On the pitch by ECM
Summary:

 

James commença à former les équipes, s'efforçant de rester concentré alors même qu'il sentait le regard de Lily sur lui et qu'elle ne lui avait que rarement semblé aussi déterminée. Il était toujours profondément surpris qu'elle soit là, sur le terrain, avec ce balai à la main, et il doutait qu'il se remette un jour de cette vision.


Categories: Jily (James/Lily) Characters: Les Maraudeurs
Genres: Amitié, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Lime
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 13 Completed: Oui Word count: 57508 Read: 6153 Published: 01/02/2022 Updated: 03/04/2022
Story Notes:

Yooo :) Ca fait mille ans que je vous dis que j'écris un JILY quidditch, et le voilà :) j'espère que vous l'apprécierez, ou au moins que vous ne le détesterez pas. En tout cas, merci de lire ces quelques mots parce que ça veut dire que vous avez déjà cliqué dessus et ça, ça mérite un virtuel hug.

1. 17-09-1977 by ECM

2. 18-09-1977 by ECM

3. 31-10-1977 by ECM

4. 05-11-1977 by ECM

5. 05-11-1977.2 by ECM

6. 07-11-1977 by ECM

7. 28-12-1977 by ECM

8. 04-02-1978 by ECM

9. 15-04-1978 by ECM

10. 15-04-1978 (2) by ECM

11. 06-05-1978 by ECM

12. 12-05-1978 by ECM

13. 27-05-1978 by ECM

17-09-1977 by ECM
Author's Notes:

J'avais tellement envie d'appuyer sur "ajouter une nouvelle histoire"... C'est juste pour ça, en fait, que cette fic existe.

Spoiler alert : c'est faux.

J'ai commencé à écrire ce chapitre en même temps que le premier de Save me in your playlist, donc il y a un moment, et je ne me suis replongée dans cette histoire que récemment, alors voilà. Je vais essayer de poster assez régulièrement sachant que je me suis quand même laissée une marge de quelques chapitres d'avance, et que la fic sera courte.

J'espère que vous passerez un bon moment :)

 

Tout avait commencé le samedi 17 septembre 1977. James n'aurait pas pu l'oublier s'il l'avait voulu. Il avait été nommé capitaine de l'équipe de quidditch de Gryffondor pour la deuxième année consécutive sans grande surprise. Le professeur McGonagall était sa plus fervente supportrice et il aurait été profondément abasourdi si elle avait choisi quelqu'un d'autre que lui pour mener la maison à la victoire.

 

Elle savait aussi qu'il avait une revanche à prendre sur l'année précédente et qu'il aurait été dévasté si elle ne l'avait pas laissé faire. Ils avaient terminé deuxième de la coupe de Quidditch de Poudlard, juste derrière Serdaigle, et à la même place à la coupe des quatre maisons. Il avait passé le premier mois des vacances à ruminer avant de se reprendre en main. Le quidditch jouait un rôle dans le décompte de points et si une maison terminait première à l'issue de tous les matchs de la saison, elle avait de grandes chances de remporter la première place .

 

Alors pendant le deuxième mois, il n'avait fait que lire des livres sur le quidditch et s'entraîner avec les garçons dans le jardin du manoir. Il était hors de question qu'il quitte Poudlard sans que les élèves de sa maison ne brandissent cette coupe. L'une ou l'autre. Les deux, de préférence, et s'il devait passer toutes ses heures de liberté à s'entraîner, il le ferait. Il ne rentrerait pas chez lui en juillet en se demandant comment il allait expliquer à ses parents qu'il avait encore échoué.

 

Ils n'avaient pas été déçus lorsqu'il le leur avait annoncé deux mois plus tôt, et il savait qu'ils étaient déjà ses plus grands supporters qu'il perde ou qu'il gagne, mais il mourrait d'envie de voir à quel point ils seraient fiers de lui s'il rapportait avec lui la victoire.

 

Ils étaient tous les deux de grands fans de quidditch et avaient joué ensemble lorsqu'ils étaient à Poudlard. Ils avaient raflé trois coupes sur leurs quatre années dans l'équipe de Gryffondor, dont deux lors desquelles Euphemia était capitaine. Il se souvenait encore de son émotion quand il avait reçu sa propre lettre de nomination l'année précédente et de l'élan avec lequel elle l'avait pris dans ses bras pour l'étreindre en lui répétant qu'il l'avait mérité et qu'il ferait un merveilleux capitaine.

 

A ce moment là, il s'était tout de suite vu lui annoncer que Gryffondor avait gagné la coupe. Il n'avait même pas envisagé qu'il pourrait perdre un seul match. Il avait été trop sûr de lui et c'était un problème récurent chez lui, seulement d'habitude, il obtenait ce qu'il voulait. Il n'avait aucun mal à reconnaître qu'il était un enfant gâté. Ses parents avaient toujours tout fait pour lui. Il n'avait manqué de rien. Il avait juste voulu leur montrer à quel point leur éducation avait payé et il avait lamentablement échoué.

 

 

« Tout le monde est là ? demanda t-il. »

 

 

Il se tenait au milieu du terrain de quidditch du château alors qu'un groupe d'élèves de tous âges était regroupé devant lui. Ils le fixaient en attendant qu'il parle depuis cinq bonnes minutes. Les sélections avaient lieu ce jour là et même s'il avait déjà une idée de son équipe finale, il était impatient de voir s'il pouvait dénicher un ou deux nouveaux talents.

 

Le professeur McGonagall lui avait donné la liste des inscrits une demie heure auparavant et il n'avait même pas eu le temps d'y jeter un coup d'oeil, alors il plongea sa main dans sa poche pour la déplier et lire les noms un par un. La plus jeune était en quatrième année, et il la repéra aussitôt.

 

 

« Agatha, tu es Poufsouffle, tu ne peux pas passer les sélections pour entrer dans l'équipe de Gryffondor, lui dit-il gentiment après l'avoir prise à l'écart. »

 

 

Le simple fait qu'il lui adresse la parole sembla faire hyperventiler l'adolescente qui mit plusieurs secondes avant de lui répondre.

 

 

« Mon capitaine est nul. Tu es sûr qu'on ne peut rien faire ?

- Ludo n'est pas nul, il est juste...

- Stupide, compléta t-elle après avoir levé les yeux au ciel. Je préférerais jouer avec toi. »

 

 

Elle le fixa avec tant d'admiration qu'elle lui donna l'impression d'être un illustre sorcier. Il avait l'habitude, avec Agatha Timms. Elle avait développé une petite obsession pour lui dès sa première année, alors qu'elle avait chuté dans le lac et qu'il l'avait repêchée en lui lançant un sort qui l'avait suspendue au dessus de l'eau, la tête en bas, comme une chaussette sur un fil à linge.

 

Il s'était ensuite débrouillé pour la faire retomber sur la terre ferme et avait séché rapidement ses vêtements alors qu'elle bafouillait un « merci » à peine audible. A la suite de cette histoire, elle s'était mise à le suivre dans les couloirs, à l'observer de façon plus ou moins discrète, et à chaque Saint Valentin, il était sûr de trouver une boîte de chocolats à son nom devant la porte de la Salle commune. Il n'avait jamais rien vécu de si oppressant. Inutile de préciser que cela rendait Sirius absolument hilare, spécialement parce que James n'osait absolument pas lui faire savoir qu'il n'était pas intéressé.

 

 

« Je suis désolé Agatha, ce n'est pas possible, trancha t-il, et en voyant sa mine déconfite, il poursuivit immédiatement. Mais tu peux rester et assister aux sélections. Je te fais assez confiance pour savoir que tu n'en parleras pas à Ludo. »

 

 

Elle semblait toujours déçue, mais sa dernière phrase eut l'air de lui mettre des étoiles dans les yeux. Il lui donna une petite tape sur l'épaule et s'empressa de rejoindre les candidats. Sirius lui glissa discrètement à l'oreille que la jeune Poufsouffle ne mettrait plus jamais son pull à laver. Il lui répondit par un simple mais non moins efficace doigt d'honneur, puis se planta de nouveau devant les élèves de sa maison.

 

 

« Voilà comment ça va se passer, commença t-il. Je vais vous appeler et vous me direz pour quel poste vous souhaitez passer les sélections. Les gardiens se mettront à ma gauche, les batteurs à ma droite, les poursuiveurs avec Sirius, et les attrapeurs, vous resterez où vous êtes. Marlène McKinnon ?

- Gardienne, dit-elle avant d'effectuer une courbette pour saluer Rémus et Peter qui l'applaudissaient avec entrain dans les tribunes. »

 

 

Marlène était entrée dans l'équipe en même temps que James et Sirius et ces trois là avaient construit un lien sur le terrain que leurs adversaires redoutaient. Quand ils étaient là haut, ils se comprenaient mieux que quiconque. McKinnon était une chouette fille.

 

Ils étaient brièvement sortis ensemble en sixième année et avaient mis quatre mois à se rendre compte que c'était une erreur. Ils avaient confondu leur amitié et la confiance qu'ils avaient en l'un et l'autre avec quelque chose de plus fort et de moins platonique. Cela avait été une bêtise et ils avaient perdu un peu de leur complicité dans l'histoire. Après cette incartade, James s'était promis qu'il ne sortirait plus jamais avec l'une de ses coéquipières.

 

 

« Buckley Cooper ?

- Poursuiveur.

- Frank Londubat ?

- Batteur !

- Daisy Hookum ?

- Attrapeuse ! »

 

 

Et l'appel continua pendant une ou deux minutes jusqu'à ce que les yeux de James ne tombent sur le dernier nom. Il ouvrit la bouche et la referma aussitôt avant de lever la tête et de voir Lily Evans arriver en courant, un balai à la main. Elle s'arrêta net devant lui et se pencha pour reprendre son souffle, les mains sur ses cuisses alors que les autres élèves la dévisageaient d'un air curieux.

 

 

« Désolée, articula t-elle entre deux inspirations. J'ai... J'étais en train de régler un conflit entre deux troisième année. »

 

 

Il avait appris pendant les vacances d'été que Lily Evans serait préfète-en-chef à ses côtés, et cela l'avait grandement aidé à relativiser la défaite de Gryffondor à la coupe des quatre maisons. Il n'y avait pas une personne avec qui il aurait préféré partager ce poste. S'il avait des doutes sur ses capacités à faire respecter un règlement qu'il bravait lui-même approximativement cinq ou six fois par jour, il savait qu'elle saurait le guider. Elle l'avait toujours fait, qu'elle en soit consciente ou non.

 

Elle lui avait appris à encaisser la frustration, la contrariété et le « non » qu'il n'avait que rarement entendu dans son enfance. Elle lui avait montré comme il est simple de gagner le respect des autres quand on se conduit en exemple. Elle l'avait remis à sa place quand personne n'avait jamais osé le faire. Elle avait toujours été ouverte, directe, et honnête avec lui. Des qualités que même Peter avec qui il partageait un dortoir depuis six ans n'osait pas montrer en sa présence.

 

Elle était la seule personne, à l'exception de Sirius et Rémus, qui n'avait pas hésité à lui faire remarquer qu'il dépassait les limites lorsqu'il était plus jeune et complètement idiot. Il ne l'avait jamais remerciée pour cela et il s'en était toujours un peu voulu, mais quelque chose lui semblait bizarre dans le fait d'aller la voir et de lui dire merci de l'avoir insulté ce jour là, au bord du lac, alors qu'il agissait comme le plus énorme des crétins avec Severus Rogue.

 

 

« Je ne savais pas qu'il fallait que les préfets en chef assistent tous les deux aux sélections, commenta Sirius en fronçant les sourcils.

- Non, dit Marlène immédiatement en secouant la tête. Lily est là pour postuler. »

 

 

McKinnon et Evans étaient amies depuis leur toute première année. Avec Mary MacDonald, elles formaient « le trinôme de l'enfer » comme Sirius aimait à les appeler juste pour les faire enrager. Elles avaient été, pendant tout le début de leur scolarité, les principales élèves à s'opposer à leurs stupides blagues avant de devenir leurs plus grandes alliées en sixième année. Probablement parce qu'ils s'étaient assagis. Ou parce qu'elles étaient devenues beaucoup plus laxistes. Ou un peu des deux.

 

En tout cas, il n'était pas rare de trouver les deux groupes ensemble près du lac pendant les après-midi ensoleillés, ou dans la salle commune quand la nuit tombait, et parfois même à la bibliothèque quand ils décidaient de mettre leurs connaissances en commun pour venir à bout d'un devoir trop compliqué.

 

 

« Il paraît qu'il vous faut un attrapeur, confirma Lily en souriant lorsque Sirius et James lâchèrent McKinnon des yeux pour se tourner vers elle d'un même mouvement.

- Je n'avais aucune idée que tu jouais.

- Oh elle joue, ajouta Marlène les yeux pétillants, et très bien. »

 

 

Daisy Hookum lâcha un petit rire comme si cette affirmation était absolument invraisemblable, et James vit Lily lui jeter un regard irrité avant de reporter ses yeux verts sur lui comme si elle attendait ses instructions. Quelque chose dans le fait de donner des ordres à Lily Evans le troubla profondément.

 

 

« Bon. Hum. Alors très bien, bafouilla t-il. Lily, mets toi de ce côté là avec les autres attrapeurs si tu veux bien. »

 

 

Elle acquiesça et se rangea derrière Hookum, Dave Goujon, et Howland Coopey. Les deux derniers l'accueillirent avec un grand sourire et James jura qu'il ne donnerait même pas l'opportunité à Goujon de s'approcher ne serait-ce que du banc des remplaçants lorsqu'il le vit reluquer copieusement sa poitrine.

 

 

« Nous allons vous séparer en quatre équipes. La une jouera contre la deux, puis la trois contre la quatre. A l'issue des matchs, Sirius et moi prendrons notre décision. Les résultats seront affichés demain matin sur la porte de la Grande salle, expliqua t-il. Des questions ?

- Pourquoi est-ce que Black ne passe pas les sélections comme tout le monde ? demanda Tiberius McLaggen. »

 

 

Le garçon de sixième année semblait contrarié qu'il n'y ait qu'une place de poursuiveur vacante alors qu'ils étaient une dizaine à postuler, et James s'efforça de ne pas lui annoncer juste maintenant qu'il venait de ruiner ses chances.

 

 

« Parce que tout le monde sait déjà que je suis parfait pour le poste, répondit Sirius avec un sourire hautain, les bras croisés contre son torse.

- Ça ne devrait pas poser de problème si tu es le meilleur, McLaggen, ajouta James en haussant les épaules, ce à quoi Tiberius ne trouva rien à répondre. »

 

 

Il le vit se retourner vers ses camarades et marmonner quelque chose qui devait probablement être très insultant parce que Marlène McKinnon se fraya un chemin vers lui et il l'entendit lui chuchoter qu'il pouvait d'ores et déjà retourner dans son dortoir ranger son balai s'il comptait parler de son capitaine de cette manière. Il ressentit immédiatement un élan de gratitude envers elle.

 

 

« Très bien. Allons-y. »

 

 

Il commença à former les équipes, s'efforçant de rester concentré alors même qu'il sentait le regard de Lily sur lui et qu'elle ne lui avait que rarement semblé aussi déterminée. Il était toujours profondément surpris qu'elle soit là, sur le terrain, avec ce balai à la main, et il doutait qu'il se remette un jour de cette vision. Ce n'était pas comme s'il n'avait jamais eu envie de l'embrasser avant, mais là... Là, les choses commençaient à se gâter.

 

 

« Je sais que tu la trouves foutrement adorable comme ça, avec un balai entre les mains, mais fais-moi plaisir, ne la prends pas juste parce que tu es à l'étroit dans ton pantalon, lui murmura Sirius à l'oreille sur un ton narquois. »

 

 

Peter, qui les avait rejoint, partit dans un tel fou rire qu'il manqua de s'étouffer. Rémus, pas très loin derrière, leva son pouce en l'air en direction de Marlène et Lily pour les encourager avant de jeter un regard amusé à James dont les joues s'étaient empourprées. Il n'était habituellement pas facilement embarrassé par quoi que ce soit, mais c'était comme si ses amis lisaient dans son esprit et Merlin il espérait qu'ils étaient les seuls parce qu'il s'y passait des choses peu décentes.

 

Il poussa légèrement Sirius pour toute réponse et fit signe aux deux premières équipes de se mettre en place. Son meilleur ami donna le coup d'envoi, et les joueurs s'envolèrent tous en même temps. Il apparut rapidement que Londubat continuerait à jouer dans l'équipe cette année. Il était redoutable à la batte et le pauvre quatrième année qui jouait dans l'équipe adverse ne fit pas le poids.

 

Hookum parvint à attraper le vif d'or après une cinquantaine de minutes, ce qui était plutôt impressionnant. Howland Coopey, lui, ne tenait pas la distance, et il semblait le savoir puisque quand le match se termina, il jeta rageusement son balai par terre, énervé contre lui-même.

 

 

« Un de moins, lui glissa Sirius à l'oreille. »

 

 

La troisième et la quatrième équipe se mirent en place. James avait les yeux vissés sur Lily. Il l'avait mise dans l'équipe de Marlène avec l'espoir qu'elle l'aiderait, mais il réalisa bien vite qu'elle n'avait aucunement besoin d'un coup de main.

 

 

« Intéressant, commenta Sirius qui la suivait également des yeux alors qu'elle virevoltait comme si elle avait fait du quidditch toute sa vie. »

 

 

Et peut-être que c'était le cas, il n'en savait rien, il ne s'était jamais posé la question et il ne la lui avait jamais posée non plus. Elle venait toujours voir les matchs, comme approximativement tous les élèves du château, mais ils n'avaient jamais réellement discuté de quidditch ensemble et il le regretta profondément ce jour là parce que Merlin, il voyait le potentiel.

 

Elle ne fut pas aussi rapide qu'Hookum pour attraper le vif d'or mais l'équipe adverse était plus forte que celle à laquelle Daisy s'était frottée et Benjy Fenwick était drôlement adroit à la batte. Frank et lui formeraient un duo absolument inarrêtable et James se réjouissait déjà à l'idée de les voir jouer ensemble.

 

Comme à son habitude, Marlène fut parfaite. Aucun autre candidat ne lui arrivait vraiment à la cheville, et à leurs regards désespérés, James devina qu'ils le savaient. Il aurait voulu se concentrer un peu plus sur eux, mais il avait le plus grand mal à détacher ses yeux de Lily. Il était abasourdi de la voir tournoyer dans les airs comme elle le faisait. N'avait-elle donc aucun défaut ?

 

 

« Parfait, c'est tout pour aujourd'hui ! annonça t-il lorsque le deuxième match se termina. Comme je vous l'ai dit plus tôt, vous aurez les résultats demain. Si vous n'êtes pas pris, cela ne veut absolument pas dire que vous avez été mauvais. Seulement... La barre est haute cette année, et j'espère que vous comprendrez notre décision. Félicitations à tous, termina t-il en frappant dans ses mains. »

 

 

Ils l'imitèrent avant de se disperser. Lily et Marlène étaient en train de discuter avec Rémus et Peter devant les tribunes pendant que Sirius fourrait les balles dans une grosse malle, et que lui même s'occupait de récupérer les balais qu'il avait prêtés à certains potentiels nouveaux joueurs. Quand il les eut rassemblés et rangés dans la remise, il se mit à marcher en direction de ses amis mais Dave Goujon surgit devant lui.

 

 

« Tu sais Potter, tu n'as vraiment pas eu de chance l'année dernière avec la coupe. Tout le monde pensait que Gryffondor gagnerait le tournoi. Tu étais le meilleur capitaine des quatre équipes, Serdaigle a juste eu de la chance, et...

- Excuse moi, Dave, le coupa James avant de le décaler légèrement pour rejoindre ses camarades.

- Pas de problème, l'entendit-il dire derrière lui, on se voit demain ! »

 

 

Il ne l'écoutait déjà plus. Lily venait de défaire sa queue de cheval et de secouer ses cheveux et il savait à quel point il devait avoir l'air ridicule à la fixer comme si elle était la huitième merveille du monde, mais c'était plus fort que lui. S'il y avait bien un moment où il ne maîtrisait plus rien, c'était quand elle était là et peut-être que ce n'était pas bon pour son équipe de quidditch, mais il lui semblait que ce serait une insulte à Godric Gryffondor que de lui refuser sa place.

 

 

« Dave Goujon doit avoir une haleine absolument abominable à force de te lécher le cul, lui lança Marlène quand il arriva à leur hauteur, les faisant tous glousser.

- Je ne sais pas comment il peut croire que ça va lui garantir une place dans l'équipe, répondit James avant de soupirer.

- Quand on connaît ton problème d'ego, ça vaut le coup d'essayer, plaisanta Lily.

- Vraiment ? Je ne t'entends pas me complimenter là, Evans.

- Est-ce que je suis éliminée d'office ?

- Je vais devoir y réfléchir.

- Quand vous aurez terminé de flirter, on pourra peut-être aller manger, intervint Rémus en brandissant son pouce par dessus son épaule pour désigner le château.

- Je ne... »

 

 

Les protestations de Lily moururent dans les rires plus ou moins discrets des autres alors qu'ils commençaient à marcher vers le hall d'entrée. James doutait qu'il soit capable d'arrêter de sourire un jour. C'était léger, mais ils avaient flirté. Ce n'était pas la première fois, mais cela le rendait toujours complètement extatique même si Lily niait systématiquement quand quelqu'un le leur faisait remarquer. Ils étaient juste amis. Deux amis qui flirtaient.

 

 

« Qu'est-ce qu'on fait ? l'interrogea Sirius après le dîner, alors qu'ils étaient tous les deux assis sur le canapé de la salle commune. »

 

 

Rémus, Peter, Lily, Marlène, et Mary MacDonald étaient en train de jouer à un jeu de cartes moldu autour de la table basse, et James les observait distraitement depuis plusieurs minutes tout en réfléchissant à tout ce qu'impliquerait l'arrivée de Lily dans l'équipe. Il pouvait être dur en tant que capitaine. Il l'avait été par le passé. Il attendait beaucoup de ses coéquipiers et il avait du mal à supporter quand ils n'étaient pas aussi investis que lui. Il était caractériel. Il le savait, et il redoutait déjà ses futures disputes avec elle parce qu'il était absolument évident qu'il y en aurait. Elle lui tiendrait tête comme il adorait qu'elle le fasse, et il sur-enchérirait jusqu'à temps d'avoir le dernier mot, mais elle ne le laisserait pas faire. Pas si elle savait qu'il avait tort.

 

 

« Marlène aux buts. Londubat et Fenwick à la batte. Pour la place de poursuiveur, je pensais à Cooper, et... Avec un peu d'entraînement, Lily attrapera le vif d'or en un claquement de doigts, termina t-il en posant les yeux sur la jeune femme qui grommelait parce que les quatre autres s'étaient ligués contre elle. Et avant que tu ne dises quoi que ce soit, je ne pense pas avec mon entrejambe. Elle a juste été super là haut, et tu le sais aussi bien que moi.

- Parfait. J'avais la même idée, déclara Sirius en croisant ses bras derrière sa tête. Hookum a probablement été meilleure aujourd'hui, mais Evans a une plus grosse marge de progression. J'ai demandé à Marlène, et elle m'a dit qu'elle ne lui avait appris à jouer que l'année dernière. Je n'arrive pas à croire qu'on va en faire une foutue star du quidditch, termina t-il avec un large sourire. »

 

 

James le lui rendit, soulagé que son meilleur ami soit sur la même longueur d'onde que lui. Il avait juste besoin de parler avec Lily avant. Il faudrait qu'il l'entraîne en dehors des créneaux de leur équipe s'il voulait qu'elle soit à la hauteur pour le premier match et il avait besoin de savoir si elle était prête à dédier le plus clair de son temps au quidditch. Il ne lui en voudrait pas si elle changeait d'avis. Il voulait juste être certain de former la meilleure équipe possible et de ne pas laisser qui que ce soit de côté.

 

 

« Lily ? l'appela t-il alors qu'elle avait perdu et qu'elle regardait les autres continuer la partie sans elle.

- Hmm ?

- Est-ce que je peux te parler deux minutes ? »

 

 

Elle acquiesça et lui jeta un regard interrogateur avant de le suivre quand il lui fit un signe de tête vers les escaliers. Il s'assit sur la deuxième marche et tapota la place vide à ses côtés avant de s'adosser contre les barreaux qui soutenaient la rampe pour mieux la regarder.

 

 

« J'ai besoin de savoir... commença t-il avant de déglutir parce qu'elle le fixait attentivement et qu'il était persuadé que son cœur ne supporterait pas cela longtemps. Si je te demandais de venir t'entraîner quatre soirs dans la semaine à la place de deux, est-ce que ça t'irait ?

- Bien sûr, répondit-elle immédiatement. Je ne te cache pas que c'était une idée de Marlène à la base et je sais que je ne suis pas au niveau, mais...

- Ne t'inquiètes pas pour ça, la coupa t-il, tu t'es bien débrouillée aujourd'hui.

- Hookum a été meilleure que moi, pointa t-elle. »

 

 

Il entendit la déception dans sa voix et il eut immédiatement envie de lui dire que leur choix final s'était porté sur elle, mais il resta muet parce qu'il voulait juste voir l'expression sur son visage le lendemain matin quand elle irait prendre son petit déjeuner et qu'elle verrait son nom dans la liste des sélectionnés.

 

 

« Il y a plusieurs choses qui rentrent en compte, reprit-il. Je voulais juste vérifier avec toi que tu savais à quoi tu t'engageais en passant les sélections.

- Parce que tu crois que je n'ai pas vu Marlène revenir épuisée de tes entraînements l'année dernière ? Je sais très bien à quel point tu es exigeant là haut. Et je sais aussi à quel point l'équipe de Gryffondor est soudée depuis que tu en es le capitaine. Je sais que tu étais dévasté l'année dernière quand nous n'avons pas gagné la coupe et j'ai juste... J'ai envie de t'aider à l'obtenir cette fois-ci. Et Daisy serait probablement un choix plus sage, je ne vais pas te mentir là dessus... Je comprendrais totalement que vous la choisissiez, je ne t'en voudrais pas le moins du monde James, mais si... Si toutefois Sirius et toi portez votre choix sur moi, je te promets que je ferai absolument tout ce que je pourrai pour progresser, même si je dois me lever à cinq heures du matin tous les jours pour m'entraîner. »

 

 

Il voulait l'embrasser, Merlin, il voulait tellement l'embrasser que c'en était presque douloureux. Parfois, il ne comprenait pas comment ils avaient pu devenir amis. Elle était trop bien pour lui. Elle était passionnée et passionnante à la fois et il savait qu'il était absolument pathétique de la mettre sur un tel piédestal mais c'était le seul endroit où elle lui paraissait à sa place.

 

End Notes:

Merci d'avoir lu jusqu'au bout :)

J'essayerai de poster une fois dans la semaine minimum, et peut-être d'accélérer un peu si je termine rapidement d'écrire :)

Je pense qu'il y aura entre 10 et 12 chapitres, pour que vous vous fassiez une idée. Rien de mirobolant, mais j'aime beaucoup l'écrire.

...En espérant que vous aimerez la lire aussi <3

18-09-1977 by ECM

 

« Qu'est-ce que tu attends ? demanda Sirius alors que James avait les yeux rivés vers l'entrée du château. »

 

 

Il ne répondit rien parce que Lily venait d'apparaître aux côtés de Marlène et Mary et qu'il les revoyait, le matin même, se diriger toutes les trois vers la liste qui avait été affichée sur la porte. Le visage de sa camarade préfète en chef s'était éclairé quand elle avait constaté qu'elle était prise dans l'équipe et il avait eu la sensation qu'il pouvait mourir tranquille. Son sourire béat quand McKinnon l'avait prise dans ses bras en la félicitant l'avait suivi jusqu'ici. Il n'avait que brièvement faibli quand Daisy Hookum les avait bousculées avec mauvaise humeur pour rentrer dans la Grande salle.

 

Elle lui avait dit quelque chose en passant devant elle, il l'avait deviné, parce que Lily avait ouvert la bouche comme pour l'interpeller avant de la refermer quand elle avait réalisé que Daisy était déjà trop loin pour l'entendre.

 

Il avait voulu lui demander ce qu'il s'était passé quand il s'était installé à la table du petit déjeuner, mais ils s'étaient trouvés trop éloignés l'un de l'autre et elle avait semblé perdue dans ses réflexions. Elle avait à peine mangé. Marlène et Mary s'étaient penchées sur elle à un moment pour lui dire quelque chose, mais il n'avait capté qu'une bribe de leur conversation.

 

 

« … N'importe quoi.

- Ne l'écoute pas. »

 

 

Il avait tendu l'oreille mais Frank Londubat lui avait tapoté amicalement l'épaule derrière lui et il s'était retourné pour le saluer alors que le jeune homme le remerciait de lui faire confiance pour essayer de gagner la coupe cette année. Bizarrement, Dave Goujon n'avait pas ressenti le besoin de venir lui répéter à quel point il était un bon capitaine lorsqu'il avait à son tour pénétré dans la grande salle et qu'il s'était assis à quelques mètres de lui, l'air amer.

 

 

« Serdaigle va tellement mordre la poussière cette année qu'il va y avoir une vague d'admission à Sainte-Mangouste ! s'était exclamée Marlène en faisant le tour de la table pour trinquer avec tous les gryffondors. »

 

 

Dave Goujon avait fait mine de ne pas la voir, focalisé sur Daisy Hookum qui revenait tout juste de la table des professeurs lorsque Marlène termina de célébrer la nouvelle équipe sous les sifflements des plus enthousiastes. James s'était senti légèrement soulagé quand Lily avait adressé un sourire chaleureux à sa meilleure amie.

 

 

« McKinnon a raison, avait commenté Peter avec enthousiasme. L'équipe est démentielle.

- Je marchais derrière Avery ce matin, était intervenu Rémus. Je l'ai entendu dire à Wilkes qu'il fallait qu'ils réservent le terrain sur tous vos créneaux.

- Comme si je ne me doutais pas qu'il allait encore essayer de nous doubler, avait répondu James en laissant échapper un rire ironique. J'ai bloqué les réservations du terrain avec le professeur McGonagall dès la rentrée.

- Avery peut faire ce qu'il veut. Il n'arriverait à marquer un but que si James le prenait, le roulait en boule, et le jetait directement à l'intérieur avec le souafle, s'était moqué Buckley Cooper qui venait d'apparaître, un sourire en coin sur le visage. Merci les gars de me faire confiance cette année, avait-il repris avant de tendre son poing vers ceux de James et Sirius.

- Aucun problème mon vieux, tu as été bon hier, on va donner du fil à retordre aux autres gardiens tous les trois. »

 

 

Cooper avait acquiescé vigoureusement avant de s'éclipser pour retrouver Gladys Goujon en bout de table avec laquelle il sortait depuis plusieurs mois, et Sirius avait attiré l'attention de James sur le capitaine de l'équipe de Serdaigle qui observait attentivement la liste des admissions de Gryffondor sur la porte de la Grande Salle comme si connaître les noms de ses futurs adversaires allait lui permettre de gagner le match qui les opposerait fin mai.

 

 

« Aubrey n'a pas les épaules pour être capitaine, je ne sais pas comment Flitwick l'a choisi, avait commenté Marlène.

- Pas en lui énonçant une énigme en tout cas, avait répondu Sirius. Cet imbécile a déjà du mal à discerner sa gauche de sa droite. »

 

 

James s'était apprêté à parler lorsqu'il avait senti une présence derrière lui, et puis ensuite une légère pression sur son épaule. Il avait tourné la tête et s'était trouvé face à face avec le professeur McGonagall qui leur avait adressé à tous un hochement de tête en guise de bonjour avant de reporter son regard sur James.

 

 

« Potter, est-ce que je peux vous parler rapidement ?

- Bien sûr professeur. »

 

 

Il s'était levé pour la suivre à l'extérieur de la Grande salle pendant que Sirius s'était mis à siffler derrière eux en mimant un acte un peu obscène. Il y avait des moments où il avait vaguement honte de son meilleur ami, et il avait esquissé un sourire amusé quand le professeur McGonagall avait légèrement tourné sa baguette par dessus son épaule et qu'il avait vu un gros muffin se fourrer immédiatement dans sa bouche.

 

 

« Miss Hookum est venue me voir à la table des professeurs ce matin pour réclamer que de nouvelles sélections aient lieu, avait déclaré son professeur alors qu'ils étaient seuls dans le hall du château.

- Pardon ?

- Croyez-moi, Potter, cela ne m'enchante pas plus que vous. Miss Hookum m'a laissée entendre que certains élèves ont été sélectionnés d'avantage parce qu'ils font partie de votre bande d'amis que pour leurs capacités, mais je...

- Professeur, sauf votre respect, l'avait coupée James, je pense avoir assez prouvé ma valeur au sein de l'équipe pour ne pas avoir à entendre ce genre d'absurdités.

- Excusez-moi, Potter ? s'était-elle étonnée elle en clignant plusieurs fois des yeux, stupéfiée de la manière qu'il avait de s'adresser à elle. »

 

 

Elle n'aurait pas dû l'être. Pas après toutes ces années. Elle savait bien comment il était. Il ne se laissait pas marcher sur les pieds, que ce soit par les autres élèves ou par ses professeurs, et il avait beau adorer Minerva McGonagall, il avait été profondément offensé qu'elle puisse penser une seule seconde qu'il n'avait pas tout mis en œuvre pour constituer l'équipe qui les mènerait à la victoire.

 

 

« Je peux refaire autant de sélections que vous voudrez, mais je garderai mes joueurs, avait-il poursuivit avec fermeté. Vous savez aussi bien que moi que Sirius est le meilleur poursuiveur de la maison et qu'aucun autre gardien entre ces murs ne surpasse Marlène. Et je sais que Daisy faisait surtout allusion à Lily, mais Sirius et moi sommes tous les deux d'accords sur le fait qu'il s'agit du meilleur choix possible. Et c'est peut-être inattendu, mais c'est la vérité. Lily est douée, bienveillante, motivée, et plus important, j'ai entièrement confiance en elle et il est hors de question que je la remplace par quelqu'un de puéril et colérique susceptible de mettre en péril l'entente de tous les joueurs dès que quelque chose n'ira pas dans son sens. »

 

 

Il avait terminé sa tirade à bout de souffle et pris une profonde inspiration en continuant de fixer le professeur McGonagall avec défiance. Elle était resté figée devant lui pendant un moment, et James avait songé qu'il parvenait plus facilement à lire les émotions des armures dispersées dans tout le château que les siennes. Finalement, elle lui avait tapoté l'épaule comme sa grand-mère le faisait autrefois pour le réconforter, et repris la parole.

 

 

« Parfait, Potter, parfait. J'ai donc bien fait de lui dire que sa requête ne trouverait pas d'issue favorable.

- Vous... Vous lui avez dit ça ? avait-il bafouillé, un peu confus de s'être autant emporté.

- J'ai sais que vous mènerez cette équipe aussi loin que vous le pourrez, Potter. Je me devais juste de vous informer que Miss Hookum était venue me voir. »

 

 

Elle avait tourné les talons pour rejoindre de nouveau la grande salle, mais s'était arrêtée juste devant la porte pour se retourner vers lui. Il avait cru voir l'ombre d'un sourire passer sur son visage quand elle avait de nouveau ouvert la bouche.

 

 

« Oh, une dernière chose, Potter... Assurez-vous de dire à Evans à quel point elle est douée et bienveillante, voulez-vous ? Et n'oubliez pas de souligner que votre confiance en elle est sans faille, avait-elle conclu. »

 

 

Il avait senti ses oreilles rougir violemment et il avait remercié Merlin qu'elle ne s'attarde pas parce qu'il avait rarement été aussi gêné. Il était tellement énervé contre Hookum que son monologue avait été un peu trop animé par des sentiments personnels qu'il n'avait aucune envie de confier au professeur McGonagall en premier lieu. C'était presque aussi embarrassant que cette fois où ses parents avaient surpris Sirius et Doris Crockford en plein acte, et qu'ils avaient décidé de leur servir LE discours gênant à tous les trois pendant que ses ancêtres, bien au chaud dans leurs tableaux, écoutaient attentivement et leur lançaient des regards réprobateurs. Presque.

 

 

 

 

« Au fait, qu'est-ce qu'elle te voulait, McGonagall, ce matin ? l'interrogea Peter accoudé à côté de lui sur la pelouse du parc. »

 

 

Il lui expliqua brièvement la situation alors qu'ils arrachaient machinalement des touffes d'herbe pendant que Rémus et Sirius étaient en train de corriger quelques anomalies sur la carte du maraudeur. Ce dernier s'était plaint toute la journée qu'il ne lui accordait pas assez d'attention, et ce malgré les deux autres qui l'avaient gavé de friandises en lui proposant d'élaborer de nouveaux sorts qui leur permettraient de se venger d'un ou plusieurs Serpentards quand ils commenceraient à s'en prendre à d'autres élèves... Ce qui allait vraisemblablement se produire dans peu de temps puisqu'ils ne semblaient pouvoir se retenir d'être odieux que jusqu'à un certain point.

 

 

« Alors qu'est-ce que tu vas faire ? lui demanda Peter lorsque James eut terminé de lui raconter l'intégralité de l'histoire.

- Absolument rien, à part peut-être aller faire un tour sur le terrain. Tu viens ? proposa t-il à Sirius en jetant un brin d'herbe dans sa direction pour attirer son attention.

- Je viens de me gaver de patacitrouilles, répondit le concerné en grimaçant et en se tenant le ventre comme s'il avait avalé tout son set d'altères.

- C'est bon, reste là. Ce serait dommage que tu vomisses une deuxième fois sur Dorcas Meadowes.

- Tu dois admettre que la précision du dernier jet était particulièrement impressionnante.

- Tu ne l'avais même pas fait exprès ! Elle passait là par hasard ! protesta Peter.

- Queudver, sérieusement ? Tu es même jaloux de ma capacité à viser lorsque je vomis ? »

 

 

James n'entendit pas la suite parce qu'il s'empressa d'aller récupérer son balai, puis il prit la direction du terrain. Il croisa plusieurs élèves en chemin, dont Daisy Hookum pendue au cou de Bertram Aubrey devant le grand chêne. Sa langue était enfoncée si loin dans sa bouche qu'il se demanda brièvement si elle n'était pas en train d'essayer d'avaler sa luette.

 

Il secoua légèrement la tête et poursuivit son chemin jusqu'à atteindre le terrain de quidditch sur lequel il trouva Mary MacDonald, assise dans les tribunes avec un livre à la main. Elle leva les yeux vers lui dès qu'il lui obstrua le soleil.

 

 

« Comment ça va, MacDonald ?

- Moi, ça va. Elle, un peu moins, dit-elle en faisant un signe de tête vers le ciel. »

 

 

Il suivit son regard et aperçut rapidement Lily et Marlène qui semblaient s'exercer à la roulade du paresseux. Il leur fit un signe mais elles étaient tellement concentrées qu'aucune des deux ne lui répondit, alors il se retourna vers Mary.

 

 

« Pourquoi ? la questionna t-il en fronçant les sourcils.

- Il paraît que le professeur McGonagall est venue te voir pour te demander de refaire des sélections, répondit Mary en chassant les cheveux bruns que le vent lui envoyait dans la figure.

- Pas exactement, lui dit-il, un peu évasif.

- Les rumeurs vont vite, James, reprit Mary. Hookum a dit à tout le monde qu'il y aurait une deuxième session de recrutement « beaucoup plus juste » suite à ses réclamations, et qu'elle prendrait vraisemblablement la place de Lily dans l'équipe. Et je ne te répète que les paroles les moins virulentes que j'ai entendues. »

 

 

James secoua la tête de dépit et passa sa main dans ses cheveux en lâchant un soupir contrarié. Il était content que Lily ait prouvé qu'elle était assez douée pour faire partie de l'équipe la veille, parce qu'il n'aurait pas supporté de devoir se rabattre sur l'un des trois autres candidats, notamment sur Hookum qui était clairement l'une des meilleures sur le plan technique, mais qui était absolument médiocre d'un point de vue social.

 

 

« Ah, j'ai l'impression qu'elles ont terminé, annonça Mary. »

 

 

James se retourna juste à temps pour voir les deux jeunes femmes se poser derrière eux et il leur fit signe de les rejoindre. Lily avait l'air absolument dévasté et il dut s'efforcer de mettre de côté toutes les petites voix dans sa tête qui lui hurlaient de la prendre dans ses bras. Merlin, pourquoi s'était-il promis de ne plus sortir avec des filles de son équipe la seule année où elle l'intégrait ?

 

Il trouva une réponse à cette question dès qu'il posa les yeux sur Marlène et qu'elle lui adressa un bref sourire. Il y avait un an de cela, elle lui aurait sauté dans les bras ou frappé dans la main en lui donnant un surnom ridicule dont elle avait le secret, et maintenant, même s'ils étaient toujours amis, il y avait une certaine retenue entre eux qui n'était pas gênante quand ils étaient entourés mais qui l'était beaucoup plus quand ils étaient seuls dans une pièce. Fort heureusement, ils faisaient tous les deux en sorte que cela arrive le moins possible.

 

 

« Je sais que tu ne changeras pas l'équipe, mais elle ne me croit pas alors s'il te plaît, donne lui l'un de tes supers discours de capitaine pendant que Mary et moi allons finir le devoir de métamorphose, lui intima t-elle alors que Lily la fixait avec de gros yeux.

- Merci, je m'en occupe, lui assura t-il en lui rendant son sourire. »

 

 

Lily esquissa un mouvement pour les suivre quand Mary la contourna, mais Marlène agita son index devant elle en s'exclamant d'une voix ferme « Non, toi tu restes. », et la préfète roula les yeux avant de se laisser tomber sur les gradins, résignée.

 

 

« Viens travailler tes passes avec moi, lui dit-il en faisant un signe de tête vers le centre du terrain. »

 

 

Il s'efforça de ne pas prêter trop attention à l'orchestre qui jouait du tambour au fond de sa poitrine lorsqu'elle acquiesça, et il disparut dans la remise pour aller chercher un souafle qu'il jeta en l'air avant d'enfourcher son balai et de le rattraper pendant sa chute. Lily le suivit de près et s'arrêta à plusieurs mètres de lui. Elle rattrapa la balle avec aisance quand il la lui lança, et il se demanda avec curiosité si elle était aussi bonne poursuiveuse qu'attrapeuse.

 

 

« Je ne t'en voudrais pas si tu changeais d'avis, lui confia t-elle en lui relançant le souafle.

- Je n'ai pas l'intention de changer d'avis. Tu fais partie de l'équipe. Le professeur McGonagall est entièrement d'accord avec mes décisions. Tu ne devrais pas écouter les conneries qu'Hookum raconte dans les couloirs. »

 

 

Il y eut un silence pendant quelques secondes, troublé seulement par le bruit que la balle en cuir faisait lorsqu'ils la rattrapaient ou que leurs doigts glissaient dessus en la lançant, et puis Lily ouvrit de nouveau la bouche.

 

 

« Elle m'a dit ce matin que je n'avais eu la place que parce que tu voulais voir à quoi je ressemblais dans les vestiaires. »

 

 

Il faillit laisser tomber la balle sur le coup. Il était attiré par Lily et cela n'était un secret pour personne, mais cette remarque lui parut si hors sujet et déplacée qu'il pria pour ne pas recroiser le chemin de Daisy lorsqu'ils remonteraient vers la salle commune parce qu'il lui servirait un discours qui la vaccinerait à jamais de vouloir approcher à moins de cent mètres du terrain de quidditch.

 

 

« Oh Lily, sérieusement, dis moi que tu n'as pas cru ça, souffla t-il en lui jetant un regard qui se voulait bienveillant.

- Je voulais lui répondre que les vestiaires n'étaient pas mixtes et que si elle avait été sélectionnée elle le saurait, mais elle était déjà partie, répondit-elle en esquissant un bref sourire qui disparut presque aussitôt. »

 

 

Il rattrapa le souafle pour ce qui devait être la dixième fois, puis le lui renvoya en laissant échapper un soupir. Marlène avait raison, il était temps qu'il sorte LE discours. Celui qui lui venait instinctivement quand l'un de ses joueurs avait le moral au plus bas, celui qu'il trouvait sans vraiment avoir à le chercher, celui qui faisait que tous ses anciens coéquipiers disaient de lui qu'il était né pour être capitaine.

 

 

« Je ne t'ai pas choisie à cause de... il s'interrompit, se racla la gorge, et passa nerveusement sa main dans ses cheveux avant de reprendre. Je ne choisis pas mes coéquipiers en fonction de mes affinités avec eux. Je connais à peine Cooper. Je sais juste que c'est un gars discret qui ne causera pas de problème, et qu'il a un jeu plus que décent. Ça me suffit. Marlène a raison. Tu es douée. Sirius et moi étions surpris, je ne vais pas te le cacher, et je n'avais absolument pas envie d'avoir à te dire que je ne te prenais pas dans l'équipe, mais Merlin merci tu as volé comme tu l'as fait et je... Comme je l'ai dit au professeur McGonagall, il est inutile que je refasse des sélections. Je garderai les mêmes joueurs.

- Et si je ne progressais pas, dit Lily d'une petite voix, et il sentit son cœur se briser un peu.

- Tu serais encore mon premier choix. Tu as déjà les capacités suffisantes, Lily. On a juste besoin de les travailler un peu, lui avoua t-il d'une voix déterminée qui sembla chasser momentanément le doute de son esprit. »

 

 

Le souafle passa de ses mains aux siennes dans le silence pendant plusieurs minutes, et il doutait avoir eu plus envie un jour de l'étreindre. Merlin. C'était comme si tout son corps essayait de le convaincre et que son esprit faisait preuve d'une rigueur qui était mauvaise pour lui. Il ne se rattachait qu'à sa propre promesse de rester concentré sur son objectif final de gagner la coupe, et sur le fait même que cela ne rendrait pas service à Lily si on les voyait proches l'un de l'autre avant qu'elle n'ait pu faire ses preuves.

 

 

« Tu ne crois pas qu'on va finir par s'entre-tuer, à force ? »

 

 

Il pencha légèrement la tête et lui jeta un regard interrogateur alors que le souafle n'était pas encore tombé une seule fois, lui laissant à penser qu'ils pourraient faire des choses absolument étonnantes ensemble sur le terrain si seulement ils jouaient au même poste.

 

 

« En plus de tous les cours obligatoires, on a Étude des runes ensemble. On est préfets-en-chef ensemble. Et maintenant, on va jouer au quidditch ensemble, énuméra t-elle sans le quitter des yeux.

- Hé, ça aurait pu être pire, j'aurais pu prendre Soins aux créatures magiques moi aussi, lui fit-il remarquer avec un sourire espiègle. »

 

 

Il avait longtemps hésité, mais il avait finalement opté pour Étude des moldus à l'époque juste pour ne pas avoir l'air complètement idiot devant elle si un jour elle se mettait à lui parler de son monde. Toutefois, peut-être valait-il mieux qu'il s'abstienne de lui confier ce genre de détail.

 

 

« Est-ce que tu as une idée du nombre de fois où tu es venu me poser des questions pour tes devoirs d'Étude de moldus, l'année dernière ? lui rappela t-elle, amusée. Ne te méprends pas, c'est toujours un plaisir de voir que je suis meilleure que toi quelque part, mais si j'en crois le temps que nous y avons passé, ça n'aurait pas été pire si tu avais choisi Soins aux créatures magiques.

- Sérieusement ? Ça va être de ma faute ? Rappelle-moi qui venait me voir à vingt trois heures pour me demander des explications sur les cours de Métamorphose ?

- C'est arrivé trois fois ! protesta t-elle avec véhémence. Quatre maximum.

- Tu as raison, abdiqua t-il. On va s'entre-tuer. »

 

 

Son rire cristallin résonna un moment dans sa tête, et il rattrapa le souafle si maladroitement qu'il manqua de lui glisser entre les doigts. Il était foutu. L'avoir dans l'équipe était à la fois la meilleure et la pire chose possible. Il fallait qu'il relativise. Ils étaient seuls ce soir là, alors évidemment, la tentation de se perdre dans ses yeux était omniprésente, mais il savait que ce ne serait plus le cas quand ils joueraient vraiment. Du moins, il l'espérait.

 

 

« Des préférences ? reprit-elle.

- Hmm ?

- Sur la façon dont tu veux mourir.

- Charmant.

- Il y a des gens qui n'ont même pas la chance de pouvoir choisir, pointa t-elle, et la remarque le fit rire.

- Tu peux me faire tomber de mon balai. Ou me pousser de la plus haute tour du château. Je te préviens, je ne me contenterai pas du sixième ou du septième étage. Je veux au moins avoir le temps de profiter de la chute.

- Oh, on veut voir la pelouse de près, Potter ? se moqua t-elle.

- Seulement parce que j'ai la chance de pouvoir choisir, répondit-il avec un sourire en coin.

- Tout le plaisir sera pour moi. Je veux dire, pas le plaisir de te tuer, évidemment mais...

- Évidemment, la coupa t-il sans pouvoir se défaire de son sourire.

- Mais de pouvoir accéder à ta requête, termina t-elle avec un professionnalisme qui le rendit hilare. Je serai la dernière personne à t'avoir touché. Peut-être que je pourrais me couper quelques doigts et les vendre aux enchères. Je suis sûre que certaines filles m'en offriraient un bon prix et je deviendrai richissime.

- Qu'est-ce que tu t’achèterais, sans doigt ?

- La vie ne se résume pas à dix doigts, James. Merlin, ce que tu peux être étroit d'esprit des fois, dit elle faussement agacée en rattrapant le souafle.

- J'émets juste quelques doutes sur ton plan pour t'éviter une vie de regrets. Est-ce que tu es bien certaine de vouloir te débarrasser des derniers doigts qui m'auront touché ?

- Parce que tu crois que je pourrais encore vivre avec après ta mort ? répliqua t-elle, et il sentit son cœur battre un peu plus vite pour une raison absolument obscure. »

 

 

Il se rendit compte à ce moment là qu'ils recommençaient à se tourner autour... Tout en discutant de son hypothétique mort et de l'hypothétique amputation des doigts de Lily qui suivrait. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez eux ? Il ne savait même pas comment éviter cela. Il ne savait même pas s'il voulait vraiment éviter cela. Il avait décidé de s'obliger à garder une ligne de conduite exemplaire avec ses joueuses et à ne pas mélanger le jeu et l'affect, mais clairement, avec Lily, les limites se brouillaient.

 

Il aimait tout chez elle. Les mélodies qu'elle fredonnait d'un air absent quand elle était perdue dans ses pensées, son rire franc et communicatif qui se répercutait en un éternel écho entre les murs de leur Salle Commune, cette habitude qu'elle avait de faire tourner sa plume entre ses doigts pour rester concentrée en cours, le soupir dépité qu'elle laissait échapper quand Sirius lui racontait qu'il avait embrassé une fille différente de celle de la veille, le fait même qu'il se confie à elle là dessus, et qu'elle soit capable de lui répondre qu'il n'était qu'un idiot sans prendre de pincette.

 

Il aimait son esprit. Ouvert, vif, parfois tordu, de contradiction, de compétition, d'équipe... Elle était solidaire, loyale, exactement comme lui, et c'était probablement la chose la plus narcissique à avouer, mais il l'aimait aussi pour cela. Ils partageaient des qualités communes et cela leur permettait de s'entendre sur pas mal de choses. Paradoxalement, ils étaient radicalement opposés sur d'autres, et c'était aussi ce qui rendait son attirance pour elle si extraordinaire. Il était fasciné par la façon qu'elle avait de s'affirmer, même dans un groupe d'élèves qui ne partageaient pas ses opinions. Elle semblait n'avoir peur de rien.

 

 

« Et toi ? Comment tu vas mourir ?

- Probablement d'une infection suite à mon amputation des doigts, mais tu n'as pas besoin de le savoir, tu seras mort, lui fit-elle remarquer.

- Tu sais que si tu me pousses, je me tiendrais à toi, n'est-ce pas ?

- Alors j'imagine qu'en plus d'avoir Étude de runes ensemble, d'être préfets en chef ensemble, et de jouer au quidditch ensemble, on mourra aussi ensemble.

- Est-ce qu'on peut au moins attendre d'avoir gagné tous nos matchs ?

- Toi et ton quidditch, Potter, souffla t-elle entre deux rires.

- Moi et notre quidditch, Evans, corrigea t-il en lui renvoyant une nouvelle fois le souafle. »

 

 

Elle lui sourit encore une fois, et il s'accorda le droit de se féliciter intérieurement de lui avoir changé les idées. Il se demanda pendant un moment si ce n'était pas plus satisfaisant que de gagner un match contre Serpentard. Ses yeux s'arrêtèrent sur les siens et pour la première fois, la balle leur échappa, mais ni l'un, ni l'autre ne firent le moindre mouvement pour la rattraper. Quelque chose était différent, et il savait ce que c'était, seulement ce n'était pas le moment, ce n'était pas l'année, c'était tout ce qu'il voulait éviter, et il avait besoin de tenir bon, de ne pas se laisser avaler par ses deux jolis yeux verts, et de ne pas la laisser tomber dans les siens.

End Notes:

Hey ! Merci beaucoup pour vos reviews sur le précédent chapitre <3

A dans une semaine pour la suite :)

31-10-1977 by ECM

 

C'était la première fois depuis des années que l'on fêtait Halloween à l'extérieur du château. Une infime partie de la forêt interdite avait été balisée par l'ensemble des professeurs pour permettre aux élèves d'aller y chercher leur dose de frissons, et beaucoup d'entre eux s'étaient pris au jeu.

 

 

« Ce n'est pas aussi terrifiant que je l'avais imaginé, pointa Marlène en écartant une branche d'arbre devant elle avant de la lâcher par mégarde dans le visage de Peter et de s'excuser platement.

- J'ai beaucoup plus peur du premier match de ce week-end que de... »

 

 

Lily ne termina jamais sa phrase. Ses yeux fixés sur une grosse pierre tombale, au milieu du chemin sur laquelle l'on pouvait lire « Lily Evans, 1960 – 1977 ». A côté d'elle, Marlène, Mary, Rémus, et Peter s'arrêtèrent également de marcher.

 

Ils suivaient le chemin balisé depuis maintenant plusieurs minutes, et même si le terrain de quidditch restait très proche, ils étaient à l'endroit le plus éloigné du château. Quelques professeurs patrouillaient de temps en temps, mais Horace Slughorn semblait s'être endormi à son poste.

 

Le vieux professeur de potions était assis contre une souche et ronflait bruyamment, les mains posées sur son ventre qui se soulevait au rythme de ses respiration, tendant dangereusement les boutons de son veston en tweed.

 

Il était un peu plus de dix-neuf heures, la nuit était tombée, des chandeliers flottaient entre les arbres et Lily regrettait de ne plus avoir Sirius avec eux pour refaire des blagues sur l'audace dont les professeurs avaient fait preuve lorsqu'ils avaient décidé d'éclairer un sentier forestier avec du feu. Elle avait subitement besoin de rire.

 

 

« Qu'est-ce que... commença Peter, bloqué sur la pierre tombale.

- Qui a fait ça ? demanda Mary alors que des élèves passaient devant eux en poussant des exclamations de terreur.

- Un idiot, déclara Marlène en sortant sa baguette en même temps que Rémus pour essayer de faire disparaître l'objet en question, en vain. »

 

 

Une branche craqua derrière eux et Lily se retourna rapidement, éclairant du bout de sa baguette la végétation qui les entourait. Il n'y avait rien. Personne. Rémus et Peter échangèrent un rapide regard et Mary s'en aperçut.

 

 

« Comme si le match ne la stressait pas assez ! Si Sirius et James trouvent ça drôle, vous pourrez leur dire que...

- Ce n'est pas eux, la coupa Rémus. Ils n'auraient jamais fait ce genre de blague.

- Rémus a raison, l'appuya Lily en pivotant de nouveau vers la pierre tombale. »

 

 

Quelque part derrière elle, dans les fourrées, Cornedrue fit un pas en arrière. Les oreilles dressées en avant, les yeux vissés sur le groupe, il entendait à peine les aboiements de Patmol, au loin, qui courrait après une nuée de Billywigs.

 

 

« Vous croyez que ceux qui ont fait ça ont aussi assommé Slughorn ?

- D'une façon ou d'une autre, répondit Rémus en se penchant pour ramasser une petite bouteille d'hydromel à moitié renversée à côté du professeur.

- On devrait prévenir quelqu'un, souffla Peter en se rapprochant de Marlène, s'accrochant presque à son bras.

- C'est juste une mauvaise blague, tenta Lily pour le rassurer.

- De mon point de vue, elle est très bonne, intervint Mulciber qui arrivaient à contre sens, accompagné de ses fidèles comparses, Avery, Rosier, et Rogue.

- Il manque l'épitaphe : Abattue en plein vol par un cognard, ajouta Rosier, le batteur de l'équipe de Serpentard, et tous se mirent à rire. même Severus esquissa un sourire. »

 

 

Lily eut l'impression que ses entrailles étaient en train de prendre feu. Marlène fit un pas dans leur direction, mais Mary la retint solidement par le bras.

 

 

« Oh évidemment, ça ne risque pas de vous arriver à vous. Dès que quelque chose vous effleure, vous hurlez déjà à la faute !

- Si tu savais McKinnon... Certains spécimens de Gryffondor hurlent aussi la nuit, marmonna Severus en braquant son regard sur Rémus. »

 

 

Lily se liquéfia. Elle connaissait le secret de Rémus, elle était l'une des seules personnes en dehors des maraudeurs à être au courant, et la phrase de Severus, prononcée sur un ton glacial et menaçant, la fit sortir de ses gonds. En un instant, sa baguette se trouva devant son visage livide, et les trois garçons derrière lui dégainèrent les leurs aussitôt.

 

 

« Je te déconseille de faire ça, Evans, chantonna Avery.

- Non, elle a raison. Il faut qu'elle en profite avant qu'ils ne lui retirent sa baguette, ajouta Mulciber sur un ton railleur. »

 

 

« Ils », c'était le ministère de la magie. De plus en plus corrompu, plus personne ne savait à qui faire confiance, là bas. Plusieurs élèves de Gryffondor avaient des parents qui y travaillaient, et les histoires qu'ils racontaient dans la Salle Commune le soir étaient glaçantes. Voldemort était en train de prendre le contrôle sur la justice magique, et l'atmosphère s'alourdissait de semaine en semaine à Londres.

 

Les sorties à Pré-Au-Lard avaient été annulées parce que les professeurs ne pouvaient plus garantir la sécurité des élèves en dehors du château, et si Lily essayait de repousser la peur quand elle se trouvait à Poudlard, elle finissait toujours inexorablement par la rattraper.

 

 

« Stupéfix ! »

 

 

Le sort venait de Mary. Il passa sur la gauche de Lily et toucha directement Mulciber. Au même moment, les trois autres tentèrent de riposter, mais une gigantesque ombre bondit au milieu du sentier.

 

Là, à un mètre seulement de Lily, un robuste cerf plongea sur les Serpentards, les faisant hurler d'effroi et prendre leurs jambes à leur cou. Il les prit en chasse, disparaissant rapidement du champ de vision des cinq Gryffondors qui demeurèrent figés de stupéfaction pendant une longue minute.

 

Marlène fut la première à réagir. Son rire nerveux débloqua un peu les autres, et Rémus, comme s'il n'avait pas assisté à la même scène qu'eux, attrapa Mulciber par les chevilles, et le traîna à côté du professeur Slughorn. Peter l'aida à l'asseoir, laissant à son tour échapper un rire.

 

 

« C'était... C'était un foutu cerf, ou j'ai rêvé ? demanda Marlène.

- J'ai vu la même chose, confirma Mary en clignant rapidement des yeux.

- Est-ce qu'il nous a... défendu ?

- C'était un animal sauvage, Marly, répondit Rémus en lui lançant un regard appuyé. Il a juste foncé sur les premières personnes qu'il a vues.

- Quoi qu'il en soit, on lui en doit une, conclut Lily avant d'aller s'accroupir devant le professeur Slughorn.

- Qu'est-ce que tu fais ? L'interrogea Peter.

- On ne va pas le laisser comme ça, dit-elle en fouillant dans les poches de son veston. Normalement, il a... »

 

 

Elle laissa sa phrase en suspend, sortant plusieurs fioles une à une et les inspectant avec la lumière qui émergeait du bout de sa baguette jusqu'à trouver celle qu'elle cherchait.

 

 

« Voilà ! s'exclama t-elle. Il a toujours une potion de l'Oeil vif sur lui. Il dit qu'il en a besoin pour ne pas offenser le professeur Binns en s'endormant devant lui quand ils discutent ensemble.

- J'ignorais que vous vous faisiez des confidences. Votre relation ne cesse de progresser, se moqua Marlène.

- Est-ce qu'il a d'autres petits secrets dont on doit être mis au courant ? poursuivit Rémus, et Lily ne se donna même pas la peine de répondre, elle fit simplement tomber quelques gouttes de potion dans la bouche entrouverte du professeur avant de se redresser.

- Bien. Il ne va pas tarder à se réveiller, on devrait y aller.

- Et pour Mulciber ? s'enquit Peter.

- Je pense qu'il a encore besoin de dormir un peu, répondit-elle en jetant un regard froid vers le jeune homme en question. »

 

 

L'instant d'après, elle pointa sa baguette sur la pierre tombale à son nom, ferma les yeux, et murmura la seule formule à laquelle elle put penser. Lorsqu'elle les rouvrit, l'objet avait été métamorphosé en une charmante cabane à oiseaux sur pieds.

 

 

« C'est très beau, Lily, la complimenta Peter.

- Je me suis dit que puisqu'on ne pouvait pas la faire disparaître, autant la transformer, répondit-elle en haussant les épaules. Sirius et James auraient sûrement fait mieux que moi, mais au moins, on ne voit plus cette horrible pierre.

- C'est vraiment très joli, souffla Rémus alors que les deux jeunes femmes acquiesçaient à côté. »

 

 

Elle s'apprêtait à le remercier lorsque Slughorn bougea légèrement, faisant sauter étonnement loin le bouton de son veston qui manqua de peu l'oeil droit de Marlène. Ce fut le signe qu'il était temps qu'ils quittent les lieux.

 

Ils suivirent le chemin balisé et bifurquèrent vers le terrain de quidditch lorsqu'ils remarquèrent James, émergeant des vestiaires. Ses cheveux collaient à ses tempes comme s'il avait couru un marathon, et Marlène s'esclaffa.

 

 

« Tu sais que tu peux te laver, là dedans ? C'est littéralement fait pour ça, se moqua t-elle. »

 

 

Il laissa échapper un rire, et hocha la tête, sentant le regard de Lily s'attarder sur lui. Il attira le sien, et elle tourna aussitôt la tête vers le lac tout en se grattant l'arrière du crâne. Ce n'était pas la première fois qu'il la prenait sur le fait en train de le reluquer, mais il n'arrivait pas à s'y faire.

 

 

« Pas d'eau chaude, expliqua t-il finalement. Je vais monter.

- Tu es au courant que faire une pause dans tes entraînements pour Halloween ne va pas te tuer ?

- Je fais une pause maintenant, Marly. Vous devriez rester ici, Sirius a prévu un petit quelque chose, d'autres septièmes années devraient nous rejoindre, termina t-il avec un sourire malin avant de se diriger vers le château.

- Où est-il, d'ailleurs ? Je croyais qu'il était avec toi, pointa Mary. »

 

 

Il se figea une seconde, puis pivota pour lui répondre, mais au même moment, des pleurnichements venant du parc attirèrent leur attention. A une centaine de mètres de là, Avery, Rosier, et Rogue grelottaient et pointaient la forêt du doigt en prononçant des paroles que le groupe de Gryffondors ne pouvait pas entendre mais qui les firent quand même glousser. Tout était dans le ton et dans les chuintements.

 

De là où ils se tenaient, ils pouvaient presque voir les sourcils du professeur McGonagall qui écoutait leurs jérémiades se hausser. Un grognement particulièrement effrayant dans les fourrés fit sursauter les trois garçons, et Avery se décomposa. Cette fois, sa voix résonna en écho dans le parc.

 

 

« Mes parents feront remonter ça au ministère ! »

 

 

Juste après, ils fondirent tous les trois, comme une seule et même ombre, vers le hall d'entrée de l'école alors que McGonagall prenait la direction opposée, sa cape se soulevant derrière elle à chaque pas qu'elle faisait. Il n'y avait aucun doute, elle allait chercher Mulciber.

 

 

« On devrait peut-être faire profil bas, commenta Lily.

- Ils seraient bien idiots de lui avoir répété que Mary l'a stupéfixé, étant donné ce qu'ils ont fait, répliqua Peter.

- Ils ne sont pas exactement connus pour leur exceptionnelle intelligence, Queudver, lui rappela Rémus.

- Je n'attends que ça, qu'on vienne me chercher pour que je m'explique, intervint Mary, un poil sur les nerfs. J'aurais un paquet de choses à dire ! »

 

 

James n'entendit pas la suite de la conversation, il profita de la diversion pour filer vers son dortoir. Il croisa le groupe de Serpentards, trempés, dans le couloir, en train de réciter une histoire qui lui plaqua un sourire espiègle sur le visage quand il passa devant eux.

 

 

« Si j'avais été seul, j'aurais pu le maîtriser, mais Sev' et Evan m'ont gêné, déclara Avery.

- Tu as couru comme tout le monde, le contredit Rogue.

- Pour aller chercher de l'aide. Mulciber est toujours là bas. »

 

 

James monta les escaliers principaux tout en retenant un rire alors que les cris stridents qu'Avery avaient poussé lorsqu'il les poursuivait résonnaient encore dans sa tête. C'était la première fois qu'il se montrait à quelqu'un d'autre qu'à Rémus, Peter, ou Sirius sous sa forme de cerf, et il ne le regrettait absolument pas.

 

Les chasser jusqu'à les obliger à s'immerger dans le lac et les voir en ressortir couverts de vase quelques minutes plus tard avait été l'un des moments les plus jouissifs de ses presque dix sept années de vie. Il se demanda pendant un moment si ce serait si mal, d'en faire une habitude. Sirius disait toujours qu'il détestait les traditions. Peut-être qu'il était temps de lui montrer que certaines pouvaient s'avérer particulièrement satisfaisantes.

 

Lorsqu'il s'enferma dans la douche de leur dortoir et que l'eau tiède lui dénoua les muscles, il laissa échapper un soupir. Ces dernières semaines avaient été compliquées. Il savait, quand il avait recruté Lily, qu'il allait devoir faire face à un tout autre challenge cette année là, mais il n'avait pas imaginé qu'il perdrait autant pied. Il était clément avec elle. Patient, diplomate, compréhensif, indulgent. Beaucoup plus qu'il ne l'avait jamais été avec qui que ce soit. Sirius le lui avait fait remarquer une fois.

 

 

 

 

Il était tard et l'entraînement s'éternisait. Lily ne parvenait pas à attraper le vif d'or, et ses déplacements gênaient la vision du jeu de ses coéquipiers qui révisaient les dernières techniques offensives qu'ils avaient mises au point.

 

 

« Lily ? l'appela James, et il attendit qu'elle arrive à sa hauteur pour reprendre. Tu t'en sors bien, mais est-ce que tu as essayé de voler plus haut ? Peut-être que tu pourrais avoir une vue plus globale du terrain.

- Oh. Je gêne les autres, comprit-elle immédiatement en jetant un regard désolé par dessus son épaule vers les batteurs. »

 

 

James sentit ses intestins commencer à faire des nœuds. Il détestait devoir lui faire une remarque et il prenait toujours plus de pincettes qu'avec les autres. Il le savait, il le voyait à leurs regards ennuyés qu'il essayait d'éviter à tout prix.

 

 

« Ça ne fait rien, c'est juste des automatismes qui viennent avec le temps. »

 

 

Elle hocha lentement la tête et il lui adressa un sourire encourageant avant de retourner vers ses autres coéquipiers. Le regard de Sirius le suivit pendant plusieurs secondes, si bien qu'il ne put l'ignorer, et quand il tourna la tête vers lui, le jeune homme haussa les sourcils comme s'il l'avait pris en flagrant délit. Il n'y avait eu aucun crime de commis, aucun méfait, et pourtant, James savait exactement ce que ce coup d'oeil signifiait, et il en eut la confirmation quelques minutes plus tard, lorsqu'il n'y eut plus qu'eux dans la remise, à ranger les balles.

 

 

« J'ai toujours su que si tu me faisais faire des pompes après l'entraînement dès que tu estimais que mes doigts étaient mal placés sur le manche quand j'ai débuté, c'était pour rester avec moi plus longtemps, commença t-il sur un ton moqueur. Ca booste vraiment mon ego de voir que même Lily n'a pas droit à ce privilège. »

 

 

James lui lança un coup d'oeil ennuyé tout en s'agenouillant sur la malle pour la fermer avant que le cognard n'en bondisse. Sirius le toisait de toute sa hauteur, bras croisés contre son torse, et sourire mi amusé, mi agacé figé sur le visage.

 

 

« D'ailleurs, maintenant qu'on en parle. Je te trouve un peu dur avec elle. Et je ne parle pas d'un quelconque phénomène physiologique. Quoi que... Enfin, peut-être que la prochaine fois qu'elle manque de causer un choc frontal entre nous parce qu'elle vole trop bas, tu devrais t'excuser de notre part pour la gêne occasionnée, ironisa t-il.

- Est-ce que tu vas continuer longtemps ? »

 

 

Il se redressa et tendit le bras vers lui pour lui ébouriffer les cheveux, et ce dernier en profita pour lui enfoncer son index dans le ventre, lui faisant pousser un grognement guttural.

 

 

« J'avais oublié à quel point tu étais jaloux.

- C'est entièrement de ta faute. Je n'ai jamais eu droit au ton mielleux et aux regards langoureux sur le terrain, le taquina Sirius alors qu'ils sortaient de la remise en se poussant.

- Tu les as déjà à l'extérieur.

- Et tu crois que je peux me contenter de ça ? Potter, est-ce que tu me connais seulement ? répliqua t-il en prenant un air faussement outré qui fit pouffer James.

- Tu sais que tu seras toujours mon préféré, répondit-il en balançant son bras sur ses épaules alors qu'ils se dirigeaient vers le château.

- Prends ça, Evans. »

 

 

 

 

 

Le miroir de la salle de bain était complètement embué lorsqu'il en émergea, une serviette autour de la taille. Rémus était allongé sur son lit, un livre entre les mains, les jambes croisées au niveau de ses chevilles, et il soupira dès que James apparut dans son champ de vision.

 

 

« Tu te rappelles, quand on avait dit qu'on devait arrêter de se balader ici à poil ?

- Sirius ne se serait même pas fatigué avec une serviette, pointa James en ouvrant un tiroir de sa commode pour en sortir des vêtements propres.

- Est-ce que tu es vraiment obligé de le prendre pour exemple ?

- Pense à toutes les personnes qui aimeraient être à ta place en ce moment, Lunard. Tu leur dois de profiter du spectacle, d'apprécier ta chance, plaisanta t-il en se dirigeant toutefois de nouveau vers la pièce embrumée. »

 

 

Rémus se contenta de prendre une profonde inspiration et de lever les yeux au ciel, ses doigts jouant avec la page du livre qu'il essayait de lire depuis la veille, en vain, parce qu'aucun de ses camarades ne semblait décider à lui laisser plus de cinq minutes de paix.

 

 

« Désolé, vieux. J'essayerai de penser à mes vêtements la prochaine fois, entendit-il de la salle de bain. Mais pour ma défense, je pensais que tu serais sur le terrain avec les autres.

- J'y étais, je suis juste... il s'interrompit, déglutit, et reprit sur un ton assuré. Il y a trop de bruit pour moi. »

 

 

James ne répondit pas immédiatement. Il était en train de passer sa main dans ses cheveux en espérant pouvoir en tirer quelque chose, et il s'arrêta net. La condition de loup-garou de Rémus l'avait souvent rendu distant et anxieux lorsqu'il se trouvait au milieu d'une foule. James le suspectait d'ailleurs de n'assister aux matchs de quidditch que pour lui faire plaisir, bien qu'il lui assurait constamment le contraire. C'était pour cette raison qu'ils se contentaient habituellement des quelques Gryffondors les plus proches d'eux lorsqu'ils organisaient une soirée, mais cette journée d'Halloween avait été longue et probablement éprouvante pour lui, alors lorsqu'il réapparut, il se jeta sur son propre lit et ferma les yeux.

 

 

« Qu'est-ce que tu fais ?

- Je traîne avec toi, répondit-il en se redressant légèrement sur son coude.

- James. Va à cette soirée.

- Moins je suis autour de Lily, mieux c'est. »

 

 

L'excuse était bien trouvée, et ce n'était même pas totalement un mensonge. Ils passaient un temps fou ensemble, un temps qui avait une nette influence sur leur relation. Leur complicité était encore différente de ce qu'elle était au début de l'année, tout était devenu plus compliqué au moment où ils avaient commencé à être tactiles ensemble sans vraiment s'en rendre compte.

 

Il y avait eu quelques soirs où, avachis l'un à côté de l'autre dans le canapé à discuter de tout et de rien avec leurs amis, il s'était surpris à caresser son bras machinalement avec le revers de son index. D'autres fois, c'était elle qui se rapprochait de lui, et ils se retrouvaient épaules contre épaules, sa cuisse souvent à moitié sur la sienne parce qu'elle s'asseyait presque systématiquement en tailleur. Parfois, lorsqu'ils patrouillaient dans les couloirs, sa main effleurait la sienne d'une telle façon qu'il se demandait si ce n'était pas sa manière de lui demander d'entremêler ses doigts aux siens. A chaque fois, il finissait par enfoncer ses mains dans ses poches en essayant d'ignorer les battements contre ses tempes.

 

 

« Ce que tu as fait tout à l'heure... reprit Rémus. Tu n'aurais pas dû.

- Hmm ?

- Cornedrue, répondit simplement le jeune homme châtain en lui jetant un regard appuyé.

- C'était hilarant.

- C'était... Assez drôle en effet, avoua le lycanthrope en roulant les yeux, mais si quelqu'un s'était rendu compte que...

- Relax, Lunard. Personne ne sait.

- Et si quelqu'un savait, vous risqueriez tous gros.

- Qu'est-ce que j'étais supposé faire ? Les laisser s'en tirer comme ça ? s'indigna James en se redressant sur son lit. Ils devraient être reconnaissants que je ne les ai pas embrochés. Ce n'était pas l'envie qui manquait.

- Non, Merlin, absolument pas, répliqua aussitôt Rémus, mais c'est à ce genre de situation que sert notre réserve de Billywigs. »

 

 

Il conclut en se penchant sous son lit pour en sortir un gros bocal dans lequel des insectes bleus saphir pourvus d'un long dard bourdonnaient alors qu'un sourire en coin se dessinait sur le visage de James.

 

 

« Tu sais, Lunard, j'ai eu peur que tu sois devenu un modèle de sagesse pendant un instant.

- Je ne tiendrai pas vingt-quatre heures dans ce dortoir, lui rétorqua t-il en secouant la tête de droite à gauche, amusé. Bon, tu viens, ou je vais devoir y aller tout seul ?

- Laisse-moi prendre ma cape d'invisibilité. Sirius va nous détester, d'avoir fait ça sans lui.

- Et Queudver nous remerciera de ne pas l'avoir inclus là dedans. Ça contrebalancera. Allez Potter, prêt à ruiner les dortoirs de ces trolls ?

- Je n'ai jamais eu autant envie de te déclamer mon amour, vieux, lui confia James en l'étreignant.

- Garde ça pour Lily, souffla Rémus en le repoussant, éclatant tout de même d'un rire franc. »

 

 

Il poussa la porte de leur dortoir, et ils prirent tous les deux la direction des cachots avec le bocal de billywigs à la main, et l'envie ferme de venger l'une des personnes qu'ils appréciaient le plus dans ce château.

 

End Notes:

Heyyy :)

J'aime bien ce petit rendez-vous régulier toutes les semaines :)

J'espère que vous allez bien, que ce petit chapitre vous aura plu, et je vous dis à la semaine prochaine :) (ou avant sur Fluffy Stories, si je termine l'OS que je suis en train d'écrire depuis une semaine :) )

<3

05-11-1977 by ECM

 

Il était presque deux heures du matin, Lily était assise au milieu des escaliers menant aux dortoirs des filles, ses genoux repliés contre sa poitrine, ses mains nouées autour, et elle fixait le vide en essayant de se convaincre que le match contre Serpentard se passerait bien.

 

Elle n'arrivait pas à dormir, étouffée par le stress mêlé à une impatience qui l'empêchait de se tenir parfaitement immobile ou de ralentir son rythme cardiaque. Visiblement, Morphée ne voulait pas la laisser tomber dans ses bras cette nuit là.

 

Ses doigts tapotaient le rythme d'une chanson d'un groupe de rock moldu sur ses tibias, et ses pieds bougeaient de la même manière contre les marches. Elle n'avait pas repensé à la pierre tombale à son effigie depuis deux jours, et elle se serait bien passée de la voir ressurgir dans son esprit à ce moment là.

 

Elle savait que les serpentards préparaient quelque chose. James aussi. Ils en avaient parlé ensemble après l'entraînement, il l'avait rassurée sur le fait qu'ils avaient l'avantage d'être assez malins pour s'attendre à un coup bas de leur part, et qu'ils étaient donc préparés à toute éventualité. Puis il lui avait assuré qu'il trouverait ce qu'ils mijotaient, mais elle en doutait. Le match avait lieu dans quelques heures, et elle voyait mal comment les choses pouvaient tourner en sa faveur. Elle se raccrochait juste à la confiance qu'elle avait envers ses coéquipiers. Personne ne la laisserait tomber, au sens propre comme au sens figuré. Malgré tout, ses intestins restaient noués.

 

 

« Oh, Lily... »

 

 

Une voix douce derrière elle la fit sortir de ses pensées, et elle tourna légèrement la tête vers Marlène McKinnon qui referma sa robe de chambre en frissonnant avant de lui faire signe de se pousser un peu pour qu'elle puisse s'asseoir à côté d'elle. Les marches grincèrent sinistrement sous ses pieds, la faisant grimacer.

 

 

« Est-ce que tu penses encore au match ? »

 

 

La jeune femme rousse se contenta de hocher la tête tout en lui adressant un sourire contrit. Elle n'avait jamais autant appréhendé quoi que ce soit. Même les examens pratiques de métamorphose lui paraissaient être une promenade de santé depuis qu'elle avait découvert le stress du quidditch. Elle n'avait jamais pensé au fait qu'elle pouvait littéralement mourir sur le terrain, mais ce soir là, cette pensée lui colla à la peau, probablement parce qu'elle avait eu le malheur de relire Le quidditch à travers les âges.

 

 

« Tu savais qu'au fil des siècles, plusieurs arbitres de quidditch se sont fait tuer par des supporters et des joueurs ?

- Je vais te confisquer ce bouquin, affirma Marlène en arquant un sourcil.

- Oh il y a une bonne quantité de joueurs qui sont morts aussi, mais principalement de chutes ou de collisions. Imagine, je peux peut-être devenir la première à mourir d'un sort en plein match. J'ai toujours voulu entrer dans l'histoire, mais je n'avais pas imaginé que ce serait grâce à mon assassinat, tenta t-elle de blaguer.

- Personne ne va te faire quoi que ce soit, Lily. Les garçons et moi seront là. Et tu sais très bien à quel point Wilkes à peur de moi depuis que j'ai fait rétrécir ses testicules en troisième année. Crois-moi, il va tenir son équipe en place.

- D'après Sinistra Lowe, Mme Pomfresh n'a jamais réussi à leur faire retrouver leur taille normale, gloussa Lily.

- Je sais. Je l'ai entendue dire à Alecto Carrow l'année dernière qu'ils n'étaient pas plus gros que deux pois chiches, sur-enchérit Marlène avant de plaquer hâtivement sa main sur la bouche de Lily quand son éclat de rire résonna dans la salle commune. »

 

 

Wilkes était le capitaine de l'équipe de Serpentard. Il était un peu la star de la maison, et il n'y avait rien d'étonnant à cela. Il était sournois, absolument détestable, et aussi beau que perfide. Lily n'avait jamais trop eu affaire à lui, et elle ne le devait probablement qu'à son amitié avec Marlène, mais elle connaissait son animosité envers James, loin du respect qu'un capitaine de quidditch digne de ce nom pourrait avoir envers un autre. Il n'était pas le seul. Bertram Aubrey partageait son avis sur le capitaine de Gryffondor, et c'était d'ailleurs probablement la seule chose sur laquelle ils étaient d'accords.

 

 

« Et si Mulciber, Avery, et Rosier n'avaient rien dit à Wilkes ? Et s'ils préparaient quelque chose tous les trois ? James croit que c'est le cas, et...

- Et même si c'est vrai, ils se mangeront un cognard en pleine tête avant d'avoir réussi à faire le moindre geste vers toi, la coupa Marlène en la fixant droit dans les yeux. Est-ce que tu crois sérieusement que je resterais les bras croisés ? Est-ce que tu crois sérieusement que James laisserait quoi que ce soit t'arriver ? »

 

 

Elle posa la dernière question en haussant les sourcils et en lui adressant un sourire malin qui fit monter le rouge aux joues de Lily. Elle déplia ses jambes sur les marches et se frotta nerveusement les cuisses avant de replacer une mèche de cheveux roux derrière son oreille.

 

 

« Bordel, Lily, est-ce que tu as vu sa tête quand tu as pris la batte de Frank et que tu as envoyé le cognard sur Sirius après qu'il ait balancé cette blague sur le fait de sortir avec ta sœur si tu n'attrapais pas le vif d'or en moins d'une heure ? reprit-elle en ricanant. Je ne crois pas qu'il était au courant que tu sais aussi jouer batteur. Ça l'a clairement perturbé. Sirius a dit qu'il était resté près d'une heure dans la douche après ça. Combien de fois est-ce qu'il s'est touché, à ton avis ?

- Oh tais toi, s'esclaffa Lily en enfonçant son visage dans ses mains.

- Et dire que les autres ne le trouvent pas assez dur avec toi, continua t-elle, espiègle.

- Oh mon dieu, sérieusement, Marly ?

- Quoi ? Je dis juste qu'il était certainement très dur ce soir. »

 

 

Lily l'admirait de réussir à afficher une mine aussi innocente quand tout ce qui sortait de sa bouche était l'absolu contraire de la décence. C'était Marlène toute crachée. Un visage angélique, mais un démon à l'intérieur, et c'était tout ce dont Lily avait besoin ce soir là.

 

 

« Ce n'est pas comme si je n'avais pas passé un moment sous la douche moi non plus, admit-elle, son regard déviant vers le bas des escaliers pour éviter celui de Marlène.

- Merlin, Lily, pourquoi est-ce que tu ne vas pas le trouver pour lui dire ça ? Ça le détendrait certainement, se moqua la gardienne.

- Je n'en sais rien, répondit-elle aussitôt, les paumes de main tournées vers le plafond. C'est trop compliqué, c'est... C'est James, lâcha t-elle comme si le nom en lui même constituait une explication détaillée.

- Et alors ?!

- Tu es sortie avec lui, lui rappela t-elle en lui jetant un coup d'oeil incertain.

- Histoire ancienne, lui assura Marlène du tac au tac en balayant sa remarque d'un revers de la main.

- Vraiment ? »

 

 

La jeune femme blonde détourna les yeux tout en inspirant profondément, puis enfouit sa main dans ses longs cheveux, et finalement, elle lâcha de but en blanc.

 

 

« J'ai... Je me suis un peu amusée avec Sirius, ces derniers temps.

- Pardon ? gloussa Lily en la fixant d'un air éberlué.

- Disons que si tu pouvais éviter de passer dans la salle numéro onze quand tu fais tes rondes, cela nous arrangerait largement.

- Je n'y crois pas. Est-ce que tu comptes faire le tour des maraudeurs ? plaisanta t-elle, et Marlène s'empressa de lui flanquer un coup sur la cuisse, lui faisant pousser une exclamation de douleur.

- C'est bas, Evans... Mais prem's sur Lupin ! »

 

 

Lily éclata d'un rire si soudain qu'elle manqua de s'étouffer, et Marlène dut lui taper plusieurs fois dans le dos pour l'empêcher de mourir sur les marches en bois, écarlate et hilare. Il n'y eut pendant quelques minutes que leurs rires entrecoupés de silence, et puis Marlène reprit la parole.

 

 

« Alors... Tu vas tenter quelque chose ?

- Je ne sais pas, bredouilla Lily. James est... Comment dire ? Je sais qu'il y a quelque chose, mais...

- De toutes évidences, la coupa Marlène en roulant les yeux.

- Mais j'ai la sensation qu'il essaie de me tenir à distance, poursuivit-elle avant de lâcher un soupir.

- Tu veux dire quand il fait ce truc où il te caresse le bras ou les cheveux ? ironisa la jeune femme blonde, et Lily se mordit légèrement la lèvre.

- Je sais, je sais que c'est bizarre, mais je le sens. Comme quand ils ne veulent rien de sérieux, tu vois ce que je veux dire ?

- Je serais surprise qu'il n'ait pas déjà réfléchi à la couleur des fleurs pour votre mariage, le connaissant, plaisanta t-elle, et Lily pouffa.

- Honnêtement, je ne crois pas que ce soit comme ça pour lui.

- Lily...

- Je t'assure, insista t-elle. Ce n'est pas ce qu'il veut.

- Bien. Imaginons que ce soit vrai. Vous pourriez toujours vous envoyer en l'air histoire de dissiper les tensions, proposa t-elle avec un sourire espiègle. »

 

 

Lily demeura interdite pendant un instant, les yeux perdus dans le vague, en pleine réflexion. Elle ne savait pas si elle était capable de cela. Avec lui, en tout cas. Elle l'avait fait avec d'autres. Bertram Aubrey et Dirk Cresswell. Séparément. Et cela lui avait convenu, mais James... L'histoire était différente, elle n'avait pas de sens, ni queue, ni tête, et c'était là que se trouvait tout l'attrait. Il la rendait curieuse. Elle voulait le connaître mieux qu'elle ne le connaissait déjà. Elle voulait tout savoir de lui.

 

 

« Je ne crois pas que je puisse, lui avoua t-elle avant de poursuivre quand Marlène fronça les sourcils, perplexe. J'en ai envie, clairement, je veux dire, est-ce que tu l'as vu ? Il est... Merlin, Marly, je crois qu'il pourrait me faire faire ce qu'il veut.

- Evans ! s'exclama sa coéquipière de quidditch en prenant un air faussement choquée. Qui aurait cru que tu étais une petite débauch...

- Si tu répètes ça à qui que ce soit, je te tue, s'empressa d'ajouter Lily tout en étouffant son dernier mot dans sa main.

- Tout ce qui se dit dans les escaliers, reste dans les escaliers, jura Marlène en faisant mine de fermer sa bouche et de jeter la clé. »

 

 

Lily acquiesça et pencha sa tête juste assez pour pouvoir la laisser reposer contre les barreaux. La fatigue commençait à peser sur ses paupières, et le bâillement de Marlène n'arrangea rien.

 

 

« Est-ce que tu penses pouvoir dormir un peu ?

- Je crois que oui, chuchota Lily. Merci. »

 

 

Elles échangèrent un sourire complice, puis se levèrent d'un même mouvement et pouffèrent lorsqu'elles se donnèrent un coup de boule au passage. Allongée dans son lit, Lily espérait que leur cohésion serait meilleure après une nuit de sommeil. Quelque part, elle n'en avait aucun doute.

 

 

 

 

 

 

Il était presque treize heures quand Rémus Lupin posa une assiette dans laquelle se trouvait une grosse part de tarte à la tomate devant Lily. Le bruit de vaisselle la tira de ses pensées et son pied arrêta pendant quelques secondes de taper incessamment contre celui du banc sur lequel elle était assise.

 

 

« Merci, souffla t-elle en se saisissant nonchalamment de sa fourchette. »

 

 

Rémus lui pressa brièvement l'épaule pour toute réponse avant de s'asseoir en face d'elle. A quelques mètres de là, Benjy Fenwick venait d'avaler son troisième dessert, et elle l'enviait de ne pas être aussi nauséeux qu'elle à l'approche du match.

 

 

« Si on perd, je veux bien me raser la tête, s'exclama t-il, faisant éclater de rire Howland Coopey et Daisy Hookum qui stoppa sa discussion avec Doris Purkiss pour pouvoir lui répondre.

- J'espère que Potter, Black, et Cooper vont se bouger un peu pour marquer des points alors, parce que j'imagine mal Evans attraper le vif d'or avant que la nuit ne tombe. »

 

 

Elle avait prononcé la phrase en chuchotant, mais Lily l'avait entendue, et elle se demanda soudainement si sa tarte ne lui ferait pas plus de bien étalée sur le visage de sa camarade de classe, plutôt que dans son estomac.

 

 

« Evans est loin d'être nulle, entendit-elle Benjy Fenwick lui répondre, et Lily ressentit un élan d'amitié envers lui bien qu'ils ne se soient que rarement parlés.

- Ce serait un comble, après tous les entraînements que Potter lui consacre.

- La jalousie ne te va pas, Day, se moqua Howland. »

 

 

Cela eut l'air de particulièrement la contrarier. Elle leva les yeux au ciel, et Lily put lire un « N'importe quoi. » sur ses lèvres avant qu'elle ne pivote dans l'autre sens, ne lui montrant plus que son dos. Daisy l'exaspérait depuis leur toute première année, et le sentiment était réciproque. Les choses n'étaient pas allées en s'améliorant avec l'âge, et Lily supposait qu'elles étaient différentes sur beaucoup trop de points fondamentaux pour parvenir à s'entendre un jour.

 

Toutefois, ce n'était pas tant une histoire de divergences d'opinion que de jalousie, du moins c'était ce que Marlène et Mary avaient toujours pensé. Et visiblement c'était aussi l'avis de Howland Coopey, l'un de ses meilleurs amis.

 

Lily comprenait l'hypothèse parce qu'elle pouvait aisément voir le problème. Eparpillées au milieu de leurs nombreuses différences se cachaient des similitudes troublantes. Deux filles de moldus rousses dans la même maison, une année seulement les séparant, toutes les deux douées avec la magie, toutes les deux entichées de Bertram Aubrey à un moment de leur scolarité, toutes les deux préfètes, toutes les deux régulièrement conviées au Club de Slughorn, toutes les deux en compétition pour le même poste dans l'équipe de quidditch quelques semaines plus tôt...

 

Et c'était elle qui l'avait remporté. C'était aussi elle qui avait les meilleures notes. Elle était sortie avec Bertram Aubrey avant Daisy. Elle était celle dont les gens se souvenaient du nom, et rien dans tout cela ne la rendait fière. C'était même plutôt l'inverse. Toutefois, l'attitude de Daisy l'empêchait de se sentir désolée pour elle.

 

Ils n'avaient fait qu'une brève réunion avec les nouveaux préfets dans le Poudlard Express à la rentrée, et pas une seule fois elle n'avait daigné l'écouter. Elle s'était adressée à James pour toutes ses questions, agissant délibérément comme si Lily n'existait pas, au point de parler par dessus sa voix dès qu'elle en avait eu l'occasion.

 

Et c'était tellement plus que cela, des centaines de petites choses, mises à la suite les unes des autres, qui l'empêchaient d'éprouver de la compassion envers elle. Ses regards quand elles se croisaient dans les couloirs, et son gloussement mêlé à celui de Doris Purkiss juste après. Le fait même qu'elle change de place quand elle se trouvait trop proche d'elle au déjeuner ou au dîner tout en lui jetant un coup d'oeil dégoûté. La bassesse dont elle avait fait preuve l'année précédente en lisant à voix haute devant plusieurs élèves de son année une lettre de Pétunia que Lily avait oublié dans la salle commune, révélant les causes de son mal-être le plus profond. Les bruits de couloir s'étaient occupés de mettre les autres au courant. Elle en avait été malade pendant des mois, et elle en subissait encore les conséquences au travers des moqueries des serpentards.

 

La liste aurait pu s'étendre sur une dizaine de parchemins, mais pour résumer, Daisy Hookum était la seule personne dans ce château qui réussissait à ébranler sa confiance en elle. C'était aussi simple pour elle que de souffler sur un château de cartes, et elle semblait toujours mettre un point d'honneur à se trouver là où celui de Lily se dressait.

 

 

« Ça va aller. »

 

 

Le murmure, audible pour personne d'autre que pour elle, lui fit tourner rapidement la tête vers James qui s'installait à côté d'elle. Elle sentit sa main dans son dos, une faible pression, et un frisson descendit le long de sa colonne vertébrale. Ses yeux verts se braquèrent aussitôt sur sa part de tarte à la tomate qu'elle avait machinalement ruinée avec sa fourchette, et son pied se remit à taper frénétiquement contre le banc.

 

Un projectile la toucha en pleine tête, et son regard trouva celui de Marlène McKinnon, suggestif. Elle était fière de son coup. Lily récupéra le morceau de toast qui vola de nouveau en travers de la table. Malheureusement, Marlène avait des réflexes, et elle se baissa juste au moment où le professeur Slughorn passait derrière elle. Le projectile lui toucha la main, et quand il pivota pour trouver le coupable, Lily maudit Sirius Black de pointer son doigt droit dans sa direction.

 

 

« Espèce de balance, chuchota t-elle en lui jetant un coup d'oeil mauvais.

- Miss Evans ? Est-ce que ce toast est à vous ? l'interrogea Slughorn en faisant léviter l'objet du délit jusqu'à elle.

- Oui, je suis navrée professeur. Il m'a échappé des mains, s'excusa t-elle en esquissant une moue en direction de Marlène.

- Oh oh ! J'espère qu'il en sera de même pour le vif d'or, ma chère Lily, plaisanta t-il, et elle se mit tant à pâlir qu'il se sentit obligé de rajouter quelque chose. Oh non, ne faites pas cette tête, ce n'était qu'une stupide boutade. Je suis sûr que vous serez très bien là haut. Même si j'espère pour ma maison que vous ne serez pas trop bien. »

 

 

Son rire n'était pas très naturel, et finalement, il grimaça et poursuivit son chemin vers la table des professeurs alors que Lily sentait une acidité familière tapisser sa langue. Elle allait vomir. Elle repoussa son assiette de quelques centimètres en fronçant le nez, et adressa un doigt d'honneur à Sirius lorsqu'elle croisa son regard. Il était le petit frère énervant qu'elle n'avait jamais eu et qu'elle n'aurait échangé contre personne d'autre, même s'il pouvait parfois se montrer si pénible qu'elle n'excluait pas d'essayer de commettre le crime parfait sur lui un jour.

 

Elle le vit ouvrir la bouche, et elle était certaine qu'il allait émettre une hypothèse douteuse sur la raison pour laquelle Slughorn ne lui avait pas donné de retenue, mais finalement, quelque chose attira son attention à l'entrée de la Grande Salle et il demeura muet. James suivit son regard, et quand Lily sentit une main s'appuyer sur son épaule, elle se retourna. Mary était debout derrière elle, elle s'apprêtait à s'asseoir à sa droite, mais la même chose qui avait attirée l'oeil de Sirius lui fit marquer une pause.

 

 

« Qu'est-ce qu'ils trafiquent ? chuchota t-elle tout en s'asseyant lentement. »

 

 

Mulciber, Avery, Rosier, Rogue, et Alecto Carrow étaient debout près de la porte, en train de discuter activement en jetant des coups d'oeil rapides vers la table des gryffondors, et rien dans ce tableau ne rassura Lily. Severus avait l'air particulièrement contrarié, ses gestes étaient sans équivoque, et à la façon dont il parlait à ses comparses, elle devina qu'il n'était pas d'accord avec ce qu'il se passait. Après quelques secondes, la tension sembla retomber entre eux, et ce fut presque pire parce qu'à l'issu d'un bref flottement, ils semblèrent parvenir à une sorte d'accord. Rogue hocha la tête, et ils se dispersèrent.

 

 

« Est-ce que vous croyez qu'ils sont partis ensorceler les balais ? Ou les balles ? demanda Peter, curieux.

- Impossible, répondit aussitôt James. J'ai sécurisé la réserve. Et j'ai prévu de vérifier tout avant le début du match, donc même s'ils essayent, ce sera un échec. »

 

 

Elle se sentait malade. Elle prit une profonde inspiration et but une longue gorgée d'eau tout en essayant de penser à autre chose, et ses yeux croisèrent de nouveau ceux de Sirius. C'était comme s'il avait immédiatement compris qu'elle avait besoin d'une distraction, et en un instant, il la lui servit sur un plateau d'argent.

 

 

« Si tu attrapes le vif d'or en plus d'une heure et demie, j'ai le droit d'écrire à ta sœur, la provoqua t-il en lui tendant la main comme s'il attendait qu'elle la lui serre.

- Je vais te tuer. »

 

 

 

 

Elle les abandonna juste avant le match pour faire un crochet vers les toilettes et vomir la tarte à la tomate qu'elle avait fini par avaler en sachant pertinemment que ce n'était pas une bonne idée et qui lui avait pesé sur l'estomac depuis, et elle se passa un peu d'eau sur le visage tout en essayant de se servir un discours qui boosterait son ego. Sans grand succès.

 

Elle soupira, traversa les toilettes, et laissa échapper un grognement quand elle poussa la porte pour sortir, qu'elle ne s'ouvrit pas, et qu'elle manqua de se cogner dedans. Elle essaya plusieurs fois, actionna la poignée, et finit par sortir sa baguette parce qu'aux grands maux, les grands remèdes, mais aucun de ses sorts ne produisit l'effet escompté. Elle appela, mais elle réalisa bien rapidement que les tribunes avaient déjà commencé à se remplir une demie-heure auparavant et que personne ne passerait par là avant la fin du match.

 

Les pièces d'un puzzle dont elle avait peur de voir l'image d'ensemble commencèrent à s'assembler dans sa tête. Elle tapa plusieurs coups contre la porte dans un mélange de rage et de panique, et finalement, elle entendit des pas, puis une voix qu'elle reconnut aussitôt.

 

 

« On a eu la prévenance de te laisser un balai, Evans. Il paraît que ça sert à faire le ménage chez les moldus, alors tu vas jouer ton propre petit match de sang-de-bourbe là dedans, d'accord ? susurra Avery à travers la porte.

- Dès que je sors de là, tu es mort.

- Des menaces ?

- Tu auras d'autres préoccupations d'ici là, crois-moi, s'amusa une autre voix, celle d'Alecto Carrow.

- Qu'est-ce que...

- Allez hop Evans, au travail, et que ça brille ! la coupa Avery, et leurs gloussements s'éloignèrent jusqu'à ce qu'elle ne capte une dernière phrase : Rogue a toujours de bonnes idées. »

 

 

Ce fut le coup de grâce, et elle eut beau se déchaîner sur la porte et crier à pleins poumons, personne ne lui vint en aide, alors elle finit par se laissa glisser contre la porte des toilettes en se maudissant de ne pas avoir laissé Mary l'accompagner. Elle savait qu'elle était déjà probablement installée dans les tribunes avec les autres élèves de leur maison et qu'elle ne s'inquiéterait pas de ne pas la voir parce qu'elle était supposée être déjà dans les vestiaires.

 

Elle n'imaginait même pas à quel point James devait la maudire à cet instant.

 

Elle était en retard à son premier match.

 

Elle allait rater son premier match.

 

Un match contre Serpentard.

 

Presque le seul match qu'il ne fallait vraiment pas perdre.

 

Dans le meilleur des cas, ils auraient la présence d'esprit de la remplacer au pied levé. Dans le pire des cas, elle allait les faire perdre par forfait. Elle allait tout gâcher, et elle savait à quel point il tenait à cette coupe. Tout à coup, elle se trouva encore plus malade que quelques minutes plus tôt, et elle eut à peine le temps de se précipiter dans la même cabine que précédemment avant que la bile ne remonte dans sa gorge.

 

 

 

 

 

 

« Est-ce que quelqu'un a vu Lily ? demanda James, debout au milieu des vestiaires des garçons à côté de Marlène qui semblait aussi inquiète que lui. »

 

 

Ses coéquipiers répondirent tous par la négative, et il se précipita à l'extérieur, cherchant Peter et Rémus des yeux dans les tribunes tout en jetant de rapides coups d'oeil vers sa montre. Il avait pensé à toutes les éventualités sur le terrain. Toutes. Il s'était préparé à devoir être focalisé d'avantage sur elle que sur le souafle, mais il n'avait pas envisagé une seule seconde qu'elle ne serait pas là, et pour une fois, pour la première fois, il était stressé avant un match.

 

 

« Potter, le coup d'envoi sera donné dans trois minutes, on attend vos joueurs sur le terrain, déclara le professeur McGonagall.

- Nous ne sommes pas au complet, professeur, répondit-il entendant clairement l'anxiété dans sa propre voix.

- Arrangez-vous, Potter, mais il est hors de question que vous déclariez forfait contre Serpentard.

- Mais... ses protestations moururent dans sa bouche alors que la responsable de sa maison disparaissait dans les tribunes bondées.

- Lily ne se sentait pas bien, elle est probablement restée à l'infirmerie, lui confia Marlène en apparaissant à côté de lui, et il songea qu'elle n'avait pas l'air d'y croire elle-même.

- Elle nous aurait prévenu. Elle aurait dit quelque chose. »

 

 

Il parvint à repérer les garçons dans les tribunes, et il leur fit signe de descendre, ses yeux jonglant entre sa montre et l'entrée du terrain de quidditch, comme s'il espérait la voir apparaître à tout moment.

 

 

« Lily n'est pas là, et McGonagall n'a rien voulu entendre, annonça t-il à Peter et Rémus lorsqu'ils arrivèrent à sa hauteur.

- Elle n'avait vraiment pas l'air en forme ce midi, on peut vérifier à l'infirmerie, lui proposa Rémus au moment où l'arbitre sifflait.

- Vérifiez tout. Prenez la carte sous mon lit. Trouvez là, s'empressa t-il de leur dire avant de réfléchir à toute allure.

- Qu'est-ce qu'on fait ? lui demanda Sirius qui venait d'apparaître à côté de lui.

- On ne peut pas jouer sans elle.

- On ne peut pas jouer sans attrapeur, corrigea Frank Londubat en les rejoignant, balai à la main.

- Il en est hors de question, répliqua James en sachant pertinemment ce que son batteur suggérait.

- Si elle n'arrive pas, je doute que nous ayons le choix. Ça ne me fait pas plaisir non plus, Potter. »

 

 

Il savait qu'il avait raison, mais l'idée même de ne pas jouer ce premier match avec Lily le rendait malade. Ils s'étaient entraînés pour ça, et malgré son stress évident, il savait à quel point elle était impatiente de faire ses preuves, de montrer qu'elle était dans l'équipe pour une raison, et pas pour celle qui avait été clamée haut et fort par Daisy.

 

Il jeta un nouveau coup d'oeil à sa montre et laissa échapper un juron, se tournant nerveusement de tous les côtés en espérant la voir arriver en courant. Toutefois, la seule personne dont il croisa le regard fut l'arbitre qui lui fit signe de se mettre en place. Celui de Frank pesait maintenant une tonne sur lui, et il savait qu'il n'avait plus le choix.

 

Il n'avait plus le temps d'hésiter, et encore moins le temps de réfléchir. Il parcourut de nouveau la tribune Gryffondor des yeux à la recherche d'une tête, n'importe laquelle qui ferait l'affaire à l'exception de Dave Goujon, et lorsqu'il la trouva, il enfourcha son balai jusqu'à arriver à sa hauteur, l'estomac noué.

 

Peut-être qu'il aurait dû comprendre que le fait qu'il se sente aussi mal était le signe clair que cette idée n'était pas la meilleure qu'il ait eu dans sa vie, mais à ce moment là, c'était la seule.

 

 

« Hookum ? Est-ce que tu peux être prête en moins de deux minutes ? »

End Notes:

J'avance bien donc j'ai décidé de poster un nouveau chapitre aujourd'hui :)

05-11-1977.2 by ECM

 

La mâchoire serrée, Lily allongea ses jambes sur le carrelage froid des toilettes. Elle avait tapé si fort contre la porte que ses mains étaient rouges et enflées, mais ce n'était pas le pire. Elle était en colère contre elle-même, et il y avait cette horrible angoisse en elle, plus écrasante que celle qu'elle avait pu ressentir dans la nuit.

 

A quel point est-ce que l'équipe lui en voulait ? A quel point est-ce que James lui en voulait ? Elle avait pleuré de rage pendant un moment parce que ce sentiment d'impuissance qu'elle ressentait l'avait rendue folle, et puis elle avait fini par se rasseoir et par essayer de se calmer, de rassembler ses sanglots et de réfléchir, mais tout ce qu'elle avait essayé pour sortir de cette prison avait été un échec.

 

Et puis il y avait ce balai typiquement moldu que les serpentards avaient laissé dans les toilettes qui lui faisait face. La cerise sur la gâteau. Elle entendait leurs mots, encore et encore, et elle détestait qu'ils tournent toujours dans sa tête comme si elle leur donnait de la valeur, mais ils étaient tout ce qu'elle redoutait, et cela allait bien plus loin que ce qu'Avery, Mulciber, ou Carrow n'imaginaient.

 

Depuis qu'elle avait reçu sa lettre d'admission à Poudlard la toute première année, sa plus grande peur avait été qu'il n'y ait aucune place pour elle dans le monde. Elle était une sorcière qui vivait dans une famille de moldus. Elle était une fille de moldus dans une école de sorciers. Comme une pièce de puzzle qui s'était échappée de sa boîte. De là où elle se tenait, elle ne voyait pas le tableau final, elle ne trouvait pas le minuscule emplacement fait pour elle, et ils venaient de le lui rappeler.

 

Chez elle, Pétunia n'avait de cesse de lui répéter qu'elle n'était pas normale. A Poudlard, Avery et sa clique sautaient sur toutes les occasions qui se présentaient à eux de lui faire savoir qu'elle n'était pas spéciale. Leurs propos étaient véritablement plus odieux que cela, mais c'était de cette façon qu'elle parvenait le mieux à illustrer son mal être. C'était comme si elle était bloquée dans un entre deux, un fossé qui marquait la ligne distinctive entre deux mondes, et qu'elle ne pouvait escalader aucun des deux côtés. Elle se sentait sorcière autant qu'elle se sentait moldue, mais ils lui donnaient l'impression de n'être ni l'un, ni l'autre.

 

Elle s'était efforcée de garder Severus hors de son esprit, mais il y revenait inexorablement et la déception la submergeait avec la peine et la rancœur. Ses yeux se braquèrent une nouvelle fois sur le balai, et elle finit par mélanger les deux visions et par s'inventer un futur dans lequel elle cassait le manche sur le crâne du serpentard. De façon surprenante, ce fut la seule chose qui eut une influence positive sur son humeur.

 

 

« Lily ?

- Lily ? Tu es là dedans ?

- Rémus ? Peter ?! s'exclama t-elle en bondissant sur ses pieds alors que la poignée de la porte bougeait dans tous les sens.

- Alohomora, entendit-elle.

- J'ai déjà tout essayé. Je ne sais pas ce qu'ils ont utilisé, je...

- Poussez-vous. »

 

 

Cette fois, il ne s'agissait ni de la voix de Peter, ni de celle de Rémus, et Lily eut l'impression que son sang venait de se mettre à bouillir dans ses veines quand, après quelques vagues chuchotements dont elle ne parvint à discerner aucun mot précis, la porte des toilettes s'ouvrit et qu'elle se trouva face à Severus Rogue.

 

 

« Espèce de crétin ! vociféra t-elle. »

 

 

Rémus l'attrapa par la taille alors qu'elle se ruait sur le serpentard, et son élan lui fit faire un tour complet sur lui même. Elle remarqua à peine que la baguette de Peter était pointée sur le garçon aux cheveux noir.

 

 

« De rien, déclara t-il d'une voix froide.

- De rien ?! répéta t-elle, rouge de colère. Je les ai entendus dire que c'était ton idée !

- Et tu ne te demandes pas une seule seconde quelle était la leur ? »

 

 

Le mépris dans sa voix lui fit l'effet d'une douche froide. Elle lui jeta un regard révolté, puis se dégagea doucement de l'étreinte de Rémus, et alors qu'elle s'apprêtait à partir droit vers le terrain de quidditch, elle sentit la main froide du serpentard essayer de se refermer sur son poignet qu'elle dégagea aussitôt.

 

 

« N'y pense même pas, siffla t-elle entre ses dents. »

 

 

Elle sprinta sans regarder en arrière parce qu'il n'y avait pas une minute à perdre et qu'elle n'avait jamais autant voulu attraper ce foutu vif d'or de sa vie. Tant pis si ses jambes étaient tremblantes et si ses mains la faisaient souffrir, elle arracherait la victoire aux serpentards.

 

Malheureusement, elle constata en traversant le parc qu'il était trop tard. Le match avait déjà débuté, et la boule dans sa gorge se mit à enfler jusqu'à lui faire un mal de chien et l'empêcher d'émettre le moindre son. Elle accéléra l'allure jusqu'à arriver devant les tribunes, et à ce moment là seulement, elle la vit.

 

Daisy Hookum, en train de fendre l'air sur son balai. Daisy Hookum, en train de frapper dans la main de Sirius après une belle action. Daisy Hookum, vive et méthodique, ratissant efficacement le terrain jusqu'à apercevoir la petite balle dorée. Daisy Hookum, indéniablement meilleure qu'elle, et à l'intérieur de son corps, ses entrailles, comme pulvérisées.

 

Elle avait la drôle de sensation que l'on venait de la cribler de cognards, et pendant quelques secondes, il lui fut impossible de respirer.

 

 

 

 

 

« Deux cent trente à soixante-dix, c'est ce que l'on appelle une écrasante victoire ! s'exclama Benjy Fenwick, debout sur une table de la salle commune en brandissant une choppe de bièraubeurre en l'air au milieu des sifflements et de la musique. »

 

 

Lily, assise sur la marche la plus haute des escaliers du dortoir, regarda les joueurs s'étreindre, l'estomac noué. Hookum était absolument radieuse, et lorsque James la prit à part et lui donna une tape affectueuse dans le dos, Lily considéra qu'il s'agissait de son signal pour aller s'enfermer dans sa chambre. Elle doutait avoir été aussi écœurée un jour.

 

 

« Evans ! l'appela Sirius, et elle fut tentée de l'ignorer, mais elle n'avait aucune envie que ses coéquipiers puissent penser un seul instant qu'elle n'était pas positivement ravie qu'ils aient gagné. »

 

 

Elle l'était. Au fond, elle l'était. Elle les avait félicité quelque part entre la fin du match et les explications qu'elle avait dû leur donner à eux, puis au professeur McGonagall qui avait eu le plus grand mal à retenir la totalité de l'équipe, à l'exception de Daisy, de fondre dans les vestiaires des serpentards baguette à la main. D'autres professeurs étaient intervenus, et les fautifs avaient été appelés à se rendre dans le bureau du directeur de l'école dès leur départ du terrain pour fournir leur propre version des faits, mais rien dans le brouillard de tout ce qu'il s'était passé ne pouvait réconforter Lily.

 

 

« Tu ne vas pas m'obliger à braver les enchantements pour venir te chercher, n'est-ce pas ? reprit-il en haussant les sourcils.

- Je doute que ce soit possible, lui fit-elle remarquer, les bras croisés contre sa poitrine.

- Et tu crois que ça peut m'arrêter ? l'interrogea t-il en entamant un mouvement pour monter les escaliers.

- Merlin, tu vas te casser une jambe, espèce d'idiot, pesta t-elle quand les marches se transformèrent en toboggan sous ses pieds et qu'il glissa.

- Je me casserai les deux pour toi, Evans, scanda t-il, à quatre pattes par terre. »

 

 

Elle leva les yeux au ciel et décida qu'il valait mieux qu'elle descende avant qu'il ne se retrouve vraiment à l'infirmerie. Dès qu'elle arriva à sa hauteur, il enroula son bras autour de ses épaules et l'emmena chercher un verre au milieu de la pièce. Plusieurs « Ca va, Lily ? » lui parvinrent aux oreilles, ainsi que quelques commentaires indignés concernant Avery et sa clique, et elle se contenta d'acquiescer tout en laissant Sirius l'entraîner avec elle.

 

 

« Merde Evans, je suis désolé pour tout ça, lui confia t-il lorsqu'ils eurent pris un peu de distance avec l'énorme groupe agglutiné au centre de la salle commune. »

 

 

C'était la première fois qu'elle l'entendait s'excuser en ayant l'air réellement sincère. Ses yeux gris étaient teintés de colère et de remords, et elle accepta son étreinte sans lutter. C'était probablement la quinzième ce soir là, parce que Marlène et Mary s'étaient senties si coupables qu'elles n'avaient pas daigné la lâcher pendant une heure entière.

 

 

« Elle a été rapide, hein ?

- Hmm ?

- Daisy, répondit-elle en relâchant son étreinte en même temps que lui. Qu'est-ce qu'ils ont dit, déjà ? Cinquante deux minutes, c'est ça ?

- Il n'y avait pas de résistance en face, Lily, et tu es capable de faire mieux aux entraînements, tenta t-il de la rassurer immédiatement.

- C'est différent d'un match.

- Elle était exténuée au bout d'une demie heure, James a dû prendre un temps mort. Elle n'aurait clairement pas tenu pendant trois heures. »

 

 

Elle haussa une épaule, peu convaincue, alors que ses yeux ne cessaient d'être attirés vers ce coin spécifique de la pièce où leur camarade se trouvait en compagnie du capitaine qui semblait avoir énormément de choses à lui dire. Pourquoi est-ce qu'elle n'arrivait pas à être plus contente pour l'équipe ? Pourquoi n'était-elle pas capable de célébrer cette victoire comme elle aurait dû le faire ?

 

 

« Cette fête aurait dû être annulée, pesta Marlène qui surgit devant eux, tenant toutefois un verre entre ses mains.

- Au contraire, McKinnon. C'est le moment parfait. Tu sais, boire pour oublier, tout ça.

- Boire pour oublier quoi ? Que ces espèces de tarés ont littéralement séquestré notre amie et... »

 

 

Lily n'écouta pas la fin de la tirade de Marlène, elle décida de traverser à nouveau le groupe dans l'espoir de pouvoir enfin disparaître et s'échouer sur son lit, un livre entre les mains, mais c'était sans compter sur James, qui était absolument la dernière personne à laquelle elle voulait parler.

 

 

« Lily ! »

 

 

Elle grimaça et pivota vers lui, retirant son pied de la première marche des escaliers, mais gardant ses doigts solidement cramponnés à la rampe comme pour lui faire comprendre que la discussion n'allait pas s'éterniser.

 

 

« Bravo pour le match.

- Dis ça aux autres. J'ai été lamentable.

- Qu'est-ce que tu veux ? l'interrogea t-elle sur un ton un peu plus las qu'elle l'aurait voulu, et il eut l'air absolument misérable.

- Qu'est-ce que j'étais supposé faire ?

- N'importe qui, Potter, souffla t-elle de façon à ce que personne d'autre que lui ne puisse l'entendre. Tu pouvais choisir n'importe qui. »

 

 

Et tu l'as choisie elle, pensa t-elle sans pour autant prononcer les mots, mais il lui sembla qu'elle n'en avait pas besoin. Il passa une main dans ses cheveux, cette fameuse manie de ses quinze ans qui s'était transformée en un tique nerveux, et elle profita du fait qu'il ne trouve rien à lui répondre pour disparaître dans le tourbillon de marches.

 

Dès que la porte claqua derrière elle, elle inspira profondément et secoua bizarrement ses bras comme si elle cherchait à se débarrasser de tout ce ressentiment qui la rongeait. Quelque part, elle comprenait le choix de James. Daisy avait incontestablement été la meilleure aux sélections, mais elle n'était pas la seule à être bonne. Dave Goujon avait un jeu tout à fait honorable. Elle détestait le fait qu'il se soit tourné vers elle, qu'elle ait pris sa place, et qu'elle ait essayé de croiser son regard toute la soirée juste pour lire sur son visage à quel point elle en était blessée. Daisy se nourrissait de ce genre de moments.

 

Lily l'insulta au milieu de son dortoir vide, profitant du fait que personne ne puisse l'entendre. Elle ne pouvait même pas expliquer son comportement à qui que ce soit sans avoir l'air d'être cette terrible personne qui ne parvenait même pas à se réjouir de la victoire de son équipe. C'était encore pire. C'était comme se faire dévorer de l'intérieur.

 

 

« Est-ce que tout va bien, Evans ? »

 

 

Elle fit un demi-tour sur elle-même et tomba nez à nez avec l'une de ses camarades, une jeune femme blonde au visage rond qui passait tout son temps soit avec Emmeline Vance, soit avec Frank Londubat.

 

 

« Je suis désolée, Emmie m'a demandé d'aller lui chercher une veste, je ne savais pas qu'il y avait quelqu'un, reprit-elle en commençant à refermer la porte.

- Non, non, entre Alice, j'allais juste... Me coucher, bredouilla Lily en passant sa main sur son visage. »

 

 

La jeune femme hocha mécaniquement la tête et traversa la chambre jusqu'à s'arrêter devant l'armoire d'Emmeline. Elle fouina un instant jusqu'à en sortir un cardigan blanc cassé, et rebroussa chemin vers la porte avant de s'arrêter, puis de se retourner vers Lily qui était en train d'étendre son édredon sur son lit.

 

 

« Pour ce que ça vaut, je ne l'aime pas tellement non plus. »

 

 

La préfète en chef tourna la tête vers sa camarade tout en lui jetant un regard interrogateur, et Alice lâcha la poignée de la porte pour s'avancer vers le centre de la pièce, un peu hésitante. Lily l'avait toujours connue timide, mais elle savait qu'Alice était une chouette fille. Elles avaient deux groupes d'amis différents, et elles ne faisaient globalement que se croiser, mais les rares fois où elle lui avait parlé, elle s'était demandée comment qui que ce soit dans ce monde pouvait être aussi purement gentil.

 

 

 

« Hookum, précisa la jeune femme blonde en grimaçant. Elle et Purkiss me collaient tout le temps des bavboules dans les cheveux en cinquième année.

- Pourquoi est-ce que ça ne m'étonne même pas ? soupira Lily. Je suis désolée, Alice.

- C'est passé, répondit-elle en haussant les épaules, mais ça ne m'empêche pas de ne pas la porter dans mon cœur. Je suis sûre que tu aurais été bien meilleure qu'elle aujourd'hui si tu avais pu jouer.

- C'est absolument adorable, mais je ne le crois pas.

- Tu dis ça parce que tu n'as vu qu'une partie du match. Elle ne comprenait pas la moitié des instructions que Potter donnait.

- Parce qu'elle n'a pas fait les entraînements.

- Peu importe. C'est vers toi, que le choix de Potter s'est porté, et je pense que tu devrais t'efforcer de t'en souvenir. »

 

 

Lily ne répondit pas parce qu'elle savait pertinemment où les mènerait cette discussion. Elle avait eu la même avec Marlène et avec Mary. La même avec James aussi. Pourtant, elle ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'elle n'était pas légitime, et la prouesse de Hookum ne faisait que confirmer ses craintes.

 

 

« Tu as manqué à Frank sur le terrain en tout cas, et il s'en voulait d'avoir un peu mis la pression à James pour trouver une solution. Tu comprends, ils avaient McGonagall sur le dos, et faire un forfait sur le premier match de la saison, et en plus contre Serpentard, c'était...

- Inenvisageable, compléta Lily en acquiesçant. Il fallait le jouer, je suis entièrement d'accord. »

 

 

Le problème n'était clairement pas dans le fait que le match ait eu lieu sans elle. Au contraire, elle en était même soulagée. Le problème résidait surtout dans l'identité de la personne qui l'avait remplacée, et la simple apparition du nom dans son esprit lui redonna la nausée. Aveuglée par sa déception, elle n'avait même pas eu le temps de penser au fait que James avait été le premier à s'inquiéter pour elle et à envoyer quelqu'un à sa recherche, mais le fait qu'elle y songe à ce moment précis ne lui fut toutefois d'aucun réconfort. Elle lui en voulait, et comme si Alice l'avait entendue penser, elle reprit la parole.

 

 

« James a fait le pire match de sa vie. Je ne suis même pas certaine qu'il ait marqué un seul but. Frank m'a dit qu'il ne l'avait jamais vu aussi soucieux. Est-ce que c'est parce qu'il y a quelque chose entre vous ?

- Non, répondit automatiquement Lily en sentant l'embarras lui monter aux joues. Juste amis, on est juste amis, bredouilla t-elle.

- Vraiment ? J'aurais juré que...

- Al' ? Est-ce que tu t'es perdue dans mon armoire ?! s'exclama Emmeline Vance tout en ouvrant la porte en grand. Oh, tu vas déjà te coucher, Lily ?

- J'ai un peu mal à la tête, lui expliqua t-elle en essayant d'éviter le plus possible le regard curieux d'Alice.

- J'espère que Dumbledore va exclure ces idiots pour ce qu'ils ont fait.

- J'en doute. C'est leur parole contre la mienne.

- Il paraît que c'est Rogue, qui t'a ouvert ? Visiblement, ils ne sont pas tous à jeter, conclut Emmeline avant de lui adresser un signe de la main et de redescendre, Alice sur ses talons. »

 

 

Lily se laissa tomber sur son matelas avec cette pensée en tête. Elle l'entendait encore lui dire qu'elle n'avait aucune idée de ce que ses amis avaient prévu pour elle à la base, comme s'il était intervenu pour la tirer d'un mauvais pas, comme s'il était le véritable héros de l'histoire, et la vérité, c'était qu'elle n'était pas certaine de savoir quoi en penser.

 

Et de toutes façons, peut-être que cela n'avait pas d'importance. Ils n'étaient plus amis pour une raison précise, et cette raison précise était toujours d'actualité. Il avait choisi son camp, et elle ne se serait ralliée à sa cause pour rien au monde. Il pouvait se pointer devant la salle commune comme il l'avait fait plusieurs fois l'année précédente pour essayer de la convaincre de le rejoindre tout en lui disant que c'était le seul moyen pour qu'il la protège, cela ne changerait rien. Ce n'était pas ce qu'elle attendait de lui.

 

Il avait d'ailleurs une sacrée chance qu'elle soit trop occupée à en vouloir à James pour se pencher sur son cas. Il avait eu l'idée des toilettes. Peut-être que les autres avaient pensé à pire, mais il avait décidé de l'enfermer là. Il savait la trouver quand il s'agissait de lui vanter les mérites de son camp et de lui assurer que personne ne lui ferait du mal, mais il n'était plus là quand il s'agissait de la prévenir que ses amis préparaient un sale coup.

 

End Notes:

A bientôt pour la suite :)

07-11-1977 by ECM

 

James faisait nonchalamment tourner sa plume sur ses doigts depuis une bonne demie-heure, bien conscient que son parchemin ne se remplissait pas, mais investi d'une nouvelle mission : battre son record personnel. La plume n'était pas encore tombée, et sa concentration n'avait pas failli une seule fois, bien que son regard soit resté vissé sur la jeune femme rousse qui était assise pile en face de lui.

 

Il avait fait ce choix stratégique au début de l'année, et Rémus lui avait fait remarquer que ce n'était pas forcément celui qui lui permettrait d'obtenir le plus facilement un Optimal aux ASPIC en sortilèges. Il avait certainement raison, mais la tentation avait été plus forte. Il était derrière elle dans tous les autres cours, sauf en étude de runes où ils étaient l'un à côté de l'autre, alors il avait profité de la configuration de la salle du professeur Flitwick pour s'asseoir là où il pouvait croiser son regard.

 

C'était arrivé un certain nombre de fois depuis le début de l'année, mais pas une seule depuis le début de ce cours. Elle l'évitait de manière si évidente depuis deux jours que même Peter s'en était rendu compte. Ce n'était pas peu dire.

 

Il sortit de sa torpeur lorsque Sirius lui donna un violent coup de coude, faisant tomber sa plume au passage. Il le lui rendit avant de se rendre compte que toute la classe avait les yeux rivés sur lui, et que le minuscule professeur perché sur une pile de livres avait l'air d'attendre quelque chose de sa part.

 

 

« Heu...

- Les sortilèges informulés, lui souffla discrètement Sirius.

- Les sortilèges informulés, répéta James après avoir dégluti, sont utiles dans plusieurs cas de figure bien précis qui...

- Je le sais bien, Potter, je vous demandais justement dans quels cas, le coupa le professeur Flitwick, très clairement conscient de son inattention.

- Eh bien, commença James en se redressant sur sa chaise, il est crucial de surprendre son adversaire pendant un duel, et sans avoir recourt aux sortilèges informulés, la tâche se complique très vite.

- Tout à fait juste.

- Ils permettent aussi de contrer les sortilèges de mutisme, ajouta t-il avec plus d'assurance.

- Bien, merci, Potter, passons à ...

- Et j'imagine qu'ils sont également très utiles dans le cas où quelqu'un voudrait coller un ou plusieurs serpentards à un banc sans que qui que ce soit ne sache quel sort a été lancé, et par conséquent, quel contre-sort utiliser pour les en libérer, termina t-il avec un sourire en coin. »

 

 

Une vague de gloussements parcourut la classe, et il fut surpris de constater que même Lily ne parvint pas à s'empêcher de sourire. Elle s'accouda à sa table pour dissimuler son rire bref derrière sa main, mais c'était trop tard, il l'avait aperçu, et l'air qu'il respira lui sembla plus pur pendant un court instant.

 

Le matin même, Sirius, et lui avaient profité du petit déjeuner et de la confusion du va et vient habituel dans la Grande Salle pour utiliser un sortilège de leur invention sur Avery, Mulciber, Rogue, Carrow, et Rosier, et ils n'avaient pas été déçus du résultat. Les cinq serpentards ne faisaient plus qu'un avec leur banc depuis presque neuf heures, si bien que James avait commencé à se demander si les professeurs n'avaient pas décidé d'un commun accord de ne pas trop se hâter à chercher un contre-sort.

 

 

« S'agit-il d'un aveu ? s'enquit Flitwick en haussant les sourcils.

- Je n'ai fait que lister l'utilité des sorts informulés, professeur. Il faudrait être brillant pour arriver à un tel niveau de magie, et je n'ai pas la prétention de...

- Oh vous avez la prétention, Potter, vous avez tout à fait la prétention, le coupa son professeur avec une certaine lassitude. »

 

 

Sirius s'esclaffa, et James lui donna aussitôt une tape derrière la tête qui fut suivie par une bataille de coups de poing dans les cuisses sous la table. Elle ne cessa que lorsque le professeur Flitwick envoya sa craie si fort dans leur direction qu'elle faillit se planter dans l'oeil droit de Sirius. Ce dernier ne sembla pas tant s'offusquer du fait qu'il aurait pu devenir borgne que de la marque qu'elle laissa dans ses cheveux lorsqu'elle y termina sa course, amortie par le volume.

 

Ses bougonnements s'étalèrent sur plusieurs minutes et ne s'arrêtèrent que lorsque James commença à écrire quelques mots sur son parchemin. Il ne se rendit compte que Sirius regardait sa copie avec intérêt que lorsqu'il l'entendit se racler la gorge.

 

 

« Comment est-ce que tu peux être si nul quand il s'agit d'Evans ? déclara t-il avant de se mettre à se balancer sur sa chaise, les bras croisés derrière sa tête.  »

 

 

James leva son majeur dans sa direction, puis plia le morceau de papier jusqu'à obtenir un petit chat qu'il ensorcela d'un coup de baguette. L'animal trottina de table en table jusqu'à s'arrêter sur celle de Lily. Il se frotta un instant à sa main et lorsqu'elle posa ses yeux verts sur lui, il se coucha en boule entre son encrier et son manuel.

 

Elle leva la tête vers James, soupira d'un air résolu, et déplia finalement le morceau de papier sur lequel s'étalait une simple question : « Tu te rappelles que nous avons entraînement ce soir ? ». C'était l'un des seuls jours dans la semaine où ils n'étaient que tous les deux sur le terrain, et où il la faisait travailler sur ses points faibles. C'était habituellement autant un plaisir qu'une hantise pour lui.

 

Il passait une heure seul avec elle, sur un balai, et cela ressemblait drôlement à quelques uns de ses rêves les plus agités. Essayer de ne pas penser à comment ils se terminaient n'était pas une mince affaire. Toutefois, il songea que ce soir là au moins, il n'aurait pas besoin de s'inquiéter de leur rapprochement. Il y avait peu de chance pour qu'ils soient aussi complices que d'habitude après ce qu'il s'était passé le week-end précédent.

 

Il avait réussi à garder une certaine distance ces deux premiers mois, mais plus ils passaient du temps ensemble, plus il s'était avéré compliqué de gérer la situation. Le flirt quasi constant ne faisait pas bon ménage avec la promesse qu'il s'était fait de ne plus jamais sortir avec l'une de ses coéquipières de quidditch.

 

Sa relation avec Marlène avait causé trop de dégâts irréversibles entre eux, et quelque part, c'était ce qui l'aidait à ne pas franchir la limite avec Lily. Il lui était impensable de ne plus partager la même complicité avec elle un jour, et l'idée même que ce soit déjà le cas, qu'il ait tout gâché en faisant jouer Hookum, lui donnait envie de se jeter du haut de la tour d'astronomie.

 

 

« Tu sais, si tu continues comme ça, elle va se marier avec Dave Goujon, reprit Sirius en rejetant ses longs cheveux sur son épaule tout en continuant à se balancer. Ils auront plein d'enfants qui hériteront du talent de quidditch de Lily, mais qui seront aussi idiots que leur père. Et je réalise maintenant que je le dis que ça ne changerait pas grand chose si elle en avait avec toi. »

 

 

James pointa sa baguette sous la table et, comme pour illustrer son intervention concernant les sortilèges informulés, il raccourcit radicalement les deux pieds arrières de la chaise de son meilleur ami qui tomba à la renverse, faisant pouffer la classe.

 

 

« Potter ! Black ! Dehors ! s'exclama le professeur Flitwick, loin d'être aveugle. »

 

 

James ne chercha même pas à essayer de se dédouaner, il esquissa un sourire en coin, se leva, et fit une courbette alors que quelques élèves l'applaudissaient. Sirius, lui, le poussa à l'extérieur et ils se bousculèrent jusqu'au bureau du professeur McGonagall qui s'apprêtait visiblement à en sortir.

 

 

« Ne me dîtes pas qu'il s'agit d'une exclusion de cours, soupira t-elle. Pas encore.

- Est-ce que vous avez fait quelque chose à vos cheveux, aujourd'hui, Minerva ? Ils ont quelque chose de brillant, comme si de la poudre d'or était tombée du ciel directem...

- Je ne suis pas d'humeur, Black, j'ai cours avec les deuxième année dans cinq minutes, le coupa t-elle sur un ton sec en leur faisant à tous les deux signe de rentrer. Et les yeux doux ne marcheront pas non plus, Potter. »

 

 

Il fit mine de ne pas savoir de quoi elle parlait, et se laissa tomber sur l'un des deux fauteuils qui faisaient face à son bureau. Il jeta un bref regard vers son meilleur ami qui était déjà (trop) confortablement installé sur l'autre, les coudes remontés sur le dossier et les jambes croisées au niveau de ses chevilles, et il esquissa un discret sourire dans sa direction quand il lui adressa un clin d'oeil comme s'il était persuadé qu'ils sortiraient de ce bureau sans écoper de la moindre sanction.

 

Ils avaient déjà réussi leur coup plusieurs fois. Le professeur de Métamorphose avait un faible pour eux, et quand elle ne les laissait pas partir avec un simple sermon, elle leur donnait toujours les meilleures punitions. Du genre aider Hagrid à chercher des ingrédients dans la forêt interdite. Ou s'occuper de polir les balais dans la réserve de quidditch. Cependant, l'évidente expression de lassitude que James lut sur son visage ce jour là lui fit douter de leur capacité à s'en sortir indemnes.

 

 

« Ce n'est qu'un affreux malentendu, Minerva, déclara Sirius sur un ton nonchalant.

- Professeur McGonagall, le corrigea t-elle d'un air sévère.

- Cela fait sept ans que nous nous connaissons, je suis pratiquement votre fils, s'offusqua le jeune homme et James renifla bruyamment à côté de lui pour s'empêcher de rire.

- Venez en au fait, Black.

- Le professeur Flitwick ne met aucune bonne volonté à essayer de m'apprécier à ma juste valeur, se lamenta Sirius. Je suis pourtant brillant, et il est parfaitement injuste que...

- Potter, est-ce que vous avez une version des faits précise, ou est-ce que vous souffrez également d'un manque d'affection déplacé ? s'impatienta t-elle.

- J'ai juste exécuté un sortilège informulé, répondit-il en haussant les épaules comme s'il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il se trouvait devant elle. C'était le sujet du cours.

- Le professeur Flitwick vous avait-il demandé une démonstration ?

- Il était évident qu'il était préférable, pour le bon déroulement du cours, d'aider les autres à visualiser le processus, expliqua James tout en voyant du coin de l'oeil Sirius regarder ses pieds. »

 

 

Ce n'était pas tellement bon signe. Il ne faisait cela que lorsqu'il savait qu'il ne devait pas rire, mais qu'il n'avait aucune idée de comment se retenir. Le professeur McGonagall soupira de nouveau, ses yeux faisant un rapide aller-retour entre les deux garçons.

 

 

« Très bien. Vous terminerez l'heure à la bibliothèque, trancha t-elle en se levant et en contournant son bureau pour aller leur ouvrir la porte. »

 

 

Les deux amis échangèrent un coup d'oeil réjoui, et alors qu'ils s'apprêtaient à filer dans le couloir, la voix du professeur McGonagall les stoppa net dans leur élan.

 

 

« Et vous me recopierez quinze fois le règlement intérieur de l'école. Je l'attendrai sur mon bureau demain matin.

- Pardon ? répéta James.

- Vous m'avez bien entendue, Potter.

- Est-ce qu'on peut négocier ? l'interrogea Sirius sur son ton le plus charmant.

- Je peux arrondir à vingt fois, proposa t-elle, et le jeune homme grimaça. Estimez-vous chanceux de ne pas avoir de plus lourdes sanctions après ce qu'il s'est passé dans la Grande Salle ce matin.

- Que s'est-il passé dans la Grande Salle ce matin ? s'enquit Sirius comme s'il était blanc comme neige, et James songea qu'il ne cesserait jamais de s'étonner de ses talents d'acteur.

- Vous savez très bien de quoi je parle, Black, mais si vous avez des doutes, vous pouvez tous les deux me laisser vos baguettes afin que je regarde quels sont les derniers sorts à avoir été lancés. »

 

 

James réajusta la lanière de son sac sur son épaule, et jeta un coup d'oeil vers Sirius d'avantage pour ne pas risquer de croiser le regard perçant du professeur McGonagall que pour voir comment il allait réagir à la demie menace, mais il demeura coi. C'était presque du jamais vu.

 

 

« C'est bien ce qu'il me semblait, conclut-elle avant de tourner les talons.

- A vrai dire professeur, Sirius n'y est pour rien, intervint James. Je veux dire, pour le cours, tout à l'heure. C'est moi qui...

- Très noble de votre part, Potter, mais j'ai bien peur que quoi que vous ayez fait, Black avait dû le chercher. Et si ce n'est pas le cas, il y a certainement des centaines d'autres raisons pour lesquelles il aurait dû être sanctionné ces dernières années. Considérez que j'ai pioché parmi l'une d'entre elles. »

 

 

Elle ne leur laissa pas l'occasion d'essayer de s'en tirer, et elle fila vers sa salle de classe, les laissant tous les deux au milieu du couloir, la mine basse.

 

 

« Elle est loin du compte, pointa James avec un sourire malin, mais elle a raison sur un truc. Tu l'as mérité. »

 

 

Il esquiva habilement Sirius lorsqu'il tenta d'enserrer son cou avec son bras, et leurs rires résonnèrent entre les murs du couloir jusqu'à ce qu'ils n'arrivent à la bibliothèque et que Mme Pince ne leur jette un regard sévère qui ne laissait aucune place à l'interprétation.

 

 

« Il faut que tu rectifies le tir avec Lily, chuchota Sirius alors qu'ils s'asseyaient à la table la plus proche de l'entrée.

- Je sais, souffla James en balançant négligemment son sac à côté de sa chaise.

- Non, vraiment, insista Sirius. Hookum se pavane dans tout le château depuis samedi soir, et elle laisse entendre que tu vas la prendre dans l'équipe.

- Tu te fous de moi ? l'interrogea James en clignant des yeux. Je l'ai prise à part après le match spécialement pour la remercier et lui préciser que ce n'était que pour cette fois là, et que le poste resterait celui de Lily.

- Elle a entièrement compris, déclara Sirius, elle fait juste exprès pour faire flipper Lily. »

 

 

James ne répondit rien, mais il ne cessa de repenser à ce qu'il s'était passé aux sélections et au match qui avait eu lieu deux jours auparavant, et pour la première fois, il vit les choses sous un autre angle. Il savait qu'elles ne s'appréciaient pas, mais il n'avait jamais pensé que cela allait au delà d'une simple mésentente. A présent, tout faisait sens, et les derniers mots que Lily lui avait lancés avant de disparaître dans son dortoir résonnaient autrement. Il avait été encore plus idiot qu'il ne l'avait cru.

 

Même si la perspective de passer l'heure à recopier le règlement intérieur ne l'enchantait pas, il devait bien admettre que cela lui permettait de réfléchir à la situation. Il écrivait mécaniquement les mots qui s'étalaient sous ses yeux sans même les considérer. Il fallait qu'il voit Lily, et il se fichait de devoir passer la moitié de la nuit à terminer cette punition, alors il resta à la bibliothèque jusqu'à la fin des cours, puis il se précipita dans son dortoir pour se changer et récupérer son balai en espérant que Lily le rejoindrait.

 

Elle n'était pas là quand il arriva sur le terrain, alors il s'adossa à la remise et sortit son vif d'or de sa poche. Il avait absolument besoin d'une distraction, et il passa les vingt minutes qui suivirent à le lancer et à le rattraper jusqu'à ce que d'autres doigts que les siens ne se referment dessus, le sortant de sa concentration.

 

 

« J'ai toujours pensé que tu faisais ça pour prouver à tout le monde que tu étais capable de jouer à n'importe quel poste, déclara Lily d'une voix plus solennelle que d'ordinaire.

- Je ne crois pas avoir besoin de prouver ça, répliqua t-il immédiatement avec un sourire qui disparut de son visage dès qu'elle roula les yeux et se déplaça vers le centre du terrain. Je n'étais pas sûr que tu viendrais, ajouta t-il en la suivant.

- Je n'étais pas sûre que j'étais supposée venir. »

 

 

Il déglutit. Il détestait son ton et il détestait sa retenue, mais il détestait encore plus en être responsable. Il vit à peine la paume de sa main s'ouvrir pour libérer le vif d'or, mais ses yeux bruns la suivirent lorsqu'elle s'envola et il enfourcha rapidement son balai à son tour. Il était évident qu'elle ne voulait pas discuter, mais il avait des choses à expliquer et il finirait par le faire tôt ou tard.

 

 

« Qu'est-ce que tu veux que je travaille ? l'interrogea t-elle sur un ton neutre.

- Les changements de direction et la maîtrise de la vitesse, répondit-il avant de poursuivre. Ou les départs rapides. On verra les feintes un autre jour.

- Seulement ça ? »

 

 

L'ironie dans le ton de sa voix lui laissa à penser qu'il avait encore merdé, comme une habitude dont il ne semblait jamais pouvoir se défaire autour d'elle. Il s'insulta à voix basse lorsqu'elle fonça vers l'opposé du terrain avant de faire des tours, gérant parfaitement les variations de vitesse comme si elle cherchait à lui prouver quelque chose. Elle n'en avait pas besoin.

 

 

« Qu'est-ce que tu dois faire pendant un match en plus des tours de repérage ? l'interrogea t-il d'une voix forte.

- Tu veux dire, si je participe ? répondit-elle, et il fut légèrement soulagé d'entendre une once d'humour dans sa voix, même noyée dans un agacement évident. Surveiller l'écart de score. Être attentive aux déplacement des autres joueurs, qu'ils soient de mon équipe ou non, éviter de me faire fracasser la mâchoire par les cognards... énuméra t-elle finalement tout en continuant à voler à toute allure.

- Bien. Essaies de t'arrêter maintenant, et repars plus vite. »

 

 

Elle reproduisit l'exercice une bonne quinzaine de fois avant qu'ils ne passent à leur habituel duel final. Le moment qu'il préférait. L'un contre l'autre, à chercher le vif d'or avant que la nuit ne tombe. Elle avait tant progressé depuis septembre qu'il ne fut pas surpris lorsqu'elle fut la première à mettre la main dessus, et il la félicita dès qu'ils foulèrent de nouveau la terre ferme.

 

 

« Juste à l'heure pour le dîner. Bien joué, Evans. »

 

 

Elle se contenta de lui fourrer la petite balle dorée dans la paume de la main et de hocher la tête pour toute réponse. Son cœur manqua un battement quand le vent envoya une mèche de cheveux roux qui s'était échappée de sa queue de cheval devant ses yeux et qu'il la replaça machinalement derrière son oreille comme s'il en avait l'habitude, comme s'il ne passait pas son temps à s'empêcher activement de faire cet exact geste et tellement d'autres. Foutues impulsions.

 

Il laissa rapidement retomber sa main le long de son corps alors que de l'autre, il enfonçait le vif d'or dans sa poche tout en se raclant la gorge, positivement certain qu'elle ne bougeait pas simplement parce qu'elle était aussi surprise que lui de son geste. Il sentit une chaleur familière dans sa nuque alors qu'il passait à côté d'elle, lui adressant un bref signe de tête pour lui proposer de rentrer avec lui, ignorant la soudaine moiteur de ses mains.

 

 

« Je suis désolé pour samedi, lui dit-il sur le chemin, et son anxiété atteignit un pic lorsqu'elle se contenta de détourner les yeux vers le lac dans le silence le plus complet. Je n'ai pas réfléchi, j'ai... J'ai paniqué.

- Tu ne paniques pas. Jamais, réfuta t-elle en laissant échapper un rire ironique. »

 

 

Il songea qu'elle changerait clairement d'avis sur cette affirmation si elle savait dans quel état il était à ce moment précis. Il aurait voulu se retenir d'ébouriffer ses propres cheveux, mais il le fit et il le regretta quand il se rappela de ce jour là en cinquième année où elle lui avait dit qu'elle détestait cette stupide manie.

 

 

« Tu n'étais pas là, dit-il simplement.

- Désolée, j'étais occupée à m'amuser comme une petite folle dans les toilettes. »

 

 

Le sarcasme dans sa voix n'avait jamais été aussi clair. Il sentit ses entrailles se nouer et il s'arrêta aussitôt. A son grand étonnement, elle fit de même et lui jeta un regard interrogateur.

 

 

« Ce n'était pas ce que je voulais dire, reprit-il. J'étais inquiet. Vraiment. Je... McGonagall m'est tombée dessus, je n'arrivais plus à réfléchir et j'ai envoyé Rémus et Peter à ta recherche, et je savais qu'ils allaient te trouver, mais nous n'avions plus le temps et... il s'interrompit et déglutit. J'aurais dû déclarer forfait.

- Je t'aurais tué de mes mains, rétorqua t-elle en écarquillant les yeux. Est-ce que tu es malade ? Leur accorder une telle satisfaction ?

- Est-ce que ça aurait été pire  ? Nous avons gagné le match, mais tu crois vraiment qu'ils ont perdu, au bout du compte ? l'interrogea t-il avant d'inspirer longuement. Tu ne m'as pas adressé la parole depuis deux jours. Crois-moi, ils sont au courant que l'ambiance de l'équipe n'est pas au beau fixe, et ils en sont ravis.

- J'étais juste...

- Furieuse contre moi ? Contre Hookum ? la coupa t-il. Tu sais, je lui ai dit ce soir là que ce n'était que pour ce match et que la place était toujours la tienne. Je n'arrive pas à croire que tu aies pu penser une seule seconde que j'étais prêt à te remplacer définitivement. »

 

 

Le silence régna sur le parc pendant quelques secondes. Lily soutenait son regard mais elle semblait perdue dans ses pensées et il ne pouvait pas l'en blâmer. Il l'avait été tout autant ces derniers jours.

 

 

« Pourquoi est-ce que tu n'as pas demandé à Dave ?

- Parce que Daisy a été meilleure que lui aux sélections, et accessoirement, parce que c'est un crétin. »

 

 

Cette fois, elle secoua la tête d'un air dépité, leva les yeux au ciel, et croisa ses bras contre sa poitrine. Le trio gagnant, pensa James la mâchoire tendue. Il ne pouvait décemment pas lui avouer qu'il avait vu Goujon fixer copieusement ses seins pendant les sélections et que la seule raison pour laquelle il aurait pu vouloir le faire entrer sur le terrain après cela aurait été pour le voir se faire éclater la tête par les cognards. Merlin, il aurait saisi la batte lui même.

 

 

« Ce n'est pas juste à propos du fait qu'elle ait joué, reprit Lily en balayant sa remarque d'un geste de la main. C'est... La façon dont tout le monde s'est étreint après le match, la façon dont elle s'est intégrée, sa complicité avec Sirius, avec tout le monde et...

- C'était l'euphorie de la victoire, Lily, la coupa t-il en la regardant droit dans les yeux.

- Je sais, Merlin, je sais, dit-elle, en écartant une nouvelle fois la même mèche de cheveux de son visage. C'est plus fort que moi, c'est tout, elle me tape sur le système.

- Sirius ne l'apprécie même pas tant que ça, ajouta James en fronçant les sourcils.

- Vraiment ? s'étonna t-elle, et il remarqua une étincelle d'espoir dans ses yeux qui lui fit lâcher un rire. Je ne devrais probablement pas m'en réjouir autant, ajouta t-elle rapidement.

- Tu sais qu'il est team Evans, lui certifia t-il en haussant les épaules comme pour lui signifier qu'elle n'avait pas à s'en faire. Et moi aussi. »

 

 

Il retint un soupir quand il vit ses yeux s'attarder dans les siens avant de dévier nettement vers sa bouche. Finalement, elle se retourna et recommença à marcher vers le château, et il dut trottiner légèrement pour la rattraper.

 

 

« Je suis toujours énervée, marmonna t-elle.

- Je sais.

- Est-ce que tu crois que les serpentards ont fait exprès ? Tu penses qu'ils savaient que tu serais obligé de prendre quelqu'un d'autre à ma place et que ça créerait ces tensions entre nous ?

- Je ne sais pas si Avery est capable de réfléchir autant, répondit-il avec une pointe d'amusement dans la voix. En revanche... Je crois que Rogue savait exactement ce qu'il faisait.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- C'est lui qui t'a ouvert, non ?

- Et alors ?

- Quoi de mieux pour te faire penser que tu lui es redevable ?

- C'est aussi lui qui a eu l'idée de m'enfermer dès le début, réfuta t-elle en secouant la tête.

- Tu n'étais pas censée le savoir, pointa t-il en lui jetant un regard en biais alors qu'ils pénétraient dans le hall du château.

- Comme si ça allait m'empêcher de le détester pour tout le reste, ironisa t-elle. Quoi qu'il essaie de faire, lui et moi, on sera dans deux camps différents après Poudlard. C'est déjà le cas. Et il a décidé de préférer celui qui veut me tuer. »

 

 

L'entendre verbaliser ce qu'ils passaient sous silence depuis si longtemps lui noua les cordes vocales, et il lui sembla que cela eut le même effet sur elle puisqu'ils parcoururent le reste du chemin jusqu'à leur salle commune dans le silence le plus complet.

 

 

End Notes:

A bientôt pour la suite :)

28-12-1977 by ECM

 

James était assis à une table des Trois Balais avec Peter, Rémus, et Sirius, griffonnant des schémas sur un parchemin étalé entre eux alors qu'ils travaillaient depuis plusieurs mois sur une potion visant à aider Rémus à mieux supporter les pleines lunes, lorsque la porte s'ouvrit. Trois de leurs camarades de classe s'engouffrèrent dans le pub en même temps qu'une bourrasque froide qui manqua de renverser le plateau de Rosmerta lorsqu'elle traversa la pièce.

 

Ses yeux trouvèrent immédiatement Lily, emmitouflée dans un long manteau marron et une écharpe en laine écrue. Ses mains étaient enfouies dans ses poches, et elle avait l'air frigorifiée. Elle poussa un soupir de soulagement, probablement parce qu'elle venait de laisser la fraîcheur mordante de l'hiver derrière elle, et James ressentit l'envie immédiate d'aller l'étreindre. A la place, il fourra rapidement le parchemin dans sa poche.

 

Il adorait retrouver ses parents pour les vacances, passer du temps avec Sirius au manoir, manger jusqu'à n'en plus pouvoir et jouer aux échecs avec sa mère, mais depuis leur cinquième année, à chaque fois qu'ils avaient quitté Poudlard, il avait ressenti le manque de Lily. Un peu plus important à chaque nouvelle période de vacances. C'était comme s'il n'était pas la moitié de lui-même quand elle n'était pas là, et il n'avait aucune idée de comment il en était arrivé là. Il détestait de plus en plus ses bonnes résolutions de début d'année.

 

Ils s'étaient écris un peu, mais garder une relation strictement amicale par correspondance était encore plus compliqué à gérer que ce qu'il ne s'imaginait. Ils avaient principalement parlé de Poudlard, de quidditch, et des serpentards en général, tout en revenant brièvement sur le cas Rogue, et même si James n'avait eu de cesse de se retenir d'écrire des choses qu'il regretterait, de ne pas trop rentrer dans le personnel, ils s'était rapprochés. Il avait l'impression qu'il ne faisait que retarder l'inévitable et qu'aucun conflit au monde ne pourrait avoir raison de ce qui était en train de se passer entre eux.

 

L'histoire avec Daisy Hookum était derrière eux. Le match avait eu lieu plus d'un mois auparavant et ils avaient eu le temps d'en reparler d'avantage à tête reposée, et aussi de resserrer les liens de confiance entre chaque membre de l'équipe. Lily n'était pas la seule à en avoir besoin, et il avait appris au fil des années à ne pas négliger l'aspect relationnel du groupe dans lequel il évoluait.

 

 

« Hey ! lança t-il en leur adressant un signe de main avant de se lever et de leur donner à chacune une accolade amicale.

- Wow Potter, combien de temps est-ce que tu passes à jouer au quidditch exactement ? l'interrogea Mary en tâtant ses épaules, et il s'esclaffa alors que Lily levait les yeux au ciel. Quoi ? Je dis juste que si j'aimais les garçons, il viendrait de se propulser en haut de la liste.

- J'ai entendu ça, MacDonald ! s'exclama Sirius à quelques mètres de là.

- Ne t'en fais pas, Black, je suis certaine que tu es en première place sur celle de quelqu'un d'autre, reprit la jeune femme brune en jetant un coup d'oeil vers Marlène qui lui donna un petit coup de poing sur l'épaule avant d'aller s'asseoir avec les garçons.

- Quoi de neuf, Pete ?

- Pas grand chose, bredouilla le jeune homme blond. Enfin, si. J'ai croisé Bertram Aubrey et Daisy Hookum en venant, ils entraient chez Mme Pieddodu.

- Je n'avais aucune idée qu'il était physiquement possible pour un être humain normalement constitué de la supporter aussi longtemps, souffla Lily en se laissant tomber à côté de Rémus, lui faisant esquisser un sourire amusé. Est-ce que c'est une nouvelle écharpe ? Oh mon dieu elle est super douce ! »

 

 

Elle pointa de son index le vêtement que Rémus portait autour du cou et il acquiesça au moment où elle tira dessus pour la caresser, l'air positivement jalouse. James adorait la voir aussi à l'aise avec les garçons, c'était comme si elle faisait partie du groupe, et quelque part, c'était le cas.

 

 

« Je n'exclue pas de te la voler. Si j'étais toi, je garderai un œil dessus, le prévint-elle alors que Mary commandait des bièraubeurres.

- Evans, tu ne peux pas voler quelque chose si tu dévoiles tes plans à l'avance, se moqua James en lui faisant signe de se décaler pour qu'il puisse s'asseoir à côté d'elle.

- Sauf s'il s'agit de son cœur, intervint Sirius en lui adressant un clin d'oeil avant de faire un signe de tête vers James qui le fusilla du regard alors que les autres poussaient des exclamations de lassitude qui ne l'atteignirent pas le moins du monde.

- J'avais oublié que tu étais aussi pénible, rétorqua t-elle en roulant les yeux. »

 

 

James en profita de le voir porter sa chope de bièraubeurre à ses lèvres pour lui donner une tape derrière la tête, et des gouttes d'alcool éclaboussèrent Marlène qui poussa une exclamation agacée avant de frapper Sirius à son tour. Le joyeux chaos régna pendant un long moment dans le pub, et il songea qu'il n'était pas possible de s'en lasser.

 

 

« Ça va, chez tes parents ? demanda t-il à Lily au bout d'un moment, l'arrachant discrètement à sa discussion avec les garçons.

- Ce n'est pas pire que la dernière fois que je suis rentrée, répondit-elle sur un ton léger, mais il la vit se tendre légèrement.

- Tu sais que tu peux venir à la maison si tu veux éviter Pétunia, on fera une partie de quidditch avec les gars, lui proposa t-il comme il l'avait déjà fait une ou deux fois l'année précédente, sans arrière pensée, juste parce qu'il voyait sur son visage que la situation lui pesait.

- Je sais, lui dit-elle en esquissant un sourire. »

 

 

Sa main se posa brièvement sur sa cuisse sous la table, comme un merci silencieux. Le contact ne dura pas plus d'une seconde, mais il le laissa absolument pétrifié. Il détestait y penser autant, il détestait avoir cette vision automatique dans sa tête à chaque fois qu'ils faisaient ne serait-ce que s'effleurer, celle où il l'étalait simplement sur la table, ou sur son bureau en classe, ou au milieu du terrain de quidditch alors que le monde disparaissait et qu'il n'y avait plus qu'une chose qui comptait : être en elle le plus rapidement et le plus longtemps possible.

 

 

« Sérieusement, Potter ? se moqua t-elle en chuchotant, et il lui jeta un regard interrogateur avant de suivre le sien, largement amusé, qui descendit vers son entrejambe. »

 

 

Il lui adressa un regard d'excuse avant d'ajuster sa position, de s'accouder à la table et de se frotter nerveusement le visage. Il sentit Lily bouger un peu à côté de lui, et il laissa échapper un soupir quand elle posa quelque chose de chaud sur ses jambes. Il baissa les yeux et vit son écharpe, étalée à la fois sur elle et sur lui, comme si elle avait juste glissé sur ses cuisses, et il l'entendit rire discrètement derrière sa main quand il lâcha un « merci » d'une voix si basse qu'il n'était pas sûr qu'elle l'ait entendu.

 

 

« Et dire que je pensais être la plus tendue de nous deux aujourd'hui, murmura t-elle alors que les autres étaient en train de crier sur Sirius pour une raison qui échappait à James mais qui devait être justifiée.

- Hilarant, commenta t-il sans pour autant réussir à s'empêcher d'esquisser un sourire.

- Je l'étais un peu, reprit-elle en haussant les épaules.

- Pourquoi ? s'enquit-il, réellement curieux.

- Parce que je... »

 

 

Elle s'interrompit quand la porte du pub s'ouvrit de nouveau et que Daisy Hookum et Bertram Aubrey y pénétrèrent, se dirigeant vers une table du fond de la pièce. Son visage se ferma et elle se redressa légèrement. James avait eu une nouvelle conversation avec Daisy sur le fait que son entrée dans l'équipe n'avait jamais été une option, et il avait cru que les tensions entre les deux filles s'étaient apaisées. Il songea qu'elles allaient peut-être plus loin que ce qu'il ne s'imaginait quand la petite-amie de Bertram jeta un regard de dégoût vers Lily qui prit une profonde inspiration comme pour se calmer.

 

 

« Hé. Regarde-moi, lui ordonna James, et son cœur vrilla quand ses yeux se plantèrent aussitôt dans les siens. Est-ce que tu m'obéis maintenant ? s'étonna t-il, un sourire amusé s'étalant sur son visage.

- Est-ce que tu veux que je récupère mon écharpe ? l'interrogea t-elle sur le même ton.

- Je t'en prie. Il me suffit de penser à Rusard et de compter jusqu'à trente.

- Trente ? Ça te prend si longtemps ? C'est inquiétant. »

 

 

Il laissa échapper un rire un peu plus fort que prévu qu'il ravala dès qu'il sentit les regards curieux de Mary et Rémus sur lui. Lily s'assit un peu plus confortablement au fond de la banquette, satisfaite, et il se jura qu'elle allait le payer sur le terrain à la rentrée.

 

 

« A quel point est-ce que tu étais sérieux à propos de cette partie de quidditch ? reprit-elle juste après avoir jeté un ultime coup d'oeil vers Hookum et Aubrey.

- A peu près à cent pour cent, répondit-il en portant sa choppe de bièraubeurre à ses lèvres.

- Donc, en théorie, on pourrait y aller maintenant ? »

 

 

Il manqua d'avaler une gorgée de travers. Il haussa les sourcils surpris, et hocha lentement la tête avant d'esquisser un sourire narquois.

 

 

« Regarde-toi, Evans, à vouloir envahir mon espace personnel le plus vite possible.

- Très intelligent quand on sait que mon écharpe est sur tes genoux parce qu'il a suffi d'une main sur ta cuisse pendant un centième de seconde pour te donner envie d'envahir mon espace personnel le plus vite possible. Littéralement, compléta t-elle en lui rendant son sourire avant de tourner la tête vers leurs camarades et de taper bruyamment dans ses mains pour attirer leur attention. James nous invite tous chez lui ! »

 

 

Bouse.

 

Elle était meilleure que lui. Globalement, elle l'avait toujours été, mais il ne pouvait jamais s'empêcher de rentrer dans ce jeu avec elle et de finir profondément décontenancé à chaque fois. C'était à peu près le seul auquel il se fichait de perdre.

 

Il songea un instant à lui préciser que ce n'était pas seulement sa main, mais toutes les idées qui s'étaient enchaînées dans sa tête après coup sans qu'il ne puisse les arrêter. Une cascade interminable qui menaçait tous ses plans. Cependant, il croisa le regard de Marlène, et il ravala les mots. Il y avait des parties d'elle qui lui manquaient et qu'il ne retrouverait jamais, et il avait appris à accepter cela, mais il savait qu'il ne pourrait pas le faire avec Lily si jamais les choses se gâtaient, alors il se contenta de répondre aux exclamations ravies des autres par un hochement de tête et une brève courbette.

 

Quelques minutes plus tard, ils quittèrent le pub et transplanèrent directement chez Fleamont et Euphemia qui s'étaient absentés tout l'après-midi pour des réunions au Ministère qui n'annonçaient rien de bon. James préféra ne pas y penser alors que Sirius ouvrait la porte devant eux. Lily était déjà venue l'année précédente, mais elle semblait toujours aussi fascinée par le manoir. Il esquissa un sourire en la regardant fixer le lustre qui flottait au dessus d'eux sans aucune attache.

 

 

« Vous voulez vraiment faire un quidditch ? demanda Mary en grimaçant légèrement, trop contente d'avoir retrouvé la chaleur d'une maison pour avoir envie de la sacrifier aussitôt.

- Ne me dis pas que tu vas te défiler, lui reprocha Marlène en lui jetant un regard suppliant.

- On est sept, c'est un nombre impair, il faut que je me défile. Et il y a peu de chance pour que les garçons aient assez de balai pour tout le monde.

- Bien essayé Mac', mais il y en a sur tout le mur de sa chambre, intervint Sirius en faisant un signe de tête vers James après avoir laissé échapper un rire tonitruant.

- Il vous faut un arbitre, quelqu'un qui vous regarderait de derrière les baies vitrées par exemple, répliqua t-elle aussitôt.

- Très bien, très bien. Mary à l'arbitrage, déclara Rémus avant de se tourner vers les autres. Comment est-ce qu'on procède pour le reste ?

- Un gardien, un poursuiveur, un attrapeur dans chaque équipe ? proposa Peter.

- Ça me va, approuva Lily. Est-ce que je peux jouer poursuiveur ?

- Dans ce cas là, Evans, ce sera toi contre moi, lui répondit James avec un sourire en coin avant de disparaître dans les escaliers, Sirius sur ses talons. »

 

 

Ils longeaient le couloir en direction de sa chambre lorsque le rire moqueur de Sirius lui parvint aux oreilles. Il tourna légèrement la tête vers lui et arqua un sourcil.

 

 

« Je croyais que tu ne sortirais plus avec des filles de l'équipe, pointa son meilleur ami.

- Je ne sors pas avec Lily, affirma t-il aussitôt.

- Redis-moi ça à la fin de la journée.

- Est-ce que tu me crois assez stupide pour risquer quoi que ce soit ?

- Est-ce que j'ai besoin de faire semblant de réfléchir pour répondre oui à cette question sans blesser ton ego ? se moqua le jeune homme tout en riant. »

 

 

James secoua la tête en soupirant, puis poussa la porte de sa chambre et, alors qu'ils étaient tous les deux en train de récupérer les balais fixés au mur par des supports en bois, Sirius reprit la parole.

 

 

« Est-ce que ce serait si mal ?

- Oui, répondit James sans aucune hésitation.

- A cause de ce qu'il s'est passé avec Marlène ?

- Pas seulement. Je n'ai pas envie de prendre de risque pour l'équipe, ma relation avec Lily est trop fragile.

- Oh tu as une relation avec elle, maintenant ? souligna Sirius, et James put entendre son sourire narquois sans avoir à tourner la tête vers lui pour le voir.

- Ferme là, Patmol. Je dis juste que si on venait à se mettre ensemble et que les choses ne se passaient pas bien, l'ambiance de l'équipe en prendrait en coup. Et même dans le cas où ça fonctionnerait entre elle et moi, est-ce que tu crois que ça lui rendrait service après ce qu'Hookum a insinué en début d'année concernant les sélections ? »

 

 

Sirius se contenta de hausser les épaules, et lorsqu'ils eurent récupéré les balais, ils firent le chemin inverse jusqu'au salon. Lily et Rémus étaient en train de discuter devant la baie vitrée alors que les trois autres s'étaient confortablement installés dans le canapé.

 

 

« On a fait les équipes pendant que vous étiez en haut, annonça Marlène. James, tu seras avec Pete et moi. Sirius, avec Lily et Rémus. »

 

 

Il n'y eut aucune réclamation. Au contraire, Sirius eut l'air absolument ravi. Il se dirigea vers ses deux coéquipiers, se fit une place entre eux, et passa ses bras autour de leurs épaules avant de leur ébouriffer les cheveux, les faisant s'écarter aussitôt.

 

 

« Regardez-moi ces deux spécimens, chantonna t-il avant de se tourner vers les autres en leur jetant un sourire menaçant. On va vous atomiser. »

 

 

Et ce fut absolument le contraire qui se produisit. Toutefois, alors qu'ils volaient depuis près d'une heure dans le vent froid sur le terrain des Potter beaucoup plus réduit que celui de Poudlard, James ne put que remarquer à quel point Lily était à l'aise au poste de poursuiveur. Il n'en était pas tellement surpris, mais il ne s'était pas attendu à autant de feintes, ni autant de pirouettes, et alors qu'elle se dirigeait droit vers leurs buts, il songea qu'encore une fois, il ne parviendrait pas à l'arrêter.

 

Le score était de cent quatre-vingt à cent vingt pour l'équipe de James selon Mary, et cent quarante à cent quarante selon Sirius qui avait passé le plus clair de son temps à chasser d'avantage Marlène que le vif d'or.

 

Peter stoppa le souafle avant qu'il ne passe au travers de l'anneau, et James lui lança un tonitruant « bien joué Queudver ! » alors que Lily volait déjà dans la direction opposée, prête à se replier en défense.

 

Efficace.

 

C'était le mot. Elle était efficace. Et il était soufflé.

 

Il se demanda pendant un bref instant s'il était influencé par ses sentiments pour elle, mais quand elle l'empêcha d'accéder aux buts que défendait Rémus en lui barrant systématiquement la route, il dut se rendre à l'évidence. Elle était douée, et il était perdu. Il était meilleur, indubitablement, mais son jeu n'était pas infaillible et elle parvint à lui subtiliser le souafle deux fois sans qu'il ne sache par quel subterfuge.

 

 

« J'ai l'impression que tu commences à fatiguer, Potter, le nargua t-elle alors qu'ils étaient tous les deux à l'arrêt, à se jauger, et qu'il cherchait comment passer outre sa défense.

- Je suis en pleine forme Evans. Tu n'as jamais vu ma tête au réveil, répondit-il aussitôt.

- Je ne serais pas contre. »

 

 

Il s'était préparé à rebondir sur n'importe quel commentaire, mais pas sur celui-ci, et il cligna des yeux plusieurs fois en se demandant si ses oreilles lui avaient joué des tours. Elle se mordit presque imperceptiblement la lèvre, et il se jura intérieurement qu'il n'avait jamais été aussi près de tomber de son balai en dix ans de quidditch.

 

 

« Pardon ? dit-il alors qu'il sentait le souafle glisser légèrement sous son coude.

- Je suis vraiment désolée pour ça, souffla t-elle. »

 

 

Et avant qu'il n'ait eut le temps de poser la moindre question, elle fonça sur lui, donna un coup de poing dans la balle, la propulsant derrière lui avant de la rattraper presque aussitôt, et cette fois, lorsqu'elle tira de toutes ses forces en direction des anneaux, elle marqua. Le tonitruant juron qui s'échappa de la bouche de Peter se mêla au rire de Lily. Marlène attrapa le vif d'or au même moment, offrant la victoire à son équipe.

 

Sirius s'empressa de la suivre sur la terre ferme, et il lutta un instant avec elle pour lui arracher la petite balle dorée des mains. Ils terminèrent à quatre pattes sur le sol, recouverts de terre, et le long regard qu'ils s'échangèrent fit siffler Peter. Ils sortirent de leur brève torpeur, et Marlène bondit sur ses pieds tout en tendant sa main au maraudeur qu'elle poussa en arrière avec un éclat de rire dès qu'il la saisit.

 

 

« Je veux assister à ce mariage, affirma Lily, et James ne remarqua qu'à ce moment là qu'elle était debout à côté de lui.

- C'est placer beaucoup d'espoir en Sirius, répondit-il en esquissant un sourire malin. Il me redemande tous les ans à quelle date est Noël, tu crois vraiment qu'il peut se rappeler d'un jour, d'un lieu et d'une heure précise ? »

 

 

La réflexion fit pouffer Lily, et il s'efforça de ne pas trop réfléchir quand elle lui pressa amicalement le bras avant de trottiner vers leurs amis qui rejoignaient Mary de l'autre côté des baies vitrées. Pendant un moment, il ne parvint pas à se sortir de la tête ces quelques mots qu'elle lui avait jetés comme si l'idée lui paraissait si simple à accepter que l'énoncer devant lui ne l'avait même pas troublée.

 

Ils flirtaient dangereusement avec les limites et il n'était pas totalement contre, mais il n'avait aucunement l'intention d'aller plus loin. Toutefois, il avait du mal à croire qu'il serait capable de la laisser quitter Poudlard en juin sans un au revoir digne de ce nom, ou un « à bientôt » rempli d'impatience. Il préféra ne pas trop y penser. 

 

Quand il pénétra derrière eux dans le salon du manoir, Lily tenait déjà quatre balais dans ses mains, et il s'empressa de récupérer celui de Peter avant de lui faire signe de le suivre dans les escaliers, un drôle de silence flottant autour d'eux. Et puis, une seconde après, la panique. Il se dirigeait vers sa chambre avec Lily. Lily Evans.

 

Combien de fois avait-il pensé à ce moment ? Ou plus spécifiquement, celui qui venait après, et où elle était allongée dans son lit, les doigts mêlés à ses cheveux bruns alors qu'il était entre ses jambes et qu'il pouvait enfin la goûter.

 

Il prit une profonde inspiration, déglutit, et tenta au prix d'un effort surhumain de penser à autre chose. Rogue. Rogue était certainement efficace pour faire retomber tout ce qui devait retomber. Ses doigts se crispèrent sur les balais alors qu'il essayait d'ignorer le frottement régulier du coude de Lily contre le sien.

 

 

« C'était un bon match, commenta t-elle finalement quand il poussa la porte de sa chambre devant eux. »

 

 

Il lui répondit par un hochement de tête et un sourire, se saisissant de chaque balai qu'elle lui tendait tout en se demandant s'il avait imaginé le changement de ton dans sa voix lorsqu'elle était entrée derrière lui.

 

 

« Oh non, Potter, souffla t-elle, et lorsqu'il se retourna, elle était debout, les bras croisés devant un énorme poster des Faucons de Falmouth.

- Vu ta tête, j'imagine que tu n'es pas fan, s'amusa t-il en accrochant l'avant dernier balai au mur opposé.

- Comment est-ce que ça a pu m'échapper en deux ans d'amitié ? demanda t-elle, mais il sembla à James que la question était rhétorique alors il se contenta de rire. Je suis en train de tout remettre en question. Les Faucons, vraiment ?! reprit-elle en lui jetant un regard ahuri.

- Oh laisse moi deviner, tu supportes les Flèches d'Appleby, déclara t-il en la regardant droit dans les yeux, et elle parut si surprise qu'il sut qu'il avait visé juste. Je m'en doutais, trancha t-il en levant les yeux au ciel.

- Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? s'offusqua t-elle en pivotant complètement vers lui cette fois-ci, croisant ses bras contre sa poitrine. »

 

 

Elle avait rapidement attaché ses cheveux en un chignon pour leur match, et il n'avait que peu résisté à la vitesse avec laquelle elle avait fendu l'air sur son balai, mais cela n'empêcha pas James de ressentir l'envie dévorante de le ruiner d'avantage. Il se contenta d'enfoncer ses mains dans ses poches à la place et de hausser les épaules en lui adressant un sourire en coin sur lequel elle s'attarda un peu trop pour qu'il puisse croire que ses pensées étaient plus honorables que les siennes.

 

 

« Rien. Je veux dire, aucun problème, Evans, tu as le droit d'encourager des idiots qui se tirent littéralement des flèches dessus en plein match.

- Ils ne le font plus depuis au moins un siècle ! répliqua t-elle, un poil offensée.

- C'était aussi la dernière fois qu'ils ont gagné un match, non ? »

 

 

Il se mordit l'intérieur des joues pour ne pas rire à la façon dont son visage s'embrasa, et il s'efforça de ne pas prêter attention à son lit, juste derrière elle, et au fait qu'il lui suffirait de faire deux simples pas pour la pousser dessus.

 

 

« Pour ton information, ils ont réussi à tenir un match de seize jours sous la pluie, ajouta t-elle.

- Seize jours pour attraper un vif d'or ? Une prouesse, c'est indéniable, ironisa t-il. »

 

 

Son cœur manqua un battement lorsqu'il la vit se pencher sur son lit, et le temps qu'il comprenne ce qu'elle était en train de faire, son oreiller venait déjà de lui arriver en pleine figure. Cette fois, il s'autorisa à éclater d'un rire franc.

 

 

« Les Faucons, Potter ? répéta t-elle. Parmi toutes les équipes de Grande Bretagne, les Faucons ?!

- Qu'est-ce que tu leur reproches exactement ?

- La question, c'est plutôt qu'est-ce que je pourrais éventuellement ne pas leur reprocher ? Et même à ça, je n'ai pas de réponse, dit-elle en se laissant tomber en arrière sur le matelas, les yeux rivés vers le plafond. »

 

 

Sa main plongea immédiatement dans ses cheveux bruns, et il se retourna pour vérifier que le balai le plus proche de lui tenait correctement sur son support parce qu'il lui était impossible de la regarder se vautrer dans son lit. D'autant plus quand il savait ce qu'il y avait fait le matin même en pensant à elle. Il avait espéré que cela l'aiderait à passer la journée. Il songea à cet instant qu'il n'avait jamais été aussi naïf.

 

 

« Tu me tues, James. Tes goûts me tuent, soupira t-elle avant de reprendre presque aussitôt. Tu te rends compte qu'ils ne gagnent que parce qu'ils sont affreusement violents, n'est-ce pas ?

- Ils ne sont pas violents, réfuta t-il tout en se mettant à gratter une tâche qui n'existait que dans son imagination sur le balai qui se trouvait en face de lui. ils ont juste un jeu... Dynamique.

- Dynamique ? répéta t-elle vivement. Leur devise dit que s'ils ne peuvent pas gagner à la loyale, ils fêleront des crânes !

- C'est juste pour impressionner, réfuta James en balayant sa remarque d'un revers de la main.

- Comme les flèches que tirent mon équipe préférée, pointa t-elle.

- … Sur leurs propres joueurs et supporters, compléta t-il en se retournant dès qu'il l'entendit se redresser. »

 

 

A son grand soulagement, elle s'était levée, mais son regard était toujours vissé sur son poster avec un dégoût notable.

 

 

« Est-ce que tu les as vus jouer récemment ? l'interrogea t-il.

- Pas depuis des années. J'ai juste entendu des choses, répondit-elle en le fixant.

- Ils sont victimes de la réputation de leur toute première équipe. Je t'assure que leur jeu est différent depuis. Ma mère, Sirius, et moi allons aux matchs dès que nous en avons l'occasion, tu devrais venir la prochaine fois. »

 

 

Il avait prononcé la dernière phrase sans réfléchir, mais dès qu'il croisa ses yeux verts, ses propres mots lui revinrent en plein visage, comme un boomerang.

 

Il venait de lui proposer de sortir.

 

Avec lui.

 

Et accessoirement, avec sa mère.

 

Il n'était pas sûr qu'il aurait pu faire pire s'il l'avait voulu, mais en y réfléchissant une seconde, c'était moins catastrophique que toutes les choses qu'il aurait définitivement pu laisser échapper lorsqu'elle était allongée sur son lit. Sa main s'enfouit une énième fois dans ses cheveux alors qu'une tiédeur inconfortable remontait le long de sa nuque, et avant même qu'il n'ait pu rajouter quoi que ce soit, elle lui donna le coup de grâce.

 

 

« Avec plaisir, James. »

End Notes:

A la semaine prochaine :)

Merci à ceux qui continuent de lire :)

04-02-1978 by ECM

Au milieu du terrain de quidditch, James tourna la tête pour observer Ludo Verpey à quelques mètres de là. Il était en train de donner des indications à ses joueurs sur leurs placements pendant le match, et, comme à son habitude, il ne pouvait s'empêcher d'accompagner ses paroles par la gestuelle qui allait avec. Agatha Timms avait entièrement raison, ce garçon était profondément idiot.

 

 

« Visiblement, ils vont tenter la feinte de Porskoff, commenta Buckley Cooper qui était en train d'étirer ses jambes juste à côté de lui.

- Quel imbécile, je n'y crois pas, déclara Sirius, hilare.

- Hé, ne vous réjouissez pas trop vite, les gars. Il pourrait essayer de nous tromper, intervint Frank juste après avoir adressé un signe de main à Alice qui était déjà installée dans les tribunes.

- Je suis d'accord avec Frank, pointa James en se penchant pour récupérer sa bouteille d'eau. Verpey n'est certainement pas la torche la plus lumineuse de Poudlard, mais restons quand même sur nos gardes. »

 

 

Il avait été trop confiant l'année précédente avant son match contre Serdaigle, et c'est probablement ce qui les avait amené à perdre. Il ne voulait pas prendre de risque cette fois-ci, même s'il y avait de fortes chances pour que Ludo soit réellement en train de trahir son jeu.

 

 

« Cooper, je sais que tu sors avec Gladys Goujon, mais je ne veux aucune pitié sur le terrain, reprit James sur un ton qui ne laissait pas de place à l'argumentation.

- Aucun risque, répondit aussitôt son joueur. J'ai parié avec elle qu'ils perdraient en moins d'une heure, je n'ai pas le temps de lui faire de cadeau.

- Qu'est-ce que vous avez parié ? demanda Marlène qui venait d'apparaître, Lily sur ses talons.

- Tu ne veux pas le savoir, McKinnon, répondit Buckley en esquissant un sourire, et Sirius s'esclaffa à côté de lui.

- Benjy ? appela James, et le garçon aux cheveux blonds qui était en train de lacer ses chaussures à quelques mètres de là trottina vers lui. Il est impératif que Frank et toi ne laissiez pas une seconde de répit à Chittock. Si elle voit une ouverture, elle va nous manger, ok ?

- Ok, répondit simplement le jeune homme avec détermination en trottinant sur place.

- Marlène, je ne veux pas te voir statique une seule seconde, et ça vaut pour toi aussi Lily, ajouta t-il en se tournant vers ses deux coéquipières. »

 

 

Elles acquiescèrent d'un même mouvement, et il s'efforça de ne pas trop fixer Lily dont les mains venaient de se refermer sur ses cheveux roux pour resserrer sa queue de cheval. Elle n'avait pas l'air aussi stressée qu'il l'avait imaginé avant qu'ils n'arrivent sur le terrain. L'impatience de Benjy semblait déteindre sur elle, et c'était une bonne chose.

 

Il reporta son attention sur Sirius, posant ses mains sur ses épaules pour capter son regard, ce qui était loin d'être une mince affaire avec Marlène dans les parages.

 

 

« Écoute moi. Si le match se déroule comme je l'espère, on va pouvoir s'amuser un peu, ok ? lui dit-il avec un sourire espiègle plaqué sur le visage.

- Est-ce que ça veut dire ce que je crois que ça veut dire ? s'enquit son meilleur ami en lui rendant son sourire.

- Celui qui réussit la meilleure figure donne ses devoirs à faire à l'autre pendant une semaine, trancha James avant de retirer ses mains de ses épaules juste pour lui ébouriffer les cheveux.

- Tu sais à quel point j'adore être en vacances avant l'heure, répliqua t-il sur un ton hautain.

- Ça restera juste un fantasme, mon vieux.

- En parlant de fantasme, commença narquoisement Sirius avant de se tourner vers les filles. Pas trop stressée pour ton premier match, Evans ?

- Pressée, corrigea t-elle en esquissant un léger sourire.

- Vraiment ? J'aurais parié tout mon coffre fort que tu serais en train de vomir tes tripes sur le bord du terrain à cette heure-ci.

- Je suis trop contente d'être ici plutôt que devant une foutue cuvette, déclara t-elle en faisant allusion au malheureux incident du précédent match.

- J'imagine. En tout cas, sache que je suis un peu ému que tu fasses cette première fois avec nous, poursuivit-il sur un ton beaucoup trop innocent pour que James ne relève pas le sous-entendu. »

 

 

Il soupira et lui donna un coup de poing sur l'épaule, ignorant son exclamation outrée, puis il se tourna vers Lily en lui jetant un regard d'excuse auquel elle répondit par un hochement de tête amusé.

 

 

« Je pourrais difficilement rêver mieux, Black, répliqua t-elle avant de taper dans sa main lorsqu'il la lui tendit en pouffant. »

 

 

Ils continuèrent de s'étirer pendant un moment, jusqu'à ce que les tribunes ne soient complètement remplies, et que le professeur Dumbledore ne s'installe entre le professeur McGonagall et le professeur Slughorn. Là, seulement, l'arbitre se planta au milieu du terrain et siffla pour indiquer aux deux équipes qu'il ne leur restait plus que quelques minutes pour se préparer.

 

 

« James, l'appela Lily en trottinant vers lui alors qu'il était parti poser sa bouteille sur un banc près des tribunes.

- Oui ?

- Tu ne m'as rien dit, à part de rester mobile, et...

- Miriam Strout ne t'arrive pas à la cheville, la coupa t-il. Ça va être un jeu d'enfant pour toi.

- Aucune exigence particulière, alors ? »

 

 

Elle avait presque l'air déçue. Il fronça les sourcils, prêt à lui répondre lorsque l'arbitre siffla une nouvelle fois. Il referma aussitôt la bouche et posa sa main sur son épaule en la guidant au centre du terrain où les attendait déjà tous les autres. Il la quitta pour aller serrer la main de Verpey, et une minute plus tard, ils étaient tous en l'air.

 

Il était accro à l'adrénaline des matchs. Le vent froid de février ne pouvait rien y faire. Même voir Chittock attraper le souafle en première n'entacha pas son optimisme. Marlène arrêta le premier tir sans aucune difficulté, et le souafle passa de ses mains à celles de Buckley, puis aux siennes, et enfin à celles de Sirius qui marqua le premier but du match, faisant rugir la tribune rouge et or.

 

Les poufsouffles n'étaient pas des méchants. Ils étaient d'ailleurs la seule équipe que James ne craignait pas physiquement. Ils ne cherchaient pas le contact, ils évitaient les fautes le plus possible, tout restait respectueux, et trop, beaucoup trop facile à son goût.

 

Ludo marqua plusieurs buts par la suite, et comme prévu, ils tentèrent la feinte de Porskoff plusieurs fois. Sans succès. Les gryffondors étaient préparés, plus entraînés, et James avait besoin de se retrouver après le désastre du match contre les serpentards. Il marqua un but absolument magistral alors qu'un poursuiveur adverse tentait de faire une passe à Ludo. Il se retourna de sorte à faire le poirier sur son balai pour pouvoir donner un coup de pied dans le souafle lorsqu'il passa au dessus de lui, coupant la trajectoire de la passe.

 

Le gardien resta médusé pendant une seconde, donnant le temps à James d'adresser un regard arrogant vers Sirius. Il allait définitivement apprécier une semaine sans aucun devoir. Il s'autorisa quelques coups d'oeil vers Lily tout au long du match, appréciant plus que de raison de la voir partager le terrain avec lui, mais ce fut au moment où Sirius exécuta une figure qui vola la vedette à la sienne qu'il prêta pour la première fois attention au commentateur.

 

 

« Une Fourberie de Finbourgh ! A Poudlard ! Black vient de monter la barre d'un cran, et le score est à présent de quatre-vingt à cent quatre-vingt . Est-ce que je... Oh ! Evans vient de se prendre un mauvais cognard. Smith n'y va pas de main morte à la batte ! »

 

 

James tourna immédiatement la tête de tous les côtés, la cherchant activement des yeux, jusqu'à ce qu'il ne la repère enfin, quelques mètres au dessus de leurs propres buts. Elle avait visiblement mal à l'épaule, mais elle continuait de voler alors que Frank venait de renvoyer le cognard vers Chittock.

 

Marlène se rapprocha d'elle, et il devina qu'elle lui demandait si elle allait bien. Le hochement de tête de Lily le rassura considérablement, et il recommença à voler vers les buts adverses dès qu'il vit Buckley passer devant lui à toute vitesse. Après une suite de passes avec Sirius, ils marquèrent un nouveau but. James profita du repli en défense pour s'arrêter brièvement à côté de Frank.

 

 

« Assure toi qu'ils ne touchent plus Lily une seule fois, lui glissa t-il sur un ton sec qu'il ne maîtrisa pas avant de poursuivre son chemin sans attendre la moindre réponse de la part de son coéquipier. »

 

 

Il n'en avait pas besoin. Frank était scolaire quand il s'agissait du quidditch, beaucoup plus que quand il s'agissait des cours, bizarrement. James avait rarement besoin de lui dire quoi que ce soit deux fois, et il savait que le jeune homme mobiliserait toute son attention sur cet ordre en particulier.

 

 

« Glenda Chittock se met debout sur son balai... Elle tire ! Et McKinnon arrête le but ! s'exclama le commentateur, et James s'empressa de retourner se placer. Et c'est une roulade du paresseux pour Buckley Cooper qui évite un nouveau cognard lancé dans sa direction. Les batteurs de Poufsouffle sont en forme, on dirait, mais l'équipe de Potter ne se laisse pas faire ! »

 

 

Sirius manqua un but par la suite, et Ludo Verpey en profita, offrant dix points de plus à son équipe. Cela n'impressionna pas le moins du monde les gryffondors qui reprirent rapidement l'ascendant, James et Buckley enchaînant plusieurs belles actions, protégés par Frank et Benjy alors que Sirius préparait le retrait en défense et que Lily scannait le terrain à la recherche de la petite balle dorée.

 

A chaque but, les supporters s'agitaient, et le fracas de leurs pieds contre les tribunes en bois semblaient vibrer dans la poitrine de James qui n'était jamais autant dans son élément que lorsqu'il se trouvait à vingt mètres au dessus du sol et qu'une foule l'acclamait. C'était sans aucun doute son côté égocentrique qui parlait, mais il aimait que les autres élèves le voient comme le leader de Gryffondor, même s'il ne se considérait lui même pas comme tel.

 

Il y avait quelque chose dans le fait de sentir l'espoir reposer sur lui pendant les matchs de quidditch qui le faisait se sentir si important qu'il en avait perdu la tête lorsqu'il était plus jeune et qu'il n'était pourtant pas encore capitaine. C'était à la fois une grosse pression, et une énorme fierté. Le plus souvent, il penchait vers la deuxième option.

 

Il n'avait cependant jamais cessé de tout faire pour mettre ses coéquipiers en avant. Il n'était rien sans eux, il l'avait rapidement compris. Il aurait voulu que tout le monde en vienne à cette même conclusion, mais comme Rémus le lui avait une fois sagement expliqué, ce n'était pas le genre de chose qu'il pouvait décider à la place des gens, et s'ils voulaient le placer en leader, ils le feraient, qu'il soit d'accord avec cela ou non. Il l'était. Plus ou moins.

 

 

« On dirait qu'Evans a repéré le vif d'or ! s'égosilla le commentateur. »

 

 

En tournant la tête, James la vit foncer vers les tribunes Est, Miriam Strout à sa poursuite. Il s'efforça de continuer à voler vers les buts adverses, et Buckley marqua une nouvelle fois. Les poufsouffles semblaient démunis. Aucune de leur technique de défense n'arrêtait les gryffondors, et James n'était pas peu fier de son équipe.

 

 

« Evans se rapproche... Miriam Strout la suit de près... Evans attrape le vif d'or en toute simplicité et offre la victoire à son équipe en cinquante minutes tout pile ! »

 

 

James s'arrêta net, souafle sous le bras, et vola jusqu'à l'extrémité Est du terrain où Marlène, Frank, et Lily étaient déjà en train de s'étreindre en plein vol. Son éclat de rire après quelques mots que Marlène prononça dans son oreille et qu'il ne put entendre lui provoqua une drôle de sensation au creux du ventre. Merlin, il aurait pu l'embrasser. Il se contenta d'une (trop) brève accolade dès qu'il arriva à sa hauteur, et il disparut rapidement pour aller serrer la main de Ludo Verpey qui l'attendait en bas, bon joueur.

 

 

« Bien joué, Potter. Belle cohésion d'équipe, le complimenta t-il en lui serrant la main.

- Merci Ludo. C'était un plaisir de jouer contre vous, répondit James. Est-ce qu'il est utile de te préciser que je serai de votre côté en mai, quand vous affronterez Serpentard ?

- Non, je le sais ne t'en fais pas, ricana Ludo en lui donnant une petite tape sur l'épaule avant de rejoindre ses coéquipiers. »

 

 

La tribune rouge et or rugissait encore, et les élèves s'étaient précipités sur le terrain, si bien que James dut chercher des yeux ses camarades pendant plusieurs minutes avant de finalement les retrouver devant les vestiaires des garçons. Il leur fit signe d'entrer et il s'engagea derrière eux avant de fermer rapidement la porte.

 

Ils célébrèrent la victoire pendant quelques minutes, se félicitant mutuellement et se remémorant les plus belles actions avant que les filles ne se retranchent dans leurs vestiaires, mais il ne manqua pas les longs étirements de Lily. Visiblement, son épaule était encore un peu douloureuse, même si elle n'en dit rien.

 

 

« Je crois que tu vas devoir faire face à une surcharge de travail cette semaine, pointa Sirius avec un sourire narquois. Ma figure était époustouflante.

- Je ne sais pas, intervint Benjy. Celle de James était vraiment incroyable.

- Reste en dehors de ça Fenwick, veux-tu ? ajouta Sirius, visiblement ennuyé, et un sourire amusé s'étala sur le visage du capitaine.

- Tu as été meilleur, vieux. Je prends tes devoirs, conclut-il. »

 

 

Il lui envoya sa chaussette sale en pleine tête, et il jura que tout le château put entendre le cri surhumain que son meilleur ami poussa à ce moment là, faisant éclater de rire les trois autres garçons.

 

 

« Evans a bien joué, remarqua Buckley, elle progresse vite.

- Elle a un professeur particulièrement dévoué, plaisanta Sirius, esquivant la deuxième chaussette de James.

- Oh, fit le poursuiveur. Lily et toi, vous...

- Non, le coupa James. Tu sais comment est Sirius. Au fait, tu as gagné ton pari, finalement. On a plié le match en cinquante minutes.

- Gladys n'avait pas l'air si déçue de perdre, intervint Frank, amusé.

- Elle est cool. Par contre, c'est dur que tu doives te coltiner un beau-frère comme Dave, ajouta Benjy, et Sirius éclata d'un rire franc alors que Buckley grimaçait.

- Tu ne peux pas imaginer à quel point j'étais soulagé qu'il ne passe pas les sélections, dit-il. Merci pour ça, Potter.

- Aucun problème, Cooper.

- Il n'a pas été pris juste parce qu'il a reluqué Lily et que ça n'a pas plu au capitaine, révéla Sirius, et cette fois, ce fut le sac entier de James qui vola dans sa direction.

- Il passait les essais pour le poste d'attrapeur et elle était meilleure que lui, réfuta t-il bien qu'il sache pertinemment qu'il ne l'aurait jamais recruté pour la raison que son meilleur ami venait d'énoncer.

- Bien sûr qu'elle l'était, admit-il avant de poursuivre. Il n'empêche qu'avant même de l'avoir vu décoller du sol, tu savais que tu ne le prendrais pas.

- Est-ce que je dois te jeter un sortilège de mutisme ?

- Oh, alors c'est vrai ? Tu en pinces toujours pour Evans ? s'enquit Frank, s'interrompant alors qu'il rangeait ses chaussures sales dans son sac.

- Tu es loin du compte, Franky, poursuivit Sirius, espiègle. Si ça peut t'aider à comprendre, je le suspecte de l'aimer plus que moi, et ça me brise le cœur de l'admettre. »

 

 

James ne répondit pas à la question, il se contenta de fondre sur son meilleur ami et de le jeter sous la première douche qu'il parvint à atteindre, jouissant intérieurement de le voir hurler sous le jet d'eau froide qui plaqua ses cheveux noirs sur son visage, formant un drôle de rideau devant ses yeux. Une lutte acharnée s'ensuivit, mêlée à des éclats de rire, et lorsqu'ils quittèrent enfin les vestiaires, la totalité du carrelage était inondée.

 

 

« Tout le monde sait qu'Evans t'aime bien. Tu devrais tenter le coup, lui dit Frank alors qu'ils remontaient vers la Salle commune.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, vieux, lui répondit James, les yeux rivés sur l'extrémité du couloir menant aux escaliers principaux.

- Pourquoi pas ? C'est une chouette fille.

- Crois moi, je le sais, soupira James avant de marquer un temps de pause. J'ai entendu dire que tu allais habiter avec Alice après les vacances d'été, reprit-il pour changer de sujet.

- On aimerait bien. Si nous trouvons tous les deux un travail rapidement, on devrait pouvoir emménager ensemble d'ici Noël prochain, et ce ne serait pas un mal. Je n'en peux plus d'avoir ma mère sur le dos, souffla t-il en grimaçant, faisant rire James.

- Elle est si terrible ?

- Tu n'as même pas idée, répondit le jeune homme. »

 

 

Quelques minutes plus tard, ils pénétrèrent dans leur Salle commune et James ne fut pas surpris de constater que la petite fête prévue après chaque match n'était pas aussi survoltée qu'elle l'avait été lorsqu'ils avaient gagné contre Serpentard, et qu'elle ne le serait lorsqu'ils gagneraient contre Serdaigle. Si seulement ils gagnaient contre Serdaigle.

 

La musique était présente, mais pas assourdissante, probablement parce que Sirius n'était pas encore arrivé, et les élèves étaient disséminés en petits groupes, riants et discutants du match, et leur bonne humeur enveloppa James comme une grosse couverture en laine. Quelques applaudissements les accueillirent, Frank et lui, et ils saluèrent solennellement leur public avant de se joindre à eux lorsque Buckley, Benjy, et Sirius débarquèrent quelques secondes plus tard.

 

Lily, vêtue d'un simple haut à bretelles, était déjà assise près de la cheminée entre les jambes de Marlène qui était en train de lui masser l'épaule et le dos tout en discutant avec Rémus, Peter, et Mary, tous les trois confortablement installés sur le canapé rouge. James abandonna son sac devant les escaliers, fit un brève crochet vers le buffet de confiseries qui avait été installé là par des quatrième année dont il salua l'initiative, puis les rejoignit.

 

Il s'échoua sur le fauteuil le plus proche de la cheminée en poussant un long soupir d'aise. Ses membres étaient encore engourdis par le froid extérieur et les efforts fournis, alors la chaleur des flammes était une véritable bénédiction.

 

 

« Je te le dis, Marlène, souffla Lily, il est plus collant qu'un canapé en cuir en été.

- De qui est-ce qu'on parle ? demanda t-il alors que la jeune femme blonde riait à la comparaison de sa meilleure amie.

- Dave Goujon, lui répondit Mary, le regard espiègle. Il a proposé à Lily qu'ils se voient pendant les vacances de février. »

 

 

Un sentiment désagréable germa au creux du ventre de James qui se redressa légèrement, posant les yeux sur la jeune femme rousse sans toutefois oser formuler la question qui le démangeait. Il se détendit légèrement lorsqu'il se souvint de la phrase peu flatteuse qu'elle avait lâché à son propos quelques secondes auparavant.

 

 

« Ce n'est pas qu'il n'est pas gentil, continua Lily l'air de rien, mais je ne veux pas qu'il s'imagine quoi que ce soit.

- Comme si ce n'était pas déjà le cas, se moqua Marlène dont les mains s'attardaient sur l'épaule droite de Lily.

- Ça me rappelle la fois où il s'est précipité pour être ton partenaire de potions quand Mary était malade, intervint Rémus, amusé par la situation.

- J'ai pourtant l'impression d'être toujours très claire avec lui, mais je ne veux pas non plus être méchante, bredouilla Lily. Qu'est-ce que je fais mal ?

- Absolument rien, répondit James. Goujon est un sale type, c'est tout. »

 

 

Il réalisa quand les cinq paires d'yeux se braquèrent sur lui qu'il n'y était peut-être pas allé de main morte, et il déglutit avant de fourrer une plume en sucre dans sa bouche.

 

 

« Est-ce que tu sais quelque chose qu'on ne sait pas ? lui demanda Marlène, haussant les sourcils. »

 

 

Rémus et Peter s'enfoncèrent un peu plus dans le canapé, et James remercia Merlin que Sirius ne soit pas dans les parages.

 

 

« Est-ce que quelqu'un a vu Sirius ? demanda t-il finalement, et juste comme cela, ils se tournèrent tous vers le côté opposé de la pièce, oubliant momentanément le véritable sujet de la discussion.

- Là bas, avec Alice et Frank, répondit Mary en pointant l'index vers le buffet autour duquel ils étaient tous les trois en train de discuter.

- Ca me fait penser que je meurs de faim, déclara Marlène en se dégageant de derrière Lily pour se lever.

- Hé, protesta la jeune femme rousse. Mme Pomfresh a dit qu'il fallait masser pendant une demie-heure ! »

 

 

Marlène lui lança un curieux regard que James ne sut pas interpréter, accompagné d'un sourire malin avant de disparaître derrière un groupe de cinquième année.

 

 

« Tu es passée à l'infirmerie alors ? s'enquit James.

- Oui, juste après ma douche. C'est juste un mauvais coup qui pourrait tourner en horrible hématome si je n'applique correctement cette foutue lotion. Est-ce que l'un de vous est plus doué que Mary avec ses mains ? demanda t-elle en jetant un rapide regard entre les trois garçons.

- Ça me blesse un peu, mais je sais que je risquerais de te lustrer l'autre épaule, admit la jeune femme brune, faisant pouffer Peter qui secoua la tête de droite à gauche avec un entrain qui découragea aussitôt Lily de faire appel à lui.

- James lisait des tas de manuels sur la détente musculaire pendant un moment, pointa Rémus. »

 

 

C'était curieux et fascinant comme James pouvait à la fois avoir envie de l'étouffer dans les coussins du canapé et de l'embrasser à pleine bouche pour avoir émis une telle suggestion.

 

 

« Est-ce qu'il n'y avait que des images ou est-ce que tu as vraiment appris à lire ? se moqua Lily. »

 

 

Il haussa les sourcils sans retenir le rire sarcastique qui lui échappa juste avant qu'il ne s'extirpe de son fauteuil pour aller occuper l'exacte même place que Marlène quelques secondes plus tôt. Le regard de Lily le suivit jusqu'à ce qu'il ne soit installé derrière elle, et il n'avait aucune idée de la façon dont il devait l'interpréter, mais il jura y avoir vu du soulagement.

 

 

« Ma mère m'a surtout montré comment gérer les douleurs d'après match, expliqua t-il. Où est-ce que tu as mal exactement ? »

 

 

Elle posa sa main sur sa nuque avant de descendre sur son épaule et sur une grande partie du côté droit de son dos. Il était déterminé à rester focalisé sur sa mission principale, mais c'était compliqué quand cette mission principale consistait à faire précisément ce qu'il se retenait constamment de faire, à savoir, la toucher.

 

 

« Oh, au fait Lily, Daisy Hookum était dévastée que tu aies été plus rapide qu'elle à attraper le vif d'or, je l'ai entendu en parler avec Doris Purkiss, reprit Peter alors que James frottait rapidement ses mains sur ses cuisses pour les réchauffer avant de les poser sur elle.

- Je sais, pointa t-elle. Bertram et elle étaient devant la salle commune tout à l'heure. Ils m'ont félicitée. Bizarrement, elle n'y a pas mis autant de cœur que lui.

- Enfin, Bertram t'a félicitée, et elle avait l'air d'avoir envie de l'étriper pour ça, appuya Mary. »

 

 

Le visage de Lily était tourné vers leurs trois amis, si bien que quand elle ouvrit la bouche pour répondre à Mary, James eut une vue parfaite de son profil, et il la vit nettement la refermer aussitôt qu'il posa ses mains sur elles, comme si la phrase qu'elle s'apprêtait à prononcer s'était volatilisée de son esprit. Il réprima un sourire, mais ce fut plus compliqué lorsqu'une espèce de courant électrique passa directement de sa peau à la sienne quand elle bafouilla et que sa voix sembla résonner sous ses doigts.

 

 

« C'était un beau match, commenta Rémus en piochant dans un tas de chocogrenouilles posé sur la table basse. Est-ce que Sirius a gagné un pari avec toi ? Il a l'air trop content pour que ce ne soit que l'euphorie de la victoire.

- C'est peut-être aussi parce que Marlène est collée à lui, lui fit remarquer Mary.

- Clairement, affirma James qui était trop occupé à encaisser la façon dont Lily se détendait contre lui pour jeter un coup d'oeil de l'autre côté de la pièce. Mais on a aussi parié que celui qui ferait la figure la moins spectaculaire devrait faire les devoirs de l'autre toute la semaine.

- Et tu as perdu ? s'indigna Mary. Avec le truc que tu as fait ?

- C'était serré, répondit-il en haussant les épaules.

- Est-ce que ton ego s'en remet ? le taquina Lily, et quand il exerça une pression avec ses deux pouces en haut de son omoplate, elle ravala son rire.

- Je vais descendre. Prends une profonde inspiration et relâche doucement, lui dit-il alors que ses doigts traçaient une ligne invisible dans son dos.

- Merlin, laissa t-elle échapper dans un murmure, et le ton de sa voix à ce moment là le rendit fébrile. »

 

 

Elle avait fait exprès de ne pas le retenir. Il le vit au subtil sourire qu'elle laissa filtrer. Il avait du mal à continuer à garder sa ligne de conduite, et c'était comme si elle le savait, comme si elle faisait tout en son pouvoir pour le faire dévier ne serait-ce qu'un peu, et c'était comme être en cinquième année à nouveau. A l'exception près que les rôles étaient inversés. Et qu'elle n'était pas stupide, contrairement à lui à l'époque. Et aussi qu'il n'était pas indifférent, contrairement à elle à l'époque.

 

Rémus, Mary, et Peter étaient toujours en train de débattre sur le match et sur qui de lui ou de Sirius avait fait la meilleure figure, et alors que ses paumes de mains remontaient le long de ses épaules, James se demanda si l'attirer contre lui serait si terrible. Il suffisait juste qu'il exerce une petite pression et il était certain qu'elle se laisserait tomber contre son torse.

 

 

« Tu ne nous as toujours pas dit ce que tu as contre Dave, maintenant que j'y pense, lui fit-elle remarquer à voix basse.

- Je n'aime pas comment il te regarde. »

 

 

Les mots étaient sortis sans qu'il n'ait pu les arrêter, et il grimaça dans son dos, ses mains se stoppant sur sa nuque pendant un court instant avant de reprendre leur chemin. Il la sentit se tendre légèrement, et alors qu'elle ouvrait la bouche pour répondre, Sirius surgit de nulle part et la coupa dans son élan.

 

 

« J'ai tellement de commentaires à faire là dessus que je ne sais pas lequel choisir, chantonna t-il en faisant des petits cercles avec son index dans leur direction.

- Aucun, peut-être ? proposa Lily en lui adressant un sourire sarcastique.

- Comme tu voudras Evans, lui concéda t-il un peu trop facilement au goût de James qui le connaissait assez bien pour savoir que c'était louche. Passons au sujet suivant. Comment s'est passée cette première fois avec nous ? »

 

 

Évidemment.

 

Il ne pouvait pas être soudainement devenu un modèle de discipline, de réflexion, et de maturité. James doutait d'ailleurs que son meilleur ami connaisse la définition des trois mots. Toutefois, il dut admettre que la remarque lui arracha un sourire amusé.

 

 

« Mieux que celle avec Bertram, c'est certain, plaisanta t-elle du tac-au-tac, provoquant un gloussement incontrôlé dans son dos, et un rire tonitruant du côté de Sirius. »

 

 

L'entendre descendre en flèche l'un de ses ex petits-amis était probablement l'une de ses choses préférées sur terre, et quand Sirius frappa dans la main de Lily en lui déclamant son amour totalement platonique mais non moins existant, James songea que cette journée n'aurait pas pu mieux se terminer.

 

End Notes:

A bientôooot :)

15-04-1978 by ECM

« Aurais-tu l'extrême amabilité d'arrêter ça ? demanda Sirius d'un air ennuyé en faisant un signe de tête vers le pied de James qui tapait nerveusement contre la table basse du salon des Potter. Je ne peux pas me concentrer.

- Te concentrer sur quoi ? répliqua moqueusement James, il n'y a que des photos, dans la Gazelle du sorcier. »

 

 

Sirius tourna nonchalamment une page du journal érotique et laissa échapper un long soupir avant de montrer l'intérieur à James, et de pointer une image sur laquelle une joueuse de quidditch était à moitié nue sur son balai.

 

 

« Elle mérite définitivement toute mon attention, lui assura t-il avec un sérieux désarmant.

- Pourquoi est-ce que tu ne lis pas ça dans ta chambre comme n'importe quel pervers normalement constitué ?

- J'aime vivre dangereusement, et c'est exactement le genre de raison pour laquelle ils copient chaque semaine la première page de la Gazette. On peut feuilleter ça devant n'importe qui sans qu'ils ne se doutent une seule seconde que...

- Que tu ne devrais certainement pas mettre mon nom sur ce genre d'abonnement si tu ne veux pas que je le découvre, intervint Euphemia en passant derrière lui et en lui subtilisant l'ouvrage des mains sans qu'il n'ait le temps de réagir. »

 

 

Elle avait surgi de nulle part, faisant légèrement sursauter les deux garçons. C'était l'un de ses nombreux talents, mais certainement pas celui que Sirius préférait étant donné qu'elle l'avait surpris dans une position compromettante avec Doris Crockford deux années auparavant. James, contrairement à lui, avait appris à vivre avec. Il était bien plus méfiant, et surtout, il avait développé une capacité hors du commun pour faire ses coups en douce. Sirius était également doué dans le domaine tant qu'ils étaient à Poudlard, mais chez eux, il n'était pas de taille face à Euphemia.

 

 

« Quelle ne fut pas ma surprise ce matin lorsque j'ai déplié mon journal et que je suis tombée sur une charmante jeune femme concoctant des potions dans le plus simple appareil, déclara t-elle l'air de rien alors que le jeune homme s'était brusquement redressé dans son fauteuil.

- Probablement pour éviter les projections sur ses vêtements, tu sais comme la pimentine peut tâcher, Mimi. »

 

 

James était toujours impressionné de voir à quel point Sirius ne se laissait jamais démonter. A sa place, il se serait probablement tant enfoncé dans les coussins du canapé que même un sortilège d'expulsion n'aurait pas été suffisant pour l'en dégager.

 

 

« C'est certainement ça, confirma Fleamont qui venait d'émerger de la cuisine, une tasse de thé à la main.

- Je suppose qu'il a au moins le bon goût de ne pas acheter chez Mâle et Fils, ajouta Euphemia en haussant une épaule.

- Ces magazines sont horribles, je n'aurais jamais pris ça ! s'indigna Sirius d'un air dégoûté.

- Et comment est-ce que tu le sais, exactement ?

- J'ai... Oh Mimi s'il te plaît ne me regarde pas comme ça, bredouilla t-il. J'en ai trouvé un sous le lit de mes parents quand j'avais douze ans. Crois-moi, j'aurais préféré ne jamais voir ça. »

 

 

Il avait la mine si basse qu'il était impossible de remettre en question sa parole, et James ne fut pas tellement étonné lorsqu'Euphemia lâcha finalement le journal sur ses genoux. Ils étaient assez ouverts lorsqu'il s'agissait de discuter de ce genre de choses, et surtout, de se rappeler de ce que c'était, d'avoir dix sept-ans.

 

 

« A l'avenir, nous aimerions que tu t'informes sur les nouvelles du jour dans ta chambre, en toute intimité, plutôt qu'au milieu du salon.

- Bien reçu, répondit-il en repliant l'ouvrage. Est-ce qu'on peut en venir au sujet le plus intéressant, maintenant ? demanda t-il avant de s'empresser de répondre à leurs regards interrogatifs, un sourire diabolique figé sur les lèvres. James est stressé pour son rendez-vous avec Lily. »

 

 

Le traître.

 

James lui jeta un coup d'oeil mauvais, et ignora délibérément ses parents qui avaient tourné la tête vers lui et semblaient attendre qu'il se mette à parler. Il avait dit à Lily qu'ils iraient voir le prochain match des Faucons ensemble, et le jour était arrivé, et il ne parvenait pas à arrêter de penser au fait qu'elle avait accepté sans sourciller. Elle allait passer l'après-midi et peut-être la soirée avec lui, et accessoirement avec ses parents et Sirius, et cette réalité le faisait se sentir à la fois extrêmement bien, et très, très mal.

 

Leur relation ne cessait de progresser, et les sentiments qu'il ressentait le mettaient dans une telle confusion qu'il ne savait plus quoi en faire. C'était comme s'ils devenaient plus forts à chaque fois qu'ils échangeaient le moindre mot, et c'était pire quand elle n'était pas là. Elle laissait un manque terrible en lui que rien, absolument rien ne pouvait combler, et l'idée même qu'elle puisse un jour disparaître de sa vie, que leur amitié ne s'envole, qu'il gâche tout d'une manière ou d'une autre, le terrifiait.

 

 

« Tu es vraiment un sale c...

- Langage, James, le coupa son père en fronçant les sourcils alors que Sirius semblait extatique.

- Ce n'est pas un rendez-vous. Vous serez là, ajouta t-il, un poil sur la défensive.

- Je reste travailler à la maison, l'informa son père, mais je suis convaincu que ta mère ne verra pas d'inconvénient à vous laisser un peu d'espace si c'est ce dont vous avez besoin. »

 

 

C'était exactement le genre de conversation qu'il ne voulait pas avoir. Comme si toute la gêne du monde venait d'apparaître au même endroit.

 

Dans son salon.

 

En lui, plus exactement.

 

Et il voyait bien que ses parents essayaient de rendre les choses très normales, mais cela ne faisait que renforcer son malaise. Merlin, parfois, il détestait Sirius.

 

 

« Ce n'est pas un rendez-vous, répéta t-il, bougon.

- Je croyais que tu aimais bien Lily ? l'interrogea sa mère d'une voix qui se voulait rassurante.

- Là n'est pas la question.

- Là est toute la question, réfuta Fleamont avant de boire une gorgée de thé.

- Il ne veut pas sortir avec elle à cause du quidditch, et de leur amitié, et...

- Je commence à m'inquiéter du fait que tu sois physiquement incapable de te taire, souffla James à l'adresse de son meilleur ami.

- A cause du quidditch ? répéta Euphemia, perplexe.

- Parce qu'elle joue dans l'équipe. Et que quand je l'ai recrutée, il y a une rumeur qui a circulé dans toute l'école comme quoi elle ne devait sa place qu'au fait que je... l'aime bien, termina t-il, essayant d'ignorer la confusion ambiante. Je ne veux pas que les gens puissent penser que c'est la vérité.

- Et c'est le cas ?

- Non, bien sûr que non, nia t-il aussitôt. Elle n'était peut-être pas meilleure que tous les autres techniquement, mais elle a appris à jouer rapidement et sur le tard, je n'avais aucun doute qu'elle progresserait plus vite que quiconque. Et puis sa personnalité correspondait à l'équipe. Celle des autres ne collait pas, ça n'aurait pas fonctionné.

- Il n'a pas tort, l'appuya Sirius, ce qui le soulagea considérablement.

- Et elle le sait, n'est-ce pas ? s'enquit Fleamont.

- Évidemment.

- Alors quel est le problème ?

- Il y a d'autres trucs, marmonna t-il en pensant au manque d'elle omniprésent et à la façon dont il l'achèverait si jamais quelque chose se passait mal entre eux. Est-ce qu'on pourrait... Je ne sais pas, ne pas en parler maintenant ?

- Bien sûr, bien sûr, s'empressa de répondre Euphemia en s'avançant vers lui pour lui caresser la joue, n'oublie pas que nous sommes là si tu as besoin d'en discuter. Et ça vaut pour toi aussi, mon chéri, termina t-elle en se tournant vers Sirius. »

 

 

Le jeune homme aux longs cheveux bruns hocha la tête et esquissa un sourire chaleureux en direction de la seule figure maternelle qui ait jamais vraiment compté pour lui, et James oublia pendant un instant tous ses états d'âme. Il y avait quelque chose dans le fait de voir ses parents aussi proches de Sirius qui l'avait toujours un peu bouleversé. C'était comme s'ils comprenaient exactement à quel point il l'avait toujours considéré comme un frère, et qu'ils étaient eux mêmes convaincus qu'il avait toujours été leur deuxième fils. Il était seulement né dans la mauvaise famille.

 

Il avait ressenti le même élan de tendresse pour eux le jour où ils étaient rentrés pour les vacances de Noël en cinquième année, et qu'ils s'étaient tous les deux rendus compte que Fleamont et Euphemia avaient trouvé le moyen de l'ajouter aux quelques photos de famille éparpillées dans le manoir. Il était persuadé qu'il n'oublierait jamais l'expression à la fois troublée et profondément heureuse sur le visage de son meilleur ami. C'était probablement la seule fois de sa vie que ce dernier était resté muet plus de cinq minutes.

 

 

« A quelle heure Lily doit-elle arriver ? demanda Fleamont.

- Elle ne devrait pas tarder, répondit James après un regard vers l'imposante horloge qu'ils tenaient de ses grands-parents.

- Est-ce que vous avez reparlé de l'épisode de la veille des vacances par hiboux ? s'enquit Sirius, et James constata avec une pointe de reconnaissance que ses parents s'efforçaient de ne pas avoir l'air d'écouter, feignant discuter l'un avec l'autre. »

 

 

James secoua la tête de gauche à droite, son appréhension se mêlant à une certaine impatience qu'il ne parvint pas à refouler alors qu'il repensait à ce fameux vendredi soir.

 

 

 

 

 

Il était presque une heure du matin et la salle commune était plongée dans la pénombre, à l'exception d'un coin éclairé par le feu qui avait brûlé dans la cheminée toute cette première semaine du mois d'avril. Les températures hivernales semblaient refuser de laisser leur place à la douceur du printemps, mais James aimait le reflet jaune orangé que les flammes projetaient tout autour de lui alors qu'il travaillait sur un devoir particulièrement long, et aussi le craquement du bois qui lui rappelait Noël chez ses parents.

 

 

« James ? »

 

 

Il tourna rapidement la tête vers les escaliers et distingua vaguement la silhouette de Lily au milieu des marches qui grincèrent sinistrement sous ses pieds lorsqu'elle les descendit.

 

 

« Qu'est-ce que tu fais ?

- J'essaie de terminer un devoir d'études des moldus, répondit-il sur un ton parfaitement égal bien que ses yeux aient fait un rapide aller retour entre les siens et le short de pyjama très court qu'elle portait.

- La veille des vacances ? s'enquit-elle en laissant échapper un rire perplexe.

- Exactement. Les vacances, répéta t-il, le seul moment où il est hors de question que je touche à un seul parchemin.

- J'imagine que ça fait sens, admit-elle en haussant les épaules. »

 

 

Il l'entendit s'échouer sur le canapé contre lequel il était adossé, assis en tailleur sur le parquet alors que son poignet reposait sur la table, sa plume suspendue au dessus du parchemin qu'il avait du mal à remplir.

 

 

« Mais il est presque une heure du matin, je suis désolée de t'annoncer que nous sommes théoriquement déjà en vacances, reprit-elle.

- Tant que le jour ne s'est pas levé, je refuse de l'admettre.

- Il faut toujours que tu défies les lois de l'univers, souffla t-elle moqueusement. »

 

 

Il sourit pour toute réponse, fit tourner sa plume sur ses doigts, et se redressa légèrement quand il sentir le coussin du canapé bouger derrière lui. Il pivota juste assez pour voir qu'elle s'était allongée et qu'elle avait une vue parfaite sur son parchemin.

 

 

« Les similitudes et différences entre le système éducatif moldu et le système éducatif magique, lut-elle. Qu'est-ce que tu as trouvé, jusque là ?

- J'ai décrit un emploi du temps classique, et fait un résumé du système public et du système privé. L'année dernière, tu m'as expliqué que les matières ne sont pas les mêmes qu'ici, donc j'en ai listé quelques unes, mais je bloquais sur le sport. Je sais que les moldus ne jouent pas au quidditch, mais je n'ai aucune idée de ce qu'ils font.

- Beaucoup de football, dit-elle. En gros, il s'agit de taper dans un ballon avec son pied, et de marquer des buts dans une grande cage rectangulaire défendue par un gardien.

- Ça se tient.

- Il y a aussi le tennis, l'athlétisme, le criquet, l'équitation, le hockey, le rugby... elle s'interrompit et quand il tourna la tête vers elle, il constata qu'elle le fixait d'un air curieux. Je crois que tu aimerais le rugby.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Ça se joue avec un ballon ovale que ton équipe et toi devez faire progresser vers l'avant du terrain pendant que les adversaires essaient de vous plaquer au sol.

- Ça a l'air grandiose, souffla t-il, enthousiaste. Il faudrait qu'on en fasse une partie un jour.

- N'aie pas l'air aussi impatient à l'idée de me plaquer au sol, Potter, ou je risque de me faire des idées. »

 

 

La plaisanterie n'en était qu'à moitié une, mais James ne put s'empêcher de laisser échapper un rire étranglé, ignorant autant qu'il le put la tiédeur dans sa nuque nullement causée par le feu dans la cheminée.

 

 

« Pourquoi est-ce que tu pars directement du principe qu'on jouerait l'un contre l'autre ? l'interrogea t-il, et elle demeura muette pendant quelques secondes avant de répondre.

- D'accord, tu m'as eue, j'imagine que c'est moi qui ai envie de te plaquer au sol, avoua t-elle en riant d'une telle façon qu'il eut l'impression que son cœur venait de doubler de volume dans sa poitrine. »

 

 

Il ne sut même pas comment il parvint à écrire une nouvelle phrase sur son parchemin après l'avoir entendue admettre une telle chose. Ils étaient seuls. Ils ne l'avaient pas été depuis longtemps. Pas de cette façon, en tout cas. Pas en pleine nuit, sans aucun bruit autour, pas sans le sérieux qu'ils s'imposaient lors de leurs rondes, et il n'aurait définitivement pas dû apprécier autant cette intimité.

 

Il ne savait pas si c'était l'euphorie du départ en vacances ou l'habituelle impulsivité qui le gagnait dès que la nuit tombait, mais il avait envie de rentrer dans son jeu.

 

 

« Tu vas me faire regretter de ne pas avoir de ballon ovale dans mon dortoir, Evans. »

 

 

Elle pouffa de nouveau, et il la vit rougir très légèrement avant de reporter son regard sur son parchemin. Il trempa sa plume dans son encrier pour lister le nom de tous les sports qu'elle lui avait cités, et en voyant les mots s'étaler les uns après les autres, elle décida de lui donner un peu plus d'explications sur chacun d'entre eux, ce qui lui permit d'arriver en bas de son parchemin en une cinquantaine de minutes.

 

 

« Merci. Il ne me reste plus que la conclusion, je devrais pouvoir broder quelque chose.

- Est-ce que tu veux que je te relise après ?

- Si ça ne te dérange pas, répondit-il mécaniquement, mais il est vraiment tard et si tu veux retourner te coucher je...

- Marlène ronfle horriblement fort, ma seule chance de me rendormir m'est passée sous le nez, le coupa t-elle, et il entendit la grimace sur son visage sans même avoir à pivoter pour la regarder. Deux heures de sommeil, c'est mieux que rien.

- C'est ce qui t'a fait descendre ?

- Non. J'ai rêvé que Peeves avait fait éclater des bombabouses sur toute la surface du sol de la salle commune. Je devais vérifier, et je me dis que ce n'est pas une mauvaise chose que je sois venue ici. Ce canapé est assez confortable pour que je termine ma nuit. »

 

 

Elle ajusta légèrement sa position, poussa un soupir d'aise qui lui fit tant resserrer ses doigts sur sa plume qu'il l'entendit craquer, et pendant quelques secondes, ils se fixèrent sans rien dire. C'était à la fois étrange et parfaitement naturel.

 

 

« Je sais que tu aimerais pouvoir me regarder comme ça toute la nuit, Potter, mais ton parchemin ne va pas s'écrire tout seul, plaisanta t-elle.

- Je n'avais pas réalisé que tu étais devenue légilimens, ironisa t-il.

- Je n'ai pas besoin de l'être pour deviner toutes les choses qui te sont passées par la tête quand tu as posé les yeux sur mon short, répliqua t-elle aussitôt, et pour la première fois, elle le fit rougir. »

 

 

Il déglutit et reporta aussitôt son attention sur son devoir. Elle avait le don de le pousser dans ses retranchements, et aussi de mettre à mal sa concentration. Il ne pensait pas être aussi transparent, mais visiblement, elle lisait en lui comme dans un livre ouvert.

 

 

« Est-ce que tu repenses parfois à la façon dont on agissait l'un avec l'autre avant ? l'interrogea t-elle soudainement.

- J'essaie d'oublier, répondit-il, flegmatique, alors qu'il faisait gratter sa plume sur son parchemin, et il l'entendit ravaler un rire.

- Je n'arrive pas à comprendre comment on en est arrivé là.

- J'ai eu pitié de toi à un moment, plaisanta t-il. »

 

 

Il y eut un nouveau rire, et elle se redressa juste assez pour lui donner une petite tape derrière la tête qui le fit s'esclaffer à son tour.

 

 

« Tu es vraiment con.

- Je sais. »

 

 

Il sentit sa main dans ses cheveux, quelque part au niveau de sa nuque. Le geste était discret et à la fois machinal, comme si ce n'était pas la première fois qu'elle le faisait avec lui, comme si elle ne ressentait aucune gêne à l'idée qu'il puisse être pleinement conscient de ce qu'elle voulait. Il se sentit bien.

 

 

« J'aime bien te regarder travailler, lui confia t-elle alors qu'il avait toutes les peines du monde à écrire le moindre mot. »

 

 

Il ne s'était jamais autant retenu de toucher qui que ce soit, et quelque chose de très compliqué était en train de se passer à l'intérieur de lui. A son grand soulagement, elle ne prononça plus un mot pendant plusieurs minutes, et il parvint à terminer son devoir qu'il lui tendit.

 

Elle se redressa jusqu'à s'asseoir en tailleur contre le bras du canapé, ses yeux verts étaient un peu tristes, et il s'en voulut aussitôt parce qu'il n'était pas assez stupide pour s'imaginer une seule seconde que ce n'était pas de sa faute.

 

Il se leva pour partager le canapé avec elle, fatigué de la dureté du parquet, et parcourut son visage avec autant d'attention qu'elle lisait son parchemin, sinon plus. Il aimait ses tâches de rousseur. Il lui apparut à ce moment là qu'il n'y avait rien qu'il aimait d'avantage. A part peut-être sa bouche. Merlin seul savait combien de fois il l'avait imaginée sur lui. Ou peut-être sa personnalité. Aussi terrible puisse t-elle être parfois. 

 

Il posa sa main sur son genou, ignorant les préoccupations qui lui serraient la gorge, et son regard croisa une nouvelle fois le sien au dessus du parchemin tendu devant elle. Il se mordit la lèvre, et en un instant, sans qu'il n'ait le temps d'esquisser le moindre geste pour l'en empêcher, elle se retrouva sur ses genoux, ses jambes repliées de chaque côté de ses cuisses.

 

Son visage était si proche du sien qu'il se découvrit une passion pour l'air qui circulait entre sa bouche et la sienne.

 

 

« Ne fais pas ça, dit-il sans toutefois savoir comment il pouvait être capable de lui demander de ne pas l'embrasser.

- J'aurais pourtant juré que tu avais envie que je fasse exactement ça, répondit-elle en bougeant juste assez sur lui pour lui faire comprendre comment elle avait pu en venir à une telle conclusion.

- Je sais, je sais, Merlin, Lily, je sais, répéta t-il en essayant de retrouver un minimum de contrôle sur lui même. J'aimerais bien qu'on... »

 

 

Il s'interrompit et déglutit, les yeux baissés sur ses doigts qui s'étaient instinctivement agrippés à ses cuisses comme s'il refusait de lui laisser la possibilité de croire qu'il n'avait pas rêvé de ce moment quelques centaines de fois. Il était ridicule. Il avait déjà mémorisé des gestes qu'il n'avait jamais fait avec elle.

 

 

« Qu'est-ce que tu aimerais bien ? »

 

 

Il ferma les yeux parce que son ton était suppliant et qu'il ne l'avait jamais entendue implorer qui que ce soit de cette façon, avec une voix aussi suave qui n'avait absolument rien de platonique et qu'il ressentit jusque dans son entrejambe.

 

Il la voulait. Plus que tout, au point que les pensées qui l'avaient empêché d'agir jusque là lui paraissaient absurdes et lointaines. Il ouvrit la bouche pour lui répondre, mais au même moment, une détonation retentit au dessus d'eux, quelque part dans les dortoir, les faisant sursauter et s'éloigner l'un de l'autre. Une seconde plus tard, Peter descendait les escaliers en trombe.

 

 

« James, il y a eu un petit problème avec... Tu-sais-quoi. »

 

 

« Tu-sais-quoi » étant la potion qu'ils essayaient de concocter depuis des mois et qui était supposée aider Rémus dans ses transformations. S'il en croyait l'épaisse fumée qui commençait à descendre des escaliers, leur dernière idée n'avait pas fonctionné.

 

 

« Oh. Hum. D'accord. Je... J'arrive, balbutia t-il avant de contourner le canapé, puis de se retourner vers Lily.

- Est-ce que je dois m'inquiéter ? demanda t-elle à Peter.

- Tout est sous contrôle, répondit-il, la voix chevrotante.

- C'est flagrant. Peut-être que tu ferais bien de monter avant qu'un feu ne ravage toute la tour, James.

- Je...

- Tout va bien, le coupa t-elle en esquissant un sourire rassurant comme si elle avait compris tout ce qu'il ne disait pas. »

 

 

Il resta interdit pendant un court instant, puis il acquiesça et disparut dans les escaliers derrière son ami.

 

 

 

 

 

 

Trois coups frappés à la porte lui firent braquer les yeux sur l'entrée vers laquelle se mère se dirigea d'un pas rapide, impatient, même. Elles s'étaient déjà brièvement rencontrées l'année précédente alors que Lily était venue à l'anniversaire de James, mais les choses avaient encore changé entre eux depuis et il était persuadé que sa mère voulait savoir à quel point.

 

 

« Bonjour Lily, je t'en prie entre.

- Comment allez-vous ?

- Parfaitement bien, je suis ravie de t'avoir ici. Tu ne peux imaginer à quel point je suis soulagée de savoir que je ne serais pas seule avec ces deux là, lui confia Euphemia après l'avoir guidée dans le salon et désigné Sirius et James du doigt, faisant sourire Lily qui les salua avec beaucoup plus de retenue qu'en temps normal. Qu'est-ce que tu as là ? enchaîna t-elle en observant curieusement l'objet coincé entre l'avant bras et la taille de la jeune femme. »

 

 

Les yeux de James suivirent ceux de sa mère, et son cœur manqua un battement alors que Lily brandissait une balle ovale devant elle.

 

 

« Oh, ça ?! C'est un cadeau pour les garçons. Pour les remercier de l'invitation. C'est...

- Un ballon de rugby, termina t-il en clignant rapidement des yeux. »

 

 

Elle acquiesça, les joues roses, et il la vit déglutir quand l'objet passa de ses mains aux siennes sans que ses yeux n'aient quitté les siens à un seul instant.

 

 

« Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que ce n'est pas du tout pour moi ? commenta narquoisement Sirius derrière James.

- Ça se joue à plusieurs, Sirius, lui fit remarquer Lily.

- Ah oui ? Parce qu'à la façon dont vous vous regardez, on pourrait croire que ça ne se joue qu'à deux, plaisanta t-il, et Fleamont lui donna un discret coup de coude.

- Nous devrions partir maintenant si nous ne voulons pas rater les présentations d'équipes, intervint Euphemia qui s'était définitivement aperçue de la gêne des deux autres, et une pointe de gratitude passa sur le visage de Lily.

- Est-ce qu'on transplane directement là bas ? l'interrogea t-elle en la suivant à l'extérieur de la maison.

- Oui. James va t'escorter et j'irai avec Sirius, de cette façon nous ne serons pas trop éparpillés. Prêts ? »

 

 

James posa le ballon du rugby sur le canapé, lui tendit la main et il se passa une seconde avant qu'elle n'y glisse la sienne. Sirius et Euphemia avaient déjà transplané lorsqu'ils disparurent à leur tour avant de se retrouver au milieu d'une foule. Un minuscule sorcier bouscula James qui se retrouva projeté contre Lily, et il murmura une excuse avant de resserrer un peu plus ses doigts autour des siens et de parcourir le chemin qui les séparait des tribunes.

 

 

« Est-ce qu'il ne faut pas montrer nos tickets avant ? l'interrogea Lily en évitant soigneusement un cortège de cheerleaders.

- Personne n'ose jamais contrôler mes parents, répondit-il en haussant les épaules. »

 

 

Ils continuèrent à se frayer un chemin entre les supporters, grimpant les marches des gradins tout en cherchant Sirius et Euphemia des yeux, jusqu'à ce qu'ils ne les repèrent enfin, non loin de la loge réservée au ministre.

 

 

« Il va falloir passer rapidement, lui dit James, il ne faut pas qu'Harold Minchum nous remarque, il nous avait offert des places dans sa loge et maman a refusé en prétextant que nous ne serions pas là.

- Merlin, nous vivons vraiment dans deux mondes différents, s'amusa t-elle alors qu'il se dissimulait du ministre de la magie, quelques pas devant eux, tout en essayant de ne pas trop réfléchir à la phrase qu'elle venait de prononcer.

- Tu as prévenu tes parents que le match pourrait durer des heures ? Les vifs d'or des matchs officiels sont beaucoup moins coopératifs que les nôtres, et les deux équipes sont en tête de tableau.

- Est-ce que tu as peur qu'ils te détestent si tu me ramènes après le couvre-feu ? se moqua t-elle.

- Peut-être un peu, se contenta t-il de répondre alors qu'ils atteignaient enfin leur destination. »

 

 

Sirius et Euphemia étaient en train de regarder les équipes s'échauffer tout en montrant quelques joueurs du doigt, et ils s'arrêtèrent dès qu'ils les virent s'installer à côté d'eux.

 

 

« Est-ce que vous vous êtes arrêtés quelque part pour vous tripoter ou est-ce que vous êtes juste lents ?

-Tu n'as pas besoin d'être jaloux Sirius, la prochaine fois tu inviteras Marlène, répliqua Lily en s'asseyant à côté de lui, le bousculant volontairement au passage. »

 

 

Elle jugea bon de retirer son pull à ce moment là, et les deux garçons poussèrent une exclamation scandalisée qui lui fit esquisser un sourire satisfait. Elle portait un t-shirt bleu marine sur lequel deux joncs d'or étaient brodés au niveau de la poitrine. Le motif officiel du Club de Flaquemare.

 

 

« Tu n'as pas OSÉ ! s'écria Sirius en portant sa main à son cœur, feignant le malaise. Mimi, retiens-moi. Retiens-moi. Il y a un traître dans nos rangs.

- Il était hors de question que je supporte votre équipe violente, déclara Lily en croisant ses bras contre sa poitrine.

- Parce que se coller des flèches dans le crâne, c'est tout ce qu'il y a de plus amical peut-être ? riposta James en faisant allusion à son équipe préférée.

- Les Flèches d'Appleby ne tirent pas sur les adversaires. Et en plus il n'est même pas question d'eux, mais du Club de Flaquemare.

- Tu dois admettre, James, qu'ils sont plutôt bons, trancha Euphemia, l'air absolument amusée par la situation.

- Ça ne change rien au fait que Lily ait commis un terrible acte de trahison, certifia t-il, et les deux femmes levèrent les yeux au ciel. Tu te rends compte que Bertram Aubrey est fan du Club de Flaquemare ?! poursuivit-il. C'est comme si tu le choisissais lui plutôt que moi !

- Vieux, ça s'est déjà produit, pointa Sirius. »

 

 

James demeura interdit pendant une seconde avant de se souvenir que Lily était sortie avec le capitaine de l'équipe de Serdaigle quelque part entre leur cinquième et leur sixième année, et ni la grimace qu'elle afficha, ni le coup de poing qu'elle donna dans l'épaule de Sirius ne lui apportèrent un quelconque réconfort. Il jugea soudainement qu'il était temps pour lui de reporter son attention sur les deux équipes qui s'étaient regroupées en attendant le coup d'envoi.

End Notes:

Hey heyyy J'ai fini d'écrire cette fic, donc je vais poster plus vite, et je suis un peu en train d'écrire une suite à Save me in your playlist, mais genre vitesse escargot, et du coup je ne sais même pas si elle paraîtra avant le siècle prochant, mais dans le doute vous êtes prévenus :)

15-04-1978 (2) by ECM

 

« Et c'est une nouvelle faute pour l'équipe de Flaquemare ! Décidément, il semblerait que Smith cherche la collision aujourd'hui ! s'exclama la commentatrice du match.

- Alors, quelle équipe est la plus violente, maintenant ? demanda James à Lily en se penchant légèrement vers elle sans pour autant quitter le terrain des yeux.

- Ce n'est pas parce que Smith a fait un boutenchoc qu'ils sont violents, répondit-elle en levant les yeux au ciel.

- Dois-je te rappeler qu'il y a eu un hochequeue tout à l'heure ?

- Ce n'était même pas si clair.

- Oh maintenant tu es de mauvaise foi, Evans. »

 

 

Cette fois il posa ses yeux sur elle, et son sourire eut raison de sa répartie. Elle se contenta de plaquer sa main sur son visage pour le repousser légèrement, ce qui eut le mérite de le faire rire. En une semaine de vacances, elle avait presque oublié à quel point il lui rappelait constamment qu'elle n'était pas personne.

 

 

 

 

 

 

Lily détestait quand la maison de ses parents était silencieuse. C'était au moment où il n'y avait plus eu de bruit que tout était parti de travers, quelques jours après qu'elle ait reçu sa première lettre pour Poudlard, quand les vacances de ses parents s'étaient terminées et qu'elle s'était retrouvée seule chez elle avec Pétunia, que sa mère n'était plus en train de tricoter devant la télévision et que son père n'était plus en train de cuisiner.

 

Sa sœur ne lui parlait plus. Ou en tout cas le moins possible, et pour la première fois, elle s'était retrouvée seule dans une maison silencieuse, et ses angoisses avaient commencé à apparaître et la suivaient toujours depuis.

 

Elle espérait constamment que chaque vacance serait l'exception à la règle, que les choses avec Pétunia se tasseraient enfin, mais elle s'était mise à la détester en retour pour tout ce qu'elle lui faisait subir, et elle savait que ce n'était pas ce que l'on attendait de deux sœurs. Elle savait que la relation n'était ni normale, ni saine, et elle s'en voulait pour des choses qui n'étaient même pas de son ressort.

 

Elle avait essayé d'en parler à ses parents, mais ils ne comprenaient pas. Ils n'entendaient pas tout, n'étaient pas au courant de la moitié des choses qui se passaient sous leur toit, et il était compliqué pour elle de leur faire comprendre que leurs filles ne s'aimaient pas comme elles étaient supposées s'aimer.

 

Allongée sur le dos sur son lit, la dernière lettre de James partiellement repliée sur son ventre, elle soupira. Elle devait le rejoindre une heure plus tard chez lui. Elle allait enfin respirer, elle allait enfin retrouver des gens qui l'acceptaient comme elle était, elle allait enfin avoir de nouveau l'impression d'être quelqu'un.

 

Elle bondit de son matelas, et fouilla dans son armoire pour en sortir le tee-shirt du Club de Flaquemare qu'elle avait acheté pour l'occasion avec l'intention claire de faire hurler Sirius et James parce qu'elle en tirait toujours une certaine satisfaction qu'elle mettait sur le compte de leur relation passée.

 

Elle l'enfila puis descendit les escaliers pour aller se faire à manger dans la cuisine, et elle constata en esquissant un geste pour mettre l'étiquette de son tee-shirt à la poubelle que Pétunia avait jeté toute la nourriture qu'elle avait cuisiné en trop. Elle avait l'habitude que sa sœur s'arrange pour ne rien lui laisser dès que leurs parents étaient absents, mais ce n'était pas encore une chose contre laquelle elle savait émotionnellement se protéger. Il y avait toujours une partie d'elle même qui le prenait de plein fouet.

 

Elle fixa la nourriture au milieu des ordures d'un air absent pendant plusieurs secondes avant de reprendre ses esprits et de faire toaster des tartines, puis elle se brûla en posant ses deux mains sur la cafetière pour vérifier qu'elle était pleine. Elle dut admettre, les paumes de mains sous le torrent d'eau froide du robinet, que ce n'était pas l'idée la plus brillante qu'elle ait eue, mais au moins elle pouvait maintenant se réjouir du fait que Pétunia ne s'était pas débarrassée de tout.

 

Elle éteignit le robinet et se pencha pour se saisir du pot entamé de beurre de cacahuète dans le placard du bas. Parfois, elle avait l'impression que ses gestes étaient mécaniques quand elle était chez elle. Globalement, elle essayait de faire profil bas, attendant juste la fin des vacances pour pouvoir retourner à Poudlard.

 

Elle aurait pu y rester. Elle l'avait parfois fait, mes ses parents lui manquaient. Ils n'étaient pas parfaits, leur communication avec leurs deux filles laissait grandement à désirer, mais elle ne pouvait pas vraiment les en blâmer. Elle doutait qu'un seul parent ne puisse trouver une solution à leur problème.

 

Comme si elle l'avait entendue penser, Pétunia débarqua dans la cuisine à ce moment là pour se servir un café, et à en voir l'expression sur son visage, c'était l'un de ces jours où elle avait décidé de lui adresser la parole. Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, ce n'était pas bon signe.

 

 

« J'ai remarqué que ton école avait envoyé ton bulletin du deuxième trimestre et que tu l'avais laissé en vue sur la table pour que papa et maman le voient, dit-elle, les bras croisés contre sa poitrine après avoir reposé la cafetière sur le meuble gris de la cuisine. »

 

 

Lily ne répondit pas, simplement parce qu'elle avait appris que c'était pire lorsqu'elle le faisait, et elle donna un coup d'éponge sur le plan de travail sur lequel elle avait fait tomber des miettes. Pétunia semblait bouillir de l'intérieur pour une raison qui lui échappait, et elle en eut la confirmation lorsqu'elle reprit la parole.

 

 

« Tu te crois plus intelligente que moi, n'est-ce pas ?

- Qu'est-ce que tu...

- Je sais que tu te crois spéciale, avec ton école de fous. »

 

 

Lily referma la bouche et déglutit. Le toasteur jeta stupidement ses tartines en l'air à ce moment là, dans une atmosphère si lourde que le moment en fut presque comique.

 

 

« Mais tu sais que tu ne manques à personne quand tu es là bas ? Tu pourrais aussi bien être morte, ajouta t-elle en haussant les épaules. »

 

 

Ses longs doigts se refermèrent de nouveau sur l'anse de la cafetière, et elle vida le liquide restant dans l'évier l'air de rien avant de récupérer sa tasse pleine et de retourner s'enfermer dans sa chambre. Étrangement, la phrase n'atteignit pas autant Lily que son geste. Probablement parce que ce n'était pas la première fois qu'elle l'entendait. Elle pivota vers les toasts à moitié brûlés et songea toutefois qu'elle n'avait plus très faim. Elle les recouvrit malgré tout d'une épaisse couche de beurre de cacahuète puis s'assit à la table en formica.

 

Les repas chez ses parents étaient une épreuve depuis plusieurs années. Elle ne savait pas par quel moyen sa sœur avait réussi à lui mettre dans le crâne qu'elle n'était pas légitime à manger quoi que ce soit, mais elle s'y était certainement prise de la même façon pour lui donner l'impression qu'elle n'était personne. Comme si tout ce qui était vital n'était pas fait pour elle. Comme si elle n'existait pas, et que les gens qui n'existaient pas n'avait pas besoin de faire tout cela.

 

Elle passa une bonne demie-heure à grignoter ses deux toasts, comme une épreuve qui n'en finissait pas, et puis elle traversa le salon pour aller chercher son manteau. Au milieu de la table, son bulletin de notes était noyé dans une flaque de café.

 

 

 

 

 

 

 

« Tu crois vraiment que le match va se terminer tard ? demanda t-elle à James alors que les Faucons venaient de marquer un nouveau but.

- On ne peut pas être sûr, mais je dirais qu'on en a encore pour plusieurs heures. Pourquoi ? Tu en as déjà marre de nous ? s'enquit-il avec un sourire en coin. »

 

 

C'était tout à fait l'opposé.

 

Elle aimait être là avec eux, partager ce moment spécifique. Un moment en famille. Bien qu'elle ne soit pas une Potter, James lui donnait toujours la sensation de faire partie de quelque chose, et à ce moment là, c'était tout ce à quoi elle voulait se raccrocher.

 

 

« J'imagine que je devrais pouvoir réussir à vous supporter encore quelques heures, répondit-elle en prenant un air résigné qui le fit rire. »

 

 

Elle n'avait jamais autant eu envie d'embrasser qui que ce soit. Elle y avait beaucoup pensé ces des dernières années, mais pas autant que depuis la veille des vacances. Depuis leur rentrée en septième année, tout s'était mis à coller entre eux d'une façon étonnement parfaite, comme s'il leur avait fallu tout ce temps pour finalement parvenir à se comprendre. Elle était persuadée que rien n'aurait pu fonctionner avant, même s'ils avaient déjà eu des sentiments l'un pour l'autre. Il leur manquait cette accoutumance qu'ils avaient maintenant après s'être plus ou moins subtilement apprivoisés.

 

 

« Tu crois que Sirius daignera me reparler un jour ? l'interrogea t-elle, les yeux rivés sur le gardien du Club de Flaquemare qui faisait des huit autour de ses buts alors que le meilleur ami de James n'avait daigné lui accorder un regard depuis qu'il avait découvert son vêtement à l'effigie du club adverse.

- Je ne peux pas m'avancer là dessus. Ce que tu as fait était brutal, déclara t-il sur un ton faussement sinistre.

- J'ai besoin de temps, Evans, intervint finalement le jeune homme aux longs cheveux noirs qui était assis à côté de James et qui avait entendu la conversation.

- J'ai des chocogrenouilles dans mon sac, pointa t-elle en se penchant légèrement en avant pour pouvoir le regarder.

- Rien ni personne ne pourra jamais se mettre entre toi et moi, déclara t-il aussitôt. »

 

 

Elle s'esclaffa et posa son sac à dos sur ses genoux, ouvrit la fermeture et distribua des confiseries aux garçons ainsi qu'à Euphemia qui lui tendit une petite bouteille de jus de citrouille en échange, lui adressant un sourire qui lui réchauffa le cœur. Ce n'était que la deuxième fois qu'elle se trouvait en compagnie de la mère de James, mais elle posait toujours un regard bienveillant sur elle, comme si elle se souciait de la savoir à l'aise, et elle en eut la confirmation lorsqu'elles décidèrent de quitter leurs sièges quelques minutes pour rejoindre les toilettes.

 

 

« Merci d'avoir bien voulu que James m'emmène avec vous, lui dit Lily alors qu'elles se lavaient les mains.

- C'est un plaisir. Les amis de James sont toujours les bienvenus, répondit-elle avec ce même sourire chaleureux. Spécialement ceux auxquels il passe son temps à envoyer des hiboux. »

 

 

Cette dernière remarque lui brûla les joues. Ils s'étaient indéniablement beaucoup écrits pendant chaque vacances, tant que leur correspondance était devenue l'une des seules choses qui l'apaisait lorsque ses parents étaient au travail et que Pétunia était le seul être humain avec lequel elle pouvait potentiellement avoir des interactions.

 

Il arrivait qu'elle sorte pour voir Mary et Marlène, mais les filles partaient régulièrement en vacances, parfois pendant une dizaine de jours, alors les échanges s'étaient développés avec James. Ils trouvaient toujours quelque chose à se dire, mais évitaient continuellement d'évoquer l’ambiguïté de leur relation, et c'était quelque chose que Lily trouvait absolument fascinant.

 

Ils n'avaient pas mentionné une seule fois l'épisode de la veille des vacances, et pourtant, elle était sûre qu'il y avait pensé. Si elle avait eu le moindre doute, il se serait évaporé dès qu'elle avait brandi le ballon de rugby devant lui. L'expression sur son visage lui avait donné envie d'éclater de rire.

 

 

« Est-ce que tout va bien ? reprit Euphemia en l'arrêtant alors qu'elles sortaient tout juste des toilettes. James m'a dit que la situation était parfois compliquée chez toi, et je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre quand tu lui as demandé à quelle heure le match se terminait. Si cette sortie pose le moindre problème à tes parents, que tu as besoin que j'aille leur parler ou que...

- Tout va bien, la rassura immédiatement Lily en souriant, à la fois gênée et reconnaissante.

- J'espère que je ne t'ai pas mise mal à l'aise, je veux juste m'assurer que tu n'auras pas de souci en rentrant.

- Oh non. Le problème ne vient pas de mes parents. C'est ma sœur qui a du mal avec le fait que je sois une sorcière, expliqua t-elle en réalisant avec une pointe de gratitude que James n'était pas rentré dans les détails.

- J'en suis profondément désolée. »

 

 

Lily haussa une épaule comme pour lui signifier qu'elle n'y pouvait rien, et alors qu'elles se frayaient un chemin entre les supporters, elle reprit la parole.

 

 

« Est-ce que je peux vous demander à quel point James vous parle de moi ? »

 

 

Elle avait posé la question avec une pointe de malice dans la voix, mais elle espérait secrètement qu'Euphemia comprendrait qu'il ne s'agissait pas autant de rire sur le dos de son fils, que de se rassurer par rapport aux sentiments qu'elle éprouvait pour lui.

 

 

« Très régulièrement depuis un moment déjà. Il ne me dit jamais quoi que ce soit de très personnel, juste que vous vous êtes retrouvés dans le même binôme en potions, que tu progresses drôlement vite au quidditch, ou que tu l'aides avec ses devoirs d'études de moldus, répondit la femme aux longs cheveux poivre et sel, visiblement très amusée par la question. »

 

 

La dernière partie de sa phrase fit taire Lily, bien qu'elle douta fortement que ce soit le but recherché par Euphemia. Le souvenir encore très présent de la dernière fois qu'elle l'avait aidé en études de moldus se rejouait sous ses yeux comme si elle n'en avait été qu'un témoin extérieur, et la chaleur des doigts de James sur son genou nu la fit frissonner comme s'il était encore en train de la toucher. Elle aurait pu tout faire pour lui ce soir là.

 

 

« Vous n'avez pas raté grand chose, leur annonça Sirius lorsqu'elles les retrouvèrent. Abasi a marqué deux buts et Andersen a repéré le vif d'or, mais il l'a perdu juste après.

- Ouuuh... Les Faucons ont l'air en difficulté, tout ça manque un peu d'anticipation, non ? les taquina Lily en voyant les joueurs gris essayer vainement de rattraper les bleus qui filaient une nouvelle fois vers leurs buts.

- On en reparlera à la fin du match, d'accord ? lui dit James en esquissant un sourire amusé. »

 

 

Elle le lui rendit et se posa de nouveau à côté de lui, les yeux rivés vers le ciel. Le tumulte se calmait autour d'eux au fur et à mesure que les minutes passaient, mais à chaque fois qu'un but était marqué, le public entier bondissait. Et Lily prenait un malin plaisir à le faire quand il s'agissait du Club de Flaquemare, hilare devant les mines désabusées des deux garçons. Euphemia semblait plus modérée, ou alors, la situation la faisait beaucoup trop rire pour qu'elle ne se formalise d'une potentielle défaite de son équipe préférée.

 

A un moment, alors que les deux attrapeurs se rapprochaient du vif d'or et que tous les supporters étaient debouts, elle sentit sa main frôler celle de James. Elle baissa les yeux entre eux, et hésita une petite seconde avant de la prendre dans la sienne. Il lui rendit brièvement son étreinte avant de retirer délicatement sa main et de l'enfoncer dans sa poche, la laissant profondément confuse.

 

Aucun des deux attrapeurs ne parvint à attraper la petite balle dorée. Ils se perdirent l'un et l'autre dans des feintes interminables, jusqu'à oublier leur but premier, et tout le public se rassit, attendant impatiemment la prochaine fois qu'ils devraient retenir leur souffle. Il sembla à Lily qu'elle ne l'avait jamais relâché, et pendant un moment dont elle ne sut estimer la durée, elle ne prononça plus le moindre mot.

 

 

« Viens chercher à boire avec moi. »

 

 

Ce n'était pas tant une question qu'un ordre, et elle le suivit sans réfléchir, laissant Sirius et Euphemia derrière eux. Son cœur tapait fort contre sa poitrine, et si elle devait être parfaitement honnête avec elle même, il fallait avouer qu'elle avait un petit peu envie de pleurer.

 

Juste un peu.

 

 

« Est-ce que ça va ? Tu n'as rien dit depuis une heure. »

 

 

Elle ne répondit pas. Ses lèvres étaient pincées. Elle ne savait pas si elle lui en voulait plus qu'elle ne s'en voulait elle-même d'avoir tenté une telle chose à un tel moment. Est-ce qu'elle s'était trompée quelque part ?

 

 

« Lily je... »

 

 

Il s'interrompit alors qu'ils se faufilaient entre un groupe de filles qui le sifflèrent et auxquelles il ne prêta pas grande intention, se souciant surtout de la savoir toujours derrière lui. Il ne reprit la parole que quand ils arrivèrent enfin en bas du terrain, dans un endroit plus calme non loin d'une grande buvette.

 

 

« Je crois que je dois te prévenir que je ne sais pas trop où j'en suis, lui avoua t-il là, les mains enfoncées dans les poches de sa veste. »

 

 

Elle hocha mécaniquement la tête sans savoir quoi répondre. Une nouvelle sensation de rejet tout aussi redoutable que celle qu'elle ressentait tous les jours chez elle lui glaça le sang.

 

 

« Si on gâchait notre amitié je... elle le vit déglutir et pendant un instant, elle songea que c'était peut-être aussi difficile pour lui que pour elle. Je n'ai même pas envie de réfléchir à ce que ça me ferait, en fait, et je...

- Je préfère ne pas y penser non plus, avoua t-elle, et il braqua ses yeux noirs sur un caillou à ses pieds comme s'il voulait éviter les siens.

- Je ne sais pas quoi faire.

- On n'est pas obligé de faire quoi que ce soit. »

 

 

Elle ne s'était pas trompée, elle le comprit à ce moment là, mais James avait pensé à bien plus de choses qu'elle, et soudainement, ses craintes étaient devenues les siennes. Est-ce que le risque de perdre son amitié avec lui valait le coup d'être pris ? Ils n'avaient que dix sept ans, combien de personnes sur cette terre trouvaient celle qui leur correspondait à un âge aussi avancé ? Et ensuite, combien de ces personnes parvenaient à s'aimer sans faille jusqu'au bout ?

 

Ils avaient parcouru un sacré chemin, et peut-être qu'ils avaient déjà assez tenté le diable. Peut-être que ce qu'ils avaient là était assez, et que tirer le fil un peu plus ne ferait que le casser. Pour des raisons évidentes, elle ne pouvait pas se permettre de faire la moindre erreur avec lui, et laisser les choses en suspend paraissait être la seule solution pour en éviter une qui pourrait être fatale à leur amitié.

 

Il ne hocha pas la tête. Il n'afficha aucune expression qu'elle sut déchiffrer. Il ne laissa pas échapper le moindre mot lui indiquant qu'il était d'accord avec cela, il resta simplement debout devant elle à la regarder, et au bout d'un moment, il changea de sujet comme s'ils ne venaient pas d'avoir la conversation la plus lourde qu'ils aient jamais eue.

 

 

« Qu'est-ce que tu veux prendre ? l'interrogea t-il alors qu'ils marchaient de nouveau vers le bar.

- Une bièraubeurre.

- Quatre bièraubeurres s'il vous plaît, demanda t-il à la serveuse qui lui adressa un sourire radieux. »

 

 

Lily remarqua la façon dont ses yeux noisettes glissèrent sur lui, comme s'il était la chose la plus charmante qu'elle ait jamais vu, et elle comprenait amplement. Elle avait toujours du mal à s'y faire, et si elle avait trouvé cela insupportable dans leurs mauvaises années, elle ne parvenait pas mieux à s'en accommoder maintenant qu'ils étaient amis.

 

Le score s'était inversé lorsqu'ils retrouvèrent leurs places, et les Faucons étaient repassés devant. De peu, mais cela avait suffi pour que Sirius provoque Lily pendant toute la demie heure qui suivit. Il ne se tut que lorsque l'attrapeur du Club de Flaquemare referma ses doigts sur le vif d'or d'une façon complètement inattendue, offrant la victoire à ses coéquipiers avec cent-vingt points d'avance sur leurs adversaires.

 

Ils restèrent un moment dans les tribunes, à regarder les joueurs se féliciter en bas et répondre aux questions des journalistes présents, si bien qu'ils n'eurent aucunement besoin de gérer la foule lorsqu'ils redescendirent enfin.

 

 

« Tu veux dîner avec nous, Lily ? lui proposa Euphemia.

- C'est gentil, mais je devrais rentrer, déclina t-elle poliment.

- Sûre ? s'enquit James.

- C'est sûrement mieux. J'ai un peu mal à la tête et Sirius sera là, plaisanta t-elle, et le jeune homme afficha une mine scandalisée qui les fit rire.

- Effectivement, dans ce cas là, la décision paraît plus sage, l'appuya Euphemia, et Sirius bougonna un juron qui lui valut un coup de coude réprobateur.

- Je te raccompagne alors, trancha James. »

 

 

Ils transplanèrent dans un petit chemin encadré par de hautes haies, et ils marchèrent jusqu'à rejoindre la maison des Evans. Une seule lumière était allumée à l'étage, et dès qu'ils poussèrent le portillon dont la peinture blanche était écaillée, Pétunia se précipita à la fenêtre de sa chambre. Vue d'en bas, sa silhouette était terrifiante.

 

 

« Est-ce que c'est ta sœur ? demanda t-il, la tête levée vers la fenêtre en question.

- Tu veux que je te la présente ? proposa t-elle le moins sérieusement du monde.

- Elle me glace le sang, mais si tu y tiens vraiment... »

 

 

Elle éclata de rire et secoua la tête de gauche à droite. Elle n'y tenait pas du tout. Non pas parce qu'elle ne voulait pas que sa famille connaisse James, mais parce qu'elle savait à quel point sa sœur se montrerait désagréable avec lui, et ni lui, ni elle n'avaient besoin de cela ce soir là. Toutefois, elle était agréablement surprise que le malaise passé ne soit plus tellement palpable.

 

James avait le don de se comporter comme si la discussion qu'ils avaient eue devant le bar du terrain de quidditch n'était jamais arrivée, et cela l'arrangeait un peu. Elle préférait qu'ils dissipent la tension maintenant plutôt que de passer le reste des vacances à se demander si leur relation resterait la même quand ils se retrouveraient à Poudlard.

 

 

« Est-ce qu'elle va nous observer comme ça jusqu'à ce que je m'en aille ? s'enquit-il, et elle s'esclaffa de nouveau lorsqu'il lui adressa un signe de main, et qu'elle demeura figée derrière sa fenêtre. Quelle horreur, souffla t-il, et le rire de Lily redoubla. Tes parents sont rentrés du travail ?

- Ma mère ne termine pas avant vingt heures et mon père a un dîner avec ses collègues.

- Est-ce que tu veux que je reste avec toi le temps qu'ils arrivent ? »

 

 

Cela signifiait le faire entrer. Pétunia descendrait à un moment, Lily en était presque sûre. Elle ne pourrait pas s'en empêcher, et ce fut le point qui la fit hésiter, jusqu'à ce que James ne reprenne la parole.

 

 

« Je ne me sentirais honnêtement pas bien de te laisser après l'avoir vue nous regarder comme ça. Tant pis si je dois y laisser ma peau, termina t-il en haussant les épaules d'un air résolu. »

 

 

Ses yeux verts parcoururent rapidement son visage, attendant de voir s'il regrettait sa proposition, mais il semblait être profondément sérieux, alors elle esquissa un sourire amusé et lui fit signe de la suivre à l'intérieur.

 

 

« Est-ce que tu veux un thé ? lui proposa t-elle en se tournant vers lui. »

 

 

Elle n'avait pas anticipé ce qu'elle ressentirait en le voyant au milieu de son salon. C'était un sentiment étrange, comme si ses deux mondes venaient d'entrer en collision. Aucun sorcier n'était entré chez elle. Pas même Rogue, qu'elle ne voyait que dans le parc qui se trouvait à quelques centaines de mètres de là quand ils étaient enfants. Marlène et Mary non plus. Elle s'arrangeait toujours pour aller chez elles et non l'inverse. Les filles n'avaient jamais insisté, elles savaient que la situation avec Pétunia était compliquée, et une fois que leur routine s'était installée, plus personne ne s'était posée la question. Alors voir James dans son monde la perturba légèrement.

 

 

« Je veux bien, merci, répondit-il avant de lui adresser un sourire et de s'approcher du buffet sur lequel trônaient des photos de famille.

- Je reviens. Si Pétunia débarque, ne fais aucun geste brusque. Elle aura plus peur de toi que tu n'as peur d'elle, même si ça te paraît difficile à croire, plaisanta t-elle avant de se diriger vers la cuisine, entendant son rire s'évanouir derrière elle lorsqu'elle changea de pièce. »

 

 

Elle resta trois ou quatre minutes à côté de la bouilloire, la fixant en pensant au fait que James était là, qu'il était son premier ami sorcier à entrer dans son monde de moldue, et qu'elle n'y avait pas réfléchi une seule seconde avant de le voir au milieu de son salon.

 

Quelque chose en elle lui parut un peu confus, comme si elle avait oublié une règle élémentaire qu'elle ne se souvenait même pas s'être fixée un jour. Elle n'aimait pas l'idée d'inviter ses amis de Poudlard à cause de sa situation familiale, mais elle n'y avait jamais songé plus que cela. Elle n'avait pas pensé que faire venir James à l'intérieur de sa maison lui donnerait l'impression soudaine d'avoir monté une marche d'escalier qu'elle avait longtemps cru trop haute pour elle. Au milieu du chaos de ses réflexions, et malgré son trouble évident, elle était fière d'elle.

 

Quand elle réapparut dans le salon, la bouilloire à la main, James était debout à côté de la table en bois, et le regard de Lily resta bloqué sur un détail particulier. Il avait retiré sa veste et l'avait posée sur le dossier de l'une des deux seules chaises qu'aucun membre de sa famille n'utilisait. Celle qui était en bout de table. Elle n'avait rien de particulier, ils avaient juste leurs petites habitudes, et deux chaises étaient toujours délaissées. Après cela, elle savait que dans son esprit, celle-ci resterait « la chaise de James ».

 

 

« Je crois qu'il y a une tâche de café sur ton bulletin de notes, lui fit-il remarquer avec ironie. »

 

 

Elle baissa les yeux sur le parchemin qui était resté noyé dans le liquide brun depuis qu'elle était partie, déglutit, et jeta un regard rapide vers le hall d'entrée pour vérifier que Pétunia n'y était pas. A ce moment là seulement, elle sortit sa baguette. Elle murmura une formule et l'instant d'après, le morceau de papier était comme neuf. Elle s'empressa de le plier et de le ranger dans un tiroir, sous une pile d'autres papiers que ses parents gardaient là.

 

 

« Est-ce que c'est ta sœur qui a fait ça ? Je veux dire, volontairement ? l'interrogea t-il. »

 

 

Parfois, elle détestait le fait qu'il soit aussi intelligent. Elle lui tourna le dos pour récupérer deux tasses dans l'énorme buffet de ses parents, et quand elle pivota de nouveau vers lui, elle n'eut même pas besoin de verbaliser la réponse pour qu'il ne la comprenne.

 

Il ne reprit pas la parole tout de suite. Il s'assit près d'elle, sur cette fameuse chaise qu'il s'était attribué, et la remercia d'un bref sourire lorsqu'elle poussa une tasse pleine devant lui. Il fit tournoyer sa cuillère dans l'eau chaude pendant un long moment, ses jolis yeux bruns perdus dans le liquide.

 

C'était la première fois qu'elle trouvait le silence de sa maison agréable. Il n'en était pas vraiment un, entrecoupé par les bruits de cuillères et leurs lentes respirations, mais c'était ce qui se rapprochait le plus de ses journées de vacances. Des bruits, par ci, par là, juste pour lui rappeler qu'elle n'était pas seule dans cette maison, à l'exception que cette fois-ci, contrairement à toutes les autres, elle ne se sentait pas seule.

 

 

« Merci pour le match. J'ai passé un bon moment, déclara t-elle avant de porter sa tasse de thé à ses lèvres.

- Tu n'as pas besoin de me remercier. »

 

 

Ses yeux épinglèrent les siens avant de retomber sur son thé encore fumant. Elle ne l'avait jamais vu aussi peu dissipé, aussi sérieux, presque préoccupé.

 

 

« La maison de tes parents est jolie, reprit-il d'une voix parfaitement égale.

- A vrai dire, c'est la première fois que j'invite quelqu'un de Poudlard ici, lui avoua t-elle. »

 

 

Il leva de nouveau les yeux vers elle, et cette fois, elle put voir qu'il était surpris.

 

 

« Tu aurais pu me le dire avant que je ne me torture l'esprit à vous imaginer, Rogue et toi en train de prendre votre goûter autour de cette même table à dix ans, plaisanta t-il. »

 

 

Elle sourit, et sentit ses joues rougir sans vraiment savoir pourquoi. C'était peut-être la façon dont il la regardait, ou sa jalousie à demi avouée, ou le fait de le voir boire dans une tasse sur laquelle elle avait posé ses propres lèvres un millier de fois. L'idée de la mettre en vitrine lui traversa l'esprit.

 

 

« Même pas Marly et Mac' ? reprit-il sans chercher à cacher son étonnement. »

 

 

Elle secoua la tête de droite à gauche, et elle le vit froncer brièvement les sourcils avant de reprendre une nouvelle gorgée de thé. Au même moment, les escaliers grincèrent dans le couloir. Lily se tendit, et James se tourna juste assez pour voir Pétunia passer devant lui et filer vers la cuisine comme si elle ne l'avait pas remarqué.

 

 

« Tu pourras faire une description détaillée à Sirius maintenant, peut-être que ça lui passera l'envie de continuer à prétendre à chaque entraînement qu'il va lui demander de sortir avec lui si je mets trop de temps à attraper le vif d'or, dit-elle sur un ton espiègle.

- Je n'en sais rien, il est tellement stupide des fois qu'il pourrait le prendre comme un défi personnel, répliqua t-il de la même façon, et ils s'esclaffèrent tous les deux. »

 

 

Pétunia passa une nouvelle fois devant eux, mais cette fois, Lily la vit nettement jeter un coup d'oeil vers James avant de disparaître de nouveau vers les escaliers.

 

 

« Elle pourrait au moins prétendre qu'elle n'est pas descendue juste pour nous espionner, et repartir avec un verre d'eau ou autre chose histoire de brouiller les pistes, pointa James, faisant sourire Lily.

- Je crois qu'elle n'a même pas envie de se fatiguer à essayer de paraître subtile. »

 

 

Un nouveau silence les enveloppa, puis la porte d'entrée claqua, et Rose Evans pénétra dans le salon, un ciré noir sur le dos. Elle s'apprêtait à l'accrocher sur la patère lorsqu'elle remarqua James et Lily, et elle jeta un coup d'oeil surpris vers sa fille.

 

 

« Heu... Maman, c'est James, un ami de Poudlard, le présenta t-elle, et elle ne fut pas le moins du monde étonnée lorsque le visage de sa mère s'éclaira.

- Oh ! Enchantée, si je peux m'exprimer ainsi ! s'exclama t-elle en riant avant de l'étreindre bizarrement lorsqu'il se leva.

- Je crois qu'il n'y a pas de situation plus appropriée pour utiliser ce mot, répondit-il avec le même entrain. Je suis désolé de vous déranger, je ne vais pas m'attarder, je voulais juste raccompagner Lily et...

- Mais non, mais non, tu devrais rester manger, le coupa t-elle en balayant sa remarque d'un geste de la main. C'est la première fois que Lily ramène quelqu'un de son école ici, je ne vais pas te laisser t'en aller comme ça.

- Maman, la séquestration est aussi punie dans le monde magique, pointa la jeune femme d'un air ennuyé.

- Ce n'est de la séquestration que s'il lutte, ajouta sa mère avec humour. »

 

 

James s'esclaffa et se posa de nouveau sur sa chaise alors que Rose balançait négligemment son ciré sur la patère. Elle s'assit ensuite en face de sa fille et observa tour à tour les deux adolescents comme une enfant qui découvrait un immense cadeau au pied du sapin le jour de Noël. Lily réalisa à ce moment là que Pétunia ne devrait plus jamais être l'objet de ses hésitations à inviter du monde.

 

 

« Je suis désolé, je ne vais pas pouvoir dîner avec vous ce soir, mais un autre jour sans faute, lui promit-il. En attendant, il me reste assez de thé pour discuter un peu. »

 

 

Même si la déception de ne pas avoir James à dîner se lut sur le visage de Rose, Lily ne manqua pas la façon dont elle se réjouit de l'avoir encore un peu sous la main. Elle tenta de fixer sa mère pour la dissuader de faire tout commentaire gênant dont elle avait le secret, mais évidemment, Rose s'obstina à ne pas lui accorder la moindre attention.

 

 

« Lily ne nous parle pas beaucoup de son quotidien à Poudlard. Je sais qu'elle a de très bonnes notes parce que je lis ses bulletins, mais je n'ai aucune idée de ce à quoi ressemble sa petite vie en dehors des cours. »

 

 

C'était vrai. Lily évitait le plus possible de parler du monde magique parce qu'elle ne voyait ses parents que pendant les vacances, et que Pétunia était presque systématiquement là. Ils avaient discuté brièvement des matières qu'elle apprenait, du sport le plus populaire, et de quelques subtilités de l'univers de la sorcellerie les rares fois où Pétunia ne s'était pas trouvée avec eux, mais ces moments là restaient très occasionnels.

 

 

« Je t'en ai déjà parlé, maman. On se promène dans le parc, on va à la bibliothèque, on...

- Lily vous a dit qu'elle était rentrée dans l'équipe de quidditch cette année ? intervint James.

- Vraiment ? s'enquit Rose en jetant un regard inquisiteur vers sa fille.

- L'occasion d'en parler ne s'est pas vraiment présentée, s'expliqua aussitôt Lily. Ce n'est pas comme si nous pouvions en discuter avec Pétu dans les parages. »

 

 

Rose se tortilla légèrement sur sa chaise et jeta un coup d'oeil vers le hall d'entrée comme si elle venait de se souvenir que son autre fille n'aurait pas toléré d'entendre une telle discussion dans sa maison.

 

 

« James est capitaine de l'équipe, ajouta malgré tout Lily pour dissiper le malaise.

- Merveilleux ! lança Rose à James sur un ton jovial. Alors j'imagine que tu joues depuis longtemps ?

- Une bonne dizaine d'années, répondit-il en souriant avant de reprendre une gorgée de thé. Lily est très douée. C'est un peu grâce à elle que nous avons gagné le dernier match. »

 

 

Elle lui jeta un regard perplexe et arqua un sourcil alors que sa mère la félicitait, ravie. Il lui avait dit qu'elle avait bien joué contre Poufsouffle, mais l'entendre vanter ses mérites à quelqu'un de sa famille était différent.

 

 

« Il exagère clairement, précisa t-elle à sa mère, et du coin de l'oeil, elle vit James froncer les sourcils et secouer la tête de droite à gauche.

- Mon seul regret, c'est de ne pas l'avoir eue dans mon équipe l'année dernière, assura t-il à Rose qui l'encouragea immédiatement à lui en dire plus. »

 

 

La discussion continua pendant une petite heure au cours de laquelle Lily réalisa qu'elle n'y participait plus, mais se contentait d'écouter le ping-pong de questions diverses et variées entre sa mère et James qui semblaient passionnés par les vies parallèles qu'elle menait. C'était comme regarder deux vieilles commères s'échanger les derniers ragots du village, sauf qu'ils la concernaient tous. C'était à la fois amusant et embarrassant.

 

 

« Il faut vraiment que j'y aille cette fois-ci, déclara James pour la quatrième fois de la soirée, à la différence près que cette fois-ci, il se leva réellement de sa chaise.

- Bien sûr, je ne voudrais pas que tes parents s'inquiètent, s'empressa de lui répondre Rose en se levant à son tour. C'était un véritable plaisir de te rencontrer, James. J'espère que tu repasseras par ici.

- J'adorerais. En plus, il me reste encore quelques anecdotes à vous racont...

- C'est bon maintenant, le coupa Lily sans manquer le coup d'oeil complice qu'ils échangèrent. »

 

 

Elle se leva à son tour et le poussa doucement vers le hall d'entrée alors qu'il adressait un signe de main à Rose qui le lui rendit en pointant une nouvelle fois sa déception de ne pas le voir rester plus longtemps. Il avait conquis sa mère, c'était évident, et elle ne comprenait même pas comment elle avait pu ne pas envisager cette possibilité en l'amenant ici.

 

 

« Je n'arrive pas à croire qu'il t'ait fallu à peine une heure pour devenir le fils qui manquait à ma mère, plaisanta t-elle en le raccompagnant jusqu'à la porte avant de laisser échapper un soupir.

- Le charme, Evans, le charme, clama t-il avec un sourire en coin, et elle ne songea même pas à le contredire.

- J'espère que tu te rends compte que j'ai bien vu ce que tu essayais de faire en parlant du quidditch et des cours.

- Je...

- Ne nie pas.

- Je n'allais pas nier, lui certifia t-il en passant sa main dans ses cheveux. J'allais juste dire qu'il fallait bien que quelqu'un lui explique à quel point tu es brillante étant donné que tu ne le fais pas toi-même. »

 

 

Ses yeux se vissèrent aux siens et elle fut incapable de s'en détacher pendant un moment. Elle ne savait pas comment elle était supposée n'être que son amie quand elle ressentait ce qu'elle ressentait. Elle avait l'impression qu'il se faisait la même réflexion, mais il n'en dit rien, et après lui avoir brièvement pressé l'avant bras, il disparut dans un « pop » qui trancha le silence de la nuit.

End Notes:

Bon, j'ai décidé que c'était les soldes donc je publie deux chapitres d'un coup.

A bientôt :)

06-05-1978 by ECM

 

« Stop ! s'écria James, et tous ses coéquipiers, à l'exception de Sirius, s'échouèrent dans l'herbe en poussant des soupirs d'épuisement. Oh non, relevez-vous, ce n'est pas terminé, c'est seulement une pause d'une minute, ajouta t-il rapidement, et les protestations ne lui firent ni chaud, ni froid.

- Je n'en peux plus.

- Est-ce que j'ai l'air de m'en soucier, Benjy ?

- Peut-être qu'on devrait remonter sur nos balais, notre coordination sera meilleure maintenant, je t'assure James, tenta Frank.

- Le problème n'était pas tant la coordination que la cohésion et la concentration, Franky. Tout le monde doit pouvoir compter sur tout le monde. Si Benjy et toi ne savez pas constamment où chaque joueur se trouve, vous pouvez blesser quelqu'un, lui expliqua t-il avant de se tourner vers Marlène et de poursuivre. En ce qui te concerne, si tu ne regardes pas qui défend, et qui reste en attaque entre Buckley, Sirius, et moi, tu ne peux pas savoir comment protéger les buts. Quant à nous, reprit-il en pivotant vers les deux poursuiveurs, si nous ne communiquons pas, autant garder le souafle sous le bras et tenter de marquer en solo, mais c'est la technique de Serpentard et vous avez pu constater à quel point elle est mauvaise. Pour ce qui est de Lily, ajouta t-il sans toutefois lui faire face, si elle ne garde pas un décompte précis des points en tête, elle n'aura aucune idée de ce qu'elle doit faire entre attraper le vif d'or ou empêcher l'adversaire de l'attraper. Tout est une question d'attention, de solidarité, de précision, et d'observation.

- Alors pourquoi est-ce qu'on fait des pompes et des tours de terrain depuis une heure ? gémit Benjy.

- Parce que vous serez certainement plus attentifs à ce que je dis maintenant que vous savez que je peux vous faire souffrir comme ça, répondit-il avec un sourire en coin.

- Je suis presque sûre qu'on te déteste tous, là, est-ce que ce n'est pas une preuve de cohésion d'équipe ? lui fit remarquer Marlène avec une pointe d'humour, le visage écarlate et le souffle saccadé.

- Pas moi, pointa Sirius en prenant un air supérieur, lui faisant lever les yeux au ciel.

- Parce que tu es un lèche-c...

- On y retourne ! la coupa James en frappant dans ses mains. Dix tours de terrain. Je ne veux voir personne s'arrêter avant la fin, sinon c'est un de plus pour tout le monde. »

 

 

Marlène et Sirius recommencèrent à courir en se chamaillant, et les autres s'élancèrent derrière eux malgré une mauvaise humeur évidente. James les suivait en queue de peloton, là où il pouvait le mieux les surveiller. Il était probablement le seul à ne pas avoir trop de mal à suivre son propre entraînement. Il savait qu'il était dur, mais le match contre Serdaigle avait lieu à la fin du mois et il ne voulait pas mettre quoi que ce soit de côté.

 

Et puis il ne voyait pas tellement ce qu'il y avait de désagréable à courir autour du terrain de quidditch lors d'une belle matinée ensoleillée. Les gradins projetaient juste assez d'ombre pour qu'ils puissent se cacher du soleil s'il tapait trop, mais pas assez pour les en dissimuler s'ils souhaitaient en profiter. C'était le temps parfait.

 

 

« Je n'arrive pas à croire qu'on soit en mai et que tu n'arrives toujours pas à pointer mes défauts en t'adressant directement à moi.

- Économise ta salive, Lily, dix tours c'est long, et à la façon dont Marlène et toi vous êtes écrasées sur le sol tout à l'heure, je dirais que tu en as besoin, lui conseilla t-il alors qu'elle avait ralenti pour trottiner à côté de lui. »

 

 

Elle s'esclaffa et plaqua aussitôt sa main sur sa hanche, signe que le point de côté dont elle s'était plainte quelques minutes plus tôt venait de revenir. Il songea que c'était un juste retour des choses étant donné que sa taquinerie l'avait mis considérablement mal à l'aise.

 

C'était absolument vrai. Il avait un mal fou à lui dire ce qui n'allait pas dans son jeu en la regardant dans les yeux. Il n'avait même pas envie de travailler là dessus, il était juste perdu. Ils en revenaient toujours au même point, il le savait, mais ils n'avaient pas passé six ans et demi à s'apprivoiser pour qu'il gâche tout.

 

 

« Dommage. Je te laisserais me donner des ordres avec plaisir, reprit-elle en lui donnant la nette sensation qu'ils ne parlaient plus tellement de quidditch. »

 

 

Il s'arrêta net, confus, incapable de reprendre son souffle alors qu'elle continuait sa course l'air de rien. Il distingua juste l'ombre d'un sourire malin sur son profil avant qu'elle ne s'éloigne, et il laissa échapper un juron dans un murmure.

 

Il essaya un moment de se convaincre qu'il avait mal entendu, mais il savait que ce n'était pas le cas parce que c'était Lily, et que Lily était comme ça, qu'ils étaient tous les deux comme ça l'un avec l'autre. Néanmoins, depuis le match des Faucons, ils ne se tournaient plus autour de la même façon qu'avant.

 

C'était souvent plus discret, moins frontal, plus subtil et hésitant, l'opposé total de ce qu'elle venait de faire, et il trouva cela profondément rassurant. Il avait cru, pendant un moment, que la brève discussion qu'ils avaient eue au match avait fini par les entraver alors que son but était exactement l'inverse. Il ne voulait pas perdre Lily. Il se souciait trop d'elle, et chaque instant qu'il ne passait pas avec elle lui semblait être perdu.

 

Sirius lui donna une tape sur les fesses quand il le doubla, lui remettant automatiquement les idées en place, et il s'empressa de le rattraper. Marlène avait ralenti et essayait tant bien que mal de se calquer au rythme de Benjy, les laissant tous les deux devant.

 

 

« Pourquoi est-ce que tu as l'air d'être en train d'agoniser alors qu'habituellement, tu adores courir bêtement avec pour seul but de voir lequel d'entre nous tous mourra d'épuisement en premier ? s'enquit Sirius sur un ton sarcastique.

- Lily, se contenta de répondre James dans un souffle, et il le vit tourner instinctivement la tête vers la jeune femme qui avait un demi tour d'avance sur eux.

- Lily mourra la première ?

- Non, ça, c'est toi.

- N'importe quoi, regarde moi ces superbes foulées, nia aussitôt Sirius en faisant un geste vers ses jambes. »

 

 

Il dépensait une énergie folle à faire semblant d'être en pleine forme depuis une demie-heure, et cela avait fait rire intérieurement James jusqu'à ce que Lily ne lui apporte une nouvelle distraction. Sirius avait ce besoin constant d'attirer son attention et de tout faire pour être la meilleure de ses recrues, et cela se traduisait souvent par ce genre de faux semblants qui amusaient beaucoup James et Marlène.

 

 

« Alors quoi, Lily ? reprit son meilleur ami.

- Lily, répéta simplement James comme si l'explication était suffisante.

- Oh. Est-ce que c'est le short ? Vieux, on est en mai, il va falloir t'habitu...

- Non, le coupa James. Enfin, maintenant si. Merci, ironisa t-il après avoir suivi son regard, jusque là, c'était surtout le fait qu'elle me dise qu'elle veut que je lui donne des ordres.

- Quoi ?! s'exclama Sirius, hilare. »

 

 

Il s'arrêta de l'exacte même façon que James l'avait fait auparavant, et ce dernier s'empressa de le tirer par le bras alors que quelques mètres derrière eux, Frank lui hurlait de repartir parce qu'il ne voulait pas faire un seul tour de plus que nécessaire.

 

 

« Maintenant, tu ne peux plus prétendre que vous n'avez pas commencé à perpétuer la dynastie Potter chez elle après le match des Faucons, reprit Sirius en lui jetant un regard soupçonneux.

- Je t'ai répété cent fois qu'il ne s'était rien passé.

- Je sais, je sais, tu lui as dit que tu ne voulais pas gâcher votre amitié, elle n'a pas vraiment répondu à ça, et tu n'as pas vraiment répondu à sa réponse, et tu ne sais pas quoi comprendre, et...

- J'en ai parlé tant que ça ? trancha James, sincèrement confus.

- Vieux, tu nous as donné tellement de détails que je suis capable de te dire combien de cailloux tu as compté entre vous dans la pelouse pendant cette discussion. Quatorze, précisa t-il en même temps que James.

- Désolé.

- Tu sais, si je retiens toutes ces informations depuis des lustres c'est parce que j'imaginais que tu allais finir par tenter quelque chose, et que je pourrais briller à votre mariage avec mon discours de témoin, déclara Sirius, mi las, mi moqueur. Enfin, honnêtement, la première année, c'était seulement parce que tu n'avais aucune chance et que c'était drôle à voir, mais maintenant que tu l'intéresses et que tu ne fais rien, tu m'énerves tellement que la seule vision qui me conforte c'est toi dans le caveau des Rogue, enterré pour l'éternité avec l'autre type qui n'a jamais su saisir sa chance. »

 

 

James ouvrit grand la bouche et écarquilla les yeux, profondément révulsé par l'idée qui venait de se former dans son esprit, puis il poussa violemment son meilleur ami des deux mains, le faisant éclater de rire.

 

 

« Je plaisante. Du moins, à moitié, reprit-il entre deux foulées. Sérieusement, comment crois-tu que ce truc entre vous évoluera quand elle sortira avec quelqu'un d'autre ? »

 

 

James détesta l'idée. Elle n'était pas inconcevable du tout, et pourtant, elle ne lui avait pas vraiment traversé l'esprit ces derniers temps. Lily ne se comporterait plus de la même façon, et par conséquent, lui non plus. Ils n'auraient plus cette complicité liée intrinsèquement à l’ambiguïté de leur relation, et l'idée de perdre ce morceau d'eux qui leur collait à la peau depuis bien plus longtemps qu'ils ne voulaient bien se l'avouer lui paraissait profondément désagréable au mieux, et insurmontable au pire.

 

 

« Si mal, Merlin, intervint Marlène qui était arrivée à leur hauteur sans qu'ils ne s'en aperçoivent, un sourire espiègle pendu aux lèvres. C'est ce que je me tue à répéter à Lily.

- Tiens, Marly. Visiblement tu cours plus vite quand tu cherches à écouter les conversations des autres, constata James en haussant les sourcils.

- Tu n'es pas en position de m'attaquer sur quoi que ce soit, monsieur « Je-veux-qu'on-reste-amis », cita t-elle en l'imitant d'une façon douteuse qui fit ricaner Sirius qui avait drôlement ralenti.

- Je n'ai pas dit exactement ça, réfuta t-il en grimaçant.

- Alors... pourquoi est-ce que... c'est ce qu'elle a compris ? haleta Sirius qui n'arrivait plus tellement à tenir le rythme.

- Qui a dit qu'elle avait compris ça ? demanda t-il, et un simple regard réprobateur de Marlène vers son meilleur ami lui suffit pour comprendre que l'information venait d'elle. »

 

 

James ne savait pas quoi répondre à cela parce qu'il était évident qu'ils avaient laissé quelque chose en suspend à ce match de quidditch, et qu'il avait peur de revenir dessus et de faire cette déclaration précise. Ce n'était pas ce qu'il souhaitait, mais en même temps, il ne savait pas ce qu'il souhaitait. Il savait juste que ce n'était pas ça.

 

Bien sûr, à la regarder courir, il avait une vague idée de ce dont il avait envie, mais il se garda bien de la verbaliser. Elle n'avait pas plus de facilité que les autres à trottiner, mais elle avait un mental à toute épreuve, et c'était une chose qu'il détestait autant qu'il aimait. Il n'avait pas besoin d'être un génie pour savoir d'où cela lui venait, c'était la mauvaise partie de tout cela.

 

Il ne l'avait pas vraiment reconnue quand il s'était retrouvé chez elle après le match des Faucons. C'était comme si une autre personne se tenait devant lui, plus renfermée sans toutefois l'être complètement. Différente. Stressée. Perturbée, d'une certaine façon, et il supposait qu'il avait causé cela par sa présence à cause de la façon dont elle lui avait dit qu'il était le seul sorcier à être jamais entré dans sa maison. Il avait mieux compris la situation quand il avait croisé Pétunia, et l'idée de savoir que Lily devait partager un toit avec elle toutes les vacances l'avait hanté jusqu'à ce qu'ils ne se retrouvent à Poudlard.

 

Il détestait qu'elle ait à vivre cela, autant qu'il avait détesté la situation de Sirius à l'époque. La notion de rejet était difficile à assimiler pour lui qui n'avait jamais connu moins qu'un amour inconditionnel de la part de ses parents, mais avec cela était venu l'empathie, et c'était exactement la raison pour laquelle il se sentait aussi mal dès qu'il repensait à son bulletin de notes sur cette table, noyé dans du café.

 

 

« Ce n'est pas par rapport à nous deux, n'est-ce pas ? »

 

 

La voix de Marlène le tira de ses pensées, et il s'aperçut à ce moment là que Sirius avait tant ralenti qu'il avait même du mal à tenir la cadence de Benjy qui n'était clairement pas le plus endurant du lot.

 

 

« Hmm ? fit-il en clignant rapidement des yeux.

- Je me demandais juste si tes réserves par rapport à tout ça me concernaient en partie, déclara t-elle avant de reporter son regard droit devant elle. »

 

 

Il aurait menti s'il avait dit non. Il y avait pensé depuis le début. C'était presque tout ce qui l'avait guidé, la façon dont les choses s'étaient terminées avec Marlène, et comment leur amitié avait survécu à leur rupture sans toutefois avoir continué à vivre vraiment.

 

Il la considérait comme une amie, et il savait que c'était pareil pour elle, mais ce n'était simplement plus comme avant, il n'y avait plus la même complicité, et il détestait qu'ils aient perdu cela en chemin.

 

 

« Un peu, admit-il. Je sais que Sirius et toi avez ce truc, et je suis content pour vous, ce n'est même pas le sujet, c'est plutôt... il s'interrompit pour chercher ses mots.

- Notre relation présentement ? proposa t-elle, et quand il hocha la tête elle sourit légèrement avant de poursuivre. Je me doutais qu'il y avait de ça.

- Je t'ai un peu perdue.

- Tu ne m'as pas perdue, espèce d'idiot, souffla t-elle en levant les yeux au ciel. On est juste deux amis qui se sont vus nus, et ça vient avec son lot de malaise parfois. »

 

 

Il s'esclaffa et manqua de s'étouffer avec sa propre salive alors que Marlène commençait à ralentir le pas à côté de lui, gagnée par la fatigue. Il se calqua sur son rythme tout en prenant soin de surveiller les autres d'un œil attentif. Sirius marchait presque mais il continuait de lutter avec Benjy à ses côtés. Buckley était constant, quelques mètres devant Frank qui était écarlate. Lily n'était pas très loin d'eux, et il semblait à James qu'elle avait accéléré, comme pour en finir au plus vite.

 

 

« Et puis Lily et toi, ce n'est pas pareil, reprit Marlène entre deux profondes inspirations. C'est Lily et toi, insista t-elle. Tu sais combien de paris circulent dans le château sur vous depuis deux ans ?

- Les gars tiennent un compte précis qu'ils ne manquent pas de me communiquer dès qu'ils en ressentent le besoin. D'après eux, ils ont plus à y gagner que moi, répondit-il en esquissant un sourire amusé.

- Moi aussi, avoua t-elle sans la moindre gêne avant de se reprendre lorsqu'il lui jeta un regard surpris. Enfin, ce que je voulais dire, c'est qu'il y a un truc entre vous depuis longtemps. Vous avez juste commencé par le pire. Ça veut dire qu'il ne reste que le meilleur.

- Je suppose que c'est une façon de voir les choses. »

 

 

Il lui en avait déjà trop dit et il n'avait aucune envie de s'étaler plus que cela. Son cerveau était en pleine surchauffe. C'était récurent quand il pensait à Lily, et particulièrement au fait de gâcher leur amitié.

 

 

« Un tour en plus ! s'écria t-il lorsqu'il vit Sirius s'allonger sur le sol. »

 

 

Des jurons fusèrent de tous les coins du terrain, et cela fit ricaner James, d'autant plus lorsque Marlène lui donna un coup de pied quand ils passèrent devant lui. Il avait toujours aimé le chaos.

 

 

 

 

 

Il aimait aussi les samedis après-midi. Encore plus lorsqu'il faisait beau et chaud et qu'il pouvait passer son temps allongé dans le parc avec ses amis, une main plongée paresseusement dans ses cheveux alors que son autre bras était plaqué contre ses yeux, le protégeant du soleil qui menaçait sa sieste.

 

Il était dans la même position depuis une petite heure et n'avait pas tant cherché à dormir qu'à se reposer, mais à un moment, il s'était simplement laissé bercer par les clapotis du lac et le très léger bruit du vent dans les feuilles des arbres, nullement dérangé par les discussions de ses camarades autour de lui. Il avait toujours eu plus de facilité à s'endormir dans le bruit que dans le silence. Cela expliquait certainement des choses sur sa personnalité.

 

 

« James ? entendit-il Marlène l'appeler d'une voix étonnement douce qu''elle n'avait plus  employée avec lui depuis la dernière fois qu'ils s'étaient réveillés ensemble. »

 

 

Il n'avait pas envie de répondre maintenant. Peu lui importait qu'ils aient prévu de sauter dans le lac ou de rentrer se vautrer dans les canapés de la Salle Commune, il resterait là jusqu'à ce que la nuit ne tombe, il était trop bien.

 

 

 

« Je crois qu'il dort, répondit Mary, et il eut sentit son ombre au dessus de lui pendant une seconde. On le réveille ?

- Pourquoi faire ? demanda Lily, et il la remercia intérieurement. Il est rarement aussi facile à vivre, et après l'entraînement de ce matin, je suis presque contente de ne plus l'entendre. »

 

 

Il se retint difficilement de rire en repensant à la fin de l'entraînement et aux regards assassins de tous ses coéquipiers épuisés. Il y avait eu d'autres séances difficiles au cours de l'année, mais celle-ci avait été particulièrement éprouvante.

 

 

« J'ai du mal à croire que les autres soient partis réviser maintenant, reprit Mary, un samedi après-midi ?!

- Parce qu'ils ne sont pas partis réviser, répliqua Marlène. Sirius les a suivi beaucoup trop docilement. Je te parie qu'ils sont quelque part dans les escaliers menant aux cachots en train d'ensorceler chaque Serpentard qui passe devant eux. »

 

 

James songea que cette possibilité n'était probablement pas loin de la vérité, mais il resta muet. Ce n'était pas qu'il ne voulait pas leur faire savoir qu'il ne dormait pas, c'était seulement qu'il savait que s'il bougeait le moindre membre, ou s'il disait quoi que ce soit, la sérénité du moment disparaîtrait et il serait obligé de revenir dans leur monde alors qu'il avait encore besoin de profiter du sien. Il espérait se rendormir un peu, mais il doutait y arriver quand il les entendait parler si près de lui.

 

 

« Lily, tu le fixes, pointa Mary, et James entendit une pointe de moquerie dans sa voix.

- Ce n'est pas comme s'il y avait une plus belle vue autre part, commenta t-elle et il eut brutalement l'impression qu'il n'aurait pas dû entendre ça.

- Tu sais qu'il serait parfaitement capable de faire semblant de dormir ? intervint Marlène, amusée par la déclaration.

- Alors j'espère qu'il apprécie ce qu'il entend, répondit Lily sur un ton égal. »

 

 

Il pouvait presque la voir hausser les épaules, et il se sentit soudainement un peu moins coupable. Ce n'était pas non plus particulièrement plaisant, et s'il avait pu se téléporter autre part en passant inaperçu, il l'aurait fait. Ce n'était pas comme s'il voulait entendre la conversation. Il était juste là, et elles étaient à côté, et elles auraient pu tout aussi bien aller quelques mètres plus loin, mais elles ne se souciaient probablement pas tant que cela du fait qu'il puisse les écouter.

 

 

« Est-ce qu'Hookum fait exprès de toujours apparaître dans notre champ de vision quand elle est avec Bertram ? les interrogea Marlène sur un ton suspicieux.

- Où est-ce qu'ils vont ? demanda Mary, et il l'entendit bouger un peu à côté de lui.

- Probablement sur le terrain de quidditch. Je te parie deux gallions qu'ils vont copuler dans la remise.

- Ils ont raison. C'est le seul moment où elle peut toucher les balles, la tacla Lily, faisant s'esclaffer les deux autres.

- Elle vient de nous regarder avant de l'embrasser, ou j'ai rêvé ? s'enquit Mary. est-ce qu'elle croit encore que ça te fait quelque chose de le voir avec elle ? »

 

 

Il voulait vraiment savoir ce que Lily allait répondre à cela, mais pendant une ou deux minutes, il n'entendit rien d'autre que de légers murmures qu'il ne put déchiffrer, suivit d'un rire si discret qu'il manqua de passer à côté.

 

 

« Je ne sais pas si c'est ça, ou si elle veut me montrer que c'est elle qui l'a, au bout du compte, dit finalement Lily avec un flegme qui amusa James. comme si j'en avais quoi que ce soit à faire. Je préfère les capitaines de quidditch qui ne veulent pas de moi. »

 

 

Elle avait prononcé la dernière phrase sur le ton de la plaisanterie mais les filles n'avaient pas ri, elles avaient juste poussé des protestations pour montrer leur désaccord avec cette affirmation, et James avait senti son estomac se nouer.

 

 

« Vous croyez que ce serait acceptable, d'un point de vue amical, que je m'allonge sur lui ? reprit-elle, et cette fois, elles se mirent toutes à rire. »

 

 

En même temps, James s'étouffa avec sa salive. Il se redressa brutalement en toussant, le visage brûlant, et constata que les trois filles le fixaient avec un sourire en coin.

 

 

« Tu es tellement prévisible, Potter, se moqua Lily qui était vraisemblablement très au courant qu'il écoutait, et il ne savait même pas ce qui l'avait trahi.

- Ce n'est pas comme si j'avais prévu de vous espionner, j'étais bien, et vous avez troublé ma sieste, se défendit-il avant de s'appuyer en arrière, les mains enfouies dans l'herbe.

- Peut-être que la prochaine fois que tu ne veux pas avoir besoin d'une sieste pour récupérer, tu éviteras de nous faire courir toute la matinée, répliqua Marlène.

- Hé. Est-ce que c'est Rogue et Avery, là bas ? Qu'est-ce qu'ils font ? les interrompit Mary qui tendait le cou pour apercevoir l'entrée du château derrière sa camarade. »

 

 

Les trois autres tournèrent simultanément la tête vers les deux serpentards qui discutaient avec de minuscules Gryffondors, probablement des première ou deuxième année, et James bondit sur ses pieds, sa main plaquée sur sa poche pour s'assurer qu'il avait bien sa baguette. Ce genre de vision était rarement de bon augure.

 

Il trottina rapidement vers eux, et dès qu'Avery le remarqua, il recula d'un pas, tirant légèrement Rogue avec lui sans pour autant décamper. Les deux filles de Gryffondor étaient blêmes quand James arriva à leur hauteur.

 

 

« Tout va bien ? leur demanda James sans esquisser un regard vers les deux autres.

- De quoi tu te mêles, Potter ? pesta Avery. Tu vas nous mettre en retenue parce qu'on discute gentiment avec d'autres élèves, maintenant ?

- A voir leur tête, je ne suis pas certaine que « gentiment » soit l'adjectif adapté, trancha Lily que James n'avait même pas vue arriver à côté de lui.

- Tu entends quelque chose Sev' ? s'enquit le Serpentard en pivotant vers son ami qui resta de marbre pendant un long moment, ne répondant que quand le regard de l'autre se fit plus insistant.

- Rien du tout, souffla t-il froidement.

- C'est vraiment comme ça que tu vas le jouer, Rogue ? commenta James en faisant un pas de plus vers lui pour le toiser de toute sa hauteur. »

 

 

Ils n'avaient qu'un seul point commun, et il s'agissait de Lily. Toutefois, il ne se sentait pas en concurrence avec lui. Plus depuis des années, en tout cas. Les choses avaient changé, et il n'y avait plus de jalousie. Il se souciait trop de ce que la jeune femme pouvait bien ressentir à entendre le garçon qu'elle considérait autrefois comme son meilleur ami la mépriser d'une telle manière. Il n'avait vraiment plus le loisir de ne penser qu'à sa petite personne.

 

 

« James, appela doucement Lily. »

 

 

Il sentit ses doigts se refermer sur son poignet, et il vit le regard de Rogue tomber dessus. La répulsion qu'il lut sur son visage à ce moment là l'aurait fait rire quelques années plus tôt, mais cette fois-ci, elle le désola. Il se laissa tirer légèrement en arrière par Lily, mais ses yeux restèrent figés dans ceux du Serpentard, le défiant silencieusement d'oser ajouter quoi que ce soit qui pourrait la blesser.

 

Comme s'il avait compris le message, Rogue tapota sur l'épaule d'Avery et lui fit un signe de tête vers l'intérieur du château. Ce dernier sembla profondément agacé, mais il commença à le suivre non sans esquisser un sourire ironique vers James.

 

 

« Ça y est? Tu te tapes la petite sang-de-bourbe, Potter ? ricana t-il en marchant en arrière sans le quitter des yeux, comme s'il connaissait exactement la réaction qu'il allait susciter. »

 

 

Cela ne manqua pas. James sortit sa baguette et un sort fusa dans la direction des deux Serpentards qui le contrèrent aussitôt. Il fut à peine surpris de voir Lily perdre autant son calme que lui et tenter de les stupéfixer. Cependant, il sursauta lorsque le ton sec du professeur McGonagall retentit derrière lui.

 

 

« Potter ! Evans ! Assez ! »

 

 

Lily se figea à côté de lui alors que les deux serpentards s'enfuyaient bien rapidement, le rire d'Avery résonnant dans les couloirs du château. A quelques pas de James, les deux petites gryffondors étaient tétanisées, les yeux ronds comme des souafles alors que le professeur de métamorphose se dirigeait à grandes enjambées vers eux, furieuse.

 

 

« Dans mon bureau, immédiatement ! »

 

 

Le ton était sec et sans équivoque. Il ferma les yeux, inspira profondément, et rangea aussitôt sa baguette dans sa poche en même temps que Lily. Ils étaient foutus.

End Notes:

Meeci beaucouuup pour vos reviews :) C'est trop cool de voir des nouveaux pseudo dans mes lectrices.eurs <3

12-05-1978 by ECM

 

« Si elle revient pour nous dire qu'il faut aussi faire la serre numéro 3, promets moi de m'étrangler avec une racine, grommela Lily en s'essuyant le front avec son avant bras. »

 

 

James s'efforça de ne pas lever la tête vers elle, mais il s'esclaffa. La dernière fois qu'il l'avait regardée, à peine dix minutes auparavant, il avait maladroitement tapé dans un pot de mandragore, et ils avaient tous les deux manqué de finir assommés par le cri de la plante. Fort heureusement, ses réflexes les avaient sauvés in extremis, mais il n'était pas prêt à reprendre le risque tout de suite.

 

Il faisait chaud à l'intérieur des serres de botanique, et cela faisait bien une heure et demie qu'ils y étaient enfermés, à rempoter des fleurs plus ou moins inoffensives et à arracher toutes les mauvaises herbes à la main. Il y en avait beaucoup, tant qu'ils auraient pu y passer une semaine de plus, mais il espérait que ce ne serait pas le cas parce qu'ils avaient déjà raté beaucoup trop d'entraînements de quidditch à son goût.

 

Si proche du match contre Serdaigle, c'était presque criminel, et bien que Sirius ait repris les entraînements à sa place et que James était certain qu'il se débrouillait très bien, il stressait plus qu'il ne l'avait jamais fait.

 

C'était la dernière ligne droite, ce pour quoi il s'était entraîné durement pendant toute son adolescence, sa dernière chance de marquer l'histoire de l'école avant de la quitter, et surtout, de suivre la trace de ses parents et de les rendre fiers. Ils l'étaient déjà, il le savait, mais il voulait leur montrer à quel point il était capable de s'investir, à quel point sa défaite de l'année précédente l'avait fait grandir et apprendre, et à quel point il les prenait en exemple. Il ne pouvait pas faire moins bien que la perfection, et il était conscient que la barre était haute, mais sa détermination l'était tout autant.

 

 

« Tu crois que cette eau est potable ? demanda Lily, et du coin de l'oeil, il constata qu'elle brandissait le tuyau d'arrosage que lui avait confié le professeur Chourave.

- Dans le doute... répondit-il simplement en lui tendant sa propre bouteille d'une main pendant qu'il balançait une mauvaise herbe dans un seau de l'autre. »

 

 

Il resta focalisé sur les plantes devant lui, soucieux de ne pas se retrouver une nouvelle fois captivé par les gouttes de sueur qui roulaient de sa clavicule jusqu'à la naissance de ses seins, et il hocha simplement la tête quand elle le remercia.

 

 

« Au fait, j'ai complètement oublié de te dire que McGonagall a interrogé les deux petites, reprit-elle après avoir bu une longue gorgée d'eau.

- Qu'est-ce qu'elles ont dit ?

- Que les serpentards leur ont proposé cinq gallions chacune si elles s'assuraient que nous ne traînerions pas dans les couloirs qui mènent au cuisine le matin de notre match contre Serdaigle.

- Intéressant, grinça t-il entre ses dents alors qu'il luttait avec une racine particulièrement tenace. Et ensuite ?

- Rien, c'est le moment où nous sommes arrivés.

- Ça explique pourquoi ils sont aussi en retenue.

- Ils ne sont pas très contents. McGonagall a renforcé la sécurité autour des cuisines. J'ai entendu des rumeurs disant qu'ils avaient prévu de glisser des potions aveuglantes dans nos plats. Qu'est-ce qu'ils ne feraient pas pour nous empêcher de gagner la coupe ? soupira t-elle. Tu crois que Bertram est au courant ? »

 

 

James secoua la tête de droite à gauche sans aucune hésitation. Il ne s'entendait pas avec Aubrey, ce n'était un secret pour personne, mais s'il y avait bien une chose dont il était persuadé, c'était qu'il n'était pas du genre à vouloir gagner à la déloyale. D'autant plus que James le soupçonnait d'être encore beaucoup plus attaché à Lily que ce qu'il ne montrait.

 

 

« Je ne pense pas qu'il ferait quoi que ce soit qui puisse te porter préjudice, affirma t-il.

- Peut-être avant, lui concéda t-elle, mais maintenant qu'il sort avec Hookum, je n'en suis pas certaine.

- Je sais que tu ne l'aimes pas, et je ne peux pas dire que je l'adore non plus, mais elle ne cautionnerait pas quoi que ce soit qui puisse nous faire perdre la coupe.

- Tu as probablement raison, admit Lily, et un nouveau soupir s'échappa de sa bouche. Il fait au moins cinquante degrés là dedans. Est-ce qu'ils veulent nous punir ou nous tuer ? »

 

 

Il pouffa avant de lui confier qu'il se posait la même question depuis une demie-heure. Le professeur McGonagall ne s'était pas montrée très clémente. Ils avaient écopé d'une semaine de retenue tous les soirs. Les plus pénibles, évidemment. Aucune excursion dans la forêt avec Hagrid, et rien ne leur permettant de s'approcher du terrain de quidditch à moins de cent mètres, mais au moins, ce soir là, ils n'étaient pas sous la surveillance de Rusard comme la veille.

 

Ils avaient dû ranger des tonnes et des tonnes de documents dans son bureau exigu qui sentait clairement l'urine de chat, tout cela sous le regard fixe du concierge qui n'avait semblé être capable de s'adresser à eux qu'en leur hurlant dessus, et n'avait eu de cesse de marmonner qu'il préférait l'époque où il pouvait encore suspendre les élèves au plafond. En jetant un coup d'oeil en l'air, James avait remarqué qu'une vieille chaîne rouillée y pendait encore.

 

L'avant-veille, ils avaient dû nettoyer tous les couloirs du septième étage, et le travail avait été long et pénible parce que Peeves n'avait cessé de laisser tomber des bombabouses derrière eux dès qu'ils se retournaient. Nick Quasi-Sans-tête, qui supervisait la retenue, avait fini par réussir à le faire fuir, non sans mal.

 

Trois jours avant, ils avaient dû retirer les yeux d'une centaine de scarabée morts dans la salle de classe du professeur Slughorn, et l'activité avait été bien plus répugnante que tout ce qu'il avait pu imaginer compte tenu du fait que certains des pauvres insectes avaient pourri dans leur bocal. Il ne se rappelait plus qui de Lily ou de lui était sorti en premier pour aller rendre son dîner, mais ils l'avaient fait tout les deux.

 

Les autres retenues avaient été plus ou moins semblables, toutes plus horribles les unes que les autres, mais la pire chose dans tout cela avait probablement été ce moment où ils s'étaient retrouvés dans le bureau du professeur McGonagall et où ils avaient clairement vu la déception et la colère dans ses yeux.

 

Il n'avait pu s'empêcher de penser qu'elle regrettait probablement de l'avoir nommé préfet. Le choix avait été audacieux dès le départ, et tellement surprenant qu'il avait eu l'impression pendant les quelques premiers mois qu'une bonne partie des élèves du château attendait juste qu'il se plante.

 

En croisant le regard de son professeur ce jour là, après sa confrontation avec les Serpentards, il avait eu la sensation qu'il avait fait exactement ce que l'on attendait de lui. C'était la bêtise de trop, et la pire. Il avait voulu blesser Avery. C'était la première fois qu'il en avait réellement eu l'intention.

 

 

« Tes parents t'ont écrit ? l'interrogea Lily, lui rappelant soudainement l'existence de cette lettre qui avait été envoyée dans chacune de leur famille.

- Non, mais ça ne m'étonne pas vraiment, répondit-il en haussant les épaules. Ils ne sont pas du genre à envoyer une beuglante. La plupart du temps, ils préfèrent me laisser mijoter dans le silence le plus complet pour que je me remette en question, et aussi pour que je n'aie aucune idée de ce à quoi m'attendre quand je rentrerai. Ils appellent ça de la torture psychologique, termina t-il en souriant légèrement lorsqu'il entendit Lily s'esclaffer. Et les tiens ?

- J'ai reçu un hibou ce midi. Je suis privée de sortie tout le mois de juillet, dit-elle en grimaçant.

- Ah, fit-il simplement. Ta mère m'aime trop, c'est probablement juste un stratagème pour m'obliger à revenir. »

 

 

Il se baissa juste à temps pour esquiver l'énorme racine nécrosée de bubobulb qu'elle lança dans sa direction en riant, mais il sentit la terre lui tomber dans les cheveux et il n'arrangea pas les choses en les ébouriffants avec ses mains sales.

 

 

« Je ne suis pas certaine qu'ils autorisent ça non plus. Sur le papier, j'avais l'impression que l'idée était que je meurs d'ennui seule dans ma chambre, poursuivit-elle.

- Alors quoi, je vais devoir entrer par la fenêtre comme un voleur ? s'enquit-il avec un sourire en coin. »

 

 

Il leva les yeux vers elle quand elle ne lui donna aucune réponse, et il réalisa son erreur dès qu'il constata qu'elle le fixait avec la même envie que lui quelques minutes auparavant, bien qu'elle eut l'air un peu interloquée. Elle avait de la terre sur le front, ses cheveux roux collaient à ses tempes, mais il lui sembla qu'il ne l'avait jamais autant voulue.

 

Elle inspira profondément et déglutit, puis reporta son regard sur le pot qu'elle était en train de nettoyer avec le vieux tuyau d'arrosage moldu, seule aide qui leur avait été autorisée. Le professeur Chourave avait pris leur baguette en début de retenue pour s'assurer qu'ils feraient tout manuellement, et cela n'avait fait que renforcer l'admiration de James pour les moldus.

 

 

« C'est si inconcevable pour toi, de devoir patienter un mois avant de me revoir ? le taquina t-elle, esquissant le plus succinct des sourires narquois.

- Absolument pas, répondit-il de la même manière. Je disais ça pour toi. Je ne peux qu'imaginer à quel point ça doit être dur de vivre sans moi. »

 

 

Il la vit arquer un sourcil, puis jeter un coup d'oeil vers l'entrée de la serre, là où le professeur Chourave apparaissait toutes les demie-heures pour vérifier qu'ils étaient toujours à l'oeuvre, et elle dirigea le jet d'eau droit dans sa direction. Cette fois-ci, il n'eut pas le temps de se baisser, et il se retrouva trempé.

 

Son unique réflexe fut de se mettre à courir dans sa direction pour essayer de lui subtiliser le tuyau, ou de dévier sa trajectoire. Lorsqu'il arriva enfin à sa hauteur, elle le dissimula dans son dos, si bien qu'il dut se pencher sur elle pour essayer de le lui arracher des mains. Ses rires se mêlèrent aux siens, ponctués par des insultes qu'ils s'efforçaient tous les deux de ne pas prononcer trop fort alors qu'ils se contorsionnaient, elle pour garder l'arme du crime hors de sa portée, lui pour s'en emparer et lui faire payer son geste.

 

Il avait l'avantage d'être bien plus grand qu'elle, et il finit par réussir à refermer ses doigts autour des siens sur le tuyau malgré ses tentatives honorables de le repousser. Il aurait pu gagner la bataille à ce moment là, mais il réalisa soudainement à quel point il s'était penché sur elle, et à quel point son propre tee-shirt avait trempé le sien, et il lui sembla que le temps resta suspendu quand son rire mourut, ses yeux figés dans les siens.

 

C'était comme si elle s'était rendue compte en même temps que lui de sa proximité, et son cœur fit une pirouette quand il vit son regard tomber sur sa bouche avant de se planter de nouveau dans le sien avec une expression qu'il ne l'avait jamais vue arborer en sa présence, même dans leurs moments les moins sages.

 

Il sentit sa main droite se crisper sur son épaule, signe qu'elle perdait l'équilibre, et il passa instinctivement un bras derrière elle. Sa main gauche resta sur la sienne autour du tuyau dont l'eau se répandait sur le sol sans qu'ils ne s'en soucient le moins du monde, et il se pencha pour l'embrasser.


Il l'aurait fait.

 

Il l'aurait fait si seulement la voix de Mme Chourave ne les avait pas fait bondir à un mètre l'un de l'autre.

 

 

« Par la barbe de Merlin, une bataille d'eau ?! s'exclama t-elle. Faut-il que je vous rajoute une semaine de retenue ?

- Ce n'était pas une bataille d'eau, nia Lily en bafouillant légèrement, c'était plutôt... Une séance de rafraîchissement. 

- C'était ça ou je mourrais de déshydratation, compléta aussitôt James, et je suis sûr que ça aurait grandement pesé sur votre conscience. »

 

 

Le professeur de Botanique les fixa tour à tour dans le silence le plus total pendant quelques secondes, les sourcils haussés, puis elle secoua lentement la tête de gauche à droite d'un air dépité et tourna les talons non sans leur lancer une ultime menace.

 

 

« Le désherbage devra être terminé quand je reviendrai. Si ce n'est pas le cas, je vous donnerai rendez-vous dans la serre numéro trois demain, trancha t-elle. »

 

 

Le message était passé, et dès que ses pas commencèrent à s'éloigner, ils se remirent au travail. Il était évident qu'ils n'osèrent plus échanger le moindre regard. Il entendit Lily couper l'eau, et puis soudainement, il n'y eut plus que des bruits de terre que l'on gratte, de feuilles que l'on frotte, et les splatch, floc, et autres flip flap réguliers de ses pieds dans les flaques de boue qu'ils avaient causées.

 

 

« C'est marrant, commença t-elle avant de marquer une brève pause, puis de poursuivre sur un ton neutre, j'aurais juré que tu allais m'embrasser. »

 

 

C'était un peu comme si une main invisible venait de lui attraper le cœur et de le serrer. Il était fatigué. Il avait l'impression de passer son temps à tourner autour du pot, à s'interdire tout ce qui, paradoxalement, lui paraissait presque indispensable, à ressasser des phrases qu'il avait entendues au détour de couloirs ou pendant les cours ces deux dernières années et qu'il avait fini par croire.

 

« Même s'ils sortent ensemble un jour, ça ne durera pas. »

 

« Ils n'arriveront jamais à se supporter assez longtemps. »

 

« Ils sont trop différents. »

 

C'était le contrecoup d'être capitaine de quidditch, préfet en chef avec elle, et populaire. Les gens les observaient. Les gens parlaient d'eux. Les gens donnaient constamment leur avis sur ce qu'ils ne se disaient pas, et exagéraient tout ce qu'ils se disaient. Ils avaient une opinion, une opinion qu'ils s'échangeaient parfois avec un manque de discrétion déconcertant.

 

Il leva les yeux vers elle, s'efforçant de les garder vissés sur son visage plutôt que sur une autre partie de son corps, et il haussa une épaule d'un air résolu. Elle ne s'attendait vraisemblablement pas à un semblant d'aveu puisqu'elle laissa tomber sur ses chaussures la motte de terre de laquelle elle essayait d'extirper une vieille racine d'une plante morte impossible à identifier.

 

La seconde d'après, elle se pencha si rapidement pour la récupérer qu'elle faillit s'ouvrir le crâne contre la table en bois.

 

 

« Tu n'avais pas l'air d'être totalement répugnée par l'idée, toi non plus, lui fit-il remarquer.

- Tu as entendu comme moi ce qu'Avery a dit, commença t-elle en tirant si fort sur la racine qu'elle manqua de tomber en arrière quand elle parvint finalement à l'arracher. Et quitte à me faire insulter, j'aimerais autant que ce soit pour quelque chose de vrai. »

 

 

Il écarquilla les yeux, et ne s'autorisa à s'avouer qu'il avait bien compris ce qu'elle voulait dire par là que quand elle lui adressa un sourire en coin.

 

Ils avaient encore du travail à abattre et elle ne l'aidait pas vraiment à se focaliser dessus, mais il redoubla quand même de vitesse. Sa précision laissait clairement à désirer, mais il doutait que le professeur Chourave ne s'offusque si deux ou trois mauvaises herbes persistaient. Elle n'était pas aussi pointilleuse que le professeur McGonagall.

 

 

« Est-ce que tu sais à quel point c'est dur d'être amie avec toi, Potter ? reprit Lily sur un ton particulièrement sérieux qui attira de nouveau son attention.

- Je pourrais mal le prendre, plaisanta t-il.

- Tu sais ce que je veux dire, ajouta t-elle en lui jetant un regard appuyé. »

 

 

Il acquiesça et esquiva la motte de terre qu'elle lança dans sa direction juste parce qu'il la suspectait d'aimer lui jeter tout et n'importe quoi à la figure. Il la lui renvoya mais elle se baissa, et la terre éclata contre le mur de la serre avant de tomber derrière une pile de seaux en bois.

 

Puis le silence régna de nouveau dans la serre. Il n'était pas lourd, mais apaisant et appréciable. Cette tension constante entre eux était beaucoup plus simple à supporter de cette manière, quand ils étaient trop éloignés l'un de l'autre pour se toucher et qu'aucun d'eux n'osait troubler le silence avec une provocation, une suggestion, ou pire, une invitation qui tenterait l'autre.

 

Il lui apparut soudainement qu'ils avaient fonctionné de cette manière toute l'année, se passant le relais à chaque fois que l'un d'eux commençait à hésiter sur la façon de se comporter avec l'autre, se cherchant sans arrêt même après s'être frontalement avoués qu'ils ne voulaient pas gâcher leur amitié, et apprenant inconsciemment à fonctionner ensemble alors même que c'était ce qu'ils doutaient pouvoir accomplir.

 

Il n'avait jamais spécialement accordé d'importance à ce que les gens disaient de lui alors pourquoi était-il si enclin à croire ce qu'ils pouvaient penser de leur relation ? La chaleur de la serre était-elle en train de lui monter à la tête ? Ou commençait-il à comprendre que ses rapports avec Lily n'étaient ni dictés par les autres, ni écrits sur le même modèle qu'une histoire passée qui n'était pas la leur ?

 

 

« Eh bien, il semblerait que vous ayez avancé plus vite que les Serdaigles que j'avais en retenue hier, déclara le professeur Chourave qui venait de réapparaître à l'entrée de la serre en joignant ses mains devant elle. Et sans nouveau coup de chaleur en plus.

- Grâce à Evans, sans aucun doute, commenta James en jetant la dernière mauvaise herbe de sa rangée dans le seau presque rempli qui se trouvait à ses pieds.

- Dois-je vous rappeler, avant de vous laisser partir, que vous n'êtes pas autorisés à vous approcher du terrain de quidditch avant de regagner votre salle commune ? reprit-elle en s'écartant légèrement pour les laisser passer. »

 

 

Lily secoua la tête de droite à gauche, et James marmonna un « Je suis au courant » à peine audible en récupérant la baguette que le professeur de Botanique lui tendait. Il la salua ensuite poliment et se dirigea vers la sortie, sa camarade sur ses talons.

 

Dès qu'ils quittèrent la serre, ils poussèrent un soupir simultané en sentant la brise fraîche du printemps sur leur visage. Après avoir passé autant de temps à subir la chaleur de l'intérieur, le changement était appréciable.

 

La lenteur de ses pas lui laissa à penser qu'elle était aussi exténuée que lui, sinon plus. Ils avaient beau avoir passé les derniers mois à s'entraîner sans arrêt, les retenues tardives plusieurs jours de suite, et en particulier celle-ci, dans cette chaleur monstre, les avait harassés.

 

 

« Je crois que je n'ai jamais autant attendu une douche de toute ma vie, déclara Lily, visiblement las.

- Pour quoi faire, Evans ? La terre te va si bien, répondit-il avec un sourire espiègle alors qu'ils atteignaient enfin le hall du château. »

 

 

Pour la première fois de la soirée, elle sembla se rendre compte de l'état dans lequel ses vêtements et ses bras se trouvaient, et elle les frotta rapidement avant d'abandonner devant l'ampleur de la tâche, l'air résolue.

 

 

« Tu peux parler. Tu en as dans les cheveux, lui dit-elle après avoir pivoté vers lui. »

 

 

Ils s'arrêtèrent simultanément lorsqu'elle plongea paresseusement sa main dans ses mèches brunes desquelles elle retira une quantité surprenante de terre et de feuilles, et l'instant d'après, sans qu'il ne sache qui d'elle ou de lui s'était jeté sur l'autre, ils étaient en train de s'embrasser.

 

Le bras de Lily était retombé sur son épaule, ses mains nouées autour de sa nuque, et il posa les siennes sur ses hanches, la faisant vivement reculer contre la porte la plus proche. Elle s'ouvrit sur le coup, et ils manquèrent de tomber l'un sur l'autre au milieu de la salle de classe désaffectée. L'empressement avec lequel elle la referma, et son rire contre sa bouche lui firent perdre la tête.

 

 

« Je ne suis pas sûre que c'était ce que le professeur Chourave imaginait quand elle nous a dit qu'elle nous laissait regagner notre salle commune, souffla t-elle entre deux baisers.

- J'ose espérer que si elle s'imaginait ça, Dumbledore ne la laisserait pas travailler ici, plaisanta t-il en déglutissant quand il sentit la main de Lily descendre vers son entrejambe.

- Ton sens de l'humour est tellement douteux, commenta t-elle après avoir laissé échapper un nouveau rire qu'elle avait toutefois essayé de ravaler. »

 

 

Il ferma les yeux quand elle le toucha et que sa bouche se posa de nouveau sur la sienne. Il avait la vague impression que quelque chose était en train d'exploser à l'intérieur de lui, et c'était la meilleure sensation du monde.

 

Il la pressa un peu plus contre la porte en bois, glissa instinctivement sa cuisse entre ses jambes pour la rapprocher de lui, et le soupir qu'elle poussa entre ses lèvres boosta considérablement son ego qui n'avait pourtant pas tellement besoin d'être boosté.

 

 

« On devrait rentrer, suggéra t-il tout en l'embrassant dans le cou, ses doigts remontant assez lentement le long de sa cuisse pour lui donner le temps de l'arrêter si elle le voulait.

- Pourquoi ? »

 

 

Parce qu'ils étaient en retenue depuis une semaine et qu'être surpris en train de copuler dans une salle de classe n'apporterait rien de positif à leur dossier scolaire.

 

Il avait la réponse, mais il n'eut aucune envie de la lui donner quand elle se saisit de sa main et qu'elle la fit elle même passer sous sa jupe.

 

 

« Aucune raison valable, répondit-il mécaniquement, la faisant éclater de rire contre son oreille. »

End Notes:

Hey heyyyy !

Bon, bon, bon, comme je vous l'avais dit, c'est une fic courte, et je vous annonce donc qu'il ne reste plus qu'un chapitre.

MAIS

Je suis en train d'écrire une suite à SMIYP et je m'éclate, donc j'espère pouvoir commencer à la publier dans pas trop trop longtemps :)

A bientôt :)

27-05-1978 by ECM
Author's Notes:

Hey ! Nous y sommes, dernier chapitre !

Oui, je finis sur le nombre 13 parce que je suis une dingue.

(c'est faux, ça m'énerve, mais j'ai mal compté et c'est tombé comme ça)

Bonne lecture, et merci infiniment si vous êtes arrivés jusque là

 

« Prêt ? lui demanda Lily alors qu'ils marchaient vers le terrain de quidditch, quelques mètres derrière le reste de l'équipe. »

 

 

Il acquiesça, le visage impassible, et ne se radoucit que lorsqu'elle lui pressa discrètement la main, le ramenant quelques heures plus tôt, lorsqu'elle était enfouie avec lui sous ses couvertures. Il était resté focalisé sur leur ultime match ces deux dernières semaines, stressé comme jamais en songeant qu'il n'aurait plus d'autre chance de gagner la coupe, mais il avait largement apprécié ses méthodes pour le détendre qui s'étaient avérées profitables pour elle aussi, d'après ce qu'elle lui avait confié.

 

Il ne savait pas exactement ce qu'ils étaient. La discussion n'avait pas été leur préoccupation principale s'il devait être honnête, mais cela fonctionnait. Il n'y avait rien de vraiment officiel entre eux, même si, officieusement, toute l'école était au courant depuis quelques jours.

 

Il était arrivé derrière elle à la table du petit déjeuner, encore ensommeillé, et avait machinalement déposé un furtif baiser sur ses lèvres. Ce n'est que lorsqu'il avait vu Sirius commencer à s'étouffer avec son toast, et qu'il avait été obligé de sortir de sa léthargie pour lui taper brutalement dans le dos, qu'il s'était rendu compte de son geste.

 

Il s'était immédiatement excusé auprès de Lily, soucieux qu'elle ait voulu mettre un point d'honneur à garder leur bulle intacte, mais elle avait juste haussé une épaule comme si cela lui était bien égal. A côté d'elle, Mary MacDonald n'avait pas semblé surprise le moins du monde, mais Marlène lui avait jeté un regard scandalisé.

 

 

« Ça va être bizarre, hein, de ne plus jouer ensemble, reprit-elle, et il lui fut impossible de passer à côté de la mélancolie dans le ton de sa voix.

- Ça va me manquer, lui confia t-il en tendant la main pour retirer un cil sur sa joue, mais tu pourras toujours venir à la maison cet été. »

 

 

Elle leva les yeux vers lui, et il constata que l'invitation la surprenait légèrement. Il ne savait pas pourquoi. Depuis qu'ils étaient amis, il lui avait toujours répété qu'elle était la bienvenue au manoir.

 

 

« C'est la première fois que tu parles de l'après Poudlard depuis qu'on... Tu sais, pointa t-elle en reportant son regard vers leurs coéquipiers en train de chahuter devant eux.

- C'est la première fois que je peux aligner deux mots sans que tu ne fourres ta langue dans ma bouche, plaisanta t-il, et son rire étranglé lui donna l'impression de marcher sur des nuages.

- Tu es un troll, souffla t-elle en le poussant des deux mains. »

 

 

Il s'esclaffa à son tour, et le silence retomba entre eux alors qu'ils s'approchaient des vestiaires. Quelque part sur le chemin, il lui prit la main, et il vit du coin de l'oeil le sourire timide qui s'étira sur son visage et qui ne lui avait jamais ressemblé d'aussi loin qu'il s'en souvienne. Encore moins depuis qu'il y avait ce truc entre eux.

 

Il ne la lâcha que lorsqu'ils atteignirent enfin les vestiaires des garçons et que tous les membres de l'équipe s'assirent sur le banc qui faisait le tour de la pièce, comme s'ils avaient tous besoin qu'il leur parle une dernière fois. Pas le traditionnel discours d'encouragement qu'il leur réservait juste avant de décoller, mais une preuve, une preuve solide qu'ils pouvaient gagner ensemble pour la troisième fois consécutive cette année là, et marquer l'histoire de l'école.

 

 

« Je ne sais même pas par quoi commencer, avoua t-il avant de se racler la gorge et de jeter un coup d'oeil vers Sirius qui avait toujours su dénouer les nœuds qui se formaient dans son estomac.

- Tu pourrais nous dire pourquoi est-ce que j'ai appris en même temps que toute l'école que notre attrapeuse et toi, vous vous envoyez en l'air, proposa t-il en jetant un regard narquois vers Lily, faisant glousser Benjy et Frank.

- Il va falloir que tu t'en remettes, vieux, répondit-il avec amusement avant de taper dans ses mains tout en esquivant délibérément le regard brûlant de la jeune femme rousse. Quoi qu'il en soit, ce n'était pas vraiment là où je voulais en venir.

- On est ému, capitaine ? le taquina Buckley.

- Je mentirais si je disais que non, avoua t-il en haussant les épaules. »

 

 

Il passa sa main dans ses cheveux, cherchant ses mots parce qu'il ne pensait qu'à la victoire qui était clairement à leur portée. D'ici quelques heures, ils seraient, dans le meilleur des cas, en train de la fêter dans la salle commune. Il ne voulait pas considérer l'autre alternative. Pas quand ils s'étaient entraînés aussi durement toute l'année en pensant à ce moment précis. Pas quand il avait réussi à monter une telle équipe.

 

 

« Je voudrais juste vous dire merci, commença t-il finalement. Peu importe l'issue du match, je... Cette année avec vous était la meilleure depuis que je suis rentré dans l'équipe avec ces deux là. »

 

 

Il pointa Sirius et Marlène du doigt, et il trouva le même réconfort dans leur regard qu'avant leur tout premier match, quand ils mesuraient chacun vingt centimètres de moins.

 

Lorsqu'il s'agissait du quidditch, ils avaient été ses deux béquilles, autant qu'il aimait à penser qu'il avait été la leur.

 

 

« Buckley, tu es le seul poursuiveur avec lequel Sirius et moi sommes sur la même longueur d'onde, et l'un des meilleurs défenseurs que j'ai vu de ma vie, dit-il en se tournant vers le jeune homme brun qui secoua la tête d'un air gêné, puis se leva aussitôt pour lui donner une accolade.

- Est-ce que tu essaies de me faire pleurer, Potter ? Parce que si tu continues, ça va marcher, avoua t-il, faisant pouffer les autres, et James lui donna une petite tape sur les fesses lorsqu'il retourna s'asseoir sur le banc.

- Franky, continua t-il. Le batteur le plus talentueux, et le détenteur de la chute la plus spectaculaire d'après douche depuis deux ans déjà.

- Tu aurais pu trouver plus flatteur, s'amusa le concerné avant de se lever à son tour et de lui frapper dans la main. »

 

 

Leur coup d'oeil complice échappa aux autres, probablement parce qu'ils n'avaient jamais réalisé à quel point ils étaient proches. Ce n'était pas une amitié aussi forte que celle qu'il entretenait avec Rémus, Sirius, ou Peter. C'était plus une franche camaraderie, des rires après les matchs, avant les entraînements, et des confessions sur leur vie sentimentale que ni l'un, ni l'autre n'aurait osé partager avec leurs meilleurs amis. Par dessus tout cela, la cerise sur le gâteau : une confiance mutuelle que rien ne pouvait ébranler.

 

 

« Benjy, je sais que tu me détestes après nos derniers entraînements, mais je ne peux qu'admirer ta persévérance.

- Arrête, Potter, tu sais que je t'aime, lui lança le concerné en balayant sa remarque d'un geste de la main avant de se retourner vers Lily et de reprendre avec humour. Platoniquement. Désolé, Evans.

- Tout va bien, Benjy, répondit-elle après avoir levé les yeux au ciel.

- Sérieusement, tu as su t'adapter au jeu de Frank à une vitesse ahurissante, et si tu n'avais pas été là pour dégager tous les cognards qui ont volé dans ma direction cette année, ma colonne vertébrale serait en miettes à l'heure qu'il est, ajouta James.

- Allez, allez, viens-en à moi, trépigna Sirius.

- Je te gardais pour la fin, mais...

- Tu veux dire comme dans « le meilleur pour la fin ? » l'interrompit-il, en se redressant sur le banc, plein d'espoir.

- C'est trop tard. J'ai commencé maintenant, décréta t-il en esquissant un sourire moqueur quand il le vit croiser ses bras contre son torse et s'adosser contre le mur l'air boudeur. Je n'ai même pas grand chose à dire, tu sais déjà tout ce que je pense.

- Alors en plus, tu vas me priver d'une déclaration devant tout le monde ?

- Ils savent tous que je t'aime, vieux. Tu as toujours été avec moi ici. Je n'aurais jamais accompli la moitié de ce que j'ai accompli sans toi. Est-ce que ça suffit ?

- A peine, bredouilla le concerné.

- Arrête de te comporter comme un gamin, intervint Marlène en lui donnant une tape derrière la tête.

- Merci pour ça, Marly, reprit James en souriant. Merci de l'avoir frappé pour moi à chaque fois qu'il était trop loin pour que je le fasse moi-même. Merci aussi d'avoir supporté mon humeur toutes ces années, et merci d'avoir été la meilleure foutue gardienne de toute l'histoire de Poudlard. »

 

 

La jeune femme sauta du banc et l'enlaça de la même façon que Buckley un peu plus tôt. Leur relation passée ne jetait plus la même ombre sur eux qu'elle l'avait fait le reste de l'année, peut-être parce qu'il était enfin capable de comprendre que leur échec en tant que couple ne devait pas plus conditionner son amitié avec elle que toutes ses autres relations.

 

 

« Lily, poursuivit-il en esquissant un sourire en coin vers la concernée qu'il avait rarement vue aussi attentive, même en cours de potions. Si on m'avait dit il y a deux ans que tu me ferais assez confiance pour te diriger sur un terrain de quidditch, j'en aurais ri pendant les sept-cent trente jours qui nous séparaient de ce moment, mais maintenant, le fait est que tu es là, et que je ne voudrais voir personne d'autre à ta place.

- Merlin, prenez une chambre, déclara Sirius d'un air faussement las alors que les joues de Lily s'étaient colorées en une jolie teinte rose.

- Je n'arrive pas à croire que tu sois si jaloux, commenta Marlène en lui ébouriffant les cheveux.

- Puisqu'on se parle sérieusement, est-ce que je peux dire quelque chose ? intervint Lily en frottant nerveusement ses mains sur ses cuisses. »

 

 

James hocha la tête et l'encouragea à prendre sa place alors qu'il s'asseyait à côté de son meilleur ami, passant son bras autour de ses épaules, souriant quand Sirius se cala confortablement contre lui.

 

 

« Je voulais juste vous dire merci à tous pour votre accueil. Je sais que je ne suis pas la meilleure, et qu'il a parfois fallu que vous ajustiez votre jeu pour me rendre la tâche plus aisée, et je n'oublierai jamais cette solidarité entre nous.

- Ne dis pas n'importe quoi, Evans, tu es la star montante de l'équipe ! s'exclama Frank, et Buckley et Marlène se mirent à siffler bruyamment pour montrer leur accord, la faisant rire.

- Enfin, bref, reprit-elle. Je voulais juste que vous sachiez que je suis pressée de jouer ce dernier match à vos côtés. Et... Je sais que vous voulez tous le faire, dit-elle avant de pivoter vers James, alors je me permets d'ajouter que personne, pas une âme qui vive dans ce château... Ou qui soit morte, d'ailleurs... n'ignore que Gryffondor ne trouvera jamais plus un capitaine à ta hauteur. »

 

 

Ses mains jointes devant elle, l'embarras évident d'être celle qui prononçait ces mots en face de tous leurs coéquipiers, et son regard fier et admiratif le laissèrent parfaitement pantois pendant un moment. Il entendit Sirius se moquer de lui, rejoint rapidement par les quatre autres alors que Lily se contentait de retourner s'asseoir en les ignorant, un sourire aussi stupidement affectueux que le sien flottant sur ses lèvres.

 

 

« Alors j'imagine qu'il ne nous reste plus qu'à gagner, trancha t-il. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Le temps n'avait jamais été aussi peu clément. Il était rare qu'une pluie semblable à celle-ci s'abatte sur le terrain à cette période de l'année, et il était difficile d'y voir à plus d'une dizaine de mètres. James était trempé, ses mains glissaient perpétuellement sur le manche de son balai, et le souafle avait échappé aux deux équipes un bon nombre de fois depuis que l'averse s'était déclarée, un quart d'heure plus tôt.

 

Toutefois, tous ses joueurs étaient à leur maximum, et il aurait pu en pleurer lorsque, juste avant le coup d'envoi, Marlène s'était arrêtée à ses côtés et lui avait confié qu'ils voulaient tous gagner pour lui, parce qu'ils savaient ce que cette ultime victoire signifiait.

 

Il n'avait pas eu le temps de lui répondre quoi que ce soit avant que l'arbitre ne siffle et qu'ils ne s'envolent. Bertram Aubrey avait rapidement montré qu'il ne se laisserait pas faire et que lui aussi avait durement entraîné son équipe dans le but ultime de ramener la coupe à Serdaigle. James ne pouvait nier qu'ils étaient au niveau.

 

 

« Dukelow reçoit la passe de Stebbins, elle tire, et McKinnon arrête une nouvelle fois le but ! s'égosilla le commentateur. Serdaigle fait face à un mur, mais Potter et ses poursuiveurs ne semblent pas avoir plus de facilité à passer la défense adverse. Du côté des attrapeurs, Evans quadrille méthodiquement le terrain tandis que Cresswell la suit, abandonnant clairement l'idée de chercher par lui même. »

 

 

Il n'avait pas tort. Cresswell avait toujours été un peu sournois. Les batteurs bleus, quant à eux, étaient redoutables et les cognards fusaient en toutes directions. Sa rivalité perpétuelle avec Bertram ne l'aidait pas à sortir son meilleur jeu. Il savait qu'il était plus têtu que d'ordinaire, répétait la même erreur trop de fois de suite avec une obstination qui n'avait pas lieu d'être lors d'un match aussi important, mais il voulait tellement marquer, plier ce match, soulever cette coupe qu'il avait un mal fou à jouer avec la même intelligence qu'il l'avait toujours fait.

 

 

« Cooper et Black se dirigent droit vers les anneaux... Une passe en retrait vers Potter... Oh ! Jolie feinte ! Et le capitaine de Gryffondor marque ! Quoi qu'on puisse en dire, quel que soit le gagnant de ce match, il ne fait aucun doute que le spectacle est sans précédent ! »

 

 

James entendait à peine les élèves de sa maison scander son nom dans les tribunes, accompagnés par une grande partie des Poufsouffles. Il donna une petite tape dans le dos de Sirius quand ils se replièrent en défense, et son meilleur ami leva le pouce.

 

 

« Lily ne repère pas le vif d'or, elle a peur de ne pas le trouver avec cette pluie, lui cria Frank en se rapprochant de lui.

- Dis-lui de ne pas paniquer, Cresswell ne voit pas mieux qu'elle, répondit-il sur le même ton. »

 

 

Il n'aurait pas voulu être à sa place maintenant. Être attrapeur par ce temps là était la pire configuration possible. Il savait qu'elle en était capable malgré tout, ils s'étaient déjà entraînés sous la pluie, avaient affronté le vent, et même la neige, et elle s'en était toujours sortie.

 

 

« Buck ! Attention ! s'écria t-il quand un cognard fila vers son coéquipier qui l'évita de justesse. »

 

 

Et juste comme ça, Bertram Aubrey fila devant eux comme une fusée, profitant de la trajectoire du cognard pour défier une nouvelle fois Marlène qui arrêta le souafle avec une facilité qui fit hurler d'incrédulité le commentateur.

 

 

« Le score est toujours de cent-soixante à cent-quarante en faveur de Serdaigle, mais la gardienne de Gryffondor semble déterminée à ne plus laisser passer le moindre souafle dans ses anneaux ! brailla t-il. Potter repart en direction des buts adverses, et le cognard de Londubat touche le balai de Dukelow, mais la poursuiveuse se cramponne ! »

 

 

Cooper marqua cette fois-ci, resserrant encore un peu plus l'écart. Les deux maisons n'avaient eu de cesse de se passer devant, reprenant tour à tour l'ascendant sur l'autre, et personne à ce stade là du jeu ne pouvait décemment savoir qui remporterait ce match.

 

James était au moins soulagé de savoir qu'il avait eu raison à propos de Bertram. Il n'avait pas laissé une quelconque ruse des Serpentards fausser ce dernier face à face entre eux. Le professeur McGonagall en était sûrement pour beaucoup, mais il savait que si quelque chose avait dû se passer en douce, le capitaine de Serdaigle aurait été celui qui aurait mis un stop à tout cela.

 

Ils avaient beau ne pas éprouver la moindre empathie l'un pour l'autre, ils partageaient une certaine intégrité lorsqu'il s'agissait du quidditch.

 

 

« Fenwick rate sa cible de peu ! L'équipe d'Aubrey est impressionnante de réactivité ! entendit-il dans les hauts parleur. »

 

 

Il serra la mâchoire. Il détestait l'admettre, mais le commentateur avait amplement raison. Il y avait seulement une petite chose qu'il ne disait pas : l'équipe de Gryffondor était meilleure.

 

Il n'était pas impartial, mais il n'avait pas besoin de l'être pour pouvoir l'affirmer. Leur jeu était simplement plus fluide, plus technique, plus malin, et même si Serdaigle n'avait rien à leur envier niveau intelligence de jeu, ils n'avaient pas le même panache.

 

C'est pourquoi il fut autant surpris d'entendre le commentateur annoncer la victoire de ses adversaires, et qu'il continua de voler pendant deux ou trois secondes comme si l'information n'avait pas atteint cette partie de son cerveau qui était toujours focalisée sur les buts adverses et le repli défensif.

 

 

« James, l'arrêta Sirius en le rejoignant. Cresswell a attrapé le vif d'or. »

 

 

Il entendit la phrase, mais il n'arriva pas à l'enregistrer immédiatement. Il n'y parvint que quand il s'autorisa à prêter un peu plus d'attention aux tribunes et qu'il vit une vague de supporters en bleu se jeter dans les bras les uns des autres.

 

Il ne descendit pas immédiatement, parce que descendre voudrait dire avoir à affronter le fait qu'il avait une nouvelle fois échoué, et qu'il s'était une nouvelle fois laisser aller à croire, dans un excès de confiance en lui, que ses joueurs seraient à ce moment même en train de porter la coupe à la place de ceux de Serdaigle.

 

C'était comme tomber de haut une deuxième fois, mais avec cette sensation déchirante de savoir que contrairement à l'année précédente, il n'avait plus aucune chance de se rattraper, de corriger le tir, de redorer le blason de sa maison, et de rendre ses parents terriblement fiers. Sa dernière pensée lui retourna l'estomac comme un violent coup de poing dans le ventre.

 

La main de Sirius crispée sur son épaule ne lui apporta que peu de réconfort. Rien, rien ne lui parut plus terrible à cet instant précis que la défaite. C'était un affreux mélange de sentiments, la sensation délirante de devoir des excuses à la fois à ses coéquipiers, mais aussi à toute sa maison, et la brutalité du moment alors que cinq minutes plus tôt, la victoire était encore à portée de main.

 

C'était tellement compliqué de passer du combat à la défaite en un claquement de doigt. Il n'y avait aucune transition entre les deux, rien pour amortir le choc, et jamais, pas une seule fois dans sa vie, même l'année précédente, il n'avait autant eu envie de remonter le temps.

 

Il ne sut à quel moment il décida de descendre pour aller serrer la main à Aubrey qui lui donna une petite tape sur l'épaule qui le fit le détester infiniment plus qu'avant, mais le plus douloureux fut incontestablement son premier pas sur la pelouse trempée.

 

C'était là que tout finissait.

 

Dans les cris de joie d'une maison qui n'était pas la sienne, avec ses coéquipiers qui filaient tous dans les vestiaires à l'exception de Sirius, comme pétrifié à côté de lui parce qu'il savait.

 

Il pleura ce jour là, et demeura de longues minutes accroupi au milieu du terrain sous la pluie, à tenter de se reprendre alors que la main de son meilleur ami ne quittait pas le haut de son crâne, comme pour lui rappeler qu'aucune épreuve n'avait de prise sur leur amitié.

 

Ce fut ce qui l'aida à se redresser et à marcher avec lui jusqu'à leurs vestiaires où il redoutait plus que tout le regard des autres. Toutefois, quand il pénétra à l'intérieur, ils les trouva tous enlacés au milieu de la pièce, dans une étrange ronde qui l'aurait rendu profondément fier s'il n'était pas aussi anéanti.

 

Marlène fut la première à remarquer leur présence, et elle tendit le bras vers eux dans le silence le plus complet pour les convier à l'étreinte. Sirius le poussa en avant, et le bras de Frank se glissa dans son dos. Il remarqua à ce moment là qu'il pleurait aussi, mais ce qui le dévasta par dessus tout furent les yeux rougis et gonflés de Lily.

 

Il aurait voulu lui dire, leur dire à tous qu'il pensait toujours chaque mot qu'il avait prononcé avant le match, mais aucun son ne voulait sortir et il lui sembla que c'était le cas pour tout le monde. Même Sirius était trop abasourdi pour retrouver l'usage de la parole.

 

Il ne sut combien de temps ils restèrent dans cette position avant de finalement se lâcher et que les filles ne disparaissent vers leurs vestiaires. Il aurait voulu attraper la main de Lily, la retenir un peu, mais elle ne lui en laissa pas le temps, et les longues minutes qu'il passa sous la douche brûlante ne l'aidèrent pas à écarter de son esprit le chagrin qu'il avait lu sur son visage.

 

Il se rappelait de ce moment après la sélection en début d'année, quand ils s'étaient assis tous les deux dans les escaliers et qu'elle lui avait dit qu'elle voulait l'aider à gagner la coupe. Il se demanda brièvement comment un souvenir aussi profondément joyeux avait soudainement pris un goût aussi amer.

 

Il se blâma pour ça. Il les avait laissé imaginer qu'ils gagneraient, que c'était leur année, qu'il les mènerait jusqu'à la victoire, et il y avait cru, mais ce n'était que maintenant qu'il réalisait à quel point eux aussi, et à quel point il leur avait fait espérer quelque chose qu'il n'avait pas été en mesure de leur offrir. Rien n'était plus éprouvant, pour un capitaine, que de savoir qu'il avait failli à son devoir.

 

 

 

 

Il était presque trois heures du matin lorsqu'il entendit le portrait de la Salle Commune pivoter. Pour la première fois depuis une heure, ou deux, il n'avait plus aucune notion du temps, il décrocha les yeux de la fenêtre contre laquelle il était assis, et les reporta vers l'entrée. A son grand soulagement, la seule personne à qui il avait envie de parler se dirigeait droit vers lui sans même l'avoir vu, et il se sentit obligé de signaler sa présence, en particulier parce qu'il lui avait semblé qu'elle l'avait évité depuis la fin du match.

 

 

« Hé, dit-il doucement. »

 

 

Ne s'attendant probablement pas à trouver qui que ce soit éveillé à cette heure-ci, elle fit un bond, et James vit un tas de muffins, entassés dans son pull qu'elle avait recourbé pour former une large poche, se propulser en l'air et terminer leur course sur le sol. Un seul resta indemne.

 

Il poussa un juron et s'empressa d'aller ramasser les gâteaux en s'excusant platement. Il les posa sur la table la plus proche, et s'avança de nouveau devant elle tout en passant nerveusement sa main dans ses cheveux noirs.

 

 

« Ce n'est pas grave, rien ne pourrait m'empêcher de les manger. Pas même les poils que le chat d'Alice laisse sur le parquet, déclara t-elle en haussant les épaules, et elle fut la première personne à réussir à le faire sourire ce jour là, bien qu'elle n'ait même pas eu l'air d'essayer. »

 

 

Il hocha la tête pour toute réponse, un peu perturbé par la pâleur inhabituelle de son visage et par la façon dont son regard esquivait le sien. Il ne savait pas s'il voulait lui parler ou ne rien dire, rester simplement avec elle, à la regarder manger ces muffins au chocolat derrière cette même vitre contre laquelle il avait cru enfin s'endormir un peu plus tôt, détestant cordialement la pluie qui n'avait cessé depuis la fin du match.

 

 

« Est-ce que tu peux rester avec moi ? S'il te plaît ? lui demanda t-il, plus vulnérable qu'il ne l'avait jamais été devant qui que ce soit. »

 

 

Elle ne répondit pas, récupéra les muffins, et après quelques secondes, elle se dirigea sur le rebord intérieur de la fenêtre où il s'était trouvé une minute auparavant, lui laissant juste assez de place pour parvenir à s'installer en face d'elle malgré la longueur de ses jambes. Il déplia le plaid qui était tombé lorsqu'il s'était redressé pour aller l'aider à ramasser les muffins, et le posa à la fois sur ses genoux et sur les siens.

 

Ils n'échangèrent aucun mot pendant plusieurs minutes, tous les deux tournés vers l'extérieur. Il espérait qu'elle ne se rendait pas compte qu'il observait d'avantage son reflet que l'étendue d'arbres de la forêt interdite.

 

 

« Je ne t'ai pas vue revenir avec les autres après le dîner, commença t-il finalement, et elle marqua une pause, un muffin posé contre sa bouche, avant de lui répondre.

- Parce que je n'y suis pas allée dès le départ. J'étais dans les cachots.

- Dans les cachots ? répéta t-il, perplexe.

- Je travaillais les potions pour les ASPIC. »

 

 

Il se retint de lui demander pourquoi elle s'infligeait une telle chose un samedi soir, parce qu'il avait une vague idée de ce à quoi pourrait ressembler sa réponse.

 

 

« J'avais l'impression que tu m'évitais, reprit-il en laissant son bras reposer sur son genou replié contre lui alors que son autre jambe pendait, talon reposant sur le parquet.

- On s'est tous évités, souffla t-elle. »

 

 

Elle n'avait pas tort. Il n'était pas totalement surpris que Benjy, Buckley, ou Frank n'aient pas discuté avec lui après le match parce qu'ils ne traînaient pas ensemble habituellement, mais il n'avait pas tellement vu Marlène non plus, et Sirius était parti vagabonder avec Peter pendant de longues heures après le dîner.

 

 

« Je suis vraiment désolée, ajouta t-elle rapidement, évitant toujours de croiser son regard. Je sais que c'était important pour toi. Je croyais que je l'avais, le vif d'or, précisa t-elle la voix chevrotante, mais Cresswell est arrivé derrière moi et je... »

 

 

Elle s'interrompit, et il remarqua à ce moment là qu'elle était secouée par des sanglots. Il se redressa et la tira par le poignet, puis la fit habilement pivoter pour qu'elle se retrouve assise contre lui, entre ses jambes. Elle se fondit dans l'étreinte, et il resserra ses bras autour d'elle.

 

 

« Ce n'est pas de ta faute, lui assura t-il, la gorge nouée.

- J'aurais dû être meilleure et...

- Ne dis pas n'importe quoi, trancha t-il un peu plus brusquement qu'il ne l'aurait voulu.

- Ton visage quand tu es descendu, chuchota t-elle avant d'avaler difficilement sa salive. Ça m'a brisé le cœur. »

 

 

Il ne prononça pas un mot. Il ne savait pas quoi répondre à cela. Il avait passé des heures à essayer d'écrire à ses parents, terminant systématiquement par chiffonner et jeter à la poubelle chaque parchemin qu'il commençait et ne parvenait pas à finir. La défaite ne signifiait rien pour eux. Ils lui avaient toujours dit qu'on gagnait plus en perdant, mais il avait eu à cœur de suivre leur trace, qu'ils le comprennent ou non, et il n'y était pas parvenu.

 

Lui aussi, il avait eu le cœur brisé en descendant de son balai.

 

 

« Je m'en veux, lui confia t-il dans un murmure.

- Pourquoi ? s'enquit-elle en se contorsionnant juste assez pour le regarder dans les yeux pour la première fois de la soirée. James, tu n'as aucune raison de...

- Je sais, la coupa t-il. Je sais, plus j'y réfléchis, et plus j'en viens à la même conclusion, mais je ne peux pas m'en empêcher. On a tous fait de notre mieux, et ils ont été vraiment bons, mais on était meilleurs qu'eux. J'ai juste ignoré le facteur chance. Merde, pesta t-il. Je déteste Bertram Aubrey. »

 

 

Il ferma les yeux quand elle se cala de nouveau contre lui et qu'elle posa sa main sur sa joue par dessus son épaule.

 

 

« Est-ce que ça aiderait si je te disais que je n'ai jamais pris mon pied avec lui quand on sortait ensemble ? »

 

 

La confession, légère, subite et inattendue, lui fit lâcher un rire incrédule sans qu'il n'ait pu le retenir, et il jura contre son oreille, surpris d'être encore capable de se réjouir de quoi que ce soit.

 

 

« Je suis désolé pour toi.

- Tu n'en as vraiment pas l'air, pointa t-elle. »

 

 

Il s'étonna de l'entendre pouffer à son tour, ses larmes ayant à peine eu le temps de sécher sur ses joues. Quelque chose dans le fait d'être avec elle rendait tout plus supportable, et il se demanda si c'était aussi ce qu'elle ressentait.

 

 

« Tu crois que les autres m'en veulent ? s'enquit-il, l'estomac noué.

- Quoi ? bredouilla t-elle, confuse. Non, Merlin, personne ne t'en veut. Pourquoi est-ce que qui que ce soit... elle se stoppa net et reprit d'une voix douce. On est tous déçus. On voulait cette coupe, mais on voulait aussi que tu sois fier de nous, et je crois qu'on a tous un peu honte de ne pas avoir été à la hauteur.

- Ne dis pas ça. Vous avez été extraordinaires, s'empressa t-il de lui confier avec une assurance qui ne laissait pas de place au doute. Je voulais le dire dans les vestiaires, mais je ne pouvais pas, je... il se stoppa, incapable de trouver les mots qui traduisaient avec exactitude le déchirement qu'il avait ressenti à ce moment là.

- Je sais, souffla t-elle en posant sa main sur sa cuisse. »

 

 

Il déglutit et laissa le silence reprendre sa place autour d'eux. Il n'avait pas songé un seul instant qu'il pourrait lui confier autant, se montrer aussi fragile et peu confiant devant elle quand il avait donné l'image opposée à tous leurs camarades pendant si longtemps, mais il ne fut pas surpris de trouver qu'il était particulièrement simple d'être lui-même avec elle.

 

 

« Tu viendras, alors, jouer au quidditch dans le jardin cet été ? lui demanda t-il sur un ton neutre qui ne traduisait en rien l'inquiétude qu'il ressentait à l'idée qu'elle puisse lui répondre par la négative.

- Tellement souvent que tes parents en auront marre de me voir, répondit-elle, le faisant sourire.

- Je doute que ce soit possible. »

 

 

Il était toujours bouleversé par l'issue du match, noyé dans l'angoisse permanente de savoir qu'il n'aurait plus jamais la chance de faire gagner sa maison, mais contrairement à quelques heures plus tôt, là, assis avec elle, il savait qu'il s'en remettrait, parce qu'il avait rencontré bien plus que des victoires et des défaites sur le terrain.

 

 

The End.

End Notes:

Et voilà !

Terminée, cette petite fic courte avant de peut-être repartir sur SMIYP 2.

J'ai écrit 6 chapitres déjà, j'espère pouvoir finir avant de reprendre le travail de manière intensive, hopefully. En attendant, vous pouvez toujours me lâcher des prompts sur Fluffy Stories si vous voulez :)

En tout cas, merci à ceux qui m'ont laissé des reviews, vous imaginez même pas le bonheur de lire vos petits (ou grands) mots. Je m'en remets jamais ahah :D

A bientôt <3

Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=38449