L'influence des Ténèbres by Sig
Summary:

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Lorsque Louis, un jeune étudiant moldu passionné de lithothérapie, pratique son habituel voyage astral, il découvre alors qu’il est un sorcier par la plus étrange des manières : son corps apparaît dans le bureau d’Albus Dumbledore. 

 

 

Intrigués par ses capacités hors du commun, et surtout dans l’incapacité de le renvoyer dans le monde des moldus à cause de l’importante signature magique qu’il a malencontreusement laissée derrière lui, le corps professoral de Poudlard se voit obligé d'intégrer le jeune homme à l’école des sorciers afin de le protéger de Lord Voldemort, et pourquoi pas, d’en faire un atout pour l’Ordre du Phénix. 

 

 

Cependant, Louis Gray a-t-il vraiment besoin d’être protégé ? 

 


Car le jeune homme de vingt-trois ans manie la magie noire comme personne, et c’est à Severus Rogue, mangemort et espion, d’empêcher le Seigneur des Ténèbres de le découvrir. 

 

Mais c’est sans compter l’amitié naissante entre Louis et Drago…  

 


Categories: Epoque de Harry Characters: Albus Dumbledore, Personnage original (OC), Severus Rogue
Genres: Amitié, Angoisse/Suspense, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 6 Completed: Non Word count: 14429 Read: 723 Published: 01/06/2022 Updated: 20/10/2022

1. Chapitre 1 : Le Portail by Sig

2. Chapitre 2 : Sorcellerie et pierres by Sig

3. Chapitre 3 : Métamorphose et Serpentard by Sig

4. Chapitre 4 : La Salle sur Demande by Sig

5. Chapitre 5 : Magie Noire by Sig

6. Chapitre 6 : Mangemorts by Sig

Chapitre 1 : Le Portail by Sig

Quelques jours avant la rentrée de septembre, après le procès de Harry pour avoir utilisé le charme du Patronus contre les Détraqueurs. 


“C’est vraiment passionnant.”

 

Ron poussa un profond soupir, alors qu’Hermione s’installait devant Arthur Weasley, ses grands yeux bruns scintillants d’intérêt. 

 

“Je n’en avais jamais entendu parler jusqu’à maintenant, acquiesça Arthur avec enthousiasme, mais j’avoue que si c’est le cas, peut-être que cela intéresserait le Ministère de la Magie. 

 

-Vous ne pensez pas qu’ils seraient déjà au courant ? intervint Harry depuis l’autre bout de la table. 

 

Le quartier général de l’Ordre du Phénix était vide de ses occupants, à cette heure tardive de la nuit, et seuls la famille Weasley, Sirius Black et Harry Potter logeaient au 12, Square Grimmaurd. 

 

“Peut-être, admit le vieux rouquin. Mais j’en aurais sûrement entendu parler, ne serait-ce qu’une fois.”

 

Hermione pinça les lèvres, en pleine réflexion. 

 

“Après, fit Ron en haussant les épaules, ce n’est pas comme si les moldus n’étaient pas fascinés par la magie. Ils seraient capables de s'auto-persuader qu’ils sont des sorciers.

 

-On ne parle pas des voyants et autres arnaqueurs, Ronald, répliqua la jeune fille. 

 

-Oui, là c’est une autre histoire, reprit le patriarche. Ces moldus sont réellement capables de voir l’avenir et de tirer les cartes, en entraînant seulement leur esprit, c’est… tout bonnement stupéfiant.”

 

Harry fronça les sourcils, alors qu’il se penchait vers la discussion. 

 

“Mais ça a été prouvé ? demanda-t-il, honnêtement curieux. 

 

-Oui, répondit Hermione. C’est ça le plus étrange.”


Plusieurs jours plus tard, dans la banlieue londonienne. 


Un jeune homme mince, grand, aux cheveux noirs ondulés attachés en un chignon négligé, ses yeux bleus pâles fixés sur la lettre qu’il tenait sous son long nez droit, fronçait les sourcils en parcourant l’écriture de ses parents. 

Un manque d’argent, encore et toujours. Parfois, il se demandait s’ils s’attendaient à ce qu’il leur envoie des paniers repas. La pensée le fit sourire : il imaginait la grimace de sa mère à l’idée de recevoir de la pitié de son propre fils. Mais irrémédiablement, c’est ce qu’il ressentait, car il ne se passait pas deux semaines sans qu’un courrier rempli de plaintes ne vienne séjourner sur sa table basse bringuebalante. 

 

“Gray, Louis ! appela la voix du professeur de sciences. 

 

-Présent, lança-t-il en glissant la missive dans sa sacoche. 

 

Avec un soupir résigné, il sortit un Bic et son carnet de notes. 


Le cours de sciences était le dernier de cette journée pluvieuse de septembre, et ce fut avec un certain soulagement que Louis sortit de l’université. Il pressa le pas sous la pluie battante, le parapluie presque vissé sur le crâne tant il détestait avoir ses cheveux humides, et arriva en quelques minutes à son petit logement au dernier étage d’un immeuble décrépi. Sa porte d’entrée claqua derrière lui, alors qu’il lançait son sauveur en toile noire dans un coin du hall, voué à l’abandon jusqu’au lendemain matin. 

Il défit ses chaussures de ville avec un certain empressement puis, avec un soupir de satisfaction, il se laissa tomber sur le grand lit double qui trônait dans la pièce unique qui lui servait de chambre, cuisine et salon. 

Ce soir, il ferait un rituel, songea-t-il en fixant le plafond blanc duquel la peinture commençait à s’effriter. Il en avait déjà fait auparavant, mais jamais pour quelque chose d’aussi précis que l’argent. Au fond de lui, son instinct lui soufflait de ne pas souhaiter de bien matériel, car ce genre de souhait était superflu. Mais aujourd’hui, il pensait au bien de ses parents. Il n’avait pas besoin d’un rituel pour de l’argent -il se débrouillait plutôt bien avec ce qu’il avait mis de côté ces dernières années-, mais sa famille, elle, pouvait vraiment en avoir besoin. Et Louis était loin d’être un jeune homme égoïste : s’il pouvait aider, il le ferait. 

Néanmoins, s’il voulait être efficace, il devait se préparer, tant mentalement que physiquement. Cela signifiait donc, un repas bien chaud et une longue séance de méditation. Il aurait besoin de toute sa concentration, et sa pierre en sélénite ne serait pas de trop. 

Une fois vêtu de sa tenue cérémonielle, une longue robe noire cintrée à la taille sur un pantalon en tissu léger, il s’installa devant le petit autel qu’il avait mis en place sur la table de la cuisine. Le costume n’avait pas d’utilité réelle, pensa-t-il en passant ses mains sur la surface rugueuse, mais il l’aidait à s’imprégner de l’énergie qu’il tentait de manipuler. Énergie qui, grimaça-t-il en se retournant, n’avait pas sa légèreté habituelle. Il se leva avec lassitude, parcourant des yeux la petite pièce de vie. De tous les endroits, les défunts et les entités passaient leur temps à lui rendre visite, à croire qu’il tenait un salon de thé. Il leva ses deux mains devant lui, et s’avança avec précaution. L’air glissait entre ses longs doigts pâles, léger et frais, jusqu’à ce que Louis sente cette sensation : quelque chose de lourd, épais, chaud et électrique appuyait sur ses mains. Il parcourut la silhouette qu’il devinait avec lenteur, déterminant exactement son emplacement, ses mouvements, sa stature, et surtout, s’il devait la craindre ou la congédier gentiment. Bien que Louis sache qu’il ne fallait pas se fier aux apparences paisibles de certaines entités, il y avait des détails chez les défunts que même l’esprit le plus malicieux du bas astral ne pouvait imiter. Les esprits inhumains étaient chaotiques, leur forme constamment en mouvement, même lorsqu’ils se cachaient, ils étaient semblables aux flammes d’un puissant brasier. Un homme, comme celui qui faisait face à Louis, était fait d’une énergie stable, lisse, et bien que le jeune homme puisse sentir les émotions se déchaîner -colère, peur, angoisse, confusion-, ces émotions restaient ancrées dans la forme humanoïde. 

Il se racla la gorge, inspira profondément, concentrant l’entièreté de ses pensées sur l’entité. 

 

“Bonjour, murmura-t-il. 

 

Il attendit quelques secondes, mais le défunt ne sembla pas faire cas de sa présence. Louis soupira. Parfois, certains morts étaient ouverts au contact, et c’était rapide de les faire partir. Néanmoins, bien qu’il sache qu’il serait fatigué après un tel mode de communication, il ferma les yeux. 

Son esprit était noir, ses pensées reléguées à l’arrière, et tout son être était barricadé derrière de lourdes portes cadenassées. Le défunt ne fut pas difficile à inviter : c’était un homme d’âge mûr, décédé il y a de çà quelques heures dans un violent accident de la route, et son esprit cartésien était de ce fait extrêmement malléable. Louis le poussa à entrer dans son propre esprit puis, une fois la forme angoissée immobile dans l’espace sombre, il reprit le dialogue. 

 

“Bonjour.”

 

L’homme sursauta, au soulagement de Louis. Bien qu’il soit expérimenté, il avait toujours cette crainte qu’un jour, il fasse entrer quelque chose d’autre dans sa tête. 

 

“Je suis Louis, comment vous appelez-vous ? 

 

-Stefan.”

 

La voix désincarnée était hésitante. 

 

“Stefan, savez-vous où vous êtes, ce qu’il s’est passé ?”

 

Une nouvelle vague d’effroi, de désespoir. 

 

“Je suis mort.”

 

Louis déglutit. 

 

“Oui. Avez-vous pu saluer vos proches une dernière fois avant de venir à moi ?”

 

L’angoisse laissa place à un sentiment de culpabilité, un sentiment habituel pour ceux qui laissaient une famille entière derrière eux. 

 

“Oui, chuchota la voix. Vous allez m’envoyer au…” Il sembla chercher ses mots. “Au Ciel ?”

 

Louis se permit un sourire, bien que l’entité ne puisse pas le voir. 

 

“Non, ce n’est pas à moi de le faire. Je vais vous rediriger vers une personne qui vous aidera et vous accompagnera. 

 

-Un ange ?

 

-Un passeur d’âmes.

 

-Oh.”

 

Il était évident que Stefan ne connaissait pas les passeurs d’âmes, mais les explications de Louis semblaient faire effet. Il y avait une once de confiance, de curiosité qui reléguaient la précédente panique au second plan. 

 

“Ce que je vais faire, c’est ouvrir une porte. Vous la passerez, puis vous vous dirigerez en suivant votre instinct. Vous serez amené vers un passeur d’âmes, qui vous prendra en charge.

 

-Je comprends.

 

-Bien, je vais ouvrir cette porte, préparez-vous.”

 

Il y eut une hésitation. Le défunt avait l’air de vouloir poser une question, et Louis l’enjoigna à le faire en cessant ses mouvements. 

 

“Qu’êtes-vous, si vous n’êtes pas un passeur d’âmes ?

 

-Pour être honnête avec vous, Stefan, je ne sais pas.” Louis eut un rire amusé. “Parfois, les défunts se présentent chez moi, perdus et paniqués, alors j’essaie de les aider du mieux que je peux.

 

-Je ne savais même pas que j’étais chez vous…

 

-C’est normal, votre esprit est à la recherche d’une aide, et j’étais le plus proche. Il n’y a pas de mal à ça.

 

-Il n’empêche que je dois monopoliser votre soirée avec mes soucis de fantôme, plaisanta Stefan. 

 

Louis sourit, une pointe de tristesse dans son expression invisible de l’entité. Il faillit confier à l’homme que s’il ne s’occupait pas de lui, il resterait coincé dans son salon durant l’éternité, mais ce n’était pas une chose agréable à entendre. 

 

“Ne vous inquiétez pas, se contenta-t-il de répondre. Aider les gens n’est jamais une perte de temps.”

 

Il vit la forme du fantôme scintiller de reconnaissance. Même décédé, un humain était toujours capable d’amour, songea Louis alors qu’il ouvrait la porte lumineuse. 

Le fantôme se dirigea prudemment vers le passage, et alors qu’il passait le porche, il lança un honnête et chaleureux : 

 

“Merci !”

 

Puis son esprit redevint silencieux. Avec un long soupir épuisé, Louis rouvrit les yeux sur son studio miteux et étroit. Il frissonna de froid, et son esprit était engourdi. Les mains tremblantes, il saisit une large bougie blanche et l’alluma. 

Quelques minutes plus tard, la chaleur et la pureté de la flamme l’avait entièrement réchauffé, et bien qu’il zieuta son lit avec envie, il avait un rituel à effectuer qui ne pourrait pas attendre le lendemain.

Il prit le temps de nettoyer correctement la pièce des énergies parasites, puis la protégea, comme à son habitude. Il installa au sol une large couverture d’un rouge profond bordé d’or, y déposa un plateau simple en argent puis disposa les différentes pierres, plumes, plantes séchées dont il aurait besoin, ainsi qu’un petit flacon dans lequel il enfermerait ses intentions pour sa famille. 

Il s’installa confortablement en tailleur, posa sa bougie blanche en sécurité -loin du tapis, au cas où un incendie serait l’invité surprise de la soirée- et ferma ses paupières. Il prit une profonde inspiration, et débuta une méditation qui lui permettrait d’atteindre un niveau de concentration nécessaire pour le rituel. 

Cela faisait maintenant une dizaine de minutes qu’il s’était déconnecté de son corps, quand il entendit un grand souffle sur sa droite. Louis fronça les sourcils, intrigué. C’était étrange, surtout qu’à présent le son s’intensifiait. Il ouvrit les yeux avec précaution, et aperçut alors une sorte de porte ronde, semblable à celles qu’il invoquait pour libérer les défunts. Il pencha la tête, perplexe : il se doutait qu’il était en plein voyage astral, son esprit s’évadant de son corps matériel pour explorer d’autres horizons, mais il n’avait jamais expérimenté quelque chose d’aussi réel. Néanmoins, Louis était un jeune homme extrêmement curieux. Il se leva, enjamba la bougie qui s’était d’ailleurs éteinte, remarqua-t-il avec un haussement de sourcils, puis fit face au portail. Il ne pouvait pas voir ce qu’il se passait de l’autre côté, mais ses sens affutés ne détectaient rien de malfaisant. 

Ainsi, il s’enfonça dans la barrière d’énergie, avant de… tomber à quatre pattes sur un sol de pierre froide. 

Il redressa la tête, apercevant une imposante table en bois, et sur sa gauche, une série de marches menaient à un grand bureau luxueux. Tout autour, des tableaux étaient accrochés, représentant des hommes et des femmes en plein sommeil. 

Vraiment étrange, songea Louis en se remettant sur ses pieds. C’était trop palpable, trop concret. Quelque chose clochait. Il ne flottait pas dans les airs, et son corps était plus présent que jamais. Son sang battait à ses oreilles, son souffle s’accélérait. Qu’avait-il fait ? Il tenta de se pincer, plusieurs fois. Mais rien n’y fit, et en bonus, la peau de sa main gauche prit une jolie teinte rouge.

 

“Bonsoir ?”

 

Louis lâcha un cri lorsqu’il aperçut un vieil homme, vêtu d’une robe et portant une barbe aussi longue que le Magicien Gris de sa trilogie fantastique préférée avec des nains et des elfes. 

 

“Je…heu…, s’étrangla-t-il en reculant avant de s’écraser contre la bibliothèque. 

 

La bibliothèque qu’il touchait, qu’il sentait entre ses mains

 

“Ce n’est pas possible ! s’exclama-t-il finalement en saisissant à pleine main un livre laissé sur le rebord de l’étagère. 

 

Ses yeux bleus s’attardèrent sur le titre, et son cœur rata un battement. 

La sorcellerie à travers les âges : les baguettes et l’intention.

 

“Je ne sais pas ce que vous considérez comme impossible, mon garçon, mais s'il-vous-plaît, prenez place un instant.”

 

Le vieil homme indiquait les deux fauteuils autour d’une table basse, dans l’autre coin du bureau, et Louis, la main crispée sur le livre, écarquilla les yeux de surprise. 

 

“C’est une…

 

-Une baguette.”

 

Le vieil homme leva le long bâton pâle devant lui, mais ses yeux perçants, ne clignant pas au-dessus de ses lunettes en demi-lune, étaient curieux, et loin d’être menaçants. Louis pouvait sentir la puissance émaner du vieillard, et cette baguette n’avait rien d’une branche taillée ordinaire. Il poussa un long soupir destiné à l’empêcher de paniquer plus qu’il ne le faisait déjà. 

Faire le vide, protéger, éloigner. Fermer les portes, fermer le cadenas. Garder la clé, loin. Respirer. 

Louis reposa méthodiquement l’ouvrage, et se dirigea vers le siège, suivi par l’homme à la barbe blanche. 

 

“Je suis Albus Dumbledore, directeur de l’école de sorcellerie Poudlard.”

 

Cette simple phrase déclencha une vague d’interrogations, et il eut du mal à diriger ses pensées pour rester sur l’essentiel. Pourquoi, comment, par où repartir. 

 

“Je m’appelle Louis Gray, je suis étudiant à Londres. Pourquoi suis-je arrivé ici ? Comment ? Avez-vous perturbé mon voyage astral ?”

 

Les sourcils d’Albus Dumbledore étaient montés haut sur son front ridé. 

 

“Un moldu, chuchota-t-il, effaré.

 

-Un quoi ? répéta Louis en fronçant les sourcils. 

 

Le directeur se pencha en avant, et plongea ses yeux bleus électriques dans ceux, presque gris de Louis. Le jeune homme ressentit alors une poussée dans son esprit, qui le fit sourire, bien que la situation soit plus que critique. Personne n’entrait dans sa tête sans qu’il ne l’invite. 

 

“Ce n’est pas très courtois, de fouiller l’esprit d’un inconnu, fit-il poliment remarquer.

 

Dumbledore l’observa avec une véritable surprise dans le regard, puis un sourire amusé étira ses lèvres. 

 

“Bien, je m’excuse.”

 

Louis hocha la tête, acceptant le mot. 

 

“Donc, qu’est-ce qu’un moldu ? Pouvez-vous m’expliquer ce qu’il se passe ?”

 

Le ton de Louis avait radicalement changé, et bien qu’il se maîtrisait, sa peur refaisait surface. 

 

“Je pense qu’il serait plus simple que je vous montre, répondit le directeur de Poudlard en pointant sa baguette sur Louis.

 

-Que faites-vous ? demanda le jeune homme, mal à l’aise. 

 

-Rien de néfaste, je vous assure.”

 

Dumbledore se concentra, puis prononça avec une voix plus grave : 

 

“Memorias in te.”

 

Louis vit alors un flash blanc jaillir de la baguette et converger droit vers son front. Puis, une dizaine de secondes plus tard, il s’écroula du fauteuil. 

La sorcellerie.

La sorcellerie existait. 

Louis haletait. Il avait l’impression que son cœur allait lâcher. 

Il revoyait les images que le directeur lui avait montré : les balais volants, les potions, les duels de magie, les créatures… Il y avait tant de choses. 

Ses yeux étaient humides. 

Il laissa échapper un rire, un bruit qui sembla fou même à ses propres oreilles. 

“M.Gray, vous allez bien ? s’inquiéta le vieux sorcier. 

-Ça existe, balbutia-t-il. Ça existe.

Chapitre 2 : Sorcellerie et pierres by Sig

“Vous ne pouvez pas faire ça, insista Severus Rogue.

 

-Albus, c’est un moldu, acquiesça Minerva McGonagall. 

 

-Il pratique la sorcellerie, Minerva, répliqua le directeur en fronçant les sourcils. 

 

Louis, quant à lui, se tenait à l’écart. Albus Dumbledore avait convoqué certains professeurs de l’école pour s’entretenir avec eux, et sa présence semblait plus que malvenue. Néanmoins, le directeur était convaincu de ses capacités, depuis que Louis lui avait donné accès à certains de ses souvenirs. 

Mais à présent, Severus Rogue, un grand homme mince, aux cheveux noirs mi-longs et habillé d’une longue robe aussi sombre et agrémentée d’une cape deux fois plus large, le fixait d’un regard méfiant. La vieille sorcière à ses côtés, à l’air sévère et vêtue d’une robe à motifs écossais, semblait plutôt exaspérée par le comportement de son supérieur.

 

“Severus, il connaît l’Occlumencie, ajouta Dumbledore. 

 

-Alors ce n’est pas un moldu et il vous ment depuis le début, cracha Rogue.

 

-Me pensez-vous incapable de déceler la tromperie ?” 

 

Le ton du vieux sorcier était basse, et il fallait être un imbécile pour ne pas entendre l'avertissement sous-jacent. Mais le professeur Rogue maniait tout aussi bien les mots : 

 

“Je vous pense naïf, directeur. Quand on sait que le Seigneur des Ténèbres est de retour, se permettre d’accepter un parfait inconnu dans l’enceinte de l’école est, selon moi, un acte totalement irresponsable.

 

-Ce garçon est doté d’une magie que je n’ai jamais vu auparavant, répondit Dumbledore en renonçant à relever l’irrespect du professeur. Il pourrait nous être utile. 

 

-Lui avez-vous demandé ? intervint le professeur McGonagall d’un ton égal. 

 

Au vu des regards qui la dévisagèrent, elle fit un geste vers Louis, agacée. 

 

“Avez-vous demandé à ce garçon si spécial s’il souhaite ou non nous aider ? répéta-t-elle. 

 

-Je ne sais pas comment retourner chez moi, j’imagine que je n’ai pas le choix, grimaça Louis. 

 

-Nous pouvons toujours lui jeter un sort d’Oubliette et le ramener là d’où il vient, proposa le Maître des Potions.

 

Mais Dumbledore secoua la tête négativement.

 

“Le portail qu’a ouvert M.Gray pour parvenir à mon bureau était très puissant. Il aura laissé une signature magique, et si Voldemort entend parler d’un tel pouvoir…” Ses yeux bleus perçant se posèrent un bref instant sur Severus. “Louis Gray doit rester à Poudlard. Sa survie en dépend.

 

-Bien, c’est réglé, déclara sèchement Minerva. 

 

-Oui et non, protesta Rogue en lui lançant un regard noir. C’est un moldu, et avec le Ministère de la Magie qui s'immisce à Poudlard, nous ne pouvons pas le cacher. 

 

-Alors vous suggérez de le former tel un élève sorcier ?

 

-Je pense, répondit Severus en pesant ses mots, que c’est le moyen le plus sûr, pour nous comme pour lui. La question est, bien qu’il soit capable d’une forme de sorcellerie,” Le mépris suintait à ces mots, et Louis se surprit à lui souhaiter de trébucher dans sa cape trop longue. “peut-il manier une baguette ?”

 

Le regard de Dumbledore scintilla, alors qu’il se redressait. 

 

“C’est une excellente question, Severus. Et je suis en tout point d’accord avec votre proposition, aussi je vous laisserai la tâche de tester ses capacités ainsi que de lui fournir le matériel nécessaire de première année.”

 

Le professeur Rogue avait l’air d’avoir avalé un citron entier, qui arracha un sourire à peine dissimulé à sa collègue. Louis aurait préféré la compagnie du vieux directeur, mais ce dernier s’éloignait déjà en direction de son bureau, et enfilait une lourde cape de voyage. 

 

“Directeur, peut-être serait-il plus sage que…, Severus s’interrompit au signe de main de Dumbledore. 

 

-Vous êtes le mieux placé pour cette tâche, déclara le directeur. 

 

-Et pourquoi cela ? 

 

-Ne préféreriez-vous pas avoir un oeil sur un potentiel ennemi ?”

 

Le professeur plissa les yeux, agacé d’avoir été aussi bien cerné par le vieil homme. 

 

“Très bien, siffla-t-il. Louis Gray, c’est votre nom ?”

 

Louis croisa le regard froid de l’homme, et acquiesça. Tandis que Rogue faisait demi-tour dans un mouvement de cape théâtral, le jeune homme en profita pour adresser un signe de tête au directeur. Bien qu’il n’ait pas réellement envie de suivre l’énergie angoissante du professeur de potions, il voulait remercier son aîné pour la protection qu’il voulait lui accorder. Grâce aux souvenirs qu’ils avaient partagé, l’un comme l’autre connaissait le monde de chacun, et Voldemort, tel que Dumbledore le lui avait présenté -un sorcier puissant, maléfique, sans âme- n’était pas une menace à prendre à la légère. Les démons et la magie noire semblaient ridicules à côté, songea-t-il en esquissant un sourire. 


Severus les avait menés à l’extérieur de ce qui semblait être un château en guise d’école, et marchait d’un pas rapide vers les hautes grilles qui marquaient la délimitation du parc. 

 

“Où allons-nous ? questionna Louis, ses jambes aussi longues que celles du professeur lui permettant de ne pas se faire distancer. 

 

Severus lui lança un coup d’oeil agacé puis, alors qu’ils passaient le portail, déclara :

 

“Vous fournir une baguette, si tant est que vous soyez capable d’en manier une.

 

-Pourquoi est-ce si important de manier une baguette ? répliqua Louis en imitant le ton méprisant du professeur. 

 

Le regard qu’il reçut en retour aurait par ailleurs réduit au silence n’importe quel adolescent. Mais Louis n’était plus intimidé par les mauvais caractères depuis longtemps : il se contenta donc de rendre son regard au professeur Rogue avec, en bonus, un haussement de sourcils interrogateurs.

 

“D’une telle insolence, siffla l’homme, vous allez finir à Gryffondor.

 

-Est-ce une insulte, professeur Rogue ? Ça ne répond pas à ma question.” 

 

Louis fut récompensé par un roulement d’yeux exaspérés. 

 

“Chaque sorcier, quelle que soit sa puissance, possède une baguette, et sait effectuer les sorts de base. 

 

-Et vous pensez que je saurais m’en servir.”

 

Severus l’observa un instant, son regard noir impassible. 

 

“C’est possible, murmura-t-il. Quel âge avez-vous ? 

 

-Dix neuf ans. 

 

-Alors vous ne pourrez pas suivre les cours de première année, vous feriez tâche parmis des enfants de onze ans.”

 

Louis ne put qu’acquiescer. Il n’était plus en âge d’être au lycée, mais il pourrait sûrement se fondre avec les plus vieux, s’il rasait sa barbe de trois jours et détachait ses cheveux. Bien que l’idée d’enlever son chignon si confortable dans sa nuque le rebutait totalement. Peut-être pourrait-il faire l’impasse ?

Ses pensées furent interrompues par le bras vêtu de noir que présenta Rogue devant lui. 

 

“Prenez mon bras.”

 

Louis fronça les sourcils. 

 

“Pour l’amour de Merlin…, grogna Severus avant de saisir l’épaule du jeune homme.

 

Et Louis dut cligner des yeux plusieurs fois avant de récupérer son équilibre. 

 

“Je viens de nous faire transplaner, l’informa le professeur avant qu’il n’ait pu l’interroger. C’est un mode de transport.

 

-Je vois.”

 

Ils étaient dans une petite ruelle pavée, le long de laquelle plusieurs magasins étaient encore allumés, et quelques bars étaient encore plein à craquer. Il n’était probablement pas si tard, peut-être aux environs de vingt deux heures. Même s’il avait l’impression qu’un mois s’était passé depuis qu’il avait posé son parapluie dans le hall de son appartement. 

Severus les mena jusqu’à l’un des bars, puis ils s’installèrent sur l’une des tables branlantes à l’extérieur.

 

“Qu’est-ce que je vous sers, mes p’tites sorcières ? hurla une large dame au décolleté échancré. 

 

-Bière, whisky, sans alcool ? demanda Severus à Louis.

 

Le jeune haussa les épaules. Il n’était pas difficile. 

 

“Deux whisky, déclara Rogue. 

 

-Deux Pur Feu pour la six !”

 

Sur ces mots, la serveuse se détourna et continua à prendre les commandes des autres clients. 

 

“Je reviens, fit le professeur en se levant. Mieux vaut qu’on ne me voit pas en votre compagnie chez Ollivander à cette heure tardive.”

 

Louis acquiesça sans un mot. Il n’était pas en terrain conquis, ici, et il était submergé. Il y avait un grand nombre d’énergies dans cette rue, il lui semblait même que les vibrations des sorciers étaient deux fois plus fortes que celles d’un homme lambda. Ces vagues puissantes le crispaient, épuisant son cerveau déjà fatigué par les événements.

 

“Et voici, déclara la serveuse en plaçant devant lui et la chaise vide de Rogue deux verres de whisky. 

 

-Merci.”

 

Il fut gratifié d’un large sourire chaleureux, puis il dut lâcher sa respiration qu’il avait bloquée dans sa gorge. L’énergie des sorciers était vraiment puissante. Dire qu’il n’était pas habitué était un euphémisme. 

Les mains à plat sur la texture collante et mal lavée de la table en vieux bois, il tenta de faire le vide dans ses pensées. Mais malheureusement, il fut interrompu par le raclement de la chaise, annonçant le retour du potionniste. Il grimaça sans même ouvrir les yeux. 

 

“Un problème ? demanda la voix doucereuse. 

 

Louis secoua la tête, plongeant son visage dans ses longs doigts osseux. 

 

“Vos énergies…, murmura-t-il. C’est chaotique.”

 

Severus le dévisagea, impassible. Devant lui, il avait déposé un petit sac en toile qui contenait quelques longues boîtes.

 

“Chaotique ? répéta-t-il.

 

Bien que son ton laissait entendre un pur dédain, Louis y décelait une pointe de curiosité. Les vibrations du professeur lui étaient bien moins hostiles, aussi, alors il prit la peine de formuler une réponse compréhensible. 

 

“Les vibrations des sorciers sont plus puissantes et plus envahissantes que celles d’un homme normal. J’ai du mal à m’y habituer.

 

-Vous ressentez les vibrations qui émanent de nous ? Comment ? 

 

-C’est une aura, une sorte de sentiment énergétique qui vous représente. Par exemple, la vôtre est lourde, sombre, mais chaleureuse et ronde : je sais que je peux me fier à vous mais je ne dois pas envahir votre sphère privée.”

 

Severus plissa les yeux, les lèvres pincées.

 

“Et vous pouvez deviner n’importe quelle personne de cette manière ?”

 

Louis réfléchit un instant. 

 

“Oui, qu’elle soit morte ou vivante. Mais les animaux sont plus difficiles à comprendre, c’est un peu aléatoire.

 

-Un animal n’est pas une personne, fit remarquer Rogue, un brin moqueur. 

 

-Vous seriez surpris, répliqua Louis avec un sourire entendu. Que m’avez-vous apporté ?”

 

Severus sortit devant lui plusieurs écrins, tous de cuir noir, très simplistes. 

 

“Ollivander, le fabricant de baguettes, m’a proposé quelques baguettes en se fiant à la description que je lui ai faite de vous."

 

Au regard que Louis lui lança, le professeur soupira. 

 

“Je vous ai décrit objectivement, je ne tiens pas à faire exploser Poudlard, merci bien.”

 

Cette fois, la remarque fit rire le jeune homme.

 

“Y a-t-il une règle, un rituel précis à respecter pour choisir ?”

 

Severus haussa les épaules. 

 

“Comme le disent les fabricants, “C’est la baguette qui choisit son sorcier.”, déclara-t-il en prenant une gorgée de whisky.

 

Louis acquiesça silencieusement. Il plaça sa main gauche -celle qu’il utilisait pour le tirage des cartes d’oracle-, et la laissa s’imprégner des différentes vibrations qui émanaient des boîtes. 

Les énergies étaient subtiles, s’enroulaient autour de sa main, palpitaient contre sa paume, toutes d’une intensité et d’une manière tellement distincte qu’elles en devenaient incomparables. Jusqu’à ce que ses doigts passent sur la dernière, à sa droite. Il ressentit un courant électrique se diffuser dans son bras à la vitesse de la lumière, et l’écrin se mit à scintiller comme s’il était recouvert de milliers d’étoiles. 

 

“Et bien, je n’étais pas certain que ça marcherait, fit remarquer Rogue, qui avait gardé le silence tout du long. 

 

-C’est surprenant, souffla Louis. 

 

Il ouvrit délicatement la boite, et en sortit le long bout de bois, d’un noir ébène d’une simplicité déconcertante. Seule une élégante épaisseur fondue dans la baguette indiquait le manche, d’une douceur et d’une chaleur que Louis n’avait jamais ressentie en touchant un objet. La baguette se calait parfaitement dans sa paume, comme si elle y avait toujours été, et le jeune homme ne put empêcher un sourire béat de s’étaler sur son visage. Severus ricana, puis rangea le reste des boîtes inutilisées dans le petit sac. 

 

“Demain, un emploi du temps vous sera fourni. Comme je vous l’ai dit, il serait maladroit de vous placer dans une classe de premières années, alors je pense que vous ferez partie d’une maison et aurez des cours particuliers avec chacun des enseignants. Je m’entretiendrai avec eux à ce propos.”

 

Louis hocha la tête. Il replaça la baguette avec précaution et referma l’écrin.

 

“Où vais-je dormir ?

 

-Sûrement dans l’un des appartements privés libres, réservé normalement aux professeurs.

 

-Et ensuite, je devrais habiter avec les autres élèves ? 

 

-Exactement. Vous n’êtes en aucun cas autorisé à retourner dans ces appartements, et vous devrez vous fondre parmi les autres enfants.

 

-Parfait, soupira Louis. 

 

Sur ces mots, il avala le reste de sa boisson alcoolisée, savourant la brûlure chaude et familière -le jeune homme, bien que solitaire, n’était pas étranger aux soirées étudiantes-. Il n’aimait pas l’idée, et n’avait de toute manière jamais aimé les internats. Sa façon de vivre était trop étrange, trop calme et trop spirituelle pour qu’un groupe d’adolescents de dix sept ans puisse comprendre son besoin de paix. Il pourrait dire adieu à ses longues séances de méditation, et sentait déjà qu’il aurait besoin de cacher ses pierres… Ses pierres ! 

 

“Ah, merde ! s’exclama-t-il en palpant ses poches. 

 

Heureusement, il avait pensé à glisser sa précieuse sélénite, son petit cristal de roche, et sa tourmaline. Mais le reste était bien au chaud, à Londres. 

 

“Qu’est-ce que c’est ?”

 

La voix de Severus fit relever le visage de Louis, qui observait les trois pierres dans la paume de sa main d’un air profondément malheureux. 

 

“Tourmaline, sélénite, cristal de roche, répondit-il en les montrant tour à tour au professeur. 

 

-Ah, les fameux accessoires de magie moldue, ricana l’homme en croisant les bras. 

 

-Accessoires ?”

 

Le ton faussement innocent du jeune homme mettait au défi le sorcier de répéter son affront. 

 

“Il n’y a pas une once de magie dans vos cailloux, M.Gray.”

 

Louis acquiesça lentement, prenant une grande inspiration. Laisser voir son irritation ne ferait qu’accroître le mépris du professeur. Ainsi, il expliqua d’un ton calme : 

 

“Chaque pierre a une énergie, et des propriétés qui lui sont propres. Nous sommes plus ou moins enclin à les ressentir.”

 

Severus haussa les sourcils, visiblement peu convaincu. Néanmoins, il tendit la main en avant, paume vers le haut. Il attendait manifestement que Louis lui confie l’une de ses précieuses pierres. Le jeune homme pinça les lèvres : l’énergie du professeur allait les salir, mais tant pis, il pourrait toujours les nettoyer après coup. 

 

“Une pierre ne se prête pas, car lorsqu’elle appartient à quelqu’un, elle s’adapte à son propriétaire, indiqua-t-il en déposant son cristal de roche dans la main tendue. 

 

Severus se contenta d’acquiescer, alors qu’il refermait ses doigts sur la surface froide, aux angles pointus, dont la transparence était parfois parcourue d’éclairs argentés. 

L’homme la tourna plusieurs fois entre ses longs doigts, l’étudiant, l’analysant de son regard aussi sombre qu’une obsidienne. Il finit par la tenir entre ses deux mains, et ferma ses yeux, une intense concentration crispant ses traits pâles. 

Louis approuvait : le sorcier avait, malgré sa première réaction de rejet, fait preuve de curiosité. C’était le premier pas, et cela lui suffisait amplement. 

 

“Il y a effectivement quelque chose, déclara soudainement Rogue. 

 

Il libéra le cristal, et le tendit à Louis. 

 

“C’est différent de la sorcellerie traditionnelle, c’est évident, continua-t-il. Je ne saurais parler de magie, mais je ne peux que remarquer cette…

 

-Cette vibration. Vous êtes sensible à ce que le cristal dégage, décrivez-moi ce que vous ressentez.”

 

Severus faillit l’envoyer sur les roses, mais le regard gris-bleu intelligent, serein, et loin d’être immature et enfantin, lui rappela que Louis Gray n’était pas un étudiant. Qu’il était capable de tenir une conversation, qu’il était curieux et respectueux, qu’il était loin, mais alors à des années-lumières de ce que pouvait être un adolescent de Poudlard. 

 

“Je dirais que c’est subtil, mais sauvage et brut.” 

 

Louis acquiesça, enjoignant le professeur à continuer. 

 

“Cela part de la main, du poignet, remonte jusqu’à la tête. Un peu comme de la magie sans baguette… Ce qui en est, en fin de compte.”

 

Severus releva les yeux sur Louis, un intérêt certain dans son regard sombre. 

 

“J’aimerais étudier ceci. Vous viendrez à mon bureau demain soir, après le dîner."

 

Le jeune homme sourit.

 

“C’est noté.”

 

Chapitre 3 : Métamorphose et Serpentard by Sig

Les pas de Louis résonnaient dans l’immense couloir, alors qu’il se pressait pour son premier cours. Sa cape flottait derrière lui, et sa cravate était noire, en attente des couleurs de sa future maison. 

L’appartement privé avait été vraiment confortable, et le moelleux du lit lui manquait déjà. Il n’était pas très enthousiaste à l’idée de dormir dans un internat dans la soirée. 

Mais à l’instant précis, son souci était tout autre : il devait trouver la salle de Métamorphose. 

Vaguement indiquée sur une carte illisible, il savait qu’elle était très éloignée du bureau de la nouvelle professeure de Défense Contre les Forces du Mal. Mais il n’avait aucune autre information, à part l’étage où le bureau du professeur de Métamorphose se trouvait. C’était d’ailleurs l’endroit où il se dirigeait, n’ayant pas de meilleure alternative. 

Ses pieds, chaussés de souliers brillants qui étaient -étrangement, mais sûrement magiquement- à sa taille, claquaient sur le sol de pierre. Il ralentit un instant devant deux double-portes en bois massif, qu’il reconnut comme étant la fameuse Grande Salle. Il ne put qu’être en accord avec la description de son parchemin : majestueuse, grande, magnifique. Mais vide de toute personne pouvant lui indiquer le chemin, et bien qu’il ait une heure d’avance, il savait qu’il ne pouvait s’attarder plus longtemps, il avait une salle de classe à trouver dans un château gigantesque et enchanté. 

Il descendit une volée d’escaliers puis, au détour d’un couloir, il aperçut deux silhouettes. 

 

“Tu es nouveau ? l’appela le grand blond avec un froncement de sourcils. 

 

Louis ne répondit pas immédiatement. Il rejoignit les deux adolescents, pressant le pas. 

 

“Je cherche la salle de Métamorphose, fit-il d’un ton ennuyé. 

 

La jeune fille qui accompagnait son interlocuteur pinça les lèvres, alors que son regard noisette se posait sur sa cravate noir. Leurs propres uniformes arboraient les couleurs jaunes et noires. 

 

“Comment peux-tu avoir un cours sans avoir de maison ? demanda-t-elle, intriguée.

 

Louis grimaça. 

 

“Aucune idée. On m’a seulement demandé de rejoindre la classe du professeur McGonagall.”

 

L’adolescent, aussi blond que sa camarade, acquiesça. 

 

“Je suis le préfet de Poufsouffle, Ernie Macmillan. 

 

-Et je suis Hannah Abbot, préfète de Poufsouffle aussi.”

 

Leurs insignes brillaient sur leurs capes. Louis hocha la tête. 

 

“Louis Gray. Je ne connais pas encore grand-chose de Poudlard, je vous avoue.”

 

Bien que le directeur lui ait confié quelques éléments importants de l’école, le principe des maisons, des classes, les uniformes, le château de Poudlard, il n’avait guère plus d’informations. 

 

“On va t’amener au professeur McGonagall, si tu veux.”

 

Les sourcils de Louis s’arquèrent de surprise. 

 

“Mais vous n’avez pas cours ?”

 

Ernie lui adressa un sourire bienveillant. 

 

“Non, pas ce matin. On a du temps. Sauf si tu préfères te débrouiller seul ?”

 

Louis sembla peser le pour et le contre, mais la perspective de se lier d’amitié avec des sorciers le fit accepter rapidement. 

Ainsi, les trois élèves commencèrent à arpenter les longs couloirs de Poudlard. 

 

“Tu commences à quelle heure ?

 

-Dix heures, répondit distraitement Louis, alors que son regard s’accrochait à un tableau en mouvement. 

 

-Pas besoin de se presser, dans ce cas.

 

-Pourquoi, c’est à côté ? 

 

-A quelques couloirs, tout dépendra des escaliers. Mais pas à plus d’un quart d’heure, répliqua Hannah avec un sourire. 

 

-Alors, tu viens d’où ?”

 

Louis lui lança un coup d'œil, peu certain de sa réponse. Mais rien dans l’aura qui entourait les deux adolescents permettait de douter d’eux. Ils étaient doux et chaleureux, quoique le jeune homme un peu ambitieux, et l’adolescente très scolaire. Mais il ne décelait aucune intention malveillante.

 

“Je viens de Londres, déclara-t-il. Il y a eu un retard avec ma magie, alors le professeur Dumbledore a décidé qu’il valait mieux que je rattrape mes lacunes. 

 

-Mieux vaut tard que jamais, remarqua Ernie. 

 

-C’est vrai. Tu as une maison de prédilection ? continua Hannah. 

 

Louis haussa les épaules. Dumbledore ne lui avait pas mentionné quoique ce soit sur les maisons de Poudlard, mis à part leurs noms. 

 

“Je te verrai bien à Gryffondor. 

 

-C’est sûr que c’est un Serdaigle, Ernie, tous les bruns aux yeux bleus y sont.

 

-Avec un peu de chance, il sera dans notre maison ! On t’aidera volontiers, d’ailleurs, fit le jeune homme en lui adressant un regard chaleureux. 

 

Louis acquiesça : il espérait vraiment vivre avec eux. Leur énergie lui plaisait, et leur bienveillance n’était pas pour lui déplaire. Il se ferait un plaisir de leur montrer les rituels de chance, d’amour et de paix qu’il connaissait dès qu’il en aurait l’occasion. 

 

“Tant que tu n’es pas à Serpentard, tout ira bien, confia la jeune fille tandis qu’ils arrivaient devant une porte en bois sculptée. 

 

-Pourquoi ? 

 

-Ces gens-là sont mauvais, ils n’aiment rien d’autre qu’eux-mêmes.

 

-Oh. J’espère que je serai avec vous, dans ce cas, fit honnêtement Louis. 

 

-On espère aussi !”

 

Sur ces mots, Hannah et Ernie le laissèrent devant la salle de Métamorphose. Il lui restait à présent un bon quart d’heure à tuer. Et il espérait de tout coeur ne pas être à Serpentard, car il appréciait déjà la compagnie des deux préfets de Poufsouffle. 

 

 

Minerva McGonagall l’attendait, un chapeau rabougri posé sur son bureau. Son regard sévère le détailla, tandis qu’il fermait la porte derrière lui, seul son dans la salle de classe déserte. 

 

“Bonjour, salua-t-il avec une once d’hésitation. 

 

Bien que la veille il n’ait eu peu de mal à comprendre et apprivoiser le sombre professeur de potions, la femme qui lui faisait face était tout autre chose. Sa stature, sa puissance et sa justesse le laissaient pantois, et il savait au fond de lui que bien qu’il ne soit pas un adolescent, il lui devait du respect. 

 

“M.Gray. Vous avez réussi à trouver la salle sans trop de difficulté, je vois. 

 

-J’ai croisé les préfets de Poufsouffle, madame, qui m’ont aimablement guidé. 

 

-Très bien. Cinq points pour Poufsouffle, dans ce cas.”

 

Sans laisser le temps à Louis de l’interroger, elle fit le tour de son bureau et saisit le vieux couvre-chef, qui s’était animé. 

 

“Venez, M.Gray, et asseyez-vous. Nous allons procéder à votre Répartition. Vous serez réparti dans l’une des quatre maisons de Poudlard, en fonction de vos qualités, grâce au Choixpeau que je poserai sur votre tête.”

 

Louis s’exécuta, et une fois installé, il sentit le poids de la coiffe sur ses cheveux.

 

“Bien…, commença le chapeau. Je vois beaucoup de qualités, et surtout, une maîtrise de soi importante. Tu n’as pas peur des autres, n’est-ce pas ? Tu es intelligent, débrouillard, tu serais à ta place à Serdaigle. Mais cette maison ne t'apporterait rien que tu ne saches déjà… 

 

-Gryffondor ? avança Louis, curieux. 

 

Le Choixpeau ricana. 

 

“Tu as le courage de son fondateur. Mais non… Gryffondor n’est pas une maison qui te correspondrait, non, mon garçon, je pensais à Poufsouffle.”

 

Le cœur de Louis s’emballa. Il se voyait déjà avec Hannah et Ernie, partageant un thé au bord du lac qu’il avait aperçu à travers les hautes fenêtres, leur montrant les propriétés de la sauge, de l’encens pontifical et de la lavande… 

 

“Poufsouffle aurait été ta maison, et si tu avais eu douze ans, je  t’y aurais envoyé sans hésitation. Mais aujourd’hui, une seule t’amènera sur un chemin que tu n’as jamais envisagé.”

 

Louis déglutit. 

 

“Serpentard ! s’exclama le Choixpeau, avant de reprendre son aspect inerte. 

 

Le regard de Minerva McGonagall s’était considérablement assombri, tandis que l’uniforme de Louis prenait des couleurs vertes et argentées. 

 

“Bien, prenez place au premier rang, indiqua la vieille femme d’un ton sec. 

 

Louis s’exécuta. Il avait l’impression que son cœur avait sombré dans sa poitrine, avant même qu’il n’apprenne quoique ce soit sur la maison Serpentard. 

 

 


Cela faisait à présent une bonne demie-heure que le cours de Métamorphose avait commencé, et Louis refusait obstinément de se prêter à l’exercice. Le professeur McGonagall avait déposé devant lui un rongeur brun, après lui avoir enseigné le mouvement de baguette, le nom et l’origine de la formule, ainsi que l’intention du sort, elle lui proposait l’exercice pratique.

 

“Ce n’est qu’un rat, M.Gray.

 

-Ce rat est un être vivant, répliqua le jeune homme, tandis que de sa main gauche, il s’appliquait à rassurer le petit animal effrayé. 

 

-Il ne sentira rien, et je m’engage à lui faire retrouver sa forme dès que vous aurez pratiqué votre sortilège, soupira Minerva, sa patience à bout. 

 

-Professeur, asséna-t-il, je ne pratiquerai aucune sorte de maltraitance sur un animal.

 

-Mais vous auriez dû être réparti à Poufsouffle, par Merlin ! s’exclama la professeure, exaspérée. 

 

-J’aurais dû, effectivement, grogna-t-il. 

 

McGonagall le jaugea un instant, avant de reprendre l’animal. A la place, elle lâcha un bol en terre cuite sur la table dans un tintement bruyant. 

 

“Transformez ceci en un verre à pied.”

 

Louis, reconnaissant l’effort de la professeure, lui adressa un signe de tête, puis se concentra. 

 

“Veraverto.”

 

Puis, dans une lumière étincelante, un joli verre en cristal avait remplacé le bol. Minerva prit le verre entre ses mains fines, le tourna, puis son regard perçant croisa celui du jeune homme. Elle hocha la tête, satisfaite. 

 

“C’est excellent, M.Gray. Vous faites gagner vos premiers points à votre maison : dix points pour Serpentard.”

 

Louis ne put retenir un sourire, fier de son premier sort. Oh, il avait hâte de pratiquer, d’apprendre plus encore. 

 


Il était midi lorsque le jeune homme aux longs cheveux noirs attachés en un chignon émergea de la salle de classe de Métamorphose. Il descendit les escaliers qu’il avait empruntés à l’aller avec les préfets de Poufsouffle, et entra dans la Grande Salle. 

Il hésita. 

Hannah Abbot et Ernie Macmillan prenaient leur repas du midi sur la table à sa gauche, mais les élèves de sa maison, les Serpentards aux couleurs vertes et argentées, étaient installés à l’opposé. 

 

“Serpentard ? murmura une voix familière. 

 

Derrière lui, Severus Rogue venait de le rejoindre, ses yeux noirs posés sur son uniforme aux couleurs des serpents. 

 

“Il semblerait, répondit-il avec un haussement d’épaules. 

 

-Vous serez heureux d’apprendre que j’en suis le directeur, dans ce cas. Suivez-moi, je vous prie, que je vous présente à vos nouveaux camarades.”

 

Le Maître des Potions semblait assez satisfait, sûrement parce qu’il pourrait avoir un œil sur lui, songea Louis. Le jeune homme le suivit, tandis que Severus s’arrêtait devant un adolescent aux cheveux si blonds qu’ils étaient presque blancs, installé aux côtés d’une grande brune. 

 

“Voici les préfets de Serpentard, M.Malefoy et Miss Parkinson, déclara Rogue. 

 

Puis, lorsque les deux adolescents se furent retournés, dardant des regards perplexe sur Louis, il reprit : 

 

“Louis Gray est un nouvel élève à Poudlard, faites en sorte qu’il soit bien intégré. 

 

-Bien sûr, professeur, répondit Drago en faisant une place à Louis à sa droite, entre Goyle et lui-même. 

 

Rogue acquiesça, veilla à ce que Louis s’installe, puis prit la direction de la longue table réservée aux enseignants. 

 

“Alors, Gray, c’est ça ?”

 

Louis plongea son regard dans celui, froid comme la glace, du blond. 

 

“Malefoy, salua-t-il en tendant la main. 

 

-Sang pur, sang mêlé ? demanda Drago en serrant la poigne qu’on lui tendait. 

 

-Né moldu, répondit Louis d’un air désintéressé.

 

Drago haussa les sourcils, visiblement surpris. 

 

“C’est rare, à Serpentard, remarqua-t-il. 

 

-On ne choisit pas sa famille, répliqua-t-il, sentant que son affiliation moldue allait peut-être poser problème. 

 

Mais sa phrase fit mouche, car le blond pinça les lèvres. 

 

“Tout à fait d'accord, soupira-t-il.

 

Le repas se révéla passionnant pour Louis, car il s’avérait que Drago connaissait beaucoup de choses, et beaucoup de monde. Tandis que le préfet de Serpentard s’éloignait dans le couloir pour rejoindre son cours de Potions, Louis se retrouvait à présent avec bon nombre d’informations en tête. Il avait parfaitement compris la haine que le jeune homme vouait à Harry Potter, l’admiration sans faille pour Severus Rogue, qui était en fait son parrain, le mépris qu’il ressentait pour Dumbledore, et son agacement certain pour le reste de Poudlard. Drago Malefoy semblait être un adolescent riche, hautain, sous la pression de son père, qu’il avait mentionné rapidement avec un léger froncement de sourcils. 

Mais c’était son aura qui avait fasciné Louis. 

 

C’était une énergie emplie d’angoisse, de peur, mais de droiture et de loyauté. Il brillait de fierté pour sa famille, d’amour pour ses amis, mais il y avait autre chose. Quelque chose qui l’avait intrigué. Une vibration calme, qui ondulait tout autour, d’une tessiture aussi douce que du velours, mais froide aussi, glaciale et remplie d’une puissance qu’il n’avait jamais connue. Il ne pouvait déterminer si c’était une bonne ou mauvaise énergie, et ce fait poussait sa curiosité.

 

Chapitre 4 : La Salle sur Demande by Sig

Louis descendait la volée de marches qui menaient aux cachots, là où se trouvait la classe de Potions ainsi que le bureau du professeur Rogue. Il avait passé l’après-midi en classe de Botanique en compagnie du professeur Chourave, qui s’était avérée être une femme charmante. Après lui avoir enseigné les bases de la botanique dans le monde des sorciers, ils avaient échangé sur les propriétés magiques de la sauge, son rapport avec le monde des morts et le voile qui s’affinait à l’incinération de la plante : Pomona Chourave en avait entendu parler, mais cependant, comme les fantômes existaient réellement à Poudlard, elle n’avait jamais creusé plus loin le sujet. Louis, quant à lui, avait récupéré un ouvrage qui recensait toutes les plantes magiques, que la professeure lui avait vivement conseillé d’étudier afin de rattraper ses lacunes. 

Arrivé devant la lourde porte de bois, au milieu du long couloir de pierre, Louis fit une pause. Sa main gauche plongea dans la poche de son pantalon, attrapant le cristal de roche. Quelque chose suintait, une vibration lourde, collante, se glissait dans l’interstice entre le battant et les dalles, venait lécher le bas de sa robe de sorcier. A la manière de tentacules, la chose s’enroulait autour de ses jambes, sans jamais le toucher, effleurant le tissu, glissant à quelques millimètres de ses doigts crispés. Immobile, Louis n’osait esquisser de mouvement. Il pinça les lèvres, tandis qu’un pli soucieux apparaissait sur son front. 

Cette énergie, c’était celle qu’il avait ressenti auprès de Drago. 

Mais ici, elle avait une complexité, une tessiture, une apparence, comme si elle était complète, presque à son apogée. Il déglutit, alors que la vibration terminait sa course près de son visage. Elle le recouvrait, l’entourait, à présent. Mais, songea-t-il en se concentrant sur elle, il ne ressentait pas l’âcreté d’un taux vibratoire faible, propre au monde du bas astral. 

Non, c’était doux, étrange, attirant. La curiosité le fit lever la main, et au moment où le bout de son index s’apprêtait à effleurer l’énergie, la porte s’ouvrit brusquement, révélant un Severus Rogue au regard suspicieux. 

 

“Vous comptiez planter une tente devant mon bureau, Gray ?”

 

Louis le dévisagea, essayant de remettre de l’ordre dans ses idées. Il n’y avait plus aucune trace de la chose, elle s’était comme volatilisée. 

 

“Il y a un grand nombre de perturbations énergétiques dans ce château, grinça Louis en guise de réponse. 

 

-C’est un château magique, évidemment qu’il y a des perturbations, ricana Rogue en s’écartant pour le faire entrer. 

 

Les étagères du bureau débordaient de fioles, créatures figées et autres ingrédients étranges, éclairées par la lueur des bougies et lampes posées çà et là. Deux larges fauteuils à oreilles en cuir noir étaient installés autour d’une table ronde de bois massif, un ensemble qui avait l’air d’avoir traversé les âges. Sur le bureau, une pile de parchemins parfaitement alignés attendaient, surmontés d’une plume noire et d’un pot d’encre rouge. Sûrement des devoirs prêts à être corrigés, songea Louis. 

Et, contre toute attente, une collection d’une dizaine de petites pierres brutes, toutes différentes, scintillaient sur leur carré de tissu vert émeraude. 

 

“Prenez place, indiqua le professeur en s’installant dans l’un des fauteuils. 

 

-Elles sont magnifiques, murmura Louis en s’asseyant à son tour, le regard fixé sur les pierres. 

Rogue eut un sourire narquois. 

 

“Evidemment, puisque je suis allé les chercher à leur source. Rien de plus pur.”

 

Le jeune homme se tourna vers lui, sincèrement admiratif et, même s’il ne l’avouerait pas au professeur, très touché.

 

“Vous avez très bien fait. Prélever une pierre directement soi-même est la meilleure façon de profiter de ses propriétés.

 

-C’est un fait qui s’applique dans la fabrication des potions. Les ingrédients fonctionnent souvent mieux lorsque le sorcier lui-même se charge de les collecter, informa le Maître des Potions. 

 

Louis acquiesça. 

 

“J’aimerais que vous m’expliquiez les différentes propriétés de ces échantillons, continua Rogue en fixant Louis d’un regard insistant. Par la suite, je compte mener des recherches sur les applications de ces pierres dans les sortilèges et les potions. 

 

-Ce serait un honneur, répondit Louis avec un sourire. 

 

C’était la première fois que la lithothérapie était autant prise au sérieux, alors il ferait tout pour que le sombre professeur puisse trouver une utilité à tout ceci. 

 

“Parfait. Commencez, indiqua Rogue en saisissant une plume ainsi qu’un rouleau de parchemin. 

 

Contenant tant bien que mal son excitation, Louis saisit la première pierre, d’un jaune doux et riche, semblable à du miel. 

 

“Celle-ci est une citrine, commença-t-il sous le regard attentif de Severus.

 

La présentation de chacune des pierres -il y en avait huit au total- prit environ deux bonnes heures. Louis était éreinté, car il avait dû citer toutes ses connaissances : l’homme ne laissait rien au hasard, chaque détail comptait. 

Tandis qu’un silence assidu s’installait dans le bureau, et que Severus relisait ses notes en griffonnant de temps à autres, Louis se laissa choir au fond du fauteuil. Il aurait apprécié une infusion, ou même un verre d’eau, mais ça n’était pas dans ses habitudes de solliciter un hôte. Mais de toute manière il était tard, l’homme allait sûrement le renvoyer -il devrait d’ailleurs lui demander comment trouver la salle commune de Serpentard avant de partir-. 

Puis, il y eut de nouveau cette énergie. Cette vibration dans la pièce. Louis haleta. Elle était si forte… 

 

“Gray ? demanda le professeur, un sourcil haussé. 

 

-C’est revenu, s’émerveilla le jeune homme. 

 

-Qu’est-ce qui est revenu ?”

 

Les yeux gris-bleu de Louis fixaient quelque chose dans les airs, une forme invisible qui semblait se mouvoir lentement, tranquillement autour de Rogue. 

C’est alors qu’il y eut quelques coups frappés à la porte du bureau, suivi du visage à la barbe blanche d’Albus Dumbledore. 

Il n’y avait plus la moindre trace d'énergie. 

 

“Ah, Severus, je suis heureux de voir que vous vous intéressez aux capacités de Louis.”

 

Rogue jeta un regard illisible au jeune homme, ses yeux sombres plissés d’incompréhension. Il fronça les sourcils, avant de se tourner vers le directeur. 

 

“Les pierres ont des propriétés auxquelles je n’avais jamais songé, et M.Gray ici présent est suffisamment instruit et respectueux pour partager son savoir, répondit-il simplement. 

 

Les orbes bleues du vieux sorcier se mirent à scintiller, tandis qu’il entrait dans la pièce. 

 

“Vous pouvez vous sentir honoré, Louis. Il est rare que Severus s’intéresse à d'autres disciplines que la sienne.

 

-Monsieur le directeur, vouliez-vous me parler ? siffla Rogue, changeant de sujet avec habileté. 

 

-En fait, oui.” 

 

Il lança un regard perçant à Louis, avant de reprendre : 

 

“La salle commune des Serpentard se trouve au bout du couloir, Drago Malefoy vous y attend.

 

-Merci, monsieur, acquiesça Louis avec un certain soulagement. 


"Donc tu donnes des cours à mon parrain ? s'exclama Drago en s'arrêtant devant un pan de mur suintant d'humidité.

 

Louis acquiesça. Il avait répondu patiemment aux questions pressantes de l'adolescent, qui le regardait avec un respect nouveau. A priori, bénéficier de la considération du Maître des Potions était plus que rare. 

 

"Ambition, lança le blond.

 

Une porte apparut, que la main fine de Drago poussa, découvrant la salle commune de Serpentard.

Ce qui frappa Louis en premier, ce fut les hautes fenêtres qui diffusaient une lueur émeraude et bleue sur l'ensemble de la pièce. Une série d'escaliers descendaient jusqu'à la salle commune qui, au premier regard, semblait sombre et peu accueillante. Mais le jeune préfet, d'un coup de baguette, fit s'allumer quelques bougeoirs sur la table basse, tandis qu'un feu ronflant grandissait dans l'imposante cheminée sur sa gauche. 

 

"J'évite tout contact avec les sang-de-bourbe, lança le blond sans se retourner, mais puisque le professeur Rogue traite avec toi, alors je ne vois pas pourquoi je ne le ferai pas." 

 

Au lieu de s'installer dans l'un des larges canapés qui trônait au milieu de la salle commune, il lui préféra les deux fauteuils de cuir noirs tout au fond, près d'une fenêtre. Une table basse les séparaient, surmontés d'une lampe ronde ainsi qu'un nécessaire d'écriture abandonné sur le côté. 

 

"Tu peux m'appeler Drago, déclara l'adolescent.

 

-Et tu peux m'appeler Louis, répondit le jeune homme en s'asseyant.

 

Un mouvement attrapa soudainement son regard : une petite forme venait de passer le long de la fenêtre. Louis fronça les sourcils, cherchant l'origine, avant d'être coupé par le ricanement de Drago.

 

"La salle commune de Serpentard est située sous le lac, et ce que tu vois, c'est une tortue. Parfois, on peut même apercevoir le calmar géant."

 

Bien que le ton hautain du jeune homme aurait pu hérisser n'importe qui d'autre, Louis le comprit comme une simple manière de s'exprimer. Le jeune Malefoy avait sûrement été élevé dans l'optique de mépriser l'ignorance et la faiblesse. 

 

"Tu es un sang pur, je suppose  ? demanda Louis.

 

C'était une question sincère. Il ne comprenait pas l'importance des origines. Selon lui, seules les aptitudes et les actes faisaient la valeur d'une personne. Mais c'était un mode de pensée moldu, il le comprit très rapidement lorsque Drago lui expliqua -avec une véritable fierté- les origines de sa famille. 

Bien que le mépris et la suffisance du préfet furent plus que désagréables, Louis se rendit rapidement compte que, comme il l'avait deviné, c'était sa manière de s'exprimer. Drago aimait parler, et peut être que le fait qu'il soit plus âgé, pris au sérieux par le Directeur de Serpentard, et qu'il ne soit pas un danger pour la réputation aristocratique des Malefoy faisaient que l'adolescent se sentait en sécurité. Pourtant, songea Louis, ils ne se connaissaient que depuis le déjeuner.


Louis observait l’étrange professeure habillée tout de rose. Ses petits yeux mauvais papillonnaient, alors que le jeune homme haussait les sourcils, peu enclin à laisser la victoire à cette plaisanterie qui servait d’enseignante. 

 

“Je maintiens mes dires, madame, répliqua-t-il d’une voix calme et forte. 

 

Autour de lui, les élèves de Serpentard s’agitèrent. Certains l’enjoignaient à abandonner, à s’aplatir. 

 

“Votre nom ? grinça la voix suraigue de la petite femme aux allures de crapaud. 

 

-Il est sur votre liste, professeur.”

 

Le mépris était léger, l’insolence presque grotesque. Cela lui valut un regard admiratif d’un groupe de Gryffondor. 

 

“Très bien, siffla-t-elle.

 

Ses talons claquèrent sur le sol de la salle de Défense Contre les Forces du Mal, alors qu’elle se dirigeait vers la liste des élèves. Elle la parcourut du bout d’un doigt boudiné, ses lèvres minces pincées en une ligne mécontente. 

 

“M.Gray, c’est cela ? Vous aurez une retenue, ce soir, à vingt heures. Sortez, à présent.”

 

Un sourire passa sur les lèvres du jeune homme, tandis qu’il saisissait son sac qui n’avait même pas été ouvert.

 

“Sachez que je n’apprécie pas l’insolence.” 

 

Sa remarque doucereuse fut interrompue par le claquement de la porte qui se refermait sur l’élève de Serpentard. 

Libéré de l’insupportable professeur Dolores Ombrage, Louis se retrouva à errer dans les couloirs. Il avait deux heures à tuer, à présent. 

Ce matin, alors qu’il prenait son petit déjeuner dans la Grande Salle, le professeur Rogue était venu à lui pour lui confier un emploi du temps. Sur un coin du parchemin, en pattes de mouches d’encre noire, était griffonné un mot : Vous suivrez les cours de cinquième année. Ne vous faîtes pas remarquer. 

Ainsi, Louis avait suivi Drago à son premier cours de la journée, assuré par cette horrible bonne femme aux énergies plus basses que le sol pierreux des couloirs. 

Le jeune homme errait à présent dans un long corridor, ses pas lents le seul son dans le château au silence studieux. Ses pensées le firent errer au hasard, tandis qu’il ressassait les souvenirs de la veille. Il songeait à cette énergie qu’il avait découvert, qui le fascinait tant. Il aimerait pouvoir l’étudier, l’apprendre. La manipuler, s’en servir, la lier aux cristaux. Il était sûr qu’elle pourrait lui apporter beaucoup, s’il apprenait à la manier correctement. 

C’est alors, dans un grondement sourd, le mur à sa droite, devant lequel il était quasiment sûr d’être passé plus d’une fois, se mit à bouger. Sa forme changea, les vieilles pierres se mouvant dans la forme d’une porte en bois épaisse.

Louis resta planté devant pendant quelques instants, les yeux écarquillés. 

Devait-il entrer ? Était-ce dangereux ? On l’avait mis en garde contre les escaliers magiques, la Forêt Interdite, mais ça ? Hésitant, il posa sa main sur la poignée, qui vibra contre sa peau d’une énergie bienveillante. 

Rassuré, il poussa le battant, qu’il referma soigneusement derrière lui. 


C’était une immense bibliothèque, au centre de laquelle trônait un large fauteuil ainsi qu’un grand bureau d’études, des plumes et un tas de rouleaux de parchemins vierges. De multiples bougies et lanternes éclairaient la pièce au plafond haut, dispensant une lueur chaleureuse à l’endroit. 

Louis saisit un livre au hasard dans l’étagère la plus proche, et ses sourcils noirs se haussèrent. 

“Les formes de magie : l’observer, la manipuler.”

A côté, un autre titre : “Minéraux et lithothérapie dans la sorcellerie.” 

Il déglutit. Ses yeux bleus scintillaient d’excitation : cette pièce était la réponse à ses questions. Comment, pourquoi, quelles questions, il s’en soucierait plus tard, décida-t-il en s’installant à la table. 

Il passa le reste de la matinée dans l’étrange bibliothèque. Ses notes sous le bras, il rejoignit la Grande Salle, l’emplacement de sa cachette au septième étage gravée dans sa mémoire. 

Cependant, il eut à peine le temps de s’installer aux côtés de ses camarades qu’une prise serrée attrapa son bras. 

 

“Un mot, dans mon bureau, immédiatement, siffla Rogue. 

 

Ses yeux noirs et froids ne laissaient place à aucune discussion, tandis qu’il faisait demi-tour, ses robes flottant magistralement derrière lui. Crâneur, pensa Louis avec un soupir résigné. 

Après avoir descendu la volée de marches en colimaçon, Louis entra dans le bureau à la suite du professeur. Visiblement mécontent, l’homme se tenait debout derrière la table ronde sur laquelle ils avaient étudié la veille au soir, les bras croisés. 

 

“M.Gray, savez-vous lire ? grinça-t-il. 

 

Louis leva les yeux au ciel. 

 

“Je ne peux pas être plus intégré dans une école qu’en recevant une retenue.

 

-Une retenue, répliqua Rogue en contournant la table pour s’approcher du jeune homme, qui vous a été donné par quelqu’un dont il ne faut spécifiquement pas attirer l’attention. 

 

-Oh, comme c’est pratique, comment voulez-vous que je sache quel professeur éviter si vous ne m’en informez pas ? 

 

-Vous ne comprenez rien, n’est-ce pas ? claqua Rogue. Vous n'êtes pas plus évolué que le plus naïf des Poufsouffle de première année."

 

L’homme s’appuya sur les bras de la chaise, sur laquelle Louis venait de s’installer, son visage planté à quelques centimètres de celui de son vis-à-vis. 

 

“Dolores Ombrage est envoyée par le Ministère de la Magie pour mettre de l’ordre à Poudlard. C’est-à-dire, puisque votre cerveau incompétent ne semble pas l’assimiler, qu’elle cherchera la moindre faille dans l’école pour décrédibiliser Albus Dumbledore.”

 

Ses yeux d’obsidienne étaient plongés dans ceux, d’un bleu pâle, du jeune homme. Louis remarqua qu’ils avaient une forme d’amande, et que les cils qui les bordaient étaient aussi longs et noirs que ses cheveux.

 

“Il n’est donc pas nécessaire que je vous indique ce que ferait Cornelius Fudge, notre Ministre de la Magie, s’il découvrait un moldu capable de vos prouesses, n’est-ce pas ?”

 

Il baissa les yeux sur les lèvres qui avaient craché ces mots d’un ton froid et menaçant, accompagné d’un postillon. Son regard croisa de nouveau celui du professeur, puis il hocha la tête en signe d’assentiment. 

Satisfait, Rogue se redressa, libérant Louis. 

 

“Bien. Vous pouvez partir.”

 

Il s’exécuta en silence, et alors qu’il s’apprêtait à refermer la lourde porte du bureau, Rogue lança : 

 

“Vous vous êtes rapproché de Drago Malefoy.”

 

Louis l’interrogea du regard. 

 

“Soyez prudent.” 

 

Le jeune homme s’attendait à une explication, mais le professeur avait mis fin à la conversation. 

 

Chapitre 5 : Magie Noire by Sig

Il était dix-neuf heures tapantes lorsque Louis se présenta devant le bureau de Dolores Ombrage. La voix perçante l’invita à entrer, alors qu’il poussait la porte pour révéler une pièce rose pâle, couverte d’assiettes représentant une bonne centaine de chatons. Il pinça les lèvres, détournant son regard sur la petite femme aussi rose et écoeurante que la couleur des murs. 

 

“Bonsoir, M.Gray, sourit-elle. Prenez place.”

 

Avec un signe de tête poli, Louis s’installa au petit bureau indiqué, sur lequel était déposé une plume et un parchemin, sans encre visible cependant. 

 

“Vous êtes le premier élève à recevoir une retenue, mon cher. Bien que je n’aime pas avoir recours à la punition,” Un sourire hideux s’étala sur son visage bouffi. “c’est le seul moyen qui est véritablement efficace.”

 

Louis acquiesça à nouveau, peu enclin à perdre son temps dans un dialogue à sens unique. 

 

“Vous allez donc copier les mots suivants : “Je ne dois pas manquer de respect aux adultes.””

 

Le jeune homme de vingt-trois ans la dévisagea un instant, puis saisit la plume et traça les mots. La plume vibrait : la magie qui l’entourait allait causer plus de dégâts que de simples lignes.

 

 

Ce fut une heure plus tard que Louis sortit du bureau du professeur Ombrage, la main en sang et un mélange vif d’émotions mêlant colère, indignation, douleur. Le dos de sa main était en feu, ses doigts semblaient écorchés, et il n’osait pas lever son poignet. Les dents serrées, il s’éloigna du bureau maudit. Il finit par trouver une alvéole dans un couloir, contre une haute fenêtre : il s’installa sans y réfléchir à deux fois, stabilisant sa respiration, essuyant la sueur froide qui dégoulinait de son front. 

 

“Gray ? appela une voix familière. 

 

Il ne répondit pas, espérant que la personne ne le remarquerait pas. 

Mais c’était peine perdue. 

 

“Est-ce que ça va ? Qu’est-il arrivé à ta main ?”

 

Le visage de Hannah Abbot se présenta à sa vision troublée par les vertiges. Il secoua la tête. Ses lèvres prirent un instant pour former une phrase : 

 

“Un sortilège.” 

 

De longs doigts saisirent son poignet avec prudence, tandis que la préfète passait la pointe de sa baguette à quelques centimètres de sa peau entaillée. 

 

“Je ne connais pas ce sort, je suis désolée. Mais…” Elle fronça les sourcils, puis commença à fouiller dans la poche de sa robe. “J’ai peut-être une crème cicatrisante, tu vois, je travaille souvent avec le professeur Chourave, alors les brûlures, ça me connait.”

 

Malgré sa douleur, Louis esquissa un sourire reconnaissant. 

 

“C’est gentil de t’inquiéter pour moi, murmura-t-il. 

 

Hannah leva ses yeux bruns sur lui, et dans l’obscurité, il put apercevoir un pétillement de bienveillance.

 

“Je ne pensais pas que tu serais un Serpentard. Mais je t’aime bien. Nous devrions nous revoir pour un thé, un de ces jours.

 

-Un béguin pour le nouveau, Abbot ? grinça une voix masculine. 

 

Cette fois, tout scintillement avait disparu du regard de la jeune fille, tandis qu’elle se retournait. 

 

“Il est blessé, je l’aide. Occupe-toi donc de traquer ton propre béguin de Gryffondor, Malefoy.”

 

Bon dieu, faut-il vraiment que tout Poudlard se ramène dans ce couloir ? soupira mentalement Louis en jetant un coup d'œil à la silhouette blonde qui s’avançait vers eux. 

 

“Je ne te permets pas. Et sache qu’en tant que préfet de Serpentard, c’est à moi que revient la responsabilité de Gray.”

 

Malefoy avait raison, malgré son ton narquois plein de suffisance. Hannah lança un coup d'œil hésitant à Louis, qui acquiesça, lèvres pincées. 

 

“Sa main saigne, tu devrais l’emmener voir Madame Pomfresh, indiqua-t-elle simplement avant de prendre la direction opposée au jeune Serpentard. 

 

Drago l’ignora superbement, tandis qu’il prenait note de la main ensanglanté qui reposait tristement sur la jambe de son camarade. 

 

“Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda-t-il, soudainement plus sympathique.

 

Ses yeux gris glacés restèrent fixés sur la blessure, alors qu’il s’accroupissait aux côtés de Louis.

 

“Ombrage donne des retenues plutôt inventives, répondit honnêtement le jeune homme. 

 

Le blond acquiesça. 

 

“Viens, on devrait aller voir mon parrain. Il pourra sûrement t’aider.”

 


Severus Rogue n’était pas un suicidaire, loin de là. Bien que parfois, certaines situations pouvaient laisser imaginer le contraire. Ce soir, il ne dormait pas, ruminant des pensées sombres ; Louis Gray ne cessait d’apparaître dans ses songes, et avec lui une flopée de problèmes.

Ainsi, après avoir murmuré le mot de passe à la gargouille, il monta d’un pas rapide les marches de pierres menant au bureau du directeur. 

L’heure était avancée dans la nuit, mais Albus Dumbledore ne dormait pas non plus en cette nuit humide de septembre. Il invita le jeune professeur de potions à entrer, et se permit de lui tendre une sucrerie citronnée, qui fut repoussée d’un signe de tête las.

 

“Directeur, nous devons parler de Louis Gray.”

 

Il s’était assis dans le fauteuil qui faisait face au bureau, ses mains crispées sur les accoudoirs. Son regard noir inexpressif brillait d’une lueur dangereuse. 

 

“Il se trouve que le Seigneur des Ténèbres a été mis au courant de la trace magique laissée par le moldu lors de sa disparition. 

 

-Cependant, vous n’avez pas eu de réunion récemment, n’est-ce pas Severus ?”

 

C’était une question déguisée. 

 

“Narcissa Malefoy m’en a informé, indiqua rapidement Severus. 

 

Il y avait plus important que la source de ses renseignements. 

 

“La prochaine rencontre aura lieu demain. Il voudra savoir.”

 

Le potionniste se pencha en avant. Ses yeux se fixèrent sur les prunelles bleues qui pétillaient derrière la monture en demi-lune. 

 

“Vous lui direz que Louis est bien à Poudlard, déclara le directeur. Vous ne pourriez pas lui cacher ce fait très longtemps, et je redoute les conséquences que vous auriez à essuyer s’il venait à découvrir que vous lui aviez omis une information aussi importante.”

 

Severus haussa un sourcil, mais resta silencieux, tandis que Dumbledore continuait ses ordres. 

 

“Néanmoins, vous ne donnerez aucune sorte de détail sur ses capacités ou sur sa magie.

 

-Très bien, acquiesça-t-il. Dans le cas où Drago aurait divulgué certaines choses à sa famille, que souhaitez-vous faire ?

 

-Ah, Drago…, soupira le vieux sorcier. S’il s’avère que Lord Voldemort en sait plus grâce au jeune Malefoy, feignez l’ignorance.”

 

Il caressa sa longue barbe un instant, pensif. 

 

“Ne vous mettez pas en danger, Severus.”

 

Le professeur roula des yeux, désabusé.

 

“Comme si ce genre de réunion était une fête d’anniversaire.

 

-Cela y ressemble, plus ou moins, sourit le directeur. Seulement, c’est l’anniversaire de la même personne, toutes les semaines, et son sens de la fête est ce qu’on peut appeler légèrement dérangé.”

 

Cette remarque arracha un rictus amusé au Maître des Potions, au plus grand plaisir d’Albus Dumbledore. 

 

“Par ailleurs, fit le vieil homme sur le ton de la conversation, avez-vous une idée de ce que faisait Louis dans la Salle sur Demande ?”

 

Severus le dévisagea, confus. 

 

“La Salle sur Demande ? 

 

-Ce matin, vous savez qu’il a été exclu de la classe de notre chère Dolores Ombrage. 

 

-Il a dû tomber dessus par hasard, je ne vois pas comment cela pourrait en être autrement. 

 

-Et ce qu’il y faisait, selon vous ? 

 

-Il comptait sûrement ses pierres violettes deux par deux, ricana Severus. 

 

Dumbledore haussa les sourcils, clairement amusé. 

 

“Bien, si c’est tout, Directeur, je vous laisse à vos occupations nocturnes.

 

-Bonne nuit, Severus. 

 

-Vous savez pertinemment que mes nuits ne sont pas bonnes, grinça le professeur en refermant la porte du bureau derrière lui. 

 

Severus dévala les dernières marches qui menaient à son bureau adjacent à ses appartements, quand il faillit entrer en collision avec l’objet de ses inquiétudes : le duo Malefoy et Gray. 

 

“Ce que vous faîtes ici ? siffla-t-il d’un air plus que menaçant. 

 

-Nous avons besoin de votre aide, professeur, répondit le blond en montrant la main inerte et couverte de sang séché du grand brun. 

 

-M. Malefoy, corrigez-moi si je me trompe, mais ai-je l’air d’une médicomage en robe blanche ? grinça Severus d’un ton doucereux. 

 

Héritier Malefoy ou non, Drago devait comprendre qu’il n’était pas sa nourrice. 

 

“Mais professeur…”

 

Drago fut interrompu par son camarade qui avait redressé sa main devant ses yeux, intrigué. 

 

“La fumée ! souffla-t-il. Elle est de retour !

 

-La fumée ? Quelle fumée ?”

 

Severus plissa les yeux, à la recherche d’une quelconque volute. Mais le regard de Louis restait fixé sur ses doigts, les orbes bleues suivant un motif invisible qui se mouvait tout autour. 

 

“Bien, suivez-moi, décida l’homme en saisissant brusquement le Serpentard par l’épaule. 

 

Il poussa les deux jeunes dans son bureau, et avant qu’il ait pu poser la moindre de question, Gray s’approcha de l’une des étagères où il avait entreposé les différents cristaux qu’il avait amassés. 

 

“Gray, que faites-vous ?

 

-Les cristaux, je veux essayer quelque chose.”

 

Sur ces mots, il saisit une magnifique améthyste d’un violet vibrant, la déposa délicatement sur la table ronde, et sortit sa baguette. 

 

“Quoique vous pensez faire, Gray, je vous le déconseille, fit Severus. 

 

Mais ses paroles ne découragèrent pas le jeune homme, qui pointa sa baguette sur la pierre. Il ferma les yeux puis, ce fut au bout de quelques secondes que Severus l’aperçut enfin : une volute, d’un noir profond, s’échappait de la pierre. L’améthyste perdait peu à peu de sa couleur, tandis qu’en parallèle la peau sur le dos de la main se refermait lentement. Puis, lorsque le cristal devint d’un gris pâle et mort, la fumée s’évapora. Louis haleta de soulagement. 

 

“Je savais que les pierres soignaient, mais c’est un tout autre niveau, murmura le jeune homme, les yeux clos d’épuisement, sa main droite tenant l’autre complètement guérie. 

 

-Par la barbe de Merlin, lâcha Drago dans un souffle impressionné.

 

-C’est…” laissa échapper le professeur, le regard scintillant d’une manière étrange. “C’est de la magie noire instinctive.”

 

Les yeux de Louis s’écarquillèrent. 

 

“Mais… Mais je n’ai fait de mal à personne ! s’exclama-t-il. 

 

Severus ricana.

 

“Que savez-vous exactement de la magie noire, Gray ?

 

-C’est sombre, répondit-il immédiatement. Je sais qu’en la pratiquant, je baisse mon taux d’énergie astrale, je me rapproche de la douleur, du Mal, des entités inhumaines et démoniaques.”

 

Louis avait rangé sa baguette. Son front s’était plissé d’angoisse. Son regard bleu prenait peu à peu conscience de la vie qu’il avait détruite dans la puissante améthyste, de l’énergie vitale qu’il avait arrachée pour se soigner, sans espoir de redonner l’étincelle à la roche morne et grisâtre qui gisait sur le bureau.

 

“Et je sais que jamais, jamais je ne voudrais la pratiquer, ajouta-t-il avec une certaine peine dans les yeux. 

 

-Et pourtant, tu as un don, répliqua Drago. Je n’ai jamais vu personne manier la magie comme tu l’as fait, et c’est…

 

-J’ai détruit cette améthyste pour mon confort personnel ! cracha Louis. 

 

-Parce que vous ne maîtrisez pas cette part de magie noire qui existe en vous, interrompit Severus d’une voix calme. Chacun d’entre nous possède une part d’ombre, et comme tout le monde, vous lui préférez la lumière. Cependant, l’ombre n’est pas mauvaise, tout comme la lumière n’est pas forcément bonne.”

 

Louis dévisagea Severus pendant un long moment. Il détailla le regard d’onyx, la peau pâle, les rides de soucis au-dessus de ses sourcils noirs et épais, les pommettes hautes aux joues creusées, le long nez crochu qui, sur un visage aussi élégant et fin, donnait à son expression un charme unique. Ses lèvres se pincèrent d’impatience, mais l’homme ne dit mot, ses yeux noirs cherchant une réaction dans l’expression de Louis. 

 

“Apprenez-moi.”

 

Chapitre 6 : Mangemorts by Sig

Le regard rouge se posa tour à tour sur les formes agenouillées. Un sourire sans lèvres étirait le visage blanc de la créature, tandis qu’elle cherchait un homme dans l’assemblée. Au premier rang, ses cheveux noirs tombaient de chaque côté de son masque. Nagini se déroula, en réponse au sentiment d’agacement qui filtrait dans ses pensées maniaques. 

 

“Severus, siffla-t-il. 

 

A peine un murmure, mais son disciple l’avait entendu. Il ne leva pas la tête, ne le toisa pas de ses yeux noirs et froids. Au contraire, il se pencha plus encore vers le sol.

 

“Lève-toi.”

 

Severus s’exécuta. La réunion avait commencé il y a une bonne demie-heure, le Seigneur des Ténèbres semblait satisfait de ses mangemorts. 

Mais ce n’était apparemment plus le cas. 

 

“Lucius m’a fait part d’une importante nouvelle, déclara Voldemort. 

 

Il s’approcha de son agent double. Ce dernier restait silencieux. 

 

“Un né-moldu, à Poudlard, aurait un certain talent pour la magie noire.”

 

Des rires éclatèrent dans l’assemblée. Mais leur maître, quant à lui, ne souriait pas. 

 

“Pourquoi est-ce Lucius qui m’en a informé ?”

 

Severus leva la tête. Ses traits restaient figés en une expression stoïque et confiante. Il était trop conscient de la mince ligne sur laquelle il dansait. 

 

“Maître, fit-il d’une voix calme, je comptais évidemment vous en faire part. Cependant, je pense que Lucius surestime largement les capacités de ce né-moldu.”

 

Voldemort haussa les sourcils. Il s’avança dans un mouvement de cape silencieux. 

 

“Ce n’est pas ma question, Severus.”

 

Le Seigneur des Ténèbres s’était figé à quelques centimètres de son disciple. 

 

“Maître ?

 

-Tu me caches des choses. Je n’apprécie pas que mon espion, si proche d’Albus Dumbledore, se permette de juger quelles informations doivent être en ma possession.”

 

Il se pencha à l’oreille de son mangemort. 

 

“Tu n’as pas ce pouvoir, chuchota-t-il. 

 

La main blanchâtre arracha le masque de son visage. Severus tituba, sa peau soudainement nue révélée à la lumière des lustres suspendus du manoir Malefoy. 

Un silence de plomb s’abattit sur l’assemblée. Voldemort l’observait, tenant entre ses doigts sa baguette, qu’il faisait rouler d’un air indécis. 

 

“Donc, tu dis que je ne dois pas me soucier de cette information, c’est cela ?”

 

Le ton était amical, comme s’il demandait conseil. Severus savait mieux que de s’y fier, bien qu’il sache que quoiqu’il répondrait, ce serait une mauvaise réponse. 

 

“Cet élève ne représente aucune menace pour vous, Maître. Je m’assurerai qu’il ne tombe pas entre les mains de Dumbledore.

 

-Et Severus, qui es-tu pour juger de cela ? murmura Voldemort d’un air doucereux.

 

-Seulement votre humble serviteur, Maître, répondit-il en baissant le visage. 

 

-Humble n’est pas un mot que j’emploierai pour te définir, siffla le Seigneur des Ténèbres. 

 

Alors que Severus s’apprêtait à répondre, il vit la baguette fendre l’air dans sa direction. Voldemort avait perdu patience. 

 

“Endoloris.”

 

--

 

“Tu sais, j’ai parlé de toi à mon père. 

 

-Ton père ? Pourquoi ?”

 

Drago le dévisagea, un air amusé traversant ses traits minces. 

 

“Tu ne connais vraiment pas ma famille, fit-il remarquer sans l’agacement habituel qui teintait ses paroles lorsqu’un autre élève se risquait à parler des Malefoy. “Mon père est très doué dans ce domaine, certains diraient même qu’il est expert.”

 

Louis acquiesça silencieusement. 

 

--

 

Severus s’effondra sur les dalles du salon.

Son corps vibrait, secoué de spasmes, ses bottes grattaient le sol, ses mains se serraient sur la pierre poussiéreuse dans une tentative vaine de soulager la douleur.

Il haletait, son cœur battait follement contre sa cage thoracique. 

 

--

 

“Ton père est proche du Seigneur des Ténèbres ? 

 

-Seulement parce qu’il lui permet de manier cette magie. Mon père est un homme bon, bien que personne ne croit cela.”

 

--

 

Le sortilège avait pris fin, mais la douleur, elle, restait encore. 

Ses jambes parcourues d’entailles invisibles, sa poitrine percée, ses ongles arrachés, ses entrailles déversées. 

 

“A genoux, ordonna la voix glaciale de Voldemort. 

 

Severus obéit, aussi rapidement que son corps le permettait.

 

“Qu’as-tu appris, Severus ?

 

-Que je ne dois pas prendre de décision qui ne m’appartienne pas, et que tout fait doit vous être relaté, Maître.

 

-Et quoi d’autre ? 

 

-Je dois faire preuve d’humilité, Maître.”

 

Un ricanement s’éleva dans l’air, une ébauche de moquerie qui lui glaçait le sang. 

 

“Tu penses l’avoir compris ?”

 

Severus ne répondit pas immédiatement. 

Il déglutit. 

 

“Oui, Maître.”

 

Oh, ça allait être une longue soirée. 

 

--

 

“Je ne comprends pas en quoi la magie noire est bonne, déclara Louis. 

 

Drago et lui étaient installés dans la salle commune, leurs livres de Défense Contre les Forces du Mal ouverts devant eux, bien qu’aucun n’y prêtait attention depuis une bonne vingtaine de minutes à présent. 

 

“Elle n’est ni bonne ni mauvaise, répondit Drago en s’enfonçant dans le fauteuil, les bras croisés sur sa chemise d’école aux armoiries de Serpentard. Elle est très puissante, c’est pour cette raison que les plus faibles l'ont rejetée. Ils en avaient peur.

 

-Dans mon monde, la magie noire est souvent utilisée à mauvais escient, répliqua Louis. 

 

-A cause de sa puissance. Si quelqu’un pense que tout est lumière, c’est qu’il est naïf : ces gens-là n’ont pas besoin de pouvoir, ils se complaisent dans leur simplicité. Mais les plus forts, les plus déterminés, sont souvent ceux qui cherchent le contrôle, ce n’est donc pas étonnant qu’ils se servent de la magie noire d’une manière répréhensible. 

 

-Mais le Seigneur des Ténèbres s’en sert de cette manière, contra Louis. 

 

Au regard indulgent qu’il reçut, le jeune homme comprit alors que ce que Dumbledore lui avait confié, la vision qu’il lui avait greffée dans l’esprit, était plus ou moins erronée.

Tout n’était pas aussi noir ou blanc qu’on lui faisait croire.

 

“Le Seigneur des Ténèbres connaît la magie noire mieux que personne, et il sait que pour attirer les puissants, il doit agir de sorte à être respecté et craint. Tu ne renverses pas un pays avec bonté et douceur, ricana Drago.

 

Le visage de Louis se ferma. Il était prêt à croire les paroles de Drago. Néanmoins, il n’aimait pas cette histoire de révolution. Il ne voulait pas y être impliqué. 

Le blond se pencha en avant, coudes sur les genoux. Son regard gris se plissa d’un air moqueur. 

 

“Tu as peur, fit-il.

 

-Non.”

 

Louis détourna les yeux. 

 

“Je…, continua-t-il. Tu dois comprendre qu’accepter que la magie noire puisse être bonne” il grimaça, “m’oblige à remettre en question tout ce que j’ai appris.”

 

Il lui lança un regard dur. 

 

“Et ce n’est pas facile pour moi.” 

 

Drago haussa les sourcils. Il ne semblait pas en colère, seulement agacé, presque déçu. Il se redressa, et ferma son livre dans un claquement sonore. 

 

“Très bien, je te laisse à tes doutes. N’hésites pas, si tu as besoin de me parler.”

 

Le brun se contenta d’acquiescer, tandis que son homologue traversait la salle commune en direction des dortoirs. 

 

Le regard de Louis se perdit dans les tentures vertes et argent, tandis qu’un soupir s’échappait de sa bouche mince. 

Il ne savait plus. 

Il avait appris, depuis ses quinze ans, nombre de choses sur la sorcellerie. Il avait lu multiples ouvrages, anciens ou nouveaux, et s’était formé tout du long de sa jeunesse avant d’acquérir des croyances fermes et construites. La magie noire avait toujours été un sujet qui l’avait passionné, mais qu’il avait souvent considéré comme tabou, une forme d’ésotérisme que seuls les sorciers du bas astral pouvaient pratiquer. 

A présent, il ne savait plus. 

Devait-il croire Drago ? Rogue ? Devait-il faire confiance, se remettre en question ? Ou devait-il se fier à son intuition ? 

Pourtant, elle aussi restait silencieuse. 

Il n’avait aucun guide, hormis ses anciennes certitudes qui semblaient désuètes dans ce monde sorcier d’un tout autre niveau.

Il plongea son visage entre ses mains. 

Il haleta. 

Sa poitrine semblait se refermer sur elle-même, sa tête devenait lourde, épaisse. Il perdait le contrôle, lui qui avait toujours été si confiant sur sa vie. 

Puis, il sentit un mouvement autour de lui. Comme un frottement léger, lointain, contre la pierre. Il releva les yeux, et la vit. 

La fumée noire. 

 

“Non, pas encore toi, gémit-il. 

 

Elle suintait d’en-dessous l’entrée de la salle commune, grimpait sur les murs, s’enroulait autour du premier meuble qu’elle trouvait. 

Il serra les mâchoires. La magie noire ne cesserait donc jamais de le harceler ? Il s’apprêtait à l’ignorer de toutes ses forces, mais un bruit sourd trahit sa concentration. 

Il se redressa, prêtant l’oreille. 

 

Bam. 

 

Le couloir. 

Sa curiosité l’emportant sur la prudence, il traversa le grand salon d’un pas rapide, et se faufila discrètement dans l’ouverture, prenant soin de ne pas toucher le nuage sombre qui continuait sa lente course.

 

“Severus…, souffla Louis. 

 

Le prénom lui avait échappé. C’était le cadet de ses soucis cependant, car la silhouette écroulée devant l’une des lourdes portes du couloir glissait lamentablement contre le mur. 

Il s’approcha avant de s’agenouiller aux côtés de l’homme. 

 

“Est-ce que tu peux m’entendre ? pressa Louis. 

 

Rien ne vint. 

Le visage habituellement pâle était translucide, les yeux menaçaient de se fermer à tout moment. Il allait s’évanouir. 

 

“Non, tu ne peux pas, pas maintenant.” 

 

Il toucha son épaule, et Severus grimaça. Sa cape était en lambeaux, ses mains ensanglantées, tremblantes. L’une d’elle enserrait un masque argenté. 

 

“Il te faut des soins, il y a une infirmerie ici, non ?”

 

Ces mots attirèrent enfin le regard d’obsidienne, à la limite de l’inconscience. Il fronça les sourcils, puis secoua légèrement la tête. 

 

“N-Non, grogna-t-il.

 

Il amorça une faible tentative pour se relever, qui se solda par un échec douloureux.

 

“D’accord, murmura Louis en gardant une main serrée sur son épaule. C’est ici ?”

 

Il indiqua la porte derrière eux et Severus acquiesça. 

Analysant un instant l’état du corps blessé de l’homme pour ne pas le faire souffrir plus encore, Louis passa ses bras autour du torse et le hissa avec la plus grande précaution. 

Les talons de Severus raclèrent le sol tandis qu’il poussait pour se tenir debout, et les deux hommes entrèrent en titubant dans les appartements du professeur, après un mot de passe aux consonances végétales rapidement chuchoté. 

Louis le fit asseoir dans le grand canapé qui faisait face à la cheminée, puis se dirigea directement vers l'armoire à potions qu’il avait remarquée dans un coin de la pièce. 

 

“Indique-moi.”

 

Le regard de Severus brilla un instant, indéchiffrable. 

Puis, il lista les potions d’une voix rauque, entre quelques respirations superficielles. 

Essentiellement des potions de régénération sanguine, anti-douleur, décontractant musculaire et un anti-Doloris. 

 

“Un ordre précis ?”

 

Un hochement négatif. 

Alors Louis saisit l’une des potions au hasard et fit sauter le goulot à l’aide de son pouce, sa main libre plaquée contre la nuque pour l’aider à boire. Il fallut un certain temps à l’homme en noir pour prendre la totalité des médicaments, bien que son teint s’améliora nettement au fur et à mesure que les décoctions faisaient effet.

Cependant, il y avait des blessures physiques qui n’avaient pas été soignées. Louis avait clairement aperçu les trois ongles manquants sur la main gauche, et une quantité de sang non négligeable tapissait l’avant de la robe noire. La cheville droite était elle aussi très enflée, et au vu de la manière dont il maintenait son pied loin du sol, elle était vraisemblablement brisée. Ce fut la première chose que Louis fit : il prit l’un des coussins décoratifs - d’un vert émeraude propre à la maison Serpentard, remarqua-t-il - et le plaça sous le talon de la botte cirée, dont les pointes et l’arrière semblaient griffés et usés comme s’ils avaient été frottés sans ménagement sur un sol trop dur. 

Ce qui était probablement le cas, songea-t-il avec un frisson d’horreur. 

Mais Louis ne pouvait pas se laisser aller à la réalisation de ce qui était arrivé au Maître des Potions : ce dernier avait besoin de soins médicaux d’urgence, et non pas de pitié mal placée. 

 

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