Les dorures de la magie by Carminny
Summary:


Montage par moi à partir d’images de DeviantArt (Picklechippy) et Pixabay (Annalise et kareni)

 

En 1926, Gillian Black disparaît comme son frère Marius un an plus tôt. La raison est la même : elle est une cracmole. Si de nombreuses personnes la croit morte, Jill vit.

Participation au concours « Les ombres du manoir » de Catie et Sun’

 


Categories: Enfances Characters: Famille Black, Personnage original (OC)
Genres: Aucun
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: [Concours] Les ombres du Manoir
Chapters: 5 Completed: Oui Word count: 5135 Read: 1553 Published: 17/11/2020 Updated: 14/02/2021

1. L'aurore de la fin by Carminny

2. Un bon gâteau chasse les soucis by Carminny

3. La famille est un vase en porcelaine by Carminny

4. Rêve d'une autre vie by Carminny

5. Que je n'ai pas vécu by Carminny

L'aurore de la fin by Carminny
Author's Notes:

Bonjour à vous !

Bienvenue sur ma fic qui répondra au concours Les ombres du manoir des merveilleuses Sun' et Catie.

Pour ce premier chapitre, j'ai eu le droit de me retrouver enfermée dans les cachots...

Thème : souvenirs prisonniers
Contrainte : chapitre se déroule à l’aurore

Bonne lecture !

Le soleil peinait à se lever au-dessus des montagnes qui entouraient l'endroit. L'aube venait déjà de passer et les arbres commençaient à prendre des couleurs vertes. Le ciel était légèrement rosé vers l'est mais pourtant, ici, il faisait encore nuit. Seule une petite lanterne essayait de lutter contre l'obscurité. Jill aurait voulu immédiatement faire demi-tour et retourner chez elle. Mais ce n'était plus possible.

La petite fille suivit l'homme qui l'avait cherchée à la gare. Chaque pas était une torture. Tout son esprit criait de ne pas aller vers ce sinistre bâtiment aux volets encore fermés et aux fenêtres sans fleurs. Pourtant elle savait qu'il n'y avait pas d'autre choix et un pied se plaça devant l'autre, la rapprochant inlassablement de ce bâtiment cauchemardesque. Comme le soleil se battait pour dépasser les sommets, elle se battait pour arrêter d'avancer. Quand elle arriva devant la grande porte sombre et que l'homme toqua fermement, elle eut la ferme impression d'avoir perdu une bataille. Non, pas une bataille. La guerre.

- Ah, vous êtes enfin arrivés, les accueillit une grande femme imposante en ouvrant la porte juste suffisamment pour les laisser entrer. D'où vient-elle cette fois-ci ?

L'homme qui ne lui avait pas adressé la parole pendant tout le trajet haussa seulement les épaules et Jill vit enfin sa chance de bien se faire voir. Se redressant autant que lui permit sa petite taille, elle leva la tête vers celle qui devait être la personne la plus importante dans ce sombre trou puis fit la petite révérence qu'elle avait apprise.

- Je suis Gillian Ludivina Black, de la noble et très ancienne famille des Black. Enchantée.

 

- Ils ne l'ont même pas oubliettée ?! Ils croient vraiment qu'on va faire tout leur sale travail, ces gens !

La petite fille cligna des yeux. Pourquoi l'aurait-on oubliettée ? Elle savait qu'elle s'était mal comportée en accusant son père d'avoir fait disparaître Marius - même si elle savait pertinemment que c'était vrai. Ses parents lui avaient alors ordonné de se rendre dans cet endroit. Peut-être ne voulaient-ils pas qu'elle influe sa petite sœur avec ses mauvaises idées. C'était probablement que justice si elle se retrouvait dans cet horrible lieu. Un pensionnat horrible pour une horrible personne.

- Bon, suis-moi. Pour une fois, ils vont récolter ce qu'ils sèment. Moi qui ne sais pas lancer le sortilège, je vais garder ses souvenirs et les lui restituer à sa majorité. Ils verront bien s'ils peuvent nous traiter ainsi.

L'imposante femme la mena à un bureau étroit et tout aussi sombre que le hall et le couloir qu'elle avait pu apercevoir. Jill ne comprenait pas tout ce qu'elle marmonnait dans sa barbe inexistante mais cela ne sonnait pas bien pour elle. Cela dit, elle n'avait pas vraiment le choix. C'était suivre cette femme ou disparaître comme Marius. Son père avait été clair sur le sujet. Elle ne voulait pas mourir. Ici, il y avait un espoir.

Dès que la porte du bureau s'était refermée derrière eux, la femme pointa sa baguette magique sur la tempe de la jeune fille. Ne sachant pas ce qui allait suivre, Jill ne réagit pas. Peut-être qu'elle allait la faire crier comme père le faisait avec les domestiques insubordonnés ? Peut-être qu'elle allait...

 

- De la magie tous les souvenirs, par ma force de mon sort, je veux depuis l'aurore dans cette fiole les maintenir, prononça solennellement la directrice du pensionnat.

Jill sentait ses souvenirs s'échapper de sa tête, c'était une sensation bizarre. Comme si toute sa vie s'envolait en traversant son esprit. Elle s'accrocha à ses souvenirs avec toute la volonté dont elle était capable. Elle ne devait pas oublier sa famille !

Malgré tout, elle voyait un long fil argenté rester accroché à la baguette de la femme et doucement remplir une fiole en verre. Jill serra la poignée de la petite valise qu'elle avait eu le droit d'emmener. Elle était en train de perdre tout ce qu'elle était. Qui serait-elle si elle n'était plus Gillian Black, quatrième enfant et deuxième fille de Lord Black ? si elle n'était plus une sorcière de sang-pure avec l'éducation qui allait avec ? si elle n'était à nouveau qu'une feuille blanche ? Que feraient-ils d'elle ? Et surtout qui penserait encore à son Marius si elle ne se souvenait plus ?

Enfin, le flux continu de souvenirs s'apaisa et l'impressionnante sorcière bouchonna la fiole et la rangea dans une grande armoire fermée à clé. C'était certain, on lui avait volé ses souvenirs et on les garderait prisonniers. Pourtant elle ne se sentait pas vide. Elle se rappelait d'avoir une famille distante, un frère nommé Marius qui avait disparu, ses autres frère et sœurs Pollux, Cassiopeia et Dorea. Elle avait eu un chat chez elle et une grande chambre à elle toute seule. Elle se souvenait de ses leçons d'écriture, de lecture, de bonnes manières. Ce n'était pas ainsi qu'elle avait cru que cela serait. Elle se souvenait même que cette femme imposante devant elle avait réussi à lui retirer des souvenirs pour les enfermer dans le placard. Elle peinait à croire que cela était possible !

Elle devait les récupérer, pour savoir ce qu'elle avait oublié, car dans sa tête, elle n'avait pas l'impression que quelque chose manquait. Elle devait libérer ses souvenirs que cette femme lui avait pris ! Mais avant qu'elle n'ait le temps de faire le moindre geste dans la direction de l'armoire, la directrice du pensionnat, tendit la main.

- Donne-moi ta valise, petite.

Jill ne réussit pas à bouger. Cette valise était tout ce qu'elle avait, tout ce qui pouvait lui rappeler sa vie d'avant. Elle ne pouvait pas se résoudre à donner ses maigres possessions à cette horrible femme au regard menaçant, alors qu'elle tenait déjà en otage ses souvenirs. Elle ne savait pas ce qu'elle avait mis dedans mais elle ne voulait pas perdre tout ce qui pouvait la mettre sur la voie de ce qu'elle venait d'oublier.

 

- Donne-moi ta valise, répéta la femme. Ensuite je vais vous donner l'uniforme et les affaires auxquelles vous avez droit, comme toutes nos pensionnaires.

La petite fille secoua la tête. Elle ne voulait pas, c'était ses affaires. Elles ne devaient pas se retrouver enfermées dans cette armoire. Elle devait les garder pour se souvenirs encore un plus. La femme la lui prit sans attendre davantage.

- Je suis Madame Crombs, la directrice de ce pensionnat pour jeunes filles. J'attends que vous soyez obéissante et travailleuse. Quel est votre nom ?

- Gillian Ludivina Black, répondit la petite fille d'un trait.

Elle se rappelait vaguement qu'elle était fière d'appartenir à sa famille mais elle ne se souvenait plus pourquoi. Était-ce lié à cette fiole dans l'armoire ?

- Viens, Jill.

La directrice la précéda pour sortir du bureau et Jill se saisit de l'occasion. D'un grand bond elle se précipita vers l'armoire où elle savait que la fiole avec ses souvenirs était enfermée. Elle tira sur la poignée mais celle-ci refusait de s'ouvrir. Evidemment, il y avait une serrure pour la clé ! Mais la clé se trouvait dans la poche de Madame Cromps et il n'y avait aucun moyen d'y accéder. C'était dépitant. Elle devait y arriver ! Son passé en dépendait ! Soudainement elle se retrouva à tituber en arrière, entraînée par l'élan de la porte qui s'ouvrit brusquement. Elle avait réussi ! Se mettant sur la pointe de pied, la petite fille essaya d'attraper la grande fiole en verre. Mais, étrangement celle-ci semblait reculer de plus en plus vers le fond de l'étagère.

 

- Je garderai tes souvenirs en sécurité jusqu'à ta majorité, jeune fille, comme toutes tes affaires. Tu n'as pas le droit de les reprendre pour l'instant.

- Mais..., commença Jill avant de se faire couper.

- Tu vas immédiatement découvrir le concept de punition, fit Madame Cromps d'une voix menaçante. Corvée ménage pendant toute la semaine.

Sans perdre un mot de plus, elle emmena Jill dans un débarras rempli d'uniformes et de vêtements plus ou moins démodés. La petite fille se sentit mal à l'aise sous le regard inquisiteur de la femme mais celle-ci lui donna simplement deux uniformes à sa taille ainsi qu'une chemise de nuit.

- Une pensionnaire plus âgée t'expliquera les règles de la maison un peu plus tard. En attendant, je vais te mener à la chambre que tu partageras avec trois autres filles. Change-toi maintenant.

A peine quelques minutes plus tard, Jill se retrouva assise sur son nouveau lit, mince matelas de fortune, entouré de ses nouvelles camarades qui dormaient encore. Même la directrice n'avait pas eu à cœur de les réveiller et avait simplement ordonné à la petite fille d'attendre sagement l'heure du lever qui ne tarderait apparemment pas.

 

A travers la petite fenêtre, Jill vit le soleil se lever, colorant le ciel de bleu et dépassant enfin la plus petite des montagnes et éclairait faiblement la chambre de la petite fille. Elle s'autorisa enfin un petit sourire en tendant son visage dans les rayons de soleil. Quelques instants plus tard le soleil disparut derrière un grand nuage gris et le noir engloutit de nouveau la maison toute entière. Jill ne doutait pas. C'était la fin.

End Notes:

Un commentaire ?

Un bon gâteau chasse les soucis by Carminny
Author's Notes:

Bonjour !

Voici ma participation à la deuxième étape du concours où je me retrouve dans la serre.

Le thème est alors : exquise fragrance. Et les contraintes les suivantes :
- L'action se passe au crépuscule
- Le temps est venteux
- facultatif : mentionner un personnage de quelqu'un qui était dans la pièce avant nous (j'ai choisi Dorea Black de princesse).

Bonne lecture !

Le vent soufflait autour du bâtiment, s'infiltrant sans remord dans le moindre interstice, faisant crier les fantômes sous le toit et dans les esprits des jeunes filles. Dès que le soleil se couchait, les cauchemars et les passés revenaient les hanter. Le seul endroit qui semblait magiquement empêcher les sombres pensées de revenir se trouvait être la cuisine. Elles n'avaient pas le droit d'y être à moins d'avoir écopé de la punition de faire la vaisselle. La chaleur du four réchauffait l'atmosphère et chassait les démons que le vent et l'obscurité apportait.

Jill avait de la chance, elle était de corvée vaisselle depuis plusieurs jours maintenant en compagnie de sa camarade de chambre Ruth. Ruth était complètement amnésique. Elle ne se souvenait même plus de son nom - Jill supposait même que Ruth n'était pas son vrai prénom. Il y avait trop de fillettes de ce nom dans le pensionnat. Jill le savait maintenant, elles étaient nombreuses dont les souvenirs avaient été volés. Pire, c'était le cas pour chacune d'entre elles. Comparée à certaines, elle avait même eu beaucoup de chance. Elle se souvenait de ses parents, de ses frères, de ses sœurs et même du chat qu'elle avait eu petite.

La seule chose dont Ruth se souvenait était une recette de gâteau. Elle ne savait pas d'où elle lui venait mais ce soir-là, alors que dehors le vent hurlait contre la fenêtre et que les ombres des arbres s'allongeaient jusqu'à rejoindre les ombres de leurs passés, les deux fillettes étaient seules dans la cuisine avec Madame Bearling, la cuisinière. Ruth avait posé le torchon avec lequel elle essuyait les assiettes et avait désigné un sac de farine.

- Je peux faire un gâteau ?

Madame Bearling avait acquiescé en souriant - elle était vraiment gentille, la personne la plus gentille que Jill n'avait jamais rencontré si on ne comptait pas sa petite sœur Dorea Black. Le soleil descendait derrière les montagnes pendant que la farine, du sucre, du lait et des œufs se mélangeaient dans un bol. Au moment où toute la lumière naturelle disparaissait, une délicieuse odeur s'élevait dans la pièce. Il n'y avait rien qui n'avait jamais senti aussi bon dans tout le monde. Le léger parfum de vanille embaumait l'atmosphère d'un doux exotisme et complétait l'arôme de la pâte qui cuisait.

- Il sent bon, jugea la cuisinière. Tu ne sais vraiment pas d'où tu as la recette ?

Ruth secouait la tête et se réfugiait derrière Jill qui refaisait la vaisselle. La petite Black ne savait pas pourquoi sa camarade de chambre l'avait choisie pour lui accorder sa confiance mais elle était heureuse de pouvoir sentir ce délicieux parfum envahir ses narines et faire grogner son ventre. Chez elle les odeurs de cuisson n'étaient jamais sortis de la cuisine où un domestique - elle ne se souvenait pas de lui mais sa mère ne faisait jamais la cuisine elle-même donc cela devait être un domestique - confectionnait des plats extravagants qui n'excitaient pas l'attente.

Ici, la senteur passait dans le rez-de-chaussée, ignorée par la directrice plongée dans un livre, et se propageait dans le bâtiment entier, attirant les autres filles. Elles furent deux puis trois puis sept puis plus dans la cuisine de Madame Bearling. Elles étaient en sécurité dans l'exquis mélange d'odeurs du feu de bois, du gâteau et des tisanes, pendant qu'à l'extérieur le vent appelait les fantômes et les dernières lueurs du soleil disparaissaient du ciel obscur comme leurs mémoires.

Un bon gâteau chassait toujours les soucis et les peurs. La délicieuse odeur qui envahissait tous les cœurs clamait son existence et contrait les fantômes.

End Notes:

Alors ? Quel gâteau vous console ? Moi c'est les pains d'épices !

La famille est un vase en porcelaine by Carminny
Author's Notes:

Bonjour, bonjour !

Pour cette troisième pièce du concours, les contraintes sont les suivantes :
- Thème : Délicate ascendance
- Le chapitre se déroule l'après-midi
- Le chapitre se déroule par un temps ensoleillé
- Insérer une citation sur le thème de la famille

Bonne lecture !

« Quand Peter rentra à la maison, sa mère lui pardonna étant si heureuse de voir qu'il avait retrouvé ses chaussures et sa veste. Queue-de-coton et Peter plièrent le mouchoir, et la vieille Mme Lapin pendit les oignons et les accrocha au plafond de la cuisine auprès des bouquets d'herbes et du tabac-de-lapin. »

Jill referma le recueil des contes de Beatrix Potter et sourit à Ruth. Les deux fillettes s'étaient échappées de la leçon de bienséance ennuyante de Mademoiselle Oldtree pour passer leur après-midi au soleil sur le gazon derrière la maison. Le jardin était simple avec sa grande pelouse et la balançoire. Le potager était blotti contre le bâtiment en brique, et la forêt semblait bien moins menaçante sous le doux soleil qui recommençait tout juste à redescendre. Ruth fronça son petit nez et se releva de l'herbe sur laquelle elle s'était couchée pour écouter l'histoire de Jeannot Lapin.

- Tu crois que nos parents nous pardonneront aussi si on rentre ?

- Peut-être bien, Jill haussa les épaules. Malheureusement pour eux, je ne suis pas prête à leur pardonner.

- Ils t'ont fait quelque chose ? s'intéressa Ruth en s'époussetant.

- Ils m'ont mis en pension ici pour ne plus m'avoir à la maison. Je ne sais pas pourquoi mais je crois qu'ils ont été très injuste avec un de mes frères et j'ai voulu le défendre. Je crois, c'est flou.

Jill se frotta le front, elle avait vraiment du mal à en être certaine. Elle se souvenait de son frère Marius et de ses parents. Ils étaient nobles et distingués selon leurs propres mots, froids et distants d'après son sentiment. Même avec ses souvenirs tronqués elle savait que sa famille était importante. Elle était noble et puissante. Cela suffisait pour qu'elle n'ait pas de bonnes relations avec ses parents. Etonnamment elle ne se rappelait d'aucun domestique... Seulement la gouvernante qui leur donnait les leçons, à elle et ses frères et sœurs. C'était étrange, non ? De toute façon, il devait y avoir eu un problème si elle n'était plus avec eux...

Pourquoi l'avaient-ils chassée ? N'était-elle pas une vraie Black ? Qu'est-ce qui pouvait être différent chez elle alors ? Elle avait un visage fin aux traits aristocratiques, elle avait les yeux gris de son père et les cheveux châtain foncé de sa mère. Elle se comportait correctement et se montrait douée pendant les leçons. Pourquoi n'avaient-ils pas voulu d'elle ? Sa si noble et parfaite famille aurait donc un trait qu'elle n'avait pas hérité. Il devait y avoir autre chose... Certes elle s'était mal comportée en s'opposant à ses parents au sujet de son frère. Mais elle devait avoir eu une raison valable. Marius ressemblait tout autant à un Black qu'elle. Et pourtant son père l'avait renié. Comme elle. Est-ce qu'ils leur manquaient à tous les deux quelque chose d'important ? Est-ce qu'ils avaient commis une erreur irréparable ? Elle ne s'en souvenait pas et c'était frustrant.

La famille, c'était vraiment un sujet compliqué. De l'extérieur, elle paraissait élégante et raffinée, mais en réalité un petit détail pouvait tout bousculer et la briser. C'était comme un vase en fait. C'était beau mais cela ne servait à rien si ce n'est de prendre de la place. Et Jill était les fleurs fanées qu'on jetait pour les remplacer. Alors non, elle n'allait jamais leur pardonner quelle que soit la raison pour son abandon.

- Ta famille, elle est noble, non ? réfléchit Ruth. Je crois que même si elle t'a chassé, je l'admire. Il faut faire de bonnes choses pour devenir noble, non ? Comme les princes dans les histoires !

- Pour être admirable, la famille devrait être désintéressée, lâcha Jill avec humeur. Et nous mettre ici, c'est certainement dans leur intérêt.

Elle n'était pas prête à complimenter ses parents ou permettre quelqu'un les complimenter, surtout quand c'était basé sur des contes de fée. Ruth était peut-être un peu plus jeune - cela dit ce n'était pas impossible qu'elle ait aussi huit ans - mais elle était encore beaucoup plus naïve ! Jill cacha sa grimace derrière les pages du livre. Une nouvelle histoire au soleil devrait faire passer ses mauvaises pensées...

 

- Vous ne devriez pas être en classe, vous deux ?

Ruth sursauta à la voix de Madame Crombs derrière elles. Jill ne se rappelait pas explicitement que dans sa famille les personnes apparaissaient subitement mais son corps se rappelait de ne pas sursauter quand cela arrivait. C'était une impression bizarre. Elle se retourna vers la directrice du pensionnat et sauta sur pieds. Ruth essayait presque de se cacher derrière elle.

- Bonjour, Madame Crombs.

- Que faites-vous ici ?

- Nous avons parlé de nos familles, répondit Jill le plus honnêtement du monde.

La directrice paressait peut-être sévère et sans-cœur mais ce n'était pas du tout le cas. Elle essayait toujours de nous protéger et de nous préparer à vivre que nous ayons des souvenirs de notre passé ou non. Cela ne devait pas être facile tous les jours de construire l'avenir d'une vingtaine de fillettes sans passé. Surtout que nous n'en avions pas à différents degrés...

- Oh, mes petites. Je suis désolée pour vous.

Madame Crombs écarta les bras et Ruth s'y réfugia rapidement. Sans aucun souvenir, elle n'avait aucune chance de retourner dans sa famille. Peut-être que la directrice savait quelque chose mais elle ne semblait pas vouloir les aider. Jill supposait qu'elle ne pouvait pas, par contrat ou par magie.

- On ne pourrait pas aller à Londres pour les chercher ? demanda Ruth les yeux grands ouverts dans une supplication muette. Le palais royal y est donc on va pouvoir trouver les parents de Jill et peut-être qu'ensuite je retrouverai les miens.

Jill se figea. Elle ne voulait pas revoir sa famille. Il était hors de question de les retrouver.

- Ce serait délicat, ma petite, essaya de la dissuader la directrice. Tu ne les reconnaîtras peut-être pas. Et ils t'ont amenée ici pour que tu sois en sécurité.

Jill avait de sérieux sur la dernière partie. Elle pensait plutôt que ça arrangeait les affaires de leurs familles de ne pas les avoir dans les pattes. A tous les coups, elles étaient la honte de leurs familles.

- Ils ne veulent même pas qu'on se rappelle de notre ascendance, Ruth. Ils ne veulent pas de nous.

Elle allait changer de nom, c'était décidé. Elle ne voulait plus être Gillian Ludivina Black. Si ses parents l'avaient envoyée ici en la privant d'une partie de ses souvenirs, elle ne voulait pas d'eux ni de tout le reste de la famille qui était de leur côté. Elle les reniait, c'était aussi facile que cela. La petite fille croisa les bras sur sa poitrine d'un air décidé. Elle ne serait plus que Jill sans famille et n'aurait plus jamais à se pencher sur l'épineuse question de sa généalogie.

End Notes:

La citation en gras est “Pour être admirable, la famille devrait être désintéressée.” de Philippe Bouvard dans Tous des hypocrites.

Un petit commentaire ? Une supposition sur la suite (à savoir sur les thèmes douce évasion et issue mortelle, Catie et Sun quelle que soit l'ordre final, je vous adore que ce soit les deux derniers :hug:) ? 

Rêve d'une autre vie by Carminny
Author's Notes:

Bonjour, bonjour,

Voici le quatrième chapitre de l'histoire de Jill.

Votre thème : Douce évasion
Vos contraintes : - Votre chapitre doit se dérouler le matin.
                         - Votre chapitre doit se dérouler par un temps pluvieux.
                         - Vous devez insérer une citation de votre choix sur le thème de l’imagination.
                         - les émotions suivantes sont interdites : sérénité, apaisement, joie, bonheur, extase

La citation dans le texte est d'Antoine de Rivarol.

Bonne lecture !

Le soleil aurait déjà dû être levé depuis une bonne heure et pourtant aucune lumière n’éclairait la chambre des fillettes. Jill n’avait pas besoin de se cacher sous la couverture pour ne pas être dérangée par le jour. La pluie battait doucement contre les carreaux de la fenêtre tandis que les nuages sombres couvraient le ciel. C’était la journée parfaite pour rester au lit plus longtemps et s’adonner à de doux rêves de beau temps. Ce n’était pas dans les habitudes de la directrice du pensionnat de les laisser traînasser mais par chance elle avait été appelée à Londres pour une affaire urgente. Madame Bearling, la cuisinière, avait dû oublier de les réveiller et faisait tinter les casseroles dans la cuisine. Jill entendait les bruits du matin mais ils ne parvenaient pas pour autant de se frayer leur chemin vers son réveil complet.

 

Se complaisant dans son état à moitié endormie, à moitié réveillée, la petite fille s’adonnait à un rêve fou qu’elle n’aurait jamais avoué à quiconque. Elle qui affirmait à voix haute ne jamais pardonner à sa famille de l’avoir abandonnée, elle rêvait de se retrouver chez eux. Elle rêvait d’un monde dans lequel la magie existait – c’était la seule explication pour que quelqu’un puisse voler les souvenirs de quelqu’un sans que celui-ci n’ait de bosse, elle y avait réfléchi longtemps depuis son arrivée – et où elle pouvait en faire.

Dans la salle de jeux, elle jouait avec Dorea et Marius aux figurines de bois animées. Ils avaient construit un château volant et faisaient des combats de dragons. Jill se souvenait très bien de son dragon volant préféré. Il devait encore être dans la valise au bureau de Madame Crombs. Elle souriait légèrement. Prometheus, elle l’avait appelé. Il était d’un joli vert bleuté et pouvait même cracher quelques flammes. Elle espérait qu’il ne manquait pas trop à Dorea… Non, la fillette força ses pensées à revenir sur son rêve. Il commençait si bien. Son dragon si joli, et le château avec lequel ils rejouaient les histoires que ramenait Pollux de Poudlard.

Poudlard ! Le château en cube de bois n’avait pas grand-chose à voir avec l’école de magie. Jill essaya de s’imaginer vêtue du même uniforme avec cravate verte et argent que son frère, avec une jupe à la place du pantalon quand même, elle ne voudrait pas causer un infarctus à son père. Elle était populaire – Ruth était aussi à Poudlard et même dans son dortoir –, la meilleure de sa classe pour lancer des sorts, et les professeurs la félicitaient. Elle avait un chat et le soir, Ruth et elle faisaient des fêtes avec du chocolat chaud et gâteau dans le dortoir avec leurs amies. Elle se voyait très bien, aussi, assise élégamment sur son balai volant tournoyant au-dessus des cimes des arbres en compagnie de quelques oiseaux…

 

– Debout, les filles !

La voix de Madame Bearling sortit Jill de son monde rêvé. Soudainement, la pluie sur le toit n’était plus confortable mais la faisait frissonner. Elle repoussa le moment où elle devait sortir de sous sa couette et affronter la grise matinée qui était déjà bien commencée. Une matinée comme toutes les autres dans un monde sans magie.

Heureusement qu’il lui restait son imagination pour rattraper ce dont la réalité l’avait privé. Quelle belle évasion que lui avait offert ce rêve ! D’accord, elle l’avait un peu manipulé mais il fallait bien qu’elle s’échappe de temps en temps de sa condition de jeune fille ordinaire et abandonnée, n’est-ce pas ? Elle n’avait peut-être pas de réel passé pour construire son avenir, mais ce n’était pas grave. Ne disait-on pas que « l'imagination est amie de l'avenir » ? Elle avait bien assez d’imagination pour compenser ses souvenirs. Que la magie existe ou non. Elle était elle et elle aurait un futur.

Que je n'ai pas vécu by Carminny
Author's Notes:

Bonjour, bonjour !

Me voici de retour pour un dernier chapitre (encore en retard, je relirai dans un jour ou deux, la tête froide, promis).

 

Votre thème : Mortelle issue
Vos contraintes :
- Votre chapitre doit se dérouler la nuit.
- Votre chapitre doit se dérouler par un temps brumeux.
- Vous devez insérer une citation de votre choix sur le thème de la mort.
- Les émotions suivantes sont interdites : peur, terreur, appréhension, stress.
- Un élément avec une place centrale et un avec une certaine importance en étant mentionné maximum trois fois : une corde et un.e jeune marié.e.

Bonne lecture !

 

La nuit était tombée depuis quelques heures mais Jill n’arrivait pas à trouver le sommeil. Elle n’arrêtait pas de penser au mariage qui avait eu lieu dans le village cet après-midi. Ruth, Mary et elle avaient été chargées de chercher quelques courses – du pain frais chez le boulanger, des légumes chez l’épicier, du papier – et avaient donc vu la mariée sortir de l’église accompagnée de son mari, un homme aux cheveux noirs ébouriffés. Il lui rappelait quelqu’un même si elle aurait beaucoup de mal à dire qui. Mais c’était elle qui la hantait au point de lui faire perdre le sommeil. Tellement jeune, à peine quelques années de plus qu’elles, quatorze ans tout au plus...

Etait-ce le destin qui l'attendait aussi ? Se marier à un âge aussi précoce et passer sa vie soumise à un homme qu'elle n'avait pas pu choisir ? Un destin aussi immuable que la nuit qui plongeait le pensionnat dans les ténèbres et la brume. Jour après jour, la même chose. Le jour puis la nuit. Le temps quel qu'il soit remplacé par une brume imperturbable. Devant sa fenêtre s'étendait le jardin enveloppé dans ce voile blanc. Impossible de distinguer davantage que de vagues formes sombres même en tendant une bougie dans l'obscurité de la nuit. Impossible de connaître davantage son futur. Des vagues formes entraperçues du coin de l'œil tout au plus. Une jeune mariée, une cuisine, des panoplies d'enfants et un mari jamais présent. A l'arrière, pas davantage de lumière traversant la nuit. Un passé pris dans le brouillard de souvenirs manquants. Que pouvait-elle espérer d'un futur dont ce qui s'annonçait n'était que de l'ennui et une répétition des brumes du passé ?

Qu'est-ce que la jeune femme espérait atteindre en épousant cet homme qui n'avait l'air ni avenant ni particulièrement intéressé par elle ? Il avait au moins la quarantaine ! Jill était sûre qu'il n'en était pas à son premier mariage... Quelque part au fond de sa mémoire bougeait un souvenir et elle se concentra dessus avant qu'il ne s'échappe dans les ténèbres de la pièce. Une leçon. Voilà le souvenir brumeux qui essayait de s'enfuir. Une leçon sur les hommes à épouser. Faisait-il parti de la liste ? Trop tard, le souvenir était à nouveau perdu dans les méandres ténébreux de son passé. Pourquoi aurait-elle eu une liste de maris potentiels ? Pourquoi aurait-il été dessus ? Qui était cette jeune femme qui l'obsédait ?

Il fallait qu'elle aille lui demander. Il fallait qu'elle sache pourquoi. Pourquoi les personnes se mariaient-elles ? Qu'est-ce qu'il y avait à gagner ? Pourquoi était-ce quasiment une obligation ? Sa mère le lui avait annoncé, Madame Cromps leur avait affirmé que le moment viendrait pour elles, même Madame Bearling l'avait évoqué comme une certitude. Ce n'était pas possible. Il devait y avoir une sortie de secours !

 

 Il fallait qu'elle s'échappe. Il fallait qu'elle prenne en main sa vie. Immédiatement. Et en premier, elle voulait retrouver cette mariée qu'elle avait vu pour lui demander à quel moment le piège s'était refermé. Pour cela elle devait déjà réussir à sortir du pensionnat. Les pensionnats pour jeunes filles étaient en réalité des usines à femmes mariées, à mère de familles moyennes. C'était évident ! Comment avait-elle fait pour ne pas s'en rendre compte avant ? Jill sentait une panique irrationnelle envahir son cœur et son esprit. Pourquoi l'idée de ce futur l'oppressait tant ? Elle devrait plutôt se donner tout le mal du monde pour qu'un homme veuille d'elle un jour, elle que ses parents avaient abandonné comme un chien mal en point. La petite fille secoua la tête contre son coussin et se leva dans le plus grand des silences.

Elle se glissa par la porte de la chambre, priant pour ne pas réveiller Ruth ou les autres enfants. Sa veste était accrochée dans le couloir et elle l'enfila rapidement. Longeant le couloir noir, elle s'approcha des escaliers qu'elle ne connaissait pas encore suffisamment pour savoir quelle marche grinçait ou non. Le bruit de pas déchirait le silence de la nuit. Jill baissa les yeux sur ses pieds nus qu'elle ne distinguait évidemment pas. C'était un bruit de chaussures. S'agenouillant sur les marches, la fillette jeta un coup d'œil au couloir d'en-dessous. Madame Crombs faisait les cent pas, longeant le couloir et descendant au rez-de-chaussée avant de remonter. Impossible de passer par là.

La petite fille repartit sur son lit pour réfléchir à une autre sortie. Par la fenêtre ? Mais elle était au deuxième étage... Elle se souvenait des rideaux de sa chambre avant que ses parents ne la radient de l'arbre familial. Ils étaient lourds et de couleur émeraude et surtout ils étaient retenus de chaque côté des fenêtres par des cordelettes dorées. Celles-ci auraient été bien pratiques maintenant mais il était vain de chercher des rideaux dans les chambres du pensionnat. La petite fille chercha autour d'elle dans le noir quelque chose qu'elle pouvait utiliser. Elle voulait retrouver cette mariée et lui demander le sens de leurs vies. Ses frères et les hommes en général pouvaient choisir, elle en était quasiment certaine...

 

Elle mit la main sur une corde. Bien sûr ! Elle était là au cas où elles devaient s'échapper à cause d'un incendie. Ombre parmi les ténèbres de la nuit, Jill se glissa à travers la fenêtre et entreprit de descendre la corde. Elle refusait de regarder vers le bas, le léger brouillard devait certainement fausser les distances et elle ne voulait pas se déconcentrer. Soudainement, elle entendait un bruit au-dessus de sa tête.

- Jill ? soufflait doucement la voix de Ruth dans l'air frais. Qu'est-ce que tu fais ?

- Je cherche des réponses.

La fillette leva le regard vers son amie qui tenait une petite lampe à huile à la main. Son visage se découpait, blanc, devant le fond sombre de la chambre. Et soudain, elle sut. Elle sut à qui lui faisait penser l'homme devant l'église, l'époux de cette jeune femme qui semblait si résignée. Ruth avait la même forme de visage, les mêmes yeux sombres, les mêmes cheveux lisses. Est-ce que...

- A cette heure ? Je veux venir !

Jill regrettait à présent son départ précipité. Elle aurait dû mieux y réfléchir. Mieux le préparer. Partir plus tard.

- Non, je remonte, souffla-t-elle en essayant désespérément de ne pas regarder dans le noir sous ses pieds.

Mais déjà, sa meilleure amie s'était hissée par la fenêtre. La corde se tendit, se déchira doucement puis lâcha. Les hurlements des deux petites filles déchirèrent nuit et brume. Cela avait été de la folie. Maintenant qu'il était trop tard, Jill le voyait. Cette mariée. Elle ne pouvait pas avoir les réponses qu'elle cherchait puisqu'elle était sortie de l'église au bras d'un homme. Mais elle vivrait. Alors qu'elle-même, aveuglée par la folle idée de vouloir s'échapper avait précipité sa chute. Littéralement.

Est-ce qu'elle allait survivre ? Est-ce que Ruth allait survivre ? Elle l'espérait de tout son cœur. Au fond, il n'y avait rien de plus important que le fait que son amie survive. Elle ne voulait plus savoir comment vivre une meilleure vie que celle que lui offraient les circonstances. Elle voulait juste vivre.

- Afin de ne pas m'apercevoir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu*...

Ses mots se perdaient dans la plainte de Ruth. Elle n'avait pas encore vécu. Et ce qu'elle avait vécu, on le lui avait pris. Jill ferma les yeux. C'était chose faite. Elle avait vécu et elle mourait.

 

Le sol vient à la rencontre de leurs corps. Le silence de la nuit reprit ses droits. La brume recouvrait les deux petites fillettes. 

End Notes:

 

* Henry-David Thoreau dans Walden ou la vie dans les bois

Bon, qui ne s'y attendait pas ? Mais je suis quand même triste :'( (je crois que je vais pleurer en fait). Un commentaire ? Un vote ? N'hésitez pas à aller lire les autres participations.

 

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