Le Feu de la Passion by Juliette54
Summary:

 

Il estait une foiz

Dans un castel fort resputé

Une chasteleine toute en joy

Car Ameur elle avait trouvé

Ignatia et Geoffroy

« La poudre de Cheminette fut inventée au XIIIe siècle par la célèbre sorcière Ignatia WildsmithSa fabrication est strictement contrôlée. Le seul producteur autorisé à fabriquer cette substance magique en Grande-Bretagne est une société appelée Poudchem. Si le siège de Poudchem se situe bien sur le Chemin de Traverse, ses employés ne répondent jamais à quiconque sonne à la porte. […] La composition exacte de la poudre de Cheminette est un secret jalousement gardé. » D’après Pottermore, notice complète rapportée ici.

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Participation au concours de chrisjedusor et MaPlumeAPapote : Le savant fou

(image : Anonyme, « Herr Alram von Gresten : Minnie Gespräch », dans le Codex Manesse, 1300-1340, Bibliothèque de l'université d'Heidelberg, Allemagne)

 


Categories: Autres fics HP, Autres portraits de personnages Characters: Autre personnage
Genres: Comédie/Humour, Missing Moments
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Le Savant fou : Effraction au ministère ( Concours)
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 6808 Read: 1605 Published: 14/02/2022 Updated: 08/05/2022
Story Notes:

Hello ! Ce texte est ma participation au concours de chris et Plume sur le forum dont le lien est dans le résumé. Merci à elles ! Les contraintes choisies sont en gras dans le texte :)

Merci à mon chéri pour le titre, j'ai toujours un mal fou à les trouver mdr. Ceci dit, il est possible qu'il change en cours de route ! < 3 Et puis je mettrai peut-être des titres de chapitre après le concours (si j'en trouve hihi). Edit : image trouvée hihi.

Un immense merci surtout à Calixto qui a généreusement accepté de relire mes bêtises (t'es un coeur) < 3

Et un grand merci à vous pour votre lecture hihi. Bonne lecture du coup. :)

1. 1. Il estait une foiz by Juliette54

2. 2. Lors grant Ameur pour elle by Juliette54

3. 3. Elle mesla ingrediens et sorts by Juliette54

1. Il estait une foiz by Juliette54

Chapitre 1

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Il estait une foiz

Dans un castel fort resputé

Une chasteleine toute en joy

Car Ameur elle avait trouvé

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Dame Ignatia du comté de Fontaine-à-la-Bonne-Fortune en pays gallois était de fort belle humeur en ce matin de printemps de l’an mil deux cent soixante-douze. Elle regardait la surface métallique de son miroir en chantant l’amour nouveau qui s’ouvrait en son cœur et répandait force merveilles en ses pensées jadis ternes et malheureuses.

Son époux, Sire Edmond du comté de Fontaine-à-la-Male-Fortune en pays gallois avait donné durant la soirée de la veille un bal avec moult gentilshommes et ménestrels. Les mets et le cochon saigné et grillé pour la fête avaient régalé les invités, la bière avait coulé à flots, et les troubadours n’avaient cessé de chanter l’épique chanson du chevalier Roland, mais surtout les ballades du pays d’Oc qui émerveillaient les dames de la cour et la Châtelaine Ignatia avec elles.

Et ce troubadour… ce troubadour !

Dame Ignatia entendait encore sa voix merveilleuse lui conter l’affreux comportement de ce chevalier qui avait oublié sa dame par amour du devoir… mais le devoir n’excusait point l’oubli de l’amour et de la fidélité ! Les chevaliers ne pensaient point assez à leur dame, il n’y avait que ce Graal à quêter et cet honneur à sauver dans leurs esprits !

Les chevaliers étaient si surfaits de toute façon.

Alors que les troubadours… Alors que ce troubadour !

Dame Ignatia tourna sur elle-même et se mit à rire au milieu de sa pièce de vie. Elle regarda avec un soupir tout le mobilier que Sire Edmond lui avait fait faire, toutes les tentures qu’il lui avait achetées, tous les bijoux qu’il lui avait forgés pour lui donner un sourire qu’elle ne savait plus faire depuis des années : et tout ceci la fit rire, car rien, rien ne pourrait à présent remplacer dans son cœur et son âme la voix merveilleuse du troubadour Geoffroy De-la-Lande-Sauvage.

Geoffroy, comment avait-elle pu oublier Geoffroy, son compagnon de Gryffondor lorsqu’elle était jeune fille à Poudlard ? Son compagnon malicieux avec lequel elle avait appris la magie ? Son compagnon qui faisait toujours le pitre pour la faire rire ? Geoffroy. Son Geoffroy.

Elle s’était sentie si seule durant tant d’années passées à s’occuper du Château de Fontaine-à-la-Male-Fortune, si seule lorsque Sire Edmond étaient parti pour la Croisade reconquérir Jérusalem en vain, si seule !...

Mais tout était terminé à présent. En dépit de leurs origines si opposées, en dépit de Sire Edmond qui pourrait chercher querelle à voir son épouse s’acoquiner avec un ménestrel et tout abandonner pour une vie sur les routes, en dépit de tout : ils s’étaient promis, Geoffroy et elle, de se retrouver et de ne jamais plus se quitter.

Dame Ignatia regarda l’horizon avec émerveillement : toute cette vue était pour elle. Qu’importent les brigands des routes, elle userait à nouveau de sa baguette pour s’en défendre. Qu’importe l’effronterie qu’elle ferait à son époux, ses enfants et ses parents : Geoffroy et elle pourraient à nouveau rire ensemble. Qu’importe tout, tant qu’elle pourrait trouver la voix de Geoffroy à ses réveils à venir, et sentir à nouveau sa main dans la sienne.

Qu’importe le monde, une nouvelle vie s’offrait à elle !

Elle se mit à rire aux éclats en se laissant tomber sur son lit de châtelaine. Et dire qu’hier soir, lorsqu’ils s’étaient reconnus après des années de séparation, elle l’avait tiré à sa suite et ils avaient batifolés là, sans aucune pudeur, comme possédés par des démons, incapables de maîtriser plus longtemps un désir qu’on ne leur avait pas laissé le temps de comprendre dans leurs jeunes années ! Dame Ignatia en pouffa de bonheur, en rougit d’euphorie, en cria de joie, en perdit l’équilibre et se ramassa sur le sol de pierre en riant toujours autant.

La vie était si belle.

Hum, il y avait seulement un petit problème : elle devait trouver une solution pour retrouver Geoffroy dans le hameau du Pré-du-Lard dans huit jours. Cependant, dès que Sire Edmond avait su qu’elle faisait de la sorcellerie comme toutes les demoiselles et les damoiseaux du comté de Fontaine-à-la-Bonne-Fortune, maints sortilèges de protections avaient été installés pour empêcher quiconque de l’emmener loin du Château de Fontaine-à-la-Male-Fortune. C’était fort aimable et prévenant de sa part : tant de chasseurs de licornes et de brigands avides de rançons kidnappaient des sorcières pour leur faire faire de si viles actions.

Mais céans, cette protection l’ennuyait fort.

Que faire ?...

Il n’y avait qu’à trouver un moyen de passer outre cette protection par la magie ! Les brises légères la porteraient loin d’ici en passant outre les incantations installées tout autour du Château de Fontaine-à-la-Male-Fortune, et elle pourrait s’envoler et retrouver son Geoffroy dans le hameau du Pré-du-Lard, lieu de leur sorties juvéniles, et ils pourraient encore batifoler pour les siècles des siècles. Amen !

Elle se jeta sur sa malle pour en tirer le codex qu’elle avait soigneusement annoté à sa sortie du château de Poudlard afin de ne jamais oublier les sortilèges, maléfices et potions que Dame Outrerhin et Sieur Foindepaille lui avaient enseignés. Elle avait scellé son grimoire il y a tant d’années, quand tout avait perdu goût à sa bouche, après des journées entières d’un ennui triste et épuisant tant est si bien que même entretenir sa magie l’avait ennuyée. Elle cassa le sceau de cire rouge et ôta le ruban avec fébrilité. Les pages de vélin avaient jaunies mais le codex avaient été de qualité – elle avait insisté auprès de son père – et le tracé de sa plume ansérine était demeuré intact.

Elle redécouvrit avec plaisir les instructions qu’elle avait lues et relues, chercha un sortilège capable de la projeter loin d’ici, de confectionner un pont par-dessus les sortilèges de protection de Sire Edmond…

Elle chercha pendant des heures…

En vain.

Elle cria de rage, incapable de croire à tant de malchance. Des années loin de Geoffroy, une soirée à l’écouter lui chanter l’amour qu’il lui portait depuis toujours, la quête qu’il avait dû faire à travers tout l’Angle-de-la-Terre, et elle n’était pas capable de trouver un petit sortilège de rien du tout afin de le retrouver au Pré-du-Lard ? C’était affligeant ! C’est chimérique ! C’était inacceptable !

Elle referma son grimoire, remit rageusement le ruban et le sceau afin que Sire Edmond ne se doutât de rien, et pensa longuement.

Si elle mélangeait un peu d’ellébore qui calme la folie, un peu de bière qui excite les papilles, un peu de cendre qui bulle de joie, un peu de…

Non, trop aisé.

« Dame Ignatia ? Jarnidieu, je vous ai ouïe hurler au Diable ! Vous portez-vous bien ? vint l’importuner Sire Edmond dans sa réflexion. »

Elle tourna un regard furieux vers lui. Son visage penaud lorsqu’il comprit qu’il la dérangeait l’attendrie un peu. Elle lui lança un sourire distrait.

« Mais bien non, Sire Edmond, je méditais sur l’avenir de votre Château, dit-elle au hasard.

— M’amie, vous me rassurez fort, j’eus craint qu’une colère vous glissa un instant du nez, se rassura Sire Edmond en entrant dans la chambre. »

Elle refit son regard mécontent, il n’osa approcher plus. Il se contenta d’un autre sourire sur le pas de la porte et d’une salutation de la tête.

« Je crois que l’envie d’être seule reste tenace chez vous, m’amie. J’eus portant cru que le bal de la veille vous avait redonné joie, s’attrista Sire Edmond.

— Oh oui, il m’a redonné joie, confirma Dame Ignatia avec émerveillement. J’aimerais encore y songer seule un moment, mon ami. Laissez-moi, indiqua-t-elle avec un mouvement aérien de la main. Je vous rejoindrai pour souper.

— Tout ce que Dame Ignatia désire est un ordre, accepta-t-il en quittant la pièce. »

Pfff. Geoffroy avait tant et tant plus de classe.

Voyons, elle devait revenir à ses brebis. Inventer un sortilège magique devrait…

Son regard s’arrêta sur les flammes de la cheminée. Hum. Toute maison possédait une cheminée. Un conduit de cheminée aussi. Une entrée, et une sortie. Si l’on protégeait le tout entouré d’un sortilège de gèle-flammes qui protègerait de la brûlure, mais reprendrait toute l’énergie d’un bûcher dévastateur afin de propulser sorciers et sorcières là où leur désir le manderait…

Hum. Un sortilège… ou une poudre d’ellébore légèrement améliorée ?

Hum. Une poudre pour charbonner la magie, faire éclater la puissance du feu, et envoyer loin, très loin…

Hum. Une poudre magique pour retrouver Geoffroy.

Hum.

 

End Notes:

Merci pour votre lecture :)

2. Lors grant Ameur pour elle by Juliette54
Author's Notes:

Coucou ! Et voilà enfin le deuxième chapitre de cette fic :D 

Un grand merci à toutes les participantes du concours pour leurs retours < 3 Un immense merci à chris et plume pour organiser ce concours ! Et un incroyable merci à ma bêta du concours Calixto dont l'épithète est sans conteste "rapide" hihi. 

Bonne lecture :)

Chapitre 2

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Lors grant Ameur pour elle

Devait triompher de tout

Sorts de feu et poudre belle

Elle ourdit un plan fou

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Dame Ignatia du comté de Fontaine-à-la-Bonne-Fortune n’attendit pas le lendemain pour se mettre à la tâche et préparer son plan d’évasion du château de son époux devant Dieu, Sire Edmond du comté de Fontaine-à-la-Male-Fortune. Elle aimait son pays gallois, mais l’amour de Geoffroy surpassait désormais tout autre : c’était avec lui qu’elle voulait vivre, et non plus avec la terre galloise de ses ancêtres. Son présent primait sur la lignée ancestrale, et l’amour l’enflammait d’un soleil nouveau.

Sitôt son assiette finie, elle prit la coupe que ses dames de compagnies, et les chevaliers, pages et écuyers de son époux, se passaient depuis le début du repas, et s’empressa de faire descendre le morceau de poulet qui restait bloqué dans sa gorge avec une gorgée de vin mêlé. Elle s’essuya rapidement les mains sur la nappe et sa voisine en fit de même tout en continuant de lui parler.

« Vous êtes si distinguée, Dame Ignatia, se réjouit Dame Hildegarde.

— Vos manières sont très bonnes aussi, Dame Hildegarde, répondit-elle en sortant une épingle pour ôter les fils de chair animale d’entre ses dents. »

Dame Hildegarde sortit sa propre épingle, dont le petit manche semblait de nacre, pour s’adonner à la même opération délicate. Dame Ignatia fit son office en quelques instants, mais Dame Hildegarde tenait à lui parler encore, si bien qu’elle prit un peu plus de temps.

« Paraît-il… que vous pratiquez un peu de… magie selon ma belle-fille… C’est fabuleux ! Les plantes n’ont-elles pas de secrets pour vous ?

— Elles en ont toujours moins, répondit humblement Dame Ignatia en pensant justement à quelles plantes explosives et à quels sortilèges elle pourrait user pour sa poudre de voyage par cheminée.

— Y a-t-il des plantes qui s’usent telles quelles pour soigner ou faut-il un peu de vos incantations pour leur donner vertus ? s’intéressa encore Dame Hildegarde avec émerveillement. »

Cela faisait bien longtemps qu’un homme ou une femme de qualité mais ne pratiquant pas la magie n’avait pris la peine de s’intéresser à la magie de Dame Ignatia. Aussi, elle songea que cette discussion pourrait probablement lui donner des idées pour l’élaboration de sa poudre et de son installation de voyage par cheminée. Elle ne parlerait point de son idée afin que cette dernière ne parviennent guère aux oreilles de Sire Edmond – et de toute façon, personne ne tiendrait cette idée pour réalisable, que son vis-à-vis fût sorcier ou non.

« Vous trouverez moult possibilités, en convint mais à voix basse Dame Ignatia car il était souhaitable que ceci ne se sache point si elle voulait garder quelque autorité en la matière. Certaines plantes ne produisent nulle magie et ont des vertus naturelles qu’il suffit à chacun d’observer. C’est le cas du concombre sauvage par exemple, qui, fort de ses vertus naturelles, soignent les maux oculaires après quelques manipulations sans danger. Certes, l’élatérium – c’est le nom de cette médecine – se confectionne mieux à l’automne, mais avec habile adresse, il se réalisera autant bien en été. D’autres plantes, non-magiques encore – c’est-à-dire qui ne regorgent point de magie et qui furent cueillies en toute occasion, sans influence des astres – nécessitent sortilèges et incantations pour soigner des maux magiques. C’est le cas de la scille pour exemple dont les bulbes noirs et blancs sont réputés en médecine magique. Pour les maux ordinaires, on préfèrera les bulbes blancs. Pour les maux magiques, les bulbes noirs. Tous deux sont cependant des remèdes magiques, car il faut absolument les réaliser quarante jours avant le solstice et ne s’en occuper qu’avec la magie, sans jamais les toucher. Coupés à l’aide de maléfices de découpes et séchés dans des jarres scellées avec du plâtre, les bulbes sont ensuite sortis grâce à des sortilèges de lévitation, plongés dans une mixture de pluie de pleine lune, et subissent plusieurs formules que je vous épargnerai, Dame Hildegarde, avant de reposer dans une autre mixture pendant sept jours précisément dans un chaudron fermé avec des feuilles de mandragore. Puis il y a les potions magiques tel l’essence de dictame, qui nécessitent des plantes magiques, des incantations sans baguettes et de bien savoir lire les astres : ce sont les potions les plus dangereuses, les plus difficiles à réaliser, et par conséquent les plus rares.

— C’est merveille de vous ouïr, Dame Ignatia, s’extasia Dame Hildegarde en soupirant rêveusement. J’eus tant voulu en pouvoir autant que vous afin de me sentir libre de tout accomplir. »

Le regard de Dame Hildegarde se reporta sur l’autre bout de la table, où Dame Ursula la regardait elle aussi avec ce regard enflammé d’amour que son Geoffroy lui avait fait découvrir la veille.

Dame Hildegarde gagna céans son empathie et son amitié. Amour devait toujours triompher.

« Vous avez ma sympathie, Dame Hildegarde, souffla-t-elle en se penchant vers sa nouvelle amie. Aidez-moi à quitter la salle ce soir, et mon pouvoir de tout accomplir pourra tout accomplir, lui souffla aussitôt Dame Ignatia en lui désignant Dame Ursula d’un mouvement discret du menton. »

Dame Hildegarde la regarda avec des yeux ronds et des joues rouges avant d’hocher vigoureusement la tête.

« Savez-vous lire ? ajouta Dame Ignatia. »

Hochement de tête nouveau de Dame Hildegarde.

« Savez-vous écrire ?

— Non je, mais Dame Ursula le puis, en convint Dame Hildegarde en se tortillant sur le banc de table avec impatience.

— Un hibou vous portera de mes nouvelles tantôt, lui précisa Dame Ignatia avec un sourire. »

Dame Ignatia se détourna de son amie nouvelle et porta ses regards sur Sire Edmond, qui parlait avec emphase et extravagance à côté d’elle. Dire qu’il l’avait éblouie à sa sortie de Poudlard.

« Mon ami, le pria-t-elle en posant sa main sur son bras. Permettez-moi de me retirer. Le bal d’hier me laisse encore épuisée.

— Oh, m’amie, laissez-nous un peu votre compagnie, la pria-t-il avec tristesse.

— Mon ami, je suis si lasse, se lamenta-t-elle en touchant du bout de son pied celui de Dame Hildegarde.

— Mais, mon amie…

— Sire Edmond, permettez que je raccompagne votre bien-aimée châtelaine en ses appartements, je lui tiendrai compagnie étant moi-même toute affligée de sentir le sommeil me gagner, intervint habilement Dame Hildegarde.

— Il faut savoir céder aux dames », se désola Sire Edmond en prenant la main de Dame Ignatia. 

Sire Edmond fit cela avec douceur, délicatesse et même prudence pour la plus grande exaspération de Dame Ignatia. Comment avait-elle pu apprécier cette précaution par le passé ?

C’était la fougue de Geoffroy qui donnait vie à son corps à présent !

« Fort bien, se réjouit-elle en se levant. Ne venez point ce soir, mon ami, je ne ferai que dormir.

— Comme il vous plaira, Dame Ignatia », accepta encore Sire Edmond sans la lâcher de son regard malheureux.

Pfff. Geoffroy aurait au moins proposé de la raccompagner à sa chambre, de lui faire porter une infusion, de lui masser le corps ou n’importe quoi.

« Allons-y », souffla-t-elle avec impatience à Dame Hildegarde.

Elle monta rapidement les escaliers en pierre malgré la lourdeur de sa robe, suivie de près par Dame Hildegarde. Elle ouvrit la porte de ses appartements, et désigna l’une des chaises à Dame Hildegarde qui s’empressa de s’asseoir pendant qu’elle retournait chercher son grimoire, une plume et une corne d’encre.

« Il est certain qu’il faut charbonner avec de la poudre d’ellébore, affirma d’emblée Dame Ignatia.

— La poudre d’ellébore n’est-elle pas réputée pour soignée la folie ? s’étonna Dame Hildegarde.

— Oui da.

— Quelle folie voulez-vous soigner ? »

Certes, quelle folie voulait-elle soigner ? Nulle folie n’était à soigner, il fallait l’emporter plus loin, au contraire !

« La Dieu merci, vous m’avez évité folie, reconnut-elle en plaisantant. C’est de chicorée dont nous avons besoin pour apaiser la fièvre de la flamme de l’âtre ! »

Dame Ignatia parcourut son grimoire, ignora les propriétés de la sanve – chou sauvage un brin laxatif –  et du chou marin – fort laxatif a contrario. Ah l’ache ! Parfait pour éclaircir la vue et voir sa lointaine destination ! Pas de l’ache frisée qui favorisait la prolifération de vers intestinaux, mais l’ache lisse surtout.

« Dame Ignatia, en quoi puis-je vous aider ? demanda Dame Hildegarde.

— Connaîtriez-vous quelqu’un de fort discret capable de me quérir une liste d’ingrédients ? demanda Dame Ignatia.

— Ma foi oui, le fils de Dame Ursula est une merveille de tendresse et il m’admire, lui confia Dame Hildegarde avec un rire. Il ira tout vous quérir céans avant que nous regagnons les châteaux de nos époux, se lamenta Dame Hildegarde. Dame Ursula manque déjà à mon cœur. »

Dame Ignatia sentit son cœur pleurer à son tour en songeant à son Geoffroy qui remontait seul et dans le froid vers le village du Pré-du-Lard afin de préparer sa venue. Il avait promis de préparer la maison dans laquelle il avait grandi avec ses parents. Dame Ignatia s’en souvenait fort bien, et c’était par la cheminée de cette maison qu’elle entrerait.

« Dans sept jours, nous serons libres d’aimer l’être de nos joies, promit-elle à Dame Hildegarde.

— Comment donc ? demanda misérablement Dame Hildegarde.

— Comment la magie est merveille pour voyager ! se réjouit Dame Ignatia. DE LA SARRIETTE ! Il faut de la sarriette cueillie à la pleine lune et séchée avec des dards d’abeille ! comprit Dame Ignatia en l’ajoutant frénétiquement sur la liste qu’elle constituait sur les dernières pages vierges de son grimoire. J’irai en cueillir ce soir, comprit-elle en regardant par la fenêtre. Quelle plante possède assez de puissance et d’énergie pour propulser… »

De la mandragore. Le cri de la jeune mandragore donnerait assez de puissance au feu pour propulser le sorcier dans l’autre cheminée. Et de l’aneth brûlé. Pour éructer. Légèrement stérilisante pour les hommes de manière momentanée, mais qu’importe, elle était femme. Du pavot ? Non, surtout pas, il ferait perdre les sens à l’énergie acquise par la sarriette, les dards d’abeille et le cri de mandragore.

Il fallait surtout ne pas se tromper de destination.

Elle recopia les ingrédients qui lui semblaient pertinents sur du papier à lettre qu’elle utilisait d’ordinaire à destination de ses parents, et donna la liste folle à Dame Hildegarde qui la lut avec étonnement puis horreur.

« De la mandragore ? Voulez-vous que le petit Dilys aille sous un pendu récupérer la putréfaction que son âme créa dans sa décomposition ?

— Que nenni ! protesta vigoureusement Dame Ignatia – c’étaient les malotrus qui ramassaient la mandragore en de tels lieux. La mandragore pousse tout aussi bien sous les chênes centenaires, la rassura-t-elle. J’irai moi-même ce soir. La pleine lune augmentera la puissance du cri, comprit-elle. »

Dame Hildegarde quitta ses appartements avec émotion en relisant la liste. Dame Ignatia, quant à elle, songea que la poudre seule ne suffirait pas à un tel voyage. Il fallait une machinerie capable d’attraper et de hisser loin, jusqu’au lieu désiré. La poudre ne serait qu’un accélérateur, comme l’air qu’on soufflait sur la flamme pour la faire grandir.

« Une canne à pêche », trouva-t-elle en remarqua celle que son fils cadet lui avait offerte.

Il lui avait fait ce présent lorsqu’il était parti comme page chez Sire Wilhem du comté de Caverne-aux-Joyeux, homme d’honneur et de bonne vie qui avait longtemps eu la tendresse de Dame Ignatia – avant son mariage avec Sire Edmond. Sire Wilhem était d’un peu trop bonne vie, en convint Dame Ignatia en faisant la moue, mais il était bon !

Elle mâcha un peu d’ache qui lui restait pour éclaircir ses pensées et mieux visualiser la cheminée de la maison de la famille de son Geoffroy, puis elle traça un pentacle avec la cire de bougie, plaça d’autres bougies aux pointes qui rencontraient le cercle, et s’assit au milieu. Elle s’imprégna de l’univers, chercha les chemins des êtres et de la nature, et leva sa baguette pour tresser un lien solide depuis la cheminée de la maison du Pré-du-Lard qu’elle fit s’enrouler sur elle-même à la manière des chaînes d’un point levis. À la manière d’une chevelure, le lien la relia bientôt à la cheminée. Dame Ignatia tira son épingle, la courba d’un sortilège de Forge pour en faire un crochet, et la noua habillement de points de broderie magique à la tresse avant de laisser le sortilège pendre dans la cheminée. L’épingle, de métallique devint lumière, et s’intégra savamment à la magie avant de disparaître aux yeux de tout être inconscient du mécanisme magique déployé.

Dame Ignatia tira délicatement, et trouva toute force que son propre fils avait mise dans la réalisation de sa canne à pêche à l’époque. L’amour faisait tant !

Le point le plus central au corps humain était sans contexte le nombril, c’est en ce lieu que le crochet devrait s’agripper pour transporter un être humain.

Maintenant, les ingrédients pour la poudre propulsatrice.

Comme toute sorcière, la lune guidait son pouvoir : ce soir était fait pour réussir.

.

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Sept jours plus tard, toujours seule dans ses appartements, Dame Ignatia mit le dernier ingrédient dans le chaudron qui siégeait en son âtre depuis cinq jours. Les ajustements fait progressivement semblaient avoir stabilisé la potion lorsqu’elle ajouta du Calcaire de Morgane dans la marmite afin d’enlever toute l’eau de la potion et transformer ladite potion en combustible.

Lorsque l’eau baissa, aspirée par le Calcaire de Morgane que Dame Ignatia ôta ensuite, le cri de la racine de mandragore retentit à nouveau. Ou plutôt, Dame Ignatia l’entendit à nouveau, à présent que l’eau s’était en allée. Son cri puissant et plein d’énergie imprégnait désormais la soupe de sable qu’elle avait obtenu. Après avoir fait bouillir la sarriette et les dards d’abeille séchés par un sortilège de Séchage, elle les avait plongés dans un chaudron d’eau pour les laisser infuser. Les spirales jaunes et noires qui tournaient de manière hypnotique à la surface de son chaudron lui avaient clairement indiqué que son sortilège de Séchage avait fonctionné selon ses vœux sur les dards d’abeille. Les langues de fumée brunes, semblables à des feuilles de sarriette ou de laitue qui avaient entouré le chaudron lui avaient indiqué que les essais commençaient.

Elle avait essayé maints dosages et maints assemblages une fois l’infusion répartie dans tous ses chaudrons. Si ses premières intuitions avaient été bonnes, il avait fallu à la recette d’autres plantes et sortilèges de son cru pour ne point exploser ou brûler la pomme qu’elle avait tentée de faire traverser la voie tracée entre les deux cheminées par la canne à pêche de lumière.

« Gelidae flammae ! » invoqua Dame Ignatia.

Le sable frémit dans le chaudron au Sortilège de gèle-flammes jusqu’à devenir d’un gris bleuté à la plus grande satisfaction de Dame Ignatia. Elle avait dû enlever la chicorée qui apaisait bien trop la fièvre de la flamme, et faisait s’éteindre le feu tout à fait à sa plus grande offuscation. Comme elle n’avait point encore pu tester la poudre avec elle-même, il lui était impossible de savoir si l’ache lisse lui permettrait de ne pas perdre la vue dans le voyage par cheminée, mais ceci devait au moins aider la canne à pêche à ne point se désorienter.

Sa plus grande innovation était indubitablement l’utilisation de pin larix malade : la teda. Une vieille anecdote de Geoffroy lui était revenue la veille. Le père de Geoffroy était un forgeron réputé du Pré-du-Lard. Lequel connaissait bien quel arbre produirait la fumée dont il avait besoin pour forger les objets magiques – ou non – réclamés par ses clients.

Le pin larix malade, ou teda, avait la vertu peu commune de produire une résine abondante et très liquide, très utile pour entretenir les lampes pour les cérémonies religieuses et mystiques. Mais cette résine, lorsqu’elle était encore prise dans le bois qu’on mettait au feu, donnait au charbon récolté un bruit de crépitation et offrait des étincelles et des projections absolument fabuleuses.

C’était l’énergie pure dont Dame Ignatia avait besoin :

- Le cri de la racine de mandragore invoquait la magie.

- Le charbon du teda faisait éclater en étincelles le feu de la cheminée.

- Le sortilège de gèle-flammes empêchait toute brûlure.

- Les dards d’abeille et l’ache donnaient ailes et yeux durant le voyage.

- Le croché de fortune se fichait dans un pincement dans le centre de gravité du protagoniste.

- Lequel remontait jusqu’au manche de la canne à pêche dans un parfum de cendre…

- … grâce à la poudre qui concentrait l’énergie de l’âtre et propulsait ledit protagoniste.  

Cris, vue, nombril, parfum et goût : tous les sens étaient stimulés afin de ne pas perdre les sens dans cette concentration d’énergie.

- Cris de la mandragore.

- Vue éclaircie par l’ache.

- Crochet chatouillant le nombril.

- Cendre atteignant toujours le palais de la bouche.

- Et vague odeur de poulet grillé stimulant l’odorat (l’ajout de la cuisse d’un poulet était essentiel pour l’équilibre !).

La pomme – qu’elle avait soumise à l’essai du voyage entre cheminées – avait rebondi dans l’âtre de la maison du Pré-du-Lard avant de lui revenir intacte. Elle avait alors pris le parti d’essayer sa subtile invention avec un être vivant afin de s’assurer que le souffle de vie pouvait être conservé durant le déplacement magique.

Il ne manquait donc plus que Geoffroy lui renvoie Nouts qu’elle avait posé dans la cheminée. Son crapaud était un peu feignant, il n’aimait guère sauter de lui-même. Il ne pourrait donc lui revenir d’un bond.

Le battement d’ailes de son hibou la réjouit. Dame Hildegarde, Dame Ursula et Dilys devaient être en chemin. Ce soir, l’Amour triompherait !

L’écriture de Geoffroy sur le parchemin lui mit le doute. Elle ouvrit prestement le pli.

Ma merveilleuse Ignatia,

Je ne suis point encore au village du Pré-du-Lard, j’en suis navré. Un ruisseau en crue m’a retardé et fait faire un détour de trois lieues. Je crains que Nouts ne doive attendre encore quelques heures.

MAIS NON ! Comment pouvait-elle finir les ajustements de son installation de son voyage et de sa poudre si Geoffroy ne lui donnait point de nouvelles de Nouts ! Son pauvre Nouts, seul, abandonné de tous !

J’ai grand tard de vous voir à nouveau, ma tendre amie. La suave chaleur de votre voix et de votre corps hante chacun de mes gestes. Vous êtes l’unique maîtresse de mon cœur et de ma vie de toute éternité. Dès ce soir, nous serons enfin réunis !

Je vous aime de tout mon amour,

Votre dévoué Geoffroy, pour toujours et à jamais.

Ô Geoffroy. Plus que quelques heures.

Elle se mit à chanter sa joie à la cheminée et à la poudre d’un ton horriblement faux qu’elle cachait habituellement mais l’amour lui donnait des ailes.

La poudre, doucement, de bleue devint verte.

 

 

End Notes:

(Et du coup, j'ai réussi à caser trois contraintes et non seulement deux hihi. Je ne sais pas ce que ça change pour vous les filles, mais ça m'amusait :

- Votre personnage principal doit devenir ami avec un moldu de manière inopinée : Dame Hildegarde

- Votre personnage principal chante faux : horriblement même

- Vous recevez une lettre annonçant une mauvaise nouvelle : Geoffroy...

Je vous jure que, le coup de l'épingle, de l'ai lu dans un roman écrit au XVe siècle ! Le détail sur le fait que les nappes servaient à s'essuyer les mains est véridique. Et pour les informations sur les plantes, elles sont inspirées pour partie de l'Histoire Naturelle de Pline l'Ancien, notamment du livre XXV (voilà un lien vers une traduction française si vous être curieuses hihi). 

Bonne journée !)

 

 

3. Elle mesla ingrediens et sorts by Juliette54
Author's Notes:

Bonjour à toutes et à tous te voici le dernier chapitre de cette petite fic humoristique sur l'invention de la Poudre de Cheminette ! Merci camarade Padfooot d'avoir demandé un délai pour les retardataires, et merci Chris et MaPlume d'avoir accepté... Je mets le chapitre tout de suite, et de relirai plus tard hihi, je suis déjà en retard :D

Merci à Calixto qui a relu également ce chapitre < 3

Bonne lecture :)

Chapitre 3

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Elle mesla ingrediens et sorts

En une poldre de petit chemin

Pour s’eschaper dans le dehors

Et prendre en mains son destin

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Dame Ignatia du comté de Fontaine-à-la-Bonne-Fortune en pays gallois regarda encore sa poudre avec enthousiasme. Il ne manquait plus que Dame Hildegarde, Dame Ursula et le petit Dylis pour que sa troupe soit au complet, et tous quatre, ils pourraient ainsi gagner la maison de la famille de Geoffroy dans le village du Pré-du-Lard et vivre heureux pour l’éternité !

À cause d’un gloussement impatient, elle remua d’un sursaut vigoureux la poudre qui vola légèrement. Elle essaya de la rattraper, se pencha un peu mieux sur la marmite et une volée s’échoua dans ses yeux.

« Diantre ! jura-t-elle très vulgairement. Fichtre ! Jarnicoton, me voilà aveugle ! »

Elle cligna les yeux, toussa, se précipita vers le pot d’eau qu’elle gardait dans le coin ouest de ses appartements et frotta comme elle put la poudre avec le coin de son tablier de potionniste imbibé d’eau.

« M’amie, allez-vous bien ? Je vous ai entendu gémir et… Par Dieu, c’est encore cette potion qui vous obsède ? Vous a-t-elle blessée ? C’est folie que vous faîtes depuis une semaine, et je suis fort inquiet de…

— Oh, il suffit mon ami, s’exaspéra Dame Ignatia en entendant la voix chevrotante de Sire Edmond. Tendez-moi plutôt votre main que je puisse me relever. »

Plus que quelques heures, et elle n’aurait plus à entendre la voix plaintive de Sire Edmond. Ils avaient eu leur temps de bonheur ensemble, mais il était temps pour eux deux de tourner la page d’un livre trop longuement lu et relu.

« Amenez-moi sur mon lit, je vous prie.

— Céans, m’amie, accepta-t-il de la guider. »

Dame Ignatia se laissa mener à l’aveugle. La lumière perçait à nouveau, mais le tout restait bien trop gris. Merlin, quelle maladroite elle était avec l’impatience de retrouver les bras de son Geoffroy. Oh oui, elle lui sauterait au cou lorsqu’elle le reverrait, et ils iraient immédiatement s’épouser et déclarer leur amour à tout le village du Pré-du-Lard !

« Voyez-vous mes doigts ?

— Sire Edmond…

— Combien en ai-je ?

— Dix doigts de main, et onze doigts de pied, répondit-elle avec exaspération en mettant ses poings sur ses hanches sans rien voir encore.

— M’amie, ne le dites point si fort, couina Sire Edmond.

— Mon ami, vous avez plus de quarante ans, il est tant de voir ce onzième orteil comme une bénédiction. Savez-vous que Dame Guenièvre du comté de la Seconde-Chance en pays gallois en a onze elle aussi ?

— Ah oui ? s’étonna Sire Edmond avec un grand intérêt.

— Oui da, et la mignonne refuse d’épouser quiconque qui n’a pas onze orteils lui sera présenté, lui révéla Dame Ignatia. »

Elle avait été heureuse avec Sire Edmond dans le comté de Fontaine-à-la-Male-Fortune, les enfants qu’ils avaient eu ensemble avaient fait leur bonheur : elle voulait tout de même essayer de lui trouver chaussure au pied de onze orteils avant de partir. Dame Guenièvre faisait grand cas de son onzième orteil, et, en plus de dix ans, jamais n’avait accepté époux à cause de cet appendice étonnant. Dame Ignatia l’avait appris l’an dernier et cela l’avait miné.

Mais à présent, elle avait tout pour contenter l’un et l’autre et les laisser profiter des joies de l’amour tout autant que son Geoffroy et elle.

« Dame Guenièvre du comté de la Seconde-Chance ? répéta Sire Edmond de cette voix pensive qui avait tant plu à Dame Ignatia et plairait certainement à Dame Guenièvre dans peu de temps.

— Oui da, insista Dame Ignatia en voyant un peu mieux à nouveau. Savez-vous quand est-ce que Dame Hildegarde et Dame Ursula arriveront ?

— Vous voilà devenue grande amie avec ces dames, m’amie. J’en suis fort aise, elles sont charmantes. Elles… »

Le grattement à la porte et la voix d’une de ses dames de compagnie interrompit Sire Edmond pour la plus grande joie de Dame Ignatia : ses amies de voyage arrivaient enfin !

« Dame Hildegarde, Dame Ursula et le petit Dilys viennent d’arriver, les avertit la voix d’une de ses dames de compagnie. Sire Foulques veut s’entretenir avec Sire Edmond également.

— Dites-leur que nous arrivons ! se réjouit Sire Edmond avant de se tourner vers Dame Ignatia. Sire Foulques aimerait me confier son fils Dilys comme Page, je crois bien. L’an passé, je trouvais Dilys un peu jeune, mais à présent qu’il a douze ans, je pense que le bon moment est venu. »

Dame Ignatia se contenta d’un sourire. Le petit Dilys qui aimait tant la poésie n’aurait pas le temps de devenir page, écuyer puis chevalier : il viendrait vivre entouré d’amour, de ballades de son Geoffroy et de temps simples au Pré-du-Lard dans un instant !

« Pouvez-vous dire à Dame Hildegarde, Dame Ursula et Dilys que je les attends dans mes appartements, mon ami ? J’aimerais leur montrer ma potion.

— Bien sûr, m’amie, mais ne tardez pas à nous rejoindre, je vous en prie », lui répondit Sire Edmond en prenant une dernière fois sa main dans la sienne.

Pour une fois, il ne la lui embrassa pas. Sans doute pensait-il à présent à Dame Guenièvre !

« Je vous remercie, mon ami », lui confia Dame Ignatia pour cet instant, et pour la vie qu’ils avaient eue ensemble…

Mais à présent, c’était de son Geoffroy dont elle avait besoin ! Et Sire Edmond avait besoin de Dame Guenièvre !

« Mes amies ! s’exclama-t-elle en accueillant à bras ouverts Dame Hildegarde et Dame Ursula. Dilys, mon petit poète, je suis en joie de vous revoir également, se réjouit-elle en posant ses mains sur les épaules de l’enfant.

— Moi aussi Dame Ignatia, se réjouit Dilys. J’ai d’ailleurs écrit un poème en votre honneur, puis-je vous le réciter ?

— Volontiers, Dilys », se réjouit Dame Ignatia.

Elle vint s’asseoir sur l’une des chaises de la pièce pour écouter attentivement le garçon.

— Je commence. Alors :

Dame Ignatia, grande magicienne,

Ne donne guère ameur aux mortels

Mais avec sa poldre elle les mène

À rendre leurs ameurs réelles !

« Oh, Dilys, vous êtes merveille de génie pour le vôtre âge ! Ce n’est effectivement guère l’amour que la magie peut créer, mais la magie peut permettre aux amoureux et amoureuses retrouvailles et joie de vivre ensemble ! »

Les joues de l’enfant rosirent de plaisir lorsque Dame Ignatia le complimenta.

« Tous trois, avez-vous emporté vos effets dans la bourse magique que je vous ai fait parvenir ? demanda-t-elle plus bas.

— Tout y est, répondit à voix tout aussi basse Dame Ursula avec de grands yeux brun pétillant et en couvant son enfant du regard. Vous êtes si brave, Dame Ignatia. Tout quitter pour l’amour, je n’eus jamais pensé cela possible avant que Dame Hildegarde ne me parle de votre pouvoir de tout accomplir par la magie. Dilys pourra enfin ne faire que poésie et ne plus se mêler de guerre, se réjouit-elle.

— Et nous serons heureuses toutes trois bercées par l’amour, et vous, Dilys, par chansons et ballades ! compléta Dame Hildegarde avec impatience en prenant la main de Dame Ursula. Que faut-il que nous fassions ?

— Nous entrerons dans l’âtre de la cheminée une fois que nous aurons jeté ma poudre magique à l’intérieur, commença Dame Ignatia en désignant les éléments les uns après les autres. Puis les enchantements nous tireront jusqu’au village de mon Geoffroy en terre d’Écosse. Ensuite, l’installation prendra feu et nos époux penserons que nous avons disparu dans l’incendie, et jamais ne nous chercherons ! Je siège au Conseil des Sorciers de Grande-Bretagne – à l’insu de Sire Edmond bien sûr – précisa Dame Ignatia avec importance, et je pense que mon invention leur plaira fort. Nous pourrons alors demander mécénat auprès d’eux pour répandre ma méthode de voyage et vivre de ma création. »

Les gloussements de joie des dames et de Dilys firent glousser à son tour dame Ignatia… jusqu’à ce que la voix de Sire Edmond ne retentisse à son tour.

« Dame Ignatia, venez, nous devons fêter Dilys et sa nomination comme page !

— Dame Ignatia, je veux être poète, non page, écuyer puis chevalier », s’inquiéta le petit Dilys.

Mais sans tarder, la porte s’ouvrit sur Sire Edmond. Comme il était seul, Dame Ignatia leva sa baguette :

« Impero ! souffla-t-elle légèrement en direction de son mari. Vous voulez vous assurer que le banquet est prêt avant toute chose, Sire Edmond, lui souffla-t-elle gentiment.

— Le banquet est-il prêt ? bredouilla Sire Edmond en fermant la porte et en faisant demi-tour. Cuisinier, le banquet… 

— La Dieu merci, Dame Ignatia, se réjouit Dilys en venant à ses bras. Qu’était-ce comme magie ? demanda tout de même l’enfant.

— Un Sortilège de Confusion amélioré de mon invention ! se réjouit Dame Ignatia. Ma foi, je viens de le tester, et il agit fort bien ! Allons-y à présent. Mettez votre besace dans la mienne que je tienne bien nos affaires. Voilà. Prenez à présent tous lourdes poignées de poudre, que vous jetterez dans l’âtre à mon signe, et n’oubliez pas de fermer les yeux et de vous accrochez bien à moi ! », rappela Dame Ignatia.

Une fois que ses amis eurent pris la lourde poignée de poudre préconisée, Dame Ignatia versa le contenu du chaudron dans l’âtre, regarda la poudre donner une teinte verte aux flammes et marcha dans l’âtre. L’action de Sortilèges de Gèle-Flammes l’empêcha de s’enflammer et sous les yeux émerveillés de ses amies et de Dilys, elle leur fit signe de venir. Ils vinrent tour à tour avec hésitation avant de s’accrocher fermement à elle.

« Prêts êtes-vous ?

— Oui da ! répliquèrent-ils avec enthousiasme.

— Vous lâcherez la poudre à trois et vous crierez avec moi, Amour, nous voici !

— Amour nous voici ? s’étonna le petit Dilys en levant ses traits étonnés vers Dame Ignatia.

— C’est le mot de passage, Dilys. Un… deux… trois !

— Amour, nous voici ! » crièrent-ils en jetant la poudre.

La canne à pêche s’actionna. Dame Ignatia se sentit tirer par le nombril et jetée à l’autre bout de la terre avec ses amies et Dilys. Tous trois se mirent à rire et crier en même temps avant d’atterrir lourdement et de rouler sur un sol de terre battue.

Dame Ignatia ouvrit aussitôt les yeux et vit Dame Hildegarde, Dame Ursula et le petit Dilys toujours accrochés à elle et noir de suie. Elle les vit se regarder avec hébétude, rire et se relever avec joie en comprenant que la magie de Dame Ignatia avait tout accompli. Dame Ursula et Dame Hildegarde se tombèrent dans les bras et s’embrassèrent à pleine bouche pendant que Dilys déclamait des poèmes de joie et que Dame Ignatia entendait la voix tant aimée l’appeler à l’aide.

« Croâ !

— Nouts ! » se réjouit-elle en se tournant vers l’autre bout de la petite maison.

Puis elle le vit. Là. Son Geoffroy. Qui tenait son crapaud Nouts dans ses bras.

« Oh, mon Ignatia, c’est vous, ici, enfin, dit-il avec émotion en semblant ne pas croire ce qu’il voyait.

— Oh mon Geoffroy, c’est moi, ici, enfin ! » s’écria-t-elle en courant se jeter dans ses bras.

Geoffroy De-la-Lande-Sauvage eut simplement le temps de poser Nouts à terre avant de réceptionner Ignatia du comté de Fontaine-à-la-Bonne-Fortune dans ses bras et d’échanger un baiser empli d’une passion brûlante avec elle. Ses cheveux blonds disparurent sous l’assaut des mains pleines de suie de Dame Ignatia, mais toute sa joie ne s’obscurcit pas un instant. Au plus profond d’eux, ils se reconnurent, se retrouvèrent, s’aimèrent et se promirent de vivre ensemble et heureux pour le reste de leur vie.

.

.

.

.

.

Il y a un seul endroit où personne ne répond jamais lorsqu’on sonne à la porte sur le Chemin de Traverse. Un endroit qui est pourtant le siège de la plus vieille invention galloise encore en usage. Un endroit qui contient le secret le mieux gardé par la société de la famille Poudchem. Un endroit où l’on chante faux toute la journée, où un bon feu ronronne même en été et où l’on élève des poulets.

Un endroit si magique, que son origine est une légende uniquement transmise de mère en fils et de père en fille.

Un endroit qu’aurait adoré ceux qui furent affectueusement surnommés Poudchem au fil des siècles à Pré-au-Lard, suite à l’invention développée à grande échelle par leurs ancêtres : Dame Ignatia du comté gallois de Fontaine-à-la-Bonne-Fortune, Geoffroy De-la-Lande-Sauvage, Dame Hildegarde, Dame Ursula et le petit Dilys. L’œuvre la plus incroyable du poète Dilys Poudchem et du troubadour Geoffroy Wildsmith (nom qu’il choisit avec Ignatia le jour de leurs épousailles) est inconnue de tous mais ne sera jamais oubliée, car elle est l’ingrédient indispensable à la réalisation de la plus incroyable invention que le monde de la sorcellerie eut jamais connu. Elle est même cet ingrédient qu’il manque à toutes celles et tous ceux qui tentent d’en percer le secret et qui se sont ainsi retrouvé à Sainte-Mangouste pour syndrome de Cheminetta Falsa.

Cette œuvre, c’est un poème épique qui retentit d’une note terriblement fausse à chaque instant dans les locaux de la société Poudchem depuis des siècles et pour encore des siècles.

Cette œuvre, c’est un poème merveilleux qu’ils écrivirent ensemble et qui contint toute la passion nécessaire à la réalisation de la poudre magique qui permet de se propulser à l’endroit désiré.

Cette œuvre, c’est ce feu de la passion qui permit à Dame Ignatia de tout accomplir avec l’aide d’un peu de magie.

Je vous laisse découvrir en partie (vous verrez les coupes que je garde secrètes) cette œuvre plusieurs fois centenaire qui donna par la suite l’idée aux Poudchem de nommer leur poudre « Poudre de Cheminette ».

Il estait une foiz

Dans un castel fort resputé

Une chasteleine toute en joy

Car Ameur elle avait trouvé

.

Lors grant Ameur pour elle

Devait triompher de tout

Sorts de feu et poldre belle

Elle ourdit un plan fou

.

Elle mesla ingrediens et sorts

En une poldre de petit chemin

Pour s’eschaper dans le dehors

Et prendre en mains son destin

.

Dame Ignatia, grande magicienne,

Ne donne guère ameur aux mortels

Mais avec sa poldre elle les mène

À rendre leurs ameurs réelles !

.

[…]

.

Une pincée de […] Et un brin de […]

Avant de souvent remuer

Et d’ajouter […] avec […]

Et de la jeter dans la cheminée

.

Petit chemin entre cheminées

Deux cheminées pour un chemin

Chemine et cheminette au gré

De ton envie, Cheminettin !

 

 

End Notes:

Et voilà, vous n'en saurez pas plus sur Ignatia, Geoffroy, Dilys, Hildegarde et Ursula à part qu'ils furent heureux et que leurs descendants (les enfants de Dilys) continuèrent de développer avec eux ce qu'on connaît aujourd'hui sur le réseau et la poudre de Cheminette hihi, sinon, vous pourriez les plagier... je-vous-connais-héhé.

En revanche, je vous promets que Sire Edmond et Dame Guenièvre furent très heureux ensemble, et qu'ils eurent trois enfants avec onze orteils eux aussi, de quoi les décomplexer tout à fait !

Merci d'avoir lu, merci à toutes celles qui m'ont écrit un retour absolument adorable < 3 et à bientôt peut-être ! 

Juliette54

PS : du coup j'ai fait mes deux contraintes (1 Votre personnage devient aveugle momentanément et 3 Votre personnage échange un baiser passionné) et ma contrainte perso qui était : "Dame Ignatia lance un Impardonnable à son mari pour retrouver l'Amour de sa vie"... C'était très cruel, ça >.<

PPS : Et comme Padfooot l'a si bien dit, un petit pas pour le crapaud, un grand pas pour l'humanité !

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JR mai 2022

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