Si morte au fond de moi by Juliette54
Summary:

C’était encore et encore le même étau qui lui broyait la gorge depuis des semaines. C’était le même dégoût d’elle-même qui la prenait au ventre, la même envie de vomir et de s’arracher cet utérus qui ne servait à rien. [...] 

Lucretia ne voyait plus que son propre malheur et la fin sans issue de sa vie se dessiner. Elle était amoureuse, et rien ne pourrait soigner ce mal. Elle était amoureuse, et elle n’en avait pas le droit. 

Si morte au fond de moi

(Le fantôme de l'Opéra, légèrement modifié)

 


Categories: Biographies, Romance (Het) Characters: Famille Black, Lucretia Black
Genres: Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Lime
Challenges: Aucun
Series: Mesdames et Mesdemoiselles Black
Chapters: 7 Completed: Oui Word count: 38787 Read: 3275 Published: 23/02/2021 Updated: 01/10/2021
Story Notes:

Bonsoir :) Edit : L'arbre généalogique de la Maison des Black est en lien sur le profil autrice (j'ai recopié celui de JKRowling), vu qu'il y a beaucoup de monde et des doublons dans les prénoms, notamment pour Arcturus. 

Cette histoire reprend directement après la fin de Historiae Amoris (vous pouvez lire la deuxième moitié du dernier chapitre (à partir de « Eh bien Miss Lucretia, vous êtes bien triste ce soir. ») si vous voulez le contexte, mais c'est vraiment pas nécessaire pour comprendre l'histoire puisque je redis tout au début du pdv de Lucretia. 

Clin d'oeil à PurplePink qui voulait en savoir plus sur Lucretia et Ignatius, cette fic est en partie pour toi comme tu le sais :) 

1. Cent Soixante-Huit Heures by Juliette54

2. Complications by Juliette54

3. Acceptation by Juliette54

4. Mr et Mrs Prewett by Juliette54

5. Départ pour la Roumanie by Juliette54

6. La Réserve de Harvey Ridgebit by Juliette54

7. Une autre vie by Juliette54

Cent Soixante-Huit Heures by Juliette54

Chapitre 1 : Cent Soixante-Huit Heures

 

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C’était encore et encore le même étau qui lui broyait la gorge depuis des semaines. C’était le même dégoût d’elle-même qui la prenait au ventre, la même envie de vomir et de s’arracher cet utérus qui ne servait à rien. Un vieux sortilège que son père avait lancé à sa mère lorsqu’elle était enceinte avait ravagé son ventre, pour toujours. Rien, elle n’avait plus rien, elle n’était plus rien. Elle ne se marierait jamais, car elle n’aurait jamais d’enfants. Elle avait toujours eu peur de son père. À présent, elle le détestait. Il était fou, paranoïaque et maniaque. Il sursautait tout le temps, et les tocs qui traversaient son visage et ses mains donnaient l’impression qu’il était sans cesse sur le qui-vive. Elle le haïssait. Il avait détruit sa vie avant même sa naissance.

 

La porte de la salle à manger de Dorea grinça. Sa petite-cousine était de retour. Elle avait dû raconter un bobard à Charlus pour le tenir loin de la pièce le temps qu’elle finisse son énième crise de larmes. Charlus buvait le moindre mot de Dorea, et il ne pouvait imaginer qu’elle puisse lui mentir. Et Lucretia était… Elle était jalouse, maladivement, de voir combien la vie souriait à Dorea. Mais elle s’en voulait de la jalouser de la sorte, car jamais Dorea n’aurait éprouvé un tel sentiment pour elle. Elle aurait seulement été contente pour elle. Alors que Lucretia… Lucretia ne voyait plus que son propre malheur et la fin sans issue de sa vie se dessiner. Elle était amoureuse, et rien ne pourrait soigner ce mal. Elle était amoureuse, et elle n’en avait pas le droit. Ignatius Prewett méritait une femme… une femme complète qui pourrait porter ses enfants. Elle n’avait pas le droit de penser à lui. Elle ne pourrait pas le condamner à une vie sans enfant. Elle... Elle l’aimait trop pour ça. Bien sûr qu’elle ne le connaissait pas depuis longtemps, mais elle le savait. C’était comme ça ces choses-là. Un coup de foudre comme elle les avait lus dans les Rencontres enchantées de Fifi la Folle. Mais ça passerait, n’est-ce pas ?

 

Ça ne passait jamais.

 

« Miss Lucretia ? »

 

Elle se crispa. Ignatius Prewett était en Roumanie à présent. Il était parti hier soir, et il ne reviendrait pas avant longtemps. Il lui avait proposé de lui écrire… Trois mois plus tôt, elle se serait offusquée qu’un homme lui propose une telle chose. Là… elle en avait tellement envie qu’elle s’était mise à pleurer.

 

« Miss Lucretia… »

 

Ce ne pouvait pas être Mr Prewett, même si elle aurait mis sa main dans la gueule d’un dragon que c’était sa voix qu’elle entendait. Elle releva lentement la tête.

 

« Mr Prewett, bafouilla-t-elle en croyant imaginer le sorcier.

 

— Miss Lucretia, enfin vous me parlez, se réjouit-il avec son sourire en coin en partie caché par sa longue barbe rousse. »

 

Était-il là pour elle ? Était-il… Non, elle ne devait pas laisser son cœur s’emballer d’espoir et d’amour, elle n’en avait pas le droit, elle…

 

« Mon train a été annulé, et le suivant ne part que dimanche prochain, lui apprit-il en s’approchant d’elle. »

 

Elle se recroquevilla sur sa chaise. Il ne pouvait pas… Non, il ne devait pas s’approcher. Il ne devait pas s’asseoir à côté d’elle. En plus, il n’y avait personne avec eux dans la pièce, ce n’était pas correct... car s’il essayait de lui arracher un baiser, elle lui en donnerait dix. S’il demandait plus, elle se donnerait à lui sans une seule seconde d’hésitation, juste pour éprouver rien qu’une fois le bonheur d’être dans ses bras, le bonheur qu’elle aurait pu connaître toute sa vie si son père n’était pas un tordu de fanatique patriarcal.

 

« Ah, ne réussit-elle qu’à dire. »

 

Ses mains serraient les pans de sa robe indigo aux dentelles rose pâle. Son corps tremblait de partout pour faire fuir la douleur qui tordait ses entrailles éternellement vides. Sa trachée était obstruée par un caillou de la taille de son poing et elle ne pouvait plus parler et à peine respirer sans sentir la brûlure de la vie s’écouler hors d’elle.

 

« Miss Lucretia, reprit la voix grave et chaude de Mr Prewett, je ne sais plus comment vous le dire, mais… j’aimerais passer plus de temps avec vous. »

 

Et c’était un coup de poing de plus dans son ventre. Pourquoi lui disait-il des choses si gentilles ? Et si honnêtes ? En faisant fi de toutes les convenances ? Pourquoi n’avait-elle pas réussi à le décourager de s’intéresser à elle ?

 

« Vous partez la semaine prochaine, souffla-t-elle. »

 

Qu’il la laisse, s’il vous plaît Merlin. Ou bien qu’il lui vole le peu qu’il lui restait pour qu’elle puisse se faire recluse en paix.

 

« Il y a sept jours en une semaine, ce qui fait cent soixante-huit heures, ou encore six cent quatre mille huit cents secondes, Miss Lucretia, dit-il dans sa barbe en s’asseyant à côté d’elle. »

 

Elle sourit malgré elle à travers ses yeux embués. Car c’était bien le problème : sept jours de plus à souffrir, cent soixante-huit heures à rêver en silence, six cent quatre mille huit cents secondes à rester en apnée par peur de respirer un peu trop le parfum de Mr Prewett.

 

« Et combien de secondes auriez-vous à me consacrer ? ne put-elle s’empêcher de répondre. 

 

— Laissez-moi seulement une paire d’heures par jour pour dormir, et je vous consacre toutes les autres. »

 

Elle releva la tête, pour rencontrer ses yeux bleus d’eau. L’image était un peu trouble derrière les quelques larmes traîtresses qui essayaient de se faire une place sur ses joues, mais c’était bien lui, l’homme grand, fort, roux et toujours prêt à rire qui l’avait émerveillée deux mois plus tôt. Elle n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi impressionnant, aventurier et déconcertant. Elle avait l’impression de découvrir une nouvelle vie possible lorsqu’il était devant elle. Elle avait l’impression d’avoir vécu dans un palais fade et terne lorsqu’il lui racontait ses expéditions aux quatre coins du monde.

 

« Pendant une semaine ? souffla-t-elle en imaginant ce qu’il lui proposait.

 

— Ou plus encore. C’est à vous de voir, Miss Lucretia, nuança-t-il. »

 

Son cœur manqua un battement. C’était lui. C’était l’homme pour lequel elle s’était gardée entièrement pure. Toujours pur. Elle n’avait pas bien compris la devise familiale durant toute son enfance et jusqu’à ce qu’elle ait seize ans. Elle avait pris le mot pur, dans son sens corporel, vierge et innocente. Dorea l’avait plus ou moins éclaircie cette année-là en lui demandant si elle fréquentait un garçon. La surprise passée, elle avait avoué que non, qu’elle devait rester pure. Dorea avait ri pendant de longues minutes avant de lui expliquer son erreur de compréhension. Un baiser ne la rendrait pas impure. On ne tombait pas enceinte avec un baiser ? Bien sûr que non Lucretia ! Il faut bien plus pour tomber enceinte. Ah bon… Et que fallait-il ? Le devoir conjugal. Et qu’est-ce que c’était ? Je ne suis pas encore mariée, je ne peux pas te l’expliquer. Ah bon… Pour plus de précaution, mieux valait rester pure entièrement.

 

Mais là… Là, elle s’en fichait. Et puis, de toute façon, cette pureté était inutile à maintenir à présent.

 

Elle se pencha un tout petit peu vers Mr Prewett. Elle n’avait jamais vu ses yeux bleus et ses taches de rousseur d’aussi près. C’était déconcertant. Est-ce que sa barbe allait la piquer ? Non, bien sûr, sinon elle le piquerait aussi. Elle ferma les yeux sans lâcher son emprise sur le tissu de sa robe, alerte au moindre frémissement qui la traverserait.

 

Et oui, c’était doux, comme elle l’avait imaginé. Mais c’était bien plus chaud que ce qu’elle avait pensé. Il lui rendait presque le souffle avec un simple contact. Il lui rendait… sa dignité. Elle avait l’impression d’être à nouveau une femme comme les autres, entière et capable de rendre heureux un homme. Même si elle ne le rendrait heureux qu’une semaine, ce serait déjà une semaine.

 

Il se recula une seconde de sa bouche avant de revenir la caresser du bout de ses lèvres. Mais ce fut une horrible seconde. Ce fut une seconde de trop qui manqua de l’étouffer à nouveau. Elle lâcha les pans de sa robe pour poser ses mains sur le torse chaud de Mr Prewett avec timidité. Elle le pouvait, n’est-ce pas ? Dorea le faisait lorsque Charlus l’embrassait. Ils étaient mariés, eux, d’accord, mais elle le pouvait tout de même… Et puis, Mr Prewett se permettait à son tour de glisser ses mains sur ses épaules et sur ses joues, ce qui lui arrachait une série de frissons de vie. Il commença à se reculer à nouveau, mais elle le suivit en levant un peu plus la tête, et il resta contre sa bouche. Elle sentit même quelque chose d’encore plus chaud que ses lèvres caresser sa bouche et elle hoqueta de surprise, prête à se reculer avant de comprendre que c’était la langue de Mr Prewett qui se glissait entre ses lèvres pour venir toucher la sienne. Son cri de surprise ne sembla pas l’alerter ou l’affoler, et même elle, l’instant de surprise passé, s’émerveilla des frémissements qui agitaient son corps et la rendaient si faible et détendue. Dorea ne lui avait rien décrit de tout ça mais… Mais comme c’était agréable, c’était forcément quelque chose de bon à faire. Elle dut s’éloigner de Mr Prewett et arracher sa langue entremêlée à la sienne pour pouvoir reprendre son souffle.

 

Alors c’est ça un baiser, réalisa-t-elle en fixant Mr Prewett dans les yeux avec fascination. Son torse large et musclé se soulevait et s’abaissait à un rythme plus rapide que d’ordinaire et ses lèvres étaient plus rouges que roses. Ses yeux ne se détachaient pas d’elle, et elle sentait toujours ses mains chaudes et griffées sur ses joues. Il se dégageait de lui une telle assurance, une telle force… Rien, il ne pouvait rien lui arriver lorsqu’elle était dans ses bras. Et elle voulait encore ressentir ce sentiment de plénitude et de sécurité avec un autre baiser. Il le lui accorda aussitôt, encore plus doucement et longuement. Elle avait pensé qu’elle lui accorderait dix baisers et même tout ce qu’elle avait encore, mais elle n’avait rien compris. Elle avait voulu lui donner quelque chose qu’elle ne connaissait pas. Maintenant qu’elle savait ce qu’il en retournait, elle réalisait qu’elle lui avait déjà tout donné, et qu’il avait juste à le lui demander ou à venir le chercher car elle lui appartenait déjà, entièrement.

 

« Miss Lucretia, je… essaya-t-il de parler mais elle avait plus pressant à lui dire.

 

— Je suis vôtre, Mr Prewett. Et quoi que vous décidiez, je suis vôtre pour l’éternité, s’abandonna-t-elle à lui. »

 

Elle osa poser sa joue contre son torse, inspirer à plein poumons cette odeur qu’elle n’attribuait qu’à lui et glisser sa main gantée dans son cou.

 

« Miss Lucretia, il faut tout de même que je vous prévienne, dit-il de sa voix grave et chaude. »

 

Elle ferma les yeux en se sentant enfin à sa place, enfin sereine comme elle ne l’avait pas été depuis plus d’un mois.

 

« Je ne veux pas d’enfant, dit-il d’un ton bourru. »

 

Elle s’éloigna de lui aussitôt, incapable de croire à une coïncidence. Non… Non, Dorea n’avait pas pu oser… alors que…

 

« Elle vous l’a dit, s’horrifia-t-elle en voyant la bouche de Mr Prewett se pincer avec appréhension.

 

— De quoi parlez-vous ?

 

— Dorea vous a dit que… Elle n’avait pas le doit ! Je… Je ne veux pas de votre pitié ! s’exclama-t-elle en éclatant en sanglots. »

 

Elle se faufila loin de ses bras et loin de lui. Comment Dorea avait pu… Elle lui avait fait confiance ! Et sa cousine en avait parlé à la seule personne qu’il ne fallait absolument pas ! Toute infime trace de dignité qu’elle avait cru retrouver lui fut aussitôt arrachée. Elle n’arrivait même plus à se maîtriser comme elle le faisait depuis plus d’un mois. Elle vomissait ses sanglots comme si elle avait pu vomir son corps et en être enfin débarrassée. Elle aurait voulu s’arracher les yeux pour ne plus voir leur pitié, lacérer sa peau jusqu’au sang pour faire s’écouler le mal hors d’elle et se défigurer pour que plus personne ne la regarde.

 

« Miss Lucretia, reprit Mr Prewett à côté d’elle. »

 

Elle se raccrocha malgré elle à lui et pleura à n’en plus pouvoir dans ses bras. Et dire qu’il l’enlaçait pour la première fois parce qu’elle pleurait… Quelle image devait-elle lui donner d’elle ? Que voulait-il d’elle ? Pendant une semaine ? Pendant plus ? Rien. Elle n’avait le droit à rien. Il le faisait parce qu’il avait pitié, parce qu’il n’osait plus reculer, parce que Dorea l’y avait poussé.

 

« Je suis désolée, s’étrangla-t-elle en essayant de calmer sa respiration saccadée et ses sanglots sans fin. Je suis désolée de… mon état actuel et de mon état… corporel et…

 

— Allez, c’est fini, la coupa-t-il. »

 

Elle frissonna à nouveau lorsqu’il posa sa main chaude et rugueuse sur sa joue pour la serrer contre lui.

 

« Comme vous me connaissez, vous savez que je ne connais pas la pitié, Miss Lucretia. Peut-être un peu la compassion, et encore je n’en suis pas certain, reprit-il dans un sifflement grave et rauque. Certes, Dorea m’a parlé, mais… Mais c’est pour le mieux. Charlus m’a dit de ne pas être bourru, mais de vous à moi, je crois que je ne comprends pas ce qu’il veut me dire puisque je suis bourru de nature. Et je ne vous ai pas menti. J’ai trop peu de patience à accorder à un enfant. J’aurais fait un enfant à mon épouse pour elle, non pour moi.

 

— Vous dites cela pour me consoler, protesta-t-elle d’une voix tremblante. Et un jour, vous changerez d’avis.

 

— J’en doute fort, Miss Lucretia.

 

— Vous serez malheureux avec moi car je ne me le pardonnerai jamais, souffla-elle difficilement tant sa gorge était serrée.

 

— Vous n’y êtes pour rien, Miss Lucretia, répondit-il en resserrant ses bras autour d’elle. Il en est de même de mon caractère bourru.

 

— Vous n’êtes pas bourru, vous êtes… emporté et…honnête, corrigea-t-elle en respirant à plein poumons pour s’imprégner de l’odeur de fumée de Mr Prewett et se calmer.

 

— Et vous, vous êtes vive et resplendissante, Miss Lucretia. »

 

Elle releva ses yeux plein d’étoiles vers lui. C’était la première fois qu’un homme lui disait des mots si gentils avec autant de fougue et d’honnêteté. Elle crut même voir ses oreilles rougir avant qu’il ne l’embrasse à nouveau. C’était chaque fois meilleur. Chaque baiser était plus doux et emporté que le précédent, plus chaud et rafraîchissant.

 

« Mr Prewett, reprit-elle avec espoir. Ne me mentez pas car… car je vous aime, et à présent que j’ai entrevu ce que je pourrais vivre pour le reste de mon existence, le jour où vous me quitterez, ma vie sera finie, avoua-t-elle sans le quitter des yeux.

 

— Voyons, Miss Lucretia, ne soyez pas si dramatique, répondit-il avec un sourire grignoté par sa moustache et sa barbe. »

 

Il posa sa main chaude sur sa joue encore humide pour en écraser les dernières larmes.

 

« Je vous le jure, Mr Prewett, insista-t-elle. Je ne veux plus vous quitter un seul instant.

 

— Miss Lucretia, je pars pour la Roumanie dimanche prochain, et je ne rentrerai pas avant au moins six mois, rappela-t-il.

 

— Emmenez-moi avec vous, proposa-t-elle en s’agrippant au col de sa chemise.

 

— Si vite ? s’étonna-t-il, les yeux ronds de stupéfaction. Voyons, ce n’est pas raisonnable. Vous êtes si jeune, vous avez encore tout le temps pour décider ce que…

 

— Je ne veux pas que vous m’oubliiez, le coupa-t-elle avec empressement.

 

— Miss Lucretia, vous me blessez, dit-il en penchant la tête sur le côté, les sourcils froncés avec contrariété. Si vous êtes persuadée qu’il ne me faut que six mois pour vous oublier, c’est que votre opinion de moi est bien médiocre.

 

— Non, ce n’est pas ça, protesta-t-elle.

 

— Et si c’était le cas et que je vous oubliais en six mois, vraiment, je ne vois pas comment vous pouvez espérer être heureuse à mes côtés. J’ai bien plus à craindre que vous. Vous êtes jeune et belle, vous êtes drôle et spirituelle, vous faîtes tourner bien des têtes.

 

— Il n’y a que la vôtre que je veux faire tourner, reprit-elle en se remettant à trembler. Et ce n’est pas de vous dont je doute, mais de moi. Je… Je ne peux vous offrir tout ce qu’une femme doit à un époux, et…

 

— Vous avez plus que beaucoup d’autres femmes, Miss Lucretia, la coupa-t-il. Cessez de vous dévaloriser de la sorte, voulez-vous. Vous êtes toujours la même jeune fille que j’ai rencontrée deux mois plus tôt au mariage de mon meilleur ami. Vous n’êtes pas un moyen pour moi, mais une fin.

 

— Une fin ? s’étonna-t-elle.

 

— Vous n’êtes pas l’intermédiaire entre moi et une progéniture, expliqua-t-il en caressant sa joue du dos de sa main. Vous êtes la finalité de ce pourquoi je suis devant vous. »

 

Elle sentit à nouveau ses yeux se remplir de larmes. Il voulait d’elle, il voulait juste d’elle. Et elle, elle ne voulait plus rien d’autre que lui. Elle se mit sur la pointe des pieds pour enfouir son nez dans son cou et coller entièrement son corps au sien. C’était… C’était mieux que ce qu’elle s’était imaginé. Tout son corps se détendait et se fondait au sien, il était fait pour l’accueillir et la tenir contre lui pour toujours.

 

« Vous êtes le seul à réussir à me faire vivre avec quelques mots alors que je me sens si morte au fond de moi, confessa-t-elle en nouant ses bras dans sa nuque. Laissez-moi partir avec vous, Mr Prewett, je vous en supplie, expira-t-elle. »

 

Elle sentit ses grandes mains s’enfoncer dans sa chair, l’une dans la peau tendre de son cou, l’autre dans sa taille affinée par le bustier. Elle pouvait entendre son souffle frémir à son oreille et se perdre dans sa nuque. Elle sentait son large torse se rapprocher encore plus de sa maigre poitrine à chacune de leurs inspirations synchrones.

 

« Je manquerais à tout honneur si je vous emmenais avec moi sans vous épouser, finit-il par dire.

 

— Demandez-moi de vous épouser alors, osa-t-elle dire en se blottissant encore plus contre lui.

 

— Vous êtes si jeune… répéta-t-il en glissant la main qui était restée sur sa nuque dans ses cheveux. 

 

— Je ne le resterai pas longtemps… s’il vous plaît, Mr Prewett, insista-t-elle une ultime fois. »

 

Elle n’avait plus de force. S’il la repoussait encore une fois, elle abandonnerait tout. Elle n’arrivait plus à rester au 12, Square Grimmaurd plus de quelques heures consécutives sans avoir l’impression d’étouffer. Elle ne supportait plus de voir son père être aux petits soins avec sa mère après ce qu’il leur avait fait, à elle et sa mère. Car selon les grimoires qu’elle avait lus, sa mère avait dû souffrir le martyr le jour maudit où Lucretia avait été réduite à rien. Et puis, Dorea ne tarderait plus à avoir un bébé, et Lucretia ne voulait pas ressentir à nouveau de la jalousie pour elle.  

 

« J’ai une vie assez rustique, Miss Lucretia, la prévint-il. »

 

Il ne refusait plus. Et c’était tout ce dont elle avait besoin pour le convaincre tout à fait.

 

« Et ceci me plaît, Mr Prewett. Je ne veux pas passer ma journée à colporter des rumeurs avec une tasse de thé dans la main. Je ne veux pas non plus organiser des réceptions qui deviendront le lieu de l’hypocrisie ni…

 

— Miss Lucretia, je ne parle pas de ceci, la coupa-t-il en la gardant dans ses bras. Vous voyez ma vie comme une aventure, mais je crains que vous ne la trouviez monotone et que vous vous ennuyiez. La réserve a besoin de ses Dragonologues de neuf heures à dix-huit heures chaque jour, sans oublier les gardes nocturnes et celles du week-end.

 

— J’apprendrai, j’apprendrai tout ce que je dois savoir, et vous m’apprendrez le reste, s’empressa-t-elle de le rassurer. »

 

La barbe de Mr Prewett la chatouilla lorsqu’il posa un baiser sur son front, mais elle ne bougea par pour autant.

 

« Voyons, il doit être neuf heures, non ? reprit-il en l’éloignant de lui pour la fixer dans les yeux. Disons que je vais passer la journée ici, avec vous et Dorea, et que ce soir, si vous n’avez pas changé d’avis, j’accompagnerai Charlus et Dorea chez vos parents pour leur demander votre main. »

 

Elle se jeta dans ses bras en riant comme une démente. C’était un rêve, ce n’était pas possible. L’homme qu’elle aimait depuis deux mois, le seul qui ait jamais éveillé chez elle une quelconque admiration ou intérêt, la demandait en mariage ? Alors qu’il savait qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants ?

 

« C’est une promesse ? ne put-elle s’empêcher d’insister.

 

— J’en ai tout l’impression, marmonna-t-il en souriant dans sa barbe.

 

— Vous faites de moi la plus heureuse des femmes, répondit-elle en retournant dans ses bras. Oh Mr Prewett, si vous saviez comme j’ai rêvé de ce moment et… et rien n’était à la hauteur de l’instant et de l’émotion qui me traverse ! C’est… C’est comme si mon cœur allait exploser tant il bat vite, bafouilla-t-elle dans ses bras en se remettant à pleurer. »

 

Mais à présent, elle pleurait de joie et de soulagement mêlés. Elle n’aurait plus à attendre, ou une petite dizaine d’heure seulement, plus rien d’insurmontable.

 

« Il va falloir cesser de pleurer, Miss Lucretia, se moqua-t-il gentiment. »

 

Elle continua de pleurer mais en riant cette fois. Toute concentrée qu’elle était sur les yeux, puis sur la bouche de Mr Prewett pressée contre la sienne, elle manqua le grincement de la porte de la salle à manger. Ce ne fut que le petit hum hum de Dorea qui lui fit remettre une distance convenable entre elle et Mr Prewett.

 

« Est-ce que je dois te mettre dehors pour avoir fait pleurer ma cousine, Ignatius, ou te remercier de lui avoir rendu le sourire ? demanda-t-elle en croisant les bras devant elle. »

 

Et elle était sérieuse, en plus, puisque ses yeux se plissaient avec inquiétude un instant, puis tressauter sous l’amusement la seconde d’après. Dorea avait toujours été à côté de la baguette. Certes, elle était plus belle que beaucoup d’autres femmes, elle avait un maintient et un port de tête presque royaux et une tenue toujours parfaite quoiqu’un peu sombre pour ne pas inquiéter, mais elle était toujours dans ses idées bizarres de Magie Antique, de Vieille Magie ou de Magie Noire. Et puis, elle était glaciale, en permanence : pas un sourire en dehors de chez elle. C’était assez impressionnant. Parfois, Lucretia se demandait ce que Charlus, qui était quelqu’un de vraiment expressif, bon public et qui riant pour un rien avait pu trouver à sa cousine. Puis elle voyait Dorea dans les bras de Charlus, et là, quelque chose prenait du sens. Dorea souriait et dégelait, Charlus se calmait et cessait de trépigner.

 

« Il conviendrait plutôt de nous féliciter, souffla Lucretia en se sentant rougir de plaisir.

 

— Miss Lucretia, reprit Ignatius à un mètre d’elle, avec une légère trace de reproche dans la voix. Nous avons convenu que vous me donneriez votre réponse définitive ce soir avant votre retour chez vos parents.

 

— Préparez-vous à parler à mon père ce soir, Mr Prewett, dit-elle avec légèreté en se tournant vers Dorea. Je t’en veux tout de même d’avoir parlé à Mr Prewett, ajouta-t-elle en sentant à nouveau son ventre se faire froid.

 

— Ceci m’est égal, ne trouva qu’à répondre Dorea avec un haussement d’épaules, puisque tu es heureuse. Et ton père sera facile à convaincre, sauf si Theophilius lui a retourné le cerveau, ajouta-t-elle en grimaçant.

 

— Theophilius ? Que veut-il, celui-là ? s’étonna-t-elle. »

 

Son petit-cousin était bizarre. Disons, plus bizarre que Dorea. Et puis un peu cinglé sur les bords aussi. Elle suivit Dorea jusqu’à la cuisine où elle remplissait une théière d’eau et envoyait trois tasses au salon.

 

« Alors ? insista-t-elle puisqu’elle avait l’habitude que Dorea oublie de finir ses discussions.

 

— Il a pour projet de t’épouser, lui dit distraitement Dorea en passant devant elle et Ignatius pour aller au salon.

 

— Pardon ? s’étonna-t-elle en même temps qu’Ignatius, tout en la suivant en trottinant. Mais… d’où ?

 

— Tu me demandes encore ce qu’il se passe dans la tête de Face-de-Rat ? s’étonna Dorea en s’asseyant sur le canapé du salon. Il est stupide, et il ne comprend pas que toi ou moi pouvons ne pas avoir une once d’intérêt pour lui, c’est tout, dit-elle en ouvrant une boîte contenant des biscuits anglais. Et puis, Ignatius, ce n’est pas vraiment au père de Lucretia auquel tu dois t’adresser, mais à son grand-père… Au deux en fait, se corrigea pensivement Dorea.

 

— Deux pour le prix d’un, magnifique, marmonna Ignatius en se laissant tomber dans l’un des deux fauteuils.

 

— Et puis, je suppose que tu dois partir en Roumanie… Donc vous comptez célébrer le mariage à ton premier retour, non ? continua Dorea en servant le thé. 

 

— Avant qu’il ne parte, Dorea. Je veux partir avec lui, insista Lucretia pendant que Dorea faisait déborder l’eau chaude de la tasse.

 

— Morgane, bafouilla-t-elle en tirant maladroitement sa baguette pour nettoyer les dégâts. Mais tu veux vraiment que ton grand-père Kedavarise Ignatius !

 

— Grand-père s’en fiche tant que je suis heureuse, protesta Lucretia.

 

— Tu surestimes Oncle Sirius, Lucretia, répliqua Dorea avec un rire jaune que Lucretia ne lui avait jamais vu. Tu… Je te soutiendrai bien sûr, mais attends-toi à devoir patienter les quatre mois traditionnels.

 

— Je ne peux pas ! protesta-t-elle. »

 

Elle ne pouvait plus vivre dans la même maison que son père et elle ne pouvait pas espérer être heureuse loin de Mr Prewett. Il était le seul à réussir à la guérir avec des mots, le seul à pouvoir la consoler avec des baisers et des étreintes.

 

Dorea soupira en levant les yeux au ciel, clairement agacée. Lucretia ne l’avait pas souvent vue perdre patience avec elle de manière aussi flagrante.

 

« Commence par grandir si tu veux te marier, cassa Dorea avec mauvaise humeur.

 

— J’ai dix-neuf ans, et je suis une adulte, je…

 

— Non, tu n’as pas un comportement d’adulte, la coupa Dorea avec humeur. On n’obtient pas tout ce qu’on veut dans la vie. Il faut apprendre à faire avec ce qu’on a, et non avec ce qu’on veut sinon…

 

— C’est à moi que tu dis cela ? s’exclama Lucretia en sentant à nouveau un courant d’air glacé traverser son abdomen. Je sais très bien que je n’aurais jamais tout ce que j’aurais voulu, ne t’inquiète pas. Je vais demander une dernière chose à mon père et mon grand-père, et puis je ne leur demanderai plus rien. »

 

Dorea la regardait avec contrariété et abattement à la fois. Lucretia jeta un coup d’œil à Ignatius qui lissait distraitement sa barbe du bout des doigts, comme d’habitude, avec un sourire en coin sous son nez busqué. Il semblait plutôt amusé par la situation, alors que Lucretia ne voyait pas ce qu’il y avait de drôle là-dedans, absolument pas.

 

« Viens alors, conclut Dorea en se levant.

 

— Pourquoi ? râla Lucretia sans bouger du fauteuil.

 

— Il va bien falloir que je t’apprenne à cuisiner un minimum, répliqua Dorea de la même manière. »

 

Lucretia sourit largement à Mr Prewett en se levant. Elle attendit que Dorea soit sortie de la pièce pour s’asseoir sur ses genoux et se blottir contre lui, toute frissonnante. Elle n’aurait jamais pensé à apprendre à cuisiner deux mois plus tôt. Mais effectivement, c’était indispensable pour vivre avec Mr Prewett. Elle courut rejoindre Dorea avec impatience. Dorea lui apprendrait tout ce qu’il fallait, comme elle l’avait fait toutes ces années.

 

« Eh Dorea, souffla-t-elle une fois à côté d’elle dans la cuisine. Tu vas enfin pouvoir m’expliquer ce qu’est le devoir conjugal, n’est-ce pas ? dit-elle avec impatience. »

 

La moue de Dorea, accompagnée d’un rougissement fulgurant fit rire aux éclats Lucretia. Enfin un rire, depuis des semaines.

 

.

 

.

 

Ignatius était monté dans la chambre d’amis de Charlus pour rattraper la nuit qu’il avait passée à attendre son train à King Cross. Lucretia s’était enfermée avec Dorea dans la cuisine une bonne dizaine de minutes plus tôt lorsqu’il s’était permis de le faire. Charlus devait être au stade en train de s’entraîner, et il avait besoin d’éclaircir un peu ses pensées… si bien que finalement il ne dormait pas encore.

 

Il avait agi sur un coup de tête. Oh, il ne regrettait pas son engagement, puisqu’il avait songé assez de fois ces temps-ci à parler en ces termes à Lucretia. Elle était plutôt une évidence pour lui. Il n’avait jamais été amoureux, en vingt-cinq ans d’existence. Il avait longtemps pensé que c’était surfait et l’entêtement que mettait continuellement Charlus à « tomber amoureux » et à se traîner par terre à cause d’une nana, l’avait assez refroidi. Il l’avait trouvé risible un nombre incalculable de fois à se mettre dans des états pas possibles pour Ailen, pour Natalia, pour Nina et Esméralda Garcia. Surtout pour la dernière. Même la façon dont il regardait Dorea était stupide. S’il avait bavé en même temps, personne n’aurait été surpris. Charlus était stupide à chercher en permanence à faire s’offusquer sa femme. Il était stupide lorsqu’il la regardait. Et il était stupide lorsqu’il parlait d’elle. Les quelques lettres qu’il avait reçues de son ami lorsqu’il était en Amazonie et au Mexique entre septembre et décembre avaient contenu au moins pour moitié des descriptions de Dorea. Il était tellement niais, encore plus qu’avec les autres nanas qu’il avait fréquentées. Et pourtant, même si Dorea était la mieux parmi toutes celle que Charlus lui avait présentées, il n’y avait pas de quoi se mettre dans des états pareils. D’accord, elle n’était pas toujours aussi glacée que le voulait le surnom qu’elle trainait depuis Poudlard, mais elle n’était pas la joie de vivre non plus. Lucretia en revanche…

 

Lucretia avait incarné la joie de vivre selon Ignatius. Il n’avait jamais vu une nana aussi vive et distinguée à la fois que Lucretia Black. C’était un savant mélange et un équilibre parfait qui ne pouvait que retenir l’attention. Il y avait avec cela une innocence et une bonté qu’il n’avait pas souvent observées chez une nana de cet âge-là. Elle avait tout pour elle et lui ne pouvait que trouver ce tout à son goût, surtout en remarquant qu’elle n’accordait cet empressement qu’à lui seul et qu’elle aimait autant les animaux fantastiques que lui. Puis à force de se heurter à de l’indifférence, il avait été obligé de croire que c’était l’alcool et uniquement l’alcool qui lui avait fait adopter un comportement si… intéressé ? aguicheur ? Non, c’était un terme trop fort, mais l’idée était là. Il avait cru voir des signes, Charlus avait plus ou moins confirmé avec moquerie, si bien qu’Ignatius n’avait pas bien su quoi croire, avant que Dorea ne s’en mêle. Et en même temps, Lucretia devenait de plus en plus froide et distante… sans pour autant manquer un seul des dîners chez Dorea et Charlus auxquels elle savait qu’il était convié.

 

Elle était stérile. Et c’était pour cette raison que quelque chose s’était brisé dans son corps. Elle était toujours gracieuse et raffinée, mais il n’y avait plus une seule trace de cette joie qui lui donnait cet air resplendissant et émerveillé avec ses immenses yeux gris.

 

Égoïstement, ceci l’avait momentanément arrangé, puisqu’il ne supportait pas les marmots, avant de voir tout le mal que cette incapacité faisait à Lucretia. Il avait eut l’impression qu’elle s’étouffait avec ses sanglots, que sa douleur la rongeait de l’intérieur et ce, de manière physique. Il avait cru perdre la faculté de parler lorsqu’elle s’était effondrée dans ses bras, comme un oiseau tombé du nid. Il n’aurait jamais pu imaginer la voir dans cet état un jour, alors qu’elle lui était apparue si resplendissante la première fois. Il n’avait pas eu pitié, il ne savait même pas bien ce qu’était la pitié. Il avait plutôt été extrêmement accablé de voir à quel état elle était réduite à cause de cette situation. Surtout que, d’accord elle était malheureuse de ne pas pouvoir avoir d’enfants, mais il savait que ceci allait au-delà de ce simple fait. Il savait bien qu’on répétait souvent aux nanas de se marier et d’avoir des enfants. C’était une sorte de… passage obligé, de carcan et de normes, surtout dans les grandes familles sorcières. Souvent, ceci le fâchait. Il avait l’impression d’avoir un élevage de Fléreurs ou de chouettes devant lui. Et ça finissait avec des mariages déséquilibrés et malheureux, des enfants déséquilibrés et malheureux et toute une société pourrie par des vieilles femmes aigries et des gamines avides de Gallions et de princes charmants. Comme sa mère et sa sœur Muriel, par exemple.

 

Au moins, Lucretia pouvait être sûr qu’il la voulait elle pour… elle, et non pour une autre raison. Et puis, de la même manière, il savait qu’elle le voulait lui pour lui-même.

 

Mais il avait tant eu l’impression que son corps allait se casser en deux entre ses bras… qu’il n’avait pas pu lui dire qu’il voulait attendre qu’elle ait vingt ans, qu’elle soit sûre d’elle et qu’ils s’écriraient tous les jours d’ici là. Il ne pouvait pas lui donner l’impression qu’il hésitait… puisqu’il n’hésitait pas pour lui. Il voulait seulement qu’elle ne se décide pas sur un coup de tête. Elle lui avait fait des déclarations grandiloquentes, magnifiques et attendrissantes, et à nouveau pleines de vivacité et d’enthousiasme. Il n’avait pas vraiment su comment la consoler autrement qu’en accédant à sa demande. Changer d’air lui ferait du bien de toute façon.

 

.

 

« C’est plutôt facile, commenta Lucretia en regardant le magnifique gratin à la courgette que Dorea lui avait fait faire. »

 

Elle avait voulu faire des choux à la crème aussi. Dorea avait refusé avec affolement, mais Lucretia n’en avait fait qu’à sa tête. Dorea exagérait, ça n’avait pas été si difficile. Il fallait faire ses sortilèges précisément et ne pas se déconcentrer devant la cheminée, c’était tout. Mais quand on savait que Lucretia était repassée secrètement derrière chaque broderie que Dorea avait dû faire pour son mariage, on pouvait comprendre : Dorea n’était pas faite pour les sortilèges ménagers, mis à part l’Evanesco qu’elle maîtrisait à la perfection, et qui faisait parfois défaut à Lucretia.

 

« C’est bon, j’ai compris, c’est moi qui suis inapte aux sortilèges culinaires, marmonna Dorea en quittant la cuisine. »

 

Lucretia pouffa discrètement. Dorea détestait ne pas réussir quelque chose. Et surtout que quelqu’un en soit témoin. Elle trouva les assiettes et les couverts dans les placards et les emporta jusqu’à la salle à manger. Dorea tint à dresser la table elle-même, et elle le fit comprendre à Lucretia d’un regard noir. Lucretia abdiqua et préféra gagner le salon pour retrouver Mr Prewett. Il n’était pas là. Il avait pourtant dit qu’il serait avec elle tout le temps durant ces sept jours ou cent soixante-huit heures… sauf lorsqu’il dormirait. C’est qu’il avait dû monter dormir dans la chambre d’amis de Charlus. Elle rougit rien qu’à l’idée qu’il soit dans les draps dans lesquels elle s’était couchée cette nuit. Et dire que dans une semaine, elle pourrait être avec lui, dans ce lit… Il la verrait en robe de chambre. Elle pourrait lui montrer la longueur de ses cheveux, elle pourrait lui prendre le bras en public, l’embrasser autant qu’elle le voudrait et même, partir avec lui en Roumanie. Il lui montrerait des dragons. Elle s’occuperait de leur maison et de lui.

 

« Dorea, l’appela-t-elle en retournant dans la salle à manger. Je crois que Mr Prewett est monté dormir.

 

— Laisse-le tranquille, se moqua Dorea. Ce n’est pas parce qu’il t’a demandée en mariage qu’il passera tout son temps avec toi, Lucretia. Il a veillé toute la nuit en attendant son train qui n’est jamais passé et puis il a un métier qui lui prend beaucoup de temps.

 

— C’est long de s’occuper d’une maison ? demanda Lucretia en s’asseyant à table pour discuter avec Dorea.

 

— Oui c’est long, mais ça ne te prendra pas toute la journée non plus, lui expliqua gentiment Dorea en s’asseyant à son tour. Et puis, tu habiteras avec lui sûrement à la Réserve de Dragons. Il a dit à Charlus un soir qu’il aurait une maison de fonction là-bas. Une pièce à vivre avec cuisine au rez-de-chaussée et une chambre à l’étage.

 

— D’accord, mémorisa Lucretia avec attention. Et pour le linge, comment dois-je faire ?

 

— Soit il y aura une laverie à la réserve, ou bien une blanchisserie à l’écart ou encore un lavoir.

 

— Un lavoir ? s’étonna Lucretia.

 

— Apprend le sortilège au cas où, c’est utile quand la blanchisserie est fermée, marmonna Dorea. »

 

Dorea marmonnait beaucoup depuis qu’elle était mariée tout de même. Tante Violetta ne serait pas enchantée de l’apprendre. Mais vu l’attitude désinvolte de Charlus, ce n’était pas si étonnant à la réflexion. Elle souriait un peu plus aussi, même quand elles s’étaient retrouvées à la librairie bondée de Fleury & Bott.

 

« Quoi d’autre ? demanda Lucretia. »

 

.

 

Une petite sieste, il n’y avait que ça de vrai. Ignatius se sentait revigoré après une soirée passée dans le froid de la gare londonienne. Le quai 7 ½ était particulièrement soumis aux vents. Il s’étira en grognant et sauta sur ses pieds. Il y avait une odeur particulièrement tenace de coquelicot dans cette pièce… Miss Lucretia devait y dormir plus fréquemment que ce qu’il avait pensé. Elle y avait dormi la veille, il s’en souvenait à présent et… est-ce que c’était un de ses bas qui était tombé de la chaise ? Et… Merlin, est-ce que c’était un… dessous à elle sur la chaise ??

 

« Argh, les nanas, marmonna-t-il. »

 

Pourvu qu’elle ne soit pas désordonnée. Il n’aurait pas la patience de passer derrière elle pour tout ranger. Carley leur racontait souvent à Poudlard combien sa sœur Emily était bordélique, pour reprendre ses mots. Et comment plusieurs fois, il était tombé sur des affaires à elle. La goutte d’eau avait fait déborder le vase lorsqu’il avait marché sur ses aiguilles de couture et qu’il avait dû aller aux urgences moldues pour se faire enlever les 17 aiguilles plantées dans son pied.

 

Il enfonça ses mains dans ses poches à la recherche de sa montre à gousset pour regarder l’heure, mais tomba à la place sur un anneau qu’il connaissait bien.

 

.

 

« On devrait peut-être aller réveiller Mr Prewett ? demanda pour la dixième fois Lucretia en entendant la pendule sonner dix-sept heures.

 

— Laisse le dormir, Lucretia, martela Dorea en avançant l’une de ses pièces d’échecs. Il est fatigué et en plus, il va devoir parler à ton grand-père : laisse-le prendre des forces. J’ai demandé à Oncle Sirius pour que Charlus et moi puissions venir manger avec celui qui fut notre témoin lorsque nous te raccompagnerons. Il a accepté. S’il n’est plus persuadé que tu es une enfant, il doit se douter de quelque chose. Je suppose que tu leur as un peu parlé d’Ignatius, non ?

 

— Un peu le mois dernier, oui, reconnut Lucretia. Mais je… Je ne passe plus beaucoup de temps là-bas, tu le sais bien. J’ai passé le plus clair de mon temps chez toi ou dans la famille de ma mère ces temps-ci.

 

— Il doit se douter d’autant plus que tu fréquentes quelqu’un, lui assura Dorea.

 

— Mais il est dix-sept heures à présent, peut-être que…

 

— Lucretia, soupira Dorea en se laissant tomber dans le fond du fauteuil. »

 

Lucretia ne renchérit pas… non parce que Dorea avait eu gain de cause, mais parce qu’un anneau en or volait devant son nez. Elle leva la main pour l’attraper et remarqua trois pierres montées sur l’anneau : une rose, une mauve et une bleue. Elle tourna la tête vers la porte du salon et retrouva le demi-sourire caché par une moustache d’Ignatius Prewett. Elle sauta sur ses pieds en serrant l’anneau le plus fort possible dans sa main.

 

« Qu’est-ce que c’est ? ne trouva-t-elle qu’à demander en sentant tout son corps frémir pour qu’elle puisse se retenir de courir partout sous le coup de la joie.

 

— Un anneau, marmonna Ignatius en appuyant son bras droit contre l’encadrement de la porte après avoir croisé les bras devant lui.

 

— Mr Prewett, s’amusa-t-elle en pouffant comme une idiote. Est-ce que c’est ce que je pense ?

 

— Et à quoi pensez-vous, Miss Lucretia ? insista-t-il sans détourner son regard bleu.

 

— Qu’en fait, vous n’avez pas dormi, mais que vous êtes sorti acheter une bague de fiançailles, dit-elle avec un rire encore plus débile.

 

— Et vous avez tout faux, Miss Lucretia, se moqua-t-il. Je suis monté dormir à l’étage, dans la chambre d’amis, que vous n’avez pas tout à fait rangée, ajouta-t-il plus bas et elle se rappela de son sac ouvert au milieu de la pièce. Et j’ai cette bague depuis le jour où Charlus m’a dit qu’il ne fallait pas faire une demande en mariage sans bague. »

 

Depuis le jour où… Mais… Depuis combien de temps pensait-il à…

 

« Vous… ne réussit-elle qu’à dire tant sa gorge était serrée. »

 

Mais elle n’était pas serrée à cause du poids du chagrin. Sa gorge était serrait tant le bonheur l’étouffait.

 

« Depuis deux semaines, répondit-il dans sa barbe. »

 

Deux semaines… Non, c’était impossible. Elle avait refusé dix fois de danser avec lui avant d’accepter parce que Charlus se moquait d’elle en disant qu’elle ne savait pas danser et que c’était la raison pour laquelle elle refusait.

 

« J’ai ramassé la pierre rose au Chili, la mauve au Mexique et la bleue en Inde, reprit-il. Ce sont vos couleurs préférées, non ? Vous les portez tout le temps et… »

 

Elle lui avait sauté dans les bras, l’anneau tenu si fermement qu’il s’enfonçait dans la paume de sa main. Un anneau rien qu’à elle. Une bague de fiançailles unique. Elle se rappelait du solitaire d’un classicisme ennuyeux que portait Charis et qui était apparemment la crème de la crème pour une bague de fiançailles. La bague de Dorea était immonde, mais elle était tout ce qui plaisait le plus à Dorea et elle était également unique.

 

« Vous acceptez de me l’enfiler tout de suite où je dois encore attendre ? ne trouva-t-elle qu’à pleurer.

 

— Miss Lucretia, je vous ai dit qu’il ne fallait plus pleurer, ne trouva qu’à se moquer Mr Prewett, rouge comme une écrivisse. »

 

Elle se détacha de lui en le voyant jeter un coup d’œil à Dorea qui avait détourné pudiquement le regard. Comment sa cousine pouvait-elle être encore pudique en étant mariée à quelqu’un comme Charlus ? Ceci la dépassait. Elle ouvrit la main et laissa la bague s’élever entre eux. Ignatius la cueillit au vol, prit sa main délicate entre ses gros doigts de Dragonologue et glissa le petit anneau à son annulaire.

 

« Maintenant, vous ne pouvez plus vous défiler, Mr Prewett, le taquina-t-elle.

 

— Tu devrais enlever cette bague tant que tout n’est pas signé, Lucretia, commenta à mi-mot Dorea.

 

— Et pourquoi ? J’ai dit oui, protesta-t-elle.

 

— Parce que ton grand-père aura l’impression d’être mis devant le fait accompli, ceci ne lui plaira guère, ajouta Dorea.

 

— Grand-père n’est pas ton père, insista Lucretia.

 

— Ton grand-père reste un homme, et c’est en plus le chef de la Maison des Black. Écoute mon conseil, s’il te plaît, insista Dorea en pinçant les lèvres. »

 

Elle n’avait peut-être pas tord. Dorea parlait aux hommes en tant que femme et non en tant qu’enfant depuis plus longtemps qu’elle. Elle devait mieux les connaître.

 

« Je vais remettre mes gants de toute façon, dit-elle distraitement en regardant l’anneau à sa main gauche. »

 

Il était à côté de sa chevalière à l’effigie de la Maison des Black. Les pierres attiraient la lumière à elles pour l’éclater en leur cœur. C’était vraiment une belle bague, raffinée et élégante. Et unique. Le ventre de Mr Prewett gargouilla à cet instant. Lucretia pouffa de rire et l’attrapa par le bras pour le tirer dans la salle à manger.

 

« C’est moi qui ai tout fait, précisa-t-elle. Dorea m’a seulement guidée. Dites-moi, Mr Prewett, j’espère que vous aimez la tarte à la courgette et les choux à la crème.

 

— J’adore les choux à la crème, Miss Lucretia, lui assura-t-il. »

 

Elle lui servit une généreuse part du gratin et remplit son verre d’eau avant de s’assoir à côté de lui sur la grande table. Elle entendit vaguement Dorea venir dans le couloir et se précipita sur la porte pour la fermer. Elle s’appuya dessus pour empêcher Dorea de la rouvrir. Elle savait que ça ne se faisait pas, mais elle avait bien trop envie d’être en tête à tête avec Mr Prewett. Et puis, il était son fiancé, ce n’est pas non plus scandaleux.

 

« Dites-moi quels plats vous aimez, Mr Prewett, lui demanda-t-elle en verrouillant la porte avec un sortilège. Il faut que j’apprenne à les faire. »

 

.

 

Là, Ignatius était un peu déstabilisé. Ce n’était pas nouveau que Lucretia minaude avec lui. Il se sentait après tout assez flatté de voir toute l’attention qu’elle lui accordait. Et puis, il aimait que sa voix se fasse douce et un peu aigue lorsqu’elle lui parlait. Il voyait qu’elle l’admirait au moins autant qu’elle l’aimait. Il n’était pas stupide. Mais là, elle se comportait déjà comme s’ils étaient mariés.

 

« Les pommes de terre à l’eau ? proposa-t-il avec hésitation. »

 

La poignée de la porte de la salle à manger cessa de s’agiter et seules des menaces de Dorea leur parvinrent étouffées.

 

« Euh… d’accord, approuva Lucretia après un froncement de sourcil. Et puis ?

 

— Le lard grillé, ajouta-t-il. »

 

C’était souvent avec ceci qu’il s’était nourri ces dernières années, dans son quinze mètres carrés de Pré-au-Lard (mais au moins, il avait les moyens de louer un immense jardin pour y installer ses animaux).

 

« Mais Mr Prewett, vous n’êtes plus célibataire, j’aurai le temps de vous servir de vrais repas, lui dit-elle gentiment en s’asseyant à côté de lui. »

 

La porte s’ouvrit sur Dorea au même instant.

 

« Attention Lucretia, je peux encore changer d’avis et ne pas te soutenir bec et ongles devant ton grand-père, la prévint Dorea d’une voix alourdie par la menace.

 

— Et moi, je peux raconter à ma mère ce que tu m’as dit dans la cuisine tout à l’heure, répliqua Lucretia en lui faisant signe de sortir. »

 

Dorea vira au rouge carmin sous le sourire suffisant de Lucretia. Ignatius la vit s’installer au bout de la table avec un livre en marmonnant qu’elle ne raconterait plus rien à Lucretia tant qu’elle ne serait pas mariée. Ignatius préféra ne pas chercher à comprendre et écouter Lucretia lui parler des plats qu’elle aimait manger en dévorant ce gratin aux courgettes qui était bien meilleur que celui de Dorea.

End Notes:

J'attends vos avis avec impatience :) A très vite j'espère !

Complications by Juliette54
Author's Notes:

Un petit retour au 12, Square Grimmaurd est prévu en cours de chapitre... L'ambiance va vite refroidir. 

Merci Ayli et PurplePink pour vos reviews <3

Chapitre 2 : Complications

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La discussion avait dévié sur tous les animaux qu’Ignatius avait soignés dans sa vie. Son Fléreur devait se promener dans Flaquemare depuis ce matin, son hibou devait être arrivé en Roumanie à l’heure actuelle, chargé de la lettre d’excuse à l’intention du directeur de la Réserve de Dragons, et son Botruc n’avait pas quitté son chapeau. Il avait décidé de laisser une partie de ses animaux chez ses parents, et d’en donner une autre partie car il ne voulait pas leur faire traverser la moitié de l’Europe en train. Il n’avait pas pu se séparer d’une troisième partie qui était dans sa malle. Dans votre malle ? s’était exclamé Lucretia. Tous les Magizoologues dignes de ce nom ont une malle pour leurs animaux, Miss Lucretia, s’était-il contenté de dire avant qu’elle n’insiste pour voir ladite malle.

Et donc, voilà qu’il se retrouvait à lui présenter les quelques animaux qu’il n’avait pas relâché ou qu’il n’avait pas donné avant de partir en Amérique du Sud. Là, elle était en train de caresser Harvey l’Augurey qui ne pleurait pas. La pluie n’était donc pas pour tout de suite.

« Harvey est si doux ! se réjouissait-elle. Je ne comprends pas pourquoi les gens ont peur des Augurey, ils ont l’air si affectueux !

— Euh… ouais, marmonna-t-il en posant sa main dans le bas du dos de Lucretia pour la faire avancer. Leur cri est plutôt effrayant.

— Ils crient lorsqu’il va pleuvoir, c’est cela ? »

Il lui grimaça un sourire, heureux d’avoir enfin trouvé quelqu’un d’extérieur à ses collègues qui s’intéressait vraiment aux animaux magiques.

« Hum, approuva-t-il. Baissez-vous ! lui ordonna-t-il. »

Une volée de Billiwigs passa au dessus de leur tête, faisant éclater de rire Lucretia. Il se releva pour regarder la direction qu’avait prise l’essaim, et aperçut la tête de Charlus à côté de celle de Dorea.

« Tu sais vraiment pas draguer, Prewett ! lui lança son meilleur ami depuis l’extérieur de la malle.

— Va te faire voir, Potter, grogna-t-il avant d’attraper Lucretia par le coude pour l’éloigner des plantes carnivores. Remontons. Je vous présenterai aux autres animaux plus tard (Dirico, Focifère, Jorbabille, Verlieu, Lutin, Moke, Pimply, Rémora).

— Quand nous serons en Roumanie, Mr Prewett, nous pourrons les laisser en liberté dans un jardin, non ? lui demanda-t-elle avec enthousiasme. »

Il aimait vraiment qu’elle ne le regarde pas comme s’il était fou ou bizarre. C’était assez rare. Souvent, la première réaction était un mouvement de recul à la vue de Buzz son Botruc qui s’était aménagé une chambre dans son chapeau pointu. Au mariage de Charlus, Miss Lucretia s’était simplement attendrie et avait tendu son petit doigt à Buzz pour lui serrer la main. Personne n’avait fait ça spontanément. Pas même Charlus.

« Mr Prewett ? répéta-t-elle. »

Et c’était un vrai soulagement de la voir à nouveau sourire. Il y avait toujours un peu de retenue dans son attitude, mais ses grands yeux brillaient à nouveau.

« Pardon, euh, sûrement, il faudra aménager le jardin, marmonna-t-il. »

Il allait emménager avec une femme. Sa femme, plus précisément. Ceci l’inquiétait un peu, à la réflexion. Il avait l’habitude d’organiser ses affaires et son appartement comme il en avait envie. Il avait travaillé les deux dernières semaines de janvier au Ministère pour remplacer cet abruti d’Ulric Soliloque qui avait tout plaqué (y compris Miladora Edgecombe) pour partir en Asie. Edgecombe l’avait fait revenir en catastrophe, malheureuse et dépassée par les évènements. Il avait bien négocié son salaire, et il n’avait en plus jamais été autant respecté au Département de Régulation des Créatures Magiques que durant ces deux semaines. Aberdeen lui avait même dit qu’Edgecombe lui faisait à présent les yeux doux. Ben voyons. Ils se sautaient tous dessus dans ce département. De vrais animaux.

« C’est vrai que vous n’avez jamais été en Roumanie encore… se souvint Lucretia en commençant l’ascension hors de la malle.

— J’y suis allé à ma sortie de Poudlard, pendant six mois, puis j’ai passé six mois en Inde et six mois en Afrique Subsaharienne, l’informa-t-il en montant l’échelle à sa suite.

— Vous me l’avez déjà dit, mais oui, où ai-je la tête ? demanda-t-elle en riant. Vous comptez rester combien de temps auprès des dragons ?

— Je ne suis plus le seul à prendre la décision, marmonna-t-il en se sentant rougir. »

Il put entendre à nouveau l’éclat de rire de Lucretia. Comment est-ce qu’une nana de dix-neuf ans pouvait le faire rougir comme un gamin ? C’était risible.

« Bon Dieu, Prewett, j’ai joué comme un pied toute la journée parce que je me suis inquiété pour toi, l’accueillit Charlus en lui faisant une accolade bien brutale. Tu aurais pu courir prévenir ton vieil ami que…

— Ne t’emballe pas, je dois parler à son père et au vieux Black ce soir, l’arrêta Ignatius en rougissant à nouveau. »

Espérons que cet afflux sanguin des joues ne perdure pas à l’avenir. Il était déjà assez roux, pas la peine de faire virer sa peau à l’écarlate en plus.

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« Et donc, j’ai demandé à Mathilda si…

— Qui est Mathilda ? lui demanda Mr Prewett.

— Mathilda Macmillan ? Ma cousine germaine du côté de ma mère. C’est la fille de mon Oncle Tomas. Elle a un an de moins que moi et jusqu’à ce que je quitte Poudlard, je passais beaucoup de temps avec elle, expliqua Lucretia. Et que disais-je ? Oui, j’ai demandé à Mathilda par lettre donc, comment se passaient ses cours de potion. Le Professeur Slughorn a la fâcheuse manie de la sous-noter, et ce n’est pas une idée, c’est véridique, insista-t-elle lorsqu’elle vit Mr Prewett et Charlus se jeter un coup d’œil équivoque.

— Oh je vous crois, Miss Lucretia, lui assura Mr Prewett dans son marmonnement habituel. Slughorn infligeait le même traitement à Charlus… Et à moi aussi, du jour où Charlus a fait exploser notre potion.

— C’est ton installation pour le mélange automatique qui a fait exploser notre chaudron, intervint Charlus. Mais, évidemment, il n’y a que moi que Slughorn a banni de son cours, fit Charlus avec une fausse amertume.

— Tu étais bien content d’être dispensé de ces cours que ta mère t’obligeait à suivre, marmonna Mr Prewett en retour.

— Il n’empêche, j’ai trinqué pour deux, insista Charlus. »

Lucretia fit la navette entre Charlus et Mr Prewett qui étaient assis sur les deux fauteuils du salon avant de revenir poser ses yeux sur Dorea, assise à côté d’elle sur le canapé. Ces interminables discussions et après-midi tous les quatre lui manqueraient à coup sûr. Mais elle découvrirait bien d’autres choses auprès de Mr Prewett.

« Et donc ? la relança patiemment Mr Prewett.

— Ah oui. Mathilda m’a raconté qu’elle hésitait à ne plus assister aux cours et à passer l’épreuve en candidate libre tant le Professeur Slughorn est imbuvable avec elle, reprit-elle. Personnellement, je l’y encourage. Le Professeur Slughorn lui fait perdre son temps en l’ignorant, et elle apprendrait bien plus par elle-même. Mais elle a peur d’être pénalisée à l’évaluation des ASPICs ou même que cette sécession la desserve lors de l’examen de son dossier à Ste-Mangouste.

— Son dossier à Ste-Mangouste ? s’étonna Charlus. Elle est malade ?

— Oh non, réfuta Lucretia. Elle veut devenir Guérisseuse. Mais c’est un secret pour le moment. Grand-père Sileas serait contre. Il la pousse à se fiancer à Alexander Rosier le plus rapidement possible et à l’épouser sans tarder. Son père, mon Oncle Tomas, lui a dit de ne pas en informer Grand-père Sileas pour le moment. Il lui a dit de faire son stage si elle est prise à l’essai, et d’informer Grand-père au moment où elle entrera véritablement dans le cursus. Bref, le Professeur Slughorn lui en fait voir de toutes les couleurs. Personnellement, je suis persuadée que Grand-père Sileas se doute de quelque chose et qu’il fait en sorte de la décrédibiliser devant le Professeur Slughorn avec lequel il est plus ou moins ami, ajouta-t-elle.

— Lucretia, je t’ai déjà dit que je doutais que le Professeur Slughorn se fasse manipuler aussi facilement par ton Grand-père, dit Dorea en soupirant avec désapprobation. Mathilda a simplement dû faire une remarque qui n’a pas plu au Professeur Slughorn par le passé. »

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Ignatius laissa Miss Lucretia et Dorea débattre du caractère influençable du bon vieux Slug pour se tourner vers Charlus dont il sentait le regard insistant peser sur lui. Il haussa un sourcil broussailleux pour lui faire comprendre qu’il attendait la question ou la remarque qui brûlait les lèvres de Charlus et se pencha en avant en voyant son ami en faire de même.

« Tu ne veux pas en parler à ton père avant d’aller voir le père de la petite Lucretia ? lui demanda Charlus à voix basse.

— Pour quoi faire ? marmonna Ignatius. Mon père s’en fiche royalement. Il n’y a que son verger qui lui importe.

— Et ta mère ? insista Charlus.

— Lucretia ne conviendra pas à ma mère, et je ne changerai pas d’avis, alors je préfère éviter une discussion houleuse et sans issue.

— Et ton frère ?

— Par Merlin, mais il s’en fiche ! s’agaça Ignatius. Il a cette stupide Agatha Fawley qu’il doit épouser en août. Tu crois qu’il m’a demandé son avis, lui ?

— Non mais je ne parle pas de leur avis, mais de la manière dont tu dois t’y prendre pour faire ta demande. 

— Je ne suis pas si empoté niveau nana que ça, Potter, marmonna Ignatius en l’assassinant du regard. »

Charlus se retenait de dire autre chose, Ignatius le voyait bien. Charlus ne savait pas mentir, et il ne savait pas dissimuler le moindre secret. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’il avait compris que Dorea Black était un plan plutôt sérieux pour son meilleur ami : il n’en avait pas entendu parler plus tôt, si ce n’est à ce nouvel an où Charlus s’était fait mener par le bout du nez un an plus tôt. S’il n’en avait pas entendu parler, c’était bien parce que c’était quelque chose (ou quelqu’un plutôt) de spécial qui permettait à Charlus d’adopter un comportement… spécial. Bref.

« Qu’est-ce que tu veux vraiment me dire ? demanda dangereusement Ignatius. »

Charlus hésitait, jetait des coups d’œil nerveux vers Dorea et Miss Lucretia avant de revenir le regarder avec hésitation. Il finit par se lever et lui faire signe d’aller dans le couloir. Il s’exécuta, tout à fait perplexe. Miss Lucretia et Dorea ne prirent pas garde à eux, à présent en plein débat sur la personne de Sileas Macmillan.

« Quel est le problème ? marmonna-t-il en suivant Charlus à l’étage.

— Je veux juste te montrer mon contrat de mariage, lui dit Charlus.

— Arrête de tourner autour de la Bouse de Dragon, par Godric, et déballe-moi les yeux de cafards, s’agaça-t-il pour de bon. »

Charlus entra dans sa chambre et ouvrit l’un des tiroirs de l’immense bibliothèque qu’avait fait installer Dorea. Il en tira un rouleau de parchemin et le déroula sur la petite table qui occupait une partie de la pièce. Il bloqua les coins supérieurs avec une lourde règle en bois et se pencha dessus. Ignatius en fit autant avec méfiance. Le début commençait par un tas de formules en latin.

« Je ne le savais pas sur l’instant, je me suis renseigné après coup. Mais le contrat de fiançailles qui devient contrat de mariage le jour de la célébration dont je t’avais parlé (on appelle cela un contrat traditionnel) est un peu problématique dans le cas de Lucretia. »

Qu’est-ce que c’étaient encore que ces histoires ?

« Développe, ordonna-t-il en croisant les bras devant lui.

— Eh bien, reprit Charlus avec hésitation, ce type de contrat, grosso modo, ne peut être rompu jusqu’au mariage sauf si les fiancés se mettent d’accord.

— Ce qui ne m’est pas très utile, marmonna Ignatius.

— Mais le mariage peut être rompu au bout de sept ans s’il n’y a pas d’enfant.

— Et alors ?

— Son père pourra la pousser à faire annuler votre mariage pour qu’elle puisse récupérer sa dot, car si c’est toi qui engage la procédure, elle perdra tout.

— Son père n’en fera rien, marmonna Ignatius.

— Ce n’est pas tout, reprit Charlus. Là, ajouta-t-il en pointant une ligne de son contrat de mariage. Si l’un de vous d’eux meurt alors qu’il n’y a pas d’enfant, un autre mariage se met quasi-mécaniquement en place entre le veuf et le plus proche parent célibataire. Pour faire simple…

— Pas de contrat traditionnel, j’ai compris, marmonna Ignatius.

— Ig, c’est sérieux, insista Charlus. Ne part pas là-bas à l’aveuglette. Ils… Les Black semblent normaux, mais ils sont assez cinglés sur les bords, ajouta-t-il à voix basse. Le père de Dorea faisait vraiment froid dans le dos et bon sang, chaque mot était calculé avec lui. Le père de Lucretia est complètement paranoïaque, tu l’as bien vu. Quant au vieux Black… un pointilleux fini de l’étiquette et des convenances. Lorsqu’il saura que tu ne vis plus chez tes parents…

— J’y vis à nouveau en ce moment, rappela Ignatius.

— … que tu vadrouilles à travers le monde, et que tu es un Magizoologue qui va en Roumanie affronter les dragons dans une semaine, il va te réduire en bouilli. Ne lui dis pas que tu n’as pas d’elfe, et habille-toi mieux que ça.

— Tu as honte de moi ? s’offusqua Ignatius.

— Mais non, je n’aime simplement pas beaucoup fréquenter les Black parce que le moindre regard est un jugement chez eux, conclut Charlus en enroulant le parchemin pour le ranger. Demande un contrat classique, et mieux encore, signe-le au Ministère lorsqu’un Mage de Mariage te l’aura très bien expliqué. Si le vieux Black insiste, il faudrait que la petite Lucretia…

— Tu sais qu’elle va devenir ma femme, releva Ignatius. Tu pourrais cesser de l’appeler Petite Lucretia.

— Il faudrait, répéta Charlus en haussant la voix, si jamais le vieux Black refuse un contrat classique, qu’elle dise à son Grand-père qu’elle ne peut pas avoir d’enfants. Apparemment, son père le sait puisque…

— Son père le sait ? le coupa Ignatius avec étonnement. Eh bien tout est réglé, il la laissera faire ce qu’elle veut. Et vu comment ceci l’a mise mal, j’ai de sérieux doutes sur son envie d’en parler à qui que ce soit. Ne t’inquiète pas, je…

— Fais attention, s’il te plaît. Les Black sont… ils sont bizarres, marmonna Charlus. Ils vivent au siècle dernier, persuadés que leur 12, Square Grimmaurd est un château et qu’ils sont la royauté sorcière.

— Nobles moyenâgeux, marmonna Ignatius avec amusement. »

Charlus se dérida pour exploser de rire. C’était l’expression qu’il avait utilisée pour qualifier les trois vieux frères Black, alignés en rang d’oignon dans la salle de bal, en train de détailler chaque couple qui valsait.

« J’y pense, cette histoire de sept ans pour avoir un bébé, se souvint Ignatius. Tu imagines vraiment ton Glaçon avec un bébé dans les bras ? J’ai bien cru qu’elle allait faire tomber Anatole lorsqu’Emily le lui a mis dans les bras. 

— N’appelle pas Dorea comme ça ! explosa une fois de plus Charlus. »

Ce surnom était tellement parfait pour Dorea. Elle le trainait depuis Poudlard, tout comme son côté princesse de glace. Pas crème glacé, non, plutôt glace d’un lac gelé. Et lorsqu’Emily Anderson, la femme de leur ami Jim et sœur de Bastian Carley, lui avait mis Anatole, son petit dernier, dans les bras pour courir à la cuisine, Dorea s’était tout simplement figée, le bébé tendu devant elle, avec une expression de stupeur. Il lui avait fallu dix bonnes secondes, il les avait comptées, pour qu’elle se reprenne et installe maladroitement le petit dans ses bras.

« Et puis… c’est plus ou moins en chemin, ajouta Charlus avec un sourire débile. »

Merlin. Le Glaçon était…

« Elle est enceinte ? s’exclama-t-il avec stupeur. Déjà ? Merlin, tu te fous de moi ? Et tu me le dis comme ça ? Félicitations ! Par Godric, Charlus Potter va être papa ! s’exclama-t-il en lui faisant une de ces accolades bien brutale dont Charlus le qualifiait toujours. »

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« Elle est…Déjà ? Merlin, tu… ? Et tu… comme ça ? …tations ! Par Godric, Charlus Potter va être papa ! »

Lucretia en laissa tomber sa tasse de thé par terre. Elle se baissa aussitôt pour camoufler la boule de larmes qui s’était brusquement formée dans sa gorge et menaçait d’éclater. La voix de Mr Prewett était transportée de joie, elle était même euphorique à l’annonce d’un bébé à venir… mais pas d’un bébé à eux, d’un bébé pour Charlus et Dorea.

Elle respira à fond pour retenir ses larmes, et se réjouir pour Dorea. Mais c’était dur… C’était difficile parce qu’elle sentait à nouveau la jalousie insidieuse se glisser dans les veines de son cœur, et parce que Dorea ne le lui avait pas dit… comme si…

« Félicitation, souffla-t-elle comme elle put en posant d’une main tremblante la tasse de thé vide sur la table basse.

— Lucretia…

— Un instant, supplia-t-elle en levant les yeux au plafond pour retenir ses larmes. »

Elle devait se réjouir pour Dorea, et ne pas la jalouser. Elle devait…

« Je suis désolée, je… reprit Dorea en couvrant les éclats de joie de Charlus et Mr Prewett à l’étage.

— Tu n’as pas à l’être, la coupa Lucretia en respirant de plus en plus difficilement. Je… Je suis contente pour toi, et tu ne dois pas t’empêcher d’être heureuse à cause de moi, réussit-elle à dire avant de ne plus pouvoir parler tant sa gorge était serrée. »

Elle se détourna au moment où sa gorge lâcha et qu’une salve de sanglots la déchira à nouveau. Les mains de Dorea retrouvèrent leur place sur ses épaules, comme depuis bientôt un mois et demi. Elle ne voulait pas être jalouse, elle ne le voulait pas. Mais c’était plus fort qu’elle. Elle se réjouissait pour Dorea, et elle jalousait sa cousine en même temps. Ces deux sentiments devenaient habituels ces temps-ci. Et elle se détestait de les éprouver simultanément. Elle se détestait surtout d’être envieuse de Dorea. Et même d’être envieuse tout simplement. Elle avait l’amour, c’était déjà énorme, non ? Elle avait juste ce petit quelque chose qui lui manquait pour le concrétiser visuellement et charnellement.

« Tu as le droit d’être jalouse aujourd’hui, lui souffla Dorea. Et même tous les jours de ta vie. Mais essaie d’avancer et de ne pas penser que ta vie est terminée, s’il te plaît, Lulu. Je sais que c’est facile à dire pour moi mais… essaie de trouver un autre but ou quelque chose d’autre pour combler ce manque qui te fait souffrir. »

Le droit d’être jalouse… Avait-elle vraiment le droit ?...

« Qu’est-ce que ça fait d’avoir un bébé dans le ventre ? souffla-t-elle lorsque ses sanglots se furent enfin taris.

— Peu de chose pour l’instant, lui souffla Dorea. À vrai dire, c’est Charlus qui a insisté pour que j’aille consulter Mrs Bones hier midi, je n’y croyais pas moi-même.

— Ah oui ?

— Je perds facilement l’équilibre et puis je m’emporte un peu trop ces temps-ci, alors il m’a suggéré cette possibilité.

— Mais… Mais au niveau… émotionnel, qu’est-ce que ça fait de porter l’enfant de l’homme qu’on aime ? insista-t-elle en sentant son ventre froid se durcir comme la pierre.

— Je… Je ne réalise pas vraiment encore, souffla sa cousine en posant distraitement une main sur son ventre. »

Est-ce que c’était un mensonge ?... Dorea était si secrète, en permanence. Lucretia était certaine qu’il s’était passé quelque chose entre Charlus et elle avant qu’ils se fiancent, même si Dorea le niait. Il y avait… Il y avait un truc entre eux. Mais impossible d’obtenir quoi que ce soit avec Dorea. Et pourtant, Lucretia pouvait se targuer d’être la personne dont Dorea était la plus proche, au même niveau que Sylvestra, la meilleure amie de Dorea.

Elle décida de la croire et de ne pas insister, juste pour cette fois. Et puis, elle n’avait peut-être pas envie d’avoir une réponse à sa question maintenant. Dans quelques années, elle serait peut-être prête à entendre parler d’enfants et de bébés sans sentir son corps trembler de rage et de désespoir, mais pas plus tôt.

« Et Charlus est content ? préféra-t-elle demander.

— Oui, répondit simplement sa cousine. »

C’était rare que Dorea réponde aussi clairement. Elle disait généralement « assez » ou « plutôt », comme si elle jouait à ni oui ni non. Cette réponse était tout ce qu’il y avait de spontané et de plus vrai. Charlus était aux anges, si Lucretia décryptait ce simple mot et les yeux brillants de Dorea. Il était même fou de joie, c’était évident.

L’escalier grinça dans le couloir. C’était Mr Prewett et Charlus qui redescendaient. Son cœur se desserra un peu à cette idée. Mr Prewett ne voulait pas d’enfant de toute façon. C’était mieux comme ça, n’est-ce pas ?

« Mr Prewett, que… »

Elle s’était levée pour accourir dans le couloir et le retrouver. Mais elle s’était figée en reconnaissant la robe de cérémonie qu’il portait au mariage de Charlus et Dorea. Elle avait compris assez rapidement qu’il n’était pas un friand des tenues compliquées, ni même un friand de tenue vestimentaire en règle générale. Ses robes devaient toutes dater de plusieurs années, et elles étaient toutes reprisées en maints endroits. Avec un métier comme le sien, Lucretia le comprenait bien. Et puis, ceci complétait le côté aventurier de Mr Prewett qui lui plaisait plus que tout.

Alors qu’il ait revêtu une robe de cérémonie pour se rendre dans sa famille et pour la demander en mariage c’était… Ceci touchait beaucoup Lucretia. C’était un évènement, quelque chose d’important, et il le lui montrait.

« J’aime énormément votre côté baroudeur, Mr Prewett, mais je dois reconnaitre que les robes de cérémonie vous donnent encore plus de charme, osa-t-elle dire en se focalisant sur son nœud de cravate à redresser. »

Il la laissa faire, et elle se sentit déjà sa femme à s’occuper comme ça de sa tenue. Elle ignora le ricanement de Charlus et la réprimande de Dorea pour relever les yeux avec timidité vers Mr Prewett. Il avait au moins une tête de plus qu’elle, alors qu’elle portait des talons. Son torse devait être deux fois plus développé que son maigre buste de jeune fille, et ses yeux la laissaient toujours avec un drôle de tiraillement dans le bas du ventre. Dorea lui avait dit que c’était du désir… Et elle se sentit rougir en se rappelant les quelques explications gênées de sa cousine sur ledit devoir conjugal. Elle baissa à nouveau les yeux sur son torse et vérifia les boutons de sa tenue pour occuper ses mains. Les yeux bleus de Mr Prewett la déstabilisaient toujours car ils étaient… ils étaient profonds et lumineux à la fois. Et surtout, ils ne déviaient jamais son regard, ni le regard de personne. Ignatius Prewett parlait toujours en regardant son interlocuteur dans les yeux. C’était impressionnant. Elle n’avait jamais vu personne dégager autant de force, de confiance et d’assurance que lui, tout en restant d’une honnêteté incroyable.

« Mon côté baroudeur ? marmonna Mr Prewett avec une trace audible d’amusement.

— Je te l’avais dit, Prewett, intervint à nouveau Charlus. »

Lucretia avait bien envie de lui dire de se taire même si ceci ne se faisait pas. À la place, elle monta récupérer sa malle sans retenir un regard noir en direction de Charlus Potter. Insupportable. Comment Dorea pouvait-elle le supporter à longueur de journée ?

Elle rougit à nouveau en se rendant compte qu’elle avait laissé un peu trop traîner ses affaires dans la chambre, et que Mr Prewett avait dû avoir accès à ses dessous et ses affaires de beauté. Après tout, ils seraient bientôt mariés, elle n’avait pas à avoir honte, non ? Elle glissa ses gants à ses mains après avoir longuement contemplé sa bague de fiançailles une nouvelle fois, et descendit les escaliers avec sa malle. Mr Prewett s’empressa de la lui prendre et elle le remercia d’un sourire accompagné d’un hochement de tête.

« Je crois que nous pouvons y aller, intervint Dorea en enfilant ses gants à son tour. Passe la première, Lucretia. »

Elle accepta sans un mot et se dirigea vers la cheminée. La main ferme de Mr Prewett sur son épaule la retint. Elle se retourna vers lui en souriant. Il l’enveloppa de son regard bleu océan.

« Vous n’avez toujours pas changé d’avis, Miss Lucretia ? souffla-t-il en glissant le dos de sa main sur sa joue.

— Jamais, Mr Prewett, souffla-t-elle, complètement hypnotisée par les frissons que lui provoquait ce geste.

— Si jamais vous changez d’avis pendant la soirée…

— Ceci n’arrivera pas, lui assura-t-elle. »

Elle jeta un coup d’œil derrière elle. Dorea ne les regardait pas, et elle occupait l’attention de Charlus en lui parlant à voix basse. Elle posa sa main gantée sur sa joue, leva la tête vers lui, et déposa ses lèvres sur les siennes avec légèreté. C’était avec lui qu’elle voulait être, et avec personne d’autre. Surtout pas avec Dorea en ce moment…

« Pensez à féliciter aussi Dorea, c’est elle qui porte un bébé, non Charlus, dit-elle un peu plus fort avant d’éclaircir sa voix qui recommençait à faire des siennes. »

Elle se détourna en voyant la bouche de Mr Prewett se pincer derrière sa moustache et sa barbe rousse. Elle plongea la main dans le pot en terre cuite sur le linteau de la cheminée et entra dans l’âtre sans hésiter. Elle inspira le plus calmement possible pour donner sa destination, et partit pour Londres avec l’image inquiète de Mr Prewett derrière les yeux. Le réseau de Cheminette tourna longtemps autour d’elle avant qu’elle ne reconnaisse le conduit noir du 12, Square Grimmaurd. Elle tira sa baguette en faisant un pas dans le Grand Salon et enleva le plus gros de la suie. Elle espéra un instant ne croiser personne jusqu’à l’arrivée de Dorea, Charlus et Mr Prewett, mais sa mère et sa Grand-mère Hesper était dans la pièce, assises sur le canapé et discutaient, le visage marqué par l’inquiétude. Elle leur sourit largement. Elles n’auraient bientôt plus à s’inquiéter pour elle. Mr Prewett lui avait redonné le sourire et elle s’en irait avec lui dans une semaine, loin des mondanités de Londres.

« Ah Lucretia, vous voilà. Nous commencions à nous inquiéter, l’accueillit sa Grand-mère en se levant pour venir à elle.

— Vous n’avez pas reçu la lettre de Dorea ?

— Justement, insista sa mère. Ce n’est pas dans ses habitudes de prévenir si tard. Nous avons pensé qu’il t’était arrivé quelque chose.

— Dorea est encore plus à côté de la baguette depuis son mariage, rappela Lucretia avec amusement. Et j’ai passé la journée avec elle.

— Je croyais que tu n’allais jamais la voir le lundi car elle rendait visite à une amie, s’étonna sa mère.

— Elle m’a dit qu’elle irait demain, répondit patiemment Lucretia en jetant un coup d’œil nerveux à la cheminée. »

Il allait arriver. Mr Prewett allait arriver, ils dîneraient et juste après, il irait parler à son père et son grand-père.

« C’est heureux de vous voir sourire, mon enfant, reprit prudemment sa grand-mère.

— N’est-ce pas ? se réjouit Lucretia à son tour. »

D’autant plus que la cheminée crépita à cet instant. Dorea sortit de l’âtre et se débarrassa négligemment de la suie d’un coup de baguette. Un petit sourire étira sa bouche lorsqu’elle s’avança vers Melania et Hesper Black.

« Bonsoir Tante Hesper, commença-t-elle. Comment allez-vous ? Et vous, Melania ?

— Vous êtes certaine qu’il n’y a pas eu de problème ? insista sa grand-mère.

— Je l’ai dit dans mon courrier, répéta calmement Dorea sans se laisser déstabiliser un instant. Nous n’avons pas vu le temps passer avec Lucretia, c’est tout. »

C’est tout… Pas tout à fait, songea Lucretia en regardant Charlus émerger de l’âtre et s’ébrouer comme un chien mouillé pour faire tomber les cendres de sa tête. Dorea le débarrassa du reste d’un coup de baguette distrait.

« Bonsoir Mesdames, salua Charlus avec ce ton clairement moqueur qu’il adoptait en permanence. »

Dorea ne s’en rendait même pas compte. Elle était bien trop stupide lorsque Charlus entrait dans une pièce, de toute façon. Elle les laissa enchaîner sur des mondanités ennuyeuses pour guetter l’arrivée de Mr Prewett… de son fiancé. Plus que quelques heures, et ce serait su par tous… Quelques heures… Et dans une semaine…

Le voilà. Elle s’apprêta à quitter le cercle pour aller l’accueillir, mais Dorea le lui déconseilla d’un petit ordre par Légilimancie. Elle grimaça. Elle ne savait plus se tenir lorsque Mr Prewett entrait dans son champ de vision. Elle oubliait toutes ses bonnes manières.

« Melania, vous vous souvenez de Mr Prewett ? C’était notre témoin de mariage, le meilleur ami de mon mari, le présenta rapidement Dorea après avoir pris son bras.

— Bien sûr, Dorea, répondit sa mère. »

La voix de sa mère avait cette chaleur discrète et douce qui avait toujours rassuré Lucretia. Sa mère était… une boule de tendresse que son père cassait jour à après jour depuis vingt ans.

« Je me souviens, oui, compléta sa mère en lui jetant un coup d’œil. »

Lucretia sourit malgré elle et se sentit rougir en rencontrant les yeux suspicieux de sa mère. Sa Grand-mère eut sans doute la même analyse, puisqu’elle fit signe à Lucretia de la suivre.

« Sirius aimerait vous voir, Lucretia. Venez avec…

— Ah, Lucretia, tu es enfin rentrée. »

Son grand-père était devant elle, sur le seuil de la porte du salon. Il portait une robe noire traditionnelle mais tout ce qu’il y avait de plus élégant. Le chaîne de sa montre à gousset en argent brillait sous la lumière des bougies, sa cravate était parfaitement mise et lorsque Lucretia remonta les yeux jusqu’à son visage, elle y vit le même pli d’inquiétude sur son front qu’il arborait depuis un mois et demi dès qu’il la regardait. Elle lui sourit largement, sans se forcer. Les rides autour de ses yeux qu’elle avait toujours connues s’étaient un peu accentuées au fils des années, et sa barbe avait grisonné, mais c’était toujours son Grand-père adoré.

« Bonsoir Grand-père, s’empressa-t-elle de répondre en venant lui embrasser la joue. »

Elle se recula rapidement et resta devant lui lorsqu’il la détailla attentivement après avoir posé une main sur son épaule. Elle lui sourit un peu plus. Oui, je vais bien, je vais mieux, Grand-père.

« Tu as bonne mine, remarqua-t-il en souriant malgré son inquiétude évidente.

— Je vous remercie, répondit-elle avec soulagement. J’ai passé une très bonne journée. Je vous la raconterai plus tard, proposa-t-elle en venant prendre son bras. Grand-mère me disait que vous vouliez me parler.

— Te parler ? s’étonna-t-il en jetant un coup d’œil à son épouse. Qu’avais-je à dire à Lucretia, Hesper ?

— Si tu ne t’en souviens plus, je n’y peux rien, répondit vivement Grand-mère Hesper en regardant avec insistance Lucretia. Mais je crois que Lucretia à beaucoup à te raconter de sa journée d’aujourd’hui, non ? »

Lucretia retint son souffle. Pourquoi sa Grand-mère faisait une scène pareille ? C’était ridicule.

« Voyons Hesper, ceci peut attendre, j’en suis certain, temporisa son grand-père en proposant son bras à Lucretia. J’aimerais saluer Dorea, son époux et leur ami avant toute chose. C’est bien dommage que Pollux, Irma et Walburga soient de sortie. Et quelle idée a eu Regulus de demander à Cassiopeia de l’accompagner dîner chez l’Ambassadeur du Brésil. Dorea ne pourra voir ni sa sœur, ni son frère. Combien sommes-nous ce soir pour dîner, Hesper ?

— Nous serons onze, Sirius, lui répondit aussitôt Grand-mère Hesper.

— Il est mieux que Regulus soit absent alors, quitte à ce qu’il ait emmené Cassiopeia. Être treize à table n’est jamais de bon augure, rappela son grand-père avec sérieux. »

Lucretia ne manqua pas l’agacement visible de sa grand-mère qui reprochait souvent à son mari son penchant pour l’astronomie, la divination et les superstitions… Enfin, Grand-mère Hesper appelait cela des superstitions dès que Grand-père Sirius avait le dos tourné.

Elle regarda du coin de l’œil Mr Prewett saluer son Grand-père sans perdre une seconde son assurance et l’admira d’entretenir la conversation sans commettre un seul impair. Elle osa s’approcher et s’intercaler entre Dorea et Mr Prewett dans le cercle établi sans attirer l’attention. Elle serra brièvement sa main du bout de ses doigts à l’abri des regards et raccrocha aisément à la conversation en interceptant le sourire de Mr Prewett… Quelques heures, juste quelques heures, et il serait officiellement son fiancé.

.

D’accord, ils étaient cinglés, Ignatius le reconnaissait mille fois. Le vieux Black ne le lâchait pas d’un pouce, soit pour lui parler de ses désastreux locataires du Chemin de Traverse, soit pour parler de la politique du Ministre avec agacement, soit pour le questionner sur son métier et Ignatius, malgré les avertissements de Charlus, n’avait pu se résoudre à mentir. Il avait évoqué son emploi au ministère (ce qui avait détourné l’attention du Vieux Black qui s’était remis à pester après le ministre actuel) et il avait évoqué son futur emploi dans la Réserve de Dragons roumaine. Le vieux Black n’en avait pas encore fait de la bouillie. Il s’était même montré particulièrement intéressé sur la manière d’élever un dragon. Il avait un peu râlé sur le fait qu’il fallait se cacher des Moldus et donc cacher les dragons aux yeux des Moldus, mais une pirouette de Dorea plus tard (« mais de toute façon, Oncle Sirius, il faut les isoler des sorciers, alors des Moldus en plus… »), le vieux avait laissé tomber.

Et puis… encore une fois… Miss Lucretia avait un peu abusé du vin des elfes. Elle l’avait à nouveau regardé avec une passion et une admiration pas du tout dissimulées. Elle avait ri ouvertement lorsqu’il avait raconté quelques histoires à la ronde. Mais tout s’était réellement gâté lorsque, assise à côté de lui à table, elle avait posé sa petite main gantée sur son bras pour attirer son attention, ajouter quelques bons mots, et rire en se retenant à lui. Il sentait le regard lourd de son père, Arcturus Black, le fixer depuis que l’entrée avait été débarrassée. Le père de Lucretia ne clignait même pas des yeux. Les seuls moments où il ouvrait la bouche et détournait le regard, étaient pour répondre à une question de son épouse, assise à côté de lui. La grand-mère, Mrs Hesper Black, n’était pas beaucoup mieux. Elle jetait des coups d’œil agacés dans sa direction dès que Miss Lucretia riait. La mère de Dorea tenait des propos stupides à sa fille qui les écoutait sans l’interrompre. Le frère du Grand-père de Miss Lucretia, Arcturus de son prénom (oui, comme le père de Lucretia), fixait toute la table avec un air paisible et complètement allumé (à croire qu’il avait consommé une herbe ou une potion pas très légale). Sa femme, à côté de lui, parlait toute seule puisque la mère de Miss Lucretia ne l’écoutait pas… pour le fixer d’une manière aussi dérangeante que son mari, qui s’était déjà levé trois fois pour « prendre l’air ». En réalité, la plus normale… la seule normale, même, parmi celles et ceux portant le nom de Black, c’était Miss Lucretia. Dorea était froide comme un Glaçon, et ceci empirait de secondes en secondes depuis qu’ils avaient quitté Flaquemare, quant aux autres… eh bien, les autres étaient pires.

« Il suffit ! s’exclama d’un coup le vieux Black en tapant du poing sur la table. »

Il était debout, tout à fait furieux, et fixait l’endroit où Miss Lucretia et Ignatius étaient assis. Aïe. Ça sentait la bouse de dragon, pour le dire familièrement.

« Dans mon bureau ! Toute de suite, Lucretia ! explosa-t-il en pointant le couloir à Miss Lucretia. »

Ignatius fit dévier ses yeux une petite seconde sur Miss Lucretia. Elle regardait son Grand-père avec surprise. Il hésita à lui toucher le bras ou l’épaule pour la faire revenir parmi eux, mais le regard noir de Sirius Black le dissuada… une petite seconde. Si le grand-père de Miss Lucretia avait compris ses intentions, il n’aurait pas besoin de tourner autour du pot.

« Miss Lucretia, souffla-t-il à voix basse. »

Il aurait peut-être mieux fait de s’abstenir, puisque Miss Lucretia poussa le vice à se raccrocher à son bras comme si sa vie en dépendait. Les yeux de Sirius Black se réduisirent à deux fentes venimeuses, et il tira sa baguette aussi vite que l’aurait fait un Auror. La seconde d’après, Ignatius se sentit tomber dans un puits noir sans fond, Miss Lucretia toujours accrochée à son bras.

« Mr Prewett, ne m’abandonnez pas, lui souffla-t-elle dans cette tornade infernale. »

Il n’eut pas le temps de répondre puisqu’ils atterrirent dans une autre pièce, un bureau à tous les coups. Sirius Black se tenait droit et intransigeant, pendant qu’Arcturus Black, le père de Miss Lucretia, faisait les cents pas devant eux. Les fauteuils, le bureau et les étagères pleines de parchemins ; le parquet sombre, la fenêtre et l’immense cheminée : Ignatius évalua tout ce qui l’entourait en un clin d’œil avant d’attirer Miss Lucretia dans ses bras et de regarder le vieux Black devenir rouge de fureur par-dessus la jolie tête de sa fiancée. Parce que oui, Miss Lucretia était sa fiancée, et le vieux ne pourrait rien y changer.

« Expliquez-vous, Mr Prewett ! s’exclama brusquement Mr Sirius Black en allant s’asseoir derrière son bureau. Expliquez-vous vite ! »

S’expliquer ? Ce n’était pas évident ? Il voulait faire ceci rapidement ? Pas de problème.

« Je suis venu vous demander la main de votre petite-fille, dit-il tout simplement. »

Miss Lucretia tressaillit dans ses bras et laissa un cri de surprise lui échapper quand son grand-père tapa du poing sur la table du bureau. Ignatius ne le lâcha pas des yeux. C’était quoi le problème ? Sylvestra Selwyn avait peut-être raison. Peut-être que le vieux Black se prenait pour la royauté sorcière et qu’un insecte comme lui n’était pas assez riche et pas assez ambitieux pour Miss Lucretia.

« Sa main ? répéta le père de Lucretia qui avait arrêté d’arpenter le bureau pour faire trois pas vers lui et le regarder avec considération. »

Des tocs nerveux lui faisaient cligner de la paupière gauche de manière frénétique, les coins de sa bouche se levaient et s’abaissaient comme s’il essayait de sourire, et les doigts de sa main bougeaient tout seul le long de son corps. Son épaule craqua lorsqu’il la souleva trois fois de suite de manière trop rapide pour que ce fût volontaire.

« C’est cela, sa main, insista Ignatius sans détourner le regard.

— Eh bien c’est d’accord, accepta aussitôt Arcturus Black sans cesser ses sourires avortés. La famille est importante, la famille…

— Non ! Non, ce n’est pas d’accord, Arcturus ! s’exclama Sirius Black en tapant du poing sur son bureau. Lucretia a dix-neuf ans ! Elle est trop jeune !

— Melania avait le même âge lorsque je l’ai épousée, reprit Arcturus Black en se tournant vers son père. C’est très bien, la famille est importante, la famille…

— La situation est différente ! s’exclama Sirius Black.

— Mais non, mais non, la situation est similaire, réfuta calmement Arcturus Black comme s’il ne voyait pas que son père était furieux. Lucretia sourit à nouveau, comme Melania souriait à nouveau. Lucretia a déjà dix-neuf ans, Lucretia a le droit de vouloir se marier. J’avais peur que Mr Prewett ne le veuille pas immédiatement, mais puisqu’il demande sa main, je la lui accorde.

— Arcturus, c’est encore moi qui décide dans cette maison ! explosa le Vieux Black en se levant brusquement, tremblant de fureur. Réfléchissez, réfléchissez un peu ! Imaginez-vous Lucretia dans une Réserve de Dragons ? L’imaginez-vous dans un cagibi en Roumanie ? Réfléchissez ! »

Selwyn avait raison. Du moins, en partie.

« Lucretia le sait, Lucretia le veut puisqu’elle…

— Elle ne sait pas ce qu’elle veut ! Elle est trop jeune, elle ne connaît pas la vie ! s’écria le vieux Black avant de se tourner vers Ignatius. Mr Prewett, savez-vous qui est ma petite-fille ? »

Il sentait à présent Miss Lucretia sangloter silencieusement dans ses bras, et ceci eut le don de l’énerver. Non pas contre elle, mais contre son grand-père. Le vieux ne pouvait pas parler à sa petite-fille avant toute chose ?

« Miss Lucretia, chuchota-t-il à destination de sa fiancée en ignorant royalement Mr Sirius Black. Miss Lucretia, calmez-vous, tout va bien se passer, insista-t-il en caressant lentement son dos.

— Mr Prewett ! Je vous ai posé une question !

— Vous me demandez qui est la jeune fille qui pleure dans mes bras ? grinça-t-il tout à fait excédé. »

Il avait failli ajouter à cause de vous, il s’était retenu à la dernière seconde. Ce n’était peut-être pas malin d’énerver un peu plus le vieux Black.

« Ma petite-fille appartient à la Maison des Black ! reprit le vieux en le toisant sans ménagement. Depuis sa naissance, chaque mois, je place cent Gallions de côté pour compléter sa dot ! Elle est destinée à faire un grand mariage avec une personnalité importante ! »

Cent… cent Gallions par mois ? Depuis sa naissance ? Mais… cent Gallions, c’était le salaire d’Ignatius au ministère chaque mois ! Il gagnerait le double à la Réserve de Dragons en Roumanie, mais… Elle ne semblait pourtant pas dépensière ou… Elle ne lui avait jamais paru… Cent Gallions par mois ? Elle avait dix-neuf ans… Plus de vingt milles Gallions ?? Mais c’était démesuré ! C’était…

« Miss Lucretia, dit-il doucement. S’il vous plaît, pourriez-vous…

— Ne m’abandonnez pas, Mr Prewett, je vous en prie, le supplia-t-elle en relevant ses immenses yeux gris vers lui. »

Ils étaient rougis par les larmes et sa bouche tremblait comme si elle était sur le point de se remettre à pleurer. Comment pouvait-il lui refuser quoi que ce soit, hein ? Alors qu’elle le regardait comme si elle s’effondrerait au moindre mot ? Alors qu’elle se raccrochait à lui comme pour s’empêcher de se noyer ? Alors qu’elle lui disait qu’il était le seul à pouvoir l’aider ? Mais… Il est vrai qu’elle pouvait avoir… une vie plus… moins compliquée ici, à Londres, qu’avec lui en Roumanie. Elle…

« Vous êtes si jeune, dit-il encore une fois. »

Cette fois-ci, sa gorge laissait les sons sortir étrangement, un peu comme si un Lutin de Cornouailles essayait de l’étouffer. Il était en train de la perdre, et non parce qu’il le voulait, mais parce que… 

« Nous avons déjà eu cette discussion, Mr Prewett, dit-elle le cœur au bord des lèvres, deux sillons de larmes noires de mascara détruisant à nouveau tout espoir de son visage. Je vous en prie, vous m’avez promis, vous m’avez demandé et je vous ai dit oui, ne partez pas sans moi. 

— Dans six mois, je reviens en Angleterre, nous pourrons…

— Ne m’abandonnez pas maintenant, dit-elle avant d’exploser en sanglots silencieux. »

Il ne put rien faire d’autre que de la serrer contre lui. Il ne pouvait pas la laisser maintenant. Elle était aussi désespérée que ce matin et la lumière de son visage avait à nouveau disparu. Il ne pouvait pas la laisser derrière lui. Elle penserait qu’il la laissait parce qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants, et elle désespérerait à nouveau… et il n’en pouvait plus de l’entendre pleurer. Il voyait son corps se briser à nouveau de l’intérieur et toute force la quitter.

« Je… Je ne suis heureuse que lorsque vous êtes là. J’en veux à tout le monde, je jalouse tout le monde et je fuis tout le monde depuis un mois et demi, ajouta-t-elle. Je ne peux espérer continuer de vivre qu’auprès de vous, Mr Prewett.

— C’est indécent, Lucretia ! s’offusqua le vieux Black. Cesse ce chantage ridicule ! Et lâchez ma petite-fille, Mr Prewett ! Tout ceci va beaucoup trop loin ! Mr Prewett n’est pas quelqu’un pour toi, Lucretia ! Tu ne vas pas aller vivre en Roumanie, dans une Réserve de Dragons, nom de nom ! Avec des Sang-de-Bourbes et des Sangs-Mêlés ! Cesse ces enfantillages ! Tu n’as plus trois ans, tu as dix-neuf ans ! »

.

« C’est indécent, Lucretia ! s’écria Grand-père Sirius. Cesse ce chantage ridicule ! Et lâchez ma petite-fille, Mr Prewett ! Tout ceci va beaucoup trop loin ! Mr Prewett n’est pas quelqu’un pour toi, Lucretia !... »

Pourquoi dénigrait-il encore et encore Mr Prewett ? Il était quelqu’un de très bien ! Et il était le seul qui ne la regarderait jamais avec pitié ! Il était le seul dont le regard lui importait ! Il avait même le sang plus pur que Charlus ! Et Grand-père Sirius n’avait fait aucun commentaire désobligeant à Dorea ou à Oncle Cygnus à son propos alors que son attitude était impertinente en permanence ! Mr Prewett était distingué, parlait bien et il était respectueux, lui ! Il avait moins d’argent, et alors ? Elle n’en voulait pas, et elle n’en aurait pas besoin pour élever des enfants… puisqu’elle n’aurait jamais d’enfants.

« ... Tu ne vas pas aller vivre en Roumanie, dans une Réserve de Dragons, nom de nom ! Avec des Sang-de-Bourbes et des Sangs-Mêlés ! Cesse ces enfantillages ! Tu n’as plus trois ans, tu as dix-neuf ans ! 

— Je ne peux pas avoir d’enfants ! explosa-t-elle en quittant les bras de Mr Prewett pour faire face à son grand-père. »

Ses pleurs s’arrêtèrent d’un coup. Ça y est, elle l’avait dit. Et vu la réaction que son grand-père avait eue face à Ignatius alors qu’elle l’avait toujours connu doux et aimant avec elle, elle redoutait à présent de le voir la considérer avec mépris. Le même mépris teinté d’impatience qu’il accordait à Lycoris, la sœur de son père, la propre fille de son grand-père qui se couchait à droite à gauche et collectionnait les amants.

« Je te demande pardon ? Qui t’a mis ces idées en tête ? lui demanda sèchement son grand-père. »

Elle sentit la main de Mr Prewett se poser sur son épaule.

« Miss Lucretia, vous n’êtes pas obligée de…

— Vous voulez savoir pourquoi je ne vais pas bien depuis des semaines ? demanda-t-elle sans laisser Mr Prewett finir sa phrase. Parce que je ne peux pas avoir d’enfants, cracha-t-elle à son père qui la regardait comme s’il était terrifié. »

C’était peut-être la première fois qu’il n’était pas parcouru de tocs devant elle. À croire que la vérité le rendait normal.

« Qu’est-ce que tu me racontes là ? s’agaça Grand-père Sirius.

— Père vous l’expliquera très facilement, n’est-ce pas ? »

Depuis des semaines elle se retenait de demander des comptes à son père. Ils ne lui laissaient plus le choix à présent. Elle était au pied du mur et toute sa rage devait trouver un coupable et mettre ce coupable au tribunal. Et placer son père face à son grand-père était le meilleur tribunal qui soit. Si son père avait si facilement accepté la demande de Mr Prewett, ce n’était pas par altruisme ou parce qu’il s’inquiétait de son bonheur, c’était uniquement pour la caser et que son mari ne lui demande pas des comptes le jour où il se rendrait compte qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants.

« Lucretia… que… que dites-vous là ? demanda-t-il en faisant un pas vers elle. »

Elle fit aussitôt un pas en arrière, et Mr Prewett referma ses bras autour de sa taille. Elle n’avait pas donné d’explications à Mr Prewett, mais elle savait qu’à cet instant, il avait compris que son père n’était pas étranger à sa stérilité. Et c’aurait presqu’été comique de voir son père plus normal que jamais, si elle n’était pas si détruite de l’intérieur.

« Vous avez lancé ce sortilège à ma mère lorsqu’elle était enceinte, cracha-t-elle comme si elle vomissait des vipères. Vous ne vouliez qu’un fils… ou rien, assena-t-elle. »

Elle ne réussit même pas à se réjouir en le voyant devenir livide.

« Elle s’est tordue de douleur sous votre baguette mais vous n’avez pas arrêté de prononcer la formule. Vous lui avez fait mal et vous m’avez détruite parce que vous ne vouliez pas de moi, continua-t-elle. 

— Non, je n’ai pas fait ça, nia-t-il comme un enfant. Lucretia, je n’ai pas fait ça.

— Cessez de mentir ! cria-t-elle tout à fait hors d’elle. Vous…

— Ce n’est pas moi qui ai fait ça ! explosa-t-il en venant l’arracher à Mr Prewett pour la tenir contre lui. »

Elle se débattit comme jamais, cria et donna des coups pour se libérer. Mais il laissait ses sales doigts dans son dos et supportait sans broncher le bout de ses chaussures dans ses tibias encore et encore.

« Ce n’est pas moi, ce n’est pas moi, la famille est importante, la famille est importante, la famille…

— Arrêtez ! Vous allez me rendre folle moi aussi ! hurla-t-elle. Mr Prewett ! Mr Prewett ! Aidez-moi ! Ne me laissez pas avec lui ! Ne me laissez pas ici ! »

Son père la lâcha brusquement et elle s’effondra au sol. Elle marcha à quatre pattes jusqu’à Mr Prewett, déchira sans doute sa robe et réussit à se relever en s’emparant de la main qu’il lui tendait. Il referma ses bras autour d’elle et là, elle sut qu’il ne la laisserait plus jamais. Elle écouta quelques secondes sa respiration s’apaiser en inspirant profondément le parfum de Mr. Prewett.

« Je vous avais dit qu’il était dangereux ! Je vous avais dit ce qu’il avait fait ! hurla son père à son grand-père comme le fou qu’il était et elle sursauta. Mais vous m’avez dit que la famille était importante ! Vous m’avez dit qu’il y avait sans doute erreur ! Je vous avais dit que Melania pleurait ! Je vous avais dit qu’elle avait mal ! Je vous avais dit quel maléfice il lui avait fait subir ! Je vous avais parlé des conséquences ! Vous m’avez dit que je devais me tromper, qu’il ne pouvait pas avoir fait ça ! Vous m’avez encore une fois considérer comme un idiot sans penser une seule seconde que je pouvais dire la vérité ! Et voilà, voilà où nous en sommes !

— Arcturus, voulez-vous vous calmer ! reprit la voix sourde de son grand-père. Vous vous donner en spectacle, vous…

— Melania ! Melania ! MELANIA ! hurla son père comme un fou en ouvrant la porte du bureau. Melania, monte tout de suite ! Monte, je te dis ! »

Lucretia n’osait plus regarder son père. Elle savait qu’il était dans une de ses crises de paranoïa qu’il essayait sans cesse de cacher et de maîtriser. Elle savait quelle tête il avait quand l’une d’elles le saisissait. Il ressemblait à un fou, comme s’il était possédé. Il écumait presque comme un chien qui avait la rage. Ses yeux roulaient dans leurs orbites et il tremblait de partout. Le moindre objet qui rencontrait sa main ou son regard une poignée de secondes de trop finissait en morceaux pour toujours. Les objets commençaient d’ailleurs à tomber et à se briser sur le plancher. Elle sursauta en entendant une chaise exploser. Seuls les bras d’Ignatius autour d’elle l’empêchèrent de crier.

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End Notes:

... je ferme doucement la page pour me cacher un petit peu et observer vos réactions :) 

Merci de me lire, de mettre la fic en favoris, de reviewer, ça me fait toujours très plaisir ! 

A lundi pour le prochain chapitre ! 

des bisous

Acceptation by Juliette54
Author's Notes:

Coucou. Donc, on est dans le bureau de Sirius Black, et ça éclate un peu (beaucoup). Bonne lecture :) 


Chapitre 3 : Acceptation


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Mais il est cinglé, le père de Miss Lucretia est complètement cinglé, se répéta Ignatius en resserrant ses bras autour du corps de Miss Lucretia qui tremblait et sanglotait sans discontinuer. Arcturus Black les menaçait tous de sa baguette, il lançait des sortilèges dans tous les sens, il hurlait le prénom de sa femme en lui disant de venir, qu’il était dans le bureau de son père et qu’il devait la protéger.


Si Ignatius avait été la mère de Miss Lucretia, à moins d’être aussi folle que son mari, il ne serait pas monté dans le bureau. Mr Arcturus Black sauta littéralement sur sa femme pour l’étouffer dans ses bras et la pousser dans un coin de la pièce lorsqu’elle ouvrit la porte. Il se plaça devant elle comme s’il voulait faire barrage de son corps, baguette brandie devant lui.


« Personne ne fera du mal à Melania ! Vous voulez tous lui faire du mal, mais je ne vous laisserai pas faire ! s’écria-t-il. Si je dois vous tuer, père, je le ferai ! Vous êtes tous contre moi ! Vous voulez tous me prendre Melania ! J’aurais dû tuer Oncle Cygnus aussi ! Il a fait du mal à Melania et… voyez ce qu’il a fait à ma Lucretia ! Lucretia, viens, je dois aussi te protéger ! Viens ! »


Ignatius fit un pas en arrière et entraîna Lucretia avec lui.


« Vous aussi vous voulez me voler ma fille, Mr Prewett ! Attention, je n’hésiterai pas à vous lancer un Doloris ! Je…


— Arcturus, tout va bien, le coupa sa femme d’une voix très douce. »


Ignatius la regarda nouer ses bras par derrière autour du torse de son mari. Il essaya de se dégager d’un coup d’épaule, mais Mrs Melania Black tint bon.


« Arcturus, tout va bien, répéta-t-elle d’une voix profonde à son oreille.


— Il veut te faire du mal, il…


— Il est mort, ajouta-t-elle.


— Lucretia…


— Aime Mr Prewett, qui l’aime aussi, continua-t-elle en se glissant dans ses bras. »


Ignatius regarda avec fascination la mère de Miss Lucretia calmer ce démon d’Arcturus Black. Sa voix n’était plus qu’un chuchotement qui lui était inaudible à présent, et elle caressait sa tête aux longs cheveux qu’il avait niché dans son cou sans aucune pudeur. Il détourna les yeux, assez gêné, pour chercher Mr Sirius Black. Le vieux Black était à son bureau et grattait frénétiquement sur un parchemin. Il resserra ses bras autour de Miss Lucretia qui ne sanglotait plus et se contentait de pleurer contre son torse.


« Votre nom complet, Mr Prewett, demanda sèchement Mr Sirius Black. »


Il cligna des yeux plusieurs fois avant de comprendre que Sirius Black était en train de rédiger un contrat de fiançailles ou de mariage. Il s’apprêtait à répondre, mais Mr Arcturus Black s’emporta à nouveau.


« Lucretia peut guérir, nous trouverons comment…


— Père, c’est mort dans mon ventre, le coupa Miss Lucretia en se détachant de lui. »


Elle sortit un mouchoir en tissu brodé de sa poche pour s’essuyer les yeux et le nez. Ignatius la revit ce matin, brisée de l’intérieure, susceptible de s’effondrer au moindre geste et à nouveau, il sentit sa gorge se serrer. Elle ne lui avait pas expliqué comment elle savait qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant, pourquoi elle avait accusé son père et pourquoi c’était finalement le père de Dorea qui en était l’origine.


« Le sortilège d’Oncle Cygnus a… a mis en sursis mon ventre de femme, reprit-elle la voix éteinte. Depuis que j’ai dix-sept ans, depuis que je n’ai plus la Trace pour me protéger, je n’ai plus… vous savez, ce qu’ont les femmes. Depuis deux ans, je n’ai pas été indisposée une seule fois. C’est trop tard. C’est glacé comme une pierre tombale dans mon ventre. Et on ne fait pas revenir les choses mortes à la vie. 


— Lucretia, insista son père.


— Laissez-moi partir, père, s’il vous plaît. »


Mais… Cygnus… Le père de Dorea ? Mais… Mais Dorea était enceinte donc son père n’avait pas… Et elle savait que Miss Lucretia… donc… C’était à n’y rien comprendre. Et puis le vieux Black l’avait su mais n’avait rien fait ?


« Lucretia, je veux vous…


— Il suffit, Arcturus, le coupa le vieux Sirius Black d’une voix glaciale. Votre nom complet, le nom de vos parents et votre date de naissance, Mr Prewett, je vous prie, exigea-t-il.


— Père !


— IL SUFFIT, ARCTURUS ! s’écria Sirius Black en se levant de son bureau. »


Il avait le même regard fou que celui de son fils une minute plus tôt. Qu’est-ce que c’était que cette famille ? Ils ne se parlaient qu’avec des rapports de force ? C’était à celui qui crierait le plus fort ? Et Miss Lucretia n’avait pas son mot à dire ? Tout devait passer par monsieur le patriarche Sirius Black ? Il tira Miss Lucretia à lui et passa ses bras autour de son petit corps qui se recroquevilla dans ses bras.


« Tout à l’heure vous refusiez tout net l’idée même, et à présent, vous… s’insurgea tout de même son fils en poussant son épouse derrière lui pour s’approcher de son père.


— Nous devons bien cela à Lucretia, le coupa-t-il à nouveau. Mr Prewett, j’en ai assez de me répéter !


— Nous ? Nous ?! Si nous avions agi à temps comme je vous l’avais demandé…


— Je lui dois bien cela ! explosa Sirius Black. »


La plume qu’il tenait explosa elle aussi dans sa main, projetant un filet d’encre sur le bureau et sur sa robe de sorcier. Il tremblait de fureur, alors qu’il assassinait son fils sur place d’un regard terrible. Mais… il n’était pas en colère contre son fils, c’était évident. Il était en colère contre lui-même, Ignatius en fut certain lorsqu’il le vit appuyer ses doigts sur son front dans l’idée vaine de se reprendre. C’était un peu tard pour les regrets cependant. Ils ne rendraient pas à Miss Lucretia son don de mère. S’il avait fait quelque chose vingt ans plus tôt, et s’il avait pris des mesures contre son frère Cygnus, peut-être que Miss Lucretia sourirait toujours autant.


« Vous… Grand-père, vous saviez et vous n’avez rien fait ? demande Miss Lucretia d’une toute petite voix.


— C’était trop tard, le maléfice était lancé, soupira Sirius Black en prenant un autre parchemin pour recommencer la rédaction d’un contrat. Mais lorsque Melania a accouché et que tu arrivée, toi, une petite fille, j’ai pensé… j’ai voulu croire que Cygnus avait mal lancé son maléfice. Et quand tu as été pubère nous… Nous étions certains que le maléfice n’avait pas fonctionné mais apparemment… Mr Prewett, reprit-il en éclaircissant sa voix qui devenait enrouée, puis-je avoir votre nom complet, les noms de vos parents et votre date de naissance, je vous prie ?


— Comment avez-vous pu imposer la présence d’Oncle Cygnus à ma mère toutes ces années ? s’horrifia Lucretia. Comment avez-vous pu…


— Il était mon frère, Lucretia ! s’exclama Sirius Black.


— Je vous déteste ! Je vous déteste ! hurla Miss Lucretia en revenant dans les bras d’Ignatius. Venez Mr Prewett, partons d’ici, allons faire notre contrat au Ministère, je… »


La porte s’ouvrit à se moment-là et Miss Lucretia s’interrompit en voyant Mrs Hesper Black entrer. Elle semblait avoir pris dix ans depuis la fin brutale du dîner. Elle s’avança dans la pièce sans lâcher son époux de son regard embué et ferma la porte derrière elle.


« Ce… Ce n’est pas possible, j’avais vérifié dans d’autres livres, ce n’est qu’une théorie, ce n’est pas vérifié, dit-elle la voix tremblante. Je… J’avais même essayé sur des souris, tu te rappelles, Sirius ? Ce n’est pas possible, il doit y avoir une autre explication, il doit…


— Demandez à Cassiopeia et à Tante Violetta si vous ne me croyez pas, cracha Miss Lucretia.


— Et Dorea, que… commença à demander Mrs Melania Black.


— Elle est enceinte, elle vous le dira sûrement bientôt officiellement. »


La voix de Lucretia n’était ni joyeuse, ni lasse. Elle était… jalouse, un peu. Ignatius sentit les muscles de sa mâchoire se serrer à nouveau. Miss Lucretia pleurait à nouveau, mais sans aucun signe autre que les larmes sur ses joues. C’était comme si les pleurs devenaient naturels et habituels. Comme s’ils faisaient à présent partie d’elle.


« Votre nom complet, Mr Prewett, je vous prie, répéta le vieux Black d’une voix morne. »


Il se tourna vers Lucretia. Il voulait bien se passer pour sa part de toute cette famille bien trop cinglée et se rendre directement au Ministère avec elle, mais il doutait qu’elle veuille couper les ponts avec sa mère du moins. Qu’elle raye son grand-père de sa vie semblait déjà chose faite, mais pour les autres, Ignatius n’en savait rien.


Elle hocha simplement la tête et revint dans ses bras.


« Ignatius Thaddeus Merlin Prewett, né le 14 juin 1918 à Flaglet-le-Haut. Fils de Thaddeus Frederick Merlin Prewett et Pamelia Christia Mary Prewett née Fawley, prononça-t-il rapidement. »


On n’entendit que la plume gratter sur le parchemin pendant de longues minutes.


« Mr Prewett, finit par intervenir Mrs Melania Black en s’approchant d’eux, un sourire bienveillant sur le visage. J’ai cru comprendre que vous deviez partir pour la Roumanie dimanche qui vient, c’est cela ? Nous pourrions célébrer l’office dimanche midi, et vous laisser partir pour King’s Cross le soir, qu’en dis-tu Arcturus ?


— Une semaine de fiançailles ? demanda avec effarement Mr Arcturus Black.


— Je vais faire préparer ma propre robe de mariage, et nous l’ajusterons demain, Lucretia, qu’en penses-tu, ma chérie ? continua-t-elle. »


Elle semblait heureuse pour sa fille, vraiment, mais Ignatius avait l’impression étrange qu’elle était sur le point de se mettre à pleurer.


« Melania…


— Tu veux une petite cérémonie, je suppose, non ? continua Mrs Melania Black sans tenir compte des questions de son mari. Nous convierons seulement les Prewett, les Fawley et les Macmillan, ce sera une cérémonie intime, qu’en penses-tu ?


— Melania, une semaine, c’est bien trop court pour… essaya de la temporiser son mari.


— Arcturus, Lucretia veut partir avec Mr Prewett, elle veut quitter Londres et cette maison. »


Ignatius ne demandait pas mieux que de l’éloigner de la Maison des Black. Même si sa mère semblait vouloir accéder à ce que voulait Miss Lucretia, elle semblait aussi un peu trop… enjouée et triste à la fois. Et puis… Ignatius espérait vraiment que Miss Lucretia ne voulait pas l’épouser simplement pour partir loin de Londres, de sa famille, et de Dorea… enceinte, elle.


« Venez signer, reprit Mr Sirius Black. »


Miss Lucretia s’empara de la plume mais Ignatius l’arrêta d’un geste. Il ne savait pas ce que contenait ce contrat, et il se rappelait vaguement des recommandations de Charlus. Il enroula le parchemin en un rouleau bien serré et le glissa dans une des poches intérieures de sa cape.


« Nous réglerons les détails demain matin au Ministère, choisit-il en posant sa main gauche dans le bas du dos de Miss Lucretia pour la faire avancer vers la porte. »


Mr Sirius Black se leva, sans doute dans l’idée de les suivre, mais Ignatius l’arrêta d’un geste.


« Je crois que vous en avez assez fait, Mr Black, dit-il le plus poliment qu’il put. Je vais prendre congé, Miss Lucretia saura me raccompagner. »


Le vieux accusa le coup. Il s’arrêta devant le bureau en bois d’ébène et n’émit aucune objection. Le père de Miss Lucretia non plus n’ajouta rien lorsqu’il ouvrit la porte pour faire passer Miss Lucretia devant lui.


« Nous vous attendrons demain matin, demanda simplement Mrs Hesper Black.


— Demain neuf heures, répondit Ignatius avec un hochement de tête en guise de salut. Je raccompagnerai Miss Lucretia après le déjeuner. J’aimerais la présenter à mes parents. »


Il n’attendit pas d’être devant la cheminée pour prendre Lucretia dans ses bras une fois de plus et lui embrasser la tempe chastement. Elle semblait complètement vidée de vie, pire encore que ce matin.


.


Lucretia ne ressentait plus rien. Mr Prewett avait beau la tenir dans ses bras, caresser son dos de ses mains brûlantes et lui embrasser la tempe avec douceur et protection, elle ne ressentait plus rien. Son cœur et son corps étaient comme anesthésiés. Elle n’avait plus d’énergie.


Oncle Cygnus… Comment oncle Cygnus avait-il pu faire ça à sa mère ? Comment… Elle en avait déjà été malade pour Tante Violetta et Cassiopeia, mais savoir qu’il s’était en plus permis de faire ça à sa mère… Elle en était malade pour sa mère. Comment sa mère avait-elle pu vivre dans la même maison qu’un homme qui l’avait torturée de la sorte ? C’était déjà horrible de penser que son père avait pu lui faire subir cela mais… Comment son père… Elle comprenait mieux à présent pourquoi son père et sa mère avaient fait d’innombrables voyages, pourquoi ils étaient très souvent dans leur maison de campagne en Cornouailles et non au 12, Square Grimmaurd et pourquoi son père était complètement paranoïaque. Il avait peur en permanence pour sa femme à cause de son oncle. Elle comprenait mieux aussi pourquoi sa mère ne se séparait jamais de sa baguette et pourquoi elle n’avait jamais voulu emmener Dorea avec eux en voyage malgré les demandes incessantes de la petite Lucretia. Emmener la fille de celui qui avait levé sa baguette sur elle avec eux ? Non, c’était trop. Elle se demandait même si sa mère ne s’était pas rendue malade de peur lorsque Lucretia avait commencé à partager la chambre de Dorea. Mais son père, lui, adorait Dorea, il lui disait même de la prendre comme exemple…


« Miss Lucretia, s’il vous plaît, répondez-moi, parvint la voix de Mr Prewett à ses oreilles.


— Oui Mr Prewett ? murmura-t-elle en se blottissant un peu plus contre lui.


— Comment… Comment vous sentez-vous ? Voulez-vous toujours que nous allions au Ministère pour nous fiancer en règle ou…


— Vous… Vous ne voulez plus ? »


Son corps repartit d’un coup. La peur redonna vie à ses membres et réchauffa sa peau. Elle releva des yeux larmoyant vers lui. Elle se sentait complètement pathétique.


« Bien sûr que si, Miss Lucretia, lui assura Mr Prewett en levant ses yeux bleus océan au ciel. Je viens de manquer de me faire trancher la gorge par votre Grand-père, si ce n’est pas assez pour vous… Non, je voulais vous demander comment vous alliez et si vous aviez besoin de temps pour vous remettre de tout ceci, murmura-t-il dans son marmonnement naturel.


— Je vais bien, c’est seulement… C’est… Je le déteste. Comment a-t-il pu… »


Elle serra les points si fort que ses ongles s’enfoncèrent dans sa peau. Comment Grand-père Sirius avait-il agir ainsi ? Ou plutôt, ne pas agir et laisser Oncle Cygnus habiter dans cette maison, à quelques pas de sa mère tout en sachant ce qu’il avait fait et ce qu’il avait voulu faire ? C’était… c’était inhumain. 


« Votre Oncle Cygnus ? lui demanda Mr Prewett.


— Grand-père Sirius surtout, ajouta-t-elle. »


Mr Prewett n’ajouta rien pendant de longues secondes pour se contenter de passer ses grandes mains chaudes et réconfortantes dans son dos.


« Il a été lâche, marmonna-t-il enfin.


— Lâche ? C’est inhumain ce qu’il a fait subir à ma mère ! s’exclama-t-elle en s’éloignant de ses bras pour le fixer dans les yeux.


— Aussi. La lâcheté l’a rendu inhumain, appuya-t-il. Venez, descendons. Nous serons plus tranquilles dehors. »


Lâche ? Pourquoi, lâche ? Parce qu’il n’avait pas voulu voir ce qu’était vraiment son frère ? Parce qu’il n’avait pas eu le courage d’expulser son frère du 12, Square Grimmaurd ? Parce qu’il avait eu peur d’un scandale ? C’était inhumain, c’était…


« Alors ? »


Découvrir Dorea d’ordinaire si calme et impassible dans une telle panique réchauffa le cœur de Lucretia. Elle lui sourit timidement à travers ses larmes et hocha la tête. Dorea jura quelque chose comme « Merlin » avant de se jeter sur elle pour la prendre dans ses bras. Un élan d’affection public  était si rare venant de Dorea que Lucretia se retrouva à ne pas savoir comment réagir. Elle lui tapota maladroitement l’épaule et Dorea se recula aussitôt.


« Nous… nous avons entendu Oncle Sirius crier et… Charlus est parti fumer dehors et… Je… J’étais sur le point de monter pour… Félicitations, bafouilla-t-elle. »


Dorea se tourna vers Ignatius complètement déboussolée. Ce n’était pas rare de la voir à côté de sa baguette, mais ça l’était un peu plus de le voir sur son visage si glacé d’ordinaire.


« Dorea ? s’inquiéta Lucretia.


— Oui, oui, je… Je… Je vais chercher Charlus et nous… bafouilla-t-elle en tordant ses poignets entre eux.


— Nous allons rentrer, intervint Ignatius. Je vais le chercher. »


Les yeux paniqués de Dorea roulèrent dans leurs orbites puis elle acquiesça avec fébrilité. Lucretia laissa Ignatius la guider dans le couloir de l’entrée à l’aide de la main qu’il avait posée dans le bas de son dos.


Ils s’arrêtèrent juste devant la porte. Elle tourna la tête vers lui. Il la regardait avec son regard fixe et insondable, comme s’il cherchait quelque chose chez elle dont elle ignorait elle-même l’existence.


« Qu’y a-t-il, Mr Prewett ? demanda-t-elle en glissant sa petite main gantée sur sa joue.


— Vous êtes sûre de vouloir que nous nous marions dimanche prochain ? demanda-t-il. »


Elle rougit sous l’intensité de son regard et acquiesça en souriant. Elle ne voulait rien d’autre, elle ne voulait rien d’autre de plus que devenir sa femme, lui jurer amour et fidélité pour la vie entière, partager ses jours et ses nuits et être à ses côtés pour le reste de sa vie. Elle ne pouvait pas imaginer vivre loin de lui plus longtemps.


« Vous êtes sûre que ce n’est pas pour quitter l’Angleterre et votre famille que vous tenez à cette précipitation ? »


Elle fronça les sourcils pour lui montrer son incompréhension. C’était pour être avec lui qu’elle voulait l’épouser. Bien sûr qu’elle voulait quitter l’Angleterre et sa famille puisqu’elle voulait être avec lui et qu’il habiterait en Roumanie.


« Je veux simplement être avec vous, répondit-elle.


— Votre mère ne vous manquera-t-elle pas ?


— Je lui écrirai.


— Et… Dorea ? »


Elle serra les dents. Dorea lui manquerait bien sûr, mais pas autant qu’il le faudrait. Elle ne voulait pas vivre sa grossesse par procuration. Elle préférait voir l’enfant quand elle n’aurait pas d’autre choix que de l’aimer.


« Je lui écrirai aussi, se contenta-t-elle de dire en se hissant sur la pointe des pieds pour passer ses bras autour du cou de Mr Prewett. C’est vous que j’aime et que je veux épouser. Le reste n’a pas d’importance, souffla-t-elle en posant ses lèvres sur les siennes avec délicatesse. »


Elle sentit ses mains chaudes se poser sur sa taille pour en faire le tour pendant qu’il répondait à son baiser. Comme plus tôt dans la journée, elle sentit un millier de papillons dans tout son corps et une vague de chaleur la faire frissonner. Elle s’éloigna à bout de souffle et attrapa son regard couleur océan.


« Et… et vous ? osa-t-elle demander. »


Il l’avait demandée en mariage, donc il l’aimait, elle le savait. Mais… elle aurait bien aimé qu’il le lui dise de vive voix également.


« Moi ? bafouilla-t-il. »


Elle vit la peau de ses joues non recouvertes par sa barbe rousse rougir, comme les autres fois où il était gêné. Elle se retint de rire pour se contenter de lui faire un sourire éblouissant.


« Je veux vous épouser, le reste n’a pas d’importance, bredouilla-t-il. »


Il recouvrit l’instant d’après ses lèvres avec les siennes pour l’empêcher d’insister. Lucretia s’éloigna doucement de lui pour le regarder un haussant les sourcils d’une manière qui indiquait clairement qu’elle attendait autre chose en plus, mais il fit semblant de ne pas le voir.


« Je vais chercher Charlus, bafouilla-t-il. »


Elle se glissa entre la main de Mr Prewett et la porte, les mains posées sur son torse pour le retenir contre elle. Il baissa les yeux vers elle.


« Dites-le moi juste une seule fois, s’il vous plaît, demanda-t-elle doucement. 


— Nous ne sommes pas encore mariés, marmonna-t-il en jetant un coup d’œil derrière lui.


— Et alors ? demanda-t-elle en penchant la tête sur le côté. »


Il passa une main fébrile dans sa barbe, ouvrit la bouche avant de la refermer, jeta un nouveau coup d’œil derrière lui puis enfin il se pencha à son oreille.


« Je pensais que vous aviez compris, Miss Lucretia, dit-il d’une voix bien plus rauque qui la fit frémir de la tête aux pieds, combien j’appréciais vous parler, vous regarder et vous écouter, combien j’avais hâte de vous appeler mon épouse, et bien sûr, combien je vous aimais. »


Il resta la joue contre la sienne plusieurs secondes durant lesquelles elle ne parvint pas à respirer tellement elle tremblait. Elle avait juste demandé un « je vous aime », elle. Elle n’avait pas demandé qu’il adopte une voix si pleine de… de quoi d’ailleurs ? Et puis, c’était toute une déclaration, ce n’était pas… Et puis, son torse chaud était contre sa poitrine à présent et…


Il se recula enfin, et elle rencontra ses yeux couleur océan qui la firent devenir un peu plus écarlate. Dorea avait dit qu’elle le verrait nu et qu’il la verrait entièrement nue pour qu’ils puissent faire… toutes les choses de l’amour, mais là, lorsqu’elle avait été simplement mais vraiment contre lui, pas blottie comme les autres fois, mais vraiment contre lui, elle avait eu l’impression que… que…


La poignée de la porte d’entrée s’abaissa dans son dos la faisant sursauter. Mr Prewett se recula pour permettre à la porte de s’ouvrir et Lucretia en fit de même.


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Ce n’était pas qu’Ignatius n’avait jamais désiré Miss Lucretia. Il ne s’était simplement pas vraiment autorisé jusqu’ici à le laisser transparaître. Et puis ces dernières semaines, elle lui avait semblé si triste et malheureuse qu’il avait pensé à autre chose la concernant.


Mais là, alors qu’elle le regardait avec ses immenses yeux gris remplis d’attente et que sa bouche formait une demande divine et pernicieuse, quelque chose avait cédé dans sa maîtrise de lui-même et il avait brusquement eu envie de l’embrasser bien moins sagement qu’il l’avait fait jusque là, et de la tenir contre lui pour enfin sentir son corps contre le sien. Le contact l’avait brusquement freiné, comme réveillé sans pouvoir ni aller plus loin ni reculer. Il s’était arrêté, la tête contre la sienne, à quelques pouces de son oreille. Les mots étaient venus tout seul, et il en serait venu d’autres s’il ne les avait pas empêchés.


« Alors ? »


Charlus faisait la navette de l’un et l’autre en pivotant simplement la tête, les sourcils haussés, depuis le seuil de la porte du 12, Square Grimmaurd. Ignatius essaya vainement de se reprendre.


« Mr Prewett vient me chercher demain matin pour nous rendre au Ministère, finit par dire Miss Lucretia les joues toutes rouges. 


— Eh bien voilà, mes félicitations, dit-il avec agacement. Je vais chercher Dorea, et nous y allons. Tu viens avec nous, Ig ? »


C’est quoi son problème, cette fois ? se demanda Ignatius en le suivant du regard. Charlus remonta le couloir sans plus de commentaires. Montrer un peu de joie pour lui, c’était trop demander ?


« Mr Prewett, je…


— Nous nous revoyons demain, Miss Lucretia, reprit-il en prenant sa main. »


Il la monta rapidement jusqu’à sa bouche pour l’embrasser. Elle avait toujours les yeux aussi brillants que tout à l’heure, et à nouveau, cette envie le prit à la gorge et il s’enfuit l’instant d’après dans le salon. Il se retourna juste avant de passer le seuil et sortit leur futur contrat de mariage pour le tendre à Miss Lucretia.


« On ne peut transplaner ou prendre la poudre de Cheminette avec des contrats, ceci les détruit, marmonna-t-il rapidement. Voudriez-vous le garder jusque demain matin ?


— Je… Je peux le lire ? »


Il hocha la tête en lui souriant. Son regard glissa sur sa taille si fine qu’il pouvait en faire le tour avec ses deux mains. Il secoua la tête et détourna les yeux. Il fallait juste revenir demain.


.


Une fois allongée dans son lit, Lucretia déroula le rouleau de son futur contrat de mariage.


« Ignatius Thaddeus Merlin Prewett… souffla-t-elle en lisant les lignes noires à la bougie. »


Ses lèvres et ses joues lui faisaient mal tant elle souriait.


« Mrs Lucretia Melania Hesper Jane Prewett… ajouta-t-elle en pleurant silencieusement tant la joie et l’espoir l’étouffaient. »


.


« C’est quoi le problème ? attaqua d’emblée Ignatius. »


Dorea était immédiatement montée se coucher et Ignatius avait attrapé l’épaule de Charlus pour lui faire signe de rester deux minutes et lui donner des explications sur son humeur exécrable. Ils se fixèrent les yeux dans les yeux de longues minutes avant que Charlus ne claque la porte du salon avec un cri de rage et aille se servir un verre de Whiskey-Pur-Feu. Il en servit aussi un pour Ignatius avant de boire le sien cul sec et d’exploser.  


« Le problème c’est cette Maison des Black, cracha Charlus en s’arrachant les cheveux. Ils sont complètement cinglés, tous. Et dès que Dorea met un pied là-bas, elle redevient un putain de Glaçon et je ne la reconnais plus ! Je vais là-bas le moins possible parce que ça me rend malade de voir comment fonctionne cette famille ! Tout le monde doit rendre ses comptes à Môssieur Sirius Black, tout le monde lui obéit au doigt et à l’œil, et personne ne voit que rien ne va ! Je pensais que le problème principal était le père de Dorea, et qu’il était la raison pour laquelle elle était si… craintive en permanence, mais c’est pire que ça ! Outre le fait que, bien sûr ils sont racistes jusqu’à la moelle, dit-il avec dégoût, toutes leurs relations sont basées sur la peur et sur une hiérarchie implicite par rapport à celui qui héritera de tout ce merdier ! »


Ignatius hocha simplement la tête pour tout commentaire. Puis il fit signe à Charlus de continuer.  


« Quand le vieux Black a pété sa baguette et t’a fait transplaner toi, la petite Lucretia et son fils à l’étage, j’ai cru que Dorea avait été pétrifiée tant elle est devenue pâle et qu’elle ne bougeait plus ! Puis elle s’est mise à tourner en rond et à sursauter à chaque éclat de voix. Merlin, mais c’est quoi le problème ? Pourquoi est-ce qu’elle n’est pas montée à l’étage au lieu d’écouter tout ça en tremblant ? Elle est brillante ! Elle connaît des sortilèges qu’aucun parmi tous ces imbéciles ne pourrait même imaginer, mais non, elle est tétanisée à chaque fois qu’elle pose un pied là-bas ! C’est comme si toute cette maison la poussait dans la même case que sa mère qui ne fait que lui raconter des stupidités sans nom ! Comme si l’atmosphère de ce 12, Square Grimmaurd l’enfermait sur elle-même !


— C’est beau ce que tu dis, commenta Ignatius.


— Et je ne te parle même pas de son frère, continua Charlus en levant les bras au ciel. C’est un abruti fini qui passe son temps à la rabaisser et à lui dire qu’elle ne sait pas sourire.


— Tu en as discuté avec elle ? demanda Ignatius sans vraiment attendre de réponse mais Charlus la lui donna.


— Un peu, soupira-t-il en se laissant tomber dans son fauteuil. Mais à chaque fois que je le fais, elle se renferme sur elle-même et puis elle finit par me dire qu’elle ne veut plus penser à son père et au reste. Mais… Maintenant qu’elle est enceinte, je viens de me rendre compte que… Que je ne veux plus qu’elle aille là-bas. »


Il n’avait pas fallu à Ignatius plus d’une réception pour donner aux trois vieux frères Black, qui n’étaient plus que deux à présent, le surnom de nobles moyenâgeux. Il n’empêche, ce dîner l’avait assuré dans le fait qu’effectivement, ils étaient tous cinglés, tous sur-patriarcaux, et tous soumis à un code d’honneur répugnant. Et il était plutôt d’accord avec Charlus sur ce coup. Ce n’était pas plus mal qu’il parte vivre en Roumanie avec Miss Lucretia. Il n’aurait pas à les voir plus qu’il ne faudrait. Avec un peu de chance, il ne remettrait pas les pieds à Londres avant trois ou quatre ans même. Quant à Charlus…


« Tu auras bientôt des matchs à droite à gauche, tu n’as qu’à lui demander de te suivre partout, elle n’aura pas le temps de remettre les pieds là-bas, marmonna Ignatius. Et puis lorsqu’elle sera trop enceinte pour t’accompagner, elle ne pourra plus y aller non plus par transplanage ni balai ou Cheminette alors…


— Je ne veux pas que mon enfant mette les pieds là-bas, avoua Charlus.


— Il faudra bien un peu, marmonna Ignatius en grimaçant.


— Eh bien non, ils vont endoctriner ma fille ou mon fils si Dorea l’emmène là-bas, et il n’en est pas question, décida Charlus.


— Je t’ai connu moins autoritaire, marmonna Ignatius. Tu devrais en parler avec elle, elle sera peut-être d’accord avec toi.


— Ils la manipulent tous, elle… Quand nous ne sommes que tous les deux, elle est vive… Prewett ne me regarde pas comme ça, je t’assure qu’elle est vive, qu’elle sourit et que j’arrive même à la faire rire aux éclats et qu’elle me taquine. Mais dès qu’elle est là-bas ou qu’un membre de sa famille est face à elle (autre que la Petite Lucretia), elle redevient… figée. C’est effrayant. Elle ne s’en rend même pas compte. Et je ne supporte pas de la voir si… soumise.


— Soumise ? s’étonna Ignatius. Elle n’est pas soumise, je dirai même qu’elle prend beaucoup de libertés avec toi.


— Ne recommence pas à faire ton vieux macho, Prewett, râla Charlus. Elle me taquine, elle ne prend pas des libertés ou je ne sais trop quoi. Mais si tu avais vue le jour de notre mariage comment son père avait réussi à… l’écraser. Il n’y avait plus rien de spontanée et de vrai. J’ai dû – et je dois encore – lui rappeler tous les jours qu’elle n’a pas besoin de mon autorisation pour faire ce qu’elle veut, et que c’est une amante et non une maîtresse de maison que je veux dans ma vie.


— Tu es tout de même bien content qu’elle te fasse à manger, marmonna Ignatius face à la mauvaise foi de Charlus.


— Je m’en passerais bien de ses gratins brûlés et de ses soupes trop salées, marmonna à son tour Charlus. Elle n’est pas faite pour faire ça, mais elle s’entête parce que sa mère doit continuer de lui mettre dans la tête qu’elle doit tenir sa maison. Franchement, je préfèrerais qu’elle achète un elfe ou qu’elle demande à Mrs Runcorn de venir faire à manger, et qu’elle reste le nez dans ses bouquins comme elle aime le faire.


— Tu es bizarre, Charlus, ne put s’empêcher de commenter Ignatius. Tu vois le mariage comme un adolescent amoureux. Tu es vraiment bizarre parfois. Tu traînes trop avec Enid Forty. La nana se prend pour un homme les trois quarts du temps, ça a dû te…


— Allez, arrête Ig, tu m’énerves quand tu parles d’Enid comme ça, tu le sais, le coupa Charlus. Enid sera la meilleure Poursuiveuse de sa génération. C’est pas parce qu’elle n’a pas de bite que tu dois parler d’elle comme ça. Elle se prend pas pour un homme, elle est comme elle veut être, c’est tout. »


Ignatius garda pour lui ses marmonnements agacés pendant plusieurs secondes.


« On disait quoi à l’origine ? finit par demander Charlus.


— Que tu devais me féliciter mieux que ça, marmonna Ignatius avec un sourire amusé. »


End Notes:

J'aime bien donner un autre regard sur Dorea et Charlus avec cette fic, je sais pas si ça se voit. 

Merci Javalia pour ta review, ça me fait super plaisir de te voir sur cette fic ! Je lis toujours tes commentaires avec plaisir ! 

Si vous voulez plus de Black, avec Walburga au coeur de l'histoire et puis il y a Lucretia dans les parages, n'hésitez pas à faire un tour sur La sorcière au coeur velu, de MarlyMcKinnon (qui relit toutes mes fic depuis mon début dans la fanfiction, j'en profite pour la remercier! T'es la meilleure !). 

Mr et Mrs Prewett by Juliette54
Author's Notes:

Merci Alask et PurplePink pour vos reviews < 3

Chapitre 4 : Mr et Mrs Prewett

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Lucretia lissa sa robe bleu pâle, vérifia son maquillage et sa coiffure dans la psyché de sa chambre puis enfila une paire de gants blancs. Elle avait essayé de se faire belle sans pour autant se montrer trop coquette. Ignatius ne lui avait pas parlé de ses parents. Elle savait qu’il avait un frère et une sœur parce qu’elle l’avait entendu au mariage de Dorea et Charlus, mais c’était tout. Elle appréhendait un peu.

Elle n’avait voulu de personne dans sa chambre depuis hier soir. Son Grand-père avait frappé et avait essayé de lui parler à travers la porte en bois, mais elle n’avait pas écouté. Elle avait entendu Grand-mère Hesper discuter avec Grand-père Sirius pour le convaincre d’aller se coucher. Elle avait attendu qu’il soit parti pour demander à Lucretia de parler à son Grand-père avant de partir pour la Roumanie.

Lucretia n’avait pas répondu.

Elle prit le rouleau de parchemin qui faisait office de contrat de mariage, le glissa dans sa pochette, et ouvrit prudemment la porte de sa chambre. Elle tomba sur sa mère. Après une seconde d’étonnement, elle fut seulement soulagée. C’était la seule dont la vue ne la mettait pas en colère.

« Bonjour Mère, dit-elle en venant lui embrasser la joue. »

Sa mère la retint un court instant contre elle avant de la laisser reculer. Elle sentit le regard analytique de sa mère détailler sa tenue avant de revenir vers son visage.

« Tu as très bien su équilibrer ta tenue, commenta-t-elle en souriant. Nous avons tout juste le temps de prendre un petit déjeuner avant que Mr Prewett n’arrive…

— Nous ? releva simplement Lucretia.

— Ton père et moi allons vous accompagner, lui apprit sa mère.

— Il n’en est pas question, protesta Lucretia. Après ce qu’il s’est passé hier, je…

— N’empêche pas ton père de s’occuper de toi, Lucretia, la coupa sa mère avec douceur. Il est déjà malade de chagrin alors…

— Il est malade tout court, marmonna Lucretia.

— Lucretia, la reprit fermement sa mère. Ton père est paranoïaque, d’accord, mais ne me dis pas que tu as honte de lui. 

— Il me fait peur, avoua-t-elle à sa mère pour la première fois. Et Mr Prewett l’a très bien entendu hier. Vous ne pourrez jamais rien y changer. »

Sa mère ne répondit rien. Lucretia garda la tête baissée sur ses mains.

« Ton père ferait n’importe quoi pour te protéger, lui dit sa mère en lui relevant le visage. Il ne te fera jamais de mal. Nous allons vous accompagner au Ministère d’abord, puis chez les parents de Mr Prewett. Nous aimerions rencontrer Mr et Mrs Prewett. Tu seras loin dès lundi prochain quoi qu’il en soit, laisse-nous rester auprès de toi cette semaine. »

Lucretia ne réussit qu’à acquiescer faiblement à sa mère. Comment pouvait-elle refuser quoi que ce soit à celle qui avait souffert du sortilège ? À sa mère ?

« Viens avec moi rejoindre les autres. Tu pourras annoncer tes fiançailles et le mariage imminent, la pria sa mère. »

Elle descendit les escaliers lentement. Elle qui avait espéré ne croiser personne et pouvoir retrouver Mr Prewett discrètement, c’était manqué.

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« C’est assez, Maman ! hurla Ignatius en se levant violemment. »

Sa mère se plaignait depuis des heures sur le fait qu’elle ne connaissait pas Lucretia Black, qu’elle ne venait pas de Flaglet-le-Haut, qu’ils partaient en Roumanie dans une semaine, que les Black allaient les prendre de haut, qu’elle n’aurait jamais le temps de préparer un dîner convenable pour Lucretia Black et ses parents, qu’Ignatius ne tenait jamais compte de ses sentiments et de ses nerfs, qu’il imposait son choix à leur famille, que c’était tout de même à elle de lui trouver une fiancée et de lui préparer son mariage et patati et patata.

« Je pars chercher Lucretia, nous irons au Ministère régler les détails administratifs et puis je les ferai transplaner, elle et ses parents ici, décida-t-il hors de lui. Si rien n’est prêt, eh bien nous ne ferons que prendre le thé. Nous sommes mardi, le mariage a lieu dimanche : je te demande six jours de complaisance, c’est tout. Tu pourras me dire tout ce que tu veux et être infecte comme tu sais le faire avec Lucretia, cela ne changera rien ! Elle va devenir ma femme, et je partirai avec elle dimanche soir pour la Roumanie ! Des questions ? »

Le visage offusqué de sa mère manqua de le faire exploser à nouveau.

« Thaddeus, mais dis quelque chose ! s’écria-t-elle en se tournant vers son mari.

— Pamelia, cesse de crier, s’il te plaît, ne trouva qu’à marmonner son père sans lâcher la Gazette des yeux. Si même les Black ont accepté, tu ne pourras pas y changer grand-chose. »

Ignatius laissa sa mère asticoter son père et préféra sortir de la maison de ses parents pour aller transplaner.

Il trouva facilement le 12, Square Grimmaurd sur le plan des localités magiques de Londres.

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Tout ce que Lucretia avait retenu du chemin jusqu’au Ministère fait à pied, c’était sa main bien callée dans le creux du coude de Mr Prewett, les trois baisers qu’il avait posés sur sa joue et sa voix grave qui ressemblait à un marmonnement et qui lui parlait de Ludovicus Prewett, son petit frère, Muriel Prewett, sans grande sœur, et ses parents, Thaddeus et Pamelia Prewett. Elle se souvenait aussi des compliments qu’il avait faits sur son sourire (plutôt que sur sa robe) et de son visage reposé (plutôt que sur sa coiffure). Si elle avait été un peu désappointé au début, elle avait finalement trouvé ceci plus original… avant qu’il ne lui glisse enfin que le bleu de sa robe faisait ressortir ses yeux, et que son chignon compliqué lui donnait quelque chose de plus… royal. Elle avait rougi, elle avait ri bêtement puis ils étaient entrés au Ministère.

Elle n’avait encore jamais mis les pieds là-bas. Pourquoi l’aurait-elle fait d’ailleurs ? Elle avait regardé les allers et venus des gens avec fascination, les hauts plafonds l’avaient impressionnée et voir Mr Prewett serrer la main à quelques personnes et la présenter comme sa fiancée l’avait émerveillée de plaisir.

Elle avait distraitement écouté Ignatius, son père et le Mage qui les marierait discuter du contrat de mariage. Elle se fichait de tout cela. Ce qu’elle voulait, elle, c’était signer ce qu’il fallait pour que Mr Prewett et elle soient liés d’abord par des fiançailles, ensuite par le mariage.

Alors lorsqu’enfin ils sortirent du Ministère officiellement fiancés et quasiment mariés, elle lui sauta dans les bras sans tenir compte du regard de ses parents.

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Lorsqu’enfin la maison en pierre de ses parents fut en vue au milieu des vergers, Miss Lucretia s’arrêta pour contempler l’endroit. Elle avait vraiment bonne mine aujourd’hui, comme le jour où Ignatius l’avait rencontrée. Sa robe bleue pastel lui faisait perdre une année ou deux, années vite reprises par son chignon savamment construit et ce maintien raffinée qui ne la quittait jamais. Il ouvrit le lourd portail en fer qu’elle passa sans se faire prier. Ses parents étaient quelques pas derrière eux. Il s’appuya sur la barrière pour la regarder s’émerveiller face à toutes les plantes de son père.

Elle tourna ses immenses yeux gris et son large sourire vers lui.

« C’est ici que vous avez grandi, Mr Prewett ? demanda-t-elle les joues rouges d’impatience.

— Oui, dit-elle en répondant à son sourire.

— C’est ici que vous avez essayé de monter un élevage de Doxys ? continua-t-elle en ses mordant les lèvres, sans doute pour se retenir de rire.

— Oui, avoua-t-il avec une moue embêtée parce qu’il ne pensait pas lui avoir raconté ceci.

— C’est ici que l’œuf de dragon que vous aviez gagné aux cartes a éclos et c’est le toit de cette maison qu’il a brûlé ? poursuivit-elle en trépignant d’impatience.

— Oui, marmonna-t-il ne se passant une main gênée sur sa nuque.

— C’est ici encore que vous avez adopté un Charretier et que pour le nourrir vous avez monté un élevage de gnomes de jardins qui n’ont jamais voulu quitter le terrain ? dit-elle avant d’exploser de rire. »

Cette nana lui avait fait raconter n’importe quoi. Pourquoi lui avait-il raconté tous ses essais avec les créatures magiques, hein ? Cette histoire d’œuf de dragon aurait pu lui apporter de gros ennuis. Il marmonna avec agacement qu’il ne lui raconterait plus rien, ce qui, bien sûr, la fit seulement rire un peu plus aux éclats. Mais c’était tellement mieux de l’entendre rire que pleurer, qu’Ignatius n’ajouta rien. Il poussa un peu plus la grille pour laisser entrer les parents de Miss Lucretia, puis la referma dans un déclic métallique. Il proposa son bras à sa fiancée qui l’accepta aussitôt.

« C’est vraiment charmant, dit-elle en regardant tout autour d’elle les arbres et l’herbe givrée.

— C’est mieux au printemps, commenta Ignatius. »

Il restait un peu de neige sur le chemin de pierre qui menait jusqu’à la porte d’entrée, si bien que leurs pas produisaient des couinements. Il ouvrit la porte sans frapper et fit signe à Miss Lucretia de passer devant lui. Le sourire émerveillé qu’elle lui renvoya le fit rougir.

« Maman, Papa, nous sommes là, dit-il de sa voix bourrue en entrant après Miss Lucretia. »

Il prit la cape et le chapeau de sa fiancée pour les laisser sur la patère de l’entrée avant de s’occuper des affaires de ses futurs beaux-parents. Mrs Melania Black regardait tout autour d’elle avec un sourire discret, Mr Arcturus Black ne quittait pas sa fille des yeux. Des bruits de pas se firent entendre dans le couloir de la belle maison de ferme, puis son père, en habits du dimanche, passa la porte du salon.

« Miss Lucretia, Mr et Mrs Black, je vous présente mon père, Thaddeus Prewett. Papa, voici Miss Lucretia et ses parents, marmonna-t-il en cherchant sa mère du regard.

— Je suis enchantée de faire votre connaissance, Mr Prewett, s’empressa de le saluer Miss Lucretia de cette voix toujours gentille qui faisait sourire Ignatius.

— Je suis ravi de vous rencontrer aussi, Lucretia, répondit son père en se contentant de poser sa main sur son épaule. Mr Black, je suis heureux que vous ayez accompagné votre fille et de pouvoir vous rencontrer aussi, continua-t-il en tendant la main à Arcturus Black. »

Son futur beau-père n’y fit pas attention et continua de fixer son père sans manifester la moindre émotion. Ignatius grimaça sans pouvoir se retenir. Pourvu qu’il ne parte pas en crise comme la veille au soir…

« Nous ne pouvions pas laisser Lucretia pour un jour si particulier, Mr Prewett et nous tenions à vous rencontrer avant la cérémonie, répondit à sa place Mrs Black en serrant la main tendue. »

Ignatius regarda son père cligner des yeux, froncer les sourcils, grimacer et lui jeter un discret coup d’œil auquel il ne répondit que par une grimace désolée. Arcturus Black était cinglé. Mieux valait ne pas chercher à comprendre son attitude.

« Où est ma mère ? demanda-t-il pour combler le silence pesant.

— Dans la salle à manger avec l’elfe de Maison et Muriel. Ludovicus est allé se changer. Je m’excuse par avance, Mr et Mrs Black, mais le dîner ne pourra pas être très long. Nous sommes en train de couper les pruniers, et…

— Tu ne peux pas le faire demain ? le coupa Ignatius avec agacement.

— Ignatius, tu sais très bien que…

— Je viendrai pour vous aider, Ludo et toi, si tu veux, je te demande une demi-journée, insista Ignatius. »

Les yeux bleus de son père, les mêmes que les siens se plissèrent avec agacement. Thaddeus Prewett fit claquer sa langue dans sa bouche et tourna les talons pour les inciter à le suivre dans le salon. Il proposa l’un des trois fauteuils à Mr Black qui préféra s’asseoir sur l’un des deux canapés en cuir à côté de son épouse sans avoir encore dit un mot. Son père lui jeta un autre coup d’œil intrigué, surtout quand Mrs Black fit signe à Miss Lucretia de s’asseoir à côté d’elle.

« Va chercher ta mère et ta sœur, lui intima son père. Vous boirez bien un verre de Whiskey-Pur-Feu, Mr Black ? »

Encore une fois, Mr Black ne prononça pas un mot pour se contenter d’acquiescer. Ignatius attrapa le regard de Miss Lucretia avant de quitter la pièce avec réticence. Son immense sourire le rassura un peu.

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La maison des parents de Mr Prewett était vraiment charmante. C’était une grande et vieille maison de ferme, avec des tapis partout au sol, et des meubles en bois sombre. Les canapés en cuir immenses et rembourrés du salon et la grande cheminée en faisaient une pièce à vivre vraiment agréable. Mr Prewett ressemblait beaucoup à son père d’un point de vue physique. Même barbe rousse, mêmes cheveux roux, mêmes yeux bleus. Seul le nez de son futur beau-père était plus épaté et son regard moins perçant. Ils marmonnaient aussi tous deux de la même manière, quoique de manière encore plus prononcée pour le père de Mr Prewett.

« Miss Lucretia, vous êtes bien la cousine de l’épouse de Charlus, c’est cela ? lui demanda directement son futur beau-père. »

Elle rougit de plaisir parce qu’elle ne s’était pas attendue à ce qu’il lui parle à elle, et non à ses parents.

« Sa petite-cousine, oui, osa-t-elle préciser. Mon père est le cousin de Dorea, mais ils ont vingt ans d’écart, et moi seulement cinq ans d’écart avec Dorea. »

Elle s’empressa de se taire en voyant le froncement de sourcil de sa mère.

« Un drôle d’énergumène ce Charlus Potter, hum, marmonna son futur beau-père avec un demi-sourire. J’imagine que votre cousine ne sait plus où donner de la tête, Mr Black ? reprit-il en remplissant deux verres de Whiskey-Pur-Feu. »

Il tendit le verre à son père qui le prit sans pour autant le goûter pour continuer de fixer son futur beau-père. C’est sa mère qui reprit la parole.

« Dorea a toujours cherché la complication, le caractère de Mr Potter ne pouvait que lui plaire, commenta sa mère avec un discret sourire.

— Et c’est donc à leur mariage que vous avez rencontré mon fils, Lucretia, d’après ce que j’ai compris, continua-t-il sans perdre son demi-sourire.

— Oui, s’empressa de répondre Lucretia, ravie. J’étais la demoiselle d’honneur de Dorea, et Mr Prewett leur témoin, nous étions destinés à passer la soirée ensemble et…

— Lucretia, la reprit doucement sa mère. »

Elle se tut immédiatement. Elle était volubile, elle le savait, et elle essayait de se retenir d’habitude, mais elle était si contente aujourd’hui que… Un bruit de fracas la fit sursauter.

« Ah, Ludovicus descend les escaliers, commenta Mr Prewett en levant les yeux au plafond. »

Et effectivement une tête rousse sans barbe passa à travers la porte. Il resta un instant sur le seuil de la porte, les mains de chaque côté des montants puis s’avança. 

« Miss Lucretia, vous voilà donc. Mr et Mrs Black, les salua-t-il avec un grand sourire. Ignatius ne m’avait pas dit que vous étiez aussi jolie, continua-t-il en tendant la main à son père que sa mère serra à la place, comme d’habitude. »

Il s’assit ensuite sur le fauteuil proche de Lucretia qui le dévisageait. Il avait beau être roux, il ne ressemblait pas du tout à Mr Prewett.

« Mon frère est un cachotier, reprit-il. Je pensais me marier avant lui, et voilà qu’il me double. Vous devez connaître Agatha Fawley, elle est en dernière année à Poudlard, à Serdaigle. Vous la rencontrerez en août sinon, lorsque je l’épouserai.

— Si, si, je vois qui elle est. Elle est à la chorale, non ? se permit de répondre Lucretia.

— Exactement. Vous y étiez aussi ? s’étonna-t-il.

— Non, pas du tout, mais je me rappelle l’y avoir vue. 

— Ludo, ne commence pas à la harceler, gronda la voix de Mr Prewett. »

Lucretia tourna la tête vers la porte pour voir son fiancé accompagné de deux femmes. Elle se leva aussitôt malgré la main de sa mère sur sa cuisse pour l’en empêcher. Voilà à qui ressemblait le frère de Mr Prewett : à sa mère. Sa mère semblait avoir déjà un certain âge… Son père aussi, mais ceci l’avait moins surprise. Il est vrai qu’il lui avait dit que sa sœur Muriel avait vingt-huit ans de plus que lui, mais…

« Miss Lucretia, voici ma mère. Maman, je…

— J’ai compris, coupa sèchement Mrs Prewett. »

Le sourire de Lucretia s’effrita un peu. Qu’avait-elle fait de mal ? Elle le demanda avec un regard perdu à Mr Prewett, dont la mâchoire crispée lui indiqua seulement l’agacement. Elle fronça les sourcils pour lui en demander muettement la raison, mais il se contenta de secouer sèchement la tête et de lui grimacer un sourire.

« Je suis ravie de vous rencontrer, Mrs Prewett, dit-elle à mi-voix. »

Le hochement de tête semblait être la meilleure réponse qu’elle obtiendrait.

« Le dîner est prêt, Muriel va vous mener dans la salle à manger. 

— Veuillez me suivre, reprit l’autre femme d’un ton mielleux. »

Elle laissa ses parents passer devant elle avec son futur beau-père et le frère d’Ignatius pour se retrouver un instant seule face à lui.

« Ai-je fait quelque chose de mal ? demanda-t-elle en sentant sa gorge se nouer. »

.

Ignatius allait vraiment étriper sa mère. Ce n’était pas parce qu’elle avait épousé son père à seize ans après la consultation de leurs deux familles que toutes les nanas devaient faire pareil. Merlin, il s’était passé cinquante ans depuis, nom de nom. Sans compter qu’obtenir ses ASPIC n’étaient pas une option pour une femme selon Ignatius. Sa mère n’avait aucune jugeote. Et voilà que Miss Lucretia perdait à nouveau son sourire.

« Ma mère voulait me faire épouser une cousine Fawley, oubliez-la, marmonna-t-il en glissant ses mains sur ses joues. »

Il l’embrassa comme la première fois, brièvement et amoureusement. Non pas qu’il ne l’embrassait plus amoureusement, mais il l’avait fait bien moins brièvement les fois suivantes.

« Que faut-il que je fasse pour qu’elle m’accepte ? lui demanda-t-elle avec espoir.

— Rien, elle est entêtée, vous perdriez votre temps, dit-il brusquement. Et puis, nous serons bientôt en Roumanie, et nous ne la verrons plus. Laissez, vraiment, insista-t-il. »

Il posa sa main dans le bas de son dos pour la mener dans la salle à manger. Heureusement, sa mère le laissa s’asseoir à côté de Miss Lucretia sans faire d’histoire.

Ce fut néanmoins une catastrophe. Entre sa mère qui n’adressait pas la parole à Miss Lucretia et ses parents, Mr Black qui ne parlait que pour dire qu’il allait prendre l’air, Mrs Black qui essayait d’entretenir la conversation avec son père, et Ludo qui parlait d’Agatha Fawley à Miss Lucretia, sa mère qui en rajoutait une couche pour dire combien Agatha serait une belle fille formidable, Ignatius se savait plus après qui il était en colère. Et le pire, assurément, fut lorsque sa mère amena le sujet par excellence qu’il ne fallait pas, lorsqu’elle adressa la parole à Miss Lucretia pour la première fois.

« Combien d’enfants voulez-vous, Lucretia ? »

Silence à table. Que ce soit Mr Black, Mrs Black ou même Ludo, plus aucun ne parla. Comme à son habitude, Ludo fit un sourire sarcastique à Ignatius en jouant avec ses sourcils. Lucretia tourna la tête vers lui, plus pâle que jamais. Il tourna lentement la tête vers sa mère.

« Maman, marmonna-t-il en serrant les dents et en l’assassinant du regard. Tu sais très bien que je ne veux pas d’enfants. »

Il sentit la main de Lucretia sous la sienne se crisper. Mr et Mrs Black cessèrent de retenir leur respiration et Ludo perdit son sourire stupide.

« Eh, Ig, tu ne peux pas imposer une chose pareille à ta femme, dit-il en fronçant les sourcils.

— Je n’impose rien du tout, nous sommes du même avis.

— Mais enfin, Ignatius, je veux des petits-enfants ! s’emporta sa mère. Tu ne veux déjà pas t’occuper des vergers, tu ne veux pas d’enfants, quand vas-tu cesser de refuser tout ce qu’il faut faire ?!

— Maman, arrête ça, la prévint dangereusement Ignatius. 

— Lucretia, vous voulez bien des enfants, non ?

— Maman ! s’exclama-t-il en tapant du poing sur la table. »

C’était de la faute de sa mère s’il avait eu tant de réticence à s’intéresser aux nanas à Poudlard et après. À cause de Muriel aussi, qui le regardait avec un air supérieur insupportable. Il ne s’étonnait plus que son mari l’ait planté pour partir aux Amériques avec une petite jeune vingt ans plus tôt. Elles étaient toutes les deux à lui dire quoi faire, et comment le faire. Elles étaient toutes les deux à tout critiquer et tout manigancer pour l’amener à faire ce qu’elles voulaient alors qu’il ne le voulait pas. Son père laissait faire et s’en allait dans son verger. Son frère était trop content qu’elles s’occupent de lui et qu’il n’ait rien à choisir et rien à faire. Et comme il aimait le travail de la terre, tout était parfait pour lui.

« Nous verrons plus tard, Mrs Prewett, intervint la voix voilée de Miss Lucretia. Avoir des enfants dans une réserve de dragons me paraît dangereux.

— Plus tard ? s’étonna sa mère pendant qu’Ignatius serrait les dents. Un enfant peut mettre des années à venir, Lucretia. »

La main de Miss Lucretia glissa de la sienne. Il se tourna vers elle pour la voir se lever.

« Veuillez m’excuser, dit-elle d’une voix lourde en quittant la pièce. »

Ignatius s’apprêtait à véritablement hurler après sa mère puis à courir rejoindre Lucretia, mais Mr Black le prit de court.

« Je dois prendre l’air, marmonna-t-il en se levant, tout son corps parcouru de tocs nerveux. »

La porte claqua derrière lui.

« Je ne veux plus t’entendre, Maman, marmonna-t-il.

— Ignatius, j’en ai assez de…

— Tais-toi Pamelia, la coupa sèchement son père. »

Ignatius jeta un coup d’œil à son père qui fixait sa mère sombrement. C’était très rare qu’il adopte un regard et un ton pareils. Il disait les choses de manière bien plus légère habituellement, presque nonchalante et indifférente. Son père n’était pas stupide. Pour qu’Ignatius dise une chose aussi violente et surprenante devant ses futurs beaux-parents, c’est que ceci avait déjà été discuté. Son père avait compris. Et son frère ne tarderait pas à comprendre aussi, après la sortie précipitée de Miss Lucretia. Il n’y avait que sa mère et sa sœur pour ne pas voir plus loin que le bout de leurs nez.

.

Elle sentait à nouveau ses poumons exploser sous les sanglots. Pourquoi tout le monde lui rappelait sans cesse qu’elle n’était pas une vraie fille ? Une femme entière qui pouvait porter les enfants de l’homme qu’elle aimait ? Pourquoi Ignatius était si gentil avec elle ? Pourquoi avait-il menti immédiatement, pour éviter une discussion pesante avec sa mère ?

« Lucretia, ma… ma fille, s’il vous plaît, pourrions-nous… »

Son père l’avait toujours effrayée, avec tous ses tocs nerveux et ses crises de paranoïa. Il ne serrait aucune main et laissait sa mère le faire. Il ne parlait presque jamais aux gens en dehors du 12, Square Grimmaurd. Il n’avait pas d’ami car la seule chose qui lui importait c’était sa femme et sa famille.

Elle se jeta dans les bras de son père comme elle avait toujours eu trop peur de le faire par le passé.

End Notes:

Arcturus est fou, hum, c'est acté. On le perçoit assez dans son attitude ? Ou trop peut-être ? Et que pensez-vous de Mr et Mrs Prewett ?

Prochain chapitre... leur mariage. Oui, ils vont vite... trop vite, mais je n'en dis pas plus, il reste encore trois chapitres :) 

Des bisous !

Départ pour la Roumanie by Juliette54
Author's Notes:

Coucou 

Plus je relis ce chapitre, moins il me plaît donc je vais le mettre avant de tout effacer et puis, ça fait plus de deux semaines que j'aurais dû le mettre, c'est pas cool pour vous :) 

Merci pour ta review Javalia ! Ce n'était pas ton anniversaire récemment d'ailleurs ?.. Bon anniversaire en tout cas, plein de bisous, et j'espère que tu as passé une bonne journée malgré la situation :) 

Bonne lecture !

 

Chapitre 5 : Départ pour la Roumanie

 

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Mon cher Orion, mon petit frère,

 

Un court parchemin pour te dire que demain, la Gazette du Sorcier annoncera mes fiançailles avec Mr Ignatius Prewett. Réjouis-toi pour moi, je vais me marier ! Mr Prewett est un homme formidable. Il est Magizoologiste, il a voyagé aux quatre coins du monde et je l’aime. Comme il doit partir pour la Réserve de dragons roumaine dimanche soir, le mariage sera célébré dimanche dans l’après-midi. J’aurais tant aimé que tu puisses assister à mon mariage et que tu puisses rencontrer Mr Prewett. Ce sera une petite cérémonie de toute façon. Nous reviendrons dans six mois pour le mariage de son frère, j’espère pouvoir te le présenter à ce moment-là. Tu verras une photographie dans la Gazette du dimanche ou du lundi, et je t’en enverrai une autre.

 

Prends soin de toi mon petit frère adoré,

 

Lucretia Black, bientôt Prewett

 

 

 

.

 

Six jours plus tard,

 

Dimanche 27 février 1944,

 

.

 

Elle lui avait dit oui, elle avait dit oui à Mr Prewett devant leurs familles réunies. Tout le monde savait à présent qu’elle était son épouse, et qu’ils s’appartenaient.

 

Ses yeux couleur océan ne lui avaient jamais parus aussi beaux depuis qu’ils valsaient langoureusement dans la salle de bal du 12, Square Grimmaurd. Oubliée Mrs Prewett et son indifférence. Oubliés Dorea et Charlus qui la dévorait du regard, elle et ce ventre qui protégeait le fruit de leur amour. Oublié son grand-père à qui elle n’avait pas voulu reparler depuis une semaine. Oubliés. Tous oubliés. Il n’y avait qu’elle et Mr Prewett, son mari, pour la vie.

 

« Je vous aime tant, souffla-t-elle pendant qu’il posait ses mains sur ses hanches pour l’accompagner dans le léger saut de la valse sorcière.

 

— Moi aussi, bafouilla-t-il en même temps que sa peau rougissait au niveau de ses pommettes qui n’étaient pas recouverte de barbe.

 

— Vous aimez ma robe ? C’était celle de ma mère, nous avons à peine eu besoin de la reprendre, demanda-t-elle.

 

— Vous êtes sublime, avoua-t-il en rougissant encore plus. »

 

Elle rit doucement, heureuse, comblée : mariée à l’homme qu’elle aimait.

 

.

 

Sublime, c’est peu dire, pensa Ignatius. Elle ressemblait à un ange. Ou une princesse des contes de Beedle le Barde. Mais pas fragile. Pas sauvage non plus. Royale. Impériale, peut-être.

 

« Vous avez votre poignard accroché à votre cuisse ? lui murmura-t-il avec curiosité. »

 

Elle rougit, baissa une seconde les yeux, le regarda par-dessous ses cils, puis lui sourit d’un air coquin complètement affriolant.

 

« J’avais vu combien vous aimiez l’idée que je sois ainsi armée, alors je l’ai glissé à ma cuisse malgré les ordres de ma mère, avoua-t-elle à mi-voix. »

 

Être armée… C’était lui qui était armé à force de la regarder et de la tenir près de lui. Au garde à vous, même. Il déglutit difficilement et l’éloigna un peu de lui pour ne pas qu’elle s’en rende compte.

 

Misère.

 

Est-ce que… Est-ce qu’elle savait tout de même ce qu'était l’intimité ? Est-ce que… Comment devait-il s’y prendre pour ne pas la brusquer si… Fichtre. Il s’était moqué de son cousin Adalbert qui avait paniqué à ce propos la veille de son mariage, mais il commençait à se monter la tête de la même manière. Il avait beau ne pas avoir connu le grand amour, ni l’amour tout court, il avait déjà déshabillé une nana (question primaire du désir sexuel). Il n’était simplement pas du genre de Charlus à en raconter. 

 

Comment devrait-il s’y prendre ? 

 

Charlus, il devait en toucher deux mots à Charlus, sans qu’il ne s’en rende compte sinon il en entendrait parler jusqu’à la fin de sa vie.

 

Au moins, avec toute cette panique, il n’était plus armé, lui.

 

.

 

« Je vais vous laisser danser avec votre père, lui proposa Mr Prewett.

 

— C’est avec vous que je veux danser toute la nuit, protesta-t-elle en faisant la moue. »

 

Elle s’étonna de le voir rougir encore plus que d’habitude, mais ne fit pas de commentaire autre qu’un sourire amoureux. Ils n’avaient pas pu passer énormément de temps ensemble ces derniers jours. Entre la robe de sa mère qu’elle devait faire reprendre, son trousseau qu’elle devait choisir et broder, sa malle à remplir et sa chambre à vider tout à fait, la semaine était très vite passée. Mr Prewett quant à lui avait dû aider son père au verger, s’occuper de son passeport et de divers détails administratifs.

 

« Je vais vous conduire à votre père, répéta-t-il néanmoins. »

 

Son père n’était pas trop toqué aujourd’hui. Il l’avait menée à Ignatius avec une fierté qu’elle n’avait jamais vue chez lui. Elle avait essayé de passer plus de temps avec lui ces derniers jours. Elle ne comprenait pas toujours ses réactions sur le qui-vive, ni ses litanies de « la famille est importante », ni même pourquoi il la regardait sans rien lui dire pendant de longues minutes lorsqu’elle lui posait une question. Mais à partir d’aujourd’hui, elle avait décidé de laisser une chance à ce père qui l’avait toujours effrayée par son caractère instable.

 

« Vous… Vous savez que si vous n’êtes pas heureuse là-bas, en Roumanie, vous pouvez revenir ici Lucretia, lui dit maladroitement son père en lui marchant sur les pieds. »

 

Ce devait être la maladresse qui faisait paniquer son père en société, c’était la seule conclusion à laquelle Lucretia avait abouti.

 

« Je serai heureuse avec Mr Prewett, je le sais, le rassura-t-elle en le laissant lui marcher une nouvelle fois sur les pieds. »

 

.

 

« Charlus tu… tu pourrais venir, deux minutes ? marmonna Ignatius à son ami. »

 

Charlus tourna la tête vers lui, oubliant complètement la discussion qu’il avait avec Ludovicus. Ignatius dévia un peu les yeux, ce qui était contraire à son habitude, et s’enfonça dans la foule pour entrer dans le vestiaire de l’entrée, la seule pièce déserte du 12, Square Grimmaurd à laquelle il pouvait accéder. Il entendit Charlus s’excuser auprès de son frère et le suivre. Il ferma la porte derrière eux.

 

« Qu’est-ce qu’il se passe, Ig ? demanda Charlus en croisant négligemment les bras devant lui. Tu as préparé une surprise à la Petite Lucretia et tu as besoin de mon aide pour la mettre en place ? demanda son meilleur ami avec moquerie.

 

— Arrête de l’appeler Petite Lucretia, marmonna Ignatius. C’est ma femme, ce n’est pas une enfant.

 

— Ehh oui, c’est exact, reconnut Charlus avec un sourire bien trop moqueur pour ne pas ajouter une de ces impertinences dont il avait le secret. Enfin, ce sera exact dans quelques heures, lorsqu’elle ne sera plus une gamine, mais que tu l’auras déflorée et… Eh ! »

 

Ignatius lui avait foutu un claque derrière la tête pour le faire taire. Comment son insolent d’ami avait pu séduire une femme comme le Glaçon, ceci le dépassait. Dorea était tellement froide, tellement… correcte et convenable. Elle l’était un peu moins au fur et à mesure, mais elle restait vraiment coincée tout de même.

 

« Je ne veux plus t’entendre parler d’elle de cette manière, c’est compris ? le prévint Ignatius.

 

— C’est bon, j’ai compris, râla Charlus en se frottant l’arrière de la tête. Alors, qu’est-ce que tu veux ? »

 

Merlin, il aurait dû saisir l’occasion de poser la question à Charlus. Maintenant, il devait ramener le sujet à nouveau.

 

« Comment tu… Comment tu fais avec ta femme pour… tu sais… marmonna-t-il en faisant un petit moulinet du poignet.

 

— Pour… quoi ? demanda Charlus comme s’il parlait à un idiot.

 

— En tête à tête, comment tu fais pour… Comment tu as fait la première fois ? marmonna Ignatius.

 

— La première fois quoi ? demanda Charlus de plus en plus perplexe

 

— La première nuit, comment tu as fait avec ta femme, dans ta chambre ? marmonna Ignatius les yeux fermés, en posant un doigt sur son front pour ne pas étrangler Charlus avec sa cravate. »

 

Le silence qui résulta de la formulation finale de sa question fut loin de le mettre à l’aise.

 

« Putain Ig, ne me dis pas que t’es puceau ! bafouilla Charlus qui semblait complètement sous le choc. D’accord je ne t’ai jamais vu avec une nana et tu ne m’as jamais rien dit, mais je pensais…

 

— Je te parle la première fois avec ta femme, pas la première fois tout court ! s’emporta Ignatius. »

 

Nouveau silence encore plus bizarre.

 

« Eh bien tu l’aimes encore plus longuement que les autres, lui dit Charlus en haussant les épaules. Tu lui fais vraiment aimer ça.

 

— Et de manière moins abstraite ? grinça Ignatius.

 

— Ig, tu ne veux pas que je te liste des positions ou que je te dise de l’embrasser tout de même ? demanda lentement Charlus en le regardant comme le dernier des crétins. Spontanément, tu n’as pas envie de…

 

— Mais si, bon sang, je ne te parle pas de ça ! s’emporta-t-il. Est-ce qu’elle savait ce que vous alliez faire faire ? Ou bien est-ce que tu as dû tout lui expliquer ?

 

— Ah, ça, comprit enfin Charlus en se passant une main perplexe dans ses cheveux en pagaille comme s’il essayait de se souvenir. Eh bien oui, je pense qu’elle savait. Après, Dorea a vingt-quatre ans, donc elle a eu plus de temps pour se renseigner ou pour en entendre parler que la Pet… que Lucretia, donc… »

 

Magnifique. Vraiment magnifiquement utile.

 

« Bien, merci pour ton aide, Potter, fit-il avec sarcasme.

 

— Non mais pourquoi tu ne m’en as pas parlé plut tôt ! protesta son idiot de meilleur ami. J’aurais demandé à Dorea de lui en parler si ça pouvait te rassurer ! Après, je ne vois pas pourquoi elle paniquerait ou je ne sais pas quoi. Elle est folle de toi, Ig, tu pourrais lui faire faire n’importe quoi. »

 

Il est vrai qu’il aurait difficilement pu trouver une épouse plus aimante que Miss Lucretia… Mrs Lucretia Prewett. Il était peut-être temps qu’il se permette de l’appeler seulement par son prénom, non ?

 

« T’en fais pas pour ça, vieux. Après tout, le sexe… c’est naturel ! fanfaronna Charlus en lui faisant une accolade bien brutale. Tu te faufiles où il faut, et hop, c’est dans la boîte ! Faut pas te prendre la tête comme ça, tu le sens tout de suite que ça va bien ou si ça va pas. Écoute, avec Dorea, l’autre jour…

 

— Je crois que je préférais quand je ne parlais pas de sexe avec toi, marmonna Ignatius en soupirant avec lassitude.

 

— Eh bien moi, je suis content qu’on en parle enfin, renchérit Charlus qui semblait vraiment ravi. D’habitude tu ne fais que m’écouter mais là, enfin, tu viens m’en parler. J’avais un peu les deux extrêmes, toi qui n’en disais pas un mot, et mes coéquipiers – et coéquipière – qui ne font que parler de leurs prouesses. Là au moins, Ig, tu rétablis un peu l’équilibre, ça me…

 

— Ferme-la, Potter, marmonna Ignatius avec un discret sourire. Tu parles trop. Je comprends pourquoi tu as choisi une nana qui ne lâche pas un mot. Tu as besoin qu’elle t’écoute.

 

— Pourquoi tu t’obstines à dire que Dorea ne parle pas ? s’offusqua Charlus. Qu’est-ce que tu as contre elle à la fin ? Si tu le prends comme ça, je vais aller moi-même expliquer à la Petite Lucretia les idées que tu as en tête pour votre nuit de noces, je suis sûr que…

 

— Boucle-la, Potter, marmonna Ignatius en ouvrant la porte du vestiaire. »

 

Il éclata de rire en voyant Charlus se mettre à bouder comme le gamin qu’il était. Il le prit par les épaules, marmonna un remerciement, et se dépêcha de rejoindre sa fiancée… non, son épouse.

 

.

 

Quelques heures plus tard, Lucretia resserra ses bras autour de son mari et tourna la tête pour poser son autre joue contre son dos. Ils étaient tous les deux sur le balai de Mr Prewett, et ils filaient à travers la nuit jusqu’à la gare de King’s Cross pour aller prendre le train qui les mènerait en Roumanie. Charlus et Dorea étaient juste devant eux et les accompagnaient en qualité de témoin et demoiselle d’honneur. La malle de Mr Prewett brinquebalait derrière elle sur le porte bagage. Charlus avait fixé la sienne sur son balai pour éviter au balai de Mr Prewett de flancher sous le poids. Sa cape en fourrure claquait dans le vent, ce vent qui lui cinglait les joues, mais jamais elle n’avait été aussi bien. Elle était avec son mari, et ils partaient tous les deux loin d’ici. Et puis, elle n’allait pas seulement chez lui. Mr Prewett n’avait pas encore mis les pieds dans sa maison en Roumanie. Ils allaient dans un nouvel endroit ensemble, dans un chez eux. Vraiment à eux.

 

« Nous arrivons Lucretia, lui annonça Mr Prewett en ralentissant l’allure du balai. »

 

Elle bailla discrètement en marmonnant un assentiment. Quelques minutes plus tard, il l’aidait à descendre du balai dans une ruelle de Londres.

 

« J’adore voler la nuit, commenta Charlus en s’étirant. On le refera Dorea, dis ?

 

— Si tu veux, répondit sa petite-cousine avec un amusement manifeste. Peux-tu décrocher la malle de Lucretia ?

 

— Ah, oui, tout de suite, Dorea mon amour. »

 

Charlus lui faisait parfois penser aux garçons de Gryffondor de son année, un adolescent survolté qui ne savait pas se tenir. Et puis il parlait deux fois plus que tout le monde, comme s’il avait peur du silence.

 

« Et voilà, Petite Lucretia, voici… Eh ! »

 

Mr Prewett venait de lui envoyer un sortilège pour lui faire perdre l’équilibre et il était maintenant étalé sur le sol, les pieds emmêlés dans sa cape.

 

« Mais qu’est-ce qui te prend, Prewett ? s’égosilla-t-il faisant fuir un chat noir dans un miaulement strident.

 

— Qu’est-ce que je t’ai dit tout à l’heure, Potter ? marmonna Mr Prewett ne le toisant avec agacement. »

 

Charlus Potter s’esclaffa comme un idiot pour une raison tout à fait inconnue à Lucretia en se remettant sur ses pieds. Le mari de Dorea était bizarre de toute façon, elle l’avait toujours dit. Presque aussi bizarre que Dorea. Ou plutôt à un autre niveau. Bref.

 

« Nous y allons ? demanda-t-elle en essayant de prendre sa malle. »

 

Son mari la prit avant elle, et après un sourire, la tendit à Charlus Potter.

 

« Sers à quelque chose, Potter, et rattrape-toi, marmonna Mr Prewett. »

 

Lucretia cacha son sourire derrière sa main en voyant Charlus se mettre à marmonner des insultes. Elle prit le bras que son mari lui proposait, lui sourit largement et le laissa les mener jusqu’à la voie 7 ½.

 

La dernière image qu’elle aurait de l’Angleterre pendant longtemps serait les mains de Dorea dans les siennes, à travers la fenêtre du compartiment du train. Les yeux gris perle de sa petite-cousine, de sa presque sœur dont elle avait partagé la chambre depuis sa naissance, la regardaient avec amour et inquiétude. Lucretia se pencha un peu plus par la fenêtre pour se rapprocher de la joue de sa cousine et l’embrasser.

 

« Prends soin de ton bébé, la pria-t-elle.

 

— Écris-moi, écris-moi tous les jours, lui dit précipitamment Dorea. Et je… Je vais convaincre Charlus de me laisser venir te voir. Je te le promets, je…

 

— Ne t’inquiète pas, nous…

 

— Et sois heureuse surtout, d’accord. Promets-moi d’être heureuse. »

 

Lucretia ne put pas faire sa promesse car le sifflet du train résonna. Mr Prewett la tira dans le compartiment et ferma la fenêtre pendant que le train se mettait en marche. Lucretia posa sa petite main gantée sur la vitre pour regarder une dernière fois sa petite-cousine et tout ce qui la rattachait à Londres, puis elle se tourna vers Mr Prewett en face d’elle.

 

Il la regardait, un petit sourire mangé par sa barbe et sa moustache rousse au visage. Ses grands yeux bleus lui paraissaient noirs dans la semi-lumière que seule une lampe à pétrole qui se balançait au dessus de leurs têtes diffusait paisiblement. Il portait encore, lui aussi, sa robe de cérémonie. Ses mains étaient posées sur ses genoux, légèrement écartés devant lui.

 

Le silence se prolongea, la laissant pour la première fois muette devant Mr Prewett.

 

Elle jeta un coup d’œil nerveux vers la porte du compartiment. Le compartiment tout en bois doré était accueillant quoiqu’un peu rudimentaire. Une petite couverture ou un coussin n’aurait pas été de trop. Il n’y avait pas eu grand monde sur le quai, une vingtaine de personnes tout au plus, et ils auraient très certainement le compartiment pour eux seuls jusqu’en Roumanie.

 

C’était stupide. Elle avait rêvé des heures durant d’être enfin en tête à tête avec lui, mariée, et sans personne pour les déranger, et voilà qu’elle ne savait plus quoi lui dire. Elle lui fit un sourire éclatant pour combler le silence. Le regard tendre qu’il posa sur elle la rassura entièrement.

 

« Nous en avons pour combien d’heures de trajet, Mr Prewett ? demanda-t-elle en glissant ses mains gantées sous ses cuisses pour les occuper.

 

-Il serait peut-être temps de m’appeler par mon prénom, Lucretia, marmonna-t-il en souriant un peu plus. »

 

Elle frissonna en l’entendant prononcer son prénom. Elle avait l’impression d’être dans sa bouche et qu’il l’embrassait partout lorsqu’il prononçait les trois syllabes de son prénom. C’était presque indécent à ses oreilles.

 

« Vous ne m’avez pas répondu, I… Ignatius, dit-elle sans dissimuler le plaisir qu’elle prenait à prononcer son prénom.

 

— Il serait peut-être aussi temps de me tutoyer, marmonna-t-il à nouveau en souriant encore plus. »

 

Elle devait être plus rouge qu’une tomate.

 

« Je… Je pensais que vous teniez à ce que nous nous vouvoyons, avoua-t-elle en baissant un instant les yeux sur ses mains qu’elle dégagea de sous ses cuisses pour les laisser reposer sur ses cuisses. C’est que, mes parents se vouvoient en public, alors…

 

— Mais tes parents ne sont plus là. »

 

Elle releva les yeux vers lui lorsqu’il glissa sa main sur sa joue. Il était penché vers elle, appuyant son coude libre sur son genou gauche. Il voulait l’embrasser ? Ce serait peut-être plus facile si elle venait s’asseoir à côté de lui, non ? Elle n’eut pas le temps de bouger puisqu’ils s’embrassaient déjà. C’était un baiser bref, mais qui la détendit tout à fait. Elle se leva pour venir s’asseoir sur ses genoux, oubliant complètement l’éclair de nervosité qui l’avait traversée.

 

C’était Ignatius Prewett, et elle était Lucretia Prewett, tout était à sa place, et rien ne pouvait troubler son bonheur. Elle se pressa contre son torse en même temps qu’il resserrait ses bras autour d’elle. Elle osa même glisser sa main dans son cou pour toucher sa peau qu’elle mourait d’envie de découvrir. C’était chaud, comme elle l’avait imaginé. Elle mourait d’envie d’ôter ses gants pour toucher vraiment sa peau, même si cela ne se faisait pas. Mais, après tout, ils étaient seuls dans le compartiment, non ?...

 

Elle frissonna lorsque ses grandes mains emprisonnèrent ses épaules entre ses doigts écartés. Elle regretta à cet instant que la robe de sa mère n’ait pas une échancrure plus prononcée qui aurait permis aux mains de son mari de la toucher peau à peau. Elle soupira de plaisir lorsqu’il finit le baiser pour la blottir un peu plus contre lui.

 

Assise en travers de sa cuisse droite, les jambes pendant entre les jambes de son mari, toute à fait contre lui, son visage enfoui dans son cou, elle était bien. Bien et impatiente de découvrir tout ce dont Dorea lui avait parlé avec des étoiles dans les yeux. La vie de mariés, la vie de couple, les nuits de couple.

 

Elle releva les yeux vers Mr… vers Ignatius dans l’idée de l’embrasser à nouveau avant de se rendre compte qu’elle avait barbouillé ses lèvres de rouge. Elle mit sa main devant la bouche pour cacher son rire, mais il vit bien qu’il se passait quelque chose. Il haussa un sourcil pour qu’elle lui fournisse une réponse.

 

« Je t’ai mis du rouge partout, avoua-t-elle avec embarras. »

 

Il sourit largement.

 

« Et si nous en mettions encore plus ? marmonna-t-il en fondant sur sa bouche.

 

.

 

Ignatius n’avait jamais pris autant de plaisir à embrasser une nana. Ce n’était même pas quelque chose qu’il affectionnait, les baisers. Mais là, c’était vraiment euphorisant. Il avait l’impression que tout son corps se détendait… et se tendait d’un même coup. Il avait envie… Bon dieu, il avait envie de la manger, toute crue. Il avait envie de la caresser, encore et encore, de lui défaire sa robe pour juste voir son corps sans froufrou. Et puis cette façon qu’elle avait de passer ses doigts gantés dans ses cheveux, de s’y raccrocher, lui retournait l’estomac. Il avait l’impression qu’elle le tirait toujours plus à elle.

 

Il ne s’empêcha plus de goûter à sa peau en venant baiser sa gorge. L’entendre soupirer et voir sa tête partir en arrière pour qu’il puisse avoir une vue dégagée le rendit fou.

 

Il l’embrassa longuement, suçota sa peau à défaut de la mordre comme il aimait le faire pour ne pas l’effrayer, et arpenta son dos sagement couvert avec ses mains.

 

Lucretia, en équilibre précaire sur sa cuisse, bougea un peu pour poser sa poitrine contre son torse. Il soupira lourdement un grognement rauque en retournant dévorer sa bouche. Il n’avait sûrement pas eu aussi chaud depuis un sacré bout de temps.

 

Il entendait à peine leurs lèvres se laisser et se retrouver et leurs mains froisser le tissu de leurs vêtements tant ses oreilles bourdonnaient. Ses sens avaient bien plus à toucher et goûter qu’à entendre. C’est ce qu’il crut jusqu’à ce qu’il entende soupirer puis gémir Lucretia. Là, il choisit de seulement mettre de côté la vision… c’était avant d’entrouvrir les yeux lorsqu’elle se recula de lui. Ses yeux clos, ses joues rouges, sa coiffure un peu défaite à cause de lui, sa poitrine qui se soulevait avec rapidité sous son bustier et sa robe, et le carré de chair rougi de son cou à cause de lui le firent partir en fumée. Il l’attira contre lui et l’embrassa à nouveau, sans fermer les yeux cette fois pour voir son visage détendu s’offrir à lui.

 

Son parfum au coquelicot embaumait déjà tout le wagon lorsqu’il referma les yeux pour se concentrer sur leurs langues enlacées et leurs bouches rivées l’une à l’autre.

 

Bon sang, le train venait de quitter Londres, et ils étaient déjà à s’embrasser comme si leurs vies en dépendaient. Qu’est-ce que ce serait dans une heure ? Il aurait seulement glissé sa main sous sa robe ? Ou bien mis celle de Lucretia sous ses vêtements à lui ? Et après ? Heureusement qu’il avait pensé à fermer le store du compartiment, nom de nom. Cette nana de dix-neuf ans – sa femme –faisait griller son cerveau, et il n’essayait même plus de réfléchir.

 

Elle s’éloigna à nouveau de lui, le souffle court en riant. Fallait respirer avec le nez, voyons. Tant pis à la réflexion. Il en profita pour tirer sur ses gants blancs et libérer ses mains fines et blanches. Elles paraissaient toutes petites entre ses gros doigts. Il en embrassa le dos, les doigts, puis l’intérieur des poignets après les avoir contemplés longuement. Une vraie princesse, c’était une vraie princesse qu’il avait pour femme.

 

Son rire chatouilla ses oreilles. Il redressa la tête sans cesser de la dévorer de baisers. Il se sentait autant animal que toutes les bêtes fabuleuses qu’il avait rencontrées. Il se rappelait la parade nuptiale de l’éruptif qu’il avec observée avec intérêt en Afrique du Nord, et franchement, il était dans le même état que ce pauvre éruptif à présent. Il la cherchait avec des baisers, des caresses le long de ses bras, dans son dos, dans son cou… Il lui avait déjà ôté ses gants, et il ne cherchait plus qu’à se retenir de remonter sa robe pour chercher la peau chaude de ses jambes avec ses mains.

 

Pourquoi se retenait-il d’ailleurs ? Certes, ils étaient dans le train, certes il ne mènerait pas à terme son exploration, mais il pouvait prendre un peu d’avance sans entrer dans l’indécence puisque la porte était fermée et que Lucretia se pressait toujours plus contre lui.

 

Elle avait dû en conclure la même chose que lui puisqu’elle se tortillait sur sa cuisse pour se coller toujours plus à lui.

 

Il leva sa main en lui faisant signe de se lever. Elle le fit aussitôt en riant.

 

« Vous… Tu veux me regarder encore dans ma robe ? demanda-t-elle en se reculant un peu.

 

— Pas tout à fait, marmonna-t-il en refermant ses cuisses. »

 

Il jeta un coup d’œil à la porte du compartiment du train pour s’assurer à nouveau qu’il avait bien fermé les stores, puis revint attraper le bas de la robe de Lucretia pour le relever de chaque côté d’elle.

 

« Ignatius, que…

 

— Viens, l’invita-t-il. »

 

Il la rapprocha de lui, et instinctivement elle s’installa à califourchon sur ses genoux.

 

L’onomatopée à mi-chemin entre « ouah » et « ooooh » qu’offrit Lucretia à ses oreilles lui arracha un sourire satisfait. Son sourire fondit rapidement pour se transformer en soupir lorsqu’elle s’installa vraiment contre lui, plaquant sa poitrine contre son torse, glissant ses mains dans sa nuque, ses doigts dans ses cheveux, et son bassin contre le sien. Il glissa ses mains sur ses cuisses pour y enfoncer ses doigts et la tenir en place. Elle était chaude et douce, encore mieux que tout ce qu’il aurait pu imaginer.

 

Bon, la position était confortable, mais ce n’était peut-être pas l’idée du siècle car à présent, il était… comment dire, complètement à la merci de Lucretia… qui ne le savait peut-être même pas. Elle n’était pas perturbée pour autant puisqu’elle revint l’embrasser rapidement. Elle n’était même pas perturbée du tout, et elle initiait très bien son corps à la sexualité puisqu’elle se pressait et se frottait à lui comme aucune nana ne l’avait jamais fait avec lui.

 

Il se rendit compte trop tard qu’il avait glissé ses mains vers le haut de ses cuisses et qu’il était vraiment trop proche de l’endroit le plus innocent de Lucretia. Elle ne semblait pourtant pas surprise ou choquée puisqu’elle continuait de l’embrasser et de soupirer contre sa bouche.

 

Il se recula juste un peu, déjà complètement étourdi. Tout était beaucoup trop fort et beaucoup trop rapide. Il n’avait jamais pris autant de plaisir avec des caresses et des baisers. D’ailleurs, les baisers, il s’en passait neuf fois sur dix. Les caresses aussi. Alors que là, il n’envisageait même pas l’idée de se priver de tout ceci ne serait-ce qu’un jour pour le reste de sa vie.

 

Il baissa un instant les yeux sur ses mains qui avaient presque atteint le point chaud de Lucretia, puis revint chercher le regard de sa femme. Dans la semi-obscurité du compartiment, elle lui semblait irréelle, sirène et fantasme. Pourtant, rien ne pouvait être plus réel que ce déluge de chaleur, de picotements et de frissons qui le faisait respirer plus lourdement qu’un dragon.

 

« Tu… »

 

À chacune de ses respirations, la poitrine de Lucretia s’écrasait contre son torse, manquant de faire complètement dérailler son cerveau.

 

« Tu sais ce dont j’ai envie ? demanda-t-il le souffle court. 

 

— Je… Je pense, dit-elle en prenant de grandes inspirations. Dorea… Dorea m’en a dit un peu plus que ma mère, donc… »

 

Ses joues écarlates lui indiquèrent facilement qu’elle en savait bien assez. Au moins, elle ne prendrait pas la fuite après cette courte discussion… ni dans deux jours lorsqu’ils seraient enfin arrivés… ni s’il remontait encore un peu ses doigts pour atteindre sa culotte.

 

Elle sursauta mais ne se dégagea pas. Il sentit ses ongles s’enfoncer dans ses épaules. D’accord, ce n’était clairement pas correct d’adopter une telle attitude dans ce wagon avec sa femme… même s’il en mourait d’envie.

 

Il secoua la tête en expirant tout l’air que ses poumons avaient emmagasiné depuis le départ du train. Si ce n’est pas correct, il ne faut pas le faire. Fichtre, Ignatius Prewett.

 

« On devrait en… »

 

La porte du compartiment, comme par hasard, s’ouvrit au moment où il se reprenait. C’était pénible. Il avait toujours le mauvais timing.

 

Il aida Lucretia à se remettre debout maladroitement. Du coin de l’œil, il la vit avec amusement remettre ses gants. Eh bien, s’il ne pouvait la voir sans gant que lorsqu’ils seraient en tête à tête, ses mains longues et fines lui manqueraient.

 

Le contrôleur les regardait en clignant des yeux. Ignatius se racla la gorge pour attirer son attention. Avec un peu de chance, Boot ne le reconnaîtrait pas…

 

« Bonsoir Prewett, bafouilla Boot et Ignatius se retint de jurer. Je… Je ne savais pas que le compartiment était… enfin bref, se reprit Boot. Nous sommes à la frontière française, contrôle des billets et des passeports. Miss, avez-vous…

 

— C’est madame, intervint gentiment Lucretia en s’approchant.

 

— Oh, euh, madame, excusez-moi. Alors euh… »

 

Ignatius prit sa cape dans le porte bagage et tira les deux tickets de train qu’il y avait rangés dans la poche intérieure.

 

« Oh vous voyagez ensemble, bafouilla cet idiot de Boot.

 

— Bien sûr qu’on voyage ensemble, marmonna Ignatius avec agacement. Tu l’as bien vu, non ?

 

— Oh, moi, je ne vois… Lucretia Black ? lut-il en relevant des yeux affolés vers Lucretia.

 

— Lucretia Prewett, s’il vous plaît, corrigea distraitement Lucretia pendant qu’Ignatius tendait les passeports qu’il avait fait faire pour Lucretia et lui.

 

— Vous… vous vous êtes mariés ?

 

— Non, c’est devenu ma sœur, marmonna Ignatius. Bien sûr qu’on s’est mariés, tout à l’heure même ! Bon, nous sommes en règle, non ? »

 

Les yeux de Boot faisaient la navette entre les billets qu’il tenait dans une main, les passeports qu’il tenait dans l’autre main, et Lucretia. Ignatius perdit patience quand Boot la détailla de la tête aux pieds. Merlin, c’était sa femme, il ne pouvait pas la détailler de la sorte sous son nez !

 

« Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? grogna-t-il. »

 

Boot fit un pas en arrière dans le couloir, regarda à droite puis à gauche de lui, et revint dans leur compartiment. Il ferma la porte derrière lui.

 

« Prewett, c’est quoi l’histoire ? marmonna Boot à voix basse. La semaine dernière tu devais prendre le train tout seul, et ce soir tu le prends en étant marié ? C’est quoi l’embrouille ?

 

— J’ai encore le droit de me marier, marmonna-t-il de plus en plus agacé par l’intrusion de Boot. »

 

Boot le regarda lui, puis Lucretia, une fois, deux fois, trois fois, puis grimaça un rictus écœuré.

 

« Je ne te pensais pas de cette idéologie… Alors voilà pourquoi tu vas en Roumanie… Et elle, c’est le cadeau pour le plus grand bien ? marmonna Boot. T’es plus une tapette quand c’est pour grossir les rangs de la jeunesse des Grind ou…

 

— Boucle-la, le coupa Ignatius en tirant sa baguette. Tu parles sans savoir, marmonna-t-il entre ses dents.

 

— J’ai pas besoin de beaucoup d’aide pour comprendre ce que je vois, reprit Boot en faisant un pas en arrière sans perdre son rictus dégoûté. Tu es comme Potter. Derrière des beaux discours, tu prends une femme bien Sang-Pur, et bien…

 

— Attention à ce que tu vas dire ! le prévint Ignatius en sentant sa baguette crépiter.

 

— Je vois que tu apprends vite, la menace fais partie de la formation ? demanda Boot avec mépris en tournant les talons. »

 

Ignatius prit sur lui pour ne pas s’emporter et se contenter de refermer la porte coulissante du compartiment d’un geste rageux. Il n’avait pas prévu de tomber amoureux, encore moins d’une nana de dix-neuf ans qui n’avait jamais mis un pied hors de chez elle, ni d’une nana au sang entièrement sorcier. Peut-être que c’était une sorte de fatalité. Peut-être que naître dans une famille entièrement sorcière l’avait fait fréquenter plus de sorciers aux parents sorciers. Peut-être même qu’il n’aurait jamais pu tomber amoureux d’une nana moldue parce qu’il aimait bien trop les animaux magiques et que le monde moldu lui était totalement inconnu. Peut-être surtout qu’il n’aurait jamais pu tomber amoureux s’il n’y avait pas eu Lucretia.

 

Elle lui avait donné l’envie de croire qu’une épouse pouvait être autre chose que celle qu’était sa mère, qu’un couple pouvait exister sans machination et sans intérêt, et qu’une nana n’était pas forcément perfide et manipulatrice…

 

Surtout une nana venant d’une famille comme la sienne. C’était comme… trouver enfin un intérêt autre que animalement physique aux nanas (Ambuela ne comptait pas, c’était la cousine pète-sec de Charlus, donc c’était un peu celle d’Ignatius). C’était comprendre que l’amour existait en soi.

 

« Ignatius, que… que se passe-t-il ? demanda la voix toute innocente de Lucretia. »

 

Bien sûr qu’elle n’avait pas compris. Elle était trop jeune pour comprendre ce qu’il se passait, la guerre et les luttes de pouvoir. Elle les avait subis dans cette maison de fous qu’était le 12, Square Grimmaurd dont elle n’était pratiquement jamais sortie. Elle n’avait jamais joué avec ce pouvoir. Elle n’en avait même pas eu conscience.

 

Et ceci lui plaisait, l’idée qu’elle soit loin de tout ça. Tout était tellement plus… simple et tranquille avec elle. S’il y avait une femme dont il voulait bien dans sa vie, c’était Lucretia.

 

.

 

« Points du vue politiques, marmonna son mari en retournant s’asseoir sur la banquette en bois. Viens, l’invita-t-il en lui ouvrant son bras. »

 

Lucretia oublia aussitôt la discussion houleuse qu’Ignatius venait d’avoir avec le contrôleur et vint s’asseoir à côté de lui. Elle se sentait bien dans ses bras, bien et sereine. Tout était à sa place.

 

Elle releva le regard vers Ignatius. Son profil était figé par la concentration. Il fixait le mur du compartiment qui lui faisait face sans ciller. Son regard bleu océan était indiscernable dans la semi-obscurité, mais Lucretia le devinait aisément. Son nez busqué donnait un caractère et un charme fous à son visage, sans parler des discrètes taches de rousseur qui accentuaient la profondeur de son regard. Son torse se soulevait avec régularité, là où elle avait posé sa tête, comme s’il la berçait. Elle étouffa d’ailleurs fort peu discrètement un bâillement qui attira l’attention de son mari.

 

« Nous arrivons à Paris dans deux heures, tu ne voudrais pas dormir un peu ? »

 

Elle hocha la tête. Il l’aida à s’allonger sur la banquette du train, sa tête sur ses cuisses. Il attrapa une couverture dans le filet au dessus de sa tête pour l’étendre sur elle. Son regard tendre l’émerveilla à nouveau. Jamais, avant de le rencontrer et que tout lui paraisse évident, elle n’aurait pensé pouvoir apprécier de dormir dans un train. Elle se blottit mieux sur ses cuisses chaudes et fermes, sourit au vide lorsqu’il posa un baiser sur sa joue et laissa sa main sur son épaule, puis ferma les yeux, certaine de les rouvrir sous le regard tendre et protecteur d’Ignatius Prewett, son mari pour la vie.

 

 

End Notes:

Alors alors, verdict ? Lucretia a toujours des étoiles dans les yeux malgré le léger moment de flottement dans le train (il est pas trop long ahah, ils vont bien s'occuper, vous inquiétez pas trop pour eux sur ce coup), Ignatius nous fait une petite crise de panique (le pauvre petit) et j'espère que vous n'êtes pas trop frustrés de n'avoir pas eu beaucoup de développement sur le mariage, mais comme dit Lucretia "oublié" : elle est trop impatiente pour savourer le moment... Mais vous aurez ce mariage du pdv de Dorea et Charlus dans la suite en cours d'écriture (chapitre deux pour le mariage de Lucretia et Ignatius) !

J'espère que vous avez passé un bon moment à lire ! Merci pour votre lecture, vos mises en favoris, vos reviews, vos avis, vous êtes tous adorables et encourageants ! 

Ah et Orion est le futur mari de Walburga... la mère de notre Sirius Black pour les curieux. Et j'ai mis l'arbre généalogique de la Maison des Black, la fameuse tapisserie, en lien sur mon profil si ça vous intéresse. Je l'ai refait et complété (il y a un code couleur) et puis je remets le lien ici ! Mais attention, il n'est pas fixe, je peux encore modifié ce qui est en vert (puisque ce sont mes ajouts !). 

Des bisous

Juliette

La Réserve de Harvey Ridgebit by Juliette54
Author's Notes:

Désolée pour l'attente. Je vous laisse tout de suite en tête à tête avec les deux derniers chapitres... Merci pour vos retours, c'est toujours un plaisir de mettre des pseudos sur les nombres de lecture et de lire vos impressions/réactions ! 

Bonne lecture :)

 

Chapitre 6 : La Réserve de Harvey Ridgebit

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Trois jours plus tard,

Mercredi 1er mars 1944,

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Lucretia cligna des yeux lorsqu’un courant d’air frais la réveilla. Elle fronça les sourcils parce qu’elle ne reconnut pas l’organisation de la pièce, ni même la pièce, et encore plus lorsqu’elle fut vraiment réveillée et qu’elle comprit qu’Ignatius n’était plus avec elle dans leur lit.

Elle referma les yeux et sourit comme une idiote. Après deux longues journées de train pour traverser la France, l’Italie, les Balkans et enfin arriver en Roumanie, deux jours de contrôles d’identité, de passeports et de billets de train, deux jours à dormir tant bien que mal contre Ignatius, à discuter avec lui entre deux parties de bataille explosives, deux jours de repas légers mangés en vitesse dans les gares ou dans le compartiment lui-même, ils étaient enfin arrivés en Roumanie.

Ils avaient pris la poudre de Cheminette pour le pub du village sorcier près duquel était la Réserve de dragons, et enfin, à plus de dix heures du soir, ils avaient pu entrer dans la Réserve. C’était le directeur en personne, Harvey Ridgebit qui était venu les accueillir. Il avait la soixantaine, et il semblait ravi de pouvoir compter sur un Magizoologue de plus. Elle avait regardé tout autour d’elle, même si la nuit obscurcissait son champ de vision. Il leur avait promis une vraie visite de la Réserve le lendemain matin à dix heures. En tout cas, c’était très différent de Londres. Pas de chemins pavés, pas d’immeubles, pas le bruit ahurissant que pouvait faire les Moldus avec des bombardements complètement fous. Non, c’était calme, sauf quand un dragon rugissait dans son sommeil, et puis on marchait sur des chemins de terre, et il y avait de l’herbe, des champs et des enclos, comme dans le village écossais d’où venait sa mère. Tout sentait le frais autour d’elle. Le frais et le brûlé aussi.

Et cette maison, toute petite, rien que pour Ignatius et elle, c’était parfait. Il y avait une grande pièce à vivre comme rez-de-chaussée, avec deux grandes cheminées, une table en bois brut, quatre chaises, deux fauteuils, et un bahut. L’étage n’était pas beaucoup plus grand, un lit, deux armoires et une grande vasque en guise de baignoire. Ils avaient salué Mr Ridgebit et avaient enfin posé leurs malles. Ignatius avait raccompagné le directeur de la réserve pendant qu’elle mettait les draps qu’elle avait choisis et brodés sur leur lit.

Et lorsqu’il était revenu, elle s’était jetée dans les bras d’Ignatius, bien trop heureuse d’être enfin chez eux, avec lui.

Et après… Après, Dorea avait raison, c’était bien. C’était quelque chose de se sentir envahie de l’intérieur par l’homme qu’on aimait, pas seulement sentimentalement, mais aussi physiquement. C’était quelque chose d’être enveloppée des bras forts, chauds et nus de son époux, de n’avoir plus conscience que de son corps, et des sensations agréables et puissantes qu’il lui faisait ressentir.

Elle avait aimé chaque moment, chaque caresse, chaque rencontre de leur peau, chaque baiser, chaque frisson qu’Ignatius lui avait offerts. Elle avait même aimé cet instant un peu douloureux où il avait commencé à entrer en elle, où elle avait eu l’impression de suffoquer avant de tout lui abandonner. Elle avait tout oublié, blottie ainsi sous lui. Elle avait oublié les dernières semaines misérables que son corps lui avait fait endurer. Elle s’était à nouveau sentit comme une fille, une femme, une femme entière et complète, la femme de son homme.

Elle rougit de plaisir en se rappelant des marmonnements rauques d’Ignatius à son oreille, de ses mains sur ses cuisses, de son souffle dans son cou. C’était la première fois qu’il lui avait dit purement et simplement qu’il l’aimait. Elle avait répondu aussitôt, des dizaines de fois, comme une litanie, alors qu’il avançait prudemment dans son corps. Elle s’était étouffée dans leurs baisers, avant de s’étouffer avec son souffle affolé.

Elle avait étouffé d’amour et de puissance.

Elle se redressa, toujours un peu désorientée. Il était si tard pour qu’Ignatius se soit levé ? Le petit-déjeuner, elle devait faire le déjeuner, puis…

Elle arrêta de bouger en sentant quelque chose de collant entre ses cuisses. Elle rougit furieusement, n’osa pas regarder dans un premier temps, puis baissa les yeux prudemment. La lumière ne passait pas assez à travers les volets pour qu’elle puisse voir entre ses jambes. Elle passa timidement la main et jeta un coup d’œil aux draps du lit. Mais… Mais c’était… c’était du sang ! Donc…

Est-ce que… est-ce que ses menstruations pourraient être de retour ? Est-ce que…

Avoir des enfants ?...

Elle ouvrit sa malle avec fébrilité pour prendre une robe de chambre puis dévala les escaliers en appelant Ignatius, le cœur battant à vive allure. Elle le trouva devant la cheminée, habillé sobrement d’une robe de sorcier. Il se retourna aussitôt vers elle en souriant, la détailla des pieds à la tête, ouvrit la bouche mais ne prononça pas un mot lorsqu’elle leva sa main un peu rouge à hauteur de leurs yeux.

« Je… Je crois que j’ai à nouveau mes menstruations et… Je… Je peux avoir des enfants alors, et… »

Elle referma la bouche lorsqu’Ignatius perdit son sourire.

.

Comment pouvait-il lui expliquer que ce sang-là n’était pas une perte mensuelle, mais une perte unique et qui n’était pas destinée à se reproduire ? Comment le pouvait-il, alors qu’elle souriait avec tant de joie ? Comment pouvait-il briser l’espoir qui resurgissait dans son corps alors qu’elle avait semblé finalement accepter cet état de fait, ne pas pouvoir avoir d’enfants ?

« Ignatius ? Tu… Tu ne veux vraiment pas d’enfant ? bafouilla-t-elle.

— Ce n’est pas dû à ton cycle, réussit-il enfin à dire en s’approchant d’elle. C’est du… sang virginal, Lucretia.

— Mais… Mais Dorea ne m’a pas dit que…

— Elle a dû oublier, reprit-il. »

Il s’assit sur une chaise et l’attira sur ses genoux. Elle tremblait de partout, et elle ne tarderait pas à se mettre à pleurer, c’était évident. Il attira sa tête dans son cou lorsqu’elle éclata en sanglots.

C’était cruel, vraiment. Pourquoi personne ne lui avait dit qu’une perte de sang pouvait se produire lors du premier rapport ? Il pensait qu’elle le savait, il… Il embrassa sa tempe et caressa ses longs cheveux noirs et lisses doucement. Tout était à recommencer. Tous les mots de réconfort qu’il lui avait dits, et toute la confiance en elle qu’elle avait retrouvée cette semaine s’était envolée à cause de quelques gouttes de sang. Elle était à nouveau brisée, comme une semaine plus tôt dans la salle-à-manger de Dorea et Charlus. Et lui, il ne savait pas quoi lui dire d’autre que ce qu’il lui avait déjà dit.

« Lucretia, je… je t’aime, tu le sais, souffla-t-il en désespoir de cause. Tu es ma femme, et… et nous serons heureux ensemble, enfants ou pas. »

Ses sanglots s’intensifièrent. Il était maladroit et trop bourru. Il essaya de l’embrasser sur la bouche mais elle détourna la tête et il se contenta de l’embrasser sur la joue et de resserrer ses bras autour d’elle.

« Je… suis… désolée, dit-elle entre ses sanglots.

— De quoi es-tu désolée ? demanda-t-il plus doucement en caressant son dos.

— De… de ne pas… pouvoir… avoir d’enfants, pleura-t-elle un peu plus. »

Il soupira lourdement. Il n’allait pas dire que, lorsqu’il avait commencé à sombrer face au charme de Lucretia, sa position sur les enfants ne s’était pas un peu nuancée. Pas au point d’en vouloir des dizaines, mais à l’idée qu’une épouse et un enfant ne devaient pas être si pénibles que cela.

« Écoute, je… Je n’ai jamais voulu d’enfant, avoua-t-il. J’aurais pu faire une exception pour toi, dit-il péniblement pendant qu’elle calmait ses sanglots. Mais vraiment, ça aurait été une exception, et ça aurait été pour toi. Donc… si nous n’avons pas d’enfant…

— Si j’avais pu avoir des enfants, nous en aurions au moins eu un ? bredouilla-t-elle en pleurant silencieusement à présent. »

Il ne savait vraiment pas s’y prendre. Elle ne sanglotait plus, mais elle pleurait toujours autant.

« Peut-être que dans tous les cas, nous n’aurions jamais réussi à en avoir, essaya-t-il. Peut-être que je ne peux pas avoir d’enfants non plus. »

Elle n’ajouta rien et se contenta de rester contre lui et de renifler de temps à autre. Il en profita pour nettoyer sa main avec son mouchoir de poche. Elle se laissa faire.

Lorsqu’il ne vit plus de larmes dans ses yeux, il osa parler à nouveau.

« Mr Ridgebit devrait arriver dans une demi-heure, je… si tu préfères rester ici pendant qu’il me fait revisiter la réserve, je peux lui dire que tu es encore fatiguée du voyage, murmura-t-il.

— Je dois juste me changer, dit-elle platement en se relevant péniblement. »

Il la regarda monter à l’étage en se demandant si un jour, elle ne souffrirait plus de ne pas pouvoir avoir d’enfants.

.

Elle marchait silencieusement au bras d’Ignatius pendant que Mr Ridgebit désignait les différents lieux de la réserve. L’infirmerie, la nurserie, l’immense forêt des Cornelongues roumains, les plus nombreux des dragons présent dans la Réserve, des Suédois à museau court, la grande partie que tenait actuellement les Magyars à pointes, les plus dangereux d’entre tous… Il les conduisit aussi à la Cantine, une grande pièce dans l’immense maison dans laquelle les Magizoologues se réunissaient quotidiennement, où les plannings étaient affichés, où toute l’administration de la Réserve se gérait. C’était une véritable petite entreprise. Les commerces se trouvaient dans la ville, les distractions et la blanchisserie aussi. Tout le monde ne parlait pas anglais. À dire vrai, il n’y avait pas un seul anglais dans la réserve autres qu’Ignatius et elle. Il y avait une quinzaine de Magizoologues, que Lucretia avait distraitement salués. La plus jeune était une femme d’origine japonaise mais elle parlait un anglais impeccable.

« Je rentre, finit-elle par dire à Ignatius quand ils commencèrent à parler du travail à faire aujourd’hui.

— Tu sauras retrouver le chemin ? lui demanda-t-il à voix basse.

— Oui, bien sûr, éluda-t-elle en s’éclipsant discrètement. »

Elle fit simplement un signe de main aux chercheurs-soigneurs qui avaient remarqué son départ, et puis elle entreprit de trouver son chemin. Marcher seule dans les vastes étendues roumaines lui fit un bien fou. Ce n’était pas comme les landes écossaises qu’elle avait arpentées ces derniers temps, mais l’air de la nature calmait son cœur meurtri.

Elle y avait vraiment cru ce matin. Elle avait vraiment cru s’être trompée, ou bien, qu’Ignatius avait réussi à réveiller son corps qui n’aurait été qu’endormi par le sortilège… mais non. Rien. Son ventre était mort, et elle avait été stupide de croire qu’Ignatius pouvait le soigner. Il ne pouvait que soigner son cœur, pas son corps.

Elle s’arrêta sur le sentier en terre pour regarder au loin un bébé dragon marcher maladroitement. Sa maman était juste à côté de lui et observait sa démarche bancale, et les flammèches qui sortaient de sa gueule. Elle n’était même plus aussi impatiente de découvrir tous ces dragons, et cette vie dans la Réserve. Elle avait été impressionnée lorsqu’elle avait vu un dragon pour la première fois, c’était un Cornelongue roumain. Ignatius le lui avait montré, et pendant trois secondes, elle avait tout oublié. Elle s’était concentrée sur l’énorme animal qui crachait des flammes et dont des volutes de fumée lui sortait par le nez. Puis trois secondes plus tard, la main d’Ignatius autour de sa taille qui ne grossirait jamais l’avait ramenée au moment présent.

Elle reprit le chemin de leur maison, sa robe noire battant contre ses mollets à cause du vent. Les autres chercheurs avaient leurs maisons à côté de la leur. C’était un petit village dans le village roumain. Elle poussa la porte de chez elle après l’avoir déverrouillée d’un sortilège.

C’était silencieux et vide, comme son cœur. Elle hésita à simplement s’asseoir dans un des deux fauteuils quelques instants, puis préféra monter dans la chambre pour s’occuper. Elle revit le drap taché de sang, et toute volonté la quitta.

Elle s’assit par terre, contre la ruelle du lit, et regarda le soleil se coucher.

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C’était assez étrange de remettre les pieds dans la Réserve de dragons roumaine cinq ou six ans après sa première venue ici. C’était étrange aussi de le faire avec Lucretia.

Lucretia… Elle lui avait semblé complètement ailleurs, complètement éteinte, à nouveau. Il soupira en enfonçant ses mains dans les poches de sa robe de sorcier.

Il avait été content de revoir Mr Ridgebit, Herr Tenenbaum, Liouba, Alessandro et son épouse Maria. Il avait aussi était très content de faire la connaissance des autres. Plusieurs dragons qu’il avait observés et soignés par la passé étaient toujours bien vivants, et il avait hâte de les revoir. Il commençait véritablement demain.

Tout aurait été parfait sans l’incident de ce matin. Il n’osait même pas imaginer ce que ressentait Lucretia. Il n’avait pas de pitié et pas beaucoup de compassion en règle générale, mais Lucretia l’inquiétait vraiment. Elle semblait si fragile, à nouveau.

Il poussa la porte de leur maison et s’étonna de l’obscurité ambiante.

« Lucretia ? marmonna-t-il en fronçant les sourcils. »

Il alluma sa baguette. Où était-elle ? Elle ne se serait pas perdue dans la Réserve tout de même ? Il monta les escaliers, et la trouva assise contre le lit. Un rapide coup d’œil lui apprit facilement qu’elle n’avait touché à rien, et qu’elle avait sans doute passé le reste de la journée ici, dans leur chambre, sans manger, ni boire, ni rien faire. Il soupira et s’accroupit devant elle. Elle tourna la tête vers lui, fronça les sourcils puis écarquilla ses grands yeux gris.

« Tu es déjà rentré ? bafouilla-t-elle en se relevant précipitamment.

— Il est un peu plus de dix-huit heures, Lucretia, marmonna-t-il en se relevant à son tour.

— Oh je… Je n’ai pas vu l’heure passer, je… Je vais faire le repas, je vais faire vite, ne…

— Mrs Ridgebit a organisé un grand repas pour nous accueillir, la coupa-t-il. Je venais te chercher.

— Oh… Euh… d’accord. »

S’il ne disait rien, s’il ne lui demandait pas si quelque chose n’allait pas, c’était bien parce qu’il ne saurait pas quoi lui dire ensuite. Soit elle s’effondrerait à nouveau dans ses bras, soit elle lui mentirait en disant que tout allait bien. Il ne savait pas gérer ce genre de chose. Il ne savait pas bien consoler les gens. Et il ne voulait pas râler après elle comme il le faisait après Charlus quand il se lamentait sur l’indifférence d’une nana. Ce n’était pas pareil. C’était bien plus pénible pour elle et pas du tout drôle, même après coup.

Ils traversèrent la Réserve en silence jusqu’à la Cantine. Son silence l’inquiéta, mais à nouveau, il ne trouva pas quoi dire. Il fallait peut-être attendre quelques jours, le temps que le contrecoup passe. Et puis, c’était elle qui parlait sans s’arrêter habituellement, pas lui.

Elle reprit des couleurs et retrouva le sourire durant le repas. Elle parla un français impeccable avec un chercheur-soigneur suisse. Ignatius savait qu’elle parlait français, mais l’écouter parler une autre langue avec tant d’aisance l’impressionna un peu. Lui, il connaissait quelques mots en espagnol et en roumain, et puis c’était presque tout.

Elle redevint silencieuse lorsqu’ils furent en tête à tête.

 

Une autre vie by Juliette54

 

Chapitre 7 : Une autre vie

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Le lendemain matin, Lucretia décida qu’à défaut de pouvoir porter l’enfant d’Ignatius, elle devait tenir leur maison de manière irréprochable. Elle se réveilla bien avant lui, fit chauffer de l’eau dans la bouilloire dont il s’était servi la veille, et prépara la table. Elle entendit descendre Ignatius lorsqu’elle se demandait ce qu’elle pouvait servir à manger.

« Tu es déjà levé ? marmonna-t-il en souriant.

— Oui, je voulais tout préparer, approuva-t-elle, mais je n’ai pas été faire de courses, donc… donc il n’y a rien à manger, avoua-t-elle en faisant la moue. Comment as-tu fait hier ? demanda-t-elle.

— Ouvre le placard du bahut, il doit rester du pain que j’avais emporté avant de partir, lui proposa-t-il en s’asseyant. »

Elle s’empressa de le faire, et put lui servir quelque chose de correct. Elle intercepta son regard insistant et lui sourit en s’asseyant en face de lui après avoir rempli leurs tasses de thé.

« Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle. J’ai ronflé cette nuit ? s’inquiéta-t-elle.

— Mais non, marmonna-t-il avec amusement. Je te trouve en forme ce matin, c’est agréable, dit-il avant de plonger le nez dans sa tasse. »

Lucretia sentit son cœur exploser de soulagement et de joie. Il l’aimait toujours. Il l’aimait encore. Malgré sa stérilité, et malgré l’état pitoyable dans lequel il l’avait vue à plusieurs reprises à cause de sa stérilité. Et il était toujours aussi gêné quand il lui faisait des compliments. C’était étonnant. Lorsqu’il lui avait fait l’amour, elle n’avait plus vu une seule trace d’hésitation dans sa voix et dans ses gestes. Lorsqu’il l’embrassait non plus il ne lui paraissait pas hésitant ou gêné. Elle aimait bien ce côté inébranlable qui tenait son corps et qui se ramollissait un peu lorsqu’il essayait de lui faire des compliments ou de lui dire qu’il l’aimait et qu’ils n’étaient pas dans leur lit. C’était rassurant qu’il soit fort et imperturbable en permanence, et c’était merveilleux qu’il cherche ses mots pour lui parler à cœur ouvert. Elle aimait sa complexité. Et elle devait faire en sorte de pouvoir l’avoir toujours à ses côtés, et donc, qu’il l’aime toujours. Elle devait…

« Je travaille de neuf heures à dix-huit heures tous les jours de cette semaine, avec une heure le midi pour manger. Je commence les gardes de nuit la semaine prochaine, et le samedi nous renouvelons les sortilèges Repousse-Moldus, lui apprit-il et elle s’employa à tout mémoriser. Tu pourras participer si tu le souhaites.

— Bien sûr, approuva-t-elle. C’est un des sortilèges que j’ai dû lancer pour mes ASPIC, tu sais. Je l’ai bien réussi.

— Eh bien c’est parfait, marmonna-t-il en souriant.

— Je… J’aimerais faire quelques achats aujourd’hui, des achats alimentaires, précisa-t-elle. Mais… Avec quoi je peux payer ? demanda-t-elle habilement.

— Ah oui, marmonna Ignatius. Attends un instant. »

Il se leva et monta l’escalier quatre à quatre. Il redescendit quelques secondes plus tard avec une bourse.

« Voilà, j’ai changé de l’argent avant de partir. Je serai payé en argent roumain ensuite. »

Il lui expliqua brièvement comment compter l’argent roumain avant de devoir partir travailler. Elle lui sauta dans les bras avant qu’il n’ouvre la porte, l’embrassa longuement, comme une épouse attentionnée devait le faire, et le laissa partir, le rouge aux joues, la tête en ébullition. Tout devait être parfait pour ce soir.

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Elle briqua la maison avec les sortilèges que lui avait appris Dorea, et avec divers produits dont elle lui avait montré l’utilisation. Elle rangea toutes leurs affaires, plia leurs vêtements à apporter à la blanchisserie pour les mettre dans le panier de linge, et rangea encore et encore. Lorsqu’elle fut satisfaite d’elle-même, elle s’autorisa à quitter la Réserve pour faire quelques achats. Elle se débrouilla plutôt bien selon elle, et revint quelques heures plus tard. Elle n’avait pas faim, mais Ignatius aurait très faim ce soir, après une bonne journée de travail. Elle s’attaqua à la cuisine, avec sous les yeux le livre qu’elle avait acheté avec Dorea.

Ignatius arriva peu après. Ils dînèrent en tête à tête, tout en se racontant leur journée. Il semblait content de tout le travail qu’elle avait fait pour leur maison, et elle se promit de continuer sur sa lancée.

La journée de la veille était très loin lorsqu’il l’étreignit ce soir-là, et qu’ils s’aimèrent à nouveau. Tout était à nouveau à sa place. Et tant qu’elle tenait sa maison, tant qu’elle prenait soin d’Ignatius, même si elle ne pouvait pas lui offrir d’enfants, tout irait bien. Elle serait tout pour lui, comme il était tout pour elle, et le reste n’avait pas d’importance.

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Quelques semaines plus tard,

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Lucretia aimait sa nouvelle vie, si différente de celle qu’avait vécue à Londres, avec un mari attentionné et avec lequel elle s’occupait toute la journée de leurs animaux et de leur jardin. Elle aimait avoir les mains dans la terre pour entretenir les arbustes. Elle aimait tenir sa maison. Comme il manquait des rideaux aux fenêtres, elle en avait confectionné dans son voile de mariée, en dentelle de calais, magnifique mais inutile à présent. Elle avait fait une nappe dans un tissu qu’elle avait acheté à Bucarest un week-end, avec Ignatius. Elle avait l’impression qu’il avait pris quelques kilos depuis qu’ils étaient mariés et qu’elle lui faisait de bons plats.

La journée, si elle n’avait plus rien à faire, elle tournait un peu en rond, elle relisait des vieux romans qu’elle avait lus adolescente, elle se promenait dans la Réserve, protégée par les sortilèges, et elle observait les dragons. Elle attendait avec impatience le soir, quand Ignatius lui racontait ce qu’il avait observé, quel animal il avait dû soigner, et lequel ils avaient dû abattre. Elle aurait voulu en faire autant que lui. Elle aurait voulu savoir approcher un dragon. Elle observait, à défaut de plus. Sinon, elle écrivait des lettres.

Dorea lui racontait sa vie, et elle lui racontait la sienne. Elle évitait de lui parler de son bébé qui grandissait toujours dans son ventre. Elle savait qu’il se portait bien parce qu’elle le disait brièvement de temps en temps, mais surtout parce que Charlus en faisait des tonnes dans ses lettres à Ignatius. Il était apparemment ingérable et s’affolait dès que Dorea mettait un pied hors de chez eux. De toute façon, la coupe d’Europe de Quidditch, qui avait lieu un peu partout en Europe, poussait Charlus et Dorea à se déplacer constamment depuis plusieurs jours. Il finirait bien pas s’y habituer et se calmer. Elle n’en était qu’à trois mois de grossesse.

Elle écrivait beaucoup à son père. Il lui racontait des anecdotes sur sa vie passée qui la faisaient sourire, il lui demandait comment elle allait, ce qu’elle faisait la journée, si elle comprenait mieux le roumain… Pour la première fois, elle osait lui répondre sans prendre peur.

Elle écrivait aussi énormément à sa cousine Mathilda qui était dans tous ses états avec l’approche des ASPIC. Le Professeur Slughorn lui faisait toujours des misères, et elle avait de plus en plus de mal à garder son calme face à lui. Sans parler d’Alexander Rosier, son amant et presque fiancé qui devenait de plus en plus possessif. Il ne voulait plus qu’elle soumette son dossier pour entrer en tant qu’Apprentie-Guérisseuse à Sainte-Mangouste, et elle avait raconté tout cela à Lucretia dans une lettre dont les traces de larmes avaient ravagé le parchemin. Lucretia lui avait dit d’en rediscuter avec lui. Mathilda était tellement mal et tellement en colère contre lui, qu’elle avait écrit dans sa dernière lettre qu’elle était décidée à le quitter, quitte à se prendre une soufflante par leur Grand-père Sileas. Lucretia lui avait seulement demandé si elle ne l’aimait plus pour prendre une décision pareille. Elle attendait à présent sa réponse.

Elle avait beaucoup écrit à sa mère au début. Mais la semaine dernière, elle lui avait demandé de répondre aux nombreuses lettres de son Grand-père Sirius qu’elle n’avait pas ouvertes. Alors, elle ne lui avait plus répondu.

Sa Grand-mère Hesper avait été un vrai soutien au début, notamment pour ses conseils avisés sur la gestion d’une maison. Puis elle lui avait demandé de répondre aux nombreuses lettres de son Grand-père Sirius. Alors, elle ne lui avait plus répondu.

Il en était de même de tous les autres. Pourquoi ne comprenaient-ils pas que Grand-père Sirius avait été horrible avec sa mère ? Et avec elle ? Pourquoi personne ne voulait comprendre à part son père et Dorea à qui elle avait expliqué la situation, qu’elle avait le droit et toutes les raisons de refuser d’adresser un mot à son grand-père à l’avenir ? Son grand-père lui envoyait plusieurs lettres par jour. Il ne se lassait donc pas ? Il ne comprenait donc pas qu’elle ne voulait plus lui parler ? Les autres non plus ne comprenaient pas ? Elle ne leur répondait plus pourtant, mais elle recevait encore leurs lettres, tous les jours ! C’en devenait invivable !

Elle avait certes de quoi s’amuser à lancer dans le feu, mais c’était pénible.

Aujourd’hui, 27 mars, cela faisait un mois qu’Ignatius et elle s’étaient dit oui. Elle lui avait préparé tout un dîner aux chandelles, elle avait été acheté un Fléreur roux pour lui faire un présent. L’animal était dans une boîte percée de petits trous pour le moment, près de la cheminée. Elle s’était maquillée, coiffée et habillée avec application.

La porte d’entrée s’ouvrit enfin. Elle tourna le dos à la cheminée pour regarder Ignatius se figer en voyant la table et la lumière tamisée. L’atmosphère romantique qu’elle avait crée devait lui plaire, non ?

« Hum… Je crois que j’ai manqué quelque chose, marmonna Ignatius en refermant lentement la porte derrière lui.

— Mais non, mais non, le rassura-t-elle.

— Si, je vois bien qu’il y a quelque chose de spécial aujourd’hui, marmonna-t-il. Je vais réfléchir en allant me laver et me changer, je reviens. »

Elle le regarda filer à l’étage en souriant de toutes ses dents. C’était à elle de veiller sur eux. Lui, il devait veiller sur les dragons. Elle, elle veillait sur lui et sur leur amour. Mais cela lui plaisait qu’il cherche à veiller avec elle sur eux.

Elle replaça les bougeoirs de chaque côté de leurs assiettes puis retourna surveiller son chaudron. Elle remplit deux bols de soupe qu’elle posa à chacune de leurs places, ajouta des morceaux de pain pour Ignatius, et jeta un dernier coup d’œil à son ragoût.

Elle s’assit à sa place, côté cuisine, et regarda Ignatius descendre les escaliers.

« Je me suis souvenu, ce sont nos un mois de mariage, c’est ça ? marmonna-t-il en s’asseyant précipitamment devant elle.

— Oui, c’est ça, approuva-t-elle en se penchant sur la table. »

Il se pencha aussi pour l’embrasser. Ce fut bref, mais tout comme il le fallait.

« Heureusement que tu as pensé à tout préparer, je pensais que c’était demain. Je voulais t’emmener faire un pique-nique dans le village ce week-end, continua-t-il.

— Pique-niquer ? Dehors ? s’étonna-t-elle. Nous sommes mieux chez nous, non ?

— C’est bien de sortir aussi, marmonna-t-il en attrapant la cuillère à soupe. Je peux ? C’est que ça sent vraiment bon.

— Bien sûr voyons, vas-y, l’encouragea-t-elle. »

Elle le regarda avec attention. Le sourire satisfait qui gracia ses lèvres la rendit euphorique. Il avait dû reconnaître les châtaignes qu’elle avait mises juste pour lui, parce qu’il les aimait.

« Ne le dis pas à ta cousine, mais niveau cuisine, elle ne t’arrive pas à la cheville, marmonna Ignatius en ajoutant des morceaux de pain dans sa soupe.

— Charlus s’en plaint encore ? demanda-t-elle en enfouissant une cuillère pleine dans sa bouche.

— Il ne fait que ça, marmonna Ignatius avec un demi-sourire. Mais je crois qu’il est masochiste. Il aurait largement les moyens d’acheter un elfe, ou les services de quelqu’un, mais il dit qu’il ne veut pas la vexer.

— Dorea est susceptible, rappela Lucretia en riant. Et elle est têtue, il a raison de se méfier.

— Elle est surtout enceinte, il ne veut pas la fâcher plus que de raison, ajouta Ignatius en secouant la tête. Alors, dis-moi, tu n’as tout de même pas passé la journée à tout préparer ?

— Non, non, c’était trois fois rien. »

Bien sûr que si, elle avait passé la journée à tout préparer. À quoi pensait-il ? Elle lui avait fait des choux à la crème en dessert, parce qu’elle savait que c’était l’un des desserts qu’il préférait. Et puis elle avait dû marcher deux heures avant d’arriver à l’élevage de Fléreurs, et deux heures pour en revenir car il était dans une zone soumise au sortilège d’Anti-transplanage. Et puis elle s’était fait une coiffure compliquée, toute seule.

« Tant mieux, ce serait dommage que tu t’endormes sous le coup de la fatigue. »

Elle rit doucement. Elle aurait pu faire dix fois plus, elle ne serait jamais fatiguée pour lui.

« Parce que tu as des projets ? demanda-t-elle avec un ton mutin.

— Tu n’en as pas toi peut-être ? marmonna-t-il en baissant le nez dans sa soupe.

— J’en ai plein, reconnut-elle en se levant. »

Elle emporta les bols vides pour les laisser dans l’évier et amener le petit chaudron de ragout. Ignatius se pencha aussitôt pour humer le fumet au romarin qui s’en échappait avec délice.

« Tu es vraiment un cordon bleu, marmonna-t-il en lui souriant largement derrière sa barbe rousse. »

Elle rougit de plaisir et le servit généreusement.

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Ils avaient fini de manger depuis une petite heure lorsqu’elle se décida à lui offrir son cadeau. Elle se détacha de ses bras et se leva du fauteuil sur lequel ils étaient assis. Il attrapa ses hanches pour la ramener sur ses genoux, elle se mit à rire, se pencha pour l’embrasser longuement, puis put s’éloigner lorsqu’il la lâcha. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle lui offre quoi que ce soit puisque qu’elle le vit attraper sa pipe, la bourrer et l’allumer. Elle hésita un instant. Elle savait qu’il aimait être tranquille lorsqu’il fumait le soir. Elle jeta un coup d’œil au paquet. Pauvre Fléreur, il devrait rester encore un peu dans sa petite boîte soumise à un sortilège d’assourdissement. Elle attrapa l’autre Fléreur qu’Ignatius avait depuis plusieurs années et qui tournait autour de la boîte depuis tout à l’heure et s’assit par terre pour jouer avec lui. Elle avait facilement apprivoisé l’animal, un gros Fléreur gris avec des pupilles vertes. Elle tira sa baguette et lança des étincelles de couleur, des Lumos, et autres sortilèges pour l’amuser.

Dix bonnes minutes plus tard, elle rangea sa baguette, jeta un coup d’œil à Ignatius, qui regardait fixement le feu sans cesser de fumer. Elle prit l’animal sur ses genoux et lui fit des caresses entre ses oreilles pointues et sous sa tête, comme il les aimait.

Dix autres minutes plus tard, elle n’y tint plus et alla chercher le paquet. Elle se posa devant Ignatius, entre la cheminée de la partie salon, et son fauteuil. Il délaissa l’âtre de la cheminée pour la regarder elle. Un simple sourire suffit à vraiment attirer son attention. Il ôta la pipe de sa bouche et haussa un sourcil pour lui demander visuellement ce qu’elle voulait.

Elle tendit le paquet.

Il fronça ses sourcils roux, passa une main distraite dans sa barbe et délaissa sa pipe sur le linteau en pierre de la cheminée.

« C’est pour toi, ajouta-t-elle à mi-voix.

— Pour moi ? s’étonna-t-il en prenant l’énorme boîte. Pourquoi ? »

Il était tellement désintéressé, tellement… Elle lui sourit largement.

« C’est mon cadeau pour nos un mois de mariage, expliqua-t-elle en poussant sur la boîte pour qu’il la pose sur ses genoux. Ouvre-le, vas-y, l’encouragea-t-elle avec impatience. »

Il la regarda encore de longues secondes avec étonnement puis se décida à ouvrir le paquet. Le miaulement du Fléreur put enfin s’entendre lorsque l’animal sortit de la boîte soumise à un sortilège d’Extension Indétectable. Ignatius le souleva devant lui avec un demi-sourire mangé par sa barbe rousse. L’animal était encore tout jeune, peut-être deux ou trois mois.

« Il vient de finir d’être sevré, lui apprit Lucretia en trépignant de joie. Il te plaît ? Comment veux-tu l’appeler ? 

— Qu’est-ce qui t’est passé par la tête ? marmonna Ignatius en caressant déjà le chat avec affection. Nous avons déjà un Fléreur et tout un tas d’autres ani…

— Mais c’est vraiment notre Fléreur à tous les deux celui-là, non ? le coupa-t-elle en s’asseyant sur l’accoudoir du fauteuil qu’occupait Ignatius. Alors comment veux-tu l’appeler ? Que dirais-tu de Nikita ? Ou Peter ? Ou…

— Ce sont des prénoms d’humains, refusa Ignatius sans cesser de caresser le chat qui ronronnait.

— Mais c’est notre bébé, non ? reprit Lucretia. »

Elle laissa plusieurs secondes de silence passer, le temps pour Ignatius de choisir un prénom qui lui convenait. Il soupira lourdement.

« Lucretia…

— Ou, nous pourrions l’appeler Norbert ? reprit-elle précipitamment. Ou même Henry ? Ou Jack, ou…

— Lucretia… essaya-t-il à nouveau mais elle proposa d’autres noms.

— Que dirais-tu de Philip ? Ou Archi ? Ou…

— Arrête Lucretia, s’il te plaît…

— Tu… Tu préfères un prénom roumain ou un prénom anglais ? »

Elle n’entendit pas la réponse d’Ignatius puisque la fenêtre s’ouvrit sur un hibou postal pour les longs voyages. Mais c’était pas vrai ! Elle avait répondu ce matin à son père, à Dorea et à Mathilda, ils n’avaient pas encore eu le temps de lui répondre ! Qui lui envoyait encore des lettres alors qu’elle n’en voulait pas ! Qui…

Elle arracha la lettre de la patte du volatil, et reconnut l’écriture de son Grand-père Sirius. Comment pouvait-il… Ne se rendait-il donc pas compte qu’il en avait déjà fait assez ? Venait-il en plus troubler la soirée de ses un mois de mariage ?

« C’est encore lui ! Je n’en peux plus, Ignatius, craqua-t-elle en froissant la lettre. Je n’en peux plus ! Pourquoi ne veut-il pas comprendre que je le déteste et que je ne veux plus le voir ? Pourquoi est-ce que personne ne comprend que je ne veux plus lui parler ? Même ma mère s’y est mise ! Envoie-lui une lettre, Ignatius, dis-lui de me laisser tranquille ! Dis-lui que… »

Elle s’apprêtait à jeter la lettre qu’elle avait roulée en boule dans le feu lorsque la main d’Ignatius se posa sur son poignet pour l’arrêter.

« Arrête, Lucretia, exigea-t-il mais elle ne réussit pas à rester calme cette fois.

— Grand-mère Hesper m’a demandé de répondre à Grand-père Sirius, ma mère s’y est mise, tout le monde s’y met ! Il a été horrible avec ma mère, et après ils veulent tous que je lui parle ? s’exclama-t-elle en se détachant de ses mains. Écris-leur de me laisser tranquille ! Tu es mon mari, tu dois prendre ma défense ! Tu dois…

— Tu es bien assez grande pour envoyer cette lettre toi-même ! s’exclama Ignatius. »

Elle resta un instant figée, complètement stupéfaite de l’entendre élever la voix sur elle. Il se passa une main lasse dans les cheveux. Son cœur battait si fort à ses tempes qu’elle ne discernait plus rien d’autre qu’Ignatius, ses yeux bleus et ses lèvres blanches sous le coup de la colère.

« Je… Tu es mon mari, dit-elle avec une voix lourde. Tu dois me protéger, martela-t-elle.

— Non, rétorqua-t-il en faisant un pas vers elle mais elle se recula. Je suis ton mari, je dois t’aimer. Tu sais écrire, tu sais envoyer une lettre, tu peux envoyer toi-même une lettre à ton grand-père et aux autres pour leur dire que tu leur en veux et leur expliquer tes raisons.

— Les raisons sont évidentes ! s’offusqua-t-elle. À cause de lui je ne peux pas avoir d’enfant !

— Non, ce n’est pas à cause de lui que tu ne peux pas avoir d’enfants ! s’exclama-t-il la faisant sursauter. C’est à cause de ton oncle, ton Grand-père est arrivé trop tard, et tu le sais très bien.

— Ma mère a dû vivre avec mon oncle pendant des années avec ce qu’il lui avait fait !

— Ton oncle n’était jamais là. Il était les trois-quarts du temps en Europe de l’Est, renchérit Ignatius. Ton grand-père lui avait jeté des maléfices qui l’empêchaient de parler à ta mère, et il lui avait interdit certaines parties de la maison pour l’empêcher d’approcher ta mère et de s’adresser à elle. Il ne pouvait pas…

— Il aurait pu le dénoncer, il aurait pu le…

— Il n’y avait aucune preuve ! Il a fait des dizaines, même des centaines d’expériences avec ta grand-mère pour tenter de voir quels effets avaient vraiment eu le sortilège, lui rappela Ignatius en posant ses mains sur ses épaules. Ils n’ont rien trouvé parce que la Trace te protégeait, tu le sais. Ils ont tous pensé, ta mère aussi, que le sortilège était resté sans effet. Ta mère elle-même…

— Il ne l’a pas renvoyé du 12, Square Grimmaurd, il n’a pas…

— Ton oncle était fauché, s’il le mettait dehors, il mettait dehors ta tante et ses enfants. Vraiment dehors, répéta-t-il pendant qu’elle sursautait à nouveau. Dorea à la rue, tu comprends ?

— Tu… Tu ne comprends rien ! s’écria-t-elle hors d’elle. Ils m’embêtent tous, ils me font passer pour la méchante, ils…

— Arrête Lucretia, vraiment arrête, je sais que c’est triste et injuste, mais tu te comportes comme une enfant !

— Une enfant ? répéta-t-elle tout à fait outrée.

— Tu refuses de prendre les choses en main, tu refuses de me parler, tu attends que je parle pour toi et que je règle tous tes petits différents avec tout le monde et n’importe qui ! explosa enfin Ignatius. Mais je ne suis pas ton père ! »

Elle fit un autre pas en arrière pour se dégager de ses bras. Comment…

« Tu n’es pas ma fille, tu es ma femme ! insista-t-il. »

Les larmes de rage coulèrent silencieusement sur ses joues. 

« Je peux t’aider, pas faire les choses à ta place ! acheva-t-il. »

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Lucretia resta devant lui, le visage déformé par la colère ou la tristesse, Ignatius ne savait pas bien. Puis elle explosa vraiment en sanglots et sortit sur le perron de l’entrée après avoir claqué la porte derrière elle.

Il n’aurait pas dû, il n’aurait pas dû s’énerver. Il se contenait depuis trois semaines de rester calme, à son écoute et patient pour l’aider à surmonter tous ses malheurs et ses traumatismes. Il aurait dû réussir à se contenir encore un peu même si elle tournait en rond. Il aurait dû réussir à attendre la venue prochaine de Dorea et Charlus pour leur demander ce qu’ils pensaient du comportement de Lucretia qu’il jugeait puéril et inquiétant avec peut-être pas assez de nuance.

C’était venu progressivement. Ou bien il ne l’avait pas remarqué auparavant.

Son grand-père avait des torts. Ignatius n’approuverait même pas vraiment que Lucretia tourne la page et continue à lui parler. Mais le vieux méritait au moins une explication, un mot l’invitant à cesser d’espérer quoi que ce soit d’elle, ou même que Lucretia lui renvoie au moins ses lettres. Et puis elle n’avait pas à se fâcher avec la première personne qui la contredisait ! Ça, c’était une attitude puérile !

Elle n’avait que dix-neuf ans, et si cette différence d’âge ne lui avait pas posé de problème plus tôt, elle commençait à lui paraître être l’un des raisons de leurs problèmes. Il n’aurait pas dû céder et plutôt attendre six mois, le mois d’août, comme il l’avait prévu à l’origine, pour officialiser leurs fiançailles et l’épouser. Qu’elle puisse prendre du recul sur cette situation et grandir encore un peu.

Mais tout ceci, ce n’était encore pas grand-chose. Elle manquait parfois de maturité, mais c’était aussi rafraîchissant.

Le problème principal, c’était sa stérilité. Lui, ceci lui était complètement égal. Et il avait pensé, malgré l’après-midi qu’elle avait passé à ne rien faire le mois précédent, qu’elle avait surmonté cet état de fait. Il n’était pas le plus tendre et patient des maris, il le reconnaissait, mais là, il avait vraiment fait tout son possible pour qu’elle comprenne combien il l’aimait quoi qu’il arrive. Il prenait sur lui tous les jours pour se confier alors que ce n’était pas du tout dans sa nature, parce qu’il voulait s’assurer qu’elle aille bien. Il n’avait rien dit lorsqu’elle avait commencé à bouder toutes ses connaissances les unes après les autres en cessant de répondre à leurs lettres, sans pour autant mettre de sortilèges autour d’elle pour repousser les courriers de certaines personnes… Il n’avait rien dit non plus lorsqu’il avait compris qu’elle n’essayait pas de lier connaissance dans la Réserve ou à l’extérieur, dans le village. Il se demandait parfois ce qu’elle pouvait faire de ses journées dans ces conditions, toute seule, chez eux. Il s’était attendu à ce qu’elle s’investisse dans la Réserve, qu’elle cherche à étudier les dragons avec ou sans lui, à ce qu’elle lui demande de la former comme Magizoologue… mais non. Et pourtant, il voyait qu’elle attendait chaque soir qu’il lui raconte tout ce qu’il avait vu. Il voyait qu’elle l’écoutait attentivement lorsqu’il lui expliquait ce qu’était en train de faire un dragon devant eux. Mais non, elle ne se décidait pas à prendre une décision, elle attendait qu’il choisisse pour elle.

Comme une enfant.

Ce n’était pas juste bien sûr, de lui faire un tel reproche, surtout dans cette situation, mais il avait vraiment l’impression, parfois, qu’une enfant n’aurait pas agi autrement. Et ceci le perturbait, surtout quand elle cessait d’avoir ce comportement… surtout parce qu’il aimait toujours autant l’embrasser, et qu’il ne pensait pas être un détraqué.

Il s’approcha de la porte et hésita à rejoindre Lucretia. Elle avait sûrement besoin d’être un peu seule, et de réfléchir à tout ce qu’ils venaient de se dire. Il y avait au moins une chose de bien dans sa réaction : elle n’était pas montée bouder dans leur chambre, comme une enfant l’aurait fait, elle était sortie de chez eux, comme si elle voulait prendre de la distance avec la vie qu’elle s’était construite, une vie refermée sur eux-mêmes, et centrée sur lui, son mari.

Lorsqu’il n’entendit plus ses sanglots, il se décida à ouvrir la porte en prenant une grande inspiration.

Elle était assise par terre, sur la terrasse en bois, les pieds dans le vide. Elle ne sanglotait plus, même si les larmes coulaient encore sur ses joues. Elle regardait piteusement ses mains, surtout son alliance et sa bague de fiançailles.

Il n’aimait pas les disputes, un point sur lequel ils s’étaient toujours très bien entendus avec Charlus. Ils se disaient les choses directement, comme elles venaient, et tant pis s’il fallait bousculer l’autre. C’était surtout lui qui bousculait Charlus à la réflexion lorsqu’il se lamentait sur une nana pour une raison ou une autre. Mais Charlus n’avait pas sa langue dans sa poche non plus. Bref. Lucretia était malheureuse, et il n’avait pas su s’y prendre. Et bien sûr qu’il s’en voulait.

« Je suis désolée, souffla-t-elle lorsqu’il s’assit à côté d’elle. Je… Je suis tellement désolée.

— Allez, c’est fini, essaya-t-il maladroitement de la consoler. »

Il glissa son bras autour de sa taille pour la rapprocher de lui. Ils regardèrent tous les deux l’horizon, l’un contre l’autre.

« Je n’aurais pas dû crier, reconnut-il.

— Tu… Tu as raison. Je… chuchota-t-elle dans la nuit. Je ne suis pas logique. Lorsque je pensais que mon père était l’auteur du sortilège, je lui en voulais, mais… mais pas autant qu’à mon Grand-père, mais… Mais ce n’est pas logique. J’aurais dû lui en vouloir bien plus, et en être malade d’horreur pour ma mère, et en colère contre ma mère de rester auprès de lui et… Mais j’avais tellement besoin d’un coupable vivant à détester que… et, comme la situation était simplement injuste et que je n’avais pas le coupable face à moi, j’ai tout déchargé sur mon grand-père et… »

Elle se tut pour calmer sa respiration qui s’était emballée.

« Mais je suis malheureuse, en deuil et morte de peur, murmura-t-elle de manière presque inaudible.

— Je suis là, marmonna Ignatius en resserrant ses bras autour d’elle.

— Je suis morte de peur, reprit-elle, que tu te rendes compte que tu veux finalement des enfants et que tu me laisses et… j’essaie de tout faire pour que tout soit parfait, et peut-être… Et peut-être même que j’ai voulu être à la fois ta femme… et la fille que je ne pourrai jamais t’offrir, et… Et ce Fléreur, c’était aussi un peu un enfant que…

— Arrête Lucretia, s’il te plaît, ne te dénigre pas à nouveau, la coupa-t-il en sentant à nouveau une boule dans sa gorge.

— Non, il faut que je te le dise, répliqua-t-elle en secouant la tête. Tous les soirs, j’ai peur que tu ne rentres pas et que tu sois parti avec une femme qui peut te donner des enfants. Tous les matins, je m’émerveille d’avoir quelqu’un comme toi pour mari et de t’avoir encore à mes côtés. Tous les jours, je ne pense qu’à toi, qu’à faire tout ce dont tu as besoin, ce que tu aimes et qui pourra te faire plaisir pour que tu restes une journée de plus avec moi.

— Ce n’est pas une situation vivable, Lucretia, dit-il avec abattement. Pourquoi tu n’arrives pas à comprendre… Pourquoi tu n’arrives pas à comprendre que je t’aime et que je ne te quitterai pas pour une raison aussi futile que des enfants ?

— Ce n’est pas futile, répliqua-t-elle. Je… Je pense que tu ne peux pas vraiment comprendre parce que tu n’as jamais voulu d’enfants, ajouta-t-elle avec hésitation. Je ne sais pas. Mais… J’ai toujours voulu des enfants, beaucoup d’enfants, et… les enfants, pour moi, c’est aussi un peu… un fruit d’amour, une personne qui nous relie pour l’éternité, tu comprends ? »

Là, il n’était pas vraiment d’accord.

« Je comprends ce que tu me dis, mais tu te trompes, dit-il calmement. Il n’y a pas besoin d’enfant pour savoir qu’on s’aime. Et il y a beau avoir un enfant, un mariage peut très bien exploser. Tu vois Bastian Carley ? »

Il sentit Lucretia hocher vaguement la tête contre lui. Carley était l’un de ses amis de Poudlard. Charlus, Jim Anderson, Bastian Carley et lui avaient partagé leur dortoir à Gryffondor pendant sept ans. Ceci créait forcément des liens.

« Il est marié, et il a une fille de cinq ans.

— Pardon ? s’étonna Lucretia en se redressant pour le regarder dans les yeux.

— Il ne porte plus son alliance, hein ? Et puis il a dû te parler de sa copine ? Ou bien ses copines ? marmonna Ignatius. Eh bien voilà. On ne sait pas tout, mais ce que je sais, c’est que son épouse, Ludmilla, est partie avec leur fille pour retourner vivre chez ses parents et qu’il n’est pas trop affecté par tout ça. Il voit sa fille une fois de temps en temps et c’est tout.

— Mais… Il est marié et il a une enfant ! Comment… bafouilla Lucretia.

— Il nous a simplement dit qu’il n’en pouvait plus de Ludmilla, et qu’il voulait voir autre chose, je pourrais spéculer longtemps sur lui, mais il m’énerve à force, marmonna-t-il avec un geste agacé. Ce que je veux te dire, c’est que je ne veux pas avoir besoin d’un enfant pour t’aimer. C’est toi que je veux, et… et c’est tout. Peut-être qu’un enfant t’aurait rassuré, moi, ça ne m’aurait pas rassuré du tout. J’aurais craint que tu ne veuilles plus rester auprès de moi que pour l’enfant, et je sais que je me serais bien trop pris la tête avec toi à cause de cet enfant parce que je n’ai pas de patience et que je ne supporte pas de voir un enfant désobéir. Je sais, je suis hypocrite là-dessus parce que j’étais infernal quand j’étais môme, mais je le reconnais au moins, marmonna-t-il un peu plus bas. Ce que je veux te dire c’est que… Rien n’est acquis. Toi tu as peur que je parte, et moi j’ai peur que tu partes parce que je suis bien plus rustre que toi. Mais je t’ai épousée, et dans ma tête, cela signifie que j’ai choisi de partager ma vie avec toi pour toujours. Vraiment, cesse de… »

Il devait avoir enfin réussi à la rassurer et à consoler son cœur blessé puisqu’elle était à nouveau dans ses bras, contre lui, en train de l’embrasser. Il s’empressa de lui répondre, et de la serrer contre lui.

« Je vais avoir besoin que tu me le dises tous les jours de notre vie, souffla-t-elle contre sa bouche.

— Tu penses encore qu’un jour je changerai d’avis ? soupira-t-il.

— Non, j’aime seulement t’écouter me dire combien tu m’aimes, répliqua-t-elle avant de l’embrasser sauvagement. »

Il se sentit un peu agressé pour le coup et il se recula en criant quelque chose comme « Mais pas comme ça ! » qui fit seulement pouffer de rire Lucretia.

« Et puis, je m’ennuie un peu la journée, il faut bien que j’ai quelque chose à quoi penser, ajouta-t-elle avec une grimace.

— Et tu ne crois pas qu’il y a de quoi s’occuper dans cette Réserve ? marmonna-t-il en se levant.

— Co… comment ça ? demanda-t-elle en se levant à son tour. »

Il la regarda avec insistance en haussant consciemment ses sourcils pour lui dire de réfléchir un peu. Il vit ses joues rougir, ses yeux se baisser vers le sol puis remonter vers les siens, ses lèvres se pincer et s’ouvrir plusieurs fois avant que, enfin, elle produise une phrase d’un timbre un peu plus aigu que ne l’était le sien habituellement.

« Tu… Tu veux bien que je fasse comme toi ? dit-elle à toute vitesse alors qu’il hochait la tête. Tu veux bien me montrer comment approcher un dragon ? Et comment les étudier ? Et…

— Bon dieu, oui, oui et oui ! J’ai cru que tu ne te déciderais jamais ! se réjouit-il en la prenant dans ses bras pour la faire tourner autour de lui. Lucretia, Dresseuse de Dragon ! lui grogna-t-il à l’oreille. »

Il mordillait déjà la peau blanche de son cou lorsqu’ils retournèrent à l’intérieur de chez eux.  

Ce soir, il la croquerait bien un peu, sa future dresseuse de dragons.

 

End Notes:

Merci d'avoir lu jusqu'au bout et pris le temps de laisser des retours. J'ai repris un peu la fin, mais je ne suis toujours pas entièrement satisfaite. Leur vie à deux commence seulement maintenant qu'ils ont enfin parlé à coeur ouvert, Lucretia de ses malheurs et de son traumatisme, Ignatius du fait qu'il veut l'aider mais qu'il ne sait pas forcément comment faire, tout ça. Enfin, Lucretia va découvrir la Réserve, les Dragons et qu'elle peut vivre pour elle et non pour un mari et un bébé comme on le lui a longtemps fait croire, même si elle sera toujours malheureuse de ne pas pouvoir avoir d'enfant. Et Ignatius va pouvoir vraiment partager sa passion avec elle tout en continuant à la rassurer et à la soutenir. Et ils vécurent heureux ensemble, aussi longtemps qu'ils furent vivants ensemble. ;)

 

Des bisous et peut-être à une prochaine fois

 

Juliette

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