Mon sorcier bien-aimé by alixe
Summary: Quand Harry Potter, Auror débutant et Gryffondor puritain, est confié à William Stratford, Serpentard borné et tombeur de ces dames, qu'est ce que cela donne ? Une histoire d'amitié, peut-être
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Categories: Après Poudlard Characters: Aucun
Genres: Aventure/Action, Comédie/Humour, Romance/Amour
Langue: Aucun
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Harry, la Furie et le Serpentard
Chapters: 39 Completed: Oui Word count: 273809 Read: 115869 Published: 03/01/2006 Updated: 01/12/2006

1. Prologue by alixe

2. Les bleus by alixe

3. En mission chez les moldus by alixe

4. Troll et Gobelins by alixe

5. Carte et astronomie by alixe

6. Coups de filet by alixe

7. Noël en famille by alixe

8. Retour de vacances by alixe

9. Anneaux et magie noire by alixe

10. Un autographe aux enchères by alixe

11. Saison de Quidditch by alixe

12. Jeux vidéos et vieille dame indigne by alixe

13. La pendule qui changea le cours de l'histoire by alixe

14. L'enlèvement by alixe

15. Serpentard ! by alixe

16. Convalescence by alixe

17. Vacances et célébration by alixe

18. Cheveux rouges et courses de Noël by alixe

19. L'ultimatum by alixe

20. L'aveu by alixe

21. La ceinture enchantée by alixe

22. Souvenirs à Pré-au-Lard by alixe

23. Tous à la rescousse by alixe

24. Famille et épouvantard by alixe

25. La demande by alixe

26. Une page d'histoire by alixe

27. La rentrée by alixe

28. Visite impromptue by alixe

29. En famille by alixe

30. Enquête à Poudlard (1) by alixe

31. Enquête à Poudlard (2) by alixe

32. Enquête à Poudlard (3) by alixe

33. Enquête à Poudlard (4) by alixe

34. Enquête à Poudlard (5) by alixe

35. Vacances au soleil by alixe

36. Les nécromanciens by alixe

37. Conférence de presse by alixe

38. Mariages by alixe

39. Epilogue by alixe

Prologue by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
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Cette histoire peut se lire de façon indépendante, bien que se déroulant parallèle de mon autre histoire : Après la bataille. Certaines allusions seront perdues mais cela ne devrait pas vous gâcher la lecture. En tout cas le prologue vous permettra de repérer où en est Harry

Seuls les 5 premiers tomes de la série d'origine ont été pris en compte.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -



Prologue


Harry s'examina d'un œil critique dans le miroir de sa chambre.
"Tu es bien coquet ce matin, lui fit remarquer son reflet. Mais tu pourrais sourire un peu."

Il ne répondit pas. Comment aurait-il pu expliquer l'impatience, mêlée d'appréhension qui le tenaillait, alors qu'il s'apprêtait à se rendre au Ministère pour y passer sa première journée en tant qu'Auror.

Allez, Harry, ce n'est pas si terrible ! - s'exhorta-t-il.

Mais le cœur n'y était pas. A peine une semaine auparavant, s'était tenu le troisième anniversaire de la Bataille du Survivant au cours de laquelle Voldemort avait enfin été tué. Mais Harry avait payé cher cette victoire et elle avait eu pour lui un goût tellement amer qu'il avait bien failli définitivement jeter l'éponge.

Il lui avait fallu des mois pour retrouver le courage de vivre. Trois ans étaient passés, mais certains matins, il se demandait encore si cela servait à quelque chose de se lever.

Il jeta un regard coupable vers le grand lit qu'il partageait avec Ginny. Heureusement, cette dernière était déjà levée et devait être en train de faire sa toilette. Elle n'aurait pas manqué de constater son humeur sombre et se serait inquiétée pour lui. Elle avait parfois du mal à comprendre que, malgré toute sa tendresse, elle ne pourrait jamais éloigner totalement ses fantômes.

James, Lily, Cedric, Sirius, Hagrid et, ultime offrande à la folie meurtrière de Voldemort, Dumbledore, Remus, Arthur.

Leur sacrifice cependant n'avait pas été complètement vain cependant car, poussé dans ses derniers retranchements, Harry avait "donné le meilleur de lui-même" pour reprendre la terminologie d'Hermione. Selon la sienne, il avait simplement voulu mourir de honte et de désespoir.

Peu importe ! Voldemort n'était plus et le Survivant avait sauvé le monde. Il avait, par la même occasion, gagné la gratitude éternelle de tous. Imposantes célébrations en son honneur au cours desquelles il avait brillé par son absence, Ordre de Merlin qui ne signifiait rien pour lui, carte de Chocogrenouille sur laquelle il se trouvait tarte… que demander de plus ?

La vie trouvant toujours moyen de continuer, qu'on le veuille ou non, ses amis l'avaient inscrit au Centre de formation des Aurors. La première année avait été difficile, mais il avait fini par s'investir sérieusement, et à l'issue de sa troisième année, il avait été brillamment reçu.

Aujourd'hui était son jour d'entrée en fonction.

Harry reporta son attention sur son image. Il regarda ses cheveux d'un air critique. Il s'était laissé convaincre d'adopter une coiffure qui dégageait un peu son front et qui lui allait mieux, paraît-il. Mais la disparition de sa frange, l'avait gêné. Même si son visage avait fait la une des journaux sorciers après la disparition du mage noir rendant tout anonymat désormais à jamais illusoire, exposer ainsi la cicatrice qui avait fait connaître son nom, vingt ans auparavant, le mettait mal à l'aise.

Il avait donc laissé repousser quelques mèches qui retombaient sur son front, mais elles n'étaient pas assez denses pour lui éviter de voir sa cicatrice chaque fois qu'il se regardait dans une glace. Mais Ginny ne voulait pas entendre parler de "sa coupe de moine", ainsi qu'elle qualifiait son ancienne apparence, et il avait décidé de céder sur ce point, autant pour avoir la paix que pour lui faire plaisir.

Il lissa la robe qu'il avait choisie avec soin dans sa garde-robe la veille au soir. Au niveau de sa poitrine, son geste fit crisser un parchemin. Il sourit et tira de sa poche le précieux feuillet. Pour une fois, les jumeaux ne s'étaient pas moqués de lui. S'inspirant de la carte du Maraudeur et aidé par les conseils soutirés à Sirius et Remus, les terribles sorciers facétieux avaient créé une carte magique qui avait les qualités de l'original et allait même plus loin car elle était capable de reproduire le lieu où elle se trouvait.

Harry l'activa et repéra Ginny dans la salle de bains, Molly qui l'attendait dans la cuisine et Missy, l'elfe libre et rétribuée qu'il employait, déjà en train de briquer l'escalier. Il faudrait qu'il fasse attention de ne pas glisser sur les marches fraîchement cirées.

Au rez-de-chaussée, Molly l'accueillit avec le sourire et l'inspecta des pieds à la tête.
"Tu es très bien, Harry. Viens vite manger, ne te mets pas en retard."

Alors qu'il prenait des forces pour les épreuves à venir, sa fiancée fit son entrée dans la cuisine, toute fraîche et pimpante.
"Bonjour mon chéri, bonjour, Maman ! Je file, je ne veux pas être en retard pour ma rentrée.
- Tu n'as rien pris, s'indigna sa mère.
- T'en fait pas, on va sûrement prendre un café et des petits gâteau, avec les copains", la rassura sa fille.

Ginny commençait le matin même sa troisième et dernière année en Médicomagie. Avant de partir rejoindre ses condisciples, elle embrassa Harry, sur le front car il avait la bouche pleine.
"A vendredi soir, mon cœur. Tu auras plein de choses à me raconter. Au revoir, Maman."

Elle était déjà partie.
"Quelle vif-argent, soupira Molly, mais elle semblait plus attendrie que désolée.
- C'est comme cela qu'on l'aime, approuva Harry.
- Si tu le dis. Ça te va des boulettes de viande pour ce soir ?"

Harry réalisa qu'ils seraient en tête-à-tête avec sa future belle-mère. Ginny logerait toute la semaine sur son campus, tout comme il l'avait lui-même fait les trois années écoulées, et Ron n'habitait plus là. Un mois auparavant, son meilleur ami avait épousé la brillante Hermione et partageait désormais avec elle un appartement moldu, situé non loin de la maison des parents de la jeune femme.

Il était cependant probable que Molly voit son plus jeune fils le soir même, car sa bru ne brillait pas par ses capacités culinaires. Il n'était donc pas rare que le jeune marié fasse un crochet en sortant du Ministère, où il travaillait au Service des sports et jeux magiques, pour puiser dans le chaudron maternel et remplir les larges récipients hermétiques que son épouse s'était procurée.

"C'est parfait, Molly, merci. Mais je ne sais pas à quelle heure je rentrerai.
- Sans doute pas très tard pour ton premier jour. Tout va bien se passer", ajouta-t-elle.

Harry lui sourit mais n'en était pas tellement convaincu. Il détestait se présenter dans un endroit public. Il détestait devoir rencontrer des inconnus. Et, surtout, il avait peur qu'on attende de lui des miracles, alors que seule son expérience en Duel le différenciait de ses camarades. Les excellentes notes qu'il avait obtenues pour couronner sa scolarité étaient dues à un travail acharné, rien d'autre.

Il se demanda si cela avait été une bonne idée de briller ainsi. Un dossier moyen l'aurait sans doute aidé à faire comprendre à ses futurs collègues qu'ils ne devaient pas trop attendre de lui. Mais, comment accepter des notes moyennes alors que ce salaud de Malefoy, qui avait suivi les mêmes études, cartonnait !?

Il ne supportait pas l'idée de se faire dépasser par ce taré. Etre reçu major ex-equo avec le Serpentard avait suffi à gâcher la fierté qu'il aurait dû éprouver pour ses excellents résultats. Il inspira. Ce n'était pas le moment de penser à Malefoy. Il allait être présenté à ceux qui seraient ses futurs collègues, il devrait faire ses preuves, c'est tout ce qui comptait.

Il regarda l'heure, prit résolument une pincée de poudre de cheminette, lança un dernier sourire à Molly et plongea dans la cheminée.

Harry arriva comme prévu dans l'atrium du ministère. Il repéra rapidement les autres élèves de sa promotion qui s'étaient réunis autour du Commandant Shacklebolt qui était venu les accueillir. Harry sourit en voyant ce fidèle membre de l'Ordre. Il respectait beaucoup le grand Auror noir et se dit qu'il pouvait faire confiance à ce dernier pour le traiter comme un débutant normal.

Il s'approcha du groupe et salua chaleureusement Hannah Abbot, Dean Thomas et Susan Bones qui faisaient désormais partie de ses plus proches amis. Il sourit à Morag McDougal, puis à Julius Rasting qui arrivait en même temps que lui par une autre cheminée.

Comme d’habitude, il ignora Lynda Stevens. Cette garce avait tenté de le faire tomber dans ses filets à la fin de leur première année et, à cause d'elle, Ginny avait failli rompre leurs fiançailles. Depuis ce jour, il l'évitait le plus possible.

Malefoy n'était pas encore là. Sans doute ne pouvait-il supporter que son entrée ne soit pas remarquée. C'était réussi : il fallut l'attendre une bonne minute, avant de le voir arriver tranquillement. Lui non plus, Harry ne le salua pas.

Quand ils furent tous là, Shacklebolt leur souhaita la bienvenue et les accompagna jusqu'au portillon de contrôle. Il leur fit remettre un passe permanent qui leur permettait de garder leur baguette sur eux, contrairement aux visiteurs, et les mena jusqu'au QG des Aurors.

Quand Shacklebolt les introduisit dans la vaste pièce, Harry suivit ses camarades, tachant d'ignorer tous les regards curieux qui le dévisageaient avec insistance. Il essaya de se raisonner. Il était parfaitement normal que les Aurors jaugent leurs nouveaux collègues. Il était ici à la même enseigne que ses condisciples et il ne devait pas céder à la paranoïa. Mais il savait parfaitement qu'il n'inventait pas l'attention soutenue concentrée à la hauteur de son front.

Le commandant les présenta brièvement et commença à lire leurs noms, suivi de celui qui deviendrait leur co-équipier et formateur. Il entendit son nom, juste après que Malfoy se soit avancé vers un homme brun et courtaud.
"Harry Potter avec William Stratford", indiqua Shacklebolt.

Un grand type d'une quarantaine d'année, à la mâchoire carrée et à la chevelure blond cendré légèrement ondulée, leva la main, comme avec réticence, pour se faire connaître. Il était clair, à son regard maussade, qu'il n'était pas vraiment ravi par cette affectation.

Harry serra les dents et s'avança vers son nouveau partenaire.


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Les bleus by alixe
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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Avertisement : le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
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I : Les bleus


J'étais en train de me verser ma première tasse de café, en espérant que ce ne soit pas Tonks qui l'ait fait, quand Morrito m'a interpellé :
"Au fait, Stratford ! Tu te rappelles que la bleusaille arrive aujourd'hui ?"

Moi qui m'étais efforcé d'oublier qu'une bande de gamins allait débarquer ce matin, c'était raté. Ce n'est pas tant la campagne intensive de recrutement qui était en cours qui me gênait. En effet, deux ans de guerre et la sanglante Bataille du Survivant, avaient décimé nos effectifs. La relève était donc la bienvenue.

C'est l'idée de jouer les baby-sitters qui me démoralisait. Car si j'avais réussi à échapper à cette corvée les années précédentes, notre commandant m'avait prévenu, deux semaines auparavant, que cette fois-ci je n'y couperais pas. Mon association avec Morrito allait donc prendre fin, et j'allais me retrouver doté d'un jeune chiot, débordant de bonne volonté et croyant tout savoir.

"Et tu ne connais pas la meilleure", continuait Morrito

Je connaissais assez mon futur ex-partenaire pour savoir que le pire était à venir.

"Nous allons avoir l'immense honneur d'accueillir une grande personnalité."

Qu'est ce que je disais ! L'année dernière, un de nos collègues, Peter Slave, avait dû former le fils du chef du département des accidents magiques. Ce blanc-bec lui en avait fait voir de toutes les couleurs, la position de son père lui ayant donné la grosse tête. Les rejetons de politiques, c'est les ennuis assurés.

"Quelle grande huile nous envoie sa descendance ?" demandai-je.
Je tentai de me rappeler si notre Ministre de la Magie, la vieille Marchebank, avait un gamin ou un petit-fils en âge de faire régner l'ordre et la justice magique.

"Accroche-toi, mon vieux. C'est le grand Harry Potter !
- Il est passé par l'école ?
- Il semblerait."

Eh bien ! Celui qui allait se le coltiner n'allait pas rigoler tous les jours. Sa Célébrité risquait de ne pas apprécier d'être considérée pour ce qu'elle était : un bleu qui a tout à apprendre du métier. Sans compter qu'il risquait d'être un peu déçu par la routine d'un Auror.

C'est ça le problème avec les nouveaux : ils croient qu'on casse du Mangemort tous les jours. Alors que la plupart du temps, on règle de banals problèmes de voleurs à la petite semaine. Ça m'étonnerait que le Survivant ne meure pas d'ennui ici. Enfin au pire, il partira en claquant la porte, d'ici à la fin du mois.

Je m'approchai de Morrito et regardai la liste par-dessus son épaule.

"Je rêve où c'est le nom de Malefoy qui est inscrit là !
- Non, mon pote. T'as toujours les yeux en face des trous."

Je savais que Malefoy junior avait participé à la Bataille de notre côté, car il avait reçu une médaille le même jour que moi. Cela n'avait pas manqué de m'étonner car Malefoy senior aussi y avait participé, mais il n'avait pas fait partie de ceux qu'on avait enterrés avec les honneurs.

Et bien, cette nouvelle promo risquait de ne pas être de tout repos. Je bus une gorgée de mon café. Non seulement il était froid, mais si j'en jugeais à son goût de brûlé, c'était bien Tonks qui l'avait préparé. Mauvais ça. Ce n'est jamais un bon signe quand une journée commence aussi mal !

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A neuf heures pile, Shacklebolt, notre commandant depuis deux ans et demi, entra dans la Ruche avec la brochette de bleus. On s'est tous arrêtés de travailler se rassembler autour d'eux et attendre leur répartition. Bien sûr, tout le monde examinait la vedette du monde sorcier avec curiosité.

A priori, il ne payait pas de mine. S'il n'avait pas affiché la physionomie la plus connue du monde sorcier, nul n'aurait pu deviner qu'un héros se tenait parmi les petits nouveaux de l'année. Il était au milieu des autres, l'air absent, comme s'il ne daignait pas remarquer qu'il était le point de mire de toute la brigade.

A l'opposé, un grand blond que je reconnus comme étant Drago Malefoy nous toisait comme s'il se demandait si nous étions assez bien pour lui. Son arrogance me parût aussi détestable que le discret dédain de Potter. J'espérai avec ferveur ne récupérer aucun des deux.

"Bonjour à tous ! commença le commandant. Voici vos nouveaux collègues, je vous remercie de leur faire bon accueil. Je vous présente Hannah Abbot. Elle fera équipe avec Deborah Taylor."

Tandis que Taylor levait la main pour que sa nouvelle coéquipière puisse la repérer, Shakelbolt continuait :
" Susan Bones avec Medhi Mourad. Morag MacDougal avec Ben Tarvi. Drago Malefoy avec Antonio Morrito. Harry Potter avec William Stratford"

Avec résignation, je levai la main. Je SAVAIS que ce n'était pas mon jour.

" Julius Rasting avec Ella Callisto, Lynda Stevens avec Steve Cursaq, Dean Thomas avec Daniela Freegarden. Ce matin, vous faites connaissance, visite guidée des locaux et passation des consignes de bases. Des questions ?"

Shacklebolt j'ai pas mal bossé avec lui. Il est sympa, mais il est toujours très concis dans le cadre du boulot. Pas le genre à s'écouter parler. Ça a le bon côté d'éviter les pertes de temps.

Il n'y eut pas de questions, et les poulains s'avancèrent vers le mentor qui leur avait été désigné. Potter vint vers moi, le visage impassible.
"Bonjour, Monsieur, dit-il le visage de marbre.
- Ici, on s'appelle par son nom de famille sans monsieur ou madame, répliquai-je. Et on se tutoie.
- Le commandant aussi, on le tutoie ?" demanda-t-il.

Etait-ce une question logique ou une impertinence ? Dans le doute, je lui répondis sèchement :

"Moi je le tutoie parce que j'ai fait équipe avec lui dans de nombreuses missions. Mais toi, tu le vouvoies."

S'il comprit le message que je voulais faire passer, il ne le montra pas, gardant cette expression figée qui ne me plaisait pas. Je passai outre, et lui fis faire un tour rapide de la Ruche. C'est ainsi qu'on appelle la salle où sont nos bureaux car, vues du dessus, les demi-cloisons qui séparent nos tables de travail font penser à des alvéoles.

Je lui montrai où se trouvait sa place, lui indiquai les affaires sur lesquelles nous travaillions ordinairement, bref, je commençai à le mettre dans le bain. Il écoutait, manifestement concentré, posant de temps en temps une question d'un ton neutre.

Tout en lui faisant faire le tour du propriétaire, j'essayai de rassembler dans un coin de ma tête tout ce que je savais de lui.

Comme tout le monde, je savais qu'il avait survécu à l'Adava kedavra de Vous-savez-qui, alors qu'il avait un an. Il avait été élevé hors du monde magique, et avait réapparu à Poudlard dix ans plus tard. Quatre ans après, il avait participé au Tournoi des Trois Sorciers dans des circonstances bizarres et des articles le présentant comme pas très équilibré étaient parus dans la presse.

Cela avait continué l'été suivant, alors qu'il prétendait que le Seigneur des Ténèbres était de retour. Puis il avait donné une interview au Chicaneur où il racontait une histoire à faire dresser les cheveux sur la tête qui avait commencé à faire évoluer l'opinion du public. Quelques mois après, le retour des Ténèbres était confirmé. Les journaux s'étaient alors mis à l'encenser.

Lors de sa septième année à Poudlard, il avait mis sur pied un mouvement de propagande appelant à la résistance face à Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. A la fin de l'été qui avait suivi, il éliminait définitivement son ennemi. Après un bref séjour à Ste Mangouste, il avait disparu de la circulation, excepté pour une brève apparition quand tous les participants à la Bataille avaient reçu leur médaille. Je me rappelai qu'il avait déjà ce regard absent, et qu'il avait parlé à très peu de personnes, bien qu'il soit le centre de l'intérêt général et que le Ministre ait chanté ses louanges pendant un bon quart d'heure, au cours d'un discours particulièrement ennuyeux.

A ma connaissance il n'avait donné aucune interview à la presse depuis sa sortie de Sainte Mangouste, même quand on avait annoncé, à grand renfort de publicité, la création d'une carte à son effigie dans les célèbres Chocogrenouilles. Ah si ! Il s'était prononcé en faveur de Griselda Marchebank, un peu avant son élection au poste de Ministre de la Magie.

Une de mes petites amies m'avait parlé d'un article dans Sorcière-hebdo où l'on annonçait ses fiançailles avec une star de la chanson. Je regardai ses mains. Il n'avait pas d'alliance. Soit c'était du pipeau, soit c'étaient des fiançailles très longues. Je penchai pour la première hypothèse.

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Alors que je tentais de lui expliquer succinctement le système de classement de nos dossiers, une voix joyeuse m'interrompit :
"Salut Harry ! Comment vas-tu ?"

C'était Tonks, qui arborait une superbe crinière verte. On aurait dit que des fougères lui avaient poussé sur la tête. Mon poulain eut son premier sourire.

"Tonks ! Bonjour. Je vais très bien, merci. Et toi ?"

Ainsi, il connaissait bien Tonks. Rien d'étonnant finalement. J'avais compris depuis longtemps que certains d'entre nous avaient fait parti de l'organisation secrète de Dumbledore. A leur position stratégique le jour de la Bataille, j'avais soupçonné Shacklebolt et Tonks d'en être. Soupçons confirmés quand Kingsley avait été nommé commandant.

J'observai ma collègue en train de souhaiter cordialement la bienvenue au Survivant. Potter devait avoir des liens privilégiés avec le Shacklebolt aussi. Pas étonnant que ma remarque sur le tutoiement et le vouvoiement soit tombée à plat. Bon sang, j'ai jamais pu supporter les blancs-becs qui se la pètent avec leurs relations. Il n'a pas intérêt à jouer ce petit jeu avec moi !

Brian Touary, qui était arrivé l'année précédente et qui était le coéquipier de Tonks, parut également content de le retrouver. Les deux garçons se serrèrent la main.

"Eh, Potter ! On va monter une équipe de Quidditch cette année dans le service pour participer au tournoi du Ministère. Ça te dirait de participer ?
- Et comment, si vous avez besoin d'un attrapeur !
- C'est Ben Tarvi qui en sera l'entraîneur. Je vais lui parler de toi !
- Tu as toujours ton Eclair de feu ? demanda Tonks.
- Bien sûr !"

Je me sentis dégoûté. Célébrité Potter n'était pas là depuis trois heures qu'on lui déroulait déjà le tapis rouge. J'espérai qu'il échoue lors de la sélection.

Ecœuré, je coupai court.
"Bon, c'est pas tout ça mais j'ai rendez-vous avec un informateur en début d'après-midi sur le Chemin de Traverse. On part dans trois quarts d'heure, Potter. Je te conseille d'en profiter pour déjeuner !
- Où mange-t-on ?
- Moi je mange ici. J'ai amené de quoi. Cela m'évite de m'empoisonner avec la nourriture que l'on sert dans l'espèce de cantine installée au troisième niveau.
- On peut aussi s'acheter un sandwich dans le Londres moldu", ajouta Tonks.

Potter emprunta de l'argent moldu à Tonks et partit se sustenter.

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Il revint, quarante minutes plus tard, en finissant de croquer sa pomme. Manifestement, on lui avait appris que l'exactitude était la politesse des héros. Nous nous rendîmes sur le Chemin de Traverse par la poudre de cheminette.

Je voulais rendre visite à un apothicaire qui ne montrait qu'un intérêt relatif pour la légalité, mais s'était découvert un grand désir d'aider les autorités quand on lui avait fait comprendre qu'il risquait d'avoir des ennuis si le dossier que nous possédions sur lui était transmis au Département de la justice magique

"Nous allons nous rendre Allée des Embrumes, expliquai-je à Potter en le pilotant dans la bonne direction. Je suppose que tu n'y as jamais mis les pieds, lui lançai-je.
- Si, une fois. Erreur d'aiguillage", précisa-t-il avec une petite grimace en réponse à mon regard interrogatif.

Visiblement son expérience ne lui avait pas laissé de très bons souvenirs.

Je pris alors conscience d'un drôle de phénomène. Les gens se retournaient sur nous en chuchotant. Je vérifiai discrètement ma tenue, rien d'anormal de ce côté. Je me tournai alors vers mon partenaire mais il semblait ne rien remarquer, son regard vert fixé sur la ligne bleue des Highlands. Soit il manquait totalement de sens de l'observation, soit...

Oh Merlin, on n'est pas sortis de l'auberge si c'est l'émeute à chaque fois qu'on sort ! Ça va être pratique d'enquêter discrètement.

"C'est toujours comme ça ? lui demandai-je.
- Plus ou moins ! Enfin là, on a de la chance, personne ne m'a encore demandé d'autographe."

C'était encore pire que je ne le craignais.

Nous finîmes par arriver à destination. Je poussai la porte de l'échoppe et y pénétrai, suivi du gamin.

"Et bien, que me vaut la visite du grand Harry Potter ? nous lança l'homme, en s'étranglant derrière son comptoir.
- Il m'accompagne ! dis-je sèchement. Quoi de neuf cette semaine ?"

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Une fois notre visite terminée, alors que nous retournions vers la Halle aux poudres (1), pour prendre une cheminée publique, je lançai brutalement à Potter :
- Dis, tu ne peux pas changer de tête ?
- Je ne suis pas métamorphomage, répliqua-t-il tranquillement. De toute façon, rien ne peut faire disparaître ma cicatrice. Ni enchantements, ni maquillage moldu."

Quelque chose dans sa voix me dit que ce n'était pas la première fois qu'il le regrettait.

Soudain, il s'arrêta. Je suivis son regard pour savoir quelle mouche l'avait piqué. Il fixait la devanture d'une boutique nommée Aux sorciers facétieux.

"On a cinq minutes ? me demanda-t-il.
- Pour quoi faire ?
- Je voudrais demander quelque chose à des amis."

Je haussai les épaules et lui emboîtai le pas alors qu'il se dirigeait vers l'établissement de farces et attrapes. Une pluie de confettis nous accueillit à notre entrée. Alors que nous nous avancions dans l'allée qui menait au comptoir des serpentins, diablotins et autres stupidités jaillissaient brusquement sur notre passage.

Le rouquin qui tenait la caisse en finit avec le client précédent et se tourna tout sourire vers Potter :
"Harry, que nous vaut l'immense honneur de ta visite ?"

Oh non, pas encore !

"Salut George. Je voulais vous demander un renseignement technique à toi et à Fred.
- Allons au labo alors. Fred y met au point notre dernier bébé. Venez, passez là, nous dit-il soulevant la partie mobile du comptoir. Je vous en prie, après vous Monsieur... ? ajouta-t-il en terminant sur une note interrogative, tout en nous désignant un escalier qui menait au sous-sol.
- Stratford, me présentai-je. William Stratford
- Enchanté. Je suis George Weasley, sorcier facétieux de son état."

Je le remis. Un des fils d'Arthur Weasley qui avait travaillé au service des Détournements de l'artisanat moldu. Il avait participé à la Bataille, comme presque toute la famille d'ailleurs.

Nous retrouvâmes son jumeau dans une pièce qui n'était pas sans rappeler le laboratoire d'un chercheur fou. Le grand rouquin contemplait d'un air dubitatif sa main qui ressemblait plutôt à un pied.
"Ça ne va pas, dit-il à son frère. L'effet est trop long. Il faut re-doser la potion de Finitas.
- Regarde qui vient nous rendre visite.
- Salut Harry. Tu es venu chercher de quoi redécorer le quartier général des Aurors ?
- Pas vraiment, répondit Potter en me lançant un regard gêné. J'ai un problème, et je me demandais si vous pouviez m'aider.
- Je te présente William Stratford, dit le dénommé George. Mon frère Fred", continua-t-il inutilement, en me désignant son double.
Ce dernier me donna sa... son pied à serrer.

"Que pouvons-nous faire pour toi, Harry ?
- J'aurai besoin d'une variante de votre chapeau-sans-tête.
- Quel genre de variante ?
- Vous croyez qu'il serait possible de le modifier et de me permettre de changer de visage ?
- B'en quoi Harry, tu ne te trouves pas assez mignon ?
- Laisse-moi deviner ! T'es tombé sur une groupie de Lockart et tu veux une petite mèche blonde et des yeux bleus.
- Mais il va falloir que tu t'entraînes si tu veux gagner le concours du sourire le plus charmeur de Sorcière-Hebdo."

Bon, je dus admettre que je commençais à les trouver sympathiques, ces deux lascars.

"J'aimerais juste avoir une autre tête, n'importe laquelle, expliqua Potter
- Même celle de Malefoy ou Rogue ? interrogea ingénument un des rouquins.
- On va peut-être éviter les fouines malfaisantes et les cheveux gras", répondit le Survivant avec une mine dégoûtée.

Les deux rouquins éclatèrent de rire avant de se consulter du regard.
"On va étudier ça pendant nos heures perdues, lança Fred
- Disons, un homme, de type européen, traits passe-partout ? proposa George.
- Et avec une frange, compléta Potter.
- Ça va peut-être prendre un peu de temps, mais on va faire de notre possible."

Potter les remercia chaleureusement, puis nous prîmes congé. Le temps que nous rejoignions la Halle aux Poudres, deux personnes lui demandèrent un autographe.

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Une semaine plus tard, je commençais à cerner un peu mon nouveau partenaire. A mon égard, il restait assez distant. Toujours très poli, mais sans ostentation, et pas un mot plus haut que l'autre. Il écoutait respectueusement mes explications et directives, posant des questions pertinentes, sans laisser filtrer de ce qu'il pensait.

J'en appris d'avantage sur lui en observant les relations qu'il avait avec ses camarades de formation. Il semblait très proche de Abbot, Bones et Thomas. Je crus comprendre que leur amitié datait de Poudlard. Ils avaient ces conversations pleines de boutades amicales et de sous-entendus propres aux amis de longue date qui ont des expériences communes.

Bien que plus relâchés, les liens qu'il avait avec MacDougal, Rasting et Touary étaient très cordiaux. Ce dernier n'était pas de son année, mais ils avaient joué au Quidditch ensemble. Par contre, Potter ne semblait pas tellement apprécier Stevens, un beau brin de fille, pourtant. Cette dernière, non plus, ne semblait pas rechercher sa compagnie. Y avait-il eu entre eux une histoire qui avait mal tourné ?

Ses rapports avec Malefoy junior étaient des plus instructifs. J'avais rarement vu deux personnes se haïr à ce point. Dès que le blond était dans les parages, Potter serrait les dents, comme s'il cherchait à contenir des émotions trop fortes. Il faut dire que l'autre était assez provocateur et que bien souvent ses phrases avaient un double sens très injurieux pour le Survivant. Lequel s'abstenait de répondre.

En résumé, c'était un garçon assez ordinaire : il ne cherchait pas à se mettre en avant, savait se montrer bon camarade et était de bonne volonté. On pouvait presque le croire un peu mou.

C'était à se demander si c'était bien lui qui avait carbonisé le Seigneur des Ténèbres.

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A la suite de ce premier jour, je ne l'emmenai plus que rarement en mission à l'extérieur. Pas envie de traîner à mes basques une foule de fans en folie. Et puis le seul avantage à faire équipe avec un bleu, c'est qu'on peut lui refiler le sale boulot, c'est à dire toute la paperasserie. Je ne m'en privais pas.

Il était évident que cela ne lui plaisait pas tellement, mais il suivait mes directives sans rechigner. Un peu mou, je vous dis.

Au bout de deux semaines, Shacklebolt passa en fin de journée me demander si j'avais le temps de boire une Bièraubeurre avec lui quand j'en aurais terminé. Je lui répondis par l'affirmative et me dépêchai de terminer ce que je faisais. Je savais que ce n'était pas pour commenter le championnat de bavboules qu'il m'invitait à prendre un pot en sa compagnie. Il voulait évoquer un problème avec moi, sans y mettre la solennité d'une convocation dans son bureau. Mon petit doigt me disait que le sujet que nous allions aborder commençait par Harry et se terminait par Potter. Le gamin s'était-il plaint du traitement que je lui infligeais ?

Nous nous rendîmes au Chaudron baveur et prîmes place au fond de la salle. Kingsley attendit que le vieux Tom nous ait apporté nos consommations avant d'entrer dans le vif du sujet.

"Y'a un souci avec Potter ? me demanda-t-il.
- Il est venu se plaindre ? maugréai-je.
- Non, c'est pas le genre. Mais tout le monde a remarqué que tu ne l'emmènes pas en mission avec toi. Il y a eu un problème le premier jour ?
- Pas vraiment, mais disons que pour enquêter, ce n'est pas très discret de traîner le Survivant avec soi.
- C'est en le laissant à la Ruche que tu penses gérer cette difficulté ?"

Le ton était égal, mais je savais que la bonne réponse n'était pas "oui".

"Il a demandé à des amis de travailler sur un chapeau qui le rendrait méconnaissable, répondis-je prudemment.
- Quels amis ? demanda Shacklebolt, l'air intéressé.
- Ils tiennent une boutique de farces et attrapes sur le chemin de Traverse. Les fils d'Arthur Weasley
- Fred et George ? Ce n'est pas une mauvaise idée. Ils sont très forts en enchantements.
- Ce sont des gars sérieux ?" demandai-je.

Leur profession ne plaidait pas en leur faveur, en ce qui me concernait.

- Tu te rappelles de la potion que nous pulvérisions dans les lieux publics pendant la guerre ? me demanda le commandant. Celle qu'on utilisait pour annuler les charmes de métamorphose que les Mangemorts s'appliquaient pour avoir l'air inoffensif au cours de leurs attentats ? Et bien ce sont les jumeaux Weasley qui l'ont mise au point. Quel délai ont-ils donné à Potter ?
- Ils ont dit qu'ils feraient leur possible", répondis-je ne haussant les épaules.

Shacklebolt médita un instant avant de décider :
"Bon, je vais essayer de vous dégotter des missions où sa notoriété ne pose pas de problèmes. Ce gamin a des capacités, ce serait dommage de ne pas les exploiter."

En d'autres termes, j'étais prié de ne pas le cantonner au travail de bureau. Message reçu.

Shacklebolt considéra le sujet clos et me demanda mes pronostiques pour le championnat de bavboules.

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(1) : La Halle aux Poudres du Chemin de Traverse et la Grand Halle aux Cheminées de Pré-au-Lard sont des bâtiments dans lesquels se trouvent des cheminées publiques qui permettent de rallier ou de quitter ces lieux. On y trouve également des guichets où l'on peut acheter des petits sachets de poudre pour se rendre où l'on désire. J'ai emprunté ce concept à Thaele Ellia qui nous met en scène ce lieu dans le chapitre 6 de Max (sur fanfiction.net). Les noms attribués à ces lieux ont été proposés par Fenice.



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FAQ :

Combien y a-t-il de chapitres ?
38 en plus du prologue.

Aurons-nous une confrontation Harry / Malefoy ?
Oui, bien sûr, mais ce n'est pas pour tout de suite.

Allons-nous bientôt voir Ginny ?
Effectivement, Stratford va brièvement rencontrer Ginny dans le chapitre 6 puis la revoir plus tard à plusieurs reprises.

Allons-nous bientôt voir d'autres membres de la faille Waesley et Hermione ?
Oui, le héros va rencontrer beaucoup de monde, petit à petit

Harry et Ginny sont-ils mariés ?
Non pas encore. Ginny est actuellement en train de suivre sa troisième et dernière année d'étude en médico-magie et ils ont prévu d'attendre la fin de son cursus pour s'unir. Mais ils vivent plus ou moins ensemble car Harry vit dans la maison de Mrs Weasley et Ginny les rejoint tous les week-end. Le reste du temps, elle est sur son campus.
Il s marierons au mois de décembre suivant (on en parlera dans la fic).

William Stratford est-il marié ? A-t-il de la famille ? Il a quel âge ?
Il a quarante ans. Pour le reste, vous aurez réponses à toutes ses questions plus tard. N'ayez crainte, j'ai traité ce personnage en profondeur.

Les opinions de Stratford sont-elles celle de l'auteure ?
Non, bien sûr que non !
En mission chez les moldus by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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II : En mission chez les moldus


Le lundi suivant, il était prévu de tester les petits nouveaux en duel. C'était la procédure classique à chaque arrivage ou changement de partenaire. Nous avions besoin de savoir dans quelle mesure nous pouvions compter sur notre coéquipier en cas de coup dur. Je me rendis dans notre salle d'entraînement avec une certaine curiosité. J'avais bien envie de voir Potter à l'œuvre.

Toutes les équipes passèrent les unes après les autres. Dans l'ensemble, cette promotion était assez bonne. Rien d'étonnant à cela. Je savais que Poudlard avait soigneusement formé ses élèves à la défense contre les forces du Mal et au duel pendant la guerre. Ils avaient donc déjà de bonnes bases en arrivant au centre de formation.

Quand ce fut notre tour, je commençai en douceur. Bien sûr, Potter esquiva sans peine toutes mes attaques. Progressivement, j'accélérai le mouvement, observant bien son style pour tacher de repérer ses points faibles. Mais il avait une très bonne esquive, des mouvements fluides et un bouclier sans défaut. Brusquement, je lui balançai une série de sorts beaucoup plus agressifs.

Mais il ne se laissa pas surprendre et évita tous mes assauts avec facilité, puis passa soudain à l'attaque. Ses sorts étaient précis et rapides. Lui non plus ne parvint pas à m'atteindre, mais je sentis qu'il n'était pas à fond. Lui aussi cherchait à me jauger, non à m'abattre.

Finalement, je mis fin à notre joute sans qu'aucun de nous deux ne soit mis hors de combat. Il était temps de laisser la place à l'équipe suivante.

Quand tout le monde fut passé, Shacklebolt, qui était venu évaluer les nouvelles recrues, suggéra que les jeunes se soumettent au test de l'épouvantard. Nous le passions tous régulièrement. Théoriquement, nous savions les vaincre et il était assez rare d'en rencontrer au cours de nos missions. Mais y être confrontés nous permettait de vérifier que nous ne traînions pas de casserole dans nos têtes. Certaines missions étaient difficiles et nous voyions parfois des choses que nous aurions préférées n'avoir jamais vues. L'épouvantard nous permettait de faire le point.

Dans l'ensemble nos nouveaux éléments ne se débrouillèrent pas trop mal. Mais quand vint le tour de Potter, l'atmosphère changea brusquement. Chacun d'entre eux serra fermement sa baguette, comme s'apprêtant à intervenir. Ils semblaient avoir peur de quelque chose. Seul Malefoy arborait un petit sourire narquois. Mais lui aussi tenait sa baguette prête.

Je lançai un coup d'œil à Shacklebolt. Il regardait Potter avec intensité, comme s'il attendait quelque chose de particulier. Le seul qui agissait normalement était Potter, qui attendait tranquillement que la créature se manifeste.

Cela ne tarda pas. Un Détraqueur apparut soudain, très réaliste, au point que j'eus l'impression que l'air devenait glacé autour de moi. Il se mit à se gratter furieusement tandis que Potter énonçait fermement la formule adéquate, et il disparût. Le Seigneur des Ténèbres se dressa alors devant nous. Mais il se retrouva rapidement affublé d'oreilles de lapin et retourna au néant. La créature tenta encore plusieurs avatars, des cadavres ou des personnes vociférantes, mais Potter les contrait méthodiquement, de plus en plus rapidement. Finalement l'épouvantard abandonna et réintégra son placard.

Les jeunots parurent soulagés, et regardèrent leur camarade avec admiration. Sauf Malefoy bien sûr. Il semblait déçu. Visiblement, il aurait bien aimé voir Potter se laisser déborder. Sans doute, cela s'était-il produit une fois au cours de leur formation. C'était la seule explication logique à l'attitude défensive de toute sa classe et à l'attention soutenue du Commandant.

Pour ma part, j'étais assez mitigé. C'était la première fois que je voyais un épouvantard prendre plusieurs formes pour la même personne, et j'estimais que cela révélait une psychologie particulièrement torturée. J'avais été satisfait par son niveau au combat de mon partenaire, mais je me demandai soudain comment il réagirait en cas de coup dur. Car c'est au cœur de l'action qu'on sait vraiment ce qu'un gars a dans le ventre, et ce qu'il avait dans la tête ne présageai rien de bon à cet égard.

Puis je me remémorai l'apparition du Seigneur des Ténèbres. Si ce genre de manifestation n'était pas rare durant ce genre l'exercice depuis le début de la guerre, les pâles matérialisations de nos fantasmes étaient loin d'avoir l'écrasante personnalité de celui de Potter. Cela me rappela qui il était. Je réalisai qu'à force de côtoyer ce garçon calme et accommodant, j'en avais oublié qu'il était celui que nous appelions le Survivant.

Shacklebolt avait raison. Je ne pouvais pas le condamner éternellement au travail de bureau.

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Je sus rapidement comment Shacklebolt avait réussi à contourner le problème que posait la célébrité de mon acolyte. Il arriva quelques jours plus tard avec un ordre de mission à la main :

"Hauts les cœurs, Messieurs, j'ai une nouvelle mission pour vous ! Nous avons un petit malin qui a voulu en mettre plein la vue à des moldus qui n'avaient rien demandé à personne. Il va falloir faire du porte à porte pour tenter de déterminer qui a profité du spectacle et doit recevoir la visite des Oubliators. Tous les éléments sont dans le dossier. Bonne journée les gars !"

J'étais vraiment furax. Je déteste travailler avec les Moldus. Je n'ai rien contre eux, mais je pense que moins on se fréquente, mieux on se porte. Chacun son monde, chacun sa vie. Généralement, on donne ce genre de mission aux Aurors qui ont des Moldus dans leur famille, comme Tonks. Quant à moi, cela faisait une éternité que je n'avais pas mis les pieds hors du monde magique.

Et puis, une fois que le commandant eut tourné les talons, je réalisai que cette mission était des plus suspecte. Depuis quand les Oubliators avaient-ils besoin de nous pour retrouver leurs clients ? Tout cela sentait à plein nez le coup monté pour faire prendre un peu l'air à Célébrité Potter. Je lui jetai un regard mauvais. Evidemment, le gamin avait compris qu'il serait de la promenade et il était tout content.

Je lui jetai sèchement :
"Bon, tu regardes quel est le spectacle que ces moldus n'étaient pas censés voir, et tu essaies de nous dénicher la cheminée la plus proche de la zone à vérifier. Moi je vais prendre un café."

Il me lança un regard surpris, mais comme d'habitude, ne fit aucune remarque et obéit. Je crois que cela m'agaça encore plus que tout le reste, et je m'éloignai avant de céder à ma soudaine envie de lui botter le derrière.

Quand je revins vers lui, il m'informa d'une voix morne qu'un sorcier s'était amusé à enchanter un réverbère pour qu'il se mette à danser ce matin, et me donna les précisions géographiques que je lui avais demandées.

Nous nous rendîmes aux fournitures pour y récupérer des vêtements et de l'argent moldus, ainsi que des sachets de poudre de cheminette pour les trajets. Après nous être changés, nous prîmes ensuite l'ascenseur pour rejoindre l'atrium et prendre une cheminée.

Une fois arrivés sur place, nous nous époussetâmes soigneusement avant d'inspecter nos tenues et de sortir dans la rue. Aussitôt, je fus agressé par le bruit et l'odeur caractéristique des rues moldues. Je détestais vraiment ce monde. Il fallut prendre un autobus pour nous rendre à destination. Pour cacher mon manque de pratique, je dis à Potter de se charger de tout, prétendant vouloir évaluer comment il se débrouillait.

Il parut vexé, mais une fois de plus, s'exécuta sans mot dire. Il m'entraîna vers l'arrêt de bus, acheta les billets auprès du conducteur, paya avec l'argent moldu et nous trouva des places assises. Enfin, il me signala que nous étions arrivés.

Nous descendîmes du bus et bientôt nous nous sommes retrouvés à proximité du quartier à contrôler. Nous avons appliqué la procédure classique : se faire passer pour des employés municipaux à qui on a signalé un lampadaire branlant, mais qui ont perdu le papier et qui essaient de déterminer duquel il s'agit en interrogeant les riverains.

Au bout d'une heure, j'en avais plein le dos et nous n'avions même pas couvert la moitié du secteur à vérifier. Nous avions appris que Mr Jones n'était pas un gentleman, que les enfants Stevens étaient de futurs délinquants, et que Mrs Crichton trompait son mari. C'est fou ce que les gens racontent quand on a le malheur de leur poser une question. Par contre, pas la moindre allusion à du mobilier urbain dansant la gigue.

Je commençais à me demander si Shacklebolt n'avait pas inventé cette mission de toutes pièces pour m'obliger à sortir le pauvre petit Potter, quand on arriva dans la bonne rue et nous commençâmes à repérer des personnes qui palissaient ou nous claquaient la porte au nez dès que nous prononcions le mot "réverbère". Nous notions alors soigneusement les adresses de ces candidats à l'oubli.

Finalement, un témoin nous signala l'emplacement du lampadaire ayant eu une attitude si peu digne d'un luminaire. Nous conclûmes donc notre tournée en nous rendant sur les lieux du crime. Pendant que je me mettais devant lui pour le soustraire au regard des passants, Potter posa discrètement sa baguette sur le troubleur d'ordre public en murmurant "Finite incantem", au cas où notre rigolo aurait apposé un sort à effet retardé.

Puis nous retournâmes au ministère, faire notre rapport.

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Le vendredi suivant, Potter arriva avec son balai à la main. C'était effectivement ce jour là que Ben Tarvi devait faire les sélections pour notre équipe de Quidditch. Je décidai d'y aller, pour voir ce que le gamin valait sur un balai. Touary et Tonks avaient l'air de penser qu'il était très bon, mais je voulais me faire ma propre opinion.

En fin de journée, alors que nous nous apprêtions à nous rendre au stade, Malefoy lança à Potter :
"Alors Potter, tu vas faire ton intéressant comme d'habitude ?
- Tu veux concourir contre moi, Malefoy ? Mais c'est vrai, ton père n'a pas pu acheter l'équipe, cette fois-ci."

Malefoy pâlit, sa main se portant instinctivement à sa baguette. Mais Potter avait déjà sorti la sienne, l'air résolu.
J'intervins :
"Pas de duels ici. Vous attendrez d'être à l'entraînement."

Ils restèrent encore un instant à se défier, puis Malefoy demanda mielleusement en montrant ses mains vides :
"Alors Gryffondor, tenté de profiter que je suis désarmé ?
- Tout le monde n'est pas comme toi, répondit Potter.
- Bien sûr, on y croit", répliqua le Serpentard, en lui tournant le dos, comme pour le mettre au défi de ne pas en profiter.

Potter resta un instant à le regarder s'éloigner, la mâchoire crispée, et je me dis que Malefoy avait marqué un point. Quand il était dans les parages, le célèbre Gryffondor devait lutter contre des sentiments sans doute pas très chevaleresques. Finalement, Potter rangea sa baguette d'un geste rageur en grommelant "Connard de Serpentard !" et se dirigea à grands pas vers la porte.

Eh, oh, on se calme ! Je suis Serpentard, figure-toi, et j'en suis fier !

Je m'apprêtais à le suivre quand la voix de Abbot, s'éleva derrière moi :
"Il ne faut pas les laisser s'affronter, même à l'entraînement !
- Et pourquoi donc ? Cela leur fera le plus grand bien", répliquai-je assez sèchement, encore agacé par la remarque de Gryffondor Cœur de Lion.
- Parce que si vous faites ça, vous vous retrouverez avec un cadavre et un candidat pour Azkaban.
- Un peu mélodramatique, non, jeune fille ?"
Elle haussa les épaules :
"Je les connais tous les deux depuis dix ans. Croyez-moi, il y a entre eux tout ce qu'il faut pour que cela tourne à la catastrophe."

Elle me planta là et sortit à son tour. Je n'aimais pas du tout la tournure que cela prenait. Les Aurors n'ont pas intérêt à être trop divisés. Il est courant que notre sécurité dépende de nos collègues. Dans l'action, il n'y a pas la place pour les animosités personnelles de cette intensité.

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Finalement, je partis moi aussi pour le stade du Centre de formation des Aurors où devaient se dérouler les sélections et les entraînements. Quand j'arrivai, Ben était en train de sélectionner les batteurs. Une fois que ce fut fait, ce fut le tour des gardiens. Le poulain de Tonks, Brian Touary, obtint le poste de titulaire.

C'était maintenant aux aspirants attrapeurs de prouver leur valeur. Se présentaient Deborah Taylor, Ivan Muller et Potter. Deux d'entre eux seraient retenus, l'un comme joueur titulaire, l'autre comme remplaçant. Comme nous travaillions aussi le dimanche, tous les postes étaient pourvus en double, pour le cas où l'un des joueurs serait de garde un jour de match.

Touary cligna de l'œil en direction de Potter en levant le pouce, comme s'il était certain que son copain se qualifierait. Ce dernier répondit par un large sourire assuré. Je pensai alors qu'ils risquaient de déchanter car Taylor était plutôt bonne. On allait bien rigoler.

Ben lança cinq Vifs d'or. Il sélectionnerait ceux qui en attraperaient le plus. Potter fut le plus rapide à prendre son envol. Il suivit un Vif qui s'élançait vers le ciel. A trente mètres d'altitude, la balle dorée changea brusquement de direction et fonça vers le sol. Potter la suivit sans peine dans un piqué impressionnant et sa main se referma sur la boule jaune à un mètre du sol à peine.

Il remonta ensuite en chandelle, jetant son dévolu sur le Vif poursuivi par Taylor. Alors que celle-ci s'approchait de sa proie, il la contourna et adopta une trajectoire qui coupait celle de Taylor. Cette dernière dut changer de direction en catastrophe, manquant le Vif qui se retrouva dans la main de Potter. J'étais trop loin pour entendre ce qu'elle criait mais je me doutais qu'elle lui faisait profiter de ses jurons hauts en couleur.

Mais c'était peine perdue, car il filait maintenant vers une des boules dorées qui se prélassait tout près d'un des poteaux de but. Au lieu de foncer droit sur la balle, au risque de percuter le mât, Potter prit de l'altitude, puis plongea vers le Vif en suivant une trajectoire parallèle au poteau. Une fois le troisième trophée en sa possession, il fit un looping, puis fonça vers la boule ailée que poursuivait Muller. Ce dernier perdit complètement ses moyens en voyant son concurrent lui foncer dessus de toute la puissance de son balai, et c'est sans réelle opposition que Potter cueillit le quatrième Vif. Taylor, quant à elle, venait de récupérer le cinquième.

Ben était tellement ébahi par le spectacle auquel nous venions d'assister qu'il en oublia se siffler la fin de la manche. Alors que Potter atterrissait sous les acclamations des spectateurs en délire, Tarvi se tourna vers moi et me lança d'un ton féroce :
"Les jours de matches, tu te passeras de lui !"
Puis il ajouta moqueur :
"Ferme ta bouche, tu vas gober une mouche !"

Je n'avais jamais vu ça. Mais que faisait ce type chez les Aurors ? Sa place était dans l'équipe nationale de Quidditch ! Pas étonnant que Malefoy, ni aucun de ceux l'ayant déjà vu voler, n'aient pas jugé bon de l'affronter.

Il vint vers nous, les cheveux encore plus en pétard que d'habitude, les yeux brillants, une expression extatique sur le visage. Il remit les quatre Vifs qu'il avait dans la main à Ben. Ce dernier lui lança avec un grand sourire :
"Mon gars, j'hésite encore un peu, mais je crois bien que je vais te prendre !
- Prenez votre temps ! répondit le petit prodige, les yeux brillant de malice. J'avais justement l'intention de poser ma candidature auprès de l'équipe du département des Sports et Jeux magiques."

Ben me regarda, béat :
"Ceux-là, cela fait dix ans qu'ils remportent le championnat. Ils vont chanter une autre chanson maintenant."

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La seconde mission que Shacklebolt nous dégota chez les moldus était un peu plus sérieuse. Une série de vols de bijoux avaient été constatée sur une période de quelques mois dans la capitale. Les circonstances de ces disparitions étaient étranges et le chef de la police londonienne, qui connaissait notre existence, avait contacté le Ministère, soupçonnant un sorcier d'être l'auteur de ces mystérieux cambriolages.

Nous devions seconder la police moldue dans son enquête. Notre condition de sorcier ne devait pas être divulguée auprès de nos partenaires à qui on avait dit que nous étions des policiers canadiens venus faire un stage en Angleterre. Cette différence de nationalité expliquerait nos éventuelles bourdes.

Tout cela ne me disait trop rien. Cette enquête serait sans doute assez longue et l'idée de travailler plusieurs semaines avec des moldus ne m'enchantait guère. Mais je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même : si je n'avais pas attiré l'attention de Shacklebolt en gardant Potter à la niche, il n'aurait pas eu l'idée de me mettre sur ce coup. Ouais, dans le fond, c'était entièrement la faute de Potter ! Quelle idée de se balader avec une tête pareille, hein !

Après un passage obligé aux fournitures, un voyage en cheminée et un trajet dans ce cloaque qu'ils nomment métro, Potter et moi arrivâmes à New Scotland Yard, le siège des Aurors moldus. Nous nous présentâmes à l'inspecteur Trottwood.

Il nous communiqua le dossier. Il fut prévu que nous l'étudierons toute la matinée avant de nous rendre en début d'après-midi sur les lieux du dernier larcin, l'atelier d'un fabriquant de bijoux.

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Il est vrai que les vols étaient troublants : tous les objets dérobés se trouvaient dans des lieux clos non fracturés ou étaient protégés par des alarmes qui ne s'étaient pas mises en route.

Heureusement qu'on nous avait laissés seuls pour prendre connaissance du dossier, car Potter dû m'expliquer ce qu'était un système d'alarme et une foule d'autres petits détails dont la connaissance était indispensable pour comprendre cette affaire. A la fin de la matinée, j'étais vraiment à cran. Après tout, c'était moi qui étais censé lui apprendre le métier, pas le contraire.

Après un repas rapide, nous partîmes, accompagnés de l'inspecteur Trottwood, rendre visite à la dernière victime. Je me sentis un peu mieux une fois sur place. Cet atelier de joaillerie ressemblait à n'importe quel atelier sorcier du Chemin de Traverse ou de Pré-au-Lard.

Une femme d'une trentaine d'années nous accueillit. C'était elle la joaillière. Elle dessinait et montait des bijoux qu'elle vendait ensuite à de grands bijoutiers. C'étaient des pierres non montées qui avaient disparues. Elle nous montra le coffre où elle entreposait les matériaux en attente d'être utilisés. Elle l'avait ouvert comme d'habitude ce matin, et avait constaté que les plus belles pièces qu'elle y avait déposées la veille n'y étaient plus.

Trottwood lui posa une série de questions propres à déterminer si une autre personne qu'elle avait pu avoir accès au coffre, mais il semblait qu'elle était très méfiante et que personne ne pouvait connaître la combinaison qu'elle utilisait. D'autre part, elle nous apprit qu'elle habitait juste au-dessus, et qu'elle n'avait entendu aucun bruit la nuit précédente. J'aurais bien aimé pouvoir examiner ce coffre avec ma baguette magique, mais il n'en était pas question. Nous prîmes congé sans être beaucoup plus avancés.

De retour à Scotland Yard, l'inspecteur sortit de sa poche la feuille où étaient décrites les pièces disparues et nous signala qu'il allait "entrer informatiquement les données". Il s'excusa de ne pouvoir mettre "d'ordinateur" à notre disposition. Potter répondit que ce n'était pas grave, et que de toute manière, nous n'étions pas très doués en "informatique". J'aurais bien aimé savoir de quoi ils parlaient.

Une fois dans la rue, Potter et moi convînmes qu'il nous fallait retourner voir le coffre de la bijoutière pour l'examiner de plus près. Le problème serait de convaincre la propriétaire de nous laisser seuls pour que nous puissions procéder à notre examen.

"L'un de nous pourrait discuter avec elle et retenir son attention pendant que l'autre s'introduirait auprès du coffre en se cachant sous une cape d'invisibilité", proposa Potter.

Une cape d'invisibilité, rien que ça ! Les jeunes vraiment, ça ne doute de rien.

"Et tu la trouves où, ta cape d'invisibilité ? C'est très rare et très cher, figures-toi. Notre département n'a pas eu les moyens de s'en offrir une pour Noël !"

Il me regarda, pas plus démonté que cela par mon argumentation.
"Moi, j'en ai une. On pourrait l'utiliser."

J'essayai de dissimuler mon étonnement, et réfléchis à son plan. Ça pouvait marcher.
"Tu l'as sur toi ?
- Non, elle est chez moi, mais on pourrait retourner à proximité de l'atelier, chercher un endroit discret. Je fais l'aller retour en transplanant, et on y va."

Ça tenait la route, et on fit comme il l'avait proposé. Pendant que nous retournions en métro dans le quartier de Mayfair où se trouvait l'atelier de bijoux, je demandai au gamin de m'expliquer ce qu'était l'informatruc. Trottwood semblait tenir pour acquis que tout le monde savait de quoi il s'agissait et je ne voulais pas attirer son attention en faisant une gaffe à ce sujet.

Je ne compris pas tout aux explications de Potter. Lui-même d'ailleurs n'avait qu'une connaissance théorique de la chose. Mais le peu que j'en saisis m'étonna. Les moldus avaient trouvé le moyen de mettre l'équivalent de plusieurs centaines de dossiers dans des petites boites et il pouvait s'envoyer ces informations instantanément d'un bout à l'autre de la planète ! C'était pas mal pour des personnes complètement dépourvues de magie.

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A proximité de notre destination, nous recherchâmes un coin abrité et Potter transplana discrètement. Il revint une minute plus tard avec sur le bras une étoffe brillante et aux reflets changeants. Il la revêtit et une fois que je me fus assuré qu'il avait complètement disparu, nous sortîmes du local à poubelles qui nous avait servi de refuge et j'allai sonner chez la joaillière.

Quand celle-ci m'ouvrit, je lui demandai de m'accorder un moment, ayant de nouvelles questions à lui poser. Elle s'effaça pour me laisser entrer et je m'arrangeai, en franchissant le seuil, de laisser à Potter la place de passer. Elle me proposa un thé et j'acceptai, songeant que pendant qu'elle serait occupée à le préparer, mon coéquipier pourrait approcher plus facilement de son but, sans quelle ne le remarque. En effet, alors qu'elle se détournait vers l'évier, je vis la porte qui menait au cagibi où se trouvait le coffre s'entrouvrir doucement. De mon côté, je pris place sur une chaise qui faisait face à cette issue, pour que mon interlocutrice lui tourne le dos, quand elle s'installerait en face de moi.

Je savais qu'elle s'appelait Christina Fallen. Elle avait les cheveux châtains et des yeux bruns, tirant sur le vert. Elle avait un visage assez banal mais ne manquait pas d'un certain charme, ainsi que je le remarquai tandis qu'elle me souriait aimablement en me proposant du lait et du sucre. Je constatai également qu'elle avait des gestes gracieux et précis quand elle versa le thé dans nos tasses.

Je lui posai une série de questions pour justifier ma présence. Je commençais à manquer désespérément d'inspiration, quand une légère tape sur mon dos me fit comprendre que Potter en avait terminé de son côté. Je conclus rapidement, mais pris mon temps sur le seuil de la porte pour laisser à mon partenaire le temps de sortir. Je rejoignis ensuite le gamin dans le réduit malodorant qui nous dissimulait du regard des passants. Nous transplanâmes immédiatement vers le Ministère.

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De retour à la Ruche, nous fîmes le point. Potter fut formel. Il avait appliqué sur le coffre un sort de Révèle-charme. L'objet avait bien été soumis à de la magie au cours des dernières vingt-quatre heures.

"As-tu pu déterminer de quel sort il s'agissait, lui demandais-je.
- Non, je ne l'ai pas reconnu. J'ai essayé plusieurs sorts d'ouverture, mais ça n'a pas marché. Il faut sans doute un sortilège spécial pour ouvrir ce genre de serrure. Tu as une idée de ce que cela peut être ?
- T'as tenté Fores Hiatus ?
- Oui, ainsi que Liminis Transforo et Portam molior. Et Alohomora, évidemment."(1)

Il avait fait le tour. Je réfléchis à haute voix :
"Il y a peut-être des formules spéciales pour les portes moldues. Je vais aller demander à Tonks si elle a une idée.
- Par ailleurs, continua Potter, je n'ai trouvé aucun signe de magie sur les murs ou sur la porte de la pièce. Il a dû transplaner directement sur place."

Cela signifiait qu'il connaissait les lieux. Et qu'il était rudement bon car l'atelier était très encombré et la pièce du coffre très exiguë. Pas facile de transplaner dans ces conditions. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle j'avais décidé d'utiliser la cape de Potter plutôt que le transplanage.

Quand j'interrogeai Tonks, il s'avéra qu'elle non plus n'avait jamais travaillé sur des cambriolages moldus et qu'elle ne voyait pas qui pourrait nous renseigner. C'était un problème constant depuis la Bataille. Nous avions perdu d'un seul coup beaucoup d'Aurors expérimentés, et leur savoir nous manquait cruellement. Il ne nous restait plus qu'à éplucher toutes nos archives traitant d'affaires moldues, en espérant y trouver des renseignements.

Je savais bien que cette enquête ne serait pas une partie de plaisir !

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Fores Hiatus : Les portes s'ouvrent
Liminis Transforo : Je transperce la porte principale
Portam molior : J'enfonce la porte!

Merci à l'indispensable Fenice qui non contente de relire me fournit également en formules latines.
Troll et Gobelins by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



III : Troll et Gobelins


Le lendemain matin, Potter arriva avec un petit paquet à la main.
"Cadeau !", me dit-il en me le remettant.
Qu'est-ce qui lui prenait ? C'était pas mon anniversaire !

J'ouvris le sac en papier qu'il m'avait donné, et y découvrit un livre. L'éditeur ne m'était pas familier. Je reconnus un livre moldu.

"C'est un roman policier, expliqua Potter en réponse à mon regard interrogatif. C'est l'histoire d'un inspecteur de police qui mène une enquête à Londres. J'ai pensé que cela pourrait nous aider à nous familiariser avec ce milieu."

Parce qu'en plus, il pense ! Vu la docilité passive dont il avait fait preuve jusque là, je commençais à en douter.

Enfin, ce n'était pas trop mal vu, si l'on omettait le fait que je n'avais AUCUNE envie de me familiariser avec le monde non-sorcier. Je grommelai un vague remerciement, et nous reprîmes notre étude de dossiers traitant d'enquêtes menées côté moldu.

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A l'heure du déjeuner, un grand roux accusant une légère claudication et une brunette aux yeux vifs vinrent chercher Potter.
"Ron Weasley et Hermione Granger, dit mon coéquipier, faisant les présentations.
- Hermione Weasley maintenant, le reprit la jeune femme en souriant.
- Bon sang, fit Weasley en se frappant le front du plat de la main, je savais bien qu'on avait oublié d'inviter quelqu'un à notre mariage !
- Désolé, s'excusa Potter d'un air penaud, je n'ai pas encore pris l'habitude.

Les trois jeunes gens se dirigèrent vers la sortie. Je notai qu'ils étaient chaleureusement salués par les copains de Potter et magnifiquement snobés par Malefoy, malgré le salut poli que Granger-Weasley lui avait adressé.

Cela ne manqua pas de m'étonner. Pourquoi une amie de Potter se donnait la peine de saluer Malefoy ? Je notai que ni Potter, ni Weasley n'en paraissaient surpris, mais que Weasley ne l'avait pas imitée.

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Je passai l'après-midi sur le Chemin de Traverse et à Pré-au-Lard, faisant le tour des bijoutiers pour leur remettre la liste des pierres disparues au cours des mois précédents et leur demander s'ils n'avaient rien acheté de tel dernièrement. Aucun d'entre eux ne put me renseigner mais ils promirent de me contacter s'ils avaient du nouveau. Quant à Potter, je l'avais renvoyé à Scotland Yard pour savoir où en était l'enquête.

Le soir même, je jetai un œil sur le livre que le gamin m'avait donné. A ma grande surprise, je trouvai l'histoire plutôt intéressante et moins dépaysante que je l'aurais cru. Même s'il était question d'un certain nombre de concepts qui m'étaient étrangers, la façon de mener l'enquête et les problèmes personnels des protagonistes n'étaient pas très différents de ce que l'on pouvait rencontrer chez nous.

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Le lundi suivant, alors que Potter n'était pas encore arrivé, un inconnu entra dans la Ruche et me demanda où il pouvait trouver Harry Potter. Pas de chance, le gamin était en retard ce matin là. Je lui demandai alors ce qu'il lui voulait, tout en me faisait la réflexion que ce type m'était vaguement familier. Son visage, assez banal ne me rappelait rien, mais il y avait quelque chose dans son maintien et dans son intonation qui me disait quelque chose.

Il éclata alors de rire et porta la main au sommet de son crâne. Il en retira une espèce de calotte, et son visage se modifia. C'était Potter en personne, hilare, qui se tenait devant moi.
"Alors, tu me préfères avec cette tête là ?"

Alors là, ils m'en bouchaient un coin les deux énergumènes. ! Je me rendis alors compte que je n'avais pas cru les jumeaux Weasley capables d'effectuer une magie de ce niveau. Surtout en si peu de temps. Mais comment prendre au sérieux des vendeurs de farces et attrapes ?
"Et ça dure combien de temps, l'effet de ce truc ?" demandai-je méfiant.

Car c'est la limite de ce genre de magie. Soit c'est un sort et il faut le renouveler souvent, et très fatigant de le maintenir, soit c'est une potion, et il faut en reprendre régulièrement.
"Deux heures, me répondit-il. Mais il suffit que je pulvérise une poudre qu'ils m'ont donnée sur le bonnet pour rétablir le sort pour deux heures supplémentaires."

Mouais, cela semblait pas mal. Il allait enfin pouvoir me seconder dans mes investigations auprès des réseaux parallèles de l'économie sorcière.

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Nous avions réussi à retrouver quel sort avait été utilisé pour forcer un coffre fort.

Il y a huit ans, un certain Albert Tirlaine avait été arrêté après avoir dérobé une somme conséquente dans une banque moldue. Il avait ensuite été convertir le fruit de son larcin chez Gringotts. Mais il avait eu un différend avec les Gobelins à propos du taux de change et avait mortellement offensé l'employé à qui il avait eu affaire en le traitant de Troll des montagnes.

En représailles, ce dernier l'avait dénoncé et Tirlaine avait été arrêté. L'argent avait été récupéré et discrètement rendu, après avoir été reconverti en argent moldu, à la grande satisfaction des gobelins qui en avaient profité pour se sucrer une seconde fois au passage.

Lors de son interrogatoire, le cambrioleur malheureux avait expliqué que le sortilège d'Ouvruitre, couramment utilisé pour ouvrir les fruits de mer, était très efficace sur les coffres forts moldus. J'avais rendu visite à l'astucieux coquin qui avait purgé sa peine depuis longtemps mais ce dernier m'avait juré n'avoir révélé son savoir à personne, craignant d'être accusé à tort si un autre utilisait la technique qu'il avait inventée. Lui-même avait des alibis solides pour les nuits où les cambriolages avaient eu lieu. Je l'avais donc rayé de la liste des suspects.

Durant les deux semaines suivantes, nous écumâmes tous les lieux où notre client avait pu tenter de revendre les joyaux que nous recherchions. Mais ce fut peine perdue. Soit le voleur n'avait pas encore essayé de faire fructifier ses manœuvres frauduleuses, soit il revendait directement les pierres à des particuliers fortunés.

Au cours de nos enquêtes je pus constater que Potter, ou plutôt James Evans comme il prétendait s'appeler quand il était déguisé, restait très en retrait. Il jouait plus au soutien moral qu'autre chose en somme. Mais une fois rentrés à la Ruche, ses rapports me prouvaient qu'il avait bien suivi et parfaitement compris la façon dont j'avais mené l'entretien. Par contre, il avait encore beaucoup à apprendre sur la façon dont fonctionnait le milieu dans lequel nous naviguions. Mais après tout, cela ne faisait qu'un mois qu'il était là.

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Un soir, alors que je m'apprêtais à rentrer chez moi, je me trouvai en même temps que Morrito dans l'Atrium, à faire la queue pour une cheminée. Nous décidâmes d'aller prendre un pot ensemble sur le chemin de Traverse.

Alors que nous finissions nos verres, je lui demandai ce qu'il pensait de son poulain.

"Malefoy ? Encore plus tordu que ceux que nous devons arrêter. Connaît plein de combines. Papa Lucius l'avait bien formé. C'est agréable d'avoir un peu d'avance sur la graine de potence.
- Sauf si il décidait de changer de camp
- Il n'y a pas intérêt, vu la conjoncture actuelle. Et s'il y a une chose qui motive Malefoy junior, c'est bien les perspectives d'avenir de Malefoy junior. Et de ton côté, avec ta célébrité ?

- Je pourrais pas te dire en fait. Il n'est pas bête, il écoute ce que je lui dis, fait ce que je lui demande, mais c'est tout. Il ne parle que pour répondre à mes questions. Je ne l'ai jamais vu sourire, sauf quand il parle à ses copains ou à Tonks.
- T'es peut-être pas son type ! rigola Morrito.
- Je serais bien en peine de te dire quel est son type. Y'a de chouettes minettes dans les couloirs du Ministère, qui lui font des sourires et des mines, quand elles le reconnaissent. Mais on peut pas dire qu'il joue aux séducteurs, sauf si sa technique c'est de faire la gueule.
- C'est peut-être un grand timide !"

Timide ? Quel gâchis. Il était célèbre, jeune, pas trop mal foutu et sans doute riche. Il pouvait avoir toutes les filles qu'il voulait. Quand même, on n'a pas idée d'être un empoté pareil. Moi à sa place, j'en aurais profité un max pour m'envoyer en l'air !

"En tout cas, je l'imaginais pas vraiment comme cela, le Survivant ! affirmai-je.
- Tu le voyais comment ? m'interrogea Morrito.
- Je ne sais pas... Plus sûr de lui, arrogant, même... pourfendeur de vilains Mangemorts... prompt à sortir sa baguette... pestant contre la paperasserie.
- Tu lis trop les romans photos de Sorcière Hebdo", ricana Morrito.
J'eus un sourire piteux. C'est vrai que l'image que j'avais de lui était assez caricaturale.

Cela expliquait peut-être la retenue du gamin à mon égard. J'étais tellement persuadé qu'il allait me casser les pieds que j'avais essayé de le mater tout de suite et du coup il osait plus moufter.

"Tu crois que je me montre trop dur avec lui ? demandai-je.
- C'est sûr que t'es pas très aimable, et que tu ne le pousses pas à prendre des initiatives avec ta fiole de mal embouché, remarqua Morrito un brin sarcastique.
- Enfin, on parle du Survivant, là ! Tu penses vraiment qu'il peut avoir peur de moi ?
- Peur non. Mais il veut peut-être avoir la paix. A sa place, je considérerais avoir eu assez d'ennuis pour toute ma vie.
- Si c'est le cas, pourquoi il a choisi d'être Auror ?
- Il avait peut-être pas le choix. Si ça se trouve, il sait faire que ça.
- Tu plaisantes ? Il aurait pu entrer dans l'équipe nationale de Quidditch s'il l'avait voulu. T'as pas entendu Tarvi raconter sa prestation lors de la sélection ?
- Tarvi exagère toujours quand il s'agit de Quidditch. A l'entendre, Potter serait meilleur que Viktor Krum.
- Il n' exagère pas du tout. J'ai vu le gamin voler. Il a le niveau international, y'a pas de doute."

Morrito a laissé passer un moment.
" Quand ton poulain a été confronté à l'épouvantard, tu n'as rien remarqué ? finit-il par demander.
- J'ai remarqué que la sale bête semblait avoir l'embarras du choix.
- Moi ce qui m'a frappé, c'est que Potter a plus peur des Détraqueurs que du Seigneur des Ténèbres lui-même. Il a plus peur de ses souvenirs que de tout le reste. C'est bizarre, non ?"

Je n'aimais pas ça. Cela le rendait terriblement imprévisible. Et s'il y a quelque chose que je déteste, c'est d'être obligé d'improviser.

oO§0§Oo


Un après midi, alors que nous mettions au propre le compte rendu de nos enquêtes de la semaine, Shacklebolt s'amena vers nous :
" Stratford, Potter, désolé d'interrompre votre passionnante occupation, mais on a un appel urgent. Il y a un troll qui a décidé de rendre visite à un village moldu au fin fond de l'Ecosse. Les Oubliators sont en route, mais ils apprécieraient que vous vous occupiez du trouble fête. Allez-y par cheminée, voici les cordonnées, conclut-il en nous tendant un papier.
- Depuis quand on fait le boulot des gars de la Régulation des créatures magiques ? demandai-je.
- Depuis que la moitié d'entre eux ont été affectés au nouveau bureau de coopération avec les Elfes et Gobelins, me répondit Shacklebolt. Arrête un peu de râler, prendre de l'exercice te fera du bien. Tu te fais du lard, je trouve."

Du lard ! Je crus entendre un petit rire du côté de Potter, mais quand je me tournai vers lui, il avait son air impassible habituel. L'avait intérêt. On n'a pas gardé les cochons ensemble, tout de même !

On s'est dépêché de monter à l'Atrium pour prendre une cheminée. Avant, on pouvait partir directement de la Ruche mais, depuis la première guerre, les voyages en cheminées ne sont possibles que depuis l'Atrium, par mesure de sécurité. Les cheminées se trouvant dans les services se limitent donc aux communications verbales. Je savais que, chaque année, les commandants successifs faisaient une demande en cinq exemplaires pour que cette limitation soit levée au moins pour le quartier général des Aurors, mais c'était peine perdue.

Une fois débarqués dans la cheminée la plus proche de notre destination, nous nous sommes dépêchés de nous rendre vers l'endroit indiqué sur notre papier. Très vite, nous nous sommes guidés à l'oreille, un troll en goguette étant par nature assez bruyant. Puis nous avons senti l'odeur. J'ai quand même pris le temps de demander :

"Tu as déjà vu un troll pour de vrai ?
- Oui, d'assez près, même."

Eh bien, ils avaient fait des progrès au Centre de Formation !

Tout le village était sorti dans la rue, attiré par le bruit. Ils faisaient cercle autour du pub local, d'où sortaient des bruits de meubles brisés et des grognements caractéristiques. Je repérai dans la foule deux Oubliators qui se faisaient discrets et qui attendaient que nous ayons embarqué l'encombrante créature, avant de commencer leur office.

Potter et moi avons précautionneusement jeté un coup d'œil à l'intérieur. Le troll paraissait assez en colère et abattait son gourdin sur tout ce qui était à sa portée. Deux ou trois personnes qui n'avaient pas pu sortir se terraient dans un coin, terrifiées. Nous entrâmes, baguette à la main.

Le troll qui nous avait entendus se tourna vers nous. Il brandit son gourdin et s'avança pesamment dans notre direction. Je m'apprêtais à le stupefixer quand j'entendis "Wingardium Leviosa". Le gourdin du monstre s'envola alors, et retomba pesamment sur sa tête. Il s'effondra, sonné, au moment où mon Stupéfix l'atteignait. Je me tournai vers mon coéquipier.

" Wingardium Leviosa ! T'as rien trouvé de mieux ! C'est ça qu'on t'a appris au Centre de formation ! m'écriai-je, soufflé.
- B'en quoi, ça a marché, non ?
- La question n'est pas là, c'est une question de style. Pourquoi pas un Dentesaugmento pour qu'il trébuche sur ses dents pendant qu'on y est !
- C'est si grave que ça ? a-t-il demandé, manifestement vexé.
- Grave, non. Mais complètement ridicule. Qui a bien pu t'apprendre un truc pareil ?
- Personne. Mais la première fois que j'en ai rencontré un, c'était le seul sort qu'on connaissait."

Le seul sort ? Il venait d'entrer à Poudlard alors. Ce morveux était-il en train de me dire qu'il avait vaincu son premier troll à onze ans. Je dus faire une drôle de tête car il précisa modestement :
"C'est pas moi qui ai eu l'idée. C'est Ron.
- Je vois", répondis-je, comme s'il était tout à fait courant que deux mouflets prépubères tabassent un troll avec un sort de lévitation entre deux cours.

On a fait flotter notre encombrant paquet vers la sortie. Nous l'avons ensuite ramené, à deux ou trois kilomètres de là, dans la forêt d'où il n'aurait jamais dû sortir. Nos collègues du service de la régulation des créatures magiques étaient déjà sur place, réparant la brèche dans la barrière Repousse-Troll qui avait permis à notre énergumène de partir en promenade. On se recula à bonne distance, avant de réveiller la belle au bois dormant.

Puis nous rentrâmes au Ministère.

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A la mi-octobre, on nous signala un nouveau vol à Londres. Nous rejoignîmes l'inspecteur Trottwood pour nous rendre sur les lieux du cambriolage. Alors que le policier moldu interrogeait la victime, je vis que Potter ne l'écoutait plus et que son attention était attirée par la cheminée qui décorait la bijouterie où nous nous trouvions.

Une fois dans la rue, il me chuchota tout excité :
"Tu as vu la cheminée ? C'est peut-être comme ça qu'il s'y prend, notre voleur.
- Je ne vois pas très bien à quoi une cheminée moldue peut servir !
- Il suffit de s'arranger pour que le service de cheminée fasse un raccordement provisoire et le tour est joué !"

Je savais bien sûr que l'on pouvait raccorder temporairement au réseau n'importe quelle cheminée sorcière. Mais j'étais persuadé que les cheminées moldues ne s'y prêtaient pas.
"Tu es sûr qu'on peut raccorder une cheminée moldue au réseau ?
- Certain ! J'en ai déjà utilisées. Elles n'ont même pas besoin d'être fonctionnelles. Il suffit simplement qu'elles soient à l'aplomb d'un conduit d'évacuation."

Je levai la tête. Il y avait bien un conduit de sortie sur le bâtiment où se trouvait la bijouterie dont nous sortions.
"Très bien, dis-je. On n'a plus qu'à aller vérifier ta théorie sur tous les lieux où notre lascar a exercé ses talents !"

C'est ainsi que nous passâmes le reste de la journée à quadriller Londres pour vérifier que tous les lieux visités par le voleur comportaient bien une cheminée sur le toit. Nous terminâmes par le quartier de Mayfair, où tout avait commencé pour nous. Alors que nous étions le nez en l'air, une voix amusée se fit entendre dans notre dos :

"Puis-je vous aider, Messieurs ?"
Nous nous retournâmes promptement, et nous trouvâmes nez à nez avec la joaillière. Christina Fallen, si mes souvenirs étaient bons.
"Bonjour Madame, répondit poliment Potter. Nous faisons quelques vérifications. Serait-il possible de revoir votre coffre ?
- Mais bien sûr !"

Nous traversâmes la rue et nous retrouvâmes une fois de plus chez elle. Elle nous offrit une tasse de thé que nous nous empressâmes d'accepter. Pendant quelle le préparait, Potter s'approcha de la cheminée pour l'examiner.

"J'adore les feux de bois, commença-t-il sur le ton de la conversation. Mais j'ai toujours un mal fou à ne pas avoir de la cendre partout.
- Oh, je n'ai pas de problème d'habitude, mais il est vrai que l'âtre est recouvert de cendres depuis l'autre jour. Sans doute le vent qui s'est engouffré dans les conduits pendant la nuit. J'ai honte, je n'ai toujours pas trouvé le temps de nettoyer !
- Ce n'est pas à quelques jours près ! Ce n'est pas vraiment de la saleté, commentai-je.
- Cela fait près de trois semaines quand même ! Mais avec mes déclarations d'assurance et tout le reste, je n'ai pas vraiment eu le temps."

Trois semaines. Cela correspondait à la date du vol. Sacré Potter, il avait vu juste. Je vis qu'il fixait avec attention un point dans la cheminée. Pour détourner l'attention de notre hôtesse, j'avisai une bibliothèque dans un coin de l'atelier. J'y jetai un coup d'œil rapide, et me saisis du seul livre qui signifiait quelque chose pour moi. C'était un ouvrage d'astronomie.

"Vous vous intéressez à l'astronomie ? demandai-je, d'un ton enthousiaste.
- Oui, assez. Et vous ? me demanda-t-elle, en s'approchant de moi, ce qui était le but de l'opération.
- Oui, en amateur. Mais je ne connaissais pas ce livre.
- Oh, il a des photos superbes. Et les explications sont captivantes. Vous pouvez me l'emprunter, si vous le désirez.
- Je ne veux pas vous déranger.
- Mais pas du tout. Je serais ravie de pouvoir en discuter avec vous."

Etant assez curieux de découvrir la vision moldue de la science des étoiles, j'acceptai son offre, alors que le gamin revenait vers nous. Nous bûmes notre thé en discutant à bâtons rompus avant d'aller observer le coffre fort pour la forme.

Ensuite, nous prîmes rapidement congé.

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Une fois dehors, je demandai à Potter s'il avait trouvé quelque chose d'intéressant dans la cheminée. Il sortit son mouchoir et me montra l'échantillon de cendre qu'il avait récolté. Une traînée verte y était parfaitement visible. De la poudre de cheminette.

De retour à la Ruche, nous avons fait le point sur les pistes qui s'offraient désormais à nous. Pour commencer, nous pouvions passer au Service des transports magiques pour éclaircir la façon dont les raccordements illicites étaient effectués. Nos pouvions aussi nous renseigner sur les livraisons de pierres précieuses et nous mettre en planque à proximité d'une victime potentielle ayant une cheminée.

Notre visite au bureau supervisant le réseau des cheminées ne commença pas très bien. Tout d'abord, le chef de service ne fut pas tellement coopératif. Il paraissait blessé, comme si nous l'accusions d'aider volontairement le voleur. Ce n'est que lorsque Potter se revendiqua de son amitié avec Ron Weasley, qui avait travaillé dans ce service quelques temps auparavant, qu'il se montra plus solidaire. Il nous montra comment étaient établies les liaisons temporaires.

Ce n'était pas très compliqué en fait. Il suffisait de connaître la procédure et d'avoir accès au plan magique auxquels les raccordements étaient subordonnés. Et l'on se rendit vite compte que n'importe qui pouvait s'introduire dans le bureau où il se trouvait à l'heure du déjeuner quand tout le monde partait manger.

Bon, on n'allait pas rester à surveiller ce service tous les midis pendant des mois ! On pouvait par contre s'arranger pour que notre voleur n'ait plus accès à la carte. Mais si on faisait ça, on ne l'attraperait jamais !

Je m'arrangeai avec le chef du service pour que rien ne soit changé aux habitudes de son service, mais qu'il vérifie chaque soir si aucune connexion irrégulière n'avait été établie. S'il remarquait quoique ce soit de suspect, il viendrait nous prévenir.

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Je fis le point avec Shacklebolt et il convint avec moi de laisser l'affaire en suspens tant que nous n'aurions pas d'autres nouvelles du service des cheminées.

"Bon, en attendant, je vais pouvoir vous mettre sur d'autres missions, c'est pas ça qui manque. Comment se débrouille Potter ?
- Plutôt bien, j'ai pas à me plaindre. Au fait, tu as remarqué comment il se bouffait le nez avec Malefoy ?
- Oui, c'est pas nouveau d'ailleurs. Il faut dire qu'il peut vraiment être casse-machins quand il s'y met, le Malefoy junior. Mais dans son genre, il est plutôt bon, alors il va falloir faire avec.
- Abbot m'a dit qu'il ne fallait pas les laisser s'affronter, même à l'entraînement.
- Je te crois. Le Centre de Formation m'a prévenu. C'est arrivé une fois et ils ont failli s'entre-tuer.
- Ah ! C'est dommage !
- Pourquoi ?
- Disons que j'aimerais bien le voir à fond le gamin.
- Pas moi. La dernière fois qu'il l'a été, on a eu cinquante morts et un sorcier surpuissant transformé en amadou. Nos équipements ne sont pas prévus pour. Toi et Morrito, démerdez-vous pour que cela n'arrive pas. Compris ?
- Compris."

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Au cours des semaines qui suivirent mon entrevue avec Shacklebolt, Potter et moi ne chômâmes pas. En effet, nous étions occupés à plein temps par les habituelles escroqueries, cambriolages et autres magouilles en tout genre, dopées par une économie redevenue florissante après la guerre. Par ailleurs, les récentes lois sur le statut des êtres intelligents avaient amené de nouveaux comportements, entraînant parfois des dérapages qui réclamaient notre intervention.

Ainsi, certains gobelins, forts de leurs nouveaux droits, s'aventuraient désormais hors de leurs banques et fréquentaient les lieux publics sorciers. Mais les lois ne permettent pas de changer instantanément les mentalités, et certains sorciers s'offusquaient de leur présence et parfois les prenaient à partie. Quand la situation dégénérait, c'était à nous d'intervenir. Personnellement, je pensais que les gobelins feraient mieux de rester chez eux plutôt que de venir narguer les sorciers, mais on ne me demandait pas mon avis.

Je détestais ce genre de missions. Cela se déroulait toujours de la même façon : appel d'urgence par Cheminette, arrivée par le même chemin ou transplanage, et on se retrouve face à du gobelin plus ou moins emmêlé dans un sorcier, qui est lui-même plus ou moins ivre.

Il fallait alors dénouer tout cela sans prendre de coups (les gobelins sont assez teigneux quand ils se sentent provoqués) et renvoyer tout le monde dans ses foyers. A chaque fois, je me remémorais les soporifiques cours du vieux Binns sur les révoltes gobelines et je me disais que les sorciers de l'époque n'avaient pas dû rigoler tous les jours.

Par ailleurs, la volonté affichée du gouvernement à se rapprocher des moldus rendit très à la mode les virées hors du monde sorcier. Cependant, il n'était toujours pas question de révéler notre existence aux moldus. Nous étions seulement encouragés à mieux les connaître.

Les Oubliators se retrouvèrent donc débordés car après une soirée bien arrosée, il y avait toujours des petits rigolos pour vouloir faire étalage de leurs pouvoirs. Dans ce genre de situation, nous intervenions les premiers pour récupérer les contrevenants et les emmener dessoûler dans un des cachots du dixième niveau du Ministère, avant que les sorts d'oubli ne pleuvent sur l'assistance.

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Un soir que nous étions de garde, nous reçûmes un appel d'un pub de Pré-au-lard. Alors qu'on s'apprêtait à y aller, Potter se mit frénétiquement à fouiller ses poches, puis à fourrager sur son bureau. A ma grande surprise, je l'entendis jurer, de façon plutôt originale d'ailleurs. Mais on n'avait pas trop le temps, et j'interrompis son inventive diatribe pour lui intimer de se dépêcher. Il me lança un regard mauvais et sembla sur le point de m'envoyer dans une lointaine contrée tester des accouplements inédits mais il se reprit et m'expliqua d'une voix contenue :
"Je n'arrive pas à retrouver mon bonnet change-tête.
- C'est bête mais on n'a plus le temps. On se contentera de la tête que tu as. Je suppose que tu ne connais pas la Tête de Sanglier.
- Si, j'y suis déjà allé, bougonna-t-il, à mon grand étonnement, car je ne l'imaginais pas vraiment prendre un verre dans ce bouge.
- Bon, parfait, on transplane juste devant l'entrée."

Arrivés à proximité de l'établissement, nous entendîmes divers cris, beuglements et bris de verre qui accompagnent les soirées trop arrosées qui ont un peu dégénéré. Personne ne nous remarqua quand nous passâmes la porte, toute la joyeuse compagnie étant trop occupée à admirer un gobelin aux prises avec deux malabars. Tout autour de la masse grouillante, les spectateurs encourageaient les belligérants de la voix et des mornilles passaient de main en main. Les paris étaient ouverts.

Je levai ma baguette et fit retentir une déflagration préventive, accompagnée d'étincelles rouges. Petit à petit, par vagues successives, on s'apercevait de notre présence, lorgnait sur notre insigne et on filait s'asseoir, mine de rien. Dans le silence qui s'installait, on percevait des "Harry Potter" et "C'est le Survivant" murmurés.

Finalement, seuls les combattants, trop concentrés sur leurs sportives occupations, n'avaient pas remarqué notre présence. Conformément à la procédure, Potter envoya un sortilège d'entrave allégé dans le tas. Les gestes se ralentirent et l'on daigna nous prêter attention.

C'est normalement à ce stade qu'ouvrait le bureau des pleurs. Les sorciers invoquaient une provocation de la part des gobelins tandis que ces derniers s'offusquaient, dans leur patois rocailleux, de ne pouvoir se promener en paix. On leur enjoignait alors de circuler et ils s'exécutaient de plus ou moins bonne grâce. En fait, la plupart du temps, il fallait les aider à trouver le chemin de la sortie.

Je me préparai donc à endurer des justifications et dénégations avinées, quand je vis leurs yeux s'arrondir, et leur regard se fixer sur mon coéquipier. Sur le front de ce dernier pour être précis.

C'était un point qui m'étonnait d'ailleurs. Potter portait en effet une coiffure qui lui dégageait partiellement le front, exhibant ainsi la plus célèbre cicatrice du monde sorcier. D'après ce que je savais de lui désormais, il m'aurait paru plus conforme à sa personnalité de le voir cacher ce signe distinctif, dans l'improbable espoir de passer ainsi inaperçu. Pour autant qu'on puisse l'être quand on arbore sa bouille sur une carte de chocogrenouille.

Quoiqu'il en soit, les joyeux fêtards filèrent doux, et s'éclipsèrent sans qu'on ait besoin de le leur demander, manifestement pas assez bourrés pour se risquer dans une altercation avec le Survivant. Quant au gobelin, c'est tout juste s'il ne s'excusa pas de nous avoir dérangés.

Pas mal comme méthode finalement. Etripez, une fois pour toute, un sorcier tellement maléfique que personne n'ose prononcer son nom et on vous fichera la paix pour le restant de vos jours ! Je réalisai soudain que la réputation de mon équipier pouvait être un atout si on s'y prenait bien.

Cela promettait d'être intéressant !


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Carte et astronomie by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



IV : Carte et astronomie



Malgré les heures sup' que nous imposaient ces désordres, je pris le temps de jeter un œil sur le livre d'astronomie que m'avait prêté la créatrice de bijoux.

Sa lecture se révéla pleine de surprises. C'est fou ce que les moldus étaient capables de faire. Ils avaient des appareils qui leur permettaient d'agrandir la vision d'objets lointains bien mieux qu'un sort de Visiomagnus. Quant à leurs photographies, elles étaient absolument magnifiques bien qu'immobiles. Par ailleurs les explications scientifiques proposées par le livre étaient passionnantes. Ces moldus avaient une approche complètement différente des sorciers mais très intéressante.

Bien que les moldus aient un peu remonté dans mon estime, la perspective de retourner dans leur monde pour rendre le livre à sa propriétaire ne m'enchantait pas outre mesure. Je me sens vraiment mal à l'aise en dehors de la sphère sorcière. La vie du dehors me paraît compliquée, mal pratique, frustre. Ces gens-là avaient un mode de vie bien à eux.

J'envisageai un instant de demander à Potter d'aller retourner mon emprunt à ma place, mais je ne le connaissais pas encore assez pour lui demander ce genre de service. Tonks ? Non, elle risquait d'imaginer des choses entre moi et cette femme et les révéler accidentellement à tout le service. Je pouvais aussi tout simplement garder le livre par-devers moi.

Mais cette dernière possibilité me répugnait. Je ne suis pas un courageux Gryffondor, mais je ne suis pas lâche non plus. Elle avait fait preuve de confiance en me confiant ce bouquin, il ne me paraissait pas très correct de ne pas lui rendre simplement parce que je craignais de gaffer ou de me retrouver dans une situation inconfortable.

Finalement, près d'un mois s'était écoulé quand j'arrêtai de tergiverser et me retrouvai un dimanche en début d'après-midi devant la petite maison de la joaillière.

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Il était 14 heures, ce dimanche, quand je sonnai à la porte de Christina Fallen. Elle m'invita cordialement à entrer, et très vite, je me retrouvai devant une tasse de thé à discuter astronomie. Au détour de la conversation, elle m'indiqua être allée en France pour admirer l'éclipse solaire deux ans auparavant. Je lui avouai en avoir fait autant et nous comparâmes nos impressions.

Alors qu'elle montait à l'étage où elle habitait pour chercher des petits gâteaux (l'atelier où elle me recevait était en demi sous-sol), je déambulai dans la pièce où je l'attendais. Aucun bijou, même en cours de fabrication n'était en vue. Elle n'avait pas menti quand elle nous avait assuré qu'elle gardait au coffre tout ce qui était précieux en dehors de ses heures de travail.

Mais j'examinai les outils et surtout les esquisses qui se trouvaient sur sa table à dessin. Bien qu'annotés de détails techniques je constatai que ces feuillets étaient de véritables œuvres d'art. Les parures qu'elle dessinait étaient très belles et représentées dans leurs moindres détails.

Elle me surprit en pleine contemplation et sur mon insistance me montra d'autres exemplaires de sa production. Il y avait ses dessins, mais aussi la photographie des bijoux terminés. Elle avait sans conteste beaucoup de talent.

Le temps passa rapidement, et je fus surpris quand elle m'invita à rester dîner. Je regardai ma montre et constatai qu'il était en effet 19 heures. Je considérai qu'il était risqué d'accepter son invitation, ma connaissance du monde moldu étant un peu trop récente. Elle réussit cependant à me convaincre de l'accompagner le samedi suivant au planétarium de Londres, avant que je ne prenne congé.

Sitôt la porte de sa maison refermée dans mon dos, je regrettais mon engagement. Si tentante que soit cette visite, elle impliquait que je reste plusieurs heures avec elle dans un environnement qui ne m'était pas familier. Cela ne me ressemblait pas de prendre autant de risques, pas plus que de sortir volontairement de la sphère sorcière.

Maudit Potter ! songeai-je en transplantant discrètement du local à poubelle. Sans lui, je n'aurais pas eu à fréquenter des moldus et je ne me serais pas mis dans cette situation.

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A cours de la semaine suivante, nous reçûmes comme mission de patrouiller dans une grande foire se tenant à Pré-au-Lard.

"Potter, je voudrais que tu vienne sans ton bonnet change-tête. Ce sera plus efficace, pour dissuader les magouilleurs d'opérer.
- Tu crois ? demanda-t-il septique. Si je dois passer mon temps à refuser de signer des autographes, on risque de ne pas faire grand-chose d'utile.
- Tu n'as qu'à mettre une cape avec une capuche. Comme ça, les gens ne te remarqueront pas trop, mais les marchands que nous contrôlerons et les pickpockets qui seront sur leurs gardes se rendrons compte que tu es là, et cela devrait les impressionner."

Il ne me parut pas entièrement convaincu, mais obéit docilement, selon son habitude.

Mon plan ne marcha pas trop mal. Potter fut assez peu importuné par ses admirateurs et les commerçants se montrèrent particulièrement respectueux. Il y en eut même un qui perdit ses moyens à la vue du héros, ce qui nous incita à examiner ses produits d'un peu plus près. Il avait plusieurs lots de produits contrefaits au milieu de ses marchandises, qui le conduirent tout droit au dixième sous-sol du Ministère.

L'après midi était déjà bien avancé quand nous tombâmes sur une de mes anciennes connaissances. C'était un petit escroc qui avait toujours deux ou trois magouilles sur le feu, et qui avait l'incroyable faculté d'échapper à toutes les poursuites que nous lancions à son encontre. Je décidai d'aller l'asticoter un peu.

"Tu vois le type à la robe un peu douteuse qui semble en pleine tractation avec celui qui a le nez pointu ? dis-je à Potter. Celui là, si tu ne sais pas pourquoi tu l'arêtes, lui le saura. Allez, on va essayer de lui gâcher son après-midi."

De façon surprenante, Potter me parut assez réticent à me suivre. Mais je ne me préoccupai pas de ses états d'âme et l'entraînait à ma suite sans attendre d'avantage.

"Alors Fletcher, quel mauvais coup es-tu en train de préparer ? attaquai-je, sans coup férir.
- Nous sommes à une foire, et je fais des affaires, Monsieur l'Auror, répliqua-t-il en tentant de prendre un air innocent qui lui allait comme une cape à un Kappa. Vous ne pouvez rien me reprocher.
- Oh, mais je ne te reproche rien. Je vais juste faire quelques petites vérifications. Histoire d'entretenir nos bonnes relations."

A ce moment, l'interlocuteur de l'escroc préféra prendre congé et fila à toute vitesse.

"Vous m'avez fait rater mon affaire, s'offusqua l'aigrefin. Je vais porter plainte, si cela continue !
- Te prives pas, j'adorerai te voir devant un tribunal", répliquai-je.

Il s'apprêtait à me répondre, quand son regard tomba sur mon co-équipier. Ses yeux s'écarquillèrent et je crus qu'il allait enfin s'écraser un peu. Mais à ma grande surprise il s'écria :
"Ça alors, mais c'est toi, Harry ! Comment vas-tu mon garçon ?
- Très bien, merci Mondigus, répondit Potter d'une voix contrainte.
- Je serai bien venu te voir, continuait le marlou, mais je suis un peu en froid avec Molly, en ce moment. Sacré bonne femme ! Alors, qu'est-ce que tu deviens ?
- Je suis devenu Auror", répliqua ce dernier, l'air embarrassé.

Le gredin hocha ta tête :
"Si je puis me permettre, c'est pas ce que tu as fait de mieux. Enfin, il faut de toute pour faire un monde, n'est-ce pas", m'apostropha-t-il, comme sûr de son impunité.

Je jetai un regard d'avertissement à Potter, avant qu'il ne lui vienne à l'idée de s'excuser pour son choix de carrière. En tout cas, je comprenais maintenant pourquoi cette canaille nous filait constamment entre les pattes. S'il faisait partie des rares familiers de Potter, il devait sans doute avoir pris part à ce mouvement qui s'était développé autour de Dumbledore et de Potter. Pas étonnant que Shacklebolt classe systématiquement sans suite les dossiers le concernant.

En soi, le procédé ne me choquait pas. J'étais moi-même en contact avec un certain nombre d'indicateurs dont j'évitais de remarquer les activités louches. Non, ce qui m'agaçait, c'est que Shacklebolt ne m'ait jamais dit clairement de laisser tomber à propos de Fletcher. Cependant, il n'était pas question pour moi de perdre la face devant ce minable.
"Oui, il faut de tout pour faire un monde, approuvai-je. Y compris des bavures regrettables. Si tu savais le nombre de personnes qui se font tabasser dans les ruelles sombres, sans la moindre idée du nom de leur agresseur !"

Il n'avait pas fait toute sa carrière dans l'illégalité sans savoir quand il est temps de s'écraser.
"J'espère te revoir un jour en meilleure compagnie", lança-t-il cependant à Potter avant de se débiner comme s'il avait une Manticorne à ses trousses.

"Désolé, murmura mon coéquipier, d'un ton penaud.
- Mmh ! Au moins je sais à quoi m'en tenir avec ce zigoto, maintenant. Eh ! T'as vu le type en gris là-bas ? Il vient de piquer une bourse dans la poche de son voisin. C'est pas un copain à toi, au moins ?
- Jamais vu, répondit Potter qui ne semblait pas goûter à mon ironie.
- Parfait, tu va me montrer comment on fait une arrestation en règle."

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Le pickpocket que nous avions arrêté n'avait pas la chance d'avoir des relations bien placées. Nous avions tout un dossier de petits délits à son nom dans nos archives, et il était bon pour au moins un an, tous frais payés, à Azkaban.

Mais il connaissait la musique et nous proposa bien vite un marché. On oubliait ses petits délits et il nous livrait son chef, qui était un poisson bien plus intéressant pour nos services. Après les transactions d'usage, on accepta le marché et il nous s'engagea à nous contacter, dès que celui qui nous intéressait lui proposerait un rendez-vous.

Trois jours plus tard, il nous envoya un hibou. Le rendez-vous était fixé le jour suivant, qui était un samedi, dans la Grand Halle aux Cheminées (1) à dix-sept heures. Du point de vue de nos loustics, c'était bien choisi : c'était un endroit très fréquenté et un point de rencontre courant. Parfait pour faire une transaction illicite sans se faire remarquer et se fondre dans la foule si cela tournait mal.

Cette arrestation ne serait donc pas facile à mener, mais j'avais à mon actif d'autres manœuvres toutes aussi délicates, voire plus. C'est ainsi que je me retrouvai à flâner entre les cheminées, le lendemain, cinq minutes avant l'heure dite, mon insigne d'Auror soigneusement dissimulé, tandis que Potter-Evans en faisait autant vingt mètres plus loin.

A l'heure prévue, notre petit voleur fit son apparition. Très vite, il fut abordé par un homme vêtu d'une cape, passe-partout. Pendant que les deux gaillards étaient en pleine discussion, je jetai un coup d'œil à Potter pour que nous cordonnions notre intervention. Je constatai alors qu'il était plongé dans la lecture d'un parchemin, au lieu de surveiller notre proie. Merde ! C'était pas vraiment le moment de lire son courrier. Je me promis de lui remonter sérieusement les bretelles dès que nous aurions deux minutes.

A ce moment, il releva la tête vers moi, et eut l'air embarrassé quand il constata que je le regardais en fronçant les sourcils. Je lui fis un signe de tête et nous commençâmes à converger vers le couple en pleine négociation. Malheureusement, la nervosité de notre appât avait dû alerter son client, car ce dernier se mit à surveiller les alentours avec une attention soutenue. Il finit par nous repérer alors que nous avions encore quelques mètres à parcourir avant de lui mettre la main dessus.

Il plongea alors dans la foule en se dirigeant vers la sortie. Le temps que nous atteignions à notre tour le portail qui menait au dehors, gênés par la cohue des voyageurs pressés, notre homme en avait profité pour se fondre dans le flot des personnes se trouvant sur la place sur laquelle nous venions de déboucher. Bon sang ! On l'avait perdu. A ce moment, Potter passa devant moi en fourrant son parchemin dans sa poche et en me jetant au vol :
"Par-là !"

Sans comprendre comment il pouvait le savoir, je le suivis. Il enfila une des artères qui partait de la place et effectivement, cent mètres plus loin, la voie était dégagée et je vis le fugitif courir devant nous. Mais nous le perdîmes encore de vue alors qu'il tournait au coin d'une rue.

Quand nous obliquâmes à notre tour, la rue était déserte. Il s'était sans doute réfugié dans une maison. Cette fois c'était râpé. Je doutai que nous lui mettions la main dessus, même en fouillant de fond en comble la trentaine de bâtiments qui bordaient la rue.

"Et merde !" gueulai-je en donnant un coup de pied dans une borne.

J'examinai les porches, cherchant un indice qui pourrait me mettre sur la voie, mais ne vis rien de probant. En plus, j'imaginais ce fils de p... en train de me regarder par une fenêtre en se marrant.

"Il est là dedans, m'indiqua alors Potter en désignant une maison bien proprette que je n'aurait sans doute pas classée en tête de mes soupçons
- Qu'est ce qui te fait dire cela ?" lui demandai-je.

Vu qu'il était derrière moi pendant la poursuite, il n'avait pas pu voir mieux que moi dans quelle bâtisse s'était engouffré notre proie.
"Je le sais c'est tout, répliqua-t-il. On peut toujours essayer, qu'est ce qu'on a à perdre ?"

Ouais, c'était une façon de voir les choses. Nous frappâmes à la porte de la maison que le gamin avait désignée et nous présentâmes nos insignes. La femme qui nous ouvrit ne parut pas enchantée de nous voir mais ne put nous empêcher de fouiller.

Le problème est que nous ne trouvâmes personne. Je m'apprêtais à présenter nos excuses à notre hôtesse involontaire quand Potter annonça qu'il allait refaire le tour des pièces. J'eus envie de lui ordonner d'arrêter de faire le malin et de sortir plus vite que ça, mais je m'abstins. On a quand même une réputation à maintenir, et ça la fout mal de se bouffer le nez entre nous devant une personne étrangère au service.

Je le suivis à l'étage et chuchotai :
"Tu vois bien qu'il n'est pas là !
- Je SAIS qu'il est là", répondit-il en continuant de sonder les murs avec sa baguette.

En soupirant, je me mis à en faire autant, ne serait-ce que pour m'occuper le temps qu'il admette son erreur. Mais alors que j'examinais nonchalamment l'escalier, je remarquai que l'un des panneaux de bois qui décorait la cage sonnait bizarre.

Ce pouvait-il que le gamin ait raison ? J'examinai l'endroit de plus près et fus bientôt convaincu qu'il y avait quelque chose de pas net là-dessous. J'appelai la femme et lui demandai d'ouvrir le passage.
"Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, tenta-t-elle.
- Soit vous ouvrez vous-même cette cache, soit je détruis ce panneau, la menaçai-je. Mais si je fais cela, la personne qui se trouve derrière peut être blessée."

Elle parut paniquée à cette idée, et finalement sortit sa baguette et tapota l'endroit incriminé en murmurant le mot de passe. Le panneau s'effaça et notre homme, l'air renfrogné apparut derrière.

"Alors, tu nous suis sans trop d'histoires ou on te stupéfixe ?
- Je viens, soupira-t-il.
- Madame, nous reviendrons vous voir plus tard. Je vous conseille vivement de ne pas tenter de vous enfuir.
- Où voulez vous que j'aille ! C'est ici que j'habite", grommela-t-elle.

Potter et moi ramenâmes l'individu à la Ruche. Il affirma n'être qu'un intermédiaire dans le trafic dont il faisait partie et il comprit très vite que son intérêt était de collaborer. Il nous livra donc sans trop de résistance le nom de son principal commanditaire. Ce dernier était un négociant, qui ne nous était pas inconnu, mais que nous n'avions jamais pu coincer par manque de preuves. Shacklebolt allait être content, lundi matin.

Une fois notre client bouclé au dixième niveau et la paperasserie expédiée, je vis le gamin qui s'apprêtait à filer à l'anglaise.
"Eh, Potter, le hélai-je. Il faut qu'on ait une petite discussion tous les deux !"
Il n'eut pas l'air ravi mais revint vers moi.
"Allez, j'ai une petite soif, allons au Chaudron Baveur !" proposai-je.

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Potter n'osa refuser et c'est ainsi que nous nous retrouvâmes une demi-heure plus tard dans le pub du vieux Tom. Mon partenaire se dirigea d'office vers une table dans un coin et s'y installa en tournant le dos à la salle. J'allai au comptoir commander deux Bièraubeurres puis attendis qu'il vide son sac. Mais il ne paraissait pas très enclin à s'expliquer.

"Bon, finis-je par dire. Comment t'as su ?"
Il hésita un moment, puis se décida enfin. Il sortit un parchemin de sa poche, le déplia, le posa sur la table et le toucha de sa baguette en murmurant une formule.

Je me penchai. Le document représentait le pub. Des petits points indiquaient les personnes qui s'y trouvaient. On voyait Tom derrière le comptoir, et nous deux dans notre coin. Les occupants de la table voisine s'appelaient Alphonsius Bombadil et Sydney Tartiflette.

"Whaou, soufflai-je. C'est toi qui as fait ça ?
- Non. L'idée originale vient de mon père et ses amis, expliqua-t-il en laissant transparaître une nuance de fierté dans sa voix. Le reste... ce sont des amis à moi (2)."

Je me penchai vers le plan pour l'examiner de plus près.
"On ne voit pas le passage vers le chemin de Traverse, remarquai-je.
- Effectivement, cela ne repère pas les passages secrets, ni les dispositions trop compliquées, m'expliqua-t-il. C'est pour ça que je ne savais pas où se cachait notre homme, cet après-midi. Je savais juste qu'il était dans cette maison. Cela ne repère pas les moldus non plus, continua-t-il. Tu vois, la rue qui amène ici est représentée, mais il n'y a personne qui y marche, sauf Stefan et Lara Croft qui ne vont pas tarder à arriver."

Nous nous retournâmes vers la porte qui menait au Londres moldu. Dix secondes plus tard, un couple fit son entrée.

"Ça peut être utile, remarquai-je. Tu pourrais en avoir d'autres?
- Non, pas question ! Nous sommes tombés d'accord avec les inventeurs. Ça reste entre nous.
- Mais tu te rends compte à quel point cela pourrait nous aider dans le service ?
- Et si un voleur ou un meurtrier s'empare d'un exemplaire, on n'est pas près de lui mettre la main dessus."

Evidemment, vu comme cela, ça incitait à la prudence.

"Je pense que tu devrais en parler à Shacklebolt quand même, insistai-je. Histoire qu'il nous mettent en priorité sur les affaires où ton gadget pourrait faire la différence."

Il réfléchit à ma remarque.

"D'accord, finit-il par laisser tomber. Je lui en dirais un mot à l'occasion."

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Le lendemain, je me rendis chez Christina Fallen. Nous devions nous rendre ensuite ensemble au Planétarium. Heureusement, je commençais à mieux me débrouiller dans leurs transports en commun. En sa compagnie, j'achetai donc mon ticket sans problème, passait le portillon comme un pro et me retrouvai sur le quai. Plus à l'aise qu'à l'accoutumée, j'en profitai pour observer la foule qui se pressait autour de nous.

Je réalisai alors que ces moldus étaient d'aspect beaucoup plus dissemblables que les sorciers. Nous avions l'habitude du mélange ethnique, nous aussi, mais nos robes se ressemblaient toutes un peu. Il est vrai que les jeunes aimaient adopter la mode moldue, mais je constatai que je n'avais eu l'occasion de voir que des tenues particulièrement sages : jeans et T-shirts, robes descendant aux genoux.. Rien ne m'avait préparé à ces cheveux dressés sur la tête, ces anneaux plantés un peu partout, ces jupes qui s'arrêtaient en bas des fesses et ces vêtements troués ou informes.

Les femmes, remarquai-je étaient très aguichantes, très maquillées et je les trouvais dans l'ensemble un peu vulgaires. J'avais toujours cru que Tonks était un cas à part, mais je comprenais mieux maintenant où elle trouvait l'inspiration pour ses improbables couleurs de cheveux et ses tenues à la limite du déguisement. La folie des Black n'expliquait pas tout, finalement.

Je m'aperçus que ma compagne me dévisageait en souriant. Il est vrai que je devais avoir l'air d'un moldu découvrant le Chemin de Traverse. Je lui souris, penaud.

"Désolé, j'espère que je ne vous fais pas trop honte !
- Ne soyez pas gêné. Je suppose que vous n'êtes pas Londonien.
- Non, je suis Canadien, je fais actuellement un stage ici, répondis-je, resservant la fable qui assurait ma couverture auprès de Scotland Yard. J'habite à la campagne en plus, précisai-je, histoire de me faire passer pour un bouseux.
- Je vois. Avez-vous eu le temps de visiter Londres depuis votre arrivée ?
- Non, je n'en ai pas eu l'occasion, répondis-je, de peur qu'elle ne me demande ce que j'avais vu.
- Et bien, si vous le désirez, je serais ravie de vous servir de guide.
- Oh, merci beaucoup", la remerciai-je un peu embarrassé.
Bon, il ne s'agissait pas de me retrouver coincé une nouvelle fois. J'en savais trop peu sur son monde pour que ma couverture ne craque pas si nous nous revoyions régulièrement. Heureusement, la rame arrivait, ce qui interrompit notre conversation.

Pendant le voyage, elle entreprit de me faire un topo sur les quartiers que nous traversions. C'était assez intéressant et je me trouvai malgré moi passionné par ce qu'elle m'expliquait. Notre visite au planétarium me plut beaucoup. Elle me proposa ensuite de prendre le thé avant que nous nous ré-engouffrions dans la cohue des transports en commun. Vu que nous venions de marcher pendant trois heures, je pouvais difficilement refuser.

Là les choses se gâtèrent un peu car elle me posa des questions sur ma vie au Canada. Heureusement, cela fait partie de mon métier de poser des questions plutôt que d'y répondre et je fis sans peine dévier la conversation sur elle, en lui demandant comment elle était devenue joaillière.

J'avais remarqué depuis longtemps que le meilleur moyen de faire oublier un sujet de conversation embarrassant était de lancer la conversation sur ce qui passionnait l'interlocuteur. Elle me parla donc longuement de la façon dont elle était arrivée à exercer son métier. Au bout d'une demi-heure, elle finit par s'écrier :
"Oh, mon dieu, je n'arrête pas de parler de moi. Je suis désolée !
- Mais cela m'a beaucoup intéressé", rétorquai-je, sans mentir, car son parcours avait été assez original.

Elle était rose de confusion et cela lui allait très bien. Elle était vraiment mignonne en fait. Quel dommage qu'elle soit moldue !

Nous avions fini notre thé depuis longtemps, il était temps d'y aller. Nous nous levâmes et nous dirigeâmes vers la station de métro la plus proche. Une fois dans les couloirs, il fallut nous séparer, car nous ne partions pas dans la même direction. Il y a eu comme un blanc. Si nous nous séparions comme cela, nous ne nous reverrions sans doute jamais. J'hésitai. C'était folie de la revoir, mais par ailleurs, j'avais vraiment passé un bon après-midi.

"Eh bien, au revoir", finit-elle par dire.
Je savais qu'elle aussi avait passé un bon moment, mais manifestement, elle préférait me laisser l'initiative d'une autre rencontre. Il est vrai que c'était elle qui avait proposé cette sortie la dernière fois.

" Oui, au revoir ! Vous êtes vraiment un guide excellent, répondis-je. Merci beaucoup.
- Eh bien, si vous désirez une autre sortie culturelle, vous savez où me joindre !
- Euh, oui. Au revoir."

Alors qu'elle se détournait pour se rendre sur son quai, j'eus une subite impulsion :
"Quel monument me conseilleriez vous pour commencer ?"
Elle interrompit son mouvement, et me répliqua :
"Je ne sais pas. Cela dépend de ce qui vous intéresse. Vous connaissez le British Museum ? Il y en a pour tous les goûts, là bas.
- Et vous, vous connaissez bien ?
- Je suis incollable !
- Samedi prochain à 14 heures ? Devant l'entrée principale ?
- Ça marche !" s'écria-t-elle.

Elle m'octroya un large sourire et se perdit dans la foule.

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(1) : La Halle aux Poudres du Chemin de Traverse et la Grand Halle aux Cheminées de Pré-au-Lard sont des bâtiments dans lesquels se trouvent des cheminées publiques qui permettent de rallier ou de quitter ces lieux. On y trouve également des guichets où l'on peut acheter des petits sachets de poudre pour se rendre où l'on désire. J'ai emprunté ce concept à Thaele Ellia. Les noms attribués à ces lieux ont été proposés par Fenice.

(2) : Pour ceux qui n'ont pas lu Après la Bataille, je précise qu'il ne s'agit pas la Carte du Maraudeur, mais d'une carte fabriquée par les jumeaux (qui ont interrogé Sirius et Remus sur leur secrets de fabrication quand ils étaient tous Place Grimmaurd lors de la 5ème année de Harry). Ils l'ont offertes à Harry juste avant qu'il devienne Auror. La spécificité de ce plan, c'est qu'il dessine le lieu où il se trouve, ce qui n'était pas le cas de la carte d'origine qui était pré-dessinée.
Coups de filet by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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V : Coups de filet


J'arrivai tôt ce lundi à la Ruche, car je savais que Shacklebolt me ferait venir dès qu'il aurait lu le rapport que nous lui avions rédigé samedi, après l'arrestation du chef de notre premier voleur. Effectivement, j'étais à peine arrivé qu'il me fit signe de le rejoindre.

"Ça fait plaisir, dis donc, de voir ce cher Dodger impliqué dans quelque chose que nous puissions lui reprocher."

Dodger était le négociant qui nous avait été livré par l'homme que nous avions arrêté deux jours plus tôt. Cela faisait des années que nous essayions de le coincer pour ses petits trafics louches, mais il avait toujours réussi à sortir blanc comme neige de toutes les accusations que nous portions contre lui. Ce serait un peu plus difficile pour lui cette fois-ci.

Cela dit, il allait falloir la jouer fine, car si son dénonciateur se rétractait, nous n'aurions plus grand-chose contre lui, une fois de plus.

"Comment penses-tu t'y prendre ? reprit le commandant.
- Je vais l'arrêter avec Potter. Et profiter de l'occasion pour demander à nos amis de la Régulation du Commerce magique de faire une perquisition chez lui. Pendant ce temps, on va le cuisiner ici, pour voir ce qu'il a à nous raconter.

- Tu penses qu'il craquera, cette fois ?
- On va jouer la carte Potter. Ça devrait l'impressionner.
- Ravi de voir que tu comprends enfin l'atout qu'il peut présenter pour le service."

Aïe ! J'étais en train de me faire remonter les bretelles, là. J'adoptai un profil bas :
"Oui Commandant !"
Il hocha la tête, montrant qu'il avait bien noté mon acte de contrition.
"Bon, je te laisse carte blanche.
- Merci Commandant !"

Une fois sorti de son bureau, je filai aux Affaires Commerciales et demandai le concours de deux agents pour la matinée. Une fois ces détails réglés, je retournai à la Ruche, espérant que Potter soit arrivé. Il était bien là et je le mis au parfum :
"On va rendre une petite visite à celui à qui les bijoux étaient destinés. Cette fois-ci aussi, tu viens avec ta vraie tête."

Je vis bien que cela ne lui plaisait pas trop, mais comme à son habitude, il ne protesta pas et se borna à répondre. :
"Comme tu veux".

Il était temps pour moi de changer de tactique avec mon partenaire si je voulais améliorer nos relations. Je pris donc la peine de lui expliquer ce que j'avais derrière la tête :
"Ce n'est pas la première fois que nous essayons de coincer ce lascar mais il nous a toujours filé entre les pattes. Ce que j'espère, c'est que tu l'impressionnes assez pour qu'il perde un peu ses moyens et commette des erreurs que nous pourrons exploiter pour lui mettre la main dessus une fois pour toute.
- Je sers d'épouvantail, en somme.
- Tu fais ton boulot d'Auror, c'est tout, répliquai-je peut-être un peu trop abruptement.
- Je vois", dit-il le visage fermé.

Zut, je l'avais encore braqué. Alors c'était ça son problème ? Il me faisait la gueule parce que ce que je lui disais ne lui plaisait pas. Bon sang, j'étais pas là pour caresser la diva dans le sens du poil, moi ! Mais qu'est ce qui avait pris à Shacklebolt de m'apparier avec lui !

Bon, l'heure n'était pas aux explications, les deux membres des Affaires commerciales que j'avais demandés en renfort venaient de se pointer à la Ruche. Il était temps d'y aller.

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Les bureaux de notre coquin se trouvaient Chemin de Traverse, tout près de l'allée des Embrumes. Je pris la tête de notre petite troupe, et nous entrâmes. Une garce, à qui j'avais déjà eu affaire et qui prenait un malin plaisir à me faire poireauter quand je voulais voir son chef, siégeait à une table placée près de la porte.

Dès qu'elle m'aperçut, elle affecta d'être plongée dans son parchemin.

"Bureau des Aurors, fis-je d'un ton poli. Nous aimerions parler à votre patron.
- Il n'est pas disponible, répondit-elle sèchement sans se donner la peine de lever les yeux.
- Je pense que si. Vous allez vous lever et lui dire que les Aurors William Stratford et Harry Potter veulent le voir !
- Harry Potter, rien que ça ! fit-elle sarcastique, consentant enfin à me regarder.
- Lui-même", prononça froidement Potter dans mon dos.

La fille sursauta et ses yeux s'écarquillèrent alors qu'elle le dévisageait.
" Tout... tout de suite", bredouilla-t-elle, avant de se lever brusquement et de partir précipitamment vers le bureau de Dodger.
Ah, elle faisait un peu moins la fière, maintenant !

"Je lui fais peur à ce point ? s'étonna le gamin.
- Vu ta réputation, elle croit que notre ami est soupçonné de magie noire ou d'être un Mangemort. Elle a peur de se retrouver à Azkaban.
- Ah d'accord !" fit Potter qui commençait à comprendre ce que j'étais en train de faire.

Dodger arrivait au pas de course, s'épongeant le front avec son mouchoir.
"Que puis-je pour vous, Messieurs", commença-t-il avec une déférence qui ne lui ressemblait pas du tout.

C'est tout juste s'il ne nous proposait pas des rafraîchissements.

" Nous avons eu des renseignements sur toi. C'est pas joli, joli, attaquai-je sans attendre.
- Je vous jure que je n'ai rien fait qui justifie..., tenta-t-il de se disculper en regardant Potter.
- Ce n'est pas ce qu'on nous a dit, prétendit Potter, raide comme la justice.
- J'aimerais que tu nous suives sans faire d'histoires au Ministère, complétai-je.
- Que me reprochez-vous exactement ? Quelles preuves avez-vous contre moi, se rebella Dodger.
- J'aimerais vraiment que vous nous accompagniez, insista Potter en se penchant vers lui et lui fourrant sa cicatrice sous le nez. Ce serait tellement dommage que nous soyons obligés de vous y forcer."

La perspective d'obliger le Survivant à utiliser la force anéantit chez le bonhomme toute velléité de résistance.
"Je vous suis, Messieurs, dit-il d'une voix mourante.
- C'est une bonne idée, le félicita Potter, qui paraissait bien s'amuser maintenant.

Les agents des Affaires commerciales restèrent sur place pour farfouiller dans les papiers de Dodger et Compagnie tandis que nous revenions à la Ruche en utilisant le portoloin que nous réservions pour les arrestations.

Nous entraînâmes notre invité dans la petite pièce qui nous sert pour les interrogatoires. Comme il s'était plutôt bien débrouillé jusqu'à maintenant, je fis signe à Potter de commencer.

Il s'assit donc devant Dodger et le regarda sans mot dire, avec le visage inexpressif auquel je m'étais habitué. Au bout d'une minute, le lascar n'en menait pas large et se tortillait nerveusement sur sa chaise.
"Et bien ? finit par demander le Survivant.
- Qu'est ce que vous voulez que je vous dise ?
- On nous parlé d'un réseau de revente d'objets volés, commença Potter sur les bases de ns précédents interrogatoires. Si vous commenciez par là ?"

Le filou, désireux de s'exonérer de toute accusation de magie moire, nous donna sur cette affaire tous les renseignements que nous pouvions espérer. Je l'aiguillai ensuite sur d'autres affaires dont je le soupçonnais et, sous le regard impitoyable de Potter, il ne nous cacha rien.

Trois heures plus tard, nous accompagnâmes notre oiseau aux cellules du dixième niveau, après lui avoir fait signer la plus belle déposition de ma carrière. Alors que nous remontions vers la Ruche, je félicitai Potter :
- Très bon travail, Potter !
- C'est vrai ? Je n'en n'ai pas trop fait ?
- Non c'était parfait. Tu t'es très bien débrouillé.
- Oh, merci, dit-il en me dédiant un sourire lumineux.

C'était la première fois qu'il me souriait.

Merlin que j'avais été con ! J'avais tenté de le soumettre alors qu'il avait simplement besoin d'être un peu encouragé. Pas étonnant qu'il se soit montré aussi amorphe.

Je décidai d'enfoncer le clou. Je l'entraînai dans le bureau de notre commandant.
"Mission accomplie, dis-je en guise d'introduction. Nous avons les confessions complètes de ce cher Dodger !"

Shacklebolt s'empara du parchemin que je lui tendais. Il le parcourut rapidement. Il eut un sourire satisfait qui s'élargit au fur et à mesure de sa lecture :
"Félicitations les gars. Comment avez-vous fait votre compte ?
- C'est Potter qui a mené l'interrogatoire.
- Eh bien ! C'est une belle réussite. Bravo ! complimenta Shacklebolt, en direction du gamin.

Ce dernier rosit, manifestement embarrassé mais ravi du compliment.
- Oh, je n'y serait pas arrivé tout seul, bégaya-t-il modestement.
- En tout cas, c'est le métier qui rentre, insista le commandant. Bon, continua-t-il, il y a pas mal de choses à exploiter là-dedans. Au moins une dizaine d'enquêtes à mettre sur pieds. Je compte sur vous pour me mettre ça au propre."

Une fois sortis du bureau du commandant je grognai :
"A mon avis, on en a pour deux jours de paperasserie !
- Tout se paye", répondit Potter en haussant les épaules.

Ah, ces jeunes ! Ça réussit une mission et ça joue au blasé !

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Il nous fallut toute la fin de journée et toute la journée du lendemain pour mettre à plat tout ce que nous avions récolté. Au moins une douzaine d'enquêtes pouvaient être lancées, qui allaient du grand banditisme au petit trafic. C'est notre commandant qui effectuerait les affectations.

Le résultat de notre arrestation décisive fit très rapidement le tour du service et tous nos collègues ne manquèrent pas de nous féliciter quand ils nous croisaient et ils essayaient d'en savoir davantage sur les pistes que nous avions levées.

Je remarquai rapidement que Malefoy ne partageait pas l'excitation générale et qu'il tirait une tête de cinq pieds de long. C'est un peu le problème avec les Malefoy. Ils ne supportent pas de ne pas faire partie du camp des vainqueurs. Malefoy junior se trouvait donc devant une alternative : soit il devenait copain avec Potter ce qui lui permettrait de considérer son succès comme le sien, soit il tentait de lui gâcher la satisfaction qu'il tirait de sa réussite. Il choisit la seconde solution.

Il avait manifestement pigé qu'on s'était servi de la popularité de Potter pour impressionner notre filou et il passa à notre bureau le surlendemain pour lui demander s'il devait convoquer un certain Crivey pour le photographier. Comme cela, prétendit-il, tous les Aurors pourraient avoir une photo du Survivant sur eux et la sortir quand ils voudraient impressionner quelqu'un.

Je vis le gamin reprendre son visage inexpressif des jours précédents et je compris que les propos du blond avaient fait mouche. Mais il parvint à se reprendre et à riposter :
"C'est ta gueule qu'on devrait prendre, Malefoy. Elle rend les gens tellement malades qu'on pourrait les arrêter sans problème pendant qu'ils sont en train de vomir.
- Dégage Malefoy, on a du travail !" lançai-je rudement avant que ce dernier ne puisse riposter.

J'avais deux bonnes raisons de mettre fin à cette altercation. La première, c'est que désormais Potter avait reperdu le peu d'assurance qu'il avait acquise à la suite de l'opération, ce qui ne faisait pas mon affaire. Et ensuite, je me rappelai de l'avertissement de Shacklebolt sur le danger de laisser la pression trop monter entre ces deux là.

Alors que Malefoy se barrait, manifestement très content de lui, j'entendis Potter cracher, les dents serrées "Connard de Serpentard !".

Il faudra peut-être un jour que je lui révèle que j'ai porté avec fierté le vert et argent pendant toute ma scolarité à Poudlard. Cependant vu son état d'esprit, je préférai remettre cette petite confidence à plus tard. Il commençait tout juste à se montrer moins renfermé avec moi, et je ne voulais pas remettre en cause ce progrès.

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Le samedi suivant, je me rendis au British Muséum à 14 heures, pour retrouver Christina Fallen. Je n'avais pas trop envie d'y aller, en fait. Je me demandai ce qui m'avait pris de lui proposer cela.

Mais une demi-heure plus tard, j'avais oublié toutes mes réserves et je découvrais, enchanté, les merveilles que recélait ce lieu. Une fois la visite terminée, nous allâmes nous promener dans un parc qui se trouvait à proximité.

Quand elle me proposa de prendre le thé "chez Harrod's", je lui fis confiance et la suivis dans le dédale des bus londoniens. Une fois sur place, je m'aperçus que son salon de thé était en fait un magasin. Enfin, plus exactement un immense magasin qui occupait la totalité d'un immense immeuble de plusieurs étages. Je n'avais jamais vu de boutique aussi grande de ma vie. Constatant mon étonnement, Christina me fit faire le tour des rayons.

Je fus impressionné par le nombre de produits proposés à la vente. Evidemment, la plupart d'entre eux étaient très mystérieux pour moi et je fis de mon mieux pour cacher mon ignorance. Finalement, quand nous nous présentâmes pour prendre un thé bien mérité, le salon fermait. Ma compagne parut déçue. Moi-même je me serais assis avec plaisir. Je réalisai que cela faisait plusieurs heures que nous étions debout. La pauvre devait être épuisée !

"Mrs Fallen, je suis désolé, lui dis-je contrit. Je vous ai surmenée, aujourd'hui.
- Ce n'est pas grave. Cela me fait du bien de marcher. Et puis, je m'appelle Christina.
- Et moi, William."

Elle me sourit.
"Puisqu'on nous chasse d'ici, voulez-vous prendre le thé chez moi ?
- J'en serais charmé, mais il se fait tard et je dois rentrer, le temps est passé si vite, refusais-je prudemment. Une autre fois, peut-être.
- Oh ! Une autre visite en perspective ?
- Pourquoi pas ?"

Nous convînmes d'un rendez-vous pour le samedi suivant et nous séparâmes. "Quel dommage qu'elle soit moldue !" pensais-je en la quittant.

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Je commençais à croire que notre enquête sur le voleur de bijoux resterait sans suite quand nous eûmes enfin des nouvelles de notre ami des cheminées. Le mercredi qui suivit ma visite à la joaillière, je reçus une note volante, à 18 heures 30, alors que je m'apprêtais à quitter la Ruche. Cette dernière provenait du Service des Cheminées et indiquait qu'un raccordement irrégulier avait été établi dans la journée.

Je jurai, car j'avais rendez-vous ce soir-là avec une chouette fille que j'avais rencontrée quelque temps auparavant et qui ne semblait pas trop farouche, si vous voyez ce que je veux dire. Mais le travail passe avant le plaisir. J'envoyai un hibou pour décommander ma soirée et je récupérai Potter au vol. Après les formalités d'usage, nous partîmes à l'adresse indiquée sur la note.

C'était une petite bijouterie. On avait vu juste. Nous avions déjà déterminé la marche à suivre : dès que l'endroit serait vide, l'un de nous se rendrait à l'intérieur en utilisant la cheminée, tandis que l'autre resterait à l'extérieur pour surveiller les alentours, car il était possible que notre voleur, lui aussi, fasse une reconnaissance à partir de la rue.

La boutique fermait à 19 heures, mais il fallut bien une demi-heure supplémentaire au bijoutier pour finir de tout boucler et de s'en aller, après avoir branché le système d'alarme. Il était temps d'y aller. Je transplanai discrètement aux alentours d'une cheminée publique et criai l'adresse de la bijouterie dans le conduit.

J'attendis près de quatre heures dans la pénombre, la boutique n'étant éclairée que par la lumière du lampadaire se trouvant devant la vitrine, avant d'entendre le bruit caractéristique d'une arrivée par cheminée. Voulant prendre le voleur par surprise, j'envoyai un Stupefix dans sa direction, sans sommation. Mais je ne sais par quel miracle, il l'évita et m'envoya un sort offensif à son tour.

Je me planquai derrière un comptoir, il en fit autant. Il y eut un temps mort, interrompu par le bruit d'une nouvelle arrivée dans la cheminée. Potter, sans doute alerté par les éclairs de lumières qu'il avait pu voir à travers les vitrines, venait à la rescousse. L'autre lui envoya un Stupefix, mais conformément à ce qu'on lui avait appris, Potter s'était jeté à terre en atterrissant et déjà, il bondissait derrière un présentoir.

Son offensive contre mon équipier m'avais permis de déterminer où se planquait notre voleur, et alors que ce dernier tentait à nouveau de toucher Potter, je sortis de mon abri, contournai le sien et cette fois ci, ne le ratai pas. Je le vis s'effondrer, juste avant que je sois touché par le Stupefix de mon partenaire.

Je repris conscience avec une belle bosse sur l'arrière de la tête et la bobine embarrassée de Potter au dessus de moi.
"C'est pas moi que t'étais censé avoir, grognai-je
- Désolé", marmonna-t-il.

Je me relevai péniblement et évaluai la situation. Avant de me ranimer, Le gamin avait eu la bonne idée de saucissonner notre loustic. Bon réflexe. Notre échauffourée n'avait pas mis trop de désordre, mais certains murs portaient la trace des sorts qui avaient raté leur cible.

Nous fîmes un peu de ménage avant de quitter les lieux. Puis Potter chargea notre prise sur ses épaules et se tassa dans la cheminée. Je laissai passer quelques instants, pour lui laisser le temps de dégager de la cheminée d'arrivée, et pris le même chemin.

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Le monte-en-l'air ne fit aucune difficulté pour répondre à nos questions. Oui, c'était bien lui qui était coupable de la série de cambriolages. Oui, il utilisait les cheminées pour se déplacer. Oui, il utilisait le sortilège d'Ouvruitre pour forcer les coffres.

Il indiqua qu'il avait un informateur dans une entreprise qui livrait les pierres précieuses à Londres. Il lui suffisait ensuite de vérifier que les établissement tout juste livrés possédaient une cheminée, et d'effectuer, à l'heure du déjeuner, le raccordement au Service des Cheminées, dont il avait fait partie quelques années auparavant..

Il revendait ensuite le fruit de ses larcins à un certain Bryan Hamilton qui lui avait passé une grosse commande, le prenant pour un honnête négociant en bijoux.

Nous le mîmes au frais dans un des cachots du dixième niveau, firent notre rapport et rentrâmes chez nous pour prendre un peu de repos.

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Bien trop tôt le lendemain matin, nous nous retrouvâmes à la Ruche. Très vite, Shacklebolt nous fit signe de le rejoindre dans son bureau.
"Bravo, les gars, c'est du beau travail. Tout s'est bien passé ? demanda-t-il.
- Comme sur des roulettes", répondis-je, pendant que Potter se dandinait d'un pied sur l'autre, mal à l'aise.

J'aurais peut-être dû lui dire que stupéfixer un collègue ça arrive régulièrement dans le feu de l'action. Mais cela ne me déplaisait pas qu'il se sente un peu contrit. L'expérience m'avait appris que les catastrophes avaient tendance à arriver quand les bleus se croyaient devenus des vétérans.

"Que sait-on de cet Hamilton? continua notre commandant.
- On n'a rien sur lui. Je pensais lui rendre une petite visite ce matin, répondis-je.
- Parfait. Tenez moi au courant."

Nous partîmes sur le champ rendre une petit visite au destinataire des bijoux volés. Ce dernier vivait dans une maison un peu de guingois à la campagne, dans la région de Stoke-on-Trent. Ce fut sa femme qui nous ouvrit. Quand elle reconnut Potter, elle fut dans tous ses états et voulut de toute force nous servir le thé et nous faire goûter de son pudding. Mais je déclinai l'invitation et demandai à rencontrer son mari. Elle parut inquiète, mais nous mena près de lui.

Ce dernier se trouvait dans un laboratoire. Sa robe était couverte de taches et brûlée à plusieurs endroits. En outre, Hamilton était échevelé et sa barbe semblait avoir reçu des projections diverses.
"Excusez-le. Cela fait deux jours qu'il n'est pas sorti de son antre", s'excusa sa femme qui paraissait mortifiée que son mari se montre si peu à son avantage devant le grand Harry Potter.

Nous eûmes un peu de mal à attirer son attention, mais une fois qu'il nous eu repéré, il nous fit les honneurs de son domaine. Alors qu'il nous expliquait avec passion ses projets en cours, j'échangeai un regard avec Potter. Il était douteux que le savant fou soit un complice de notre cambrioleur. Mais, victime innocente ou pas, il allait bien falloir qu'il nous rende les pierres en cause.

Finalement, je le coupai au beau milieu de sa conférence et lui fit part de l'objet de notre visite.

"Monsieur Hamilton, vous avez récemment commandé un grand nombre de pierres précieuses à un certain Trevis.
- Oui, effectivement, c'est pour mon projet spécial. Voyez-vous...
- Malheureusement, ce Trevis s'est procuré ces pierres de façon malhonnête, le coupais-je.
- Malhonnête ?
- Oui, ce sont des pièces volées.
- Volées ! s'écria le bonhomme. Mais comment... Je ne comprends pas !
- Quoiqu'il en soit, il va falloir que vous nous les rendiez pour que nous puissions les retourner à leurs légitimes propriétaires.
- Les rendre ! Mais elles m'ont coûté une fortune !
- C'est possible, mais elles ne sont pas légalement à vous.
- Mais ce n'est pas possible ! Je serais obligé de recommencer mes expériences du début. L'œuvre de ma vie !"

Il paraissait vraiment catastrophé.
"Sur quoi porte votre expérience ? demanda Potter qui tout comme moi n'avait porté que peu d'attention à ses précédents commentaires.
- C'est ce que j'étais en train de vous expliquer. Je cherche à recréer la pierre philosophale de Nicolas Flamel. Celle qu'il a créée s'est perdue et je n'arrive pas à contacter son inventeur, malgré tous mes efforts.
- Cela fait une dizaine d'année qu'il a détruit sa pierre, l'informa Potter. Il est sans doute mort, maintenant.
- Vous êtes sur ? Mais comment cela s'est-il produit.
- Il s'est rendu compte que l'immortalité qu'il avait créée pouvait être utilisée à mauvais escient. Alors il a préféré la détruire plutôt que de la voir tomber dans de mauvaises mains. Et si j'étais vous je choisirais un autre sujet de recherche. Il y en a de plus utiles.
- Plus utiles ! Je cherche à vaincre la mort! Ce n'est pas utile peut-être !
- La mort n'est qu'une aventure supplémentaire pour une personne équilibrée", rétorqua Potter sur le ton de celui qui restitue une citation.

Je me demandai d'ailleurs d'où il sortait cette phrase. Je lisais beaucoup mais il ne me semblait pas l'avoir déjà vue quelque part. Sans doute un livre moldu.

"D'ailleurs, continua Potter d'un ton définitif, c'est plutôt utile, la mort, pour nous débarrasser de certaines personnes !"

Nous n'eûmes pas besoin qu'il nous fasse un dessin pour deviner de qui il parlait.

"Je n'avais pas l'intention de donner le résultat de mes recherches à quelqu'un comme Vous-savez-qui ! s'insurgea le savant d'un ton boudeur.
- Voldemort ne vous aurait pas demandé votre avis, répliqua froidement Potter. Il vous aurait tué ou mis sous Impérium pour se procurer le fruit de vos travaux."

Hamilton et moi grimaçâmes de concert à l'énoncé du nom maudit. Evidemment, c'était facile pour le Survivant de le prononcer !

"Quoiqu'il en soit, tranchai-je, vous ne pouvez garder ces joyaux sans vous rendre coupable de recel. Azkaban ne me paraît pas un endroit idéal pour se livrer à la recherche."

Avec une mine de six pieds de long, le chercheur se mit à rassembler toutes les pierres. Une demi-douzaines de pierres, cependant, ne purent être récupérées, ayant été pilées et diversement utilisées.

Après l'avoir prévenu qu'il devrait se rendre au Ministère pour faire une déposition en vue de compléter notre dossier, nous ramenâmes le tout à la Ruche et fîmes le tri. Puis nous sommes allés à Scotland Yard rendre une petite visite à notre contact là-bas. Il fut enchanté de voir cette affaire résolue. Il fut convenu que des joyaux lui seraient livrés plus tard pour remplacer ceux qui n'avaient pas pus être rendus.

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La semaine suivante, Shacklebolt nous envoya patrouiller Chemin de Traverse. En effet, notre ami Dodger nous avait signalé un gang de voleurs à l'étalage et de pickpockets qui y officiait et à qui il rachetait parfois de la marchandise.

Le second jour, je finis par repérer un quidam qui avait une attitude suspecte. Je le signalai à Potter-Evans et nous le suivîmes discrètement. En moins d'une heure, il entra dans une dizaine boutiques et, à chaque fois, jouait au chaland qui examine la marchandise et ressortait sans rien acheter.

Ne voulant pas l'effaroucher, nous nous sommes gardés de trop l'approcher, préférant le laisser finir sa tournée pour qu'il nous mène à ses complices.

Quand il quitta l'attitude nonchalante qu'il avait jusqu'ici affectée pour adopter une démarche pressée, nous comprîmes que nous nous rapprochions de notre but. Il bifurqua brusquement dans une des ruelles qui séparent les magasins les uns des autres. Nous pressâmes le pas pour le rattraper avant qu'il ne se perde dans le lacis de cours et d'entrepôts qui desservent les boutiques, mais le temps que nous nous engagions dans la venelle, il avait déjà disparu.

Je jetai un coup d'œil à Potter qui avait déjà sa carte magique en main mais ses sourcils froncés me firent suspecter que le terrain où nous nous trouvions était trop complexe pour que l'artefact nous soit d'une réelle utilité. Il désigna cependant une direction approximative.

Quelques minutes plus tard, nous débouchâmes dans un entrepôt. Potter semblait sûr que notre voleur y était entré et qu'il se trouvait plus loin devant nous, mais le bâtiment ne semblait avoir d'autre issue que la porte par laquelle nous étions entrés.

Je regardai autour de moi. Cet endroit devait être le dépôt d'une animalerie car la place était emplie de cages où se trouvaient de multiples animaux.

"Dommage qu'aucune de ces bestioles ne puissent nous renseigner", grommelais-je, de mauvaise humeur, contemplant les divers aviens, serpents et mammifères qui nous entouraient.

Potter ne me répondit pas, fasciné par une cage en verre où se trouvaient d'énormes boas. Avait-il la phobie des serpents ? Pauvre petit Gryffondor, va !

Mais soudain, il s'approcha du vivarium et tapota de sa baguette le couvercle de ce dernier pour le faire disparaître. De sa bouche sortit un chuintement sifflant qui me fit dresser les cheveux sur la nuque. Mais qu'est-ce qu'il croyait donc faire ?

Un des boas se dressa pour mettre sa tête au niveau de celle de Potter et siffla à son tour, en dardant rapidement sa langue fourchue hors de sa bouche puis, du museau, parût indiquer une direction.
"Il y a un passage dans ce mur, traduisit Potter, en se dirigeant vers le fond. Il faut toucher une de ces étagères pour l'ouvrir".

Harry Potter était fourchelang ? Comment était-ce possible ? N'était-ce pas la marque des mages noirs ?

Potter tâtonna un moment puis, effectivement, un pan de mur s'effaça. Je m'apprêtai à le suivre quand je réalisai que ma trajectoire devait m'amener à passer le long du vivarium dont le couvercle n'avait pas été rétabli.

"Tu aurais pu remettre le couvercle, lui lançai-je, pas très chaud à l'idée de me retrouver à portée d'un serpent de cinq mètres de long et peut-être affamé.

- Non, c'est ma manière de le remercier de nous avoir renseignés."

Le gamin regarda en direction de son nouveau copain et parla une fois de plus dans son atroce langage. Le serpent se tourna vers moi en sifflant.

"Ne crains rien, assura Potter. Il n'a pas faim et en plus, il ne te trouve pas très appétissant. Trop lourd à digérer", précisa-t-il en réponse à mon regard incertain.

J'eus un instant l'impression surréaliste que mon coéquipier et ce fichu serpent se payaient ma tête de concert. Mais nous n'avions pas de temps à perdre et, serrant fermement ma baguette dans ma main, j'entrepris de rejoindre Potter.

Le passage donnait sur un corridor sombre que nous enfilâmes rapidement. Finalement nous avons débouché dans une cour au fond de laquelle se trouvait une cabane. Nous nous sommes approchés prudemment et avons jeté un regard par la fenêtre de la bicoque. Trois ou quatre compères étaient en train de vider leurs poches sur une table tandis qu'un grand gaillard examinait d'un œil critique le fruit de leur larcin.

J'étais en train de me demander s'il valait mieux intervenir tout de suite ou attendre encore un peu pour être sûrs que la bande soit au complet, quand un bruit suspect m'incita à me retourner précipitamment. J'eus juste le temps de voir Potter se placer devant moi pour intercepter le sort qui m'était destiné et répondre vivement en stupéfixant mon assaillant.

A ce moment la porte de la cabane s'ouvrit et cette fois, c'est moi qui réagis le premier en immobilisant celui qui était venu aux nouvelles. Le gamin et moi n'eûmes pas besoin de nous consulter pour bondir dans la pièce et stupéfixer tout ce qui bougeait.

Nous n'eûmes pas vraiment l'occasion de parler par la suite. Le gamin transplana au Ministère pour chercher du renfort, puis nous ramenâmes tout ce beau monde à la Ruche pour procéder aux interrogatoires. Le temps que nous bouclions notre rapport préliminaire, il était près de onze heures du soir.

Alors que nous nous dirigions de concert vers les cheminées de l'Atrium, je félicitai Potter :
"Heureusement que tu as réagi quand le dernier d'entre eux est arrivé en catimini derrière nous. On aurait été dans de beaux draps si tu ne l'avais pas repéré.
- Vigilance constante, m'a-t-il répondu avec un petit sourire nostalgique.
- Tu as connu Maugrey ? lui demandai-je avec ébahissement.
- Oui, c'est lui qui m'a entraîné juste avant... sa disparition."

Ça m'a fait drôle. Maugrey avait été mon premier partenaire. C'est lui qui m'avait formé, qui m'avait appris le b-a ba du métier. Il avait toujours représenté quelque chose de spécial pour moi. J'avais regretté son départ du corps des Aurors et cela m'avait fichu un coup d'apprendre que le vieux Fol Œil avait été présent lors de la Bataille et que, cette fois-ci, il ne s'en était pas tiré.

Soudain, je me demandai comment Potter me considérerait dans vingt ans, quand il se commémorerait ses débuts. N'aimant pas trop verser dans le sentimentalisme, et tâchai de penser à autre chose.

"Au fait, pourquoi tu ne m'as jamais dit que tu étais fourchelangue ? ai-je repris, alors que nous atteignions les cheminées de départ.
- Je n'y ai pas pensé. Et puis de toute manière, je ne le crie pas sur les toits. Les gens sont pleins de préjugés sur la moralité de ceux qui le sont, tu sais."

Sans blague !


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Noël en famille by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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VI : Noël en famille


Shacklebolt fut très content de nous. Il nous fit même venir dans son bureau le lendemain pour nous le dire.

"Les gars, c'est du beau boulot tout ça. Vous savez combien de types vous avez arrêté en moins de deux semaines ?
- Dix", répondit Potter.

Je réprimai un sourire. Moi aussi j'avais compté les criminels que je mettais sous clé à mes débuts. Evidemment, cela faisait longtemps que j'en avais perdu le compte.

"Exactement, approuva le commandant. Et ce n'est pas fini. Vous nous avez récupéré des renseignements sur toute une série d'embrouilles. Ce n'est pas souvent que l'on peut s'enorgueillir d'un tel tableau de chasse en si peu de temps. Je vais finir par croire que vous avez une formule secrète", plaisanta-t-il.

J'allais répondre dans la même veine, quand je me rappelai qu'on avait été aidé par un élément que Shacklebolt ignorait sans doute. Je coulai un œil vers Potter qui n'avait l'air pas très à son aise. Il me sembla qu'il était temps de rappeler au gamin qu'il avait promis de parler à notre commandant de son petit gadget.

"Une formule, non, répondis-je. Mais une arme secrète que notre ami Potter garde dans sa manche.
- Vraiment ?" s'étonna Shacklebolt, sans me prendre vraiment au sérieux.

Potter me jeta un regard qui était loin de refléter le ravissement. Je le lui rendis sans ciller. Surprenant cet échange, le commandant reprit son sérieux et demanda :
"Y a-t-il quelque chose dont je devrais être au courant ?"

Voyant que le gamin ne se décidait pas, j'insistai :
"Il me semble que Potter a quelque chose à te montrer."

Ce dernier me fusilla du regard puis sortit avec répugnance sa carte magique de sa poche, l'activa et la posa sur le bureau de Shacklebolt. Ce dernier l'examina attentivement. A la tête qu'il fit, je vis qu'il prenait rapidement conscience du potentiel de ce parchemin.

"Par Merlin, Harry, où as-tu trouvé ça ? demanda-t-il d'une voix qui laissait transparaître son excitation, ce qui était assez exceptionnel car Shacklebolt est d'un flegme exemplaire en temps normal.
- C'est un cadeau", répondit Potter, de mauvaise grâce.

Mais Shacklebolt n'était pas du genre à se contenter de demi-réponses. Il fixa donc Potter jusqu'à ce que celui-ci lâche du bout des lèvres :
"Ce sont les jumeaux qui me l'ont donné.
- C'est Fred et George qui ont inventé ça !" s'exclama-t-il.
Visiblement, les frères Weasley ne lui étaient pas inconnus. Mais c'est vrai qu'ils devaient tous appartenir à l'organisation du vieux Dumbledore.

"En partie, répondit Potter. Ils se sont inspirés d'une carte qui existait déjà." Ici le gamin parut se décider. "Mon père, Sirius et Remus ont inventé une carte qui représente Poudlard, et sur laquelle ont peut voir et suivre tous les résidents du château. Mais elle ne marche qu'à Poudlard. Les jumeaux ont demandé à Sirius et Rémus de leur expliquer comment ils avaient fait, et ils ont mis eux-mêmes au point la capacité de cette carte à représenter l'endroit où l'on est. Cela manque un peu de précision, mais cela nous a quand même rendu de fiers services."

Pendant un moment, Shacklebolt considéra pensivement Potter.

Durant cette pause, je me demandai si j'avais bien entendu. Avait-il bien dit "Sirius" ? Ce n'était pas un prénom courant. Et le seul que je connaissais était le dangereux criminel Sirius Black. Lequel effectivement avait été un ami de James Potter à Poudlard. Mais comment les jumeaux Weasley pouvait-il le connaître ? Comment Potter junior pouvait-il en parler sans frémir ? Ignorait-il que Black avait trahi ses parents et était la cause de leur mort ? Et surtout, comment se faisait-il que Shacklebolt, qui avait été chargé de retrouver Black après son évasion d'Azkaban, n'ait pas bondi en entendant ce nom ?

Mais Shacklebolt se borna à demander doucement :
"Crois-tu que les jumeaux pourraient nous en faire d'autres ?
- J'en doute, répliqua Potter. Nous en avons déjà discuté. Ils ne voudront pas.
- Je leur en parlerai", répondit le commandant d'un ton décidé.

Potter haussa les épaules, comme pour signifier que cela ne le regardait plus. Puis fermement, avec un culot qui m'étonna, il tendit la main vers Shacklebolt pour récupérer son bien. Pendant quelques secondes, le commandant ne fit pas mine de rendre l'objet. Ils se fixèrent silencieusement.

Je notai que le regard de Potter était assuré. Ni implorant, ni agressif. Le regard de celui qui sait qu'il va obtenir satisfaction et qui attend patiemment que son interlocuteur se décide. Finalement, sans lâcher Potter du regard, Shacklebolt se saisit du parchemin posé devant lui et le rendit à son propriétaire.

"Merci, dit Potter, comme si on venait de lui passer le sel.
- Vous pouvez disposer", répondit Shacklebolt d'une voix calme.

Je ne l'avais jamais entendu utiliser cette formule pour mettre fin à un entretien. Je me demandai ce qu'il avait vu dans les yeux de Potter pour ressentir ainsi le besoin de nous rappeler ainsi son grade.

Une fois la porte du bureau refermée derrière nous, je fis remarquer :
"Ce sera quand même pratique quand on en aura tous une.
- C'est pas demain la veille, répliqua Potter. Celui qui fera changer d'avis un Weasley n'est pas encore né !"

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La semaine suivante, je compris d'où il tenait sa connaissance avancée de la psychologie Weasley.

J'avais envoyé Potter me chercher un document dans un autre service et j'expédiais un rapport urgent, juste avant d'aller déjeuner, quand la porte de la Ruche s'ouvrit. Je levai les yeux pour voir si c'était Potter qui revenait mais c'était une fille qui venait d'entrer. Elle était assez mignonne, rousse et elle portait une robe moldue qui mettait bien ses formes en valeur. Je dois avouer que même si je trouve ridicule d'adopter des habitudes moldues, la mode qui consiste à montrer les gambettes des filles me parait intéressante.

Elle balaya la salle des yeux, comme si elle cherchait quelqu'un et finalement repéra Bones qu'elle alla saluer et avec qui elle se mit à discuter familièrement. Soudain je me dis que depuis que je connaissais Potter, le nombre de personnes rousses que je croisais avait tendance à augmenter singulièrement. Or voici qu'une rouquine discutait avec une amie de Potter. J'étais prêt à parier que son patronyme commençait par W.

Finalement, Bones me montra du doigt avant de sortir, et la fille vint vers moi.
"Excusez-moi, dit-elle, j'ai rendez-vous pour déjeuner avec Harry Potter. Savez-vous où je peux le trouver ?
- Il va revenir dans une minute. Je vous en prie, installez-vous, dis-je en désignait une chaise vide.
- Merci beaucoup. Oh, ajouta-t-elle, je ne me suis pas présentée ! Je m'appelle Ginny Weasley."

Quelle surprise !

"Enchanté, mademoiselle Weasley. Je suis William Stratford.
- Ravie de faire votre connaissance", sourit-elle avant de s'installer sur la chaise que je lui avais indiquée.

Je m'éloignai un peu, tout en me demandant quelles étaient ses relations avec Potter. J'avais remarqué que ce dernier était très prude. J'avais devant lui fait une ou deux remarques admiratives sur de jolis petits lots que nous avions croisés dans la rue, mais il n'avait pas répondu et avait même piqué un fard.

Par ailleurs, quand il était la cible de sourires enjôleurs de la part de minettes qui le reconnaissaient, il évoquait plus le cervidé traqué que le coq conquérant. En fait, les seules filles qui ne l'embarrassaient pas étaient celles avec lesquelles il entretenait une relation asexuée comme Bones ou Granger.

L'invitée de Potter était arrivée depuis cinq minutes quand Morrito et Malefoy revinrent d'une mission à l'extérieur. Morrito se dirigea vers moi, manifestement pour me poser une question, mais alors qu'il ouvrait la bouche, nous entendîmes Malefoy saluer la jeune fille de l'autre côté de la cloison qui séparait le bureau devant lequel je stationnais de celui où elle était installée :

"Bonjour, jolie Ginny ! Tu es très en beauté aujourd'hui.
- Te fatigues pas Drago, répondit-elle calmement. Harry n'est pas encore arrivé."

La question de Morrito mourut sur ses lèvres. Nous nous regardâmes estomaqués.

"Allons, Ginny, de quoi parles-tu ?
- Comment va Kat, riposta-t-elle.
- Quelle Kat ? demanda-t-il.
- Je parle de la fille avec qui tu sors depuis des mois. Mon pauvre Drago, des pertes de mémoire à ton âge ! Je ne veux pas t'inquiéter, mais tu devrais peut-être voir un médicomage.

- C'est donc ça. Tu veux jouer au docteur avec moi ?
- C'est quoi ton âge mental, Draco ? Quatre ans ?
- Tu te crois drôle, Weasley ?
- C'est ton petit jeu qui ne l'est pas, soupira-t-elle.
- Tu t'inquiètes pour ton chéri, comme c'est touchant.
- Inquiétude n'est pas le mot. Consternation devant une tentative de provocation parfaitement ridicule serait plus proche de la vérité."

Je vis Morrito reculer doucement pour mieux voir la personne qui damnait si bien le pion à Malefoy. Son sourcil se souleva, signe qu'il était sensible au charme de la belle raisonneuse.

Il me fit signe de le suivre tandis qu'il s'éloignait discrètement du couple.
"C'est qui ? chuchota-t-il .
- Une Weasley", répondis-je sur le même ton, m'attirant le regard interrogatif de mon ancien coéquipier

A ce moment, la porte de la Ruche laissa passer Potter. Nous le regardâmes, curieux de voir quelle serait sa réaction. Quand il aperçut la visiteuse avec le blond à ses côtés, ses yeux se rétrécirent de mécontentement. Il commença par avancer résolument vers eux, mais il se maîtrisa et obliqua vers nous, le visage impénétrable.

Je fus quand même un peu déçu par son empire sur lui-même. Merde ! Mais qu'est-ce qu'il avait dans le pantalon pour ne pas réagir quand son ennemi drague sa copine sous son nez.

"Voilà, me dit-il en me tendant le document que je l'avais envoyé chercher. Je peux aller déjeuner ou tu as encore besoin de moi ?
- Merci, c'est bon, tu peux y aller."

Il alla alors rejoindre son invitée et annonça, sans jeter un seul regard à Malefoy :
"Quand tu veux, Ginny. Je suis prêt.
- J'arrive. Au revoir Drago", fit la rousse, sur un ton aimable, comme s'ils venaient d'avoir une conversation parfaitement anodine.

Et sans attendre sa réponse sa réponse, craignant sans doute une ultime provocation, elle se dirigea vers la porte. Cela n'empêcha pas Malefoy de lancer la flèche du Parthe :

"Tu vas te faire payer un repas Weasley ? Mais c'est vrai, toi tu rembourses en nature !"

Potter, qui avait suivi le mouvement de sa compagne, blêmit et amorça un demi-tour, mais la Weasley lui agrippa le bras et le traîna littéralement vers la sortie. Alors qu'ils passaient devant nous, nous entendîmes la fille siffler :
"N'entre pas dans son jeu !"

Une fois qu'ils eurent disparus, Morrito se tourna vers moi et me fit remarquer sotto vocce :

"B'en le Potter, il s'ennuie pas quand il rentre chez lui !"

Je révisai une fois de plus mon opinion sur Potter. C'est pas que les filles l'intéressaient pas. C'est juste qu'il était déjà casé et bien en main. Pas étonnant qu'il n'ose pas lever les yeux sur les minettes avec sa tigresse.

J'étais déjà sortie avec une rousse volcanique et elle était terriblement jalouse. Du genre à faire une scène terrible si j'osais mater une autre fille quand on était ensemble. Notre relation n'avait d'ailleurs pas duré longtemps car si j'évite de lever deux poulettes à la fois, j'estime qu'il n'y a pas de mal à se faire plaisir avec les yeux.

C'était quand même marrant de penser que le grand héros du monde sorcier, devant lequel tous nos criminels filaient doux, s'écrasait complètement devant sa petite amie !

oO§0§Oo


La semaine suivante, je décidai d'inviter Potter à prendre un verre avec moi après le boulot, histoire d'améliorer un peu nos relations. Il eut l'air un peu surpris quand je lui fis ma proposition, voire méfiant, mais accepta docilement. Sans doute, n'avait-il pas trouvé d'excuse valable pour décliner.

Je ne l'emmenai pas au Chaudron Baveur cette fois-ci, mais dans un troquet du Chemin de Traverse où j'ai mes habitudes. Le patron me salua quand nous arrivâmes, regarda mon compagnon avec stupéfaction, mais se resaisit rapidement et m'invita d'un geste à m'installer à ma table habituelle. Je remarquai que Potter faisait pivoter sa chaise pour tourner le dos aux autres clients.

Une fois nos consommations servies, une Bièraubeurre pour lui et un Whisky Pur Feu pour moi, j'engageai la conversation :
"Cela va faire près de quatre mois que tu es parmi nous, maintenant. Cela te plaît ? Cela correspond-il à l'idée que tu te faisais du boulot ?
- Oui, plus ou moins. Il y a beaucoup plus de paperasserie que je ne le pensais mais je comprends à quoi elle sert.
- Si tu as des remarques qui te viennent sur notre façon de travailler, tu peux me les faire, tu sais. Je ne mords pas.
- Vraiment ? C'est bon à savoir."

Hein ! Il faisait de l'humour là ? Il savait faire ? Je remarquai qu'il m'examinait au-dessus de sa chope. Peut-être me jaugeait-il. Je décidai de répondre dans le même registre :
"Et je n'ai jamais mangé personne non plus. Même les soirs de pleine lune."

Il haussa les sourcils, en me gratifiant d'un regard pénétrant. Hé, il ne croyait tout de même pas... Autant pour son sens de l'humour !
"Je plaisantais, précisai-je. Je ne suis pas un loup-garou.
- Je n'ai rien contre les loups-garous, me répondit-il avec force.
- Tu en connais ? demandais-je, un peu étonné de sa véhémence.
- J'en ai connu un. C'était un homme bien. Et l'un des meilleurs professeurs de défense que j'aie jamais eu." Son regard se fit triste. "Il est mort pendant la Bataille."

Ce n'était pas la première fois qu'il évoquait devant moi cet événement, mais les fois précédentes, c'était en passant et d'un ton neutre. Cela me fit drôle qu'il en parle avec autant de tristesse. Pour moi, c'est la fierté qui aurait dû prédominer, ou encore la haine pour son ennemi. Je remarquai que ses doigts s'étaient crispés autour de son verre. Il était temps de changer de sujet.

"L'autre jour, chez le savant fou, tu as dit que Flamel avait détruit la pierre philosophale et qu'il était mort. C'est vrai ou c'était du bluff ?
- Non, c'est vrai. Voldemort a essayé de la récupérer et a été à deux doigts d'y arriver bien qu'elle soit gardée à Poudlard. Alors Nicolas Flamel a préféré régler le problème une fois pour toutes."

J'aimerais bien qu'il arrête de prononcer le nom de Vous-Savez-Qui à tout bout de champ. C'est vrai, quoi ! C'est désagréable !

"Remarque, continuait Potter, je n'en sais que ce que Dumbledore a bien voulu m'en dire. Et il lui est arrivé de me mentir ou, du moins, de me cacher la vérité quand il pensait que c'était mieux pour moi.
- Tu as bien connu Dumbledore ?" demandais-je, avant de me rappeler que lui non plus n'avait pas survécu à la Bataille.
Il me gratifia d'un sourire triste avant de répondre à ma question :

"Pas tant que ça, finalement. Bien sûr, je lui ai parlé plus souvent que la plupart des étudiants de Poudlard, mais je ne peux pas dire que je le connaissais vraiment." Le sourire de Potter devint un peu amer. "Disons qu'il s'est donné beaucoup de mal pour m'amener là où je devais aller, en me cachant le plus de choses possibles pour ne pas que je m'inquiète. Le problème, c'est que les ennuis finissaient toujours par me rattraper, alors j'aurais préféré qu'il me fasse un peu plus confiance. Cela dit, je pense qu'il m'aimait bien."

J'avoue que je n'ai pas trop su quoi répondre à cette tirade. L'idée du Survivant manipulé par Dumbledore était un petit peu trop nouvelle pour moi.

Après un petit silence, ce fut lui qui enchaîna :
"Cela fait combien de temps que tu es Auror ?
- Dix-neuf ans."
Et puis, considérant qu'il avait accepté de me confier des éléments personnels, j'ajoutai :
"C'est Alastor Maugrey qui a été mon premier partenaire. A l'époque il n'avait pas encore son œil magique, précisais-je en tentant d'alléger l'atmosphère.
- Je sais, je l'ai vu dans la pensine de Dumbledore. C'était juste après la première guerre."

La pensine de Dumbledore ? Le vieux l'avait laissé voir dans sa pensine ? C'était assez intime, non ? Il devait le connaître plus que "pas tant que ça ". A moins que Potter ait regardé en douce, mais je l'imaginais difficilement faire un truc pareil. Bon, cela dit, Potter m'avait déjà surpris à plusieurs reprises.

Potter semblait se livrer à une profonde réflexion qui se révéla être du calcul mental :
"Cela doit être à peu près à cette époque que tu es devenu Auror, c'est ça ?
- Oui, c'est ça. La guerre était terminée depuis un an quand j'ai débarqué. Le ménage n'était pas encore fini. Il a duré plusieurs années. A la Bataille, on a perdu beaucoup de monde, mais au moins, la plupart des Mangemorts y ont été tués ou arrêtés..."

Je me tu, sentant que je m'étais aventuré en terrain glissant.

"C'était l'idée de Dumbledore, répondit-il. En finir une fois pour toute. C'est pour cela qu'il a fait en sorte de provoquer une bataille rangée. Je suppose qu'il espérait qu'il y aurait moins de morts. Enfin..."

Il secoua la tête, comme s'il voulait en chasser des pensées désagréables, puis reprit la parole :
"Ce matin, tu m'as dit que tu prenais deux semaines de vacances, pour Noël. Comment cela se passe ? Je me débrouille tout seul ou on me met en équipe avec quelqu'un d'autre.
- Ça dépend. En général Shacklebolt t'affecte en fonction des besoins, au jour le jour. Le plus souvent, tu travailleras avec d'autres personnes : soit en duo si leur partenaire est en vacances, soit en trio sur une affaire délicate. Comme tu es nouveau, le commandant te fera tourner au maximum pour tester ta compatibilité d'humeur avec les autres. Et toi, tu ne prends pas de vacances ?

- Peut-être la première semaine de janvier. Mon amie Ginny est encore en vacances et voudrait que je l'accompagne dans le Londres moldu pour visiter des expositions de peinture.
- Tu vas souvent dans le Londres moldu ?
- Cela m'arrive, oui. Au moins je peux m'y promener sans que tout le monde se retourne sur mon passage. Et puis Ginny a hérité de son père une passion pour les moldus. Mais elle c'est la création artistique plutôt que la technique qui l'attire.
- Tu connais des Moldus ?", demandais-je.

Le samedi précédent, j'avais visité la cathédrale Saint-Paul avec Christina. Je ne lui avais pas donné d'autres rendez-vous car j'allais me rendre dans ma famille pour les fêtes et quand nous avions évoqué de nous revoir en janvier, j'avais bien senti qu'il était bizarre de ma part de ne pas pouvoir lui donner de coordonnées où elle pourrait me joindre. Je me demandais donc comment Potter s'y prenait.

"Oui, me répondit-il, je vois régulièrement les parents de mon amie Hermione.
- Mais ils savent que tu es sorcier ?
- Bien sûr.
- Tu ne fréquentes pas de Moldus qui ignorent tout de toi ?
- Non, cela ne s'est pas trouvé."
Merde !

"Et toi ? me demanda Potter à son tour.
- Pas vraiment. Mais je ne vois pas comment cela serait possible. Cela doit être compliqué si on ne peut pas dire où on habite ou donner un numéro de télé... machin.
- Téléphone. Ce n'est pas si difficile. Il suffit de prendre un téléphone portable. Tu sais, on en a utilisé, pendant la guerre quand les hiboux se perdaient et que le réseau de cheminées n'était plus fiable. Les Aurors devaient en avoir, non ?"

Mais oui, que je suis bête ! Je n'en avais pas eu personnellement, mais plusieurs de mes collègues en avaient été dotés. Par contre, je ne savais pas comment en acquérir pour mon usage personnel.
"Tu crois que l'on peut en acheter comme cela ? demandai-je.
- Euh... Cela doit être un peu compliqué quand même. Je demanderai à Hermione, si cela t'intéresse. Elle doit être au courant de ce genre de choses.
- Si tu en as l'occasion... dis-je d'un ton que j'espérais indifférent. Et que fais-tu pour Noël ?
- Je pense le passer en famille. Et toi ?
- Moi aussi."

J'ignorais que Potter avait une famille. Tous les Potter avaient été tués pendant la première guerre, non ? Peut-être retrouverait-il la famille moldue qui l'avait élevé ? Mais il ne l'avait pas mentionnée tout à l'heure. Parlait-il de la famille de sa copine, les Weasley ? Je me demandai soudain où il habitait. Vivait-il seul ou en couple. Avait-il une maison ? Le manoir ancestral de sa famille avait été détruit mais il devait avoir les moyens de s'acheter une demeure.

Il avait fini sa bière et moi mon Whisky. Pour une première conversation privée, on ne s'en était pas trop mal sortis. Je posai sur la table le montant de ma consommation. Il en fit autant et me suivit dehors. Nous nous rendîmes de concert à la Halle aux Poudres (1).

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Mes parents m'avaient invité à passer Noël et le jour de l'an avec eux et ils avaient tellement insisté que j'avais accepté, malgré la certitude de le regretter.

Suite à une divergence d'opinion à ma sortie de Poudlard, nous ne nous étions pas vus pendant de longues années. Cela faisait un moment que nous nous étions plus ou moins réconciliés mais nos relations restaient empreintes de méfiance. Nous continuions à éviter certains sujets de conversations. Mon métier, par exemple. Bon je n'allais pas leur parler de mes petites amies et on n'avait pas vraiment les mêmes lectures. Du coup, les conversations étaient un peu laborieuses.

Après une longue journée à écouter les monologues de mon père sur le résultat des ventes de la petite distillerie, dont j'aurais dû reprendre la direction si je m'étais montré un fils respectueux et obéissant, j'eus le plaisir de voir arriver ma sœur, son mari et leurs deux moutards. Le mari de Gwen, est parfaitement inintéressant, mais a une grande qualité : il a accepté avec enthousiasme la fonction d'héritier que j'avais décliné et occupe en ce moment le poste de sous-directeur dans l'entreprise familiale. C'est à lui que je dois le douteux privilège d'avoir renoué des liens, certes distendus, avec ma famille.

J'aime également beaucoup revoir ma sœur. Outre l'excellent choix matrimonial qu'elle a fait, elle arrive à faire dévier les comptes rendus commerciaux de mon père vers d'autres sujets de conversation. Les exploits dont ses gosses sont les héros, par exemple. C'est tout aussi ennuyeux, mais au moins, ma situation de célibataire sans enfant me dispense de participer.

Je ne peux pas dire que j'ai de relations très suivies avec mes neveux. De toute façon, quelles relations peut-on avoir avec des mioches ? Je sais que certains s'extasient sur les mouflets, leur innocence, leur regard neuf et émerveillé sur le monde. Les souvenirs de mon enfance n'étaient ni émerveillés ni innocents. C'était la guerre, les affaires marchaient mal, ce qui n'arrangeait pas le caractère de mon père, et déjà j'avais l'impression qu'il ne serait jamais satisfait du fils que j'étais pour lui.

Maintenant que je suis adulte, je me rends bien compte que mon père m'aimait sans doute et qu'il était, à l'époque, assez satisfait de moi. Mais il n'était pas dans ses façons de l'exprimer, voilà tout. Etant gamin, j'en avais assez souffert, mais je comprends mon père désormais : moi-même je n'aime pas dévoiler mes sentiments.

Sur l'insistance de ma mère, mon neveu Titus, qui venait d'atteindre ses onze ans, raconta son entrée à Poudlard. Ses récits me rappelèrent ma scolarité et j'avoue que je pris plaisir à l'écouter évoquer la grande salle et son plafond changeant, les cachots où se déroulaient toujours les cours de potions, la sobre salle commune des Serpentards et la sempiternelle course aux points. Il semblait avoir eu de bonnes notes en vol et désiraient avoir son propre balai pour s'entraîner et présenter sa candidature au poste de batteur qui se libérerait l'année suivante.

Pour échapper aux discussions insipides, je me promenais l'après-midi dans la campagne environnante. Titus, qui avait passé l'âge de rester dans les jupes de sa mère, exprima son désir de sortir du manoir et ma sœur me demanda de bien vouloir surveiller son rejeton. Je crois que l'intéressé eu, concernant cette idée, autant de réserves que moi, mais c'était le seul moyen pour lui d'échapper à ses parents alors il y souscrivit. Je n'eus pas le cœur de le décevoir et je donnai également mon accord.

Heureusement, il n'était pas très bavard et une fois que nous eûmes convenu qu'il devait s'arranger pour être toujours à porté de vue et de voix, je le laissai à ses jeux et il s'arrangea pour me suivre dans mes pérégrinations, sans me déranger.

Deux jours plus tard, il découvrit un balai neuf et une batte de Quidditch au pied du sapin et n'eut de cesse de les essayer. Je m'offris pour lui servir d'entraîneur, bravant les menaces d'engelures et de pneumonie que nous opposaient ma mère et ma sœur. Quand, croulant sous les écharpes, bonnets et autres attributs en laine que nous avions enfilés pour avoir la paix, nous débouchâmes dans la cour enneigée où voletaient quelques flocons, nous avons échangé un regard complice. Quelle idée de rester enfermés par un temps pareil !

Il avait récupéré un vieux ballon dans le coffre à jouet du grenier et je l'enchantai pour lui donner un comportement digne d'un cognard. Pour un débutant il ne se débrouillait pas trop mal et il ne faillit m'éborgner que deux fois. Notre amitié fut définitivement scellée quand je fis discrètement disparaître la potion amère que sa mère voulut de toute force lui faire ingurgiter quand nous rentrâmes.

Le lendemain, il resta près de moi quand j'entrepris de me promener et me demanda de lui raconter comment c'était d'être Auror. Je lui fis un condensé de mes missions les plus périlleuses. A le voir m'écouter les yeux écarquillés, la bouche à moitié ouverte, je compris mieux ce que les adultes aiment tant chez les enfants : leur formidable capacité à nous regarder béats d'admiration.

Pour conclure je lui dis :
"Si tu me promets de ne le répéter à personne, je vais te dire un grand secret.
- Un secret ? Salamandre et vipère, couleuvre et orvet, que je sois empoisonné, si je viole le secret !"

Cette vieille formule était-elle donc encore en vigueur dans les dortoirs de Serpentard ? Je fis la réponse appropriée :
"Par le venin de l'aspic et les anneaux du python, le serpent sera vengé, si tu révèle le secret !"

En miroir, nous traçâmes avec nos doigts le signe cabalistique qui devait sceller cet engagement.

"Et bien voilà, depuis la rentrée j'ai un nouveau coéquipier qui travaille avec moi. Et tu sais comment il s'appelle ? Harry Potter !
- C'est pas vrai !
- Salamandre et vipère, couleuvre et orvet, que je sois empoisonné, si je mens à cet instant !"

Nouveau signe cabalistique.

"Ça doit être génial ! Il est comment ?
- Un peu comme sur les photos de lui qu'on a vu dans la Gazette, sauf qu'il a les cheveux plus courts maintenant et que ses lunettes sont plus petites.
- Oh, je sais, il y a un grand de Serdaigle qui a eu sa carte de Chocogrenouille. Il la montre à tous ceux qui lui donnent des bonbons.
- Sinon, il est assez sympa, mais il ne parle pas beaucoup. Et bien sûr il est très fort en Duel.
- Toi aussi, Oncle William, tu dois être fort non ? Maman m'a dit que tu étais à la Bataille du Survivant."

Je n'avais pas évoqué cet épisode précédemment car pour moi ce n'était pas un très bon souvenir. Mon partenaire, avec qui je m'entendais très bien, y avait laissé sa peau et je me reprochais toujours le moment d'inattention de ma part qui l'avait laissé face à un mangemort plus expérimenté et plus retors que lui.

"Fort, je ne sais pas. C'était une question de chance, tu sais. Et c'était beaucoup moins glorieux que ce que les journaux ont dû en raconter."

Il parut comprendre ma réticence et changea de sujet.

"Ça doit être bien de travailler avec quelqu'un d'aussi célèbre.
- Bof, au bout d'un moment, ce n'est pas très drôle quand les gens se retournent sur toi dans la rue ou se mettent à bégayer quand tu leur adresses la parole. Cela dit, c'est des fois pratique quand on veut impressionner quelqu'un. Dès qu'il sort sa baguette, personne n'est assez fou pour résister.
- Ça doit être quelque chose ! s'exclama mon neveu.

- Ah, j'ai oublié de te dire, il est très bon au Quidditch. Il fait partie de l'équipe des Aurors. Il est attrapeur.
- Oui, c'est une légende vivante à Poudlard. Il n'a perdu qu'un seul match en sept ans, il paraît.
- Je l'ai vu voler, il est fantastique. Cela m'étonne qu'il ait pu perdre un seul match.
- Il est tombé de son balai pendant un match contre Poufsouffle. Certains disent qu'il n'a pas accepté sa défaite et que c'est pour cela que l'attrapeur de l'époque, Diggory, est mort.
- Qui raconte de pareilles conneries ?
- Certains vieux de Serpentard, quelques Poufsouffles aussi.
- C'est la rumeur la plus débile que j'ai jamais entendu ! "

Le gamin me regarda d'un drôle d'air et je réalisai que j'avais élevé la voix.
"Excuse-moi, dis-je un ton plus bas, mais c'est quand même malheureux qu'il fasse l'objet de malveillance de ce genre."

Titus hocha la tête, manifestement pas très convaincu.

"Si tu veux, lui proposais-je pour me faire pardonner mon éclat de voix, je peux t'emmener voir une séance d'entraînement de notre équipe pendant tes prochaines vacances. Ou même un vrai match, s'il y en a un qui tombe au bon moment.
- C'est vrai, tu ferais ça ?"

Je ne pensais pas que cela pourrait lui faire autant plaisir. Mais voyant son air ravi, je décidai de faire mon possible pour tenir ma promesse.

"Dans la mesure du possible, oui. Mais à plusieurs conditions."

Je vis le gamin se rembrunir. Sans doute, suspectait-il une embrouille.

"La première c'est que ta mère accepte de te confier à moi quelques heures ou une journée. La seconde c'est que tu n'essaies pas de parler à Potter ni d'avoir un autographe. Il déteste ça. D'accord ?
- Ma mère ne voudra jamais, dit-il soudain dégrisé.
- Je lui parlerai."

Pour le réveillon du Jour de l'an, le père du gamin avait amené des feuxfous Fuseboum. Cela consistait en une série de parchemin sur lesquels étaient dessinés divers motifs. Il y en avait même un, vierge, sur lequel mon beau-frère inscrivit "Bonne Année Titus et Octave".

Une fois la nuit tombée, tout le monde se rendit dans le jardin. Je passai au mari de Gwen les parchemins dans l'ordre qu'il avait déterminé, et il les activait en prononçant "Spero ignis". Le dessin choisi explosait alors dans le ciel en fulgurances multicolores. Etoiles, trèfles à quatre feuilles et chiffres indiquant l'ancienne et la nouvelle année nous souhaitèrent plein de joie et de bonheur pour l'an à venir. La phrase inscrite par nos soins clôtura le spectacle. Les gamins adorèrent. C'est vrai que c'était pas mal. Dommage qu'on n'ait pas eu ça de mon temps !

Le premier janvier au soir, je leur fis à tous mes adieux car je devais finir mes vacances chez un de mes amis. Alors que je saluais l'aîné de mes neveux, il me glissa qu'il m'écrirait de Poudlard.

Etrangement, cela me fit plaisir.


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(1) : La Halle aux Poudres du Chemin de Traverse et la Grand Halle aux Cheminées de Pré-au-Lard sont des bâtiments dans lesquels se trouvent des cheminées publiques qui permettent de rallier ou de quitter ces lieux. On y trouve également des guichets où l'on peut acheter des petits sachets de poudre pour se rendre où l'on désire. J'ai emprunté ce concept à Thaele Ellia qui nous met en scène ce lieu dans le chapitre 6 de Max. Les noms attribués à ces lieux ont été proposés par Fenice.
Retour de vacances by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*





Je repris le travail le lundi de la seconde semaine de janvier. Je croisai Shacklebolt qui avait retardé ses propres vacances de quelques heures pour me mettre au courant et me confier les rênes du commandement. En effet, du fait de la seconde guerre et des départs à la retraite, je me retrouvais le plus ancien Auror en activité, et il me revenait le contestable privilège d'assurer l'intérim quand Shacklebolt était absent.

J'avais assuré cette fonction les mois qui avaient suivi la Bataille, suite au décès de notre commandant de l'époque. Cette période m'avait convaincu que je préférais largement le terrain à l'administratif. J'avais donc été assez satisfait quand Shacklebolt avait obtenu le poste. Par contre, il avait réussi à me convaincre de tenir la barre quand il était en vacances.

Il partit en milieu de matinée, m'assurant avec un grand sourire hypocrite que tout irait bien. Je passai une heure supplémentaire à faire le tour de la montagne de parchemins qu'il m'avait laissée. Il était sans doute déjà arrivé dans les îles paradisiaques où il était parti se prélasser avec Tonks, sa compagne depuis deux ans, quand je repérai un détail troublant. Il avait prévu les affectations de toutes les équipes pour les deux semaines suivantes, sauf pour Potter. Or, selon le tableau des vacances, ce dernier revenait travailler dès le lendemain.

Je maudis Shacklebolt ainsi que sa descendance jusqu'à la onzième génération, tout en demandant mentalement pardon à Tonks de la mêler ainsi à une affaire qui ne la concernait pas. C'était bien le genre de notre commandant, ça, de me laisser me dépatouiller avec celui qu'il m'avait fourré dans les pattes.

Qu'étais-je censé faire ? Faire tourner Potter au gré des besoins de dernière minute, ou le garder avec moi pour lui apprendre les subtilités du commandement ? Parce qu'il ne faisait aucun doute que Potter ne resterait pas toute sa vie Auror de base. Dès qu'il aurait acquis un peu d'expérience, on lui donnerait des opérations d'envergure à mener, puis il finirait commandant.

Mais n'était-il pas un peu tôt pour le préparer à son glorieux avenir ? N'allait-il pas attraper la grosse tête s'il se voyait dérouler le tapis rouge à peine arrivé ? Il y a deux mois, j'aurais répondu par l'affirmative et je l'aurais envoyé avec délectation surveiller les gobelins en goguette à Pré-au-Lard. Mais maintenant que je le connaissais davantage, je devais bien reconnaître que la vanité ne faisait pas partie de ses défauts. Compte tenu de ses exploits passés, il adoptait un profil étonnamment bas.

Ce n'était pas le seul élément à prendre en compte. Il ne fallait pas non plus froisser la susceptibilité des Aurors qui étaient en poste depuis de longues années en faisant passer devant eux un petit jeune, certes aux références impressionnantes, mais qui ne s'était pas encore fait remarquer au sein du service. J'imaginais déjà les réflexions de Malefoy si Potter semblait bénéficier d'un régime de faveur avant d'avoir fait ses preuves. Non, décidément, je n'enviais pas la place de Shacklebolt.

Mais alors, pourquoi me suggérait-il tacitement de l'initier à ses probables futures fonctions ? Pour un brave petit Serpentard comme moi, la réponse était évidente : il me laissait le soin de prendre la température. Si cela se passait mal, il pourrait faire machine arrière sans se déjuger. Je me demandais à quoi avait pensé le Choixpeau en envoyant ce Machiavel à Serdaigle.

Mais cela faisait longtemps que j'avais une théorie à ce sujet. Ce n'est pas seulement les aptitudes de chacun qui déterminaient notre répartition à Poudlard, mais notre capacité à accepter la maison dans laquelle nous allions passer notre scolarité. Or, il était rare que des élèves n'ayant pas de parents serpentards acceptent de gaieté de cœur d'endosser la livrée verte et argent. C'était dommage car nous y perdions de bons éléments et concentrions chez nous ceux qui faisaient le moins honneur à notre maison, entretenant ainsi un cercle vicieux.

Je décidai de couper la poire en deux. Je mettrai Potter en renfort en cas de besoin, mais je l'installerai avec moi dans le bureau du commandant pour qu'il me voie travailler et qu'il puisse m'assister dans les tâches les plus simples.

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C'est ainsi qu'il passa la semaine assis à la table que je lui avais fait apparaître dans un coin de la pièce encombrée où je remplissais mes fonctions d'intérim. Le premier jour, je lui fis rédiger un rapport dans lequel il devait expliquer tout ce qu'il avait appris en travaillant avec des équipes différentes lors de la semaine où il s'était retrouvé sans moi.

Ensuite, je lui fis déchiffrer les rapports que me remettaient nos collègues avec pour tâche de m'en signaler les points importants et d'en faire la synthèse écrite pour que Shacklebolt puisse à son retour prendre rapidement connaissance de ce qui s'était passé en son absence.

Le troisième jour, je trouvai dans le courrier une lettre anonyme qui accusait notre ancien Ministre d'avoir détourné des sommes importantes des caisses du Ministère.

J'allai donc ouvrir le coffre scellé qui contenait tous les dossiers tenus secrets et vérifiai que nous n'avions pas enquêté sur Fudge auparavant. Potter me regardait faire de son coin avec curiosité.

"Certains dossiers, lui expliquai-je, ne sont pas en libre service comme les autres, pour des raisons de sécurité ou de politique. Quand un Auror a besoin d'un renseignement sur une personnalité ou un événement sensible, il en parle au commandant qui regarde ce qu'il a et qui lui communique ensuite ce qu'il juge bon. Tiens, puisque tu es là, regarde si tu ne vois aucun parchemin au nom de Fudge."

Il entreprit de m'aider à trier la centaine de rouleaux qui se trouvaient dans le coffre. Shacklebolt devait en connaître le contenu et savoir où chercher, mais ce n'était pas mon cas. Il nous fallut donc déchiffrer rouleau après rouleau le nom inscrit dessus, avant de mettre de côté ceux qui ne nous intéressaient pas et d'en piocher un autre.

Quand finalement, je finis par mettre la main sur ce que nous recherchions, la quasi-totalité du coffre était maintenant éparpillée par terre. Alors que je m'apprêtais à tout ranger, tout en me disant que le classement n'était pas le fort de Shacklebolt, je constatai que Potter semblait figé. Je suivis son regard et vis qu'il fixait les volumes reliés qui garnissaient le fond de la malle. Je compris son intérêt en constatant que le tiers de la vingtaine de manuscrits en question portaient son nom.

"C'est la gloire, Potter !" tentai-je de plaisanter.

Mais il ne sembla pas m'entendre et d'un geste très lent, tendit les doigts vers l'un des volumes. J'allais lui dire qu'il devrait attendre d'être commandant pour les consulter quand je notai que ce n'étaient pas ceux qui se rapportaient à lui qui l'intéressaient, mais les autres, dont le titre était Tom Elvis Jedusor.

Je savais de qui il s'agissait, et c'est comme hypnotisé que je suivis le trajet de sa main. Finalement, il s'arrêta juste avant de toucher le manuscrit. Et il ramena son bras vers lui, d'un geste las.

"Tu sais qui c'est ? demandai-je inutilement.
- Oui, je l'ai rencontré quand il portait encore ce nom. Enfin, c'était une sorte de fantôme de ce qu'il avait été, m'expliqua-t-il lentement. Déjà meurtrier et mégalomane", conclut-il avec dégoût.

Je le regardai avec étonnement, sans oser reprendre la parole. Finalement, il secoua la tête, comme pour sortir de la transe où il était plongé. Ce fut seulement à cet instant qu'il parut noter à quel point il intéressait notre service. Il haussa les sourcils et s'écria :
"Vous avez tout ça sur moi ?
- Il semble que tu aies eu une vie mouvementée", répliquai-je.

Il compta les manuscrits portant son nom :
"Vous avez trouvé de quoi remplir sept volumes, s'étonna-t-il d'une voix incrédule. Mais qu'est ce que vous avez mis là-dedans ?
- Aucune idée", répondis-je sincèrement.
Les moments où j'avais exercé la fonction de commandant ne m'avaient jamais laissé le temps de me plonger dans les archives.
"De toute façon, énonça-t-il d'un ton brusque, je parie que la moitié raconte n'importe quoi."

Je me remémorai les rumeurs qui couraient sur lui à Poudlard et que m'avait rapportées mon neveu. Oui, il n'avait sans doute pas tort.

Il eut de nouveau ce mouvement brusque de la tête avec lequel il éloignait les pensées indésirables et entreprit de remettre les parchemins épars dans le coffre. J'en fis autant et c'est en silence qu'il m'aida à remettre la malle en place.

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Ce n'est qu'au cours de la seconde semaine que j'eus besoin de lui sur le terrain. Il sembla soulagé d'y retourner. Et oui mon grand, on ne fait pas toujours ce que l'on veut dans la vie !

Les deux semaines de mon commandement étaient presque écoulées quand j'entrepris de demander à Potter s'il était effectivement allé voir de l'art moldu pendant ses vacances.
"Oh oui ! répondit-il, comme s'il en avait vu plus qu'il ne le souhaitait. Je suis maintenait incollable sur les impressionnistes."

S'il espérait m'impressionner avec ça !

"Au fait, j'avais oublié ! continua-t-il et en faisant dévier la conversation exactement comme je l'espérais. J'ai demandé à Hermione pour le téléphone portable. Elle m'a dit que si cela t'intéressait, elle t'expliquerait tout cela directement. Elle a proposé de te rencontrer à l'heure du déjeuner. Quand serais-tu libre ?"

Je supposais que Shacklebolt ne me lâcherait pas le jour de son retour...
"Mardi prochain, proposais-je.
- Très bien, je vais lui demander si c'est d'accord pour elle."

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Je n'avais pas cherché à joindre Christina en rentrant de vacances car remplacer le commandant me paraissait déjà suffisant pour cette quinzaine. En plus, je voulais résoudre cette histoire de télémachin avant de la revoir.

Mes deux semaines de vacances m'avaient donné le loisir de réfléchir sur la relation que j'entretenais avec cette femme. Bien entendu, il était hors de question que j'aie une aventure avec elle. Certes, elle était mignonne et sympathique, mais c'était une moldue.

Par contre, mes quelques incursions dans le monde non-sorcier avaient éveillé ma curiosité. C'était très différent de ce que je pensais, et j'avais bien l'intention de continuer à l'explorer. Or j'avais trouvé un guide érudit auprès duquel ma couverture de bouseux étranger était bien établie. C'était dommage de ne pas en profiter.

Pour limiter mes risques de bourdes, j'avais commencé à me documenter sur le monde moldu. J'avais été étonné de trouver si peu de livres consacrés à la question. Mis à part les manuels commandés pour les élèves de Poudlard suivant le cours d'Etude des moldus, il n'y avait pas grand chose d'autre chez les libraires du chemin de Traverse. Peut-être devrais-je adopter la méthode Potter et acheter carrément des romans non-sorciers !

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Comme prévu, je rencontrai l'amie de Potter à l'heure du repas, à la cafétéria du Ministère. Je n'aime pas trop y aller, mais je n'étais pas venu pour la gastronomie. Potter assistait au déjeuner, ainsi que Ron Weasley, le mari de Granger.

J'appris que ce dernier travaillait au département des Sports et jeux magiques, et que la brunette faisait de la recherche au département des Mystères. Après les généralités d'usage, Potter orienta le sujet sur ma question et j'eus droit à une explication détaillée sur l'installation et l'utilisation des "téléphones cellulaires". Cela me parut effroyablement compliqué.

"Il n'y a pas un équivalent plus simple ? demandai-je, un peu démotivé.
- Tout dépend ce que vous voulez faire, répondit finement Granger.
- J'ai un correspondant moldu, qui croit que j'habite à Londres. Mais je ne peux donner ni adresse ni manière de me joindre. Je pense qu'il va trouver cela bizarre au bout d'un moment."

La jeune femme me regarda intensément. Je commençais à craindre qu'elle ne m'accuse de travestir la vérité, quand elle s'exclama :
"Mais oui, bien sûr, voilà ce qu'il faut mettre en place !"

Je regardais du côté de Potter et Weasley, mais ils ne semblaient pas troublés par l'enthousiasme incongru de notre interlocutrice. Weasley ingurgitait sans état d'âme un tas vert tremblotant qui lui avait été vendu sous le nom de "purée à la romaine" tandis que Potter semblait se demander s'il était prudent de finir la chose rose, censée être de la dinde, réfugiée dans un coin de son assiette. Cependant, la brunette n'avait besoin d'aucun encouragement :

"Pour favoriser les relations avec les Moldus, il faudrait mettre en place tout un système d'adresses, de numéros de téléphone et même de poste restante. Et prendre des abonnements téléphoniques qu'on donnerait clé-en-main aux sorciers qui en ont besoin. Et des adresses courriel aussi... Oui, et avec des bornes interactives à Pré-au-Lard et sur le Chemin de Traverse. Enfin, un peu en retrait pour éviter le brouillage par les ondes magiques. Oh, il faut absolument que j'en parle à Griselda !"

Griselda ? Elle parlait de Griselda Marchebanck, notre Ministre depuis deux ans ? Granger la connaissait suffisamment pour l'appeler par son petit nom ? Ne me dites pas qu'elles ont été ensemble à Poudlard, elles doivent avoir près de cent cinquante ans d'écart !

"Bonne idée, ma chérie", l'encouragea son époux, un peu mécaniquement, toutefois.

J'étais heureux de constater que je n'étais pas le seul à être largué.

"Et pour Stratford ? interrogea Potter, rappelant obligeamment l'objet de notre conversation à l'illuminée.
- Le mieux est que je prenne l'abonnement pour vous, répondit la brunette à mon intention. Quand ce sera fait, je vous transmettrai l'appareil et le mode d'emploi. Tiens, il me semble avoir encore une de ces notices d'information qui avaient été diffusées pendant la guerre. Je vous la donnerai."

Je la remerciai et la conversation dévia vers la difficulté pour les elfes de maison, qui avaient demandé leur libération en vertu du récent Statut des Elfes, de se trouver un emploi rémunéré. Cela semblait désoler Granger qui avait espéré que davantage de "créatures soumises à cet odieux esclavage" profitent des dispositions de la loi pour prendre leur autonomie. L'écoutant d'une oreille distraite, je me demandais quel allait être l'objet de ma prochaine visite touristique dans le Londres moldu.

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Trois jours plus tard, Thomas et Abbot apostrophèrent gaiement Potter :

"Eh, Harry ! Il y a ta fiancée qui chante au Pavillon des Magiciens le mois prochain. Tu pourrais nous avoir des places ?
- Pas de problème, répondit plaisamment Potter. Présentez-vous de ma part à l'entrée, je suis sûr qu'ils vous laisseront passer."
Thomas et Abbot éclatèrent de rire, puis allèrent rejoindre leur équipier respectif.

"C'est quoi cette histoire ? demandais-je intrigué.
- Oh, ça ! Tu connais Elektra Decibelle, la chanteuse ?
- Non.
- Eh bien, moi non plus jusqu'à ce qu'elle donne une interview dans Sorcière Hebdo, dans laquelle elle révélait ses fiançailles avec moi. Depuis, mes copains me charrient dessus."

Cela me rappelait quelque chose finalement. A cette époque, j'étais avec une chouette fille, Mathilda, qui était une fervente lectrice de Sorcière Hebdo. Elle avait d'ailleurs tendance à les oublier dans mon appartement et j'avais ainsi constaté que le papier de ce périodique est très efficace pour allumer un feu.


Une de ses habitudes que j'appréciais le moins chez elle consistait à me lire tout haut les articles de ce magazine qu'elle trouvait intéressants. Mais hélas, nos centres d'intérêt en la matière coïncidaient rarement. Heureusement, elle compensait ce défaut par une voix sublime sur laquelle je me concentrais quand elle me débitait ses inepties. Je lui pardonnais cependant ce petit travers car réveiller sur l'air des Plumes enchantées de Margarito Chanteclerc est une pure merveille.

On était restés près de deux ans ensemble. Nous le serions peut-être toujours si ne n'avais pas fini par remarquer le regard à la fois nostalgique et avide avec lequel elle fixait les bébés que nous croisions dans la rue. Ce regard qui indique à tout célibataire endurci, et qui compte bien le rester, qu'il est temps de mettre les voiles s'il ne veut pas renoncer à sa liberté et à ses nuits tranquilles.

Cela faisait donc six mois que j'étais de nouveau célibataire. J'avais bien eu une ou deux touches, mais cela n'avait pas débouché sur davantage que quelques nuits agréables. Enfin, c'était toujours ça de pris.

D'ailleurs, à ce propos :
"Et ta copine, qu'est-ce qu'elle en a dit ?
- Elle, ça va encore, elle a tout de suite compris que c'était du flan. Certains membres de sa famille par contre, ont moins apprécié."

Je savais qu'il y avait beaucoup de Weasley, mais je ne m'étais jamais donné la peine de les dénombrer. Maintenant que je connaissais Potter, j'avais l'impression que cela manquait à ma culture générale.

"Les membres de sa famille, ils sont nombreux ?
- Et bien, commença-t-il en comptant sur ses doigts, rien qu'au Ministère, nous avons Percy qui travaille au Département de la coopération internationale ainsi que Ron et Hermione que tu connais, ce qui fait déjà trois. Et en dehors, nous avons Bill qui travaille pour la banque Gringotts ainsi que son épouse Fleur. Sans compter Fred et George, les jumeaux que tu as déjà rencontrés. Ginny est la petite dernière. Et il y a Molly, bien sûr, la mère de tout ce beau monde. Percy est marié à Pénélope, ils ont un enfant. Bill et Fleur en ont deux. Ce qui nous fait, euh… treize Weasley en tout. Arthur, le père de Ginny et Charlie, un de ses frères, nous ont quitté pendant la guerre."

Impressionnant ! Pas étonnant que Potter se sente obligé de se tenir à carreau !

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Ce ne fut que le lundi suivant que Potter arriva avec une petite boite pleine de boutons et la notice explicative. Granger avait ajouté un parchemin avec des explications simplifiées qu'elle avait rédigées de sa main. Manifestement, elle avait l'habitude d'être entourées de personnes qui ne comprenaient rien aux concepts qu'elle maniait pour sa part avec facilité.

Elle m'indiquait en outre l'emplacement de "prises" au Ministère pour recharger les "batteries" de l'appareil. Ce dispositif avait été installé lors de la dernière guerre quand la mainmise des mangemorts sur les réseaux de communication nous avait incité à utiliser des moyens moldus. Je constatai avec satisfaction qu'une de ces prises avait été installée tout à côté de la Ruche.

Il me fallut trois bonnes heures pour comprendre vaguement comment utiliser les fonctions de base. Je décidais de m'en tenir au strict minimum : appeler (je devrais y arriver), répondre à un appel (facile), bloquer la sonnerie (indispensable), écouter un message (un jour, j'y arriverai).

Je réfléchis soigneusement à ce que j'allais dire à Christina et étudiais une dernière fois les notes de Granger. Elle avait poussé le perfectionnisme jusqu'à indiquer les formules usuelles utilisées au téléphone pour que je ne sois pas dérouté. Elle avait même prévu le cas où je composerais un faux numéro. Elle me prenait pour Potter ou quoi ?

On était déjà mercredi soir quand je respirai un grand coup et tapai soigneusement la composition de chiffres écrite sur la carte de visite que ma petite bijoutière m'avait donnée.

"492 5678, Christina Fallen à l'appareil, me répondit une voix douce.
- Bonjour, ici William Stratford. Comment allez-vous ?
- William ! C'est vous !?"

Je compris à sa voix qu'elle était surprise de m'entendre. Par contre, difficile de déterminer si elle en était contente ou non.

"Eh bien je suis de nouveau sur Londres. Je pensais me promener samedi ou dimanche. Seriez-vous libre ce week-end ?
- Je ne sais pas... Puis-je vous rappeler demain ?
- Euh, oui, si vous voulez, répondis-je un peu décontenancé.
- Bien, quel est votre numéro ?
- Euh... 066 9345, la renseignai-je attrapant précipitamment le papier sur lequel c'était noté.
- Parfait, je vous rappelle, disons, demain soir.
- Très bien
- A demain"

Et elle raccrocha. Je fis de même, en sueur. Drôlement dur de parler à quelqu'un sans le voir. Je préférais de beaucoup les conversations par cheminée.

Je ne me sentais pas très à l'aise. Il me fallut une bonne demi-heure et deux whiskies pour mettre le doigt sur ce qui me perturbait à ce point : je m'étais attendu à ce qu'elle accepte d'emblée. C'était idiot de ma part. Elle avait ses amis, ses occupations, et je ne l'avais pas contactée depuis un bon mois. Pourquoi aurait-elle réservé son week-end pour moi ?

Et puis si ça se trouve, cela ne lui disait rien de sortir avec moi, et c'était pour se donner le temps de la réflexion qu'elle avait remis sa réponse au lendemain. Cette idée ne me plut pas du tout. Mais en même temps, pourquoi m'en faire à ce sujet ? Je pouvais bien visiter Londres tout seul et demander à un sorcier d'origine moldu de ma connaissance de m'expliquer ce que je ne comprenais pas.

J'étais d'assez mauvaise humeur quand je me couchai.

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Le lendemain, mon humeur ne s'était pas améliorée et je surpris à plusieurs reprises Potter lever les yeux au ciel, visiblement exaspéré. Heureusement, il était prévu que nous ferions des visites de courtoisie à des petits trafiquants et je pus me défouler un peu en perquisitionnant leurs chambres minables. Je dois avouer que l'imperturbable Potter fut plus efficace que moi car ce fut lui qui découvrit leurs caches.

Quoiqu'il en soit, je décidais de rentrer tôt. Mais finalement ce ne fut pas une bonne idée, car loin de la Ruche et de son activité, je n'eus plus de dérivatif pour oublier cet appel téléphonique que j'attendais avec une nervosité malvenue.

Dix fois de suite, je vérifiai qu'elle n'avait pas appelé pendant la journée et laissé un message. Au moins, cette complexe opération ne recelait plus de secrets pour moi. Je balançai finalement le téléphone sur mon canapé et je m'occupai en me concoctant une petite potion maison anti gueule de bois, mon stock étant parvenu à sa fin durant mes vacances. La sonnerie soudaine de ce maudit appareil qui me fit sursauter et je versai malencontreusement la moitié de ma fiole de graines de coquelicot dans mon chaudron. Heureusement qu'elle n'avait pas appelé une minute plus tôt alors que je dosai le concentré de bave de crapaud. Là, j'aurais été bon pour faire refaire la cheminée de ma cuisine !

Je réduisis mon feu avant de me jeter sur mon canapé et de faire valdinguer tous les coussins pour retrouver ce fichu appareil qui s'était dissimulé sous l'un d'entre eux.

Ce fut donc d'une voix relativement brusque et essoufflée que je lançais un "Allô !" hargneux.
- Allô ! c'est Christina. Je vous dérange peut-être ?
- Non pas du tout !
- Eh bien, j'appelais à propos de ce week-end. Je suis prise samedi mais dimanche j'avais prévu d'aller voir le Seigneur des anneaux. Cela vous dit ?"

Le quoi ? Elle voulait m'emmener voir un bijoutier ? Je ne savais pas qu'il y avait une hiérarchie chez les joailliers ! Ils sont vraiment bizarres ces moldus. Cela ne me disait trop rien, mais j'eus l'impression que si je refusais, je risquais de ne plus la revoir du tout.

"Et bien, pourquoi pas.
- Très bien. On se retrouve devant le cinéma ?
- Devant le cinéma, répétais-je, complètement perdu.
- Ecoutez, on se retrouve au métro si vous préférez.
- D'accord."

Nous convînmes d'une station et d'une heure pour notre rendez-vous et je raccrochai. Je restais un certain moment à contempler le téléphone qui tremblait dans ma main. Je ne savais pas du tout à quoi je venais de m'engager et je détestais ça.

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Le lendemain matin, Potter n'était pas encore arrivé quand je débarquai à la Ruche. Je prenais le café avec Deborah Taylor, sa coéquipière Hannah Abbot et le copain de cette dernière, Dean Thomas, quand Shacklebolt vint nous remettre nos ordres de mission de la journée.

"Alors ? me demanda Taylor.
- Rien de bien extraordinaire, lui répondis-je. Un certain Théodore Nott à appréhender pour recel d'objets interdits.
- Nott ! releva Thomas avec un profond dégoût dans la voix. Ce salaud est en liberté ?
- Qu'est ce qu'il a fait ?" s'enquit Taylor.

Thomas et Abbot se consultèrent du regard. Ils semblaient inquiets.
"Il vaut mieux que Harry ne le voit pas, dit nerveusement Thomas.
- Et pourquoi ça ? demandai-je.
- Il a agressé Ginny lors de notre dernière année à Poudlard, expliqua Abbot en baissant la voix.

- Ginny ? demanda Taylor.
- La copine de Potter, expliquais-je. Et bien il va être content, il va pouvoir l'arrêter.
- Il ne sera pas content, répliqua Thomas, il va être furieux. Crois-moi, ce n'est pas une bonne idée."

Je haussais les épaules. Les deux jeunots s'entre-regardèrent sont de nouveau puis Abbot prit la parole :

"Harry... Harry devient complètement incontrôlable quand il est vraiment en colère, tenta-t-elle de m'expliquer. Et comme il est très puissant, ce n'est pas à prendre à la légère.

- Je l'ai déjà vu en colère, fis-je valoir.
- Non, tu l'as vu très agacé, c'est tout. Il se surveille toujours quand il est avec toi, me répondit-elle.
- Comment ça, il se surveille ?"

Elle hésita, ayant manifestement scrupule à parler de son ami derrière son dos.

"Ecoute Abbot, insistai-je. Si tu veux que je prenne les bonnes décisions, il faut que j'aie les éléments."

Elle consulta son copain du regard qui lui fit un signe de tête approbateur et elle se lança :

"Depuis qu'il a débarqué à Poudlard, Harry a toujours fait l'objet d'une attention particulière. D'abord parce qu'il est le Survivant mais aussi parce que chaque année, il se passait des trucs bizarres dans lesquels il se retrouvait toujours plus ou moins impliqué. Et puis il y a eu le NAV (1) et la Bataille. Maintenant que tout est derrière lui, il voudrait avoir une vie normale. Sauf qu'il n'est pas normal et qu'à vingt et un ans, il a sans doute autant d'expérience que toi.

- Il veut tellement faire oublier qui il est, a enchaîné Thomas, qu'il se donne un mal de chien pour ne pas dire un mot plus haut que l'autre et ne jamais montrer de quoi il est réellement capable. Mais quand il pète un chaudron, je t'assure que ça n'a rien à voir.

- Et ça arrive souvent ? demandai-je.
- Non, heureusement pour nous il se contrôle remarquablement bien, m'a rassuré Thomas. Mais il a très mal pris l'agression contre Ginny
- J'imagine !
- Ce n'est pas seulement parce que c'était Ginny, précisa Abbot. Il s'est senti responsable parce qu'en fait, c'est lui qui était visé. En vue de le déstabiliser, tous ses proches ont été attaqués en l'espace d'un mois : les Weasley et les Granger ont échappé de peu au massacre, l'oncle et la tante moldus d'Harry ont été tués et pour finir, Ginny, malmenée dans un couloir de Poudlard. C'est pour cela qu'il a craqué.
- Et pas qu'un peu, a renchérit le Gryffondor. Ron m'a dit qu'il aurait tué Nott si Rogue ne l'avait pas stupéfixé.

- A ce propos, a reprit sa compagne, méfie-toi de Malefoy. Ce salaud n'en manque pas une pour tenter de mettre Harry hors de lui ! Et il le connaît assez pour frapper là où ça fait mal.
- Je me demande à que jeu il joue, d'ailleurs, a fait remarquer Thomas. Il sait bien que le jour où Harry craquera, il se fera massacrer.
- Moi je pense qu'il connaît le risque, mais que c'est plus fort que lui, a répondu Abbot. C'est sa manière de se prouver que même s'il a rejoint le camp de Harry il ne lui doit rien et ne lui est pas soumis.

- On se serait bien passé de ce platiné, a affirmé avec force le Gryffondor.
- On ne pouvait pas se passer des Serpentards, a répliqué la fille d'un ton excédé. Même Voldemort éliminé, si un quart de la population sorcière avait été rejetée dans le camp des Mangemorts, on aurait eu une guerre civile. Ce n'est pourtant pas difficile à comprendre !"

Brave petite !

"Je ne suis pas idiot, a protesté Thomas. Je regrette juste qu'il ait fallu passer par Malefoy pour convaincre les Serpentards hésitants à rejoindre notre cause. Admet que Harry serait plus détendu s'il n'avait pas Malefoy dans les jambes.
- Ou complètement apathique comme quand il est arrivé au Centre de formation il y a trois ans", a répliqué Abbot.

Pardon ?

"Pour en revenir à nos dragons, a reprit la jeune femme en se tournant vers moi, si lors de l'arrestation, Nott se permet lamoindre provocation, et tel que je le connais, il ne s'en privera pas, tu va devoir te battre contre Harry pour l'empêcher de massacrer ce fumier. Et ce n'est pas devant le gentil petit Auror que tu connais que tu vas te retrouver, mais devant le Survivant. Sans vouloir de vexer, je ne pense pas que tu fasses le poids."

Je les considérai pensivement. Ils paraissaient bien connaître leur ami. Je me rappelai également que Shacklebolt m'avait soigneusement mis en garde contre les confrontations de Potter avec Malefoy.

Je n'aimais pas me faire dicter ma conduite par des bleus, mais je n'ai pas survécu à vingt ans de carrière chez les Aurors sans apprendre à ne pas me laisser piéger dans des situations incontrôlables. Alors quand même des Gryffondors paraissent considérer que c'est dangereux... il faut vraiment être stupide pour foncer malgré tout dans le tas.

Je décidai donc d'aller dire deux mots à Shacklebolt. Mais auparavant, je profitai que les copains de Potter étaient en verve pour éclaircir un point qui m'intriguait :
"Il y a quelque chose que je n'arrive pas à saisir. Comment Malefoy en est-il arrivé à se retrouver du côté de Potter ?"

Ce fut Abbot qui me répondit :
"Malefoy a indirectement prévenu Harry des intentions de Nott à propos de Ginny et lui a ainsi permis d'intervenir à temps. C'est ainsi que Harry s'est retrouvé débiteur de Malefoy et n'a pu s'opposer à ce qu'il assiste à nos réunions et qu'il rejoigne officiellement le l'association de propagande que Harry présidait. De toute façon, cela faisait des mois que nous cherchions à y intégrer Serpentard.

- Moi je suis persuadé qu'il savait depuis longtemps ce qui était prévu contre Ginny, et qu'il a attendu le dernier moment pour que l'agression ait réellement lieu et passer pour un sauveur, a grommelé Thomas. Et ne me faites pas croire qu'il nous a rejoint par principe. Il est resté neutre presque toute l'année, et quand il a compris que Harry était tout à fait capable de vaincre Voldemort, il s'est rangé dans le camp du vainqueur, c'est tout.
- Dean, personne n'était capable de savoir qui allait gagner, à cette époque !
- Ne me dis pas que tu crois vraiment que Malefoy est devenu gentil !

- Et comment se fait-il que Malefoy se soit retrouvé à la Bataille ? intervins-je.
- Eh bien, appartenir à notre association lui a permis de rentrer dans l'Ordre, le groupe de Dumbledore. Après je ne sais pas. Nous aussi on y appartenait, mais on a été jugé trop jeunes pour combattre. Peut-être que Dumbledore voulait le tester et l'obliger à prendre réellement parti.
- Ça, pour avoir pris parti, il a pris parti", commentai-je en me remémorant qu'il avait tué son propre père durant les combats.

Les grimaces des petits Gryffondors m'apprirent qu'ils étaient au courant de cet épisode.
"Il ne savait pas que c'était son père puisqu'il portait une cagoule, a farouchement opposé Thomas.
- Bon, ça suffit comme cela, est intervenue Taylor. Malefoy est notre collègue maintenant, que vous l'aimiez ou non.
- Enfin, tout ce que nous pouvons espérer c'est que lorsqu'il estimera s'être suffisamment acheté une conduite en travaillant dans notre service, il ira faire profiter d'autres personnes de ses ambitions et de son charmant caractère !", a conclu Thomas d'un ton dégoûté.

Ayant obtenu la réponse à mes questions, je les quittai et allai frapper à la porte du Commandant :

"Si j'en crois Thomas et Abbot, Nott aurait agressé Ginny Weasley durant leur scolarité, expliquai-je sans fioritures. Ils pensent que si Potter le revoit, il y aura du grabuge.
- Potter est déjà arrivé ? me demanda le commandant en fronçant les sourcils.
- Non, pas encore.
- Parfait. Va voir, Tonks. Faites l'échange de vos ordres de mission. Et pas un mot à Potter.
- Bien Commandant !"

J'allais voir Tonks pour effectuer le troc. Touary, son jeune partenaire ne manqua pas d'en demander les raisons.

"Je n'ai pas pour habitude d'interroger le commandant sur ses motivations, lui ai-je rétorqué, tout en pensant que Tonks était bien trop cool avec lui. Mais tu sais où le trouver, alors tu peux aller lui demander de justifier sa décision, si ça te chante."

Tonks prit mon parchemin sans mot dire. Sans doute pensait-elle demander les raisons de ce changement de dernière minute à Shacklebolt, une fois qu'ils se retrouveraient en privé. Je n'ai jamais approuvé leur relation. Ou du moins que tout le monde soit au courant. Je trouve que cela fait désordre quand un commandant couche avec une de ses subordonnées.

Il est vrai qu'on ne pouvait accuser Tonks d'être carriériste. Il faut dire que l'idée qu'elle puise briguer un poste de commandement était risible. Ce n'est pas qu'elle soit si mauvaise. Bon, pour être gentil, je dirais même qu'elle est exceptionnellement bonne si l'on prend en compte sa légendaire maladresse et son incomparable manque de tact. Mais disons qu'elle n'a pas les qualités indispensables pour se faire respecter et prendre le genre de décisions qui échoit à Shacklebolt et à ses chefs de brigade.

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Finalement, le programme de la journée prévoyait d'aller prendre la déposition d'une vieille dame qui était persuadée que sa maison était visitée la nuit. Beaucoup moins sportif mais beaucoup plus dangereux pour l'estomac, ces vieilles personnes semblant considérer comme indispensable de nous faire ingurgiter leur pudding maison pendant que nous prenions en note leur témoignage. Parfois je les suspectais de se mettre dans les ennuis juste pour le plaisir d'écouler les surplus alimentaires dont leur famille n'avait pas voulu.

Quand Potter arriva, je lui dis de mettre son bonnet Change-tête. Je ne me sentais pas d'humeur à entendre délirer sur l'immense honneur que représentait la visite de notre illustre célébrité dans l'humble maison de la plaignante.

Après une enquête digne des plus grands détectives, nous déterminâmes que les bruits qu'elle entendait la nuit et les objets déplacés dans le salon étaient le fait du Fléreur (1) qui appartenait à son voisin. Cette sale bête visitait clandestinement la minette tigrée de la petite vieille et il se passait manifestement des choses dans ce living-room que je préférai ne pas imaginer, n'ayant pas la fibre zoophile.

Potter-Evans, sérieux comme un membre du magenmagot, mais ses yeux marrons pétillants de malice, sermonna sévèrement le coupable, qui eut la décence de prendre une mine contrite. C'est beau de voir un jeune qui prend son métier à cœur !

Heureusement, le pudding était correct.


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Note : LE N.A.V. (Non A Voldemort) est un mouvement de propagande qui été fondé par les élèves de Poudlard lors de la septième année de Harry. Il visait à envoyer des courriers appelant à la résistance contre Voldemort. Harry en était le président (cf. Ginny la furie en sixième année). LISEZ L'INTÉGRALE DES ŒUVRES D'ALIXE !

(1) : Pour ceux qui n'ont pas commis la bonne action d'acheter Le dictionnaire des animaux fantastiques, je précise que Le fléreur (ou kneazle) est une sorte de chat très intelligent. Pattenrond est un demi-fléreur.
Anneaux et magie noire by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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VIII : Anneaux et magie noire


La veille de mon rendez-vous avec Christina, je fis des recherches pour tenter d'éclaircir un peu ce qui m'attendait le lendemain dans le monde moldu. J'avais cru entendre le mot "cinéma" lors du bref appel de la joaillière et cela m'avait rappelé quelque chose. Je trouvai effectivement dans A la découverte du monde moldu la définition de ce mot : "Salle dans laquelle les moldus se rassemblent pour voir ensemble un spectacle ressemblant à une exposition de photographies qui racontent des histoires, et qu'ils appellent film."

Je n'étais pas sûr de bien comprendre. Le manuel faisait-il allusion à des photos sorcières ou aux statiques photos moldues ? Et quel rapport avec les bagues ? Etait-ce en fait une exposition de bijoux ? Finalement, j'en savais encore moins que la veille. Je repris mon téléphone pour décommander mais, une fois que j'eus l'appareil en main, je renonçai. Je me sentais vraiment mal à l'aise dans ces conversations sans interlocuteur visible et je risquais d'aggraver mon cas.

Une fois de plus, ce maudit appareil se retrouva enfoui dans le canapé et je sortis boire une Bièraubeurre dans mon pub favori.

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Je retrouvai Christina le lendemain au lieu et à l'heure convenus. J'étais assez nerveux et de son côté elle se montra relativement distante. Du coup, nous ne parlâmes pas beaucoup avant d'être arrivés à destination. Sur place, je compris mieux. "Le Seigneur des Anneaux" était le titre du spectacle que nous allions voir. Au vu de l'immense affiche placardée sur la façade du bâtiment devant lequel nous faisions la queue, cela n'avait rien à voir avec la fabrication des bagues.

"Avez-vous lu le livre ?" me demanda soudain ma compagne.
- Non, répondis-je sans trop savoir de quoi elle parlait. Et vous ? " répliquai-je.
C'est bien connu : la procédure de base quand on veut cacher son ignorance est de répondre à une question par une autre question.
"Oh oui, cela fait longtemps ! J'adore Tolkien. J'ai toutes ses œuvres à la maison."

Ah, je commençais enfin à comprendre de quoi il s'agissait ! Il était temps ! J'étais censé être un brillant Auror tout de même ! Donc, si je ne me trompais pas, nous allions voir en images une histoire écrite par un certain Tolkien. Dans le fond, un "film", c'était comme les livres illustrés pour gamins qui comportent une image animée par page, chacune d'entre elles relatant un petit bout de l'histoire.

Ainsi, Christina m'emmenait voir une histoire de gosses. C'était sans doute pour cela qu'il y en avait autant autour de nous. Mais qu'est ce que je faisais là, moi ?

Les premières minutes dans la salle furent assez déstabilisantes. Je fus assailli par d'énormes images défilant devant mes yeux, doublées par une musique et des voix qui semblaient sortir des murs de la pièce. Au bout d'une dizaine de minutes, cependant, je parvins à trier ce flot de sensations et je finis par comprendre que les petites historiettes qui se déroulaient devant nous étaient de la réclame. Ce n'était pas si différent, au fond, des publicités animées qui se trouvaient en bas de page des journaux. Il y avait juste le son en plus.

Finalement, les lumières s'éteignirent et l'histoire commença pour de bon. Pendant près de trois heures, j'oubliai tout ce qui m'entourait et me retrouvai plongé dans le monde magique que je croyais avoir quitté.

Quand les lampes se rallumèrent, j'étais complètement sonné. J'avais l'impression d'avoir vécu une expérience extraordinaire. Il fallait que j'écrive à Poudlard pour leur conseiller de réviser leur bibliographie. Celui qui avait rédigé le manuel d'enseignement que j'avais consulté n'avait vraisemblablement jamais mis les pieds dans un cinéma moldu.

"Vous avez aimé ? me demanda Christina.
- J'ai adoré, répondis-je sans honte, car elle-même paraissait ravie, ainsi que le public autour de nous.
- Les effets spéciaux étaient vraiment formidables, continua-t-elle.
- Formidables ! " renchéris-je sans savoir ce qu'était un "efespécio".

Nous sortîmes doucement, portés par la foule, commentant les différentes scènes que nous avions vues, notre réserve du début de l'après-midi complètement oubliée. Finalement, nous revînmes chez elle pour prendre le thé. Nous avons continué à parler du film. Cela me faisait drôle de parler avec elle de gobelins, d'elfes et de nains, même si ceux dont nous parlions n'avaient rien à voir avec la réalité. Finalement, elle alla chercher ses livres pour comparer le texte original avec "l'adaptation" comme elle disait.

Une fois de plus, le temps avait passé très vite en sa compagnie et, pour la première fois depuis que je la fréquentais, j'acceptai de dîner avec elle. C'est ainsi que je découvris ses appartements privés, où je n'avais jamais mis les pieds, car elle me recevait toujours dans son atelier.

Sa cuisine était remplie d'appareils bizarres. Elle m'installa sur une chaise tandis qu'elle nous improvisait un dîner simple. Je l'observais, essayant de deviner ce qu'elle faisait, aux maigres lueurs de mes connaissances imparfaites, glanées dans des manuels scolaires imprécis. Ainsi, je déterminai que le gros meuble blanc duquel elle sortait de quoi nous confectionner des sandwiches était un appareil à faire du froid, qui remplaçait nos sorts de conservation. Il y avait également divers appareils à faire du chaud, comme cette boite dans les fentes de laquelle elle inséra des tranches de pain qui ressortirent toutes dorées.

Elle s'assit devant moi et, tout en mangeant, je me sentis si bien que je me surpris à raconter le séjour que j'avais passé dans ma famille. Je lui parlai de mon père qui ne m'avait toujours pas pardonné d'avoir refusé de reprendre la direction de l'entreprise familiale, de ma mère avec qui je n'arrivais pas à avoir de vraies discussions, de ma sœur qui pour moi était passée sans transition du statut d'adolescente à celui de femme, ce qui avait brisé tous les liens de complicité qui nous unissaient, de mon neveu, et des nouvelles relations que j'avais esquissées avec lui.

Je fus surpris de pouvoir lui parler de tout cela sans avoir à mentir, de constater qu'il y avait finalement si peu de choses à cacher. Durant tout mon monologue, elle m'écouta, ses yeux brun-vert fixés sur moi, attentifs, amicaux, chaleureux. Elle ponctuait mon discours de petits signes de tête, et de petits bruits d'approbation qui me mirent en confiance et me firent me livrer comme je ne l'avais pas fait depuis des années. Depuis que j'étais adulte en fait.

Par la suite, ce fut son tour de me parler de ses parents, qu'elle voyait régulièrement, de son frère et de sa sœur, de ses neveux et nièce. Elle les mentionnait avec tendresse, et je sentis qu'elle était très proche de sa famille.

Finalement, il était près de minuit quand je réalisai à regret que je ne pouvais rester éternellement avec Christina et qu'il était temps de rentrer chez moi. Je me levai donc et pris congé.

Elle me raccompagna à la porte et, alors qu'elle me souhaitait bonne nuit, je fis quelque chose de complètement stupide mais qui, sur le moment, me sembla dans la lignée de ce que nous venions de partager : je me penchai vers elle et déposai un petit baiser sur ses lèvres. Ensuite, comme pris de panique, je fis volte face et me sauvai comme un voleur.

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Le lendemain, en repensant à la fin de la soirée, je me traitai d'imbécile. Mais je ne pouvais revenir sur ce qui s'était passé, et je devrai faire avec. Le manque de sommeil limitait mes capacités de raisonnement, et je décidai de remettre à plus tard la résolution de ce problème.

A l'heure du déjeuner, alors que nous prenions un repas rapide dans une taverne du Chemin de Traverse, je demandai à Potter :
"Tu es déjà allé au cinéma ?"

Il me fixa, un peu surpris sans doute de m'entendre parler d'un concept moldu.

"Non. Mais j'ai déjà vu la télévision. C'est un peu pareil, je crois.
- Je croyais que tu avais été élevé chez des moldus !
- Effectivement. Mais mes moldus n'étaient pas du genre à m'emmener au cinéma.
- Comment ça ?" demandai-je étonné.

Il m'avait semblé comprendre que c'était une occupation relativement courante.

"Ils avaient honte de moi. Ils craignaient tout ce qui sortait de l'ordinaire et la magie en faisait partie. Alors ils ne me sortaient pas beaucoup."

Au ton qu'il employait, je compris que, sans le vouloir, j'avais abordé un sujet sensible. D'ailleurs, après une petite pause et ce curieux mouvement de tête qui lui était familier quand il voulait chasser une idée déplaisante, il me renvoya la balle :

"Tu es allé au cinéma, toi ?
- Euh, oui.
- C'était bien ?
- Oui, c'est vraiment impressionnant. Par contre, j'ai trouvé l'histoire très bizarre. Enfin, je veux dire que je ne savais pas que les moldus racontaient des histoires avec des elfes et des gobelins.
- Tu ne serais pas allé voir "Le Seigneur des Anneaux", par hasard ?
- Tu connais ?
- Les parents d'Hermione l'ont vu et nous en ont parlé. Savais-tu que celui qui a inventé cette histoire était un cracmol ?
- C'est vrai ?
- D'après Hermione, son véritable nom est Kienlot. Je suppose que tu en as déjà entendu parler de cette vieille famille. Au fait, elle m'a offert des livres de lui pour Noël. Je te les prêterai si tu veux. Il y en a trois tomes, rien que pour l'histoire que tu as vue. Et si les démêlés de l'auteur avec le Ministère à propos de son œuvre t'intéressent, invite Hermione à déjeuner, tu auras tous les détails. Prévois deux bonnes heures.
- Merci, je crois que je vais me contenter de lire les livres.
- D'accord, je te les apporte demain."

Nous n'avions pas beaucoup de temps et nous finîmes nos sandwiches en vitesse, sans discuter d'avantage. Ce qu'il m'avait appris de sa famille m'avait étonné. Je n'aurais jamais imaginé que le Survivant puisse avoir été élevé dans un milieu hostile à la magie. Décidément, ce gamin déjouait tous les présupposés.

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L'interpellation du fameux Nott avait servi de préambule à toute une série d'arrestations pour trafic d'objets interdits, pratique de la magie noire et réunions à but subversif. Quand Potter eut sous les yeux le procès-verbal relatif à l'interrogatoire de l'agresseur de sa petite amie, il ne fit aucun commentaire. Mais à voir sa mâchoire contractée, je supposais qu'il n'en pensait pas moins.

Le lendemain de ma conversation sur Tolkien avec Potter, nous reçûmes comme mission de perquisitionner chez un supposé complice de Nott, un certain Overton. Avant de toquer à la porte du manoir délabré, mon coéquipier jeta un coup d'œil sur sa carte magique. Celui que nous étions venus voir était bien chez lui et s'y trouvait seul. Le plan de la maison était tellement brouillé qu'il fallait nous attendre à nous retrouver dans un véritable labyrinthe, truffé de passages secrets.

Le suspect tenta bien de nous refuser l'accès de sa demeure, tout en fixant haineusement Potter qui était venu à visage découvert, mais je lui rétorquai que s'il continuait à faire de l'obstruction, nous reviendrons en force et je ne garantissais pas que son logis soit encore debout après notre passage.

Il nous laissa donc effectuer notre fouille. Ce ne fut pas une partie de plaisir. La maison était humide et sale et nous fûmes vites crottés et transis. Mais nous accomplîmes notre inspection avec minutie, fouillant tous les réduits, scrutant planchers, murs et plafonds.

Je constatai à cette occasion que Potter avait un don pour repérer les coins douteux et suspecter les caches. Malheureusement, s'il en mit à jour un certain nombre, elles étaient toutes vides. Ce n'est qu'après des heures de recherche dans la poussière, les déjections de hiboux et autres détritus que je ne préférai pas identifier, que nous finîmes par mettre à jour un passage malodorant et suintant d'humidité.

Ce dernier nous conduisit dans une salle ronde, dont les pentacles dessinés sur le sol ne laissaient aucun doute sur l'utilité. Un rapide examen révéla la présence de multiples objets illicites et grimoires douteux.

Ne pouvant récupérer à nous seuls l'intégralité de ces pièces à conviction, nous nous contentâmes de poser des sceaux magiques sur la porte qui fermait la rotonde. Puis je me tournai vers le bonhomme qui nous avait suivis et lui ordonnai de nous remettre sa baguette.

"Allez au diable, vous et votre Ministère défenseur des Sang-de-bourbe et autres abominations. Profitez de votre règne, il sera court ! Nous saurons y mettre bon ordre ! cracha le prévenu.
- Vous retardez, lui répondit sèchement Potter. L'époque de Voldemort est bel et bien révolue !
- Je vous défends de prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres !" hurla le fanatique.

Avant que je ne puisse esquisser un geste, Potter projeta le type contre le mur et l'y maintint cloué, appuyant sa baguette contre sa gorge.
"J'appelle Voldemort comme bon me semble, martela-t-il glacial. Je pense que j'en ai gagné le droit."

Il dégageait une telle aura de puissance à ce moment que, pour la première fois, j'eus la nette impression de me trouver devant le Survivant, avec tout ce que cela impliquait.

Overton dut avoir la même sensation, car il était blême et semblait croire sa dernière heure arrivée. En temps normal, Potter était du genre respectueux, à la limite du bonasse. Je ne l'avais jamais vu se livrer à un quelconque acte de violence gratuite. Mais à cet instant précis, il était pour moi un parfait inconnu et je ne pouvais absolument pas prédire ce qu'il allait faire. Et quelle que soit son intention, mon instinct de conservation m'incitait à ne pas m'y opposer.

Heureusement, il se maîtrisa assez rapidement et recula, alors que sa victime glissait lentement le long du mur, manifestement trahie par ses guibolles. A l'odeur qui me parvint peu après, il semblait que le bonhomme avait également eu quelques problèmes avec ses sphincters.

"On le coffre !" dit sèchement Potter.

Sans faire de commentaire, je récupérai la baguette et saucissonnai le bonhomme. Puis, je lui lançai un sort de nettoyage car se retrouver dans une pièce d'interrogatoire avec une personne qui s'est souillée n'est pas une partie de plaisir. Je sortis le portoloin consacré aux arrestations et l'approchais de notre homme.

Je jetai un coup d'œil vers Potter, attendant qu'il nous rejoigne pour activer le transfert, mais ce dernier transplana directement, dans le mépris le plus total de la procédure. J'avoue que j'en fus assez soulagé. Je préférais ne pas me retrouver dans ses pattes tant qu'il n'aurait pas recouvré son calme.

Je m'acquittai donc tout seul des formalités habituelles, sans grandes difficultés car Overton avait été maté par la démonstration de puissance. Quand Potter me rejoignit enfin dans la salle des interrogatoires, deux heures plus tard, nous étions en train de signer la déposition. Après l'avoir enfermé dans une cellule, Potter et moi retournâmes ensemble à la Ruche, en silence.

Alors que nous nous attelions à notre rapport, Malefoy vint nous rendre une petite visite, sans doute pour s'amuser avec son jouet préféré. Cependant, je jugeai que l'instant n'était pas très bien choisi, et je l'accueillis d'un "Dégage Malefoy !" péremptoire. Il me regarda avec surprise, mais quand il vit la tronche que faisait Potter, qui continuait à gratter férocement sur son parchemin, il sembla comprendre de quoi il retournait et n'insista pas.

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Le lendemain, j'arrivai assez tôt, selon mon habitude. Shacklebolt vint me voir avec en main mon rapport de la veille :
"Je préfère ne pas trop tarder avant de faire l'inventaire de la pièce secrète que vous avez trouvée. Votre prise d'hier, Overton, a demandé Staedler comme avocat."

Je savais ce que cela voulait dire. Staedler était un défenseur très doué pour faire sortir ses clients de prison en exploitant les failles du système. Et il était rare que ceux qui bénéficiaient de ses services soient innocents. Si nous voulions qu'Overton ne se retrouve pas très vite en liberté, il fallait faire parvenir au plus vite le maximum de preuves au département de la Justice magique.

"Cet endroit puait la magie noire, objectai-je. Je préférerais ne pas y aller juste avec Potter.
- Potter ne devrait pas trop mal se débrouiller. Ce n'est pas la première fois qu'il fait du nettoyage (1). Par contre, je suis d'accord pour t'adjoindre du renfort. Le problème, c'est que notre meilleur expert actuel c'est Malefoy. Il a pour ainsi dire grandi dedans et connaît des trucs qui ne sont pas dans le manuel. Tu crois que toi et Morrito pourrez éviter qu'ils s'entre-tuent, lui et Potter ?"

La veille, j'aurais dit oui sans hésiter. Mais maintenant que j'étais vraiment conscient de la puissance de mon partenaire, j'hésitai :
"Si Potter veut vraiment bouffer Malefoy, ni moi, ni Morrito ne pourrons nous y opposer !
- L'idée est d'empêcher la situation de se dégrader à ce point.
- J'ai le droit d'appliquer un Silentio à Malefoy ?
- Et de le stupefixer si Potter s'en prend à lui. Même en colère, je ne le vois pas s'acharner sur un corps sans connaissance. Au fait, c'est fini ? Tu ne demandes plus à voir Potter à fond ?"

Je lui racontai la scène de la veille.

"Je vois, reprit Shacklebolt. Au moins, il s'est très vite maîtrisé.
- Tu as une idée de la raison pour laquelle il a réagi comme cela ? On avait déjà abordé ce sujet pourtant. Cela n'avait jamais posé de problème.
- Vous avez parlé de Tu-Sais-Qui tous les deux !? demanda Shacklebolt en ouvrant de grands yeux.
- Non, pas directement, seulement de la Bataille. Il m'a dit qu'il avait été entraîné par Maugrey, que quelqu'un qu'il aimait bien y était resté, un loup-garou je crois, et même que Dumbledore espérait sans doute qu'il y ait moins de victimes.
- Il t'a dit tout ça ! Eh bien, vous êtes devenu de vrais copains !
- Tu crois ?
- Il n'est pas du genre à raconter sa vie aux inconnus. Ni à parler de ses exploits. S'il t'a parlé de tout cela, c'est que tu as su le mettre en confiance. C'est bien !"

Là dessus, le commandant hocha la tête, comme si cela confortait ses convictions. Je me demandai ce qu'il avait vu en moi pour qu'il me juge apte à faire équipe avec notre célébrité nationale.

"Pour en revenir à ta question, reprit Shacklebolt, je ne vois pas ce qui l'a fait réagir. Mais Harry..." Shacklebolt sembla réfléchir sur la façon dont il allait formuler ce qu'il voulait me dire. "Potter a vécu quelque chose d'atroce pendant la Bataille. Je ne sais pas quoi, mais il a eu beaucoup de mal à s'en remettre. C'est donc naturel que cet épisode et Tu-Sais-Qui restent des sujets délicats pour lui.

- Cela n'a pas été une partie de plaisir pour nous non plus, commentai-je
- Non. Mais nous, on ne s'est battus que contre des Mangemorts."

Effectivement, Potter avait eu affaire à une partie infiniment plus coriace.

"Dans ce cas, tu crois que c'est une bonne idée de le faire retourner chez Overton ? Il y a des chances pour que nous y trouvions des traces de nostalgie du règne de Tu-Sais-Qui.
- Si j'envoie Malefoy et pas lui, il va s'imaginer que je l'en pense incapable. Et s'il y a une chose dont il n'a pas besoin, c'est de croire que je ne le juge pas à la hauteur.

- C'est justement ce que je ne comprends pas chez lui. Il nous a débarrassé d'un sorcier tellement puissant qu'aucun de nous n'aurait pu le vaincre, et il a besoin qu'on le félicite comme un gamin !
- Comme tout bon Gryffondor, il a tendance à foncer dans le tas et à réfléchir après. Une fois, il a payé très cher cette habitude, et cela l'a amené à douter de ses capacités. De plus, en tant que Survivant, il sait qu'on attend beaucoup de lui, alors il a peur de décevoir, car il y a des domaines où il n'est pas si extraordinaire qu'on pourrait le croire.
- Comme Auror, il se débrouille plutôt bien, admis-je.
- Pour un bleu, compléta Shacklebolt.
- Evidement !" répondis-je, avant de comprendre enfin ce que Shacklebolt s'évertuait à m'expliquer.

S'il m'avait choisi comme partenaire de Potter, c'est qu'il savait qu'il n'était pas dans mes habitudes d'être impressionné par la célébrité ou la réputation. J'étais parfaitement imperméable à tout ce qui touchait de près ou de loin au culte de la personnalité. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je n'avais jamais brigué le commandement, ni été proposé pour ce poste. Je traitais toujours les gens selon ce que je pensais d'eux, et non en fonction de leur position ou de leur grade, ce qui ne m'avait pas attiré que des amitiés au sein du Ministère. Or Potter avait besoin d'être traité comme un bleu et de gagner la considération des autres par ses réels mérites. C'est sûr qu'avec moi, il était bien tombé.

Par ailleurs, je notai que Shacklebolt m'avait jugé être assez objectif pour surmonter l'antipathie instinctive que m'inspirait son statut de célébrité. C'était un bon point pour moi.

"Bon, reprit Shacklebolt, recentrant une fois de plus le sujet de notre conversation, tu le sens ou pas ?
- Ça ira, répondis-je.
- Parfait ! Quand les autres seront arrivés, je vous veux tous les quatre dans mon bureau."

C'est ainsi qu'un quart d'heure plus tard, nous étions tous en rang d'oignons devant notre commandant. Il nous exposa rapidement le contenu de notre mission commune. Comme à son habitude, il conclut en nous demandant si nous avions des questions.

"Je préfère démissionner plutôt que de faire équipe avec Malefoy, a simplement commenté Potter.
- Pour une fois je suis d'accord avec Potter. Je préfère qu'il démissionne plutôt que de faire équipe avec lui", a renchéri l'autre.

Shacklebolt est resté impassible et a répondu tranquillement :
"Vous ferez ce qu'on vous dit. Et de toute façon, vous n'avez pas le droit de démissionner avant cinq ans de bons et loyaux services."

Je ne connaissais pas cette restriction. J'aurais mis ma main à couper qu'il venait de l'inventer. Encore une crise de Serpentard récidivant !

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Une heure plus tard, nous nous trouvions devant le lugubre manoir d'Overton, munis de nos détecteurs de magie noire. Avant d'entrer, je demandais, en direction de Potter :
" Il y a quelqu'un dedans ?
- Aucune idée", répondit-il, sans faire un geste vers sa carte magique.

Bien sûr, je pouvais lui ordonner de la sortir devant les deux autres et de me fournir le renseignement que je lui demandais. Mais je savais qu'il ne me le pardonnerait sans doute jamais, et c'était stupide de compromettre nos bonnes relations par une telle maladresse.

" Bon, décidai-je. On va faire le tour de la bâtisse avant d'y pénétrer, histoire de vérifier qu'il n'y a personne dans le parc. Potter et moi, on va de ce côté, et vous par-là, ordonnai-je.
- Bien, Chef !" répondit Morrito, faisant référence à mon grade de chef de brigade.

Nous partîmes dans des directions opposées. Des que les deux autres furent hors de vue, je jetais un coup d'œil interrogatif vers Potter qui déjà examinait avec soin son parchemin. Alors qu'il l'étudiait, je songeais que Shacklebolt n'avait fait aucune allusion à un quelconque projet d'en munir toute la brigade. Sans doute, les fameux jumeaux s'étaient-ils montrés aussi têtus que Potter l'avait prédit.

"Personne aux alentours, ni dans la maison", annonça-t-il.

Dix minutes plus tard, les autres nous rejoignirent, nous pénétrâmes enfin dans les lieux. Je fis faire un rapide tour des étages, puis nous nous dirigeâmes vers la rotonde secrète. Je levai les sceaux que j'avais installés, et je commençai par prendre des photographies.

C'était le roman policier moldu que Potter m'avait offert qui m'en avait donné l'idée. J'ignorais si le Magenmagot pouvait les utiliser pour rendre sa sentence, mais en tout état de cause cela nous servirait d'aide mémoire pour nos témoignages.

Par la suite, Malefoy entra et étudia soigneusement les pentacles dessinés dans le sol. Il termina son inspection en nous assurant qu'ils n'étaient pas actifs. Alors que nous le rejoignions au centre de la pièce, Potter demanda :
"Et la poussière ?
- Ça te gêne, Potter ? répondit Malefoy. Tu n'as qu'à t'en occuper. Je suppose que tes copains les elfes de maison t'ont montré comment faire !
- Tu ne sais pas que certains poisons peuvent être vaporisés sous forme de poudre ? demanda Potter avec mépris.
- Je m'en charge", coupais-je.

J'usais rapidement de sorts de nettoyage. Il n'y eut aucune réaction. C'était de la poussière tout à fait banale. Je répartis alors les tâche, prenant soin d'envoyer Potter et Malefoy le plus loin possible l'un de l'autre.

Avant de commencer, je regardai un peu comment Malefoy s'en tirait. Il paraissait effectivement à son affaire. Il désensorcelait rapidement les artefacts douteux, les mettait dans le sac prévu à cet effet et notait sans hésitation le nom de sa prise sur son parchemin. Je n'étais pas le seul à avoir remarqué son aisance, si j'en jugeais par la moue mi-dégoûtée, mi-entendue de Potter.

Je me mis à mon tour au travail. Cela faisait une heure que je m'évertuai à faire mon inventaire sans prendre de maléfice dans les gencives, quand je tombai sur un étrange miroir sur pied. Je l'examinai, me demandant s'il ne servait pas de "porte" pour se rendre dans un autre lieu, quand je constatai que je n'étais pas le seul à me refléter dedans. Mon père se tenait devant moi, et me regardait avec désapprobation. Je n'étais pas encore revenu de ma surprise, quand il m'accusa d'avoir trahi ma famille, dans des termes qui sous-entendaient qu'il avait rallié Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom et qu'il me reprochait de ne pas en avoir fait autant.

Confus, décontenancé, je le laissai me dévoiler ce que j'avais toujours craint, sans avoir jamais osé m'en assurer, quand soudainement, le miroir s'obscurcit. Potter se tenait à côté de moi, la baguette dirigée vers la glace.

"C'est un miroir du Riopsesèd., m'expliqua-t-il. Ça va ?"
C'était la première fois que j'y étais confronté, mais j'en connaissais le principe. Cette saloperie mettait en scène nos pires angoisses.
"Qu'as-tu vu dedans ? demandai-je sèchement.
- Mes propres fantômes, me répondit-il. C'est plus discret que l'épouvantard", ajouta-t-il, sans doute pour m'apaiser.

Il se saisit d'un morceau de tissu qui entourait des grimoires et en drapa le miroir. Je l'approuvai d'un signe de tête, et nous continuâmes notre office.

A la fin de la matinée, nous avions une liste conséquente d'objets illégaux, d'ouvrages traitant de pratiques interdites et des listes de noms et de lieux. Malefoy regarda les listes et lâcha :
"J'ai l'impression que ce sont des caches de Mangemorts.
- Qu'en sais-tu ? lui rétorqua Potter
- J'ai travaillé là-dessus avec l'Ordre. On me tenait au courant, moi ! répondit le blond avec condescendance.
- Merci Messieurs ! dus-je encore intervenir. Malefoy, tu verras ça directement avec Shacklebolt à la Ruche. Pour l'instant, l'important est de ramener ce que nous avons trouvé et de le mettre à la disposition du département de la Justice magique."

Par la suite, j'organisai le transfert, en prenant bien soin de ne jamais laisser Potter et Malefoy seuls ensemble. Comme ils avaient l'esprit désormais libre, chaque échange avait tendance à dégénérer, et Morrito et moi devions intervenir fréquemment pour calmer le jeu.

Je finis par comprendre ce qui motivait Malefoy. Provoquer Potter était une façon pour lui de tester ses limites. Comme avancer sur un lac gelé sachant que si l'on fait un pas de trop, la glace craquera. Ou exciter une bête féroce, faisant le pari de s'arrêter avant qu'elle ne bondisse et brise la chaîne qui la retient.

Ainsi Malefoy nous faisait une petite crise d'adolescence et utilisait Potter pour se faire peur. Il pariait qu'il saurait s'arrêter juste avant que Potter ne perde le contrôle de ses nerfs et ne lui flanque la raclée de sa vie, voir pire. Et Potter, conscient de sa puissance, était malgré lui obligé de se prêter à ce jeu et de se retenir quand l'autre le provoquait.

Quand tout fut terminé, j'étais nerveusement épuisé, j'avais envie de bouffer ces sales gamins. Bon sang, c'était bien la dernière fois que j'acceptais de piloter un groupe d'intervention les comprenant tous les deux !

Shacklebolt fut ravi à la lecture de notre rapport et resta enfermé deux heures avec Malefoy. Potter fut grognon tout le reste de la semaine, mais je ne m'en offusquai pas. Après tout, il avait plutôt bien supporté mes sautes d'humeur passées. Par ailleurs, cela me faisait presque plaisir qu'il laisse un peu tomber le masque. Les personnes trop gentilles ont tendance à m'ennuyer.

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Le samedi suivant, nous avions prévu, avec Christina, d'aller voir les joyaux de la Couronne. Quand elle me l'avait proposé, je m'étais réjoui à cette idée car je savais que ses commentaires professionnels seraient sans doute passionnants. Mais entre-temps, je m'étais bêtement laissé aller à l'embrasser, et je me demandais comment elle l'avait pris. Enfin, pour être exact, j'espérais que cela ne l'inciterait pas à croire que la nature de nos relations avait changé.

Je conçus un moment de lui présenter mes excuses pour cet incident. Mais je renonçai. Moins je semblerais prendre ce dérapage au sérieux, moins il aurait de conséquences. Oui, le mieux était de faire comme s'il ne s'était rien passé.

J'étais tout de même un rien nerveux quand je retrouvais ma petite Moldue devant l'entrée du musée. Elle me salua comme d'habitude, mais je remarquais qu'elle m'opposait une certaine réserve. Si cela signifiait qu'elle n'avait pas apprécié mon initiative, c'était tant mieux, même si c'était un peu humiliant.

Par la suite, prise dans la passion de son sujet, elle retrouva vite son aisance et une fois de plus, je la trouvai bien jolie et regrettai qu'elle soit moldue. Quand la visite fut terminée, je ne m'attardai pas. Je prétextai des courses à faire et repartis rapidement, non sans que nous ayons décidé de visiter le Château de Buckingham le samedi suivant.

Comme je me retrouvais laissé à moi-même beaucoup plus tôt que d'habitude, j'en profitai pour flâner un peu dans les rues. Malgré le froid mordant, ce n'était pas désagréable, et je pris plaisir à examiner les vitrines. Je restai pas mal de temps devant une devanture où se trouvaient des boites dans lesquelles se déroulaient des films. Des "télévisions", si ma mémoire était bonne. C'était assez fascinant de voir les différents spectacles se déroulant dans la demi-douzaine de boites présentées. Il y avait des personnes qui discutaient ensemble, d'autres se poursuivaient en voiture, des animaux présentés dans leur habitat naturel, des dessins qui bougeaient.

Je finis par avoir froid et m'arrachai à ce spectacle enchanteur. Je continuai ma promenade et finis par échouer dans une librairie. J'y entrai, curieux de m'initier à la littérature moldue. Pendant mes périodes de temps libre, je lisais souvent. Je peux dire sans me vanter que je connais presque tous les classiques sorciers.

Mais j'étais loin d'appréhender la richesse de la littérature moldue. Ce ne fut pas tant le nombre d'ouvrages présentés qui m'impressionna, même si je réalisai que même la longévité sorcière ne me permettrait pas d'en faire le tour. Non, ce qui me stupéfia fut la diversité des éditions et des genres. Tourisme, histoire, biographie, littérature enfantine, arts, tout cela était présenté d'une façon attractive, colorée, plaisante. Rien à voir avec nos austères librairies. Je déambulai un long moment entre les rayons, feuilletant les ouvrages, observant les clients. Finalement, je fus chassé à l'heure de la fermeture, non sans avoir dépensé tout l'argent moldu que j'avais sur moi.

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(1) Dans Après la bataille, Harry a hérité du coffre de la famille Black et a dû le débarrasser de toute trace de magie noire, ce qui lui a donné de l'expérience en ce domaine.
Un autographe aux enchères by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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IX : Un autographe aux enchères


Au milieu de la semaine suivante, Malefoy s'approcha de notre bureau et lança à Potter :
"Alors comme ça tu en es réduit aux expédients ? La pauvreté des Weasley est contagieuse ? C'est le problème avec eux, ils se reproduisent tellement vite que cela devient vite ruineux de les nourrir tous !"

Potter, resta un instant interdit avant de répliquer calmement :
"T'es jaloux Malefoy ? Personne ne veut se reproduire avec toi ? Remarque, ça se comprend, qui voudrait faire un élevage de cafards ?"

Je coupai court :
"Pas de conversation privée, on a du boulot. T'as vraiment rien d'autre à faire Malefoy ?"

Ce dernier me jeta un regard torve mais la boucla et partit avec son insupportable sourire narquois aux lèvres. Potter contemplait le dos du blond, l'air sombre. Je m'étonnai :
"Ne me dis pas que tu es troublé par ses simagrées !
- A chaque fois qu'il paraît réjoui et me fait une remarque que je ne comprends pas, j'ai un problème qui me tombe dessus juste après.
- T'aura bien le temps de voir quand cela se présentera, répondis-je. Si cela se présente."

Mais Potter avait raison de suspecter une embrouille. Une heure plus tard, sa copine Hermione se pointait avec un exemplaire de La vie Sorcière sous le bras. Elle le lui tendit. Je vis au passage qu'un article avait été entouré en rouge.

"Ce n'est pas très grave mais il vaut mieux que tu sois au courant", commenta-t-elle.
Potter s'empara du magazine et parcouru le texte incriminé :
"Mais qu'est ce que c'est que cette idiotie encore ? Il est hors de question que je laisse faire une chose pareille.
- Je ne suis pas certaine que tu puisses t'y opposer."

Je jetai un œil au journal que Potter avait rageusement flanqué sur le bureau. Un titre gras y annonçait la vente d'un autographe d'Harry Potter aux enchères.

"Comment ça, je ne peux pas ?
- Je viens de passer voir Mandy Blockehurst qui vient d'entrer au département de la Justice Magique. Il y a un décret qui garantit la liberté de vente. Seule une partie intéressée dans l'opération peut s'y opposer. On entend par partie intéressée soit le vendeur, soit l'acheteur, soit le vrai propriétaire de l'objet en cas de vol.

- Tu veux dire que je n'ai pas le droit de dire que c'est un faux ?
- A moins que tu sois l'acheteur, non. Il faut attendre que la vente soit effective pour contacter l'acquéreur et lui suggérer de saisir le Magenmagot pour expertiser la signature et faire annuler la transaction."

J'intervins :
"Tu es sûr que c'est un faux ?"

Il me lança un regard blessé. Je précisai :
"Tu as peut-être signé un vrai autographe à un admirateur indélicat ou à un ami qui se l'est fait dérober.
- J'ai pas pour habitude de signer des autographes aux inconnus et mes amis savent que ce n'est même pas la peine de me le demander", cracha-t-il, réellement furieux cette fois.
C'est vrai que sa notoriété était un sujet sensible pour lui.

"Eh bien au moins, tes amis savent que c'est un faux. Qu'importent les autres ? fis-je remarquer.
- Il a raison, Harry, approuva son amie.
- Je ne peux pas donner une interview où je dis que ce n'est pas moi qui ai signé cet autographe ?
- Si tu fais cela, le vendeur pourra te poursuivre pour entrave à la liberté de vendre. C'est un précédent qui date de 1724, après que Célestino le Lombard ait systématiquement déprécié les œufs de lézard que Fulbert de Cambridge tentait de vendre, récita la brunette. Tu comprends, à chaque fois Fulbert démontrait que c'était de la diffamation, mais entre temps ses œufs étaient pourris, alors il a fini ruiné. Du moins jusqu'à ce que le Magenmagot...

- STOP ! a crié Potter. C'est très intéressant, mais en deux mots, que puis-je faire dans l'immédiat ?
- Cela tient en un seul mot, Harry. Rien."

Potter la fusilla du regard, mais cela ne parut pas la troubler.
"D'ailleurs, reprit-elle, je te conseille de laisser filer, même après. Je te rappelle que l'on se donne beaucoup de mal en haut lieu pour que les journalistes te laissent tranquille. Mais si tu te mets en première ligne de ta propre initiative, nous ne garantissons plus rien. Tu risque d'ouvrir la boite de Pandore pour une histoire qui n'en vaut pas la peine.
- Epargne-moi tes citations juridiques", grogna Potter qui décidément prenait très mal cette affaire.

Granger leva les yeux au ciel, mais j'eus l'impression que c'était l'inculture de son ami qui l'agaçait plutôt que sa brusquerie. Je la comprenais. Il est vraiment regrettable que de nos jours les gamins ne connaissent plus rien aux mythes gréco-romains.

"D'autres questions ? demanda la fille, avec une patience d'ange.
- Non. Et merci pour tout Hermione. Désolé de t'avoir crié dessus. Je sais que tu essaies de m'aider."

La jeune femme s'en fût. Potter se saisit du journal, le froissa et le jeta dans la corbeille à papier. Ensuite, il alla se chercher un café. J'en profitai pour récupérer la page incriminée et l'étudier de plus près.

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Mon coéquipier fit la tête toute la matinée, mais je n'y pris pas garde. Nous avons effectué les visites prévues, puis avons mangé nos sandwiches à la Ruche.

Supportant mal la nourriture qui nous est servie à la cafétéria du Ministère, je me prépare le plus souvent un en-cas pour le midi. Potter m'avait imité et amenait aussi son déjeuner, qui avait toujours l'air succulent. Je me demandais toujours s'il avait un elfe de maison pour prendre ainsi soin de lui ou si c'était sa copine qui s'y collait.

Cette fois-ci, je lui dis de se dépêcher, car nous avions un programme chargé pour la suite de la journée. Il grogna une sorte d'assentiment et engloutit rapidement le contenu de son panier-repas.

Je l'entraînai ensuite sur le Chemin de Traverse par le réseau des cheminées. Ce ne fut que lorsque je m'arrêtai devant l'édifice de la Bourse des ventes que Potter réagit :
"Mais qu'est ce qu'on fait là ?
- On recherche des renseignements sur la vente aux enchères qui te concerne. Tu n'as donc aucune curiosité ?
- A quoi bon, si je ne peux rien faire pour l'empêcher ?
- Potter, répondis-je de mon ton le plus professoral, la loi est une belle chose. Notre métier est de la faire respecter. Mais quand elle génère un dysfonctionnement manifeste dans un cas particulier, n'est-il pas de notre devoir de corriger cette erreur ?"

Il resta une seconde interdit, puis sourit largement :
"Certainement ! Il en va de notre honneur.
- Exactement. Je vois que tu apprends vite, le complimentai-je en lui faisant un clin d'œil. Maintenant retire ton bonnet, cela ira plus vite si on te reconnaît.
- Même en comptant le temps qu'il leur faudra pour se remettre du choc provoqué par ma visite ?
- Je n'ai pas l'intention de leur laisser le temps de s'en remettre", répliquai-je.

Potter obtempéra et nous entrâmes. A la réception, le préposé ouvrit de grands yeux :

"Monsieur Harry Potter ! Quel honneur de vous recevoir ! Si vous voulez bien...
- Nous voulons savoir quel est le commissaire-priseur responsable de cette vente, l'interrompis-je en lui montrant la page du journal.
- Un instant, dit l'homme en se plongeant dans un gros cahier. Quel jour cette transaction est-elle prévue ?

Je lui indiquai la date mentionnée par l'article.

- C'est le commissaire Hodges qui s'en occupe, dit-il après avoir feuilleté son document. Edgar Hodges.
- Nous voulons le voir.
- Je vais voir si...
- Tout de suite !" martelai-je.

Le gratte-papier partit en courant.

" Il faut le convaincre de nous rendre l'autographe, soufflai-je à Potter.
- Il a le droit de faire ça ?
- Bien sûr que non !"

Un homme bedonnant vint à notre rencontre. Il n'avait pas l'air ravi. Sans doute comprenait-il que recevoir la visite du Survivant le jour même où l'on annonçait une vente le concernant n'était pas de très bon augure. Mais il nous salua courtoisement et nous entraîna dans son bureau.
"Que puis-je pour vous Messieurs ?"
Je posai le journal sur son bureau.

"Nous donner sur le champ l'objet de cette vente, répondis-je.
- C'est impossible. Mon métier m'impose une déontologie...
- ... qui ne vous permet pas de vous faire complice d'une escroquerie, le coupais-je.
- Avez vous la preuve que s'en est une ?
- Ma parole, répondit Potter.

- Monsieur Potter, dit onctueusement le commissaire-priseur, j'ai une confiance absolue en votre parole mais nous avons un règlement qui stipule...
- Je connais le règlement, coupa Potter.
- Nous savons tous qu'à côté du règlement, il y a aussi la pratique, opposai-je. Je suis sûr que celle-ci vous déconseille de vous embourber dans une affaire si... délicate.

- Vous me demandez beaucoup tenta notre interlocuteur. J'ai besoin de davantage de garanties pour...
- Je vais vous en donner une, l'interrompit Potter. Si vous vous attaquez à moi vous êtes un homme fini. Ça vous suffit ?"

Le ton sans réplique et le regard glacé de mon partenaire firent leur petit effet.
"Ecoutez... je n'ai pas ce parchemin. On me l'a montré, mais la personne est repartie avec. Elle doit me le déposer définitivement après-demain, répondit Hodge.
- Qui ? demandai-je.
- Une certaine Candice Hilton. Un joli brin de fille", a-t-il ajouté avec un petit sourire.

Potter s'est levé le visage impénétrable :
"Bien entendu, la mise aux enchères est annulée et cela sera annoncé demain dans le journal.
- Mais je ne peux pas faire ça !
- Vous serez surpris des choses que l'on peut faire quand la situation l'exige, a laissé tomber Potter en se levant et quittant le bureau.
- C'est de votre carrière professionnelle dont il s'agit", ai-je aimablement souligné avant de suivre mon partenaire.

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Une fois dans la rue, Potter me demanda :
"Tu crois qu'il va faire ce que je lui ai demandé ?
- Evidemment !
- Pourquoi ?
- Si tu ne le sais pas, pourquoi l'as-tu menacé ?
- Parce qu'il m'énervait."

Bravo ! Un Gryffondor dans toute sa puissance ! On était bien partis !

" Eh bien, heureusement pour toi, tu as les moyens de faire appliquer tes menaces. Si tu veux qu'il perde son poste, il le perdra !
- T'es sûr ?
- J'ai cru comprendre que ta copine Hermione était au mieux avec notre Ministre, non ?
- Oui, mais jamais je ne lui demanderai d'utiliser ses relations pour faire virer un mec.
- T'es pas censé le dire, Potter. Un bon bluffer n'avoue jamais qu'il bluffe."

Je laissai passer un moment avant d'aborder un sujet plus délicat :
"Tu la connais, cette Candice ?
- Non.
- En es-tu certain ?
- Evidemment !
- Tu ne l'as pas rencontrée en sortant, dans un bar ou quelque chose comme cela ?"

Potter s'est arrêté et m'a regardé en face :
"C'est quoi ton idée ? m'a-t-il demandé, un rien agressif.
- Eh bien, des fois on boit, et on se rappelle pas tout.
- Quel rapport avec cette fille ?
- Tu aurais pu lui donner un autographe si elle te l'avait demandé gentiment.

- Je t'ai déjà dit que je ne donnais jamais d'autographe. Enfin, tu as été témoin de mes refus des dizaines de fois, non ?
- Parfois, les filles arrivent à nous faire faire des choses qu'on ne ferait pas normalement. Elles on le chic pour demander... hum... très gentiment.
- Tu penses à quoi, exactement ?
- Bon sang, Potter, t'as plus douze ans. Tu sais ce qu'on fait avec les filles quand même !
- Tu es en train de me dire que j'aurais couché avec elle, que je lui aurais donné un autographe pour la remercier, et que j'aurais tout oublié ? C'est ça ?
- Ce sont des choses qui arrivent.
- Pas à moi !

- Monte pas sur tes grands chevaux. Ce ne serait pas si grave !
- Ce n'est pas seulement une question de morale. C'est juste que je ne peux pas sortir sans créer d'émeute. Alors je suis seulement allé aux soirées privées du Centre de formation des Aurors pendant mes études. Et la plupart du temps, ma fiancée était là. En plus j'évite de trop boire, car si je me mettais à raconter tous les trucs que j'ai vus, y'en a qui risqueraient de ne plus dormir. Alors, ton scénario, j'y crois pas trop."

Je n'avais jamais réalisé à quel point il n'avait pas eu une jeunesse normale. En fait, j'aurais sans doute pu le deviner si j'y avais réfléchi deux secondes. Mais je ne l'avais pas fait. Finalement, ce n'était pas étonnant qu'il soit aussi coincé le Potter !

Je repris notre marche :
"Tant mieux, me bornai-je à répondre. Ce sera plus simple à régler."

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On est repassés à la Ruche pour consulter l'annuaire que le bureau des Transports magiques mettait à jour pour nous. Une famille Hilton habitait à Pré-au-Lard. Nous nous y sommes rendus par l'intermédiaire de la Grand halle aux Cheminées puis nous avons continué à pied.

Une fois devant la maison, Potter a regardé sa carte magique :
"Candice et Hida Hilton."

Je hochai la tête et frappai. Une femme entre deux âges vint nous ouvrir.
"Candice Hilton ? demandai-je.
- Qu'est ce qu'elle a encore fait ?" me répondit la femme.

J'adore quand j'entends ça. Cela signifie généralement que nous ne sommes pas venus pour rien.

"Nous voulons lui parler."

Alors qu'elle s'effaçait pour nous laisser passer, elle reconnut mon partenaire :
"Harry Potter ! Vous êtes Harry Potter !"

J'entendis une exclamation étouffée et, alors que je m'avançais dans le vestibule, je vis une silhouette s'élancer dans les escaliers.

"Accio Candice" prononçai-je en dirigeant ma baguette vers la jeune femme. Celle-ci fut attirée en arrière et se retrouva au pied des quelques marches qu'elle avait réussies à grimper. Je me baissai, lui saisis le bras et la remis sur ses jambes.

"Nous aimerions avoir une petite conversation avec vous, Mademoiselle. Vous savez manifestement de quoi nous sommes venus vous parler. On va gagner du temps."

Il y eut ensuite un moment de confusion. Elle se mit à se débattre en glapissant et sa mère éclata en sanglots, nous suppliant de ne pas faire de mal à sa fille. Je vis que Potter commençait à paniquer mais, pour ma part, j'avais une certaine expérience de ce genre de scène. Je balançais un Silentio aux deux femmes, et un charme de Jambencoton à la fille.

Le vestibule s'ouvrait sur un petit salon. Je projetais la Candice sur le canapé.

"On veut juste discuter, alors tu te calmes sinon on t'emmène au Ministère, compris ?"

Au bout d'un petit moment, elle hocha la tête. Je lui rendis la possibilité de parler :
"Espèce de salaud, vous n'avez pas le droit..."
Une fois de plus je lui coupai le sifflet. Elle continua un moment à m'insulter silencieusement puis finit par comprendre l'inanité de ses efforts. Elle ferma la bouche. Je levai le Silentio et lui rendit sa liberté de mouvements. Elle s'assit sur le canapé et nous regarda farouchement.

"Où est votre pseudo autographe ? demandai-je.
- Allez vous faire foutre !
- Tu veux que je t'immobilise de nouveau et que je mette ta maison à sac ?"

Je vis que la mère, qui nous avait suivis dans le salon en se tordant les mains, semblait vouloir parler à sa fille. Je levai le sort de silence que j'avais jeté sur elle :
"Mais pour l'amour de Merlin, fais ce qu'il te dit, s'écria-t-elle. Quoi que tu aies fait, arrête tout de suite ! Messieurs, je vous en supplie, ne l'arrêtez pas. Elle n'est pas méchante ! Elle fait des bêtises, je sais, mais elle a un bon fond.
- Vous êtes vraiment des salauds ! cracha la fille.
- Alors ?
- Il est dans ma chambre !
- On y va."

Elle se leva et se dirigea vers les escaliers. Je la suivis, entraînant Potter au passage. Il n'avait pas l'air très à son aise, alors je préférais l'avoir à proximité. Une fois arrivée dans sa chambre, la jeune fille fouilla dans ses affaires et nous tendit un parchemin. Je le passai à Potter qui le déroula.
"Cela ne ressemble pas à ma signature, fit-il remarquer.
- Je n'avais pas de modèle, ricana la fille. Tu m'en fais un ?
- N'aggrave pas ton cas, répondis-je sèchement.

- Mais qu'est ce que ça peut te foutre ? demanda-t-elle à Potter. T'es bourré de fric toi ! J'ai bien le droit d'en gagner un peu, non ?
- Il existe d'autres moyens ! répondit-il.
- Pas de problème, tu veux payer ? répliqua-t-elle en commençant à détacher les boutons de sa robe.
- Non mais, t'arrêtes ton cirque !" me suis-je écrié en l'attrapant par le bras.

Il était temps que je reprenne le contrôle de la situation. Le mélange de dégoût et de pitié que je voyais dans les yeux de Potter ne me disait rien qui vaille.

"Bon premièrement, on ne veut plus entendre parler de cette vente. Deuxièmement, on ne veut plus entendre parler de toi du tout. Troisièmement, si tu racontes tes exploits à quelqu'un, je te jure qu'on ne te ratera pas. Quatrièmement, si tu veux gagner de l'argent, t'as qu'à bosser comme tout le monde. Les boulots honnêtes, c'est pas ça qui manque à Pré-au-Lard.
- T'as fini de te prendre pour mon père ? cracha la fille.
- On s'en va", intervint Potter d'une voix tendue.

Bonne idée car comme c'était parti, c'est Potter qui allait craquer le premier. Nous sommes redescendus. En passant devant la mère, je lui dis :
"Si j'étais vous, je la reprendrais un peu en main, votre gamine. Elle est en train de mal tourner."

Potter s'est contenté d'un bref signe de tête avant de sortir précipitamment de la maison. On a remonté la rue vers la Grand halle aux Cheminées dans un silence pesant. Potter était troublé et j'attendis qu'il sorte ce qui le turlupinait.
"T'étais obligé d'être aussi violent ? finit-il par demander.
- Tu penses que je l'ai fait pour le plaisir ? le questionnai-je.
- Je ne sais pas, répondit-il avec une brutale franchise.

- Cette fille, expliquai-je, elle a besoin d'être tenue. Tant qu'elle ne le sera pas, elle fera conneries sur conneries. Aujourd'hui, c'est pas trop grave, mais si elle continue, on va la retrouver Allée des Embrumes. Il vaut mieux qu'elle ait un peu peur aujourd'hui et qu'elle prenne conscience que les bêtises, ça se paye.
- Il n'y a pas d'autres moyens de lui expliquer ?
- Que suggères-tu ? Tu la laisses faire ce qu'elle avait prévu ? Tu lui donnes de l'argent ?
- L'aider à trouver un vrai boulot.
- Et le jour où elle n'y va pas ou qu'elle se barre avec la caisse, tu fais quoi ? Le jour où elle raconte à tout le monde qu'elle est ta protégée et que tu reçois quarante suppliques par jour, comment tu gères ? Le jour où elle sous-entend qu'elle est ta petite amie pour bénéficier d'un passe-droit, ta copine elle en pense quoi ?"

Il ne me répondit pas. Je continuai :

"Des interventions de ce genre, t'as pas fini d'en faire, tu sais. C'est le métier qui veut ça. Tu devras t'endurcir. On ne laisse pas les voleurs et les assassins s'en tirer parce que leur maman pleure quand on les arrête. On ne décide pas de laisser les imbéciles dans la nature sous prétexte qu'ils sont trop bêtes pour comprendre le délit qu'ils sont en train de commettre. D'ailleurs à ce propos, je mettrais ma main à couper que l'idée n'est pas d'elle. Y'a un mec là-dessous.
- Et lui, on le laisse s'en tirer ?
- Bien sûr que non. Je te parie qu'elle va aller tout lui raconter, dès que sa mère aura tourné le dos. Comme elle doit craindre qu'on la suive, elle va sans doute utiliser sa cheminée.
- Ou transplaner.
- Peu de chances. Elle est du genre à préférer la facilité. Et puis de toute façon, si elle transplane, on ne peut rien faire, alors inutile de se casser la tête sur cette idée."

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De retour au Ministère, et sommes allés voir le chef du service des Cheminées qui avait collaboré avec nous dans l'affaire des vols de bijoux à Londres.
"Nous aurions besoin de faire surveiller une cheminée, lui expliquai-je. Famille Hilton, rue du Pont-au-chou, Pré-au-Lard. Inventoriez-nous toutes les utilisations à partir de maintenant et jusqu'à demain matin.
- Eh, cela va me faire rester ici toute la nuit !
- Faut ce qu'il faut, commentai-je, faussement compatissant.

- Vous avez une autorisation ? demanda ce brave fonctionnaire.
- Non, malheureusement notre commandant n'était pas là pour la signer, mais c'est urgent.
- Vous savez bien que je ne peux rien faire sans autorisation."

Je hais les petits employés tatillons !

"On peut tenter de s'arranger", avançai-je.

L'obsédé de la paperasserie se tourna vers Potter :
"Vous pourriez me signer un autographe pour mon gamin ?"

J'écrasai le pied de Potter avant qu'il nous fasse une crise de nerf.
"Ce genre de chose a récemment pris beaucoup de valeur, objectai-je. Cela vous ferait une trop grosse dette envers nous."

Je jetai un coup d'œil à mon partenaire pour le presser de trouver une autre monnaie d'échange. Il finit par lâcher d'un ton fatigué :
"Une carte chocogrenouille de Harry Potter ?
- Vous pouvez en avoir ? demanda notre interlocuteur, ébloui.
- Eventuellement.
- On vous la donne demain. Mais c'est un objet rare, alors ça compte pour les prochaine fois aussi, le prévins-je.
- Pas de problème, répondit l'heureux gagnant. Si vous pouviez mettre une petite signature dessus...
- Vous n'auriez pas assez de votre vie pour nous rembourser, le coupai-je. Bien, on compte sur vous !"

J'entraînai Potter hors du service.

"C'est vrai, demandai-je. Tu peux avoir des cartes de chocogrenouille ?
- Oui, on en a mis une dizaine à ma disposition. Tu en veux une ?
- Non, c'était pour savoir."

Après coup, je me dis que j'aurais pu en demander une pour mon neveu, mais d'un autre côté, je n'avais pas fait tout ça pour avoir un cadeau. Et puis, je préférais qu'il me doive un service, on ne sait jamais.

" Bon, il est temps d'aller faire ce qui était au programme cet après-midi, repris-je. On repassera tout à l'heure, mais je ne pense pas que cela servira à quoique ce soit. A mon avis, la Candice ne bougera pas avant la nuit.
- Pourquoi ?
- Parce qu'elle va attendre que sa mère dorme pour faire le mur", expliquai-je.

Il est vrai que ce pauvre garçon ne devait avoir aucune expérience des escapades nocturnes.

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La suite me donna raison. Quand nous repassâmes en fin d'après midi, aucun mouvement n'avait été enregistré. Il fallut attendre le lendemain matin pour apprendre qu'une personne était allée et était revenue du 5 passage des Trouble-fête dans une petite localité de la banlieue londonienne.

J'avais donné rendez-vous à Potter à six heures du matin et il n'était pas encore sept heures quand nous cueillîmes un certain Mervin Hewitt au saut du lit. Il fut ridiculement facile de lui flanquer la trouille de sa vie. Après tout, ce n'était qu'un petit gredin qui n'hésitait pas à mettre sa copine en première ligne. Il n'était plus qu'une loque pleurnicharde et implorant notre pardon quand nous repartîmes. Je me demandai bien ce que la petite Hilton lui trouvait. Elle au moins, elle avait du cran.

Nous ne parlâmes pas beaucoup sur le chemin du Ministère, écœurés d'avoir eu affaire à un si piètre personnage. Ce n'est que pendant que nous attendions l'ascenseur pour descendre à la Ruche que Potter eut un sourire gêné et remarqua :
"Je ne t'ai même pas remercié pour tout ce que tu as fait pour moi depuis hier.
- Et bien maintenant, c'est fait, fis-je en haussant les épaules.
- Désolé de t'avoir pris à partie, après notre visite chez la fille.
- Y'a pas de mal. Ce genre de questions, on se les pose tous au début. C'est le métier qui rentre !"

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Une demi-heure plus tard, Granger débarquait triomphante à la Ruche. Dans La vie sorcière, un entrefilet signalait l'annulation de la mise aux enchères de l'autographe de notre célébrité.

"Tu as vu Harry, s'exclama-t-elle tout s'arrange finalement.
- Oui, tant mieux", répondit-il.

Mais sans doute n'avait-il pas mis assez de joyeuse surprise dans sa voix, car elle le regarda soudain, soupçonneuse.
"Oh, Harry, qu'as-tu encore fait ?
- Mais rien ! Enfin presque !
- Harry, quand il s'agit de toi, les "riens" ont tendance à changer la face du monde !
- Je t'assure que j'ai juste...
- Pitié Harry ! Je préfère ne pas savoir. Au moins je ne pourrais rien révéler à ton procès."

Alors que la brunette s'en allait en secouant la tête, je me penchais vers mon partenaire :
"Dis-moi, Potter, pourquoi semble-t-elle te croire capable du pire ?
- Oh, répondit-il d'un ton qui se voulait dégagé, elle a toujours été très à cheval sur le règlement à Poudlard.
- Du genre ?
- Hum... le couvre-feu par exemple...
- Potter, tout le monde fait ça. T'es sûr que tu n'oublies rien ?
- Je me suis peut-être trouvé une ou deux fois dans des endroits où je n'aurais pas dû aller.
- Comme ?
- La Forêt interdite, Pré-au-Lard...
- Tu as trouvé le passage pour sortir de l'école ?"

J'avais moi-même cherché vainement cette mythique issue en mon temps.

"Bien sûr ! Tous les souterrains étaient indiqués sur la carte de mon père."

Tout à coup, mon cerveau rassembla tous les éléments que je connaissais sur sa scolarité : troll, cape d'invisibilité, carte de Poudlard, trucs bizarres dont m'avait parlé Abbot, profil Gryffondor pur sucre...
"Dis donc, Potter, cela t'arrivait de dormir dans ton dortoir ?"

Il ne put empêcher les coins de sa bouche de se retrousser en un sourire malicieux :
"Disons les soirs où je n'avais vraiment rien d'autre à faire !"

Eh bien, me voilà bien loti !


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Saison de Quidditch by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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X : Saison de Quidditch


Suite à cet épisode, une certaine routine s'installa entre nous et nous commençâmes à former une véritable équipe. On n'en était pas à se taper sur le ventre, mais je le sentais plus détendu avec moi. Il se laissait aller à faire des plaisanteries ou à grogner quand un incident l'agaçait au cours de nos missions.

Le dossier des nostalgiques de Vous-savez-qui était toujours d'actualité, ce qui le motivait beaucoup. Il n'hésitait pas à faire des propositions et à donner son opinion sur mes décisions. Je veillais à entretenir ce climat de confiance. Par contre, j'insistais pour qu'il me consulte avant de mettre ses idées en pratique. Maintenant qu'il était libéré de ses inhibitions, je craignais un peu ses initiatives. Entre sa puissance et ses tendances Gryfondoriennes, je redoutais les ennuis dans lesquels il était capable de se fourrer

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Les semaines qui suivirent s'écoulèrent paisiblement. Après notre perquisition au manoir Overton, j'avais vanté à Shacklebolt les dispositions de Potter pour mettre à jour caches et passages secrets. Maintenant que j'avais compris qu'il avait sans doute pas mal patrouillé dans Poudlard avec un plan révélant les couloirs dérobés et une cape d'invisibilité, cela m'étonnait un peu moins. Si l'on ajoutait qu'il avait été impliqué dans des "trucs bizarres", pour reprendre la terminologie d'Abbot, il n'était pas surprenant qu'il soit devenu un fouineur professionnel.

Quoi qu'il en soit, le commandant nous attribuait souvent les fouilles d'endroits suspects et, entre les aptitudes de Potter et mon expérience, on ne se débrouillait pas trop mal. Pour interroger les prévenus, nos rôles respectifs s'étaient naturellement mis en place : moi j'étais direct, à la limite de la grossièreté, alors que Potter se montrait d'une exquise politesse et d'un calme imperturbable. Par contre, quand un suspect paraissait se moquer de nous ou en faisait un peu trop dans le registre néo-Mangemort, il se retrouvait devant un Potter glacé et écrasant de puissance refoulée. Généralement, cela l'engageait à montrer un peu plus de coopération.

Je continuais mes petites visites londoniennes du week-end avec Christina. J'avais découvert, au détour d'une conversation qui nous avait amené à parler de Shakespeare, qu'elle était, elle aussi, une grande lectrice. Je connaissais bien sûr ce grand auteur qui, bien que sorcier, avait choisi de vivre dans le monde moldu pour que ses pièces aient une plus grande audience.

J'en profitai pour lui demander si je pouvais lui emprunter des livres de sa bibliothèque, et occupais ainsi mes soirées solitaires de la semaine à m'initier à la littérature moldue. Je prenais soin de prendre des ouvrages contemporains pour me familiariser avec le monde moldu, son langage, ses habitudes. Je complétais mon éducation auprès de Potter, quand nous allions de temps en temps boire un verre après le travail.

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Puis nos petites virées au pub s'espacèrent, Ben Tarvi multipliant les entraînements de Quidditch. En effet, le coup d'envoi du tournoi du Ministère fut donné le troisième dimanche de février. Il y avait un match à peu près toutes les semaines. A la mi-mars nous avions déjà disputé trois rencontres et la cote de notre équipe montait en flèche.

Nous étions la surprise de l'année. Après trois ans d'absence, nous avions reformé notre équipe et nous avions gagné toutes nos rencontres. J'étais allé à tous les matches. Potter jouait effectivement très bien. Je ne parle pas seulement de sa capacité à attraper le Vif. Il se montrait aussi bon tacticien. Ou du moins, se conformait-il intelligemment aux directives de Ben.

Lors du premier match, le service de la Coopération internationale se montra très efficace et nos poursuiveurs furent vite débordés. Potter mit alors rapidement fin à la partie en récupérant le Vif au bout de dix minutes seulement. Le bruit que nous avions un bon attrapeur commença à se répandre dans les couloirs du Ministère.

Deux semaines plus tard, nous commençâmes la partie en marquant régulièrement contre le Département de la Justice magique. Potter fit cette fois-ci durer le jeu pour nous permettre d'engranger le maximum de points. Non seulement il ignora superbement le Vif, mais il mit tout en œuvre pour que l'autre attrapeur, Alex Saidlex ne puisse faire son boulot. C'est manifestement déconcertant d'avoir un Potter qui vous fonce dessus à toute vitesse. Suffisamment pour oublier la petite balle dorée et ne penser qu'à se mettre à l'abri. Il écarta six fois Saidlex du Vif avant de le cueillir quand notre équipe commença à se fatiguer et à encaisser des buts.

Au cours de ce match, je m'étais demandé ce qui se passerait si mon partenaire se retrouvait face à un attrapeur aussi dingue que lui. Cela finit par arriver lors de la rencontre suivante contre le Département de Régulation des créatures magiques. Il faut croire que dompter des dragons avait persuadé Charmaine Desserpent qu'elle était de taille à affronter un Potter en pleine course. Elle ne dévia donc pas sa trajectoire quand il fondit sur elle, bien déterminée à se saisir du Vif.

Pendant un instant, tout le stade crut qu'ils allaient se percuter en plein vol. Cette crainte sembla fondée quand, après que Potter l'eut croisée, Desserpent piqua vers le sol. Dans un premier temps, nous crûmes qu'elle avait été heurtée et qu'elle se posait pour faire soigner une blessure. Mais il n'en était rien. Il apparut très vite qu'elle quittait simplement la partie car celle-ci était terminée.

Ne pouvant détourner son adversaire de son but, Potter l'avait évitée à la dernière seconde et avait attrapé le Vif, juste avant qu'elle ne s'en saisisse. Même si nous n'avions pas encore marqué, il avait préféré clore la partie plutôt que de risquer de la perdre en se faisant prendre de vitesse.

Ce jour là, il avait prouvé non seulement son habilité en vol mais aussi une capacité de décision très rapide. Depuis, on pouvait presque voir des étoiles dans les yeux de Ben Tarvi quand il regardait son attrapeur et Potter l'évitait le plus possible. Il faut dire que Ben était allé jusqu'à inspecter le panier-repas de Potter pour vérifier que ce dernier se nourrissait correctement le midi.

Le dimanche de Pâques, il était prévu que nous rencontrions l'équipe vedette, celle du Département des Sports et jeux magiques. La plupart des joueurs de cette équipe étaient d'anciens professionnels et ils n'avaient aucun mal à gagner tous leurs matches. D'ailleurs, cela faisait dix ans qu'ils remportaient la Coupe du Ministère.

Potter me confia que Tarvi avait mis au point un programme particulier pour entraîner notre équipe et nous donner toutes les chances de gagner cette rencontre. Il ne rentra pas dans les détails, mais je remarquai bien qu'il était particulièrement ankylosé le lendemain de ces entraînements.

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J'en sus davantage quand, au cours de la troisième semaine de mars, Ben Tarvi et Brian Touary vinrent me parler un matin, à mon arrivée à la Ruche :
"Will, commença Ben, il faut que je te dise, je suis désolé, mais j'ai un peu abîmé ton poulain.
- Comment ça ?
- On l'a fait tomber de son balai pendant l'entraînement. Heureusement, il était à moins de dix mètres du sol."

Fait tomber ? Mais depuis quand on fait tomber les attrappeurs ? Ils ont changé les règles du Quidditch sans me le dire ou quoi ?

"Où est-il ?
- Il ne devrait pas tarder, répondit Touary. Sa copine est venue le chercher à Ste Mangouste et il a pu rentrer chez lui."

Ste Mangouste ! Qu'est-ce qu'ils lui avaient fait ces enfoirés !!!

"Mais qu'est ce qu'il a, bordel !!
- Rien de bien grave, me rassura Touary. Juste une cheville cassée, un poignet foulé et le cuir chevelu entamé. "

Et mon poing dans la gueule de cette andouille, oui !

"Le plus dur a été de sortir de l'hôpital, continuait Touary sans suspecter que j'hésitais sur le meilleur point d'impact que m'offrait son visage d'imbécile heureux. Il y avait une dizaine d'infirmières qui voulaient s'occuper de lui, alors, avec le médecin, on a dû...

- Que veux dire exactement 'on l'a fait tomber' ? coupai-je brutalement.
- On avait rajouté des cognards, expliqua Ben d'une voix excitée. Tu te rends compte, il a tenu jusqu'à cinq."

Le problème avec Ben, c'est qu'il perd un peu le sens de la mesure quand il est question de Quidditch.

"Ben, je sais que tu veux gagner à tout prix, mais j'apprécierais que tu ne me démolisses pas mon partenaire, dis-je, plus sèchement que je ne l'aurais voulu.
- Eh, Will, calme-toi ! Il y a six mois tu faisais la gueule parce que tu avais un nouveau, et maintenant tu joues aux mères-poule.
- Arrête de dire des conneries. C'est une question de principe. Le boulot, ça passe avant le Quidditch, c'est tout."

Je les plantai là, vraiment en rogne, de peur de céder à l'impulsion qui me dictait d'en prendre un pour cogner sur l'autre. C'est vrai que j'avais réagi un peu vivement. Mais enfin, c'était MON coéquipier et si quelqu'un avait le droit de l'abîmer, c'était moi !

Potter arriva cinq minutes plus tard, alors que j'étais en train de passer mes nerfs sur un encrier qui refusait de s'ouvrir. Il alla tout d'abord vers Tarvi, sans doute pour lui réciter son bulletin de santé. Il passa ensuite voir Touary, qui lui remit un paquet de vêtements, puis il vint vers moi, en boitillant légèrement.

"La prochaine fois, fais un peu attention! lui dis-je, d'entrée de jeu. J'ai autre chose à faire que de m'occuper d'un infirme. On a du travail, figure-toi.
- Non, mais vous allez me lâcher un peu ? Je n'ai que des égratignures, merde !"

On s'est dévisagés quelques secondes. Je ne sais pas lequel de nous deux était le plus surpris par cet éclat. Il se ressaisit le premier :
"Désolé. Mais je t'assure que je n'ai rien. Je pourrai travailler comme d'habitude.
- Non c'est moi, ai-je reconnu. Je n'aurais pas dû te sauter sur le paletot comme cela. Si tu peux travailler normalement, il n'y pas de problème, terminai-je maladroitement.
- Qu'est ce qu'on a au programme ? demanda-t-il, rapidement
- Eh bien, on commence par terminer notre rapport d'hier. Du moins dès que j'aurai réussi à ouvrir cette fichue bouteille d'encre."

Potter prit le flacon que j'avais posé sur mon bureau et l'ouvrit. C'est sûr que c'est plus facile quand on tourne le bouchon dans le bon sens.

Il fourragea un moment dans le paquet d'affaires qu'il venait de récupérer et finit par en extirper son bonnet change-tête :
"J'ai eu peur ! Cela m'aurait ennuyé de le perdre. En plus il m'a drôlement manqué, hier à l'hôpital. J'aurais dû penser à le prendre avant d'y aller.
- Pourquoi ?
- Ma présence à Ste Mangouste n'est pas passée inaperçue et il y avait une dizaine d'infirmières qui campaient dans le couloir pour me voir. Finalement, on a déguisé le médicomage pour qu'il me ressemble et il est reparti avec Brian. J'ai attendu que la voie soit libre.
- Touary m'a dit que ta copine était venue te chercher.
- En fait, elle était déjà sur place pour un stage. Dans un sens, c'est bien car sinon j'aurais dû passer la nuit en observation à cause du choc sur la tête. Mais par ailleurs, j'aurais préféré qu'elle ne soit pas au courant. Elle en a fait tout un plat. Faut croire que ses études de médicomagie lui sont montées à la tête. Je plains ses futurs patients !"

Personnellement, cela ne me déplairait pas d'être soigné par un si joli petit lot, mais je gardai mes pensées pour moi, le gamin n'ayant pas ce genre d'humour.

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Avant de quitter la maison de mes parents, après le Nouvel An, j'avais demandé à ma sœur de me confier son fils aîné lors des vacances de Pâques le temps d'un match de Quidditch. Elle n'avait pas parue persuadée que Titus serait séduit par mon idée et m'avait dit qu'elle m'écrirait pour me transmettre sa réponse.

Au cours du mois de février, elle m'avait envoyé un hibou, signifiant son accord, bientôt suivi d'une lettre de mon neveu dans laquelle il me disait sa joie de me voir pendant ses vacances. Au début du mois de mars, j'avais indiqué que le match auquel je souhaitais emmener Titus aurait lieu le dernier dimanche du même mois, soit le second jour des vacances de Pâques.

Finalement, ma sœur décida d'accompagner son mari lors d'un voyage d'affaires à l'étranger qui était prévu pour cette période. Elle confia son petit dernier à mes parents et me demanda si je pouvais récupérer mon neveu à King's Cross le samedi soir et le garder jusqu'à leur retour le mardi en fin d'après midi. L'idée d'avoir à m'occuper de mon neveu durant trois jours entiers ne m'enchanta guère, mais je craignis qu'elle n'annule tout si je n'acceptais pas.

C'est ainsi que je me retrouvai sur la voie 9 ¾ la veille du match qui devait opposer notre équipe à celle des Jeux et Sports magiques. Au début je m'y sentis mal à l'aise, mais j'y retrouvai deux camarades de classes que j'avais perdus de vue depuis longtemps et qui étaient venus chercher leurs rejetons. Quand le train arriva, nous nous séparâmes en nous promettant de nous revoir prochainement.

Je récupérai mon neveu et nous nous rendîmes chez moi. Je lui fis à dîner et l'installai sur le canapé pour la nuit. Nous nous levâmes vers dix heures le lendemain et je préparai un brunch avant de partir pour le stade. Je désirais m'y rendre le plus tôt possible, car c'était une rencontre très attendue et il allait sans doute y avoir beaucoup de monde.

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Grâce à notre avance, il n'y avait pas encore trop d'affluence quand nous arrivâmes, mais le stade était loin d'être vide et je me félicitai de ma prévoyance. Alors que nous longions les gradins pour accéder aux meilleures places encore libres, j'aperçus deux personnes que je connaissais et qui recherchaient, elles aussi, un banc inoccupé.

"Bonjour ! saluais-je le grand roux et sa sœur.
- Bonjour, Monsieur Stratford, répondit en retour Ginny Weasley, tout en adressant un signe de tête et un sourire à mon neveu.
- Bonjour", répondit plus sobrement le frère.

Finalement, nous nous installâmes sur le même banc.


"Vous jouez au Quidditch, me demanda la copine de Potter.
- J'ai un peu joué dans ma jeunesse, mais je n'ai jamais fait partie d'une équipe, répondis-je. Et vous ?
- Oui, j'ai été capitaine à Poudlard lors de ma dernière année et actuellement je suis poursuiveuse dans l'équipe de mon école.
- Et vous, Weasley ? demandais-je à son frère.
- Je jouais, répondit-il tranquillement. J'étais gardien de but à Poudlard."

Je me demandai s'il avait postulé pour faire partie de l'équipe de son Département. Puis, je me rappelai qu'il boitait. Peut-être ne pouvait-il plus jouer. Son handicap était-il une séquelle de la Bataille ?

"Je sens que ce match va être passionnant ! repris-je.
- Formidable, grogna Weasley. Je viens pour voir mon équipe se prendre une raclée.
- Oh ! Arrête un peu de faire la tête ! le morigéna sa sœur. Et puis ne sois pas défaitiste ! Il est déjà arrivé à Harry de perdre !
- Vous parlez du match qu'il a perdu contre Cédric Diggory ?" demandai-je, pensant que ce serait peut-être une occasion de faire la lumière sur cette histoire qui défrayait toujours la chronique de Poudlard si j'en croyais ce que m'avait révélé mon neveu trois mois auparavant.

Ce dernier d'ailleurs se pencha pour mieux entendre la conversation.

"Mais il a fallu au moins cinquante Détraqueurs pour le faire tomber de son balai ! s'exclama Weasley. J'ai pas pensé à leur envoyer de carton d'invitation.
- Des Détraqueurs ! m'exclamais-je.
- Oui, m'expliqua la copine de Potter. C'était l'année où Sirius Black s'était enfuit d'Azkaban, alors le professeur Dumbledore a dû accepter que des Détraqueurs patrouillent autour de Poudlard. Mais le jour du match, ils ont encerclé le stade. Cela n'a pas été une expérience agréable, ajouta-t-elle en frissonnant à ce souvenir. Harry... Harry avait du mal à les supporter à l'époque, et il est tombé de son balai.
- Il n'en a pas voulu à Cedric Diggory ? " demanda mon neveu, qui décidément tenait à son histoire.

La Weasley eut l'air choqué :
"Pourquoi lui en aurait-il voulu ? Ce n'était pas la faute de Cedric si les Détraqueurs sont arrivés. D'ailleurs, Diggory a été très fair-play et a proposé de rejouer le match. C'est Mme Bibine qui a refusé. Pour en revenir à la rencontre d'aujourd'hui, il n'est pas impossible que ton Département gagne, Ron, continua la rousse. Il suffit d'empêcher Harry de récupérer le Vif tant que la marque n'a pas atteint une avance de cent cinquante points en votre faveur. Ça, c'est possible, puisqu'on l'a fait quand son école a affronté la mienne il y a deux ans !
- Mais nous savons tous que tu es plus terrible qu'un troupeau de Détraqueurs, ma très chère sœur.
- Oh, tu es impossible aujourd'hui !" s'écria-t-elle avec humeur et en lui assenant un coup de poing sur l'épaule, avec une certaine force si j'en jugeais à la grimace que fit Weasley.

"Vous avez réussi à l'empêcher de récupérer le Vif ?" demandai-je, admiratif.
- Oui, ce n'est pas très difficile, il suffit de lui foncer dessus au bon moment."

Pas besoin de se demander dans quelle maison elle avait fait ses études. Et après on s'étonne que les matches contre les Gryffondors tournent toujours à la foire d'empoigne !

"Et s'il ne s'écarte pas ? remarquai-je songeant au match précédent.
- C'était un risque à prendre. Mais j'étais assez énervée contre lui ce jour là, et il a dû le sentir. Et puis cela n'a pas l'air si terrible de tomber de son balai ! Il le fait tout le temps et il est encore vivant, après tout, répliqua-t-elle plaisamment.
- Ne dis pas cela comme si cela t'était égal, fit remarquer Weasley. Tu en fais une maladie à chaque fois.

- Dites donc, à ce propos, dit la jeune fille en se penchant vers moi. Votre entraîneur, il n'est pas un peu malade ? Mettre cinq cognards, vraiment !
- Si, tout à fait, confirmais-je. Il devient complètement fou quand il s'agit de Quidditch.
- Merci, vous me rassurez. Je commençai à croire que c'est moi qui devenais surprotectrice.
- Peut-on surprotéger Harry Potter ?
- Non, c'est vrai. C'est une entreprise vouée à l'échec." Elle reprit soudainement son sérieux. "J'espère que sa… spontanéité ne pose pas trop de problème dans votre travail.
- Ne vous en faites pas, la rassurai-je. Il a des méthodes originales, mais jusqu'à maintenant, je l'ai trouvé très raisonnable."

Elle parut sur le point d'ajouter quelque chose, mais détourna les yeux et reporta son attention sur le terrain de jeu. Il avait beaucoup plu les jours précédents et des sorciers étaient en train de vérifier que les poteaux de but restaient bien stables malgré le sol manifestement très spongieux.

"Heureusement que ce n'est pas un match de rugby, remarqua-t-elle.
- Qu'est-ce que c'est ? " demanda Titus.

Je connaissais depuis peu la réponse, mais je laissai répondre la jolie rousse :
" C'est un jeu moldu qui se joue par terre. On court en se lançant un ballon ovale, le but du jeu étant de poser ce dernier dans des endroits déterminés pour marquer des buts. C'est très populaire en Grande Bretagne.
- Oh, un truc moldu", fit dédaigneusement mon neveu.

La jeune femme lui lança un regard agacé mais ne dit rien. Je tentais de rattraper l'impolitesse de ce fichu gamin :
"Merci pour vos explications. Cela ne doit pas être très facile effectivement de courir sur un terrain aussi lourd."

Elle me remercia d'un sourire :
"Au moins, il ne pleut pas. Je n'ai jamais compris l'intérêt de la règle qui spécifie qu'une rencontre prévue doit se tenir quelles que soient les conditions climatiques. Où est le plaisir à jouer là dedans ?
- Que faites-vous de l'esprit de compétition ?
- Oh, je n'en suis pas dépourvue ! Mais quel contentement a-t-on à gagner quand il n'y a pas assez de visibilité pour voir la figure déconfite de l'adversaire, hein ?"

Je reconnus qu'il y avait du vrai dans ce qu'elle me disait. Nous continuâmes à discuter, alors que le stade se remplissait peu à peu. Potter avait de la chance. Sa copine était non seulement mignonne mais elle n'était pas bête et elle avait un solide sens de l'humour. C'était manifestement un trait de famille, car même si son frère se montra moins bavard, sa mauvaise humeur ne résista pas au plaisir de faire des bons mots et le temps en leur compagnie passa très vite.

Titus devint soudain passionné par la conversation quand il comprit que nos interlocuteurs étaient apparentés aux "Sorciers facétieux".

"C'est vrai, ce sont vos frères ? fit-il, les yeux brillants.
- Tu les connais ? demandai-je.
- Mais TOUT LE MONDE les connaît ! Il n'y a pas de semaine sans qu'un de leurs produits soit utilisé pour faire une blague à Poudlard !
- Sans compter le petit marécage de l'aile ouest, approuva Ginny Weasley.
- Le marécage ? demandais-je, un peu perdu.
- Oui, juste avant de partir en grande pompe, mes frères ont inondé tout un couloir en créant un marécage. Le professeur Flitwick a fini par le faire disparaître, mais il en a gardé un petit bout, par admiration pour la "très belle magie employée", pour reprendre ses propres termes, expliqua Weasley.

- C'est vrai qu'ils ont fait le tour de la Grande Salle en balai pendant le dîner ? demanda Titus.
- Pas exactement, mais leur départ a été un spectacle extraordinaire ! répondit le copain de Potter.
- Que voulez vous dire par départ ? demandais-je agacé d'être le seul à ignorer sur quoi portait la conversation.
- Mes frères ont eu un… disons petit désaccord avec la personne qui avait momentanément remplacé le professeur Dumbledore dans ses fonctions de directeur, m'apprit leur sœur. Ils ont donc préféré quitter l'école en cours d'année pour ouvrir leur magasin.
- Et c'est arrivé quand ?
- Oh cela fait bien cinq à six ans, maintenant !

- Et on en parle encore ?
- Vous connaissez les Fuseboum ? demanda-t-elle.
- Les feux d'artifices ? répondis-je, repensant à notre petite fête du nouvel an.
- Oui. Eh bien ils étaient en phase de test lors de leur dernière année. On en avait partout dans le château.

- Ce sont eux qui les ont inventés ?
- Vous ne le saviez pas ?
- Non ! Je n'en ai jamais acheté moi-même. D'ailleurs je ne vois pas le rapport avec les farces et attrapes.
- On peut effectivement en trouver partout maintenant, et les utiliser de façon très conventionnelle. Mais à Poudlard, cela avait un peu désorganisé les cours.

- Dis, Oncle William, on pourra aller à leur boutique sur le Chemin de Traverse, demain ? Maman n'a pas voulu m'y emmener.
- Si ta mère n'a pas voulu, c'est pas moi qui vais le faire !
- C'est le rôle des mères de refuser, mais vous êtes-vous toujours limité à ce que votre mère jugeait souhaitable, pendant votre scolarité ? fit la jeune femme, tentatrice.
- La vie serait triste si on se conformait à ce que nos mères nous permettent, renchérit son frère. Dites que vous travaillez avec Harry, ils vous feront un prix.
- Je les connais déjà. Potter me les a présentés quand il est allé leur commander son bonnet.

- Ah oui ! C'est pratique ce qu'ils lui ont fait, n'est-ce pas ?
- C'est quoi ce bonnet, demanda Titus.
- Cela ne te regarde pas", répondis-je.

La rousse lui fit un clin d'œil et un sourire pour adoucir la sécheresse de ma remarque, et répondit :
"Quand il ne veut pas être reconnu, Harry Potter met un Chapeau-sans-tête pour se promener dans la rue. Comme cela, personne ne le remarque."

Nous éclatâmes de rire, puis Weasley dit avec ferveur :

"J'espère que vous rendez fou Rusard et sa saleté de Miss Teigne !
- Oh oui ! Je crois que depuis le début de l'année, elle a ingurgité au moins six fois du Miaou-Fou-Fou, lui apprit Titus.
- Du quoi ? demandai-je.
- De la pâtée pour chat qui donne des visions. C'est pour la faire courir après les canaris roses ! m'expliqua Weasley
- C'est du joli !
- Vous n'avez pas dû la connaître, sinon vous dispenseriez mieux votre compassion", m'opposa sa sœur.

Ma compassion ? Elle se fichait de moi ou quoi ? Oui, cela devait être ça, car elle me regardait en se retenant visiblement de sourire.

"Arrêtez d'employer de mots que je ne connais pas", lui répondis-je, la faisant rire à son tour.

A ce moment, tout le monde était arrivé et le commentateur du match commença son boniment. Il présenta les équipes en rappelant qu'aucune des deux n'avaient perdu de match jusqu'à présent, ce qui rendait la rencontre particulièrement intéressante.

Puis l'équipe du Département des Sports fit son entrée. Chacun des joueurs, connu pour ses antécédents dans des équipes professionnelles, provoquait l'ovation des spectateurs. Mon équipe entra ensuite, ne recevant que des applaudissements polis, jusqu'à ce que Potter arrive à son tour. Cela déclencha à nouveau les hurlements de la foule, tous supporters confondus. Il faut dire que les occasions de voir publiquement le Survivant étaient rares et personne ne voulait laisser passer l'occasion de lui exprimer son admiration et sa gratitude.

Potter salua brièvement de la main et s'empressa de rejoindre les autres membres de l'équipe, espérant sans doute se fondre dans la masse. Il était un peu loin pour que je puisse voir l'expression de son visage, mais je supposai qu'il avait repris le masque inexpressif qu'il adoptait quand il se sentait mal à l'aise.

Les Weasley et moi fûmes sans doute les seuls à l'applaudir sobrement. Je vis que mon neveu le regardait avidement dans les Multiplettes que je lui avais offertes.

Le match commença et la stratégie mise au point par les deux équipes fut rapidement visible. Comme les joueurs du Département des Sports étaient nettement meilleurs que les Aurors, Potter avait dû recevoir pour consigne de récupérer le Vif le plus rapidement possible. Nos adversaires avaient adopté la tactique inverse : ils avaient décidé de faire durer le jeu.

Ayant connaissance des capacités de Potter, ils mirent de mettre les grands moyens pour le bloquer. Les batteurs avaient reçu pour instruction de ne s'occuper que de lui, ainsi que l'attrapeur adverse. Les poursuiveurs et le gardien de but furent laissés à eux même. Ces derniers, d'ailleurs, étaient très efficaces et au bout de dix minutes, nous avions déjà encaissé trois buts.

Mais personne ne se donnait la peine d'admirer leur jeu. Tout le monde suivait avec attention, là où se concentrait l'action la plus importante et la plus intéressante, c'est à dire Potter, bombardé par les cognards et poursuivi inlassablement par son homologue.

Malgré le courageux travail de nos batteurs qui tentaient tant bien que mal de le protéger, Potter n'avait pas un instant de répit, ayant toujours quelque chose, balle noire ou humain, qui lui fonçait dessus. Le but de l'opération était de ne pas laisser à Potter le temps de se préoccuper du Vif, et cela marchait parfaitement.

Après une demi-heure de jeu, nous avions cents points de retard et Ben Tarvi demanda un temps mort. Nos joueurs se posèrent autour de lui et il sembla donner des instructions à Potter qui l'écoutait en hochant la tête.

"J'ai un mauvais pressentiment, dit Ginny Weasley. Bon sang, il fait assez de bêtises tout seul, il n'a pas besoin qu'on le pousse au crime ! Je vous jure que s'il arrive quoique ce soit à Harry, je massacre votre collègue !
- Je vous aiderai, l'approuvai-je. J'ai pris mon lundi et j'ai pas envie que Shacklebolt me le sucre parce que Potter ne peut pas venir travailler !
- C'est idiot, me fit remarquer Weasley. Si l'entraîneur ne peut pas venir bosser lui non plus, vous êtes d'autant plus sûr d'être obligé d'y aller.
- Vous avez entièrement raison, admis-je. Désolé Mademoiselle, mais j'ai finalement l'intention de défendre mon collègue.
- Ça non plus je ne vous le conseille pas, répondit Weasley. A moins que vous ne vouliez tenir compagnie à Harry à Ste Mangouste. Remarquez, si vous partagez sa chambre, vous aurez toutes les infirmières à vos ordres !"

Le coup de coude qu'il reçut de sa sœur dans l'estomac me convainquit qu'il n'exagérait pas. Je n'avais plus qu'à espérer que l'entraînement draconien mis en place par Tarvi permette à mon partenaire de s'en tirer sans grand dommage.

"Ce serait peut-être la solution, commenta sa sœur. Si pour une fois, je le laissais se dépatouiller tout seul avec ses fans en folie, peut-être qu'il ferait un peu plus attention la fois suivante."

Personnellement je trouvai que c'était une solution risquée. Mais je gardai mes réflexions pour moi. Après tout, cela ne me regardait pas, et en plus mon neveu ne perdait pas une miette de la conversation et je pensai qu'il était un peu jeune pour assister à un débat sur le sujet. De toute façon, le match reprenait et notre attention se reporta sur le stade.

Dès qu'il s'éleva dans les airs, Potter redevint la cible de ses adversaires. Mais désormais, il ne se contentait plus d'esquiver. Il devint plus agressif, fonçant sur les batteurs pour les déconcentrer et gagner ainsi un peu de répit, qu'il mettait à profit pour rechercher le Vif. Mais la recherche de la balle dorée lui faisait perdre de vue les cognards, et il les anticipait moins. Du coup, ses manœuvres pour les éviter devinrent plus spectaculaires encore. On ne compta plus les figures qu'il exécutait. Je crois qu'en moins de dix minutes, il ne fit pas moins de trois feintes de Wronski particulièrement audacieuses.

C'était un spectacle prodigieux et le stade entier était déchaîné, tous les spectateurs debout, poussant des exclamations enthousiastes à chaque esquive de Potter. Parallèlement, les poursuiveurs du Département des Sports continuaient leur office, et bientôt ils atteignirent cent quarante points d'avance.

C'était notre dernière chance d'attraper le Vif et de faire basculer le score en notre faveur. Potter sembla s'en rendre compte et tenta le tout pour le tout. Echappant aux deux cognards qui étaient à ses trousses, il fonça droit sur l'attrapeur adverse, l'évitant au dernier moment par une vrille audacieuse. Mais son adversaire n'eut pas le temps de s'en réjouir, car il reçut en plein ventre l'un des cognards qui étaient destiné à Potter.

Celui-ci continua sa course en direction d'un de nos batteurs. Alors qu'il passait à proximité, son coéquipier intercepta le second cognard avec sa batte et le renvoya en direction des poursuiveurs adverses. Ayant enfin les coudées franches, Potter fit un grand tour du stade à la recherche du Vif. Coup de chance, il le repéra rapidement et fonça dans sa direction.

Entre temps, le cognards avaient été récupérés par les batteurs de l'autre équipe et furent de nouveau envoyés aux trousses de Potter qui lui-même poursuivait le Vif. Heureusement, l'autre attrapeur était trop occupé à récupérer son souffle pour se joindre à la danse.

Rattrapé par les cognard, la course de Potter se fit zigzaguante et extrêmement acrobatique. Dans les tribunes, c'était la folie, tout le monde hurlait frénétiquement. Finalement, Potter exécuta un looping pour éviter une des balles noires. A ce moment, il était à plus de six mètres du sol. Or la course erratique du Vif avait amené ce dernier à la verticale de Potter, trois mètres en dessous de lui.

Potter, qui avait la tête en bas à ce moment, le repéra. Il tendit les bras vers le Vif et écarta les jambes, tombant ainsi de son balai. Au terme de sa chute, il s'écrasa sur le sol boueux du stade, non sans avoir croisé auparavant la trajectoire du Vif. Un grand "Ohhhh!" salua la culbute de Potter, et tout le monde resta quelques secondes dans l'expectative. Le Vif avait disparu, mais tout s'était déroulé trop vite pour que l'on puisse être certain que Potter l'ait attrapé au vol.

Alors que le médicomage de service se précipitait vers la silhouette de Potter toujours à terre, ce dernier leva un bras. Je n'avais pas de Multiplettes, mais l'éclat doré qui tressautait dans sa main dressée m'apprit sa victoire. Le sifflet de l'arbitre fut noyé dans la clameur qui s'éleva des tribunes, et les gradins se mirent à trembler quand les spectateurs commencèrent à taper rythmiquement des pieds et des mains.

Epoustouflé par la performance, je me joignis à cet hommage, jusqu'au moment où je me rendis compte que ma voisine, semblait doucement s'affaisser. Je l'agrippai par le bras et l'aidai à s'asseoir. Elle était livide et avait les yeux clos. Je la soutins par les épaules, tandis qu'elle respirait à grandes goulées.

Elle finit par ouvrir les yeux :
"Pathétique, n'est ce pas, souffla-t-elle. Je devrais avoir l'habitude, depuis le temps.
- Il y a des choses auxquelles on ne s'habitue jamais, répondis-je sincèrement, en ayant vu beaucoup trop de ce genre de choses pendant la guerre.
- Hé, Gin, reste avec nous, s'inquiéta à son tour son frère. Il s'est relevé, tu sais.
- Finalement, je crois que c'est lui que je vais massacrer. Au moins, ce sera fait une bonne fois pour toutes.
- Tu ne seras pas la première à essayer, commenta son frère. Le problème, c'est qu'il a une chance de pendu !"

Je me redressai et observai ce qui se passait sur la pelouse. Potter s'était effectivement remis debout et le médicomage semblait lui soigner un bras. Le reste de l'équipe l'entourait, se félicitant et se sautant dessus mutuellement. Quand le guérisseur s'éloigna, Potter fut saisi par ses coéquipiers qui le hissèrent sur leurs épaules et entreprirent de faire le tour du stade, alors que le public scandait :
"POTTER ! POTTER !"

Alors qu'ils entreprenaient leur second tour, certains spectateurs commencèrent à hurler "Un discours ! Un discours !", bientôt suivis par toute l'assistance.

"Ça, c'est une bonne idée, commenta la Weasley avec un sourire sadique, nous allons pouvoir admirer la ravissante teinte verte qu'il affecte lors de ce genre d'occasion.
- On ne verra rien du tout, la contredit son frère, il est couvert de boue."

Si j'en jugeai par les encouragements que semblait lui prodiguer toute l'équipe, le Potter était mal barré pour y couper. Finalement, on lui appliqua sournoisement un sonorus :
"...N'EST PAS UNE BONNE ID...", sonna brusquement la voix de mon coéquipier dans tout le stade.

Il resta un moment figé puis parut se résigner :
"Je ne sais pas pourquoi c'est à moi qu'on demande de parler, finit-il par nous annoncer. Cette victoire est avant tout celle de notre entraîneur, Ben Tarvi et de tous les membres de mon équipe. Moi je suis juste le gars qui court après la petite balle qu'on lui a lancée !"

Tout le stade éclata de rire et applaudit. Je me penchais vers ma voisine :
"Vous êtes sûre qu'il ne sait pas faire un discours ?
- Je n'ai jamais dit qu'il ne savait pas. C'est juste qu'il déteste ça et qu'il a le trac !

- D'où j'étais, je n'avais pas une très bonne visibilité, continuait le héros du jour, mais j'ai l'impression que c'était un bon match. En tout cas, c'était formidable de jouer contre l'équipe des Jeux et sport magiques ! J'espère que d'autres occasions se présenteront.
- Lui au moins, il n'est pas rancunier ! fit remarquer Weasley.
- Je vous remercie pour votre soutien à tous, conclut Potter. On a passé un bon moment. Bonne fin d'après-midi."

Et il repartit résolument et en boitant vers les vestiaires, tandis que les spectateurs l'acclamaient une dernière fois. Une fois le calme revenu, la Weasley se pencha vers son frère :

"Ron, tu pourrais aller le récupérer à Ste Mangouste ? Je préfère que personne ne sache que je le connais, là bas.
- Tu crois qu'il va y aller ?
- Son bras était cassé. On lui a apposé un charme d'Attelle, mais c'est provisoire. Il va devoir se rendre à l'hôpital pour se faire réellement soigner.
- Je croyais que tu avais décidé de le laisser se débrouiller tout seul !
- Je ne suis pas idiote à ce point, rétorqua-t-elle. En plus, il va sans doute vouloir rentrer et j'ai peur qu'il ne transplane. Il sait parfaitement que c'est dangereux de le faire quand on a une fracture tout juste réduite, mais je crains que cela ne l'arrête pas.
- D'accord, dès que j'arrive à sortir d'ici, je vais essayer de le retrouver."

Nous sortîmes lentement du stade, les spectateurs étant bien trop occupés à commenter cette partie extraordinaire pour désirer sortir rapidement. Alors que nous avions presque atteint la sortie, je repérais dans la foule des reporters de la Gazette du Sorcier.

Je les montrai du doigt à Ginny Weasley :
"Il y a des journalistes ici. A mon avis, ce sera dans le journal demain.
- Si cela ne sort pas des pages sportives, ce n'est pas trop grave. De toute façon, tous les spectateurs vont en parler autour d'eux, on ne peut pas l'empêcher. L'important, c'est que l'on respecte sa vie privée."

Peu de temps après, Ron Weasley nous quitta, se dépêchant d'aller prêter main forte à son copain. Sa sœur prit le temps de nous saluer, laissant entendre qu'elle serait ravie d'avoir l'occasion de me revoir. Je lui assurai qu'il en était de même pour moi, ce qui était parfaitement vrai. J'avais passé un bon moment en sa compagnie.

Je demandai à mon neveu s'il voulait se promener durant le reste de l'après-midi, mais il préférait rentrer pour revoir le match dans ses Multiplettes. Finalement, nous passâmes le reste de la journée à décortiquer les figures de Potter.

Titus était absolument ravi de sa journée et me remercia plusieurs fois de l'avoir invité. Il ne me restait plus qu'à trouver comment l'occuper les deux jours suivants.

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Jeux vidéos et vieille dame indigne by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XI : Jeux vidéos et vieille dame indigne


Il faisait beau le lendemain matin et je me dis que ce serait une bonne idée de sortir. Mais Titus ne semblait pas vouloir quitter ses Multiplettes, se repassant inlassablement le match de la veille.

"Tu ne veux pas sortir un peu ?
- Mmh !
- Pardon ?
- Non.
- Enfin, on ne va pas rester toute la journée enfermés !
- Mmh..."

On leur apprend pas à parler correctement aux gamins ? Bon, d'accord, Potter était un excellent joueur, mais on n'allait pas passer la journée à l'admirer. J'avoue que je commençais presque à comprendre Malefoy. S'il avait été témoin d'un tel engouement inconditionnel pendant sept ans, pas étonnant qu'il nous fasse des crises d'urticaire quand la Célébrité se faisait un peu remarquer.

En attendant, je n'avais aucune idée de ce qui pourrait plaire à ce mioche et le décider à se bouger un peu. Je n'aurais jamais dû accepter de le garder trois jours !

J'essayai de me rappeler ce que j'appréciais à cet âge. J'aimais jouer dehors avec ma sœur, ranger mes cartes de chocogrenouilles, admirer les balais, les sorties à Pré-au-Lard...

"Dis Titus, tu ne voudrais pas aller à Pré-au Lard ? Il y a un grand magasin de balais là-bas"

Il me prêta enfin un peu d'attention :
"Maman m'a emmené plusieurs fois à Pré-au-Lard. On ne pourrait pas aller voir le magasin du Chemin de Traverse ?"
Les gamins de nos jours sont trop gâtés. De mon temps, aller à Pré-au-Lard était une vraie fête !

"Bon, si tu veux, mais remues-toi, il est déjà 11heures."
Il lâcha à regret ses Multipettes et se prépara enfin.

Nous passâmes deux longues heures dans le magasin. Un vendeur nous fit l'article pour le Foudre de guerre, le balai de luxe qui avait remplacé l'Eclair de feu. Si mon neveu portait à ses leçons la moitié de l'intérêt qu'il eût pour la fiche technique de l'engin, il devait être le premier de sa classe.

Je réussis à l'arracher à sa contemplation en lui proposant de lui offrir un petit nécessaire à balai. Il se laissa ainsi entraîner vers le rayon correspondant.

Quand il consentit enfin à quitter la boutique, je lui demandai s'il avait des fournitures à acheter pour l'école ; mais il semblait que ma sœur ait fait le nécessaire pour lui envoyer tout ce dont il aurait pu avoir besoin en cours d'année. Je l'entraînai dans un pub pour manger un morceau, puis je lui proposai d'aller prendre une glace chez Florian Fortarôme en guise de dessert.

En chemin, nous passâmes devant le magasin des jumeaux Weasley, "Aux sorciers facétieux". L'air de rien, Titus fit remarquer :
"Puisqu'on est devant, on pourrait aller regarder. Juste pour voir...
- Si tu veux", répondis-je.

A le voir filer vers l'établissement, j'eus soudain un doute :
"Dis donc, toi. C'est pour venir ici que tu as préféré venir ici plutôt qu'à Pré-au-Lard ?"
Il rougit :
"Je me suis dit que ce serait l'occasion. Mais si tu ne veux pas y aller..., termina-t-il d'un ton misérable.
- Puisqu'on est là, cédai-je. Je suppose qu'un petit coup d'œil nous fera pas de mal."

Sa figure s'illumina et il poussa résolument la porte de la boutique. Comme la première fois, les confettis nous accueillirent. Je soupirai, ayant vaguement l'impression de m'être fait manipuler, et entrepris de rejoindre le comptoir. Titus semblait apprécier toutes les facéties que notre avancée déclenchait. Moi je trouvais ça stupide, mais je ne faisais sûrement pas partie du public visé.

Un des jumeaux Weasley nous accueillit :
"Monsieur Stratford, soyez le bienvenu dans notre modeste boutique. Je vois que vous avez amené votre neveu. Bonjour Titus !"

Manifestement, la communication passait bien dans la famille Weasley.

"Bonjour, Monsieur, répondit mon neveu, tout intimidé de se voir ainsi interpellé.
- Eh bien, jeune homme, on vient chercher de quoi mettre un peu de joie et de bonne humeur autour de soi ?
- Euh…oui, répondit le mioche en me jetant un regard timide.
- De quelle maison es-tu ?
- Serpentard ! répondit fièrement Titus.
- Nous avons plein de produits qui plaisent beaucoup dans ta maison. Effet subtil garanti. Pas d'esbroufe, mais d'une redoutable efficacité. Quel genre de blague voudrais-tu faire ? Collective ou individuelle ? Visant plutôt les élèves, les professeurs, les concierges, les chats, les parents, les frères et sœurs ? Pour intérieur ou plein air ? Nous avons toute sorte de conditionnements : objets ensorcelés, potions à boire, poudres à vaporiser…

Alors que Titus assimilait le vaste champ d'action qui s'offrait à lui, Weasley s'adressa à moi :
"Pendant que votre neveu fait son choix, voulez vous admirer notre rayon de Feuxfous Fuseboum pour toute occasion ? Vous pouvez les trouver ailleurs, mais ici nous avons la gamme complète."

J'acceptai sa proposition, en partie car j'étais curieux d'en savoir plus sur ce produit, et aussi car je préférais en connaître le moins possible sur les achats de mon neveu, au cas où sa mère m'en demanderait le compte.

La diversité offerte était impressionnante. Tout un pan de mur était consacré à leur produit vedette. Ils étaient tous sur le même principe : on choisissait des motifs pré-dessinés, ou on dessinait soi-même sur des parchemins ensorcelés les formes et les phrases que l'on voulait voir s'épanouir dans le ciel. C'était les motifs proposés et le nombre de parchemins fournis qui déterminaient le thème et le prix des différents modèles.

On pouvait se procurer des personnages de légendes ou des galeries d'animaux pour les fêtes enfantines, des petits cœurs et des angelots pour les déclarations d'amour, des portraits de sportifs pour les soirées d'après match, et toute l'imagerie liée aux différentes fêtes : citrouilles et fantômes pour Halloween, barbus débonnaires et rennes pour Noël, poules et œufs colorés pour Pâques. Je trouvai même, à moitié dissimulée, une boîte rose dont le thème était destiné à un public averti.

Dans la zone consacrée aux fêtes de fin d'année, je repérais la boîte que mon beau-frère avait apportée pour le nouvel an. C'était une des moins chères. Cela ne m'étonna pas. Gwen n'aurait jamais dû épouser un écossais.

En étudiant les boîtes de plus près, je vis qu'elles étaient très bien conçues. Outre la description précise du contenu, étaient précisés en gras les lieux où l'utilisation des Fuseboum était proscrite, ainsi que les précautions à suivre au cours de leur usage. Sous leur aspect loufoque et indiscipliné, ces jumeaux étaient des commerçants prudents. Cela me rassura un peu sur les produits que mon neveu était en train d'acquérir.

Quand je revins vers le comptoir, le rouquin était en train de finir d'empaqueter les achats de Titus, tout en continuant à faire l'article :
"Voilà jeune homme. Avec la remise spéciale pour les personnes recommandées par la famille. Tous nos produits sont garantis un an. Et sans effets secondaires", ajouta-t-il en remarquant ma présence.

Mon neveu le remercia et me suivit vers la sortie en serrant son paquet contre son cœur. Nous finîmes notre après-midi chez le glacier. Titus prit la plus grosse coupe proposée par la carte. Je n'aurai jamais cru qu'un gamin de son gabarit puisse manger autant sans être malade.

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J'avais décidé de rendre sa journée du lendemain inoubliable.
"Debout marmotte, le secouais-je vers neuf heures du matin. On a un programme chargé aujourd'hui.
- Mmh… On fait quoi ?
- Surprise ! Allez, debout !"

Malgré son insistance, je refusai de lui révéler ce que j'avais prévu. D'abord parce qu'une surprise est une surprise, et ensuite, je n'étais pas sûr qu'il se lèverait si je lui révélais à l'avance notre destination.

Ainsi, quand il eut déjeuné, je lui dis de remettre les vêtements moldus qu'il avait utilisés pour passer inaperçu à King's Cross l'avant-veille.

"Pourquoi tu veux que je les mette ?
- A ton avis ?
- Tu ne vas pas me remettre dans le train !
- Bien sûr que non. On va faire du tourisme.
- Chez les moldus ?
- Exactement.
- Bof !
- Ecoute, fais-moi confiance, tu vas aimer".

Il protesta encore un peu, mais il n'était pas encore assez familier avec moi pour réellement refuser. Il s'habilla donc en maugréant et en pestant contre ces "vêtements complètement nuls et moches".

Quand je lui indiquai le nom de notre cheminée de destination, il m'opposa une mine renfrognée, mais répéta docilement après moi pour confirmer qu'il avait bien compris. C'est donc sans problème que nous nous retrouvâmes en plein cœur de Londres en milieu de matinée.

Il nous fallait prendre le métro pour nous rendre où j'avais prévu de l'emmener. Avant de nous y engouffrer, je lui recommandai de ne pas parler trop fort et de me laisser répondre si quelqu'un nous adressait la parole. Il parut étonné de mon aisance quand j'achetai nos tickets et arrêta enfin de faire la tête pour regarder autour de lui. Il oublia vite sa mauvaise humeur, subjugué par l'étonnante faune qui nous entourait.

En l'observant, je me demandai si l'idée répandue selon laquelle les moldus ne sont pas bien malins tient à la tête qu'ils font quand nous les croisons sur le Chemin de Traverse. C'est sûr qu'on n'a pas l'air bien futé quand on a la bouche entrouverte et les yeux aussi écarquillés que ceux d'un elfe de maison.

Je le tins fermement par le bras alors que nous déambulions dans les couloirs. Il trouva les Escalators plus pratiques que les escaliers de Poudlard. Tant qu'à bouger, il est vrai que c'est commode qu'ils aillent dans la bonne direction.

J'avais prévu de l'emmener dans un magasin où se vendaient des livres et autres articles culturels pour enfants et adolescents. Je l'avais découvert peu de temps auparavant et j'avais été frappé par le nombre de jeunes qui déambulaient dans ces lieux. Je jugeai avoir de bonnes chances d'y trouver de quoi intéresser mon neveu.

Nous commençâmes par la librairie. Dans un premier temps, l’idée de visiter un tel lieu lui sembla d’un ennui mortel :
" Ce sont que de livres !
- Mais regarde un peu ! Tu en a déjà vu avec autant de couleurs et de dessins ?"

Il allait sans doute répliquer de façon négative, quand son attention fut attirée par un livre portant l'illustration d'un dragon en couverture.
"Oh ! s'écria-t-il. Tu as vu ! Je ne savais pas que le moldus...
- Titus, sifflai-je entre mes dents serrées. Fais attention à ce que tu dis. Je vais t'appliquer un Silentio, si tu recommences ! Parle moins fort !"

Il me répliqua par une moue boudeuse mais je n'y pris pas garde et me saisis du livre qui avait ainsi attiré son attention.
"Ces dragons sont très beaux, dis-je en feuilletant l'ouvrage. Fantaisistes, mais très beaux."

Finalement, Titus commença à s'intéresser à ce qui l'entourait. Le laissant à son exploration, je fouinai de mon côté. J'eus la surprise d'y découvrir que la mythologie gréco-romaine était connue des moldus. Il faut croire que certains mythes sont universels.

Je rejoignis Titus qui me faisait des grands signes. Il avait trouvé un livre de contes où étaient représentés des sorcières aux nez crochus et des mages barbus :
"Regarde, dit-il en riant, mais d'une voix contrôlée, tu ne trouves pas que cette vieille ressemble à la voisine de Grand-père et Grand-mère ? Tu sais, celle qui était venue pendant trois heures nous parler de ses rhumatismes pendant qu'on était chez eux ?
- C'est vrai, convins-je. Et celui-là, ajoutai-je en montrant un Merlin illustrant la "Légende d'Arthur", on dirait Dumbledore !"

Nous jouâmes un petit moment à ce jeu des ressemblances, puis je l'entraînai vers les disques. A voix basse je lui en expliquai le principe et nous passâmes un bon moment à en écouter aux bornes de consultation mises à la disposition du public. Nous constatâmes la supériorité des moldus en la matière. Si nous savons conserver des sons par magie, c'est une entreprise difficile utilisée dans des cas limités. Quand Titus compris que tous les enfants moldus pouvaient écouter chez eux leurs chansons préférées à leur convenance, je crois qu'il se sentit un peu jaloux.

J'étais en train d'écouter de la très belle musique quand Titus se plaignit d'avoir faim. Manifestement, combler son estomac ne souffrait aucun délai, et je ne puis même pas finir l'audition que j'avais en cours, car il insistait d'une voix de plus en plus forte et aiguë.

J'allais lui dire de la mettre en sourdine quand je notai que les gens autour de nous commençaient à me regarder d'un air désapprobateur. J'abandonnai donc mon écouteur et traînai le gamin dehors avant qu'on ne m'accuse de martyriser cet enfant.

Une fois dans la rue, je cherchai du regard un endroit où nous pourrions manger rapidement. Mes yeux tombèrent alors sur une enseigne dont Christina m'avait parlé comme étant le lieu préféré de ses neveux et nièce pour déjeuner. Ces derniers étaient sensiblement plus jeunes que Titus, mais un simple coup d'œil me rassura. Tous les âges semblaient se retrouver dans ce restaurant.

Nous y entrâmes à la suite d'une bande d'adolescents, et nous les suivîmes alors qu'ils allaient faire leur commande au comptoir. Quand ce fut notre tour, je choisis la même chose qu'eux pour moi et Titus. Nous trouvâmes ensuite un coin pour nous installer. Ce n'était pas de la grande cuisine, mais c'était correct. Mon neveu adora l'idée de manger avec ses doigts dans un restaurant, ainsi que la sauce à la tomate qui était en libre service sur les tables. Il en couvrit copieusement son sandwich et ses frites et y fit grand honneur. Cela me vexa un peu de constater qu'il préférait cette cuisine moldue au petit déjeuner complet que je lui avais soigneusement préparé le matin même.

De retour dans le magasin, je voulus voir les "ordinateurs", qui semblaient être des éléments important dans le monde moldu moderne. Mais, alors que nous passions devant les "DVD", Titus s'arrêta devant un écran et resta fasciné par le film d'action qui s'y déroulait. Quand je parvins à l'en détacher, ce fut pour tomber dans les "jeux vidéo". Il y avait beaucoup de jeunes qui s'agglutinaient autour des écrans, manipulant des boutons.

Dans un premier temps, nous ne comprîmes pas très bien comment cela marchait, et nous en fûmes réduits à observer les autres gamins pour voir comment ils se débrouillaient. Puis finalement, avec une dextérité qui m'étonna, Titus prit en main une console et commença une course de voiture, en pilotant le véhicule grâce à des manettes placées sous l'écran. Ses premières parties ne furent pas brillantes, mais il s'améliora rapidement.

Quand je remarquai qu'il était entièrement absorbé par le jeu, je l'abandonnai et allai enfin vers ce qui m'intéressait. J'eus la chance dans le rayon "Informatique" de trouver un engin de libre à proximité d'un mioche qui expliquait à sa grand-mère comment "surfer sur internet". Je copiai discrètement sur l'aïeule et eus la fierté d'y arriver bien avant elle. Je commençai tout juste à appréhender la somme de connaissances auxquelles les moldus ont accès à partir d'une simple machine quand Titus me rejoignit. Je lui montrai mes récentes acquisitions et il se mit à son tour à utiliser la "souris" et à cliquer frénétiquement sur les "liens".

Finalement, quand le soir commença à tomber, je réalisai que nous n'étions pas en avance car les parents du petit devaient rentrer chez eux vers dix-huit heures et nous devions aller les rejoindre. J'arrachai mon neveu à l'écran enchanteur et nous rejoignîmes le métro. En sortant, j'eus beaucoup de mal à l'empêcher de commenter tout haut sa récente initiation. Heureusement, se retrouver bringuebalés dans une rame bondée ne favorise pas la conversation.

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De retour à mon appartement, nous rassemblâmes en hâte les affaires de Titus, car il commençait à se faire tard. Cependant, avant de reprendre la cheminée pour nous rendre chez ses parents, je jugeai utile d'avoir une petite conversation avec mon neveu :

"Titus, tu peux bien sûr raconter à tes parents et à tes camarades le match de Quidditch auquel nous avons assisté, mais j'apprécierai que tu ne révèles pas que tu étais assis à côté des amis de Harry Potter et que nous avons discuté avec eux. Ni que je connais bien Potter.
- Ça, je le sais depuis Noël mais je ne l'ai dit à personne.
- Je te fais entièrement confiance, Titus. Je te rappelle simplement ce qui n'est pas souhaitable de le dire à tout le monde.
- Entendu !
- Et, euh… je ne suis pas sûr qu'il soit indispensable de parler à ta mère de notre petite visite dans la boutique de farces et attrapes.
- Tout à fait d'accord ! répondit-il précipitamment, et nous échangeâmes un regard de connivence.

Cette mise au point effectuée, nous reprîmes la cheminée pour aller chez les parents du gamin. Ma sœur sauta sur son rejeton dès notre arrivée. Nous avions une demi-heure de retard et elle s'était inquiétée. Je lui fis remarquer que je ne voyais pas très bien ce qui aurait pu nous arriver.
"Mais enfin, où étiez-vous passés ? J'ai essayé de vous joindre par cheminée et il n'y avait personne !
- Dans le Londres moldu.
- Le Londres moldu ! Mais que faisiez-vous là-bas ?
- Du tourisme.
- Enfin, depuis quand tu fais-tu du tourisme chez les moldus, toi ?
- Depuis que je mène des enquêtes là-bas dans le cadre de mon travail et que le Ministère multiplie les liens avec leur monde. Les connaissances que Titus a acquises aujourd'hui lui seront sans doute utiles un jour.
- Quels genres de connaissances ? a demandé mon beau-frère.
- Le métro, les vêtements, l'informatique.
- C'était super l'informatique !" a dit Titus.

Et il a commencé à raconter ses découvertes, en mélangeant allègrement tout ce que nous avions vu. C'était parfaitement incompréhensible, mais il était clair qu'il avait bien aimé. Finalement ma sœur le coupa dans son élan :
"Oui mon chéri, c'est très intéressant. Maintenant, je voudrais que tu ailles te laver les mains, c'est l'heure de manger. Tu restes dîner, William ?"

J'acceptai, ne serait-ce que pour voir comment Titus allait leur raconter le reste du week-end.

"Et qu'avez-vous fait hier ? demanda Gwen après nous avoir tous servis.
- On s'est baladés sur le Chemin de Traverse. On est allé voir les balais, il y avait un Foudre de Guerre en démonstration, c'était super ! répondit Titus, la bouche pleine, s'attirant les reproches de sa mère.
- Et ce match de Quidditch ? demanda mon beau-frère, nous épargnant d'entendre le détail des caractéristiques de cette petite merveille.
- Merveilleux ! a dit Titus. Je n'ai jamais vu de match aussi fantastique.
- Tu n'en as pas vu beaucoup, lui rétorqua son père, amusé.
- C'est vrai que c'était assez extraordinaire, ai-je confirmé. Et pourtant, j'en ai vu pas mal.
- Et qui a gagné ? a demandé ma sœur.
- Les Aurors ! s'est écrié mon neveu. Harry Potter a été formidable !
- Quel est le rapport avec le Survivant ? a demandé Gwen.
- Il est Auror, ai-je expliqué. Et c'est notre attrapeur. Il n'est pas mauvais.
- Pas mauvais ! Il est génial, oui !" s'est écrié Titus.

Et il entrepris de décrire toutes les figures que Potter avait exécutées. Au bout d'un moment, ma sœur demanda :
"Il a duré combien de temps, ce match ?
- Une petite heure, répondis-je
- Enfin, il n'est pas possible de faire tout cela en si peu de temps !
- C'est justement ce qui a rendu le spectacle extraordinaire, lui expliquai-je. Il passait son temps à enchaîner les manœuvres.
- J'ai tout sur mes Multiplettes", insista mon neveu, désireux de vaincre l'incrédulité maternelle.

Il serait allé les chercher séance tenante si sa mère ne l'en avait pas empêché. Cependant, la curiosité de mon beau-frère s'était éveillée et, à peine avions nous fini notre dessert qu'il demanda à son fils de lui montrer le match. Il s'empara des jumelles et commença à visionner la rencontre. Très vite, il se mit à pousser des exclamations enthousiastes et il devint évident que nous n'aurions plus de conversation avec lui tant qu'il n'aurait pas fini de tout voir.

Ma sœur envoya Titus faire sa toilette et je restai avec elle tandis qu'elle rangeait la cuisine en me racontant son voyage. Puis Titus revint en pyjama et me souhaita bonsoir en me remerciant pour les trois jours passés et les petits cadeaux que je lui avais faits.

Sa mère l'accompagna au lit et je rejoignis mon beau-frère dans le salon. Il était toujours absorbé par le Quidditch et je lui empruntais sa gazette du Sorcier car je n'avais pas eu le temps de la lire ces derniers jours. Au bout d'un moment, Gwen vint nous rejoindre :
"Titus a vraiment adoré son séjour chez toi. Merci de l'avoir autant gâté.
- Oh, c'était un plaisir pour moi aussi. On pourra peut-être recommencer cet été.
- Ce serait bien, oui. Il m'a déjà demandé s'il pouvait retourner te voir aux prochaines vacances."

Je dois avouer que cela me rendit assez fier. Finalement, Léopold passa les Multiplettes à son épouse et nous commençâmes à commenter le match. C'était la première fois que je parlais réellement avec mon beau-frère. Normalement, nous nous croisons chez mes parents et les conversations qu'il a avec mon père ne m'intéressaient pas tellement.

La discussion dériva ensuite sur les nouvelles que j'avais lues dans le journal. Il était plus de minuit quand nous pensâmes à regarder l'heure et je m'empressai de prendre congé. Je déclinai l'offre de Gwen de l'accompagner le lendemain chez nos parents pour récupérer son cadet mais je lui promis de les inviter chez moi prochainement.

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Quand je retournai travailler le lendemain matin, je me rendis compte que le regard des mes collègues sur Potter avait changé. Jusqu'à présent, il s'était peu lié avec ceux qu'il n'avait pas connus lors de sa formation. Il était donc traité un peu à part, en partie à cause de ce qu'il était, mais aussi parce qu'il n'encourageait pas la familiarité par son attitude distante. Je suppose que pour ceux qui n'avaient pas eu l'occasion de l'approcher, il devait paraître un peu hautain.

Mais sa prestation du dimanche précédent avait changé la donne. Il avait gagné sa place dans notre petite communauté en payant de sa personne pour nous conférer du prestige vis à vis des autres services du Ministère.

Morrito me raconta que lorsqu'il était arrivé le lundi matin, tout le monde l'avait acclamé. Il était resté figé à la porte, mais l'équipe de Quidditch s'était jetée sur lui et lui avait fait faire le tour de la Ruche en le portant en triomphe. Par la suite, il y avait eu un pot improvisé en l'honneur de notre victoire, durant lequel le match avait été revu en détail.

Dans la discussion, entraîné sur un sujet qui le passionnait, il avait oublié sa discrétion habituelle et avait discuté fougueusement avec certains de ses collègues qu'il connaissait à peine, et avec qui il était désormais moins réservé.

Par ailleurs, cette rencontre sportive était devenu le sujet de la semaine dans les couloirs du Ministère, et nous recevions des félicitations pour le génie de notre attrapeur. Cela renforça encore le sentiment qu'il faisait désormais bien partie de notre groupe.

Morrito me confia que Shacklebolt s’était efforcé d’envoyer Malefoy le plus souvent possible à l’extérieur, pour éviter que ce dernier ne gâche cette bonne ambiance par ses remarques acerbes. Notre commandant tentait ainsi à la fois de supprimer tout ce qui pouvait entraver l'intégration de mon équipier et d'éviter que le blond se mette à dos tout le service par ses remarques fielleuses.

Mais nous ne sommes pas si nombreux et, en fin de semaine, ils finirent par se croiser auprès des armoires où nous rangeons nos dossiers :

"Alors Potter, fier de toi ? attaqua Malefoy. Quand je pense que tu vas jusqu'à te faire tomber volontairement de ton balai pour te faire remarquer, tu me fais pitié !"
Potter devait se sentir très à l'aise sur le sujet, car au lieu d'ignorer les propos de son ennemi comme il le faisait d'habitude, il répondit doucereusement :
"Mon pauvre Malefoy. Tu n'as toujours pas digéré n'avoir jamais gagné contre moi !
- Moi au moins, tu ne m'as ni éliminé, ni mis dans ton lit ! " cracha le blond, piqué au vif.

Je ne comprenais pas la moitié de ses allusions, mais il était clair que Potter savait parfaitement de quoi il parlait et que la remarque avait fait mouche. Je m'apprêtai à intervenir, alarmé par la puissance que je sentais se dégager du corps figé de Potter, quand Morrito, qui venait d'arriver me prit de vitesse :
"Bon sang, Malefoy ! Cela fait dix minutes que je t'attends. Tu t'amènes ou quoi !"

Il entraîna son coéquipier triomphant en me lançant un regard lourd de reproches. Je dis à Potter, resté pétrifié :
"On y va quand tu es prêt", lui dis-je, avant de filer à mon bureau pour ne pas rester dans les parages au cas où il aurait besoin de se défouler sur quelque chose.

Il lui fallut plusieurs minutes pour gérer sa colère. De loin, je le vis marmonner ce que je supposai être une litanie de "Connard de Serpentard". Je ne pouvais pas lui donner entièrement tort. Décidément, ce Malefoy était une vraie plaie !

oO§0§Oo


L'ordre de mission que je reçus le lendemain matin là me fis grimacer. Encore une brave dame qui voulait qu'on vienne prendre son témoignage. Elle aurait reçu la visite d'un voleur la veille, à son domicile. Dégoûté, je le passai à Potter pour qu'il en prenne à son tour connaissance.

"Oh c'est Mrs Londubat !
- Tu la connais ?
- Oui, c'est la grand-mère de mon ami Neville.
- Formidable, maintenant je sais pourquoi cette corvée est tombée sur nous !"

Mais le temps où Potter était impressionné par mes coups de gueule était révolu :

"Inutile de râler, tu verras, c'est une femme charmante.
- Le temps et l'expérience m'ont appris à me méfier des vieilles dames charmantes, grognai-je, pas convaincu.
- Et puis vois le bon côté des choses, je suis enregistré par sa cheminée, on va pouvoir s'y rendre directement."

Comme la plupart des sorciers, je n'aimais pas tellement me rendre par cheminée privée chez quelqu'un sans être attendu. Rester dans le conduit en attendant que l'hôte vienne voir qui arrive et débloque le système de sécurité est très désagréable. Sans compter qu'une fois sur deux, la personne visitée est absente ou refuse de vous recevoir. Mais si Potter faisait partie des personnes autorisées à entrer librement, nous n'aurions pas à attendre.

Nous nous rendîmes donc dans l'Atrium et Potter passa en premier. Je laissai passer trente secondes pour lui laisser le temps de préparer mon arrivée, avant de le suivre. Quand je débarquai, Potter était dans les bras de la vieille dame :

"Harry, je suis tellement contente que ce soit toi qui soit venu. Je l'espérais bien, mais je n'ai pas voulu ennuyer Kingsley en le demandant spécifiquement. Et puis tu dois avoir mieux à faire que de venir voir une vieille dame comme moi."

Enfin, on ne pouvait pas dire qu'elle n'était pas perspicace.

"Mais je suis toujours heureux de vous rendre visite, fayota Potter. Permettez-moi de vous présenter mon partenaire, William Stratford.
- Je suis charmée de faire votre connaissance, Monsieur Stratford.
- Moi de même, répondis-je pour ne pas être en reste.
- Vous prendrez bien une tasse de thé avec un morceau de gâteau. A tout hasard j'ai préparé ton gâteau préféré, Harry, tu sais, le clafoutis dont Molly m'a transmis la recette. Je vous en prie asseyez vous pendant que je vais le chercher."

Elle partit vers sa cuisine sans nous laisser le temps de refuser.

"On n'a pas que ça à faire, grommelai-je.
- Son clafoutis est délicieux", répliqua tranquillement Potter, en s'enfonçant dans une bergère profonde.

Il nous fallut encore dix minutes pour être servis en gâteau et en thé. Ce n'est que lorsqu'elle fut persuadée que nous n'allions pas mourir d'inanition au cours des prochaines heures que la vieille dame consentit à commencer son récit :

"Voilà, hier matin, quand je me suis réveillée, il y avait un homme dans ma chambre. Il était en train de fouiller dans mes malles. Si vous saviez le désordre qu'il m'a mis dans mes affaires... Bien sûr, je lui ai demandé ce qu'il faisait là ! Alors il a essayé de m'impressionner. Il a pointé sa baguette vers moi et m'a demandé où je cachais mes bijoux. Il se trouve que je n'ai pas de bijoux à la maison. Je n'ai pas tellement l'occasion de sortir vous savez, alors je les ai mis dans mon coffre chez Gringott's. J'ai l'intention de les donner à Luna plus tard, confia-t-elle à Potter. Enfin, quand elle et Neville se marieront. Je ne sais pas ce que vous avez les jeunes à attendre des années avant de...

- Que s'est-il passé ensuite, a coupé Potter, qui n'avait manifestement pas envie de discuter de son avenir matrimonial avec elle.
- Et bien je lui ai dit 'Imbécile, tu crois que je suis assez bête pour garder mes bijoux chez moi !'. Il a été tellement étonné qu'il en a baissé sa baguette."

Je jetai un coup d'œil vers Potter. Il avait oublié de me préciser que la grand-mère de son copain avait un léger penchant pour la mythomanie. Mais il parut la prendre très au sérieux.

"Mrs Londubat, il n'est pas très prudent d'injurier un sorcier qui vous menace avec une baguette. Il aurait pu vous faire du mal.
- Ecoute Harry, j'ai traversé deux guerres, alors je ne vais pas trembler devant un petit voleur. D'ailleurs, il a été très gentil avec moi.
- Que s'est-il passé ensuite ? demandai-je.
- Eh bien, j'ai jugé qu'il n'était pas correct de recevoir un jeune homme dans ma chambre et encore moins dans mon lit, alors je lui ai dit de se pousser pour que je puisse me lever. Ensuite, je lui ai demandé de me suivre dans le salon.
- Et il l'a fait ? a demandé Potter, incrédule.
- Bien sûr. Je lui ai demandé comment il était entré. Il m'a expliqué qu'il était entré par la fenêtre. Il paraît qu'on oublie souvent d'y apposer des sorts anti-intrusion. Il est vrai que j'en avais laissé une entrouverte pour que mes fleurs puissent profiter de l'air de la nuit. Je l'ai mis en garde contre les maléfices qu'installent certains sorciers en vue de blesser ceux qui entrent chez eux sans permission. Les jeunes de nos jours sont si insouciants ! Ensuite, je me suis dis qu'il avait peut-être faim, alors je lui ai proposé de lui préparer un petit déjeuner."

Je faillis m'étrangler avec mon clafoutis, d'ailleurs excellent.

"Vous avez quoi ? demandai-je n'en croyant pas mes oreilles.
- Je lui ai proposé de déjeuner, mais il a décliné ma proposition et n'a accepté qu'un thé. Nous sommes allés le préparer dans la cuisine. Il était très serviable. Il m'a aidé à le faire. Ensuite, nous avons un peu discuté.

- Cela a duré longtemps ? s'est enquis Potter qui semblait décidé à ne plus s'étonner de rien.
- Une bonne heure au moins. Je lui ai demandé pourquoi il faisait ça. Il ne s'est pas montré très prolixe, mais j'ai cru comprendre qu'il travaillait pour quelqu'un. Sans doute une bande organisée.
- Vous a-t-il donné des informations à ce sujet ?
- Hélas non. En tout cas ce garçon avait très bon goût. Il a beaucoup aimé mon petit secrétaire, juste derrière vous. Il me vient de ma mère. Enfin, comme je le lui ai fait remarquer, il ne pouvait pas facilement l'emmener. Les sorts de réduction abîment le vernis, vous savez.

- Tout à fait, Madame, ai-je opiné, mécaniquement.
- Par contre, continua-t-elle, en se penchant vers moi avec un air de conspirateur, je dois avouer que, bien que ce soit à l'encontre de mes convictions, je lui ai un peu menti. Voyez-vous, quand il a admiré mon petit bronze, là, je lui ai dit que c'était une copie, alors que c'est une authentique Rodon."

Bon, elle était complètement inconsciente, mais loin d'être idiote.

"Vous avez bien fait, approuvai-je. Et après ?
- Il commençait à se faire tard, alors je lui ai dit que je devais me préparer pour aller faire mes courses. Nous étions mardi hier et c'est le jour du marché à Pré-au-Lard. Il a très bien compris et il a pris congé. Par contre, comme il pleuvait, je lui ai proposé d'utiliser ma cheminée pour repartir. Je ne voulais pas qu'il attrape la mort.
- Je suppose que vous ne savez pas où il s'est rendu.
- Si bien sûr, j'ai écouté. Mais il est parti pour la Halle aux Poudres. Je ne pense pas que cela puisse vous aider. Par contre, avant de me quitter, il a fait quelque chose d'adorable. Il a fouillé dans ses robes et en a sorti ma bourse qu'il avait dû prendre avant que je me réveille. Il me l'a rendue. C'est gentil, non ?

- Adorable, a admis Potter, manifestement partagé entre rire et ébahissement.
- Mais je me suis dit qu'il en aurait sans doute plus besoin que moi, alors je lui ai redonné l'argent qu'elle contenait."

Là, ni Potter ni moi n'avons trouvé de réponse adéquate. On s'est regardés tous les deux, comme pour nous confirmer mutuellement avoir bien entendu.

"En bref, a finalement repris Potter, il ne vous a rien volé.
- Si, après son départ, je me suis aperçue qu'il me manquait quelques bibelots. Rien de bien précieux, mais sans doute facile à revendre. Tenez, je vous en ai préparé une liste."

Je la saisis et y jetais un coup d'œil. Il n'y avait effectivement aucune chance que nous retrouvions ce qui lui avait été dérobé. Trop courant. La vieille chose continuait son récit :

"Il ne voulait pas prendre mes gallions, mais j'ai insisté. Il m'a même demandé si cela ne me manquerait pas pour mes courses. Mais je l'ai rassuré en lui disant que je passerai chez Gringotts avant, voilà tout.
- Rassurez-moi, n'ai-je pu m'empêcher de demander, vous ne lui avez pas donné le numéro de votre coffre, au moins ?
- Ne soyez pas impertinent, jeune homme. Reprenez plutôt une part de clafoutis."

Elle me servit pendant que Potter complétait ses notes. Lui aussi eut droit à une part de gâteau supplémentaire.

"Pourriez-vous nous décrire votre voleur ? demandai-je.
- Je ne préfère pas. C'est un brave garçon vous savez. Je ne veux pas que vous lui fassiez du mal !"

Ce que je déteste avec les vieux, c'est que sous prétexte qu'on hésite à leur taper dessus, ils se croient tout permis.

"Excusez-moi, Madame, a fini par demander Potter, mais pourquoi vous nous avez fait venir ?
- C'est à cause de Neville. C'est mon petit-fils, ajouta-t-elle pour moi. Il est venu hier soir et je lui ai tout raconté. C'est lui qui a insisté pour que je vous contacte. Il avait l'air très contrarié, alors je lui ai promis d'envoyer un hibou à Kingsley Shacklebolt pour lui faire plaisir. C'est vraiment un gentil garçon. Il s'inquiète beaucoup pour moi."

Potter abandonna la partie et se concentra sur son clafoutis.

"Vous aimez ? me demanda notre hôtesse.
- Il est délicieux, affirmai-je.
- Si vous voulez, je peux vous donner la recette. Comme cela vous ne serez pas venu pour rien. Votre épouse vous fait souvent des gâteaux ?
- Très souvent, oui, répondis-je sous le regard surpris de Potter.

Je préférais prendre mes précautions et lui faire croire que j'étais déjà casé. Ces vieilles personnes sont incapables de croiser un célibataire sans tenter de lui trouver l'âme sœur. Or je n'avais nulle envie de rencontrer toutes les laissées-pour-compte qu'elle connaissait.

Une fois nos assiettes vidées, nous prîmes congé. Par acquis de conscience Potter donna des conseils de prudence à notre hôtesse, mais ne sembla pas se faire d'illusions sur l'efficacité de ses directives. Elle insista tellement que nous repartîmes avec les restes du clafoutis.

Alors que nous remontions de l'Atrium à la Ruche, je dis à Potter :
"C'est vraiment ce qui s'appelle perdre son temps. La prochaine fois, tu diras à ton copain de ne pas obliger sa grand-mère à nous faire venir pour rien.
- On n'a pas tout perdu : on a récupéré un délicieux gâteau et, pour une fois, on va faire rire Shacklebolt avec notre rapport. Avoue que cela n'arrive pas souvent !"

Si maintenant les voleurs sont là pour nous faire rigoler !


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La pendule qui changea le cours de l'histoire by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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XII : La pendule qui changea le cours de l'histoire


Le week-end suivant, c'est avec joie que je retrouvai Christina que je n'avais pas vue depuis deux semaines, du fait de la visite de mon neveu. Je fus un peu déçu de constater qu'elle ne paraissait pas très enjouée et qu'elle semblait distraite.

Tout au long de notre visite de la Tate Gallery, je me demandai fiévreusement ce que j'avais fait pour lui déplaire. Mais vers la fin de l'après-midi, elle s'excusa spontanément :
"Je suis désolée, je ne suis pas de très bonne compagnie aujourd'hui.
- Que vous arrive-t-il ? demandai-je doucement. Vous avez un souci ?
- J'ai cassé un objet auquel je tenais particulièrement. C'est idiot, je ne devrais pas me mettre dans de tels états pour cela.
- Il n'est pas possible de le réparer ?
- Hélas non. C'est une pendulette que mon grand-père a fabriquée. Il était horloger. Je l'ai cognée et une pièce s'est cassée. Or pour la remplacer, il faudrait démonter le mécanisme, et maintenant il y a très peu d'artisans qui en sont capables. Et les rares qui le pourraient ne sont pas dans mes prix. Enfin, tant pis, ce n'est qu'un objet, après tout."

Elle avait l'air vraiment triste et cela m'ennuyait de la voir dans cet état. Or j'étais sûr de pouvoir l'aider, pour peu que je puisse sortir ma baguette magique.
"Vous pourriez me la confier, lui suggérai-je. Dans euh… le cadre des mes enquêtes j'ai rencontré des orfèvres en la matière. J'en connais justement un qui me doit un service. Je pourrais lui montrer votre horloge et il pourra peut-être faire quelque chose.
- C'est très particulier comme montage, m'opposa-t-elle, sceptique.
- Je peux toujours lui montrer. Je lui dirai de ne rien faire s'il n'est pas sûr d'être à la hauteur."

Elle ne semblait pas très convaincue, mais comme elle n'avait pas d'autre solution, elle accepta mon idée. Avant de la quitter, je passai donc chez elle et pris le précieux objet, non sans qu'elle ne l'enveloppe avec d'infinies précautions.

Une fois chez moi, j'examinai avec soin le mécanisme. Cela me sembla très ingénieux et je compris la délicatesse de l'opération s'il avait fallu tout démonter. Heureusement, j'avais d'autres moyens à ma disposition. D'un simple accio, je récupérai le morceau de pièce qui s'était détaché et perdu dans les méandres des rouages de l'horloge. Ensuite, je ressoudai les deux morceaux de la pièce en utilisant un Reparo. J'en profitai pour dépoussiérer les minuscules molettes avec un sort de récurage et je parachevai le tout d'un sortilège de protection pour parer à tout nouveau choc.

Au milieu de la semaine, je me dis qu'il était dommage que Christina continue à se faire du souci pour sa pendule, alors que cette dernière était réparée. Je pris donc mon téléphone, qui ne m'avait pas beaucoup servi dernièrement, et je composai son numéro. Elle répondit au bout de deux sonneries.

"Bonsoir, c'est William. Je voulais vous dire que votre horloge était réparée.
- C'est vrai ? Si vite ?
- Oui, finalement, ce n'était pas trop compliqué.
- Et… elle marche vraiment, demanda-t-elle, manifestement incrédule.
- En tout cas, elle fait tic tac, lui répondis-je.
- Oh, c'est merveilleux ! Je… je verrai cela dimanche prochain."

Il y avait tellement d'impatience dans sa voix que je lui proposai :
"Désirez-vous que je l'amène tout de suite ?
- Cela ne vous ennuie pas ? Je ne veux pas vous déranger.
- Non, je n'ai rien d'autre de prévu. J'arrive d'ici une petite heure."

J'enveloppai avec soin la pendule, même si c'était désormais inutile, et je revêtis mes vêtements moldus. J'utilisai le réseau pour me rendre à la cheminée publique la plus proche de chez Christina et fis le reste du trajet à pied.

Elle semblait excitée comme une puce quand je posai mon précieux paquet sur la table de son salon. Elle l'ouvrit précautionneusement et inspecta l'horloge sous toutes les coutures. Elle sembla finalement être convaincue, et un grand sourire naquit sur son visage. Finalement, les yeux brillants, elle se tourna vers moi et vint m'embrasser sur les deux joues.

En la sentant si proche de moi, j'avais instinctivement levé un bras pour lui enlacer la taille. Me rendant compte de ce que j'avais fait, je retirai ma main pour la laisser s'éloigner. Mais elle ne bougea pas. Je pensai fugitivement qu'il fallait que je recule avant de perdre le contrôle de la situation, mais la tentation fut trop grande et je me penchai pour déposer un léger baiser sur ses lèvres.

J'avais l'intention de m'éloigner après cela, mais je cédai au désir qui m'envahit à cet instant et, malgré toutes mes résolutions, la plaquai contre moi. Le baiser se transforma en étreinte passionnée tandis que Christina nouait ses bras autour de mon cou.

Au bout d'un long et délicieux moment, je m'éloignai un peu pour observer son visage. Elle avait les joues rouges et les yeux brillants. Elle me rendit mon regard, avec un petit sourire. Oui, elle avait envie de moi, autant que j'avais envie d'elle. Elle se dégagea doucement, me prit la main et m'emmena dans sa chambre. Bientôt nos vêtements jonchèrent le sol de la pièce et nous tombâmes sur son lit.

La suite ne regarde que nous. Je suis un gentleman. Tout ce que je peux en dire, c'est que je pris conscience que je la désirais sans doute depuis très longtemps. Je ne savais pas ce qu'elle avait de si spécial, mais une chose était sûre : chacun de ses gestes était pour moi d'une sensualité incroyable et j'espérai que notre aventure dure plus qu'une simple nuit.

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Alors que nous reposions, étroitement collés l'un à l'autre, savourant l'instant présent, elle précisa :
" Ce n'était pas en guise de remerciement, tu sais.
- Ne t'en fais pas. J'ai bien compris que tu n'avais pas pu résister à mon charme ravageur."

Elle me mordit légèrement pour se venger de ma boutade. Je continuai :
"Bien que les apparences soient contre moi, je t'assure que je n'avais nullement l'intention de me faire payer en nature. Je me demande bien comment je vais prouver ma bonne foi, maintenant.
- Tu n'as rien à prouver répondit-elle doucement. J'ai reçu autant que j'ai donné."

Je l'embrassai pour la remercier du compliment indirect, tandis qu'elle continuait :
"Je meurs de faim, pas toi ?"

Je convins que les derniers événements avaient aiguisé mon appétit et nous allâmes nous préparer un repas rapide avant de retourner dans sa chambre et continuer à expérimenter notre nouvelle relation.

Quand je la quittai au petit matin, j'avais l'impression d'avoir retrouvé mes vingt ans et j'étais sur un petit nuage rose.

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La béatitude que m'avait apportée ma nuit avec Christina perdura une bonne partie de la journée. Mais vers dix-sept heures, j'eus comme un coup de barre et j'atterris brutalement.

Mais qu'est-ce qui m'arrivait, bon sang ! C'était une moldue, j'étais un sorcier. Nous vivions dans deux mondes qui avaient tout intérêt à ne pas se mélanger. Que je ne voulais pas mélanger, en tout cas. Cette liaison était bien trop compliquée et je n'aurais jamais dû aller jusque-là avec elle. Merde ! Mais qu'est-ce qu'elle avait de plus que les autres, cette fille ? Elle n'était même pas si jolie que ça.

Dès que ma journée serait finie, je passerai la voir et lui dirai que tout ceci était une erreur monumentale. Que j'avais déjà une femme et trois gosses qui m'attendaient au Canada et que tout était fini entre nous.

Je réalisai soudain que Potter me regardait d'un drôle d'air :
"Qu'est ce qu'il y a ? J'ai un second nez qui vient de me pousser au milieu du front ?
- Euh, non. Je voulais juste savoir où se trouvait le dossier sur lequel nous avons travaillé hier.
- Sur mon bureau !
- Non, il n'y est pas, je viens de regarder."

Mais qui m'avait adjoint un débile pareil ? Quoique Daniela avait demandé à voir ce dossier et je le lui avais passé le matin même.

"Regarde sur le bureau de Freegarden au lieu de poser des questions idiotes !"
Il me fixa un moment, comme s'il hésitait à ajouter quelque chose, mais ma mine renfrognée dut le décourager car il se détourna sans rien dire.

Par la suite, tout alla de travers : je renversai du café sur ma robe, je n'arrivais pas à mettre la main sur les documents que je voulais consulter, je ne comprenais rien à ce que je lisais et j'envoyai au diable tous ceux qui avaient le malheur de m'adresser la parole. D'ailleurs, très vite, tout le monde m'évita soigneusement.

A dix-neuf heures, alors je répétais dans ma tête ce que j'allais dire à Christina, Potter vint se planter devant moi :
"Qu'est ce que tu veux encore ? grognai-je.
- On va prendre un verre ?
- Est-ce que j'ai l'air de vouloir aller prendre un verre ?
- Non, mais tu as l'air d'en avoir besoin d'un.
- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je ne suis pas de très bonne humeur !
- C'est censé m'effrayer ?
- Ouais !
- Pas de chance, je suis le Survivant et j'ai peur de rien !"

Pendant un instant, j'oubliai mes problèmes et le regardai avec de grands yeux. Je n'arrivais pas à croire qu'il m'ait dit une chose pareille. A son sourire satisfait, je compris qu'il l'avait fait exprès pour me déstabiliser et qu'il considérait avoir atteint son but.

"Alors ? insista-t-il.
- On ne t'a jamais dit que tu n'étais qu'un sale prétentieux et qu'il faut être vraiment stupide pour n'avoir peur de rien ? répondis-je.
- Malefoy a dû me le dire une bonne centaine de fois. Il en faudra plus pour me décourager."

Hé, il ne me compare pas à ce petit con, quand même ?

Il se dirigea vers les portes de la Ruche et je le suivis. Il avait parfaitement raison sur un point : j'avais besoin d'un verre. Nous nous rendîmes dans mon pub habituel. Il commanda sa Bièraubeurre et moi mon whisky. Pendant une bonne dizaine de minutes, nous ne dîmes rien, chacun de nous plongés dans ses pensées. Les miennes n'étaient pas très gaies. Cela dû se refléter sur mon visage, car Potter finit par demander :
"C'est si moche que ça ?
- J'ai rencontré une moldue, avouai-je, finalement soulagé de pouvoir le formuler.
- Et alors ?"

Et merde ! Mais qu'est ce qui m'avait fait croire que cela m'aiderait d'en parler avec ce gamin ? Qu'est-ce qu'il connaissait aux réalités de la vie, hein ?

- Alors rien du tout, Potter ! Juste un petit détail, je suis sorcier et pas elle. Mais c'est vrai, toi tu as soutenu Marchebank et tous ces politiciens qui disent que nous devons nous ouvrir sur le monde moldu. Ô joie, je suis le précurseur d'une ère nouvelle de coopération et de fraternité ! Mais il faut ouvrir les yeux. C'est bien gentil les bons sentiments, mais cela ne changera jamais rien à la réalité : sorciers et moldus seront toujours différents, même si on a plus le droit de le dire !
- J'avais des camarades à Poudlard qui avaient un parent sorcier et l'autre moldu, m'a-t-il tranquillement répondu. Ça aussi c'est une réalité. Pas très inédit comme situation, tu sais !"

Effectivement, vu comme ça... sauf que moi, mes camarades de classe étaient des Sang purs exclusivement. Et que ma famille non plus n'était pas du genre à fréquenter des sangs mêlés. Pour eux, de telles unions sont plus ou moins de la perversion. Je me demandai comment ils qualifieraient ce que j'avais fait la nuit dernière : molduphilie ?

Potter, toujours dans son raisonnement, me demanda :
"Et elle représente quoi pour toi ? C'est sérieux ?
- Cela va peut-être te choquer, mais ce n'est pas le mariage que je recherche, répondis-je brutalement.
- Cela ne me choque pas, mais je comprends d'autant moins où se situe le problème."

Finalement j'avais raison. Il était pas bien malin le Survivant. Parce que s'il ne voyait pas que le problème... le problème... Mais il était où le problème ?

Après tout, je n'avais jamais présenté mes petites amies précédentes à ma famille. La seule différence, c'était que je ne pourrais pas inviter Christina chez moi. Mais comme je lui avais dit que j'étais étranger, je n'aurais qu'à prétendre que la chambre où je logeais était tellement minable que je ne pouvais pas l'y recevoir. J'avais mon téléphone sur lequel elle pouvait laisser des messages quand j'étais de mon côté. Et pour nous promener, cela ne changerait rien puisque nous le faisions déjà. Il fallait simplement que je fasse très attention.

Je regardais Potter qui attendait patiemment :
"Tu as raison, admis-je. Je n'ai pas besoin de lui dire. Je suppose que c'est possible.
- Un de mes amis de classe m'a dit que sa mère n'avait avoué à son père qu'elle était sorcière qu'après leur mariage."

Je hochai la tête. Ouais, c'était jouable.

Potter finit sa bière et moi mon whisky. Il rentra chez lui, et moi, j'allai faire un tour en réfléchissant à la façon dont j'allais m'organiser.

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Il était plus de huit heures du soir quand je sortis de mes pensées et me rendis compte que le temps avait passé. Je me rappelai alors, un peu tard, qu'en partant le matin, j'avais laissé entendre que je viendrais dîner chez elle. Je n'étais pas en avance.

Il me fallu encore près d'une heure pour repasser chez moi et me changer, puis marcher jusqu'à chez elle à partir de la cheminée publique. Quand elle vint m'ouvrir, elle ne semblait pas très en forme.
"Je pensais que tu ne viendrais plus, dit-elle.
- Désolé, j'ai été retardé au bureau, mentis-je lamentablement.
- Et bien sûr, il n'y a pas de téléphone dans ton bureau !"

Non, il n'y a pas le téléphone dans mon bureau, ma chérie, et ce n'est que le premier élément de tout ce qui nous sépare.
"Je te demande pardon, dis-je humblement. Si tu me mets dehors ce soir, je comprendrais.
- Mais moi, je ne comprendrais pas. Je pense qu'il faut qu'on parle tous les deux."

Eh bien, le moment des explications était venu encore plus vite que prévu. J'inspirai profondément.

Elle me fit entrer. Quand elle m'introduisit dans le salon, je vis le couvert dressé pour deux :
"J'espère que tu n'as plus faim. Le dîner a brûlé."
Je grimaçai intérieurement. Je détestais ces petites phrases culpabilisantes typiquement féminines. Mais je devais bien admettre que j'avais amplement mérité celle-ci.

Je m'abstins de répondre et pris place sur le canapé. J'aurais bien bu un autre whisky Pur Feu ou son équivalent moldu, mais elle ne m'en proposa pas. J'avais décidé de rester au plus près de la vérité. Diverses expériences amères m'avaient prouvé qu'un mauvais mensonge finit toujours par vous rattraper.

"Je n'avais pas prévu ce qui est arrivé hier soir, commençai-je.
- Tu regrettes ?
- Eh bien... non, pas exactement. Je ne sais pas si c'est une bonne idée, mais je ne regrette pas.
- Pas une bonne idée ? répéta-t-elle.
- Vois-tu, je viens d'un autre pays, je ne sais pas exactement le temps que je vais passer en Angleterre... Je ne peux pas te promettre grand-chose.
- Moi non plus je ne peux pas te promettre grand-chose. Comme tu l'as remarqué, tu me plais beaucoup, mais je me rends bien compte que finalement, je ne sais rien sur toi. Tu es très doué pour esquiver les questions personnelles.
- Je n'aime pas parler de moi.

- Il n'y a pas que ça, William, soupira-t-elle.
- Que veux-tu dire ?
- Je te trouve étrange parfois... Ne le prends pas mal.
- Je ne le prends pas mal, je suis juste curieux. Etrange comment ?
- Euh... Tu es très ouvert à tout ce qui est culturel, mais tu es d'une inculture incroyable... Je ne sais pas où tu habites, tu n'es jamais joignable sur ton téléphone portable...
- Tu ne m'as jamais laissé de message, protestai-je.
- Si. Mais manifestement, tu ne les as jamais reçu.

Comment ça ? Bon sang, j'aurais dû lire le fonctionnement de ce maudit téléphone à fond ! Bon, ne pas paniquer :
- Eh bien, commençai-je lentement pour me donner le temps de trouver des arguments convaincants, disons que je m'intéresse à la culture, mais que je n'ai jamais eu le temps de me cultiver. L'endroit où j'habite, euh... c'est un endroit très moche que je préfère ne pas te faire connaître. Sinon, je n'aime pas laisser mon téléphone ouvert quand je travaille. Il est vrai que j'oublie souvent de l'allumer quand je ne travaille pas, mais je vais tâcher de faire un effort dans ce sens.

- Tu es marié ? demanda-t-elle soudain, changeant brusquement de sujet.
- Non. Pas d'autres petites amies non plus, répondis-je, me disant que moldues ou pas, les femmes posent toutes un peu les mêmes questions, finalement.
- D'autres petites amies ? Tu me considères comme ta petite amie ?
- J'aimerais bien, dis-je franchement.
- Moi aussi, fit-elle avec un petit sourire.
- Et bien, puisque tout le monde est d'accord, je propose que tu viennes t'asseoir auprès de moi pour m'embrasser, et ensuite je t'emmène au restaurant, sauf si tu as déjà mangé. Et après… je te laisse juge."

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Elle n'avait pas mangé et apprécia l'invitation. Après être rentrés chez elle, elle m'invita dans sa chambre et je crus que nous allions une fois de plus démontrer que notre différence ne comptait pas tant que cela, finalement. Mais ce fut le contraire qui arriva.

Alors que les choses commençaient à devenir sérieuses, elle me dit :
"Je ne prends pas la pilule. Cela t'ennuie d'utiliser un préservatif ?"

J'eus des sueurs froides quand je réalisai la portée de sa question. Dans le monde sorcier toutes les jeunes filles connaissent le sort de contraception, et il est rare que leur compagnon ait à s'en préoccuper. Mais dans ce monde-ci, il était évident que c'était plus complexe et je devais prendre garde à ne pas me retrouver dans une situation indésirable. Je me mis à souhaiter avec ferveur que ma légèreté de la veille n'ait pas eu de conséquences fâcheuses.

Pour ce dont me parlait Christina, j'avais déjà rencontré ce concept dans mes lectures, dont le contexte m'avait donné des indices sur son utilité. Mais je n'avais aucune idée de l'aspect de la chose et encore moins de la façon dont on l'utilisait.

Or, malgré la forme interrogative du discours de ma compagne, il était évident qu'elle n'admettrait pas de réponse négative. Ma situation s'avérait délicate.

"Non, cela ne m'ennuie pas mais… euh…
- Ne t'en fais pas, j'en ai."

Bon, c'était déjà ça, car je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où m'en procurer. En ce qui concernait l'utilisation, j'espérai simplement pouvoir improviser suffisamment rapidement pour qu'elle ne soupçonne pas mon ignorance.

Le principe était élémentaire, mais j'avoue que lorsqu'elle me donna le petit sachet carré, je n'aurais jamais pu découvrir ce qu'elle attendait de moi. Heureusement, alertée par mon manque d'enthousiasme, elle prit les choses en main, et il me fut donné de connaître l'épisode le plus déconcertant, mais moins désagréable que je l'aurai cru, de ma vie amoureuse.

Ces moldus m'étonneront toujours. Depuis des semaines, au fur et à mesure que je les découvrais, ils ne cessaient de me surprendre par leur propension à inventer de complexes et ingénieuses solutions pour compenser leur absence de magie. Mais là, pour cet acte essentiel, ils en étaient restés à une manière de faire ridiculement primitive.

Mais bon sang, à qui allais-je demander où ça s'achète, ces trucs ?

oO§0§Oo


Le lendemain main, je repartis après avoir convenu avec elle de revenir le vendredi soir. Je passai tout le week-end à ses côtés. Nous ne sortîmes pas, préférant profiter l'un de l'autre et regarder la télévision. Christina paraissait trouver stupides la plupart des programmes qui passaient et elle avait sans doute raison. Mais pour moi ils étaient passionnants car ils m'apprenaient beaucoup sur le monde moldu.

Je fus cependant étonné par la vulgarité de certaines émissions. Il est certain que mes promenades culturelles avec mon érudite joaillière avaient épargné ma sensibilité. Car si j'avais une vie privée assez libre, j'étais habitué à évoluer dans une société beaucoup plus puritaine que celle que je découvrais dans ce poste.

Mais cette immersion deux jours et demi dans le monde moldu me prouva que j'avais encore beaucoup à apprendre et que chacune de mes conversations avec Christina était un parcours du combattant truffé de pièges. Si je voulais continuer à la voir, il fallait que je me documente plus sérieusement que je ne l'avais fait jusque là.

Le lundi matin, je dis donc à Potter que j'aimerais bien parler à sa copine Granger. Il me suggéra de lui envoyer une note interne, pour lui demander quand je pourrai aller la voir. Je suivis son conseil et elle me donna rendez-vous le lendemain à l'heure du déjeuner.

Elle arriva un peu en retard, ses courts cheveux bouclés en bataille. J'aurais préféré l'inviter à manger sur le Chemin de Traverse, mais je doutai qu'elle eût autant de temps à me consacrer. Je lui proposai donc à contrecœur l'infâme cantine du Ministère. Elle acquiesça et nous prîmes l'ascenseur pour nous y rendre. Potter, qui devait se douter des raisons de ma demande, avait eu la discrétion de ne pas m'accompagner.

"Tout se passe bien avec votre téléphone ? me demanda-t-elle en s'asseyant.
- Oui, merci d'avoir pris la peine de me rédiger une mode d'emploi simplifié. Je voulais aussi vous demander si vous pourriez m'indiquer des ouvrages de références sur les moldus. Je n'ai trouvé que des manuels scolaires et j'ai eu l'occasion de constater qu'ils ne reflétaient pas vraiment la réalité.
- Je ne vous le fais pas dire. Pendant un an, j'ai suivi les cours d'Etude des Moldus et j'avais un mal fou à me retenir de contredire le professeur. Connaissez-vous la bibliothèque d’études des Moldus ?
- Non.
- C'est une annexe du Ministère. Vous pouvez vous y rendre en cheminée. Vous y trouverez tout ce qu'il vous faut. Mélanie, la bibliothécaire est très efficace. Elle connaît son sujet à fond. Vous pouvez lui indiquer ce que vous cherchez, en gros, et elle vous trouvera les ouvrages correspondants. "

Durant le reste du repas, nous discutâmes un peu de la difficulté pour les sorciers de fréquenter le monde moldu. D'après sa théorie, c'était de plus en plus difficile car la société moldue évoluait de plus en plus rapidement, alors qu'au contraire, les sorciers s'étaient repliés sur eux-mêmes et avaient stoppé toute évolution depuis plusieurs décennies. Elle espérait que le changement de gouvernement amènerait une ère de progrès et d'ouverture.

Maintenant que je m'intéressais au sujet, j'appréciais davantage sa conversation et je fus presque déçu de la voir engloutir son dessert à toute vitesse et s'excuser de ne pouvoir rester plus longtemps en ma compagnie.

Je n'avais même pas eu le temps de lui demander où s'achetaient les préservatifs !


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L'enlèvement by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XIII : L'enlèvement


Les semaines suivantes s'écoulèrent sans heurts. Je passais tous mes week-ends avec ma petite joaillière. Implicitement, nous avions décidé de ne pas changer trop radicalement nos habitudes. Nous nous promenions beaucoup dans Londres, que je commençais à bien connaître, et nous y faisions des visites culturelles. La seule différence, c'est que j'arrivais dès le vendredi soir et ne repartais que le lundi matin. Au cours de la semaine, il nous arrivait de nous parler par l'intermédiaire de nos téléphones.

Je fis de nombreux emprunts à la Bibliothèque d'études moldues, et je commençais à me sentir vraiment à l'aise dans mes conversations avec Christina, d'autant que cette dernière ne me posait pas de questions personnelles. J’appréciais sa discrétion. Par contre, elle me parlait beaucoup de sa famille, et je dus inventer un certain nombre de prétextes pour refuser qu'elle me présente à ses parents. Heureusement, son frère et sa sœur n'habitaient pas Londres.

Le tournoi de Quidditch du Ministère suivait son cours. Je préférais être avec Christina qu'assister aux matches, mais j'en avais de larges échos par mes collègues, d'autant que Ben Tarvi poursuivait Potter de ses directives, même en dehors des entraînements. Il faut dire qu'il nous fallait obtenir le maximum de points à chaque rencontre si nous voulions obtenir la coupe car, nonobstant leur défaite contre nous, le Département des Sports marquait davantage, ce qui leur conférait une nette avance dans la course au trophée.

Dans cette optique, la stratégie adoptée par Potter était déterminante. En effet, il ne fallait pas qu'il mette fin à une partie trop rapidement, sous prétexte que l'équipe adverse avait marqué les premiers points si l'analyse de son parcours révélait qu'elle était moins forte que la notre. Mais il devait aussi prendre en compte la motivation et la fatigue de notre équipe en cours de partie, pour être à même de pronostiquer la suite des événements.

Potter était donc quotidiennement poursuivi par son entraîneur, qui semblait avoir fait de notre victoire une affaire personnelle. Moi, je l'aurais envoyé bouler depuis longtemps, mais Potter me confia que les capitaines successifs qu'il avait eus à Poudlard étaient du même acabit, et qu'il avait l'habitude.

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Le mois de mai tirait à sa fin quand Shacklebolt sortit de son bureau et s'avança vers nous, la figure sombre, alors que Potter et moi étions en train de déjeuner, perchés sur nos bureaux :
"Je viens de recevoir un appel au secours. Une fillette a été enlevée. Nous allons nous rendre chez ses parents par cheminée."

Je reposai mon sandwich, l'appétit coupé. Les enlèvements d'enfant constituent des affaires bien délicates. Potter avala ce qu'il avait dans la bouche, et nous suivit vers la sortie. Je me demandai pourquoi c'était nous qui étions choisis. Ce genre d'histoire demandait du doigté, et Potter n'avait même pas un an d'ancienneté.

"La Chênaie", nous indiqua le commandant, avant de s'engouffrer dans une des cheminées de l'Atrium.

Nous le suivîmes l'un après l'autre. Nous nous retrouvâmes dans un salon cossu. Une femme en larmes était assise sur le canapé, au côté d'un homme défait, qui tentait tant bien que mal de la réconforter.

"Je vous présente Monsieur et Madame Dubois, dit Shacklebolt.
- Dubois !" s'exclama Potter

L'homme regarda Potter un instant, puis ses yeux se fixèrent sur sa cicatrice :

"Oh, vous êtes Harry Potter ! Mon frère Olivier nous parlait souvent de vous quand il était à Poudlard !
- Harry Potter, répéta sa femme. Oh, Merlin merci ! Vous allez retrouver ma petite fille, n'est-ce pas ?
- Je vais faire de mon mieux, répondit mon partenaire, visiblement mal à l'aise devant une telle ferveur.

- J'aimerais que vous nous racontiez tout, intervint Shacklebolt.
- Nous avons une petite fille de cinq ans, Dorothy, commença Dubois. Tous les matins, elle va se promener avec sa nurse dans le parc. Nous lui avons aménagé tout un espace, avec des jeux de son âge. Normalement, cette promenade dure une heure. Quand mon épouse s'est rendue compte qu'au bout de deux heures, elles n'étaient pas rentrées, elle est allée les chercher. Elle a retrouvé la nurse inconsciente, mais pas de trace de notre petite Dorothy. Ma femme m'a immédiatement appelé à mon bureau et je suis venu tout de suite. Voici le message que nous avons trouvé sur le corps inanimé de Miss Westbrook."

Il tendit un papier. Shacklebolt le lut puis nous le passa. Il y était inscrit : "Si vous voulez revoir votre fille vivante, ne dites rien à personne. Instructions suivront".

"Nous vous félicitons d'avoir pris l'initiative de nous prévenir, commenta Shacklebolt. Ce n'est pas une décision facile, mais vous avez fait le bon choix.
"Je l'espère, répondit Dubois, d'une voix qui tremblait un peu.
- Pouvons-nous voir la nurse ? D'ailleurs, où est-elle ?
- Dans sa chambre. Elle a mal supporté le Stupéfix qu'elle a reçu. De plus elle a fait une véritable crise de nerfs quand elle a su que Dorothy avait disparu. Nous avons dû lui administrer une potion calmante. Mais, avant de s'endormir, elle nous a garanti n'avoir rien vu. Elle était en train de jouer avec la petite, puis cela a été le trou noir.

- Avez-vous d'autres personnes à votre service ou vivant avec vous ?
- Personne, à part la nurse.
- Ce n'est quand même pas vous qui faites le ménage", fis-je remarquer.
Quand on a des meubles de ce prix, on les astique rarement soi-même.

"Oh non, bien sûr ! Nous avons des elfes.
- Combien ?
- Trois.
- Il ne faut pas qu'ils sortent de la maison aujourd'hui, spécifia Shacklebolt. Notre présence ici doit absolument rester secrète.
- Ce ne sont que des elfes, dit madame Dubois en haussant les épaules.
- Cela ne les empêche pas de révéler ce qu'ils voient", intervint Potter pour la première fois.

Tous les regards convergèrent vers lui.
"Ce ne sont pas des elfes libres, spécifia madame Dubois.
- J'ai connu deux elfes non libres qui ont désobéi à leur maître et ont contrecarrés leurs plans, répliqua Potter. Ils ont des opinons à eux, vous savez !
- Je ne suis pas persuadé... commença Dubois.
- Ils peuvent également être trompés et révéler ce qu'ils savent de bonne foi, intervint Shacklebolt, avec son habilité habituelle à éviter les conflits. Donc gardez-les ici. Maintenant, j'aimerai interroger la nurse."

Cet interrogatoire ne donna aucun renseignement probant, et Miss Westbrook nous sembla parfaitement convaincante dans son inquiétude pour la petite fille. Par mesure de sécurité, elle fut assignée à résidence et des mesures durent prises pour que personne dans la maison ne puisse communiquer avec l'extérieur sans passer par nous.

Finalement, le commandant dû retourner à la Ruche. Il fit ses dernières recommandations aux Dubois avant de s'en aller :

"Voilà ce que nous allons faire. Les Aurors Potter et Stratford vont rester auprès de vous pour être à vos côtés quand vous recevrez les instructions des ravisseurs. Ils prendront ensuite les mesures nécessaires."

Il s'écarta des parents affligés et nous fit signe de le rejoindre :
" Potter, si les ravisseurs donnent rendez-vous à l'un des parents pour récupérer une rançon ou quoique ce soit d'autre, il faudrait que tu l'accompagnes avec ta cape d'invisibilité. Une fois sur les lieux, surtout n'interviens pas. Mais tâche de savoir qui est le coupable, grâce à ta carte magique et, bien sûr, essaie de savoir où il se rend ensuite. Quoiqu'il soit, hélas, très probable qu'il transplane. Au fait, que se passe-t-il si le bandit se rend méconnaissable grâce à du Polynectar ou avec une magie comme ton bonnet ?
- Son véritable nom apparaît, répondit Potter. Cela a déjà été testé.
- Parfait. Quand tu as tous ces renseignements, tu reviens immédiatement à la Ruche. Tant que la fillette est entre leurs mains, je ne veux aucune initiative de ta part.
- Bien, Commandant !"

Shacklebolt prit congé, et Potter fit un aller-retour rapide en cheminée pour récupérer sa cape. Puis commença l'attente. Ça a l'air de rien, mais rester sans rien faire aux côtés de personnes folles d'inquiétude est très éprouvant. Je sentais Potter très tendu, mais cela faisait partie des choses qu'il lui fallait apprendre : gérer son angoisse et celle des autres.

Finalement, ce n'est que le soir venu qu'un hibou postal vint apporter un message : Dubois devait préalablement se procurer cent mille gallions, puis se rendre à la Halle aux Poudres, le lendemain à dix heures du matin, pour y récupérer un message, sur la troisième cheminée de droite. Ce dernier lui indiquerait le lieu où il devrait déposer l'argent.

Le hibou appartenait à la Poste de Pré-au-lard, ainsi que l'indiquait la bague qu'il avait à la patte. Il ne pouvait nous fournir aucune indication sur son expéditeur.

"Possédez-vous l'argent demandé, demandais-je à Dubois, car cela représentait une somme conséquente.
- Pas en liquide, me répondit-il. Mais mon entreprise est florissante et je peux demander aux gobelins de m'avancer cet argent, en leur donnant ma société en garantie.
- Vous allez leur en demander la moitié, lui conseillai-je. Cela impliquera une seconde rencontre et multipliera les chances que nous mettions la main sur eux.
- Cela ne mettra pas ma fille en danger ?
- Au contraire, cela leur donnera une bonne raison de la garder en vie", répondis-je, considérant que si c'était des tueurs, la gamine était déjà morte.

Nous sommes restés sur place pour la nuit. Le lendemain matin, avant que Potter et Monsieur Dubois ne partent pour Gringott's puis au lieu indiqué, je leur fis mes dernières recommandations :

"Monsieur Potter vous suivra, sous une cape d'invisibilité, indiquai-je à Dubois. Veillez à faire comme s'il n'était pas là. Mais en même temps, arrangez-vous pour qu'il puisse lire discrètement les instructions qui vous seront remises. Si vous devez voyager en cheminée, il faut que vous rentriez ensemble dans le conduit. Et si vous touchez un objet qui viendrait de ces misérables, la lettre d'instruction par exemple, il devra le toucher en même temps que vous, au cas où ce serait un Portoloin. Potter, si jamais tu es découvert, essaie de capturer au moins l'un d'entre eux et rapplique le plus vite possible à la Ruche. Car à partir de ce moment, le temps écoulé deviendra capital.
- Entendu", me répondirent-ils tous les deux.

Ils partirent rapidement pour le Chemin de Traverse, pour récupérer les cinquante mille gallions à la banque. Au bout de deux heures, pendant laquelle je restai avec une Madame Dubois en larmes et une nurse qui se tordait les mains, son mari revint seul, par transplanage.

La lettre qu'il avait trouvée sur la cheminée publique était effectivement un portoloin qui l'avait amenée dans un lieu désert, en plein bois. Il avait laissé la rançon sur place, accompagnée d'un petit mot expliquant que les Gobelins lui donneraient le reste le lendemain. Potter était resté là-bas.

Je les quittai, non sans avoir bien recommandé aux Dubois et à miss Westbrook de garder le secret sur notre présence, et leur promettant de les tenir au courant. Je retournai à la Ruche où Potter devait revenir dès qu'il aurait glané des renseignements. J'espérais qu'il se soumettrait aux ordres et n'entreprendrai pas une croisade personnelle.

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Potter ne tarda pas à arriver à son tout :
"Je n'ai pas eu à attendre très longtemps. Assez vite, un certain Homer Pickens si j'en crois ma carte, a fait venir le sac à lui par un sortilège d'attraction. Je ne l'ai même pas vu. Il a immédiatement transplané après cela."

Il y avait un Homer Pickens inscrit au service des Cheminées dans une localité se trouvant à proximité de Pré-au-Lard. Nous décidâmes de faire une petite descente là-bas. Shacklebolt désigna quatre collègues pour nous accompagner Potter et moi. Nous utilisâmes la cheminée publique du patelin et encerclâmes sa maison.

Avant même de lancer l'assaut, nous savions que ni la petite, ni Pickens ne se trouvaient pas dans le bâtiment, car Potter avait discrètement consulté sa carte magique, et cette dernière indiquait que la maison était vide. Nous avons discrètement investi cette dernière et l'avons fouillée, à fond, sans retrouver aucun élément le reliant à cette affaire.

Cependant, quand il revint chez lui, nous l'arrêtâmes et le conduisîmes au Ministère pour l'interroger. Il protesta et nia farouchement d'être lié à un quelconque enlèvement.

Nous le cuisinâmes tout l'après-midi, mais nous ne pûmes rien en tirer. Vers vingt heures, Shacklebolt dut répondre à un appel urgent. Potter et moi avons échangé un regard inquiet, craignant que ce soit une mauvaise nouvelle concernant notre affaire. Pour ne pas avoir le temps de m'inventer des scénarios catastrophiques, je repris une fois de plus :

"Où étais-tu vers dix heures trente du matin aujourd'hui ?
- Je l'ai déjà répété cinquante fois : j'étais chez moi !
- Nous savons que c'est faux.
- Eh bien, prouvez-le."

Finalement, sans doute angoissé par l'absence de Shacklebolt qui s'éternisait et nous faisait craindre le pire, Potter commença à s'énerver à son tour :
"J'ai pas besoin de preuve, car je t'ai vu de mes yeux recevoir de l'argent en échange de la vie d'une gosse, espèce de pourriture !
- Faut changer de lunettes. Vous croyez m'impressionner parce que vous ressemblez à Harry Potter ?"

Voilà qui expliquait pourquoi il n'avait pas paru troublé à la vue de mon partenaire jusque là !

"Tu veux vraiment voir Harry Potter pour de bon ?" demanda mon coéquipier d'une voix sèche.

Pour ma part, je me reculai, peu soucieux de me retrouver entre un Potter furieux et la source de son mécontentement. Fugitivement, je regrettais que Shacklebolt soit parti, car si Potter déconnait, j'allais en prendre pour mon grade.

Potter leva sa baguette dans la direction de notre client et sa puissance magique devint nettement perceptible. Les yeux de Pickens s'agrandirent. Il venait manifestement de comprendre que toute ressemblance avec un héros national n'était pas complètement fortuite.

"Vous... commença-t-il.
- Legilimens !" le coupa Potter.

Le temps resta comme suspendu un instant dans la salle d'interrogatoire. Notre homme resta figé, la bouche ouverte, les yeux exorbités, tandis que Potter le fixait, intensément concentré. Puis la voix de Potter s'éleva, bizarre, comme lointaine :

"Une maison grise aux volets bleus, avec un peuplier à gauche. A droite un cimetière, entouré d'un mur en brique…"

Et il fit demi-tour, sortant en courant de la salle d'interrogatoire. Avec le peu d'éléments dont je disposais, je ne sais comment je compris ce qu'il était en train de faire. D'une façon ou d'une autre, Potter avait eu une vision de l'endroit où était détenue la fillette et il sortait du Ministère pour pouvoir s'y rendre en transplanant.

Je bondis sur notre accusé abasourdi et hurlai :
"L'adresse !!"

Il était tellement bouleversé par ce qui venait d'arriver, qu'il me la donna en bégayant :
"Cheminée publique d'Ashnam. A cinq minutes par le chemin à droite."

Je l'assommai d'un Stupéfix et courus comme un fou à l'Atrium. J'hurlais "Ashnam" dans le conduit et déboulai dans la bicoque en torchis qui abritait cette cheminée de campagne. Je bondis dehors et je pris le chemin de droite à fond de train, recherchant désespérément des volets bleus et un cimetière.

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Quand j'arrivai sur place, je ne pouvais avoir aucun doute sur ma destination : des éclairs rouges et bleus émanaient d'une maison adossée à un cimetière. Je m'élançais vers la porte, qui semblait avoir été enfoncée. Je jetai un œil prudent à l'intérieur. Deux individus lançaient des sorts offensifs vers un coin de la pièce où une table renversée servait d'abri de fortune. Un homme, sans doute stupéfixé, gisait à terre entre les deux camps.

Je n'eus aucune peine à reconstituer ce qui s'était passé. Un certain Gryffondor sans peur et sans cervelle était entré en trombe dans cette maison, avait réussi à maîtriser l'un de ses occupants, mais se trouvait maintenant coincé comme un rat par les deux autres. Et qui sait si un quatrième n'était pas en train d'égorger la fillette pendant ce temps ou de transplaner avec elle ?

Il était temps que j'intervienne, car la table qui servait de protection à Potter était sur le point de se désintégrer. Je me penchai en avant et stupéfixai les deux bandits qui étaient dans ma ligne de mire. Puis, je reculai pour me remettre à l'abri et hurlai :
"Potter, combien y'a-t-il de personnes dans cette baraque ?"

Au bout de quelques instants, sa voix s'éleva :
"Trois, en plus de la gamine et de nous deux.
- Et autour ?
- Personne. Pas de sorciers en tout cas !"

Génial ! Ne pas oublier de prévenir les Oubliators pour qu'ils viennent faire la grande lessive dans ce charmant village moldu.

J'entrai dans la maison, alors que Potter sortait de son refuge. Je lui aurai bien signifié ce que je pensais de sa conduite irresponsable, mais il y avait plus urgent. La maison ne comportait que trois pièces, dont l'une fermée à clé. Sa porte ne résista pas à nos Fores recludant (1) conjugués.

Une petite fille avec une robe bleue et des souliers rouges était étendue sur un lit. Je m'avançai vers elle et la secouai légèrement. Elle ne réagit pas. Je la secouai plus fort, m'accrochant à l'espoir que la carte de Potter n'indique que les personnes vivantes.

Je collais l'oreille sur sa poitrine, et eut beaucoup de mal à entendre son souffle ténu au-dessus de mes propres halètements. Je la touchais de ma baguette en murmurant "Enervatum" puis "Finite incantem", mais en vain.

"Sainte Mangouste !" annonçai-je à un Potter blafard. Nous reprîmes le chemin par lequel j'étais arrivé pour rejoindre la cheminée publique, n'osant pas risquer un transplanage, du fait de notre stress et de notre fatigue.

Je commençai par introduire ma tête dans l'âtre et essayai le bureau de Shacklebolt. Il s'y trouvait, et se précipita sur moi dès que ma tête apparut dans sa cheminée.
"Mais qu'est ce que vous fichez ! Où êtes-vous ?
- On a la gamine. Elle est inconsciente et on va à l'hôpital. Il nous faut du monde pour récupérer trois stupéfixés, et un Oubliator au cas où on nous aurait entendus."
Je conclus en lui donnant nos coordonnées, puis entrai dans la Cheminée et hurlai "Ste Mangouste".

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Je confiai la fillette à un médicomage, tâchant de lui donner un bref aperçu de la situation pour qu'il puisse établir son diagnostic. Potter, qui m'avait suivi, me suggéra :
"On prévient les parents ?
- Non, on attend un peu. Si elle pouvait être réveillée, ce serait mieux. Et puis, je préfère parler à Shacklebolt d'abord."

Ce dernier arriva dix minutes plus tard, alors que le guérisseur nous expliquait qu'il avait réussi à réveiller la gamine, mais comme elle s'était mise à glapir de terreur, il l'avait ré-endormie à l'aide d'un charme léger. Shacklebolt réquisitionna immédiatement une cheminée de communication pour prévenir les parents qui arrivèrent rapidement.

Ils nous remercièrent brièvement, avant de se précipiter dans le cabinet de consultation où dormait leur enfant.

"On rentre à la Ruche ! annonçai-je sèchement en attrapant le bras de Potter surpris. Il se laissa cependant entraîner, sous le regard interrogateur de Shacklebolt. Nous empruntâmes une cheminée et puis descendîmes de l'Atrium vers notre Quartier Général.

D'un geste, je lui intimai de me suivre dans le bureau du Commandant. J'en refermai la porte sur nous. Il me fixa, interrogatif :

"Y'a un problème ? demanda-t-il innocemment.

- Un problème ? Mais bon sang, Potter, ça t'arrive de réfléchir ? T'es complètement malade ou quoi ? Bougre d'idiot, non mais tu réalises que tu as failli faire tout foirer avec tes manières de faire ? Que serait-il arrivé si j'étais pas intervenu, hein ? Tu peux me le dire ? Mais non, bien sûr, pour cela il faut penser et c'est manifestement au-delà de tes capacités. Bordel, je vais finir par croire que Malefoy a raison, et que tout ce qui t'intéresse, c'est ta gloire personnelle ! Mais merde ! Qu'est-ce qui t'a pris d'y aller tout seul ! Shacklebolt nous a envoyé à six pour arrêter un mec, et toi, tu pars tranquillement de ton côté, sans nous dire où tu vas ! Alors que tu ne sais même pas dans quel merdier tu vas te fourrer ! Et s'ils étaient partis avec la gamine après t'avoir mis hors de combat ? Est-ce que tu réalises que, pour eux, le meilleur moyen d'effacer toutes les preuves, c'était de faire disparaître la mioche ? Qu'est-ce que tu aurais dit aux parents, hein ? Désolé, je croyais être capable de m'en tirer tout seul, mais pas de chance, j'ai foiré, et votre fille est morte ! Parce que toi, t'es peut-être le Survivant, mais les autres, ils meurent, figure-toi !!!"

Au début de ma diatribe, il m'avait fixé, médusé, puis était devenu écarlate. Maintenant que j'avais fini, il était très pâle et avait les yeux baissés vers le sol. Cela m'énerva encore d'avantage. Il fallait toujours le complimenter le Potter ou bien il nous faisait une dépression. Merde ! Il était temps qu'il grandisse un peu et qu'il apprenne à assumer ses conneries.

Je m'apprêtais à en rajouter une seconde couche quand Shacklebolt pénétra dans le bureau. Il nous dévisagea, sans doute sensible à l'atmosphère lourde qui planait dans la pièce, et alla s'installer à son bureau.
"Avant de lire votre rapport écrit, j'aimerais avoir un résumé de ce qui s'est passé après que j'aie quitté la salle d'interrogatoire, nous indiqua-t-il.
- Potter va se faire un plaisir de te raconter ses exploits", sifflai-je hargneusement.

Ce dernier rougit de nouveau, fixant toujours obstinément la moquette usée.

"Potter ? demanda Shacklebolt d'une voix égale.
- Euh, je… j'étais assez en colère qu'il ne dise rien, et…enfin... je craignais pour la petite fille… et j'ai eu une idée que je n'avais jamais essayé, mais cela avait marché une fois avec Rogue… alors … enfin…
- Tu as fait quoi exactement ? dit Shacklebolt, coupant les balbutiements de Potter.
- Legilimentie.
- QUOI !!! s'est écrié le commandant, perdant un instant son calme imperturbable.

C'est quoi ce truc ?

- Tu es legilimens ? a demandé Shacklebolt
- Euh…non… enfin, j'avais jamais essayé. Mais j'avais réussi une fois, quand Rogue me donnait des leçons d'occlumentie…

Ces termes me rappelaient quelque chose, mais je n'arrivais pas à me souvenir de ce dont il était question.

"De quoi parlez-vous ? suis-je intervenu.
- Legilimentie, art de lire les pensées. Occlumentie, art de les cacher, m'a brièvement affranchi Shacklebolt sans quitter Potter des yeux.
- Tu as lu dans la tête de Pickens ? ai-je demandé, incrédule.
- Oui, enfin non, pas exactement. J'ai vu des images. Il était avec la petite. Et j'ai vu la maison.
- Mais pourquoi tu ne l'as pas fait plus tôt, ai-je demandé avec colère.
- Mais je ne savais pas que je savais le faire. Moi, tout ce que j'ai appris, c'est à fermer mon esprit pour que Voldemort arrête de m'envoyer ses pensées !"

V… Vous-Savez-Qui lui envoyait ses pensées ? A cette idée, je me sentis soudain nauséeux et ma colère me quitta d'un coup. Je me laissais tomber dans un des fauteuils qui faisaient face à Shacklebolt, et lui demandai :
"Tu n'as rien à boire ?
- Si. Et tu devrais manger un morceau avec. Toi aussi, Harry. Si tu t'asseyais, hein ?

Il sortit de son placard une bouteille de whisky et une boîte en fer blanc cabossée qui contenait des biscuits noirâtres. J'en pris un et croquai dedans. Normalement, j'évite de manger ce qui sort des mains de Tonks, mais là, c'était un cas de force majeure.

C'est fou ce que ce gamin avait vécu. Les pensées de… Finalement, il était étonnant qu'il ne soit pas plus piqué que ça.

"Bon, reprit Shacklebolt après nous avoir servi à boire et avoir veillé à ce que nous ayons ingurgité au moins un des blocs massifs qu'il nous avait donnés. Et ensuite ?"

J'intervins :
"Ensuite, on ne t'a pas trouvé et, comme le temps pressait, on a décidé d'aller voir tout de suite. Sur place, on a constaté qu'il n'y avait que trois hommes et que la gamine était bien là, alors on a donné l'assaut."

Potter leva le nez de son verre et me regarda bouche bée. Le problème avec les Gryffondors, c'est qu'ils n'ont aucune disposition à mentir correctement. Quoique si je me référais au regard pénétrant du commandant, la fatigue avait amoindri mes dispositions naturelles en la matière.

"Je vois, dit-il. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que vous avez violé plusieurs règles de procédure et que vous avez pris plus de risques qu'il n'est habituellement souhaitable. Mais vous avez obtenu d'excellents résultats. Je suppose que cela compense !"

Je fus soulagé qu'il ne cherche pas à en savoir davantage tout de suite. Je savais que nous ne perdions rien pour attendre, mais j'étais lessivé et je n'avais qu'une envie, m'écrouler sur mon lit. Il nous laissa finir notre verre et manger un autre gâteau. Puis il nous raccompagna à la porte de son bureau en nous disant de prendre notre matinée le lendemain.

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Je me pointai vers onze heures le lendemain à la Ruche et commençai à rédiger le rapport. J'étais en train de me demander comment j'allais raconter la fin de notre soirée mouvementée, quand Shacklebolt me fit signe depuis la porte de son bureau. Je m'y attendais. Le commandant n'est pas du genre à laisser tomber quand il suspecte une embrouille.

Il me fit asseoir, et me regarda fixement sans prononcer un mot. Je lui rendis tranquillement son regard. Il en fallait un peu plus pour m'impressionner. D'ailleurs, il ne joua pas très longtemps à ce petit jeu et attaqua :

"Il y est allé tout seul, hein !
- Ce n'est pas ce que j'ai écrit dans mon rapport, répliquai-je.
- Mais cela lui ressemblerait bien. Et puis cela cadrerait un peu mieux avec ce que Pickens m'a raconté ce matin.
- Il n'a pas parlé hier soir ?
- Tu étais allé un peu fort avec ton Stupéfix. Il était un peu confus, on n'a rien compris à ce qu'il racontait. Quoique, c'est peut-être Potter qui lui avait embrouillé l'esprit. Ce gamin ne connaît pas sa force.

- Comment va la petite, demandais-je, ne tenant pas à m'attarder sur le sujet.
- Plutôt bien. Par commodité, les bandits l'ont maintenue presque tout le temps inconsciente, du coup, elle n'a pas eu le temps d'avoir vraiment peur. On a eu de la chance, c'étaient des amateurs.
- Ouais, on a eu de la chance", l'approuvai-je avec chaleur.

Shacklebolt eut un petit sourire :
"Tu tiendras le coup ?
- Je devrais y arriver. Je peux dire qu'avec lui, je ne m'ennuie pas.
- Son… hum… enthousiasme ne te pose pas trop de problème?
- Jusqu'à maintenant, j'ai réussi à assurer. Mais s'il a toujours été comme cela, c'est un miracle qu'il soit toujours vivant !
- Effectivement. Une chance incroyable et des alliés intervenant au bon moment. C'est Harry Potter, tu sais.
- Mais bon sang, Commandant ! Qu'est-ce qui t'as fait croire que je serais capable de le maîtriser !
- Je ne te demande pas cela. Juste de le canaliser et lui apprendre à utiliser son énergie à bon escient.
- Je crois que je vais demander une augmentation.
- C'est une bonne idée. J'appuierai ta demande", me promit Shacklebolt en se saisissant d'un parchemin pour me signifier que l'entrevue était terminée.

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Quand Potter arriva, j'étais en train de terminer le rapport. Il se campa devant moi et me dit de but en blanc :
"Je suis désolé pour hier soir. Tu as entièrement raison. J'ai agi de façon irresponsable et j'ai mis la petite en danger. Et toi aussi."

Ses pommettes étaient un peu plus rouges que d'habitude, mais ses yeux étaient fermement plantés dans les miens. Le légendaire courage des Gryffondors a quand même des côtés sympathiques.
"L'important est que tu en aies pris conscience, répondis-je.
- Oui...enfin..." Sa rougeur s'accentua. "Je ne peux pas te promettre que je ne recommencerai pas. Quand je suis sous pression, j'ai tendance à ne plus... réfléchir de la même façon. Je suis désolé, mais c'est comme ça."

Ouais, à ne plus réfléchir du tout, je dirais. Quoique non, ce n'était pas vrai. Il avait songé à essayer son truc dans les pensées et, même s'il avait déconné après, cela nous avait quand même permis de retrouver la gosse.

"Si j'ai bien compris, la prochaine fois que tu es sous pression je te stupéfixe pour éviter que tu ne prennes une initiative intempestive ?
- Euh, oui..., enfin, non, je n'agis pas toujours comme cela !
- Eh Potter, je rigolais. Au fait, ton ligimili-truc, tu crois que tu pourrais le refaire ?
- Aucune idée. Quand je suis énervé, je fais des choses que je suis incapable de refaire après.

- Tu devrais essayer, cela pourrait être utile !
- Oh, t'es volontaire pour me servir de cobaye ?
- Ça va pas, non ! répondis-je, révulsé à l'idée qu'il puisse aller pêcher des images dans ma tête.
- Dommage", fit-il d'un ton déçu, mais la lueur amusée qui brillait dans ses yeux me fit suspecter qu'il venait de me rendre la mornille de mon gallion.

Il reprit son sérieux et m'annonça :
"Je vais expliquer à Shacklebolt ce qui s'est passé hier. Je ne veux pas que tu aies des mauvais points à cause de moi."
J'aurai dû m'en douter !

"Je ne préfère pas, Potter. D'abord, tu me ferais passer pour un menteur. De plus, j'ai fini mon rapport et je n'ai pas envie de le refaire. Et troisièmement, cela obligerait le commandant à perdre du temps à te faire la leçon, alors que tu viens de m'avouer que cela ne servirait à rien. Tu ferais mieux de te rendre utile et de me chercher un café pendant que je vais lui rendre ma copie.

Je le plantai là, sans lui laisser le temps de répliquer. En cheminant vers le bureau du Commandant, je me demandais si mon augmentation suffirait à me permettre de m'offrir un petit séjour au soleil avec Christina.

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Quelques jours plus tard, j'eus l'occasion de parler tranquillement avec Shacklebolt. J'en profitai pour lui demander si nous pouvions envisager d'utiliser le don de Potter de façon plus systématique lors des interrogatoires.
"Ce n'est malheureusement pas possible.
- Tu crois qu'il n'y arrivera pas ?
- La question n'est pas là. J'ai fait des recherches. Ce qu'il a fait est parfaitement illégal. L'usage de la legilimentie n'est permis que dans des cas très précis, comme la guérison des maladies mentales. Ce n'est pas un hasard si ce n'est pas une science très connue du grand public. Imagine un peu l'usage que l'on pourrait en faire.

- Mais on ne pourrait pas l'utiliser, euh... discrètement.
- Impossible. Quand on récupère un souvenir dans la tête de quelqu'un, cette personne "voit" le souvenir. En fait, Pickens pourrait très bien nous attaquer pour cela et nous serions obligés de le relâcher. Il n'y a plus qu'à espérer qu'il n'ait pas compris ce qui s'est passé ou qu'il ait un mauvais avocat.

- On ne pourrait pas demander à ce que cela devienne permis quand la vie d'une personne est en danger ?
- Même Croupton en son temps n'a pas autorisé la pratique de la légilimentie lors des interrogatoires, c'est dire. Cela dit, il avait peut-être des raisons de ne pas souhaiter travailler avec des légilimens à portée de sa tête. Cela aurait peut-être pu être envisageable si Amos Diggory avait remplacé Fudge, mais avec Griselda Marchebank à la tête du Ministère, nous n'avons aucun chance."

C'était de justesse que Griselda avait été élue, car le programme de Diggory, très axé sur la sécurité, avait obtenu une large audience auprès de la population sorcière, traumatisée par la guerre qui venait tout juste de prendre fin. Mais le Survivant était sorti de sa retraite et avait soutenu Marchebank, qui prônait la réconciliation nationale et qui affirmait qu'il était indispensable de faire évoluer la communauté magique en l'ouvrant vers les autres espèces intelligentes. Cette prise de position avait fait basculer le scrutin.

J'avais bien entendu voté pour Diggory, et je m'étais demandé si le Survivant avait bien toute sa tête en lâchant celui qui faisait de la répression anti-mangemorts sa priorité. Mais maintenant que je connaissais Potter, je comprenais qu'il n'avait fait qu'affirmer ses convictions : il se préoccupait vraiment du statut des elfes, traitait les Gobelins en égaux, et devait sans doute considérer que nous avions beaucoup à apprendre de la technologie moldue.

Sur ce dernier point, je commençais à me dire qu'il n'avait pas tout à fait tort. L'informatique, le téléphone et le cinéma manquaient un peu à notre monde. Par contre, je ne voyais pas quel avantage pouvaient trouver les stupides et crédules elfes de maison à prendre leur destin en main. Pas plus que je ne voyais ce que nous pouvions gagner à laisser les Gobelins entrer au Ministère. Ils étaient tout juste bons à provoquer des bagarres dans les bars et à compter leur argent.

"Et les cartes magiques, repris-je. Tu en as parlé aux Weasley ?
- Oui, grogna Shacklebolt. Ces deux-là sont plus têtus que des mules. Ce serait contraire à leur éthique, qu'ils disent. Leur éthique ! Ce qu'il ne faut pas entendre ! Ils passent leur temps à désorganiser Poudlard avec leurs produits et viennent, à moi, me parler d'éthique.
- On ne peut pas les obliger ?
- A part le chantage, je ne vois pas comment. Et là, ce ne serait vraiment pas éthique. J'en ai touché un mot à leur mère, au cas où. Mais je crains qu'elle n'ait plus tellement d'influence sur eux, maintenant.

- Et si on "empruntait" la carte de Potter et on essayait de l'analyser ? proposa-je.
- Tu veux aller la lui demander ? s'enquit le commandant. Tant qu'à faire, je préfère qu'il reste dans notre camp, celui-là. Et puis, ce n'est pas sûr que cela nous serve vraiment à quelque chose. Il faudrait sans doute des années pour comprendre comment marche cette carte. Et sais-tu comment s'appelle le jeune prodige du Département des Mystères ? Hermione Granger-Weasley. Franchement, je préfère laisser tomber."

Ces Weasley, finalement, manquerait plus qu’un d’entre eux ne devienne Ministre !

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(Quod) fores recludant : que les portes s'ouvrent ! (© Fenice)
Serpentard ! by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XIV : Serpentard !


Au début du mois de juin, j'étais sur le Chemin de Traverse avec Potter, ou plus exactement avec Potter-Evans car il avait chaussé son bonnet change-tête, quand j'aperçus une personne de ma connaissance. C'était la veuve de mon ancien partenaire, tué au cours de la Bataille du Survivant. Je demandai à Potter de m'attendre un instant, et j'allai la saluer. Elle était accompagnée de son fils, qui devait maintenant aller sur ses cinq ans.

Nous échangeâmes quelques mots, et nous séparâmes en prévoyant de nous revoir trois mois plus tard, sur la tombe de son mari. En effet, tout comme la plupart des Aurors qui s’étaient trouvés à cette maudite Bataille, je passe le vingt-huit août, jour férié qui en marque la mémoire, à honorer le souvenir de mes camarades tombés au champ d'honneur. Je rejoignis Potter, et lui dis brièvement :

"La veuve de mon ancien coéquipier. La Bataille...."

Potter se tourna brusquement en direction de ceux que je venais de quitter. Ses traits se brouillèrent, comme si une magie plus forte que celle de son bonnet était en œuvre, et son véritable visage apparut. J'eus un choc en lisant le mélange de tristesse et de culpabilité qui bouleversait ses traits alors qu'il suivait des yeux la silhouette menue de la femme et celle, trottinante, de son enfant.

Je compris alors que le Survivant ressentait la même chose que moi, la même chose que tous ceux qui avaient participé à ce combat : la honte d'y avoir survécu, alors que tant de nos camarades y étaient restés. Quand il se tourna vers moi, nous échangeâmes un regard douloureux, rempli de compréhension mutuelle.

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Une dizaine de jours plus tard, Ginny Weasley arriva à l'heure du déjeuner :
" Bonjour Monsieur Stratford, bonjour Harry !
- Bonjour, Ginny.
- Bonjour, Mademoiselle Weasley. C'est bon, Potter, tu peux y aller, on finira plus tard.

- Voulez-vous vous joindre à nous, Monsieur Stratford ? demanda la jeune femme.
- Oh, je ne veux pas vous empêcher de vous retrouver en amoureux ! déclinai-je.
- Ne vous en faites pas pour cela, nous aurons tout le week-end pour roucouler, insista-t-elle.
- Oui, bonne idée, Stratford, viens donc avec nous, renchérit Potter."

J'avais de bons souvenirs de ma dernière entrevue avec la petite rousse, lors du match de Quidditch, et j'acceptai donc leur invitation.

"Si cela ne vous ennuie pas, nous irons dans le Londres moldu, c'est le seul moyen pour que Harry ait la paix", précisa la copine de Potter.

Je lui affirmai que cela ne me gênait pas, et nous sortîmes du Ministère en empruntant la cabine téléphonique qui nous sert de lien avec la rue. La jeune fille portait déjà une robe et un manteau moldus, mais Potter dut transformer sa robe de sorcier en pardessus, révélant le jeans et la chemise qu'il portait en dessous. Quant à moi, je donnais à ma propre robe la forme d'un costume. Ce genre de métamorphose est suffisant pour une courte incursion dans le monde moldu, quand personne ne risque de nous examiner de trop près.

Ils m'entraînèrent dans un petit restaurant italien qu'ils semblaient bien connaître. Les tables étaient séparées par des murets en briques, ce qui nous permettait de discuter sans risquer d'être entendus par les autres clients.

"Je ne vous ai pas vu au dernier match de Quidditch, remarqua la petite Weasley après qu'on nous ai apportés nos commandes. Y êtes-vous allé ?
- Non, j'avais d'autres projets, répondis-je. Mais j'ai cru comprendre que Potter s'y est encore distingué.
- On s'est bien amusé, commenta sobrement ce dernier en enfournant un grand morceau de sa pizza aux fruits de mer.

- Comment va votre neveu ? s'enquit sa compagne.
- Très bien, merci. Il a beaucoup apprécié sa visite chez vos frères.
- Je pense qu'aller les voir devrait faire partie du cursus scolaire, commenta-t-elle. Je suis sûre que cela ferait naître des vocations en métamorphose, enchantements et potions.

- C'est sûr que Rogue ne donne pas une image très attractive de sa matière, ricana Potter.
- L'avez-vous eu comme professeur ? me demanda la Weasley.
- Je crains que vous ne me rajeunissiez, répondis-je. Il était élève en troisième année quand je suis rentré à Poudlard.
- Tu y étais en même temps que mon père, alors ! s'exclama Potter.
- Oui, mais je ne le connaissais que de vue. Nous n'étions pas dans la même maison, précisais-je, pensant que les circonstances étaient favorables pour aborder, enfin, ce point délicat.

- Ah bon, tu es de quelle maison ? me demanda-t-il, mordant à l'hameçon.
- Serpentard, bien sûr !
- Pardon ? s'étrangla-t-il à ma plus grande satisfaction.
- Je ne te l'avais pas dit ? fis-je innocemment.
- Non, jamais ! répliqua-t-il furieux.
- J'ai dû oublier, haussai-je les épaules. A ce propos, j'apprécierais que tu arrêtes un peu de mettre systématiquement "Connard" et "Serpentard" dans la même phrase. Je ne suis pas susceptible, mais à force, ça devient agaçant."

La tête que fit Potter à ce moment-là valait le détour. Le voyage, même. Un mélange de surprise, de colère, de dégoût et de gêne défilèrent tour à tour sur son visage. Je me sentis pleinement vengé de l'irritation que ses propos dépréciateurs à l'égard de ma maison m'avaient procurée.

Je fus tiré de ma béate contemplation par un éclat de rire. Ginny Weasley paraissait formidablement amusée par la déconfiture de son petit ami.
"Excuse-moi, Harry, mais si tu voyais ta tête ! tenta-t-elle de se justifier, avant de repartir dans une crise de fou rire.
- Visiblement, tout le monde a décidé de se la payer aujourd'hui, répondit-il, glacial, en me foudroyant du regard.
- Ce n'était pas un secret, ripostai-je. Si tu avais posé la question, tu aurais eu la réponse.
- Enfin, Harry, cela ne t'avait jamais effleuré ? demanda sa copine en s'essuyant les yeux.
- Parce que toi, t'étais au courant ?
- J'avoue que quand Monsieur Stratford m'a dit ne pas connaître le sens du mot "compassion" quand on a discuté au stade, j'ai eu un gros doute.
- C'était une boutade, précisai-je en voyant le regard de Potter se durcir davantage.

- Harry, plaida la Weasley, qui avait complètement repris son sérieux, tu sais bien que les choses ne sont pas aussi tranchées que la rivalité Gryffondor - Serpentard qui régnait à Poudlard.
- Je sais, a-t-il soupiré. Mais avoue que les Serpentards de mon année n'incitaient pas à la fraternisation.
- C'était si terrible que ça ? demandai-je.
- Il y avait Malefoy, ce qui se passe de commentaires, cracha Potter. Et puis Goyle, Crabbe et Zarbini, qui ont été exclus après avoir essayé de me tuer à l'arme blanche, Nott, qui a été viré après avoir agressé Ginny et que nous venons de remettre sous les verrous pour pratique de la magie noire, et enfin Bulstrode et Parkinson, deux garces irrécupérables. Crois-moi on était pas gâtés."

Je regardais Ginny Weasley pour voir ce qu'elle pensait de cette galerie de portraits sans concession.
"J'admets que ton année était particulièrement difficile, Harry. Mais à mon niveau, les choses étaient plus nuancées : un de mes camarades Gryffondor était parmi mes agresseurs, et Nico a été un ami fidèle jusqu'au bout, répondit-elle.
- Je sais, ma chérie", admit-il en lui posant sa main sur le bras, alors quelle affichait une mine attristée.

Je conclus de cet échange que le fameux Nico était son ami Serpentard dont Abbot m'avait parlé, et qu'il lui était arrivé quelque chose d'assez funeste.

"Vous faites des études de médicomagie, demandai-je à la jeune fille pour changer de sujet et laisser à Potter le temps de digérer la remise en cause de ses intimes convictions.
- Oui. Je suis en dernière année. C'est très intéressant, nous faisons régulièrement des stages à Ste Mangouste.
- Dans quelle spécialité désirez-vous exercer ?
- Je ne sais pas encore. Peut-être les blessures magiques. Mais je ne pense pas travailler longtemps à plein temps. J'aimerais pouvoir m'occuper de ma famille, plus tard."

Et elle jeta un regard décidé sur Potter qui ne s'en aperçut pas, tout absorbé par ses réflexions. A mon avis, ce dernier allait se retrouver la corde au cou et affublé de nombreux marmots sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Enfin, c'était son problème !

Alors que je les observais, je fus frappé par la vitalité qui émanait de ce couple. En repensant à toutes les épreuves auxquelles le gamin avait été confronté, à un âge relativement tendre, je me dis qu'il ne s'en serait sans doute pas si bien sorti sans elle. Le solide bon sens, l'humour et la force de caractère de la jeune femme avaient sans doute permis au Survivant de ne pas perdre pied alors qu'il avait dû combattre l'horreur absolue, et que sa célébrité élevait, entre lui et les autres, une barrière difficilement franchissable.

Je passai le reste du repas à discuter Quidditch avec la petite Weasley. Elle s'y connaissait pas mal. Elle avait, comme moi, lu les comptes-rendus des rencontres du tournoi d'Angleterre qui était en cours. Nous convînmes que les Cannons de Chudley avaient été pires que d'habitude et que le Club de Flaquemare, qui était le grand favori, devait beaucoup à Olivier Dubois.

"Avez vous joué avec lui à Poudlard ? demandai-je à la jeune femme.
- Non, quand je suis rentrée dans l'équipe, il était déjà parti.
- Et où en est le tournoi universitaire ?
- Nous ne sommes bien partis pour jouer en finale. Mais pour ce qui est d'obtenir la coupe, l'université de Droit Magique n'est pas mal placée cette année. J'ai cru comprendre que c'était serré, pour vous aussi.
- Oui, effectivement. Et vivement que ce soit terminé pour que notre entraîneur lâche un peu la grappe à son attrapeur vedette.
- Harry commence à le trouver pire qu'Olivier, et ce n'est pas peu dire, renchérit-elle en riant. N'est-ce pas chéri ?

- Hein ! Tu me parles ?
- Mais non Harry. C'est monsieur Stratford que j'appelle "chéri". Cela fait dix minutes que j'ai commencé et comme cela n'avait pas l'air de t'ennuyer, j'ai continué.
- C'était très agréable", ajoutai-je.

Potter nous lança un regard noir et termina sa pizza sans daigner répondre.

"Dites donc, fis-je remarquer à la jeune femme, vous êtes sûre que vous n'êtes pas passée par Serpentard ?
- Je suppose que nous avons tous un peu de Serpentard qui sommeille en nous ! minauda la Weasley.
- Mais on n'est pas obligés d'en être fiers", grinça Potter.

Le serveur s'approcha à ce moment et nous déposa la note. Je fouillais dans ma poche pour payer ma quote-part, quand la petite rousse me souffla doucement :
"Il faut payer en livres, ici. Nous allons régler pour vous.
- Ce ne sera pas nécessaire, rétorquai-je tranquillement. J'ai ce qu'il faut."

Et, sous son regard surpris, je sortis l'argent moldu que j'avais sur moi en prévision de ma soirée avec Christina. Elle étouffa un petit rire :
"Monsieur Stratford, vous êtes décidément un homme plein de ressources.
- Je gagne à être connu", admis-je en lui faisant un clin d'œil.

Potter se renfrogna davantage, et j'avoue que cela m'amusa beaucoup. Il faut bien que je justifie de mon appartenance à ma maison, n'est-ce pas ?

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Il me fit la tête toute l'après-midi, ce que je compris fort bien, car nous ne l'avions pas épargné. Mais en fin de journée, je décidai qu'il était temps de fumer le calumet de la paix :
"Potter, on va boire un verre.
- J'ai pas le temps !
- C'est un ordre", répliquai-je fermement.

Il me lança un regard indiquant clairement qu'il considérait que j'abusais de mon autorité et me suivit avec une nette répugnance.

Une fois installés derrières nos Bièraubeurres, je lui demandai :
"Tu crois que c'est si important ces histoires de maisons ?
- Et toi, tu penses que cela ne compte pas ?
- J'admets que Malefoy a de quoi faire prendre en grippe tous les Serpentards, mais le monde ne se limite pas à Malefoy ! répondis-je.
- Heureusement ! fit Potter avec ferveur.
- Tu trouves que je ressemble à Malefoy ?
- Non. Mais tu as quand même des côtés très... Serpentards, quand j'y repense.
- Et toi des côtés terriblement Gryffondors, mais je te prends comme tu es, Potter. Quand tu exagères, je t'engueule, mais la plupart du temps, on ne fonctionne pas si mal. Parce que si cela te gênait tant que cela, tu aurais deviné ma maison depuis longtemps."

Il ne répondit pas.

"Les Serpentards ne sont pas tous des Mangemorts en puissance, tu sais, continuai-je. Je ne suis pas le seul Auror à provenir de cette maison. Nous avons choisi, tout comme toi. Enfin, toi, je sais pas, tu n'as peut-être pas vraiment eu le choix, tempérai-je, en me rappelant qu'il n'avait qu'un an quand son destin s'était joué.

- Moi aussi, j'ai choisi, me contredit-il. Le Choixpeau m'avait proposé d'aller à Serpentard.
- Non ! m'exclamai-je, ne pouvant croire une chose pareille.
- Si. Mais j'ai préféré Gryffondor.
- Si tu as des penchants Serpentards, tu les caches bien ! commentai-je, soufflé.
- Je me suis tenu à mon choix", répondit Potter un peu sèchement.

J'ai laissé passer un moment, ne sachant quoi trop répondre à cette profession de foi. Ce fut lui qui continua, profondément enfoui dans ses réflexions.

"A chaque fois que j'ai eu des décisions à prendre, je me suis demandé ce qui était le plus digne de ma maison. Mais, si ça se trouve, c'est ça le problème, j'ai fait tellement d'erreurs..."

Son visage refléta alors une intense tristesse.

"Tout le monde fait des erreurs, répondis-je doucement, très mal à l'aise de me retrouver au cœur des regrets intimes de mon partenaire. C'est le résultat final qu'il faut regarder.
- Et on passe l'éponge sur tout le reste, c'est ça ? répliqua-t-il d'une voix amère.
- Quand les regrets t'empêchent d'avancer, oui !

- C'est bien ça qui me déplaît chez vous les Serpentards. Vous pensez que la fin justifie tous les moyens.
- Certaines fins, oui. Ne me dis pas que tu n'étais pas prêt à tout pour éliminer le Seigneur des Ténèbres. J'imagine que les bons sentiments n'ont pas suffi avec lui !" l'apostrophai-je un peu rudement, car cette conversation remuait en moi des souvenirs pénibles.

Il devint très pâle :
"Dois-je pour autant me réjouir d'avoir fait mourir ceux que j'aimais pour y parvenir ? demanda-t-il d'une voix rauque, comme s'il extirpait de lui ses plus sombres secrets.
- Ce n'est pas parce que nous payons très cher certains choix qu'ils sont mauvais. Ce serait trop facile si les bonnes décisions ne nous coûtaient rien !" répondis-je la gorge serrée, touché par son désespoir et pensant à ce que m'avaient coûté mes propres choix et mes propres batailles.

Le souvenir de son expression quand il avait vu la veuve de mon ancien partenaire me revint. Je conclus plus doucement :
"Nous pleurons nos collègues Aurors qui sont morts sur le champ de bataille. Ils nous manquent, mais nous sommes fiers d'eux. Ta victoire a eu un prix élevé, mais au moins, ni mes amis, ni les tiens ne sont morts pour rien."

Il n'y avait pas grand-chose à ajouter à cela, et c'est plongés dans nos pensées et nos souvenirs que nous terminâmes nos verres.

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Après quelques jours pendant lesquels je ne ménageai pas ma peine pour l'amadouer, Potter sembla digérer ma qualité de Serpentard, et je me réjouis d'avoir attendu que nos relations soient bien établies pour le mettre au parfum.

Au début du mois de juillet, Potter et moi dûmes intervenir au cours d'une rixe dans une taverne de campagne. Deux sorciers influents dans le coin avaient commencé à se battre. Le temps qu'on arrive, les autres consommateurs avaient pris fait et cause pour les duellistes, transformant la bagarre en bataille rangée. Notre intervention fut assez délicate, car les sorts pleuvaient de toutes parts. Heureusement, la plupart des combattants n'étaient pas très puissants et ils se limitaient à des maléfices de Chauve-furies et autres Furonculus.

Après un bref conciliabule, nous entreprîmes d'envoyer des sorts d'immobilisation dans l'assistance pour limiter peu à peu le nombre de combattants. Mais ces imbéciles avinés commencèrent à s'en prendre à nous, et j'eus tout juste le temps de placer une table comme bouclier pour arrêter les divers sorts qui étaient désormais envoyés dans notre direction. J'allais ordonner à Potter de transplaner vers une cheminée publique pour aller demander du renfort, quand j'entendis un bruit dans mon dos. Je n'eus pas le temps de me retourner avant de recevoir un coup sur le crâne, et ce fut le noir.

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Je repris difficilement conscience. J'étais allongé sur un lit, et le plafond au-dessus de moi était tout blanc. Je remuai la tête et le regrettai bien vite car j'eus l'impression qu'elle allait exploser. Un homme, vêtu d'une robe verte de médicomage, se tourna vers moi. :
"Tenez, buvez cela, vous vous sentirez mieux, dit-il en me tendant un verre.

Le goût de la potion me fit penser aux petits gâteaux confectionnés par Tonks, mais le martèlement qui martyrisait mes tempes s'estompa.
"Comment vous sentez-vous ?
- C'est dégoûtant ce truc !" grognai-je.

Le guérisseur pris un bloc-notes et nota à voix haute :
"Suffisamment remis pour se plaindre du goût de la potion. Peut être installé dans sa chambre."

Quoi ? Mais je voulais rentrer chez moi. Il était hors de question que je reste là une seconde de plus. Je tentai de me redresser mais dus renoncer. J'étais aussi faible qu'un chaton. Ma main, portée à mon front, m'apprit que mon crâne était complètement emmailloté dans un pansement.

"Il y a quelqu'un qui veut vous voir", m'apprit le médicomage.

Quelques instants plus tard, Shacklebolt entra dans la pièce de premiers soins :
"Comment te sens-tu ?
- Où est Potter ? demandai-je me remémorant mes derniers souvenirs.
- Il se repose. On lui a fait prendre une potion pour dormir car il a usé pas mal de magie. Il a un peu paniqué quand il t'a vu t'effondrer la tête en sang, et il a fait de la magie involontaire. Tout ce qui était tant soit peu fragile a explosé. Heureusement que les gars du coin ont la tête dure. Toi aussi d'ailleurs, car celui qui t'a assommé avec une chope en étain n'y est pas allé de main morte. Lui, par contre, il risque de mettre quelques temps à retrouver figure humaine. Potter ne sait plus trop quels sorts il lui a balancés, tu comprends. Enfin, c'est le travail des guérisseurs.

- Comment ai-je atterri ici ?
- Eh bien, une fois que tout le mobilier s'est retrouvé en miettes, la visibilité a été un peu meilleure, et ils ont commencé à réaliser qu'ils avaient un Survivant pas très content sur les bras. Ils se sont calmés rapidement, et le barman nous a rappelé en cheminée pour demander de l'aide. Quand on est arrivés, toute cette belle compagnie était terrée dans un coin, essayant de se faire oublier, et Potter te donnait les premiers soins. Tu avais une entaille qui saignait à flot. Au fait, tu as eu le crâne fêlé. Mais il paraît que tu devrais retrouver toutes tes facultés mentales sous peu. Si ce n'est déjà fait, ajouta-t-il, constatant que cela ne me faisait pas rire du tout. Par contre, et sa voix se fit sérieuse, tu es interdit de magie pour une bonne semaine. Et je ne veux pas te voir à la Ruche avant quinze jours, compris ?
- C'est un troll qui m'a agressé, ou quoi ?
- Vu son état, il est assez difficile de déterminer de quelle espèce il s'agit. Pour le moment il semble plutôt appartenir à une famille de limaces. Heureusement que de nos jours la plasti-magie fait des miracles. Bon, on m'a recommandé de ne pas te fatiguer. Tu as de la chance, j'ai pu t'obtenir une chambre particulière. Je repasserai te voir demain."

Il s'en fut, non sans me recommander de nouveau de bien me reposer. On m'installa dans une petite chambre et je commençai à m'assoupir quand une frimousse que je connaissais vint timidement me demander si elle me dérangeait.
"Pas du tout mademoiselle Weasley. Vous êtes en stage cette semaine ?
- Non, mais je suis venue chercher Harry. Il aurait dû passer la nuit ici, mais comme cela risque de désorganiser le service, le directeur a appelé ma mère et nous sommes venues le chercher. Comme elle est très efficace, j'ai pu la laisser se débrouiller avec Harry et je suis venue voir comment vous alliez.
- Je vais très bien. Après une bonne nuit de sommeil, je suis sûr que je pourrai rentrer chez moi."

Elle regarda un instant la feuille de soins qui était accrochée au pied de mon lit, et fit une moue dubitative.
"Vous en parlerez demain avec le médico-chef, me répondit-elle sans s'engager. Je vais vous laisser dormir. Désirez-vous que je joigne quelqu'un pour vous ? demanda la jeune femme après un instant d'hésitation.
- Non, je n'ai personne à prévenir ! répondis-je, songeant, avec un peu de regret qu'il état hors de question de mettre Christina au courant de ce qui venait de m'arriver.
- Enfin, vous avez bien des parents ou des frères et sœurs", insista la petite Weasley.

Je n'avais aucune envie de voir débarquer mes parents... s'ils daignaient quitter leur maison et l'entreprise. J'allais refuser quand je pensais à la soirée que j'avais passée chez Gwen et son mari :
"J'ai une sœur, reconnus-je.
- Je vais lui envoyer un hibou", trancha l'apprentie médicomage.

Je lui donnai l'adresse, et la laissai partir. J'étais soulagé qu'elle ne me demande pas de rédiger le billet. Je n'aurais pas su quoi y mettre.

oO§0§Oo


La petite Weasley passa me voir le lendemain après-midi. Elle m'apporta une robe pour le cas où je pourrais me lever, car la mienne avait été tachée et déchirée la veille. Je haussais les sourcils, peu convaincu, car Potter faisait une demi-tête et une largeur d'épaule de moins que moi. Elle comprit ma réserve et indiqua qu'elle l'avait empruntée à son frère Ron. J'étais en train de la remercier quand on frappa à la porte, et ma sœur passa la tête par l'entrebâillement.

"Bonjour, Gwen, la hélai-je voyant qu'elle hésitait sur le seuil. Entre donc."

Elle pénétra dans la chambre, suivie de son fils aîné.
- Bonjour William. Bonjour Mademoiselle, fit Gwen en dévisageant la petite Weasley avec curiosité.
- Bonjour Madame, bonjour Titus, répondit la rousse en se levant. Bon, je m'excuse, je dois vous laisser."

Et elle partit sans nous laisser le temps de répondre.

"Oh, j'espère que ce n'est pas moi qui l'oblige à partir, fit ma sœur, manifestement gênée.
- Oui, c'est dommage, elle est sympa, regretta Titus.
- Tu la connais ?" lui demanda ma sœur.

Titus me regarda, incertain sur ce qu'il devait ou non révéler.

"Elle était avec nous quand nous sommes allés voir le match de Quidditch", intervins-je.
Voyant que ma sœur fronçait les sourcils, j'ajoutai :
"C'est la copine de mon coéquipier.
- Oh, c'est gentil à elle d'être passée", risqua ma sœur, qui n'avait pas l'air très convaincue.

Non mais qu'est-ce qu'elle croyait ? Que je faisais la sortie de Poudlard pour me trouver une petite amie ?

Je haussai les épaules, regrettant d'avoir cédé aux insistances de Ginny Weasley et d'avoir obligé ma sœur à me rendre une visite qui ne me faisait pas si plaisir que ça, finalement.

Finalement, Gwen s'assit sur un siège, tandis que son fils s'installait au bout de mon lit. Elle me demanda ce qui s'était passé et comment j'allais. Je lui racontai brièvement mes déboires de la veille et l'assurai que je serais autorisé à rentrer chez moi dès le lendemain.

Elle me proposa alors de venir habiter quelques jours chez elle, le temps que je me remette complètement. Titus se joignit à elle pour m'inciter à accepter. Je réfléchissais à la question, quand on toqua de nouveau à la porte. Potter entra dans la chambre, sans attendre de réponse.

Il était tellement persuadé de me trouver seul, qu'il était déjà au pied de mon lit le temps qu'il réalise son erreur. Quand elle le reconnut, Gwen resta pétrifiée sur sa chaise, les yeux ronds. Titus émit un "oh !" sonore, et en resta la bouche entrouverte. Mon partenaire s'arrêta net, comme indécis sur la conduite à tenir.

"Assieds-toi Potter, ne reste pas planté là comme un idiot ! lui lançai-je, agacé.

Non mais pourquoi fallait-il qu'ils viennent tous me voir au même moment ! J'étais censé me reposer, moi, pas jouer au maître de maison.

Le regard de Gwen quitta Potter et elle me dévisagea, visiblement choquée par ma familiarité avec la divinité nationale. Titus était toujours paralysé par l'émotion.

Ma réplique eut le mérite de tirer mon coéquipier de sa stupéfaction gênée :
"Toujours de bonne humeur à ce que je vois, dit-il, en obéissant malgré tout et amenant près de mon lit un siège se trouvant le long du mur.

Il s'assit, avec un sourire contraint en direction de ma sœur.

"Gwen, Titus, je vous présente mon partenaire. Potter, ma sœur, Gwendoline et son fils Titus.
- Enchanté", dirent Potter et Gwen en même temps.

Titus ne sembla pas avoir retrouvé l'usage de la parole.

Il y eut un instant de silence embarrassé, mais heureusement, Gwen est plus à l'aise que moi dans les mondanités et elle enchaîna :
"Mon fils a été très impressionné par le match dans lequel il vous a vu. Je crois que ses Multiplettes sont devenues son bien le plus précieux, lança-t-elle, alors que Titus devenait écarlate.
- Oh, c'était un bon match, acquiesça Potter, qui se dégela, comme toujours quand il était question de Quidditch. Tu y joues ?" demanda-t-il à mon neveu.

Ce dernier hocha la tête comme incapable de parler.
"Il compte se présenter pour les sélections en septembre prochain à Poudlard, répondit sa mère à sa place.
- Pour quel poste ?
- Eh bien, à Noël il semblait s'être décidé pour le poste de batteur, mais depuis les vacances de Pâques, il s'est découvert une vocation d'attrapeur.
- Vraiment ? commenta Potter, qui rosit légèrement, alors que mon neveu devenait encore plus rouge, si c'était possible.
- Quoi qu'il en soit, depuis qu'il en rentré de Poudlard pour les vacances, il s'entraîne tous les jours à exécuter des figures acrobatiques ! continua Gwen, nettement désapprobatrice.
- Je dois avouer que moi-même j'ai eu une inclination particulière pour la feinte de Wronsky après l'avoir vue exécutée magistralement par Victor Krum, pendant la finale de coupe du monde qui s'est déroulée en Angleterre, avoua gentiment mon partenaire, histoire de mettre Titus un peu plus à son aise.

- Tu y étais ? lui demandai-je, surpris.
- Oui, Arthur Weasley nous avait obtenu des places dans la tribune officielle."

Je me demandai un instant ce qu'il avait pensé des événements qui avaient suivi la rencontre. Il sembla se les remémorer, car il se rembrunit. Heureusement, Gwen demanda :

- Vous avez joué à Poudlard, j'imagine.
- Oui, dès ma première année.
- Je croyais que c'était interdit, fit remarquer ma sœur.
- Ils ont fait une exception pour moi. C'est d'ailleurs la seule fois où Malefoy m'a servi à quelque chose, ajouta-t-il comme si ce constat l'étonnait.
- Raconte-nous ça", suggérai-je, curieux.

Il eu un petit sourire embarrassé, mais n'osa se faire prier davantage et se lança :
"Eh bien, tout est parti de notre premier cours de vol. Evidemment, Malefoy n'a pas manqué de faire son intéressant. Il a profité de ce que la prof avait le dos tourné pour piquer un objet à un de mes camarades et il a enfourché son balai pour aller le lui mettre au sommet d'un arbre. Tu remarqueras qu'à onze ans, Malefoy était déjà un parfait emm... quiquineur", termina-t-il en jetant un coup d'œil contrit vers Gwen.

Je hochai la tête pour lui faire plaisir, et il continua son récit :

"J'ai donc décollé à mon tour pour essayer de le rattraper et...
- Attends une minute, le coupais-je. C'était la première fois que tu montais sur un balai ?
- Bien sûr, puisque j'ai été élevé chez des Moldus.
- T'es parti à la poursuite de Malefoy alors que c'était la première fois que tu volais ? insistais-je
- C'est ce que je viens de dire.

- Typiquement Gryffondor ! commentai-je, effaré par tant d'inconséquence.
- Eh ho ! Je me suis abstenu de qualifier de 'serpentarde' l'attitude de Malefoy, hein ! protesta Potter.
- C'est vrai, je retire ma remarque. Mais avoue que tu as agi sans réfléchir, quand même !
- Il est possible que mon balai ait décollé tout seul", admit Potter.

Gwen étouffa un petit rire, tandis que Titus regardait Potter comme s'il se trouvait devant Merlin en personne.

"Et finalement, tu as rattrapé Malefoy ? demandai-je, considérant que nous avions tous les deux marqué un point.
- Evidemment. Et je peux te dire que sans les deux gorilles qui le suivaient partout, il n'en menait pas large cet enf... cet imbécile. Il a donc préféré jeter le gant, enfin plus exactement le rapeltout, car c'était un rapeltout, je m'en rappelle maintenant. Enfin bref, il l'a lancé, et j'ai essayé de le rattraper car je craignais qu'il se casse en s'écrasant au sol.
- Il ne t'est pas venu à l'idée que c'était toi qui allais te casser, si tu t'écrasais ?
- Tout c'est passé si vite, tu sais ! J'ai donc rattrapé le rapeltout et me suis posé sans trop de mal. C'est alors que McGonagall est arrivée à fond de train. Elle avait pas l'air très contente.

- Sans blague ! Au fait, c'était avant ou après le troll ?
- Avant. Le troll, c'était le jour d'Halloween.
- Le troll ? demanda Titus avec avidité.
- C'est une autre histoire, expliqua Potter.

- Pour le moment, t'es toujours pas attrapeur, notai-je.
- J'y viens. Donc McGonagall arrive dans tous ses états et me dit de la suivre. J'avoue que j'étais terrifié. Je pensais que j'allais être renvoyé.
- Il était temps d'avoir peur ! persiflai-je.
- Mais elle est allée chercher un élève dans une classe, continua-t-il sans relever mon interruption, et elle lui a dit : "Dubois, je viens de vous trouver un attrapeur"
- Dubois ? Olivier Dubois ? demanda Titus.
- Oui, le gardien des Flaquemare.

- Ça a dû être une bonne équipe, remarquai-je. Je suppose que vous avez gagné la coupe.
- Heu, non. Pas cette année-là. Pour le match contre Poufsouffle, j'étais à l'infirmerie. Une histoire vraiment compliquée, précisa-t-il pour prévenir toute question. Et l'année suivante, le tournoi a été annulé. Là encore, c'est une longue histoire. Mais on a gagné, la troisième année. Si tu avais vu la tête de Malefoy quand je lui ai piqué le Vif sous le nez malgré toutes ses tentatives de tricherie ! conclut-il, le regard embrumé par ce qui devait être un de ses plus beaux souvenirs.

- Et la quatrième année ? demandai-je pour le faire revenir parmi nous.
- Pas de Quidditch. C'était le Tournoi des trois sorciers.
- Et la cinquième ?
- On a gagné. Mais ni grâce à Olivier qui était déjà parti, ni grâce à moi car j'avais été suspendu, expliqua-t-il avec une grimace.
- Qu'est-ce que t'avais fait ?
- Cassé la gueule à Malefoy !
- Pendant un match ?
- Non, après. Mais cette année-là a été spéciale. Très politique. Une sadique avait été nommée Grande inquisitrice puis Directrice de Poudlard, et elle m'en voulait personnellement. Mais on a gagné lors de la sixième année.
- Et la septième ?
- Pas de Quidditch. Raisons de sécurité. Mais après, quand j'étais au Centre de formation, on a récupéré la Coupe inter-Université tous les ans.
- T'as jamais songé à devenir professionnel ? demandais-je.
- Non. J'adore le Quidditch, mais il me paraissait plus important de pourchasser les Mangemorts."


Ma sœur hocha la tête comme si cela lui paraissait évident. Bien sûr, on n'attend pas du Survivant qu'il consacre sa vie à courir après une balle.

"Et maintenant que tu as constaté que la chasse aux Mangemorts était loin d'être notre pain quotidien, tu n'as pas changé d'avis ? demandai-je.
- Ce que nous faisons ne me paraît pas complètement inutile, répondit-il tranquillement. Bon, faut que j'y aille, j'ai un entraînement.
- T'es sûr que tu as le droit ?
- J'ai oublié de demander. Et puis si je n'y vais pas, Tarvi va m'assassiner. Dimanche prochain, c'est la finale. Il faut qu'on gagne de trois cent cinquante points pour obtenir la coupe. C'est pas gagné ! Madame ! Jeune homme !" les salua-t-il de la tête.

Et il sortit. Pour ré-entrer trois secondes plus tard :
"Oh, j'oubliais ! Ginny doit passer t'apporter de quoi t'habiller. Je lui ai dit que je pouvais m'en charger, mais elle n'a pas semblé me faire confiance !
- Elle avait peut-être peur que tu n'oublies ! glissai-je
- Je suis tenté de dire "Vivement que tu sois guéri pour que tu deviennes plus aimable", mais en y réfléchissant, t'es pas tellement plus agréable d'habitude, alors..."

La porte se referma derrière lui.
"Il me semble que tu aies trouvé à qui parler, gloussa ma sœur.
- Mouais, de nos jours, les jeunes ne savent plus ce qu'est le respect !" dis-je d'un ton faussement offusqué.

La porte se rouvrit :
"Dis pas à Ginny où je suis allé, hein !"
Et il disparut de nouveau. Définitivement, cette fois.

"Il est très sympathique ! Je ne l'imaginais pas comme cela, remarqua Gwen.
- Vous avez eu de la chance. Il est rarement aussi naturel en présence de personnes qu'il ne connaît pas. Tu as eu le nez fin en parlant Quidditch. Ça l'a bien décoincé.

- Il est super cool, intervint Titus.
- Que cela ne te donne pas des idées, le mit en garde sa mère. Tu n'es pas le Survivant, toi.
- Et bien sûr..., commençai-je
- ...je ne raconte ça à personne, termina Titus à ma place.
- Très bien, mon grand, le félicitai-je.
- Vous avez beaucoup de petits secrets comme ça ? demanda ma sœur d'une voix méfiante.
- Enfin, Gwen, si ce sont des secrets, nous ne pouvons pas t'en parler !" lui répliquai-je.

Elle fixa son fils, mais comme celui-ci me regardait en réprimant un sourire, cela n'eut pas tellement d'effet.

"Quand dois-tu sortir? me demanda ma sœur.
- Demain, normalement.
- A quelle heure ?
- Je ne sais pas.
- Je vais me renseigner. Nous viendrons te chercher.
- Mais je n'ai jamais accepté d'aller chez toi ! J'ai plein de truc à faire à la maison.
- William, il y a écrit sur ta feuille de soin : "Pas d'exercice de la magie pendant 8 jours". Comment comptes-tu te débrouiller ?"

Je faillis lui répondre que les moldus se débrouillaient très bien sans magie, mais cela ne me sembla pas très judicieux. Et puis, elle avait un peu raison. Je ne me voyais pas vraiment faire le ménage et la cuisine à la main.
"Je vais y réfléchir, bougonnai-je.
- Parfait. A demain, William."

Elle m'embrassa et s'en alla, suivie de Titus qui me fit un grand clin d'œil avant de suivre sa mère.


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Convalescence by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XV : Convalescence


Shacklebolt passa me voir dans ma chambre d'hôpital en début de soirée.

"Alors, comment te sens-tu ?
- Pas trop mal.
- Tu ne t'ennuies pas trop ?
- J'ai eu de la visite : la petite Weasley, ma sœur avec mon neveu, puis Potter... tous un peu en même temps, d'ailleurs. A propos, tu ne peux pas dire à Tarvi de lâcher un peu Potter ? Il avait un entraînement aujourd'hui. Je croyais qu'il avait abusé de la magie, hier !
- Je l'ai mis au repos jusqu'à lundi prochain, mais effectivement, il en faut plus pour arrêter Ben. Enfin, ce dimanche, c'est le dernier match du championnat, et Tarvi devrait se calmer. Au fait, il a fini par me demander comment tu allais.
- C'est gentil à lui. Pourquoi tu dis, "il a fini" ?
- Il faut bien avouer que son premier mouvement a été de dire : "Heureusement que Potter n'a rien eu". Mais après il était ravi d'apprendre que tu avais survécu.
- C'est beau, une telle amitié. Après tout, cela ne fait que quinze ans qu'on bosse ensemble."

Shacklebolt sourit à mon dernier commentaire avant de reprendre :
"Tu va bientôt sortir ?
- Demain, normalement.
- Tu as quelqu'un pour te donner un coup de main ?
- Ma sœur a l'air de penser que je ne suis pas assez grand pour me débrouiller tout seul. Je ne suis pas sûr de parvenir à lui échapper."

A ce propos...
" Dis, Commandant, repris-je, tu pourrais me trouver du papier et un stylo moldu ?
- Je vais essayer de te dénicher ça."

Ce que j'apprécie avec lui, c'est qu'il ne pose pas de question, et qu'il garde ce genre de trucs pour lui. Il s'en alla en me recommandant de ne pas en faire trop. Une heure plus tard, une infirmière m'amenait un petit paquet, contenant un bloc de papier à lettres et un stylo.

J'écrivis un petit mot à Christina, lui indiquant que je quittais Londres quelques jours et que je lui téléphonerais en rentrant. La difficulté consistait maintenant à lui faire parvenir ce mot. Peut-être qu'avec beaucoup de chance, je parviendrais à déjouer une petite heure la surveillance de ma sœur.

oO§0§Oo


Le lendemain, après avoir fait ma toilette et enfilé la robe que l'on m'avait prêtée, je me risquai à faire quelques pas dans le couloir. Sans être complètement invalide, je n'étais pas très en forme, et je me dis que ce séjour forcé chez ma sœur avait du bon.

Alors que j'hésitais à pousser jusqu'à la réception pour porter ma lettre, Ginny Weasley surgit au coin du couloir.

"Monsieur Stratford, bonjour ! Comment vous portez-vous ?
- Très bien, merci !
- Je pense que rien ne s'oppose à ce que vous sortiez aujourd'hui.
- C'est ce que m'a dit le médicomage ce matin.

- Quelqu'un pourra vous aider un peu à votre sortie ? Vous êtes interdit de magie, je crois.
- Grâce à vos bons soins, ma sœur va venir me kidnapper sous peu.
- Vous verrez, c'est agréable de se faire dorloter en famille.
- On verra bien.
- Viendrez-vous voir le match dimanche avec votre neveu ? Cela vous changerait les idées. Cela risque d'être intensif. Harry s'entraîne à mort cette semaine.
- Vraiment ? demandai-je hypocritement.
- Ne me prenez pas pour une imbécile, me répondit-elle, un peu sèchement.
- Non, Mademoiselle.
- Merci.
- Pour le match, je vais voir, dis-je en reprenant le fil de notre conversation. C'est vrai que mon neveu apprécierait.
- D'accord. Bien, je dois y aller. Vous avez besoin de quelque chose ? s'enquit-elle.
- Non je vous remercie. Ah si ! Savez vous comment je pourrais poster une lettre pour le monde moldu, ici ?
- Si vous l'avez déjà écrite, le mieux est que vous me la donniez. Elle est timbrée ?
- Hélas non.
- Donnez-la moi quand même. Ils doivent avoir des timbres au secrétariat. Il leur arrive d'être en contact avec d'autres hôpitaux moldus. Ensuite je n'aurais qu'à sortir par la porte qui donne sur la rue. Il y a une boite à lettres pas loin.
- Je vous remercie beaucoup. Par ailleurs, vous pourrez demander à Potter de récupérer mon téléphone portable ? Il est sur la prise de chargement de la Ruche. Il connaît, il m'a déjà vu y récupérer mon appareil.
- Vous pouvez compter sur moi !" m'assura-t-elle.

J'allai chercher ma lettre dans la chambre et y inscrivis l'adresse de Christina. La petite Weasley s'en fut, en me souhaitant un bon rétablissement. Deux heures plus tard, ma sœur arrivait avec la ferme intention de m'emmener chez elle. J'obtins tout de même que nous fassions un détour par chez moi afin d'empaqueter quelques affaires.

oO§0§Oo


C'était la première fois que Gwen venait dans mon appartement. Je crois qu'elle s'attendait à pire.

"C'est joli chez toi. Et plutôt bien rangé !
- Qu'est-ce que tu croyais ? Qu'il y aurait du linge sale et des exemplaires de Sorcier-viril traînant dans tous les coins ?
- Quoi, tu n'as aucun exemplaire de cette honorable publication ! me demanda Gwen en riant. Quel choc pour moi si je me rendais compte que, finalement, tu es un romantique !
- J'ai tous les exemplaires, mais ils sont bien cachés, répondis-je sur le même ton. Je ne veux pas choquer mes innombrables maîtresses."

Non mais, si elle me cherchait, elle allait finir par me trouver ! Cela dit, il devait bien me rester un ou deux numéros de cette revue masculine que j'avais fourrés en vrac en haut de ma bibliothèque, quand j'avais fait un peu de ménage en prévision du séjour de Titus, quelques mois auparavant.

Gwen examinait maintenant mes livres.

"Tu lis toujours beaucoup, commenta-t-elle.
- Comme tu vois, répondis-je, de ma chambre où j'emballais quelques robes.

Par la même occasion, je dissimulai les romans moldus qui étaient sur ma table de chevet. Je passai ensuite dans la salle de bain pour prendre quelques affaires de toilette, avant d'aller à la cuisine vérifier qu'il n'y avait pas de sort de conservation à renouveler sur les denrées périssables. Je jetai un bocal devenu irrécupérable et en présentai un autre à ma sœur pour qu'elle fasse le nécessaire.

"Titus m'a dit que tu cuisinais bien", m'apprit-elle, en s'exécutant.

La surprise contenue dans sa voix m'agaça un peu :
"Gwen, je commence à me demander par quel miracle tu m'as confié ton fils pendant trois jours alors que tu me pensais manifestement incapable de le nourrir et le loger correctement.
- Tu exagères. Je ne te jugeais pas incapable. C'est juste que Titus n'est pas très prolixe en matière de compliments, d'habitude. Et pour ton information, même si j'ai été effectivement surprise par ton invitation, j'ai décidé de te faire confiance. Après tout, si quelque chose tournait mal, mon fils pouvait prendre la cheminée et rejoindre son frère chez ses grands-parents."

Je n'avais pas envisagé cette possibilité. Heureusement qu'il n'avait pas filé le troisième jour, quand je lui avais proposé cette promenade dans Londres pour laquelle il avait manifesté une si nette répugnance dans un premier temps. Je me demandais quelle tête auraient fait mes parents si Titus avait débarqué chez eux se plaignant que je voulais l'entraîner chez les moldus.

"C'est ça que tu appelles faire confiance ? demandai-je, un peu vexé quand même.
- Te laisser mon enfant alors que j'en sais si peu sur ta vie, c'est déjà pas mal, non ? Tu verras quand tu auras des gosses. Je suis sûre que tu seras plus protecteur que moi.
- Il n'est pas dans mon intention d'en avoir, l'informai-je. Dis donc, lui demandai-je, pris soudain d'un affreux soupçon, tu n'as pas l'intention de profiter de ma faiblesse pour me faire rencontrer toutes les célibataires de ta connaissance, hein ? Si j'en vois une, je te préviens, c'est moi qui prends la cheminée pour rentrer chez moi."

Elle se mit à rire.

"Je n'y avais pas pensé, mais c'est une bonne idée, ça. Mon frère convalescent ! Là, t'es sûr d'avoir du succès. Rien de tel qu'une petite faiblesse chez un homme pour éveiller l'instinct maternel d'une femme.
- Elles risquent d'avoir une mauvaise surprise, tes copines. Il paraît que mes cheveux sont complètement rasés sous mon bandage.
- Ils ne t'ont pas donné de potion capillaire ?
- Si, mais il faudra plusieurs jours pour que cela agisse, avouai-je un peu chagrin.
- N'oublie pas de prendre un chapeau, alors."

C'était une bonne idée. Je repassai dans ma chambre et complétai mon balluchon, avant de revenir dans le salon.
"Tu es prêt, Willyboy ? me demanda-t-elle, me donnant le surnom dont elle m'avait affublé lorsque nous étions enfants.
- Après toi, Gwenddie", lui répondis-je, lui rendant la politesse.

Elle me sourit malicieusement, et j'eus l'impression de revenir vingt ans en arrière et de la retrouver adolescente, du temps où nous étions encore complices. Mais cela ne dura qu'un moment et elle se détourna pour entrer dans ma cheminée.

oO§0§Oo


Quand j'arrivai chez ma sœur, Titus et Octave vinrent me souhaiter la bienvenue. Mais Gwen retint leur fougue, prétextant que j'avais besoin de me reposer. Je niai farouchement être fatigué, mais j'appréciai pouvoir m'asseoir devant le thé complet qu'elle avait préparé.

"Tu aimes toujours les scones au gingembre, me demanda-t-elle.
- Oui, tu en fais aussi ?"

C'était une spécialité de ma mère, et en temps normal, je n'en mangeais que lorsque je lui rendais visite.

"Mère m'en a donné la recette. Il me semble me rappeler que tu adorais cela, avant."

C'était vrai. Maintenant qu'elle m'en parlait, je me rappelai avoir eu une passion pour ce gâteau dans ma jeunesse. Mère m'en faisait une montagne à chacun de mes anniversaires. C'était gentil de la part de Gwen de m'en avoir préparé.

Je me servis largement et mangeais de bon appétit, pendant que mes neveux racontaient à leur mère ce qu'ils avaient fait en son absence. Puis mon beau-frère arriva à son tour, et nous rejoignit à table.

En les observant au cours de la soirée, je réalisai qu'ils étaient assez différents de l'image que j'en avais chez mes parents. Gwen menait son petit monde, Léopold écoutait ses enfants et plaisantait avec eux, et ces derniers se laissaient aller à davantage d'exubérance que chez leurs grands-parents. Je me dis que j'aurais eu des liens moins relâchés avec ma sœur si je l'avais vue dans un autre contexte que nos sinistres réunions de famille.

Au cours de la soirée, je leur confiai mes intentions pour le dimanche suivant :
"Après-demain, mon équipe joue dans la dernière manche du championnat de Quidditch du Ministère. J'aimerais bien y aller. Cela intéresse-t-il quelqu'un ?
- Moi, moi, moi ! hurla Titus.
- Calme-toi, mon chéri, lui dit sa mère. Tu es sûr que c'est raisonnable ? me demanda-t-elle. Cela risque d'être fatigant. Où est-ce ?
- Au stade des Frelons. Beaucoup de monde était intéressé alors le petit stade des Cannons de Chudley ne suffisait plus. Je ne vois pas comment y aller pourrait me fatiguer. Les places sont assises, tu sais et le voyage en cheminée ne requiert pas de magie.
- Harry Potter va jouer ? demanda Léopold.
- Oui, s'il a survécu à l'entraînement de cette semaine. Notre entraîneur est complètement fou.
- Au fait, demanda Gwen, le Survivant n'était pas avec toi quand tu as été blessé ?
- Si bien sûr. Mais à part un petit excès de magie, il s'en est bien tiré.
- Un excès de magie ?
- Il a transformé mon agresseur en limace. C'est le problème avec les jeunes. Ils sont toujours un peu excessifs."

Titus et Octave parurent très impressionnés. L'expression de Gwen se fit pincée. Elle devait penser que décidément, le Survivant n'était pas un bon exemple pour les jeunes enfants.

"Pour en revenir à dimanche, reprit mon beau-frère, j'irais bien à ce match, moi aussi.
- Papa, je peux y aller ? demanda Octave.
- Pourquoi ne pas nous y rendre tous ? répondit ma sœur. A moins que tu n'aies honte d'apparaître ainsi en famille, ajouta-t-elle pour moi.
- Je ne vois pas pourquoi j'aurais honte, bougonnai-je avant de me rendre compte qu'elle me taquinait. Et depuis quand tu t'intéresses au Quidditch ?
- Fais marcher ta mémoire Willyboy, me répondit-elle. Qui t'a expliqué comment tenir sur un balai quand t'avais dix ans, hein ?
- C'est vrai, Maman ? C'est toi qui as appris à voler à oncle William ? s'exclama Titus.
- Bien sûr, c'est mon petit frère, tu sais. D'ailleurs, maintenant que ton oncle est là, tu vas pouvoir montrer les bases à Octave. Tu voudras bien les surveiller, Willy ?

- Je commence à comprendre pourquoi tu m'as fait venir ! Bon, c'est d'accord. Et pour dimanche ?
- Les places seront-elles payantes ? demanda Léopold, qui n'était pas écossais pour rien.
- Je crois, répondis-je. Mais cela me fera plaisir de vous inviter, pour vous remercier de votre délicieuse hospitalité."

Mon beau-frère parut apprécier ma proposition.

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Le dimanche suivant, nous prîmes tous la cheminée pour nous retrouver à proximité du stade. J'avais envoyé un hibou suite à notre conversation, et j'avais réservé cinq places. Pendant que nous recherchions nos sièges, je vis que Titus regardait autour de lui. Sans doute, espérait-il tomber sur des Weasley comme la dernière fois.

Nous ne les vîmes pas, mais le match tint ses promesses. Une fois de plus, c'est sur Potter que reposait notre tactique. Il essayait non seulement d'empêcher l'Attrapeur adverse de récupérer le Vif, mais il tentait d'aider nos poursuiveurs à marquer des buts en déconcentrant ceux de l'équipe adverse.

Le match fut plein de suspense, car il nous fallait vingt buts d'avance avant que Potter ne marque les cent cinquante points restant. Or l'équipe des Relations avec les Moldus n'était pas si mauvaise. Nous aurions facilement pu les vaincre, mais creuser un tel écart ne se faisait pas sans peine. À plusieurs reprises, je crus que la coupe allait nous passer sous le nez.

Ainsi, alors que nous avions enfin quinze buts d'avance, nos adversaires donnèrent le meilleur d'eux-mêmes et marquèrent six buts d'affilée. Mais les hurlements de Ben Travi au sol donnèrent du tonus aux Aurors et nous repartîmes dans la course aux points.

Puis il y eut un coup de théâtre quand Potter se prit un cognard en pleine tête. Le médicomage qui le soigna semblait s'opposer à ce qu'il continue de jouer, et il y eut une discussion serrée entre le guérisseur, notre entraîneur et l'arbitre. Potter trancha la question en enfourchant son balai pendant que les trois autres ne le regardaient pas. Alerté par les hurlements de la foule en délire, l'arbitre dut se dire qu'il allait se faire lyncher s'il faisait redescendre la vedette, et il permit au match de reprendre.

Enfin, nous atteignîmes péniblement l'écart voulu, et Potter quadrilla frénétiquement la surface du stade pour trouver la petite balle dorée. Mais cette dernière était invisible, et l'équipe adverse en profita pour marquer de nouveau. Trois fois de suite, nous eûmes le nombre de points requis, mais le Vif était d'humeur badine ce jour-là, et trois fois, nous perdîmes notre avance.

Notre équipe atteignit pour la quatrième fois l'écart de score nécessaire, et Potter repéra le Vif d'or et se mit en chasse. Comme pour terminer en beauté, la boule dorée fit un large cercle autour du stade, survolant les tribunes, avec à ses trousses les deux attrapeurs. Finalement Potter plongea sur la balle convoitée juste au-dessus de la tribune officielle, et termina sa course en atterrissant rudement aux pieds de la Ministre qui était venue voir le match et remettre la coupe au vainqueur du Championnat.

Avec un sens du spectacle qui m'étonna, il se remit debout, salua cérémonieusement Marchabank puis lui tendit le Vif d'un geste emphatique, évoquant un Chevalier remettant à sa Dame un gage de son allégeance. Puis il remercia la foule qui l'ovationnait d'un geste de la main, se remit en selle et s'envola pour rejoindre son équipe déchaînée.

Je crois bien que Ben Tarvi essuya une larme quand il reçut le trophée.

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Mon séjour chez ma sœur fut plus agréable que je ne l'avais escompté. Certes, mes neveux étaient très bruyants. Pourquoi diable fallait-il qu'ils fassent tout en criant ? Et était-ce indispensable qu'ils se chamaillent pour tout et n'importe quoi ? Gwen ne paraissait pas en être gênée. Sans doute devenir parent vous donnait-il la capacité de vous fermer les oreilles.

Mais sinon, j'appréciais de me laisser vivre, de manger les bons petits plats que me préparait ma sœur, de me promener avec les gamins, et de les écouter me raconter leurs petites vies. Même Octave était moins inintéressant que je ne l'aurai cru. Comme sa mère lui avait indiqué que je lisais beaucoup, il venait me demander de lui expliquer ce qu'il ne comprenait pas dans ses histoires. Cela me replongea dans ma jeunesse de relire ces vieux contes. Un après-midi, Gwen et moi avons comparé nos impressions sur nos dernières lectures, et j'eus un instant de nostalgie en repensant aux discussions littéraires que j'avais avec Christina.

Le seul élément qui m'agaçait, c'était la surveillance intransigeante de ma sœur en ce qui concernait l'interdiction que j'avais de pratiquer la magie. Elle me le répétait trois fois par jour, et recommandait régulièrement à ses enfants de ne rien me donner à faire. Elle me traitait vraiment comme un de ses moutards.

Bref, la semaine était relativement satisfaisante quand ma sœur gâcha tout en m'annonçant que pour ma dernière soirée, elle avait invité nos parents à dîner.

"Tu as quoi ?
- Ils arrivent à dix-neuf heures.
- Formidable, les nouvelles de la distillerie me manquaient ! persiflai-je. Mais qu'est ce qui t'a pris !
- Ils s'inquiétaient pour toi. Tu ne leur as même pas envoyé un mot.

- Justement ! Ils n'avaient aucune raison de s'inquiéter. Sauf, bien sûr, si tu as cru bon de leur raconter ma vie !
- Non, je ne leur ai pas "raconté ta vie". Mais figure-toi que je parle à Mère par cheminée toutes les semaines. Et quand elle m'a demandé, l'autre jour, où étaient les enfants, je n'avais aucune raison de cacher qu'ils jouaient dehors sous ta surveillance. Ni les raisons pour lesquelles tu étais venu passer la semaine ici.

- Mais tu n'étais pas obligée de les inviter ce soir. Sans me le demander, en plus.
- Je reçois qui je veux chez moi, William. Je n'ai pas de permission à te demander !
- Et moi, je vois qui je veux. Tu n'as pas à m'obliger de les voir. Je rentre immédiatement chez moi."

Je tournai les talons et allai dans le petit bureau qu'ils avaient transformé en chambre d'amis pour la durée de mon séjour. Je commençai à faire mon sac. Gwen rouvrit la porte que j'avais claquée derrière moi.

"Il est hors de question que tu t'en ailles comme cela. C'est grossier et injustifié. Ils veulent juste dîner avec toi, est-ce un crime ?
- Tu n'avais pas à me mettre devant le fait accompli.
- Ecoute, je suis désolée, je n'avais pas l'intention de te le cacher. J'ai juste oublié de t'en parler. Je n'imaginais pas que cela te déplairait à ce point. Et puis tu m'as vue cuisiner cet après-midi. Tu n'as pas remarqué que je préparais un repas plus copieux que d'habitude ?"

Je l'avais bien noté, mais quand j'avais voulu lui demander si elle avait prévu quelque chose de spécial, Octave l'avait sollicitée, me coupant la parole, et ensuite, je n'y avais plus pensé.

"Je n'ai pas spécialement envie de les voir !
- Ce n'est qu'un dîner. Ils repartiront au bout de trois heures. S'il te plaît, William, tu peux bien faire un effort pour eux. Et pour moi aussi."

Bon, c'est vrai que ma sœur s'était bien occupée de moi durant les six derniers jours, se donnant du mal pour m'être agréable. Il était peut-être excessif de repartir fâché, même si je n'appréciais pas tellement la tournure que prenaient les événements.

"D'accord, je reste. Mais c'est uniquement pour te faire plaisir !
- Merci Willyboy ! T'as vraiment la tête dure, tu sais", dit-elle en ébouriffant mes cheveux qui avaient enfin repoussé.

Elle sortit, me laissant seul avec la nette impression que je m'étais fait avoir.

Ce ne fut pas une partie de plaisir. La plupart du temps, les conversations furent d’un ennui mortel, et je n'y pris pas part. Par ailleurs, je me serais bien passé de certains moments.

Par exemple celui où mes parents me demandèrent comment j'allais, comme si j'avais été à l'article de la mort :
"Ce n'est rien, juste un coup sur la tête.
- Tout de même, fit Mère, tu n'as pas pu faire de magie pendant une semaine.
- On peut très bien vivre sans magie, répliquai-je.
- Ce sont les risques du métier, je suppose", fit Père, comme si je risquais ma vie tous les jours.

Évidemment, si je l'avais écouté, j'aurais passé ma vie dans un bureau à faire des colonnes de chiffres, et il ne pouvait s'empêcher de le faire remarquer.

"Se retrouver face à un ivrogne belliqueux peut arriver à n'importe qui, répondis-je d'une voix agacée.
- Si l'on fréquente les bars ! répliqua mon père, qui devait penser que je menais une vie dissolue.
- Si on ne fréquentait pas les bars, vous seriez sur la paille", lui fis-je remarquer.

Je ne sus jamais ce qu'il avait eu l'intention de me répondre, car Mère, Gwen et Léopold se mirent à parler en même temps.

Un peu plus tard, ma mère s'inquiéta de mon retour à la maison le lendemain.
"Tu devrais accompagner ton frère, dit Mère à Gwen.
- Je suis sûre qu’il n’a pas besoin d’aide, répondit-elle prévenant ma réponse exaspérée. Vous seriez étonnée de voir comment Will se débrouille. Son appartement est impeccable.
- Oh, le voilà bon à marier alors ! dit mon père qui pensait sans doute être drôle.

- À propos, commença ma mère, tu te rappelles la fille de Mrs North, notre ancienne voisine, avec qui tu t'entendais si bien quand tu étais enfant. Elle vient de divorcer et...
- Je n'ai besoin de personne pour me trouver une bonne femme !" l'interrompis-je abruptement, désireux de couper court à toute discussion sur ma situation matrimoniale.

Gwen leva les yeux au ciel, Mère soupira, Père fronça les sourcils. Par contre, Léopold réprima un sourire, et me fit un imperceptible clin d'œil. Décidément, mon beau-frère me paraissait de plus en plus sympathique.

Le reste de la conversation ne mérite pas d'être retranscrite.

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Je repartis le lendemain en fin de matinée. Alors qu'elle s'évertuait à faire entrer dans une besace la semaine de vivres qu'elle m'avait préparée, Gwen me dit :
"Tu vois, ce n'était pas si terrible, hier soir.
- Tu trouves ?
- Qu'est-ce qui était aussi pénible ?
- Ce n'est pas toi qu'on essaie de marier de force !
- Mais enfin William, Mère voulait juste nous donner des nouvelles de quelqu'un qu'on connaissait. C'est toi qui as pris la mouche inutilement.

- Je n'en suis pas certain.
- Et puis tu n'avais pas besoin d'être agressif quand ils se sont inquiétés pour toi. C'était gentil de leur part."

Je préférai laisser tomber. Je n'allais pas me disputer avec elle juste avant mon départ. Je me bornai donc à la remercier de ses bons soins au cours de la semaine écoulée et à entrer dans la cheminée.

Sitôt rentré, tout en regrettant de n'avoir pu récupérer mon téléphone, me changeai, et m'engouffrai de nouveau dans ma cheminée pour rejoindre le Londres moldu. Là, je dénichai une cabine téléphonique et appelai Christina.

"Bonjour, Christina. C'est William. Je suis de retour.
- Où es-tu ? demanda-t-elle.
- Pas très loin, répondis-je.
- Tu veux venir maintenant ?
- Si cela ne te dérange pas.
- Je t'attends, dit-elle simplement.
- J'arrive."

Nous nous retrouvâmes avec plaisir et l'après-midi passa fort agréablement. Au cours de la soirée, elle me demanda ce que j'avais fait les jours précédents, et je lui répondis que j'étais en mission pour mon travail. Elle n'insista pas.

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Le lundi matin, elle me mit à la porte. Ne devant retourner travailler que le jeudi suivant, j'aurai bien passé la suite de ma convalescence chez Christina, mais elle avait une grosse commande à honorer, et elle ne me voulait pas dans ses jambes. Je fus prié de ne plus venir l'empêcher de travailler avant le vendredi soir.

Je fus un peu vexé d'être ainsi congédié, mais je ne protestai pas, ne voulant attirer son attention sur les bizarreries de mon propre emploi du temps. Je rentrai donc chez moi, et après deux heures de rangement, je commençai à tourner en rond.

Je me présentai à la Ruche à l'heure du déjeuner.

"Que fais-tu là, me demanda Shacklebolt en m'apercevant. Tu es au repos.
- Je m'ennuie.
- Je vois, tu viens passer tes nerfs sur nous.
- Allez Commandant, me dis pas que tu n'as pas un petit travail pour moi.

- La paperasserie te manque à ce point ?
- Je donnerais mon âme pour un bon rapport en trois exemplaires.
- Hum, j'ai peut-être mieux. C'est le service du Détournement de l'art moldu qui m'a demandé un coup de main et j'étais sur le point de leur renvoyer le dossier faute de personnel disponible. Tu n'as rien contre le fait d'enquêter chez les moldus ?"

Evidemment, j'aurai dû me douter qu'il tirerait des conclusions du petit service que je lui avais demandé à St Mangouste.

"Je préfère voir des moldus plutôt que de me tourner les pouces chez moi, répondis-je, sans me mouiller.
- Bon, on nous a signalé un cas bizarre. Les habitants d'un village de sont retrouvés couverts de boutons bleus. Comme tout le monde est touché sans exception, on pense que cela vient de l'air ou de l'eau. Des spécialistes moldus ont enquêté, mais ils n'ont rien trouvé. Or il y a deux ou trois habitations sorcières aux alentours, dont les habitants sont, eux aussi, touchés. Ce sont eux qui nous ont prévenu les premiers, ce qui rend peu probable la thèse d'une attitude malveillante de leur part. Il est cependant possible qu'ils en soient involontairement responsables. Le but est de déterminer ce qui s'est passé, et de produire un antidote dans les meilleurs délais.
- D'accord. J'y vais tout seul ?
- Aujourd'hui, oui. Pour demain, je verrai si Freegarden peut se passer de Potter."

Il me transmit le dossier. Alors que je m'apprêtais à regagner mon bureau, je remarquai un nouveau meuble, au centre de la Ruche, sur lequel on avait posé la Coupe du Ministère. Des cristaux de roche lumineux avaient été placés au pied du trophée, mettant ce dernier en valeur.

"On a changé la décoration, fis-je remarquer.
- Ça faisait tellement plaisir à Tarvi, me répondit le commandant. Bien sûr, Malefoy fait un peu la gueule, mais la perfection n'est pas de ce monde..."

Je regagnai mon bureau en souriant.

Il ressortait des documents que toutes les personnes qui s'étaient trouvées dans ce village à un moment précis trois jours auparavant avaient été victimes d'une éruption de pustules bleuâtres quelques heures plus tard. Les moldus avaient analysé l'eau et l'air aux alentours. Je ne comprenais rien aux formules chimiques indiquées dans les rapports d'expertises, mais il semblait qu'ils n'avaient rien trouvé d'anormal. Par ailleurs, les experts moldus jugeaient peu probable une contamination par l'eau, car trois villages étaient desservis par la même citerne, et seul l'un d'eux avait été touché.

J'étudiai la carte de la région. Le village concerné ainsi que trois maisons sorcières se trouvaient dans une petite vallée. Il était donc possible que des résidus présents dans l'atmosphère aient stagné sur place sans atteindre les autres agglomérations.

Je pris un manuel de potions. Les formules ayant pour effet principal ou secondaire de donner de boutons de cette couleur étaient multiples. Je n'y arriverai pas par ce bout-là. Je résolus donc de me rendre sur place, et d'essayer de déterminer ce que les maisons sorcières avaient pu envoyer aux alentours.

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Je revins en fin de journée avec une longue liste. La première maison où je m'étais présenté était habitée par une paisible famille qui n'avait rien fait de particulier ce jour-là. À tout hasard, j'avais pris en note la composition de leur repas, ce qui me donnait une idée de ce qui avait pu sortir de la cheminée dans laquelle avait mijoté le chaudron familial.

La seconde habitation était une petite ferme. Lors de la période critique, le fermier avait concocté une préparation pour chasser les Doxys. Il m'en donna la composition.

Enfin, je rencontrai un petit artisan qui confectionnait des potions de nettoyage artisanales qu'il vendait ensuite au marché de Pré-au-Lard. Il me jura ses grands dieux qu'il avait une licence pour exercer son activité et que les émanations qui sortaient de sa maison étaient parfaitement inoffensives. Je complétai ma liste et repartis avec des échantillons de toute sa gamme de produits nettoyants.

Il fallait maintenant que je recoupe les éléments de mon inventaire pour essayer de déterminer quelle combinaison avait causé ce désagrément aux moldus. Considérant que j'avais encore du pain sur la planche, je décidai de remettre la suite de mon enquête au lendemain et de rentrer chez moi.

Alors que je m'apprêtais à quitter la Ruche, Potter revint de mission avec Freegarden. Il me fit un grand sourire en m'apercevant :

"Complètement remis ? me demanda-t-il.
- C'était pas grand-chose. Et toi, ton cognard ?
- Même pas eu besoin d'aller à Ste-Mangouste. Ginny m'a guéri ça en deux minutes. Tu sais, elle vient d'avoir son diplôme de médicomagie, m'apprit-il, manifestement très fier des compétences de sa petite amie.
- Tu lui transmettras toutes mes félicitations. Et mes remerciements pour ses visites quand j'étais hospitalisé.
- Entendu. À propos, j'ai ton téléphone. Je l'ai rangé dans mon bureau."

Il me le rendit, et je lui redonnai la robe de son copain Ron, que la sœur de ce dernier m'avait prêtée, et que j'avais pensé à ramener. Puis, il retourna travailler avec sa partenaire temporaire tandis que je regagnai mes pénates.

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Le lendemain, Potter vint me prêter main-forte. À l'aide de notre livre de potions, nous essayâmes de déterminer s'il y avait pu y avoir production accidentelle d'un nuage gazeux expliquant les mésaventures de ces pauvres villageois.

En fin de matinée, toutes nos hypothèses s'étaient conclues par des impasses. Shacklebolt finit par venir nous voir :
"Dites, les gars, si vous demandiez à un spécialiste de vous donner un coup de main ?
- Le problème c'est que la dernière fois que j'ai demandé aux gars des Mystères de m'aider, il m'a fallu trois mois pour avoir une réponse, opposai-je.
- Dans ce cas, on peut demander à quelqu'un qui ne travaille pas au Ministère. Je connais une personne très calée en potions qui ne devrait pas être trop occupée ce mois-ci.
- Vous ne pensez pas à Rogue, j'espère ! s'écria Potter.
- Tu connais un meilleur spécialiste ?
- Il doit bien y en avoir d'autres ! gémit alors mon partenaire, affectant une mine désespérée.
- Allons, Potter. Je croyais que vous vous entendiez mieux, tous les deux (1).
- Cela ne va pas jusqu'à me faire apprécier l'idée de le voir.
- Tu n'y vas pas pour t'amuser, mais pour effectuer ton travail", répliqua doucement Shacklebolt.

Quand il parlait comme cela, on se la fermait.
"Bien Commandant, répondit Potter résigné.
- Il est professeur de Potions à Poudlard, c'est ça ? demandai-je.
- Exactement, me répondit le commandant. Je vais voir si je peux le joindre par cheminée."

Dix minutes plus tard, Shacklebolt vint nous annoncer que le "professeur Rogue" nous attendait à Poudlard en début d'après-midi. Dire que Potter en fut dépité serait un euphémisme. Je n'allai pas m'ennuyer durant cette visite !

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(1) : Deux ans auparavant, le professeur Rogue a secondé Harry dans la "décontamination" du coffre des Black dont le jeune homme avait hérité, et qui était bourré de magie noire. A cette occasion, les deux hommes avaient institué de nouvelles relations, pas franchement amicales, mais moins tendues.
Vacances et célébration by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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XVI : Vacances et célébration


Après déjeuner, nous devions nous rendre à Poudlard où nous avions rendez-vous avec le professeur de potions qui devait nous aider à déterminer ce qui avait bien pu provoquer le problème cutané des habitants du village moldu. Nous utilisâmes le réseau pour nous rendre à la Grand Halle aux Cheminées de Pré-au-Lard puis nous continuâmes à pied jusqu'au château.

Je vis la figure renfrognée de mon coéquipier se détendre alors que nous traversions le parc. Visiblement, ce lieu était rempli pour lui de bons souvenirs. Pour ma part, tout cela était très lointain et ne m'avait rien laissé d'impérissable. J'avais perdu de vue la plupart de mes camarades de l'époque et les épisodes qui avaient compté dans ma vie s'étaient déroulés après mon départ de l'école.

Nous gravîmes les marches menant aux portes monumentales. Un vieil homme à l'expression peu amène, que je supposai être le concierge, nous attendait :
"Suivez-moi", lâcha-t-il abruptement avant de nous guider vers les cachots.

Potter fit puérilement une grimace dans le dos de l'homme. Il est vrai qu'il avait terminé l'école seulement quatre ans auparavant et que, s'il avait vadrouillé dans les couloirs autant que je l'imaginais, le concierge avait dû être sa bête noire. Je me rappelai également que les Weasley ne portaient pas le cerbère dans leur cœur.

Le bureau dans lequel il nous introduisit était assez austère, voire légèrement sinistre. L'homme, qui se trouvait derrière sa table de travail, avait la mine sévère. La dernière fois que je l'avais croisé était le jour de la grande sauterie organisée par le Ministère au cours de laquelle tous les participants à la bataille avaient reçu leur médaille.

C'était d'ailleurs ce jour-là que j'avais vu Potter pour la première fois. Il avait le visage figé et n'avait parlé à pratiquement personne. Je savais aujourd'hui qu'il devait être embarrassé d'être le point de mire de toute l'assemblée mais, à l'époque, je l'avais jugé hautain. Sans doute fallait-il trouver là le fondement de ma grande méfiance à son égard quand sa route avait de nouveau croisé la mienne.

Je me forçai à revenir au temps présent. Mon coéquipier et le professeur s'étaient salués froidement. Je notai à l'occasion que Potter ne donnait pas son titre à notre hôte, l'appelant sèchement "Rogue", ce qui tranchait avec son habituelle politesse.

Je me présentai :
"Auror Stratford."

Le professeur Rogue me regarda comme si mon nom lui rappelait vaguement quelque chose.

"Vous étiez dans la classe de ma sœur aîné, lui rappelai-je.
- Gwendolen ?
- Tout à fait, répondis-je, omettant de relever sa légère erreur de prénom.
- Que puis-je pour vous ? demanda-t-il. Shacklebolt n'a pas été très précis."

Je lui résumai notre affaire : nous pensions que les émanations conjuguées des chaudrons de trois maisons sorcières avaient accidentellement créé un mélange qui avait provoqué une éruption de boutons bleus chez les personnes vivant aux alentours. Mais en étudiant la liste que j'avais établie, il nous manquait toujours un ingrédient pour y retrouver la recette d'une potion susceptible de causer de tels troubles. Or il nous fallait savoir ce qui avait causé le problème pour envisager un antidote.

"Puis-je voir votre liste ?" fit le professeur.

Il la contempla en fronçant les sourcils. A moins que ce ne soit une expression naturelle chez lui.

"Je vois au moins trois combinaisons, dit-il, parvenant en deux minutes au résultat qui nous avait pris toute la matinée. Le produit le plus puissant serait composé de bouillie d'orties, vinaigre blanc, pétales de rose, essence de musc, eau de pluie, épinards, sang de rat, langue de vipère et oignon. Par contre, il manque...
- L'extrait de sang de salamandre, le coupa mon partenaire.
- Je suis étonné que vous sachiez ça, Potter ! commenta Rogue.
- Oh ! Un point pour Gryffondor, alors ? demanda Potter, narquois.

- Je ne pense pas que cela les vaille, Potter. C'est au programme de seconde année. Décidément, vous êtes toujours aussi suffisant !
- Que voulez-vous, répondit suavement Potter. Il paraît que c'est de famille."

J'eus du mal à me retenir de rire. C'était bien envoyé. Comme tous ceux qui avaient étudié à Poudlard à cette époque, je n'ignorais pas à quel point la guerre constante qui avait fait rage entre Rogue et Potter senior avait été violente. Néanmoins je n'étais pas venu pour compter les points entre Potter junior et son ancien professeur, mais pour soutirer à ce dernier les renseignements dont nous avions besoin pour régler notre affaire.

"Si nous en revenions à notre salamandre ? intervins-je.
- En fait, cet élément pourrait être remplacé par un mélange de toile d'araignée et piment rouge. Sauf qu'on ne le fait jamais. Savez-vous pourquoi ?"

Rogue avait clairement mis au défi Potter de donner la réponse. A la grimace de ce dernier, je compris qu'il ne la connaissait pas. Ce fut moi qui répondis :
"Parce que le mélange de toile d'araignée, sang de rat et piment a tendance à exploser quand il est porté à ébullition.
- Exactement. Un point pour Serpentard", répondit le professeur, arrachant un soupir d'exaspération à Potter.

Visiblement, ce dernier était tellement agacé qu'il ne réalisait pas que nous étions en période scolaire, et que les points ne pouvaient pas réellement être attribués. C'était bien un Gryffondor.

Je continuai :
"Le piment rouge vient du chaudron de la petite famille, le sang de rat a été ajouté pour la potion anti-doxys et la toile d'araignée doit être un ajout involontaire. Oui, ça colle. Pourriez vos nous indiquer l'antidote ?
- Une idée, Potter ?
- Je ne suis pas professeur de Potion. Ma matière serait plutôt la Défense contre les forces du Mal."

Je ne sais ce qui se cachait derrière cette réponse d'apparence anodine, mais le regard glacé de Rogue m'apprit que Gryffondor avait marqué un point, voire deux.

"Chacun son métier, fis-je en une tentative de conciliation. Nous vous serions très reconnaissants de nous faire profiter de vos lumières."

Le professeur continua un instant à foudroyer mon partenaire, mais ce dernier lui rendait tranquillement son regard, sans se laisser impressionner. Finalement, avec une moue de mépris, notre interlocuteur se tourna vers moi et répondit comme si sa silencieuse altercation avec Potter n'avait pas eu lieu :

"Préférez-vous une solution à faire boire ou à faire inhaler ?
- L'inhalation me paraît la solution la plus discrète.
- Je peux vous la faire. C'est sans doute le plus sûr moyen. Certains mélanges risquent d'être délicats. Je vous enverrai un hibou quand ce sera prêt."

L'entrevue était terminée.

"Je ne vous raccompagne pas, nous dit le professeur en guise de salut tandis que nous nous levions. Je crois que Potter connaît le chemin.
- Sans problème, Rogue !"

Le professeur le fusilla du regard, mais à strictement parler, la réponse de mon partenaire n'avait pas été incorrecte, puisqu'il n'était plus élève. Potter lui tourna le dos, et s'en alla, sans même dire au revoir. Pour ma part, je lançai une brève formule politesse et m'empressai de rattraper mon coéquipier, de peur de me perdre dans le château.

Il s'arrêta brusquement.
"Tu veux qu'on reprenne le même chemin qu'à l'aller ou qu'on utilise un petit raccourci ?
- Va pour le raccourci !" répondis-je, amusé à l'idée de voir Potter à l'œuvre.
Il passa derrière une tapisserie et nous fit suivre un petit corridor. A un embranchement, il commenta :
"Si tu prends vers la droite, tu te retrouves du côté de la classe de Métamorphose. Nous, on va déboucher directement dans le grand hall."

Quelques minutes plus tard, nous avons émergé d'une armoire là où il l'avait annoncé. Alors que nous descendions les marches du perron, je le vis regarder en direction de la Forêt interdite. Son visage se fit triste, mais il ne dit rien. Pour le faire sortir de ses pensées moroses, je lui demandai :

"Tu connais tous les raccourcis par cœur ?
- Presque. Enfin ceux que j'utilisais.
- Tout était sur ta carte, c'est ça ?
- Oui, mais elle ne marchait pas comme celle que j'ai maintenant. Le Château et le parc avaient été pré-dessiné. Mon père avait été un peu partout, expliqua-t-il avec l'intonation à la fois affectueuse et fière qui était la sienne à chaque fois qu'il me parlait de son paternel.
- Dommage que tu ne l'aies pas amenée. J'aurais bien aimé la voir.
- Je ne l'ai plus. Après avoir eu mes A.S.P.I.C. je l'ai passée à Ginny qui avait encore un an à faire. En partant, elle l'a elle-même transmise à un autre élève. Ce dernier doit avoir fini Poudlard, lui aussi, alors je ne sais pas qui est-ce qui l'a maintenant. J'espère juste que Rusard n'a pas remis la main dessus.
- Ou Rogue, ajoutais-je pour le taquiner.
- Oh, lui, il me l'aurait dit pour me faire enrager.

- Cela a toujours été comme cela tous les deux ?
- Oui, il m'a détesté dès qu'il m'a vu. Sans doute parce que je ressemble beaucoup à mon père."

Il est vrai que la ressemblance physique entre le père et le fils était saisissante, mais elle s'arrêtait là. Autant son géniteur avait été arrogant et provocateur, autant le grand Harry Potter était modeste et discret. Car c'était bien le Gryffondor et sa bande qui cherchaient des noises à Rogue la plupart du temps et non le contraire. Diplomatiquement, je me bornai à faire remarquer :

"Faut dire que ton père et ses copains lui en ont fait voir.
- C'est vrai que tu étais là, toi aussi.
- Comme j'avais deux ans de moins, je ne peux pas dire que je les connaissais vraiment, mais personne dans l'école ne pouvait passer à côté de leur guérilla permanente.
- Ta sœur, par contre, avait sûrement des cours communs avec mes parents, déduisit logiquement Potter.
- Oui, mais je ne pense pas qu'ils aient dû beaucoup se parler. Je suppose que la rivalité entre ton père et Rogue ne devait pas inciter leurs camarades respectifs à sympathiser. Un peu comme toi et Malefoy, je suppose."

En fait, j'avais, à l'époque, surpris une confidence de Gwen à une de ses copines de laquelle il ressortait qu'elle en pinçait secrètement pour Sirius Black. Mais je ne pensais pas judicieux d'en faire part à Potter. Car si lui-même avait évoqué devant moi le nom de celui qui avait trahi ses parents sans frémir, je considérais, pour ma part, le sujet trop glissant pour m'y engager.

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En attendant de devoir retourner chercher notre potion, Shacklebolt vint discuter avec nous de la meilleure façon de vaporiser l'antidote. Potter suggéra de demander conseil aux jumeaux Weasley, l'administration discrète de substances diverses étant la base de leur métier.

C'est ainsi, qu'une fois de plus, je me retrouvai à me frayer un chemin parmi les confettis et autres imbécillités jusqu'au comptoir de leur magasin du Chemin de Traverse. Les rouquins n'étaient pas là. C'était un jeune homme noir qui les remplaçait.

"Bonjour Lee, dit Potter, tu ne sais pas où je pourrais trouver Fred et George ? J'aurai besoin de leurs lumières.
- Tu t'es mis aux farces Harry ? demanda le vendeur.
- Non, c'est pour mon boulot."

Le type eut l'air dubitatif, mais indiqua :
"Ils sont à Pré-au-Lard, en train d'aménager le nouveau magasin. Tu sais qu'il ne reste plus qu'un mois avant l'ouverture. Tu veux utiliser la cheminée pour y aller ? Ils sont déjà raccordés au réseau.
- Tu plaisantes ! Je ne me risquerai jamais à utiliser leur cheminée. J'ai vu la tête de Ron après qu'ils aient testé leur "Elixir de bienvenu" sur la sienne."

Alors que nous nous rendions à la Halle aux Poudres, je demandai à Potter :
"Un nouveau magasin ?
- Oui, ils ont décidé d'ouvrir une succursale. Ils trouvent dommage de ne voir l'essentiel de leur clientèle que pendant les vacances. Ils disent que la vente par correspondance, c'est bien, mais le contact direct, c'est encore mieux.
- Mais il n'y a que trois sorties par an à Pré-au-Lard, pendant l'année scolaire.
- Ils affirment qu'il y a toujours des élèves pour trouver les passages pour sortir de Poudlard, et que ceux là sont leurs meilleurs clients. Mais je pense qu'ils veulent surtout profiter du passage engendré par les différents marchés et foires qui se tiennent là-bas."

De la Grand Halle aux Cheminées, Potter me guida vers une maison qui se trouvait en face de la Poste et à côté de chez Honeydukes. Une banderole clignotante y proclamait : " Très prochainement, ouverture du meilleur magasin de farces et attrapes".

"C'est drôlement bien situé, remarquai-je.
- Oui, cela les aurait amusés d'utiliser la Cabane hurlante, mais finalement, ils y ont renoncé car c'était trop excentré.
- Ils n'ont pas peur des fantômes ?
- Oh, celui-là ne serait pas méchant", dit-il tristement.

Je ne pus lui demander ce qu'il voulait dire par là, car il avait déjà franchi le seuil de la nouvelle boutique. A l'intérieur, c'était tout en désordre et les objets les plus divers volaient dans toutes les directions. Au milieu de ce capharnaüm, s'affairaient trois elfes et deux rouquins.

"Ils ont des elfes, maintenant ? m'étonnai-je, épaté par cette marque de richesse.
- Ce sont des elfes libres, m'expliqua Potter. L'un travaille pour leur mère et les deux autres ont été engagés à la semaine. Bonjour Missy", ajouta-t-il en répondant au salut d'un d'entre eux.

Les Weasley finirent par nous repérer et vinrent nous saluer :
"Nous vous saluons, ô représentants de l'autorité ! Mais vous vous êtes dérangés pour rien. Nous sommes parfaitement en règle.
- On est venus vous demander conseil pour la vaporisation d'un produit sur une grande surface.
- Grande comment ?
- Un village entier.
- C'est légal au moins ? demanda l'un d'entre eux, d'un ton vertueux.
- Oui, expliqua patiemment Potter qui fit comme s'il n'avait pas relevé l'ironie de la question, c'est pour corriger les effets d'un petit accident de potion sur des moldus."

Les deux terreurs se consultèrent brièvement du regard :
"On a peut-être ce qu'il te faut. Un prototype qu'on n'a pas pu utiliser.
- Oui ajouta l'autre, c'est une boite, vous mettez le produit dedans, et vous la touchez de votre baguette en prononçant "Vaporiso". On voulait permettre l'envoi d'un philtre à distance, mais le dispositif est trop compliqué pour pouvoir être fabriqué en grande quantité. Mais pour vous c'est parfait, vous allez pouvoir effectuer une vaporisation régulière sur un rayon de dix mètres, en tournant sur vous-même.

- Dites, les gars, c'est sérieux, hein ! a précisé Potter. On sera dans un village moldu, alors pas d'entourloupes.
- Enfin, Harry, tu nous connais. On peut être très sérieux quand on veut.
- Comme au mariage de Ron et Hermione, l'année dernière ?
- Nous n'avons pas utilisé de magie !
- Evidemment, votre mère vous avait confisqué vos baguettes."

En tentant de visualiser cette scène, je me demandais quel genre de furie pouvait avoir mis au monde et élevé ces deux cyclones ambulants, sans compter le reste de cette improbable tribu.

"Si tu ne nous fais pas confiance, pourquoi tu viens nous demander ? répliqua l’un d'eux – j’avais dès le début renoncé à les distinguer l'un de l'autre.
- J'étais venu pour avoir un avis. C'est de vos productions dont je me méfie.
- Harry, on n'est pas assez idiots pour se mettre les Aurors à dos, surtout dans une histoire impliquant les moldus.
- Sage précaution Messieurs, approuvai-je. Ce serait dommage que vous perdiez le droit d'ouvrir votre nouveau magasin.
- Tout de suite les menaces ! s'offusqua l'un des deux jumeaux. Vous nous sous-estimez. Je suis sûr que vous ne trouverez pas de citoyens connaissant les lois mieux que nous."

C'était une façon aimable de me signaler que je n'avais aucun droit de leur interdire d'exercer, cette décision étant du ressort du Département du Commerce ou de la Justice. Et le pire, c'est qu'il n'exagérait dans doute pas. Ils étaient du genre à connaître les lois par cœur pour mieux les contourner.

Finalement, il fut décidé qu'ils viendraient nous apporter leur boite magique à ma Ruche, car ils ne l'avaient pas sur place. De retour au Ministère, on discuta de la solution proposée avec le commandant.

"Et si vous vaporisiez le produit en hauteur, à partir d'un balai ? nous suggéra Shacklebolt.
- Oh oui ! Très bonne idée, s'exclama Potter, toujours content quand on parlait de balai.
- Il faudra faire cela de nuit, bien sûr, continua le commandant. Potter, tu t'en chargeras avec Deborah Taylor.
- Je ne suis peut-être pas attrapeur vedette, mais je sais monter sur un balai, protestai-je.
- Je te rappelle que tu es supposé te reposer, m'opposa Shacklebolt d'un ton sans réplique.
- T'es pire que ma sœur, grommelai-je.
- Cela me rassure. Au moins, tu t'es correctement tenu pendant une semaine", en conclut Shacklebolt.

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Le lendemain matin, nous retournâmes à Poudlard, Rogue ayant envoyé un hibou nous priant de venir chercher
l'antidote à la première heure.

"La grasse matinée pendant les vacances, il ne connaît pas ? grogna Potter, que la perspective de voir le Maître des Potions de si bon matin n'enchantait guère. S'il a le culot d'attribuer un point supplémentaire à Serpentard, je te jure que je lui dis ses quatre vérités !
- C'est idiot, répliquai-je. Il en profitera pour retirer des points à Gryffondor.
- Tu as raison, il en est capable, cet enfoiré. C'est dégueulasse quand même. Je ne suis même plus son élève. Tu trouve ça juste, toi ?
- Si tu veux me faire dire que c'est serpentard comme manière de faire, je ne peux pas dire le contraire. Il a trouvé une arme contre laquelle tu es sans défense tant que vous vous êtes dans l'enceinte de Poudlard. Du grand art…"

Ecœuré, Potter leva les yeux au ciel et renonça à se faire plaindre.

L'entrevue avec Rogue se déroula sans incident. Il nous expliqua les précautions à prendre et ne trouva aucune contre-indication dans la façon dont nous avions prévu de procéder. Potter n'ouvrit pas la bouche, et le professeur ne lui chercha pas la petite bête. J'en fus presque déçu.

Alors que nous rejoignions le hall d'entrée, transportant avec soin les amphores qui nous avaient été confiées, un chevalier en armure, qui se prélassait dans un tableau, apostropha Potter :
"Eh bien, jeune damoiseau, vous voilà revenu sur les lieux du crime ?
- Bonjour, Chevalier Catogan ! Comment vous portez-vous ?
- A merveille ! Et votre damoiselle, celle avec laquelle vous batifoliez si gaillardement dans les couloirs du septième étage ?
- Très bien, merci, marmonna Potter, qui devint rouge brique et fila sans demander son reste.
- Mes hommages à votre dame, continuait le chevalier. Mais pourquoi s'en va-t-il si vite ? Malpoli ! Maroufle ! Tous les mêmes ! Aucune politesse !"

Eh bien, on en apprenait de bonnes en se promenant à Poudlard ! Sacré Potter !

Je dus allonger le pas pour le rattraper. Quand j'arrivai à sa hauteur, il me lança un regard mauvais, me défiant de faire une réflexion sur ce que je venais d'entendre. Je ne m'y risquai pas. J'aurai bien une occasion d'utiliser ces informations un autre jour.

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Nous rentrâmes directement à la Ruche. Nous traversions la large pièce pour rejoindre nos bureaux quand Potter s'exclama :
"Les jumeaux sont venus !"

Effectivement, en approchant de ma table de travail, je notai qu'un paquet y avait été déposé.

"Eh Brian, demanda mon partenaire à Touary qui passait à proximité. Tu viens de boire ou manger quelque chose ?
- J'ai pris un café. Tu voulais qu'on en prenne un ensemble ? répondit l'interpellé en se frottant le crâne.
- J'en étais sûr. Mais ils sont impossibles ! grogna Potter.
Où est le problème ? demandai-je, ne comprenant pas la mauvaise humeur de mon coéquipier.
- Regarde autour de toi. Tu ne remarques rien ?
- Qu'est ce qu'il y a ? demandai-je, juste avant de noter une anomalie. Mais qu'est ce qu'ils ont tous à se gratter ?"

Potter ne prit pas la peine de me répondre. Il alla à la cafetière et la vida d'un geste de sa baguette, avant de refaire du café en ronchonnant. Je repassai les derniers événements dans ma tête avant de comprendre : ces damnés jumeaux avaient profité de leur visite pour mélanger une quelconque potion de démangeaison au café. La rapidité de compréhension de Potter en disait long sur l'entraînement qu'il en avait. Visiblement, fréquenter la petite rousse n'était pas de tout repos. Heureusement, il semblait y avoir des compensations.

Nous examinâmes les deux boites que nous avaient confiées les deux comiques. A première vue, elles ne semblaient pas trop difficiles à utiliser. Nous allâmes, avec Taylor, faire quelques essais sur le terrain de Quidditch du Centre de formation.

Je les aurais bien accompagnés le soir, pour clore notre mission, mais Shacklebolt me l'interdit formellement. Je me contentai donc du récit de leurs exploits le lendemain matin. Selon Potter, cela s'était très bien passé et avait été plus routinier qu'autre chose. Ils avaient soigneusement quadrillé la zone et vaporisé le produit.

Une promenade de santé dans le coin en fin de matinée nous permit de vérifier que l'antidote avait été efficace : les habitants avaient retrouvé leur aspect habituel et en semblaient soulagés. Ils étaient très affairés à signer une pétition en vue de faire fermer l'usine d'incinération qui se trouvait dans la région et qu'ils considéraient comme responsable de leurs maux. Nous les laissâmes à leurs saines occupations.

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Le samedi suivant, en fin d'après-midi, Christina m'apprit qu'elle partirait en vacances à la fin de la semaine suivante avec une amie. Je ne sus trop quoi répondre. Vu les circonstances, il nous était en effet difficile de partir ensemble, mais j'aurai bien passé quelques jours avec elle dans un endroit chaud à me prélasser au soleil et à lui proposer des siestes crapuleuses.

"Et où vas-tu ? me bornai-je à demander.
- A Malte, tu connais ?
- Non, je n'y suis jamais allé.
- Au fait, tu n'as pas de vacances, toi ?" me demanda-t-elle.

Je laissai passer quelques instants avant de répondre, incertain de ce qu'elle attendait de moi. Devais-je émettre l'envie de partir avec elle ? Etait-ce une invitation déguisée ? Non, je ne pouvais prendre ce risque :

"Je ne peux pas en prendre cet été.
- Tu en as déjà pris ?"

Houlà ! Se posait-elle des questions sur ma récente absence ? Autant répondre le plus franchement possible.
"Pas vraiment."

Je craignis qu'elle continue à m'interroger sur le sujet mais elle passa à autre chose. Même si la suite du week-end se passa de façon habituelle, cette conversation me mit sur mes gardes.

Jusqu'à présent, Christina avait été d'une discrétion exemplaire sur mes activités et mon passé, bien qu'elle m'eut de son côté, abondamment parlé de sa famille et parfois de ses amis. Or au fur et à mesure que ma connaissance du monde moldu s'approfondissait, je me rendais bien compte à quel point certains de mes comportements et ignorances devaient paraître étranges.

L'explication la plus rassurante pour moi de son comportement était qu'elle était satisfaite par les relations que nous avions. Elle ne voulait donc pas prendre le risque de les détériorer par des questions qui m'indisposeraient. J'espérais même que son manque de curiosité soit le signe qu'elle ne désirait pas que notre liaison évolue de façon plus formelle. Par des allusions voilées, j'avais cru comprendre qu'elle avait dans le passé vécu une aventure sentimentale qui s'était mal terminée et j'espérais que, comme moi, elle avait désormais décidé de profiter de la vie sans rechercher d'inutiles complications.

De mon côté, j'appréciais énormément le temps passé en sa compagnie. On s'entendait bien au lit, sa conversation m'intéressait et élargissait le champ de mes connaissances. J'étais sensible à son sens de l'humour et j'étais sincèrement admiratif devant ses dons artistiques. Peut-être que sa qualité de moldue ajoutait une touche d'exotisme à l'attirance qu'elle exerçait sur moi, mais je m'en serais bien passée.

En effet, tout comme au début de notre relation, j'aurais infiniment préféré qu'elle soit sorcière, pour m'éviter les infinies précautions que m'imposait sa nature. Par ailleurs, je voyais plutôt comme une contrainte de me passer de magie pendant le temps que je passais avec elle. Parfois même, je me demandais pourquoi je continuais cette relation compte tenu des difficultés et des risques que cela impliquait.

Mais je ne pouvais me résoudre à rompre. Peut-être commençais-je à me faire vieux et à envisager avec plus de réticence la dépense d'énergie que requérait une rupture et la recherche d'une nouvelle compagne. Bref, le statu quo auquel nous étions arrivés me convenait parfaitement, et j'espérais bien qu'elle le remettrait en cause le plus tard possible.

Le lundi matin quand je la quittai, je me bornai à lui souhaiter de bonnes vacances, et je fus soulagé qu'elle semble s'en contenter. Je songeai même que son absence serait une bonne occasion pour moi de reprendre contact avec d'anciens amis que mes incursions dans le monde moldu m'avaient fait négliger.

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Les semaines suivantes se déroulèrent sans événements notables. Je renouai le fil avec mes relations délaissées, et pris moi aussi quelques vacances. Je partis sur une plage ensoleillée où il y avait de charmantes sorcières qui comme moi voulaient profiter au mieux de leur séjour. Je me limitai cependant au simple flirt. J'ai tout de même des principes et aucune de ces naïades ne me parut assez attrayante pour y déroger.

Quelques jours après mon retour, j'eus une petite conversation de routine avec mon commandant. Ce dernier, depuis le début du mois, avait entrepris d'avoir des petits entretiens avec chacun d'entre nous pour faire le point de l'année écoulée et éventuellement prendre note de nos doléances. Au début du mois suivant, une nouvelle fournée de nouveaux arriverait et si l'on voulait changer de partenaire, il était temps de le dire.

Dans l'ensemble Shacklebolt paraissait satisfait des résultats de l'équipe que je formais avec Potter. Il me demanda ce que je pensais de mon partenaire :

"Il est assez efficace, mais a besoin d'être surveillé de près, répondis-je. Il a tendance à partir bille en tête et après, ce n'est pas évident de le rattraper. Pour le moment, je ne le laisserais pas assumer une mission tout seul : c'est pas qu'il soit mauvais, mais il réagit trop avec ses tripes. Et puis il ne sait pas grand-chose de la vie. La vie normale j'entends.

- Es-tu satisfait des progrès qu'il a fait depuis son arrivée ?
- Oui, il écoute bien, n'est pas bête et il a une bonne capacité d'analyse des situations. Il est très bon en interrogatoire, par exemple. Il sait juger les gens. Mais quand il s'énerve, il a tendance à dire ce qu'il pense et à oublier tout le reste. Il est jeune et Gryffondor, quoi !

- La jeunesse est une maladie dont on guérit tous, malheureusement. Quant à sa maison, elle présente des avantages, comme les autres. Et sa célébrité, vous a-t-elle posé beaucoup de problèmes ?
- Je pense que sans son bonnet change-tête, ce serait lourd à gérer. Cela dit, je crois que les gens commencent à prendre l'habitude de le voir se balader dans la rue. J'ai nettement l'impression qu'il se fait moins remarquer qu'il y a un an quand il est à visage découvert.

- Finalement, tu considères qu'il est un bon partenaire ?
- Je ne me plains pas. Dans l'ensemble, il m'écoute, se conforme à mes instructions. Quand ça chauffe, il me couvre correctement. Et il a plutôt bon caractère, même si cela lui arrive de faire la gueule et qu'il tombe en dépression si on ne le félicite pas régulièrement.
- Tu accepterais de rempiler pour un an avec lui ?
- Si personne d'autre n'en veut !" répondis-je, évasivement.

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Christina finit par revenir et nous reprîmes nos relations là où nous les avions laissées. Elle semblait satisfaite de ses vacances et prévoyait de repartir fin août chez sa sœur dans le Kent. J'avoue que je ne prêtais pas une grande attention à cette nouvelle car, avec la fin de l'été, approchait une date qui me ramenait à de douloureux souvenirs.

En effet, on commémorait le 28 août la Bataille du Survivant. Je n'étais pas le seul à en être troublé. Alors que des banderoles fleurissaient à Pré-au-Lard et sur le Chemin de Traverse en vue de festivités qui devait fêter la victoire du Bien sur le Mal, l'atmosphère se faisait de plus en plus lourde à la Ruche. Tous les anciens avaient perdu ce jour là un bon camarade ou un partenaire.

Théoriquement, cette date était chômée. Seuls quelques-uns d'entre nous seraient de garde, notamment pour encadrer les bals et cérémonies commémoratives qui étaient organisés. Je savais cependant que je verrai sans doute la plupart de mes collègues les plus anciens ce jour-là, car nous avions pour coutume de nous recueillir au cimetière de Londres, là où la quasi-totalité des disparus avaient été inhumés.

Je me demandai ce que le Survivant ferait, quant à lui. Je le connaissais à présent assez pour savoir qu'il ne ferait pas la fête. Le 27 au soir, nous nous dîmes sobrement bonsoir. Son humeur, tout comme la mienne s'était assombrie au cours de l'après-midi, alors que les promesses de se revoir le lendemain s'échangeaient entre nos collègues.

Le lendemain matin, je me rendis tout d'abord sur la tombe de Cyril Waver était mon partenaire à l'époque. J'y retrouvai sa veuve et son petit garçon. Une fois de plus, je demandai silencieusement pardon à Cyril de ne pas m'être aperçu qu'il avait besoin d'aide alors qu'il se mesurait à un adversaire plus fort que lui.

Nous nous étions battus de concert au début, mais à un moment je m'étais laissé entraîner dans un combat singulier avec un obscur Mangemort. J'avais fini par blesser suffisamment ce dernier pour le mettre hors de combat, mais quand j'avais cherché Cyril des yeux, il était déjà trop tard pour lui.

Je ne savais même pas qui l'avait tué, car je n'avais vu son assassin que de dos et cagoulé. Ce dernier s'était fondu dans la cohue et je n'avais jamais su ce qu'il était advenu de lui. Avait-il été tué à son tour quand l'équilibre des forces s'était inversé ? Avait-il été arrêté ? Avait-il fui ?

Sa veuve ne m'avait jamais reproché de n'avoir pas protégé son mari. Elle m'avait même remercié car selon elle, il m'avait beaucoup estimé en tant que coéquipier. Moi aussi j'avais apprécié ce placide Poufsouffle. Notre association avait été sereine et complémentaire. C'était un bon partenaire.

Nous nous rendîmes ensuite au monument commémoratif qui avait été élevé par le Ministère en mémoire des Aurors qui avaient donné leur vie ce jour là et durant les mois précédents, alors que les actes terroristes faisaient rage. Le petit garçon, qui avait appris à lire cette année là, retrouva le nom de son père parmi la quarantaine de noms qui y étaient inscrits. Certains de mes collègues étaient déjà là. D'autres arrivèrent un peu plus tard.

Alors que je retraversais le cimetière pour rejoindre la cheminée qui y donnait accès, j'aperçus au loin un groupe de personnes cheminant entre les tombes, et dont les cheveux étaient roux pour la plupart. Je ne fus pas surpris de reconnaître, au milieu d'eux, une chevelure noire en épis.

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Quand le soir tomba, je ne pus supporter de rester chez moi. Le cafard m'avait envahi et j'avais besoin de m'évader. Je saisis mon téléphone et j'appelai Christina.
"Allo, c'est William.
- Bonsoir ! Comment vas-tu ?
- Je peux venir ce soir ?"

Elle hésita au bout du fil. Elle devait partir chez sa sœur dès le lendemain et nous avions convenu le week-end précédent de ne pas nous revoir d'ici son départ car elle avait pris du retard dans son travail.

"Ecoute, plaidai-je, je ne t'empêcherai pas de travailler si tu n'as pas terminé. J'ai eu une journée difficile et j'aimerai vraiment te voir.
- D'accord, tu peux venir, mais j'aurai ma valise à préparer et …
- C'est pas grave. J'amène le dîner, cela te donnera ça de moins à faire.
- Bon d'accord ! A tout de suite".

Après un détour par un restaurant indien qui vendait des plats à emporter, je me présentai chez elle. Elle avait commencé à faire ses bagages et son appartement était encore plus en dessus dessous que d'habitude.

Cela m'avait étonné au début. Autant son atelier était très bien tenu, autant ses quartiers privés étaient en désordre. Cela me démangeait régulièrement de donner un bon coup de baguette et de ranger un peu. Elle n'était pas non plus une cuisinière émérite (j'avais découvert que les petits gâteaux dont elle me régalait au début de notre relation sortaient d'une boite achetée dans le commerce), et c'est pour cette raison que j'avais pris mes précautions et apporté le repas.

Il était clair que je la dérangeais. Elle passa plusieurs appels professionnels, tout en fourrant pêle-mêle des affaires dans son sac de voyage. Je tâchai de me faire tout petit et de ne pas rester dans ses jambes. Je réchauffai notre dîner, utilisant les curieux appareils moldus dont j'avais peu à peu acquis la maîtrise.

Elle finit par me rejoindre à la cuisine. Pour la première fois, elle me regarda vraiment et elle s'exclama :
"Qu'est ce qui c'est passé ? Tu n'as vraiment pas l'air dans ton assiette !"

J'ouvris la bouche et la refermai. Que pouvais-je lui dire ? Ce n'était pas la première fois que je le déplorais, mais cette fois-ci, qu'elle soit moldue me causa un terrible regret. Comment lui expliquer ? Que pourrait-elle comprendre à mes récits d'ancien combattant, mes regrets teintés de honte et cette peur dont je me souvenais avec acuité, celle qui avait saisie toute ma communauté au point que nous n'osions même pas prononcer le nom de celui qui nous l'inspirait.

"Mauvaise journée, c'est tout. Trop compliqué à raconter", me bornai-je à dire.
Elle sembla sur le point de me presser d'en dire plus, mais renonça.

"Tu veux que je te raconte ma semaine ? demanda-t-elle finalement.
- Oui, j'aimerais beaucoup", répondis-je avec reconnaissance.

Elle me parla de ce qu'elle avait fait depuis que nous nous étions quittés le lundi matin précédent. Je me concentrai sur les petits événements de sa vie pour éloigner le spectre des mages noirs, des morts, et des marques terrifiantes flottant au-dessus de maisons fumantes...

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Le lendemain matin, j'eus beaucoup de mal à la laisser partir. L'idée de ne plus la revoir pendant deux semaines m'angoissait. Finalement, elle se retrouva en retard par ma faute, et pour lui faire rattraper le temps perdu, je lui proposai de l'accompagner à son train qui partait de King's Cross. J'allégeai subrepticement son plus gros sac et moyennant une course effrénée dans les couloirs du métro et de la gare, elle attrapa son train au vol.

J'arrivai très en retard à la Ruche, mais cela passa inaperçu dans la morosité ambiante. Potter avait une tête épouvantable. Il avait l'expression fermée de ses premiers jours, il y avait près d'un an de cela. Je me demandai soudain si sa réserve de l'époque n'était pas due au triste anniversaire que nous venions de célébrer.

Ajouté à son arrivée dans un endroit bourré d'inconnus qui l'avaient dévisagé avec curiosité, il n'était pas étonnant qu'il se soit montré aussi renfermé. Je crus me rappeler que je ne l'avais pas accueilli très chaleureusement.

Enfin, c'était du passé. Au moins, je ne lui avais pas demandé de me signer un autographe !


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Cheveux rouges et courses de Noël by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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XVII : Cheveux rouges et courses de Noël


Le quatre septembre, une nouvelle brochette de bleus arriva à neuf heures à la suite de Shacklebolt qui était allé les accueillir dans l'Atrium. Tout le monde s'interrompit pour assister au remaniement des équipes. Alors que Potter et moi nous rapprochions des autres, je me dis que, finalement, je n'avais pas donné de réponse claire quand le commandant m'avait demandé si je voulais continuer à être le coéquipier de Potter.

Considérant que ce dernier était sans doute appelé à de hautes responsabilités dans les prochaines années, il ne serait pas aberrant que Shacklebolt le fasse tourner avec le maximum de partenaires. Or, en attendant que le commandant prenne la parole, je réalisai que cela m'ennuierait de ne plus être avec lui. En sa compagnie, j’avais redécouvert mon métier d’Auror sous un nouveau jour. Je le regardai à la dérobée pour tenter de deviner quelles étaient ses pensées. Après tout, il pouvait très bien avoir lui-même demandé à changer de partenaire.

Il faisait la tête. Mais certains des nouveaux le regardaient en se poussant du coude, alors cela ne voulait rien dire. Il était juste en train d'asseoir une fois de plus son image de vedette dédaigneuse.

Shacklebolt commença à procéder aux attributions. Finalement, il ne modifia aucune des équipes qu'il avait formées l'année précédente. Sauf événement extraordinaire, je resterai donc avec Potter pour une année supplémentaire. Alors que nous retournions vers nos bureaux, nous entendîmes distinctement l'un des bleus chuchoter à son voisin dans notre dos :

"Il est plus petit que je l'imaginais.
- Mais il n'est pas sourd, répondis-je bien fort, sans me retourner, arrachant un sourire à Potter. Bon, continuai-je au seul bénéfice de ce dernier, on se met tout de suite au travail ou tu commences ta séance d'autographes ?
- Dis donc Stratford, on t'a promis un pourcentage ou quoi ?
- Comment as-tu deviné ? Tu sais qu'on fera de toi un bon Serpentard si les dragons à crête ne te mangent pas !
- C'est malin ! On serait obligé de changer de partenaire, répondit-il, faisant allusion à l'habitude de Shacklebolt de ne jamais mettre ensemble des Aurors ayant appartenu à la même maison.
- Au moins tu serais sûr de ne pas finir avec Malefoy, rétorquai-je, plutôt fier du satisfecit que constituait implicitement sa réplique.
- C'est sûr que si cela risquait d'arriver, je serais tenté de demander l'asile politique dans ta maison pour y échapper", répondit-il en riant.

Là encore, j'eus du mal à réprimer un sourire de satisfaction. C'est qu'il avait fait du chemin en un an le petit Potter !

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Plus tard dans la journée, j'eus l'occasion de croiser Morrito dans les couloirs du Ministère. Profitant de ce que nous étions seuls, je lui demandai :
"Cela ne t'ennuie pas de repiquer pour un an avec Malefoy ?
- Bof, répondit-il. En fait, il n'est réellement insupportable que quand ton poulain est dans le coin. Le reste du temps, il est plutôt efficace et son sens de l'humour est assez réjouissant quand on apprécie le genre grinçant. Heureusement deux ans et demi avec toi m'ont endurci !"

Mais pourquoi tout le monde me compare à cet emmerdeur ! C'est vexant à la fin ! Il doit se croire drôle avec son humour de Serdaigle.

"Et toi, continua mon ancien partenaire, tu sembles t'être bien habitué à ta star.
- Ouais, il est pas désagréable quand on sait le prendre. Et puis il est étonnamment discret. La plupart du temps, il sait faire oublier qu'il est quelqu'un de spécial.
- C'est vrai fit remarquer Morrito. Ce matin, en voyant la bleusaille le dévisager, j'ai pris conscience qu'on s'était tous habitués à le voir dans le paysage. C'est quand même bizarre de penser qu'il est un Auror comme les autres finalement !"

Je répondis par une sorte de grognement qui ne m'engageait pas. Je n'avais pas envie d'en débattre avec Morrito, mais je ne partageais pas son opinion. Si la plupart du temps Potter jouait au passe-partout, je ne devais pas perdre de vue que, dans les situations difficiles, il avait une manière de réagir très atypique, directement liée à sa personnalité mais aussi à son passé. Et que lorsqu'il perdait tant soit peu son contrôle sur lui-même, il était d'une puissance à faire bien des dégâts.

Mais contrairement à ce que je m'imaginais l'année précédente, avoir cette responsabilité ne me déplaisait pas.


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Au cours du mois d'octobre, Potter arriva un lundi matin avec les cheveux rouge brique, encore plus hirsutes que d'habitude.
"Qu'as-tu fait à tes cheveux Potter ?
- Je les ai lavés. L'avantage de ne le faire qu'une fois par an, c'est que tout le monde le remarque.
- Wouarf, wouarf. Très drôle. Tu sais que les Weasley ont une mauvaise influence sur toi ?

- Tu ne crois pas si bien dire. Ce sont ces idiots de jumeaux qui ont profité de notre repas de famille hier pour mettre un de leurs produits dans la bouteille de shampooing. Avec un effet différé. Du coup, Ginny aussi a eu le temps de s'en servir avant que je me rende compte du résultat. Elle a les cheveux verts, hérissés dans tous les sens. Vu qu'elle a les cheveux longs, c'est assez impressionnant et elle était en rage ce matin. Cela ne m'étonnerait pas qu'on entende parler aujourd'hui d'incidents dans une certaine boutique de farces et attrapes sur le Chemin de Traverse ou à Pré-au-Lard ! Je lui ai quand même recommandé de ne tuer personne.

- Tu sais combien de temps cela va agir ?
- Non. Mais je ne m'en fais pas trop. Les blagues des jumeaux ne durent jamais longtemps.
- Au moins, toi, t'es pas rancunier. Tu ne leur en veux pas ?
- Non, je les plains. Je suis certains que Ginny va le leur faire regretter", conclut-il avec une once de fierté dans la voix.

Il ne se passa rien d'anormal ce jour là. Par contre, la blague perdura plus longtemps que Potter ne l'avait imaginé car le lendemain et les jours suivants, il arborait la même chevelure. Quand arriva le vendredi, les plaisanteries dont il était la cible avaient cessé de l'amuser. De mon côté, je commençai à trouver la blague saumâtre : comment voulez vous impressionner les petites frappes avec un Survivant qui semble avoir le même coiffeur que Tonks ?

Au cours de l'après-midi, Shacklebolt sortit de son bureau et dit à la cantonade :
"Je viens de recevoir un appel. Il paraît qu'il se passe de drôles de choses à Pré-au-Lard. Une histoire de feux d'artifice. Quelqu'un a le temps d'aller jeter un coup d'œil ?"

Potter et moi avons échangé un regard avant de nous élancer vers l'Atrium. Moins d'une minute plus tard, on débouchait de la Grand Halle aux Cheminées.

Un formidable spectacle pyrotechnique s'épanouissait dans le ciel. On voyait des dragons, des joueurs de Quidditch célèbres, des petits cœurs, des messages variés, des pères Noël. Comme si quelqu'un avait ouvert en même temps toutes les boites de Fuseboum que j'avais vu dans le magasin des Weasley. Sans doute était-ce ce qui s'était passé. A mes côtés, Potter éclata de rire.

A le voir, plié en deux, les joues ruisselantes de larmes, j'eus soudain comme une hallucination. Je me retrouvai plongé quelques vingt-cinq ans en arrière, au détour d'un couloir de Poudlard, face à James Potter et ses comparses en pleine hilarité, suite à leur dernière farce. Cette rencontre avait été brève, car ils s'étaient tous engouffrés dans un passage dissimulé derrière une tapisserie - passage que, malheureusement, je n'ai jamais retrouvé par la suite. A contempler Potter junior, si semblable à son père malgré la couleur de ses cheveux, je me dis que j'avais à cet instant sous les yeux ce que ce gamin serait devenu si les choses avaient tourné autrement un certain trente et un octobre 1981.

Me détournant vers le magasin, je repérai les deux Weasley sur le seuil, blancs de rage, manifestement impuissants, regardant la débauche de couleurs qui continuait à exploser au-dessus de leur tête. Alors que la pétarade se calmait quelque peu, ils profitèrent du silence relatif qui était retombé sur la rue pour hurler, le poing tendu vers le ciel :
"Ginny, on te fera regretter chaque fusée !"

En réponse, un cierge magique inscrivit dans les cieux :
"JE VOUS ATTENDS, PAIRE DE DEBILES !"

Derrière moi, Potter repartit dans une crise de rire, ainsi que la plupart des badauds qui profitaient du spectacle.

"Sur ce coup, ils n'assurent pas trop ! commenta finalement Potter en s'essuyant les yeux. Ils feraient mieux de faire passer cela pour de la publicité. Bon sang, elle a fait partir en fumée au moins trois mois de stock ! Je me demande si je ne devrais pas chercher un autre foyer pour quelque temps. Tu ne connais personne qui vit en Australie ?
- Ça arrive souvent ce genre de vendetta familiale ?
- Non. Généralement, Fred et George savent s'arrêter juste à temps. Mais je pense que leur potion a eu un effet plus long que prévu. La phase de test est toujours délicate."

Quand le spectacle fut définitivement terminé, nous fîmes une petite ronde pour vérifier que tout était en ordre. Nous ne croisâmes pas Ginny Weasley, qui avait sans doute jugé plus prudent de s'éclipser, mais quand les jumeaux nous remarquèrent, ils tendirent leurs poings vengeurs vers Potter, qui avait entre-temps coiffé son bonnet Change-tête. Ce dernier leur répondit par un petit sourire narquois.

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Le lundi suivant, il avait retrouvé ses épis noirs. Je me risquai à lui demander où en était la guerre inter-Weasley. Il m'expliqua :
"Une trêve a été signée. En fait, Molly a eu vent de ce qui s'était passé vendredi et elle a convoqué les jumeaux le soir même. Elle a passé un savon terrible à ses fils et à Ginny en disant qu'elle avait honte de les voir se comporter de cette façon devant tout le monde. Ils ont promis qu'ils s'en tiendraient là. Il faut dire que leur mère était vraiment terrifiante. Peut-être à cause de ses cheveux bleus. En tout cas, ils ont tenu parole jusqu'à aujourd'hui. J'espère qu'ils ont vraiment enterré la hache de guerre car je n'aimerais pas qu'ils désorganisent trop notre mariage.

- Votre mariage ? m'enquis-je. A quand la noce ?
- En décembre prochain, répondit-il en souriant. On voulait se marier cet été, mais les travaux de notre future maison ne sont pas finis. En fait, c'est à cause de ça que Ginny était aussi furieuse l'autre jour. Elle avait prévu plein de démarches durant la semaine et a dû tout remettre à plus tard à cause de ses cheveux. Ça la rend un peu nerveuse, cette histoire de mariage. Enfin, cela faisait longtemps que je n'avais pas autant ri.
- Et toi, le mariage ne te rend pas nerveux ?
- Pas trop. Cela fait quatre ans qu'on partage plus ou moins la même maison, alors cela ne va pas changer grand-chose. C'est peut-être porter mon nom qui lui fait peur, même si Hermione nous a dit qu'elle pourrait garder le sien. Au fait, on a décidé de faire cela le plus discrètement possible...
- Compris, je garderai cela pour moi.
- Merci."

L'annonce de son mariage ne m'étonna pas outre mesure. Ginny Weasley m'avait paru très décidée à fonder une famille, et Potter ne me semblait pas opposé à cette éventualité. Il n'y avait pas que le stress qui lui faisait perdre tout sens élémentaire de la prudence.


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Une semaine plus tard, Shacklebolt nous mit sur une escroquerie financière. Je pris rendez-vous chez Gringott avec un gobelin pour définir l'ampleur de cette dernière. Après une entrevue qui me laissa la tête comme un melon et la certitude que je n'étais pas fait pour la haute finance, Potter et moi nous dirigeâmes vers la sortie.

Alors que nous étions sur le point d'atteindre le portail qui donnait sur la rue, nous croisâmes une superbe femme blonde. Elle nous fit un sourire éblouissant et s'écria :
"Arry, bonjour ! Mais que fais-tu là ?"

Hé, ho j'existe moi aussi ! En plus, cet innocent ne remarque même pas les jolies femmes ! Et puis il va se marier ! Alors, pourquoi lui ?

"Bonjour Fleur. On devait voir quelqu'un ici. Je te présente mon coéquipier, William Stratford."

Ah tout de même !

"Bonjou' Monsieur Stratford, me dit la créature enchanteresse, avec un charmant accent qui faisait chanter toutes se phrases. Ravie de faire votre connaissance.
- Moi de même", lui répondis-je.

Ce n'était pas une formule de politesse.

"Eh bien, je ne vous retarde pas davantage. A plus tard, 'Arry !"

Elle s'éloigna d'une démarche gracieuse. Elle était aussi superbe de dos que de face !

"Remets-toi, dit Potter goguenard. Elle est mariée et a déjà deux enfants.
- Tu la connais bien ?
- C'est la femme de Bill Weasley."

C'est une impression ou, depuis que je connais Potter, je trébuche sur un Weasley à chaque fois que je fais un pas ?

"Elle est française et en partie vélane, continua Potter tout en dévalant les marches de la banque. Elle fait toujours sensation."

Et gna gna gna !

"Et bien sûr toi, tu es au-dessus de ça ! grognai-je.
- C'est peut-être le fait de la voir tous les dimanches avec ses gamins. Sans compter que ça va faire mmh… huit ans que je la connais.
- Tu l'as rencontrée à Poudlard ?
- Oui, elle a fait ses études à Beauxbatons mais est venue participer au Tournoi des Trois sorciers.

- Ah oui. Toi aussi tu étais candidat, c'est ça ? demandai-je, alors que nous nous dirigions vers la Halle aux Poudres.
- Je n'avais pas spécialement demandé à l'être, mais oui, j'étais le second champion de Poudlard.
- Comment une telle chose a pu être possible ?"

Il grimaça mais répondit cependant :

"On m'y a fait participer de force.
- De force ? Mais quel intérêt ?
- La coupe que devait saisir le vainqueur était un portoloin qui devait me conduire à Voldemort. Il fallait donc que je participe et que je gagne."

Je réalisai soudain qu'il était en train de me parler de la rencontre au cours de laquelle était mort Diggory. L'épisode au cours duquel Vous-savez-qui était revenu. Les prémices de la guerre que nous venions de traverser. Ce qui est déstabilisant avec Potter, c'est que les conversations les plus banales, vous plongent en plein cours d'histoire contemporaine.

Le sujet était délicat, mais c'est lui qui l'avait abordé. Je me permis donc de lui poser la question qui me venait à l'esprit :
"Comment pouvait-on être sûr que tu allais gagner ? Tu étais très jeune, finalement.
- Celui qui a tout manigancé s'est occupé de mon cas. Il m'a enseigné ce que je devais savoir, s'est arrangé pour me donner des coups de pouce pour que j'aie toutes mes chances.
- Et tu ne t'es rendu compte de rien ?
- Non. C'était notre prof de Défense contre les forces du Mal, alors cela me paraissait naturel qu'il m'enseigne à me défendre contre les mauvais sorts ou qu'il me donne des conseils.
- Mais c'était qui ce type ?
- Bartemus Croupton qui avait pris les traits d'Alastor Maugrey grâce à du Polynectar."

J'en restai bouche bée. Je me répétai sa phrase une fois dans chaque sens afin d'être sûr de bien comprendre.

"Barty Croupton était un fervent combattant de Tu-Sais-Qui, finis-je par dire.
- Le père, oui, pas le fils.
- Le fils ? Il est pas mort à Azkaban !
- Non, c'est sa mère qui y est morte. Elle est venue lui rendre visite et ils ont échangé leur apparence toujours grâce à du Polynectar. Croupton père l'a gardé plusieurs années sous Impérium, avant que son fils ne retourne la situation à son avantage. Résultat, il a remplacé Maugrey quand Dumbledore a engagé ce dernier comme prof et s'est arrangé pour que je sois au bon endroit, au bon moment. Nous avons connu des épisodes grandioses, continua le Survivant d'une voix amère. Imagine un peu ! Un Mangemort faisant un cours sur les Impardonnables avec l'approbation de Dumbledore. Cela a dû bien l'amuser de raconter devant ma classe que j'étais le seul à avoir survécu à un Kédavra ou de faire une démonstration de Doloris devant Neville Londubat dont il avait torturé les parents !"

Plongé dans ses souvenirs, il semblait m'avoir totalement oublié.

"J'ai fait exactement ce qu'il avait prévu. Mis devant le fait accompli, j'ai essayé de faire de mon mieux, en bon Gryffondor que je suis. Et à la fin, quand les autres ont été éliminés, j'ai proposé à Diggory de saisir la coupe en même temps que moi, sous prétexte qu'on s'était entraidés. Très noble, n'est ce pas, comme attitude ? Digne de ma maison. Du coup, quand on est arrivé dans ce fichu cimetière, Cédric a reçu un Kédavra entre les deux yeux. Tu vois, on n'a pas complètement tort de dire que je suis responsable de sa mort."

Je comprenais mieux pourquoi l'allusion de Malefoy à cet incident l'avait cloué sur place.
"Ce n'était pas de ta faute, dis-je enfin.
- Oh, je ne tue jamais les autres directement. C'est juste que je fais de mauvais choix et que les autres en meurent. Et moi, bien sûr, je survis toujours..."

Je ne savais pas trop quoi dire. J'étais certain que ses proches lui avaient dit mille fois qu'il n'était pas responsable, mais que cela n'avait servi à rien. La culpabilité n'est pas un sentiment rationnel.

Je me bornai donc à demander :
"Et toi, comment en as-tu réchappé ?
- J'ai eu de la chance. Voldemort a voulu s'amuser un peu avec moi avant de me tuer. Après, c'est un peu compliqué. Disons que j'ai reçu une aide providentielle et que j'ai pu fuir. Je suis retourné à Poudlard en réutilisant le portoloin. Une fois de plus, je m'en suis bien tiré. Mais grâce à ma participation, Voldemort était revenu, et tu connais la suite.
- Mais comment se fait-il que les journaux aient mis un an à raconter cet épisode ? Personne ne s'est rendu compte de rien ?

- Bien sûr que si. Toute la presse couvrait ce fichu tournoi et il y avait un cadavre. Mais quand Maugrey-Croupton s'est trahi, cet imbécile de Fudge l'a livré aux Détraqueurs qui lui ont donné un Baiser. Résultat, on n'a pas pu utiliser son témoignage. Fudge a rejeté en bloc tout ce que je lui ai raconté et a fait en sorte que j'apparaisse comme un menteur qui fabulait pour se rendre intéressant. Tu te rends compte, Fudge m'a même remis le prix de mille Gallions destiné au vainqueur du tournoi. Finalement la seule chose positive de cette histoire, c'est que cela a permis aux jumeaux d'ouvrir leur magasin. S'il y a une chose dont je suis fier, c'est d'avoir fait cela.
- Tu veux dire que tu as donné l'argent aux jumeaux Weasley ?
- Oui, j'ai pensé qu'on aurait besoin de rire un peu."

Pas étonnant que les deux loustics se mettent en quatre pour lui rendre service. Je tentai de me rappeler les circonstances dans lesquelles la vérité avait fini par être dévoilée.

"Ensuite tu as donné une interview au Chicaneur, c'est ça ?
- Oui, c'était une idée d'Hermione. Luna, la fille du rédacteur en chef de cette publication, est une grande amie de Ginny. On a donc pu le contacter et comme monsieur Lovegood croit tout ce qui est invraisemblable, il a accepté de me publier. Mais même si certaines personnes ont commencé à changer d'avis sur moi, cela n'a pas été très déterminant. Il a fallu que Voldemort en personne se rende au Ministère pour que le Ministre admette la vérité. Mais entre temps, ma bêtise avait tué quelqu'un d'autre."

A son visage sombre, je compris que l'amertume et la douleur qu'il avait dû ressentir à l'époque étaient loin d'être oubliées. Je m'abstins donc de poser d'autres questions.

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Le lendemain matin, avant que mon coéquipier n'arrive, j'allai au centre de documentation du Ministère et retrouvai l'exemplaire du Chicaneur dans lequel il avait raconté sa rencontre avec le Seigneur de Ténèbres. J'avais déjà lu cette interview quand elle était parue dans la Gazette, mais à l'époque, j'étais plus préoccupé par le retour de Vous-Savez-Qui que par ce que le gamin avait vécu.

La lecture de l'article m'horrifia. Penser que ce gosse de quoi... quatorze ans avait vu tuer un de ses camarades sous ses yeux, avait été impliqué dans un rituel de magie noire et pour finir s'était vu infliger les trois Impardonnables, était effrayant. Dire qu'il avait tout juste deux ans de plus que Titus à l'époque !

Qu'il s'en soit tiré sans une égratignure, était tout simplement inimaginable. Ce n'était pas étonnant qu'il ait eu du mal à être cru et que ce souvenir soit encore difficile pour lui, malgré les années écoulées et les épreuves qui avaient suivies. Pas étonnant non plus qu'il n'ait pas le même sens du danger que le commun des mortels.

Une fois de plus, je me dis que, compte tenu de ses expériences passées, Potter était étonnamment normal.

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Au début du mois de décembre, Shacklebolt nous convoqua, Potter et moi dans son bureau :
"Depuis quelque temps, il y a un voleur à la tire qui sévit à Pré-au-Lard. Il fond sur ses victimes en balai, leur arrache leurs sacs ou paquets et s'envole, avant qu'on ait eu le temps de réagir. J'ai fait le rapprochement avec une déclaration de vol concernant un Foudre de guerre, il y a deux semaines de cela. J'aimerais que vous patrouilliez à Pré-au-Lard et que vous essayiez de le coincer.
- Un Eclair de feu contre un Foudre de guerre, ça ne va pas être évident ! fit remarquer Potter. T'as quoi comme balai ? demanda-t-il en se tournant vers moi.
- Un vieux Nimbus, répondis-je songeant que sa remarque était tout à fait pertinente.

Mais Shacklebolt n'était pas commandant pour rien :
"J'ai réquisitionné deux Foudre de guerre, nous rassura-t-il. L'un de vous en a-t-il déjà essayé un ?
- Oui, répondit Potter. Ginny m'a plusieurs fois prêté le sien."

Elle avait un balai de luxe la petite Weasley ? C'était bien pratique d'avoir un fiancé plein aux as !

"C'est parfait, continua Shacklebolt. Vous irez vous entraîner sur le terrain de Quidditch du centre de formation puis, dès demain, vous allez superviser les courses de Noël à Pré-au-Lard."

Potter salua de la tête et se dirigea vers la porte. J'attendis qu'il soit sorti pour demander au commandant :
"T'es sûr que tu ne veux pas mettre Potter avec quelqu'un d'autre sur ce coup-là ? Je sais monter en balai, mais je ne suis pas spécialement doué pour la haute voltige !
- Je l'aurai bien mis avec Taylor, mais elle est en vacances. Quant aux autres membres de l'équipe de Quidditch, ils ne me paraissent pas aptes à contenir un Potter dans son élément. Je ne vais pas le mettre avec Ben Tarvi, tout de même ! "

Je frémis à la pensée de ces deux énergumènes, lâchés sur des balais de compétition dans les rues de Pré-au-Lard.

"Contenir et canaliser, hein ! fis-je.
- Bonne chance", me répondit Shacklebolt.

J'en étais certain maintenant ! Que je sois transformé en chaudron si le Choixpeau ne lui avait pas proposé Serpentard à celui là !

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Au début, je trouvai l'entraînement difficile car le balai qui faisait tant rêver les jeunes sorciers et les fous de vitesse ne réagissait pas du tout comme mon cher Nimbus. Mais je m'accrochai, me disant que si Potter et la petite Weasley y arrivaient, pourquoi pas moi. Et puis, j'allai faire baver Titus quand je lui raconterai ça.

Finalement, une fois que je me fus accoutumé aux nouveaux réflexes que l'engin demandait, je pris vraiment plaisir à virevolter dans le ciel. Ce balai réagissait aux plus infimes mouvements et pour la première fois de ma vie, je compris ce que signifiait vraiment l'expression "faire corps avec son balai". Nous nous posâmes sous les exclamations admiratives de l'équipe de Quidditch qui avait réservé le stade juste après nous et qui béait d'admiration devant nos engins. Leur excitation atteint son comble quand ils reconnurent celui qui était dessus.

En rentrant à la Ruche, nous discutâmes de la façon dont nous allions mettre en œuvre la mission qui nous avait été confiée. La réaction des jeunes gens que nous avions croisés m'avait fait prendre conscience, que même si Potter mettait son bonnet change-tête, nous pointer à Pré-au-Lard avec deux Foudre de guerre sur l'épaule ne serait pas discret et mettrai sans doute la puce à l'oreille de notre voleur. Il fallait impérativement dissimuler nos petites merveilles.

"Je pourrais envelopper le mien dans ma cape d'invisibilité, proposa Potter. Et il faudra que tu transformes le tien pour le dissimuler. On échangera toutes les heures."

Le problème de la métamorphose, c'est que tant qu'elle dure, elle prend de l'énergie à son auteur. C'est pourquoi je ne me contentais pas de modifier mes vêtements quand j'allai voir Christina. Me changer pour de bon était infiniment moins fatigant. Si je devais maintenir la transformation de mon balai toute la journée, je risquais de ne plus avoir d'énergie magique quand le voleur ferait enfin son apparition. D'où l'avantage de la solution de Potter. De toute façon, il fallait bien que nous fassions régulièrement des pauses, car c'était toutes les deux heures que Potter devait remettre de la poudre magique sur son bonnet pour qu'il continue à être efficace.

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Nous nous retrouvâmes le lendemain vers dix heures du matin à Pré-au-Lard et commençâmes à patrouiller. Toutes les heures, nous nous dissimulions dans une ruelle pour nos petites pauses techniques. Je remarquai que le nouveau magasin des futurs beaux-frères de Potter ne désemplissait pas :
"Je ne pensais pas que tant de monde avait l'envie de se faire des farces, pour les fêtes, fis-je remarquer.
- Ce sont les Feux Fuseboum qui ont le plus de succès. Tout le monde en veut, m'expliqua mon partenaire.
- Que ta charmante et douce fiancée ait fait exploser tout leur stock ne les a pas trop pénalisés ?
- Heureusement, il n'y avait pas tout en boutique. Ils ont simplement dû faire des heures supplémentaires pour en refaire, et toute la famille est venue leur donner un coup demain le week-end dernier. Ils en auront assez."

Vers quinze heures, il commença à y avoir beaucoup de personnes, chargées de paquets et nous redoublâmes de vigilance. Mais cela ne suffit pas. Le voleur sévit effectivement, mais nous étions à l'autre bout du village quand il opéra. J'empêchai mon coéquipier de se tenter de lui donner la chasse. Il était trop loin pour que nous le rattrapions et il aurait été maladroit de trahir notre couverture.

Potter prit assez mal notre échec, mais je ne m'en fis pas trop. Il y avait des chances pour que notre proie s'enhardisse du fait de ses succès et nous finirions bien par lui mettre la main dessus. Pendant trois jours, il ne se montra pas. Finalement, Shacklebolt nous demanda de rester en faction le samedi, car nous étions à trois semaines de Noël et il y aurait sans doute beaucoup de monde.

Ce que Shacklebolt ne savait pas, ou avait omis de nous dire, c'est que Poudlard avait organisé une sortie ce jour là. Nous nous retrouvâmes donc avec plus de deux cent cinquante gamins dans les pattes, à partir de dix heures du matin.

"C'est sûr qu'il va agir aujourd'hui, dis-je à Potter. Il serait bien bête de ne pas profiter du désordre que mettent les gamins dans les rues maintenant qu'ils sont lâchés.
- Tu crois que ton neveu est là ?
- Non, il n'est qu'en seconde année. A moins que les règles aient changé, il ne doit pas avoir le droit de sortir. On ne va pas s'en plaindre. Il ne manquerait plus qu'on ait les mouflets de onze et douze ans dans les jambes. Sans compter que Titus pourrait me reconnaître et dire à ses copains que les Aurors sont là.
- Au fait, il est rentré dans l'équipe de Quidditch, finalement ?

- Oui, il a été pris comme batteur. Le poste d'attrapeur n'était pas à pouvoir.
- Ta sœur doit être contente, non ? me demanda Potter en souriant. J'ai eu l'impression qu'elle n'appréciait pas vraiment l'idée que son fils s'entraîne à la feinte de Wronski.
- Je suppose que le malheureux a reçu une longue lettre lui rappelant le danger que représentent les cognards. Bon, revenons à nos dragons. Cette fois-ci, on va se séparer. Toi, tu couvres ce côté-ci et moi l'autre. Evidemment, celui qui voit l'autre décoller vient immédiatement lui prêter main-forte. Surtout, ne décolle que si tu es sûr de le rattraper. S'il est trop loin de toi, laisse tomber. On finira bien par le coincer plus tard. On se retrouve toutes les heures ici, pour se passer la cape."

Il hocha la tête pour me montrer qu'il avait compris, mais je ne me sentis pas tranquille pour autant. Dans le vif de l'action, il avait tendance à agir avant de réfléchir. Je n'avais plus qu'à espérer qu'il serait aussi doué pour attraper un voleur que le Vif.

Notre voleur agit vers quinze heures, alors qu'il y avait un monde fou. Je fus averti par des exclamations qu'il se passait quelque chose d'inhabituel. Je levai les yeux et constatai que la poursuite entre Potter et le détrousseur avait commencé. Je retransformai mon balai en vitesse et m'élançai à mon tour dans le ciel.

Je ne cherchai pas à rejoindre Potter et son gibier car ils étaient partis dans une danse acrobatique que je ne pouvais pas suivre. Mais je m'employai à jeter un sort de Confinage pour les empêcher de sortir du périmètre de Pré-au-Lard, non seulement pour simplifier la tâche de Potter, mais aussi pour éviter qu'ils soient repérés par les moldus qui habitaient les environs.

Je commençai à être habitué aux talents de Potter dans les airs et j'étais très concentré par mon sortilège, c'est pourquoi, je ne prêtai pas vraiment attention au spectacle. Mais je suppose que c'était impressionnant, car même à la hauteur où j'étais, je pouvais entendre les hurlements des spectateurs.

Finalement, Potter finit par couper la route du gaillard et ce dernier, pour l'éviter, fit une manœuvre tellement désespérée qu'il en bascula de son balai. Potter plongea pour le rattraper avant qu'il ne s'écrase sur le sol. Je vis qu'il avait réussi à l'agripper à une dizaine de mètres du sol, où ils se posèrent assez rudement. Je m'apprêtai à les rejoindre quand, de ma position élevée, je repérai dans la foule un homme qui prenait des photos. Or j'avais remarqué que, pendant la poursuite, Potter affichait son vrai visage, son bonnet était parvenu à la limite de son temps d'efficacité, à moins qu'il ne l'ait perdu.

Quoiqu'il en soit, les images qui avaient été prises constitueraient une aubaine pour n'importe quel journal. Je fonçai donc sur le photographe et atterris juste devant lui :
"Donnez moi ça !
- Pas question, c'est mon appareil !
- Vous n'aviez pas le droit de prendre ces photos aboyai-je. Je dois vous les confisquer.
- Mais enfin, je ne fais rien de mal !"

La foule commençait à s'attrouper autour de nous et je préférai régler ça de façon discrète.

"Montez sur mon balai, ordonnai-je au type en montrant mon insigne. On va régler cela plus loin."

Je l'empoignai sans qu'il n'ose protester, l'obligeai à enfourcher mon balai et décollai. Je l'emmenai vers la Cabane hurlante aux alentours de laquelle Potter avait atterri.

Potter m'attendait tranquillement, son balai d'une main, et de l'autre notre voleur qu'il avait saucissonné.
"T'en as mis un temps, me dit-il avant de remarquer mon invité. Ça alors, Colin, qu'est ce que tu fais là ?
- Bonjour Harry. Je suis ravi de te voir, mais je ne suis pas venu de mon plein gré.
- Il prenait des photos, expliquai-je.
- T'as pas changé, s'esclaffa Potter. Euh… ajouta-t-il en croisant mon regard agacé, cela me rendrait service si tu évitais de donner ces photos à un journal.
- Oh ! Oui bien sûr. Enfin, c'est dommage, en fait j'étais ici pour faire des photos pour la Gazette, les courses de Noël, tu vois. Cela va faire bizarre si je ne rapporte aucune photo de toi. Tout le monde t'a vu…"
- Il n'y a aucun problème, intervins-je en tendant la main vers lui. Vous n'avez qu'à expliquer que nous vous avons confisqué votre appareil.
- Harry, tu ne peux pas me faire ça. Je viens de me l'acheter. Tu sais combien de mois d'économie cela représente ?
- Tu ne peux pas dire qu'on t'a confisqué juste les photos où je suis ? proposa Potter.
- Mais euh… oui, je suppose qu'on va faire comme cela. Je ne veux pas te créer d'ennuis.
- Merci, Colin. J'apprécie. Tu pourrais venir nous voir, tu sais. Je suis sûr que Ginny en sera ravie.
- Euh, merci, mais… Je préférerais pas rencontrer…, tu sais…, elle est toujours … ?
- Toujours ! répondit Potter d'une voix dégoûtée. Mais je suis sûre que Gin pourrait s'arranger pour qu'elle ne soit pas là quand tu viendras.
- Je vais voir."

Je ne savais pas de quoi ils parlaient et ne voulais pas le savoir.

"Potter décide-toi, il faut qu'on y aille. Tu es sûr qu'on ne lui confisque pas…
- Non, coupa-t-il. J'ai toute confiance en lui.
- Bon, c'est ton problème après tout. Vous pouvez circuler", lançai-je dans la direction du copain blond de Potter qui partit au petit trot, sans doute pour ne pas me donner le temps de changer d'avis.

De notre côté, nous utilisâmes notre portoloin pour revenir au Ministère avec notre voleur.

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Après que ce dernier ait signé la déposition et que nous remontions vers la Ruche, je dis à Potter :
"Tu es sûr que c'était une bonne idée de le laisser filer avec les photos ?
- Oui, c'est un ami.
- Un ami que tu n'avais pas vu depuis un moment, il me semble.
- On n'est pas fâchés. C'est juste qu'il sortait avec Kat, la meilleure amie de Ginny et qu'il a arrêté de faire partie de notre petite bande quand elle l'a laissé tomber."

Kat… Ce prénom me disait quelque chose. Nous arrivions à la Ruche quand je me rappelai le jour où j'avais entendu ce nom là la première fois.
"Dis-moi Potter. J'ai cru comprendre que Malefoy sortait avec une certaine Kat. Ce ne serait pas la même personne, par hasard ?
- Si, répondit-il sombrement. C'est pas drôle !" ajouta-t-il alors que j'éclatais de rire.

Je comprenais mieux la scène à laquelle j'avais assisté maintenant. C'était bien du Malefoy, ça, de draguer la copine de son ennemi sachant qu'elle connaissait parfaitement sa propre petite amie.
"Bon, tu continues à ricaner ou on fait notre rapport, grogna Potter qui paraissait totalement imperméable à l'humour de la situation.

- Excuse-moi, mais il n'y a que toi que ça arrive des trucs pareils. La meilleure amie de ta fiancée qui sort avec… Et toi, tu continues à la voir la fameuse Kat ?
- Bien sûr ! Je suis bien obligé, cela ferait de la peine à Ginny, sinon. Evidemment, elle évite de parler de son petit copain quand je suis là. Non vraiment, je ne vois vraiment pas ce qu'elle lui trouve !
- C'est sûr qu'à part être jeune, beau et riche, il n'a pas grand-chose pour lui."

Il me regarda, comme écœuré :
"D'après toi, cela suffit ? Le fait qu'il n'ait aucun sens moral, qu'il soit égocentrique et que son activité préférée soit d'emmerder le monde n'a aucune importance ?
- La plupart des femmes s'en fichent. Tu crois que toutes celles qui se jettent sur toi dans la rue se préoccupent de ce que tu vaux vraiment ?
- C'est bien pour cela qu'elles ne m'intéressent pas. Ce n'est pas après moi qu'elles courent. Mais après l'image qu'elles se font de moi.
- Et toi, tu es sûr que ta Ginny veut t'épouser toi et non pas l'image qu'elle s'en fait ?" demandai-je pour le taquiner.

Mais il me répondit, mortellement sérieux :
"Personne ne me connaît mieux que Ginny. Elle me connaît mieux que je me connais moi-même. Des fois, je me demande où elle trouve le courage de m'épouser."

Personnellement, la personne qui me connaîtrait mieux que je me connais moi-même, serait bien la dernière personne que j'épouserai !



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L'ultimatum by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.

- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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XVIII : L'ultimatum


Le lundi qui suivit l'arrestation mouvementée dans le ciel de Pré-au-Lard, Potter m'indiqua qu'il ne pouvait pas manger avec moi.
- J'ai rendez-vous avec Ginny pour déjeuner aujourd'hui, m'expliqua-t-il. On doit se retrouver à la Halle aux Poudres.
- Je t'accompagne, répondis-je. Je vais en profiter pour faire une petite course sur le Chemin de Traverse.
- C'est parti !"

Je le laissai devant le bâtiment, et allai m'acheter un ingrédient qui me manquait pour une potion. Quand je revins prendre une cheminée, il était toujours là. Sans doute sa fiancée était-elle en retard. Mais il n'était pas seul.

Une fille, plutôt pas mal, et qui avait largement entrouvert le col de sa robe pour que personne ne manque sa généreuse poitrine, l'avait acculé contre le mur. Il me fit penser à une souris coincée par un chat. Je remarquai qu’il tentait de se dégager de son emprise, mais ce n’était pas évident de contourner la prédatrice sans entrer en contact avec ses proéminents attributs, qu'elle maniait avec une offensive efficacité.

Quand mon regard croisa le sien, il m'envoya un appel au secours qui pour être silencieux n'en était pas moins pressant. Soupirant à l'idée qu’il n'était même pas capable de se débarrasser d'une admiratrice un peu collante, je m’apprêtai à aller délivrer la terreur des Mangemorts.

A cet instant, un filet de fumée s’échappa du bas de la robe de la Circé.
« Oups, prononça une voix derrière moi. C’est fou les sorts que l’on peut retrouver en secouant sa baguette !
- Tout à fait Mademoiselle Weasley, opinai-je en souriant. Il faut faire très attention quand on fait un peu de ménage. Un accident est si vite arrivé ! Une seconde d’inattention, et hop ! Voici un maléfice qui part en direction d’un mari gênant ou d’une voisine désagréable."

Potter finit par remarquer que quelque chose clochait et montra à la fille son ourlet en feu. Pendant qu’elle s’évertuait à l’éteindre, il se débina dans notre direction. En apercevant sa fiancée, il haussa un sourcil.
"J’espère que je ne t’ai pas trop fait attendre, lui dit-il ironiquement, comprenant sans doute que, dans sa situation, la meilleure défense était encore l'attaque.
- Aucun problème, répondit-elle sans tomber dans le piège. Monsieur Stratford est d’excellente compagnie.
- Les moments que je partage avec vous sont toujours trop courts ", ajoutai-je avec mon sourire le plus séducteur.

Si elle voulait m’utiliser pour le rendre jaloux, je n’y voyais pas d'inconvénient.

"Tu devrais prendre exemple sur ton partenaire, continuait-elle. Lui, au moins, il sait faire des compliments.
- Mais enfin, ma chérie, si je commence à faire des compliments aux filles, je ne vais plus m'en sortir !
- Pas "aux filles", mon chéri. Seulement à moi bien sûr !
- Ah bon ! Mais comment tu veux que je comprenne, si tu m'expliques pas !" gémit-t-il plaintivement.

Mais c'est pas possible d'être bête à ce point là ! C'est sans doute ce que pensa la Weasley, car elle éclata de rire en s'écriant :
" Oh ! Harry !
- Bon, conclut notre boute-en-train en souriant de sa fine plaisanterie, on va déjeuner ?
- Vous joindrez-vous à nous ?" me demanda la jeune femme.

Je jetai un œil à Potter. Je n’étais pas certain qu’il ait très envie de me voir m'incruster dans son tête-à-tête, compte tenu de la façon dont s'était déroulé notre dernier repas à trois.

"Si tu n'as pas d'autres révélations fracassantes à m'asséner, cela ne me dérange pas, répondit-il à ma silencieuse question.
- Si l'on excepte mes actuelles négociations avec Sorcière-Hebdo pour ma série d'articles "Moi et Harry Potter", je crois que tu sais tout ce qu'il y a à savoir, répliquai-je.
- Et bien, maintenant qu'on est au courant, on peut y aller !", décida gaiement la Weasley.

oO§0§Oo


Au cours du repas, la jeune femme dit à son fiancé :
"Au fait, j'ai complètement oublié de t'en parler hier soir, mais en faisait mes courses à Londres, j'ai rencontré Angelina qui faisait les boutiques, elle aussi. Elle m'a demandé de te transmettre son bonjour.
- Comment va-t-elle ?
- Très bien. Elle vient d'avoir une promotion, alors elle se cherchait une petite robe pour fêter ça.
- Super ! Elle était à Poudlard avec les jumeaux, m'expliqua-t-il. Elle a même été capitaine de l'équipe de Quidditch pendant un an. Elle était presque pire que Tarvi !
- C'est marrant, commenta la Weasley. Qui aurait cru, du temps où nous étions à Poudlard, qu'on se recroiserait plus tard dans les magasins moldus ? A l'époque, à part pour prendre le Poudlard Express, presque personne ne se risquait à Londres.
- C'est un des avantages d'avoir gagné la guerre, fit posément le Survivant.
- Ce n'est pas seulement ça. La mentalité des sorciers a beaucoup évolué. Tout le monde prenait papa pour un dingue, quand j'étais petite. Faut pas tout mettre sur le dos de Voldemort, quand même !"

Elle n'allait pas s'y mettre, elle aussi ! Je détestais déjà quand Potter disait ce nom-là mais, comme il l'avait un jour souligné, il en avait gagné le droit, lui.

"Ce n'est qu'un nom, me fit Potter qui avait manifestement remarqué mon regard dégoûté.
- C'est facile pour toi de dire cela, grognai-je, de mauvaise foi, je l'avoue.
- On s'y fait, répliqua sa fiancée. A Poudlard, tout le monde a appris à le prononcer, la dernière année. C'était un des objectifs du NAV.

- Comment as-tu eu l'idée de ce mouvement, demandai-je à Potter.
- Oh, mais ce n'est pas à moi qu'en revient la paternité, dit-il me montrant sa copine du menton. C'est elle qui a tout lancé.
- Oh Harry, tu exagères ! Moi j'ai juste bondi sur ma table en hurlant "J'emmerde Voldemort". C'est Hermione et Padma qui ont tout mis sur pied après. Et c'est toi qui as assumé toutes les tâches de président.
- Hermione et Padma ont fait un boulot formidable, mais elles n'auraient jamais initié un tel mouvement. Il fallait une touche Weasley pour inventer ça !
- J'emmerde Voldemort !! répétai-je soufflé.
- Ha ! Vous voyez, ça vient tout seul ! s'exclama la jolie rousse. Mais j'admets que j'étais un peu déchaînée cette année là.
- Sans blague ! " commenta Potter avec un petit sourire.

J'en conclus que la Weasley n'avait pas sauté que sur sa table. Et que les portraits des couloirs du septième étage n'avaient pas dû s'ennuyer.

"Au fait, me demanda la jeune femme, comme perceviez-vous le NAV à cette époque."

Je réfléchis un instant pour me remettre dans le contexte.

"A vrai dire, je n'en ai pas entendu parler tout de suite. Vous envoyiez des lettres appelant à la résistance aux gens que vous connaissiez, n'est ce pas ? Or moi, je ne connaissais personne de scolarisé. Mais petit à petit, certains Aurors ont commencé à en parler entre eux. A vrai dire, dans un premier temps, je ne pensais pas que c'était très…euh efficace comme mouvement.
- Oui répondit la Weasley. Nous étions conscients du problème. Lancer des appels à la résistance de l'endroit le plus inviolable du pays pouvait sembler ridicule. Nous étions perçus au début comme des gamins idéalistes, inconscients des dangers, et qui se mêlaient des affaires des adultes. On a eu beaucoup de mal à se faire prendre au sérieux.
- Puis les journaux ont commencé à en parler, continuai-je. C'était pas mal tes discours, ajoutai-je à l’adresse de Potter.
- Oui, Hermione est très douée pour les écrire, admit-il.
- Mais tu les disais merveilleusement bien, mon chéri, commenta la petite rousse. Toute l'école était en ébullition après.

- C'était affreux ! frissonna-t-il en évoquant ces souvenirs. J'avais en permanence une dizaine de personnes qui essayaient de me parler ou de me féliciter.
- Mais tu avais un garde du corps très efficace, notai-je en regardant sa fiancée.
- Même pas, soupira-t-elle. On sortait ensemble, mais on ne le disait à personne de peur que je sois prise comme cible pour l'affaiblir. J'étais obligée de regarder toutes les blondasses lui faire des mines en faisant semblant de ne rien voir.
- Il me semble que certaines d'entre elles aient été victimes des merveilleux produits de tes frères non ? demanda innocemment Potter.
- Je t'assure que ce n'était pas toujours moi. En fait, comme tu semblais libre, chacune croyait avoir sa chance, et du coup, elles se tiraient dans les pattes sans que j'aie besoin de m'en mêler. Ça, c'était drôle, d'ailleurs. Et une vraie aubaine pour le magasin de Fred et George. Mais pour en revenir au NAV, vous pensez vraiment que nous n'avons servi à rien ?

- Je n'ai pas dit cela. Au fil des mois, on a vraiment senti que l'opinion des gens changeait. On a commencé à recevoir des lettres de dénonciations, anonymes pour la plupart, mais qui nous ont permis d'effectuer des arrestations et de faire échouer des attentats. Les témoins parlaient plus volontiers, aussi. Et après la parution de votre lettre ouverte dans la presse, celle qui exposait les pratiques de Vous-Savez-Qui, et notamment sa façon de punir même ses plus fidèles adeptes, nous avons vraiment senti que toute la population faisait corps avec nous. Les gens ont eu l'impression que le Survivant leur offrait une réelle alternative au pouvoir du Seigneur des Ténèbres. Votre amie Hermione a été brillante sur ce coup.

- En fait, la majeure partie du texte a été rédigée par Malefoy, m'apprit la Weasley pendant que Potter se renfrognait. Son témoignage sur Voldemort et son style incisif nous ont été très utiles.
- C'est la moindre des choses, cracha mon partenaire. Il nous l'a fait payer assez cher. Et crois-moi, il me présente chaque jour les intérêts.
- Je sais, mon chéri, admit la jeune femme d'un ton apaisant, en lui tapotant la main. Il est vraiment pénible avec toi. La propagande n'était pas le seul but du NAV, reprit-elle. L'idée des préfètes-en-chef était aussi de responsabiliser les élèves les plus âgés qui se retrouveraient dehors à la fin de l'année ou l'année suivante. À l'époque, nous ne savions pas combien de temps cette guerre durerait.

- Les préfètes ? Il n'y avait pas de garçons ?
- Si, à l'origine, il y avait deux filles et deux garçons. Mais le préfet de Serdaigle a été tué avec toute sa famille pendant les vacances de Noël, et il a été remplacé par Hannah Abbot. L'autre, c'était Malefoy, et il ne s'est joint à nous qu'en fin d'année.
- Et ensuite, certains élèves sont rentrés dans votre fameux Ordre, c'est ça ? demandai-je me remémorant ma conversation avec Abbot et Thomas, quelques mois plus tôt.
- Oui, exactement. Comme quoi, de ce point de vue, notre mouvement a été efficace. Plus de la moitié des anciens élèves ont voulu s'enrôler.

- Vous pourriez me parler un peu de cet Ordre ou bien est-ce secret ?"

Ils se consultèrent du regard.

"Je pense qu'on peut en parler maintenant, finit par lâcher Potter. C'étaient des personnes sûres que Dumbledore avait rassemblées dès la première guerre. Des gens qui recherchaient des renseignements sur l'ennemi, ou qui tentaient de repérer les traîtres de notre côté. Il a réactivé son réseau quand Voldemort est revenu. Certains ont appartenu deux fois à l'ordre, comme Maugrey. D'autres étaient morts, comme mes parents, alors il les a remplacés.
- Par Shacklebolt et Tonks par exemple ?
- Oui, entre autres.

- Vos condisciples n'étaient pas un peu jeunes pour s'enrôler ? Les membres de votre Ordre devaient être particulièrement visés, non ?
- D'après Hermione, c'était surtout pour les canaliser et qu'ils ne prennent pas trop de risques que Dumbledore les a acceptés, fit remarquer la Weasley. Sauf Harry bien sûr."

Une fois de plus, je me demandai pourquoi c'était Potter qui avait été opposé au Seigneur des Ténèbres alors qu'il y avait des gens comme Dumbledore ou Maugrey sur le champ de bataille.

"Toi non plus, tu ne faisais pas que de la figuration, lui rétorqua affectueusement son fiancé.
- Que faisiez-vous ?" demandai-je.
A ma grande surprise, elle eut l'air gênée.
"Eh bien…
- Elle m'empêchait de devenir dingue, répondit Potter à sa place. Et d'agir trop impulsivement.
- Vaste programme, ne pus-je m'empêcher de commenter.
- Vu les circonstances, Harry était plutôt raisonnable, me contredit-elle.

Je restai tout de même un peu sceptique. Je regardai Potter qui me fit en haussant les épaules :
"Si elle le dit !"

Pris soudain d'un doute, je demandai à la jeune femme :
"Avez-vous été… à la Bataille ?
- Non, Harry n'a pas voulu. De toute façon, j'étais un peu jeune. Ma mère n'a même pas accepté que je fasse officiellement partie de l'Ordre.
- Personne n'a jamais mis en cause tes compétences, ma chérie, lui assura mon partenaire. Mais vu la façon dont ça a tourné, je suis plutôt heureux que tu ne sois pas venue. Je sais que c'est profondément égoïste, mais…
- Harry !" l'interrompit-elle et ils échangèrent un regard. Il semblèrent se dire beaucoup de choses en silence, puis la jeune femme dit tout bas : "C'est mieux ainsi, tu le sais bien."
Potter détourna le regard sans répondre.

Dans le silence pesant qui suivit, je me rappelais qu'Arthur Weasley, le père de la jeune fille, était mort ce jour là. Et il me semblait que son frère Ron y avait été blessé. Un autre frère aussi était décédé à cette période. Cette famille avait chèrement payé son engagement actif dans le conflit.

J'essayais maladroitement de changer de sujet :
"Je ne vous ai pas félicité pour votre mariage imminent", dis-je en direction de la jeune femme.

Elle me sourit :
"Oui, nous sommes dans la dernière ligne droite. Harry n'a plus qu'une semaine pour changer d'avis", ajouta-t-elle en regardant amoureusement son fiancé.

Ce dernier eut ce petit mouvement de tête avec lequel il chassait ses pensées indésirables, et fit l'effort de plaisanter :
"Je pensais que c'était toi qui allais me laisser tomber juste avant les noces. Maintenant que tu travailles avec plein de brillants médico-mages, je n'ai plus qu'à bien me tenir.
- Quelle spécialité avez-vous finalement choisie ? demandai-je.
- Les blessures magiques. On ne sait jamais, avec celui-là, répondit-elle en montrant son fiancé du menton.
- Hé, le dernier qui est allé à l'hôpital, ce n'est pas moi, c'est lui, protesta Potter en me désignant.

- Celui qui nous a donné le plus de mal à soigner, c'est celui que tu as transformé, mon amour.
- Vous avez réussi à le guérir, finalement ? m'enquis-je.
- Oh oui ! Il n'est resté qu'une semaine parmi nous. Nous lui avons redonné son ancienne apparence. Il en a même profité pour se faire recoller les oreilles et réparer son nez qui avait été cassé l'année précédente lors d'une bagarre.
- Eh bien, Potter, tu dois avoir un nouvel adorateur, maintenant.
- Je n’en suis pas certain, douta-t-il. Quand on est arrivés à l'hôpital, il n'arrêtait pas de remuer ses antennes. Si je me souviens bien de mes cours de Soins aux créatures magiques, c'est un signe de colère, généralement."

Il commençait à se faire tard, et je rappelai à Potter que nous avions du travail l'après-midi. Je pris congé de la jolie rousse en remarquant :
"Je suppose que la prochaine fois que nous nous verrons, je devrai vous appeler Madame Potter !
- Oh, surtout pas, s'exclama-t-elle. J'ai l'intention de garder mon nom de jeune fille. Potter est vraiment un nom lourd à porter, de nos jours.
- Quand les jumeaux auront des succursales dans tous les pays et que Percy sera devenu Ministre, tu me supplieras de te laisser utiliser mon nom, lui prédit malicieusement son fiancé.
- Oui, eh bien on verra quand cela se présentera. En attendant, je vais rester la transparente petite dernière des innombrables Weasley, si cela ne te fait rien.
- Comme tu veux mon cœur, mais mignonne comme tu es, tu n'es sûrement pas transparente.

- Harry, je rêve ou tu viens de me faire un compliment ?
- Désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris. La proximité de notre mariage, sans doute.
- Je dois avoir une bonne influence sur lui, me vantai-je.
- C'est très bien Harry, mais n'oublies pas que les compliments ne sont que pour moi, hein ?

- Je me ferai un plaisir d'y veiller, Mademoiselle ! la rassurai-je.
- Eh Stratford ! T'as peur que je n'empiète sur tes plates-bandes ?
- Dis donc, c'est pas toi qui me suppliais du regard de venir t'aider, tout à l'heure ? lui rappelai-je.
- C'est juste qu'elle n'était pas mon type ! Non, ma chérie, c'était pour plaisanter !"

J'entraînai le jeune comique avant qu'il ne se fasse plaquer juste une semaine avant son mariage.

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Un peu plus tard dans l'après-midi, je lui demandai :
"Dis, ton allusion à Percy Weasley Ministre, c'est sérieux ?
- Tu es au courant qu'il a été nommé chef de département en mai dernier ?
- Oui. Aux relations internationales, en plus. C'est pour ça que je te pose la question.
- Note bien que la divination n'a jamais été une de mes matières fortes, mais il est certain que c'est l'ambition avouée de Percy, et qu'il a très bien mené son affaire auprès de la Ministre actuelle.
- Tu veux dire qu'elle va l'aider à arriver à ses fins ?
- Oui. Il devrait devenir son remplaçant quand elle prendra sa retraite.
- Ton mariage avec sa sœur est plutôt avantageux pour lui, je suppose.
- Je ne pense pas que cela lui ait échappé, fit Potter avec un petit sourire.
- Encore un qui a échappé à Serpentard.
- Pardon ?
- Je suis persuadé que tu n'es pas le seul à qui le Choixpeau a proposé Serpentard, et qui a refusé d'y aller à cause des préjugés qui s'attachent à ma maison. En gros, seuls les enfants de Serpentard acceptent d'aller là bas. Ce qui fait qu'il y a plein de personnes qui en auraient les aptitudes mais qui se retrouvent par défaut dans une des autres maisons."

Il réfléchit un moment à ce que je venais de lui exposer.
"A ton avis, le contraire serait vrai ?
- Oui, répondis-je. Certains de mes camarades auraient très bien réussi sous d'autres couleurs. Eux aussi ont été sensibles à la pression familiale, je suppose.
- Le Choixpeau t'a proposé une autre maison ? demanda Potter
- Non. Je suis Serpentard à cent pour cent. Mais toi, pourquoi as-tu refusé d'aller à Serpentard, alors que tu ne connaissais rien au monde magique ?
- J'avais déjà rencontré Malefoy, et l'idée de partager sa maison me révulsait.
- C'était à ce point ?
- Faut croire."

Je faillis lui demander s'il se rendait compte à quel point Malefoy avait influé sur sa vie. Mais je me retins. Je ne suis pas idiot au point de me mettre à dos un Survivant, futur beau-frère d'un futur Ministre de surcroît.


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Le vendredi soir, avant qu'il ne quitte la Ruche pour deux semaines, je lui demandai :
"Où avez vous prévu de passer votre voyage de noces ?
- Ah ça ! C'est un secret particulièrement bien gardé. Ginny et moi n'avons pas envie que les jumeaux le sachent, et eux ne reculent devant aucun obstacle pour l'apprendre. Ils ont fouillé trois fois notre chambre à fond cette semaine, dans l'espoir de recueillir des indices. Mais on leur a déjà donné carte blanche pour l'organisation de la réception et mon enterrement de vie de garçon, alors ça suffit !

- Euh Potter, t'es sûr que c'est une bonne idée ?
- Tu sais, les derniers mariages de la famille, c’étaient celui de Percy, terriblement formel, et celui de Ron qui s'est déroulé chez les moldus. Alors on s'est dit que ce serait sympa que le nôtre soit amusant. Mais ne t'en fais pas, Ginny leur a bien fait comprendre les limites à ne pas dépasser, et je crois qu'ils savent de quoi elle est capable s'ils gâchent son mariage. Et puis Molly aussi leur a bien fait la leçon. Ils ne sont pas stupides au point de se fâcher avec deux femmes Weasley en même temps.

Je fus amusé de constater qu'il ne se considérait pas apte à effrayer les deux affreux.

"En tout cas, je suppose que ton enterrement de vie de garçon sera inoubliable !
- Je le crains, oui !
- Bon, je suppose que je suis censé te souhaiter tout plein de bonheur et autres lieux communs du même acabit ? dis-je en lui tendant la main.
- Si tu as le moindre sens des convenances, tu ne peux pas y couper", répondit-il en la serrant.

Mais son sourire me prouva qu'il avait bien compris que, malgré ma boutade, mes vœux étaient sincères.

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Le lundi matin, j'aurais bien aimé avoir des échos du mariage Potter à la sauce Weasley. Je supposai que ses amis Bones, Abbot et Thomas avaient été invités, mais je ne les connaissais pas suffisamment pour leur demander de m'en faire le récit. Lendemain, je surpris entre Bones et Tonks une réplique qui me fit comprendre que cette dernière et Shacklebolt y avaient eux aussi assisté.

Le jeudi, j'eus enfin l'occasion d'en toucher un mot au commandant :
"Alors, ce mariage ?
- Tu espères encore que Potter a échappé à l'emprise que tu esquives avec tant de brio depuis vingt ans ?
- Non. Je ne me fais aucune illusion sur les capacités de Ginny Weasley d'arriver à ses fins. Mais Potter m'a dit que les jumeaux infernaux avaient été chargés de l'organisation, et je me demande ce que cela a donné.
- Ah, d'accord ! Pour la première partie, ils ont été d'une étonnante discrétion. La cérémonie s'est déroulée dans le calme et c'était très beau de voir ces deux petits jeunes s'unir après tout ce qu'ils ont vécu. Tu sais, j'ai fait la connaissance de Harry quand il avait quinze ans et je peux te dire qu'il a parcouru du chemin depuis.

- Comment était-il à quinze ans ?
- En colère, soupira Shacklebolt. Ecrasé par tout ce qui lui tombait dessus. Et très seul, malgré ses amis. Tout le monde a été soulagé quand il s'est mis à sortir avec la petite Weasley deux ans plus tard. Elle était un peu fofolle à cette époque mais, comme tous les membres de sa famille, elle a su faire preuve d'un grand sens des responsabilités. Enfin, pour en revenir au mariage, on peut dire, pour résumer, que tous les petits fours étaient piégés. Je me suis retrouvé un certain temps avec des pieds à la place des mains. Pas pratique du tout pour profiter du buffet. J'ai pleinement compris la signification de l'expression "s'y prendre comme un pied" ! Tonks était superbe en sirène. Elle avait transformé ses cheveux pour qu'ils ressemblent à des algues, et l'effet était saisissant. Par contre, tout le monde trébuchait sur sa queue et avait tendance à lui tomber dessus."

Il grimaça à ce souvenir, et continua :
"La soirée dansante a été originale : c'est une urne magique qui formait les couples. Je ne savais pas que Dean Thomas était si bon danseur, mais sa tendance à vouloir mener m'a un peu gênée. Et puis j'aurai préféré une compagnie plus féminine pour cette valse. J'ai eu plus de la chance pour le slow, je suis tombé sur Mrs Londubat. A propos, elle t'a trouvé charmant, et m'a demandé de faire parvenir ses salutations à toi et à ton épouse. Aurais-je raté un épisode ?
- Non, c'était juste pour qu'elle ne s'avise pas de me trouver une fiancée.
- Je me disais aussi !

- Eh, tu peux parler, t'es pas marié, toi, à ma connaissance !
- J'ai six ans de moins que toi, et à mon avis, je n'en ai plus pour longtemps. Cette noce a donné des idées à Tonks.
- Félicitations, Commandant.
- Tu sais, ton petit sourire ironique me fait un peu douter de ta sincérité. Bref, on a ensuite eu droit à un très joli spectacle Fuseboum.
-C'était la moindre des choses.
- Oui, j'imagine.
- Et est-ce que les tourtereaux ont réussi à échapper au duo effroyable pour leur lune de miel ?
- Les jumeaux avaient l'air de penser qu'ils avaient débusqué leur refuge, mais vu que leur sœur a plus d'un tour dans son sac, je n'en suis pas certain. Il faudra le demander à Potter quand il reviendra."

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Je n'avais pas pris de vacances entre Noël et le Jour de l'An – cela ne peut pas être toujours les mêmes qui en profitent – mais je me rendis le vingt-quatre au soir chez mes parents. Je n'avais pas davantage envie d'y aller que les autres années, mais j'avais une fois de plus cédé aux instances de ma mère. De toute façon, Christina passait les fêtes dans sa propre famille.

J'étais à peine arrivé que Titus s'arrangea pour me prendre à part.
"Dis, Oncle William, les grands à Poudlard, ceux qui avaient de droit de sortir, ont raconté que Harry Potter avait poursuivi un malfaiteur au-dessus de Pré-au-Lard en balai. C'est vrai ? Tu y étais ?
- Oui, c'est vrai. Et j'y étais effectivement. Cela faisait une semaine que nous étions en planque pour lui mettre la main dessus.
- Il avait tué quelqu'un ?
- Non, c'était juste un voleur, répondis-je, bien conscient que mon prestige s'en trouverait amoindri
- Ah bon ! fit Titus effectivement déçu.
- Mais tu sais, il avait volé un Foudre de guerre pour accomplir ses méfaits alors on nous en a prêté pour qu'on puisse le poursuivre.
- Tu es monté sur un Foudre de Guerre !" Là, l'envie avait remplacé la déception.
"Oui, dommage que j'aie dû le rendre.
- Ça oui, c'est dommage, dit Titus, d’un ton dépité.

- Au fait, Potter m'a demandé de tes nouvelles. Je lui ai dit que tu avais été pris comme batteur dans ton équipe.
- C'est moins bien qu'attrapeur, regretta Titus, mais il parut fier que Potter se se soit enquis de ce qu'il devenait.
- Tu sais, si les batteurs ne font pas bien leur travail, l'attrapeur ne peut rien faire, sauf s'il s'appelle Harry Potter bien sûr !
- C'est vrai. Mais j'ai encore des progrès à faire.
- Tu as amené ton balai ?
- Oui.
- Moi aussi. On se fera un petit entraînement demain, si tu le veux. J'ai prévu de rester toute la journée.
- D'accord ! s'exclama-t-il.
- Dites donc vous deux, intervint ma sœur. Vous avez fini vos messes basses ! On passe à table."

Cette année-là, j'avais fait mes achats dans un certain magasin de Farces et Attrapes, ce qui fait que, pour une fois, les cadeaux que j'avais apportés pour mes neveux leur firent vraiment plaisir. Gwen n'eut pas l'air ravie, mais Léopold sembla penser que c'était de leur âge de faire éclater des pétards dans tous les coins. Je fus étonné de constater que mes parents, quoique levant les yeux au ciel à chaque pétarade, s'abstinrent de tout commentaire.

Notre séance de Quidditch fut plaisante. Octave et Léopold y participèrent, et nous organisâmes une mini-course de balais en équipe qui fut assez amusante. Pour une fois, la journée passa rapidement, et je fus presque déçu de devoir les quitter le soir venu. Je promis à mes neveux de revenir la semaine suivante pour la soirée du Nouvel An.

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Le lundi suivant, le 30 décembre, Potter revint travailler.
"Alors, pas de regrets ? lui demandai-je.
- Je me suis fait une raison", répondit-il en souriant béatement et en faisant tourner, autour de son annulaire, un fin anneau doré.

J'espère que je n'aurai jamais l'air aussi stupide en pensant à une femme.

- Eh Harry ! Les jumeaux vous ont eus, ou pas ? demanda Thomas qui était venu saluer son copain avec Abbot et Bones.
- Hé, hé ! On leur a échappé. Je les ai vus hier soir, ils étaient vexés comme des poux. Ça leur fera les pieds."

Tandis que les petits jeunes éclataient de rire et retournaient à leur bureau, je remarquai que Malefoy regardait la scène d'un air dégoûté.

"Il est au courant ? demandai-je à mon partenaire.
- Bien sûr ! Kat était le témoin de Ginny.
- Rassure-moi. Tu n'as pas été obligé de l'inviter, lui.
- Je n'ai pas été très exigeant sur l'organisation du mariage, mais c'est un point sur lequel j'ai été très clair. Kat a très bien compris."

Potter se remit vite dans le bain. Le lendemain, je le quittai vers quatre heures de l'après-midi, pour me préparer pour le réveillon. Lui était de garde pour la soirée.

Le réveillon se passa sans événement particulier. Sauf, peut-être, que j'eus presque une conversation normale avec mon père sur la neige qui était particulièrement épaisse cette année.

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Christina devait rentrer chez elle le samedi suivant dans la soirée, ce fut pourquoi je n'allais la voir que le dimanche en début d'après midi.

Dès qu'elle m'ouvrit, je sus que quelque chose clochait. Elle n'avait pas son entrain habituel, et elle évitait mon regard. Je sentis l'anxiété me mordre le ventre, mais je fis comme si de rien n'était, et j'attendis qu'elle ouvre les hostilités. Je n'eus pas longtemps à patienter. A peine fus-je installée sur le canapé qu'elle s’assit dans le fauteuil qui y faisait face et, sans me regarder, elle prononça :
"J'aimerais qu'on parle tous les deux."

En règle générale, ces termes n'augurent rien de bons. Je me demande si les femmes sont conscientes de l'agressivité contenue dans cette petite phrase.

Un lourd silence s'installa, et je réalisai qu'elle attendait une réponse de ma part. Mentalement, je me mis à pester contre la gent féminine. Non seulement elles nous assomment, mais en plus, elles exigent une participation active de notre part.

"Oui ? prononçai-je sans me mouiller.
- Tu sais, j'étais chez mes parents pour les fêtes. Il y avait mon frère et sa femme, et puis ma sœur et sa famille. Ma sœur vient d'avoir un autre bébé…"

Elle fit une pause, comme si elle ne savait pas comment préciser le message qu'elle voulait faire passer. Elle aurait tout aussi bien pu s'arrêter là, car maintenant qu'elle avait prononcé le mot magique, je savais par cœur ce qu'elle allait me dire. Je l'avais entendu une bonne dizaine de fois, et je pouvais dès à présent lui prédire l'exact contenu des conversations qui nous mèneraient à l'inexorable rupture.

Par des phrases hachées et hésitantes, elle m'exposa que sa sœur, qui avait deux ans de moins qu'elle, en était à son troisième enfant. Qu'elle-même allait avoir trente cinq ans, et que si elle n'avait pas d'enfant dans les trois-quatre ans qui venaient, elle n'en aurait jamais.
"Qu'en penses-tu ? conclut-elle.
- Je ne vois pas très bien en quoi mon opinion pourrait changer quoi que ce soit, lui répondis-je, bien conscient que ce n'était pas la réponse qu'elle attendait.

- Il faut être deux pour faire un enfant et l'élever, précisa-t-elle.
- En gros, tu me demande d'être le père de ton enfant, dis-je, allant droit au but cette fois.
- A t'entendre, ma demande est parfaitement irréaliste.
- Il n'était pas question de cela entre nous jusqu'à maintenant. Tu voudrais changer les termes de notre relation de façon brusque et unilatérale et moi, je dois sauter de joie !
- Quand je t'ai proposé de changer notre relation de façon brusque en avril dernier, tu ne t'es pas plaint."

Evidemment, je ne suis pas stupide au point de me plaindre quand une femme me saute au cou !

"Je pensais que la relation que nous avions te convenait. Il n'a jamais été question d'enfants ou autre chose.
- Moi aussi je pensais que cela me convenait. Mais je m'étais trompée, je m'en rends compte maintenant. Et puis la situation a changé. Cela fait maintenant plus d'un an que nous nous connaissons, et neuf mois que nous avons une liaison. Cela ne signifie rien pour toi ?
- Cela signifie que nos visites dans Londres et le temps que nous passons au lit me plaisent. Rien de plus."

Alors que je prononçais ces derniers mots, je vis son visage se décomposer. Cela me fit mal de la voir ainsi et j'essayais d'adoucir ce que je venais de dire.
"Ecoute, je ne peux pas décider en deux minutes de prendre une décision qui bouleversera ma vie. Cela fait manifestement un petit moment que tu penses à tout ça. Tu me prends de court, là.
- Acceptes-tu au moins d'y réfléchir, me demanda-t-elle.
- Je vais y penser, mais je ne peux rien te promettre.
- Je comprends", murmura-t-elle, manifestement au bord des larmes.

Sans m'en rendre compte, je m'étais mis debout. Rester dans ce salon m'était insupportable, j'étouffais, j'avais besoin de prendre l'air, de marcher.

"Il vaut mieux que je parte", dis-je très vite.
Elle eut un geste fataliste de la main, comme si tenter de me retenir, ou même de me répondre était au-dessus de ses forces. Moins de dix secondes plus tard, la porte de sa maison claquait derrière moi.

Je me mis à marcher au hasard, enfilant les rues les unes après les autres, sans tenter de me repérer. La première heure, ce fut la colère et l'incompréhension qui dominèrent. Mais qu'est ce qui lui prenait de vouloir tout changer. Nous étions très bien comme ça. Pourquoi diable fallait-il que cela finisse toujours ainsi ? D'où leur venait cette rage de se reproduire, de s'enchaîner, de rentrer dans ce moule de conformité qui se nomme famille.

Ne peut-on réussir sa vie sans se marier et mettre au monde des enfants portant notre nom. Serai-je diminué si le nom de Stratford n'existait plus à la prochaine génération. N'existons-nous que dans nos descendants ?

Pouvait-on dire que la vieille McGonagall avait raté sa vie parce qu'elle était restée vieille fille ? Elle avait formé à la métamorphose plusieurs générations de sorciers. Tout ceci serait-il réduit à néant parce qu'aucun enfant ne reprenait ce nom imprononçable ?

Puis ma colère se retourna contre moi. Pourquoi diable avais-je dit à Christina que j'allais y réfléchir. C'était fait depuis longtemps. Ma décision avait été prise à la seconde où j'avais compris où cette conversation allait nous mener. Pourquoi lui avoir donné de faux espoirs ? Il était hors de question pour moi de prendre l'engagement qu'elle espérait. Le mieux que je pouvais faire pour elle, était de rompre le plus vite possible pour qu'elle puisse se trouver le géniteur de ses rêves.

A cette pensée, je m'arrêtai. Oui, je devais rompre, bien sûr, mais pourquoi ressentais-je une telle répugnance à envisager cette nécessité ? N'avais-je pas désormais l'habitude de ce genre de scène ? On m'avait tout fait je crois : la colère, les larmes, le chantage au suicide, l'indifférence, le mépris, les insultes et j'avais même reçu une claque une fois.

La meilleure solution était de retourner la voir immédiatement et de lui expliquer qu'il était, pour moi, impossible de lui donner ce dont elle avait besoin. Que cela n'avait rien avoir avec elle, qu'elle trouverait sans doute quelqu'un qui la rendrait plus heureuse que je n'étais capable de le faire.

Mais pour la première fois de ma vie sentimentale, je fus lâche. Au lieu de régler cette affaire une bonne fois pour toutes, je rentrai chez moi, remettant à plus tard cette scène qui me rebutait.

Je ne revins cependant pas directement dans mon appartement, préférant aller faire un tour sur le Chemin de Traverse. J'en parcourus toute la rue, ainsi que les ruelles adjacentes. A chaque boutique, je me disais que non, vraiment, Christina n'avait rien à faire dans ce monde, et que toute cette histoire était une erreur depuis le début.

J'allais dans plusieurs pubs, éclusant les whiskies, regardant les gobelins qui étaient de sortie ce soir-là, en espérant que l'un d'eux me donne l'occasion d'user à bon droit de la hargne qui m'habitait. Mais malheureusement pour moi, c'était une soirée calme, et nulle bagarre ne vint me détourner de mes noires pensées. Je finis par abandonner et rentrer chez moi pour une nuit d'insomnie.


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L'aveu by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.

- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XIX : L'aveu


La semaine qui suivit ma discussion avec Christina, j'eus beaucoup de mal à me concentrer sur mon travail. Tous les matins, je me levais en me disant que le soir, j'allais retourner la voir pour lui dire que tout était terminé. Mais chaque soir, je me trouvais une excuse bidon pour remettre cette corvée d'une journée supplémentaire.

Je suppose que j'étais assez difficile à supporter pour mon coéquipier. Heureusement, tout à son bonheur de jeune marié, il était imperméable à mes sarcasmes et acceptait sans broncher le surcroît de travail que lui occasionnait le fait que plus personne ne veuille avoir affaire avec moi.

Le vendredi soir, cependant, je me dis que cela suffisait, que je ne pouvais indéfiniment faire traîner les choses, et que j'allais mettre ce soir même un point définitif à toute cette histoire.

Alors que je songeais à partir, répétant mentalement pour la centième fois ce que j'allais dire à Christina, Potter s'approcha de moi.
"Tu as des projets pour la soirée ?"

Rien d'important, répondis-je dans mon for intérieur, je dois juste aller rompre avec la moldue dont je suis tombé amoureux.

C'est alors que l'évidence me creva les yeux. Oui, c'était ça qui était en train de m'arriver. J'étais tombé amoureux, voilà tout. Je sus alors que je n'arriverais pas à rompre si facilement avec elle. Que sans doute j'allais encore me défiler ce soir. Mais qu'est-ce que j'allais faire, par Merlin ?

Potter attendait patiemment ma réponse, me dévisageant d'un air inquiet. Décidément, j'étais pathétique. Je soupirai :
" Tu as quelque chose à me proposer ? demandai-je.
- On va boire un verre ?
- C'est d'accord."

Nous nous rendîmes à notre endroit habituel. Pendant un long moment, je ne dis rien, et Potter, qui commençait à bien me connaître, attendit patiemment que je me décide à cracher le morceau. Finalement, je lui demandai de but en blanc :

"Pourquoi tu t'es marié ?
- Tu veux dire, pourquoi j'ai eu envie d'épouser Ginny ?
- Oui.
- Eh bien, euh… c'était déjà pas facile de lui dire à elle, alors à toi !"

Il sembla cependant considérer que la situation méritait qu'il fasse un effort car il se lança laborieusement :

"Bon, euh… Disons que je me sens bien avec elle, que… enfin, que je l'aime, quoi, et je voulais le lui prouver, devant tous nos amis."

Il resta pensif quelques instants, avant de conclure :

"C'est avec elle que je me vois faire ma vie, et pas une autre, même si je ne peux pas vraiment dire pourquoi."

Il me jeta un coup d'œil embarrassé avant de se plonger dans la contemplation de sa chope. Je n'étais pas très à mon aise, non plus. Et puis j'étais troublé par le contenu de sa réponse. C'est vrai que j'étais bien avec Christina, mais avais-je envie de "faire ma vie" avec elle ? Etais-je prêt à l'assumer devant tous les amis ? Ce doute ne signifiait-il pas que mes sentiments n'étaient pas assez forts ? A moins que cet altruisme ne soit qu'un signe distinctif de Potter et des grands sentimentaux que sont les Gryffondors !

Potter, maintenant, souriait d'un air attendri à sa Bièraubeurre. Mon embarras redoubla. Cet étalage de sentiments me paraissait de plus en plus impudique. Mais ressentais-je cette gêne parce que j'étais moi-même incapable de ressentir cette émotion ou parce qu'il n'était pas dans ma nature de la montrer ainsi ?

"Cela ne veut pas dire que nous ne nous disputons jamais, reprit Potter, qui avait renoncé à faire les yeux doux à son verre. Des fois, elle m'énerve beaucoup, et moi aussi, je l'exaspère. Parfois je n'ai pas envie d'être gentil avec elle parce que je suis en colère ou que je lui en veux. Mais d'une façon ou d'une autre, je m'arrange toujours pour ne pas dépasser les bornes et ne rien dire ou faire qui mettrait fin à notre relation. On a failli casser une fois, et ça a été très dur. Je ne veux plus jamais revivre ça. Tu vois, rien que d'y repenser, je me sens mal."

C'était peut-être ça, le signe. Durant tous ces mois, malgré la difficulté croissante à cacher mes origines, je m'étais donné beaucoup de mal pour ne pas mettre en péril notre relation. Et maintenant, j'étais au trente-sixième dessous à l'idée de rompre définitivement. Oui, si c'était une preuve de mon attachement, mon cas n'était pas grave, il était désespéré. Je ressentis soudain le besoin urgent d'aller la voir pour lui dire que je l'aimais et que je ne voulais pas la quitter. Mais presque en même temps, je me sentis glacé à l'idée de m'engager définitivement, a fortiori avec une Moldue. Une fois de plus, le découragement me submergea.

Potter, qui m'observait, finit par me dire :
"C'est ta Moldue, c'est ça ?
- Oui. Elle veut que je m'engage ou que l'on arrête.
- Et qu'est ce qui t'ennuie le plus ? L'engagement ou le fait qu'elle soit moldue ?
- Les deux, je suppose... Enfin non, l'engagement, c'est le plus gros morceau pour moi. Elle veut des enfants, tu vois.
- Je vois. Cela fait quatre ans que Ginny en parle.
- Quatre ans, déjà ? Mais elle s'y est pris drôlement tôt, non ?
- Il faut se remettre dans le contexte. A l'époque, j'allais affronter Voldemort, et personne ne pouvait prédire si je survivrais. Et puis tu sais, les Weasley ont le culte de la famille.
- Et toi ?
- Maintenant que tout est derrière moi, je désire vraiment créer la famille que je n'ai jamais eue.
- Mais cela ne te fait pas peur ? Tu ne te poses pas de questions ?
- Si, bien sûr. Je me demande si je saurai être un bon père. Mais je fais confiance à Ginny. Et puis, je vois bien que Bill et Percy n'ont pas l'air trop malheureux avec leurs marmots."

Quand il avait dit qu'il voulait créer la famille qu'il n'avait jamais eue, j'avais fugitivement pensé que c'était peut-être ça l'explication : il souhaitait fonder une famille car il ignorait ce que c'était. Mais l'engagement des Weasley, pourtant bien placés pour en connaître les inconvénients, ruinait ma théorie. Quoique le Bill avait peut-être perdu certaines de ses facultés intellectuelles à trop fréquenter une vélane. Quant à Percy Weasley, il devait penser que cela faisait plus sérieux d'être marié pour briguer un poste à hautes responsabilités.

Potter me considéra pensivement, et finit par dire :
"Allez, viens. Je vais te présenter la meilleure cuisinière du monde sorcier."

C'était toujours mieux que d'aller me saouler la gueule tout seul dans un bar comme je l'avais fait toute la semaine !
"Je te suis."
Nous nous rendîmes à la Halle aux Poudres, et je m'engouffrai dans l'une des cheminées en criant "Le Siège", ainsi qu'il me l'avait indiqué. Quel drôle de nom pour un restaurant !

Mais en émergeant dans un vestibule aux murs couverts de photographies de rouquins nous saluant de la main, je réalisai mon erreur. Je n'étais pas dans un endroit public, Potter m'avait entraîné dans un repaire de Weasley. Et il était un habitué des lieux, si j'en jugeais par la familiarité avec laquelle il quittait ses chaussures pour mettre de confortables pantoufles.

Il me guida jusqu'à la cuisine. Une femme rousse, boulotte, au visage avenant, ayant sans doute une dizaine d'années de plus que moi, s'y trouvait.

"Bonsoir Molly ! Je vous amène un invité, dit Potter. Je vous présente mon partenaire William Stratford. Voici Molly Weasley", ajouta-t-il à mon intention.

Molly Weasley me salua chaleureusement et me demanda :
"Vous restez dîner ?"

Je regardai Potter, hésitant un peu. Ne devait-il pas rentrer chez lui pour retrouver sa femme ?

"Ginny est de garde de nuit toute la semaine, c'est pour cela que je viens manger ici. Veux-tu te joindre à nous ?
- Pourquoi pas", répondis-je, doutant que Léopold ait l'idée de s'inviter chez mes parents à cause d'un empêchement de Gwen.

Tandis qu'une troisième assiette s'ajoutait aux deux qui se trouvaient déjà sur la large table, mon hôtesse me proposa un apéritif. J'acceptai avec reconnaissance un Whisky Pur feu. Elle me posa ensuite quelques questions, mais constatant que je n'étais pas d'humeur à parler, elle me laissa tranquille, et entreprit de conter avec volubilité les nouvelles du jour à Potter.

Nous apprîmes ainsi qu'un certain Arthur avait été très sage, que Charles n'était pas loin de savoir marcher, que Pénélope et Percy étaient invités le lendemain à une soirée, et qu'il fallait donc aller garder Ulysse. Cela ne t'ennuie pas de rester tout seul demain soir Harry, mon chéri ? Harry-mon-chéri assura qu'il se débrouillerait bien, d'autant que Helpy et Spotty seraient ravis d'être aux petits soins pour lui.

Effectivement, acquiesça Mrs Weasley. Au fait Hermione a envoyé un hibou pour s'excuser de ne pouvoir venir déjeuner dimanche prochain car elle a une expérience en cours. C'est très bien les expériences, mais elle devrait penser à faire un bébé, tu ne crois pas, tu pourrais d'ailleurs lui en toucher deux mots. Mais Harry-mon-chéri affirma être convaincu que la fameuse Hermione avait sans aucun doute tout planifié et qu'un ou deux bébés finiraient bien par apparaître entre deux expériences. D'ailleurs, il ne se sentait pas très concerné par la question, c'était plutôt avec Ron qu'il fallait aborder le sujet.

Molly Weasley se tourna à ce moment vers moi et me demanda si j'avais des enfants. Je lui répondis que j'avais deux neveux, mais je fus incapable de lui dire l'âge exact du plus jeune.

"Ah, c'est bien les hommes, fit remarquer Mrs Weasley. Ils ne se rappellent jamais ce genre de choses. Arthur oubliait régulièrement les âges et les dates d'anniversaire de ses propres enfants."

J'avais eu une ou deux fois affaire à Arthur Weasley dans le cadre de mes enquêtes. Je revis sa silhouette dégingandée, son crâne roux un peu dégarni, ses robes usées et son air illuminé dès que la conversation portait sur les Moldus. Je l'avais toujours considéré comme un petit fonctionnaire un peu raté, ayant une passion aussi bizarre et qu'incompréhensible pour le monde non magique. J'avais d'ailleurs été très étonné d'apprendre qu'il avait participé à la Bataille.

Maintenant, je me disais qu'il n'était pas aussi raté qu'il le paraissait. Il avait manifestement très bien réussi un pan de sa vie qui m'était inconnu. Je comprenais mieux qu'il ait pu risquer sa vie pour défendre notre communauté.

Et moi, serais-je allé à cette maudite Bataille si je n'avais pas été Auror ? Qu'aurais-je eu à défendre ? Mais qu'est ce qui avait foiré dans ma vie pour que je me pose ce genre de question ? Une fois de plus je m'interrogeai : était-ce si important de se marier, d'avoir des gosses ?

Les femmes n'avaient manqué dans ma vie. J'étais pas trop mal foutu, j'avais un métier valorisant, et j'avais pas ma langue dans ma poche quand il s'agissait d'emballer. J'avais même failli me marier une fois. Elle s'appelait Celyn. Elle m'avait plaqué deux mois avant la date prévue pour notre mariage.

Mais tout ceci remontait à plus de quinze ans maintenant. Quinze ans de rencontres, de liaisons qui ne duraient de quelques mois, et que je prenais soin d'interrompre quand ma compagne commençait à se faire des idées sur mes intentions. J'avais passé de très bons moments, bien sûr, mais dans cette maison chaleureuse, j'avais l'impression d'avoir raté quelque chose d'essentiel.

Et Christina dans tout ça ? Quel rapport avec elle ? Pourquoi avec elle avais-je l'impression que c'était différent ? Avais-je trouvé ma place auprès d'elle comme Harry-mon-chéri dans cette cuisine ?

Je regardai Potter. Il écoutait le discours qui lui était adressé en souriant doucement, manifestement heureux de se trouver là. Tout le monde sorcier s'était demandé pendant des mois où le vainqueur de Vous-savez-qui se cachait après la grande Bataille. Les supputations les plus folles avaient été lancées.

Mais la vérité était tellement triviale que personne ne s'en était approché : le Survivant se reposait tout simplement dans sa famille. Car, nonobstant l'absence de tout lien de sang, et sans que son récent mariage y soit pour quelque chose, il était évident que c'était ainsi qu'il considérait les Weasley.

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Quand, trois heures et deux parts de gâteau au chocolat plus tard, je pris congé, je m'excusai de m'être montré un si piètre invité. Mais mon hôtesse me sourit, et me dit que cela n'avait aucune importance. Ce qui comptait, c'était que maintenant, je savais où j'en étais.

Je me sentis confus d'avoir été si transparent, mais en même temps, je me sentis rassuré par ce qu'elle venait de dire. C'était comme si elle approuvait la résolution que je venais de prendre. Je saluai rapidement Potter, et rentrai chez moi. Je revêtis mes vêtements moldus et, profitant qu'il faisait largement nuit, je transplanai dans un parc se trouvant à proximité de la demeure de Christina.

Elle mit un certain temps à venir m'ouvrir. Elle parut surprise de me voir sur le seuil de sa maison.

" William ?
- Il faut qu'on parle."

Elle me regarda un moment puis s’effaça pour me laisser passer. Elle me suivit sans un mot alors que je montais à l'étage et me dirigeais vers le salon. Je m’assis sur le canapé.

"Tu veux du thé ?" me demanda-t-elle.

J'aurais préféré un whisky, mais je me dis qu'elle aurait sans doute besoin d'un thé bien fort pour digérer ce que j'avais à lui dire.
"Je veux bien, oui, merci."

Elle alla en préparer à la cuisine, et revint avec un plateau sur lequel elle transportait deux tasses et une théière. Elle posa le tout sur la table basse, laissant le thé infuser. Elle s'assit sur le fauteuil qui me faisait face, et me considéra, l'air résigné. Cela me serra le cœur, et du coup, les mots ne me venaient plus. Finalement, c'est elle qui rompit le silence :

"Je pensais que je ne te reverrai plus jamais.
- Il n'est pas dans mes habitudes de disparaître sans explications, répliquai-je, vivement.
- Alors tu veux qu'on arrête ?"

Oh, par Merlin, j'avais réussi à lui faire croire que je venais pour rompre. Un court instant, je faillis répondre par l'affirmative. A l'idée de toutes les explications que j'aurais à lui donner, toutes les justifications à fournir auprès des miens, je me dis qu'elle me montrait le chemin plus simple, le moins difficile. Que ce serait plus aisé pour elle, aussi. Elle aurait de la peine, bien sûr, mais elle m'oublierait et se trouverait bien un moldu qui la rendrait heureuse. Et puis c'était si facile. Il suffisait d'un simple oui.

Je crois que c'est cela qui m'arrêta. Je ne suis peut-être pas un Gryffondor, mais je n'étais pas allé si loin avec elle, pour rompre par facilité. Certes, la voie que je choisissais risquait d'être ardue, mais j'en étais capable, bon sang !

"Non. Je voudrais continuer. Je… Ecoute, cela fait quinze ans que je pense que je ne suis pas fait pour le mariage ni pour avoir des enfants. Quinze ans, aussi, que je ne suis pas tombé amoureux. Je… Sans doute le plus simple pour moi serait de rompre. Mais j'ai vraiment envie de continuer avec toi, alors… je suis prêt à reconsidérer certaines choses. Mais il faut me laisser un peu de temps.
- Tu penses être… amoureux de moi ?"

Je grimaçai.
"Je n'ai plus vingt ans et je ne crois pas trop aux grands serments, aux envolées lyriques et tout ce qui s'ensuit. Tout ce que je sais, c'est que rompre avec toi m'est insupportable et que j'ai passé une des pires semaines de ma vie.
- Ma semaine à moi non plus n'a pas été très… productive, avoua-t-elle.

- Je ne suis pas très romantique, tu sais, la prévins-je.
- Je pense que je l'ai remarqué, répondit-elle.
- Je suis quelqu'un d'assez bizarre, essayai-je de lui expliquer.
- Cela ne m'avait pas échappé non plus.
- Hum… je pense que c'est pire que tu ne crois.
- J'ai beaucoup d'imagination.
- Pas à ce point.
- Si tu m'expliquais, William ?
- Je ne suis pas Canadien.
- Pas possible, commenta-t-elle avec une ironie marquée.
- Ah, euh… "

Mais comment allais-je tourner cela sans qu'elle me prenne pour un dingue, pour qu'elle me croie.
"Je fais partie d'un groupe de personnes un peu particulières…
- Qui ne savent pas ce qu'est une Rolls, la BBC ou un tableau électrique.
- Oh !"

Je pensais avoir été meilleur que cela. Bon, autant régler cela une fois pour toutes. Je lui devais bien ça.

"Je suis un sorcier."

Elle me fixa avec une expression interrogative.

"Sorcier ? C'est quoi ? C'est une secte ? demanda-t-elle enfin, comme cette idée ne lui plaisait pas particulièrement.

- Non, enfin, je ne crois pas. Cela signifie que j'ai des pouvoirs magiques".

Elle est restée un moment sans expression, puis a prononcé avec colère :
"Je ne trouve pas ça drôle. Moi je suis sérieuse. Je te parle de notre avenir et toi, tu me racontes des conneries. Si tu es incapable de t'engager, aies au moins le courage de me le dire et barre-toi !
- Ce n'est pas une plaisanterie !"

Je pris mon imperméable que j'avais posé à côté de moi et en sortis ma baguette magique. Je me suis senti coupable en le faisant. On m'avait toujours dit qu'il ne fallait pas faire de magie devant les moldus, et j'avais du mal à combattre mon conditionnement.

Je pu lire dans les yeux de Christina une lueur de crainte. Elle devait me prendre pour un dingue, et se demandait ce que j'avais l'intention de lui faire avec mon morceau de bois. Je réfléchis à toute vitesse. Que faire pour qu'elle comprenne, sans l'effrayer encore davantage ?

J'avisai la théière fumante qui était posée sur la table basse. Je posai ma baguette dessus et la transformai en tortue. L'avantage de choisir cette forme, c'est que lorsque vous voulez la récupérer pour mettre fin à l'enchantement, elle n'est pas trop loin. Les souris, c'est mignon, mais ça a tendance à se carapater à toute allure.

Elle resta plusieurs secondes sans réagir. Puis elle avança la main vers l'animal, sans pour autant oser le toucher.

"Cela ne mord pas, tu sais, tentai-je de la rassurer. Enfin, ne met pas ton doigt trop près de sa bouche, elle risque de te pincer si elle te confond avec une feuille de salade."

Elle me regarda, comme stupéfaite de ma remarque terre à terre, et avança davantage sa main tremblante et la posa sur la carapace. Comme si ce contact avait fait entrer la réalité dans sa conscience, sa bouche s'ouvrit, mais aucun son n'en sortit. Enfin, elle murmura :

"Comment as-tu fait ça ?
- C'est de la magie. De la métamorphose, pour être précis.
- Ce n'est pas possible.
- Si.
- Ça se saurait
- On se donne beaucoup de mal pour que cela ne se sache pas.
- Alors pourquoi tu me le dis ?
- Parce que nous ne pouvons pas aller plus loin tous les deux si je ne te le dis pas."

Après un petit silence elle me demanda :
"Tu crois qu'il faut qu'on lui donne à manger ?
- Inutile de te donner cette peine !"

Je posai de nouveau ma baguette sur la tortue et j'annulai la transformation.

"Tu ne peux pas me la laisser ?
- En fait, je prendrais bien une tasse de thé, lui répondis-je.
- Oh !"

Elle regarda la théière qui avait repris sa forme première, comme si elle avait oublié la raison de sa présence sur la table. Elle ne fit aucun geste en sa direction, comme si elle craignait désormais de s'en servir. Je pris l'initiative de nous verser une tasse à tous les deux.

"J'ai l'impression de rêver, dit-elle après avoir précautionneusement avalé quelques gorgées de liquide brûlant.
- Je suppose.
- Cela fait beaucoup de choses à la fois.
- Oui. Par quoi veux-tu qu'on commence ?
- Tu veux vraiment qu'on continue tous les deux ?

- Oui, j'ai envie de continuer avec toi, répondis-je.
- Moi, je veux des enfants.
- Je commence à y penser.
- Tu commences seulement ?
- C'est déjà beaucoup pour moi.

- Tu crois qu'un jour tu en auras suffisamment envie pour en faire ?
- Je n'ai jamais été aussi proche d'en avoir envie. Je ne peux pas faire mieux. De toute façon, avant que nous puissions prendre une décision, il va falloir que tu acceptes mon monde."

Il y eut un petit silence, durant lequel elle sembla analyser ce que je venais de lui dire.

"Et ton fameux monde, il est où, alors ?
- Tout près du tien. Parfois, là où vous voyez une vieille maison ou un magasin à l'abandon, c'est l'entrée d'une rue ou d'un bâtiment sorcier. Il y a des sorts qui dissuadent les moldus d'aller trop près de chez nous. Mais nous ne sommes jamais loin.
- Mol quoi ?
- Moldu. C'est notre façon d'appeler les non-sorciers."

Elle grimaça. Manifestement, elle n'aimait pas ce mot. Je soupirai. Cela faisait partie des nombreuses choses auxquelles elle devrait s'habituer si elle voulait continuer à me fréquenter.

"Ce n'est pas possible, tu me fais marcher, hein ? reprit-elle. Un monde parallèle et personne ne serait au courant ?
- Des gens sont au courant. Votre Premier Ministre. Certaines personnes clé dans vos Ministères. Nous avons quelqu'un à Scotland Yard qui nous signale les délits susceptibles d'être l'œuvre d'un sorcier. Et tous les Moldus qui ont épousé un sorcier ou dont les enfants se révèlent sorciers.
- Des enfants qui sont sorciers mais pas leurs parents, cela peut arriver ?
- Oui
- Mais nos enfants… si nous en avons ?
- Ils ont de grandes chances d'être sorciers, oui. Mais pas forcément, ajoutai-je et cette fois ci, c'est moi qui ne pus retenir une grimace.

- J'ai l'impression que tout va être horriblement compliqué.
- Ce le sera, admis-je.

- J'ai l'impression d'être tombée sur la tête.
- Le mieux je crois, c'est que demain, je t'emmène sur le Chemin de Traverse.
- Le Chemin de Traverse ?
- C'est une rue complètement sorcière. Là, tu ne pourras plus douter.
- Et comment on y va ? En volant sur un balai ?
- Non, on n'a pas le droit de voler au-dessus des agglomérations. On risquerait de se faire remarquer.
- Will, je plaisantais !
- Pas moi. Avant, on utilisait vraiment les balais pour voyager. Maintenant, on utilise plutôt un réseau qui relie toutes nos cheminées. C'est un peu salissant mais très efficace. Enfin, pour commencer, on va se déplacer à pied.
- Tu as déjà volé sur un balai ? demanda-t-elle incrédule.
- Cela m'arrive, de temps en temps. Mais on s'en sert surtout pour faire du sport maintenant."

Je faillis lui parler du Quidditch, mais je me dis que cela pouvait attendre un peu.

Elle parut sur le point de poser une autre question, mais se ravisa :
"William, il est près d'une heure du matin. Je crois que je ne pourrai plus encaisser de nouvelles révélations. On va se coucher ?
- Oui, cela me paraît une bonne idée."

oO§0§Oo


Je ne pense pas que nous dormîmes beaucoup ni l'un, ni l'autre. De mon côté, j'éprouvais un trac monstre à l'idée de ce qui nous attendait le lendemain. Quant à Christina, elle devait ressasser tout ce qu'elle venait d'apprendre, car je la sentis se tourner et se retourner à mes côtés. Finalement, je la pris dans mes bras, et elle s'accrocha désespérément à moi, comme si ma présence pouvait exorciser ses peurs. Le sommeil finit par nous prendre au petit matin.

A notre réveil, nous déjeunâmes sans parler de notre programme de la journée, comme si nous voulions attendre d'être un peu mieux réveillés pour affronter ce qui nous attendait.

Je lui demandai de mettre une jupe longue et un manteau, histoire de limiter au maximum la métamorphose que j'avais l'intention d'appliquer à ses vêtements pour quelle passe inaperçue. Pour ma part, cela faisait longtemps que j'avais adopté un imperméable quand j'allais chez elle, au cas où je devrais faire un saut par le monde sorcier sans repasser par chez moi et pour dissimuler plus facilement ma baguette.

Nous nous rendîmes au Chaudron baveur. Elle eut beaucoup de mal à vaincre ses réticences et à me suivre dans le bâtiment, gênée par les sorts repousse-moldus :
"Will, c'est une ruine, c'est dangereux d'aller là dedans.
- C'est une illusion, ma chérie. Cela disparaîtra dès que tu en auras franchi le seuil.
- Mais il n'y a pas de porte !
- Prend mon bras, n'ai pas peur.
- Mais Will…
- Christina, nous ne pouvons pas rester là, nous allons attirer l'attention. Tu viens tout de suite ou on annule tout."

Elle s'agrippa à mon bras et je la traînai dans le pub. Elle eut une exclamation étouffée quand l'illusion s'évanouit. Elle regarda la salle enfumée et emplie de monde avec stupéfaction. Un peu gêné, je l'entraînai rapidement dans la petite cour qui donnait sur notre rue commerçante. Avant d'ouvrir le mur, je transformai ses vêtements pour qu'elle paraisse porter une robe sorcière. Quant à mon imperméable, un changement minime lui donna l'apparence d'une cape.

Ma compagne ne dit rien, mais elle était à l'évidence très impressionnée. Puis, elle resta médusée quand j'ouvris le passage, et qu'elle eut sa première vision du Chemin de Traverse. Je lui laissai un peu le temps de se remettre, puis l'entraînai dans le monde magique.

Malgré ses tentatives pour rester discrète, il y avait tellement de choses stupéfiantes et insolites pour elle qu'elle ne pouvait cacher son étonnement et son émerveillement. J'avoue que dans un premier temps, j'eus honte de son attitude, et je fis de ferventes prières pour ne pas rencontrer quelqu'un de ma connaissance.

Puis j'eus honte de moi. N'avait-elle pas été particulièrement patiente quand je découvrais le monde moldu ? N'était-ce pas de ma faute, par amour pour moi, qu'elle était là ? Résolument, je pris son bras plus familièrement, décidé à ne pas renier notre relation devant les miens.

Pour commencer, je lui fis faire un tour rapide des principales boutiques, puis nous allâmes nous asseoir sur la terrasse du glacier Fortârome, et je tentai de répondre à ses questions. Je commençai par lui expliquer les principales branches de la magie : métamorphose, enchantements et potions. Je lui signalai l'existence de Poudlard et lui brossai notre forme de gouvernement. Ensuite, après qu'un groupe de jeunes gens soit passé devant nous leur balai sur l'épaule, je lui parlais brièvement du Quidditch.

"C'est quoi ton vrai métier ? me demanda-t-elle finalement.
- Je suis vraiment policier. Sauf que chez nous, on appelle ça un Auror.
- Ah bon. Il y a beaucoup de sorciers dans notre police ?
- Aucun, mais quand il y a des affaires bizarres, le chef de votre police, qui connaît notre existence, nous demande de vérifier qu'un sorcier n'est pas dans le coup. C'était d'ailleurs bien le cas dans ton affaire de vol de bijoux. C'est un sorcier qui allait chez ses victimes en utilisant la cheminée et qui ouvrait les coffres à l'aide d'un sortilège.
- Tu veux dire que n'importe quel sorcier peut venir chez moi en utilisant ma cheminée ?
- Non, théoriquement, tu n'es pas reliée au réseau. Mais ce type créait des liaisons temporaires illégales. Tu n'es plus reliée maintenant. Enfin, normalement.
- Alors c'est bien toi qui as résolu l'affaire, non ?
- Oui. On a fini par le coincer.
- Bravo !
- Je suis payé pour cela, tu sais. Et cela m'a donné la chance de te rencontrer.
- Tu considères vraiment que c'est une chance ?"

Cela ne m'était pas arrivé depuis de nombreuses années, mais je crois bien que je rougis un peu. J'étais bien conscient d'avoir été particulièrement injuste une grande partie de ma vie avec ses semblables.

"Je dois avouer que je n'avais jamais rencontré de Moldus avant, alors j'en avais une idée un peu réductrice. Du coup, je n'étais pas très enthousiaste à l'idée de te fréquenter au début. D'ailleurs, je ne sais toujours pas comment je me suis retrouvé à te voir si régulièrement.
- Mon charme ravageur ?
- Oui sans doute, répondis-je en souriant. Si tu étais sorcière, je te soupçonnerais de m'avoir fait boire un philtre d'amour.
- Ça existe ?
- Il existe des potions qui lèvent un peu les inhibitions et d'autres qui sont aphrodisiaques. Mais celles qui sont vraiment efficaces sont illégales. Celles que tu pourrais trouver en vente libre ici relèvent plutôt de la superstition ou de l'escroquerie. Je ne te conseille pas d'essayer.
- Je n'en ai pas besoin, de toute façon.
- Oui, c'est l'avantage d'avoir un charme ravageur inné.

- J'espère que tu n'en as pas usé sur moi.
- Si j'avais su comment tout cela allait se terminer, j'aurais plutôt utilisé un charme de répulsion.
- William, je le confirme, tu n'es pas romantique pour deux sous. Au fait, qu'est-ce que tu appelles une idée un peu réductrice ?

- Eh bien… ne pas savoir utiliser de magie, c'est un peu comme…je sais pas moi, ne pas savoir écrire ou vivre au Moyen âge. Tu vois, chez nous la lumière ou l'eau courante marchent grâce à la magie. Je ne voyais pas comment vous pouviez atteindre le même résultat alors que vous en étiez dénués.
- Au fond, tu croyais qu'on vivait dans des cahutes au fond des bois.
- Non, quand même pas. Mais à vrai dire, je ne me posais pas trop de questions. Je ne sortais jamais de la sphère magique, alors cela ne m'intéressait pas. Mais maintenant, je me rends compte que vous nous avez dépassés dans un certain nombre de domaines. Créer un réseau électrique me paraît encore incroyablement compliqué pour tout juste allumer une ampoule. Mais vous avez l'informatique, le téléphone, la télévision. Nous n'avons pas d'équivalent pour tout cela.

- Comment faites-vous pour communiquer et vous tenir au courant de ce qui se passe ?
- Nous nous envoyons du courrier par hiboux ou nous utilisons les cheminées de communication. Pour l'information, nous avons plusieurs journaux et l'équivalent de votre radio."

Christina regarda autour d'elle pensivement.

"C'est vraiment étrange, dit-elle lentement. Ton monde est à la fois si semblable à ce qu'en raconte notre folklore, mais en même temps si différent. Je vais avoir du mal à démêler tout cela.
- Il y a des chances, oui. Moi, cela fait plus d'un an que j'essaie de comprendre le tien, et je suis loin d'en avoir fait le tour.
- Cela ira peut-être plus vite maintenant que tu peux me poser directement les questions qui te démangent.
- C'est sûr que cela va me simplifier la vie."

Puis, je pensai à la raison qui avait fait évoluer notre relation.

"Non, en fait, tu me compliques terriblement la vie. Je ne suis toujours pas sûr d'être à la hauteur de tes espérances, tu en es consciente ?
- William, moi aussi je suis morte de trouille. A cause d'une terrible déception il y a six ans, j'avais fait une croix sur toute vie sentimentale et familiale. Tu crois que cela ne me fait pas peur cette envie d'enfant ? Et tous ces mois au cours desquels mes sentiments pour toi sont devenus malgré moi de plus en plus forts, alors que je savais très bien qu'il y avait plein de trucs qui ne collaient pas avec toi ? Tu ne peux pas imaginer ce que j'ai pu inventer pour trouver logiques tes incohérences. Tu ne peux pas savoir combien je me sens légère, maintenant. Ce que tu me racontes est incroyable, mais j'y crois parce qu'au moins cela explique tout. Je ne réalise peut-être pas dans quoi je me suis fourrée, mais au moins, je sais à quoi m'en tenir.

- Qu'est ce que tu t'étais imaginé sur moi ?
- Mhm… d'abord, je me suis dis que tu devais être un agent secret. Je pensais que ton vrai nom était Bond.
- Bond ?
- Oui, James Bond ! Encore une chose que même les Canadiens connaissent, tu sais. C'est une série de films qui relatent les aventures d'un agent secret de charme.
- De charme ? Merci beaucoup.
- Oui bon ! Mais je n'ai pas cru cela longtemps, car un agent secret qui ne sait pas que le Ritz est un hôtel ou qui ignore que la moitié de l'Europe est passée à l'euro il y a deux ans, c'est pas courant.
- Un jour, quand on aura le temps, tu m'expliqueras de quoi tu parles. Qu'est ce que tu as cru après ?
- J'avais plusieurs idées. J'ai pensé un moment que tu débarquais d'une île déserte où tu avais passé dix ans avec les œuvres complètes de Shakespeare, vu ta connaissance approfondie de cet auteur. Ça collait bien avec l'astronomie aussi. Mais quand je me suis aperçue que tu ne savais pas allumer un feu, mon hypothèse est tombée à la mer.
- Je sais très bien allumer un feu. Avec ma baguette.
- Pour les mêmes raisons, j'ai finalement éliminé la possibilité que tu aies vécu les vingt dernières années loin de toute civilisation, autre hypothèse qui me plaisait bien.
- J'ai pas l'air civilisé ?
- Tu es quand même un peu sauvage, tu sais. Tu n'as jamais voulu rencontrer personne de ma famille ou mes amis.
- J'avais assez de problème à éviter les questions personnelles seulement avec toi.
- Je me suis même demandé si tu ne venais pas d'être libéré de prison ou d'un asile de fous. Mais je me suis rappelée que tu étais venu la première fois avec un policier de Scotland Yard, alors c'était un peu gros.
- C'est flatteur ça !
- J'ai même un court moment supposé que tu étais un prêtre défroqué tout droit sorti de son couvent. Mais dans un certain domaine, tu connaissais un peu trop de choses pour que cela soit vraisemblable.
- Quel domaine ?
- Les prêtres s'engagent à l'abstinence. Cela veut dire pas de relations intimes.
- Quelle horreur !
- Oui, je me suis dis que cela ne collait pas avec ta personnalité. Finalement, l'hypothèse sur laquelle je suis restée, c'est que tu devais souffrir d'amnésie partielle.
- Tu as effectivement beaucoup d'imagination.
- N'est-ce pas ? J'ai même vérifié la taille de ton petit doigt.
- Pardon ?
- Non, je plaisante. Je n'ai pas réellement cru que tu puisses être un extraterrestre. Quoique finalement, c'était ce qu'il y avait de plus proche de la réalité.
- Christina, tu tiendras le coup ? m'inquiétai-je, soudain.
- Je vais essayer.

- Il y a une chose que je ne comprends pas, lui fis-je remarquer. Si j'étais si bizarre, pourquoi ne me l'as-tu jamais dit ? Tu te montrais très peu curieuse, finalement.
- Tu étais un mystère vivant, mais il y a une chose qui était très claire. Tu ne voulais pas parler de toi. J'étais persuadée que si je commençais à me montrer indiscrète ou pressante, tu romprais. Et je n'avais pas envie de rompre. D'abord j'appréciais vraiment les moments que je passais avec toi et puis j'avais peur de me retrouver toute seule. Je suis restée cinq ans sans personne dans ma vie suite à mon grand fiasco et j'avoue que cela m'a été pénible. Car même si j'avais renoncé au grand amour, la solitude me pesait."

Elle grimaça, comme si le souvenir de cette période lui était amer.

"C'était une façon de me protéger, aussi, reprit-elle. Je me disais que comme ça je ne tomberai pas amoureuse de toi. Mais il faut croire que je suis indécrottable car finalement, non seulement je me suis rendue compte que je désirais fonder une famille mais qu'en plus j'avais réussi à tomber amoureuse d’un type vraiment bizarre. Une vraie idiote, hein ?"

Sans me laisser le temps de répondre, elle enchaîna en me regardant droit dans les yeux :

"Mais il y a une chose que je ne veux pas revivre, William. C'est les mois de disputes et de ruptures suivies de réconciliations qui ont caractérisé ma précédente expérience. Je ne pourrais pas le supporter. C'est pour ça que j'ai préféré te dire carrément ce que j'attends de toi. Si tu penses que cela ne te convient pas, autant qu'on arrête tout. Cela me fera mal, mais cela ne me détruira pas autant que la dernière fois. Je te pardonnerai de partir, mais pas de te moquer de moi ou de laisser pourrir la situation pour éviter une scène désagréable."

Dans son regard, je pouvais lire à la fois la douleur que lui avait causé les événements passés et la détermination de ne pas retomber dans les même errements.

"Je te le promets", lui assurai-je.
Elle hocha la tête, comme pour prendre acte de ma promesse. Puis elle fronça les sourcils, comme si une pensée venait de lui traverser l'esprit :
"Au fait, que se passera-t-il si on finit par rompre ? Et tu n'as pas peur que je raconte à tout le monde ce que tu m'as montré ?"

Je laissai passer un moment avant de lui répondre, incertain de l'opportunité à lui révéler la vérité. Et puis, je décidai de le lui dire.

"Je pense que je te ferai oublier ce que je t'ai révélé.
- C'est possible ?
- Oui. Je ne suis pas un spécialiste, mais il y a un service entier dans notre Ministère dont la seule mission est de faire perdre la mémoire aux Moldus qui ont vu des choses qu'il ne fallait pas voir.
- Cela arrive souvent ? me demanda-t-elle horrifiée.
- Trop ! Enfin, théoriquement, nous avons tout un ensemble de lois qui visent à ne pas rendre ce genre de mesures nécessaires. Et je suis chargé de les faire appliquer.
- Et là, tu les appliques ?
- Avant, il aurait fallu attendre que nous soyons mariés pour que je te dise la vérité. Mais la loi a changé et les cas comme le nôtre sont prévus. Mais dès lundi, j'irai te faire enregistrer au bureau des relations avec les Moldus.
- Oh ! Je ne suis pas sûre d'aimer cette idée.
- Moi je suis sûr de ne pas l'aimer. Mais je risquerais beaucoup à ne pas me plier au règlement. Et toi aussi"

Elle soupira.

"Je ne voudrais pas t'oublier.
- Tu ne m'oublierais pas complètement. Seulement ma nature."

C'était un mensonge. Avec ce qu'elle venait de m'avouer sur mes incohérences et ses suppositions, les Oubliators lui effaceraient sans doute tout souvenir de moi. Je frissonnai en pensant à la confusion mentale qui en résulterait. Je me promis de faire mon possible pour l'aider à accepter notre monde et lui faire comprendre l'importance d'en garder le secret.

Tout à coup, je me demandai si j'avais bien fait de lui révéler ce que j'étais. Décidément, j'agissais de façon complètement irrationnelle depuis que je l'avais rencontrée. Tout d'abord, je l'avais fréquentée régulièrement, sans m'avouer à quel point j'étais attiré par elle. Ensuite, j'avais laissé traîner cette liaison, en occultant complètement qu'un jour, cela risquait de déboucher sur quelque chose de plus sérieux. Et maintenant, je lui avais tout déballé, alors que je ne savais même pas si je serai capable de rester avec elle.

L'aveuglement total et volontaire dont je témoignais en ce qui la concernait était effrayant. Mais qu'est ce qu'elle avait de si spécial pour me faire agir comme le plus demeuré des Gryffondor ? Le doute qui m'habitait dû transparaître sur mon visage, car elle me prit la main et murmura :

"On peut y arriver, William. Il n'y a pas de raison pour que nous n'ayons pas notre chance, nous aussi."

Etrangement rassuré par la chaleur de sa main sur la mienne, je la crus. Peut-être qu'à leur manière, les moldus sont capables de magie.


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La ceinture enchantée by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XX : La ceinture enchantée


Même si savoir ce que Christina attendait de moi m'effrayait toujours autant, c'était un soulagement de pouvoir lui parler à cœur ouvert et de ne plus devoir surveiller la moindre de mes paroles. Par contre, je lui demandai de remettre à plus tard la rencontre qu'elle projetait entre moi et ses parents. Vu ce qu'elle m'avait révélé sur mes incohérences, je ne me sentais pas prêt à les affronter.

Toute la semaine qui suivit la révélation de mes origines, je passai mes soirées avec elle. Nous parlions beaucoup. Elle avait beaucoup de questions à me poser, et moi aussi.

J'avais projeté de lui apprendre à voyager en cheminée. C'était la seule façon de l'intégrer vraiment au monde magique. Le problème, c'est que je ne me voyais pas lui donner une leçon au beau milieu de la Halle aux Poudres. L'idéal serait de relier sa cheminée au réseau. Mais pour cela, il fallait faire une demande, donner des justifications, bref toute une procédure bureaucratique qui ne m'enchantait guère.

Tout à coup je me rappelai que le responsable du service des cheminées avait une petite dette envers mon coéquipier depuis l'affaire de l'autographe. C'était le moment de lui présenter la note pour la carte de Chocogrenouille qu'il avait gagnée à cette occasion. J'avais bien fait d'aider Potter, finalement. Il faut croire que les doux rêveurs qui sont persuadés que toute bonne action finit toujours par être récompensée ont parfois raison.

C'est ainsi que deux semaines après ma grande révélation, nous nous retrouvâmes dans son atelier, devant sa cheminée.
"C'est très simple, expliquai-je. Quand les flammes deviennent vertes, tu dois entrer dans la cheminée et crier ta destination. Ne crains rien, tu ne risques pas de te brûler. Une fois arrivée, tu fais juste un pas en avant pour laisser la place à la personne qui vient après.
- Je vais être transportée directement ? demanda-t-elle dubitative.
- Cela va durer quelques secondes. Si tu as mal au cœur, ferme les yeux.
- Ça marche vraiment ?
- Je suis bien arrivé par ta cheminée, non ?
- Je ne sais pas, j'étais à l'étage, moi. J'ai rien vu.
- Fais-moi confiance", répondis-je en me retenant de lever les yeux au ciel.

Elle fit une petite grimace avant de demander :
"Et c'est quoi, l'adresse que je dois dire ?
- On va commencer par la mienne. C'est Paracelsus, 3.
- Pardon ? s'enquit-elle en ouvrant de grands yeux.
- Paracelsus, c'est le nom de l'immeuble où j'habite. Trois, c'est le numéro de mon appartement, lui expliquai-je patiemment.
- Paracelsus ?
- Oui, c'est le nom d'un alchimiste.
- Paracelsus 3", répéta-t-elle visiblement plus préoccupée par la mémorisation de ce nom que par mes références historiques.

C'était bien la première fois que je la voyais négliger quoique ce soit propre à enrichir sa culture générale.

"Prononce-le bien distinctement, précisai-je.
- Qu'est ce qui se passe, sinon ?
- Tu risques d'arriver chez quelqu'un d'autre. Dans ce cas, ne panique pas, et répète ta destination calmement. Mais tout va bien se passer, dis-je tentant d'adopter une intonation rassurante.
- Mais comment je sais que je suis arrivée si j'ai les yeux fermés ? insista-t-elle, visiblement pas rassurée du tout.
- Il y a un petit choc à l'arrivée.
- Un choc ? dit-elle d'une voix incertaine.
- Oui, c'est comme quand un ascenseur arrive à destination. Rien de bien méchant. Allez, vas-y, maintenant.
- Tu ne veux pas passer avant moi ? demanda-t-elle plaintivement.
- Non, si je te laisse toute seule ici, tu n'iras jamais. Allez, tu prends cette poudre, tu la jettes dans la cheminée. Tu avances et tu dis Paracelsus 3."

Elle prit une grande inspiration, et fit ce que je lui avais dit de faire. Je crois bien qu'elle avait les yeux fermés avant même d'entrer dans les flammes. J'eus un petit pincement au cœur quand elle disparut, mais il n'y avait pas d'autre manière d'apprendre. En tout cas, c'est comme ça que j'avais appris, quelques trente ans auparavant.


Je laissai passer une vingtaine de secondes, avant de la suivre, pour lui laisser le temps de reprendre ses esprits et de libérer l'âtre. Je fus soulagé de la retrouver dans mon salon quand j'émergeai à mon tour de la cheminée. Elle était agenouillée sur le sol, visiblement secouée, mais au moins, elle était là. Je lui servis un whisky venant tout droit de la distillerie de mon père, et elle reprit peu à peu ses couleurs.

"C'est un peu fort, mais c'est pas mauvais, apprécia-t-elle, après être passée d'un blanc crayeux à un rouge cramoisi.
- Je peux t'en avoir autant que tu veux, l'informai-je. Avec la potion anti-gueule de bois qui va avec.
- Formidable.
- Prête à repartir ?
- Maintenant ? s'insurgea-t-elle.
- Oui, il faut que tu fasses plusieurs voyages pour en prendre l'habitude", lui indiquai-je fermement.

Sans écouter ses protestations, je l'obligeai à faire une dizaine d'aller-retour entre son appartement et le mien. Finalement, quand je jugeai qu'elle se débrouillait suffisamment bien pour ne plus appréhender d'utiliser une cheminée et ne pas se faire remarquer si nous allions dans un lieu public, je l'invitai à rester chez moi pour le thé.

Elle prit alors le temps de regarder mon intérieur.
"C'est joli chez toi. Et c'est bien rangé."

Mais pourquoi les femmes sont-elles toujours étonnées de constater que je ne vis pas dans une cave crasseuse ?

"J'avais bien remarqué que la tenue d'une maison n'était pas ton point fort, ripostai-je, agacé.
- Evidemment, moi je n'ai pas de baguette magique !
- Cela n'a rien à voir. Il faut autant d'énergie pour le faire magiquement qu'à la main, tu sais. C'est juste un peu plus rapide.
- Vraiment ?
- Oui, les lois de la physique s'appliquent à nous aussi : 'Ce que la magie donne, la magie prend'
- Tu veux dire 'Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ?'
- En gros, c'est ça.
- Je suis très déçue. Je croyais qu'il suffisait de bouger le nez.
- Encore une référence que tout le monde connaît, même les échappés de l'asile et les repris de justice ?
- Quelque chose comme cela, oui, s'esclaffa-t-elle. Au fait, j'ai une question. L'autre jour, la tortue que tu as créée, elle existait en vrai ou pas ?
- Oui et non. En fait la métamorphose utilise la matière de l'objet d'origine pour la transformer et lui donner la forme de l'objet de destination. Mais comme la nature n'aime pas être contrainte, la matière a tendance à revenir à sa forme première. De ce fait, maintenir la métamorphose prend de l'énergie au sorcier qui la pratique, surtout quand on transforme un objet inerte en être vivant. C'est pour ça que j'ai rendu à ta théière sa forme première. Cela m'aurait fatigué pour rien. Seuls les grands magiciens peuvent maintenir des objets sous une forme artificielle pendant une longue période. Généralement, ils puisent l'énergie autour d'eux pour préserver la leur. Mais le plus simple, pour le long terme, est d'utiliser un support : un objet magique qui se charge de pomper l'énergie et pratiquer la magie à votre place.

- Tu ne pourrais donc pas faire apparaître un objet du néant ?
- En théorie, on peut créer un objet à partir de la matière qui est tout autour de nous, mais c'est très difficile et cela demande une très grande puissance magique. Personnellement, je serais incapable de faire apparaître un objet important ou un peu complexe.
- Tu ne pourrais donc pas faire jaillir des fleurs de nulle part pour me les offrir !"

Je préférai ne pas lui parler du sort d'Orchideus. D'abord parce que c'est un sortilège pour les cabotins romantiques, et que je n'avais pas envie de me ridiculiser en lui en faisant la démonstration. Ensuite parce que ce c'était une exception et qu'il n'était pas très pédagogique de commencer par là.

"Le plus simple est de faire venir à soi ce dont on a besoin, expliquai-je. Accio", ajoutai-je en tendant ma baguette vers un livre pour lui en faire la démonstration.

Ce dernier vint docilement dans ma main.

- Si on veut épater la galerie, on peut avoir l'objet en question entre les mains, mais invisible." Je jetai un sort d'invisibilité sur le livre que je tenais. "Ensuite on lève le sort d'invisibilité au moment voulu".

Le livre réapparut subitement.

"Wouah !! fit Christina visiblement impressionnée
- Ça en jette, hein ?
- Si cela avait été des fleurs, c'est sûr, là je devenais carrément folle de toi.
- Heureusement que ce n'était pas des fleurs, alors !" remarquai-je.

Je savais bien qu'il ne fallait pas que je lui fasse une démonstration de d'Orchideus.

"William, un peu de romantisme n'a jamais tué personne.
- Il y a des choses pire que la mort.
- Très drôle !" répondit-elle d'un ton pincé.

Il valait mieux abandonner le sujet :
"Tu as faim ? Je vais préparer à manger.
- Besoin d'aide ?
- Ça ira. J'ai une cuisine sorcière, tu sais. Sans baguette, ce n'est pas très pratique."

Sous ses yeux écarquillés, je lui composai un bon dîner. Finalement, elle fit remarquer, visiblement envieuse :
"Ça a quand même l'air plus facile avec une baguette.
- Ça, c'est le talent. Si j'étais moins expert, tu te rendrais compte que ce n'est pas aussi évident que ça. Il faut beaucoup de concentration pour éplucher des légumes, faire tourner une cuillère dans une casserole et allumer un feu simultanément.
- Modeste, en plus !
- Pour parler franchement, non, je ne suis pas modeste. Pour moi, la modestie, c'est de l'hypocrisie. Si on est bon en quelque chose, pourquoi faire comme si on était mauvais ? L'important, c'est de ne pas se surestimer ou d'ignorer ses points faibles.
- Et c'est quoi tes points, faibles ?
- Les connaître ne veut pas dire les divulguer à n'importe qui.
- Je ne suis pas n'importe qui.
- Si tu veux savoir mes points faibles, tu n'as qu'à les trouver toute seule."

B'en ouais, je m'appelle pas Potter, moi, et l'idée qu'on puisse me connaître à la perfection ne me paraissait pas souhaitable pour établir une relation à long terme.

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La semaine suivante, je profitai de la récente initiation de Christina aux voyages en cheminée pour l'emmener à Pré-au-Lard.

Dire que ce qu'elle y vit l'enchanta serait en dessous de la vérité. Pour ne pas m'embarrasser, elle essayait de se faire discrète, mais elle ne pouvait s'empêcher de sourire largement et d'ouvrir de grands yeux à chaque nouveauté que je lui présentais. Les oiseaux de la poste la ravirent, les sucreries d'Honeyduke l'enchantèrent, elle fut transportée par la Bièreaubeurre que nous servit Madame Rosemerta, elle frissonna quand je lui racontai toutes les légendes qui s'attachaient à la Cabane hurlante.

Finalement, alors que nous flânions dans les rues, elle s'arrêta devant une boutique d'artisanat magique qui avait ouvert récemment. Les bijoux présentés en devanture l'intéressaient à titre professionnel. Je lui proposai d'entrer pour les voir de plus près, et elle accepta.

Nous fûmes accueillis par une jeune femme très souriante. Timidement, Christina demanda à voir les colliers, puis dans la conversation qui suivit avoua en monter elle-même. La discussion devint assez technique. Je la regardais, heureux de la voir si à l'aise.

Finalement, elle remercia la vendeuse, et se dirigea vers la sortie. En passant, elle avisa une très jolie ceinture. Je lui suggérais de l'essayer, envisageant de la lui offrir, si elle la trouvait à son goût. Elle la passa autour de sa taille, mais à peine eut-elle joint les deux éléments du fermoir magique, qu'en un "pop" sonore, elle se transforma en chat.

Durant une seconde, nous restâmes pétrifiés. Puis, je me précipitai vers elle, au moment où elle lançait un miaulement désespéré qui me fendit le cœur. Je m'agenouillai devant le chat-Christina.
"Ne t'inquiètes pas, ma chérie, dis-je de la voix la plus calme possible. Tu vas bientôt te retrouver comme avant"

Je me retournai fou de rage vers la vendeuse pour lui dire ce que je pensais de ses méthodes, mais cette dernière semblait horrifiée :
"Oh ! Merlin, Merlin ! Mais ce n'est pas possible. Je vais le tuer. Je suis sûre que c'est lui. Je vais le tuer !!"

Voyant qu'elle ne me serait d'aucun secours, je fis ce que j'aurais dû faire immédiatement. Je sortis ma baguette et effleurai Christina en murmurant :
"Finite incantem"
Mais rien ne se passa. Le chat miaula. La vendeuse se mit à son tour à genoux à mes côtés :
"Ne paniquez pas, Madame. Si le sort a été jeté par la personne que je pense, il prendra fin tout seul d'ici quelques minutes."

Le chat tenta de s'approcher de moi, mais trébucha en miaulant de nouveau. Je lui caressai doucement la tête en lui murmurant des mots apaisants. Au bout d'un moment, la vendeuse nous dit :
"Elle ne devrait pas tarder à se re-transformer"
Effectivement, quelques instants plus tard, je n'eus que le temps de m'écarter avant que Christina ne reprenne sa forme première, assise par terre, les yeux écarquillés.

"Ça va ? lui demandai-je
- Je... je crois."
Je l'aidai à se remettre sur pied, mais elle paraissait ébranlée.
"Venez vous asseoir, dit la vendeuse en la prenant par le coude. Je vais vous faire une tasse de thé."
Sans protester, Christina se laissa entraîner vers l'arrière-boutique.

Nous étions en train de boire un excellent thé indien et les mains de Christina commençaient à cesser de trembler quand la porte de la boutique s'ouvrit et qu'une voix joyeuse lança à la cantonade un chaleureux :
"Bonjour, tout le monde !"

La vendeuse bondit sur ses pieds et fonça dans la boutique.
"George ! J'ai justement deux mots à te dire !
- Ah Padma, comme ces paroles sonnent doucement à mes oreilles. Que puis-je pour toi, ô belle déesse ?
- Espèce de crétin ! Est-ce que les mots "ceinture" et "chat" te disent quelque chose ?
- Déjà ! Alors, c'était comment ?
- Imbécile ! C'est tombé sur une moldue figure-toi ! Avec tes conneries, je vais finir à Azkaban !
- Heureusement qu'il n'y a plus de Détraqueurs à Azkaban ! plaisanta-t-il. Allons, calme-toi, elle ne va pas porter plainte pour ça, quand même !"

Je connaissais cette voix et j'avais déjà entendu ce prénom quelque part. Je décidai d'intervenir pour mettre un peu de plomb dans la tête de ce petit con.

Je me levai et repassai à mon tour dans la boutique :
"Monsieur Weasley, puis-je vous rappeler que la magie exercée sur des Moldus sans raison valable est strictement interdite ?"
Il perdit d'un coup son sourire et sa superbe :
"Monsieur Stratford ! dit-il d'une voix mourante.
- Vous vous connaissez ? demanda Padma la vendeuse.
- C'est le partenaire de Harry", répondit le roux qui n'en menait pas large.

Elle sembla comprendre ce que cela impliquait car elle pâlit et se serait sans doute effondrée si elle ne s'était retenue au comptoir.

"Cela peut vous coûter jusqu'à trois mois d'emprisonnement, continuai-je d'une voix tranquille.
- Je... je suis désolé. Ce n'était pas intentionnel. Je ne pensais pas que cela tomberait sur... sur une moldue..."

Lui aussi avait perdu toutes ses couleurs.

"Avec un peu de chance, le Magenmagot prendra en compte cette circonstance atténuante, commentai-je d'une voix doucereuse. Dans le cas contraire, comme vous le faisiez si justement remarquer, heureusement qu'il n'y a plus de Détraqueurs à Azkaban !"

Même ses taches de rousseur commençaient à disparaître.

J'entendis derrière moi Christina repousser sa chaise. Elle s'apprêtait à intervenir, trouvant sans doute que j'allais trop loin. Considérant que j'avais atteint mon but, je lâchai :
"Enfin, pour cette fois, je vous laisse le bénéfice du doute. Je vous demanderai simplement de présenter vos excuses à la dame.
- Bien... bien sûr !" bafouilla le rouquin qui se sentait revivre.


Il demanda humblement pardon à sa victime. Il eut l'intelligence de ne pas en faire trop, et prit congé avec une discrétion qui ne lui ressemblait pas. La vendeuse le raccompagna jusqu'à la porte et lui fit sans doute de nouveaux reproches car nous entendîmes un rapide conciliabule.

Finalement, elle revint vers nous et me regarda avec admiration :
"Monsieur Stratford, je ne sais comment vous remercier. Je n'ai jamais vu George Weasley se faire remonter les bretelles de cette façon. Et Merlin sait si sa mère et nos professeurs à Poudlard ont essayé. C'était du grand art !"

Et oui, ma mignonne, on apprend des petites choses utiles dans la salle commune de Serpentard !

Nous finîmes notre thé et prîmes congé. Avant que nous ne sortions, la vendeuse donna un paquet à Christina, en précisant que c'était un cadeau, "pour se faire pardonner". Cette dernière l'ouvrit et un magnifique châle en soie apparut.
"Même s'il gèle dehors, il suffit que vous le jetiez sur vos épaules pour avoir chaud, spécifia la jeune femme. Il est imperméable aussi."
"Mais c'est beaucoup trop beau. Je ne peux pas l'accepter ! s'exclama Christina.
- C'est un cadeau de George, en fait. Il m'a demandé de vous le donner. Si vous n'en voulez pas, allez le lui rendre directement. Mais je vous le déconseille. Sa boutique de Pré-au-Lard est encore plus piégée que celle de Londres.
- Il vaut mieux éviter", décidai-je, considérant que ma compagne en avait assez vu pour la journée.

Christina remercia chaleureusement et nous partîmes enfin. Une fois rentrés chez elle, je lui demandai si elle ne regrettait pas de m'avoir accompagné.

"Oh non ! J'ai adoré cette visite. Bien sûr, à la fin, j'ai eu un peu peur, mais cela n'a pas été si terrible. Tu sais, ajouta-t-elle après réflexion, le plus affolant ça a été de me retrouver avec les yeux à vingt centimètres du sol. Je n'ai pas réalisé tout de suite que j'avais été transformée. J'ai juste eu l'impression que toute la boutique devenait immense. Ce n'est que lorsque je me suis entendue miauler que j'ai compris que c'était moi qui avais changé. Cela fait vraiment bizarre d'avoir quatre pattes, conclut-elle. Je n'ai d'ailleurs pas très bien réussi à m'en servir. Cela t'est déjà arrivé d'être transformé ainsi ?

- Une ou deux fois, en cours de Métamorphose. On s'entraînait les uns sur les autres.
- Tu pourrais me transformer alors ?
- Oui, mais avec beaucoup de concentration et de puissance magique. La métamorphose des mammifères est un exercice très délicat. Si tu veux vraiment une démonstration, je pense que je te transformerais plutôt en cancrelat. C'est beaucoup plus simple !
- Merci bien, je te crois sur parole.

- En tout cas, remarquai-je, enchanter cette ceinture ainsi, c'était loin d'être évident. Ces frères Weasley sont vraiment très forts.
- Ces frères... parce qu'il y en a plusieurs ?
- Un paquet, oui. Mais seuls deux d'entre eux, des jumeaux, sont aussi redoutables. Ils tiennent un magasin de farces et attrapes. Cela dit, ce ne sont pas les seuls à avoir du talent. Un de leurs frères vient d'obtenir un très haut poste au Ministère et pourrait bien devenir un jour notre Ministre.
- Tu as l'air de bien les connaître.
- Il se trouve que mon partenaire est très lié avec eux et vient d'épouser leur petite sœur.

- Ton partenaire ? Le beau gosse qui était avec toi la seconde fois que tu as pris le thé chez moi ?
- Comment ça, le beau gosse ?
- Ecoute, c'est pas ma faute s'il est mignon. Et puis tu viens de me dire qu'il est marié.
- Exactement, et sa femme, elle est pas commode avec ses rivales ! Pire qu'un troupeau de Détraqueurs !

- C'est quoi un Détraqueur ?
- Euh... la matérialisation de l'horreur.
- Elle est si laide que cela ? demanda Christina en fronçant les sourcils.
- Non, elle est mignonne, très, très mignonne même. Mais elle a un sacré caractère.
- Et bien, buvons alors aux amours du beau gosse et de sa très, très mignonne épouse et arrêtons de nous asticoter, d'accord ?
- Tu as raison, nous avons mieux à faire", ai-je répondu en l'attirant à moi.


oO§0§Oo


Au cours des semaines suivantes, Christina et moi avons continué nos sorties, en partie chez les moldus, en partie dans le monde sorcier. Nous n'avions pas tellement changé nos habitudes, si l'on excepte que je passais plus de nuits chez elle qu'auparavant. Elle venait aussi parfois me rejoindre dans mon appartement, mais c'était plus rare car, le plus souvent, elle continuait à travailler dans son atelier pendant nos débuts de soirée.

Nous n'avons pas reparlé tout de suite de nos projets d'avenir. Christina devait avoir compris qu'elle n'avait pas intérêt à me brusquer. Mais, même sans l'évoquer, nous testions notre capacité à vivre durablement ensemble et à accepter les différences qui nous séparaient.

Vers la mi-février, alors que nous nous mettions au lit, je finis par aborder un sujet qui commençait à me turlupiner mais qui était assez délicat.
"Hum, on ne pourrait pas utiliser un autre moyen de contraception ?
- Celui-ci te pose un problème ?
- Il en existe de moins contraignant, non ?
- Ce n'est pas seulement une question de contraception."

Ça, je le savais, car je m'étais renseigné sur la question par le biais de mes lectures empruntées à la Bibliothèque d'études moldues. Au début, j'étais surtout préoccupé par l'endroit où me procurer les articles en question. Finalement, cette connaissance ne m'avait pas été utile car Christina avait toujours, dans le tiroir de sa table de nuit, un stock plus que satisfaisant pour mon ego de mâle. Mais au cours de mes recherches, j'avais découvert qu'il existait d'autres moyens plus commodes et surtout j'avais appris l'existence de certaines maladies moldues dont le contraceptif proposé par Christina pouvait protéger. L'idée qu'elle me soupçonne malade m'avait profondément déplue, mais le sujet était trop difficile à aborder et j'avais dû renoncer à lui en parler à l'époque.

"C'est ce que j'ai cru comprendre, admis-je. Mais euh… je ne pense pas qu'il y ait vraiment lieu… je euh… enfin, je suis en excellente santé et…
- William, il se trouve qu'il existe une maladie très dangereuse dont on peut être porteur sans en avoir les symptômes. On peut être contagieux sans le savoir.
- Nous n'avons pas ce genre de chose chez nous.
- Ce n'est pas parce que tu n'en as jamais entendu parler que cela n'existe pas. On a mis plus de dix ans à rendre l'information publique en Europe. Et s'il y a des liens entre sorciers et moldus, le virus finira par passer, crois-moi, si ce n'est déjà fait. Es-tu certain qu'aucune de tes anciennes petites amies n'a eu de relation avec un moldu avant toi ?
- Je ne leur ai jamais demandé, mais c'est assez peu probable.
- Ecoute, William. Je suis peut-être assez inconsciente pour avoir une liaison avec un type très bizarre, mais pas au point de prendre des risques inutiles quand une maladie mortelle est en jeu."

Je trouvai cette insistance offensante, mais il valait mieux être constructif que d'user ma salive à la persuader de son erreur :
"J'ai lu qu'il y avait un test qui permettait de savoir si on était malade ou pas, lui indiquai-je.
- Tu accepterais de le faire ?
- Pourquoi pas, si cela peut te rassurer ? Mais il y a un truc que je n'ai pas très bien compris. C'est quoi au juste une "prise de sang".
- Rien de bien méchant. Je vais essayer de nous prendre rendez-vous pour demain.
- Nous ?
- Il me paraît normal de faire le test avec toi, non ? Après tout, c'est toi aussi que je protège en utilisant des préservatifs."

Je laissai tomber le sujet et décidai de lui faire confiance pour la bonne marche à suivre. Elle m'entraîna le lendemain dans un "Laboratoire d'analyse". Dès que j'y mis les pieds, je détestai ce lieu. Cela me fit penser à Ste Mangouste, en pire.

Quand ce fut notre tour, Christina demanda à me suivre dans la petite pièce où se passait l'examen, expliquant que j'étais étranger. Alors que la préposée préparait son attirail, je remarquai une longue pointe en acier.
"Eh, mais qu'est ce qu'elle va me faire ? chuchotai-je à Christina.
- Ce n'est rien, juste une petite piqûre. On ne sent presque rien. Tiens-toi tranquille, tu es censé savoir ce que c'est."

La femme ayant terminé ses préparatifs se tourna vers nous et me serra le bras avec un lien, avant s'approcher de moi la pointe acérée.
"Le monsieur a peur des piqûres? demanda-t-elle notant mon regard horrifié.
- Oui, il déteste ça. Il vaut peut-être mieux que tu ne regarde pas, William."

Mais je l'observai me trouer la peau avec une fascination morbide. Quand je vis mon sang dégouliner dans la fiole en verre, mes oreilles se mirent à bourdonner.

Dix secondes plus tard, je me retrouvai les jambes surélevées, avec l'infirmière en train de faire des réflexions sur les hommes qui roulent des mécaniques mais tournent de l'œil à la vue d'une petite goutte de sang, et Christina qui me demandait comment je me sentais. Mon regard dut être éloquent, car elle demanda à la femme d'en finir au plus vite. Elle se soumit à son tour à l'opération et nous quittâmes les lieux.

On a beau dire, il y a quand même des domaines où les moldus en sont vraiment restés à des méthodes barbares !

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Le résultat des analyses fut satisfaisant, et je proposai à Christina d'essayer les méthodes de contraception sorcières que je lui affirmai comme étant beaucoup plus sûres. En fait, je désirais garder la mainmise sur cet aspect, ne lui accordant qu'une confiance relative en la matière, tant était grand son désir de maternité. Un oubli est si vite arrivé, n'est ce pas ?

Je lui fis donc choisir entre une potion à ingurgiter à chaque pleine lune et un sort que je lui appliquerai à chaque fois. Elle choisit la seconde solution.

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Au début du mois de mars, nous décidâmes d'aller dîner sur le Chemin de Traverse. Alors que nous sortions de la Halle aux Poudres, nous croisâmes Potter, son balai sur l'épaule.

Il hocha discrètement la tête à mon intention, s'apprêtant à continuer son chemin. Jusqu'à présent, je n'avais jamais organisé de rencontre entre Christina et une de mes relations sorcières. Je me dis que Potter serait un bon début.

"Potter ! Bonsoir. Je ne sais pas si tu te souviens de Christina Fallen. Nous avions visité son atelier quand nous avons enquêté sur le vol des bijoux à Londres. Christina, mon partenaire, Harry Potter.
- Mais bien sûr, je me rappelle parfaitement de Madame, dit-il en hochant la tête d'un air entendu, comprenant sans doute brusquement comment j'avais rencontré "ma moldue". Belle soirée pour se promener, n'est ce pas ?
- On pensait aller manger un morceau. Tu aurais un moment pour prendre l'apéritif avec nous ?
- Ma femme ne rentre pas avant une bonne heure, répondit-il en regardant sa montre. Ce sera avec plaisir."

Nous nous rendîmes de concert au restaurant. Potter s'installa, selon son habitude, de façon à tourner le dos aux autres clients. Nous prîmes place face à lui.

Potter nous confia la raison de sa présence à cet endroit :
"Je suis allé faire réviser mon balai, expliqua-t-il. La Coupe du Ministère va bientôt commencer.
- Il est beau, mais il n'est plus tout jeune, ton balai, remarquai-je. Tu n'es pas tenté d'en racheter un neuf, un Foudre de Guerre, par exemple ?
- Le Foudre est plus rapide, mais je le trouve moins maniable pour faire de la haute voltige. Et puis, celui-là c'est un cadeau, alors j'y tiens beaucoup.
- Ah, je vois. Potter est un des meilleurs attrapeurs du pays, expliquai-je à Christina. Il attrape le Vif d'or au péril de sa vie à chaque match.
- Je n'avais pas compris que le... comment tu m'as dis que cela s'appelle déjà ? demanda Christina en se tournant vers moi
- Le Quidditch.
- Je n'avais pas compris que le Quidditch était aussi dangereux.
- Théoriquement, il ne l'est pas tant que ça. C'est juste que Potter est très enthousiaste. Mais il est vrai qu'il n'a pas le choix. S'il perd, c'est son entraîneur qui le tuera.
- Avez-vous déjà vu un match ? demanda Potter, amusé, à Christina qui ouvrait de grand yeux.
- Non, pas encore.
- Il faudra que vous veniez voir une de nos rencontres, alors. C'est très important, le Quidditch. Une notion culturelle indispensable dans le monde sorcier.
- C'est un peu comme le Rugby chez nous, remarqua Christina. C'est sans doute moins impressionnant, mais c'est important pour les Anglais.
- Je sais, acquiesça Potter. J'ai passé mon enfance chez les Moldus.
- Oh, cela veut-il dire que vos parents n'étaient pas sorciers ?"

Finalement, cette rencontre n'était pas une si bonne idée que cela, pensai-je en écrasant le pied de Christina sous la table.

"Si, mes parents étaient sorciers, mais ce sont mon oncle et ma tante qui m'ont élevé, répondit mon partenaire d'une voix neutre avant d'enchaîner rapidement. "Vous n'avez pas trop de mal avec les voyages en cheminée ? Mes premiers trajets ont été un cauchemar, j'ai mis des années à m'y habituer.
- Oh non ! William m'a bien expliqué, et une fois la nouveauté estompée, je n'ai pas eu trop de problème. C'est juste très salissant.
- Vous avez de la chance. J'avais mal articulé la destination lors de mon premier voyage et du coup je me suis retrouvé Allées des Embrumes au lieu du chemin de Traverse.
- C'est une rue très mal fréquentée avec plein de boutiques louches, expliquai-je à ma compagne.
- Oui, en plus c'est chez Barjow et Beurk que j'ai atterri. Une boutique très particulière. Heureusement, une personne de ma connaissance, un certain Hagrid est passé par là. Comme c'était un demi-géant, j'ai pu le repérer de loin.
- Un demi-géant ? demanda Christina étonnée.
- Les géants sont assez sauvages et les unions entre géants et humains assez rares, mais cela arrive quand même.
- Hagrid ? Tu parles du garde-chasse de Poudlard ? demandai-je.
- Oui, c'est lui qui s'est occupé de moi à mes débuts dans le monde sorcier. Il m'a emmené ici pour acheter mes premières fournitures scolaires. Il m'a même offert une chouette."

Je donnai un léger coup de pied à Christina pour qu'elle ne l'interroge pas plus avant. Je me rappelai parfaitement l'avis de recherche qui avait été lancé au sujet du grand barbu peu avant la fin de la guerre. Je n'avais pas entendu dire qu'on l'ait retrouvé.

Le regard lointain de Potter confirma que ma mémoire était fidèle. C'est fou le nombre de cadavres que ce gamin trimballe dans sa tête. Il secoua énergiquement cette dernière avant de détourner, une fois de plus, la conversation :
"Ma femme est passionnée d'art moldu. Elle serait sans doute ravie de vous rencontrer, Madame Fallen.
- Cela me plairait aussi beaucoup. J'ai l'impression que très peu de sorciers s'intéressent à notre monde. Vous vivez très à l'écart des non-sorciers, n'est-ce pas ?
- Disons que l'on s'y intéresse plus de nos jours qu'il y a quelques années. Feu mon beau-père passait pour un illuminé avec sa collection de prises de courant.
- Une collection de prises de courant ! C'est euh… original commenta Christina. Et il avait les appareils qui vont avec ?
- Quelques-uns. Mais il ne pouvait pas les faire marcher, bien sûr.
- Oui, bien sûr, il n'avait pas l'électricité ! avança Christina.
- Être raccordé au réseau électrique ne résout pas tout, précisa Potter. A cause des ondes magiques.
- Pardon ?

- Les ondes magiques ne sont pas compatibles avec les autres formes d'énergie. Tenez, par exemple, le téléphone de Stratford ne peut pas fonctionner ici. Il y a une trop grande concentration de sorciers et d'objets magiques.
- C'est pour ça que j'ai l'impression que tu ne l'allumes jamais ? me demanda-t-elle.
- Oui, je suis rarement dans un endroit où ça peut marcher. Heureusement qu'il n'y a que quatre appartements dans mon immeuble ce qui constitue un niveau de magie assez bas pour que je puisse utiliser mon téléphone chez moi.
- Hermione m'a expliqué que pour les utiliser au Ministère et installer les prises de rechargement, cela a été très difficile, continua Potter.

- Comme toujours, ton amie est une mine de renseignements, approuvai-je. Les Mystères ont effectivement travaillé d'arrache-pied pendant des semaines avant de trouver une solution. La réception a toujours été mauvaise là-bas, mais c'était mieux que rien puisqu'on n'osait plus utiliser les cheminées.
- Qu'est-ce qui se passait avec les cheminées, demanda Christina.
- Elles étaient contrôlées par Tu-Sais-Qui, répondis-je, sans réfléchir.
- Tu-Sais-Qui ? C'est qui ça ?" questionna plaisamment Christina, pensant à une blague.

Merde ! Bonjour la gaffe. Et c'était entièrement de ma faute. Car non seulement c'est moi qui avais amené ce nom sur le tapis, mais en plus, je n'avais pas encore abordé le sujet avec Christina, préférant qu'elle soit plus à l'aise avec notre monde avant de lui en dévoiler les plus sombres aspects. Lui faire un cours d'histoire maintenant, devant Potter en plus, ne m'emballait pas vraiment.

Je cherchais désespérément une façon de détourner la conversation, quand Potter répondit tranquillement :

- C'est un mage noir qui a tenté de prendre le pouvoir, il y a quelques années.
- Un mage noir ? Il a un drôle de nom, s'étonna Christina.
- En fait, son véritable nom était Tom Jedusor et il se faisait appeler Voldemort, précisa Potter, me faisant grimacer. Mais il a causé de la mort de tant de gens et inspiré une telle terreur que la plupart des sorciers n'osent toujours pas prononcer son nom.
- Vous l'avez dit pourtant.
- Un homme sage m'a dit qu'il ne fallait pas avoir peur d'un nom.
- Vous avez fini par l'arrêter ?
- Il est mort", répondit Potter, d'une voix égale.

Christina ouvrit la bouche pour poser une autre question. Considérant que cela avait déjà été beaucoup trop loin, je lui balançai sous la table un coup de pied pour qu'elle la boucle. Mais je calculai mal mon élan et j'y allai un peu fort, arrachant une exclamation de douleur à ma compagne.

Potter haussa les sourcils et dit, clairement moqueur :
"Je pense qu'on devrait changer de sujet avant que notre ami Stratford ne nous fasse une crise cardiaque.
- T'as retrouvé ton sens de l'humour, toi ? lui lançai-je, assez agacé par la situation dans laquelle je m'étais imprudemment fourré.
- Et toi, tu sembles avoir perdu le tien. Quel dommage que nous n'arrivions pas à en faire preuve au même moment, hein !"

J'étais en train de rechercher une riposte qui lui ferait comprendre qui avait le plus d'humour, quand le hasard, qui décidément était très en forme ce soir, se chargea de lui rabattre son caquet :

"Ex... Excusez-moi Monsieur. Vous êtes bien Harry Potter ?"

Un môme, qui devait avoir huit ou neuf ans, se tenait près de notre table. Potter ferma les yeux une seconde avant d'adopter l'expression neutre qui était la sienne dans ce genre d'occasion, et de se retourner vers le gamin.

"Oui, c'est bien moi.
- Ooh ! Je... Excusez-moi... Je voulais juste vous demander... Vous pourriez me signer ma carte de Chocogrenouille ?"

Il se trouve que je n'avais jamais vu la carte en question car je n'étais pas présent quand Potter était allé faire son petit cadeau au responsable des cheminées. Je me penchai donc pour regarder celle que le mioche lui tendait.

Il était pas mal là-dessus. Il saluait de la main en souriant, vêtu d'une robe verte qui le mettait en valeur. M'est avis que si le môme avait une grande sœur, il ferait bien de la planquer soigneusement sa carte !

"Je suis désolé, répondit Potter à son habitude, mais je ne signe aucun autographe."
La déception du gamin fut tangible, mais il en fallait davantage pour que Potter déroge à son principe.

"Je... Excusez-moi de vous avoir dérangé, dit tristement le mioche.
- Ce n'est rien. Bonne soirée", conclut Potter avant de se retourner vers nous.

Je sentis que Christina déplaçait ses jambes sous la table, sans doute pour les mettre hors de ma portée, dans le cas où je la soupçonnerais d'être assez stupide pour poser une question indiscrète.

"Vous avez déjà mangé des chocogrenouilles ? la questionna Potter.
- Non, qu'est ce que c'est ?
- Des confiseries en chocolat qui ont une forme de grenouille et qui se sauvent en sautillant si vous ne les attrapez pas assez vite après avoir ouvert le sachet qui les contient. Elles sont vendues avec des cartes représentant les sorciers célèbres. Un gamin sur deux les collectionne.
- Comme les collections Panini ?
- Euh... sans doute, dit Potter qui manifestement ne connaissait pas plus que moi ce dont elle parlait.

- Ce sont des albums sur lesquels on doit coller des cartes, expliqua Christina. Ces dernières sont vendues par paquets. Quand on a des cartes en double, on les échange avec les copains.
- Oui, c'est le même principe.
- J'ai jamais réussi à récupérer celle de Wilbur le Fou, remarquais-je. Des fois je me suis demandé si elle existait vraiment.
- Mon ami Ron a mis des années avant de tomber sur celle d'Agrippa, répondit Potter en souriant à l'évocation de ce souvenir. Pourtant, il était difficile de manger plus de sucreries que lui ! Et aujourd'hui, il n'a toujours pas réussi à avoir la mienne, conclut-il comme si l'échec de son ami était une bonne plaisanterie.
- Je croyais qu'on en avait mis à ta disposition.
- Mais où serait le plaisir si je la lui donnais directement, hein ?"

Tout à coup, il regarda sa montre et fit un bond.
"Mais vous avez vu l'heure qu'il est ! Ma femme doit m'attendre depuis un bon moment maintenant. Elle va encore dire que je suis toujours en retard !"
Il se leva précipitamment et fouilla dans sa poche pour régler sa consommation.
"Laisse tomber lui dis-je. A charge de revanche.
- Merci. Ce fut un plaisir. A une autre fois, j'espère", sourit-il en direction de Christina avant de partir en toute hâte, son balai sous le bras.

"Désolée si j'ai gaffé, dit Christina. Mais tu aurais pu y aller un peu moins fort. Je suis sûre que j'ai un bleu maintenant. Sans compter mon pied tout écrabouillé.
- Pardon, m'excusai-je. Je sais que ce n'est pas ta faute, mais tu posais vraiment les mauvaises questions. Montre-moi où tu as mal, je vais t'arranger ça."

Je lui appliquai un léger sort de guérison.

"Tu m'expliques, maintenant ? demanda-t-elle une fois soulagée.
- Non, pas ici. Je préfère attendre qu'on rentre.
- Cela a un rapport avec cette histoire de carte ?
- Oui.
- Il est très connu, c'est ça ?
- Christina ! J'ai dit, pas ici."

Tout au long du repas, elle essaya de grappiller des informations, mais à ce petit jeu j'étais plus habile qu'elle et elle en fut pour ses frais.

C'est ainsi que plus tard, dans son salon londonien, je racontai la fulgurante ascension de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, comment le Survivant avait résisté à l'Avada Kedavra après le meurtre de ses parents, la résurrection de son ennemi qui était intervenue treize ans plus tard et l'inexplicable acharnement du Seigneur des Ténèbres à avoir la peau du Celui-Qui-Avait-Survécu. Puis je lui parlai de la Bataille du Survivant, à laquelle j'avais participé, perdant un grand nombre de mes collègues, et au cours de laquelle le célèbre Harry Potter avait définitivement mis fin à la guerre.

Quand j'en eus fini, Christina resta un long moment silencieuse. Puis finalement elle murmura :
- C'est fou, cette guerre si proche de nous et qui est passée inaperçue...
- Inaperçue, pas complètement. Mais quand il y avait des morts moldus, on leur inventait une autre cause.
- Et ce garçon, il a quel âge ?
- Il doit avoir dans les vingt-deux ans.
- Mais il avait quel âge quand tout cela s'est passé ?
- Dix huit ans.
- Mais c'est affreux, ce pauvre garçon ! Et ce surnom que vous lui donnez ! C'est abominable !
- Hein ? Pourquoi ?
- Mais enfin, tu ne te rends pas compte qu'à chaque fois que vous l'appelez le Survivant, vous lui rappelez qu'il a survécu à ses parents et autres victimes de cette guerre !
- Il n'est pas le seul à avoir survécu à ceux qu'il connaissait.
- Oui, mais lui, on le lui rappelle à chaque fois qu'il met le nez dehors !"

Je n'avais jamais réfléchi à cet aspect des choses. Je savais qu'il ressentait à l'égard de la Bataille la même culpabilité que moi et que l'épisode Diggory pesait lourdement sur sa conscience. Mais je n'avais jamais réalisé qu'il vivait avec ce malaise depuis sa plus tendre enfance. Pas étonnant qu'il soit si susceptible sur tout ce qui touchait sa célébrité, quand on pense à l'épisode qui en est l'origine.

"Il y a autre chose que je ne comprends pas, me dit Christina.
- Oui ?
- Pourquoi est-ce lui qui a été opposé à ce sorcier ? Il n'était pas encore Auror, à l'époque, n'est ce pas?
- Non effectivement, il sortait tout juste de Poudlard. Je ne sais pas pourquoi c'est lui qui s'y est collé, et j'avoue que c'est une question que je me pose régulièrement.
- Tu ne le lui as pas demandé ?
- Non. On discute pas mal, mais il y a encore des sujets qui semblent difficiles pour lui. D'ailleurs, je suis étonné qu'il soit resté si à l'aise, quand tu l'as interrogé sur Tu-Sais-Qui. Il faut dire que depuis qu'il est jeune marié, rien ne semble l'atteindre.
- Des fois, ça fait du bien de se marier", dit Christina d'une voix rêveuse.


Cette soirée était un véritable fiasco.


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Souvenirs à Pré-au-Lard by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XXI : Souvenirs à Pré-au-Lard


Le lendemain de notre rencontre sur le Chemin de Traverse, je dis à Potter :
"Désolé pour hier soir, je ne l'avais pas encore mise au courant de tout.
- Il n'y a pas de mal. A vrai dire, j'ai trouvé très reposant de parler de tout cela avec quelqu'un qui n'y connaissait rien. Cela m'a fait prendre conscience que c'est surtout le regard des autres qui est pénible dans ce genre de conversation, d'habitude. Et puis ta tête était trop drôle !
- Merci bien !
- Dis donc, quand il te prend l'envie de te payer la mienne, tu ne t'en prives pas !
- Moi j'ai le droit, je suis ton supérieur !

- Arrête d'inventer des règles au fur et à mesure. La non-rétroactivité des textes de loi, tu connais ?
- Je ne te connaissais pas un tel intérêt pour la législation.
- Je croirais entendre Rogue ! grogna-t-il. Il a passé sept ans à me dire que je prenais un malin plaisir à violer tous les règlements.
- Ce n'était pas vrai ?
- Je ne le faisais pas exprès ! C'était pour aider les autres ou empêcher des catastrophes de se produire.
- Mais qui te demandait de t'occuper de tout ? lui demandais-je.
- Eh bien… Bon d'accord, personne, mais il n'y avait personne d'autre non plus pour le faire à ma place.

- Si on reprend ta première leçon de vol, insistai-je, c'était si grave que ça de laisser Malefoy faire le malin et d'attendre le retour du prof pour régler ça ?
- Non mais… Au moins, je suis devenu attrapeur.
- Potter, tu le serais devenu dès que le prof t'aurait vu voler. C'était pas la peine de risquer de te rompre le cou.
- Ah euh… peut-être. Mais je t'assure que dans d'autres cas, j'ai VRAIMENT pas eu le choix et que je m'en serais bien passé.

- Pourquoi est-ce que j'ai du mal à te croire ?
- Parce que tu es de parti pris. C'est bien connu que les Serpentard sont de mauvaise foi.
- Il faudra un jour que les Gryffondors comprennent que la matière spongieuse qu'ils ont entre les deux oreilles est faite pour réfléchir. Pas seulement à éviter que leur caboche sonne creux quand ils se jettent la tête la première dans les emmerdements.
- Quand je pense que c'est toi qui me disais il y a quelques semaines qu'il ne fallait pas avoir de préjugés sur les maisons des autres ! s'indigna-t-il.
- L'avantage d'être de mauvaise foi, c'est qu'on n'est pas tenu par ce qu'on a dit antérieurement.

- Stratford, s'esclaffa Potter, t'es pas croyable. Je crois bien que je m'ennuierais sans toi !
- Ouais, bon, évite de répéter ça à ta femme, grommelai-je. J'ai pas envie qu'elle vienne mettre le feu à ma robe."

Imaginer cette éventualité parut grandement amuser Potter.

oO§0§Oo


Quelques jours plus tard, je lisais un excellent roman écrit par une certaine Jane Austen, trouvé dans la bibliothèque de Christina, quand cette dernière me demanda :

"Tu es d'accord pour aller dîner chez mes parents la semaine prochaine ?"

Plongé avec fascination dans la calamiteuse demande en mariage que le froid Darcy adressait à la délicieuse Elisabeth, je ne réalisai pas tout de suite de quoi il était question.

"Mhum, tu disais ?
- Je te demandais si c'était d'accord pour aller manger chez mes parents samedi prochain.
- Mais il n'a jamais été question de ça, répondis-je vivement.
- Il en est question maintenant.
- Eh bien non, ce n'est pas d'accord."

Considérant que la discussion était close, je me replongeai dans mon livre. Je cherchais encore des yeux le paragraphe que je venais de quitter, quand le volume me fut arraché des mains par une Christina très agacée.

"William ! Je suis en train de te parler !
- J'ai entendu. Je t'ai même répondu. Maintenant j'aimerais finir mon chapitre !
- C'est ça que tu appelles une réponse ?
- Ce n'est pas la réponse que tu espérais, mais c'est une réponse, oui.

- Pourquoi refuses-tu de les voir ?
- Cela me paraît un peu prématuré.
- Très bien. Quand penses-tu que tu seras prêt ?
- J'en sais rien, moi ! On a bien le temps d'y penser !

- Dans dix ans, ce sera un peu tard !
- Mais c'est pas possible ! On ne peut pas parler avec une femme sans qu'elle dramatise tout.
- Epargne-moi tes propos sexistes. Tu es vraiment le roi de l'esquive. Je te faisais confiance !
- Je ne vois pas ce que la confiance a à voir là-dedans.
- Tu m'avais promis de penser sérieusement à t'engager avec moi.
- C'est ce que je fais. Je ne t'ai jamais caché que j'aurai besoin de temps pour me faire à cette idée.
- Cela fait deux mois maintenant. Et rien n'a changé.
- On ne décide pas de se marier en deux mois.
- Je n'ai pas des années devant moi, tu le sais !"

Je retins de justesse la réplique qui me venait aux lèvres lui suggérant de se trouver quelqu'un d'autre si elle était aussi pressée. Mais elle était assez en colère pour me prendre au mot, et me foutre définitivement à la porte. Or ce n'était pas ce que je souhaitais.

Car contrairement à ce qu'elle semblait croire, j'avais beaucoup réfléchi ces derniers temps. Si je ne me sentais pas encore prêt à faire le grand saut, l'idée de passer de longues années avec elle ne me semblait plus si redoutable.

Cependant, j'étais furieux à cet instant, non seulement à cause de la scène qu'elle me faisait, situation que j'avais en horreur, mais aussi du fait de l'injustice de ses propos. Elle ne se rendait absolument pas compte des efforts que je fournissais pour elle. Considérant qu'aucune discussion n'était possible dans ces conditions, je lui lançai :
"J'en ai assez, je rentre chez moi. Nous en reparlerons quand tu seras calmée."

Je descendis dans son atelier et utilisai la cheminée. J'eus cependant le temps d'entendre un bruit sourd émanant de la pièce où elle se trouvait. J'espérai que le livre serait encore lisible.

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J'étais encore assez remonté le lendemain, quand je partis travailler. Je ne souhaitais pas rompre avec Christina, mais je me refusais à faire le premier pas. Après tout, c'est elle qui avait déclenché cette dispute stupide.

Je fus donc assez satisfait de constater qu'elle avait posé un message sur la boîte vocale de mon portable quand je le récupérai le soir sur sa borne de recharge au Ministère. J'attendis cependant d'être dans mon appartement pour en écouter la teneur.

C'était un simple "William, je voulais juste savoir si tu venais ce soir", mais je m'en contentai. Je la rappelai et lui indiquai que je serai là une demi-heure plus tard. Je l'appelais toujours avant de me présenter chez elle en cheminée, de toute façon. Inutile de prendre le risque d'apparaître pendant qu'elle recevait une visite.

Je pris le temps de me doucher et de me changer. C'était une autre de mes habitudes. Par mesure de précaution, je m'habillai toujours en moldu avant d'aller chez Christina. De son côté, elle revêtait une des robes sorcières que je lui avais achetées dès qu'elle mettait un pied chez moi.

Quand j'arrivai, elle m'embrassa, mais son sourire semblait forcé. Elle eut cependant la sagesse de ne pas remettre le sujet sur le tapis de toute la soirée. Ce ne fut que lorsque je lui cédai la place dans la salle de bain, avant de me coucher qu'elle m'indiqua :
"William, j'ai vraiment besoin que tu me donnes une date approximative, même si c'est dans six mois. Je sais que cela te coûte, mais moi, si je n'ai rien de concret, j'ai l'impression qu'on n'avance pas, et je me sens très mal."

Sur ce, elle entra dans la salle de bain, et j'entendis l'eau couler à flot, ce qui signifiait quelle avait l'intention de prendre un bain et que je ne la reverrais pas avant une bonne demi-heure. Pensivement, je m'installai sur le lit pour l'attendre. Il est vrai qu'en soi, sa demande n'était pas excessive. La veille, c'était plutôt la façon dont elle m'avait présenté les choses qui m'avait incité à refuser.

Je n'avais pas apprécié le fait qu'elle présente cette visite comme un fait acquis, sans même que nous en ayons discuté auparavant. Je m'étais senti acculé, et c'est un sentiment que je ne supportais pas. Sa demande de ce soir, par contre, méritait que je m'y arrête.

J'étais bien conscient que si nous décidions de nous marier et d'avoir des enfants, ma rencontre avec sa famille et sa présentation à la mienne seraient inéluctables. A dire vrai, j'appréhendais davantage d'emmener Christina chez mes parents que de rendre visite aux siens.

D'autre part, il était vrai que si je ne me sentais pas capable d'être le père de ses enfants, je devais mettre fin à notre relation rapidement pour lui donner une chance de trouver quelqu'un d'autre avant qu'il ne soit trop tard pour elle. Son idée d'échéance n'était pas mauvaise. Si, au bout d'une certaine période, je ne me sentais toujours pas prêt, autant que je la libère.

Après réflexion, je décidai de nous donner six mois à compter du jour où nous avions évoqué la possibilité d'essayer, ce qui nous menait au mois de juin. La conscience apaisée par ma décision, je repris le livre que j'avais récupéré dans un coin du salon et je retrouvai Darcy, en train de se faire magistralement repousser par une demoiselle Bennett en grande forme.

Quand Christina vint s'allonger à mes côtés, je lui dis :
"On en reparlera, mais ce sera au plus tard en juin prochain.
- D'accord, répondit-elle. Merci."

Et elle se pelotonna contre moi, sans rien ajouter. Je fus touché par le désarroi qu'elle exprimait silencieusement, et tâchai de la réconforter en la serrant tendrement dans mes bras.


oO§0§Oo


Une après-midi, Potter et moi faisions une recherche en vue de retrouver des renseignements contenus dans de vieux dossiers. Cette opération nous obligea à sortir des kilos de parchemins de l'armoire où ils étaient entreposés. A un moment, Potter, en tirant à lui un gros rouleau de papier, fit tomber à terre une boite en carton, soigneusement scellée.

Il la ramassa et l'examina avec curiosité.

"Range-moi ça tout de suite, grognai-je. Je préfère ne pas avoir cette horreur sous les yeux.
- Qu'est ce que c'est ?
- Les photos que les Mangemorts t'envoyaient à la fin de la guerre.
- Quelles photos ?
- Tu sais, celles qu'ils avaient prises… "

Je m'arrêtai net, soudain conscient qu'au lieu de devenir grave, comme à son habitude quand je lui rappelais un mauvais souvenir, il semblait plutôt attentif. Je me souvins un peu tard, qu'il s'était plaint que Dumbledore lui cachait un certain nombre de choses. Manifestement, le contenu de cette boite en faisait partie.

"Oui ? reprit-il.
- Tu n'étais pas au courant, constatai-je platement.
- Apparemment pas. Si tu m'en disais plus ?
- Je ne préférerais pas", répondis-je, n'ayant aucune envie de me mêler de ça.

Il me fixa durement, mais comme je gardais le silence, il me tourna le dos et traversa la Ruche. Je le suivis, un peu inquiet. Il se dirigea vers le bureau de Shacklebolt, dans lequel il entra sans frapper.

Quand j'atteignis à mon tour le seuil du bureau, il avait balancé la boîte sur la table de travail du commandant, et lui demandait :
"Qu'est ce que c'est que ça ?"

Shacklebolt me regarda au-dessus de l'épaule de Potter et je fis un signe d'impuissance.

"Assieds-toi, Harry. Stratford, ferme la porte derrière toi."
Je m'exécutai, et m'adossai au battant.

"Durant les deux mois où tu étais au Siège avant la Bataille, commença Shacklebolt, les Mangemorts tentaient de te faire parvenir des images abominables, représentant ce qu'ils faisaient à leurs victimes. C'était dans le but de te rendre fou et de te pousser à te rendre au mauvais endroit et au mauvais moment pour te mesurer à Voldemort. Comme ils ne pouvaient pas te trouver, ils les faisaient parvenir aux Aurors et à tous ceux qu'ils soupçonnaient être des membres de l'Ordre. Je n'étais pas toujours d'accord avec les mesures que Dumbledore prenait à ton sujet, mais en l'occurrence, je pense qu'il a bien fait de te le cacher. Tu avais assez d'objets d'inquiétude comme cela.
- Je suppose qu'il en avait parlé à Hermione, Ron et Ginny ? demanda Potter, assez agressivement.
- Qui d'autres que tes amis auraient pu te retenir si tu en avais vu et que tu avais voulu partir ?"

Effectivement, la petite Weasley n'avait pas fait que de la figuration.

"Mais je ne pense pas qu'il leur ait laissé voir ces clichés, continuait le commandant. Il les protégeait, eux aussi, autant que possible."

Potter fixa pensivement Shacklebolt.

"J'aurais presque préféré qu'il ne m'admette pas dans l'Ordre. Ça aurait été plus honnête, finit-il par dire amèrement.
- Harry, personne dans l'Ordre n'était au courant de tout, pour des raisons de sécurité. Dumbledore lui-même me demandait de ne pas lui donner de détails sur la façon dont j'effectuais mes missions pour ne pas en savoir trop. En prévision de sa disparition, il m'avait révélé certaines choses, mais il avait partagé ce genre d'information entre moi, Minerva et Severus."

Potter réfléchit un moment puis haussa les épaules tout en secouant la tête de son petit mouvement habituel.

"Je suppose que c'est idiot d'en faire toute une histoire après tant de temps. Désolé, Commandant, je crains, une fois de plus, m'être montré un peu impulsif.
- Essaie de frapper la prochaine fois", se contenta de répondre Shacklebolt.

Potter se leva et tendit la main vers la petite boîte qui était toujours sur la table, là où il l'avait jetée. Mais le commandant le devança en posant fermement sa main dessus.
"Je pense que tu te passeras de contempler des horreurs supplémentaires. Cela ne sert plus à rien, maintenant."

Ils se jaugèrent du regard, un peu comme le jour où Potter lui avait montré sa carte magique. Mais cette fois, ce fut Potter qui céda et laissa retomber sa main.

"Excusez-moi de vous avoir dérangé, Commandant", dit-il et il se dirigea vers la porte.

A mi-chemin, il se retourna et demanda :
"Est-ce que… Est-ce qu'il y a des photos d'Hagrid, là-dedans ?"

Le commandant laissa passer quelques secondes avant de répondre doucement :
"Oui. Je suis désolé Harry. Et, il n'aurait pas voulu que tu les voies"

Potter ne répondit pas. Il se contenta de se détourner et de sortir, alors que je lui tenais la porte. Je la refermai derrière lui et je lançai à Shacklebolt :
"Désolé, je n'avais pas pensé qu'il pouvait l'ignorer.
- Ce n'est pas grave, il aurait bien fini pas le savoir. C'est toujours mieux que s'il avait regardé dedans."

Je jetai un œil vers le coffre contenant les archives secrètes, où allaient sans doute atterrir ces photos.

"Il les retrouvera un jour.
- J'espère pour lui que d'ici là, il sera devenu suffisamment sage pour résister à la tentation, me répondit Shacklebolt.
- Tu fondes de grands espoirs en lui.
- Il a un grand potentiel.
- Tu crois qu'un jour il sera moins impulsif ?
- Il a déjà fait des progrès. Vas-y maintenant. Et fais en sorte que Malefoy lui fiche la paix aujourd'hui."

Potter resta sombre toute la journée, mais retrouva son entrain habituel les jours suivants. On s'habitue à tout.

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La seconde semaine du mois d'avril se tenait la Foire aux alchimistes. Cette manifestation réunissait tous les fabricants d'ingrédients pour potions, ainsi que tous les fournisseurs de potions prêtes à l'emploi. Ces derniers faisaient généralement des démonstrations, et je me dis que cela pourrait plaire à Christina. Je prévus donc de l'y emmener le samedi suivant.

Quand Potter me confia son intention de s'y rendre également, je lui proposai de nous retrouver à quinze heures devant les Trois balais. Il accepta, en précisant qu'il serait seul car son épouse était de garde à Ste Mangouste.

Nous nous retrouvâmes à l'heure convenue. Ce jour-là, il faisait froid, mais le ciel était bien dégagé. Beaucoup de monde était venu, et nous dûmes attendre dix minutes avant qu'une table se libère dans le pub. Mais nous finîmes par nous asseoir et commander nos Bièraubeurres.

Des gobelins s'étaient installés à la table à côté de la nôtre, et Christina avait du mal à ne pas loucher dans leur direction.

"Les trolls sont encore plus impressionnants, lui indiquai-je. Ils font quatre mètres de haut et sentent très mauvais. Mais dis donc, ajoutais-je en direction de Potter, tu ne m'as jamais expliqué comment tu as fait ton compte pour te retrouver nez à nez avec un troll pendant ta première année à Poudlard.

- C'est toute une histoire, répliqua-t-il en souriant. Par où commencer… Bon, tu connais Hermione. Elle était déjà excessivement brillante. Et à l'époque, cela nous agaçait un peu, Ron et moi. Elle était toujours à lever la main en classe et à réussir ses sorts mieux que nous. Tout ça pour dire qu'un jour, Ron lui a fait une réflexion méchante, et qu'elle a passé le reste de la journée à pleurer dans les toilettes des filles.
- Oh la pauvre ! commenta Christina.

- Oui, enfin, elle s'en est remise, elle a même épousé Ron depuis. Bon, j'en étais où ? Ah oui, Hermione dans les toilettes et nous en train de dîner. A ce moment, un prof est arrivé pour nous indiquer qu'un troll s'était introduit dans l'école. Les élèves ont été priés de rejoindre leurs salles communes. Mais en y allant, on s'est rappelé qu'Hermione ne pouvait pas être au courant, et on a décidé d'aller la prévenir.
- Bien sûr, il ne vous est pas venu à l'idée d'en parler à un prof !
- On ne savait pas où ils étaient. Donc on est partis en douce pour la rejoindre. On était arrivés quand on a croisé le troll. Faut avouer qu'on en menait pas large !
- Votre cas n'était pas si désespéré, alors, remarquais-je.

- On l'a vu entrer dans une pièce. Comme il y avait une clé sur la porte, on s'est dit que ce serait une bonne idée de l'enfermer. Et c'est ce qu'on a fait. On s'en allait tout contents, quand on a entendu un cri. Et c'est là qu'on a réalisé qu'on avait enfermé le troll avec Hermione dans les toilettes.
- Oh non ! s'est écriée Christina.
- C'est pas vrai ! me suis-je exclamé.

- B'en si, c'était vraiment pas de chance. On est donc revenus ouvrir la porte. Pendant que Ron attirait l'attention du monstre, j'ai tenté de faire sortir Hermione, mais elle était à moitié évanouie. Quant à Ron, il était en mauvaise posture car le troll l'avait désormais pris pour cible. Alors à ce moment là, j'ai..."

Il s'arrêta et me jeta un regard en coin, comme s'il avait un peu honte de ce qu'il allait dire.
- Je lui ai sauté sur le dos, a-t-il terminé très vite, un peu rouge. Je me passerai de tes commentaires, a-t-il ajouté en me regardant.
- Mais j'ai rien dit ! m'offusquai-je, en tentant de contrôler le fou rire qui menaçait de me saisir.
- T'as intérêt, me lança-t-il avant de continuer. Bon, d'accord, c'était pas très malin, mais je ne savais pas quoi faire d'autre. Enfin, cela l'a arrêté un moment. Je crois que je lui avais fait mal en plantant ma baguette dans sa narine."

C'était trop, je me mis à hurler de rire. Potter eut l'air un peu froissé, et Christina le regardait effarée.
- Vous n'êtes pas en train de nous faire marcher, hein ?
- Non, non, c'est vraiment arrivé comme cela. Même qu'après j'avais plein de morve de troll sur ma baguette.

Je dus m'agripper à la table pour ne pas tomber de ma chaise. Les autres clients commençaient à regarder bizarrement en direction de notre table.

- Et ensuite ? demanda Christina en me jetant un regard de reproche.
- Eh bien Ron est intervenu. Il a lancé en direction de la chose le seul sort qu'on maîtrisait, c'est-à-dire un sort de lévitation. Ça a pas mal marché. Le gourdin du troll s'est envolé et est retombé sur sa tête en l'assommant. C'est à ce moment que les profs ont débarqué. On a fait gagner cinq points à Gryffondor.
- Me dis pas que les profs vous ont félicités, réussis-je à prononcer, doutant que la vieille professeur de Métamorphose ait trouvé l'épisode aussi amusant que moi.
- Pas vraiment, McGonagall était furieuse. Mais Hermione a menti pour nous sauver la mise, et après ça, on est devenus amis.

- Potter, lui dis-je. Tu es vraiment un concentré de Gryffondor. Tu ne serais pas un descendant de Godric, par hasard ?
- Pas à ma connaissance, mais on m'a déjà accusé d'être l'héritier de Salazar Serpentard.
- Tu plaisantes !
- Ceux qui y croyaient étaient très sérieux. C'est quand on s'est rendu compte que j'étais fourchelang. C'est la possibilité de parler le langage des serpents, traduisit-il gentiment pour Christina qui avait ouvert de grands yeux.

- Vous pouvez parler aux serpents ? demanda-t-elle ébahie. C'est formidable.
- Oui et non, répondit Potter. Cela m'a rendu service une ou deux fois, mais c'est une capacité qui a une très mauvaise réputation car des mages noirs très connus s'en sont prévalus.

- De là à te croire héritier de Salazar, quand même ! m'étonnai-je. Je sais que le Choixpeau a repéré en toi un fond Serpentard, mais tu caches si bien ton jeu !
- C'est quoi le Choixpeau, demanda Christina.
- C'est un objet magique qui nous répartit entre les quatre maisons de Poudlard : Serpentard, Serdaigle, Poufsouffle et Gryffondor, répondis-je. Les maisons c'est euh…
- Je connais le concept, m'indiqua Christina. La plupart des collèges anglais sont organisés selon ce principe. C'est une organisation qui permet de créer des groupes qui s'affrontent sportivement et scolairement, avec des préfets pour maintenir la discipline, c'est ça ?

- Exactement, dis-je, très étonné de cette similitude. Mais comment êtes-vous répartis ?
- C'est le directeur et les professeurs qui en décident en début d'année je suppose. Il vous faut un objet magique pour cela ? s'étonna Christina.
- Oui, car nous sommes répartis en fonction de notre personnalité, expliqua Potter. Le Choixpeau sonde notre âme et nous propose une maison selon notre caractère et nos ambitions. Par exemple, Gryffondor, ma maison, est réputée pour le courage de ses membres.
- Cela veut-il dire que les autres élèves ne sont pas courageux ?" interrogea Christina.

Christina, je t'adore !

"Hum ! précisai-je, disons que le courage des valeureux Gryffondors est poussé jusqu'à l'inconscience et leur donne une capacité sans égale à se retrouver plongés dans les ennuis. Les autres se contentent d'un courage ordinaire.
- Evidemment, tout le monde ne peut pas être tortueux et arriviste ! répliqua Potter.
- Les Serpentards sont connus pour leur ruse et leur ambition, spécifiai-je dignement.
- La ruse, vraiment ! s'exclama Christina en riant.

La mine amusée de Potter et la mienne qui l'était un peu moins la dissuada de pousser plus avant mon analyse psychologique.

"Et les autres maisons ? s'enquit-elle rapidement.
- Les Poufsouffles sont loyaux et les Serdaigles travailleurs et avisés.
- N'est-ce pas un peu réducteur comme manière d'évaluer des élèves, remarqua-t-elle.

- Nous en avons déjà discuté, Stratford et moi et en avons effectivement conclu que la plupart des élèves sont susceptibles d'être acceptés dans plusieurs maisons, admit Potter.

- Ce n'est donc pas si important alors cette histoire de maison, en fin de compte, commenta alors Christina.
- Si, lui répondis-je. L'esprit de groupe est très fort, et on cherche à y adhérer. On se forge ainsi une personnalité en fonction des modèles valorisés par nos camarades de classe. Cela développe certains aspects de notre caractère au détriment des autres. Ce cher Potter aurait pu aller à Serpentard paraît-il, mais il a totalement occulté cet aspect de sa nature du fait de ses préjugés et de la rivalité très forte qui existe entre nos deux maisons. Cela dit, quand le naturel est trop fort, il finit tout de même par ressortir. Notre commandant, par exemple, est Serdaigle, mais il a des aspects Serpentard très saillants.
- Tu crois ? s'étonna Potter.
- Oui. Il est très doué pour nous amener exactement où il le désire.

- Les Serpentards doivent être doués en politique, alors, commenta Christina.
- Généralement, oui.
- Alors pourquoi t'es pas commandant ? m'a demandé Potter.
- Parce que je préfère le terrain et que je n'ai pas envie de caresser les hauts fonctionnaires dans le sens du poil. Je sais très bien le faire, mais cela m'ennuie trop pour que je m'en donne la peine.
- En gros, conclut Potter, tu as préféré rester chef de brigade pour nous faire bénéficier de ton caractère de cochon.
- Te faire bénéficier de mon caractère de cochon est un vrai plaisir, Potter."

Potter s'apprêtait à me répondre quand tout à coup, il se plaqua les mains sur ses oreilles, comme s'il avait entendu un son insupportable, et devint très pâle.

J'allais lui demander ce qui n'allait pas quand il souffla :
"Un Détraqueur, il y a un Détraqueur près d'ici !
- Enfin, Potter, c'est impossible !"

Mais il ne m'écoutait pas, il s'était levé en brandissant sa baguette. Tout en frissonnant, j'hésitais un peu sur la conduite à tenir : devais-je le mener à Ste Mangouste ? Mais je sentis sa puissance magique et réalisai qu'une fois de plus le gentil Potter avait disparu pour faire place au Survivant. Je me frottai les bras pour me réchauffer, et je me dis qu'il savait peut-être de quoi il parlait.

Je réalisai alors que j'avais froid. De plus en plus froid, alors que le pub était surchauffé. Nom de nom, mais il avait raison ! Ce froid n'était pas naturel !

Alors qu'il s'élançait dans la rue, suivi par quelques regards curieux, je dis d'une voix forte :
"Votre attention s'il vous plaît. Je vous demande de garder votre calme. Il semble qu'un Détraqueur se soit introduit à Pré-au-Lard. Surtout ne bougez pas d'ici et concentrez-vous sur vos souvenirs heureux. Des Aurors, dont le grand Harry Potter sont déjà sur place pour vous protéger. Surtout gardez votre calme et rassemblez vos meilleurs souvenirs."

Je pris la main de Christina et allais voir Madame Rosemerta :
"Prévenez immédiatement le Ministère par Cheminée. Et merci de garder un œil sur mon amie, elle est moldue."
Pendant que la tenancière s'exécutait, je dis à Christina :
"Toi tu reste ici. Tu ne peux pas les voir, seulement les sentir. Pense aux moments de ta vie où tu as été particulièrement heureuse, cela devrait chasser les pensées tristes qui vont te venir. Et reste avec madame Rosemerta."

Je l'embrassai rapidement, et sortis rejoindre Potter. Il était au milieu de la rue, très concentré.
"Ils sont plusieurs", murmura-t-il.

Je m'appliquai un Sonorus :
"Mesdames, Messieurs. Des Détraqueurs ont été vus à proximité de Pré-au-Lard. Harry Potter et des Aurors sont déjà sur place. Veuillez vous mettre à l'abri et vous concentrer sur vos meilleurs souvenirs. Je répète, mettez-vous à l'abri sans paniquer. Harry Potter va vous protéger !"

Il y eut un peu de confusion au début mais en quelques minutes, la grand' rue s'était vidée. J'eus soudain l'impression que cela ne servirait à rien. Que pouvions-nous faire à deux ? En plus, mon coéquipier craignait beaucoup les Détraqueurs. Il serait sans doute une proie facile pour eux.

Je me repris. Ce passage à vide était simplement le signe qu'ils se rapprochaient. J'entendis des bruits de pas. Espérant que mes collègues arrivaient, je me retournai, mais c'était les jumeaux Weasley qui s'approchaient en courant, leur baguette à la main.

"Espèces de crétins. Allez vous mettre à l'abri !" gueulai-je.
Mais leur bonhomie habituelle avait fait place à une farouche détermination.
"On était à la Bataille. On sait se battre", répondit simplement l'un d'eux.
- Prêt, Harry ? demanda l'autre. Si tu pense à Ginny, reste correct quand même !"

Potter eut un pâle sourire. A ce moment, trois de nos collègues surgirent des Trois Balais.
"J'ai trouvé cela bizarre comme situation, m'informa Medhi Mourad. Alors à tout hasard, j'ai lancé l'alerte générale. Mais tout le monde est à droite à gauche, alors je ne sais pas combien de temps qu'ils vont mettre pour arriver."

Sa coéquipière, Bones, regarda Harry avec inquiétude, mais ne dit rien. La troisième était Lynda Stevens. Deux anciens, deux jeunots, le Survivant et deux civils. J'espérais que les Détraqueurs n'étaient pas trop nombreux.

"Dis donc, Harry, demanda l'un des Weasley, tu as sur toi la carte qu'on t'a donnée ?
- On les voit dessus ?
- Théoriquement, oui, mais on n'en avait pas sous la main pour vérifier. C'est le moment d'en avoir le cœur net !"

Potter sortit son parchemin de sa poche, l'activa et se pencha pour l'observer, ainsi que ses deux compères. Je les entendis retenir leur souffle. Pas bon ça.
"Quoi ?" demandais-je sachant que la réponse n'allait pas me plaire.

Sans attendre, je m'étais penché à mon tour. Je sentis mon cœur chavirer. Il y en avait au moins deux cents, et ils entouraient le village. Du moins si les taches grisâtres qui avançaient inexorablement vers nous étaient des Détraqueurs.

Mais je n'en doutais pas une seconde. Leur nombre expliquait pourquoi on les sentait déjà sans les voir.
"Qu'est-ce qui se passe, bon Dieu ! grogna Mourad.
- Ils encerclent le village, répondis-je. On ne fera pas le poids."
On se concerta sur la conduite à tenir. Il ne nous restait plus que quelques minutes avant l'assaut.
"Pourquoi ne demandons-nous pas aux professeurs de Poudlard de nous assister? demanda Bones.
- Comment les prévenir ? demanda Harry. Ils ne sont pas souvent devant leur cheminée. Trop tard pour leur envoyer un hibou !
- On s'en charge", dirent les jumeaux en partant en courant vers leur boutique.

Finalement, je réactivai mon Sonorus et demandai à tous ceux qui savaient pratiquer un Patronus de venir nous rejoindre. Ce n'était pas très bon pour le moral général, mais nous n'avions pas le choix. Une quinzaine de personnes se joignirent à nous. Parmi elles, je reconnus la vendeuse d'artisanat magique, accompagnée de sa copie conforme.

Un grand bruit nous fit lever la tête. Les lettres "SOS" explosaient en rouge dans le ciel, tandis que les jumeaux revenaient vers nous. Leurs fameux Fuseboum, bien sûr.

"La pétarade va durer dix minutes. Ils vont bien finir par mettre le nez à la fenêtre", commenta l'un des Weasley.

Je pris la direction des opérations :
"Mettez-vous par deux, nous allons nous disperser en étoile et aller défendre les abords du village."

C'est ainsi que je me retrouvais à cheminer vers le nord-est en compagnie de Potter.
"Ça ira ? demandai-je.
- C'est bon, répondit-il. J'ai plein de souvenirs heureux, maintenant."
Il y avait quelque chose que je n'aimais pas dans le ton qu'il employait. C'était comme s'il essayait de se convaincre lui-même. Bon sang, ce n'était pas le moment de douter ! Je me concentrai sur Christina, les moments magiques que nous passions ensemble.

Le froid s'intensifia alors que nous approchions de la périphérie de Pré-au-Lard. Soudain, trois Détraqueurs se dressèrent devant nous. Je levai ma baguette :
"Spero patronum !"
Comme d'habitude, un croup, une espèce de chien à queue fourchue, s'échappa de l'extrémité de ma baguette et mit l'une des créatures en fuite.
Derrière moi, j'entendis la voix de Potter
"Spero patronum !"
Rien ne se passa. Je coulais un œil vers lui. Il regardait avec horreur le crachouillis qui s'était échappé de sa baguette. Je décidai de m'occuper moi-même de deux restants.
"Spero patronum ! SPERO PATRONUM !"
Mon croup-patronus éloigna les deux Détraqueurs tandis qu'un hurlement s'élevait derrière moi. Potter était à genoux, à hurler à la mort. Et merde !

Vérifiant que nos adversaires ne revenaient pas à la charge, je me mis au-dessus de mon partenaire, lui empoignai les cheveux, et lui collai un aller retour. D'accord, cela peut paraître brutal mais c'est radical dans ce genre de situation.

Je plongeai mes yeux dans les siens. Ce que j'y vis ne me donna guère envie de connaître ses visions. Je le secouai violemment.
"Potter, regarde-moi. Regarde-moi, Harry ! C'est du passé, c'est fini ! C'est un cauchemar, réveille-toi !"
Il finit par émerger et me fixa.
"Tu me remets ? Je m'appelle comment ? lui demandai-je.
- Stratford. William Stratford.
- Ouais, alors tu va te relever et me réussir ce putain de Patronus.
- Je n'y arrive pas. Je n'y arriverai plus jamais, couina-t-il d'une voix paniquée.
- Conneries tout ça. Tu y arrivais bien, sinon tu ne serais pas Auror. Ça arrive de foirer le premier essai. Alors ne te décourage pas, tu recommences tout de suite. Allez, DEBOUT !"

Il se releva péniblement, et leva sa baguette. Il était temps, car nos adversaires étaient de retour.
"Pense à la première fois que t'as sauté ta copine, à tes victoires en Quidditch, à ce que tu veux, mais BATS-TOI ! lui intimai-je.
Il se concentra.
"Spero patronum ! SPERO PATRONUM !"

Cette fois ci, un superbe cerf s'élança vers les Détraqueurs qui s'approchaient dangereusement. Mais comme je m'étais déconcentré pour remettre le gamin sur les rails, du coup c'est moi qui me retrouvais en difficulté.

Je me retrouvai sur le champ de la Bataille au moment où j'eus la certitude que Cyril était mort, réalisant qu'il y avait peu de chance qu'il vive encore, alors que sa tête avait volé à deux mètres de là. A côté de moi, Shacklebolt sanglotait sur le corps de Tonks qu'il croyait morte.

Christina, sa voix, son rire.

J'étais déchaîné. Je lançai mes sorts les plus mutilants que je connaissais sur les Mangemorts qui tentaient de fuir, ivre de sang et de vengeance.

Christina, son corps et la douceur qu'il m'inspirait.

Odeur de chair brûlée, images de tortures, hurlement d'une femme au-dessus du cadavre de son enfant, Marque des Ténèbres flottant au-dessus d'une maison…

Le visage de Christina quand elle relatait un souvenir de son enfance heureuse…

Je fixais Celyn, mon premier amour. Une fois de plus, je l'entendis m'annoncer qu'elle me quittait. Qu'elle avait rencontré un Français un mois auparavant et que c'était la folle passion entre eux.

Christina, sa peau, son odeur...

Le visage de mon père quand je lui avais dit que je ne voulais pas reprendre la distillerie... NON ! Ne pas penser à cette scène !

Christina, mon amour, affrontant toute l'étrangeté de mon monde par amour pour moi.

"Stratford !" La voix de Potter claqua comme un fouet. "Il y en a d'autres, aide-moi !"
J'ouvris les yeux. Quatre autres Détraqueurs arrivaient vers nous. Ils nous encerclaient. Nous nous mîmes dos à dos.

Christina, ma chérie...

" SPERO PATRONUM !"

oooO§0§Oooo
Tous à la rescousse by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XXII : Tous à la rescousse


J'avais l'impression qu'ils étaient innombrables. Potter et moi avions fini par trouver notre rythme, mais c'était de plus en plus épuisant. J'avais croisé la vieille McGonagall, puis Tonks. Ainsi, Poudlard et la Ruche étaient bien venus nous épauler.

Cela m'encouragea de le savoir, mais mon bras se faisait de plus en plus lourd. Il y avait beaucoup de cris autour de moi, preuve que certains se trouvaient en difficulté. Au bout d'un moment, je réalisai que j'avais perdu Potter. Impossible d'évaluer si cela faisait longtemps ou non.

Au bout de ce qu'il me parut être des heures, je me retrouvai à errer, baguette en main, à la recherche d'un autre agresseur. Mais je ne croisai que des personnes hagardes, l'air épuisé, les yeux fous. Je finis par me convaincre qu'ils étaient enfin partis, et me laissai tomber, complètement vidé, à l'endroit même où j'étais parvenu à cette conclusion. Je restai là un moment, désormais trop fatigué pour me soucier de ce qui se passait autour de moi.

Finalement, je sentis une main sur mon bras. J'avais déjà vu cette jolie rousse quelque part, mais j'étais trop fourbu pour faire l'effort de me rappeler où.
"Monsieur Stratford, vous allez bien ? Savez-vous où est Harry ?"

Harry ? Ah oui, le fameux Harry Potter. Oui, il avait été avec moi à un moment, mais cela faisait pas mal de temps que je ne l'avais pas vu.
"Je suis désolé, je ne sais pas. Mais il allait bien quand il était encore avec moi."

Mais pourquoi je lui disais ça. Il était sans doute mort. Il y avait eu plein de morts c'était forcé ! A ce moment, la jeune femme brandit sa baguette d'un mouvement souple, et énonça clairement :
"Spero patronum"
Une belette sortit en flèche de sa baguette et dispersa le Détraqueur qui venait d'apparaître derrière moi au détour d'une maison.
"Joli coup !
- Merci. Bon, je vais vous ramener aux Trois balais. Il faut faire attention, il reste encore quelques-unes de ces horreurs cachées dans les coins."

Je me demandai ce que Ginny Weasley faisait là, quand je me rendis compte qu'il y avait pas mal de robes vertes autour de moi, qui aidaient les combattants harassés à rejoindre le centre du village. Visiblement, Ste Mangouste était également venu à la rescousse.

Nous parvînmes sans encombres aux Trois Balais. Des soins étaient donnés sur place aux blessés, des potions reconstituantes étaient distribuées. Ginny Weasley me fit asseoir et alla me chercher un gobelet à une grande table qui avait été dressée devant le pub.

Alors qu'elle s'apprêtait à repartir à la recherche de son mari, la voix de ce dernier retentit dans mon dos.
"Bon sang, Ginny, mais qu'est ce que tu fais là ?
- Mon métier, mon chéri. Toi, tu sauves le monde, moi, je m'occupe des survivants."

La potion ayant commencé à faire son effet, je me sentais déjà mieux. J'appréciai donc cet échange à sa juste valeur. Je pensais confusément que, maintenant qu'il l'avait épousée, il était temps qu'il comprenne qu'il y avait des situations où il ferait mieux de la fermer.

Je ne sais s'il parvint à la même conclusion ou s'il était trop fatigué pour argumenter davantage, quoiqu'il en soit il se contenta de s'avancer et de prendre sa femme dans ses bras.

"Comment te sens-tu ? demanda-t-elle doucement.
- Je survivrai. Comme toujours. Avec des cris dans la tête en plus. Combien de morts, cette fois ?
- Je n'en ai pas vu. J'ai vu des combattants épuisés, des gens qui se sont blessés en essayant de fuir, des personnes sous le choc, des crises de nerfs, des désespérés. Mais pas de morts. Je ne peux pas t'affirmer qu'il n'y en a pas, mais même s'il y en a eu, ils ne sont pas nombreux. Je crains que tu aies réussi une fois de plus à sauver pleins de gens.
- Je n'ai pas fait plus que les autres, répliqua-t-il.
- Tu as été le premier à donner l'alerte, intervins-je. Sans toi, on n'aurait pas eu le temps de s'organiser".

Je sais qu'on ne me demandait pas mon avis, mais puisqu'ils tenaient leur conférence juste à côté de moi, je ne pouvais pas m'empêcher de les entendre.
"Je suis juste plus sensible que les autres aux Détraqueurs, il n'y a pas de quoi être fier, répondit Potter.

Il parut se rappeler quelque chose :
"Tes frères étaient là, aussi, indiqua-t-il à sa femme.
- Je sais. Je les ai vus, ils vont bien. C'est eux qui m'ont appris que tu étais ici."

Ils ne dirent plus rien. Potter ferma les yeux, toujours serré contre son épouse. Il semblait avoir désespérément besoin de son contact pour se remettre. Je finis par les laisser tranquilles et me levai. Ce n'est qu'à ce moment que je me rappelai que Christina était là, elle aussi.

Soudain inquiet, je regardai autour de moi, tentant de la repérer. J'espérai qu'elle m'avait obéi et qu'elle était restée dans le pub. Je n'eus pas à aller bien loin pour la retrouver. Elle était derrière une grande table qui avait été montée devant Les Trois balais, et répartissait le contenu d'un grand chaudron dans des gobelets, sous les directives d'un homme au nez crochu et aux cheveux très sales. Il avait le regard fatigué de ceux qui s'étaient battu, mais surveillait attentivement les volontaires qui distribuaient les drogues de guérison.

"Oh mon chéri, tu vas bien ? s'écria Christina en me voyant.
- Faites attention à ce que vous faites", grogna Rogue.
Mais je ne me laissai pas impressionner et contournai la table pour embrasser Christina, sans qu'elle ait à quitter son poste.

"Tu as des nouvelles de ton partenaire ? me demanda-t-elle sans pour autant interrompre sa tâche.
- Oui, il semble aller bien. Tu as dû voir sa femme d'ailleurs. Une jolie rousse qui est passée, il y a dix minutes, chercher un gobelet pour moi.
- Potter est là ? demanda Rogue. J'aurais dû m'en douter. Toujours là dans ce genre de situation !" conclut-il d'un ton ironique.

Christina haussa les sourcils. Je regardai autour de nous. C'était très bruyant. Et ça grouillait de partout. Rien à voir avec l'atmosphère oppressante qui s'était abattue sur les survivants, après la Bataille. Je pensai qu'effectivement il ne devait pas y avoir tant de victimes que ça. Cet endroit était empli de vivants.

Je constatai que beaucoup de personnes se dirigeaient vers la Grand Halle aux Cheminées, seules ou assistées par un médico-mage. Visiblement, la plupart d'entre elles étaient trop choquées pour transplaner sans risque.

Dans ce genre de circonstances, les Aurors étaient les derniers à partir. Je m'installai donc à proximité de Christina qui continuait son office auprès de l'irascible professeur, pensant que cet endroit en valait un autre pour être repéré par mes collègues. Finalement, Potter vint nous rejoindre. Il fut chaleureusement accueilli :

"Je ne peux pas dire que j'aie été surpris de vous savoir ici, Potter !
- Je ne vous y aurais raté pour rien au monde, Rogue ! répondit vivement mon partenaire.
- Je sais que j'ai la réputation d'être un misanthrope, mais si je vous manque à ce point, une simple invitation transmise par hibou suffirait, persifla le professeur. Inutile de déranger tout ce monde.
- J'y penserai la prochaine fois ! souscrivit Potter. Puis-je me rendre utile ? continua-t-il.

- Merci Potter, mais votre niveau en potions ne m'incite pas à vous confier quoi que ce soit !
- Je me suis beaucoup amélioré depuis que j'ai eu d'autres professeurs, se rebiffa mon co-équipier.
- Il faut croire que leur niveau d'exigence n'était pas bien haut.
- Je pense que c'était surtout une question de pédagogie.


- Monsieur, interrompit doucement Christina qui avait senti la tension monter, ce chaudron est presque vide, que dois-je faire ?
- Il y en a un autre en train de mijoter dans le pub. Potter, puisque vous voulez à tout prix vous mêler de tout, vous n'avez qu'à aller le chercher !
- Demandé si gentiment, c'est un plaisir de vous rendre service", commenta Potter qui se leva cependant pour s'exécuter.
Alors qu'il s'éloignait, je vis que sa démarche était loin d'être assurée. Malgré la potion reconstituante, il était épuisé, et je doutai qu'il puisse ramener tout seul la lourde marmite.

Son ancien professeur sembla penser de même, car il se pencha vers moi et me dit :
"Vous devriez peut-être aller l'aider. Il préférera renverser ma préparation plutôt que d'admettre qu'il est incapable de la transporter tout seul."

Quand nous revînmes, titubant sous le poids de notre fardeau, je vis Shacklebolt qui discutait avec le professeur mal embouché. Dès qu'il nous vit, il fit signe à Potter qu'il voulait lui parler. Sitôt achevée notre livraison, les deux hommes s'éloignèrent un peu. Je vis Potter sortir sa carte de sa poche et ils l'examinèrent soigneusement. Je compris alors que Shacklebolt voulait vérifier que tous les Détraqueurs avaient bien disparu.

Finalement, l'air satisfait, le commandant leva sa baguette et envoya vers le ciel une série d'étincelles bleues, ce qui signifiait que l'opération en cours était terminée et que tous les participants devaient rentrer à la base.

Alors que Shacklebolt et Potter revenaient vers nous, j'entendis ce dernier demander d'une voix anxieuse :
"Vous connaissez le nombre de victimes ?
- D'après le bilan provisoire du médico-chef à qui j'ai parlé il y a dix minutes, il y a seulement deux décès de recensés : une vieille femme qui a fait une crise cardiaque en voyant un Détraqueur par la fenêtre et un des civils qui se battaient avec vous qui a reçu le baiser du Détraqueur. Plusieurs combattants, dont Minerva McGonagall, ont été admis en observation à Ste Mangouste car ils avaient excédé leurs forces, et bon nombre de personnes ont dû recevoir des potions calmantes. C'est tout. Vu la situation, c'est un vrai miracle."

J'observai mes collègues qui revenaient peu à peu vers nous, alors que le soir tombait. Plus de vingt avaient finalement répondu à l'appel. Il y avait aussi dix employés du service de contrôle et de régulation des créatures magiques. Tous reçurent un gobelet revigorant des mains de Christina. Quand ils eurent terminé, les gens étaient presque tous rentrés chez eux, et les guérisseurs commençaient à remballer. Ginny Weasley vint embrasser son mari avant de repartir à Ste Mangouste.

J'invitai Potter à se joindre à nous pour dîner, mais il déclina l'invitation :
"Merci beaucoup. Mais il faut que je passe voir ma belle-mère. Elle ne pourra pas dormir tant qu'elle n'aura pas constaté de visu que je suis toujours de ce monde. Je suppose que les jumeaux sont déjà là-bas."

Shacklebolt, qui était revenu vers nous, dit à voix basse à Potter :
"Ne compte pas y voir ton beau-frère Percy. Avec ce qui s'est passé, Marchebank va sans doute présenter sa démission.
- Mais pourquoi ? s'écria Potter. Il y a eu bien pire du temps de Fudge, et il n'a jamais démissionné !
- Fudge n'a jamais eu le quart du sens moral de Griselda !" laissa tomber Shacklebolt.

Je me sentais trop fatigué pour m'intéresser à la politique, et je fus heureux quand Shacklebolt donna le signal du départ. Malgré la présence de mes collègues, j'enlaçai Christina alors que nous nous dirigions vers la Grand Halle aux Cheminées.

Ce soir là, cela m'était égal qu'on me vit lui témoigner de la tendresse. Si l'on me l'avait demandé, j'aurai même reconnu sans la moindre gêne sa qualité de moldue. Pour moi, par son attitude courageuse et sa capacité à se rendre utile, elle avait définitivement gagné son droit de cité chez les sorciers.

oO§0§Oo


Nous ne parlâmes pas des événements de la journée en rentrant. Nous avions tacitement décidé de passer la nuit chez elle plutôt que chez moi, sans doute pour mettre le maximum de distance entre nous et Pré-au-Lard. Nous mangeâmes en silence, et j'insistai pour lui faire ingurgiter la moitié d'une tablette de chocolat en guise de dessert.

Nous avons dormi comme des masses jusqu'au lendemain midi. Nous commencions à évoquer nos aventures de la veille en dégustant le brunch que nous avions préparé, quand un bruit détourna notre attention. Une chouette brune cognait avec insistance de son bec contre la fenêtre de la cuisine.

Je me levai pour aller lui ouvrir, me demandant qui tenait à me faire parvenir ce message avec suffisamment de volonté pour pousser cet oiseau à s'aventurer dans le monde moldu. C'était ma sœur qui me demandait de lui donner de mes nouvelles au plus vite. Si j'en jugeais par son style haché et les éraflures du parchemin, elle devait être très inquiète.

Je réalisai que l'épisode tragique de la veille devait faire la une des journaux, ce matin. La présence des Aurors y était sans doute relatée, et il n'était pas étonnant que Gwen se demande comment j'allais. Elle avait dû chercher à me joindre par cheminée, et mon absence avait dû l'alerter.

Je renvoyai son parchemin après avoir rajouté quelques mots lui indiquant que j'allais très bien et que je passerai la voir dans la soirée.

Je revins à Christina et lui demandai ce qui s'était passé de son côté.

"Au début, il ne s'est rien passé de particulier. Les gens s'interpellaient, et Madame Rosemerta a prévenu le Ministère par cheminée. Puis, de la rue, tu as demandé à tout le monde de se mettre à l'abri, et d'autres personnes nous ont rejoint, disant qu'ils avaient vu le Survivant et que cela devait être sérieux. Là, ils ont commencé à s'inquiéter sérieusement et certains se sont mis à raconter des histoires horribles sur les Détraqueurs.

Et puis trois Aurors sont arrivés par cheminée et sont sortis en courant, ce qui a encore fait monter la tension d'un cran. Ensuite, tu as demandé à ceux qui pouvaient vous aider de venir vous rejoindre, et là ils sont tous devenus très angoissés. Il y a eu un gros bruit ensuite, comme si on faisait éclater des pétards, et puis il s'est mis à faire très froid, certains se sont mis à gémir, et j'ai commencé à me rappeler pleins de choses que j'avais oubliées, les pires moments de ma vie. Autour de moi, il y en avait qui pleuraient. Je commençais à paniquer à mon tour quand Madame Rosemerta m'a pris la main et m'a expliqué que c'était l'effet des Détraqueurs et recommandé de me remémorer mes souvenirs les plus heureux. J'ai essayé de faire comme elle disait et je me suis sentie un peu mieux. Mais dès que je me relâchais, les mauvais souvenirs revenaient, c'était très dur…"

Elle s'interrompit, et je la serrai dans mes bras pour la réconforter.
"Tu veux me parler de ce que tu voyais ? lui demandai-je doucement.
"Non, c'est du passé, je ne veux plus revenir là-dessus, me répliqua-t-elle fermement. Ça a duré très longtemps, reprit-elle. Et puis quelqu'un avec une robe verte est arrivé par la porte et a dit que les Détraqueurs étaient presque tous partis et qu'il avait besoin d'emprunter une table pour la mettre dehors et organiser une distribution de potion. Il a installé la table devant le pub, puis a commencé à donner des gobelets aux personnes qui étaient là, à celles qui sortaient des autres magasins, et aux autres robes vertes qui venaient en chercher pour les distribuer plus loin. Comme je me suis sentie mieux après avoir pris le verre qu'on m'avait proposé, j'ai proposé mon aide car il y a avait de plus en plus de personnes qui affluaient.

Finalement, l'homme aux côtés duquel tu m'as retrouvée est arrivé, et a proposé au médecin de superviser la distribution à sa place. C'était à peu près une demi-heure avant que tu n'arrives à ton tour. J'étais contente de te voir, tu sais.
- Moi aussi. Tu t'es montrée très courageuse.
- Je ne sais pas. J'ai beaucoup plus de bons souvenirs que de mauvais, alors ça aide. Et pour toi, cela s'est passé comment ?"

Je lui racontai comment nous étions allés au devant des créatures pour éviter qu'elles n'envahissent le village, et les difficultés que moi et Potter avions éprouvées. Je lui narrai ensuite comment Ginny Weasley m'avait retrouvé et ramené au pub.

Je passai l'après-midi avec elle, puis je la quittai pour aller chez ma sœur, après un rapide passage chez moi pour changer de robe. J'eus la surprise de débarquer chez elle sans attendre qu'elle ne vienne me débloquer le passage. Elle avait programmé sa cheminée pour que je puisse arriver sans encombre.

A peine eus-je mis le pied dans son salon que Gwen me sauta au cou.

"Par Merlin, William, j'étais tellement inquiète. Mais où étais-tu ? Tu sais que je suis allée à Ste Mangouste ce matin pour tâcher de te retrouver ! Tu aurais pu nous envoyer un mot quand même !
- Ma chérie, laisse-le arriver, la coupa Léopold. Je vous en prie, William, asseyez-vous. Vous voulez boire quelque chose ?"

J'embrassai mes neveux qui venaient d'accourir avant de m'installer dans le fauteuil que me proposait mon beau-frère. Les deux gamins piaillaient à qui mieux mieux pour me demander de raconter ce qui s'était passé la veille et Gwen les renvoya sèchement dans leur chambre. Quand le calme fut enfin revenu, je dis à ma sœur :

"Je suis désolé, mais hier soir j'étais épuisé et j'ai dormi jusqu'à midi aujourd'hui.
- Mais où étais-tu à la fin, je t'ai appelé dix fois au moins par cheminée et Mère aussi. La chouette que je t'ai envoyée a mis des heures à te retrouver !
- Cela ne nous regarde peut-être pas, Gwen", a tenté Léopold en me tendant un verre.

Je n'hésitai qu'un court moment. La place que Christina avait eue dans mon combat contre les Détraqueurs m'avait fait mesurer l'importance qu'elle avait désormais prise dans ma vie.

"J'étais chez ma compagne. Elle était là-bas, elle aussi, hier, et je ne voulais pas la laisser toute seule. Elle est moldue et habite Londres, c'est pour ça que la chouette a eu du mal à me repérer."

Ma sœur en resta sans voix. Ce fut mon beau-frère qui remarqua :
"Je croyais que les moldus ne pouvaient pas voir les Détraqueurs.
- Non, mais ils les sentent comme nous. Ils peuvent recevoir le Baiser aussi, expliquai-je.

- Elle n'a pas été blessée, au moins, demanda Gwen qui semblait avoir retrouvé ses esprits. J'ai lu dans la Gazette que beaucoup de personnes s'étaient fait mal en paniquant.
- Elle n'a pas paniqué. Je l'ai retrouvée en train d'aider les guérisseurs, ne pus-je m'empêcher de glisser avec fierté.
- Tant mieux. Mais la prochaine fois, pense un peu à nous. J'étais sûre que tu étais sur place quand j'ai lu dans le journal que Harry Potter avait été vu là-bas.
- C'est un hasard. Nous n'étions pas de garde. On était juste allé visiter la foire et on s'est retrouvés pour boire un verre, Potter, Christina et moi.

- C'est joli, Christina", glissa Gwen dans l'espoir dans apprendre davantage.

Je jugeai que j'en avais assez dit pour une première fois :
"Maintenant que vous êtes rassurés, je suppose que je dois passer chez Père et Mère pour les informer que je suis toujours vivant !
- J'allais te le suggérer, William, je suis ravie que tu le proposes de toi-même, répondit ma sœur.
- Je veux juste t'éviter de passer une heure supplémentaire à genoux devant ta cheminée," répliquai-je.

Gwen soupira exaspérée, mais Léopold sourit et précisa :
"De toute façon, nous n'avons plus assez de poudre de cheminette pour une si longue conversation."

oO§0§Oo


Mes parents parurent heureux de me voir. Il n'était pas dans leur genre de me l'exprimer avec autant de fougue que Gwen, mais ils semblèrent soulagés. Je n'aurais jamais imaginé qu'ils se fassent autant de soucis.

Bien sûr, mon père commenta l'attaque de Pré-au-Lard. Une chose incroyable ! Une chance inouïe qu'il n'y ait pas eu davantage de victimes. Ah ! cette Marchebank, quelle incapable. Quand on voit où nous a mené sa politique criminelle. Ah ! c'est malin d'avoir chassé les Détraqueurs d'Azkaban. Elle aurait pu se douter qu'ils n'allaient pas se laisser faire. Cette idiote de femme devrait recevoir un baiser de Détraqueurs, en punition du chaos dans lequel elle a jeté la communauté magique.

Quand on pense qu'elle a prétendu que c'était par humanité envers les prisonniers ! Parler d'humanité, elle qui traite avec les semi-humains, vraiment ! Pourquoi pas faire entrer des trolls au gouvernement pendant qu'on y est. Ou un Moldu, tiens, puisqu'il faut absolument fraterniser avec ceux-là ! Enfin, elle a démissionné, bon débarras !

Je n'écoutai les délires de mon père que d'une oreille distraite. Je cherchais une manière de leur annoncer ma relation avec Christina, avant que ma sœur ne le fasse. Finalement, je me dis que j'avais quarante et un ans, que je n'étais plus un gamin et que je n'avais pas à avoir peur de la réaction de mes parents. J'avais quand même passé l'âge de vouloir les satisfaire à tout prix.

"Je suis fiancé, annonçai-je de but en blanc.
- Oh c'est merveilleux, dit Mère. Je disais justement à ta sœur l'autre jour que je commençais à désespérer.
- Bravo, mon garçon, approuva Père. Vient-elle d'une famille que l'on connaît ?

Je ne cherchai pas à atténuer le choc. De toute façon, cela ne leur plairait pas.
"Je ne pense pas. Elle est moldue", les informai-je brutalement.

Le sourire de mes parents se figea. Ma mère me fixa, puis se tourna vers mon père, appréhendant sa réaction. Cette dernière ne se fit pas attendre.
"Tu ne vas pas épouser une moldue ! Je ne l'autoriserai jamais !
- Cela ne sera pas un obstacle insurmontable, Père. Cela fait plus de vingt ans que je suis majeur, répondis-je en haussant les épaules.

- As-tu complètent perdu la tête ? Te marier avec... une handicapée ? Une créature encore moins compétente qu'un elfe de maison ! Mais c'est vrai que maintenant, même les elfes ont le droit d'être libres", conclut-il d'une voix sarcastique.

La comparaison qu'il avait utilisée me blessa plus que je ne saurais le dire. Ce fut tremblant de rage que je lui répondis :

" Je me fiche complètement de votre opinion et de vos préjugés stupides. Et sachez que je mène ma vie comme je l'entends.
- Mais enfin, réfléchis un peu. Tu te rends compte que tes enfants seront cracmols, insista-t-il. Tu ne peux pas faire cela.
- Je n'ai pas plus de chance d'avoir des enfants cracmols avec une moldue qu'avec une Sang pur", l'informai-je d'une voix dure. Ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas !

Très préoccupé par cet aspect des choses, j'avais été faire des recherches à la bibliothèque du Ministère. J'avais été étonné du peu, voire de l'absence d'ouvrages consacrés à ce phénomène. Mais j'étais finalement tombé sur de vieux exemplaires de Sorcier International contenant des articles traitant de la question. Si l'on en croyait les recherches effectuées, mon union avec Christina avait toutes les chances de produire des enfants sorciers. (1)

- Il n'empêche que son sang est taré et que je ne veux pas qu'il se mélange au mien ! insista mon père.
- Evidemment, tout le monde n'a pas la chance de rencontrer une Parkinson", ricanai-je en faisant allusion au nom de jeune fille de ma mère.
Celui qui pourrissait à Azkaban était mon cousin au huitième degré.

"Je te défends d'insulter ta mère !
- Tu la connais depuis longtemps ? coupa Mère.
- Dix-huit mois, à peu près", répondis-je.

Elle hocha la tête. Elle allait me poser une autre question quand mon père intervint :
"Je ne peux pas t'empêcher de n'en faire qu'à ta tête. Mais sache que cette femme n'est pas la bienvenue ici.
- Dans ce cas là, je ne vous importunerai pas davantage", répondis-je.

Je me levai, rejoignis le vestibule, lançai la poudre de cheminette dans l'âtre et rentrai chez moi.

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Pendant une heure, je fus incapable de faire autre chose que de ruminer et vouer mon père aux gémonies. Au bout de quatre whiskies cependant, je commençai à me calmer, et pus réfléchir à la situation. J'étais bien conscient que ce qui me mettait dans cet état, ce n'était pas seulement notre conversation de ce jour.

Non, j'étais surtout troublé par tous ces souvenirs qui remontaient à la surface. J'avais réussi à les contenir pendant que je me battais contre les Détraqueurs, mais cette nouvelle dispute avec mon père avait fait resurgir cette scène que j'avais tout fait pour oublier.

Quand j'étais rentré à la maison, mes A.S.P.I.C. en poche, à la fin de ma septième année de Poudlard, j'avais enfin obtenu ce que j'avais toujours recherché et bien peu reçu : les compliments de mon père. J'avais énormément travaillé durant les deux dernières années de ma scolarité, espérant lui offrir un bulletin dont il puisse être fier. Mes efforts avaient été couronnés de succès et je n'avais reçu que des O et des E à toutes mes matières.

Malheureusement, dans l'euphorie de l'approbation paternelle, j'avais dévoilé mon intention de ne pas reprendre l'affaire familiale et de postuler pour entrer au Centre de Formation des Aurors. Or à l'époque, Vous-savez-qui était au faîte de son pouvoir, petit Potter ne l'ayant pas encore envoyé dans les limbes. Le métier d'Auror était donc un métier à haut risque, non seulement pour celui qui le pratiquait mais aussi pour toute sa famille.

Or mon père s'était soigneusement gardé de s'opposer au Seigneur des Ténèbres. Sans être une famille de premier plan, nous sommes des Sang purs et avons tendance à regarder de haut les familles plus récentes. Ce n'est pas pour rien que nous sommes tous à Serpentard. Je ne pense pas qu'il ait jamais participé à une attaque de Mangemort, mais je m'étais toujours demandé si mon père n'avait pas donné des fonds ou apporté une aide indirecte aux sbires de Vous-savez-qui.

En tout cas, loin de m'encourager, mon père m'avait formellement interdit de suivre cette voie. Mais j'avais dix-huit ans, et cette interdiction brutale, ajoutée à la déception éprouvée de perdre si vite l'estime paternelle si chèrement acquise, m'avait poussé à camper sur mes positions et une terrible dispute avait suivi. Elle s'était terminée comme la discussion d'aujourd'hui : mon départ accompagné de la promesse de ne plus jamais revenir. Cinq ans s'étaient écoulés avant que j'aie l'occasion de lui adresser de nouveau la parole.

Si mon père avait totalement manqué de psychologie ce jour là, j'avais de mon côté tenu des propos excessifs, lancé des accusations sans fondement, et fait des reproches violents. C'est pourquoi je ne pouvais repenser à ce jour-là sans éprouver de la honte.

Ma seule satisfaction, quand je repensais à la discussion d'aujourd'hui, c'était d'avoir à peu près gardé mon calme et d'avoir évité tout débordement. Cette fois ci, je n'avais pas de remords à avoir.

Finalement, je me dis que cela ne menait à rien de m'énerver pour cela. Comme je l'avais dit à mon père, j'étais majeur et je n'avais pas besoin de sa bénédiction pour mener ma vie. Je décidai d'aller me coucher.

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Comme il est de rigueur après une opération d'envergure, Shacklebolt nous réunit tous le lundi matin pour décortiquer les événements passés. Dans l'ensemble, il était assez satisfait. Il considérait que Potter et moi avions fait le nécessaire en prévenant le Ministère, en faisant mettre les gens à l'abri, puis en appelant ceux qui étaient capables de donner un coup de main.

Mourad avait correctement évalué la situation en battant le rappel général. Et enfin, tous ceux qui avaient pu être joints et se rendre sur place avaient fait du bon travail, ainsi qu'en témoignait le bilan extraordinairement léger des pertes. Dans l'ensemble, le corps des Aurors pouvait être satisfait de sa réactivité et de son efficacité. D'ailleurs, dans son allocution de départ la Ministre avait souligné "la dette que tous les sorciers se trouvant ce jour là à Pré-au-Lard devaient aux Aurors".

Quand Shacklebolt demanda s'il y avait des questions, Ben Tavi leva la main :
"Et les Détraqueurs ? Qu'est ce qui leur a pris tout d'un coup ? Et où sont-ils, maintenant ?
- Il y a trois ans, quand Marchebank a décidé de ne plus utiliser les services des Détraqueurs à Azkaban, elle leur alloué des zones déterminées pour y vivre. C'est le Département des Créatures magique qui s'en est occupé. Il y a quelques temps, ils ont demandé à retourner à Azkaban, et la Ministre a refusé. L'attaque d'avant-hier était une vengeance et une manœuvre d'intimidation pour la faire revenir sur sa décision."

Des murmures commentèrent cette information. Certains de mes collègues préconisaient le rétablissement des Détraqueurs en prison, d'autres se prononçaient pour une chasse impitoyable et l'annihilation de toute cette race. Le commandant leva la main pour rétablir le silence.

"Ce matin même le Magenmagot, qui assure l'intérim en l’attente d'une élection, va décider de mesures provisoires à leur sujet. Le Bureau des Créatures magique a mis en place un plan d'urgence dès samedi soir et a indiqué que les Détraqueurs se sont dispersés. Ils mettrons sans doute quelques jours à reprendre des forces du fait des nombreux Patronus qu'ils ont encaissés. J'ai eu, tôt ce matin, une conférence avec mon homologue des Créatures magiques. Son service va se charger des les dénicher et de les rassembler. Quant à nous, nous devrons assurer la sécurité des sorciers et des Moldus. A partir de maintenant, les effectifs assurant les gardes seront triplés pour être en mesure de répondre aux appels au secours. Et je vous demanderai d'indiquer, dans la mesure du possible, où vous pouvez être joints quand vous ne travaillez pas."

Potter intervint :
"A ce propos, j'ai remarqué que seulement vingt d'entre nous étaient venus sur cinquante et un. N'y aurait-il aucun moyen de rappeler tout le monde en même temps de façon systématique ?
- On ne peut pas passer nos jours de congé devant notre cheminée, fit remarquer sèchement Freegarden qui n'était pas venue.
- Non, c'est pour cela que nous devons mettre au point un autre moyen de communication, lui répondit Potter, sans s'offusquer. Cela ne s'est-il donc jamais fait ?
- Voldemort le pouvait, a craché Malefoy qui n'avait pu être joint lui non plus. Tu veux un tatouage sur le bras Potter ?
- Mais bien sûr, voilà la solution !" s'exclama Potter en souriant de toutes ses dents.

La plupart d'entre nous le regardèrent comme s'il était soudain devenu fou. J'en faisais partie.

"Mais oui, Harry, bravo !" s'écria Bones, qui se mit à sautiller sur place, toute excitée.

Je notais que Thomas et Abbot semblaient, eux aussi, très favorables à la proposition de Potter. Non, mais là, ils déliraient complètement ! Plutôt mourir que de me laisser marquer comme du bétail. Même pour la bonne cause.

"Potter, pourrais-tu nous faire partager ton idée", demanda Shacklebolt de sa voix tranquille, reprenant le contrôle de la discussion. Je notai qu'il envoyait un regard d'avertissement à Malefoy qui s'apprêtait à reprendre la parole.

- C'est très simple, Commandant. Vous vous rappelez de l'AD", commença Potter.
- Votre association clandestine d'entraînement au duel quand tu étais en cinquième année à Poudlard ? demanda Shacklebolt, sans doute plus pour nous que pour Potter.

- Exactement. Pour ne pas nous faire prendre, il fallait que le jour et l'heure de nos réunions changent tout le temps. Mon amie Hermione Granger, s'est inspirée de la marque des Mangemorts pour enchanter des pièces de monnaie. Il suffisait que j'indique sur la mienne l'heure et le jour prévu de la prochaine séance pour que toutes les autres reflètent les mêmes indications. Nous pourrions en faire autant.

- Oui, précisa Bones. Nous pourrions avoir un objet qui devient chaud ou lumineux à chaque fois que notre présence est requise en urgence !
- C'est une idée à creuser, acquiesça le commandant. Je vais demander la coopération du département des Mystères.

- Au fait, Potter, demanda Medhi Mourad, ce parchemin que vous avez regardé, toi et tes copains roux. Celui qui vous a permis de déterminer que les Détraqueurs nous encerclaient. C'est aussi une trouvaille de ta copine Granger ?"

Mourad, mon vieux, ça c'est une bonne question. Comment va-t-il s'en tirer cette fois, le petit prodige ? Du coin de l'œil, je remarquais que Shacklebolt ne faisait pas mine d'intervenir.

"C'est un héritage, rétorqua Potter, je ne pense pas qu'on puisse le dupliquer. Je sais, c'est dommage, conclut-il en se payant le luxe d'arborer une mine contrite.

Non mais quel hypocrite ! Je ne savais pas qu'il avait une telle aptitude au mensonge. Je commençais à comprendre pourquoi le Choixpeau lui avait proposé Serpentard. Mince, il faut que j'arrête de le prendre pour un demeuré ! Je vais finir par y laisser des plumes, moi.

"D'autres questions ? s'enquit Shacklebolt qui paraissait bien s'amuser. Non ? Bon, vous ne serez pas surpris d'apprendre que je veux que vous repassiez tous le test de l'épouvantard. J'ai réservé une salle au Centre de Formation. Vous passerez par groupes de dix. Les heures et les jours où vous y êtes attendus sont inscrits sur le tableau des affectations."

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Deux heures plus tard, alors que nous faisions une ronde sur le Chemin de Traverse pour monter à la population que les Aurors étaient bien là pour protéger la communauté magique, je demandai à Potter :
"C'est quoi cette histoire d'AD ?
- Shacklebolt l'a expliqué. Quand j'étais en cinquième année, la prof de Défense envoyée par le Ministère soutenait que je mentais quand je racontais que Voldemort était revenu. Comme elle ne nous donnait pas de vrais cours, on se réunissait pour s'entraîner secrètement au duel, puisque c'était officiellement interdit. Je suppose que certains des participants n'étaient pas vraiment convaincus par ce que je racontais mais ils voulaient obtenir une bonne note à leurs B.U.S.E..
- Et c'était toi le prof ?
- Ce n'était pas mon idée. Ron et Hermione m'ont mis devant le fait accompli. Mais c'est vrai qu'à cause du Tournoi, j'étais assez en avance."

Je remarquais qu'il ne mentionnait pas sa rencontre avec le Seigneur des Ténèbres de l'été précédent.

"C'est pas Dumbledore qui avait organisé ça ?
- Non, il était trop surveillé. Mais il a tout fait pour me couvrir quand nous avons été trahis et que Fudge a débarqué. C'est grâce à lui que je n'ai pas été renvoyé de Poudlard à ce moment-là. Parce qu'à cause de ce cher Malefoy, j'avais été pris."

Il grimaça à ce souvenir. Il y avait longtemps aussi qu'on n'en avait pas parlé de celui-là.

"Potter, y'a-t-il une année où tu as été un élève normal ?
- Euh… on va dire que mes années à Poudlard ont été assez occupées. Mais j'avais rien demandé, moi !
- Tu dois t'ennuyer maintenant, le taquinai-je.
- La routine a un charme ineffable quand on y pense bien, glosa-t-il d'une voix pédante. Franchement, reprit-il en redevenant sérieux, tu crois vraiment que je puisse préférer ce qui s'est passé samedi dernier à la routine ?
- Ce n'était pas un moment agréable, c'est sûr !
- A ce propos, désolé d'avoir craqué au début.
- Cela peut arriver à tout le monde. Moi aussi j'ai eu un passage à vide. Je suppose que tu as plus d'excuses que d'autres, avec ce que tu as vécu.
- Tu penses vraiment ça ?
- Tu en doutes ?"

Il ne répondit pas. Il haussa simplement les épaules, comme s'il refusait d'en débattre.

"J'espère qu'on va trouver une solution, pour les Détraqueurs, soupira-t-il.
- Il faudrait les éliminer purement et simplement", répondis-je.

Mon coéquipier soupira.
"D'après Hermione, ce n'est pas une solution. D'abord, il n'est pas sûr qu'on sache les tuer. Les Patronus les affaiblissent, c'est tout. Et puis, si nous partons en guerre contre eux, ils vont chercher à se venger et ce sera de pire en pire. Nous ne sommes même pas sûrs de gagner. Non, il faut discuter avec eux, et trouver une solution susceptible de leur convenir.
- Azkaban ?
- Il y a sans doute une autre alternative. C'est inhumain comme punition pour les prisonniers.
- Potter, on ne peut pas toujours être gentil avec tout le monde !
- On ne peut pas non plus décider que nous sommes les seuls à avoir le droit de faire ce que nous voulons et traiter par le mépris et par la répression toutes les autres créatures, magiques ou non.
- Tu veux donner le droit de vote aux Détraqueurs ? demandai-je, désagréablement conscient de lui resservir un discours ressemblant à celui de mon père, la veille.

- Qui sait si, avec notre magie, nous ne pouvons pas leur aménager un endroit où ils seraient bien. A-t-on jamais essayé ?
- Comment veux-tu que je le sache ?
- Ce qui m'inquiète c'est que personne ne se pose la question.
- Ta copine Hermione n'avait pas l'oreille de la Ministre ?
- D'après ce que j'ai compris, entre les gobelins, les elfes et les nouvelles relations avec les Moldus, Marchebank a remis cette question à plus tard. C'est pour cela qu'elle démissionne. Elle estime avoir fait une grave erreur de jugement."

Si tous les dirigeants qui faisaient des erreurs démissionnaient, on changerait de Ministre tous les deux mois !

"Quand même, Potter, remarquai-je, j'aurai cru que si quelqu'un devait en vouloir au Détraqueurs, c'était toi, non ? C'est pas un reproche, mais tu as beaucoup de mal avec eux.
- Evidemment, cela me plairait de me dire que je n'en rencontrerai plus jamais et que je n'aurai plus à entendre… à revivre…"

Il eut le mouvement de tête qui lui était coutumier quand une pensée désagréable s'imposait à lui.

"Mais quand j'essaie d'être objectif, continua-t-il, je dois bien admettre que c'est pas de leur faute aux Détraqueurs s'ils ont besoin de nos souvenirs heureux pour vivre. Alors si on pouvait trouver un moyen de les nourrir sans qu'ils aient besoin de nous vampiriser, je serais plus tranquille."

Je ne répondis pas, décontenancé par ces arguments qui ne m'étaient pas familiers. Après les avoir retournés dans ma tête un bon moment, je finis par conclure que Potter était vraiment un mélange de Gryffondor et de Serpentard. Il sortait des arguments pleins d'humanité mais au fond, il recherchait surtout une solution efficace.

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Le soir même, je retrouvai Christina. Vu la façon dont cela s'était passé, j'avais décidé de ne pas l'informer de ma discussion avec mes parents. Par contre, j'étais désormais réellement déterminé à faire évoluer les choses entre nous. Je lui indiquai donc que je me sentais désormais prêt à rencontrer les siens. Elle en fut ravie et m'assura qu'elle les appellerait dès le lendemain pour décider d'une date.

Deux jours plus tard, alors que j'étais repassé chez moi pour m'habiller avant de me rendre au travail, je reçu un appel en cheminée; c'était ma sœur.
"William, bonjour, tu as cinq minutes ?
- Pas davantage, je dois partir au boulot.
- D'accord, je voulais juste vous inviter à dîner un soir, toi et ton amie."

Décidément, c'était la saison ! Je pris le temps de réfléchir avant de répondre. J'étais certain que Gwen était parfaitement au courant de la scène que j'avais eu avec mon père. Alors pourquoi m'invitait-elle ? Avait-elle décidé de s'opposer à nos parents ? Avait-elle été mandatée par eux pour tester Christina ? Voulait-elle une fois de plus organiser une rencontre surprise entre eux et moi ?

"Je préférerai que vous veniez chez moi, toi et Léopold, répondis-je finalement. C'est mon tour de vous inviter.
- Comme tu veux, accepta-t-elle. Quel jour ?"

Je savais que Christina préférerait un samedi soir. Il était prévu que nous irions chez ses parents le samedi suivant, je proposai donc celui d'après :
"Samedi en huit, cela vous va ?
- D'accord. Ah non, cela ne va pas, nous devons récupérer Titus à la gare. C'est le début des vacances de Pâques."

J'avais un instant pensé à réinviter Titus lors de ses congés. C'était peut-être l'occasion. Et puis j'étais curieux de sa voir si ma sœur était toujours disposée à me le confier, maintenant que je fréquentais une moldue.

"Passez le prendre à la gare puis venez dîner en famille avec vos deux garçons. Si Titus est d'accord, il pourra rester le dimanche avec moi.
- On en reparlera. Donc, on vient tous les quatre, samedi soir, dans dix jours.
- Très bien. A samedi."

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Le soir où je devais être présenté aux parents de Christina arriva très vite. J'étais moins nerveux en y allant que je n'aurais cru. Christina avait passé en revue ma garde-robe moldue et avait désigné ce que je devais porter. Je crus comprendre à cette occasion que mes choix vestimentaires moldus n'étaient pas été aussi heureux que je le croyais.

Monsieur et Madame Fallen habitaient dans un lotissement de la banlieue londonienne. Nous nous y rendîmes en voiture. Les parents de Christina étaient très chaleureux. Ils se mirent en quatre pour me mettre à mon aise. L'entente qui régnait entre eux et leur fille, ainsi que l'affection mutuelle qu'ils se portaient, étaient palpables. Je compris mieux pourquoi il était si important pour Christina de me les présenter et d'obtenir leur approbation.

Ils se montrèrent curieux à mon égard. Je leur servis la version que Christina et moi avions mise au point. J'étais détective privé. J'avais grandi dans le nord de l'Angleterre et j'habitais Londres. J'avouai avoir des parents, une sœur et deux neveux.

Ensuite, je m'arrangeai pour faire dévier la conversation sur leurs propres occupations. Ils étaient professeurs d'université. La mère de Christina enseignait l'économie et son père la littérature anglaise. Je leur confiai mon goût pour Jane Austen dont je venais de dévorer les œuvres complètes.

C'était le dada de monsieur Fallen qui devint alors intarissable. Je n'eus aucun mal à me montrer intéressé par son analyse car il savait être passionnant. Je comprenais maintenant d'où Christina tenait son don pour tenir en haleine un auditoire.

Dans la voiture, sur le trajet du retour, Christina se montra enchantée. Selon elle, j'avais fait une excellente impression. Elle semblait très satisfaite de la tournure que prenaient nos relations et cela me fit plaisir de la voir si heureuse.

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Côté sorcier, la campagne électorale avait bien commencé.

Marchebank avait posé sa démission, en s'excusant d'avoir sous estimé le danger potentiel que représentaient les Détraqueurs livrés à eux-mêmes. Dans son allocution de départ, elle défendait cependant les mesures prises par son Ministère, soulignant les bienfaits économiques et culturels qui en avaient résulté. Elle préconisait de continuer dans cette voie, pour que le monde sorcier s'adapte à son époque comme il l'avait fait de nombreuses fois. Maintenant que les temps troublés sont derrière nous, concluait-elle, il est temps de faire place à la jeune génération, représentée par Percy Weasley, homme politique brillant, issu d'une famille émérite dont la loyauté et le dévouement au monde sorcier n'ont plus à être prouvées.

La presse découvrait Percy Weasley. Elle retraçait sa scolarité exemplaire, sa carrière fulgurante, les différentes réalisations qu'il avait à son actif. Il faut admettre que c'était impressionnant : il avait mis en place tout un système d'échange universitaire entre l'Angleterre et d'autres pays, et jeté les prémices d'une coopération scientifique internationale.

On pouvait aussi lire les portraits de membres de sa famille : des sorciers témoignaient de l'aide que Molly Weasly leur avait apportée quand ils s'étaient retrouvés sans maison pendant la guerre, Madame Rosemerta rapportait la façon active dont les jumeaux participaient à la vie de Pré-au-Lard et rappelait leur contribution à toutes les fêtes sorcières par l'intermédiaire de leurs Feuxfous Fuseboum. Il était précisé que les autres frères et sœur travaillaient respectivement chez Gringott's, au Ministère et à Ste Mangouste. Enfin on évoquait le sacrifice d'Arthur Weasley et de son fils Charlie au cours des années de lutte contre Vous-savez-qui.

Je notai qu'aucune mention n'était faite du mariage de la petite dernière avec le Survivant. J'interrogeai ce dernier à ce sujet :
"Ton beau-frère ne met pas en avant ses relations avec toi ?
- Ginny y est violemment opposée.
- Pourquoi ça ?
- Pour plusieurs raisons. Mais je pense que le vrai problème c'est qu'elle a peur qu'on dise qu'elle m'a épousé pour mon argent et ma renommée. Alors elle fait toute une histoire comme quoi nos liens privés ne doivent pas être utilisés de façon publique.
- Et toi, tu en penses quoi ?
- Je dois énormément aux Weasley. Sans eux, je ne suis pas sûr que j'aurai trouvé la force de vaincre Voldemort. Et je n'aurai sans doute pas survécu après. Je peux bien affronter les journalistes pour leur donner un coup de main.

- Je suppose que tu te sens plus proche de Percy Weasley que de son opposant, d'un point de vue politique, remarquai-je.
- Oui, ce Sigfried Kivalla nous ferait revenir en arrière : il veut abolir les nouveaux statuts des elfes, des loups-garous et des gobelins, et remettre les Détraqueurs à Azkaban. Il veut cesser toute relation avec les moldus aussi. Je le soupçonne même de souhaiter que seuls les sorciers de Sang Pur reçoivent une éducation magique.

- Mais tu ne dis rien à cause de ta femme ! m'étonnai-je.
- J'ai bien l'intention de me prononcer, mais j'attends que Molly et Hermione aient ramené Ginny à la raison. On a encore deux mois devant nous. Inutile de me fâcher avec Ginny alors qu'en attendant un peu, je peux l'éviter.

- Eh Potter, j'ai bien entendu ? Tu réfléchis avant d'agir maintenant ?
- Que veux-tu ! Nous vivons bien dans un monde où les Serpentards fréquentent des moldues ! Il faut s'attendre à tout, n'est-ce pas ?
- Auror Potter, vous allez finir par obtenir des mauvais points pour insolence envers un supérieur !
- J'adore quand tu invoques ton grade. Ça veut dire que je t'ai cloué le bec.
- Potter, va me chercher un café !"

Il s'exécuta en ricanant. Je n'aurais jamais dû lui lâcher la bride à celui-là !

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Famille et épouvantard by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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XXIII : Famille et épouvantard


Le samedi suivant, je devais présenter Christina à ma sœur et sa famille. A mesure que se rapprochait cette échéance, je regrettai d'y avoir souscrit.

Je n'avais pas parlé à Christina de ma catastrophique entrevue avec mes parents. Il serait toujours temps de le faire si le dîner avec Gwen se passait bien. Dans le cas contraire, ce ne serait pas nécessaire d'en rajouter une couche.

Comme notre soirée devait se passer dans mon appartement, j'avais bien sûr décidé de mettre une robe sorcière. Par contre, Christina ne pensait pas qu'il serait judicieux quelle en fasse autant.

"J'aurais l'air de vouloir cacher ma qualité de Moldue, plaida-t-elle. Cela n'a pas de sens. Je n'ai pas honte de ce que je suis.
- Mais quand tu sors avec moi, tu acceptes bien de mettre une robe sorcière !
- Parce que le fait que tu fréquentes une Moldue ne regarde pas les autres. Mais là, c'est de ta famille dont il s'agit."

Elle ne voulut pas en démordre. Finalement, nous tombâmes d'accord sur une jupe longue et un pull pas trop ajusté. Elle aurait ainsi la même silhouette que si elle était en robe, mais sans renier sa nature.

En fin de compte, quand Gwen, Léopold et leurs enfants émergèrent de ma cheminée, ils étaient tous habillés en moldus car ils arrivaient directement de King's Cross. Cependant, Gwen et Léopold, mirent fin rapidement à la métamorphose de leurs vêtements et de ceux d'Octave. Seul Titus resta comme il était, ayant revêtu ses jeans et son pull dans le train, comme tous les autres élèves.

Je fis rapidement les présentations, et proposai un apéritif. Je commençai par interroger Titus sur son voyage et son trimestre. Pendant que mon neveu parlait, je notai que Gwen et Christina se regardaient par en-dessous avec une intense et mutuelle curiosité.

Sans doute Christina était-elle avide de connaître ma famille. Quant à ma sœur, elle devait confronter ma compagne à l'image qu'elle se faisait de mes conquêtes. Eh bien non ! Je ne me jette pas sur des tendrons ayant vingt ans de moins que moi et présentant plus de poitrine que de cervelle.

Une fois passés à table, j'orientai la conversation sur l'astronomie, car si l'approche de Christina différait de la nôtre, nous avions suffisamment de points communs pour avoir une conversation cohérente sur le sujet. Cela nous amena jusqu'au plat de résistance. Gwen finit par demander à Christina si elle travaillait et cette dernière commença à expliquer son métier. Ma sœur parut très impressionnée d'apprendre que le collier et la bague que Christina portait étaient de sa production. Il faut dire que malgré leur apparente simplicité, ils étaient à la fois originaux et élégants.

A ce moment, mes neveux parurent trouver le temps long, et leurs chamailleries devinrent un peu pénibles. Je cherchais désespérément comment les occuper quand Christina annonça qu'elle leur avait apporté un petit cadeau moldu. Titus fut tout de suite très intéressé, alors qu'Octave parut nettement dubitatif.

C'était une boîte qui contenait une quantité de petites formes en plastique. Ces modules pouvaient s'emboîter les uns dans les autres et former un bateau de pirate assez complexe si on en croyait la photo qui ornait la notice. Christina leur expliqua qu'il fallait suivre le plan de montage pour parvenir au résultat escompté.

L'aîné de mes neveux surmonta poliment la déception de ne pas recevoir un jouet plus proche de ceux que nous avions découverts l'année précédente dans le stand d'informatique, et commença à examiner le mode d'emploi. Christina nous rejoignit à table, et s'enquit à son tour de ce que faisaient ma sœur et son mari. Alors que Léopold lui décrivait ses fonctions dans la distillerie familiale, je vis Gwen jeter de fréquents coups d'œil vers ses fils qui commencèrent par se disputer à voix basse un petit moment avant de trouver une organisation satisfaisante. Ensuite, on ne les a plus entendu. La conversation finit par rouler sur l'attaque de Pré-au-Lard.

"William m'a dit que vous étiez là-bas quand c'est arrivé. Quelle horreur ! dit Gwen à Christina.
- Ce n'est effectivement pas une expérience agréable. Mais les Détraqueurs ne se sont pas approchés trop près de l'endroit où j'étais, d'après ce que j'ai compris. Quelqu'un a prétendu en avoir vu un par la fenêtre, mais je ne suis pas sûre que ce soit vrai.
- Tu les as vus de près, toi, William? me demanda Gwen.
- Bien sûr. On est allés à leur rencontre pour tenter de les contenir en dehors du village.
- En tout cas, pour ce genre de situation, je suis contente que tu sois en équipe avec Harry Potter."

Je m'abstins de lui apprendre que le Survivant était plutôt un boulet dans ces cri constances. Christina, à qui j'avais tout raconté, ne pipa mot, elle non plus.

"Enfin, Harry Potter ou pas, tout le monde s'en est plutôt bien tiré, dis-je. On a des entraînements réguliers, en prévision de ce genre de choses.
- Mais je suppose que c'est différent quand on se retrouve en situation. Tu en avais déjà rencontré ?
- Oui, j'étais allé voir des prisonniers une ou deux fois à Azkaban, il y a quelques années. Et j'ai fait des rondes à Pré-au-Lard, l'année où Sirius Black cherchait à tuer Potter. On les croisait, parfois.
- J'ai du mal à croire que Sirius Black soit devenu Mangemort. Il était vraiment charmant quand nous étions à Poudlard. Et il semblait si proche de James Potter et de Lily Evans.

- A ce propos, j'ai récemment rencontré un de tes camarades de maison, lui dis-je. Rogue, ça te dit quelque chose ?
- Le professeur de potions de Titus ? Remarque, lui, cela m'aurait moins étonné de le savoir du côté de Tu-Sais-Qui. Mais j'ai lu dans la Gazette qu'il avait été blessé à la Bataille du Survivant. Tu dis que tu l'as rencontré... Dans quelles circonstances ?
- Il nous a donné un coup de main pour une enquête. Par contre, certaines choses ne changent pas : lui et Potter junior ne peuvent pas s'encadrer. C'est assez marrant. Ils s'envoient des piques à longueur de conversation.

- Tu veux parler du type grincheux qui surveillait la distribution des potions, s'enquit Christina.
- Oui, celui avec les cheveux sales.
- Tu trouves cela amusant ! Moi je l'ai trouvé plutôt désagréable avec ton partenaire.
- Ne me dit pas qu'il se venge de ce que James Potter lui a fait subir sur son fils, dit Gwen, horrifiée.
- Ça en a tout l'air, si. Le petit Potter a dû en baver quand il était élève. Mais maintenant, il ne se défend pas trop mal. Et puis n'exagérons rien. Il n'est pas si vache que ça, le Rogue. C'est rien à côté de ce que peut balancer Malefoy junior.
- Malefoy junior ? demanda Léopold.
- Oui, le fils de Lucius Malefoy est Auror.

- Comment une telle chose a-t-elle pu se produire, s'étonna-t-il.
- Il a su choisir le bon camp au bon moment. Mais entre lui et Potter, ça a été comme entre Rogue et Potter senior : une haine immédiate et intégrale.
- Et ça aussi, tu trouves ça réjouissant ? demanda Christina, légèrement grinçante.
- Non, lui, c'est une vraie hyène. Rogue est charmant, en comparaison.

- J'aurai pensé qu'on laisserait ton coéquipier tranquille, vu ce qu'il a fait, fit remarquer Christina.
- Il n'aime pas qu'on lui rappelle son statut de héros, et il fait son possible pour paraître normal. Il ne peut pas se plaindre qu'on le traite comme tel, expliquai-je.
- C'est vrai, se rappela Christina. Il avait l'air tellement gêné quand on lui a demandé un autographe, dans le pub, la première fois que je l'ai rencontré.
- Et encore, le pire, c'est quand les filles se mettent à le draguer. Il y en a qui se jettent presque sur lui dans la rue. Je suis régulièrement obligé d'aller l'aider à s'en dépêtrer.
- Cela doit beaucoup t'embêter, fit sarcastiquement Christina.
- Ce genre de filles ne m'intéresse pas du tout, surtout depuis que je te connais, ma chérie", précisai-je considérant que ce n'était pas le moment qu'elle ne me fasse une scène de jalousie.

"Tu ne m'as pas dit qu'il avait une petite amie ? demanda Gwen. Celle qui était venu te voir à l'hôpital.
- Tu es allé à l'hôpital ? demanda vivement Christina.
- Oui, euh… Ce n'était pas grand chose et c'était trop compliqué à expliquer à l'époque, répondis-je à ma compagne. Effectivement, me tournai-je vers Gwen, il a une copine. D'ailleurs la dernière fois que je l'ai vue, elle a mis le feu à la robe d'une admiratrice trop entreprenante.
- Mon dieu, comment s'y est-elle prise ? interrogea Christina.
- C'est un sort très facile à réaliser.
- Et on a le droit ? s'exclama Christina.
- Ce n'est pas très grave, mais ce n'est pas vraiment permis, non. Mais pas de chance pour la greluche, les deux Aurors qui en ont été témoins n'avaient aucunement l'intention de se fâcher avec la contrevenante."

Léopold semblait très amusé par l'anecdote et Gwen avait du mal à ne pas sourire.

"Cela fait plaisir de constater qu'un jeune homme qui a l'embarras du choix choisisse une jeune fille énergique, et pas une potiche, constata-t-elle.
- Vu le caractère décidé de la demoiselle, je ne suis pas certain qu'il ait choisi. Disons qu'il a été très bien choisi car ils vont effectivement très bien ensemble.
- Il n'est pas sorti avec une chanteuse dans le temps ? se rappela Gwen.
- Cet article était bidon. Ses copains en rigolent encore.

- Vous avez de la presse à sensation, chez vous ? demanda Christina.
- Oui, nous avons quelques publications qui se focalisent sur les personnes connues et les racontars, l'informai-je.
- Les plus connus sont Sorcière-hebdo et Le Chicanneur, compléta Léopold.
- Je suppose que Harry Potter en fait régulièrement les frais, conjectura tristement Christina.
- Aussi étonnant que cela puisse paraître, on en parle très peu dans les journaux, démentit Gwen.
- Il doit avoir trouvé le moyen de les tenir à distance, présuma finement Léopold."

Quand je servis le dessert, nous rappelâmes les garçons, mais ils ne voulurent pas abandonner leur jeu. Finalement, Léopold suggéra de leur porter leur part de gâteau et de les laisser tranquilles. Gwen fit une petite grimace devant cette entorse au savoir-vivre, mais y souscrivit quand même, à la grande joie de ses enfants.

Ceux-ci revinrent vers nous en fin de soirée pour nous montrer le fruit de leurs efforts. C'était un galion de quarante centimètres de long, qui avait fière allure. A cet instant, Gwen regarda l'heure :
"Mais il est plus de dix heures ! Il est temps de coucher les enfants.
- Maman, je peux rester là ? demanda Titus.
- Oui, si ton oncle veut bien.
- Pas de problème, répondis-je.

- Octave, va mettre ta cape, continua Gwen.
- Moi aussi je veux rester ! C'est toujours Titus qui s'amuse, regimba le gamin.
- Octave, pas de caprice ! lui intima sa mère.
- Pourquoi Octave ne reste pas ? demanda Titus.
- Parce que ton oncle ne l'a pas invité", rétorqua Gwen.

Alors que le mouflet se tournait vers moi d'un air suppliant, Christina intervint :
"On peut bien les garder tous les deux, non, William ?
- C'est une bonne idée, approuva Léopold. On pourra dormir demain matin", ajouta-t-il en direction de sa femme.

Et moi, on ne me demande pas ce que j'en pense ?

"Si tout le monde est d'accord, capitula ma sœur. Vous avez intérêt à être sages tous les deux, dit-elle fermement à ses fils.
- Ne vous en faites pas, la rassura Christina, j'ai l'habitude, avec mes neveux."

Gwen fit encore quelques recommandations à ses enfants avant de me remercier pour l'excellente soirée qu'elle avait passée et assurer Christina qu'elle serait ravie de la revoir. Léopold nous salua à son tour et ils partirent.

Je dis à Christina que j'allais ranger la cuisine, et la laissai se débrouiller avec les gosses. En soi, cela ne m'ennuyait pas trop qu'Octave soit resté, je faisais confiance à Christina pour s'en occuper. J'aurai bien aimé cependant qu'on me demande mon avis. C'était chez moi, après tout.

J'avais terminé la vaisselle et je donnai un dernier coup de baguette à la cuisine, quand Christina vint me demander où allait coucher Octave. C'était bien le temps d'y penser !

Je suis retourné au salon. Mes deux neveux étaient déjà en pyjama. Celui du cadet était un peu grand pour lui. Il devait appartenir à son grand frère. A l'aide de ma baguette, je rapprochai deux fauteuils et les métamorphosai en lit de camp. Je sortis ensuite des draps de mon placard pour en garnir le canapé et le lit d'appoint. Puis je retournai nettoyer ma cuisine.

Cinq minutes plus tard, les garçons vinrent me souhaiter bonne nuit. Christina les coucha et je passai dans la salle de bain puis dans ma chambre. Quand Christina m'y rejoignit, elle me demanda :
"Quelque chose ne va pas ?
- Tu crois que c'est une bonne idée de les avoir gardés tous les deux ?
- Tu n'étais pas d'accord ? demanda-t-elle surprise.
- Vous avez tout décidé avant que je ne me sois prononcé sur la question.
- Ah, c'est pour ça que tu fais la tête !
- Je ne fais pas la tête.
- Ça y ressemble, tu sais. Ton partenaire a raison. Tu as un vrai caractère de cochon.
- C'est seulement maintenant que tu t'en rends compte ?
- Je commence seulement à faire la part entre la réserve que t'imposait ton grand secret et ce qui découle de ta personnalité profonde.
- Cela ne t'incite pas à changer d'avis à mon propos ?
- C'est ce que tu espères ?" me demanda-t-elle, acide.

Pouvais-je lui répondre que cela dépendait des jours ? Que je tenais énormément à elle, non, soyons franc, que j'étais amoureux d'elle, mais que je n'avais pour autant pas envie de me lier à ce point à une autre personne. Je ne voulais pas qu'elle puisse faire des choix à ma place et devoir rendre des comptes de chacune de mes actions. Je ne voulais pas que ses affaires envahissent mon espace personnel, que mon chez-moi devienne notre chez-nous.

Mais je ne voulais pas la perdre non plus.

"J'espère que tu me garderas dans ta vie", répondis-je le plus honnêtement possible.

Elle m'a fixé un long moment, comme si elle analysait la divergence de nos aspirations à la lueur de ma maigre réponse.

"Nous ferions mieux de dormir, finit-elle par dire. Tes neveux risquent de se lever tôt demain matin.

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Quand je me réveillai le lendemain, je sus que quelque chose n'allait pas. J'étais censé avoir deux gosses dans mon salon et une femme dans mon lit, mais mon appartement était silencieux et la place à mes côtés était vide. Je me précipitai dans la pièce principale.

Un mot était posé sur la table basse :
Nous sommes chez moi
C.

Je m'habillai rapidement et me rendis chez Christina en cheminée. Je retrouvai mes neveux dans le salon, hypnotisés par le poste de télévision. A l'écran, des humains étaient confrontés à des animaux qui me firent penser à des dragons. Christina me vit et me fit signe de ne pas parler. Elle me rejoignit dans le couloir.

"Tu veux déjeuner ? me proposa-t-elle.
- Qu'est-ce qu'ils regardent ? demandai-je.

Les programmes de télévision allaient bien au-delà de ce que les sorciers considèrent comme la limite du bon goût et de la décence. Je n'avais pas trop envie que ma sœur trouve à redire de ce que ses chérubins avaient vu sous notre surveillance.

- Un DVD. Un film en boite, tu sais. Ne t'en fais pas, Jurassic Park est un film pour toute la famille. Désolée d'être partie sans te prévenir, mais tu dormais si bien que je n'ai pas eu le cœur de te réveiller. Et comme je suis incapable de me servir de ta cuisine, je les ai amenés ici. Ils ont été contents d'avoir un bon chocolat chaud. Et toi, tu veux un café ?
- Oui, merci. Et merci d'avoir pris soin d'eux."

Elle me servit un café et nous rejoignîmes les garçons pour regarder la fin du film avec eux. C'était assez prenant comme histoire et nous passâmes un bon moment.

Ensuite, je préparai le repas de midi, puis après avoir mangé, Christina leur fit les honneurs de son ordinateur et des jeux qu'on pouvait trouver dessus. Vers dix-huit heures, je donnai le signal du départ car il était temps de ramener les enfants chez eux.

Au moment d'entrer dans la cheminée de l'atelier de joaillerie, Octave annonça :
"Maman ne veut pas que je prenne les cheminées tout seul."

Au regard de Christina, je compris qu'il avait omis ce détail lors de leur déplacement ce matin.

"Tu aurais pu le dire plus tôt, remarquai-je.
- Oh, tu sais, Maman exagère toujours !
- Bon, tu viens avec moi", ai-je soupiré.

Une fois chez moi, Titus se mit à rassembler ses affaires. Alors qu'il finissait de boucler son sac, la tête de Gwen apparut dans la cheminée.

"Je te les envoie tout de suite, lui indiquai-je.
- J'ai oublié de te dire que Octave ne prend pas les cheminées tout seul.
- Il nous l'a dit, la rassurai-je. Je te le ramène.
- Christina est là ? s'enquit-elle.
- Oui.
- Elle n'a qu'à venir avec vous. Ce ne serait pas très aimable de la laisser toute seule."

Je trouvai l'attention gentille et invitai Christina à nous suivre. Elle ferma donc la marche en portant le bateau que les garçons avaient construit. Ces derniers racontèrent leur journée à leurs parents puis Christina tenta d'expliquer de son mieux les notions de télévision, cinéma et ordinateur, tout d'abord pendant l'apéritif, puis pendant le dîner auquel ma sœur nous convia finalement. Léopold se montra très intéressé par ces techniques et leur utilisation. Ma petite joaillière finit par leur promettre de les inviter prochainement chez elle pour qu'ils puissent admirer tout cela de près.

"J'aimerais bien prendre Etude des Moldus comme option, l'année prochaine, fit Titus.
- C'est une matière officielle ? s'étonna Christina.
- Oui, mais elle n'est pas obligatoire, lui expliqua mon beau-frère. J'aurai bien aimé la prendre quand j'étais à Poudlard, mais j'ai finalement opté pour Arithmancie et Etudes de Runes. De toute façon, je pense que mes parents s'y seraient opposés. A l'époque, c'était une matière très controversée."

Christina me lança un regard interrogateur, n'osant en demander la raison à voix haute.
"Tu-Sais-Qui était très puissant à l'époque et tout intérêt pour les moldus pouvait être considéré comme une provocation à son encontre, expliquai-je. Peu de familles laissaient leurs enfants choisir cette matière. Ils avaient bien trop peur des représailles.
- C'était à ce point ?
- Oui, les Mangemorts attaquaient les maisons et décimaient des familles entières.
- Oh, mon dieu !
- Enfin, c'est derrière nous, maintenant."

Un silence lourd suivit cette évocation. Ce fut Léopold qui finalement reprit la parole :
"Tu sais, Titus, il ne faut pas que tu espères jouer avec toutes ces merveilles pendant tes cours.
- Pourquoi ?
- Parce que les engins moldus ne peuvent fonctionner à Poudlard. Ils sont perturbés par la concentration des ondes magiques. Tu devrais lire "L'histoire de Poudlard", mon garçon.
- C'est comme le téléphone de William, Chemin de Traverse ? demanda Christina.
- Quel téléphone ?" questionna ma sœur.

Je sortis mon appareil et lui en expliquai l'utilité. Tout le monde trouva cela très pratique. Nous prîmes congé juste après le dîner. De retour chez moi, Christina me demanda :
"Ça c'est bien passé, non ?
- Très bien, tu as fait une excellente impression et j'en suis très heureux.
- Ce n'était pas si difficile.
- C'est vrai, ils se sont montrés plus ouverts que je ne le craignais.

- Je suis sûre que cela se passera aussi très bien avec tes parents, poursuivit-elle, pleine d'optimisme.
- Je ne pense pas.
- Qu'en sais-tu ? Tu auras peut-être une bonne surprise avec eux également.
- Non. Je leur ai déjà parlé de toi. Cela ne s'est pas très bien passé.
- Vraiment ! Quand as-tu fait ça ?
- Il y a deux semaines.
- Tu ne m'en as rien dit.
- Il n'y a rien à en dire. Je ne leur parle plus, de toute façon.
- Tu veux dire que tu t'es fâché avec eux à cause de moi ?
- Non, c'est à cause d'eux. Et puis ne t'en fais pas pour cela. Ce n'est pas la première fois.
- Mais…
- Christina, je ne veux pas en parler. D'ailleurs, cela ne te regarde pas."

Elle ouvrit la bouche pour me répondre mais mon expression l'en dissuada. Elle parût blessée et je repris plus doucement :
"Ce n'est pas si grave ma chérie. Et cela ne change rien pour nous."

Elle ne me répondit pas, mais je savais qu'elle n'était pas convaincue. Elle avait de trop bonnes relations avec ses parents pour comprendre la nature des liens compliqués que me liaient aux miens.

En outre, si j'avais été heureusement surpris par la largeur d'esprit de Gwen et sa famille, je savais que même avec le temps, je ne pouvais en espérer autant de mes parents. Ces derniers étaient d'une autre génération et se montraient terriblement traditionalistes.

Je ne les voyais absolument pas s'intéresser aux techniques moldues. De plus, la notion de Sang pur était très importante pour eux. Léopold était issu d'une vieille famille sorcière, honorablement connue, même si elle n'avait pas grand prestige. Mais j'avais déjà entendu mon père regretter que son gendre soit Serdaigle et non Serpentard. Non, ils n'accepteraient jamais mon choix.

Mais je n'avais pas besoin de leur approbation. Je m'étais opposé à eux pour déterminer ma carrière, et je ne l'avais jamais regretté. J'aimais mon métier et j'y avais bien réussi. Avec Christina, j'avais également fait le bon choix. Malgré nos désaccords, j'étais profondément attaché à elle et j'étais prêt à faire taire certaines de mes réticences pour la garder auprès de moi et la rendre heureuse.

oO§0§Oo


Le mardi de la semaine qui suivit, Potter et moi nous rendîmes au Centre de Formation des Aurors pour passer le test de l'épouvantard.
"Ça ira ? demandai-je à mon partenaire.
- Oui, ne t'en fais pas. J'ai travaillé avec ma pensine.
- Ta pensine ?
- Oui. La première fois que j'ai été confronté à un épouvantard pendant ma formation, ça c'est très mal passé. Je n'avais pas encore digéré tout ce que j'avais vécu, alors j'ai été complètement dépassé. J'ai failli renoncer à devenir Auror. Mais la médico-mage qui me suivait à l'époque m'a suggéré d'acheter une pensine et de mettre mes mauvais souvenirs dedans pour les combattre un à un. Il m'a fallu des mois pour y arriver, mais j'ai fini par faire le tour de tout ce que l'épouvantard pouvait m'opposer et trouver des ripostes possibles. A chaque fois qu'il m'arrive quelque chose de pénible, je ressors ma pensine et je refais l'exercice jusqu'à ce que je sois sûr d'être blindé."

Finalement, ce qu'il me confiait ne m'étonnait pas tant que cela. Je l'avais toujours trouvé extraordinairement équilibré compte tenu de ce qu'il avait vécu. Cela s'expliquait par le fait qu'il avait travaillé dur pour parvenir à ce résultat.

Je réfléchis à sa méthode.

"C'est pratique, la pensine, fis-je remarquer. Tu peux y déposer tout ce dont tu ne veux plus te souvenir.
- Non, ce serait trop facile. J'y ai bien pensé, mais cela ne supprime que les souvenirs, pas les malaises ou traumatismes qu'ils engendrent. En fait, quand on se coupe de ses souvenirs, cela fait comme un sort d'Oubliette mal dosé. Tu sais que quelque chose ne va pas, mais tu ne sais pas quoi. Finalement, c'est encore plus angoissant. J'ai préféré tout garder et me battre."

Nous étions arrivés. Il y avait quatre autres équipes qui avaient été convoquées en même temps que nous. Je notai que Shacklebolt avait évité que Malefoy ne fasse parti de notre lot. Et que nos autres collègues étaient tous des Aurors confirmés. Le commandant était également présent, mais je savais qu'il avait assisté à toutes les séances.

Nous passâmes en dernier. Quand ce fut mon tour, je repoussai facilement l'habituelle Marque des Ténèbres qui apparût, en imaginant que le serpent se faisait mordre la queue par le crâne. Je suppose que tout le monde présumait que je craignais retrouver cette forme flottant au-dessus de ma maison. Je n'avais jamais raconté à quiconque que mes cauchemars me la faisaient découvrir sur mon propre bras.

Quand Potter s'avança, tous les spectateurs, excepté moi et Shacklebolt, semblaient prêts à se servir de leur baguette, si le besoin s'en faisait sentir. Ce qui s'était passé au Centre pendant la formation de Potter semblait avoir fait le tour du service.

Quand mon partenaire s'en rendit compte, il eut un petit sourire de dérision :
"Cela va commencer par un Détraqueur, indiqua-t-il calmement. Ensuite, ce sera Voldemort. Après, ça dépend. Généralement des personnes que je connais et qui me reprochent mes erreurs."

D'un geste de baguette, Shacklebolt ouvrit la malle où se trouvait la créature multiforme.

Instantanément, un Détraqueur se dressa devant nous, alors que l'atmosphère se faisait glaciale.
"Riddikulus !"

Il se mit rapidement à se tortiller et à se gratter avant de disparaître et de faire place au Seigneur des Ténèbres. Ce dernier avait la bouche étirée en un sourire effrayant de cruauté alors que ses yeux rouges brillaient de délectation malsaine.
"Alors Potter, siffla-t-il la voix emplie d'une joie mauvaise, qui vas-tu sacrifier maintenant ?
- Riddikulus !"

Des oreilles de lapin apparurent sur sa tête et sa robe noire devint rose à pois verts. Il s'évanouit à son tour, faisant place à une Ginny Weasley aux yeux rougis et à l'expression haineuse.
"Assassin, hurla-t-elle. Je te hais ! Tu as tué mon…
- Riddikulus !"

Sa voix fut coupée net, alors que ses lèvres continuaient à articuler des imprécations. Ses cheveux, désormais d'une belle couleur vert pomme, se dressèrent autour de sa tête. Elle s'évapora soudain, et l'épouvantard se réfugia dans la malle qui se referma avec un claquement sec.

Pendant un instant, le temps fut suspendu. Personne ne bougeait, fixant Potter qui considérait la malle, sa baguette brandie à bout de bras. Puis il l'abaissa doucement.

"Cela n'a pas duré très longtemps cette fois-ci, constata-t-il d'un ton qui se voulait détaché, mais qui laissait transparaître une grande lassitude.

- Il y a du chocolat sur la table derrière vous", indiqua Shacklebolt.

Chacun de nous se détourna vivement, heureux de cette diversion. Pendant que nous commencions à nous servir, le commandant échangea quelques mots avec Potter. Ils nous rejoignirent et mon coéquipier se saisit du morceau que je lui tendais et croqua avidement dedans.

Il ne semblait pas le seul à avoir besoin d'un réconfort sucré. Je crois que, tout comme moi, mes collègues oubliaient la plupart du temps qui était réellement mon partenaire. L'avoir vu affronter un Seigneur des Ténèbres ayant une telle consistance leur avait rafraîchi la mémoire. Je pense que certains d'entre eux venaient de réaliser qu'être le Survivant comportait des aspects peu attrayants : conserver la mémoire d'un duel contre un monstre incarnant le mal absolu, par exemple.

Alors que nous revenions doucement vers les cheminées de communication pour retourner au Ministère, je ne dis rien, pour laisser Potter récupérer en paix. Ce fut lui qui rompit le silence :

"Pas mal le serpent qui se fait mordre la queue, fit-il sur le ton de la conversation.
- Les cheveux de ta femme, c'est l'effet du shampooing de tes beaux-frères ? lui demandai-je.
- Oui, ils sont une source inépuisable d'inspiration pour ce genre de situations, expliqua-il.

- Je comprends mieux pourquoi ils étaient nos premiers volontaires à Pré-au-Lard. Avec la tête pleine de ce genre de choses, ils doivent donner du fil à retordre aux Détraqueurs et aux épouvantards.
- Je crois que le talent des jumeaux a toujours été sous-estimé, sourit-il. Enfin, je préfère qu'ils n'aient pas à l'utiliser autrement que pour nous faire rire.
- Le jour où ils ont mis de la potion grattante dans le café de la Ruche, tu ne trouvais pas cela si amusant.
- J'ai changé d'avis quand j'ai vu que la chevelure de Malefoy n'avait pas résisté à ses grattements intempestifs malgré la tonne de gel qu'il y avait mis le matin.

- Potter, tu le caches bien, mais en fait, tu as un mauvais fond.
- Stratford, toi c'est tes bons sentiments que tu caches.
- Que veux-tu, il faut bien que je défende l'honneur de ma maison.

- Tu ne crois pas qu'il serait temps de changer cela ?
- Tu préconises de supprimer Serpentard de Poudlard ?
- Je préconise de mettre en avant d'autres valeurs. Pour que les élèves de cette maison forgent leur personnalité selon des critères plus... positifs.
- Et quelles valeurs mettrais-tu à Serpentard ?
- Mmmh…, astuce et habilité à atteindre ses objectifs, par exemple.
- C'est déjà comme ça que nous nous définissons. Ce sont les Gryffondors qui affirment que tous les Serpentards sont des salauds. C'est votre faute si nous avons une si mauvaise réputation.
- C'est toi qui me dis ça, avec ta Marque des Ténèbres dans la tête ?"

J'en restai coi un bon moment. Avait-il deviné ce qu'elle signifiait réellement ? C'était possible après tout. Il était le champion de la culpabilité et des remises en questions, et il connaissait à fond la problématique du choix.

Nous étions en train de dépasser le bâtiment où se trouvait la cheminée et, d'un accord tacite, nous avons entrepris de faire le tour du stade de Quidditch.

"Les choses évoluent, tu sais, finis-je par répondre. Titus, qui lui aussi est à Serpentard, a annoncé, il y a deux jours, qu'il voulait prendre Etudes des Moldus l'année prochaine.
- Et qu'ont dit ses parents ?
- Mon beau-frère a regretté de n'avoir pas choisi cette option quand il était à Poudlard à cause de la conjoncture de l'époque, mais il est vrai qu'il est Serdaigle. Quant à ma sœur, elle ne s'y est pas opposée. Et elle semble apprécier Christina."

Potter ouvrit de grands yeux comme s'il réalisait seulement toutes les implications que ma relation avec une Moldue pouvait avoir :
"Tout se passe bien avec ta famille, alors !
- Avec ma sœur, oui. Mes parents un peu moins.
- Il faut leur laisser un peu de temps pour se faire à cette idée, tenta-t-il.
- Je ne pense pas que les sorciers vivent assez âgés pour leur donner le temps nécessaire, répondis-je, amer.
- Et que vas-tu faire ?
- J'ai passé l'âge d'avoir besoin de leur permission.

- Tu t'es décidé, alors.
- Faut bien.
- T'as pas l'air très convaincu.
- J'ai un peu de mal à m'imaginer en jeune marié.
- Si tu passes déjà beaucoup de temps avec elle, cela ne changera pas grand chose, m'assura-t-il.
- J'apprécie le temps que je passe avec elle, expliquai-je, mais je trouve qu'il y a déjà trop de choses de changées."

- Cela fait combien de temps que tu la fréquentes, demanda-t-il après un petit instant de réflexion.
- Il y a eu plusieurs étapes, lui expliquai-je. Cela fait plus d'un an qu'on se connaît, mais seulement quatre mois que nous pensons à l'avenir.
- Et en tout ce temps, vous n'avez pas trouvé le moyen de vous faire mutuellement comprendre ce que vous attendez de votre vie à deux ?
- C'est que… comment dire… J'ai l'impression que dès que je me suis habitué à une nouveauté, elle m'oblige à une nouvelle concession. Je me dis qu'une fois qu'on sera mariés, et qu'on vivra vraiment ensemble, il n'y aura plus de limite et que je n'aurai plus mon mot à dire.

- C'est sûr, admit-il, notre vie à deux se redéfinit continuellement. Si je peux te donner un conseil, c'est d'en parler clairement. Une fois, avec Ginny, on a tout remis à plat. J'ai détesté ça, mais cela a sauvé notre relation à l'époque, et cela a jeté les bases de ce que nous vivons maintenant. Sans aller dans le grand déballage, s'il y a un truc qui te gêne, il ne faut pas attendre de ne plus le supporter pour le lui dire. Faut en parler tout de suite, avant d'être trop énervé, parce qu'après cela tourne à la dispute et on ne résout rien."

Je méditai un instant son conseil.

"Et que se passe-t-il si je ne veux pas faire quelque chose, mais qu'elle y tient beaucoup.
- Tu lui expliques pourquoi c'est impossible pour toi. Si elle tient à toi autant que tu tiens à elle, vous trouverez soit une voie médiane, soit une compensation.
- Une compensation ?
- Oui, des concessions mutuelles. Par exemple, quand je prends des risques au Quidditch ou que je m'entraîne comme un fou avec Tarvi, je sais que cela inquiète énormément Ginny et qu'elle préférerait que je joue de façon moins extrême. Mais elle sait que j'ai besoin de ça pour me détendre et me vider la tête, alors elle ne me le reproche pas. En contrepartie, quand sa copine Kat débarque à la maison et parle des heures avec Ginny, je ne dis rien. Et pourtant, je sais qu'elles se racontent plein de trucs et ça me hérisse de penser que la copine de Malefoy puisse savoir des choses personnelles sur moi ou que Ginny connaisse des trucs privés sur Malefoy. Mais si Ginny peut comprendre pour le Quidditch, moi je ne vais pas l'empêcher de voir sa meilleure amie. Mais cela n'empêche pas que c'est très désagréable quand je les entends chuchoter en gloussant."

- Et on dit que c'est moi qui ne suis pas romantique ! C'est un vrai troc ton histoire !
- On ne reste pas romantique longtemps si on n'établit pas un équilibre sur le reste. Et puis j'ai jamais dit que j'étais romantique moi ! C'est Ginny qui l'est et elle t'expliquerait la même chose de façon beaucoup plus poétique, j'en suis sûr. Mais sur le fond, c'est comme ça qu'on fonctionne, et pas autrement.

- Ça ne pose pas de problèmes que tu ne sois pas romantique mais qu'elle le soit ?
- Bien sûr que si. Cela fait partie des choses qu'elle accepte de moi : le romantisme c'est pas mon truc. Alors quand j'essaie de l'être, même si c'est un peu raté, elle prend en compte les efforts et elle est touchée. Mais j'avoue, parfois je triche et je demande à Hermione si mon idée est bonne.
- J'aurai pensé qu'elle était plus pratique que romantique, ton amie Granger.
- C'est ce que croyait Ron, aussi. Heureusement qu'elle tenait à lui et qu'elle a été très patiente, car il serait passé complètement à côté sinon. En fait, Hermione est terriblement fleur bleue."

Exposé de cette façon, le mariage avait un côté pragmatique que je trouvais rassurant. J'avais presque l'impression que je pourrais peut-être maîtriser quelque chose. Puisqu'on était au cœur du sujet, je me risquai à demander :

"Et comment tu t'y es pris pour demander Ginny en mariage ?"

Mon partenaire eut un petit sourire avant de me demander :
" La première ou la seconde fois ?
- Parce que tu l'as fait en deux fois ?
- Oui, enfin, je l'ai fait une première fois, et après, pas mal de choses sont arrivées, et puis on a décidé d'attendre la fin de nos études. Et comme je sais que Ginny est très formaliste pour ce genre de choses, je lui ai redemandé officiellement. Faut dire que la première fois, j'avais pas vraiment fait exprès...
- Pardon ?
- Ben, oui, j'ai dit une phrase qui lui a fait croire que j'avais l'intention de lui faire ma demande, alors pour ne pas la décevoir, je l'ai vraiment faite…"

Mais c'est pas vrai, ça ! Aurai-je résolu le mystère de l'accouplement des Gryffondors ? Pas étonnant qu'ils aient tous la tête vide ! Je dus faire une drôle de bobine, car il précisa :

"Enfin, on sortait ensemble depuis un moment déjà, et nos relations étaient assez euh... avancées.
- Tu veux dire que vous batifoliez gaillardement du côté du septième étage à Poudlard ?
- Hum, oui, on peut dire ça comme ça, admit-il en piquant un fard.
- Potter, personne ne t'a jamais dit qu'on n'était pas obligé d'épouser toutes les filles avec lesquelles on couche ? On est plus au XIXème siècle, tu sais.
- Je sais. Mais quand la fille en question a six grands frères protecteurs, certaines vieilles traditions ne te paraissent plus si désuètes, finalement. De toute façon, à cette période, je n'étais pas sûr de m'en tirer vivant, alors c'était assez limité comme engagement !"

Mais... c'est pas possible d'en tenir une couche pareille. Et dire que c'est sur lui que tous nos espoirs reposaient à l'époque ! Le vieux Dumbledore ne devait pas dormir souvent la nuit...

Il éclata de rire :
"Ah si tu voyais ta tête ! Tu m'as cru, hein !
- Potter, sois gentil, aie pitié de mon pauvre petit cœur !
- Bon, c'est vrai qu'il y a eu un petit malentendu, mais j'étais très amoureux et j'avais réellement envie de fonder une famille avec elle. Si cela avait été une autre, j'aurais pas marché, quand même !"

Laissons-lui ses illusions !

"Bon, et la seconde fois, comment tu t'y es pris ?
- Avec préméditation !
- Pardon ?
- Oui, je voulais supprimer toute ambiguïté. Qu'elle comprenne bien que, cette fois-ci, j'avais vraiment pris le temps de réfléchir à la question.
- Et ça a donné quoi ?
- Feuxfous Fuseboum ! Petits cœurs, angelots, fleurs, le grand jeu quoi ! Et elle a adoré !"

Ouais, en gros ils testaient leur production en famille les jumeaux infernaux. Je suppose que Potter avait dû goûter aux paquets roses pour adultes, lors de son enterrement de vie de garçon.

"Dis Stratford, demanda Potter, ça ne te dirait pas de faire un petit tour en balai ?
- Maintenant ?
- Oui.
- J'ai pas mon Nimbus sur moi.
- On n'a qu'à leur demander de nous prêter deux engins, proposa-t-il en montrant du menton un groupe d'étudiants qui arrivaient pour s'entraîner.
- Tu crois qu'ils vont bien vouloir ?
- Je suis Harry Potter, non ?
- Cela t'arrive d'utiliser ta notoriété pour obtenir des avantages, maintenant ?
- Faut bien que cela serve de temps en temps", admit-il en haussant les épaules.

Nous nous sommes rapprochés des petits jeunes. Potter leur a fait son plus beau sourire et leur a exposé sa requête. Effectivement, ils étaient tous volontaires pour faire sanctifier leur balai par le divin postérieur de notre Célébrité. Mais il n'y eut qu'un seul élu et un autre dût se contenter de mon séant ordinaire.

Nous fîmes plusieurs tours de concert, puis il me laissa et fit toute une série d'acrobaties. Un des étudiants lâcha le Vif d'or, et Potter se mit à le poursuivre. Je redescendis vers le petit groupe.
"Vous devriez mettre les cognards aussi, avec deux batteurs pour mettre un peu de piment."

Les Batteurs enfourchèrent leurs balais avec enthousiasme et se mirent à bombarder mon partenaire qui nous fit ainsi une démonstration de ses capacités.

"Ça, c'est de l'entraînement ! fit le capitaine de l'équipe.
- Tu es en quelle année ? lui demandai-je.
- En dernière année. Je vous rejoins au Ministère à la rentrée prochaine.
- Tu pourras essayer de rentrer dans notre équipe, alors.
- Moi, il faudra que je change de poste, si je veux avoir une chance, intervint l'attrapeuse.
- Il se sera peut-être fracassé le crâne d'ici là", l'encourageai-je.

Potter finit par attraper le Vif et nous rejoignit.
"Merci les gars, on va vous laisser jouer normalement.
- Merci pour la démonstration", répliqua le capitaine, toujours bavant d'admiration.

Nous rendîmes les balais à leurs légitimes propriétaires et retournâmes à la Ruche.

oO§0§Oo


En début de soirée, j'étais en route pour l'Atrium quand Shacklebolt me rattrapa :
"Un problème avec Potter ?
- Non, pourquoi ?
- Vous avez mis plus d'une heure à rentrer.
- On a un peu discuté et on a fait un petit tour en balai pour se changer les idées. Mais cela n'avait rien à voir avec l'épouvantard.
- Je préfère ça. Et toi, tu vas bien ?
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Tes sautes d'humeur ne sont pas discrètes. Mais tu n'es pas obligé de m'en parler. Je n'ai rien de redire de ton travail.
- Je me pose quelques questions existentielles, mais sinon tout va bien.
- Parfait. Bonne soirée.
- Bonne soirée, Commandant."


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La demande by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.

- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XXIV : La demande


Cela faisait plusieurs mois que nous procédions à une longue enquête en vue de mettre fin à un trafic de substances illégales, ayant un effet euphorique, et dangereuses pour la santé. Nous avions tous activé nos réseaux d'informateurs.

Suite à l'attaque des Détraqueurs à Pré-au-Lard, cette opération avait été mise en sommeil car nous passions une partie de notre temps à intervenir suite à l'appel de personnes croyant avoir aperçu une de ces créatures. La plupart du temps, ce n'était que des fausses alertes, mais certains de mes collègues s'étaient retrouvés faces à ces dévoreurs d'âmes, ce qui nous incitait à traiter sérieusement chaque demande.

Le commandant, cependant, finit par nous demander de reprendre, dans la mesure du possible, nos recherches sur le trafic. A cette occasion, j'avais voulu interroger une personne que je n'avais pas vue depuis un moment. C'était une brune plantureuse qui vendait ses charmes Allée des Embrumes. Normalement, elle s'arrangeait pour me faire parvenir des informations sans que nous nous rencontrions, pour préserver au mieux sa sécurité.

Mais cette fois-ci, je voulais lui demander des renseignements précis et il me fallait la voir. Je pouvais à la rigueur lui envoyer un hibou, mais le message risquait de tomber dans de mauvaises mains. Je me décidai donc pour une rencontre directe. Et puis c'était l'occasion de former Potter à ce genre d'exercice.

Je lui fis donc mettre son bonnet change-tête et je l’entraînai à proximité de l'endroit où la Belle-de-jour travaillait.
"Bon, tu l'abordes comme si tu étais un client, tu montes avec elle, et une fois dans sa chambre, tu lui dis que Fulbert le rouge veut la voir ce soir. Elle te donnera un lieu et une heure. Tu reste un petit moment et puis tu viens me rejoindre devant Gringott's. Ah, évite d'accepter, si elle te fait des propositions."

Il me jeta un regard où la gêne le disputait à l'indignation.

"C'est juste que si un jour un de nos collègues l'arrête, c'est embarrassant de se retrouver devant une prévenue qui t'a vu à poil, précisai-je, pour bien lui faire comprendre que mon conseil était purement professionnel. Et en plus, Shacklebolt n'est pas du genre à couvrir ce genre de choses."

Il grogna vaguement avant de répéter d'une voix incertaine :
"Je l'aborde comme un client…
- Oui, expliquai-je patiemment, tu lui demandes combien c'est, puis tu lui dis que c'est d'accord. Ah au fait ! T'as de quoi payer ? Elle va être furax si tu lui fais perdre son temps pour rien."

Il vérifia ce détail et je le laissai aller. Il avait l'air emprunté en lui parlant, mais ce n'était pas très gênant, certains clients n'assumant pas très bien leur goût pour ce genre d'amusement. Personnellement, ce n'est pas ma tasse de thé. D'abord parce que je trouve vexant de payer pour ce que je peux obtenir gratuitement, et qu'ensuite, contrairement à ce que pouvait en penser Christina, je savais éviter les pratiques susceptibles de récupérer de sales maladies.

Quand je le vis pénétrer dans une maison avec la fille, je quittai le renfoncement où je m'étais dissimulé, et rejoignis le lieu où je devais le retrouver.

Elle nous avait donné rendez-vous dans un bar louche, dont les consommations servies au comptoir n'étaient sans doute pas toutes réglementaires. J'avais dit à Potter de venir avec sa robe la plus vieille, mais son épouse veillait qu'il n'ait rien de négligé dans ses armoires et nous dûmes enchanter son vêtement pour qu'il ne détonne pas avec l'endroit.

Nous retrouvâmes la gagneuse dans une alcôve sombre au fond de la salle. Couverts par les beuglements des autres clients, nous eûmes une discussion des plus instructives. Pour finir, je lui passai discrètement une poignée de gallions, lui promettant le double si elle me faisait parvenir plus tard les précisions que je lui avais demandées.

oO§0§Oo


Du côté de ma vie privée, je finis par admettre que je voulais vraiment garder Christina auprès de moi. Elle avait pris une place dans ma vie que j'aurais bien du mal à combler désormais si je la perdais.

Il y avait mon désir pour elle, bien sûr, toujours aussi vif qu'au début de notre liaison. Il y avait aussi le respect sans cesse grandissant que j'éprouvais pour la femme autodidacte qu'elle était. Elle était cultivée, témoignait d'une grande virtuosité dans son métier, et le jour de l'attaque des Détraqueurs, elle avait su me prouver qu'elle arrivait à trouver sa place parmi les miens, nonobstant sa qualité de moldue.

Et puis… il fallait bien que je l'admette. J'étais prêt à renoncer à certaines choses pour elle. A chaque fois que je l'avais vue triste ou dans une situation difficile, cela m'avait touché, et j'avais souhaité effacer la tristesse ou la contrariété de son fin visage. Tout comme je ne pouvais expliquer rationnellement mon désir pour elle, ce qui m'émouvait chez elle était hors de ma compréhension. Mais je ne pouvais nier cette réalité pour autant.

Je savais donc que je souhaitais rester à ses côtés. Ces derniers mois, nous avions vécu ensemble la plupart du temps, et cela ne m'avait pas pesé, bien au contraire. Les seules fois où sa conduite m'avait été pénible, c'est quand elle s'était permise de prendre des décisions à ma place. Car c'était bien la peur de perdre mon indépendance qui restait le point le plus délicat pour moi. Mais je devais reconnaître qu'à chaque fois, nous avions réussi à résoudre notre conflit sans trop de casse.

Et puis, si je laissais partir Christina, que pouvais-je espérer d'autre qu'une succession d'aventures sans lendemain jusqu'à ce que je sois trop vieux pour me trouver une nouvelle compagne. J'avais toujours pensé que je préférais être seul que mal accompagné. Mais maintenant, la situation ne se présentait plus tout à fait de la même manière.

Je me sentais bien avec Christina. Je voulais la garder. Eh bien, si le mariage était la seule solution pour y parvenir, pourquoi pas ? Bref, ma résolution était prise, j'allai lui demander de m'épouser.

J'avais réfléchi à la manière de m'y prendre. Bien que j'aie déjà été fiancé, c'était ma première demande en mariage. Du temps où je fréquentais Celyn, j'étais jeune et naïf, et notre amour était si grand que notre union nous paraissait la suite évidente de notre relation. Nous évoquions donc notre futur mariage sans que je lui aie jamais posé la question fatidique. Comme quoi, il faut se méfier des évidences.

Après avoir envisagé plusieurs scénarios, qui allaient du voyage à l'étranger, une soirée dans un lieu spécial, les fameux Fuseboum et même une demande par écrit, je me dis que tout cela n'était pas pour moi. Cela ne me ressemblait pas, je n'étais pas sentimental, et il fallait bien que Christina s'y fasse. J'allais lui dire simplement que je me sentais prêt à l'épouser et voilà tout.

Mais je me rendis compte que ce n'était pas si facile. La soirée qui suivit cette décision, elle était contrariée pour des raisons professionnelles, et ne put parler d'autre chose de toute la soirée. Je ne suis peut-être pas romantique, mais je ne suis pas dénué de tact et de diplomatie quand je veux bien m'en donner la peine. J'attendis donc qu'une occasion plus favorable se présente. Plusieurs soirées passèrent sans que je trouve de moment propice. Quelle ironie ! J'avais mis des mois à me décider, et maintenant les circonstances m'obligeaient à remettre à plus tard ma déclaration. Mais je peux aussi être patient, et je ne laissai rien filtrer.

Finalement, le samedi suivant, nous nous retrouvâmes dans son salon, la promenade que nous avions prévue de faire étant retardée par une pluie battante. Ma compagne était assise sur le canapé à lire le journal. Je m'installai à côté d'elle et lui dis :
"Christina.
- Oui ? fit-elle en abaissant son Times.
- Si tu veux toujours qu'on se marie, c'est d'accord pour moi."

Elle me fixa de longues secondes en silence.

"Tu es sûr ?", finit-elle par demander, le visage sans expression.

Je fus un peu décontenancé. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle s'évanouisse ou autre cliché romanesque, mais je pensais au moins qu'elle semblerait heureuse.

"Si je te le dis, c'est que j'en suis sûr", répondis-je en me demandant si c'était la façon dont je m'étais déclaré qui lui posait problème.

J'aurai peut-être dû opter pour un dîner dans un grand restaurant finalement. Ou prévoir des fleurs. Ce n'est pas grand-chose, mais elles aiment toujours.

"Tu le fais pour me faire plaisir ou parce que tu en as vraiment envie ?"

Mais c'était quoi cette question ? J'acceptais de l'épouser, n'était-ce pas suffisant ? Il fallait des serments éternels, des déclarations enflammées, des poèmes galants ? Etait-ce normal qu'elle m'interroge ainsi ? Aurai-je dû montrer plus de passion et faire ma déclaration le genou à terre et la main sur le cœur ?

"Un peu des deux, j'imagine, répondis-je prudemment. Où est le problème ?
- Si tu m'épouses seulement pour me faire plaisir, notre union ne va pas durer longtemps.
- Christina, je tiens suffisamment à toi pour te demander en mariage, ce n'est pas encore assez ?
- Je ne veux pas t'épouser contre ton gré.
- Tu veux qu'on arrête ? demandai-je, la gorge serrée.
- Non !"

Elle avait presque crié sa réponse, et je me sentis revivre. Mais mon soulagement fut de courte durée. Je ne comprenais toujours pas ce qu'elle attendait de moi et je me sentais complètement désarçonné.

"Christina, je suis sans doute très bête, mais je ne vois pas du tout où tu veux en venir."

Elle soupira puis se rapprocha, jusqu'à être assise tout contre moi. Elle me prit la main et dit :
"J'ai l'impression, que tu ne supportes pas de te sentir lié ou contraint. C'est ce que représente le mariage pour toi non ?
- Un peu.
- J'ai pensé… enfin, si tu veux vraiment qu'on reste ensemble, parce que, tu sais, tu ne m'as jamais dit ce que tu ressentais pour moi…
- Je tiens beaucoup à toi.
- William, il y a plein de gens qui tiennent beaucoup à leur chien.
- Je t'ai dit que je voulais bien t'épouser.
- Je dois me contenter de cette affirmation, je présume.
- Christina, je n'aime pas parler de mes sentiments. Mais cela ne veut pas dire que je ne ressens rien.
- J'espère."

Elle marqua une pause avant de me demander :

"Et concernant les enfants, tu es d'accord pour en avoir ?
- Je… si c'est avec toi… je pense, oui. Mais je n'ai pas la moindre idée de la façon dont on s'y prend. Pour les élever, je veux dire.
- Pour ce qui est de les faire, je ne me fais pas trop de souci sur tes capacités, commenta-t-elle avec une moue suggestive. Pour le reste, qu'est ce qui te fait croire que tu ne seras pas la hauteur ?"

Je me demandai soudain quelle part mon père avait pris dans mon éducation. J'avais peu d'images de lui dans mes souvenirs les plus anciens. Je jouais avec ma sœur, et c'était Mère qui s'occupait de moi et me faisait la classe. Je me rappelai qu'elle lui faisait un compte-rendu de mes progrès chaque dimanche. Il regardait mes cahiers et commentait mes leçons. Il me faisait la morale et me punissait quand je m'étais montré trop désobéissant ou paresseux. Quand je suis rentré à Poudlard, il m'interrogeait sur mes études, et s'intéressait au contenu de mes cours.

Je ne peux pas dire que je l'indifférais. Il était soucieux de mon éducation. Mais quand j'avais un problème ou un chagrin, c'était à Gwen ou à ma mère que j'allais me confier.

Lors de mon séjour chez ma sœur, j'avais découvert un modèle familial très différent. Léopold était très proche de ses enfants. Ces derniers l'embrassaient quand il rentrait, et ils lui racontaient leur journée. Il savait plaisanter avec eux et s'occuper des petites choses comme vérifier qu'ils s'étaient bien lavés les dents avant de se coucher ou qu'ils avaient bien rangé leur chambre.

Quel père serai-je ? Je ne voulais pas que mes enfants aient une image de moi semblable à celle que j'avais du mien, mais je ne savais pas si j'aurai la patience et la capacité de faire comme mon beau-frère.

"Moi aussi j'ai peur de ne pas être une bonne mère, reprit doucement Christina, interrompant le fil de mes pensées. Mais tous les parents passent par là, tu sais. Mais je me dis que je pourrai toujours demander conseil à mes parents. Je ne suis pas trop mécontente de l'éducation qu'ils m'ont donnée, alors c'est un modèle pour moi."

Etrangement, cette référence me rassura. Je n'étais pas sûr de vouloir faire des enfants qui me ressemblent, mais j'en voulais bien qui ressemble à Christina.

Je souris à ma compagne et déposai un baiser sur sa tempe :
"Je suis certain que tu seras une excellente mère.
- Alors tu es d'accord pour en mettre un en route ?
- Donne-moi encore quelques mois."

Elle me serra très fort dans ses bras.
"Je t'aime William !
- J'en suis heureux."

Elle eut un petit rire, comme si elle se moquait de mon incapacité à exprimer mes sentiments.

"On peut avoir des enfants sans se marier, tu sais, indiqua-t-elle, revenant au sujet initial de notre discussion.
- Vraiment ? répondis-je un peu décontenancé.
- Oui, c'est assez courant maintenant, dans mon monde.
- Tu veux avoir des enfants de moi mais pas m'épouser ? demandai-je, complètement dérouté.

Cela ne me paraissait pas très logique. Avoir des enfants me paraissait un engagement plus durable que le mariage.

"Eh bien, me répondit-elle, je pense que tu as besoin d'avoir une marge de liberté pour trouver ton équilibre et que rester célibataire serait moins angoissant pour toi. Je pense aussi que nous ferions bien de garder chacun notre maison. Tu habiterais ici avec nous, mais tu aurais toujours un endroit à toi où tu pourrais te réfugier quand tu voudras souffler un peu."

C'était assez tentant comme proposition.

"Et toi, tu iras où quand tu auras besoin de souffler, demandai-je sur le ton de la plaisanterie.
- Je confierai nos enfants à mes parents et je sortirai avec mes copines, bien sûr ! A vrai dire, je ne suis pas sûre de pouvoir me transformer en épouse modèle, continua-t-elle d'un ton plus sérieux. Moi aussi, j'ai pris des habitudes d'indépendance alors ne t'attends pas à retrouver une maison propre, un repas préparé et une brave petite femme qui t'attend impatiemment quand tu rentres du travail."
- Je pense que je finirais par m'ennuyer si tu devenais trop prévisible, répondis-je. Ecoute, je vais un peu penser à tout ça à tête reposée, conclus-je. Mais je pense que cela me va comme organisation.

- Très bien. Il pleut moins fort, on va faire un tour à Hyde Park ?
- Bonne idée."

Nous avons longuement marché sous la pluie, bien abrités par nos cirés, respirant l'odeur enivrante de la terre mouillée. Plus je pensais à sa proposition, plus elle me plaisait. J'étais agréablement surpris par la capacité de ma compagne à cerner mes inquiétudes, y compris celles dont je n'avais pas clairement conscience. Cela me rassurait, plus que tout le reste, sur notre aptitude à partager la même vie.

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Vers la fin du mois de mai, soit une quinzaine de jours avant les élections qui devaient nous donner un nouveau Ministre de la magie, Rita Skeeter vint à la Ruche. Elle s'avança dans la grande salle, suivie par des regards suspicieux. Elle n'avait pas bonne presse chez nous depuis qu'elle avait révélé dans la Gazette, quelques années auparavant, une opération ultra secrète que nous avions en cours, faisant capoter toute l'opération, réduisant à néant des mois de travail. Le pire, c'est que nous n'avions jamais pu déterminer lequel d'entre nous avait vendu la mèche. Avec notre action en cours, sa présence était plus que malvenue.

Du coin de l'œil, je vis Freegarden qui se glissait dans le bureau du commandant, sans doute pour le prévenir de cette visite inopportune. Constatant que la journaliste se dirigeait dans ma direction, je jetai un regard à Potter pour savoir ce qu'il en pensait. Il souriait d'un air entendu :
"J'aurai dû me douter que c'était elle que Percy et Hermione allaient m'envoyer, dit-il à mi-voix.
- Elle vient pour toi ? m'étonnai-je.
- Y'a des chances.
- Tu vas lui accorder une interview ?
- Ça m'en a tout l'air, répondit-il, énigmatique.
- Potter, tu es un grand garçon, mais je préfère te prévenir : elle met tout et n'importe quoi dans ses articles.
- T'en fais pas, m'assura-t-il un petit sourire aux lèvres, je sais parfaitement à quoi m'en tenir à son sujet. Plus qu'elle ne le voudrait d'ailleurs."

Je ne pus lui demander des éclaircissements sur sa remarque sibylline car la teigne était déjà devant nous :
"Bonjour, Harry. Il paraît que j'ai rendez-vous avec toi.
- J'ai un peu grandi depuis la dernière interview, Rita, alors je pense que vous pourriez me traiter en adulte."

Elle le fixa d'un air mauvais et parut sur le point de lui lancer une répartie au vitriol dont elle avait le secret, mais, à ma grande surprise elle se maîtrisa et reprit d'une voix grinçante :
"Monsieur Potter, une de vos amies…" là, son expression indiquait un profond dégoût, "m'a affirmé que vous seriez d'accord pour m'accorder une interview exclusive dans laquelle vous vous prononceriez sur l'élection en cours.
- C'est possible, Madame Skeeter. Mais êtes-vous sûre qu'elle a dit 'exclusive' ?
- J'en suis certaine.
- Et n'aurait-elle pas rajouté 'conforme, authentique, exacte, sans fioritures, inventions ni affabulations' ?
- Peut-être.
- Je crains qu'il ne me faille un peu plus d'assurance dans ce domaine pour que je me risque à vous livrer une quelconque opinion. Je crois même que je vais vous demander de relire votre article avant que vous ne le vendiez au plus offrant.
- Je pensais que le grand Harry Potter était pour la liberté de la presse.
- Le grand Harry Potter est pour la bonne application des lois."

Le regard qu'elle lui lança à cet instant aurait pu percer un cuir de dragon.

"La communauté magique sera heureuse d'apprendre que le Survivant fait preuve d'une telle rectitude morale, grimaça-t-elle.
- Votre approbation me touche infiniment", ironisa-t-il.

A ce moment, Shacklebolt intervint :
- Bonjour, Madame Skeeter. Puis-je vous demander ce que vous faites ici ?
- Auriez-vous quelque chose à cacher ? demanda-t-elle en retour.
- Commandant, coupa Potter, est-ce que je pourrais m'absenter une petite demi-heure, s'il vous plaît ?"

Shacklebolt hésita un instant. Mais l'air assuré de mon partenaire dut le convaincre que celui-ci savait ce qu'il faisait.

"D'accord, finit-il par lâcher.
- Pouvons-nous utiliser une des salles d'interrogatoire ? continua Potter.
- Si tu veux.
- Suivez-moi, Madame Skeeter, dit Potter d'un ton affable. Je suis certain que cela vous fera une expérience des plus instructives."

Il sourit en réponse au regard haineux qu'elle lui décocha et l'escorta vers la sortie.

"Qu'est ce qu'elle lui veut ? me demanda Shacklebolt.
- L'interroger sur ses opinions politiques. J'ai l'impression que c'est sa copine Granger et Percy Weasley eux-mêmes qui ont organisé cette interview.
- Mais qu'est ce qui leur a pris ?
- Si j'ai bien compris, Potter a barre sur elle. Il semble être au courant de quelque chose qu'elle ne désire pas voir ébruiter, et qui la mènerait tout droit dans une salle d'interrogatoire, mais du mauvais côté de la table.

- Je vois. Et je viens de comprendre pourquoi c'est elle qui a procédé à l'interview de Potter qui disait enfin la vérité sur le retour de Tu-Sais-Qui. Je n'avais jamais compris ce qui l'avait poussée à faire un acte aussi civique.
- Potter a plus d'un tour dans son sac, on dirait
- Ouais. Et je peux te dire que Percy Weasley a plus de chance qu'il n'en mérite."

Là dessus, le commandant réintégra son bureau, me laissant perplexe quant à la signification de sa dernière phrase.

Potter revint quarante minutes plus tard, l'air satisfait.
"Alors ? lui demandai-je.
- Sur ce coup-là, je me sens presque Serpentard, me répondit-il.
- Qu'est-ce que tu as trouvé contre elle ? demandai-je, dévoré de curiosité.
- Désolé, mais si je te le dis, je perds mon avantage sur cette langue de vipère.
- Je te préfère Gryffondor et un peu plus bavard, grognai-je, déçu.
- Il semble que je sois un peu contrariant aujourd'hui", admit-il.

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Le surlendemain, l'interview du Survivant s'étalait en première page de la Gazette du Sorcier.

Mon partenaire se déclarait sans ambages en faveur de la candidature de Percy Weasley. Il réaffirmait que la paix de notre communauté passait par une plus grande ouverture envers d'autres races "qui ont beaucoup à nous apprendre". Il soulignait aussi que nous ne pouvions continuer de vivre pacifiquement au milieu des Moldus sans les connaître davantage. Ils devaient être une source d'inspiration pour nous, et non se réduire à être de simples voisins gênants.

Il rappelait aussi que Percy venait d'une famille qui s'était courageusement engagée pendant la guerre et qui en avait payé le prix fort. Il certifia avoir une grande confiance dans les capacités de Percy, nonobstant sa jeunesse, pour assumer ce poste à très haute responsabilité.

Enfin, il affirmait que l'application du programme de Sigfried Kivalla ne pouvait mener qu'aux errements qui avaient permis l'émergence d'un Voldemort. "Que feriez-vous si un Voldemort revenait ?" demandait Rita Sketeer en conclusion. "Mon travail d'Auror, répondait le Survivant. Pour le reste, il vous faudra trouver un autre volontaire".

Il y avait beaucoup de journaux dépliés ce matin-là quand Potter arriva à la Ruche. Tous les regards se portèrent vers lui, mais il affecta de ne pas les remarquer et vint me rejoindre près de ma table de travail.

"Tu lis la presse pendant les heures de boulot, feignit-t-il de s'étonner.
- Qu'en a pensé ta femme ? lui demandai-je en retour.
- Elle a beaucoup aimé la dernière phrase. Elle parle de l'encadrer et la mettre au-dessus de la cheminée pour que je ne l'oublie pas."

La voix traînante de Malefoy intervint dans notre conversation :
"Eh bien, Potter, cela faisait longtemps que tu n'étais pas apparu dans le journal. Cela te manquait à ce point là ?
- La déchéance ne te réussit pas Malefoy. En dix ans, tes sarcasmes n'ont pas changé d'une virgule. Tu devrais faire une cure de queues de lézard, c'est excellent contre la sénilité précoce", lui rétorqua tranquillement Potter.

Morrito eut juste le temps d'attraper le bras de Malefoy pour l'empêcher de saisir sa baguette, avant de le traîner sans ménagement vers la sortie. Potter, qui avait sorti la sienne pour se défendre, la rangea en grognant un "Connard de… Malefoy !" plus agacé que rageur.

J'appréciai la diplomatie de sa formule.

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Les élections eurent lieu deux semaines après. J'allai voter, et mis dans l'urne magique un bulletin pour Percy Weasley. Je pensai, avec un peu d'ironie, qu'un an plus tôt j'aurai sans doute voté pour son adversaire. En fait, je n'étais pas vraiment convaincu par l'utilité de la politique d'ouverture envers trolls, loups-garous et autres elfes. Les circonstances qui avaient permis au Seigneur des Ténèbres de prendre autant d'ascendance sur notre communauté étaient bien plus complexes que Potter tentait de le faire croire. Par contre, mes relations avec Christina seraient grandement facilitées par la poursuite du programme de rapprochement avec les moldus.

En tout cas, je mettais en œuvre ce programme à mon échelle privée : la semaine précédente, Christina m'avait diplomatiquement demandé si je désirais l'accompagner chez les amis qui l'avaient invité à dîner. Désireux de lui faire plaisir et de la remercier de la délicatesse qu'elle me témoignait, j'avais accepté. A ma grande surprise, j'avais passé une bonne soirée. Ses amis étaient très sympathiques et la compagnie était assez nombreuse pour qu'on s'en tienne aux sujets de conversation généraux et que je puisse éviter un interrogatoire en bonne et due forme sur ma situation personnelle.

Le lendemain du vote, sous la surveillance des membres du Magenmagot, le contenu de toutes les urnes qui avaient été mises à la disposition des électeurs fut versé dans le Tonneau du Choix. De ce dernier sortit un parchemin portant le nom du vainqueur : Percy Weasley.

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La première mesure prise par le nouveau gouvernement fut d'ordonner le bannissement des Détraqueurs dans une presqu'île perdue au nord de l'Ecosse. Une brigade spéciale, forte d'une cinquantaine de sorciers, fut constituée pour prêter main forte au département des Créatures magiques. Sur la base du volontariat, et avec allocation de primes conséquente, Shacklebolt recruta huit Aurors pour en faire partie. Plusieurs services du Ministère firent de même.

Les membres de cette brigade avaient pour mission de récupérer les créatures qui avaient été rassemblées tant bien que mal dans plusieurs lieux provisoires, les escorter à l'endroit prévu et veiller à leur installation. Ils resteraient ensuite à proximité pour les surveiller tant qu'une solution pour dissuader Détraqueurs de sortir ne serait pas trouvée.

Shacklebolt n'entra pas dans les détails mais Potter, qui tenait l'information de son amie Hermione, m'expliqua qu'une étude avait été lancée au Département des Mystères pour "nourrir" ces horreurs sur place. D'après ce que j'en compris, il était prévu de jeter des sorts d'allégresse sur des volontaires, de stocker leur euphorie factice dans des Pensines qui ensuite émettraient tout ce bonheur sur le lieu de résidence des Détraqueurs. Outre ce dispositif propre à maintenir les dangereux locataires dans l'endroit assigné, des repousse-moldus devaient être mis en place tout autour du périmètre pour éviter toute visite inopportune.

Des moyens exceptionnels furent mis en œuvre et, en une quinzaine de jours, les effectifs spécialisés furent opérationnels, nous déchargeant du surcroît de travail qui avait été le nôtre depuis que les dévoreurs d'âmes avaient décidé de se révolter. C'était une bonne chose, car nous commencions à nous lasser d'être appelés à la rescousse chaque fois qu'un sorcier commençait à déprimer.

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Le commandant profita de l'allègement de notre emploi du temps pour, enfin, faire aboutir notre opération de lutte contre les substances illicites et dangereuses. Trois semaine après les élections, Shacklebolt nous réunit tous à dix-sept heures et nous informa que le coup de filet de grande envergure qui devait mettre définitivement mettre fin au trafic aurait lieu ce jour-là. Il nous donna nos ordres de mission et nous indiqua de façon concise ce qu'il attendait de nous. Le maximum d'arrestations devait intervenir dans l'heure qui suivait.

Potter et moi faisions partie d'une équipe de huit Aurors qui devait investir un des lieux de production des produits euphorisants dont nous voulions stopper la diffusion. Quand Potter réalisa que Malefoy et Morrito faisaient partie de notre groupe, il jeta un regard furibond vers le commandant. Ce dernier s'en aperçut et dit sèchement :
"Malefoy et Potter, j'avais d'autres impératifs à prendre en compte que votre petite guéguerre. Mais si on me rapporte le moindre incident entre vous deux, vous êtes bons pour être de garde tous les soirs et tous les week-ends pendant un mois. C'est clair ?
- Oui, commandant !" répondirent-ils tous les deux, en se fusillant du regard.

Morrito et moi avons échangé un regard circonspect. Ce genre d'opération est suffisamment délicate pour ne pas avoir envie de jouer les nounous par dessus le marché.

"'Eh Potter, me fais pas ce coup-là. On a le match contre les Sports et Jeux magiques dimanche prochain, dit Ben Tarvi, visiblement catastrophé par la perspective de devoir se passer de son attrapeur.
- Tarvi, fous-nous la paix avec ton Quidditch !" grogna Shacklebolt.

Il était rare que le commandant se laisse aller à de tels mouvements d'humeur, mais je le comprenais. Nous étions sur cette affaire depuis plusieurs mois déjà, et un échec réduirait à néant un immense travail, tout en mettant à plat le moral de toute la brigade.

De plus, il devait avoir le nouveau Ministre sur le dos. C’était un problème qui se posait couramment juste avant ou juste après une élection. Le cabinet du Ministre exigeait des résultats immédiats et spectaculaires pour impressionner l'opinion. Il me semblait de surcroît que Shacklebolt n'appréciait pas énormément son nouveau supérieur et avait avec lui des rapports plus tendus qu'avec Marchebank. Oui, les deux frères ennemis n'avaient pas intérêt à la ramener.

Alors que nous attendions le signal du départ, l'atmosphère était fébrile dans la Ruche. Certains vérifiaient leur baguette, d'autres leur Portoloin. Théoriquement, seul l'Auror Senior de chaque équipe en avait un. Mais pour l'occasion, il en fut distribué à tous pour faciliter les arrestations en série. Chacun vérifia que son écusson était bien visible, certains mirent dans leur poche des amulettes porte-bonheur. Potter me demanda s'il devait passer son bonnet change-tête, et je lui dis de rester comme il était.

Finalement, Shacklebolt nous dit qu'il était l'heure d'y aller. A l'exception de quatre petits jeunes qui descendirent au dixième niveau pour gérer l'afflux des prisonniers que nous espérions ramener, nous suivîmes le commandant dans les couloirs du Ministère, en direction de l'Atrium. Evidemment, ce n'était pas très discret, mais c'était, hélas, l'une des conséquences de l'interdiction d'avoir des cheminées de transport directement dans la Ruche.

L'équipe que je dirigeais arriva sans encombre aux abords du manoir où se tenait le sale trafic. Nous l'encerclâmes et donnâmes l'assaut. Ceux qui se défendaient n'étaient pas des enfants de chœur et très vite, toute une série de sorts offensifs fusèrent de tous les coins. On a tort de croire que seuls les Avada Kedavra peuvent être dangereux.

Au milieu de la mêlée, je m'aperçus soudain que Malefoy était en mauvaise posture, pris à partie par trois adversaires.

Il était assez loin de moi et je vérifiai qu'aucun autre collègue ne pouvait venir à sa rescousse. Potter était à proximité, mais ne faisait pas mine de le couvrir, sans doute trop occupé par son propre adversaire. Je m'arrangeai donc pour obliger mon propre opposant à se déplacer et je finis par atteindre Malefoy, rétablissant un peu l'équilibre du combat, puisque nous étions désormais deux contre quatre.

Finalement, Potter finit par nous repérer et, à nous trois, nous vînmes à bout de nos assaillants. Une demi-heure plus tard, tous les malfaiteurs étaient immobilisés et nous commençâmes à les transférer à la Ruche en utilisant les Portoloin et leur cheminée. Je chargeai Malefoy de faire des prélèvements dans les chaudrons que nous avions trouvés sur place pour constituer les preuves.

Traiter la soixantaine d'arrestations effectuées par l'ensemble de la brigade et classer sommairement une centaine d'éléments de preuve ne fut pas une mince affaire, et il était plus de trois heures du matin quand Potter et moi remontâmes d'un pas lourd vers l'Atrium. J'avais remarqué que, depuis notre retour, mon partenaire était étonnamment sombre, tranchant avec l'euphorie victorieuse de nos collègues.

"T'as un problème ?" demandai-je.

Il mit un certain temps à me répondre.

"Je... j'aurais dû aller aider Malefoy, non ? finit-il pas lâcher.
- Dans le feu de l'action, on ne remarque pas forcément que nos partenaires ont besoin d'un coup de main. Ça arrive à tout le monde, dis-je sombrement en pensant à Cyril, qui avait payé de sa vie ma faute d'inattention.
- Mais j'avais parfaitement vu qu'il était en difficulté ! s'écria douloureusement Potter.
- Pardon ?
- J'avais bien vu qu'il était tout seul contre trois ! confirma-t-il.
- Et tu n'as pas pu te dégager pour aller l'aider ? l'interrogeai-je, essayant de comprendre la raison de son désarroi..
- Je pense que j'aurai pu, mais... c'était Malefoy." Il avait terminé sa phrase dans un murmure.

Eh bien voilà, autre chose ! Décidément, à chaque fois que je croyais en avoir fait le tour, Potter me dévoilait un aspect inédit de sa personnalité.

" Personne ne peut rien te reprocher, tentai-je de minimiser l'incident.
- C'est tout ce que ça t'inspire ! cracha-t-il. Il aurait pu être blessé ou tué ! Mais bien sûr, toi tu trouves ça normal !"

Mais qu'est ce qu'il attendait de moi à la fin. Pourquoi il me racontait ça d'abord ? Etait-ce mon absolution qu'il recherchait ? Je suis pas confesseur, merde ! Puis je compris. Il voulait que je l'engueule. Cette attitude masochiste a même un nom : la rédemption par la punition.

Dans le temps, j'étais sorti avec une employée du département de la Justice magique. Un jour, je l'avais taquinée en lui demandant comment une gentille petite Poufsouffle comme elle supportait de prononcer des condamnations parfois sévères. Elle m'avait répondu par un discours duquel il ressortait que les malfaiteurs ont besoin d'être punis pour se sentir ensuite le droit de se réinsérer dans la société. Je me rappelai avoir pensé que cette théorie était bien pratique pour les bourreaux. Mais manifestement, ce n'était pas aussi farfelu que ça.

En tout cas, Potter avait de la chance. Il avait justement sous la main un méchant Serpentard prêt à faire des sacrifices pour ne pas avoir à se coltiner sa tronche de coupable tout le reste de la semaine.

"C'est effectivement immonde de ne pas avoir eu envie de venir en aide à un type qui s'évertue à te pourrir la vie dès qu'il s'ennuie un peu, commençai-je. Tu devrais avoir honte !"

Je récoltai un regard glacé. Aurais-je mis trop d'ironie dans ma diatribe ? Après tout, il n'était pas complètement demeuré, juste handicapé par une éthique envahissante. Je repris, plus proche de ce que je pensais vraiment :

"Il est certain qu'une telle attitude n'est pas souhaitable au sein de notre service. A priori, je devrais te signaler mon mécontentement, et éventuellement en toucher un mot au commandant. Cela dit, on ne peut t'accuser de rien. Après tout, cela arrive de ne pas avoir les bons réflexes. Mais si tu veux vraiment gâcher ta vie, tu peux aller faire des confessions complètes au département de la justice Magique ou mieux, à Rita Sketeer. Elle ferait un article du tonnerre avec ça.

- Tu vas en parler à Shacklebolt ?
- Tu m'emmerdes, Potter ! Je ne suis pas sourd et aveugle. J'ai quand même remarqué que c'est toujours cet imbécile qui te provoque ! Il faudrait être un saint pour ne pas avoir envie de le lui faire payer. S'il lui était vraiment arrivé quelque chose, et que j'avais eu l'impression que tu l'avais laissé crever exprès, oui, j'en aurais parlé au commandant. Mais notre emmerdeur en chef se porte comme un charme et moi, j'ai rien vu !

- Donc tout va bien ! lança-t-il, l'air profondément dégoûté.
- Non, parce que tu as manifestement un gros problème ! commençai-je à m'énerver. Mais pour qui tu te prends à la fin ! Tu dois toujours être gentil, respectueux, loyal, fidèle, bien poli, pardonner à tes ennemis, sinon tu as des vapeurs ! T'es humain, bon sang ! Eh oui, ça arrive d'avoir des pensées dégueulasses ! Tu ne supportes pas cette idée ? Mais c'est fou ce que tu peux être orgueilleux quand même !"

Il m'a regardé un moment, le visage parfaitement impénétrable. Nous étions arrivés à l'Atrium et, au lieu de s'avancer vers le mur des cheminées de départ, il s'assit avec lassitude sur le rebord de la fontaine qui se trouvait au centre de l'Atrium.

La fontaine de la Fraternité magique avait été détruite des années auparavant. Fudge avait proposé de la reconstruire à l'identique, mais certains s'y étaient opposés, pour des raisons à mon avis spécieuses, et rien n'avait été fait pour la remplacer avant la fin de la guerre. Finalement, c'est un projet qui représentait la Bataille du Survivant qui avait été choisi. La fontaine était donc de nouveau en service depuis quelque temps.

Elle représentait cinq Aurors en train de se battre contre autant de sorciers encagoulés. Au centre de la mêlés, deux fois plus grand que les autres protagonistes, on voyait Potter soumettre le Seigneur des Ténèbres. Ce dernier était agenouillé aux pieds de son adversaire, le visage caché par sa capuche, sa baguette brisée à la main. Le Survivant pointait la sienne vers son ennemi, l'air conquérant.

Je m'étais maintes fois fait la réflexion que sa représentation ne ressemblait pas tellement à mon partenaire. On reconnaissait la cicatrice, et les lunettes, mais l'expression supérieure de son visage lui donnait une personnalité qui ne correspondait pas du tout à l'original.

Shacklebolt avait été convié à l'inauguration mais, selon ce que j'en avais lu dans la Gazette, le Survivant y avait brillé par son absence. J'avais noté que, depuis l'installation de l'ouvrage, il n'avait pas une seule fois daigné tourner les yeux en sa direction, en ma présence du moins. Il l'ignorait, purement et simplement, tout comme il avait feint de ne pas entendre les réflexions narquoises de Malefoy à ce sujet.

Le voir reconnaître l'existence de cette fontaine en s'y installant, montrait à quel point il était troublé.

"Tu crois que c'est de l'orgueil de vouloir se conformer à la morale ? a-t-il fini par me demander.
- Non. C'est de se croire au-dessus des tentations qui l'est. J'ai l'impression que dès que tu t'éloignes un tant soit peu du modèle idéal que tu t'es forgé, c'est la catastrophe. C'est si dur de reconnaître que tu n'es pas parfait ?"

Il a soupiré et eut un petit sourire, comme s'il se moquait de lui-même :
"Oui, enfin non ! J'essaie juste de ne pas décevoir les autres.
- Dans le fond tu es juste perfectionniste.
- Pas exactement." Il rougit. "En fait, j'ai l'impression que tout le monde va se détourner de moi si je laisse transparaître mes défauts.
- Oh, fis-je un peu décontenancé. Si on se détournait des autres quand on découvre leurs défauts, on ne parlerait pas à grand monde.
- Oui, je sais, c'est stupide de penser ça. Et injuste pour mes amis. Je sais qu'ils sont mieux que ça.
- Mais tu le penses quand même.
- Oui. Je pensais que j'étais guéri, mais c'est revenu, finalement. Désolé de t'avoir ennuyé avec mes problèmes."

Il était écarlate maintenant, et commença à se redresser pour partir. Moi-même, je n'étais pas sûr d'apprécier de me retrouver à mener une conversation aussi intime avec mon partenaire, mais je ne voulais pas le laisser partir sans régler définitivement l'incident de ce jour.

"Potter, pour revenir à Malefoy... si je n'étais pas intervenu, tu es sûr que tu n'aurais pas fini par le faire ? Tu es bien venu nous aider finalement, non ?
- Je l'ai fait parce que tu es mon partenaire et que je n'allais pas te laisser dans la merde !
- Mais enfin, si tu te ronges à ce point pour Malefoy maintenant, tu ne crois pas que ta morale, ta conscience, ou quoi que ce soit, t'aurait poussé à agir, tout à l'heure ? A mon avis, si j'avais pas été là, le Malefoy serait quand même vivant. A la limite blessé à cause de ton temps de réaction. Mais tu ne l'aurais pas laissé mourir. Des meurtriers, j'en ai vu défiler en vingt ans de carrière, tu sais. T'as pas le profil !

- Oh ! C'est comme les Impardonnables, en quelque sorte, commenta-t-il.
- Les Impardonnable ?
- Oui, un jour j'ai essayé de jeter un Doloris. Mais ça n'a pas marché. Et la personne m'a expliqué qu'il faut aimer faire souffrir pour être efficace. Sur le moment, j'étais fou de colère et très motivé, pourtant. Mais il semble que cela n'ait pas suffi. Il faut que ce soit plus profond que ça."

Ah oui, c'est vrai ! J'étais en train de parler avec Harry Potter.

"On t'a donné le droit d'utiliser les Impardonnables ? demandai-je.
- La première fois, j'ai pas demandé la permission. Après, Dumbledore a demandé à Maugrey de me les enseigner. Mais je suppose que Fudge serait tombé dans les pommes s'il l'avait su.
- Et… cela t'a servi ?
- Non. J'aurais préféré…"

Là-dessus, son visage s'est fermé et je compris qu'il n'avait pas l'intention de m'en révéler davantage. Il s'est levé et s'est retourné vers la fontaine, l'examinant comme s'il la voyait pour la première fois :

"Il l'ont refaite, mais elle représente toujours un mensonge, finit-il par lâcher.
- Pourquoi ? Tu n'as pas vaincu Tu-Sais-Qui ?
- Ce n'est pas l'impression que j'ai. Nous avons peut-être gagné la guerre, mais ce qu'il m'a fait perdre ce jour-là est irremplaçable."

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Une page d'histoire by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.

- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XXV : Une page d'histoire


Le premier dimanche de juillet devait se jouer le dernier match du championnat de la coupe du Ministère. Grâce à Potter nous avions gagné tous les matchs de l'année. Les organisateurs avaient fait en sorte que la saison se termine par une rencontre entre nous et l'équipe du Service et Sports et Jeux magiques, qui, eux aussi, étaient restés invaincus. Cette année-là, sous l'impulsion de Tarvi, notre équipe avait fait de gros progrès et nous talonnions nos adversaires dans le décompte des points, rendant la victoire de la coupe possible pour peu que nous gagnions cet ultime match de trente points.

Tarvi était devenu très pressant auprès de Potter, et j'avais fini par dire à Ben que je ne voulais plus entendre parler Quidditch pendant les heures de boulot. J'avais su me montrer convainquant et il se l'était tenu pour dit. Je tiens quand même à préciser que Tarvi est un très bon Auror quand il oublie qu'il est entraîneur.

Je m'étais dit que ce match était une bonne occasion pour faire découvrir à Christina le plus populaire des sports sorciers. J'avais donc pris des places pour nous deux, ainsi que pour toute la petite famille de ma sœur. J'avais écrit à Gwen pour l'informer de mon invitation. Elle m'avait répondu dans la journée et se disait très touchée par mon initiative.

Christina se montra très impressionnée par la dimension de l'équipement sportif. Elle tentait cependant de rester discrète dans le témoignage de son étonnement car elle avait compris, malgré mes efforts, que j'étais toujours un peu gêné quand elle laissait filtrer en public ses origines moldues.

Titus et Octave n'avaient pas de tels scrupules et s'efforçaient d'expliquer les règles du Quidditch à ma compagne avec plus d'exaltation que de méthode. Heureusement, je l'avais soigneusement initiée à cette discipline avant de venir, lui permettant de faire semblant de les comprendre.

Comme toujours, l'arrivée des joueurs du Département de Sport provoqua de vives acclamations et celle de Potter un vrai délire. Mais désormais, ses qualités de joueur y étaient aussi pour quelque chose.

Le match commença. La marque fut plus équilibrée que lors de la rencontre antérieure car nos poursuiveurs avaient amélioré leur capacité à travailler de concert et notre nouveau gardien de but faisait des prouesses. Ainsi, pendant une bonne demi-heure, le souaffle passait avec autant de constance dans nos anneaux que dans ceux de l'adversaire. Puis les Aurors semblèrent se fatiguer et les Sports commencèrent à prendre de l'avance.

Voyant cela, Potter considéra qu'il était temps de mettre fin à la rencontre. Contrairement à l'année précédente, il avait adopté une attitude offensive dès le début de la rencontre, fonçant sur les poursuiveurs adverses pour tenter de les déconcentrer et compliquant ainsi le travail des batteurs car ces derniers risquaient de gêner leur propre partenaires en envoyant les cognards dans la direction de Potter.

Mais à partir du moment où il se mit à faire des cercles au-dessus du stade, à la recherche du Vif d'or, tous les joueurs du département des Sports, à l'exception de deux poursuiveurs et du gardien de but, se concentrèrent sur notre attrapeur pour laisser le champ libre au leur.

Potter fit une belle démonstration de sa virtuosité et tout le stade devint hystérique. Ce spectacle hors du commun dura une bonne demi-heure, pendant laquelle les buts continuaient à être marqués contre nous. Finalement, le Survivant parvint à échapper à la mêlée et fonça de toute la puissance de son Eclair de feu sur la boule dorée. Mais il n'était pas le seul à l'avoir vue, et lui et son homologue se heurtèrent avec violence alors qu'il tentaient tous les deux de se saisir de la même proie.

Le choc fut tellement brutal qu'ils en basculèrent de leur balai. Dunham, l'autre attrapeur, réussit à se rétablir in extremis sur son engin et aida Potter, qui s'était agrippé à lui, à en faire autant. Mais, tout à son sauvetage, il reperdit l'équilibre, et se fut au tour de Potter de l'empêcher de s'écraser trente mètres plus bas.

Durant quelques secondes leur stabilité fut incertaine. Le match s'était interrompu et tous les autres joueurs s'étaient élancés vers le couple en péril, planant en cercle juste en dessous d'eux pour les rattraper en cas de chute.

Finalement, les deux acrobates récupérèrent leur assise et s'éloignèrent un peu l'un de l'autre. Rassurés sur leur sort, on commença à se demander si le Vif d'or avait été attrapé. Il y eut un moment de flottement, les joueurs ne semblant pas savoir davantage que nous si le match était terminé ou non. Même les deux miraculés paraissaient incertains. Ils s'étaient de nouveau rapprochés et discutaient entre eux, comme pour retracer les derniers événements.

Au terme de leur conciliabule, Potter fouilla dans sa manche droite. Au bout de quelques secondes, il en sortit le Vif qu'il considéra avec étonnement. Une immense clameur accueillit cette découverte. Dunham, très fair-play donna un grand coup appréciateur dans le dos de Potter qui en fut éjecté de son balai et dû se rattraper précipitamment au manche de son Eclair de Feu.

Cela faisait un moment que tout le monde s'était désintéressé de la marque. L'attention se porta alors vers le tableau d'affichage, pour voir où en était le score. Nos adversaires avaient réussi à creuser un écart de douze buts. Les cent cinquante points que Potter venait d'arracher furent à ce moment comptabilisés et le tableau indiqua alors que nous avions gagné le match de trente points, ce qui nous faisait gagner la coupe, en plus du match.

Alors que nos partisans se mettaient à nous acclamer, les poursuiveurs du Département des Sports foncèrent vers l'arbitre et semblèrent contester le résultat. Celui-ci se plongea dans ses Multiplettes et au bout d'une dizaine de seconde, tendit sa baguette vers l'affichage et rajouta dix points à nos adversaires.

Je pense que la moitié du stade entendit le beuglement de dépit de Tarvi. Mais son hurlement fut vite couvert par les cris de victoire des supporters des vainqueurs. Les nôtres semblaient décontenancés, mais Potter leva les mains d'un geste fataliste, avant de serrer sportivement la main de l'autre attrapeur, avec lequel il volait toujours de concert.

Les gagnants se livrèrent à un très beau ballet aérien en signe de victoire, avant de recevoir la coupe des mains de Percy Weasley, qui félicita les champions en termes pondérés. Difficile de croire qu'il était le frère des jumeaux infernaux. Les deux équipes se serrèrent cordialement la main et, à mon grand étonnement, Potter échangea sa robe de Quidditch avec son homologue.

Une fois de plus, je me fis la réflexion qu'autant Potter était réticent à tout rappel de sa victoire sur les Ténèbres, autant il assumait très bien ses talents de joueur.

Je me tournai vers Christina pour savoir ce qu'elle avait pensé du spectacle. Elle avait les yeux brillants et souriait largement :
"Alors ? demandai-je.
- Formidable, extraordinaire, magique… Normalement le sport, c'est pas mon truc, mais ça !
- Conquise, alors ?
- Entièrement ! Je comprends mieux pourquoi tu avais dit qu'il risquait sa vie à chaque match, ton partenaire.
- En fait, j'ai exagéré. Cela fait longtemps qu'il n'y a pas eu de morts au Quidditch."

Doucement, nous avons progressé vers la sortie, en discutant avec Gwen, Léopold et mes neveux.

"Si vous veniez prendre le thé à la maison, proposa ma sœur.
- Je crois que c'est mon tour de vous inviter, contra Christina. Enfin, sauf si nos tenues posent un problème, termina-t-elle en contemplant nos robes de sorcier.
- Si nous ne sortons pas de chez toi, cela n'a aucune importance, opposai-je. Cela me paraît une bonne idée."

Après s'être brièvement consultés du regard, Gwen et Léopold se déclarèrent ravis de répondre à cette invitation. Au bout d'une demi-heure de queue, nous parvînmes enfin à accéder aux cheminées de transport et nous nous retrouvâmes tous dans l'atelier de Christina.

Elle nous mena au niveau de ses appartements et mis la bouilloire à chauffer. Octave demanda s'il pouvait aller jouer sur l'ordinateur et Christina le mit en route. Léopold s'y intéressa aussi. Titus entreprit de lui donner sa première leçon de jeu vidéo.

Gwen, ma compagne et moi retournâmes à la cuisine. Voyant le regard curieux de ma sœur, Christina lui en fit les honneurs. Gwen fut très impressionnée par l'ingéniosité des Moldus à contourner les limites que leur imposait leur inaptitude à la magie. Elle s'exclamait sur chaque découverte.

De tout l'électroménager qu'elle découvrit ce jour là, ce fut le lave-linge qui lui parut le plus fantastique. Car même avec l'aide d'une baguette, la lessive restait une corvée. L'idée de fourrer tout le linge dans une boite, et de le récupérer tout propre une heure plus tard, lui parut le summum du luxe.

Finalement, du fait de la chaleur ambiante, nous renonçâmes au thé et Christina, sous le regard envieux de ma sœur, sortit des glaces du réfrigérateur et nous proposa des boissons fraîches. Elle initia mes neveux au Coca-Cola et je fis découvrir la Guiness à Léopold et Gwen.

Puis Titus et Octave retournèrent jouer alors que nous faisions découvrir la télévision et les DVD à leurs parents. Je leur promis de les emmener un jour au cinéma. Ensuite, je convainquis Christina de leur montrer des croquis de ses créations. Elle se fit tirer l'oreille mais, finalement, céda à mes instances. Je fus très fier de la lueur de respect et d'admiration que je découvris dans le regard de ma sœur et de son mari pendant qu'ils les examinaient.

Ils repartirent vers dix-neuf heures, manifestement ravis de leur visite. Je notai que Gwen et Léopold embrassèrent Christina pour lui dire au revoir. Il était clair qu'ils l'avaient adoptée.

oO§0§Oo


Le lundi, je retrouvais Potter :
"Alors, pas trop déçu ?
- J'ai fait de mon mieux, dit-il en haussant les épaules. Mais j'ai des limites et il est temps que Tarvi le comprenne. C'est déjà bien d'avoir gagné le match et d'être arrivés second dans le championnat. Tu avais amené ton neveu ?
- Oui, et Christina est venue aussi. Elle a été très impressionnée.
- C'était son premier match ?
- Tout juste. Je crois qu'elle est convaincue que le Quidditch est le plus beau sport du Monde.
- Ouais, c'était une belle rencontre.

- Dis donc, t'avait l'air bien copain avec l'autre attrapeur à la fin !
- Dunham ? Il est super sympa, on a un peu discuté après le match. Ron et lui se connaissent bien, en plus.
- Eh t'as pas peur que Tarvi t'accuse de fraterniser avec l'ennemi ?
- J'ai déjà joué contre Ginny et je peux te dire que c'est pas parce que je connais la personne en face que je lui fais des cadeaux.
- J'ai cru comprendre qu'elle t'avait fait rater un Vif.
- Ce n'était pas par complaisance. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, je tiens à la vie. Quand une Weasley te fonce dessus avec toute la puissance de son Foudre de Guerre, il faut être suicidaire pour rester dans la trajectoire.
- J'avais oublié le Foudre de Guerre. T'as dû regretter de le lui avoir offert.

- Mais ce n’est pas moi ! C'est sa famille qui lui en a fait cadeau quand elle est devenue capitaine des Gryffondors, à Poudlard. Et puis, un conseil : ne dis jamais qu'elle est bonne joueuse seulement grâce à son balai quand elle est dans les parages. D'abord parce que c'est, faux et puis, j'aimerais éviter que ma femme soit jugée pour avoir fait brûler vif mon partenaire. Mon beau-frère Percy ne me le pardonnerait jamais.
- C'est sûr que tu risquerais d'être grillé auprès de lui ! ironisai-je

- T'es en forme dis donc ! sourit Potter Ah, avant que j'oublie, je suis chargé d'une mission importante. Ginny m'a demandé de vous inviter toi et Christina à dîner. Samedi prochain, vingt heures, ça te va ?"

oO§0§Oo


A vingt heures passées de cinq minutes, le samedi suivant, j'attendais impatiemment, devant la cheminée, que Christina ait fini de s'habiller. Je déteste être en retard et l'incapacité de ma compagne à tenir un horaire m'exaspérait. N'y tenant plus, je finis par la rejoindre dans sa chambre.

En pantalon et soutien-gorge, elle fouillait dans son armoire.

"Bon sang, Christina ! Dépêche-toi un peu, on devrait déjà y être !
- Mais je ne trouve pas mon pull bleu !
- Il est là, sur le lit.
- Non, celui là est vert. Tu ne vois pas qu'il jure avec mon pantalon ?"

Pas vraiment, mais ce n'était pas le moment d'en débattre. Je me saisis vivement du chandail verdoyant, posai ma baguette dessus et prononçai :
"Cyanae mutatum."

Je le lui tendis en lui disant :
"Bon, maintenant, il est bleu ! On peut y aller ?"

Elle interrompit sa recherche et protesta :
"Tu triches ! Et puis, je croyais que c'était fatiguant de maintenir une transformation ?!
- La différence entre un pull bleu et vert est minime. Rien à voir avec la théière et la tortue. Tu le mets, oui ou non, ce pull !"

Elle me fixa quelques instant, puis s'exécuta. Je crus cependant l'entendre marmonner "Evidemment, c'est facile d'être à l'heure dans ces conditions !", alors quelle passait sa tête dans le vêtement.

Il lui fallut encore dix minutes pour trouver la bonne ceinture et parfaire son maquillage. Ce qui est agaçant avec les femmes, c'est qu'elles sont toujours en retard, mais qu'elles trouvent quand même le moyen de vous faire une scène si vous les faites attendre cinq minutes. Je me demande comment elles font quand elles se donnent rendez-vous entre elles.

Il était presque vingt heures trente, quand nous débouchâmes dans le grand hall lumineux de l'Etoile filante. Potter et son épouse nous y attendaient :

"Soyez les bienvenus", nous dit la jolie rousse, dont je remarquai la taille épaissie.

Ils nous invitèrent à prendre place dans un salon clair et joliment décoré et Potter nous servit des apéritifs.

"Votre maison est superbe, dit Christina, dans le registre des mondanités. C'est une maison de famille ?
- Pas tout à fait, répondit Potter. C'est mon parrain qui me l'a léguée.
- Mais nous l'avons faite refaire de fond en comble, précisa son épouse avec fierté. C'était un vrai manoir des horreurs avant, bourrée de magie noire.
- Vraiment ? demanda Christina très impressionnée.
- Mais c'était qui ton parrain ? demandais-je à Potter, dont la famille n'était pas connue pour fréquenter des mages noirs.
- Sirius Black", me répondit-il, un rien de défi dans la voix.

De surprise, j'en laissai échapper mon verre, qui se brisa sur la table basse.

- Harry ! s'exclama sa femme qui avait sorti sa baguette pour réparer les dégâts. Tu devrais expliquer !
- Expliquer quoi ? Comment un innocent peut être envoyé en prison à perpétuité sans procès ? Comment un Ministre peut être assez incompétent pour protéger un meurtrier qui vient de faire renaître un monstre ?
- Harry, je t'en prie, dit-elle en lui posant une main apaisante sur le bras. Il ne peut pas savoir.
- Mais alors... balbutiais-je. Comment... pourquoi... qui ... ?
- Pettigrow ! cracha Potter.

- Harry, intervint une fois de plus la Weasley, si tu ne raconte pas dans l'ordre, il ne peut pas comprendre. Pour faire court, Sirius Black n'était pas le Gardien du secret des Potter, c'était un certain Peter Pettigrow. Ce dernier a réussi à se faire passer pour mort après sa trahison et c'est ainsi que Sirius s'est retrouvé à Azkaban. Après son évasion, ce dernier est entré en contact avec Dumbledore qui l'a protégé. Quand le directeur a réuni les membres de l'Ordre du Phénix pour organiser la résistance contre Voldemort, Sirius lui a proposé d'utiliser cette maison. Sirius est mort lors de l'attaque du Ministère par les Mangemorts et Pettigrow, pendant la Bataille. Dernièrement Harry a déposé un dossier pour réhabiliter la mémoire de son parrain et le Magenmagot l'a validé."

Je laissai passer quelques instants pour analyser et digérer toutes ces informations.
"Si Pettigrow était vivant, pourquoi Black n'a-t-il pas fait connaître la vérité quand il s'est échapé d'Azkaban ? demandais-je.
- Tu plaisantes ! répondit amèrement Potter. Fudge ne l'aurait pas cru, même si on avait pu lui livrer Pettigrow. Quand j'ai dit que Voldemort était revenu, il a tout fait pour m'exclure de la communauté magique. Il aurait même fait briser ma baguette si Dumbledore n'était pas intervenu. Sans compter les deux Détraqueurs qu'on m'a envoyés !

- On t'a envoyé des Détraqueurs ?
- Oui, et après je suis passé en Conseil de discipline pour utilisation d'un Patronus devant des moldus !"

Je savais que Fudge s'était montré incompétent pendant cette période troublée, mais j'ignorais qu'il s'était conduit de façon aussi criminelle.

"C'est un miracle que nous ayons gagné cette guerre, murmurais-je.
- Pas vraiment, répliqua presque sèchement l'épouse de Potter. C'est grâce à tous ceux qui se sont battus de toutes leurs forces pour combattre la violence, l'intolérance et l'imbécillité !"

Son regard se tourna alors vers l'âtre, où brûlait un bon feu. Je vis que de nombreuses photographies étaient disposées sur le manteau de la cheminée. Je me levai pour aller les examiner. Il y avait une grande photographie d'Arthur Weasley ainsi que celle d'un jeune homme roux, sans doute le fils Weasley mort pendant la guerre. A côté, il y avait un cliché pris le jour du mariage des parents de Potter. Black se trouvait auprès des jeunes mariés.

Ce Black là était tellement différent de l'image qui avait été placardée, dix ans auparavant, dans tout le monde sorcier, que je faillis ne pas le reconnaître. Mais le souvenir que j'en avais gardé du temps où nous étions à Poudlard me revint et je pus l'identifier. Les sourires et la gaieté des trois amis contrastaient cruellement avec ce qu'on savait de la suite des événements.

Il y avait aussi une photo de groupe. Certains de ses participants m'étaient totalement étrangers mais je reconnus le vieux Dumbledore, un grand nombre de Weasley, le grand Hagrid, Rogue, Tonks et Shacklebolt, Black et Maugrey. Ce dernier regardait vers l'objectif d'un air méfiant. Je l'entendais presque grommeler que prendre cette photo était le comble de l'imprudence.

Pas étonnant que Black n'ait jamais été appréhendé, compris-je enfin. Shacklebolt le couvrait.

En me retournant vers mes hôtes, je constatai que Potter semblait perdu dans de tristes réflexions. Sa femme le fixait avec inquiétude. Quant à Christina, elle semblait confuse. Sans doute se reprochait-elle de nous avoir entraînés sur ce terrain avec son innocente question.

Finalement, Potter, secoua la tête dans un mouvement qui m'était désormais familier, tenta un pauvre sourire et dit :
"Désolé ! Vous venez en espérant passer une bonne soirée et je vous ennuie avec mes vieilles histoires.
- C'est un peu la nôtre aussi", répondis-je ébranlé par tout ce que je venais d'apprendre.

Il y eut un petit silence, alors que chacun de nous se torturait les méninges pour trouver un autre sujet de conversation.

"Pour quand est prévue la naissance ?" finis-je par demander.
Instantanément la future mère m'adressa un sourire radieux.
"Pour le mois d'octobre", répondit-elle, rayonnante.

Je fis rapidement un petit calcul :
"Eh bien, vous n'avez pas perdu de temps ! m'exclamai-je.
- La fécondité Weasley est la valeur la plus sûre du monde sorcier ! répondit modestement Potter, alors que s'épanouissait sur ses lèvres le sourire faraud de tout reproducteur qui se respecte.

- C'est une fille ou un garçon ? demanda Christina.
- Une petite fille", répondit la championne en fécondité.

Pas de chance pour Potter. Enfin, il fera peut-être mieux la prochaine fois.

"Vous appartenez à une famille nombreuse à ce que j'ai cru comprendre ? dit Christina.
- Oui, j'ai six frères, répondit la rousse. Je suis la petite dernière. Et vous ?
- J'ai un frère et une sœur répondit ma compagne. Et quatre neveux et nièces. Je suppose que vous en avez aussi.
- Oui, trois neveux. Mais je pense que mes frères peuvent faire mieux. D'ailleurs la femme de mon frère aîné attend son troisième enfant. Et deux de mes frères ne sont pas encore mariés.
- Ils n'ont pas l'air pressés, fit remarquer Potter.

- Je ne m'en fais pas pour cela. Maman finira bien par les avoir à l'usure, répondit sa femme en souriant avant d'enchaîner en regardant Christina. Harry m'a dit que vous montiez des bijoux. Ceux que vous portez sont-ils de votre production ?
- Oui, tout à fait.
- Ils sont magnifiques, dit la jeune femme et l'éclat de ses yeux prouvait que ce compliment était des plus sincères. Harry, mon amour, quand tu chercheras quoi m'offrir pour me remercier d'avoir mis au monde ton enfant, je te suggère d'aller voir Madame Fallen.
- Christina ! la reprit ma compagne en souriant.
- Appelez-moi Ginny alors, répondit la rousse aimablement.

- Je suis censé te faire un cadeau pour ça ? demanda Harry-mon-amour, tendant la corde pour se faire pendre.
- Bien sûr ! répondit sa femme, qui n'était pas du genre à laisser passer une pareille occasion
- Cela se fait en général, insistai-je lourdement. Mais où donc as-tu été élevé ?
- Chez les Moldus, répondit-il humblement Potter.
- Mais cela se fait aussi chez les Moldus", le renseigna Christina, échangeant un regard amusé avec Ginny Weasley.

Ce regard, empreint de complicité féminine, me fit froid dans le dos. Peut-être avais-je eu tort de descendre Potter. Dans ce genre de situation, seule la solidarité virile la plus inconditionnelle permet de sauver les meubles. Mais pour cette manche là, c'était trop tard. Christina venait de récupérer une commande supplémentaire.

Peut-être même plus, si j'interprétais correctement la lueur de convoitise que je voyais briller dans les yeux de la future maman en regardant la parure de sa nouvelle amie. Les envies de femmes enceintes, c'est terrible !

"Avez-vous pensé à écouler votre production dans le monde sorcier ?" demanda l'épouse de mon coéquipier, confirmant mes soupçons.

Heureusement que Potter avait une fortune personnelle. Ses appointements d'Auror n'y suffiront pas.

" Je n'ai rien vu de semblable dans vos bijouteries, objecta Christina.
- Justement, vous allez faire un malheur ! s'emballa la petite rouquine.
- Mais les bijoux que vous vendez ne sont-ils pas enchantés ? demanda ma compagne en me regardant.
- Non, pas forcément. De toute façon, rien ne t'empêche de t'associer avec un sorcier, répondis-je assez séduit par l'idée.

- Nous devrions leur présenter Padma et Parvati, dit Potter à sa femme.
- Padma ? Celle qui tient une boutique d'artisanat magique à Pré-au-Lard ? demandai-je.
- Oui. Vous la connaissez ?
- Elle a déjà parlé avec Christina une fois, et je ne pense pas qu'elle nous ait oubliés."

Potter, qui commençait à me connaître, réagit immédiatement au sous-entendu que j'avais laissé filtrer dans ma voix :
" Qu'est ce qui s'est passé ?
- Christina a essayé une ceinture et s'est retrouvée transformée en chat.
- Comment cela ? Ce n'est pas du tout le genre de leur boutique ! s'est exclamée Ginny Weasley.
- Il semble que votre frère George soit passé par là, lui expliquai-je.

- Oh non ! s'écria-t-elle horrifiée. C'est pas vrai. Oh ! Christina, je suis désolée. Les jumeaux sont tellement stupides, des fois !
- Ce n'est pas si grave, protesta ma compagne.
- Je lui dirai deux mots, dit Potter les sourcils froncés.
- Le mieux serait d'en parler à Maman, répondit son épouse, manifestement peu convaincue par l'autorité de Potter sur son beau-frère.

- Je lui ai déjà dit ce que j'en pensais, les informai-je.
- Vraiment ! J'en plaindrais presque George", commenta Potter.

"Mais enfin, insista Christina, c'était une farce, pas un crime.
- Pas un crime effectivement, mais un délit, tenta de lui expliquer Potter. Il est parfaitement amoral d'utiliser de la magie à l'encontre de ceux qui en sont dépourvus.
- Ça, c'est la version Gryffondor. La raison principale est que nous nous donnons beaucoup de mal pour passer inaperçus, et enchanter les moldus n'est pas la meilleure façon d'y parvenir, ajoutai-je.
- Quoiqu'il en soit, continua Potter, si cette histoire parvient aux oreilles du Ministère, George risque une bonne amende, même en plaidant la non-préméditation.
- Sans compter que Percy en deviendrait fou, soupira sa femme.
- Le frère de Madame Weasley est notre nouveau Ministre de la Magie, précisai-je.
- Appelez-moi Ginny, me demanda l'intéressée.
- Seulement si vous m'appelez William", lui rétorquai-je avec mon sourire le plus charmeur.

Cela ne plut pas tellement à Potter, ce qui me fit grand plaisir. A cet instant un elfe de maison femelle, au ventre proéminent, vint annoncer que le dîner était servi.

"J'ai fait dresser la table dans la cuisine, nous expliqua la maîtresse de maison. J'ai trouvé cela plus chaleureux. J'espère que cela ne vous dérange pas !
- Oh non c'est parfait, assurais-je tandis que Christina suivait des yeux ébahis la petite silhouette verte.

- C'est un elfe de maison, lui expliquais-je.
- C'est la première fois que vous en voyez ? demanda Ginny en nous guidant vers les marches qui descendait vers la cuisine.
- Oui, je n'en ai jamais vu Chemin de Traverse ou à Pré-au-Lard.
- Il est rare que les familles qui les possèdent le laissent se promener, expliquai-je.
- Qui les possèdent ? s'étonna Christina.

- La notion de Droits imprescriptibles à la liberté de toute créature pensante n'a pas complètement atteint le monde sorcier, lui expliqua notre hôtesse en nous invitant d'un geste à nous installer sur les chaises rembourrées qui entouraient une table couverte de mets appétissants.
- Selon les critères moldus, c'est une forme d'esclavagisme, exposa crûment Potter. Sauf que cela fait maintenant trois ans que les elfes qui le désirent ont droit de demander à être libérés et que bien peu l'ont fait. Enfin, en l'occurrence, Helpy et Spotty sont des employés rémunérés.
- Ils ont demandé à être libérés pour pouvoir se marier, nous confia Ginny. D'ailleurs, vous avez sans doute pu constater que Helpy attend un heureux événement, elle aussi."

Mais c'était quoi cette guimauve ! C'était bien la dernière fois que je me laissais entraîner dans un repaire de Gryffondors. Cela risquait de donner des idées bêtement sentimentales à Christina.

" Je suppose que l'émancipation des elfes serait plus facile si tous les sorciers étaient comme vous, commenta Christina.
- Oh, on n'a pas eu le choix, tempéra Potter. Ma meilleure amie...
- ...et belle-sœur, compléta sa femme, en faisant passer les plats.
- ...et belle-sœur, répéta docilement Potter, est à la tête de la Société d'Aide à la Libération des Elfes, dont je suis par ailleurs le premier souscripteur. Je dois cependant avouer que j'ai souscrit à cette association d'avantage pour avoir la paix que par humanité.
- Hermione est assez redoutable quand elle veut convaincre quelqu'un. Mais il faut lui reconnaître que ses causes sont toujours justes, commenta notre hôtesse.

- C'est fou, fit remarquer Christina, jusqu'à maintenant, j'imaginais les elfes grands et élancés, avec des oreilles en pointes...
- Comme dans le film que nous avons vu ? lui demandais-je.
- Oui, c'est ça.
- Je pense que vous voulez parler des Elfes des bois, dit Potter. Cela fait longtemps qu'ils ont disparus.
- Ou qu'il se sont rendu invisibles à nos yeux comme nous le sommes pour les Moldus, ajouta sa femme.

- Chérie, ça c'est une des théories farfelues de Luna.
- Certaines de ses théories tiennent la route, tu le sais très bien.
- J'attends toujours de voir une photo de Ronflak cornu.
- Ce n'est pas parce qu'on n'en a pas vu qu'ils n'existent pas !

- Ronflak cornu ? demanda Christina.
- Un animal mythique, à moins qu'il ne se soit rendu invisible à nos yeux comme nous le sommes à ceux des moldus, répondit Potter d'une voix inspirée.
- Ne sois pas sarcastique, mon amour. Après tout, tout le monde prétendait que les basilics n'existaient pas.
- Parce qu'ils existent vraiment ? demandai-je, incrédule.
- Il paraît !" répondit Potter d'un ton détaché qui m'alerta.

Il n'avait pas rencontré un basilic au détour d'un couloir à Poudlard, quand même ! Si ?

"Vous avez assisté à la remise de la Coupe du Ministère, à ce qu'on m'a dit ?" demanda notre hôtesse à Christina, changeant de sujet avec une vivacité qui renforça mes soupçons.
- Oh oui, vous y étiez ? répondit ma compagne avec enthousiasme.
- Non. J'ai pensé que ce n'était pas prudent dans mon état. Les échos que j'en ai eus m'ont bien suffi, répondit la future mère avec un regard accusateur en direction de son époux.
- Et encore, se défendit ce dernier, si j'en crois mon entraîneur, je n'en ai pas fait assez.
- Celui-là, il n'a pas intérêt à me rencontrer s'il veut conserver toutes ses dents, siffla la rousse avec véhémence.

- Si cela peut vous consoler, il est effondré suite à la perte de la Coupe, tentai-je de l'apaiser. Au fait, votre frère Ron doit être content du résultat cette année.
- Je pense. Il est revenu complètement aphone de la rencontre. Enfin, après que Maman lui ait fait ingurgiter une potion de Vocalise, il nous a tout raconté par le détail une bonne dizaine de fois. Même Ulysse qui a un an peut vous raconter le match par cœur.
- C'est l'un de vos neveux, je suppose, conjonctura Christina.
- Oui. Le fils de Percy et de Pénélope. C'était votre premier match de Quidditch, n'est-ce pas ?
- Oui, j'ai trouvé cela très impressionnant.
- Un premier match avec Potter, je ne risquais pas de rater mon effet, fis-je remarquer.
- C'est vrai qu'à Poudlard, déjà, Harry battait tous les records, ajouta son épouse à la grande gêne de mon partenaire.

- Mais bien sûr, vous vous connaissiez déjà à l'école ! réalisa ma compagne.
- En fait, on s'est rencontré à la gare King's Cross le jour de la première rentrée de Harry. Il avait onze ans et moi dix, nous apprit Ginny Weasley.
- Tu étais là, ce jour-là ?" s'est étonné Potter.
Décidément, ce garçon ne savait pas la fermer quand il le fallait !

"Et oui mon cœur, répondit sa femme, d'une voix douce qui ne trompa personne. Tu ne m'as pas remarqué, mais j'étais bien là !
- Te fâche pas ! Tout était nouveau pour moi. Je n'arrivais pas à trouver la voie 9 ¾, c'était mon premier jour d'école et je ne connaissait rien au monde sorcier. En plus, vous étiez assez nombreux.
- Nous n'étions que six ce jour-là, lui rétorqua la rousse. Papa, Bill et Charlie n'étaient pas là.

- La voie 9 ¾ ? demanda Christina.
- Oui, c'est le quai d'où part le train de l'école, expliqua Potter. Pour y accéder, il faut foncer dans la barrière qui sépare les voies 9 et 10. Mais je l'ignorais, alors j'ai dû demander aux premiers sorciers que j'ai rencontrés. Ils n'étaient pas difficiles à repérer avec leurs grosses malles et les cages des hiboux.
- Ça doit être quelque chose, effectivement, commenta Christina.
- Si vous voulez assister au spectacle, vous n'avez qu'à vous rendre à la gare le premier septembre entre 10 et 11 heures du matin, l'informa Potter en souriant.
- Mais fais attention de ne pas te faire remarquer, modérais-je. Il y a une dizaine d'Oubliators de faction qui lancent des sorts d'amnésie à tous ceux qui ont l'air d'être trop étonnés.

- Tu l'as échappé de peu cette fois-là, dit la rousse en taquinant son mari. Tu avais l'air complètement abasourdi en nous dévisageant. Imagine un peu si les Oubliators t'avaient repéré !
- Ils t'auraient peut-être reconnu, fis-je remarquer.
- Pas nécessairement, me répondit-elle. Personne ne connaissait sa tête à cette époque. Et il cachait sa cicatrice sous une frange. En fait, nous ne nous sommes aperçus de rien sur le coup. C'est les jumeaux qui l'ont aidé à monter sa malle dans le train et qui sont revenus en nous disant qu'ils venaient de rencontre Harry Potter.

- Oui, effectivement, se rappela mon partenaire. Comme nous étions en sueur, je m'étais épongé le front et ils m'ont demandé si c'était bien moi. A l'époque, il suffisait que je garde ma frange bien en place pour qu'on ne me reconnaisse pas ! conclut-il quelque peu nostalgique.
- Cette frange jusqu'aux sourcils n'était pas très seyante, répliqua sa femme. Tu es bien mieux comme ça, affirma-t-elle faisant allusion aux quelques mèches éparses qui lui ornaient maintenant le front.

- Mais vous avez bien fini par vous remarquer mutuellement, a repris Christina, qui décidément voulait son histoire à l'eau de rose.
- Il a été bien obligé soupira la Weasley. Comme il est devenu ami avec mon frère Ron, il a passé la moitié de ses vacances au Terrier toutes les années qui ont suivi. Du coup, il n'a mis que six ans à remarquer que j'existais.
- Ce n'est pas de ma faute si tu devenais muette en ma présence ! protesta Potter.
- Vous, muette ? demandai-je, interloqué. J'ai du mal à l'imaginer.
- Que voulez-vous, j'étais encore jeune et impressionnable. Ces histoires de Survivant, tout ça, j'y croyais. Mais entrer dans l'intimité d'un grand homme vous retire toutes vos illusions, conclut-elle en soupirant exagérément.
- Et vivre avec Ginny vous retire toutes vos prétentions, compléta Potter, en souriant.
- Le coupe idéal, en somme, commentai-je, amusé par leur petit jeu.
- Oui, n'est ce pas ?", fit la volcanique jeune femme en couvant son mari d'un regard satisfait.

Je me demandais un moment ce qu'elle lui avait mis sous le nez pour qu'il la voie enfin. Vu sa difficulté à repérer les éléments féminins du paysage, elle avait dû sortir le grand jeu. C'était une chance pour elle d'avoir largement de quoi attirer l'attention de tout mâle ayant un minimum d'acuité visuelle.

C'était pas mal quand même la méthode Potter. Feindre l'indifférence pour que la femme soit prête à tout pour se faire remarquer. Sacré Potter ! C'était vraiment un Serpentard qui s'ignorait finalement.

La suite de la soirée passa agréablement. Nous revînmes au salon pour le café. Potter et moi avons commenté un nouveau texte de loi qui changeait la procédure à appliquer en cas d'arrestation pendant que Christina avait une discussion privée avec Ginny. Je préférai ne pas connaître le sujet de leur conversation.

Quand nous repartîmes, Ginny promit à ma compagne de la contacter et d'organiser "des virées entre filles".


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Au cours des jours suivants, je réfléchis beaucoup à ce que Potter m'avait révélé sur Black. Il y avait encore des points que je trouvais flous dans cette histoire et je décidai de faire moi-même ma petite enquête.

Je commençai par demander le dossier de Black au service de la Justice magique. Ce genre de requête était assez courante entre nos deux services pour qu'on me le confie sans justification particulière.

Ce dossier se composait de trois parties. Dans la première, on y trouvait une série de témoignages qui relatait comment Black avait été retrouvé dans une rue dévastée, sa baguette à la main. Un bordereau de transfert vers Azkaban y était joint. Enfin une note confidentielle indiquait que Black était soupçonné d'avoir indiqué à Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom le lieu où il pourrait trouver les Potter. Cette dernière information n'était pas connue du public. Moi-même, n'en avais eu vent qu'en surprenant une conversation qui ne m'était pas destinée entre deux de mes collègues, lors de ma première année en tant qu'Auror.

La seconde partie du dossier, bien plus volumineuse, était constituée d'une série de rapports indiquant les mesures prises pour mettre la main sur le criminel évadé. La plupart étaient de la main de Shacklebolt qui détaillait minutieusement toutes les pistes qu'il avait suivies pour arrêter Black. Si l'on considérait que tout était du flan, c'était une lecture assez savoureuse.

A l'en croire, il avait passé des heures en planque, interrogé des dizaines de personnes et suivi toute une série de pistes qu'il avait su rendre extrêmement crédibles. Manifestement, les années qu'il avait passées à démonter les faux alibis et les témoignages douteux lui avaient été très profitables.

Ces recherches étaient closes par une attestation d'Euclide Eurékâ, Chef du département des Mystères. Ce dernier dans une note concise indiquait qu'un certain Sirius Black avait trouvé la mort dans son département le 17 juin 1996. Albus Dumbledore et Kingsley Shacklebolt étaient indiqués comme témoins de ce décès.

Le troisième volet s'ouvrait d'un courrier signé par Harry James Potter, rédigé six mois auparavant. Il relatait comment Sirius Black avait réussi à le contacter le soir du 6 juin 1994 et l'avait convaincu de son innocence, tant pour la trahison de ses parents que pour la mort des Moldus. Il désignait Peter Pettigrow comme coupable et prouvait ses dires en démontrant que ce dernier était toujours vivant et qu'il avait vécu caché, toutes ses années, sous sa forme d'animagus non déclaré. Potter certifiait avoir vu Pettigrow quitter, sous ses yeux, l'apparence d'un rat pour reprendre son apparence humaine et avoir entendu, de la propre bouche de Pettigrow, confirmation de la version de Black. Ron Weasley, Hermione Granger et Severus Rogue étaient cités comme témoins.

Un certain Caïus Dalloz avait instruit cette demande de réhabilitation. Il avait reçu les amis de Potter et avait pris en note leurs récits qui corroboraient parfaitement celui de mon partenaire. Celui de Rogue différait un peu. Il n'avait pas assisté à toute la scène d'explication et soulignait qu'il n'avait pas vu Pettigrow ce soir-là. Ainsi, il n'avait eu aucune raison de remettre en cause la version officielle à cette époque. Cependant, il admettait avoir été amené à fréquenter Black au cours des années 1995 et 1996 et "bien qu'il ait été jusqu'à son décès un individu parfaitement agressif et peu sociable", il avait réussi à convaincre le professeur de potions de son innocence et de la sincérité de son désir de venger ses amis et combattre le Seigneur des Ténèbres.

Enfin, venait le témoignage de Minerva McGonagall. Cette dernière avait été contactée car son nom figurait sur le bulletin de décès de Pettigrow Petter, établi à la morgue de Ste Mangouste, le 28 août 1998. C'est elle qui avait formellement reconnu le corps de son ancien élève, retrouvé sur le champ de bataille, caché sous la cagoule des Mangemorts.

Le dossier Black Sirius se terminait par un jugement du Magenmagot qui reconnaissait l'innocence de l'incriminé pour toutes les accusations qui avaient été énoncées contre lui. Il était cependant noté que la personne concernée étant décédée, et toute poursuite contre elle ayant été éteinte au jour de son décès, le présent jugement n'aurait donc aucune incidence ni judiciaire, ni administrative.

J'étais songeur quand je refermai ce dossier. L'excès de médiatisation de l'évasion de Black contrastait étrangement avec la confidentialité de sa réhabilitation. Etait-ce parce qu'il était déjà mort ? A moins que ce soit la conséquence du silence observé par la presse au sujet du Survivant ?

J'aurai bien interrogé Shacklebolt sur le sujet, mais je n'en n'eus pas le temps avant qu'il ne parte en vacances. Quand il revint, ce fut mon tour de partir, et je remis cette petite conversation à la rentrée.

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Après maintes négociations, Christina et moi avions opté pour l’Italie. Cela m'offrait le soleil que je désirais et les expéditions touristiques sans lesquelles Christina n'envisageait pas de dépenser son temps libre. Au cours de ces deux semaines, nous passâmes régulièrement du monde sorcier au monde moldu. Tout ce temps passé ensemble nous rapprocha encore davantage, me confirmant que je ne m'étais pas fourvoyé dans mon choix.

J'avais fait en sorte d'être rentré pour le 28 août en Angleterre. Même si cela faisait déjà cinq ans, je n'envisageai pas de manquer à partager ce triste anniversaire avec mes collègues.

Le 27 aout, Christina m'interrogea sur les raisons de mon humeur morose. Au début je me bornai à signaler que nous étions la veille de la commémoration de la Bataille qui avait mis fin à la guerre. Mais elle sentit que ce n'était pas aussi simple et me pressa d'en dire davantage. Je fus étonné de pouvoir tout lui dire.


C'est ainsi que je lui racontai l'horreur des familles dévastées par les partisans du Seigneur des Ténèbres; l'effroi engendré par ces immondes Marques flottant au-dessus de maisons en cendres; le fatalisme avec lequel nous découvrions le nom d'un camarade tué lors d'une mission sur le tableau d'affichage de la Ruche et la terreur que nous éprouvions lors de nos propres interventions.

Je lui narrai aussi la Bataille. Ce mélange de peur et d'excitation quand nous sommes arrivés à l'endroit où le Survivant et son ennemi devaient s'affronter; notre détermination en découvrant le nombre de Mangemorts que nous aurions à combattre, la volonté mêlée de désespoir qui nous avait fait tenir quand il était apparu que nos opposants étaient en train de nous écraser ; mon horreur et ma culpabilité en découvrant le cadavre de Cyril et le désir de le venger ; la surprise quand les Mangemorts avaient commencé à fuir ; le plaisir que j'avais pris à tuer ou blesser grièvement ceux dont j'avais pu interrompre l'évasion.

Ce vide émotionnel qui avait suivi ensuite, qui m'avait permis de ne pas céder à l'abattement quand j'avais appris qu'un Auror sur trois n'en était pas revenu. Et par-dessus tout, la honte d'être encore en vie alors que des meilleurs que moi y étaient restés.

Je n'avais jamais raconté cela à qui que ce soit. Les personnes avec lesquelles je passe le plus de temps étaient mes collègues et ils ont bien assez de leurs fantômes pour que je ne leur ajoute pas les miens. Mes relations avec les membres de ma famille sont trop relâchées, et puis, je ne pense pas que j'aurais été capable de raconter tout cela à des personnes ayant vécu ces temps troublés.

Christina ne pouvait pas réellement imaginer ce que ma communauté avait vécu. Cela me permit d'en raconter l'horreur, sachant que cela resterait abstrait pour elle, et que je ne la blesserais pas en lui exposant mes déchirures. Elle pleurait cependant qu'en j'en eu fini et cela me soulagea que quelqu'un pleure enfin mes morts, car moi j'en étais incapable.

Elle me proposa de m'accompagner au cimetière, mais je refusai, considérant que ce n'était pas sa place. J'avais besoin qu'elle reste loin de tout cela, de pouvoir fermer la porte sur mes démons quand je venais chez elle. Elle le comprit et nous avons convenu de nous retrouver ensuite vers dix-huit heures, dans sa maison.

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Comme à l'accoutumée, je commençai mon périple par la tombe de Cyril. Sa veuve y était et je trouvais que son fils avait bien grandi. Ils n'étaient pas seuls. Un homme les accompagnait. Timidement, la jeune femme me le présenta comme son fiancé. Je les félicitai et affirmai que Cyril aurait été heureux de la voir refaire sa vie. Je le pensais vraiment. Nous nous rendîmes ensuite sur le monument aux morts des Aurors.

Peu à peu, mes collègues arrivèrent. Tous ceux qui faisaient partie de notre corps à cette époque étaient là. Nous discutâmes un peu, nous remémorant les bons moments que nous avions passé avec les disparus.

Ensuite, selon mon habitude, je partis déambuler dans le cimetière. L'herbe et les arbres, les stèles dressées constituent un paysage apaisant et la marche me fait toujours du bien. Au détour d'une allée, je tombai sur Potter et sa tribu. Je m'arrêtai pour lui serrer la main, et il en profita pour me présenter ceux que je ne connaissais pas encore.

Je fis ainsi la connaissance de Bill, le mari de la Vélane, laquelle attendait un heureux événement. Je serrai la main du Ministre Percy et de sa femme. Je me rendis compte avec surprise que, malgré leur nombre, j'avais déjà rencontrés tous les autres : les jumeaux, exceptionnellement réservés, le copain Ron et son épouse Hermione, Ginny, enceinte jusqu'au dents, et la mère de tout ce petit monde, Molly.

Cette dernière m'invita à me joindre à eux :
"Nous n'avons plus qu'une visite à faire. Ensuite, nous allons nous retrouver au Siège pour boire un bon chocolat. Venez donc avec nous, cela vous fera du bien.
- Je ne veux pas m'imposer…
- Stratford, coupa Potter, il n'y a pas plus grand crime que de contredire Molly. Je t'assure que personne, tant soit peu doué de raison, ne s'y risque.
-Non, mais écoutez-le. Mon gendre, je vous trouve bien insolent depuis que vous faites officiellement partie de la famille, s'insurgea la belle-mère de Potter. Cela dit, il a raison, vous ne pouvez pas refuser, conclut-elle d'un ton définitif.
-Y'a vraiment des jours ou l'on se demande qui est le Ministre ici", commenta l'un des jumeaux, s'attirant le regard exaspéré de Percy Weasley et les ricanements du reste de la famille.

On rappela deux enfants qui couraient aux alentours, le Ministre raffermit sa prise sur le gamin qu'il portait dans ses bras et nous continuâmes notre chemin.

Quand la petite troupe fit halte, je constatai que ce n'était pas une tombe Weasley mais le tombeau des Potter. Tous les adultes présents baissèrent la tête pour rendre hommages aux morts. Discrètement, je m'éloignai de quelques mètres pour leur laisser un peu d'intimité. Peu à peu les membres de la famille me rejoignirent pour attendre Potter qui n'avait pas terminé. Son épouse était restée près de lui. Il avait sa main posée sur le ventre gravide de sa femme, donnant l'impression de présenter son futur enfant à ses parents.

Finalement il releva la tête et nous repartîmes vers une des cheminées d'accès. En repassant auprès de la tombe, je vis une inscription qui semblait récente, inscrite sous les noms de James et Lily Potter :

A Sirius
Ami fidèle
Parrain affectionné
Injustement condamné
Où que tu soies
Repose en paix
Adieu

Je comprenais mieux la dévotion de toute la famille Weasley. Ils n'avaient pas connu les parents de Potter, mais ils avaient dû fréquenter Black, du temps où il était fugitif.

Je retrouvai avec plaisir l'ambiance familiale de la cuisine du Siège. Le duo infernal était déchaîné, bien déterminé à dissiper l'atmosphère attristée qui régnait à notre arrivée. J'avoue qu'ils réussirent à me faire rire avec leurs facéties et la description des produits qu'ils avaient actuellement à l'étude. Ils avaient le don de raconter de manière très cocasse les mésaventures arrivées à eux-mêmes et à leurs testeurs lors de la mise au point de leurs inventions. Bill, Ron et Ginny Weasley n'étaient pas en reste. Ils commentèrent les tribulations de leurs frères avec humour et même le froid Percy se dégela un peu.

Potter resta tout le reste de l'après-midi accroché à la main de sa femme comme à une bouée, mais il me sembla moins dévasté que l'année précédente. Quant à moi, je me sentais presque dans mon état normal quand je rejoignis Christina.

Se rappelant sans doute de l'année précédente, quand j'étais arrivé chez elle complètement bouleversé, elle me parla de sa journée, au lieu de m'interroger sur la mienne, et ses anecdotes triviales m'aidèrent à me raccrocher au présent. Je lui contai à mon tour les expériences surréalistes des jumeaux, et son rire acheva de desserrer l'étau qui m'oppressait.


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La rentrée by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


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XXVI : La rentrée


Le premier lundi de septembre, nous eûmes une nouvelle fournée de bleus et, à ma grande satisfaction, mon association avec Potter fut prorogée pour une année supplémentaire.

Une semaine plus tard, Shacklebolt annonça à la cantonade :

"Quelqu'un du Département des Mystères doit venir vous parler à 10 heures ce matin. Je voudrais que vous soyez tous présents.
- Une langue-de-plomb qui parle, c'est nouveau, ça", fit remarquer Taylor.

Je ne répondis que par un grognement, car j'étais plongé dans l'étude d'un témoignage dans lequel un détail ne collait pas.

A dix heures, la porte de la Ruche s'ouvrit, et Hermione Granger-Weasley entra, me donnant l'explication de la soudaine volubilité des Langues-de-plomb. Shacklebolt alla à sa rencontre et l'escorta vers le centre de la pièce. Peu à peu, tous les Aurors abandonnèrent leurs tâches et firent cercle autour d'eux.

"Vous vous rappelez sans doute de la discussion que nous avons eue à propos de nos moyens de communication suite à l'incident des Détraqueurs à Pré-au-Lard, commença le commandant. J'ai soumis le problème à nos collègues des Mystères et Ms Granger nous a concocté un système très ingénieux.

"Elle ne s'appelle plus Weasley ? soufflai-je à Potter.
- Cela devient un nom difficile à porter, m'expliqua-t-il..
- Vous allez bientôt être à court de noms discrets dans votre famille", lui fis-je remarquer.

Il ne me répondit pas car la brunette avait pris la parole :
"J'ai utilisé vos badges d'Auror sur lesquels j'ai jeté un sortilège protéïforme. Le principe est le suivant : un badge "maître" sera laissé ici. En cas d'urgence, votre commandant ou l'Auror de garde pourra choisir une couleur et inscrire un message d'une vingtaine de caractères sur ce dernier. Les badges "subordonnés" deviendront chauds pour vous alerter. Ils émettront aussi une lueur de la couleur choisie, qui indiquera ainsi un niveau d'urgence, et reproduira le message. Ce dernier vous indiquera qui est convoqué et dans quel lieu."

Elle dénoua les lacets d'une bourse et en versa le contenu sur le bureau qui était à ses côtés. Une cinquantaine de badge d'Auror se répandit. Elle en prit un qui était un peu différent des autres et apposa sa baguette magique dessus. Tous les autres se mirent à luire d'une diffuse lueur bleue.

Un profond silence accueillit cette démonstration. La jeune femme lança un regard anxieux à Shacklebolt qui lui renvoya un sourire rassurant. Ce fut Mourad qui résuma ce que nous pensions tous :
"Bon sang, si nous avions eu ça pendant la guerre…"

Avec un petit sourire nerveux, la jeune femme reprit :
"J'avais pensé dans un premier temps mettre une alarme sonore, mais je me suis dit que cela pourrait vous gêner quand vous êtes en planque ou que vous travaillez sous couverture. Par contre, je travaille sur un prototype qui vous permettrait de communiquer oralement.
- Comme un téléphone ? demandai-je.
- Plutôt comme un talkie-walkie, mais c'est en gros le même principe.
- Mais cela ne marchera pas dans les lieux sorciers, objectai-je.
- Si, car j'ai l'intention d'utiliser les ondes magiques, comme la RITM (1). Ce sont les lieux où il y a trop d'ondes moldues qui poseront problème. Mais les messages écrits pourront être utilisés n'importe où.
- Par Merlin, s'exclama Taylor, mais pourquoi personne n'y a pensé avant ?
- Sans doute parce que cela ressemble trop aux techniques moldues", répondit la brunette en haussant les épaules.

Un ange confus passa parmi nous. Dans la brigade, le principe d'ouverture vers les Moldus était loin de faire l'unanimité. Peut-être parce que les débordements que cela entraînait nous donnait un surcroît de travail. Et puis il faut bien dire que le corps des Auror n'est pas des plus progressiste.

La jeune femme éteignit les badges. Des commentaires commencèrent à fuser, alors que nous commencions à réaliser le progrès que constituait le nouvel outil qui nous était proposé et que des applications pratiques possibles nous apparaissaient.

"Des questions ? reprit Granger qui semblait plus détendue.
- Pourra-t-on recevoir les messages sur nos badges de n'importe où ?
- Pas des Etats-unis quand même. Il faut un réseau magique pour que le signal vous parvienne et il n'y en a pas en plein océan. Mais de la côte sud de l'Angleterre au nord de l'Irlande, il y a plein de maisons sorcières sur le parcours.

- Est-ce que d'autres personnes que nous pourraient recevoir ces messages ?
- J'ai pensé à ce problème. Je pense effectivement que l'on peut rendre compatible avec mon système n'importe quel support. C'est pourquoi, je préconise de changer l'empreinte magique utilisée de façon régulière pour limiter les risques. J'ai déjà montré à votre commandant comment procéder. Il faudra que vous lui remettiez votre badge régulièrement.

- C'est quoi votre adresse hibou ? demanda Greg Reeves, un de nos nouveaux collègues qui avait une solide réputation de Don Juan.
- Si vous avez un message urgent à me faire parvenir, vous pouvez le confier à mon mari, un grand roux qui travaille au Département des Sports et Jeux magiques", répliqua tranquillement la brillante inventrice, déclenchant des petits rires moqueurs et même un ou deux sifflets à l'intention du Casanova.

Un peu plus loin j'entendis Malefoy grommeler :
"Ça y est, Granger attrape la grosse tête !
- T'as un problème Malefoy ? gronda agressivement Potter.
- Laisse tomber", lui intimai-je fermement.

Morrito dut en faire de même avec son équipier car ce dernier tourna la tête en grimaçant après que mon ancien partenaire lui eut parlé énergiquement à l'oreille.

"J'ai déjà élaboré toute une série de messages, plus ou moins codés, pour contourner la limite des vingt caractères, indiqua Shacklebolt. Ils vont être affichés sur notre tableau. Vous devrez en connaître par cœur la signification. Vous avez le droit de me soumettre vos idées, si vous pensez que d'autres messages pourraient être utiles. J'ai également attribué des niveaux d'urgence aux quatre couleurs possibles. Dès maintenant, vous allez tous échanger votre badge actuel contre ceux-ci. Stratford, tu peux te charger de la distribution ? Mais avant toute chose, je pense que nous pouvons remercier Ms Granger pour sa brillante contribution.

- Ouaiiis ! Bravo Hermione, t'es la meilleure !", se mit à brailler Thomas, bientôt suivi de Abbot, Bones et Potter.

Tout le monde se mit à applaudir en souriant. La jeune femme devint écarlate mais fut sauvée de son embarras par Abbot et Bones qui vinrent l'embrasser et la féliciter. Potter et Thomas les rejoignirent et ils discutèrent un peu avant qu'elle ne se sauve, non sans m'avoir salué de la main.

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Cette histoire de badge mit tout le monde de bonne humeur. Nous apprîmes tous avec enthousiasme la grille de code. Au cours des semaines qui suivirent, il y eu de nombreux exercices qui nous permirent de tester et d'affiner l'utilisation de notre nouvel outil. Le plus spectaculaire eut lieu deux semaines après leur livraison.

Potter et moi étions Chemin de Traverse en train de remonter vers la Halle aux Poudres, quand la chaleur à laquelle nous commencions à être accoutumés émana de nos insignes. Ils luisaient de la couleur rouge qui indiquait l'alerte maximale. Le message TOUS-PAL-3 BALAIS s'y était inscrit.

Les coudes au corps, nous nous sommes rués dans la Halle, avons dépassé toutes les queues qui patientaient devant les cheminées en brandissant nos badges, pris d'assaut un foyer, utilisé la poudre que nous devions toujours avoir sur nous en cas d'urgence et hurlé "Pré-au-Lard, Trois balais" dans le conduit.

Il y eut un peu de bousculade à l'arrivée, car la totalité de nos collègues étaient en train d'arriver en même temps par la même voie, mais savoir dégager rapidement une cheminée, faisait partie des exercices de base. Shacklebolt était sur place et nous faisait signe de retrouver les autres devant le pub.

Nous avons rejoint ceux qui étaient arrivés avant nous. Tout le monde essayait d'évaluer combien d'entre nous étaient déjà là. Finalement, Shacklebolt sortit à son tour, avec un grand sourire.

"Pas mal du tout ! Cinquante-six arrivées en six minutes. Une petite confusion, mais qui a été bien gérée quand cinq d'entre vous sont arrivés en même temps. Bravo et merci à tous !"

Nous étions en train de commenter cette performance quand nous avons de nouveau senti nos insignes se rappeler à notre bon souvenir. La lueur était blanche (urgence basse) et le message personnel : "SHK-QG-VISITE."
"Bon, je vous laisse, il semble qu'on m'attende à la Ruche, conclut notre commandant.
- Pas très discret pour une visite galante", fit remarquer Reeves, notre nouveau boute-en-train, déclenchant les rires et quelques regards vers Tonks qui ne s'offusqua pas pour si peu.

Shacklebolt repartit rapidement, et nous retournâmes à nos occupations.

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Le lendemain matin, Shacklebolt nous demanda toute notre attention. A sa face réjouie, nous devinâmes que les nouvelles étaient bonnes :

"Il semble que Reeves soit fort en divination, nous dit-il en préambule, car effectivement, la visite que j'ai eue hier m'a procuré grand plaisir et amené de moult satisfaction."

Il était rare que le Commandant plaisante ainsi et j'attendis avec impatience qu'il nous livre ce qui le mettait d'humeur si badine.

"La leçon de ce jour c'est qu'il faut toujours garder espoir et que même les rêves les plus fous et en quatre exemplaires finissent un jour par se réaliser."

L'allusion aux quatre exemplaires me rappela quelque chose et je me dis que si c'était bien ce que je croyais, notre rapidité d'action allait encore s'améliorer.

"Eh oui, après des années de stérile combat et de demandes sans suites, on m'a enfin accordé ce que mes prédécesseurs et moi avons demandé, année après année, aux autorités, sans parvenir, hélas au moindre résultat."

Shacklebolt fit une pause dramatique, puis désigna du doigt la cheminée imposante qui se trouvait au fond de la Ruche.

"Mesdames et Messieurs les Aurors, cette cheminée a hier été remise en service et peut désormais nous permettre de sortir du Ministère, sans passer par l'Atrium."

Tout le monde se mit à parler en même temps. Cela faisait près de vingt-cinq ans que cette cheminée avait été isolée du réseau, comme toutes les autres cheminées du Ministère. En effet, au cours de la première guerre, des mesures de sécurités avaient été prises pour protéger ce lieu. L'une d'elle avait fait de l'Atrium le seul point d'entrée et de sortie du bâtiment. La seule exception était le cachot protégé du dixième sous-sol où nous amenaient les portoloin qui nous servaient à procéder aux arrestations.

Le commandant reprit la parole :
"Notre cheminée ne permettra pas l'entrée, mais seulement la sortie. On m'a bien fait comprendre que cela restait une mesure exceptionnelle et je compte sur vous pour démontrer à quel point nous pouvons devenir plus efficace grâce à ce nouveau dispositif. Des questions ? Non ? Allez, tout le monde au boulot !"

Nous nous sommes éparpillés à travers la ruche, toujours en commentant cette grande nouvelle.

"Eh bien, quand on pense qu'il a fallu cette attaque de Détraqueurs pour faire évoluer les choses !" fis-je remarquer.

Le sourire entendu de Potter m'ouvrit des perspectives.

"Tu y es pour quelque chose ? demandai-je en baissant la voix.
- Je ne l'ai pas vraiment fait exprès mais je me demande à quel point ma réflexion de l'autre dimanche, en famille, sur l'efficacité des badges n'a pas fait son chemin. Je soulignais combien il était paradoxal que, lors de nos exercices, ceux qui étaient de garde à la Ruche arrivaient bien après ceux qui étaient chez eux ou dans un pub au moment où les insignes battaient le rappel général."

Il est vrai que Percy Weasley devait faire ses preuves sur le thème de la sécurité. Le principal reproche qui était fait à la politique progressiste qu'il préconisait était effectivement de faire passer le bien-être des autres créatures avant la protection des sorciers.

Rendre les Aurors plus efficaces en leur donnant des outils propres à améliorer leur réactivité, plutôt qu'en votant des lois leur donnant des pouvoirs de répression accrus, était une politique originale, pragmatique, qui faisait remonter le nouveau Ministre dans mon estime. Sans doute le Commandant allait-il momentanément orienter nos activités vers des opérations bien médiatiques pour justifier notre nouveau privilège, mais cela en valait la peine.

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Le premier jour d'octobre, Shacklebolt me fit signe de son bureau à mon arrivée. Il m'accueillit avec un grand sourire :
"Potter ne viendra pas travailler ce matin, m'apprit-il. En fait, il a demandé trois semaines de vacances.
- Il ne s'embête pas !
- La naissance d'un premier-né n'arrive qu'une fois dans une vie.
- Ah oui, ça y est ?
- Il semble que ce soit en cours. J'ai reçu un hibou à sept heures ce matin.
- Bon, longue vie à l'héritière des Potter. Tu me donnes un autre partenaire ou je me débrouille tout seul ?
- Je voudrais mettre Morrito avec Callisto et Rasting car ils sont sur une affaire délicate. Tu vas prendre Malefoy.
- Malefoy ! Je croyais que tu ne mettais jamais deux personnes de la même maison en équipe !
- C'est temporaire Et puis personne d'autre n'en voudrait.
- Moi non plus, j'en veux pas !
- Tu penses que tu n'es pas capable de le mater ?
- Bien sûr que si !
- Alors, où est le problème ?"

Bingo mon commandant ! Je venais de me faire avoir en beauté. Maintenant, je ne pouvais plus invoquer le caractère insupportable de Malefoy sans avoir l'air d'admettre que je craignais me laisser déborder. Les Serpento-Serdaigles sont des manipulateurs de première.

"Je peux compter sur ton soutien quelle que soit la mesure disciplinaire que j'adopterai ? demandai-je maussade.
- Oui, mais vas-y mollo quand même. Il fait du très bon boulot quand il oriente sa hargne dans la bonne direction.
- Il n'a pas intérêt à me prendre pour cible.
- Je ne m'inquiète pas pour toi, répondit tranquillement Shacklebolt
- Je préférerais des journées de congé supplémentaires, plutôt que de basses flatteries.
- Si tu tiens trois semaines, il est possible que j'arrive à en caser quelques-unes dans ton emploi du temps."

C'était toujours ça de gagné.

J'allais trouver notre emmerdeur en chef.
"Malefoy, tu es mon partenaire pour quelque temps.
- Mais qu'ai-je fait pour mériter un tel honneur ?" demanda-t-il gouailleur.

Ces trois semaines allaient être longues !

Il vint me rejoindre à mon bureau et je le mis au courant des affaires courantes. Le plus simple pour moi était de lui faire terminer les enquêtes commencées par Potter. Je lui remis donc les dossiers en cours de mon partenaire. Il ne manqua pas cette occasion de casser du sucre sur le dos de mon coéquipier.

"Mais c'est quoi ce travail, grommelait-il. C'est ni fait, ni à faire. Et ça fait trois semaines qu'il est dessus ? Eh bien, il se la coule douce, celui-là. Et puis il écrit vraiment comme un cochon ! C'est illisible et bourré de fautes."

Ces remarques dépréciatrices constituaient implicitement des critiques à mon encontre puisque Potter était sous ma responsabilité et que je contrôlais régulièrement ses dossiers. Je décidai de laisser passer, attendant qu'il se découvre un peu plus pour marquer un grand coup.

Enhardi par mon apparente placidité, il se permit de laisser entendre que les missions sur le terrain de mon partenaire ne lui paraissaient pas très efficaces. Comme ces actions étaient toujours pratiquées de concert avec moi, il fallait vraiment être stupide pour ne pas comprendre que c'était mes propres méthodes que ce sale gamin osait dénigrer. Mais là encore, je laissai filer pour mieux le ferrer par la suite.

Finalement, le second jour de notre association, alors que nous remontions de l'Atrium vers la Ruche après une petite virée, il me sortit :
"L'avantage d'être avec une vedette, c'est qu'on ne vous donne pas de travail trop difficile."

A peine avait-il terminé sa phrase, qu'il se retrouva plaqué contre le mur le plus proche, mon pouce gauche comprimant sa trachée et la pointe de ma baguette flirtant avec son estomac. D'une voix douce et calme, je lui susurrai à l'oreille :
"Toi, tu me manques de respect encore une seule fois et je fais de ta vie un enfer, tu as compris ?"

Il tenta dans un premier temps de se dégager, mais ne put échapper à mon emprise. Je sentis la peur le gagner, d'autant que j'avais réussi à nous dissimuler des regards dans un des renfoncements du couloir que nous étions en train de longer, mais il tenta de crâner :
"Lâche-moi !
- Ce n'est pas la réponse que j'attends, répliquai-je patiemment.
- Tu ne peux rien me faire.
- Réfléchis deux secondes, petit merdeux."

Il lui en fallut cinq pour se rappeler que j'étais chef de brigade et commandant intérimaire :
"J'ai compris.
- Je crois que tu oublies quelque chose. Quelque chose qui a à voir avec le respect.
- J'ai compris, Chef !
- C'est bien. Cela me fait plaisir de constater que le niveau n'a pas trop baissé à Serpentard. Oh, à propos ! Ton petit jeu avec Potter, il ne m'intéresse pas et je ne veux pas m'en mêler. Mais si jamais cela interfère un jour sur une mission, je te jure que tu te prends la honte de ta vie devant ton Gryffondor préféré. Pigé ?
- Pigé… Chef !"

Je le relâchai et me reculai un peu. Je sais qu'à ce stade là, certains prétendent qu'il ne faut pas hésiter à tourner le dos à notre adversaire, pour bien lui montrer qu'on ne le craint pas. Pour moi, je laissai cette tactique aux Gryffondors qui ne perdent pas une occasion de prendre un risque, aux Poufsouffles qui n'envisagent pas la trahison ou aux Serdaigles qui se croient toujours plus intelligents que les autres. En ce qui me concerne, je n'hésiterais pas à attaquer mes concurrents par derrière si j'étais persuadé que cela me donnerait la victoire.

J'attendis donc qu'il passe devant moi et qu'il se mette lui-même en position de vulnérabilité. A la grimace qu'il fit en passant à mon niveau, il n'appréciait pas la situation. Bien fait pour ce petit connard !

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La suite de notre association ne se passa pas trop mal. Il me faisait la gueule, bien sûr, mais avait manifestement compris que, pour sa carrière, il avait intérêt à me montrer qu'il n'était pas un manche, professionnellement parlant. En fait, j'avais l'impression de me retrouver avec Potter à nos débuts : pas de conversation personnelle ni de complicité, mais d'indéniables aptitudes.

Car Morrito avait raison : Malefoy se démerdait bien. En fait, je compris rapidement que le meilleur moyen de travailler avec lui était de lui donner des instructions et de le laisser s'en débrouiller tout seul. Cela ne m'étonnait pas qu'il s'entende avec Morrito, finalement. Mon ancien coéquipier s'investissait assez peu dans ses relations avec ses collègues. Il semblait avoir une famille et des amis qui lui prenaient tout son temps libre.

C'était le contraire de moi. J'avais peu d'amis et mes principales fréquentations étaient des Aurors. Je voyais aussi les connaissances de mes compagnes, mais ce genre de relation n'avait jamais survécu aux ruptures qui s'ensuivaient. Maintenant que j'étais embarqué dans une relation au long cours avec Christina, j'espérais que je m'entendrai bien avec ses amis.

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Potter revint au bout de trois semaines, l'air heureux mais fatigué.

"Alors Potter ! T'as passé de bonnes vacances ? Content de te revoir, on a des tonnes de boulot !" dis-je en guise de salut.

Il me lança un regard meurtrier. B'en quoi, il l'avait voulu son gosse, non ? Ses copains le saluèrent chaleureusement sous le regard dégoûté de Malefoy. Mon partenaire vint s'affaler sur mon bureau :

"Quoi de neuf ? demanda-t-il.
- T'as pas l'air en forme, lui fis-je remarquer.
- Ton tour viendra, me répondit-il tranquillement.
- Qu'est ce que t'en sais ?
- Ginny m'a dit que quand elle et Christina se sont vues, début août, ta copine lui a posé des questions très précises sur la façon dont on élève les petits sorciers.
- J'ai eu Malefoy comme partenaire pendant ton absence, dis-je autant pour effacer son petit sourire supérieur que pour changer de sujet. C'est vrai qu'il est plutôt bon."

Cela marcha à merveille. Il se renfrogna immédiatement.

"Tu veux rester avec lui ? me demanda-t-il froidement.
- Shacklebolt n'a pas voulu", répliquai-je, pour le faire enrager.
Il me regarda un moment tentant de déterminer si c'était du lard ou du cochon. Je ne lui laissai pas le temps de se faire une opinion :
"Dis Potter, c'est quoi cette tâche blanchâtre sur ton épaule ?
- Oh, ça ! répondit-il comme si c'était parfaitement naturel. Ça doit être Lily. Elle rejette toujours un peu en faisant son rot."

Beurk !

Il nettoya sa robe d'un coup de baguette avec une aisance dénotant d'une longue pratique et demanda :
"Bon, on commence par quoi aujourd'hui ?"

On commença par une grande série de récriminations quand il réalisa que Malefoy avait vu ses dossiers et y avaient rajouté ses propres notes :
"Je ne peux pas croire que tu aies pu donner MES dossiers à ce débile. Non mais regarde, il s'est permis de mettre des réflexions dans les marges ! Mais pour qui il se prend ce platiné. Et arrête de ricaner !
- Ecoute, Potter, on n'allait pas laisser tes enquêtes en plan, sous prétexte que tu as décidé de te reposer pendant trois semaines, sans préavis en plus. Personne n'est irremplaçable, tu sais.
- Il n'y a pas que Malefoy, bordel !
- Arrête de faire l'enfant. Et puis, il n'a pas complètement tort, c'est vrai qu'il manquait un "s" ici. C'est un pluriel, tu vois.
- Mais je rêve ! "Déduction stupide, Potter apprend à réfléchir !". Là aussi il a raison, peut-être ?
- Bon, d'accord, il exagère, mais ce n'est pas facile de reprendre le travail commencé par un autre…
- Parce que tu le défends en plus ! Et puis s'il est si bon que ça, qu'il les termine, ces dossiers ! T'a qu'à les lui redonner, tiens.
- Allons, ne te fâche pas ! Je te taquinais c'est tout.
- Ton humour est très drôle, grinça-t-il. Je ne doute pas qu'il ferait beaucoup rire Malefoy. Cela ne m'étonne pas que vous vous soyez bien entendu.
- Je n'ai jamais dit que nous nous étions bien entendus.
- T'as dit que tu voulais rester avec lui.
- Je n'ai jamais dis cela, non plus. J'ai dit qu'il travaillait bien. Désolé, je sais que cela ne te plaît pas, mais c'est la vérité. Je ne savais pas qu'il avait mis ce genre de remarques dans tes notes. Il ne m'avait montré que les rapports qu'il avait rédigés. Bon, je t'accorde que ce qu'il a fait est excessivement incorrect. Et je préfère infiniment bosser avec toi qu'avec lui. Voilà, t'es content ?"

Il me contempla d'un air incertain.

"Tu devrais me plaindre, renchéris-je. Après tout, c'est ta faute si j'ai dû me coltiner l'autre pendant trois semaines. On n'a pas idée de prendre autant de vacances ! Allez, tu te calmes, on va prendre un café, hein ? Comment vont Ginny et ton bébé ?"

C'était la bonne question à poser. En gros, il avait la femme la plus formidable de la terre et le bébé le plus merveilleux, le plus beau et le plus intelligent de toute la création. J'ai assez vite décroché, mais il me semble avoir compris qu'il était un père comblé et que "Lily" avait pris une grande place dans sa vie.

Une fois calmé par l'évocation de son bonheur domestique, je l'amenai en douceur vers notre rude quotidien et le remis dans le bain. Nous retrouvâmes ensuite peu à peu notre rythme de travail habituel. Par contre, au fur et à mesure qu'il reprenait connaissance de ses dossiers, je l'entendais glapir de colère à chaque découverte d'une nouvelle annotation.

Sur le coup, les corrections en marge m'avaient fait sourire, mais maintenant, je trouvais le procédé saumâtre. Parce que j'étais désormais bon pour supporter l'agacement de Potter tant que ces foutus dossiers ne seraient pas refermés. Je m'en voulais d'autant plus que j'aurais dû deviner que le blond allait se venger d'une façon ou d'une autre de l'humiliation que je lui avais infligée. Vu que j'avais prétendu ne pas me préoccuper de son petit jeu avec Potter, il n'était pas étonnant que ce soit ce dernier qui ait trinqué.

Je ne regrettais cependant pas cette prise de position. J'étais persuadé que si je prenais publiquement fait et cause pour mon partenaire, Malefoy croirait que je ne le considérais pas capable de régler ses comptes tout seul, et qu'ainsi, en voulant aider Potter, j'affaiblirais sa position. C'est pour cette raison que, lorsque je m'interposais pour empêcher leurs discussions d'aller trop loin, je veillais toujours à intervenir quand le score entre eux était à égalité, histoire de ne pas sembler favoriser l'un plus que l'autre.

Tout ça pour dire, que même si la colère de Potter ne faisait pas mon affaire, je ne me voyais pas engueuler Malefoy pour son indélicatesse. Je réfléchis au moyen de calmer le jeu.

"Dis Potter, l'interrompis-je au beau milieu d'une diatribe enflammée, l'encre, ça s'efface, tu sais.
- Pardon ?
- Ce soir, après le boulot, on va reprendre tous tes dossiers, et on va effacer les ajouts de l'autre idiot. A nous deux, cela ne devrait pas prendre trop de temps.
- Je croyais que cela t'amusait.
- Cela ne m'amuse plus. Sois un peu Serpentard, bon sang ! Si tu veux te venger, la meilleure façon c'est de ne pas réagir à sa provocation. T'as de la chance, il était déjà parti ce matin quand tu as découvert l'étendue des dégâts. Ça l'aurait bien amusé de t'entendre râler."

En fait, l'absence de Malefoy à ce moment n'était pas due au hasard. Même sans avoir eu connaissance de ses annotations abusives, j'avais bien pensé que Potter ne serait pas ravi à l'idée que son ennemi ait eu accès à ses dossiers. J'avais donc demandé à Morrito de partir au plus tôt avec son poulain, ce matin-là. Comme quoi prévoir le pire permet parfois d'y échapper.

Je décidai de donner quelques leçons de stratégie à Potter :

"S'il revient cet après-midi, fais comme si de rien n'était. Remercie-le, même, d'avoir continué tes enquêtes, s'il se permet une réflexion à ce sujet. Ça devrait l'énerver."

Potter réfléchit un moment :
"Ouais, t'as raison. Merci.
- De rien. Désolé d'avoir rigolé ce matin.
- Mhm. Je suppose que c'est drôle quand ça arrive aux autres.
- Ben oui. C'est le principe de la blague.
- Celle-là n'est pas de très bon goût.
- Non. Mais ne lui donne pas plus d'importance qu'elle n'en mérite."

- Il n'y a pas que ses remarques fumeuses, râla Potter. Il a tout déclassé, ce con !
- Fais voir !
- Je ne retrouve plus rien ! Il va me le payer, grogna-t-il.
- Tu te calmes. Tes dossiers ne sont pas déclassés, lui indiquai-je après un rapide examen, ils sont simplement rangés selon un autre système.
- T'appelles ça rangé ?
- Oui. C'est un classement thématique au lieu de chronologique. C'est le système de Morrito. Ça a ses avantages.
- Ah ouais !
- Oui, comme toute forme de classement.
- C'est parfait alors ! conclut-il ironiquement.

- Ecoute Potter, soupirai-je. Ce soir, quand on aura fini, je t'aiderai à remettre tes dossiers en ordre. Mais en attendant, t'essaies de bosser, ça marche ?
- Ouais ! acquiesça-t-il de mauvaise grâce.
- Et si Malefoy te provoque, je te veux tout sucre et tout miel, pigé ?
- Ouais, ouais.
- Bien."

Quand Malefoy revint, il ne manqua pas de venir traîner dans notre coin.
"Alors Potter, j'espère que tu as apprécié le mal que je me suis donné pour remettre de l'ordre dans tes affaires !
- Oui, la prochaine fois que j'aurai besoin de faire un peu de rangement, je pourrai faire appel à toi ? demanda suavement Potter qui avait mis à profit mes conseils.

Malefoy eut l'air un moment désarçonné, par le calme de son interlocuteur puis finit par répondre :
"Rêves pas. Tu ferais mieux de faire venir tes elfes ici. Ils feraient un meilleur boulot que toi et en plus ils chanteraient tes louanges, toute la journée. Le pied non ?
- Merci Malefoy, intervins-je fermement. Morrito t'attend."

Le blond eut une grimace méprisante et tourna les talons.
"Non, mais tu l'entends ! s'indigna Potter.
- On se calme, lui soufflai-je
- Connard de…
- On sait, on sait, lui dis-je. Bon, on en était où ?

Le soir venu, nous avons entrepris de reprendre la quinzaine de dossiers qui posaient problème. J'en profitai pour initier Potter aux différents systèmes de classement. Au début, il ne voulut rien entendre mais je finis pas lui faire remarquer qu'un jour il aurait lui aussi à travailler sur les dossiers d'un autre, et comme il était bien élevé, lui, il devrait s'adapter au système adopté par le titulaire de l'affaire. Il daigna donc écouter mes explications. Nous n'avions fait que les deux tiers de notre petit rangement quand il se rendit compte qu'il était déjà vingt heures trente et nous décidâmes d'en rester là pour la journée.

Le lendemain, je terminai le nettoyage avant que Potter n'arrive. C'est vrai que l'autre avait exagéré avec ses commentaires, et pas qu'un peu. C'était assez drôle, car il ne manquait pas d'esprit le Malefoy, mais je pouvais comprendre que mon partenaire n'ait pas tellement d'humour le concernant.

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D'un point de vue personnel, tout allait plutôt bien avec Christina. Mises à part quelques engueulades bien senties sur des sujets sans importance, notre vie de plus en plus commune se passait pas trop mal. Peu à peu je rencontrais ses amis. Passée leur première curiosité, qui constituait toujours pour moi un délicat exercice de présentation, j'arrivais sans trop de mal à m'intégrer dans leurs conversations, qui tournaient généralement autour de sujets qui intéressaient Christina et dont elle m'avait déjà entretenus. De plus, je lisais désormais les journaux moldus et regardais la télévision, ce qui me donnait un minimum de culture commune avec ces personnes.

Je continuais à entretenir des relations suivies avec ma sœur, qui avait désormais beaucoup de temps libre car Octave avait rejoint Titus à Poudlard. Christina me confia que Gwen était plusieurs fois venue la voir.
"Elle pense que je devrais commercialiser certaines de mes créations côté sorcier, m'expliqua-t-elle.
- Je n'ai rien contre cette idée, mais c'est sûrement assez compliqué non ?
- Pas tant que cela. En fait, il suffit simplement de bien différencier les circuits sorciers et moldus.
- Qu'appelles-tu circuit ?
- Achat des matières premières, sous-traitance, vente, gestion des bénéfices.

- Tu crois que tu y arriveras ? Tu ne connais personne dans le milieu, tu n'as même pas de compte chez Gringott's…
- Justement, ta sœur me propose de prendre en main les achats, les ventes et la comptabilité. Elle serait rémunérée, évidemment. Sans doute au pourcentage.
- Gwen ? Mais qu'est-ce qu'elle connaît à tout cela ?
- Cela fait vingt ans qu'elle assiste ton père dans la gestion de votre distillerie de famille.
- Tu es sûre ? Elle ne me l'a jamais dit.
- Tu ne lui as jamais demandé ce qu'elle faisait de ses journées, non plus.
- Elle s'occupait de ses gosses.

- Cela ne lui prenait pas tout son temps. En fait, quand tu es parti de chez toi, ton père a commencé à la former pour te remplacer. Mais ensuite elle s'est mariée et, quand elle et Léopold ont décidé d'avoir des enfants, elle a laissé sa place à son mari car elle voulait les élever. Il faut dire que ce dernier occupait déjà un poste à responsabilités dans l'entreprise, c'est comme cela qu'ils se sont rencontrés.
- Ah bon !

- Ça non plus tu ne le savais pas ?
- Non. A cette époque je ne les fréquentais pas du tout. Mon père ne voulait plus me voir.
- Oui, c'est ce qu'elle m'a expliqué, grimaça-t-elle, perturbée par l'évocation de mes liens de famille relâchés. Quoiqu'il en soit, maintenant que ses deux enfants sont en pension, elle voudrait reprendre une activité, mais elle trouve injuste de piquer la place de son mari, alors elle cherche autre chose.
- Tu n'es pas obligée d'accepter. Elle se trouvera bien manière de s'occuper.
- Mais Will, tu ne comprends pas ! Vous avez une mode complètement différente. Tu te rends compte des perspectives de création que cela m'ouvre ? Justement, j'en avais un peu assez de travailler pour les mêmes bijoutiers. Ils sont terriblement conventionnels et ces derniers temps, ils m'ont refusé pleins de dessins, disant que leur clientèle n'en voudrait pas. Et puis les matériaux… vous en utilisez des inédits chez nous. Oh, j'adorerai m'ouvrir au marché sorcier… Et ta sœur qui me propose de faire toutes les tâches qui ne m'intéressent pas justement !"

Ma compagne avait les yeux brillants et les joues roses. J'étais stupéfait de constater que j'étais passé à côté de quelque chose d'important pour elle. Effectivement, Christina s'était plainte devant moi de l'étroitesse d'esprit de ses clients, mais j'avais pensé qu'elle finirait par résoudre ce problème en s'en trouvant d'autres. Je n'avais pas envisagé sérieusement qu'elle puisse s'intéresser à écouler sa production dans mon monde, même si cela avait été évoqué chez les Potter.

"Mais… penses-tu vendre des objets purement décoratifs ou enchantés, demandai-je, un peu dépassé.
- Gwen va étudier le marché. Elle pense que je devrais me limiter au purement décoratif, mais ce n'est pas encore arrêté.
- Dis donc, cela me parait bien avancé ton affaire !
- Non, on commence à se renseigner, mais pour le moment, aucune démarche n'a été engagée. Toujours dans la phase prospective, on doit aller voir les sœurs Patil, la semaine prochaine.

- C'est qui ça ?
- Tu te rappelles le magasin où j'ai été transformée ?
- Ah oui, la vendeuse indienne. Effectivement elle a une sœur jumelle, précisai-je, me rappelant les avoir vues parmi les volontaires le jour de l'attaque de Pré-au-Lard par les Détraqueurs. Pourquoi dois-tu les voir ?
- Parce qu'elles savent ce qui se vend. Et nous ne travaillons pas dans la même catégorie, alors nous serions complémentaires. Elles pourraient m'envoyer des clientes.

- Eh bien… Ah cela me fait penser, Potter m'a dit qu'il voulait passer te voir un de ces soirs. Je suppose qu'il a l'intention de faire un petit cadeau à sa femme.
- Oh, formidable, je lui ferai un prix !
- Surtout pas. Les Potter sont une famille très riche. Et s'il a hérité des Black aussi, il doit se placer dans les trois plus grosses fortunes britanniques. Double tes prix, plutôt, il a de quoi t'acheter la boutique.
- Je ne ferai jamais une chose pareille !
- Christina, tu n'as aucun sens des affaires !"

Elle haussa les épaules, comme si ce genre de chose ne l'intéressait pas. Cette histoire de marché sorcier m'inquiétait, finalement. Je décidai de passer le lendemain chez ma sœur pour avoir une petite discussion à ce sujet.

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Le lendemain, je quittai donc la Ruche un peu plus tôt et criai l'adresse de Gwen dans la cheminée de la Ruche. Je ne l'avais pas prévenue à l'avance de mon arrivée mais elle vint rapidement débloquer sa cheminée quand j'arrivai.

"William, quelle surprise ? Rien de grave j'espère.
- Non, je voulais juste te parler.
- Vraiment ? Ecoute, j'ai déjà de la visite, mais ce n'est pas gênant. Molly adore faire connaissance avec de nouvelles personnes."

Sans que je puisse m'y opposer, elle m'entraîna dans son salon.
"Monsieur Stratford, quelle surprise, s'écria Molly Weasley en m'apercevant.
- Bonjour Mrs Weasley. Comment allez-vous ?
- Très bien merci."

Il y eut un petit silence au cours duquel les deux femmes me contemplèrent avec curiosité, se demandant comment je connaissais l'autre. Gwen fut la première à réagir :
"J'ignorai que vous connaissiez mon frère", commença-t-elle.

Puis, elle hocha la tête, comme si elle venait de comprendre quelque chose :
"Molly, continua-t-elle, je crois que j'ai croisé votre fille il y a quelques mois, mais je ne l'ai pas reconnue. Elle est devenue une bien jolie jeune femme.
- Oh, vraiment ? répondit Mrs Weasley, qui semblait rechercher à quelle occasion cela était arrivé.
- C'était à Ste Mangouste, expliqua ma sœur. Elle était gentiment venue rendre visite à William qui avait été blessé, au cours d'une mission.
- Oh, oui, je m'en rappelle, s'écria Mrs Weasley. Harry était tout ennuyé de n'avoir pu intervenir à temps pour empêcher cela.
- Ce sont des choses qui arrivent dans notre métier, dis-je en haussant les épaules. Ce n'était pas grand-chose heureusement.
- Une semaine d'interdiction de magie, quand même, fit ma sœur.
- Oui, bon, on ne va pas en reparler éternellement !" grognai-je.

A mon grand agacement, les deux femmes éclatèrent rire en échangeant un regard complice.

Molly Weasley se leva :
"Ma chère petite, dit-elle, je ne vais pas abuser de votre temps. Cela a été un plaisir de discuter avec vous. J'espère que nous aurons bientôt l'occasion de nous revoir."

Elle me salua chaleureusement et Gwen la raccompagna jusqu'à la cheminée. Quand elle revint vers moi, ma sœur m'apostropha :

"Dis donc, Willyboy, tu aurais pu me dire que la copine de ton partenaire était une Weasley !
- Cela ne te regardait pas. Et qu'est ce que cela aurait changé ?
- Que le Survivant soit intimement lié à la famille du Ministre est une information importante, William. Je comprends mieux qu'il ait soutenu la candidature de Weasley.
- Il ne l'a pas soutenu à cause de ses liens avec lui, répliquai-je. Il l'a fait parce qu'il est un brave Gryffondor bien naïf, amoureux des elfes et des gobelins.
- Tu oublies les Moldus, me rappela suavement Gwen. En général, les Gryffondors ont une incompréhensible passion pour les Moldus."

Je lui lançai un regard assassin pendant qu'elle riait ouvertement de sa répartie.

"Ne me regarde pas comme cela, Willyboy, reprit-elle. Ce n'est pas une attaque contre Christina, ni une critique concernant ton choix. C'est juste que plus je connais ta fiancée, plus je me rend compte qu'on nous a enseigné beaucoup de bêtises sur les Moldus. Alors je me demande dans quelle mesure, je ne devrais pas revoir mes positions concernant les elfes et les gobelins.
- Tu veux les faire rentrer à Poudlard ? me moquai-je.
- Non, bien sûr, mais les nouvelles lois ne sont peut-être pas si mauvaises.
- C'est pas toi qui te retrouve au milieu des bagarres que provoquent les gobelins le samedi soir, grommelai-je. Et tu as déjà fait la conversation avec un elfe ?
- J'avoue que cela ne c'est jamais présenté, mais que j'aimerais bien faire cette expérience."
Je haussai les épaules. Je ne trouvais pas le sujet très intéressant.

"Au fait, reprit Gwen, ça a l'air sérieux entre la petite Weasley et le Survivant, s'ils sont toujours ensemble. Tu crois qu'ils vont se marier ?
- Désolé, lui répondis-je mais je ne suis pas abonné à Sorcière Hebdo. Et puis, je ne suis pas venu te parler de la vie privée de mon partenaire, mais de Christina.
- Je finirai bien par savoir ce qu'il en est, fit-elle, tenace.
- Peut-être, mais pas de moi."

Elle eut un petit sourire et je me promis d'avoir une petite discussion avec Christina pour lui conseiller d'être la plus discrète possible au sujet du Survivant.

Gwen abandonna enfin le sujet Potter et me demanda :
"Qu'y a-t-il à propos de Christina ?
- Elle m'a parlé de votre petite affaire. C'est quoi cette histoire ?
- Je suis certaine qu'elle t'a très bien expliqué ce que nous avions en tête, répondit ma sœur.
- Mais tu es sûre que c'est une bonne idée ?
- Oh oui ! Ses bijoux sont de pures merveilles et totalement inédits par rapport à ce que l'on peut trouver de notre côté. Tu ne peux pas comprendre à quel point cela va plaire."

Je songeai au regard de Ginny Weasley et je me dis que j'en avais une petite idée.

"Mais Christina… c'est une artiste. Elle n'a aucun sens des affaires. Je suis certain que déjà chez les Moldus elle ne gagne pas autant d'argent qu'elle le pourrait, alors chez les sorciers dont elle ne connaît rien....
- C'est justement là que j'interviens. Elle ne se préoccupe que de créer, et moi de tout le reste, y compris de m'arranger pour que ses prix soient à la hauteur de son talent.

- Tu es sûre que tu sauras faire ?" demandai-je abruptement.

Gwen éclata de rire.

"Je suppose que tu n'est pas au courant que quand Père a perdu deux de ses plus gros clients, c'est moi qui lui ai retrouvé d'autres débouchés ?
- Comment veux-tu que je sache une chose pareille ? Comment as-tu fais ton compte ?
- Tu le saurais si tu écoutais un peu ce qu'on raconte chez Père et Mère quand tu y es. Et figures-toi que je fais partie de pleins d'associations, et que de ce fait je connais beaucoup de monde, certes en majorité des femmes qui élèvent leurs enfants, mais ces dernières sont mariées ou apparentées à des gens très intéressants. Comme Molly Weasley, ou sa belle-fille.
- Sa belle-fille ? demandai-je, m'interrogeant sur l'intérêt pour Gwen de connaître une Langue-de-plomb.
- Oui, Pénélope, la femme de notre Ministre, me répondit ma sœur.

- Tu connais la femme du Ministre ? m'étonnai-je sans révéler qu'on me l'avait récemment présenté.
- Elle n'est pas connue du grand public car elle est très discrète. Mais mine de rien, elle connaît plein de monde et sait très bien trouver les arguments qui font mouche pour donner un coup de pouce à la carrière de son mari. Sais-tu qu'elle a levé à elle seule un bon tiers de l'argent destiné à financer la campagne de Weasley. Sans compter les rendez-vous déterminants qu'elle lui a obtenu.
- Tu es sûre de tes chiffres ? demandai-je avec étonnement.
- Parfaitement. Pour te dire, j'ai même participé en tant que donatrice. Au nom de la distillerie, bien entendu. C'est à ce propos que Molly me faisait une visite de remerciement, cet après-midi.
- Tu plaisantes ! Ne me dis pas que Père a financé la campagne de Weasley !"

Je ne me rappelai que trop sa diatribe contre Marchebank la dernière fois que je l'avais vu.

"Eh bien si. Parce que depuis que les gobelins ont un statut qui leur donne des droits équivalents aux sorciers, ils sortent beaucoup plus. Et quand ils sortent, ils boivent. Et figure-toi que nous allons bientôt lancer un nouveau produit, spécialement destiné à leur palais délicat. Alors si les lois sur le statut des créatures magiques pensantes est abrogé, non seulement, c'est la catastrophe économique, mais nous, on coule ! Cela dit, je pense quand même que Père a mis le bulletin de Kivalla dans l'urne."

J'étais stupéfait de ce qu'elle m'apprenait. Je me demandai soudain avec un frisson désagréable, quelle autre information capitale j'avais laissé échapper chez eux.

"Y a-t-il autre chose que je devrais savoir, demandai-je prudemment.
- Tu évoques des informations concernant les cinq derniers mois ou les dix dernières années, demanda-t-elle ironiquement.
- A ton avis !
- Mon avis est que tu devrais un peu plus écouter quand tu vas chez Père et Mère.
- Ton conseil arrive un peu tard, puisque je n'y vais plus.
- Eh bien, tu devrais y retourner et te réconcilier avec Père.
- C'est hors de question. Pas tant qu'il n'acceptera pas de recevoir Christina.
- Willyboy, tu es un imbécile !
- Mais qu'est ce qui te prend ? De quel droit tu me parles comme cela ?
- Tu te permets bien de venir chez moi pour me demander si je suis capable de faire le métier que j'exerce depuis vingt ans, alors j'ai bien le droit de te dire ce que je pense de toi, me répondit-elle fermement. Cela dit, ajouta-t-elle plus doucement, je suis contente de te parler à nouveau et j'aime beaucoup Christina, alors j'apprécierais que tu ne repartes pas fâché contre moi."

J'avais déjà amorcé le geste de me lever du fauteuil où j'étais assis, mais sa dernière phrase me retint. Moi non plus, je ne voulais pas vraiment me fâcher avec elle. Autant pour moi que pour ma compagne.
"Mes rapports avec Père ne concernent que moi. Ne t'en mêle pas, c'est tout, indiquai-je énergiquement.
- Je n'ai pas l'intention de t'en reparler, répondit-elle d'une voix apaisante. J'ai dit tout ce que j'avais à te dire sur le sujet."

Je laissai passer un petit moment avant de me calmer et de recentrer la discussion sur le sujet qu'elle n'aurait jamais dû quitter.

"Pour en revenir aux bijoux, il y a vraiment un marché ? demandai-je. Ils sont assez précieux non ? Cela n'intéressera que les gens très riches ?
- Il y a plusieurs boutiques de luxe qui ne marchent pas trop mal, ce qui prouve bien que les familles riches achètent. En outre, des fortunes sont en train de se construire en ce moment. Tous ces nouveaux riches ne demandent pas mieux que faire connaître à leurs relations leur toute récente prospérité. Porter des vêtements chers et des bijoux luxueux fait partie du jeu.
- Et le fait que la créatrice soit une moldue ?
- Nous n'avons pas l'intention de le révéler tout de suite. De toute façon, cela ne m'inquiète pas. La mode "moldue" devient très tendance, m'assura-t-elle avec un petit sourire moqueur.

Si on m'avait dit qu'un jour je serai à la pointe de la mode !

oO§0§Oo


"Je suis allé voir ma sœur, indiquai-je à Christina en rentrant.
- J'étais sûre que tu le ferais. J'ai même failli la prévenir, et puis j'ai préféré ne pas m'en mêler. Alors, tu es rassuré ?
- J'ai appris pas mal de choses sur elle.
- Eh bien, même si notre projet n'aboutit pas, il n'aura pas été inutile, hein ? me taquina-t-elle.
- A ce propos, Christina. Tout ce que je te dis sur Potter, ne le lui répète pas.
- Tu ne me dis pas grand-chose sur ton partenaire, m'opposa Christina.
- Rien que le fait qu'il soit marié à Ginny Weasley et déjà père n'est pas censé parvenir à la connaissance du public en général et de ma sœur en particulier. Je ne t'aurais rien dit sur lui si j'avais su que tu serais en contact avec le monde magique.
- Je sais tenir ma langue, quand même ! s'offusqua Christina.
- Sois très prudente car Gwen est assez forte pour orienter une conversation à sa convenance."

Christina parut un peu offusquée de mon manque de confiance en elle, puis se mit à rire :
"Remarque, c'est pour ce talent que j'envisage de m'associer avec elle. Au moins, elle saura bien représenter mes intérêts."

oO§0§Oo


Le lendemain, je jugeai bon de prévenir Potter.
"Je ne sais pas si ton mariage va rester secret longtemps.
- Qu'est ce qui te fait dire cela ?
- J'ai rencontré ta belle-mère chez ma sœur hier. Du coup, elle a fait le rapprochement et comme elle connaît plein de monde, je crains que l'information ne circule."

Potter haussa les épaules :
"Tu sais, cela commence à se savoir. Les journaux ne sont pas le seul moyen de propager une nouvelle. Tous les Aurors sont au courant, je porte une alliance et je m'affiche parfois avec Ginny dans les lieux publics, alors certaines personnes font le rapprochement.
- Cela n'ennuie pas trop Ginny ?
- Maintenant que Percy est Ministre, elle n'est plus tout à fait anonyme de toute façon. Il faut bien qu'elle s'y fasse."

Eh oui, on n'avait pas fini d'entendre parler du clan Potter-Weasley !

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(1) : Radio Indépendante à Transmission Magique.
Visite impromptue by alixe
Author's Notes:
Le personnage de Harry Potter, ses amis et le monde magique sont sortis de l'imagination fertile de J.K.Rowling et ne m'appartiennent pas. J'écris donc pour me divertir et non en espérant m'enrichir avec l'invention d'une autre.

Il est à noter qu'au cours de la rédaction de ce récit, j'ai été considérablement aidé par la relecture attentive et imaginative de Monsieur Alixe, Fenice et Calimera.
- MON SORCIER BIEN-AIMÉ -


*~*~*~*~*~*~*~*



XXVII : Visite impromptue


Quelques jours après ma visite chez ma sœur et ma rencontre avec Molly Weasley, Christina m'informa :

"J'ai acheté un cadeau de naissance pour la petite fille des Potter."

Elle se leva et revint avec un sac moldu. Elle en sortit un truc minuscule.
"Très joli, dis-je, à tout hasard.
- C'est mignon, hein !
- Euh, oui, je suppose. Mais c'est pas un peu léger ?
- C'est du six mois. Elle le portera l'été prochain."

Ah effectivement, il fallait y penser.

"Regarde, j'ai acheté les petits chaussons qui vont avec. Ils sont beaux, hein !
- Oui, mais les semelles ne m'ont pas l'air très solides, par contre.
- William ! répondit Christina en s'étouffant de rire. Ça ne marche pas les bébés, à six mois.

Mais comment veut-elle que je sache des choses pareilles ? Christina, qui m'observait, me prit la main et dit, apaisante :
"Fais pas cette tête. Je t'expliquerai tout au fur et à mesure.

"Tu veux que je le donne à Potter demain ? demandai-je, m'empressant de changer de sujet.
- Non, je dois faire un paquet cadeau, déclina-t-elle en rangeant soigneusement le petit vêtement.

oO§0§Oo


Le lendemain soir, je proposai de nouveau à Christina de transmettre son paquet :
"Pas besoin, me répondit-elle, je l'ai posté.
- Comment ça, posté ?
- Eh bien je suis allée à Pré-au-Lard, j'ai été à la poste et je l'ai envoyé en hibou, me répondit-elle comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
- Mais… comment as-tu fait pour payer ?
- Je suis passée chez Gringott's juste avant pour changer mon argent, bien sûr", m'expliqua-t-elle, comme étonnée d'avoir à me révéler des choses aussi évidentes.

Mais depuis quand Christina était-elle aussi à l'aise dans le monde sorcier ?

"Tu vas souvent te promener toute seule comme ça ? demandai-je.
- De temps en temps. Surtout depuis que ta sœur m'a parlé de vendre mes productions de ton côté. Je commence à y rechercher de l'inspiration, tu comprends. Tu n'avais pas remarqué que j'avais ramené ici mes robes de sorcier qui étaient dans ton appartement ?"

Non, mais le désordre de Christina est tel que, même en les cherchant, je ne les aurais pas trouvées.

"Pourquoi tu m'en as pas parlé ?
- Pour dire quoi ? Je suis allé sur le Chemin de Traverse, j'ai marché dans la rue en regardant les vitrines et écoutant les gens parler ? Y'a rien à en dire, c'est tout. Tu ne serais pas un peu paranoïaque, dis ?
- Je peux quand même me demander pourquoi tu ne m'as pas parlé de choses susceptibles de m'intéresser !
- Le problème avec toi, William, c'est que tu ne dis rien, et qu'après tu t'étonnes quand les autres pensent que tu n'as pas envie de parler avec eux."

De toute façon, quand on discute avec une femme, tout est toujours de votre faute !


oO§0§Oo



Quelques jours plus tard, début novembre, Potter m'accompagna un soir, car il avait rendez-vous avec Christina pour choisir un cadeau pour son épouse. Après que je me sois, comme à l'accoutumée, assuré qu'elle n'avait pas de visite, nous avons débarqué par la cheminée.

Ils se saluèrent, et je les laissai parler affaires. Je montai à l'étage et commençai à préparer le dîner. Trois quarts d'heure plus tard, alors que je finissais de dresser le couvert, Christina vint me rejoindre, suivi de Potter qui venait me dire au revoir.

Il huma mes casseroles et remarqua :

"Ça a l'air bon ! Tu te débrouilles drôlement bien, dis donc !"

Ouais, et j'ai un appartement très bien rangé aussi !

"Je parie que t'es nul en cuisine, me bornai-je à lui répondre.
- J'avoue que je n'ai jamais lancé un sort ménager de ma vie, admit-il. Mais en cuisine moldue, je m'y connais un peu. C'était moi qui préparais le petit déjeuner quand j'étais gosse. J'aidais ma tante à préparer le dîner, aussi. On ne peut pas dire qu'ils ne m'aient rien appris."

Ses propos se voulaient légers, mais comme toujours quand il évoquait cette période, ses yeux étaient sombres. Je réalisai soudain qu'il n'était peut-être pas normal qu'un gamin de moins de onze ans prépare le déjeuner pour toute la famille. En tout cas, je n'avais jamais vu mes neveux faire autre chose que de mettre la table pour aider leur mère.

Mais déjà il enchaînait :
"Bon, je dois y aller, Ginny m'attend. A demain, Stratford !"

Il redescendit à l'atelier, accompagné par Christina. Quand cette dernière revint à la cuisine, je lui demandai :
"Tout s'est bien passé ?
- Oui. Je lui ai montré plusieurs bagues, mais il hésitait entre deux modèles. Du coup je lui en ai dessiné un autre qui allie ce qu'il aimait dans les deux premiers.
- Du sur-mesure !
- C'est ce qui m'intéresse le plus dans le métier, tu sais !
- Et à ce propos, tu en es où avec Gwen ?
- On voit les sœurs Patil demain.
- Je ne raconte peut-être pas grand-chose, mais cela m'intéresse, ta carrière professionnelle. Alors, je veux bien que tu m'en parles, d'accord ?
- D'accord, Will. Je te tiendrais au courant, m'assura-t-elle avec un grand sourire.

oO§0§Oo


Son entrevue avec "Padma et Parvati" fut très intéressante, selon elle. Son projet n'était toujours pas finalisé, mais il avançait bien.

Le dimanche suivant, nous sommes allés nous promener à Pré-au-Lard, puis nous sommes passés chez moi car j'avais une potion à préparer. Alors qu'elle mijotait, je proposais un thé à Christina, m'excusant de ne pas avoir de gâteaux pour l'accompagner.

"Si on faisait des crêpes ! proposa-t-elle.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Une spécialité française. Des pancakes en mieux. C'est ma correspondante qui m'a appris ça lors d'un séjour linguistique. Tu veux que je te montre ? Il faut du lait, de la farine et des œufs. Tu en as ?"

Je n'étais pas très convaincu par les qualités culinaires de ma compagne, mais je ne voulus pas la vexer et fis un rapide saut chez elle en cheminée pour lui ramener ce dont elle avait besoin. Cela me sembla simple à réaliser, ce qui expliquait sa compétence en la matière. Par contre, quand elle essaya de retourner le fin disque de pâte en le faisant sauter, elle dut renoncer, découragée par le poids de ma lourde poêle en fonte.

Mais quand j'eus compris le principe, je pris en charge l'opération à coup de Wingardium leviosa ce qui plut beaucoup Christina.

Bref, on s'amusait comme des gamins, tout en nous empiffrant. Soudain, j'entendis le petit son de cloche qui indique qu'une personne non enregistrée demande à accéder chez moi par la cheminée.

Je laissai Christina dans la cuisine et allai voir dans le salon qui désirait me rendre visite. C'était ma mère.

Un instant, je fus tenté de lui refuser l'entrée, mais je me dis que je n'avais plus seize ans et que je ne devais pas me sentir gêné parce qu'elle débarquait quand je recevais ma petite amie.

Je murmurais donc le mot de passe pour libérer le passage. Elle s'avança vers moi, époussetant machinalement sa robe :
"Bonjour William. Je ne te dérange pas ?
- Eh bien si, Mère, un petit peu. J'ai déjà de la visite.
- Souhaites-tu que je repasse plus tard ?
- Ce ne sera pas nécessaire, intervint Christina de la porte de la cuisine. J'allais partir."

J'ouvris la bouche pour protester, mais elle ne m'en laissa pas le temps. Elle s'avança vers ma mère et lui dit en souriant :
"Je suis très heureuse de vous rencontrer. J'espère que nous aurons l'occasion de faire plus ample connaissance une autre fois.
- Moi de même", répondit gracieusement ma mère en lui retournant son sourire.

Christina lui adressa un signe de tête, me souffla un "Au revoir, William", et d'un geste très naturel, se saisit d'une pincée de poudre de Cheminette dans le pot posé à cet effet sur le manteau de la cheminée. Elle la jeta dans les flammes encore vertes de l'arrivée de ma mère et fit un pas en avant, épela clairement son adresse et disparut.

Je fixai un moment les flammes, partagé entre l'agacement que me causait sa décision unilatérale de nous laisser et la fierté de la voir si à son aise.

"Elle sait ce qu'elle veut, fit remarquer ma mère d'un ton amusé.
- Je n'ai pas pour habitude de fréquenter des idiotes, répliquai-je vivement.
- Comment veux-tu que je le sache ? Tu n'as jamais amené tes amies à la maison.
- Eh bien, ça tombe mal puisque, cette fois-ci, je voulais vous la présenter mais que vous ne voulez pas la voir !
- Tu n'as pas présenté les choses de la manière la plus diplomatique qui soit !" me reprocha ma mère. Si tu avais annoncé la chose moins brutalement, ton père aurait été plus mesuré dans ses propos.

Elle fit une pause en regardant autour d'elle :
"Ta sœur a raison. C'est vraiment très bien tenu, chez toi.
- Il paraît, oui, répondis-je en respirant un grand coup.
- Tu ne m'offres pas une tasse de thé ?
- Venez dans la cuisine, soupirai-je. Vous voulez une crêpe ?"

Finalement, nous terminâmes la pâte qui restait en parlant de ma sœur et de sa famille. Titus avait de bonnes notes et Octave s'était bien acclimaté à l'internat. Je préparai ensuite du thé et ma mère aborda le véritable sujet de sa visite :
"J'aimerai que tu reviennes nous voir et que tu parles un peu avec ton père.
- C'est lui qui ne veut pas me parler, bougonnai-je.
- Ce n'est pas ce qu'il a dit et tu le sais très bien. Vous êtes juste les pires têtes de mule qu'il m'ait été donné de connaître.
- Je viendrai le voir quand il acceptera de recevoir ma fiancée, m'obstinai-je.
- Il ne peut plus le faire sans se déjuger, et c'est en partie ta faute. C'est ton père, c'est à toi de faire le premier pas. Il n'attend que cela pour faire preuve de bonne volonté à son tour.

- Je n'en suis pas persuadé. Il ne m'a toujours pas pardonné de ne pas avoir choisi la carrière à laquelle il me destinait.
- Si c'était réellement le cas, cela ferait vingt ans que nous ne nous parlerions plus. Or il me semble t'avoir reçu régulièrement à la maison ces dix dernières années.
- Mais s'est-il jamais intéressé à ce que je faisais ?
- As-tu tenté de nous en parler ? Tu ne participes pas réellement aux conversations quand tu viens chez nous, tu es toujours à te promener au dehors. Nous pensions que tu ne désirais pas que nous nous mêlions de ta vie."

Je restai un moment sans parler, à me demander ce qui clochait dans notre famille pour que nous ayons réussi à si mal nous comprendre depuis si longtemps.

"Je… je passerai vous voir un de ces jours, finis-je par répondre.
- Pourquoi ne viens-tu pas dîner à la maison ce soir ?" me demanda ma mère.

J'hésitai un instant, pas réellement convaincu d'avoir envie de revoir mon père si rapidement. Mais je me dis que je n'irais sans doute jamais si je ne suivais pas ma mère tout de suite. Je songeai à Christina. Avais-je le droit de repousser cette chance qui m'était peut-être offerte de la faire accepter par ma famille ? Car même si, conformément à mon souhait, elle n'en parlait jamais, je savais qu'elle était peinée par la situation, et qu'elle se sentait coupable d'être un sujet de discorde entre moi et mes parents.

"D'accord, consentis-je. Mais si je ne fais pas honneur à votre repas, n'imaginez pas que j'ai peur d'être empoisonné. C'est juste que je n'ai plus très faim après les quinze crêpes que je viens de manger. Au fait, les avez-vous trouvées bonnes ?
- Très bonnes. Je suppose que c'est une manière subtile de me faire remarquer que ta fiancée cuisine bien ?"

Je me demandais si c'était une bonne chose de laisser ma mère se mêler de ma vie, finalement.

oO§0§Oo


Mes retrouvailles avec mon père furent empreintes de réserves de part et d'autre. Nous ne savions pas trop par quoi commencer, et une fois déroulés les "Bonjour, tu vas bien ? Oui Père et vous ?" nous n'avions plus grand-chose à nous dire.

Finalement, Mère me demanda mon avis sur l'arrestation d'un escroc dont on parlait dans la Gazette. Je répondis par une ou deux généralités, mais Mère insista :

"C'est le genre de choses que tu fais ?
- Oui. Avant, j'étais même très spécialisé dans ce genre de délits. Mais maintenant que j'ai un jeune à former, on me donne de tout pour que je puisse lui montrer tous les aspects du métier. J'interviens donc dans des affaires de vols, d'escroqueries, d'utilisation et trafics d'objets ou de potions illicites, et plein d'autres choses.
- Ta sœur m'a dit qu'elle avait croisé ton partenaire et qu'il semblait très sympathique, fit prudemment ma mère.
- Et il est sérieux ?" demanda mon père qui ne semblait pas être dans la confidence.

Je ne pus m'empêcher de sourire :
" Il est un peu brouillon, comme tout Gryffondor qui se respecte, mais il ne se débrouille pas trop mal et il a quelques résultats probants à son actif. Un certain Harry Potter.

Les yeux de mon père s'écarquillèrent :
"LE Harry Potter ?
- En chair et en os.
- Et il a besoin d'être formé ? s'étonna mon père.
- Pour ce qui est des techniques d'enquête, il n'en sait pas plus que les autres, indiquai-je.
- Il doit quand même impressionner les criminels !
- Quand ils le reconnaissent, oui, admis-je. Mais la plupart du temps, il essaie de se faire discret.

- C'est rare de la part d'un Gryffondor, grommela mon père.
- Nous apprenons peu à peu à mieux connaître et apprécier la maison de l'autre, lançai-je, un peu provocateur.
- Il n'aime pas les Serpentards ?
- Celui qu'il a dû combattre ne lui a pas donné une bonne idée de notre maison, expliquai-je.
- Il n'était pas représentatif de ce que Serpentard peut donner de meilleur", trancha Père, à ma grande stupéfaction.

Cette petite phrase me causa un soulagement immense. Je me demandai brusquement si les doutes que j'entretenais sur les convictions de mon père n'étaient pas une façon déguisée de m'interroger sur mes propres valeurs.

Quand j'étais à Poudlard, la plupart de mes camarades de maison se prononçaient nettement pour le Seigneur des Ténèbres. J'étais opposé à l'avènement de ce dernier, mais les thèses qu'ils proféraient n'étaient pas toutes en contradiction avec ce que je pensais.

Moi non plus, je n'étais pas certain que les enfants de Moldus étaient à leur place à Poudlard, pas plus que je n'étais opposé à l'autorité des sorciers sur les races inférieures. Et je ne considérais pas que les hybrides aient grand-chose à nous apporter.

C'est pourquoi je n'étais pas complètement indifférent aux discours de mes condisciples, et j'avais beaucoup douté lors de ma dernière année. Finalement, c'est le refus qui l'avait emporté. Sans doute que ma décision d'entrer dans le corps des Aurors était une façon de rendre ma décision irrévocable et de m'empêcher de tout retour en arrière.

Je me demandai vaguement quand mon ambivalence avait pris fin. Mais était-ce bien le cas ? Mon épouvantard n'était-il pas toujours une Marque des Ténèbres ? À moins qu'elle n'ait changé de signification. Ma peur profonde était peut-être de retrouver cette marque au-dessus de la joaillerie désormais.

"Will ?"

C'était ma mère. Alertée par mon silence, elle me regardait avec inquiétude.

"Excusez-moi. Je réfléchissais.
- Oui, nos souvenirs sont lourds, dit-elle.

- Pardon ? demandai-je, incertain de la signification que je devais donner à ses paroles.
- Will, commença ma mère avec hésitation. Tu n'as jamais beaucoup parlé quand tu étais ici. Mais depuis la guerre, tu es devenu très sombre."

Images de corps suppliciés, mutilés, maisons en cendres, personnes en pleurs sur les cadavres de leurs proches s'imposèrent à moi. Je les repoussai fermement.

"C'était parfois dur, admis-je simplement.
- Nous lisions les journaux", dit brusquement mon père.

Tout à coup je compris qu'ils étaient en train de m'expliquer qu'ils s'étaient fait beaucoup de souci pour moi pendant la guerre. Je leur donnais très peu signe de vie à l'époque et, dans la presse, ils devaient voir le nom de mes collègues, victimes des Mangemorts.

Je fus tellement décontenancé par cette découverte que je ne sus quoi répondre.

"C'est fini maintenant, finis-je par murmurer.
- Merlin merci ! dit ma mère avec force. Et nous avons été heureux de constater que tu sembles plus serein depuis quelque temps."

Je jetai un regard à mon père pour savoir ce qu'il pensait de cette façon détournée d'admettre que moldue ou pas, Christina avait une bonne influence sur moi. Comme à son habitude, le visage de mon père ne reflétait rien. Mais il en était sans doute de même du mien.

La suite de la soirée continua par des conversations les plus neutres possibles. Nous avons continué à commenter la Gazette du jour, par des propos mesurés, changeant de sujet dès que nous sentions poindre un désaccord. Je dus admettre que Mère et Gwen avaient raison. Mon père était effectivement prêt à faire des efforts pour renouer le contact avec moi.

Quand je pris congé, nous n'avions pas parlé directement de Christina. C'était mieux ainsi. Père et moi avions tous deux besoin d'acquérir un peu plus d'aisance dans nos relations, avant de parler des sujets qui fâchent.


oO§0§Oo


Quelques jours plus tard, une opération, sur laquelle notre collègue Peter Slave travaillait, faillit mal se terminer pour lui. Il bossait sous couverture, mais cette dernière fut éventée et l'un des brigands tenta de le poignarder. Il se défendit et tua son agresseur dans la bagarre. Lui-même avait reçu deux coups de couteau, heureusement non mortels, et semblait parti pour finir la semaine à Ste-Mangouste. Cela fit sensation dans la brigade, et on parla beaucoup de cette affaire.

Deux jours après cet événement, Potter et moi tombâmes en plein dans une discussion entre Bones, Habbot et Thomas autour de la table où nous nous fournissions en boissons chaudes.

"Qu’est-ce que ça fait, à votre avis, de tuer quelqu’un ?" demandait Thomas.

Bones nous vit et lui donna un coup de coude. Quand Thomas croisa le regard de Potter, il rougit et balbutia :

"Désolé, Harry."

Potter qui s'était raidi, s'efforça de faire bonne figure :

"Le café est encore chaud ? demanda-t-il d'une voix presque normale.

Alors que Abbot s'empressait de le servir, une voix traînante s'éleva derrière nous.

"Eh bien Potter, tu ne nous fais pas profiter de ton expérience ?

- Je te laisse la parole, rétorqua mon partenaire, les dents serrées. Raconte-nous donc ce que tu as fait de si glorieux, pendant la Bataille !

Malefoy devint livide à cette évocation. Moi-même, je restai figé de surprise. Même s'il s'agissait de Malefoy, évoquer son parricide me paraissait beaucoup trop cruel pour le gentil Potter. Alarmé, je m'apprêtai à intervenir pour mettre fin à l'échange, mais le blond crachait déjà :

"Va crever, Potter ! Moi au moins, je ne sacrifie pas mes alliés par négligence."

Ma main plongea instinctivement vers ma baguette, mais je savais qu'il était déjà trop tard pour que je reprenne le contrôle de la situation. Potter, hérissé de puissance magique, pointait déjà la sienne et prononçait une formule.

Un éclair blanc sortit de la baguette du Survivant en direction de Malefoy. Alors que je le suivais des yeux, muet d'horreur, une lueur rouge apparut à la périphérie de mon champ de vision. Ce second sort toucha Malefoy de côté et le projeta hors de la trajectoire du maléfice de Potter, l'envoyant s'écraser contre le mur. Il s'effondra, sonné, sur le sol, alors que l'armoire qui se trouvait antérieurement derrière lui explosait, projetant une pluie d'échardes et blessant les spectateurs qui se trouvaient à proximité.

On entendit des cris de surprise et de douleur, et très rapidement, tous les Aurors présents sortirent leur baguette et plongèrent derrière les meubles, croyant à une attaque. Seuls Potter, ses copains et moi n'avions pas bougé. De la porte de son bureau, la voix de Shacklebolt claqua :

"Potter, tu es suspendu. Rentre chez toi ! "

Alors que mes collègues émergeaient de leur abri, essayant de comprendre ce qui s'était passé, je réalisai que c'était le commandant qui avait sauvé la vie de Malefoy en l'éjectant contre le mur. Potter, le visage contracté de fureur, mit plusieurs secondes à réagir. Finalement, sans même faire l'aumône d'un regard à Shacklebolt, il pivota sur ses talons et de marcha droit vers la sortie. Et quand je dis droit... c'est tout droit.

Il fonça devant lui, sans se préoccuper des divers obstacles qui se trouvaient sur son chemin. Ce furent les bureaux qui s'écartèrent devant lui, un peu comme les réverbères devant le Magicobus. Quand il atteignit la lourde porte, celle ci s'ouvrit brusquement avant de claquer sur ses talons. Tout le mobilier se remit alors en place avec un bruit sourd, ébranlant le sol.

Shacklebolt abaissa la baguette et aboya :
"Stratford, Morrito, dans mon bureau, immédiatement !"

Je regardais mon ancien partenaire qui finissait de se relever. Il me renvoya un regard ennuyé. Cela allait être notre fête. Shacklebolt ne se met pas souvent en colère, mais personne n'aime en être la cible quand cela arrive. Lentement, nous suivîmes le commandant, alors que nos camarades se mettaient à commenter l'événement. Je refermai soigneusement la porte de la pièce derrière nous.

Shacklebolt contourna son bureau et nous fit face. Il resta debout et abattit son poing sur la table :
"Il me semblait avoir été clair. Vous deviez à tout prix éviter que cela arrive. Comment avez-vous pu laisser les choses dégénérer à ce point ?"

Morrito et moi échangèrent un nouveau regard pour déterminer lequel de nous deux répondrait. Je pris la parole, ayant été témoin de l'altercation :
"Cela avait commencé comme d'habitude. Puis Potter a dit un truc qui a mis Malefoy hors de lui, du coup l'autre a renchéri. Ça a dérapé très vite.
- C'est bien pour cela que je vous ai demandé de ne pas les laisser se parler !

- Commandant, est intervenu Morrito. Tu sais bien que c'est pas possible. On ne peut pas être collés à eux à longueur de journée ! Et ce ne sont pas des gosses. On ne peut pas leur dire de rester dans leur coin quand on échange des infos pour bosser.
- Sans compter qu'il s'entre-tueraient dès qu'ils sortiraient d'ici, ajouta-je. Il vaut mieux les laisser se parler sous notre contrôle. Même si, aujourd'hui, je me suis laissé dépasser.
- On fait de notre possible, a insisté Morrito. Tu ne te rends pas compte du nombre de discussions auxquelles on a mis fin avant que cela ne déraille. Mais dès qu'ils se retrouvent dans la même pièce, c'est explosif par définition. Ce sera comme ça tant qu'ils travailleront dans le même service.

- Tu veux dire que le seul moyen d'éviter que cela recommence serait de virer un des deux ? demanda froidement Shacklebolt
- Potter est un excellent Auror, intervins-je, alarmé.
- Malefoy aussi, rétorqua sèchement Morrito.
- Si Malefoy fermait sa grande gueule, on n’aurait pas de problème, opposai-je.
- Si le grand Potter ne réagissait pas au quart de tour, Malefoy se calmerait, répondit Morrito.
- Vous n'allez pas vous y mettre !" coupa Shacklebolt.

Il y eut un silence, simplement, troublé par le tapotement des doigts de Shacklebolt sur son bureau, alors qu'il réfléchissait à la suite à donner à cette affaire.

"Morrito, finit par prononcer le commandant, quand Malefoy se relèvera, tu lui diras qu'il est, lui aussi, suspendu pour la journée. Et que je l'attends à huit heures tapantes, demain matin, dans mon bureau. Tu seras de garde avec lui tous les soirs de la semaine prochaine, ainsi que le week-end qui suit. Stratford, je veux voir Potter à neuf heures demain. Votre garde se tiendra la semaine suivante. Maintenant, disparaissez !"

Je saluai de la tête et sortis, suivi de près par Morrito. On ne s'en tirait pas trop mal. Vu le nombre de témoins, le commandant était obligé de faire preuve d'autorité. Quand on y pensait, une semaine de garde pour avoir balancé un sort d'éclatement à bout portant, ce n'était pas très cher payé. Je ne pensais pas qu'il infligerait à Potter un avertissement ou un blâme en punition supplémentaire. Shacklebolt le voulait comme successeur, et il ne mettrait sans doute rien dans son dossier qui puisse constituer un obstacle pour sa carrière.

Je sentais que Morrito m'en voulait de n'avoir pas su éviter ce qui s'était passé, et de mon côté, je n'avais pas très envie de lui parler. Nous nous sommes donc ignorés en sortant du bureau du commandant.

Il alla parler à Malefoy, qui était toujours à terre. Ce dernier avait repris conscience et se tenait la tête entre ses deux mains. Morrito dut l'informer de sa suspension, car il sortit immédiatement.

De mon côté, je rejoignis mon bureau. En passant, je vis que l'armoire pulvérisée par Potter ne pourrait être remise en état. Elle avait explosé en morceaux trop petits pour être reconstituée par un simple Reparo. Recevoir un sortilège d'éclatement normal est assez douloureux. Si Malefoy avait reçu ce dernier avec la puissance que Potter y avait mise, il aurait pu y rester.

Je remarquai que nos collègues présents faisaient en sorte de regarder dans une autre direction, ne voulant pas être mêlés à tout cela. Cela m'amusa assez d'être devenu le mouton noir.

Mais j'avais été mauvaise langue. Très vite, Bones, Thomas, Abbot, Touary et Tarvi vinrent me trouver :
"Qu'est ce que le commandant a dit ? demanda Abbot, visiblement très contrariée.
- On a gagné une semaine de garde. Pour le reste, je ne sais pas. Potter en sera avisé demain matin.
- C'est dégueulasse ! C'est toujours cet enfoiré de Malefoy qui le provoque, et c'est toujours Harry qui trinque, grogna Thomas. C'était déjà comme cela à Poudlard. Je vais finir par croire que ce connard a choisi d'être Auror juste pour lui pourrir la vie."

Je vis Bones jeter un regard exaspéré à son camarade. Mais elle s'abstint de lui faire remarquer que c'était sa remarque à lui qui avait donné le coup d'envoi à la discussion qui s'était si mal terminée et se borna à demander :

"Bon, on prévient Ginny ou Hermione ?
- Je vais envoyer un hibou à Ginny, décida Abbot.
- Et puis on va régler le cas Malefoy, a ajouté Thomas.
- Je ne veux rien savoir de ça, indiquai-je. Et toi, Ben, ne t'en mêle pas. T'es pressenti pour devenir chef de brigade d'ici l'année prochaine. Fous pas tout par terre.
- On n'a pas l'intention de se faire prendre, s'indigna Thomas.
- Ne prends pas le commandant pour un imbécile si tu veux faire carrière, gamin."

Il me jeta un regard torve, mais les filles approuvèrent de la tête et il laissa tomber.

"Je vais appeler Potter pour vérifier qu'il est bien rentré chez lui, indiquai-je. Je dois lui dire quand Shacklebolt veut le voir, demain matin. Mais cela ne vous empêche pas prévenir sa femme de ce qui s'est passé. Je ne suis pas sûr qu'il soit d'humeur à le lui raconter."

J'allai à la cheminée de communication qui était dans un coin de la Ruche et appelai l'Etoile filante. Personne ne me répondit dans un premier temps et je commençai à m'inquiéter un peu quand la tête de Potter apparut dans les flammes. Il semblait encore en rage. Je décidai de faire le plus sobre possible :

"Potter, le commandant t'attend demain à neuf heures dans son bureau. Ne viens pas plus tôt. On a gagné une semaine de garde, week-end compris. Pas cette semaine, la suivante. A demain."

Il sortit sa tête de la cheminée, sans même daigner me répondre.


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Quand il entra dans la Ruche le lendemain, il avait une expression fermée, et il était clair qu'il n'était pas à prendre avec des pincettes. Il alla directement dans le bureau du commandant, où il resta un bon quart d'heure. Il en ressortit les dents serrées, fusillant du regard les curieux qui le dévisageaient. Quand il vint se planter devant mon bureau, je continuai à consulter mon dossier, attendant qu'il m'adresse la parole.

"Quel est le programme ? finit-il par lâcher.
- Beaucoup de planques et de surveillance", l'informai-je.

Shacklebolt m'avait donné un nouveau planning le matin même. Morrito aussi en avait eu un. Ni l'un ni l'autre ne serions beaucoup à la Ruche les jours suivants. Potter et Malefoy n'étaient pas près de se revoir.

Potter me jeta un regard en coin. Il me lança :
"Désolé pour cela. Pour la semaine de garde, aussi."

Je haussai les épaules :
"Ce qui est fait est fait. Si tu veux prendre un café, c'est le moment. On décolle dans cinq minute."

La semaine ne fut pas réjouissante. Il pleuvait tout le temps, et on passa notre temps dehors, à faire le pied de grue. Normalement les missions pourries de ce genre sont réparties sur toute la brigade, mais cette fois ci, Shacklebolt nous les avaient toutes réservées, à nous et au tandem Morrito – Malefoy.

En fin de semaine, Malefoy eut un petit problème. Un matin, alors qu'il se saisissait de sa plume, il se retrouva transformé en âne. La métamorphose dura trois bonnes minutes, durant lesquelles il ne cessa de braire, sans doute des imprécations.

Quand il retrouva sa forme première, il jeta un regard furibond dans ma direction, mais ne put que constater que Potter n'était pas encore arrivé. Je me gardai bien de me moquer de lui, trop ouvertement, d'une part pour ne pas jeter d'huile sur le feu, d'autre part parce que mon grade m'obligeait à condamner ce genre de farces en ce lieu et pendant les heures de boulot.

Shacklebolt, très agacé par la tournure que prenaient les événements, demanda à Daniela Freegarden de faire une petite enquête. Elle ne put rien déterminer, si ce n'est que c'est la plume personnelle de Malefoy qui avait été enchantée. On avait dû lui subtiliser un soir et la ramener le lendemain, doté d'un nouveau charme.

Je me dis que les jumeaux avaient bien travaillé et qu'effectivement, les copains de Potter avaient su être discrets. J'appréciai notamment qu'ils se soient arrangés pour que Potter n'assiste pas au spectacle, la situation étant assez explosive comme cela.

Shacklebolt cependant ne fut pas dupe. Il annonça à la cantonade, alors que les copains de Potter étaient dans le coin, qu'il était hors de question que le différend entre Malefoy et Potter ne désorganise son service.

"Si un autre épisode de ce genre arrive, prévint-il, je les vire tous les deux."

Bones, Thomas et Abbot se le tinrent pour dit et se firent tous petits. Shacklebolt n'est pas du genre s'énerver, ni à s'en prendre à l'un de nous en public. Mais ceux qui en déduisent que le commandant n'a pas d'autorité en sont très vite pour leurs frais.

Le lundi suivant, notre semaine de garde commença. Ce fut épuisant, car nous devions dormir à la Ruche, ne pouvant rentrer chez nous que lorsque nos collègues les plus matinaux arrivaient. Et encore, nous avions tout juste le temps de prendre une douche et de nous changer avant de reprendre notre poste. En temps normal, il est rare d'assurer plus de deux jours de garde d'affilés. Etre désigné pour une semaine entière constituait une véritable sanction.

Je perdis vite le compte des interventions que nous dûmes assurer : bagarres de tavernes, querelles familiales et signalement d'agressions nous occupèrent à plein temps.

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Un jour où nous étions particulièrement mouillés et fatigués, Potter fit remarquer :
"C'est pas juste que tu trinques aussi. C'est moi qui ai essayé de démolir Malefoy, pas toi.
- Moi, je n'ai pas su l'empêcher.
- Tu n'as pas à être responsable de mes actes !
- C'est réciproque, lui expliquai-je. Si je déconne et que tu n'arrives pas à l'éviter, tu seras sanctionné aussi.
- C'est un truc à se prendre en grippe, dis donc.
- Shacklebolt considère, au contraire, que cela rapproche les coéquipiers. Un peu comme l'histoire des points accordés ou retirés aux maisons à Poudlard.

- Ah ! J'avais pas pensé à cela. Mais je ne suis quand même pas convaincu. Tu dois m'en vouloir, non ? objecta Potter, en pleine crise de culpabilité.
- Si c'était le cas, cela voudrait dire que notre association est une erreur et que Shacklebolt ferait mieux de nous séparer, répondis-je. Cela dit, j'aurai préféré dormir dans mon lit, cette nuit. Penses-y la prochaine fois que Malefoy dépasse les bornes.

- Désolé, il a touché un point sensible, et je ne m'y attendais pas. Je n'ai d'ailleurs toujours pas compris pourquoi il s'est énervé. Tu le sais, toi ?"

Je me disais bien aussi, que cela ne ressemblait pas à Potter de balancer des vacheries pareilles. Il faut croire que personne n'avait voulu lui raconter ce qui s'était passé entre les Malefoy pendant la bataille. Et pour tout dire, je n'avais pas spécialement envie de m'y coller.

"Je ne connais pas Malefoy tant que ça", répondis-je évasivement.

Il me dévisagea un instant :
"Tu n'est pas en train de noyer le strangulot, là ?
- Avoue qu'avec ce qui tombe, ce n'est pas trop difficile, éludai-je.
- Tu crois pas que tu devrais m'expliquer ce que j'ai dit de mal pour que je ne recommence pas ?"

Il n'avait pas complètement tort. Je me passerais bien d'autres semaines de garde. Je me lançai :

"Je suppose que tu ne sais pas que Malefoy a tué son propre père pendant la Bataille."

Potter me dévisagea, clairement horrifié, plusieurs secondes avant de me demander :
"T'es sûr ?
- Oui. Tu sais, quand euh… Quand Tu-Sais-Qui est mort, tout a changé brusquement. Nous, on s'est sentis plus forts, et les Mangemorts ont commencé à fuir. Sauf un. Il a agressé Malefoy qui, pour se défendre, lui a jeté un maléfice à bout portant. Son attaquant est mort sur le coup. Et quand on lui a retiré sa cagoule, on a vu qui c'était.
- Ils sont vraiment malades dans cette famille ! commenta Potter d'une voix blanche.
- C'était ça ou Azkaban", expliquai-je, pensant quand même que choisir la main de son héritier pour se suicider, n'était pas le signe d'une très bonne relation père-fils.

Je me demandai fugitivement comment Narcissa Malefoy gérait cette situation.

"Je comprends que Malefoy m'en veuille, dit Potter, visiblement pas très fier de lui.
- Epargne-moi tes regrets. Il te lance des saloperies à longueur d'année, alors tu peux bien lui en flanquer une un peu vicieuse dans les gencives, de temps en temps ! Tu vas pas aller lui faire des excuses, quand même.
- Il penserait que je me moque encore de lui, de toute façon."

Je levai les yeux au ciel. Vraiment, parfois, je trouve que le sens de l'honneur des Gryffondors complètement ridicule !
"Evite surtout de lui parler. A mon avis, il va un peu te lâcher, maintenant. Alors profites-en. Allez, vois le bon côté des choses ! Dans deux jours, c'est terminé.
- Ouais, heureusement, cela fait cinq jours que je n'ai pas vu Lily. Et Ginny est furax contre moi. On ne fait que se disputer les rares moments où on se croise. Comment Christina prend-elle tout cela ?
- Pas très bien, mais je lui ai dit que c'était entièrement ta faute, alors c'est à toi qu'elle en veut. T'as du pot qu'elle soit Moldue.
- Ce n'est pas forcément avec une baguette à la main que Ginny est la pire, remarqua-t-il. J'avais jamais remarqué à quel point elle ressemblait à sa mère par certains côtés," conclut-il sombrement.

Je ne connaissais pas très bien Molly Weasley, mais j'imaginais sans mal que le sens de répartie de l'épouse de mon coéquipier devait en faire une redoutable mégère quand elle s'en prenait à quelqu'un. Je tentai de lui témoigner de ma sympathie :
"C'est bête que tu ne t'en sois pas rendu compte avant le mariage !
- Je suppose que je l'aurais épousée quand même, soupira-t-il. Mon côté suicidaire, tu sais", fit-il en une pitoyable tentative d'autodérision.

Formidable ! Autant dire qu'il ne fallait pas compter sur cette punition pour lui mettre du plomb dans la tête !

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Le lundi qui suivit notre semaine de garde, Morrito vint m'inviter à prendre un verre, alors que je rangeais mes affaires avant de rentrer chez moi. J'acceptai, sous le regard mécontent de Potter. Je comprenais que cela lui déplaise, vu que, pour lui, mon ancien partenaire était inextricablement lié à son ennemi. Mais cela faisait quinze ans que je bossais avec Morrito, et je n'allais pas me fâcher avec lui parce que nos coéquipiers ne s'entendaient pas. Avant de partir, je m'assurai cependant que Malefoy avait déjà quitté la Ruche.

On est allés dans mon pub habituel. Une fois nos consommations servies, il me lança en levant sa chope :

"Fichus gamins !
- Ouais ! renchéris-je. J'ai plus l'âge d'être de sortie toutes les nuits !
- Qu'est-ce qui s'est passé, exactement ?
- Potter a, sans le faire exprès, évoqué ce qui s'est passé entre les Malefoy pendant la Bataille, répondis-je. Il ignorait cet épisode.
- Pas étonnant que cela ait mal tourné ! Et qu'a répondu Malefoy ?
- Il a laissé entendre que Potter avait fait mourir certains de ses alliés par négligence."

On s'est regardé. Il était évident que Potter n'aurait pas réagi avec autant d'agressivité s'il n'y avait pas eu un petit fond de vrai dans cette accusation. Je me rappelai que, devant moi, Potter avait plusieurs fois exprimé des regrets sur le lourd bilan de la Bataille. Et je revis son épouvantard : sa femme, haineuse, lui reprochant d'être l'assassin de son… père ? frère ? Et puis, il y avait Diggory, aussi. Potter se sentait toujours coupable de l'avoir amené au Seigneur des Ténèbres.

Finalement Morrito a haussé les épaules et changé de sujet :
"Tu sais, plus j'y pense, plus je me dis qu'il faut qu'il y en ait un des deux qui s'en aille.
- Je ne pense pas que Potter ait l'intention de démissionner", ai-je rétorqué, plus sèchement que je ne l'aurais voulu

Morrito se mit à rire doucement :
"C'est que tu le défends bec et ongles, ton poulain ! Fais pas cette tête, je ne me fiche pas de toi. Je trouve plutôt sympa que ça fonctionne bien entre vous deux. Pour en revenir à qui doit partir, il est probable que Malefoy n'ait pas envie de rester quand Potter sera appelé à de plus hautes fonctions. De toute façon, je trouve que Malefoy gâche un peu ses talents avec nous. Il serait très bon sur un poste un peu plus politique."
- Ce n'est pas ce que tu disais l'autre jour dans le bureau du commandant, fis-je remarquer.
- L'autre jour, j'avais envie de t'emmerder parce que ton partenaire avait failli massacrer le mien et que t'avais pas été fichu de l'en empêcher."

Ça, je pouvais le comprendre.

" Tu en as parlé à Shacklebolt ? demandai-je.
- Pas encore. Et si tu suggérais à Potter d'intercéder auprès du Ministre pour que Malefoy se voit proposer un poste à hauteur de ses compétences, plaisanta Morrito. Il ne pourrait sans doute pas lui refuser ?
- Tu sais que c'est une bonne idée, ça !
- Tu penses quand même pas que Potter marcherait dans la combine ! Même pour se débarrasser de Malefoy, je ne le vois l'aider à obtenir une promotion.
- Moi non plus. Mais Potter a des amis qui seraient prêts à faire cela pour lui. J'en connais une, justement, à qui le Ministre ne pourra rien refuser.
- Je ne savais pas que tu avais de telles relations, dis donc !
- Je cache bien mon jeu. Mais toi, cela ne t'embêterait pas que Malefoy s'en aille ?"

Morrito haussa les épaules :
"Il fait bien son boulot et c'est un partenaire correct. Mais je commence à en avoir marre de toujours le surveiller quand Potter est dans le coin. J'ai déjà trois gosses, cela me suffit.
- Comment vont-ils ?
- Eh bien l'aîné rentrera à Poudlard l'année prochaine. Les autres font tourner leur mère en bourrique, m'informa-t-il avec un sourire indulgent. D'ailleurs, il ne faut pas que je tarde trop si je veux les voir avant qu'ils ne se couchent."

Il me regarda en dessous avant de me demander :
"Et toi, c'est pour quand ?
- Qu'est-ce qui te fait croire une chose pareille ?
- T'as changé, tu sais. C'est la première fois que tu me demandes des nouvelles de mes gosses. Je t'ai vu écouter Potter et Jones quand ils parlent de leurs bébés. Et puis tu as arrêté de faire le beau dès qu'une jolie fille passe dans le coin."

Je lui jetai un regard offensé tandis qu'il se levait après avoir réglé sa consommation. Je posai à mon tour quelques mornilles sur la table, et le suivis vers la Halle au Poudres.

"C'est la femme qui était avec toi à Pré-au-Lard il y a six mois ? me demanda-t-il, faisant allusion au jour où les Détraqueurs nous avaient attaqués.
- Oui.
- Elle est Moldue ?
- Quel fin limier ! T'as jamais pensé à devenir Auror ?
- Si elle était pas Moldue, pourquoi tu aurais besoin d'un téléphone moldu, hein ?
- Ça va, j'ai compris, tout le monde est au courant !
- Ça te gêne ?"

Je réfléchis un moment avant de répondre :
"Plus maintenant.
- Comment a-t-elle pris la révélation que tu étais sorcier ?
- Pas trop mal, répondis-je en souriant. Elle avait imaginé des trucs tellement tordus pour expliquer mon étrangeté, qu'elle était prête à accepter n'importe quoi. Elle se débrouille plutôt bien chez nous, conclus-je avec fierté.
- J'en suis heureux pour toi.
- Merci", répondis-je, un peu gêné.

Même du temps où nous étions partenaires, nous n'abordions pas de sujets personnels. Il faut dire qu'à l'époque, j'avais pas grand-chose à raconter et que sa vie familiale ne me passionnait pas.

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Décidé à battre le fer pendant qu'il était encore chaud, j'envoyai dès le lendemain une note interne à Hermione Granger-Weasley pour la prier de m'accorder un peu de son temps à l'heure du déjeuner. Elle me répondit qu'elle serait libre le jeudi midi. Je l'invitai à manger dans une taverne assez en vue sur le Chemin de Traverse, où Potter ne mettrait sûrement jamais les pieds du fait de sa popularité.

Elle arriva un peu en retard, toute essoufflée. Elle s'excusa et, après avoir commandé et échangé les banalités d'usage, j'entrai dans le vif du sujet.

"Vous devez être au courant de l'incident d'il y a deux semaines entre Potter et Malefoy.
- Bien sûr. Il s'est encore passé quelque chose ?
- Non. Pour le moment, nous évitons de les mettre en présence l'un de l'autre. Mais nous ne pourrons pas faire cela éternellement.
- Que suggérez vous?
- Si Malefoy avait une proposition de poste intéressante dans un autre service, cela réglerait définitivement le problème."

La jeune femme me considéra pensivement.

"Vous voudriez que je demande à mon beau-frère de pistonner Malefoy pour qu'il accepte de quitter le corps des Aurors et laisser le champ libre à Harry.
- Disons que ce serait repos