Golden Age by Winter
Summary:

"Attendez que ma joie revienne

Mes souvenirs donnent tant de peine

Que parfois, j’en oublie de respirer."

Extrait du discours d'Harry Potter, commémoration de la Bataille de Poudlard, 1er mai 1999

image par @jarispics sur unsplash

Participation au concours Ma plus belle histoire d'Amnesie et Juliette54 sur le forum HPF.


Categories: Après Poudlard, Tranches de vie, Harry Potter Characters: Harry Potter, Hermione Granger, Le Trio, Ron Weasley
Genres: Guerre, Songfic, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Ma plus belle histoire...
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 4009 Read: 480 Published: 10/07/2022 Updated: 27/08/2022
Story Notes:

Ceci est ma participation au concours Ma plus belle histoire d'Amnesie et Juliette54 sur le forum HPF.

1. Harry by Winter

2. Ron by Winter

3. Hermione by Winter

Harry by Winter
Author's Notes:

Attendez que ma joie revienne, Barbara 1992

« Oui, mon nom est Harry Potter.

 

Attendez que ma joie revienne

 

Mes souvenirs donnent tant de peine

 

Que parfois, j’en oublie de respirer.

 

 

 

Ce n’est pas encore l’heure,

 

Mon coeur est toujours en pleurs.

 

 

 

Attendez que ma joie revienne

 

Qu'au matin je puisse sourire

 

Le temps de me reconstruire…

 

Les jours forment des semaines.

 

 

 

Mon plus grand désir est d’être comme tout le monde.

 

Et je sais bien que ce n’est pas possible.

 

 

 

J'attendrai que ma joie revienne

 

Qu'au matin je puisse sourire

 

Que le vent ait séché ma peine

 

Et la nuit calmé mon délire.

 

 

 

C’est le défi de la vie,

 

Il y ceux qui restent, et ceux…

 

 

 

[Hum, hum] [respire]

 

 

 

Je pense à tous nos amis,

 

Nous sommes toujours avec eux,

 

Aujourd’hui est en leur hommage.

 

 

 

La guerre a fait des ravages,

 

Mais on guérit d’avoir aimé.

 

Oui, c’est vrai, je vous le promets.

 

 

 

Coupable d’avoir aimé.

 

Nos âmes ne sont pas réparées.

 

Alors tant qu’il nous reste les souvenirs…

 

 

 

Ils sont vivants, mes souvenirs

 

Le passé ne veut pas mourir  »

 

 

- Discours d'Harry Potter, commémoration de la Bataille de Poudlard, 1er mai 1999.

Ron by Winter
Author's Notes:

Femme Piano, Barbara 1996

Pour la manche 2, tous les mot de cette chanson (144) devaient apparaitre au moins une fois dans le texte (ils sont indiqués en gras).

Les paroles sont ici.

Et voici la liste : pas, mes/mon/ma, de, touche, j, piano, je, en, c, vie, tout/toute/tous, faut, la/les/l/le, est/suis/sont, il, dans, rien, que, a/ont/ai/aurais, derrière, noir, regard, roulotte, dérange, àl, peccable, dit/dire, mais, temps, vis, change, lumière, remparts, du, venir, univers, touché, coeur, lunettes, savoir, ils, hasard, boulevard, chanteuse, miroir, une/un, d, pleurer, veux/vouloir/voulu, chemins, me, aime, qu, tant, théâtres, nuits, amour, ton/ta, au, après, sur, bout, quai, pis, continue, depuis, silences, mouchoir, ça, là, interplanétaires, délires, errances, navigue, solitaire, mieux, strass, quand, belles, allume, avance, seule, lunettes, strass, chante, départs, ni, passer, vu, haut, usure, morsure, printemps, fin, et, accord, sûr, anges, avec, loin, partis, plus, parlais, écouter, bord, encore, canapé, changé, ses, battements, diamanté, toucher, trop, vais, grand, tu, si, pour, on, ombre, ciel, qui, beau, mémoire, revenait, soirs, manque.

3 mai 1998

 

 

 

C’est le chant des oiseaux qui le réveilla. Enfin, pas vraiment, il n’avait pas réussi à sombrer dans un réel sommeil durant toute la nuit. Des images tournaient en boucle dans sa tête, ses yeux bougeaient tout seuls sous ses paupières, c’était épuisant. Il était épuisé.

 

 

 

Parmi toutes ces images, le sourire de Fred revenait en boucle. 

 

 

 

Les oiseaux, c’était ce qui l’avait convaincu de se lever pour de bon. Il n’allait pas attendre une heure de lever décente juste par principe. Il manqua de marcher sur les lunettes d’Harry en posant le pied par terre. Il s’était sûrement endormi alors qu’il les portait toujours. Maintenant, elles avaient glissé, alors Ron les posa sur la table de nuit et sortit à pas de loup. Si Harry parvenait à dormir, tant mieux, il ne comptait pas le réveiller, il méritait d’avoir un peu de repos.

 

 

 

La maison était silencieuse. Pour être honnête, elle l’était depuis qu’ils étaient rentrés dans l’après-midi d’hier. Tout le monde était amorphe par la fatigue et le chagrin, le reste était un peu flou dans son esprit. 

 

 

 

Ron alla dans la salle de bain et passa un peu d’eau sur son visage. Le reflet qu’il vit dans le miroir lui donna l’image d’un jeune homme avec la peau sur les os, un teint terne, et de larges cernes noirs sous les yeux. Il n’avait jamais été particulièrement épais. Plusieurs mois à survivre, caché un peu partout en Angleterre n’avait pas arrangé son cas.

 

 

 

Il referma la porte derrière lui et descendit au rez-de-chaussée. Son ventre gargouilla. Étonnant. Il avait tout sauf envie de manger, c’était trop normal, trop agréable comme chose à faire, comme s’il ne pouvait pas se le permettre. Mais son corps semblait être indépendant de son esprit, il continuait à avoir besoin de manger, boire, aller aux toilettes, dormir.

 

 

 

La machine ne s’arrêtait donc jamais ?

 

 

 

Si. Quand on est mort. 

 

 

 

Une personne était dehors sur le petit banc devant la maison. Hermione. Hermione avec ses cheveux indomptables, son chat roux toujours aussi moche, Hermione et ses magnifiques yeux, ses mains fines, sa bouche, ses lèvres…

 

 

 

— Salut.

 

 

 

Sa voix était rauque, depuis quand n’avait-il pas parlé ? Même ça, ça semblait totalement anormal. 

 

 

 

— Oh, salut. Tu es déjà réveillé ?

 

 

 

Il hocha la tête. Oui, avant, cela aurait été surprenant de le voir debout à l’aube. 

 

 

 

— Je n’ai pas vraiment dormi. Et toi ?

 

— Pareil… murmura t-elle.

 

 

 

Pattenrond ronronnait sous ses caresses. Sa maitresse lui avait-il manqué ?

 

 

 

Ron retourna dans la cuisine, et d’un coup de baguette mit de l’eau à chauffer. Du bout des doigts, il suivit la ligne du bord du comptoir poli par le temps. Petit, il s’était cogné la tête dessus en tombant parce qu’il courait. Il courait parce que… Les jumeaux l’embêtaient. Oui, voilà. Ils lui avaient raconté une histoire de troll des cavernes, le reste, il ne s’en rappelait pas vraiment. 

 

 

 

Curieux comment petit, tout prenait une ampleur si grande dans sa vie. Cette simple histoire de troll, les jumeaux qui l’embêtaient, et voilà, que courir au risque de tomber et de se casser la figure n’était pas un problème du tout.

 

 

 

Le sifflement de la bouilloire le fit sursauter. Il prépara rapidement un thé, remplit deux tasses, puis sortit à nouveaux.

 

 

 

Je peux ?

 

— Bien sûr.

 

— Tiens.

 

— Merci.

 

 

 

C’était un peu surréaliste de s’asseoir à côté d’elle, comme si tout était normal. La journée d’hier défila devant ses yeux, les visages ne pourraient jamais disparaître de sa mémoire.

 

 

 

— Ron ? Ça va ?

 

 

 

Elle semblait inquiète, ses cheveux tombaient devant ses yeux sans qu’elle n’esquisse le moindre geste pour les retirer. Dieu qu’il la trouvait belle.

 

 

 

— Oui, oui.

 

— Désolée, c’est une question idiote.

 

— Ne t’excuse pas. Tu… Tu fais bien de demander. Il faut qu’on continue de le faire. Sinon, on ne pourra jamais dire qu’on va bien. Parce qu’un jour, ça reviendra. N’est-ce pas ?

 

 

 

Il se tourna vers elle, ses yeux étaient emplis de larmes.

 

 

 

— Je suis désolé, marmonna t-il. je ne voulais pas… 

 

— Oui, un jour, ça ira.

 

 

 

Il suspendit son geste, n’osant pas poser sa main sur la sienne. Depuis quand la toucher devenait une épreuve qui paraissait insurmontable ?

 

 

 

Il prit une gorgée de thé qui lui brûla la gorge, les oiseaux continuaient de chanter, Pattenrond de ronronner.

 

 

 

— Harry dort ?

 

— Oui, il a pris une potion hier soir.

 

— Pas toi ?

 

 

 

Il secoua la tête.

 

 

 

— Et toi ?

 

 

 

Elle fit de même.

 

 

 

— Tu… Tu veux retrouver tes parents ?

 

 

 

Pourquoi diable chaque phrase qu’il prononçait semblait être la pire idée du monde ? Pourquoi cette maladresse ? Ils avaient passé des mois ensemble, sans jamais se quitter, du matin au soir, ensemble. Pourquoi n’arrivait-il pas à être normal juste un instant ?

 

 

 

Parce qu’il y avait le baiser.

 

 

 

Et des morts. 

 

 

 

— Pas maintenant… murmura t-elle. Plus tard peut-être… Dans quelques jours…

 

 

 

Il but une gorgée de thé pour avoir quelque chose à faire. Il se sentait idiot à ne pas savoir quoi dire. Hermione n’était pas une inconnue, c’était… Hermione.

 

 

 

Les piaillements des oiseaux s’arrêtèrent un instant, octroyant quelques secondes de précieux silence, avant de reprendre à nouveau. 

 

 

 

— C’est le printemps, dit Hermione. La saison des amours… Il y a un nid contre la toiture sous la fenêtre de la chambre de Ginny.

 

— Ah oui ?

 

 

 

Sa gorge était si sèche, il prit une nouvelle gorgée de thé. Y avait-il un sens caché derrière tout cela ? Où était-ce juste une conversation « normale ».

 

 

 

— Pattenrond me l’a montré.

 

 

 

Il esquissa un sourire. Pas un vrai, franc, honnête qui transpire la joie, c’était plutôt une grimace. Un sourire grimace qui avait le mérite d’exister. 

 

 

 

Ensuite, ils ne dirent plus grand-chose. Chacun était perdu dans ses pensées. 

 

 

 

En entendant les oiseaux chanter de la sorte, il repensa au Square Grimmaurd lorsque Hermione lui avait appris à jouer un petit air au piano. La Lettre à Élise. Il se rappelle du froid des touches quand il les effleurait du bout des doigts maladroitement. Il était loin d’avoir la grâce d’Hermione, mais c’était un bon moment, un bon souvenir. 

 

 

 

Il expira profondément. Le hasard ou le destin, appelez-le comme vous le voulez, avaient fait qu’ils étaient tous les deux en vie, aujourd’hui. Malgré tout, leurs deux coeurs battaient encore. Peut-être qu’Hermione et lui avaient un bout de chemin à faire ensemble, peut-être oui. Ou peut-être que leur histoire avait commencé au même moment qu’elle s’était arrêtée dans cette chambre des secrets. Ou peut-être qu’il pouvait s’autoriser à pleurer, puis prendre, ensuite le prochain boulevard, celui de la vie.

 

 

 

La perspective de toute l’énergie nécessaire pour continuer à avancer lui donna le vertige. Y arriverait-il ? Le chagrin était comme une morsure qui le pliait en deux. Aucun répit. Encore et encore, la douleur le frappait. 

 

 

 

Une main sur la sienne le sortit de ses pensées noires.

 

 

 

— Tu avais une ombre sur ton visage.

 

 

 

Le soleil faisait briller ses cheveux, elle avait l’air d’un ange avec tous ses cheveux soulevés par quelques brises de vent. 

 

 

 

— Tu n’es pas seul. Je suis .

 

 

 

Il prit sa main à son tour et la serra un peu plus fort. 

 

 

 

Le silence revint, les images avec, mais ce n’était pas grave, puisqu’elle était là.

 

 

 

 

 

•••

 

 

 

 

 

Ron ne parvenait pas à affronter le regard de sa famille. Il ne pouvait pas rester assis dans le canapé à attendre que le temps passe. Il ne parvenait pas non plus à se projeter dans l’organisation de funérailles ou d’un quelconque événement public. N’avait pas envie de parler, d’être avec trop de monde, d’agir comme si tout allait redevenir normal d’ici peu. C’était quoi « normal » d’abord ?

 

 

 

Il avait envie qu’on lui foute la paix.

 

 

 

La paume de sa main glissait contre le bois de la rambarde de l’escalier marqué par l’usure. Sa maison était familière comme étrangère à la fois. Il ne la reconnaissait plus vraiment. Le chagrin peut-être qui transperçait les murs et éteignait en lui toute envie de vivre.

 

 

 

La porte du grenier, fixée au plafond, tout en haut, au dernier étage, s’ouvrit facilement. Il avait grandi, plus besoin de demander à ses frères ou son père de l’ouvrir pour lui. L’odeur familière du bois, de la poussière, du passé et de ses souvenirs lui chatouilla les narines. 

 

 

 

Flûte, il avait encore envie de pleurer. 

 

 

 

La pièce était plongée dans la pénombre, un rail de lumière passait entre les planches, c’était suffisant pour voir. Que cherchait-il ici ? Il ne le savait pas vraiment. Ce n’était pas un solitaire, n’avait jamais ressenti le besoin de s’isoler. Avoir six frères et soeur aidait à vivre en groupe. 

 

 

 

Assis par terre, les mains salies par la poussière, les souvenirs l’envahissaient, ça n’avait aucun sens, non, un simple délire. Une errance de son esprit parmi des bribes de vie, des émotions, des gens qui ne reviendraient jamais. Petit, il jouait plus avec les jumeaux, c’étaient ses plus proches frères, et même s’ils l’embêtaient parfois, quand il s’agissait de jouer aux pirates, les chamailleries s’oubliaient vite. 

 

 

 

Il pleurait maintenant. 

 

 

 

— Ron ?

 

Viens

 

 

 

Il ne savait pas s’il avait parlé assez fort pour qu’Hermione l’entende. Une main se posa sur son épaule, puis il sentit des bras l’enlacer, et son odeur prit le dessus sur la poussière. Ils restèrent un long moment comme cela, serrés l’un contre l’autre. Puis elle lui tendit un mouchoir et se recula un peu.

 

 

 

— Tu pars ?

 

 

 

Elle secoua la tête.

 

 

 

— Je ne vais nulle part.

 

 

 

Pourquoi était-ce si dur de dire « je t’aime » à la personne qui comptait le plus pour lui ?

 

 

 

D’où lui venait cette pudeur ? Cette peur des mots ?

 

 

 

Il naviguait en eaux troubles. Depuis hier, il ne savait pas ce qu’il devait dire ou faire. Tout avait changé

 

 

 

Les images étaient de retour, il ferma les yeux. Si ça continuait comme ça, il allait devenir fou. Alors il se força à les rouvrir, tendit la main vers une cape recouverte de sequins et de strass et commença à raconter.

 

 

 

— Ça, c’était quand on a fabriqué un théâtre. En fait, on avait repris le décor de celui de Bill et Charlie. Ils avaient aussi une super roulotte. Leur théâtre, c’était le meilleur interplanétaire, mais moi, je n’arrivais pas à le prononcer, alors on a changé et c’est devenu le meilleur théâtre de l’univers.

 

Rien que ça… murmura t-elle avec un pâle sourire.

 

 

 

Il approuva d’un hochement de tête, se rappelant comment Fred s’était improvisé chanteur de soprano et avait passé cinquante-sept secondes précisément à crier un « do ». Il raconta cet épisode à Hermione, comme il lui parla de leurs bateaux en cartons ainsi que de leurs châteaux en argile. À l’époque, ils jouaient à la guerre, ce n’était qu’un jeu. Sans se douter qu’un jour, ils la fassent vraiment.

 

 

 

Ça ne le dérangeait pas qu’Hermione le voit pleurer. Ses derniers remparts dressés par son égo étaient depuis longtemps pulvérisés par les derniers jours. Tant pis si son discours n’était pas cohérent. Elle l’écoutait avec attention, si bien qu’à un moment, il sentit que son souffle s’était calmé, les battements de son coeur étaient plus réguliers…

 

 

 

Jusqu’à la prochaine fois.

 

 

 

 

 

•••

 

 

 

 

 

Le soir, une boule d’inquiétude vint se loger au creux de son estomac. Depuis le grenier, Hermione et lui ne s’étaient pas quittés. Quand il était avec elle, son cerveau cessait de ruminer. Il aurait voulu pouvoir choisir d’allumer et d’éteindre ce flot de pensées. 

 

 

 

Si seulement…

 

 

 

Quand les étoiles se mirent à briller dans le ciel, comme une couverture diamantée, il se dit qu’il n’avait plus le choix. Il devait oser en parler.

 

 

 

— Hermione, ça te dirait de… Dormir avec moi ?

 

 

 

Même faire une phrase entière sans buter sur les mots était difficile. 

 

 

 

— Dormir avec toi ? Dans ta chambre ?

 

— Oui.

 

— D’accord.

 

 

 

Était-ce normal qu’il soit toujours si nerveux ?

 

 

 

— Ça ne dérangera pas Harry de dormir Ginny de toute façon. Même s’il n’a pas parlé de la journée, ils ne se sont pas quittés. Quelle idée que les gens doivent être peccables… Il faut vivre…

 

 

 

Il ne savait pas ce que voulait dire peccable. Parler pour demander lui coutait, la fatigue l’avait totalement engourdi, déposer un baiser sur sa joue par contre, c’était possible.

 

 

 

Elle rougit sous la surprise et effleura du bout des doigts sa joue. Un sourire fleurit sur ses lèvres, un vrai sourire cette fois-ci.

 

 

 

Peut-être que finalement ce baiser dans la chambre des secrets était le début d’un nouveau départ pour eux deux. Il aimait cette vision d’eux, debout sur un quai, prêts à prendre un nouveau train. Ni guerre, ni torture, ni douleur, non, plus rien de tout cela. Juste eux deux.

 

 

 

Pendant un instant, il se sentit empli d’une nouvelle énergie. La vie lui manquait. Il allait bientôt y revenir, bientôt.

Hermione by Winter
Author's Notes:

Pour la manche 3, il fallait rendre hommage à Barbara en évoquant un lieu, une émotion et un personnage cités dans ses chansons. J'ai décidé d'en prendre que un de chaque : Vienne, solitude, les passants.

2 octobre 1998


 


Les passants passaient sans jamais regarder au delà que le bout de leur nez. Alors Hermione les observait, la boule au ventre, les larmes aux yeux, le coeur à l’envers, tous passaient sans voir.


 


Ils ont des yeux, mais ne voient pas.


Ils ont des oreilles, mais n’écoutent pas.


 


D’où ça venait ? Elle ne s’en souvenait plus. C’était si vrai.


 


Il y avait tant de choses à voir pourtant. Les arbres qui revêtent leur manteau de couleurs ocre, marron, jaune, orange, si joyeux, alors que les feuilles se mourraient. 


 


Ils ne voyaient pas non plus la jeune fille, seule, assise sur un banc, qui pleurait maintenant à chaudes larmes. 


 


Ça lui prenait comme ça, sans crier gare, paf, elle pleurait, et voilà qu’elle ne pouvait plus s’arrêter. Les images défilaient devant ses yeux sans qu’elle puisse les arrêter, c’était épuisant, tout tournait en boucle, encore et encore, cri, sang, poussière, la mort, tout. Tout.


 


Elle avait le mal de vivre qui la prenait par surprise. Soudain, respirer était une épreuve qui paraissait insurmontable. Alors elle fuyait, n’en parlait à personne, trouvait un banc et regardait les passants. Leur défilé continu lui faisait reprendre le contrôle.


 


Jusqu’à la prochaine fois. 


 


Pourquoi n’en parlait-elle pas à Ron ? Ou Harry ? Ou Ginny ?


 


Parce que c’était si facile d’avoir comme compagnie la solitude. Et puis, elle n’était pas si seule, elle était entourée de monde, n’est-ce pas ? Alors, non, elle n’était pas si seule que ça.


 


Hermione épousseta sa robe en se relevant et prit la direction du Ministère. L’épisode était oublié, elle allait bien, tout allait bien. 


 


 


•••


 


 


Elle prit de la nourriture avec sa fourchette, ouvrit la bouche, et mâcha plus par automatisme que par réelle envie. La boule dans sa gorge n’était pas partie depuis son « épisode » un peu plus tôt. D’habitude, ce n’était pas si long. 


 


Mâcher, avaler. Puis, tout recommencer.


 


Elle écoutait les autres parler un peu, c’était revenu petit à petit, les repas restaient plus calmes qu’avant, sans non plus être dans un silence total uniquement rompu par le bruit des couverts. 


 


— Mr William est passé. Il m’a informé que les dernières modifications de la statue avaient été effectuées, ils l’installent demain, dit Mr Weasley. 


 


Mr William, c’était le Magenloi qui aidait les Weasley avec toutes les démarches administratives. Fred était un héros de guerre, toute la famille d’ailleurs, mais Fred était mort, alors c’était lui le vrai héros dans leur coeur. 


 


— Ils inscrivent les noms directement ? demanda George d’une voix sans vie. 


 


Mrs Weasley étouffa un sanglot, s’excusa et partit à l’étage. Cette statue, c’était une sorte de point final. L’enterrement avait été dur, mais maintenant, une statue serait au Ministère avec le nom de tous les morts, tombés au combat. 


 


— Oui… souffla Mr Weasley. Oui, tous ceux morts pendant la bataille. Mr William m’a expliqué qu’au pied de cette statue, il y aura deux livres avec le nom de tous les disparus, un livre par période de guerre. 


 


Hermione continuait de macher et avaler. 


 


 


•••


 


 


Harry ouvrit la porte et la laissa entrer. Il ne semblait pas surpris de la voir. 


 


— Ça ne va pas fort, dit-il tout bas.


 


Elle secoua la tête tout en restant debout au milieu de la pièce. Cela faisait plus d’une heure que tout le monde était parti dormir. Mais ses insomnies ne la quittaient pas. Ça et cette boule dans le ventre qui enflait, enflait… Ce soir, elle n’y arrivait pas. Alors comme seule réponse à Harry, elle hocha la tête. Il comprit immédiatement. 


 


— Je vous laisse. 


 


Ron s’était levé et elle sentit son bras passer autour de ses épaules pour la serrer contre lui. 


 


— Raconte. 


— Il n’y a rien à dire… Je…


 


Son coeur s’emballa, elle n’arrivait plus à faire entrer de l’air dans ses poumons. Un début de panique pointa le bout de son nez.


 


— Chuuuuut, tout va bien, murmura Ron contre ses lèvres.


 


Il passait doucement sa main dans son dos, son odeur, sa présence, elle se focalisa sur ça. Puis il posa ses lèvres sur les siennes, glissa sa main dans ses cheveux, leurs corps étaient collés.


 


Et elle put respirer. 


 


 


•••


 


 


Allongés, l’un contre l’autre, elle sentait la boule dans son corps s’alléger petit à petit. 


 


— Une mauvaise journée, voilà tout. 


— Appelle moi la prochaine fois que tu regardes des inconnus. 


 


Elle eut un petit rire. 


 


— Je suis sérieux, je regarderai ces inconnus avec toi Hermione. À n’importe quelle heure, n’importe quel jour, je viendrais. 


— Merci…


 


Il fit taire son excuse d’un nouveau baiser. Elle était si bien entourée de la chaleur de ses bras. Peut-être que ce soir, elle finira par réussir à s’endormir. 


 


— Tu sais… J’aimerais bien qu’on reparte juste tous les deux. 


 


Ils étaient partis en juin chercher ses parents en Australie. Ce n’était pas vraiment des vacances, mais ils s’étaient retrouvés, juste tous les deux, loin de toi, et pendant un instant, la guerre n’était plus si omniprésente dans leurs pensées.


 


— Où tu voudrais aller ?


— Je ne sais pas… Je ne connais que l’Angleterre, toi, tu connais la France, Paris, c’est cliché, mais… Vienne par exemple. On dit que c’est une jolie ville avec ses rues pavées, les pâtisseries viennoises, les montagnes non loin. Tu pourras m’apprendre à faire ton truc sur la neige, là, tu sais…


— Skier ?


— Oui.


— Tu veux skier en Autriche ?


— Pourquoi pas ?


 


C’était tout Ron ça. De dire « je t’aime », sans le dire vraiment, juste en s’intéressant à elle, avec une petite attention, c’était ça d’ailleurs qu’elle aimait le plus chez lui. Son grand coeur, ses attentions faussement détachées. Il n’était pas gentil pour avoir quelque chose en retour, non. Il était foncièrement quelqu’un de bien. 


 


— J’ai vu qu’à Vienne, ils servent une sorte de pancake avec du sucre glace et des fruits rouges…


— Je te reconnais bien là.


 


Elle le vit sourire dans le noir. Ron et sa gourmandise…


 


— Donc ce n’est pas juste une idée en l’air. Tu y as vraiment réfléchi.


 


Il se pencha et prit un livre posé sous le lit. D’un coup de baguette, il éclaira d’une douce lumière la petite pièce. 


 


Vienne, capitale de l’Autriche


Les choses que vous devez ABSOLUMENT découvrir


 


— Pourquoi Vienne ?


 


Il haussa les épaules.


 


— J’ai pris au hasard dans une librairie moldue. Le titre était amusant, ils ont pris la peine de mettre « absolument » en majuscule. On ne poursuit pas son chemin quand on a un livre avec « absolument » dans un titre. Et en plus, il y a plein de découvertes culinaires, bon Paris aussi, mais…


— Il n’y avait pas absolument dans le titre, devina t-elle.


— Voilà.


 


Ils échangèrent un sourire.


 


— En vrai, j’en sais rien Hermione. Je pense juste qu’on a besoin d’air. Où qu’on aille, ce sera bien. 


 


Elle hésita un instant. Tous les deux avaient leur formation, elle, elle était au ministère, que se passerait-il si elle partait quelque temps ?


 


Puis elle repensa à plus tôt dans la journée. La boule au ventre qui ne partait jamais vraiment alors…


 


Alors elle décida de dire oui à la vie. Oui pour prendre soin d’elle, s’écouter, ne pas se préoccuper d’autre chose qu’elle et Ron.


 


Fini les mensonges, fini les « ça va » qui ne veulent rien dire, qu’on répète par habitude. Les boules dans le ventre, elle voulait les faire partir. Pour de bon. 


 


Elle embrassa Ron.


 


Contre ses lèvres, il sourit, il avait sa réponse. 

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