait dû l’enfermer dans l’un des cachots sur ordre d’Alecto Carrow. Elle était alors soupçonnée de résistance active, tout comme Ginny Weasley et Padma Patil. La dernière fois qu’il avait vu Susan Bones, elle l’avait regardé avec un air de dégoût qui lui avait secoué les entrailles. Malgré tout, malgré ce sentiment d’amertume qu’elle avait éveillé en lui, ce sourire presque amical qu’elle lui lançait à présent était pire encore.

— J’étais inquiète pour toi, déclara-t-elle, ses yeux se posant sur son bras bandé.

Nott allait devoir faire face, tout comme les trois autres, aux conséquences qu’engendraient ce voyage. Un voyage où, même si le cadre était similaire, tout était différent. Tout, y compris leurs relations et les choix qu’ils avaient pu faire dans ce monde.

End Notes:

Theodore est en bien mauvaise posture, mais je ne pouvais pas manquer une occasion de mettre un peu de Thesan (Theodore-Susan) dans cette histoire. Pour ceux qui me lisent, dans mon headcanon, ils se revoient après la guerre et finissent par s'apprécier (voire un peu plus) des années après la bataille de Poudlard. Cependant, cette fiction est à part de mes autres textes et, avec un monde parallèle, tout est possible alors vous pouvez vous attendre à de nombreuses surprises. :mrgreen:

 

 

Chapitre quatre : Comprendre son rôle by Lyssa7
Author's Notes:

Bonjour,

Je tiens tout d'abord à remercier tous ceux qui lisent cette fiction, et tout particulièrement ceux qui ont pris le temps de la reviewer. Je ne sais plus si je l'ai précisé, mais cette fiction me tient tout particulièrement à coeur pour l'univers que je mets en place et que vous découvrirez au fur et à mesure.

Dans ce chapitre, les éléments de cet autre univers prennent forme pour les quatre garçons qui vont devoir rapidement comprendre et jouer leur rôle au sein de ce nouveau monde.

Bonne lecture !

Lyssa

 

Theodore Nott avait toujours su comment réagir, comment s’adapter à une situation et en tirer profit. Seulement, il n’avait jamais été confronté à une réalité différente de la sienne. Un monde inconnu où toutes les règles qu’il connaissait et qu’il avait appris à contourner étaient restructurées, reformulées à son désavantage. Face à Susan Bones, ou plutôt celle de ce monde, il était à présent totalement incapable de se contrôler, de se vêtir de ce masque froid et calculateur comme il l’avait toujours fait par le passé.

Défendre ses propres intérêts, ne jamais donner quoi que ce soit sans être certain d’en obtenir garantie ou satisfaction, c’était dans sa nature depuis l’enfance car c’était l’éducation que son père lui avait inculquée. On lui avait vanté sa supériorité en tant que sorcier, la pureté du sang et des gênes, et il en avait longtemps été convaincu. Sans doute l’était-il encore.

Toutefois, bien que solitaire, il était également observateur et curieux de tout ce qui l’entourait. Étant enfant, il pouvait passer des heures à s’interroger sur un moment de la journée, sur une phrase que Nott Senior avait prononcée, ou simplement sur la densité du ciel. Il était né pour se poser des questions et, incidemment, pour tout remettre en cause. Remettre en cause son éducation, ses croyances, et tout ce qu’il était, Theodore l’avait fait à maintes reprises jusqu’à ne plus savoir distinguer ce qu’il voulait, dans quel camp il se situait. Jusqu’à ne plus savoir ce qu’il représentait. Le bien et le mal n’étaient que des cases dont il s’affranchissait sans parvenir à se placer dans l’une ou l’autre de ces deux catégories. Il n’était pas quelqu’un de bien, c’était certain, mais était-il vraiment quelqu’un de mauvais comme l’avait dit Finnigan un peu plus tôt ?

— Tout va bien ? s’enquit une nouvelle fois Bones, les sourcils froncés. Tu n’as pas l’air dans ton état normal. Tu aurais certainement dû rester plus longtemps à l’infirmerie…

La jeune fille avança la main, tentant de toucher le bandage qui entourait son bras gauche. Par réflexe, mais aussi par crainte qu’elle n’y découvre la marque des ténèbres si le pansement venait à s’enlever, le Serpentard eut un mouvement de recul. Susan chercha son regard, et la lueur qu’elle lut dans ses yeux gris parut la surprendre plus que de raison.

Theodore, quant à lui, brûlait d’envie de l’interroger sur ce qu’ils pouvaient avoir en commun dans cet univers. S’il n’avait pas eu peur de passer pour un fou, il n’aurait pas retenu une seconde sa curiosité et aurait déversé sur la Poufsouffle la multitude de questions qui lui traversait l’esprit à cet instant.

Susan Bones semblait entretenir un lien avec lui, ce qui l’intriguait particulièrement. Il n’était habituellement pas quelqu’un que l’on pouvait qualifier de sociable, de chaleureux, et la seule personne avec qui il avait une espèce de relation plus ou moins amicale était Pansy Parkinson. Une camarade de Serpentard, une jeune fille de noble lignée et issue d’une famille de sang-purs comme l’avait exigé son père à son entrée à Poudlard. Le jeune homme se souvenait encore de ses recommandations, de ses ordres implicites contre lesquels il n’avait jamais ressenti le besoin ni l’envie de se rebeller.

Pansy satisfaisait les termes de son paternel et, si les premières années ils ne s’étaient pas adressés la parole plus d’une dizaine de fois, les prémices de la guerre dans leur vie les avait considérablement rapprochés sans qu’ils ne le veuillent. Parkinson l’avait finalement choisi comme une sorte de rempart face à l’adversité, et il l’avait acceptée en silence. Qui était-elle dans ce monde ? Étaient-ils seulement devenus proches alors que la guerre n’avait jamais fait rage ? Probablement pas. Tout était remis en question. Rien n’avait de sens. Encore moins la situation qui se présentait à lui.

— Tu m’inquiètes vraiment, Theodore, insista Susan, soucieuse en constatant son air absent.
— Nott, rectifia-t-il automatiquement.
— Pardon ?

Il n’avait pas réfléchi aux conséquences. L’utilisation de son prénom ne lui était pas coutumière, encore moins dans la bouche de celle qu’il avait enfermée quelques jours auparavant dans un cachot. Ce souvenir, amer, lui arracha un léger rictus tandis que Susan Bones cherchait, une fois encore, à comprendre ce qui lui arrivait en guettant une réponse dans son regard. Ne l’obtenant pas, elle se rembrunit et, les mains sur les hanches, elle le fixa avec une soudaine colère.

— Je ne sais pas ce qui s’est passé dans ce couloir et ce qui a pu être dit entre vous, finit-elle par dire dans un soupir las. Personne n’a la même version de ce qui a pu arriver entre Wayne, Finnigan, Goldstein, et toi. La plupart des gens pensent qu’en tant que Nanti tu as pris le parti de Finnigan contre Wayne, mais j’ai confiance en toi et je sais que tu n’aurais pas laissé Goldstein aux mains de cette brute ! Ernie peut dire ce qu’il veut, je sais que tu es quelqu’un de bien…
— Comment tu le sais ? s’enquit Nott à voix basse.
— De quoi tu parles ? interrogea-t-elle sans comprendre à quoi il faisait allusion.
— Comment tu sais que je suis quelqu’un de bien, Bones ? Qu’est-ce que j’ai fait pour gagner ta confiance ?

Le regard brun de la jeune fille se voila pendant une brève seconde. Puis, elle releva la tête et confronta ses prunelles aux siennes. Dans ses yeux, il put lire une fureur si intense qu’elle le transperça de plein fouet alors qu’elle répondait avec un aplomb surprenant :
— Comment peux-tu encore me poser cette question ? Tu as empêché Zabini de… faire ce qu’il avait prévu ce soir-là, répondit-elle en posant brusquement sa main sur son épaule. Si tu n’avais pas été là, il… il aurait disposé de moi, termina-t-elle, sa voix se brisant sur les dernières notes.

L’horreur qui régnait derrière les paroles de la jeune fille figea le jeune homme de stupeur. Mettre de véritables mots sur ce qu’elle venait de sous-entendre lui donnait la nausée, et il regretta presque de lui avoir posé cette question. Qu’allait-il pouvoir répondre à un aveu si révoltant sans être celui qu’elle disait connaître ?

Qu’aurait répondu cet autre Lui s’il avait été présent à sa place ? Où était-il à présent ? Avaient-ils échangé leurs places dans les univers ? Si c’était le cas, l’autre avait dû se retrouver dans un monde en pleine guerre. Comment allait-il gérer la situation ?

Saisi d’un frisson d’angoisse devant toutes ces alternatives, Nott reprit soudainement contact avec la réalité. Bones l’observait toujours, visiblement tracassée par ses réactions toutes plus étranges les unes que les autres. Il allait devoir lui donner une réponse crédible s’il voulait qu’elle ne se doute de rien.

— J’ai perdu la mémoire, Bones, avoua-t-il dans un souffle. Il y a… certaines choses que j’ai oublié depuis que j’ai eu cette altercation avec les trois autres. Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé ce jour-là, et il semble que des pans de ma vie de ces dernières années se soient effacés, notamment le souvenir que tu mentionnes… Ils devraient revenir avec le temps et cela devrait se résorber, donc ne te fais aucune inquiétude.

Il n’avait pas pris en compte Wayne Hopkins, Anthony Goldstein, et Seamus Finnigan dans l’équation qui se présentait à lui. Il avait seulement eu besoin de fournir un raisonnement logique et sensé à Susan Bones sur ses agissements.

Au-delà des doutes qu’elle aurait pu éprouver à son égard et qui l’aurait mis dans une situation encore plus délicate, peut-être se sentait-il coupable que l’autre version d’elle-même, celle de son monde, soit encore dans les cachots par sa faute. Peut-être aussi avait-il eu envie de lui fournir une raison, une sorte de réconfort, comme l’aurait sûrement fait son double après la douloureuse confession de la Poufsouffle. Cette pensée le hantait. Qu’aurait fait l’autre Theodore Nott ?

La main de Susan, à l’entente de ces paroles, cessa d’exercer une pression sur son épaule et retomba le long de son corps. Sans savoir comment réagir, la jeune fille tritura les mèches de sa natte rousse qui pendait du côté droit de sa poitrine, paraissant réfléchir à ce qu’elle allait pouvoir dire. Lorsqu’elle en eut la certitude, elle releva la tête vers lui, et il ne put s’empêcher d’esquisser un sourire narquois en constatant qu’elle faisait deux têtes de moins que lui.

— Je ne parviens pas à me débarrasser du sentiment que ton discours sonne faux, Nott, rétorqua-t-elle durement. Tu ressembles à celui que je connais, tu parles exactement comme lui, tu as les mêmes expressions, mais tu…

Elle se stoppa net, juste avant d’évoquer une idée abstraite et ridicule qu’elle chassa d’un geste de la main. Theodore admira pendant quelques secondes la capacité d’observation et d’analyse dont la jeune fille faisait preuve. Toutefois, il avait fini par reprendre l’entière maîtrise de lui-même, aucune émotion ne filtrait sur ses traits anguleux.

Susan, néanmoins méfiante, venait d’instaurer une distance entre eux en reculant de quelques pas dans l’ombre qui se trouvait sous le grand escalier, à un tel point que Nott ne put plus discerner son visage.

— Disons que je décide de te croire sur parole, que j’accepte l’hypothèse tu ne te souviennes plus de tout ce que nous nous étions dit ces derniers mois. Disons que ma confiance en toi puisse aller jusqu’à t’accorder ce bénéfice du doute, qu’aurais-tu besoin de savoir sur ce qui se trame dans ce château et qu’est-ce qui me prouve que je peux encore compter sur toi ? Qui me dit que tu ne trahiras pas les Rebelles pour te rallier de nouveau aux Nantis ? Je suppose que, dans ce genre de cas, Potter et Malefoy peuvent être extrêmement généreux pour reconstituer leurs troupes et pour obtenir des informations de la résistance qui s’organise… Alors, Theodore, quel genre d’espion es-tu ?

Analyser les informations que Susan venait de lui donner était plus compliqué que ce qu’il avait pu imaginer lorsqu’il avait compris dans quelle situation il se trouvait. Son masque de neutralité, dans cet espace qui n’était pas le sien, avait peu de pouvoir et manquait de se fissurer à chaque instant. Bones, les yeux fixés sur lui, paraissaient sonder ses expressions au crible.

La lueur qui brillait dans les prunelles brunes de la jeune fille semblait espérer quelque chose qu’il n’était pas certain de pouvoir lui donner. Elle aurait voulu placer une confiance inébranlable en lui, alors qu’il n’était même pas sûr de se l’accorder lui-même. Pire que tout le reste, le regard empli de dégoût de celle de son univers, la Susan Bones d’un monde en guerre, le hantait inexorablement. Et s’il devait bien s’avouer un fait, c’était qu’il n’était certainement pas un rebelle. Quoi qu’il puisse se passer ici, il resterait un nanti. Il l’avait toujours été. Dans ce monde, comme dans l’autre.

— Tu ne devrais pas t’inquiéter pour quelqu’un comme moi, Bones. Je ne dirais rien, sois-en sûre, mais ne prends plus le risque de venir me parler.

Sur ces mots, Theodore Nott sortit de l’ombre qui les recouvrait, la laissant seule dans le renfoncement sous l’escalier du hall. D’un pas leste et rapide, sans un regard en arrière, il se dirigea vers l’entrée des cachots et disparut dans les profondeurs des couloirs sombres. Il était temps de retrouver les siens, ceux de son rang, de son espèce.

Qu’ils soient d’épouvantables monstres incapables de la moindre émotion ou de simples marionnettes trop lâches pour se libérer de leurs propres fils, il était l’un d’entre eux. Seamus Finnigan avait raison.

 


 

La tension qui régnait dans l’infirmerie lorsque Mrs Mills entra était tangible. Si elle s’en rendit compte, l’infirmière de Poudlard n’en parla pas, se contentant de vérifier l’état de ses trois patients. Puis, elle se redressa et poussa un profond soupir, ses yeux allant de Wayne à Anthony sans oser se poser sur Seamus.

— A présent que vous êtes tous les deux rétablis, le professeur Dumbledore souhaiterait vous voir. L’altercation qui a eu lieu dans le hall ne peut pas rester sans conséquences, comme vous vous en doutez. Il serait sage, à l’avenir, de respecter la hiérarchie de cette école.

En prononçant cette dernière phrase, son regard se fixa soudainement sur Seamus Finnigan. C’était comme si elle lui devait cette justification, comme si le Gryffondor faisait partie d’une caste qui méritait le respect plus que les deux autres.

Elle avait eu exactement le même comportement avec Theodore, songea Anthony, analysant ce que cette façon d’agir pouvait impliquer. Car, s’il assemblait les éléments qui s’étaient produits jusqu’à maintenant, de la visite de Potter à l’infirmerie aux multiples réactions de leur infirmière, il en arrivait à la conclusion que ce monde comportait une toute autre situation que celle qu’ils avaient connue.

— La hiérarchie, répéta Wayne, visiblement sonné par ce que venait de leur annoncer Mrs Mills.
— Cela fait des siècles que nous fonctionnons ainsi. Il en va de l’ordre des choses, Mr Hopkins, et vous le savez comme moi, même si vous ne l’acceptez pas. Les Gryffondor et les Serpentard se doivent d’être respectés par les deux autres maisons de cette école. L’avenir de Mr Finnigan au sein de la société sorcière est assuré par sa répartition, et nous devons tous faire en sorte que sa scolarité se déroule au mieux pour qu’il puisse entrevoir une excellente carrière, vous comprenez ? C’est une opportunité que nous ne pouvons nous permettre de contester. Le professeur Dumbledore soupçonne une rébellion et s’il s’avère que c’est la réalité, il…

L’infirmière secoua la tête, consciente d’en avoir trop dit. Cette fois, ils n’avaient plus le moindre doute. Ils n’étaient pas chez eux. L’évocation de Dumbledore en tant que sorcier vivant, toujours directeur à Poudlard, n’était qu’une preuve parmi tant d’autres.

— Vous devez vous rendre au bureau du directeur, dit-elle avec une moue de compassion envers ses deux patients.
— Et moi ? interrogea Seamus, les sourcils froncés, en comprenant lentement ce que cela impliquait pour lui.
— Vous resterez ici jusqu’à être en pleine forme physique, Mr Finnigan. Je ne peux vous laisser sortir sans être certaine que vous allez parfaitement bien. J’ai bien peur qu’il faille attendre encore quelques jours avant que votre corps ne reprenne entièrement ses forces. Je vais vous aider à vous allonger si vous me le permettez.
— Quelques jours ?! s’exclama Seamus comme un écho, lançant un regard de supplication à ses camarades.
— Il en va de votre santé, fit l’infirmière, tentant de poser une main apaisante sur son bras, qu’il repoussa derechef.
— J’en ai rien à foutre de ma santé ! Je vais devenir dingue si je reste enfermé ici ! fulmina le jeune homme, frustré.
— C’est un ordre, Mr Finnigan ! répliqua l’infirmière d’un ton sec.

Le changement de ton de la soignante eut l’effet escompté. Seamus se tut immédiatement, bien qu’il garda la bouche ouverte quelques secondes hésitant sur ce qu’il devait dire ou ne pas dire. Le regard que lui lança Anthony le convainquit qu’il valait mieux ne pas parler de leur mésaventure à Mrs Mills afin de ne pas s’attirer plus de problèmes qu’il n’en avait déjà.

— Bien, grogna le Gryffondor.
— Pouvons-nous avoir quelques instants avec lui, Mrs Mills ? Nous aurions aimé lui présenter nos excuses pour le malentendu que nous avons causé, formula Anthony avec un sourire de circonstance.
— A vous voir discuter ensemble comme vous le faisiez, je pensais que c’était réglé, remarqua l’infirmière, sceptique.
— Oh, ça l’est ! C’est simplement que nous voulons nous assurer de son pardon, rectifia Anthony, croisant les mains devant lui dans une attitude purement innocente que Wayne calqua sur lui.
— Je veux entendre ce qu’ils ont à me dire, appuya Seamus, comprenant les intentions de son camarade.
— Comme vous le souhaitez, Mr Finnigan. Faites vite tous les deux. Vous êtes attendus, ne l’oubliez pas.

Une fois l’infirmière sortie et lorsqu’ils furent certains que la porte soit bien fermée derrière elle, les trois garçons se concertèrent gravement. Ils venaient de mettre un contexte autour de ce monde. Ce contexte était encore vague mais ils en tenaient les prémices et, ce qu’ils entrevoyaient, n’était pas pour les rassurer.

— Il semblerait que la situation de cet univers soit complètement différente de la nôtre, dit Anthony à voix basse.
— Harry a parlé d’une hiérarchie au sein de cette école et d’une éventuelle révolution, continua Seamus sombrement.
— Tout comme Mrs Mills, appuya Wayne dans un souffle angoissé.
— Nous allons devoir en prendre connaissance rapidement, reprit le Serdaigle. Nos doubles faisaient partie de ce monde et, d’après ce que nous avons pu apprendre ces derniers jours, ils étaient impliqués dans ce qu’ils appellent « la révolte ». Si nous voulons en savoir plus sur le rôle que nous jouons dans cet univers, nous devons nous séparer. Nous avons un avantage…
— Lequel ? interrogea Seamus, sceptique quant à la suite des événements.
— Nous aurons une vue d’ensemble sur les quatre maisons de Poudlard. Nous saurons ce qui se trame dans chacune d’entre elles, explicita Anthony avec un demi-sourire.
— Tu oublies que Nott ne nous sera d’aucun secours, remarqua Seamus, sarcastique.
— La faute t’en revient, Finnigan, rétorqua durement Anthony. Si tu avais retenu tes paroles, nous aurions pu…
— Quoi ? Qu’est-ce que tu vas dire, Goldstein ? Que nous aurions pu avancer dans ce monde main dans la main ?
— Nous aurions pu devenir des alliés si tu avais su fermer ta grande gueule plus de dix secondes ! riposta le Serdaigle d’un ton glacial. Si tu voyais la situation telle qu’elle est, tu comprendrais que nous allons avoir besoin les uns des autres pour survivre, peu importe les rancoeurs et ce que nous avons dû vivre par le passé. Nous sommes dans un univers qui est foncièrement différent de celui que nous avons connu, et nous ne savons absolument pas à quoi nous allons être confrontés à l’avenir ! Qui te dit que tu es un résistant ici ? D’après les informations que nous avons eues, tu as plutôt l’air d’être de l’autre côté de la balance…
— Qu’est-ce que tu insinues ?

Seamus, cloué sur ce fauteuil magique, aurait voulu pouvoir se lever pour en décoller une à ce Serdaigle prétentieux qui croyait détenir la science infuse. Il amorça un geste en avant pour se redresser, mais la douleur se rappela aussitôt à son bon souvenir.

Anthony, lui, le fixait comme on observe un moustique agaçant voleter près de son oreille en attendant le bon moment pour s’en débarrasser. Ce fut Wayne, d’une voix peu assurée, qui désamorça le conflit entre ses deux camarades.

— Anthony... a raison. Nous allons avoir besoin les uns des autres. Nous ne nous apprécions pas, c’est un fait. Nous avons vécu… des horreurs que nous n’oublierons jamais, mais nous allons devoir passer au-dessus pour nous sortir du pétrin dans lequel nous nous sommes mis. Nous devons trouver Nott et le rallier à notre cause. Si nous ne le faisons pas… nous avons de grandes chances de rester coincés ici pour le restant de nos jours.
— Est-ce que ce serait un mal ? osa Seamus du bout des lèvres. Ce que nous vivons dans notre monde…
— … nous appartient, le coupa Anthony d’un ton plus doux. Nous ne sommes pas chez nous ici. Et nos doubles sont dans le nôtre…
— Tu veux dire qu’ils ont pris notre place ? s’enquit Wayne, horrifié.
— C’est une hypothèse qui se tient puisque nous avons pris la leur, acquiesça Anthony, songeur. C’est dangereux pour eux, comme pour nous. S’ils venaient à mourir dans notre univers … nous n’aurions plus aucune chance de rentrer, et de revoir ceux que nous aimons. Bien sûr, ils sont ici aussi d’une certaine manière, mais…
— Ce ne sont pas les mêmes personnes, compléta Seamus, les yeux baissés.

Anthony hocha la tête, les traits assombris par une angoisse acérée. La peur se propageait en eux. Cette peur, ils la connaissaient déjà, ils vivaient avec elle depuis presque un an. Seulement, elle aussi avait changé dans ce monde. C’était une peur plus sournoise, insidieuse. Une peur innommable contre laquelle ils n’avaient pour l’instant aucune solution, aucune arme pour la combattre. Ils allaient devoir apprendre à connaître cet univers, et à jouer leur propre rôle.

— Reste ici le temps qu’il faudra pour récupérer Finnigan, fit sérieusement Anthony. Recueille toutes les informations que tu pourras auprès de Mrs Mills et de ceux qui viendront te rendre visite à l’infirmerie. Hopkins et moi iront voir Dumbledore, puis nous rejoindrons nos salles communes séparément. Nous ferons en sorte de ne pas nous faire repérer. Si tu n’es pas sorti d’ici trois jours, nous enverrons l’un d’entre nous t’expliquer tout ce nous avons appris.
— Et si je le suis ?
— Rendez-vous à la bibliothèque, section Arithmancie, le 25 octobre à 21h. Peu de monde étudie cette matière et cette partie de la bibliothèque est quasiment vide la plupart du temps. En soirée, ce sera encore plus calme, explicita le Serdaigle avec un signe de tête entendu envers Seamus avant de lui tourner le dos pour partir.
— On trouvera Nott, lui précisa Wayne avec un sourire compatissant.
— Du moment que vous ne l'ammenez pas ici, marmonna Seamus alors que la porte s’ouvrait et se refermait sur ses deux camarades de promotion.

Seamus se retrouva seul dans cette immense pièce aux murs et aux meubles blancs. Le silence l’enveloppa brusquement de sa sonorité pesante, et il regretta presque le départ de ses camarades. Sauf celui de Theodore Nott, évidemment.

End Notes:

Récapitulons ce que nos quatre camarades ont appris dans ce chapitre :

 

1 - Dans cet univers, il y a une hiérarchie entre les maisons. Les Gryffondors et les Serpentard sont "supérieurs" à Poufsouffle et Serdaigle de par leur répartition. Ce système est cautionné par les professeurs de Poudlard et par la société sorcière toute entière.

 

2 - Ce système est remis en cause et une révolte gronde parmi les élèves. Ce groupuscule se fait appeler "Rebelles" tandis que ceux qui appartiennent à la caste supérieure et profitent de la hiérarchie se nomment "Nantis".

 

3 - Seamus Finnigan et Theodore Nott semblent appartenir aux Nantis alors que Wayne Hopkins et Anthony Goldstein font partie de la caste inférieure. Pour l'instant, rien ne confirme que ces deux derniers sont des Rebelles dans ce monde. Theodore Nott est, d'après Susan Bones, une sorte d'espion appartenant aux Nantis mais aidant les Rebelles.

 

4 - Une altercation a également eu lieu dans cet univers entre nos quatre camarades. La raison en est inconnue pour le moment. 

 

5 - Il est possible que les doubles se soient retrouvés dans l'univers de base et qu'ils aient échangé leurs places avec les quatre garçons. 

Chapitre cinq : Ne pas se faire repérer by Lyssa7
Author's Notes:

Hello !

Me voici pour le cinquième chapitre de cette fiction. Cette fois, tandis que Theodore rencontre les Serpentard de ce monde (attention, le rating est largement justifié. Je tiens d'ailleurs à préciser qu'il n'est nullement question de faire l'apologie du viol/du chantage/de la manipulation quelle qu'elle soit, et que ces faits ne sont justifiables en aucun cas mais ils sont nécessaires pour la suite de cette histoire), Anthony et Wayne ont une franche discussion concernant le passé. Seamus est absent de celui-ci, mais réapparaîtra au suivant.

Bonne lecture !

PS: Merci à Samantha Black et à MadameMueller pour leurs reviews ! :)

Lyssa

La salle commune des Serpentard était dotée d’une atmosphère que Theodore Nott appréciait tout particulièrement. Elle inspirait la noblesse des sang-purs de par ses gravures sur le manteau de la cheminée, ses fauteuils en cuir noir, et ses portraits imposants. Si l’on pouvait lui prêtait un aspect peu chaleureux, notamment à cause des lampes verdâtres accrochées à des chaînes en argent, ainsi que le fait qu’elle se trouvait sous le lac de Poudlard, le jeune homme ne lui trouvait que des avantages. En effet, elle était généralement peu fréquentée, lui laissant tout le loisir de s’y installer pour disposer de sa solitude, sans avoir à converser avec ses camarades. S’il s’y voyait contraint, il rejoignait son dortoir pour lire l’un de ces ouvrages qu’il avait emprunté à la bibliothèque.

Toutes ces années à Poudlard s’étaient déroulées sans que rien ne puisse venir contrarier sa sacro-sainte tranquillité, ou du moins pas suffisamment pour qu’il s’en souvienne, jusqu’à ce que la guerre vienne tout bouleverser. Rester tard dans la salle commune n’était plus une option, l’ambiance était à la défiance et les Serpentard concluaient, entre eux, des alliances de courte durée qui privilégiaient leurs intérêts et leur survie au sein de l’école. La salle commune, devenue un lieu qui engendrait ententes et trahisons, ne l’intéressait plus comme avant. Ce n’était pas le principe qui le heurtait – il le cautionnait même, bien qu’il ne ressentait pas le besoin ni l’envie d’y participer – mais Theodore était un être enclin à la solitude qui estimait pouvoir survivre sans l’aide de quiconque.

Cette solitude faisait partie de lui depuis sa naissance, alors même qu’il n’était qu’un petit être fripé tout juste venu au monde. Son entrée dans l’existence, funeste, avait sonné le glas de celle de sa mère, morte en couche. Son père, peu intéressé par son rôle mais potentiellement ravi d’obtenir un héritier au détriment de la vie de sa femme, avait relégué les soins du nouveau-né qu’il était à un elfe de maison du nom d’Henry. Si ce dernier était une présence rassurante pour le jeune garçon, il était un être de condition inférieure, comme ne manquait pas de lui rappeler son paternel.

Durant ses premières années, Theodore ne l’avait qu’entraperçu, jusqu’à ce que celui-ci ne décide de prendre en main son éducation. Âgé de quatre ans, le bambin avait alors eu droit aux soupers interminables où il devait maîtriser le moindre de ses mots et de ses gestes, aux longues diatribes sur la pureté du sang et sur la supériorité des sorciers face aux moldus, et aux leçons cruelles sur sa place dans la société.

Par la suite, Nott Senior avait poussé son enseignement jusqu’à lui apprendre, durant les vacances scolaires de sa troisième année, les bases des sortilèges impardonnables et les rudiments de la finance sorcière. A treize ans, Theodore était devenu un garçon solitaire, froid, silencieux, satisfait de sa personne et de son rang, mais suffisamment intelligent pour acquérir certaines connaissances par lui-même et remettre deux ou trois valeurs qu’on lui avait inculqué en question.

Seulement, il était bien loin de se défaire du moule dans lequel on l’avait conçu car, dans son esprit, se rebeller n’aurait eu aucune espèce d’intérêt. Sa survie, la sienne plus que celle des autres, était sa priorité. Et Theodore Nott avait appris, à ses dépends, à quel point il ne pouvait compter que sur lui-même. Qu’il soit dans son monde ou dans l’autre n’y changeait absolument rien, et il en était conscient.

Il s’apprêtait donc, en entrant dans la salle commune des Serpentard, à monter directement dans son dortoir afin d’éviter une conversation qui s’avérerait gênante et dérangeante pour lui. Malheureusement, son arrivée ne passa pas inaperçue auprès de Blaise Zabini, installé sur l’un des fauteuils en cuir, à gauche de Drago Malefoy qui semblait s’être accaparé de celui du milieu. Pansy Parkinson trônait sur le fauteuil de droite, visiblement peu concernée, le regard fixé sur les ondulations de l’eau du lac à travers la vitre.

— Tiens donc, regardez qui revient parmi nous ! Ne serait-ce pas notre chevalier servant ? susurra Zabini avec un rictus mauvais. J’imagine que cette fois-ci aussi, tu vas t’en sortir par une pirouette de haute volée en nous certifiant que tu ne nous trahiras jamais, pas vrai ? C’est pourtant bien toi qui m’a empêché de profiter de cette soirée la dernière fois…
— Tu parles de cette pauvre fille de Poufsouffle dont tu allais abuser ? intervint Pansy, une grimace étirant ses lèvres ourlées d’un rouge profond. Si Theodore n’était pas intervenu, tu aurais sacrifié ton avenir au sein de la société pour une gourde dont tu ne rappelleras même pas le nom le lendemain. Que tu aies pu intégrer cette maison, malgré ton faible taux d’ambition, m’étonnera jusqu’à la fin de mes jours…
— Tu ferais mieux de la fermer, Parkinson… Si on doit évoquer le cas Go…
— Que tu sois d’accord ou non, Blaise, nous avons des règles dans cette école, nous devons nous y tenir, conclut Drago d’un ton indifférent. Il y a une hiérarchie, des codes, une manière de procéder pour obtenir ce que nous voulons. Si tu avais respecté ce protocole, alors la situation serait différente. Pansy n’a pas abusé de Goldstein, elle a fait preuve de persuasion et, étant donné son ascendance sur lui, il n’a tout simplement pas pu lui refuser…
— Qu’est-ce que ça change ? maugréa le grand brun, haussant les épaules.
— Tout. Dans le cas de Pansy, c’est une sorte d’arrangement à l’amiable qu’il ne peut refuser, répondit Malefoy avec un fin sourire, et tout le monde est gagnant. Dans ton cas, Bones aurait pu dénoncer tes pratiques, et Dumbledore t’aurait renvoyé. Theodore t’a sauvé la mise, Blaise, tu devrais le remercier.
— Plutôt crever ! cracha Blaise Zabini en direction du concerné.

Theodore eut du mal à analyser correctement la conversation. Ce qui était sous-entendu à travers ce discours, en plus d’être surréaliste pour quelqu’un qui n’appartenait pas à cet univers, était extrêmement violent. Bien qu’il eut passé son existence auprès d’un paternel dont les idées pro-sang pur rattachaient la famille Nott à la cause de Voldemort et toute sa scolarité dans la maison Serpentard auprès de camarades de sa trempe, le jeune homme n’avait jamais cru à la violence. Celle exercée par Drago, pernicieuse et superficielle, tout comme celle de Blaise, impulsive et vindicative.

Il n’avait jamais réellement supporté la cruauté sous toutes ses formes, tentant seulement de s’adapter du mieux qu’il le pouvait lorsque son intérêt était menacé. C’était pire encore depuis que son père l’avait amené devant le Seigneur des Ténèbres pour qu’il soit marqué, lui imposant une idéologie en laquelle il n’était pas certain de croire, le doute s’immisçant chaque jour un peu plus dans son esprit. Theodore n’était toutefois pas un résistant, c’était un arriviste, mais un arriviste qui commençait doucement à ressentir des remords lui enserrer la gorge.

Dans son monde, il faisait en sorte de se fondre dans l’ombre pour éviter de faire preuve de cette violence gratuite imposée par les Carrow, mais préserver ses intérêts sans y avoir recours devenait difficile. Il avait dû convaincre Alecto et Amycus qu’il était de leur côté pour survivre, et il avait dû user de sortilèges impardonnables sur des innocents, des adolescents qu’il croisait dans les couloirs. Ces moments le hantaient, lui donnaient des insomnies, lui faisaient perdre l’appétit. Cependant, l’héritier des Nott ne pouvait pas se permettre de changer de camp, de prendre un tel risque. Il ne se battait pas pour une noble cause, il se battait pour lui-même.

En se réveillant dans ce monde-ci, il avait un instant espéré que tout serait différent, il avait cru pendant une seconde à un éventuel nouveau départ. En glissant un œil vers son bras bandé, il s’était demandé si la marque s’y trouverait encore… A présent, il avait sa réponse. Même si elle n’y était pas, cela ne voulait pas dire que cet univers, aussi différent soit-il, était en paix.

Pendant quelques secondes suspendues dans l’espace temps, les regards des trois Serpentard convergèrent vers lui sans qu’il ne trouve de réponse. Puis, Nott se figea dans une attitude de supériorité et revêtit son masque de neutralité. Que devait-il dire à une telle situation aberrante et révoltante ? S’il comprenait bien tout ce qui venait d’être dit, et les règles que Malefoy avait mentionnées, les privilèges des Nantis s’avéraient plus vastes et immorales que ceux auxquels il s’était attendu.

Il repensa brièvement à la confiance que lui accordait la Susan Bones de ce monde, et il espéra intérieurement que l’autre Theodore en était plus digne que lui. Le rictus de Blaise se superposa à l’ombre dans les yeux de la jeune fille alors qu’un vent glacial s’emparait de lui.

— Modère tes paroles, tout comme tes actes, Zabini. De cette façon, tout se passera bien pour toi.
— C’est une menace ? siffla l’autre sur un ton où couvait une rancune tenace.
— Un avertissement, répondit froidement Theodore.
— Tu vas le regretter, Nott, je peux te l’assurer… marmonna Zabini entre ses dents.
— Laissez-nous seuls tous les deux, ordonna Drago en considérant tour à tour ses deux alliés.

D’un geste supérieur, il les chassait de la main. Si l’autre Drago avait eu cette facilité à prendre les autres de haut lors de sa première à sa sixième année, ceux des autres maisons tout comme ses camarades de Serpentard, ce n’était plus le cas depuis que Rogue et les Carrow avaient repris les rênes de l’école. Depuis le début de leur dernière année, contrairement à son double, le « vrai » Drago Malefoy se faisait discret, presque transparent. Le teint pâle, les traits crispés, il ne se mélangeait plus à personne, comme habité par des fantômes qui le pourchassaient à longueur de temps. C’était étrange de le voir redevenir celui qu’il était auparavant, c’était presque une renaissance. Presque, songea Theodore, ce Drago n’était pas celui qu’il connaissait.

Tandis que Zabini passait tout près de lui avec un air revanchard placardé sur le visage, Pansy ne lui adressa pas le moindre regard en sortant de la salle commune. Comme il l’avait prévu en analysant cet univers, leur amitié issue de la guerre au sein de Poudlard n’avait jamais vu le jour puisque les événements différaient. La jeune fille ne s’était jamais tournée vers lui lorsque Drago s’était détourné d’elle, et ils n’avaient jamais effectué leurs tours de garde ensemble dans les couloirs du château. Il fut surpris d’en ressentir un léger pincement au coeur.

Nott, qui ne s’était jamais attaché à rien ni à personne, comprit soudainement que l’attitude indifférente de l’autre Pansy le touchait personnellement. Il trouva cela particulièrement désagréable et une grimace effleura ses lèvres alors que Drago claquait des doigts pour réclamer son attention.

— Bien. J’ai à te parler, Theodore.

Theodore résista à l’envie d’ordonner à ce prétentieux d’utiliser son nom de famille, tout comme il l’avait fait avec Susan Bones. La familiarité n’était pas une constante chez les Nott, d’autant plus quand le fils Malefoy, avec lequel il n’avait jamais été proche, mettait des accents d’arrogance dans le ton de sa voix. C’était tout à coup comme si Drago avait un pouvoir sur lui. Un pouvoir qu’il ne comprenait pas et qu’il acceptait encore moins.

Qu’est-ce que pensait son double de cette situation ? Avait-il accepté de se laisser guider par ce blondinet pédant qu’il n’avait jamais apprécié ou remettait-il tout en cause comme l’avait sous-entendu Bones ? Etait-il réellement cet espion en qui elle paraissait avoir confiance ? Faisait-elle fausse route ? A quelle cause s’était-il rallié ? L’esprit de Theodore Nott ne désemplissait pas de questions, tournait à une allure indescriptible et, plus les questions se faisaient nombreuses, plus il se sentait connecté à ce double à la fois différent et similaire de sa personne.

La vie et les choix de l’autre Theodore étaient à des années lumière de la sienne et de ceux qu’il avait fait, mais une chose ne changeait pas d’un univers à l’autre : ni l’un ni l’autre n’avait choisi un camp, ni l’un ni l’autre n’était sûr de ce qu’il était, de qui il était. Au fond, il était toujours le même.

— Me parler ? répéta-t-il, haussant un sourcil pour pousser Malefoy à continuer.
— L’altercation que vous avez eu en haut des escaliers du hall n’est pas passée inaperçue, Theodore…

Drago avait toujours ce ton lent, traînant, que Theodore détestait. Il n’avait jamais saisi pourquoi son camarade accordait de l’importance à user de ce ton monocorde pour prouver son appartenance à la noblesse anglaise, aux sang-purs sorciers. C’était comme si Malefoy se sentait continuellement obligé de prouver sa place au sein de cette société.

— Cette altercation, parlons-en. Les rumeurs courent actuellement, des rumeurs qui laissent entendre qu’une révolte couve et que tu serais sur le point de nous trahir. Alors, pour m’ôter tout doute de la conscience, et garantir à Potter qu’aucun traître ne se trouve parmi les Serpentard, j’aimerais que tu me dises ce qui s’est exactement passé et comment tu as pu te retrouver au milieu de ce différend. Je souhaiterais aussi savoir, tout comme le reste des Nantis, sur qui tu as pointé ta baguette, Theodore…
— Ma baguette ? reprit Theodore, le sourcil levé en signe d’incompréhension, espérant obtenir d’autres informations.
— Ta baguette, Nott. Quelqu’un aurait été dire à Potter que ton discours était… source de malentendus et que Finnigan t’accusait de soutenir Hopkins en vue d’une rébellion.

Theodore tentait d’assembler, au fur et à mesure, les morceaux de puzzle que lui donnait Drago Malefoy. D’après ce qu’il venait de comprendre, leurs quatre doubles avaient eux aussi eu une altercation. Seulement, leurs rôles n’étaient apparemment pas les mêmes.

Seamus Finnigan, dans cet univers, semblait avoir un lien avec les Nantis tandis que Wayne Hopkins pouvait éventuellement être le déclencheur du vent de révolte qui soufflait sur Poudlard. Lui, Theodore Nott, était un espion qui basculait d’un camp à l’autre. Quant à Anthony Goldstein, il était presque certain qu’il n’était qu’une victime que Pansy et les Serpentard manipulaient à leur guise.

— Il a tort, répondit Theodore d’un ton plat. Pourquoi vous trahirais-je ? Quel serait mon intérêt ? En tant que Nanti, je ne retirerais aucun privilège à vous trahir, bien au contraire. Je fais partie de cette caste depuis ma naissance et je compte bien gravir les échelons de cette société jusqu’à atteindre le sommet. Par tous les moyens.

Drago fronça les sourcils et sonda les yeux gris de son adversaire pendant quelques secondes. Il eut l’air satisfait de ce qu’il y vit et un rictus vint se dessiner sur ses lèvres. Ce qu’il ignorait, toutefois, était que les dires de Theodore Nott comportaient une part de vérité mais qu’il y avait aussi une note de bluff. En véritable Serpentard, il était prêt à tout pour s’en sortir et pour garder son trône, pour retrouver ce monde qui était le sien, mais ce que Malefoy ne devinait pas, était qu’il serait prêt à trahir n’importe qui pour cela.

 




Wayne et Anthony parcouraient les couloirs de Poudlard sans dire le moindre mot. Tous deux essayaient de se faire discrets afin de ne pas se faire repérer mais, sur leur passage, les regards se dirigeaient inévitablement vers eux suivis de murmures surexcités. Leur altercation dans le hall d’entrée semblait les avoir rendus célèbres, ce qui n’était pas pour les arranger. La situation était délicate, et elle le serait certainement bien plus lorsqu’ils seraient dans le bureau du professeur Albus Dumbledore.

Lorsque les couloirs furent déserts, Wayne se tourna vers son camarade. Ses yeux brillaient d’une lueur angoissée qu’il avait de plus en plus de mal à ne pas laisser filtrer.

— Comment est-ce que tu penses que Nott s’en sort ? interrogea-t-il.
— Est-ce que tu t’inquiètes pour lui ? ironisa Anthony, scrutant les alentours afin d’être sûr que personne n’entende.
— Pas vraiment, répondit le Poufsouffle dans un murmure incertain. Le problème, c’est que nous sommes liés à lui…
— Je suis persuadé que Nott a une capacité d’adaptation assez exceptionnelle dans n’importe quelle situation, chuchota Anthony sur un ton de conspirateur. Ne t’en fais pas pour lui. Celui qui m’inquiète le plus, c’est plutôt Finnigan. Il a une nette tendance à s’emporter, ce qui risque de nous porter préjudice à un moment ou un autre.

Wayne acquiesça, songeur. Il n’aurait pu défendre le comportement de Seamus, même s’il l’avait voulu. Une part de lui ne cessait de lui répéter que le Gryffondor était seul, enfermé dans une infirmerie, enchaîné douloureusement à un fauteuil magique, et il en ressentait une empathie qui lui enserrait le coeur. Cependant, une part plus profonde en lui, lui martelait que Seamus Finnigan ne l’avait pas défendu face à Amycus Carrow, qu’il l’avait regardé se faire martyriser. Pire, il ne l’avait jamais défendu face aux autres, face aux élèves et à leurs rires. Peut-être même avait-il été l’un de ceux-là. Les bourreaux silencieux.

Ceux qui vous regardent sans rien dire, qui vous sourient sans rien faire. Un goût de fer envahit le palais du Poufsouffle et il coula un regard vers Anthony. Le Serdaigle, drapé dans sa belle droiture, n’avait pourtant rien dit à ses amis quand ils avaient ri, quand ils s’étaient moqués de lui, de ses lunettes et de sa maladresse. Au fond, Goldstein et Finnigan ne valaient pas mieux que Nott, ils savaient simplement mieux cacher leur part d’ombre.

— Je sais que j’ai été dur avec lui, ajouta Anthony. Je le sais mais… ce qui nous arrive est tellement… incontrôlable. J’ai l’air de maîtriser la situation, mais je t’assure que je ne maîtrise rien du tout. J’ai peur moi aussi, Wayne. Je voulais te le dire pour que tu saches que tu n’es pas seul à ressentir ça, que nous sommes tous dans le même bateau. Eux aussi, ils ont peur. Seamus et Nott, précisa-t-il, ils le montrent différemment, c’est tout.
— J’ai peur tout le temps, avoua Wayne, sans tourner la tête vers son camarade, d’un ton soudainement furieux. Il n’y a pas un seul moment, pendant toutes ces années à Poudlard, où je n’ai pas ressenti cette foutue peur. Elle fait partie de moi, j’ai appris à vivre avec elle, à la gérer. Donc… je te prierai de ne pas me considérer comme quelqu’un de faible, Goldstein.

Anthony se figea. Wayne, lui, continua à avancer en direction de l’escalier qui menait au deuxième étage, ne prenant pas la peine d’attendre son camarade. Le brusque détachement mêlé de colère froide dont il faisait preuve dérouta l’adolescent brun au teint mat qui prit plusieurs secondes à recouvrer ses esprits. Lorsque ce fut fait, il rattrapa le Poufsouffle et l’observa d’un air prudent.

— Ce n’est pas le cas. Je ne vois pas la peur comme une faiblesse, dit-il. La peur est une émotion logique qu’on ressent en présence d’un danger réel ou supposé. C’est un signal utile, un mécanisme de défense, qui nous protège d’une menace imminente. C’est sain, la plupart du temps.
— Epargne-moi tes grands discours, Anthony, répliqua Wayne, sans lui jeter un seul regard. Tu pourras me dire tout ce que tu veux, ce n’est pas sain d’avoir peur continuellement, c’est destructeur, et je suis bien placé pour le savoir. J’ai passé des années à la ressentir parce que certains pensaient qu’il était drôle de me prendre à parti, de me jouer des tours… Ils voulaient seulement s’amuser. C’est ce que Corner disait, tu te souviens ?

Anthony eut l’air de quelqu’un qui venait de se prendre un coup de poing dans le ventre. Dans ses yeux, Wayne lut qu’il se souvenait parfaitement des instants qu’il venait de mentionner, lointain écho de leur passé commun.

— Corner, ce cher Corner, fit Wayne, sarcastique, désignant de son index les lunettes sur son nez. Son passe-temps favori était de me les prendre pour voir comment j’allais pouvoir m’en sortir sans elles. Et tu restais là, avec ta belle broche de préfet, à ne rien faire.

Michael Corner, un Serdaigle de leur promotion, était aussi l’un des meilleurs amis d’Anthony Goldstein. Avant que la guerre ne s'invite entre les murs du château, c’était un adolescent au caractère affirmé, populaire parmi ses pairs, qui n’avait jamais manqué une occasion de rire et d’en faire profiter les autres. Son comportement, parfois cruel, pouvait blesser les introvertis, les solitaires, les plus à part, il s’en amusait parfois à leur détriment. Wayne Hopkins était l’un d’entre eux et, dans la masse où tous se ressemblaient plus ou moins et où il fallait s’intégrer pour être accepté, on le définissait comme différent.

— Écoute, je suis…
— Quoi que tu dises, ça ne changera rien, le coupa Wayne, haussant les épaules. Faisons en sorte de rentrer chez nous, Goldstein, mais évitons de nous mentir en discutant comme de bons amis. Comme nous l’avons dit à Finnigan, nous ne le sommes pas et nous ne le serons jamais.

Dans les yeux de Wayne, sous ses épaisses lunettes, la peur continuait d’arriver par vagues. Elle le submergeait de temps en temps tel un raz de marée mais, à la différence des trois autres, il avait appris à nager depuis bien longtemps. Il était capable de la maîtriser, il ne la laisserait pas gagner. Il s’en faisait la promesse.

End Notes:

Si vous avez des questions, n'hésitez pas à me les poser dans la petite case juste en-dessous. ;)

 

Chapitre six : Prendre conscience by Lyssa7
Author's Notes:

Bonjour,

Tout d'abord, merci à SamanthaBlack et MadameMueller pour leur fidélité sur cette fiction <3 <3 

Ensuite, vous allez voir que dans ce chapitre l'action commence lentement à se mettre en place. Nos amis commencent à comprendre les rôles des uns et des autres, les différents camps dans l'école, et réfléchissent à comment se placer. Ainsi, Seamus fait un douloureux acquis de conscience, Theodore fait une nouvelle rencontre et effectue un certain revirement dans sa façon de penser, et Anthony et Wayne découvre le Dumbledore de ce monde...

Bonne lecture !

Lyssa

 

Seamus Finnigan s’ennuyait ferme. Au vu de la situation, il n’aurait su dire si cela était une bonne ou une mauvaise chose. Dans son monde en guerre, l’ennui était devenu une denrée rare et obsolète remplacée par une angoisse perpétuelle. En songeant à ses camarades qui luttaient tous les jours contre le régime imposé par les Carrow, il retint le soupir qui menaçait de franchir ses lèvres serrées par le dépit. Pendant quelques secondes, il eut honte de se plaindre. Après tout, l’univers où ils avaient atterri n’était pas en guerre. Du moins, il n’affrontait pas un puissant mage noir et ses sbires, ce qui était déjà un point positif.

Allongé dans son lit d’infirmerie, les yeux fixés sur le plafond d’un blanc immaculé, Seamus tenta de se détendre. Il n’y parvint cependant pas, ses pensées essayant inévitablement de déchiffrer tout ce qu’il avait pu vivre ces derniers jours. Une hypothèse, terrible, ne cessait d’imprégner son esprit, lui soufflant à l’oreille qu’il était différent dans ce monde. Si différent qu’il lisait dans les yeux de l’infirmière une certaine forme de peur mêlée de respect chaque fois qu’elle venait lui faire ses soins. Son coeur se comprima lorsqu’il repensa à l’idée émise par Goldstein. Ce dernier avait supposé, avant de partir en compagnie de Wayne Hopkins, qu’il n’était pas quelqu’un de bien dans ce monde. Et cette idée, bien qu’il la jugeait totalement absurde, lui donnait la nausée. Et si c’était vrai ? Que ferait-il exactement ? Serait-il obligé de devenir cet « autre », son double maléfique ? Un frisson le parcourut, ravivant brutalement ses douleurs, et il poussa un cri.

— Est-ce que tout va bien, Mr Finnigan ? interrogea Mrs Mills, se précipitant à son chevet.
— Je… souffla-t-il, une grimace sur les lèvres. Je vais bien, merci. Ne vous inquiétez pas…
— Êtes-vous sûr de ce que vous dites ? insista l’infirmière, sceptique. Je pourrais…
— Dean… Il est… murmura soudainement Seamus avant de pousser un cri de souffrance en voulant se relever.
— Mr Finnigan ! s’écria-t-elle, souhaitant le maintenir sur son lit.

Le chemin de ses pensées avait conduit le jeune homme à prendre conscience d’un fait qui l’avait bouleversé au plus profond de lui-même, si bien qu’il en avait oublié la douleur qu’il ressentait. Si cet univers était différent, si la guerre n’avait jamais eu lieu, alors Dean Thomas était à Poudlard. Son meilleur ami, celui pour lequel il s’inquiétait à chaque seconde depuis que leurs routes s’étaient séparées, celui qu’il n’avait pas revu depuis l’été précédent, était en vie et en sécurité dans cet univers. Cette perspective incroyable lui fit monter les larmes aux yeux, ce qui acheva d’inquiéter Mrs Mills. Celle-ci s’empressa d’aller chercher une potion anti-douleur dans l’armoire où elle conservait tous ses remèdes et la versa dans un gobelet qu’elle tendit à son patient. Le jeune homme, toujours sous le choc de ce qu’il venait de comprendre, avala la mixture sans discuter. Puis, il se rallongea doucement tandis que la douleur se dissipait peu à peu.

— Dean Thomas, finit-il par dire. Est-ce qu’il est venu me voir après l’accident ?
— Pas dans mon souvenir, réfuta l’infirmière, désolée. Qui est-ce ?
— Mon meilleur ami.
— Je suis navrée, Mr Finnigan, mais la seule personne qui est venue demander de vos nouvelles jusqu’à ce que vous soyez réveillé est Lavande Brown. Une jeune fille charmante qui plus est, elle avait l’air particulièrement touchée par ce qui vous est arrivé.

Seamus ferma les yeux, terrassé par une douleur confuse. Seulement, celle-ci n’avait plus rien à voir avec son corps. Elle était psychique, comme si son esprit imprégnait avant lui que cet univers serait véritablement différent de tout ce qu’il avait pu imaginer. Cet univers parallèle n’était pas le sien et ne le serait jamais. Ici, il n’avait peut-être même jamais été ami avec Dean. Figé dans l’horreur, l’adolescent aurait voulu pousser un énième cri. Celui-ci, à la différence, aurait reflété son impuissance.

 



Theodore, lui aussi, venait de prendre conscience du monde dans lequel ils se trouvaient. Toutefois, il l’avait expérimenté d’une toute autre manière en discutant avec les Serpentard qui vivaient dans cet univers. Un courant d’air glacé s’était emparé de son être depuis qu’il avait quitté la salle commune, sans véritable but que celui de s’éloigner de Malefoy et de ses règles révoltantes. Il n’était pas certain de vouloir en savoir plus sur ce qui se passait entre les murs du château, mais il savait qu’il allait devoir comprendre l’intégralité de la situation s’il tenait à s’en sortir sans dévoiler ses secrets.

Sa main droite vint toucher le bandage caché sous la manche gauche de sa robe de sorcier. Si ses condisciples découvraient la marque, ils se poseraient des tas de questions sur lui. Son double, celui de cet univers, ne l’avait pas. Il n’avait jamais été un mangemort dans ce monde, son père ne l’était sans doute pas non plus. Le Seigneur des Ténèbres n’avait jamais existé. Or, l’existence du mage noir avait régi l’existence de Theodore Nott à travers l’éducation qu’on lui avait fourni. Comment vivre dans un monde où il ne se connaissait pas lui-même ? Où les règles avaient changées ? Où il éprouvait des difficultés à s’adapter ? Comment savoir quel genre de personne il était dans cet univers ? Comment agir en fonction s’il était incapable de comprendre les contours de ce monde qui l’entourait ?

Son esprit, volubile, fonctionnait à toute vitesse, au rythme de ses pas silencieux dans les couloirs des cachots. Sans même s’en rendre compte, ils le menèrent dans le hall d’entrée où il se stoppa, sans savoir où il allait pouvoir aller ensuite. Trop pressé de fausser compagnie à ceux de sa maison et à l’ambiance nauséabonde qui régnait dans leurs appartements, il n’avait pas pris en considération qu’il aurait pu avoir cours à cette heure de la matinée. Il n’était pas monté dans son dortoir, il n’avait donc pas pris le temps de fouiller les affaires de son double. S’il l’avait fait, il aurait sûrement trouvé son emploi du temps.

Se maudissant intérieurement, Theodore Nott laissa glisser ses mains dans les poches de sa robe de sorcier. La sensation de sa baguette contre sa paume le rassura, et il reprit sa route, choisissant de sortir du château. Il passa les doubles portes en chêne, son pas se faisant brusquement plus pressé alors qu’il s’éloignait des murs de Poudlard pour contourner les serres. Ce fut à la toute dernière minute, et à grand regret, qu’il constata la présence d’une jeune fille blonde adossée contre un arbre.

Ses longs cheveux blonds flottaient devant son visage, mais Theodore put constater qu’elle pleurait. Son corps, secoué de spasmes, laissait échapper de longs sanglots sonores qu’elle avait du mal à refréner même lorsqu’elle prit conscience de sa présence. Le jeune homme détourna les yeux et s’apprêtait à se détourner d’elle, plus par envie de ne pas connaître ce qui pouvait la perturber que par respect de son intimité, mais elle l’interpella d’une voix ferme qui contrastait avec son apparente fragilité. Un rictus fin vint se dessiner sur les lèvres du jeune homme tandis qu’il songeait à la résistante qu’elle était dans l’autre monde.

— Toi ! Où est-ce que tu comptes aller ?
— Qu’est-ce que ça peut bien te faire, Abbot ? répliqua-t-il, sarcastique.
— Je suppose que tu es satisfait de me voir dans cet état ? fit-elle avec morgue, serrant sa baguette dans sa main droite.
— Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. Si tu veux bien m’excuser, je vais aller chercher un endroit plus tranquille où les Poufsouffle ne passent pas leur temps à s’épancher sur leur sort…

Hannah Abbot, révoltée, se tendit aussitôt sous la réplique du Serpentard. Repoussant la masse de ses cheveux blonds, elle lui lança un regard noir et pointa sa baguette sur lui. Theodore, ennuyé par la situation qu’il jugeait néfaste pour sa tranquillité d’esprit déjà bien ébranlée, haussa un sourcil blasé.

— Continue à m’insulter, Nott, et je me ferai un plaisir de te faire avaler ta langue. Tu viens de sortir de l’infirmerie… ne m’oblige pas à t’y renvoyer, déclara la jeune fille sur un ton empli de colère.
— Cesse tes simagrées. Qu’est-ce que tu me reproches exactement, Abbot ?
— Moi ? N’inverse pas les rôles, tu veux ? Je sais parfaitement qui tu es et ce que tu voudrais faire croire.
— Qui je suis ?
— Tu as peut-être gagné la confiance de Susan, mais ce n’est pas mon cas, explicita-t-elle, la baguette rivée entre les deux yeux du Serpentard. Je vois clair dans ton jeu, Nott, et je ne te laisserai pas semer le trouble dans nos rangs ! Si tu oses dire tout ce que tu sais sur nous, je…

Theodore assembla rapidement les pièces du puzzle. S’il analysait bien les événements, Hannah Abbot faisait partie du clan des Rebelles, à l’instar de Susan Bones. Ces Rebelles, Malefoy et Potter ne savaient pas encore qui ils étaient et cherchaient à les contrecarrer. Anthony Goldstein, ou plutôt son double, ne semblait faire partie d’aucune des deux alliances. Quant à Finnigan, il paraissait relativement proche des Nantis, tout comme lui. Toutefois, dans ce monde, son propre double semblait mener un double jeu.

De quel côté était-il vraiment ? Pour qui officiait-il ? Souhaitait-il infiltrer les Rebelles pour aider les Nantis à dissoudre leur révolte, ou avait-il pour but d’aider les Rebelles comme l’avait suggéré Bones ? Il n’était sûr de rien, et il comprenait très bien la flamme de rage qui brillait dans les yeux bleus de la blonde face à lui.

— Je comprends tes doutes, Abbot, dit-il finalement, placide.
— Tu comprends mes doutes ?! répéta-t-elle dans un rire stupéfait. Est-ce que tu te fous de moi, Nott ?! Tu sais ce que c’est d’être à ma place ? De vivre ce que je vis en sachant parfaitement que c’est une situation que l’école choisit d’accepter pour former ceux qu’ils jugent dignes d’être l’élite de Poudlard ? Tu es l’un d’entre eux. Tu ne sais rien !

La détermination dans les yeux de la jeune fille l’impressionna. Tout comme son double, elle ne dérivait pas de ce qu’elle était, de ses valeurs et de ses principes. Sa baguette, à son instar, ne flanchait pas. Les larmes étaient sèches depuis longtemps. Bones aussi était similaire. Forte, droite et juste. Lui, au contraire, n’avait aucune idée du camp dans lequel il se situait. L’avait-il un jour su ? Le bien et le mal n’étaient que des notions abstraites. Theodore Nott flottait dans les nuances de gris sans jamais remonter à la surface. Il fut le premier à baisser le regard, battant clairement en retraite.

— Tu as raison, Abbot, je ne sais rien, admit-il, haussant vaguement les épaules. Je n’ai pas conscience de ce que tu vis du haut de ma tour dorée, et sans doute que tu ne devrais pas me faire confiance. Néanmoins, il y a une variante que tu n’as pas pris en compte…
— Laquelle ? s’enquit Hannah.

La Poufsouffle avait baissé sa baguette, comme étonné par l’assurance dont faisait preuve son camarade. Il avait l’air si distant qu’elle ne pouvait s’empêcher de le scruter sans comprendre. Il parlait comme s’il n’était qu’un spectateur peu concerné par le contexte très particulier de cette école, comme s’il ne l’avait jamais vécu.

— Je suis un atout. Les informations que je vous donnerais pourraient être cruciales si vous voulez renverser le système en place, expliqua-t-il, songeur. A mon sens, ce n’est pas négligeable. Bones est suffisamment intelligente pour le savoir et m’accorder une confiance factice…
— Tu l’as sauvée, elle est sincère, rétorqua Hannah, l’observant avec méfiance. Je ne sais pas pourquoi tu l’as fait, mais je sais qu’elle t’est reconnaissante. Tu as toute ma gratitude également, mais ce n’est pas assez pour te donner ma confiance. J’espère simplement qu’elle ne fait pas erreur…

Si devant Susan, Theodore avait tenté de fuir cette alliance proposée en se disant qu’elle n’avait aucun intérêt pour lui, c’était maintenant différent face à Hannah. Les tenants et aboutissants que Bones soutenaient étaient flous, trop émotionnels pour lui, mais à présent qu’ils étaient ajoutés au discours de Malefoy et à sa propre situation dans ce monde parallèle, il entrevoyait plusieurs bénéfices personnels.

En découvrant ce qui se cachait derrière cet univers, derrière son double, il trouverait peut-être la solution pour rentrer chez lui. Chez lui. C’était si illusoire pour quelqu’un qui n’avait jamais connu la chaleur d’un véritable foyer, vivant dans un manoir lugubre auprès d’un père médiocre. Or, c’était le seul monde qu’il connaissait, le seul qui l’avait bercé et élevé. Le seul qu’il pensait mériter. Le seul qu’il voulait, à tout prix, retrouver. Et, en prime, il pourrait enfin savoir qui il était dans ce monde. Bon ou mauvais ? Bien ou mal ? Quels choix avait fait cet autre lui-même ? Ses réflexions, portées par son égoïsme et sa curiosité naturelle, l’amenèrent à prendre cette décision.

— Dis à Bones que je retire ce que j’ai dit, que je n’avais pas tous mes esprits la dernière fois. Je vous aiderai.
— Nous n’avons pas besoin de toi, répliqua Hannah, le visage fermé.
— Je te prouverai que si, Abbot.
— Je n’attends que cela, Nott.

Hannah Abbot rangea sa baguette dans la poche de sa robe sans cesser de le fixer. Puis, elle détourna les yeux, passa devant lui et disparut dans l’embrasure d’une serre sans un regard en arrière.

 



Malgré tous ses efforts pour se contrôler, Anthony trembla lorsqu’il délivra le mot de passe à la statue. Sur sa droite, Wayne n’en menait pas large non plus. Les deux adolescents, après les sous-entendus explicites du Poufsouffle, avaient poursuivi leur chemin jusqu’aux appartements de Dumbledore dans un silence où perçait un malaise tangible.

Anthony, incapable de formuler des excuses cohérentes qui auraient pu désamorcer ce qu’ils s’étaient dit, avait préféré se taire. Cependant, maintenant qu’ils se trouvaient arrivés à destination, il avait besoin de sentir la présence de son camarade, de lui parler en faisant abstraction du passif qu’il y avait entre eux.

— Hopkins ?
— Oui ? Souffla Wayne sans prendre la peine de tourner la tête vers lui.
— Est-ce que tu crois que Dumbledore est quelqu’un de bien dans ce monde ?
— Si on se fie à ce qu’on a appris, j’en doute fortement…
— Il pourrait ne rien savoir, supposa Anthony sans croire lui-même à son hypothèse.
— Soit il est malveillant, soit il joue l’ignorant. L’un dans l’autre, je ne sais pas ce qui est pire…

Anthony préféra ne rien répondre. La conversation lui rappelait celle qu’ils avaient eu précédemment. Sauf que, dans ce cas là, c’était lui l’ignorant. Celui qui fermait les yeux chaque fois que Michael riait un peu trop fort, chaque fois qu’il se moquait de Wayne, de Morag, de Kevin, de Su, et de tous les autres. Corner n’était pas quelqu’un de malveillant. Pas vraiment. Pas totalement. C’était un adolescent comme les autres, immature et inconscient des conséquences de ses actes. Il ne voulait pas lui trouver d’excuses, il ne voulait pas se chercher des raisons non plus pour n’avoir rien dit. Pour avoir ri avec lui. Ils l’avaient tous fait. Chacun d’entre eux avait participé à cette mascarade infâme.

Et Anthony en avait honte à cet instant. Seulement, tous les bourreaux n’étaient pas des monstres. Les bourreaux étaient aussi des idiots et des lâches. Des idiots qui avaient fini par rejoindre la résistance, des lâches qui sacrifiaient leur vie pour la paix. Michael faisait partie des premiers, Anthony des seconds. Et le lâche qu’il était à présent rampait dans l’ombre pour le bien.

— Peut-être qu’il essaie de changer les choses sans se faire remarquer. Peut-être qu’il regrette…
— Peut-être, acquiesça Wayne dans un murmure, mais parfois c’est trop tard pour revenir en arrière…
— Il n’est jamais trop tard pour faire les bons choix.

Cette fois, ce fut Wayne qui se tut. Anthony ne sut pas si le Poufsouffle lui donnait raison ou non. Il n’insista pas, se contentant d’attendre que la statue ne leur délivre le passage. Au fond, assis derrière son bureau, Dumbledore les attendait. Impérial dans une robe de sorcier pourpre, ses lunettes en demi-lune sur le bout du nez, son regard bleu glaça le Serdaigle jusqu’aux os. Ce fut à cette seconde précise qu’il prit conscience que ce monde n’était définitivement pas le leur.

— Approchez, leur dit-il d’un ton où ne régnait aucune note de la chaleur qu’ils lui avaient connu.
— Professeur Dumbledore, nous… commença Anthony, rapidement coupé par un mouvement du poignet du directeur.
— Vous savez pourquoi vous vous trouvez ici, et cela ressemblait fortement à une insurrection. Dans le doute, et n’ayant pas encore les derniers éléments de cette affaire entre vous, Mr Nott, et Mr Finnigan, je ne peux me prononcer. Or, s’il s’avère que vous êtes la cause de ce qui s’est passé, vous serez renvoyés de cet établissement. Il n’y aura aucun retour possible, vous pouvez me croire. A Poudlard, nous faisons en sorte de respecter les règles établies, et il n’est pas question qu’une poignée d’élèves nous mènent à notre perte. Me suis-je bien fait comprendre, Messieurs ?
— Absolument, Professeur Dumbledore, acquiesça Anthony, un courant d’air glacial lui descendant le long de l’échine.
— Qu’en pensez-vous, Mr Hopkins ? La révolte sous-jacente qui couve dans cette école n’est-elle pas comme les braises d’un feu dangereux que nous nous devons d’éteindre avant que l’incendie ne brûle tout sur son passage ?
— Vous avez raison, Professeur, fit Wayne à voix basse, remontant anxieusement ses lunettes sur le bout de son nez.
— Bien, alors nous sommes d’accord. Un bonbon au citron ?

Le sourire satisfait d’Albus Dumbledore tandis qu’il leur proposait l’une de ses friandises préférées était effrayant. Si effrayant que les adolescents, sans même s’en rendre compte, se rapprochèrent l’un de l’autre jusqu’à ce que la manche gauche de Wayne touche la droite d’Anthony. Comme un signe de soutien silencieux, une solidarité face à l’adversité.

End Notes:

En l'écrivant, j'ai pensé que c'était sûrement le chapitre le plus triste de tous. Surtout pour Seamus qui n'est pas au bout de ses peines...

Concernant Theodore (que j'imagine ami avec Hannah Abbot après la guerre dans mes fictions), je ne pouvais pas m'empêcher de les rassembler. Ils ont toujours une belle dynamique et, même si elle est méfiante à son sujet, Hannah peut devenir une véritable alliée par la suite. ;)

Quant à Anthony et Wayne, ils ont enfin rencontré Dumbledore. Et je suis curieuse de savoir ce que vous en pensez. L'imaginiez-vous ainsi ou est-il trop OOC ? Je me base plus sur le Dumbledore de sa jeunesse, celui qu'il aurait pu devenir après avoir battu Grindelwald, avec toujours ce fameux leimotiv "pour le plus grand bien".

 

 

 

Chapitre sept : connaître ses alliés by Lyssa7
Author's Notes:

Bonsoir,


Après tout ce temps, me voici pour mettre en ligne un nouveau chapitre de cette fiction. Les choses se corsent pour nos quatre voyageurs et ils prennent douloureusement conscience que les alliances dans ce monde ne sont pas les mêmes que dans le leur. Dans ce chapitre, les relations sont à l'honneur mais, dans cet univers, de nouvelles cartes vont être distribuées...


Bonne lecture !

Sonné. Anthony Goldstein était littéralement sonné par leur rencontre avec le professeur Dumbledore. Celui de ce monde s’était avéré terrifiant de supériorité et de froideur, si bien que le Serdaigle en était presque à le comparer au Severus Rogue, mangemort de son état, de leur univers. Sur sa droite, Wayne Hopkins, retranché dans un silence pesant et le visage fermé, lui signifiait qu’il n’avait aucune envie d’entretenir une conversation sur ce qui venait de se passer dans le bureau du directeur. Cela n’aurait servi à rien, au fond, de se morfondre sur la situation. Il n’y avait rien à dire pour le moment. Ils auraient le temps, plus tard, de décrire en détail ce qu’ils ressentaient afin de conserver tout ce qui pourrait leur servir à rentrer chez eux.

Bientôt, ils le savaient tous les deux, ils devraient faire face à d’autres éléments faisant partie de ce monde lorsqu’ils rejoindraient leurs maisons respectives car rien, absolument rien, n’était certain. Qu’est-ce qui leur prouvait que Michael Corner, le meilleur ami d’Anthony, était le même ici ? Qu’est-ce qui pouvait lui assurer qu’ils avaient développé les mêmes liens d’amitié dans cet univers où les cartes étaient sans cesse redistribuées ? Rien, ni personne. Les contours de leur vie étaient soudainement si flous qu’il était difficile de les distinguer.

— Wayne !

Alors que les deux camarades s’apprêtaient à se séparer à l’angle d’un couloir, Anthony fut coupé dans ses pensées complexes par une brusque interpellation. Derrière eux, une grande blonde dont les nattes se balançaient au rythme de sa course, leur faisait signe de l’attendre. Elle paraissait sur le qui-vive, ses yeux bleus parcouraient continuellement le couloir de gauche à droite comme si elle pensait être observée, ce qui était probablement le cas. Des dizaines de tableaux leur jetaient de fréquents coups d’oeil curieux et les armures les regardaient s’éloigner. Anthony soupçonna Dumbledore de les faire surveiller et se promit de faire attention au moindre de ses mots à l’avenir.

— Wayne ! Enfin, je te trouve ! s’exclama la jeune fille, une Poufsouffle qu’Anthony connaissait plutôt bien puisqu’elle était une représentante active de la résistance dans son univers. Goldstein, fit-elle avec un signe de tête poli dans sa direction avant de se détourner de lui rapidement pour s’adresser de nouveau à Wayne. Il faut que je te parle… à propos du dernier devoir de McGonagall sur la métamorphose humaine.

Hannah Abbot avait ajouté ce dernier détail pour la forme, c’était flagrant. En cet instant, la jeune fille ne paraissait pas apte à camoufler ses émotions, comme si elle venait de vivre un événement qui l’avait mise dans tous ses états. Anthony, observateur, crut remarquer des traces de larmes sur ses joues pâles, mais il détourna les yeux quand la Poufsouffle surprit son regard et lui retourna un coup d’oeil incendiaire.

— Alors ? Est-ce que je peux compter sur toi pour m’aider ? s’enquit-elle, l’ignorant de nouveau pour se tourner vers Wayne qui n’avait pas l’air de comprendre grand-chose à ce qu’elle tentait de lui faire passer comme message.
— Eh bien, je… je… oui, bien sûr, acquiesça-t-il, troublé, en jetant un œil vers Anthony.

Hannah parut surprise du comportement de son camarade, mais n’en dit rien. Elle jugea certainement qu’il était préférable de se garder des oreilles indiscrètes comme celles d’Anthony Goldstein. Celui-ci tenta de rassembler les informations qu’il avait déjà en sa possession. S’il en tirait ses propres conclusions et s’il avisait les réactions de la Poufsouffle à son égard, il n’était pas un Rebelle. Toutefois, d’après l’infirmière, il n’était pas non plus un Nanti, et si le Wayne de ce monde avait défendu son propre double, alors il devait être une simple denrée exploitable, une victime du système que les Nantis n’avait aucun remord à utiliser quand ils le jugeaient nécessaire. Une quantité négligeable, en somme, mais une quantité dont il fallait se méfier car elle n’appartenait à aucun camp.

— Je peux retrouver mon chemin tout seul, ne t’en fais pas pour moi, dit Anthony à l’adresse de Wayne.
— Au cas où tu te poserais la question, Goldstein, Parkinson n’est pas dans les parages, lui apprit Hannah.

Anthony ne sut s’il devait la remercier – d’ailleurs, pourquoi devait-il se méfier tout particulièrement de Parkinson ? – ou prendre l’information telle qu’elle était sans pour autant la relever. Il s’en tint à la deuxième option, pour sa sécurité et celle de la jeune fille. Celle-ci parut en être satisfaite et Anthony lut une certaine gratitude dans ses yeux clairs tandis qu’elle entraînait Wayne à sa suite.

 



Theodore Nott n’avait aucune envie de retrouver les appartements des Serpentard. Ce qui s’était tramé dans la salle commune un peu plus tôt le laissait étrangement nauséeux et il peinait toujours à rassembler les clés qui lui permettrait de connaître tous les enjeux de ce monde. Est-ce que son double s’en sortait dans le sien ? Probablement pas. Il était certainement bien plus perdu que lui ne l’était ici. Bizarrement, il se sentait proche de celui-ci et s’inquiétait pour lui, comme si son double était ce frère qu’il n’avait jamais eu, lui qui était enfant unique et mal aimé par un père absent et vieillissant, mangemort sur le déclin. Son double, son lui-même, se retrouvait dans un monde en guerre. Survivrait-il à ce qu’il vivait au quotidien et aux Carrow, à cet héritage pur que ses ancêtres lui avaient légué ? Parviendrait-il à s’adapter, à revêtir un masque aussi bien que lui avait pu le faire durant des années ?

Ces questions sans réponses l’obsédaient. Encore et encore. Sans répit. Et il faisait le tour du parc, passant sous le grand chêne, s’arrêtant à l’orée de la forêt interdite, les yeux dans le vague, sans savoir qu’il était épié par une jeune fille à la tresse rousse. Susan Bones, à quelques mètres de lui, l’observait sans s’approcher, visiblement perplexe. Sans doute essayait-elle de retrouver celui qu’elle connaissait, ce Nanti qui avait joué le rôle de son sauveur et qui devenait si soudainement un étranger à ses yeux. Tout dans son attitude tranchait avec l’adolescent qu’il était encore hier. Là où les yeux de Theodore étaient habituellement plus doux quand il la regardait, ceux qui l’avaient dévisagée aujourd’hui étaient restés froids et sans vie. A peine avait-elle pu discerner une note de surprise quand elle lui avait conté l’histoire de leur relation. Était-ce vrai ce qu’il disait ? Cette perte de mémoire existait-elle vraiment ? Sinon, qu’est-ce que cela pouvait être ? Aurait-il… retourné sa veste une fois de plus ?

— Est-ce que tu comptes m’espionner longtemps, Bones ?

Susan sursauta si fort que son coeur s’arrêta de battre une seconde. Lorsqu’elle reprit contenance, elle poussa un long soupir et posa une main sur sa poitrine en relevant les yeux vers le détenteur de cette voix : Theodore Nott. Ce dernier, à pas de loup après l’avoir repérée, s’était dirigé vers elle et se tenait à présent à quelques centimètres de son visage, la considérant de ces yeux gris sans émotion.

— Je suppose que tu as des questions, dit-il, la tête penchée sur le côté. Tu dois en avoir des tas.
— Je ne crois pas à ton histoire de perte de mémoire subite… répondit-elle dans un souffle.
— Je ne me crois pas moi-même, il faut dire… avoua-t-il, songeur, sans croiser son regard.
— Alors, tu m’as menti…

Un rictus s’étira sur les lèvres de Theodore Nott alors qu’il analysait le visage de la jeune fille. Il n’avait jamais réellement prêté attention à Susan Bones avant aujourd’hui. Elle n’était pas suffisamment intéressante pour qu’il la remarque. Hormis peut-être ce fameux soir où il l’avait emmenée dans les cachots sur la demande des Carrow et qu’elle lui avait retourné ce regard de pur dégoût. Ce regard l’avait hanté pendant des jours sans qu’il ne sache pourquoi mais, tandis qu’elle le regardait avec une déception criante, il pensait savoir. Cette fille lui renvoyait toutes ses émotions à la figure. Elle ne mentait pas, ne trichait pas, elle exprimait ses sentiments dans chacun de ses gestes. Elle était tout le contraire de lui.

— Si je te disais ce que je sais, tu me croirais encore moins. Mieux vaut un mensonge crédible qu’une réalité sans aucun sens.

Susan le scrutait, cherchant apparemment à lire dans ses yeux ce qu’elle peinait à découvrir. Pendant plusieurs secondes, elle ne dit rien. Puis, elle secoua la tête, paraissant rendre les armes.

— Et si je décidais de te croire ? Une vérité vaut bien plus que cent mensonges, avec du sens ou non.
— Pour cela, il faudrait que je puisse te faire confiance, rétorqua-t-il, se penchant soudainement jusqu’à son oreille.
— Crois-tu que je serais ici si tu ne pouvais pas ? se récria-t-elle vertement, les joues rougissantes. Je prends autant de risques que toi, sinon plus, en te parlant de ce qui se passe chez les Rebelles. Les Nantis, et tout particulièrement Zabini, rêvent de me faire la peau depuis que tu es intervenu en ma faveur. Et je perds un peu plus la confiance des miens chaque fois que je me compromets avec toi. Donc, je t’en prie, ne viens pas remettre ma parole en doute.

Theodore vit les larmes dans les yeux bruns de la jeune femme et, pour la première fois, il sentit son armure de glace se fissurer. Son rictus disparut de ses lèvres fines, et un bref instant leurs regards se lièrent.

— Si je te fais confiance, Bones, alors tu ne pourras plus revenir en arrière. C’est ce que tu souhaites ?
— Dis-moi ce qui se passe, répliqua-t-elle.

Dans ses prunelles, il retrouva la lueur de détermination qu’il avait déjà pu voir dans les yeux de la Susan de son univers. Ce fut cette lueur qui l’amena à lui dévoiler la vérité sur la personne qu’il était et ce qu’il vivait. Il ne pensa pas une seule seconde aux trois autres, ni aux conséquences de ses révélations sur ce monde. Pour la toute première fois, Theodore Nott ne pesa ni le pour ni le contre de son acte. Tout ce qu’il percevait, tout ce qu’il voyait, c’était que Susan Bones déclarait être son alliée. Et pour cet adolescent qui n’avait jamais eu personne à ses côtés, jamais eu de véritable ami et complice, glacé par une existence sans chaleur, cette déclaration d’alliance sonnait comme une main tendue dans sa direction, un nouveau souffle de vie.

— Pas ici, murmura-t-il, désignant d’un signe de tête un renfoncement du château plus discret.

Il constata qu’elle le suivait sans hésiter une seconde. Il ne put s’empêcher d’admirer la foi qu’elle avait en lui – ou plutôt en son double. Lorsqu’il fut certain que personne ne les avait vus disparaître ensemble, Theodore lui fit signe de s’approcher afin qu’elle soit la seule à l’entendre :
— Je ne suis pas lui, révéla-t-il, insistant sur le dernier mot.
— Lui ? répéta-t-elle sans comprendre, les joues rosissantes par la proximité de leurs deux corps.
— Le Theodore qui t’a sauvée lors de cette soirée et dont tu parles sans cesse, ce n’est pas moi. Je ne suis pas lui, et il n’est pas moi. Ce monde… ou quoi que cela puisse être, ce n’est pas le mien.

Susan fronça les sourcils. Elle ouvrit la bouche, prête à répliquer qu’il n’avait pas à se moquer d’elle de cette façon s’il voulait qu’elle le laisse tranquille à l’avenir, mais la rousse se stoppa net en avisant l’air de sincérité qui illuminait ses traits. Comme si, soudainement, il avait enlevé ce masque de froideur qui emprisonnait son visage. Et ce n’était pas la première fois qu’elle le découvrait ainsi.

Le soir où Blaise Zabini l’avait coincée dans une salle de classe abandonnée, Theodore avait stoppé son camarade in extremis, usant de sa baguette pour l’envoyer valdinguer à l’autre bout de la pièce. Il avait ensuite pris le temps de s’inquiéter pour elle et l’avait même accompagnée jusqu’à l’infirmerie par mesure de sécurité. Elle l’avait alors vu d’une autre manière, que les jours suivants n’étaient pas parvenus à détromper même si le Serpentard s’était retranché dans sa tour de glace.

— Est-ce que tu te fous de moi ? souffla-t-elle, incrédule.
— Tu voulais la vérité, non ? assena-t-il dans un chuchotement sec. La voilà, Bones. Je ne suis pas le Theodore que tu connais. Je n’ai pas de perte de mémoire, ni quoi que ce soit qui y ressemble, je suis juste… passé d’un monde à l’autre lors de mon altercation avec Finnigan. Et, si mes déductions sont bonnes et que j’ai remplacé ton Theodore dans cet univers, il m’a certainement remplacé de l’autre côté.
— L’autre côté ? balbutia Susan en secouant la tête, perturbée.
— Mon monde. Celui où je vivais. Il a des similitudes avec le vôtre, mais il est différent.
— Tu sais quoi ? croassa la Poufsouffle d’un ton brusquement plus aigu. Je pense sincèrement que tu n’aurais pas dû sortir si tôt de l’infirmerie.

Theodore eut un sourire en coin empli de déception. Qu’est-ce qu’il avait cru ? Comment aurait-elle pu croire de telles absurdités sans les avoir vécues ? Lui-même n’y aurait pas songé une seconde s’il avait été à sa place.

— Tu vois ? Je te l’avais dit, Susan. Tu n’es pas prête à m’écouter ni à me faire entièrement confiance. Peut-être que tu t’en es convaincue, mais ce n’est pas le cas. J’aurais dû le savoir, conclut-il en reculant, sortant de l’ombre où ils se trouvaient depuis plusieurs minutes.

Susan s’était figée, incapable de détacher les yeux du visage de Theodore. Brusquement, le ton de la voix du Serpentard, son attitude cynique, son rictus en coin, tout dans sa posture ne ressembla plus à celui qu’elle avait connu. C’était quelqu’un d’autre qu’elle avait en face d’elle. Un autre. Il était presque identique, mais ce n’était pas lui. Ce n’était pas son Theodore Nott. Celui-ci était différent, nettement différent. Son regard gris et froid semblait souffrir mille tourments qu’elle n’osait imaginer. Quant à sa façon de prononcer son prénom… Susan frissonna. Cette prise de conscience – surréaliste – la fit pâlir et elle ouvrit plusieurs fois la bouche sans qu’aucun mot ne sorte. Comme un poisson hors de l’eau.

— Attends, souffla-t-elle finalement.

Elle le rattrapa par la manche de sa cape sans savoir ce qu’elle allait pouvoir dire. C’était tout bonnement incroyable, et elle se refusait à prononcer ce qu’elle venait brusquement de comprendre en l’observant. Alors, elle plongea son regard dans le sien et murmura :
— Qui es-tu ?

 



Wayne Hopkins était de ceux qui survivent à tout, même au pire. Surtout au pire. Il avait survécu à tant de choses, vécu tant de malheurs dans son monde qu’il était préparé à n’importe quelle situation. Dans cet univers, même si la peur était toujours là – amie éternelle, sœur des mauvais jours, qui vous terrasse et vous tient debout tout à la fois – c’était surtout l’appréhension de ce qu’il ne connaissait pas qui le perturbait et l’effrayait. Ici, la terreur qu’il ressentait en présence des Carrow n’avait aucune raison d’exister, et il en ressentait paradoxalement un vif soulagement malgré les événements et sa rencontre étrange avec Albus Dumbledore. Cette visite, en l’occurrence, le laissait pensif. C’était à lui, précisément, que le directeur s’était adressé lorsqu’il avait parlé de stopper la révolte sous-jacente, pas à Goldstein. Ce qui sous-entendait que…

— Les autres nous attendent avec impatience… chuchota Hannah tandis qu’ils rejoignaient le long couloir menant à leur salle commune. Nous avons eu tellement peur pour toi, tu ne peux pas imaginer à quel point… Finnigan va payer pour ce qu’il t’a fait, dit-elle, un ton encore plus bas, presque imperceptiblement.
— Ce qu’il m’a fait ? fit Wayne, hagard.
— Il t’a tendu une embuscade, répondit Hannah, les traits assombris par la rage.

La jeune fille blonde n’eut pas le temps d’en dire plus. Le tableau représentant une nature morte qui menait aux cuisines s’ouvrit. Du côté droit du couloir, une pile de tonneaux s’entassait dans le renfoncement d’un mur de pierres plongé dans l’ombre. Hannah toqua sur un air bien spécifique seulement connu des Poufsouffle et le deuxième tonneau en partant du bas, au milieu de la deuxième rangée, s’actionna pour délivrer le passage vers la salle commune. Le coeur de Wayne fit un soubresaut dans sa poitrine.

Les souvenirs de sa scolarité dans cette pièce au plafond bas qui ressemblait au terrier d’un blaireau n’étaient pas des plus heureux qui soient, bien que la décoration joyeuse laissait à penser que son existence en ces lieux ne pouvait être que merveilleuse. Remplie d’objets en cuivre et de plantes diverses, ornée de gros fauteuils moelleux, de tables rondes et d’étagères en bois fleurie par des lierres, dominée par les couleurs jaune et noir, la salle commune des Poufsouffle était le plus souvent décrite comme « agréable », « confortable », et « accueillante ». Wayne Hopkins, lui, se sentait oppressé, étouffé, chaque fois qu’il y entrait, ce qui avait sûrement un rapport avec quelques-uns de ses camarades. Ces harceleurs rieurs, ces clowns moqueurs au coeur de pierre.

— Bon sang, Wayne, tu nous a fichu une trouille bleue ! s’écria un garçon blond dès qu’il sortit du passage, se précipitant sur lui pour le prendre dans ses bras.

Visiblement dans tout ses états quand il desserra son étreinte, il tâta le visage, les bras, et le dos de Wayne pour s’assurer qu’il n’avait rien de cassé. Enfin rassuré, il poussa un bref soupir de soulagement et un grand sourire illumina ses traits angéliques. Il s’agissait de Justin Finch-Fletchey, un trublion de septième année avec lequel l’adolescent n’avait jamais – au grand jamais – été ami. Dans son monde, c’était même plutôt le contraire puisqu’il était l’un de ceux qui le méprisaient ouvertement et riaient de ses mésaventures quotidiennes. Ce fut donc les yeux écarquillés, complètement choqué, que Wayne Hopkins reçut l’accolade de son camarade de maison. Ce dernier finit par le remarquer, perdit son sourire, et s’inquiéta de sa réaction.

— Tout va bien ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette ! Viens t’asseoir… le pressa-t-il, le poussant vers l’un des fauteuils.

Wayne obtempéra sans grande conviction. Dans son esprit, tout se bousculait. Il revoyait ce même garçon – Justin – rire aux éclats lorsque Megan Jones, une fille de leur année et de leur maison, lui faisait des blagues puériles comme celles de Michael Corner. Ces blagues immatures, cruelles, qui ne font rire que ceux qui les font : sortilège de glue perpétuelle dans ses cheveux, bonbon à la morve de troll dans son jus de citrouille, sous-vêtements accrochés et exposés à la vue de tous dans la salle commune, surnoms bêtes et méchants lancés à la dérobée pour amuser l’assemblée…

— Hey, mec ! T’es tout pâle ! Hannah, t’es sûre qu’il n’est pas sorti trop tôt de l’infirmerie ?
— Je ne sais pas, fit celle-ci, étonnée, il avait l’air d’aller bien quand je l’ai croisé en compagnie de Goldstein.
— Goldstein était peut-être dans le coup… marmonna Justin d’un air sombre. Je me suis toujours dit qu’il cachait quelque chose sous ses airs de gentil garçon trop parfait. Si je lui mets la baguette dessus…

Wayne reprit soudainement conscience, comme s’il venait de se rappeler qu’il n’était pas – ou plus – dans son univers. Ici, tout était différent, et ce Justin n’était pas celui de son monde. Celui-ci, étonnamment, semblait réellement s’inquiéter pour lui. Le brun releva lentement les yeux vers son camarade et, dans un geste automatique dû à son anxiété maladive, il remonta ses lunettes sur son nez. A contrecœur, il se vit même défendre Anthony, le préfet indifférent, le spectateur inconscient de ses brimades.

— Goldstein n’y est pour rien, dit-il d’une voix faible.
— Donc, tout est de la faute de Finnigan, et sans doute celle de Nott même si Susan soutient le contraire. Il faut frapper un grand coup pour les faire tomber, poursuivit Justin sans se départir de sa morgue. Potter, Malefoy, et tous les Nantis ne doivent pas oublier que leur règne est menacé et qu’ils sont tous sur le point de mordre la poussière…

 



Seamus Finnigan ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre que le temps passe et que l’on vienne finalement le délivrer de cet enfer. Il n’avait presque eu aucune visite hormis Harry le premier jour – ou du moins celui qu’il était ici – et Lavande. Si le premier avait eu des propos intrigants qu’il n’avait que peu compris étant donné la situation, la jolie blonde s’était contentée de prendre soin de lui pendant deux bonnes heures sans prononcer plus de quelques mots.

En y repensant, Seamus trouvait cela étrange. Lavande Brown n’était pas réputée – dans son univers – pour savoir tenir sa langue. Le sourire qui commençait à se dessiner sur ses lèvres s’effaça aussitôt lorsqu’il songea à celle qu’elle était devenue depuis que la guerre avait commencée. Une pâle copie d’elle-même. Le cœur du jeune homme se serra, et il regretta qu’elle – ou plutôt celle de ce monde – ne soit pas venue lui rendre une seconde visite depuis qu’il avait été admis à l’infirmerie. Comme il jetait de fréquents coups d’œil en direction de la porte, l’infirmière cessa ses activités pour venir tapoter son oreiller.

— Vous sortirez bientôt, Mr Finnigan. Encore un peu de patience.
— Je le suis bien assez, marmonna-t-il, affligé.
— Je comprends que ce ne soit pas facile de rester allongé ainsi toute la journée, se contenta de répondre Mrs Mills.

Elle s’éloigna et Seamus se retrouva de nouveau seul. Pendant une seconde, il se maudit de s’être plaint de cette manière. Après tout, l’infirmière faisait tout pour que son séjour soit confortable et se passe le mieux possible, et il n’avait jamais été très agréable avec elle, passant le plus clair de son temps à grogner et à marmonner. Finalement, songea-t-il avec une certaine amertume, il ne devait pas être si différent de son double.

Perdue dans de sombres pensées, il s’apprêtait à se laisser une nouvelle fois emporter par le sommeil – le seul moyen qu’il eut trouvé pour que le temps file à une vitesse plus raisonnable – lorsqu’une adolescente passa les portes de l’infirmerie. Si Seamus espéra pendant une brève seconde qu’il s’agisse de Lavande, il prit rapidement conscience que ce n’était pas elle.

La nouvelle venue était blonde, elle aussi, mais elle portait un écusson aux couleurs des Serpentard sur sa robe. Plus hautaine et précieuse que sa camarade de Gryffondor, elle semblait conquérir le sol sur lequel elle marchait tandis qu’elle avançait vers lui. Seamus, figé par la surprise, réalisa soudainement qu’il était incapable de mettre un nom sur ce visage. Ce fut seulement quand elle s’arrêta devant son lit que sa mémoire se souvint brutalement de l’identité de la jeune fille.

— Greengrass… chuchota-t-il, sous le choc de cette visite.
— Pardon ? Depuis quand est-ce que tu m’appelles par mon nom ?

Daphné Greengrass, Serpentard de sa promotion à laquelle il n’avait probablement jamais adressé la parole dans son monde, paraissait scandalisée et Seamus se demanda quelle sorte de relation il avait avec elle dans cet univers. Il n’eut cependant pas à attendre longtemps avant de le savoir…

— Si tu veux rompre, Seamus, fais-le avec un peu plus de classe, je te prie, dit-t-elle, le nez relevé d’un air suffisant.
— Rompre ? répéta-t-il comme un imbécile. Nous ?
— Tu as toujours été un peu lent d’esprit, mais j’avoue que tu me surprendras toujours, déclara-t-elle en levant les yeux au ciel. J’étais justement venue pour te l’annoncer et mettre un terme à notre relation. Tu as été… un petit-ami plutôt correct, je dois dire, mais je ne peux pas cautionner la violence dont tu as fait preuve ces derniers temps…

Elle parut soudainement plus humaine alors qu’elle se mordillait la lèvre et fixait son regard bleu clair sur la peinture blanche du mur de l’infirmerie. Une certaine douceur, que le jeune homme n’aurait jamais cru possible sur une fille de sa condition, se peignit sur ses traits.

— Nous avons un statut au sein de cette école, et bien entendu il n’est pas question de le perdre, seulement… je n’éprouve absolument aucun plaisir à maltraiter ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges. Je voudrais simplement… hésita-t-elle, sa main effleurant la joue de Seamus, que tu cesses de suivre Potter dans ses délires…

La jeune fille secoua la tête, ses boucles blondes formant un halo autour d’elle. Il la trouva belle sans savoir d’où cette pensée, d’où cette idée venait. Elle lui adressa un dernier regard et déposa une main sur son épaule. Il ne la repoussa pas, sans trop savoir pourquoi il ne le faisait pas.

— A plus tard, Seamus. Prends soin de toi.

Et elle disparut comme elle était venue, le laissant à ses interrogations. Cet univers, s’il était plus ou moins parallèle au leur comme le pensait Anthony et Nott, était décidément bien plus étrange et différent qu’il n’aurait pu l’imaginer.

 



Anthony Goldstein rejoignit l’aile ouest de Poudlard sans qu’aucun obstacle ne se dresse sur son passage. Il en fut soulagé, bien qu’il était toujours plus ou moins méfiant et gardait, résolument, une main sur sa baguette dans la poche de sa robe de sorcier. Ce fut une fois devant le heurtoir en forme d’aigle qui menait à la salle commune des Serdaigle que la situation se compliqua légèrement.

Devant l’entrée se trouvait Terry Boot et Padma Patil, visiblement en grande discussion sur un devoir de Sortilèges. Rassuré de voir ses amis en parfaite santé, Anthony en oublia toute prudence et un immense sourire se peignit sur ses lèvres alors qu’il avançait vers eux. Il ne remarqua pas que les deux autres s’étaient figés dans une attitude de pur stupéfaction face à sa réaction.

— Merlin, je suis vraiment content de vous voir ici.
— Goldstein… fit lentement Terry. Heureux de constater que tu es… plus ou moins indemne.
— Si le vent le pousse et l’excite, il dévore tout ce qu’il voit, qui est-il ? interrogea le heurtoir.
— Le feu, répondit Padma d’un ton neutre en lançant à Anthony un regard méfiant.

Alors que la jeune indienne entrait dans la salle commune après avoir résolu l’énigme sans même lui adresser un mot, Anthony prenait conscience de sa bévue en avisant les traits crispés de Terry. Il avait un court instant songé au fait que ses amis n’aient aucun lien avec lui dans cet univers. Il y avait pensé mais, malgré son esprit cartésien, il n’avait jamais pu se faire à l’idée que leur amitié si sacrée n’existe pas ici. Au fond de lui, c'était quelque chose d'irrationnel et d'inconcevable. Pourtant, il devait à présent se rendre à l’évidence…

— Écoute, Goldstein, nous ne voulons pas d’ennuis. Tu es sur la liste noire vis à vis des Nantis, et nous ne pouvons pas nous permettre de… d’avoir un lien avec toi. A Poudlard, tu sais aussi bien que moi que tout est une question de… relations, tu comprends ? S’ils nous voyaient avec toi, notre vie deviendrait un enfer... Enfin bref, je voulais juste que ce soit clair entre nous.

Dans les yeux de Terry brilla brusquement une forme de culpabilité qui s’effaça bien vite. L’adolescent – qui avait été son ami dans un autre univers – entra à son tour dans la salle commune avec un dernier regard de pitié dans sa direction. Anthony fut, pendant de longues minutes, incapable de se mouvoir. Il lui semblait que son coeur, glacé, venait de tomber au fond de son estomac avec un bruit sourd.

— Les Renégats, dit quelqu’un derrière lui, c’est comme ça qu’ils nous appellent quand ils pensent que nous ne les entendons pas.

L’inconnue, qu’il reconnut comme étant Morag MacDougal, une fille de sa promotion et de sa maison, se plaça à ses côtés et eut un sourire dénué de toute joie. Anthony attendit la suite de son explication, le coeur au bord des lèvres.

— Eux, ils sont neutres, et ils comptent bien le rester. Chacun sa place, chacun son rang. Est-ce que tu l’aurais oublié après ton petit séjour à l’infirmerie, Goldstein ? ironisa-t-elle, l’observant d’un œil sceptique.
— Et toi ? osa-t-il, lui jetant un coup d’oeil de côté.
— Moi ? Je suis comme toi, avoua-t-elle avec une grimace, mais ça ne veut pas dire que je t’apporterais mon soutien pour autant. Tu pourrais me trahir à tout moment pour un privilège de plus, et je pourrais faire de même. Il n’y a pas d’alliances chez les Renégats parce que la plupart d’entre nous feraient tout pour grimper dans la chaîne alimentaire… dit-elle, plus bas, sur un ton qui couvait un petit rire narquois. Je suppose donc que je ne t’apprends rien en te disant de te méfier de tout le monde lorsque tu auras mis un pied dans la salle commune…

Morag se détourna de lui et fit un pas en avant, ne lui laissant voir que son épaisse chevelure rousse. Un frisson parcourut le Serdaigle alors que le heurtoir formulait une nouvelle question. Au-delà des amitiés perdues, Anthony Goldstein venait de réaliser que cet univers était plus dangereux qu’il ne le paraissait aux premiers abords.

End Notes:

Alors, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Quelle est la situation la moins enviable parmi nos quatre personnages d'après vous ? Personnellement, je pencherais pour celle d'Anthony qui est totalement livré à lui-même... 

Que pensez-vous de Daphné, de Morag et de Justin, qui viennent tous les trois de débarquer dans cette histoire avec des rôles bien particuliers ?

Petit récapitulatif :

Les Gryffondor et les Serpentard sont les Nantis.

Les Poufsouffle et les Serdaigle sont "en-dessous" au sein de l'organisation qu'est Poudlard et doivent respecter les privilèges des Nantis tout en essayant d'en récolter quelques-uns et en établissant des relations solides.

S'ils s'y prennent bien, les Nantis les laissent relativement tranquilles et ils deviennent Neutres, à l'image de certains Serdaigle comme Terry (et quelques Poufsouffle que vous verrez plus tard).

Les autres, les moins bien traités, sont "au service" des Nantis et se font appeler les Renégats. Parmi ces Renégats (et d'autres plus neutres) se trouvent les Rebelles qui essaient de renverser ce système. 

Comme vous l'avez compris :

Seamus : Nanti, visiblement proche d'Harry Potter et violent avec les Renégats.

Theodore : Nanti, apparemment espion pour les Rebelles (ou pour les Nantis ?)

Wayne : Renégat, appartient aux Rebelles. 

Anthony : Renégat.

 

 

 

 

Chapitre huit : trouver sa place by Lyssa7
Author's Notes:

Bonsoir, 

 

Un peu moins d'inspiration actuellement donc j'actualise très rarement, mais je compte bien poursuivre cette fiction sur un univers qui me tient à coeur. Dans ce chapitre, nos quatre compagnons se débattent dans ce nouvel univers et tentent de reprendre une place qui n'est pas la leur tout en restant eux-mêmes... 

 

Bonne lecture ! 

 

Lyssa 

 

 

―Qui es-tu ?

La lueur dans les yeux de Susan Bones dénotait une telle émotion que Theodore Nott s’effraya soudainement du lien qui commençait à se former entre eux. Il était réputé pour son sang-froid et son flegme aristocratique hérité de ses ancêtres. Les sentiments, bons ou mauvais, n’étaient à ses yeux qu’une extrême faiblesse qu’il ne devait pas laisser subsister.

Il en avait trop dit, il le savait. Il n’aurait jamais dû avoir le ridicule espoir qu’elle puisse le croire et le voir tel qu’il était vraiment. Surtout pas elle. Surtout pas celle qu’il avait enfermé quelques jours plus tôt dans un cachot. Ce n’était pas réellement elle, mais elle l’était tout de même. Elle lui ressemblait trait pour trait. Dans chaque tache de rousseur, chaque ride d’expression, chaque éclat noisette dans ses prunelles. La seule différence était qu’elle pensait pouvoir lui faire confiance. Elle était si sûre d’elle qu’elle était parvenue à lui faire perdre le contrôle de ses pensées.

Toutefois, il avait oublié un détail. Ce n’était pas à lui à qui elle faisait confiance, mais à son double. Ce n’était pas lui qui l’avait sauvée des griffes de Zabini, c’était l’autre. Lui n’avait jamais rien fait pour elle, que ce soit dans ce monde ou dans le sien. Il l’avait laissée dans cette prison, les joues brûlantes de révolte et de larmes, et s’était détourné sans un regard en arrière. Il avait fait son choix. Il avait sauvegardé sa propre existence au détriment de celles des autres. Il n’était rien d’autre que le fils d’un Mangemort avéré , un membre de la Brigade Inquisitoriale. La marque du Seigneur des Ténèbres était tatouée sur son avant-bras. Il la sentait lui brûler la chair jour et nuit. Il était un Nott, envers et contre tous, et il se devait de ne pas l’oublier.

Avec une lenteur démesurée, prenant le temps de mesurer l’ampleur de son geste, sa main alla se poser sur celle de la jeune fille et, alors qu’elle fronçait les sourcils et tentait d’éclaircir le mystère qu’il représentait en cherchant une réponse dans son regard froid, il détacha les doigts fins encore accrochés à la manche de sa cape et se recula.

― Tu ne veux pas savoir qui je suis réellement, crois-moi. Ce que je viens de te dire est déjà largement suffisant.
― Tu n’as aucune idée de ce que je veux ou non, répliqua-t-elle à voix basse, le ton chargé de colère.
― Fais-moi confiance, Bones, la personne que tu es dans mon monde n’aurait aucune raison de s’accrocher ainsi à ma personne. Si tu étais elle…

Theodore secoua la tête. Le souvenir virulent de la Susan Bones de son monde, amaigrie et l’air féroce derrière les barreaux de son cachot et lui hurlant des insanités, lui retourna brusquement les entrailles et un rictus tordu vint animer ses lèvres fines. Alors qu’il se penchait de nouveau vers la Poufsouffle de cet univers comme pour lui murmurer un secret au creux de l’oreille, il la sentit trembler à quelques centimètres de lui.

― Tu aurais profité de l’occasion pour me torturer comme elle l’a été par ma faute, révéla-t-il dans un souffle. Jamais tu ne m’aurais cru, même l’espace de quelques secondes, et jamais tu ne m’aurais accordé ta confiance. Je ne suis pas digne de l’intérêt que tu me donnes. Je ne suis pas celui que tu connais, ajouta-t-il tandis qu’une odeur de jasmin le troublait légèrement, je n’ai aucune idée de qui je suis ici, mais je vais te confier un fait certain, là d’où je viens je ne suis définitivement pas quelqu’un de bien.
― Alors pourquoi est-ce que tu me dis tout cela ? murmura-t-elle, gênée par cette soudaine promiscuité avec le Serpentard. Pourquoi prends-tu le temps de te justifier de celui que tu es comme si tu étais prisonnier de toi-même ? Tu sembles si torturé…

Ces quelques mots, si particuliers et emplis de vérité, eurent un effet dévastateur sur Theodore Nott. Comme pris dans la tourmente de ses songes et de souvenirs sombres, ses prunelles grises laissèrent éclater un vaste orage. La respiration de Susan se bloqua dans sa poitrine alors qu’il se redressait pour l’observer en silence. Il n’était qu’à un mètre d’elle, elle pouvait entendre le coeur du Serpentard battre frénétiquement dans sa cage thoracique, prêt à lui exploser au visage. Les secondes semblèrent s’étirer en minutes et elle était là, au coeur du cyclone, incapable de faire un seul geste pour fuir.

―Je t’interdis, Bones.

Il ne précisa pas ce qu’il lui interdisait, mais elle comprit. Il lui interdisait de parler de ses fragilités sur un ton aussi évident. Il lui interdisait de lire aussi facilement en lui. Il lui interdisait de franchir un seul pas de plus dans sa direction.

― Maintenant que tu connais la vérité, j’aimerais que tu fasses preuve de discrétion à mon égard, trancha-t-il d’un ton si glacial qu’elle eut un sursaut. Dès que je serai reparti, le véritable Theodore Nott de cet univers, celui que tu apprécies tant, sera également de retour et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.

L’ironie grinçante dont il fit preuve blessa cruellement Susan Bones sans qu’elle ne sache pourquoi cela lui importait autant. Tout en remettant correctement la broche en or qui maintenait les deux pans de sa cape, il lui faussa compagnie sans plus de cérémonie. Il la laissa de cette manière avec un sentiment inexplicable de rage et de tristesse entremêlées.

 



La salle commune des Serdaigle avait toujours été un lieu où Anthony Goldstein se sentait bien. Un lieu où il avait toujours été entouré par les siens, même dans les moments les plus sombres. Un lieu d’étude, de confidences, de rires, et de confiance. Oui, Anthony avait toujours été à l’aise dans cette vaste pièce circulaire, lorsqu’il était installé dans les grands fauteuils bleu nuit entourés par les gigantesques bibliothèques en marbre blanc. Il s’était senti chez lui sous les fenêtres en arcade à contempler d’un air rêveur les montagnes environnantes, ou alors qu’il était allongé sur la moquette de la salle à observer le plafond en forme de dôme et son ciel constellé d’étoiles brillantes.

Oui, il aimait cet endroit, mais tandis qu’il y pénétrait pour la millième fois au moins et que les regards suspicieux convergeaient vers lui, un étrange frisson d’angoisse le parcourut entièrement. Il eut à peine le temps d’analyser les lieux qu’une voix familière l’interpella :

―Tiens, mais qui voila ? Goldstein ! Quelle surprise ! On dit que Finnigan t’a pas mal amoché…

Contrairement à ce qui s’était passé avec Terry et Padma, Anthony ne s’empressa pas de saluer son meilleur ami et conserva un abord méfiant. Il attendit quelques secondes pour comprendre ce que Michael Corner était devenu dans ce monde. Nanti ou Rebelle ? Ami ou ennemi ? Grand bien lui en pris car le sourire que lui renvoya son éternel compagnon n’avait plus rien d’amical. Corner, terrifiant dans son attitude peu naturel, le considérait d’un air faussement goguenard, la mâchoire serrée et ses prunelles noires reflétant un sérieux inhabituel. Le coeur d’Anthony tomba au fond de sa poitrine, comprenant sans mal que le brun face à lui n’avait aucune espèce de sympathie à son égard. Enfoncé dans l’un des fauteuils, son ami semblait détendu, mais ce n’était qu’un leurre. Il se redressa soudainement, le fixant d’un air mauvais.

― Fais attention à ce que tu dis et à ce que tu fais. Il ne faudrait pas que tu entraînes d’autres personnes dans ta chute. Sache que si c’était le cas, je ne serai plus aussi neutre que je le suis actuellement, et je n’hésiterais pas une seule seconde à te créer de gros problèmes si tu avais le malheur de nous faire redescendre aussi bas que toi…
― Ce n’est pas…
― Reste à ta place, Goldstein, et tout ira pour le mieux.

Comment devait-il réagir alors que cet adolescent, ce Serdaigle qui l’assommait de ses mots cruels à présent, avait été la plus belle amitié de sa vie ? Comment répondre alors qu’il surprenait l’indifférence consciente de Padma et Terry perdus dans une discussion apparente ? Que dire alors que Mandy Brocklehurst lui jetait des regards apeurés, chargés de pitié ? Comment ne pas plier face à Lisa Turpin, celle qu’il aimait depuis sa cinquième année, assise sur l’accoudoir du fauteuil qui glissait sa petite main, si menue, dans celle du Michael Corner de cet univers ?

Il parvint à se contenir au prix d’un effort surhumain. Tout ce qu’il avait dû faire pour manipuler les Carrow en temps de guerre n’était rien face à la perte de ses amis. Dans son monde, il avait leur soutien indéfectible. Pas ici. Ici, il n’était rien d’autre qu’un renégat. Un indésirable au sein de sa propre famille. Sa lèvre inférieure trembla d’une fureur nouvelle, sa paupière cligna nerveusement, tandis qu’il prononçait :

― Bien. Je ferais attention.
― Parfait. Disparais de ma vue, tu veux ?

Des années d’amitié réduites à néant, englouties par un tremblement de terre destructeur. Des années d’amitié et de belle complicité qui n’avaient pas perduré dans ce monde, dans cet univers parallèle. Anéanti, Anthony Goldstein se retira dans une sorte de transe, cherchant un coin sombre où il pourrait retrouver ses esprits et trouver une solution. Rentrer chez lui devenait à présent une nécessité absolue.

Il s’assit sous l’une des arcades de l’escalier, ramenant ses longues jambes sous lui, essayant de se fondre dans le décor pour réfléchir posément. Malgré lui, une larme roula sur sa joue brune, symbole de l’échec du cavalier. Le regard fixé sur la pointe des montagnes bleutées au loin et insensible au monde extérieur, il ne remarqua pas une ombre s’asseoir face à lui.

― Corner protège ceux qu’il aime du mieux qu’il peut, chuchota une voix féminine. Il n’est pas mauvais, il est juste idiot. Dans un monde comme le nôtre, avec les règles qu’on nous impose, le plus logique est de faire profil bas et de s’occuper de soi-même. Prendre soin des autres est une trop lourde tâche à assumer, et parfois elle implique de sacrifier d’autres personnes.

Anthony plissa les yeux et reconnut l’épaisse chevelure rousse de Morag MacDougal. La jeune fille, soupçonneuse et prête à déguerpir au moindre signe, ne cessait d’observer le bas des escaliers comme pour s’assurer qu’elle ne serait ni vue ni entendue.

― Depuis ce qui s’est passé avec Finnigan, Nott et Hopkins, tu es sur le devant de la scène. Si tu espères vivre plus ou moins tranquillement, ne te fais plus remarquer… Surtout si Finnigan t’a dans le collimateur. C’est mauvais signe. Ne va pas t’acoquiner avec Hopkins. Ni avec Nott. Certaines rumeurs étranges circulent sur leur compte. Je t’aurais prévenu, se dresser dans la ligne de mire de Potter, c’est la pire idée qu’on puisse avoir. Mieux vaut rester le toutou de Parkinson à ce rythme-là…
― Le toutou de Parkinson ? répéta Anthony, ne comprenant pas ce qu’elle sous-entendait.
― Parkinson est une teigne, mais au moins elle a un faible pour toi. Si tu atterrissais entre les mains de Potter, tu serais foutu.

Sur ces paroles peu rassurantes, Morag se releva en silence et disparut dans la nuit. Anthony la compara brièvement à un chat de gouttière qui se faufile au gré des ombres et esquissa un sourire. Bien que la jeune fille lui avait affirmé qu’elle n’était pas son alliée, il lui apparaissait clairement qu’elle essayait de l’aider du mieux qu’elle pouvait sans se mettre elle-même en danger.

 



Wayne Hopkins n’avait jamais été populaire. Bien au contraire. Il était de ceux qui espèrent se fondre dans la masse pour qu’on les oublie, pour que les détenteurs de leurs humiliations quotidiennes, les détonateurs de leurs insomnies, ne les remarque pas. Wayne aurait voulu être un fantôme. Parfois, il se souhaitait la mort, avant de le regretter aussitôt. Wayne se levait chaque jour avec la boule au ventre et la rage au coeur. Il n’avait aucun véritable ami et aurait très certainement pu donner des cours de survie en milieu hostile à Anthony Goldstein.

Seulement, les rôles s’inversaient. Les rôles s’échangeaient. Les rôles étaient redéfinis et Wayne, tout comme son camarade de Serdaigle, essayait de s’adapter à cette nouvelle identité, à cette nouvelle vie. Justin Finch-Fletchey, remonté comme le vieux coucou de sa grand-mère, continuait son monologue depuis une bonne demi-heure avec une véhémence impressionnante.

― Finnigan nous soupçonne, c’est évident ! Ce n’est pas pour rien qu’il s’est attaqué à Wayne. S’il parle à Potter de ses doutes, nous allons devoir attaquer de front avant qu’ils ne le fassent.
― Qu’est-ce que tu entends par là ? s’enquit Hannah, les sourcils froncés.
― On ne pourra plus se cacher. Il sera temps d’entrer en guerre à visage découvert !
― Et qu’est-ce que tu fais des professeurs ? souleva Ernie, l’air nerveux.
― Chourave nous soutiendra. Flitwick sera peut-être aussi de notre côté. McGonagall est trop loyale à Dumbledore pour oser contredire Potter et sa clique. On devra faire gaffe à Rogue, il déteste Potter mais il ne nous laissera pas détrôner les Serpentard sans rien faire contre nous, marmonna Justin, visiblement concentré.
― C’est trop dangereux. S’ils découvrent qui nous sommes, on risque le renvoi, répliqua Ernie, le ton chargé de tension. Sans doute pire encore… On serait peut-être même mis au ban de la société !
― Et alors ? s’exclama le Poufsouffle, révolté. Tu préfères que je poursuive mes études et que je finisse comme gratte-papier pour l’un de ces cognards ? Tu souhaites ne jamais devenir Médicomage et vider les pots de chambre à la place ? Et toi, Hannah, tu épouserais sagement cet enfoiré de Londubat sans rien dire, juste parce que la société le préconise et qu’il pourrait t’offrir une meilleure vie ?!
― Plutôt crever ! grinça la jeune fille, les dents serrées par la colère.
― Il y a sûrement un autre moyen… souffla Ernie, peu rassuré par l’éventualité.
― Lequel ? rétorqua Justin derechef. Si tu as une meilleure idée pour les faire redescendre de leur piédestal et révoquer le système, nous sommes preneurs ! Je suis sûre que Wayne est d’accord avec moi pour dire que…
― Qu’est-ce que tu en penses, Wayne ? intervint Megan Jones, faisant signe à Justin de se taire.

Wayne sursauta sans pouvoir s’en empêcher. S’il y avait bien une seule personne dans son univers qui ne lui avait jamais, au grand jamais, demandé son avis, c’était bien Megan Jones. Principale détentrice de ses tourments, c’était plutôt le contraire habituellement. En elle, il ne voyait que celle qui l’avait humilié des dizaines de fois. Celle qui avait renversé du pus de buolbulb sur ses vêtements. Celle qui lui avait volé ses lunettes en riant aux éclats. Celle qui avait accroché ses caleçons dans la salle commune, juste au-dessus de la cheminée. Celle qu’il haïssait plus encore qu’il n’avait exécré Justin. Et il pouvait se répéter que ce n’était pas celle qui se trouvait face à lui, qu’elle appartenait à un autre monde, cela ne changeait rien au fait qu’il avait une singulière envie de lui tordre le cou.

― Je pense que ce serait du suicide, dit-il lentement, détournant le regard de Megan et expulsant sa rage dans un soupir. Pour l’instant, le plus sage est d’observer, de rester en retrait, d’attendre. On va devoir subir sans rien dire si on veut survivre. Supporter le pire est une forme de courage, énonça-t-il, remontant négligemment ses lunettes sur le bout de son nez.

Et Wayne était bien placé pour en parler. Tellement bien placé qu’un minuscule sourire sarcastique émergea sur ses ses lèvres, témoignant de son incontestable revanche. Inconsciemment, en les considérant tour à tour, ce n’était plus les Rebelles qu’il avait sous les yeux, c’était les autres. Ceux de son univers. Leurs doubles.

Megan, l’instigatrice de son harcèlement. Justin, l’éternel suiveur, toujours un brin moqueur. Et puis Hannah et Ernie qui avaient tant de fois fermé les paupières face à la violence dont il était victime. Des années de lutte et de perpétuel combat lui revenaient brusquement par vagues de souvenirs. Ces années, Wayne aurait voulu leur faire payer. Ces instants de désespoir et d’angoisse passés déclenchait un véritable tsunami en son for intérieur, le laissant pantelant sur un rivage désormais inconnu. Mais pour le moment, quelle meilleure vengeance que celle de voir ses détracteurs ―ou ceux qui leur ressemblaient cruellement ― se débattre dans une situation qu’il avait toujours connu ? Pour lui, Wayne Hopkins, l’éternel renégat, il n’y en avait aucune. Pour lui, l’enfant de la douleur, la guerre était partout. Ancrée au plus profond de son être.

 


 

Seamus Finnigan somnolait. Être enfermé dans l’infirmerie sans possibilité d’en sortir commençait littéralement à le rendre fou et les rares moments où il était totalement conscient suffisaient à déchaîner ses émotions. Alors, du mieux qu’il le pouvait, il préférait éteindre le feu ardent qui dansait dans sa poitrine douloureuse.

Il n’avait pas eu d’autres visites depuis Greengrass et, étrangement, elle était celle qu’il avait préféré recevoir depuis le début de cette histoire. Potter était méconnaissable au point d’en être effrayant, et Lavande était restée silencieuse durant toute la durée de sa visite. S’inquiétait-elle vraiment de son sort ? Personne d’autre n’avait daigné passer le pas de cette porte résolument close. Son double était-il si différent de lui, violent et cruel comme avait pu le sous-entendre la Serpentard ? Était-ce pour cette raison que son amitié avec Dean ne semblait pas avoir survécu à cet univers ? Seamus n’était pas certain de vouloir obtenir les réponses à ses questions.

L’esprit embrumé de fumée, il ne savait plus que croire, incapable de faire face à lui-même une seconde de plus. Frottant ses pouces contre ses paupières comme pour se réveiller d’un cauchemar, il essaya de calmer ses pensées, sans véritable succès. Il était condamné à rester allongé et à souffrir mille tourments, dévoré par l’incendie de ses songes immondes.

― Tu vas te réveiller, Seamus, marmonnait-il pour se rassurer. Rien de tout ça n’est réel. Même dans le monde des sorciers, on ne peut pas passer d’un univers à l’autre de cette manière. C’est un rêve… ou un sortilège de magie noire. Ce cognard de Nott… c’est forcément de sa faute. Il a dû s’allier avec les Carrow pour élaborer un tel stratagème ! Ces ordures… Si je parviens à me sortir de ce trou à rats en un seul morceau, je jure que…
― Nom d’un rapeltout, ils t’ont salement abîmé, Seamus. Tu débloques sacrément, mon pote !

La porte, enfin, s’était ouverte. Sur son seuil, le regard interloqué de Seamus rencontra celui, terriblement amusé, de Neville Londubat. Ce dernier, visiblement en pleine forme, n’avait pas l’air de subir les affres de la guerre. Les joues rondes et roses, le regard bleu pétillant, il semblait parfaitement à l’aise face à son camarade. La situation, tout comme l’état de son condisciple, ne l’affectait pas le moins du monde et, avec une bonhomie que Seamus ne lui connaissait plus, il lui offrit un large sourire.

Le Gryffondor, figé par les différents coups du sort, était à présent incapable de composer avec ses émotions, toutes plus puissantes les unes que les autres. Il aurait voulu serrer son acolyte dans ses bras pour le réconforter des heures sombres qu’ils avaient vécu tous les deux et, dans le même temps, il aurait souhaité tout connaître sur cet univers qui ― il en était persuadé ― ne vivait que dans son esprit. Il aurait voulu rire de le retrouver dans un monde où la peur ne régnait plus, et il aurait voulu pleurer en se rendant compte que l’adolescent joufflu devant lui n’était pas son ami. La lueur dans les yeux bleus de Neville n’avait absolument rien de sa gentillesse d’antan. Seamus réprima un frisson en constatant que son rictus était similaire à celui de Potter.

― Alors ? De quoi est-ce que tu parlais, Seamus ? insista Neville avec un sourire en coin. J’ai hâte de connaître toute l’histoire qui t’a amené dans ce foutu lit. Harry m’a dit qu’on devrait surveiller Hopkins, Goldstein et Nott. Il a eu l’air de penser qu’il y avait quelque chose de louche chez ces trois là… Et tu sais quoi ? J’ai tendance à croire que tu n’es pas très net non plus depuis quelques temps…

Non, le Neville qui lui faisait face n’était pas son ami. Ce n’était pas le Gryffondor courageux, le révolutionnaire enragé qu’il connaissait et qu’il respectait. Celui-ci, avec son air de parfait idiot, lui inspirait plutôt un adolescent capricieux et méprisable qui se nourrissait des peurs des autres. Une flamme s’alluma dans les prunelles brunes de Seamus. Serait-il un être ignoble dans cet univers lui aussi ? Si c’était le cas, il n’était pas question que cela perdure.

End Notes:

Recapitulatif des personnages vus/aperçus jusqu'à présent dans l'univers alternatif : 

Gryffondor : 

Harry Potter : Nanti, despote. 

Neville Londubat : Nanti, acolyte de Potter. A des doutes sur la loyauté de Seamus. 

 

Serpentard : 

Drago Malefoy : Nanti, despote, suit des règles précises. 

Blaise Zabini : Nanti, tortionnaire, violent. 

Pansy Parkinson : Nanti, tortionnaire d'Anthony Goldstein (en pince pour lui ?) 

Daphnée Greengrass : Nanti, ne supporte plus la violence. 

 

Serdaigle : 

Michael Corner : Neutre, protège ses amis en sacrifiant les rénégats. 

Terry Boot : Neutre, bande de Corner. 

Padma Patil : Neutre, bande de Corner. 

Mandy Brocklehurst : Neutre, bande de Corner, empathie pour les renégats. 

Lisa Turpin : Neutre, bande de Corner, petite amie de Corner. 

Morag MacDougal : Renégat, apporte un soutien silencieux à Anthony Goldstein. 

 

Poufsouffle : 

Susan Bones : Rebelle et renégat, proche de Theodore Nott. 

Hannah Abbot : Rebelle et renégat. 

Ernie MacMillan : Rebelle et Renégat. 

Justin Finch-Fletchey : Rebelle et Renégat. 

Megan Jones : Rebelle et Renégat. 

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