A coup de pinceaux by Selket
Summary:


De ses pinceaux, elle effleurait la peau meurtrie, les chairs lacéraient, l’âme écorchée.
Sous ses doigts, ses fards et poudres, elle ravivait la flamme, réveillait l’étincelle.



Participation au concours Les associations improbables : Here we go again! de Hazalhia

Crédit image : libre de droit modifiée par mes soins
Categories: Après Poudlard, Autres couples (Slash) Characters: Lavande Brown, Pansy Parkinson
Genres: Romance/Amour, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Les associations improbables : Here we go again!, Gryffons un jour Gryffons toujours
Chapters: 9 Completed: Oui Word count: 5973 Read: 1174 Published: 17/04/2021 Updated: 19/04/2021
Story Notes:
Les contraintes pour ce concours sont simples :
Écrire de la romance sur un couple improbable

1. Couler by Selket

2. Bulle by Selket

3. Annonce by Selket

4. Décision by Selket

5. Numéro 3 by Selket

6. Confrontation by Selket

7. Effleurer by Selket

8. Larme by Selket

9. Sourire by Selket

Couler by Selket
Author's Notes:
Chaque chapitre sera relativement court et sous forme de vignette de 500 mots ou un peu plus.


Elle était seule, complètement seule. Paumée, perdue, noyée. Elle agonise, s’effondre, tandis que les limbes qui l’entourent l’engloutissent. Elle suffoque, expire, ses poumons la brûle. Ses larmes ruissellent et elle se perd. Elle coule, s’engloutit. Un peu plus, un peu plus loin, à chaque seconde, elle s’oublie toujours un peu plus vite. C’est la fin, la déchéance, la dégringolade. La chute est brutale, la perte violente et elle se dilue dans ses pleurs.
C’est la fin de l’adrénaline, le ralentissement des sens, l’oubli de soi. Et autour d’elle, le monde s’effondre. Rejetée, abandonnée, dédaignée, elle se retrouve sur le carreau.

Elle les exécré, les déteste, les abhorre. Ils la débectent, la dégoûtent.
Qui sont-ils pour oser la juger ? Pour la reléguer dans un coin comme un objet cassé dont on n’ose se séparer. Répudiée, repoussée, on l’a mise à la décharge.
Poupée brisée au creux défectueux. Visage de porcelaine balafrée. Elle est rayée, hideuse, bonne à jeter.
Ils l’ont excommuniée, frappée du sceau de l’infamie. Elle voulait juste de l’amour. Un geste apaisant qui l’aurait graciée, aurait apaisée son âme, lui aurait rendu quelques couleurs. Elle ne voulait que de l’amour. Des bras aimants. Un sourire apaisant. L’amour d’une mère. Mais elle n’a rien eu de tout ça.

Elle n’a eu que des valises sur un pas-de-porte morose, ses larmes pour pleurer, le silence d’un couloir d’immeuble. Elle n’avait eu que ses yeux pour pleurer, ses mains abîmées comme seule étreinte. Il n’y avait eu que le silence. Aucun mot ne fut prononcé, ni même laissé dans ses affaires.
Alors Lavande était resté sur le paillasson, recroquevillée, à maudire sa famille, à s’en écorcher la voix sans savoir si quelqu’un se trouvait de l’autre côté de la porte.

Et puis il lui avait fallu partir.
Au bout de combien de temps, d’heures, de jours ? Elle ne s’en souvenait plus. Elle ne se souvient que du vide, de l’absence et du silence. Elle ne se souvient que du sentiment d’abandon qui s’était emparé d’elle, du poids de ses bagages et de son cœur brisé.
Elle avait quitté le pallier de l’appartement où elle avait grandi sans piper un mot. Elle avait passé les portes de l’immeuble qui avait été sa maison sans se retourner. Elle n’avait plus rien sur quoi jeter un dernier regard. Sa vie venait de prendre fin.

Ils lui avaient tout pris, tout donné, tout fourré dans ses valises qui meurtrissaient ses mains tout autant que son âme. On lui avait tout pris, sa vie, sa famille, ses espoirs, ses rêves, et même des bouts de chair. Ils l’avaient brisée. Tous, ils l’avaient détruite. Sa famille. Le système. Greyback.
Ils l’avaient cassée comme une poupée de porcelaine et avait laissé les morceaux sur le sol, répandus en un puzzle insoluble. Personne n’avait tenté de la ramasser, de recoller les brisures. On l’avait laissé sur le trottoir, bonne pour les encombrants.
Elle n’était qu’une ordure de plus dont on devait se débarrasser. Et c’est ce que ses parents avaient fait sans tarder. À peine rentrée de l’hôpital, elle avait trouvé ses valises sur le pas de la porte.
Et alors elle avait compris. Admis que toutes les excuses qu’elle avait donné à leurs absences, leurs silences, étaient fausses.

Bulle by Selket


Elle était morte, brisée, tombée en déchéance. Elle vivotait dans son appartement miteux. Elle arrivait difficilement à joindre les deux bouts. Et chaque jour elle se demandait de quoi demain serait fait. Pourtant, elle s’accrochait. Elle ne savait pas bien pourquoi. Mais elle s’acharnait à se lever chaque jour.
Elle s’étiolait, comme la fleur dont elle portait le nom, derrière les vitres de la bulle qu’elle s’était créée.
Elle évitait de sortir, se faisait le plus souvent livrer chez elle. Elle remerciait chaque jour que Merlin faisait l’existence des livreurs. Livreurs de tout et n’importe quoi, pourvoyeurs de claustration.

Elle sirotait des litres de thé en arrosant ses plantes. Chaque jour, elles envahissaient un peu plus son appartement. Jungle d’appartement. Comme si, inconsciemment, elle essayait de se recréer ce dehors inaccessible.
Enfermée entre quatre murs au papier peint fané, elle vivait tant bien que mal. Il n’y avait aucun miroir dans son appartement, ni d’horloge. C’était une forteresse de solitude. Un désert du temps. Une prison d’image.

Parfois, malgré tout, elle devait sortir. À chaque fois, elle prenait une grande inspiration pour mieux se jeter dans le vide, pour arriver à passer le palier de son chez elle. Mais elle n’avait pas le choix, il lui fallait bien de temps en temps trouver de l’argent. De quoi payer son loyer, aussi ridicule soit-il. De quoi nourrir ce corps dont elle ne voulait plus.
Alors, pendant quelques semaines, quelques mois, elle enchaînait les petits boulots. Agence d’intérim moldu ou sorcière peu lui importait du moment que ça payait bien, en tout cas assez pour ne pas travailler pendant quelques mois. Et puis avec sa gueule cassée, elle ne pouvait pas faire la fine bouche.

Elle vivait ainsi, en marge de la société, à la bordure du monde. Autarcique dans son dôme de fleurs et de porcelaines. Elle enchaînait les petits boulots et les périodes de réclusions comme d’autres enchaînent les sorties.


Actuellement, elle était dans une période creuse. Il lui fallait trouver du travail, mais les agences d’intérim qui avaient bien accepté de la rentrer dans leurs cases de papier n’avaient rien pour elle. Le stress commençait à la ronger. Les semaines défilaient sans que l'ombre d’un emploi se dessine, et ses cernes se creusaient.
Comme à son habitude, alors qu’elle sortait les poubelles à trois heures du matin histoire d’être sûre de croiser personne, elle jeta un coup d’œil sur les annonces épinglées sur le panneau de liège dans le hall de son immeuble. Il y avait les traditionnelles demandes de baby-sitting qu’elle n’envisageait jamais d’accepter, trop mal payés, et en plus à coup sûr les parents ne voudraient pas d’une fille aussi mutilée pour garder leur précieuse progéniture. Elle savait les murmures qui couraient dans son dos. Elle faisait trop peur, trop peine à voir cette pauvre fille qui rasait les murs, elle avait l’air louche….
Et pourtant, là, elle était à deux doigts de toquer chez les moldus du dessus pour leur demander s'ils étaient intéressés. Les comptes commençaient vraiment à être à sec.

Sans espoir, elle prit quand même le temps de regarder si une nouvelle annonce n’avait pas été postée. Une affiche violette qu’elle n’avait jamais vue là était épinglée au-dessus d’un prospectus annonçant la prochaine fête de quartier. Avec espoir, elle s’approcha du papier.
En grosse lettre bancale, s’étalaient quelques mots écrits au feutre sur l’affichette.
« Recherche modèle pour une école de maquillage, pas besoin d’avoir le physique mannequin ou un visage parfait, si vous avez des choses à cacher (cicatrices, boutons d’acné, tatouages) c’est même mieux ».
Le slogan était ridicule, mal tourné, et même blessant même si ça ne devait pas être le but de tels mots. Mais elle n’avait pas le choix. Elle avait besoin d’argent et c’était mieux payé que le baby-sitting. Et puis là au moins elle était sûre d’être prise.
Elle n’avait pas le choix, c’était où ça ou la porte. Et elle ne voulait pas quitter son cocon. Et elle ne se leurrait pas non plus, c’était quasiment impossible de trouver quelqu’un qui acceptait de la loger alors qu’elle n’avait ni revenu stable, ni diplôme, ni réelle existence dans le monde moldu. C’est donc la mort dans l’âme qu’elle fourra l’affichette violette dans la poche de sa jupe longue avant de remonter dans son appartement pour envoyer sa chouette à l’adresse écrite sur l’affichette.
Elle n’avait vraiment pas le choix, c’était soit ça soit la rue.

Annonce by Selket
Author's Notes:
On change de ton avec un chapitre sur Pansy


Lorsque son professeur avait annoncé qu’il leur faudrait, à tous, ramener un modèle pour leur prochain sujet d’étude, elle avait bien vu les regards un brin désabusés de ses condisciples. Elle savait qu’ils étaient passablement fatigués à l’idée de ce travail supplémentaire. Comme s'ils n’avaient pas déjà assez de travail. Ils avaient un emploi du temps épuisant et maintenant ils devaient se mettre à la recherche du précieux modèle sans même être sûre de se le voir attribuer. L'école de maquillage de Londres n’était pas une sinécure, que ça soit dans le cursus moldu ou sorcier. Les cours étaient éreintants et la somme de travail personnel astronomique.
Mais ce n’était pas ce à quoi elle avait pensé en attendant ce qu’avait à dire celui qu’elle surnommait Mr Owl.
Non ce qui avait chagriné Pansy, c’est qu’elle se demandait bien où elle allait pouvoir trouver un modèle pour son prochain cours.

Déjà que de base elle n’avait pas grand monde à qui demander un tel service, il faut dire que les amis n’étaient pas légion pour elle, mais alors là la tache se révélait plus compliqué. Il était bien gentil, mais tout le monde ne connaissait pas quelqu’un qui avait des choses à cacher, physiquement parlant. Car des gens avec des squelettes elle en connaissait plein. Chez les sangs purs, c’était plus étrange de n’avoir rien à cacher que l’inverse. C’est simple, tout le monde cachait quelque chose.
Mais bon là, ce n’étaient pas les nombreux secrets de ses camarades d’enfance qui l’intéressaient. Elle avait besoin d’un modèle et ce n’était pas Theodore est son visage aussi lisse que ses émotions, Blaise et son physique de mannequin ou Daphné et son visage d’ange qui allait l’aider.
Il lui fallait un visage avec de la matière comme disaient ses professeurs, formule poli pour dire qu’il fallait un visage où il y avait des choses hideuses à cacher. Elle en était réduite à coller des affichettes comme tout ceux qui, comme elle, n’avait pas une cousine boutonneuse.


C’est en maugréant qu’elle était rentrée dans la coloc qu’elle partageait avec ses amis. Elle avait dû faire un détour pour faire quelques courses, c’était au tour de Blaise, mais il avait encore oublié, ce qui n’avait fait qu’empirer son humeur exécrable. Il n’avait qu’à piquer des légumes dans le restaurant où il travaillait comme commis ça lui éviterait de faire un détour et de finir avec des ampoules grosses comme des boursouflets à cause de ses talons.
Théo n’avait même pas levé le nez du roman qu’il devait lire pour son cours de littérature moldu et étrangère quand elle rentra. Ce qui ne l’empêcha pas de lui lancer une remarque sur sa mauvaise habitude de claquer les portes.
Daphné l’accueillit avec un grand sourire et lui demanda comment s'était passé sa journée tout en lui déposant une tasse de thé sous le nez avant d’enchaîner sur la sienne à l’atelier comme elle ne répondait pas. Après avoir écouté Daphné raconter avec moult détail le nouveau flacon en verre qu’elle était en train de souffler pour le parfumeur sorcier, et français évidemment, à la mode, elle était épuisée. Mais elle se décida quand même à se mettre à ses affichettes.

On lui avait donné une adresse à inscrire sur celles-ci. Les gens intéressés tomberaient sur la responsable des modèles qui s’occuperait avec eux des formalités administratives et de la rétribution. Les modèles seraient ensuite attribués aléatoirement aux participants peu importe qui les avait trouvé. Avoir ramené un modèle leur ferait juste des points supplémentaires. Une façon comme une autre de leur faire faire le travail.
Bon, il lui fallait maintenant trouver le slogan et l’écrire vite fait sur les affichettes violettes qu’elle avait préparées.
En dépit des nombreuses suggestions que lui avait proposées Blaise dont la moins pire était « recherche gens moches pour un relooking » elle n’était pas beaucoup plus avancée après deux heures de réflexion. Elle avait faim, elle en avait marre et ne comptait pas passer toute sa soirée sur ces maudites affichettes. Alors, en désespoir de cause, elle se décida à marquer ce qui pour elle était la formulation la moins horrible de celles qu’elle avait étendue ce soir.

Décision by Selket


Elle l’avait fait. Elle l’avait envoyée, cette fichue lettre. Qu’es-ce qu’on n’est pas prêt à faire quand on est au fond du gouffre ? Quand on a désespérément besoin d’argent ? Maintenant, que c’était fait, elle se demandait si elle avait bien fait. Elle n’en dormait plus la nuit à se demander pourquoi elle avait fait une telle chose. C’était quand même ironique quand on y pense. Avant elle faisait des insomnies par peur du manque d’argent et maintenant la voilà à se préoccuper de la façon dont elle allait approvisionner son compte à Gringotts.
Pourquoi avoir fait une telle folie ?
Elle n’avait pas de miroir chez elle. Elle cachait toujours son visage derrière ses boucles blondes, ce n’est pas pour rien que ses cheveux lui arrivaient maintenant jusqu’aux fesses. Et voilà, que malgré tout, elle avait postulé à une offre d’emploi où elle allait devoir se faire maquiller. Elle avait vrillé, le manque d’argent lui était monté à la tête.

Lorsqu’elle avait dû prendre une photo pour l’envoyer à l’école afin qu’ils étudient son dossier, elle s’était retrouvée désemparée. Mais elle n’avait pas le choix, c’était l’affiche violette ou le baby-sitting.
Alors elle était allée ressortir son ancien instantané de son carton. Avait pris une photo. Fermé les yeux jusqu’à ce que l’encre soi bien sèche. L’avait enfournée dans une enveloppe en faisant bien attention à ne pas regarder le minuscule bout de papier glacé.
Et elle comptait se faire maquiller ? Pauvre fille va ! Elle avait envie de rire, d’un rire de folie et de détresse. Elle voulait se coucher sous sa couette et oublier le jour fatidique où elle devrait se présenter devant ses yeux scrutateurs qui regarderaient avidement ses cicatrices.
Mais elle avait besoin d’argent, à ce stade, c’était soit ça soit le trottoir. À coup sûr, elle saurait se faire une place là-bas.
Les filles défigurées par la guerre, les anciennes héroïnes de guerre déchues ça avait son petit effet dans les bordels où les rois de jadis et les déchus de toujours venaient chercher une proie à salir.


***


Elle avait placardé les affiches partout où elle le pouvait. Elle avait fait le tour de son quartier. Enfourné des piles et liasses d’affichettes violettes dans les boîtes aux lettres des pavillons et des sas d’immeubles où elle avait pu se faire inviter. Elle avait donné des prospectus à ses amis. Désespérée qu’elle était, elle avait même fait quelques bâtiments aux abords des lieux de travail de Blaise et Daphné et était allé à la fac de Théo. Pugnace, elle en avait même collé dans les magasins où elle faisait ses emplettes. Pansy aimait ses études et n’était pas une Serpentarde pour rien, elle était prête à tout pour son diplôme, même à user ses plus beaux talons sur l’asphalte moldu.
Maintenant, il n’y avait plus qu’à croiser les doigts et prier Viviane pour que quelqu’un d’assez fou ne prenne pas la fuite devant les mots froids qu’elle avait écrit à la va-vite sur cette affiche d’un horrible violet criard.
Numéro 3 by Selket


Aujourd’hui, un nouveau projet commençait. On les avait fait venir pour leur attribuer les modèles. Sur le bureau du professeur un modèle réduit du choixpeau crachait un chiffre à chaque élève qui s’approchait.
Avec intérêt, Pansy avait jeté un coup d’œil aux hommes et femmes qui se tenaient devant eux en ligne droite. Il y avait une fille rousse avec une magnifique crinière et de nombreuses cicatrices d’acné. Un homme avec le bras brulé et des pommettes hautes qui rendaient son visage saisissant et qui faisait oublier son bras marqué par des brûlures. Une autre femme à la bouche charnue et aux yeux vifs la fixa sans ciller quand elle porta son regard sur elle et son crâne rasé. Ces modèles lui plaisaient, ils avaient du caractère, ils assumaient, ne se cachaient pas.
Elle ne prêta pas attention à la jeune femme qui cachait son visage derrière ses cheveux blonds. Et pourtant, elle y fut forcée lorsque le choixpeau lui énuméra de sa voix criarde le numéro trois. Timidement, le modèle sortit de la ligne et vint se positionner derrière elle, tandis que l’attribution continuait.

Pansy, un brin dépitée, tenta bien de regarder plus en détail son binôme. Hormis le fait qu’elle se trouvait dans son dos, la tache n’était pas aisée, car cette dernière se cachait toujours derrière ses longs cheveux. C’est dommage, il y avait sans doute quelques choses avec ses longs cheveux blonds bouclés qui lui tombait jusqu’aux fesses, ça encadrerait si bien le maquillage qu’elle allait lui faire. Mais elle ne savait toujours pas ce qui se cachait derrière ses épais épis de blé.

Une fois le tirage terminé, les consignes redites, le professeur mit fin au cours plutôt pour qu’ils puissent faire connaissance avec la personne qui sera leur modèle pour le prochain mois.
Un mois pour trouver une idée, pour sublimer les marques, le vécu de la personne et proposer un maquillage ou un bodypainting digne d’un édito d’art. C’était court, comme d’habitude, mais là ça s’avérait plus que difficile si son modèle refusait de montrer son visage.
Vainement, elle tenta d’entamer la conversation, mais rien n’y fait, le numéro trois se contenta de lui dire qu’elle avait à faire avant de prendre la fuite.

Alors qu’autour d’elle, ses camarades invitaient leur binôme au café ou à tout autre endroit, elle se retrouvait là. Seule, avec comme seule indication un nom qui lui semblait étrangement familier.
Dépitée, frustrée, pour ne pas dire désespérée, elle rentra à son appartement avec toujours sur le bout de sa langue ce nom qui la laissait perplexe.

Ce fut Théodore Nott qui lui apporta la solution. Bien sur avec sa mémoire extraordinaire qui mieux que lui pour se souvenir de tout le monde ?
Mais même si elle s'était souvenue d’elle comment aurait-elle pu se douter que derrière le long rideaux de chevaux se cachait la flamboyante reine des cancans. Que le timide modèle trois n’était nulle autre que la commère de Gryffondor. La romantique et exubérante Lavande Brown.

Confrontation by Selket


Le manège dura deux semaines. Deux semaines où Lavande ne venait que lorsque les séances se déroulaient à l’école. Quant aux séances non-obligatoires, elle ne prenait même plus la peine de lui fournir une excuse. Elle se contentait tout simplement de lui poser un lapin.
Et pensante de temps, elle s’échinait au-dessus de sa table à dessin. Elle croquait, déchirait, dessinait, raturait, froissait. Mais il n’y avait rien à faire. Elle n’arrive à rien.
Le visage de Lavande restait désespérément cachait derrière ses cheveux la majeure partie du temps. Quant au reste du temps, il était désespérément apathique.
Visage froid. Visage sans vie. Aucune émotion ne venait réchauffer ce profil ravagé. Yeux creux. Yeux vides. Yeux sans âmes. Incapable de rallumer l’étincelle de ses prunelles, elle se contentait de suivre du regard les cicatrices qui balafraient la Gryffondor. Comme pour mieux les graver dans sa mémoire.
Elle n’avait pas encore touché Lavande. Sûre de la faire fuir et de ne plus jamais la revoir elle n’avait pas osé. Alors elle se contentait de rester devant elle, à une distance suffisante, et elle dessinait, noircissait les pages de son cahier. Et les pages défilés, les jours passaient. Il ne restait plus que deux semaines.

Et en elle, la colère grandissait. Pourquoi avoir accepté un tel projet ? N’avait-elle donc rien d’autre à faire que lui faire perdre son temps ? Elle jouait avec ses études et semblait en avoir cure.
Énervée, à bout, elle se décida à la confronter.
Lavande avait dû percevoir ce changement d’émotions, car elle avait fui plus vite que d’habitude après le cours. Pansy n’avait pas esquissé un geste pour la retenir, elle avait prévu cette fuite. Elle commençait à en avoir l’habitude.
Elle savait où elle habitait. Elle l’avait suivi un jour une fois où elle était rentrée à pied. Alors, elle s’était contenté de transplaner devant chez elle, sûre d’y être avant elle. Elle ne savait pas pourquoi, mais il semblerait que Lavande n’ait jamais passé son permis de transplanage à la sortie de Poudlard.

Elle avait fait le pied de grue devant son immeuble jusqu’à ce qu’elle arrive. En l’apercevant Lavande avait fait demi-tour. Mais elle avait tenu bon, elle savait qu’elle reviendrait, c’était chez elle après tout. Et des deux elle était sûre d’être la plus tenace.
Quand la Gryfondor avait compris qu’elle ne comptait pas s’en aller, elle était rentrée, avait poussé la porte de l’immeuble sans lui jeter un coup d'œil. Mais elle ne l'avait pas pour autant empêché de rentrer.
Sans se poser plus de questions Pansy s’était faufilée prestement dans son appartement à sa suite, persuadée qu’elle allait lui claquer la porte au nez. Mais la Lavande d’aujourd’hui n’était plus que l’ombre de celle d’autrefois. La guerrière était morte sous les griffes de Greyback.

Tandis que la propriétaire allumait sa théière d’un coup de baguette et sortait deux tasses de thé d’un placard, sans même lui avoir demandé si elle en voulait, Pansy détailla le minuscule appartement. Alors qu’elle observait les murs un doute la saisit, aussitôt, elle se dirigea vers la salle de bas sans prendre la peine de demander la permission.
Et alors, face au mur aveugle derrière le robinet, elle compris tout.
Il n’y avait aucun miroir. Rien de réfléchissant. Lavande ne se regardait plus depuis la tragédie. Ce n’était pas que son visage qu’elle voilait dans ses cheveux. Elle s’était perdue, oubliée.
Mais alors pourquoi accepter un tel projet quand regarder ce qu’on était devenue était pour elle une telle déchirure ? Finalement, elle allait en avoir bien besoin de cette tasse de thé.

Elles avaient parlé. Enfin Lavande, pour sa part elle n’avait fait qu'écouter. Depuis combien de temps n’avait-elle pas vidé son sac ? Depuis combien de temps quelqu’un était-il entré chez elle ? Depuis combien de temps quelqu’un l’avait écouté ?
Pendant que Lavande parlait, pleurait et se cachait dans ses cheveux tout à la fois, elle avait senti l’isolement qui imprégnait chaque recoin de l’appartement. Elle lui avait tout raconté, Greyback, les petits boulots, ses parents, sa vie. Et puis il y avait eu cette phrase.

- Je suis affreuse, je suis devenue si laide.

Alors elle l'avait giflée.

Effleurer by Selket


Là, dans son appartement encombrait elle s’était approchée d’elle. Immobile, la main sur sa joue meurtrie, elle la regardait avancer comme un animal effrayé. Doucement, lentement, elle avait pris ses mains. Délicatement, elle écarta les cheveux qui la cachaient. Choquée, surprise, Lavande la laissa faire. Alors elle s’enhardit et silencieusement se mit à retracer les cicatrices qui marbraient les joues rosies, qui se mouraient sur ses lèvres et qui entouraient de grands yeux bleus.

- Tu es belle, et avec mes pinceaux je te rendrais magnifique.

Ce n’avait été qu’un chuchotement et pourtant ça avait résonné dans l’appartement.

Elle avait senti la jeune femme tressaillir sous ses mots et pris peur qu’elle la mette dehors. Pourtant, elle se contenta de laisser tomber sa joue dans le creux de sa main avant de fermer les yeux.

- D’accord.

Un instant, elle fut prise d’un doute. Avait-elle bien entendu ? Mais dans un filet de voix Lavande lui confirma son assentiment.

- Je veux bien essayer.
- Là, maintenant ?
- S’il te plait, je ne suis pas sûre d’en être capable plus tard.

Le sentiment de détresse qui se faisait sentir dans la voix fluette lui donnait envie de prendre Lavande dans ses bras, mais elle n’était pas sûre que cette dernière accepte. Alors elle se contenta d’un mince sourire, d’un bras posé sur sa main, avant d’ouvrir la trousse de maquillage qu’elle avait encore avec elle.

Elle commença par le visage, Lavande la regardait de ses deux billes claires, suivait chaque geste du pinceau. Le temps n’avait plus de prise dans cet appartement sans horloge. Elle peignait, dessinait, jouait avec les ombres et les creux. Et pendant ce temps, Lavande restait immobile comme toujours, mais cette fois-ci, c’était différent.
Elle traçait, esquissait, estompait. De ses pinceaux, elle effleurait la peau meurtrie, les chairs laceraient, l’âme écorchée. Sous ses doigts, ses fards et poudres, elle ravivait la flamme, réveillait l’étincelle. Petit à petit, alors qu’elle construisait son œuvre sur la peau à vif de Lavande, elle voyait cette dernière se réveiller. Sous ses constructions, ses multiples couches de maquillage la vie reprenait ses droits. C’était quelque chose d’étrange, d’intangible et pourtant, c’était là. Elle le voyait autant qu’elle le ressentait. Même l’appartement semblait se charger de cette énergie, c’est comme si l’air autour d’elles crépitait alors que Lavande reprenait conscience de son corps.
Alors que les fleurs, les oiseaux et le ciel bleu qu’elle peignait sur le corps quasiment nu de Lavande l’envahissaient cette dernière renaissait. Comme si le fait de disparaître, d’être engloutie dans l’œuvre de Pansy était une libération. Et pourtant, sous le maquillage, les cicatrices étaient toujours là. Les motifs les suivaient, les contournaient, jouaient avec elles comme pour mieux les oublier.
Mais le temps d’un instant Lavande semblait les avoir oubliées.
Greyback lui avait pris son visage et sa chair, la guerre lui avait pris son innocence, ses parents, son monde, mais là, en quelques coups de pinceaux, c’est comme si tout cela n’avait pas existé. C’est comme si Lavande était devenue celle qu’elle aurait du être s'il n’y avait pas eu tout ça.

Larme by Selket


Depuis ce jour-là, elles s’étaient souvent retrouvées dans l’appartement de Lavande. Quand son emploi du temps lui permettait, un jour sur deux minimums, Pansy la rejoignait le soir. Et alors elle peignait, dessinait sur Lavande, parsemaient son corps de paillettes, dessins et couleurs. Lavande leur servait du thé et à la fin de la séance Pansy sortait le petit miroir de sa trousse, l’agrandissait et le posait devant Lavande.
Toujours, celle-ci détournait le regard, puis, doucement, s’approchait de l’objet et à travers ses cheveux se regardait. L’apprivoisement était long, mais Pansy ne désespérait pas qu’un jour elle ne se cache plus derrière son immense rideau de soie. À chaque fois, elle lui disait combien elle était belle. Au départ, la Gryffondor levait les yeux au ciel, mais petit à petit, elle hochait la tête, imperceptiblement, sans doute ne s’en rendait-elle même pas compte.
Patiemment, Pansy retraçait avec elle toutes les étapes du processus, lui expliquait ce qu’elle avait fait. À la fin, Lavande choisissait le prochain dessin qu’elle voulait tester et Pansy repartait avec ses dessins sous le bras pour peaufiner ça. 


Et les jours passaient. Les coups de pinceaux défilaient sur la peau veloutée de Lavande et elles parlaient. Et un jour Pansy resta dormir, il se faisait tard. Un autre jour Lavande vint l’attendre à la sortie de l’école comme elle passait dans le coin. Mais elles ne disaient rien de tout cela. Il n’y avait rien à dire. Elle était numéro 3 et elle la maquilleuse. Ce n’était qu’un cas d’école, une bouée de sauvetage. Rien de plus, rien de moins.
Les papillons, motifs et étoiles défilaient sur le corps de Lavande que Pansy ne touchait plus que de ses pinceaux. Mais il y avait toujours rien à dire. Elles parlaient de tout, de rien, et surtout pas de ce qui se passait entre elles. Qu’auraient-elles pu dire ?
Le temps s’écoulait, les fards s’apposaient et les mots s’égrenaient. Et vint le jour de la fin. Cela faisait un mois.

Elle était de dos, les bras levaient au ciel. Sa jupe parme étalait en corse autour d’elle et le visage à moitié tournait vers eux dans un demi-sourire. Ses longs cheveux blonds ramassaient sur le devant dévoilait une nuque gracile. Et il y avait ses cicatrices, qui s’échappaient du dos de la robe, qui sinuaient entre les omoplates pour venir s’étaler sur les épaules et remonter jusqu’à la nuque comme pour mieux la dévorer, la morceler dans son entièreté. Boursouflures rougeâtres accentuées par le maquillage qui s’étalaient sur la joue avant de se fondre dans le maquillage flamboyant aux couleurs rappelant les coucher de soleil.
Et pourtant malgré cette laideur, laideur de la guerre, laideur de la bête elle rayonnait telle une princesse de conte de fée. La délicatesse de la robe presque transparente tranchait avec ses sillons de chairs creusaient dans la peau. Reflets de la cruauté de certains contes ou la guerre fait rage et emporte les héros.
Rigoles du passé, labour d’un monstre et pourtant sous l’objectif du photographe ces marques étaient sublimés, magnifiées par les pinceaux de Pansy et venaient offrir un tableau émouvant tout en dualité. Fragilité et dureté, deux antonymes qui sur la peau de Lavande prenaient vie.

- Elle est magnifique.

Avec un sourire rayonnant Pansy acquiesça devant la constatation du photographe.
Une perla coula des cils arachnéens de Lavande, elle traça un sillon orangé dans le maquillage. Le tableau était parfait.
Le photographe devait être du même avis, car il se dépêcha d’appuyer sur le déclencheur.

Sourire by Selket
Author's Notes:
Et voilà c'est fini :D Je peux dire que cette fic à été écrite en deux jours. Mais ouf voilà c'est terminé !
J'ai eut bien du mal à sortir de mon traditionnel pairing Lavande / Pansy mais c'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé ma petite Lavande ♥



Une fois tout cela terminé, elles se retrouvèrent sur la pelouse de l’école sans savoir trop quoi faire, quoi dire. Mais Lavande n’avait pas fui. Elle était restée là. Droite dans ses bottes elle avait affronté les regards qui autrefois lui faisaient peur. À ses côtés, sa main toujours dans la sienne, elle ne s’était pas souciée des autres. Et ça voulait déjà dire beaucoup.
Elle lui avait tenu la main alors qu’elle attendait de savoir qui avait remporté le prix, une page dans un prestigieux magazine de maquillage. Elle l’avait applaudie lorsqu’elle c’était avancée vers l’estrade pour remercier ses professeurs. Elle aurait pu fuir, mais elle était restée là. Il y avait du chemin encore à parcourir, mais aujourd’hui était en quelque sorte une victoire. Un pas de plus dans la bonne direction. Jamais la Lavande d’autrefois aurait cru qu’elle finirait dans un magazine, et pourtant aujourd’hui elle réalisait un de ses rêves les plus fous de gosses. Elle était mannequin.

Devant un bâtiment grisâtre, sur l’herbe jaunie d’une pelouse défraîchie, elles se tenaient. Un brin maladroite, sans savoir quoi faire elles se dévisageaient comme elles ne l’avait jamais fait auparavant. Que devaient-elles faire ? Que dire ?
Maladroitement Pansy, c’était approchée de Lavande, doucement, comme elle l’avait toujours fait. Mais cette dernière vint à sa rencontre, elle joint sa main à la sienne et lui souriait d’un sourire qu’elle ne lui avait jamais connu auparavant.

Elle était belle Lavande dans sa robe parme, avec ses longs cheveux dénoués coincés derrière ses oreilles. C’était la première fois qu’elle ne les rabattait pas devant ses joues alors qu’elle était dehors. Des mèches de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel se perdaient dans la grande masse blonde qui entourait ses traits délicats. Il y avait ses grosses boucles d’oreilles perlées, aussi bohèmes que la décoration de son appartement. Ses petits piercings en forme d’œil, de runes ou de symboles mystiques qui constellaient ses oreilles depuis qu’elle l’avait amené se les faire après qu’elle lui ait confié un jour avoir toujours voulu des piercings. Il y avait son rouge à lèvre rouge sang que Lavande, coquette, avait appliqué à peine la photo terminée et ses grands yeux ornés de couleurs aussi chatoyantes que le soleil. Et surtout, il y avait ce sourire. Un sourire qui suffisait à effacer tout le reste. Qui affadissaient toutes les couleurs qui la paraient, qui les rendaient aussi ternes que son ancienne vie. Il y avait ce sourire, et ses traits qui se transformaient sous ce dernier. L’étincelle avait repris ses droits dans ses pupilles et elle ses cicatrices s’échappaient de sa robe à fine bretelle sans qu’elle s’en souci.
Enfin, il y avait juste la vie qui avait repris ses droits. Et ça lui suffisait pour lui donner envie de la prendre dans ses bras. Elle voulait sentir son sourire contre sa joue et l’embrasser à perdre haleine. Et surtout elle pouvait enfin lui dire tous les mots qui étaient restés coincés dans sa gorge bien trop longtemps.

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