Génération noire by CacheCoeur
Summary:

Molly Blackbird, sur unsplash

 

Andromeda adorait jouer lorsqu’elle était petite. Elle n’aimait pas particulièrement gagner. Elle ne détestait pas particulièrement perdre. D’ailleurs, le plus souvent, elle n’était ni gagnante, ni perdante. Elle était une simple participante.

Pourtant, dans le grand jeu de cette génération Black, elle est la seule gagnante à avoir tout perdu.

 

Joyeux Noël Sun ❤


Categories: Enfances, Fics-cadeau Characters: Andromeda Black, Bellatrix Black, Famille Black, Narcissa Black, Regulus Black, Sirius Black
Genres: Famille, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Echange de Noël 2021
Chapters: 5 Completed: Oui Word count: 8333 Read: 821 Published: 28/12/2021 Updated: 05/01/2022

1. La dernière partie de cache-cache by CacheCoeur

2. La dernière partie d'épervier by CacheCoeur

3. La dernière partie de chamboule-tout by CacheCoeur

4. La dernière partie de colin-maillard by CacheCoeur

5. La dernière partie d'un, deux, trois... Soleil ! by CacheCoeur

La dernière partie de cache-cache by CacheCoeur

– Regulus est mort. On n’a pas encore retrouvé son corps, mais Kreattur est formel.

Andromeda avait lâché un profond soupir. Elle était peu bavarde de nature, agissait avec nonchalance et discrétion, toujours dans la retenue. C’était le fruit de l’éducation des Black, très certainement nourrie par son propre caractère. Mais à l’intérieur… à l’intérieur, Andromeda explosait de mille émotions et sentiments.

Beaucoup pensait qu’elle était indifférente. Ils ne la connaissaient pas. Andromeda était laBlack la moin indifférente.

Ted la regardait depuis ce moment et attendait patiemment qu’elle lui adresse une phrase ou un signe trahissant une quelconque émotion. Ils savaient tous deux qu’elle ne s’autoriserait à pleurer qu’une fois seule. La lettre dans sa main tremblante, Andromeda se leva de sa chaise, abandonna sa tasse de thé et monta se réfugier à l’étage.

On disait d’Andromeda qu’elle n’avait rien d’exceptionnel et absolument tout, d’ordinaire. Dans une famille comme la sienne, naître et être affublée d’un tel adjectif, était une peine que l’on portait au quotidien. Elle tenait son nom de la galaxie aux mille milliards d’étoiles et pourtant, on avait de cesse de lui répéter qu’elle était aussi terne qu’un ciel nuageux et grisâtre.

Elle n’avait pas la passion brûlante de Bellatrix ou l’élégance froide de Narcissa. Des sœurs Black, elle était celle qui fascinait le moins et dont on se désintéressait le plus. Son caractère simple et doux ne pouvait toucher que ceux qui apprenaient à la connaître, au-delà de son nom, de sa famille et des attentes dont tout le monde l’accablait.

Sa discrétion avait cependant toujours été un avantage pour se faufiler dans les coins les plus sombres du Manoir des Black et ainsi rester de longues heures cachées, lorsque ses sœurs et ses deux cousins jouaient. Et pourtant, elle ne gagnait jamais. L’impatience de Bellatrix, la ténacité de Sirius, l’air ennuyé de Narcissa, la détermination de Regulus… Ils étaient autant de distractions qu’elle ne parvenait pas à ignorer. Ils lui arrachaient toujours un petit rire esclaffé entre les deux gros coussins du canapé ou les lourds rideaux verts de la cuisine.

Lorsque leurs deux familles se réunissaient, les enfants se retrouvaient entre eux. Dans de grandes maisons où le calme et la retenue étaient reines, avoir l’occasion de courir un peu et de jouer lorsque les adultes étaient trop occupés pour les surveiller, était une véritable bénédiction. Andromeda n’aimait rien de plus que de voir ses deux cousins. Bellatrix et Narcissa étaient si proches… Elle s’était toujours sentie à part, comme de trop. Elle aurait souhaité les comprendre et être aimée d’elles.

Regulus était le meilleur d’entre eux, à cache-cache. Probablement était-ce dû à sa petite taille et à sa discrétion naturelle. Regulus mettait tant d’ardeur à se fondre dans le moule et à être celui que tout le monde désirait qu’il soit : une version plus digne et fière de Sirius. Bella et Cissy étaient ennuyées au bout d’un petit quart d’heure. Elles se battaient souvent pour savoir laquelle des deux irait chercher tous les autres : Bellatrix gagnait presque à chaque fois. Il suffisait cependant que les étoiles soient bien alignées, qu’elle soit dans un bon jour et que Narcissa ait le bon regard suppliant et affectueux, pour que Bellatrix lui cède sa place.

La dernière fois qu’ils avaient joué à cache-cache, c’était Narcissa qui avait compté jusqu’à cent.

Andromeda ne se cachait jamais loin de Regulus : elle avait repéré comme il était doué pour toujours trouver la bonne cachette. Sirius aussi, l’avait très vite compris. Et personne n’avait plus l’esprit de compétition que Sirius. Il avait besoin de prouver qu’il était le meilleur. Mais au-delà de ça, Regulus avait la fâcheuse tendance à se faufiler dans des endroits incongrus, noirs, poussiéreux, et dans lesquels il fallait se contorsionner : Regulus ne parvenait jamais à en sortir seul. Il restait silencieux pendant un certain temps, avant de gémir de douleur, à cause d’un bras ou d’une jambe pris dans un angle étrangement bizarre. Sirius était celui qui venait le rejoindre dans sa cachette, qui s’y glissait et allait retrouver Regulus pour sécher ses larmes.

Andromeda doutait qu’il y ait eu un jour d’autres personnes qu’elle et Sirius, à avoir un jour entendu Regulus pleurer.

Andromeda avait toujours été attendrie de la relation que les deux frères entretenaient. Ils étaient différents, et pourtant, l’aîné protégeait le cadet, et le cadet faisait confiance à l’aîné. Pour Andromeda qui était la sœur du milieu, elle n’avait jamais connu cela, dans aucun sens et pour aucune de ses deux sœurs. Elle leur avait envié ça, au point d’en crever de jalousie parfois.

Andromeda connaissait la solitude, et elle venait toujours la cueillir, lorsqu’elle était cachée, toute seule, et qu’elle entendait les deux frères patienter ensemble le temps que Cissy ou Bella viennent les trouver.

Mais la dernière fois qu’ils avaient joué, Andromeda n’avait pas suivi Regulus. Elle avait couru jusqu’au placard à balais de l’elfe de maison, persuadée que Narcissa n’irait jamais dans un tel endroit, et n’était certainement pas prête à se salir pour un simple jeu. Elle avait attendu plus d’une heure, toute seule, avant de craquer et de sortir de sa cachette.

Les éclats de voix de Sirius et Regulus faisaient trembler les murs.

Pourquoi tu n’es pas venu ?

Longtemps après ça, Andromeda entendait encore distinctement Regulus prononcer ce reproche avec un sanglot dans la voix. Elle revoyait encore l’air indifférent de Sirius face aux yeux rougis de son frère, qui avait séché ses larmes pour que ni Cissy, ni Bella ne les voient.

– Tu n’es plus un bébé. Et si t’es si doué que mère et père le disent, tu ne chouinerais pas à cause du noir !

Sirius avait fait payer l’indifférence de ses parents, leur mépris envers lui, à son propre frère, le Petit roi des Black, parce qu’il n’avait tout simplement personne d’autre à qui s’en prendre. Andromeda imaginait sans peine les remontrances que Sirius avait subi avant de venir ici : elles étaient de pire en pire, de plus en plus autoritaires et dures, là où Regulus avait une petite tape sur la tête et tous les compliments. Il était le parfait coupable, pour Sirius. Il n’avait pas encore la force et l’âge de se dresser complétement contre ses parents, alors sa vengeance, sa colère, son sentiment d’injustice, il les avait adressés à Regulus. Bella riait, Cissy passait une main dans ses longs cheveux et les adultes ne s’occupaient pas d’eux. Andromeda était intervenue, pour réconcilier les deux frères. Les regards brillant de colère et de tristesse, ils s’étaient serrés la main. En revanche, ils n’avaient plus jamais joué à cache-cache.

Parce qu’ils avaient grandi et que ça ne les amusait plus. Parce que Regulus avait toujours peur du noir, qu’il était devenu trop grand pour ses cachettes, et que Sirius et lui ne pouvaient plus s’y glisser ensemble, pour tellement de raisons… La graine de l’animosité avait été plantée entre eux tous.

Pauvre Regulus.

Dix-huit ans, c’était l’aube d’une vie et l’imaginer perdu, quelque part, lui brisait le cœur. Elle l’imagina avec Sirius, pliés tous les deux dans un coin, à attendre qu’on les trouve. Elle se demanda si Regulus avait toujours peur du noir, même après toutes ces années… Elle espérait qu’on retrouve son corps le plus rapidement possible, pour qu’il ne soit plus seul, lui semblait pourtant s’être enfermé dans une solitude imperméable.

Les jours passèrent et les rumeurs se répandirent selon lesquelles il aurait trahi le Seigneur des Ténèbres.

Regulus... Pauvre Regulus... Jamais maître de son destin et la seule fois où il avait agi pour lui et avec son cœur, il en était mort.

Regulus était mort. On ne savait pas trop pourquoi. On ne savait pas trop comment. On ne savait où. On ne savait rien.

Et amèrement, elle espérait qu’il ne gagne pas sa dernière partie de cache-cache et que l’on retrouverait vite son corps. Mais il n’y avait toujours que Sirius d’assez malin, pour toujours trouver son frère et Andromeda avait la certitude que cette fois-ci, l’aîné des Black n’avait pas suivi son cadet, perdu à jamais.

 

La dernière partie d'épervier by CacheCoeur

Aux yeux de sa fille, Andromeda avait su bien avant même qu’elle ne prononce un mot qu’elle allait lui annoncer la mort de quelqu’un.


Égoïstement, la première pensée d’Andromeda avait été de se dire que Nymphadora était en vie, et que c’était tout ce qui comptait. Le reste importait peu.


– Sirius.


Andromeda opina simplement. Que pouvait-elle faire d’autre ? Elle songea un moment à la douleur que ressentirait sa tante Wallburga, si elle savait que son dernier fils, son fils ingrat, son fils indigne, son traître de fils, était mort...


Andromeda n’était qu’une enfant, lorsque le premier héritier mâle des Black était né, mais elle se souvenait très bien du nourrisson qu’elle était allée visiter avec sa mère et Bellatrix. Cette dernière l’avait immédiatement détesté parce qu’il était né garçon, l’aîné, celui vers qui tous les regards se tourneraient à présent. Elle s’était sentie volée par un bébé sans dent, sans défense, sans cheveux et qui passait son temps à baver et sucer son pouce avec obstination, quand bien même tante Wallburga s’évertuait et s’échignait à le lui retirer de la bouche. Andromada, elle l’avait regardé avec un profond désintérêt. Ni colère, ni joie, ni tristesse. Elle était curieuse d’apprendre à le connaître, quand il marcherait et parlerait. Narcissa s’était très vite détournée du berceau : ce qui rendait Bellatrix furieuse n’intéressait pas Narcissa, qui aurait suivi son aînée jusqu’aux confins du monde si elle l’avait pu. Andromeda, elle, se souvenait aussi avoir caressé avec délicatesse le front et la joue de Sirius, toute potelée, et de lui avoir souri.


En grandissant, Sirius était devenu le parfait héritier Black en apparence, avec son épaisse chevelure noire, ses beaux yeux gris, intelligents et déterminés, sa peau parfaite et blanche... Mais à l’intérieur, il ne pouvait pas être plus différent et le plus décevant héritier Black que la famille pouvait avoir.


C’est peut-être parce qu’il avait tant de cœur, qu'Andromeda n’avait jamais pu se résoudre à le renier complètement elle aussi. Même lorsqu’il avait été réparti à Gryffondor. Même lorsqu’il avait tenu des discours de traître à son sang. Si en public, lorsqu’ils étaient enfants et adolescents, elle le méprisait et ne lui offrait que son silence, dans le secret de son cœur, Andromeda lui soufflait qu’elle était comme lui mais qu’elle n’avait ni son courage ni sa force. Elle était parti de chez elle avec Ted quelques temps avant l'entrée à Poudlard de Sirius, et l'écho de sa rebellion, lorsqu'il parvenait jusqu'à elle, faisait résonner quelque chose en elle. 


Toujours pur.


Sirius était le seul à s’opposer à leurs parents et à leurs idées. Andromeda n’avait jamais osé, parce qu’elle aimait l’ombre, détestait le conflit et avait seulement souhaité pendant longtemps la chaleur d’un foyer uni, qu’importe que cela soit autour d’idéologies abjectes... Sirius avait juste compris bien avant elle que le foyer n’était pas la famille et que la chaleur pouvait se trouver partout ailleurs.


Pourtant, chaque fois qu’ils se regardaient, Sirius et elle, Andromeda était persuadée qu’il savait, qu’il avait deviné, qu’ils n’étaient pas comme le reste des Black. Parfois, Sirius s’énervait après elle. Souvent, il cherchait son soutien. Mais à chaque fois, Andromeda s’emmurait dans lle mutisme. Il ne semblait pas tellement lui en vouloir. Peut-être qu’il admirait autant la résilience d’Andromeda qu’elle admirait son audace à lui...


Sirius... L’avenir des Black. Le seul qui aurait pu transmettre leur nom à une future génération, si tant était qu’il en eut à ressentir le désir un jour... Peut-être était-ce mieux ainsi. Il avait tant perdu. Son frère. Onze années de liberté. Ses meilleurs amis... Pourtant, le cœur d’Andromeda criait à l’injustice quand elle savait qu’il lui restait encore tant de choses à vivre auprès de son filleul mais aussi auprès d’elle... Ils auraient pu renouer, ils auraient pu s’entendre et elle lui aurait dit, toute l’admiration qu’elle lui portait.


Après tout, elle remerciait Merlin et Morgane que Nymphadora ne soit pas aussi lâche qu’elle et les louait d’avoir donné à sa fille ce panache et cette détermination à se faire une place dans ce monde malgré sa différence. Andromeda avait fui, Sirius avait affronté. 


Nymphadora... Nymphadora qui connaissait finalement Sirius bien mieux qu’elle. Nymphadora qui avait le courage de ses convictions et qui faisait partie de l’Ordre... Elle affrontait elle aussi. 


– Comment ? demanda simplement Andromeda.


– Bellatrix.


Andromeda esquissa un sourire, parce que “Bellatrix” répondait plutôt à la question “qui ?”. Mais au final, "Bellatrix" était une arme, une destruction. Alors le "comment" lui allait parfaitement. 


– Elle a enfin gagné... , souffla-t-elle.


Elle était l’héritière des Black maintenant. La seule, l’unique.


Andromeda doutait qu’il puisse exister un jour deux personnes plus opposées et partageant pourtant le même feu brûlant, que Sirius et Bellatrix. Ils avaient dans les yeux, de la lave en fusion chaque fois qu’ils défendaient leurs opinions. Ils avaient cette même passion déraisonnée parfois. Cependant, là où Bellatrix sombrait dans le noir, Sirius flirtait avec la lumière et gardait l’équilibre grâce à ses amis. Mais la folie... La folie semblait les aimer et les animer tous deux par moment.


Andromeda s’en amusait lorsqu’ils étaient enfants. Bellatrix ne ratait jamais une occasion de lui montrer qu’elle était meilleure que lui, et lui, prenait manifestement un malin plaisir à lui démontrer le contraire et à la provoquer. Ils étaient tous deux impatients et fougueux, désireux de faire leurs preuves. Bellatrix voulait que tout le monde sache qu’elle était puissante, forte, capable et qu’elle était la seule digne héritière des Black en dépit de son statut de femme. Elle l’avait détesté depuis la minute même où elle avait compris ce que son existence impliquait : Bellatrix n’était plus que deuxième dans l’ordre de succession.


Andromedait souriait. Comment aurait-elle pu faire comprendre à sa sœur qu’elle n’aurait jamais dû en vouloir à un bébé pour les droits des femmes édictés par la loi des hommes ?


Bellatrix voulait arracher à Sirius tout ce qu’il avait, et Sirius voulait s’affranchir de son nom, le renier et leur prouver qu’ils avaient tous tort, qu’ils étaient les monstres. Leurs objectifs convergeaient.


Le jeu auquel Sirius était le plus doué était l’épervier. Il était toujours le dernier à être touché par l’épervier, le plus souvent, il s’agissait de Bellatrix. Courir était indigne de Narcissa, Regulus n’était guère plus sportif et Andromeda n’y jouait que pour faire plaisir à son cousin. Quand ils étaient tous les quatre sur la ligne de départ et que Bellatrix enfilait ses gants enchantés qui paralyseraient chaque personne qu’elle toucherait, elle fixait son regard sur Sirius. Il n’y avait plus que lui. Plus personne d’autre n’existait.


La dernière fois qu’ils avaient tous joué, Bellatrix faisait encore deux têtes de plus que Sirius. Pourtant, il s’était moqué de ses cheveux. Andromeda avait touché les siens, en se demandant si ses boucles brunes ressemblaient elles aussi “à la perruque faite en poils de veracrasse de la vieille Malefoy”.


Tu seras le premier à y passer ! avait hurlé Bellatrix.


C’était l’anniversaire de leur oncle Orion. Kreattur les surveillait dans le salon qu’il avait réaménagé pour que les enfants puissent courir.


Lors du premier passage, Bellatrix s’était jetée sur Sirius, qui avait esquivé à la dernière seconde, se réfugiant au dernier moment derrière son petit frère. Il avait glissé rapidement entre eux deux, et avait rejoint la ligne d’arrivée le premier, avec une facilité déconcertante.


– J’aurais ta peau.


Elle l’avait prévenu...


Sirius avait hurlé de rire. Fût un temps où faire perdre la raison à sa cousine lui procurait un bonheur immense. Il y avait perdu tout intérêt après son entrée à Poudlard, quand les idées folles de Bellatrix sur la pureté du sang ne l’amusaient plus, mais le dégoûtaient profondément.


Lors du deuxième passage, Sirius avait propulsé Narcissa en avant en la prenant par surprise alors que Bellatrix s’était élancée une fois de plus ventre-à-terre pour toucher Sirius. Les deux sœurs avaient atterri dans les bras l’une de l’autre et Sirius avait atteint la ligne d’arrivée avant même que Bellatrix puisse se retourner.


– Tu ne m’échapperas pas toujours bébé Black ! Je vais t’attraper.


A croire qu’elle avait eu raison.


Lors du troisième passage, Sirius avait tourné en rond autour de Regulus et Narcissa, toujours paralysés. Andromeda s’était arrêtée pour les regarder. Sirius riait aux éclats en décrivant des cercles et en faisant enrager sa sœur aînée.


Jusqu’à ce qu’elle le touche et se mette à jubiler, laissant éclater sa victoire.


Ensuite, elle lui avait tiré les cheveux et l’avait humilié. Elle lui avait tourné autour et il l’avait regardé faire, comme un lion en cage. Elle l’avait poussé à bout, jusqu’à ce qu’il craque. Une larme de rage avait coulé des yeux gris et paralysés de Sirius.


– J’ai attrapé Sirius Black, j’ai attrapé Sirius Black, j’ai attrapé Sirius Black !


Andromeda entendait toujours le rire étrange et perché de Bellatrix. Elle avait répété cette phrase, elle l’avait chantonnée jusqu’à ce qu’Andromeda intervienne. Elle avait prétexté avoir faim et Kreattur s’était immédiatement activé. Il avait claqué des doigts et le goûter était apparu. Le sort de paralysie s’était levé. Mais Sirius n’avait pas bougé. Bellatrix s’était détourné de son jouet.


Andromeda avait ri de l’air dépité de Sirius, qui s’était fait prendre à son propre jeu. Parce que c’était tout ce que c’était : un jeu. Un simple jeu, duquel ils auraient tous dû rire.


Quand Andromeda s’était approchée avec nonchalance de Sirius pour s’enquérir de son état, il l’avait repoussé, sa fierté définitivement trop blessée. Il était revenu vers elle, plus tard dans la journée, pour s’excuser, et ils avaient ri tous les deux de l’état de rage dans lequel s’était mis Bellatrix. Ils avaient tant ri… Ri jusqu’à en avoir mal à l’estomac et à en pleurer.


Ils n’avaient plus jamais joué à l’épervier après ça.


– Maman ?


Andromeda revint à l’instant présent et plongea ses yeux dans ceux de sa fille.


Bellatrix portait enfin la couronne de l’héritage des Black.


Elle avait gagné.


Et elle avait tué la seule personne qui aurait pu transmettre le nom des Black.


C’était peut-être mieux ainsi.


– Bellatrix tient toujours ses promesses.


Elle le lui avait dit, qu’elle aurait sa peau... Et malheureusement pour lui, aujourd’hui, Sirius n’avait pas couru assez vite et assez loin de Bellatrix. Elle l’avait touché et il était désormais paralysé pour toujours.


 


 

La dernière partie de chamboule-tout by CacheCoeur

Andromeda arrachait les pétales de la fleur qu’elle tenait. Elle se souvenait de cette chanson, qu’elles avaient inventée avec Narcissa, durant l’un de leur rare moment de complicité.


Il m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie...


Que vient-il, après la folie ? avait demandé Narcissa.


Rien. Il n’y a rien de plus fort que la folie, avait répondu Andromeda.


Elle avait continué d’enlever les pétales d’une pâquerette en songeant à Ted. Ted... Ce maudit Ted qui lui avait fait tourner la tête, lui avait donné envie de s’arracher tous ses cheveux... Ce Poufsouffle niais et adorable, ce garçon qui l’écoutait pleurer dans les couloirs de Poudlard...


Bien sûr que si ! avait rétorqué Bellatrix.


Andromeda avait écarquillé les yeux.


La mort, avait poursuivi son aînée avec conviction. La mort est plus forte que la folie.


Alors que doit-on chanter ? Il m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, avada kedavra ? avait plaisanté Andromeda.


Bellatrix avait cillé. Chez les Black, l’humour était une indécence, une légèreté que l’on ne se permettait pas.


Est-ce que tu vois quelqu’un ?


La question de Bellatrix avait jeté un froid. Elle venait de se fiancer avec un Lestrange, un étrange garçon à la bouche large et aux épaules frêles. Andromeda savait que l’amour était pour Bellatrix une grande inconnue, un mystère qui ne l’intéressait pas et un sentiment qu’elle ne recherchait pas. Andromeda non plus, à l’époque, ne l’avait pas recherché. C’était Ted, qui l’avait déniché pour elle et le lui avait déposé à ses pieds. Ted, qui était arrivé dans sa vie comme un cheveu sur la potion, détruisant brique par brique cette fausse armure, cette fausse apparence de petite fille au sang-pur, digne et noble héritière d’une illustre famille.


Andromeda avait menti et elle avait répondu qu’elle ne voyait personne.


Elle pensait gagner du temps. Andromeda savait qu’à la minute même où sa famille apprendrait pour son idylle avec Ted Tonks, elle serait en danger. Bellatrix disait tous les jours qu’il fallait couper les fruits pourris des branches de l’arbre de sa famille. En s’associant à Ted Tonks, Andromeda deviendrait pourrie. Bellatrix voulait tuer Sirius, traître à son sang. Elle voudrait aussi tuer Andromeda, amoureuse d’un né-moldu et par extension, traître à son sang également.


Un soleil de plomb tapait sur la tête d’Andromeda, qui continuait d’effeuiller les fleurs. Devant la tombe de Bellatrix, les pétales tombaient une à une avec douceur.


Andromeda ne verserait pas une seule larme.


Aucune.


Elle avait envie de hurler à s’en arracher les poumons, de hurler jusqu’à vomir son cœur, jusqu’à ne plus rien sentir. Elle avait envie de fracasser la tombe de ses poings.


Le soleil tapait et Andromeda était seule.


Plus de Ted. Plus de Nymphadora.


Il était hors de question qu’elle amène son petit-fils Teddy ici. Il était impensable pour elle, de l'imaginer si près des restes d’un monstre avec lequel il partageait pourtant le même sang.


Bellatrix avait tué Nymphadora. Bellatrix avait tué un autre Black. Bellatrix dont la folie meurtrière avait fait tant de victimes.


Elle continuait d’effeuiller les fleurs qu’elle avait apportées pour fleurir sa tombe. Des narcisses. Parce que si Bellatrix avait un jour aimé sainement une seule personne dans sa vie, Andromeda était certaine qu’il s’agissait de Narcissa. Et Narcissa... Narcissa était à Azkaban.


Quand Molly Weasley avait frappé à la porte d’Andromeda le lendemain du 2 mai, les yeux rougis de la femme lui avait tout de suite indiqué qu’elle était venue lui annoncer la mort. Andromeda connaissait la mort.


Regulus. Sirius. Ted.


Nymphadora, avait ajouté Molly à la liste.


Et leurs jambes s’étaient dérobées sous le poids du fardeau de leurs enfants morts. Molly lui avait annoncé la mort de Remus. Le cœur d’Andromeda avait continué de taper avec force dans sa poitrine. Quand avait été prononcé le prénom de Bellatrix, parmi un torrent de larmes et de souffrances dans lequel Andromeda était convaincue qu’elle allait se noyer, son cœur s’arrêta.


Elle avait remercié Molly Weasley d’avoir tué sa sœur. Elle l’avait remerciée et elle l’avait embrassée sur les joues en la serrant dans ses bras. Les « merci » avaient plu par averses.


– T’avais raison Bellatrix. La mort est plus puissante que la folie..., murmura-t-elle à la tombe. Elle a eu raison de toi finalement.


C’était ridicule. On n’avait quasiment rien récupéré de son corps. Un corps nourrit de plusieurs obsessions malsaines et terribles. Un corps si froid.


Bellatrix… Si pleine de vie, toujours en mouvement, jamais calme. Elle était pleine d’une énergie qu’elle n’avait jamais cherché à canaliser. Bellatrix aimait au point d’adorer, elle détestait au point de haïr, elle ressentait et faisait tout avec une passion qui avait toujours fait peur à Andromeda lorsque sa sœur l’employait à mauvais escient. Mais quand c’était pour faire rire ses sœurs, les défendre ou les protéger… C’était beau. Bellatrix faisait tout avec ambition et grandeur. Une minuscule étincelle prenait feu avec elle.


Les pétales de narcisse continuaient de tomber et Andromeda souhaitait toujours fracasser la pierre de ses mains.


Elle détestait se savoir capable d’une telle violence.


Tout le monde pensait qu’Andromeda était douce, gentille et adorable. Elle ne l’était pas. Les seules personnes qui le pensaient, en fait, étaient celles qui ne la connaissaient pas et qui la comparaient à Bellatrix et Narcissa. On disait d’elle qu’elle était plus aimable que ses sœurs. Jamais qu’elle était aimable tout court.


Seul Ted, le lui avait dit. Sans la comparer à ses sœurs. Juste parce qu’il l’aimait pour elle.


Andromeda souriait mais Andromeda était froide. Andromeda aimait à l’infini mais Andromeda ne le montrait que rarement. Andromeda était sévère mais Andromeda était juste. Elle n’était ni plus douce, ni plus gentille, ni plus adorable que ses sœurs. Elle était Andromeda, une femme qui s’était émancipée de sa famille par amour, une noble au sang-pure qui ne s’était jamais réellement dressée contre les personnes défendant les idéologies menaçant sa famille. Elle était Andromeda.


Une femme seule et qui réalisait seulement maintenant qu’elle l’avait toujours été.


Il y avait ce jeu, au fond de leur jardin. Un chamboule-tout, avec des vieilles cannettes enchantées par Kreattur. Elles y jouaient quand elles étaient petites, et s’amusaient à en renverser le plus grand nombre. Celles que Bellatrix touchait devenaient noires, celle de Narcissa prenait une teinte blanche éclatante et celles d’Andromeda restaient grises et ternes, inchangées.


La dernière fois qu’elles y avaient joué toutes les trois, ce n’était pas vraiment pour jouer. Bellatrix habitait encore chez leurs parents, Andromeda venait de quitter Poudlard, et Narcissa rêvait déjà d’amour et de mariage.


Une chouette était arrivée, alors qu’elle et Narcissa effeuillaient des pâquerettes. Les choses romantiques étaient leur seul point commun... Bellatrix avait intercepté la lettre, signée de Ted Tonks et les premières phrases de la missive n’avait laissé aucun doute quant à la nature de la relation qu’il entretenait avec Andromeda. Son visage était devenu blanc. Celui de Bellatrix, tout rouge. Narcissa était restée silencieuse. Bellatrix avait sorti sa baguette et l’avait pointé sur sa sœur, restée immobile. Puis elle l’avait lâché, pour se jeter sur Andromeda. Elle s’était enfuie, au fond du jardin, sans trop savoir où aller, en balbutiant toutes sortes de mots d’excuse.


Malgré elle, et sans trop savoir ni pourquoi ni comment, elle aimait ses sœurs. Elle les aimait malgré toutes leurs toxicités et leurs idées malsaines. Elle aimait parce que l’amour ne s’expliquait pas... et qu’elle n’avait jamais voulu renoncer à elles.


Bellatrix avait jeté la première chose qui lui était tombée sous la main. Un manuel, qui avait fait voler les canettes du chamboule-tout.


Traître à ton sang ! Dis-nous que c’est faux ! Tu n’oserais pas ! Tu nous déshonores !


Andromeda avait eu honte de ne pas être comme sa famille. Elle avait pleuré de colère et elle aussi, avait jeté quelque chose sur l’immense chamboule-tout au fond du jardin qui les séparait. Bellatrix s’était pris une canette en pleine tête et s’était mise à saigner du nez. Elle avait continué de hurler après sa sœur, de s’acharner et de lui lancer des canettes jusqu’à faire exploser les fenêtres du Manoir. Andromeda avait eu besoin de détruire, de saccager. Son secret n’en était plus un, et il n’y avait aucune raison pour que seule sa vie vole en éclat. Elle s’était défendue, d’après Ted qui ne voulait pas qu’Andromeda culpabilise. Mais elle, elle savait. Elle avait explosé de rage et de rancœur, forcée de renoncer à son nom pour ses propres valeurs et pour la personne qu’elle aimait. Andromeda aussi, pouvait faire d’une étincelle un immense brasier, quand elle le voulait.


Ca l’effrayait.


Être comme Bellatrix avait toujours été une peur.


Les menaces de Bellatrix avaient suivi les coups et quand elle avait repris sa baguette en main, Andromeda s’était enfuie, sans rien prendre de ses affaires, sans se retourner, la peur au ventre et le feu au cœur.


Andromeda avait choisi Ted et ses valeurs. Elle avait tourné le dos à sa familles et aux leurs. Elle ne l’avait jamais regretté, pas même aujourd’hui. Elle était fière et digne. Elle le serait toujours.


Tu le regretteras et je te prendrai tout, avait-elle hurlé. Tu n’es plus une Black.


– Bravo, mais toi tu n’es plus, murmura Andromeda.


Il lui restait Teddy, ce bébé aux cheveux arc-en-ciel, comme l’avaient été ceux de sa fille. Il lui restait la vie. Il lui restait l’amour et son souvenir.


Elle continua de serrer les poings, sans s’en servir. Andromeda ne savait même pas pourquoi elle était sur l’endroit où on s’était débarrassé de Bellatrix.


C’était complètement... fou de sa part.


Elle arracha le dernier pétale.


Avada kedavra...


Et elle s’en alla, se promettant de ne plus jamais revenir, en laissant cette tombe couverte de pétales blancs et délicats, pour une sorcière qui n’avait toujours été que noirceur et violence.

La dernière partie de colin-maillard by CacheCoeur

– Elle est partie hier. Paisiblement, annonça la voix de Drago Malefoy.

Narcissa avait toujours été à part, bien plus qu’Andromeda. Une fleur parmi les étoiles. Une blonde parmi les brunes. Les trois sœurs Black avaient gravité dans le même univers lorsqu’elles étaient enfants, mais elles n’auraient pu être plus différentes. Bellatrix et sa fougue, Andromeda et sa ruse, Narcissa et son élégance… Des trois, Andromeda avait toujours été la plus intelligente, la plus maligne et la plus fine stratège. Bonne élève, bonne fille, bonne amie, elle s’était efforcée pendant longtemps de rester dans cette image de la parfaite héritière Black. Une personne n’étant rien de plus que le pur produit de son éducation. Alors oui, Andromeda marchait le dos droit et le torse bombé, mais lorsqu’elle riait, elle montrait ses dents à tout le monde et le faisait de façon bien peu élégante. Bellatrix, elle, ne riait jamais. Elle était froide et faisait peur. Par ses idées, elle était Black, mais par son attitude et son apparence, elle ne l’était pas. Quant à Narcissa, elle était capable de s’esclaffer et d’enchanter le monde de ses éclats cristallins et légers sans avoir le visage déformé par l’hilarité.

Souvent, Andromeda s’était dit que Narcissa était la seule vraie héritière des Black. La seule, qui adhérait non seulement à leurs idées, mais qui n’était pas complètement possédée par la folie ou impulsive comme pouvait l’être Bellatrix. Narcissa était le meilleur de Bellatrix et le meilleur d’Andromeda pour leurs parents. Narcissa était douée pour s’adapter à toutes les situations et pouvait modeler ses discours, son visage et ses expressions en fonction de la personne qui était en face d’elle. Andromeda n’avait jamais su d’où elle tenait ce don. Sa sœur était observatrice et savait lire les gens, dire bien avant qu'un tel était hypocrite et qu’un autre était endetté jusqu’au cou auprès de Gringot. Elle écoutait et connaissait tout et tout le monde.

Parce que Narcissa était l’ombre de Bellatrix et l’avait toujours suivie, quand bien même celle-ci s’était efforcée de la repousser.

Andromeda avait essayé de se faire une place dans le cœur de sa sœur cadette, lorsqu’elle était née. Mais petite fille, Narcissa ne souhaitait que la présence de Bellatrix, et n’en avait rien à faire, des sourires aimants et émerveillés de sa sœur. Bellatrix la gratifiait de croche-patte dans les escaliers, de son indifférence et de son mépris. Elle jalousait sûrement ses beaux yeux lumineux, son teint de porcelaine et ses cheveux blonds. Cependant Narcissa ne s’était jamais détournée de Bellatrix. Sa sœur préférée.

Andromeda n’était que la sœur de remplacement, celle vers qui Narcissa se tournait pour parler de fleurs, de vêtements, d’amour et de plaisirs.

Narcissa qui n’avait jamais trahi Andromeda. Narcissa qui n’avait jamais trahi sa famille. Jamais. Narcissa… La plus courageuse des Black, prête à tout pour son nom et son sang. Du meilleur comme du pire.

Andromeda était la dernière Black en vie. Le chagrin avait tué Narcissa, forcée de vivre recluse, elle qui aimait tant sortir et se montrer. Une femme à l’honneur bafoué, une traître, une collaboratrice, qui même si elle avait sauvé l’Elu, avait laissé commettre des crimes impardonnables sous son toit.

– Une vie douloureuse mérite une mort paisible, sourit tristement Andromeda.

Teddy, à ses côtés, avait posé sa tasse de thé. Il était assez grand pour comprendre que sa grand-mère était triste, mais pas assez pour savoir comment la réconforter. Il jetait des regards inamicaux à Drago Malefoy, qui le jaugeait avec la même froideur. Deux orphelins. Deux enfants de la guerre. Deux héritiers Black.

Andromeda cherchait ses mots. Elle souhaitait consoler ce jeune homme qui était venu la visiter pour lui annoncer de vive voix la mort de sa cadette. Mais rien ne lui venait. Andromeda ne connaissait pas Narcissa. Elles étaient si jeunes, la dernière fois qu’elles s’étaient parlées… Elle n’avait pas souhaité reprendre contact avec Narcissa, après la fin de la guerre. Andromeda avait honte de ses origines. Honte de cette famille qui avait fait tant de mal, qui s’était fait à elle-même tant de mal, aveuglée par une soif de pouvoir, par une pureté obsessionnelle et une noblesse d’apparence. Elle détestait Bellatrix et le ressentait toujours de toutes les cellules composant son corps.

Narcissa la lui rappelait. Elle lui rappelait la mort, la guerre et la solitude. L’idée même de la voir l’angoissait et lui donnait des sueurs froides. Revoir Narcissa, c’était revoir ce passé, lorsque Sirius, Regulus, Bellatrix et elles n’étaient que des enfants qui ne prenaient rien au sérieux et suivaient plus ou moins les préceptes des Black. Sirius et Andromeda s’en étaient affranchis. Narcissa et Regulus s’en étaient détournés. Bellatrix les avait embrassés.

Que restaient-ils de ces enfants qu’ils étaient ?

Andromeda n’avait plus de sœurs depuis longtemps. Elle n’était plus une enfant. Elle n’était plus une épouse. Elle n’était plus une mère.

Et pourtant … Elle était encore une grand-mère. Elle était encore une tante. Elle était encore une amie. Et elle restait Andromeda.

Elle avait un pincement au coeur.

Une larme glissa sur sa joue. Personne ne réagit. Drago et Teddy, à peine âgé de cinq ans, continuaient de se livrer une bataille de regards dans laquelle aucun des deux ne flancherait de sitôt.

Le regret étreignit son cœur comme un poing serré.

La première fois que Ted l’avait embrassée, elle avait compris qu’elle avait toujours été victime de l’orgueil de sa mère et de la violence de son père, de leurs idées folles et immondes. Elle avait souri pendant des semaines, elle qui s’en faisait toujours la précieuse économie. Elle était devenue légère, comme libérée que quelqu’un l’aime réellement en la connaissant pour de vrai.

Ne te détourne pas de nous, ‘Meda, lui avait un jour demandé Narcissa.

C’était comme ça qu’Andromeda avait su, que sa sœur cadette avait deviné que Ted Tonks était bien plus pour elle que ce petit Poufsouffle maladroit et gauche qui faisait tomber ses manuels et amusait la galerie avec ses blagues débiles….

Tu peux t’amuser, mais n’oublie pas que nous sommes tes sœurs. Nous viendrons toujours en premier. La famille, c’est la famille.

Narcissa savait lire les regards que Ted et Andromeda s’échangeaient à Poudlard. Elle avait remarqué ses joues rougies par le plaisir, lorsque leurs doigts s’effleuraient. Elle avait deviné l’impatience de sa sœur, lorsqu’elle le guettait dans les couloirs. Elle avait noté son sourire rayonnant, un sourire qu’elle ne portait jamais ailleurs qu’en présence de Ted, chaque fois qu’elle devinait le bout de son écharpe jaune.

Tu peux t’amuser, ‘Meda. Mais n’oublie pas qui nous sommes.

Narcissa l’avait couverte. Ses yeux froids et désapprobateurs l’avaient scrutée chaque fois qu’elle filait en douce du dortoir des Serpentard pour aller le rejoindre. Enfreindre les règles, n’avait jamais été un problème pour Andromeda. Tant qu’elle y voyait une bonne raison… Elle était assez rusée pour ne pas se faire prendre. Et ils ne s’étaient jamais fait prendre. Quand elle rentrait dans les dortoirs des Serpentard, Narcissa l’attendait.

Tu vas nous renier pour ça... Pour une amourette d’adolescents ?

Elles montaient les escaliers ensemble, pour se parler entre deux cours.

Il n’est pas du même rang que nous, ‘Meda. Tu mérites tellement mieux... Continue de t'amuser, mais un jour, il faudrait bien t'arrêter.

Quand elle embrassait le front de sa sœur pour lui souhaiter une bonne nuit, elle se retenait de lui répondre qu’il n’y avait pas “nous”, que cette histoire ne concernait qu’elle, Andromeda, et qu’elle méritait Ted Tonks.

Narcissa avait arrêté d’insister après quelque temps. Après leur dernière partie de colin maillard. C’était le seul jeu que Narcissa aimait et elle insistait toujours pour être la personne que l’on ferait tourner en rond à l’aveugle et qui devait deviner l’identité des personnes jouant avec elle. Elle ne perdait jamais. Ce qui expliquait que ce jeu soit son préféré.

Il suffisait qu’elle effleure les cheveux de Bellatrix pour la reconnaître. Il suffisait qu’elle fasse semblant de marcher sur les pieds de Sirius pour lui faire crier des jurons qui le trahissaient à chaque fois. Il suffisait qu’elle s’approche juste assez de Regulus, qui enfant, avait toujours eu un léger faible pour la cadette des Black, pour le mettre mal-à-l’aise et lui faire bégayer des mots incompréhensibles.

Elle mettait toujours plus de temps à trouver Andromeda parmi les autres enfants de la noblesse sorcières qui se joignaient quelquefois à eux. Lors de leur dernière partie, Andromeda avait rechigné à venir, estimant qu’ils avaient tous passé le temps des jeux. Sirius ne venait plus depuis longtemps et était chez les Potter. Regulus restait froid et renfermé. Bellatrix était avec les adultes, parlait sérieusement du sang et de la pureté.

Narcissa et Andromeda étaient les seules...

Narcissa l’avait surprise en train d’écrire une lettre à Ted et Andromeda n’était pas descendue de sa chambre avant de l’avoir terminée. Tout le monde l’avait attendu dans le jardin. Narcissa avait bu la potion d’aveuglement et le jeu avait commencé.

Elle avait reconnu tout le monde en très peu de temps, et s'était arrêtée de chercher sa sœur, qui pourtant, riait autour d’elle en l’appelant. Mais Narcissa n’était pas venue vers elle. Elle l’avait ignorée jusqu’à ce que les effets de la potion se dissipent et qu’elle admette avoir perdu. Elle s’était tournée vers Andromeda comme si elle la voyait pour la première fois. Narcissa s’était approchée d’elle et avait murmuré à son oreille :

C’est lui que tu as choisi. Avant moi.

Des mots crachés avec haine et incompréhension, comme s'il était inconcevable qu’Andromeda abandonne sa famille pour un né-moldu.

Narcissa avait continué de lui parler publiquement après ça, mais elle ne l’avait plus jamais attendu dans la salle commune des Serpentard. Elle ne lui avait plus posé de questions sur ce qu’on ressentait lorsqu’on tombait amoureuse, et n’avait plus jamais regardé sa sœur avec cette petite étincelle dans les yeux.

Pourtant elle avait gardé le secret de son aînée. Peut-être avait-elle espéré qu’Andromeda changerait d’avis et mettrait fin à sa relation avec Ted...

Narcissa avait toujours fait passer la famille, sa famille, avant tout. Elle en avait exclu Andromeda, qui n’avait jamais cherché à en faire partie, même après la fin de la Seconde guerre.

Et quand elle pensait à Narcissa, elle voyait une petite fille blonde comme les blés et belle comme les fleurs, tournant sur elle-même, les yeux clos.

– J’aimais Narcissa, murmura Andromeda.

Elle n’avait jamais eu la force de lui pardonner ses choix pourtant. Elle ne le regrettait pas. Le pardon suivait parfois un chemin tortueux et avait besoin de temps pour parvenir jusqu’au cœur.

– Mais je ne connaissais pas ta mère, termina-t-elle.

Elle ne connaissait que l’enfant et l’adolescente, la personne avec qui elle avait été complice autrefois... Elles aimaient avec force, toutes les deux, mais de façons si différentes que cela avait fini par les séparer.

Andromeda pardonnait Narcissa. Elle pardonnait cette adolescente dont elle n’avait jamais les chemins de vie qu’elle avait emprunté.

– Voudriez-vous que je vous parle d’elle ? Proposa Drago.

Il avait enfin lâché Teddy du regard pour poser ses yeux sur elle.

– Un jour.

Pour l’heure, c’était à elle de parler de cette petite fille blonde qui jouait dans le jardin et qui avait gardé son secret pendant si longtemps, malgré toute sa désapprobation.

Andromeda oublia un instant la femme repliée sur elle-même, qui refusait de voir le monde et les autres, en-dehors de son fils, Drago. Narcissa avait vécu le reste de sa vie avec des œillères pour ne pas souffrir de voir le nom des Malefoy et celui des Black tomber en définitivement en disgrâce.

Alors Andromeda se rappellerait de sa sœur, en train de jouer et d’enlever un épais bandeau noir de ses yeux avant d’éclater de rire et de joie.

La dernière partie d'un, deux, trois... Soleil ! by CacheCoeur

Andromeda détestait la solitude. Elle n’avait jamais vécu seule et avait toujours évolué entourée de ses sœurs, de ses parents, de ses amis ou de Ted et de Nymphadora. 


Son cœur se serra, comme toutes les fois où elle s’autorisait à penser à sa fille. Ses yeux cherchèrent Teddy, dans le jardin, qui jouait seul. D’ordinaire,  la petite Victoire Weasley, une blonde au caractère bien trempé, qui menait le monde par le bout du nez, était avec lui. Andromeda se faisait une joie d’avoir du bruit chez elle et les deux enfants la gâtaient de cris joyeux et enthousiastes. Victoire n’était calme que lorsque Teddy s’amusait à changer la couleur de ses cheveux, de ses yeux, la forme de son nez, de ses mains et de ses pieds. Dans ces moments-ci, elle tapait dans ses mains et éclatait de rire. 


Nymphadora aurait dû être là. 


Elle aurait dû être là, avec son mari et le père de son fils. 


Ils auraient dû être là, tous ensemble, avec Ted, qui aurait pris un millier de photos de son petit-fils, qu’il aurait montré à toutes leurs connaissances, avec une fierté rayonnante. 


Andromeda avait tant d’amour en elle, mais personne à qui le donner. 


Ils étaient tous morts autour d’elle et la vie continuait. Elle était toujours belle, bien qu’un peu plus sombre. 


Elle avait Teddy. Elle avait Molly. Elle avait Harry et Ginny. Elle avait Drago. Elle avait mille souvenirs heureux qui apaisaient son cœur quand il lui rappelait tout ce qu’elle avait perdu. 


L’important, c’est ce que tu as déjà, murmurait sa petite voix intérieure. 


Elle aurait tant aimé réécrire leurs histoires à tous. 


Elle imaginait Sirius, les cheveux longs, encore plus longs qu’avant, heureux, libéré de toutes ses chaînes. Il aurait guidé Harry, ce tout jeune homme qui affrontait les aventures de la vie sans aucun référent. En fait, ils les auraient affrontés tous les deux... Sirius serait resté un éternel enfant immature. Il se serait soigné de ses traumatismes, de ses treize années à Azkaban. Il aurait fait monter Teddy sur son dos, il aurait taquiné Remus et Nymphadora en les sermonnant d’être trop prudents, et que les bobos formaient la jeunesse. 


Elle imaginait Regulus, avec un air toujours austère, mais le visage apaisé, détendu, libéré de toutes ses obligations. Il aurait construit une relation avec Sirius, remplie de disputes, de jalousies et d’amertume, mais avec des réconciliations, de l’écoute et de l’amour. Il se serait probablement marié, et aurait bâti de ses mains sa petite famille, celle qu’il aurait mérité d’avoir enfant. 


Elle n’imaginait pas Bellatrix. La folie avait emporté sa sœur qui n’avait jamais résisté à son appel. Peut-être que si on l’avait aidée, que si elle avait grandi dans une autre famille... Il y avait trop de “peut-être” pour réécrire l’histoire de Bellatrix. 


Elle imaginait Narcissa, des rides sur le visage, entourée de sa famille qu’elle aimait tant. Elle l’imaginait avec plus d’enfants, un mari qu’elle aurait choisi et vivant d’amour, comme elle l’avait toujours souhaité. Elle aimait tant la lumière... et n’avait vécu que dans l’ombre des Back, qu’elle n’avait quitté que pour rejoindre celle des Malefoy. 


Partout, désormais, le nom des Black faisait frémir. 


Des meurtriers. Des fous. Des traîtres. Des innocents accusés à tort. Des gens morts. Des soldats qui s’étaient entretués dans des camps opposés. 


Il était célèbre, le nom des Black. 


Leurs parents auraient été si fiers... 


Andromeda dérangeait. Toujours et encore. 


Elle entendait les murmures dans son dos, quand elle se baladait au chemin de Traverse. “La dernière Black”. C’était comme ça qu’on l’appelait. Alors, dès qu’elle sortait, elle sentait tous ces regards sur elle. Elle ressentait l’animosité, la peur, ce qu’ils chuchotaient tous tout bas. Elle aurait pu se justifier, leur rappeler qu’elle aimait un né-moldu, qu’elle avait été reniée des Black, qu’elle avait tout perdu, qu’elle avait continué de se battre. Elle dérangeait. 


Et Andromeda avait toujours dérangé. Elle avait dérangé sa famille parce qu’elle était différente. Elle avait dérangé ses camarades à Poudlard, parce qu’elle était différente. Elle n’avait jamais correspondu aux attentes des autres. 


Petite, elle avait ressenti la même chose... “Rentre dans le moule”, “Reste sage”. “Fais honneur”. “Ne fais pas de fables !”. Elle avait grandi avec tous ces préceptes. 


“Mais moi, je ne trouve pas ça normal”. C’était la seule chose qu’elle s’était permise de répondre. Elle avait eu la sensation d’être seule sur un banc, elle n’avait jamais fait partie de la ronde et avait pourtant continué de l’attendre de la voir tourner pendant très longtemps. Jusqu’à ce que Ted vienne la voir. Il lui avait demandé pourquoi elle ne souriait pas. 


Je ne suis pas méchante. Juste un peu différente. 


Il avait souri et lui avait dit qu’il ne l’avait jamais trouvé méchante. Juste pas assez souriante. 


Tout le monde devrait t’aimer comme tu es. 


Trop gentille pour les Black, trop Black pour les autres. Trop ordinaire pour les Black, trop lugubre pour les autres. Trop. Pas assez. 


Andromeda n’avait jamais été à la hauteur pour eux. Mais Merlin, ce qu’elle était fière d’être qui elle était. 


On disait d’Andromeda qu’elle n’avait rien d’exceptionnel et absolument tout, d’ordinaire. Dans une famille comme la sienne, naître et être affublée d’un tel adjectif, était une peine que l’on portait au quotidien. Elle tenait son nom de la galaxie aux mille milliards d’étoiles et pourtant, on avait de cesse de lui répéter qu’elle était aussi terne qu’un ciel nuageux et grisâtre. 


Elle était la Black dont on ne se souvenait jamais par le passé. Désormais, elle était la seule qu’on croisait et derrière laquelle on murmurait. Et quand elle se retournait, ils détournaient tous le regard et se figeaient comme des statues. Le silence l’oppressait mais elle le combattait. Elle les fusillait de ses yeux et les prenait de haut, ces gens qui avaient peur d’un nom, d’une histoire, alors qu’ils n’en connaissaient que quelques lignes... 


Quand je me retourne, vous ne devez plus bouger !  avait-elle expliqué à ses sœurs et à ses cousins. 


Elle était restée près de l’arbre et elle leur avait tourné le dos. 


Un. 


Regulus était parti le premier, en plein milieu de la partie. Il avait rejoint Bellatrix, qui avait refusé de jouer. 


Deux. 


Sirius avait suivi, pour s’isoler loin de cette famille qu’il maudissait de tout son être. 


Trois. 


Narcissa avait répondu à l’appel de Bellatrix, qui lui avait demandé de l’aide pour la recoiffer. 


Soleil. 


Elle s’était retrouvée toute seule. Elle avait baissé les yeux. Elle avait ravalé ses larmes. Elle aurait peut-être dû les rappeler à elle, à ce moment-là. 


Regulus. Sirius. Bellatrix. Narcissa. Tous des Black. Et elle, une Black aussi... Une génération noire. 


Une génération noire, fauchée par la mort, par l’éducation de leurs parents, par leur obsession du sang, par leur loyauté aveuglante à la famille... Les Black s’étaient auto-détruits et dans cette arène, il ne restait plus qu’Andromeda, seule, mais victorieuse. 


Vivante. Survivante. 


La vie continuait et Andromeda souriait parce qu’elle aimait, parce qu’elle était une Black et qu’elle représenterait sa génération jusqu’au bout. Elle se représenterait elle, avec toute sa compassion, tous ses combats qu’elle avait menés pour montrer aux autres qui elle était, quelles étaient ses valeurs. 


Elle garderait le secret des Black. Victimes de leur nom et tueurs pour ou à cause de leurs noms. 


– Je n’aime pas quand il vient, bougonna Teddy en pointant du doigt l'homme blond qui venait de poser un premier pied dans le jardin. 


Il avait les bras croisés sur sa petite poitrine, prête à bondir sur l’intru qui semblait tant lui déplaire. Andromeda prit Teddy sur ses genoux. 


– Drago est ton cousin. C’est ta famille. 


– Harry m’a dit hier que ce n’est pas parce qu’on n’est pas de la même famille lui et moi, qu’on ne peut pas s’aimer. L’inverse est sûrement possible. 


– Il a raison, approuva Andromeda. Mais tu ne le connais même pas. 


L'enfant fit la moue, peu convaincu. Andromeda n’était pas certaine de vouloir Drago Malefoy dans sa vie. Il vivait en marge de la société depuis la fin de la Seconde Guerre. Harry Potter avait témoigné en sa faveur, sans pour autant se porter garant de sa bonne conduite et faire l’éloge de sa personne. 


La marque des Ténèbres, moins nette qu’elle ne l’avait été, était toujours sur la peau de ce garçon. 


Elle voyait la loyauté de Narcissa dans ses yeux. Elle voyait la froideur de Regulus dans ses traits. Elle voyait l’arrogance de Sirius dans ses expressions. Elle voyait la passion de Bellatrix dans ses mots, lorsqu’il parlait de sa femme, Astoria, ou de son métier. 


Andromeda n’avait pas envie d’abandonner ce jeune homme alors même qu’elle n’avait pas appris à le connaître. Leurs rapports étaient cordiaux, timides et craintifs. Ils se découvraient. Ils ne se mentaient pas. Ils portaient sur leurs épaules des fardeaux similaires. 


– Va chercher une autre tasse pour le thé de Drago, s’il te plaît Teddy ! 


L’enfant s’exécuta. Drago s’avança. Lorsque Teddy revint avec la tasse du thé, l’homme le remercia.Ils allaient essayer de se connaître. Peut-être même qu’ils parviendraient à s’aimer avec le temps.  Ils s’assirent tous ensemble à la table du jardin. 


Les nuages couvraient le ciel gris. 


Andromeda aimait l’humidité et l’ambiance de ces après-midis. 


Voilà tout ce qu’il restait des Black. 


Trois générations. La sienne. Celle des enfants. Celle des petits-enfants... 


Mais plus que des vestiges, ils étaient des témoins. Ils étaient forts et ils étaient fiers. 


Toujours pur. 


Ils le seraient tous les trois, chacun à leur façon. 


Andromeda était tournée vers l’avenir et souriait maintenant de leurs jeux d’enfants, de ses souvenirs dans lesquels ils vivaient tous. Il y avait eu des bons moments. Le temps passait et lui permettait de se les remémorer. 


Les nuages s’estompaient dans le ciel, chassés par le vent. Rien n’était figé et tout continuait. 


Un. 


Andromeda. 


Deux. 


Teddy 


Trois. 


Drago. 


– Astoria est enceinte, annonça-t-il en souriant légèrement. 


Soleil.

Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=38403