Les enfants de Phantom Alley by bellatrix92
Summary:

https://thumbs.dreamstime.com/b/un-groupe-de-figures-fantomatiques-myst%C3%A9rieuses-%C3%A9mergeant-du-brouillard-sur-chemin-forestier-fantasmagorique-en-hiver-avec-135433301.jpg

 

Fin de l'automne 1990: Ignacius et Hortense Malefoy ont renoncé, la mort dans l'âme, à essayer d'avoir des enfants.

Mais entre un petit fantôme à l'esprit torturé, un jeune Ministre de la Magie encore à peu près humain, une belle-sœur désespérées et de sombres événements à Azkaban, tous les ingrédients pourraient bien être réunis pour les décider à se remettre en quête d'un bonheur impossible.

Est-il seulement encore à leur portée ? Ignacius et Hortense l'ignorent mais ils ne se décident pas moins très rapidement à prendre part à ce qui deviendra l'aventure de leur vie.

 

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Categories: Univers Alternatifs, Fêtes / Célébrations Characters: Bellatrix Black, Famille Malefoy
Genres: Aventure/Action, Famille
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Les Enfants perdus, Vous prendrez bien une autre tranche de Noël ?, L'illustre et noble famille Malefoy, Eris Malefoy, l'héritière déconfiée
Chapters: 10 Completed: Non Word count: 26109 Read: 1421 Published: 03/11/2021 Updated: 16/01/2022
Story Notes:

Cette histoire est écrite dans le cadre du concours d'Hazalia (et un voeu Hazalia, un!)

"Vous reprendrez bien une tranche de Noël?"

 

J'ai finalement choisi, après pas mal d'hésitations à partir sur l'aventure de Noël.

 

Les contraintes sont les suivantes:

- Les personnages partent à la recherche de quelque chose.
- Votre histoire doit impliquer au moins un enfant.
- Les personnages doivent affronter des péripéties et au moins l'une de leur peur.
- L'histoire doit se dérouler en moins d'une semaine

 

1. Le Manoir de Battle et ses habitants: by bellatrix92

2. Rendez-vous précipité avec le nouveau Ministre by bellatrix92

3. Powdermill Lane by bellatrix92

4. Entre espoir, angoisse et détraqueurs by bellatrix92

5. Les préparatifs by bellatrix92

6. Azkaban by bellatrix92

7. Face aux prisonniers by bellatrix92

8. Carry my Soul by bellatrix92

9. La maléfiction d'Andréas Ikenokos by bellatrix92

10. Le pacte de Phantom Alley by bellatrix92

Le Manoir de Battle et ses habitants: by bellatrix92

Outre les villages exclusivement magiques de Grande Bretagne, de nombreuses localités abritaient des familles de sorciers vivant plus ou moins regroupées et parfois au sein de petites communautés de quartiers.

Et le village de Battle dans le Sussex, petite localité mais grande histoire juste à côté de la ville côtière d'Hastings dans le sud de Angleterre, en faisait justement partie. Pour les moldus, c'était avant tout un endroit touristique où s'était déroulé, au milieu du Moyen Age, une des plus importantes batailles de l'histoire du Royaume Uni.

 

Pour les sorciers également l'histoire de cette localité était importante, en particulier pour les sorciers conservateurs, souvent anciens opposants au Secret Magique, et en particulier pour une certaine famille Malefoy qui puisait à Battle ses plus profondes racines.

 

Battle, où leur ancêtre Armand Malefoy s'était illustré par ses talents magiques lors de la Bataille de Hastings, était donc située à 89 kilomètres au sud-sud-est de Londres et à 8 Kilomètres au nord-ouest de la ville côtière d'Hastings, à la fois non-loin de la mer et au cœur de la région boisée du Weald.

On ne le dira jamais assez : mais la localité avait ceci de remarquable qu'elle accueillait le site de la très célèbre bataille d'Hastings, remportée par Guillaume le Conquérant sur Harold Godwinson en 1066. Un événement historique capital donc, que ce soit pour l'histoire européenne, britannique, et même pour les plus anciennes familles de sorciers européennes.

Un événement qui avait fait couler, en plus du sang, des milliers de litres d'encre tant ceux qui la relataient pouvaient entrer en divergence, voire en franche opposition. Et là encore il était impossible de dire qui des sorciers ou des moldus étaient les plus enclins à la polémique.

 

Sans surprise, ce sont bien les alentours de ce site, et de l'abbaye qui lui avait été consacrée, qui nous intéressent pour toute cette histoire.

 

L'abbaye de Battle et le champs de bataille qui la jouxtent se trouvent en effet tous les deux au croisement de la Rue principale et de Park Lane, pas si loin d'un semblant de centre-ville et les boutiques s'y concentrent encore aujourd'hui, vendant principalement des souvenirs du lieu. Si ceux-ci sont surtout prisés des moldus et méprisés par les sorciers de hautes familles, il n'est pas rare que, par provocation, des individus plus progressistes en achètent également afin de les exhiber avec fierté.

De telles entreprises provoquent souvent des moments assez cocasses lors des paiement dans les boutiques moldues et depuis le temps les commerçants s'y sont habitués, attribuant ces confusions souvent gênantes à une forte proportion d'étrangers et d'illuminés sur le site.

 

Bref, en cette fin d'année 1990, l'arrivée imminente de l'hiver venait mettre un terme relatif à la saison touristique et aux visites incessantes du site. Ainsi la ville de Battle était-elle plongée dans un certain calme le jour où commença notre histoire.

 

L'abbaye de Battle occupait une hauteur qui surplombait le champs de bataille en lui-même, et son domaine qui descendait en direction du Sud était entouré de hauts murs impénétrables sur ces frontières urbaines, et bordé de haies tout aussi hautes côté campagne.

Si la configuration des lieux avait quelque-peu changé depuis le Moyen Age, l'importance de la pente entre le nord et le sud du champs de bataille restait nettement perceptible.

Une abbaye, un musée, un immense terrain descendant vers le sud depuis les hauteurs, entre pâture et bosquet, tout ceci donnait aux lieux un charme simple et une ambiance presque méditerranéenne puisque ce versant-ci était bien exposé et souvent battu par les vents.

Quelques étangs aux alentours et quelques différences d'essences modéraient tout juste cette vision.

 

Quiconque entrait dans le domaine afin de visiter les lieux, puis poursuivait encore en s'éloignant de l'abbaye et traversait totalement le champs de bataille, finissait automatiquement par tomber sur les haies hautes et touffues qui enserraient le domaine. Et là, il fallait trouver un moyen de les traverser sans encombre, ce qui n'était pas gagné à moins de posséder une solide cisaille... Ou alors une baguette magique.

De l'autre côté, s'étendait la route B2095, aussi nommée Powdermill Lane, étroite, d'allure parfaitement campagnarde et bordée de hautes haies de tous les côtés.

Et poursuivant vers l'Ouest et en s'éloignant de Battle au prix de quelques minutes de marche supplémentaires, le visiteur pouvait dépasser un ou deux domaines fermiers, avant qu'un chemin de terre ne se dessine soudain sur sa droite, côté champs de bataille.

 

Du moins, ce chemin se dessinerait à lui s'il faisait partie des rares sorciers privilégiés à pouvoir y accéder. Car l'accès à ce lieu, on ne peut plus magique, était très encadré par les familles y résidant.

En tout cas, pour tout visiteur ayant la chance d'être invité, ce chemin dont l'entrée était encadrée de deux piliers de grès et bordé de murs de briques portait un nom, fièrement exhibé sur le panneau d'entrée :

 

« Phantom Alley »

 

 

Phantom Alley coupait une vaste prairie qui remontait vers les hauteurs, semée de bosquets et de quelques cottages un peu décalés dans cet environnement. Et tout au bout du chemin qu'il fallait encore gravir, entouré de hautes grilles et de haies, un petit manoir se dressait fièrement au milieu d'une propriété de toute évidence très bien entretenue et un œil attentif pouvait même y discerner des fondation très anciennes.

 

Le Manoir Malefoy de Battle, ainsi que l'appelaient ceux qui avaient vent de son existence, par opposition à celui du Wiltshire, était la plus petite des deux demeures de la famille Malefoy, mais également réputé être leur plus ancienne possession puisqu'on racontait que le domaine leur aurait été donné par Guillaume le Conquérant en personne, au lendemain de la Bataille de Hastings.

Et si, en titre, le manoir appartenait encore à Abraxas Malefoy, le patriarche de la famille, il etait dans les fait occupé par son plus jeune fils et l'épouse de celui-ci : Mr Ignacius Malefoy et son épouse Hortense, née Nott.

 

Depuis leur mariage de nombreuses années auparavant, ils étaient devenus les maîtres des lieux : déchargeant Abraxas de l'entretien de la demeure et bénéficiant pour eux-même d'une autonomie parfaitement appréciable et d'une plus grande liberté de mouvement que la branche aînée.

En effet, Lucius Malefoy, le fils aîné d'Abraxas, vivait dans le Wiltshire avec femme, enfant... Et parents, ce qui supposait une grande capacité à faire preuve de diplomatie en toutes circonstances, Abraxas et son épouse Nephtis étant d'un naturel plutôt contrôlant, voire carrément irascible lorsque les choses n'allaient pas dans leur sens. Narcissa était d'ailleurs la cible régulière de la mauvaise humeur chronique de sa belle-mère, ce qui n'arrangeait pas son propre moral.

 

 

Loin de tout ces tumultes, le jeune couple que formait Ignacius et Hortense pouvait donc d'une certaine manière apprécier sa solitude.

Cependant, ce matin-là, aucun n'avait vraiment le cœur à se réjouir et pour cause : Hortense Malefoy venait de faire un malaise en se levant, ce qui avait nécessité en urgence la venue d'un médicomage.

Encore une preuve, s'il en fallait, de la précarité extrême de sa santé. Hortense Malefoy née Nott souffrait en effet d'une malédiction du sang, très courante dans sa famille du fait de la consanguinité et qui la condamnait sans aucun doute possible à une mort prématurée.

 

Ignacius et Hortense végétaient donc dans leur manoir depuis le petit-déjeuner. Hortense, calée sur une chaise longue et une couverture sur les jambes, buvait son thé en essayant de se remettre de ses émotions. Jaody, l'elfe de maison, lui avait également apporté un chandail mais elle avait refusé de le mettre, ayant trop chaud pour cela.

Il faut dire qu'en ce mois de novembre, elle avait bien des raisons de se sentir mal. Déjà, pour miner son moral encore un peu plus, elle avait perdu un bébé environ un an plus tôt, après quatre mois et demi de grossesse et elle se sentait toujours aussi malheureuse que si le drame était arrivé la veille.

Depuis cet événement qui avait bien failli l'emporter, elle et son mari avaient renoncé à essayer d'avoir des enfants, surtout car Ignacius voulait à tout prix préserver la santé de sa femme, quitte à devoir se priver d'une succession et du réconfort de fonder une famille pour l'accompagner dans sa vieillesse, qu'il passerait sans doute bien seul.

De toute manière, disait-il pour essayer de cacher sa propre peine à sa femme, même si celle-ci ne se faisait guère d'illusions, ils avaient bien déjà un neveu...

 

 

Il était dix heure du matin lorsque Hortense soupira imperceptiblement et eut un pauvre sourire en voyant apparaître devant elle et Ignacius la forme pâle et translucide du petit fantôme qui habitait également leur demeure.

Âgé d'une dizaine d'années et répondant au nom de Conan Malefoy, il avait donc décidé de leur rendre visite dès le début de la matinée, percevant sans doute leur morosité. A présent, il la contemplait avec beaucoup d'inquiétude et de tristesse tandis qu'il les saluaient tous les deux.

- Nous ne t'attendions pas si tôt Conan, lui fit remarquer Ignacius avec douceur.

 

Le petit fantôme haussa les épaules et négligea de répondre à la remarque, comme souvent lorsqu'il ne jugeait pas utile de se justifier.

De toute manière, ils le voyaient pratiquement tous les jours, mais rarement aussi tôt car Conan préférait souvent les rejoindre alors qu'ils buvaient le thé en fin d'après-midi, étudiaient à la bibliothèque ou se promenaient dans le jardin. Personne d'autre qu'eux, y compris les autres Malefoy, ne connaissait son existence ni ses secrets. Ignacius ne l'avait découvert que trois ans plus tôt, peu après la première fausse couche d'Hortense, alors que le petit spectre errait perdu dans la salle aux armoiries du manoir comme s'il avait pleuré lui aussi la perte d'un être cher.

 

Depuis, ils l'avaient un peu comme adopté, le comptant comme l'un des leurs à défaut d'un véritable enfant et parce qu'ils éprouvaient à l'égard du petit spectre une affection sincère. S'il avait vécu au-delà de ces onze ans, Conan aurait été le grand-oncle d'Ignacius, le frère aîné de son père Abraxas et ainsi l'héritier de l'immense fortune des Malefoy. Eux-même n'auraient été qu'une de ces innombrables branches cadettes qui vivaient dans l'ombre des aînés des grandes familles.

Mais une dragoncelle foudroyante avait emporté Conan Malefoy dans la fleur de l'âge à en croire les membres les plus anciens de la famille. Et aujourd'hui, il ne restait plus de cet héritier éphémère qu'un petit spectre errant dans le manoir de Battle, là où il avait passé son enfance.

 

Comme quoi, le destin tenait parfois à bien peu de choses.

 

 

Ils en étaient là, à discuter avec Conan, lorsque la cheminée du salon se mit soudain à flamboyer, se parant de belles couleurs vertes :

- Qui est-ce ? Souffla Hortense en se redressant avec difficulté pour contempler l'âtre d'un air inquiet.

 

En effet, ils n'attendaient strictement personne ce matin-là et le flamboiement de la cheminée avait donc de quoi les intriguer, voire les inquiéter franchement :

- Qui est là ? Demanda Ignacius à son tour en s'approchant avec précaution, baguette brandie.

 

Au milieu des flammes, le visage de sa belle-sœur apparut soudain et il sursauta tandis que, prudent, Conan s'évanouissait dans une nuage de brume :

- Narcissa ? Demanda Hortense qui s'était levée avec difficulté derrière lui.

 

Dans les flammes, le visage de la sorcière hocha la tête et répondit :

- Bonjour, puis-je venir vous voir tout de suite ? Je suis en compagnie du Ministre Fudge et nous aurions besoin de vous.

 

Surpris, Ignacius n'en acquiesça pas moins tandis qu'Hortense appelait Jaody tout en se rasseyant avec précautions. Après tout, une visite ministérielle ne se refusait pas.

 

Pourquoi Fudge, le tout nouveau ministre de la Magie, venait-il les voir à l'improviste ? Et surtout, qu'est-ce que Narcissa avait à voir là-dedans ?

 

End Notes:

J'espère que ce chapitre vous a plus, pour ceux qui se poseraient la question: oui j'ai déjà visité la ville décrite et j'ai adoré! Si vous allez en Angleterre je vous conseille fortement ce site!

Rendez-vous précipité avec le nouveau Ministre by bellatrix92
Author's Notes:

Second chapitre posté!!

Alors, je n'en suis pas super contente mais j'espère quand-même que vous supporterez la lecture!

 

Par moment, il se demandait s’il ne devait pas cesser de chercher le sens de sa mission.

Après la journée bien plus qu’horrible qu’il avait passé la veille et rien qu’à l’idée de ce qui l’attendait aujourd’hui, Cornelius Fudge se sentait si tendu qu’il n’avait même pas avalé une tasse de thé ce matin-là, provoquant la vive inquiétude de sa femme.
En en ce début de matinée de la fin du mois de novembre, il se tordait les mains tout en faisant les cent pas dans le bureau ministériel, attendant l’épouse Malefoy qui avait demandé une audience auprès de lui.

Tout était prêt heureusement, la cheminée de marbre luisait comme un sou neuf tandis qu’un feu ronronnait à l’intérieur, les fauteuils disposés non loin sur un tapis oriental vert et or, autour d’une belle table basse assortie à l’imposant bureau de chêne qui trônait à côté d’une bibliothèque tout aussi assortie et tout aussi imposante. L’ensemble des ouvrages concernant le droit magique y était représenté, de même que différents plans, cartes et même quelques archives.
Cornelius avait décidé de recevoir Mrs Malefoy autour d’un thé, pas parce que c’était une femme, mais plutôt parce ce qu’avec ce qu’il s’apprêtait à lui apprendre, mieux valait qu’elle soit bien assise.
De toute manière, songea t-il avec une certaine ironie, même s’il n’avait pas eu lui-même une si bonne raison qu’aujourd’hui de la rencontrer, la demande d’un membre de cette famille se refusait difficilement quoique ce soit généralement Lucius et non Narcissa Malefoy qui attende après lui.
Il espérait juste qu’elle ne soit pas simplement venue pour, comme le pensait Filia jusqu’à la veille, se rassurer quant-à l’entrée de son fils à Poudlard. Car si tel était le cas, elle risquait vraiment de tomber de haut.

Le moins que l’on pouvait dire, c’est que Cornelius avait de bonnes raisons de s’inquiéter en prévision de ce qui allait suivre. Cette entrevue n’aurait pas du avoir lieu et le tout nouveau Ministre de la Magie le savait parfaitement. Si le moindre journaliste avait vent de ce qu’il était en train de tramer au fin-fond de son bureau, il savait qu’il pouvait faire une croix sur sa carrière, purement et simplement. L’opinion en effet ne tarderait pas à se soulever en apprenant ce qui se préparer, même si l’opinion n’aurait pas du avoir le moindre droit de regard sur la chose, pensait-il avec un agacement mêlé d’amertume.

Mais l’opinion était ce qu’elle était, toujours encline à se mêler de ce qui ne la regardait pas et préférant commenter son excès pondéral ou la forme de son chapeau plutôt que de s’intéresser aux conséquences profondes des lois qu’il avait faites passer au moment où il travaillait dans les transports magiques.
Par Merlin ! Le réseau des cheminettes sur tout le Royaume Uni, c’était lui ! L’amélioration des hiboux postaux et le transport de marchandises, c’était également lui ! Autant d’éléments qui avaient permis aux Sorciers de se passer de bien des services fournis uniquement par les moldus, et de gagner en confort de vie.
Alors qu’est-ce que cela pouvait leur faire aux gens s’il avait pris vingt kilos en dix ans ? Est-ce qu’ils se rendaient seulement compte de la pression que l’on subissait à longueur de journée en travaillant au Ministère ? Des horaires extrêmes au stress permanent en passant par la toxicité de la politique ?

Il y avait beaucoup de choses qui le rendaient amer depuis sa prise de fonctions et qui avaient tendance à lui emmener ce genre de pensées noires comme celles qui le hantaient à présent.
Et pour ne rien arranger à la situation, Cornelius se sentait particulièrement éprouvé aujourd’hui. Il revenait en effet d’une visite d’urgence à Azkaban, qu’il n’avait effectuée pour la première fois que la veille, pour deux raisons :
La première c’est que, depuis son accession au pouvoir, Albus Dumbledore en personne le poussait à aller voir par lui-même ce qui s’y passait afin de se rendre compte de la situation sur place. Le directeur de Poudlard étant un de ses mentors politiques, l’avis avait de quoi le faire réfléchir. Et même si la chose le répugnait et que son emploi du temps était très chargé, il avait très vite guetté une occasion de faire le voyage.
La seconde raison venait compléter la première : il avait finalement trouvé pour cette visite une bonne occasion, lorsque cet échange de courrier suspect entre deux membres des plus anciennes familles de sorcier d’Angleterre avait été porté à sa connaissance par le Département de la Justice magique.

Cornelius se faisait donc beaucoup de souci : il n’ignorait pas en effet que les vieilles familles sorcières, en particulier celles des 28 Sacrés, avaient la main sur le monde magique anglais, et que c’était de toute manière quelque-chose d’assez général dans le monde. Aussi des échanges, surtout désespérés comme celui qui l’avait alerté quelques jours plus tôt, ne pouvaient que l’alerter.

« Hé bien Cornelius, je ne vois pour vous aucune autre solution que de vous déplacer. » Lui avait répondu Dumbledore avant d’ajouter : « Je suis sûr que l’air marin vous revigorera après cette semaine éprouvante que vous venez de vivre ».

Sur la fin, Cornelius aurait pu rire à ce qui se voulait sans doute une boutade, mais il avait remarqué avec un étonnement mêlé d’inquiétude l’amertume qui avait soudain percé dans la voix de Dumbledore ainsi que l’étrange froideur de son regard.
Cela ne l’avait pas empêché de suivre son conseil, pour son plus grand malheur puisqu’il aurait à présent largement préféré tout ignorer de ce qui venait d’être porté à sa connaissance. Il se sentait las et complètement dépassé.

Prenant rapidement sa décision après le conseil alambiqué de Dumbledore, il s’était immédiatement rendu sur les lieux accompagné seulement d’un jeune auror du nom de Dawlish, qu’il avait d’ailleurs laissé par mesure de sécurité dans l’entrée de quartier de haute sécurité. Quelque-chose lui disait alors, malgré la répugnance et la crainte que lui inspiraient les lieux, qu’il valait mieux qu’il poursuive seul. Et la suite lui avait d’ailleurs largement donné raison.

Pourtant, visiter la prison pour la première fois de sa vie l’avait littéralement vidé de toutes ses forces en plus de le plonger dans un état de délabrement psychologique avancé, si bien qu’à son retour chez lui, il en tremblait encore et n’avait même pas touché au dîner que sa femme lui servait. Ce qui faisait que, s’il calculait bien, il n’avait rien avalé depuis la veille au matin.
Et le pire, c’est que ce n’était même pas la seule (ni la première) affaire sordide qu’il devait traiter cette semaine. Il était déjà sorti épuisé des quelques jours précédents, alors qu’il ne savait même pas encore ce qu’il aurait à gérer aujourd’hui. Rien d’étonnant à ce qu’il soit en train de craquer, n’importe qui en aurait fait autant.

Il faut dire que son mandat avait démarré sur les chapeaux de roues en cette fin d’automne 1990, alors que Cornelius Fudge venait juste d’arriver au pouvoir et qu’il se sentait à la fois peu sûr de lui et terriblement vulnérable. C’est qu’il n’était là que par défaut et qu’il le savait parfaitement. Personne ne lui voyait les épaules pour une chose pareille.
Et pour être honnête, Fudge se sentait complètement ballotté dans tous les sens, quelques semaines seulement après sa prise de fonction. Ce n’était ni les lois ni la charge de travail qui lui posaient problème, pour cela non, il y était habitué. C’était plutôt le côté sordide qui malmenait sa sensibilité.

Tout d’abord, environ une semaine plus tôt, il avait eu à gérer ce qui s’était finalement révélé un tragique accident sur fond de violences intra-familiales dans la ville de Hastings, là où vivait une partie non négligeable de la population sorcière du pays, notamment les descendants de nombreuses familles anciennes comme les Munch, les Malefoy et des personnes plus ou moins recommandables comme les Murray, les Finch et d’autres encore.
Si ces familles-là évoluaient en temps normal sans heurts avec les moldus, ce jour-là c’était la précarité extrême d’un mélange entre les deux qui s’était brutalement révélée. Et en cela, le récit de Mrs Munch qui avait assisté à une partie de la scène s’était révélé des plus éclairants.
La mère, cracmole, avait assisté totalement impuissante au déclenchement de colère de sa fille sorcière, déchaînement qui avait provoqué la mort du père de famille.

Cornelius avait clôt l’incident avec énormément de peine ainsi que l’aide d’Albus Dumbledore, épargnant la prison à une adolescente incapable de maîtriser quoi que ce soit, contre l’avis de beaucoup de monde, et étouffant au mieux le scandale.
Finalement il était retombé sur ses pattes et il n’hésitait pas à se dire aujourd’hui qu’il s’était plutôt bien débrouillé, du moins il lui semblait.

Mais depuis la veille et à son grand désespoir, une autre affaire encore plus embarrassante s’était révélée au Ministre, qui avait cru défaillir en comprenant de quoi il s’agissait véritablement au beau milieu du quartier de haute sécurité d’Azkaban.
Car ce qu’il avait appris lors de sa visite dans la prison se révélait à présent une vraie bombe et il se demandait s’il devait vraiment prendre le risque de la lâcher au milieu du monde magique anglais.
Il y avait là de quoi réveiller de bien mauvais souvenirs, datés de l’époque où Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-le-Nom faisait régner la terreur.

Dumbledore lui-même avait son avis sur la question :
« Vous avez le choix Cornelius, du moins dans la mesure où Bellatrix Lestrange supporte la chose jusqu’à son terme, et je pense d’ailleurs que sa puissance magique ainsi que l’aide que vous vous êtes empressé de lui fournir va le lui permettre. » Lui disait encore Albus Dumbledore la veille au soir, lorsqu’il s’était empressé de venir le trouver en revenant d’Azkaban.
- Comment cela, j’ai le choix ? Lui avait répliqué Cornelius qui se sentait encore totalement bouleversé.
- Hé bien, lui avait répondu le vieux sorcier. Disons que vous avez deux solutions : soit vous ne mettez personne d’autre dans la confidence et vous abandonnez la situation à la nature, ce qui aura sans aucun doute possible les conséquences funestes que nous devinons. Soit vous tentez de sauver ce qui peut l’être… Si je ne m’abuse, c’était déjà votre idée lorsque vous avez dépêché un médicommage à Azkaban.
- Pour des questions de sécurité, je ne suis pas sûr qu’il soit véritablement efficace, avait répondu Cornelius. Les détraqueurs ont consenti à quelques aménagements, mais ils ont posé des conditions drastiques afin d’éviter tout risque d’évasion.
- Vous avez fait ce que vous pouviez Cornelius, avait répondu Dumbledore d’une voix douce. Maintenant si suite il y a, il va falloir l’assurer…

Ils s’étaient regardés tous les deux d’un air malheureux, avant que Dumbledore lui-même n’aille plus loin :
- Pour commencer, lui avait-il dit. Que comptez-vous faire de l’enfant ?

La question avait de quoi troubler en effet :
- Hé bien, lui avait répondu Cornelius sur un ton mesuré. En admettant que l’enfant de Bellatrix et Rodolphus Lestrange survive, il lui restera pour toute famille son grand-père maternel, Cygnus Black, sa tante Narcissa Malefoy, Son autre tante Androméda Tonks… Ou bien du côté de la famille Lestrange, des cousins du nom de Frühehof qui vivent en Allemagne ou en Autriche, je ne sais plus très bien… Une ancienne et respectable famille en tout cas mais je ne sais pas s’ils se sentiraient de la prendre avec eux.
- Oui, j’ai eu l’occasion de les côtoyer il y a quelques décennies, en effet… Avait répondu Dumbledore sur un ton mesuré qui n’augurait rien de bon.
- Qu’en pensez-vous Dumbledore ?

Le vieil homme s’était levé de son bureau qu’il avait contourné à pas lents et avait observé la fenêtre avec inquiétude, avant de répondre :
- Nous avons un enfant, qui s’il atteint l’âge adulte, sera l’héritier, ou l’héritière, d’une des fortunes les moins négligeables du monde sorcier anglais et même de l’Europe, autrement dit un parti de choix et une sacrée pièce de l’échiquier politique. Il nous faut être vigilant quant-à son devenir Cornelius, et même au-delà de la vigilance qu’il nous faut apporter au devenir de chaque enfant, je suis bien placé pour le savoir.
- Très bien, mais que me conseillez-vous ?
- Malheureusement, je ne peux vous être d’une grande utilité, car la situation présente est à mes yeux assez insoluble.
- Par Merlin, pourquoi donc ?
- Hé bien… Le plus proche parent et, à priori, le plus approprié pour prendre en charge ce bébé, s’il survit, ce serait Cygnus Black. Mais au-delà de convictions très personnelles qui pourraient m’engager à éviter ce choix à tout prix, c’est un vieil homme, qui est largement sur sa fin et il ne sera pas en mesure de l’élever.
- J’avais entendu que, dans la sphère privée, c’était un homme brutal, avait soufflé Cornelius.
- On peut le dire, oui. Les cousins Frühehof m’inquiètent également mais pour d’autres raisons, et de plus ils vivent à l’étranger… Androméda Tonks a un passif beaucoup trop difficile avec sa sœur pour accepter une telle chose, du moins je le pense. Et surtout, au vu de ses relations très tendues par rapport à d’autres familles de Sang-Pur, ce serait la mettre clairement en danger que lui confier l’enfant de Bellatrix et Rodolphus Lestrange. Il ne reste donc plus que les Malefoy, et là encore je ne suis guère rassuré. Si nous parlions d’Abraxas encore… Mais vous n’ignorez pas ce que je pense de Lucius…
- Non, avait répondu Cornelius. Je ne l’ignore pas. Personne ne l’ignore au Ministère.
- Cela dit, avait fait observer Dumbledore. Je crois que ce qui vous a alerté est une lettre de Bellatrix Lestrange à sa sœur, suivie d’une demande d’audience de la part de celle-ci.
- Oui c’est bien cela. Je vois Mrs Malefoy demain matin d’ailleurs.
- Très bien, répondit Albus. Il y a fort à parier qu’elle tient à la plus grande discrétion possible et c’est en effet le mieux. Aussi, ne parlez de cela à personne. Recevez-la seule et assurez-vous de n’être pas écoutés. Exposez-lui la situation. Je crois qu’elle est encore la mieux placée pour envisager une solution. »
- Vous pensez que Narcissa Malefoy saura quoi faire ?
- Elle connaît sa sœur, pour le meilleur et pour le pire. Et dans une certaine mesure elle a évité de faire les mêmes choix qu’elle… Répondit Dumbledore. Paradoxalement ce serait le meilleur choix en effet, un arrangement raisonnable. Sans doute n’a t-elle encore aucune idée de la raison pour laquelle elle a reçu ce courrier cependant. Il va vous falloir jouer fin et surtout l’empêcher de mettre trop de monde dans la confidence… Le mieux serait même que, durant le plus longtemps possible, l’identité de l’enfant soit connue du moins de monde possible.
- Bien Dumbledore…


Alors qu’il ressassait le souvenir de cet entretien avec Dumbledore tout en faisant les cent pas au milieu de son bureau, Cornelius fut soudain tiré de ses sombres pensées par le bruit que fit son assistant en ouvrant la porte du bureau :
- Monsieur le Ministre, votre rendez-vous de neuf heure est arrivé, lui dit le jeune homme.

Cornelius regarda sa montre, et constata qu’il était huit heure cinquante-cinq, preuve que Mrs Malefoy devait être elle-même très agitée car, habituellement, les gens comme elle avait une fâcheuse tendance à se faire attendre.
A l’idée qu’elle sache déjà, ou bien qu’elle ait deviné, sa propre anxiété monta encore d’un cran.

Non, c’était trop difficilement envisageable. Aujourd’hui, c’était bien lui qui avait la main sur les informations et il avait la ferme intention d’en profiter pour gérer au mieux ce qui était une question de vie ou de mort.
Et il était d’autant plus décidé que Dumbledore lui-même l’avait encouragé à faire preuve de courage dans cette affaire qui pourtant, il en était sûr à présent, le dépassait de très loin.
- Ne la faîtes pas patienter, dit-il en affichant sa bonhommie habituelle, celle qui mettait à l’aise les plus récalcitrants de ses interlocuteurs et lui avait déjà permis d’éteindre pas mal d’incendies.
- Comment ? Lui demanda le jeune homme.
- Qu’elle entre tout de suite. Et veuillez nous porter quelque-chose à boire.

Ils allaient en avoir besoin, cela au moins était une chose sûre. Le plus remarquable cependant, ou le plus incongru suivant l’angle que l’on prenait, c’est qu’à présent que Cornelius Fudge se levait pour accueillir Mrs Malefoy et quand-bien-même c’était elle et non lui qui lui avait demandé cet entretien, c’est lui qui allait lui apprendre des choses.
Pourtant, il était soulagé que la demande soit venue de la sorcière, d’autant qu’elle avait agi par l’intermédiaire de son épouse, ce qui rendait la chose compréhensible sinon totalement habituelle.

L’épouse de Lucius Malefoy s’était en plus montrée extrêmement prudente, précisant simplement à Filia qu’elle doutait fortement de l’authenticité d’un courrier à son adresse expédié depuis Azkaban. Et elle avait ajouté craindre une attaque contre sa réputation, d’autant que Drago entrait à l’école l’année suivante. Le prétexte était parfait mais voilà, Cornelius en savait bien davantage à présent.

Il savait parfaitement pourquoi la mangemort avait envoyé cette lettre désespérée depuis Azkaban, et en cela il se félicitait de s’y être rendu. S’il avait du recevoir Mrs Malefoy sans être au courant de quoi que ce soit, la situation se serait probablement trouvée dans l’impasse.
Certes, il aurait pu trouver un moyen de lui donner le privilège d’aller à Azkaban si elle l’avait demandé avec insistance, ainsi que le demandait Bellatrix Lestrange dans sa lettre. Mais ensuite ?

Non, rien n’aurait été simple, ou plutôt la situation se serait révélée encore plus compliquée qu’elle ne l’était déjà.
Mais déjà la dame entrait, et même s’il l’avait déjà aperçue de loin, Cornelius ne put s’empêcher de penser qu’elle était d’une grande beauté, quoique l’air de famille avec la mangemort de sinistre réputation qu’il avait visité la veille soit clairement perceptible.
- Mrs Malefoy, bonjour, dit-il en faisant un baisemain à la jeune femme à l’air altier qui venait d’être introduite dans son bureau.

Il l’invita sans tarder à s’asseoir sur un des fauteuils qui se trouvait devant la cheminée, demandant qu’on leur apporte du thé et expliqua directement :
- Nous allons avoir à parler ma chère. Je me suis rendu moi-même à Azkaban hier. L’affaire est d’importance, croyez-moi.

Narcissa Malefoy était déjà tendue en entrant, mais à ces mots elle pâlit tandis que ses yeux s’écarquillaient et Fudje comprit qu’il avait pris le pas sur la conversation.
- Vous y êtes allé ? Souffla t-elle.

Ainsi effrayée, elle ne ressemblait plus guère à la mangemort de sinistre réputation qui était sa sœur.
Cornelius Fudge ignorait d’ailleurs comment la dîte-mangemort pouvait avoir trouvé la force d’écrire à sa famille avec la présence des détraqueurs, mais c’était un droit donné aux prisonniers et elle l’avait tout de même fait :
- Pour commencer, dit Cornelius Fudge. La lettre que vous avez reçue est bel et bien authentique. Votre sœur me l’a confirmé.

Pâle, Narcissa acquiesça et murmura d’une voix faible :
- Merci infiniment d’avoir fait le déplacement. Je dois dire que j’ai sérieusement douté de l’authenticité de ce courrier en voyant la piètre qualité de la graphie employée. De plus, c’était la première lettre que je recevais d’elle depuis son incarcération.
- Ne me remerciez pas trop vite, répondit Cornelius. Nous avons encore à discuter de l’affaire. Mais qu’en savez-vous tout d’abord ?
- Seulement ce que m’en a dit le courrier, répondit Narcissa. Bellatrix me disait qu’il fallait absolument qu’elle ait la possibilité de me parler. Qu’il fallait que je sollicite une visite auprès d’elle et que je fasse vite ainsi que dans le plus grand secret possible. Elle me suppliait littéralement de ne rien dire à Lucius et ajoutait que je devais vous expliquer que, si vous laissiez la situation telle, vous devriez plus tard en gérer les conséquences...

La jeune femme avait beau avoir l’air inoffensive et presque naïve, Cornelius ne s’y trompait pas. Il devinait la suite sans aucune peine d’ailleurs. Comme son fils Drago devait rentrer à Poudlard l’année suivante, Narcissa Malefoy avait pris prétexte de vouloir préparer le terrain auprès du nouveau ministre (lui-même donc) pour avoir une raison de venir le voir rapidement, et sans que cela n’éveille les soupçons de son mari. Elle devait même avoir embobiné celui-ci en expliquant que sa visite, obtenue par l’intermédiaire de son épouse Filia, serait beaucoup plus discrète...
- Vous vous êtes bien gardée de prévenir Mr Malefoy, si je devine bien.
- Il ne sait rien de tout cela en effet. Du moins je l’espère. Par chance, la lettre de Bellatrix est arrivée alors qu’il était en déplacement et je l’ai réceptionnée immédiatement. Mon fils non plus n’a rien vu.
- A ma connaissance, répondit Cornelius. Je suis le seul au courant à part le chef du Département des Mystères qui a autorisé la lettre à vous parvenir, après m’en avoir avisé. Personne n’aura rien dit à votre mari, car personne ici ne sait quoi que ce soit et heureusement. Quoi qu’il en soit, je suis bien en mesure de vous confirmer que Bellatrix Lestrange vous a envoyé la lettre que vous avez reçue, et qui a d’ailleurs intrigué aussi les langues de plomb dans les mains de qui elle est tombée…
- Par Merlin, souffla Mrs Malefoy.

Cornelius acquiesça, conscient qu’il abordait à présent la partie cruciale de l’entretien, il déclara :
- J’ai eu la connaissance des faits il y a deux jours et je me suis donc rendu hier à Azkaban où, après beaucoup de difficultés, j’ai obtenu de connaître la raison qui poussait Bellatrix Lestrange à vous contacter.

A présent, Narcissa Malefoy était plus pâle qu’une momie, comme si elle avait compris que ce qu’il allait lui annoncer était très grave et Cornelius poursuivit :
- Elle a fini par tout m’avouer lorsque je lui ai fait comprendre qu’il n’y avait aucune chance que sa requête aboutisse. Comme j’étais seul, elle n’avait pas grand-chose à perdre et d’ailleurs Rodolphus Lestrange qui était avec elle a achevé de la convaincre... Mrs Malefoy, votre sœur est enceinte. Elle attend un bébé.
- Comment ?

Narcissa avait poussé un cri. Elle s’affaissa légèrement sur son fauteuil et, sous l’effet de la stupeur et sans doute de la gêne, elle rougit.
- Comme sa grossesse était déjà très avancée, ajouta Cornelius. J’ai pu constater la véracité de la chose une fois qu’elle a cessé de cacher son état. Cela m’a permis de prendre rapidement la mesure de la situation, ainsi que de son urgence et j’ai dépêché sur place un médicomage.
- Comment… Je n’y crois pas… Murmura Narcissa.
- C’est invraisemblable en effet, mais pas impossible cependant. Car les détraqueurs sont aveugles et ils ne font pas la différence entre homme et femme. Bellatrix et Rodolphus Lestrange partageaient la même cellule lorsque je suis arrivé à la prison. Cela va changer, je dois vous le dire...

Il n’en dit pas plus, soudain lui-même gêné par le contenu de la conversation.
- Comment, comment se porte t-elle ? Souffla Narcissa Malefoy d’une voix effrayée.
- On pourrait dire pas trop mal, au vu de son état. Fatiguée et perdue je dirais. En tout cas elle est véritablement proche du terme. C’est pour cela que je l’ai faite immédiatement surveiller et examiner par le médicomage qui est affecté à la prison jusqu’à nouvel ordre.
- Proche du terme ?
- Je dirais que c’est aujourd’hui une question de jours. Quoi qu’il en soit, ce problème doit être réglé.
- Réglé comment ? Demanda Narcissa Malefoy.
- Et bien cet enfant, s’il survit, devra être pris en charge. Comment, cela reste à définir.
- Mon père n’est pas en état de prendre cet enfant avec lui, souffla Narcissa. Mon autre sœur… Il en est hors de question bien entendu… La famille des Lestrange est trop éloignée, sans compter qu’elle vit à l’étranger et que je ne les apprécie guère… Il ne reste plus que mon mari et moi.

Cornelius se tut un instant et ajouta :
- Vous allez donc mettre votre mari au courant de la chose, pensez-vous qu’il acceptera ?

Narcissa Malefoy l’arrêta d’un geste de la main, mais elle ne répondit pas tout de suite, elle prit quelques secondes pour réfléchir avant de relever les yeux vers lui et de murmurer :
- Si cet enfant est reconnu comme celui des Lestrange, sa vie va être un enfer et je peux même garantir qu’elle risque d’être très courte…
- C’est un problème oui. Mais nous pouvons le cacher, et si sa sécurité le demande, nous pouvons l’intégrer à un orphelinat moldu ou personne n’ira jamais le chercher…
- Cela non ! S’écria Narcissa Malefoy.

A présent, la colère perçait dans son regard et Cornelius s’empressa d’ajouter :
- Je reconnais que c’est paradoxal, mais ce serait une couverture excellente.
- Non, souffla Narcissa Malefoy. Je ne peux pas permettre cela. Je… Peut-être y a t-il une autre solution.
- Laquelle ? Demanda Cornelius.
- A mes yeux il vaut mieux que le moins de personnes possibles soient au courant de la véritable identité de ce bébé. Nous sommes déjà deux, et je connais deux autres personnes de confiance qui pourraient nous êtres plus qu’utiles…

Cornelius fut si surpris de voir apparaître un sourire sur ce visage si pâle qui lui faisait face qu’il murmura :
- Dîtes-moi donc tout.
- Hé bien, répondit Narcissa Malefoy. Je pense que le plus judicieux, en admettant que le bébé survive, serait de le confier à mon beau-frère Ignacius ainsi qu’à son épouse.
- Vous parlez d’Ignacius et Hortense Malefoy ?
- Oui… Je pense que ce serait la meilleure solution.
- Pourquoi demander à votre beau-frère une telle chose ? Demanda Cornelius, quoiqu’il commence lui aussi à se douter de la raison. Pourquoi à eux précisément ?

Narcissa Malefoy lui répondit :
- Hortense n’arrive pas à avoir d’enfants et en souffre énormément, depuis des années, de même qu’Ignacius. Ils m’avaient confié il y a quelque temps qu’ils envisageaient sérieusement de se lancer dans des demandes d’adoption. Bien entendu comme il n’était question pour des Malefoy que d’adopter un enfant de Sang Pur, cela avait donc peu de chances d’aboutir, vu le contexte. Ils ont fini par y renoncer la mort dans l’âme…
- Vous pensez donc qu’ils accepteraient ce bébé qui n’est pas le leur ? Et si je vous suis, vous espérez même qu’ils le feront passer pour le leur.
- J’en suis pratiquement sûre, répondit Narcissa Malefoy. Ainsi seules quatre personnes seront au courant de l’identité de cet enfant. Ce serait sans doute le mieux pour lui comme pour tout le monde.
- Vous cacherez donc la chose à votre mari ?
- Je pense qu’il vaut mieux pour lui qu’il l’ignore en effet, Lucius vit dans le souci absolu de sa famille et une telle interversion le bouleverserait et le pousserait sans doute à commettre des actes imprudents ou à tout divuulguer. Il a un orgueil un peu à fleur de peau vous voyez…

Elle ajouta après une brève hésitation :
- De toute manière, l’enfant étant de Sang-Pur, il ne portera pas atteinte à notre famille, loin de là. Laissons donc Lucius croire, tout comme mes beaux-parents, et croisons les doigt pour que tout se passe bien...


Cornelius fixait à présennt son interlocutrice avec indécision. Il ne connaissait le couple dont elle parlait que de réputation, et pas forcément dans le bon sens, au moins pour Ignacius Malefoy qui s’était déjà fait remarquer deux fois : la première à cause d’un tapis volant mal réparé qui avait provoqué un incident indésirable chez les moldus, et la seconde pour quelque-chose de bien plus grave : Il avait ni plus ni moins entravé l’action des aurors, justement lors de l’arrestation des Lestrange !

S’il ne s’était pas retrouvé à Azkaban après cela, c’est simplement parce que sa bonne foi avait finalement été établie, lui évitant un procès.
- Si je ne m’abuse, fit remarquer Cornelius à Narcissa Malefoy. Votre beau-frère était assez proche des Lestrange, avant leur arrestation ?
- De Rabastan Lestrange surtout, répondit Narcissa Malefoy sur un ton gêné. Ils se connaissaient de Poudlard. Ignacius est tombé de très haut ce fameux soir que vous savez…

Narcissa Malefoy avait donc deviné le fond de sa pensée et ses réticences :
- J’imagine, répondit Cornelius. S’il ne savait rien de leurs activités…
- Et étant donné qu’il était sous Imperium surtout… Tout comme Lucius d’ailleurs.

Cornelius acquiesça gravement et eut la prudence de changer de sujet :
- Maintenant, dit-il. Si vous êtes sûre de votre choix, il serait de bon ton de contacter votre beau-frère et son épouse. Pensez-vous que nous puissions le faire rapidement.
- Ils sont chez eux, répondit Narcissa Malefoy sans hésiter une seule seconde. Si vous le permettez je vais les appeler immédiatement.
- Comment cela, maintenant ?
- Oui, maintenant c’est le mieux. Plus tard, Ignacius risque d’être parti.

Sitôt qu’il lui eut donné son accord, Narcissa Malefoy se leva d’un pas énergique qui ne cachait pas sa profonde fébrilité, se dirigea vers la cheminée sur le manteau de laquelle elle saisit une poignée de poudre de cheminette et, quelques secondes plus tard, elle disparut dans les flammes vert émeraude.
Son absence cependant ne dura guère et, quelques minutes plus tard seulement, elle était de retour auprès de Cornelius :
- Nous pouvons y aller, dit-elle. Ignacius et Hortense vont nous recevoir.
- Chez eux ? S’étonna le Ministre de la Magie.
- C’est le plus pratique, répondit Narcissa Malefoy. Ma belle-sœur n’est pas en état de se déplacer, et certainement pas en transplannant ou par cheminée interposée. C’est une femme fragile, et pour cette décision il serait hors de question de la maintenir hors de la boucle des informations, ne serait-ce qu’un instant. Venez Cornelius.

Il fut surpris qu’elle ne l’appelle pas « Monsieur le Ministre », et encore davantage lorsqu’elle l’entraîna hors de son propre bureau et qu’il ne put que marcher à sa suite, traversant les couloirs et le hall, jusqu’à sortir du Ministère par l’entrée visiteur.
- Où allez-vous Mrs Malefoy ? Demanda t-il à la sorcière qui regardait précautionneusement autour d’elle, dans la rue presque déserte.
- Prenez mon bras, ordonna t-elle. Je vais vous conduire au manoir de Battle.

Cornelius comprit alors : le manoir était probablement incartable et soumis à un enchantement de protection spécial, interdisant l’accès à une bonne partie des sorciers du pays, sauf invitation expresse. Autant dire que sans Narcissa Malefoy, il n’avait aucune chance d’y accéder. Il saisit donc le bras de la sorcière et, moins de deux secondes plus tard, ils s’évaporaient de la rue à la cabine téléphonique sans que personne ne les ai vu le faire.
Powdermill Lane by bellatrix92
Cornelius Fudge était si dérouté par la réaction de Narcissa Malefoy qu’il faillit s’écrouler à l’atterrissage et maintint de justesse son équilibre. Son coeur battait désagréablement, la nausée l’avait gagné comme à chaque fois qu’il transplannait et plusieurs secondes s’écoulèrent même avant qu’il ne distingue l’environnement autour de lui.
Il ne faisait pas très froid, mais l’humidité était là, faisant flotter sur les lieux une brume à l’aspect mystérieux. Cornelius et Narcissa Malefoy avaient surgi sur une route de campagne entièrement bordées de haies épaisses et touffues, sauf à l’endroit où ils se trouvaient puisque celui-ci formait un croisement, entre la route en elle-même et un chemin de terre qui remontait la pente.

« Powdermill Lane – Phantom Alley » indiquaient les deux panneaux accrochés au mur de brique qui leur faisait face, ou plutôt aux deux piliers de briques qui encadraient ce chemin.
Lorsque Cornelius eut repris ses esprits et que ses yeux eurent discerné les charmes de protection qui s’estompaient peu à peu devant lui, il réalisa enfin où il se trouvait : Dans l’un des quartiers les plus secrets du monde magique, où même en temps que représentant du Ministère il n’avait encore jamais mis les pieds.

Les lieux étaient huppés, très huppés même si certaines maisons paraissaient plus modestes de chaque côté du chemin.
Sans un mot et la gorge visiblement nouée, Narcissa Malefoy l’entraîna encore à sa suite le long de Phantom Alley, en direction du manoir ancien mais coquet qui se trouvait tout au bout et se dessinait dans la brume hivernale de cette journée de novembre. Cornelius la suivit. Lui aussi se sentait très tendu mais il remarquait à présent que de l’effroi, le visage de la sorcière avait changé d’expression, affichant à présent une détermination farouche.

Narcissa Malefoy savait exactement ce qu’elle faisait et elle était bien décidée à obtenir gain de cause, plus aucun doute n’était possible, de même que sur le fait qu’elle avait pris la main sur leur duo. Elle menait, et lui exécutait. La situation avait complètement basculé en quelques minutes seulement.

Dans un éclair d’amusement, il se demanda si, dans le privé, c’était également comme cela que les choses se passaient. A force de côtoyer des hommes puissants, il avait en effet fini par se rendre compte que certains étaient littéralement menés à la baguette par leur épouse.
Narcissa Malefoy pouvait-elle faire partie de cette catégorie de femmes, insoupçonnables derrière leur apparence raffinée, mais des plus autoritaires dans leur maison ?

Non, il en doutait fortement à vrai dire. Lucius Malefoy n’était pas un simple petit chef comme ceux qu’il côtoyait au Ministère, il voulait le croire. Ce type-là aussi savait parfaitement ce qu’il faisait…

Cornelius s’accordait même à penser qu’il l’avait toujours su.
Mais Narcissa Malefoy ne devait cependant pas être un élément à négliger dans ses plans. Maintenant que, tout en marchant derrière elle, il se souvenait des bruits qui courraient sur elle, il lui semblait bien qu’il avait eu vent quelques temps auparavant d’une rumeur, selon laquelle c’est bien elle qui aurait remporté la bataille de savoir où leur fils serait scolarisé, et non Lucius Malefoy qui, disait-on, voulait envoyer son fils unique à Durmstrang.

Enfin, les deux ou trois centaines de mètres qui les séparaient du Manoir furent derrière eux et Narcissa Malefoy s’arrêta juste devant la grille. Ils n’eurent que quelques secondes à attendre.
Le portail se volatilisa devant eux, dévoilant un jardin soigneusement entretenu, juste au moment où Cornelius Fudge apercevait Ignacius Malefoy qui se tenait debout et sa baguette brandie sur le perron de sa demeure.

L’homme avait les cheveux d’un blond un peu plus foncé que son frère, et ils étaient également un peu plus courts, exactement comme dans les vagues souvenirs de Cornelius.
En revanche leurs yeux gris étaient parfaitement identiques si ce n’est que ceux d’Ignacius Malefoy ne reflétaient pas tout à fait la même morgue que ceux de Lucius. Son expression était également plus avenante qu’autoritaire. Il était vêtu d’une simple mais élégante robe de sorcier gris perle, sur laquelle il n’avait visiblement pas jugé utile de jeter une cape, preuve qu’il avait sans doute passé le début de matinée à l’intérieur et n’avait pas prévu de sortir.

Cornelius le salua et le remercia de le recevoir si vite sur un ton qu’il sentit lui-même très empressé, Ignacius Malefoy les fit aussitôt entrer :
- Hortense nous attend au salon, dit-il.

Et il les laissa le précéder dans la demeure en s’effaçant devant eux. Ou plutôt, Cornelius suivit prudemment Narcissa Malefoy qui entrait devant lui dans une pièce qui, si elle était de dimensions modestes et décorée avec davantage de raffinement que de clinquant, n’en était pas moins magnifique.
C’était le hall du manoir, tout en boiseries et plafond à caissons, au mur duquel se détachait simplement deux photographies soigneusement encadrée représentant les Malefoy de la génération précédente : la première pour Abraxas et Nephtis Malefoy, et la seconde pour un jeune garçon au teint pâle, âgé visiblement d’une huitaine ou d’une dizaine d’années. « Conan Malefoy » était-il inscrit sous l’image, et ce nom n’évoquait rien cependant à Cornelius qui ne put s’empêcher d’en être un peu intrigué.

Il n’eut pourtant pas le temps de s’attarder sur la chose, car ils passèrent immédiatement au salon, dans un décors encore bien différent.
Ici les murs étaient peints d’un bleu très clair, le plafond blanc sobrement mais parfaitement mouluré et des meubles de chêne ainsi que des fauteuils d’un bleu profond étaient disposés dans la pièce, en arc de cercle autour d’une belle cheminée au feu ronronnant. Une table basse trônant au centre de l’édifice.

C’était à la place la plus proche de la cheminée que les attendait la maîtresse de maison, allongée sur une duchesse de la même couleur que le reste du mobilier. Elle se leva d’ailleurs pour les accueillir et Cornelius remarqua aussitôt qu’elle semblait souffrir d’un équilibre précaire. D’ailleurs son mari s’empressa de venir lui prendre le bras. Vu la blancheur de son teint, il y avait fort à parier que les rumeurs disaient vrai et qu’elle était d’une santé terriblement fragile. Cornelius cependant, mobilisa tous ses efforts afin de ne rien laisser paraître de son trouble. Il se contenta de la saluer chaleureusement.

Légèrement plus petite que Narcissa Malefoy, fine et très délicate mais aussi bien moins altière, Hortense Malefoy avait de longs cheveux bruns encadrant un visage pâle illuminé de deux beaux yeux noirs au regard doux comme celui d’une biche, mais aujourd’hui étrangement cernés.
Oui, Hortense Malefoy avait les traits tirés au-delà de sa beauté et Cornelius ne s’y trompait pas : cette femme-là mourrait jeune. Elle n’était d’ailleurs pas la première sang-pur qu’il voyait affligée d’une telle malédiction du sang.

Mais pour l’heure, elle le regardait en souriant avec douceur avec sa jolie bouche carmin, et elle l’invita à s’asseoir de la manière la plus douce qui soit. Cornelius se sentit charmé et prit place juste face à elle tandis que Narcissa Malefoy s’installait en face de son beau frère.
Quelques secondes plus tard, un elfe entra avec un plateau dans les bras qu’il déposa sur la table basse avant de servir tout le monde, Narcissa Malefoy en premier, puis Cornelius et ensuite le couple des hôtes :
- Merci Jaody, murmura Hortense Malefoy avec un sourire en recevant sa tasse.

L’elfe s’inclina devant elle avec déférence et, lorsque Ignacius Malefoy fut servi, il le remercia également. Cornelius en resta totalement coi mais, par politesse, il ne fit aucune remarque même si c’était bien la première fois qu’il entendait que l’on remercie un elfe.
Tous les quatre sirotèrent leur thé en silence durant quelques instants, comme si chacun ici présent avait eu conscience de la gravité de la situation.

- Pourquoi avez-vous besoin de nous ? Demanda cependant rapidement Ignacius Malefoy.

Cornelius sentit sa gorge se nouer. Ignacius Malefoy se doutait bien qu’ils n’étaient pas simplement venus prendre le thé, cela n’aurait eu aucun sens.
- Hé bien… Répondit-il. Nous sommes venus vous partager une situation délicate.

Durant une seconde, il se demanda si Narcissa Malefoy n’allait pas elle-même tout leur expliquer, mais comme elle se tournait vers lui, lui faisant comprendre par la même occasion qu’il lui revenait de parler, Cornelius poursuivit, la gorge de plus en plus nouée :
- Bien. Pour commencer, je dois vous raconter ma journée d’hier…

A la vérité, il ne savait pas par où commencer et c’est ainsi qu’il se lança aussitôt dans le récit, livrant à Ignacius et Hortense Malefoy un exposé complet et fidèle des événements qui l’avaient poussé à se rendre à Azkaban, puis de ce qu’il y avait découvert.
- Enceinte ? Souffla Hortense horrifiée. Dans cet endroit maudit ?

Cornelius acquiesça gravement. A la mention de la prison, puis des mangemorts qui la peuplaient, il avait remarqué qu’une violente émotion envahissait le visage de ses deux hôtes. Cependant, les trois Malefoy le laissèrent parler jusqu’au bout sans plus l’interrompre, même si Hortense Malefoy, qui avait pâli dès la première mention d’Azkaban, se mettait légèrement à trembler et que son mari se décomposait encore plus qu’elle au fur et à mesure de son récit.

Enfin, celui-ci arriva à sa fin.
Fort heureusement pour Cornelius, qui ne savait pas comment aborder le vif du sujet avec le couple, Narcissa Malefoy prit le relais à ce moment précis :
- Si je suis venue vous voir, dit-elle gravement. C’est que je suis désespérée et que je ne sais comment gérer la situation moi-même.
- Tu attends que nous prenions en charge ce bébé, devina Hortense Malefoy sur un ton dans lequel il était impossible de déterminer si elle était terrifiée, surprise ou horrifiée par la perspective.
- Oui, avoua Narcissa Malefoy. Je sais que cela peut paraître très audacieux, mais même si je suis sa plus proche parente, j’ai peur de ce qui va suivre si je le prends en charge.
- Tu crains des représailles ? Demanda Ignacius Malefoy.
- Sur Lucius ou moi-même, oui, répondit Narcissa la sorcière. Mais surtout, je crains ce qui pourrait advenir pour cet enfant, car tout le monde saura qui il est et… Je ne suis pas sûre que Lucius soit prêt à endosser son éducation.

Ni Ignacius, ni Hortense Malefoy ne répondirent rien à cela. Un lourd silence s’installa entre eux et Cornelius sentit avec horreur la tension qui animait le trio de Malefoy.
Puis, soudain, Ignacius reprit la parole :
- Ce bébé à naître, dit-il en s’adressant à Cornelius. Êtes-vous sûr qu’il est bien celui de Bellatrix et Rodolphus Lestrange ?
- Ce bébé est de sang-pur, répondit Cornelius. Cela je peux vous le jurer. En plusieurs années, il n’y a eu aucun changement de cellules, les détraqueurs me l’ont confirmé.

À ces mots, Hortense Malefoy fut prise d’un frisson qui la secoua des pieds à la tête :
- Pourquoi nous demander à nous, Narcissa ? Souffla t-elle à l’adresse de sa belle-sœur.
- Parce que j’ai en vous plus de confiance qu’en quiconque, répondit Narcissa Malefoy. Et parce que je sais que durant des années, vous avez tenté d’avoir des enfants à tout prix…

Cornelius se rendit compte qu’elle aussi avait perdu toute son assurance et qu’elle peinait véritablement à formuler sa demande de manière argumentée. Lui-même aurait bien pris le relais mais il ne savait plus quoi dire.
Pendant ce temps, en face d’eux, le couple échangeait un long regard encore indéchiffrable.
- C’est vrai oui, répondit soudain Hortense Malefoy sans même les regarder et comme pour elle-même.

Ignacius Malefoy acquiesça lentement au regard très insistant qu’elle lui lançait, et répondit tout en se tournant vers eux, mais sans quitter sa femme des yeux :
- On peut tenter… D’après ce que vous nous racontez, la survie de cet enfant n’est pas du tout assurée, mais on peut tenter…

Bien qu’ils ne les regardent pas, Cornelius pouvait clairement voir dans les yeux du couple l’espoir qui le disputait à la peur. Il pouvait presque ressentir la tempête intérieure qui les habitait, depuis qu’avec Narcissa Malefoy ils leur avaient révélé la situation des Lestrange.
- Hortense a déjà perdu deux bébés et sa santé en a sérieusement pris un coup, ajouta Ignacius d’une voix encore incertaine. Vous le voyez bien. La voir s’enfermer chez nous ne surprendra donc personne…
- D’autant que nous se sommes pas sortis en public ensemble depuis plusieurs mois, fit remarquer la jeune femme. Oui, je pense que c’est la meilleure chose à faire
- Comment cela ? Demanda Cornelius soudain effrayé, mais également intrigué par la manière que le couple avait de communiquer entre eux sans même formuler leurs pensées.

Cette fois-ci, Ignacius Malefoy se tourna franchement vers lui et le fixa d’un air presque féroce :
- Nous acceptons, dit-il. Nous nous occuperons de cet enfant s’il survit et nous ferons tout notre possible en ce sens.
- Merci… Soufflèrent en même temps Cornelius et Narcissa Malefoy.
- Mais nous mettons une condition, répondit brusquement Ignacius.
- Laquelle ? Demanda Narcissa Malefoy, dont la voix n’était plus qu’un souffle et qui paraissait soudain sur le point de s’évanouir.

C’est Hortense Malefoy qui lui répondit, avec plus de douceur que son mari certes, mais avec la même fermeté implacable :
- L’enfant sera le notre, dit-elle. Et personne ne saura jamais rien de ses origines.

Le soupir de soulagement que poussa l’épouse de Lucius Malefoy les fit tous sursauter et, durant un instant, Cornelius craignit qu’elle ne s’effondre effectivement.
- Donc, ajouta Hortense Malefoy. Ignacius propose que je m’enferme et que je fasse mine de souffrir d’une affection quelconque. C’est ce que je ferai, tout en laissant entendre à de proches amies que j’ai de bonnes raisons d’essayer de me préserver, si nécessaire. Mais à vrai dire, je crois que cela ira comme cela, personne ne s’étonne jamais de ne pas me voir sortir pour être honnête. Je ne devrais pas avoir à feindre grand-chose, d’autant que personne n’a prévu de venir me visiter ces jours-ci.

Le ton sur lequel elle parlait aurait pu paraître léger mais aucun d’eux ne s’y trompait et certainement pas Cornelius. C’était comme si l’espoir de voir un de ses vœux se réaliser avait soudain revigoré Hortense Malefoy et ses joues se coloraient à présent. Cependant, il n’était pas difficile de deviner que cet accès d’excitation se paierait rapidement et, surtout, qu’un échec pouvait achever de la briser totalement.

Le silence s’installait de nouveau et les trois Malefoy se regardèrent d’un air grave, l’angoisse planant sur chacun de leurs visages.

Finalement, ce fut Cornelius qui reprit la parole :
- Il ne reste donc plus qu’à attendre.
- Attendre, et espérer que tout se passe bien, souffla Hortense Malefoy d’une voix qu’elle tentait visiblement de garder assurée.

Car elle tremblait et, en cela, elle exprimait la crainte profonde qui était devenue la leur à tous les quatre. Cornelius réalisait à présent pleinement à quel point ce qu’il venait de demander au couple était une folie. Cette histoire n’avait pas la moindre chance de connaître une fin heureuse...
Entre espoir, angoisse et détraqueurs by bellatrix92

 

Lorsque Cornelius Fudge quitta Phantom Alley en compagnie de Narcissa Malefoy, quelques heures après y être entré et après avoir soigneusement planifié les détails du plan avec les Malefoy, il avait l'esprit occupé de nombreuses pensées contradictoires.

En effet, s'il était soulagé d'avoir trouvé une option fiable pour régler l'épineux problème qu'il avait à gérer, et s'il pressentait que cette interminable quête de solutions prendrait bientôt fin, il n'en savait pas moins que la situation était terriblement précaire et que tout pouvait basculer à chaque instant.

 

Bellatrix Lestrange pouvait mourir, le bébé pouvait mourir... Même la future mère adoptive pouvait mourir ! Rien dans tout cela ne tenait debout.

Aussi la réussite de l'entreprise n'était clairement pas assurée et c'est l'esprit plein d'angoisse qu'il envisageait les jours à venir. Il lui tardait donc que toute cette affaire soit terminée. L'espoir seul le maintenait debout, ainsi qu'un peu d'attendrissement devant la rapidité avec laquelle Ignacius et Hortense Malefoy avaient pris les choses en main.

Mais si leur quête à eux devait échouer, le supporteraient-il ? Sûrement pas et ce serait une véritable tragédie pensait Cornelius avec effroi tandis qu'il s'apprêtait à transplanner devant les grilles de Poudlard afin de tout raconter à Albus Dumbledore.

 

Celui-ci lui avait en effet demandé de le tenir au courant des développements de l'affaire.

 

Mais ce que Cornelius ignorait, c'est qu'à des centaines de kilomètres de là, enfermés et perdus en pleine mer, deux autres personnes ne se faisaient guère plus d'illusions que lui sur la possibilité d'une fin heureuse.

Car si Bellatrix n'avait pas hésité à jouer le tout pour le tout afin de sauver l'enfant qu'elle portait, ce en quoi Rodolphus l'avait vivement encouragée, le couple Lestrange avait pleinement conscience des aléas susceptibles de transformer en tragédie la naissance à venir.

Le médicomage qui avait examiné la mangemort restait très réservé et son visage tendu aurait alerté n'importe qui, même deux fanatiques au moral perturbé par les détraqueurs.

 

Rodolphus et Bellatrix Lestrange qui avaient combattu tant de fois et risqué leur vie au service du Seigneur des Ténèbres n'en menaient donc pas large aujourd'hui.

Les détraqueurs qui les entouraient depuis des années ne leur avaient même jamais paru aussi oppressants.

Leur cellule était plus grise, plus froide et plus morbide que jamais. C'était comme si elle n'avait attendu que la mort du couple et de leur enfant.

 

Bellatrix et Rodolphus Lestrange étaient pourtant parfaitement conscient, comme cela leur arrivait lorsqu'ils parvenaient à repousser un instant l'emprise des détraqueurs. Ils s'étaient installés sur l'unique couchette de leur cellule, blottis l'un contre l'autre et tous les deux perdus dans des pensées imprécises presque aussi grises et sombres que le ciel au dehors.

Bellatrix tentait de trouver un peu de repos, allongée sur le dos les jambes repliées et le buste appuyé sur les genoux de son mari.

Rodolphus de son côté se tenait assis, les yeux dans le vague et chantonnant sans discontinuer dans le but d'éloigner un peu l'emprise des détraqueurs.

 

Carry my soul into the night
May the stars guide my way.
I glory in the sight
As darkness takes the day.

 

C'était le milieu d'après-midi, à Azkaban autant qu'à Battle et pourtant, ici en pleine Mer du Nord, le vent glacial soufflait en rafales humides et chargées d'embruns, la mer était déchaînée, comme d'habitude, et le ciel d'un gris sombre de mauvais augure, annonçant la pluie et l'orage.

Le soleil quant-à lui ne s'était pas montré, se contentant d'envoyer une lueur pâle et brève sur la prison, ses rayons restant incapables de réchauffer un tant soit peu les lieux.

 

Ferte in noctem animam meam
Illustre stelle viam meam.
Aspectu illo glorior
Dumb capit nox diem.

Bellatrix et Rodolphus étaient de puissants sorciers, autant l'un que l'autre, et se retrouver enfermés ensemble leur avait permis de tenir à l'aide d'anciennes techniques magiques qui ne requéraient pas de baguette. Lorsque les choses devenaient totalement insupportables ou que l'un d'eux menaçait de sombrer, ils avaient coutume de chanter de vieux chants magiques.

La musique était autrefois utilisée pour tenir à distance les créatures de l'ombre et aucun des deux ne l'ignorait, ils avaient même été formés par leurs mères à ce genre de pratiques alors qu'ils étaient enfants. Rodolphus notamment avait pratiqué avec une grande assiduité et c'est presque de manière automatique qu'il s'y était remis, dès leur arrivée dans la prison.

 

Cantate vitae canticum
Sine dolore acte
Dicite eis quos amabam
Numquam obliviscar

Bellatrix de son côté s'était écroulée sur son mari quelques instants plus tôt, épuisée et grelottante, et celui-ci tentait tant bien que mal de la réchauffer après avoir étendu sur elle l'unique couverture de leur cellule. Il faut dire qu'il peinait à la soutenir, tant lui-même était amaigri et tant elle-même avait gagné en poids ces derniers temps.

Pourtant, depuis quelques semaines, un regain de vie animait le prisonnier. Durant les mois précédents, il avait vu l'état de son épouse se dégrader et il s'était mentalement préparé au pire...

Jusqu'au moment où il avait compris ce qu'il en était vraiment. Bellatrix elle-même étant tellement perdue dans ses pensées qu'elle n'avait pas pris conscience de son état avant lui. Il avait du lui annoncer la chose lui-même...

 

« Tu attends un enfant Bella... » S'entendait-il encore lui chuchoter d'une voix paniquée.

 

Sing a song, a song of life
Made without regret
Tell the ones, the ones I loved
I never will forget
I never will forget.

 

Elle l'avait regardé avec effroi, presque avec horreur car elle ne comprenait pas. Elle n'avait aucun souvenir qui puisse expliquer la chose... Et pour cause les détraqueurs avaient ravagé l'esprit de Bellatrix encore plus sûrement que le sien.

Au point que la révélation avait manqué de la tuer...

 

 

Pensif, sa femme appuyée de tout son poids contre lui, Rodolphus caressa doucement le ventre rebondi, guettant le moindre mouvement et celui-ci ne se fit pas attendre.

Le bébé venait, au contact de sa main, de décocher un vigoureux coup de pieds et Bellatrix tressaillit, le souffle coupé.

Il la serra un peu plus contre lui et murmura :

- Ça va aller, Narcissa va nous aider, j'en suis sûr.

 

Bellatrix ne répondit rien. Elle semblait même incapable de parler. Elle posa simplement sa main tremblante au dessus de celle de Rodolphus et la serra d'une faible étreinte glacée. Il la comprenait et chantonna de plus belle.

La découverte de sa grossesse l'avait terrifiée, pas tant à cause des conditions dans lesquelles ils se trouvaient, mais parce que les détraqueurs la minaient de la plus sournoise des manières et ce depuis neuf ans à présent.

 

Sing a song, a song of life
Made without regret
Tell the ones, the ones I loved
I never will forget
I never will forget.

 

Car Bellatrix avait eu, avant Azkaban, plusieurs expériences très douloureuse de la maternité. Elle avait perdu en effet au moins trois bébés, deux en début de grossesse après un premier beaucoup plus tardivement, à cinq mois environs.

Il savait que, malgré sa dévotion au Seigneur des Ténèbres, ces sacrifices l'avaient progressivement totalement anéantie. Les souvenirs remontant sous l'effet de la magie des détraqueurs, elle était aujourd'hui plus fragile que jamais...

sans compter qu'elle avait à présent quarante ans.

Qui aurait pu croire qu'un enfant pourrait leur naître ici ? Dans ce lieu totalement maudit ?

 

C'était une situation totalement surréaliste. Rodolphus en avait parfaitement conscience et c'est pour tenter de la sauver, et avec elle leur enfant, qu'il chantonnait ainsi depuis des jours.

Il savait que c'était risqué, que la magie exercée contre les détraqueurs dans un lieu où ils étaient si puissants se payerait d'une manière ou d'une autre.

 

Il était d'ailleurs lui-même déjà bien affaibli par sa veille, mais il n'avait pas le choix. Il fallait que Bellatrix tienne, qu'elle vive et que cet enfant naisse.

 

Mais que se passerait-il ensuite au dehors ? Ils ne pouvaient qu'espérer.

 

Les préparatifs by bellatrix92
Après trois jours de travail, Hortense avait fini par s’effondrer, épuisée. Pourtant elle ne regrettait absolument rien.

Elle jeta un regard à Narcissa et lui fit signe d’un geste de la main de ne pas donner l’alerte. Inutile en effet d’affoler Ignacius qui avait affiché durant les jours qui avaient suivi l’entretien avec Fudge un air profondément inquiet, qu’il n’avait pas vraiment eu à feindre d’ailleurs. De quoi donner du grain à moudre à ses proches, en particulier à sa mère qui, il le savait par Narcissa qui devait supporter ses sautes d’humeur, en devenait malade d’angoisse à présent.

Mais ils n’avaient pas le choix et Nephtis allait devoir s’y faire. En effet le succès du plan de sauvetage conçu par les trois Malefoy impliqués était loin d’être garanti, vu l’état de Bellatrix Lestrange.
Fudge avait pu le leur décrire et cela n’avait rien de rassurant. La sorcière était extrêmement affaiblie et même l’assistance d’un médicomage ne pouvait garantir quoi que ce soit.

Hortense avait conscience de la situation aussi bien que son mari et elle tremblait de plus belle à l’idée que son amie ainsi que l’enfant qu’elle portait ne survivent pas, tout comme Narcissa d’ailleurs qui était chez eux de longue afin de l’aider. Tous les trois s’étaient lancés dans les préparatifs, tout en s’attendant à chaque instant à apprendre une nouvelle tragique, ce qui donnait à leur attente un aspect désespéré et presque amer.

Pourtant, malgré cette situation qui en aurait paralysé plus d’un, Hortense se sentait brûler de l’intérieur d’un feu qui ne l’avait plus animée depuis bien longtemps. C’était comme si elle était partie pour un long et périlleux voyage à l’issue incertaine, sans cependant le regretter une seule seconde. Et aidée de sa belle-sœur, elle avait entrepris de préparer tout ce qui pouvait être nécessaire pour l’arrivée d’un bébé.
C’est qu’il y avait fort à faire, et qu’Hortense tenait à ce que tout soit parfait tout en ayant conscience des difficultés qui les attendait sans doute.
Son esprit s’emballait d’ailleurs au fur et à mesure que les jours passaient et elle se sentait devenir fébrile.

Heureusement qu’elle pouvait compter sur l’aide précieuse de Narcissa et du reste de ses proches. Conscient de ce fait et toujours désireux de se rendre utile, Conan avait en effet pris sur lui de mémoriser toutes les tâches à effectuer et de les rappeler aux habitants du manoir, veillant ainsi soigneusement à ce que rien ne soit oublié.

En deux jours la chambre était prête et il n’y avait plus qu’à s’occuper de détails, chacun cependant ayant son importance.
Désireuse d’éviter les circuits du monde sorcier afin de ne pas dévoiler le secret de l’enfant, Hortense chargea Jaody d’aller effectuer plusieurs achats dans le monde moldu, notamment tout ce qui pouvait avoir trait à l’alimentation et aux soins d’un petit bébé. Ils avaient fait vite, mais efficacement et Hortense avait également daigné observer quelques restriction imposées par sa belle-sœur, dont l’obligation de faire une sieste journalière.

Pourtant, au troisième jour qui suivit la venue de Fudge, en pleine matinée alors que toutes les deux travaillaient, Hortense fut soudainement prise de vertiges qui l’obligèrent à s’asseoir et à allonger les jambes sur le siège moelleux qu’elle avait justement prévu pour elle dans la chambre du bébé :
- Au moins, souffla Narcissa qui l’avait rattrapée avant qu’elle ne tombe et qui tentait de dissimuler sa propre inquiétude. On sait que ce fauteuil sera utile…
- Oui, répondit Hortense d’une voix faible. Et c’était une très bonne idée de l’avoir pris avec possibilité d’allonger les jambes.

Elle sourit faiblement, tentant de faire front à la nausée qui l’envahissait, ce siège était en effet une idée de Jaody qui avait pris l’initiative d’aller se balader dans un magasin moldu qui venait juste d’ouvrir à Londres, alors qu’il était en recherche de produits pour l’enfant.

Cependant, alors qu’elle reprenait péniblement son souffle, Hortense sentait son cœur se serrer d’angoisse : cet incident venait de lui rappeler cruellement qu’elle ne serait pas éternelle. Combien de temps lui restait-il ? Moins de dix ans sans doute, et sûrement moins de cinq…
Elle avait envie de pleurer. Sa belle-sœur dut s’apercevoir de son trouble, car elle lui lança un regard interrogateur.
- Comment te sens-tu ? Souffla t-elle comme si elle craignait d’entendre la réponse.
- Pas aussi bien que le voudrais, répondit tristement Hortense.

Elle voulut se redresser mais la nausée se fit plus forte et elle retomba sur le dossier.
- Doucement, lui recommanda sa belle-sœur. Ménage toi donc…

Hortense acquiesça, et elle attrapa sa manche :
- Promet-moi, dit-elle à Narcissa d’une voix faible. Que lorsque je ne serai plus là, tu veilleras sur l’enfant. Jure-moi que tu ne laisseras personne agir contre lui.
- Est-ce que c’est bien le moment de penser à cela ? Répondit la sorcière d’une voix inquiète.
- Plus que jamais, répliqua Hortense. Promets-le moi, je t’en prie…

Elle se sentait prête à s’évanouir par Merlin :
- Je te le jure, murmura Narcissa qui semblait surtout soucieuse de la rassurer.
- Merci, répondit Hortense en se laissant retomber sur le fauteuil, la vue trouble.

Narcissa attrapa un mouchoir qu’elle humidifia d’un coup de baguette et le passa sur son front.

Elles en étaient là lorsque Ignacius entra dans la pièce.
- Je… Je dois y aller, dit-il d’une voix tremblante. Hortense ?

Il s’était alarmé en la voyant et elle s’efforça de le rassurer :
- Vas-y alors, souffla t-elle. Et sois prudent…
- Tu as eu un malaise ?
- Vas-y je te dis, répondit Hortense qui se sentait partir et redouter de lui faire peur. Rien d’inhabituel…
- Ne t’inquiète pas, ajouta Narcissa. Je m’occupe d’Hortense. C’est Fudge qui ?
- Oui… Souffla Ignacius.

Il s’approcha d’Hortense qu’il embrassa délicatement sur le front et se retira.

La jeune femme sentit la nausée l’envahir de plus belle sous l’effet de l’anxiété.


Quelques jours seulement après l’entrevue avec Fudge, la naissance était donc imminente.
Azkaban by bellatrix92
Author's Notes:

Après un peu de retard, voici la suite de cette fic.

 

Bonne lecture!!

 

Le spectacle était tout simplement insoutenable à présent qu'ils apercevaient Azkaban juste devant eux, Cornelius Fudge guidant leur barque du mieux qu'il pouvait.

 

Ignacius se demandait même par quel miracle ils n'avaient pas encore croisé des Iceberg qui flottaient normalement entre deux eaux à pareille saison. Fallait-il croire que, comme le racontaient certains scientifiques moldus, la terre était bel et bien en train de se réchauffer ?

 

Non, rien ici n'aurait pu le laisser penser, car Ignacius grelottait littéralement aux côtés de Cornelius Fudge sous l'effet du vent glacial qui pénétrait jusque sous son épaisse cape.

Cette absence ne pouvait être selon lui que l'effet de la Magie Noire qu'il percevait à l'œuvre dans cet endroit et qui tenait sans doute à distance les objets flottants. Et c'était presque heureux car, avec la tempête et les courants marins, ils n'auraient eu aucune chance d'éviter les blocs de glace s'il y en avait eu.

 

 

Mais dans cet univers aussi hostile que déchaîné, au milieu des vagues et des embruns glacés, la brume qui les entourait depuis presque une heure et leur barrait la vue venait de se déchirer d'un coup, révélant les lieux.

Ignacius frissonna devant la forteresse qui se dessinait devant ses yeux sur l'îlot minuscule et décharné qu'elle occupait au beau milieu de la Mer du Nord.

 

Un halo de brume grisâtre l'entourait toujours, exactement comme dans les descriptions du Ministre qui se tenait à présent debout derrière Ignacius. Lui aussi semblait proprement terrorisé, mais il n'en guidait pas moins l'embarcation d'un air décidé.

- Je vais accoster par l'Est, indiqua t-il à Ignacius.

 

Celui-ci acquiesça. Il avait beau être le descendant de deux de ses découvreurs, il n'en menait pas large et, en cet instant, il avait même peur pour sa vie au milieu de la Mer du Nord déchaînée et dans ce froid terriblement humide.

Qui pouvait vivre, non survivre, là, dans ces conditions extrêmes ?

 

 

A présent qu'Ignacius regardait mieux, ils constatait l'îlot qui abritait Azkaban était en fait éperon de roche noire très accidenté et aux dimensions plus que modestes, et qu'autour d'eux aucun signe de vie n'apparaissait.

Non, ce dernier point était faux songea t-il en levant les yeux... Mais pouvait-on véritablement parler de vie pour autant ?

 

Des créatures flottaient dans les airs tout autour de l'îlot, à des hauteurs variables et certaines commençaient à s'approcher d'eux, des mains putréfiées sortant de leur cape noire, et émettant ce qu'il avait d'abord pris pour les hurlements du vent et qui était en fait un râle mortifère.

 

Ignacius savait cependant que, malgré sa peur, il devait absolument garder le contrôle de ses nerfs. Et pour cela, il récapitula soigneusement dans son esprit ce pour quoi ils étaient venus.

 

Un enfant était né là, et ils devaient le secourir.

Vite.

 

Lui et Fudge avaient déjà tout prévu pour leur départ et, lorsque le médicomage affecté quelques jours plus tôt dans la forteresse les avait avertis que la naissance était imminente, ils s'étaient rendus très rapidement à Azkaban.

 

Il fallait faire vite, Ignacius en avait conscience, et surtout empêcher que le reste de la communauté magique ne soit mis au courant de la chose. En théorie de ce côté-là, le risque n'était pas énorme. Il suffirait à Fudge d'oublietter le médicomage sur le chemin du retour. Cependant il resterait un témoins de l'affaire et, si son absence alertait, certains pourraient se poser des questions et se mettre à enquêter.

 

Pour plus de discrétion, Ignacius avait donc pris du polynectar et il agissait à présent sous l'identité de Moroz, une des langues de plomb du Département des Mystères.

Un déguisement parfait pour que son intrusion passe inaperçue, il devait le reconnaître. Personne n'irait chercher du côté de sa famille si quelque-chose fuitait. Quelques précautions de plus, et ils seraient assurés d'une totale discrétion.

 

A côté de lui cependant, Cornelius Fudge non plus n'en menait pas large bien qu'il s'efforce de faire bonne figure.

 

Même si ce n'était pas la première fois qu'il venait à Azkaban, la visite de la prison semblait profondément éprouver le nouveau Ministre et celui-ci s'adressa à Ignacius sur le ton de l'avertissement :

- Nous allons devoir composer avec les détraqueurs qui nous accompagneront tout le long de notre « séjour ».

 

Il avait prononcé ces mots avec une pointe d'ironie et ajouta :

- Mais attention surtout aux inferis qui errent aux pieds de la forteresse. Il est impératif de bien rester sur le chemin que les détraqueurs nous ouvrent. C'est eux qui sont chargés de notre sécurité durant cette visite.

 

Ignacius frissonna encore, tout en acquiesçant à ces informations tout sauf rassurantes, et il regarda la forteresse avec répugnance. Comme si le froid, les hurlements du vent et tout le reste n'avaient pas été suffisants, il fallait encore y rajouter des créatures de l'ombre...

En même temps, songea t-il. C'était dans une prison qu'il s'apprêtait à pénétrer, bâtie sur un ancien haut-lieu de la Magie Noire et laissée entre les mains de ses gardiens depuis. La situation n'aurait donc pas du tant l'étonner.

- Les détraqueurs vont nous conduire ? Demanda t-il cependant à Cornelius Fudge sur un ton surpris et inquiet.

- Oui, répondit le Ministre. Ce sont eux les gardiens de la forteresse, vous le savez bien. Ce sont donc eux qui en ont la maîtrise si je dois être franc.

- Et ils en ont donc le total contrôle ?

- Oui, répondit Cornelius Fudge. Ils font le boulot nécessaire, et en échange ils ont pratiquement carte blanche sur la gestion du lieu.

- De toute manière, devina Ignacius qui regardait à présent les sinistres créatures qui s'étaient regroupées devant eux, attendant qu'ils accostent. Vous n'avez pas le choix.

- Non, souffla Cornelius Fudge. Nous n'avons pas le choix. C'est exactement cela.

 

Ignacius frissonna encore, à présent franchement apeuré et plein de dégoût.

Même s'il s'efforçait de ne pas céder à la panique, le simple fait de devoir dépendre de ces créatures lui donnait envie de défaillir.

 

Et pour ne rien arranger, l'idée même de se retrouver bientôt face à Bellatrix et Rodolphus Lestrange l'avait hanté toute la nuit, depuis des jours en fait. Il n'y était pas prêt, et il le savait très bien.

D'ailleurs Hortense elle aussi le redoutait pour lui. Si elle s'était décidée à agir et plaçait à présent tous ses espoirs sur le fait que ce bébé naisse et vive, elle n'en restait pas moins aussi marquée que lui par les événements qui s'étaient produits chez eux neuf ans plus tôt.

 

Fudge guidait la barque, et il les fit aborder sur un côté un peu plus abrité de l'île, après avoir habilement évité plusieurs récifs malgré le courant très fort.

Ignacius se souvint alors qu'avant d'être ministre, il avait travaillé aux transports magiques. Et c'est sans trop de peine qu'il sortit de la barque et s'engagea sur le terrain rocheux.

 

A l'instant précis où ils touchaient le sol de l'île, le vent tomba tout d'un coup même si le froid restait glacial, et une abominable odeur de putréfaction agressa soudain les narines des deux hommes.

Et pas n'importe quelle odeur de putréfaction songea Ignacius et tremblant de plus belle : une odeur de mort comme celle qui aurait émané d'une bête morte ou d'un charnier.

 

Une odeur d'inferis.

Une odeur qui fut bientôt suivie de l'apparition des créatures.

 

Celles-ci hantaient le terrain autour de la forteresse, parfois réduites à l'état de squelettes mais encore parfaitement mobile. Devant eux, sur les quelques dizaines de mètres qui les séparaient de l'édifice, il y en avait plus d'une vingtaine qui dardaient sur eux leurs orbites creuses.

Ignacius prit brutalement conscience que, si les détraqueurs l'avaient voulu, lui et Cornelius Fudge seraient sans doute déjà morts.

 

Depuis Azkaban, aucune fuite n'était possible. Il comprenait mieux pourquoi à présent qu'il voyait ce qu'il en était réellement.

 

Ignacius ne pouvait plus bouger à présent que la terreur s'emparait de lui, stupéfait et déstabilisé par la masse de créatures de l'ombre qui leur faisaient face dans les airs et sur le sol, au milieu d'un silence troublé seulement par le bruit étrangement assourdi des vagues qui léchaient les rochers noirs de l'île.

 

Cette absence de grand bruit ne pouvait qu'alerter les sens sur-développés d'Ignacius qui déglutit avec peine en prenant progressivement la mesure de ce qui se passait au sol juste devant lui, tandis qu'une foule putréfiée et immobile se formait devant lui et semblait le fixer avec une intensité bien incongrue chez un amas de cadavres.

A présent, il étaient plus d'une centaine.

 

Sa vue se troublait soudain, en même temps qu'un étau enserrait sa poitrine. Que se passait-il ?

 

Comme pour faire écho à son sentiment d'insécurité, il y eut soudain du bruit et l'agitation soudaine du côté de l'entrée sa demeure le fit se retourner, juste à temps pour voir deux aurors à la mine féroce fondre sur Rabastan.

Son ami n'eut pas le temps de réagir qu'il se trouvait enchaîné et désarmé, Rodolphus et Barty subirent le même sort.

 

La colère s'empara aussitôt d'Ignacius.

 

La colère pouvait avoir du bon face aux détraqueurs, et celle-ci ramena Ignacius à la réalité en même temps que Cornelius Fudge lui assenait un coup de coude.

Le pied de la muraille d'Azkaban n'était pas visible. En effet, une brume épaisse couleur anthracite s'enroulait en circonvolutions tout autour, ne s'effilochant qu'au niveau de l'entrée qu'il devinait non loin sur le côté : une immense arcade brisée ouverte, sans la moindre porte.

 

Et derrière cette ouverture sinistre, une volée de marches visibles depuis l'intérieur surélevaient ce qui semblait le hall d'entrée, comme un perron qui aurait été placé à l'intérieur.

- Par là, ordonna Cornelius Fudge qui suivait un détraqueur marchant juste devant lui et qui s'engagea sur ce qui ressemblait à un semblant de sentier.

 

Ignacius le suivit à travers les cailloux et les flaques d'eau, et c'est d'un pas étrangement lent qu'ils gagnèrent l'entrée à l'arc brisée sous laquelle ils passèrent.

- Cette porte reste donc toujours ouverte ? S'étonna Ignacius alors qu'ils venaient d'arriver en haut des marches.

 

Comme pour répondre à sa question, un coup de vent ponctué de craquements rocheux se fit sentir et hurla au sein de l'édifice. Dans un grincement sinistre, une paroi de pierre tomba soudain jusqu'au sol, juste derrière eux, barrant l'entrée et les enfermant dans le ventre de la forteresse avec, pour seule compagnie, trois détraqueurs leur ouvrant la marche.

- On suppose que c'était un moyen pour Ekrizdis de s'assurer que ses victimes entrent d'elles-mêmes entre ces murs, répondit Cornelius Fudge sur un ton dégoûté.

 

Entrer ici ? Songea Ignacius mais qui voudrait entrer ici ?

Il n'eut pas le temps de se rendre compte que sa vue se troublait de nouveau. Dans la seconde qui suivit, les souvenirs l'envahirent à nouveau :

 

Comment les aurors étaient-ils entrés ici, au milieu de cette réception privée, et pourquoi enchaînaient-ils ses amis ? Il ne le savait pas mais cela n'en restait pas moins inacceptable à ses yeux.

Des cris retentissaient de tous les côtés et toute la salle fut rapidement en proie à un véritable mouvement de panique,des dizaines de personnes reculant en poussant des hurlements effrayés sur le passage des aurors.

- Par Merlin, cria une voix rageuse.

 

Bellatrix venait, d'instinct, de tirer sa baguette.

- Non ! Souffla Ignacius horrifié.

 

Tout près de sa sœur, Narcissa voulut reculer avec Hortense mais la bousculade générée par la panique les en empêcha.

Furieux et effrayé tout à la fois, Ignacius s'avança et sa voix s'éleva soudain au milieu du tumulte tandis qu'il essayait de rétablir l'ordre :

- Qu'est-ce que cela veut dire Fol-Oeil !? S'exclama t-il d'une voix forte en se portant au contact de l'auror qui s'avançait droit sur le trio de femmes et qu'il repoussa dans sa tentative d'atteindre Bellatrix.

 

Le vieil homme émit une exclamation outrée et l'attrapa pour l'écarter. A cet instant, une déflagration retentit et ce fut le chaos total.

Plusieurs personnes dont Narcissa et Hortense venaient d'être jetées à terre par la force du souffle. Et heureusement d'ailleurs, car des éclairs de lumière jaillirent de plusieurs baguettes en même temps qu'un crac sonore retentissait au milieu des hurlements.

- Elle s'est échappée ! Cria le vieil auror au milieu de la cohue d'une voix furieuse parfaitement reconnaissable.

 

D'un coup de baguette très souple, il neutralisa Ignacius qui tomba à genoux, immobilisé, et se trouva aussitôt enchaîné.

Il se passa quelques secondes avant que les esprits se calment et qu'un silence consterné ne s'abatte sur l'assistance. Quelques secondes pour qu'Ignacius prenne lentement conscience de sa situation et croise les regards horrifiés de ses parents.

 

Le poids du métal sur son corps lui faisait presque mal mais ce n'était rien en comparaison de ce qui se passait dans son esprit, tandis que Maugrey Fol-Oeil le tenait en joue d'un air menaçant sous les pleurs d'Hortense qu'un autre auror avait également empoignée.

- Mais que se passe t-il ? Sanglotait-elle. Qu'est-ce que vous nous voulez enfin ?

 

Elle ne réalisait sans doute pas encore ce qu'il se passait, mais lui si et il se maudissait d'avoir maintenu cette soirée. Il savait à présent pourquoi on avait arrêté le quatuor chez lui, pour quel crime, et rien qu'à cette idée le poids qui était tombé dans sa poitrine était presque impossible à supporter.

 

Ignacius reconnut l'homme qui tenait son épouse comme le dénommé Ashwort et il frémit de plus belle devant sa mine fermée et sévère. Les aurors n'étaient pas seulement là pour arrêter des criminels, ils étaient venus ici pour des motifs bien plus personnels...

 

Ignacius étouffa un cri en réalisant qu'Hortense était couverte de sang et que son visage très pâle indiquait qu'elle était proche de défaillir. Pourtant, et malgré sa chute au sol, elle ne semblait pas blessée et sa véhémence contre Ashwort le confirmait.

 

Non loin d'elles, Rodolphus protesta et se débattit, aux prises avec Kingsley et Dawlish qui le maintenaient au sol après l'avoir désarmé et menotté.

- Laissez-les ! Gronda t-il en désignant Hortense et Ignacius. Ils n'y sont pour rien...

 

C'était la confirmation qu'Ignacius redoutait plus que tout. Après ce qui était arrivé aux Londubat, il comprenait avec horreur que c'était ses propres amis, des gens terriblement proches, qui avaient commis ce crime.

La honte l'envahit aussitôt et il cessa de tenter d'échapper à l'étreinte de Fol-Oeil, à présent anéanti.

Rabastan, juste en face de lui, n'opposa aucune résistance lorsque les deux aurors transplannèrent avec lui. Il avait le visage pâle et défait de quelqu'un qui se sent coupable.

 

Il pouvait, songea avec rage Ignacius tandis que la sensation de transplanage l'envahissait lui-aussi. Car lui-même était sûr que, aujourd'hui même, sa vie venait d'être totalement détruite.

Il venait de faire barrage aux aurors pour arrêter des criminels, il avait commis un délit d'entrave à la justice dans une affaire terriblement grave.

 

Il était sûr de finir à Azkaban et d'y pourrir jusqu'à la fin de ses jours. Rien qu'à cette idée, il avait envie de mourir.

 

 

Une bourrade de Cornelius Fudge le ramena soudainement à la réalité et il inspira un grand-coup, conscient de s'être perdu dans les méandres de son esprit. Devant eux, un long hall au plafond voûté menait encore à un long escalier d'allure sinistre sur lequel le premier des détraqueurs s'était déjà engagé.

Les lieux paraissaient vides, certes, mais ils restaient sinistres et Ignacius sentait au plus profond de lui-même qu'ils suintaient de la Magie la plus sombre...

 

Fudge et lui s'avancèrent avec appréhension vers l'escalier.

- Lumos, murmura le ministre, aussitôt imité par Ignacius.

 

Dès l'instant où la lueur illumina l'escalier, Ignacius étouffa à moitié un cri d'horreur. En effet, en lieu et place de rampe, des squelettes mutilés s'alignaient le long de la paroi donnant sur l'extérieur, les fixant de leurs orbites vides, leurs os blancs se détachant nettement sur la pierre noire.

 

Pendant qu'Ignacius montait, tentant de maîtriser ses tremblements, le souvenir de la soirée qui l'avait à jamais séparé de Rabastan, Bellatrix et Rodolphus continuait de le hanter, suivi de bien d'autres moments sombres de sa vie : le départ de sa cousine Androméda, la mort d'Alphar Black qu'il appréciait beaucoup... Les fausses-couches d'Hortense et les quelques fois où il l'avait cru perdue.

 

L'escalier aux ossements en guise de rampe s'enroulait autour d'une épaisse colonne sculptée de crânes... Non, incrustée de crânes, et il menait jusqu'à un premier palier sur lequel le sorcier posa le pieds en tremblant. Que verrait-il ensuite ? Pouvait-on faire pire ?

 

Parvenu sur le palier, Ignacius regarda autour de lui avec hésitation et resta un instant surpris et impressionné : cet étage était entièrement ouvert sur une salle immense donnant sur tous les côtés de l'extérieur grâce à de larges et longues fenêtres en ogives. Elle était d'architecture gothique avec des murs presque entièrement ajourés et des fenêtres vitrées, un luxe énorme et incompréhensible dans un tel lieu, qui contrastait avec le vide immense des lieux.

Sans compter que le froid qui y régnait aujourd'hui était glacial et pour cause : les quatre cheminées qui auraient du chauffer la pièce étaient totalement éteintes. Il n'y avait aucun bruit, ni le moindre signe de vie ici. Même les vagues ne se faisaient pas entendre.

 

Au fond de la pièce, un trône constitué d'ossements blanchis était adossé au mur, posé sur une estrade de la même pierre noire que le reste.

 

Rien qu'à cette vision et à celle des détraqueurs qui, les précédant toujours, se répandaient dans la pièce, Ignacius se sentit une nouvelle fois happé vers les plus sombres de ses souvenirs.

Sauf que non, il ne voulait plus s'y laisser prendre... Il réagit, résista. Il le devait s'il ne voulait pas finir complètement fou.

 

Il saisit sa baguette et murmura :

- Expecto Patro...

- Hors de question, répliqua Cornelius Fudge en lui saisissant le poignet. Ici les détraqueurs sont chez eux et c'est nous qui devons nous adapter. Ne les attaquez pas !

 

« Ne les attaquez pas » ?

 

Ignacius était de plus en plus effrayé tandis qu'il détaillait cette pièce et qu'ils la traversaient d'un bout à l'autre à pas lents.

Il remarqua alors un détail assez curieux sur les immenses cheminées qui ornaient la pièce : chacune était frappée d'un blason comportant une armoirie très simple :

- De sable avec vague d'argent, souffla t-il. Et il y a quelque-chose d'écrit autour... Ekrizdis

- Tout ce qu'on sait du mage qui a fondé ce lieu, lui expliqua Fudge. Sans doute son nom.

 

Son nom, ou alors une formule maléfique songea Ignacius avec le sinistre sentiment que la seconde option était sans doute la plus probable. Et aussi curieux soit-il, il ne risquait pas de se risquer à la mettre en œuvre. Qui sait ce qui se cachait là-dessous...

Il soupira en constatant que, pour sortir de l'étage, il devrait passer juste devant le trône aux ossements.

 

Rien que pour cela, il aurait voulu pouvoir former son patronus. Cependant la surprise passée, il comprenait la réticence de Fudge.

Plus que d'offenser les détraqueurs, lutter contre eux sur leur propre territoire était extrêmement dangereux pour les sorciers, il aurait du s'en souvenir tout de suite.

Dans le passé, plusieurs médicomages de renom avaient mis en garde contre l'utilisation prolongée des patronus à l'intérieur d'Azkaban, arguant que cela déchaînait les détraqueurs et décuplait l'agressivité de leurs attaques tout en épuisant leurs victimes. Atténuer leurs effets ne pouvait se faire que par des moyens détournés : l'occulmencie par exemple mais Ignacius ne savait pas bien la pratiquer.

 

Étaient cités comme exemples de personnes décédées des suites du « mal des détraqueurs » plusieurs gardiens (présents dans les premiers temps de la forteresse) et ministres sorciers qui avaient souffert de séquelles après un passage à Azkaban, notamment le cas du Ministre Diggory qui, selon certains médecins, aurait pu mourir directement des suites de sa visite, et non de la dragoncelle comme on le pensait jusqu'alors.

 

- Venez, lui dit alors Cornelius Fudge. Le quartier de haute sécurité est juste au dessus.

 

Ignacius le suivit en tentant de donner à sa démarche quelque-chose de décidé. Il n'était pas là pour rien et, paradoxalement, sous l'effet des horreurs entrevues en ce lieu, l'idée de croiser la route de ses anciens amis ne l'effrayait plus tant.

 

Il n'était pas arrivé jusque ici pour renoncer maintenant.

 

Face aux prisonniers by bellatrix92
Author's Notes:

Coucou à tous!!

 

Me voici, à la bourre comme toujours!!

 

Bon Ignacius n'est pas au bout de ses peines à Azkaban. J'espère que ce chapitre vous plaira!

 

Bonne lecture!

 

Le reste des lieux était tout aussi sinistre que la grande salle qu'Ignacius venait de quitter et c'est d'un pas mécanique qu'il avait continué à avancer derrière Cornelius Fudge et leurs deux guides détraqueurs.

Vraiment, ces murs de pierre noire avaient quelque-chose de sombre qui ne devaient rien à leur couleur, il le sentait au plus profond de lui-même. Quant-au couloir du quartier de haute sécurité dans lequel ils pénétrèrent bientôt, il était presque aussi glacial que tout le reste de la forteresse.

 

C'était à se demander comment des êtres humains pouvaient bien vivre ici. Car l'environnement était si hostile qu'à présent la mortalité du lieu s'expliquait pleinement pour Ignacius.

- Ah Pye, vous êtes là ! S'écria Cornelius Fudge avec soulagement en apercevant le jeune médicomage au visage marqué qui semblait désespérément les attendre dans le couloir, adossé contre un mur.

 

C'était donc ce pauvre garçon qu'il avait dépêché sur les lieux ? Songea Ignacius un peu choqué. Le dénommé Pye n'était en effet pas encore tout à fait un homme, plutôt un grand garçon dégingandé, et il y avait fort à parier qu'il sortait à peine de Poudlard.

D'ailleurs il tremblait comme une feuille et Ignacius le plaignit aussitôt :

- Mo... Monsieur le Ministre... Dit-il d'une voix faible.

- Hé bien Pye ? Répliqua Cornelius Fudge sur un ton impatient qui ne cachait pas sa profonde fébrilité. Qu'en est-il ?

 

Le jeune homme se redressa, s'efforçant visiblement de garder contenance :

- Cela s'est passé Monsieur le Ministre, répondit-il d'une voix qu'il tentait avec peine de conserver assurée. Le bébé est né il y a deux heures. Je... Il n'y avait pas grand-chose à faire pour tout dire.

- Si ce n'est nous prévenir, répondit Cornelius Fudge en passant devant lui pour traverser le couloir.

 

Dans la vie publique, le Ministre semblait très soucieux de son image... Et surtout de son autorité. Ignacius le suivit sans faire de commentaire, la peur au ventre et guettant le moindre monument suspect autour d'eux. Les lieux semblaient d'autant plus terrifiants que tout ce long couloir de pierre noire ou presque était rempli de râles et de gémissements pathétiques poussés par les prisonniers, dont la plupart semblaient presque absents de leur propre corps et ne faisaient même pas attention à eux. Ignacius ne put que le constater alors qu'ils passaient devant leurs cellules.

On aurait dit des inferis ou même des zombies du monde moldu, des créatures sans conscience propre gémissant au milieu de rien. Du moins c'est ce qu'Ignacius en voyait car, dans cet ensemble assez disparate, certaines des portes des cellules était aveugles, d'autres ne possédaient qu'un petit soupirail grillagé... Mais la plupart n'étaient constituées que de grilles qui laissaient voir une bonne partie de leur contenu ainsi que leur occupant.

A première vue, toutes étaient pourvues d'une couchette et d'un curieux banc de pierre qui devait servir de latrine. C'était parfaitement répugnant.

 

Pourtant, c'est seulement lorsqu'il passa devant Black qu'Ignacius prit pleinement conscience de l'horreur de la situation des prisonniers.

En effet, le traître qui avait livré les Potter au Seigneur des Ténèbres semblait beaucoup plus lucide que le reste des détenus, preuve de sa dangerosité. Et alors qu'ils passaient devant lui, il demanda même à Fudge le journal qui dépassait de sa poche, après les avoir interpellé et échangé quelques mots avec eux d'une voix morne.

- Il résiste ? S'étonna Ignacius et jetant au jeune médicomage qui le suivait un regard interrogateur.

- Je ne sais comment cela est possible, répondit celui-ci d'une voix tremblante... Mais au moins cela m'a fait un peu de compagnie.

- La meilleure possible, grinça Cornelius Fudge qui marchait devant eux.

 

Ignacius soupira, jeta un dernier regard à Black et ses yeux fixes qui le regardaient toujours avec attention le firent frissonner. Bien qu'il sache pertinemment que ce type-là finirait ses jours dans la sinistre forteresse et que, de toute manière, lui-même était totalement méconnaissable, il n'en était pas moins très mal-à-l'aise. Après tout, l'enfant qui venait de naître était son petit-cousin. Savait-il ce qui venait de se jouer à Azkaban ? Que sa famille s'était aggrandie ?

 

Si c'était le cas, il n'en avait rien laissé paraître mais, avec un type pareil, il ne fallait s'étonner de rien.

Cela dit, songea Ignacius, comment Black pouvait-il garder un minimum le contrôle de son esprit depuis tant d'années alors que le sien était déjà en train de dangereusement divaguer ?

 

En effet les souvenirs qui l'envahissaient depuis qu'il avait posé le pied sur l'île d'Azkaban menaçaient toujours de le submerger et tous ses efforts étaient mobilisés pour rester lui-même lucide. Il ne devait d'ailleurs qu'à sa pratique de l'occulmencie de ne pas avoir encore totalement perdu pieds. Cela dit, il n'avançait encore que parce que Cornelius Fudge était devant lui et lui montrait le chemin. Seul, il se serait déjà perdu et noyé dans ces états-d'âme.

 

Pour Ignacius cependant, le pire restait encore à venir et survint quelques secondes seulement après que le Ministre ait été débarrassé de son journal.

Car la cellule voisine de celle de Black n'était autre que celle de Rabastan Lestrange et Ignacius sentit son cœur tomber dans sa poitrine lorsqu'il aperçut le mangemort qui était étendu sur sa couchette, pratiquement immobile et les yeux dans le vague, visiblement pas conscient de ce qui se passait autour de lui.

Depuis son incarcération, Rabastan avait perdu au moins vingt kilos et son teint était devenu si pâle que l'on aurait pu le croire mort sans les frémissements de sa poitrine.

 

Ignacius se sentait terriblement mal à présent, il réalisait tout d'un coup à quel point le sort de son ami lui importait encore, même s'il lui en voulait toujours et s'était efforcé durant toute ces années de faire une croix sur son passé.

Il n'y avait rien à faire cependant, le voir dans une telle situation lui fendait le cœur.

 

Comme la plupart des autres détenus, le cadet des Lestrange semblait absent, comme enfermé dans son propre esprit. Il fixait le plafond d'un regard éteint sans prêter la moindre intention à ce qui l'entourait. Quant-à se rendre compte de leur présence...

Et quand bien-même cela aurait été le cas, Ignacius savait qu'il se devait de rester méconnaissable jusqu'au bout. Car certains détenus d'Azkaban pouvaient être libérés et, même si ce n'était probablement le cas d'aucun de ceux qui peuplaient le quartier de haute sécurité, le risque que la rumeur se répande ne pouvait pas être totalement exclu.

 

Oui, ce qu'il était venu faire ici requérait qu'il se ressaisisse, et tout de suite.

 

Ignacius, toujours sous les traits de Moroz, dut encore suivre Cornelius Fudge jusqu'au bout du quartier de haute sécurité d'Azkaban avant qu'ils ne parviennent enfin à leur objectif. Jusqu'à une cellule qui se trouvait tout au bout du couloir, disposée un peu en retrait comme s'il s'était agi au départ d'une salle destinée à d'autres usages qui n'avait été aménagée que par la suite.

Il n'eut besoin que de jeter un coup d'oeil à l'intérieur pour deviner qu'elle était plus spacieuse que les autres et probablement aussi un peu plus éclairée. Et ce même coup d'oeil lui permit de percevoir la démarche étrangement familière que lui renvoyait une silhouette encore assez massive, quoique également amaigrie.

 

Pourtant, encore une fois, lorsqu'il croisa le regard des occupants du lieu, Ignacius dut faire un effort pour rester digne et ne pas montrer le trouble profond qu'il ressentait. Car Bellatrix et Rodolphus Lestrange offraient un spectacle si pitoyable que, s'il n'avait pas su pertinemment qui ils étaient, il aurait sans doute pu passer devant eux sans les reconnaître.

 

C'était fait pourtant, il leur faisait face à présent juste à l'entrée de cette cellule sordide qui s'étalait comme les autres dans le couloir et s'offrait à sa vue dans son entier.

Car, contrairement aux autres du même couloir, elle n'était pas constituée d'une unique porte en bois renforcée de métal, mais d'une façade complètement ouverte : fermée d'une large grille donnant sur le couloir et l'intérieur était donc entièrement visible.

On aurait dit que cet aménagement était intervenu après tout le reste dans la forteresse, et que les Lestrange avaient été enfermés dans un endroit rajouté dans l'urgence. D'ailleurs, ceci expliquait sans doute le reste de l'histoire et Ignacius n'en restait pas moins profondément choqué.

 

Que ressentait-il ? A cet instant, presque rien puisqu'il s'efforçait de mettre de côté toute émotion et de fermer son esprit afin de rester stoïque face aux détraqueurs. Mais il savait qu'il le paierait ensuite, car ce souvenir le hanterait jusqu'à la fin de sa vie.

C'était cependant avec une froideur totale et esprit d'analyse qu'il abordait le problème pour le moment. Les états-d'âme n'avaient qu'à attendre, il n'était pas ici pour se livrer à eux.

 

Ils avaient cependant un problème et il l'avait repéré tout de suite (même s'il n'y avait pas besoin d'être détenteur d'un Ordre de Merlin pour cela) : c'était la seule cellule occupée par un homme et une femme dans le bâtiment et il était pratiquement sûr qu'il s'agissait d'un accident, d'autant qu'il savait les détraqueurs aveugles.

 

Lors de l'incarcération massive de mangemorts après la chute du Seigneur des Ténèbres, ces créatures gardiennes des lieux avaient-elles manqué de place ? Combien de détenus avaient-elles regroupés ainsi ? Bellatrix et Rodolphus avaient-ils délibérément contourné leur surveillance pour être enfermés ensemble ?

 

Cette hypothèse devait être considérée vu ce qu'il connaissait de leurs caractères respectifs et de l'affection qui, sans aller jusqu'à égaler celle qui existait entre Hortense et lui, liait depuis l'enfance le couple de mangemorts.

Mais aller jusqu'à fricoter dans un endroit pareil ? La chose relevait de l'exploit quand on savait qu'ils avaient sans doute fait cela à la barbe des détraqueurs...

 

Clair que, comme gardiens, on faisait mieux que ces affreuses bestioles, pensa Ignacius non sans une certaine condescendance. Et sachant qu'il y avait là très peu de femmes, ils auraient pu faire preuve d'un peu plus de finesse.

 

Mais trêves de cynisme songea t-il presque aussitôt car, pour être honnête, il devait bien avouer que ce détachement qu'il affichait n'était qu'une manière pour lui d'éviter d'affronter la situation dans toute son horreur.

Or c'était maintenant qu'il devait agir :

- Qu'est-ce que vous nous voulez ? Cracha à leur adresse Rodolphus qui s'était rapproché du couloir et en avait empoigné les barreaux.

 

Il était debout devant, pour une fois, et Bellatrix derrière lui restait assise sur la couchette de la cellule, visiblement épuisée mais, surtout, serrant dans ses bras ce qui ressemblait à un petit tas de draps d'hôpital.

Il y avait un bébé dans cet amas de tissus, Ignacius le voyait d'ici et cela suffit à lui rendre les idées claires et le souvenir des raisons exactes de sa visite.

 

Cependant, il mit une seconde de plus à réaliser qu'il avait l'apparence d'une langue de plomb tandis que, de l'autre côté, la réaction ne se faisait pas attendre à son approche :

- Fudge ! S'écria Bellatrix d'une voix furieuse en serrant instinctivement son enfant dans ses bras.

 

Ignacius comprit avec horreur ce qui se passait, et sut aussitôt qu'il y avait danger immédiat. Désespérée comme elle l'était, Bellatrix pouvait bien commettre l'irréparable :

- Dîtes aux détraqueurs de s'éloigner un peu Cornelius, ordonna t-il au ministre. Je vais me faire reconnaître des Lestrange.

- Te faire reconnaître ? S'étrangla la jeune femme en se levant et reculant brusquement. Infâme sang-mêlé !

 

Son regard fou et rempli de haine avait de quoi choquer Ignacius autant que l'inquiéter, d'autant qu'elle s'était éloignée de la grille jusqu'à s'adosser contre le mur opposé, l'enfant toujours serré contre elle :

- C'est moi, Ignacius, répondit-il tout en cherchant sa baguette dans sa poche, renonçant à toute velléité de discrétion.

 

Joignant le geste à la parole tandis que Cornelius Fudge et les deux détraqueurs qui l'accompagnaient reculaient légèrement et que Bellatrix lui adressait un regard complètement décontenancé, tout comme Rodolphus, il tira enfin sa baguette et murmura :

- Spero Patronus.

 

Sa main tremblait et il dut s'y reprendre à deux fois tout en fixant le visage de son épouse dans son esprit.

 

Enfin, il parvint à l'imaginer rayonnante de bonheur et tenant un bébé dans ses bras. Une lueur argentée sortit alors de sa baguette et se solidifia en deux secondes, en un magnifique sphinx à tête de mort qui voleta dans la cellule jusqu'à atteindre Bellatrix, tournant autour de la jeune femme qui l'observait, stupéfaite.

- Ignacius... Souffla t-elle, un pauvre sourire s'esquissant sur ses lèvres.

 

Dans sa voix, le désespoir le disputait à la crainte mais aussi à quelque-chose d'autre, plus tendre, accompagnant un soulagement sans limites.

Aussitôt, les souvenirs d'Ignacius s'emballèrent à nouveau et il se retrouva lui aussi dans une cellule sordide.

 

Sauf que ce n'était pas une de celles d'Azkaban, mais la prison du Ministère et il se souvenait à présent...

 

« Il n'avait pu tolérer que l'on importune ses invités sous son propre toit, surtout sans la moindre preuve et dans ce qui semblait bien être un simple règlement de comptes après la chute du Seigneur des Ténèbres.

 

C'est pour cela qu'il n'avait pas hésité à s'interposer. Quelque-part, peut-être était-ce aussi pour lui une manière de s'enfoncer un peu plus dans le déni, songeait-il à présent.

 

Mais après tout, lui et Rabastan étaient amis depuis leur jeunesse et, quand bien même il savait que les sentiments que Rab éprouvait pour lui étaient un peu plus ambigus que cela, il ne pouvait accepter que lui et sa famille soient arrêtés chez lui comme des malpropres. Cela aurait été le comble du deshonneur.

 

Mais ce qui avait véritablement mis Ignacius hors de ses gonds, c'était sans doute de voir sa femme prise au piège dans le mouvement de panique qui résultait de l'intervention des aurors, luttant pour ne pas être bousculée par la foule et cherchant à s'éloigner avec Narcissa tandis que Bellatrix tirait sa baguette pour se défendre.

 

Pour toutes ces raisons, il s'était senti obligé d'agir, quitte à se mettre lui-même en danger, surtout au vu de ses piètres qualités en duel. Cependant il s'y était pris trop tard et n'avait pas pu éviter qu'Hortense soit balayée comme une poupée de chiffon et tombe à terre.

 

Cela ne l'avait pas empêché d'affronter Fol-Oeil un bref instant.

Pourtant, à présent que l'adrénaline retombait et qu'il prenait peu à peu conscience de l'horreur de la situation, Ignacius sentait des sueurs froides couler le long de son dos.

 

Il s'était mis dans les ennuis jusque au cou en agissant comme il avait agi. Et au-delà de cela, le crime qu'il avait couvert malgré lui le révulsait profondément. Il n'arrivait pas à croire que les Lestrange étaient ceux qui l'avaient commis. Il savait qu'ils étaient mangemorts, certes, qu'ils combattaient...

 

Mais attaquer ainsi, sans raison ? Que leur avait-il donc pris ? Et surtout pourquoi s'en prendre à des Sang-Pur ? C'était complètement fou et incohérent.

Que pouvaient-ils bien espérer des Londubat ? Pourquoi avaient-ils pensé à eux d'ailleurs ?

 

Rien que de repenser à tout cela, il se sentait terriblement honteux vis-à-vis de cette éminente famille de sang-purs, il savait que son geste resterait impardonnable à leurs yeux.

 

 

Et pas qu'aux leurs d'ailleurs. Car Fol-oeil ne le ménagea absolument pas et il resta plusieurs jours enfermé tout seul dans la prison du Ministère, attendant le verdict avec angoisse et se préparant à être envoyé à Azkaban, peut-être même sans procès et pour le reste de ses jours.

On l'interrogea au moins six fois, photos du couple à l'appui, témoignages accablants et à chaque fois il finit en larmes à sa grande honte, une vraie mauviette.

 

Pourtant il finit par être libéré, sans bien comprendre pourquoi.

Étrangement, ce fut juste après avoir croisé Albus Dumbledore dans les couloirs du Ministère alors que le vieil homme revenait dans l'autre sens.

D'ailleurs que faisait le directeur de Poudlard ici ?

 

Question bête... Il était le président du Magenmagot à cette époque. Sa présence tombait sous le sens, quel que puisse être l'étonnement d'Ignacius à ce propos.

 

Lorsqu'il sortit enfin après plusieurs jours de détention qui l'avaient totalement épuisé, et qu'il tomba sur sa mère qui le fixait avec sévérité au beau milieu du hall du Ministère, Ignacius baissa la tête comme un enfant pris en faute. C'était sans doute la pire manière possible de rentrer chez lui.

 

Nephtis Malefoy, elle, se permit une seule remarque désobligeante, mais celle-ci le fit se sentir encore plus mal :

- Votre épouse est chez votre frère et votre belle-sœur qui prennent soin d'elle. A présent, il nous faut la rejoindre. Quant-à votre père, il a du s'aliter.

 

Honteux et effrayé, Ignacius suivit sa mère jusqu'aux cheminées du Ministère, la tête toujours piteusement baissée et les yeux encore rouges d'avoir pleuré plus tôt dans la journée.

 

Il n'assisterait pas au procès, cela était très largement au dessus de ses forces. Tout ce qu'il voulait, c'était effacer à présent toute trace de ce passé honteux. »

 

 

Ignacius reprit soudain, ses esprits lorsque Fudge le secoua encore une fois pour le ramener à la réalité :

- C'est impressionnant ce que les détraqueurs vous affectent mon cher ! S'agaça le ministre. Même protégé par un partronus vous ressentez leurs effets !

 

Ignacius hocha la tête, penaud. En face de lui, Bellatrix le contemplait toujours avec stupéfaction après qu'il se soit fait reconnaître d'elle à la forme de son patronus : le fameux « papillon exotique » qui avait toujours fait rire son entourage.

Ce qui compensait sans doute le fait qu'il soit l'un des seuls à sa connaissance à maîtriser ce puissant charme protecteur.

 

La mangemort s'était rapprochée d'eux et de son mari tout en continuant de le fixer, tenant son bébé soigneusement emmailloté contre elle et le berçant à présent.

C'était une toute petite chose aux cheveux aussi bruns que les siens qui, pour l'heure, regardait un peu dans le vague en remuant de temps à autres, visiblement incapable de dormir et terriblement fragile.

 

Ignacius savait rien qu'à son regard troublé que Bellatrix était perdue et extrêmement déçue de ne pas voir Narcissa dans cet instant décisif. Car elle aimait profondément sa sœur et sa tristesse se voyait sur son visage, mais elle avait compris... Il le savait.

- Elle t'a envoyé, pas vrai ? Souffla t-elle en s'approchant des barreaux jusqu'à presque les toucher.

 

Sor regard fixait Ignacius comme si sa vie en dépendait. Le ton de sa voix laissait entendre le désespoir mais son visage s'éclaira lorsqu'il lui répondit :

- Oui. C'est Narcissa qui m'envoie, c'était le seul moyen de garder le secret... Mis-à-part Hortense, nous sommes les seuls au courant.

 

Il leur raconta tout, de la visite de Fudge jusqu'à sa traversée de la forteresse. Au fur et à mesure qu'il parlait, le visage de Bellatrix s'adoucit et elle souriait presque en face de lui. C'était comme si le simple fait que quelqu'un lui parle suffisait à la rassurer :

- Tu as toujours été là Ignacius, murmura t-elle d'une voix émue.

- C'est parfait, souffla Rodolphus qui avait tout écouté à côté d'elle. L'idée est excellente !

 

Lui semblait avoir conservé un minimum de lucidité et se rendre tout à fait compte de la situation, exactement comme Black. Il avait suivi ses explications avec attention et Ignacius prenait à présent conscience que c'était Rodolphus qui maintenait Bellatrix dans un état à peu près conscient qui était le leur.

Sans cela, ils n'auraient plus été que des loques, comme les autres.

 

- Comment allez-vous ? Demanda t-il soudain.

- Nous survivrons, souffla Rodolphus qui jeta un regard au bébé, comme s'il avait lui-même peine à y croire. Au moins encore quelques temps... S'il n'y avait pas eu ceci... Totalement inexplicable.

 

Bellatrix de son côté désigna son mari du menton :

- D'ailleurs, dit-elle d'une voix rauque, indifférente au fait que le sujet soit inconvenant. c'est lui qui se s'est rendu compte le premier qu j'étais enceinte.

- Nous ne pouvons rester longtemps, les avertit alors Cornelius Fudge.

 

Ignacius se retourna, le ministre fixait tour à tour le papillon argenté et les détraqueurs d'un air inquiet. En effet, ceux-ci commençaient à s'agiter, émettant des râles contrariés.

 

Ignacius regarda à nouveau Bellatrix. Elle aussi avait compris que le temps leur était compté :

- A t-il un nom ? Demanda t-il en désignant le bébé du regard.

 

La jeune femme secoua la tête :

- Elle, corrigea t-elle. C'est une petite fille. Et nous n'en avons pas trouvé... Nos familles respectives faisaient appel à des visionomeurs, comme les Malefoy... Nous n'avions pas vraiment d'idées, et puis...

 

La tradition l'emportait sur le reste. C'était logique, songea Ignacius qui pourtant s'en serait bien passé. Toutes les familles de Sang-Pur ou presque procédaient encore ainsi et Bellatrix ni Rodolphus n'y auraient dérogé pour rien au monde. Sans doute étaient-ils réellement incapables de faire sans.

Mais pour Ignacius qui avait été nommé d'après un religieux antique ayant fini ses jours dévorés par les fauves dans l'arène, la tradition n'avait pas que des côtés positifs...

 

Cornelius Fudge s'avança alors et il fit sèchement signe à Bellatrix et Rodolphus de reculer. Derrière lui, les détraqueurs formaient une muraille et Ignacius dut mettre fin à son sortilège du patronus, à regret car presque aussitôt de nouveaux souvenirs douloureux virent le hanter.

 

Mais devant lui, Fudge avait ouvert la porte de la cellule et il se dépêcha de s'avancer vers Bellatrix qui s'était rassise, soudain mise à mal et probablement à cause de la férocité des détraqueurs. En effet, ses mains tremblaient et son visage pâle s'était soudain creusé encore plus.

C'est d'un geste résigné qu'elle mit le bébé dans ses bras et lui-même se sentait coupable de le lui enlever ainsi. Mais comment faire autrement ?

- Tu as raison, souffla soudain la jeune femme. Personne ne doit savoir... C'est la meilleure chose à faire.

 

Elle semblait prête à se mettre à pleurer tandis qu'Ignacius se relevait avec le bébé dans ses bras, l'enveloppant dans sa cape pour le garder au chaud, mais à côté d'elle Rodolphus acquiesça en lui saisissant l'épaule :

- Pour moi tu es comme un frère, murmura t-il à Ignacius.

 

Celui-ci faillit lui répliquer qu'il n'enviait pas le sort de Rabastan mais il se contint. A présent la fillette qui se trouvait dans ses bras captait pleinement son attention et rien que l'idée de devoir retraverser Azkaban avec elle suffisait à l'angoisser...

- Je la chérirai comme la mienne, promit-il au couple tout en luttant pour garder le contrôle de son esprit. Et personne ne pourra jamais deviner qu'elle n'est pas de notre sang.

 

Rodolphus acquiesça encore une fois et Bellatrix serra les dents. Sur ordre de Fudge qui semblait de plus en plus alarmé, Ignacius sortit de la cellule et commença à remonter le couloir.

Las, il n'avait pas fait dix pas que le gémissement d'une femme se fit entendre derrière lui et il se retourna imperceptiblement.

Bellatrix s'était effondrée dans sa cellule et pleurait à chaudes larmes, agrippée aux barreaux tandis que Rodolphus tentait de la relever.

 

Ignacius serra la fillette dans ses bras de plus belle et il se détourna. Il ne pouvait pas craquer maintenant et il fallait qu'ils sortent d'ici.

 

Carry my Soul by bellatrix92

 

Carry my soul into the night
May the stars guide my way.
I glory in the sight
As darkness takes the day.

 

Il n'avait trouvé que cela pour se sentir un peu mieux : une berceuse sortie de ses plus tendres souvenirs qui avait, disait-on chez les sorciers, la capacité d'éloigner les forces obscures. Mais il chantait avec d'autant moins de scrupules que la petite fille dans ses bras semblait apprécier cela.

Toujours enveloppée dans les draps blancs sur lesquels il avait tiré sa cape, elle le regardait de temps à autre, fixant tant bien que mal sur lui ses yeux à peine ouverts.

Des yeux noirs, comme ceux des Lestrange ou des Black, et des cheveux tout aussi foncés qui contrastaient avec sa peau pâle. Mais peu importe.

 

Il fallait qu'il la sorte d'ici, et rien que pour cela il était prêt à continuer à chanter et à contrarier les détraqueurs :

 

Ferte in noctem animam meam
Illustre stelle viam meam.
Aspectu illo glorior
Dumb capit nox diem.

 

Un râle contrarié devant Cornelius Fudge lui glaça le sang mais il ne s'en tut pas pour autant, quand-bien-même son cœur cognait douloureusement contre ses côtes, signe que les détraqueurs l'affectaient toujours et semblaient bien décidés à lui faire payer sa résistance.

Comme gardiens, on faisait clairement mieux. Mais de toute manière il n'en avait jamais douté et c'était également pour cela qu'il avait choisi de résister.

Personne, pas même le plus terrible des criminels, ne méritait de finir ses jours ici. Ce voyage aurait au moins l'avantage de lui avoir ouvert les yeux là-dessus.

Cantate vitae canticum
Sine dolore acte
Dicite eis quos amabam
Numquam obliviscar

Grindelwald lui-même n'avait pas subi ce que Bellatrix et Rodolphus subissaient. Et si Ignacius ne serait pas allé jusqu'à minimiser leurs crimes, il ne pouvait s'empêcher de penser au fond de lui-même que cet endroit aurait du être rasé depuis longtemps.

« Jamais cette île n'aurait du devenir une prison », songeait-il avec colère tout en continuant de fredonner et en serrant le bébé dans sa cape.

Sing a song, a song of life
Made without regret
Tell the ones, the ones I loved
I never will forget
I never will forget.

 

 

Oui, il n'oublierait jamais ce qu'il avait vu et ressenti ici. Il savait déjà que, comme le Ministre Diggory des siècles plus tôt, cette visite le hanterait jusqu'à la fin de ses jours.

Mais quelque-part, c'était peut-être un mal pour un bien, car à présent la rancune qu'il avait éprouvée toutes ces années était apaisée. Rabastan, Rodolphus et Bellatrix avaient eu leur part de punition, les haïr ne servait à rien après tout cela.

Mais ce bébé qu'il tenait à présent dans ses bras, que deviendrait-il ?

 

Sans parler de sa survie immédiate, se pouvait-il que les détraqueurs l'affectent durablement ? Et si c'était le cas, comment Hortense et lui pourraient-ils réagir ?

Le jeune Pye maintenait que le bébé semblait en bonne santé et que Bellatrix l'avait nourri un moment. Cela semblait indiquer que sa vie n'était pas en danger mais Ignacius ne l'aurait pas juré, et c'est surtout pour le préserver des détraqueurs et de leurs attaques qu'il chantonnait toujours, décidé à ne s'arrêter qu'une fois qu'ils seraient loin de la forteresse.

 

Enfin, le grand porche de pierre s'ouvrit devant eux sur un simple signe des deux détraqueurs qui les précédaient. Quelques secondes plus tard, ils étaient à l'extérieur et Ignacius sentit le froid le mordre un peu plus. Pour ne rien arranger, les silhouettes de quelques inferis étaient visibles dans les environs et c'est encore sous l'escorte des détraqueurs qu'ils traversèrent les extérieurs de la forteresse, jusqu'à atteindre l'eau.

 

- Dépêchons-nous de regagner notre barque, ordonna Cornelius Fudge qui semblait de plus en plus inquiet.

 

Ni Ignacius, ni le jeune Pye ne se le firent dire deux fois et c'est sans un mot qu'ils s'installèrent dans la barque et que le Ministre se mit à manœuvrer :

- Vous n'auriez jamais du leur résister, dit-il à Ignacius sur un ton réprobateur tandis qu'ils s'éloignaient de l'île.

- Peut-être, répliqua celui-ci piqué au vif. Mais ce n'est pas sans raison si je l'ai fait.

 

Le Ministre ne répondit rien, très opportunément concentré sur la navigation mais Ignacius ne lui en voulait pas. Il se contentait de bercer la petite fille qui le fixait toujours.

Quand ils furent enfin sortis de l'aire d'attraction Azbaban et que Fudge les eut éloigné de l'île avec la barque qu'il guidait toujours d'une main experte, le cadet des Malefoy se sentit enfin un peu mieux malgré le froid ambiant et l'humidité.

 

À ses côtés, le jeune médicomage avait même eu le réflexe de jeter un charme météorologique pour atténuer autour d'eux les désagrément du temps, ce qui fait que le voyage du retour fut beaucoup moins pénible que celui de l'aller.

 

Quant-au bébé, il s'était finalement endormi, sa petite main sortant du drap pour attraper l'index de son père adoptif qui sentait son cœur fondre à ce simple contact.

Il l'avait, il avait son bébé. Et toute l'inquiétude qui l'envahissait, aussi terrible soit-elle, n'arrivait pas à la cheville de son bonheur. Pour peu, il aurait même lancé un autre patronus.

 

Mais Ignacius ne fut pleinement tranquillisé quant-à leur sort que lorsqu'ils touchèrent la terre ferme, environ une heure plus tard. Après avoir été encore rassuré par Pye sur le fait que le bébé était en relative bonne santé, Fudge oublietta le jeune médicomage avant de le laisser repartir de son côté.

- C'est le seul que j'ai trouvé dans l'urgence, dit-il à Ignacius comme pour s'excuser.

- Il est courageux, répondit celui-ci. D'autres se seraient effondrés dans un endroit pareil.

- Il ne faut pas se fier à son aspect juvénile, répondit Cornelius Fudge. Ce gamin a travaillé dans des services assez extrêmes dès le départ, et je savais par mon épouse qu'il était du genre à mettre du cœur à l'ouvrage.

 

Ignacius acquiesça pensivement et regarda autour de lui. Ils étaient retournés sur la zone non condamnée en bateau, exactement comme à l'aller, mais pas question de transplanner ensuite avec un bébé.

 

Cornelius Fudge lui fit faire quelques pas, jusqu'à un parking situé non loin où des ouvriers étaient affairés à fixer sur des lampadaires des décorations de Noël.

Là, le Ministre ouvrit une voiture du Ministère et annonça :

- Voici notre moyen de transport jusqu'à Phantom Alley.

 

C'était une petite voiture d'une couleur bleue un peu passée mais qui aurait au moins l'avantage d'être très discrète. Et comme toute voiture magique se respectant, elle était bien plus spacieuse à l'intérieur qu'elle n'en avait l'air :

- Je l'avais garée en prévision de notre voyage, dit-il lorsque Ignacius s'étonna qu'elle se soit trouvée là. Le transport magique, figurez-vous que c'est encore un peu mon domaine !

 

Mais même si le Ministre tentait d'afficher un air assuré, il ne trompait personne et certainement pas Ignacius. La situation le terrifiait toujours.

Quelques minutes après cet échange, tandis qu'il roulait, ses doigts tremblaient presque sur le volant et, à côté de lui et soigneusement attaché, Ignacius regardait tout aussi nerveusement la route.

Ils avaient mis le chauffage afin d'éviter que le bébé n'ait froid et Ignacius qui avait fait preuve d'une prévoyance très poussée avait même appelé Jaody avant leur départ, afin qu'il les rejoigne avec un biberon. Mais la précaution s'était avérée inutile même si l'elfe avait fait très vite et les avait directement rejoins dans la voiture en marche (Ignacius ignorait comment une telle chose était possible d'ailleurs) car la fillette avait refusé de le prendre, aussi s'inquiétait-il de plus en plus.

- Pye a dit que sa mère l'avait allaitée, lui rappela Cornelius Fudge d'une voix qui se voulait apaisante, comme si ce simple détail avait pu le rassurer entièrement.

 

Pour toute réponse, Ignacius grommela de contrariété et à côté de lui, Jaody se pencha sur l'enfant pour l'examiner.

- Elle dort, dit-il comme pour lui-même.

 

Le chemin du retour semblait interminable et l'angoisse d'Ignacius se faisait un peu plus forte à chaque minute. Enfin, Cornelius Fudge fit garer la voiture du ministère juste dans la cour de Phantom Alley et accompagna Ignacius jusqu'à l'intérieur du manoir où Narcissa l'attendait dans le hall, totalement fébrile :

- Par Merlin ! Souffla t-elle soulagée en les voyant arriver avec la petite fille toujours endormie.

 

Elle se leva du fauteuil qui occupait l'entrée et s'approcha pour contempler le bébé tandis qu'Ignacius, après avoir salué le ministre qui ne souhaitait pas rester, empruntait directement les escaliers jusqu'à l'étage des chambres :

- Elle est très pâle, murmura Narcissa avec angoisse. Comment va t-elle ?

- Le médicomage a dit qu'elle était en bonne santé, mais je n'en jurerais pas, d'autant que c'était un tout jeune que Fudge avait envoyé. Allons voir Hortense...

 

Il accéléra le pas, désireux de ne pas la faire attendre davantage. Mais avant même qu'ils ne parviennent à la chambre, la jeune femme vint au devant d'eux.

Le visage blême et extrêmement anxieux, elle était obligée de s'agripper à la rambarde pour ne pas tomber mais cela ne l'empêcha pas de se précipiter sur Ignacius et sur le petit paquet qu'il tenait dans ses bras.

- Oh... Souffla t-elle, l'émotion lui coupant la parole.

 

Elle venait d'écarter le linge pour mieux voir le bébé et le contemplait à présent, totalement émerveillée. La fillette de son côté dormait toujours, le souffle régulier mais presque inaudible.

 

Ignacius attrapa les épaules d'Hortense et la serra contre lui, luttant contre les larmes qui menaçaient d'inonder ses joues. Il n'arrivait pas encore à croire qu'ils la tenaient enfin dans leurs bras, encore moins qu'elle était vivante. C'était un véritable miracle.

- Allons à la chambre, souffla t-il à sa femme lorsque la fillette ouvrit soudain les yeux. Il faut s'occuper d'elle.

 

Jaody s'était également avancé dans le couloir et c'est lui qui seconda Hortense qui, après avoir enfilé à la petite fille un pyjama, le coucha dans son berceau et se mit à le veiller.

Le bébé n'avait pas réclamé à manger bien qu'il semble avoir apprécié d'être changé et mis dans son berceau après avoir été bercé. Il s'endormit presque aussitôt.

- C'est normal, répondit Jaody lorsque Ignacius, très agité, commença à s'inquiéter plus que de raison. Un petit bébé dort plus de vingt heures par jour et celui-ci a besoin de récupérer à présent. Je le sens.

 

Oui c'était vrai, les elfes sentaient ces choses-là. Et si le sien n'était pas plus inquiet que cela, c'est que le danger était sans doute écarté pour le moment. Narcissa de son côté était sortie pour leur laisser un peu d'intimité.

Lorsqu'il fut enfin sûr que tout allait bien et que Jaody savait parfaitement quel rôle il devait jouer, Ignacius appela le dernier membre de leur foyer pour qu'il puisse partager leur bonheur :

- Conan, dit-il avec douceur en s'adressant à la paroi. Tu peux venir la voir.

 

Aussitôt, la forme pâle et translucide du petit fantôme traversa le mur et il fut parmi eux, les yeux brillants de bonheur :

- Elle est tellement jolie... Souffla t-il ému en se penchant à son tour sur le berceau. Il faudra bien la protéger.

- Oui, répondit Ignacius. Et nous le ferons tous ensemble, tous les quatre nous la protégerons.

- Oui, répondit Conan.

 

- Tous les cinq, corrigea alors une voix féminine dans son dos.

 

Ignacius se retourna vers sa belle-sœur qui leur faisait face, le regard déterminé. En face de lui, Hortense hocha la tête, tout en jetant des regards successifs à sa belle-sœur et au petit fantôme que celle-ci n'avait encore jamais vu.

 

Quant-à Conan, Ignacius fut surpris de le voir disparaître après avoir brillé un bon coup et souri à Narcissa.

 

Que devait-il lui expliquer sur ce petit spectre ? Tout ? Seulement une partie de l'histoire ? Rien ? À sa grande surprise cependant, Hortense le devança :

- Un ancêtre de la famille, dit-elle avec un sourire. Très timide je dois dire. Il vaut mieux que sa présence reste secrète à mon avis.

 

Narcissa hocha la tête à son tour, le visage grave mais toujours aussi déterminé. Ignacius savait que, comme eux, elle n'avait qu'une famille et qu'elle était prête à tout pour elle. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance.

 

En cette soirée du 29 novembre, chacun d'eux savait déjà ce qu'il devait faire : garder le secret le plus total. Car si l'identité réelle de la petite était découverte, elle serait immédiatement en danger de mort. Tous ici en avaient conscience.

 

La maléfiction d'Andréas Ikenokos by bellatrix92
Author's Notes:

Coucou!!!

 

Nous voici deux ou trois jours après les événements du dernier chapitre et, passé l'émerveillement, Ignaicus et Hortense vont se retrouver dans une situation quelque-peu rocambolesque et inquiétante.

Pour ceux qui ne seraient pas très au fait des fêtes chrétiennes:

- L'Avent est la période qui prépare Noël et s'étale sur les quatre dimanche qui le précèdent. C'est pour les chrétiens une période de recueillement, très axée sur l'espérance, l'attente et les récits de la nativité (ce qui va plutôt bien avec notre histoire d'ailleurs). Hortense est luthérienne: protestante donc mais très portée justement sur cette période.

- Le premier dimanche de l'Avent est précédé du dimanche "des morts": un dimanche où l'on se souvient des défunts, donc avec une ambiance très recueillie et parfois assez triste.

 

J'ai choisi la semaine entre ces deux dimanches pour mon récit, car elle collait très bien avec le vécu des personnages et, si au départ j'avais choisi la date de naissance d'Eris au hasard... Et bien il s'est avéré que le hasard était plutôt pertinent ici puisque l'on passe de la mort à l'espérance...

 

Le bébé avait trouvé ses marques bien plus rapidement que n'importe qui au manoir n'aurait osé l'espérer. Il faut dire que chacun ici veillait soigneusement sur lui et qu'Ignacius lui-même avait renvoyé de nombreuses occupations pour s'y consacrer entièrement.

Narcissa cependant avait du rester un peu au manoir car ses absences prolongées commençaient sérieusement à agacer.

 

Pourtant, trois jours après l'arrivée de la petite au manoir, Hortense avait finalement choisi de sortir, en catimini mais tout de même. Il faut dire qu'elle faisait cela tous les dimanches, du moins dès lors que sa santé le permettait.

 

Et ce dimanche 2 décembre était le premier du temps de l'Avent* cette année-là. Et il était d'autant plus particulier pour Ignacius que, l'après-midi même, un visionomeur viendrait chez eux pour donner enfin un nom à leur enfant.

 

Partout dans le monde, les Chrétiens se réunissaient pour entamer ce petit mois d'attente précédant Noël. A Battle et à Hastings notamment, les églises de toutes sensibilités ou presque étaient en effervescence, Hortense le confirma en revenant de sa messe dominicale à l'église St-Mary en fin de matinée.

- J'ai tout dit au prêtre et il a accepté de baptiser la petite ! Déclara t-elle à Ignacius, le visage rayonnant, lorsque celui-ci lui fit remarquer qu'elle était rentrée plus tard qu'à l'accoutumée.

- Tout dit ? S'inquiéta en retour le cadet des Malefoy, qu'une telle perspective ne rassurait pas du tout.

- Enfin, tempéra Hortense qui freinait tant bien que mal sa soudaine euphorie. Je lui ai dit ce que l'on peut dire à un moldu. Il m'a proposé de venir avec toi demain à l'église. Il a accepté de faire cela en secret Ignacius !

- De faire quoi ?

- De baptiser notre petite fille, répondit Hortense.

 

Elle avait le ton entre la supplication et le désespoirt. Lui hocha la tête, peu convaincu par la démarche.

Hortense s'était convertie au christianisme à l'adolescence et, s'il n'avait rien à y redire sur le fond, la voir faire preuve d'imprudence en confiant leur secret à un parfait inconnu lui faisait un peu peur.

- Qu'as-tu dit au pasteur ? Demanda t-il sur un ton soucieux.

- Je lui ai dit que notre belle-sœur était incarcérée et que nous avions recueilli sa fille, et que nous souhaitions la faire baptiser mais dans la discrétion car notre famille n'approuverait sans doute pas.

 

Ignacius soupira de soulagement, plus convaincu par la manière dont sa femme avait procédé que par ses convictions profondes. Mais pourquoi l'empêcher après tout ? Hortense se reconnaissait totalement dans cette foi et dans les rites de cette religion qui lui semblaient si étrange à lui, quoique si proche puisque c'était celle de son pays.

Cette année encore, son épouse ne ferait pas exception à la règle, d'autant qu'elle aurait de très bonnes raisons de préparer avec ferveur les fêtes de Noël.

 

Déjà la veille, tout en surveillant sa fille qui dormait, elle avait confectionné avec soin sa couronne de l'Avent et il savait que, ce soir, elle en allumerait avec émotion la première bougie.

Depuis leur mariage, Ignacius observait que sa femme suivait scrupuleusement chacune des célébrations du calendrier religieux, une chose un peu étrange pour lui car rares étaient les sorciers à revendiquer une religion en Angleterre. Mais Hortense n'en était pas moins une chrétienne pratiquante, et plus précisément de confession luthérienne même si, là encore, cela pouvait sembler un peu étrange dans leur pays.

 

Des luthériens donc, et pas des anglicans... Ignacius n'avait pas tout compris à cette histoire, d'autant qu'entrer dans une église était normalement interdit chez les Malefoy, depuis le règne d'Elisabeth Première.

Une défense dont Hortense n'avait absolument rien à faire et qu'elle transgressait depuis toujours, quoique Ignacius se soit bien gardé de l'avouer à qui que ce soit.

Même si elle affirmait ne pas être anglicane mais luthérienne, il n'était pas sûr que cela suffise à sauver l'honneur.

 

De toute manière, il n'y comprenait pas grand-chose et à ses yeux, les chrétiens étaient presque tous pareils. Il retenait juste que les évangéliques chantaient de manière plus dynamique et qu'ils se fichaient bien du calendrier religieux... Et aussi qu'ils avaient des « leaders charismatiques » qui horripilaient sa femme.

 

Hortense était quelqu'un de modéré mais de traditionnel jusque dans la religion. Le dimanche précédent encore, elle avait scrupuleusement honoré les défunts de l'année*, puis ceux de sa famille en général et particulièrement pensé à tous ses frères et sœurs qui n'avaient pas vécu. L'ambiance plutôt triste de ce moment expliquait d'ailleurs sans doute son état le lendemain, lorsque Cornelius Fudge leur avait rendu visite avec Narcissa.

 

Penser à la mort ne réussissait que rarement à Hortense qui savait sa vie très limitée dans le temps. Mais aujourd'hui, premier dimanche de l'Avent, l'ambiance était toute autre chez les Malefoy de Battle.

 

Il faut dire qu'à l'arrivée de leur fille, leur vie s'était brusquement éclairée et que, pour la première fois depuis leur mariage, ils abordaient la période de Noël avec une impatience difficilement maîtrisable.

Les années précédentes déjà, Hortense avait surpris Ignacius par sa vigueur dans les semaines qui précédaient Noël, de même que par sa ferveur religieuse puisqu'elle pouvait passer des heures à prier, lire la Bible ou chanter des cantiques que ce soit à l'Église ou chez elle (elle le faisait aussi en temps normal mais moins intensément). Et il ne doutait pas que, cette année, elle recommence de plus belle.

 

A l'inverse, le jour de Noël elle faisait généralement preuve de sa sobriété habituelle et c'est la période qui suivait les fêtes qui lui était généralement la plus pénible. Mais qu'en serait-il à présent ?

 

Ignacius avait observé ce cycle invariable durant des années et il se réjouissait à l'idée que celui-ci évolue un peu.

Pourtant aujourd'hui, alors que sa femme finissait de disposer les décorations de l'Avent sur la table de la salle à manger, juste après qu'ils aient fini leur repas et alors que lui-même tenait leur fille, elle semblait étrangement inquiète.

- Je n'aime pas trop cette idée, lui dit-elle soudain, alors que la pendule sonnait quatorze heure et alors que lui-même, déjà très tendu, attendait avec leur petite fille dans les bras le visionomeur qui devait arriver d'un moment à l'autre.

- C'est la tradition, répondit-il. Toutes nos familles la pratiquent. Je crois qu'il faut respecter cela. Et puis... Aurais-tu toi-même une idée de nom ?

 

Hortense secoua la tête avec résignation et s'approcha d'eux, réclamant de prendre le bébé dans ses bras. Il savait ce qui la rebutait dans la manière de nommer les enfants nés dans le monde magique, mais il ne céderait pas là-dessus, soucieux de respecter le vœu informulé du couple Lestrange. Et puis après tout, Hortense suivait bien ses propres traditions sans qu'il y trouve à redire, à elle de se plier à celles des Malefoy. Toute relation saine se construisait sur la réciprocité.

 

C'est ce qu'il lui avait déjà répondu la veille pour faire face à sa réticence.

Mais Hortense était de toute manière inquiète, et il le savait. Depuis ces deux jours où Ignacius avait ramené le bébé au manoir de Battle, elle supportait difficilement de le quitter des yeux et n'avait dormi que d'un œil après que Jaody lui ait assuré qu'il resterait à veiller sur la petite aussi longtemps qu'elle se reposerait.

Ce rythme, elle ne pourrait pas le tenir longtemps et Ignacius en avait pleinement conscience.

- Il faut te tranquilliser et te reposer, murmura t-il en lui caressant le dos. Le bébé va bien. Il tête régulièrement et tout semble normal.

- Je sais que rien ne sert de s'alarmer davantage, répondit-elle en regardant sa fille. Mais c'est plus fort que moi et j'ai un très mauvais pressentiment.

 

Soudain, les charmes du manoir les avertirent que quelqu'un s'apprêtait à entrer dans l'enceinte du domaine :

- J'y vais, murmura Ignacius à Hortense. Ne t'inquiète pas, tout ira bien.

 

Et il sortit sans attendre sur le perron pour accueillir leur visiteur.

 

Andréas Ikenokos, l'un des plus grands devins d'Europe, attendait dans la cour lorsqu'il parvint dehors, fixant les lieux d'un regard neutre quoique acéré. C'était lui le visionomeur auquel Ignacius avait fait appel, le même que pour Drago d'ailleurs.

Pour l'occasion, il ne s'était pas vêtu à la manière typique des sorciers et devins grecs (tunique longue de couleur blanche accompagnée d'un manteau drapé), mais d'une robe de sorcier tout ce qu'il y avait de plus sobre quoiqu'elle soit d'une couleur gris clair assez inhabituelle pour un anglais. Seul l'emblème de Delphes pouvait réellement informer sur sa qualité de devin et il aurait pu passer pour n'importe lequel des ses subalternes si Ignacius ne l'avait pas si bien connu.

Cependant son visage olivâtre et ses yeux à l'expression aussi tranchante qu'une hache, il était très intimidant alors même qu'il n'aurait du avoir aucune raison d'avoir l'air menaçant.

 

Ignacius, contrairement à bien des sorciers anglais, ne le connaissait pas seulement de nom et de réputation. Il avait assisté en personne à quelques-uns de ses prodiges et admirait le personnage. Cependant il avait toujours redouté cet homme dont le nom en faisait trembler plus d'un dans les milieux de la divination et de la politique.

 

Pour ne rien arranger, Andreas Ikenokos était depuis une dizaine d'année le Grand Oracle de Delphes, un poste qui le mettait en contact avec les plus puissants personnages du monde magique. Puissants qu'il n'hésitait pas à intimider à l'occasion, cela n'était un secret pour personne.

Le devin était seulement un peu plus âgé que lui, mais Ignacius savait qu'il était ressorti major en divination de l'école Durmstrang. C'était pour ainsi dire le voyant le plus réputé au monde, celui qui faisait trembler les dirigeants, effrayés à l'idée qu'il puisse prédire quelque-chose de néfaste contre eux. Il n'empêche qu'Ignacius le salua avec ses meilleures manières, l'invita à entrer et le conduisit dans la salle-à-manger où Hortense les attendait.

Si elle s'efforçait de ne rien en laisser paraître, sa réticence était cependant clairement visible pour Ignacius et celui-ci ne doutait pas qu'Andréas Ikenokos l'ait également perçue.

Pourtant, cette fois-ci, il n'était pas d'accord avec son épouse. Andréas Ikenokos s'était déplacé immédiatement à son appel, bien qu'il doive traverser l'Europe pour cela, et c'est avec la plus grande amabilité qu'il saluait à présent Hortense et s'intéressait au bébé qu'elle tenait toujours dans les bras.

- Puis-je le prendre ? Demanda t-il poliment.

- Oui, répondit la jeune femme en le mettant maladroitement dans les bras du devin qui l'attrapa avec douceur d'une main experte et se mit aussitôt à l'examiner sans en avoir l'air. Ignacius comprit qu'il n'allait rien pouvoir lui cacher, avant même qu'Ikenokos qui observait attentivement, mais gravement, l'enfant ne se tourne vers lui :

- Dîtes-moi tout, ordonna t-il sur un ton qui ne souffrait aucune réplique.

 

Ce n'était pas prévu, même si c'était la démarche habituelle et que le devin était tenu au secret. Hortense pâlit derrière lui mais Ignacius garda par miracle contenance :

- Seulement si vous nous faîtes le serment de ne rien révéler à personne, répondit-il sans baisser le regard.

- Je suis assermenté pour cela, répondit Ikenokos sur un ton presque indigné. Vous le savez parfaitement Ignacius. Je n'ai aucun droit de révéler les secrets de ce genre de moment et je n'en prendrai pas le risque.

 

Il y avait dans sa voix une pointe de froideur et Ignacius baissa la tête, un peu piteux. Hortense passa alors devant lui et répondit elle-même au devin :

- Ce bébé est né à Azkaban, dit-elle. C'est ce que vous devez savoir je pense. Nous l'avons adopté.

- Est-il de Sang-Pur ? Demanda alors Ikenokos sur un ton grave.

- D'une lignée irréprochable, répondit Ignacius sans se démonter.

 

Ikenokos demanda à garder un peu plus l'enfant dans ses bras et il regarda longuement la minuscule petite fille, constatant sans mot dire sa pâleur et sa maigreur qui les avaient tant effrayés eux aussi deux jours auparavant. Il laissa cependant laisser échapper un semblant de sourire lorsqu'elle attrapa son doigt avec détermination :

- Rodolphus et Bellatrix Lestrange, dit-il d'une voix assurée

- Oui, répondit Hortense. Mais je crois que cela n'est pas vraiment difficile à deviner.

- Non, répondit Ikenokos sans rien perdre de son calme ni de son assurance. En effet cela est même plutôt facile... Une naissance imprévue, sans doute accidentelle et éprouvante pour beaucoup de monde. Et pour vous, presque un mal pour un bien si je puis dire. Car vous avez espéré longtemps.

 

Hortense hocha mécaniquement la tête.

- Elle sera très belle, ajouta le devin sans afficher le moindre doute.

 

Ignacius respira un peu mieux. Cela, personne n'aurait pu le prévoir ni même l'espérer, tant le bébé faisait peine à voir et donnait de l'inquiétude au couple. Pourtant Andréas Ikenokos n'affichait pas l'ombre d'un doute en prononçant ces mots.

Il continuait d'observer le bébé qu'il tenait soigneusement calé contre lui, et celui-ci n'en éprouvait visiblement aucune crainte, se contentant de fixer l'homme avec curiosité.

Plusieurs secondes passèrent encore avant qu'il n'ajoute encore :

- Appelez-la Eris.

- Comment ? Demanda Hortense soudain alarmée.

- Eris, ajouta Ignacius. N'est-ce pas la déesse grecque de la discorde ?

- C'est exactement cela, répondit Andreas Ikenokos.

- Pourquoi ? Demanda Hortense.

Quelques secondes passèrent dans le silence le plus total :

- Ce sera une grande sorcière, répondit finalement le devin. Elle aura un rôle important dans notre monde et elle le connaîtra mieux que la plupart des humains ayant foulé cette terre.

 

Ignacius arrêta sa femme avant qu'elle ne l'interrompe à nouveau. On y était, la prédiction avait commencé.

 

Cependant, la suite les doucha tout les deux :

- Cela dit, ajouta en effet le mage. Toute sa vie est d'ores-et-déjà bâtie sur de l'argile et les conflits l'ébranleront sans cesse, d'autant qu'elle en sera systématiquement le cœur et l'instigatrice, malgré elle mais sans jamais pouvoir l'éviter.

 

Ignacius sentit son coeur tomber dans sa poitrine en entendant ces mots. Hortense le fixait avec des yeux terrifiés à présent, ce qui n'empêcha pas Andréas Ikenokos d'ajouter :

- C'est un destin très fragile que je vois là...

 

Le pacte de Phantom Alley by bellatrix92
Author's Notes:

Bonne lecture pour ce dernier chapitre!!!!

 

Les cloches résonnaient gravement dans le clocher de l'église de Battle, et cela n'était pas bon signe songea Narcissa avec inquiétude. On aurait dit à les entendre qu'elles annonçaient un enterrement.

Frissonnant, elle s'empressa de gagner le quartier magique de Battle où elle était attendue.

Ignacius ne lui avait pas dit grand-chose sur la situation, seulement qu'ils étaient très inquiets pour « Eris ».

 

Qu'est-ce que cela voulait dire par Merlin ? Était-ce le nom donné à la petite fille ?

 

Sûrement.

 

Marchant le long du chemin, elle croisa d'ailleurs ce qui semblait être un prêtre se rendant à l'église et le salua rapidement. Elle remarqua aussi que, depuis sa venue, on avait accroché aux lampadaires de Powdermill Lane des décorations de Noël.

 

C'était d'ailleurs étrange que la fille de Bellatrix soit née si proche de cette période songea t-elle tout en marchant. Mais aussi paradoxale que la chose puisse paraître, cela sonnait un peu comme un magnifique cadeau de Noël, arrivé un peu en avance pour les Malefoy de Battle.

Quels que soient leurs problèmes à présent, Narcissa ne pouvait pas concevoir qu'il n'y existe pas de solution. Ils étaient cinq... Ils pouvaient bien faire quelque-chose, même si d'après les dires d'Ignacius la situation était si alarmante !

 

Elle n'était pas d'un naturel rebelle en temps normal, mais aujourd'hui il n'était pas question de succomber au défaitisme !

 

Dès l'instant où Narcissa franchit les grilles de manoir, elle fut reçue par un Ignacius très chamboulé et écouta avec le plus grand calme possible tout ce que le couple avait à lui raconter.

Oui, c'était bien le visionomeur qui les avait effrayés à ce point. Elle n'eut aucun mal à comprendre pourquoi la panique avait envahi le couple. Après-tout, elle-même se souvenait bien du moment où Drago avait reçu son prénom, c'était éprouvant pour n'importe quel parent...

 

Alors pour Ignacius et Hortense, elle ne voulait pas l'imaginer. Lui tenait sa fille contre sa poitrine comme pour la protéger d'un ennemi invisible, et elle semblait sur le point de fondre en larmes.

 

Mais contrairement à eux, Narcissa n'avait pas la moindre intention de paniquer et c'est fermement qu'elle demanda à Ignacius de convoquer Jaody après qu'il eut achevé son récit, ainsi que « le petit fantôme » qui habitait le manoir, et dont elle ignorait le nom.

- Conan, se présenta celui-ci dès qu'il entra.

- Narcissa Malefoy, répondit Narcissa.

 

A présent elle se souvenait et tout s'expliquait. C'était donc lui, l'oncle de Lucius et Ignacius qui était décédé si jeune. Pas étonnant qu'il soit resté sous cette forme...

 

- Bien, dit-elle une fois que tout le monde fut présent et assis autour de la table, sauf Jaody. Que faisons-nous ?

 

C'était cela la question centrale. Car si la prédiction d'Ikenokos avait de quoi inquiéter chacun, la priorité restait tout de même de protéger le bébé et de lui assurer un avenir :

- Nous allons devoir présenter Eris à la famille, répondit Hortense d'une voix tremblante. Cela ne pourra pas beaucoup attendre...

 

Oui, c'était un fait indéniable, songea Narcissa :

- Commençons par passer un pacte, proposa alors Ignacius. Chacun d'entre-nous doit jurer aux autres de garder le secret sur ses origines. Mis-à-part nous, personne ne saura.

 

Les quatre autres approuvèrent aussitôt. Lorsqu'en ce jour de la toute fin d'automne, Eris était arrivée dans leur vie, Ignacius avait fait appel à toutes ses ressources sans aucune exception pour protéger Hortense et permettre à la petite fille de se développer. Narcissa elle-même était prête à sacrifier beaucoup de choses pour cela aussi.

Mais l'essentiel résidait dans le fait que la société magique croie qu'Eris était réellement la fille d'Ignacius et Hortense. Le reste devait demeurer inconnu.

S'il venait en effet à se savoir que ses parents étaient les agresseurs des Londubat, la fillette se préparerait à une vie à la fois courte et difficile, personne ici ne l'ignorait. Le monde magique ne lui pardonnerait pas son ascendance.

 

Ils passèrent donc un pacte silencieux, moral et sans magie aucune, se résumant à une poignée de mains échangée entre chacun des membres présents. De toute manière, en faire plus était inutile. Personne ici n'avait intérêt à trahir.

 

Avisée et rassurée, Hortense modifia ensuite la couleur des yeux de la petite fille afin qu'elle ait ceux de son père, gris et grands ouverts, pour que personne ne se doute de rien.

Autrement la ressemblance avec Bellatrix et Rodolphus serait bien trop évidente pour rester dissimulée car Eris avait hérité du regard très sombre des Black. Une véritable marque de fabrique susceptible de faire éclater la vérité très rapidement si elle n'était pas dissimulée.

 

Mais avec des yeux gris, Eris devenait presque une miniature de son père et celui-ci ne put s'empêcher de rosir de fierté en la voyant ainsi.

 

Narcissa approuvait également la démarche, mais elle avait ses réserves :

- Elle va ressembler à Bella, dit-elle cependant d'une voix inquiète alors qu'Hortense venait d'achever son charme dissimulateur. Je le vois déjà... Elle est comme sur les photos que ma mère conservait... Ce sera une Black tout ce qu'il y a de plus frappant...

 

Ignacius acquiesça avec angoisse :

- Il va falloir le dissimuler alors, dit-il. Les Black sont trop connus dans leur manière d'être et si quelqu'un comprend d'où elle vient, ce sera quelque-chose de terrible...

- Bellatrix m'a confié qu'elle avait eu une éducation très dure, fit alors doucement remarquer Hortense qui ne semblait plus si inquiète. Cela l'a forgée dans son caractère comme dans son allure. Ce n'est pas seulement une histoire de sang.

 

De cela, elle semblait parfaitement convaincue :

- Oui, répondit Narcissa qui tentait de se rassurer. Son maintien n'était pas totalement quelque-chose de naturel et je crois qu'il nous faut relativiser un peu... Sans compter qu'elle a toujours été portée sur la Magie Noire et que cela se sentait déjà durant son adolescence dans sa manière d'être.

- Eris ne lui ressemblera pas outre-mesure, répondit fermement Hortense. L'apparence n'est pas qu'une affaire de sang. L'éducation, l'habillement et les activités influent largement dessus. Or, de ce côté, nous pouvons agir.

 

Narcissa approuva. Oui, cela pouvait se tenir. Eris était déjà très brune, un peu comme sa mère en fait et contrairement au reste des Malefoy.

Tant pis après-tout et peut-être même tant mieux.

 

Son originalité serait peut-être sa plus grande force, songea l'épouse de Lucius...

 

Au dehors, les cloches sonnaient toujours, mais à présent Narcissa était décidée à y croire :

 

La fille de Bellatrix n'avait pas encore dit son dernier mot, et quelque-chose lui disait que sa vie ne serait pas aussi pauvre et brève que tous auraient pu le craindre.

 

Elle se jurait en tout cas de contribuer à son bonheur, une manière d'aimer sa propre sœur par delà les barrières sinistre d'Azkaban.

 

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