Une Vie moins noire by Juliette54
Summary:

 

Phineus n’est plus vraiment un membre de la Noble et très Vieille Maison des Black. Second fils du plus mal aimé Directeur de Poudlard Phineas Nigellus Black, il a été renié pour avoir défendu les droits des Moldus.

Il voulait seulement une vie moins noire. 

Quelques instants de cette vie particulière qui commença à Londres, en 1880. 

- Recueil écrit lors des Nuits d’HPF - 

 


Categories: Tranches de vie Characters: Famille Black
Genres: Aucun
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Les Nuits d'HPF, Mesdames et Mesdemoiselles Black
Chapters: 16 Completed: Non Word count: 10939 Read: 2977 Published: 04/03/2021 Updated: 28/05/2024
Story Notes:

Bonjour ou bonsoir !

Comme dit dans le résumé, c'est un recueil de courts moments de la vie de Phineus Black (oui, j'aime bien écrire sur la famille Black, ça commence à se voir aha). Je vous laisse faire connaissance avec lui et on se retrouve en bas ? Bonne lecture :) 

1. 1. Espoir (1929) by Juliette54

2. 2. Gagner c’est perdre (1915) by Juliette54

3. 3. Une lumière (1920) by Juliette54

4. 4. Drôle de gars (1920) by Juliette54

5. 5. "La magie, mon garçon, ça n'existe pas" (1920) by Juliette54

6. 6. Accepte ou accepte pas ? (1920) by Juliette54

7. 7. Souris (1920) by Juliette54

8. 8. Lex generalis (1920) by Juliette54

9. 9. Justice et égalité (1920) by Juliette54

10. 10. Prodigieux (1920) by Juliette54

11. 11. Signe (1920) by Juliette54

12. 12. Quelle affaire (1920) by Juliette54

13. 13. Dignité (1920) by Juliette54

14. 14. Goutte de pluie (1920) by Juliette54

15. 15. Ce n’était pas une question (1920) by Juliette54

16. 16. « April is the cuellest month » (1920) by Juliette54

1. Espoir (1929) by Juliette54
Author's Notes:

C'est toujours moi ! Javalia, si tu passes par là, j'ai eu l'idée de ce premier texte grâce à toi (donc il est un peu pour toi). 

Thème de 20h du 30 janvier 2021 : la photo est sur le forum. 

Phineus était inquiet, très inquiet. Il aurait même dit qu’il était affolé s’il n’avait pas vu combien sa femme se rongeait les sangs depuis des heures. Sa fille n’était pas avec eux dans le salon de la maison Londonienne. Elle était montée se coucher, lorsqu’elle s’était mise à pleurer, sur ordre de sa mère qui savait combien les larmes mettaient mal à l’aise Phineus.

 

« Quand est-il parti ? demanda-t-il pour la énième fois et pour la énième fois sa femme lui répondit en retenant ses larmes.

 

— Vers… Vers seize heures. Il m’a dit… Il m’a dit qu’il voulait… Il m’a dit qu’il voulait acheter un livre que le précepteur lui a conseillé et qu’il n’a pas trouvé dans ta bibliothèque. Il… Je lui ai donné un peu d’argent et il…

 

— Et il est à présent vingt et une heure seize ! tonna Phineus en passant des mains nerveuses dans ses cheveux noirs, typiques de la génétique de la Maison des Black. »

 

Il vit sa femme sursauter et il s’en voulut déjà d’avoir élevé le ton. Il aimait son épouse. Il l’aimait de tout son cœur et il ne supportait pas de la voir frémir lorsqu’il perdait son calme. C’était bien pour cela qu’elle avait envoyé leur fille adorée dans sa chambre. Ce n’était pas seulement parce qu’elle s’était mise à pleurer, mais parce qu’elle ne devait pas voir que son père pouvait perdre son empire sur lui-même et s’énerver contre sa mère. Phineus ne voulait pas qu’elle vît ça. Il ne voulait pas…

 

« Phineus, je… Je pensais que ce n’était rien, je pensais…

 

— C’est son anniversaire ! s’exclama-t-il en sentant sa voix se briser. »

 

Il se retourna aussitôt, la boule d’inquiétude dans sa gorge se transformait lentement en boule de panique et de détresse à présent. Il aimait cet enfant, cette tête brune aux grands yeux verts, son fils. Il l’aimait comme un père, tendrement et patiemment. Peut-être qu’il ne le lui montrait pas assez, surtout en cette période compliquée, mais…

 

« Je croyais que Finn avait trouvé sa trace près de…

 

— Fausse piste, coupa sèchement Phineus, faisant encore une fois sursauter sa femme. Il cherche toujours avec… »

 

La pendule s’emmêla une nouvelle fois dans ses engrenages magiques, la porte vitrée s’ouvrit et une flopée de morceaux de ferraille vola à travers la pièce. Phineus eut à peine le temps de lancer un Protego pour empêcher les petites pièces d’horlogerie de blesser son épouse. Le silence fut seul maître de la demeure Londonienne une poignée de minutes.

 

« Pardonne-moi, souffla sa femme en se mettant finalement à pleurer. »

 

Il n’y tint pas une seconde de plus malgré les conseils de Finn de rester chez lui et d’attendre le retour éventuel de l’enfant ou des nouvelles de la brigade magique. Il attrapa sa cape, ignorant les demandes pressées et angoissées de sa femme de rester ici, auprès d’elle et d’attendre, encore et toujours.

 

Mais Phineus n’avait jamais attendu, jamais rien. Il avait essayé un temps, puis il avait vite compris qu’il n’y avait rien à attendre de la vie. Lorsqu’on voulait quelque chose, la seule solution était d’œuvrer en silence pour la mettre en place, seul, avec sa plume et sa baguette. Il arpenta encore une fois les rues londoniennes qui environnaient sa maison. Il les connaissait par cœur après avoir passé des années et des années et même toute sa vie ici, dans cette ville, capitale du Royaume-Uni sorcier et moldu. Et encore une fois, les rues lui parurent vides. Oh elles n’étaient pas beaucoup fréquentées à cette heure-ci, surtout par les enfants de bonne famille, mais la tête brune aux yeux verts qui hantaient son esprit depuis dix-sept heures lui faisait voir à nouveau le vide de la vie. Il avait déjà perdu tant de choses. Il en avait gagné tant aussi, bien plus qu’il n’avait perdu. Mais cet enfant…

 

Il tourna à l’angle à nouveau, et à nouveau il ne vit rien. Les chats qui se battaient dans un coin de la rue, les passants qui regardaient sa cape avec un froncement de sourcil sceptique et méprisant, les gamins des rues qui mendiaient une pièce. Rien. Il ne vit rien dans la rue. Il s’enfonça plus loin dans le dédale des rues de Londres, plus loin. Il atteignit le jardin où il emmenait sa famille le samedi après-midi lorsqu’il rentrait du ministère.

 

Ses yeux noirs avaient perdu la bataille contre les larmes. Le froid mordant s’était empressé de les geler et d’attaquer la peau usée de son visage.

 

Il fit une nouvelle fois le tour du jardin, muni de sa baguette cette fois-ci. Que les Moldus aillent se faire voir. Il aurait un avertissement et une amende du Ministère, à la rigueur, et puis c’était tout. Ce n’était rien en comparaison de son imagination débordante qui voyait déjà son enfant kidnappé, démembré et torturé… tué. Il n’y croyait plus lorsqu’il vit deux chaussures noires cousues de fils rouges sous sa baguette, une veste de costume noir et un pantalon bleu marine. Il n’y croyait plus lorsqu’il vit les jambes toutes petites se balancer d’avant en arrière, presque sereinement.

 

« Ma… Ma…

 

— Mon oncle ? lui répondit la petite voix brisée par le froid. Elle… Elle n’est pas venue, elle…

 

— Marius, soupira Phineus en tombant à genou devant son fils, assis sur l’un des bancs du jardin public qu’il avait parcouru des dizaines de fois aujourd’hui.

 

— Elle m’avait dit qu’elle viendrait me voir dans ses lettres, reprit le petit, ses grands yeux verts remplis d’eau. Mère m’avait dit qu’elle viendrait pour mon anniversaire. Je l’ai attendu dans notre endroit secret, celui où elle m’emmenait… avant.

 

— Marius, répéta Phineus en sentant sa gorge s’arracher. »

 

Il attira Marius dans ses bras qui ne sanglotait même plus. Les larmes coulaient toutes seules sur son visage encore jeune pendant que le vieux cœur de Phineus saignait une fois de plus.

 

« Elle m’avait dit qu’elle viendrait et qu’on inventerait des histoires tous les deux toute l’après-midi, reprit Marius. Mais elle n’est pas venue. Je l’ai attendue, je te jure Oncle Phineus, mais…

 

— Je t’avais dit qu’elle ne viendrait pas, essaya-t-il de le raisonner encore une fois. Ta mère… »

 

Comment lui dire que sa mère s’éloignait de lui parce qu’il était Cracmol ? Comment lui dire qu’un jour ou l’autre, Violetta Black ne prendrait même plus la peine de lui écrire ? Comment lui dire que Phineus le considérait comme son fils, le frère de Mimosa, le fils de Lizbeth, alors que son père biologique, Cygnus Black, n’hésiterait pas une seconde à le tuer s’il l’avait en face de lui ?

 

« Tu… Tu as essayé de lui envoyé un hibou ? demanda-t-il néanmoins.

 

— Elle n’a pas répondu, reconnut Marius. »

 

Phineus hésita un quart de seconde avant de soulever Marius et de le prendre contre lui. Le petit laissa son nez plonger dans son cou pendant que Phineus cherchait encore quoi faire, quoi dire pour lui redonner le sourire sans lui redonner de l’espoir. Et pourtant, pourtant, il ne savait pas comment…

 

« Tu as essayé de faire un panneau publicitaire, comme ceux pour les cigarettes ? lui demanda Phineus en sentant son esprit s’embrumer de l’espoir que Marius reprenait. Violetta s’est peut-être perdue dans Londres. »

 

Marius fit le panneau, contre le mur du parc. Et malgré toutes les prières que Phineus fit pour ne pas que Violetta vienne encore une fois entretenir un espoir vain chez Marius, Marius fêta son anniversaire avec un jour de retard mais avec sa mère. 

End Notes:

J'attends vos réactions avec impatience ! Merci d'avoir lu :)

2. Gagner c’est perdre (1915) by Juliette54
Author's Notes:

Thème de 21h du 26 février 2021 : blâme. 

 

Phineus Black était procédurier, depuis presque toujours. Depuis presque aussi longtemps qu’il s’en souvenait. Ou disons qu’il avait une confiance et un espoir fabuleux dans la justice pour un enfant de la Maison des Black, percluse de ses propres principes si peu stables. Il y avait les choses qu’on pouvait faire et les choses qu’on ne pouvait pas faire. C’était comme ça.

Et lorsqu’il était entré à Poudlard, il avait découvert d’autres droits. D’autres droits à d’autres gens. Il avait découvert la justice, la vraie, celle qui s’appliquait à tout le monde et qui aurait dû s’appliquer de la même manière pour tout le monde.

« Chimène, suis-moi, insista-t-il pour la troisième fois. »

La petite blonde grimaça un peu plus, de plus en plus incertaine et réticente à s’opposer aussi frontalement à l’univers magique et sa justice diabolique. La sorcellerie avait depuis longtemps perdu ce côté magique chez Phineus lorsque Chimène Dubois secoua fébrilement la tête. Il sentit son cœur se briser lorsqu’il accepta de baisser la main qu’il avait tendue vers elle.

« Chimène…

— C’est… ça devient trop dangereux Phineus, souffla-t-elle en enfonçant les mains dans sa robe violette où le M brodé, l’insigne du Magenmagot, brillait. »

Elle ne le regardait plus dans les yeux, elle les gardait fixé sur ses pieds, inquiète, tremblante et tout à fait loin de lui. Il expira à fond. Elle avait seulement peur, comme les fois suivantes. Certes, leur projet de loi était un peu plus ambitieux que les précédents. Certes, il était bien plus explicit et Phineus savait clairement que si son père ne le renierait pas dans l’heure, son aîné Sirius ne se priverait de le brûler de l’Arbre, l’ancestrale arbre généalogique de la Maison des Black. Elle avait peur. Il n’avait qu’à la rassurer à nouveau. Elle ne risquait rien, elle. Personne dans la Maison des Black n’était au courant de leur relation. Personne ne s’en prendrait à elle.

« Tu ne veux plus défendre les droits de ta mère ? demanda-t-il plus doucement en s’approchant d’elle. »

Il glissa sa main sur sa joue pour l’inciter à relever le visage. Il dut aller jusqu’à enfoncer ses doigts dans ses cheveux pour qu’elle ose affronter son regard aux iris presque noirs.

« Tu… Ils vont nous tuer, ils…

— Les Black ne te feront rien. Ils ne prendraient pas le risque de s’intéresser à ma vie personnelle plus longtemps. Ils…

— Je n’en peux plus, avoua-t-elle en se mettant à pleurer. »

Sa main se crispa dans ses cheveux blonds. Elle le sentit puisqu’elle se détacha de lui. Une boule de colère et de frustration glissa dans sa gorge. Elle n’en pouvait plus ? Et que pensait-elle de lui ? Que subissait-il depuis des années dans ce 12, Square Grimmaurd ? Lors de dîners interminablement racistes et condescendants ? Il restait là-bas pour glaner par-ci par-là des informations pour faire tomber le plus de pourris possibles ! Il restait là-bas pour avoir un œil sur l’argent de sa famille, pour ne pas qu’ils nourrissent les partis englués de racisme ! Il se battait pour une société juste !

« Tu n’en peux plus ? demanda-t-il en serrant les dents. Tu… Tu me dis à moi que tu n’en peux plus ? répéta-t-il en serrant de plus en plus les dents.

— Tu ne vis plus que pour te battre ! explosa-t-elle en se mettant à pleurer. Tu… Depuis combien de temps n’avons-nous pas été au restaurant ? Ou même nous promener ? Tu… C’est comme si tu te sentais coupable de ce que sont les Black ! Mais ce n’est pas de ta faute si tu es né dans cette famille tordue !

— Mais ce serait de ma faute si je ne faisais rien contre eux ! s’exclama-t-il hors de lui. Tu… Je n’en reviens pas que toi tu…

— Tu ne risque pas une retenue, une exclusion ou même un blâme, Phin, tu risques de te faire tuer ! cria-t-elle en sanglotant un peu plus.

— Eh bien qu’ils me tuent ! hurla-t-il. Au moins, je mourrais la tête haute, sans avoir à rougir d’une quelconque inaction alors que j’avais la possibilité de changer les choses ! »

Il ne la reconnaissait plus. Il… Alors c’était la raison de son silence de ces dernières semaines ?

« Nous sommes sur le point d’enfin obtenir une véritable avancée pour les droits des Moldus dans notre juridiction, et toi, tu… Argh, suis-moi, Chimène, suis-moi sur ce projet et…

— Je veux vivre, Phin, je ne veux pas seulement me battre, je veux vivre, et ton combat est sans fin. »

Il resta muet dix longues secondes à cligner des yeux, incapable de croire à ce qu’il venait d’entendre.

« Je vais te laisser réfléchir, tu… tu ne peux pas penser que…

— Je sais ce que j’ai dit, Phin, dit-elle en reniflant. »

Elle ne pleurait plus, comme si elle avait enfin dit tout ce qu’elle pensait.

« Renonce à ce projet, et vivons enfin heureux, le pria-t-elle en essayant d’attraper sa main. »

Il se dégagea d’un simple pas en arrière. Elle n’avait pas pu dire cela. Elle n’avait pas pu…

« Si tu sors de cette pièce déterminé à ce projet de loi… je considèrerai que tu as choisi ton combat plutôt que mon amour, murmura-t-elle la voix brisée. »

Les lèvres rouges de sa fiancée tremblaient, mais Phineus avait choisi, et ce depuis longtemps.

Il referma la porte derrière lui avec l’image des yeux bruns de Chimène qui se remplissaient à nouveau de larmes. 

 

End Notes:

Merci pour ta review Javalia :) 

3. Une lumière (1920) by Juliette54
Author's Notes:

Thème de minuit du samedi 20 mars 2021 : maladroit

 

Phineus flânait dans les ruelles de Londres à proximité de sa maison depuis un quart d’heure lorsqu’il se décida avec un soupir lent et bruyant à chercher son chemin. Il n’y avait plus personne dans sa vie depuis que Chimène avait préféré faire la sienne sans lui, cinq ans plus tôt. Il avait brillé devant le Magenmagot lorsqu’il avait présenté le plus beau discours qu’il n’avait jamais écrit, mais il n’avait eu ni Chimène, ni sa famille pour le féliciter :

- Chimène l’avait quitté

- La Très Noble et Très Vieille Maison des Black l’avait renié et brûlé de leur hideuse tapisserie

Autant dire que la victoire avait était plutôt amère. Il recommencerait si c’était à refaire, mais il avait brillé pour se brûler les ailes et se faire brûler de la vieille carpette. Point à la ligne.

Et c’était difficile de continuer le combat pour les droits des Moldus dans la communauté sorcière, ce dont il s’était fixé l’objectif des années plus tôt, sans personne avec qui le partager vraiment, plus qu’en coup de vent, et plus que pour lui et ses convictions. Chimène lui manquait, et c’était encore pire quand il se souvenait qu’elle était à présent dans les bras de Reynolds. Il lui en voulait à elle, il lui en voulait à lui et il s’en voulait à lui-même aussi. Il en voulait à Chimène de l’avoir poussé à choisir entre ses idées et son amour la vieille de ce décret qu’ils avaient mis des mois à monter. Il lui en voulait de l’avoir abandonné de cette manière. Il en voulait à Reynolds car il semblait avoir réussi là où Phineus avait échoué, c’est-à-dire rendre Chimène heureuse et épanouie. Et il s’en voulait de leur en vouloir et d’en être encore affecté. Cinq ans, qui restait cinq ans à contempler de loin et en se cachant l’amour de sa vie ? Ils s’étaient fréquentés pendant plus de quinze ans, ils avaient tout découvert ensemble, l’amour, l’intimité et les difficultés d’un combat juste. Et sa vie personnelle s’était arrêtée depuis cinq ans.

« Seigneur, mais c’est pas possible ! Et la vieille Tilda va encore me dire que je suis maladroite ! Mais c’est pas moi ! C’est eux qui regardent pas où ils vont ! Ah ça, ça, c’est toujours pareil !... »

Il papillonna des yeux, et regarda les vêtements de tissu blanc éparpillés au sol et le panier retourné. Une ménagère pestait bruyamment avec cet accent de la rue qui avait toujours fasciné Phineus. Elle releva deux yeux bleus furieux et s’esquinta un peu plus la voix.

« Ne me regardez pas comme ça ! Et aidez-moi à ramasser tout… Seigneur, mais c’est pas possible ! »

Il la regarda bêtement lâcher la sous-robe dans la corbeille à linge et fixer les paumes de ses mains avec un désespoir qui ressemblait plus à de l’exaspération. Il remarqua nettement les tâches de sang sur le tissu et les mains écorchées de la jeune femme. Elle devait avoir entre vingt et trente ans, un air fier et revêche plutôt charmant, les cheveux cachés par un foulard sans doute pour ne pas la gêner. Elle semblait revenir du lavoir ou de la blanchisserie et…

« Tout est à refaire ! La vieille Tilda va encore me retenir des sous sur ma paye ! hurla-t-elle avec colère. Mais…

— Je suis navré, je… Vous voulez… Vos mains, vous voulez que je vous les soigne ? »

Il s’apprêtait déjà à sortir sa baguette avant de se souvenir qu’il était en face d’une Moldue et préféra remettre manuellement les vêtements blancs dans le panier.

« Me soigner ? bafouilla la fille.

— Vos mains je… »

Il se redressa, remis de l’ordre dans son pantalon puis dans cette altercation.

« Phineus Black, j’habite à deux rues d’ici, allons nettoyer vos mains, et ôter les traces de sang du tissu, proposa-t-il en sentant horriblement gauche. »

Il n’était pas fasciné par les moldus comme Gilbertus Weasley. Il trouvait simplement normal que tout le monde ait la même place dans la société et réprouvait tout privilège. Mais disons qu’il la regarda avec plus d’insistance en espérant ne pas avoir dit un mot de trop, un mot sur la magie.

« Lizbeth Lux, bafouilla-t-elle en écarquillant un peu plus les yeux lorsqu’il souleva la corbeille pour la porter à sa place. Vous… D’accord, j’veux bien, accepta-t-elle en le regardant curieusement. »

Il avait sûrement dit ou fait quelque chose de sorcier. Peut-être qu’elle avait vu sa baguette magique. Ou bien…

« Allons-y, Miss Lux, suivez-moi, proposa-t-il en retrouvant son chemin. »

Il l’entendit répéter « Miss Lux » avec une sorte d’étonnement et de stupéfaction. Il lui jeta un coup d’œil. À côté de lui, elle marchait avec une hésitation flagrante. Son menton se releva brusquement avec une provocation teintée d’insolence lorsqu’elle remarqua le vieux moldu qui les regardait avec désapprobation. Il repéra une mèche de cheveu blond qui dépassait de son foulard. Pour sûr que sans ce fichu pour protéger ses cheveux, elle devait ressembler à une lumière. Miss Lux. Une lumière.

Et il ne savait pas encore à quel point.

 

End Notes:

Merci d'avoir lu :) 

4. Drôle de gars (1920) by Juliette54
Author's Notes:

Thème de 23h du 26 février 2021 : pot-pourri. 

 

Lizbeth Lux hésita un court instant avant de suivre l’homme chez lui malgré ses mains égratignées jusqu’au sang par une chute malheureuse. Il ne lui inspirait pas confiance. Il semblait peu sûr de lui, et en même temps, elle savait comment ils étaient ces gars-là, bon chic bon genre, bien sous tout rapport, et de vraies brutes à la moindre contrariété, merci bien. Un politique qui disait faire le bien autour de lui, mais chez lui, c’était jamais ça. Elle avait combien de copines femmes de chambre qui s’étaient fait jetées parce que Madame ne voulait plus que Monsieur la voie, hein ? Merci bien. Merci de merci bien.

« Venez, Miss Lux, l’invita l’homme. »

Miss Lux… Ses employeurs ne l’appelaient pas Miss Lux. Personne même. On l’appelait Lizbeth. Quel drôle de gars. Où était sa Madame, d’ailleurs ?

« Où est Madame Black ? préféra-t-elle demander en restant sur le seuil de la porte d’entrée.

— Elle ensorcèle un pot-pourri, répondit-il en esquissant un sourire. 

— Pardon ? s’exclama-t-elle en faisant un pas en arrière. »

C’était quoi, ça ? Il se payait sa tête ? Ça ne se passerait pas comme ça, foi de Lizbeth Lux.

« C’était une plaisanterie, Miss Lux. Il n’y a pas de Mrs Black. Je vis seul. »

D’accord, elle ne rentrerait pas ici, hors de question. Se retrouver en tête à tête avec un homme jeune, plus grand et fort qu’elle ? Ses yeux gris foncé, presque noirs, la firent frémir de la tête aux pieds. Il lui paraissait plus triste et solitaire que violent ou dépravé comme d’autres pour lesquels elle avait dû travailler, mais elle ne se ferait pas avoir, pas question. Ses cheveux mi-longs pendaient de chaque côté de ses joues lui conférant un certain charme, elle le reconnaissait. Mais tout le mystère qui entourait jusqu’à sa démarche lente et silencieuse la mettait sur le qui-vive. Attendez qu’il s’énerve et la malmène, hein.

« Je suis femme de chambre, ne vous imaginez pas me faire faire autre chose que mon métier ou me considérer mal, je vous préviens, Mr Black, cassa-t-elle en serrant des poings sanguinolents prêts à cogner malgré la douleur. »

Elle eut l’étonnement de la voir virer au rouge et s’étrangler bruyamment. Ben voyons, Monsieur Phineus Black était pudique. Il réajusta avec fébrilité sa veste de costume trois pièces avant de plonger la main dans sa poche avec frénésie.

« Je voulais juste… Je…vous soigner… Je… »

Elle le vit retirer un long manche de sa poche. Il allait l’agresser avec un couteau ?! Elle devait fuir, maintenant, elle n’aurait même jamais dû… Non, ce n’était pas un couteau. Un bout de bois ? Il voulait quoi ? La corriger ? Et puis pourquoi il avait ça dans sa poche, hein ? Y avait plus pratique pour se défendre dans les rues du Londres 1920.

« C’est quoi votre bout de bois ? Vous vous prenez pour qui ? Pour mon père ? J’ai rien à faire avec les détraqués, hein. Au revoir ! s’exclama-t-elle avec exaspération.

— Mais non je… Je voulais juste… »

Elle fila dans les petites rues de Londres.

 

5. "La magie, mon garçon, ça n'existe pas" (1920) by Juliette54
Author's Notes:

Merci Winter et Sifoell pour vos reviews < 3

Le titre de ce texte vient bien sûr de HP1 ! 

Thème de 20h de la Nuit Insolite du 4 septembre 2021, défi scénaristique : deux personnages débattent sur l’existence de la magie.

Bonne lecture :)

 

Mr Phineus Black vit Miss Lizbeth Lux tourner les talons. Merlin, qu’avait-il fait ? Il avait essayé de lancer un trait d’esprit, une plaisanterie, pour détendre l’atmosphère étrange qui les entourait, elle, jeune moldue dont les mains étaient griffées jusqu’au sang, et lui, qui l’avait malencontreusement bousculée. Et voilà qu’elle l’avait mal pris, ou plutôt qu’ils ne s’étaient pas compris. Il avait voulu lui lancer un sortilège de confusion, histoire de ne pas mettre le Secret Magique en danger, mais il n’avait pas été assez rapide et elle était partie, furieuse et en l’insultant.

Il lâcha sa baguette au fond de sa poche et se passa une main nerveuse et embarrassée dans ses cheveux noirs et mi-longs. Qu’avait-il pu lui dire qui la mit dans un tel état ? Il ne l’avait pas insultée, il…

Sa corbeille. Merlin, elle avait oublié sa corbeille de linge. Il souleva le panier et poussa sa porte d’entrée d’un coup d’épaule. Il la vit rapidement, au bout de la rue, un chignon de cheveux blonds entourés d’un foulard.

« Miss Lux je… »

Elle tournait déjà au coin de la rue, alors il se hâta de la rejoindre, essayant tant bien que mal de caler la panière sous son bras comme les lingères le faisaient. Il abandonna quand il manqua de renverser le panier sur les pavés pour la seconde fois.

« Miss Lux je…

— Mais ça va pas ! hurla-t-elle en faisant un bond d’un mètre sur le côté, son visage énervé l’instant d’avant à présent complètement en colère. C’est pas permis d’apparaître comme ça à côté des gens et de leur hurler aux oreilles ! Surtout quand on a dit qu’on voulait plus les voir !

— Mais je… bafouilla-t-il de plus en plus perdu.

— Et vous m’avez volé mon panier de linge en plus ! dit-elle carrément offusquée en tirant sur son panier en osier. Rendez-moi ça ! Vous êtes quoi ? Un magicien ? Vous faites peur aux gens et vous leur volez des choses ?

— Mais non ! Je suis… je… magie… bafouilla-t-il, atterré, en tirant sur le panier pour le garder.

— Allez, arrêtez ça ! La magie, monsieur, ça n’existe pas ! Arrêtez de…

— Pourquoi parlez-vous de magie ? demanda-t-il à présent affolé. »

S’il avait trahi le secret magique, par Merlin, comment… Il était au Magenmagot en plus, si les juristes et les hommes de loi ne respectaient même pas cette loi essentielle à la communauté sorcière comment…

« Mais c’est quoi votre problème ? La magie remplira pas mon assiette… PUISQU’ELLE N’EXISTE PAS ! s’écria-t-elle en réussissant à lui arracher la corbeille. »

Mais la Magie ne pouvait pas créer de la nourriture puisque les Cinq Lois de Gamp…

« Et puis zut, cessez de m’embêter, je vais finir par me faire renvoyer avec vos ennuiements ! Vous voulez que je sois à la rue, c’est ça ? s’exaspéra-t-elle parce qu’il continuait de la suivre sans doute. Eh quoi ? Vous avez peut-être du travail pour moi ? Je vous l’ai dit, j’ai rien à faire avec les détraqués.

— Mais je ne suis pas un Détraqueur, bredouilla-t-il. »

Il la rattrapa alors qu’elle loupait le trottoir. Elle se dégagea d’un coup sec de ses mains.

« Bah vous ressemblez bien à un détraqué, si. Qu’est-ce que vous me voulez ? J’ai besoin de la recommandation de la vieille Tilda pour trouver une place de gouvernante, alors si vous pouviez…

— Je vous embauche, bafouilla-t-il avec embarras. »

Elle s’arrêta enfin. Il la regarda cligner des yeux, des yeux qu’elle avait bleus, et froncer ses sourcils, des sourcils tout aussi blonds que ses cheveux.

« Hein ? grogna-t-elle en tournant la tête vers lui.

— Je… je ne suis pas un détraqué, je ne voulais pas vous mettre dans l’embarras, je voulais seulement soigner vos mains, je… je cherche quelqu’un, alors je vous embauche. »

Merlin, lui, sorcier, toujours méfiant vis-à-vis de sa famille, cette idiote de Maison des Black, employer une moldue chez lui, dans une maison ensorcelée ?

Il avait un grain.

 

6. Accepte ou accepte pas ? (1920) by Juliette54
Author's Notes:

Merci chrisjedusor pour tes reviews des Journées reviews < 3

Thème de 22h du 22 octobre 2021 : accepter.

 

1920,

Lizbeth Lux regarda l'homme devant elle avec une attention non dégagée de méfiance mais agrémentée cette fois-ci d'un brin d'intérêt.

Mr Black, tel qu'il s'était présenté à elle quand il l'avait fait tomber et qu'il avait voulu l'aider à soigner ses mains et porter sa panière de linge, devait avoir dans les trente ans. C'était un bel homme, y avait pas à redire. Il avait un teint blanc et sans défaut, des traits très fins, une barbe taillée de près, des favoris qui soulignaient l'angle de sa mâchoire, et une expression un peu perdue face à ce qu'il venait de lui proposer. Il était habillé comme le bourgeois qu'il était, costume trois pièces, haut de forme et veste longue. Le tout très sombre. Pour un peu, s'il n'avait pas semblé aussi inquiet de sa réaction, elle aurait refusé immédiatement le poste de gouvernante qu'il lui proposait : outre le fait qu'elle se méfiait toujours de ses potentiels employeurs, Mr Black était un homme jeune, célibataire et qui vivait seul. Pas même avec sa mère ou sa sœur, il avait bien dit seul. C'était jamais bon signe ces choses-là.

Mais quelque chose, dans l'hésitation qu'il mettait dans ses gestes malgré tout empreints d'une distinction aristocratique, chassait doucement la perplexité teintée de prudence de Lizbeth. C'était peut-être aussi sa voix, grave mais vivante et relativement posée qui était à coup sûr en train de l'embobiner.

« Vous me payerez combien, Mr Black ? demanda-t-elle en faisant un pas pour se placer à côté de lui avec sa corbeille à linge.

- Vous demandez combien, Miss Lux ? »

C'était peut-être aussi ce « Miss Lux » qu'il avait d'emblée utilisé pour s'adresser à elle qui lui faisait dire que ce n'était pas un pourri. Pas trop, du moins.

« Je peux accepter et vous dire après combien je veux ? demanda-t-elle avec tout le culot qu'elle avait. »

Il cligna des paupières avec hébétude mais hocha tout de même la tête.

« J'accepte alors. »

Mouais, elle pouvait accepter ce premier emploi de gouvernante. Foi de Lizbeth, il ne lui semblait pas trop mal, ce Mr Black.

 

7. Souris (1920) by Juliette54
Author's Notes:

Merci Winter et chrisjedusor pour vos retours < 3

7. Souris (1920)

.

« Miss Lux, puis-je…

— Ne bougez pas, Mr Black, je gère la situation très bien ! s’écria Lizbeth et il l’entendit courir dans toute la pièce.

— Mais Miss Lux…

— Viens-là, petite souris, viens voir Maman… susurra Miss Lux d’une voix qu’il aurait bien qualifiée de diabolique s’il avait cru à ces histoires de Paradis et d’Enfer.

— Miss Lux, s’il vous plaît, tout ceci devient ridicule ! s’impatienta Phineus Black en tambourinant à la porte.

— Je vais t’attrap… Reviens-là, saleté ! vociféra-t-elle. Espèce de sale souris, puante et dégoutante, viens ici ! Arrêtez de faire du bruit, Mr Black, bon Dieu de bon soir ! Je vais l’attraper je vous dis ! Si je peux même pas remplir ma première tâche de gouvernante, franchement, j’oserai plus mettre un pied dans votre chez vous.

— Miss Lux, veuillez m’ouvrir, et je vous prie d’obéir rapidement, s’agaça-t-il pour de bon.

— Attendez, c’est presque… Mais c’est pas vrai ! Je vais prendre un chat, ah ça, et je le dresserai bien ! Je vous jure que y aura plus une seule saleté de souris dans cette maison ensuite ! Petite souris… chuchota-t-elle d’un ton clairement machiavélique cette fois-ci.

— Miss Lux, il y a déjà un chat ici, dit-il en essayant de se calmer. Salazar attrapera cette souris très rapidement si vous m’ouvrez et que vous laissez ensuite Salazar entrer dans la…

— Mais un chat ne rentre pas dans un débarras, Mr Black ! Vraiment, je vais vous dresser votre chat, et après ce sera un véritable ogre à souris ! s’exclama-t-elle avec ravissement. Je vous jure. Me virez pas maintenant, ça fait même pas une heure que… JE L’AI… pas…rahh mais…

— Miss Lux, ouvrez cette porte à présent ! Je n’ai pas peur des souris et j’en ai assez d’être enfermé dans ce placard à balai ! »

 

Lizbeth Lux avait du chien, à n’en pas douter. Face aux souris, elle avait peut-être du chat aussi.

 

End Notes:

Thème de 21h de la nuit insolite du 4 septembre 2021 : scénaristique (se déroule dans un placard (à balais sinon ça marche pas))

8. Lex generalis (1920) by Juliette54
Author's Notes:

Thème de 22h du 28 janvier 2022 : l'image d'un feu et le mot déterminé.

8. Lex generalis

Phineus Black tourna une nouvelle fois sa plume entre ses doigts. Cette loi était définitivement arriérée, comme un bien trop grand nombre de lois de la communauté sorcière de Grande-Bretagne et d’Irlande. Elle était discriminante pour les Moldus et les Nés-Moldus, et pourtant, elle était encore en vigueur ici, en 1920.

La Lex generalis. La Loi à propos du genre, de l’origine. Qui datait évidemment des premières années du Secret Magique. Quand le monde a peur, on fait passer toutes sortes de lois stupides. Heureusement que le Ministère avait calmé les attitudes délirantes et législophages du Conseil Sorcier.

Article 1 : Les Moldus pouvant être une menace au Secret Magique, tout sorcier ayant des moldus à trois générations avant et après dans son arbre généalogique est sommé de le déclarer au ministère à sa majorité.

Quel était l’intérêt, franchement ? On n’était pas sa famille, Phineus était le premier à le dire.

Article 2 : En vertu de l’article 1, les moldus déclarés de cette manière sont connus des services du Ministère de la Magie et sont soumis de la même manière au Secret Magique s’ils connaissent l’existence de la Magie. Au moindre doute, un autre sorcier peut demander au Service des Oubliators d’intervenir.

Cet article était encore pire, c’était vraiment n’importe quoi. L’article 1 n’avait déjà pas beaucoup de sens – même si, à la rigueur, il aurait pu servir à protéger des Oubliettes lesdits Moldus mais les Oubliators ne pouvaient pas connaître tous les Moldus au courant du Secret magique et puis la suite prouvait le contraire – mais l’article deux était à vomir.

Article 3 : Avant toute démarche administrative, l’article 1 doit être vérifié et demandé.

Alors ça, ça, ça le mettait dans le même état que s’il avait porté une robe soumise à un Sortilège de Poil-à-Gratter Perpétuel. Personne ne devrait avoir à décliner ainsi ses origines pour se marier, demander un procès, déclarer un décès ou autre !

Article 4 : Toute liste des moldus affiliés à un autre peut être demandée par un sorcier.

Ça c’était encore pire, ça c’était… Argh.

Article 5 : Le taux de cotisation pour les descentes d’Oubliator est défini par le nombre de Moldus dans l’arbre généalogique d’un sorcier.

Et ça, c’était la pointe sur le chapeau, la cerise sur le gâteau, le chocolat ensorcelé sur les cookies, c’était…

C’était honteux qu’un tel texte soit encore en vigueur. Ait même été un jour en vigueur. D’accord, il avait appris combien la communauté sorcière avait vécu dans la peur lors des Chasses aux Sorcières. Mais leur peur s’était lentement muée en traumatisme qui s’était transmis de générations en générations, et qui s’était accentué par l’inconnu d’un monde qui n’avait somme toute pas grand-chose de différent.

Le feu de la cheminée crachota ce qui le fit sursauter et sortir de sa concentration. Il était déterminé à ce que la société sorcière cesse de cultiver ses propres peurs. Il y était déterminé même si, lorsqu’il croisait l’un de ses frères au Ministère, sa détermination fondait comme une glace au soleil. Leur mépris glissait sur lui, mais leurs propos résonnaient bien trop dans les halls du Ministère de la Magie. Mais enfin, ce n’était pourtant pas compliqué de voir que les Moldus étaient semblables à eux ! Pas compliqué de leur parler comme à des êtres humains ! Pas compliqué de…

La porte de son bureau s’ouvrit d’un coup et il sursauta si bien qu’une vague d’encre vint éclabousser tout son bureau.

« Par Merlin mais…

— Oh, excusez-moi Mr Phineus, je venais juste regarder s’il y avait assez de bois dans la cheminée pour entretenir le feu, parce qu’il fait très froid vous savez en ce moment, et il ne faudrait pas que vous tombiez malade à force de rester tout immobile sur vos papiers. Oh mon Dieu, il n’y a pas de bois en avance dans votre bureau ? Par un temps pareil ? Mais depuis quand votre ancienne gouvernante est-elle partie ? Ou votre valet de chambre ? Heureusement qu’on s’est rencontrés aujourd’hui, babillait Lizbeth Lux. »

Et il se retrouva comme un idiot à ne pas savoir quoi faire d’autre que regarder sa toute récente gouvernante moldue toucher au feu avec des ustensiles métalliques qui trainaient là depuis qu’il avait acheté sa maison à des Moldus, dix ans plus tôt. Il ne sut pas quoi lui répondre non plus en ce qui concernait du bois pour faire le feu et d’un certain économe pour éplucher des pommes de terre et de l’endroit où se trouvait le puits.

Du bois pour entretenir un feu ? Un puits au lieu d’un simple Aquamentis ? 

 

 

End Notes:

Merci chris et winter pour vos retours, c'est toujours un plaisir de les lire et de vous répondre < 3 Merci à CacheCoeur pour sa relecture des articles de loi aussi hihi < 3

9. Justice et égalité (1920) by Juliette54
Author's Notes:

18 février 2022, 23h, conscience. 

 

Chapitre 9, Justice et égalité (1920) 

1920

Phineus Black retrouva sa toute nouvelle gouvernante dans la salle à manger peu de temps après l’épisode de la cheminée – comme il préférait l’appeler pour l’instant. Lizbeth Lux avait dressé la table de manière impeccable, assiettes, couverts, carafes d’eau et de vin… pour deux. Il s’étonna un instant des deux couverts puis en conclut rapidement – et en se sentant bête – qu’elle dînerait avec lui bien sûr, afin qu’ils ne dînent pas seuls chacun dans leur coin. Il s’étonna un instant de ne rien trouver à y redire et de la liberté prise par la jeune femme, puis s’en réjouit sans pour autant en savoir la raison. Il avait déjà l’impression qu’elle avait retourné toute sa maison avec ses habitudes moldues et surtout son enthousiasme débordant, et il ne savait pas bien comment il devait se comporter.  

Il avait bien trop conscience de fleureter outrageusement avec le Secret Magique depuis qu’il lui avait ouvert sa porte sans lui dévoiler l’existence de la magie.  

Pourquoi avait-il fait cela, d’ailleurs ?  

Par pitié ? Merlin non. 

Parce qu’il avait besoin d’une gouvernante ? Un peu, même si un elfe de maison ou une femme de chambre sorcière aurait été bien plus adapté à cette maison truffée de meubles ensorcelés. 

Par gentillesse ? Peut-être bien. 

Par peur ? Peut-être mieux. 

Parce qu’il était empoté et maladroit surtout, oui. Parce qu’il y avait eu quelque chose d’intriguant chez elle, qu’il n’avait jamais su parler aux humains, et qu’il n’avait trouvé que cela pour lui dire qu’il la trouvait intéressante et qu’il espérait la voir à nouveau à l’avenir. 

« Ah, Mr Black, vous allez pouvoir me dire des nouvelles de mon Fårikål ! se réjouit Miss Lizbeth Lux en amenant le chaudron de la cuisine à bout de bras pour le poser sur la table en acajou. C’est une spécialité de chez moi. Mes parents sont norvégiens, et ils sont venus en Grande-Bretagne il y a une dizaine d’années pour fuir le mari de ma mère qui est un peu fou lorsqu’ils ont appris qu’il allait sortir du bagne. Mais ma mère cuisine à la norvégienne – c’est bien meilleur entre nous. Vous avez une grande ou une petite faim ? » 

Phineus s’assit en clignant ses yeux écarquillés. Qui avait-il fait entrer chez lui finalement ? Merlin mais qui cuisinait dans le chaudron réservé aux potions ménagères… Espérons que le chaudron ait bien été nettoyé la dernière fois.  

« Une grande faim, Miss Lux, dit-il du bout des lèvres faute de mieux. 

— Ah, je le savais ! C’est pour ça que j’ai pris un gros morceau de mouton à la boucherie et que j’ai coupé un chou entier. Et puis sinon, on finira la marmite demain midi. 

— Je dîne sur mon lieu de travail le midi, répondit-il machinalement.  

— Eh bien je mangerai seule le reste alors, répondit Miss Lux en remplissant son assiette creuse de manière très… généreuse. 

— Ou nous en reprendrons le soir, répondit-il péniblement. » 

Sa conscience se lamentait à l’intérieur de lui en pensant au jour où l’un de ses collègues comprendrait qu’il mettait le monde magique en danger. 

« Dites-moi, Mr Phineus Black, reprit-elle en remplissant son assiette placé à côté de lui à table. Quel métier faites-vous ? 

— Je suis dans la justice, Miss Lux. » 

Il la regarda s’asseoir silencieusement en fronçant les sourcils puis en hochant la tête avec respect.  

« Vous êtes juge ? 

— Non, je n’ai jamais présidé de jugement. Ma spécialité est plutôt la rédaction, l’amendement et la simplification des lois. 

— Il y a tant de lois que ça ? » 

Phineus ferma un instant les yeux pour se souvenir de ses cours de droits moldus qui dataient d’un bout de temps. Les moldus – anglais du moins – avaient peu de loi, et beaucoup de jurisprudence, lui semblait-il.  

« Pas tant que cela, mais de vieilles lois ou de vieux décrets traînent, et ils sont bien trop discriminatoires pour être laissés de côté. Ce serait prendre bien trop de risques que quelqu’un de malintentionné s’en serve lors d’un procès. » 

Il se força à se calmer et à ne pas s’enflammer. Il menait un véritable combat depuis des années pour les droits des Moldus et l’abolition de lois obsolètes, pro-Sang-Purs et discriminatoires. Il avait besoin de parler de justice et de voir la justice triompher.  

« Vous êtes vraiment un chic type en fait, ne trouva qu’à répondre Lizbeth Lux en hochant la tête sans le quitter des yeux. 

— J’aime la justice et l’égalité, préféra-t-il répondre humblement en goûtant le Fårikål de Miss Lizbeth Lux. » 

Il avait bien trop conscience que ce qu’il faisait était tellement peu par rapport à toutes les injustices du monde. Et puis, le regard de Miss Lux reflétait un peu trop d’admiration, et il ne pensait pas la mériter. 

Il ne cherchait pas la justice et l’égalité pour recevoir de la reconnaissance. 

Il voulait que justice et égalité soient reconnues comme les valeurs humaines les plus belles et les plus essentielles.

10. Prodigieux (1920) by Juliette54
Author's Notes:

19 mars 2022, 22h, image puis 23h, idolâtrer

 

 

Chapitre 10, Prodigieux

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1920,

« Je reviens dans deux ou trois heures, Miss Lux ! »

Phineus attendit une réponse de sa nouvelle gouvernante tout en enfilant ses gants en cuir. Finn Ganaway, son meilleur ami, devait l’attendre depuis déjà dix minutes.

« Miss Lux, je…

— Attendez, je fais arrêter un taxi ! Où devez-vous aller ? »

Misère, il n’avait pas besoin de taxi, juste d’aller dans l’Impasse Isaac Newton, et transplaner à l’insu des moldus. Mais comment pouvait-elle le comprendre… puisqu’elle était elle-même moldue et tout à fait ignorante de l’existence de la magie ?

« Ce n’est pas nécessaire. A ce soir, préféra-t-il dire pour s’enfuir. »

Il ne tint pas compte de ses protestations et du fait qu’il l’entendait dévaler les escaliers. Lizbeth Lux voulait bien faire depuis ce matin – et elle faisait tout très bien, certes – mais c’était un peu trop pour Phineus qui avait été habitué à l’apathie du vieil elfe de maison que son père lui avait donné des années plus tôt, et qu’il avait soigneusement gardé. Ce n’était pas la peine de rendre un pauvre elfe vieillissant à la Maison des Black, si ce n’est pour que sa merveilleuse Tante Elladora ou son adorable belle-sœur Hesper le fasse décapiter.

Il salua son voisin d’un signe de tête – un vieux moldu à qui il avait parlé deux ou trois fois et qui avait essayé de lui faire épouser sa fille lorsqu’il s’était installé, quelques quinze ans plus tôt. Chimène avait rapidement mis les points sur le i avec le moldu. Un pincement au cœur saisit Phineus en pensant à nouveau à Chimène Dubois qui l’avait quitté cinq ans plus tôt lorsqu’il transplana dans la campagne galloise où habitait Finn. Le soleil éclatant sur les champs de blé un peu ocre lui fit aussitôt penser à Lizbeth Lux et ses mèches de cheveux brillantes. Sacrée jeune femme.

« Phin, je suis là ! l’appela Finn depuis l’autre bout du chemin.

— Finn ! Ceridwen ! répondit-il en allant au devant de ses amis.

— Les deux Finn sont réunis, soupira Ceridwen à côté de lui. Je vais enfin pouvoir être tranquille. Tu arrêtes de trépigner à présent ?

— Mais oui, chérie, répliqua Finn Ganaway en lui envoyant un baiser avec les mains pendant qu’elle tournant les talons. On va faire un tour ! »

Il y avait des couples qui faisaient croire en l’amour. La simplicité avec laquelle Finn et Ceridwen s’aimaient depuis leurs dernières années à Poudlard avait toujours surpris et rendu quelque peu perdu Phineus. Ils s’étaient toujours beaucoup pris le bec avec Chimène parce qu’elle avait essayé de calmer et apaiser les pulsions révolutionnaires de Phineus. Elle avait essayé en vain. Peut-être qu’elle avait même essayé à tort, finalement, et qu’il avait plutôt besoin que quelqu’un marche avec lui sur la saleté pour tout nettoyer. Peut-être que Chimène avait été la paix qu’il avait voulu atteindre mais qui n’était pas faite pour lui. Peut-être qu’il avait plutôt besoin de quelqu’un qui lui tienne tête et soit au moins aussi explosif que lui. Il s’était calmé depuis cinq ans, le cœur et l’âme brisé. Le corps fatigué aussi, à quarante ans.

« Tu m’écoutes ? lui demanda Finn en lui secouant le bras.

— Pardon, tu disais ? demanda Phineus en revenant au cœur des paysages gallois, loin de Londres et de chez lui.

— Je te disais que Dylana fait des merveilles à Poudlard et que peut-être elle ne suivra pas ma voie de cancre et finira major de sa promotion !

— Ma filleule est brillante, elle fera un malheur au Ministère, quelque soit la filière qu’elle choisisse, approuva Phineus avec fierté.

— Depuis un mois, elle dit qu’elle veut devenir Auror, je ne suis pas tranquille, reconnut Finn en faisant la moue. Cerdiwen non plus.

— Elle saura se défendre mieux que vous dans ce cas, et ce sera plutôt à elle de s’inquiéter pour vous, se moqua Phineus.

— Elle est en quatrième année, laisse-lui le temps de grandir, ronchonna Finn. »

Phineus se rappela que Ceridwen, en quatrième année, disait la même chose pour impressionner Finn et Finn qui, à l’époque, trouvait cela formidable. Ils avaient tous les deux préféré entrer à la Brigade magique, tout aussi remplie d’aventures, mais plus paisible. Ils avaient avant tout voulu du temps pour vivre ensemble, à deux, partager des moments simples dans des baignades et des pique-niques au bord de la mer. Chose que Phineus avait eu des difficultés à comprendre au début, mais qu’il enviait peut-être un peu aujourd’hui.

« Qu’est-ce que tu as, Phin ? lui demanda Finn en s’arrêtant juste devant lui.

— Pardon ?

— Je viens de te dire que Dylana avait adopté un poulpe qui mangeait des choux à la crème et qu’elle le faisait dormir avec elle pour éloigner les cafards, et tu m’as dit que c’était prodigieux. Et tu sais quand tu donnais du prodigieux à tout bout de champ ?

— Je…

— Quand tu as commencé à fréquenter Chimène Dubois.

— C’est-à-dire ? s’étonna Phineus. »

Le sourire moqueur de Finn et ses yeux bruns entendus le laissèrent un peu plus dans l’incompréhension. Il repartit d’un pas tranquille pour longer la falaise galloise, Phineus sur ses talons. Deux vieux sorciers de quarante ans vêtus de noir face à l’étendue infinie de la mer bleutée. Quelle image ils devaient donner.

« Est-ce que tu es sorti de ton malheur pour… reprit Finn et Phineus dut le couper.

— Je ne suis pas malheureux !

— … de ta solitude malheureuse alors, pour rencontrer du monde ? Tu as cédé aux yeux doux de ta voisine ? À la jolie bouche de la pâtissière ? Ou plus cliché, à la secrétaire de la brigade ? Alors ?

— Mais non ! protesta Phineus en pensant au cliché encore plus gros qui se jouait de lui actuellement. »

Parce que oui, le visage tantôt d’ange, tantôt de démon de Lizbeth Lux glissa derrière ses paupières aussitôt. Et il venait de rencontrer Lizbeth. De la bousculer même. Puis de l’embaucher en tant que sa gouvernante. Et c’était fichtrement cliché d’avouer qu’il l’avait fait parce que son franc-parler lui avait retourné le cœur. Et qu’il avait envie de l’entendre à nouveau. Et qu’il était dans de beaux draps à présent, avec une jeune femme qui l’intriguait, mais qui était sa gouvernante, et qui était moldue sans rien savoir de la magie alors qu’il était membre du Magenmagot.

« Quel est ce nouvel intérêt qui te fait dire que le monde est peut-être prodigieux, finalement ? Quel est son doux prénom ? insista néanmoins Finn.

— Mais je te dis que… »

Le visage déterminé de Lizbeth revient derrière ses yeux avant qu’il ne la chasse d’un battement de paupière. Par Merlin, il l’avait rencontrée ce matin ! Elle l’intriguait, d’accord, mais…

Mais c’était la seule personne inconnue à sa vie qui l’avait intriguée depuis que Chimène était partie. Et comme il avait idolâtré Chimène lorsqu’il avait découvert son existence, il était certain qu’il commençait déjà à idolâtrer Lizbeth Lux.

« Elle… Elle a une petite cicatrice au-dessus de la lèvre, juste là, reconnut-il en touchant du bout des doigts sa propre lèvre. »

L’éclat de rire amusé mais heureux pour lui de Finn Ganaway fut porté par les vents à travers les campagnes alentours.

11. Signe (1920) by Juliette54
Author's Notes:

23 avril 2022, 21h, saphir puis 22h, image.

Chapitre 11, Signe

.

1920,

Lorsque Phineus Black se décida à quitter Finn et Ceridwen Ganaway, il était déjà l’heure d’aller se coucher s’il voulait être alerte le lendemain. Il avait finalement dîné avec eux et ils avaient fini tous les trois dans le jardin et un verre de Whiskey-Pur-Feu. Ceridwen avait vraiment une descente peu croyable. Phineus était certain qu’elle avait bu deux fois plus que Finn et lui, mais qu’elle était la seule à marcher encore parfaitement droit. Elle disait que c’était son année d’échange dans le cadre de sa formation de Tireuse de Baguette d’élite en Pologne qui lui avait forgé l’estomac. Finn regrettait depuis des années d’avoir été affecté à l’échange australien depuis des années. Allez savoir.

Il se rappela trop tard qu’il ne vivait plus seul. Il avait déjà transplané devant sa maison lorsque le visage de Lizbeth Lux se rappela à lui. Il s’immobilisa et malgré son esprit embrouillé écouta le calme de la rue. La nuit, son quartier était relativement calme, et à part un miaulement de chat il n’entendit rien. La lumière même était éteinte chez lui à la réflexion.

Misère. Voilà qu’à présent il se rappelait avoir dit à Miss Lux qu’il n’en avait que pour deux ou trois heures.

Il tira sa baguette et déverrouilla sa porte d’entrée. Le déclique métallique le fit sursauter et il craignit si bien que Miss Lux n’arrive et le voie avec sa baguette magique qu’il la fit tomber en essayant de la ranger dans sa manche (à moins que ce fût à cause de la fébrilité de ses geste due à l’alcool, il n’avait vraiment pas l’habitude de boire autant). Il réussit finalement à entrer chez lui en se tenant au mur. Il ne fallait définitivement plus qu’il essaie de boire plus que Ceridwen. Merlin, il se le disait déjà depuis vingt ans. C’était vraiment idiot de sa part de s’être encore fait avoir.

« Miss Lux ? » appela-t-il au hasard.

Il avança à tâtons en se traitant d’idiot. Il aurait pu sortir sa baguette s’il n’avait pas bêtement employé une Moldue. S’il n’avait pas été intrigué. S’il n’avait pas eu envie de continuer à lui parler. S’il n’avait surtout pas été aussi empoté. S’il lui avait simplement demandé pour la revoir. Comme une personne normale. Et non un asocial encore empêtré par l’insensibilité des Black. Encore après tout ce temps.

« Miss Lux ? »

Il finit par sortir sa baguette en n’entendant aucun bruit.

« Lumos », souffla-t-il à mi-voix.

Il faillit hurler en découvrant là, devant lui, Miss Lux endormie, avec le Fléreur Salazar, endormi lui-aussi, dans ses bras. Elle avait débarrassé le fauteuil du hall d’entrée pour s’y installer avec le chat et… l’attendre ?

Mais…

Il commença à baisser sa baguette avant de voir son nez frémir et faire un drôle de petit rond lorsqu’une mèche de ses cheveux blonds se déposa sur le bout de son nez.

Mais…

Pourquoi avait-elle les cheveux lâchés ? Oh. Elle s’était mise en tenue de nuit. Elle avait dû faire un saut chez elle, donner sa démission à son ancienne employée et apporter ses affaires. Sa robe de chambre d’un rose délavé avait quelque chose de très familier et la tresse qui reposait sur son épaule ajoutait quelque chose de très… intime à la situation. Il se sentit presque grondé par sa grimace agacée qui tordait sa bouche, presque comme si… comme si…

Il déglutit difficilement.

Il était définitivement bien trop romantique.

Que s’imaginait-il, encore ?

Il avait suffit d’une rencontre et d’une journée mouvementée passée avec Miss Lux, et voilà qu’il se mettait à la contempler pendant qu’elle dormait ? Voilà qu’il voyait des signes dans cette attente ? Voilà qu’il se sentait étrange, attendri, et heureux de la voir comme ça, assise dans son fauteuil au velours couleur saphir ?

Certes, elle s’était endormie dans le hall, donc elle savait qu’il la trouverait ainsi mais tout de même il fallait qu’il détache son regard d’elle.

Mais il y avait vraiment ce quelque chose de… de fier et d’accueillant à la fois. De contrarié et d’apaisant et… Par Merlin, il avait vraiment bu quelques verres de Whiskey-Pur-Feu de trop. Une personne ne pouvait pas être contrariée et apaisée à la fois.

La mèche de cheveux fit à nouveau se plisser son nez et sa bouche. La cicatrice au-dessus de sa lèvre apparue un peu plus nettement. Qu’avait-elle fait pour avoir cette petite cicatrice d’ailleurs ? La place était tout de même inhabituelle. Ses pommettes hautes étaient un peu maigres. Ses oreilles avaient une forme toute à elle, légèrement pointue avec un petit lobe. Son cou était dégagé, pas long, mais pas court non plus. Sa robe de chambre rose semblait recouverte de… de perles, comprit-il relevant légèrement sa baguette qui diffusait toujours un rayon de lumière. C’était joli.

Merlin, mais qu’est-ce qui lui prenait ? Il secoua brusquement la tête et chercha le bougeoir qu’il laissait dans l’entrée pour l’allumer, ranger sa baguette et réveiller Miss Lux, mais avant de poser la main sur son épaule… il n’osa plus. Il n’allait pas en plus la réveiller ? Alors qu’il était rentré plusieurs heures après l’heure qu’il lui avait donnée. Alors qu’elle l’avait attendu ici. Et qu’elle s’était endormie parce qu’il avait plus que tardé !

Oui mais il ne pouvait pas la laissée dormir là.

Oui mais…

Il fit léviter le bougeoir à côté de lui tout en réfléchissant à la question. À l’aide d’un autre sortilège de lévitation, il pouvait la conduire dans sa chambre. Voilà, il n’aurait de ce fait ni à la réveiller, ni à la toucher.

Ni à la regarder davantage non plus.

Salazar miaula. Phineus regarda son Fléreur se libérer des mains de Miss Lux et sauter sur le parquet. Il regarda à nouveau Miss Lux, craignit qu’elle se réveille et vît le bougeoir suspendu dans l’air, mais elle se contenta respirer un peu plus fort dans son sommeil, de passer ses mains l’une sur l’autre d’un air distrait et de se blottir un peu mieux dans les bras chaleureux du fauteuil.

 

12. Quelle affaire (1920) by Juliette54
Author's Notes:

21 octobre 2022, 23h, image

 

12. Quelle affaire (1920) 

Le lendemain matin, après une nuit de peu de sommeil, Phineus fut réveillé par une porte ouverte à la volée et des rideaux sauvagement ouverts. Il couina peu élégamment et tira précipitamment la couette au dessus de sa tête en se demandant vaguement qui pouvait bien agir de la sorte chez lui, car non, il n’avait pas dormi chez Finn et Ceridwen, il était bien dans son lit, vêtu de sa robe de chambre et… 

« Mr Phineus, il faut qu’on parle, attaqua immédiatement la voix qu’il connaissait déjà trop bien depuis une simple et unique journée. » 

Il osa baisser la couette et regarder avec hésitation Miss Lux encore vêtue de sa robe de chambre rose. La couleur lui paraissait plus vive que la veille au soir, lorsqu’il était rentré en pleine nuit et qu’il l’avait trouvée endormie sur la chaise de l’entrée avec son Fléreur Salazar sur les genoux. Elle paraissait mi-agitée, mi-interloquée. Ses jolis sourcils se fronçaient de manière spasmodique – comme une hésitation – sur son visage encore un tantinet froissé par le sommeil. Tout autour, ses cheveux à moitié hérissés, à moitié emmêlés, formaient une de ces auréoles religieuses étonnantes de grandeur. Un rayon dévastateur du soleil qu’elle avait permit d’entrer illuminait un peu plus son visage si expressif. Elle… 

« Mr Phineus, je suis sérieuse, insista-t-elle en venant se placer juste devant son lit. Vous… Écoutez, dit-elle avec sérieux. » 

Il se redressa en continuant de cligner des yeux, un peu moins ébloui à mesure que ses rétines s’habituaient à la lumière matinale. Misère, quelle heure était-il ? Il devait partir pour le ministère à… 

« Quelle heure est-il ? demanda-t-il en se tournant vers sa table de chevet et son réveil matin. 

— Il est sept heures, souffla-t-elle en claquant des doigts et il revint la regarder. Nous avons une demi-heure pour parler avant que vous partiez à votre travail. Et je veux vous dire ce que je pense avant.  

Il essaya de se rappeler quel était le dossier à traiter ce matin. Ce devait être celui de… 

« Je vois bien que vous n’êtes pas un détraqué, Mr Black. Mais, euh, j’avoue que je ne suis pas à l’aise avec l’idée de m’être réveillée dans mon lit ce matin parce que… euh… Mais quel patron monte son employée dans son lit, bon dieu ? piailla-t-elle en agitant les mains tout autour d’elle. Je sais que je me suis endormie en bas pour vous attendre, mais je vois que je me suis réveillée dans mon lit ce matin. Dans mon lit. Sous mes draps. Et que je ne portais plus mes chaussons ! Vous… Vous m’avez montée dans mon lit ! » 

« Je n’allais pas vous laisser dormir dans l’entrée, assise sur une chaise et parmi les courants d’air, dit-il avec évidence en se levant de son lit pour aller à son armoire.  

— Vous m’avez portée jusqu’au troisième étage ! Vous… Je veux bien que vous soyez une bonne personne, un drôle de type qui fait de la belle justice, tout ça, mais… » 

Oh. Euh. Il ne s’était pas permis de la porter dans ses bras. Il avait utilisé un sortilège de lévitation. Hum. Ce devait être magique, un sortilège de lévitation. Il ne pouvait pas le dire à Miss Lux.  

« Pourquoi ne m’avez-vous pas réveillée ? Je veux dire, je euh je ne vous prête pas des idées tordues – pas trop même si vous êtes un homme et que… bref – mais vous comprenez que ça me dérange, hein ? 

— Vous dormiez, je n’allais vous réveiller parce que je suis rentré plus tard que ce que je vous avais dit, dit-il simplement pour ne pas s’emmêler dans des mensonges certes bienveillants mais des mensonges tout de même. Puis-je m’habiller tranquillement ? 

— Mr Phineus, réveillez-moi la prochaine fois, bon dieu ! Vous imaginer m’enlever les chaussons et… Non, non, non, ça me gêne », conclut-elle lorsqu’il se retourna vers elle avec embarras. 

Il se contenta d’hocher la tête après avoir haussé les épaules.

 

13. Dignité (1920) by Juliette54
Author's Notes:

19 novembre 2022, thème de minuit : dignité.

 

13. Dignité (1920) 

Lorsque Phineus Black entrait au Magenmagot il recevait deux types de regard.  

Soit il recevait des regards franchement hostiles comme ceux de sa famille de sang qu’il avait méprisée, quittée, trahie, et cætera (la liste était longue selon le point de vue adopté).  

Soit il recevait des regards respectueux voir amicaux comme ceux de sa famille politique, sa famille d’idées… Ses collègues.  

Une caractéristique qu’il avait peut-être conservée de son éducation stricte, pudibonde et réactionnaire, était une forme de dignité à toute épreuve qu’il avait retournée contre elle-même. Il pouvait garder le sourire face à des mines ennemies, garder le sourire face à des gens avec lesquels il avait grandi et qui ne voulaient plus lui parler mais qui étaient ses collègues. Son cousin Octavius Flint en était un bon exemple. Ce n’était peut-être pas le plus agressif, le plus teigneux ou le plus idiot, mais cette moue réprobatrice avait le dont de lui taper sur les nerfs.  

« … C’est pourquoi, je demande l’amendement de l’article 3, et l’ajout d’un quatrième et cinquième dans les termes précisés précédemment au sujet de la loi… » 

L’explosion qui retentit au fond de la salle d’audience interrompit Phineus dans la conclusion de l’exposition de sa proposition. Lorsque le nuage de fumée se fut dissipé à l’endroit où se trouvait précédemment Robertus Potter et qu’il aperçut à la place du sorcier un canard, Phineus soupira lourdement. Il regarda avec désappointement ce qui restait de Potter puis Shacklebolt qui riait ouvertement à côté de lui en refermant une boîte de gâteaux ensorcelés. Puisqu’il ne lui restait plus que sa dignité face à des comportements si puérils, Phineus tourna sept fois sa langue dans sa bouche pendant qu’on appelait le service de maintenance magique pour réparer les dégâts d’une blague d’un membre du Magenmagot.  

Il y avait une troisième catégorie de regard que Phineus recevait, puisqu’il existait un troisième groupe au Magenmagot. Des regards amusés, non de lui, mais de la vie. Des regards qui ne menaient pas de combats, pas de luttes, pas de but. Des regards qui n’étaient pas ceux de politiciens engagés, mais simplement d’hommes et de femmes heureux et heureuses de vivre, de faire tourner la mécanique administrative : de faire respecter la loi, non de la faire. 

Il y avait les racistes réactionnaires comme les gens de sa famille. Les progressistes comme lui et ses collègues engagés. Et les autres, ceux qui savaient qu’on pouvait faire mieux, mais aussi qui avait peur que les choses deviennent pires et qui se contentaient donc de vivre en s’amusant. 

Parfois, Phineus aurait aimé pouvoir être comme eux, un peu égoïstement peut-être, mais simplement heureux de vivre et de rire toute la journée sans culpabiliser.  

Avec un être de lumière à ses côtés aussi. 

Il ne chercha pas Chimène du regard pour sourire cette fois-ci. À la place, la voix franche et directive de Lizbeth Lux résonna comme une musique agréable à son oreille.

 

14. Goutte de pluie (1920) by Juliette54
Author's Notes:

22 avril 2023, 21h, goutte

 

14. Goutte de pluie (1920) 

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Une goutte de pluie tomba sur le nez de Phineus Black qui releva la tête avec fierté. L’article avait été amendé, et même si c’était peu face à tout ce qu’il restait à faire, c’était déjà une grande victoire. La machine était lancée, il avait décidé une bonne partie des attentistes du Magenmagot à le soutenir, alors tout devenait possible.  

Le gros nuage gris à l’horizon n’annonçait rien de négatif, la pluie qui tombait n’était en aucune façon un signe de défaite à venir. La météo de l’instant n’était que l’annonce de la tempête à venir qui arroserait le sol des lois magiques et permettrait un renouveau printanier. Les fleurs seraient belles dans quelques mois. 

Il posa son chapeau haut de forme sur sa tête et prit le chemin de sa maison. Il prendrait un moment pour écouter de la musique devant la cheminée, relirait ses notes pour la séance du lendemain, puis monterait se coucher de bonne heure. 

« Phineus ! Phineus ! » 

Il se retourna avec surprise vers Chimène Dubois, son ancienne fiancée. Elle avait eu le temps d’épouser Reynolds depuis cinq ans qu’ils s’étaient quittés.  

« Oui, Chimène ? demanda-t-il avec retenue. » 

Il ne savait jamais bien comment s’adresser à elle. Il ne savait jamais s’adresser à elle sans penser au parfum de ses lèvres. 

« Tu… C’était brillant, souffla-t-il avec son sourire qui n’avait pas vieilli. Je t’ai donné ma voix aujourd’hui, mais je tenais à t’assurer de mon soutien futur en plus. » 

Pourquoi rougissait-il ? Les compliments de Chimène avaient toujours cette pointe de tendresse dans sa tête. Ils mettaient toujours un élan d’émerveillement dans son cœur et surtout, une perle de douceur. 

« Maman ! 

— Doucement Felix, tu vas tomber à courir comme ça ! » 

Elle avait eu le temps d’avoir un enfant depuis cinq ans, aussi.  

Une énième goutte de pluie tomba devant lui lorsqu’il regarda Chimène Dubois-Reynolds rejoindre son fils et son mari.

 

15. Ce n’était pas une question (1920) by Juliette54
Author's Notes:

22 avril 2023, 22h scénaristique : Votre personnage ou l'un de vos personnages a soif.

 

Chapitre 15 : Ce n’était pas une question (1920)

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Comme d’habitude, après avoir échangé un mot avec Chimène en privé, Phineus, malgré l’élan de joie qu’avait suscité le début des amendements portés à la vieille Lex generalis, sentait son cœur mourir au fond de lui. Il poussa la porte de chez lui avec un soupir et sursauta en entendant un pas pressé venir du couloir. La figure enjouée de Lizbeth Lux, sa nouvelle gouvernante, ne lui arracha même pas un sourire, et pourtant, Merlin savait qu’il avait vécu dans un rêve éveillé ces deux derniers jours à chaque fois qu’il l’avait entraperçue.  

« Mr Phineus, vous… oh vous n’allez pas bien. Un problème au travail ?  

— Tout va bien, nia-t-il en lui tendant son haut de forme. » 

Par Merlin, heureusement qu’il s’était changé avant de traverser Londres pour rentrer chez lui. Heureusement qu’il avait enlevé sa robe violette du Magenmagot pour revêtir une tenue moldue avant de quitter le Ministère. Il devait vraiment en faire une habitude, et non plus une précaution quand il lui prenait l’envie de rentrer chez lui à pied.  

« Ce n’était pas une question, répliqua Lizbeth Lux en prenant également son manteau. Le ragoût sera bientôt cuit, dans vingt petites minutes tout sera servi. » 

Il acquiesça vaguement, glissa ses pieds dans ses chaussons, et prit le chemin du salon. Il ne fit pas attention à l’odeur de ragoût qui s’échappait de la cuisine, ni à son Fléreur qui miaulait pour attirer son attention. Il voulait juste cesser de penser à Chimène, pourquoi pas repenser à Lizbeth comme il l’avait fait depuis deux jours, ou même ne penser à rien.  

Il prit le premier vinyle du meuble et le posa sur le gramophone. Lorsqu’il leva bras pointant l’aiguille, le disque se mit à tourner sur le plateau tournant, et il laissa l’appareil lire la musique prisonnière sur le vinyle.  

La suite enchantée de Musidora Backwith explosa contre son oreille et il grimaça. Le fracas des tubas explosif ressemblait bien à la fanfare insupportable qui frappait son cœur dès que Chimène refaisait irruption dans sa vie d’une manière ou d’une autre. Il se laissa tomber dans son fauteuil, la tête renversée et essaya de penser à la joie pure qui l’avait saisie lorsqu’il avait compris que la Lex generalis allait être révisée entièrement. Lorsqu’il avait compris que de nouveaux droits pour les Moldus dans la juridiction sorcière étaient possibles. 

Il avait bu un verre de trop la vieille, il pouvait en boire un de trop ce soir.

 

 

16. « April is the cuellest month » (1920) by Juliette54
Author's Notes:

Thème du 23 mars 2024 : 20h, "April is the cruellest month" (Avril est le mois le plus cruel, premier vers de The Wasteland - T. S. Eliot) + Adverbe : Désormais

 

Chapitre 16 :« April is the cuellest month » (1920)

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1920, 

Lizbeth Lux fit tomber les deux assiettes qu’elle tenait en entendant une musique infernale exploser. Elle dut hurler en même temps un juron bien norvégien de chez elle, posa une main sur son cœur pour se calmer, puis releva la tête. Eh bien, si chaque fois que quelque chose n’allait pas, Mr Phineus faisait passer une musique pareille sous le gramophone, il y avait de quoi s’inquiéter. Elle l’aurait plutôt imaginé écouter de la musique calme, mais il préférait la musique de fanfare. Eh bien soit. De toute façon, il était plus désordonné qu’il n’y paraissait.  

Elle tenait sa maison depuis trois jours désormais, et il lui avait montré plus d’une fois que son apparence mentait beaucoup. Bourgeois, ah ça, pas de doute : la tenue, le chapeau, la maison. Mais poli, aimable même, peut-être bienveillant, assurément empoté. Quant à cette musique, elle confirmait les pronostics de Lizbeth : Mr Phineus Black était plus intéressant que ce qu’il semblait au premier abord.  

Elle jeta un coup d’œil par l’entrebâillement de la porte. Il était affalé dans son fauteuil, un verre de Whiskey dans la main, le regard dans le vide et l’esprit perdu dans le fracas de la musique. Bah, ce n’était pas son affaire. Elle avait un toit sur la tête, une bonne place, une chambre à elle : tout ce qu’elle avait à faire, c’était s’occuper de la maison. Ni plus, ni moins. Elle n’allait pas s’émouvoir parce que Mr Phineus était contrarié.  

Le chat miaula. 

Hum. Tout de même.  

Elle pouvait faire un rapide gâteau au chocolat pour le dessert ? Pas assez de temps. Dommage.  

Elle tenta d’ignorer les lamentations du chat et de la musique, et prépara deux assiettes de ragoût. La journée était belle, pourtant. Surtout pour le mois d’avril. Avril… Ah, voilà.  

Une fois la musique finie, elle poussa la porte de la cuisine à l’aide de son dos avec le plateau chargé d’une assiette et d’un verre d’eau. Il suffisait de pas grand-chose parfois.  

Mr Phineus la remarqua seulement quand elle eut posé le plateau sur le guéridon. Il leva un regard perdu vers elle. Elle lui retourna une grimace de sourire.  

— Ma maîtresse d’école disait toujours qu’un type avait dit que « avril est le mois le plus cruel ». Je sais pas trop pourquoi le gugus a dit ça. Mais comme je suis née en avril, ça me faisait piquer une colère à chaque fois. 

Elle attrapa son regard surpris, et surtout le sursaut de rire qui agita sa poitrine.  

Puis elle tourna les talons.  

Une bonne chose de faite.

 

 

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