Seule avec toi by Calixto
Summary:

 

Ma plus belle histoire commence mal.

 

Et puis les soleils se rallument.

 

 

Pansy Parkinson par ComaW sur Deviantart

 


Categories: Romance (Het), Autres couples (Het) Characters: Pansy Parkinson, Theodore Nott
Genres: Autres genres, Romance/Amour, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Ma plus belle histoire...
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 6968 Read: 464 Published: 06/07/2022 Updated: 23/08/2022
Story Notes:

Participation au concours "Ma plus belle histoire".

1. La solitude by Calixto

2. Cet assassin by Calixto

3. Les soleils se rallument by Calixto

La solitude by Calixto
Author's Notes:

Participation au concours d'Amnesie et Juliette54 "Ma plus belle histoire"

Première manche : La contrainte de cette première manche est très simple : choisir une chanson de Barbara, et écrire un chapitre 1 entre 500 et 5000 mots en Fanfic ou en Original (...). Song fic ou non, il faut surtout qu'on retrouve l'atmosphère et la thématique.

J'ai choisi la chanson de Barbara "La solitude".

 

 

Ma plus belle histoire commence mal.

Et puis les soleils se rallument.

(...)

Les fleurs poussiéreuses s’entassent sur mon balcon.

Je bois, à la santé de personne, je bois d’ennui sous le ciel noir. Les derniers lambeaux du jour s’effritent sous mes ongles. Je ne me penche pas à la balustrade de fer, je sais bien qu’elle est en bas. Le pavé grince et gémit, il appelle. Elle est là. Elle lève son visage blanc vers ma fenêtre. Elle sourit. Il suffit d’un coup sec de baguette pour que les lourds rideaux de velours se referment et m’enferment. L’étrangère familière a déjà traversé les escaliers de marbre sale, plus rapide qu’un fantôme, et la voilà en face de moi, dans le petit fauteuil du salon. Il est donc temps de boire à sa santé.

Je sais qu’elle me nargue. Je connais si bien sa moue malade. Mais elle n’a aucune raison d’être là, et elle va partir, je gagnerai notre duel silencieux.

Je gagne tous les duels.

Je gagnais tous les duels.

C’était avant que l’abîme n’avale mes pieds comme une trappe. La guerre a essuyé les rues du sang indésirable. C’était le mien, qui l’eut cru, c’était le mien. Mais n’empêche elle a tort, cette garce suiveuse, elle a tort, ils ont tous tort.

Pansy Parkinson est heureuse.

J’ai le sang le plus pur, rien n’a jamais effacé la vérité des vérités. Je suis une princesse sur un piédestal fêlé, mais qui se soucie des fêlures quand je souris ? Je souris fort, j’écrase les regards, j’écrase les murmures aussi, sous mes talons marmoréens. Mon sourire a la grâce des indécences.

La garce me ressemble. Elle a le visage nu, cendré comme le mien qui tremble derrière les masques d’insolence. Ses pieds convulsent. Elle est hagarde comme je le suis derrière les portes. Petite menteuse, sans même parler elle crie que je suis toujours celle que j’étais.

Elle dit que je suis déchue, malheureuse, abandonnée du monde. Elle dit que je suis toujours en ruines, toujours seule, jamais aimée.

Il me suffit de rire pour lui dire qu’elle ment. La guerre m’a faite vaciller, mais ne m’a pas détruite. Je suis toujours la princesse, j’aime le clinquant comme autrefois, je sais encore balancer mes hanches, je sais encore m’étourdir dans les ivresses dorées.

Elle me regarde dans le fauteuil, elle se lève, elle caresse mon visage, étale mon maquillage sur ses doigts faméliques. Elle caresse jusqu’à ce que ma peau brûle, jusqu’à ce que je pleure, jusqu’à ce que je me rappelle que je suis la menteuse.

La guerre m’a renversée, piétinée, je suis de miettes et de débris. J’ai erré des nuits entières dans les ivresses passées, j’ai erré sans réussir à oublier, j’ai erré sans réussir à semer mon fantôme pathétique. La terreur secoue mes membres, la sueur me noie, j’ai perdu, j’ai perdu un million de fois.

Je perds tous les duels.

Je perdais tous les duels.

Les larmes brûlent déjà mes cils. Je repousse ses mains insultantes, je balbutie je lui oppose :

Les corps tièdes de mes amants, leurs mots doux, eux qui se fichaient que je ne sois pas belle, que je sois déchue, que je sois une traître, une lâche, une idiote. Leurs sourires éclatants, les danses et les bijoux, les fleurs.

Mais, me dit-elle, doucement, ses mains de retour sur mon visage trempé. Ils t’ont tous laissée. Tu vieillis déjà, tu vieillis déjà, et c’est l’hiver maintenant, tu n’as jamais eu d’été. Ils t’ont tous laissé, ils ne t’ont pas aimée, ils t’ont méprisée, ils ont laissé des ecchymoses sur tes hanches bleuies, tes bijoux sont chez le prêteur, ton luxe rouille, et tes fleurs sont fanées.

Aveuglement, je tente de la faire taire, d’échapper à sa voix vérité. Mais son corps enroulé au mien parle déjà, il n’y a rien à faire, elle sera toujours à ma porte, plus familière que tous les étrangers qui se succèdent dans mon lit dévasté.

Je lui dis frénétique que je suis vivante, encore là, que mon cœur pulse, que mes poumons s’agitent, je lui dis que j’ai échappé aux empilements de cadavres, que j’ai échappé aux procès aussi, je lui dis que je suis vivante et que je veux continuer à vivre, que je veux persister dans les tourbillons, que j’aime, que j’aime, que cela me sauve.

Mais, me dit-elle, cela ne t’a pas sauvée, cela ne t’a pas sauvée, tu pourrais aussi bien être morte, tu pourrais aussi bien être cadavre parmi les cadavres. Tu as le corps blême et le foie pourri de honte, tu fuis le jugement implacable, tu fuis les anciens camarades et les unes de journaux, tu as quitté en larmes chacun des procès, et tu ne vis pas, tu ne vis pas, tu fuis tout ce que tu peux. Tu aimes sourde et muette, il ne te répondra jamais, Draco Malfoy ne s’est jamais soucié de toi. Il s’est marié l’autre jour, tu as brûlé tous tes vieux rêves, tu attends que la cendre t’étouffe. Tous les doubles de lui se sont effacés, pas un seul n’est resté dans ton lit. Moi, moi, moi je suis restée.

Et je sais que c’est vrai. Elle est la seule qui est restée, la seule qui reste, la seule qui restera.

Je pose mon front contre le sien, je laisse sa froideur m’envahir, glacer mes veines lasses. Ma solitude.

Les fleurs poussiéreuses s’entassent sur mon balcon.

 

Cet assassin by Calixto
Author's Notes:

Merci pour toutes les reviews du chapitre 1 qui m'ont touchée ❤ j'y réponds dès que possible !

Voilà la contrainte du deuxième tour : "Chacune se verra imposer une chanson de Barbara dont chaque mot devra apparaitre en gras dans le texte et non sous forme de song-fic ! On vous demandera de mettre ces mots en gras pour la première occurence, et nous autoriserons les accords pluriel/singulier, féminin/masculin et les accords de conjugaison des verbes !"

J'ai choisi dans le menu de chansons imposées le niveau 3 et la chanson "Je ne sais pas", dont les paroles sont en note de fin, plus la contrainte personnelle supplémentaire de l'ambiance de la chanson "Cet assassin".

Bonne lecture !

Théodore Nott frappe à la porte un mardi après-midi.

Je ne l’ai pas revu depuis 7 ans, 7 mois, et peut-être même 7 jours. Je ne suis pas paresseuse. Je ne crois pas aux coïncidences. Je sais que lui non plus. Il pleut à la fenêtre. Il pleut toujours à ce bureau. Ça n’a pas d’importance. Sur les murs nus, la peinture beige tire au verdâtre. Il suffit de respirer. Il suffit de respirer. Ma baguette tourne mécaniquement dans ma main.

La porte s’ouvre en claquant.

-  Bonjour, Parkinson.

Ah oui. Février 2006. Théodore Nott réapparait, entre quatre murs, et il n’a pas vraiment changé, mais c’est surement parce qu’il n’a pas vraiment disparu.

Un coup de poignet, le fauteuil s’avance en raclant le parquet.

- Je t’en prie, Théodore.

Il s’assoit calmement, il croise les mains, puis me fixe. Mon cœur a remonté mes veines pour battre follement dans le creux de mon poignet. Je penche la tête.

- Dis-moi donc ce qui t’amène.

- Les affaires.

Il a dit ça tout en retroussant les manches de son pardessus, les mêmes gestes froids qu’il a toujours eus. Le voir suffit à me glacer. Quand il relève la tête pour me regarder de nouveau, les reflets de ses pupilles sont gris. Draco sourit. Ma main caresse ses cheveux. Son poids nonchalant sur mes genoux. Il parle sans s’arrêter, sans même se soucier si j’écoute. Ma main caresse ses cheveux, elle y est restée coincée à travers les années, mes doigts emmêlés à ses mèches de pierre ne s’en détacheront jamais.

- Pansy ?

Je suis idiote. Les pupilles des yeux de Théodore sont brunes. Il a un sourcil levé, en attente.

- Je t’écoute, dis-je le plus sèchement possible. Il faut abréger ce rendez-vous au plus vite. Après tout, je sais pertinemment pourquoi il est là. Il est là pour la même raison que tous les autres.

Sa voix est lente et prudente.

- J’ai des choses dont je souhaiterai me débarrasser. On m’a dit…

 - Ne sois pas si évasif, Théodore, je raille, parce que c’est la chose que je sais le mieux faire. Tu connais mes services, donc tu connais aussi les tarifs je suppose ?

Il acquiesce.

- Parfait. Tu as fait une liste ?

Il acquiesce de nouveau. Un papier parfaitement plié atterrit sur mon bureau. Je ne lui jette même pas un coup d’œil. Je sais ce que j’y trouverai. Théodore, ses doigts jouant avec l’accoudoir du fauteuil, semble incertain de ce qu’il est supposé faire. Ridicule. Je me lève, arbore mon sourire le plus professionnel.

- Pas besoin d’être embarrassé. Les Sang-Pur s’entraideront toujours. De plus, ce dont tu veux te débarrasser intéresse la clientèle au Nord. Dans une semaine, à cette heure, tout sera immaculé chez toi. Tu seras satisfait de nos services, je crois.

Théodore me fixe en silence quelques instants, puis il prend son pardessus.

- Merci, Parkinson.

- Nous avons un arrangement avec Gringotts. Le payement sera retiré dans un mois environ.

Il hoche la tête, visage à présent illisible.

- Au revoir, dit-il enfin.

Il sort. Ma baguette tourne mécaniquement dans ma main.

La porte se ferme en claquant.

La nausée logée dans mes omoplates remue désagréablement.

La pluie s’écrase à la fenêtre comme un poing.

Ainsi, Théodore Nott veut recommencer sa vie.

Ils le veulent tous.

La plupart ont été plus rapides que lui, cependant. Draco est venu il y a trois ans. Il allait se marier. Il ne voulait plus de ces objets encombrants.

C’est la plus délicieuse des ironies. Pansy Parkinson, toujours les mains sales, fait la passeuse entre deux vies, entre deux nuits. Les reliques familiales des Sang-Purs, les objets puants la Magie Noire, tout passe ici, à mon bureau. Les gallions que je gagne en les revendant à l’étranger ont le goût de la cendre.

Je n’ai pas recommencé ma vie.

Je ne me suis pas lavée les mains.

La nuit m’escorte.

Le problème, c’est que la nuit escorte aussi Théodore Nott.

Il le sait aussi bien que moi.

Nous partageons le même fantôme.

Deux mains encerclent mon cou, une voix réveille les cauchemars.

Le vent ressuscite les amours mortes.

Surtout, un après-midi dhiver, mon assassin est revenu.

(…)

Le mimosa frôle mes chevilles. Le vent colporte des échos frêles à mes oreilles. Le ciel est si lourd qu’on ne se relèvera jamais. Ni lui, ni moi. L’ombre à mes pieds s’élargit, dévore mes chevilles et coule au sol, l’inonde.

Des yeux sans vie.

Il a tué.

C’est une hantise qui me poursuit, qui m’hallucine, qui m’obsède. Je fais quelques pas, il tue.

L’ombre est familière.

L’assassin se tient très droit.

L’ombre est familière.

Cette hantise, je la partage avec Théodore Nott depuis 7 ans, 7 mois, et peut-être même 7 jours.

Cet assassin, il le connait aussi bien que moi.

(…)

Assise dans le petit fauteuil du salon, ma solitude drapée sur les épaules, j’écoute les bruits du silence.

Je froisse et défroisse machinalement la liste de papier de Théodore Nott. Rien d’extraordinaire dessus. Toutes les listes se ressemblent. Elle est très fournie, bien sûr. La faute aux petites affaires paternelles.

Evaristo Nott a été enfermé à vie à Azkaban pour ses activités de Mangemort lors des Grands Procès. Je me souviens de son visage pour l’avoir aperçu à des réceptions. Un petit homme âgé au teint gris. Quand les langues se déliaient, vipérines, elles susurraient qu’il avait provoqué la disparition de son épouse. Son fils suivait, derrière, tête baissée et muet. Une silhouette efflanquée. Je n’en sais pas plus de lui aujourd’hui que ce que je savais alors, ce que je sais toujours.

Théodore Nott était un garçon en clair-obscur. Des tâches de lumière éclairaient sa peau d’une pâleur maladive, le reste de son visage se confondait dans la pénombre granuleuse. Un air d’indifférence perpétuelle, mais l’ironie toujours au bord des lèvres. Parfois, sous les sourcils minces, un relent de vieille colère quand on parlait du père. Blaise avait essayé de l’aborder parce qu’il faisait partie des 28 Sacrés. En vain. Théodore Nott était toujours seul, toujours sur le bord du chemin, non pas parce qu’il y était forcé, mais parce qu’il avait choisi d’y rester. Il avait de longues mains blanches. Il ne se salissait jamais. Les livres l’engloutissaient, et on l’y oubliait.

Sage Théodore. Ce que je le hais.

 

J’ai eu la bouche pleine de boue, je me suis étouffée. J’ai agité mes bras lourds, rien ne m’en a tirée.

Je me suis coupée les jambes pour sortir de la boue.

J’en suis encore couverte.

 

Toute l’eau du monde ne l’a pas faite partir.

Toute l’eau du monde ne la fera pas partir.

 

Je pose la liste de Nott sur la table basse. Il faut que je sache. Il faut que je sache pourquoi il est venu ici, pourquoi il est venu maintenant. Il faut que je sache pourquoi il va recommencer.

Il faut que je sache s’il se rappelle de notre ombre partagée.

Je veux savoir si ses pieds sont restés sales à travers les années.

Les miens n’ont pas changé.

(…)

Le mimosa frôle mes chevilles. Le vent colporte des échos frêles à mes oreilles. Le ciel est si lourd qu’on ne se relèvera jamais. Ni lui, ni moi. L’ombre à mes pieds s’élargit, dévore mes chevilles et coule au sol, l’inonde.

Des yeux sans vie.

Il a tué.

C’est une hantise qui me poursuit, qui m’hallucine, qui m’obsède. Je fais quelques pas, il tue.

L’ombre est familière.

L’assassin se tient très droit.

L’ombre est familière.

Cette hantise, je la partage avec Théodore Nott depuis 7 ans, 7 mois, et peut-être même 7 jours.

Cet assassin, il le connait aussi bien que moi.

(…)

Dans un voile de brouillard, je quitte mon appartement. La ville est laide, comme à son habitude. De ses toits à ses faubourgs, elle me déteste en retour. C’est une cité qui change paresseusement de jours en jours. Un jour, elle a sa peau de désespoir. Un jour, la peau des déroutes. Chaque jour, cependant, elle s’amuse à se faire la cathédrale de mes défaites. Chaque jour, elle s’amuse à célébrer mon enterrement.

Ses oripeaux de lépreuse sont mon miroir. Elle chante mes échecs sur des airs de guitare. Ma solitude en écho ricane, à elles deux elles crient que j’aurais dû, j’aurais dû, j’aurais dû, être la reine de ces rues.

Tous les habitants ricanent alors en staccato. Ces gens se ruent à leurs portes, ils me regardent et me reconnaissent, ils hurlent jusqu’à ce que je trébuche sur les pavés

Traîtresse

C’est avec un ravissement tout particulier qu’ils ont soudain le nez collé à mes moindres mouvements, ils me regardent et me reconnaissent, ils hurlent jusqu’à ce que je fuie affolée

Lâche

Et puis quand on m’a jetée sur la place publique, clouée au pilori, on m’écoute supplier

S’ouvre un cercueil qui attend que je me couche.

Il faut que je sois muette et petite pour bien rentrer dedans.

Tout cela, il faut le passer menton haut.

Mes pieds convulsent peut-être, mais je n’ai jamais baissé la tête.

Je me désagrège noblement entre ces remparts hostiles.

A l’abri dans une ruelle, ma baguette tourne mécaniquement dans ma main.

Je transplane.

(…)

La route qui mène au manoir Nott est semée de grands peupliers à droite. A gauche, de coteaux à perte de vue. Mes yeux se ferment d’eux-mêmes une brève seconde. C’est si douloureusement facile de revoir les mûriers sauvages, la haie élégamment taillée, l’allée d’ifs qui menait au manoir Malefoy. Nous avons joué si souvent près de la fontaine. J’étais alors une solide fillette.

Je suis si fragile maintenant.

Un rien me ferait voler en éclats.

Nos rires d’enfants qui faisaient carillons à travers les matins clairs forment un souvenir poli et repoli. Pourtant, je n’ai pas pu empêcher qu’il se ternisse. Dans un soupir triste, ma solitude murmure une vérité qu’elle aime à répéter : Tu aimes sourde et muette, il ne t’a jamais répondu, Draco Malfoy ne s’est jamais soucié de toi.

Pour la rime, elle y ajoute le prénom d’Astoria.

Je sais tout cela. Je ne sais pas pourquoi je suis restée figée dans les années alors qu’il a depuis longtemps avancé sans regarder en arrière. Il a disparu au coin du chemin, je suis restée.

Je prie un dieu absent.

Un amour décomposé.

Il a disparu au coin du chemin, je suis restée.

Peut-être que je l’aime encore.

Je l’aime encore.

Je rouvre les yeux.

La lourde porte de chêne du manoir s’ouvre dès que je pose un pied sur le perron. Un elfe de maison me jette un regard sans émotion, s’écarte.

Théodore est là.

- Je t’attendais, dit-il.

Assise dans le salon au luxe passé, du Whisky Pur-Feu dans un verre en cristal, je respire l’odeur fade de la poussière mêlée aux sorts ménagers.

En face de moi, Théodore se tient bien droit. Nous ne parlons pas des banalités d’anciens camarades Sang-Pur. Nous ne parlons pas des nouvelles non plus. Je parle d’une voix atone de sa liste d’artefacts, et des modalités. Il y a des nuages d’ombre dans ses yeux quand il écoute.

 Notre ombre partagée flotte entre nous, et à nouveau mes omoplates tremblent et la nausée revient. Je savais qu’il s’en souvenait.

Je le savais bien.

- Tu t’en souviens, je souffle enfin, la gorge brûlée.

Il hoche la tête. Une émotion que je n’identifie pas flotte sur son visage maigre, disparait aussitôt.

- Tu as changé, Parkinson, répond-t-il avec un petit geste de main.

Un homme hilarant.

- Je suis une femme ennuyeuse, Nott, je rétorque, tout en essayant de tordre mes lèvres en un sourire moqueur, ceux qui me réussissaient si bien.

Il hoche la tête à nouveau.

Je m’agace déjà.

 - Alors, tu recommences ta vie. Tu te débarrasses du passé.

Je veux savoir si c’est de notre ombre qu’il veut se débarrasser.

Je veux savoir s’il essaye d’oublier.

Sa réponse brûle bien plus que le Whisky Pur-Feu dans ma gorge.

Théodore Nott ne recommence pas sa vie. Pas ici du moins. Il part. Il explique tranquillement qu’il prendra à la gare un train pour Amsterdam, et là-bas, au port,  l’attendra un navire. Le départ est dans quelques jours. Je n’entends pas le reste. Je n’écoute plus.

Ainsi ses pieds sales iront marcher ailleurs. Ainsi les miens resteront là.

Je sors du manoir dans un état second. Il fait nuit.

La pluie s’est arrêtée.

Je titube un peu.  

Ma solitude s’agenouille doucement à côté de moi. Elle ramasse mon corps en poussière, mon cœur coupant, les effrite sur ses doigts, m’embrasse tout de même.

Couple déchiqueté, nous pleurons sur un avenir qui n’existe pas.

La nuit est vierge et froide.

La nuit est nue.

Pas de lune.

(…)

Je ne peux même plus m’entendre penser : une panique glacée embrase mes veines, paralyse tout mon corps, alors même que dans un même mouvement désordonné, les élèves de ma maison marchent. Cet imbécile Cracmol de concierge nous encadre, grommelant. Mes oreilles sifflent atrocement, comme si des restes de la voix aiguë qui nous a tous terrifiés quelques minutes auparavant s’étaient logés dedans pour n’en plus sortir.

Les pas précipités de ceux qui m’entourent martèlent le sol, j’entends des éclats de voix en lambeaux. Quelques jeunes de première année pleurent. Certains semblent indifférents. Nous serrons tous notre baguette, prêts à transplaner quand nous auront été amenés au point d’évacuation.

Je déglutis péniblement. Le regard de cette affreuse McGonagall me vrille encore, me transperce désagréablement. Le ton dur sur lequel elle a parlé. Les regards fixés sur moi. Comme s’ils valaient mieux, comme s’ils étaient plus courageux. Ce sont tous des imbéciles. Je ne regrette pas une seconde ce que j’ai dit. J’aurais souhaité avoir le courage d’attraper Potter et de le livrer moi -même.

Lentement, respiration après respiration, je reprends mes esprits, retrouve mon sang-froid. Nous sommes dans le parc, nous nous éloignons de plus en plus du château. Bientôt nous en serons sortis, libres de fuir. Mais il faut que je revienne. Il faut que je trouve Draco. Peut-être qu’à nous deux, nous attraperons Potter avant que trop de sang n’ait coulé. Il faut que je trouve Draco, que je le voie, que je sois sûre qu’il va bien.

Au-dessus de nos têtes, le ciel d’encre est déchiré à intervalles réguliers d’éclairs de lumière. Il faut que je revienne. Je jette un coup d’œil aux autres. J’aperçois Blaise parmi eux, son beau visage figé. Une veine bat sur sa tempe. Il a les yeux perdus dans le vide. Blaise ne reviendra pas. Il n’a aucun intérêt là. Il va transplaner au manoir Zabini et attendre le verdict des évènements de ce soir. C’est ce que je devrais faire aussi. C’est ce que je ne ferais pas. Devant, je repère des amies : Millicent offre son épaule à Daphné, dont on entend les sanglots. Daphné a toujours eu les nerfs fragiles, me dis-je avec un mépris que je suis incapable de retenir.

Mais les Parkinson sont faits de fer. En une fraction de secondes, je me vois, nerfs solides, pleine de volonté, retrouver Draco, faire la fierté de nos parents. Depuis un an, tout semblait bizarrement s’écouler entre mes doigts, sans que je ne puisse rien retenir. Mais ce soir, je peux déterminer ce qui va s’écrire.

 Je me détourne, commence à ralentir le plus discrètement possible. Le Cracmol idiot ne remarque rien. Il pâlit un peu plus à chaque nouvel éclair qui craquèle le ciel.

Un sort de Désillusion suffit. Me confondant avec un des grands arbres, je regarde silencieusement les autres continuer leur chemin jusqu’à disparaitre hors de vue. Un craquement de branches me fait sursauter. J’étouffe un bruit de surprise lorsque je vois que je ne suis pas la seule à avoir déserté le groupe d’évacuation. Théodore Nott ne me voit pas, mais je le vois distinctement alors qu’il court vers le château, un mélange de rage et d’inquiétude tordant ses traits.

Bien sûr. Nott a un intérêt là. Son Mangemort de père sera surement dans la bataille. Il est âgé, et les rumeurs ces derniers temps disaient qu’il souffrait de blessures mystérieuses.

Il doit le rejoindre.

Un sentiment passionné serre brutalement ma poitrine. Moi aussi, je vais aller trouver ce qui m’est cher.

Quand Nott est suffisamment loin, je commence à courir à mon tour.

(...)

Tout est chaos. Le château s’écroule. Des explosions retentissent chaque seconde.

Là-haut le ciel est éclaboussé de multicolore à chaque nouvelle salve de sortilèges. Ma gorge est sèche, des spasmes involontaires me traversent. Je frôle la Mort à chaque instant. Elle est partout, ravageant et dévastant. Des odeurs terribles m’assaillent.

Je m’adosse à un arbre calciné. Je ne pense plus à Draco. Je ne sais pas il est, il pourrait être n’importe où dans ces ruines, il pourrait être n’importe laquelle de ces silhouettes. Comment pourrais-je le retrouver ? Dans quel brasier, quel combat, quel enchevêtrement de corps ? Je n’ai même pas encore atteint le château, c’est impossible, je ne l’atteindrai jamais. Je sens confusément du sang couler de mon bras droit, résultat d’un sortilège qui a ricoché quelques instants auparavant.

La terreur secoue mes membres, la sueur me noie, j’ai perdu. Je vais mourir ici. Comme dans un cauchemar, je vois maintenant des géants écraser des hommes d’un coup négligent de leurs mains énormes. Des hurlements stridents me mènent au bord de la nausée.

Avant même que je ne réalise quoi que ce soit, une silhouette surgit devant moi. Un homme encagoulé. Un Mangemort. Je fais un pas, je lève ma baguette, ma main tremble tellement que je ne pourrais même pas lancer un sort.

Je vais mourir ici.

L’homme semble sourire, et je vois la lumière verte d’un sortilège dont j’ai tellement entendu parler, et

On me pousse.

Le monde se dissout sur son orbite malade.

Un corps tombe à mes pieds, écrasant en partie le mimosa qui frôle mes chevilles. Des yeux sans vie.

Hébétée, je tente de me relever, mes muscles n’obéissent pas, et je suis forcée de me laisser de nouveau glisser dans l’herbe. Le ciel est si lourd qu’on ne se relèvera jamais. Ni lui, ni moi.

Face à moi, l’ombre a encore la baguette levée, comme figée dans l’air.

Il a tué.

L’ombre est familière.

L’assassin se tient très droit.

Mon assassin.

(…)

C’est une hantise qui me poursuit, qui m’hallucine, qui m’obsède. Je fais quelques pas, il tue. Cette hantise, je la partage avec Théodore Nott depuis 7 ans, 7 mois, et peut-être même 7 jours.

Cet assassin, il le connait aussi bien que moi.

(…)

Ce soir-là, Théodore Nott a tué pour moi.

(…)

De retour dans l’appartement, dans mon fauteuil, j’ai débouché une bouteille. Le verre pend mollement dans ma main.

 Des coups insistants au carreau brisent ma léthargie.

Le hibou a apporté une lettre. Deux mots.

" Revoyons nous."

End Notes:

Paroles de la chanson "Je ne sais pas" (il s'agit d'une chanson originale de Brel, reprise par Barbara)

Je ne sais pas pourquoi la pluie
Quitte là-haut ses oripeaux
Que sont les lourds nuages gris
Pour se coucher sur nos coteaux
Je ne sais pas pourquoi le vent
S'amuse dans les matins clairs
À colporter les rires d'enfants
Carillons frêles de l'hiver
Je ne sais rien de tout cela
Mais je sais que je t'aime encore
Je ne sais pas pourquoi la route
Qui me pousse vers la cité
A l'odeur fade des déroutes
De peuplier en peuplier
Je ne sais pas pourquoi le voile
Du brouillard glacé qui m'escorte
Me fait penser aux cathédrales
Où l'on prie pour les amours mortes
Je ne sais rien de tout cela
Mais je sais que je t'aime encore
Je ne sais pas pourquoi ces rues
S'ouvrent devant moi une à une
Vierges et froides, froides et nues
Rien que mes pas et pas de lune
Je ne sais pas pourquoi la nuit
Jouant de moi comme guitare
M'a forcé à venir ici
Pour pleurer devant cette gare
Je ne sais rien de tout cela
Mais je sais que je t'aime encore
Je ne sais pas à quelle heure part
Ce triste train pour Amsterdam
Qu'un couple doit prendre ce soir
Un couple dont tu es la femme
Et je ne sais pas pour quel port
Part d'Amsterdam ce grand navire
Qui brise mon cœur et mon corps
Notre amour et mon avenir
Je ne sais rien de tout cela
Mais je sais que je t'aime encore
Mais je sais que je t'aime encore

Paroles de la chanson "Cet assassin"

C'est vrai, cet assassin m'obsède
C'est vrai, cet assassin me suit
Qu'il me suive où qu'il me précède
Il tue, je chante, je chante, il tue
De ses crimes abominables
Sur l'acier de son couteau nu
Je lis que son âme est malade
Et qu'il pleure dans ses mains nues
C'est vrai, cet assassin m'obsède
Quand, sur la pâleur de mes nuits
Il roule un chemin parallèle
Sur le boulevard de Minuit
Comme un loup sur son territoire
Il m'encercle, je ne sais pourquoi
Et, dans le sang du désespoir
Il fait blondir le mimosa
C'est vrai, cet assassin m'obsède
Il m'appelle, il me poursuit
C'est vrai, cet assassin m'obsède
Il tue, je chante, je chante, il tue
Et, sur le chemin parallèle
Où il roule et où je le suis
Je chante et je déploie mes ailes
Il tue, le mimosa fleurit
C'est vrai, cet assassin m'obsède

Les soleils se rallument by Calixto
Author's Notes:

Et voilà la fin de la plus belle histoire de Pansy.

Pour ce dernier tour, la contrainte était : "On vous demande de faire le plus de clins d'oeil à des titres de chansons de Barbara ! Ainsi, au moins un élément de chaque catégorie (Lieu, émotions/sentiments, Personnage/prénom) de titre de chansons de Barbara doit avoir une certaine importance dans le chapitre (pas d'énumération bête, pas de simple mention non plus). Chaque élément rapporte 1 point à partir du moment où la consigne est respectée (un élément de chaque catégorie mentionné). Il faudra les lister (et les justifier si vous en ressentez le besoin) en note de début ou de fin."

Bonne lecture !

 

L’homme qui gît à mes pieds ce soir-là, après avoir tenté de m’assassiner, s’appelle Salazar Selwyn. Débarrassé de la cagoule noire, son visage crayeux me fixe. Des yeux sans vie.

Ainsi le sang était retombé une fois de plus sur nos familles.

 

 (…)

 

Vienne est une ville infecte. Sous ses os d’ivoire et son or étincelant, tout y est aigre.

J’ai 6 ans. Comme chaque année depuis que je peux m’en souvenir, nous passons la dernière moitié de juillet chez l’oncle Archibald. Sa résidence est luxueuse et la chaleur étouffante de l’été ne l’atteint pas.

Se prélassant dans une fraîcheur artificielle, les invités déjeunent au jardin. Dans ma robe d’organza, je regarde Archibald rire bruyamment. Son rire est clair, il éclate dans l’air de façon presque brutale. C’est le rire qui m’est interdit. Les petites filles n’ont droit qu’au silence.

Ces repas-là s’étirent interminablement. Quand je commence à trop gigoter entre plat et dessert, ma mère enfonce sa fourchette en argent dans ma main, entre le majeur et l’auriculaire . Je redeviens alors immobile.

C’est par une de ces soirées d’été autrichiennes que mon oncle a ravivé le feu de haine entre les Parkinson et les Selwyn. Tous les murmures frétillants disaient la même chose. Dans les rues de Vienne, Archibald avait provoqué Ulysseus Selwyn en duel.

Nos deux familles d’un sang aussi pur l’un que l’autre se haïssaient depuis si longtemps qu’elles en avaient presque oublié pourquoi. L’histoire la plus commune racontait que cette rivalité haineuse était née après la démission de Damoclès Rowle en 1726, lorsque Perseus Parkinson lui avait succédé en tant que Ministre de la Magie, s’emparant du poste convoité sous le nez du furieux Achilles Selwyn que beaucoup disaient pourtant favori. Le reste s’était construit sur des rumeurs vénéneuses, des duels clandestins, une rivalité indestructible, et aucun croisement par le mariage, chose rare chez notre élite où nous avons tous besoin des uns et des autres pour préserver nos dons et notre pureté.

Les années avaient apporté à nos familles des moments de répits et des explosions.

J’avais 6 ans. La haine reprit plus virulente encore.

Dans les rues de Vienne, Archibald avait vaincu Ulysseus Selwyn en duel.

 

(…)

 

 Mes mains blanches ne sont pas à regarder de près. Chaque jointure a ses petites marques pointues. J’avais bien appris la leçon, je me suis tue longtemps. C’est amusant à présent que je sois la vulgaire, celle qui parle trop haut. J’ai longtemps eu l’habitude de me cacher derrière les lourdes jupes de ma mère. Elle m’en délogeait toujours promptement. Je me souviens que mes chagrins d’enfant ne trouvaient une oreille attentive que chez Granny. Ma grand-mère sentait le miel quand elle me prenait sur ses genoux. De ses doigts fins, elle séchait mes larmes muettes et m’offrait en secret des pâtisseries aux raisins blonds de Corinthe. L’amour qu’elle me donnait m’a donné faim de plus, toujours, toujours, toujours plus. Je me noie dans les souvenirs. Le temps s’était arrêté pour moi, maintenant il semble reculer.

 

(…)

 

Après sa lettre à laquelle je n’ai pas répondue, Théodore en a envoyé par le même hibou une seconde. Celle-là, que j’ai froissée une centaine de fois, donnait un restaurant, un jour, une heure. Ma solitude se frotte inlassablement contre mon cou. J’en suis si lasse. Je l’ai si bien incarnée. Elle est comme de chair, elle est presque plus vivante que moi. Je suis une fleur qui se fane.

 

(…)

 

 

La porte du restaurant claque bruyamment derrière moi, m’arrachant un sourire. Tous les clients respectables de l’établissement respectable se sont retournés avec une brève indignation. Ravie de n’avoir déçu personne.

Je louvoie entre les tables de mon pas le plus chaloupé . Théodore est assis à une table à l’écart. Il me regarde m’avancer avec une apparente indifférence, mais je sais mieux que de ne pas voir l’agacement qui flotte dans son regard. Théodore aime se fondre dans les décors.

- Bonsoir, Nott.

- Bonsoir, Pansy.

Théodore sourit. C’est un étonnant sourire.

- On passe commande ?

J’ai dit cela avec une familiarité calculée. Théodore se crispe aussitôt, puis sourit de nouveau.

- J’ai déjà passé commande. Tu es très prévisible.

Je me renverse légèrement en arrière.

- Vraiment ? je susurre, avec une ironie que je lui ai volée.

 

Il acquiesce tranquillement.

Je me redresse contre le dossier de ma chaise, étend une main pour effleurer le bois laqué de notre table.

 

- J’espère que tu as pris les plats les plus chers.

 

Théodore sourit. Je ne l’ai jamais vu autant sourire. C’est absolument dérangeant. Avant que je puisse lui en faire la remarque, un craquement laisse apparaître l’elfe qui a apporté nos plats. Je considère mon assiette en silence. La petite fourchette d’argent qui l’accompagne est serrée étroitement au creux de mon poing. Théodore a déjà commencé à manger. Il s’interrompt et lève un sourcil, en attente.

- Nous n’avons pas parlé des nouvelles, Théodore, dis-je avec une confiance feinte.

Il me regarde comme s’il savait à quoi je jouais. Bien sûr qu’il le sait.

Ils le savent tous.

- Eh bien, fait-il lentement, en s’essuyant le coin de la bouche, je suis désolé. Je pensais que tu détestais les banalités.

Merlin, je le hais.

- C’est vrai. Nous allons éviter cela, alors. Je repensais simplement aux Procès. Je repensais à ton père.

Les sourcils minces se froissent. Aha. Elle est là, celle que je voulais voir. La vieille colère. Elle n’est donc jamais partie. Je la regarde se déployer sur les pommettes tendues de Théodore, les rougir, puis serpenter et plisser son front.

- Pansy, articule-t-il durement, un avertissement. La satisfaction m’envahit à le regarder s’assombrir, trébucher sur ses propres pieds.

- Tu as des nouvelles de lui ?

Les plis sous les yeux de Théodore sont maintenant violacés.

- Non, répond-t-il. Il me regarde comme s’il voulait m’enfoncer un poignard dans le dos. C’est si agréable. Je sais bien qu’il n’a pas de nouvelles. Ceux d’Azkaban n’écrivent pas de lettres et ils n’en reçoivent pas. Même lorsque comme Evaristo Nott, ils sont des vieillards épuisés.

Théodore se rappelle aussi bien des Procès que moi, je le sais. Il se rappelle son vieux veuf de père, qui l’avait élevé seul sous les rumeurs et les quolibets, affaibli, monter à la barre sans pouvoir même ouvrir la bouche pour se défendre. La salle criait trop fort. Pour chacun de nous, ils ont crié. Pour moi aussi, ils ont crié.

Il se rappelle qu’il a subi les interrogatoires comme nous tous, et qu’il a frappé à toutes les portes pour demander la clémence.

La réponse avait été simple : Azkaban.

La haine couve depuis sous la peau blafarde de Théodore. Je l’aime. Je la préfère de loin à son indifférence.

Avec une brutalité fabuleuse, la colère s’évanouit soudain du visage de Théodore. Il a l’air fatigué, à présent. Ses cils battent d’épuisement.

- Pansy, souffle-t-il, je voulais parler.

Il y a des choses dans son regard que je ne veux pas voir. Un large sourire s’étale sur mes lèvres, le sourire mauvais qui fait frémir le monde.

- N’est-ce pas ce que nous faisons ?

Théodore me fixe en silence. Il n’a pas fini son assiette, je n’ai pas commencé la mienne. Ça n’a pas d’importance . Je n'ai pas faim. Mon ventre est déjà plein de regrets, de rancœurs, tant de choses encore. Je n'aurais plus jamais faim.

Menteuse, dit une voix sortant de sa sourdine. Menteuse, dit affectueusement ma solitude en égratignant mes cheveux. Menteuse. Tu as toujours faim. Tu auras toujours faim.

- Pansy, répète Théodore.

En réalité, je ne veux pas parler. Je n’aurais pas dû venir. Chaque nouveau coup d’œil à Théodore est un souvenir acéré. Je me rappelle de chacune de ses insomnies. Merlin, je me rappelle de chacune de ses insomnies.

Je repousse ma chaise.

- Il faut que j’y aille, dis-je. Il faut que j’y aille.

Théodore a les yeux las.

Je fuis le restaurant.

Le vent ravive les amours mortes.

 

(…)

 

Ils crient si fort que je ne m’entends pas parler. Le juge réclame mollement un peu de silence, des Aurors s’agitent au fond de la salle. Les Procès sont sur le point de s’achever et tous les grands noms sont déjà passés. Greyback a été condamné il y a un mois. Les plus fidèles à Vous-savez-qui encore en vie ont été condamnés il y a deux mois. Dolohov a dû en perdre l’audition.

 Mais la foule ne s’est pas désintéressée, elle continue de crier. Ils veulent justice. Ils ont affiché mon visage partout dans les journaux, ils racontent comment j’ai voulu vendre Potter. Plus encore que Draco, car Potter a témoigné en sa faveur, je suis devenue le symbole de la génération pourrie. Mes parents ne sont pas Mangemorts, mais ça n’a pas d’importance. Je suis la traîtresse.

Il n’y a pas de pitié dans les regards vides des jurés, ils sont trop fatigués pour en soucier. Je suis majeure depuis peu. Je vais payer comme les autres.

Je refuse de m’exprimer à la barre. Je ne regrette rien, mais j’ai appris la honte, et j’ai retrouvé le silence de mon enfance. Le rire d’oncle Archibald retentit dans la salle d’audience. Il est mort mais son rire est clair comme autrefois. Il me rappelle ce que je n'aurais pas dû oublier. Des picotements remontent mes jointures blanchies. Je déglutis. Mais ma mère serait furieuse, je n’arrive pas à redresser mon dos courbé.

Celle qui me met la tête sous l’eau survient après deux jours d’audience. Son témoignage est lu à la barre en son absence. Elle témoigne sous pseudonyme. Mais les détails qu’elle livre, sur des remarques faites dans l’intimité du dortoir des filles, à propos des rumeurs sur Vous-savez-qui, sur mon obéissance aux Carrow et à leurs exercices, sur ce soir où j’ai pointé un doigt tremblant vers Potter…

C’est bien trop drôle.

La traîtresse trahie.

Je sais bien qui est Lucy, dont le témoignage me cloue au pilori.

Le Magenmagot et cette cour l’ont autorisée à protéger son anonymat par peur, ont-ils annoncé, de représailles sur sa personne.

C’est bien trop drôle.

Les représailles sur témoins, c’est ce qui fait peur à l’Angleterre entière qui suit les Procès avidement. Il reste encore quelques fuyards dangereux qui échappent aux Aurors, après tout.

Et c’est vrai que je souhaiterai bien tordre le cou à Lucy.

Mais ce n’est pas comme si je le pourrai jamais.

Ils rendent leur verdict, mettent le point final à l’humiliation.

Pansy Parkinson est condamnée à trois mois de travaux d’intérêt général.

Je sors de la salle d’audience, je ne rentre pas au manoir, je bois pour la première fois. Je bois jusqu’aux premières lueurs de l’aube . Je bois avant de rentrer me cacher du monde.

 

(…)

 

Lucy est mon amie. Du moins, était. Lucy s’appelle Tracey Davis. Cette stupide Sang-mêlé. Je l’avais prise sous mon aile. Elle était orpheline, méfiante comme un animal sauvage, ses yeux pers toujours trop lucides. Je l’aurais écrasée sous mon talon en quelques secondes, mais j’ai décidé qu’elle serait mon amie.Et elle nous a rejoint, Daphné, Millicent et moi.

Tracey était intelligente, peut-être trop. Elle observait, muette, et elle venait me chuchoter dans le creux de l’oreille ce qui fleurirait dans le venin de ma bouche. Et puis les choses se sont distendues.

Ses yeux brillaient anormalement lors de notre 6e année, quand on a commencé à chuchoter dans notre salle commune qu’Il était de retour et qu’il allait falloir se préparer. Elle s’éloignait de nos murmures excités. Ses yeux brillaient plus encore lorsque les Carrow sont arrivés et que les exercices ont commencé.

J’ai senti poindre chez Tracey les premiers signes que nous devenions étrangères l’une à l’autre.

Le soir de la Bataille, lorsque j’ai déserté le groupe d’évacuation, loin de Zabini, de Daphné qui pleurait sur l’épaule de Millicent, Tracey n'était pas là. Tracey ne faisait pas partie du groupe. Tracey avait choisi son camp, Tracey était restée se battre.

Je souhaiterais tordre le cou à Lucy.

J’aimais Tracey.

C’est bien trop drôle.

La traîtresse trahie.

 

(…)

 

Dans les nuits d’ivresses et d’angoisses qui ont suivi les Procès, je suis restée seule. Draco n’a pas répondu à une seule de mes lettres. Et puis un soir, Théodore Nott a pris un siège au bar. Il avait les yeux noirs de fatigue, la colère veinait son visage. C’était mon assassin. Nous nous sommes emmêlés dans les draps. Nous les avons tachés.

Ça a duré quelques semaines. J’ai connu chacune de ses insomnies. Nous avons mélangé nos pieds sales. J’étais pleine de boue, il l’était aussi. Il frappait à toutes les portes pour la grâce de son père, et il pleurait dans l’oreiller. J’ai connu chacune de ses insomnies. Un matin, il était parti.

Sans un mot.

Je n’ai jamais été que l’amoureuse. Celle qui reste.

Mes hommes sont tous partis, je suis restée figée.

Il n’y a pas d’amour heureux.

 

(…)

 

Je n’ai même pas besoin de me retourner. Je soupire.

- Bonjour, Nott.

Il n’a pas l’air embarrassé de s’être tenu derrière moi en silence pendant les dix dernières minutes.

Il fait un petit signe de tête.

- Pourquoi viens-tu là ? demande-t-il.

La perplexité dans ses yeux ne semble pas feinte. Je soupire à nouveau.

- Ça n’a pas d’importance.

Je me redresse, époussète brièvement le col de mon manteau, jette un dernier regard à la tombe. Le caveau familial des Selwyn exhale des relents gluants de ténèbres, comme s’ils savaient qui se recueillait ici. Salazar n’a pas eu d’enfants. Je n’en aurais sûrement jamais aussi. La dernière Parkinson sur la tombe du dernier Selwyn.

Une impulsion soudaine. Je me fiche que Nott regarde. Je renverse la tête en arrière, ma bouche s’ouvre.

Ça éclate dans l’air, clair, brutal, merveilleux.

C’est mon tour de rire.

Je démolis le silence.

 

(…)

 

Nott m’a suivie jusqu’à chez moi. Ça n’a pas d’importance. Il a traversé les escaliers de marbre sale, et le voilà en face de moi, dans le petit fauteuil du salon. Je nous sers à boire.

- Je pars demain, dit-il abruptement.

- Bon voyage.

- Je voudrais que tu m’accompagnes.

Je cligne lentement des yeux. Il me regarde avec toujours ce sale visage illisible.

- Tu es fou. Pourquoi donc ?

- Tu n’as pas d’attaches ici non plus. Ta mère est morte, ton père ne veut plus entendre parler de toi.

Je le regarde comme si je voulais lui enfoncer un couteau dans le dos.

Il poursuit calmement.

- Rien ne t’empêche de partir. Et tu veux partir. Ça fait des années que tu veux partir. Tu as toujours voulu partir.

C’est vrai. Je le hais.

- Je ne veux pas partir, je mens entre mes dents serrées. J’ai une affaire qui marche ici, un appartement, une vie.

- Tu ne vis pas.

Il a la tranquillité des vérités. Je change d’angle.

- Pourquoi avec toi ? Tu ne sais même pas où tu vas. Un train, Amsterdam, le bateau, et ensuite ?

- Et ensuite comme j’en aurais envie. Nous pourrions voir Marienbad. Tu voulais voir Marienbad.

Il s’est souvenu de mes divagations au cœur de la nuit, alors. Je voulais voir Marienbad. C’est là que Granny était née. Elle m’avait raconté tant d’histoires sur sa ville d’enfance. Elle m’avait nourrie de son amour et j’avais rêvé avec elle.

- Pourquoi avec toi ? je répète, et ma voix tremble sur les bords.

Théodore plisse les yeux. Un souffle résigné. Il sort du fauteuil, sa main sur ma joue, je ne respire plus. Il m’embrasse.

(…)

 

- Parce que je t’aime...

 

(…)

 

Je suis dans la gare, j’ai une valise à la main. Les bruits du quai sont assourdissants. Il est midi. Le train arrive dans un crissement de freins sur les rails éblouis de soleil. Février disparaît. Le printemps revient.

Je ne sais pas ce que je fais ici.

- Pansy ?

Je me retourne. Théodore, penché au dehors d’un wagon, dans son pardessus, 7 ans après, une valise dans une main, l’autre tendue vers moi.

Il n’a pas vraiment changé. C’est peut-être parce qu’il n’a pas vraiment disparu.

Et il m’attend au bout de ce voyage. J’ai vieilli, je n’ai plus vraiment de courage. Je suis lourde de tant de choses, et aussi de mon âge. Mais je vais risquer un naufrage et j’ai refait mes bagages.

Je veux danser avec lui cette valse grise.

Je vais venir.

Je viens.

A mourir pour mourir, la vie attend que je la redécouvre.

J’ai si faim.

Un bruissement, et ma solitude est de nouveau lovée contre ma hanche.

Elle rejoue sa petite cantate, une petite cantate qui ne la lassera jamais.

Elle me dit : Mais il partira. Ils partent tous. Il est déjà parti.

Et c’est vrai. Théodore m’avait quittée sans un regard, disparu un matin. Nous n’avions rien d’important.

Mais je le regarde, lui et sa main tendue, et chaque geste suffit à me réchauffer. Comment ai-je pu voir dans ses prunelles le gris de Draco Malefoy ? Il a les yeux tellement bruns. Je prends la main de Théodore.

- Partons, dis-je.

Je monte dans le train qui s’ébranle.

Ma solitude reste sur le quai.

Pansy Parkinson aura sa fin heureuse.

 

(…)

Ma plus belle histoire commence mal. Et puis les soleils se rallument.

(…)

End Notes:

Dans l'ordre :

- Vienne

- Oncle Archibald

- La colère

- Les insomnies

- Mon enfance

- Lucy

- L'amoureuse

- Mes hommes

- Il n'y a pas d'amour heureux

- Marienbad

- Parce que je t'aime

- Je viens

- Valse grise

- A mourir pour mourir

- La solitude

- Une petite cantate

+ pour l'ambiance, "Tu sais":

"Tu sais, si ce n'était pas toi,
Si ce n'était pas toi
Au bout de ce voyage,
Tu sais, si ce n'était pas toi,
Referais-je les pas,
Aurais-je le courage
De te venir,
De recommencer un voyage,
De te venir,
De risquer peut-être un naufrage ?
Tu sais, je suis si lourde
Du temps que je porte,
Si lourde, lourde
Et l'idée de refaire mes bagages
Au creux de l'hiver, c'est dur, à mon age.
Je veux dormir. J'ai besoin de silence.
Je n'en peux plus, et soudain, je balance, je balance
Car toi, chaque fois que je te retrouve,
Toi, c'est la vie que je redécouvre.
J'ai beau savoir, et te connaitre et m'y attendre,
C'est fou, mais je sais qu'encore tu vas me surprendre,
M'étonner, m'émerveiller.
Je viens, et tant pis si l'on se déchire.
Je viens, je veux le meilleur et le pire.
Je viens demain car je veux te rejoindre.
Je viens, je pars dès que le jour va poindre.
Ce qu'il faut vivre, s'il faut le vivre,
Je viens pour le vivre avec toi, toi, toi..."

Et enfin, pour finir en beauté ce concours hommage à Barbara, la Granny de Pansy est le double de celle de Barbara, Hava Brodsky, celle qui a éclairé la période noire de son enfance comme elle le dit elle-même : "Que j’aimais ma grand-mère ! Elle était toute menue, avec des pommettes très hautes des grands yeux noirs, des mains très fines. Elle sentait le miel et me préparait des pâtisseries aux blonds raisins de Corinthe, des strudels aux pommes et aux noix pilées. Elle me consolait de tout."

Merci d'avoir lu <3

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