La Grande Illusion by MadameMueller
Summary:

 

 

1979

Embrigadée dans l’Ordre du Phénix, l’aventurière Marlene McKinnon craint plus que tout de voir un jour apparaître la Marque des Ténèbres au-dessus de sa maison.

C’est alors que lui vient l’idée qui pourrait changer la face de la guerre…

 

 

Deuxième place au concours "Le savant fou : effraction au ministère"

 

Image: affiche du magicien Howard Thurston (1869-1936) retravaillée par mes soins


Categories: Biographies Characters: Marlene McKinnon, Personnage original (OC), Remus Lupin
Genres: Guerre, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Le Savant fou : Effraction au ministère ( Concours)
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 8557 Read: 745 Published: 08/02/2022 Updated: 03/05/2022
Story Notes:

Participation au concours "Le savant fou : effraction au ministère", organisé par Chrisjedusor et MaPlumeAPapote, sur le thème des inventions magiques.

Thème choisi : les armoires à disparaître !

1. Chapitre 1: Boîte à idées by MadameMueller

2. Chapitre 2: Boîte à outils by MadameMueller

3. Chapitre 3: Boîte à jouets by MadameMueller

Chapitre 1: Boîte à idées by MadameMueller
Author's Notes:

Bonjour à toutes et à tous,

Le premier round du concours organisé par Chris et Plume porte sur l'idée de l'invention magique, et j'ai choisi le plus niveau de difficulté, dont voici les contraintes (en gras dans le texte) :

- Un grimoire scellé
- Une personne vient vous importuner dans votre réflexion
- Faire apparaître le champ lexical de la confiance
- Faire apparaître les mots suivants dans votre texte : désillusion, bambin, parasol, Kenya, savate, hors d’œuvres, religion, pyramide, savant, téméraire

Bonne lecture !

La porte du bureau était verrouillée. Elle l’était toujours. Que Marlene y travaille ou qu’elle soit absente, jamais elle ne laissait cette fichue porte ouverte. Et impossible de l’ouvrir d’un simple et banal Alohomora ! – non, Marlene apposait toujours des maléfices de protection compliqués pour empêcher toute intrusion.

            Philip poussa un profond soupir et actionna le heurtoir accroché au panneau.

-Qui est là ? demanda la voix de sa fille au travers de la porte.

-C’est moi, soupira son père. Je peux entrer ?

À ces mots, la porte s’ouvrit d’elle-même en grinçant sur ses gonds.

Remarquant que sa fille était assise à sa table de travail, penchée sur un vieux grimoire scellé, sa baguette à la main, Philip soupira de nouveau puis s’avança dans la minuscule pièce aux murs recouverts d’étagères et de bibliothèques. Marlene avait ramené tout un tas de babioles de ses voyages au tour du monde. Il s’agissait pour la plupart d’artefacts magiques, mais certains avaient une simple valeur sentimentale, comme cet hippopotame sculpté dans de l’ébène, souvenir de son premier séjour au Kenya

-Tu n’as toujours pas réussi à l’ouvrir ? interrogea-t-il d’un ton à la fois curieux et résigné.

-Non, grimaça Marlene en repoussant sa longue tresse blonde par-dessus son épaule. Il refuse de s’ouvrir tant qu’on ne lui donne pas le bon mot de passe. J’ai essayé tout ce qui me venait à l’esprit, mais…

-Prends donc un dictionnaire et commence à la lettre « A », suggéra Philip en haussant les épaules.

-Un dictionnaire moldu, ou sorcier ? ironisa-t-elle.

Cette fois encore, Philip haussa les épaules.

-Tiens, dit-il, je t’ai apporté ton repas, puisque tu n’as pas daigné te joindre à nous.

Il déposa alors une belle assiette de hors d’œuvres sur le bureau, juste devant une photographie mouvante montrant sa fille et son défunt gendre devant une pyramide aztèque.

            Marlene avait énormément voyagé, depuis qu’elle était sortie de Poudlard, vingt ans auparavant. Téméraire, elle ne s’était pas contentée d’une simple année initiatique comme l’avaient fait la plupart des jeunes de son âge. Non, Marlene avait passé cinq ans auprès des sorciers arabes et africains, apprenant entre autres les secrets de la magie vaudou, que les Moldus considéraient comme une religion. C’était là qu’elle avait rencontré Galib, un conjureur perse, dont elle était tombée folle amoureuse.

-Papa… soupira à son tour Marlene en secouant la tête d’un air coupable.

-Je sais que tu as beaucoup de travail, ajouta précipitamment Philip, mais je te rappelle que tu as un fils, Marlene.

-Merci, moi aussi, je le sais, grommela-t-elle en saisissant la fourchette posée sur le bord de l’assiette.

-Tu le sais ? répéta Philip. Pourtant tu ne t’intéresses pas à lui. Si ta mère et moi n’étions pas là, alors…

-Tout ce que je fais, je le fais pour lui, répliqua sèchement Marlene en avalant la bouchée qu’elle venait d’enfourner. Pour le protéger.

-Tu n’aurais pas à le protéger si tu ne t’étais pas lancée à l’aveuglette dans cette société secrète…

-Nous avons déjà eu cette discussion, mon point de vue n’a pas changé, rétorqua-t-elle avec humeur.

À ces mots, elle jeta ses couverts dans son assiette d’un geste rageur.

-Tu m’as coupé l’appétit.

Elle repoussa l’assiette vers son père, comme pour appuyer ses propos. Philip secoua la tête d’un air consterné puis invoqua une chaise d’un coup de baguette. Sa fille avait beau avoir déjà presque quarante ans, elle se comportait parfois encore comme une véritable gamine immature.

-Marlene, dit-il d’une voix adoucie en prenant place sur le siège auprès d’elle. Je ne veux pas te faire de reproche, tu sais que je t’ai toujours soutenue

-Je sais.

-… mais si tu continues à négliger Samir, tu finiras par le perdre. Les années avant Poudlard sont les meilleures qu’un parent puisse avoir avec son enfant. Ensuite, tu ne le verras plus que pendant les vacances…

-Je viens de passer un an à enseigner à défense contre les forces du Mal, rappela Marlene dans un claquement de langue agacé. Je sais parfaitement à quoi m’attendre.

-Raison de plus pour…

-Dumbledore compte sur moi

-Rhâ, oublie Dumbledore cinq minutes, tu veux ? Je te parle de choses bien plus importantes que tous ses plans foireux ! Je te parle de la confiance de ton fils que tu perds un peu plus de jour en jour. Tu le comprends, ça ?

-Oui, mais…

-Il n’y a pas de « mais » qui tienne, coupa de nouveau Philip.

Marlene ouvrit la bouche, mais son père ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit.

-J’ai des billets pour un spectacle de cirque moldu, poursuivit-il en posant deux rectangles de papier sur le bureau encombré de parchemins. La représentation a lieu demain après-midi et j’ai promis à Samir que tu irais avec lui.

-Tu ne peux pas lui promettre des choses à ma place ! protesta énergiquement Marlene.

-Je ne devrais pas avoir à le faire, c’est vrai, admit Philip, mais tu ne me laisses vraiment pas le choix. Samir ne m’a pas cru quand je le lui ai dit, il sent déjà que tu vas le décevoir. Il ne supportera aucune désillusion de plus, Marlene, je préfère te prévenir. C’est peut-être ta dernière chance de sauver votre relation.

Il se tut ; Marlene observait les deux billets posés devant elle d’un regard légèrement embué.

-Ce n’est pas seulement ta vie que tu risques en aidant Dumbledore et son Ordre du Phénix, souligna Philip à mi-voix. C’est aussi les nôtres – celle de Samir, ta mère et moi. Nous avons foi en toi et en ce combat que tu mènes, mais il n’a pas de sens si tu abandonnes tout ce qui t’es proche et précieux.

Émue aux larmes et incapable de prononcer le moindre mot, Marlene se contenta de hocher la tête. Elle se retenait de pleurer, cela crevait les yeux. Philip savait que son Épouvantard revêtait depuis un certain temps la forme de la Marque des Ténèbres ; il savait que ce qu’elle redoutait plus que tout au monde, c’était de rentrer un soir et de les retrouver morts tous les trois.

-Je te laisse travailler, reprit Philip en se levant. Mais n’oublie pas : demain après-midi, tu vas au cirque avec Samir.

Sans ajouter un mot, ni attendre de réponse, il fit disparaître la chaise qu’il avait invoquée plus tôt puis sortit de la pièce en refermant la porte derrière lui. Il espérait que son sermon – bien qu’il aurait préféré s’en passer – ferait réfléchir sa fille. Il n’agissait que pour son bien.

 

            Le lendemain après-midi, Marlene avait revêtu ses plus beaux atours de Moldue et se laissait tirer par la main au travers de la foule agglutinée sous le chapiteau. Bien qu’elle refusât de l’admettre à voix haute, les paroles de son paternel l’avaient fait réfléchir. Et maintenant qu’elle voyait le regard enjoué de Samir posé sur elle, elle se félicitait d’avoir su écouter ces sages conseils.

-Où est-ce qu’elles sont nos places, mouima[1] ? demanda le bambin âgé de neuf ans d’une voix surexcitée.

-Là-bas, habibi[2], répondit Marlene en désignant la deuxième rangée surélevée.

Samir sautilla de joie, tenant toujours fermement la main de sa mère, comme s’il craignait qu’elle disparaisse s’il la lâchait ne serait-ce qu’une seule seconde. À cette pensée, Marlene eut encore plus mauvaise conscience de le confier si souvent aux bons soins de ses grands-parents.

-Tu crois qu’il va y avoir des lions ? s’enquit le garçon alors qu’ils prenaient place sur leurs sièges.

-Je ne sais pas, habibi. Peut-être…

-Et un clown ?

-Sans doute, habibi.

Malgré l’enthousiasme de son fils, Marlene ne réussissait pas à se détendre. Elle avait glissé sa baguette magique à l’intérieur de sa manche et n’avait de cesse de jeter des regards autour d’elle, comme si elle s’attendait à une attaque de Mangemorts.

-Regarde, mouima, ça commence ! s’écria Samir en applaudissant de toutes ses forces.

            L’enfant ne fut pas déçu : le spectacle commençait par un clown qui portait une savate bien trop grande pour lui, le faisant trébucher tous les deux pas sous les rires aigus des grands et des petits. Même Marlene ne put s’empêcher de sourire à une ou deux reprises ! Elle commençait enfin à se détendre.

Après le clown intervinrent deux trapézistes ; Samir se cacha les yeux pour ne pas regarder.

-Tu vas tout rater, habibi, s’amusa Marlene en lui prenant doucement les poignets pour les écarter de son visage.

-J’ai peur que la dame elle tombe, souffla Samir d’un air anxieux.

-Rassure-toi, habibi, lui murmura-t-elle à l’oreille dans un sourire sincère et maternel. Si jamais elle tombe, j’amortirai sa chute avec la magie.

-Mais tu n’as pas le droit de faire ça ! s’écria Samir, les yeux exorbités.

-On a toujours le droit de sauver des vies, lui assura-t-elle avec sérieux.

Visiblement apaisé par les paroles de sa mère, le garçon se concentra à nouveau sur le numéro d’équilibristes.

            S’en suivit alors le moment que Samir attendait le plus : celui du dompteur. Paradèrent tour à tour un singe savant qui pouvait écrire et compter, des canards capables de se trier par couleur de plumage, un éléphant qui tenait un parasol au bout de sa trompe, et un tigre capable de traverser un cerceau enflammé.

Ayant eu l’occasion d’observer ces animaux dans leurs habitats naturels, Marlene n’appréciait guère de les voir se faire maltraiter de la sorte, mais elle préféra ne rien dire pour ne pas gâcher ce beau moment de complicité avec son fils. Ils étaient si rares ! Elle avait oublié à quel point ils lui manquaient !

Le dompteur salua son public puis quitta la piste sous les applaudissements, où il fut aussitôt remplacé par un illusionniste au chapeau haut-de-forme et son assistante vêtue d’un justaucorps à paillettes. Ils y avaient installé une armoire munie de rideaux bleu marine et brodés d’étoiles – le genre d’étoffe que revêtait habituellement Dumbledore, pensa Marlene en pouffant toute seule.

Le « magicien » tira sur le rideau, dévoilant l’intérieur vide de la boîte d’un geste théâtral, puis fit signe à son assistante d’entrer dedans. Il referma le rideau, sortit le bâton cylindrique noir et à l’extrémité blanche qui lui servait de baguette magique, forma des geste abracadabrantesques – il récita même la formule, et Marlene manqua de s’étrangler de rire – puis tira de nouveau sur le rideau.

-Mouima ! s’écria Samir en se penchant en avant. La dame, elle a disparu !

En effet, l’armoire était vide.

Marlene fronça les sourcils.

            C’était comme si le monde autour d’elle s’était soudain figé.

            Les Mangemorts avaient pour tactique d’appliquer des maléfices Antitransplanage aux habitations qu’ils attaquaient pour empêcher leurs victimes de fuir. Mais il suffisait de leur faire croire qu’ils arrivaient trop tard, que la maison était vide. Qui donc s’intéresserait à une simple armoire, cet objet parfaitement banal que tout le monde avait chez soi ? L’illusionniste utilisait bien sûr une boîte à double fond, mais si l’armoire en question pouvait vraiment faire disparaître celui qui y entrait, alors des familles entières pourraient être sauvées ! Fini les massacres après lesquels la Marque des Ténèbres se reflétait dans une mare de sang…

-Mouima, tu crois que le monsieur est un véritable sorcier ? lui chuchota Samir à l’oreille, la tirant soudain de ses réflexions.

-Pardon ? fit Marlene, retrouvant brutalement ses esprits. Tu disais, habibi ?

-Le monsieur a fait disparaître et réapparaître la dame, insista le garçon en tirant sur sa manche. Est-ce que c’est lui le sorcier, ou est-ce que c’est elle qui sait transplaner ?

-Ni l’un, ni l’autre, habibi, répondit-elle d’un air absent. Les Moldus font juste semblant.

-Mais comment ils font ? insista Samir en fronçant à son tour les sourcils.

Il ressemblait tellement à son père lorsqu’il affichait cette expression concentrée… Samir ouvrit de nouveau la bouche, mais Marlene ne lui laissa pas le temps de parler.

-Il se fait tard, habibi, il est temps de rentrer.

-Mais le spectacle n’est pas terminé ! Regarde ! Il va découper la dame avec des scies, maintenant !

Marlene poussa un soupir mais n’insista pas. Ces moments étaient trop rares pour qu’elle les écourte.

Elle ne prêta néanmoins aucune attention aux numéros suivants, trop occupée à réfléchir à la façon de mettre son projet en œuvre. Car si elle réussissait, la guerre contre Lord Voldemort pourrait prendre un tout autre tournant.

 

End Notes:

[1] Mouima : « maman » en arabe

[2] Habibi : « mon amour » en arabe

 

J'espère que ce premier chapitre vous a plu, n'hésitez pas à me laisser votre avis.

Pour la petite histoire, j'ai repris ma "version" de Marlene McKinnon qui apparaît dans les fics longues "À l'aube du crépuscule" et "Happée par les Ténèbres". J'en ai fait une aventurière dans le genre de Gertrude Bell, et chez moi elle a 20 ans de plus que les Maraudeurs.

À bientôt !

MM's

Chapitre 2: Boîte à outils by MadameMueller
Author's Notes:

C'est parti pour le round 2 en niveau difficile. Les contraintes :

- Votre personnage principal doit devenir ami avec un moldu de manière inopinée;
- Votre personnage principal chante faux;
- Vous recevez une lettre annonçant une mauvaise nouvelle;
- Liste des mots à mettre dans l’ordre dans le texte : anticonstitutionnellement ; cerise ; chapeaux ; Magyar à pointes ; spéculos ; corbeau ; véhicule ; lampion ; halieutique ; pensine.

Le round 2 se basera sur le développement de la création dudit sortilège, de l’objet magique, de la potion ou de l’étude en question. 

-Mouima, qu’est-ce que ça veut dire, « anti… anticonsti… anticonstitutionnelle­ment » ?

Marlene releva la tête du carnet dans lequel elle prenait des notes et jeta à son fils un regard interrogateur.

-Où est-ce que tu as entendu ce mot-là ? demanda-t-elle en retour.

Elle eut cependant sa réponse avant que Samir n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit : sur la table devant lui gisait l’un de ces journaux moldus que lisaient Philip.

-C’est écrit là, expliqua Samir en pointant l’un des articles. Ça parle de l’Iran et de révolution, et euh…

Il fronça les sourcils, essayant de comprendre de quoi traitait l’article en question. Marlene pinça les lèvres pour ne pas soupirer ; elle ne le savait que trop bien : la révolution iranienne, qui avait eu lieu au début de l’année, avait renversé la dynastie impériale Pahlavi pour instaurer une république islamique, allant contre la constitution de 1906. Le père de Samir ayant été perse, le petit garçon cherchait naturellement à en apprendre plus sur ses origines, mais Marlene le trouvait bien trop jeune pour s’intéresser à un sujet aussi compliqué que la politique, aussi lui prit-elle le journal des mains.

-Tu ne veux pas plutôt une glace à la cerise, habibi ? proposa-t-elle pour changer de sujet.

-Oui !

Attendrie par la réaction ô combien prévisible de son fils, Marlene ne put s’empêcher de sourire. Elle agita sa baguette, et une coupe de crème glacée apparut aussitôt sur la table, devant Samir, qui se jeta dessus comme le dernier des morphales.

            C’était un bel après-midi d’automne, et les rayons du soleil réchauffaient agréablement la cuisine au travers de la fenêtre. Samir était rentré de l’école moldue deux heures plus tôt et Marlene avait daigné sortir de son bureau pour s’installer avec lui autour de la table. Tandis qu’il faisait ses devoirs d’un air appliqué, l’aventurière n’avait cessé de plancher sur l’idée qu’elle avait eue lors de leur visite au cirque, quelques jours plus tôt.

            Ce tour de l’illusionniste l’obsédait, c’était plus fort qu’elle. Elle en perdait même le sommeil, se retournant pendant des heures et des heures dans son lit, cherchant la solution pour faire fonctionner son Armoire à Disparaître – car c’était ainsi qu’elle nommait son invention. Jusque-là, elle avait déjà envisagé plusieurs pistes :

La première : suspendre un voile ou un rideau en poils de Demiguise dans l’ouverture pour dissimuler ce qui se trouverait derrière.

La deuxième : appliquer à l’intérieur de l’armoire un sortilège de Désillusion qui engloberait son contenu.

La troisième : faire en sorte que l’armoire fasse réellement transplaner la personne.

Cette dernière option était évidemment la plus efficace, mais également la plus difficile à mettre en œuvre. Le transplanage était en soi déjà bien assez compliqué, mais comment faire en sorte d’un objet « aspire » automatiquement ses occupants, et en toute sécurité ? Et pour les envoyer où, d’ailleurs ?

-J’ai fini ! s’exclama Samir en laissant bruyamment tomber sa cuillère dans le bol vide.

-C’est bien, habibi, répondit Marlene d’une voix absente, toujours concentrée sur son problème existentiel.

Il y eut un moment de silence pendant lequelle la mère de famille ne s’aperçut pas que son fils commençait à s’agiter sur sa chaise.

-Je peux aller jouer dehors ?

Cette fois, Marlene poussa bel et bien un soupir agacé.

-Non, habibi, ce n’est pas une bonne idée, répondit-elle d’un ton sans appel.

-Mais pourquoi ? s’indigna Samir. Il fait beau, je ne risque pas de me salir !

-Je me moque que tu te salisses, c’est juste que c’est dan…

-Vous devriez aller vous promener tous les deux, intervint la voix rocailleuse de Philip derrière elle.

À ces mots, Marlene se retourna vivement et foudroya son père du regard.

-Samir a raison, poursuivit-il d’un ton très calme. Il fait beau, et je suis sûr qu’un bon bol d’air ne peut que te faire du bien, à toi aussi.

Marlene serra les dents mais se garda de répondre.

            Elle devait admettre qu’elle se trouvait, à cet instant, dans une impasse. Sortir avec Samir et se dégourdir un peu les jambes l’aiderait peut-être à trouver une solution ? Après tout, c’est en prenant le temps de se détendre un peu qu’elle avait eu l’idée de l’Armoire à Disparaître…

-D’accord, abdiqua-t-elle.

Samir bondit aussitôt de sa chaise en poussant un cri de triomphe, puis fonça hors de la cuisine. Sa mère ne tarda pas à le suivre.

-Marlene, chuchota Philip en la saisissant par le bras alors qu’elle passait devant lui, tu ne peux pas lui dire que c’est trop dangereux dehors. Tu veux que ce petit vive dans la peur, ou quoi ?

Cette fois encore, l’aventurière ne pipa mot. Elle se dirigea vers le porte-manteau, enfila sa veste moldue ainsi qu’une écharpe.

-N’oubliez pas vos chapeaux, surtout ! lança encore Philip. Il fait beau, mais le vent est frais, tout de même !

Samir ne se fit pas prier et enfonça sur ses oreilles le tricorne de pirate qu’il avait reçu pour son neuvième anniversaire.

 

            Tenant fermement les doigts de son fils dans une main et sa baguette magique dans l’autre, dissimulée à l’intérieur de la poche de son blouson, Marlene avançait à grandes enjambées, jetant autour d’elle des regards circulaires et méfiants. Malgré sa vive allure, Samir ne se plaignait pas. Il courait pour effrayer les pigeons et sautait par-dessus les flaques d’eau croupies.

-Tu as vu, miouma, je ne me suis pas sali !

-C’est bien, mon grand, sourit-elle.

Elle était sur le point d’ajouter qu’elle pouvait effacer les tâches de ses vêtements en un coup de baguette, mais elle se ravisa. Samir était un garçon calme et obéissant la plupart du temps – sage comme une image moldue, comme disait Philip – et elle ne voulait pas lui donner de mauvaises idées.

            Tout en marchant, Samir se mit à entonner une comptine sorcière intitulée « Les licornes veillent », qu’elle lui avait souvent chanté lorsqu’il était bébé. Sans s’en rendre compte, elle se joignit à lui.

-Arrête ! pouffa Samir. Arrête, miouima ! Tu chantes faux !

La – fausse – note qu’elle s’apprêtait à émettre mourut aussitôt dans sa gorge et Marlene jeta à son fils un regard troublé qui le fit éclater de rire.

-Tu n’aurais vraiment pas pu devenir chanteuse ! renchérit-il, toujours hilare.

La moue de sa mère s’accentua encore davantage, puis elle rit à son tour.

-D’accord, je me tais, admit-elle, à la fois amusée et pourtant légèrement piquée dans son orgueil.

            Ils continuèrent de marcher un moment dans les rues peu fréquentées de leur quartier, puis Samir sortit de la poche de son blouson une petite figurine animée de Magyar à pointes, l’un de ces jouets pour jeunes sorciers qui se vendaient comme des Patacitrouilles.

-Range-le tout de suite, avant qu’un moldu ne le voit, habibi ! gronda aussitôt Marlene d’un ton sévère.

-Oups, commenta Samir en fourrant l’objet dans le fond de sa poche. Désolé, j’avais oublié qu’il était là.

-Tu sais bien que tu ne dois pas garder de jouet sorcier dans tes vêtements moldus, rappela-t-elle à voix basse bien que la rue soit déserte.

-Mais mes copains d’école aussi ils ont des figurines de dragons pour jouer ! se défendit vaillamment Samir.

-Peut-être, mais leurs dragons ne bougent pas et ne crachent pas de fumée.

Samir bougonna quelques minutes, puis le sujet fut oublié.

            Ils venaient d’arriver en vue terrain vague où le cirque était toujours dressé, et Samir insista pour aller voir les animaux. Bien que nullement persuadée qu’on les laisserait les voir en dehors des horaires de spectacle, Marlene se laissa néanmoins convaincre d’aller jeter un œil.

 

 

            Derrière le grand chapiteau étaient garées une vingtaine de roulottes et autres camions de transport. Les artistes étaient en plein effervescence – visiblement, ils répétaient pour leur prochaine représentation.

-Viens, habibi, dit Marlene en s’arrêtant à bonne distance. Je crois que nous allons déranger.

Elle amorça un mouvement de recul avant de faire demi-tour, et c’est à cet instant précis que le petit Samir décida de jouer les fortes têtes.

-Non ! s’écria-t-il d’une voix forte en refusant de bouger et en tapant du pied. Je veux aller voir les animaux !

-Samir, siffla Marlene entre ses dents.

Elle avait employé son prénom, ce qui lui laissait présager un mauvais quart d’heure lorsqu’ils rentreraient à la maison.

-Ne fais pas l’imbécile. Ces gens travaillent, ils n’ont pas besoin que nous traînions dans leurs pattes, ils…

-Le travail, toujours le travail ! coupa le bambin en levant les bras dans un geste grandiloquent.

Il avait parlé d’un ton si profondément exaspéré que Marlene se figea sur place. Philip avait raison finalement : Samir lui en voulait de ne pas lui accorder plus de temps.

-Habibi, reprit-elle d’une voix plus douce, je comprends que…

-Vous voulez voir les animaux ?

Surprise, Marlene se retourna.

            L’illusionniste s’approchait d’eux et l’aventurière manqua de ne pas le reconnaître d’aussi près, et sans son haut-de-forme.

-Euh, oui, admit-elle dans un sourire gêné. Mais nous ne voudrions surtout pas vous déranger.

-Vous ne dérangez pas, nous sommes toujours prêts à laisser les enfants regarder les animaux. Venez, ajouta-t-il. Suivez-moi.

Ravi d’avoir une nouvelle fois eu le dernier mot, Samir se précipita à la suite de l’homme en sautillant d’un air joyeux.

-Tiens, tu veux un biscuit ? demanda le Moldu en sortant une boîte de gâteaux de sa poche.

-Des spéculos ! s’écria Samir, les yeux écarquillés par la surprise.

C’est qu’il était encore un peu tôt dans la saison pour ce genre de pâtisseries épicées. Avant que Marlene n’ait eu le temps de l’en empêcher, Samir avait déjà saisi le biscuit que l’homme lui tendait et l’avait englouti en une seule fois.

-Mâche, habibi, sinon tu vas t’étouffer.

-Ta maman a raison, acquiesça l’illusionniste. C’est pour ça qu’il faut toujours écouter sa maman, ajouta-t-il en adressant à Marlene un large sourire.

De plus en plus surprise, Marlene tarda à répondre.

            Cet homme, bien qu’il soit un Moldu et un étranger, lui était sympathique. Or Marlene ne se souvenait pas de la dernière fois où elle avait trouvé quelqu’un vraiment sympathique.

            Un corbeau perché sur un poteau croassa d’un ton lugubre avant de prendre son envol. L’illusionniste les guida dans le labyrinthe de roulottes. Ils longèrent un véhicule puis pénétrèrent dans un chapiteau ouvert presque aussi grand que celui où avaient lieu les représentations, et sous lequel les cages des animaux étaient alignées.

-Ne t’approche pas trop près, bonhomme, conseilla le Moldu avec bienveillance. Ils sont attachés, mais on ne sait jamais… Ils n’obéissent qu’à Sergei, leur dompteur.

Visiblement impressionné, Samir s’arrêta à bonne distance pour observer le tigre. Gardant son fils à l’œil, Marlene s’approcha de l’illusionniste.

-Nous sommes venu voir votre spectacle samedi, expliqua-t-elle. Et c’est votre numéro qui m’a le plus plu.

-Oh ! fit le Moldu d’un air agréablement surpris. Merci, c’est gentil.

-Je suis sincère, assura-t-elle. D’ailleurs, je me demandais…

-Oui ?

-Quel est votre nom ?

-Mon nom ? s’étonna l’illusionniste. Bruno.

-Enchantée, Bruno*. Je suis Marlene.

-Tout le plaisir est pour moi, Marlene, répondit-il en saisissant sa main tendue dans un geste un peu maladroit.

Il y eut un bref instant de silence pendant lequel ils suivirent Samir, qui s’aventurait du côté de la cage du singe savant, puis Marlene reprit la parole.

-Comment vous faites ? demanda-t-elle avec une curiosité non simulée. Pour faire disparaître votre assistante ? Je veux dire… Vous utilisez sans aucun doute un double fond, mais je ne me demandais si la trappe était sur l’arrière de la boîte ?

À ces mots, Bruno afficha un sourire mystérieux.

-S’il vous plait ? insista Marlene.

Elle le dévisageait d’un regard tellement implorant que Bruno finit par secouer la tête, un large sourire aux lèvres.

-C’est bien parce que c’est vous, Marlene, répondit-il, amusé.

Il jeta un regard alentours puis se pencha vers elle d’un air conspirateur.

-La trappe se trouve dans le plancher de la boîte. Josy, mon assistante, se glisse dedans. C’est une excellente contorsionniste, vous avez d’ailleurs sans doute vu son numéro, si vous êtes venue samedi ?

-Oh, euh… balbutia Marlene, qui ne se souvenait de rien d’autre que du tour de l’illusionniste. Oui, bien sûr que je l’ai vu.

Elle doutait que son mensonge soit vraiment convaincant, mais elle devait bien admettre qu’elle était légèrement déçue. C’était un peu stupide, car elle ne pouvait pas s’attendre à ce qu’un illusionniste moldu résolve tous ses problèmes, mais sa technique ne l’aidait vraiment en rien car quand bien même elle réussirait à faire transplaner les occupants d’une Armoire à Disparaître, elle ne pouvait pas simplement les envoyer à la cave : les Mangemorts les retrouveraient deux minutes plus tard…

-Voilà, conclut Bruno en fourrant ses mains dans les poches. Vous connaissez mon secret. Mais je vous en prie, ne le répétez à personne.

-Promis, assura Marlene avec le plus grand sérieux, une main sur le cœur.

Bruno hocha la tête dans un simulacre de salut militaire, qui les fit rire tous les deux.

 

 

            Marlene et Samir prirent congé environ une heure plus tard, après que Bruno leur eût montré l’enclos des éléphants. Avant de les laisser partir, l’illusionniste avait même offert un lampion à Samir, pour lequel il semblait s’être vraiment pris d’affection.

-Nous restons encore deux semaines, expliqua le Moldu tandis qu’il les raccompagnait jusqu’à la sortie du camp. Si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à revenir me voir. J’en serais vraiment ravi.

-On reviendra demain ! s’écria aussitôt Samir.

À ces mots, Marlene pouffa de rire.

-On verra, si j’ai le temps.

-Si t’as pas le temps, je demanderais à grand-père de m’emmener, rétorqua le garçon.

Marlene secoua la tête, amusée par l’audace de son fils, puis salua une dernière fois Bruno avant de reprendre le chemin de la maison.

            Le soleil commençait déjà à décliner et Marlene, agrippant la main de Samir, accéléra l’allure. Depuis le début de la guerre, elle s’efforçait de ne pas se retrouver dehors à la nuit tombée – à moins, bien sûr, d’être en mission pour l’Ordre du Phénix.

            Elle pressa encore un peu le pas, forçant Samir presque à courir, jusqu’à ce que l’inévitable se produise : il venait de marcher dans une flaque, les éclaboussant tous les deux.

-Ce n’est pas grave, habibi, assura-t-elle précipitamment. Je nettoierai ça lorsque nous serons arrivés.

Dix longues minutes plus tard, ils passaient la porte de la maison des McKinnon et Marlene poussa un profond soupir de soulagement.

-Viens-là, dit-elle après s’être calmée. Je vais nettoyer tes vêtements. 

Samir s’approcha sans rechigner et Marlene sortit sa baguette :

-Evanes… commença-t-elle avant de s’interrompre.

Le sortilège de Disparition. Mais bien sûr ! Pourquoi n’y avait-elle pas pensé plus tôt ? Mais comment l’appliquer à des êtres humains ? Il existait, bien sûr, une formule pour les animaux – qu’on apprenait en cours de métamorphose au niveau ASPIC –, mais elle n’en connaissait pas pour les êtres humains. Et maintenant qu’elle y réfléchissait, ces formules envoyaient-elle les objets ? Elle ne s’était jamais posé la question, mais il devenait vraiment urgent d’éclaircir ce point crucial !

-Miouma ? Tu ne te rappelles plus du sort, ou quoi ? râla Samir.

-Quoi ? Ah, euh… Si, bien sûr…

Submergée par cette nouvelle idée, elle en avait presque oublié qu’ils étaient encore couverts de boue.

-Evanesco !

Les traces d’eau croupie disparurent aussitôt et Samir se détourna.

            L’aventurière renouvela l’opération sur ses propres vêtements, tandis que Samir montait jouer dans sa chambre en attendant l’heure du dîner. Elle traversa le couloir et s’apprêtait à lever les enchantements qui protégeaient la porte de son bureau, lorsque son père sortit du salon.

-Alors ? demanda Philip en lui jetant un coup d’œil par-dessus ses lunettes, l’épaule négligemment appuyée contre l’encadrement de la porte.

Il tenait à la main un journal moldu – d’après la photo qui illustrait l’article, celui-ci devait parler d’un concours halieutique – et Marlene se rappela brièvement de la question de Samir sur la nouvelle constitution en Iran.

-Alors, tu avais raison, admit-elle en baissant sa baguette. Sortir m’a permis de me changer les idées et j’ai peut-être trouvé une solution à mon problème d’Armoire à Disparaître. Enfin, un début de solution…

-Tiens donc ? la taquina Philip. Et moi qui croyais que je ne vivrais pas assez vieux pout t’entendre me donner raison…

À ces mots, Marlene lui jeta un regard noir.

-En tout cas, reprit-elle, j’ai tellement d’idées qu’un carnet ne me suffira sans doute pas à les mettre en ordre. Ce qu’il me faudrait, c’est une pensine ! Je sais que Dumbledore en possède une ; je me demande où il l’a dégotée…

-En parlant de Dumbledore, ça me fait penser… intervint Philip.

Il fouilla un moment dans la poche intérieur de son gilet puis tendit à sa fille un rouleau de parchemin cacheté d’un sceau marqué d’un phénix.

-C’est l’oiseau de Dumbledore qui l’a déposé pour toi cet après-midi, expliqua le vieil homme.

-Pourquoi est-ce qu’il n’a pas envoyé de Patronus ? s’étonna-t-elle, les sourcils froncés.

-Qu’est-ce que j’en sais ? rétorqua Philip. Moi, je ne suis pas dans ses petits papiers…

Ignorant cette dernière remarque un brin acerbe, Marlene décacheta le parchemin et s’empressa de le lire :

 

 

« Les Mangemorts comptent empoisonner l’eau courante de Londres en contaminant ce soir les réservoirs de la station d’épuration de Coppermills avec du venin de Verlieu.

Nous envoyons une équipe sur place pour régler le problème.

Restez en arrière, je vous tiendrai au courant.

A.P.W.B.D. »

 

 

Les mains légèrement tremblantes, Marlene relut le parchemin une seconde fois avant de le laisser s’enrouler à nouveau sur lui-même.

-Une mauvaise nouvelle ? supposa Philip.

Bien que terriblement inquiète, Marlene s’efforça de sourire.

-Non, Papa, mentit-elle en pointant de nouveau sa baguette sur la serrure de son bureau. Rien de grave.

End Notes:

* Dans Tintin et les sept boules de cristal, l’illusionniste dont le capitaine Haddock ne veut pas manquer le numéro s’appelle Bruno (je réfute énergiquement toute accusation de tentative de corruption de l'agent Gaunt !!! XD)

 

Merci d'avoir lu ! À dans quelques semaines pour la conclusion de cette mini-histoire.

Chapitre 3: Boîte à jouets by MadameMueller
Author's Notes:

Salut la compagnie !

Et c'est parti pour le troisième et dernier round de ce concours, centré sur les résultats de l'Armoire à Disparaître.

Cette fois encore, je suis restée en niveau difficile et j'avais tiré au sort les contraintes 1 à 4, que voici :

- Votre personnage devient aveugle momentanément

- Vous faites face à un Occamy

- Votre personnage échange un baiser passionné

- Votre personnage cuisine des lasagnes (pasticcio)

Et en supplément, j'ai également reçu la contrainte particulière suivante : Samir va jouer à cache-cache dans l’armoire à disparaître.

Bonne lecture !

-Et vous dites que vous vendez ce sortilège ? interrogea Mr Derviche en fronçant les sourcils, l’air suspicieux.

-Ça a l’air de vous surprendre, nota Marlene.

Elle devait bien l’admettre, lorsqu’elle était venue trouver le gérant de Derviche et Bang, le magasin d’objets magiques implanté à Pré-au-Lard, elle ne s’était pas attendue à une telle réaction.

-Oui, ça me surprend, admit le boutiquier. Cela me surprend qu’une personne comme vous, qui jouissez d’une si bonne réputation dans notre communauté, ait besoin de passer par un modeste commerçant tel que moi pour lancer la production de votre… Armoire à Disparaître ? dit-il en se penchant vers le parchemin posé sur le bureau devant lui. Vous pourriez approcher les fabricants directement.

-Je le pourrais sans doute, admit l’aventurière, mais comme vous le savez certainement, la plupart des usines d’objets magiques font travailler des elfes de maison. Or il s’agit d’un enchantement complexe qui nécessite l’emploi d’une baguette. Seuls des sorciers compétents en métamorphose et en sortilèges seront capables de l’appliquer en toute sécurité.

-Réexpliquez-moi le principe, s’il vous plait, la pria Derviche.

Marlene sourit pour ne pas soupirer de lassitude, puis se lança de nouveau dans les explications.

-Comme vous le savez, il existe déjà un sortilège de Disparition pour les objets, et un autre pour les animaux. Je me suis basée sur ce dernier pour créer ma formule, car il est autrement plus délicat de faire disparaître un être vivant qu’un simple objet.

-C’est le moins que l’on puisse dire, pouffa Derviche. Je me souviens d’une fois, lorsque j’étais en septième année… Hum. Pardon. Poursuivez…

-Ce que l’on ne nous enseigne pas, même au niveau ASPIC, c’est sont envoyés les objets – ou les animaux – que nous révoquons. Après de nombreuses recherches et expériences, il s’est avéré que ceux-ci sont transférés dans une sorte de vacuum, de néant – un peu comme ceux que l’on traverse pendant un transplanage ou en empruntant un Portoloin, à cette différence près que ce vacuum ne mène nulle part.

-Un cul-de-sac, en somme.

-En somme, oui, convint Marlene. Un cul-de-sac dont il est impossible de ressortir par soi-même. C’est sur ce point que mon sortilège est vraiment révolutionnaire : une fois dans le vacuum, il faut se concentrer sur l’envie d’en ressortir pour s’en libérer.

-Un peu comme avec la poudre de Cheminette ou le troisième D du transplanage ?

-Oui et non. Ce vacuum n’a qu’une seule ouverture, on ne peut en sortir que par là où on y est entré. Mais bien sûr, l’aller-retour ne peut se faire sans risque que si l’enchantement a été correctement appliqué.

-Je vois. Il faut donc de la main d’œuvre hautement qualifiée pour le mettre en œuvre, conclut le commerçant.

-En effet.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Derviche sembla réfléchir intensément.

-Nous pourrions en produire quelques-unes, reprit-il au bout d’un moment. Cela nous permettrait d’un côté de véritablement mesurer la charge de travail nécessaire, et d’un autre, de nous rendre compte de la demande réelle du public pour ce produit.

-Pardonnez-moi, sourit de nouveau Marlene, mais un objet capable de cacher une famille entière en cas d’attaque de Mangemorts est intéressant pour chaque foyer de ce pays.

-Sur le principe, sans aucun doute. Mais tout dépend du prix. Or, je suis désolé, mais je ne dispose pas d’assez de personnel pour produire à la chaîne. Vous avez le choix entre la quantité, ou la qualité.

-Oui, souffla Marlene, je comprends.

Elle hésita un instant avant de reprendre.

-Et si je vous conseillais un jeune sorcier que je sais assez compétent pour mettre cet enchantement en place, vous accepteriez de l’embaucher ?

-Un jeune sorcier assez compétent pour mettre en place un sortilège aussi complexe n’a-t-il pas déjà un emploi ? demanda Derviche en retour.

-Pas actuellement. Et je suis certaine qu’il vous serait plus que reconnaissant si vous vouliez bien lui donner sa chance.

Le commerçant prit son temps pour répondre. De toute évidence, il hésitait.

-Cela ne fait rien, mentit Marlene en se levant de sa chaise et en saisissant le parchemin sur le bureau de Derviche. J’ai rendez-vous cet après-midi avec Wiseacres, votre concurrent sur le Chemin de Traverse.

À ces mots, elle s’inclina légèrement et tourna les talons. Elle venait tout juste d’atteindre la porte du bureau lorsque Derviche la rappela.

-Comment se nomme ce jeune sorcier prometteur mais pourtant au chômage ? s’enquit-il d’un ton à la fois amusé et exaspéré.

 

Marlene sortit de la boutique de Derviche et Bang avec le cœur un peu plus léger. De très nombreux mois de travail acharné avaient été nécessaires pour développer son sortilège : elle avait dû demander conseil à ses anciens collègues, les professeurs McGonagall et Flitwick, et était passée par des phases terribles de doute et d’angoisse, mais finalement elle avait réussi : son Armoire à Disparaître fonctionnait comme l’espérait.

            À vrai dire, l’aventurière s’inquiétait un peu moins lorsqu’elle partait en mission pour l’Ordre en sachant qu’elle laissait derrière elle une cachette sûre pour son fils et ses parents. C’était la seule raison pour laquelle elle s’était autant démenée pour réussir à mener ce projet à bien ; pas un seul instant au cours du processus, elle n’avait envisagé un développement commercial. C’était son père, Philip, qui l’avait suggéré sans s’en rendre compte, en soulignant d’un air épaté la chance qu’il avait d’avoir une fille comme elle, prête à tout pour les protéger. Malgré ses quarante ans révolus, Marlene en avait rougi comme une pivoine, plus habituée aux réprimandes qu’aux compliments de la part de son paternel.

Elle fit quelques pas dans la grand-rue de Pré-au-Lard et, après avoir jeté un regard circulaire autour d’elle, pivota légèrement sur elle-même pour réapparaître un instant plus tard à plusieurs centaines de miles au Sud.

Quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, Marlene avait appris depuis longtemps à ne jamais transplaner à moins de cinq rues de chez elle, simple mesure de précaution. Sa proximité avec le ministère de la Magie était un secret de polichinelle – même Derviche lui en avait fait la remarque à peine une heure plus tôt –, tout comme le fait qu’elle ait enseigné pendant un an la défense contre les forces du Mal à Poudlard ; à la place des Mangemorts, elle aurait été en tête de liste des personnes à surveiller, et c’était d’ailleurs la raison pour laquelle elle ne tenait pas à ce que son nom soit associé aux Armoires à Disparaître.

            Les doigts fermement serrés autour de sa baguette, l’aventurière parcourut les rues du quartier résidentiel où elle vivait, passant devant les maisons de briques rouges toutes identiques les unes aux autres, et dont les habitants commençaient déjà à rentrer du travail. Méfiante, elle scrutait chaque visage, surveillait toutes les mains et jetait de fréquents regards par-dessus son épaule. « Vigilance constante », comme disait Alastor.

            Elle passa devant le terrain vague qu’avait occupé le cirque quelques mois auparavant et eut un léger pincement au cœur en repensant à Bruno. Sans le savoir, l’illusionniste ne lui avait pas seulement inspiré l’idée de l’Armoire à Disparaître, il lui avait également insufflé un élan d’espoir envers le genre humain.

            Après un quart d’heure de marche, elle arriva enfin chez elle et, une fois entrée, elle barricada la porte avec ses enchantements spéciaux puis monta à l’étage après avoir rapidement fait le tour du rez-de-chaussée.

-Samir ? appela-t-elle en poussa la porte entrebâillée de la chambre de son fils. Samir, tu es là ?

Pas de réponse.

-Samir ? insista-t-elle encore.

Son rythme cardiaque commença à s’accélérer. Non, ce n’était pas possible ! Il ne pouvait tout de même pas… Il n’y avait aucune trace de lutte, la Marque des Ténèbres ne flottait pas au-dessus de la maison, il ne pouvait donc pas s’agir de…

-Papa ? Papa ?

À cet instant, Philip sortit de la salle de bain et lui jeta un regard interrogateur.

-Papa, où est Samir ? interrogea-t-elle d’une voix pressante, à la limite de la crise de nerfs.

À ces mots, Philip eut un petit rire amusé. De plus en plus interloquée, Marlene ouvrit la bouche mais avant qu’elle n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Philip la prit doucement par le bras et l’entraîna vers l’escalier.

-On joue à cache-cache, expliqua-t-il en baissant la voix, l’air conspirateur. Ça fait une demi-heure que je le cherche et que je n’arrive pas à lui mettre la main dessus… J’ai une vague idée de l’endroit où il se cache, mais vu que tu as fait en sorte qu’on ne puisse pas sortir les gens de force de cette armoire…

-Je vois, soupira Marlene.

Elle ferma brièvement les yeux, à la fois soulagée et profondément exaspérée. Il s’agissait bien là d’un effet secondaire indésirable de son invention : Samir passait son temps à entrer et sortir de l’Armoire à Disparaître, comme s’il s’agissait d’un jeu.

-Il faut voir le bon côté des choses, reprit Philip en haussant les épaules, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon. Au moins, s’il doit vraiment s’y cacher un jour, il sait comment ça marche…

Marlene ne répondit pas. Elle traversa le couloir et entra dans sa chambre à grandes enjambées. N’ayant malheureusement que trop peu de temps à lui accorder, Samir n’avait pas souvent eu l’occasion de la voir en colère contre lui. Mais là, il avait vraiment dépassé les bornes ! Elle s’approcha de son ancienne penderie et tira sèchement sur la poignée.

-Sa-ARGH ! hurla-t-elle en faisant un bon en arrière, une main sur la poitrine.

Contre toute attente, l’Armoire n’était pas vide. Mais Samir ne s’y trouvait pas non plus : à la place de son fils, Marlene venait de se retrouver nez à nez avec un Occamy.

-Hahaha ! fit une voix enfantine dans son dos.

Marlene se retourna vivement, le cœur battant toujours la chamade ; Samir se tenait aux côtés de Philip, et tous les deux étaient pliés de rire.

-Vous trouvez ça drôle, hein ? dit-elle sans pouvoir s’empêcher de rire dans un réflexe nerveux.

Hilares, ni Philip ni Samir ne furent en mesure de répondre. Marlene secoua la tête avec agacement et se retourna vers l’Armoire avant de saisir l’Occamy pour le sortir de là.

Il ne s’agissait pas d’une créature vivante mais d’un modèle de peluche particulièrement coûteux que Samir avait reçu comme cadeau de Noël, et qui avait la particularité de rétrécir ou de s’allonger en fonction de l’endroit où on le rangeait – comme un véritable Occamy en somme, à ceci près que sa taille était limitée à trois mètres de longueur, ce qui était déjà largement suffisant.

-Trêve de plaisanterie, reprit Marlene en s’approchant de Samir.

Elle s’arrêta à sa hauteur, posa une main douce mais ferme sur son épaule et se pencha pour capter son regard.

-Je ne veux pas que tu te serves de l’Armoire comme d’un jouet, habibi. Je ne plaisante pas, c’est très important que tu le comprennes.

Samir leva alors vers elle de grands yeux tristes et la commissure de ses lèvres se tordirent légèrement vers le bas, mais Marlene ne flancha pas et soutint son regard.

-D’accord, Mouima, je ne le referai plus, soupira-t-il en baissant la tête.

Pour toute réponse, Marlene s’efforça de sourire avec indulgence en caressant délicatement la joue si douce de son fils.

-Allez, dit-elle au bout d’un moment. Va ranger ça et descend mettre la table, on ne va pas tarder à manger.

Le garçon saisit l’énorme peluche que sa mère lui tendait et la traîna dans le couloir.

-Ton rendez-vous s’est passé comme tu l’espérais ? s’enquit Philip lorsque Samir fut hors de vue.

Marlene ouvrit la bouche, mais avant qu’elle n’ait eu le temps de répondre, on sonna à la porte.

-Tu attends quelqu’un ? s’enquit-elle d’une voix crispée.

-J’allais te poser la même question, répondit Philip.

Inquiète – pour ne pas dire terrifiée – pour la troisième fois en une demi-heure, l’aventurière descendit l’escalier à pas de loup, les doigts repliés sur sa baguette.

-Marlene ? appela un timbre familier au travers de la porte d’entrée en chêne massif.

-Quelle appréciation t’ai-je donnée au premier devoir que tu m’as rendu ? demanda-t-elle en retour en s’efforçant de masquer le tremblement de sa voix.

-« Des explications dignes d’un professeur de défense contre les forces du Mal – continuez comme ça, et vous pourrez faire classe à ma place », récita l’homme sans la moindre hésitation.

Profondément soulagée, Marlene expira bruyamment et ouvrit la porte.

-Je suis désolé de débarquer sans prévenir, dit Remus Lupin. Mais j’ai reçu un drôle de hibou et je voulais avoir ton avis.

-Oh, fit Marlene en refermant le panneau derrière lui lorsqu’il fut entré. D’accord. Passons dans mon bureau.

Elle traversa le couloir d’entrée et guida son hôte jusque dans sa pièce de travail.

-Bonsoir, salua-t-il d’un ton courtois alors que Philip venait de se s’arrêter sur la dernière marche de l’escalier.

Le retraité lui répondit d’un simple signe de tête puis le suivit du regard alors qu’il disparaissait à la suite de l’aventurière.

            Par mesure de précaution, Marlene apposa un sort d’Impassibilité sur la porte puis s’assit nonchalamment sur le bord de son bureau, comme elle avait eu l’habitude de faire lorsqu’elle enseignait la défense contre les forces du Mal.

-De quoi s’agit-il ? demanda-t-elle d’un ton qui se voulait dégagé, bien qu’elle en eût une petite idée.

-J’ai reçu une lettre de Mr Derviche, de Derviche et Bang, la boutique d’objets magiques de Pré-au-Lard, expliqua Remus en sortant un rouleau de parchemin de la poche de sa veste rapiécée.

-Je connais, confirma Marlene dans un sourire qui n’avait strictement rien de naturel.

-Ils disent avoir du travail pour moi, poursuivit le jeune homme, et ils te citent comme référence.

Marlene pinça les lèvres. C’était exactement ce qu’elle ne voulait pas que Derviche fasse. Comment avait-il pu mal la comprendre ?

-Ça ne peut être qu’un piège, n’est-ce pas ? ajouta Remus, qui ne semblait avoir rien remarqué. Une embuscade tendue par les Mangemorts ?

À ces mots, Marlene sentit sa mâchoire se décrocher.

            Elle ne s’était pas attendue à une telle réaction de la part de son ancien élève et pourtant elle était tout ce qu’il y avait de plus logique : elle aussi aurait trouvé louche une offre d’emploi tombée du ciel !

-Je… commença-t-elle d’une voix mal assurée.

Remus la dévisagea en haussant les sourcils : depuis qu’ils se connaissaient, c’était la toute première fois qu’elle laissait transparaître autre chose qu’une femme sûre d’elle et de ses capacités.

-Non, Remus, souffla-t-elle enfin. Ce n’est pas un piège.

Elle soupira derechef et secoua la tête avec résignation.

            Elle lui raconta tout. L’Armoire à Disparaître, le sortilège complexe qu’elle avait mis au point et l’intérêt qu’elle voyait à en faire profiter le plus grand nombre.

-Derviche a besoin de main d’œuvre alors je t’ai recommandé.

-Marlene… souffla Remus en secouant la tête d’un air atterré.

-Oui, je sais que ce n’est pas le travail le plus passionnant qu’on puisse imaginer mais tu as besoin de gagner ta vie. Et je me suis dit qu’une expérience positive t’encouragerait peut-être à… insista-t-elle devant la mine dépitée du jeune homme.

-Et si ça se passe mal ? coupa-t-il. S’ils comprennent que je suis…

-Ils n’en sauront rien, assura l’aventurière.

Cette fois encore, elle s’efforça de sourire mais le résultat ne devait pas être bien probant car Remus la regardait à présent avec pitié.

-J’apprécie le geste, dit-il. Vraiment. Mais je…

Sans réfléchir à ce qu’elle faisait, Marlene se leva de son bureau et pressa ses lèvres contre celles de Remus.

Visiblement surpris, le jeune homme se figea sur place. Comme il ne la repoussait pas, Marlene se serra contre lui, enlaçant ses épaules, et intensifia son baiser. Remus sembla soudain reprendre ses esprits car il enroula ses bras autour de sa taille et l’embrassa en retour.

Le baiser de Remus était doux et fougueux à la fois ; en fait, il avait quelque chose d’animal. Marlene n’avait plus embrassé d’homme depuis la mort de Galib, des années plus tôt, et elle en avait presque oublié à quel point cette sensation pouvait être enivrante. Elle était sur le point d’oublier qu’elle avait demandé à Samir d’aller mettre la table lorsque Remus recula brusquement, arrachant ses lèvres des siennes.

-Désolé, marmonna-t-il avec gêne, sans oser la regarder dans les yeux. Je ne sais pas ce qui m’a pris.

-Non, Remus, c’est moi qui…

-Je te remercie encore d’avoir pensé à moi pour ce travail, poursuivit-il comme si rien ne l’avait interrompu, le regard toujours fuyant. Je vais y réfléchir.

Et sans ajouter un mot ni attendre de réponse, il sortit du bureau et disparut dans le couloir. Un instant plus tard, elle l’entendit saluer de nouveau Philip puis la porte d’entrée se refermer.

-Mouima ? appela Samir depuis la cuisine.

-J’arrive, habibi, répondit-elle d’une voix légèrement enrouée.

Elle ferma brièvement les yeux, respira plusieurs fois profondément, puis alla rejoindre son père et son fils.

-Quand est-ce que tu nous le présente officiellement ? lança Philip, l’air de rien.

-Quand les Niffleurs auront des dents, marmonna Marlene.

-Pardon ?

-Rien.

La vérité, c’était que cela faisait un moment déjà que Remus attirait son attention, mais elle devait se rendre à l’évidence : un homme aussi jeune que lui ne pouvait pas vouloir d’une femme de vingt ans son aînée, mère de famille de surcroît ! Et puis, de toute façon, elle n’avait pas le temps pour ces choses-là…

 

***

 

            Un an plus tard, rien n’avait changé dans la cuisine des McKinnon, que le soleil de ce mois de juillet 1981 illuminait de ses rayons et irradiait de sa douce chaleur. Pourtant le monde autour d’eux n’avait jamais paru aussi sombre.

            Certes, l’Armoire à Disparaître produite et commercialisée par Derviche et Bang connaissait un franc succès, notamment grâce au talentueux concours de Remus, mais Marlene ne s’en réjouissait pas le moins du monde. Depuis le début de l’année, les Ténèbres englobaient tout, les meurtres et les actes de torture se multipliaient de façon exponentielle. Bien sûr, Marlene savait ce que cherchaient les Mangemorts : ils voulaient les Potter.

-Qu’est-ce que tu as prévu pour le dîner de ce soir ? demanda-t-elle en entrant dans la cuisine, où ses parents s’affairaient déjà.

-Des lasagnes, répondit Philip en désignant les ingrédients disposés sur le plan de travail.

Marlene hocha la tête et agita sa baguette. Une planche à découper ainsi qu’un large couteau s’animèrent aussitôt, s’évertuant à peler et hacher menu gousse d’ail, oignons, tomates et carottes.

            Samir entra dans la cuisine, exhibant avec fierté sa baguette magique toute neuve. Il avait reçu sa lettre de Poudlard deux semaines plus tôt et Marlene s’était servie de ses relations pour obtenir un rendez-vous avec Ollivander en dehors de ses horaires d’ouvertures habituels. Depuis, le garçon ne s’en séparait plus.

-Tu ne veux pas plutôt la ranger avec tes affaires d’école ? soupira l’aventurière.

-Non, répondit Samir avec aplomb.

Marlene était sur le point d’insister lorsque la luminosité à l’intérieur de la cuisine baissa drastiquement.

-Qu’est-ce que… ? fit Philip en se penchant vers la fenêtre.

-Papa, ne reste pas là ! s’écria-t-elle.

Une épaisse nape de brouillard glacé venait d’engloutir la rue – un brouillard qui ne pouvait tout simplement pas être naturel.

Des Détraqueurs.

Tremblante de terreur, Marlene attrapa son fils par le bras et le poussa hors de la cuisine.

-Lâche-moi, tu me fais mal !

-Monte tout de suite te cacher dans l’Armoire ! chuchota-t-elle d’une voix pressante. Vite !

-Mais tu m’as dit de ne pas jouer avec ! rappela le garçon.

-Samir, obéis ! gémit-elle, suppliante.

-Mais s’il y a des méchants, je veux… protesta-t-il encore en agitant sa baguette.

Il n’eut jamais l’occasion de finir sa phrase.

            Un CRAC ! sonore fendit l’air, juste devant la maison.

-Monte, supplia Marlene, les yeux embués de larmes, en le poussant en haut des premières marches.

Cette fois, Samir obéit sans broncher. Marlene eut tout juste le temps de le voir disparaître sur le palier de l’étage lorsqu’une détonation assourdissante retentit.

-PROTEGO ! hurla-t-elle.

Le charme du Bouclier se dressa aussitôt, tel un mur invisible entre elle et les débris de la cuisine dévastée, mais elle ne parvint pas à maintenir le sortilège plus de quelques secondes.

            Elle chancela sur place. 

            L’explosion avait endommagé ses tympans, la poussière qui saturait l’air lui irritait la gorge et les yeux. Elle se mit à tousser, cligna frénétiquement des cils dans l’espoir de chasser les larmes de douleur et de détresse qui l’aveuglaient, mais c’était peine perdue. Ses paupières étaient aussi gonflées que si elles avaient subi un maléfice de Conjonctivite.

            Elle tendit la main devant elle, cherchant à tâtons un mur sur lequel prendre appui. C’est alors qu’elle sentit qu’on lui arrachait sa baguette des doigts et une poigne de fer la tirer par les cheveux, lui arrachant un cri perçant.

-C’est vraiment dommage, railla une voix masculine tout près de son visage.

Malgré l’acouphène qui tintait toujours avec violence au fond de son oreille, elle parvint à comprendre chacun de ses mots. Si elle avait été en état de réfléchir, elle aurait sans doute reconnu la voix de Travers.

-Ton conjureur était pourtant de sang pur, lui aussi.

Il relâcha sa poigne si brusquement que Marlene s’écroula au sol. Ne voyant toujours rien, elle ne parvint pas à se rattraper à temps et sa tête heurta violemment le carrelage. Elle écarquilla les yeux sous l’effet du choc et distingua une silhouette floue lever le bras.

            Sa dernière pensée consciente avant d’être frappée par le sortilège Doloris fut d’espérer que Samir était à l’abri dans le vacuum de l’Armoire à Disparaître et que lui, au moins, s’en sortirait indemne.

 

End Notes:

Avant que vous ne posiez la question de pourquoi est-ce qu'il n'y pas de deuxième Armoire à Disparaître, je vous remets ici une ràr que j'avais faite au dernier round:

"Pour moi, quand Drago dit dans le tome 6 que personne à part lui n'avait compris qu'il y avait une sorte de passerelle entre les deux armoires, c'est que ce n'est pas comme ça qu'elles sont censées fonctionner et qu'il s'agissait d'un bug. Parce que l'armoire de Poudlard est dans un couloir jusqu'à ce que Peeves la casse, donc si voyager d'une armoire à une autre avait été sa fonction, alors il aurait été très risqué (et pas très malin) de la laisser à la portée des élèves. Connaissant Dumby, on peut s'attendre à tout, mais je pense que quelqu'un comme McGo ou Flitwick (ou même Rogue) n'auraient pas laissé faire et l'auraient déplacée dans un endroit sûr."

Voilà voilà ;)

 

Je tiens à remercier Chris et Plume pour l'organisation de ce concours, qui m'a donné l'occasion d'explorer une autre facette de "ma" Marlene McKinnon ! (Pour celles et ceux que ça intéresse, c'est un personnage récurrent de mes fics longues "À l'aube du crépuscule" (à partir du chapitre 33) et "Happée par les Ténèbres".)

Bon courage à toutes les parcipantes, à bientôt !

MM's

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