Les Mains de Pouvoir by Juliette54
Summary:

« Vous la voyez bien, Melania, sur cette tapisserie, non ? Son nom est toujours brodé de fils noirs et or à côté de celui d’Arcturus. Elle est la mère de Lucretia et Orion Black. La grand-mère de Sirius et Regulus Black, les ultimes héritiers de la Maison des Black. Elle les a connus. Elle adorait Regulus, elle disait qu’il ressemblait trait pour trait à son époux Arcturus. Très intelligent, très respectueux de l’honneur de la Maison des Black, un peu à part, un peu à l’écart du monde, mais toujours calme et pondéré. Un charme discret mais naturel et altier. La paranoïa en moins. »

Les Mains de Pouvoir

(image : Orgueil et Préjugés, 2005, retravaillée)

Singulier destin que celui de Melania Black. Saviez-vous qu’elle était écossaise ?
Que coulait le sang des Macmillan dans ses veines ?
Qu’elle fit ses classes à Poufsouffle ?
Qu’elle épousa l’héritier de la Noble et très Ancienne Maison des Black ?
Qu’elle devint la sorcière la plus puissante d’Angleterre ?
Remarquez, elle ne le savait pas non plus. Enfin... pas tout à fait.

TW : violence, sujets sensibles, relations toxiques

 

 


Categories: Biographies, Romance (Het), Après Poudlard Characters: Famille Black
Genres: Horreur, Romance/Amour, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Violence physique, Violence psychologique, Violence sexuelle
Challenges: Aucun
Series: Mesdames et Mesdemoiselles Black
Chapters: 17 Completed: Non Word count: 49174 Read: 2810 Published: 23/08/2022 Updated: 08/01/2023
Story Notes:

Après un an et demi de réécriture... ME VOILA pour vous conter l'histoire dramatique de Melania Macmillan Black et du 12, Square Grimmaurd...

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ATTENTION TW TW TW :

J’ai classé cette fic en -16 parce que il y a de la violence, du forcing et des situations problématiques/de manipulation et des relations toxiques/malsaines. Cependant, quand j’ai écrit et raconté ces scènes, je l’ai fait sans complaisance, sans détails, sans m’attarder sur les sensations, mais de manière brute et en les analysant au fur et à mesure (du moins j’ai essayé). Tout est déjà écrit. Je mettrai un ou deux chapitres par semaine selon le temps que j’ai et selon vos retours < 3

J’ai classé le texte en romance, mais je crois que c’est plus une anti-romance qu’une romance à la réflexion. Oups.

À moins que je sois trop sensible. Hum.

Selon MarlyMcKinnon qui a relu toute cette fanfic – merci, merveilleuse bêta ! –, c’est dark quoi.

Mais si vous me connaissez un peu, vous savez que j’aime les happy-end assaisonnés d’une pointe douce-amère. Donc la fin sera un peu amère mais un peu douce également, pour Melania comme pour le narrateur.

Maintenant, à vous de découvrir qui raconte l’histoire de Melania Macmillan-Black… si vous aimez Melania Macmillan-Black… ou si vous la détestez…

Bonne lecture !

 

1. Prologue by Juliette54

2. 1. Où Bonheur rime avec Malheur by Juliette54

3. 2. Où Amour ne suffit pas by Juliette54

4. 3. Où Amour n'est plus by Juliette54

5. 4. Où Amant est plus utile by Juliette54

6. 5. Où Arcturus Black est bizarre by Juliette54

7. 6. Où Arcturus Black est gentil by Juliette54

8. 7. Où Amitié est douce by Juliette54

9. 8. Où Peur étrangle by Juliette54

10. 9. Où Tendresse caresse by Juliette54

11. 10. Où Arcturus Black est vraiment cinglé by Juliette54

12. 11. Où Hesper Black avance ses pions by Juliette54

13. Demilogue by Juliette54

14. 12. Où Arcturus est malade by Juliette54

15. 13. Où Pollux Black tente sa chance by Juliette54

16. 14. Où Amour gagne by Juliette54

17. 15. Où Amitié s'apprend by Juliette54

Prologue by Juliette54
Author's Notes:

Voilà le prologue. Je mets le premier chapitre dans la foulée. Bonne lecture :)

Prologue

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Juin 1999,

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Je cherche mes mots depuis déjà plusieurs minutes. Mon hôte ne se trouble presque pas. Debout à côté de moi, seul le son martelé de son cœur vient se mêler au chant estival des oiseaux sur les arbres chargés de feuilles et de fruits.

Je passe une main timide et mélancolique sur l’objet que je voulais revoir avant de parler plus avant. Son visage est encore jeune et fier, figé aux jours où elle devenait toujours plus belle, dans la fleur de sa jeunesse. Il y a peut-être déjà les graines de ce qu’elle deviendra, mais je ne les vois pas, comme je ne les voyais pas à l’époque.

Le grenier est plein de poussière. La table, aussi. La tapisserie, non. Les fauteuils, moins. Je respire lentement, avec hésitation. Je cherche mes mots depuis déjà plusieurs minutes, et j’ignore encore comment faire, comment je peux expliquer et raconter ce que je pense, ce que je présume, ce que je comprends.

Ce que j’ai maladroitement compris.

Peut-être puis-je commencer par un résumé. Résumer qui elle est. Qui elle était. Ses liens avec les autres. Ceux que mon hôte connaît vraisemblablement.

Peut-être puis-je pour une fois m’accorder un peu de temps pour moi. Me permettre de parler d’elle avec toutes mes faiblesses, reconnaître ce que j’ai manqué, ce que j’ai compris trop tard. Mon hôte ne me jugera sûrement pas.

Je passe une main tendre sur son visage d’une vingtaine d’années et je chuchote tout autant pour mon hôte que pour moi :

« Vous la voyez bien, Melania, sur cette tapisserie, non ?

— Oui, répond-il mais je ne l’écoute pas vraiment, premier privilège que je m’accorde depuis longtemps.

—  Son nom est toujours brodé de fils noirs et or à côté de celui d’Arcturus. Elle est la mère de Lucretia et Orion Black. La grand-mère de Sirius et Regulus, les ultimes héritiers de la Maison des Black. Elle les a connus. »

Dire qu’un tel Arbre porte Melania. Si seulement elle était avec nous, au milieu des arbres en fleurs peuplés d’oiseaux ; et non avec Arcturus Black.

J’éloigne mes mains de son visage brodé et je relève la tête pour regarder mon hôte. J’hésite. J’en suis persuadé, mais… Et puis n’est-ce pas trop intime ? Remuer tout cela peut-il vraiment être profitable ?

Ces détails l’aideront sûrement. Et moi aussi, j’espère y voir ensuite plus clair.

« Elle adorait Regulus, elle disait qu’il ressemblait trait pour trait à son époux Arcturus. Très intelligent, très respectueux de l’honneur de la Maison des Black, un peu à part, un peu à l’écart du monde, mais toujours calme et pondéré. Un charme discret mais naturel et altier. »

Je crois qu’il va falloir que je m’assoie dans l’un des fauteuils un peu poussiéreux, loin de la fenêtre qui donne sur un jardin ensoleillé. Je crois que ce sera plus long que prévu si je veux qu’il comprenne à son tour.

 « La paranoïa en moins. »

 

End Notes:

Merci, et à très vite sur la page suivante :)

1. Où Bonheur rime avec Malheur by Juliette54
Author's Notes:

Allez, on entre dans l'histoire... Je vous remets ici le lien vers l'arbre généalogique de la Maison des Black fait pas JKR et complété par mes soins (il est aussi sur mon profil). Mais si vous êtes perdu.e.s à ce stade de l'histoire, c'est vraiment pas grave : je réexpliquerai les liens entre les personnages le moment venu :)

Bonne lecture !

Chapitre 1 : Où Bonheur rime avec Malheur

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle était écossaise ?

Que coulait le sang des Macmillan dans ses veines ?

Qu’elle fit ses classes à Poufsouffle ?

Qu’elle épousa l’héritier de la Noble et très Ancienne Maison des Black ?

Qu’elle devint la sorcière la plus puissante d’Angleterre ?

Remarquez, elle ne le savait pas non plus. Enfin... pas tout à fait.

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Si je dois donner une seule date parmi toutes celles qui firent basculer la vie de Melania vers cette main de pouvoir, je donnerais celle où elle a tué le pouvoir que Pollux Black pensait embrasser en se mariant avant ses cousins. Oh, il aimait et respectait son épouse, Irma Crabbe, là n’est pas la question. Mais les fils de l’héritier de la Maison des Black avaient de petits problèmes de comportement. Pollux pensait que ses cousins Arcturus et Regulus Black resteraient seuls, incapables de vivre avec une femme ou même d’avoir une quelconque intimité. Non, ils étaient loin d’être indécents ou repoussants, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais disons que la consanguinité sorcière n’avait pas que du bon pour la stabilité psychologique. Et Pollux Black pensa un temps que lui et ses enfants hériteraient de la gestion de la Noble et Très Ancienne Maison des Black. Sa fille en hérita finalement, certes. Mais ceci est une autre histoire.

La famille Macmillan ne ressemblait en rien à Ernie en ce temps-là. Ils n’étaient pas Poufsouffle pour leur douceur ou leur gentillesse. Ils étaient Poufsouffles parce qu’ils étaient travailleurs. Non, les Serdaigles sont sages, pas travailleurs. Ils aiment les livres, ils se plongent dedans par plaisir, et ils ne désobéissent guère. Ils ne désobéissent jamais.

Melania Macmillan désobéissait. Souvent. Elle prenait des corrections. Souvent. Les Macmillan ne plaisantaient pas en ce temps-là. La punition était annoncée, la bêtise était tout de même réalisée et Sileas Macmillan appliquait la sentence. Sileas s’en tenait aux coups de ceinture comme son père avant lui. Il pratiquait aussi la gifle avec sa fille. Quoi qu’il en soit, Tomas Macmillan savait protéger sa petite sœur du caractère inflexible et irascible de leur père en prenant souvent les tances à sa place, en annonçant ses exploits juste après les bêtises de sa sœur pour détourner l’attention. Le second fils, Barnabas, en prenait aussi à la place de Melania mais il estimait parfois que sa sœur méritait ce rappel à l’ordre.

Melania était douce, plutôt jolie, cœur travailleur, innocent, fidèle et optimiste de Poufsouffle. Elle faisait tourner les têtes, elle embrassait les garçons et elle osait leur répondre là où ses camarades rougissaient en baissant les yeux. Elle était follement amie avec ses camarades de la Maison Poufsouffle, elle riait, elle grandissait et elle découvrait la vie avec eux. C’était une jeune sorcière pleine de vie, avec du répondant et de la répartie, et qui aurait pu incarner Elizabeth Bennet si elle avait rencontré un Darcy. Elle a fini par trouver son Darcy, mais il ne correspondit pas vraiment au Darcy de Jane Austen. Et puis le meilleur ami de son Darcy ne s’appelait pas Charles Bingley. Et sa sœur n’avait rien d’une jeune Georgianna douce et innocente. Mais ceci est une autre histoire.

Elle crut trouver son Darcy en la personne de John Swift.

Quelques semaines après sa sortie de Poudlard, en juillet 1923 – c’était un samedi, Melania s’en souviendrait longtemps – Fiona Maddock l’emmena dans le Londres moldu. Elles devaient y retrouver Ludovica Abbott et son fiancé Galaad Weasley. Non, les Weasley n’étaient pas encore considérés comme des traîtres à leur sang en ce temps-là. D’accord, Grindelwald commençait à faire parler de lui mais la question du sang avait peu d’importance. C’était l’abolition du secret magique qu’il prônait à cette époque… Quant à Teignous Nott, il n’avait pas encore écrit son livre sur les Vingt-Huit Sacrées d’Angleterre. Mais comme vous l’avez compris, ceci est aussi une autre histoire. 

« Attends-moi, Fiona ! »

Parlons de Melania et de ce jour où elle rencontra John Swift à Londres, à Trafalgar Square, parce qu’elle avait perdu Fiona dans la foule. Embêtée comme elle l’était, perdue dans une foule de moldus qu’elle côtoyait somme toute très peu et dont elle ignorait les habitudes, elle en vint à se demander comment elle pourrait se débrouiller seule sans lancer des étincelles vers le ciel. Son père ne l’avait pas laissée passer son permis de transplanage (Une femme ne transplane pas seule Melania, enfin !), le moyen de transport la rebutait déjà assez en escorte, elle n’aurait sûrement même pas demandé à passer son permis. Son esprit volontaire avait tout de même insisté. Elle n’avait pas gagné bien sûr. On ne gagnait jamais face à Sileas Macmillan. Surtout lorsqu’on était soi-même une Macmillan.

« Fiona ? »

Elle finit par monter sur un banc et chercher Fiona du regard. Son amie n’était nulle part en vue. Et elle avait bien du mal à se rappeler le nom du pub où elles étaient sensées rejoindre Ludovica et Galaad.

Elle descendit du banc en rencontrant plusieurs paires d’yeux qui la fixaient avec perplexité ou moquerie. Enfin, ce n’est pas vraiment pour ces raisons qu’elle descendit du banc. Elle descendit du banc, parce qu’elle crut qu’elle avait trouvé un sauveur en la personne d’un Moldu, blond, le sourire tendre, la main tendue devant lui pour l’aider à retrouver les pieds sur terre.

« Un ange tombé du ciel, plaisanta-t-il et sous ses yeux d’un bleu pur, pur comme jamais elle n’avait vu, elle se sentit rougir de plaisir.

— Est-ce une flatterie ou une moquerie ? demanda-t-elle en faisant rouler son accent écossais dans sa bouche.

— Un compliment, répondit aussitôt le Moldu en souriant un peu plus. Qu’est-ce qu’une jolie fille fait si loin de son Écosse natale ? »

Elle lâcha sa main, tint sa pochette à deux mains devant elle, rougit à nouveau devant ce sourire inconnu mais qui lui plaisait beaucoup. Il y avait quelque chose d’étrange, de différent et d’inconnu chez cet homme. Plus tard, elle dira que son origine moldue l’avait intriguée, surprise, ensorcelée presque, elle dont le père vantait la pureté de leur lignée Sang-Pur, les traditions sorcières et tout ce qu’on devait aux sorciers de sorciers. Plus tard, elle dira que ce n’était que de la curiosité, du désir peut-être, et même une envie de faire quelque chose d’interdit. Plus tard, elle dira qu’elle tomba follement amoureuse, comme une folle… elle dira qu’elle devint folle aussi.

« Elle cherche ses amies dans cette grande ville qu’elle ne connaît pas, répondit-elle en sentant pour la seconde fois le désir irradier son bas-ventre. »

Car oui, dès qu’elle vit le Moldu, elle le désira. Elle le désira mille fois plus qu’Alexander Twain avec qui elle avait découvert l’amour. Je vous l’ai dit, Melania n’était pas sage et elle désobéissait. Elle désobéissait à son père et à sa mère qui lui avait parlé de pureté et de pudeur. Elle désobéissait parce qu’elle voulait faire ce qu’elle voulait. Elle désobéissait parce qu’elle avait un fort caractère, un caractère indépendant qui recherchait la liberté et l’amour.

Du moins, à cette époque. Après, la peur, la happa. Mais chaque chose en son temps.

« Veut-elle un guide ? répliqua le Moldu l’œil pétillant de désir. »

Car oui, dès que le Moldu la vit, il la désira, elle en fut certaine. Elle était jolie, pas belle. Elle serait belle plus tard, après les épreuves. Elle était encore jeune, jolie, fraîche et disposée à rêver du coup de foudre. Il la désira, elle le désira et un rendez-vous clandestin plus tard, il la fit monter chez lui.

Lorsqu’elle raconta à Ludovica qui voulait attendre son mariage pour goûter entièrement au fruit défendu, et à Fiona, qui ne songeait absolument pas à l’amour pour le moment, lorsqu’elle leur raconta qu’elle avait suivi le moldu John Swift chez lui, qu’après un instant de malaise elle s’était donnée à lui, il ne vint à l’esprit ni de l’une ni de l’autre de se réjouir pour leur amie au cœur d’artichaut qui pensait que ce désir était amour et qui pensait revoir son Moldu très vite. Ludovica leva les yeux au ciel en lui disant que c’était peut-être un peu rapide. Fiona lui demanda simplement si elle savait ce qu’elle faisait.

Melania n’écouta pas, toute à son bonheur.

Elle n’écoutait pas et elle ne comprit pas. Elle ne comprit pas même lorsqu’elle vint les fois suivantes et que les choses finirent par se passer ainsi :

« Tu es en retard, lui reprochait gentiment John.

— À peine un quart d’heure », répliquait-elle de la même manière en venant nouer ses mains derrière sa nuque.

Là, sur le perron de son appartement, elle l’embrassait longuement, elle se pressait contre son torse, aimante et douce. Elle sentait John la tenir plus proche encore de lui pour lui indiquer son désir déjà impatient. Elle se détachait en faisant la moue.

« Déjà ? Je viens à peine d’arriver. Allons nous promener, nous n’y allons jamais, rappelait-elle en tirant sur son bras.

— Tu ne peux rester que deux heures et tu es en retard, si nous sortons, nous ne pourrons pas…

— Nous ne sommes pas obligés de nous sauter dessus dès que nous nous voyons, lui disait-elle en riant alors qu’il ne bougeait pas d’un pouce. Viens !

— J’ai envie de toi, insistait-il en la tirant chez lui. »

Il avait déjà refermé la porte de son appartement derrière elle. Elle soupirait avec agacement et cherchait à se dégager. Il la maintenait un peu plus contre la porte pour partir à la recherche de la peau de sa gorge avec sa bouche.

« John, s’il te plaît, arrête, je…

— Quoi ? Tu n’as pas envie peut-être ? Je ne sais pas te satisfaire ?

— Mais ça n’a rien à voir, soupirait-elle en se libérant de sa prise. J’ai seulement envie de me promener avec toi.

— Allez, s’il te plaît, je t’ai attendue toute la journée. »

Et elle disait oui... elle disait oui parce qu’elle ne savait plus dire non.

Et non, elle ne comprit pas que ce n’était pas une situation saine, une situation amoureuse normale. Une situation amoureuse tout court. Mais comment aurait-elle pu le comprendre en ne pouvant discuter avec ses amies de cette relation ? Avec ses amies qui ne recherchait pas un amour et une vie dont elle avait envie et besoin ? Avec qui pouvait-elle partager son envie de John ? Ses violences d’homme ? Ses craintes de le perdre malgré tout ?

Vous me dites qu’elle aurait pu l’immobiliser avec sa magie ? C’est vrai. Mais elle n’y pensa pas une seconde parce qu’elle ne voyait pas en John un ennemi. Elle voyait un amant. Elle voulait un amoureux. Mais il ne lui donnait que du désir… il ne prenait que du désir. Il ne prenait même que son corps à vrai dire. Son cœur lui était bien égal. Elle était la fille du jeudi soir avant celle du vendredi. Tout simplement.

Mais elle ne le comprenait pas.

Alors quand son père lui demandait plus ou moins sérieusement : « Quand est-ce que tu te maries ? ». Elle répondait avec émerveillement : « Bientôt, c’est pour bientôt. » sans savoir qu’elle avait tout à fait raison, mais certainement pas comme elle se l’imaginait.

 

End Notes:

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, ça fait toujours plaisir ! Mais surtout, j'epsère que la lecture vous plaît < 3

A très vite !

2. Où Amour ne suffit pas by Juliette54
Author's Notes:

Un immense merci la vache, PititeCitrouille et nadra pour vos retours ! < 3 Je suis très heureuse que l'histoire vous plaise ! 

Pour le prochain chapitre, je mets encore des TW pour sujets sensibles et violence par précaution, mais vous avez compris le ton de la fic et les thèmes abordés avec le premier chapitre, je pense. 

Bonne lecture :)

Chapitre 2 : Où Amour ne suffit pas

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle tomba enceinte de son moldu ?

Que ses parents s’en rendirent compte ?

Qu’elle vit sa vie s’écrouler en deux mots ?

Qu’elle se sentit veuve avant même d’être mariée ?

Remarquez, elle ne le sait pas encore pour l’instant.

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Melania comprit rapidement qu’elle était enceinte. Elle était légère et inattentive mais loin d’être sotte et ignorante. Elle comprit qu’elle était enceinte, et comme souvent en ce temps-là, elle se décida à le dire au père du bébé, certaine que c’était le moment où il l’épouserait. Elle s’en alla chez John Swift, un peu inquiète de la réaction qu’auraient ses parents, mais certaine que John en ferait sa femme et l’accueillerait chez lui comme une princesse. Et puis ses parents, mis devant le fait accompli, ne pourraient pas lui refuser un mariage déjà consommé. Que John soit Moldu les ennuierait et les choquerait sûrement un peu, mais ils s’y feraient. Ils voulaient son bonheur, non ?

Melania prit une lourde poignée de poudre de Cheminette pour la jeter dans l’âtre de la maison de ses parents en Écosse et partir pour le Chaudron Baveur dans les plus brefs délais. Elle atterrit tôt ce matin-là dans un Londres en éveil. Elle était plutôt venue en après-midi les fois précédentes, lorsque son père était encore aux champs et que sa mère la pensait en promenade dans leur village sorcier écossais ou dans la forêt à ramasser une plante ou une autre. La Famille Macmillan, aussi prestigieuse soit-elle, était fervente défenseuse de la Maison de Poufsouffle et du travail bien fait. Ils avaient un seul elfe pour aider sa mère Jane Macmillan dans les tâches ménagères, mais c’était tout. Melania savait cuisiner, laver le linge et tenir une maison, comme on l’exigeait d’une femme de condition haute et modeste. Son père Sileas n’aurait pas toléré le moindre manquement à l’éducation de sa fille. Il était excessivement dur et injuste selon Melania, il était surtout réfractaire à la moindre incartade selon sa vision des choses pour moi. Les deux se valent, cela dit.

« John, appela-t-elle avec inquiétude. John, tu es là ? appela-t-elle à nouveau. »

Ils ne se voyaient que le jeudi après-midi généralement, et on était mardi matin. Mais elle n’avait pas pu tenir deux jours et demi de plus. Un enfant, elle portait un enfant, l’enfant de John, il devait être le premier qu’elle mettrait au courant !

Elle frappa encore une fois à la porte. Peut-être était-il déjà parti à l’usine ? Il y travaillait depuis la fin d’une guerre moldue qui s’était bien finie apparemment. Les moldus d’Angleterre, associés aux Français et aux Américains avaient écrasé les Allemands et les Autrichiens. Tant que John était revenu, tout allait bien. Il n’aimait pas parler de ce qu’il avait vécu là-bas, et Melania voyait toujours une ombre traverser son regard lorsqu’il y pensait. Elle s’efforçait toujours de lui changer les idées dans ces moments-là. Avec ses charmes ou même sa voix dont elle remplissait le silence envahissant.

« John, c’est Melania, j’ai besoin de te parler, insista-t-elle en entendant du bruit de l’autre côté de la porte. »

Elle entendit enfin la poignée de la porte s’abaisser et sauta dans les bras d’un John encore un peu endormi. Elle l’embrassa et il ne chercha pas plus loin pour lui répondre. Il avait déjà tiré sur le lacet de cette robe – qu’il trouvait bizarre – pour prendre ce qu’il recherchait chez Melania. Et il le prit avant même que Melania n’ait pu dire quoi que ce soit. Parce que c’était ça, pour lui, leur relation. Si relation il y avait. Et Melania l’avait peut-être compris inconsciemment, même si elle s’accrochait à lui. Ou peut-être, comme on l’a dit, qu’elle ne savait pas dire non, qu’elle ne s’en sentait même pas autorisée.

John prit ce qu’il voulait sur la petite table de sa cuisine rapidement, pour lui, sans penser à Melania qui essayait de s’emparer de la plus infime larme de plaisir. Elle se satisfit tant bien que mal de l’accueil, la main sur son ventre encore plat, les jambes engourdies d’avoir essayé d’obtenir plus inutilement. Sa bouche la piquait d’un manque de baisers, ses mains la piquaient des échardes qui s’étaient enfoncées dans sa paume encastrée dans le bois de la table et ses yeux la piquaient d’une recherche de douceur que John n’essayait plus de lui donner. Mais c’était de sa faute, n’est-ce pas ? Elle lui avait dit, un jour, qu’elle avait aimé la surprise et la force qu’il avait mis dans ses coups de reins. Et puis, c’était sa manière de lui montrer qu’il l’aimait, n’est-ce pas ? De l’écraser contre le mur, contre la table, contre son matelas, rien que ça, et toujours plus, toujours plus…

… Non, Melania. Non, Melania. Quelqu’un de bien intentionné lui aurait répondu « non, Melania » si quelqu’un avait voulu l’écouter. Si quelqu’un avait pu l’écouter. Si elle avait pu en parler à quelqu’un à cette époque. Si elle n’avait pas été aveuglée et écrasée par cet homme aussi. Parfois, elle se rappelait des mains douces et tendres d’Alexander Twain. Ce n’était pas encore un homme, il était hésitant et craignait de la blesser et elle sentait peu de choses, mais elle s’était sentie choyée. Elle se rappelait aussi des frissons dans le ventre lorsqu’Alexander lui avait pris la main, la première fois. Elle se rappelait de son premier baiser, avec Garrick Harper et de l’explosion de papillons dans son ventre. Elle se souvenait des balades dans Pré-au-Lard avec Archi Rosier. Elle se souvenait des fous rires et des discussions passionnées avec Alexander, avec Garrick, avec Archi. Puis elle se souvenait du sourire éclatant de John lorsqu’elle l’avait rencontré et de la manière assurée avec laquelle il l’aimait. Elle se rappelait de la vie qu’elle avait senti s’écouler en elle entre ses bras.

« Melania ? s’inquiéta John en venant l’enlacer.

— Tu… J’ai besoin de douceur, avoua-t-elle en relevant des yeux perdus vers lui. »

Elle l’aimait, comme une folle, au point de ne pas avoir bien surveillé son ventre. Elle l’aimait au point de penser à contrarier ses parents pour vivre avec lui. Oh oui, elle l’aimait. Mais elle avait besoin de faire avec lui autre chose que l’amour pour l’aimer.

« Va te mettre au lit, je t’apporte un thé », lui proposa-t-il aussitôt en venant l’embrasser lentement et avec toute la douceur qu’elle lui réclamait depuis des semaines.

Alors elle retomba amoureuse, encore une fois, une fois de plus, en entendant toute l’attention qu’il lui portait. Elle s’enfonça dans ses bras d’homme, forts et rassurants. Il lui caressa le dos avec cette tendresse qu’elle pensait qu’il avait toujours pour elle mais qui se manifestait d’une manière plus ou moins brusque.

Elle se coucha dans ses draps, seulement vêtue de sa sous-robe en lin blanc impatiente de trouver un interlude un peu romantique avec John.

Elle se coucha et son cœur s’apaisa doucement. Une main sur son ventre, elle imaginait déjà le petit garçon aux cheveux blonds comme John et aux yeux noirs des Macmillan. Elle imaginait le petit être qui grandirait bientôt dans son ventre. Elle s’imagina s’appeler Melania Swift. Elle s’imagina à son mariage en Écosse. Elle s’imagina révéler à John qu’elle était sorcière.

Elle s’imagina toute sa vie future en une poignée de secondes. Et cette vie dura en effet une poignée de secondes.

De violents coups à la porte de l’appartement de John firent vibrer tous les murs de la maison. Elle se demanda vaguement qui cela pouvait être. Elle était arrivée une demi-heure plus tôt, peut-être un peu plus. Il devait être huit ou neuf heures. Peut-être un peu moins.

« Mais ça va pas de frapper comme des bêtes ! retentit la voix de John. Vous…

— Où est ma sœur, Sang-de-Bourbe ! Où est…

— Mais enfin, de quoi… »

C’était la voix de Barnabas. C’était la voix de son deuxième frère.

« Je sais que ma fille est chez vous ! Ne me forcez pas à sortir ma baguette ! Où est… »

Et son père ? Mais… Non, ce n’était pas possible. Elle avait fait bien attention à ne pas laisser le moindre indice sur John chez ses parents. Elle leur avait simplement écrit une lettre pour leur dire qu’elle était amoureuse et…

Elle sortit du lit, le cœur battant la chamade, la respiration précipitée. Elle ouvrit la porte de la petite chambre de John et tomba nez à nez avec son père et son deuxième frère. Leur visage, de rouge de fureur devint livide.

« Melania… souffla son père avec effarement.

— Qu’est-ce que c’est que cette tenue ! s’offusqua son frère en venant s’emparer de son bras pour la tirer au centre de la pièce.

— Lâche-moi, lâche-moi ! se débattit-elle si bien qu’elle se libéra de la prise de son frère.

— Ne me dis pas que tu t’es fait engrosser par un Moldu ! s’horrifia son frère. Mais tu… mais qu’as-tu dans le crâne !

— Mais laisse-moi, va-t’en ! lui cria-t-elle en se précipitant dans les bras de John. »

Elle crut que c’était bon, elle crut que John était là pour elle et avec elle lorsqu’il referma ses bras autour de son corps. Mais John avait simplement agi par réflexe. Et puis au moins, il y avait une personne entre lui et le père de Melania. Il devait se demander comment sa famille avait pu venir d’Écosse aussi rapidement. Il devait se demander beaucoup de choses. Melania pensa à toutes ces choses sauf à une seule : que John soit sous le choc de se voir appeler Moldu et de découvrir la sorcellerie.

« Melania, vous… Vous n’êtes pas enceinte ? bafouilla son père d’une voix blanche.

— Si et je vais épouser John je…

— Tu es une sorcière, tu ne vas pas épouser un moldu ! la prévint son frère en attrapant à nouveau son bras pour la tirer vers lui.

— John ! John ! Aide-moi ! Ne les laisse pas m’emportez moi et notre enfant loin de toi ! Ne…

— Sale sorcière, ne réussit qu’à dire John avec horreur et dégoût en s’éloignant d’elle. »

Le monde cessa de tourner pour Melania ce jour-là. En deux mots, son monde, son innocence déjà bien entamée et son optimiste explosèrent en une myriade de larmes de désillusion. Elle sentit son frère la pousser dans les bras de son père. Elle regarda sans le voir son frère lever sa baguette, prononcer les deux mots honnis, et John s’effondrer au sol, le visage toujours tordu en grimace d’aversion profonde pour la nature de Melania.

Elle se précipita sur le corps de son ancien amant, voulu le toucher, entendit à nouveau les mots diaboliques et haineux, se crispa de tout son être, s’étouffa dans des sanglots de peur, de tristesse, de désespoir et de dégoût pour elle-même et s’effondra. Elle entendit vaguement son frère ordonner à son père de transplaner avec elle pendant qu’il réglait les derniers détails. Elle ne réussit même pas à se débattre sous le choc. Elle vomit tripes et boyaux dans le salon de la maison familiale des Macmillan, plus pâle que jamais.

Son père la gifla une fois. Puis il tira la ceinture du pantalon qu’il portait sous sa robe de sorcier et l’abattit trois fois sur son dos avant qu’elle ne sente à nouveau la douleur. Le brouillard se dissipa et elle entendit à nouveau les sons.

« Sileas, je vous en prie, suppliait sa mère pendant qu’elle se recroquevillait un peu plus sur elle-même.

— Notre fille est une traînée, Jane, elle… Elle… Elle est enceinte d’un Moldu ! Sans même être mariée ! Elle…

— Nous allons la marier, nous allons… Elle est enceinte, ne la battez pas ! »

Habituellement, Jane ne se mêlait pas des décisions familiales. Le chef de famille, l’autorité de la maison, était Sileas Macmillan. On l’avait élevée dans cette idée.  

« Elle n’épousera pas un sorcier, enceinte d’un Moldu ! » explosa son père en abattant une ultime fois sa ceinture en cuir sur son dos.

La robe était bel et bien déchirée à présent, et la lamelle de cuir frappait directement la peau blanche et tendre de Melania. Elle gémit et roula sur le dos en sanglotant.

John l’avait repoussée. Le dégoût qui avait déchiré les traits doux et séduisants de son visage la hanterait pour toujours. Elle était sorcière, simplement sorcière. Elle… Fiona lui disait toujours que sa mère avait été émerveillée d’apprendre que son père était sorcier. Jamais elle n’avait pensé le repousser une seule seconde, jamais… Elle pleura à nouveau. John trouvait qu’elle était une sale sorcière. John la trouvait sale.

« Père, arrêtez, ordonna la voix implacable de Tomas, son frère aîné.

— Je suis ton père, Tomas, je n’ai pas d’ordre à recevoir de ta part ! À moins que tu veuilles toi aussi tâter d’une bonne correction !

— Père, vous devenez fou, cessez cela, insista-t-il posément. Melania n’est pas enceinte d’un Moldu, tout au plus le fréquente-t-elle, n’est-ce pas ? demanda-t-il à la ronde en se tournant vers sa petite sœur. »

Melania sentit pour la première fois la terreur l’envahir véritablement. Si même Tomas cessait de la défendre s’il savait… s’il savait… La nausée la prit à la gorge, et elle vomit une fois de plus. De la bile.

Tomas fut agenouillé à côté d’elle la seconde d’après. Elle releva des yeux noirs terrifiés vers lui, et il dut comprendre que c’était vrai, qu’elle était enceinte de son moldu, puisque les plis inquiets de son visage se défirent lentement.

« Viens Melania, bafouilla-t-il en la remettant sur pieds, laissant leurs parents derrière lui. Je… Je te monte à ta chambre. Je… »

Elle se laissa mener jusqu’au lit à baldaquin qu’elle avait eu la chance d’occuper toute seule puisqu’elle était l’unique fille de ses parents. Elle se laissa coucher, et border par son grand frère qui la regardait avec une inquiétude grandissante.

« Qu’est-ce que tu as fait, Mela ? bafouilla-t-il en attrapant sa main. Tu… Il existe des potions, il… Pourquoi tu n’en as pas parlé avec Myrina, je croyais que tu t’entendais bien avec…

— Avec ta fiancée parfaite ? sanglota Melania en enroulant ses bras autour de son ventre. Celle qui fait des études de Médicomagie ? Celle que tu attends depuis que tu es sorti de Poudlard ?

— Mela, s’il te plaît, ne…

— Sale sorcière, il m’a traitée de sale sorcière. Je l’aime, je porte son enfant, et lui, il… Comment a-t-il pu ? Comment… Et Barnabas qui a…

— Qu’a fait Barnabas ? s’inquiéta aussitôt Tomas. 

— Il a tué John, voilà ce qu’il a fait, se désespéra-t-elle en sanglotant. »

L’air lui manqua lorsqu’elle le comprit à nouveau. John, mort. Son bébé pas même né, déjà orphelin. Et elle, veuve avant même d’être mariée.

« Quoi ? hurla Tomas avec horreur. Et père a…

— Ils m’ont suivie, et ils… je venais dire à John que j’attendais son enfant et que nous ne devions plus tarder à nous marier mais… »

Tomas jura, fort et de nombreuses fois. Il perdit son calme comme la douce Melania ne l’avait jamais vu faire. Il pleura aussi, puis il ne bougea plus pour la fixer dans les yeux. Elle crut qu’il allait crier et la gifler à son tour. Mais il se contenta de l’attirer à lui dans une étreinte aussi chaleureuse que celles qu’il lui offrait habituellement. Peut-être même plus.

« Je… Quand ils sont partis ce matin je pensais… Je ne pensais pas…

— Il m’a traitée de sale sorcière, ne réussissait qu’à répondre Melania. »

Ce qui l’effrayait par-dessus tout c’était la rage qui remplaçait doucement le désespoir. Qu’aurait-t-elle fait s’il lui avait lancé ces deux mots au visage au moment où elle le lui aurait elle-même annoncé ? L’aurait-elle raisonné ? Aurait-elle réussi à lui expliquer la magie en douceur pour qu’il ne pense pas qu’elle fît de la sorcellerie démoniaque ? Est-ce que tout l’Amour qu’elle avait pour lui aurait suffi ?

« Donc tu… tu es enceinte, n’est-ce pas ? s’assura Tomas une fois qu’ils eurent ruminé tous les deux.

— Je… Je crois, confirma-t-elle avec un sourire tremblant en posant ses deux mains sur son ventre. Qu’est-ce que je vais faire, Tomas ? bafouilla-t-elle complètement perdue. Père…

— On peut te trouver un mari, la coupa Tomas. Je… Alexander Twain, tu l’as fréquenté un long moment, non ? Il…

— Il n’est pas de Sang-Pur, bafouilla Melania. »

Pourquoi s’étaient-ils séparés, Alexander et elle, déjà ?

« Père passera outre, je vais m’arranger avec lui. Crois-tu qu’Alexander… »

Ils s’étaient séparés parce qu’ils avaient chacun le cœur qui penchait vers quelqu’un d’autre.

« Il s’est fiancé avec une fille de Gryffondor de mon année, se souvint-elle en sentant à nouveau les larmes couler le long de ses joues. Tomas, qu’est-ce que je vais faire ! Un bébé toute seule, les parents et les voisins et…

— Calme-toi, je suis là, et Myrina aussi sera là si tu as besoin. Et tu as tes amies, non ? »

Fiona lui avait dit de faire attention, Ludovica avait attendu sa nuit de noces pour découvrir entièrement l’amour charnel.

« Je ne pourrai plus jamais me marier avec un enfant hors mariage, reconnut-elle de plus en plus dépassée. Et puis je ne veux pas me marier, se reprit-elle violemment. Si c’est pour dépendre de quelqu’un comme père…

— Je vais te présenter mes amis, ils…

— Non, je ne veux pas, je veux tomber amoureuse, je veux…

— Les parents vont t’emmener chez Anathema Selwyn si tu ne te maries pas rapidement, paniqua Tomas. La sœur de Myrina… »

La sœur de Myrina s’était fait avorter et ne s’était jamais relevée. Un dosage mal réglé apparemment. Elle attendait des jumeaux, la dose n’avait pas été assez forte, pas assez rapide. Myrina n’en parlait jamais non par honte mais par remords, regrets et tristesse.

« Mais tu vas les en empêcher, non ? lui demanda-t-elle avec espoir.

— Oui, oui je vais les en empêcher et… et tu élèveras ton enfant seule, lui promit-il.

— Jamais de mariage alors, comprit-elle. »

Jamais d’époux. Plus jamais d’amour. Et toujours sous la tutelle de son père.

 

Plutôt mourir.

 

 

End Notes:

Anathema Selwyn intervient brièvement dans d'autres de mes fanfic (Historiae Amoris notamment) : elle vend des potions et est faiseuse d'ange dans l'Allée des Embrumes. 

Pauvre Melania. Il y a beaucoup trop d'hommes dans cette histoire pour l'instant argh. Promis c'est à dessein : ça se calme ensuite.

Je vous retrouve mardi pour le troisième chapitre... Je vais essayer de tenir ce rythme de deux chapitres par semaine : un le mardi/mercredi, et un le vendredi/samedi... A moins que je rechange tout (pourvu que je ne fasse pas ça ahah), il y aura 31 chapitres (en comptant prologue et épilogue).

Merci d'avoir lu, et à bientôt peut-être :)

3. Où Amour n'est plus by Juliette54
Author's Notes:

Merci la vache et winter pour vos lectures et vos reviews < 3 Elles m'ont fait siiii plaisir ! J'aime tellement pouvoir lire vos récations et ressentis < 3

Je suis désolée, j'ai déjà un jour de retard dans la publication par rapport à ce que je m'étais fixé, je suis incorrigible... Mais je vais faire une effort, promis ! Petit chapitre pour ce soir, le prochain sera deux fois plus long. En encore une fois TW sujets sensibles...

Bonne lecture :)

Chapitre 3 : Où Amour n'est plus

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle sombra lentement ?

Que ses parents l’y aidèrent ?

Que sa vie s’écroula une nouvelle fois ?

Et qu’elle ne s’en remettrait jamais vraiment ?

Remarquez, elle est seulement sur le point de se faire du mal, encore une fois.

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Jamais, jamais elle ne dépendrait de son père et de son second frère qui avaient détruit son grand amour. Elle s’en fit la promesse lorsque Barnabas revint les mains pleines de sang et les cheveux poisseux peu avant le dîner. Elle le jura sur tous les dieux et tous les mages lorsqu’il l’accueillit par une gifle froide et dominatrice devant tout le monde, sur le seuil de la salle à manger.

Elle garda les yeux sur le sol si bien qu’elle manqua le regard fou de son frère. Il n’avait jamais eu ce regard fou par le passé. Barnabas Macmillan, second fils de Sileas et Jane Macmillan, avait toujours été très dur, très exigent et pointilleux sur la tenue qu’une femme devait avoir. Longtemps, il avait essayé de s’assouplir, surtout sur les demandes de Tomas et à cause de l’affection qu’il portait à sa petite sœur, rieuse, révoltée et éprise de liberté. Puis son idéologie rétrograde et raciste avait pris le dessus, et il avait déchiré son âme.

Il avait tué à l’aide de la magie.

L’Avada Kedavra avait tué le fils de chienne qui avait engrossé sa sœur. L’Avada Kedavra avait tué une partie de son âme. Il ne se retint plus de montrer à sa sœur à quelle attitude elle devait se cantonner.

« Barnabas ! le reprit Tomas en bloquant la deuxième gifle qu’il s’apprêtait à assener à la douce Melania.

— Laisse-moi la corriger, Tomas. Ce n’est pas toi qui as fait la basse besogne, laisse-moi finir !

— Tu ne battras pas Melania ! Baisse… la… main », articula-t-il lentement en faisant plier son frère dans un bras de fer éclatant de pouvoir.

La main de pouvoir plana au-dessus de Melania à partir de cet instant. À cet instant, au lieu de fuir, elle dût comprendre qu’elle devait se ranger sous les bras les plus doux et les plus forts qu’elle pouvait trouver. Elle se glissa derrière Tomas.

« Et que va-t-on faire de ce demi-moldu, hein Tomas ? Tu veux vraiment accueillir quelqu’un comme ça dans notre maison ? s’exclama Barnabas en reprenant son bras pour lui. »

Le ça avait été ponctué d’un mouvement de tête en direction du ventre de Melania. La mèche de cheveux poisseuse qui s’agita resterait longtemps dans les cauchemars de Melania.

« Tu parles du fils de ta sœur, de ton neveu, de…

— Il ne manquerait plus que ce soit un garçon ! Cet enfant ne portera pas le nom des Macmillan, je te préviens Tomas…

— C’est moi l’aîné, c’est moi qui prends les décisions ! rappela Tomas d’une voix froide et tranchante. »

Melania évalua la puissance calme et impériale de Tomas en un clin d’œil. Il tenait sa promesse, il ne laissait personne lui faire du mal.

« Et c’est moi le chef de cette famille, cassa Sileas Macmillan. Cet enfant ne sera pas un Macmillan et il ne grandira pas sous notre toit.

— Père !

— Personne ne sera au courant de la sottise de Melania, décida-t-il. »

Melania avait la protection de Tomas, quoi qu’il se passe, elle le savait. Mais elle ne voulait pas de l’autorité de son père.

Alors le lendemain matin, lorsque ses frères furent aux champs avec leur père, lorsque sa mère vint la trouver pour lui dire qu’elles devaient se rendre sur le Chemin de Traverse pour une course, Melania approuva le mensonge et suivit sa mère jusqu’à Londres. Elle la suivit même dans l’Allée des Embrumes sans poser de questions.

« C’est pour ma fille, elle… vous savez, annonça maladroitement Jane Macmillan la voix tremblante.

— Un avortement ? explicita Anathema Selwyn. »

Melania se redressa à ce moment-là, et releva la tête avec arrogance. C’est elle qui le voulait. Elle ne voulait pas de l’enfant d’un homme qui l’avait traitée de sale sorcière. Elle ne voulait pas se retrouver sous l’autorité de son père pour toujours parce qu’aucun homme ne voudrait l’épouser, elle, une sorcière au Sang-Pur avec un enfant dont on ignorerait la généalogie. Elle ne voulait pas…

Elle suivit Anathema Selwyn à l’étage de sa boutique, elle se laissa ausculter et questionner. Elle était apparemment enceinte depuis deux mois et demi, ou bien trois. Miss Selwyn lui rappela que c’était dangereux un avortement, surtout si la grossesse était déjà avancée. Elle hocha distraitement la tête. Elle ne voulait pas…

La fiole de potion s’approcha de sa bouche, et la panique s’infiltra dans chaque pore de sa peau. Non, elle ne voulait pas ! C’était son bébé, le bébé de John, le seul lien qui lui restait de l’homme qu’elle avait aimé à la folie. Elle se débattit. Sa mère ou Miss Selwyn lui versa la potion dans la gorge.

« A… Avale, ma chérie, s’il te plaît, la supplia sa mère en sanglotant. 

— Mrs Macmillan ! Arrêtez, elle…

— S’il te plaît, Melania, pense à ton avenir… continua sa mère, la main tremblante mais ferme contre la bouche de Melania. »

Et Melania avala.

Elle se laissa tomber sur le lit mis à disposition dans la salle macabre de Miss Selwyn. C’était un Paradis qu’un ange de plus rejoindrait dans quelques heures. Son ange. Son bébé qu’elle venait de tuer.

« Allez-vous en, ordonna-t-elle à sa mère en sentant sa voix, sa bouche et tout son corps se tordre d’horreur et de douleur.

— Melania…

— Allez-vous… »

Elle cria lorsqu’une nouvelle crampe la prit au ventre. Elle cria beaucoup ce jour-là, dans la pièce terne et poussiéreuse de la boutique de Miss Selwyn. Elle pleura aussi en voyant tout le sang s’écouler hors d’elle, son bébé, l’ange qu’elle venait de créer. Elle hurla de douleur et de désespoir. Car l’amour s’écoulait avec ce fruit d’amour. L’amour qu’elle avait porté à John était effacé, nié, avec l’enfant que la potion lui arrachait.

Et personne ne saurait jamais qu’elle avait aimé John. Que John l’avait touchée.

L’Amour n’exista plus pour Melania à partir de cet instant.

Mais avait-il vraiment existé, cet amour ?

.

Ce fut Tomas qui revint la chercher le soir, furieux et désemparé. Il n’adressa pas un seul mot à Miss Selwyn qui pinça les lèvres avec agacement. Elle ne voulait pas d’ennuis, elle. Elle exerçait sa profession dans une légalité toute relative d’un point de vue moral pour certains, mais une légalité juridique tout de même. Et toutes ces grandes familles qui se disaient offusquées de ses activités savaient très bien venir la voir pour leurs affaires, et plus encore lui éviter toutes représailles juridiques. Elle protégeait leurs secrets s’ils protégeaient sa boutique et sa personne. Tout le monde était gagnant.

Melania suivit son frère comme un Inferi hors de l’Allée des Embrumes. Elle écouta vaguement ses inquiétudes. Elle n’avait plus de forces, plus rien. Son ventre était vide, son cœur était vide et ses yeux étaient vides. Elle n’avait plus de larmes à verser. Elle n’en verserait plus du reste de sa vie. Enfin, c’est ce qu’elle crut ce soir-là. Car la vie n’en avait pas fini avec elle.

Elle monta derrière son frère sur le balai et elle le laissa les ramener en Écosse, chez leurs parents. Il s’arrêta dans la petite rue, devant chez eux. Elle avait encore mal au ventre, elle ne pourrait transplaner ou utiliser de poudre de Cheminette pendant plusieurs jours.

« Comment… comment te sens-tu ? lui demanda-t-il à mi-voix dans l’obscurité aveuglante de la nuit.

— Vide, avoua-t-elle.

— Melania, si j’avais compris que…

— C’est mieux ainsi », essaya-t-elle de se convaincre.

Elle essaya de s’en convaincre car elle ne pensait plus à cet instant. Elle ne respirait presque plus, seul le réflexe l’empêchait de mourir d’asphyxie. La joie, l’amitié et l’amour l’avaient toujours fait vivre, et elle avait l’impression que les trois lui avaient été volés aujourd’hui. Arrachés. Ou même qu’ils n’étaient qu’une illusion qui était tombée à présent. Comment vivre alors ?

« Veux-tu que j’invite Ludovica et Fiona demain pour…

— Non, refusa-t-elle. »

Ses amies la jugeraient et ne chercheraient pas à comprendre, comme elles l’avaient fait avec John. Ludovica dirait qu’elle le lui avait dit, et Fiona la regarderait mal, très mal, comme tous les autres. Si John l’avait repoussée à cause de sa nature sorcière, c’est qu’il ne l’aimait pas. Si Fiona et Ludovica n’avaient pas cherché à l’écouter et à la comprendre, c’est qu’elles n’étaient pas ses amies. Il n’y avait que Tomas qui essayait de lui parler sans rien lui imposer.

« Je suis fatiguée, avoua-t-elle.

— Rentrons, je vais te monter une assiette. Soupe ?

— Merci, souffla-t-elle en glissant sa main dans le creux de son coude. »

Tomas laissa son balai sous le haut-vent, et lui ouvrit la porte pour la laisser passer. Son père, sa mère et Barnabas étaient dans le grand salon. Sileas Macmillan était assis dans son fauteuil et parlait avec agitation à son frère qui lui, était debout, appuyé contre le linteau de la cheminée. Sa mère faisait les cent pas. Elle s’immobilisa et se tourna vers sa fille.

« Melania, bafouilla-t-elle en accourant vers eux mais Melania fit un pas en arrière et se cacha une fois de plus derrière Tomas.

— Bien, conclut Sileas en se levant, toute agitation disparue. Je vous remercie de vous en être occupé, Jane. Viens t’asseoir, Melania, j’aimerais mettre les choses au point.

— Je suis fatiguée, je…

— Melania.

— Elle est fatiguée, père, reprit Tomas qui était le seul à essayer de tenir tête à son père.

— Et moi aussi je suis fatigué de son comportement, reprit son père en pinçant les lèvres. Je vais surveiller tes sorties, et tu viendras avec moi aux champs. Ta mère s’occupera de la maison uniquement, et toi, tu resteras sous mes yeux. Si tu veux voir tes amies, invite-les chez nous. Si tu veux sortir, sois accompagnée de ta mère, tes frères ou moi. Je te faisais confiance, j’avais apparemment tort. »

Melania acquiesça car elle était vide, une coquille vide que son père était en train de remplir à nouveau.

« Père, vous…

— Il suffit, Tomas, trancha Sileas Macmillan d’un geste sec. Avance ton mariage au lieu de céder à tous les caprices de ta sœur et de ta fiancée. Six ans de fiançailles, où va le monde ?

— Je ne l’épouserai pas avant deux ans, vous savez aussi bien que moi que les études de médicomagie sont longues et…

— Et que fera-t-elle de sa médicomagie lorsqu’elle tiendra la maison ? » s’agaça Sileas Macmillan.

Comme toujours, Tomas Macmillan avait réussi à détourner l’attention de leur père de sa petite sœur sur lui. Et comme toujours, Sileas Macmillan s’emporta contre lui.

« Elle sera Guérisseuse à Ste-Mangouste, et elle achètera un deuxième elfe pour aider mère, répondit pour la énième fois Tomas.

— Non, Tomas. Ce mariage aura lieu avant vos vingt-cinq ans. Je vais parler à son père, il sera d’accord avec moi. Cette situation est intenable. C’est ton attitude qui a donné un mauvais exemple à ta sœur. Alors nous allons marier ta sœur, et ensuite, ton mariage aura lieu. La discussion est close. 

— Père ! s’emporta Tomas.

 

— J’ai dit : la discussion est close ! Si ta sœur est si fatiguée, monte la coucher. »

 

End Notes:

La Maison des Black fera enfin son apparition au prochain chapitre avec un personnage mystère d'une autre de mes fanfic... Merci d'avoir lu, et à très vite j'espère :) Bonne nuit !

4. Où Amant est plus utile by Juliette54
Author's Notes:

Hello ! A l'heure cette fois, oups. 

Encore merci pour vos lectures. Merci PititeCitrouille pour ton retour ! Je te réponds dans un instant < 3

Encore une fois, TW : forcing et sujets sensibles.

Bonne lecture ! 

Chapitre 4 : Où Amant est plus utile

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle oublia l’Amour ?

Qu’elle oublia de vivre ? 

Qu’elle se mit à regarder les hommes comme des moyens ?

Et qu’elle compta leurs avantages comme du bétail ?

Remarquez, elle entre seulement dans ce 12, Square Grimmaurd qui va la dévorer.

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Je vous arrête tout de suite. Ce n’est pas Sileas et Barnabas Macmillan qui arrangèrent les fiançailles de Melania avec Arcturus Black. Ils étaient durs, racistes et dominateurs, mais pas fous. Arcturus Black, lui, était fou. C’était un secret de polichinelle. Il était toqué de partout, il sortait toujours prendre l’air, il n’avait pas d’amis, il ne parlait jamais en public. Une forme de paranoïa aiguë qui allait de mal en pis.

Sileas et Barnabas voulaient que Melania se marie pour ne plus avoir à s’inquiéter de son cas, et ils lui donnèrent six mois pour trouver un futur époux. Six mois pour inviter leurs amis, se rendre aux réceptions dans ce but de trouver un bon parti à Melania. Six mois durant lesquels Melania fit ses deuils d’un amour et d’un ange qui déchiraient son cœur jour après jour. Six mois durant lesquels elle porta du noir et reçut des moqueries de la part de la société Sang-Pur qui la surnomma d’abord Melanoir pour cette couleur, puis Morvina pour ses yeux toujours humides puis Noirvina, Morvinoir et autres quolibets imagés.

Six mois qui lui furent nécessaires pour parler à ses amies de ce qui lui était arrivé. Loin de s’offusquer, ses amies s’horrifièrent des gestes de son frère et son père, de la soumission aveugle de sa mère, et du comportement de John.

« Mais quel malotru, quel !... s’horrifiait Ludovica, incapable d’imaginer pareille situation.

— On devrait les enfermer les types pareils ! s’enflammait Fiona, plus au fait.

— Il… Il est mort maintenant mais… avançait Melania avec hésitation.

— Pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? Il n’a pas le droit de… de faire quand tu ne veux pas, disait Ludovica avec hésitation.

— Je ne voulais pas, mais après ça allait un peu, je…

— C’est pas compliqué d’entendre un non quand même, rageait Fiona.

— Je pensais que c’était normal de…

— Alexander aussi insistait comme ça ?

— Non mais, on… on était plus jeunes alors…

— Et puis te traiter de sale sorcière comme ça alors que tu étais enceinte…

— Ta mère, ton père et Barnabas… J’en reviens pas », bafouillait Ludovica.

Ce furent peut-être leurs mots qui firent songer Melania au fait que John n’était pas son Darcy – ni même un Darcy. Elle ne songea malheureusement pas à partir – la vie se résumait à cette vie pour elle : elle songea plutôt au fait qu’elle avait besoin de trouver un mari qui puisse la protéger définitivement de son frère et de son père. Dès que Tomas avait le dos tourné, les réprimandes et les coups volaient, comme si elle était perpétuellement en faute. La violence n’avait jamais été aussi présente chez les Macmillan à cette époque.

Lorsqu’elle sortit de l’âtre de l’immense cheminée de ce 12, Square Grimmaurd, elle se souvint que ce soir faisait presque quatre mois que John l’avait laissée – et blessée. Elle se souvint de la date imposée par son père et elle se souvint qu’elle ne devait plus tarder pour évaluer son environnement. Elle tira sur l’échancrure de sa robe noire pour l’ouvrir un peu et peut-être attirer l’attention. Elle se permit de sourire, en partie libérée des souvenirs étouffants depuis qu’elle en avait parlé à ses amies.

C’était le mariage de Pollux Black et Irma Crabbe, des camarades de son année à Poudlard. Ils avaient tous deux été répartis à Serpentard alors qu’elle-même avait fait ses classes dans la Maison d’Helga Poufsouffle, mais elle s’était toujours plus ou moins entendue avec Irma, même si Irma n’était pas drôle et bien trop sérieuse. Lors de leur quatrième année, Irma avait commencé à mourir d’amour pour Pollux qui lui accordait une attention toute relative. Le temps avait fait les choses, le dévouement d’Irma aussi, et Pollux avait arrêté son regard sur la petite, obéissante mais déterminée Irma Crabbe. Et quelques mois après la fin de leur septième année, en mars 1924, ils officialisaient l’amour qu’ils se portaient par une union brillante et fastueuse non, comme l’aurait voulu la coutume, dans le Manoir Crabbe qui tombait en ruine, mais dans le majestueux 12, Square Grimmaurd qui recevait assez rarement depuis vingt ans pour être considéré comme mythique.

Pourtant, selon Melania, c’était lugubre.

Il faisait sombre, la lumière ne passait pas les lourdes tentures vert bouteille des rideaux, et c’était froid et silencieux. Peut-être étaient-ils en avance ? Tomas était accompagné de Myrina Greengrass, ce qui ne choquait personne à part son père, soit parce que chacun se réjouissait d’un couple si bien assorti et si tendre, soit parce qu’ils s’y étaient habitués. Sa mère restait silencieuse à côté de son père et Barnabas s’assurait qu’elle ne s’éloigne pas de lui d’une semelle.

Pollux accueillait les invités les uns après les autres secondé par son père auquel il ressemblait comme deux gouttes d’eau.  

« Melania, je suis ravi de te revoir, la salua Pollux avec un large sourire. »

Il était heureux, et fier aussi. Pollux avait toujours eu beaucoup de prestance, c’est ce qui avait tellement plu à Irma.

« Je suis honorée de l’invitation, Pollux, répondit-elle machinalement.

— Macmillan, salua-t-il ensuite son frère.

— Black, tu dois être comblé. Mes félicitations, répondit son frère avec toute l’urbanité dont il savait user.

— Je le serai encore plus après la cérémonie. Irma m’en veut toujours d’avoir repoussé le mariage au mois de mars, raconta-t-il avec un discret sourire posé, mais je tenais à la validation de mon admission au Département des Transports Magiques au préalable. Les femmes sont si pressées de se marier, ajouta-t-il d’un ton moqueur.

— Si pressées, répéta Barnabas avec crispation.

— Les invités sont dans la salle de réception, la porte est ouverte, je vous laisse vous y rendre, les invita-t-il pour accueillir les prochains venus qui faisaient déjà gronder la cheminée. »

Melania manqua le départ de son frère et elle eut l’impression de se faire traîner dans les couloirs de ce 12, Square Grimmaurd. Quelle soirée. Quelle soirée cela allait être.

La salle de réception était illuminée de mille chandelles, les invités étaient tous vêtus de couleurs, de fourrure, de pierreries, d’or et de plumes exotiques. Le tournis fit flancher Melania, seule la poigne brusque et la réprimande de Barnabas la ramenèrent à l’instant présent. C’était le moment, le moment de trouver un regard doux, des bras forts et un confort. Elle ne dit rien, elle ne répondit rien à Barnabas qui lui désignait un garçon puis un autre.

« Tu fais ta difficile, crissa finalement Barnabas à son oreille. Regarde Anosyius Prewett, il était à Gryffondor un an au-dessus de moi, et…

— Je t’ai déjà dit qu’il avait une horrible réputation de coureur, le coupa Melania. Je ne veux pas être humiliée par des tromperies répétitives, merci.

— Tu saurais le garder dans ton lit si…

— Il est trop roux de toute façon. Tu veux des neveux roux ?

— Cet homme brun, là-bas, me dit quelque chose. Je suis sûr de t’avoir vue avec lui à Poudlard. Ce ne serait pas Darius Potter ?

— Impossible, Potter déteste Regulus, le cousin de Pollux, il ne mettrait jamais un pied ici, réfuta patiemment Melania en fixant l’homme. C’est Aristote Parkinson, Serpentard de mon année. Meilleur ami de Pollux.

— Et il te plaît ? lui demanda aussitôt son frère.

— Il ne me dégoûte pas, en convint Melania. »

Il était toujours très discret, en retrait, derrière ses petites lunettes en ferraille, le nez dans ses livres. C’était sans doute pour cela qu’elle ne l’avait pas vu à d’autres réceptions depuis quatre mois. Elle lui avait un peu parlé pour les devoirs en commun qu’ils avaient dû rendre. Macmillan arrivait peu avant Parkinson dans la liste alphabétique, et une fois les BUSE passées et certains élèves ayant abandonnés des matières, en Botanique et en Métamorphose ils avaient dû travailler ensemble. Il ne l’avait jamais regardée dans les yeux, timide à l’excès, ce que n’était pas du tout Melania.

Oui, il était gentil. Son regard était doux, et c’était un bon sorcier quoique trop timide pour se lancer à l’assaut du monde. Elle le vit expirer tout l’air de ses poumons avec nervosité puis sourire à la ronde.

« J’irai lui parler dans la soirée, accepta-t-elle en sentant l’espoir faire repartir difficilement son cœur.

— Enfin tu t’ouvres au monde, marmonna son frère en les menant vers un ami à lui. Bonsoir Reginald, comment vas-tu ?

— Bonsoir Barnabas, bonsoir Melania, toujours aussi belle, la complimenta-t-il avec amusement. Aurais-tu peur de te perdre pour te cramponner ainsi à ton frère ? Je t’ai déjà dit de laisser vivre ta sœur, Barny, elle ne va pas s’échapper.

— Je suis un peu fatiguée ces temps-ci, plaisanta habilement Melania pour ne pas que son frère fasse une remarque quelconque sur elle. »

C’était toujours son frère et ça ne l’était plus. Il était aussi irascible que leur père depuis quatre mois, même plus irascible encore. Sa main était leste, et même s’il frappait moins fort que son père et sa ceinture, ce n’était pas agréable non plus. Il y avait toujours un peu de cette complicité qu’ils avaient eu tous les trois, Tomas, Barnabas et elle, mais quelque chose s’était brisé. Tomas ne parlait presque plus à Barnabas, et les moments de plaisanterie désertaient de plus en plus leurs conversations.

« Tu m’accorderas bien une danse, douce Melania ? insista Reginald avec amusement. Rose n’a pas pu venir, sa grossesse l’épuise et elle est sur la fin. Elle ne m’a autorisé qu’à danser avec toi.

— Comment va-t-elle ? demanda-t-elle en sentant son ventre vide crier. »

Parce que oui, la vie avait continué et le monde à tourner autour d’elle. Les femmes avaient des enfants, les amants ne mouraient pas : ils se mariaient. Elle jeta un nouveau coup d’œil à Aristote Parkinson qui remettait fébrilement ses lunettes sur le bout de son nez.

Les amants se mariaient.

.

La cérémonie fut longue à n’en plus finir. Notre douce Melania au cœur un peu guéri regardait Irma, pure et rayonnante dans sa robe d’une blancheur éclatante ; Pollux qui ne maîtrisait plus vraiment sa prestance et se tournait vers sa promise pour lui sourire largement ; la demoiselle d’honneur d’Irma, Valentina Crabbe, sa petite sœur, splendide dans sa robe vert pomme ; et le témoin de Pollux, Arcturus Black, fébrile et inquiet qui regardait tout autour de lui. Et puis elle regardait aussi Aristote Parkinson, non loin de Pollux, qui semblait prêt à remplacer le cousin dérangé de Pollux à tout moment.

Oui, j’ai parlé d’Arcturus Black, le futur époux de Melania. Et pendant longtemps j’ai aussi pensé que tout s’était joué entre eux ce jour-là. Pour Arcturus Black tout se décida ce jour-là, mais pas pour Melania. Melania avait encore d’autres épreuves à affronter avant de choisir à quelle main remplie de pouvoir elle accorderait la sienne. Elle était encore prête à croire à nouveau à l’Amour ce soir-là. La vue d’Aristote Parkinson réveilla en elle l’adolescente à la découverte de l’amour qu’elle avait été. Elle se rappelait l’avoir trouvé mignon avant de le trouver trop coincé.

Alors elle dansa un peu avec Reginald, avec ses frères, avec son père aussi. Avec Pollux un moment. Avec d’autres ensuite. Elle se rapprocha d’Aristote, discuta avec lui, mais il ne se décida pas à l’inviter à danser ni elle ni aucune femme et son cœur s’engonça un peu plus dans le corsetage de sa robe. Peut-être n’était-il pas intéressé, ni par elle, ni par les femmes ?

Il finit par s’excuser et prétexter se rendre aux commodités.

Elle décida de le suivre et d’en faire son amant.

Car les amants se mariaient, n’est-ce pas ?

Les amants comme lui épousaient les amantes comme elle, n’est-ce pas ?

Et puis il était bien trop respectueux et correct pour l’abandonner une fois l’affaire conclue. Elle le connaissait, c’était quelqu’un de gentil.

Il entra dans les commodités sans fermer la porte derrière lui. Elle l’entendit inspirer et expirer à plein poumon, ouvrir l’eau du robinet, la refermer. Il était inquiet, il avait besoin d’elle, besoin d’un peu de tendresse.

Et elle, elle avait besoin d’un homme.

Elle poussa la porte et s’empressa de la fermer d’un sortilège derrière elle avant de chercher ses yeux écarquillés de stupeur.

Elle leva lentement la main vers le col de sa robe dans l’idée de le tirer vers le bas et révéler un peu mieux le galbe blanc de son sein. Elle ouvrit la bouche dans l’idée de lui dire qu’elle l’admirait, qu’elle l’aimait et qu’elle pourrait être une épouse aimante sur laquelle il pourrait se reposer, qu’elle serait attentive à lui, qu’elle savait tenir une maison, même sans elfe pour l’aider… Elle voulut dire tout cela, mais face aux joues rouges d’Aristote, à sa bouche entrouverte, à ses yeux fixés sur sa poitrine, elle se sentit à nouveau désirée pour elle-même, pour son corps à elle, et non un corps. Et elle comprit un peu mieux combien John l’avait traitée comme un corps en voyant le désir d’elle dans les yeux d’Aristote. Alors elle oublia tout le reste. Elle le désira lui, elle désira la douceur de ses gestes fébriles de l’amour et de la découverte.

Elle désira être aimée.

« Fais-moi du bien, le pria-t-elle en entendant sa voix se casser.

— Melania, qu’est-ce que tu…

— Fais-moi juste du bien, s’il te plaît, chuchota-t-elle en s’approchant de lui. »

Il avait relevé les yeux vers les siens, des yeux écarquillés de stupeur et de convoitise. Elle était toujours jolie, mais elle devenait belle. La métamorphose s’était entamée quatre mois plus tôt, au commencement des épreuves. Melania ne l’avait pas sentie, elle ne se regardait plus dans le miroir. Mais Aristote le constata aussitôt. Et sa main aussi le constata puisqu’elle se glissa sur le cou nu de Melania et dans ses cheveux noirs remontés en chignon.

« Tu… Tu veux que…

— Je veux que tu me fasses du bien. Je veux que tu me désires et sentir ta bouche sur mon corps, souffla-t-elle comme des mots ultimes.

— Tu… Tu m’aimes ? » bafouilla-t-il avec innocence.

Avec innocence parce qu’Aristote Parkinson était tout innocent de l’amour et des femmes. Il n’avait que l’étude et le travail en ligne d’horizon. Il n’était pas encore à l’aise en société sauf s’il était question de relations internationales et d’histoire de l’Europe de l’Est.

« J’ai envie de t’aimer, corrigea-t-elle habilement le Serpentard. »

La Poufsouffle en elle était toujours là, mais doucement le jaune de la vie se teintait d’un vert chartreuse, à mi-chemin vers le vert de l’espoir

« Comment ça ? bafouilla Aristote en cessant de trembler.

— Tout de suite, insista-t-elle. Je veux t’appartenir immédiatement. Ici. »

Aristote déglutit bruyamment et Melania put voir sa pomme d’Adam tressauter sur son cou. Il avait dix-huit ans, comme elle. Ce n’était pas un homme, mais il allait le devenir, avec elle. Et il lui rendrait l’envie d’être et d’être une femme.

Elle oublia toute la machination à laquelle elle avait pensé une minute plus tôt lorsqu’il avança timidement sa bouche vers la sienne. Elle oublia qu’elle ne l’aimait pas lorsqu’il glissa ses lèvres contre les siennes. Elle oublia qu’elle voulait quitter le foyer de ses parents d’une manière ou d’une autre et que ce n’était pas en se montrant faible devant Aristote qu’elle réussirait. Elle oublia tout lorsqu’elle entrouvrit la bouche contre la sienne et qu’un parfum mentholé s’infiltra dans sa bouche en même temps qu’un baiser empli d’hésitation qui la ramena quatre ans en arrière, lorsqu’elle avait reçu son premier baiser.

Elle oublia la douleur et le malheur en sentant toute la tendresse d’Aristote se perdre sur sa peau. Les frissons de plaisir revenaient. La boule de chaleur reprenait ses marques dans sa gorge et entre ses côtes. Le soupir qui lui échappa galvanisa Aristote qui quitta sa bouche pour toucher et embrasser ses épaules à moitié dégagées et la naissance de sa poitrine.

Elle laissa ses mains se perdre sur son torse et ses épaules avant de les ramener sur elle, dans le bas de son dos, et de dénouer le simple lien magique qui tenait une robe de sorcière.

Ses épaules se dégagèrent aussitôt et Aristote ne les lui dévora pas. Il les contempla comme s’il contemplait une œuvre d’art, une statue ou un tableau. Il humidifia ses lèvres et vint chercher son regard.

« Tu es sûre que… Ici ? Tu n’es pas sous imperium ou…

— Je sais ce que je veux, souffla-t-elle en sentant à nouveau son cœur battre à ses oreilles.

— On… On pourrait peut-être prendre un peu notre temps et… et trouver un endroit plus confortable et…

— Je te veux maintenant. Tu ne me désires pas ? »

Ce mot de désir le fit rougir comme un enfant. Un court instant, elle se demanda si elle ne le forçait pas un peu, si elle ne le pressait pas un peu trop, si elle ne lui faisait pas un peu violence, puis elle oublia toutes ses questions lorsqu’il vint baiser la peau froide de sa gorge, de ses seins et de ses épaules. Il la caressa et il prit soin d’elle comme elle en avait rêvé pendant des semaines. Elle l’aima un peu ce jour-là. Elle aima un peu à nouveau, et peut-être que ce fut grâce à Aristote qu’elle ne ferma pas son cœur pour le reste de sa vie.

« Tu… Tu veux te mettre comment ? » lui demanda-t-il en regardant autour de lui.

Elle avisa les huit mètres carrés carrelés de noir puis l’évier allongé d’un rebord assez long pour qu’elle puisse s’y asseoir et alla s’installer après avoir laissé sa robe tomber au sol. Les yeux d’Aristote doublèrent de volume, ses joues se firent plus pourpres encore. Elle lui fit signe de venir à elle et de se placer entre ses jambes avant d’ouvrir tous les boutons de sa robe de cérémonie. Il était mince, élancé et à peine musclé.

Il se déroba pour remonter sa main le long de sa jambe à peine couverte d’une sous-robe légère dans un geste tendre, doux et curieux. Elle frissonna encore. Elle frissonna tout du long, elle ne s’arrêta pas un seul moment de frissonner et de soupirer alors qu’elle se sentait à nouveau aimée et à nouveau aimable.

Elle fut rapidement prise à son propre piège.

Melania avait pensé attraper Aristote Parkinson dans ses filets par l’attrait du corps et faire jouer la responsabilité de son ancien camarade pour le pousser à cette idée de mariage. Elle s’était fait avoir dès le début face à l’innocence d’Aristote qui avait fait tomber son plan comme un château de cartes. Elle se fit avoir aussi au milieu, alors qu’il venait à elle avec maladresse, parce qu’elle le désira plus proche d’elle, sans la barrière de sa sous-robe. Elle voulut plus d’intimité avec lui.

Elle n’eut pas le loisir d’approfondir ses pensées puisqu’on toqua à la porte avec une impression de déjà vu.

« Melania ? Melania, je t’ai vue partir mais non revenir, tout va bien ? »

Ce n’était pas Tomas. Si seulement cela avait été Tomas. C’était Barnabas. S’il voyait ça, il…

Aristote se retira aussitôt d’elle en jurant. Il était déjà rhabillé lorsqu’il releva les yeux vers elle. Il était paniqué, et elle, effarée d’avoir cru un seul instant qu’on épousait un amant d’une fois.

La constatation la frappa. Elle ne savait plus aimer. Elle ne savait plus courtiser et se faire courtiser. Elle n’avait plus que son corps éduqué à l’amour pour parler d’amour. John l’avait détraqué. Ce Moldu l’avait détraquée. C’était de sa faute. Elle… Il lui fallait un mari, un mari qui ne serait dans son lit qu’au jour de leurs épousailles. Un mari…

« Je suis désolée, bafouilla-t-elle en sentant les larmes couler sur ses joues.

— Melania ? Melania c’est toi ? répéta Barnabas.

— Désolée de quoi ? lui chuchota Aristote avec quelque chose de déjà plus mûr et assuré dans la voix. De… De m’avoir poussé à… à te faire ça comme ça ? Je… bafouilla-t-il en passant nerveusement les mains dans ses cheveux. »

Il semblait effaré et outré plus par son attitude que par celle de Melania, c’était déjà un bon point pour elle. Il semblait effrayé aussi, au vu du sursaut qui l’agita lorsque la voix de Barnabas résonna une nouvelle fois.

« Je ne peux pas t’épouser, bafouilla Aristote en l’aidant à remettre sa robe. Je… Ma famille va faire une bouchée de toi. Tu… Tu n’as pas les épaules pour supporter leurs sarcasmes ou écouter ma sœur parler politique et droit à longueur de journée. Je… Je peux t’épouser et je le veux, mais ils passeront leur temps à te rabaisser et… et puis je pars faire mon Grand Tour dans deux jours. Je dois visiter toute l’Europe de l’Est, apprendre les langues de là-bas et leurs juridictions pour le Ministère, j’en ai pour deux voire trois années et…

— Je ne t’ai rien demandé, le coupa Melania avec douceur. »

Elle lui parla avec douceur, parce qu’il lui avait rendu une partie de sa douceur et rien que pour cela, il aurait toujours une place particulière dans son cœur. Une belle place. Pour l’instant.

« Tu… Tu… bafouilla Aristote complètement perdu. Et ton frère ?

— Tu vas passer devant, en te jetant un sortilège pour modifier les traits de ton visage, je sais que tu sais très bien le faire. Tu feras mine de sortir simplement, et tu t’en iras. Barnabas ira alors me chercher ailleurs, et je sortirai à mon tour, imagina-t-elle. 

— Je… Excuse-moi, je me suis conduit comme…

— Comme un homme, c’était très bon, approuva-t-elle en s’amusant de le voir encore rougir.

— Et moi qui croyais que tu étais… souffla-t-il avec embarras en passant une main fébrile dans sa nuque. Je… Je t’aime bien, tu sais. Je veux dire… Je t’ai toujours trouvée belle et gentille. »

Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle regarda avec émerveillement le renfermé et intello d’Aristote Parkinson lui lancer un petit sourire timide. On pouvait l’aimer. On pouvait bien l’aimer.

« Melania ! les coupa encore une fois son frère, la voix vraiment paniquée.

— Vas-y, l’incita-t-elle en remettant le col de sa robe. Je te retrouve tout à l’heure dans la salle de réception. »

Il approuva d’un signe de tête sans pour autant la lâcher des yeux ou faire le moindre geste avec sa baguette pour changer les traits de son visage.

« Je… Tu… Si je… Si je te le demandais, tu m’attendrais ?

— T’attendre ? s’étonna-t-elle avec confusion.

— Tu m’attendrais pendant deux ans ? insista-t-il pendant que Barnabas donnait un nouveau coup dans la porte.

— Non, lui dit-elle aussitôt en souriant. Je veux me marier dans les mois qui viennent et tu l’as dit, je me sentirais idiote face à ta sœur et ta famille. Vous êtes tous au ministère à des postes hauts placés et moi, je ne comprends rien à ces histoires. »

Le sourire timide et l’éclat heureux des yeux d’Aristote s’éteignirent aussitôt et elle s’en voulut. Elle s’en voulut parce qu’elle était une personne gentille et généreuse et qu’elle venait d’écraser le cœur du pauvre Aristote.

« Mais tu auras toujours ma tendresse, lui assura-t-elle en venant poser une dernière fois sa bouche à la commissure de la sienne. »

Il hocha la tête avec quelque chose de militaire, changea de visage d’un coup de baguette et alla ouvrir la porte. Elle l’entendit échanger deux mots avec Barnabas pendant qu’elle se blottissait dans un coin de la pièce.

Il aurait sa tendresse parce qu’elle ne pourrait pas lui offrir plus. Un homme si doux et gentil méritait une femme amoureuse, pas une femme qui voulait l’aimer.

 

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End Notes:

Et voilà pour ce soir... Melania traumatisée reproduit un peu trop l'attitude traumatisante de John, et c'est Aristote qui en fait les frais... J'ai une fanfic en cours d'écriture sur lui (alias ma fanfic niaise hihi). J'espère la finir pour l'année prochaine. Et puis Pollux Black fait son entrée ! Il reviendra héhé. En attendant, Melania se retrouvera enfin face à Arcturus Black au prochain chapitre qui portera le doux titre de : Où Arcturus Black est bizarre

Merci pour votre lecture ! Bonne nuit, bonne journée :)

5. Où Arcturus Black est bizarre by Juliette54
Author's Notes:

Un immense merci à la vache et PititeCitrouille pour leurs retours < 3 D'ailleurs, si vous voulez l'analyse du chapitre précédent, ce que j'ai voulu dire de Melania en l'écrivant, n'hésitez pas à aller lire la review de PititeCitrouille ! < 3

Bon, je n'arrive pas à mettre en ligne ni mardi ni mercredi... Donc on va dire que la mise en ligne des chapitres aura lieu le jeudi et le samedi dorénavant. Désolée, oups.

Bonne lecture ! :D

Chapitre 5 : Où Arcturus Black est bizarre

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle se réveilla à partir de cet instant ?

Qu’elle fut décidée coûte que coûte à être heureuse ?

Que sa décision vacilla en quelques jours ?

Et qu’elle se serait définitivement écroulée si Arcturus Black n’était pas entré dans sa vie ?

Remarquez, elle ne le comprit pas tout de suite non plus.

.

Je n’avais pas prévu de parler d’Aristote Parkinson. Il faut croire qu’il ne pouvait être omis pour comprendre tout à fait Melania. Il y a quelque chose de vraiment déchirant à raconter la vie de Melania à cette période. Elle avait perdu tous ses repères, elle ne croyait plus en rien et elle se sentait seule alors qu’elle avait été d’une joie de vivre extraordinaire à Poudlard. J’ai longtemps pensé que c’était sa manière de grandir. À présent, je crois qu’il y avait autre chose. Une soif de liberté qu’elle ne pouvait pas à étancher. Une nécessité de faire des choses qu’on lui interdisait pour être maître de sa vie. Maîtresse de sa vie, pardon.

Revenons-en à Arcturus Black. Il n’était pas cinglé parce que cruel. Il était cinglé parce que fou. Tout le monde a dit que sa paranoïa venait de la consanguinité, et les mariages entre cousins ont été décriés un peu plus. Ce n’était qu’une occasion saisie : ses parents, Hesper Gamp et Sirius Black formaient l’un des couples les moins consanguins de cette époque – consanguin tout de même mais que voulez-vous, nous formons une petite communauté. Et puis, c’étaient deux têtes brillantes. Machiavéliques, mais brillantes. Ils avaient assemblé leurs mains avides de pouvoir en l’an de grâce 1900 et Arcturus était né l’année suivante. Arcturus avait été choyé et adoré par ses parents, plus encore que sa petite sœur et que son petit frère. Il était l’héritier de l’Empire des Black, l’aîné et le chef de cette génération dorée. Dix enfants. Dix enfants viendraient des trois fils du grand directeur de Poudlard Phineas Nigellus Black et de son épouse Ursula Flint-Black. Sans compter les trois enfants de leur fille, Belvina Black-Beurk. Et la fille du fils renié, Phineus Black. Mais ceci est une autre histoire.

Dix enfants Black, dont seulement huit resteraient sur la tapisserie auxquels seulement cinq sorciers et sorcières lieraient leur vie. Et nous arrivons à treize sorcières et sorciers qui avaient grignoté de leurs noms et de leurs visages la fameuse tapisserie du XIIè siècle : l’Arbre.

Et comme on le sait, les chiffres sont magiques.

Les Black n’auraient pas dû renier Cedrella et Septimus Weasley, ils n’auraient pas dû renier Marius le Cracmol. Ils auraient dû faire attention et écouter la magie. Ils n’auraient pas dû vouloir élaguer l’Arbre à leur convenance. La loi du Sang et de la Magie avait refusé d’effacer purement et simplement ces noms de l’Arbre. On ne peut couper la branche, il faut la brûler, comme une sorcière sur un bûcher. Et ce faisant, on détraque l’Arbre, on détraque ses liaisons et ses dates. On torture l’Arbre aussi.

Les Black se sont torturés eux-mêmes, entre eux et dans leur 12, Square Grimmaurd qu’ils ont tantôt fui, tantôt embrassé.

Melania a été engloutie, hachée menue et régurgitée la première année de son mariage avec l’héritier des Black. Elle est entrée dans ce 12, Square Grimmaurd pour le mariage de Pollux et Irma, elle y a retrouvé le goût de vivre dans les bras hésitants mais amoureux d’Aristote Parkinson, puis elle y a épousé Arcturus Black. Elle n’avait pas attrapé Aristote Parkinson dans ses filets, elle avait été attrapée par le 12, Square Grimmaurd et Arcturus Black qui avaient décidé qu’elle serait la nouvelle Mrs Black au premier pied qu’elle eut posé ce soir-là sur l’âtre de la cheminée de cette maison qui la consumerait lentement.

Arcturus était fou, mais Melania le trouva seulement bizarre au début.

Elle n’avait pas revu Aristote Parkinson puisqu’il était parti deux jours après le mariage de son meilleur ami pour ce Grand Tour en Europe de l’Est. C’était mieux ainsi. Elle n’avait pas répondu à la lettre qu’il lui avait envoyée parce qu’il était amoureux et qu’elle ne l’était pas. Il l’avait toujours trouvée belle et gentille. Il l’aimait bien. Il lui avait cédé parce qu’elle était son fantasme, son rêve d’adolescent timide et transi d’amour.

Mais il n’était pas pour elle.

Elle était dans les champs avec son père pendant que ses frères s’occupaient des bêtes avec les employés. Sa mère était seule dans la Villa Caledonia, la Ferme écossaise, leur maison, comme depuis quatre mois. Melania enduisait les arbres fruitiers de Repousse-Botrucs avec Sileas Macmillan. Son tablier était barbouillé de la potion visqueuse et ses gants en cuir de dragon également. Elle maniait la truelle aussi habilement que sa mère et ses frères à présent. L’écorce du prunier dirigeable était enduite de la pâte qui durcissait sur une quinzaine de pouces depuis ses racines jusqu’au milieu du tronc, lorsqu’elle entendit un battement d’ailes au-dessus de sa tête.

Elle leva les yeux vers le ciel et accrocha la truelle avec le petit crochet sur le bord du seau en étain, spatule vers l’intérieur.

« Tu attends du courrier ? lui demanda son père sans arrêter sa propre tâche.

— Non, Ludovica et Fiona savent qu’il ne faut m’envoyer du courrier que le soir, précisa-t-elle immédiatement.

— Est-ce que c’est un homme ? Barnabas dit que tu as porté ton dévolu sur Aristote Parkinson. C’est un garçon sérieux et travailleur qui œuvre pour la communauté magique, c’est bien. »

Elle se garda bien de dire qu’elle avait reçu une lettre d’Aristote. Encore plus de raconter ce qu’il s’était passé au 12, Square Grimmaurd. Elle préféra dire combien une évolution avec lui était impossible.

« Il est parti pour l’Europe de l’Est au nom du Ministère. Il doit y apprendre les langues et les coutumes des habitants de là-bas, dit-elle en ôtant habilement ses gants pour ne pas se brûler avec le Repousse-Botrucs. Il ne reviendra pas avant trois ou quatre ans, insista-t-elle.

— C’est dommage, vous auriez été bien assortis. »

C’était dans ces moments de douceur que Melania retrouvait le père certes dur et exigent mais aussi aimant qu’elle avait toujours eu. C’était aussi dans ces moments-là qu’elle se disait qu’elle méritait peut-être ces reprises à l’ordre et ces corrections assez virulentes. Elle acceptait d’être battue comme si elle avait été grondée. Elle ne comprenait plus la mesure des choses, l’acceptable et l’inacceptable, elle perdait doucement la notion de moral, de bien et de mal. Elle voyait le monde en gris sans les repères du blanc et du noir. Il n’y avait plus rien d’admirable et plus rien d’haïssable. Il y avait une vie grise, la vie qui était grise. Il y avait la vie hors de Poudlard.

« Vous trouvez ? demanda-t-elle avec espoir.

— Mais de toute évidence, il n’est pas prêt pour le mariage.

— Certes, reconnut-elle en baissant les yeux sur le parchemin. »

Chère Melania,

Voudrais-tu venir prendre le thé avec moi cette après-midi ? Pollux sera au ministère, sa sœur et ses tantes se mêleront peut-être un moment à nous, et sinon nous aurons le jardin pour nous isoler et discuter comme à Poudlard.

En l’attente de ta réponse,

Irma Black

« C’est Irma, elle m’invite à prendre le thé cet après-midi, bafouilla Melania sous le coup de la surprise.

— Elle aurait pu te prévenir plus tôt ou t’inviter hier, quand il pleuvait à verse et qu’on ne pouvait pas s’occuper du verger, marmonna son père.

— Mère a lu dans sa tasse de thé ce matin qu’il pleuvrait cette après-midi, Irma l’a sûrement vu aussi et…

— Barnabas t’accompagnera, se décida son père. »

Elle aurait préféré que Tomas fût son chaperon. Elle respirait plus facilement avec Tomas à ses côtés. Elle parlait plus facilement aussi. Avec Barnabas, elle avait l’impression de devoir se battre pour le moindre geste et le moindre mot qu’elle voulait dire. Le moindre sentiment qu’elle éprouvait aussi. Mais son père semblait n’avoir confiance qu’en Barnabas ou en lui-même pour la surveiller. C’était même presque étonnant qu’il accepte aussi facilement qu’elle s’y rende. Et donc une fois de plus, elle pensa retrouver son père exigent mais tendre.

Avant le repas de midi, elle monta se changer et faire un brin de toilette. Les Macmillan étaient travailleurs et n’hésitaient pas à mettre les mains dans la boue, mais en dehors de leurs champs ils savaient tenir leur rang de vieille famille Sang-Pur. Jane McKinnon-Macmillan avait su donner un peu mieux cette bonne tenue à ses enfants. Sileas lui faisait entièrement confiance sur ce point.

« Vous aviez encore vu la pluie venir, Jane, la remercia Sileas à mots couverts.

— Comme toujours, se contenta de répondre la discrète Jane. »

Melania dévisagea une fois de plus sa mère. C’était à cause d’elle que son bébé était à présent un ange. C’était grâce à elle qu’elle ne portait plus l’enfant d’un Moldu qui avait profité de son corps. Elle n’arrivait plus à regarder sa mère sans une rancœur mêlée à une vague de soulagement malsain. Alors qu’elle aurait dû détester son père, détester sa mère et détester son frère, elle se retrouvait à rechercher ce qu’elle avait aimé chez eux. Plus le temps passait, plus elle s’habituait à ce nouvel environnement et moins elle était à l’aise avec elle-même. Elle voyait que rien n’allait comme il l’aurait fallu, mais elle n’arrivait pas à mettre les mots sur ce qu’elle ressentait à cause de la culpabilité qu’elle s’imposait. Tout ce qu’elle voulait se trouvait dans l’abrutissement au travail qui l’empêchait de penser. Et lorsqu’elle ne songeait pas au malaise qui lui donnait la nausée, elle réfléchissait aux hommes de son entourage qui pourraient la rendre un minimum heureuse. Mais plus elle cherchait, plus elle les déshumanisait. Plus elle cherchait, plus elle listait leurs avantages et leurs inconvénients. Elle comptait les têtes de bétail du troupeau devant elle.

Barnabas la suivit au 12, Square Grimmaurd. Irma l’accueillit, toujours aussi rose de bonheur. Elle lui prit les mains et la regarda d’en-dessous à cause de son petit mètre quarante-trois.

« Je suis contente de te voir, viens, allons un moment dans le jardin, tu verras comme nous y sommes bien. Ton frère reste-t-il ? demanda Irma avec un semi-étonnement.

— Il reste avec moi, oui, en convint Melania. Pollux n’est pas là ?

— Me voilà à peine mariée et déjà délaissée par mon époux au profit du Ministère de la Magie ! plaisanta Irma. Son cousin Arcturus a promis de se joindre à nous dans une poignée de minutes. Mr Macmillan, voulez-vous attendre Arcturus dans le petit salon ou dans le jardin en notre compagnie ?

— Je vais me joindre à vous, à distance suffisante pour ne pas me montrer indiscret, précisa Barnabas avec un sourire de circonstance. »

Melania releva le très bref froncement de sourcil d’Irma face à cette surveillance draconienne si peu subtile. Irma ne fit aucun commentaire. Il y avait ce quelque chose de convenable avec Irma, elle ne disait jamais rien qui puisse être mal interprété ou qui puisse déranger. C’était une sorte d’uniformité, de lissage, qui était peut-être reposant mais d’une certaine façon hypocrite.

Aujourd’hui, elle remercia simplement Irma de l’accueillir dans sa nouvelle maison, loin de la Villa Caledonia.

Elle n’avait pas vu le jardin le soir du mariage. C’était un havre de paix, calme, silencieux et paisible. Il y avait des allées à la française et elle se demanda vaguement quel dessin se dessinerait sous ses yeux si elle prenait de la hauteur. Elle demanderait à Irma pour prendre de la hauteur, un jour, lorsqu’elles seraient plus que de simples camarades de Poudlard.

« Ce n’est pas très grand, s’excusa Irma, mais c’est bien aménagé et tout à fait suffisant pour prendre l’air et profiter du vent frais en été.

— C’est très bien, approuva Melania. »

Cela n’avait rien à voir avec les champs de ses parents qui s’étendaient à perte de vue. La vue était limitée par trois murs hauts et la façade de la maison. Tout avait sa place ici. Je dirais plutôt que c’était étriqué et codifié à l’excès. Le jardin était petit et privé des possibilités que laissait un horizon dégagé. Il n’y avait pas de liberté dans ce 12, Square Grimmaurd. Pas de rêves autres que ceux imposés par la noble maison de la Noble et Très Ancienne Maison des Black. Mais Melania ne le remarqua pas. Elle s’étonna juste une fois de plus de la volonté des urbains à maîtriser la nature, à couper les buissons en petits murets végétaux et à construire des allées avec des gravillons de la même taille chacun. Elle avait l’impression d’être dans un salon végétal. Pas un salon naturel, mais un salon-jardin, destiné à se prélasser, non à jardiner.

« Il y a une serre ? se réjouit-elle.

— C’est la serre de Mrs Hesper Black, l’épouse de l’oncle de Pollux, Sirius, lui expliqua Irma en la retenant. Personne n’a le droit d’y aller. C’est ma belle-mère, Mrs Violetta Black, qui me l’a dit. Mrs Hesper Black, reprit plus bas Irma, a l’air très avenant, et elle est brillante, mais elle ne souffre pas d’être contredite. On l’entend souvent pester après ses enfants qui n’en font qu’à leur tête. Il n’y a qu’une personne qu’elle ne contredit jamais, c’est son époux, Mr Sirius Black.

— Je ne sais pas comment tu fais pour vivre avec tant de gens, avoua Melania en s’asseyant à côté d’elle sur un petit banc en pierre de la cour.

— Pollux prévoit d’acheter une maison de campagne à la naissance de notre premier enfant, lui apprit Irma, les joues à nouveau roses, le sourire sur la bouche recouverte de rouge. Il sait que j’aime la tranquillité, et il m’a promis que nous passerions les trois mois d’été dans cette maison.

— Mais combien y a-t-il de personnes qui vivent ici ? insista Melania avec curiosité.

— Je devrais t’amener devant la tapisserie, l’Arbre, insista-t-elle avec respect. Il est dans le salon par lequel tu es arrivée. Mais il fait bon pour une fois, profitons-en. Je vais compter de tête. Pollux a deux sœurs, comme tu le sais. Elles sont plus jeunes que lui d’une dizaine d’années. Et un petit frère aussi. Cassiopeia, Marius et Dorea. Il y a ses parents, continua-t-elle en ouvrant deux doigts sur sa main gauche. Et la branche aînée, avec Mr et Mrs Sirius Black. Arcturus est leur aîné, tu te souviens peut-être de lui ?

— Oui, vaguement, en convint Melania.

— Il a quelques années de plus que nous. Lycoris, sa sœur, est toujours aussi insupportablement maniérée qu’à Poudlard, et il ne fait pas bon vivre d’habiter avec elle, reconnut à demi-mot Irma. Et puis il y a Regulus aussi, qui finit sa dernière année à Poudlard actuellement, je ne sais pas si tu t’en souviens.

— Vaguement, en convint-elle à nouveau.

— Nous en sommes à onze. Et puis il y a l’autre oncle de Pollux. C’est un peintromage, il me fait un peu peur, avoua Irma avec un rire nerveux. Il paraît toujours sous l’emprise d’un philtre hallucinogène, toujours dans sa peinture. Il est marié et il a trois filles. Seize. Et puis la Grand-tante de Pollux, la sœur du Directeur de Poudlard, Tante Elladora. Nous sommes dix-sept.

— C’est un hameau à ce niveau, la taquina Melania.

— Un peu, consentit Irma avec un haussement d’épaule. Mais il est rare que nous soyons tous dans la maison en même temps.

— Et avec ta belle-mère ? demanda Melania avec curiosité. »

Elle avait le vague souvenir de sa propre grand-mère s’en prendre à sa mère pour un rien quand elle était encore enfant. Et puis elle savait qu’il fallait toujours se renseigner sur la belle-mère avant d’épouser qui que ce soit. On épousait plus qu’un homme, on épousait une famille. Pour preuve, on changeait de nom en se mariant.

« Mrs Violetta Black est vraiment adorable, lui confia Irma avec plaisir. Je la connais depuis plusieurs années à présent. Pollux a beaucoup d’affection pour sa mère, il tenait à ce que je m’entende bien avec elle avant de me demander en mariage. J’ai cru devoir faire des efforts au début, mais cela n’a pas été nécessaire. Elle a toujours cherché à me mettre à l’aise depuis que Pollux m’a demandée en mariage, et depuis notre mariage, elle n’a pas changé d’attitude.

— C’est une chance pour toi, se réjouit Melania. C’est amusant qu’on ne se soit pas parlé plus que cela à Poudlard.

— Nous n’étions pas dans la même maison et nous ne suivions pas les mêmes matières, en convint Irma en haussant ses épaules rondes. Mais j’ai vraiment été heureuse de te voir à mon mariage. Nous partageons les mêmes valeurs. »

Ce qu’Irma ne disait pas, c’est qu’elle s’était sensiblement éloignée durant ses fiançailles de ses amies de Poudlard, Rachel Stevenson et Amaryllis Craggy, dont les origines faisaient tiquer son récent époux. Pollux ne voyait pas trop de difficultés à concéder à Irma des amitiés pas entièrement sorcière – ce n’étaient que des amitiés et puis les Stevenson étaient de très bons cordonniers – mais il préférait qu’elle fréquente une femme comme Melania Macmillan, et il le lui avait habilement fait comprendre.

Arcturus Black le lui avait fait également comprendre quelques jours plus tôt.

Mais ce n’était pas pour les mêmes raisons.

Arcturus Black, en plus d’être fou, était d’un romantisme à faire peur. Peut-être que c’était sa paranoïa qui en était à l’origine. Il rêvait silencieusement depuis tout petit d’une princesse à sauver, d’une belle sorcière au sang pur à sauver d’horribles Moldus. Il cherchait celle à qui il pourrait faire entièrement confiance.

Il recherchait cette personne dont il ne pourrait jamais douter. La seule qui ne serait jamais victime de sa paranoïa. Et le hasard désigna cette personne comme étant Melania Macmillan.

Arcturus Black était aussi brillant que ses parents, peut-être même plus encore. Il aurait pu entrer au Département des Mystères… s’il n’avait pas était dangereusement paranoïaque. Sa paranoïa le rendait encore plus raciste et prompt à des sauts d’humeur. Elle le faisait douter du moindre point de sa démonstration, il devait les vérifier des dizaines de fois, ce qui lui prenait toujours un temps monstre. Sans parler du fait qu’il avait toujours peur que quelqu’un lui vole son travail et qu’il n’en parlait par conséquent jamais. Mais dans ses bons jours et lorsqu’il était en confiance, il avait une conversation fabuleuse.

Il était dans un bon jour, quand Irma invita Melania. Mais il était intimidé et émerveillé par sa princesse à sauver. Il était fébrile comme un adolescent à son premier rendez-vous.

C’était en quelque sorte, il est vrai, son premier rendez-vous.

Comment savait-il que Melania était une princesse à sauver d’un horrible Moldu ? Parce qu’il était Legilimens. Pas de naissance. Il s’était entraîné longtemps. Il arrivait à saisir des bribes. C’était sans doute une conséquence de sa paranoïa. Il avait besoin de savoir à qui il pouvait faire confiance. Ou bien était-ce l’inverse ? Peut-être était-il devenu paranoïaque à force de lire dans la tête des gens ?

Ce n’est pas l’important.

L’important c’est qu’il avait lu dans les pensées de Barnabas que Melania avait été embobinée par un Moldu qui l’avait traitée de sale sorcière. Cette simple information lui avait suffi. Il avait vu dans Melania la sorcière qu’il devait sauver, celle de ce conte d’enfants que sa Tante Violetta lui avait raconté des centaines de fois.

« Tu as de la chance qu’il pleuve sur notre village de Simonide-le-Luron, préféra répondre Melania à Irma. J’étais en train de protéger les arbres des Botrucs quand j’ai reçu ta lettre. Écris-moi plutôt de sorte à ce que je reçoive ton courrier le soir. Je serai sûre de ne pas le manquer de cette manière.

— Excuse-moi, lui dit aussitôt Irma avec embarras. Je… Je n’ai pas encore beaucoup à faire la journée. Mrs Hesper Black gère la maison avec Mrs Elladora Black et je n’ai pas encore d’enfants. Les deux sœurs et le frère de Pollux qui ont quatre, sept et neuf ans, sont dans la salle à manger avec leur mère et les trois cousines de Pollux qui ont sensiblement le même âge. Ces derniers jours, ils y ont passé leur temps pour leur étude. Et…

— Ce n’est rien, Irma, la rassura aussitôt Melania, perplexe devant tant d’angoisse. Une simple demande pour la prochaine fois.

— Pour la prochaine fois, répéta Irma Black avec un soulagement mêlé de joie. »

Irma ressentait de la joie car Melania prévoyait qu’elles se voient une nouvelle fois à l’avenir. Et Irma avait beau aimer être tranquille, elle avait besoin comme tout le monde d’une oreille attentive et d’un cœur généreux comme celui de Melania.

« Pourquoi ton frère te surveille-t-il ainsi ? demanda Irma à voix basse.

— J’ai contrarié mon père, et il est persuadé que je lui mens, reconnut à moitié Melania. Il refuse de me laisser sortir seule.

— Qu’as-tu fait pour le contrarier ? s’étonna Irma.

— Je suis sortie me promener sans lui demander la permission, raconta-t-elle en essayant de garder un ton léger et amusé. Il s’était levé du mauvais pied, si tu veux mon avis.

— Oh… Eh bien, ton père a l’air très strict, lui dit Irma avec hésitation.

— Il veut ce qu’il y a de mieux pour moi, essaya de se convaincre Melania. »

Irma allait répondre quelque chose à cette réponse, mais elle s’interrompit et se mit sur ses pieds aussitôt en exécutant une révérence respectueuse. Melania se leva à son tour, s’attendant à voir le Directeur de Poudlard, Phineas Nigellus, ou encore son fils, Sirius Black, ou même Mrs Hesper Black qui semblait si autoritaire. Mais ce n’était qu’Arcturus Black, le témoin de Pollux Black.

« Arcturus, ajouta Irma après avoir relevé la tête. Vous vous souvenez peut-être de Melania. Elle était de notre promotion avec Pollux, mais à Poufsouffle. »

Arcturus s’inclina légèrement non vers Irma, qu’il ignorait déjà, mais vers Melania avec un éclat d’admiration dans le regard. Il la regarda de longues secondes qui laissèrent perplexe Melania. Puis elle se souvint ce qu’on disait sur lui, qu’il était fou. Son cœur généreux et naïf de Poufsouffle pensa qu’était-il seulement bizarre.

« J’ai dansé avec Melania lors du mariage, Irma, finit-il par répondre d’un ton calme avec un visage moins toqué qu’ordinaire. Enchanté de vous retrouver, Miss Macmillan. »

Il est vrai que Melania avait dansé avec lui. Mais elle ne s’en souvenait pas spécialement au point de dire ceci en guise d’introduction.

Au contraire, Arcturus avait littéralement été transpercé de part en part par la flèche de Cupidon lorsqu’il l’avait tenue dans ses bras pour exécuter des pas de danses timides et fiévreux. Il avait été fasciné par le moindre morceau de Melania. Son visage en forme de cœur, ses yeux noirs et profonds, ses cheveux sombres et lisses remontés en un chignon simple mais élégant, sa peau pâle comme le marbre, sa bouche rose, sa silhouette longue et fine, et surtout sa douceur : tout l’avait émerveillé. C’est en cela qu’il fut le Darcy de Melania. Arcturus était trop renfermé pour l’avoir insultée ou avoir dit à son meilleur ami qu’elle était quelconque – et surtout il n’avait pas d’ami – mais il avait été séduit par sa voix pleine de panache et son esprit perspicace alors qu’à première vue, elle lui avait parue trop campagnarde et trop écossaise. La sincérité de son regard, lorsqu’il l’avait croisé, avait mis le pauvre Arcturus Black à genoux. Il lui avait juré fidélité et dévouement comme un chevalier médiéval l’aurait fait pour son seigneur ou pour sa dame, pendant que Melania retrouvait la douceur sous les mains d’Aristote Parkinson.

Drôle de situation, n’est-ce pas ? Melania, petit cœur de Poufsouffle blessé par la vie, avait réussi à manipuler et à obtenir l’entière confiance du sorcier le plus paranoïaque de son temps d’un simple regard noir et désintéressé et ce, de manière totalement involontaire.

De manière involontaire…

Au début.

 

End Notes:

Enfin Melania peut parler (plus ou moins) librement, et enfin des femmes ont vraiment voix au et dans les chapitres... Irma initie Melania à la Maison des Black gloups. Et Arcturus se présente... Melania répondra au prochain chapitre. Mais quoi ?, hehe, telle est la question !

A samedi pour la suite, des bisous

6. Où Arcturus Black est gentil by Juliette54
Author's Notes:

Je suis vraiment vraiment désolée pour le retard de publication que j'avais pourtant prévue. La rentrée, les cours, les devoirs à rendre déjà... ça risque de m'arriver à nouveau, même si j'essaierai de mettre au moins un chapitre par semaine à l'avenir. Mille mercis pour vos retours la vache et MaPlumeAPapote ! J'espère que l'histoire continuera de vous plaire :D

Je ne vous fais pas attendre plus longtemps, et je vous laisse aux bons soin du narrateur de cette histoire... Bonne lecture :) 

Chapitre 6 : Où Arcturus Black est gentil

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’Arcturus joua ses cartes comme un as ?

Qu’il réussit à remettre de la joie dans les yeux de Melania ?

Qu’il parvint même à gagner sa confiance ?

Et que Melania aurait pu en tomber amoureuse ce jour-là ?

Remarquez, elle était encore trop bouleversée elle-même pour le comprendre.

.

Ne détestez pas Melania, s’il vous plaît. La vie a couru plus vite qu’elle et elle n’arrivait plus à la rattraper. Et puis elle ne s’est pas rendu compte dans quelle machine infernale elle mettait les pieds. Toutes ses habitudes et ce en quoi elle croyait était sans dessus-dessous. Elle essayait plus de survivre que de vivre à cette époque. Elle essayait de remonter sur le balai lancé à plusieurs centaines de kilomètres à l’heure. Elle essayait de prendre de la distance avec ce qu’elle avait toujours cru et connu. Elle se serait peut-être intéressée au fils McKinnon qui habitait en face de la Villa Caledonia, dans le cas contraire. Peut-être se serait-elle tournée vers son cousin qui avait sept ans de plus qu’elle, qui s’entendait très bien avec ses frères et son père, et dont les champs étaient à côté de ceux des Macmillan. Peut-être n’aurait-elle pas eu besoin de chercher un ailleurs pour tourner une page de sa vie.

« Heureuse de vous revoir aussi, Mr Black », répondit-elle à Arcturus Black qui attendait une réponse à sa salutation.

Elle ne fit pas de révérence comme l’avait fait Irma parce qu’elle n’en avait pas l’habitude. Elle se contenta d’un hochement de tête et hésita à lever sa main pour qu’il puisse y apposer un baisemain. Elle fit bien d’hésiter, car Arcturus Black ne touchait jamais personne. Il ne serrait aucune main, il ne baisait aucune main, il n’invitait personne à danser non plus. Irma ne le savait pas encore, aussi ne le releva-t-elle pas. Arcturus ne se rendait jamais à des réceptions. Ses parents trouvaient plus sage de ne jamais le pousser à sortir du 12, Square Grimmaurd au risque d’exposer sa folie à la face de la société Sang-Pur. Il ne dansait pas. Melania était sans doute la seule personne, autre que sa sœur Lycoris ou sa mère, avec laquelle il avait dansé depuis des années. Mais elle ne le remarqua pas.

Sirius et Hesper, eux, l’avaient remarqué et après un instant de stupeur passé, ils avaient aussi poussé Irma à se rapprocher de cette Melania Macmillan au sang-pur et à la gentillesse évidente. Ils ne tarderaient d’ailleurs pas à se rendre au salon afin de pouvoir échanger plus de deux mots avec la jeune fille. Je vous l’ai dit, Sirius et Hesper, mains avides de pouvoirs unies, savaient tout ce qu’il se passait dans ce 12, Square Grimmaurd. Ils seraient les dignes héritiers de Phineas Nigellus, Ursula et Elladora Black. Oui, j’associe ces trois horribles têtes sous le même chapeau, mais comme vous le savez, ceci est une autre histoire.

Même si Arcturus ne baisait aucune main, il s’empara pourtant des doigts gantés de Melania avec des gestes tremblants. Il s’inclina comme il ne s’inclinait devant personne pour déposer un baiser bref et rempli de respect sur les maigres phalanges de Melania puis se releva lentement, sans la lâcher du regard. C’était sa princesse, après tout.

Barnabas, lui, fronça un instant les sourcils. Il avait été dans la promotion qui avait suivi celle d’Arcturus Black à Poudlard, il connaissait le personnage. Un cinglé, une mauviette, un intello tyrannisé et moqué par les camarades de sa propre maison. Agressif et complètement paranoïaque. Le voir poser la main sur sa petite sœur, lui qui se montrait toujours pédant et supérieur aux autres lors du peu de réceptions où il s’était rendu, le fit voir rouge.

« Black, salua-t-il d’un mouvement bref de la tête une fois debout derrière Melania.

— Macmillan, répondit calmement Arcturus Black. Vous aimez le jardin, Miss Macmillan ?

— Bien sûr, Mr Black, répondit Melania sans percevoir la méfiance grandissante de son frère. Mais c’est très différent de nos landes écossaises.

— Vraiment ? » demanda Arcturus Black concentré uniquement sur la personne de Melania.

Je crois qu’à cet instant, l’univers aurait pu s’écrouler pour Arcturus Black. Il parlait à sa princesse, et elle lui répondait avec la douceur, la simplicité et l’honnêteté qui le mettaient totalement en confiance. Son accent écossais avait ce quelque chose supplémentaire de frais et de vivant qui manquait à la vie solitaire d’Arcturus.

« Les landes sont agressives mais belles, reconnut Melania avec un sourire sincère. Le vent fouette la peau et l’humidité fait gonfler les cheveux. Venez un jour à Simonide-le-Luron si le cœur vous en dit », proposa-t-elle avec une bonté toute innocente.

C’était la phrase de trop pour Barnabas qui pensa aussitôt que Melania fleuretait outrageusement avec ce cinglé d’Arcturus Black.

Mais ce furent cette gentillesse et cette spontanéité qui ravirent un peu plus le cœur et la tête d’Arcturus. Il fit un hochement de tête cérémonieux à Melania car il ne convenait pas qu’il s’empresse auprès d’elle comme une femme pouvait le faire auprès d’un homme, mais son cœur avait définitivement éclaté pour Melania.

« J’ai fait préparer du thé, il doit à présent être servi sur la table au fond du jardin, préféra dire Arcturus en désignant le fond de la cour. Je vous accompagne ? » proposa-t-il à Melania.

Melania prit ce bras sans voir la colère de son frère ou même la surprise d’Irma. Irma ne connaissait pas encore tous les tocs d’Arcturus Black, mais Pollux lui en avait assez dit pour qu’elle sache qu’il n’aimait pas la compagnie en général, et encore moins celle extérieure à sa famille. Irma s’avança à la suite de Melania et Arcturus, sans savoir que l’ordre des choses serait bientôt définitivement celui-ci.

« Irma disait que vous étiez l’une des meilleures de votre promotion en Botanique, rappela même Arcturus sans lâcher Melania du regard.

— J’aime m’occuper des plantes, en effet, confirma Melania. Et puis j’ai toujours passé mes étés hors de Poudlard dans les champs de blé et de légumes ou dans les vergers des Macmillan, rappela-t-elle.

— Madame ma mère cultive de nombreuses espèces rares et exotiques dans sa serre, lui apprit Arcturus avec un bref sourire. Je suis certain qu’elle acceptera de vous les montrer. »

Je vous ai dit qu’Arcturus fut dans un de ses bons jours cette après-midi-là. Il parlait avec aisance, la présence de Melania le mettant en confiance totale. Paradoxal, n’est-ce pas ? Il aurait dû être effrayé de commettre un impair. N’oubliez pas qu’il était l’Héritier de la Noble et Très Ancienne Maison des Black, qu’il était certes fou et paranoïaque, mais il savait où était sa place dans la société.

« Vraiment ? Ce serait formidablement gentil de sa part de prendre ainsi son temps avec moi », se réjouit Melania en jetant un coup d’œil perplexe à Irma.

Perplexe parce qu’Irma lui avait précisé que Mrs Hesper Black n’admettait personne dans sa serre alors qu’Arcturus Black l’invitait presque à y entrer.

« Et à part la Botanique, qu’est-ce qui vous passionne ? reprit Arcturus. »

Parce que oui, Arcturus, aussi fou soit-il, brûlait d’un amour obsessionnel mais respectueux et tendre pour Melania. Il ne voulait pas dire « ce sourire est à moi », il ne voulait pas simplement prendre ce corps, il la voulait entièrement. Il voulait savoir ce qu’elle aimait et qui elle était pour l’aimer également. Et ceci, sans qu’elle n’en prenne encore conscience, éblouit littéralement Melania.

« Le violon, je joue du violon depuis que j’ai six ans, lui apprit-elle.

— Je l’avais oublié, intervint Irma avec ravissement. J’aime jouer du piano, nous pourrions jouer ensemble. »

Le bulle d’Arcturus se cassa légèrement à l’intervention de sa belle-sœur, mais il ne cessa pas de contempler Melania répondre avec enthousiasme aux propositions d’Irma.

Du côté de Melania, cette tasse de thé ne se passait pas tout à fait de la même façon. Remettre les pieds ici, où elle avait retrouvé sa douceur grâce à Aristote Parkinson, lui laissait un goût de nostalgie dans la bouche. Lorsqu’Irma se remit à parler de son mariage, elle se rappela définitivement du regard malheureux d’Aristote lorsqu’elle lui avait dit adieu, à la fin de la réception.

« Excusez-moi, les commodités sont bien au premier ? demanda-t-elle avec hésitation. »

Arcturus le lui confirma et elle s’empressa de monter dans la petite pièce carrelée de noir. Elle ne ferma pas à clef derrière elle, parce qu’elle ne pensait qu’aux mains d’Aristote sur sa peau diaphane. Elle passa son index sur le rebord qui avait supporté l’ébat bref, doux mais ô combien guérisseur quelques jours plus tôt. Elle se demanda pourquoi elle avait été si définitive avec Aristote. Elle aurait été heureuse avec lui. Peut-être ne l’aurait-il pas été, lui, mais elle, elle l’aurait été. Ce n’était même pas par amitié qu’elle avait mis un non définitif à la demande d’Aristote, c’était par un élan de justice qui lui était revenu de son ancienne vie, sa vie avant que ce sale Moldu de John ne pose les mains sur elle.

Elle écarta les pans de sa robe et les releva doucement pour passer sa main sur elle, pour se toucher en se souvenant du toucher d’Aristote et de la douceur d’aimer qui existait toujours. Elle pleura peut-être un peu, appuyée contre la porte, puis contre le rebord de l’évier. Puis elle ne pensa plus à Aristote, elle pensa seulement à cet amoureux idéal qu’elle finirait par trouver. Ses caresses l’apaisèrent doucement et elle serait redescendue sans que personne n’ait rien su de cet instant si Barnabas ne s’était pas impatienté et était encore une fois venu la surveiller.

Il la trouva, les mains dans l’évier, l’eau savonneuse un peu rouge parce qu’elle s’était maladroitement griffée le poignet en enlevant son sceau aux armoiries des Macmillan. Il la trouva la robe mal remise, les joues rouges et les yeux brillants, et il pensa qu’elle avait fait exprès de se blesser et de pleurer comme une pauvresse pour attirer l’attention d’Arcturus Black qui s’était par hasard proposé d’aller voir si Melania ne s’était pas perdue, juste avant que Barnabas ne se lève lui-même.

La porte claqua derrière lui en même temps que le cri horrifié de Melania lorsqu’elle découvrit la fureur sur le visage de son frère.

« Qu’est-ce que…

— Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans ta tête ! s’écria-t-il en abattant sa main sur sa joue encore humide. Tu te fais inviter par une amie, et tu cherches à attirer l’attention de son cinglé de cousin ? En te mutilant le poignet ? Tu veux qu’il te passe dessus, lui aussi ? Tu crois que je n’ai pas vu que tu avais disparu durant le mariage de Pollux Black ? Petite traînée ! »

Elle était agenouillée au sol, une fois de plus. Le maigre espoir qui avait fait repartir son corps et son envie de vivre heureuse grâce à Aristote Parkinson quelques semaines plus tôt, s’évapora.

À cet instant, elle abandonna. Elle s’abandonna aux mains de son frère. Elle subit aussi pour la première et unique fois la ceinture de son frère qui crut bon de se prendre pour leur père en paiement du secret qu’il n’avait pas rapporté au chef des Macmillan. Barnabas était devenu aussi fou qu’Arcturus Black mais dans le sens opposé. Il ne voyait que le pire émaner de sa sœur, luxure et manipulation, là où Arcturus ne voyait qu’une princesse à sauver, la femme la plus douce et tendre au monde. Barnabas était si fou qu’il se mit à corriger et battre sa sœur dans cette petite pièce du 12, Square Grimmaurd. Et Melania n’avait tellement plus d’espoir qu’elle se contenta d’enfoncer la paume de sa main dans sa bouche pour étouffer le son de ses cris de douleur et de ses sanglots.

Peut-être se serait-elle vraiment mutilé le poignet si la correction s’était finie par le départ de son frère, elle, étalée sur le sol complètement vidée de vie. Peut-être. Mais la porte s’ouvrit au cinquième coup de ceinture et elle eut juste le temps de voir une tornade de vêtements noirs éjecter son frère et le plaquer au mur avec une violence qui brisa les carrelages noirs.

« On ne frappe pas une femme, siffla la voix horriblement sourde d’Arcturus Black.

— Je corrige ma sœur comme je…

— On ne frappe pas sa sœur, continua Arcturus Black en soulevant Barnabas Macmillan pour le plaquer à nouveau contre le mur.

— Va te faire…

— On ne frappe personne, conclut Arcturus. »

Le silence plana un court instant durant lequel Melania resta figée et muette d’interrogation. Puis Arcturus poussa Barnabas hors de la pièce.

« Rentre chez toi, Macmillan, je raccompagnerai ta sœur », l’avertit Arcturus avant de claquer la porte.

Le tout n’avait pas duré plus d’une poignée de secondes. Melania était toujours à genoux au sol, un regard perdu et terrifié posé sur Arcturus. Elle se tenait honteusement recroquevillée sur elle-même pour tenir sa robe sur sa poitrine car Barnabas l’avait déchirée dans son dos pour s’assurer qu’elle sente la correction.

Arcturus Black la regarda longtemps avant de savoir comment il convenait de se comporter. Il commença par s’accroupir devant elle pour l’aider à se relever. Melania se laissa faire dans un silence seulement ponctué de bruissements de tissu. Elle le laissa craintivement passer son mouchoir en tissu humide sur les plaies de son dos puis les lui réparer d’un mouvement souple du poignet. Elle ne sentait presque plus rien, comme cela ne lui était jamais arrivé avec les pommades qu’elle faisait elle-même ou qu’elle achetait chez l’apothicaire de Simonide-le-Luron. Elle le laissa toucher sa robe sans rien dire, la remettre plus ou moins en place et même la réparer avec un peu de magie. Elle le regardait réparer son dos et son vêtement dans le miroir au-dessus de l’évier. Il n’émettait aucun commentaire et arrivait à tout faire sans toucher sa peau une seule seconde.

C’était une autre forme de douceur qu’elle avait oubliée. Quelque chose de moins passionné mais de tendre, amical et aimant. Elle en pleura d’apaisement lorsqu’il vint se placer à côté d’elle.

Elle le regarda tirer un autre mouchoir en tissu de sa poche et le passer méticuleusement sur ses joues et sous ses yeux, l’un après l’autre, dans un ballet successif à mesure que ses larmes coulaient à nouveau.

« Mon mouchoir sera bientôt entièrement humide, Miss Melania, souffla-t-il sans la regarder dans les yeux.

— Mes yeux seront bientôt secs, Mr Arcturus », se permit-elle de répondre en cherchant son regard.

Elle chercha son regard parce qu’elle voulait le remercier de lui avoir rappelé que la violence de son frère n’était pas normale et qu’elle devait cesser de s’y habituer. Qu’elle avait le droit de la refuser.

« Vous allez mieux ? lui demanda-t-il en baissant son mouchoir.

— Je crois, en convint-elle. »

Il était grand, brun, svelte, quelque chose de réservé, d’élégant et de distingué. Ses clignements d’yeux trop fréquents pour être autre chose que des tocs de nervosité n’étaient pas effrayants, au contraire, ils le rendaient plus humain. Son iris était gris d’eau douce, ce qui soulignait un regard aiguisé et minutieux. Son nez était droit et fin mais avec du caractère. Sa mâchoire carrée était rasée de près, mais il semblait souvent se couper juste là, à droite de son menton, puisqu’il y avait une cicatrice encore fraîche. Sa peau était blanche, ponctuée là, de l’autre côté, par une trainé de tout petits grains de beauté. Sa bouche tremblait légèrement, comme s’il cherchait ses mots. Quelque chose de rassurant et de protecteur se dégageait de lui.

Je vous l’ai dit, Melania aurait pu tomber amoureuse d’Arcturus Black ce jour-là, parce qu’il était ce prince charmant qui l’avait sauvée des griffes de son frère diabolique. Mais ce ne fut pas le cas parce qu’elle venait de toucher le fond du fond et qu’elle n’était pas encore remontée à la surface.

« J’aimerais voir le jardin avec de la hauteur », se retrouva-t-elle à demander sans savoir pourquoi.

Je pense qu’elle le demanda à Arcturus parce qu’il lui avait déjà proposé de demander à sa mère pour entrer dans la serre. Son inconscient dut savoir qu’elle pouvait demander cela aussi à Arcturus et même tout ce qu’elle voulait. Il y accèderait.

« Depuis le grand salon, je pense que nous verrons bien, accepta Arcturus en lui proposant son bras. »

Elle le prit aussitôt, mais consciemment cette fois-ci, et non comme un réflexe. Elle sentit les muscles maigres mais qui lui étaient dévoués, sous ses doigts. Elle inspira le parfum de ce moment, quelque chose de plus noble que l’eau de Cologne qui la fit se sentir immédiatement bien.

Elle se laissa mener à la fenêtre du grand-salon. Et effectivement, on voyait à peu près le dessin du jardin à la française. Un sablier de buis dans un carré de fleurs, surmonté d’un cercle, pour la fontaine.

« On ne pourrait pas prendre un peu plus de hauteur ? demanda-t-elle à mi-voix en se tournant vers lui. »

Il la regardait sans montrer aucune émotion dérangeante comme de la pitié, de la tristesse, de la colère ou de la déception. Il semblait simplement veiller sur elle et être heureux de le faire. C’était apaisant.

« Il n’y a que les chambres à l’étage, rappela Arcturus Black ses tocs nerveux reprenant de plus belle.

— N’y a-t-il pas un bureau ? insista Melania et sa curiosité innocente qui faisait son retour.

— Allons voir, accepta Arcturus après une seconde de silence. »

Ils montèrent l’escalier dans un silence paisible. Melania en profitait pour regarder autour d’elle. Le deuxième étage lui paraissait déjà moins sombre et lugubre. Peut-être la lumière pénétrait-elle mieux les fenêtres lorsqu’on prenait de la hauteur.

« Allons au troisième, préféra Arcturus. C’est ici la chambre de mes parents. »

Alors ils montèrent un peu plus vers le ciel. Ils ne s’arrêtèrent ni au troisième, ni au quatrième, ni au cinquième. Ils s’arrêtèrent tout en haut, au sixième.

« Il s’agit d’une chambre inhabitée, venez, lui proposa-t-il en lui ouvrant la porte. »

Elle entra, toute en confiance, et vint immédiatement se poser au bord de la fenêtre. Il la rejoignit et resta droit à côté d’elle, à contempler le jardin dont le motif se faisait plus net depuis le sixième étage.

« C’est beau, ne trouva qu’à commenter Melania en se sentant légèrement stupide d’avoir fait gravir tous ces étages à Arcturus Black pour regarder un petit jardin.

— C’est intéressant, approuva Arcturus en hochant la tête avant de se tourner vers elle.

— Qui a dessiné les plans du jardin ? demanda-t-elle en levant les yeux vers lui.

— Mon arrière-grand-mère, Ella Max-Black, lui raconta-t-il calmement en essayant de sourire mais les coins de ses lèvres semblaient avoir des difficultés à se maintenir en place. Mon arrière-grand-père Cygnus lui a offert cette maison en cadeau de mariage et elle a dessiné les plans du jardin.

— Elle lui a fait un cadeau en retour, essaya de comprendre Melania.

— C’est cela, approuva Arcturus en hochant lentement la tête et son sourire se maintint une seconde de plus. Ils s’aimaient et se respectaient énormément.

— Les bases d’un mariage solide, commenta-t-elle avec ses réflexes idylliques d’adolescente.

— C’est cela, répéta Arcturus Black. »

Il la contempla à nouveau. Melania fut un peu plus apaisée sous ce regard admiratif et simplement tendre. Arcturus Black n’était pas fou, il était gentil, profondément doux et gentil. Elle en fut convaincue.

« Que faites-vous là, Arcturus, avec Miss Macmillan ? » intervint une voix grave et posée, d’un timbre un peu plus brusque que celui d’Arcturus Black.

Melania se tourna vers la porte de la chambre inhabitée pour découvrir Mr Sirius Black, qu’elle avait vu de loin au mariage d’Irma et Pollux. Elle fit la même courte révérence qu’elle avait accordée à Arcturus.

« Nous prenions de la hauteur pour pouvoir apprécier le dessin du jardin, Père, répondit Arcturus avec une agitation qu’il n’avait pas encore manifestée face à Melania.

— Comment nous avez-vous trouvés, Mr Black ? » ne put s’empêchait de demander Melania avec étonnement.

Mr Sirius Black tourna lentement la tête vers elle. Il avait lui aussi les cheveux mi-longs, jusqu’aux épaules, comme Arcturus. Les siens étaient veinés de gris.

« Je sais tout ce qu’il se passe dans le 12, Square Grimmaurd, Miss Macmillan, lui répondit-il avec un discret sourire amusé. »

Et pourtant, Melania se demanda s’il disait la vérité, parce qu’elle n’était pas sûre qu’il puisse tolérer l’attitude qu’elle avait eue avec Aristote Parkinson le soir du mariage d’Irma et Pollux. Elle s’abstint de douter devant lui, préféra le prendre comme une plaisanterie et rit discrètement.

« Cela doit être épuisant, se permit-elle même de plaisanter.

— Quelque peu, en convint Mr Sirius Black avec un hochement de tête amusé. Venez divertir Hesper de votre bon esprit, elle doit nous attendre au salon avec Irma. »

Il ne mentionna pas Barnabas et elle se demanda à nouveau s’il savait vraiment tout ce qu’il se passait dans cette maison.

 

Arcturus lui proposa une nouvelle fois son bras et elle l’accepta. Ils redescendirent tous les trois l’escalier monumental du 12, Square Grimmaurd.

 

End Notes:

La douceur revient un peu dans la vie de Melania... J'espère à très vite cette fois pour la suite >.< merci pour vos lectures < 3

7. Où Amitié est douce by Juliette54
Author's Notes:

Merci MaPlumeAPapote et winter pour vos retours < 3 c'est un plaisir de les lire et d'y répondre < 3

Allez, encore en retard, mais ce chapitre est plus long >.

Chapitre 7 : Où Amitié est douce . .

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle séduisit immédiatement ses futurs beaux-parents ?

Que cette après-midi fut décisive ?

Qu’elle décida même du reste de sa vie ?

Et qu’Arcturus se fit définitivement une place dans son cœur ?

Remarquez, elle reprend seulement goût à l’amitié.

.

J’aurais pu m’arrêter ici et vous laissez rêver d’une belle histoire d’amour entre notre douce Melania et ce cinglé d’Arcturus Black. J’aurais pu vous laisser imaginer leurs rendez-vous au 12, Square Grimmaurd et ceux à la Villa Caledonia. J’aurais même pu réécrire la fin d’Orgueil et Préjugés avec les noms d’Arcturus et Melania.

Mais la vie avait trop abîmé Melania pour qu’elle tombe si rapidement et si facilement amoureuse d’Arcturus Black comme son cœur autrefois d’artichaut était tombé pour Garrick Harper, pour Archi Rosier, pour Alexander Twain bien sûr, pour ce Moldu de John Swift et un peu aussi pour Aristote Parkinson.

« Hesper, voici Melania Macmillan, l’amie d’Irma, la réintroduisit Mr Sirius Black une fois qu’ils furent sur le seuil du grand salon. Je crois que la vivacité de son esprit te plaira. »

Après l’instant d’étonnement passé quant à ce tutoiement entre Hesper et Sirius Black, Melania salua Mrs Hesper Black d’un hochement de tête volontaire. Barnabas n’était plus ici et un poids s’envola de ses épaules aussitôt. Elle était sans surveillance pour la première fois depuis le mariage d’Irma et Pollux, et encore, ce jour-là, elle avait seulement pu s’échapper une petite heure dans les bras d’Aristote.

« Et pourquoi dis-tu cela, Sirius ? s’étonna Hesper en faisant signe à Melania de s’asseoir à côté d’elle sur le canapé.

— Découvre-le par toi-même, Hesper. »

Il y avait une forme de complicité plus que maritale entre les époux et héritiers de la Maison des Black. Il y avait une complicité conjugale, amicale et même amoureuse que tout le monde repérait facilement. Et c’était sûrement ce qui faisait leur force et qui liait bien mieux leurs mains avides de pouvoir qu’un mariage incité par des raisons financières ou parentales.

Il y avait une confiance absolue de l’un pour l’autre.

Je ne prétends pas savoir ce qu’il se passait entre eux dans l’intimité, mais ce ne pouvait être une façade basée sur rien. Le sceau de Sirius Black faisait aussi peur que le sceau d’Hesper Gamp-Black aux débiteurs, aux locataires, aux employés du ministère ou même à leurs amis qui n’avaient pas la conscience tranquille. Comme son grand-père Cygnus avant lui, Sirius avait épousé une héritière non pour son argent mais par inclination. Il avait pris l’argent au passage, mais il n’y touchait pas pour en laisser la pleine main à Hesper. Il n’en avait, certes, pas besoin, de toute façon.

Melania ignorait tout cela. Ce qu’elle vit ce jour-là, fut la complicité entre les parents d’Arcturus Black, et le respect doux et taquin qu’ils se portaient, le même qu’elle avait pu avoir avec ses camarades à Poudlard. Il n’y avait pas de rapport de force entre eux, et elle passa une après-midi qui lui vida complètement la tête de l’ambiance pesante de la Villa Caledonia.

Elle apprécia immédiatement Mrs Hesper Black, malgré tout ce que lui en avait dit Irma. Mrs Hesper Black était plus vive et spirituelle qu’autoritaire selon Melania. C’était un véritable délice de l’écouter raconter des anecdotes et des bons mots.

« Sirius, te souviens-tu de ce voyage à Venise ? La salle de bal du Palace était immense et d’une splendeur… J’en ai encore une quantité astronomique d’étoiles dans les yeux.

— Décris-leur la salle mieux que cela, Hesper, lui proposa son mari avec un sourire en coin. Ne vois-tu pas que Miss Macmillan brûle de te poser des questions ?

— Laisse-moi la mettre en appétit, Sirius, lui répondit-elle d’un ton faussement contrarié. À l’entrée du Palace… quel est son nom déjà, Sirius ?

— Le Palace de l’Espoir, lui répondit-il de cette voix calme et apaisante.

— Il Palazzo della Speranza, c’est cela, répéta Mrs Hesper Black avec un hochement de tête pour remercier son époux. Aux portes du Palazzo, donc, il y avait toujours deux à six majordomes pour vous mener à travers le Palazzo… »

Elle prononçait l’italien comme une enfant aurait dégusté un bonbon au chocolat.

« … et puis dans la salle de restaurant… Sirius, te souviens-tu ?

— Pourquoi racontes-tu toujours ce moment lorsque tu parles de notre séjour à Venise, Hesper ? lui reprocha gentiment son époux.

— Parce qu’il me plaît de te taquiner, Sirius, répondit-elle avec évidence en lui tendant sa main. »

Il était à côté d’elle, et même s’ils avaient plus de cinquante ans, Mr Sirius Black prit la main gantée de son épouse pour y déposer un baiser au moins aussi respectueux et amoureux que l’aurait fait un jeune marié.

Melania ne pensa pas immédiatement au baisemain que lui avait accordé Arcturus Black quelques heures plus tôt. Mais Arcturus, lui, avait reproduit ce geste qu’il avait si souvent vu son père faire. C’était un code explicit pour lui, une façon de dire à Melania qu’elle avait son cœur et qu’il attendait seulement un signe de sa part pour mettre un genou à terre devant elle. Il attendait qu’elle trouve sa cour assez longue et convenable parce qu’il savait que Melania deviendrait sa femme dans peu de temps.

Elle s’appelait Melania. Et le prénom Melania venait directement du grec melanos qui signifiait noir, sombre, black. Elle était la princesse qu’il attendait.

« Et que s’est-il passé dans la salle de restaurant ? osa insister Melania, les joues rouges d’impatience.

— Irma, dites à votre amie qu’il n’est jamais bon de presser Hesper lorsqu’elle raconte une histoire, ponctua Sirius Black avec amusement.

— Je dois avouer que j’ai bien envie de connaître la suite, moi aussi, reconnut Irma en jetant un coup d’œil nerveux à Melania.

— Vous voilà toutes contre moi, se désespéra faussement Mr Sirius Black. Arcturus, mon fils, quel parti prenez-vous ?

— Celui de Mère, Père. Je trouve cette anecdote bien trop savoureuse pour en priver notre invitée, répondit-il en essayant de sourire. »

Le sourire d’Arcturus était à l’image de sa personne : instable et tremblant. Il pouvait toujours compter sur ses parents pour le préserver. Mais ce jour-là, ses parents se faisaient hôtes conviviaux non seulement pour Arcturus mais aussi pour la Maison des Black.

Sirius et Hesper Black étaient comme Pollux : ils avaient bien compris que leur fils aîné ne supporterait jamais une quelconque intimité avec une femme. Leur second fils n’était pas paranoïaque, mais sa sociabilité était encore plus dans les négatifs que celle de son frère et il ne supportait pas de sorciers autres que ceux de sa famille. C’était l’exact opposé de leur fille sur ce point. Lycoris avait une réputation désastreuse qui était toujours le point de départ des disputes entre les deux époux, et aussi le point final.

Quoi qu’il en soit, Sirius et Hesper Black n’espéraient plus voir marié aucun de leurs trois enfants… Jusqu’à ce qu’ils voient Arcturus demander à Melania Macmillan de danser avec lui. Ils mirent d’abord à l’aise la douce Melania par intérêt. Arcturus n’accepterait qu’une seule femme dans son lit, et ce serait Melania. Il les prévint peut-être, ou bien ils le comprirent d’eux-mêmes. Ils voulaient quelqu’un pour veiller sur leur fils lorsqu’ils viendraient à mourir, ils voulaient quelqu’un aussi pour porter l’enfant d’Arcturus et l’Héritier ou l’Héritière de la branche aînée de la Maison des Black.

Ce qu’ils n’avaient pas prévu, fût qu’ils appréciassent véritablement Melania, autre que pour le souffle paisible qu’elle répandait sur leur fils. Elle était belle, elle avait de la douceur et, même si sa spontanéité soulignait son enfance libérée sur les terres écossaises de ses parents, elle avait de l’esprit. Sirius l’apprécia plus que sa propre fille. Hesper retrouva un peu d’elle-même dans sa belle-fille. Et ils comprirent, au long regard qu’ils échangèrent durant cette après-midi, qu’ils avaient trouvé l’épouse qu’il fallait à Arcturus pour administrer soigneusement la Maison des Black lorsqu’ils ne seraient plus de ce monde.

Melania était l’épouse qui conviendrait à Arcturus, l’épouse qui conviendrait à l’Héritier des Black et une femme qu’ils pourraient considérer comme leur fille. C’était plus que tout ce qu’ils avaient pu espérer pour leur fils, leur Maison et eux-mêmes.

Melania était loin de toutes ces machinations de pouvoir. Elle redécouvrait simplement une après-midi pleine d’amitié, sans drame ni malheurs à la clé, avec des gens qu’elle pensait bons, gentils, et sincères avec elle. Et il est vrai qu’ils finirent tous par être sincères cette après-midi-là avec elle. Ils n’étaient peut-être pas entièrement bons et gentils, mais personne n’est parfait, n’est-ce pas ?

« Nous étions donc assis, Sirius et moi, à notre table, reprit Mrs Hesper Black avec sa voix souple et ronde. Les couverts en argent et les verres en cristal de Baccarat brillaient sous les flammes des bougies du chandelier en verre de Murano, la musique de l’orchestre était délicieuse. Sirius, tu étais d’une élégance qui avait dépassé jusque là mon imagination…

— Tu étais plus que ravissante toi aussi, Hesper, se permit de commenter Mr Sirius Black avec un sourire amusé.

— Je le sais bien, puisque le prince sorcier du Royaume grec en personne s’est présenté à notre table. Il voulait savoir si mon frère acceptait que je vienne dîner avec lui. Très flattée par la proposition, j’ai néanmoins précisé au prince grec que j’étais en voyage de noces non avec mon frère, mais avec mon époux. Le pauvre, il en a eu le cœur brisé, se moqua gentiment Mrs Hesper Black.

— Tu oublies de préciser qu’il t’a tout de même proposé de devenir sa maîtresse, ajouta Mr Sirius Black avec un ton clairement désapprobateur et offusqué. Il s’en est fallu de peu que je le défisse en duel.

— Tu étais nonobstant très flatté que l’on reconnaisse la beauté de ton épouse, rappela Hesper, un regard insistant et un sourire taquin aux lèvres. »

Ils ne sur-jouaient pas leur complicité. Mais ils la dévoilaient comme rarement. C’est du moins ce que crut comprendre Melania plus tard.

« Qu’est-ce qui vous a retenu de défier ce sorcier en duel ? demanda avidement Melania. »

Elle le demanda avidement parce qu’elle rêvait un peu cette après-midi-là.

Le sourire de Sirius Black s’accentua. Il jeta un bref coup d’œil à son épouse. La réponse était évidente – défier un prince sorcier, quelle folie ! – et comme elle était si évidente, personne n’avait jamais pris la peine de poser cette question. Mais Melania ne la posait pas naïvement, puisqu’elle précisa immédiatement son propos.

« Il me semble que vous êtes un grand sorcier, Mr Black, et l’un des plus influents d’Angleterre, vous auriez eu assez de soutien pour oser défier le prince sorcier grec.

— C’est lui qui m’a défié, avoua Sirius, l’œil pétillant d’amusement.

— Je te demande pardon, Sirius ? s’horrifia son épouse. »

Arcturus, quant à lui, regarda plus encore intensément Melania et admira plus encore son esprit. Elle était la seule à avoir eu assez d’esprit pour relever la faille et reconnaître la puissance de la Maison des Black. La seule après lui, lorsqu’il avait six ans, et qu’il avait posé la question à son père.

« Il m’a défié lorsque tu discutais avec sa sœur, avoua-t-il pour la première fois à son épouse avec un plaisir évident. Le prix était bien évidemment ta main. Je l’avais déjà, mais j’ai accepté son gant. Je n’ai pas été malade à cause des crustacés ce soir-là, Hesper, je suis sortie l’affronter sur la place Saint-Marc.

— Sirius, mais que t’a-t-il pris ? s’horrifia un peu plus son épouse.

— Le duel n’a pas duré plus de dix minutes, avoua-t-il tout de suite sans perdre son sourire. Je l’ai battu d’un simple Expelliarmus, et nous avons convenu de ne jamais parler de ce duel à quiconque. Il est rentré chez lui blessé à l’ego mais définitivement loin de toi, tout ce que je désirais.

— Sirius, définitivement, je me demande ce qu’il t’a pris, ne trouva qu’à dire Mrs Hesper Black confuse et dépassée.

— Ne m’en veux pas, nous étions de jeunes mariés et mon honneur dictait mes actions. 

— Père, il est déjà dix-huit heures, intervint Arcturus. Puis-je raccompagner Miss Macmillan chez elle ? J’aimerais m’assurer que le départ de son frère n’entraînera aucune méprise.

— Faites, mon fils, accepta aussitôt Mr Sirius Black en se levant du fauteuil. Pensez à bien vous présenter et à vous excuser de l’heure tardive.

— Je sais ce que je dois faire, répondit abruptement Arcturus Black avec un geste nerveux pour lisser sa robe de sorcier. »

Melania était en admiration devant le couple et l’harmonie qui semblait se dégager entre Sirius et Hesper Black. Elle était aussi émerveillée devant le moment paisible et enchanteur que Mrs Black lui avait permis de vivre en lui racontant les souvenirs de ses voyages. Car c’était exactement ce dont Melania avait besoin à cette époque, de voyager loin de l’atmosphère pesante qui s’était installée autour d’elle. De découvrir qu’autre chose existait. C’est si paradoxal, quand j’y pense, que ce soit cet horrible 12, Square Grimmaurd et ces cinglés de Black qui aient redonné le sourire et un peu de légèreté à sa vie. Peut-être l’atmosphère de la Villa Caledonia était-elle devenue pire que celle du 12, Square Grimmaurd.

« Ne vous donnez pas cette peine, Mr Black, vraiment, je…

— Ce n’est pas une peine », se permit d’insister Arcturus en la contemplant une fois de plus.

Melania était un peu honteuse lorsqu’elle se souvenait de la situation embarrassante dans laquelle Arcturus Black l’avait trouvée, dans la petite pièce carrelée de noir. Elle se rappelait aussi combien elle était faible et fragile. C’était au moins un pas, un début de remontée. Elle avait compris qu’elle avait été affaiblie et fragilisée par ces derniers mois, et elle était à nouveau prête à relever la tête. Un peu, du moins.

Elle était honteuse, mais très touchée et heureuse de voir Arcturus Black essayer de prendre soin d’elle et de la protéger des mauvaises idées qu’aurait pu cultiver son père à son sujet. Alors elle acquiesça en lui offrant un sourire discret mais sincère que ne manquèrent pas une seule seconde ses futurs beaux-parents. Et après des salutations de départ et la promesse auprès d’Irma de revenir rapidement la voir, Mr et Mrs Sirius Black gagnèrent le bureau de Mr Sirius Black avec satisfaction et soulagement.

Melania prit la première de la poudre de Cheminette, inconsciente de la tension qui devait habiter le moindre petit morceau de chair et d’os d’Arcturus Black à l’idée de devoir confronter des sorciers extérieurs à sa famille, et notamment, le frère de Melania. Il se savait instable et paranoïaque, il savait qu’il pouvait s’emporter même s’il ne s’en rendait compte qu’après coup. Un simple mot, un simple geste ou même juste un regard pouvait le faire partir en vrille. Il le savait et il se méfiait de lui-même, plus encore qu’il se méfiait des autres lorsqu’il partait en crise.

« Pour l’adresse de la demeure de ma famille, dites simplement Villa Caledonia, c’est suffisant », lui annonça-t-elle en faisant un pas de plus vers lui.

Elle était un peu plus proche de lui que ce qui était convenable et de ce que supportait habituellement Arcturus Black. Et c’était un signe de plus pour Arcturus Black que Melania accepterait bientôt qu’il se déclare.

« Villa Caledonia, répéta consciencieusement Arcturus Black en essayant de sourire.

— C’est cela. Puis-je vous demander une faveur, Mr Arcturus ? »

Elle utilisa son prénom comme ils l’avaient fait tous les deux dans la petite pièce carrelée de noir du premier étage. Elle l’utilisa parce qu’il avait pris une place dans sa vie, une place encore innocente et amicale, mais la plus belle place depuis des mois. Elle ne l’avait pas fait devant Irma et ses parents, parce que cette complicité tacite, cette amitié qui s’était installée entre eux, avait une source inconnue des autres.

« Tout ce que vous voulez, Miss Melania, accepta aussitôt Arcturus. »

Lui, Arcturus, se permit sûrement d’utiliser son prénom à nouveau comme un signe supplémentaire de son admiration et de son respect pour elle. Romantique comme il l’était, cette exception secrète devait l’émerveiller.

« Pourriez-vous éviter de parler de ce que vous avez pu voir tout à l’heure ? Mon père…

— Votre père doit savoir que votre frère vous a traitée comme une vulgaire Sang-de-Bourbe, appuya Arcturus Black en fronçant brièvement les sourcils. »

L’insulte ne choqua pas Melania. Elle ne choquait pas autant à l’époque d’une part. Nous étions en 1924, Grindelwald n’était pas encore d’une idéologie ouvertement raciste mais plutôt dite « libératrice ». Je l’ai dit, c’était l’abolition du secret magique qu’il voulait, et la reconnaissance de la suprématie sorcière. L’origine des sorciers lui importait peu. Alors le mot, quoique sale et dégradant, n’était pas autant chargé d’histoire.

Et puis de toute façon, Melania commençait à rejeter la moindre chose moldue en même temps qu’elle rejetait l’idée de l’amour qu’elle avait pu porter à ce Moldu de John. Elle associait tout ce qui était moldu à John Swift et donc à quelque chose de négatif, violent et malsain. Quoi qu’il en soit, l’insulte ne la choqua pas.

« Mon père… Mon père aussi me…

— Votre père aussi vous frappe ? demanda Arcturus Black avec horreur.

— Il me bat seulement pour me corriger quand j’ai manqué à…

— À quoi aviez-vous donc manqué tout à l’heure, Miss Melania ? »

Peut-être que cette nouvelle information rendit Arcturus Black définitivement méfiant envers Barnabas et Sileas Macmillan. C’était une bonne chose, bien sûr.

« À rien, reconnut Melania dans un souffle avec un sourire tordu. Je passe la première ?

— Je vous rejoins aussitôt après, Miss Melania, lui promit-il en attrapant de lui-même la main de sa très future promise pour la baiser avec amour et dévotion. »

Il se sentit peut-être pousser des ailes. On ne sait jamais vraiment avec Arcturus Black.

Melania ne prit pas garde au geste – au grand dam d’Arcturus s’il l’avait su ! – et lâcha la poudre de Cheminette pour partir dans le réseau des cheminées du Royaume-Uni.

Elle retrouva son père, sa mère et ses deux frères dans le salon de la maison de ferme de sa famille. Son père, assis sur son fauteuil, avait le visage fermé, le sourire de Tomas était crispé, sa mère faisait une fois de plus les cent pas, et Barnabas était dans un coin de la pièce, les bras croisés devant lui. Elle ne sentit pas l’habituelle boule d’angoisse qu’elle avait pu ressentir dans sa gorge ou entre ses côtes ces dernières semaines et elle se contenta de se retourner vers l’âtre sans avoir eu le temps de dire un seul mot. Le crépitement des bûches annonçait déjà l’arrivée d’Arcturus Black. Elle l’accueillit avec un vrai sourire. Elle ne voyait déjà plus les tocs de nervosité du sorcier.

« Je ne sais si vous vous souvenez de mon père et de ma mère, Mr Black. Ils étaient présents au mariage d’Irma et Pollux, ainsi que mes deux frères aînés, Tomas et Barnabas », dit-elle sans entendre sa voix trembler pour la première fois depuis des mois.

Arcturus se contenta d’hocher la tête et de faire un pas pour se placer à côté de Melania, mais juste un peu plus en avant. Il laissa son regard insistant se fixer sur Barnabas Macmillan. Les frémissements de dégoût qui agitaient sa bouche finirent de révéler à Sileas Macmillan combien la situation était empêtrée et combien Barnabas avait perdu toute limite.

« Je me suis permis de raccompagner votre fille, Mr Macmillan, afin de m’assurer qu’elle puisse rentrer saine et sauve chez vous, et se coucher sereine », commença Arcturus Black d’une voix froide, posée et impériale.

C’était cette attitude et ce ton nobles, inflexibles et chargés de quelque chose d’indéfinissable, qui avaient permis à la Maison des Black de s’imposer parmi la société sorcière au fil des siècles. Arcturus devait protéger sa princesse, et il usa du statut royal que s’était octroyé sa famille sur la terre britannique.

Barnabas s’apprêtait à répondre de manière virulente à Arcturus mais heureusement pour sa vie, son père parla avant lui.

« Mr Black, je vous remercie de l’attention que vous avez portée à ma fille, se trouva à ramper plus qu’à répondre Sileas Macmillan en se levant de son fauteuil pour aller serrer la main de son invité.

— C’est plus que de l’attention, Mr Macmillan, c’est de l’amitié et de l’affection », insista Arcturus Black en tournant son regard vers lui et en ignorant la main de son interlocuteur.

Sileas Macmillan n’en menait pas large et Melania observa ce manque d’assurance avec soin.

« Melania, Jane, montez vous préparer pour le dîner. Mr Black restera bien avec nous, n’est-ce pas ? »

Ceci, Arcturus ne l’avait pas prévu. Il se retrouva sacrément déstabilisé, et ce fut visible. Il ne mangeait jamais autre part qu’au 12, Square Grimmaurd mise à part pour les rares réceptions auxquelles il prenait le risque de se rendre. Cette marque de faiblesse redonna un instant de l’aplomb à Sileas Macmillan.

Arcturus commençait déjà à s’en remettre à Melania pour tout : il se tourna vers elle pour lui demander non son désir, mais ce qu’il convenait de faire. Le sourire qu’elle lui retourna avant de quitter la pièce à la suite de sa mère lui redonna toute sa confiance.

« J’accepte avec plaisir, Mr Macmillan. »

Il ne se priverait jamais de contempler Melania une paire d’heures supplémentaires et de s’apaiser sous son regard.

« Que dois-je comprendre à votre sollicitude envers ma fille, Mr Black ? » reprit aussitôt Mr Macmillan lorsque la porte se referma derrière sa femme et sa fille.

Sileas retourna s’asseoir dans son fauteuil et invita d’un geste Arcturus à s’approcher de lui. Arcturus sembla évaluer son environnement et l’autre frère de Melania avant d’accepter de s’asseoir face à Sileas Macmillan.

« Que pensez-vous devoir en comprendre, Mr Macmillan ? demanda posément Arcturus Black sans baisser sa vigilance.

— Pour être honnête, je ne sais qu’en penser, reconnut Sileas Macmillan. »

Je crois qu’il était perplexe et inquiet. Perplexe qu’un homme aussi riche et bien né qu’Arcturus Black s’attarde sur sa fille, certes de Sang-Pur, mais loin d’être élevée comme une dame de salon. Inquiet parce qu’Arcturus Black était cinglé mais qu’on ne refusait rien aux Black sans y risquer sa tête.

« Moi j’ai très bien compris qu’il avait culbuté Melania et…

— Je ne te permets pas ! »

Arcturus Black avait bondi sur ses pieds aux mots de Barnabas, et s’était déplacé plus vite qu’un lynx jusqu’au frère de Melania pour le menacer de sa baguette. C’était une baguette en bois d’ébène, noir, dur et tordue. Elle était inflexible et terriblement instable.

« J’ai… beaucoup de… respect et… d’admiration… pour ta sœur… contrairement à toi, Macmillan ! siffla laborieusement Arcturus Black qui retenait toutes les malédictions les plus noires qu’il connaissait. Un sorcier qui lève une ceinture contre une sorcière a vraiment peu d’estime pour elle ! C’est un comportement de Bourbeux et c’est réduire une sorcière à…

— Répète un peu, Black ! s’emporta Barnabas.

— Tu te comportes comme un Sang-de-Bourbe avec elle !

— Tu préférerais que je lui lance des maléfices peut-être ?

— Essaie une seule fois de lever ta baguette sur elle et…

— Baisse ta baguette, Barnabas ! les coupa Sileas Macmillan. »

Il devait être horrifié de voir Barnabas tenir tête à un membre de la Noble et Très Ancienne Maison des Black, devant leur Héritier direct, qui en plus avait vu et dénoncé le comportement violent dont Barnabas avait usé contre sa sœur.

Barnabas baissa lentement sa baguette pour se retrouver seulement menacé par celle de son très futur beau-frère. Tomas prit sa décision au même moment.

« Je te remercie, Black, intervint-il en tendant la main à Arcturus Black qui ne la serra pas. Je n’avais pas vu Melania sourire de manière aussi sincère depuis des mois. J’imagine que tu as su l’écouter comme Barnabas n’a pas su le faire. »

Tomas n’avait pas beaucoup plus confiance en Arcturus Black, mais il pensait avant tout aux yeux à nouveau vivants de sa sœur, sans savoir qu’il n’y avait pas qu’Arcturus à l’origine de son regain de vie. La pique destinée à Barnabas et la mention de l’attention qu’Arcturus Black portait à Melania durent suffire à Arcturus pour accorder provisoirement sa confiance à Tomas Macmillan. Il baissa sa baguette en hochant la tête d’un geste sec.

« J’ai laissée parler Melania, confirma Arcturus Black en remettant un distance convenable et essentielle entre lui et les Macmillan. Melania a seulement besoin qu’on la laisse parler, insista-t-il. »

Melania avait dû se changer plus vite que d’habitude puisqu’elle toquait déjà à la porte. Elle ne perçut pas la tension entre les quatre hommes lorsqu’elle s’approcha d’Arcturus pour glisser sa main dans le creux de son coude en lui souriant avec sincérité. Sa robe d’une blancheur merveilleuse lui donnait l’air d’une mariée.

« Je vous mène à la salle-à-manger, Mr Black ? proposa-t-elle. Ma mère s’apprête à servir la dinde que nous avons farcie en début d’après-midi. J’espère que vous aimerez. »

Arcturus Black se contenta d’un hochement de tête.

Je l’ai déjà dit, il s’en remettait désormais à Melania.

À Melania qui sentait doucement son cœur se remettre à battre. 

 

End Notes:

Et je pars tout doucement sur cette fin assez douce elle aussi... 

Bonne nuit !

8. Où Peur étrangle by Juliette54
Author's Notes:

J'ai eu plein de contretemps IRL, c'était la folie (préparation concours, ordi qui se casse etc.) mais je suis de retour ! Un grand merci pour vos reviews la vache et MaPlumeAPapote < 3 C'est toujours un plaisir de les lire et d'y répondre < 3 

Bonne lecture !

TW : violence physique

Chapitre 8 : Où Peur étrangle

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle tombait doucement face à la gentillesse d’Arcturus à son égard ?

Qu’elle aurait pu avoir une belle histoire d’amour ?

Qu’elle oublia tout sentiment face à la peur ?

Et qu’elle se précipita inutilement ?

Remarquez, belle histoire d’amour… Arcturus était tout de même foutrement cinglé.

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Lorsqu’Arcturus repartit après le repas animé presqu’exclusivement par Melania, Barnabas bondit sur ses pieds sans doute dans l’idée de battre sa sœur mais Tomas s’interposa aussitôt. Il repoussa si bien son frère que celui-ci s’écroula sur le sol et se cogna la tête contre le pied du canapé. Le regard furieux dont il menaça Tomas ne fut rien à côté de la colère noir qui suintait de chaque pore de la peau de Tomas.

« Si j’apprends que tu as de nouveau levé la main sur Melania…

— Elle ne comprend rien, elle…

— Je te mets dehors, reprit Tomas d’un ton au-dessus pour couvrir la voix de son frère.

— Tomas, soupira Sileas entre ses dents. Ne dis pas de bêtises. Barnabas a compris qu’il était allé trop loin.

— Vraiment ? Vous pensez vraiment qu’il l’a compris ? Et que s’apprêtait-il à faire ? À l’embrasser peut-être ? cassa Tomas avec fureur. Tu n’as pas assez d’avoir attiré l’attention de ce cinglé de Black…

— Arcturus Black n’est pas cinglé ! protesta Melania du fond du cœur. Il est peut-être un peu bizarre, mais il est vraiment gentil. »

Le silence qui se créa avait deux origines. D’abord, les femmes ne se mêlaient pas des disputes à la Villa Caledonia. Les disputes, c’était une affaire d’hommes. Même Tomas, qui était nettement plus doux et attentionné que son frère et son père, tiqua. Peut-être qu’il avait pris l’habitude de défendre sa sœur et que c’était pour lui l’ordre des choses.

Ensuite, dire qu’un Black était gentil, surtout ce cinglé d’Arcturus Black, relevait de l’irréel. C’était comme affirmer que les géants étaient petits.

« Il est cinglé, Melania, reprit son père avec une grimace équivoque. Tout le monde le sait et ça se voit. Tiens-toi loin lui de lui à l’avenir.

— Lui au moins, il ne frappe pas une femme, il ne frappe pas sa sœur, il ne frappe personne ! répéta-t-elle. »

Parce que ces trois phrases, elle les avait bien entendues.

« Melania, reprit Tomas à mi-voix, chez les Black, tout n’est que manipulation, tout n’est que… »

C’est inquiétant comme aucun Black ne dit « chez-moi » mais « au 12, Square Grimmaurd ». La maison n’est pas un lieu, c’est une entité. Elle est vivante, personnifiée, sacralisée aussi. Mais aucun ne se sent chez-lui là-bas.

« J’ai passé une très bonne après-midi avec Irma, Arcturus Black et ses parents, insista-t-elle sans comprendre la stupeur de sa famille. 

— Tu as passé l’après-midi avec Sirius et Hesper Black ? demanda son père d’une voix blanche.

— Oui, ils sont de très bonne compagnie et…

— Merlin, protégez ma fille, se désespéra Jane en jetant ses bras autour de Melania.

— Ils ne m’ont pas jugée, eux ! Ils… Ils ont été honnêtes et…

— Honnêtes ? répéta Barnabas en explosant de rire. Un Black n’est pas honnête. Ce sont tous des serpents prêts à tout pour parvenir à leurs fins ! Que tu es crédule ! C’est à cause de gamines idiotes comme toi que nous passons pour des blaireaux, nous, les Poufsouffles ! »

Melania secouait la tête et tentait de se dégager de sa mère. Barnabas n’avait pas fini de cracher son venin.

« Honnête dis-tu ? Tu leur as dit quelle traînée tu étais ? Que tu t’étais fait engrosser par un Moldu ? Que…

— Arrête ! Arrête de le répéter encore et encore ! explosa Melania pour la première fois. C’était il y a cinq moins ! J’ai dix-neuf ans, j’ai encore le droit de faire des erreurs ! »

Peut-être que c’était d’avoir vu l’aisance d’Hesper Black en présence de son fils et de son mari qui lui donna l’aplomb et même l’idée de se rebeller face à son frère et son père. Quoi qu’il en soit, Tomas comprit pour la première fois que sa sœur ne comptait plus sur lui pour la protéger.

« Bonne nuit ! »

La conclusion de cette dispute insolite à la Villa Caledonia fut les pas brusques et martelés de Melania vers sa chambre à coucher.

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Ce fut le lendemain même que la main de pouvoir revint planer au-dessus de Melania.

Son fort caractère qui avait explosé et qu’elle avait étalé à la face de son frère et de son père sembla les calmer. Ils prirent un petit-déjeuner paisible où ils échangèrent même des plaisanteries. Barnabas boudait dans son coin en rongeant son frein. Tomas était distrait mais souriait largement. Jane contemplait enfin sa famille avec apaisement. Sileas retrouvait sa bonne humeur. D’un seul coup d’éclat, Melania avait réussi à remettre chacun à sa place dans sa famille, et elle respirait à nouveau.

Je doute que la situation serait restée paisible quoi qu’il se fût passé. L’escalade de la violence dans le foyer des Macmillan ne pouvait se finir grâce à deux ou trois tirades de Melania. Disons que ç’aurait été un interlude. Sileas Macmillan avait une idée arrêtée sur la manière de punir et corriger ses enfants. Il l’avait fait sans raison ces derniers mois sur Melania, il l’avait fait une fois, il l’aurait refait. C’est certain.

Raconter cette journée est pénible. Un seul petit détail aurait pu tout changer et éviter à Melania d’être à nouveau happée par la peur.  

Melania était retournée aux champs avec son père ce jour-là. Elle enduisait encore une fois des arbres fruitiers de Repousse-Botrucs. Il était peut-être treize heures quand sa mère l’appela du bout du champ avec un Sonorus. Melania finit rapidement son ouvrage, la truelle agile dans sa main dextre. Elle l’accrocha au rebord du seau et se redressa après avoir ôté les gants de dragon en faisant craquer son dos.

Elle tira sa baguette et lança à son tour un Sonorus, baguette pointée sur sa gorge.

« Qu’y a-t-il, Mère ?

— Tu as de la visite ! retentit la voix fébrile de sa mère. Je peux dire de repasser si…

— Non, non, j’arrive, accepta-t-elle en levant le sortilège. Je n’en ai pas pour long, Père », l’avertit-t-elle en laissant son matériel sur place afin d’essuyer ses mains sur le large tablier pour se rendre présentable.

Ce devait être Fiona. Ludovica ne venait plus depuis qu’elle avait appris le mois dernier qu’elle attendait un enfant. Le mariage lui allait bien.

Elle tomba nez à nez avec Arcturus Black, debout dans un coin de la cuisine. Elle passa fébrilement ses mains dans ses cheveux pour vérifier son chignon serré dans un réflexe qu’elle ne comprit pas. Et puis elle lui sourit largement, avec surprise aussi.

« Mr Black, je ne vous attendais pas.

— Miss Macmillan, répondit-il en jetant un coup d’œil nerveux autour de lui. »

Il fit un pas hésitant vers elle, puis un deuxième avant de tendre la main droite dans l’idée de se saisir de celle de Melania. Il hésita à nouveau, sûrement parce que sa main n’était pas gantée, mais Melania la leva tout de même, et il la prit avec toutes les précautions du monde. Melania sentit même son ventre gronder étrangement lorsqu’il posa brièvement ses lèvres sur le dos de sa main.

« Vous… se reprit-il en faisant un pas en arrière. Je vous rapporte quelque chose que vous avez oublié hier au 12, Square Grimmaurd. »

Il ouvrit l’un des pans de sa cape noire et en tira une enveloppe qu’il tendit à Melania. Elle dut s’en saisir avec surprise mais aussi avec curiosité. Lorsqu’elle en renversa le contenu dans sa main, un sourire de soulagement l’étreignit.

« Mon sceau, soupira-t-elle en s’empressa de le remettre à son auriculaire. Je croyais l’avoir perdu lorsque je ne l’ai pas trouvé sur ma commode ce matin. Je vous remercie, Mr Black, lui dit-elle en relevant les yeux vers lui. »

Il fuit aussitôt son regard pour se concentrer sur la lande écossaise qui s’étendait derrière la fenêtre. Melania se retourna, vit la lande à moitié ensoleillée ce jour-là et alla prendre le bras d’Arcturus Black.

« Je vous avais proposé une visite des landes écossaises. Avez-vous du temps à m’accorder aujourd’hui ? demanda-t-elle, les yeux pétillant d’amour pour cette terre sur laquelle elle avait grandi.

— Melania, les pruniers ne…

— Je finirai demain, mère. Mr Black est venu de Londres pour me ramener mon sceau, insista Melania. »

Et comme Melania avait retrouvé son panache et son fort caractère, sa mère n’osa rien ajouter. La présence d’Arcturus Black devait aussi être pour quelque chose dans son silence.

Quant à Arcturus, il avait déjà voué son âme à Melania, donc il la suivait désormais où elle le décidait.

Peut-être, en voyant l’éclat de bonheur dans les yeux de Melania, sa fougue à courir en relevant sa robe dans les champs et ses éclats de rire libres, Arcturus Black tomba-t-il enfin amoureux d’elle. Peut-être Melania ne fut-elle plus seulement une obsession et une princesse pour lui, mais la femme qu’il voulait pour épouse. Peu importe, ce sentiment était noyé parmi les autres, de toute façon.

« Je vous montre, Mr Arcturus, comment l’on enduit un Prunier-Dirigeable de Repousse-Botrucs ? demanda-t-elle avec amusement. »

Les simples hochements de tête d’Arcturus avaient quelque chose de reposant et doux. Ils lui plaisaient.

Arcturus commençait à lui plaire et elle l’aurait sûrement admis quelques jours plus tard.

« Attendez-moi ici, proposa-t-elle une fois qu’ils arrivèrent là où elle avait laissé son seau de Repousse-Botrucs. La potion a séché. Je vais aller la remettre dans le chaudron pour qu’elle se ramollisse et en prendre de la chaude. Vous m’attendez, n’est-ce pas ? insista-t-elle. »

Son père était plus loin, il avait progressé dans sa propre rangée d’arbres à traiter. Elle reprit le chemin de la maison. C’était cependant mal connaître la paranoïa d’Arcturus Black que de croire qu’il laisserait Melania seule sur cette propriété, où son frère et son père pouvaient se retrouver seuls avec elle. Il n’en avait déjà pas dormi de la nuit.

Melania s’en retourna vers la Villa Caledonia sans entendre le pas souple et silencieux d’Arcturus derrière elle. Il était à dix mètres d’elle, suffisamment près pour la protéger du moindre danger mais assez loin pour lui laisser sa liberté.

Il resta dehors, en partie caché par un arbre à guetter Melania. À travers la fenêtre, il admira ses mains recouvertes de gants en cuir de dragon gratter la potion au fond de son seau en étain, vit la masse durcie tomber dans le chaudron, et Melania reprendre de la potion chaude et grumeleuse à l’aide de sa baguette pour en remettre dans son seau. Il admira le sourire avec lequel elle fit cette tâche difficile et ingrate. Il admira sa nuque blanche et la noirceur de ses cheveux.

Il manqua l’arrivée de Barnabas lorsque Melania sortit de la maison de ferme.

Tout se passa très vite. Le seau de Melania se posa au sol, Barnabas s’empara du bras de Melania pour la tirer à l’écart en lui disant qu’il voulait lui parler. Arcturus se méfia et les suivit derrière la maison. Barnabas avait sans doute dû attendre ce moment où Melania serait seule et où il pourrait reprendre son attitude dominatrice et violente loin d’yeux trop curieux et compatissants. Et Melania, qui ne s’était pas méfiée, ne pensa même pas à se défendre, figée et apeurée. Les éclats de voix grondèrent, le ton monta, la gifle vola…

Et Arcturus se jeta sur Barnabas.

Barnabas se retrouva plaqué contre le mur, les deux mains d’Arcturus autour de son cou.

« Je t’avais dit…

— Lâche-moi, Black ! cracha le frère de Melania. »

Melania, elle, se tenait la joue, pétrifiée devant le retour de la violence sur son corps et de la peur dans sa vie. Immobile face à ce spectacle, elle ne dit rien. Son frère était maintenu assez loin d’elle et avec assez de force pour qu’elle ne soit pas à sa portée, grâce aux mains fermes et assurées d’Arcturus Black. La main droite d’Arcturus Black serrait son cou à le faire devenir rouge.

La main de pouvoir tenait la gorge de Barnabas contre le mur, loin de Melania. Elle protégeait Melania.

« Arcturus, bafouilla-t-elle en reprenant doucement ses esprits.

— Melania », répondit-il en serrant un peu plus ses doigts pendant que Barnabas se débattait un peu moins.

La main de pouvoir d’Arcturus Black était plus forte et plus puissante que la main de pouvoir de son frère qui avait blessé sa joue une fois de plus. Ce n’était plus derrière la main de pouvoir de Tomas qu’elle devait se ranger, il n’arrivait plus à la protéger. C’était derrière la main de pouvoir d’Arcturus Black qui n’hésitait pas à étrangler les mains de pouvoir déviantes et maltraitantes.

« Vous l’étranglez », constata-t-elle dans un calme effroyable.

La peur l’avait happée, mais pas la peur d’Arcturus Black. C’était la peur qu’on lève encore une fois la main sur elle qui lui serrait la gorge à elle aussi.

« Il ne vous touchera plus, lui assura Arcturus en resserrant un peu plus ses doigts autour de son cou.

— C’est mon frère », s’entendit-elle bafouiller.

Arcturus Black dut comprendre que Melania lui demandait d’arrêter. Pourquoi aurait-il desserré les doigts autour du cou mou, flasque et strié de marques mauves, sinon ? Au risque d’être condamné par la justice magique ?

Aucun des deux ne s’attarda sur le corps suffoquant de Barnabas qui se tordait au sol comme un ver de terre pour reprendre son souffle. La peur était revenue dans le cœur de Melania et avait encore une fois volé la place de l’amour naissant. Et ce fut pire lorsqu’Arcturus Black se remit à parler.

« Je ferais n’importe quoi pour vous », souffla-t-il en s’approchant d’elle.

C’était à cette main de pouvoir qu’elle devait allier sa main faible et fragile. Cette main de pouvoir était plus puissante que les mains de son père et de ses frères. C’était sous cette main qu’elle serait toujours en sécurité.

La peur happa Melania. Ce n’est plus son cœur qui parla lorsqu’Arcturus Black posa un genou à terre, c’est bien sa peur.

« N’importe quoi ? répéta-t-elle dans un souffle.

— Si vous m’aviez ensorcelé, je ne parlerais pas autrement, Melania, insista Arcturus Black avec émerveillement. Il n’y a que vous qui puissiez combler le vide que la vie creuse dans mon cœur jour après jour. »

Il était à genoux devant elle. Il lui avait habilement enlevé les gants en cuir de dragon pour tenir ses mains à même sa peau et il la contemplait comme une œuvre d’art. Plus rien n’avait d’importance pour lui, si ce n’est sa très future promise qui le regardait avec une convoitise et un espoir qu’il pensait être amour et seulement amour.

« Ma main est vôtre », accepta-t-elle solennellement en sentant le nœud d’angoisse quitter enfin sa gorge.

L’amour avait perdu cette première manche.

C’est la peur qui avait décidé Melania à épouser Arcturus Black. 

 

End Notes:

...

A vous de voir ce que vous en pensez... J'essaie de mettre le chapitre 9 demain histoire de me faire pardonner d'une telle fin, pour en plus un chapitre trop court >.< La suite, comme d'habitude, nuancera ce qui est annoncé là avec Où Tendresse caresse...

Bonne nuit :)

9. Où Tendresse caresse by Juliette54
Author's Notes:

Yo ! Je prends une petite pause dans mes révisions pour vous mettre ce chapitre en ligne... Bonne lecture :)

TW : lime

Chapitre 9 : Où Tendresse caresse

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle fut enfin paisible durant ses quatre mois de fiançailles ?

Qu’elle respira librement ainsi protégée par la main de pouvoir d’Arcturus ?

Qu’aucun des membres de sa famille ne se serait risqué à contrarier ?

Dès lors qu’elle leur avait annoncé qu’elle avait choisi ce fiancé ?

Remarquez, à part les après-midi passées à organiser ce mariage face à un Arcturus extatique, contemplatif et silencieux, il y aurait peu à dire.

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Je vous l’ai dit, la peur happa Melania et elle ne vit plus l’amour sur l’instant.

Si Melania ne parla pas beaucoup durant ses fiançailles, elle n’en eut pas besoin pour montrer qu’elle était heureuse : elle resplendissait, à nouveau, enfin.

Pendant quatre mois, elle avait mis un soin particulier à préparer ce jour. Les cartons d’invitation, la robe qu’elle avait fait faire blanche et en dentelle de calais, le plan de table, le menu, le mage, les décorations… Elle avait tout choisi avec soin sous le regard amoureux d’Arcturus qui lui disait oui à tout. Il ne se passa pas un jour sans qu’il vienne la voir ou bien qu’elle se rende au 12, Square Grimmaurd.

Si Melania n’avait pas pensé à l’amour qu’elle avait commencé à développer pour Arcturus Black en lui disant oui, il ne s’éteignit cependant pas. Il était toujours là, mais un peu gelé. Elle regardait Arcturus toujours de la même manière, avec tendresse, attention et douceur, mais rien de plus. Peut-être pensa-t-elle qu’Arcturus était trop pudique pour oser faire plus que lui tenir la main et la lui embrasser tant qu’ils n’étaient pas mariés. C’est fort probable. Son regard pétillait quand ils étaient ensemble et c’était déjà bien compte tenu de ce que lui avait fait subir sa famille et John Swift.

Elle aimait Arcturus, pas passionnellement, mais au moins un peu. Et puis elle lui faisait confiance. Confiance pour la protéger, confiance pour être fidèle, confiance pour qu’ils parlent toujours ensemble. Elle pouvait vraiment construire quelque chose avec lui et fonder une famille. Le sentiment était simplement bloqué dans sa poitrine. La peur l’avait gelé. L’amour était là mais elle avait surtout besoin de confiance à présent.

Elle m’a peut-être menti. Peut-être la peur la tenaillait-elle toujours et ne s’autorisait-elle simplement pas à être amoureuse trop vite ou du moins à le reconnaître. Ou peut-être avait-elle peur de voir Arcturus s’enfuir si elle se montrait trop tendre ou entreprenante, comme avec Aristote Parkinson. Ou peut-être son orgueil n’a-t-il pas voulu m’avouer avoir aimé quelqu’un de fou sans en avoir connaissance.

Dans tous les cas, ce fut une journée spéciale.

On était en juillet. L’herbe des vergers avait été ou fauchée ou broutée par les bêtes. Les invités étaient tous là, sous le soleil qui avait miraculeusement percé les nuages écossais. C’était Sirius Black qui avait défini quelle serait la date du mariage après avoir consulté les planètes pour être sûr qu’il fasse beau ce jour-là. Et il avait eu raison.

Arcturus ne lâcha pas la main de Melania. Il avait trouvé sa princesse et la seule en qui il pouvait avoir confiance ; elle était devenue ses yeux et sa raison.

Il la contemplait avec une fierté absolue. Et Melania aussi était très fière de ce mariage qu’elle avait mis quatre mois à préparer.

« Vous êtes très belle, Melania, avoua enfin Arcturus, au bout d’une heure de valse.

— Vous êtes très élégant aussi, Arcturus », dit-elle enfin.

Elle aimait ce silence qu’il y avait entre eux. C’était calme et paisible. Elle était dans une bulle lorsqu’elle était avec lui. Et il semblait lui aussi être dans une bulle lorsqu’il était avec elle. C’est sans doute pour cela que tout le monde s’est émerveillé devant ce mariage d’amour.

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Hesper Black décida que la fête touchait à sa fin lorsqu’il fit noir dans le ciel. Les lanternes n’éclairaient plus assez pour qu’on puisse éviter les arbres fruitiers et une large partie des invités de la Maison des Black s’en était déjà allée. Il ne restait plus que les McKinnon, plusieurs fois cousins avec les Macmillan et qui vivaient dans le même village, et aussi les Black, bien sûr.

« Nous sommes très heureux de cette alliance, Mr Macmillan, lui assura Sirius Black pour engager les discussions de départ.

— Nous aussi, Mr Black, rampa une fois de plus Sileas Macmillan. Melania a été élevée d’une manière stricte et exigeante, elle est économe et… 

— Nous connaissons Melania et son potentiel, Mr Macmillan, le coupa de sa voix grinçante Phineas Nigellus Black, le directeur de Poudlard et véritable patriarche de la Noble et Très Ancienne Maison des Black. Elle est des nôtres à présent. »

Melania souriait encore à Arcturus lorsque ses frères s’approchèrent d’elle. Barnabas restait toujours à un mètre d’elle depuis l’incident, mais Tomas n’en avait rien cru lorsqu’il avait été mis au courant par Barnabas lui-même. Il ne voyait que le sourire de sa sœur, et c’était seulement ce qui le rassurait.

« Melania, souffla-t-il en venant prendre ses mains.

— Oui, Tomas ? répondit-elle avec toute sa douceur.

— Je te souhaite tout le bonheur de monde », lui murmura-t-il avant de venir lui embrasser le front.

Il la serra contre lui et se rassura en entendant encore sa voix ronde de bonheur le remercier.

Une dizaine de minutes plus tard, les membres de la Maison des Black empruntèrent chacun leur tour le réseau de Cheminette. D’abord Phineas et son épouse. Puis dans l’ordre d’héritage : Sirius et Hesper, Arcturus et Melania, Regulus, Lycoris, Cygnus et Violetta, Pollux et Irma, Marius, Cassiopeia, Dorea, Arcturus et Lysandra, Callidora, Cedrella, Charis et enfin Mrs Elladora Black qui se contenta d’un sourire supérieur en direction des Macmillan.

Melania ne se rendit pas compte de tout le cercle cérémonieux dans lequel elle entrait. Cette mécanique était si bien huilée dans la Maison des Black qu’elle en était devenue naturelle et évidente. Elle laissa Arcturus les tirer dans le petit salon, persuadée qu’il ne réussissait plus à se retenir pour découvrir son corps. Elle étouffa aussitôt son pouffement impatient – car oui, elle désirait impatiemment être pleinement l’épouse de son mari – en voyant Arcturus se crisper de tout son être et s’asseoir sur l’un des fauteuils de la pièce. Il avait la respiration sifflante et il sursautait au moindre éclat de voix en provenance du grand salon par lequel les membres de sa famille entraient les uns après les autres.

« Arcturus ? » l’appela-t-elle en venant doucement s’agenouiller devant lui.

L’incompréhension la plus totale s’emparait de Melania. Elle savait qu’il était considéré comme étrange, bizarre et solitaire. Il aimait le calme. Mais jamais elle n’avait pensé que le bruit l’importunait autant.

« Tout va bien, Arcturus, je suis là », souffla-t-elle en dessinant de petits cercles avec ses pouces sur ses genoux.

Car oui, Arcturus avait prit sur lui comme cela ne lui était jamais arrivé, durant toute la soirée pour rester calme, se raisonner et ne pas entrer en crise. C’était bien pour cette raison qu’il n’avait pas lâché une seule fois Melania de la soirée. Il avait simplement besoin de croiser son regard et de sentir sa main dans la sienne pour savoir qu’il était lui aussi protégé. La main de Melania était pleine de ce pouvoir apaisant. Elle avait aussi une main de pouvoir, même si elle l’ignorait.

« Tout va bien, Arcturus », répéta-t-elle en se relevant doucement.

Elle essaya de s’asseoir à côté de lui, sur l’accoudoir du fauteuil, il l’attira pour la première fois contre lui et referma ses bras autour de son corps.

Elle n’avait pas été proche d’un homme de manière charnelle depuis environ cinq mois et à cet instant, elle ne désira plus seulement être l’épouse de son mari, elle désira être la femme de son homme : elle désira simplement qu’il lui fasse du bien.

Elle chercha sa joue rasée de près avec sa bouche et vint y déposer un baiser léger pour apaiser Arcturus et aussi pour lui montrer qu’elle voulait ce contact et qu’elle ne le craignait pas.

Arcturus se contenta de profiter de tout ce que Melania acceptait de lui offrir. Je vous l’ai dit, il lui laissait désormais toutes les décisions. Tout était entre les mains de Melania pleines de pouvoir.

Mais Melania manqua de rester dans l’incompréhension en voyant Arcturus ne rien faire pour l’encourager à part sourire doucement, fermer les yeux et rester immobile. Si elle n’avait pas eu quelques notions d’amour, pour sûr que leur mariage aurait tourné à la catastrophe. Ou bien Mrs Hesper Black s’en serait mêlée, et la gêne aurait été immense pour Melania.

Melania vint une nouvelle fois embrasser la joue d’Arcturus, un peu plus longuement cette fois. Il resserra un petit peu ses bras autour d’elle.

Peut-être auraient-ils passé la nuit ainsi, une nuit très lente, à se découvrir seulement la bouche, si Sirius Black n’avait pas ouvert la porte en appelant son fils.

Melania se remit aussitôt sur ses pieds, extrêmement gênée d’avoir été vue dans cette position par son nouveau beau-père.

« Vous êtes là, se contenta de dire Mr Sirius Black avec soulagement. Hesper, ils sont dans le petit salon, apprit-il à son épouse qui devait se trouver derrière lui. Melania, montez avec Hesper, elle vous montrera la chambre d’Arcturus qui est aussi la vôtre, à présent. J’ai quelques mots à dire à Arcturus avant de le laisser vous rejoindre. »

Ce que Sirius Black n’avoua pas, c’était qu’il avait cru qu’Arcturus était parti en crise et qu’il avait transplané loin d’ici avec Melania. Je vous l’ai dit, Sirius et Hesper Black n’étaient pas les meilleures personnes du monde. Ils avaient des mains avides de pouvoir. Melania avait seulement du pouvoir dans les mains.

« Melania, venez, ma fille », se réjouit Hesper avec le même soulagement que son époux.

Arcturus lui retint la main pour la lever à sa bouche et l’embrasser doucement. Elle croisa brièvement son regard amoureux et lui répondit avec un sourire lumineux :

« Je vous attends. »

Elle était déjà dans les escaliers quand Mr Sirius Black referma la porte du petit salon. Il dut rappeler deux ou trois choses à son fils pour sa nuit de noces, peut-être lui demanda-t-il aussi de parler avec Melania pendant l’union de leur corps. Car Sirius Black n’était pas idiot. Il ne savait peut-être pas tout ce qui se passait au 12, Square Grimmaurd au contraire de ce qu’il prétendait, mais il savait que ce n’était pas Arcturus qui avait pris de lui-même Melania sur ses genoux dans une pièce où tout le monde pouvait entrer. Il avait tort. En partie. Il a toujours sous-estimé son fils de toute façon.

Il était certain en tout cas que Melania n’était plus innocente. Le registre de Miss Selwyn, qu’il avait grassement payée, le lui avait bien dit. Mais ceci le rassurait d’une certaine manière, finalement.

« Votre chambre est au deuxième étage, en face de celle de Sirius et moi. Si vous avez le moindre souci, n’hésitez-pas à frapper, s’empressa de la mettre à l’aise Mrs Hesper Black. Attention, la chambre à côté est occupée par mon beau-père et son épouse. Vous vous souviendrez ? »

Melania n’osa pas lui dire qu’elle savait depuis sa deuxième venue ici quelle était la chambre de Mr et Mrs Sirius Black. Elle n’osa pas non plus lui dire qu’il n’y aurait aucun souci cette nuit parce qu’Arcturus et elle seraient bien occupés.

« Préparez-vous afin qu’Arcturus n’ait plus qu’à vous rejoindre. Bonne nuit », conclut abruptement Mrs Hesper Black.

Après l’instant de stupeur passé, Melania se détourna de la porte et s’avança au milieu de la pièce. Le lit était fait avec les draps de son trousseau, jaune et vert. Ses malles avaient été vidées et leur contenu rangé dans l’une des deux armoires de la pièce. Elle hésita à ouvrir la penderie d’Arcturus, juste par curiosité puis le fit. Il n’avait que des robes noires, en velours, brodées ou simplement en flanelle. Tout était rangé impeccablement, au millimètre près. Ceci l’amusa et elle se promit d’ajouter elle-même des broderies de couleur aux poignets de ses manches.

Elle se déplaça dans la pièce, impatiente et hésitante à la fois. Elle n’était plus vierge, elle le savait, et elle craignait qu’Arcturus s’en rende compte. Sa mère lui avait vaguement conseillé de se tortiller sous lui au moment crucial comme si l’instant était désagréable, et de surtout attendre qu’il lui dise quoi faire de bout en bout. Mais Melania n’était pas sûr d’abord de pouvoir retenir les envies de son corps, et ensuite que ce serait judicieux. Parce qu’il semblait vraiment attendre qu’elle vienne à lui.

Elle sauta sur ses pieds et laissa les draps verts et jaunes derrière elle pour s’avancer vers Arcturus, à l’entrée de leur chambre.

Il semblait si tendu et inquiet qu’elle se demanda un instant ce qu’avait pu lui dire son père. Elle s’arrêta au milieu de la pièce pendant qu’il fermait la porte à clé derrière lui avec plusieurs sortilèges. Elle distinguait vaguement les muscles de son dos et de ses bras rouler sous la robe et elle avait envie de les voir et de les toucher.

Arcturus se retourna lentement vers elle. Il la détailla sans sourire, sans même essayer de faire son sourire tremblant et instable. Il était plus dans l’évaluation et elle se sentit faire un pas en arrière. Qu’est-ce que lui avait dit son père ?

« Vous allez bien Arcturus ? » demanda-t-elle avec incertitude.

D’abord cette panique dans le petit salon, ensuite cette tension dans leur chambre…

« Tu… Nous sommes en tête à tête, tu… » murmura-t-il en se remettant à essayer de sourire.

Melania refit un pas vers lui avec soulagement. Il était simplement impatient et inquiet de sa réaction. Il la contempla encore et elle en fit de même.

Puis ils se fixèrent dans les yeux de longues secondes qui parurent durer des heures à Melania. Pourquoi ne venait-il pas à elle ?

« Arcturus, tu… tu viens ? demanda-t-elle en faisant un pas de plus vers lui.

— Tu peux rester là », l’interrompit-il en faisant un pas en arrière.

Il était dos à la porte, loin d’elle, et elle se demanda un peu plus ce qui lui prenait.

Si elle n’avait pas eu d’autres expériences avant lui, elle n’aurait rien comparé et tout lui aurait paru normal. Là, elle était un peu plus déstabilisée.

« Tu peux te déshabiller, finit-il par lui demander en rougissant comme un enfant. 

— Ne veux-tu pas le faire ? » s’étonna-t-elle sans pouvoir se retenir.

Il secoua négativement la tête, et elle s’étonna un peu plus de son attitude.

Puis elle se retourna et entreprit de dénouer sa robe de mariée. Le lien était magique, aussi ce fut fait sans difficulté. Ce fut plus fort qu’elle, elle ne pensa plus aux recommandations de sa mère et à ses propres craintes lorsqu’elle fut coquine à laisser doucement sa robe glisser le long de ses épaules, sa poitrine, son ventre, sa taille et ses jambes, puis à l’enjamber d’un pas souple sur le côté. Elle écouta une quelconque réaction chez Arcturus, mais elle n’entendit rien. Elle tourna la tête vers lui en fronçant les sourcils.

Il la fixait, elle et sa légère tunique de soie qui cachait à peine son bustier et ses dessous en dentelle. Ses yeux étaient écarquillés et son visage écarlate. Mais…

Il avait certes été très respectueux et chaste avec elle jusqu’à maintenant… mais il avait vingt-trois ans. Jamais elle n’aurait prétendu…

« Arcturus ? demanda-t-elle avec hésitation.

— Tu n’enlèves pas le reste ? » demanda-t-il sans cesser de la détailler avec curiosité et fébrilité.

Elle attrapa un court instant son regard grisé de désir et d’envie et se rassura au moins sur ce point.

« Veux-tu que je garde quelque chose ? » demanda-t-elle avec hésitation.

Elle préférait ne pas être vêtue mais sa mère lui avait dit que les époux…

« Est-ce nécessaire ? demanda-t-il avec concentration en fronçant les sourcils.

— Seulement si tu le veux.

— Tu peux tout enlever », la pria-t-il.

Elle le vit passer sa langue sur ses lèvres pour les humidifier, ses paupières cligner démesurément vite, puis ne plus cligner du tout. Son torse se soulevait rapidement, ses bras et ses mains tremblaient de chaque côté de son corps. Enfin une vraie réaction. Enfin du désir.

Elle s’assit sur leur lit, dénoua les boucles de ses escarpins et fit glisser ses bas sans lâcher Arcturus des yeux. C’était un plaisir nouveau pour elle, pouvoir prendre le temps de contempler son homme la désirer alors qu’elle se déshabillait. C’était merveilleux de le voir perdre le contrôle de lui-même et être parcouru de spasmes comme s’il se retenait du moindre geste. Lorsqu’il ne lui resta plus que sa culotte en dentelle, elle se releva et resta devant le lit, debout, et elle le contempla à son tour.

Il avait les yeux fixés sur sa poitrine menue et ronde. Elle en fut amusée et légèrement inquiète. Elle n’avait jamais été contemplée par un homme avec autant d’insistance et d’application. Aristote en avait à peine vue, John avait préféré la toucher, Alexander l’embrasser.

« Je te plais ? demanda-t-elle avec hésitation. »

Elle était bien moins confiante que tout à l’heure mais plus intimidée que mal à l’aise.

« Je m’emploie à te lire, bafouilla Arcturus. À te retenir… à te compr… à te regarder parce que tu es belle, réussit-il à dire en secouant fébrilement la tête.

— Merci », souffla-t-elle en souriant timidement.

Elle attendit encore, en se sentant rougir sous son regard qui passait méthodiquement sur toute sa peau.

« Je commence à avoir froid », avoua-t-elle en frissonnant.

Il tira sa baguette de sa manche et lança un sortilège de réchauffe pour la plus grande perplexité de Melania.

« C’est mieux ? » s’inquiéta Arcturus en jetant un autre sortilège pour attiser les flammes de la cheminée.

Elle pensait ne pas avoir été si subtile pourtant. La gêne commençait à se faire sentir et elle se demandait de plus en plus si Arcturus n’était pas plus qu’un peu bizarre.

Melania se résolut à venir à lui. Elle le fit poser sa baguette sur une commode, et décrocha sa cape pour la poser négligemment sur le fauteuil. Il cessa aussitôt de s’agiter pour la fixer longuement.

« Je suis ta femme, Arcturus, tu peux me parler et me toucher », lui dit-elle doucement.

Elle le lui dit doucement parce qu’elle était douce et aussi parce qu’Arcturus semblait vraiment perdu. Les traits de son visage s’immobilisèrent, se crispèrent puis se défirent lentement.

« Arcturus ? s’inquiéta-t-elle en posant ses mains à plat sur son torse.

— Je ne veux pas te faire mal, je… bredouilla-t-il en venant poser ses mains sur les siennes. Pollux dit que ceci peut faire mal et… Je ne veux pas…

— Mais tu ne vas pas me faire de mal, l’interrompit-elle en se rapprochant de lui. Si nous en avons envie et que nous prenons notre temps, en douceur…

— Tu es certaine ? l’interrompit-il à son tour avec réticence. Pollux est marié depuis cinq mois, il sait… il… »

Melania se demanda vaguement ce que Pollux avait pu raconter de si horrible ou s’il avait voulu parler de cette première fois qui était certes moins facile que les autres mais certainement pas douloureuse. Du moins, la sienne ne l’avait pas été. Irma lui en dirait peut-être autre chose.

Et elle se retrouva à rassurer Arcturus, chose qu’elle n’aurait jamais imaginé devoir faire, mais qu’elle prendrait l’habitude de faire quotidiennement au fil des années.

Il finit par la laisser défaire les boutons de sa robe de cérémonie et par enfin toucher sa peau nue. Alors, elle osa avancer sa bouche vers la sienne, et doucement, déposer ses lèvres contre les siennes. Ce fut chaud, doux et tendre, comme Melania en avait rêvé depuis des semaines. Et ceci sembla détendre totalement Arcturus qui reprit pendant un moment sa vie en main, et se concentra uniquement sur Melania, non plus dans l’attente des décisions de son épouse, mais pour partager quelque chose avec elle.

Il perdit à nouveau toute allégresse lorsqu’il se retrouva nu au-dessus d’elle sur leur lit. Il resta appuyé sur ses mains à la contempler sans plus oser la toucher ou l’embrasser.

Alors elle fit tout. Elle le guida d’abord, sans lâcher sa bouche de la sienne et elle en avait tant envie qu’elle fut incapable de retenir les soupirs de bien-être qui la traversèrent lorsqu’elle se sentit enfin l’épouse de son mari. Arcturus paniqua encore, mais Melania n’était plus apte à patienter.

Il la laissa définitivement tout diriger. 

 

End Notes:

Et je pars doucement pour vous laisser passer une bonne nuit... :)

10. Où Arcturus Black est vraiment cinglé by Juliette54
Author's Notes:

Badaboum me voilà ! un chapitre un peu court pour aujourd'hui, et j'espère réussir à en mettre un autre demain et/ou dans la semaine :D

De grands mercis à MaPlumeAPapote et la vache pour vos retours < 3 C'est toujours un plaisir de lire vos réactions < 3

Bonne lecture :)

Chapitre 10 : Où Arcturus Black est vraiment cinglé

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle passa la moitié à rire avec Arcturus ?

Qu’elle les abreuva de plaisir ?

Qu’elle se sentit enfin sereine et entière ?

Seulement lorsqu’elle s’échoua dans les bras de son époux ?

Remarquez, je n’ai pas besoin d’en dire plus pour que vous compreniez l’émotion de Melania et d’Arcturus à cet instant.

.

Melania, rompue par l’effort et le plaisir, finit par somnoler dans les bras d’Arcturus Black, son époux. Il semblait enfin entièrement serein et faisait descendre et remonter sa main chaude le long de son dos dans une caresse douce et éternelle. Il avait une main tendre et lisse d’homme de bureau – ce qu’il était – et c’était absolument délicieux de recevoir autant de douceur de la part de son homme.

« Je t’aime, finit-il par souffler contre les boucles noires qui reposaient sur son torse. Je t’aime tant. »

Ceci réveilla Melania qui se mit à sourire comme une idiote. Elle savoura le baiser appuyé sur sa tête et sentit même deux larmes de bonheur glisser le long de ses joues.

« Moi aussi, je t’aime », souffla-t-elle en roulant sur lui.

Il la regarda avec panique un instant avant de lui offrir une fois de plus son sourire tremblant et instable.

« Tu ne dors pas, constata-t-il en posant craintivement ses mains dans le bas de son dos.

— Pas quand tu me dis que tu m’aimes », souffla-t-elle.

Sa voix était plus éblouie que taquine. Elle avait pensé qu’il ne lui dirait jamais ces mots-là, par pudeur, convenance ou autre. Elle avait pensé devoir se contenter de son regard protecteur et amoureux pour le reste de leur vie. Et elle s’en serait contentée l’instant d’avant. À présent, elle ne pourrait plus jamais s’en satisfaire sans qu’il ne soit accompagné de ces trois mots.

Le regard gris d’eau douce d’Arcturus était rougi par la fatigue, et ses yeux étaient soulignés de cernes mauves. Pourtant, il ne semblait pas le moins du monde désireux de dormir. Ses lèvres étaient rouges de tous les baisers qu’ils avaient échangés et ses cheveux noirs et ondulés, qui lui arrivaient au bas de sa mâchoire, n’avaient plus aucune tenue.

« Je t’ai réveillée ? demanda-t-il et elle sentit ses mains trembler sur sa peau.

— Un peu, avoua-t-elle pour le taquiner. Mais tu peux me réveiller autant que tu veux pour me dire ces mots », ajouta-t-elle.

Elle regarda son sourire tremblant avec envie et bonheur. Il était tendre, doux et paisible, et elle était paisible grâce à lui. Elle remonta un peu sur lui pour coller sa bouche à la sienne. Ils restèrent lèvres contre lèvres plusieurs secondes avant qu’Arcturus n’ose initier un frémissement de lèvres pour qu’ils continuent à se découvrir. Son ventre se transforma en essaim de papillons et elle frissonna de plaisir.

Elle se recula ensuite, croisa les mains sur son torse et posa sa joue gauche dessus. Ils se fixèrent encore, silencieusement et calmement.

« Que fait-on demain ? demanda-t-elle en se blottissant un peu mieux sur lui.

— Ce que tu veux », répondit-il aussitôt en faisant remonter ses mains pour les enfouir dans ses cheveux bruns.

Elle frémit, soupira de bienêtre, tourna un peu la tête pour que ses doigts passent plus près de son oreille puis se réinstalla bien contre lui.

« Tu ressembles à un Fléreur quand tu fais cela », commenta-t-il avec amusement.

Elle imita le ronronnement du chat avant de rire en même temps que lui. Lorsqu’il riait, son sourire restait enfin en place sur son visage plus qu’un quart de seconde et ses yeux gris prenaient des reflets de neige, brillants et bleutés.

« Tu n’as pas d’obligations demain ? souffla-t-elle en calant son menton sur ses doigts entrecroisés pour ne pas l’enfoncer dans le torse d’Arcturus.

— Je m’en suis déchargé pour être avec toi », lui assura-t-il.

Il remonta une fois de plus ses mains dans les boucles brunes de Melania, et elle fit à nouveau le Fléreur.

« Donc nous pouvons vraiment faire ce que nous voulons ? s’assura-t-elle en s’imaginant ne pas quitter leur chambre de la journée.

— C’est cela, ce que nous voulons, répéta-t-il, son sourire tremblant et instable s’étalant spasmodiquement sur sa bouche.

— Comme… rester dans notre chambre ? » proposa-t-elle en mordant ses lèvres avec envie.

Jamais un homme ne lui avait laissé autant de liberté et de prises de décision. Jamais elle n’avait eu si envie d’un homme.

« Le petit-déjeuner est à huit heures, le dîner à midi, le souper à vingt heures, répondit-il en fronçant par intermittence les sourcils. Mais je… je pense qu’on ne nous dira rien pour cette fois, accepta-t-il en glissant à nouveau ses mains dans ses cheveux. Nous sommes de jeunes mariés, non ?

— Nous sommes mariés », confirma Melania en sentant un feu de joie crépiter dans son ventre.

Elle reposa sa joue sur ses mains croisées et écouta comme une berceuse le cœur d’Arcturus battre lentement et profondément. 

« Tu me caresserais encore le dos ? » demanda-t-elle en fermant les yeux.

À peine avait-elle fini sa phrase qu’elle sentit les mains d’Arcturus sur son dos se perdre en de longues caresses.

.

Elle dût s’endormir puisqu’elle se réveilla en sursaut en entendant des bruits de sortilèges s’abattre contre les murs. Elle papillonna des yeux et s’agita sous les draps à la recherche de son mari. Elle ne le trouva pas. Intriguée, elle se redressa sur le lit, les yeux bien ouverts, pour voir Arcturus en train de pousser la commode devant l’entrée. Il avait seulement enfilé une robe de chambre d’un vert bouteille aux reflets noirs et s’acharnait à bloquer la porte.

« Arcturus ? » demanda-t-elle avec perplexité.

Un moment, elle pensa qu’elle faisait un rêve. Puis comme elle y songea, elle dut en conclure que ce n’était pas cela. Il tourna aussitôt la tête vers elle, et se précipita sur leur lit. Il l’y repoussa presque et remonta les draps et le duvet sur elle. Ses yeux écarquillés de panique roulèrent dans leurs orbites lorsqu’il saisit son visage en coupe.

« Tout va bien, Melania, tout va bien, je vais te protéger, ils ne te feront rien, Melania », lui assura-t-il.

Il lui embrassa le front, s’éloigna d’elle pour retourner à la porte encombrée de la commode et des deux fauteuils de la chambre.

« Arcturus, que se passe-t-il ? » demanda-t-elle en se redressant à nouveau.

Il revint aussitôt remettre les draps et le duvet sur elle avec une force contre laquelle elle ne put lutter et qui l’affola assez.

« Ils… Je sais qu’ils te veulent du mal, mais je te protège, tout va bien, je te le promets, dit-il avec une panique visible en tremblant de partout. Ne t’inquiète pas, je suis en train de renforcer les sortilèges, personne ne peut entrer dans notre chambre, personne ne viendra jamais t’ennuyer dans notre chambre. Ne t’inquiète pas, Melania, ils te veulent du mal mais…

— Mais qui me veut du mal ? » ne trouva-t-elle qu’à bafouiller.

Elle ne voyait presque plus la couleur des yeux d’Arcturus tant il clignait rapidement des paupières. Ses cheveux tombaient lourdement de chaque côté de ses tempes et ses lèvres s’agitaient pour former des mots silencieux.

« Tous ces Sangs-de-Bourbe, tous ces Moldus, tous ! Ils te veulent tous du mal ! J’ai bien vu aussi comment ils te regardaient tous ce soir ! Pollux… Pollux va te faire du mal, il ne faut pas croire Pollux. Pollux voulait te garder pour lui, c’est pour ça qu’il m’a dit que je te ferais mal si je…

— Arcturus, personne ne me veut du mal, c’est…

— Si ! s’exclama-t-il en se jetant sur elle comme pour faire barrage de son corps contre un quelconque sortilège. Ils te veulent tous du mal ! J’ai vu comment mon Grand-père te regardait ! S’il recommence, je le tue, je le…

— Arcturus, tout va bien voyons, c’était notre mariage, c’est normal que… »

Elle ne parvint plus à respirer lorsqu’Arcturus s’appuya trop lourdement sur son thorax et posa maladroitement son avant-bras sur son cou. Elle se débattit furieusement, lui donna sûrement un coup quelque part. Il se recula aussitôt et resta à quatre pattes au-dessus d’elle. Elle ne distinguait presque plus les traits de son visage dans la semi-pénombre.

« Tout va bien, je te protège, personne ne te fera du mal, personne…

— Mais enfin, dis-moi ce qu’il se passe ! » se récria-t-elle en le repoussant inutilement.

Inutilement, puisqu’il ne bougea pas d’un pouce.

« Ils sont derrière la porte, ils veulent entrer, je les entends », martela-t-il.

Elle sursauta lorsque la baguette d’Arcturus crépita à son oreille et elle ne trouva rien d’autre qu’à se jeter à son cou pour l’embrasser et le calmer. Il résista plusieurs secondes et essaya de se dégager mais Melania resta accrochée à lui.

« Ils ont dû partir, je ne les entends pas », bafouilla-t-elle contre sa bouche lorsqu’il se redressa hors du lit.

Elle était toujours fermement attachée à lui, si bien qu’il l’avait mise debout en même temps que lui. Elle n’aurait jamais pensé qu’il avait autant de force. Elle avait eu beau se faire lourde pour le garder contre elle dans leur lit, il était debout devant le lit et elle à genoux dessus.

« Regulus te guette lui-aussi, Regulus est jaloux, il…

— Pourquoi ton frère serait jaloux ? s’étonna Melania.

— Tu es magnifique, ils sont tous jaloux, elles sont toutes jalouses, tu es mon épouse, l’héritière de la Maison des Black, tu…

— C’est toi l’Héritier, Arcturus, tu…

— Ils te veulent tous du mal, les hommes en veulent à ton corps, les femmes à ta beauté, les enfants à…

— Arcturus, personne ne me veut du…

— SI, ILS TE VEULENT DU MAL ! explosa-t-il en se dégageant brusquement d’elle pour jeter contre la porte un puissant sortilège qui fit trembler tous les murs de pierre de la maison. Ils te veulent tous du mal ! Je les entends, ils sont partout, ils attendent une seconde d’inattention de ma part pour te kidnapper et t’arracher à moi et…

— Arcturus ! » s’exclama-t-elle de plus en plus perturbée.

Mais il ne l’écoutait pas et lançait sortilège sur sortilège contre la porte.

Melania pensa d’abord à l’alcool, puis à un philtre hallucinogène quelconque pour expliquer l’état d’Arcturus. Pollux était un ami, il ne lui voulait pas de mal, c’était ridicule. Et puis même s’il était peu démonstratif, il éprouvait une sincère affection et un véritable respect pour Irma. Jamais il n’aurait eu des vues malhonnêtes sur elle. C’était stupide. Quant au vieux Phineas Black, c’était normal qu’il l’ait regardée, comme tous les autres invités. C’était leur mariage, elle avait été la mariée, bien sûr que tout le monde l’avait contemplée.

« Arcturus, tout va bien », ne trouva-t-elle qu’à bafouiller en se levant du lit pour venir nouer ses bras autour de lui.

Elle colla sa joue à son dos et tout son corps au sien. Il continua à agiter sa baguette et à faire trembler d’inquiétude toute leur chambre, mais au moins il ne tremblait plus lui-même.

« Ton frère…

— Tu me protèges de mon frère, tu sais me protéger de lui, dit-elle calmement en resserrant ses bras autour de lui.

— Ton frère te veut du mal, je vais le tuer, comme ça il ne pourra plus jamais lever la main sur toi, comme ça…

— Barnabas ne peut plus rien contre moi maintenant que j’habite avec toi, Arcturus. »

Et pendant ce qui lui parut des heures, elle le rassura encore et encore et encore. Elle le ramena dans leur lit, de plus en plus inquiète. Elle croisa enfin ses pupilles complètement dilatées lorsqu’il s’enfonça dans ses bras. C’était lui qui faisait le Fléreur, cette fois-ci.

Qui avait pu lui donner une potion pareille ? Barnabas aurait-il pu vouloir se venger ?

.

Elle sursauta en entendant une main frapper vigoureusement à la porte. Arcturus se redressa d’un coup, baguette à la main, la respiration sifflante et prêt à hurler à nouveau. Melania se précipita :

« Oui ? demanda-t-elle en faisant signe à Arcturus de la laisser faire.

— Melania, tout va bien ? demanda la voix de Mrs Hesper Black.

— Oui, tout… tout va bien, bafouilla-t-elle.

— Vous êtes certaine ? Arcturus dort-il encore ?

— Tout va bien nous… 

— Elle te veut du mal, elle te veut… recommença Arcturus.

— Arcturus, vous…

— Allez-vous…

— Tout va bien, le coupa Melania en venant poser ses mains sur ses joues. Chut, tout va bien, Arcturus, recouche-toi, je revi…

— Tu ne sors pas de la chambre, la coupa-t-il brusquement en la serrant contre lui.

— Arcturus, personne ne vous veut du mal. »

La voix de Mrs Hesper Black était lasse et étouffée, un peu dépassée aussi.

« Vous voulez du mal à Melania, mère, je le sais, je le vois ! s’écria-t-il en portant brusquement Melania dans leur lit. Reste-là, Melania, ne bouge pas, je vais la retenir et… »

Elle ne se retrouva qu’à couiner en sentant les mains douces et tendres d’Arcturus s’imprimer brusquement sur sa peau et autour de ses membres.

« Arcturus, il est dix heures, il n’y a plus personne dans la maison à part votre père, vos grands-parents et moi-même, leur apprit patiemment Mrs Hesper Black.

— Grand-père avait ce regard lubrique et déshonorant pour Melania hier soir, je l’ai vu, il va…

— Enfin, Arcturus, vous parlez de votre Grand-père qui a soixante-dix-sept ans !

— Grand-père regardait Melania avec…

— Arcturus, calmez-vous, vous allez effrayer Melania ! » s’exclama Mrs Hesper Black en appuyant sur la poignée de la porte.

Melania regarda la poignée en métal s’agiter sur la porte sans plus rien comprendre. Mrs Hesper Black ne semblait pas surprise de l’attitude et des propos d’Arcturus. Elle semblait plus agacée qu’autre chose.

« C’est vous qui l’effrayez ! Je vous préviens, j’ai ma baguette dans la main, si vous essayez d’ouvrir la porte, je n’hésiterai pas à lancer un Avada ! »

Melania sursauta et se recroquevilla dans un coin du lit un peu plus à mesure que les menaces d’Arcturus pleuvaient contre sa mère et que celle-ci ne semblait même pas en être surprise.

Et vous, êtes-vous surpris ? Je l’avais dit, pourtant, qu’Arcturus Black était cinglé. Vraiment cinglé.

 

 

End Notes:

...

joyeux Halloween !

Prochain chapitre, on commence enfin la découverte du 12, Square Grimmaurd et de ses habitants avec Où Hesper Black avance ses pions... 

Bonne fin d'aprem

11. Où Hesper Black avance ses pions by Juliette54
Author's Notes:

Coucouuuu

Je suis vraiment désolée, je suis coulée IRL par la préparation de mon concours, je tarde à vous répondre et à vous donner la suite, mais je ne vous oublie pas, promis. Un immense merci à MaPlumeAPapote, la vache et PititeCitrouille pour vos reviews, elles font chaud au coeur et elle me rappellent qu'il faut que je pense à mettre la suite en ligne ! 

Bonne lecture :D

Chapitre 11 : Où Hesper Black avance ses pions

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle finit par se cacher derrière le lit ?

Qu’elle écrasa ses oreilles avec ses mains pour ne plus rien entendre ?

Qu’elle fut à nouveau complètement perdue ?

Lorsqu’elle se réveilla seule dans son lit, la porte entrouverte ?

Remarquez, elle commence seulement à comprendre où elle a mis les pieds.

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Les Black ont toujours cultivé le secret.

Le culte du secret.

Il ne fallait pas dire un mot de trop. Il ne fallait pas parler des personnages gênants de leur famille et de leur arbre généalogique. Et ils en ont, des secrets. Je ne prétends pas en connaître la moitié. Je connais déjà très bien celui d’Arcturus Black, fils de Sirius et Hesper Black, et il n’est pas mince. J’imagine qu’à cause de leur fameux Arbre magique, il n’y a peut-être pas de secret sur leur généalogie, et encore, avec eux, j’en doute.

Melania se réveilla donc seule, dans les draps jaunes et verts de son lit d’épouse. Elle portait toujours la robe de chambre qu’elle avait enfilée en catastrophe plus tôt dans la matinée. Le duvet était remonté jusqu’à ses épaules. La chaleur dans ses draps et dans la pièce était parfaite. Les rideaux étaient tirés et seul un mince rayon de soleil passait entre les tentures vert bouteille aux broderies noires. Le parfum d’Arcturus envahit immédiatement son nez et ses cris revinrent secouer sa mémoire.

Elle ne comprenait plus rien. Et elle avait même un peu peur. Arcturus était si attentionné, tendre et doux avec elle. Et il l’était toujours. Il avait répété continuellement qu’il voulait la protéger, mais… Mais il avait voulu la protéger de personnes qui ne lui voulaient aucun mal. Et sa mère n’en avait pas semblé surprise.

La porte entrouverte grinça légèrement sous un courant d’air quelconque. Elle s’enfonça un peu plus dans les draps. Il lui semblait bien qu’elle l’aimait, surtout lorsqu’elle se rappelait des gestes plein de prévenance et de tendresse d’Arcturus. Surtout lorsqu’elle se rappelait de l’allégresse qui s’était emparée de chaque plus infime morceau d’elle la vieille et les quatre mois qui venaient de passer. Mais qui aimait-elle ? Qui était-il, finalement ?

Quelque chose lui piqua la joue. Elle ouvrit aussitôt les yeux sous le coup de la surprise et découvrit un carré de parchemin plié ensorcelé. Il lui était de toute évidence destiné. Elle sortit une main du lit et s’empara de la lettre dont le sortilège se rompit au même instant. Elle cassa le sceau de cire après avoir lu son prénom.

Melania,

Voulez-vous me rejoindre dans la serre de la cour lorsque vous serez réveillée ? Nous avons à discuter.

Hesper Black

L’écriture noire et régulière de sa belle-mère ne lui avait jamais parue si froide et impersonnelle. Elle eut peur, à nouveau, parce qu’à nouveau elle ne comprit plus rien.

Elle obéit néanmoins, car c’était de cette manière qu’elle avait pris l’habitude de survivre pendant les quatre mois qui avaient suivi la mort de ce Moldu de John Swift. Quand la peur la happait, elle se contentait d’obéir à qui avait un tant soit peu d’ascendance sur elle.

Alors elle s’habilla sans chercher à penser, elle n’y arrivait plus de toute façon. Elle revêtit une de ses robes noires traditionnelles, coiffa ses cheveux dans un chignon simple et élégant de quelques coups de baguette, pinça ses pommettes pour les colorer légèrement, ajouta son parfum à la lavande en deux application discrète dans le cou, et enfila des escarpins à talons carrés. Seule son alliance, à côté de la bague de fiançailles qu’Arcturus lui avait offerte, montrait qu’elle n’était plus la même que la veille.

Il était déjà treize heures lorsqu’elle passa la porte de sa nouvelle chambre. Elle avait vaguement conscience d’avoir faim et soif, mais ceci n’attira pas assez son attention. Elle devait descendre les deux étages sombres et effrayants de ce 12, Square Grimmaurd, avant d’espérer pouvoir gagner la cour. Et une fois dans la cour carrée, il lui restait encore à remonter l’allée de cailloux uniformes et à pousser la porte vitrée de la serre de Mrs Hesper Black.

Elle ne pensa même pas à respirer durant la descente des escaliers. Elle était trop occupée à sursauter au moindre bruit. Elle n’avait pas envie de voir quelqu’un. Elle ne voulait voir personne. Mrs Hesper Black savait quelque chose pour expliquer l’attitude d’Arcturus, son père aussi devait le savoir, et même sûrement tous les habitants de cette maison. Et Irma, qu’en savait-elle ? Pourquoi avait-elle l’impression qu’ils savaient tous ce quelque chose et qu’elle était la seule à l’ignorer ? Alors qu’elle avait épousé Arcturus ! Ses frères et son père lui avaient dit, au début, qu’Arcturus était cinglé, mais… Mais il était seulement un peu timide et incertain, c’était tout, n’est-ce pas ?

Elle ne croisa personne dans la maison, elle ne croisa personne dans le jardin.

Mais elle distingua nettement le dos d’Arcturus derrière les vitres de la serre, ainsi que la silhouette de sa belle-mère, Mrs Hesper Black. Elle entendit ensuite leurs voix, un peu étouffées, mais tout à fait compréhensibles.

Elle voulait comprendre. Elle avait peur, mais le désir de comprendre la tenait bien plus. Elle était terrifiée. Elle avait l’impression de ne plus connaître Arcturus. L’homme qu’elle avait eu devant elle ce matin n’était pas celui avec lequel elle avait passé des journées douces et paisibles depuis des semaines. Elle ne voulait pas le voir, elle ne voulait pas…

« Je lui fais peur », entendit-elle distinctement.

C’était la voix rauque, cassée et tremblante d’Arcturus. Elle resta derrière la porte, incertaine. Devait-elle s’annoncer ? Devait-elle s’en aller et revenir quand Mrs Hesper Black serait seule ? Elle voulait bien retourner s’isoler encore un peu et repousser le moment inévitable où elle se retrouverait à nouveau face à Arcturus. À son époux. L’homme auquel elle avait choisi de lier sa vie pour le restant de ses jours.

« Mais non, vous ne lui faites pas peur, Arcturus », réfuta patiemment la voix de Mrs Hesper Black.

Elle vit vaguement que sa belle-mère était en train de rempoter une plante et qu’Arcturus l’aidait plus ou moins. Elle attendit son tour, elle ne bougea pas. Elle écouta un peu aussi, une boule dans la gorge.

« Je vois encore ses grands yeux noirs s’emplirent de terreur sans réussir à la rassurer parce que… parce que c’était de moi dont elle avait peur », insista Arcturus.

Elle comprit à cet instant, en le voyant lâcher la petite pelle, qu’il pleurait. Arcturus pleurait parce qu’il lui avait fait peur. Il s’en voulait. Mrs Hesper Black posa elle aussi ce qu’elle était en train de faire pour s’approcher de lui mais il fit un pas en arrière. Melania sauta derrière le cerisier. Comme elle était mince, elle pria pour que l’arbre la cache parce qu’à présent, elle pleurait, elle aussi.

Elle pleurait parce qu’elle aimait cet Arcturus qu’elle avait découvert pendant quatre mois. Son caractère contemplatif, calme, apaisant. Elle aimait quand il lui racontait ce qu’il savait, en Astronomie, en Histoire du monde magique, en Histoire de la magie, en Sortilège, en littérature et en peinture. Mais elle avait l’impression de n’avoir aimé qu’une partie de lui, une façade, celle qu’il avait acceptée de lui montrer. Elle se sentait un peu trahie et humiliée en comprenant qu’elle ne le connaissait plus, ou pas vraiment : qu’il lui avait menti.

« Melania a dû être surprise, elle ne vous avait jamais vu dans cet état », répondit la voix de Mrs Hesper Black.

Melania, le souffle court, compta les battements désordonnés de son cœur, les yeux écarquillés sur la façade de ce 12, Square Grimmaurd. La façade était d’un gris sombre, carré, parcourue de rainures droites et rectilignes, en pierre dure, inébranlable et intransigeante. L’encadrement des fenêtres et des portes était en angles droits, régulier et inflexible. Les deux piliers qui soutenaient le très petit balcon du Grand Salon du premier étage, étaient la seule fantaisie dans cette rigidité symétrique et rectangulaire. Deux colonnes doriques étaient éloignées d’un mètre de la façade, sur un perron dont on descendait en franchissant trois marches, qui ne parvenaient même pas à être accueillantes. Ce perron n’était pas un espace de transition entre l’intérieur et l’extérieur, entre la bâtisse et le jardin. C’était l’ultime rappel que la Maison était toujours là, qu’elle ne partait jamais et ne laissait personne lui échapper. La Maison était partout, dedans et dehors, dans la ville et dans la nature. Le 12, Square Grimmaurd n’était ni une maison de famille, ni un refuge. Peut-être un quartier général, déjà à cette époque. C’était le lieu de pouvoir des Black, le lieu des décisions pour la Noble et Très Ancienne Maison des Black.

C’était la propriété des Black.

Et leur propriétaire.

Toute la Maison des Black dépendait de cette maison au cœur de Londres : le 12, Square Grimmaurd.

Melania enfonça dans sa bouche sa main, là où le pouce se rattache à la paume, pour se concentrer sur la douleur et refouler l’angoisse qui engourdissait lentement ses membres.

« Je n’aurais pas dû vous écouter, Mère, j’aurais dû lui en parler, j’aurais dû le lui dire et ne pas attendre que…

— Vous aviez espéré que sa présence vous soignerait et…

— Vous, c’est vous qui m’avez fait espérer cela, la coupa Arcturus. Vous m’avez dit qu’il valait mieux attendre un peu, et que…

— Arcturus, il vous suffit de parler avec Melania et de…

— Que ne comprenez-vous pas dans le fait que je lui fais peur ? s’exclama-t-il et Melania sursauta contre l’écorce irrégulière du cerisier. Je… Ne dites rien, s’il vous plaît, et laissez-moi faire les choses à ma manière, voulez-vous. Je vais regagner sa confiance et… et son amour aussi, j’espère. Je…

— Elle vous aime, Arcturus, ne…

— Mère, elle ne peut plus m’aimer, reprit la voix sourde d’Arcturus. Je… Je lui ai fait des hématomes, sur les poignets et les bras, dit-il plus bas. Je…

— Vous n’étiez plus vous-même, Arcturus, vous…

— Mais Melania était toujours la même. Si je l’avais prévenue, elle… »

Les voix ne parvinrent plus à ses oreilles lorsqu’elle enleva sa main de sa bouche pour regarder ses poignets et ses bras, marqués çà et là de traces de doigts mauves. Elle en avait remarqué aussi sur ses cuisses, et au vu de l’emplacement, elle les avait pris pour des marques dues à l’amour. Mais ce n’était pas possible, Arcturus avait été bien trop tendre et hésitant.

Elle sursauta en entendant la porte de la serre grincer et releva la tête pour regarder la silhouette alourdie par la culpabilité et le malheur d’Arcturus remonter jusqu’à la maison. Elle ne put en détacher ses yeux et ce fut la porte du 12, Square Grimmaurd se refermant derrière lui qui la sortit de son observation.

Elle fit le tour de l’arbre, le papier de sa belle-mère toujours dans sa main gauche.

La porte de la serre était entrouverte et elle eut seulement à la tirer vers elle pour se glisser dans l’entrebâillement.

Elle tomba aussitôt sur le regard rougi de Mrs Hesper Black. Sa bouche était si pincée qu’aucun mot n’aurait dû pouvoir en sortir.

« Mrs Hesper Black, la salua rapidement Melania s’assurant distraitement qu’elle avait bien essuyé ses joues.

— Vous avez entendu, Melania, non ? lui demanda simplement sa belle-mère en occupant ses mains avec le petit arrosoir.

— Je crois, reconnut prudemment à demi-mot Melania en jetant un coup d’œil nerveux derrière elle.

— Il faut être sûre de soi », reprit abruptement Mrs Hesper Black et l’arrosoir glissa de sa main un bref moment.

Melania, gentil cœur tendre et généreux, excusa le ton brusque de sa belle-mère parce qu’elle comprit combien elle était abattue, inquiète et désemparée. Je ne sais si j’en aurais fait de même.

« Arcturus pense que j’ai peur de lui, répondit-elle en venant prendre l’arrosoir des mains de sa belle-mère pour y remettre l’eau tombée d’un coup de baguette et arroser la plante en pot en répartissant mieux l’eau.

— Est-ce le cas ? » demanda calmement sa belle-mère en lui cédant l’ustensile sans aucune résistance.

Elle avait peur. Mais c’était compliqué. Elle n’avait pas peur d’Arcturus, elle l’aimait, du moins lui semblait-il. Elle avait peur de ce qu’il lui avait caché. Elle avait peur de ne plus pouvoir lui faire confiance comme elle l’avait fait pendant quatre mois. Elle avait peur aussi de ne pas le connaître. Elle avait peur de comprendre qu’elle ne savait rien de lui finalement, rien de cette peur sourde qui semblait l’étouffer en permanence et exploser au moment où il s’y attendait le moins. Et puis elle avait peur que la stabilité et la main de pouvoir sous lesquelles elle s’était rangée ne soient pas si sûres, finalement.

Elle avait peur que la peur la broie à nouveau.

L’absence de réponse de Melania dut confirmer les pires craintes de Mrs Hesper Black puisqu’un sanglot traître et vite étranglé franchit sa bouche. Elle posa ses deux mains fines et ridées à plat sur son établi et respira lentement.

« J’ai diagnostiqué Arcturus quand il a eu sept ans », souffla Mrs Hesper Black.

La femme si sûre d’elle et pleine de prestance que Melania pensait avoir connu s’effondrait devait elle.

« Vous l’avez…

— J’ai une formation de Guérisseuse, la coupa Mrs Hesper Black en relevant des yeux humides de larmes contenues. Et je pratiquais jusqu’à ce diagnostic.

— Vous… vous travailliez ? » s’étonna Melania.

Dire que Myrina Greengrass, la fiancée de Tomas, avait dû batailler contre Sileas Macmillan pour qu’il la laisse ne serait-ce que finir sa formation.

« Mon père ne l’aurait pas admis autrement, reprit-elle avec une crispation évidente. Il était lui aussi Guérisseur, tout comme ma mère, et j’étais leur fille unique, la dernière des Gamp. »

Elle releva la tête vers le plafond transparent de la serre comme si elle essayait de respirer l’air du ciel.

« Mais quand j’ai compris qu’Arcturus avait des troubles du comportement je… j’ai quitté Ste-Mangouste pour m’occuper de lui, reprit piteusement Mrs Hesper Black. Mon père en a fait tout un scandale et… et il a fini par me dire que tout était de ma faute.

— De votre faute ? s’étonna Melania.

— Il me reprochait d’avoir continué mes activités de Guérisseuse, de ne pas m’être occupée de mes enfants alors qu’il était à l’origine de cette exigence », avoua-t-elle avec amertume.

Son nez se plissait de manière disgracieuse lorsqu’elle parlait de son père, comme si elle ne savait pas s’il la répugnait ou si elle devait se moquer de lui.

« En privé, il me reprochait de quitter Ste-Mangouste et en public, de ne pas l’avoir fait plus tôt. Il a dit à Sirius et mon beau-père que si Arcturus avait des troubles du comportement, c’était parce que j’étais insensible.

— Mais… mais c’est cruel, ne trouva qu’à bafouiller Melania.

— C’est peut-être vrai lorsqu’on voit mes autres enfants, souffla Mrs Hesper Black avec dépit. Regulus ne supporte pas les étrangers et Lycoris… Lycoris n’a aucune décence. »

Melania pensa vaguement que Lycoris avait seulement des amants, comme elle en avait eu, et non…

« Mes trois enfants sont fous, Melania, conclut Mrs Hesper Black en se mettant à pleurer silencieusement. Regulus est asocial, Lycoris est perverse…

— Lycoris a seulement des amants, essaya-t-elle de relativiser.

— Lycoris est narcissique, elle ne peut pas s’empêcher de faire des avances à quelqu’un lorsqu’elle désire quelque chose, elle fait du chantage affectif constamment, elle a déjà mené un sorcier au suicide, elle… elle n’a aucune limite.

— Au suicide ? » bafouilla Melania.

Elle n’avait jamais apprécié Lycoris, qui avait une année de plus qu’Irma, Pollux et elle à Poudlard, mais…

« Il n’y avait aucune preuve, ajouta péniblement Mrs Hesper Black, Sirius a pu étouffer l’affaire aisément, mais j’ai beau essayer je… je n’arrive pas à la soigner. Elle… Elle a déjà fait des avances à des amis de Sirius, et même à Pollux lorsqu’il nous a annoncé ses fiançailles, elle n’a pas cessé de mettre Arcturus mal à l’aise avec des propos… déplacés pendant vos fiançailles alors qu’elle sait très bien que son frère rencontre des difficultés avec le contact physique.

— Arcturus est seulement pudique », se permit-elle de préciser.

C’était pour nuancer le tableau noir que lui faisait sa belle-mère que Melania avait ajouté cette phrase. Mrs Hesper Black pensa immédiatement à autre chose en entendant cela. Elle tourna brusquement la tête vers Melania.

« Pudique oui mais… Hier soir, vous avez bien consommé le mariage ? » demanda-t-elle avec inquiétude.

Melania écarquilla les yeux, les joues écarlates, mal à l’aise au possible. Même avec sa mère elle n’avait jamais parlé de ces choses-là. Jane Macmillan n’en avait sûrement pas trouvé l’utilité lorsqu’elle avait appris que sa fille était enceinte et avait donc très bien compris l’affaire par elle-même. Elle lui avait seulement donné quelques conseils pour cacher cette absence de virginité à son mari.

« Je vous demande pardon ? bredouilla Melania.

— S’il vous plaît, Melania, j’aimerais vous considérer comme ma fille, je vous dévoile mes secrets, ne soyez pas mal à l’aise avec moi, pour aucun sujet, je vous en prie », reprit Mrs Hesper Black avec empressement.

Il y avait quelque chose de toxique avec Hesper Black. Elle ne pouvait être à l’aise avec quelqu’un et se confier à lui si l’autre n’en faisait pas autant. Elle était perpétuellement sur ses gardes, perpétuellement fausse, avide de pouvoir et de pouvoir maîtriser sa vie et celle de ceux qu’elle considérait comme dépendants d’elle. C’était du donnant-donnant. Rien n’était gratuit. C’était effectivement peut-être d’elle que Lycoris avait si bien appris à manipuler les gens. L’élève avait ensuite dépassé le maître.

« Oui, nous… j’ai…

— Vous avez guidé Arcturus, comprit Mrs Hesper Black avec soulagement. C’est bien, il vous fait confiance, comme il n’a jamais fait confiance à quiconque auparavant. Choyez cette confiance, je vous en prie, il ne voulait pas vous faire de mal hier soir, il a seulement des crises de paranoïa par moments. Le mariage, les invités, devoir quitter le 12, Square Grimmaurd aussi fréquemment depuis quatre mois, tout ceci a été éprouvant pour lui, sans compter cette intimité la plus proche qu’il n’avait jamais pu supporter par le passé. J’aurais dû lui donner un calmant, mais j’avais l’espoir que votre présence suffise à l’apaiser. Vous aviez de l’expérience alors…

— De l’expérience ? » bredouilla Melania de plus en plus mal à l’aise. 

Tout allait beaucoup trop vite pour Melania à cet instant. Mrs Hesper Black racontait tout, tout ce qu’elle n’avait pas bien compris sur Arcturus, beaucoup trop vite, comme si elle voulait se décharger d’un poids pour le donner à Melania, et ce, au plus vite. Elle lui apprenait qu’Arcturus avait toute sa confiance, elle lui apprenait qu’Arcturus faisait des crises de paranoïa, elle lui confirmait qu’elle serait l’unique femme qu’Arcturus aimerait jamais dans sa vie, et elle glissait subrepticement qu’elle savait que Melania ne serait quant à elle, pas uniquement la femme de son fils.

« Miss Selwyn », souffla Hesper Black avec un sourire crispé.

Elle n’était pas gênée de dire à Melania qu’elle savait ceci par quelque biais monétaire. Elle était gênée de lui dire qu’elle était au courant, tout simplement. Ce fut la première erreur d’Hesper Black concernant Melania.

« Et vous… et vous avez accepté qu’Arcturus m’épouse ? » demanda Melania avec stupeur.

C’était la première erreur d’Hesper Black parce qu’elle permit à Melania d’être soulagée sur ce point. Certes, elle gagna un peu plus la confiance de Melania à cet instant, mais Melania fut si à l’aise ensuite, qu’elle se dégagea en partie de la peur qui lui serrait la gorge et les entrailles et put retrouver un brin de perspicacité, de méfiance et de réflexion.

« Nous en avons même été plutôt rassurés avec Sirius, fut forcée d’avouer Mrs Hesper Black.

— Votre époux est au courant ? »

Melania était stupéfaite, apeurée aussi en se demandant s’ils l’avaient dit à Arcturus.

« C’est lui qui avait entendu une rumeur et qui a voulu vérifier, reconnut Mrs Hesper Black. Quelqu’un vous aurait vu dans l’Allée des Embrumes entrer chez Miss Selwyn avec votre mère. J’ai fait taire les mauvaises langues.

— Arcturus le sait aussi ? demanda Melania avec effarement.

— Je ne sais, avoua Mrs Hesper Black en haussant ses épaules osseuses. Il ne souffre qu’on puisse dire le moindre mot contre vous, précisa-t-elle en lui souriant tristement. Vous ne trouverez jamais homme plus amoureux et désireux de votre bonheur, Melania. »

La trahison était moins rude, un peu adoucie par le souci d’Arcturus de la préserver. Elle avait bien vu qu’il n’aimait ni le bruit ni la foule, elle n’en avait seulement pas pris pleinement conscience.

« Donc il fait des crises d’angoisse ? demanda-t-elle avec incertitude.

— Arcturus est plus ou moins paranoïaque, lui dit Mrs Hesper Black du bout des lèvres.

— Plus ou moins ? » insista Melania.

Le visage effrayé aux yeux roulant sur eux-mêmes d’Arcturus se glissa devant Melania. Elle cligna des paupières pour la chasser. Ce n’était pas son Arcturus. Arcturus était doux et tendre, patient et contemplatif.

« C’est entre la paranoïa et l’agoraphobie, souffla Mrs Hesper Black.

— Mrs Black, je… je peux aider Arcturus à porter son fardeau, mais je dois savoir précisément ce qui l’angoisse et ce qui lui permet d’aller bien. »

Elle avait mis toute sa foi et sa conviction, tout son amour et son dévouement dans cette phrase. Parce qu’elle pensa vraiment, sur l’instant, que les tocs et les peurs d’Arcturus n’étaient qu’un détail chez lui, et qu’elle saurait facilement l’aider à vivre avec et même, peut-être, à s’en débarrasser.

« Le bruit et la foule l’angoissent de sorte qu’il n’est pas seulement effrayé ou à faire des crises d’angoisse, mais de sorte à ce qu’il se sente persécuté et je… je n’arrive pas à trouver une potion apte à l’apaiser. J’essaie depuis quinze ans mais pour l’instant, il n’y a qu’un peu de Philtre de Paix qui parvient à… l’apaiser et le calmer.

— Mais…

— Mais à forte dose ou à dose trop fréquente, il pourrait en devenir dépendant et son état de santé empirerait, rappela Mrs Hesper Black. C’est pour cette raison que je cherche autre chose et que je réserve cette potion aux situations les plus extrêmes. Arcturus sait les situations qu’il doit éviter pour réguler au maximum ses crises, il se porte déjà beaucoup mieux depuis qu’il a quitté Poudlard. Il administre très bien le foncier de la Maison des Black, c’est ce que Sirius et son grand-père attendent de lui en tant qu’héritier. Le point le plus pénible pour lui, c’est la représentation en public. Nous ne faisons presque plus de réceptions au 12, Square Grimmaurd depuis quinze ans pour limiter ses interactions avec trop de sorciers en même temps.

— Il y a pourtant plus d’une vingtaine de personnes qui vivent ici », rappela Melania.

Ce n’était pas logique.

« Et c’est déjà difficile pour Arcturus, alors imaginez à votre mariage.

— Mais pourquoi ne pas le laisser vivre seul, à la campagne ? » s’étonna Melania.

Le sourire tordu de Mrs Hesper Black lui serra le cœur.

Je pense que le sourire d’Hesper Black était plus condescendant et victorieux que compatissant. La naïveté de Melania devait être délicieuse pour des mains aussi avides de pouvoir que les siennes. Elle déployait son plan pour avoir Melania dans sa poche et pouvoir reprendre la main sur son fils à travers la jeune femme. Elle appréciait Melania, bien sûr, je l’ai dit, mais elle voulait que sa belle-fille soit son émissaire auprès de son fils. Elle appréciait la nature de Melania mais elle appréciait aussi le rôle de sa belle-fille. Elle voulait que Melania Black soit son alliée dans cette ambition de pouvoir de la Maison des Black. Car il ne faisait déjà aucun doute à Hesper et Sirius Black que, si c’était leur fils qui dirigerait leur famille à leur mort, ce serait Melania qui en serait la tête et tirerait les ficelles. Elle guiderait Arcturus, elle lui dirait les décisions à prendre, et elle ferait à nouveau rayonner la Maison des Black. Ils n’avaient plus seulement besoin que Melania prenne soin d’Arcturus et de son frère lorsqu’ils seraient enterrés dans le jardin du 12, Square Grimmaurd, ils avaient envie qu’elle rende son éclat à la Maison des Black. Ils étaient assurés qu’elle suivrait leurs directives, douce, généreuse et obéissante qu’elle était.

Ils ont eu tort. En partie. Mais une chose à la fois.

« Arcturus est l’Héritier de la Maison des Black, Melania, reprit Mrs Hesper Black en venant prendre les mains de sa bru. Il se doit de maintenir notre famille unie et de gérer son patrimoine, et il ne peut le faire que depuis Londres. Et puis, ajouta-t-elle plus bas en se penchant vers Melania, il ne veut pas qu’on apprenne cette faiblesse psychologique. Sans compter que s’il s’isolait constamment, il ne progresserait absolument pas. »

Sur ce dernier point, Mrs Hesper Black n’avait peut-être pas tort. Mais il aurait peut-être fallu demander à son fils son avis sur la question et surtout, le laisser guérir à son rythme, loin des manipulations des membres du 12, Square Grimmaurd, loin de la voix fielleuse de Lycoris, loin du marmonnement renfermé et méprisant de Regulus et loin des moqueries de Pollux. Et pourtant… Pourtant, Arcturus leur pardonnait tout mille fois. Parce qu’il les aimait, tous les trois. Il les adorait, même.

Parce qu’il était persuadé que le problème venait toujours de lui aussi.

Hesper Black avait avancé ses pions. Si Arcturus était le fou de son roi de mari, Melania était la tour qui traçait son chemin selon les directives…

Jusqu’à ce que l’échiquier change de joueur.

 

 

End Notes:

La suite arrive dans un instant ! 

Demilogue by Juliette54
Author's Notes:

Et non pas un chapitre, pas un prologue, pas un épilogue... mais un demilogue ! Je sais pas si ça existe vraiment, mais ça me paraissait utile ici oups. 

Bonne lecture :D

Demilogue

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Juin 1999,

« Pardonnez-moi, m’interromps mon hôte. Je… Je ne comprends pas bien pourquoi vous me racontez si précisément l’entrée de Melania dans la Maison des Black…

— Au 12, Square Grimmaurd, je rectifie avec fébrilité.

— Oui, au 12, Square Grimmaurd. Je veux dire… Tout le monde sait que les Black étaient tous des fanatiques cinglés. Vous essayez de les humaniser mais…

— Je vous les peins, ou du moins j’essaie, de la manière dont Melania les vit à l’époque. Elle avait le cœur tellement bon et naïf, elle ne s’est pas rendu compte tout de suite de son nouvel environnement.

— Oui, pardonnez-moi pour Melania, je peux facilement imaginer qu’elle ait été malheureuse dans cette maison, mais…

— Elle n’a pas forcément été malheureuse. Enfin, si, elle a dû l’être. Mais elle était des leurs, elle… elle devait devenir comme eux. Je pense qu’elle est devenue comme eux. Qu’elle n’a peut-être pas eu le choix de faire autrement. Même si je n’ai pas vu ce changement s’opérer en elle. »

Je regarde par la fenêtre. Le soleil est si haut dans le ciel à présent, qu’il n’éclaire plus du tout le grenier. Une noirceur de tombeau recouvre doucement la pièce. Ni mon hôte, ni moi, n’avons trouvé la nécessité d’allumer une bougie. Tout de même, je commence à fatiguer. Ressasser les souvenir n’est jamais aisé. Et puis cette pièce et la tapisserie étalée devant nous sont étouffantes.

« Si nous prenons une pause, pourrai-je avoir un verre d’eau ? je demande finalement.

— Oui, bien sûr, je vais vous en chercher un, accepte mon hôte en se levant du fauteuil poussiéreux.

— Je vais venir avec vous, dis-je en me levant difficilement à mon tour. Je n’avais pas remis les pieds dans cette bâtisse depuis un long moment. Il est temps de l’arpenter un peu.

— Vous êtes sûr de…

— Oui, allons-y. Je pourrai ainsi poursuivre mon histoire. Enfin, celle de Melania. Je dis « mon histoire » parce que ce n’est que ma version de son histoire que j’ai à vous proposer. Je ne peux m’empêcher de vouloir que vous la compreniez, et peut-être que vous l’excusiez – comme j’en suis venu à le faire –, mais je fais de mon mieux pour relater les faits et ne pas m’impliquer personnellement dans son histoire.

— Ne pas vous impliquer personnellement ? C’est pour cette raison que vous avez parlé de vous en utilisant votre prénom, à la troisième personne ?

— Oui, je préfère le faire ainsi. Lorsque je parlerai de moi en disant « je », vous saurez que c’est à ce moment qu’il ne faudra plus rien attendre de Melania, et que vous pourrez lui témoigner votre pitié.

— Ma pitié ? Mais… pardonnez-moi, je compatie à la vie compliquée de Melania Black – vraiment – mais je ne peux pas non plus attendre trop longtemps pour obtenir des réponses à mes questions. Alors si vous pouviez…

— Vous avez toute une vie devant vous, Monsieur, accordez-moi encore un moment. Je vous promets que vous aurez la réponse à votre question si vous me laissez parler librement jusqu’à la fin de la journée. La réponse à vos questions vous tombera, comme qui dirait, d’elle-même dans les mains.

Son soupir rudement bien camouflé m’arrache un sourire innocent. Je sais que je titille sa patience. Mais je suis revenu dans cette maison alors que je m’étais juré de m’en méfier à l’avenir. J’ai quelques… exigences. Et puis ce n’est pas parce que je suis vieux que je n’ai pas à faire. Ce sera sa façon de me remercier.

« Je peux bien vous accorder ce temps, oui », accepte-t-il à mon plus grand soulagement.

 

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End Notes:

En espérant que la lecture vous plaît toujours... Dans quelques chapitres, le rythme va s'accélérer, on aura toujours des scènes mais les années s'écouleront un peu plus rapidement. En tout il y aura 28 chapitre, un prologue, un demilogue et un épilogue ! Et le prochain chapitre s'intitule : Où Arcturus est malade... 

A bientôt j'espère :D 

12. Où Arcturus est malade by Juliette54
Author's Notes:

Je mets deux chapitres ce soir ! Bonne lecture :D

Chapitre 12 : Où Arcturus est malade

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle fut à nouveau aveuglée par l’amour ?

Qu’elle redonna sa confiance à Arcturus ?

Qu’elle accepta la main avide de pouvoir de Mrs Hesper Black ?

Lorsqu’elle décida de tout mettre en œuvre pour l’homme qu’elle aimait ?

Remarquez, elle a encore le cœur bon et généreux, nous ne sommes qu’en juillet 1919.

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Les sols du 12, Square Grimmaurd sont de divers matériaux.

Les sols des salons et de la salle-à-manger du premier étage, ainsi que des chambres et des couloirs des deuxième et troisième étages sont en chêne doré. La vitrification est d’origine, autant dire que la couleur chaleureuse est depuis longtemps passée et encrassée. Les salles d’eau et commodités sont carrelées de noires, comme toutes les salles d’eau et commodités de la bâtisse. Elles ont toutes été installées au début du vingtième siècle par Mrs Hesper Black, avec une partie du montant de sa dot. C’était l’une de ses nombreuses exigences auxquelles son époux Sirius Black s’est volontiers plié pour l’épouser.

Les quatrième et cinquième étages, construits sous l’égide de Sortilèges d’Extension Indétectable dix ans plus tard, ont des parquets en bois de châtaigner, moins noble, mais moins cher, un bois imputrescible pour surplomber les deux étages réservés aux héritiers les plus directs et directifs.

Le sixième étage est censé être celui des domestiques, mais les elfes de maison des Black ont toujours dormi dans la cuisine et à la cave, avec les rats et la moisissure. À leur place. Le sol de ce sixième étage, occupé de manière rare durant ce siècle, est en sapin, enduit de cire et de poussière. C’est un grenier, un grenier assez noble lorsqu’il est décapé pour accueillir des invités ou bien laissé à Arcturus et Melania la possibilité de contempler le tracé de la cour carrée du jardin.

Mais le plus intéressant se trouve assurément au rez-de-chaussée. Le sol du rez-de-chaussée est en pierre blanche et noire. Le sol du long couloir, infini gouffre de ténèbres, est noir avec de petits losanges de blanc dans les angles des carrés. Il en est de même dans le vestiaire, derrière la porte à droite de l’entrée, qui reçoit comme il se doit les vêtements des invités lors des réceptions.

Derrière la première porte à gauche du couloir, l’invité impromptu patiente. C’est aussi dans cette pièce que toutes les demoiselles Black ont fini par être demandées officiellement en mariage. Disons plutôt que c’est à cet endroit, une fois le fiancé présenté à monsieur le père de mademoiselle, une fois l’accord plus ou moins conclu dans le bureau de monsieur le père, que la demoiselle se voit demander sa main à elle-même devant ses parents, où elle dit oui, ou non – mesdemoiselles Black ont assez d’orgueil pour refuser un promis qui ne leur convienne – et où elles reçoivent une bague à leur hauteur. La cérémonie est de mise dans la Maison des Black.

Puis il y a la pièce de la seconde porte à gauche : la cuisine. Elle est juste en-dessous de la salle-à-manger afin que le dîner puisse être préparé, comme à Poudlard, et apparaître quand le maître de maison l’ordonne.

La pièce qui m’intéresse n’est pas une pièce, et sa porte se situe tout à fait en face de celle de la cuisine.

C’est une sorte de cour couverte, de préau.

Dont le sol est un damier parfait.

Un échiquier.

Un carré de huit cases noires et blanches, sur huit cases noires et blanches, le tout entouré de carreaux placés en diagonales pour donner l’illusion d’un tapis.

Un plateau de jeu.

À l’origine, Cygnus premier du nom et Ella Max-Black l’avaient fait construire pour jouer aux échecs avec des pièces grandeur nature. Hélas, ils sont morts très jeunes. Vingt-deux et vingt-trois ans. Toutes les pièces venaient à peine d’être achevées, et elles ont été brûlées sur les bûchers funèbres de Mr Cygnus Black pour les pièces noires, et de Mrs Ella Max-Black pour les pièces blanches. La tradition guerrière du bûcher funèbre était une clause du contrat de mariage exigée par Mr Max Père. Cygnus s’y était volontiers plié pour épouser son héritière.

Peu importe son origine, un simple pas sur le marbre fait entrer l’invité dans le jeu de pouvoir de la Maison des Black.

Mrs Hesper Black l’avait très bien compris lorsqu’elle avait accepté la main de son futur époux pour poser un premier pied sur les cases de l’échiquier. Tout comme lui, elle reconnaissait être une pièce du jeu de Phineas, Ursula et Elladora Black. Elle acceptait d’être la reine si Sirius était le roi. Elle aurait ainsi plus de latitude que lui pour se déplacer, car la reine avance certes dans une seule direction, mais elle avance autant qu’elle veut.

À côté d’eux, il y avait les fous en les personnes de leur deux fils, Arcturus troisième du nom, et Regulus premier du nom. Ils n’allaient pas droit mais en diagonale, et jamais sur les mêmes cases – blanches pour Arcturus, noires pour Regulus, mais ils pouvaient s’obstiner à avancer sans s’arrêter si on le leur disait, obéissant à la folie.

Puis, pour les protéger deux à deux avec fidélité, il y avait les cavaliers de la Maison des Black en les personnes des deux frères de Sirius. Phineus n’était plus le frère de Sirius depuis 1915 lorsqu’il les avait humiliés en défendant l’échiquier des droits des Moldus. Il n’avait jamais été d’un grand soutien ni d’une grande abnégation pour la cause de toute façon. Il était mieux hors de l’échiquier. Sirius avait donc deux frères. Arcturus et Cygnus, deuxième du nom tous deux, n’avançaient pas droit, en L, comme des cavaliers. Arcturus peignait, jouait aux échecs à l’international et savait qu’il était dans son intérêt de rester à sa place de cavalier, même s’il faisait quelques entorses à l’honneur et à la droiture toute relative des Black. Cygnus était violent et prompt à s’emporter, à changer de cap et à dévier des lois. Ils réunissaient à eux deux les domaines inconnus à Sirius et Hesper Black, ou bien qui les répugnaient plus ou moins.

Puis il y avait les tours, inébranlables et inflexibles, dont les postes étaient longtemps restés vacants. Melania avait été reçue pour prendre place du côté d’Arcturus. Orion, leur fils, serait un moment l’autre… jusqu’à ce qu’il devienne un fou à son tour, puis le roi de sa reine noire ensuite.

Quant aux pions, ils changeaient au gré des événements. On y retrouvait souvent Violetta Bulstrode-Black, épouse de ce fanatique de Cygnus, cavalier du roi. On y retrouvait aussi Lysandra Yaxley-Black, épouse de cet artiste d’Arcturus, cavalier de la reine. La mauvaise entente entre les deux sorcières avait été presque immédiate. La vie et l’amour avaient fini de les éloigner l’une de l’autre. Aimer le même frère n’est jamais une bonne chose. Mais ceci est une autre histoire.

Parmi les autres pions, il y avait Pollux, qui tentait de manger le roi, mais le roi était dans son propre camp, c’était impossible. Il y eut un temps Lycoris aussi, mais sa perversité finit par exaspérer jusqu’à son frère Arcturus, le seul à l’avoir toujours défendue. Il y eut Belvina Black-Beurk, sœur du roi et ses cavaliers, mais la demoiselle eut la présence d’esprit de s’échapper du 12, Square Grimmaurd.

Et contre qui jouaient les Black ? Contre le pouvoir du monde entier.

Ils pensaient être les pions blancs, qui commencent et gagnent, mais ils perdaient, progressivement, ils devenaient plus fous de génération en génération, jusqu’à s’entre-tuer et se tuer eux-mêmes. Ils étaient les Black, les pions noirs de cet échiquier, sur lequel Melania avait posé un pied distrait ce jour où Irma l’avait invitée.

Melania était la tour, qui certes avance tout droit et ne prend jamais la tangente, mais qui sait très bien changer de ligne pour rejoindre son fou et même prendre la place de la reine. Elle était la tour toujours droite et inflexible, celle qui n’agirait plus jamais sous le joug d’une main de pouvoir mais qui résisterait à toutes les tempêtes.

Mrs Hesper Black l’avait oublié lorsqu’elle laissa Melania quitter sa serre et partir à la recherche d’Arcturus. Elle avait dégagé les pions qui maintenaient sa belle-fille dans le coin du plateau : elle lui avait rendu sa liberté.

Arcturus n’était plus dans la cour, il n’était pas au rez-de-chaussée non plus. Melania monta alors au premier étage et s’avança d’abord jusqu’au Grand Salon qui donnait sur la cour, mais Arcturus n’y était pas. Son regard s’attarda un instant sur l’Arbre. À côté du prénom d’Arcturus, se trouvait à présent celui de Melania, tous deux reliés par une branche plus mince que celle de ses beaux-parents mais bien plus épaisse que celle qui pouvait relier Violetta et Cygnus Black ou bien Lysandra et Arcturus Black. Peut-être était-ce le hasard, mais elle aima cette image d’une liaison déjà solide malgré l’entrée toute fraîche dans leur vie maritale.

Elle gagna ensuite le salon de musique, où elle ne trouva pas Arcturus. Il ne fut pas non plus dans le petit salon. Alors, elle monta un étage de plus pour aller regarder dans leur chambre. Le lit avait été fait sans doute par l’un des elfes de la Maison des Black, et sa robe de mariée rangée dans son armoire. Elle ignora la faim qui commençait à tordre son ventre et engourdir ses membres et appela doucement son mari. Elle n’obtint aucune réponse.

Il y avait bien la bibliothèque du troisième étage dans laquelle elle avait passé quelques après-midis à écouter Arcturus lui lire ce qu’il aimait. À présent, il lui semblait qu’il aimait cette pièce non parce qu’il aimait lire, mais pour son silence. Mais il n’y était pas non plus.

Perplexe, inquiète et abattue, elle revint s’asseoir sur leur lit et se demanda où est-ce qu’il avait pu aller vu qu’il ne sortait presque jamais. Jamais tout simplement, même, au vu de ce que Mrs Hesper Black lui avait dit.

Il était peut-être avec son père, dans le bureau des Héritiers. C’était officiellement celui de Phineas Nigellus Black lorsqu’il n’était pas à Poudlard à son poste de directeur, mais il avait depuis longtemps cédé les rênes de la Maison des Black à son fils aîné, Sirius, le père d’Arcturus. Et Arcturus passait en partie ses journées avec son père, afin de s’occuper des obligations de la Maison des Black.

Elle hésita à peine une minute à oser les déranger. Elle remit rapidement de l’ordre dans son visage et dans sa tenue. Arcturus n’avait pas besoin de savoir que, oui, elle était effrayée de ne plus le connaître. Il devait seulement voir combien elle voulait continuer de découvrir qui il était et combien elle l’aimait.

C’est ce jour-là, peut-être, que Melania se résigna à mentir pour de bon à Arcturus. Auparavant, elle avait simplement tu deux ou trois choses la concernant – comme il l’avait fait d’ailleurs, en y songeant. Elle n’avait pas parlé d’Aristote Parkinson, ni d’Alexander Twain et surtout pas de John Swift ni de cet avortement chez Miss Selwyn. Peut-être que Pollux lui avait dit qu’elle avait été très proche d’Alexander Twain à Poudlard, peut-être qu’il avait rapporté des rumeurs à Arcturus. Elle avait pensé qu’il ne l’avait pas fait puisqu’Arcturus ne lui avait pas posé de questions. À présent, elle préféra penser qu’il n’avait pas voulu croire Pollux. Elle préféra aussi que les choses restent ainsi pour ne pas qu’il s’inquiète inutilement. Elle se décida à ne plus mentir par omission mais un peu consciemment… Ou du moins, à ne pas chercher à lui avouer quoi que ce soit.

Melania leva donc le bras, le cœur battant la chamade, pour frapper contre la porte du bureau de son beau-père. Elle écouta un moment, le bras levé. Mais elle n’entendit ni Mr Sirius Black, ni Mr Phineas Nigellus Black, ni Arcturus. Elle hésita, non parce qu’elle avait peur de se faire rabrouer (elle s’était assez fait rabrouer pour supporter une remontrance supplémentaire), mais parce que qu’elle craignait que Mr Sirius Black s’affole et s’empresse de chercher Arcturus avec elle.

Elle perçut enfin une voix, et son poing s’abattit dans un sursaut sur le bois sombre de la porte.

« Entrez, retentit un instant plus tard la voix de son beau-père. »

Elle poussa timidement la porte, toujours légèrement intimidée de faire face au directeur de Poudlard dans la maison où elle vivrait désormais. Mais il n’était pas avec son beau-père. Arcturus non plus n’était pas là. Elle sentit ses épaules contractées d’espoir s’effondrer et retomber d’abattement. Mr Sirius Black dû le voir puisque son sourire s’écrasa un peu.

« Eh bien, Melania, que puis-je pour vous ? » demanda-t-il.

Il lui fit signe de s’asseoir en face de lui, sur le fauteuil en cuir noir, pendant qu’il posait sa plume et enroulait le parchemin qu’il venait d’annoter.

« Je… Je cherche Arcturus », reconnut-elle avec embarras en s’asseyant.

Elle était certaine que Mr Sirius Black savait exactement de quoi Mrs Hesper Black l’avait entretenue, et elle était certaine aussi qu’il savait ce qu’il s’était passé cette nuit et ce matin.

« Il est sorti, lui dit-il succinctement.

— Je… Je ne pense pas qu’il serait sorti seul, Mr Black », se permit-elle d’insister.

Le sourire déjà écrasé de Sirius Black devint forcé et crispé. Il savait très bien ce qu’elle voulait dire.

« Il était agité, il avait besoin d’être seul, en convint-il en reprenant sa plume. Allez donc aider Hesper dans sa serre, vous connaissez sûrement d’autres techniques dont elle n’a pas entendu parler. »

Melania n’aima pas la manière de Mr Sirius Black de la congédier aussi abruptement. Elle était des leurs, comme l’avait dit Mr Phineas Nigellus Black la veille. Elle pouvait à présent partager leurs secrets, les garder et les défendre. Quant aux techniques agricoles que ses parents lui avaient enseignées en Écosse, elle en avait déjà partagé plusieurs avec Mrs Hesper Black et elle aurait le temps d’en partager d’autres plus tard. C’était Arcturus le sujet de son inquiétude immédiate.

« Mr Black, j’ai besoin de voir Arcturus et de discuter avec lui », insista-t-elle en sentant ses joues rougir sous le coup de l’impertinence.

Mr Sirius Black ne devait pas avoir l’habitude qu’on insiste de la sorte auprès de lui, surtout pas s’il avait fait comprendre à son interlocuteur qu’il était congédié, car il se figea et sa main se crispa sur sa plume. Il avait trouvé un adversaire en tout point opposé à lui : impertinent, loyal et droit, Poufsouffle de cœur et de nature.

« Vous savez très bien que je sais, ajouta-t-elle précipitamment. J’ai besoin de parler à Arcturus pour savoir quoi faire pour l’aider et…

— On ne peut rien faire, Melania, la coupa Mr Sirius Black avec rudesse en vrillant ses yeux aux siens. Arcturus est malade mental, il ne perçoit pas la réalité comme nous, il se sent persécuté, et on ne peut rien y faire. Hesper s’use la santé depuis quinze ans sur nos enfants, mais c’est en vain. Si vous ne donnez pas d’héritier ou d’héritière à Arcturus, la Maison des Black reviendra à Pollux, et nos derniers espoirs seront éteints. Arcturus ne vivra pas vieux, Melania, continua-t-il sèchement sans flancher. Une crise lui fera commettre une véritable folie un jour. S’il a le temps de vous faire un enfant, tout ne sera pas perdu, mais n’espérez pas…

— Que vous êtes rustre ! Et grossier ! s’emporta Melania en bondissant sur ses pieds, choquée au possible. Vous parlez de votre fils ! Il n’est pas fou, il…

— Arcturus est malade, Melania, n’essayez pas de le nier, la coupa-t-il sans même faire mine de s’énerver. Vous pourrez composer avec ceci un temps, mais, même si la confiance restera, la fatigue finira par chasser l’amour. Vous pouvez essayer de rendre sa vie plus douce, comme vous le faites depuis quatre mois, mais n’espérez pas le soigner.

— Mr Black, si j’ai déjà adouci la vie d’Arcturus, pourquoi…

— Pensez à ce qui est arrivé cette nuit et ce matin, Melania, la coupa-t-il à nouveau avec plus de lassitude cette fois-ci. N’en attendez pas trop de mon fils, et pensez aussi à vous. Je vous apprécie comme ma fille, Melania. Vous êtes douce, spirituelle, décidée et vous avez du cœur. Ne croyez pas que je ne me réjouis pas de vous voir si attentive à mon fils, mais je ne veux pas que vous vous tuiez à la tâche ou que vous vous mettiez à le détester lorsque vous serez fatiguée de veiller sur lui. Vous ne pourrez pas le soigner, vous pouvez seulement le guider. »

Peut-être Mr Sirius Black a-t-il toujours sous-estimé son fils. Peut-être a-t-il toujours été persuadé qu’Arcturus n’était pas soignable et qu’il resterait un enfant toute sa vie. Peut-être aussi n’espérait-il plus rien dans le but de se protéger des désillusions et qu’il avait préféré accepter son fils tel qu’il était. Peut-être aussi – et c’est ce que je préfère penser par-dessus tout –appréciait-il véritablement Melania et qu’il ne voulait pas la perdre elle aussi. Ce qui est certain, c’est qu’il l’appréciait plus que sa fille Lycoris dont il avait honte devant sa famille et devant ses amis.

« Pourquoi ne pas me l’avoir dit avant le mariage ? » demanda-t-elle avec abattement en venant se rasseoir.

Les expressions de son visage trahissaient Melania. C’était délicieux pour un joueur d’échecs comme Mr Sirius Black. C’était naïf et innocent, mais aussi amusant pour lui, lorsqu’il ne machinait pas. Mr Sirius Black accepta de ne pas tenir rigueur à Melania de s’imposer dans son bureau et il lui parla à cœur ouvert. Elle tenait le plus gros des secrets – certes, de polichinelle mais secret tout de même – de la Maison des Black entre ses mains. Et elle serait celle qui côtoierait ce secret de la manière la plus proche. Il ne pouvait pas se contenter de la considérer comme un pion ou une tour, il devait au moins la considérer comme son égale s’il voulait qu’elle les aide à maintenir leur rang et à protéger Arcturus.

« Seriez-vous rester auprès de mon fils si vous aviez eu conscience de son esprit instable, Melania ? » demanda-t-il en baissant la voix.

Ce fut perturbant à cet instant combien Mr Sirius Black ressembla à Arcturus. Sa voix s’était juste étouffée pour prendre le timbre de celle d’Arcturus, la lumière tamisée masquait les mèches blanches de ses cheveux noirs bouclés et coupés de la même manière, et les ridules de son visage étaient masquées par celles qui indiquaient l’inquiétude. Leurs yeux gris pâle, presque blancs, fixèrent Melania avec la même douceur l’espace d’un moment. C’était comme si Mr Sirius Black avait rapporté la crainte d’Arcturus en personne.

« Oui, accepta-t-elle avec son cœur, comme elle l’avait fait une journée plus tôt en échangeant ses vœux avec son mari.

— Si jeune, si belle et si vive que vous êtes, vous auriez aisément pu trouver un époux plus modeste mais plus stable », insista Mr Sirius Black avec un sourire triste.

C’étaient certainement les mots d’Arcturus.

« J’ai connu d’autres hommes, Mr Black, vous le savez, se risqua-t-elle à rappeler en toute franchise. Pas un ne m’a touchée comme Arcturus n’a réussi à le faire. Pas un ne m’a montré autant d’amour ni de respect que lui. Alors qu’un grain de folie se soit glissé dans son esprit m’importe peu. Quand je le regarde, je vois seulement mon époux, l’homme qui a juré de me protéger contre l’univers, l’homme qui m’aime et celui avec lequel je veux vivre. Si je dois moi aussi le protéger contre le bruit et la foule, alors je le ferai, mais j’ai besoin de savoir comment agir pour y parvenir. »

Un cœur de Poufsouffle est endurant, patient, loyal et fidèle… mais la fatigue peut tout de même l’épuiser.

 

 

13. Où Pollux Black tente sa chance by Juliette54

Chapitre 13 : Où Pollux Black tente sa chance

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle recommença à prendre des décisions ?

Qu’elle entra doucement dans les jeux de pouvoir ?

Qu’elle commença à manigancer ?

Simplement pour l’amour d’Arcturus ?

Remarquez, elle est encore loin de retrouver l’homme qu’elle pensait avoir épousé.

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Melania ne resta pas longtemps à écouter Mr Sirius Black lui donner des conseils. Il lui disait à peu près les mêmes mots que Mrs Hesper Black son épouse. Il lui disait d’anticiper les craintes d’Arcturus, de ne pas trop quitter le 12, Square Grimmaurd ni d’inviter trop souvent des gens extérieurs à la Maison des Black. Il lui disait, en soi, d’être au service d’Arcturus. Je ne l’ai compris que plus tard, quand je me suis éloigné de Melania, un peu, progressivement. Elle ne nous rendait plus visite parce qu’elle était toute d’amour pour Arcturus et parce qu’elle nous oubliait dans les bras de son époux : ou plutôt, elle ne pensait simplement plus à nous. Elle pensait d’abord à Arcturus.

Elle voulait être au service d’Arcturus, mais Arcturus avait déjà décidé d’être à son service. La situation était ironiquement insoluble.

Elle tourna en rond encore un peu, réfléchissant à la discussion qu’elle aurait avec Arcturus dès son retour. Elle espérait pouvoir le retrouver avant le dîner et lui parler avant de se retrouver à table avec les autres membres de la Maison des Black.

Puis elle décida de s’occuper les mains et retourna auprès de Mrs Hesper Black pour s’occuper de la serre. C’était lorsqu’elle avait les mains dans la terre que Melania était à son aise. Lorsqu’elle pouvait courir à travers champs, elle respirait la joie de vivre enfantine.

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Il était huit heures moins dix lorsqu’elle entendit la porte de la salle à manger grincer et s’ouvrir. Elle se tordait les mains depuis vingt bonnes minutes, habillée d’une robe noire brodée de vert et d’argent, lorsqu’elle retrouva enfin son époux.

Il était habillé de ses éternelles robes noires et strictes. Ses yeux étaient enfoncés dans leurs orbites et ses cheveux noirs pendaient tristement de chaque côté de son visage. Il s’immobilisa en voyant Melania dans la pièce. Il avait dû espérer ne pas se retrouver en tête à tête avec elle avant ce soir.

« Arcturus, tu es enfin rentré », se réjouit Melania en se précipitant auprès de lui.

Je vous l’ai dit, Melania avait décidé de se plier en quatre pour son amour, d’être à son service. Alors, comme un valet ou un elfe de maison, elle se précipita à ses pieds.

« Je t’ai attendu toute la journée, continua-t-elle. Tu m’avais dit que nous passerions la journée ensemble, mais lorsque je me suis réveillée, tu…

— Voulez-vous parler plus bas, Melania ? » la coupa Arcturus avec fébrilité.

Arcturus n’utilisait jamais l’impératif contre Melania. Elle n’était pas à son service, il était à son service. Et puis, il la vouvoierait toujours en public, c’était une distance qui lui semblait nécessaire pour la préserver et pour se montrer digne de la Maison des Black. Melania se ferait très rapidement à cette dichotomie dans leurs rapports : le privé de leur chambre ; le privé-public du 12, Square Grimmaurd ; le public représentatif de l’extérieur.

« Bien sûr », souffla Melania en venant poser sa main sur son torse.

Elle était juste devant lui. Il n’aurait eu qu’à lever les bras pour la câliner comme l’amant qu’il voulait être pour elle. Mais il n’osa pas. Il n’osait même plus rien compte tenu de ce qu’il avait fait ce matin.

Melania aurait pu se lover autant qu’elle le voulait contre lui, il ne se serait jamais autorisé à la toucher à nouveau. Elle essaya de s’élever sur la pointe des pieds pour lui voler un baiser, il resta droit et raide devant elle. Il devait être perturbé de la voir si douce, gentille et câline avec lui. Déjà parce qu’ils étaient en public. Ensuite parce qu’il l’avait blessée et trahie selon lui. Peut-être même qu’il pensa un instant que ses parents s’étaient encore une fois mêlés de sa vie et avaient jeté un Maléfice d’altération de mémoire à Melania.

« Mais je me suis inquiétée, insista-t-elle plus bas en posant son autre main sur son torse. J’aurais au moins voulu discuter avec vous de… »

La porte qui grinça les empêcha de finir cette entrevue, comme la première de beaucoup d’autres. Melania ne s’éloigna pourtant pas de lui. Elle était son épouse, et dans son esprit, ceci légitimait tout comportement proche ou tactile à l’égard d’Arcturus. Elle se serait même permis de l’embrasser en public. Sur la joue et sur la bouche. Ses propres parents n’avaient jamais retenu des gestes de tendresse l’un envers l’autre devant ses frères et elle. Ils s’étaient faits plus rares au fil des années, surtout de cette dernière année, mais Melania n’avait pas oublié.

Arcturus s’éloigna d’un pas d’elle en se tournant vers le nouvel arrivant. La nouvelle arrivante. C’était Irma qui se tenait devant eux. Elle semblait surprise et interloquée. Ses joues un peu rouges finirent de divulguer sa gêne à Arcturus et Melania.

« Bonjour Irma, s’empressa de la saluer Melania. Je ne t’ai pas vue aujourd’hui. Où étais-tu ? demanda-t-elle sans comprendre le problème. »

Disons qu’elle se doutait du pourquoi Irma était gênée, mais soit elle pensa qu’Irma en faisait trop, soit elle pensa qu’il y avait autre chose que cette proximité en public entre Arcturus et elle pour la gêner. Elle se rappelait nettement avoir déjà aperçu Irma et Pollux dans une alcôve à Poudlard, lui l’embrassant dans le cou, elle glissant ses doigts potelets dans les cheveux noirs mi-long de son fiancé. Elle pensa qu’il y avait autre chose. Personne d’autre de la Maison des Black n’y aurait pensé. La seule démonstration de tant d’affection en public aurait suffi à choquer cette teigne de Mrs Elladora Black. Et pourtant, Melania avait raison. Il y avait autre chose.

« Nous sommes allés chez mes parents, avec Pollux », répondit la petite brunette avec un sourire de circonstances.

Je l’ai dit, Irma était convenable. Jamais elle ne se serait permise un reproche à voix-haute à quiconque hiérarchiquement supérieur ou égal à elle. Jamais elle n’aurait posé de questions indiscrètes non plus. Elle se serait montrée compréhensive, elle aurait montré qu’elle savait l’affaire sans pour autant la dire à haute voix.

« Vous avez passé une bonne après-midi j’espère, enchaîna Melania en s’emparant du bras d’Arcturus pour l’empêcher de s’éloigner d’elle. »

Elle faisait ce qu’elle pouvait pour montrer à Arcturus qu’elle voulait de lui. Elle était maladroite, peut-être, comme une enfant qui cherche à obtenir l’attention de ses parents. Arcturus avait du mal avec le contact physique, surtout en public, elle aurait dû y penser. Certes son contact rassurait Arcturus, mais aujourd’hui, il l’angoissait tout autant.

« L’après-midi était paisible. Mon frère aîné a enfin décidé mon père à entamer des travaux dans le Manoir familiale. Il était temps », commenta Irma pendant que Pollux arrivait derrière elle.

Le sourire qu’elle renvoya à son époux révélait facilement le bonheur dans lequel elle vivait pour l’instant.

« Le père d’Irma a été difficile à convaincre, nous avons dû nous y mettre à trois, ses deux frères et moi, sans compter Irma, sa mère, sa sœur et Claudia, l’épouse de son frère aîné, et ce pendant des mois pour décider Mr Crabbe à ouvrir son coffre-fort, renchérit Pollux pour s’insérer dans la conversation. Bonjour Arcturus, Melania, continua-t-il avec un signe de tête. Comment vivez-vous le mariage ? Tu resplendis, Melania.

— Vous, le reprit Arcturus en tiquant de plus belle.

— Voyons, Arcturus, répondit Pollux avec un soupir lourd. Irma, Melania et moi sommes de la même promotion. Nous nous connaissons depuis notre entrée à Poudlard. Tu ne vas pas me demander de commencer à la vouvoyer.

— J’aimerais que tu montres un peu plus de respect à mon épouse, Pollux, persista Arcturus.

— Tu es ridicule, Arcturus, s’exaspéra Pollux.

— Melania, voulez-vous dire à Pollux de…

— Ce n’est pas parce que tu as décidé de vouvoyer ton épouse que tout le monde doit faire de même. Je connais Irma et Melania depuis des années, je ne vais pas changer ma manière de m’adresser à elles pour te faire plaisir. »

Ce n’était pas seulement pour une question d’amitié que Pollux se refusait à vouvoyer Melania. Il y avait de l’amitié et de l’habitude, certes. Il y avait aussi du calcul de pouvoir. Pollux avait lui aussi une main avide de pouvoir. Pollux, comme je l’ai dit, pensait qu’il hériterait de la tête de la Maison des Black. Il aimait son cousin Arcturus, mais c’était un malade mental. Il appréciait son cousin Regulus, mais c’était un asocial. Il ne pouvait pas souffrir Lycoris pour son fiel et son ambition d’indépendance par des voies charnelles absolument révoltantes pour quelqu’un comme Pollux. Si Pollux réprouvait toute violence – à l’inverse de son propre père – il savait très bien manipuler les gens et en obtenir ce qu’il voulait. C’était une méthode non plus honorable mais bien plus vicelarde et efficace. Peut-être réprouvait-il Lycoris parce qu’il l’admirait, d’une certaine façon, pour son habileté à obtenir ce qu’elle voulait avec une moue ou même parce qu’elle osait utiliser les attributs que lui avait accordés Mère Nature pour flouer les hommes les uns à la suite des autres. Peut-être la craignait-il aussi, peut-être craignait-il qu’une femme telle que sa cousine existe, et il se réjouissait qu’elle soit sa cousine et qu’elle ne puisse pas vraiment l’embobiner lui-aussi de cette manière. Et pour sûr qu’il se rassurait de savoir qu’Irma était loin d’être une femme de ce modèle.

Pollux essayait de semer la discorde, juste ce qu’il fallait pour les éloigner un peu et pouvoir tirer les ficelles que Melania était destinée à tenir en mains. Ou bien il essayait de faire de Melania son alliée afin de reproduire le triumvirat qu’étaient encore Phineas Nigellus, Ursula et Elladora Black. Il voulait un autre triumvirat pour la Maison des Black avec Arcturus, passif à l’image de Phineas Nigellus, Melania, doucereuse, apaisante et déterminée à l’image d’Ursula, et lui-même, confiant, profitant de tous les avantages avec le minimum de responsabilité à l’image d’Elladora. Non, il n’incluait pas Irma dans ses jeux de pouvoir. Irma lui apportait la gentillesse, la patience et l’ingénuité qui pouvaient lui manquer. Il ne voulait pas mêler Irma à sa politique parce qu’il voulait la protéger un peu. Il l’aimait vraiment. Peut-être mal. Peut-être d’une manière désuète, surprotectrice et pas toujours correcte, mais il se souciait véritablement d’elle.

« Arcturus, reprit Melania en affermissant sa prise sur le bras de son mari. Irma et Pollux étaient déjà mes amis, et ils sont en plus mes cousins à présent. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je ne verrai pas de manque de respect de leur part s’ils continuaient à me tutoyer », approuva Melania.

Son cœur tendre, naïf et généreux avait parlé. Pollux agissait par amitié selon elle, même s’il n’y avait pas que cela. Tout était à double motif dans la Maison des Black de toute façon.

« Soit », accepta brusquement Arcturus après avoir fixé son cousin de longues secondes.

Il se dégagea habilement de la prise de Melania puis se dirigea vers le couloir.

« Le dîner sera bientôt servi, Arcturus, lui rappela Melania en marchant à sa suite pour l’accompagner.

— J’ai besoin de passer dans notre chambre, annonça-t-il simplement. Seul », ajouta-t-il pour qu’elle arrête de le suivre.

Melania n’insista pas, blessée et abattue devant la fuite évidente d’Arcturus. Pollux dut voir son désarroi puisqu’il lui fit signe qu’il s’en occupait. J’aime à penser que cette fois-ci, Pollux agit uniquement par amitié pour Melania et son cousin. J’en doute néanmoins encore une fois. Peut-être voulait-il devenir le confident d’Arcturus afin de pouvoir avoir un œil sur le mariage de son cousin qui faisait concurrence au sien comme géniteur de l’héritier ou l’héritière de la Maison des Black ? Peut-être voulait-il enfoncer Arcturus ? Peut-être voulait-il savoir si ce mariage qu’il avait vu comme la tombe de son ambition pourrait mener à quelque chose ? Ou encore, peut-être agit-il d’abord par amitié puis il se rendit compte ensuite que cette place de confident pouvait lui être profitable ?

Quoi qu’il en soit, Melania se retrouva dans la salle à manger, cinq minutes avant le repas, avec Irma.

« De ce que Pollux me disait, intervint Irma, Arcturus a toujours été une personne solitaire, Melania. »

Irma appréciait véritablement Melania. Elle était encore un peu naïve et fleur bleue, émerveillée par Pollux et en admiration devant lui. Elle n’avait jamais beaucoup réfléchi au rôle qu’elle voulait jouer dans sa vie autre qu’un rôle auprès de Pollux. Mais Irma avait du cœur, un cœur étranglé par le poids de la peur que posait constamment le 12, Square Grimmaurd sur les épaules du moindre occupant de la moindre pièce de la bâtisse.

« Il a sûrement besoin de s’isoler un peu, continua Irma.

— Il n’a pas besoin de s’isoler de moi, je suis son épouse, je peux tout entendre et tout faire pour lui », marmonna Melania entre ses dents.

Le marmonnement fit tiquer Irma, comme tout relâchement, mais ce furent surtout les mots marmonnés qui firent tiquer Irma, parce qu’elle avait entendu des bruits, des cris et des sortilèges faire frémir le 12, Square Grimmaurd cette nuit et ce matin. Pollux aussi les avait entendus. Ils avaient d’abord pensé à une dispute entre Violetta et Cygnus Black, les parents de Pollux, qui étaient nombreuses une fois qu’ils s’enfermaient dans leur chambre. Oui, c’était quelque chose qui l’avait effrayée au début. Pollux ne lèverait pas la main ni sa baguette sur elle comme son père Cygnus pouvait le faire avec sa mère Violetta. Tout le monde le savait, tout le monde le désapprouvait, mais tout le monde tolérait cet état de fait. Après l’effroi et l’incompréhension, Irma était entrée dans le rang du culte du secret propre à la Maison des Black.

Mais les bruits n’étaient pas venus de la chambre de ses beaux-parents. Ils étaient venus de la chambre d’Arcturus. Si auparavant, durant ses premières semaines de mariage, elle avait compris qu’Arcturus, en image de petit génie, s’emportait et lançait des sortilèges en pleine nuit, elle était certaine cette fois-ci d’avoir entendu des cris. Pollux avait continué de dormir profondément, elle n’avait pas osé le réveiller. Il dirait la même chose qu’il avait dite pour ses parents, que ce n’étaient pas leurs affaires et qu’ils n’avaient pas à s’en mêler. C’était peut-être la première des idées de Pollux qui fit grimacer Irma… avant qu’elle ne l’accepte.

« Tu as eu mal à ce point ? souffla Irma avec inquiétude sans pouvoir se retenir plus longtemps.

— Mal ? » s’étonna Melania.

Irma pensait que c’était Melania qui avait crié sous le corps et la baguette d’Arcturus. Elle était loin d’imaginer que Melania avait mené la danse de bout en bout.

« Tu sais, pendant… pendant l’acte, tu as eu mal au point de crier ? » murmura Irma.

C’était peut-être la première fois qu’Irma montrait une émotion ressemblant à de l’inquiétude et de la compassion devant Melania.

Melania cligna des yeux avec surprise, assez déstabilisée. Elle était perdue face à la question d’Irma qu’elle pensait sortir de nulle part.

« Pourquoi aurais-je eu mal ? demanda-t-elle en se rappelant vaguement ce qu’Arcturus lui avait rapporté des paroles de Pollux.

— Tu… Tu n’as pas eu mal du tout ? s’étonna Irma. Mais… Mais la première fois…

— Tu as eu mal, toi ? préféra demander Melania pour détourner la conversation. »

Elles s’étaient d’elles-mêmes dirigées vers les fenêtres de la salle-à-manger, un peu à l’écart, et parlaient à voix basses comme si elles parlaient de secrets.

« Oui un… un peu, souffla Irma avec malaise et soulagement aussi d’enfin pouvoir en parler avec quelqu’un. Pollux a essayé d’agir doucement mais…

— Mais ? insista Melania.

— Mais je… j’ai eu un peu mal, répéta Irma avec hésitation. 

— Et tu n’as pas eu mal les autres fois, continua Melania en voyant qu’Irma voulait parler.

— Pas trop, non », reconnut Irma.

Irma ne refusait jamais à Pollux ce qu’il voulait, et c’était bien le problème. Elle n’avait pas parlé d’amour avec sa mère autre que pour apprendre qu’un homme avait le monopole de la couche conjugale. Elle n’avait pas de grande sœur avec laquelle elle aurait pu en parler librement. Valentina Crabbe, sa petite sœur, avait tout juste treize ans, elle était loin de ces préoccupations et Irma ne voulait pas l’effrayer. Et puis, je l’ai dit, Irma s’était éloignée de ses amies de Poudlard avec lesquelles elle avait seulement parlé des baisers que Pollux lui apposait dans le cou et sur les poignets lorsqu’ils étaient à Poudlard, et sur la poitrine lorsqu’ils avaient quitté l’École de Sorcellerie, mais pas de ceux ailleurs, depuis qu’ils étaient mariés.

Avec Melania, elle se disait que c’était différent. Elle se disait que Melania était de son rang et faisait maintenant partie de sa famille. Elle voulait la considérer comme une cousine proche. Elle voulait qu’elles se confient l’une à l’autre.

« Pas trop ? s’étonna Melania.

— Il y a quelquefois où c’est plus… facile que d’autres », en convint Irma, les joues écarlates de honte.

Elle était soulagée, certes, mais un peu honteuse aussi d’aller demander à Melania ce qu’elle en pensait, pour se rassurer, pour savoir si c’était elle qui était différente, étrange, anormale, ou si c’était Pollux qui aurait dû faire autrement. Pollux et Irma s’étaient réservés l’un à l’autre, ils découvraient ensemble les joies de l’amour, et ce n’était pas toujours simple.

« Oh », souffla Melania.

Melania était embêtée : elle ne pouvait pas parler aussi librement qu’elle en avait l’habitude. Elle ne pouvait pas conseiller à Irma d’allonger le temps des caresses et des baisers sans mettre la puce à l’oreille de son amie. Irma saurait immédiatement que Melania avait un peu trop d’expérience pour une jeune épouse et pour sûr qu’elle désapprouverait cette attitude. Mais surtout, elle pourrait le rapporter à Arcturus, même sans le faire exprès.

Elle fut sauvée d’une situation inextricable par le retour de Pollux qui semblait visiblement contrarié. Arcturus avait dû lui demander de se mêler de ses affaires avec une absence de tact due à l’inquiétude.

« Je te souhaite bien du courage, Melania. Mon cousin est bien trop entêté et solitaire pour une personne aussi affable et conviviale que toi », assena-t-il brusquement en venant auprès d’Irma.

Il accorda un de ses rares gestes affectifs en public à son épouse en venant enrouler son bras autour de sa taille. Il devait sans doute se réjouir d’avoir un ménage bien plus simple que celui que son cousin offrait à Melania.

« Je t’ai entendu, Pollux, attaqua Arcturus qui revenait dans la pièce, complètement hors de lui. J’aimerais que tu ne commences pas à contester mes décisions quant à la vie que je veux mener.

— J’essaie de t’aider, tu n’es pas obligé…

— Mais cessez tous de vouloir vous ingérer dans ma vie, nom de nom ! s’exaspéra-t-il. Je ne suis pas stupide, je sais…

— Tu sais peiner ton épouse ? Oui, tu sais bien le faire, toutes mes félicitations, contre-attaqua Pollux.

— Pollux, Arcturus ne m’a pas fait de peine, voyons, mentit ouvertement Melania en s’agrippant au coude d’Arcturus pour le garder près d’elle. Je suis simplement frustrée de ne pouvoir profiter pleinement de mon époux frais d’un jour.

— Arcturus, mon fils, vous voilà enfin », retentit la voix de Mr Sirius Black.

Le calme revint aussitôt dans la salle-à-manger. Chacun avait ses débats, dans la Maison des Black. Chacun menait sa petite guerre et personne ne se mêlait de la croisade d’un autre. Mr Sirius Black n’avait pas besoin de connaître les tenants et les aboutissants de la contrariété entre Pollux et Arcturus… même s’il en mourait d’envie puisqu’il voulait tout savoir.

« Avez-vous pu régler l’affaire dont vous me parliez hier ? s’enquit-il avec finesse.

— Tout est en ordre, Père, approuva Arcturus avec un signe de tête.

— Bien. Votre Grand-père ne va plus tarder, les garçons. Arcturus et Lysandra sont de sortie ce soir, avec leurs filles. Nous serons seize à table. Pollux, savez-vous où est Cygnus ?

— Je n’ai pas vu mon père de la journée, mon oncle. Ni ma mère.

— Il me semblait qu’ils visitaient vos grands-parents Bulstrode aujourd’hui, insista Mr Sirius Black.

— Eh bien ils ne sont pas encore rentrés. »

La cheminée laissa passer une série de crachotements indicateurs de l’utilisation du réseau de Cheminette. Pollux esquissa un sourire.

« Ce doit être eux… »

À peine avait-il fini sa phrase que la voix grave et sourde de Mr Cygnus Black retentit. Melania découvrit un peu ce jour-là combien Mr Cygnus Black était rude et combien la Maison des Black le cachait bien.

« Ton père est pénible, Violetta, grondait-il. Dis-lui que j’éduque mes enfants comme je l’ai décidé. S’il n’est pas capable de comprendre que je ne cède pas…

— Cygnus, nos enfants…

— Ne me coupe pas ! »

L’éclat de voix fit sursauter Melania. Le visage d’Irma s’était fait glacial et impassible, celui de Pollux s’était brutalement fermé. Quant à Mr Sirius Black… Il soupira lourdement, quitta la salle-à-manger et on l’entendit parler à voix basse à son frère dans le Grand Salon. Melania tourna la tête vers Arcturus en sentant enfin son bras s’enrouler autour de sa taille. Les tocs de ses yeux reprenaient de plus belle et lorsqu’il tourna la tête vers Melania, son visage était crispé. Melania hésita à poser une question, puis tout rentra dans l’ordre lorsque Mr Cygnus Black et Mrs Violetta Black les rejoignirent, sourires aux lèvres. Tout semblait parfaitement normal.

Ce n’est pas tout de suite que Melania comprit combien Mr Cygnus Black était véritablement cinglé. Arcturus était peut-être fou, mais il était malade. Mr Cygnus Black était violent et cruel. Manipulateur. Doucereux aussi.

« Oh, Pollux, se réjouit Mrs Violetta Black en venant prendre les mains de son fils aîné. Mon père a encore demandé de tes nouvelles. Viens avec nous la prochaine fois.

— Grand-père Eudes se porte-t-il toujours bien ? » demanda Pollux avec prévenance.

Pollux ne ressemblait pas du tout à sa mère, ceci avait frappé Melania le jour du mariage de ses amis. Pollux était le portrait craché de son père. Un vrai Black. Cheveux noirs, yeux gris, beaucoup de prestance. Ou plutôt, de présence. Il en imposait. Il n’avait pas une carrure d’homme de bureau, comme Arcturus. Arcturus était grand et svelte, gracieux. Melania trouvait son époux vraiment beau, élégant et distingué. Il avait une prestance naturelle et altière. Il n’avait pas besoin de parler pour imposer le respect. Au contraire de Pollux. Pollux était large d’épaules, carré. Il était moins grand qu’Arcturus, plus en force. Presque trapu. Et lorsqu’il parlait de sa voix de basse, on l’écoutait. Tout comme Mr Cygnus Black. Mrs Violetta Black était très petite, enrobée d’un embonpoint agréable qui lui donnait bonne mine. Elle avait l’œil vert et vif, et toujours un sourire pour ses enfants et sa bru Irma.

« Pollux ! se réjouit la jeune Cassiopeia en sautillant jusqu’à son frère. Grand-père Eudes a acheté de nouveaux oiseaux. Tu aurais dû voir les Forcifer !

— Il y en a un rose, un vert et un bleu, compléta le petit Marius en hochant vigoureusement la tête. »

Cassiopeia et Marius, dix et huit ans, ressemblaient à leur mère. Ils avaient dix ans d’écart avec Pollux, et vouaient à leur grand frère une admiration sans borne. Il leur rendait cette affection avec plus de retenue lorsqu’il posait une main distraite sur l’épaule de sa sœur ou écrasait doucement les épis des cheveux de son frère de son autre main. Ils avaient les yeux verts de leur mère, et le brun de ses cheveux. Marius avait en plus ses épis, tout comme la petite dernière, Dorea, cinq ans.

« Grand-père a dit que le rose était pour Cassiopeia, le vert pour Marius et le bleu pour moi, ajouta la petite Dorea avec émerveillement. Je l’ai appelé Amarita. Cassiopeia a appelé le sien…

— Laisse-moi le dire toute seule, la coupa théâtralement Cassiopeia. J’ai appelé mon Forcifer Trinita, et Marius…

— Laisse-moi le dire moi-même, Cass, protesta de la même manière le petit Marius pour se moquer ostensiblement de sa sœur. J’ai appelé le mien Charlie.

— Eh bien, j’ai effectivement manqué quelque chose, ne trouva qu’à répondre Pollux en leur souriant distraitement. Je viendrai avec vous la prochaine fois. »

Melania s’amusa de voir Pollux un peu embarrassé. Il n’était pas forcément proche de son frère et ses sœurs. La faute à la différence d’âge, sûrement. Il ne serait avec aucun d’eux à Poudlard, puisque Cassiopeia y entrerait seulement l’année prochaine.

« J’entends la porte de l’entrée, ce doit être Père, les prévint Mr Sirius Black. Je vais chercher Hesper et nous pourrons passer à table. »

Melania se tourna vers Arcturus : leur premier repas ici, en tant que couple marié. Le bras d’Arcturus qui se glissa loin d’elle serra à nouveau son cœur. Elle le regarda quitter la pièce à la suite de son père.

« Laisse-lui du temps pour s’habituer », lui souffla Pollux.

Elle tourna la tête vers son ami. Parce que oui, il lui parlait comme à une amie.

Et pourtant, en tant qu’ami, il aurait dû lui dire avant le mariage qu’Arcturus était fragile psychologiquement.

Pollux, tout comme Mrs Hesper Black, a commis une erreur avec Melania. Pollux aurait dû prévenir Melania de la paranoïa d’Arcturus. Il aurait eu pour toujours la confiance de Melania et une main sur le pouvoir de la Maison des Black. Il aurait été son confident et son soutien. Mais il ne l’a pas fait, parce que c’était un secret et que Melania n’était pas encore des Black lorsqu’il aurait dû l’avertir. Mrs Hesper Black a rassuré Melania en lui disant qu’elle et Mr Sirius Black savaient qu’elle avait déjà été voir Miss Selwyn, la faiseuse d’anges du Chemin de Traverse. Pollux n’a jamais eu l’entière confiance de Melania car il ne lui avait pas fait confiance auparavant.

« Comme tu m’as laissé du temps pour m’y préparer ? » souffla-t-elle avec amertume.

Il était un peu tard, à présent, pour recevoir l’aide de Pollux.

Et Pollux dut le comprendre puisque son visage se crispa.

Je vous l’ai dit, Melania avait un cœur généreux et tendre de Poufsouffle, mais la première année de son mariage l’a considérablement durci et refroidi.

Elle commençait à jouer avec ses mains de pouvoir sans le savoir.

 

 

End Notes:

Bonne soirée ! J'essaie de mettre la suite plus rapidement, promis... < 3 Merci d'être toujours là < 3

14. Où Amour gagne by Juliette54
Author's Notes:

Oyé oyé je suis en retard je suis désolée mais BONNE ANNéE ! Et voici quelques chapitres jusqu'à la prochaine fois ! Mille mercis pour vos lectures et pour vos retours PititeCitrouille et MaPlumeAPapote, c'est toujours un plaisir de les lire, ils me touchent beaucoup < 3

Bonne lecture !

Chapitre 14 : Où Amour gagne

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle ne cessa jamais d’espérer la guérison d’Arcturus ?

Qu’elle l’aima à en devenir folle à son tour ?

Qu’elle fit tout ce qui fut en son pouvoir pour s’adapter à lui ?

Au point d’en détruire sa santé ?

Remarquez, elle prend seulement son premier repas en tant que Mrs Arcturus Black.

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La salle-à-manger du 12, Square Grimmaurd est tout en longueur, si bien qu’il y a largement la place pour recevoir toute la famille à chaque repas.

Pourtant, les enfants, avant leurs dix ans, mangent avant les adultes, à la cuisine, avec leurs mères si elles s’occupent d’eux, ou avec les elfes. Le calme est de mise à la table de Phineas Nigellus Black.

Marius, huit ans, et la petite Dorea, cinq ans, avaient manqué ce repas des enfants avec leurs cousines Cedrella, huit ans, et Charis, six ans. Mrs Violetta Black était beaucoup de choses. On pouvait la trouver agaçante, la plaindre d’être mariée à quelqu’un de violent et brutal ou même reconnaître qu’elle avait été pétrie par une société de convenances jusqu’à la rendre aveugle et sotte. Mais il y avait une chose qu’on ne pouvait pas lui enlever, c’était l’attention qu’elle portait à ses enfants et surtout à sa petite dernière. Elle prenait toujours le temps de donner elle-même à manger à ses enfants, elle leur racontait et leur inventait des histoires pour qu’ils s’endorment sereins, elle ne racontait aucune de leurs bêtises à son époux pour qu’il ne s’en prenne pas à eux : en bref, elle leur accordait toute son attention.

Si bien qu’elle choisit de ne pas manger pour se consacrer à Marius et Dorea dans la cuisine. Si Melania avait vu le regard désapprobateur de Cygnus Black, il l’aurait amusé. Mais elle ignorait encore qu’il n’y avait pas de quoi : Mrs Violetta Black payait chaque affront qu’elle osait faire à son époux.

La table de la Maison des Black était donc réservée aux adultes et aux enfants de plus de dix ans. Et c’était Phineas Nigellus qui présidait cette table et le plan de table.

Il y a tout un art du placement de table dans la cérémonie de la Maison des Black. Il faut qu’il ait un aspect naturel, il faut qu’il soit équilibré et respecte l’alternance homme-femme et surtout, il doit pouvoir être improvisé pour pallier les imprévus.

Et puis, il doit être si correct, que Phineas Nigellus Black, l’œil aiguisé par des années de pratique, n’hésitait pas à exclure quiconque nuirait à l’harmonie de la table.

« Allez à la cuisine avec votre mère et votre fratrie, Cassiopeia », indiqua simplement Mr Phineas Nigellus Black.

La jeune Cassiopeia s’apprêtait à protester qu’elle était âgée de dix ans, qu’elle n’avait plus à manger à la cuisine avec les enfants, mais son père la convainquit d’un regard froid d’obtempérer, et elle partit bouder.

Melania ne releva pas encore cette injustice, une parmi d’autres dans le décorum de la Maison des Black. Elle admira plutôt la manière de Phineas Nigellus Black, son ancien directeur à Poudlard, de placer les membres de sa famille autour de lui.

« Ursula, laissez notre petit-fils Arcturus présider la table avec moi ce soir », indiqua-t-il d’emblée.

Sa voix usée par la vie mais toujours directive avait tranché l’air. Arcturus obtempéra, Mrs Ursula Black aussi.

« Je vous remercie, Grand-père », s’empressa de le saluer Arcturus.

Il semblait étonné, abasourdi et même honoré. Melania le comprit aisément. Elle était venue fréquemment dîner ces derniers mois au 12, Square Grimmaurd, et pas une seule fois Mr Phineas Nigellus Black n’avait accordé une telle marque d’honneur à Arcturus, même lors de leur dîner de fiançailles. Elle lui sourit, et pendant une seconde il le lui rendit… avant de détourner des yeux honteux et à nouveau malheureux.

« Nous avons à fêter votre union, Arcturus », précisa Mr Phineas Nigellus Black.

Il ne félicita pas Melania pour autant. Et puis, il le précisait comme s’il voulait justifier son choix. Ce n’était pas par amitié, amour ou fierté qu’il accordait enfin cette place à Arcturus, la place qui lui reviendrait. C’était parce qu’Arcturus avait enfin brillé en société, avait enfin accompli quelque chose de bien pour un homme et de bien pour la Maison des Black, selon lui.

« Ursula, Elladora, venez à côté de moi. »

Il gardait toujours son triumvirat au complet. Peut-être que Phineas Nigellus Black était terrible comme Directeur de Poudlard et patriarche de la Maison des Black, mais il l’était plus encore avec sa sœur et son épouse pour lui souffler à l’oreille les pires idées.

« Sirius, Hesper, Regulus, Lycoris, désigna-t-il ensuite avec un geste de la main droite pour les enjoindre à s’asseoir après Ursula. Cygnus, Irma, Pollux, Melania, indiqua-t-il ensuite avec un geste de la main gauche. »

Mr Phineas Nigellus Black avait disposé ses pions.

La partie pouvait commencer.

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Je l’ai déjà dit, chaque repas, chaque discussion, chaque échange devient une partie d’échecs au 12, Square Grimmaurd. Le damier du préau construit par Mrs Ella Max-Black est certes la gangrène de la bâtisse, mais elle a depuis longtemps infesté tout le rez-de-chaussée et le premier étage où se situent les pièces à vivre. Elle a investi plus tard le deuxième étage, celui des chambres à coucher des héritiers les plus directs et directifs. Puis les étages supérieurs. Chaque baiser, chaque caresse a fini par devenir un moyen d’obtenir ce qui est désiré. Désir des mains de pouvoir.

Melania se retrouva donc assise à la droite d’Arcturus qui présidait un bout de la table. À sa propre droite était assis Pollux, avec lequel elle venait de commencer une partie de bras de fer quelque peu méfiant et vindicatif. Et face à elle se trouvait Miss Lycoris Black, la sœur méchante et apparemment perverse d’Arcturus selon sa propre mère, Mrs Hesper Black. Le sourire vilain et lubrique qu’elle accordait à Melania annonçait d’ores et déjà la couleur de ce dîner.

« Eh bien mon frère, te voilà enfin marié à une charmante femme, commenta Lycoris en se servant de la viande saignante du plat le plus proche d’elle. La nuit fut bonne ? »

Melania tourna aussitôt les yeux vers Arcturus. Son époux fut impassible comme jamais, la mâchoire serrée, la pommette un peu rouge. Seul son regard assombri par la colère indiqua à Melania qu’il ne prendrait peut-être pas sur lui cette fois-ci.

Melania avait été véritablement surprise lorsque Mrs Hesper Black lui avait affirmé que Lycoris était perverse parce que rien n’aurait pu le lui faire soupçonner durant ses quatre mois de fiançailles. Certes, elle l’avait peu vue. Lycoris dînait rarement au 12, Square Grimmaurd le midi, tout occupée à son affaire. Mais lorsqu’elle l’avait vue, elle ne lui avait pas parue plus agaçante ou méchante qu’à Poudlard.

« Lycoris, je ne te permets pas de…

— Je te demande seulement si tu as bien dormi, mon frère, se défendit mollement Lycoris en dodelinant de la tête. Dormir à deux, ce n’est pas forcément évident. Du moins, je l’imagine, ajouta-t-elle avec un sourire clairement moqueur. »

Melania espéra un instant que ce soit une simple discussion taquine entre un frère et une sœur. Parce que sinon, Lycoris était véritablement en train de tout faire pour mettre son propre frère mal à l’aise et pour se moquer de lui.

« Je te prie de continuer à imaginer, dans ce cas, répondit Arcturus entre ses dents.

— Oh, mais tu es grognon, dis-moi ? continua-t-elle mutine pendant que Melania commençait à être mal à l’aise. La nuit fut courte ? »

Melania se demanda si Lycoris était perverse et manipulatrice, ou simplement obsédée. À moins qu’elle fût simplement méchante et s’employât à gêner Arcturus. Le silence s’installa du côté de leur table. Un coup d’œil à Pollux lui indiqua facilement qu’il incitait du regard Arcturus à remettre sa sœur à sa place. Quant à Regulus, il attrapa brusquement le bras de sa sœur en grognant.

« Arrête ça, Lycoris, tu mets tout le monde mal à l’aise, cracha Regulus à mi-voix. Est-ce qu’Arcturus ou moi-même te demandons ce que tu fais de tes journées ?

— Vous mourrez tout le temps d’envie de savoir ce que j’ai fait, commenta Lycoris en riant largement. Vous êtes simplement trop coincés pour oser me poser des questions. »

Par Merlin, c’était si embarrassant. Elle comprenait mieux les commentaires à demi-mots d’Irma. Elle se pencha d’ailleurs sur la table pour attraper le regard de son amie. La grimace contrite et honteuse d’Irma la conforta dans l’idée qu’elle n’était pas la seule à être gênée.

Mr Phineas Nigellus Black tolérait sans doute sa petite fille Lycoris par souci de garder sa famille unie. Il s’était aussi sûrement dit qu’elle serait peut-être celle qui pourrait éventuellement perpétuer la branche aînée de la Maison des Black avec un enfant sans père officiel, compte tenu de son attitude très libre, un enfant portant le nom de sa mère, le nom des Black. Mais ceci lui avait coûté. Surtout que son fils Sirius ne savait pas contrôler sa fille et n’essayait même pas de la rendre attractive pour des fiançailles, parce que Sirius n’était pas idiot, il savait pertinemment que Lycoris ne se soumettrait à aucun mariage. 

Mais à présent, depuis qu’Arcturus s’était fiancé, Mr Phineas Nigellus Black repoussait le plus loin possible de lui Miss Lycoris Black, dans le coin de la table, et consentait à baisser le regard sur cet Héritier instable et fou, mais dont l’épouse avait du potentiel, comme il l’avait dit.

« Je suis de bonne humeur ce soir, finit par reprendre Lycoris. Alors je vais vous en dire un peu. Qui veut me poser la première question ? »

Melania ne répondit rien et chercha quoi dire à Arcturus pour ignorer plus facilement Lycoris et même ne plus entendre ce qu’elle disait.

« Arcturus, je voulais vous demander, commença-t-elle en se rappelant de la proposition de Ludovica. Mon amie Ludovica Abbott-Weasley nous a invités à dîner. Puis-je lui répondre que nous viendrons ? »

Je l’ai dit, Mr Teignous Nott n’avait pas encore rédigé son Registre des Sang-Pur en 1924. Les Weasley n’étaient pas encore considérés comme des Traîtres-à-leur-Sang, d’autant plus qu’ils étaient reliés à un grand nombre de familles très sorcières.

« Comme il vous plaira, Melania, répondit aussitôt Arcturus sans la regarder dans les yeux.

— Quel jour vous plairait plus ?

— Laissez-moi réfléchir. »

Elle écouta le silence vaguement brisé par les quelques mots qui venaient de l’autre côté de la table. Elle écouta aussi Pollux échanger deux mots avec Irma. Elle écouta surtout les bruits des couverts sur les assiettes et les verres qu’on remplissait d’eau et de vin.

Elle finit le plat avant qu’Arcturus n’ait repris la parole.

C’était un fait qui avait extrêmement surpris Melania au début. Toutes les conversations à table se faisaient à voix très basse au 12, Square Grimmaurd. C’était tout à l’opposé de la Villa Caledonia. Son père, même s’il avait été fils unique, n’avait pas voulu à son tour n’avoir qu’un fils unique pour reprendre les terres des Macmillan et éviter la division des terres. Il avait véritablement aimé Jane McKinnon-Macmillan et ensemble, ils avaient eu trois enfants qu’ils avaient désirés malgré les reproches des parents Macmillan. La table du dîner n’était pas réservée aux adultes. Ils avaient toujours mangé tous ensemble, d’aussi loin que Melania s’en souvienne. Et bien sûr, il y avait eu les éclats de rire bruyants des enfants à table parmi les éclats de rire un peu moins bruyants des adultes.

« Oh, vous n’êtes pas drôles, il n’y a que moi qui parle, se plaignit Lycoris en plantant sa fourchette dans le chou à la crème avec la dextérité cruelle d’une épéiste. J’ai…

— Que veux-tu savoir, Lycoris ? » la coupa brusquement Arcturus.

Melania releva la tête de son assiette. Pollux reporta son attention sur leur côté de la table. Même Regulus cessa de soupirer lourdement pour écouter Arcturus s’élever contre leur sœur.

Le sourire victorieux et satisfait de Lycoris acheva de rendre Melania inquiète. Lycoris était méchante, perverse et semblait aussi toute décidée à gêner et humilier son frère. Les mèches de cheveux blonds de Lycoris qui dépassaient en boucles de sa coiffure le long de ses joues lui donnaient une apparence angélique et mutine, mais son regard d’acier indiquait clairement qu’elle était faite d’un cœur de fer. Son regard affuté se baladait sur ses victimes avec la cruauté des prédateurs et sa langue de vipère achevait la longue agonie à laquelle elle les condamnait.

Elle se pencha lentement vers Arcturus, la bouche tordue en une moue satisfaite absolument effrayante. Elle repoussa son assiette, posa ses coudes sur la table, y croisa ses bras, et se pencha un peu plus. Elle se trouvait presque nez à nez avec Arcturus, qui avait refusé de bouger et de se laisser intimider, lorsqu’elle ouvrit sa bouche rouge d’un fiel insidieux et acide.

« Je me demande, souffla-t-elle lentement à voix basse au visage d’Arcturus, si mon frère a décidé de prendre sa vie en main, ou s’il est toujours puceau. »

L’un des verres de vin explosa. Lycoris se recula en mettant sa main devant elle, Arcturus en fit de même. Melania, tout occupée à s’étouffer sur ce que Lycoris avait dit, reçut un éclat de verre dans la joue et couina sur le coup.

C’était le verre d’Arcturus qui avait explosé.

Parce qu’il avait craqué face à sa sœur.

Qui le regardait à présent avec une satisfaction grandissante.

Parce qu’elle avait réussi tout à fait ce qu’elle voulait.

Melania gardait sa main sur son visage afin de cacher le morceau de verre qui lui arrachait douloureusement la joue. Arcturus n’avait rien, tous les morceaux de verres avaient été arrêtés par le tissu de sa robe de sorcier. Seule des tâches de vin étaient bien visibles.

« Que se passe-t-il, Arcturus ? intervint Mr Phineas Nigellus Black à travers le silence.

— Je…

— Une maladresse, bafouilla Melania en voyant le visage d’Arcturus perdre toutes ses couleurs. J’ai été surprise sans doute, mentit-elle. »

Lycoris se retenait visiblement de rire, comme la sorcière démoniaque d’elle était. Pollux fronçait les sourcils parce qu’elle endossait clairement la responsabilité de la réaction d’Arcturus. Et Arcturus la regardait avec des yeux terrifiés et soulagés à la fois.

« Melania, vous avez reçu un éclat sur la joue ? demanda Mr Sirius Black avec inquiétude.

— Je cr… Il me semble, se reprit-elle. »

Elle se rappela des mots de Mrs Hesper Black sur le fait qu’il fallait être sûr de soi. Elle se rappela des mots plus qu’embarrassants de Lycoris. Elle se rappela qu’Arcturus avait décidé de la vouvoyer et semblait décidé à la fuir.

« Hesper va monter vous soigner, voulez-vous ? proposa Mr Sirius Black avec sollicitude.

— Non, non, ce n’est rien, j’irai après, bafouilla-t-elle en se crispant. »

Elle baissa la main pour montrer que ce n’était rien mais sentit au passage une larme de sang couler le long de sa joue.

« Qu’est-ce que tu as fait à mon épouse ? s’exclama Arcturus en bondissant sur ses pieds, baguette pointée sur sa sœur. »

Il avait le même regard fou que ce matin et Melania perdit un peu pied à nouveau.

« Je croyais que c’était elle, qui avait été maladroite, répondit calmement Lycoris sans se donner la peine de se montrer effrayée une seule seconde. À moins que tu penses que ce ne soit pas elle. Mais ce n’est pas moi.

— Il suffit Lycoris, intervint Mr Sirius Black, prêt à bien plus diriger la Maison des Black que son père avant lui. Arcturus, montez avec Melania, Hesper vous rejoint dans un instant.

— Non, personne ne rejoint Melania nulle part, personne…

— Arcturus, calmez-vous ! »

Sirius Black se leva aussitôt pour attirer son fils dans un coin de la pièce et lui parler à voix basse. Melania les regarda tous s’agiter et déjà ragoter. Comment Lycoris pouvait-elle tenir de tels propos devant tout le monde ? Comment Pollux pouvait-il rester si silencieux avec ce qu’il avait vu et entendu ? Elle se leva de sa place, décidée à monter s’enfermer dans sa chambre et celle d’Arcturus.

« Attendez, Melania. »

Elle ignora Mrs Hesper Black pour se contenter de prendre la main d’Arcturus dans la sienne et lui demander silencieusement de monter avec elle. Il accepta plus parce qu’elle le lui demandait que parce que Mr Sirius Black leur avait indiqué cette marche à suivre.

Ce geste calma à coup sûr Arcturus bien mieux que tous les mots de son père. Il avait la main remplie du pouvoir apaisant de Melania dans la sienne, pendant que Melania se rassurait en se raccrochant à la main de pouvoir d’Arcturus. Parce qu’à l’instant où Arcturus avait vu le morceau de verre qui s’était fiché dans la joue de Melania, il avait levé cette main de pouvoir contre Lycoris pour la défendre.

C’était bel et bien la peur qu’elle ait mal qui dictait les actions d’Arcturus. C’était lui le seul à se soucier véritablement d’elle.

« Tu… Tu peux fermer derrière nous, Arcturus ? lui demanda-t-elle en le tirant dans leur chambre. »

Elle entendit vaguement Mrs Hesper Black les appeler, mais ce n’était pas d’elle dont elle avait besoin pour calmer sa peur. C’était d’Arcturus.

Ce morceau de verre n’était que la marque supplémentaire de son cœur qui saignait à nouveau. Elle avait besoin d’arrêter le déchirement de son cœur et donc de s’assurer qu’Arcturus la regardait toujours dans les yeux.

« Arcturus ? demanda-t-elle. »

Il regardait toujours la serrure de la porte qu’il venait, comme la vieille, de verrouiller de multiples sortilèges. Ses épaules tremblaient.

« Peux-tu m’aider à enlever l’éclat de verre, s’il te plaît ? souffla-t-elle doucement en venant reprendre sa main. »

Il se tourna vers elle, le regard toujours baissé vers le sol, avant de le lever courageusement vers elle. Ses yeux n’étaient plus seulement enfoncés dans leurs orbites, ils étaient rouge sang. Fatigue, tristesse, colère ? Il leva sa baguette pendant que Melania observait son attention se concentrer sur sa joue.

« Accio éclat de verre, souffla-t-il d’une voix brisée. »

Elle se crispa lorsque l’éclat de verre se délogea de sa joue et un peu plus lorsqu’Arcturus nettoya la plaie avec un peu d’Essence de Dictame qu’il alla chercher dans leur salle de bain.

Assis tous les deux sur le bord du lit aux tentures jaunes et vertes, ils restèrent silencieux encore de longues secondes le temps qu’Arcturus répare sa peau avec un maigre sortilège. Il resta focalisé sur la plaie qui avait disparu encore de longues secondes avant de baisser sa baguette.

Melania réussit à croiser son regard chargé de culpabilité avant qu’il ne baisse les yeux sur ses mains.

« Arcturus, je…

— Nous allons faire chambre à part », la coupa Arcturus en se relevant du lit.

Melania cligna des yeux avec hébétude. Comment cela, faire chambre à part ? Ils venaient de se marier ! Et puis elle avait bien compris que ce n’était pas une habitude de la Maison des Black. J’imagine qu’ils voulaient s’assurer que les couples produisent des héritiers.

« La chambre d’à côté est celle de ma Tante Elladora. J’en ai discuté avec mon père, il est d’accord avec moi pour dire que ceci contrevient à la règle de l’héritage. »

Les chambres sont réparties sur plusieurs étages, et plus elles sont en bas, plus elles sont réservées aux héritiers directs. Mrs Elladora Black, sur le papier, était la dernière à pouvoir hériter du 12, Square Grimmaurd, elle aurait donc dû avoir sa chambre au dernier étage et sa chambre actuelle aurait dû revenir à… Lycoris. C’était pour cette raison que Mr Sirius Black, pourtant très à l’écoute des règles, n’avait pas protesté. Il savait que Lycoris tyrannisait déjà bien assez son frère… Mais si Arcturus et Melania voulaient faire chambre à part, ils devaient avoir des chambres jumelles… et donc cette chambre que Lycoris n’avait alors plus à occuper.

« Arcturus… balbutia-t-elle avec inquiétude.

— Vous… Vous viendrez… Vous pourrez venir me retrouver quand vous le voudrez… quand cela ne vous dérangera pas trop pour… vous savez, essayer d’avoir un enfant et… et quand notre enfant naîtra, je… vous serez déchargée de toute obligation de…

— Arcturus, s’il te plaît, arrête de dire n’importe quoi », souffla-t-elle.

Elle se leva du lit pour se mettre devant lui. Elle posa ses mains sur son torse et chercha son regard qui ne cessait de la fuir.

« Melania, je vous parle très sérieusement. Je… Je vous ai blessée cette nuit, je viens de recommencer au dîner, comment voulez-vous… comment voulez-vous être en sécurité en dormant dans la même pièce que moi ? » demanda-t-il d’une voix tremblante.

C’était son Arcturus, pas celui qui devenait fou lorsqu’il y avait trop de monde ou lorsqu’il croyait que quelqu’un s’en prenait à elle. C’était son Arcturus, celui qui voulait la protéger et qui voulait son bonheur.

« Je t’aime », souffla-t-elle et il releva la tête vers elle, les yeux larmoyants.

Ce n’était plus la peur qui la faisait parler. C’était véritablement l’amour. Elle savait, à présent, que même Arcturus pouvait la blesser, que ce soit physiquement lorsqu’il entrait en crise et alors ce n’était pas sa faute, ou bien que ce soit moralement, comme aujourd’hui lorsqu’il l’avait fuie toute la journée.

« Tu ne peux pas m’aimer après que je t’ai menti et que je t’ai blessée et…

— Tu ne le voulais pas, tu avais peur. »

Il n’avait pas voulu lui mentir ni la blesser. Il avait eu peur de lui dire qu’il était instable, il avait eu peur pour elle lorsqu’il l’avait blessée pendant ses crises. Il fallait juste… Melania fut convaincue sur l’instant que ce n’était rien, qu’un détail, et qu’elle pouvait l’aider.

« Je sais tout, maintenant, souffla-t-elle en glissant ses mains sur ses joues rasées de près. Ta mère et ton père m’ont tout expliqué, insista-t-elle. Je n’avais pas pris pleinement conscience que ce n’était pas simplement que tu aimais être seul, mais que c’était dans ta nature, insista-t-elle en passant ses pouces sous ses yeux gris. Je sais comment je peux faire pour t’aider et te soigner selon tes parents. Ce que je ne sais pas, c’est ce que toi tu ressens et ce que je peux faire pour vraiment t’aider comme toi tu en as besoin.

— Je suis fou, Melania, je vois le mal partout, avoua-t-il en déglutissant péniblement.

— Tu n’es pas fou, tu es malade, et quand on est malade, on essaie de se soigner avec ce qui nous fait du bien, souffla-t-elle. Et j’ose espérer que ma présence te fait du bien. »

Il hocha rapidement la tête et Melania se sentit déjà mieux.

« Alors on ne va plus se quitter, plus jamais, et tu te sentiras toujours mieux. Qu’en penses-tu ?

— C’est de la folie, je vais te blesser à nouveau, je vais…

— Tu ne me blesseras jamais plus que mon père et mon frère », protesta-t-elle maladroitement.

Arcturus se détacha rapidement d’elle pendant qu’elle tournait sept fois sa langue dans sa bouche.

« Donc je t’ai blessée, se désespéra-t-il.

— Oui, tu m’as blessée, mais c’est parce que je n’étais pas au courant et pas prête à te comprendre, dit-elle précipitamment. Mais à présent que je sais et que tu vas m’expliquer ce qu’il faut que je fasse pour t’aider à te calmer, tout ira bien… mon amour. »

Il tourna la tête vers elle au surnom plein de tendresse qu’elle lui donna. Il pleurait toujours, mais une lumière nouvelle s’était allumée dans ses yeux.

« Je ne te fais plus peur ? demanda-t-il en venant la prendre dans ses bras.

— Non, je t’aime, répéta-t-elle en se blottissant contre lui.

— Plus du tout ? insista-t-il en passant ses mains dans son dos. 

— Je t’aime plus que tout. »

Il chercha sa bouche, avec moins d’hésitation et de timidité que la vieille, et ils s’embrassèrent longuement, pour se retrouver et se découvrir en même temps. Il la laissa déterminer à quel moment elle était prête à se déshabiller, mais il le fit lui-même cette fois-ci, il lui enleva chaque vêtement de la même manière qu’elle l’avait fait la veille. Il la laissa encore faire, mais un peu moins. Ou disons qu’il la caressa de lui-même, cette fois-ci.

Car cette deuxième manche fut indéniablement remportée par l’Amour.

 


 

 

 

15. Où Amitié s'apprend by Juliette54
Author's Notes:

Et deuxième chapitre pour ce soir ! Bonne lecture !

 

Chapitre 15 : Où Amitié s'apprend

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Singulier destin que celui de Melania Black. 

Saviez-vous qu’elle se fit maîtresse d’Arcturus ?

Qu’elle l’aima plus que tout, bien sûr ?

Qu’elle lui apprit à survivre en société, aussi ?

Tout en réapprenant à vivre elle aussi ?

Remarquez, elle ne se rendit pas tout de suite compte qu’elle se mettait à tout contrôler.

.

« Tu es si douce, commenta Arcturus en la gardant contre lui.

— Tu es quelqu’un de très doux aussi, chuchota-t-elle à son oreille. »

Elle savoura les caresses qu’il appliquait sur sa peau frissonnante. Elle aimait les caresses, elle les avait toujours aimées. Et celles d’Arcturus avaient cette tendresse supplémentaire et cet amour démesuré qui lui permettait de se détendre et de simplement profiter de son contact.

« Pourtant, je ne me sens pas doux quand… Je ne me sentais pas doux lorsque je…

— Oui ? insista doucement Melania en se redressant sur son coude. »

Il s’éloigna imperceptiblement d’elle à son tour pour qu’ils puissent se faire face, allongés sur le lit. Melania resta le coude sur l’oreiller et la tête dans la main alors qu’Arcturus glissait sa main droite sous sa tête et laissait sa main gauche sur la cuisse nue de Melania. Il ne la bougeait plus.

« Je préfère quand tu viens sur moi, je suis plus rassuré, finit-il par avouer en expirant tout l’air de ses poumons. Je ne veux pas te faire mal, je…

— Arcturus, arrête de penser que tu me fais mal, soupira Melania avec lassitude. Nous venons d’en discuter.

— Mais je fais du mal à tout le monde, Melania, répliqua-t-il lorsqu’elle eut fini de parler. J’ai pointé ma baguette sur Lycoris tout à l’heure et…

— Et alors ? s’étonna Melania. Tu as vu ce qu’elle t’a dit ?

— Lycoris ne pensait pas à mal, Lycoris essayait de m’aider à m’affirmer, Lycoris me taquinait un peu parce qu’elle sait que je suis timide et qu’elle ne veut pas que ma timidité empiète sur… »

Arcturus était paranoïaque, je l’ai dit. Il trouvait toujours une explication pour que la réalité corresponde à ce qu’il pensait. Il était prêt à croire tout et n’importe quoi de tordu et d’aberrant tant que ceci défendait ce qu’il voulait. Melania ne le comprit pas vraiment à cet instant, mais elle décida de ne pas s’appesantir sur le cas Lycoris pour s’occuper du plus urgent.

« Tu ne voulais pas lui lancer de sortilèges, tu voulais juste qu’elle se taise, éluda-t-elle. Explique-moi plutôt ce qui t’angoisse et ce que je peux faire pour t’aider à prévenir une crise, lui demanda-t-elle. »

Arcturus resta silencieux plusieurs secondes avant de lui obéir. Ses yeux gris avaient retrouvé une certaine lumière, et les tocs de son visage étaient un peu apaisés.

« Rien que t’avoir près de moi m’apaise, avoua-t-il à mi-voix en fixant son regard sur une mèche de ses cheveux. Je sais que tu es là pour… pour nous, je sais que je peux t’aider et que tu peux m’aider si c’est nécessaire. Je sais que toi tu ne me voudras jamais de mal, jamais. Tu… Tu es… Tu es la plus douce, la plus gentille, la plus fidèle…

— Je suis une Poufsouffle, se moqua-t-elle gentiment en sentant sa gorge se serrer. »

Elle se rendit compte pour la première fois qu’Arcturus la regardait avec émerveillement. Tout le monde voyait clairement, dès qu’il posait les yeux sur elle, combien il l’aimait. Melania en prit conscience ce jour-là. Elle prit aussi conscience qu’il l’idéalisait peut-être un peu aussi, et que jamais elle ne pourrait lui parler du fœtus dont elle avait dû avorter et de l’amour qui l’avait blessé. Mais elle sut qu’il ne lui ferait jamais de mal et qu’elle chérirait au-delà de toute mesure l’enfant qu’ils auraient ensemble.

« Tu… Tu acceptes de toujours venir avec moi lorsque je dois me rendre hors du 12, Square Grimmaurd ? souffla Arcturus. »

Il fit remonter sa main le long de sa taille, de son épaule et de son cou avant de l’enfouir dans ses cheveux.

« Oui, souffla-t-elle en appuyant sa tête vers la main d’Arcturus.

— Même au Ministère ou à l’étranger ? insista-t-il.

— Oui, accepta-t-elle en fermant les yeux.

— Tu acceptes vraiment tout ? »

Elle rouvrit les yeux et se rapprocha de lui. Contre son corps, elle se sentit bien. Sous son regard, elle se sentait bien. Face à sa douceur et ses mots inquiets, elle se sentait bien. Alors oui, elle décida, sur l’instant, d’accepter tout, toute cette situation, tout ce qu’était Arcturus.

« Oui, oui j’accepte de te suivre partout, souffla-t-elle contre sa bouche.

— Je… Je ne veux pas que tu me suives, j’aimerais que tu m’accompagnes et que tu me guides, répondit-il de la même manière. »

Je l’ai dit, Arcturus était à son service pour protéger Melania, mais c’était lui qui avait peut-être surtout besoin que Melania le protège.

« Alors premier essai : nous allons nous rendre chez Galaad et Ludovica Abbott-Weasley tous les deux, et tu verras que tout se passera bien », proposa-t-elle.

Melania avait confiance en ses amis et en Arcturus aussi, lorsqu’elle s’endormit contre lui ce soir-là.

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Deux jours plus tard, lorsqu’elle quitta la cheminée de la Chaumière Bleue, elle était toujours confiante. Ludovica, enceinte jusqu’au cou, était assise sur une chaise devant la cheminée. Elle semblait épuisée mais tout de même contente de voir Melania. Galaad, à côté, semblait tout aussi heureux.

« Melania, quel plaisir de te voir, la salua-t-il en venant prendre ses mains avec amitié.

— Merci de nous recevoir, oui, répondit-elle en lui souriant largement. Ludovica, tu sembles épuisée, s’inquiéta-t-elle en s’approchant de son amie.

— Ne crois plus jamais qu’une grossesse est merveilleuse. Je n’en dors plus, se plaignit à demi-mot Ludovica sans même essayer de se lever.

— Je suis navrée, nous aurions dû venir en après-midi au lieu de venir dîner et…

— Ne t’en fais pas, c’est moi qui voulais nous réunir, la coupa Ludovica. Et puis Galaad a tout fait. Dis-moi, qu’est-ce… »

L’âtre de la cheminée crépita et Melania s’y précipita pour accueillir Arcturus. Elle enleva immédiatement la suie de ses vêtements d’un coup de baguette avant que Galaad ne tire sa baguette pour le faire et qu’Arcturus ne pense à mal. Elle lui fit un large sourire, confiant et amoureux.

« Arcturus, vous vous souvenez de Galaad et Ludovica Weasley, n’est-ce pas ? commença-t-elle d’emblée en glissant sa main dans le creux de son coude. »

C’était une manière subtile de lui rappeler qu’ils connaissaient tous deux Galaad et Ludovica et qu’il n’y avait pas raison de s’inquiéter.

« Bonsoir, dit-il simplement avec un hochement de tête en direction de Galaad puis un autre en direction de Ludovica. »

Melania remarqua aisément qu’Arcturus ignorait la main tendue de Galaad, et pour la première fois, elle serra la main au vis-à-vis à la place de son mari. Elle sourit avec une crispation qu’elle étouffa du mieux qu’elle put à Galaad qui la regarda en clignant des yeux avec incompréhension.

La cheminée qui crépita à nouveau coupa court à l’embarras qui naissait.

« Fiona, je suis heureuse de te voir », se réjouit Melania en s’approchant de son amie.

Elle avait aussitôt dit le prénom de son amie pour qu’Arcturus se rappelle qui était son amie. Elle cessa de toucher Arcturus à peine une seconde, le temps de saluer Fiona Maddock, avant de revenir prendre son bras. Arcturus n’essayait pas de sourire, et elle savait qu’il se concentrait pour rester maître de chacun de ses gestes, terrifié comme il l’était de perdre son empire sur lui-même et de partir en crise.

« J’ai l’impression que nous sommes au complet, se réjouit Melania.

— J’avais prié Archi de venir, mais il semble occupé », se moqua Galaad.

Melania préféra sur l’instant qu’Archi Rosier n’ait pas pu venir. Il avait été son deuxième amoureux, celui avec lequel elle s’était cachée dans un coin de Pré-au-Lard pour découvrir les baisers qui coupaient le souffle. Elle n’était pas très à l’aise avec le fait de le savoir en face d’Arcturus sans qu’Arcturus ne sache ce fait. Il faudrait pourtant bien qu’elle le lui dise… Ou qu’elle prie Archi de ne pas en toucher un mot à son mari. Il était peut-être préférable qu’elle prévienne aussi ses amis de Poufsouffle de ne pas le raconter à Arcturus.

« Archi Rosier est bien occupé, se moqua à son tour Fiona.

— Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? demanda Melania avec curiosité.

— Oh, cessez de colporter des potins sur Archi, se fâcha faussement Ludovica en pouffant. Galaad, va nous chercher de quoi boire, demanda-t-elle à son mari.

— Tout ce que tu veux, ma souris, obéit Galaad en disparaissant dans la cave de la maison.

Ma souris, se moqua Melania. Il aime toujours autant te donner des noms d’animaux ?

— Tant qu’il ne l’appelle pas mon dragon, elle peut se réjouir », se moqua Fiona.

Fiona remonta ses lunettes rondes sur le bout de son nez et repoussa une mèche de ses cheveux coupés au carré en haussant un sourcil amusé face à Ludovica qui s’offusquait largement. Melania pouffa en se tournant vers Arcturus dont le sourire instable apparaissait enfin. Elle s’éleva sur la pointe des pieds.

« Tout va bien », lui souffla-t-elle à l’oreille avant d’embrasser sa joue.

Arcturus se recula aussitôt et fronça imperceptiblement les sourcils pour lui demander ce qui lui prenait à l’embrasser en public. Il ne se comportait pas différemment face à sa famille que face à ses amis puisqu’il n’avait jamais eu d’amis. La personne dont il était le plus proche avant d’épouser Melania était sans doute Pollux, son cousin de quatre ans de moins que lui. Et il ne se comportait pas de manière plus relâchée face à Pollux que face à ses parents.

Melania prit ce froncement de sourcil tout à fait autrement. Elle crut qu’Arcturus commençait à voir le mal quelque part. Elle s’inquiéta.

« Nous pouvons nous asseoir, Ludovica ? demanda-t-elle.

— Oui, bien sûr, allez-y », les pria Ludovica en désignant la table derrière elle.

Melania voulut s’asseoir, mais Arcturus lui avait déjà tiré une chaise. Elle le remercia d’un sourire, et se glissa à table, à côté d’Arcturus, pas loin de Fiona et Ludovica.

« Et voilà », annonça Galaad en revenant avec une bouteille de vin rouge et une bouteille de Whiskey-Pur-Feu.

Ses cheveux roux étaient un peu plus courts qu’à Poudlard et il avait encore perdu des joues. Son sourire était toujours aussi large, lui.

« Eh bien, les soirées de Poufsouffle me manquent, se plaignit Galaad en ouvrant la bouteille pour remplir leurs verres. Alexander est aux petits soins avec Gloria, Archi nous fausse compagnie depuis qu’il tourne autour de Miladora Pucey…

— Il tourne autour de Miladora Pucey ? s’exclama Melania en écarquillant les yeux. La sœur de Sebastian Pucey ?

— Un peu qu’il lui tourne autour, se moqua Fiona. Il devrait se méfier, elle est bien trop Serpentard pour un petit cœur de Poufsouffle comme le sien. Ce n’est pas contre vous, Arcturus, mais Pucey a vraiment ce quelque chose de… »

Oui, Fiona avait bien compris qu’il valait mieux pour elle qu’elle se contente du vouvoiement avec Arcturus. Que ce soit parce que sa mère était Moldue ou parce qu’Arcturus Black était spécial, elle s’était toujours contentée de le vouvoyer les quelques fois où elle l’avait rencontré. Avoir en plus entendu que Melania continuait elle-même de s’adresser à lui de cette manière l’avait confortée dans cette idée.

« Elle sait ce qu’elle veut », reprit Melania en souriant à Arcturus.

Son sourire était frais mais légèrement forcé. Elle s’inquiétait du babillage de ses amis. Elle s’inquiétait du silence d’Arcturus. Elle s’inquiétait qu’il parte en crise et qu’il s’en veuille et que tout le travail qu’elle avait accompli depuis deux jours ne parte en fumée. Elle glissa sa main dans la sienne sous la table.

« Et elle le veut à ses pieds, se moqua bruyamment Galaad. Et il est tellement idiot depuis qu’elle lui a parlé le mois dernier au Ministère. C’est à mourir de rire.

— Arrêtez de vous moquer, il est amoureux, essaya de les tempérer Ludovica. Arcturus, n’est-ce pas qu’une personne amoureuse peut être un peu idiote ? »

Melania qui gardait un œil sur Arcturus le vit prendre silencieusement le verre de Whiskey-Pur-Feu que lui tendait Galaad et froncer les sourcils comme s’il réfléchissait très sérieusement à la question.

« Il ne faudrait pas, tout de même, être idiot devant la personne convoitée au risque d’être véritablement pris pour un idiot », dit-il de son ton calme et posé.

Melania vit un très discret sourire tenter de s’installer sur sa bouche et elle pouffa en même temps que Galaad renchérissait.

« Archi est foutu alors !

— J’en ai tout l’impression, en convint Arcturus.

— Eh, mais c’est que tu as de l’humour, Black ! »

Arcturus était peut-être dans un bon jour ce soir-là. Peut-être qu’il crut que les amis de Melania pouvaient devenir ses amis également. Peut-être qu’il découvrit l’amitié à la Poufsouffle, simple, franche, taquine mais jamais teintée de pouvoir.

Peut-être qu’il découvrit l’amitié, tout simplement.

Peut-être aussi qu’il la découvrit pour un temps… avant que quelques dix ans plus tard, Teignous Nott ne sorte son Registre des Sangs-Purs et que la société sorcière ne se déchire.

Mais ceci est une autre histoire.

Laissons pour l’instant Melania et Arcturus profiter de leurs amis.

Chaque chose en son temps.

 

 

End Notes:

A très vite pour la suite, et merci de me lire < 3

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