Les Enquêtes d'Eris: Tome 0: Où est Eris Malefoy? by bellatrix92
Summary:

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 Février 1994. Eris Malefoy vient tout juste d'avoir trois ans lorsque sa mère décède des suites d'une malédiction, plongeant son père dans le désespoir.

 

Dix mois plus tard, le jour de l'anniversaire de sa fille, Ignacius fait une annonce qui résonne comme un coup de tonnerre chez les Malefoy :

 

 

 

« Je pars en voyage à travers l'Europe, ainsi que je l'ai décidé. Mais j'emmène Eris avec moi. Elle aussi a besoin de sortir de cet endroit sinistre. »

 

 

 

Cover picture © Credits to iStock/kotina  


Categories: Enfances, Autres fics HP, Réponse aux défis Characters: Famille Malefoy
Genres: Famille, Songfic
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Les Enfants perdus, Ma plus belle histoire...
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 7279 Read: 360 Published: 06/07/2022 Updated: 24/08/2022
Story Notes:

Cette fanfiction est écrite dans le cadre du concours "Ma plus belle histoire" qui rend hommage à la chanteuse Barbara!

J'espère qu'elle vous plaira et qu'elle fera honneur à notre étoile!

1. Prologue: Göttingen by bellatrix92

2. Marienbad by bellatrix92

3. Ma plus belle histoire d'amour by bellatrix92

Prologue: Göttingen by bellatrix92
Author's Notes:

Ce chapitre est écrit pour la première manche du concours.

 

La chanson Göttingen appartient bien entendu à la chanteuse Barbara et son texte intégral est cité ici.

 

Après bien des pérégrinations dans toute l'Europe, après avoir parcouru Paris, Madrid et Rome, ses pas l'avaient finalement porté ici, dans cette petite ville où de vieux amis l'invitaient à séjourner.

 

Et pour la première fois depuis longtemps, il s'était senti revivre pleinement. Bien-sûr, ses voyages depuis plusieurs mois lui avaient permis de se remettre en mouvement. Mais l'animation qu'ils lui procuraient s'estompait bien vite à chaque fois, au moindre moment d'inaction ou même au moindre contretemps.

 

Göttingen pourtant s'était révélée bien différente de ses autres destinations, sans qu'il ne parvienne bien à comprendre pourquoi mais d'une manière totalement indéniable tout de même.

Qu'avait-il donc trouvé ici de plus qu'ailleurs ? Et surtout, pourquoi cela l'étonnait-il autant ?

 

Après la frénésie parisienne, aurait-il eu tout simplement besoin de repos ?

 

 

Bien sûr, ce n'est pas la Seine,

Ce n'est pas le bois de Vincennes,

Mais c'est bien joli tout de même,

A Göttingen, à Göttingen.

 

 

De toute manière, il avait toujours dit que les grandes capitales européennes étaient terriblement surcotées, surtout leurs quartiers sorciers qui, à l'instar du Chemin de Traverses à Londres, suffoquaient entre deux rues et une bonne dizaine de sortilèges de dissimulation.

Cela au moins, les Allemands l'avaient bien compris et ils avaient eu le souci de disséminer leurs institutions un peu partout dans le pays, les rendant accessibles aux uns et aux autres grâce à tout un réseau de cheminée et de portoloins.

 

Autre trouvaille intéressante : dans certains cas ils ne les avaient pas dissimulées mais simplement camouflées au sein-même du monde moldu, comme par exemple certaines de leurs boutiques ou bon nombre de leurs bibliothèques.

 

Il n'y avait pas à dire, Ignacius aimait ce pays dans lequel il se sentait plus libre qu'ailleurs, plus anonyme et moins menacé également même si le nom Malefoy était connu du public.

C'est peut-être ici après tout qu'il pourrait s'établir afin de refaire sa vie, loin des histoires de sa puissante mais pesante famille.

 

 

Pas de quai et pas de rengaines,

Qui se lamentent et qui se traînent,

Mais l'amour y fleurit quand même,

A Göttingen, à Göttingen.

 

 

Une seule question demeurait : avait-il le droit d'imposer cela à Eris ? De l'éloigner de leur famille étant donné qu'il devinait que ses parents ne voyageraient plus très longtemps hors d'Angleterre ?

Eris était si attachée à sa tante et à sa grand-mère qu'il hésitait franchement à sauter le pas. Mais d'un côté, ses absences à lui pesaient lourdement sur le moral de la fillette et il ne pouvait l'ignorer.

 

Lui-même n'avait juste plus la force de rester en Angleterre, de devoir se plier aux règles de son rang et faire bonne figure en toutes circonstances. Quant-à rester dans l'ombre de son frère, prêt à servir ses sombres intérêts au besoin, l'épisode de la Chambre des Secrets lui en avait fait définitivement passer l'envie.

Le délire ambiant sur la pureté du sang qui prenait toute la place en Angleterre ne s'était pas autant apaisé qu'on le disait depuis la Chute du Seigneur des Ténèbres, encore moins chez les Malefoy qui soutenaient à l'extrême cette idéologie depuis des décennies.

 

Une prise de position aux antipodes de celles que leurs ancêtres avaient soutenue lors de la mise en place du Secret Magique, époque durant laquelle les Malefoy avaient farouchement lutté contre une séparation des deux mondes, étant donné qu'ils faisaient du profit aussi bien avec les moldus qu'avec les sorciers.

Une époque également où leur Sang n'était sans doute pas aussi pur que ce qu'ils prétendaient aujourd'hui.

 

Si Ignacius devait être honnête, il lui fallait reconnaître que durant bien longtemps, les Malefoy avaient eu vis-à-vis des moldus une manière de faire assez similaire à celle des sorciers allemands qu'il côtoyait aujourd'hui :

Un mélange discret et subtil, mais un mélange quand-même.

 

Un cauchemar pour le Secret Magique. Telle était l'histoire des Malefoy au fond. La sienne comme celle de son frère qui méprisait pourtant les sorciers du continent en général, et les germaniques en particuliers qu'il jugeait « totalement impurs ».

 

 

Ils savent mieux que nous, je pense,

L'histoire de nos rois de France,

Hermann, Peter, Helga et Hans,

A Göttingen,

 

 

Mais contrairement à ce qu'affirmaient des clichés persistants, les sorciers allemands n'étaient ni incultes, ni arriérés, n'en déplaise à Lucius. En fait il était même très difficile de les décrire tant ils étaient différents les uns des autres.

Bien-sûr, il y avait toujours ce problème d'inégalités entre les uns et les autres, quoique les choses s'arrangent doucement au fil du temps.

 

La guéguerre existerait encore longtemps entre les sorciers des villes, artisans et intellectuels généralement aisés, et ceux des campagnes et des forêt qui cultivaient plutôt leurs différences avec le reste du monde magique et ne se pliaient à ses règles qu'avec une grande réticence. Une communauté plus rétive et marginalisée qui avait plus d'une fois fait parler d'elle et pas toujours en bien.

 

 

Et que personne ne s'offense,

Mais les contes de notre enfance,

"Il était une fois" commencent,

A Göttingen,

 

 

Dans cette ville cependant, de nombreux sorciers de tous les milieux s'étaient mélangés au fil des années, créant une culture encore inédite au sein de la société magique.

Les sorciers originaires des campagnes, ou au contraire nés et élevés dans des grandes villes, avaient créé de véritables jardins potagers qui côtoyaient sans problème ceux des moldus dans différents endroits de la périphéries. Cela donnait à ces quartiers des allures de jardins fantastiques entre les gigantesques plants de citrouilles, les radis noirs et les plantes « aromatiques » des uns, et les élevages de botrucs déguisés en vergers des autres.

 

A Göttingen, chez ses amis les Von Mülherei, Ignacius avait découvert avec un mélange de stupéfaction, d'effroi et de fascination, cette étrange culture clairement sur le fil du Secret magique. Le vieux couple qui l'avait accueilli faisait partie d'une vieille famille allemande de propriétaires terriens, autrefois un peu comme les Malefoy.

Mais si leur fortune demeurait pratiquement intacte, le fait qu'ils n'aient eu que deux filles mariées, l'une à un cadet d'illustre famille et l'autre à un Sang-mêlé, ferait disparaître leur nom à la génération suivante.

 

Bien dommage lorsque l'on y réfléchissait. Mais bon, Peter et Helga Von Mülherei jouissaient en attendant d'une heureuse vieillesse, entourés de leurs nombreux petits enfants (Ignacius en avait compté au moins huit, ce qui n'était pas rien).

 

 

Bien sûr, nous avons la Seine,

Et puis notre bois de Vincennes,

Mais, Dieu, que les roses sont belles,

A Göttingen, à Göttingen.

 

 

Oui, s'il s'établissait ici, dans cette ville ou dans sa proximité, il y avait moyen qu'il reconstruise sa vie. Mais comment faire s'il se devait de servir les intérêts des Malefoy avant tout ?

Jamais ses parents n'accepteraient son départ, de cela il en était sûr. Et le risque qu'ils mettent tout en œuvre pour l'empêcher de réaliser ses projets était bien réel. Après-tout, Abraxas Malefoy étant le chef de famille, il était en mesure de s'opposer matériellement aux désirs de ses fils.

Ignacius savait donc qu'il devait impérativement se montrer prudent s'il voulait pouvoir continuer à agir comme il l'entendait.

 

 

Nous, nous avons nos matins blêmes,

Et l'âme grise de Verlaine,

Eux, c'est la mélancolie même,

A Göttingen, à Göttingen.

 

 

Mais retourner définitivement en Angleterre ? Non, hors de question.

 

Cela Ignacius ne pouvait tout simplement pas s'y résoudre. Et tout son entourage en avait conscience, il voulait le croire.

Son père savait qu'il avait hérité de son besoin de bouger, d'explorer et de découvrir. Il était conscient également qu'il avait un caractère à la fois passionné et entier, pratiquement impossible à contraindre aux convenances, dispositions doublées d'une détermination frisant souvent l'opiniâtreté.

 

Alors l'imaginer rentrer et se recaser sagement en renonçant à ses désirs... Il fallait être fou pour concevoir une chose pareille. Même sa mère qui brillait par sa propre détermination à lui imposer ce qu'il n'avait pas envie qu'on lui impose avait fini par le comprendre.

 

Et lorsqu'il imaginait Eris épanouie ici avec des amis comme les petits enfants des Von Mühlerei, Ignacius était prêt à braver la vindicte de ses parents.

Oui, il agirait comme bon lui semblerait.

 

 

Quand ils ne savent rien nous dire,

Ils restent là à, nous sourire,

Mais nous les comprenons quand même,

Les enfants blonds de Göttingen,

 

 

Après-tout, c'était naturellement qu'il s'était intégré ici, servi par son don pour apprendre les langues. Il se voyait à présent pleinement s'établir ici avec sa fille, reconstruire sa vie...

Et peut-être un jour rencontrer quelqu'un, mais rien n'était pressé. Il pouvait attendre, il se suffisait à lui-même pour le moment.

 

Il n'y avait que loin des siens qu'il éprouvait ce sentiment malheureusement.

 

 

Et tant pis pour ceux qui s'étonnent,

Et que les autres me pardonnent,

Mais les enfants se sont les mêmes,

A Paris ou à Göttingen,

 

 

Non, à Hastings et à Battle il n'y en avait pratiquement pas en fait. Et pour trouver des gens de l'âge d'Eris qui soit fréquentables, Ingacius aurait du fouiller toute l'Angleterre et soumettre chaque candidature au bon-vouloir de sa mère.

Merci, mais il avait donné. Et lorsqu'il voyait Helga Von Mühlerei accueillir tous ses petits-enfants sans se soucier le moins du monde de leur pedigree, il en venait à se dire avec douleur que lui et son frère avaient bel et bien manqué quelque-chose durant leur enfance.

 

Et si ce n'était que dans leur enfance... Ignacius se sentait un peu plus carencé de relations chaque jour.

 

 

Ô faites que jamais ne revienne,

Le temps du sang et de la haine,

Car il y a des gens que j'aime,

A Göttingen, à Göttingen.

 

 

Pourquoi fallait-il qu'il soit enfermé dans un milieu aussi hermétiquement clôt sur lui-même ? Pourquoi devait-il se plier à ses codes depuis autant de temps ?

Mais surtout, que faire pour éviter à Eris de subir la même chose que lui ? Pour lui permettre de vivre une vie plus libre et épanouie, en empêchant l'Histoire de se répéter chez les Malefoy ?

 

Il craignait de connaître la réponse : il fallait qu'il l'éloigne de leur famille et de ses projets de grandeur, qu'il évite à tout prix qu'elle ne devienne un enjeu dans leurs plans.

Et après-tout, n'en avait-il pas les moyens, maintenant que le Seigneur des Ténèbres n'était plus et que Lucius s'efforçait de sauvegarder les apparences auprès de tous ?

 

Mais si tout devait recommencer un jour ? Si cette paix et cette liberté qu'il avait acquise était brusquement mise en péril ?

Mieux valait qu'il fuie l'Angleterre.

 

Et lorsque sonnerait l'alarme,

S'il fallait reprendre les armes,

Mon cœur verserait une larme,

Pour Göttingen, Pour Göttingen ...

 

Marienbad by bellatrix92
Author's Notes:

Coucou à tous, alors pour ce chapitre, j'avais pour contrainte de caler tous les mots de la chanson de Barbara: "A mourir pour mourir" avec ses 141 mots différents.

Je pense que beaucoup de mots ont été mis en gras plusieurs fois car je les ai pris avec le texte intégral (je n'arrivais pas à faire autrement). J'espère n'en avoir oublié aucun!

 

De plus, j'ai ajouté en songfic le texte de la chanson Marienbad que je souhaitais vraiment utiliser et qui se prêtait bien à cette partie de l'intrigue! C'est une chanson que je trouve très jolie.

Le temps est chaud alors que peuvent-ils faire, si ce n'est promener à l'ombre ? Pour aujourd'hui il n'a aucune autre idée ni aucun autre désir. Sans doute la fatigue de l'été.

Au cœur de l'Europe, il fait déjà si chaud...

Cela fait bien six mois qu'ils voyagent après-tout, sans véritablement se soucier de quoi que ce soit, loin de la tristesse... Des problèmes de la vie et des pressions familiales. Et deux jours plus tôt ils ont atterri ici, à Marienbad, non loin de la frontière.

Il rit intérieurement des passants qui jettent à sa fille des regards éberlués à cause de sa longue robe à col de dentelle. Les moldus aussi les trouvent donc étranges ? Mais qu'est-ce que ça peut bien lui faire ?

De toute manière, cela fait déjà six mois qu'aux yeux du monde Sang-Pur il passe pour un fou, ou au moins un faible : Avoir emmené sa fille dans l'âge tendre en voyage avec lui ? Quelle idée !

Il s'en fiche bien, qu'ils aillent voir ailleurs s'il y est, et se faire lanlaire ! Ils n'ont qu'à mener leurs magouilles eux-mêmes, lui a suffisamment donné lorsqu'il a fallu réparer les pots cassés après l'ouverture de la Chambre des Secrets.

Père espère toujours que, dans quelques années, il reprendra la place abandonnée par Lucius au Conseil d'administration... Mais pour cela, il risque fort d'attendre.

Il attendra oui, des aubes plus claires et plus propices. Car les temps qui s'assombrissent n'invitent guère Ignacius à retourner auprès des siens, et encore moins à prendre part aux luttes de factions incessantes. Son besoin de liberté est bien trop grand, et son envie de connaître la beauté de ce monde encore plus.

 

Sur le grand bassin du château de l'idole
Un grand cygne noir portant rubis au col
Dessinait sur l'eau de folles arabesques.

 

Eris elle-même ne semble guère dérangée par son rythme et il ne peut s'empêcher de penser qu'elle n'a rien d'une enfant contrariante.

C'est un petit être assez silencieux mais qui ne perd pas une miette de ce qui se passe autour de lui. Son regard acéré caresse chaque détail des paysages qu'ils contemplent, suit chaque personne qu'ils croisent ou presque.

Elle ne pose que des questions utiles, ou ne parle que pour dire ce qui lui semble capital : une gravité hors du commun chez une enfant de cet âge, qu'il se surprend parfois à trouver presque inquiétante.


Les gargouilles pleuraient de leurs rires grotesques
Un Apollon solaire de porphyre et d'ébène
Attendait Pygmalion, assis au pied d'un chêne

 

Soudain un cri de surprise : Eris qui se cogne visiblement à une racine du chemin se couche brusquement sur le sable du parc, glissant avec un bruit de graviers qui roulent semblable au feu des mitrailles.

Non, elle est juste tombée en marchant sur un pan de sa robe, mais cela n'empêche pas Ignacius de courir vers elle.

- Est-ce que ça va ?

 

Eris se tourne vers lui en gémissant. Non, elle n'est pas morte pour la France sur un champs de bataille, mais elle s'est copieusement amoché les genoux en roulant sur le gravier blanc du parc. Il s'en rend compte aussitôt.

Ignacius a sa baguette sur lui, et c'est tant mieux. Une vague de remords le saisit au souvenir de ce qui s'est produit deux semaines auparavant... Lorsqu'il l'avait oubliée et que la pluie les a trempés tous les deux, provoquant un rhume qui les a tenus alités et aux soins de Jaody durant deux jours.

C'est à ce moment précis qu'il entend pour la première fois l'appel de son nom.

« Ignacius Malefoy ? »

 

C'est une femme qui vient de parler et il ne peut s'empêcher de sursauter en l'entendant. Quelque-chose dans cette voix le mettant presque mal-à-l'aise.

 

Je me souviens de vous
Et de vos yeux de jade
Là-bas, à Marienbad.

 

Il se retourne, surpris, scrutant le parc et ses espaces pleins de lumière.


Mais où donc êtes-vous ?
Où sont vos yeux de jade
Si loin de Marienbad.

 

- Oui ?

Enfin il la voit. Une femme vêtue de longs vêtements bleus l'a interpelé, en anglais comme si cela était la chose la plus naturelle à faire, comme si elle savait exactement qui il était. A présent elle se tient devant lui et l'intimide presque malgré ses traits fins et réguliers, son corps qu'il devine agréable à regarder plus qu'il ne le voit.

Oui, elle est très belle et étrangement familière.

La beauté n'est armée que d'une rose blanche minuscule qu'elle semble avoir insolemment subtilisé dans un des massifs du parc. C'est interdit bien-sûr et Ignacius ne s'en trouve que plus impressionné.

Pourtant, la main nue de la femme est écorchée juste au dessous du pouce, probablement pas une des épines qui sont nombreuses et acérées sur la tige de la fleur.

Pourquoi diable l'a t-elle cueillie ? Pourquoi cette toute petite rose blanche assez rustique, plutôt qu'une des essences rares que l'on trouve dans ce jardin ?

 

Je portais, en ces temps, l'étole d'engoulevent
Qui chantait au soleil et dansait dans l'étang.

 

Il ne peut s'empêcher de frissonner en contemplant la femme qui le fixe également. Elle semble un peu plus âgée que lui, avec un visage grave et des yeux gris, exactement comme les siens.

Qui est-elle donc ?


Vous aviez les allures d'un dieu de lune inca,
En ces fièvres, en ces lieux, en ces époques-là.
Et moi, pauvre vestale, au vent de vos envies,
Au cœur de vos dédales, je n'étais qu'Ophélie.

 

Cette femme s'avance vers lui sans qu'il ne comprenne bien pourquoi. Il ne l'a jamais vue, mais il est sûr pourtant que c'est une sorcière, quoique son habit évoque davantage celui d'une religieuse moldue.

Face à elle, Eris s'est relevée et n'émet plus un son. Elle aussi a compris que quelque-chose de particulier se tramait à présent.

- Ignacius Malefoy, répète la femme. Est-ce bien vous ?

- C'est moi, répond t-il en enfin. Qui êtes-vous ?

- Je m'appelle Angela Walter Klein, je suis une connaissance de votre père et il m'a envoyé un message pour vous. Il doit vous parler d'urgence et il vous demande de trouver une cheminée pour contacter le manoir sans délai. Il a bien insisté sur le fait que cela ne pouvait pas attendre et que c'était une question vitale. Vous devez y aller.

- Mais où veut-il donc que je trouve une cheminée reliée ici ?

 

Son ton exaspéré cache mal sa réticence à entrer en contact avec cette famille qu'il aime mais qu'il trouve aussi terriblement pesante. La femme ne s'y trompe pas :

- Abraxas Malefoy sait qu'on peut communiquer ainsi dans toutes les villes, et que vous vous êtes installé dans une auberge où cela était possible, l'avertit-elle.

 

Disant cela elle le regarde avec fermeté et il voit bien dans ces yeux gris à qui il a affaire à présent. Une des pétales de la rose se détache à ce moment-là et Ignacius l'observe qui tourbillonne et se pose juste à leurs pieds.

 

Je me souviens de vous,
Du temps de ces aubades
Là-bas, à Marienbad

Il n'a pas besoin de savoir précisément qui elle est, au fond il le sait déjà. Il a parfaitement conscience que cette femme est liée à lui d'une manière ou d'une autre, et il est à peu près sûr de savoir de quelle manière.

Faut-il vraiment qu'il contacte son père ce soir ?


Mais où donc êtes-vous ?
Vous chantez vos aubades
Si loin de Marienbad,
Bien loin de Marienbad.

 

Ignacius trouve pourtant la femme si belle qu'il ne peut s'empêcher de la regarder intrigué, tout en tenant la main à Eris qui la fixe aussi d'un air curieux.

Pas très loin d'eux, un couple d'amoureux totalement alanguis contemple le parc en rêvant.

 

C'était un grand château, au parc lourd et sombre
Tout propice aux esprits qui habitent les ombres,
Et les sorciers, je crois, y battaient leurs sabbats.

 

Cette sorcière-là est puissante, terriblement. Il l'imagine bien, dirigeant les cérémonies du printemps ou durant la Walpurgisnacht. Est-elle l'Oberhexe d'une région magique ? Cela ne l'étonnerait pas beaucoup.


Quels curieux sacrifices, en ces temps-là
J'étais un peu sauvage, tu me voulais câline,
J'étais un peu sorcière, tu voulais Mélusine

 

Il craint véritablement de deviner d'où Abraxas Malefoy la connaît, car il reconnaîtrait ces yeux entre mille, ce sont les mêmes que ceux qu'il a transmis à Eris.

Un sacré secret de famille à déterrer et, soudain effrayé, il baisse le regard et l'or de son alliance vient y porter un éclat.

Alors il regarde à nouveau la femme et, dans ce regard décidé, il devine tous les combats que cette sorcière a sûrement menés :

- Mon frère est-il au courant de ce qui pousse mon père à vouloir me parler ? Demande t-il.

- Cela, Abraxas Malefoy ne me l'a pas dit. Il faut soulager son inquiétude en le contactant mais je n'en sais pas davantage. Il m'a juste dit qu'il devait vous joindre de toute urgence et que vous étiez ici, dans cette ville.

 

Elle ment et il le sait. A cet instant il est même persuadé qu'elle sait déjà exactement de quoi son père va lui parler à lui.

- Vous ressemblez davantage à un enfant du bon Dieu, qu'à une connaissance de mon père, fait-il remarquer à la femme sur un ton provoquant.

- C'est que comme vous, j'ai été une enfant, répond la sorcière sur le ton le plus calme du monde. Et qu'à savoir cela, je sais qu'il est d'autres dangers que les moqueries auxquelles mon apparence pourrait m'exposer. À cela, il faut s'y faire.

- Et si je choisis de désobéir ? Demande t-il toujours avec cette même réticence.

- Si vous choisissez de désobéir, vous pouvez tout simplement être amené à le regretter. Qui prend des risques se blesse à l'occasion.

 

Tout en disant cela, son regard à glissé un bref instant sur la jupe d'Eris, comme si elle savait que, quelques minutes plus tôt, ses genoux étaient ensanglantés de sa chute. Puis elle fixe à nouveau son regard sur Ignacius qui peine à le soutenir.

Et sans prévenir mais d'un geste autoritaire, elle lui tend la rose qu'elle place dans sa main, presque de force. Lui n'ose rien faire malgré les épines qui lui meurtrissent les doigts à son tour. Il la laisse partir, plus perdu que jamais.

Ce n'est que lorsqu'elle a enfin disparu derrière l'angle d'une haie qu'il parvient à se ressaisir, lorsqu'Eris lui fait remarquer avec le plus grand des sérieux :

- Elle n'a pas dit au revoir.

 

Je me souviens de toi
De tes soupirs malades
Là-bas, à Marienbad

- Non, souffle Ignacius avec une pointe de tristesse. Et étrangement elle n'a pas transplanné non-plus.

- Est-ce que tu vas faire ce qu'elle t'a dit ?

- Oui, murmure t-il à regret. Nous allons contacter grand-père Abraxas. Il faut que je lui parle.


Mais où donc êtes-vous ?
Où sont vos yeux de jade
Bien loin de Marienbad

 

C'est d'un pas plutôt lent malgré l'urgence qu'ils regagnent leur auberge magique. Là-bas, Ignacius n'a aucun mal à obtenir un accès privé à l'âtre, car les tenanciers sont fort habitués à recevoir des clients menant l'une ou l'autre affaire importante.

A genoux devant l'âtre et le cou un peu raide, Eris assise derrière lui sur le fauteuil à le regarder avec un mélange de crainte et de curiosité, il ne sait pas s'il a vraiment envie de faire ce pas, de se soumettre à cette conversation.

Le ton d'urgence l'y force, certes, mais tout si cela n'était qu'un stratagème ?

Pour lui, c'est trop tôt cependant, bien trop tôt pour envisager quoi que ce soit. D'ailleurs si ce plus tard pouvait se transformer en jamais, il en serait bien reconnaissant.

Toutefois les yeux de son père, présents chez lui, chez sa fille et chez l'inconnue à la rose, sont revenus le hanter et il jette dans la cheminée la poignée de poudre qu'il tient depuis plusieurs minutes à la main.

 

Mais si vous m'appeliez, un de ces temps prochains
Pour parler un instant aux croix de nos chemins
J'ai changé, sachez-le, mais je suis comme avant.

 

Mais à sa grande surprise, ce n'est pas son père mais sa mère qui attend désespérément devant le cheminée du manoir :

- Mon fils ! Souffle t-elle avec soulagement en voyant son visage émerger des flammes.

- Mère. Que se passe t-il ?

 

Emue et visiblement terrifiée, elle se rapproche de lui malgré la répugnance qu'elle éprouve à prendre des positions pénibles, choisissant de s'asseoir sur le petit pouf juste devant l'âtre :

- Lucius a été appelé, répond t-elle à voix basse.

- Appelé... Par ?

 

Il ne veut pas entendre cette réponse, il ne veut pas y croire :

- Par le Seigneur des Ténèbres, répond cependant Nephtis avec gravité. Il est revenu... Le bras de Lucius l'a brûlé dans la soirée et il est parti... Nous l'attendons encore.

 

Ignacius frissonne de tout son corps et déglutit. A présent il est aussi terrifié que sa mère et la peur enserre ses entrailles comme un étau mortel. Une sensation de froid l'envahit.


Comme me font, me laissent, et me défont les temps
J'ai gardé près de moi l'étole d'engoulevent
Les grands gants de soie noire et l'anneau de diamant

 

- Ne venez pas en Angleterre mon fils, murmure encore Nephtis Malefoy. Pour mourir vous ne feriez rien de mieux. Les mangemorts ont reformé leurs rangs, ils ont préféré répondre à l'appel plutôt que fuir, ils s'étaient entendus dans ce sens depuis un moment déjà. Mais rien ne dit que demain sera beau pour les Malefoy.

 

Ignacius frémit encore à la pensée de son frère retourné au combat :

- J'aime mieux rester ici en effet, ne peut-il s'empêcher de répondre. Ne comptez jamais sur moi pour me lancer là-dedans. Je n'en ai aucune envie.

 

Il sait que sa réponse est digne d'un fou, et que si on lisait dans l'esprit de Nephtis Malefoy elle serait elle-même en danger...

Le visage de sa mère se voile d'ailleurs de tristesse, mais pourtant aucune colère ne s'y lit :

- Vous aimez donc tellement ce voyage, souffle t-elle résignée. Ce que je vois, c'est que vos goûts n'ont pas changé et j'ai pu le constater bien des fois depuis décembre.

- J'ai vu des choses très belles, répond t-il sans pouvoir cacher son émotion. Et pour le reste ça ira, je sais me débrouiller seul. Si les mangemorts décident de leur côté, je déciderai du mien, sans les déranger et je ne compte pas qu'ils me dérangent de leurs côté.

 

Il voudrait tellement pouvoir dire « Je ne veux plus rentrer. »

- Et des personnes ? Demande alors Nephtis Malefoy. Est-ce que des belles personnes, vous en avez croisées ?

 

« Oui, mais pas dans ce registre. » Songe Ignacius au souvenir de l'inconnue à la Rose.

- La beauté se trouve dans presque chaque être humain, Mère, répond t-il sur un ton sentencieux.

- Dans ce cas, murmure Nephtis Malefoy. Je n'espère pas votre retour, je sais depuis longtemps de toute manière que je n'obtiendrai plus rien de vous de ce côté-là. Je peux simplement être sereine, à présent que vous êtes loin d'ici. C'est bien peu comme consolation.

 

Il lui sourit avec tristesse et elle ajoute :

- Non, en fait ce n'est rien. Pourtant cela me suffit amplement... Votre bonheur m'a toujours suffi je crois.

- Je le sais bien. J'ai toujours su que votre amour pour moi était aussi profond qu'inconditionnel.

- Vous le savez même si bien, mon fils, que vous n'allez pas tarder à vous en aller vaquer à d'autres occupations.

 

Nephtis Malefoy n'a pas pu empêcher ce sourire attendri de se dessiner sur ses lèvres et elle semble en avoir parfaitement conscience. D'ailleurs elle ajoute, toujours en souriant :

- Et sous ma sévérité de façade qui cache bien des craintes, je peux au moins me dire que vous êtes en sécurité relative. Mais s'il vous plaît, changez rapidement de lieu de résidence et ne le publiez pas, pas même à nous... Pas tout de suite.

- Oui... Je vais m'en aller... Je sais déjà où. Mais avant cela il faut qu'avec Eris nous allions manger. C'est qu'il se fait tard.

Je serai à votre heure
Au grand château de jade.

 

Il se redresse et sort la tête de la cheminée, secoué, étourdi et terriblement confus. Il sait déjà où il doit se rendre et ce qu'il doit faire pour cela. Il sait qu'il peut fuir dès ce soir et en catimini... Seulement tout cela lui semble terriblement lointain après la nouvelle qu'il vient de recevoir.


Au cœur de vos dédales,
Là-bas à Marienbad

 

A présent que sa mère a disparu et qu'il contemple la rose blanche fanée dans le vase qu'il a soigneusement posé à la fenêtre de l'auberge, Ignacius se sent vide. Vide mais toujours aussi intrigué.

Pourquoi a t-il ramené avec lui cette fleur donnée par une inconnue ? Et pourquoi l'a t-il installée sur cette fenêtre, juste à côté de la réplique de ce long voilier noir qui l'a fait frissonner dès son arrivée à l'auberge ?

 

Il sait pourtant qu'il symbolise la mort, et que si son équipage n'est pas représenté, ce n'est pas sans raison.


Nous danserons encore
Dans ces folles parades
L'œil dans tes yeux de jade

 

« Lorsqu'il quitte vos rivages, il emporte vos mirages.

Mais quand vous faîtes ce voyage, vous n'emportez aucun bagage ».

 

Ce petit poème sur la mort lui a toujours fait peur et c'est l'esprit tourmenté qu'il contemple à présent la fenêtre et son décors si particulier. Rose blanche, et bateau noir.

 

- Papa, que fais-tu ?

 

La petite voix d'Eris l'a coupé dans ses réflexions, comme pour le rappeler à la vie.


Là-bas, à Marienbad
Avec tes yeux de jade
Nous danserons encore
Là-bas, à Marienbad

 

Sa fille s'est levée pour se rapprocher de lui. Il la prend dans ses bras mais ne peut s'empêcher de contempler cette petite rose blanche déjà un peu fanée, le cœur troublé. Qui est vraiment cette femme qui la lui a donnée ? Et pourquoi a t-elle autant insisté ?

Est-ce une voyante ?

« Vais-je droit vers la mort ? » Se demande t-il sans vraiment comprendre pourquoi.


Mais me reviendras-tu ?
Au grand château de jade
A Marienbad...

 

Il sait déjà que le temps où on le rappellera est proche, quoi que sa mère en dise.

Verra t-il seulement le charme si particulier qui envahit les forêts d'automne avant de devoir revenir pour accomplir ses devoirs de fils cadet ?

 

Mais qu'est-ce qui doit avoir plus d'importance ? Les devoirs qu'il doit accomplir envers sa famille ou bien préserver sa fille de temps qu'il devine sombres ?

- On ne va pas dormir ici Eris, souffle t-il. Il faut que j'appelle encore quelqu'un d'autre... Jaody.

 

Avec un crac sonore, l'elfe de maison apparaît et s'incline devant lui.

- Jaody, annonce Ignacius. J'ai reçu une nouvelle grave, nous devons quitter l'auberge sans délai. Je te confie le soin des bagages et des formalités. De mon côté je dois contacter une de mes relations. Retrouve-moi ici dès que tu es près.

- Bien, Maître.

 

Il frémit à se titre, tandis que l'elfe disparaît dans un crac sonore. Eris lui demande alors :

- Qui veux-tu appeler ce soir, Papa ?

- Des amis, répond Ignacius. Des amis très chers qui vivent à Göttingen. S'ils peuvent nous recevoir, ce sera parfait...

 

Ma plus belle histoire d'amour by bellatrix92
Author's Notes:

Coucou à tous!

Voici le dernier chapitre qui clôt cette fanfiction en hommage à Barbara

 

Alors pour les titres choisis, voici ma petite liste:

- Göttingen.

- Marienbad.

- La solitude

- Ma plus belle histoire d'amour.

- Madame

- Veuve de guerre.

 

J'espère que ce dernier chapitre sur les aventures d'Ignacius Malefoy vous plaira! En attendant, bonne lecture!

Après leur fuite de Marienbad où Ignacius serait pourtant bien resté un peu plus longtemps, ils étaient de retour à Göttingen, chez ses amis Peter et Helga Von Mühlerei.

 

Très vite, Ignacius avait oublié la contrariété et la peur qui avaient accompagné leur départ de la ville tchèque. Il n'ignorait les dangers de sa position, même si en définitive Lucius était revenu vivant de sa rencontre avec le Seigneur des Ténèbres.

Il était parfaitement conscient également que, le mage noir de retour, d'autres contraintes pèseraient immanquablement sur lui lorsqu'il reviendrait en Angleterre.

 

Si il revenait en fait. Car pour l'instant ni lui ni Eris n'y songeaient. La fillette qui venait de faire un tas de nouvelles rencontres en arrivait au point où elle l'oubliait presque lui-même, toujours affairée à courir partout et explorer le domaine des Mühlerei avec ses nouveaux amis.

 

Ignacius voulait avant toute chose rester loin de sa famille ainsi que de leurs démons, et Göttingen était l'endroit parfait pour se sentir en sécurité avec Eris et Jaody. Contrairement à Marienbad, personne ne savait qu'il se trouvait ici. Ses parents ne pouvaient même pas le contacter directement, c'était lui qui les appelait, toujours d'ailleurs et sa jamais leur révéler sa position.

 

A Göttingen, il se sentait libre. La petite ville flamboyait sous le soleil du début d'été, la compagnie était joyeuse et rien ne pouvait plus vraiment l'inquiéter.

Cet après-midi là, il surveillait une joyeuse petite troupe composée d'Eris et de cinq autres gamins depuis le auvent du jardin des Mühlerei. Son hôtesse, Helga, était assise à côté de lui et la discussion s'était rapidement engagée, dérivant sur des domaines très sérieux dès l'instant où les enfants s'étaient éloignés :

- Vous ne pensez donc pas à vous marier à nouveau, Ignacius ? Lui demandait doucement son hôtesse alors qu'ils venaient d'évoquer Hortense.

- Je n'arrive pas à l'envisager, répondit-il. Ce n'est pas que les femmes ne m'attirent plus... Si vous voyez ce que je veux dire et je dois confesser que j'ai volontiers profité de mes quelques mois de solitude pour m'accorder quelques libertés de ce côté... Mais une épouse, non, je n'arrive pas à y songer sérieusement.

- Est-ce l'engagement qui vous fait peur ?

- Non, répondit Ignacius. C'est avant tout une question de confiance. Voyez Helga... Je suis riche et cela se sait. Toutes les femmes qui m'approchent le font avec une arrière-pensée, ou alors celle-ci naît très vite une fois qu'elles ont conscience de qui je suis. Je voudrais, souvent...

- Et vous laisser conseiller par vos proches ? Contracter une union peut-être moins passionnelle, mais avec une femme qui vous serais dévouée serait peut-être une solution pour vous...

 

Ignacius la fixa avec surprise, presque scandalisé :

- Est-ce que vous vous y résoudriez, vous, Helga ?

- Je m'y suis déjà résolue une fois, Ignacius.

 

La vieille femme avait répondu sur un ton grave, et elle ajoutait déjà :

- Vous fuyez toujours on ne sait trop quoi... Mais je crois mon cher ami que vous n'arrivez tout simplement pas à vous attacher, que vous vous interdisez de le faire. Mais vous ne trouverez personne qui égale votre épouse décédée si vous l'avez aimée aussi fort que je le crois.

- Qu'en savez-vous exactement Helga ? Demanda t-il plus étonné que vexé.

- J'en sais que Peter Von Mühlerei n'est pas ma plus belle histoire d'amour. En vérité, on pourrait presque dire que je l'ai épousé dans la perspective d'un arrangement...

 

Presque choqué, Ignacius inclina la tête, lui demandant de poursuivre, ce qu'elle fit :

- J'avais tout juste seize ans la première fois que je me suis mariée. Mon mari s'appelait Konrad Bleiberg et j'étais follement amoureuse de lui. C'était un sorcier de Sang Pur, très intelligent, pas particulièrement riche mais avec une situation convenable et nous nous étions rencontrés à Durmstrang. Nous avons vécu une relation sans doute aussi passionnée que celle que vous avez eu avec Hortense. Seulement, il a commis l'erreur de servir Grindelwald et il a fini par être tué.

- Oh... Souffla Ignacius confus. Je ne savais pas que vous étiez une veuve de guerre...

 

Helga le regarda tristement et secoua la tête :

- Une veuve du crime Ignacius, et cela est bien plus infamant, croyez-moi. Je me suis retrouvée seule à même pas vingt-et-un ans. Je n'avais plus de dot car mon mari avait tout dilapidé pour sa cause, ni réputation... Et je n'avais pas d'enfant, j'étais réputée stérile. Le tableau n'était pas brillant.

- Comment avez-vous fait alors ?

- Mes parents ont cherché quelqu'un de bien pour essayer de me sortir de cette situation et c'est Peter qui s'est finalement proposé. Il avait une petite-fille, comme vous. Nous n'avions pas les mêmes opinions puisque j'étais encore une partisane de Grindelwald et de toutes ces bêtises mais, comme il venait d'essuyer un divorce dans lequel il avait récolté la plus grande partie des torts pour des raisons que je ne dévoilerai pas, il a demandé ma main et nous nous sommes mariés...

 

Helga fit une pause et son visage se tordit presque d'une grimace, comme si elle évoquait là des souvenirs très sombres. Puis elle poursuivit :

- Au début ce n'était pas vraiment facile car j'étais en colère, encore follement amoureuse de Konrad et lui ne me faisait guère confiance pour tout dire...

- Comment la situation s'est-elle redressée alors ? Demanda Ignacius intrigué.

- Un jour la fille de Konrad, Margarita, a été mordue par une tentacula vénéneuse alors qu'elle jouait à coté de nous dans la serre et elle a été prise de convulsions. Il s'est trouvé incapable de réagir, il a paniqué mais moi j'ai couru la dégager, j'ai été mordue également mais j'avais comme toujours un bézoar dans ma poche alors je le lui ai enfoncé dans la gorge. J'ai eu le temps de le faire avant de m'effondrer à mon tour et Konrad qui s'était ressaisi en a trouvé un autre dans l'armoire par miracle. Il m'a sauvée également mais je suis restée très longtemps dans un état second, couchée au fond de mon lit.

- C'est un miracle que vous vous en soyez sortie... Souffla Ignacius. La tentacula vénéneuse est une plante terriblement toxique.

- Oh oui ! D'ailleurs vous avez un professeur de Poudlard qui a perdu son mari comme ça si je ne me trompe pas ! Enfin bref, Konrad m'a soignée durant tout ce temps et, à mon réveil, notre relation avait changé, nous étions devenus proches. Je suis tombée enceinte l'année suivante de ma Lena. La mère de Margarita s'était définitivement éloignée alors nous sommes restés nous quatre, comme s'il en avait toujours été ainsi mais ce n'est pas le cas...

 

Ignacius hocha gravement la tête, secoué malgré tout par ses révélations. Comme quoi, les apparences étaient souvent bien trompeuses... Un peu plus loin dans le jardin, Eris jouait avec Lisa et Jil, les deux petites filles de leurs hôtes.

Elles étaient en train d'imiter quelque-chose qui ressemblait vaguement avec un papillon et sa fille suivait du mieux qu'elle pouvait les instructions des plus grandes.

 

Ignacius sourit soudain bêtement car il ne l'avait plus vue si épanouie depuis la mort d'Hortense.

- Je ne sais pas, de mon côté, qui est ma plus belle histoire d'amour... Souffla t-il. Était-ce ma femme ? Celle auprès de qui je me sentais plus vivant que je ne l'avais jamais été ? Ou bien est-ce cette petite créature parfois diaboliquement manipulatrice pour laquelle je serais capable de me jeter vivant dans un Feudeymon ? Elle a l'air si heureuse aujourd'hui que je m'aperçoit à quel point la solitude a du être dure pour elle ces dernières années...

- La solitude et l'isolement sont des maux terribles Ignacius. Et si vous continuez sur la dynamique qui est la vôtre aujourd'hui, c'est Eris et vous-même que vous allez y exposer. Vous portez le deuil depuis plus d'un an à présent, et vous n'avez toujours pas repris une existence normale.

- Je...

- Je comprends que votre situation soit compliquée. Mais fuir indéfiniment, vous isoler comme vous le faîtes ne vous sauvera pas à terme. Vous pensez protéger Eris mais, sans appui, elle deviendra une proie et vous le savez.

- Je sais qu'elle a besoin de compagnie et d'autres personnes qui vivent avec elle. Je la vois bien aujourd'hui...

 

Eris rayonnait en effet littéralement en compagnie des deux fillettes et cela faisait presque une heure qu'elles batifolaient dans le jardin sans se soucier de rien.

Et lui aussi aurait bien voulu être comme elle, inconscient de la réalité de leur situation.

 

Ignacius réalisait à présent combien la solitude avait hanté et accompagné la fillette, combien elle s'était refermée et isolée durant ces mois d'isolement qu'elle avait passés avec sa grand-mère.

Il savait depuis longtemps bien-sûr que Nephtis Malefoy, la matriarche de la famille, ne reconnaissait guère les bienfaits à mettre les enfants en compagnie de leur semblables. Il s'était bien rendu compte qu'elle l'avait souvent laissée seule avec des personnes plus âgées qu'elles.

 

Il savait aussi que ses rares tentatives s'étaient soldées par des échecs, Eris se retrouvant toujours à l'écart durant les rencontres plus ou moins familiales que les Sang-Pur organisaient toujours entre leurs enfants.

 

Alors la vieille femme avait abandonné. Et il n'arrivait même pas à le lui reprocher.

 

Pourtant, Eris n'avait souvent rien laissé paraître, restant simplement muette et en retrait du groupe, mangeant peu mais toujours avec des bonnes manières...

Une enfant bien peu contrariante, mais dont Ignacius mesurait à présent le mal-être profond. Quelle adulte pourrait-elle devenir dans ces conditions ? Surtout avec la situation qu'il pressentait pour elle dans le futur ?

 

Si seulement Hortense avait été là, pensa t-il. Elle aurait su quoi faire.

 

« Tu lui redonneras une mère, tu me le promets ? »

 

C'était presque les derniers mots de son épouse, il s'en souvenait... Mais il n'arrivait tout simplement pas à l'envisager.

Il n'y avait aucun égoïsme chez Hortense, elle n'avait jamais tiré la couverture à elle et sa simplicité doublée d'un désintéressement total lui avait valu l'amitié de tous chez les Malefoy. Ignacius savait pourtant qu'elle avait craint en silence qu'on ne le pousse à la répudier lorsqu'il était devenu évident qu'ils auraient difficilement des enfants.

 

Il savait qu'elle s'était sentie coupable de sa malédiction un nombre incalculable de fois.

 

Elle souffrait toujours aussi silencieusement que possible et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, Eris avait vraisemblablement hérité d'elle.

 

Ici, à Göttingen, Eris ne parlait pas non plus beaucoup pour le moment, étant donné qu'elle ne connaissait pas la langue...

Mais c'était presque comme si elle n'en avait pas eu besoin, le jeu était naturel avec les petites filles d'Helga qui, pour manquer quelque-peu de manières, n'en étaient pas moins de gentilles gamines qui ne dédaignaient pas les enfants plus petits.

 

Eris s'était rapidement retrouvée comme un poisson dans l'eau, en adoration devant Lisa et Jil. Elle ne vivait plus que pour les suivre depuis qu'elle les avait rencontrées, Ignacius le voyait bien.

Avec Helga, ils ne parlèrent pas plus, conscients que la discussion n'irait pas plus loin pour aujourd'hui, qu'aucun des deux ne pourrait le supporter. Ils se contentèrent de regarder les enfants jouer durant un bon moment.

 

Et lorsque le goûter fut servi et que les petits-enfants se regroupèrent sous la venelle de l'avant-toit, Eris n'eut même pas son réflexe habituel de toujours chercher à se placer près de lui. Au contraire, elle s'assit entre les deux sœurs, le visage plein d'un énorme sourire.

 

Ignacius sourit aussi.

Eris semblait surexcitée, ce qui ne lui arrivait pourtant jamais ou presque. L'elfe de maison s'avançant avec le goûter, elle se prit même à l'imiter :

- « Madame est servie », récita t-elle cérémonieusement au moment où il posait le plateau de biscuits sur la table, le coupant net dans son cérémonial habituel.

 

Madame, Helga Von Mühlerei pour être précis, suspendit son mouvement alors qu'elle s'apprêtait à faire le service et lui lança un regard stupéfait avant qu'un sourire mal maîtrisé ne vienne déformer son visage qu'elle semblait vouloir garder impassible. Tout le monde éclata de rire et l'elfe un peu confus se contenta de s'incliner devant sa maîtresse qui lui fit signe de disposer en le remerciant.

 

C'était encore une chose qu'Ignacius appréciait chez les Von Mühlerei.

 

Eris de son côté ne comprenait ni le français ni l'allemand, et il était probable qu'elle ne saisisse pas un traître mot de ce qu'elle venait de répéter, mais l'effet n'en était que plus hilarant encore, d'autant qu'elle fixait les deux autres petites filles d'un regard entre la fierté et la recherche désespérée d'approbation.

 

Avait-elle bien fait ? Il semblait bien qu'elle se le demande en tout cas même si ses compagnes avaient éclaté de rire.

 

Ignacius riait aussi, il s'était rendu compte quelques jours plus tôt que sa fille commençait à répéter avec assurance les mots et les phrases qu'elle entendait le plus souvent. Généralement, elle le faisait pour signifier à une de ses amies qu'elle pensait avoir compris ce qui lui était dit, ou alors par jeu et parce qu'elle voyait bien que ses tirades à l'accentuation quelque-peu improbable faisaient rire leur monde.

Toute maladroite dans ses relations qu'elle soit, son statut d'étrangère lui accordait encore l'indulgence des autres.

 

Mais, songea plus sombrement Ignacius, que se passerait-il lorsqu'elle perdrait aux yeux des autres l'attrait de la nouveauté ?

 

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