Une sorcière comme les autres by Calixto
Summary:

"J'étais celle qui attend

 

Mais je peux marcher devant

 

J'étais la bûche et le feu

 

L'incendie aussi je peux"

 

Anne Sylvestre, "Une sorcière comme les autres"

31 prompts.

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Ida Outhwaite


Categories: Autres fics HP, Tranches de vie Characters: Autre personnage
Genres: Autres genres
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 28 Completed: Non Word count: 26684 Read: 3161 Published: 01/03/2022 Updated: 10/12/2022
Story Notes:

31 prompts tout au long du mois de mars pour le projet "Women's march 2022" proposé par Fleur d'Epine !

1. Les filles comme elles (Pénélope Deauclaire) by Calixto

2. Sans foi ni loi (Charity Burbage) by Calixto

3. Clair de lune (Nymphadora Tonks) by Calixto

4. Born this way (Tante Muriel) by Calixto

5. Résistante (Augusta Londubat) by Calixto

6. Souvenir (Victoire Weasley) by Calixto

7. La Maman et la Putain (Ginny Weasley) by Calixto

8. Utopie (Andromeda Tonks) by Calixto

9. Encore et encore (Helena Serdaigle) by Calixto

10. Vagues (Bertha Jorkins) by Calixto

11. Plaisir (Hepzibah Smith) by Calixto

12. Dix-sept ans (Mimi Geignarde) by Calixto

13. L'Aigle noir (Alice Londubat née Rosier) by Calixto

14. Ange (Queenie Goldstein) by Calixto

15. Errances (Madame Rosmerta) by Calixto

16. Psyché (Blaise Zabini) by Calixto

17. Amazones (Gwenog Jones) by Calixto

18. Agonie (Eileen Prince) by Calixto

19. Un cri (La Grosse Dame) by Calixto

20. Prisonnière (Romilda Vane) by Calixto

21. Petite fleur (Pétunia Evans) by Calixto

22. Insomnies (Cho Chang) by Calixto

23. On brûlera (Lavande Brown) by Calixto

24. Désenchantée (Rowena Serdaigle) by Calixto

25. Colère (Alicia Spinnet) by Calixto

26. Foi (Emmeline Vance) by Calixto

27. Deux temps (Bellatrix Lestrange, Molly Weasley) by Calixto

28. Dame de coeur, Dame de pique (Kendra Dumbledore) by Calixto

Les filles comme elles (Pénélope Deauclaire) by Calixto
Author's Notes:

Premier prompt : "Chasse aux sorcières".

 

Les filles comme elles, on les traque.

Aux filles comme elles, on fait la peau.

Dès le temps des histoires, tête sagement posée sur l’oreiller, Pénélope a appris que le monde détestait les sorcières. Sa mère lisait, lisait, lisait, et Pénélope écoutait, écoutait, écoutait. Les brasiers crépitaient, les sorcières y brûlaient. Sous les lits, elles se cachaient, ou dans les replis de la nuit. Ongles griffus toujours prêts à la faire hurler, chat noir aux prunelles maléfiques, chaudrons bouillonnants, potions qui la métamorphosaient en d’affreux insectes ensuite pilés dans un mortier magique.

Et puis, des étincelles avaient surgi de ses mains de fillette, et Pénélope avait prié, prié, prié, pour que ce soit un signe de Dieu, et pas une condamnation du Diable.

Les étincelles n’étaient pas un cadeau. Après, tout avait changé. Les fenêtres claquaient au mauvais moment. La télévision s’allumait toute seule quand Pénélope entrait dans le salon. Les fleurs pouvaient surgir de son petit poing serré. Pénélope, robe bien repassée et pas un cheveu de travers, la parfaite petite, était devenue bizarre.

Mécontente, sa mère l’avait sommé d’arrêter. Pénélope avait essayé de s’expliquer. Mais elle avait bien vite arrêté. Elle ne récoltait que rires, crachats, et regards méprisants des adultes.

Pénélope avait été reléguée dans les ombres, les coins de la maison, les coins de la classe, les coins de la cour de récréation.

Pénélope était une sorcière. Et on faisait la chasse aux sorcières.

Et puis, une femme était apparue devant la villa proprette des Deauclaire. En la regardant à travers les rideaux, vêtue d’une longue robe en tartan, avec des lunettes carrées, un chignon sévère, et un étrange chapeau qui ressemblait un peu trop aux chapeaux pointus des contes, Pénélope avait pensé que cette apparition était une nouvelle malédiction.

Il s’était avéré que Minerva McGonagall était sa salvation.

Elle avait réduit au silence les protestations du père et de la mère, avait adressé un sourire mince et chaleureux à Pénélope, et lui avait tendu un miracle sous la forme d’une lettre.

La lettre était son évasion. Sorcière avait filé sur son balai.

Pénélope savait que ses parents avaient été ravis de se débarrasser d’elle, puisque de l’eau bénite et un exorciste n’avaient pas marché, mais elle préférait faire semblant qu’elle s’était échappé plutôt que jetée dehors.

Bien sûr, ses parents ne l’avaient pas non plus accompagnée acheter ses fournitures. Bravement, elle y était allée seule.

Toute petite avec son énorme valise, elle s’était perdue sur le Chemin de Traverse. Il avait fallu une heure d’errances, terrorisée et au bord des larmes, avant qu’un homme roux à lunettes ne remarque sa détresse et ne se dévoue pour l’aider à faire ses courses à travers les différentes boutiques. Les étincelles avaient explosé de joie quand elle avait saisi sa baguette, et enfin, Pénélope avait laissé couler ses larmes.

L’homme l’avait raccompagnée dans son quartier, tout en pestant contre les « Moldus sans cœur » pour tout ce que ça pouvait vouloir dire. Il avait serré la main de ses parents, s’était présenté comme un certain M. Weasley et, ignorant leurs regards scandalisés sur sa robe verte, leur avait résolument fait un sermon sur la famille et l’importance de surveiller ses enfants, car il avait lui-même des enfants et ne pouvait pas imaginer les laisser à eux-mêmes ainsi. Pénélope l’avait regardé avec des yeux écarquillés et un sentiment chaleureux dans la poitrine. M. Weasley lui avait caressé les cheveux et lui avait dit que son troisième fils faisait également sa rentrée. Que surement, ils se retrouveraient à Poudlard. Cet homme étrange la regardait, et Pénélope avait l’impression d’exister de nouveau, comme s’il la voyait, malgré les ombres dans lesquelles on l’avait reléguée si longtemps. Il la regardait avec gentillesse, loin du dégout et du mépris, et Pénélope oublia qu’elle était une maudite sorcière.

Dans le train qui l’amenait à Poudlard, Pénélope retrouva effectivement le fils de M. Weasley. Roux comme lui, avec des lunettes comme lui, il maugréait beaucoup, mais il accepta de partager sa cabine avec elle.

Il était ridiculement facile de devenir ami avec Percy Weasley. Appliquée, déterminée à être acceptée, Pénélope copia ses manières, apprit goulument tout ce qu’on lui donnait. Elle fut répartie dans une autre maison que lui, mais se plut chez les Serdaigles érudits.

Enfin, Pénélope pouvait correspondre à ce qu’on attendait d’elle. Enfin, elle pouvait devenir parfaite.

Finie, la chasse aux sorcières.

A un détail près.

Pénélope avait encore une bizarrerie, un défaut impossible à éradiquer. Elle avait beau essayer d’aimer Percy Weasley et de lui retourner ses affections, elle en était incapable. Son cœur ne se dégelait pas, elle ne ressentait pas le feu promis.

Aucun autre garçon non plus. Pas même le beau, le parfait Roger Davies, qui attirait toutes les filles.

En revanche, chaque regard partagé avec son binôme de Potions enflammait son bas-ventre. Son binôme de Potions, la jolie Alicia Spinnet.

Aux filles qui aiment les filles, on fait encore la chasse, a découvert Pénélope.

Les filles comme elles sont des sorcières. Mais pas le bon genre de sorcières.

 

 

End Notes:

Merci d'avoir lu et à demain pour le prochain prompt !

Sans foi ni loi (Charity Burbage) by Calixto
Author's Notes:

Deuxième prompt : Sans toit ni loi

 

Sans foi ni loi.

Sans loi, Charity l’avait toujours été.

Elle n’avait jamais écouté la moindre injonction, jamais obéi au moindre ordre. Tête toujours levée, menton fier, elle avait supporté les insultes, les menaces, avec la même détermination.

En revanche, elle avait la foi. Envers et contre tout, elle avait assumé sa passion des moldus, sous les regards curieux, et les crachats méprisants. Elle avait soutenu sa thèse selon laquelle ils étaient tout aussi intéressants que les sorciers, peut-être plus. Elle avait écrit des livres sur leur artisanat, sur leur technologie, malgré la réticence des éditeurs et des libraires. Elle était venue à chaque séance de dédicaces, répondant patiemment aux questions des quelques intéressés, ignorant les quolibets. Oh, on avait tenté de l’intimider. Lucius Malefoy, en particulier, lui vouait une haine féroce, pour ce qu’il appelait « sa propagande ». Et ça ne s’était pas amélioré après qu’elle ait accepté le poste de Professeur d’Etude des Moldus à Poudlard. Albus Dumbledore l’avait prévenue : sa tâche serait essentielle, mais une tache laborieuse et ingrate, une tache de l’ombre. Mais Charity était déjà convaincue. Il était de son devoir de prendre ce poste, de se battre comme elle pouvait pour éduquer les sorciers, lutter contre leur ignorance et leurs préjugés, et former ainsi, peut-être, une nouvelle génération plus ouverte. Une génération, qui, peut-être, tendrait la main au rêve de la coopération sorciers-moldus. Une génération, qui, peut-être, franchirait enfin le gouffre de la différence.

Poudlard était devenu son toit et sa maison.

Mais ce n’était pas un toit très étanche. Elle aurait tout aussi bien pu être sans toit. Sans toit ni loi, tiens.

Malefoy avait redoublé de virulence. Il criait à qui voulait l’entendre qu’elle abreuvait ses étudiants de sornettes, qu’elle était une dangereuse folle, sans déontologie, une sans foi ni loi.

Quand les murmures avaient commencé à faire état du retour de Vous-Savez-Qui, Charity avait continué sans changer la moindre virgule de ses cours. Droite, droite, jusqu’au bout. Elle n’allait pas avoir peur maintenant.

Bien sûr, quand ces murmures s’étaient concrétisés, beaucoup de ses étudiants avaient déserté son cours. Charity avait continué à enseigner à la poignée qui était restée. Patiemment. Convaincue.

C’était la meilleure résistance qu’elle pouvait offrir.

Ses collègues professeurs, en privé, lui avaient conseillé amicalement de se retirer quelques temps à la campagne, de se faire oublier. Charity savait bien qu’elle était une cible parfaite. Mais elle avait balayé leurs suggestions, même l’inquiétude de Severus Rogue, avec qui elle discutait parfois, et qui lui avait dit gravement que Lucius avait résolu d’avoir sa peau.

Charity avait souri doucement.

 Ses cours continueraient.

Bientôt, plus aucun collègue ne lui parlait. Ils l’évitaient. Ils lui jetaient des regards pleins d’effroi et de pitié, ces regards qui disaient : Elle est condamnée.

Les couloirs du château s’étaient mis à suinter de peur.

Les lettres de menace avaient triplé, pleines de maléfices.

Charity n’avait pas une seule minute de retard à chacun de ses cours. Cependant, quand elle apprit que les quelques derniers élèves qui restaient risquaient d'être fichés et menacés pour continuer d'assister à ses cours (initiative de Malefoy, sans doute), Charity n'hésita pas. Elle n'allait pas céder à l'intimidation, à sa propre peur, elle n'allait pas renier sa foi, ce qu'elle croyait juste et vrai. Mais elle n'allait pas non plus laisser en danger des innocents menacés à cause d'elle. D'un coup de baguette, elle effaça toute trace de ses cours : manuels, ses livres, devoirs d'élèves, outils moldus pour les démonstrations.Elle démissionna.

Hors de question de fuir hors du pays : Charity resta. Elle tenta d'entrer en contact avec des personnes fiables, qui seraient susceptibles d'entrer en résistance ou d'agir de quelque façon que ce soit.

Sa maison brûla. La Marque des Ténèbres flottait au dessus. Définitivement sans toit, maintenant.

Sans foi ni loi, et encore moins la loi de la terreur. Il n’y avait pas plus libre que Charity. Même maintenant, pendue tête en bas dans le Manoir Malefoy, en face de Vous-Savez-Qui lui-même, condamnée, Charity ne regrettait rien.

Le serpent se trainait sur la table, monstrueux, il serait sa fin.

Charity serra les dents.

L’éclair vert la cueillit sans la soumettre.

 

End Notes:

Demain, un personnage beaucoup moins secondaire ! J'espère que vous avez quand même aimé Charity, malgré les libertés que j'ai prises avec le prompt (ouups) :mg:

Clair de lune (Nymphadora Tonks) by Calixto
Author's Notes:

Troisième prompt : Clair de lune

Merci à Ellie et Catie pour vos reviews ❤

 

Nymphadora avait toujours aimé la lune. Pâle et solitaire, silencieuse, elle semblait un étrange double de sa mère. La fillette se collait à la fenêtre pour la regarder, astre rond et lointain.

Une deuxième mère, mais à qui elle pouvait chuchoter ses secrets sans conséquences.

Dans ses insomnies adolescentes, la lune était restée. Tourmentée, Nymphadora sentait son corps s’agiter contre son grès, sous le remous des marées, et elle avait haï l’astre qui les provoquait.

Puis la mélancolie était partie et Nymphadora avait rejeté les imitations de sa mère pour embrasser la joie contagieuse de son père, ses grands sourires solaires, son enthousiasme, son goût de l’aventure. Andromeda était une Muse intouchable et inimitable. Comme la lune, elle se dérobait aux mains tendues de sa fille.

Nymphadora lui avait préféré le soleil.

Mais les marées étaient revenues, et la lune aussi, dans deux yeux bruns fatigués de vivre.

Dans les yeux de Remus Lupin.

Elle avait lutté. Elle s’était agrippée aux mimiques de son père, à reproduire ses fossettes et ses éclats de rire, son ton enjoué, ses maladresses. Elle avait lutté mais cette peau avait éclaté. Derrière, les failles, la fragilité, le tourment, le malheur d’Andromeda. A fleur de peau, les clairs de lune.

Désespérée, elle avait reproduit le destin maternel. Elle s’était jetée dans un amour dévorant, une passion ravageuse. Elle avait brûlé.

Remus Lupin l’attirait irrésistiblement, tout comme les vagues ne résistaient pas à l’attraction lunaire.

Comme au temps des angoisses adolescentes, le corps de Nymphadora lui avait échappé. L’armure solaire qu’elle avait forgée sur celle de Ted tremblait, lui échappait, se retournait contre elle. Ses sourires faisaient fuir Remus, ses rires le gênaient, ses fossettes renforçaient son idée qu’elle était jeune, si jeune, trop jeune, son ton enjoué le faisait se durcir, ses épaules se fermer, son regard se dérober. Ses maladresses ne provoquaient rien d’autre qu’une immense honte d’elle-même. Elle valait si peu, si peu, presque rien, elle s’échappait à elle-même, ce n’était pas étonnant que Remus ne veuille pas d’elle.

Elle se retrouvait à sangloter comme une enfant dans son oreiller.

Elle se retrouvait à crier, à protester, à gueuler comme au temps des caprices. Et rien n’ébranlait la résolution cruelle de celui qu’elle aimait. Remus la repoussait inlassablement.

Elle ne devait plus avoir aucune considération d’elle-même, plus aucune fierté, plus aucune estime, puisqu’elle revenait toujours.

Comme une chienne.

Mais elle se foutait du jugement, du regard désapprobateur de sa mère, de la pitié de son père, de ses amis, de ses amies.

Tu te ridiculises, ils disaient.

Elle avait continué. Entêtée, si entêtée, comme l’avait été sa mère, sa mère que des gouffres d’incompréhension séparaient d’elle.

Elle avait maudit cette saleté de lune qui avait appliqué sa marque d’infamie sur le beau visage de Remus, le ruinant à jamais pour les autres et lui-même.

Elle avait maudit cette lune à qui Remus était fidèle, fidèle, dos courbé, si résigné à endurer le sang, les cris, la chair mutilée, la douleur.

Et puis, Remus avait cédé avant elle.

Nymphadora avait ouvert grand ses bras, déployé ses ailes.

Remus avait fleuri comme une fleur née sur le tard qui découvrait comment écarter ses pétales et ne plus craindre le gel.

Ils ont été le rempart l’un de l’autre.

Nymphadora a repoussé toutes les critiques comme une courageuse petite soldate.

Trop vieux. Trop laid. Trop dangereux. Il ne pourra jamais te protéger. Il sera mauvais époux. Mauvais père.

Ils sont devenus un couple bancal et parfaitement heureux. Remus, tour à tour doux et féroce, elle, l’enfant de la lune et du soleil, reniant tous ses héritages pour s’offrir une autre vie, une autre identité.

Peu à peu, ils ont appris la tendresse, ils ont appris la confiance.

Et une nuit, il l’a laissée le regarder après la pleine lune, il l’a laissée toucher ce corps qu’il détestait, il l’a laissée l’aimer, et Nymphadora a regardé pour la première fois l’astre blanc sans haine.

Le clair de lune était l’apothéose de l’amour.

 

End Notes:

Demain, on repasse à un personnage beaucoup (beaucoup) plus secondaire... UwU

Born this way (Tante Muriel) by Calixto
Author's Notes:

Quatrième prompt : Born this way

Apparemment, Muriel était née comme ça, née désagréable, désolé, c’était irrémédiable.

 

Dans l’atmosphère étouffante de la maison des Prewett, on avait demandé à Muriel, six ans, bien corsetée dans sa robe comme de plomb, de se tenir bien droite sur sa chaise. Muriel avait appris à ne pas bouger d’un cil pendant les réceptions interminables que ses parents tenaient à l’heure du thé. Pendant que les Black, les McMillan, et autres familles membres des 28 Sacrés sirotaient élégamment dans leur tasse, elle faisait la petite poupée rigide. Si son corps était immobilisé, sa langue était plus mobile. Bientôt, elle avait commencé de remuer sans sa permission.

A force de tendre les oreilles et de saisir les perfidies qui s’échappaient des bouches élégantes des amies de sa mère, à force de voir le venin couler hors de leurs dents, sous couvert de sourires polis et de regards entendus, Muriel avait appris l’art pratique de la médisance. C’était la seule rébellion possible, être la plus méchante possible, la plus sournoise, la plus vilaine à l’heure des dîners, des déjeuners, des bals mondains et voir les visages scandalisés de ses parents et des invités. Elle s’en était emparé. D’abord pour participer au ballet des mensonges, puis pour protester contre.

Rapidement, les traits d’esprit et les piques méchantes s’étaient retournés contre sa famille, contre l’étiquette insupportable.

Rapidement, elle avait réalisé que les mots pouvaient détruire et que répandre des infamies était jubilatoire.

Rapidement, elle avait frappé tout ce qui lui passait sous la langue.

A Poudlard, elle avait continué, se tenant bien sage sous la menace parentale, mais ne ratant pas une occasion de jeter au vent des calomnies, des commérages, des persiflages joyeux.

Elle avait également compris que c’était l’évasion idéale pour toutes ses frustrations de femme. Celles de son sexe étaient dans des cages, elle n’échappait à la règle. Elle finirait mariée contre son gré, à élever des enfants non-voulus et à organiser des réceptions interminables : en résumé, un supplice. Frustrée, Muriel s’épanouissait dans la méchanceté : plus elle heurtait, plus elle était désagréable, plus elle dérangeait, à sa manière.

Ses parents en étaient exaspérés : heureusement pour eux, son frère Ignatius était plus sage. Il épousa sans protester Lucretia Black, malgré tous les ragots que Muriel s’était efforcé de propager concernant le frère de Lucretia, Orion, un « crétin absolu, plus stupide qu’un Troll et plus sournois qu’un Chaporouge ». Ignatius s’était contenté d’un regard placide en direction de sa sœur. Muriel avait maugréé.

Depuis ce jour, son mépris infini pour son frère avait remplacé toute autre forme d’affection envers lui. Dans sa maison, on ne prononcerait même pas son nom.

Leur benjamin semblait un étrange mélange d’eux deux.

Né plus tard, il n’avait pas assisté aux réceptions ayant parsemé l’enfance de Muriel. La famille Prewett s’était distanciée des 28 Sacrés depuis les folles rumeurs qui couraient sur l’ascension d’un jeune dictateur et de ses fidèles, tous plus fanatiques les uns que les autres. Les Prewett avaient suffisamment été marqués par Grindelwald pour se méfier d’une idéologie pareille, et de la guerre qui viendrait peut-être avec. Il avait épousé une Macmillan, et contrairement à Ignatius et Lucretia, qui se révélaient incapables d’avoir une descendance, ils eurent trois enfants en bonne santé.

Muriel, quant à elle, avait continué obstinément de refuser (et de faire fuir) chaque prétendant qu’on lui proposait. Elle écoutait les chuchotis qui disaient « vieille fille » avec des tons outrés, et elle ricanait. Elle prenait un malin plaisir à endosser le rôle de la vieille fille aigrie et désagréable.

Par pitié, les parents mourants de Muriel lui avaient légué, dans le testament, la partie la plus précieuse de l’héritage : une tiare magnifique, confectionnée par les Gobelins.

Muriel s’était beaucoup amusée à faire courir l’histoire que la tiare lui avait été offerte par un vicomte russe de passage au pays, qui avait activement participé aux massacres et pillages des Gobelins, et qui avait été séduit par sa langue de vipère.

Elle avait gardé précieusement la tiare.

Elle avait vieilli.

Les temps changeaient : son frère Ignatius était mort sans rien laisser, ses neveux Fabian et Gidéon faisaient les matamores dans une espèce d’organisation secrète créée par ce vieux fou de Dumbledore, d’après ce que Muriel avait compris (et elle en connaissait de belles, sur Dumbledore, oh oui, depuis qu’elle avait écouté aux portes les confidences de Bathilda Tourdesac à sa mère, son amie), et Molly, sa nièce, qu’elle affectionnait secrètement, fricotait avec un Weasley. Un Weasley ! Oui, les choses se perdaient.

La tiare, de jours en jours, avait pris des airs de relique d’un temps perdu. Muriel avait détesté et continuait de détester la cage dorée de sa jeunesse, mais elle ne pouvait pas renier l’héritage noble des Prewett, la suprême élégance de sa mère, et l’arme à double tranchant de la médisance des Sang-Pur.

Elle prenait soin de rester aussi désagréable que sa réputation la faisait paraitre : elle avait maintenant le terrain de jeu idéal, la vieillesse.

Elle prit un malin plaisir à se vêtir de couleurs affreusement criardes (sans négliger cependant la qualité des tissus, legs maternel) et à crier à qui voulait l’entendre que « c’était bien mieux avant ». La vieille femme désagréable ? Son meilleur rôle.

Elle resta aussi célibataire qu’elle avait l’intention de l’être.

Et aussi fidèle à la famille qu’elle pouvait l’être.

Elle prêta sa maison à l’Ordre pour le transfert du fils Potter, elle l’offrit comme refuge à sa nièce, son beau-neveu, et leurs enfants, menacés par le nouveau régime du Ministère contrôlé par Vous-Savez-Qui.

Même en pleine guerre, elle ne s’était pas privée de se quereller avec ses petits-neveux qui avaient trouvé utile d’installer leur stupide service de vente par hiboux depuis une fenêtre du rez-de-chaussée.

Apparemment, Muriel était née comme ça, née désagréable, désolé, c’était irrémédiable.

Autrefois, le tranchant de ses mots lui avaient permis de s’évader. Aujourd’hui, grogner, gronder, bougonner, maugréer, râler, fulminer, rechigner, rouspéter, lui permettait d’exister.

 

End Notes:

Alors, qu'avez-vous pensé de la tante Muriel ;) ?

Demain, une autre vieille dame avec du caractère, je vous laisse deviner laquelle ^^

Résistante (Augusta Londubat) by Calixto
Author's Notes:

Cinquième prompt : Résistantes.

 

Beaucoup de gens avaient tenté d’arrêter Augusta Londubat.

Mais Augusta était bien plus que ce dont elle avait l’air. Elle avait toujours été résistante, le dos solide aux coups de la vie.

Elle avait encaissé, encaissé, encaissé encore, et jamais cédé. Pas même cette nuit de cauchemar, où elle avait attendu en vain le retour de son fils et de sa belle-fille, et où, à l’aube, elle avait découvert que leur sort était pire que la mort. Non, son dos n’avait pas tremblé, pas flanché, lorsqu’elle avait croisé les yeux vides de son Frank, enfant unique et adoré, dernier reflet de son défunt mari. Son petit-fils s’était mis à pleurer bruyamment, et bravement, Augusta avait resserré sa prise sur lui, avant de sortir de la salle de St Mangouste.

Elle avait élevé Neville seule, comme, autrefois, elle avait élevé Frank seule.

Elle avait ignoré les regards de pitié, les tentatives d’aumône. Augusta avait du sang Black dans les veines, et leur fierté farouche en cadeau d’hérédité. Et elle portait le nom Londubat, qui rimait avec courage.

Elle avait donné à Neville l’éducation stricte qu’elle avait elle-même reçu, qu’elle avait donné à Frank. Elle avait fermé son cœur, refusé de s’écrouler en reconnaissant les traits de son fils sur ceux de son petit-fils, en se rappelant la fierté infinie qu’elle avait pour Frank, et le destin funeste auquel il n’avait pas échappé.

Elle avait redoublé de dureté. Neville devait avoir le cœur aussi fermé qu’elle pour survivre. Elle ne pourrait pas supporter de le perdre aussi.

Beaucoup de gens avaient tenté d’arrêter Augusta Londubat.

Elle avait reçu d’innombrables menaces de mort, bien sûr. Mais la peur ne l’avait jamais effleuré une fois. Un soir funeste, au-dessus du berceau de Neville, elle avait juré à Frank et à Alice qu’elle le protégerait envers et contre tout, dusse-t-elle affronter Vous-Savez-Qui elle-même.

Elle n’avait pas changé d’avis.

Elle avait été prête à affronter Vous-Savez-Qui, alors, quand ce minable de Dawlish se présenta devant sa maison pour l’arrêter, Augusta retint un ricanement. John Dawlish avait présenté ses ASPICS en même temps que Frank. Lui aussi voulait devenir Auror. Mais c’était Frank qui avait été reçu premier de leur promotion d’Aurors. Augusta gardait de cet épisode un sentiment jubilatoire de triomphe, et Dawlish, bien sûr, une cuisante humiliation. Surtout qu’Augusta n’avait pas manqué de le lui rappeler chaque fois qu’elle le croisait. Ce crétin en avait bien besoin, vu son ego.

Dawlish, cheveux bien peignés comme à son habitude, air sérieux peint sur son visage sournois, demanda à Augusta de l’accompagner sans résistance, de la voix la plus polie et la plus fausse qu’il trouva.

Sans résistance ?

Il allait regretter d’avoir sous-estimé Augusta Londubat.

Tirant sa baguette, la sorcière se permit un sourire méchant.

Un quart d’heure plus tard, Dawlish gisait sur le sol. Bon pour St Mangouste, selon l’avis d’Augusta.

Elle le laissa là sans aucun remords. Elle ne pensait qu’à Neville, à Poudlard, menant la Résistance.

Elle ne ressentait que de la fierté. Et une envie de se battre qui ne l’avait jamais lâchée.

Lorsque la rumeur courut qu’on se battait à Poudlard, elle transplana sans hésiter.

Peut-être que l’heure était enfin venue de venger son fils.

Ou d’affronter Vous-Savez-Qui en face à face.

 

End Notes:

Demain, on passe à de la Next-Gen !

Souvenir (Victoire Weasley) by Calixto
Author's Notes:

Sixième prompt : "Le souvenir est le parfum de l'âme." George Sand

Allez, j'ai tenté un double drabble pour celui-ci :)

 

Victoire aimait son prénom. Il avait le parfum du souvenir.

C’était un parfum que personne d’autre ne possédait. Il l’imprégnait depuis son enfance, depuis 21 gâteaux d’anniversaire, il collait à son palais. C’était amer, avec un arrière-goût de sel ferrugineux, une pointe de brûlé, et du soleil, beaucoup de soleil, le soleil des aubes.

Victoire avait le parfum des aurores.

C’était un prénom étroitement enlacé à son âme. Victoire était habituée à ressembler à ce matin du 2 mai où elle était née : lumineuse comme le soleil sanglant de la victoire, aveuglante, avec des flashbacks de ruines.

Teddy lui-même, après l’amour, ne supportait pas d’enfouir son nez dans son cou, de respirer ce parfum, de se rappeler ce qu’il n’avait pas vu.

Victoire savait que pour son amant, elle avait le parfum des cimetières.

Parfois, elle savait aussi qu’il voyait dans ses yeux les visages de son père et de sa mère.

Elle était une magicienne à sa manière : à chacun de ses anniversaires, ils ne célébraient pas sa naissance, ils célébraient les fantômes dont elle était l’incarnation. D’un de ses gestes, elle les ressuscitait.

 

End Notes:

Merci d'avoir lu :)

N'hésitez pas à laisser un mot, et à demain !

La Maman et la Putain (Ginny Weasley) by Calixto
Author's Notes:

Septième prompt : "Sale pute".

 

Ginny, après tout, n’était qu’une « sale pute ».

Le premier, qui le lui avait dit c’était Zabini, d’une voix claire, sans honte, avec tout le mépris du monde. Ils étaient dans un couloir bondé de Poudlard et Ginny s’était figée. Zabini était passé sans se retourner. Immobile, Ginny sentait le sol sombrer sous ses pieds, et les mots lui manquaient.

C’était l’été où son corps s’était rebellé, retourné contre elle. Dans le miroir, elle l’avait vu pousser aux pires endroits, lui donner des courbes qui avaient causé de nouveaux regards, et des remarques, beaucoup de remarques.

Il n’avait pas fait se retourner le seul qui l’intéressait. Harry avait semblé aussi indifférent à elle qu’à son habitude.

Ginny, si habituée à être la brindille, asexuée aux yeux de ses frères, transparente à Poudlard, avait enfin été vue.

Surprise, elle avait testé les étendues de ce nouveau pouvoir.

Michael Corner, d’abord. Il était gentil, prévenant, Ginny l’aimait. Pas assez. Elle avait rompu.

Dean Thomas, ensuite. Tout aussi gentil, mais fade, si fade, si ennuyeux. Stupéfaite des regards qu’il lui lançait, comme si elle était sa déesse, elle avait fui les autels et mis fin à leur relation.

Aussi fort qu’elle voulût pouvoir le détester, elle ne pensait qu’à Harry.

Quand Zabini lui avait jeté ces mots à la figure, Ginny avait été envahie par une honte incrédule. Elle s’était sentie si terriblement impuissante. Ginny détestait se sentir impuissante. Elle s’était regardée nue dans le miroir, ce soir-là, et elle s’était jurée de ne plus avoir honte.

Elle avait mis un point d’honneur à foudroyer du regard ceux qui lui jetaient des regards suggestifs, ceux qui lui proposaient des choses obscènes. Elle avait mis un point d’honneur à parler aussi fort que Zabini ce jour-là, à répliquer.

Parfois, les choses dégénéraient. Physiquement.

Elle avait passé les vacances suivantes à s’exercer au sortilège de Chauve-Furie, et comme une trainée de poudre, la rumeur de sa nouvelle dangerosité s’était répandue dans l’école. Le prochain qui voulut mettre la main sur elle le regretta.

Elle pensait que les insultes et les sifflets se calmeraient quand elle sortit avec Harry. Il était le Survivant, elle devrait avoir l’immunité. Non ?

Non.

Les histoires se multipliaient, elle était une sorcière vénale, avide de gloire, briseuse de cœurs, démone rousse. Elle lui avait fourni un filtre d’Amour.

En résumé, elle était exactement ce que Zabini l’avait accusé d’être : une pute.

Elle fit sans Harry sa rentrée en sixième année. A chacune des punitions qu’il lui infligea, Amycus Carrow ne se priva pas de persiflages obscènes, sous le regard satisfait de Zabini, et ceux, moqueurs, de ses amis.

Les murmures ne changèrent pas :

Elle n’a pas suivi Potter. Elle n’ira nulle part sans lui. Manipulatrice, menteuse, petite imbécile. Aucun talent. Pauvre comme tous les Weasley. Pas d’avenir. Sale pute.

Ginny ne baissa pas la tête. Elle refonda l’AD. Elle, Luna et Neville, tentèrent de voler l’Epée de Gryffondor, sur son idée.

La Bataille de Poudlard la vit se battre comme une possédée.

Les choses s’enchaînèrent. Elle épousa Harry. Elle fut engagée par le club des Harpies de Holyhead.

Elle était devenue l’invitée à avoir dans toutes les réceptions, le gratin de la société, une des héroïnes d’après-guerre.

Elle était devenue mère. Dans son esprit, la maternité, comme le mariage, consacraient une femme, lui offrant une auréole, la rendant intouchable.

Et pourtant, berçant le petit James Sirius dans ses bras, dans un parc public, cela ne l’empêcha pas d’entendre les mots familiers, proférés par un inconnu :

- Sale pute.

 

End Notes:

Demain, Journée Internationale des Droits de la Femme ❤ !

Utopie (Andromeda Tonks) by Calixto
Author's Notes:

Une petite citation de Simone de Beauvoir pour fêter ce 8 mars :)

" La femme n'est victime d'aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent éternellement à vivre à genoux."

Et le huitième prompt : Utopie

Toute sa vie, Andromeda avait vécu de rêves morcelés.

Elle avait voulu être heureuse. Elle avait oublié que le bonheur n’était qu’une utopie.

 

Etendue de tout son long sur son lit, sentant les murs du manoir Black se refermer sur elle comme une tombe, elle avait rêvé désespérément à l’évasion.

Sa première utopie avait pris la forme d’un grand garçon blond dégingandé qui souriait merveilleusement de travers. Tout entier fait de poussière d’étoiles, Ted Tonks était descendu du ciel une main tendue, comme un ange. Andromeda avait saisi cette main et elle avait tournoyé comme une folle jusqu’à l’ivresse qui sonnait

Liberté.

Andromeda s’était évadée et elle avait vécu son utopie.

Une vie où elle pouvait enfin respirer. Une vie extraordinairement neuve, brillante, une vie où elle s’endormait dans les bras de Ted, dans leur petite maison au cœur du monde. Elle avait été libre de se réinventer, de se créer. Elle avait été libre de devenir.

Toute sa vie, Andromeda avait vécu de chimères.

Les rêves vous glissent toujours entre les doigts.

Sa deuxième utopie, elle l’avait portée dans son ventre. Follement, oubliant toute raison, en pleine guerre, Andromeda avait souhaité un enfant. Ted avait tenté de s’y opposer. Il lui avait pris les mains, lui avait rappelé les menaces de mort qui pesaient sur eux, la promesse des Black de se venger. Andromeda avait jeté ces mots au feu. Elle voulait comme elle n’avait jamais voulu. Elle voulait ce bébé.

Elle l’avait eu.

Nymphadora était tout ce dont elle rêvait.

En la portant pour la première fois sur son sein, Andromeda s’était sentie bénie.

Cette fillette était un don.

Pendant de longues années, la vie des Tonks avait été parfaite. Nymphadora avait grandi dans les éclats de rire. Ted avait été le père parfait qu’Andromeda savait qu’il serait, et tout n’avait été qu’une bulle ouatée. Dora avait été répartie à Poufsouffle, et malgré l’angoisse de laisser sa fille partir dans le train pour Poudlard, Andromeda avait vite été rassurée par des lettres enthousiastes. Dora s’adaptait, Dora allait bien, Dora s’amusait. Dora s’était fait des amis. Dora était heureuse. Le cœur d’Andromeda se gonflait de joie à en éclater. Les sourires de Ted n’avaient jamais été plus brillants.

Dora avait grandi. Son adolescence avait été quelque peu chaotique : elle avait la même faim d’absolu que sa mère. Elles s’étaient heurtées mutuellement. Elles s’étaient blessées. Mais ça n’avait pas enlevé à Andromeda la moindre once du bonheur foudroyant qu’elle ressentait, de l’amour infini qu’elle vouait à sa fille.

Malgré les incompréhensions naissantes, les cris de Dora pour qu’on ne l’appelle plus que « Tonks », Andromeda était toujours aussi ivre que ce soir-là où elle avait fui le Manoir avec son amant.

Dora avait passé avec succès sa formation d’Auror. Malgré son inquiétude et celle de Ted, Andromeda n’aurait pas pu être plus fière.

Peu à peu, cependant, l’angoisse devint impossible à ignorer. Elle s’étendit, prit sa place, s’y logea confortablement. Andromeda n’arrivait plus à dormir. Sa fille venait d’entrer dans l’Ordre, et sa sœur s’était évadée d’Azkaban. Soudain, les vieilles menaces ressurgissaient. La soif de sang de Bellatrix, sa haine.

Son rêve d’un foyer et de paix n’avait pas échappé au sort qu’attend tous les fantasmes : la destruction.

Andromeda fut prise du désir irrépressible de reprendre sa fille, de la kidnapper, de la garder entre ses bras, de la remettre dans son ventre, en sécurité.

Qu’elle ne soit pas blessée, jamais.

L’idée même que quelque chose lui arrive était intolérable.

L’utopie se fissurait.

La guerre ne se cacha bientôt plus, elle éclata.

Les Mangemorts entrèrent chez les Tonks, ravagèrent la maison en riant, souillant chaque petite parcelle soigneusement construite du foyer rêvé, de la bulle d’Andromeda. Dans le salon qui avait vu Dora faire ses premiers pas, Andromeda et Ted subirent l’Endoloris. Ni l’un ni l’autre ne donnèrent des informations sur Potter. Les Mangemorts finirent, dépités, par partir.

Andromeda s’écroula sur le tapis comme une marionnette dont on eut coupé les fils. Son mari, le pilier d’encore et toujours, la releva, et calmement, lui dit que de par son statut de Né-Moldu, il était en danger. Il valait mieux qu’il parte. Andromeda était Sang-Pur, elle était en sécurité. Il fallait qu’il parte, répéta-t-il doucement, en couvrant son visage en larmes de baisers. Andromeda hoqueta, protesta, sanglota. Pas Ted, pas son rêve, arraché, volé, disparu.

Ted partit dans la nuit, l’embrassant encore, souriant encore comme il lui avait souri depuis leur première rencontre : le soleil débordant au coin des commissures.

Elle vit l’amour de sa vie pour la dernière fois.

Elle s’accrocha à sa fille, dernier lambeau de l’utopie, elle s’y agrippa comme une mère louve déchainée. Dora lui offrit un dernier rêve : celui d’une famille. Elle et Remus Lupin, enlacés, leur nouveau-né dans les bras. Tableau enchanteur.

La guerre les rattrapa.

Dora partit dans la nuit, suivant son mari, suivant l’ombre de Ted aussi, avec une promesse désinvolte à sa mère qu’elle reviendrait. En attendant, il fallait veiller sur Teddy.

Elle vit l’amour de sa vie pour la dernière fois.

Effondrée, sur les tombes de son mari, de sa fille, de son gendre, Andromeda serra Teddy dans ses bras. Teddy sentait les ruines et le malheur.

Toute sa vie, Andromeda avait vécu de rêves morcelés.

Elle avait voulu être heureuse. Elle avait oublié que le bonheur n’était qu’une utopie.

 

End Notes:

Merci de votre lecture :) n'hésitez pas à laisser un mot !

Encore un peu de drame nous attend demain (faudrait définitivement que je me mette à écrire quelque chose de plus joyeux)...

Encore et encore (Helena Serdaigle) by Calixto
Author's Notes:

Neuvième prompt : "Au début on croit mourir à chaque blessure. On met un point d'honneur à souffrir de tout son soûl. Et puis on s'habitue à endurer n'importe quoi et à survivre à tout prix." Virginie Despentes

 

Encore et encore, Helena se revoyait mourir.

Elle avait appris à souffrir.

Helena avait toujours ressenti plus que les autres. C’était ironique qu’elle se sente si poreuse, si prête à s’écrouler, lorsque sa mère était l’incarnation d’une statue. Toute entière marmoréenne, Rowena Serdaigle était impossible à atteindre. Toute sa vie, Helena avait tendu les mains, cherché l’attention. Elle n’avait eu que le vide en retour, comme une claque sur la peau. Rowena ne savait pas aimer. Elle ne savait pas non plus s’occuper d’une enfant. Elle évitait Helena, laissant sa fille seule des journées entières à errer dans le château. Elle avait trop à faire. La grande, l’unique Rowena. Si brillante, si consciente de sa propre intelligence. Lorsqu’Helena était devenue une jeune fille pleine de rage et de rancœur, Rowena avait essayé de lui expliquer, de sa voix placide, qu’elle était investie d’une mission. Elle était l’élue puisqu’elle portait le Diadème, don plus précieux que tout, et qu’elle devait s’y consacrer entièrement. Helena avait essayé de haïr sa mère. Mais il n’y avait rien à haïr. Elle avait beau se heurter à elle, chercher désespérément la confrontation, l’exutoire, Helena avait réalisé que sa mère était un mur. Elle ne pouvait pas haïr un mur.

Aussi absurde que cela paraisse, en revanche, Helena pouvait haïr le Diadème. Peu à peu, l’idée grandit : sa mère était possédée. C’était ce foutu objet de malheur, à laquelle elle attachait tant de valeur, bien plus qu’à sa propre fille. Helena, écrasée de chagrin, comme chaque enfant qui se fane et se flétrit en l’absence d’amour, ne poursuivait plus qu’un seul but : voler le Diadème.

C’était de la folie, c’était une si mauvaise idée, mais elle l’enivrait. Helena venait d’avoir vingt ans, et elle avait toujours vécu dans l’ombre et la colère. Elle souhaitait que rien qu’une fois, sa mère souffre, que le masque impassible tombe. Elle souhaitait que sa mère hurle lorsqu’on lui arracherait son précieux Diadème. Elle souhaitait que sa mère la regarde enfin.

Elle souhaitait que les autres la regardent enfin.

La grande Rowena l'était tellement qu’elle cachait entièrement Helena dans son ombre. C’était à peine si les enfants du château, si les autres Fondateurs, savaient qu’elle existait.

Helena avait appris à endurer chaque blessure, chaque coup, elle avait appris que son destin était d’être une invisible. Au début, elle avait souffert de chaque petite plaie, elle avait souffert jusqu’à n’être plus qu’une plaie béante, indéfiniment en peine.

Au fond d’elle, une petite voix disait que peut-être, si elle mettait le Diadème sur sa tête, la souffrance se tairait, et elle accéderait à la sagesse que possédait sa mère. A son tour, elle serait statue marmoréenne, étanche aux sentiments. A son tour, elle brillerait.

Ce fut étonnamment facile de le voler.

Mais Helena ne mit pas le Diadème sur sa tête. Elle le tint bien serré dans sa main, surprise de sentir la haine qui dégoulinait d’elle, elle le tint bien serré et le regarda longuement, cause de tous ses malheurs.

Maintenant, elle allait enfin vivre.

Elle l’emporta dans la nuit.

Quelques mois passèrent dans l’ivresse. Elle pouvait presque sentir le choc et la honte de sa mère suinter sur sa propre peau, à des milliers de kilomètres d’ici.

Les rumeurs disaient que Rowena Serdaigle se mourait, gravement malade, depuis la disparition de son Diadème.

Les rumeurs disaient aussi que Rowena Serdaigle appelait sa fille sur son lit de mort.

Helena riait. C’était si ironique.

Jamais elle ne reviendrait pour offrir la paix à sa mère agonisante.

Elle ne pouvait que jubiler que la statue souffre enfin.

Elle, ne ressentait plus rien. Elle avait enfin appris à souffrir. Dans les auberges de passage où elle s’arrêtait, elle caressait le Diadème des heures durant. Pensive.

Les bois de la forêt l’entouraient, et elle se sentait enfin en paix. Elle songea à stopper là. A y construire une maison. En Albanie, elle avait trouvé sa voie. Au moment où cette pensée l’envahissait, un grand cri déchira les feuillages, suivi de plusieurs éclairs de lumière. Le sang d’Helena se glaça. Elle connaissait cette voix, elle connaissait ces sortilèges, lancés par une main familière.

Incrédule, figée, elle vit émerger d’entre les buissons un fantôme.

C’était un homme qu’elle avait bien connu. Il avait longtemps été son prétendant, lui avait fait une cour assidue, alors même qu’elle repoussait ses avances.

C’était un homme éperdument amoureux d’elle.

C’était aussi un homme dangereux.

Helena l’avait déjà vu devenir violent. Elle savait que c’était un homme qui ne désirait rien de plus que posséder, et, lorsqu’on lui opposait un refus, le Baron était un homme capable de tout ruiner, tout saccager sur son passage.

- Helena, murmura-t-il avec la révérence immonde dont elle se souvenait.

Elle se souvenait aussi qu’il lui avait dit inlassablement qu’il l’aimait.

Le revoyant, elle n’aurait pas pu être plus sure.

Ce n’était pas de l’amour.

D’une main tremblante, elle cacha derrière son dos le Diadème, tâtonnant jusqu’à trouver un creux dans l’arbre sur lequel elle s’appuyait. Elle l’y glissa.

- C’est ma mère qui t’envoie, dit-elle. Ce n’était pas une question.

Il acquiesça.

- Sois raisonnable, Helena… reviens avec moi. Epouse-moi.

Elle dit Non de sa voix la plus ferme.

Après ça, tout ne fut plus que chaos, rage, et douleur.

Elle s’était habituée à endurer n’importe quoi, à survivre dans l’ombre maternelle.

Elle pensait en avoir fini avec la souffrance.

Mais

Maintenant ombre glacée d’elle-même, son sang jamais séché maculant sa robe,

Encore et encore, Helena se revoyait mourir.

End Notes:

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à laisser un mot :)

Vagues (Bertha Jorkins) by Calixto
Author's Notes:

Dixième prompt : Vagues.

Les répliques en italique sont directement tirées d'Harry Potter et la Coupe de Feu.

La disparition de Bertha Jorkins pendant l’été 1994 a fait peu de vagues.

Peut-être parce que, pour tous, Bertha était une idiote.

Elle regarde, maintenant, de là où elle est.

Elle est choquée de voir le visage vieilli prématurément de Sirius Black. Elle était plus âgée que lui, mais tout Poudlard connaissait les Maraudeurs. Elle l’a vu déambuler dans les couloirs du château avec ce léger déhanché inimitable, se pavaner en rejetant ses cheveux en arrière, et éblouir n’importe qui. Bertha a rougi en croisant son regard, comme n’importe qui. Elle l’a suivi, l’a regardé embrasser des filles dans les recoins près de la bibliothèque, elle a fantasmé, elle a fait courir les potins de bouche en bouche. Bertha aime les potins, autant en raconter qu’en entendre. Quand elle se fait leur relai, sa curiosité est enfin assouvie, et elle est enfin regardée. On sait que Bertha sait. Elle n’a pas une vie très intéressante, alors elle se passionne pour celle des autres. Elle voit Sirius maintenant, et Sirius dit :

- Ecoute, je connaissais Bertha Jorkins. J’étais élève à Poudlard en même temps qu’elle. (…) Et c’était une idiote. Toujours à fouiner partout, mais sans aucune cervelle. La curiosité et la bêtise ne font pas bon ménage.

Le petit Percy a l’air d’avoir grandi, depuis les quelques mois qu’elle ne l’a pas croisé dans les couloirs du Ministère. On dirait qu’il a pris du galon. Il ressemble à tous les Weasley, mais avec l’ambition en plus, selon elle. Elle l’aime bien. Il était facile de le faire parler sur Croupton Sr, son patron. Bertha prenait toujours soin de le saluer dans l’ascenseur. Elle voit Percy maintenant, et Percy dit :

        - Oh, Bertha est incorrigible, c’est vrai. On m’a dit qu’elle a été mutée de service en service pendant des années, qu’elle apporte beaucoup plus d’ennuis que d’avantages…

Ludo Verpey, lui, n’a pas changé, même si Bertha lui trouve l’air soucieux. Il doit encore avoir des ennuis financiers. Pourtant, il a l’air de dissimuler ses problèmes et de prendre l’air le plus détendu qu’il soit quand il s’adresse à Arthur Weasley, le père du petit Percy. Ce dernier dit :

        - Tu as eu des nouvelles de Bertha Jorkins, Ludo ?

Elle regarde Ludo sourire. Ludo est son supérieur depuis quelques années, depuis qu’elle a intégré le Département des jeux et sports magiques. Elle aime bien Ludo, c’est une mine d’informations et de potins. Elle qui n’a jamais trop eu le sens des relations sociales (elle ne comprend pas les gens, ni leurs réactions) se trouve en assez bonne entente avec lui. Il est le seul à sembler la tolérer au bureau, à faire des blagues, lorsque ses collègues l’ignorent purement et simplement. Elle voit Ludo maintenant, et Ludo dit :

         - Pas l’ombre d’une plume de hibou. Mais elle finira bien par revenir. Pauvre vieille Bertha… Sa mémoire ressemble à un chaudron qui fuit et elle n’a pas le moindre sens de l’orientation. Elle s’est perdue, tu peux être sûr. Elle va réapparaître au bureau au mois d’Octobre en pensant qu’on est toujours en Juillet.

Bertha arrête d’écouter. On n’a envoyé personne à sa recherche. Mais elle ne s’est pas perdue. Oh, non, elle ne s’est pas perdue. Insupportable, la douleur l’envahit de nouveau, et les souvenirs avec.

Elle était juste venue pour des papiers à signer. Ces papiers étaient importants, et il fallait que Bartemius les signe. A la porte, l’elfe de maison annonça que Bartemius était absent. Elle la fit entrer. Elle patienta dans le salon. Elle regardait machinalement les papiers. Et puis, elle a entendu des bruits. Elle a toujours eu une bonne ouïe. Elle tendit l’oreille. Les bruits se sont intensifiés. Indéniablement, c’était des chuchotements. L’elfe était-elle folle ? Est-ce qu’elle parlait toute seule ? Bertha avait toujours été trop curieuse pour son propre bien. Elle s’est levée, s’est approchée doucement. Non, c’était bien des voix. Il y avait Winky et… un frisson parcourut la colonne vertébrale de Bertha. C’était la voix d’un homme, une voix familière. Contrairement à ce que disait Ludo Verpey, elle avait toujours eu une bonne mémoire. C’était peut-être son seul don. Elle fouilla sa mémoire, retrouva à qui appartenait cette voix. Et se figea. C’était impossible. Elle en était pourtant certaine, cette voix était celle de Barty. Le fils unique de Bartemius. Mais Barty était censé être mort. Elle s’approcha encore un peu plus, pencha la tête. C’était bien l’elfe, et elle parlait. Mais elle parlait à… au vide. Il n’y avait personne d’autre. Pourtant la voix de Barty sortait de ce vide. Il n’y avait pas besoin d’être un génie pour comprendre. Sort de désillusion, ou bien cape d’invisibilité.

Merlin. Que faisait Barty chez son père ? Il était connu que les deux hommes se haïssaient. Pire encore, Bartemius avait envoyé Barty à Azkaban lui-même. Merlin. Bertha regagna le salon le plus discrètement possible, l’esprit bouillonnant de panique. Bartemius arriva chez lui ce qui sembla être une éternité après. Bertha se précipita à sa rencontre, et incapable de s’empêcher de parler, lui dit tout. Les yeux écarquillés, Bartemius la fixa avec une panique équivalente à la sienne. Il leva sa baguette, et Bertha se prépara à l’arrivée des Aurors et à la bataille qui suivrait. Elle n’eut pas le temps de crier quand l’éclair arriva sur elle.

Lentement, surement, elle sentit son propre esprit s’effondrer, sa mémoire crouler comme un château de cartes. Tout lui échappait, elle tenta de gémir, mais le sort que Bartemius lui avait infligé était si puissant qu’elle ne put pas bouger un cil au fur et à mesure que la scène qu’elle venait de voir s’effaçait.

Il venait de lui jeter le plus puissant sortilège d’Amnésie qui soit, et de ravager irréversiblement sa mémoire afin qu’elle oublie l’existence même de son fils.

Bartemius la fixait. Pourquoi Bartemius la fixait-elle ? Que faisait-elle chez lui ? Celui-ci sourit. Bartemius souriait pourtant rarement depuis l’arrestation de…  depuis la mort de sa femme.

      - Jorkins, je suis content que vous soyez là. Passez-moi ces papiers, je vais les signer.

Ah oui, les papiers. Elle était venue pour faire signer les papiers. Rassénérée, Bertha les récupéra et rentra chez elle. Deux jours après, un mot de Bartemius lui suggéra de prendre quelques temps des vacances. C’était une bonne idée, ça, des vacances. Ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas rendu visite à sa famille albanaise. Elle avait un cousin là-bas, et une tante, et puis, cela lui ferait voir du pays.

Elle était contente de ce voyage. Elle avait vu son cousin la veille, et se dirigeait maintenant vers chez sa tante, plus au Sud. Oui, vraiment, elle avait eu raison de prendre des vacances à ce moment, surtout que bientôt, ce serait chaotique au bureau, avec le Tournoi à organiser à Poudlard…

Elle s’arrêta dans une auberge pour la nuit. Alors qu’elle mangeait le dîner, elle remarqua un visiteur qui entrait. Tiens, il avait l’air familier, même le visage à moitié dissimulé sous sa capuche… Bertha le regarda plus attentivement. Sa mémoire ne lui faisait jamais défaut, et pourtant… c’était impossible. Un revenant se tenait devant elle, pour la deuxième… pour la première fois. Quel scoop ! Par Merlin, que faisait Peter Pettigrow dans une auberge d’Albanie ? Elle ne put retenir une exclamation. Peter se tourna vers elle.

Peter avait l’air tendu mais Bertha n’aurait pas pu être plus surexcitée. Il avait promis qu’il avait des révélations, du sensationnel, qui expliquaient pourquoi il avait dû se faire passer pour mort. Il lui avait qu’il allait tout lui expliquer, et ils se promenaient maintenant dans la forêt près de l’auberge, au clair de lune.

       - Nous sommes assez loin, déclara-t-il.

Bertha ne put même pas sortir sa baguette. Comme dans un cauchemar, Peter fendit l’air de la sienne, avec un sec :

       - Imperio.

Toute volonté s’évapora d’elle et son corps s’immobilisa contre son gré. Elle écarquilla les yeux, regarda Peter avec terreur. Celui-ci lui saisit le bras, et l’obscurité les prit.

Bertha hurlait, hurlait, hurlait. Elle ne devait plus avoir de cordes vocales. En face, le monstre, Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, souriait au fur et à mesure qu’il extrayait de son esprit les informations qu’il contenait. Quand il eut fini de briser le sortilège d’Amnésie lancé par Bartemius, et d’extraire de force les informations, l’esprit de Bertha était de la bouillie. Le monstre la regarda sans regret, avant de jeter un coup d’œil pensif à l’énorme serpent enroulé près de lui.

      - Avada Kedavra !

La disparition de Bertha Jorkins pendant l’été 1994 a fait peu de vagues.

Elle regarde, maintenant, de là où elle est, enfermée dans la baguette de son assassin.

 

End Notes:

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à laisser un mot :)

Plaisir (Hepzibah Smith) by Calixto
Author's Notes:

Onzième prompt : Fille(s) de joie

Hepzibah n’avait jamais eu honte d’être riche et d’aimer les plaisirs.

Elle s’en gavait, se vautrait dans des robes outrancières d’un luxe qui n’égalait que leur mauvais goût, craquait pour chaque apéritif, chaque entremets, chaque plat, chaque dessert, et surtout, pour les pâtisseries et friandises. La vérité, c’est qu’avant de rencontrer son défunt mari, immensément riche, Hepzibah avait manqué de tout. Elle n’avait que son nom pour elle, son nom qu’elle chérissait plus tout que tout, racontant à qui voulait l’entendre que malgré sa maigreur, malgré ses pauvres vêtements, elle était une descendante de l’unique, l’extraordinaire Helga Poufsouffle. Pour le prouver, elle n’avait rien que la plus précieuse des reliques, gardée contre son cœur de peur qu’on ne la lui vole : une coupe ayant appartenu à Helga elle-même.  Et puis, elle avait rencontré par hasard le fils d’un roi étranger, reconverti dans le commerce, exceptionnellement doué et exceptionnellement riche. Ezéchias n’avait pas regardé son indigence mais été ébloui par sa chevelure rousse, et puis, plus tard, amusé par son appétit. Il l’appelait « l’insatiable », et le surnom lui était resté. Ezéchias était mort dans un accident, laissant Hepzibah hériter de sa fortune. Elle n’aurait pas pu être plus heureuse. Elle avait dépensé des sommes faramineuses pour se faire un nouveau palais, pour redorer le blason des Smith, pour créer un écrin digne de la chère relique, de la coupe d’Helga. Les placements d’Ezéchias à Gringotts et son commerce avec les gobelins fonctionnaient bien, l’entreprise et ses filiales aussi, tout fructifiait. De jour en jour, Hepzibah s’asseyait sur une masse d’or toujours croissante. Elle faisait honneur à son surnom, ne se refusant rien, s’enivrant de plaisirs, ignorant les rumeurs, les remarques, les persiflages. Il s’était avéré que personne n'aimait voir une femme s’enrichir et profiter de la vie. Hepzibah les ignora tous, se consacrant à sa nouvelle passion : collectionner les beaux objets et les antiquités magiques. Elle en acquit tellement que sa maison en fut bientôt remplie de la tête aux pieds, les étagères craquant de toutes parts, l’or brillant entre les plantes grimpantes qu’elle aimait.

Après avoir longtemps porté le deuil de son mari, elle avait pris des amants. Oh, ils n’aimaient que son argent, cela devenait plus évident à mesure que les années passaient et qu’elle se savait grosse, laide, et que son extraordinaire chevelure rousse commençait à ternir, à tomber. Mais ça n’avait pas d’importance. Comme une petite fille toujours affamée, comme si elle avait vingt ans, Hepzibah vivait dans la démesure et continuait de se boudiner dans des robes toujours plus extravagantes, s’enveloppait dans des parfums aussi coûteux que voluptueux. Elle paya à prix d’or une perruque aussi rousse que ses cheveux avaient un jour été.

Les amants se raréfiaient pourtant.

Hepzibah était seule au monde. Parfois, seule dans son immense maison, elle divaguait, et, parlant à la vieille Hokey, son elfe de maison, elle croyait parler à Ezéchias. Elle n’avait plus vraiment de relations en société depuis son décès. Les amis d’Ezéchias la haïssaient d’avoir seule hérité de lui.

Plus elle devenait seule, plus elle devenait bavarde, babillant sans se lasser au vide ou à Hokey, ce qui était sensiblement la même chose. Elle continuait de se livrer à sa passion de collectionneuse, mais même cela la lassait, de ne pouvoir partager ses petits trésors, notamment son dernier en date, dont elle était si fière : le médaillon de Salazar Serpentard, acheté pour une bouchée de pain à Caractus Beurk.

Elle en avait si enthousiasmée, qu’elle avait demandé à ce dernier de la tenir au courant de tout ce sur quoi il tombait. Il n’avait jamais vraiment retrouvé quelque chose d’aussi miraculeux que le médaillon, mais Hepzibah gardait espoir et rencontrait régulièrement les employés qu’il envoyait.

Elle aimait beaucoup l’un deux, engagé récemment. Tom Jedusor lui rappelait Ezéchias, beau et charmant, et si poli. Il avait l’air plus froid que son défunt mari, plus rigide aussi, mais il était facile de s’y tromper, et enfin, Hepzibah pouvait s’ouvrir à quelqu’un de sa passion, à quelqu’un qui la comprenait. Car Tom était remarquablement intelligent en plus d’être si avenant, et il savait toujours quelle anecdote raconter, quel artefact de son patron vanter jusqu’à ce qu’Hepzibah l’achète.

Hepzibah savait que ces visites faisaient jaser. On disait qu’elle était trop vieille et trop laide, et que Jedusor était trop jeune et trop beau. Qu’elle était riche et qu’il ne l’était pas. Qu’il se prostituait pour elle. C’était plutôt amusant. C’était ce qu’ils pensaient, mais c’était elle qu’ils traitaient de fille de joie.

Elle trouvait que c’était un compliment. Elle n’avait jamais eu honte d’être riche, et jamais eu honte d’aimer les plaisirs. Et si Jedusor était son nouveau plaisir à regarder, pourquoi se le refuser ? Elle était une fille qui aimait la vie, oui, alors, peut-être une fille de joie.

Ils répétèrent encore et encore ce mot au-dessus de sa tombe, alors qu’ils se demandaient à qui irait l’héritage, alors qu’ils n’avaient qu’indifférence pour son corps mort, gisant sous la terre, pour Hepzibah qui aimait tellement la vie et qui était morte de poison versé dans son péché mignon, qui était morte en buvant son chocolat, qui était morte pour le prix de sa précieuse coupe et de son précieux médaillon. Ils répétèrent encore et encore ce mot au-dessus de sa tombe, comme si elle pouvait avoir honte d’être morte d’avoir trop vécu.

 

End Notes:

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à laisser un mot :)

Dix-sept ans (Mimi Geignarde) by Calixto
Author's Notes:

Douzième prompt : 17 ans

 

1942.

Dix-sept ans ! Mimi vient d’avoir sa majorité, c’est le grand jour dont elle a si souvent rêvé. Mais elle ne parvient pas à en être heureuse. En fait, cette journée ressemble à toutes les journées de Mimi depuis son entrée à Poudlard : elle erre dans les couloirs, se fait bousculer, évite ceux qui se moquent d’elle, et finit par se réfugier dans les toilettes pour y fondre en larmes. Elle pleure tellement depuis six ans qu’elle a l’impression d’être devenue celle qu’ils voient en elle quand ils ricanent : une chouineuse stupide aux lunettes trop grandes et au visage de bébé. Plus elle pleure, et plus elle devient la caricature d’elle-même.

Six ans auparavant, quand elle avait pénétré pour la première fois dans le château, Mimi ne pouvait pas arrêter d’écarquiller les yeux et de glousser de joie, se promettant d’en raconter les moindres détails à ses parents dans des lettres. Et puis maintenant, elle en est là, à tenir la carte d’anniversaire de sa mère, enfin, ce qui y ressemble. Elle sait que le rationnement a frappé durement, même si ses camarades n’ont pas l’air assez affecté qu’elle, Né-Moldue. Mimi pleure d’autant plus qu’elle a peur pour ses parents. Son père est parti au front, sa mère est restée. Elle lui donne des nouvelles régulièrement. Poudlard parait une bulle protégée, de rires et de normalité, loin des bombes moldues, loin de la guerre qui, pourtant, ravage les deux mondes. Parce que malgré les apparences, Mimi sait que aussi que Grindelwald a pris presque toute l’Angleterre, qu’il exécute sans se lasser depuis le commencement de la guerre, il y a quatre ans. Chez les moldus, l’enfer a commencé un an plus tard que chez les sorciers. Les journaux disent que le professeur Dumbledore refuse toujours d’affronter Grindelwald mais chacun s’accroche au morceau d’espoir qu’il le fera. Mimi la première. Quand elle le croise dans les couloirs, elle lui jette des regards désespérés. Il ne la regarde pas. Personne ne le fait jamais.

Elle serre la carte d’anniversaire dans son poing et fond en larmes. C’est ridicule. Elle a vraiment l’air idiote. Elle devrait aller s’acheter quelque chose à Pré-au-Lard, où tous les magasins sont encore ouverts comme si de rien n’était, fêter ça avec des amies. Mais elle n’a pas d’argent de poche, et pas d’amies non plus. Alors, ne supportant plus le poids des pensées noires, Mimi file aux toilettes, et elle pleure. C’est tout ce qu’elle sait faire, après tout. Mimi Geignarde, c’est comme ça qu’ils l’appellent. Ils l’appellent comme ça depuis si longtemps qu’elle en a presque oublié qu’elle s’appelle Myrtle Elizabeth Warren, de son nom complet.

Elle est presque au deuxième étage, ignorant de son mieux les chuchotis sur son passage (Mimi la grosse, Mimi minable), ignorant la pensée lancinante de mort qui la traverse. Le désir de mort est devenu si fréquent qu’elle oublie presque également qu’elle ne l’a pas toujours connu. Et puis une voix claire et moqueuse :

- Eh, Mimi, comment tu vois à travers des lunettes aussi épaisses que ton crâne stupide ?

Olive Hornby éclate de rire quand Mimi réagit exactement comme attendu : elle fond en larmes et part en courant. Elle se précipite dans les toilettes des filles du deuxième étage, la vue brouillée par les larmes, et s’enferme dans une cabine.

Dix-sept ans. Aujourd’hui est son anniversaire et elle a envie de mourir.

Elle sanglote, renifle, essuie maladroitement ses propres larmes, et puis elle entend une voix bizarrement déformée, comme si les mots prononcés étaient des mots d’une autre langue. Mimi est peut-être stupide, mais elle est sûre de ce qu’elle entend. C’est indéniablement une voix masculine. Elle ouvre la porte, bouche ouverte pour dire au garçon qu’il n’a pas le droit d’être là, et puis, soudain, elle a dix-sept ans pour toujours.

L'Aigle noir (Alice Londubat née Rosier) by Calixto
Author's Notes:

Treizième prompt : "Un beau jour ou peut-être une nuit"

Je me suis beaucoup débattue avec ce prompt et je ne suis pas tout à fait sûre du résultat, mais le voilà quand même.

Attention, mention d'inceste (sous-entendu, rien d'explicite).

Les paroles en italique sont extraites de la chanson de Barbara "L'aigle noir" (1970).

 

1977.

Marlène aime la musique Moldue. Elle en met régulièrement grâce ces petites choses étranges, des cassettes, comme elle les appelle, en fond de leurs soirées pyjamas dans le dortoir Gryffondor. Alanguie dans le canapé, fumant tranquillement, Marlène ferme les yeux, et elle a l’air tellement satisfaite que ni Lily, ni Alice, ni Dorcas, n’osent lui dire d’éteindre ou même de baisser un peu le son. Généralement, Marlène écoute du hard-rock aussi fort que Sirius, mais ce soir, c’est une voix tranquille et féminine qui s’échappe dans la chambre. Surprise, Alice se redresse de sa position avachie dans le lit et écoute. La voix lui transperce les oreilles, la chair toute entière, jusqu’à faire exploser son cœur. Sans même qu’elle s’en rende compte, elle commence à convulser. Les mots que cette femme chantent réveillent une douleur en sommeil, une douleur si forte qu’Alice s’étonne de ne s’en être jamais souvenue avant. Des images et des sons la frappent soudain avec la violence de coups.

 

Un beau jour ou peut-être une nuit

 

Près d'un lac je m'étais endormie

 

Quand soudain, semblant crever le ciel

 

Et venant de nulle part

 

Surgit un aigle noir

 

Alice a dix ans. Elle dort. Elle dort enfin, les larmes séchées sur ses joues. Depuis que sa mère est morte, Alice pleure tous les soirs et ne peut plus dormir. Son frère aîné, Evan, est le seul qui peut la calmer. Il a la voix de leur mère, il lui suffit de chantonner, et Alice sombre dans le calme et l’amour du sein disparu. Mais ce soir Evan est sorti avec des amis de Poudlard, parce que maintenant qu’Evan y est entré, il a des choses plus importantes à faire que de s’occuper de sa petite sœur. Alors Alice s’endort comme elle peut. Elle s’accroche aux lambeaux de souvenirs maternels, aux sourires chantants, et elle se rappelle que sa mère avait le visage aussi beau et paisible qu’un lac. Enfin, sanglotant encore tout bas, elle s’endort près du lac du visage de sa mère.

 

Elle ne sait pas ce qui la réveille en premier. Elle pense que c’est l’odeur, avant le toucher. Désorientée, elle cligne des yeux dans la pénombre de sa chambre. C’est le parfum familier de son père, grave et musqué. Priam Rosier se penche sur le lit de sa fille, son grand corps maigre semblable à celui d’un oiseau de proie fondant en piqué, et Alice cligne des yeux de plus belle. Il y a une autre odeur qui frappe ses narines, une odeur qui la réveille complètement. L’odeur puissante du Whisky Pur-Feu.

 

Lentement, les ailes déployées

 

Lentement, je le vis tournoyer

 

Près de moi, dans un bruissement d'ailes

 

Comme tombé du ciel

 

L'oiseau vint se poser

 

Son père se penche encore un peu plus, et Alice a l’impression qu’un étranger familier est dans sa chambre. Etourdie par le sommeil, elle regarde sans comprendre son père étendre ses bras autour d’elle comme pour l’étreindre, mais ça ne ressemble pas aux rares étreintes qu’il accorde à sa fille de temps en temps. C’est un tout autre type d’étreinte, qui lui est totalement inconnue. Elle bégaye Papa, il ne répond pas. Ses bras se referment sur elle et elle sursaute.

 

Il avait les yeux couleur rubis

 

Et des plumes couleur de la nuit

 

À son front, brillant de mille feux

 

L'oiseau roi couronné

 

Portait un diamant bleu

 

Alice aime son père autant qu’elle le craint. Priam Rosier est un homme intimidant. La stature imposante, des yeux glacials, un visage sévère taillé à la serpe, il est aussi beau qu’effrayant, surtout lorsqu’il sort, tard le soir, dans sa cape noire, un masque étrange recouvrant ses traits, et qu’Alice, cachée derrière un mur, a l’impression de regarder une figure sortie des contes de son enfance. Il a une voix toujours légèrement rauque, une pointe d’agressivité en laisse, et des accents trainants et élégants. Parfois, les belles personnes que ses parents reçoivent lors de leurs réceptions, appellent en riant Priam « L’Aigle noir ». On lui voue autant d’admiration que de détestation. Alice ne s’en soucie pas. Suivant l’exemple de sa mère, elle aime son père comme un roi. Un souverain.

 

De son bec, il a touché ma joue

 

Dans ma main, il a glissé son cou

 

C'est alors que je l'ai reconnu

 

Surgissant du passé

 

Il m'était revenu

 

Alice tente encore de dire Papa mais c’est comme si la vie s’était échappée d’elle, comme si elle était devenue une petite statue rigide, ses muscles paralysés, sa voix éteinte. Lentement, l’incompréhension se mue en terreur.

 

(…)

 

- Alice ? Alice ! Alice !

 

Alice cligne brutalement des paupières. La musique s’est arrêtée et Marlène, Lily et Dorcas, se tiennent près de son lit, l’air inquiet. C’est alors qu’Alice baisse les yeux et voit que son corps n’a pas cessé de convulser. Ces tremblements violents la secouent de part en part, et soudain Alice retrouve le corps qu’on lui avait volé cette nuit-là, et Alice crie comme elle n’a pas pu crier, et Alice fond en larmes. Elle n’est pas retournée dans le Manoir Rosier depuis qu’elle est entrée à Gryffondor, depuis qu’elle a rompu définitivement avec Evan et son père, tous deux Mangemorts. Elle n’y est pas retournée, elle n’a pas revu son père ni son frère, qui lui manquent tellement même si elle ne regrette pas son choix. C’était le venin des Rosier ou l’amour de Frank et de ses amies. La musique s’est arrêtée, la voix bouleversante de cette femme qu’elle ne connait pas aussi, mais soudain Alice se rappelle de tout. Elle se rappelle aussi d’un millier d’autres détails enfouis, elle se rappelle comment, avec un mélange de chagrin, de désir, et de dégoût, son père lui disait qu’elle « ressemblait tellement à sa mère », et elle se rappelle aussi que cette nuit-là, c’est le retour impromptu d’Evan qui a stoppé le cauchemar en marche. Mais qui n’a pas empêché le traumatisme de se loger dans sa chair, bien au chaud, attendant de ressurgir.

 

Alice pleure, elle se rappelle du malaise lancinant qu’il lui est arrivé de ressentir en présence de son père, elle se rappelle de ne pas avoir compris pourquoi, elle se rappelle tant d’autres choses, elle se rappelle, parfois, le regard insistant d’Evan, comme s’il savait quelque chose qu’elle ignorait.

 

Elle se souvient qu’elle n’a plus jamais rêvé du lac de sa mère. Elle se rappelle que ses insomnies se sont aggravées, et c’est comme si tout un puzzle morcelé qui lui échappait se rassemblait enfin, comme si elle regagnait un bout d’elle, un bout coupant et sali de larmes.

 

(…)

 

« J’ai de plus en plus peur de mon père. Il le sent. Il le sait. J’ai tellement besoin de ma mère, mais comment faire pour lui parler ? Et que lui dire ? Que je trouve le comportement de mon père bizarre ? Je me tais. (…) Les enfants se taisent parce qu’on refuse de les croire. Parce qu’on les soupçonne d’affabuler. Parce qu’ils ont honte et qu’ils se sentent coupables. Parce qu’ils ont peur. » Barbara, Il était un piano noir (Mémoires inachevés, 1988)

 

End Notes:

Un avis ?

 

Ange (Queenie Goldstein) by Calixto
Author's Notes:

Quatorzième prompt : "Dans la terre des Dieux et des Monstres, j'étais un ange" Lana del Rey

 

In the land of Gods and Monsters

I was an angel

Livin' in the garden of evil

Screwed up, scared, doing anything that I needed

Shinin' like a fiery beacon

Lana del Rey, Gods and Monsters

 

Queenie refuse de croire qu’elle a eu tort. Mais la pensée ne veut pas quitter son esprit. A bout de nerfs, elle déambule des heures durant dans les couloirs sans fin de Nurmengard, ne regardant même pas le flot de ceux qu’elle croise. Grindelwald s’est suffisamment assuré la fidélité de sa nouvelle recrue pour qu’il la laisse sans surveillance. Elle erre, erre, erre, et se heurte sans cesse aux mêmes murs. Elle étouffe. Elle ne peut penser qu’à ce feu dévorant et sauvage, et la façon dont son cœur avait sursauté quand elle avait passé les flammes bleues, la façon dont elle s’était entendue hurler, comme extérieure à elle-même. Elle avait laissé une autre Queenie derrière elle, elle le sentait bien. C’était comme si elle avait fait sa mue : laissé derrière elle le cadavre rieur d’une blonde toujours prête à couvrir d’un sourire sa détresse permanente. Maintenant, elle se regarde dans le miroir, traits tirés, fantomatique, cheveux tirés sévèrement, et elle ne se reconnait plus. Dissociée. Alors elle se lève, elle s’habille, et elle déambule des heures dans les couloirs sans fin de Nurmengard. Le château est comme un ventre palpitant qui l’avale encore et encore. Elle parcourt ses entrailles, attendant que quelque chose advienne, attendant une étincelle, attendant que Grindelwald l’appelle pour qu’elle le serve. C’est pour ça qu’elle l’a suivi, qu’elle a franchi cette ligne interdite, c’est pour le servir, et par là servir son amour. L’amour est le seul maitre qu’elle se connait depuis Jacob. Ironiquement, elle songe que si elle n’avait pas rencontré le Moldu, elle serait restée pour toujours ce masque mensonger, brillante Queenie dans l’ombre de sa sœur, chienne fidèle. Elle n’aurait pas révélé sa vérité. Parce que c’est ce qu’elle est, ce fantôme glacé qui ne sait plus sourire : c’est sa douleur mise à nue qui s’affiche enfin. Ainsi, Queenie sait qu’elle n’a pas eu tort. Ange immaculée, sans regret, pleine de la volonté froide de combattre, elle attend simplement son heure. Elle pense à Jacob. Beaucoup. Elle revoit son visage horrifié, son chagrin, et son cœur se tort. Il lui manque affreusement. Mais Queenie s’est métamorphosée en guerrière, elle a pris les armes, et elle défendra sa liberté et son amour jusqu’au bout. Puisque Jacob n’a pas eu le courage, Queenie a tout sacrifié pour eux deux.

C’est pour le plus grand bien.

Queenie a confiance en Grindelwald. Elle sait qu’ils sont menés par le même maitre. Le mage a beau fermer étroitement l’accès à son esprit, qui ne renvoie qu’à Queenie qu’une porte de fer étanche et silencieuse, la Legilimens s’est saisie de son don maudit et elle a senti la vérité. Gellert Grindelwald est rongé du même feu qu’elle. C’est pour cela, et pour cela, seul, qu’elle l’a suivi, qu’elle a franchi le feu et y a jeté son corps en pâture. Elle sait que lorsqu’il lui a dit Je te comprends, il ne mentait pas.

Il ment pourtant souvent. Il ne fait que ça. Queenie entend les mensonges chuchoter et se répandre dans tout le château, autant que les pensées avides et sanglantes. Les mensonges les plus gracieux sont ceux qui sortent de la belle bouche du Messie Grindelwald. Ceux des fidèles sont vulgaires. Queenie est dégoûtée par tous les parasites qui peuplent la forteresse. Mais elle les tolère. Il y a plus important qu’eux. Ce qu’ils font, qui ils sacrifient, ne la regardent pas. C’est regrettable, mais c’est comme ça.

Queenie ne se soucie que de son amour. Ange descendue volontairement dans le jardin de l’Enfer.

Ces derniers jours sont difficiles. Queenie refuse de croire qu’elle a eu tort. Mais la pensée ne veut pas quitter son esprit. Une peur insidieuse s’infiltre dans sa nouvelle armure, creuse ses traits impassibles.

Le doute.

Elle a aperçu fugacement Jacob à Berlin, et le manque a creusé ses dents dans son cœur plus cruellement encore qu’avant. Mais surtout, elle a ce sentiment.

Elle a croisé le regard de Grindelwald, brièvement. Et ce qu’elle y a vu…

Pour la première fois, elle sent…elle sent que quelque chose de plus grand qu’eux est en jeu. Cette guerre qui s’annonce est comme un spectre maléfique qui ricane à ses oreilles, si bruyant qu’elle en oublie presque qu’elle a juré de ne plus suivre que l’Amour, et de tout faire pour qu’il triomphe, même en se salissant les mains. Pour la première fois, une forme de malaise horrifié la gagne. Elle parcourt la terre des Monstres, elle était même déterminée à en devenir une, mais elle s’était trompée sur un pion clé du jeu. Gellert Grindelwald. Elle le croyait roi des Monstres. Mais c’est en attrapant ce regard bref qu’elle a compris. Depuis qu’elle a vu la destruction dans les yeux pers.

Grindelwald n’est pas un Monstre. Il est un Dieu qui a juré de détruire le monde.

Elle avait entendu des rumeurs. Elle ne s’en souciait pas. Des rumeurs sur ce sorcier anglais. Albus Dumbledore. On le dit si prodigieux qu’il a révolutionné la magie. On le dit Dieu. On dit aussi qu’avant, Grindelwald et lui étaient amis.

Queenie n’est pas idiote. Elle a senti le brûlé de l’amour flotter autour de Grindelwald.

Horrifiée, terrifiée, elle déambule des heures durant dans les couloirs sans fin de Nurmengard, comme un oiseau désorienté. La guerre arrive, et les yeux grands ouverts, elle voit la laide vérité, une vérité qui dépasse ces deux camps prêts à s’entretuer. La vérité de deux Dieux qui se ressemblent trop prêts à détruire le monde.

Après tout, chacun sait que pour les Dieux, le monde est un terrain de jeu.

Et le monde va brûler.

Si le monde brûle, Queenie ne reverra plus jamais son Jacob.

Si le monde brûle, il n’y a plus de grande Cause, plus de révolution, plus d’Amour salvateur. Il n’y a que l’absurde féroce qui accompagne toujours les ravages.

Queenie se noie dans sa terreur.

Le monde va brûler.

Pour le plus grand bien.

End Notes:

Un avis ? :)

Errances (Madame Rosmerta) by Calixto
Author's Notes:

Quinzième prompt : Errances

 

Le monde paisible de Rosmerta s’est fini un beau jour d’octobre 1996. Toutes les années après n’ont été qu’errances.

Rosmerta se déteste. C’est nouveau pour elle, elle s’est toujours aimée. Elle a la beauté facile, son corps ondoie aisément, lui fraie un chemin dans la vie et dans le cœur des gens, elle ne sait rien de mieux que de rayonner. Les gens l’aiment. Elle s’aime aussi. Cet amour s’étend aux autres. Rosmerta voit son auberge comme l’asile de tous ceux qui veulent y venir. Elle y a croisé tant d’enfants, d’adolescents, de jeunes adultes, d’adultes, de vieillards, au cours de ses longues années de tenancière, elle les a vu grandir, évoluer, venir, revenir. Elle les a aimés comme une mère lointaine, comme la déesse de la fertilité dont elle porte le nom : toujours les bras ouverts et l’abondance dans les mains.

Elle couve du regard le petit Harry Potter, dans un coin, Bièraubeurre à la main, souriant à ses deux amis, le Weasley et la jeune Née-Moldue brune qui aime tant venir lire, lorsque son regard dérive sur un autre coin, dans l’ombre, où elle voit le visage mince et pâle du fils Malefoy.  Il est seul, elle lui a servi du Whisky Pur-Feu tout à l’heure. Ses lèvres sont tordues en un éternel rictus et elle ne peut pas s’empêcher de remarquer qu’il a l’air d’empirer. Lorsqu’il se lève pour aller aux toilettes, elle jette un coup d’œil à la salle. Elle peut prendre quelques minutes, les clients ne se pressent pas aujourd’hui. Menée par elle ne sait quel sentiment qui palpite un peu dans sa poitrine, elle veut interpeller le garçon dans le couloir, pour lui proposer un Whisky Pur-Feu gratuit, ou n’importe quelle boisson qu’il veut, même un peu de son fameux hydromel s’il le souhaite. Elle a pitié. Elle se souvient de tant de petits comme lui qui sont passés avec les mêmes visages, de la solitude de Sirius Black comme celle de son ami Pettigrow, ou encore plus marquée, celle de Lupin. Elle se souvient aussi des paroles sages de son mentor et cher ami Albus, qu’elle a bues avidement alors qu’il lui souriait, et qui disait toujours que chacun en valait la peine, à sa façon.

Et puis, elle est une Poufsouffle, après tout. Résolue, elle affermit son pas, apostrophe le garçon. Il se retourne, l’air surpris, et sans qu’elle comprenne pourquoi, ses yeux se rétrécissent, comme s’il venait d’avoir une idée. C’est alors seulement qu’elle remarque qu’il ne se dirigeait pas vers les toilettes mais vers les réserves, juste à côté, là où elle entrepose ses fûts d’hydromel destinés à la livraison. Elle n’a même pas le temps de s’interroger que les yeux de Malefoy se durcissent. Il tire sa baguette à la vitesse de l’éclair et :

- Imperio !

Le choc est tel que Rosmerta ne lutte même pas. Submergé, son esprit s’abat comme un château de cartes. Le visage coupant de l’adolescent qui la fixe avec des yeux impitoyables se grave dans sa mémoire, en même temps que la douleur infinie d’être courbée de force et de sentir sa volonté annihilée.

Terriblement impuissante, elle se recroqueville dans son propre esprit et abandonne le contrôle de son corps.

Une éternité plus tard, quelque chose la réveille, la tire brutalement, et soudain elle est de retour en elle-même. L’emprise s’est volatilisée, laissant dans sa chair la marque des cordes invisibles.

La première chose que Rosmerta apprend, du visage dévasté de Minerva McGonagall, c’est qu’Albus Dumbledore est mort.

Le monde s’effondre et avec lui, l’esprit de Rosmerta semble s’effondrer de nouveau. C’est impossible, inimaginable, inenvisageable. Aussitôt, dans un flot de larmes, Rosmerta raconte tout, l’Impérium du fils Malefoy, le fait qu’il rôdait près de son hydromel… Minerva l’emmène chez Poppy Pomfresh, on l’assomme de potions calmantes jusqu’à ce qu’elle arrête assez de trembler pour qu’on puisse lui expliquer.

Rosmerta écoute, l’impression d’être dans un autre monde, dans un cauchemar. Minerva dit que le fils Malefoy lui a fait empoisonner son propre hydromel pour tenter d’assassiner Dumbledore. Que cela a échoué mais touché une autre victime collatérale, le fils Weasley ami avec Harry Potter. A ce stade, Rosmerta fond de nouveau en larmes. Minerva lui prend la main, Poppy lui donne une nouvelle dose de potion. Il y a pire. Bien pire. Au fur et à mesure que Minerva lui raconte, Rosmerta se souvient de tout. Ce ne sont pas des souvenirs flous, non, ils ne pourraient pas être plus clairs et plus atroces, ils suintent l’impuissance et l’horreur de ce que son propre corps lui a fait faire. Elle a communiqué avec Malefoy à l’aide de Gallions ensorcelés. Elle a trahi la confiance d’Albus, l’a envoyé à la mort en avertissant Malefoy de son départ, lorsqu’elle l’a aperçu quitter Pré-au-Lard tard dans la nuit. Et pire que tout, Rosmerta s’écroule en se rappelant qu’elle a attiré une malheureuse étudiante dans les toilettes où Malefoy l’avait ensorcelée elle, pour lui faire subir le même sort. Minerva lui dit que l’étudiante s’appelait Katie Bell et Rosmerta sanglote en revoyant le visage terrifié de la jeune fille fondre contre sa volonté, soumise à l’Impérium, à son tour annihilée, prisonnière de son corps. Minerva dit aussi que Katie Bell était chargée d’apporter un collier maléfique à Albus, qu’elle l’a touchée par inadvertance et a failli en mourir. Qu’elle est à présent sortie de St Mangouste, mais doit suivre un traitement quasi-permanent pour les effets secondaires.

La première chose que fait Rosmerta, tremblante, après que Mme Pomfresh l’ait laissée partir, c’est fermer son auberge pour une durée indéterminée et rendre visite à Katie.

Katie, d’une pâleur maladive, est douce, compréhensive, malgré la douleur évidente qui transpire de tous ses traits. Rosmerta lui demande un million de fois pardon, jusqu’à ce que sa gorge soit si sèche qu’elle n’arrive plus à parler.

Puis Rosmerta entame le chemin vacillant de la reconstruction. Elle a la nausée en se regardant dans les miroirs. Elle y voit le corps qui a agi sous les ordres d’un autre, qui a plié et cédé, qui a aidé l’engrenage infernal ayant conduit à blesser deux malheureux adolescents et ayant conduit à la mort d’Albus Dumbledore.

Rosmerta est inconsolable. Elle aimait et admirait Albus. C’était son mentor, son modèle. Il avait été le premier à visiter les Trois-Balais, à faire la promotion de son hydromel, il avait amené les autres professeurs chez elle. Et quand elle avait eu une petite réputation, il avait continué à venir, souriant et modeste, discutant avec elle malgré le fait qu’elle était si petite et lui si grand.

Elle vient à son enterrement, et, incrédule, étouffée de chagrin, regarde la dépouille sous le linceul. Elle n’y croit toujours pas. Elle a des souvenirs déchirants des derniers instants où elle a vu Albus, quand elle était toujours sous Imperium. Elle se souvient maintenant qu’elle lui a prêté, à lui et à Harry Potter, deux balais, qu’il lui a demandé de prévenir le Ministère, et qu’à ce moment là l’emprise de Malefoy devait déjà se relâcher car elle a obtempéré, même si elle ne peut pas s’en rappeler, c’est trop flou. Elle se souvient surtout de son visage creusé, elle se souvient qu’il était trempé et qu’il avait les yeux sombres, comme s’il sortait de l’Enfer. En imaginant qu’un peu après, il a chuté du haut de cette affreuse Tour, sous l’immonde Marque, que son corps s’est écrasé sur le sol comme celui d’un Dieu déchu, Rosmerta pleure aussi fort qu’elle a pleuré quand elle a entendu la nouvelle.

On lui a dit et répété que ce n’était pas de sa faute. Mais Rosmerta porte chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, le poids de sa culpabilité. Elle se déteste.

Et elle erre.

 

End Notes:

Merci d'avoir lu ! Un avis ? :)

Psyché (Blaise Zabini) by Calixto
Author's Notes:

Enfin, le seizième prompt : Black/Trans lives matter

 

Blaise se regarde dans le miroir.

 

Ses doigts se déploient comme des araignées.

 

Le pinceau touche la peau.

 

Blaise se repeint.

 

Ses doigts s’agitent comme des feux d’artifices.

 

Des choses explosent et disparaissent, des choses explosent et apparaissent à la surface ébène.

 

Sa main s’étire vers le bronze chaud de la table de chevet. Le roux atteint timidement le crâne, les fils de soie flamboyante s’étendent et s’épanouissent.

 

Le pinceau touche les lèvres, le rubis surgit.

 

Blaise se regarde.

 

Le miroir regarde Blaise.

 

Dedans, Psyché sourit, et soudain, Blaise abandonne sa vraie fausse peau pour une fausse vraie peau. La femme dans le miroir lui sourit ; la femme, c’est lui.

 

Elle s’appelle Psyché, elle a trouvé le prénom en s’observant dans tous les recoins du verre, en concluant qu’elle était plus belle encore que sa mère. C’est son petit secret, cette satisfaction secrète, grand corps drapé dans une robe de soie volée à sa femme Daphnée, bouche rouge, visage soigneusement maquillé, sorts esthétiques et perruque rousse, et soudain elle se transforme en ce qu’elle est, elle se regarde et se trouve la plus belle.

 

Plus belle encore que Venus Zabini, la plus belle et la plus vénéneuse d'entre toutes les femmes, celle qui a planté ses crocs dans son fils et ne l’a jamais lâché. En privé, devant le miroir, Blaise savoure cette victoire sur le démon maternel. Il se débarrasse de l’emprise, parce que Psyché gagnera toujours face à Venus. La légende l’a écrit noir sur blanc : Psyché est plus belle que Venus.

 

Venus l’a précipitée dans les souffrances, mais Psyché a refusé de perdre sa beauté et de baisser la tête, et Psyché a gagné.

 

Depuis l’enfance, Blaise a été l’homme de Venus, le seul survivant de tous ceux qui gisent dans les ombres du visage de sa mère.

 

Blaise a grandi, la montagne d’or de Venus Zabini aussi. Elle l’a enveloppé de ses parfums voluptueux et cruels, lui a donné tout son amour glacé, et lui enlacé par la Mort elle-même, a appris qu’il était le seul homme à qui la Mort avait offert la Vie et qu’il serait le seul homme qu’elle laisserait vivre.

 

Venus lui a tapoté la joue, l’a fait assoir sur ses genoux, sourire suggestif et paresseux aux lèvres, l’a nourri de ses récits obscènes qui se finissaient toujours par les détails de ses meurtres. Blaise s’est tu. Venus a ri, beaucoup, a ri encore et encore, a continué ses récits, lui a expliqué comment satisfaire les femmes.

 

Blaise a méprisé et haï toutes ses camarades de Poudlard, pour se venger et oublier qu’il avait à la maison une Dévoreuse, une femme toute-puissante qui le faisait danser. Venus a ri, beaucoup, a ri encore et encore, et lui a appris comment être un homme, un vrai, un de ces hommes de fer que rien ne fait plier.

 

Il est devenu son pilier. Le témoin de tous ceux qui ont défilé, courtisé en vain, courtisé avec succès et fini dans la tombe. Enfoui jusqu’au cou dans cette masculinité musquée, Blaise a haï, toujours plus, toujours plus, jusqu’à épouser une femme qu’il n’aimait pas, sur le souhait de Venus. Daphnée a emménagé dans le manoir Zabini. Blaise s’est amusé à y inviter toutes les prostituées qui le voudraient, à y organiser les plus grandes et les plus scandaleuses orgies.

 

Un homme, un vrai.

 

Et pourtant, dans le secret de la chambre, Blaise se regarde dans le miroir pour ne pas oublier que, profondément, jusqu’à ce que Venus meure et que son emprise s’évapore, Blaise n’est pas un homme.

 

Psyché, belle et victorieuse, lui sourit. Blaise tournoie dans sa robe, lentement, lentement, lentement, et il attend l’heure d’être celle qu’il est.

End Notes:

Un avis ? :)

Amazones (Gwenog Jones) by Calixto
Author's Notes:

Dix-septième prompt : Amazones

 

Les hommes ont peur des Amazones.

Ça fait beaucoup rire Gwenog.

Elle a encore reçu une lettre de sa cousine Hestia la veille, belle et parfaite Hestia Jones, qui s’inquiétait des répercussions que pourraient avoir sa nomination, qui lui conseillait de « réfléchir » et de ne pas risquer de « se compromettre avec une équipe dont la réputation sera réductrice voire fatale à ta carrière ».

Gwenog trouve hilarant qu’Hestia puisse encore se croire habilitée à lui donner des conseils quant à ce qu’elle doit faire de sa vie. Bien sûr, la lettre suintait du ton posé, aimable et diplomatique d’Hestia. Hestia qui vient tout juste, elle, d’obtenir un haut poste au Ministère, au département de la coopération magique internationale. Gwenog n’a jamais pu supporter sa cousine, son parfait opposé en tous points : là où Hestia est sage et lisse, Gwenog est irritante, un tourbillon éclatant à la langue bien pendue. Elle était déjà célèbre à Poudlard pour sa réputation de rebelle, et ça ne s’est pas arrangé quand elle a accepté le poste de batteuse chez les Harpies. Gwenog ne regrette rien.

On lui a déconseillé d’entrer dans l’équipe, bien sûr, et on le lui reproche toujours, comme le prouve la lettre d’Hestia. Sa famille espérait que ce serait un poste temporaire. Qu’elle ne resterait pas longtemps chez ces « cinglées hystériques ». Mais Gwenog aime les Harpies. Elle y a enfin trouvé une famille et une place, dans ce patchwork insolent de femmes qui ne se taisent pas, elle y a trouvé la sororité et l’amitié sans jugement. Les Harpies sont comme des Amazones : féroces et farouches, coupantes et agressives. Avec un parfum de scandale : la seule équipe de Quidditch exclusivement féminine. Oui, Gwenog est fière d’en faire partie.

Elle repousse du plat de la main la lettre de sa cousine, et laisse un grand sourire étirer ses lèvres. Ce soir est un soir de victoire, quoi qu’ils en disent tous. Le monde magique tremble depuis la rumeur, tous les journaux à potins ne parlent que de Gwenog Jones, la batteuse pressentie pour prendre la tête de l’équipe. Ils disent tous qu’avec elle, l’équipe serait encore plus scandaleuse que jamais. Ils affichent en Une le visage de Gwenog : son air canaille, sa coupe à la garçonne, ses cheveux résolument bleus. Ils parlent de sa supposée folie, rappellent ses duels illégaux à Poudlard, sa tendance à écarter tous ceux qui barrent son chemin, sa langue assassine, ses vulgarités. Ils tonnent aussi que Gwenog est une extrémiste dangereuse. Ils glissent enfin ce que tous méprisent du haut de leurs bonnes mœurs : Gwenog a autant d’amants que d’amantes.

Gwenog aime ce parfum sulfureux qui flotte autour d’elle, autant qu’elle s’en moque. Elle va leur en donner pour leur argent. Elle saisit sa plume, mais pas pour répondre à Hestia. Au lieu de ça, elle écrit avec jubilation à son ancien professeur préféré, qui l’a toujours aimée et soutenue, et annonce en avant-première à Horace Slughorn que les rumeurs sont vraies : Gwenog Jones va dire oui. Gwenog Jones va devenir la Capitaine de l’équipe la plus célèbre du Pays de Galles et au-delà : les Harpies de Holyhead.

End Notes:

Un avis ? :)

Agonie (Eileen Prince) by Calixto
Author's Notes:

Dix-huitième prompt : "Il n'y a pas de pire agonie que de garder en soi une histoire jamais racontée". Maya Angelou

 

A petit feu, l’histoire d’Eileen la tue.

Il n’y a plus personne à qui la raconter. Elle aimerait hurler aux voisines qui ferment leur fenêtre qu’elle n’a pas toujours été comme ça, qu’elle n’a pas toujours eu cette odeur âcre de désespoir, ce dos courbé, ces ecchymoses. Elle aimerait hurler que Tobias n’a pas toujours senti l’alcool. Elle aimerait hurler qu’elle est née dans une famille dont le sang est plus noble que le leur. Qu’elle est née dans l’or et le faste. Mais Eileen se tait.

Elle ne peut que ruminer et ravaler ses propres mots qui ne sortiront jamais. Son histoire repasse en boucle dans son cerveau comme une torture étudiée.

Eileen n’avait jamais pu supporter les soirées de famille. Ce soir-là, elle s’était éclipsée en douce, et ses joues mordues par le froid de l’hiver, elle s’était jurée de gagner sa liberté. Eileen était rongée de colère, contre les corsets trop serrés qui comprimaient et son corps et son cœur, contre la froideur de son père, contre les principes sacrés de sa mère. Elle ne savait pas trop ce qu’elle faisait en marchant dans la neige, vers ce village moldu non loin du manoir des Prince, mais elle avait le feu au cœur, Eileen, celle que sa mère appelait « la faible ». Eileen ne s’était jamais aimée. D’une volonté tendre d’être mou, elle ne s’était jamais passionnée que pour les Bavboules, ce jeu qu’elle était apparemment la seule à trouver intéressant. Son visage pâle, ses sourcils noirs et broussailleux, son air maussade et ses longs cheveux noirs qui lui faisaient un rideau derrière lequel elle se cachait, ne l’aidaient pas à se rendre séduisante. Elle n’avait pas de rêves d’avenir autres que ceux que ses parents avaient fait pour elles : épouser un Sang-Pur, lui faire des enfants, et tenir sa maison. Faire honneur à son sang et à sa famille, qui faisait partie des hauts cercles de la société Sang-Pur grâce à leur présence dans la liste des 28 sacrés. Mais leur influence diminuait d’années en années, et le père d’Eileen, Edgar Prince, ne cessait de se mettre en rogne à ce sujet. En somme, Eileen n’avait cessé de décevoir ses parents. Elle pourrait bien les décevoir une fois de plus.

La rage au cœur, un feu nouveau animant sa poitrine, elle ne savait trop quelle folie elle voulait faire, lors de cette fugue, cette esquisse de rébellion, mais elle était déterminée à faire quelque chose.

Elle poussa la porte du bar du coin, et regarda avec un mélange de mépris et de fascination les moldus qui y étaient assemblés. Tous ces hommes qui lui étaient étrangers, à elle élevée dans l’atmosphère stérile et feutrée d’une chambre qui sentait la verveine. Les hommes avaient retroussé les manches de leurs chemises grossières : dans un chahut joyeux de grosses voix viriles, ils trinquaient, chopes de bière à la main.

Eileen resta un moment immobile sur le seuil de cet autre monde, dans sa robe de soirée. Le concert de ces voix, ces rires, ces cris l’étourdissaient : comme l’odeur de sueur et d’alcool, une odeur musquée qui montait à la tête. Elle s’installa au comptoir, dos bien droit, tachant à la fois de rester digne et de se fondre dans le paysage. L’homme assis à côté d’elle ne sembla pas la remarquer : il discutait avec le barman. Eileen lui jeta un coup d’œil, bien à l’abri sous ses longs cheveux.

 L’homme était jeune, mais plus vieux qu’elle, sans doute la trentaine. Sa veste d’ouvrier tâchée était retroussée, dévoilant ses bras musclés et sa peau rude. Il n’était certainement pas beau, avec sa peau tannée, ses cheveux bruns en bataille, son nez en bec d’aigle. Mais il avait les yeux qui brillaient, une voix grave et railleuse, écorchée par la cigarette, et il parlait avec animation. Toute sa personne semblait dégager un feu, une vie brute et violente, qui hypnotisa Eileen. Dans les mains qui s’agitaient, ces mains calleuses, il y avait une volonté sourde, une volonté qui lui avait toujours manquée. Il avait fini par la remarquer et un sourire avait étiré ses lèvres, éclairant son visage dur. Méfiante, elle lui avait jeté un regard d’animal traqué, de ses yeux noirs et perçants. Il avait ri, et il lui avait proposé à boire.

L’alcool l’avait enflammée. Ou peut-être était-ce cette flamme un peu folle qui se dégageait de l’homme, ou peut-être encore était-ce l’excitation de briser les règles. L’homme -Tobias- avait semblé amusé par sa méfiance, par le mélange de ses manières d’aristocrate et ses airs de sauvageonne. Il l’avait appelé ma petite sauvage, et il avait caressé ses cheveux quand elle lui avait griffé le dos, emportée par le brasier qui transfigurait leurs corps enlacés.

Juste après, elle avait fui. Terrorisée par ce qu’elle venait de faire, et curieusement fière. La volonté démente de Tobias semblait ranimer la sienne, elle revivait. Elle était Eileen, elle se sentait exister. Elle était venue le retrouver, finalement, malgré l’interdit et la honte, malgré tout, parce qu’elle était devenue accro à cet homme, parce qu’elle s’accrochait à lui avec la vigueur d’un animal qui se cogne à la flamme d’une lampe.

Il l’avait brûlée.

Ses parents avaient fini par découvrir, alors Eileen était partie en n’emportant rien, rien d’autre de cet héritage noble que la haine. Elle avait emménagé chez Tobias, dans une maison exigüe qui sentait le renfermé et l’alcool.

Dans les premiers mois, tout était allé pour le mieux. Tobias était amoureux d’elle, et elle l’aimait aussi, et il la faisait rire et danser, et il la prenait dans ses bras le soir quand il rentrait exténue de ce travail de bête qui le transfigurait, et il lui parlait de révolution. Il crachait des mots noirs qui formaient dans la nuit des cortèges hallucinés et terribles. Cette force, cette colère formidable qui se dégageait de ces mots, clouait Eileen au sol avec une force inexprimée. Parfois il s’énervait contre elle, contre son passé d’aristocrate, contre sa famille qui ne lui avait rien donné, contre elle qui était partie sans rien voler comme une idiote, et contre leur situation précaire. Parfois il lui hurlait dessus, mais elle prenait tout, elle encaissait tout, parce qu’elle savait que ce n’était pas contre elle cette colère, c’était contre eux, ces dévoreurs d’âmes qui exploitaient la misère des ouvriers et des hommes.

Ils s’étaient mariés. En petit comité, avec juste la famille de Tobias et quelques ouvriers du village, et avec le mépris des Prince. Mais Eileen était en robe blanche et Tobias irradiait.

Un jour, tout avait dégénéré. Eileen ne savait même plus au juste quand elle avait réalisé exactement que ça avait déraillé. Ça avait été une longue spirale, une longue chute amère, et soudain un matin elle avait été prisonnière de ce cauchemar. Le début, c’était de sa faute, Eileen le savait bien. Elle n’était pas une bonne épouse, elle ne faisait pas tout bien, elle ne savait pas anticiper le moindre de ses désirs quand elle aurait du tout lui donner et s’abandonner à lui, lui qui travaillait et ramenait l’argent.

Et surtout, elle avait commis la pire erreur.

Elle ne lui avait pas dit. Qu’elle était une sorcière.

Quand il l’avait découvert, il était déjà sur les nerfs, persuadé que son patron allait le licencier à cause de la crise financière qui touchait le pays. Il avait commencé à sombrer, et elle avec. Il buvait tout le temps. Il ruminait sa rancœur, sa haine, sa colère dirigée contre personne, et l’alcool le rendait fou. Les mots qui avaient attiré Eileen la terrifiaient maintenant, se transformant en des monstres, des hybrides immondes, des litanies d’insultes qu’il vomissait. Parfois il retrouvait un peu de lucidité, il l’embrassait et lui disait que ça allait passer. Parfois il ne savait contre qui diriger cette haine qui le dévorait, alors il la frappait. Au début, c’était des coups sans conséquence, et espacés. Puis il l’avait frappée régulièrement, des coups frénétiques, qui lui laissaient des bleus et des plaies. Il lui avait lancé des bouteilles, et son amour pour elle avait mué en dégout. Elle était le responsable de tous ses maux. Elle le monstre, la sorcière.

Peu à peu, il l’avait dévorée. Elle, Eileen, le faible éclat de soleil, s’était recroquevillée. Elle avait accepté, elle s’était faite petite, elle n’avait pas bougé.

C’était Tobias qui savait manier les mots, c’était lui qui savait parler, pas elle. Elle n’avait rien d’autre que son silence pour elle.

Alors Eileen continuait de se taire, et son histoire jamais racontée continuait de la tuer.

 

End Notes:

Un avis ? :)

Un cri (La Grosse Dame) by Calixto
Author's Notes:

Dix-neuvième prompt : Le silence et puis un cri

Brünnhilde ne s’était pas toujours appelée la Grosse Dame mais elle aimait son surnom. Elle se voyait à la fois comme  voluptueuse, rassurante, maternelle mais aussi énorme bouclier. Elle protégeait de son corps tout entier la salle commune des chers petits Gryffondors. Chacun savait qu’elle ne laissait pas passer quiconque n’avait pas le mot de passe. Chacun savait qu’elle couvait ses protégés comme une mère. Bon, peut-être qu’il lui arrivait parfois d’oublier légèrement ses responsabilités et de boire deux ou trois coupes avec son amie Violette du tableau d’à côté. Mais ça ne l’empêchait pas de veiller au grain.

Aussi adorable que soit le petit Neville, il avait besoin d’apprendre de ses erreurs et d’enfin savoir retenir le mot de passe. Elle le laissait donc à la porte à chaque fois qu’il l’oubliait (ce qui arrivait souvent), comme elle avait fait pour son père Frank, aussi oublieux que le petit. Avec elle, personne ne dépassait le couvre-feu, comme Molly Weasley l’avait appris à ses dépends en rentrant d’une sortie nocturne toute échevelée. La Grosse Dame lui avait fait la morale pendant une demi-heure sur ce qui convenait à une jeune fille respectable.

Cependant, si on lui demandait, elle avouerait qu’elle avait un faible pour les Maraudeurs. Ces garçons-là avaient toujours su comment gagner son cœur. Elle adorait chacune de leurs farces, et parfois il lui en dédiait pour l’amadouer, comme cette fois où ils avaient fait taire ce stupide Chevalier du Catogan qui la courtisait sans se soucier de ses multiples refus. Et donc, peut-être bien qu’elle avait fermé les yeux sur leurs sorties nocturnes. Son préféré, elle devait l’admettre, avait toujours été Sirius Black.

Sirius était d’une beauté féroce, tout en sourires séduisants et jetés de cheveux, léger déhanché et déambulations, et un grand rire écorché qui ressemblait à un aboiement, mais qu’il parvenait à rendre charmant. Il était beau-parleur et avait toujours les mots pour la faire sourire, pouffer, glousser, pour l’enchanter. Il lui avait donné une seconde jeunesse. Il lui avait fait souhaiter pouvoir sortir de son portrait pour courir dans les couloirs de Poudlard et accompagner ses méfaits.

Pour toutes ses raisons, lorsque Sirius avait quitté Poudlard, elle avait senti son cœur inexistant de portrait se serrer.

Quand la rumeur avait couru que les Potter étaient morts, et que les larmes avaient cédé la place au vin et à la joie d’apprendre la disparition de Vous-Savez-Qui, elle avait eu une pensée pour Sirius. Et puis, la rumeur s’était consolidée, avait affirmé l’impensable : Sirius avait trahi les Potter. Sirius était un agent double.

Elle n’avait pas voulu y croire. Selon Violette, ils avaient enfermé Black à Azkaban. Mais au fond d’elle, la Grosse Dame avait gardé Sirius dans son cœur. Elle ne pouvait pas croire qu’il était ce qu’ils disaient, que l’adolescent pour lequel elle avait encore de la tendresse était devenu un meurtrier.

Et puis, le 31 octobre 1993, alors que tout le château était décoré aux couleurs d’Halloween, Sirius Black se tient de nouveau devant elle pour la première fois depuis 16 ans.

La Grosse Dame savait qu’il viendrait. Ces immondes Détraqueurs sont là pour une raison, après tout. Chacun sait que Black vient achever le fils du meilleur ami qu’il a trahi. Et elle, elle sait qu’elle protégera l’entrée du dortoir d’Harry Potter quoi qu’il en coûte. Sirius Black ne passera pas.

Quand il surgit enfin, elle sort de la somnolence qui l’a prise toute la journée et le regarde avec stupeur. Sirius Black n’est plus le même. L’adolescent dont elle se rappelait a disparu, il ne reste plus face à elle qu’un grand jeune homme habillé de vêtements crasseux, maigre à faire peur, le visage si émacié qu’il est cadavérique, des yeux écarquillés dans leurs orbites comme ceux d’un fou. De la sueur coule le long de sa tempe, se perd dans ses cheveux noirs en broussaille, se répand sur sa peau cireuse. Il a l’air d’un enragé.

La détermination brille follement dans ses pupilles, mais soudain, il semble se contenir et une surprenante métamorphose s’opère. Son dos se redresse, la tempête de ses yeux se calme, et il force un sourire. Un sourire aussi brillant, poli et charmant qu’elle se souvenait. Un sourire violemment choquant sur ce visage ravagé d’un homme qu’on dit meurtrier.

- Laisse-moi entrer, susurre-t-il, voix caressante.

 - Ceux qui n’ont pas le mot de passe n’entrent pas, dit-elle le plus durement qu’elle peut.

 - Laisse-moi entrer, répète-t-il, voix suppliante. Ce château a été ma maison, cette salle aussi. Je ne suis pas un étranger.

Il ment. Ce soir, Sirius Black est un étranger. Un intrus.

- Ceux qui n’ont pas le mot de passe n’entrent pas.

- Laisse-moi entrer, réitère-t-il, voix tendue. Une pointe de menace couve, comme s’il n’arrivait plus à se contrôler. Déjà, la tempête réapparait dans ses yeux et le sourire séduisant vacille.

- Déséquilibré, pense-t-elle avec tristesse. Qu’attendre d’autre d’un homme enfermé 12 ans à Azkaban ?

       - Ceux qui n’ont pas le mot de passe n’entrent pas.

- Laisse-moi entrer, crache-t-il, et sa voix est glaciale.

Elle déglutit. Soudain, elle aperçoit le couteau qui se profile entre les longs doigts blancs de Black, un couteau qui brille dans la pénombre, acéré.

Avec tout le courage qu’elle a, avec les souvenirs qu’elle rassemble de Sirius Black, la Grosse Dame refuse pour la dernière fois.

Une rage pure éclate sur les traits de Sirius. Elle s’y attendait, mais au fond d’elle, elle n’arrive toujours pas à y croire, alors l’attaque la prend quand même par surprise. Le couteau s’abat encore et encore, les dents de Sirius serrées, ses lèvres tordues de fureur.

Après une vingtaine de coups de couteau, il se recule et la regarde avec une expression de terreur, puis il disparait dans l’ombre, comme il est apparu. Un grand silence se fait. Elle se regarde. Son tableau est lacéré, réduit en lambeaux, de grands pans sont tombés par terre. Elle est mise à nue, réduite en charpie.

Le silence se fend alors d’un grand cri.

End Notes:

Un avis ? :)

Prisonnière (Romilda Vane) by Calixto
Author's Notes:

Vingtième prompt (et je suis définitivement en retard) : Prisonnière(s)

 

Romilda est prisonnière.

Bien enfermée dans sa boite.

Elle se regarde dans les yeux de tous et elle ne s’y reconnait pas. Mais comment pourrait-elle-même se reconnaitre ? Elle ne se connait pas. Ce qu’elle sait, en revanche, c’est que Romilda Vane a de grands yeux sombres, de longs cheveux noirs, un menton marqué, l’air assuré de ceux qui savent s’imposer, et la voix forte. C’est ce qu’on doit retenir d’elle, et aussi le parfum trop cher dans lequel elle a dépensé toutes ses économies.

En vérité, Romilda n’aime rien de tout ça. Elle déteste ce parfum, mais c’est Daisy qui lui a conseillé et chacun sait que Daisy a du goût. Elle déteste sa voix trop forte, mais c’est la seule chose qui la fait remarquer. Son physique est banal, elle hait son menton trop proéminent, tout comme elle déteste ses cheveux et ses yeux, qui seraient des caractéristiques parfaites si Padma et Parvati Patil ne les portaient pas beaucoup mieux qu’elle. Alors le meilleur moyen d’attirer les regards, le seul moyen d’exister, c’est de faire claquer ses talons bruyamment, d’afficher un air hardi et de parler très fort. Sans feindre cette fausse assurance, Romilda n’aurait plus aucun pouvoir. Elle le sait. Elle joue bien son rôle. Elle s’accroche en riant, en s’esclaffant, en gloussant, aux bras d’amies qui rient aussi en symphonie.

Romilda voudrait que leur joie soit réelle. Elle voudrait être aussi joyeuse, aussi rieuse, aussi assurée que

Elle voudrait

Les bras qui se débattent se cognent aux coins de la cage.

Cette joie pousse au désespoir. Elle pousse Romilda à aller aborder Harry Potter, à le harceler, et il la regarde comme la cinglée qu’elle doit être, et il refuse ses chocolats, et Romilda insiste, sachant très bien qu’elle y a mis en pouffant avec Daisy, Lyna, et Thelmaïde, un philtre d’amour concocté par leurs soins dans les toilettes des filles.

Il la regarde comme la cinglée qu’elle doit être. Elle lui pousse les chocolats dans les bras, il les accepte. Elle lui décoche son meilleur sourire.

Elle sort et éclate follement de rire en tombant dans les bras de ses amies en carton.

Carton pailleté.

Mais qu’est-ce qu’il y a mal à rire faussement, à parler trop fort, et à tenter d’ensorceler le Survivant de deux ans leur aîné, qu’est-ce qu’il y a de mal à tenter de se détacher dans les couloirs qui grisent tous ceux qui y passent ?

Romilda est la version brouillon de Parvati et sa jumelle. Tant pis, elle peut toujours faire comme si elle l’ignorait.

Elle fait bien attention à toujours parler en posant gracieusement ses mains sur les hanches.

Ses hanches dépassent souvent de la cage. La cage déteste les hanches qui dépassent.

Harry Potter a embrassé Ginny Weasley dans la salle commune. Romilda venait juste d’avaler trois verres de Whisky Pur-Feu pour oser l’aborder de nouveau. Un instant, le rire s’est fissuré, et elle a cru qu’elle allait lancer un sort à cette idiote rousse de Ginny Weasley, qui, comme elles toutes, agit comme si elle n’était pas si laide. Et puis Romilda voit Daisy éclater en applaudissements et le rire revient naturellement dans sa bouche.

Après, elle sort en courant et dévale les escaliers.

Après, elle s’enferme dans une salle vide du troisième étage, et elle s’écoute pleurer. C’est vraiment peu esthétique.

Après, Zacharias Smith, le Poufsouffle dont Thelmaïde est si désespérément entichée, entre par hasard dans la salle, se fige, et ses traits se tordent d’incompréhension.

- Mais pourquoi tu pleures, Romilda ?

Au fond, elle ne sait pas.

 

End Notes:

N'hésitez pas à laisser un mot :)

Petite fleur (Pétunia Evans) by Calixto
Author's Notes:

Prompt 21 : La puissance des fleurs

Allez, je me remets à ces prompts, les adorables reviews de mes partenaires de JR m'ont bien remotivée :)

Je tente un deuxième double-drabble !

Pétunia est une fleur fanée, une fleur qui s'épuise, une fleur qui ne fleurira jamais.

Elle croyait que sa sœur-fleur partagerait toujours avec elle les flaques de soleil mais la voilà maintenant dans l'ombre quand le lys se gorge de lumière.

Ses pétales se crispent, elle balance sa corolle, cherchant désespérément l'attention qu'elle n'a plus. Ses parents s'extasient sur des fleurs étranges et merveilleuses, et Pétunia ne voit dans cette magie que ce dont elle est privée.

C'est donc laid. Pétunia voit sa sœur disparaitre avec une de ces mauvaises herbes, le garçon bizarre de l'Impasse du Tisseur.

Pétunia tend désespérément ses pétales qui se fanent vers un soleil hors d'atteinte.

Pétunia se relève quand tous dorment, elle écrit toute la nuit des lettres en s'appliquant à être polie et à former des arabesques pour convaincre le Maitre du Soleil, le directeur de cette école dans laquelle sa sœur ira fleurir sans elle.

Elle poste toutes ses lettres encore et encore sans recevoir de réponses, elle ne se lasse pas, ses pétales en tombent de fatigue. Albus Dumbledore finit par lui répondre : impossible.

Sa tige ploie sous la pluie.

Insomnies (Cho Chang) by Calixto
Author's Notes:

22e prompt : Insomnies

Petite citation pour commencer :

"Les habits de deuil ont beau s'user et blanchir, le coeur reste noir." Victor Hugo

Cho est dévorée d’insomnies qui la grignotent comme des vers.

Le tic-tac incessant de l’horloge ne s’arrête jamais, il creuse l’oreiller sous laquelle se réfugie, envahit ses oreilles, en fait couler du sang, impossible de dormir. Ses yeux grands ouverts aux paupières battantes ont les cils crasseux d’épuisement. Le tic-tac incessant de l’horloge ne s’arrête jamais, c’est une horloge qui bat jusque dans son ventre, dans ses entrailles, qui la secoue de sueurs froides. C’est le tic-tac de l’horloge qui sonnait le compte à rebours, ce soir-là.

Un, deux, trois, la foule bourdonnait.

Un, deux, trois, apparition sur la pelouse ! Hurlements.

La clameur qui monte jusqu’au ciel. Cho crie avec les autres. Le jaune et noir est reconnaissable de loin, le garçon qui vient de s’écrouler sur la pelouse, ça ne peut être que Cédric. L’horloge s’arrête, les hurlements changent de couleur. Cho pousse, s’étouffe de panique, parce que le corps jaune et noir ne bouge pas et que dessus, Harry Potter vient de s’affaler en criant des mots inintelligibles. Des murmures se répandent et se répondent, montent dans les bouches qui se tordent. Les murmures deviennent hurlements.

- Il est mort !

- Cedric Diggory est mort !

- Diggory est mort !

- Il est mort !

Les hurlements lui percent les tympans, l’assomment, elle vacille, son corps emporté par le grand cri de la foule, elle tombe en arrière et elle ne bouge plus.

Parallèle des deux corps. L’un d’eux ne se relèvera jamais.

L’horloge du Tournoi s’est arrêtée, mais elle s’est logée bien au chaud dans toute Cho, elle continue de compter, frénétiquement, hystérique. Elle compte toujours, lorsque hébétée, au milieu des visages pâlis, Cho écoute le discours du directeur. Albus Dumbledore demande un toast. Il dit que c’est en mémoire de Cédric. Toute la salle, des centaines de voix rauques, prononcent son prénom en cœur. L’horloge compte comme si Cédric allait surgir. Cédric ne surgit pas. Les larmes roulent et s’égrènent. Cho pleure sans même savoir qu’elle pleure, elle pleure des heures mortes qui ne lui appartiennent plus. Et puis Dumbledore dit :

- Cédric Diggory a été assassiné par Lord Voldemort.

Et l’horloge qui attend un retour impossible frappe maintenant comme un coup : sa dernière heure a été sanglante.

Mais le deuil ne se fera pas, il ne peut pas se faire, ils disent que Cédric est mort mais Cho ne l’a pas vu, il était si loin, elle ne peut qu’imaginer et il est impossible d’imaginer Cédric, chaud, vivant, souriant, assassiné par un monstre dont on parle aux enfants pour leur faire peur, un monstre qui est censé être mort depuis 15 ans.

La vérité est floue et distante et Cho ne peut pas dormir. Les choses ne s’accordent plus. La vie chante faux. Les objets irréels, les contours des pièces, les murs, aussi. Les gens surtout. Cho déambule comme une folle qui se tait. Elle se contente de pleurer automatiquement. Elle ne sait pas quoi faire d’autre.

Elle écoute les pulsations de l’horloge dans son ventre, elle attend. Ni cauchemars ni rêves, la vie étirée comme un sommeil qui n’en finit pas.

Cédric ne réapparait pas.

Cédric ne réapparait pas.

Les vacances d’été sont glacées. Elle se rend à l’enterrement, vêtue de noir comme une veuve (une veuve de 15 ans), elle regarde de loin la mère de Cédric qui avait été si gentille avec elle, soutenir son mari qui gémit comme une bête. Elle reçoit des lettres, des condoléances maladroites d’amies, du soutien, des propositions de sorties parce que « il aurait voulu que tu sois heureuse », et « il faut que tu avances ». Au début, ces phrases-là ne sont que des chuchotements minoritaires. L’immense majorité lui donne des yeux compatissants.

Cho s’étonne d’avoir en elle autant de larmes à pleurer. Elles ne s’arrêtent pas de rouler, chaque minute, chaque seconde. L’horloge les décompte.

Le soir dans le lit, les heures tournent comme des couteaux dans des plaies. Elle ne peut pas fermer les yeux, elle ne pense qu’à l’absurdité de :

« Hey, Cho, j’espère que tu vas mieux, il y a un match des Tornades demain, tu voudrais venir ? »

Et du sourire, du sourire, du sourire de Cédric, si heureux, si persuadé qu’il remporterait le Tournoi, il lui avait dit avant de se rendre dans le labyrinthe, d’une voix surexcitée que Cho était ivre d’entendre parce que la joie de son petit-ami était si contagieuse :

- Tu verras Cho, ils seront fiers de moi, et Papa sera tellement content ! 

Et il n’avait pas dit mais il l’avait pensé si fort, souriant

Tu seras fière aussi, Cho ?

Oh oui, Cho était fière. Les mois où elle était sortie avec Cédric avaient été un grand rêve. Il était un soleil qui effaçait ses angoisses maladives d’élève toujours perfectionniste, de fille toujours scrutée, il était simple et merveilleux à vivre, il l’aimait avec une force qui donnait des ailes. Cho n’arrivait pas à le dire à ces gens qui se rappelaient d’un Cédric gentil et amical, pauvre Cédric mort, mort, mort, Cho aurait voulu leur dire que Cédric ne pouvait pas être mort parce qu’il

Il était tellement vivant.

Parce qu’il

Il était plus que gentil et amical, un garçon effacé derrière sa mort affreuse derrière le sensationnel et la terreur, il était plus, il était

Un élève chaleureux, plein d’ambition, déterminé à réussir, il rêvait d’être au Ministère et hésitait avec une carrière dans le Quidditch, il voulait rendre fier son père

Son père qui avait gémi comme une bête.

Et puis, pour Cho, qui ne savait pas le mettre en mots

Ce n’était pas qu’un amour d’adolescence, un amour de Noël à juin, un amour de cinq mois, fugitif et oubliable, c’était

C’était tellement plus. Cédric était un faiseur de miracle qui transformait ce qu’il touchait. Chaque fois qu’il touchait Cho, elle se sentait faite d’or.

L’horloge comptait, comptait, comptait, cette horloge infernale avait commencé de compter dès les premiers moments de bonheur, dès le Bal de Noël où ils avaient dansé et où Cho s’était sentie si pleine de joie, si complète, si étourdie,

Elle avait été le centre du monde de Cédric et il avait été le sien.

Elle avait pleuré de surprise lorsque Dumbledore avait dit qu’elle était ce qui était le plus précieux à Cédric et qu’elle devait rentrer dans le lac, et

Elle avait accepté alors même qu’elle avait si peur de l’eau. Endormie et confiante, elle n’avait pas douté une seule seconde qu’il ne viendrait pas. Et il était venue et dans ses bras elle avait ri en voyant son expression de soulagement ravi

Cho était si heureuse et

Cédric avait été heureux aussi.

Mais elle ne pouvait pas nier non plus que ça avait été 5 mois, 5 petits mois, et que Cédric avait disparu alors même que les tâtonnements et l’ivresse devenaient plus, alors même que Cho envisageait les possibilités et s’installait dans un confort tiède, alors même que Cho voulait réellement passer les barrières de Cédric, apprendre à le connaitre, apprendre à se connaitre, à être ensemble.

L’horloge avait emporté toutes les possibilités.

Elle en était dévastée.

Elle ne peut pas fermer les yeux. Elle ne peut penser qu’à cette absurdité dévorante, déchirante.

Et puis c’est la rentrée 1995 et le monde continue de tourner. Elle retrouve ses amies (le match des Tornades était génial) et toujours assommée, elle qui n’est pas sortie qui n’a pas dormi de l’été, elle marche comme entre deux mondes

Ni chez les morts

Ni chez les vivants.

Elle est de ceux qui tendent les mains vers le grand rien.

C’est la rentrée 1995, et Cho patauge, trébuche, tombe, ne se relève pas, se laisse ensevelir, et puis l’eau monte et Cho se noie.

Elle n’y arrive pas. C’est juste trop, c’est juste trop dur. Elle se fracture. Elle s’effondre. Les larmes dévalent ses joues en plein cours, sans prévenir. Sa voix n’arrive plus à sortir. Elle n’arrive plus à lire, plus à écrire, elle n’arrive plus à continuer. Les couloirs la mangent.

L’eau l’inonde continuellement, salée jusqu’à l’écœurement. Il y a des rumeurs de guerre dans l’école, apportées par les hiboux et les murmures, et Poudlard a déjà oublié Cédric Diggory. Cho n’arrive plus à tenir sur son balai tellement elle se surprend à trembler, à sangloter. Elle pense qu’on va bientôt l’exclure de l’équipe de Serdaigle. Elle aimait tellement son poste. Maintenant, sur son balai, tout ce à quoi elle peut penser c’est Cédric, qui tenait le sien de la main droite, qui souriait avec ce mélange d’arrogance et de sincère, gentille confiance qui le rendait tellement solaire. Elle pense que Cédric est à jamais absent des balais.

Chaque chose qu’elle fait, chaque stupide chose comme

Manger, respirer, parler à une amie, regarder le ciel, écouter les cours, écouter du rock sorcier, parler de Quidditch, se brosser les dents, voler sur son balai

Elle se dit

Il devrait être là.

Il devrait être là.

Et l’horloge continue de compter comme si elle attendait

Comme si elle disait

Cho, maintenant, c’est à toi de t’en aller

Ou pire :

Toutes ces secondes ces minutes ces heures ces jours ces années que je compte

C’est celles que tu vas vivre

Ta longue vie devant toi qui s’annonce

Tout ce qu’il ne vivra pas.

Et personne ne comprend, et personne ne comprend, Cho-qui-pleure-tout-le-temps agace les gens, parce que c’est ce que personne ne veut voir, une éplorée fantôme quand tous veulent croire qu’Il n’est pas de retour, alors même que Cho brandit à leurs yeux Cédric pour les implorer de ne pas oublier, alors même que Cho pleure, pleure, pleure, parce que le deuil ne peut pas se faire et donc pas s’arrêter

Et personne ne comprend, pas même ses amies, celles qui la préféraient comme avant, celles qui disent qu’il faut se ressaisir celles qui disent d’un ton inquiet : Cho, tu es laide quand tu pleures et puis celles qui s’enquièrent avec une curiosité avide de l’attention que lui porte Harry Potter.

Alors Cho se retourne encore et encore dans les draps, essayant désespérément de fixer dans son esprit la façon éphémère dont Cédric plissait les yeux quand il riait, ou même les intonations de sa voix quand il était agacé, mais tout fuit comme de l’eau entre ses doigts

Elle n’est plus elle-même, elle titube à travers les jours les semaines.

Toute ruisselante et hagarde comme une somnambule.

Alors Cho écrase l’oreiller sur sa tête pour étouffer les pensées, et elle essaye de dire à Cédric qu’elle ne l’oublie pas, qu’elle ne pourra pas, jamais, que si elle se rapproche d’Harry Potter c’est juste dans une tentative pathétique d’atteindre un mort à travers lui, de voir le survivant pour comprendre celui qui n’est plus, et peut-être d’oser lui demander la vérité, pour enfin avoir une image qui la tourmente et la torture

Comment Cédric est-mort ? Est-ce qu’il a souffert ? Est-ce qu’il a parlé ? De quelqu’un, de moi ?

Cho est dévorée d’insomnies qui la grignotent comme des vers.

On brûlera (Lavande Brown) by Calixto
Author's Notes:

Prompt 23 : On brûlera

 

"On brûlera toutes les deux

 

En enfer, mon ange"

 

Pomme, On brûlera

 

Lavande a toujours voulu brûler. Lavande brûle déjà. L’excitation rougit ses joues, son ventre s’embrase, elle ne tient plus en place, et puis, son nom est prononcé, et puis elle s’avance. Le chapeau touche ses cheveux. Engloutie dans une obscurité tiède, Lavande remue, incapable de rester immobile sur le tabouret.

 

- Gryffondor !

 

Des cris et des acclamations éclatent. Elle est la première à être envoyée là-bas. Les flammes dévorent tout son corps alors qu’elle se dirige vers la table rouge et or, le cœur battant à en exploser, un immense sourire aux lèvres. Lavande est chez les courageux. Elle est chez ceux qui brûlent. Le feu ronronne dans sa poitrine.

 

Bientôt, elle est rejointe par d’autres nouveaux, dans l’euphorie. Une fille brune arrive, et Lavande ouvre la bouche pour tenter de la saluer, mais la fille s’est déjà plongée dans un énorme grimoire, ignorant l’agitation qui l’entoure. Lavande referme la bouche et se sent vaguement stupide quelques secondes.

 

A l’avenir, c’est une sensation qu’elle associera toujours à Hermione Granger.

 

 Mais elle laisse les sifflements et les applaudissements faire de nouveau s’élever les flammes dans sa poitrine, et oublie.

 

Une odeur d’huile de coco. Celle qui s’est assise à côté d’elle a de longs et magnifiques cheveux noirs dont Lavande est aussitôt envieuse. Mais cette pensée s’évanouit aussitôt qu’elle est apparue, parce que les yeux de la fille sont écarquillés et brillants de larmes. Aussitôt, le feu veut réchauffer. Lavande tend instinctivement une main, la pose sur l’épaule qui tremble, fait le sourire le plus brillant qu’elle peut. La fille renifle maladroitement.

 

- Je suis Lavande, dit Lavande.

 

La fille renifle encore.

 

- Parvati.

 

Un petit sanglot lui échappe. Lavande ne sait pas que Parvati retient ses larmes parce qu’elle est séparée pour la première fois de sa jumelle, envoyée à Serdaigle, mais ce qu’elle sait, c’est ce qu’elle dit d’une voix affirmée, comme une prédiction qui va se réaliser :

 

- On va être meilleures amies.

 

Les flammes crépitent.

Elles deviennent meilleures amies. Parvati s’accroche à Lavande, et Lavande s’accroche à Parvati, et puis elles sont soudain inséparables, indissociables.

 

Les flammes sont de parfums et de rires. Lavande rit tout le temps, accrochée au bras de Parvati, presque titubant sous les assauts chatouilleux des gloussements. Parvati est comme la sœur qu’elle n’a jamais eu et toujours rêvé d’avoir, et leurs chuchotis le soir, les histoires qu’elles se racontent, les ragots, leurs coups de cœur stupides et doux, sont devenues ses choses préférées. Et tant pis si elle rit un peu trop fort, tant pis pour le regard sévère de McGonagall et les lèvres d’Hermione Granger qui se pincent. Lavande ne cherche pas à briller, elle ne cherche pas non plus à être la meilleure.

Tout ce qui lui importe, c’est son feu, qui doit être toujours animé, et toujours brûler.

Lavande est Sang-Mêlé, et elle veut avoir le meilleur des deux mondes. Ses amies de quartier, avec qui elle avait partagé son école primaire, lui apprennent les dernières histoires, ce qui se dit, ce qui se porte. Lavande garde les bijoux Moldus, le maquillage, les petites coquetteries. Elle déteste les robes de l’école, les abandonne dès qu’elle peut, ou les couds à l’abri des regards pour les customiser, les raccourcir, y rajouter des fils de couleur. A sa mère sorcière, elle vole les romans d’amours et se noie dans des histoires de rose fané, où les princesses possèdent la magie mais attendent quand même leur chevalier. Peu importe, c’est toujours l’amour avec un grand A. Les princesses magiques ont des robes qui changent de couleurs, après tout.De Parvati, elle apprend des sorts esthétiques, mais aussi les coutumes familiales des Patil, les traditions qui se passent de mère en fille, les potions au secret soigneusement gardé, les bracelets tissés et enchantés. Lavande s’aime, et son apparence soigneusement cultivée est un éclatant patchwork.

Le soir, alors qu’elle devrait dormir, elle est allongée en travers de son lit alors que Parvati tresse ses cheveux avec son huile de coco. De l’autre côté du dortoir, Hermione Granger ne dort pas non plus. Elle lit un livre plus grand qu’elle, les sourcils froncés. Lavande n’a pas essayé de lui reparler. Hermione Granger lui laisse un goût de cendres dans la bouche. Elle ferme les yeux, et laisse les mains expertes de Parvati passer à travers ses mèches. Parvati fait buller ses flammes.

 

Lavande a douze ans et son feu brûle pour Gilderoy Lockhart. Il est le sujet principal des conversations qu’elle a avec Parvati, et elles soupirent à l’unisson au premier rang, regardant le beau professeur et son sourire éclatant. Il ressemble à tous les princes et les chevaliers des romans d’amour de Lavande. Elles se précipitent toutes deux au club de duel. Intérieurement, Lavande se sent furieusement satisfaite de voir que même la grande Hermione Granger n’est pas au-dessus des yeux bleus du professeur Lockhart. Elle ne peut s’empêcher de s’opposer à Granger, de s’y comparer. Comme cette première fois, la vérité est qu’elle se sent si petite. Granger est intelligente, brillante même, et Lavande est futile et idiote. Plus tard, Granger sera surement Ministre, et Lavande voudrait secrètement être la prochaine Célestina Moldubec.

Il y a un gouffre entre elles, et Lavande ne sait pas le combler, alors elle se rappelle qu’elle est tellement plus jolie que Granger, et que tous les princes et les chevaliers seront pour elle. Et puis, elle, elle a Parvati.

Alors, presque instinctivement, sa langue se déroule et mord, et elle fait une petite remarque assassine sur comment Granger cache les lettres qu’elle écrit à Lockhart la nuit. Parvati éclate de rire. Lavande sourit. Le professeur Rogue jette un sort brusque à son héros, et soudain, le héros vacille et sa baguette tombe. Lavande la saisit au vol, la regarde, presque étonnée. Elle sourit plus fort. Petite victoire.

 

Lavande a 13 ans, et se désintéresse pour un temps des princes et des chevaliers. Est venu le temps du mépris. C’est celui qu’a amorcé le faux chevalier, le prince raté, Lockhart, le menteur tombé de son piédestal. Parvati et elle en ont parlé pendant des semaines, enchainant les remarques persifleuses et amères, pour oublier leur déception. Puisque les hommes sont des menteurs, Lavande oublie un moment ses romans d’amour, et sa nouvelle passion s’incarne dans le strict opposé.

Sybille Trelawney n’a rien de vraiment fascinant mais l’effet qu’elle produit sur Lavande et Parvati n’a pas d’égal. Ses grands yeux écarquillés se sont fixés sur les meilleures amies, et elles en ont eu des frissons. Le soir-même, elles ont lu intégralement leur manuel de divination. Oh, révélation. Elles passent toutes deux chaque jour leur heure de déjeuner dans la classe de leur professeure à essayer tous les exercices, des feuilles de thé aux boules de cristal. Toute leur affection se porte sur Sybille Trelawney, qui est leur nouveau modèle, l’initiatrice, celle qui va les former aux secrets.

Quand Hermione Granger claque la porte du cours de divination, Lavande ricane, lèvre retroussée. Bien sûr, Hermione Granger est si terre-à-terre qu’elle ne pourrait jamais voir plus loin que le bout de son nez. Parvati ricane en écho. Elles, croient aux étoiles, au cosmos, et elles vont développer le troisième Œil. Et tant pis pour cette Granger bornée. Pour une fois que Lavande peut la surpasser quelque part, elle s’y dévoue corps et âme. Les flammes grésillent.

 

Lavande a quatorze ans, et le feu brûle comme il n’a jamais brûlé avant, erratiquement. Pendant l’été, son corps a grandi contre son grès, elle s’est arrondie. Elle déteste ses nouvelles formes. Elle attendait avec impatience un regain de féminité, mais cette rondeur, elle n’en veut pas. Elle ne peut pas s’empêcher de regarder, quand elle se déshabille, ces hanches pleines, et de côté Parvati, insouciante, et sa minceur insolente, sa taille de guêpe. Lavande serre les dents, et repousse ces pensées.

Les flammes brûlent étrangement. La tiédeur agréable qu’elle ressent dans les bras de sa meilleure amie a changé, maintenant c’est une chaleur acide, qui brûle sous les côtes. Le bal de Noël se rapproche, l’amour est de nouveau la priorité, de nouveau dans l’air, et avant que Lavande ne se résolve à faire quelque chose de ce feu qui gronde, quelqu’un la dispense de faire un choix. Seamus Finnigan et ses taches de rousseur, lui dit franchement qu’elle est jolie, et lui demande d’être sa cavalière. Lavande accepte sans réfléchir.  Soulagée, elle fait taire le feu qui ne brûle pas pour Seamus. Après tout, il la trouve jolie. Lavande veut se trouver jolie.

 

Harry Potter s’avance vers elle et Parvati dans la salle commune. Il demande à Parvati de l’accompagner au bal. Parvati glousse, rougit, accepte. C’est la première fois que Lavande ne rit pas en écho à Parvati, mais celle-ci ne le remarque pas. Ses joues écarlates, elle babille pendant toute la soirée à propos de Potter. Lavande essaye de retrouver son excitation en pensant à la tenue qu’elle va porter, mais elle est trop jalouse. Elle se persuade que c’est de Parvati qu’elle est jalouse. Lavande a obtenu un cavalier avant elle, mais c’est Parvati qui ouvrira le bal.

 

Le bal arrive, Seamus est charmant, il la fait rire, mais les flammes se déchainent dans la mauvaise direction. Parvati est trop jolie dans sa robe rose, avec ses cheveux entrelacés de fils d’or. Un instant bref et extraordinaire, le feu de Lavande la ravage, et elle est envahie de ce courage déterminé qui l’a faite envoyer à Gryffondor.

 

Pour la première fois, elle a envie de brûler à deux. Elle voudrait bien brûler en Enfer avec une autre princesse. Mais aussi vite, elle piétine ses propres flammes, le cœur comme du plomb, et elle se tourne vers Seamus, et elle ne regarde plus Parvati. Choix.

 

Après, elle ne pense plus qu’à Hermione Granger, au bras de Krum, si éclatante. Après, Lavande ne pense plus qu’à la bataille silencieuse entre elles, et oublie son feu malheureux.

 

Elle se jette dans la guerre pour oublier.

 

15 ans, l’année s’écoule à toute vitesse, chaotique et fumante. Elle rejoint sans hésiter l’armée de Dumbledore, elle laisse son feu brûler pour un autre courage, qui rattrape celui qu’elle n’a pas eu, celui qu’elle n’aura pas.

 

Elle a 16 ans, elle jette une main féroce sur Ron Weasley, Ron qu’elle n’aime pas mais que Hermione Granger aime. Ron est à elle. Elle le couvre de baisers artificiels et cette joie cruelle couvre presque l’amer creux qu’elle ressent. Cela lui permet de ne pas regarder du côté de Parvati, qui a embrassé Terry Boot, un stupide Serdaigle que lui a présenté Padma. Cela lui permet de ne pas regarder du côté de Seamus, qui a les yeux tristes, et foudroie Ron du regard dans son dos.

En plein dans sa propre tragédie, Lavande devient une grande actrice. Elle se persuade de ce roman d’amour médiocre, de ce second choix, elle y jette son cœur et demande à Ron des grands « Je t’aime » pour l’empêcher de découvrir qu’il aime Granger en retour. Quand leur histoire se termine, elle pleure des larmes mi-fausses, mi-vraies. Elle pense toujours à Parvati, elle y pense tout le temps, mais le renoncement premier a annoncé tous les autres. Elle piétine encore et encore les braises et les cendres. Elle ravale des mots qui disparaissent.

 

Elles ne brûleront pas.

 

Lavande a 17 ans, c’est la guerre, les ruines, la fin des temps.

 

 Sous la pluie qui la noie, sous le sel sanglant des cicatrices qui lui ont arraché son visage et son corps, Lavande perd ce qui reste d’un feu déjà éteint.

 

Lavande aurait voulu brûler, Lavande ne brûlera jamais.

 

A la place, elle ira refleurir sous cette pluie, avec la main de Seamus dans la sienne, Seamus qui pleure et pleut, Seamus qui encore et toujours, lui dit qu’elle est jolie.

Désenchantée (Rowena Serdaigle) by Calixto
Author's Notes:

Prompt 24 : Désenchantée

Ce texte est un parallèle du prompt 9 (Helena Serdaigle).

Bonne lecture !

 

Rowena est une femme brillante. Rowena est une femme seule.

Dans des temps anciens et enfouis, Rowena a été une femme de porcelaine, à la peau qui marque, sur laquelle tout s’imprime. Et puis elle s’est émancipée des ordres, des règles, et son esprit en a fait une femme de marbre. Tout homme s’enrichit quand abonde l’esprit. Chez une femme, quand abonde l’esprit, on ne s’enrichit que par le combat. Rowena s’est acérée avec les années.

Elle a réalisé ses rêves. Elle a participé à fonder une école où le savoir est maitre, elle enseigne à des enfants dont elle est si fière, elle y est entourée d’amis qu’elle respecte et qui la respectent. Elle a imposé sa supériorité d’une main de fer et sa magie glacée l’entoure d’un halo perpétuel qui fait reculer n’importe qui.

N'importe qui, sauf son père, celui qui l’a toujours méprisée, qui la méprise encore. Malgré toutes ses recherches, ses efforts, malgré le travail qu’elle a abattu, malgré tout ce qu’elle a sacrifié pour devenir la femme la plus intelligente de son temps, Lord Serdaigle ne veut qu’une chose de sa fille, la seule valeur qu’elle a jamais eue à ses yeux.

Il veut un héritier.

Il lui trouve un mari qu’elle ne désire pas, et qui ne la désire pas non plus. Les statues ne désirent pas et ne sont pas désirées.

Elle tombe enceinte un an après leur mariage. Elle gardera son nom de jeune fille, le mariage ne visant qu’à produire un fils, un héritier pour la famille Serdaigle.

Pendant des mois, Rowena vit l’humiliation suprême. La femme d’esprit, la femme de marbre est ramenée à son corps, ce corps qui marque de nouveau, qui plie et se plisse, qui rougit, ce corps qui souffre.

Le jour où elle accouche, son mari meurt, pris en embuscade par des brigands alors qu’il allait rendre visite à Rowena à Poudlard.

Le jour où elle accouche, elle accouche d’une fille.

Le corps tremblant et traumatisé de cet enfant qu’elle a expulsé, Rowena regarde longuement le bébé qu’on a déposé dans ses bras.

- C’est une fille, a dit la sage-femme Médicomage.

Rowena se répète à elle-même C’est une fille et elle la regarde.

C’est peut-être la première et la dernière fois qu’elle la regarde vraiment.

Elle appelle l’enfant Helena. Elle ne sait pas vraiment quoi en faire, de ce poids froid et vivant qui l’a tant alourdie et qui maintenant est si légère et si inutile. Rowena laisse sa fille derrière elle, et elle part en quête.

Des mois durant, enfermée dans son bureau, elle forge une merveille. Une relique qui la consacrera. Un grand rêve. Le savoir absolu, le savoir infini, à porter sur sa tête. Un diadème. Il crépite d’enchantements et de magie pure quand elle le pose pour la première fois sur ses cheveux. Un sentiment sans précédent l’envahit, un calme extraordinaire. Elle se sent maitresse d’elle-même, elle sent qu’elle sait. Elle a sur la tête la vérité des vérités.

Rowena a enfin atteint son accomplissement suprême.

Elle est d’un marbre plus beau que jamais,

Le Diadème la consacre statue.

Helena grandit dans les couloirs du château, alors que Rowena enseigne, plus impériale que jamais, à ses petits élèves. Après ses cours, elle s’enferme comme d’habitude dans son bureau, mais quelque chose vibre et dérange. Un son qui claque, un autre, un étrange bruit de gorge. Rowena se retourne. Oh. C’est un rire. Sa fille rit. Minuscule fillette qui lui ressemble mais en laquelle elle ne sait pas se reconnaitre. Helena est chahuteuse, pleine de vie, elle dérange les précieuses recherches de sa mère et Rowena s’agace. Les nourrices reprennent vite la fillette.

Parfois, de loin, Rowena observe sa fille. Helena bouge moins, son corps a ralenti, ses pieds trainent et ses yeux sont maussades. Elle a 15 ans, elle est presque une jeune femme. Quelque chose remue dans la poitrine de Rowena, ce qui l’étonne. Le Diadème empêche tous les remuements, tous les bruits. Grâce au Diadème, elle sait tout. C’est un fardeau merveilleux et infini. Plus rien ne l’étonne, plus rien ne l’émeut.

C’est une femme imperméable.

Quand le château se fissure et que Salazar trahit le pacte de sa fondation, Rowena n’a ni les yeux embués de larmes d’Helga, ni la fureur dévastée de Godric. Rowena savait déjà. Rowena sait tout, maintenant.

Pas un de ses cils ne tremble de travers quand Salazar part. Elle apaise les tourments de ses amis par des paroles lointaines de sagesse, et se remet à ses travaux.

Et puis, un jour, elle observe distraitement Helena et quelque chose remue.

Quelque chose remue, quelque chose qui dit que peut-être, son héritière saura faire honneur à ses travaux. Peut-être que Rowena pourra la modeler pour enfin les faire se ressembler.

Quelque chose remue et grandit.

Mais la vie est toujours désagréablement agitée chez Helena. La jeune femme est pleine de rage et de rancœur, sa magie tremble sans cesse. Rowena tente de lui proposer des prétendants pour l’apaiser. Elle les refuse tous.

Rowena détourne le regard et se replonge dans ses grimoires. De nouvelles idées fleurissent sans cesse, un génie écrasant. Pendant qu’Helena dans son dos se délite, Rowena crée des pièces changeantes dans le château, dont une qu’elle baptise la Salle-sur-Demande.

Le gouffre s’élargit.

Helena ne sait pas penser.

Helena ne sait que ressentir.

Rowena ne sait pas ressentir.

Rowena ne sait plus que penser.

Et un matin, tout bascule, parce que Rowena ouvre les yeux, et tout l’écrase. Un vertige empoisonné. Sa poitrine serrée, elle a du mal à respirer. La porte de sa chambre s’ouvre. C’est une des nourrices.

- Ma Dame, votre fille est partie !

Rowena sait. Avant même de se tourner vers sa coiffeuse, elle sait que le coffret qui contient le Diadème est vide.

Le Diadème a disparu.

Helena aussi.

Et aussitôt, Rowena fixe avec terreur sa peau pâlir, sent avec horreur des larmes couler le long de ses joues. La douleur la submerge comme une vague.

Les jours passent comme un supplice. Prise de fièvre, Rowena s’alite dès le deuxième jour. Le troisième jour, sa peau commence de se griser. Alertée, Helga se précipite à son chevet et lui tient les mains. Rowena sombre dans le délire. Elle ne s’entend plus parler, seulement des bégaiements terribles. Elle n’est plus rien. Le Diadème tant-aimé ne repose plus sur ses cheveux, et elle n’est plus rien.

Le quatrième jour, c’est le début de la honte, suintante, immonde, qui l’envahit jusqu’à la nausée. Sa fille, jamais assez surveillée, sa fille qu’elle délaissait, sa fille s’est vengée. C’est bien de cela qu’il s’agit, elle le sait : une vengeance. Rowena a failli et Helena est partie en volant son Diadème, sa plus précieuse relique. Rowena tombée de son piédestal est fissurée des pieds à la tête. Le cinquième jour, sa fille est toujours introuvable et la honte ronge la plus puissante sorcière de son siècle, qui se tord dans son lit.

Tout son savoir est parti, elle ne sait plus que ressentir, et elle ressent tout. Un poids abominable à chaque instant. Elle était imperméable, étanche, et l’eau coule dans tous ses orifices.

Les remords viennent ensuite. Toutes ses fautes l’accablent. C’est son échec. C’est l’échec de celle qui savait tout, l’échec de la puissance suprême.

De nouveau humaine, et les mains de Rowena se tendent dans le vide. Elle ne sait pas pourquoi.

Vers une fille disparue ?

Vers le Diadème ?

La souffrance est insupportable.

Il faut retrouver Helena, il faut retrouver le Diadème. Mais tous les émissaires envoyés ont échoué. Désespérée, méconnaissable, brutalement vieillie, Rowena se souvient d’un des prétendants malheureux de sa fille. Un baron très amoureux, qu’Helena avait refusé comme tous les autres.  Il était si passionné, peut-être sera-t-il plus assidu dans les recherches. Elle le convoque. Lui confie la mission. Lui promet la main d’Helena en cas de succès. Il est son dernier espoir. Le baron part.

Dans ses draps pleins de sueurs froides, Rowena attend des nouvelles. Une semaine s’écoule.

Enfin, une missive, qui date de quelques jours auparavant. C’est le baron. Il écrit « Je l’ai retrouvée. Je vais la chercher ce soir. Elle vous sera ramenée au plus vite. »

L’espoir.

Soutenue par Helga, Rowena parvient à se redresser dans le lit, sa vue lui parait moins trouble, les mots moins difficiles.

Les choses ne sont pas irréparables.

Mais une semaine s’écoule encore, et personne n’.est revenu

Un soir, un homme accourt dans la chambre, sans frapper, hors d’haleine et les yeux écarquillés.

Le baron a retrouvé Helena. Elle a refusé de rentrer, l’a refusé encore une fois. Il l’a tuée. Il s’est tué aussitôt après.

Deux corps sanglants gisent dans les forêts d’Albanie.

On n’a pas retrouvé le Diadème.

Les choses sont irréparables.

Rowena s’écroule.

Elle ne verra pas le matin.

La statue meurt d’un cœur brisé, la grande enchanteresse meurt désenchantée.

Colère (Alicia Spinnet) by Calixto
Author's Notes:

On se rapproche lentement mais surement de la fin des prompts !

Prompt 25 : Ta reine

Ce texte est une suite/un parallèle du texte écrit pour le prompt 1 (Pénélope Deauclaire)

 

Mais tu voudrais qu'elle soit ta reine ce soir

Même si deux reines c'est pas trop accepté

(…)

Moi je crois aux histoires qui peuvent parfois

Bien se terminer

Angèle, « Ta reine »

Alicia a toujours été en colère. C’est une colère qui bouillonne infiniment dans son ventre, une colère toujours prête à s’embraser. Mais elle a appris vite à la taire.

Les filles ne doivent pas être en colère.

La colère est restée sous sa peau.

Alicia l’a transformée en chaleur, une chaleur qui flamboie, une chaleur pour toutes les autres. La chaleur dentelée de rage souterraine qu’elle donne à Katie, sa meilleure amie, hésitante et maladroite, Katie qui ne sait pas comment marcher droit. Dans le train qui les mène à Poudlard, Katie a amené dans le wagon où l’attendait Alicia un grand garçon blagueur, Lee, et surtout, une fille aux yeux féroces, Angelina. Avec surprise, Alicia a retrouvé chez Angelina la même chaleur qui l’habite, dans ses yeux, dans ses gestes presque brutaux, dans sa voix passionnée quand elle parle de Quidditch. Lentement, presque en transe, Alicia se renverse en arrière dans son siège, et écoute Angelina raconter ses ambitions pour le Quidditch à Poudlard. Lentement, un sourire se dessine sur les lèvres d’Alicia.

Angelina flamboie aussi, et elle n’en a ni peur ni honte. Dans son sillage, Alicia et Katie suivent, l’une ravie, l’autre doucement impressionnée. Angelina parle fort, Angelina s’impose partout, et c’est un peu terrifiant, et tellement exaltant. Le trio de filles rencontre ensuite les jumeaux Weasley, qui font rire toutes les secondes, et puis Olivier Dubois. Olivier, qui est leur porte d’entrée vers le Quidditch. Elles passent toutes trois les auditions, Angelina est aussitôt acceptée. Katie aussi. A Alicia, Olivier dit, ses yeux bruns sérieux, qu’elle a beaucoup de talent, et qu’il la veut en réserve. Elle reste en réserve, et elle attend son tour.

La colère d’Alicia remonte à la surface, des picotements oubliés, des brûlures désagréables. Les farces de ce stupide Peeves qui ont fait pleurer Katie. Les remarques coupantes et gratuites de leur professeur de potions. Les regards qui suivent Angelina quand elle parle, parce qu’elle a la peau foncée et la voix trop puissante. Les commentaires des Serpentard sur le Statut du sang. Alicia aussi a la peau foncée, et elle est Sang-Mêlé, et sa gorge la démange de parler, de crier.

Plus Alicia côtoie Angelina, plus sa colère ressurgit. Plus Alicia côtoie Katie, plus les bords tranchants de sa personnalité s’adoucissent. Katie lui rappelle qu’Alicia que son feu peut être de la chaleur, une chaleur calme et rassurante.

Sa troisième année, Alicia est enfin sortie de la réserve pour prendre le poste de Poursuiveuse. Sa troisième année, le fameux Harry Potter est arrivé à Poudlard, et Olivier a décidé de faire de lui leur Attrapeur. Après que le petit Potter soit arrivé, les choses ne sont plus les mêmes. Les tensions augmentent dans les couloirs du château. Sa quatrième année, la terreur envahit les rangs des élèves. Les Serpentards se pavanent, surtout l’insupportable Malefoy. Lorsqu’après un entrainement de Quidditch, Alicia l’entend traiter Hermione Granger de « Sang de bourbe », elle se met à hurler et si Katie ne l’avait pas retenue, oh, elle l’aurait frappé sans hésitation. Elle déteste les injustices, et depuis que Malefoy est entré dans l’équipe de Quidditch des Serpentards, les injustices se multiplient.

Les Cognards volent vers les joueurs, Harry est visé à plusieurs reprises par un Cognard fou. Même quand Olivier la prend à part pour lui promettre qu’il demandera une enquête, la colère est crue et sauvage, elle gronde. Et puis, son binôme de Potions, une Serdaigle presque toujours muette, est attaquée et se retrouve à l’infirmerie. Alicia apprend que Pénélope Deauclaire est une Née-Moldue. Alicia entend les rires moqueurs des Serpentards à l’annonce de son attaque. Alicia est furieuse.

La colère se mêle aux remous dans son ventre. Sa cinquième année n’est pas plus tranquille, entre les Détraqueurs qu’elle voudrait tous chasser elle-même, et les rumeurs noires qui chuchotent que Black rode près du château. En Potions, Alicia parle enfin à Pénélope Deauclaire. Pénélope a les yeux rouges de larmes. Apparemment, elle vient de rompre avec Percy Weasley. Alicia regarde ces yeux bleus tristes, pense qu’ils sont beaux. Elle n’y pense plus.

Elle y pense encore.

Sixième année, et Alicia est indignée. Le Tournoi est une idée stupide et dangereuse, Diggory a l’air d’un imbécile naïf, et par-dessus tout, pourquoi laisser Harry participer ? Il est trop jeune, a des yeux trop hantés, Alicia ne supporte plus, depuis qu’il est arrivé, de le voir aller droit devant le danger. Elle supporte encore moins les acclamations des Gryffondor.

Les remous dans son ventre se font plus forts et difficiles à étouffer. Lorsque Katie, les yeux écarquillés, vient lui raconter qu’elle a embrassé Olivier après un match, Alicia laisse son cœur se tordre. Apparemment, Katie pensait qu’Olivier était amoureux d’Alicia. Apparemment, Katie est la seule à ignorer que les yeux du capitaine de l’équipe de Quidditch de Gryffondor n’ont jamais été rivés que sur elle. Alicia essaye de ne pas se sentir en colère. Mais elle ne pense qu’à son béguin qu’elle a toujours su sans espoir, à Olivier hors de portée, elle pense au sourire mi-ravi mi-étonné de Katie, elle ferme les yeux, se laisse couler. Juste un peu.

Olivier n’était pas pour elle, il ne l’a jamais été.

Pour que la vie devienne encore plus confuse, Pénélope lui sourit à la bibliothèque, derrière ses piles de livres. Les remous, encore les remous. Elles parlent. Alicia découvre chez Pénélope une colère qui ressemble à la sienne, une colère en éveil. Contre une enfance sans amour. Contre les règles étouffantes des Serdaigle. Alicia sent tout ce qui déborde chez sa nouvelle amie, et sa propre colère lui réapprend la chaleur. Les mois passent comme des semaines, et soudain, la neige tombe sur Poudlard, et Pénélope a des flocons dans les cheveux. Le bal de Noël approche, Olivier a demandé à Katie, Angelina plaisante sur son futur cavalier alors que toute la salle commune sait qu’elle ira surement avec Fred Weasley. Alicia ne pense à rien.

Elle ne pense à rien non plus lorsqu’après le cours de Potions, Pénélope la retient pour parler. Ses yeux sont agités, ses lèvres nerveuses, ses mains parcourues de tics. Alicia ne comprend pas. Pénélope dit, semblant rassembler tout son courage :

- Alicia, je suis amoureuse de toi.

Alicia ne répond pas, naufragée, et Pénélope, mortifiée, a l’air de s’attendre à être frappée. Lorsqu’elle ouvre enfin la bouche, Pénélope recule comme si Alicia allait hurler. Alicia voudrait se sentir en colère, parce que Pénélope ne devrait pas avoir cette peur honteuse dans les yeux, mais elle n’arrive pas à ressentir autre chose que des flammes heureuses.

A son tour, elle rassemble tout son courage, elle oublie tout ce à quoi elle pensait – les regards, les regards, les regards- et elle demande à Pénélope :

- Pénélope, tu voudrais m’accompagner au Bal ?

Pénélope dit oui avec un rire qui ressemble à un sanglot. Alicia pense que ce soir, elles seront deux reines, et tant pis pour qui voudra regarder, tant pis pour qui voudra parler.

La colère s’écoule de sa peau.

Ce n’est plus le temps de la colère.

 

End Notes:

Merci d'avoir lu !

N'hésitez pas à laisser un mot :)

Foi (Emmeline Vance) by Calixto
Author's Notes:

Prompt 26 : Païennes

En italique : directement tiré du chapitre 2 du tome 6 (Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé)

 

Amélia est morte et Emmeline sait que son temps est compté. Elles étaient toutes deux des païennes. Elles vont mourir comme telles. Elle pense à Amélia, au courage gravé dans sa mâchoire dure, à son intransigeance, à son dos qui ne pliait jamais. Amélia cruellement assassinée dans une pièce fermée de l’intérieur. Amélia qui croyait à la justice.

Amélia qui était son amie.

Emmeline serre les dents. Elle a les dents usées depuis presque vingt ans.

Amélia est morte, et Emmeline est la suivante, et Emmeline n’abandonnera pas son poste. Elle colle sa joue à la fenêtre froide, dans un geste familier, et regarde la rue en face, cette rue qu’elle fixe depuis si longtemps. Devant le 10, Downing Street, elle veille.

Un frémissement derrière elle. Elle ne se retourne pas. Il n’y a qu’un homme qui peut franchir ces barrières magiques soigneusement érigées.

- Bonsoir, Mademoiselle Vance.

Emmeline se retourne pour croiser les yeux bleus perçants d’Albus Dumbledore. La première fois qu’elle a croisé ce regard extralucide, elle avait 11 ans, et dans les murs de Poudlard elle venait de connaitre une seconde naissance. Ce soir, elle croise ce regard pour la dernière fois, pour sa dernière naissance. Elle incline la tête.

Emmeline Vance s’est toujours battue en majesté. Enveloppée dans son châle vert, sa magie en fusion dans ses veines, Emmeline a encore la nuque droite, la tête haute.

-       Professeur Dumbledore, dit-elle doucement. Elle n’a jamais pu se résoudre à lui donner un autre titre. Elle se souvient de la première réunion de l’Ordre, ils étaient tous là, même les morts, James, Lily, Sirius, Amelia et Edgar, les autres, ils avaient tous les mêmes yeux intimidés. Ils l’avaient tous appelé Professeur Dumbledore.

Dumbledore a un air grave. Ces derniers temps, Dumbledore a l’air d’avoir vieilli de cent ans. Son dos s’est légèrement vouté. Emmeline l’a remarquée. Elle essaye de ne pas en avoir peur, elle essaye d’en être triste. Elle se demande comment elle a pu un jour croire que les yeux d’Albus Dumbledore étaient d’un bleu plein de vie. Elle le regarde maintenant, et dans ce bleu anormal, elle ne voit que la Mort.

- Ils vont arriver, souffle-t-il simplement.

Emmeline hoche la tête. Elle sait.

La position d’agent double de Severus Rogue est en danger, lui a dit brièvement Dumbledore après la mort d’Amélia. Voldemort veut plus d’informations. Il est insatisfait. Il a tué Amélia Bones lui-même, il a besoin d’une mort de plus. Severus Rogue doit lui offrir une mort, rappeler son allégeance. Rappeler enfin l’importance de sa place et des informations qu’il a à offrir.

Il faut quelqu’un de l’Ordre. Quelqu’un à vendre.

C’est tout ce qu’elle peut savoir. Dumbledore ne révèle pas ses plans ni les desseins de sa pensée. Son bleu est illisible.

Emmeline a accepté.

Elle fait partie de la liste des Mangemorts depuis tant d’années. Elle leur a toujours échappé.

Amélia est morte, elle va mourir aussi, elle va mourir pour la cause à laquelle elle a déjà dédié sa vie. Après tout, tant d’entre eux ont déjà offert leur vie à la cause.

Elle ne sait pas vraiment pourquoi elle va mourir, mais au fond, peu importe. Elle le sait quand même.

En entrant dans l’Ordre, elle a prêté serment à Dumbledore, et plus encore, elle lui a donné sa confiance.

Si aujourd’hui il dit que sa mort sera utile, alors sa mort sera utile.

- Très bien, Professeur Dumbledore.

Il n’y a pas d’autre réponse à donner.

 Un autre frémissement, et Dumbledore a disparu comme s’il n’était jamais venu.

Elle pense à Severus Rogue. Et puis elle n’y pense plus. Sa baguette s’agite presque imperceptiblement. Des failles apparaissent dans les sorts de protection.

Ils sont prêts à s’écrouler quand ils arrivent. Des cris de joie brutale, et les Mangemorts exultent de fracasser ses barrières pour entrer. Emmeline les regarde entrer. Encagoulés, baguettes à la main.

Elle se bat comme il faut, juste ce qu’il faut. Ils sont trois, l’écrasent, se saisissent d’elle.

Ils l’interrogent mais ils ne sont pas intéressés par ses réponses. D’ailleurs, elle ne répond pas. Non, ils sont là pour la tuer. Ils se lassent de la torturer.

Elle reconnait la voix de Rowle lorsqu’il beugle l’Avada.

Emmeline pense à Amélia.

Comme son amie, Emmeline croyait à la justice.

Elles étaient toutes les deux des païennes, elles vont mourir comme telles.

Elles étaient des païennes et elles avaient la foi.

 

Dans le noir, Severus Rogue parle à Bellatrix Lestrange.

« Le Seigneur des Ténèbres est satisfait des renseignements que je lui ai fournis au sujet de l’Ordre. Ils ont conduit, comme tu l’as peut-être deviné, à la capture et au meurtre d’Emmeline Vance et ont surement aidé à nous débarrasser de Sirius Black, bien que l’honneur te revienne de l’avoir achevé, je le reconnais volontiers. »

 

Deux temps (Bellatrix Lestrange, Molly Weasley) by Calixto
Author's Notes:

Prompt 27 : "Il n'y a que deux espèces d'êtres humains : ceux qui ont tué et ceux qui n'ont pas tué" Colette

 

Bellatrix Black, nouvel ornement au berceau.

Molly Prewett, nouveau-né adoré.

Ils auraient voulu un garçon.

Ils n’espéraient plus de fille.

Bellatrix Black, aînée de deux autres filles qui vont suivre. Elle va mener la file des malheureuses en colliers.

Molly Prewett, cadette de deux grands garçons. Elle suit leurs rires et leurs sourires.

Bellatrix, dans sa robe corsetée, le dos plié, une rage féroce sous les côtes.

Molly, robe légère égratignée aux genoux, qui court derrière ses frères.

Bellatrix et Andromeda aux visages jumeaux, et Narcissa qui sourit un peu trop, qu’on force à se taire. Elles dansent le ballet des convenances. Elles écoutent les rumeurs-poisons.

Molly au visage rond, Fabian et Gidéon se moquent de ses taches de rousseur. On les appelle au calme mais déjà les frères s’enfuient en riant quand leur sœur les poursuit avec une casserole comme arme de fortune. Le jardin est leur royaume. Ils dansent en désordre.

Bellatrix a la lettre dans les mains, le triomphe dans les yeux. La magie coule dans ses veines et la liberté l’appelle. Poudlard est un terrain de jeu qu’elle veut déjà ravager.

Molly a la lettre dans les mains, l’excitation dans les yeux. La magie picote le bout de ses doigts et elle va rejoindre Fabian et Gidéon. Poudlard sera une maison au feu crépitant.

Bellatrix domine les couloirs d’un pas arrogant. Elle est le garçon que son père attendait. Elle traine derrière elle une bande de jeunes garçons cruels. Tous prétendants, tous admirateurs. Elle les hait.

Molly se fait sage. Fabian et Gidéon prennent plus de lumière. On se moque de sa silhouette replète. Ça n’a pas d’importance. Molly a dans sa main celle du seul qui compte. Arthur Weasley lui sourit. Son prétendant, son admirateur. Elle l’aime.

Bellatrix sort du château auréolée d’épines. Elle s’est illustrée, elle a ravagé. Elle attend maintenant un but à sa rage. Il se présente sous la forme d’un homme, celui qui efface enfin la douleur du père. C’est un Lord qui ressemble au Messie. Bellatrix s’agenouille pour lui jurer allégeance. Sa rage attend de brûler.

Molly sort du château sous un voile fleuri. Elle se marie. Elle s’établit avec Arthur, elle prend son nom. Ses frères rient et sourient. Molly atteint son équilibre. Elle veut déjà une maison, des enfants pour la peupler. Elle s’endort dans la tiédeur.

Bellatrix tue. Hagarde, secouée de frissons, elle se penche sur un corps qu’elle vient de torturer puis d’achever. Elle apprend le gout du sang. L’affamée va se repaitre.

Molly donne la vie. Un bébé repose dans ses bras, il a déjà les cheveux roux de ses parents. Ils le regardent avec adoration. Ils en veulent déjà un autre.

Bellatrix tue, tue, tue encore.

Molly enfante, enfante, enfante encore.

Un amoncellement de cadavres. Des cris.

Cinq bébés. Des bruits.

Bellatrix est montée sur ces corps pour se faire couronner. Elle est la plus grande, la plus fidèle. Le Lord est content. Elle a supplanté tous les autres, tous ces hommes qu’elle hait toujours. Elle écrase la mémoire du père en accomplissant des choses qu’il n’a jamais rêvées. Elle se nourrit de sang. Elle a encore faim.

Molly est heureuse. Entourée de son mari, de Bill, Charlie et Percy, ses trois garçons. Les deux derniers venus viennent de naitre, ce sont des jumeaux tapageurs. Au dehors de leur maison au feu crépitant, l’orage gronde. On parle de guerre. Molly ne veut pas y penser. Elle ne veut penser qu’à ses bébés. Il n’y a rien de plus précieux à protéger. Lorsque Albus Dumbledore leur envoie, à elle et Arthur, une lettre mystérieuse, ils n’hésitent pas. Molly sait se battre, Fabian et Gidéon sont déjà prêts à s’engager, et elle n’abandonnera pas sa famille, son trésor. Molly, Arthur, Fabian et Gidéon jurent allégeance à l’Ordre du Phénix.

Bellatrix fait des cauchemars. Elle a l’obsession première de retrouver son double, ce visage jumeau qui la hante. Elle veut retrouver Andromeda, la traîtresse, elle veut la massacrer. Andromeda a eu une fille. Bellatrix veut les détruire.

Molly fait des cauchemars. Elle ne pense qu’à ses fils qui pleurent. Elle ne pense qu’à ses frères cessant de rire pour s’immobiliser à jamais. Elle ne pense qu’à Arthur effondré. La terreur la hante. Elle a peur de perdre tout ce qu’elle veut protéger.

Bellatrix exécute. Les membres de cet Ordre maudit tombent les uns après les autres. Elle caresse la Marque sur son bras. Ainsi, le Lord peut l’appeler à chaque instant, et Bellatrix sera son bras, sa main, sa guerrière vengeresse. La rage bleuit ses côtes.

Molly pleure. La vie s’évanouit, la Mort s’étend. Fabian et Gidéon, les intrépides, les téméraires, sont morts. Ses frères sont morts. Elle regarde ses petits Fred et George, les jumeaux qu’elle avait nommé ainsi en hommage à ces frères. Elle les regarde rire et elle pleure.

Le Ministère s’est ressaisi, les Aurors ont repris confiance sous la houlette de Barty Croupton Jr. Bellatrix n’en a que plus de haine, que plus de feu. Elle pourrait bien les tuer jusqu’au dernier, ceux qui s’opposent à Sa volonté. Le Lord n’est plus satisfait. Il cherche sans relâche un couple qui se cache, les Potter. Bellatrix ne peut pas le satisfaire, alors elle tue de désespoir.

Molly est entourée de morts. Après Fabian et Gidéon, tant de membres de l’Ordre ont été retrouvés immobiles. Molly veut encore se battre, se battre jusqu’au bout. Lily et James Potter se cachent. Lily est enceinte. Molly accouche d’un sixième garçon. Ron est un petit morceau de courage, la vie qui crie encore.

Les choses se précipitent. Bellatrix se sent perdre l’esprit. Une peur panique démonte ses os, la rend hystérique. Hors d’elle-même, elle ne sait plus distinguer la terreur de la fureur. Les menteurs. Ils disent que le Lord a disparu, qu’il est mort. Les menteurs. Bellatrix va tuer. Elle entraine avec elle son idiot de mari, son beau-frère, et d’autres imbéciles qui ont peur d’elle. Alice et Frank Londubat vont mourir.

Sous sa baguette, l’esprit des Londubat se détruit. Le sien aussi.

Molly est hagarde et incrédule. Arthur, échevelé, hors de lui, ne cesse de répéter que Vous-Savez-Qui est mort. Quand il arrive enfin à parler, Molly s’effondre. Les Potter sont morts, et Lui aussi. Entre deux sanglots, entourée de ses garçons effrayés, Molly pose la seule question qui compte :

- Et Harry ?

Harry est vivant. Molly enlace son mari, ses garçons, elle pense que la guerre est finie, elle pleure des larmes amères. Une main sur son ventre, elle pense à sa fille qui doit naitre très prochainement, sa fille qui naitra dans un monde en paix. Elle pleure pour sa famille. Enfin, elle pleure pour Harry Potter, qui n’en a plus.

Et maintenant, elles sont face à face, Molly qui a vieilli, Molly mère accomplie, et Bellatrix sortie d’Azkaban pour ravager encore. Molly prête à tout, Molly qui a vu sa Ginny menacée, son trésor de paix frôler la Mort, Bellatrix qui rit hystériquement, qui a tué la fille d’Andromeda et en jubile, qui veut tuer cette fille-là aussi.

Molly qui n’a jamais tué, Bellatrix qui a trop tué.

L’une tue l’autre.

 

Dame de coeur, Dame de pique (Kendra Dumbledore) by Calixto
Author's Notes:

Prompt 28 : Dame de coeur, Dame de pique

 

 

Kendra avait toujours marché seule. Même quand la main de Perceval s’était glissée dans la sienne, c’était toujours Kendra qu’on regardait, ça avait toujours été Kendra. Perceval était un blanc, un fils de vieille famille, et Kendra avait la peau mate et les pommettes hautes, et Kendra n’avait pas de nom. Et ce n’était pas Perceval qui devait se dresser, tête haute, c’était Kendra. Kendra savait marcher seule, et savait marcher droit. Eviter les regards et les murmures, haïr ce qui n'était pas la nature et les esprits, ce qui n’était pas le sang familial. Kendra hait tous ces gens qui parlent.

Kendra et Perceval entrent dans Terre-en-Lande pour s’y installer, et leurs mains sont serrées, et les jointures de Kendra sont blanches. Perceval tente de lui sourire, mais Perceval ne dit jamais rien, Perceval ne se dresse jamais. Kendra, elle, fait une barrière, une barrière de colère. Derrière sa silhouette sévère, sa robe à haut col, les enfants jettent des regards craintifs. Albus, l’aîné, a l’air ennuyé, Abelforth fronce les sourcils, et Ariana n’est qu’une frêle fillette qui traîne des pieds. Kendra attire tous les murmures et les regards des villageois, elle attire tout pour laisser ses enfants dans son ombre rassurante.

Terre-en-Lande est un village animé, rempli de familles sorcières. Un peu plus loin dans les collines, cependant, ce sont les villages moldus. Et parfois, ceux de là-bas viennent ici.

Tous les enfants jouent dans les mêmes lieux.

Ce jour-là, Ariana jouait avec ses frères dans les collines. Ce jour-là, Ariana, petite et curieuse Ariana, a couru plus loin, trop loin.

Ce jour-là a été la première et dernière fois que Perceval s’est dressé. Il est sorti de la maison dans une rage floue. Kendra est restée muette et effondrée, tête toujours droite au-dessus du corps de sa fille.

La seule, unique fois que Perceval s’est dressé, c’était pour les abandonner.

Il a fait payer les enfants-bourreaux, et il a payé à son tour. Les Aurors l’ont pris en annonçant à Kendra qu’elle ne reverrait plus jamais son mari.

Kendra le savait.

Kendra avait toujours marché seule.

La première fois qu’Ariana sort de la transe traumatique dans laquelle elle était plongée, de la fumée noire s’échappe de tous ses orifices, plonge et frappe. Kendra se jette devant ses garçons. Sa robe de soie est lacérée. Ariana se roule en boule et pleure. Toutes les fenêtres de la maison ont explosé.

Kendra peut déjà entendre les voisins s’agglutiner dehors. Kendra est fière, et Kendra hait les gens. Elle fera face seule.

Il est temps de déménager.

De toute façon, depuis que Perceval a été emmené comme un criminel, les fenêtres de la famille Dumbledore sont restées fermées.

Kendra et ses enfants entrent dans Godric’s Hollow pour s’y installer, et leurs mains sont serrées, et les jointures de Kendra sont blanches. Il fait nuit, et Ariana est cachée dans les jupes de sa mère, et les deux garçons sont silencieux. Albus a le visage fermé, comme toujours, parce que Kendra n'a jamais réussi à lire son fils. Elle sait juste qu’il a sa fierté féroce en miroir.

Et il a appris les mensonges sur ses genoux.

Les mensonges valent mieux que de baisser la tête.

 Abelforth fait des grimaces pour calmer l’angoisse d’Ariana. Abelforth est un bon garçon.

Kendra a choisi une maison à l’écart du village, et elle intime rapidement aux enfants de ne pas en sortir. Albus reste des journées entières avec ses livres, collé à la fenêtre du jardin. Il rêve de s’échapper.

Kendra n’a d’yeux que pour Ariana. Sa précieuse petite fille, à qui elle voulait apprendre à compter les étoiles, à écouter les esprits, à retrouver les traditions de la magie de sa tribu. Ce n’est pas parce que Kendra et sa famille ont depuis longtemps quitté les terres de leurs ancêtres pour un autre continent, qu’elle a oublié les histoires. Mais Ariana n’écoute plus les histoires, Ariana ne fait que trembler. Kendra tient la tête de la fillette, elle caresse ses cheveux, elle chante. Elle chante jusqu’à ce qu’Ariana s’endorme et s’apaise.

Le monstre en Ariana continue de sortir et d’attaquer, et Kendra s’assure toujours que sa fille et elle sont dans la cave quand ces moments arrivent. Et Kendra chante.

Ses beaux cheveux noirs virent au gris.

Kendra marche seule. Elle s’est jurée que leur famille ne s’écroulerait pas.

Elle sait bien ce que les villageois disent. Les villageois parlent toujours. Ils disent qu’elle maltraite sa fille, qu’elle l’enferme, qu’elle la cache. Ils disent qu’elle est folle, qu’elle est arrogante. Ils disent que son mari est un meurtrier.

Elle ne baisse pas la tête. Elle refuse toute aide, toute visite, même celle de la vieille voisine Bathilda. Si elle accepte de l’aide, ils voudront prendre Ariana, l’emmener et l’étudier comme un phénomène, comme un monstre. Ariana n’est pas un monstre. Rien de cela n’est de sa faute. Si elle accepte de l’aide, un jour, ils visiteront pendant une crise d’Ariana, et il y aura des blessés. C’est la mission de Kendra, c’est sa tâche, de s’offrir aux griffes de ce qui déchire son enfant. Nul autre ne doit s’interposer.

Personne ne prendra Ariana.

C’est ce qu’elle a répété à Albus et Abelforth, ils n’ont pas de sœur, personne ne doit savoir.

Personne ne prendra Ariana.

Seul le mensonge les sauvera.

Kendra vieillit. Son dos fort fatigue, de se courber toute la journée pour protéger Ariana, ses mains vacillent maintenant, et sa voix est épuisée. Elle chante toujours. Elle sourit à Ariana, elle lui dit

- Tu es mon bébé. Tu ne pourras jamais, jamais, jamais me blesser.

C’est un mensonge dit comme la plus pure des vérités.

Une nouvelle fois, la dernière fois, Ariana sombre dans la terreur. Tout devient noir. Kendra marche seule. Elle s’offre.

Les griffes la lacèrent.

Kendra pense à Albus, à Abelforth. Elle pense que la famille va s’effondrer, qu’elle a échoué à les préserver.

Kendra pense à Ariana.

Elle prie les esprits.

Le noir l’enveloppe.

Enfin, toujours, Kendra marche seule.

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