Comment tuer les fantômes ? by CacheCoeur
Summary:

syarafina yuso sur unsplash

 

Les fantômes sont déjà morts.

On ne saurait donc les tuer une deuxième fois, quand bien même on le voudrait de toutes nos forces.

A moins que…

Pour sauver le monde, doit-on tuer nos ennemis ou protéger nos amis ?

Albus Potter vous dira que la question ne se pose même pas et que la violence ne doit jamais gagner, à aucun prix et surtout pas en dépit de nos valeurs.

Rose Weasley vous regardera d’un air pensif et vous demandera de définir ce qu’est un ennemi et ce qu’est un ami.

Scorpius Malefoy vous expliquera que cela dépend de la situation mais sait qu’il menacerait n’importe qui s’approchant trop près de ceux qu’il aime.

Allénore Rameaux vous offrira ses yeux perdus, et vous confiera que parfois, les pires choix doivent être faits pour le bien du plus grand nombre.

Mais la plus grande question qui les divisera finalement est bien celle de savoir comment tuer les fantômes…


Categories: Romance (Het), Après Poudlard, "19 ans plus tard" Characters: Albus S. Potter, Louis Weasley, Personnage original (OC), Rose Granger-Weasley, Scorpius Malefoy
Genres: Amitié, Angoisse/Suspense, Romance/Amour
Langue: Aucun
Warnings: Conduites addictives, Discrimination, Scène(s) gore(s), Suicide, Violence physique, Violence psychologique
Challenges: Aucun
Series: De meilleurs lendemains ...
Chapters: 12 Completed: Oui Word count: 100423 Read: 2954 Published: 03/09/2022 Updated: 29/12/2022
Story Notes:

TW : deuil, fantômes, SPT.

Un chapitre tous les samedis.

Sur l'amitié.

Sur l'amour.

La peur de grandir.

et le temps qui passe.

90 000 mots.

Fait partie de mon univers De meilleurs lendemain

Se lit après Mistinguette et A(h) la belle étoile...(!).

Lien vers la playlist

Pour ceux et celles qui combattent parfois encore quelques fantômes

On en a tous.

 

Bonne lecture

1. Chapitre I by CacheCoeur

2. Chapitre II by CacheCoeur

3. Chapitre III by CacheCoeur

4. Chapitre IV by CacheCoeur

5. Chapitre V by CacheCoeur

6. Chapitre VI by CacheCoeur

7. Chapitre VII by CacheCoeur

8. Chapitre VIII by CacheCoeur

9. Chapitre IX by CacheCoeur

10. Chapitre X by CacheCoeur

11. Chapitre XI by CacheCoeur

12. Epilogue by CacheCoeur

Chapitre I by CacheCoeur
Author's Notes:

 

Intro _ M83

Die Together - Amanda Tenjford

roses - Jean-Michel Blais

The attraction of youth - Barns Courtney


Are you having a good time?
Doesn't seem like you're all fine
We don't laugh anymore
And when we cry we do it on our own

 

Chine, 20 mars 2030, 14h15, heure de Pékin

 

- Comment on tue les fantômes ?

Allénore Rameaux et Nilam Wallergan continuèrent de fixer la tombe devant elles, les joues froides et leurs mains serrées l'une dans l'autre. Elles ne se regardèrent pas, ne soupirèrent pas, ne pleurèrent pas et ne parlèrent pas. Seule une question semblait vivre entre elles deux, inanimées et figées dans l'air glacé.

Dans leurs esprits, tournaient en boucle le rire de Jia Li Wu et son parfum entêtant, presque capiteux, de jasmin. De concert, les deux anciennes Serdaigle et camarades de chambre fermèrent les yeux pour ne plus voir ce nom, gravé sur cette tombe, et ces fleurs blanches à l'arôme insupportable.

- On ne peut pas tuer les fantômes, chéri. On apprend à vivre avec, répondit la mère à son enfant.

Allénore ouvrit les yeux et enleva sa main de celle de Nilam, comme si elle s'était soudainement brûlée. Elle admira le petit garçon, en train de vagabonder parmi les tombes du cimetière sorcier chinois de Pékin. Le vent s'engouffra à travers la dentelle fine et blanche de sa veste qu'Allénore resserra autour de son corps.

Les colibris de papier qui volaient autour de sa tête se posèrent sur celle-ci. Nilam les contempla avec admiration. La belle magie d'Allénore lui avait manqué.

Ces derniers mois avaient été les plus heureux de la vie d'Allénore. Ils l'auraient été bien davantage, si elle n'avait pas ignoré chacune des vibrations de son téléphone portable, rejetant avec une obstination bien à elle, tous les messages de son frère et de sa famille. C'était Louis, qui avait donné le numéro d'Allénore à sa famille, espérant ainsi contraindre en douceur la jeune femme à reprendre contact avec eux. Il savait qu'elle ne ferait jamais le premier pas, trop apeurée et honteuse... La dispute qu'ils avaient eu à ce sujet avait été longue et ne s'était soldée que par un silence lourd. Ils s'étaient réconciliés très vite, comme toujours. Ils étaient incapables de s'en vouloir très longtemps... Louis n'abordait plus le sujet, mais Allénore savait qu'il y pensait souvent et qu'il donnait régulièrement de ses nouvelles à Christophe et Noorah. Ils lui manquaient... Et pourtant, elle ne leur avait pas reparlé depuis qu'elle avait rejoint les Autres. Soit depuis deux ans, sept mois et huit jours. Alors elle était reconnaissante à Louis de faire ce qu'elle, était elle-même incapable de faire.

Un fantôme aux yeux sans pupille et aux prunelles couleur nacrée, arpentait le domaine en laissant goutter derrière lui ses derniers vêtements et ses longs cheveux. On pouvait le suivre à la trace, par les immenses flaques d'eau qui indiquaient sa présence et alimentaient le petit ruisseau qui fendait en deux le cimetière.

- Alors, ne meurent-ils donc jamais ? demanda le petit garçon.

Nilam ouvrit les yeux à son tour. Elle les posa sur Allénore qui contemplait le ciel bleu, la gorge visiblement nouée et les mains liées dans son dos.

- Les fantômes sont déjà morts, chéri, expliqua la mère.

- Pourtant, ils sont encore là !

Le gamin passa à travers le fantôme du noyé et en ressortit trempé. Il éclata de rire et le fantôme, loin de se fâcher, poursuivit sa route comme si de rien n'était.

Nilam arrêta de surveiller Allénore. La brune craignait que son amie ne s'effondre d'un instant à l'autre et se mette à sangloter. Nilam, qui n'avait jamais été très douée pour réconforter qui que ce soit, aurait été bien en peine d'avoir à le faire pour Allénore, qui lorsqu'elle s'y mettait, pouvait faire sortir de ses yeux marrons, des quantités affolantes d'eau.

- Ils sont encore là, mais ils ne sont pas comme nous. On ne peut pas les toucher, ou les combattre. Les fantômes ne meurent pas chéri ! insista la mère. On ne peut pas tuer ce qui est déjà mort.

Nilam aurait souhaité ne plus être soumise au sort de traduction que lui avait lancé Allénore, et Allénore, elle, aurait aimé ne pas être une polyglomage. Juste pour ne plus comprendre ce genre de mots.

L'enfant et la mère déposèrent une couronne de fleurs sur la tombe d'un être cher et seulement là, les deux jeunes femmes reportèrent leur attention sur l'endroit où reposait Jia Li Wu.

Le cimetière chinois était l'un des plus peuplé et hanté au monde. Des soldats morts aux combats, des bâtisseurs morts en service, des sorciers morts de leurs arts, de leurs passions... Il y avait de tout et on ne pouvait faire un pas sans rentrer dans l'un d'eux.

Mais les seuls fantômes que Nilam Wallergan et Allénore Rameaux entendaient à cet instant précis, habitaient leurs cœurs.

Nilam avait l'habitude de les combattre. Allénore avait l'habitude de se laisser vaincre.

Lorsqu'elle pleura enfin sa première larme de la journée, Nilam haussa les épaules. Elle savait que si elle touchait Allénore, lui tapotait la main ou lui manifestait un quelconque geste affectueux, celle-ci perdrait définitivement pied. Nilam consolait mal par les mots. Elle consolait mieux par les accolades, sans pourtant exceller dans cet art. Alors, elle laissa Allénore pleurer et attendit.

- Je ne devrais pas penser à lui alors que nous sommes ici, murmura-t-elle enfin après quelques larmes.

- T'as des pensées cochonnes dans un cimetière ? tenta de plaisanter Nilam. Ça m'arrive aussi d'en avoir dans des lieux inappropriés.

- Je ne parle pas de Louis, grommela Allénore en rougissant un peu et en essuyant ses larmes.

Le sourire cynique de Nilam s'effaça. Elle prit trois grandes inspirations. Une pour Rose, qui faisait toujours exactement ce qu'il fallait avec Allénore. Une pour Scorpius, qui comprenait toujours Allénore. Une pour Albus, qui la faisait toujours rire. Et Nilam... elle... Quel était son rôle ?

Depuis qu'Allénore était revenue dans leurs vies, Nilam peinait à trouver sa place, son rôle vis-à-vis d'Allénore. Scorpius, Rose, Albus et Allénore étaient amis depuis longtemps et une loyauté aveugle les liait les uns aux autres. Ils trouvaient en chacun d'eux, quelque chose de particulier. Nilam avait trouvé cette place, ce rôle auprès de Scorpius, qu'elle effrayait juste assez pour le pousser à faire les choses dont il avait peur, auprès de Rose, qu'elle secouait de temps en temps pour la faire sortir de son sérieux, et auprès d'Albus... Albus qui l'aimait aussi fort qu'elle l'aimait. Mais pour Allénore... Nilam n'était rien. Scorpius était son confident, Rose sa meilleure-amie, Albus un frère toujours présent. Nilam était Nilam.

Il y avait eu un avant et un après la disparation d'Allénore. Lorsqu'elle était réapparue, avec ses cicatrices et ses blessures de guerre, Allénore avait jonglé entre mutismes longs et insoutenables et aveux encore plus longs et insoutenables. Elle leur avait raconté quelques trucs, évoqué les prénoms de Marco, de Lola. Mais jamais celui de Jia Li. Nilam savait que d'autres prénoms flottaient dans sa tête. Les prénoms des morts et des personnes qu'Allénore n'avait pas pu sauver.

Pourtant, chaque fois qu'Allénpre pensait à ce prénom maudit, Nilam sentait les yeux bruns et chauds de son amie se poser sur elle.

Ces quelques confidences étaient trop peu nombreuses pour qu'elles suffisent.

C'était Albus, qui avait conseillé à Nilam de proposer à Allénore ce voyage en Chine.

« Vous devez discuter toutes les deux », avait-il dit. Et parce qu'Albus était quelqu'un de sage et d'intelligent, Nilam l'avait écouté.

Mais Nilam n'était pas une grande bavarde et Allénore était d'un naturel taciturne. Alors, elles n'avaient pas discuté.

Elles ne discutaient pas. Elles se regardaient et elles se comprenaient car elles avaient toutes deux survécu.

Elles lisaient la douleur de l'autre.

Et Nilam, la stoïcienne, ne supportait pas qu'Allénore puisse savoir ce qui se passait dans sa tête.

Et Allénore, l'empathe, ne supportait pas que Nilam souffre autant, alimentant sa propre souffrance à elle.

Nilam comprenait que sa douleur, nourrissait celle d'Allénore et qu'elle faisait du mal à son amie. Son amie chérie, enfin revenue à la maison. Une amie qu'elle était incapable de prendre dans ses bras et de consoler. Une amie à qui elle n'avait jamais dit « je suis heureuse que tu sois rentrée, que tu sois là, avec moi ». L'émotion serrait la gorge de Nilam chaque fois qu'elle essayait.

Alors oui, elles se comprenaient.

Elles étaient les seules à pouvoir comprendre les terreurs nocturnes de l'autre, les seules qui savaient ce que c'était, de s'endormir sans savoir si on allait se réveiller le lendemain, les seules qui connaissaient la morsure d'une torture et les empreintes des mains violentes sur leurs corps.... Cependant, Nilam ne voulait pas être cette personne qui accompagnerait Allénore seulement dans ses malheurs. Elle voulait la faire rire, l'amuser, jouer, danser avec elle.

Nilam voulait vivre avec Allénore et lui montrer qu'elles pouvaient s'en sortir.

Même si les fantômes ne mourraient pas, elles pouvaient vivre avec eux.

Elle ne voulait pas que seuls les morts les lient.

- Si tu ne parles pas de Louis, de qui parles-tu ? demanda Nilam

Allénore lui sourit tristement.

- Ne m'en veux pas.

- Jamais, Allénore.

Nilam mentait. Elle en avait voulu à Allénore d'être partie sans rien dire à personne, d'avoir rejoint une organisation criminelle pour jouer les espionnes, de s'être mise en danger comme ça et d'avoir fait tant de mal à Albus, Scorpius et Rose.

Mais Nilam n'avait rien dit parce que ça ne servait à rien et qu'elle avait pardonné Allénore, si courageuse, si gentille, si ... elle.

- Alexei.

Allénore sentit sa bouche pourrir alors qu'elle avait prononcé ce prénom.

Nilam ouvrit la sienne, laissant un mince filet d'air s'y engouffrer.

Alexei. Un loup-garou. Nilam avait lu les rapports, après les avoir demandé aux Aurors.

Le prénom d'Alexei lui donnait envie de crier.

Un homme qui avait enlevé à Jia Li tout ce qu'elle avait, tout ce qui lui restait. Un homme dont Nilam percevait chaque trait sous ses paupières, lorsqu'elle fermait les yeux. Un homme qui avait traqué Nilam pendant des jours. Un faible qui n'avait pu se résoudre à la tuer. Un homme détestable qui ne méritait pas qu'on le pleure. Un assassin, un violeur, un tueur, un monstre.

Évidemment que Sainte Allénore Rameaux allait le pleurer...

- Je crois que c'est lui, qui me hante le plus, avoua honteusement Allénore.

« Ne la juge, ne la juge pas, ne la juge », se répéta Nilam. « Ne sois pas amère. Tu l'as pardonnée, souviens-toi ».

- Jia Li est partie en paix, mais lui...

Allénore ne commettrait pas l'erreur de prononcer le prénom d'Alexei une seconde fois.

Pas ici.

Pas devant Nilam.

Pas dans une phrase comportant le prénom de Jia Li.

- Je ne suis pas retournée sur sa tombe et celle de son frère depuis que j'ai autorisé leur mise en terre à Moscou.

- Est-ce que tu voudrais t'y rendre ?

Allénore ne répondit pas. Tout simplement parce qu'elle n'en avait aucune idée. Elle se contenta de se mordiller les lèvres, laissant les remords, les regrets, les rancoeurs, s'installer dans son corps.

- Je sais que tu ne me comprends pas.

- Le mot est faible, laissa durement échapper Nilam.

Elle s'en voulu.

- Je sais que tu t'identifies à lui, que tu continues de penser que si vous aviez fait les mêmes choix, il s'en serait sorti. Mais il ne les a pas faits, il a toujours préféré la violence alors que toi... Bordel, Allénore, je ne veux pas parler de ça ici. Vous ne pouviez pas être plus différents, lui et toi. Il faut... Il faut que tu arrêtes de penser à lui et de le laisser te hanter.

Nilam aimait Allénore.

Nilam détestait Alexei.

Elle reprit la main de la brune dans la sienne.

- On ne peut pas tuer les fantômes, sanglota Allénore.

Et c'était bien dommage.

 

 

***

Royaume-Uni, 20 mars 2030, 16h46, heure de Londres

 

Tout le monde s'accordait à dire d'Albus Severus Potter qu'il avait certes, un prénom bien étrange, mais une sagesse qui l'était bien davantage. À travers ses yeux verts, on devinait tout de suite la maturité, une lueur espièglerie et une joie de vivre épicurienne. Albus ne se prenait jamais la tête. Il était d'un calme olympien et adorait parcourir les longs kilomètres du fond de la bibliothèque nationale magique de Londres. Le vieux sorcier, en réalité le bibliothécaire - que tout le monde appelait « le vieux sorcier » - lui offrait même un sourire chaleureux, lui qui en faisait la grande économie, car personne ne résistait au charme simple et à la présence apaisante d'Albus Potter.

Assis à sa table préféré, là où il pouvait contempler à la fois, les beaux vitraux de la bibliothèque représentant Gwendoline la fantasque en train de se faire lécher le corps par d'immenses flammes qui changeaient de couleurs en fonction des heures qui passaient, et le ballet permanent des visiteurs.

La bibliothèque était un opéra pour ceux qui aimaient étudier. La musique des pages qui se tournaient, les lumières qui étaient filtrées par les vitraux, les sorciers qui dansaient de rayon en rayon...

Ils étaient peu nombreux, à étudier l'Histoire de la magie. Albus pensait même être le seul la plupart du temps, mais cela lui convenait. Alors oui, l'Histoire de la magie, ce n'était pas très sexy. Sauf quand lui, en faisait, d'après Nilam, qui était toujours, malgré le fait qu'elle soit sa petite-amie, d'une objectivité impartiale.

Albus était passionné par l'Histoire de la magie. Son sujet de prédilection du moment, celui pour lequel il consacrait une majeure partie de son temps, était les origines mêmes de la magie, sa naissance et son utilisation par les différentes communautés sorcières.

- Je savais que je te trouverai ici, murmura une petite voix.

Albus leva le nez de son ouvrage, un livre qui pesait une bonne quinzaine de kilos, et découvrit la frimousse de sa cousine Rose Weasley, sa baguette coincée dans un chignon négligé qu'elle avait sûrement beaucoup travaillé devant le miroir de leur colocation.

La rousse s'installa à ses côtés et posa en face d'elle une pile de manuels. Rose Weasley - jeune fabricante de baguettes - prenait à cœur de toujours étudier ce qu'elle ne savait pas et lorsqu'il s'agissait de son art, tout était encore à découvrir. Alors très souvent, elle retrouvait Albus et Allénore, encore étudiants, et passait l'après-midi à se renseigner sur les vertus des feuilles de botruc qui pourraient servir de composant pour baguette magique.

- Tout va bien Rose ?

Elle releva la tête et retira sa baguette magique, qui laissa tomber une quantité incroyable de cheveux roux. La jeune femme fit la moue.

- On aurait dû partir avec eux, grommela-t-elle. Je n'aime pas l'idée que Scorpius se retrouve entre Allénore et Nilam.

Albus leva les yeux au ciel.

- Il est avec sa cousine.

- Justement, appuya Rose en haussant un sourcil. Ils s'entendent bien depuis quelques temps, mais ça n'a pas toujours été le cas.

Scorpius Malefoy et Emmalee Zabini, cousins, anciens ennemis, nouvellement amis et désormais partenaires, avaient été missionnés par Gringott pour ramener à la banque britannique quelques pierres précieuses qui avaient appartenu à un riche sorcier anglais expatrié en Chine. Rose, toujours mécontente lorsque Scorpius partait pour quelques jours loin d'elle, avait cependant trouvé consolation auprès d'Allénore, qui lui avait assuré qu'elles passeraient toutes les trois leurs nuits, avec Nilam bien entendu, à regarder des films « nunuches », à se faire les ongles, lire et bavarder comme avant. Mais c'était bien avant qu'Albus suggère à Scorpius d'emmener Nilam et Allénore avec lui, afin qu'elles puissent se recueillir sur la tombe de leur amie, Jia Li Wu.

- Il va avoir besoin de parler... Tu aurais dû l'accompagner. Toi, tu le fais toujours rire... Tu crois que tout se passe bien ? l'interrogea Rose.

- Allénore s'enferme dans le silence quand ça ne va pas et Nilam, elle, crie si fort qu'on l'aurait probablement déjà entendue... Elles vont parler. Elles en ont besoin.

- Elles peuvent parler ici, avec nous.

- Tu sais bien que non. Ce qu'elles ont vécu... On ne pourra jamais le comprendre. Elles doivent accepter le fait qu'elles sont toutes les deux des survivantes. Quand elles se regardent l'une l'autre...

Un trou béant semblait les guetter. Albus sentait qu'Allénore voulait se confier à Nilam, que Nilam voulait se confier à Allénore, mais qu'aucune des deux n'osaient réellement le faire parce qu'elles avaient encore si mal...

Albus pensait aux gens qu'il aimait. A eux, et rien qu'à eux.

Ça lui évitait d'avoir à penser trop longtemps à ce que lui pensait de tout ça. Il ne voulait pas s'y plonger. Il avait peur de la colère, contre Allénore, contre eux tous, qu'il sentait frémir timidement.

- Ça fait six mois qu'elle est revenue..., marmonna Rose en songeant à Allénore.

Alors pourquoi rien n'était comme avant ? L'amour qu'Albus, Scorpius, Allénore et elle se portaient était aussi fort, puissant et loyal qu'il ne l'avait jamais été. Pour autant, malgré les rires, les confidences, une Allénore libérée de ses mensonges, tout était si différent... Ils avaient grandi. Il y avait des silences. Il y avait des secrets. Ils vivaient dans le souvenir et plus rien n'était comme avant car ils n'étaient plus les mêmes. Ils avaient besoin d'espace et de temps.

Rose le refusait. Elle avait besoin qu'ils restent tous ensemble encore longtemps. Elle avait besoin de regarder dans la chambre d'Allénore tous les soirs, d'ouvrir la porte et de vérifier qu'elle dormait bien dans son lit. Elle avait besoin d'entendre Nilam et Albus rire dans la cuisine. Elle avait besoin de s'assurer qu'ils étaient tous là, près d'elle.

- J'aurais dû partir avec elles, insista Rose en commençant à grignoter ses ongles.

- Rose... Il faut que tu respires et que tu te détendes.

- Allénore ne parle jamais de ce qui lui est arrivé. On ne sait rien.

- Molly a écrit un article dans la Gazette du sorcier dans lequel Allénore...

- Nous sommes ses amis, Albus. Elle a préféré se confier dans un article plutôt qu'auprès de nous...

- Louis n'en parle pas davantage.

Rose émit un son guttural exprimant toute sa frustration. Elle se montrait patiente, ne demandait rien à Allénore. Mais parfois... Merlin qu'elle avait envie de savoir. Albus lui, estimait que ça ne les regardaient pas. Du moins il s'en était convaincu. Car lorsqu'il posait les yeux sur Allénore, qu'il l'entendait crier la nuit dans ses cauchemars, lorsqu'elle sursautait à cause d'une porte, d'un verre cassé, lorsqu'elle faisait une crise d'angoisse, de larmes, que seul Louis pouvait calmer... Il avait envie de savoir et de comprendre lui aussi. Comme il avait besoin de comprendre la raison pour laquelle Rose était devenue aussi terrifiée à l'idée d'être seule et abandonnée, ou celle pour laquelle Scorpius ne dormait plus jamais sans qu'ils ne soient tous rentrés à la colocation, ou celle pour laquelle Nilam paniquait dès que quelqu'un ne répondait pas à ses messages...

La raison pour laquelle, lui, il était et faisait tout ça à la fois.

Albus n'aimait pas ne pas comprendre et une petite voix en lui, celle qui appartenait à un alter-ego encore blessé qu'Allénore leur ait menti durant des années, lui hurlait qu'elle leur devait des explications. Qu'elle devait leur parler de son père, de ce qu'elle avait fait, de pourquoi et comment elle l'avait fait... Albus la faisait toujours taire, cette petite voix en lui.

Parce qu'il était épicurien. Parce qu'il était calme et sage. Parce qu'il était Albus Severus Potter.

Lorsqu'Allénore avait passé le seuil de sa maison - leur maison - le coeur d'Albus avait éclaté de joie.

Alors... Il était ridicule d'en vouloir à Allénore, n'est-ce pas ?

- Je crois qu'il est difficile pour eux d'en parler, lâcha enfin Albus. Ce qui s'est passé, là-bas, lorsqu'ils affrontaient les Autres... Je crois que c'était vraiment horrible.

- Nous aussi, on a vu des choses horribles, Al. L'attaque de Londres...

- Je sais Rose. Et ils le savent aussi. C'est juste que... Je pense qu'Allénore ressent une culpabilité trop énorme et qu'elle ne veut pas nous l'imposer. Mon père...

Son père était comme ça.

Putain de syndrome du Martyr.

À vouloir tout prendre sur eux pour ne blesser personne, au final, Allénore, son père, Nilam parfois... faisaient plus de mal que de bien.

Albus avait appris à écouter ses silences qui en disaient longs mais qui faisaient du mal.

- Louis a promis de m'envoyer un message par lettres de feu dès qu'il les aura rejoint, se rassura Rose.

- Une chance que son stage soit actuellement en Chine, s'amusa Albus.

- Tu le connais... Il a probablement sauté sur l'occasion d'étudier les Boutefeu-chinois pour être un peu avec Allénore. Depuis qu'ils ont repris leurs études ils ont moins de temps ensemble.

- Il sera bientôt en vacances.

- Ah oui ?

- James râle d'avance car Citlali et lui ne pourront plus profiter de l'appartement...

- Louis n'aura qu'à venir chez nous, fronça les sourcils Rose.

Albus retint un petit rire.

La colocation qu'il partageait avec Allénore, Rose et Scorpius était déjà pleine à craquer. Nilam venait régulièrement. Si Louis s'ajoutait à l'équation, trois couples y vivraient et c'était... déjà gênant. Surtout quand Allénore et Louis ne pouvaient plus se passer l'un de l'autre et semblaient avoir cette nécessité constante de littéralement se repaître de l'autre.

Albus n'avait pas d'autre terme. Pas d'aussi élégants en tout cas...

Et il trouvait ça génial, que sa meilleure-amie et son cousin soient aussi heureux.

Mais... Ils n'avaient plus vingt ans. Enfin pas tout à fait. Alors oui, ils s'aimaient tous beaucoup, ils étaient tous très amis mais ils avaient tous vraiment besoin de plus d'espace.

Si seulement Rose pouvait le comprendre...

- James parle déjà de prendre un appartement avec Citlali, indiqua Albus. Je ne crois pas que ça se fera de sitôt, car il pense qu'elle n'est pas prête. Mais...

- Oh, ils seront si mignons tous les deux..., s'extasia Rose. Et puis comme ça, Allénore et Louis pourrpnt prendre cet appartement lorsque Louis sera en vacances ! Ça leur fera un peu d'intimité...

Albus soupira. Rose était l'une des personnes les plus intelligentes qu'il connaissait. C'était simplement qu'elle n'avait pas envie de comprendre. Et quand Rose Weasley voulait ou ne voulait pas quelque chose, il était compliqué d'aller à l'encontre de cette volonté.

Ils se remirent à étudier avec Rose, soucieuse, se mette de nouveau à parler :

- Scorpius était étrange ce matin, commença-t-elle en triturant ses mains.

- Il l'est parce que tu l'es. Tu ne crois pas qu'il serait temps que tu lui parles de ce qu'il s'est passé lors de l'attaque de Londres ?

- Et comment voudrais-tu que je lui présente ça ? « Scorp', je sais que tu ne t'en souviens pas parce qu'un démonzémerveille a fourré sa langue dans ton oreille, mais tu m'as demandé en mariage et depuis, je n'arrive pas à regarder mon annulaire sans l'imaginer avec une bague ! ».

- Il paniquerait, sourit Albus.

Une ombre grise commença à se dessiner à l'embranchement entre deux bibliothèques.

Lord Richard était un homme soigné, au pourpoint majestueux et aux hauts-de-chausse apparents et courts et il portait une tunique - une saie en fait - qui descendait jusqu'au genou. Emmitouflé dans un espèce de gros manteau tassant sa silhouette, l'homme se traînait dans les couloirs de la bibliothèque dans laquelle il avait été assassiné.

Lord Richard était un homme de culture et de savoir. Il connaissait quantité de choses, avait énormément appris à Albus, qui avait marché à ses côtés dans les rayons et étalages desquels le fantôme était prisonnier. Des guerres sorcières moyenâgeuses, à ses anciennes recherches sur l'origine du Voile de la mort aux départements des Ministères, jusqu'à l'apparition des sorciers legilimens ou doués de dons particulier, Lord Richard connaissait l'Histoire de la magie comme personne ici.

- Vous savez, mon brave - car ceux qui étudient le passé sont des braves à ne jamais avoir peur de voir le meilleur comme le pire de notre Histoire - c'est un privilège de pouvoir consacrer son temps à si de belles interrogations, disait Lord Richard.

Lord Richard parlait à Albus de ses recherches, le guidait dans le labyrinthe de cette grande bibliothèque, lui avait fait découvrir les plus vieux manuels, que plus personne n'avait ouvert depuis sa mort... Et Albus, lui, avait raconté à Lord Richard ce qui avait fait l'Histoire depuis que le fantôme était prisonnier ici.

Les gens avait peur de Lord Richard. Il ne se montrait jamais. Et puis, il fallait dire que ses tripes apparentes, qu'il transportait toujours d'une main peu certaine et dans lesquelles il se prenait régulièrement les pieds, avaient de quoi en ragoûter plus d'un.

Albus l'aimait bien. Lord Richard avait fêté ses 539 ans la veille. L'ancien Poufsouffle avait apporté un muffin, préparé par Nilam et allumé une bougie qu'il avait planté à son sommet. Le fantôme était passé au travers en souriant, afin de l'éteindre et avait contemplé Albus manger la pâtisserie avec un regard triste et mélancolique.

- Miss Weasley, quelle charmante surprise ! Voilà un moment que vous ne m'aviez pas visité. Votre chère amie Rameaux est-elle également présente ? Il me tarde de la rencontrer ! Vous qui m'en parlez depuis si longtemps...

- Yoh, Lord ! le salua Albus en souriant. Allénore et avec Nilam. Elles sont partis en Chine.

- Ah quel pays fascinant ! Dois-je comprendre que Dame Nilam et vous-même vivez toujours dans le pêché ? se désola l'homme.

- Et nous en sommes ravis. Jeunesse décadente comme on dit...

Rose éclata de rire devant l'air outré du Lord. Cela faisait deux ans et demi qu'Albus avait rencontré son nouvel ami. C'était tout Albus ça, de se lier d'amitié avec le fils de l'ancien ennemi de son père, de prendre sous son aile une prétendue née-moldue s'avérant être la fille biologique d'un grand criminel, de tomber amoureux d'une fille qui lui faisait la misère autant qu'elle l'aimait, et d'avoir un fantôme comme mentor...

Après la disparition d'Allénore, Albus s'était souvent réfugié à la Bibliothèque nationale de la magie. Il avait eu besoin de trouver un endroit qui ne lui rappelait pas Allénore, dans lequel le manque creusé par son absence ne lui sautait pas à la gorge. Allénore avait toujours été là pour lui, surtout lorsque Rose et Scorpius s'engueulaient ou se faisaient les yeux doux... Elle était celle qui avait compris pourquoi Albus avait commencé à étudier l'Histoire de la magie. Rose le savait pertinemment et n'en ressentait aucune jalousie. Là où elle, avait élu refuge dans l'atelier d'Ollivander, et où Scorpius avait couru de missions en missions pour se consacrer à ses études de briseurs de sorts, Albus lui, s'était construit un havre de paix ici.

Albus était unique et ses amitiés l'étaient tout autant.

- Le temps me semble toujours long lorsque vous êtes loin de moi, cher ami, sourit le fantôme. Mais je sais comme le vôtre est précieux et que d'autres le réclament.

- J'aurais toujours du temps pour vous, Richard, promit Albus. Et Allénore viendra bientôt.

Il se garda bien de lui dire qu'Allénore était déjà venue. Albus avait simplement fait en sorte qu'ils ne s'aventurent pas dans les rayons hantés par Lord Richard... Allénore était timide, avait besoin de temps et lui présenter de nouvelles personnes demandait un certain temps de préparation.

- Alors ? Quelles sont vos trouvailles de ce jour ?

- Un ouvrage très intéressant sur l'origine des premiers sorts. Figurez-vous que les formules n'ont fait l'objet d'un registre qu'à partir de 1655... Le dernier en date est déjà vieux de plus de 200 ans. Dans ce registre, bien que les formules diffèrent, les effets des sorts sont relativement les mêmes. Je suis tombé...

- J'espère que vous ne vous êtes pas fait mal ! s'alarma Richard.

- Non, non, j'ai trouvé, je veux dire... J'ai trouvé les recherches d'une sorcière appelée Pernille, qui expose avoir tenté plusieurs expériences pour faire de la magie sans formule latine. Les résultats n'ont pas tous été retranscrits, mais c'est fascinant...La magie serait bien plus primaire que ce qu'on pense Richard ! Sans parler de son utilisation au fil des siècles : son usage diffère tellement d'une culture à une autre...

Rose sourit de plus belle. Il n'y avait bien qu'un Potter, pour se croire assez fort capable de trouver l'origine de la magie.

Albus était passionnant lorsqu'il parlait d'Histoire de la magie. Avec Lord Richard, ils parlèrent pendant plusieurs heures des politiques magiques du 15ème siècle qui avaient conduit à la guerre, ou un l'utilisation de sorts désormais très désuets, comme le soror animi. Rose les écouta patiemment jusqu'à ce que les fleurs des vitraux soient toutes fermées.

Rose se disait souvent qu'Albus ferait un excellent enseignant.

- Parfois, vous ne me faites pas regretter de ne pas être tout à fait mort, s'amusa le fantôme.

Albus cilla. Rose perdit son sourire.

- Vous savez, une demi-mort est encore bien plus triste qu'une demi-vie, ajouta Lord Richard.

 

***

Chine, 20 mars 2030, 17h58, heure de Pékin

 

Scorpius Malefoy détestait parler pour ne rien dire et Emmalee Zabini détestait rester silencieuse plus de deux secondes.

Un mélange détonnant et explosif.

- Et tu vois, j'ai beau dire à Citlali qu'elle n'a pas à s'inquiéter d'être présentée aux parents de James, elle panique ... En plus elle connaît déjà Harry, c'est son patron ! Mais elle persiste à dire que ce serait bizarre... Beth lui a tiré les cartes trois fois, et par trois fois elles ont annoncé qu'un malheur arriverait pour ce dîner. Je pense que le seul malheur qui la guette, c'est qu'elle choisisse de porter sa robe verte à moitié transparente... Elle est si hideuse. Non mais t'y crois toi ? Citlali ? Chez les Pot...

- S'il te plait, je t'en conjure, boucle-la deux secondes.

Emmalee Zabini jeta à son cousin un regard glacial et inspecta ses ongles.

- Tu es bougon.

- Tu es insupportable, soupira Scorpius.

- Si j'avais su que tu serais d'une humeur encore moins agréable que celle d'un scrout-à-pétard, j'aurais refusé cette mission.

- Pardonne-moi, capitula Scorpius.

- C'est Rose ?

- Rose ?

- Weasley. Yeux bleus, cheveux roux, fabricante de baguette. Je crois que ça fait fait presque trois ans que vous êtes ensemble aussi, accessoirement hein, juste comme ça...

- Non ce n'est pas Rose, grogna Scorpius.

- D'accord je vois.

- « D'accord je vois », l'imita Scorpius. Tu ne vois rien du tout.

- C'est ton ami sous extasie ? Sa copine lugubre ? Ou ta meilleure pote criminelle ? insista Emmalee.

- Albus est simplement d'un naturel joyeux. Nilam n'est pas lugubre, elle a ... une lumière très très très très intérieure. Et Allénore n'est pas une criminelle.

Emmalee soupira de bon en continuant d'avancer dans la banque sorcière chinoise. Les sous-sol regorgeaient de cristaux et de pierres précieuses incrustées dans la pierre noir et sombre des parois. Gringot les avait missionné pour récupérer le contenu d'un coffre ayant appartenu à un sorcier britanique. Les sorciers chinois n'étaient parvenus à l'ouvrir, le testament du sorcier stipulant que seuls des sorciers de son propre sang pourraient ouvrir ledit coffre.

- Est-ce que je critique ta lady de copine ou ta diseuse de bonnes aventures à deux mornilles de Carrow ? grinça des dents Scorpius.

- Citlali est plus qu'une lady si cent cinquante-deux personnes venaient à crever, elle deviendrait reine je te signale ! Et Beth pourrait te prédire ton avenir rien qu'en observant tes chaussures.

- Et que dirait-elle ?

- Que tu vas te casser la gueule. Tes lacets sont défaits, trésor !

Emmalee tapota l'épaule de son cousin en lui passant devant pour tourner au prochain embranchement. Scorpius s'arrêta le temps de faire ses lacets et courru pour rattraper sa cousine.

Leur entente était encore fraîche. Ils avaient été rivaux pendant des années, et s'étaient faits les pires crasses. Ils s'entendaient bien, lorsqu'ils étaient enfants, et jouaient tout le temps ensemble... Ils étaient les seuls amis qu'ils pouvaient avoir et bien plus que ça, ils comprenaient la solitude de l'autre. Emmalee et Scorpius grandissaient seuls, dans de grands espaces, avec des parents souvent absents...

Emmalee avait toujours été fière d'être issue d'une noble famille de Sang-pur. Scorpius avait rejeté toutes ses origines en bloc dès qu'il était devenu ami avec Albus Potter, Rose Weasley et Allénore Rameaux. Emmalee avait vécu le désaveu de son cousin comme une trahison et un affront. Ils étaient tous respectivement devenus les chefs de clans ennemis qui s'étaient faits un devoir de se pourrir entre eux. Lorsqu'ils étaient à Poudlard. Pourtant, la vie n'avait cessé de vouloir les réunir... Que cela soit à l'occasion de l'enterrement de leur grand-mère, dans leurs études de briseurs de sorts...

Après l'attaque de Londres, Scorpius s'était réveillé sur un lit d'hopital, avec Emmalee au-dessus de lui. Elle avait hurlé à Rose de revenir immédiatement et Scorpius avait halluciné de les entendre rire et pleurer de soulagement toutes les deux. Certes, Beth Carrow, Citlali Tucker et sa cousine leur avaient prêté mains fortes lors de l'assaut des Autres et des démonzémerveilles... Mais de là à ce que tout le monde devienne amis... Scorpius avait repris conscience ce jour-là, avec un profond mal de crâne et presque cinq minutes de souvenirs en moins, à cause d'un démonzémerveille qui était parvenu à lui arracher quelques secondes de sa mémoire.

Ils avaient tous cru mourir lors de cette attaque.

Les deux cousins avaient longtemps parlé à l'hôpital. Emmalee avait mit sa rancune de côté et parlé franchement à Scorpius de tout le mal qu'il lui avait fait. Scorpius lui, lui avait demandé pardon, et lui avait confié n'avoir jamais songé à l'abandonner elle.

- C'est mon père, lâcha Scorpius.

- Ton père ? sourcilla Emmalee.

Scorpius hésita. Il n'avait parlé d eça à personne et pourtant, il avait besoin de se confier...

- N'en parle à personne s'il te plaît... Mais il veut que je reprenne le siège des Malefoy au Mangemagot.

Emmalee se tourna lentement vers lui.

- Et il veut aussi que je reprenne celui des Greengrass.

La jeune femme se tourna lentement vers lui, un doigt accusateur pointé sur lui :

- Si tu oses poser ton cul sur MON siège, celui qui me revient de droit, je te jure que je te ...

- Je n'en veux pas de ces sièges. Les Greengrass et les Malefoy font parties des vingt-huit sacrés. Je suis le seul héritier de ces deux familles.

- Eh oh, coucou, je suis là. Bordel, c'est pas parce que j'ai des ovaires que je ne peux pas...

- Mon père, grommela Scorpius. Tu sais comme certaines de ses idées sont très arrêtées.

- Oh je t'en prie Scorp ! Il a accepté ton amitié avec un Potter, une Weasley et une pseudo née-moldue. On dirait presque le début d'une mauvaise blague !

- Il pense que ces sièges me reviennent de droit et qu'il m'appartient de redorer le blason familial, expliqua Scorpius.

C'était faux, bien évidemment. Scorpius n'avait en aucun cas à racheter les erreurs passées de son père.

La première personne qui le lui avait fait réaliser était Rose. Scorpius n'avait pas à honorer sa famille, ou à redorer son blason. Il avait juste à être lui-même.

La conversation qu'il avait eu avec son père avait été brève et n'avait duré que quelques minutes à peine. Scorpius avait toujours entretenu une relation plus que cordiale avec son père. Il avait toujours beaucoup travaillé, mais avait su réserver assez de temps à son fils pour faire partie de sa vie et tisser de solides liens avec lui. Scorpius aimait sincèrement son père, qui avait su mettre de côté certaines de ses opinions pour le bonheur de son fils.

Pour autant, Drago Malefoy restait Drago Malefoy.

Il plaçait sur les épaules de sa progéniture une responsabilité dont Scorpius ne voulait pas.

- Et toi ?

- Moi ? A ton avis Zabini, tu crois que Rose le prendrait comment, que je veuille prendre deux places au Magenmagot alors même que sa mère est en train d'essayer, pour la troisième fois depuis le début de sa carrière, de faire voter une loi pour que l'assemblée parlementaire représentante des sorciers soit élue et non composée presque uniquement de fils et de quelques filles par manque d'hériter mâles, des vingt-huit sacrés ?

- Respire quand tu parles. Et elle le prendraient probablement pas super bien.

- Sans parler d'Allénore... Elle appuie ouvertement ce projet et milite activement pour qu'il soit adopté. Je pense qu'elles seraient toutes les deux déçues.

Et décevoir ses amis était sa hantise. Le fait qu'il soit si peu confiant en lui déteignait parfois sur ses amitiés et son amour pour Rose. Il en perdait en clairvoyance, car, s'il se montrait rationnel, il savait que ni Rose ni Allénore ne lui en voudraient. S'il réfléchissait logiquement, Rose serait fière qu'il reprenne le siège des Malefoy pour en faire quelque chose de bien. Et Allénore, elle, le soutiendrait.

Albus était son meilleur-ami et la personne la plus mesurée, alors il n'avait jamais besoin de rationnaliser quoique ce soit quand cela le concernait. Pourtant, même là, il se demandait si Albus, un Potter, accepterait encore de s'afficher avec un Malefoy qui reprenait les traditions infectes des sorciers.

- C'est pour ça que tu m'en parles à moi et non à elles, comprit Emmalee. Ou à Albus. Ton drogué de meilleur pote.

Elle n'était pas dupe.

- Albus serait de ton côté.

- Albus n'est jamais du côté du personne, souffla Scorpius.

Il avait beau être son meilleur-ami, Scorpius savait qu'Albus était du genre à ne jamais prendre partie lorsqu'il était confronté à un conflit. C'était ce qui avait sauvé leur amitié à tous lorsqu'ils étaient à Poudlard et que Rose s'était disputée avec Scorpius.

- Tu devrais leur en parler...

Scorpius secoua la tête. C'était plus facile à dire qu'à faire... Ses trois meilleurs amis avaient des noms à porter aux aussi. Il n'était pas facile d'être une Weasley, un Potter, ou une Dawn-Richards-Rameaux qu'importe ce qu'était Allénore. Il n'était pas facile d'être les fils et filles de grands noms.

Il avait toujours pensé que pour Rose et Albus, tout était plus facile. Les gens ne crachaient jamais sur leur passage. Pendant longtemps, il s'était senti seul, persuadé que ni Rose ni Albus ne pourraient jamais comprendre le poids de son héritage, quand bien même ils en avaient eux aussi, à porter. Et c'était le cas : Rose et Albus ne pourraient jamais comprendre. Certes ils avaient beaucoup à prouver, ils devaient se montrer à la hauteur, mais jamais, on ne leur demanderait de payer pour les erreurs passées.

Allénore, elle en revanche, comprenait.

En fait, Allénore avait toujours compris Scorpius...

- Sûrement, se raisonna Scorpius. Et je le ferai. Ça fait une semaine que je prépare ce que je vais leur dire. C'est juste que... Rose est si étrange depuis l'attaque de Londres. Albus refuse de me dire pourquoi. Nilam manque de s'étouffer chaque fois que je lui pose la question. Allénore est revenue il y a seulement six mois et je ne veux pas l'embêter avec mes histoires...

Emmalee se tortilla sur elle-même, visiblement gênée.

- T'es au courant de quelque chose, toi ? fronça les sourcils Malefoy.

Il avait la désagréable impression qu'on le prenait vraiment pour le dernier des cons. Si la vie était redevenue normale pour Scorpius et ses amis, il sentait les non-dits et les secrets des uns et des autres qui refaisaient parfois surface et les plongeaient tous dans un mutisme inquiétant et pesant.

- Non, se précipita de répondre sa cousine.

Il leva sa baguette vers elle. Emmalee recula de plusieurs pas à mesure qu'il avançait vers elle.

- Dis-moi.

- Je ne cracherai pas le morceau. Parles-en avec ta copine, Scorp. J'ai promis de ne rien dire.

- Je déteste qu'on me mente.

- Alors autant te l'avouer tout de suite, mais je t'ai raconté n'importe quoi ce matin : ta nouvelle coupe de cheveux est atroce.

- Ne détourne pas mon attention.

Emmalee leva les deux mains en l'air en souriant doucement. Elle se rapprocha de son cousin et lui fit baisser sa baguette.

- Scorpius... Cesse de te faire du mouron pour Rose ou tes amis. Personne ne se moque de toi, je t'assure. Et quant à cette histoire de siège... Je suis contente que tu m'en aies parlé.

- Je n'aurais jamais pris ta place, Emmalee. J'espère que tu le sais...

- Évidemment que je le sais. Saint Malefoy-Parfait.... Bon allez, on a un coffre à ouvrir et tout un tas de malédictions à lever pour y parvenir.

Scorpius hocha faiblement la tête et s'exécuta. Avec Emmalee, ils firent tomber plusieurs sortilèges avant de parvenir à accéder au fond du coffre, qui ne contenait que quelques objets sans valeur, des bijoux, des vieux chaudrons rouillés et des miroirs tout poussiéreux. Lorsqu'elle était rentrée, Allénore avait formé Scorpius au descellement des sortilèges dominos, et ce petit coffre de pacotille n'avait pas résisté bien longtemps aux cousins Greengrass-Malefoy.

- J'espère qu'on sera bientôt envoyé pour des missions plus intéressantes. J'ai entendu parler de nouveaux tombeaux en Egypte..., sourit Scorpius.

- On pourrait se mettre à notre compte, réfléchit Emmalee. Au lieu de chercher des missions, ce seraient elles qui viendraient à nous.

Scorpius éclata de rire mais se surprit à imaginer une boutique, qu'ils tiendraient tous les deux sur le Chemin de traverse et dans laquelle les sorciers du monde entier viendraient les visiter pour lever moult malédictions...

Ils rentrèrent à l'hôtel sorcier de Pékin après s'être assurés que le contenu du coffre serait confié aux gobelins de Gringott. Ils y trouvèrent Nilam, allongée sur le divan en forme de dragon qui trônait à l'entrée de l'hôtel.

- Où est Allénore ? s'inquiéta Scorpius.

- Calme-toi, leva les yeux au ciel Nilam. Elle est partie attendre Louis.

Scorpius soupira, soulagé. Emmalee se fit une place sur le divan et accepta le verre que lui offrit l'ancienne Serdaigle.

- Alors ? La tombe de votre copine ? C'était bien ? demanda-t-elle.

- Un pur moment de plaisir, fit ironiquement Nilam.

- Je savais que c'était une mauvaise idée..., affirma Scorpius.

Il jeta un coup d'œil discret à Nilam, qui semblait aller bien.

Mais là était le problème.

Nilam semblait toujours aller parfaitement bien, jusqu'à ce qu'elle s'écroule et se mette à lancer des assiettes contre les murs.

Albus, lui, saurait déchiffrer sa mine renfermée.

Scorpius savait qu'Allénore ne lui parlerait pas de Jia Li. Mais au moins, il avait la consolation de se dire que Louis, ce crétin de Weasley, serait là pour sa meilleure-amie et qu'elle pourrait se confier.

- Tu sais que..., bredouilla-t-il. Tu sais que tu peux me parler, Nilam ?

Emmalee pinça les lèvres et émit une grimace en lui faisant signe de couper court. Nilam écarquilla les yeux.

- Tu fais quoi là ? T'es ridicule Malefoy. J'aimais tellement l'époque où tu me craignais encore.

- Je ne t'ai jamais craint ! se défendit Scorpius.

Elle se leva brusquement et fit mine de se jeter sur lui. Scorpius recula. Lorsque les deux jeunes femmes éclatèrent de rire, il leur tendit deux majeurs, passablement énervé.

- Allénore est rentrée..., marmonna subitement Nilam en la regardant arriver derrière l'épaule du blond.

Scorpius se retourna, tout sourire, heureux de voir sa meilleure-amie. Il perdit vite sa mine réjouie, en remarquant celle d'Allénore, grise et inquiète. Elle repéra immédiatement ses amis et s'approcha d'eux d'un pas pressé. Elle tremblait et commençait à ronger ses ongles. La brune ouvrit finalement la bouche :

- Louis a disparu.

Il y eut un long silence pesant et lourd de sens.

- Et rebelote, ce que j'en ai marre, putain ! s'écria Nilam.

Scorpius ne pouvait qu'être d'accord.

 

 

End Notes:

So if you want to, we'll sing another
Keep 'em sweet all through the night
I've been in love, too, I've been a sinner
And the end will be alright

 

Chapitre II by CacheCoeur
Author's Notes:

Used to the Darkness - Des Rocs

This too could Change - Philip Daniel

Don't be afraid of the dark - Tom Odell

Blood // Water - grandson

 

 

And then my eyes got used to the darkness
And everyone that I knew
Was lost and so long forgotten after you

 

 

 

 

 

Daniel Kosa, unsplash

Chine, 21 mars, 00h001, heure de Pékin

Nilam avait un sourire malin sur le visage. Un sourire qui n’avait rien de très gentil et qui, sur deux seules lèvres maquillées d’un rouge pourpre, exprimait toute la rancœur du monde. Les yeux braqués sur Allénore, elle s’amusait de la voir s’agiter dans tous les sens et avec inquiétude.

Les origamis qui s’agitaient derrière elle, peinaient à la suivre. Les colibris volaient en arrière et prenaient gracieusement leurs compères fennecs entre leurs griffes pour les faire avancer au même rythme que leur créatrice. Ils jappaient gaiement, heureux de voler.

Nilam avait un mécanisme de défense assez particulier dans ce genre de situations – parce que oui, au bout de trois disparitions, dont la sienne, on commençait à développer certains réflexes – et s’attachait à ne pas croire le pire, même lorsqu’on le prononçait à voix haute. Ainsi, Nilam refusait de croire en la disparition de Louis Weasley. Elle préférait largement s’amuser de voir Allénore se ronger les sangs. Elle en retirait même un très grand plaisir.

– Arrête ça, chuchota Scorpius.

– Quoi donc ?

Nilam oubliait trop souvent que Scorpius était très bon observateur.

Il était une force tranquille, toujours un sourire léger et polie sur le visage. Nilam s’était toujours étonnée que les autres le trouvent froid. Il était distant, réservé, taciturne, certes… Mais il émanait de Scorpius une bienveillance naturelle qui ne s’en allait que lorsqu’il se laissait aller à quelques sarcasmes.

– De sourire. C’est grave.

– Oh peut-être. Mais au moins maintenant, elle sait ce que ça fait, soupira Nilam en continuant de sourire. Regarde-la…

– Elle savait déjà ce que ça fait ! grogna Scorpius. Allénore a collé plus d’affiches que n’importe qui il y a six ans, lorsque les détraqueurs et les Autres t’ont enlevée. Albus a été obligé de la ramener de force chez elle.

Le sourire de Nilam disparut tout aussi tôt.

Merlin ce qu’elle pouvait être conne parfois…

– Pardon… je …

– Arrête ça, répéta Scorpius d’un ton plus doux. Je sais que tu lui en veux, pour ce qu’elle a fait, d’avoir disparu et de ne pas nous avoir prévenu pour les Autres.

Nilam resta silencieuse.

– Je ne devrais pas lui en vouloir, marmonna Nilam.

– Je n’ai jamais dit ça.

Une partie de lui en voulait aussi à Allénore, pour ces deux années volées durant lesquelles elle s’était arrachée à eux.

– Elle l’a fait pour nous protéger mais ça n’enlèvera jamais le fait que cela nous a fait souffrir. Alors oui, tu as le droit de lui en vouloir. Mais tu n’as pas le droit de jubiler parce qu’elle souffre.

– Weasley n’a pas disparu, réfuta l’ancienne Serdaigle.

Scorpius regarda sa montre, un cadeau de Rose. Un objet précieux et beau dans lequel elle avait mis beaucoup de soin et de magie. Les douze roses indiquant l’heure étaient closent et la première commençait à peine à s’ouvrir, indiquant que la première heure de la journée commençait tout juste. Il se concentra sur l’objet et prit une grande inspiration.

Dans ce genre de moment, Rose lui dirait de se faire confiance. Elle lui dirait qu’il était largement capable de gérer la situation…

– Louis n’aurait jamais planté Allénore sans la prévenir. Ça va faire plus de six heures maintenant. Il lui est arrivé quelque chose.

– Alors qu’est-ce qu’on fiche encore ci ? intervint Emmalee.

– On attend qu’Allénore se calme, répondit Scorpius en croisant les bras sur sa poitrine. Maintenant qu’il est certain que Louis ne viendra pas, elle va vouloir agir.

– Merlin, elle va être intenable, gémit Nilam.

– Si tu la distrais je peux lui jeter un petrificus totalus, sourit Emmalee qui avait déjà sorti sa baguette.

– Eh Allénore, tu …, commença Nilam pour attirer son attention.

Scorpius se jeta entre sa cousine et sa meilleure-amie. Les colibris et les fennecs qui voletaient derrière Allénore s’arrêtèrent et foncèrent tout droit vers Emmalee en l’attaquant férocement. Une de ses mèches tressées tomba, coupée par une aile de colibri s’y étant plantée. D’un geste de la main, la polyglomage arrêta les autres et, subitement redevenus calmes, les animaux de papier se repositionnèrent à ses côtés.

La chambre d’hôtel était plongée dans un silence pesant et gênant.

– Pardon, s’excusa Allénore. Je ne maîtrise pas encore assez bien le sort d’animation et quand ils me sentent en danger… Ils ont tendance à réagir de manière excessive.

– Bon, quand est-ce que tu as vu Louis pour la dernière fois ? lui demanda fébrilement Emmalee en regardant sa tresse tombée à terre.

Elle la ramassa et à l’aide de sa baguette, se recoiffa.

– Eh, on parle d’un être humain. Pas d’un livre qu’elle aurait pu égarer dans le frigo, fit narquoisement Nilam.

– Qui perd un livre dans un frigo ?

– T’as tellement de choses à apprendre au contact de Rose et Allénore ma pauvre, s’amusa Nilam.

– Louis devait me rejoindre au marché de la grande place, commença Allénore. Sa mission avec les boutefeu-chinois s’est terminée à 17 heures.

– Il suffit de contacter son superviseur pour savoir si Louis s’est bien présenté…, haussa les épaules Nilam.

– Il est minuit passée Nilam. On ne va pas réveiller tout le quartier pour vérifier que Weasley a bien pris son poste.

– J’ai vu Gippy, son mentor, au marché de Pékin tout à l’heure. S’il était arrivé quelque chose à Louis, il me l’aurait dit. Or, il s’est contenté de me saluer poliment … , secoua la tête Allénore. Et de me faire remarquer que j’avais une tache sur mon pull.

Elle s’empara subitement de sa cape et enfila ses chaussures avant d’emprunter la paire de gants de Scorpius. Ce-dernier, avant qu’elle ne parte, fit de nouvelle fois barrage, mais cette fois-ci, entre Allénore et la porte :

– Tu ne peux pas partir toute seule. Pas comme ça, et pas au beau milieu de la nuit.

– J’ai fait des choses bien plus dangereuses que ça…

– Oh pitié, ne joue pas les dures, c’est ridicule, pouffa Nilam en se levant d’un bond. Je crois que vous paniquez un peu trop. Louis ne va pas tarder à arriver, et on rira d’avoir eu peur.

– Nilam… Richards est peut-être mort, mais les Autres existent toujours, articula prudemment Allénore. Les Aurors ne les ont pas tous arrêtés et le visage de Louis…

– Oui, oui, on sait, il est beau à se damner, s’extasia Emmalee.

Allénore se tourna lentement vers la cousine de Scorpius, et la foudroya des yeux, avant de sourire. On aurait dit une folle. Sur le point de commettre un meurtre.

– Oh ça va ! Je ne fais qu’énoncer une vérité ! se défendit Emmalee.

– Le visage de Louis est connu des Autres. Sans parler de tous les trafiquants de créatures magiques qu’il a fichu en pétard au fil des ans…

– Alors quoi ? Tu penses que d’anciens membres des Autres s’en seraient pris à lui ? l’interrogea Scorpius.

– Eux ou des trafiquants, affirma Allénore. Qu’importe dans quel guêpier il a encore mis les pieds, je le sais : il est arrivé quelque chose à Louis.

Scorpius posa une main sur la poignée de la chambre d’hôtel et acquiesça :

– Allons-y dans ce cas…

Nilam passa la première et lorsque Emmalee s’apprêta à en faire de même, Scorpius l’arrêta d’un geste ferme :

– Quelqu’un doit rester ici si jamais Louis réapparaissait.

– Je serais ravie de l’accueillir, sourit Emmalee.

Elle évita de justesse l’un des colibri d’Allénore, les mains sur les hanches, et croisa les bras sur sa poitrine.

– Désolée Emmalee, s’excusa la polyglomage.

Elle ne semblait pas l’être tant que ça cette fois-ci…

– Si vous n’êtes pas tous rentrés ici sains et saufs, je repars tout de suite en Grande-Bretagne et je préviens les Aurors, promit Emmalee.

Allénore jeta à Scorpius sa baguette avant de sortir à son tour.

– Sois prudent Scorp’…, l’implora Emmalee. Je n’aime pas ça…

L’ancien Poufsouffle haussa les épaules et tapota celle de sa cousine :

– Bienvenue dans mon groupe de potes, Emma. Chaque jour est une nouvelle aventure… Et Rose a déjà oublié quatre fois l’un de ses manuels dans le frigo. Alors oui, c’est possible.

***

Pékin était l’une des plus belles villes que Scorpius avait eu la chance de visiter un jour. Interdit de quitter le sol britannique, Drago Malefoy n’avait jamais pu emmener son fils ailleurs qu’en Cornouailles, où sa famille possédait quelques terres. En devenant Briseur de sorts, Scorpius avait rattrapé le temps perdu et apaisé sa soif de découvrir le monde et de voyager.

Tout le monde savait que Scorpius Malefoy, n’était pas le plus grand fan de Louis Weasley qui soit. C’était sûrement même une très belle litote. Alors c’était bien par amitié pour Allénore, que Scorpius se gelait le bout du nez à chercher un petit con arrogant et imbu de sa personne. Si ça n’avait tenu qu’à lui, Scorpius aurait dit à Allénore qu’il y avait bien d’autres hippogriffes dans le ciel…

La place rouge s’étendait à perte de vue devant eux. La musique aux mélodies pentatoniques retentissait sur un rythme joyeux et entraînant. Les feux d’artifices et pétards multicolores explosaient partout dans la nuit noire. Ils formaient des dragons, des lotus et pétillaient jusqu’à mourir éteints. Il y avait de nombreux stands juste devant eux, où une sorcière vendait des brochettes de cœur de lotus caramélisées, un autre, des choux-mordeurs de Chine, encore un autre, des pierres précieuses et des gemmes aux pouvoirs magiques. Il y avait des joueurs de Mah-Jong sorciers, des jongleurs de cognards en plein milieu du marché et des cracheurs de phénix perchés sur certains toits…

Les piliers rouges, les tuiles de jades, les statues de tigres qui s’animaient chaque fois qu’un passant les regardaientt, les nœuds porte-bonheurs, qui se faisaient à l’infini, les bébés zouwus qui se chamaillaient dans la rue, les éventails que se lançaient les enfants et qui revenaient vers eux, les peintures de soie qui semblaient bouder les touristes qui les ignoraient… Scorpius adorait découvrir un autre monde que le sien.

Il se promit d’y emmener Rose, très prochainement.

Il était persuadé qu’elle adorerait…

Allénore tendit la main pour que ses origamis s’y posent. Elle tourna délicatement sa baguette et chuchota à leur attention :

Invenire !

Les animaux repartirent à toute allure, se frayant un chemin parmi la foule dense qui affrontait la nuit et le froid de la ville.

– Ils vont nous ramener Louis ? demanda Nilam.

– Non. Mais ils nous guideront peut-être au dernier endroit où il a été aperçu, au dernier objet qu’il aura touché ou à la dernière personne à qui il aura parlé.

– Faudra que tu m’apprennes ce sort, commenta son amie.

Scorpius remit la capuche d’Allénore sur sa tête, en interceptant quelques regards trop appuyés sur son amie.

– Je n’aime pas ça.

Cette phrase aurait pu être leur devise à tous à force…

Nilam partit un peu plus loin devant eux, devant un stand présentant plusieurs élixirs de transformation instantanées. Scorpius surveilla que la jeune femme ne se fasse pas arnaquer et la regarda placer dans la paume de l’homme ce qui lui sembla être, un juste prix. Nilam, toute contente, trottina jusqu’à eux, les mains pleines de fioles qu’elle rangea consciencieusement dans sa mallette de potionniste qui ne la quittait jamais. Elle réajusta la bandoulière et la passa sur ses épaules avant de défroisser sa cape, fait du même tissu que celle d’Allénore.

Rose avait la même.

Elles les avaient achetées ensemble, à Dominique. Si Nilam avait râlé au début, Scorpius et Albus l’avaient vue caressé l’étoffe et sourire en tournoyant sur elle-même pour faire voler le vêtement. Nilam, Rose et Allénore avaient acheté le même modèle de capes, comme ces filles dans ces vieux films… Et elles avaient adoré le faire.

– C’est fou c’est qu’ils inventent des potions marrantes, les chinois ! Celle-ci, par exemple, fit Nilam en sortant de sa mallette une fiole orangée, fait cracher du feu ! Et celle-ci, transforme celui qui la boit en souris !

– Merveilleux, Nilam… Absolument merveilleux, la félicita Scorpius avec un enthousiasme feint.

Ils évitèrent de justesse un cognard qui s’approchait trop près d’eux, quand Allénore réceptionna l’un de ses colibris qui s’agita dans tous les sens. Elle le refit s’envoler et le suivit un peu en-dehors de la place, Scorpius et Nilam sur les talons.

– Je ne vois rien, fit Nilam sans cacher sa déception.

Allénore était sur le point de se mettre à pleurer. Nilam n’en menait par large non plus. Scorpius, plus calme, habitué à se trouver face à des énigmes à résoudre, observa le paysage avec plus d’attention, le passant au peigne fin de ses yeux.

– Si. Par terre. Regardez ! les alerta Scorpius.

Il se pencha pour ramasser une tige couverte d’épines, d’une fleur dont tous les pétales étaient manquants. Les origamis d’Allénore, rendus comme fous en voyant le végétal, s’apaisèrent quand Scorpius le tendit à leur maîtresse.

– C’est une rose ?

– Il semblerait.

D’un geste souple et assuré, Scorpius lança un nouveau sortilège de traçage. Une poudre scintillante sortie de sa baguette et traça un chemin, menant à un pétale de rose bleu, à quelques pas de leur position. Allénore le ramassa en souriant tendrement.

– Une rose bleue. Il allait m’offrir une rose bleue…

Scopius leva les yeux au ciel devant l’air énamouré de sa meilleure-amie.

Bon ok… Au fond, très, très au fond de lui, il trouvait ça mignon. Très niais, mais très mignon.

– Une seule ? s’étonna Nilam. Quel radin !

Le blond approuva en silence.

– Il y a un autre pétale plus loin, remarqua-t-il. Weasley a dû les semer pour qu’on le retrouve.

– Je n’aime pas ça. Je n’aime pas ça du tout, marmonna Allénore.

Une devise…

– Grave, il a détruit la rose qu’il comptait t’offrir.

L’ironie de Nilam fit mouche. Elle glissa alors sa main dans celle d’Allénore, qui se laissa faire. Nilam n’était pas très douée en communication, pour autant, la dernière chose qu’elle souhaitait, était bien de blesser une personne qu’elle aimait.

– Louis est intelligent et doué. Je suis sûr qu’il va bien, tenta-t-elle de la rassurer.

– S’il a fait ça… S’il a semé des pétales comme un petit poucet, c’est qu’il se savait en danger et qu’il savait aussi qu’il ne pourrait pas s’enfuir et que son seul moyen de s’en sortir, serait d’être retrouvé.

– Suivons les pétales, commanda Scorpius.

 

Il n’aurait jamais pensé prononcer cette phrase un jour dans sa vie.

Enfin si.

Mais dans un autre contexte.

Et sûrement pas pour retrouver ce Weasley ci !

 

Scorpius lança plusieurs sortilèges derrière eux, pour s’assurer qu’ils ne seraient pas suivi et laissa ses deux amies longer le fil de poudre scintillante qui se dessinait à mesure qu’ils avançaient. Ils sortirent finalement de la partie de la ville la plus animée, pour se retrouver à déambuler dans le quartier pauvre de Pékin.

– C’est aussi charmant que l’Allée des Embrumes, siffla Scorpius.

Les colibris d’Allénore ramassaient les pétales en silence et repartaient à tire d’aile pour l’entourer. Les fennecs devenaient de plus en plus agités et battaient l’air de leurs queues.

– Mais qu’est-ce qu’il a encore fait…, gémit Allénore en soupirant.

Le dernier pétale ramassé, Scorpius baissa sa baguette sans trop savoir quoi faire ensuite. Nilam désigna une porte de laquelle s’échappait par l’interstice, une faible lumière. Sur la porte, les pictogrammes chinois et dorés se baladaient gaiement sur le bois pourri.

– 笑龙. Le dragon rieur. C’est un bar clandestin, commenta Allénore, les yeux plus lumineux. Main Rouge y faisait de nombreux trafics. Je l’y ai déjà rencontré. Il y a une fosse, au milieu de la salle… Des sorciers, des vampires, des elfes, des gobelins… beaucoup y descendent et peu en remontent. Il y a des épreuves et les gens du bar parient tous sur qui y survivra. L’adresse change tous les soirs…

– Tu as rencontré Main Rouge ? fit Scorpius effaré.

– Tu as déjà été dans un endroit où on envoie des gens se faire tuer ? l’interrogea Nilam en frissonnant.

– Une fois ou deux, marmonna Allénore.

Elle toqua fermement à la porte et un voile transparent laissa apparaître un œil gigantesque sans pupille, qui la détailla attentivement. Il cligna, émettant un bruit humide particulièrement dégoûtant. Allénore enleva sa capuche et affronta son regard, persuadée que sa double identité, que Mistinguette, lui permettrait d’entrer sans trop de difficulté. Lorsque le voile commença à s’effacer, Allénore y plongea la main et saisit l’œil sans grimacer :

– Sais-tu qui je suis ? siffla-t-elle méchamment. Si tu n’ouvres pas cette porte…

Elle relâcha l’œil, qui s’était considérablement humidifié, la pupille faisant d’étranges mouvements circulaires et aléatoires . Nilam intercala son pied entre la porte et son embrasure pour s’assurer qu’on ne la leur refermerait pas au nez, et s’engouffra dans le bar.

 

***

Les fumées multicolores du bar donnaient mal à la tête. Scorpius commençait déjà à tituber. Allénore se massait les tempes et Nilam regardait d’un air émerveillé les volutes scintillantes qui s’accrochaient à ses cheveux. Scorpius attrapa un verre et en but le contenu sans s’interroger plus que de raison. Il grimaça en sentant l’alcool dévaler le long de son œsophage. De la tequilala. Il allait chanter faux… Il avait la tequilala fausse, à défaut d’Albus, qui avait la tequilala juste et qui était capable d’entonner avec brio des airs d’opéra avec un talent certain. Scorpius appréciait le goût sucré de cet alcool. Rose aimait beaucoup et avec Albus et Allénore, ils étaient capable de terminer une demi-bouteille et de chanter jusqu’à pas d’heures…

– Ah non Scorpius ! La tequilala ne te réussit jamais ! Tu nous casses toujours les oreilles !

Nilam prit un verre à son tour. Une bulle géante sortie de sa bouche et éclata devant elle. Elle se retrouva trempée de la tête aux pieds. Sa robe en laine noire ne ressemblait plus à rien. Elle jura avant de se sécher.

Allénore avait les yeux partout.

Depuis la disparition de Louis, elle avait la sensation de vivre en apnée et d’attendre douloureusement la prochaine remontée jusqu’à la surface. Ses poumons allaient exploser. Elle s’accrocha mécaniquement au bras de Scorpius, pour ne pas sombrer. Elle n’était pas sûre d’être capable de le faire. De rester ici. De leur montrer cet aspect de sa vie. Cette facette de sa personnalité.

Lorsqu’ils étaient entrés dans le bar, elle avait enlevé sa cape, s’était redressée et avait enfilé le masque de criminelle qu’elle avait porté pendant deux ans.

Revenir dans un endroit comme celui-ci, signifiait renfiler le costume de Mistinguette, redevenir la fille de Richards qui marchandait quelques pauvres créatures magiques contre la vie sauve. Elle fit glisser ses doigts sur les fines lettres gravées dans sa peau, qui écrivaient son pseudonyme. Scorpius, surpris, laissa Allénore s’appuyer sur lui sans rien dire. Il la sentait fébrile et tremblante.

La polyglomage ferma les yeux un instant, pour ne pas perdre pieds. Cela faisait plus de six mois qu’elle était rentrée en Grande-Bretagne et que sa vie avait retrouvé un semblant de normalité. Elle s’était réinstallée dans sa chambre, à la colocation. Rose, Albus et Scorpius l’avaient aidé à refaire toute la décoration. Ils avaient même changé les meubles et modifié la couleur des murs. Ils avaient compris que plus rien ne serait comme avant, et qu’ils allaient tous devoir aller de l’avant. L’important, était qu’ils étaient tous réunis et enfin ensemble. Louis était resté à l’écart, par obligation car il avait dû suivre les premiers cours de formation à la dragonologie en Roumanie, mais aussi volontairement, pour laisser le temps à Allénore et ses amis de reprendre leurs marques. Si le manque s’était installé en elle lorsqu’il lui avait annoncé qu’il ne rentrerait pas avant le mois prochain, elle l’avait finalement remercié quelques semaines après, consciente que ses amis et elle, avaient eu besoin de ce temps entre eux pour pleinement se retrouver.

Louis manquait à Allénore dès qu’elle ne le voyait plus. Ce n’était pas une question de temps. C’était une question de distance.

Il y avait encore tant de non-dits et de silences entre Rose, Albus, Scorpius, Nilam et elle. Allénore avait dû s’adapter à toutes les nouveautés, à savoir l’amitié nouvelle d’Emmalee et Scorpius, le fait que Louis vivait désormais en colocation avec James, devenu Auror et qui y invitait régulièrement Citlali Tucker, sa petite-amie… Contenir Gribouille, son chat, et Roméo, le rat de Citlali, avait été un nouveau défi. Allénore avait dû apprendre à marcher dans les rues du Chemin de Traverse la tête en haute, en ignorant les regards pesants sur elle et les insultes des sorciers blessés par les actions des Autres. Tout le monde savait qu’elle était une espionne. Mais tout le monde savait aussi qu’elle était la fille du criminel qui les avait fait souffrir et qui avait mis en péril le secret magique.

Allénore s’était réinscrite à l’École des Enchantements et Sortilèges Supérieurs. Elle avait pris sa place en tant que consultante diplomate pour le Ministère de la magie, qui lui versait une pension assez généreuse pour ses services. Elle avait commencé à apprendre à maîtriser ses dons de polyglomage. Elle avait veillé sur Tommy. Elle avait évité sa famille.

Un pas après l’autre…

Et là, dans ce bar, Allénore reculait.

Elle replongeait dans un monde de débauches, de crimes, de délits et de crasse.

Mille émotions vinrent chuchoter à son oreille. L’homme accoudé au bar avait peur. La femme à la table de billard, avait envie de sexe. Le petit blond, assis au milieu de grands barbus, était en train de fomenter un mauvais coup. L’une des serveuses, une toute petite femme aux cheveux verts et aux yeux bleu, était inquiète et soucieuse. Son collègue, lui, était joyeux et léger. Allénore concentra ses forces sur Scorpius, troublé par ses réactions et son silence, et sur Nilam, tendue mais curieuse.

– Allénore… Tout va bien ?

Elle hocha la tête et offrit un sourire forcé à Scorpius.

— Tu mens…

— Pardon.

Il y avait trop d’émotions ici.

Les hommes qui jouaient aux cartes pour s’échanger des botrucs. Ce groupe d’amis qui volaient dans les poches de tout ceux qui s’approchaient d’un peu trop près… Et puis, il y avait cette rousse, qui tenait dans le creux de sa main, des pilules jaune canaris.

Du conscidisti.

Le fantôme de Han Derrick soufflait à son oreille.

« Crois-tu qu’elle s’en sortira, même si vous gagnez ? Crois-tu qu’elle se remettra de son addiction au conscidisti ? ».

Parfois, elle avait peur que non. Elle avait peur qu’il ait raison.

– Woah…

Nilam avait la bouche grande ouverte face au trou béant qui était creusé à même le sol.

– C’est une arène…

– Quel intérêt si on ne voit pas les combats ?

– Le frisson. Le pari. Les gens n’ont connaissance de ce qu’il y a au fond du trou qu’au moment où le ou les combattants du jour ont été descendus …, expliqua Allénore. Eux-mêmes ne savent pas ce qu’ils vont affronter.

Une arche traversait la fosse, de laquelle pendait dans le vide abyssal une corde. Nilam s’approcha, Allénore sur les talons, et lorsque la potionniste se pencha au-dessus de la fosse, qui n’était délimitée par aucune barrière ou protection qui auraient pu empêcher les maladroits de mourir dans l’obscurité sans fin de ce trou, elle en eut quelques vertiges.

Un bruit d’explosion venu d’en-bas les fit sursauter. Les murs se mirent à trembler mais imperturbables, les clients du bar continuaient de rire, de parier et de s’amuser. Lorsque de la fumée s’échappa du trou, ils s’arrêtèrent un instant. Nilam recula et un cri bestial déchira le nouveau silence.

– Oh, le nundu a dû avoir ce pauvre gobelin, va ! s’écria quelqu’un.

Il y eut quelques applaudissements, quelques mines réjouies, quelques mains soudainement pleines d’or et de pièces, mais aussi quelques larmes et visages attristés.

– Un gobelin vient de mourir et…

– Main Rouge a popularisé les combats abyssaux, répondit Allénore en le regardant avec tristesse. C’est comme ça que ça s’appelle…

– Est-ce que tu …

Scorpius se tut sans terminer sa question. Est-ce qu’Allénore avait participé à ce genre de combats ? Pour prouver aux Autres qu’ils pouvaient lui faire confiance ? Pour se faire des contacts ?

– Les épreuves et les créatures présentes au fond du trou changent tous les soirs. Parfois, il y a des sirènes et des strangulots. L’eau déborde de l’abysse. D’autres fois, ce sont des détraqueurs. Le seul moyen de remonter, est par cette corde, désigna Allénore. C’est le tenancier qui la remonte, une fois que la cloche de la victoire sonne… En deux ans et quatre-vingt soirées passées ici, je ne l’ai entendue que quatre fois …

– QUI A DU CONSCIDISTI ? hurla une voix désespérée dans le bar, faisant se soulever une vague de rires.

Scorpius serra la main d’Allénore et l’obligea à le regarder, alors qu’elle avait baissé la tête, honteuse des souvenirs de son sevrage qui l’assaillaient.

Derrière l’épaule de Scorpius, elle revit cette petite serveuse aux cheveux verts, qui ne la lâchait pas des yeux.

Son visage lui disait quelque chose…

– La serveuse, là…, se reprit Allénore. Elle est anormalement préoccupée. Elle me regarde étrangement… Je crois que nous pourrions l’interroger.

Ses colibris et fennecs, surexcités, volaient tout autour d’elle, prêts à attaquer.

– Ça ne sera pas nécessaire, indiqua Nilam en pointant du doigt le fond du bar. Cet idiot était en train de se saouler depuis le début…

Allénore tourna la tête et son cœur rata un battement lorsqu’elle aperçu Louis, bien portant et sur ses deux jambes. Il était assis entre deux femmes qui gloussaient et dont il avait enveloppé les épaules de ses bras. Il riait à gorge déployée.

Un sourire se mit à naître sur son visage, comme chaque fois qu’elle voyait Louis.

Mais sa mine réjouie se fana rapidement.

Elle fronça les sourcils.

Quelque chose n’allait pas.

Louis ne ferait jamais ça.

Il ne lui ferait jamais ça.

Il ne serait jamais allé au bar clandestin du coin. Pas sans la prévenir.

Et il n’agirait pas ainsi. Certes, il était aussi taquin que câlin, mais la façon dont il tripotait ces deux femmes… Ce n’était pas Louis. Il ne ferait jamais ça à Allénore…

Quelque chose n’allait pas.

– Je vais le tuer, grogna Scorpius.

Allénore l’arrêta d’une main ferme. D’un sortilège informulé, elle ordonna à ses oiseaux d’aller vérifier l’identité de cette personne. Le premier colibri qui revint à elle, lui confirma qu’il s’agissait bien de Louis.

Ses doigts se crispèrent davantage sur sa baguette.

– Je n’arrive pas à y croire.

– Polynectar ? supposa Nilam.

– On va vite le découvrir, grommela Allénore en s’avançant.

Elle marcha d’un pas pressé jusqu’à Louis, qui immédiatement, avala sa gorgée de travers et repoussa précipitamment les deux femmes à ses côtés.

– Nore ! Je suis désolé, j’ai complètement…

Il savait qui elle était, et assez bien pour utiliser le surnom que Louis attribuait à Allénore lorsqu’ils étaient tous les deux.

Seulement et uniquement lorsqu’ils n’étaient que tous les deux.

– Oublié que t’existais ? T’es aussi débile qu’un véracrasse ma parole ! s’emporta Scorpius.

– Les veracrasses sont des créatures bien plus malignes qu’il n’y paraît, les défendit Louis avec conviction.

Le froncement de sourcils d’Allénore s’était accentué au point qu’il creusait son front d’un pli disgracieux. Elle fit aller ses fennecs de papier jusqu’à Louis, qui se frottèrent à sa joue, signe qu’ils le reconnaissaient. Louis et Allénore avaient fabriqué ces origamis ensemble … Elle prit le verre de Louis et le renifla, avant de le tendre à Nilam.

– Ce n’est que de l’alcool, All.

La potionniste le goûta en se pinçant le nez.

– Du mauvais alcool. Mais il n’y a ni drogue ni potion dans ce verre.

Allénore rappela ses origamis près d’elle et poussa l’une des filles, pour se faire une place entre Louis et elle, muée d’un instinct primaire qu’elle détesta.

Louis était son copain.

– Qu’est-ce qui t’a pris, bon sang ! Nous étions morts d’inquiétude ! le gronda Scorpius.

– Oh du calme Malefoy ! Je n’ai pas de compte à te rendre.

Le magizoologiste effleura l’une des tempes d’Allénore de ses lèvres qui restait de glace alors qu’elle savait, qu’elle aurait dû fondre de bonheur.

Elle, elle l’observait avec attention, cherchant le moindre détail qui lui permettrait de démasquer l’imposteur.

Le tatouage derrière son oreille était bien là. Le grain de beauté à la lisière e ses cheveux, juste à droite, était bien présent.

Lorsqu’il l’embrassa, elle se laissa mollement faire mais rompit rapidement leur baiser. Il la regarda, surpris, avec une expression qu’elle connaissait par cœur, en tout point fidèle à celle qu’il lui aurait habituellement faite dans les mêmes circonstances.

Allénore en avait l’intime conviction.

Cet homme n’était pas Louis.

– Je me suis inquiétée.

– Pardon, Nore… Je suis vraiment désolé, s’excusa-t-il.

Allénore intercepta son regard, posé sur la tige pleine d’épines que tenait Louis, et les pétales de rose bleus que les colibris de papier tenaient entre leurs pattes. La serveuse de tout à l’heure leur tournait autour et lançait des coups d’œil insistant envers Allénore. Trouvant un prétexte pour la faire venir, Allénore l’appela pour commander de quoi manger. Nilam et Scorpius prirent deux chaises et s’installèrent en face de Louis, qui ne semblait pas décidé à bouger d’ici. Allénore sortit de la poche arrière du jean de Louis, sa baguette :

– Tu sais ce que ta mère dit à propos des gens qui laissent leur baguette à cet endroit ?

Le coeur d’Allénore était alarmé : comment cette personne avait-elle pu se procurer la baguette de Louis ?

Parce qu’il s’agissait bien d’elle.

Allénore reconnaissait la tache de café présente sur le manche.

– Qu’ils sont des inconscients et qu’ils mériteraient d’y perdre l’une de leurs deux fesses, répondit-il en reprenant sa baguette.

Comment cette personne pouvait-elle savoir autant de choses sur Louis et lui ressembler autant ?

Rien ne trahissait l’imposteur.

Lorsque la serveuse revient avec une assiette de soupe locale sorcière, dans laquelle baignait deux fleurs de lotus qui sifflaient un air joyeux, elle fut vite rappelée par son patron. Allénore n’eut pas le temps de lui dire quoi que ce soit… Elle prit une cuillère anormalement trop grande et l’amena au niveau de son visage. Elle commença à manger sa soupe, tout en cherchant un nouveau prétexte pour parler à la serveuse en toute discrétion. Elle ne voulait pas éveiller les soupçons de qui que ce soit et aurait mis sa main à couper qu’elle était observée.

Nilam ne disait rien. Scorpius était à deux doigts de sauter à la gorge de Louis. Et Louis, lui… Il lui chuchotait des mots, des phrases si… parfaitement Louisesque… qu’Allénore commençait à douter de son instinct et de sa propre intuition. Elle était sur le point de terminer sa soupe, lorsqu’elle leva de nouveau la cuillère à hauteur de son visage. Elle s’arrêta sur son reflet et sursauta lorsque Louis entortilla l’une de ses mèches autour de ses doigts.

Louis n’avait pas de reflet.

Elle n’eut pas le temps de réagir.

Un éclat pourpre s’abattit à leur table et muée d’un réflexe qui la quitterait plus jamais, elle planta le manche de sa cuillère dans la cuisse de l’imposteur, qui hurla à s’en éclater la voix. Elle se jeta sous la table, après l’avoir paralysé et se retrouva nez-à-nez avec Scorpius et Nilam, qui l’avaient imité en se réfugiant sous la table.

Ils étaient tout un groupe, à leur dire de sortir de leur cachette et à les attaquer.

— Bordel…, maugréa Nilam.

— Certains Autres sont sûrement ici, comprit Allénore. C’était un repère pour eux.

Scorpius fit pousser du sol d’immenses lianes qui vinrent emprisonner leurs assaillants. Nilam examina le terrain et son regard s’illumina. Elle pointa sa baguette sur le verre à pied qu’une femme tenait dans ses mains et sortit l’une des fioles de potions qu’elle avait acheté au marché :

Reposita !

Lorsque la femme trempa ses lèvres dans sa boisson, Nilam sourit machiavéliquement.

– Chaud devant !

Sa pauvre victime se mit à cracher d’immenses flammes qui leur donnèrent quelques secondes de diversion et de répit. Nilam en profita pour désarmer quelques sorciers et remplacer d’autres boissons. Bientôt, le bar ne fut remplis plus que de souris, de cracheurs de feu, de bulles, ou de crapauds. Scorpius avait fait prisonniers plusieurs attaquants, qui se débattaient les pieds empêtrés dans ses lianes. Il les libéra et d’un claquement doigt, les fit tomber à terre. Son sort de gravité fonctionna un peu trop bien et Allénore sentit son corps se plaquer un peu trop vers le sol. Scorpius en reprit la maîtrise et l’aida à se relever.

La table derrière laquelle ils s’étaient réfugiés, explosa devant eux. Allénore, plus rapide, lança un protego avant de multiplier ses origamis. Ils blanchirent l’espace, serrés en rangs bien droit et alignés, battant de leurs ailes rapides ou jappant, attendant l’ordre de leur maîtresse. Lorsqu’Allénore lança l’assaut, les créatures de papier fendirent les airs et coupèrent profondément plusieurs joues, bras et jambes, avant de se planter férocement dans les peaux de ses ennemis. Elle les changea de matière, les faisant devenir tantôt de métal, tantôt d’eau, de feu ou d’air. Insaisissables et rapides, les origamis d’Allénore se battaient intelligemment, suivant chaque indications mentales de leur créatrice. Scorpius fit s’abattre un coup de poing bien maîtrisé à un homme qui s’approchait un peu trop près.

– Il faut qu’on sorte d’ici, fit Nilam. Je n’ai bientôt plus de potions et je ne sais pas combien de temps elles feront effet.

Elle en jeta une devant devant eux et une immense vague bleue et collante se mit à gonfler. Pris dans la substance visqueuse, il était impossible de bouger ne serait-ce qu’un doigt de pied.

– Albus est une catastrophe en potion… Mais celle-ci est sa création.

— Severus Rogue doit s’en retourner dans sa tombe, plaisanta Scorpius.

— Il voulait faire un philtre pour faire pousser les plantes. Je lui ai proposé de la lui faire mais sa petite fierté potterienne a pris le dessus…

– Une chance qu’il n’ait jamais arrosé celles de Rose avec cette chose ! ricana Scorpius.

– On ne va pas tenir très longtemps, s’alarma Allénore. Ils ont sûrement verrouillé toutes les issues.

Scorpius contre-attaqua et répondit :

– Je peux faire sauter les sorts de …

– On ne peut pas partir sans savoir ce qui est arrivé à Louis !

– Scorpius, fait sauter ces putains de verrous ! hurla Nilam.

Une explosion les fit taire et l’imposteur qui avait l’apparence de Louis, se mit à hurler à l’aide. Allénore lui arracha sa baguette et s’en servit pour dégager ses cheveux qui gênaient sa vue pour se faire un chignon. Il était hors de question que cette personne garde plus longtemps sur elle la baguette de Louis ! Avec Scorpius, ils se regardèrent d’un commun accord et leurs baguettes tendues vers le ciel, lancèrent le même sort :

Morabor !

Nilam se joignit à eux, et toutes les personnes – et animaux – se mirent à avancer au ralenti. Scorpius s’attacha à en désarmer le plus possible, alors qu’Allénore avait un pied enfoncé dans la poitrine de Louis, et le relevait en le tenant par le col :

– Qui es-tu ?

– Nore… Voyons, c’est moi !

– Louis ne m’appelle « Nore » que lorsque nous sommes tous les deux. Alors je te le demande une dernière fois : qui es-tu ?

– Louis Weasley.

– Bon j’en ai ras le chapeau pointu, pince lui le nez, All ! ordonna Nilam.

La potionniste sortit de son sac une nouvelle fiole qu’elle déboucha rapidement. Elle força Louis a ouvrir la bouche et la referma pour le forcer à avaler son contenu.

– Qui es-tu ? redemanda Nilam.

– Louis Weasley.

La prise d’Allénore se relâcha.

– C’est du veritasserum, All. Il dit la vérité…

– Ce n’est pas possible. Ce n’est pas Louis…, bredouilla Allénore. Fais-moi confiance…

Nilam faisait confiance à Allénore. Elle l’aurait suivie jusqu’au bout du monde.

Mais seulement parce qu’on s’éclatait toujours avec une fille à problèmes comme Allénore.

– Où est le vrai Louis Weasley ? insista Nilam.

– Sous-sol, troisième porte à gauche au bout du couloir.

Allénore soupira de soulagement.

Son intuition avait été la bonne.

– Comment accède-t-on au sous-sol ?

Le faux Louis avala sa salive avec peine, se débattit un instant et pointa finalement du doigt une porte dans leur dos.

Allénore le jeta à terre et reprit sa grande cuillère, toujours fichée dans la cuisse de Louis. Elle fit sortir des chaînes de sa baguette et obligea Louis à se relever.

– Je ne vais pas pouvoir maintenir le sort bien longtemps, gémit Scorpius.

Nilam se précipita pour lui prêter main forte, alors qu’Allénore guidait le faux Louis jusqu’à la porte de service qui menait au sous-sol. Allénore plongea le bar dans une nuit noire et obscure, après fait éclater toutes les ampoules et sources de lumières de la pièce, avant de lancer un sortilège de vision nocturne à ses amis. Elle fit signe à Nilam et Scorpius de la rejoindre et écarquilla les yeux lorsque l’ancienne Serdaigle sortit de son sac la cape d’invisibilité des Potter.

– Non mais je rêve ! Tu l’as volée à Albus ! s’exclama Scorpius.

– Oh ça va ! Ce qui est à lui et à moi aussi.

– On dit ça après le mariage…, nota Allénore.

– Oui bah il sera bien content de savoir que je l’ai empruntée quand je rentrerai à la maison avec tous mes membres.

– On ne tiendra jamais à quatre en-dessous…, fit remarquer Allénore.

La faux Louis recommença à hurler et elle le fit rapidement taire en se servant de sa baguette.

– C’est pour ça que vous allez me faire un plaisir de boire cette connerie ! sourit Nilam en lançant deux fioles à ses amis.

Ils échangèrent un regard sceptiques, et entendirent des bruits qui attestaient du fait que les personnes présentes dans le bar recommençaient à bouger. Allénore jeta quatre nouveaux sorts après avoir rappelé ses origamis : quatre illusions parfaites, quatre corps semblables aux leurs, qui serviraient de distraction et qui avaient pour commandement de s’échapper au plus vite. Scorpius déglutit bruyamment et Allénore et lui, burent le contenu des fioles sans perdre de temps. Ils se sentirent rapetisser et Nilam devenue géante, les prit dans sa main pour les positionner sur ses épaules. Elle les drapa, eux et le faux Louis, de la cape d’invisibilité des Potter.

A leur grande surprise, leur plan plus que bancal fonctionna. Les lumos lancés par leurs assaillants n’étaient pas assez forts pour bien éclairer la pièce, toujours plongée dans le noir. Les illusions d’Allénore filèrent droit vers les portes déverrouillées par Scorpius. Quand la moitié des clients et trafiquants du bar se mirent à les suivre, les trois compères se mirent à respirer plus normalement. Nilam souleva le corps de Louis d’un levicorpus et elle leur fit emprunter la porte dans leur dos, qui conduisait au sous-sol. Elle la referma derrière eux et prit soin d’insonoriser la pièce et de lancer un collaporta. Elle déboucha une nouvelle fiole qu’elle porta aux museaux des souris perchées sur ses épaules et hurla de les sentir prendre du poids à toute vitesse. Ils tombèrent tous à la renverse dans le long escalier jusqu’à atterrir les uns sur les autres en bas, le dos endoloris et les jambes toutes emmêlées.

– Je crois que je me suis cassé le nez, geignit Scorpius.

– Attends, tu saignes, le soigna Allénore en lançant un sort de guérison.

– J’aurais dû vous poser à terre avant de vous donner l’antidote…, grimaça en se relevant péniblement. Heureusement que Louis était là pour amortir ma chute…

Ils se regardèrent tous les trois.

L’adrénaline retomba d’un coup.

Et ils éclatèrent de rire.

***

Leurs trois baguettes dans le dos du faux Louis, Nilam, Allénore et Scorpius avançaient depuis plusieurs minutes dans le long couloir, attendant impatiemment la troisième porte à gauche… Ils désespéraient même de trouver la première.

– Bon, tu t’es fichu de nous c’est ça ? s’agaça Nilam.

– Peut-être bien ! répondit l’imposteur.

Nilam jeta un regard alarmé à ses amis.

– Ce n’est pas normal… Le veritaserum devrait continuer à faire effet. Il ne devrait pas mentir. Une telle résistance n’est pas… normale.

Guidés à la lumière de leurs baguettes, ils continuèrent d’avancer jusqu’à ce que Scorpius les arrête. Ils n’auraient pas dû mettre tant de temps à trouver cette maudite porte…

Revelatio Totalum !

Le fond du couloir se mit à avancer jusqu’à eux, sans s’arrêter. Scorpius prit ses deux amies par la main et les poussa brutalement loin du mur qui se rétractait sur eux. Attrapant le faux Louis par la veste, il le jeta au loin à son tour avant de lever son sort. La poussière dégagée et soulevée par les murs qui s’étaient mis à bouger les firent tousser de concert. Le couloir reprit son apparence initiale.

Exitus !

Quelques portes se dessinèrent à gauche, mais seulement trois à droite. Allénore fut la première à ouvrir celle qu’ils cherchaient et se retrouva nez-à-nez avec des caissons en bois empilés les uns sur les autres.

– Louis ?

Le silence lui répondit. Scorpius lança plusieurs sortilèges et brisa quelques sorts de camouflages qui firent apparaître des caisses supplémentaires, qui bougeaient et grondaient.

– Il y a quoi dedans ?

– Quelque chose de très en colère, répondit Nilam en frissonnant.

Patefactio ! marmonna Allénore.

Le bois du caisson devint transparent et leur permit de voir à l’intérieur quelques dizaines de focifières. Elle répéta le sort sur plusieurs caisses. Nombreuses d’entre elles contenaient des miroirs, des objets moldus qui paraissaient inoffensifs. D’autres, étaient remplies de botrucs, de nifleurs, ou d’œufs sur le point d’éclore …

– Louis est peut-être à l’intérieur de l’un d’eux…

– Je n’ai pas d’autre veritaserum sur moi, je suis désolée Allénore, s’excusa Nilam. Je doute que cette… créature nous révèle quoique ce soit.

Allénore soupira. Elle avait déjà commandé à ses origamis de retrouver Louis, mais ces-derniers restaient collés à l’imposteur qui secouait la tête dans tous les sens pour s’en débarrasser. L’un des caissons se mit subitement à bouger et le couvercle se souleva.

L’homme coiffé d’un chapeau de cow-boy qui en sortit se retrouva nez-à-nez avec trois sorciers passablement énervés et à bout de nerf.

– Woah woah ! Du calme…, fit-il en levant les mains.

– Un américain, commenta Nilam en grimaçant.

– Où retenez-vous vos prisonniers ? l’interrogea Allénore.

– Nos prisonniers ? Mais ma jolie, on n’a pas de prisonnier ici. Rien d’aussi illégal.

– Oh non, jamais que des créatures magiques que vous devez vendre sur le marché noir…, cracha Scorpius.

– A qui sont destinés ces caisses ? Où doivent-elles aller ? reprit fermement Allénore en pointant sa baguette sur le sorcier.

– Je serais bien inconscient de vous répondre…

L’homme sortit prudemment de la caisse, enjambant lentement les parois. Sa moustache en « u » au-dessus de sa minuscule bouche pleine de suie, il épousseta sa robe avec cérémonie :

– Je vous connais… , murmura-t-il en examinant le visage d’Allénore. Vous êtes … une amie de Main Rouge.

Le masque d’impassibilité d’Allénore manqua de s’effondrer. Elle reprit contenance en hochant simplement la tête. Le nom de Main Rouge était resté célèbre dans le milieu des trafiquants de créatures magiques. Il les protégerait. Cet abruti de Jed le lui devait bien…

Cet homme semblait sortir d’un autre monde et ne pas être au courant des dernières actualités.

– Ça fait combien de temps que vous…

– J’ai été missionné dans les hautes montagnes japonaises en début d’années. Coupé de toute magie, à la recherche de créatures magiques assez rares que je viens de ramener. Main Rouge sera sûrement ravi que je lui offre quelques spécimens.

Allénore abaissa sa baguette.

– Je suis Main Rouge, se présenta-t-elle.

Le mensonge était gros. Très gros. Mais Allénore tendit le poignet, fit remonter ses bracelets et d’un coup de baguette, montra le sceau magique que seuls les membres de l’ancien réseau créée et dirigé par Main Rouge portaient. Elle l’activa de sa baguette et le montra, en retenant ses tremblements.

Les voix de Han, d’Ombrage, d’Alexeï et de son père remontaient dans sa tête.

Noanne chantait. Polly la grondait. Jia Li riait.

Et Allénore redevenait Mistinguette.

Une menteuse.

« Tu sais qu’elle sera toujours habitée par ses démons ? Qu’elle n’ira jamais bien ? ».

Han Derrick avait prononcé ces mots à Louis, la nuit où il était mort. Et Allénore n’avait jamais oublié ces questions, qui tournaient en rond dans sa tête.

Tout impressionné, le sorcier s’inclina poliment.

Nilam eut la nausée.

Scorpius sentit son cœur tourner au plomb et devenir trop lourd.

Allénore pointa du doigt l’imposteur que ses amis tenaient.

– On cherche cet homme, bredouilla-t-elle sans trop savoir comment s’expliquer.

– Il est droit où pointe votre doigt, sourcilla le sorcier.

– Ce n’est pas vraiment lui. Je cherche le vrai.

– Aaaah je vois… C’est un ungaikyō !

Le faux Louis commença à s’agiter.

– Un ungaikyō ? demanda Nilam.

– C’est une créature magique japonaise très rare qui vit dans les miroirs…, expliqua Allénore. On raconte que l’espèce est presque éteinte. Elle est… malfaisante au possible et très puissante. On ne les détecte seulement parce qu’elle n’a pas de reflet.

Le sorcier enleva son chapeau et s’avança dans un coin de la pièce.

– J’en ai ramené un, hier. Tenez, il est juste là.

Ils tournèrent tous les trois la tête par réflexe pour découvrir un grand miroir rond et sertie de pierres précieuses.

– Ne regardez pas ce miroir, les prévint Allénore. Si vous croisez directement les yeux d’un ungaikyō il vous possédera et enfermera votre essence dans le miroir qui le retient.

– Si votre ami s’est fait prendre par un ungaikyō, il n’y a pas de danger. Les ungaikyō ne peuvent posséder qu’une personne que tous les cent ans. Il pourra vous influencer à la limite... Faites simplement en sorte que l’ungaikyō se regarde dans le miroir, commanda le sorcier en coupant Allénore.

Scorpius posa sa main sur la nuque du faux Louis et le força à se planter devant le miroir. Toujours enchaîné grâce au sort d’Allénore, la créature magique se débattit avec force. Allénore fixait le miroir en attendant un miracle. Elle sourit.

Comme dessiné à l’arrière-plan d’un immense néant, Louis Weasley, piégé à l’intérieur du miroir, semblait dormir paisiblement.

Finalement, la surface solide du miroir se mit à ondoyer et un souffle argenté en sortit, aspirant l’air autour d’eux. Le corps de Louis cessa de se débattre et se ramollit. Il tomba en arrière et Scorpius le rattrapa juste avant qu’il ne tombe.

Allénore lui en aurait voulu de le laisser s’éclater sa petite gueule de faux ange sur le sol crasseux…

Dans le miroir, la créature de nouveau enfermée grondait et tapait son front contre la surface de verre. Ses grandes dents acérées prenaient toute la largeur de l’objet et ses yeux noirs, sans fond, étaient terrifiants.

Allénore s’accroupit à hauteur de Louis et lui caressa la joue.

– Bon… Maintenant… Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais prendre congé…, marmonna le sorcier.

Scorpius n’eut pas le temps d’agir. Le sorcier descella d’un sortilège informulé le caisson le plus proche et prit la fuite en prenant soin de fermer la porte derrière lui.

Le blond fit immédiatement face à son double, habillé en clown, et trébuchant tous les deux pas.

Riddikulus !

Le nez du clown grossit au point d’éclater et Scorpius le renvoya dans le caisson avant de se tourner vers Nilam, qui faisait face à une adolescente, nue, simplement habillée de tennis rose fushia. Complètement paralysée, Nilam tenait sa baguette devant elle sans rien dire.

Cora Hennings. La fille qui avait été violée et tuée sous ses yeux, lorsque Nilam était dans l’arène des Autres.

Nilam avait envie de s’arracher les yeux.

– NILAM !

La jeune femme se reprit et lança son riddikulus sur l’un des épouvantards alors que Scorpius s’occupait de l’autre.

Allénore était blanche. Il y avait un troisième épouvantard, attaqué par les origamis en forme de colibri et de fennec.

Son épouvantard avait changé. Ce n’était plus une immense pièce noire où elle était isolée de tout.

C’était une personne.

Un humain. Un visage connu qu’Allénore voyait dans ses cauchemars. Un visage qui lui donnait envie de ne plus rien ressentir, qui lui broyait le cœur et l’immobilisait de frayeur ; Un visage qu’elle se forçait à ne jamais oublier, parce qu’il était en partie responsable de nombreuses de ses angoisses…

« Tu sais qu’elle sera toujours habitée par ses démons ? Qu’elle n’ira jamais bien ? ».

Han Derrick était en face d’elle et allait tuer Louis.

Riddikulus !

Nilam venait de neutraliser et d’enfermer le dernier épouvantard.

Allénore, assise à même le sol, retenait ses larmes. Ses colibris revinrent à elle. Nilam ramassa le chapeau de cow-boy que le trafiquant avait laissé tomber en prenant la fuite.

Louis Weasley reprit conscience avec un Scorpius Malefoy en sueur à sa droite, une Nilam pâle comme la mort et en train de s’admirer avec son nouveau chapeau dans le miroir de l’ ungaikyō à sa droite, et une Allénore tremblante. Il lui offrit un sourire un peu faible qui alerta immédiatement la polyglomage. Alors, il prit sa main dans la sienne, l’air de dire « J’arrive, promis. Dès que ma tête aura arrêté de tourner et les étoiles de danser ! ». Allénore dégagea son front de quelques mèches blonde et hocha la tête, simplement heureuse de le voir relativement bien-portant.

– J’ai l’impression qu’une armée de sombrals m’a piétinée …, gémit-il après quelques instants.

Allénore lui sauta dans les bras et le serra contre elle. Il étouffa un cri en sentant sa cuisse lui faire anormalement trop mal. Il l’examina par-dessus l’épaule d’Allénore et y découvrit une plaie encore sanguinolente qui avait transpercé son jean.

– Désolée, s’excusa Allénore. Je t’ai planté une cuillère dans la cuisse.

– Je te pardonne, sourit-il.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? lui demanda Allénore.

Scorpius aida Louis à se relever :

– J’ai suivi ce groupe d’hommes, qui se vantait de faire une grosse transaction et de vendre des œufs de Pansedefer-Ukrainien. Alors…

– Tu les as espionné et tu t’es fait prendre comme un abruti ?

– Non. Je me suis infiltré et j’étais pas loin de reprendre les cargaisons avant de croiser le regard d’un ungaikyō. J’ai à peine eu le temps de détourner les yeux que j’étais piégé…

Nilam le coiffa de son chapeau avec un sourire :

– Allez princesse ! Maintenant qu’on t’a sauvé, on peut rentrer. Tu nous expliqueras tout ça plus en détail quand on sera à l’hôtel.

– Je trouve que ça me va bien, commenta Louis en admirant son reflet.

– Je trouve aussi, sourit Allénore.

– Tu m’as manqué, évidemment. Mais je suis particulièrement heureux de te voir. Plus que d’habitude, j’entends.

Il passa une main dans son chignon pour reprendre sa baguette magique et déposa ses lèvres sur les siennes.

Là, Allénore fondit de bonheur.

Elle l’épaula pour l’aider à avancer et Nilam sortit de sa mallette une nouvelle fiole :

– Allez les souris, sortons d’ici.

– Et pourquoi ce serait à nous de nous transformer et à toi de nous faire sortir ? se plaignit Scorpius.

– Parce que c’est moi qui ai la cape d’invisibilité. Celui qui a la cape, décide. C’est la règle, c’est comme ça !

– Tu fais chier Nilam…

– Allez mon petit rat ! Avale ! fit jovialement Nilam en lui tendant la fiole.

Allénore riait légèrement.

Elle s’arrêta bien vite.

Dans l’une des caisses rendue transparente par l’un de ses sorts, le visage de Han Derrick lui faisait face et lui souriait avec malice.

Il lui fit un clin d’œil et Allénore cilla, pourtant figée de terreur.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, Han Derrick avait disparu.

– Partons d’ici. Immédiatement, exigea-t-elle froidement.

Ils s’exécutèrent sans poser de questions, et quittèrent le bar clandestin rapidement. La pagaille qui y régnait toujours permit à Nilam de se glisser parmi les nombreux clients, avec trois souris sur les épaules, drapée dans la cape d’invisibilité des Potter.

– Sacrée expérience…, marmonna-t-elle avant de refermer la porte de bois pourri derrière elle.

 

 

End Notes:

When you go sailing, take good care
I know that you'll find what you need out there
Even the bravest of hearts they get scared
They get scared

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rachel Aimy, pinterest

 

 

Chapitre III by CacheCoeur
Author's Notes:

Dana Wikins, unsplash

Supernatural - Barns Courtney

She doesn't sleep - Anthony Arnorim

Falling Up - A million in Vermillion

Dance When you Cry - Fiji Blue

Little Talks - Of Monsters and men

Never Let me Go - Florence + The machine

 

 

Hey, if you don't mind
I think there's something wrong with a friend of mine
She's wasting away all her time
Looking through the past for something
You'll feel it coming, her mind's a running

 

 

Londres, 15 avril 2030, 2h00 du matin heures de Londres

 

Han Derrick tenait Allénore Rameaux à la gorge.

Elle battait des pieds pour leur faire toucher le sol et cherchait désespéramment l’air. Il la soulevait d’une main et de l’autre, lui caressait la joue. Un geste tendre mais qui la faisait se sentir sale. Elle commençait à voir des paillettes blanches danser sous ses paupières. Elle entendait son sang battre dans ses tempes.

– Tu vas mourir. Tu vas mourir. Tu vas mourir.

Et Allénore secouait la tête, sa gorge glissant contre la main immonde et moite de Han Derrick.

– Je t’ai dit que si tu nous trahissais, je te le ferais payer très cher.

Et Allénore se débattait.

– Rose. Albus. Scorpius. Nilam. Alza. Tommy. Qui sera le prochain ou la prochaine, ma douce ?

Et Allénore hurlait dans le fond de sa gorge, jusque dans ses poumons.

– Marco, Noanne, Hayden, Lola… Jia Li… Morts et mortes. Creuseras-tu leurs tombes pour qu’ils ne soient pas seuls ? Y plongeras-tu les corps de tes amis pour qu’ils aient de la compagnie ?

Et Allénore s’épuisait à lui résister.

– Et Louis ? Te souviens-tu de ce jour où je l’ai empoisonné ? Te souviens-tu de son visage, de son pouls inexistant sous tes doigts, causé par un poison que je n’aurais jamais pu préparer sans toi ?

Et Allénore continuait de vouloir crier de toutes ses forces en sentant ses forces la quitter.

Han murmurait à son oreille des mots tranchants qui la faisait saigner de l’intérieur. Allénore ferma les paupières et n’entendit qu’une seule phrase, avant de se laisser mourir :

– Tu savais que je ne te laisserai jamais tranquille, Mistinguette.

Lorsqu’Allénore rouvrit les yeux, sa gorge était irritée et sèche. Elle hurlait sauf que contrairement à son mauvais rêve, elle produisait un son qui aurait pu réveiller tout l’immeuble. Elle se redressa, sentant un poids anormalement trop lourd sur sa poitrine. Gribouille sursauta et partit se réfugier dans un coin du lit, surveillant du coin de l’œil sa maîtresse.

La panique.

Profonde et poignante.

La peur.

Puissante et terrifiante.

La saleté.

Incrustée et tenace.

Il l’avait tenue et elle s’en arracherait la peau.

Allénore fouilla des yeux sa chambre, à la quête de trois objets.

Elle entendait la voix de Lev, son psychomage, lui commander de se concentrer sur les objets qui lui ferraient reprendre pieds avec la réalité.

Le bracelet en améthyste que Rose avait offert à Allénore pour son anniversaire, toujours à son poignet. Une photographie prise par Scorpius, d’eux tous, réunis et en pleine crise de fou rire. Le nouveau sweat de Louis, l’ancien étant toujours entre les mains d’Aurore, la petite sœur d’Allénore. Elle tendit la main pour s’en saisir et y plongea le nez.

– Allénore ! Allénore ! Tout va bien ?

La brune plissa les yeux. Rose, en robe de chambre, tenait sa baguette illuminée et regardait sa meilleure-amie avec inquiétude. Emmitouflée dans une couverture qui ne la quittait jamais lorsque Scorpius était loin d’elle, elle chuchota d’une voix blanche :

– Tu criais.

Allénore ne pouvait pas répondre.

Alors Rose attendit et lui répéta que tout allait bien.

– J’ai fait un mauvais rêve, marmonna-t-elle après un moment. Je suis désolée.

Allénore quitta son lit, en traînant derrière elle le sweat de Louis. Gribouille et Rose sur les talons, elle rejoignit l’une des salles de bain de la colocation pour se passer un peu d’eau sur le visage. Elle frotta.

Un peut trop fort.

Elle passa une main sur sa gorge.

Elle sentait encore les doigts de Han Derrick l’empoigner et la serrer.

– Tu hurlais un prénom, indiqua Rose.

– Demain, je demanderai à Nilam de me faire de nouvelles potions de sommeil, soupira Allénore.

– Non. Ces potions te rendent léthargiques la moitié de la journée. Tu n’as plus de prescription et Nilam n’enfreindra pas cette règle. Pas s’il s’agit de toi.

– Tu lèves tous les assurdito que je lance, Rose. Et je ne veux pas vous réveiller toutes les nuits avec mes cauchemars.

– Et moi, je ne veux pas que tu ne me réveilles pas toutes les nuits à cause de tes cauchemars.

Allénore s’appuya sur la vasque et tritura ses bracelets. Elle sentit le fossé qui s’était creusé entre elle et Rose. Elle savait que Rose se donnait toutes les peines du monde pour le reboucher.

Allénore l’en empêchait.

« Rose ne devrait pas être amie avec un monstre ».

Rose méritait le soleil et la chaleur, la joie et l’insouciance. Allénore était froide, sanguinaire parfois, triste et hantée. Elle n’était plus ce que Rose avait toujours vu en elle. Plus seulement…

– Je ne peux pas te forcer à nous parler Allénore. Je ne peux pas non plus te forcer à me faire confiance de nouveau.

Elle resserra les pans de la couverture sur son corps. Rose avait toujours froid quand Scorpius n’était pas là. Elle avait appris à dormir avec lui, si bien que lorsqu’il partait en mission, elle se sentait noyée dans leur grand lit aux draps froids…

– Te faire confiance ? Je n’ai jamais cessé de te faire confiance Rose, murmura la polyglomage.

– Vraiment ? Alors pourquoi je sens que tu te retiens de te confier ? Pourquoi je sens que tu t’empêches de nous raconter ce qu’il t’est arrivé ? Pourquoi quand j’évoque le prénom Han, tu te mets à trembler ?

– Han Derrick était un Mage Noir qui aurait pu réduire le monde en flammes s’il en avait eu l’ambition. Han… Han m’a fait plonger dans un enfer dont j’ai peur, Rose. J’ai été addict au conscidisti parce que je suis faible et que Han savait lire en moi. Il savait probablement que j’étais une polyglomage et que je ne maîtrisais pas mon pouvoir, que les émotions des autres, la force des miennes, étaient en train de me submerger. Rose… Je n’ai tué directement, de ma main, qu’une seule personne : Han Derrick. Et il me hante.

Rose savait pour l’addiction d’Allénore au conscidisti. Louis lui en avait parlé lorsqu’il était rentré un jour, désemparé et ne sachant plus comment aider Allénore. Lorsqu’elle avait réemménagé à la colocation, Rose avait jeté dans les toilettes les anciennes pilules de Scorpius, légèrement dosées, qui en avait eu suite à une mauvaise malédiction qui l’avait un peu amoché. Albus et Scorpius n’avaient rien dit, en la regardant faire. Ils avaient simplement approuvé d’un signe de tête.

Allénore savait comme il était facile de parler à Rose. Elles avaient grandi ensemble. Elles avaient tout appris ensemble. Elles avaient rendu en retard leurs livres à la bibliothèque ensemble. Elles avaient aimé, détesté, pleuré, rit ensemble.

Allénore n’imaginait pas sa vie sans Rose.

Sans plus aucun de ses amis.

– Rose… J’ai tenu deux ans, grâce à toi, Albus, Scorpius, Nilam… Vous n’avez jamais quitté mes pensées. Je t’assure. Mais je ne veux pas vous présenter cette version de moi. Celle qui est capable de tuer pour sa survie.

– Je serais ravie de la rencontrer pourtant. C’est grâce à elle que tu es ici, que tu es rentrée. Mais que crois-tu Allénore ? Que nous allons nous enfuir parce que t’es loin d’être parfaite ?

– Torturer et tuer ne sont pas ce que j’appellerai des petites imperfections, Rose.

– Allénore… Je… Je t’accepte comme ça. Avec ce que tu as fait et ce que tu n’as pas fait.

Allénore agrippa les bords de la vasque. Son cœur débordait d’amour pour Rose.

Rose si patiente. Rose si loyale. Rose si incroyable…

Qu’avait-elle fait pour mériter une telle amitié ?

– Comment le peux-tu ?

– Parce que tu es ma sœur d’âme. Parce que je sais qui tu es. Parce que je sais que tu es l’une des plus belles personnes que je connaisse.

– Tu es ma sœur d’âme, répéta Allénore en un demi-souffle.

Peut-être que cette histoire de sœurs d’âme les rassurait. Peut-être qu’elles avaient besoin de croire que l’une et l’autre s’aimeraient malgré tout, malgré leurs pires défauts et toutes leurs noirceurs. Peut-être que ce lien entre elles, n’était qu’un moyen de se dire qu’elles ne seraient jamais seules. Peut-être que tout ça n’était qu’un mensonge.

Ou peut-être que leurs âmes étaient vraiment sœurs et que cela les ravissaient autant que cela les effrayaient, maintenant qu’elles grandissaient.

Rose lui sourit, et attrapa sa main dans la sienne.

Ce geste chassa le clin d’œil de Han Derrick dans le miroir du sous-sol de ce bar clandestin. Un clin d’œil qui hantait Allénore depuis qu’elle l’avait vu.

Juste une seconde.

Une seule seconde.

– Allons nous recoucher, proposa la rousse.

Allénore hocha la tête et suivit Rose jusqu’à la chambre de Scorpius, dans laquelle elle dormait avant d’être réveillée par les cris d’Allénore. Elles se serrèrent toutes les deux dans l’immense lit. Rose glissa un bras autour de la taille de sa meilleure-amie et déposa un baiser sur sa joue. Allénore et Rose s’apaisèrent dans les bras l’une de l’autre avec une rapidité déconcertante.

– Ne me laisse plus jamais repartir, sanglota Allénore contre son amie.

Rose la serra un peu plus contre elle.

Elles n’avaient jamais été très tactiles toutes les deux.

Mais parfois… Oui, parfois, elles en avaient besoin.

***

Londres, 15 avril 2030, 3h34 du matin, heures de Londres

Louis était exténué. Il avait à peine récupéré de sa récente mésaventure à Pékin, qu’il avait dû filer en Roumanie poursuivre un stage de découverte sur les soins des dragons sauvages. Il était ensuite parti avec toute sa promotion en Équateur, pour observer les dernières espèces de Rouge-morts encore en vie. Il était maintenant en vacances pour deux semaines, mais seulement parce qu’il avait des partiels à réviser pour le début du mois prochain…

Louis Weasley savait qu’il n’était pas très sérieux de rentrer à Londres. Mais il n’avait jamais été du genre très sérieux, surtout quand il était question de passer du temps avec ceux qu’il aimait. Alors, il avait prit le premier portoloin pour Londres pour rejoindre sa famille et surtout, Allénore, dont il avait bien peu profité à Pékin.

On n’avait jamais retrouvé les personnes qui l’avaient enlevé là-bas et cela le mettait dans une colère noire.

Il avait mille histoires à raconter à Allénore, et avait hâte d’être près elle et de dormir. Il n’était jamais autant reposé que lorsqu’ils partageaient le même lit. Il ne savait pas trop pourquoi… Allénore avait sa propre magie.

Il ouvrit la porte de la colocation que partageaient Rose, Albus, Scorpius et Allénore. Dès qu’il eut passé le seuil, il délaça ses grosses chaussures de randonnées pleines de boue et posa son énorme sac de voyage sur le parquet. Il sourit, en découvrant une nouvelle paire de basket aux énormes strass multicolores – sûrement la dernière extravagance vestimentaire de sa petite-amie - et sursauta, une main sur le cœur, lorsqu’il remarqua Scorpius Malefoy, dans la cuisine, avec une tasse de thé fumante près de lui.

Le Briseur de sorts servit une deuxième tasse à contrecœur.

Parfois, il s’en voulait d’être un Malefoy et de suivre inconsciemment certaines règles que la bienséance lui imposaient. Comme faire en sorte que chaque visiteur se sente bien accueilli chez lui. Scorpius ne souhaitait qu’une chose : dormir dans son lit auprès de Rose.

Il y avait juste un petit obstacle…

Obstacle que Louis Weasley résoudrait, Scorpius en était persuadé.

– Tu es rentré depuis longtemps ? lui demanda Louis.

– Une demi-heure avant toi. Ma mission en Papouasie s’est terminée hier.

– Vous avez trouvé de nouvelles choses à propos de la civilisation qui a protégé les dragons foudres ? l’interrogea le magizoologiste avec intérêt.

Scorpius hocha la tête et ne put s’empêcher de sourire. Louis était quelqu’un d’intéressé et d’intéressant. Ça lui écorchait la bouche de l’admettre parfois…

– Je te passerai le rapport quand j’aurai terminé de le rédiger. Mais Emmalee et moi avons découvert plusieurs autres anti-chambres protégées par des maléfices de sang. Plusieurs ossements indiquent la présence d’autres créatures magiques …

– C’est fascinant. Avez-vous trouvé d’autres salles à pensine ? s’émerveilla Louis.

Scorpius fit voleter la tasse de thé jusqu’à Louis qui s’en saisit. Il ne répondit pas à sa question et croisa les bras sur sa poitrine.

– C’est gênant, hein ?

– De quoi ?

– Ces moments où on oublie de se détester toi et moi, répondit Scorpius.

Louis se mit à sourire, amusé pour une raison que Scorpius ignora… L’ancien Gryffondor semblait soudainement plongé dans ses souvenirs.

– On devrait peut-être arrêter. De se détester, je veux dire. 

– Je ne saurais pas comment faire…, se désola faussement l’ancien Poufsouffle.

– Pourquoi on s’en veut déjà ?

– Allénore, soupira Scorpius.

Maintenant qu’elle était revenue, on aurait pu penser que les deux hommes auraient fait la paix et ils l’avaient fait. En quelques sortes. Enfin, du moins, ils simulaient une entente cordiale pour ne pas blesser Allénore, qui étrangement, ne s’était pas encore aperçue de l’animosité qui irradiait de Scorpius et Louis chaque fois qu’ils étaient dans la même pièce.

– Je l’aime, déclara Louis.

La magizoologiste ne prononça pas la suite de sa phrase qui était «  et ça te dérange, mais sache que j’en ai strictement rien à foutre ».

Toujours accoudé au comptoir, Scorpius haussa un sourcil. Il n’avait jamais compris ce besoin qu’avait Louis de revendiquer à qui voulait l’entendre qu’il aimait Allénore. C’était comme s’il s’en vantait ouvertement, comme s’il était fier de pouvoir porter à son bras une pierre aussi précieuse qu’Allénore Rameaux. Scorpius était de ceux qui montraient et démontraient leur amour. Pas de ceux qui le déclamaient et l’exhibaient.

Les « je t’aime » perdaient de leurs sens quand ils étaient trop souvent prononcés. Scorpius disait les siens avec une intensité telle, qu’il en était fatigué après avoir fait sortir d’entre ses lèvres ces trois mots.

– Je sais qu’elle ne vous a jamais expliqué les raisons qui l’ont poussé à rejoindre les Autres il y a deux ans et demi.

– Elle voulait se racheter. Elle voulait arrêter son père. Elle pensait que tous ces massacres étaient de sa faute et que c’était à elle, d’arrêter Richards.

Louis écarquilla les yeux.

Il oubliait trop souvent comme Scorpius et Allénore semblaient parfois partager le même cerveau.

Il en était toujours un peu jaloux, s’il était tout à fait honnête.

Rose, pour le rassurer, lui avait un jour dit que Scorpius et Allénore étaient si semblables qu’ils étaient comme deux traits parallèles, condamnés à aller pour toujours dans la même direction, sans jamais se croiser. Elle avait ajouté avec humour, que lui et Allénore,  au contraire, étaient probablement leurs perpendiculaires qui se croisaient parfaitement, et Louis avait arrêté d’écouter la métaphore parce qu’il n’y avait pas compris grand-chose…

– Elle n’a pas eu besoin de me le dire, expliqua Scorpius. A la minute même où j’ai appris qu’elle était la fille de ce monstre, j’ai su pourquoi elle nous avait abandonné. Pour nous protéger et parce qu’elle pensait avoir à racheter ses fautes et celles de Richards.

– Tu aurais été plus utile que moi là-bas. En France je veux dire… J’ai bien mis deux mois avant de le comprendre…

– Là où il m’a seulement fallu deux secondes, se vanta Scorpius.

– N’en fais pas trop…

Scorpius éclata légèrement de rire, franchement amusé. Il était très content d’avoir Louis pour distraction. Il savait que dès demain, son père le ferait appeler pour parler des deux sièges au Mangemagot qui l’attendaient.

Scorpius n’avait pas trouvé le courage d’en parler à ses amis.

Mais il allait refuser.

Il allait refuser et mettre son père en fuseboom, lui qui avait toujours tout fait pour ne pas le mettre en fusebomm justement...

Enfin plus ou moins. Scorpius avait été réparti à Poufsouffle, s’était acoquiné avec un Potter, une Weasley et une née-moldue… Ce dernier écart aux traditions familiales allait sûrement être le coup de grâce.

Drago Malefoy avait toujours pris sur lui pour accepter son fils tel qu’il était. Ça n’avait pas toujours été facile, mais Scorpius avait toujours été reconnaissant à son père de l’aimer malgré le fait qu’il n’était absolument pas la personne qu’il aurait voulu qu’il soit.

Scorpius ne rachèterait pas le nom des Malefoy. Jamais. Son père ne pourrait pas le lui imposer.

– Tu la rends heureuse, admit-il plus sérieusement. Alors… Je peux au moins te supporter.

– Vous lui avez manqué tous les trois, souffla Louis. J’avais beau être là, je ne lui suffisais pas.

– Ça te rend malade, hein ?

– Non, sourit sincèrement Louis. J’aime le fait que vous soyez important pour elle. Allénore a sa vie, et j’ai la mienne. Elles coïncident sur beaucoup de plans mais elle comme moi, nous avons besoin de vivre nos propres aventures chacun de nos côtés. Et quand on se les raconte, quand on se retrouve… C’est chouette Malefoy. J’aime le fait qu’elle se sente en sécurité chez vous. J’aime le fait qu’elle vous a comme amis et qu’elle puisse me pourrir auprès de vous quand je le mérite.

Scorpius leva les yeux au ciel. Louis termina son thé en silence et se dirigea vers la chambre d’Allénore. Scorpius l’arrêta :

– Ta copine est dans mon lit.

Louis se retourna, un nouveau sourire amusé sur le visage :

– Je te casse la gueule tout de suite ou …

– Avec Rose. Quand je suis rentré, elles étaient comme ça. Allénore a dû faire un cauchemar. Elle en fait de plus en plus en ce moment. Albus et Nilam sont au Chaudron Baveur. Ils avaient besoin d’être entre eux.

– Je peux faire quelque chose pour Allénore, mais concernant Rose, ça me gênerait de la bouger de ton lit… , plaisanta Louis.

– Je ne te demande rien, Weasley, grogna le Briseur de sorts. Va donc la réveiller. Allénore sera contente de savoir que tu es rentré.

– Et toi, tu seras content de retrouver ta place auprès de Rose. C’est donnant-donnant, je suppose.

– Ne m’en veux pas de participer à mon propre bonheur.

– Jamais, Malefoy. Jamais…

Louis hocha la tête et ouvrit délicatement la porte de la chambre de Scorpius. Il secoua doucement l’épaule d’Allénore, qui tenait fermement dans ses bras son sweat rouge. Elle papillonna ses yeux et toujours à moitié endormie, se mit à sourire en apercevant Louis. Trop fatiguée pour parler, elle se leva maladroitement et se colla à lui. Louis l’enveloppa de ses bras et la guida jusqu’à sa chambre. Il la borda, saluant Gribouille au passage, et déposa un baiser sur son front, avant de la rejoindre.

Rose, que rien ne pouvait perturber lorsqu’elle dormait, se blottit naturellement contre Scorpius lorsqu’il se glissa dans leur lit.

– Tu es rentré…, marmonna-t-elle.

En fait, depuis deux ans, Rose ne dormait jamais que d’un demi-sommeil. Un sommeil de chat. Un sommeil de personne qui attendait toujours le retour des gens qu’elle aimait avant de se laisser aller dans les bras de Morphée.

– Oui, je suis rentré.

Rose se rendormit immédiatement et lorsqu’elle était tout proche de lui, comme ça, paisible, Scorpius se sentait au bord du monde.

Scorpius ouvrit le tiroir de sa commode pour changer de t-shirt et caressa d’une main l’écrin rouge qu’il y avait caché, entre deux pulls, depuis neuf mois.

Il contempla Rose, ses cheveux roux tout ébouriffés qui formaient presque un troisième oreiller, son petit nez mutin, ses tâches de rousseurs et ses pieds qui sortaient de sous la couette.

Rose était belle et intelligente, elle avait la tête dans ses expériences et dans ses sciences, elle pensait à ses livres, à sa famille, ses amis et Scorpius était fier et heureux de savoir que Rose lui accorderait toujours une place près d’elle.

Merlin qu’il était complètement amoureux de cette femme. Avec Rose, il n’y avait plus d’espace et il n’y avait plus de temps. Tout était infiniment grand. Rose papillonnait, de sa passion pour les baguettes, à son amour du Quiddtich, de l’admiration qu’elle portait à sa mère, à l’adoration qu’elle vouait à son père, de l’amour inconditionnel qu’elle donnait à son frère, de ses livres qu’elle lisait avec joie, sans fatigue, comme si elle voulait retenir les mots en parcourant les pages de ses yeux… Quand Rose aimait, elle aimait beaucoup. Scorpius, avec elle, découvrait une vie où tout était infini, calme et de nature à rêver.

Lui qui avait les pieds sur terre… Il lui avait toujours fallu Rose dans la vie, pour se rendre compte que si on ne décollait pas de temps en temps, on ne pouvait pas s’apercevoir que la vue était si magnifique en bas.

Rose était grognon, un peu peureuse, loin d’être parfaite. Mais elle était parfaite pour lui. Elle était celle dont il avait envie, nuit et jour à chaque seconde.

Alors pourquoi n’arrivait-il pas à lui passer cette maudite bague au doigt ?

***

Londres, 16 avril 2030, 16h45 heures de Londres

– Il y a une école de magie, en Afrique du sud, où les jeunes sorciers et sorcières apprennent sans baguette.

– Il fût un temps où nous n’avions pas besoin d’elles, pour pratiquer la magie, déclara Lord Richard en brossant sa barbe avec gravité.

– Nous n’en avons pas besoin. Mais elles affûtent nos sorts, canalisent la magie et nous offrent une plus grande amplitude, observa Albus.

– Il est vrai, il est vrai… Mais l’essence même de la magie ne réside pas en cette accessoire. Sinon, le premier moldu venu pourrait faire de la neige en été. La baguette n’est qu’un outil. Le peintre peut se servir de ses doigts mais est plus précis avec un pinceau…

– Je ne connais pas d’autres accessoires qui permettent aux sorciers de jeter leurs sorts avec autant de précision et de puissance. Nous avons inventé beaucoup d’artefacts magiques mais aucun d’aussi maniable qu’une baguette magique.

– Certains artefacts sont aussi faits pour être uniques.

– Vous songez au Voile ? devina Albus.

– Mon ami, vous lisez dans mes pensées !

– L’avez-vous observé ? De vos yeux ? Mon père l’a vu, ainsi qu’une de mes tantes et l’un de mes oncles. Ma mère aussi. Mais ils n’aiment pas en parler. Mon frère est Auror. Il a emmené sa petite-amie l’observer pour un rencard…

– Un rencard ?

– Un rendez-vous.

– Oh votre frère fait sa cour et à une gente demoiselle !

– James ne fait pas la cour. Et Citlali Tucker n’est pas une gente demoiselle. Enfin si, son père est Lord du Derbyshire mais je l’ai déjà vu bourrée et …

– Bourrée ?

– Alcoolisée, traduisit Albus.

– Votre frère semble s’être trouvé là un très bon parti ! Cependant courtiser une lady dans un tel lieu et en présence du Voile me semble être bien peu commun…

– Mon frère est quelqu’un de peu commun.

– Cette caractéristique semble être de famille.

Albus sourit à son ami. Le fantôme inclina la tête.

– J’ai pu observer le Voile une fois, en accompagnant l’une de mes connaissances au département des mystères. C’est un objet dont la magie est puissante.

– Je veux juste comprendre d’où vient la magie. Comment l’enferme-t-on ? Comment et pourquoi se manifeste-t-elle ?

– Mon garçon…, s’amusa légèrement le fantôme. Ce ne serait plus de la magie si nous avions toutes ces réponses.

– Non ce serait de la science, concéda Albus. Ma cousine Rose s’intéresse à ces questions également. Elle cherche à améliorer les baguettes magiques et à repousser les limites de ce qu’elles peuvent nous offrir…

– Une personne intelligente. Je n’aurais jamais pensé qu’une femme puisse fabriquer un jour des baguette cependant.

– Rose est l’une des sorcières les plus douées que je connaisse. Aujourd’hui, les femmes sont Aurors, potioniste…

– Comme votre bien-aimée Nilam…, hocha la tête Lord Richard.

– Comme ma bien-aimée Nilam, reprit Albus en souriant. Les femmes sont diplomates, enchanteresse…

– Votre amie Allénore viendra-t-elle aujourd’hui ? Il me tarde de la rencontrer, vous qui me conter avec tant d’admiration ses prouesses en sortilèges et enchantements !

Albus soupira et secoua la tête. Lord Richard sembla vouloir lui tapota l’épaule en signe de compassion mais sa main ne fit que traverser le corps d’Albus qui frissonna. La sensation était désagréable. Mais il n’en montra presque rien, ne voulant en aucun cas froisser son ami.

– Comme je vous envie d’avoir une si belle famille et tant d’amis, fit tristement le fantôme.

– Vous avez des amis vous aussi.

– Mon jeune, tout jeune ami… J’erre dans ces lieux depuis si longtemps. Parfois… Parfois je regrette de ne pouvoir en sortir.

– Je voudrais que vous le puissiez. Il y a tant de belles choses à découvrir…

– Je suis heureux de vous entendre me les raconter. Toutefois, la joie d’en apprendre sur ce nouveau monde n’égale en rien le profond chagrin qui m’étreint de penser que tout ceci est inaccessible et que bientôt… Bientôt, vous ne serez plus là. Combien de siècles me faudra-t-il pour retrouver un si loyal ami que vous ?

– Oh rassurez-vous mon Lord, il me reste encore quelques belles années à vivre, fronça les sourcils Albus. Je ne suis pas pressé de vous quitter. Et peut-être obligerai-je mes enfants à vous visiter…

Le vocabulaire du Lord déteignait sur le sien…

– J’aurais plaisir à les rencontrer ! Dame Nilam a des hanches faites pour enfanter et je suis persuadée qu’elle vous …

– Malheureux ne dites jamais ça devant elle où elle serait capable de vous tuer une seconde fois et pour de bon ! plaisanta le brun.

La boutade ne fit pas rire le fantôme. Un voile passant devant ses yeux.

Comme un espoir.

– J’aimerais qu’elle le puisse…

– Allons, Lord… Vous ne pensez pas ce que vous dîtes, bredouilla Albus.

– Vous offenserais-je si je vous contredisais ?

Albus s’adoucit et referma définitivement le manuel qu’il était venu consulter.

– Non, bien sûr que non.

– Quand on a vécu aussi longtemps que moi, que toute notre existence se résume même à une demi-vie sans but ni intérêt… La mort vous paraît être une délivrance.

Albus aurait souhaité pouvoir prendre le fantôme dans ses bras et il baissa les yeux, de voir ceux de Lord Richards exprimer la même pensée. Albus déglutit, ne sachant quoi répondre à cela.

– Vous me manqueriez beaucoup.

– Cette pensée me touche, jeune ami.

Mais elle ne suffisait pas.

– Pourquoi… Enfin… Non pardon. C’est indélicat.

– Demandez, Albus, l’encouragea le fantôme.

– Pourquoi êtes-vous devenu un fantôme ?

– Lorsque je suis mort, mon épousée attendait notre premier enfant. Je devais partir en guerre pour mon Roi pour le fameux siège de Boulogne-sur-mer. J’ai été tué ici-même, de la baguette d’un pleutre, à la solde d’un homme qui voyait d’un mauvais œil que je sois si proche de la couronne et pourtant si réfractaire à l’idée de faire la guerre pour récupérer quelques territoires aux français … Au moment même de quitter ce monde, j’ai pensé à ma pauvre femme, seule, avec notre enfant à venir. Je lui avais promis d’être de retour pour la naissance. Alors je suis resté. Ma femme m’a présenté notre petite fille. Ma fille m’a présenté ses fils. Ses fils m’ont présentés leurs enfants, jusqu’à ce que plus personne ne vienne. Jusqu’à… vous. J’ai observé les sorciers et sorcières venir ici, s’instruire, parler de guerres, de paix, de Mages Noires, de morts, de vies, de découvertes et j’en étais lassé. Lassé de les voir m’éviter, de les ennuyer. Vos curiosités ont ranimé le souvenirs des miennes Albus. Elles m’ont rappelées mon caractère d’antan, aussi vif que le vôtre. Mais elles ne sont plus vraiment les miennes.

Lord Richard avait parlé d’une voix froide et triste, encore plus glacial que l’air qui l’entourait.

– Je ne regrette pas, Albus. Cependant, si on me proposait maintenant de mettre fin à mon existence, je dirais oui sans hésiter, ne serait-ce que pour satisfaire ma dernière et unique curiosité.

Albus l’interrogea silencieusement.

– Qu’y-a-t-il après cet ultime voyage ?

Albus avait la gorge nouée et les mains blanches.

– Si je pouvais … Je serai triste de le faire, mais si c’est ce que vous souhaitez et que j’étais en mesure de vous le donner, je vous le donnerai, Lord Richard.

Albus était loyal, persévérant, gentil et bienveillant.

– Vous faîtes honneur à la maison Poufsouffle, mon ami.

Il était fier qu’on le lui dise.

***

Londres, 26 avril 2030, 17h00, heures de Londres

Cela faisait toujours beaucoup rire Nilam Wallergan quand elle entendait des gens dire d’Albus qu’il était quelqu’un d’introverti, de réservé et de très discret. Parce que par le string de Merlin, elle ne connaissait pas de personnes plus bavardes qu’Albus Severus Potter. Quand il était avec sa famille ou ses amis, il ne la fermait jamais.

Mais là…. Il était vraiment beaucoup trop silencieux.

– Al… Tout va bien ?

Albus sursauta et posa les yeux sur Nilam, qui semblait soucieuse.

– Tout va bien ? lui redemanda-t-elle. Ça fait plus de dix minutes que tu touilles ton thé en fixant le vide.

– J’ai eu une conversation avec Lord Richard aujourd’hui. Sur la mort.

– Oh.

Nilam ne savait quoi répondre à ça.

Albus était une personne lumineuse. La mort, l’obscurité, le malheur… Il ne les avait expérimenté qu’à travers les autres.

Il ne connaissait pas la violence et la véritable noirceur.

– Il est malheureux.

Nilam chassa une mèche de cheveu d’Albus, qui couvrait son front et déposa un baiser sur ses lèvres. Nilam détestait le voir triste.

– Comment on tue les fantômes Nilam ?

– Là, tu me poses une colle, sourit-elle tendrement en passant une main dans les cheveux noirs d’Albus. Tu sais bien que c’est impossible. On ne tue pas les fantômes… Ce qui est mort ne saurait mourir.

– C’est cruel d’exister quand plus rien ne nous attache au monde.

Nilam s’étonnait d’entendre Albus parler de la mort en des termes si banals et légers.

– La vie est une chance, Al.

Merlin elle n’en revenait pas de dire un truc aussi niais et cucul. Le genre de trucs que Rose et Allénore écriraient sur les murs de leurs chambres.

– Bien sûr qu’elle l’est.

Nilam avait tout fait pour que la sienne soit belle et elle y était enfin parvenue. Elle fit glisser ses lèvres jusqu’aux siennes, et répéta son geste jusqu’à embrasser son sourire.

– Salut ! fit joyeusement Allénore en arrivant derrière eux.

Une tasse de thé apparut en face d’elle, ainsi qu’une chaise, sur laquelle elle s’assit. Allénore retira ses lunettes de soleil et les remonta sur le sommet de son crâne, profitant du soleil qui plongeait le Chemin de Traverse dans une ambiance presque estivale. L’un de ses origamis se frotta contre la joue d’Albus avant de faire son nid dans ses cheveux noirs.

– Je suis en retard, pardon, s’excusa Allénore. Mon cours s’est terminé un peu en retard et j’ai été appelée par le clan des vampires d’Écosse. Les rumeurs d’un projet de lois d’élection des membres du Magenmagot leurs sont parvenues et ils semblaient très mécontents de ne pas en avoir eu vent par le Ministère de la Magie lui-même.

Une théière voleta jusqu’ à Allénore et la servit. Albus commanda une nouvelle part de gâteau au chocolat et tendit l’assiette à son amie, qui commença à manger, semant pleins de miettes dans ses cheveux.

– Qu’ont donné tes recherches du jour ? demanda Allénore en se tournant vers lui.

– Les artefacts magiques et l’origine de leur puissance magique. Une sorcière autrichienne a créée une flûte qui tuerait ceux qui entendraient un son qui en proviendrait. Elle a été détruite en 1056 et les archives magiques sont assez incomplètes. Cependant, plusieurs sources racontent qu’elle aurait été construite dans du bois de sureau et enchantée par un fantôme.

– Les fantômes ne peuvent plus faire de magie…, fronça les sourcils Allénore.

– Ça n’a jamais été démontré. Peut-être qu’ils le pouvaient avant.

Non, ça ne tenait pas la route et ils en avaient tous conscience…

– Ou peut-être que ce n’était pas un fantôme.

– A quoi penses-tu ?

– Une créature magique… Plusieurs d’entre elles en seraient capables.

– Un ungaikyō, intervint Nilam.

Le brun glissa une main dans la sienne alors qu’elle souriait. Il savait qu’elle masquait un peu de sa peur de sa récente aventure avec Scorpius, Allénore et Louis. Nilam était une dure à cuire, mais elle n’était pas infaillible, et parfois, Albus craignait de l’oublier…

– C’est une possibilité, admit-il.

– Je crois que j’ai déjà lu quelque chose dans l’un des manuels de Louis, sur la magie des ungaikyōs. On devrait faire des recherches à la Bibliothèque magique de Londres ! proposa Allénore avec enthousiasme.

Albus ne put s’empêcher de sourire. Il adorait ces moments qu’il passait avec Allénore… Ces moments où le temps ralentissait et où ils lisaient ensemble pendant des heures, n’interrompant leurs recherches que pour en discuter et élaborer toutes sortes de théories. Rose et Scorpius n’avaient jamais été très fascinés par l’Histoire de la magie. Mais Allénore… Allénore l’avait toujours suivi et épaulé dans sa passion.

– Tu es libre demain ?

– Je te cède ma journée entière si tu fournis les chocogrenouilles.

– Vendu, accepta Albus.

Nilam sourit et fit signe à Scorpius et Rose, qui arrivaient main dans la main, pour qu’ils les rejoignent. Ils devinèrent tous à la tête du blond, que quelque chose n’allait pas.

– Vous croyez qu’il l’a redemandé en mariage et qu’elle refusé ? se moqua un peu Nilam.

– Scorpius sait qu’on lui cache quelque chose depuis des mois. Il ne tardera pas à découvrir ce qu’il s’est passé lors de l’attaque de Londres…, leur apprit Albus.

– Pauvre Rose, la plaignit Allénore. Pourquoi ne lui dit-elle rien ?

– Je n’en sais rien, avoua Albus. Je pense qu’elle croit qu’il n’était pas sérieux et qu’il lui a fait sa demande seulement sous l’effet de l’adrénaline.

– N’est-ce-pas le cas ?

– Non. J’ai aidé Scorpius à choisir la bague il y a des mois…

Allénore et Nilam le frappèrent toutes deux en même et il cria se dégageant rapidement tout en faisant reculer sa chaise afin d’éviter une nouvelle attaque.

– Et tu ne m’as rien dit ! s’offusqua Nilam.

– A quoi ressemble-t-elle ? demanda Allénore les yeux pétillants.

– Je sais pas, c’est une bague. Elle brille et elle est jolie.

– Oh par Morgane…, se pinça le nez Nilam. Tu me feras le plaisir de me laisser choisir la mienne quand on se mariera.

Albus écarquilla les yeux et regarda Nilam, en se demandant si elle avait bien conscience des mots qu’elle venait de prononcer.

– Eh bien… Vous semblez bien agités ! se réjouit Rose en les rejoignant.

Scorpius déposa un baiser sur le crâne d’Allénore avant d’embrasser la joue de Nilam et de saluer Albus en cognant leurs deux poings.

Il piqua la fourchette d’Allénore et prit une bouchée de son gâteau au chocolat.

– Eh ! se plaignirent de concert Albus et Allénore.

– J’en ai besoin, marmonna Scorpius.

– Tu veux du wiskey-pur-feu dans ton thé ? proposa Nilam en lui tendant sa fiasque.

Il l’accepta et en servit un peu trop dans sa tasse, qui se mit à déborder. Il but son thé cul-sec, avant de partir, prétextant avoir besoin d’aller aux toilettes.

Tous se tournèrent vers Rose.

– Je crois qu’il s’est disputé avec son père, expliqua-t-elle.

Rose soupira lourdement. Scorpius ne disait jamais rien mais il était incapable de dissimuler ses humeurs et Rose savait lire en lui et elles… Albus tendit la main jusqu’à ses cheveux roux et y retira se qui semblait être une toile d’araignée. Il tapota le genou de sa cousine avec empathie.

– Je ne sais pas ce qu’il a dans la tête depuis quelques mois…, avoua-t-elle avec inquiétude.

– Personne ne sait jamais ce qu’il a en tête, marmonna Albus.

***

Scorpius passa une main sur son visage humidifié. Il regarda d’un œil mauvais l’homme qui venait d’entrer dans les toilettes et qui en ressortit tout aussi tôt.

« Tu es un Malefoy, que tu le veuilles ou non. Tu as des responsabilités. Cette famille a toujours eu un siège au Mangenmagot et il en est ainsi depuis sa création. Ce n’est pas demain que ça changera » lui avait dit son père.

Scorpius avait jeté ses couverts et avait quitté la table.

Son père avait une notion du changement bien à lui. Que des nés-moldus soient maintenant Directeur de la justice magique ne semblait plus le déranger, à condition qu’ils s’appellent Hermione Granger et ait fait leurs preuves.

Comme si les gens avaient besoin de faire leurs preuves pour prouver leurs valeurs…

Scorpius n’ignorait rien du passé de son père, qui avait plusieurs fois montrer une antipathie marquée aux personnes qui n’étaient pas issus de famille de Sang-pur. Une antipathie… le mot était faible. Son père avait participé à leurs traques, à leurs maltraitances et à leurs meurtres.

Scorpius avait sûrement un peu idéalisé son père en pensant qu’il s’était affranchi de tout ça. Et peut-être l’avait-il vraiment fait, dans une moindre mesure, au moins par amour pour son fils.

Alors oui, Drago Malefoy avait admit le fait que les nés-moldus soient aussi capables que lui. Pour autant, il refusait l’idée même de ce projet de loi de membres élus du Mangemagot et continuait de brailler qu’il était du devoir de Scorpius de prendre le siège des Greengrass et de reprendre celui de son père.

Merci mais non merci.

Rester assis toute la journée à voter des lois qui ne le concernaient pas ?

Merci mais non merci.

Ça, c’était un truc pour des personnes comme Allénore ou Albus.

« C’est un privilège, Scorpius », avait répété son père.

Justement. Scorpius ne voulait pas de privilège. Il voulait sa vie, ses donjons, ses temples, ses mystères, quelques mauvais sorts, ses amis et embrasser Rose Weasley tous les jours de sa vie.

Alors… Merci mais non merci.

Il inspira un grand coup, se demandant comment il pourrait en parler à ses amis… Il fourra ses mains dans les poches de son pantalon et sourit en sentant la boîte carrée qu’il avait prise ce matin. Il la sortit, l’ouvrit et regarda la bague.

Pour ça aussi, il aurait aimé avoir un peu plus de courage…

Avant que ses amis ne s’inquiètent, il décida de partir. Il s’amusa d’entendre Rose :

– Vous saviez que l’Inde possède une Charte des droits de la vache ?

– Weasley… Ma mère est indienne. Bien évidemment que je sais ça, rétorqua Nilam.

– Tu triches.

– Non.

– Je suis sûre que tu ne le savais pas. La prochaine fois qu’on joue à ce jeu, je veux qu’on le fasse sous l’emprise du veritaserum, exigea Rose.

– Très bien, accepta Nilam.

– Parfait !

– Merveilleux.

– J’aime votre esprit de compétition, souffla Albus. C’est si relaxant…

– Et vous saviez que les poissons Gouramis s’embrassent sur la bouche et que leurs baisers peuvent durer jusqu’à vingt-cinq minutes ? intervint Allénore.

Tout le monde resta silencieux.

Parfois ils se demandaient tous comment Rose et Allénore faisaient pour savoir ce genre de choses…

– Un point pour moi ! se réjouit Allénore.

Nilam éclata de rire. Elle aimait tant la lumière de ces instants avec ses amis…

Scorpius s’appuya contre la devanture du salon de thé de Beth Carrow.

Ils avaient peut-être grandi tous les quatre, Allénore, Albus, Rose et lui, mais ils jouaient toujours et ils comptaient les points à l’infini. « Vous saviez que ? », ce jeu qu’ils avaient inventé, eux qui aimaient tout savoir, les accompagnerait jusqu’à ce qu’ils soient vieux et fripés.

Deux Poufsouffle, deux Serdaigle, quatre amis.

Les règles avaient un peu changé. Les enjeux également. Nilam s’était jointe à eux. Mais les rires étaient les mêmes.

Cette éternité plaisait à Scorpius.

Il les rejoignit et oublia un instant ses soucis, la main de Rose sur son genoux et les sourires de ses amis comme pansements.

***

Louis avait appris avec le temps qu’il attendrait toujours le retour d’Allénore avec une appréhension et une angoisse qui ne le quitteraient que lorsqu’elle serait dans son champ auditif ou visuel. Pour patienter, il avait préparé le repas – poisson et frites, l’un des préférés d’Allénore – avait pris une douche et usé de multiples sortilèges ménagers pour changer les draps du lit, chasser la poussière des meubles et cirer le parquet. James et Citlali l’avaient admiré, tous deux en train de prendre le thé, en critiquant bien entendu chaque formule prononcée de la bouche de Louis, qui avait dû supporter leur arrogance commune. D’après James, un recurvite maxima suffisait largement à pulvériser la viande carbonisée de la veille du fond de sa casserole. D’après Citlali, un propetus était bien plus efficace… Ils s’étaient ensuite enfuis de la folie ménagère de Louis, prétextant une sortie à l’opéra. James avait d’ailleurs envoyé quelques signaux d’alarmes à Louis, pensant que son cousin pourrait le tirer de là…

Lorsque la porte de l’appartement s’ouvrit, Louis était en train d’arroser les plantes sur le balcon. La nuit était déjà tombée et le vent d’avril lui rappelait que les beaux jours étaient encore frileux. Allénore était rentrée et les muscles de Louis s’étaient détendus. Il entendit la bouilloire siffler, après quelques longues minutes. Il lui laissait toujours le temps de venir à lui et lorsqu’elle le fit enfin, elle passa ses bras autour de sa taille et il sentit sa poitrine se presser dans son dos. Il joignit ses mains aux siennes, les nouant sur son ventre à lui et la laissa déposer un baiser dans son cou.

Ils restèrent un long moment comme ça.

– Comment tu vas ?

Elle ne répondit pas. Alors il se retourna, trop désireux de la voir, et l’embrassa en passant une main dans ses cheveux. Il sourit d’apercevoir par-dessus son épaule, Gribouille en train de poursuivre Roméo dans le carré d’herbes-à-chat qu’il avait installé deux semaines auparavant.

Louis pouvait deviner aux yeux rougis d’Allénore qu’elle n’avait pas bien dormi et qu’elle avait pleuré.

Il savait que la guérison n’était pas linéaire. Il y avait des hauts et des bas, qui brinquebalaient son estomac et leurs cœurs tant les ascensions et les descentes étaient parfois brutales et imprévisibles. Mais ils les acceptaient. Tant qu’ils étaient ensemble, ils savaient qu’ils seraient capables de tout surmonter.

Louis Weasley et Allénore Rameaux étaient ensemble dans les bons comme dans les mauvais moment. C’était ainsi et pas autrement.

– Je recommence à faire des cauchemars, avoua-t-elle.

– Tu en as parlé à Lev ?

Allénore mâchouilla ses lèvres, nerveuse et secoua la tête. Il noua ses mains autour de sa nuque et fit courir ses lèvres le long de son visage.

– Je sais pourquoi mes mauvais rêves sont revenus.

Louis fronça les sourcils, attendant la suite.

– A Pékin, juste après que nous t’ayons libéré de cette créature… Dans un autre miroir, j’ai aperçu le visage de Han Derrick.

Le cœur de Louis rata un battement. Au fond de lui, il espérait qu’Allénore était en train de plaisanter. Mais Allénore n’associerait jamais Han Derrick et plaisanterie.

– Han Derrick est mort. Nous l’avons tué.

– Je sais très bien ce que j’ai fait, Louis.

– Nous. Nous l’avons tué, insista le magizooliste en la corrigeant.

– J’ai lancé le sectumsempra.

– Je l’ai enfermé dans le caisson des éruptifs. Nous. Nous l’avons tué. Et si c’était à refaire, je le referais encore.

– Tu sais bien que moi aussi…

– Allénore… Derrick est mort. Tu venais de faire face à un épouvantard qui a prit sa forme. Tu as peut-être…

– Lou’. Je sais ce que j’ai vu. C’était le visage de Derrick. Je sais que ce n’est pas logique. Je sais que ce n’est pas rationnel. Mais c’est ce que j’ai vu. Louis… Je crois que Derrick est en vie. Alors, non. Je n’ai pas parlé à Lev de mes nouveaux cauchemars, parce qu’il me ferait probablement interner à Sainte-Mangouste.

Cela expliquait les cernes d’Allénore, son teint pâle et ses doigts de nouveau grignotés.

– Il ne ferait jamais ça.

– Tu sais ce que je veux dire…

Elle quitta le balcon pour se diriger vers la cuisine et commença à tripoter nerveusement une clémentine qu’il avait acheté au marché, même si ce n’était plus la saison. Mais elle aimait tellement ça… Il voulait voir Allénore manger tant elle semblait dépérir ces derniers temps.

– Je sais que ça paraît fou.

– Je te crois.

– Mais j’ai l’intime conviction que c’est son visage que j’ai vu dans ce miroir. J’ai besoin de … J’ai besoin d’être convaincue de sa mort.

– Je te crois, répéta Louis.

Elle écarquilla les yeux, surprise.

– Derrick était intelligent et puissant. Il avait forcément plus d’un tour dans son sac. Il s’agit peut-être d’une malédiction très puissante qu’il t’a jetée, d’un spectre ou d’autre chose, réfléchit Louis. Je n’ai jamais demandé aux Aurors le rapport d’autopsie de sa mort, ni même ce qu’on avait fait de sa dépouille.

– Nous nous étions mis d’accord pour ne jamais le faire. Pour ne jamais savoir qui de nous deux l’avait vraiment tué.

– James et Citlali pourraient nous apprendre ce que nous avons besoin de savoir, marmonna Louis. On ne peut pas alerter Harry. Il …

– Ne me croirait pas.

– Si. Mais il chercherait probablement à nous éloigner de tout ça et c’est la dernière chose que je veux et que tu veux aussi, admit Louis en expirant bruyamment.

Allénore quitta la cuisine pour s’installer à table, devant l’une des assiettes fumantes qui l’attendait. Louis commença à mordiller ses lèvres lui aussi et tourna le dos à la polyglomage. Il était inutile de lui transmettre son stress. Il fit semblant de réarranger la décoration et secoua une boule-à-neige qu’il avait acheté à Paris.

– Je ne veux pas que Han Derrick soit un fantôme qui nous hante, chuchota faiblement Allénore.

– Il ne le sera pas.

Allénore esquissa un demi-sourire, incapable de résister à Louis, ou à son assurance.

– Alors que fait-on ?

Louis pivota sur lui-même et sourit. Il s’approcha d’elle à toute vitesse. Les doigts de Louis prirent un chemin qui fit soupirer et sourire Allénore, tendant les hanches vers lui pour être au plus près de son corps :

– On se régale. On rit. On lit. On parle. On se glisse dans mon lit. On fait l’amour. Pour le reste, nous verrons demain.

Et c’est exactement ce qu’ils firent.

Mais pas nécessairement dans cet ordre.

Et tout aurait pu rester beau et délicieux…

Sauf qu’Allénore se réveilla une fois de plus en pleine nuit, la gorge sèche et le ventre serré. Elle n’avait rien mangé. Elle releva la tête au-dessus du lit et admira Louis, toujours endormi. Un bras replié sous son oreiller, l’autre étiré en travers du côté du lit qu’Allénore occupait, comme pour la toucher. Elle s’assura qu’il dormait, avant de se lever.

Elle s’adossa au mur le plus loin du lit et commença à respirer profondément.

Elle avait envie.

Une seule pilule et tous ses ennuis disparaîtraient.

Elle avait terriblement, horriblement envie.

Des larmes se mirent à couler sur ses joues et ses mains tremblèrent.

Avec un peu de conscidisti, tout irait mieux.

– Qu’est-ce que tu fais ?

Allénore se dépêcha de déglutir et de sécher ses larmes.

– J’ai mal à la tête.

Elle suffoquait.

– Si tu as mal à la tête, c’est peut-être parce que tu ne dors plus, dit-il en tapotant le lit. Reviens te coucher, Nore.

Allénore n’arrivait même pas à se lever.

– J’ai envie de conscidisti, Louis, sanglota-elle dans son aveu.

Elle en avait tellement honte. Louis se redressa, faisant glisser le drap sur son torse nu, vision qui aurait normalement fait rougir Allénore, mais qui maintenant, lui donnait l’impression de ne pas mériter Louis Weasley et tout ce qu’il avait de beau en lui.

Il la rejoignit, d’un pas un peu ensommeillé et il s’assit à ses côtés, en tailleur. Il mit ses mains en coupe sur l’arrière de son crâne et guida doucement son visage vers le sien. Elle se réfugia un peu plus contre lui et il la laissa pleurer en toute intimité, tout près de lui.

– Je t’aime.

Il lui caressa les cheveux jusqu’à ce qu’elle arrête de pleurer et s’endorme, le ventre creux, les veines brûlantes et quémandant la drogue qui pourrait les soulager, mais entre ses bras.

***

Allénore se réveilla encore, une seconde après que Han ne l’ait tuée.

Louis lui frottait le dos et lorsqu’elle se leva précipitamment pour aller vomir, il lui tint les cheveux sans rien dire. Elle était sur le point de se déshabiller, pour prendre une douche, enlever la saleté, le film poisseux et collant qui couvrait sa peau, cette impression dégoûtante d’avoir été touchée et manipulée par un monstre… Elle voulait érafler sa peau jusqu’à la chair. Chasser la peur.

Mais les lumières de l’appartement s’allumèrent d’un coup, et bientôt, à l’embrasure de la porte, apparurent Citlali Tucker et James Potter, leurs baguettes à la main et prêts à intervenir, comme les parfaits et tout jeunes Aurors qu’ils étaient.

Ils avaient dû être alertés par les cris d’Allénore.

Ils se détendirent en constatant qu’il ne s’agissait pas d’une attaque.

– Tout va bien ici ? s’inquiéta James.

– Juste un cauchemar, répondit Louis.

– Han Derrick, articula lentement Allénore.

Elle se leva en tremblant et se rinça la bouche avant de se laisser glisser sur le sol. Elle s’excusa faiblement de les avoir réveillés, sans remarquer le teint pâle de Citlali et le corps de James, de nouveau tendu et prêt à agir pour contrer la menace.

Tout le monde connaissait Han Derrick.

Tout le monde savait que c’était un puissant Mage Noir.

Louis fut le premier à reprendre la parole :

– Allénore…

– Ils sont Aurors, Louis, l’interrompit-elle. Ils nous aideront.

Il écarquilla les yeux surpris. Il y avait deux ans de cela, Allénore avait refusé de prévenir les aurors, et de les informer du fait qu’elle était la fille d’Ed Richards. Aujourd’hui… Elle s’apprêtait à faire confiance.

Et chaque fois qu’Allénore faisait confiance, Louis fêtait ça comme une victoire.

Chaque fois qu’elle demandait de l’aide, Louis voulait l’embrasser.

Peut-être qu’elle le faisait simplement parce qu’elle connaissait bien James grâce aux heures qu’elle avait passé à la colocation, mais qu’importe. Allénore avait fait du chemin…

– Qu’est-ce qui se passe avec Han Derrick ? demanda Citlali en fronçant les sourcils.

La jeune femme avait pris sa posture d’Auror et une expression professionnelle. James en avait fait de même.

– Je l’ai vu. A Pékin. Dans un bar clandestin.

James écarquilla les yeux et Citlali laissa échapper un hoquet de stupeur.

– Pourtant…

– Nous l’avons tué, je sais, souffla Allénore. Mais j’ai vu son visage, enfin son reflet…

– Son reflet ? répéta Citlali en haussant un sourcil.

– Dans un miroir. Il m’a fait un clin d’œil. Je sais ce que j’ai vu. J’étais consciente et ce n’était pas une hallucination.

– Certains miroirs ont le pouvoir de faire ressortir nos plus grandes peurs, commença prudemment James.

– Je n’ai pas peur du sourire narquois et des clins d’œil de Han Derrick, grogna Allénore. Je sais que c’est étrange…

– Qu’est-ce que tu nous demandes vraiment Rameaux ? l’interrogea Citlali.

Malgré sa chemise de nuit sur laquelle Kate Middleton, nouvellement mariée, saluait la foule en compagnie du Prince William, Allénore ne put s’empêcher de la trouver impressionnante.

– L’accès au rapport d’autopsie. Savoir s’il est devenu un fantôme. S’il hante le caisson dans lequel on l’a tué ou s’il a réussi à s’en échapper. Savoir pourquoi j’ai vu son maudit reflet dans ce putain de miroir. Savoir s’il est enterré pour pouvoir creuser moi-même la terre à la recherche de son corps et avoir la confirmation que les gens que j’aime ne risquent plus rien.

– Le rapport est sous-scellé. La procédure nous interdit de le consulter sans raison valable. Il faut en faire la demande au Bureau des aurors, qui examinera ta demande et…, commença James.

– Ok, je lirai ce rapport, accepta Citlali. Et je t’en rapporterai tous les mots.

– Mais la procédure…

– On s’en fiche de la procédure James.

– Je ne veux pas vous obliger à faire quelque chose dont vous n’avez pas envie, fit tristement Allénore. Mais j’ai besoin de savoir.

Citlali s’accroupit à la hauteur d’Allénore et lui sourit.

Elles n’étaient pas vraiment amies. Pas tout à fait et pas encore.

Elles l’auraient sûrement aimé toutes les deux…

Fouiller dans de vieux dossiers pour aider une personne en détresse et qui angoissait au point d’en vomir la nuit, c’était quelque chose que Citlali était capable de faire.

Après tout, dans ce dossier, il n’y aurait jamais que la confirmation que Han Derrick était mort et en train de pourrir lentement dans un cimetière…

– C’est complètement interdit, soupira James.

– Ne t’inquiète pas, assura Citlali à Allénore. Il fera le guet. James adore les lois, cependant il les a seulement apprises pour mieux les enfreindre.

James commença à râler. Allénore sourit, quand Roméo, le rat de Citlali, quitta son épaule pour venir la chatouiller avec ses moustaches.

– Harry acceptera qu’on lise ce rapport de toute façon. Tu le sais pertinemment. Alors autant épargner à Allénore d’autres cauchemars, argumenta Citlali.

James haussa les épaules. Citlali n’avait pas tort…

– Demain, tu seras fixée, promit l’Auror à Allénore.

James bailla de fatigue mais hocha la tête. Il regarda son cousin droit dans les yeux.

Il connaissait Louis par coeur et savait que tout ça n’augurait rien de très bon.

Louis lui assura d’un sourire timide que tout allait bien. Alors James se détendit et hocha la tête.

— On va vous aider.

Et quand les partenaires Potter et Tucker faisaient une promesse, ils s’y tenaient.

 

 

End Notes:

Anthony Coutney unsplash

 

 

Now wait, wait, wait for me, please hang around
I'll see you when I fall asleep

Chapitre IV by CacheCoeur
Author's Notes:

Into the Black – Chromatics

I am – Jamie Bower

Ship in a Bottle – finalement

I hold you – GLANN

Brother – Kodaline

I found – Amber Run

Quiet zone - Edith Whiskers

 

 

 

Out of the blue and into the black
They give you this, but you paid for that
And once you're gone, you can never come back
When you're out of the blue and into the black

 

 

Londres, 30 avril 2030, 18h39 heures de Londres

Allénore Rameaux regardait la pluie tomber. Elle frappait les carreaux avec détermination, poussée par un vent qui l’était tout autant. Les fenêtres portaient même quelques traces de givre et la jeune femme resserrera les pans du sweat rouge de Louis autour de son corps, dix fois trop grand pour lui, mais pile à sa taille à elle. Elle le soupçonnait en réalité de l’avoir acheté pour elle… La jeune femme observa les arbres dehors, qui se pliaient à la volonté du temps capricieux.

Si les beaux jours revenaient, celui-ci faisait exception, sûrement annonciateur que tout allait vite déchanter dans la vie d’Allénore. Elle croyait aux signes. Depuis longtemps, pour elle, une coïncidence n’en était jamais une. Pendant de nombreuses années, elle s’était résolument convaincue que le bonheur ne serait jamais pour elle et que les malheurs l’attendraient toujours au détour d’un jour commun. Elle vivait avec cette peur constante qu’on lui arracherait de nouveau sa belle vie, Rose, Albus, Scorpius, Louis… Elle savait que ça arriverait. Elle attendait ce moment, le redoutait, se réveillant toujours avec la peur en ventre que ce matin serait peut-être le dernier.

Oui, Allénore Rameaux était une personne pessimiste.

Cependant, il lui arrivait parfois, et de plus en plus, de ne pas songer au pire.

Aujourd’hui n’était pas l’un de ces jours.

– Allénore…

Citlali Tucker n’était pas vraiment une personne douce. Elle était gentille, Allénore n’aurait jamais dit le contraire. Habillée tout en noir, des papillons jaunes dessinés sur ses paupières qui semblaient prendre leur envol chaque fois qu’elle clignait des yeux, l’ancienne Serpentard avait un visage neutre et professionnel.

Allénore l’avait déjà vue sourire et entendue rire. Elle ne le faisait qu’avec ses amies proches, Beth Carrow et Emmalee Zabini, et James. Citlali n’était pas très bavarde. Elle était bienveillante, attentionnée, sans nulle doute… Elle avait un sens du devoir et des responsabilité très prononcé selon Allénore, qui ferait d’elle une excellente Auror.

– Es-tu certaine de vouloir savoir ? demanda-t-elle.

James avait les bras croisés sur sa poitrine, adossé contre le mur, un air désapprobateur sur le visage. Il regardait Louis avec une certaine gravité dans les yeux, comme s’il cherchait à lui transmettre un message. Allénore se concentra sur sa posture : il n’était pas d’accord avec tout ça et la situation le stressait. Il voulait que Citlali garde le silence. James Potter ne souhaitait pas qu’Allénore connaisse le contenu du dossier qui clôturait la vie de Han Derrick.

Allénore opina après un long moment. Citlali esquissa un sourire, un tout petit, qui se voulait sûrement rassurant, mais Allénore sentait sa tension, sa jambe qui tressautait sous la table, trahissant la nervosité de l’ancienne Serpentard. Avant qu’elle ne prononce le moindre mot, James coupa Citlali :

– Promets-nous que tu ne disparaîtras pas.

Allénore écarquilla les yeux, alors que Citlali, assise en face d’Allénore à la table de la salle à manger de l’appartement de Louis et James, pivota sur elle-même pour lui pincer au bras.

Allénore imagina sans peine Louis fusiller du regard James, ce qu’il était d’ailleurs, bel et bien en train de faire. La polyglomage sentit Louis se tendre derrière elle. Elle projeta son pouvoir d’empathe sur le blond, désireuse de connaître la source de son angoisse : avait-il peur qu’elle disparaisse encore une fois, lui aussi ? Ou était-il seulement contrarié par la question de son cousin ? Allénore ne parvint pas à le déterminer avec certitude.

James changea de position et s’appuya sur la table, se penchant légèrement au-dessus d’Allénore, comme pour la dominer.

– On a enfreint une bonne centaine de lois et on pourrait aller en prison pour consultation illégale de pièces judiciaires !

– Il exagère, intervint doucement Citlali. On aurait une grosse amende et on serait convoqué devant le Magenmagot. Et Harry nous passerait un sacré savon, c’est certain…

– Alors la moindre des choses, Allénore, c’est que tu me promettes que tu ne disparaîtras pas, qu’on n’aura pas à te chercher et à annoncer à nos proches que tu t’es probablement fourrée dans un sacré pétrin…

– Pourquoi est-ce que je me mettrais dans un sacré pétrin ? commença à s’inquiéter Allénore.

Les épaules de Citlali se relâchèrent. Louis posa une main sur l’une de celles d’Allénore, qui s’apaisa un peu. Elle sourit à cette pensée. Tant qu’il était là, à ses côtés, elle n’avait pas peur. Elle trouva le courage d’affronter le brun. James soutenait son regard sans rien lâcher. Allénore ne lâchait rien elle aussi, maintenant ses prunelles dans les siennes, en déglutissant faiblement. James était quelqu’un de bien, mais d’implacable. Il avait toujours ce qu’il désirait… Citlali fronça les sourcils, visiblement mécontente de l’attitude qu’avait James.

– Je ne fais plus de promesse James, refusa-t-elle.

Sauf à elle-même.

– Alors on gardera le silence, trancha-t-il.

– James…, gronda Louis.

Allénore comprit qu’il voulait simplement la protéger. Comme toujours. Et là était parfois tout le problème avec Louis… Il protégeait Allénore de tout, avait bien mis en garde tout son entourage qu’au moindre mot de travers, à la moindre allusion au fait qu’Allénore lui avait brisé le coeur deux ans auparavant, il n’hésiterait pas à leur faire connaître sa façon de penser.

Il leur avait dit que lui aussi, avait fait du mal à Allénore. Ils l’avaient cru, bien sûr. Mais il était des leurs et Allénore, ne l’était pas tout à fait. Pas tant qu’elle continuait à mettre une telle distance entre elle et eux.

Allénore avait assisté impuissante à une dispute entre Louis et sa sœur Victoire, qui avait eu la malheureuse idée de faire une remarque déplacée à Allénore sur le fait qu’elle avait de bon réflexe de criminelle – le réflexe en question ayant consisté à s’emparer du couteau de cuisine avec lequel elle coupait les carottes du repas et à le brandir en guise d’arme pour se défendre de la porte qui venait de claquer… - durant un repas familiale chez les Wealsey-Delacour.

Allénore avait piteusement sourit, le coeur encore battant et les larmes aux yeux. Le bras tendu, les muscles bandés, Louis lui avait doucement fait lâcher prise alors qu’elle s’était mise à trembler, le teint pâle et les yeux voilés. Il avait éloigné le couteau et lorsque Victoire, croyant détendre l’atmosphère avait fait sa remarque, Allénore avait définitivement fondu en larmes. Louis était monté au créneau, et avait tout de suite demandé à Victoire de se taire. En des mots moins polis et qui faisaient encore rougir les oreilles d’Allénore lorsqu’elle repensait à la scène.

Oui, Louis n’était pas tendre. Il pouvait se montrer impitoyable et exigeant avec son entourage.

Louis avait tellement peur qu’elle se brise en mille morceaux… Il voulait tellement s’assurer qu’elle ne souffrirait plus jamais…

Si Allénore était pessimiste, Louis, lui, était un éternel optimiste, persuadé qu’il pouvait épargner à Allénore toutes les douleurs du monde.

Allénore lui disait toujours que la douleur était vitale, qu’elle maintenait les gens en vie, qu’elle les alertait d’un danger.

Louis lui disait toujours qu’elle n’était plus en danger et qu’elle pouvait baisser la garde, qu’une porte qui claquait n’était que le fruit du vent.

Allénore voulait faire comprendre à Louis qu’il n’avait pas à prendre sa défense tout le temps, surtout au risque de se fâcher avec la moitié de sa famille, qui n’avait de toute façon, rien contre Allénore.

Alors elle glissa sa main dans la sienne et son pouce traça des cercles dans sa paume. Elle savait que ça l’apaisait.

– Je ne disparaîtrai pas, faiblit Allénore. Je ne partirai pas sans prévenir.

James se détendit légèrement et ferma les yeux un instant. Il s’humecta les lèvres et échangea un regard avec Citlali. Il n’y avait pas de bonnes façons d’annoncer à Allénore ce qu’ils allaient lui annoncer.

– On n’a jamais retrouvé le corps de Han Derrick, lâcha-t-il d’un coup.

Allénore étouffa un sanglot dans sa gorge. Elle ne pleura pas et ne fit pas d’autre bruit, pas même un indiquant qu’elle respirait encore.

Citlali attendit un peu.

– Lorsqu’ils sont entrés dans le caisson des éruptifs que vous leur avez indiqué Louis et toi, les Aurors n’ont rien trouvé. Ni corps, ni sang.

– C’est impossible, refusa Louis. Allénore lui a lancé un sectumsempra, et on a très clairement entendu les éruptifs exploser. Il n’aurait jamais pu s’en sortir indemne.

Sa main accrochait l’épaule d’Allénore qui frissonna. Elle revoyait encore la scène, entendait ses propres sorts acharnés pour sceller le caisson… Louis et elle auraient pu mourir ce jour-là.

– Ils n’ont rien trouvé Louis… Les restes des éruptifs laissent à penser qu’effectivement, ils sont entrés en collision avec un corps solide sans qu’il ne s’agisse des parois du caisson, qui ne comportaient aucune trace d’impact direct. Ils ont pu reconstituer la scène à partir d’un sort de mémoire de lumière et un magigraphe.

James posa sur la table un petit cube noir.

– Le corps de Han Derrick se devine sur les magiographes, expliqua James en tapotant le cube. Mais il s’évanouit entre le moment où il se fait percuter par le premier éruptif, et le moment où le sable du caisson retombe. Il y a un nuage, de quelques secondes et…

– On ne sait pas ce qui se passe pendant. On sait juste que le corps de Han Derrick disparaît.

– En revanche, au vu de sa posture, de sa façon de marcher… Il perdait énormément de sang. Il est forcément mort, Allénore, ajouta l’Auror. Personne ne peut survivre au sort que tu lui as lancé et à l’attaque des éruptifs. Le magiographe reproduit la trace de ton maléfice ainsi que les projections de sang. Il en a perdu une quantité mortelle.

– Han Derrick est mort, annonça Citlali.

Louis se remit à respirer. Sans s’en rendre compte, il avait suspendu une expiration dans sa gorge. Il pressa encore une fois sa main sur l’épaule d’Allénore, attendant une réaction. Elle secoua finalement la tête :

– Je sais ce que j’ai vu. Ce n’était pas une hallucination ou un épouvantard … C’était son visage, dans un miroir. Han Derrick n’est pas mort.

– Je me doutais que tu dirais ça…, murmura Citlali.

Elle se tourna vers James, avec un air de « je te l’avais bien dit », qui aurait fait sourire Louis dans d’autres circonstances.

– Allénore… C’est le magigraphe, fit James en le tapotant nerveusement. Si tu le souhaites, nous pouvons l’activer et tu verras.

Il fit rouler le cube noir jusqu’à elle. Allénore se tourna vers Louis, dont les yeux bleus étaient rivés sur l’objet.

Était-il prêt à visualiser cette scène ? À voir ce qu’ils avaient fait tous les deux ? Depuis octobre, Louis n’avait pas pensé à la mort. Il avait pensé à la vie. Il avait fait ses deuils, les faisait toujours en fait, s’était tourné vers l’avenir. Il s’était concentré sur sa formation de dragonologie, sur sa relation avec Allénore, sur la grossesse de Victoire, sur Tommy qui était très fragilisé de ces derniers événements…

Il n’avait pas pris le temps de se poser, ne serait-ce que deux minutes, pour penser. Penser au fait qu’il avait donné naissance à un bébé en le sortant du ventre de sa mère qui venait de se suicider. Penser au fait que Lola Donnez était morte, les yeux fondus et la peau cloquée. Penser au fait que la main de Jia li était restée dans celle d’Allénore, l’autre partie de son corps restant enfermée dans le quartier général des Autres en train de brûler. Penser au fait que Noanne, une gamine, avait été assassinée d’une balle entre les deux yeux. Penser au fait qu’il avait neutralisé des centaines de créatures magiques. Penser au fait qu’il avait détesté, eu peur, aimé si fort … Penser qu’il avait failli perdre Allénore. Penser au fait qu’ils avaient tous frôlé la mort pendant des semaines.

Penser au fait qu’Allénore et lui, avaient tué Han Derrick.

Sans qu’il ne sache trop comment, Allénore s’était levée et était maintenant devant lui, ses deux mains sur ses joues, ses yeux chocolat cherchant son regard. Elle glissa ses doigts dans ses boucles blondes et sépara deux mèches, très tendrement.

– Je ne le ferai pas si tu ne le veux pas, marmonna-t-elle.

– Tu as besoin de savoir, refusa-t-il.

Elle agrippa son menton à deux doigts.

– Pas si tu n’es pas prêt.

– Est-ce que tu l’es toi ?

– Ça ne fonctionne pas comme ça Louis, lui sourit-elle. Tes limites ne sont pas les miennes.

Louis ferma les yeux, se concentrant un instant sur les doigts d’Allénore qui caressaient ses cheveux avec douceur.

Oui, il avait besoin de savoir lui aussi…

Il avait besoin de savoir si ce mage noir allait revenir pour se venger, pour tuer Allénore, ses amis, ses proches, pour le tuer lui. Il avait besoin de savoir s’ils étaient tous en danger, ou en sécurité. Il avait besoin d’être préparé.

– Comment active-t-on le magigraphe ? demanda Allénore.

Elle avait compris Louis sans qu’il n’ait besoin de parler, et quand elle faisait ça, lorsqu’elle lisait en lui, il sentait son coeur se gorger d’amour et de gratitude de l’avoir à ses côtés.

– Seul un Auror peut le faire, répondit James. Il faut avoir une plaque de service valide.

– Je m’en occupe, proposa Citlali.

Elle caresse le cube à l’aide de son pouce et dans l’appartement de Louis et James, une multitude de points dorés firent leurs apparitions, reproduisant la silhouette de Han Derrick et des éruptifs fonçant droit sur lui.

À la vision même de son corps, Allénore fut tétanisée par la peur.

La scène se joua au ralentis. Des points rouges au niveau de la gorge, du torse et des bras du mage noir s’échappaient en grande quantité et formaient une sorte de flaque alors qu’il titubait. Allénore et Louis le virent tomber à genoux, secoué par le sol qui tremblait.

– C’est un implode qui a fait ça, analysa James.

– J’en ai lancé plusieurs, confessa Allénore d’une voix blanche.

Puis un premier éruptif transperça de sa corne l’abdomen de Han Derrick. La flaque s’était épaissie et élargie. L’explosion provoquée par l’impact fi naître un nuage de sable qui ne fit que grossir lorsque les autres éruptifs attaquèrent Han. Et lorsqu’il fut dissipé, il n’y avait plus rien. Plus de points rouges, plus de silhouette humaine dessinée en doré.

Rien.

– Il est en vie, prononça Allénore comme une sentence.

Louis sursauta, reprenant pied avec la réalité, sentant la main chaude d’Allénore dans son dos.

– C’est anatomiquement impossible, réfuta doucement Citlali. Ecoute, je sais que tu as peur, que cet homme est affreux, mais …

– Je sais ce que j’ai vu.

Il y avait une telle conviction dans ses yeux, une telle peur, que Citlali cru Allénore et n’osa pas la contredire une fois de plus.

– Je ne sais pas ce que tu as vu Allénore. Mais ce n’était pas Han Derrick. Je ne dis pas que ce n’était pas réel ou que tu l’as imaginé, reprit James avec diplomatie.

– J’ai besoin d’en avoir le coeur net.

– Je comprends, sourit James. Et quoique tu aies vu, c’est probablement quelque chose de dangereux et de malfaisant.

– Vous me croyez ? chuchota Allénore, bouche-bée.

Alors qu’elle avait mentit si souvent… A elle-même et aux autres.

– Bien sûr qu’on te croit, fronça les sourcils James. Pourquoi mentirais-tu sur une chose pareil ? On a tous vu des choses improbables… Le fait qu’un grand mage noir revienne sous une autre forme, ou ait laissé derrière lui des artefacts pour continuer à nuire même après sa mort, c’est très commun. Pas original du tout. Mon père pourra t’en toucher un mot ou deux à l’occasion…

– Alors qu’est-ce qu’on fait ? interrogea Louis.

– Nous, rien, répondit Citlali. James et moi avons été missionnés sur une affaire. On voudrait vraiment vous aider, mais même si nous avions le temps, nous ne pourrions pas : Harry se demanderait pourquoi on veut rouvrir l’enquête de la disparition du corps de Derrick, il commencerait à fouiner et se rendrait compte qu’on a fouillé dans les archives sans autorisation…

– Mais vous… Vous pouvez retourner à l’endroit où tu as vu le visage de Han Derrick. Tu remontes la piste.

Une flamme brillait dans les yeux d’Allénore.

– On ira, fit Louis.

– Au moindre problème, à la moindre difficulté, vous nous faîtes appeler par lettres de feu, ordonna James.

– On vous rejoindra immédiatement, promit Citlali.

Allénore mâchouillait ses lèvres, et ne s’arrêta que lorsqu’elle sentit le goût du sang dans sa bouche.

– Merci.

C’était tout ce qu’elle pouvait dire.

***

Londres, 30 avril 2030, 23h39 heures de Londres

Rose soupira de bonheur en se glissant dans la baignoire. L’eau fumante apaisa ses muscles tendus de la journée qu’elle avait passé au travail. Elle dénoua ses jambes et ses bras petit à petit, avant de fermer paresseusement les yeux. Elle fut interrompue par trois coups sur la porte et soupira une autre fois, avant d’autoriser Scorpius à entrer.

Elle aurait reconnu ses coups assurés et malefoyens entre mille…

Il sourit en la découvrant allongée dans la baignoire, ses lunettes de lecture encore sur le sommet de son crâne, sa peau diaphane constellée de taches de rousseur immergées dans l’eau chaude et fumante… Rose se laissait bercer dans les légers remous de la baignoire, alimentés par sa propre respiration et le jet d’eau qu’elle coupa. Il aurait pu l’observer pendant des heures durant, la regardant se prélasser, apprécier ce moment de détente, ses cheveux roux flottant dans l’eau tout autour d’elle … Rose était belle. Surtout lorsqu’elle lui souriait en retour.

Il avait encore une toile d’accromentule dans les cheveux et un peu de suie sur le bout de son nez. Lorsqu’il s’approcha d’elle, elle glissa son pouce et le frotta en douceur pour le nettoyer. Il embrassa ses lèvres et se laissa tomber sur le sol, s’adossant au coffre de la baignoire. Rose se contorsionna et y fit reposer son menton. Elle l’embrassa sur l’une de ses tempes :

– Longue journée ?

– Très longue journée, confirma Scorpius. Tu m’as manqué.

Il se plaignit légèrement, lorsqu’elle passa ses bras mouillés autour de son cou, mais finit par en sourire. Il passa une main dans ses cheveux et commença à inspecter ses phalanges. Les vapeurs parfumées aux sels de bain que Rose avait ajouté lui piquèrent un peu le nez. Mais il resta, parce qu’il aimait être avec elle, et qu’il en avait besoin.

– Je sais que quelque chose te tracasse en ce moment.

Rose était grognon , passionnée, érudite, taquine, trop à cheval sur les règles, obstinée, loyale, rêveuse, gentille, impulsive et avait parfois un léger manque de tact. Scorpius l’aimait comme ça et n’aurait rien changé chez elle. Sauf peut-être sa tendance à laisser traîner ses affaires n’importe où et à empiler les livres dans les coins de leur lit… Elle était surtout patiente et savait attendre le bon moment pour poser aux gens les bonnes questions. Là, c’était le bon moment. Elle avait observé Scorpius gamberger, s’inquiéter, hésiter, ouvrir la bouche puis la refermer… Elle s’était dit qu’il n’était pas prêt à se confier. Aujourd’hui il l’était… Il avait seulement besoin d’un petit coup de pouce.

– Ça fait des semaines que tu n’es pas allé chez tes parents. Tu n’ouvres plus les lettres de ton père… Scorpius… Que se passe-t-il ?

Scorpius inspira un grand coup.

Rose comprendrait. Rose l’aimait. Rose … serait peut-être en pétard, mais il avait l’habitude de gérer Rose lorsqu’elle était en pétard.

Il fallait qu’il en parle. Il fallait que Scorpius l’annonce très rapidement, sinon, Rose et ses amis allaient apprendre dans le prochain numéro de la Gazette du Sorcier que Scorpius allait entamer une carrière dans la justice magique … Carrière non-consentie d’ailleurs, mais ça, les journaux se passeraient sûrement de le préciser.

– Mon père veut que je prenne les sièges des Malefoy et des Greengrass au Magenmagot.

Scorpius entendit les clapotis de l’eau. Rose changea de position. Désormais assise en tailleur dans l’eau, elle laissa reposer son menton sur le crâne de Scorpius avant de l’entourer de ses bras.

– Eh bien… Tu vas drastiquement faire chuter la moyenne d’âge de leurs membres, c’est certain.

– Rose…

– Oui ?

– Tu n’es pas en colère ?

– Je sais que tu ne veux pas de ces sièges.

Il fut soulagé et se détendit en sentant les doigts de la rousse descendre le long de sa nuque.

– Et si je te disais qu’une partie de moi… Une partie de moi ne rejette pas complètement cette idée ? marmonna-t-il presque honteusement.

La première réaction de Scorpius avait été un rejet profond et immédiat de l’ordre de son père. Puis, une seconde pensée, s’était insinuée dans son esprit. Scorpius en avait eu peur, au point de l’écarter chaque fois qu’elle revenait. Il n’en avait pas parlé à Emmalee, la seule qui était au courant de tout ça.

– Je te demanderai de m’expliquer pourquoi.

Il décolla son dos du coffre de la baignoire et se positionna face à elle pour la regarder.

– Je préfère que ce siège me revienne, plutôt que mon père continue de l’occuper et de voter pour des lois avec lesquelles je suis en profond désaccord. L’espace d’un instant… J’ai pensé que je pourrais faire entendre ma voix, celle des gens comme moi.

– Scorpius… T’es un homme blanc, né dans une famille riche, noble et…

– Je sais, grogna Scorpius. Je parlais des gens qui pensaient comme moi. Des gens qui pensent que les membres du Magenmagot devraient être élus, que les sang-purs ont encore trop de pouvoir sur la vie politique et économique de la communauté sorcière, qu’il faut plus d’aides sociales pour intégrer les nés-moldus… Allénore ne connaissait rien au monde magique lorsqu’elle est arrivée à Poudlard. Elle a eu de la chance de tomber sur toi. Et elle avait si peur de la magie… Tu savais que presque la moitié des bailleurs sur le Chemin de Traverse refuse des locataires ayant des moldus dans leurs familles ? Enfin, ce n’est pas aussi explicite : ils demandent des sorciers solvables, et les nés-moldus et sangs-mêlés possèdent moins de capitaux et de liquidités en fond sorcier que les sang-purs. Sans parler de Gringgot, qui a une politique d’emprunt absolument pas en faveur des moldus. Et les taux de change… Tu savais que la banque taxait presque quinze pour cent chaque fois qu’on change de l’argent moldu en argent sorcier ?

Rose écarquilla les yeux.

– Oui, je le savais.

Sa mère était Hermione Granger-Weasley, alors oui, Rose savait. Non seulement parce qu’elle écoutait toujours sa mère mais aussi parce que ses sujets intéressaient grandement Rose, qui ne s’était jamais gênée de manifester et de déambuler dans les rues sorcières de Londres en brandissant des pancartes. Rose était une personne engagée qui n’avait pas peur de faire la couverture et les gros titres des magazines sorciers. Ses cousins en faisaient même la collection…

– Est-ce prétentieux de ma part de penser que je pourrai… participer à changer les choses ?

– Un peu, sourit Rose.

– Peut-être qu’inconsciemment, je veux laver le nom de famille des Malefoy.

– Tu es quelqu’un de bien Scorpius, et j’aimerais ne pas avoir à te le rappeler tous les jours, chuchota-t-elle à son oreille.

– Je le sais… Mais est-ce que je le suis parce que c’est dans ma nature, ou est-ce que je le suis pour me donner bonne conscience, pour me dire que je suis meilleur que mon père ne l’était à mon âge… Parfois je …

– Scorpius, respire, commanda Rose.

Elle déposa un baiser humide sur l’une de ses joues. Puis plein d’autres, parce que c’était comme une addiction et qu’elle adorait l’embrasser.

– Tu te poses trop de questions.

– Que vont penser Allénore et Albus, quand je le leur dirais… Je n’ai aucune légitimité. Tu l’as dit. Je suis un homme blanc, riche et…

– Allénore ferait une mauvaise politicienne. Elle prend les choses trop à coeur. Elle est sensible, dans le ressenti, les émotions. Ce sont des qualités, mais qui la desserviraient grandement si elle venait à occuper ce rôle.

– Elle va devenir diplomate Rose…

– Et ça lui va comme un gant. Quant à Albus… Albus est sage et est probablement la personne la plus mature que je connaisse. Mais le pouvoir le dégoûte. Ce qu’il aime, c’est critiquer et observer. Quant à moi, j’ai le charisme d’un rebord de trottoir et l’éloquence d’un inferi qui aurait sniffer de la poudre de cheminette… De nous tous, tu serais le meilleur…

– Non, je …

– Scorpius. Si tu veux de ces sièges, prends-les. Occupe-les. Parle. Vote. Fais changer les choses.

– Et si je n’en veux pas ?

– Milite avec moi la prochaine fois pour que cette maudite assemblée de vieux croûtons soit enfin élue et pour que tous les sorciers soient démocratiquement représentés.

– Mon père me tuerait…

– T’es son seul héritier.

– Il en ferait un autre.

– Je doute que ta mère soit partante.

– Elle aussi il la remplacerait…

– Scorp… Ton père est fou amoureux de ta mère.

– Je sais, soupira-t-il. Je n’aurais pas dû dire ça.

– Tu sais, s’il n’est pas la personne que tu croyais qu’il était, tu n’es pas non plus celle qu’il croit que tu es. On idéalise toujours nos parents et il est naturel qu’ils aient pour nous certaines attentes…

– Tes parents n’ont pas d’attentes Rose.

– Oh si, le contredit-elle. Ils ont simplement de la chance qu’elles coïncident en grande partie avec les miennes. Ils n’ont jamais été très ravis que nous soyons ensemble, tu sais. Ils avaient signé pour « amis » pas pour plus. Ils avaient peur et tu es un Malefoy. Ce nom de famille ne leur inspire pas confiance quand bien même ils m’ont répété depuis toute petite qu’il ne faut pas juger quelqu’un sur ses origines… Ils auraient sûrement préféré que je tombe amoureuse d’un Bones et d’un Londubas. Mais nous en avons discuté… Longuement…

Elle était peut-être là, la différence entre Rose et ses parents, et Scorpius et ses parents. Eux, ne discutaient jamais vraiment. Drago Malefoy était un homme naturellement réservé et taciturne qui ne parlait pas beaucoup, et rarement de lui.

– Ton père n’est pas quelqu’un de mauvais. Il l’a peut-être été, mais les gens changent…

– Il n’a pas toujours été quelqu’un de bien non plus et parfois… Je me demande s’il l’est réellement devenu. Il a toujours des idées si … préconçues et dégueulasses sur les nés-moldus, les privilèges que les Sang-purs sont en droit d’avoir selon lui…

Rose ne savait trop quoi répondre à cela.

– Scorpius… Tu ne t’es jamais demandé pourquoi il voulait te céder le siège des Malefoy au Magenmagot ?

– Non, admit-il.

– Tu es amie avec Allénore Rameaux, la fille d’un Cracmol responsable de la mort de beaucoup de sorciers Sang-purs. Tu es ami avec le fils d’un sang-mêlé et en couple avec une sang-mêlée… Ton père sait pertinemment que vous n’avez pas les mêmes idées politiques. Il est intelligent.

Il soupira lourdement.

– Je lui ai dit que je refusais le siège. On s’est disputé. Très fort. Il m’a dit « Tu pourrais faire ça pour moi Scorpius ».

Rose fronça les sourcils et et chassa les bulles de son bain, qui passaient entre elle et Scorpius.

– Il n’avait pas à te dire ça, je pense…

– Je lui ai répondu que je ne lui devais rien. Et que je me fichais bien que les sièges des Greengrass et des Malefoy tombent et soient vendus à d’autres familles… Il a dit que je ne pouvais pas refuser mon héritage.

Rose ferma les yeux pour mieux réfléchir et pinça ses lèvres. Elle avait besoin de temps pour traiter toutes les informations et trouver les bons mots.

– Scorpius, quoi que tu décides, je te soutiendrais.

– Je sais.

Il se pencha un peu et s’appuya de ses deux mains sur le rebord de la baignoire pour l’embrasser. Il laissa sa langue s’immiscer entre ses lèvres et approfondir leur baiser, jusqu’à la sentir frémir entre ses doigts.

– Il faut que je le dise à Allénore et Albus.

– On pourra le faire ensemble…

– Tu crois qu’ils ont remarqué ?

– Quoi donc ?

– Que j’étais étrange en ce moment !

– Scorp… Mon cœur… Tu es toujours étrange!

Rose avait le regard fuyant.

Peut-être que leurs amis avaient remarqué quelque chose. Après tout, ils y avaient tant de silence entre eux… Comme cette fameuse demande en mariage, que Scorpius avait complètement oubliée et dont chaque mot tournait en rond dans l’esprit de Rose… Elle avait demandé à ses amis de ne rien dire, de les laisser gérer ça entre eux. Mais la fabricante de baguettes n’avait jamais trouvé le courage d’aborder la question, de parler à Scorpius de ce moment qui avait été effacé de sa mémoire…

Elle se souvenait de cette demande pour deux.

– Rose ?

Elle sursauta et il se mit à rire.

– Tu étais encore dans ton monde.

– Désolée.

Il ne voulait pas qu’elle soit désolée. Il voulait juste faire partie de son monde…

– À quoi pensais-tu ? lui demanda-t-il.

Elle rougit un peu et se remit à fuir ses yeux gris. Il n’insista pas et préféra se lever. Il commença à déboutonner sa chemise et à enlever son pantalon.

– Il y a de la place pour deux ?

– Toujours, répondit-elle.

Lorsqu’il la rejoignit et qu’elle s’appuya contre son torse, nichant sa tête dans le creux de son cou, elle compta tous les battements de cœur qu’elle entendait.

Scorpius était soulagé de s’être confié à Rose. Il sentait son besoin d’avoir un peu de réconfort et de contact, alors il lui donna tout ça, à sa façon. Ils parlèrent de leur journée, de ce voyage qu’ils voulaient faire en Afrique du Sud, de ce musée dans lequel ils avaient prévu d’aller la semaine prochaine et de l’envie furieuse qu’avait Rose de manger de la glace au caramel.

Scorpius savait que c’était avec elle qu’il voulait passer le reste de sa vie.

Il aurait pu faire sa demande ici, entre deux bulles de savon, et deux baisers amoureux ou langoureux. Mais il ne le fit pas. Il manquait de courage, avait peur du rire que pourrait sortir Rose. Ils étaient si jeunes… Et puis, ils n’avaient jamais parlé de mariage tous les deux. Ils n’habitaient même pas encore ensemble et Rose semblait déterminée à vouloir faire en sorte que leur colocation avec Albus et Allénore dure le plus longtemps possible.

Alors Scorpius ravala les mots maladroits qu’il pensait prononcer le moment venu.

«Hey Rose… Ça te dirait de te marier avec moi ? ».

« Je t’aime, et je ne te le dis pas assez. J’espère que tu aimeras la bague ».

« Je veux qu’on s’engage l’un envers l’autre ».

« Ce ne seraient que des fiançailles, nous ne sommes pas obligés de nous marier maintenant... ».

Il trouvait toutes ses phrases maladroites…

– On est si bien ici, murmura Rose.

Il joua avec une mèche rousse et sourit. Il était heureux… Vraiment heureux et il savait qu’elle était aussi, à ses fredonnements, à sa façon de le serrer contre elle. Et il avait raison.

Rose aurait pu s’endormir ici-même, avec les lèvres de Scorpius sur sa peau et sa tendresse qui la réchauffait autant que l’eau encore fumante de leur bain.

Lorsqu’ils entendirent un « boom » dans le salon, ils furent pourtant forcés de quitter leur étreinte pour y accueillir Citlali Tucker et James, qui époussetaient calmement leurs capes de sorciers.

***

 

Londres, 30 avril 2030, 03h59 heures de Londres

Allénore restait assise sur son lit, Louis à ses côtés, leurs mains scellées et reposant sur l’un de ses genoux. Ils ne s’étaient pas quittés une seule seconde depuis qu’ils savaient pour la disparition du corps de Han Derrick.

– On partira lorsque tu seras prêt, assura Allénore.

– Je le suis. Et toi ?

– Je le suis aussi.

Alors pourquoi restaient-ils tous les deux sur ce lit, s’y accrochant même comme deux marins désespérés sur leur bateau en pleine tempête ?

– Quand je suis revenue en Grande-Bretagne, après la mort d’Ed Richards… Après le procès, après tout ça et quand je suis revenue ici pour la première fois, tu m’as dit que tout se passerait bien et j’ai eu envie d’y croire. J’ai eu envie de croire en beaucoup de choses… Que ma vie redeviendrait comme avant, que les silences, les mensonges, tout ça, ça serait de l’histoire ancienne. Mais on ment à Scorpius on ne lui racontant pas ce qu’il s’est passé avant qu’il ne perde la mémoire lors de l’attaque de Londres. Albus me ment lorsqu’il me dit qu’il m’assure qu’il n’a rien à me demander, alors que j’entends presque toutes les questions qu’il a dans sa tête. Je mens à Rose, quand j’affirme être incapable de lui raconter ce que j’ai fait : j’ai simplement peur qu’elle me déteste et elle le sait en plus… Et Scorpius… Scorpius nous ment aussi. Je ne sais pas encore à quel sujet, mais je le sais. Mais on s’aime et ça tient, parce que malgré toutes nos incertitudes, nous sommes là les uns pour les autres. C’est fragile, mais c’est réel parce que je les aime et qu’ils sont ma famille. Et… je me fiche de mes doutes quand ils sont là, Louis. Parce qu’il n’y a qu’une seule certitude qui compte : c’est que je ne serai jamais plus Mistinguette.

C’était ça, qui avait fait tenir Allénore. Cette pensée que plus jamais elle ne serait cette alter-ego qui avait tant fait souffrir les autres malgré elle, qui avait commis tant de choses atroces et connu tant de douleurs.

Allénore n’avait toujours été qu’Allénore auprès de ses amis.

Louis commença à triturer les piercings de ses oreilles, nerveux.

Peut-être qu’il était là, le problème d’Allénore… Elle avait dit adieu à une partie d’elle-même, sans se douter que Mistinguette et elle, étaient elle entière, que l’une ne pouvait se défaire de l’autre et que si elle voulait vraiment que tout redevienne comme avant, que l’honnêteté soit de nouveau le ciment de son amitié avec Rose, Albus et Scorpius, elle devait leur présenter cette part d’ombre qu’elle avait en elle.

Mistinguette… Le pire d’Allénore, elle qui n’avait jamais voulu donner que le meilleur pour les gens qu’elle aimait.

L’apprentie dragonologue pressa sa main dans celle d’Allénore.

– Notre portoloin est dans moins de vingt minutes. Si on ne veut pas le rater, on devrait se dépêcher.

– Tu n’es pas obligé de venir avec moi.

– Tu n’es pas obligée de venir avec moi toi non plus, sourit Louis.

Il voulait en avoir le coeur net lui aussi et s’assurer que ce qu’avait vu Allénore, était quelque chose qui ne les mettraient pas en danger. Il se savait incapable de dormir tranquillement tant qu’il n’aurait pas l’intime conviction que Han Derrick était en train de nourrir de malheureux asticots qui méritaient bien meilleure nourriture.

– Après ce qu’il s’est passé la dernière fois, le bar clandestin chinois doit avoir changé d’adresse et les caissons et marchandises qui se trouvaient au sous-sol ont dû être livrées… On ne retrouvera peut-être jamais ce miroir.

– Alors on cherchera, promit Louis.

– Et tes études ? Tu reprends les cours dans une semaine, Lou ! Tu ne peux pas parcourir le monde à la recherche de chimères et abandonner ta vie …

– Et tu es censée négocier les accords de Glasgow dans quinze jours, lui rappela Louis. Tu ne peux pas non plus abandonner ta vie.

– Alors quoiqu’on trouvera ou ne trouvera pas, on devra rentrer, annonça prudemment Allénore.

Elle se leva d’un bond, continuant de tenir sa main dans la sienne. Louis l’imita et mit à Allénore sa capuche noire, avant de poser ses lèvres sur les siennes. Au moment où elles se touchèrent, elle plongea vers son visage, avide de son contact, avide de ce qu’il avait à lui donner et de ce qu’il lui faisait toujours ressentir. Une vague de chaleur, immense, qui fleurissait et s’épanouissait toujours de façon assez surprenante, malgré tous les baisers qu’ils avaient déjà échangé. Elle goûta sa langue, sa bouche, se perdit ici et là sur sa mâchoire, son menton et revint à ses lèvres qu’elle mordilla doucement. Il posa ses mains sur sa taille pour la garder près de lui, avant de les glisser dans les poches arrières de son pantalon aussi noir que sa cape. Il colla son front au sien :

– Je t’aime, Allénore.

Il lui disait souvent, sûrement trop, mais toujours avec une intensité renversante et vibrante, qui donnait envie à Allénore de le déshabiller et de lui faire l’amour durant des heures, de discuter des heures et des heures, de le câliner pour plusieurs éternités, de l’embrasser à l’infini et de se contenter de ça pour le reste de sa vie.

Il insistait tant sur ces trois mots…

– Je t’aime, Louis.

Le dire était si facile.

– Allons-y.

Elle hocha la tête et enfila son sac à dos de voyage dans lequel Louis avait consciencieusement plié des vêtements de rechanges pour eux deux, quelques potions qu’elle avait volé dans la mallette de Nilam, de quoi grignoter, une grande gourde et une tente.

– C’est juste une nouvelle aventure, Nore.

– Et on adore les nouvelles aventures, toi et moi, s’esclaffa-t-elle légèrement.

– J’adore en vivre avec toi… Mais la prochaine fois… Je te propose une excursion en Nouvelle-Zélande. La grotte de Waitomo a été repeuplé par plusieurs espèces de vers luisants magiques et de ponstastillas, ça doit être absolument merveilleux !

Allénore serra sa main dans la sienne.

Son bourlingueur à elle…

Elle savait qu’il lui ferait visiter et aimer le monde sous toutes ses coutures.

– Ne change jamais, s’amusa-t-elle en l’embrassant une dernière fois.

Ils quittèrent sa chambre ensemble, après avoir fait une dernière caresse à Gribouille. Allénore referma la porte derrière eux et regarda celles des chambres de ses amis, qui dormaient sûrement.

– Je voudrais leur laisser un mot…, marmonna-t-elle. Je ne peux pas… Je n’ai pas le droit de leur faire revivre le cauchemar d’il y a deux ans.

– Si tu leur laisses un mot, ils voudront te rejoindre et ils seront en danger.

– Oui. Tu as raison… Han est trop puissant pour qu’on se permette de prendre le risque de les faire plonger en enfer avec nous. Il ne faut pas… Il ne faut pas que Han, que ce spectre de lui les rencontre.

Allénore s’y refusait.

Mais partir encore une fois, sans rien leur dire… ça lui brisait le cœur.

Louis le sentit et pour leur donner un peu de courage, déposer un baiser sur le sommet de son crâne couvert par sa capuche noire.

Sans faire de bruit, ils atteignirent le salon, où se trouvait la cheminée de la colocation. Allénore prit une grosse poignée de poudre de cheminette et fit un premier pas dans l’âtre, avant de sursauter net et de plisser les yeux, sous l’effet du plafonnier qui venait de s’allumer.

Louis et elle se retournèrent comme un seul homme et affrontèrent quatre personnes, en tenue de voyage, parfaitement réveillées et plus ou moins agacées.

Nilam avait les bras croisés sur sa poitrine et souriait avec son éternel air malin. Albus avait les sourcils froncés et fuyait du regard Allénore, sous peine d’exploser. Scorpius avait un visage neutre et concentré. Rose jouait avec le déluminateur que son père lui avait offert et sa baguette, presque taquine et s’avança la première :

– Vous partez quelque part peut-être ?

Allénore lâcha sa poignée de poudre de cheminette et bégaya quelques mots à la recherche d’une excuse.

– Laisse tomber, Citlali a tout balancé à Emmalee qui elle, s’est chargée de tout répéter à Scorpius, expliqua Albus d’un ton mordant. Et mon frère est passé tout à l’heure avec Citlali… Ils nous ont tout dit.

Il était en colère, Allénore le sentait. Chaque cellule de son corps était hérissée, tendue. Le corps d’Albus envoyait plusieurs signaux négatifs : inquiétude, colère, ressentiment, incompréhension. Il était anxieux mais aussi énervé.

– J’arrive pas à croire que tu …

– On vient avec vous, le coupa Scorpius.

Il était la personne dont Allénore redoutait le plus la réaction. Scorpius était dur à lire, complexe et impassible. Il ne laissait rien paraître.

– Je ne sais même pas ce que nous devons chercher, bafouilla Allénore.

– Qu’importe. On le trouvera ensemble, intervint Rose.

– C’est dangereux…

– Je suis briseur de sorts, haussa les épaules Scorpius.

– J’ai survécu aux arènes des Autres, surenchérit Nilam.

– J’ai visité toute seule des forêts très dangereuses pour trouver les arbres nécessaires à la fabrication de plusieurs baguettes, enchaîna Rose.

– Et moi, je sors avec Nilam depuis deux an et demi.

Tous se tournèrent vers Albus, qui souriait, toute colère envolée.

– On ne te laissera pas partir sans nous, cette fois-ci, assura-t-il à Allénore.

Il se planta devant et Allénore ferma les yeux, incapable d’affronter son regard émeraude.

– On se bat tous ensemble, c’est comme ça et pas autrement. Laisse-nous t’aider Allénore.

Son ton était presque suppliant et Allénore détesta ça.

Moins délicate que son petit-ami, Nilam passa devant lui, prit une grosse poignée de poudre de cheminette et s’enfonça dans l’âtre :

– Et puis de toute façon on ne te laisse pas le choix !

Elle prononça l’adresse du Ministère où les attendait un portoloin, et disparut dans un jet de flammes verdoyantes. Allénore retint ses larmes et hocha la tête en direction d’Albus.

Elle était bien incapable de lui dire qu’elle acceptait son aide. Mais lorsqu’il embrassa sa joue avant de disparaître dans les flammes à son tour, elle sut qu’il l’avait comprise.

Allénore vit tous ses amis partir les uns après les autres et lorsqu’il ne resta plus que Louis et elle, elle inspira un grand coup. Elle échangea un regard avec le blond. Son téléphone vibra dans sa poche.

Un message de Christophe, son frère. En Australie, le matin touchait à sa fin.

– Nore…

– Je t’en prie, ne dis rien, le coupa sévèrement Allénore.

– C’est peut-être le bon moment.

– Non. Il ne l’est pas.

Louis n’insista pas et lui offrit un petit sourire, le genre de sourires qu’Allénore trouvaient réconfortants, parce qu’ils lui disaient que son auteur l’aimait malgré l’énigmatique tête de mule qu’elle était.

Ils ne savaient pas ce qu’ils les attendaient.

Ils espéraient juste que pour cette aventure-ci, ils rentreraient tous à la maison.

 

 

End Notes:

 

 

I wanna be in the quiet zone
Wanna be here on my own
Wanna see what I can do
But I don't know what I'd be
If you were to go 

 

 

 

 

 

 

Une petite reiew ?

 

Chapitre V by CacheCoeur
Author's Notes:

Whatever I've done
I did it for love
I did it for fun
Couldn't get enough
I did it for fame
But never for money
Not for houses
Not for her
Not for my future children
Until now...

 

 

 

One more Hour – Tame Impala

Paper Planes – M.I.A

Pyroinesis - 7Chariot

Sunrise – A million in vermillon

Spiracle – Flower race

Young & Unafraid – The Moth & The Flame

 

Pékin, 26 avril 2030, 15h35, heures de Pékin

Rose n’était pas bavarde de nature. Nilam détestait parler pour ne rien dire. Allénore préférait laisser aux autres le soin de converser.

Alors il ne restait plus que Louis, Scorpius et Albus, coincé entre les deux blonds qui n’avaient jamais réussi à bien s’entendre.

Les trois jeunes femmes, couvertes de leurs capes de voyage et avançaient dans les rues, en direction de leur hôtel. Allénore triturait nerveusement ses bracelets, signe évident que quelque chose n’allait pas. Louis fronça les sourcils, les sens en alerte, prêt à intervenir pour calmer une éventuelle crise d’angoisse, une peur panique ou le poison du doute qui sommeillait toujours en elle. Il observa Rose prendre Allénore par le bras et marcher côte à côte. Les deux amies évoluaient en parfaite synchronisation, comme elles l’avaient fait depuis qu’elles se connaissaient, des couloirs de Poudlard, jusqu’à ceux du Ministère de la magie. Rose et Allénore avaient toujours avancé l’une avec l’autre, en lisant le même roman, le même manuel, en écoutant les mêmes chansons sur le même vieux téléphone… Et il n’y avait jamais que Nilam pour les empêcher de se manger un mur en pleine face, de rentrer dans un autre élève ou de tomber en se prenant les pieds dans les marches. Albus était souvent plongé dans ses pensées, Scorpius évoluait toujours les yeux baissés et Louis… Louis riait ou se moquait bien trop de sa cousine et de sa meilleure-amie pour se priver de leurs cascades. Puis, une fois amoureux d’Allénore, c’était plutôt lui qui se prenait les murs de l’école, à observer d’aussi près sa démarche et à écouter son rire et sa voix envoutante…

Quand il les voyait comme ça, Rose et Allénore, Louis se disait que les choses n’avaient pas changé entre elles, entre eux tous en fait.

Sauf que ce n’était pas le cas. Pas vraiment.

Entre les trois hommes, le silence était pesant. Albus exprimait rarement les pensées négatives qui pouvaient l’assaillir. En vingt-quatre ans, Albus ne s’était presque jamais plaint, n’avait jamais piqué de gueulante envers qui que ce soit, même envers James, qui était probablement la personne qui agaçait le plus Albus… Et Louis savait qu’Albus avait un problème avec Allénore. Elle le lui avait dit. Elle l’avait ressenti, grâce à son pouvoir de polyglomage, mais n’avait rien dit, rien fait, incapable de déterminer comment crever l’abcès entre Albus et elle.

– Vous ne savez pas dans quoi vous avez mis les pieds, marmonna Louis.

Scorpius fronça les sourcils, mécontent, comme à chaque fois que Louis prenait la parole ou se donnait le privilège de respirer le même air que lui.

Il avait franchement envie de lui en coller une parfois.

– On la connaît aussi bien que toi, fit l’ancien Poufsouffle sur le même ton.

– Vous ne la connaissez pas comme moi, pas comme ça, pas quand elle est… en chasse.

Pas quand elle était capable du pire pour le meilleur.

Ils ne connaissaient pas Mistinguette.

– Vous n’êtes pas prêts à la voir ainsi.

– Et tu l’étais toi ?

Louis cilla. Il s’était attendu à ce que ces mots soient de Scorpius, mais ils venaient en réalité de son cousin, qui marchait les mains derrière la tête, en sifflotant jusqu’à maintenant.

– Quand tu t’es rendu compte qu’elle était Mistinguette, cette espionne qui s’était bien foutue de ta gueule pendant des semaines, t’étais prêt ?

– Je n’avais pas vraiment le choix…, grommela Louis.

– De ce que j’en sais, tu as été infect avec elle, après que tu aies su, termina Albus en ignorant la réponse de son cousin. Ce que je peux comprendre, je ne te jette pas la pierre. Mais tu as peur de quoi, exactement ? Qu’on agisse comme des connards, comme tu as pu le faire ?

Albus n’aimait pas le mensonge et les non-dits. Il aimait l’Histoire et la vérité.

Une partie de lui en voudrait probablement toute sa vie à Louis d’avoir été si méchant avec Allénore et de ne pas avoir eu foi en elle dès le début.

– Elle n’est pas qu’une amie pour nous. On a grandi tous les quatre, Rose, Scorpius, elle et moi, ensemble, avec nos noms, nos histoires… Elle est notre famille.

– Vous êtes franchement prêts à la voir torturer quelqu’un ? À la voir briser des baguettes magiques parce qu’elle l’a tellement fait, lorsqu’elle était chez les Autres, que c’est presque un réflexe pour elle maintenant ? A l’observer porter le masque de Mistinguette, à être si froide, si impitoyable ? A la découvrir en train de lutter pour ne pas se jeter sur une dose de conscidisti, ne pas vomir d’effroi, ne pas fuir ? Est-ce que vous êtes vraiment prêts à accepter le fait qu’elle n’est pas comme vous l’imaginez ? Qu’elle se sent monstre parfois et que oui, elle peut agir tout comme, frôler les limites du bien et du mal, et que l’aimer elle, c’est aimer ça aussi.

Albus n’avait plus rien à dire.

Ce qui était assez rare, parce qu’Albus, lui, aimait beaucoup, beaucoup, beaucoup parler.

– Allénore n’a jamais été comme je l’imaginais, parce qu’elle est réelle, je la connais et je ne l’ai jamais fantasmée ou idéalisée, contrairement à toi.

– La Allénore que tu connaissais est réelle mais elle n’est pas complète, insista Louis. Tu ne connais que cette version d’elle qu’elle voulait vous faire aimer, celles sans toutes ses cassures, fissures et brisures. Elle voulait vous montrer tout ce qui brille en elle. Pas ce qu’il y a de plus terne.

– Tu racontes des conneries, intervint enfin Scorpius.

Il bouscula Louis en lui passant devant. Il se mit à sourire, presque avec tendresse. Il aimait la loyauté de Scorpius envers Allénore. Loyauté qu’elle critiquerait probablement si elle en avait pleinement conscience…

– Il n’y a toujours eu que toi, pour voir seulement ce qui brillait en Allénore.

Louis émit un rictus. C’était sûrement un peu vrai… Avant en tout cas. Pour autant, Scorpius ne pouvait se rendre compte de l’ampleur des mensonges d’Allénore et de tout ce qu’il ignorait chez elle. Il voulait seulement protéger Allénore, et ses amis. Les protéger eux, et leur relation, si précieuse à leurs yeux.

Louis se disait souvent qu’à sa place, Scorpius aurait mieux agit que Louis, en apprenant que Mistinguette était Allénore. Il n’aurait pas été en colère, il ne lui aurait pas fait mille reproches, il ne l’aurait pas harcelé jusqu’à ce qu’elle lui rende ses souvenirs et il l’aurait écoutée, patiemment. Ce que Louis avait été incapable de faire…

Dans ses moments de doute, Louis oubliait que seul lui aurait été capable de secouer Allénore et de lui rappeler qui elle était vraiment.

Alors oui, peut-être que Louis avait tort de craindre ainsi que ses amis se détournent d’Allénore…

Lui, il en était bien retombé amoureux malgré tout…

– J’espère que tu n’auras pas peur d’elle après tout ça, reprit Louis en repassant devant Scorpius.

Avant que ce-dernier ne se jette sur Louis pour l’étriper, Albus attrapa fermement le bras de son meilleur-ami.

– Laisse-le.

Albus détestait les conflits. Il lâcha son emprise sur Scorpius qui plissa consciencieusement le tissu de sa veste où brillait toujours l’écusson des Poufsouffle. Albus regardait le ciel gris de polution de la capitale chinoise. Il était dans ses pensées. Scorpius ne connaissait que trop bien cette expression.

– Tu crois qu’il a raison ?

– Oui, chuchota Albus.

Scorpius n’avait même pas précisé en quoi Louis pouvait bien avoir raison.

Mais oui, Albus en était sûr : Allénore était une sorte de monstre. L’autre vérité dans tout ça, était que même si elle en était effectivement un, Albus n’en avait pas peur. Parce qu’Allénore était son amie. Son amie menteuse, son amie qui jouait avec la vérité, son amie qui continuait de se défiler devant eux, son amie qu’il devait protéger de tout… Mais son amie tout de même. Son amie gentille. Son amie bienveillante et intelligente. Son amie marrante. Son amie gourmande. Son amie.

– Et je ne sais pas si nous sommes effectivement prêts à le constater, termina Albus.

– Alors pourquoi es-tu venu ?

– Pour la même raison que toi.

L’amour. L’amitié. La loyauté.

Monstre ou pas…

– J’espère qu’on trouvera vite ce putain reflet de mes deux, grogna Scorpius.

– Moi aussi.

Non pas parce que la perspective de croiser ne serait-ce que le reflet de Han Derrick les enchantait. Mais parce qu’il avait besoin de réponses et que cette aventure, à défaut d’Allénore elle-même, allait les leur donner.

 

***

Allénore et Louis s’étaient discrètement éclipsés et éloignés du groupe. Nilam et Albus marchaient un peu plus loin, vers le marché couvert de Pékin, où la potionniste refaisait le plein de ces potions de farces et attrapes qu’on ne trouvait qu’en Chine. Scorpius évoluait derrière Rose, qui découvrait l’endroit pour la première fois.

Elle s’arrêta un instant, en regardant songeusement un couple, en train de graver leurs prénoms dans l’écorce d’un cerisier.

– Ne me demande pas de faire la même chose, grimaça Scorpius.

C’était bien trop niais, même pour eux.

– Non, je m’étonnais simplement du fait qu’il était un peu flippant de savoir que certaines personnes se baladent avec des couteaux dans leurs poches…, observa Rose.

Scorpius se mit à sourire. Évidemment que Rose songeait à cela… Scorpius aimait que ses pensées ne soient jamais prévisibles, et qu’elle se pose toujours des questions sur lesquelles peut de personnes s’interrogeait.

– Le cerisier est un bois capricieux, très rare, dans la fabrication de baguettes magiques. C'est un bois particulièrement apprécié par les élèves de l'école japonaise de magie Mahoutokoro, où les possesseurs d'une baguette de cerisier bénéficient d'un certain prestige. Les occidentaux ont tendance à voir dans le cerisier un arbre frivole et purement ornemental à cause de ses fleurs roses mais les baguettes composées de ce bois possèdent pourtant un pouvoir mortel, particulièrement si leur cœur est un ventricule de dragon. Ces baguettes conviennent plutôt aux sorciers avec une grande maîtrise de soi et doués d'une force mentale hors-du-commun…

– La baguette d’Allénore est en bois de cerisier.

– Sauf que c’est un crin de licorne à l’intérieur. Ce composant offre peu de puissance magique et c’est le bois, qui doit donner à Allénore toute sa force dans ses enchantements et sortilèges.

– Mais…

– Elle est nulle en défense contre les forces du mal. Les baguettes au cœur de licorne sont en règle générale les plus difficiles à mettre au service des Forces du Mal. Elles ont aussi du mal à les combattre. Ce sont les plus fidèles et elles restent habituellement très attachées à leur propriétaire d'origine…

– Donc ce n’est pas de sa faute si Allénore est d’une nullité incroyable contre les forces du mal ?

– Oh si. Ce n’est pas à cause de sa baguette… La baguette de mon père a un crin de licorne, et pourtant, il a été l’un des meilleurs Aurors de sa génération avant de démissionner. Celle de mon oncle Charlie aussi, ainsi que celle de Neville Londubat… Tous très bons en défense contre les forces du mal… Les baguettes ont certaines prédispositions, mais les sorciers les façonnent en les utilisant. Ce qui est particulièrement fascinant avec les baguettes ayant un coeur composé en crin de licorne et qu'elles sont portées à la mélancolie si on les malmènent gravement, ce qui signifie que le crin peut "mourir" et qu'il faut alors le remplacer.

Rose s’était attendue a ce que la baguette d’Allénore fonctionne moins bien, avec tout ce qu’elle lui avait fait subir. Quelques abandons prolongés, une infidélité forcée lorsqu’elle était Mistinguette… Rose savait que sa meilleure-amie avait régulièrement jeté sa baguette derrière elle avec rage. Manifestement, elle ne semblait pas lui en tenir rigueur : Allénore n’avait jamais été aussi proche de sa baguette. Ses créations de papiers, ses enchantements… Tout lui obéissait au doigt et à l’oeil.

– Les sorciers chinois adorent se servir de cœurs rares, comme du corail, des poils zouwu, des plumes d’occamy… Il y a un fabriquant de baguettes, dans la corporation internationale, qui cherche à composer des cœurs hybrides…

– Hybrides ?

– Il a tissé à l’aide d’une moustache de fléreur, une plume de phénix avec un ventricule de dragon. Tout son village a failli exploser.

Et Rose disait le tout avec une fascination telle, que Scorpius était obligé d’avoir, à la fois peur, et une admiration sans limite.

– Euh… Tu ne t’amuserais pas à faire ce genre de petites expériences chez nous, n’est-ce pas ? bredouilla-t-il avec inquiétude.

Il n’était jamais trop prudent de poser la question : Scorpius connaissait Rose et il n’était pas tout à fait déraisonnable de s’informer de ses intentions à ce sujet.

– Bah tu vois le trou qu’il y a eu au plafond, en juin dernier ? demanda innocemment Rose. Ce n’est pas Gribouille qui l’a fait.

– Sans blague…

Ça, Scorpius s’en doutait déjà. Lorsqu’il était rentré un soir, complètement épuisé après un énième entraînement avec Emmalee, qui à l’époque lui menait encore la vie dure, et qu’il avait trouvé cet immense trou dans le plafond, Scorpius s’était contenté de soupire. Il avait observé Rose et Albus, allongés sur le dos en plein milieu du salon, les mains croisés sur le ventre, en train de contempler le désastre. Le tout en se goinfrant de chips à la crevette, se servant tour à tour dans le bol qu’ils avaient tout de même prit le temps de préparer. Quand il avait demandé des explications, Albus, la bouche pleine, avait répondu que le trou était déjà là lorsqu’il était rentré. Rose, elle, avait rougi et pointé du doigt le chat d’Allénore. Sûrement mécontent d’être accusé à tort, Gribouille avait refusé les caresses de Rose pendant au moins une semaine, jusqu’à ce qu’elle le fasse plier avec une double ration de pâté au saumon.

Bien sûr qu’elle avait menti…

– J’ai peut-être essayé d’utiliser une bouture de filet du diable comme cœur pour une baguette…, termina Rose.

– Ah.

Scorpius était encore à peser le pour et le contre… Rose était brillante. Un peu inconsciente mais indéniablement brillante. Cependant, il prit rapidement sa décision : il était normal de s’inquiéter.

– J’ai réussi figure-toi.

Scorpius sourit, fière d’elle.

– Pardon, rougit-elle. Je me vante.

Il se pencha pour embrasser son front.

– J’aime quand tu parles de tes réussites.

Rose cilla, le visage neutre. Scorpius comprit qu’il avait dû dire quelque chose de travers, pour qu’elle se mette ainsi à analyser ses paroles…

– Et quand tu parles de tes échecs aussi, cela va de soit ! crut-il bon d’ajouter. J’aime quand tu parles. Tout simplement.

Rose se mit à sourire et glissa sa main dans celle de Scorpius.

– On va enfreindre beaucoup de règles, commença-t-il prudemment en changeant de sujet. Tu es prête ?

Rose se mit à mâchouiller ses lèvres pleines.

Elle avait toujours eu un problème avec l’autorité et n’aurait probablement jamais eu une seule retenue de toute sa vie si elle n’avait pas été amie avec Albus, Scorpius et Nilam. Rose était du genre à suivre les règles et à engueuler elle-même l’arbitre qui laissait passer la faute d’un joueur de sa propre équipe lors d’une partie de Quidditch. Elle l’avait déjà fait. Contre Nilam. Qui avait donné un coup de poing magistral à Poesy Fortarôme, capitaine de l’équipe des Poufsouffle. Rose avait fait arrêter le match et Nilam avait manqué de la tuer. Scorpius et Allénore avait dû séparer leurs deux amies. Albus, lui, avait prit des photos. « Pour la postérité » avait-il déclaré…

Si Allénore était du genre à elle aussi, suivre le règlement et les lois à la lettre, elle n’était jamais contre l’idée d’enfreindre celles qui lui paraissaient injustes et infondées. Rose, affirmait quant à elle que la loi était la loi, et qu’elle la suivrait gentiment, mais non sans se battre et manifester tous les jours de la semaine au Minisitère de la magie, pour qu’elle soit réformée. Ce qu’elle avait fait la semaine dernière en s’enchaînant avec d’autres manifestants aux cheminées du Ministère pour protester contre la hausse des taxes d’achat de poudre.

Allénore était une révolutionnaire. Rose, une réformiste.

Aller contre les règles mettait Rose dans un état bien trop anxieux.

– Je préfère être là. Je sais que c’est ce qu’il faut faire. Si Han Derrick est effectivement en vie, Allénore et Louis vont avoir besoin de nous.

– Et s’il ne l’est pas ?

– Alors on aura profité de ce petit voyage tous ensemble, et c’est tout ce qui compte. Tu sais…, murmura-t-elle près de son oreille. Tu devrais peut-être parler de ce qui se passe avec ton père en ce moment. Allénore et Albus s’inquiètent et Nilam dit que tu es plus étrange que d’habitude, ce qui venant d’elle, suppose qu’elle s’inquiète également.

– Tu savais que mon père avait demandé une dispense de siège lors de l’audition d’Allénore devant le Magenmagot, juste après la mort de Richards ?

Ils ne disaient jamais « son père » en parlant de Richards. Associer Richards à Allénore sonnait comme une trahison pour eux. Pourtant, Scorpius y pensait souvent : elle était sa fille et rien ne pouvait changer cela.

– Ma mère s’est elle aussi retirée, lui fit remarquer Rose.

– Pour toi. Mais je doute que mon père ait eu cette sensibilité. Il ne l’a pas fait pour ça… Il l’a fait parce qu’il savait que sa position ne serait pas en faveur d’Allénore et que si je venais à l’apprendre, je lui en voudrais.

– Donc il l’a fait pour toi…, insista Rose.

Dans le bureau de son père, bien avant leur dispute, Scorpius était tombé sur un dossier à charge, contre Allénore, tentant de l’inculper pour toutes ses mauvaises décisions et pour ses liens avec certains trafiquants de créatures magiques. C’était comme ça, qu’il avait apprit qu’Allénore avait été addicte au conscidisti : les rapports médicaux confidentiels, obtenus sûrement illégalement par son père, étaient si épais que Scorpius n’avait pu les prendre de ses deux mains. Il avait parcouru les descriptions des blessures physiques et des maléfices qu’on avait jeté à Allénore, les prises de sang pour analysé certaines maladies qu’on lui avait transmises et auxquelles Scorpius n’avait rien compris. Scorpius était reparti, l’air de rien, rejoindre sa mère et Rose dans le petit salon, en train de prendre leur dessert. Il était revenu avec l’album photos que son père l’avait envoyé cherché et il n’y avait eu que Rose, pour se rendre compte de la pâleur soudaine de Scorpius.

– Tu crois qu’il aurait pu faire condamner Allénore ? l’interrogea gravement Rose.

Scorpius haussa les épaules. Il n’était sûr de rien et surtout pas de la probité de son père. Il fourra ses mains dans ses poches et caressa du bout des doigts l’écrin. Ses yeux s’écarquillèrent et il se mit à sourire un peu plus. Il en dessina le contour, essayant de se rappeler des mots qu’il avait en tête chaque fois qu’il pensait à ce qu’il ressentait pour Rose.

Peut-être était-ce le bon moment ?

– Rose ?

Elle se tourna vers lui, faisant voleter ses longs cheveux roux indisciplinés et à ses yeux pétillants, Scorpius fronça les sourcils.

– Oui ?

Adorable, maligne, très maligne, mais décidément incapable de mentir. Elle avait rivé ses prunelles sur sa main, toujours dans sa poche, qui tenait l’écrin, comme si elle savait.

Mais probablement parce qu’elle savait.

Les joues de Scorpius se mirent à rougit et ils échangèrent un regard. Un simple regard. Elle savait. Il savait qu’elle savait et elle savait qu’il savait qu’elle savait.

C’était un peu tordu, certes, et pourtant très clair dans leurs deux têtes.

Rose savait que Scorpius comptait la demander en mariage et son coeur était sur le point d’exploser de trouille.

Rompre le plus terrible des maléfices, se retrouver encerclé par mille inferis et protecteurs de tombeaux, risquer sa vie, être enfermé dans une vieille maison hantée et piégée par une multitude de mauvais sorts… Tout ça, faisait nettement moins peur que l’idée de Rose sachant qu’il allait lui poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis des mois.

– ROSE ! ROSE !

Rose ne répondit pas tout de suite à l’appel d’Allénore. Quelques secondes passèrent, durant lesquelles ils continuèrent de se regarder, elle, avec une impatience et une excitation trahies par ses minuscules sautillements, et lui avec appréhension et égarement, curieux de savoir comment diable Rose avait-elle pu deviner ses intentions.

– ROSE ! ROOOOOSE !

Scorpius adorait sincèrement Allénore. Mais à l’instant même et alors que l’interpelée se détournait de lui, il aurait étripé sa meilleure-amie à mains nues.

Rose se hissa sur la pointe des pieds et sourit en trouvant le visage d’Allénore qui cherchait son regard. Elle lui fit signe de la rejoindre en agitant la main.

Rose trottina jusqu’à la polyglomage, sans lâcher la main de Scorpius. Il était, sans aucun doute, une personne avide de contact, bien que très réservé quand il s’agissait de les initier. Ça ne le dérangerait pas de tenir la main de Rose dans la rue, ou de la laisser s’asseoir sur ses genoux devant les autres, dans un bar où ils devaient se battre pour trouver des chaises de disponibles. C’était sa façon de lui montrer qu’il l’aimait et Rose, avec le temps, avait soupçonné qu’il s’agissait davantage que cela.

Scorpius n’avait pas grandi dans un foyer où l’on se faisait des câlins, des embrassades, des bisous ou de longues déclarations. Rose savait qu’aujourd’hui, il en avait besoin et devait constamment être rassuré sur l’amour et l’affection que les autres lui portaient. Il avait compris que pour Rose, qui n’avait jamais eu aucune difficulté à exprimer ses émotions et ses sentiments, les caresses, les baisers, le touché, étaient des démonstrations d’affection et qu’elle se nourrissait beaucoup de ceux des autres. Alors, il les lui donnait sans compter. Et ça avait fini par devenir une habitude, un besoin pour lui aussi.

Lorsqu’ils arrivèrent à la hauteur d’Allénore, ils se rendirent compte qu’elle était seule et qu’elle admirait les pierres précieuses et semi-précieuses qu’une sorcière présentait à son stand. Toutes deux échangeaient en chinois, avec animation et entrain.

– Ce serait génial pour tes recherches, non ? indiqua Allénore à Rose en sautillant avec enthousiasme. C’est de la très bonne qualité, elles ont été extraites il y a moins d’un an et n’ont pas été taillées !

Rose joignit ses deux mains, les yeux encore plus brillant.

– C’est merveilleux !

– Je pense qu’on pourrait même en ramener à Beth Carrow, proposa Allénore.

Scorpius fit la moue. Les plans d’Allénore pour séduire le nouvel entourage de Rose étaient assez évidents : après l’attaque de Londres, Rose, Nilam, Albus et lui s’étaient rapprochés d’Emmalee Zabini et de Beth Carrow, à qui ils avaient pourtant mené une guerre sans fin lorsqu’ils étaient tous à Poudlard. Les liens qui s’étaient tissés entre eux s’étaient davantage renforcés lorsque Citlali Tucker, amie de longue date des deux anciennes Serpentard, avait officialisé sa relation avec James Potter. Lorsqu’elle était réapparue, Allénore avait dû se faire à l’idée que leurs « ennemies jurées » d’hier, étaient maintenant de bonnes copines et qu’ils avaient désormais tous pris l’habitude de se retrouver au salon de thé tenu par Beth…

Allénore n’était pas douée pour se faire des amis. Elle était méfiante, réservée et apeurée. En revanche, elle aurait tout fait pour plaire à Rose, Albus, Nilam et Scorpius. Même accepter que Beth Carrow lui tire les cartes et lui dise d’une voix fantomatique de faire attention à l’heure si elle ne voulait pas se retrouver avec de la purée dans les cheveux. Prédiction qui, d’après Allénore, ne voulait strictement rien dire. Elle avait levé les yeux au ciel avant de s’en aller vers Emmalee, en grande discussion avec Citlali.

– Tu sais que tu n’as pas besoin de faire ça ? glissa Scorpius à l’oreille de la brune. Beth t’aime bien. Elle dit que tu es marrante…

Allénore grogna en faisant semblant d’admirer les barrettes à cheveux scintillantes dont les pierres finement taillées apportaient en fonction de leur nature, l'amour, la fortune, la richesse ou tout l'inverse.

– Les malédictions traditionnelles chinoises portent beaucoup sur les pierres précieuses et semi-précieuses. Les sorciers chinois ont appris à trouver et exploiter le pouvoir de ces pierres… Et Rose s’y intéresse. Je le fais pour les recherches de Rose.

– Bien sûr, s’adoucit Scorpius.

– Il y a de la kyanite ! Elle stimule le mental et est une excellente pierre pour stimuler les dons divinatoires ! énonça Rose. Il faut que j’en prenne. Oh et la turquoise ! ajouta-t-elle devant les pierres bleue. Elle aide à trouver la beauté dans les endroits les plus sombres. C’est la pierre des âmes voyageuses ! Elle irait bien à Louis et Scorpius…

Elle était définitivement ravie et fit le tour du stand, pour prendre des obsidiennes, protectrices, qui renvoyaient les énergies négatives à la source, des améthystes, pour les guérison et l’apaisement…

– Je crois que je vais essayer de fabriquer des baguettes magiques avec… Les pouvoirs des pierres sont très minimes, mais quelques sorciers chinois savent en tirer les fils et les rendre assez puissants pour qu'ils aient de réels effets. Il se raconte que 亶甲, le plus grand sorcier chinois, était capable de rendre létal n'importe quels cailloux, même aussi petit qu'un grain de poussière et de le glisser dans les poches de ses ennemis pour les maudire.

Scorpius se contenta d’opiner, mais Allénore, elle, ajouta qu’elle avait lu dans il ne savait quel manuel au nom compliqué et à rallonge, que l’art de tisser le pouvoir des pierres s’étaient perdus après la troisième guerre sorcières sino-japonaises. Elles partirent dans une discussion qu’il eut du mal à suivre tant elles allaient vite et débitaient à une vitesse incroyable toutes sortes d’informations … Les deux anciennes Serdaigle étaient des érudites et adoraient ces conversations vives et apprendre. Rose, avec détermination, semblait vouloir restaurer ce savoir et s’en servir.

Elle prit autant de pierre que possible et les fourra dans son sac de voyage. Allénore l’aida à négocier un bon prix et elle repartit rejoindre Albus, qui l’appelait à son tour. Scorpius lâcha à contrecoeur la main de la rousse en la laissant partir et ne sachant quoi en faire, la fourra de nouveau dans la poche de son manteau. Il se remit à caresser l’écrin, nerveusement.

– Tout va bien ? murmura Allénore avec inquiétude.

– Rose sait.

– Rose sait beaucoup de choses, le taquina son amie.

– Elle sait que je compte la demander en mariage.

Allénore pencha la tête sur le côté, les yeux curieux. Elle ne semblait pas surprise.

– Et tu le savais aussi, manifestement…

– Scorpius…

– Comment et depuis quand le sais-tu ?

Allénore était incapable de mentir à ses amis. Enfin, si… Elle leur avait menti sur son identité pendant des années, mais jamais elle ne se serait permise de mentir sur tous les autres sujets.

– Depuis septembre dernier, admit Allénore.

– Tu n’étais pas encore rentrée ! s’exclama Scorpius. Comment as-tu su… ?

Allénore secoua la tête. Il était compliqué d’avouer à son ami qu’elle avait entendu de la bouche de Ron Weasley que Scorpius avait demandé Rose en mariage alors qu’ils étaient en train de se battre à Londres contre les démonzémerveilles et les Autres… Tout ça pour qu’il perde la mémoire et ne se souvienne plus de rien.

– Ne me mets pas dans cette position, Scorp… Ce n’est pas à moi de te dire ce que je sais.

Rose lui avait fait promettre de ne rien dire.

– Mais tu sais, s’agaça Scorpius. Pourquoi tu ne me dis rien ?

– Ce secret ne m’appartient pas. Je ne prendrai pas le risque de me fâcher avec Rose.

– Et avec moi ?

Allénore posa une main réconfortante sur son épaule.

– Tu ne m’en voudras pas pour ça…

Elle avait raison. Pour autant, Scorpius la connaissait par coeur : il savait que s’il insistait, elle lui dirait ce qu’il voulait entendre. Seulement, il ne voulait pas la mettre dans cette situation, tiraillée entre son amitié pour Rose et son amitié pour lui. Non… Il ne lui ferait pas ça.

– On a tous des secrets ici, des choses que l’on ne se dit pas, n’est-ce pas, Scorpius ?

Il baissa les yeux, coupable. Il aurait sûrement dû lui parler de ces maudits sièges au Magenmagot, de son père qui avait tout un dossier contre elle et de tout le reste. Mais il n’osa pas, de peur de la blesser et de la voir s’effriter devant lui.

– Qu’est-ce qui ne va pas Scorpius ? l’interrogea Allénore. Je sens… ta nervosité et je ne sais qu’elle n’est pas liée à cette bague que tu transportes partout avec toi. Tu me caches quelque chose. Je ne te demande pas de me dire de quoi il s’agit. Tu as peur et … moi aussi j’ai peur. J’ai peur que tu aies peur de moi, ou de mes réactions. Tu es … l’un de mes meilleurs-amis. Quoique tu aies à me dire, tu peux le faire sans crainte.

Il haussa un sourcil, mettant en doute sa parole d’un sourire espiègle.

– Bon, je risque de me fâcher et d’être un poil en colère si ça ne me plaît pas, mais je n’arrêterai pas d’être ton amie ou de t’aimer pour autant.

Scorpius l’observa. Son amie avait toujours été douée avec les mots, surtout depuis qu’elle apprenait à se servir de ses dons de polyglomage… Et sa sincérité était touchante. Scorpius eut l’intime conviction à ce moment précis, qu’elle ne se détournerait jamais de lui, que même s’ils pouvaient se disputer, elle ne cesserait jamais d’être son amie... Et il se demanda également si Allénore, n’attendait pas ces mêmes mots en retour, si elle n’avait pas elle aussi cette peur, de tout leur dire et d’être rejetée, si elle n’avait pas ce besoin que lui aussi avait, d’être rassuré sur le fait de savoir qu’ils seraient toujours tous les quatre ensemble, Albus, Rose, elle et lui…

Allénore se fit plus grande pour recoiffer une mèche de cheveux blond sur le sommet du crâne de Scorpius. Un geste fraternel et tendre, qu’ils ne s’accordaient que lorsqu’ils étaient tous les deux, juste entre eux.

– On devrait aller rejoindre les autres, fit-il. J’ai faim. T’as pas envie de manger une pizza ?

– Manger de la pizza alors qu’on est en Chine ? Ce serait comme danser des claquettes sur du hip-hop… L’idée me plaît beaucoup ! sourit Allénore en partant devant lui d’un pas sautillants.

Il l’adorait.

Il était incapable de lui dire ce qu’elle voulait entendre. Il pensait ces mots, bien sûr. Allénore était… géniale. Elle était cette fille de onze ans qui s’était assise à côté de lui en cours, en ayant peur de lui, non pas parce qu’il était né Malefoy, mais parce qu’elle avait peur de tout le monde. Elle était celle qui avait cimenté leur amitié à tous les quatre, celle qui les faisait rire lorsque leurs noms devenaient trop lourds, celle qui les aimait pour eux, et rien que pour eux.

Cependant, Scorpius avait les mots de Louis dans la tête.

« Est-ce que vous êtes vraiment prêt à accepter le fait qu’elle n’est pas comme vous l’imaginez ? Qu’elle se sent monstre parfois et que oui, elle peut agir tout comme, frôler les limites du bien et du mal, et que l’aimer elle, c’est aimer ça aussi. ».

Et il s’en voulait de douter.

Scorpius avait toujours pensé que Louis était amoureux de l’idée d’Allénore. Mais en fait… parfois, Scorpius se demandait si ce n’était pas lui, qui était peut-être ami avec l’idée d’Allénore.

***

– Je crois qu’il m’aime bien, minauda Allénore à l’oreille de Rose.

Celle-ci gloussa avant de laisser échapper un hoquet d’entre ses lèvres. Elle reprit une gorgée du liquide violet et pétillant et éclata grassement de rire.

L’ambiance était chaude et agréable. Les lumières orangées du bar, les nappes blanches et les fauteuils confortables aux accoudoirs sculptés en forme de dragon donnaient un charme au bar sorcier, le cinquième de la soirée que la bande visitait, dans lequel ils se trouvaient tous.

– C’est sûr que tu lui plais !

– Humm je sais pas, rougit Allénore. Tu crois que tu pourrais nous présenter ?

Nilam ricana derrière ses deux amies et renifla la boisson qu’elles se partageaient depuis le début de la soirée. Les deux amies étaient sans aucun doute, complètement saoules.

– Mais oui, Rose… Est-ce que tu pourrais présenter Louis Weasley à Allénore ? se moqua Nilam.

– Oh très certainement. Je vais faire ça !

– Attends, je ne veux pas voir ça… Imagine si je me fais des idées ? Peut-être que je ne lui plais pas ?

– Je suis presque sûre que tu lui plais beaucoup, continua de s’amuser Nilam.

Elle poussa Rose de la banquette et la fit se lever pour se diriger vers Louis, en pleine partie de Mah-jong sorcier. Il jouait avec ses tuiles, les faisant cavaler de doigt en doigt avec une assurance presque indécente. Associant tactique, stratégie, calcul et psychologie, Louis se prêtait à ce jeu depuis qu’il avait fait son premier voyage en Chine, dans le cadre de ses études de magizoologiste. Il s’y était découvert un certain talent. À l’instant même, il venait de constituer trois groupes de tuiles consécutives, dont les motifs fleuris s’étalaient sur la table.

Lorsque Rose toussota près de l’oreille de son cousin, celui-ci, concentré, détourna ses yeux de son jeu un instant :

– Un souci Rosie ?

– Allénore Rameaux.

Louis posa la tuile avec laquelle il était en train de jouer et se redressa. Il s’excusa auprès de ses trois autres adversaires et croisa les bras sur sa poitrine, en quête de sa petite-amie, qui avait plongé la tête sous la table d’en face et s’était cachée derrière son long rideau de cheveux châtains qui balayaient le sol. Il nota la présence d’une boisson violette sur la table, un élixir d’euphorie à l’écorce de cerisier… qui était connu pour plonger dans un état d’ivresse toute personne qui n’en respirerait seulement que les vapeurs.

Autant dire que pourquelqu’un comme Allénore, qui n’était pas habituée à boire de l’alcool, y’avait de quoi être complètement désinhibée en quelques gorgées.

– Qu’y a-t-il ?

– Elle voudrait bien sortir avec toi, gloussa une fois de plus Rose. C’est ma meilleure-amie, t’as déjà dû la croiser… Tu lui plais.

Louis écarquilla les yeux et prit une nouvelle tuile avant de se débarrasser de l’une de celles qui composaient son jeu. Il sourit de toutes ses dents, une main sous son menton, soudainement très pensif :

– Voilà qui me surprend …

– Tu veux que je vous présente ?

La boisson devait être sacrément bien dosée… Louis précipita son jeu. La partie était terminée et il coucha une à une toutes les paires qu’il avait réussi à constituer, avant de saluer ses adversaires. Il ne s’intéressa même pas de savoir s’il avait gagné et traversa la salle pour rejoindre Nilam et Allénore, toujours sous la table, les joues rouges.

Il s’accroupit au niveau du sol. Allénore était roulée en boule et leva un œil vers lui, avant de dissimuler son visage de ses mains.

– Est-ce que t’aimes l’eau ? lui demanda-t-elle timidement.

– Oui.

– Donc tu aimes déjà soixante-dix pour cent de mon corps, c’est chouette !

Louis écarquilla encore une fois les yeux.

– Je savais que cette phrase était nulle, je n’aurais pas dû écouter Nilam ! geignit Allénore.

Nilam, elle, se bidonnait.

– Alors comme ça, je te plais ? sourit-il.

Elle opina rapidement, avant de hoqueter plusieurs fois de suite. Une légère fumée violette sortie de ses narines et la fit rire. Louis fit glisser deux de ses mèches de cheveux derrière ses deux oreilles et arrêta de sourire face à ses prunelles dilatées.

– T’es vraiment parfait pour moi…, marmonna-t-elle.

Il se sentit rougir. Comme chaque fois qu’elle lui disait, comme chaque fois qu’elle le regardait ainsi…

– Tu ne le penses pas toujours, plaisanta-t-il pour dissiper le malaise.

– Il y a quelque chose chez toi…

Il se mit à triturer les piercings à son oreille droite et la laissa venir à lui, en marchant à quatre pattes, sous la table et sur le sol à l’hygiène plus douteuse de ce bar. C’était une image qui resterait très longtemps gravée dans sa mémoire…

– Mon coeur chante lorsque tu me regardes. J’aime ça.

Celui de Louis chantait aussi.

Lorsqu’elle disait des choses comme ça, il avait envie de l’embrasser jusqu’à en suffoquer. Il se disait même que ce serait une mort épique et digne de lui. Il plaça une main sur l’une des joues d’Allénore et colla son front au sien.

Bien sûr qu’il avait envie d’elle. Son souffle devenait court dès qu’elle était proche de lui. Il n’y avait que les caresses d’Allénore pour le rassasier. Et par dessus tout, il n’y avait que ses sourires pour lui mettre le coeur à l’envers.

– On devrait rentrer Allénore…

Comme si les effets de l’élixir venaient de dissiper, la jeune femme pâlit et frotta ses yeux, réalisant qu’elle se trouvait sous la table d’un table.

– On devrait, oui, accepta-t-elle.

– Je te raccompagne.

Fleur Delacour, la mère de Louis, ne s’était jamais trop mêlée des histoires de cœur de ses enfants. Encore moins de celles de son fils. Elle avait regardé les premières copines de Louis avec peu d’intérêt, bien qu’en leur réservant toujours un accueil poli et bienveillant lorsque son fils les lui présentait. En revanche, lorsque Louis avait invité Allénore pour la première fois à la Chaumière aux coquillages, alors qu’ils n’étaient que des amis, sa mère avait insisté pour qu’il la raccompagne chez elle, comme un « bon gentleman ». Fleur Delacour s’était entichée d’Allénore très vite et avait su bien avant Louis, bien avant Allénore, que quelque chose les lierait et que ce quelque chose imposait à son fils d’avoir de bonnes manières avec Allénore.

Alors, Louis raccompagnait toujours Allénore. Toujours.

Sinon, il sentait presque le regard foudroyant de sa mère, prête à le gronder.

Il fit donc sortir Allénore de leur cachette et fit signe à Nilam qu’ils rentraient à leur hôtel. D’un regard entendu, elle lui promit silencieusement de veiller sur Albus et Rose, qui s’étaient lancés dans un concours de cracheurs de feu amateurs sur le comptoir au fond du bar…

Nilam ne resta pas bien longtemps seule. Scorpius vint la rejoindre, un pli soucieux fendant son front en deux.

– Aucune trace de la serveuse de la dernière fois, celle qu’Allénore recherche.

– Elle est persuadée qu’elle savait quelque chose…, se rappela Nilam.

– Et personne n’a entendu parler de ce bar clandestin dans lequel nous étions. Bien évidemment… Nous avons eu de la chance de retrouver Louis si rapidement la dernière fois…

– C’est certain, approuva Nilam. Ça fait deux jours que nous sommes ici… Et on n’a toujours aucune piste, rien. Plus personne n’a peur de Mistinguette… Dans le monde des traffiquants, ils savent désormais qu’elle était une espionne et qu’ils ne peuvent pas lui faire confiance.

Allénore devait se sentir démunie… Depuis qu’ils étaient ici, elle s’était reposée sur son ancienne double identité pour trouver des indices et la trace de ce miroir où elle avait vu le reflet de Han Derrick.

– Allénore commence à péter un câble et même Louis ne sait plus vraiment comment la gérer : il lui a dit de se détendre et avec Rose elle a descendu toute une bouteille d’élixir d’euphorie ! Elles ne savaient même pas ce que c’était… Elles ont trouvé la couleur « jolie ». On ne peut pas les laisser seules toutes les deux plus de deux secondes sans surveillance !

Heureusement qu’elle était là pour ça… Et Nilam prenait cette tache très à cœur !

– Et tu les as laissé en boire ? fit Scorpius, un brin accusateur.

– Évidemment, répondit Nilam, presque offensée qu’il remette en question sa fourberie. Allénore n’a jamais autant ouvertement dragué Louis et Rose…

Elle mordilla ses lèvres, teintant ses dents incisives de noir.

– Quoi ? Qu’est-ce que Rose a fait ou dit ?

La rousse en question applaudissait Albus, qui venait de cracher un très long jet de flammes. Le jeune homme se mit à tirer une tête de six pieds de long lorsque le sorcier en face de lui, à la barbe légèrement roussie et fumante, commença à lui parler d’une voix assez menaçante.

Ni Scorpius ni Nilam n’intervinrent. Ils semblaient même plutôt amusés par la situation.

– Et il n’est même pas saoul, soupira la jeune femme.

– Il maîtrise la situation…

Et en effet, le cadet des Potter était en train de dédommager le pauvre homme, qui lui tapa amicalement sur l’épaule comme s’ils étaient de bons et vieux amis.

– Comment font-ils pour toujours se mettre tout le monde dans la poche ? se plaignit Nilam. C’est injuste…

– Oui, se contenta de soupirer Scorpius.

Mais l’un comme l’autre, ils n’auraient changé Albus ou Rose en rien. Scorpius garda sa baguette près de lui et sentit le poids de l’écrin de la bague de Rose dans la poche de sa veste. Nilam suivit son regard et leva les yeux au ciel.

– Va falloir que tu te montres courageux …

– Tu es au courant toi aussi, grommela-t-il.

– Tout le monde est au courant, Malefoy, lui confirma Nilam.

– Suis-je si prévisible que cela ?

Pourtant, il n’avait parlé de son envie de mariage qu’avec Albus, dont il n’aurait jamais mis en doute la loyauté ou la confiance.

– Non, je t’assure que non, assura Nilam.

Parce que faire sa demande alors qu’on risquait de mourir égorgé par un démonzémerveilles, c’était tout sauf prévisible.

– Vous me cachez quelque chose. Vous tous… J’ai remarqué vos regards fuyants et vos petites messes basses… Je pensais que…

Il pensait qu’ils avaient peut-être eu vent des rumeurs selon lesquelles Drago Malefoy allait céder son siège au Magenmagot. Pas que cela pouvait avoir un rapport avec la bague de fiançailles qu’il avait acheté neuf mois auparavant.

– Qu’est-ce que vous me cachez ?

– Tu as posé cette question à Allénore il y a deux jours. Je l’ai entendue en parler à Rose, et lui dire que tu commençais à flipper et que tu avais compris qu’on te mentait.

Scorpius avait toujours eu un peu peur de Nilam. De façon générale, Scorpius avait peur des gens qu’il ne parvenait pas à cerner. Nilam Wallergan faisait partie de ces gens-là… Imprévisible, tantôt joyeux, tantôt autoritaire, mystérieux et énigmatique.

– Pourquoi tu n’as pas insisté auprès d’Allénore ? demanda curieusement Nilam. Tu sais qu’elle aurait finit par cracher le morceau …

– Je ne veux pas qu’elle se sente coupable d’avoir trahis la confiance de Rose.

– Moi, je ne me sentirai pas coupable. Si tu me le demandes, je te répondrai.

Scorpius secoua la tête. Il n’était pas quelqu’un de courageux, cependant, il savait qu’il devait parler à Rose et lui demander de quoi il en retournait.

Nilam se mit à sourire, comme si elle appréciait les pensées secrètes de l’ancien Poufsouffle.

– On devrait rentrer…, observa Scorpius. On ne trouvera rien aujourd’hui.

– Ne sois pas si pessimiste…, sourit malicieusement Nilam. Regarde la fille, à droite. Elle ne te rappelle pas quelqu’un ?

Scorpius dirigea son regard gris acier vers l’endroit que venait de désigner Nilam d’un coup de tête. C’était une blonde aux yeux noirs, les cils rose et la bouche brillante et humide.

– C’est l’une des femmes qui étaient dans la bar clandestin.

– Et qui faisait du gringue à Weasley, confirma Nilam. Elle a changé trois fois d’apparence en moins de dix minutes. Je crois qu’elle se sert de multixir.

– Du multixir ?

– Le polynectar des pauvres, expliqua Nilam en haussant les épaules. Moins efficace, les effets sont moins bluffants et durent à peine plus de quelques minutes. Mais tu peux alterner plus facilement les changements de visage… Elle est interdite en Grande-Bretagne : cette potion est instable et a de très mauvais effets secondaires possibles. Une femme a eu la moitié du visage arraché à cause de l’un d’eux… Sainte-Mangouste n’a rien pu faire.

Nilam but une gorgée de son verre et lissa le tissu de la nappe avant de reporter son attention sur la blonde  :

– Si elle ne change pas d’apparence d’ici seize secondes, c’est que cette personne est bien celle qui était avec l’ ungaikyō de Louis…

Scorpius sous-estimait parfois beaucoup trop Nilam… La potionniste semit à compter à rebours et sourit, l’air triomphant lorsqu’elle arriva à 0 et que le visage de la blonde resta tel quel.

– Que fait-on ? l’interrogea Scorpius.

– À toi de me dire…

– On la piste. Pour ce soir… Allénore et Louis ne sont pas là.

– Je suis d’accord.

Scorpius lança un sort de traçage sur la blonde et se leva, pour prendre Rose par le bras. Elle geignit un peu, avant de se laisser faire. Albus et Nilam les suivirent de près et ils se mirent à marcher rapidement jusqu’à la place rouge, où se trouvait leur hôtel. Ils avaient pris deux chambres seulement, par soucis d’économie : la boutique de potions de Nilam venait tout juste d’ouvrir, Scorpius commençait à peine à gagner sa vie, et Rose gardait chaque mornille en vue d’ouvrir elle aussi, sa propre boutique. Quant à Albus, Louis et Allénore, ils étaient encore étudiants ou avaient repris les bancs de l’école… Lorsqu’ils rentrèrent dans l’une des deux chambres, ils trouvèrent Allénore, couchée sur les genoux de Louis, qui démêlait ses cheveux, passait son pouce sur ses tempes et caressait de ses doigts son front. Il la protégeait, avec ses caresses, avec ses doigts, avec ses murmures… La polyglomage avait un sourire satisfait sur les lèvres. Elle semblait en paix et lui, il lui chuchotait des mots.

Probablement ces « je t’aime » à la volée, que Scorpius détestaient…

– Je crois qu’elle a vomi tout l’élixir d’euphorie…, s’adressa enfin à eux Louis.

– Aaaaaah c’était ça la boisson violette, gloussa Rose.

Mais elle arrêta de rire en remarquant les joues rougies d’Allénore, encore mouillées.

– Cauchemar, expliqua faiblement Louis.

Rose poussa du lit les pierres semi-précieuses qui y étaient étalées et qu’elle avait taillé à l’aide de la magie. Elles tombèrent sur le sol et roulèrent. Elle fit signe à Louis de partir et il lui céda sa place en tenant précieusement entre ses mains, la tête de la polyglomage toujours endormie. Allénore grommela, avant d’accepter l’étreinte de Rose, qui l’invita à se glisser sous la couverture du lit qu’elles partageraient sûrement pour la nuit. Rose enleva la baguette d’Allénore de ses mains et la posa à côté de la sienne, sur la table de chevet.

– Nilam a peut-être une piste, lâcha prudemment Scorpius.

– J’ai retrouvé une femme… Une qui était avec l’ungaikyō, celui qui avait prit ton apparence. Elle sait surement comment se rendre à ce bar clandestin.

– Bien, opina Louis. C’est une bonne chose… On s’en occupera demain. Laissons ces deux-là dessoûler …

Ils approuvèrent, tous en silence. Nilam prit l’autre lit, en face de celui qui partageait Allénore et Rose. Elle embrassa rapidement Albus, qu’elle entendit éclater de rire derrière la porte de la chambre qu’il venait de fermer, lorsqu’elle jura de douleur d’avoir marcher sur les pierres précieuses de Rose.

***

Albus Potter ne tenait pas bien l’alcool et n’en supportait pas le goût. Il lui suffisait de respirer au-dessus du goulot d’une bière pour chanter comme un marin pendant des heures. C’était principalement pour cette raison, qu’il ne buvait jamais. Et en ce moment même, il s’en félicitait grandement, surtout en voyant les têtes d’Allénore et Rose, qui n’avaient pas récupéré de la nuit dernière. Elles avaient passé la matinée à dormir, et l’après-midi à expérimenter toutes sortes de choses avec les pierres semi-précieuses de Rose et leurs deux baguettes… Lorsqu’une fumée opaque était sortie de la salle-de-bain dans laquelle elles s’étaient enfermées, Scorpius et Louis l’avaient défoncée, avant d’en découvrir une, les cheveux teints en vert et l’autre, un troisième bras sur l’épaule. Albus avait éclaté de rire et leur avait demandé de tenir la pause. Nilam avait sifflé d’admiration, en disant que ses deux amies, en lendemain de cuite, étaient quand même sacrément exceptionnelles. Les deux blonds leur avaient confisqué leurs baguettes et les avaient mises en sécurité – à comprendre ici que Rose et Allénore avaient été forcées de faire la sieste.

Et même maintenant qu’elles avaient dormi et mangé, l’élixir de la nuit dernière était si puissant, que les deux jeunes femmes se traînaient derrière leurs amis. Nilam, sa baguette pointée devant elle, suivait la piste qui les mènerait tous à la blonde de la dernière fois.

– Et qu’est-ce qu’on fera une fois qu’on l’aura retrouvée ? les interrogea tous Albus.

Nilam fit courir sa main libre dans les cheveux noirs de son petit-ami, tentative vaine mais délicieuse, d’y remettre un peu d’ordre.

– Tu pourras toujours te cacher derrière moi. Ne t’inquiète pas, je te protégerai.

Albus n’était pas du genre à servir le discours daté du « moi, homme viril, moi fort et puissant, moi protéger amis ! ». Et Nilam le savait, jouait un peu avec sa fierté, pour voir jusqu’où elle pouvait aller, pour trouver la limite d’Albus, le truc, mot, qui le vexerait un peu. Depuis qu’elle le connaissait, elle ne l’avait jamais ne serait-ce qu’effleuré.

Albus aimait que Nilam soit mille fois plus terrifiante et forte que lui.

– J’y compte bien. Même si j’ai toujours été meilleur que toi en Défense contre les forces du mal, répondit simplement Albus. Cependant, te mettre en première ligne est une très bonne stratégie : tu es bien plus effrayante que moi, tu les feras fuir…

Nilam le fusilla du regard et arrêta de mettre de l’ordre dans ses cheveux qu’elle se mit plutôt à les ébouriffer. Il l’embrassa sur la joue avant de se tourner vers Scorpius :

– On a un vrai plan ? Je veux dire… à part leur balancer Nilam à la tronche ?

– On l’interroge. On lui demande de nous faire entrer au Dragon rieur et on remonte la piste jusqu’à ce putain de miroir, grogna Scorpius.

Les rues de Pékin étaient presque désertes. La vie de la nuit n’avait pas encore débuté. Les couches-tôt étaient partis, mais les couches-tard n’étaient pas encore sortis. Alors ils déambulaient, presque seuls dans les grandes allées sorcières chinoises, débarrassées des stands des marchés itinérants qui les colorisaient habituellement.

Nilam baissa sa baguette au bout d’un moment et les observa tous tour à tour.

– La piste s’arrête ici, marmonna-t-elle.

Allénore fronça les sourcils et joua des coudes pour passer devant Nilam. Elle agita sa baguette dans les airs et la statue d’un immense lion s’anima devant eux. Ses longues dents de pierre craquelèrent et ses yeux allongés se mirent à scruter la personne qui l’avait réveillé.

– C’est un gardien, expliqua-t-elle. Durant les guerres sino-japonaises, ils protégeaient les sorciers chinois qui demandaient protection. La plupart ont été détruits, mais ils en restent quelqu’uns… Celui-ci est ici depuis la nuit des temps…

– Comment tu savais qu’il y en avait un ici ? demanda Scorpius.

Allénore mordilla ses lèvres et ses yeux plongèrent dans un vide infini, duquel personne n’aurait pas l’en tirer. Elle se mit à caresser sa main droite, celle qui avait tenu Jia Li jusqu’au dernier moment … Celle qui avait agrippé les doigts de son amie, même une fois son bras coupé par la porte du quartier général, qui s’est violemment fermée au point d’amputer Jia Li. Allénore commença à se griffer la peau, jusqu’à la faire rougir, la grattant avec force, comme si elle voulait s’en débarrasser et personne ne dit rien.

Elle n’avait jamais parlé de ça à personne et n’avait même jamais évoqué ce souvenir à Louis, qui avait pourtant été présent ce jour-là. En la voyant tenir sa main ainsi, il avait cependant compris où, ou plutôt vers qui, les pensées d’Allénore étaient tournées. Il s’approcha d’elle et l’obligea doucement à arrêter ses gestes qui commençaient à meurtrir sa peau. Il entrecroisa ses doigts avec les siens et la laissa respirer.

– J’avais réfléchis à des moyens pour nous mettre en sécurité de Han Derrick et de Richards, au cas où nous nous ferions prendre.

« Nous ». Jia Li et elle.

« Nous deux contre le reste du monde, Allénore », murmurait la voix de Jia Li dans la tête de la polyglomage.

Longtemps, elles avaient toutes les deux vécues en pensant mourir en présence de l’autre. Ça avait été le cas. Tout du moins pour l’une d’elles deux.

– Elle m’avait parlé des gardiens, répondit enfin Allénore.

Ils savaient tous qui était « elle », et comme un tabou, ne prononcèrent pas davantage son prénom.

– Alors, on ne retrouvera pas cette femme ? comprit Rose.

Allénore secoua fatalement la tête, avant de blêmir, apercevant une ombre menaçante derrière Rose, qui avançait de plus en plus. Il n’y avait que la baguette de Nilam pour l’éclairer. Le ciel était noir et opaque, empli de pollution et d’un air lourd et suffocant. Mais la silhouette continuait d’avancer sereinement. Puis lorsqu’elle fut assez proche, Allénore sentit l’odeur de la poudre bien avant d’entendre quoique ce soit. Elle identifia la forme du canon bien avant de reconnaître la blonde qui avait été en compagnie de Louis lorsqu’il avait été enlevé.

Elle transplana aux côtés de Rose, juste à temps, avant que le tir ne parte.

 

 

End Notes:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Think back on what you did
How you'd punk all the new kids
A new wave of exclusive
As if there's something new, kid

 

Chapitre VI by CacheCoeur
Author's Notes:

 

 

 

 

Don’t blame me – Taylor Swift

Yellow Flicker Beat - Lorde

Ghost – Skip the Use

Rue des Abbesses – Elise Mélinand

 

 

For you, I would cross the line
I would waste my time
I would lose my mind
They say, "She's gone too far this time"

Don't blame me, love made me crazy
If it doesn't, you ain't doin' it right
Lord, save me, my drug is my baby
I'll be usin' for the rest of my life 

 

 

Pékin, 26 avril 2030, 23h54 heures de Pékin

Ventres à terre et mains sur les oreilles, Rose et Allénore se regardèrent une dernière fois avant d’attraper leurs baguettes et de relever la tête. Scorpius avait lancé un protego contre lequel les balles des armes de leurs assaillants tombaient. Sur le voile invisible, les munitions cliquetaient avant de chuter sur le béton de la ville. Albus et Nilam, pendant ce temps, s’étaient précipités à lancer des sorts de désarmement, sans grand succès. Imperméabilisées à toute magie, les armes semblaient inatteignables. Louis, qui avait déjà combattu dans des conditions semblables, avait fait sauter tous les lampadaires de la rue avant de les rassembler pour former une barrière infranchissable, les morceaux de verres formant une carapaces coupantes et tranchantes pour ceux qui s’avançaient trop près d’eux.

Le silence se fit de nouveau.

De la buée sortait de leurs bouches et on entendait presque leurs coeurs battre à l’unisson. La rue était plongée dans le noir.

Rose avait les sourcils froncés et les yeux en alerte. La moindre ombre la tendait plus que la précédente et sa baguette entre les mains, elle tapa rageusement du pied avant de lancer un sort. Le sol se mit à ramollir, comme trop chauffé, et les pieds des tireurs s’enfoncèrent dans le bitume, les avalant progressivement.

Allénore, elle, avait la tête embrumée et les oreilles bourdonnantes. Elle chercha Louis du regard, trop occupé à fortifier la barrière de lampadaires et de verre qui les protégeait tous. Quand Louis finit par la voir, il se contenta de lui répondre avec un petit clin d’œil appuyé. Elle prit le temps d’observer l’environnement et émit un grognement presque animalier quand elle s’aperçut qu’ils étaient tous pris en tenaille. Ils étaient encerclés.

Nilam suivit le regard de son amie et fouilla dans sa sacoche, mordant entre ses dents sa baguette pour avoir les deux mains libres. Elle jeta une fiole contre le sol et lorsqu’elle explosa, un nuage de poussière scintillante se souleva, faisant tousser leurs assaillants.

Le silence revint un instant mais personne ne parla. Cette fois-ci, il n’y avait vraiment plus aucun bruit.

Briser l’accalmie aurait été une invitation à une nouvelle tempête que personne ne souhaitait affronter. La barrière de Louis, maintenant solidement forgée et dont les ampoules avaient été réparées, les éclairait tous assez pour qu’ils distinguent les positions des uns et des autres. Albus et Scorpius étaient toujours sur leur garde et rôdaient, comme des lions en cage. Ils se regroupèrent tous, sans se concerter.

Peut-être le faisaient-ils tout simplement parce qu’ils se sentaient plus en sécurité les uns près des autres.

Deux de leurs assaillants parvinrent toutefois à se frayer un chemin malgré la poussière corrosive de la potion qu’avait jetée Nilam. Allénore, acculée et sentant le dos de Rose qui reculait elle aussi, laissa échapper un autre son animalier, guttural et menaçant.

– Ils n’utilisent pas la magie et pourtant…

– Les Autres, marmonna Allénore.

C’étaient leurs méthodes, leurs façons faire, leur style de guerre.

– Leurs armes ont probablement été enchantées et tant qu’ils les auront, nous ne pourrons rien faire, articula calmement Scorpius.

Lorsque les deux tireurs arrivèrent trop près d’Allénore, désespérée, elle lança un sort qui les fit s’arrêter net. Les deux hommes en face d’elle se mirent à gémir, se tenant douloureusement la tête, les yeux voilés. Ils agonisaient, sans faire de bruit désormais, comme si toute la douleur concentrée dans leurs corps mobilisait déjà toutes leurs forces. Leurs lèvres étaient grandes ouvertes, mais rien n’en sortait. Pas un cri, pas un hurlement.

– Mais que fais-tu ? demanda Albus, effrayé. Arrête ça.

Comme si elle venait de se rendre compte de la présence de ses amis, Allénore leva le sort, le teint pâle et les yeux écarquillés.

– Qu’est-ce que c’était ? marmonna froidement Scorpius.

– Un memoria.

– Balèze, siffla Nilam.

– Ces deux personnes viennent de revivre leurs pires souvenirs, gronda Albus, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte de stupeur. Ce n’est pas balèze. C’est un sort dangereux, All.

Elle aurait pu se perdre dans les mémoires de ses victimes. D’autant plus qu’en tant que polyglomage, Allénore maîtrisait ces sorts avec plus de puissance certes, mais y était encore plus vulnérable que les autres sorciers. Les sortilèges qui touchaient à l’esprit, aux émotions, aux mémoires, étaient une seconde nature chez les polyglomages. Mais ils étaient aussi souvent à l’origine de leur perdition.

– Tu viens de leur faire revivre leurs pires souvenirs, répéta Albus comme s’il n’y croyait pas.

– Et ils nous en auraient donné de bien pire si Allénore n’avait rien fait, assura Nilam.

Albus était un enfant de la paix né de parents hantés par la guerre. Il tenait la douleur en horreur, qu’elle vienne de lui, de ses amis ou de gens qu’ils ne connaissaient même pas. Il la rejetait profondément, elle, et tous ceux qui se l’imposaient, qui se l’infligeaient, pour n’importe quelle raison.

– Vous êtes piégés ! leur annonça une voix forte et confiante.

Nilam laissa échapper un petit rire tant cette intervention semblait inutile et ridicule.

– Quelqu’un a une idée brillante ? Parce que ce serait bon le moment, indiqua Louis, la mâchoire serrée.

– Il faut les désarmer d’une façon ou d’une autre, maugréa Scorpius.

– J’ai dit une idée brillante Malefoy, grogna Louis.

– Leurs armes sont inatteignables !

– Mais pas invulnérables. Il suffit qu’ils les lâchent tous, réfléchit Allénore.

Elle sourit en croisa le regard de Rose, qui avait parfaitement compris où elle voulait en venir. Et parce qu’Allénore et Rose étaient des sœurs d’armes et d’âmes, parce qu’elles avaient cette connexion si précieuse qu’elles entretenaient depuis des années, parce qu’elles s’aimaient, parce qu’elles partageaient parfois une seule pensée, parce que faire la guerre à l’une revenait à faire la guerre à l’autre, elles attaquèrent.

Elles lancèrent le même sort au même moment. D’abord parallèles, les deux jets de lumière argentée qui sortaient de leurs baguettes finirent par se rejoindre, inondant les alentours d’une clarté aveuglante. Leurs sorts n’auraient pas dû être si puissants… Pourtant, elles durent fermer les yeux, les sentant brûler sous la violence frappante de leurs deux magies qui semblaient décuplées et se nourrir l’une de l’autre.

La chaleur montait. Le sol continuait de fondre. Le bitume fumait. La peau de leurs ennemis rôtissait. Les peaux de leurs amis et les leurs également. Les capes de Rose et d’Allénore était en train de brûler.

– ARRÊTEZ CA TOUT DE SUITE ! hurla Nilam.

Rose relâcha sa baguette la première, ahurie. Allénore l’imita bien vite et toucha à l’extrémité qui frôlait sa paume, la pierre précieuse qui s’y trouvait. Elle brillait, répandant quelques faisceaux bleutées. L’amazonite que Rose avait taillé et vissé à la poignée de la baguette d’Allénore était agréablement chaude et la lumière qu’elle diffusait scintillait en son centre. Allénore porta ses prunelles brunes sur la baguette de sa meilleure-amie, qui portait elle aussi, une amazonite.

Les deux bijoux avaient été taillées à partir de la même pierre et semblaient se répondre, se chercher.

Leurs deux baguettes vibraient d’une intensité incroyable.

Passée la surprise, Albus, Scorpius, Louis et Nilam désarmèrent les derniers tireurs qui n’avaient pas été épargnés par l’attaque des deux jeunes femmes. Désormais ligotés et inoffensifs, ils poussaient des injures et leur promettaient un destin funèbre auquel ils ne prêtèrent aucune intention.

– C’est quoi ce délire ? s’époumona Albus en revenant vers les deux femmes.

Il éteignit leurs capes encore fumantes.

Scorpius s’était précipitée sur Rose pour lui faire lâcher sa baguette. Elle tomba sur le sol et lorsque Scorpius répéta son geste sur Allénore, toujours hypnotisée par la force de la magie qui se dégageait de sa baguette, elle ne se rendit pas compte que le blond était en train de lui arracher. Les deux baguettes, sur le sol, roulèrent jusqu’à l’autre et les deux amazonites se joignirent, comme aimantées, incapables de résister à l’attraction de l’autre.

Leurs lumières auraient pu tuer.

– Ne me dis pas que tu as fait des expériences sans au moins savoir un minimum quelles en seraient les conséquences ! s’emporta légèrement Scorpius.

– Je ne pensais pas que…, bredouilla Rose.

– Tu aurais pu vous faire tuer ! Non mais à quoi tu avais la tête, nom d’un lutin !

– Je sais ce que je fais ! gronda la rousse les poings sur les hanches. Les pierres que j’ai vissé à nos baguettes sont toutes petites et l’amazonite n’a pas un très grand pouvoir… Mais… Il faut que je prenne des notes ! Il faut que… Allénore, tu as senti cette vibration ? On a lancé le sort en même temps, peut-être que…

– STOP ! l’arrêta Scorpius en posant fermement ses deux mains sur ses épaules. Tu ne fais rien. Tu enlèves ces machins bling-bling de vos baguettes et tu me jettes ces pierres !

– Alors qu’elles viennent de nous sauver la vie ? Certainement pas !

Rose n’était pas vraiment quelqu’un de raisonnable quand il s’agissait d’expériences.

– Rose !

– Oh ferme-la un peu, par Morgane !

Scorpius fulminait mais décida de rester silencieux, les bras croisés sur sa poitrine, informant Rose qu’il était très mécontent. Elle avait risqué sa vie, ainsi que celle d’Allénore, sans réfléchir, parce que la passion de Rose pour son art, pour les baguettes et leurs pouvoirs, prenait le pas sur son caractère pourtant prudent et sage. Rose était comme un volcan. Calme et belle au repos, mais explosive et destructive en éruption. La passion de Rose était de la lave en fusion. Dangereuse, mortelle, mais qui laissait derrière elle une fois refroidie, une pierre indestructible et des terres luxuriantes.

Scorpius avait tout simplement peur et lorsqu’il était effrayé, il était capable d’agir comme un parfait crétin.

– Écoute, je sais que tu es talentueuse, mais ça aurait pu mal tourner…, marmonna-t-il tout penaud.

Rose lui sourit. Elle ne lui en voulait pas. Elle était contrariée, agacée mais ne rejeta pas sa main lorsqu’elle vint effleurer la sienne.

– Nos deux baguettes étaient comme connectées… Je n’ai jamais vu ça, songea Allénore en ramassant la sienne.

– Les priori incatatum sont extrêmement rares, observa Albus.

– Ce n’était pas un priori incantatum. Nos baguettes n’ont rien en commun. Ni le cœur, ni le bois… Rien. Si ce n’est le bijou d’amazonite qui provient de la même pierre.

– Les pierres précieuses, ajoutées à des baguettes pourraient avoir ce pouvoir ? demanda Albus à sa cousine.

– Non. Ce n’était pas un priori incantatum, insista Rose tout en réfléchissant. C’était autre chose.

– Je me demande si notre sort aurait eu autant de puissance avec une autre pierre, songea Allénore. L’amazonite est réputée pour ses vertus rayonnantes. Elle apporte la lumière et les bonnes ondes.

– Je reste persuadée qu’une pierre est utile seulement si on vise bien la tête de la personne sur qui on veut la lancer, grommela Nilam. Ce ne sont que des cailloux ! Ok, ça brille on sait tous qu’Allénore et Rose sont comme des pies mais faut pas déconner là !

– Les mages chinois savaient extraire les pouvoirs de certaines pierres. La litomagie est une réalité, c’est un fait, Nilam, la contredit Albus.

– Conneries.

– On devrait tester avec l’améthyste ou le silex ! s’enthousiasma Allénore.

– Oui ! répondit Rose. Je me disais la même chose. Peut-être même que si tu tailles l’extrait qui ira sur ma baguette et moi le tien, les effets seront encore différents… Nos magies seront plus diluées et …

– Rosie, Allénore…, les interrompit Louis. Ce n’est pas le moment. Vous devriez retirer ça de vos baguettes. Si vos sorts sont imprévisibles ou qu’elles agissent sans que vous puissiez anticiper les effets, nous pourrions être plus en dangers que nous ne le sommes déjà.

Les deux amies regardèrent tout autour d’elles et constatèrent que les personnes qui les avaient attaqué étaient toujours ici, immobilisées et hors d’état de nuire, certes… Cependant, ils étaient tous à découvert et ils auraient été imprudent de leurs parts de se sentir en sécurité. Allénore et Rose soupirèrent de concert et obéirent à Louis, qui récupéra les deux pierres semi-précieuses avant de les fourrer dans sa poche. Louis n’aimait pas tergiverser et il savait que Rose et Allénore réunies, si on leur en donnait le temps, construiraient un argumentaire imparable et ne se laisseraient jamais raisonner : leur reprendre leurs pierre aurait été mission impossible.

– C’était quand même super cool, bouda Rose.

– Il faut qu’on interroge un de ces gus… Ce n’est pas normal qu’ils nous aient attaqué comme ça, revint à l’essentiel Nilam.

– On nous a surveillé, comprit Louis. Ils savent que nous sommes ici et que nous cherchons des informations sur le Dragon Rieur. Ou pire…

– Sur Han Derrick, termina Allénore en retenant un frisson.

Ce n’était pas le moment de flancher. La polyglomage examina leurs prisonniers, qui faisaient désormais bien pâles figures…. Elle s’approcha calmement de la seule personne dont elle reconnaissait le visage. Elle se pencha, avant de s’accroupir à sa hauteur. Allénore ramassa l’arme qu’elle identifia rapidement. Elle se mit à la faire passer de sa paume gauche à sa paume droite, avant d’enlever le chargeur et de compter les balles. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas tenu une arme en main, et sa lourdeur, le poids, la forme, le métal froid contre sa peau… toutes ces sensations ne lui avaient pas manqué, loin de là. Pourtant, le simple contact de l’arme avec son corps, la grisa et lui donna une force, la même que celle qui pouvait l’habiter, lorsqu’elle était Mistinguette.

– Tu te souviens de moi ? glissa-t-elle à l’oreille de la jeune femme qui lui faisait face.

La blonde qui avait été sur les genoux de Louis, enfin de la créature magique qui avait prit possession du corps de Louis, la regardait avec des yeux d’ambre qui auraient pu mettre le feu à un blizzard.

– Oui, tu te souviens de moi, sourit Allénore. Je te remercie de nous avoir retrouvés…

– Tu devrais être morte.

Allénore mordit l’intérieur de sa bouche. Cette fille la connaissait d’avant le bar. Elle le sentait et l’avait comprit, à sa façon de la regarder. Elle la regardait… comme tous les Autres la regardaient avant. Comme une petite reine aux pouvoirs divins, comme celle qui allait les délivrer et pourtant, comme celle à qui on ne pouvait faire confiance…

– Tu veux entendre un secret ? chuchota la brune.

Elle approcha ses lèvres de l’une de ses oreilles, en continuant de sourire.

Si cette blonde l’avait connue et reconnue en tant que Mistinguette, il ne servait plus à rien de faire semblant.

– Il m’arrive encore de le penser, parfois.

Allénore se recula et décida de rester silencieuse. Elle savait qu’elle ne prendrait l’ascendant que si et seulement si, son interlocutrice prenait la parole. Les jeux de pouvoirs étaient étranges et avaient des règles bien obscures… Mais si Allénore posait la première question, elle perdrait en faisant comprendre à la blonde qu’elle avait besoin d’elle, ou tout du moins, de ses réponses.

– Alors ? Tu vas rester là à me regarder longtemps sans rien faire ? Qu’est-ce que tu attends ?

Allénore ne leva pas tout de suite les yeux et continua de faire semblant d’inspecter l’arme. Quand elle entendit la blonde grogner d’impatience, elle réprima un sourire ravi et planta ses yeux dans les siens.

– Ça dépendra de toi.

– De moi ?

– Eh bien, de la raison que tu avanceras pour expliquer pourquoi tu nous as attaqué, mes amis et moi.

– Vous me cherchiez.

– Certes, admit Allénore. Sais-tu pourquoi ?

– Vous voulez reprendre les marchandises que vous n’avez pas eu le temps de voler la dernière fois, cracha-t-elle.

L’intérêt d’Allénore, piqué au vif, la fit se remettre sur ses deux jambes.

– Est-ce que tu sais qui je suis ?

– Un fantôme, murmura la blonde. C’est ce qu’ils disent tous.

Sans s’interroger sur le « ils », Allénore répondit :

– Et que disent-ils d’autre ?

– Que tu ne devrais pas respirer. Que tes cheveux auraient dû se ternir. Que ta peau aurait dû fondre de ton visage. Que des os auraient dû devenir poussière et que tes yeux auraient dû être fermés. Ils disent que tu as tué ton propre sang, que tu as trahi ta propre chair et que tu vis encore au soleil alors que tu ne mérites que la terre.

Allénore avait senti son sang s’épaissir dans ses artères et ses veines, au point que le calme qui s’était emparé d’elle n’avait rien de naturel ou d’appréciable. Tout était figé. De ses battements de coeur, jusqu’à ses gestes, de ses lèvres figées jusqu’à sa respiration, suspendue dans le temps.

Elle aurait voulu empêcher les mots de cette femme de se graver dans son cerveau. Mais il était trop tard et ils sonnaient désormais comme une malédiction.

– Tu es celle que l’on cherchait, intervint Nilam en passant devant Allénore. Tu étais au Dragon Rieur, l’autre soir. Tu …

– Passais du bon temps, comme tout le monde. Je n’ai pas de compte à vous rendre.

– Tu as tenté de nous tuer, déclara durement Scorpius.

– N’était-ce pas votre inttention ? l’interrogea-t-elle.

– Si tu nous dis comment nous rendre au Dragon Rieur, on vous laissera tranquille, tes amis et toi.

Elle sembla hésiter un moment. En vérité, il était évident qu’elle était même surprise par la proposition de Scorpius. Pourtant elle finit par parler :

– Le bar déménage tous les soirs depuis votre attaque, leur reprocha-t-elle. Il faut une invitation pour y entrer.

– Et quelle chance que tu en aies justement une ! s’enthousiasma Scorpius.

D’un geste simple réalisé avec sa baguette, il fit sortir de la veste de la blonde ce qui ressemblait à une carte de visite. Toute rouge et à l’écriture fine et dorée, la carte de se promenait dans les airs, obéissant à la baguette de Scorpius qui la faisait flotter dans les airs.

– Qu’est-ce qu’on fait d’eux ? leur demanda Albus en désignant les gens qu’ils avaient immobilisés.

– On lance un periculum, répondit simplement Louis. Les autorités magiques interviendront rapidement et se chargeront de tout ça.

Il observait Allénore, restant à quelques pas d’elle. Il savait qu’elle avait besoin d’être dans sa bulle. Elle avait sa tête des mauvais jours, celle qu’elle avait parfois quand elle avait l’impression que tout allait mal. Il n’avait pas parlé durant toute la discussion, préférant rester en retrait. Cependant, il était resté sur ses gardes, conscient qu’Allénore était une funambule, qu’elle avançait sur un fil et qu’elle pourrait basculer d’un moment à l’autre et prendre une décision qu’elle regretterait amèrement.

Elle était redevenue Mistinguette un temps et il en était presque soulagé : il avait toujours été convaincu qu’Allénore n’avait pas à la rejeter et qu’elle faisait partie d’elle. Pour autant, il savait que cette part d’ombre, celle que lui acceptait, elle, elle ne pouvait l’aimait ni même la tolérer.

Et maintenant qu’elle avait renfilé son masque d’espionne, même pour quelques minutes, elle l’avait fait devant ses amis, il attendait le moment où elle prendrait conscience de tout ce que cela impliquerait comme conséquences… Allénore ne pourrait plus mentir à ses amis si elle n’enlevait pas ce masque rapidement. Elle était intelligente et le devinerait sans peine bien assez tôt… Comme elle avait deviné que ces gens qu’ils venaient d’arrêter étaient des Autres.

L’embuscade. Les armes. Les mots…

Tout ressemblait aux méthodes des Autres et Louis savait qu’Allénore entendait sûrement à l’instant même le souvenir de la voix de son père, lui affirmant qu’ils survivraient bien après sa mort et que ses idées ne mourraient jamais.

Il avait eu raison et elle l’avait toujours su, n’avait jamais caché cette angoisse à Louis.

« Ils disent que tu as tué ton propre sang, que tu as trahi ta propre chair et que tu vis encore au soleil alors que tu ne mérites que la terre ».

Il la vit enlever une nouvelle fois le chargeur de l’arme qu’elle tenait toujours entre ses mains, et remettre les munitions à leur place, avant de la glisser dans la poche de son jean. Louis se sentit pâlir. C’était là, qu’il glissait les fleurs qu’il lui offrait. Dans la poche arrière de son jean…

Il vit le fantôme de Mistinguette et Allénore, qui ne tentait même pas de le repousser.

Il vit un peu de peur et de culpabilité. Il vit beaucoup de choses, mais lorsque ses yeux rencontrèrent les siens, il lui sourit et elle lui sourit également.

– Je t’aime, assura-t-il.

Lui qui ne voyait que le blanc et le noir, Allénore bousculait toutes ses convictions. Mais il l’aimait. Qu’elle soit gris pâle ou gris sombre.

Il ne fallait pas qu’elle l’oublie.

 

***

À l’instant même où elle était entrée au Dragon Rieur, Rose avait senti une énergie négative qui l’avait profondément atteinte. Elle avait avancé d’un pas lourd, suivant le mouvement en tentant de repousser cette sensation dans le fond de son coeur.

Elle soupçonnait l’immense gouffre au milieu du bar, d’aspirer tout ce qu’il y avait de bon et de joyeux en elle.

En pénétrant dans le bar, elle chercha malgré elle ses amis.

Nilam était déjà en train de boire, avec Albus, qui avait pris l’apparence d’un vieillard.

Louis discutait le plus naturellement du monde avec un trafiquant, visiblement déterminé à lui refiler des œufs de kenkoon. Le blond faisait semblant de négocier un meilleur prix…

Scorpius lui, rasait les murs.

Allénore, elle, était introuvable.

Rose avait une très bonne intuition.

Deux ans avant que Hugo ne soit diagnostiqué de son lupus, elle avait su, même enfant, que son frère était malade et fragile.

La veille de la disparition d’Allénore, deux ans et demi auparavant, elle avait senti que quelque chose n’allait pas.

Une heure avant que les démonzémerveilles ne se mettent à attaquer Londres, elle avait eu un goût amer dans la bouche et des fourmis dans les jambes.

Rose était capable de se lever le matin, et dès son premier pas, de déterminer si une journée serait bonne ou mauvaise. Ça faisait beaucoup rire Scorpius lorsque cela produisait. Dans ces moments-là, il la forçait à revenir au lit près de lui et la gardait tout proche de son coeur, à lui murmurer que tout irait bien et qu’en se levant une nouvelle fois, cette mauvais impression disparaîtrait. Rose souriait lorsqu’il lui disait de tels mots, de telles promesses, comme si la perspective qu’elle passe une mauvaise journée était une idée parfaitement intolérable pour Scorpius. Mais ça marchait … Parfois.

Louis avait dupliqué l’invitation pour qu’ils entrent tous. Cachées sous les capuches de leurs capes, Allénore, Nilam et Rose avaient décidé de dissimuler leurs visages. Albus avait un visage trop reconnaissable, étant le fils et le frère de deux Aurors très réputés, et Nilam lui avait fait ingurgiter deux grandes gorgées de polynectar en lui pinçant le nez. Scorpius et Louis étaient les seuls qui déambulaient de le bar à visages découverts et Rose n’aimait pas ça. Elle n’aimait pas ça du tout…

Rose chercha Louis du regard. Il portait un t-shirt blanc, au col rond, ample, trop pour lui. Il nageait presque dedans. Rose savait que ce haut appartenait en fait à Allénore. Sa meilleure-amie lui avait confié lui prêter souvent ses pulls et tops, parce qu’elle trouvait ça terriblement sexy et grisant, de savoir qu’il portait ses vêtements à elle. Elle l’avait avoué d’une voix intimidée, presque honteuse et rougissante. Rose avait capté le regard d’Allénore sur Louis chaque fois qu’il portait un haut à elle… Louis avait rentré ce haut-ci, vraiment trop grand pour lui, dans son pantalon noir et dans d’autres circonstances, Rose se serait un peu moquée de de son cousin et de son habitude de piquer les fringues d’Allénore. Parce qu’encore, aujourd’hui le haut était uniforme, ne portait aucun message féministe ou écolo, n’avait ni paillettes, ni motifs qui ne ressemblaient pas à Louis, le grand dragonologue, qui ne s'empêchait pourtant jamais de fiérement les porter ! Ce qu’il était adorablement niais… Mais dans ce bar, il avait l’air espiègle, malin. Rose ne lui aurait joué aucun tour. Louis était loin d’être idiot et c’était quand elle le voyait négocier avec des trafiquants qu’elle s’en rendait compte. Il était impressionnant. Même vêtu du t-shirt de sa petite-amie.

Scorpius lui, se faisait plus discret sans vraiment y parvenir. Il adressait des sourires froids et polis qui passaient bien dans ce genre de milieux. Il avait déjà quelques serveuses et serveurs à ses pieds.

Au moment même où elle avait franchi la porte, la fabricante de baguettes avait retenu son souffle. Le bar n’était pas le même que celui où Allénore et elle avaient testé des élixir d’euphorie… Ici, le sol était collant, les trafiquants ne se cachaient même pas, et un homme au fond de la salle faisait éclater des pétards laissant de petits dragons survoler les airs quelques dizaines de minutes avant de s’éteindre. L’un d’eux s’approcha si près du nez de la rousse, qu’elle dû le balayer d’un geste rapide de la main.

Albus fût le premier à mettre à exécution le plan qu’ils avaient vaguement dessiner, qui consistait simplement à entrer au compte-goutte à dix, vingt, trente, cinquante minutes d’intervalles chacun dans le bar, puis de s’y disperser pour glaner quelques informations sur les marchandises qui se trouvaient dans les sous-sol la dernière fois.

Rose se mit à respirer plus normalement lorsqu’un origami, un petit écureuil, se posa sur son épaule. Il était parfois déconcertant pour Rose de se rendre compte que sa meilleure-amie était effectivement une polyglomage. Allénore avait toujours eu une certaine sensibilité et d’aussi loin qu’elle se souvienne, Rose avait toujours été impressionnée par cette capacité que son amie avait, de savoir, de comprendre ce que Rose ressentait. Rose savait qu’Allénore lui avait envoyé cet origami pour la rassurer et elle en eut la confirmation lorsqu’un second, un colibri, se nicha dans ses cheveux après avoir piaillé près de son oreille et donné un coup de bec affectueux sur le nez.

– Tu ne devrais pas être ici, l’alerta une voix derrière elle. Ta visite de la dernière fois n’a pas été appréciée…

Rose se retourna et haussa un sourcil. Une petite serveuse, aux cheveux verts et aux grands yeux couleur saphir, la regardait avec inquiétude. Elle atteignait à peine les genoux de Rose en hauteur, qui détestait regarder ainsi de haut quelqu’un. Son nez crochu et ses oreilles allongées n’avaient rien de commun et tranchaient avec une bouche très humaine, aux lèvres pulpeuses et soigneusement maquillées.

– Tu es une demie-gobeline…

Probablement la personne qu’ils recherchaient. La serveuse qui avait tenté d’alerter Allénore.

Allénore n’avait pas cru bon de le préciser… Sûrement parce qu’elle ne se fiait absolument pas à ce genre de détails. Pourtant, la demie-gobeline offrit à Rose un sourire énigmatique et presque fière.

– Finement observé.

L’humour pince-sans-rire de son interlocutrice fit rire Rose, qui se détendit légèrement.

– Je me demande ce qu’une personne aussi intelligente que toi fait ici, déclara-t-elle.

– Je pourrais te poser la même question, rétorqua Rose.

– Je ne suis pas une personne.

– Alors qu’es-tu ?

– De pays en pays, de lois en lois, d’époques en époques, mon statut change. Comment m’appellerais-tu, toi ? Comment me désignerais-tu ?

– Quel est ton prénom ?

La demie-gobeline semblait presque étonnée que Rose lui pose une telle question…

– Glaïeul.

– C’est comme ça que je t’appellerai, alors.

– Je t’ai reconnue à tes origamis, indiqua-t-elle. Et si je t’ai reconnue, Mistinguette, d’autres aussi. Tu n’es pas très discrète et tu viens de te mettre en danger… Tu n’aurais pas dû revenir ici.

Rose comprit rapidement que la créature la prenait pour Allénore. Ses cheveux roux étaient dissimulés sous la capuche de sa cape et son visage était camouflé par le tissu. Ce qui était en soit une très bonne chose, surtout si des gens en avaient après la brune. Allénore était ainsi plus en sécurité et si les pistes étaient ainsi brouillées, ils auraient plus de chance à s’en sortir et à faire sortir Allénore indemne …

– Je fais souvent des choses que je ne devrais pas faire, sourit Rose en songeant que cette phrase seyait parfaitement à Allénore.

– Vous devriez partir. Toi et tes amis. Malgré ton déguisement, ils savent qui tu es…

– Ils ?

– Les Autres.

– Tu pourrais être des leurs.

Rose savait qu’il valait mieux se montrer suspicieuse et méfiante. Mais la demie-gobeline se mit à rire grassement :

– Et je l’ai été, tout comme toi. Tu ne te souviens probablement pas de moi… , soupira Glaïeul. Mais un jour, je t’ai soignée après que tu sois rentrée de mission. Les sirènes du clan de l’océan Indien t’avaient bien amochée et la moitié de ton bras gauche ne tenait plus que par un bout de chair en train de se nécroser. Tu étais parfaitement consciente et tu crachais l’eau de tes poumons. Tu hurlais. Tu te croyais encore sous l’océan. Tu criais des prénoms. Tu les cherchais. Je t’ai calmée. Je t’ai parlé de gâteau au chocolat, de musique classique et de glaïeul… Les fleurs préférées de ma mère. La petite asiatique qui te suivait partout n’était pas là. Il y avait ce blond, là et son frère… Il te veillait avec un air malsain sur le visage, comme s’il voulait te posséder. Je l’ai chassé beaucoup de fois. Je t’ai soignée, répéta-t-elle, pendant une semaine, nuit et jour, sans dormir, en mangeant près de toi, en buvant sans te quitter des yeux parce que la mort rôdait, tu semblais si fragile, toi que nous considérions tous comme une petite reine aux grands pouvoirs et un matin… Tu as ouvert les yeux, tu es répartie comme si de rien n’était et le soir du jour d’après, un bouquet de fleurs est apparu sur la couchette que j’occupais au quartier général des Autres. C’étaient des glaïeuls.

Rose hésita à lui dire la vérité. Elle avait le coeur au bord des lèvres, en imaginant une Allénore brisée et seule, sur un petit lit d’infirmerie, veillée par une inconnue … Rose avait souvent pensé qu’Allénore avait échappé à la mort de nombreuses fois. En revanche, personne n’avait jamais verbalisé cette pensée, personne ne lui avait parlé de ces fois où sa meilleure-amie avait failli glissé vers l’autre monde, où ceux où elle s’était elle-même volontairement mise à flirter avec ses limites.

Allénore aurait pu mourir seule.

Rose n’en aurait jamais rien su, alors que sa place aurait été près d’elle.

Et Rose eut envie de vomir.

L’écureuil de papier se nicha près de son oreille et caressa de son museau la joue de Rose.

– Tu animais toujours tes origamis. Tu ne te baladais jamais sans un écureuil, un hibou et un ours. Ils s’emmêlaient dans tes cheveux et un jour… Tu as arrêté. Je crois que Richards les a brûlé après l’une de ses… sautes d’humeur. Quelques rumeurs ont circulé pendant des jours, mais Polly les a fait taire. Il se disait que ton visage avait…

Un ours pour Albus. Un hibou pour Scorpius. Un écureuil pour Rose. Leurs patronus. Allénore n’avait jamais cessé de penser à eux…

– Tu n’as pas survécu à tout ça pour mourir de façon aussi stupide ma petite ! Déguerpis d’ici et que je ne t’y revois plus jamais ! Tu as été graciée par la communauté magique ! Tu peux vivre librement et tu le mérites.

– Tu le mérites, toi aussi…

– Je suis recherchée par tous les Aurors de cette Terre. Je sais ce que les sorciers font aux Autres qu’ils capturent… Je ne suis pas sotte, tiqua Glaïeul, se sentent insultée.

– Elle témoignerait en ta faveur, marmonna Rose.

Glaïeul haussa un sourcil et examina le visage de son interlocutrice. La rousse se sentit nue et pinça furieusement ses lèvres. L’attitude de la demie-gobeline changea immédiatement. Rose n’était pas polyglomage… mais nul doute que les bras croisés sur la poitrine et un froncement sourcil creusant une belle ride entre deux yeux au regard noir, indiquaient une hostilité certaine… Rose aurait dû tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.

– On cherche un miroir.

Glaïeul désigna du doigt un grand miroir, derrière elle, sans se retourner, afin de ne pas quitter Rose des yeux.

– Ta coiffure est parfaite ma petite.

– Pas ce genre de miroir.

Glaïeul haussa un sourcil, l’autre demeurant fermement froncé.

– Évidemment que tu ne viens pas pour ce genre de miroirs.

Rose vit Scorpius s’approcher d’elle. Elle décida de prendre un risque :

– Je ne suis pas celle que vous pensez. Mais c’est une amie. Elle est déjà venue ici… dans ce bar je veux dire. C’était en mars dernier pour ...

– Chercher son blond ? Son bon blond ? Le visage de Louis Weasley a été affiché durant des mois entiers au quartier général des Autres… Je l’ai tout de suite reconnu et je ne suis pas la seule.

Rose tourna les yeux vers Louis, coincé entre trois hommes qui commençaient à l’acculer contre un mur. Louis, loin de paniquer, riait et agitait les mains, racontant probablement une histoire à dormir debout pour charmer ou calmer son auditoire … Malheureusement pour lui, ces gens ne semblaient pas vouloir l’écouter.

– Il a été pris au piège par un ungaikyō…, indiqua Rose.

– Oui. Et j’allais prévenir les Aurors avant que ton inconsciente d’amie n’intervienne.

– Au risque de vous faire arrêter ?

La serveuse pouffa d’arrogance.

– Tu aurais dû lui dire de ne pas revenir… à ton amie.

– Elle n’écoute jamais qu’elle…, soupira Rose.

– Écoute… Tout ce que je peux te dire, c’est que de nombreux miroirs magiques sont arrivés début mars. Le patron du Dragon Rieur les a conservé ici un bon moment …Je pense qu’il les a réservé pour le gouffre, indiqua la demie-gobeline. En tout cas, depuis deux semaines, ces miroirs ne sont plus dans la réserve…

Une second explosion fit de nouveau trembler les murs et un cri déchirant le suivi. C’était un cri de douleur, de ceux que l’on sortait du plus profond des entrailles pour repousser la mort. L’une des personnes descendue dans le trou béant du bar venait de mourir, et l’écho de son cri résonnait encore par ricochet dans l’établissement. Quand il se tût, Rose ferma les yeux pour accueillir le silence.

– Ils sont vraiment dans le gouffre, ces miroirs, n’est-ce pas ? maugréa-t-elle.

Elle rouvrit les yeux. Scorpius était en face d’elle, juste derrière Glaïeul. La demi-gobeline hochait tristement la tête. Scorpius, en même temps, lui faisait signe d’écourter sa conversation pour fuir au plus vite. Maintenant qu’elle prenait le temps de regarder autour d’elle, elle se rendait compte que plusieurs personnes l’avaient encerclée et que la porte était lourdement gardé par deux trolls qui n’avaient rien de très commode…

– Vous devez partir maintenant. Et dîtes à Mistinguette qu’elle …

Une détonation les fit sursauter et Rose trouva vite la personne à l’origine du tir.

Le bras levé vers le plafond, sa capuche tombée sur les épaules et perchée sur le comptoir du bar, Allénore observait furieusement les clients du bar avec un air supérieur qui ne lui ressemblait pas.

– … devrait se montrer plus discrète, termina Glaïeul.

Allénore pointait désormais l’arme sur Albus. Enfin plus exactement sur l’homme qui visait Albus avec sa propre arme.

– Baisse ça immédiatement, siffla-t-elle entre ses dents, la mâchoire trop serrée pour bien articuler.

Voyant qu’elle ne se faisait pas obéir, elle profita de l’effet de surprise pour tirer une seconde fois. Des gens se mirent à prendre la fuite et les deux trolls du fond, vite acculés, furent poussés et forcés de se retirer de la porte qu’ils gardaient. Rose sortit sa baguette et désarma deux sorciers, prêts à attaquer Allénore.

– Baisse. Ça. Immédiatement, répéta-t-elle calmement.

Albus, blanc comme un linge, se ressaisit et donna un coup de pied dans les genoux de son agresseur, avant de lui jeter un sort.

À partir de ce moment là, le temps sembla se suspendre dans le bar du Dragon Rieur. Plus personne n’osa parler, plus personne n’osa bouger. Le premier d’entre eux qui l’aurait fait aurait déclenché les hostilités et tout le monde se regardait, sans trop savoir qui il faudrait attaquer… Au moins, Scorpius, Louis et Nilam se fondaient encore parfaitement dans la foule. Albus et Allénore, en revanche, était les victimes toutes désignées de l’attaque qui finirait par venir. Rose l’était tout autant, maintenant qu’elle avait désarmé ces deux autres sorciers pour défendre Allénore.

– J’ai envoyé la localisation du bar aux Aurors. Vous avez présentement deux minutes pour tous partir, les prévint Allénore d’une voix forte.

Les vampires, loups-garous, gobelins, les hommes, les femmes qui n’avaient pas encore pris la fuite et qui semblaient hésiter à le faire, se décidèrent sous la menace de Mistinguette, si bien qu’il ne resta plus qu’une quinzaine de personnes. Ils savaient tous que s’ils se faisaient prendre par les Aurors, le procès qui les attendrait leur serait fatal. Depuis la mort d’Ed Richards et le démantèlement officiel des Autres, les crimes et délits liés aux trafics de créatures magiques étaient sévèrement punis. Rose se mit à compter : ils étaient en supériorité numérique.

– Tu as du culot de te présenter ici, grogna un homme.

Allénore le jaugea et de son regard que Rose n’avait toujours connu que bienveillant et timide, elle y lut une force et un mépris pour cet homme, qui la glaça toute entière.

Rose ne connaissait pas cette Allénore.

Mais loin de la rejeter, elle calqua son expression sur celle de son amie et pointa sa baguette sur l’un des sorciers qui menaçait Allénore.

Faire la guerre à l’une revenait à faire la guerre à l’autre.

Elle lança un sortilège informulé et des plantes rampantes se mirent à pousser silencieusement du sol, s’enroulant autour de ses chevilles.

– Où sont les miroirs ?

– Les miroirs ?

– Tu sais très bien de quoi je parle !

Allénore fixait le gouffre du bar. Elle avait compris. Elle refusait simplement d’y croire, tout comme Rose.

Endolo…

Louis hurla alors même qu’il n’était pas visé par le sort. Allénore avait fermé les yeux et son visage s’était figé dans l’attente brève de la souffrance, mais la douleur n’était pas venue. L’apprenti dragonologue avait prononcé sa formule à temps, plaquant le sorcier au sol, si aplati contre lui qu’ils ne faisaient presque plus qu’un.

Tout aussitôt, Nilam se retrouvait à affronter deux femmes, probablement demie-géante aux vues de leurs tailles. En un claquement de doigt, Glaïeul désarma les personnes qui s’était approchées d’un peu trop près de Rose et Scorpius. L’un des hommes, celui sur lequel elle avait fait pousser des plantes grimpantes autour de ses chevilles, s’était étalé de tout son long. Louis avait eu la bonne idée de se servir de l’immense cloche qui trônait au milieu du bar pour y envoyer un sorcier droit dessus et l’assomer. La baguette de Scorpius envoyait des jets de lumière orangée qui engluaient leurs adversaires et Rose eut à peine le temps de souffler que tout était redevenu tranquille.

Allénore sentit le soulagement s’emparer d’elle.

Elle avait reconnu quelques visages, des qui appartenaient à des membres des Autres qui avaient probablement trouvé refuge dans ce genre de bars …

Ces gens étaient des trafiquants. Pas des mages noires. Pas des mages tout court. Ils maîtrisaient assez mal la magie… Les Autres étaient des guerriers, pas des soldats, ni combattants. Ils étaient désordonnés, mal-préparés et souvent très vite dépassés.

Elle entendit un cliquetis symbolique. Elle sauta immédiatement du comptoir du bar pour avancer vers l’homme qui avait braqué son pistolet sur Albus. Le canon touchait la peau de son crâne et elle retint son souffle un instant. Elle sortit sa propre arme de la poche arrière de son jean et la pointa sur lui.

– Un pas de plus, un mot de plus, et je l’emmène dans un endroit dont on ne revient pas, menaça-t-il.

La politique du jusqu’au boutisme, de faire un maximum de dégât autour de soi, même si cela impliquait de mourir… Cet homme était un ancien Autre. Un ancien Autre, très poète, par ailleurs…

– Tu as cinq baguettes prêtes à te neutraliser. Les Aurors ne vont pas tarder à arriver. Quoiqu’il arrive, tout tes petits plans et mauvais desseins s’arrêtent ici.

L’homme tremblait mais il se tourna vers Allénore en souriant. Il pressa la détente, légèrement, juste assez pour qu’Allénore le voit, et se retourna vers Albus. Mais elle fut plus rapide et son tir à elle partit le premier. Lorsque sa balle se logea dans le creux du genoux de l’homme, il tomba immédiatement à terre en criant. Le sang se répandit mais indifférente, Allénore se contenta de donner un grand coup de pied dans l’arme qu’il tenait encore dans la main.

– Je t’ai déjà demandé deux fois de la baisser …

– All’…, murmura Albus.

Ils tremblèrent tous les deux en se regardant, interdits. Lui, parce qu’il l’avait vu abattre de sang-froid quelqu’un sous ses yeux, et surtout parce qu’il se souvenait de l’adolescente qu’elle avait été et qui pleurait lorsqu’elle marchait par inadvertance sur les escargots, parce qu’il se rappelait du jour où Louis avait cogné Goyle après qu’il l’ait insultée, et qu’elle avait piqué une gueulante, affirmant que la violence ne résolvait rien. Allénore tremblait quant à elle, parce qu’elle voyait dans le regard d’Albus qu’il connaissait le monstre en elle désormais.

– Tu viens de tirer sur quelqu’un…

– Et ce quelqu’un allait te tuer, Albus ! intervint Nilam en glissant sa main dans celle de celui-ci.

La potioniste avait besoin de sentir son pouls, de s’assurer qu’il était vivant et qu’il allait bien. Il était filant et irrégulier, mais fort et bien présent. Le coeur d’Albus battait et c’était le plus important. L’odeur de la poudre importait peu et elle remercia Allénore d’un bref signe de tête.

Rose et Scorpius les avaient rejoint en quelques pas. Louis terminait de confisquer les baguettes des personnes qu’ils venaient d’affronter, et ne s’approcha d’eux qu’une fois après avoir confectionné un beau bouquet, qu’il déposa sur le comptoir.

– Les miroirs sont dans la fosse, annonça-t-il gravement. Ils sont une épreuve des combats abyssaux.

– On le sait, répondirent Allénore et Rose en même temps.

– Glaïeul me l’a dit, expliqua la rousse.

– J’ai entendu le patron du bar, fit-elle en désignant l’homme qui se vidait de son sang, en parler.

Elle agita sa baguette au niveau de son genou et la plaie se referma.

– La balle est sortie, cependant, tu devrais probablement demander un médecin pour t’assurer que tout ira bien, souffla distraitement la polyglomage au directeur du bar.

– Qui est Glaïeul ? demanda Scorpius.

Rose se retourna pour regarder la serveuse.

– On peut lui faire confiance ? interrogea Allénore.

– Quelle petite ingrate tu es …, grommela Glaïeul en souriant tout de même.

Elle était restée un peu cachée dans l’ombre, collée au bar.

– Elle t’a sauvée la vie, raconta Rose. Elle était… Une Autre.

Allénore pencha la tête sur le côté, comme si cela pouvait l’aider à se rappeler. Mais rien ne vint. Il fallait dire qu’en deux ans, elle avait vu de nombreux visages, entendu et appris de nombreuses histoires, rencontré beaucoup de personnes qui l’avaient touchée, fait pleurer ou perdre un instant foi en l’humanité. Et Han… Han avait manipulé nombreux de ses propres souvenirs pour la couper des Autres et l’empêcher de trop s’intégrer.

– Qu’importe, trancha Glaïeul. Je vous déconseille simplement de faire ce que vous avez dans la tête, jeune fille. Vous avez eut assez d’ennuis pour au moins sept vies.

Et elle disparut sur ces mots.

– Elle a sauvé ton bras après que le clan des… , commença Rose.

– Elle a bien fait de partir, l’interrompit Allénore.

Rose lut sur son visage qu’Allénore se rappelait et que les souvenirs étaient remontés.

– Tu as vraiment fait prévenir les Aurors ? fit Louis.

Elle hocha la tête, avant de s’approcher du gouffre. Le sol était collant, couvert d’alcool, de morceaux de verres et de chaises renversées après la panique et les mouvements de la foule qui avait fuit l’affrontement. Allénore se pencha au-dessus du vide. Elle sentit les deux mains de Louis s’enrouler autour de sa taille, comme pour la retenir d’y plonger. Elle se colla instinctivement contre son torse, profitant de sa chaleur et du confort de son corps contre le sien.

– Si nous allons en-bas, nous irons tous les deux, souffla-t-il à son oreille d’une voix apeurée mais étrangement convaincue.

Allénore ne serait jamais descendue sans lui. Pourtant, et parce qu’elle savait qu’il en était de même pour lui, elle hésitait. S’envoyer elle-même auprès de la mort était devenue une habitude à laquelle elle s’était tristement accoutumée. En revanche, y envoyer Louis lui était intolérable.

– Combien de personnes sont déjà remontées ? Je sais que tu le sais. Tu me l’as dit la première fois que nous sommes venues ici… En deux ans et quatre-vingt soirées passées ici, tu n’as entendu la cloche sonner que …, essaya de se rappeler Nilam derrière eux.

– Quatre fois, murmura fatalement Allénore.

Albus restait inerte à ses côtés, incapable de dire quoi que ce soit. Scorpius tentait d’évaluer la profondeur de la fosse et avait jeté un sort de flamme jusqu’à la voir s’éteindre dans la noirceur sans l’entendre percuter le fond. Rose faisait le tour et s’arrêta seulement une fois arrivée au niveau du système de poulie qui permettait aux combattants abyssaux de descendre.

– Donc… si je comprends bien… des gens doivent combattre des créatures magiques, affronter des épreuves, au fond de ce trou ?

Allénore et Louis hochèrent la tête.

– Pourquoi font-ils ça ?

– Qui donc ? demanda Allénore. Les organisateurs des combats abyssaux ou ceux qui y jouent ?

– Parce que tu appelles ça un jeu ? s’offusqua Albus.

– Ces gens ont besoin de distraction, expliqua Louis. C’est comme ça qu’ils occupent leur journée, c’est comme ça qu’ils assoient leurs pouvoirs, c’est comme ça qu’ils se font connaître dans le milieu et remportent les plus grosses parts de marché, expliqua Louis. Ceux qui descendent dans ce trou n’ont souvent plus rien à perdre et ont besoin d’argent pour eux ou leur famille. Certains parient même sur leurs propres morts, pour que leur famille touche un peu d’argent … D’autres sur leurs succès. Ceux qui s’en sortent sont souvent très entraînés et ne sont pas les plus pauvres du lot. Dans les bars clandestins où j’allais, il se murmurait que Main Rouge était le seul à avoir survécu plus de 3 aux combats abyssaux.

En tant que magizoologiste il avait souvent eu l’occasion de soigner des créatures qui avaient réussi à s’échapper de ce genre d’événements. Louis avait appris l’existence des combats abyssaux pendant ses études et en fréquentant quelques bars clandestins, mais ce n’était que par le biais d’Allénore, qu’il avait compris l’ampleur du phénomène. Pourtant, elle ne lui en avait raconté que le strict minimum. Elle n’avait jamais mentionné y avoir participé, mais Louis n’était pas dupe… Il savait.

– Les paris de combats abyssaux font vivre la plupart des bars clandestins comme le Dragon Rieur. Il est affilé à pas moins de cinq autres bars, dissimilés dans le monde, pour ce que j’en sais… Pour un sorcier, remonter cette fosse garantit une autorité et un respect dans le milieu des trafics. Beaucoup de femmes participent aux combats abyssaux pour cette raison. Au début… Ed Richards obligeaient les sorciers qui souhaitaient se joindre aux Autres à participer à au moins un combat. Cette règle a très vite été abandonnée.

– Pourquoi ? Ed Richards n’était pas le genre d’homme à avoir soudainement des poussées de bons principes…, maugréa Scorpius.

– Beaucoup moins d’une chance sur quatre de s’en tirer, rappela Allénore. On est même de l’ordre du 0,2 chance sur quatre.Voilà pourquoi. Il avait besoin de combattants, pas de cadavres.

– Ça fait cinq pour cent de chance de réussite, en déduisit Louis qui avait silencieusement calculé tout ça.

– Réfléchissez le comme vous le voulez. Par pourcentage. Par part. Je m’en fiche. Le résultat est le même : là-dedans, ce n’est pas …

Elle avait des fantômes dans la voix et dans le corps, mille frissons et maux de têtes, mille peurs et encore plus de tracas. Allénore était une trouillarde de nature. Mais lorsqu’elle avait vraiment peur, elle s’assombrissait complètement, de ses traits légers, jusqu’à son petit sourire toujours présent, en passant par sa posture repliée sur elle-même jusqu’à ses poings serrés…

– Vous ne pouvez pas comprendre.

– Alors explique nous ! supplia Rose.

– Ce n’est pas quelque chose qui s’explique Rosie ! Ça… Ça se vit et encore. À l’intérieur de ce trou, ce n’est que de la survie !

– Tu y as bien survécu toi…, bougonna Scorpius. Et tu n’es pas une flèche en défense contre les forces du mal.

Rose commença à se ronger les ongles. Louis soupira. Il ne savait pas tout ce qu’Allénore avait fait, durant les deux années où elle avait vécu avec les Autres. Elle se confiait par période, et toujours avec parcimonie. Louis avait récolté quelques informations par ci par là, et en avait vite déduit qu’Allénore avait fréquenté des milieux vraiment peu recommandables… Avoir la confirmation qu’elle avait effectivement participé à un combat abyssal lui fit mal et lui donna envie de la serrer dans ses bras. Ce qu’il fit.

– J’ai eu beaucoup de chance. La personne qui est descendue avec moi ne s’en est pas sortie et …

Elle se tût et chercha Louis du regard, se retourna pour lui faire face. Elle avait besoin de respirer, elle avait besoin de calme, elle avait besoin d’une île et c’était en lui qu’elle la trouvait. Elle s’éloigna rapidement de lui pourtant, commençant à faire nerveusement les cent pas.

– Moins d’une chance sur quatre…, c’est pas mal au final ! déglutit Scorpius en reprenant.

Il se donna une certaine contenance et commença à évaluer avec Rose la qualité de la corde.

– Une chance sur quatre… Ça fait vraiment peu de chance de remonter vivant de ce merdier ! s’exclama Albus.

Pourtant, il se saisit de la corde en premier, non sans continuer à regarder Allénore. Elle était son amie et se le répétait. Non pas pour s’en convaincre, car le coeur n’avait jamais besoin d’être convaincu selon lui… Mais plutôt pour se donner une raison de faire ce qu’il s’apprêtait à faire et voulait faire.

– Vous ne descendrez pas dans cette abysse, les arrêta Allénore. Il en est hors de question.

– Une chance sur quatre, au fond, ça se tente, sourit Nilam à son tour.

– À combien descendent les combattants ? interrogea Louis.

– Par deux. Jamais plus.

– Et bien, nous sommes six… On triple nos chances ! se réjouit-il faussement. Tu l’as dit toi-même de nombreuses fois : ces gens ne sont pas de bons sorciers, ils n’ont pas eu les mêmes formations que nous. Nous pouvons nous en sortir.

Scorpius avait toujours été quelqu’un de confiant, très confiant, mais jamais de trop confiant. Là, il se montrait imprudent et prétentieux, des défauts qu’il n’avait pas coutume d’emprunter, ou tout du moins jamais sans que Rose ne le gratifie d’une tape sur la tête et d’un regard dépité.

Aujourd’hui, Rose ne faisait rien.

– Vous ne savez pas…

Car il la sentait s’énerver, Louis desserra son étreinte autour d’Allénore, pour la laisser respirer et lui donner de l’espace.

– Allénore, laisse-nous prendre nos propres décisions.

Elle les en avait trop souvent privés.

– Vous n’allez pas descendre dans ce maudit trou juste parce que j’ai besoin de réponse !

– C’est exactement ce qu’on va faire…, insista Albus.

– Bordel…

Allénore jurait jamais et dans d’autres circonstances, elle aurait pu simplement profiter du fait que ses amis auraient fait n’importe quoi pour elle. Chose dont elle n’avait toujours pas pleinement pris conscience malgré le fait qu’ils l’aient attendu deux ans, qu’ils lui aient tout pardonné, même d’avoir effacé une partie de leurs souvenirs ou de les avoir abandonné…

Au lieu de ça, elle prit le pistolet qu’elle avait reglissé dans la poche arrière de son jean et commença a vidé le chargeur. Il lui restait sept balles seulement, là où son chargeur pouvait en contenir dix. Elle en avait tiré trois tout à l’heure. Elle s’attacha à en enlever trois autres, qu’elle laissa tomber sur le sol. Elle remit les quatre balles aléatoirement dans le barillet et le tourna, avant de remonter l’arme.

– Moins d’une chance sur quatre, voilà ce que c’est ! Je vais vous le montrer ! s’écria-t-elle en pointant l’arme sur sa tête. Si je tire une fois, j’ai une chance sur quatre d’y rester.

– Allénore…, grogna Louis en s’approchant de nouveau d’elle.

– Vous allez me laisser me tirer dessus ? demanda-t-elle à ses amis. Vous pensez toujours que ça se tente, une chance sur quatre ?

Albus était de nouveau paralysé. Rose retenait son souffle et Nilam avait haussé un sourcil.

– Arrête ça immédiatement, siffla Scorpius.

– Non, vous ne comprenez pas… On n’a pas besoin de chance ou de probabilité. On a besoin de certitude. Je refuse de perdre encore une seule personne de plus. Je refuse de vous perdre vous ! Pas après tout ce que j’ai fait.

– Si Han Derrick est vivant, d’une façon ou d’une autre, tu ne nous empêcheras pas de descendre dans ce gouffre pour le vérifier et nous assurer qu’il ne s’en prendra ni à nous, ni à toi… , ajouta Nilam. Il n’est pas question que de toi, putain !

Allénore pressa un peu plus son doigt sur la détente et les regarda tous uns à uns dans les yeux. La tension entre eux tous menaçait d’éclater comme elle aurait sûrement dû le faire bien avant ce moment. Scorpius avait ses doigts sur sa baguette, prêt à intervenir. Rose ne respirait plus et des larmes menaçaient couler de ses yeux. Elle suppliait Allénore de ne rien faire, et elle savait, à ses tremblements que sa meilleure-amie ressentait sa détresse. Albus avait les yeux vides, il réfléchissait à tous les scénarios envisageables et se préparait déjà à sauter sur Allénore pour l’empêcher de faire quelque chose qui les hanterait tous pour toujours. Nilam ne semblait pas inquiète, pas plus que Louis d’ailleurs…

Tout se passa très vite. Les doigts de la polyglomage pressèrent encore un peu plus la détente.

Et elle leva finalement le bras en l’air pour tirer.

Rien ne se produisit.

Aucune balle ne sortit.

Rose étouffa un sanglot et Albus se précipita sur Allénore pour lui retirer l’arme des mains. Elle était bien trop sonnée pour se défendre et se laissa faire, le corps épuisé par toute l’adrénaline qui l’avait traversée.

– Il semblerait que tu sois en veine, aujourd’hui… , la félicita Nilam.

Rose lui lança un regard meurtrier.

– Elle n’a jamais eu l’intention de se tirer une balle dans la tête et de jouer avec sa vie, soupira Nilam en tapotant l’épaule de Rose.

Rose en resta interloquée.

Louis avait posé ses deux mains sur le visage pâle d’Allénore, creusé par deux sillons de larmes parfaitement silencieux, que personne n’avait entendu. Il caressait de ses pouces ses joues, pour les rosir un peu et lui rappeler qu’elle était bien vivante.

– Ne refais plus jamais ça, fit-il en posant ses lèvres sur son front.

Louis n’avait jamais craint un instant qu’Allénore prendrait le risque de mettre fin à ses jours, tout comme Nilam. Car contrairement à Rose, Scorpius et Albus, Nilam et lui avaient déjà vu les yeux d’une personne s’apprêtant à se tuer ou à se sacrifier.

Les yeux noirs de Jia Li.

Pour autant, la vision d’Allénore avec un pistolet sur l’une de ses tempes le faisait trembler tout entier et avait agité son coeur d’une panique qu’il n’avait contrôlé qu’en rationalisant le fait qu’Allénore ne ferait jamais ça. Elle voulait juste leur faire comprendre….

– Ils ont raison et tu le sais. Si Han Derrick est vivant, ça ne te concerne plus seulement toi. Ça me concerne. Ça concerne nos familles et le monde sorcier tout entier. Cet homme est dangereux et si tu as la certitude que tu l’as vu dans ce miroir,…

Allénore laissa éclater un sanglot.

– Je n’aurais pas dû vous faire croire que j’allais…

Non elle n’aurait pas dû. Louis le lui dirait une prochaine fois. Il avait toutefois conscience du fait que la violence de la démonstration d’Allénore n’avait eu que pour seul but de protéger ses amis et comme à chaque fois qu’elle souhaitait défendre les personnes qu’elle aimait, leur ouvrir les yeux sur la dangerosité de ce qu’ils voulaient faire, Allénore se laissait aller dans les extrêmes.

Elle avait joué avec leurs peurs et leurs sentiments. Elle les avait manipulée.

Ils avaient eu la pire version d’elle-même. Celle qu’elle leur avait caché et qu’elle avait du mal à aimer. Celle que Louis avait accepté parce qu’il y avait tant de beaux, tant d’espoir en elle…

– Les Aurors ne tarderont pas à arriver, souffla Allénore. C’est à eux de s’occuper de ça. Pas à nous, refusa-t-elle. On n’aurait jamais dû partir. On n’aurait jamais dû …

Allénore ne termina pas sa phrase.

– Laissons les aurors gérer cela. Je vous en supplie, marmonna-t-elle. On… On n’a pas à faire ça. Ce n’est pas à nous de prendre ce risque.

Ou peut-être que si, elle n’en savait rien. Allénore n’était juste tout simplement pas prête à sacrifier quelque chose ou quelqu’un pour avoir des réponses ou racheter ses fautes. Son orgueil sur ces sujets lui avait fait trop de fois commettre des erreurs.

Elle était à bout.

Les remords et les regrets l’assaillaient.

Et ils allaient tous accepter.

Cependant, une autre explosion fit trembler le sol et le tenancier du bar explosa de rire, un peu faiblement, car il était toujours en train de saigner. Louis rattrapa Allénore, qui avait perdu l’équilibre sous le coup de la détonation. Rose était tombée au sol, après avoir sentit ses genoux remonter anormalement dans son ventre. Les poutres du bar continuaient de trembler, le plafond menaçait de s’effondrer et lorsqu’une seconde secousse, aussi violente que toutes les autres se fit ressentir, Albus chuta dans l’abysse en hurlant. Nilam, en tentant de le rattraper, était tombée avec lui. Scorpius avait lancé un sort pour les rattraper, sans se rendre compte que le sol se dérobait sous ses pieds, et que les planches du parquet du bar étaient en train de couler au fond d’un immense précipice. Ils s’appelèrent tous les uns les autres, sans comprendre ce qui était en train de leur arriver.

Le bar du Dragon Rieur était en train de s’effondrer et de plonger dans le vide.

– Que vous le vouliez ou non, vous allez descendre ! s’exclama le sorcier qu’Allénore avait blessé.

Et le sol s’ouvrit définitivement sous eux, pour les précipiter tous les six dans une obscurité infinie.

Ils dégringolèrent longtemps dans le noir et le néant.

James Potter et Citlali Tucker, accompagnés de toute une brigade d’Aurors, ne trouvèrent sur place que deux origamis sur les lieux.

Une chouette à l’aile blessée, et un colibri écrasé sous la cloche qui sonnait la victoire des combattants.

 

 

 

End Notes:

 

 

This is the start of how it all ever ends
They used to shout my name, now they whisper it
I'm speeding up and this is the
Red, orange, yellow flicker beat sparking up my heart
We rip the start, the colors disappear
I never watch the stars there's so much down here
So I just try to keep up with them
Red, orange, yellow flicker beat sparking up my heart 
 

 

Une petite review me ferait très plaisir ! 

Louis qui pique les vêtements d'Allénore ? 

Les peurs de Rose ? 

Cette chute finale ? 

Je veux vraiment avoir vos avis !

 

Chapitre VII by CacheCoeur
Author's Notes:

 

Best day of my life – Tom Odell

Eo – Black Hill

When the darkness comes - Colbie Caillat

I don’t like myself – GIRLI

Movement III – Robot Koch

Hypocrite - Annika Rose

Afraid - The Neigbourhood

Her & the Sea – CLANN

Cool kids (our version) - Echosmith

 

 

I think today is the best day of my life
Fuck thinking about the future all the time
If I'm alone, I'm alone, and I don't mind

 

 

 

Pékin, 27 avril 2030, 02h04 heures de Pékin

Albus adorait le Quidditch. Certainement pas autant que ses parents, ou même que James et Lily. Ou même Nilam, qui était toujours intenable lorsque son équipe préférée, les Amazones de Rio, jouait un match… En fait, à tout bien réfléchir, il n’en savait rien : la passion ne se mesurait pas vraiment et Albus prenait toujours beaucoup de plaisir à jouer.

Il adorait ce sport parce qu’il adorait voler. Il avait été batteur dans l’équipe des Poufsouffle, avec Scorpius et la sensation d’être affranchi de toute gravité, du vent dans ses cheveux créée par son seul élan, l’équilibre et la vue, le jeu, la complicité avec son meilleur-ami… Ça lui manquait. Ce qui lui manquait encore plus, étaient les têtes de Rose et Nilam les rares fois où Poufsouffle avait battu Serdaigle…

Cela faisait un moment qu’Albus Potter n’avait pas volé avec ses amis. La dernière fois remontait peut-être à au moins six mois, lorsqu’ils étaient tous réunis au Terrier. James n’avait même pas joué et lui non plus d’ailleurs. Il avait préféré rester près de son frère qui semblait très préoccupé et un James préoccupé… ça donnait jamais rien de bon.

Il se promit, durant sa longue chute dans le noir, de revoler et de jouer au Quidditch avec ses amis dès qu’il sortirait d’ici.

Parce qu’il sortirait d’ici. C’était une évidence.

Lorsqu’il sentit sa chute ralentir, Albus rouvrit les yeux. Il se rendit rapidement compte que c’était une erreur en apercevant un point de lumière au-dessus de sa tête, qui ne cessait de rétrécir : la bouche du gouffre.

Il tomba doucement sur le sol mais il tomba seul.

Il lança un lumos. Un autre point lumineux mais au fond du gouffre, à ses pieds, pour compenser celui au-dessus de lui, qui s’était éteint, s’alluma sur le bout de sa baguette.

Puis il appela ses amis.

Il s’arrêta en les voyant tous réunis, derrière lui, en train de rire et de voler sur leurs balais. James et Citlali en train de se disputer le Souaffle et quelques baisers, Nilam ordonnant à Rose de mieux défendre leurs buts, Scorpius, amusé mais aidant Allénore à tenir maladroitement sur son balai, Hugo et Lily, espiègles mais sur le point de se rentrer dedans à force d’être si distraits par leurs propres rires, Louis trop occupé à observer les gnomes du jardin qu’à faire attention à sa petite-amie sur le point de lui foncer dessus malgré l’aide de Scorpius, Teddy et Victoire, avec leurs enfants et leurs sourires, Dominique avec sa nouvelle coupe de cheveux longs et roses, Molly avec sa copine exhibant leurs tatouages fleuris et colorés, Fred avec son air calme et malin, Roxane, désabusée par la vie comme elle l’avait toujours été, même enfant, Lucy, qui préparait un mauvais coup et avait des miettes de cookies sur sa robe verte, ses parents aussi, fiers et heureux, ses oncles et ses tantes, le réconfort, et des personnes qui n’auraient jamais dû être ici.

James et Lily Potter. Remus Lupin. Nymphadora Tonks. Fred Weasley.

Des noms et des visages qu’Albus avait entendu et vu toutes sa vie, comme on entendait et voyait des fantômes. Car c’était ainsi, qu’on parlait des morts.

Albus étudiait les morts. Il n’en avait pas peur. Mais ceux là…

Ils hantaient sa vie avant même qu’il ne soit né.

Ces fantômes ci… Ils étaient son passé et ils étaient des personnes dont il avait fait le deuil, en même temps que sa famille, les adultes, ses parents, qui les avaient connu.

Albus aurait mille questions à leur poser.

Il aurait mille conversations à rattraper.

Mille baisers et embrassades à faire.

Mais il resta paralysé alors qu’ils jouaient ou regardaient tous la plus belle et merveilleuse partie de Quidditch qu’Albus verra jamais de toute sa vie.

***

– Il serait maintenant temps que tu fasses ce que je te demande et que tu arrêtes tes enfantillages.

Scorpius n’y comprenait rien.

– Tu restes un Malefoy, Scorpius ! Je sais que ce nom est compliqué à porter et jusqu’ici, tu t’en es admirablement bien sorti…

Drago Malefoy n’avait pas été un mauvais père. Scorpius n’aurait jamais dit ça… En revanche, il était loin d’être parfait et par souci de mal faire, Drago Malefoy avait choisi une stratégie d’éducation relativement peu satisfaisante, à savoir, justement, ne rien faire et ne rien dire. Lorsque Scorpius avait été réparti à Poufsouffle, Drago Malefoy n’avait rien dit. Lorsque son fils lui avait appris être ami avec Albus Potter, Rose Weasley et une née-moldue, il n’avait rien dit non plus. Le même mutisme l’avait habité quand Scorpius avait annoncé à son père vouloir devenir briseur de sorts. Il en avait été de même le jour où il lui avait confié être amoureux de Rose.

Drago Malefoy avait toujours dit à Scorpius que ce qui comptait le plus pour lui, était son bonheur. C’était pour ça, qu’il avait toujours simplement souri à son fils pour toutes ces fois, sans jamais lui dire « bien, Scorpius », « je suis fier de toi », « je pense que tu prends la bonne décision ». Mais Scorpius n’avait jamais su si son père approuvait vraiment ses choix de vies, et savait au fond de son coeur, que ce n’était pas le cas.

Le père avait laissé le fils naviguer dans des eaux qu’il avait auparavant troublé par ses actions passées. Il savait que Scorpius avait eu à faire face à des camarades de classe peu sympathiques, qu’il avait dû apprendre à se défendre, à encaisser les insultes, les moqueries, les jugements, pour un héritage qu’il n’avait choisi.

Scorpius avait agi au mieux. Drago avait été ravi de son amitié avec un Potter et une Weasley, conscient que cela serait bien vu par la presse et l’opinion publique. Oui, il n’avait pensé qu’à ça… et au fait que ces noms protégeraient son fils. Lorsqu’il avait timidement avoué être également ami avec une née-moldue, il avait pensé qu’après toutes ces années, il allait enfin pouvoir montrer à travers son fils qu’il avait changé.

Ses positions politiques étaient très conservatrices, certes. Il avait cependant revu ses idées et désormais, était profondément convaincu que les nés-moldus méritaient une éducation sorcière au même titre que les Sang-purs et qu’ils pouvaient être aussi doués que ces-derniers. Sous la violence du régime du Seigneur des Ténèbres, les tortures qu’il avait vu être infligées à des personnes qu’il avait connu durant sa scolarité, l’avait profondément marquées.

Parfois, la nuit, il rêvait du visage dément de sa tante Bellatrix, la bouche pleine du sang de Hermione Granger, qu’elle avait mutilé à vie.

Drago Malefoy pensait toujours que les vrais sorciers, les sang-purs, avaient des intérêts bien divergeants des nés-moldus et des sang-mêlé. Ils ne connaissaient pas vraiment la vie, la vraie vie des sorciers, cette peur d’être découvert par les moldus, le poids du secret magique, les enjeux, l’Histoire des sorciers, ses chapitres sombres où ils avait été traqués et tués, brûlés vifs, ceux où ils avaient été manipulés pour servir … Les sorciers s’étaient isolés des moldus pour s’en protéger et Drago était convaincu que cela était toujours nécessaire. Pour lui, il était normal que les vingt-huit grandes familles sorcières de Grande-Bretagne aient toutes un siège d’office au Magemagot car elles seules, étaient témoins des histoires du passé, elles seules avaient conscience de toutes les problématiques et de tous les enjeux, de tous les risques qu’ils prenaient chaque fois qu’un moldu était dans la confidence du secret magique.

– Scorpius ! Je te parle là ! Réponds-moi ! exigea fermement Drago Malefoy.

– Siéger au Magenmagot ne m’intéresse pas. Tu sais très bien ce que Rose pense de tout ça ! s’écria Scorpius.

– Je me fiche bien de ce que Rose Weasley pense de tout ça. Ces deux sièges, Scorpius, ils relèvent de ton héritage. Tu ne peux pas…

Drago Malefoy se pinça l’arrête du nez en s’appuyant sur son bureau en chêne. Scorpius avait toujours adoré ce bureau… Un meuble massif, qui mangeait la bonne moitié de la pièce, pourtant bien grande et spacieuse. Petit, il attendait que son père parte travailler pour s’installer sur l’immense chaise qui y trônait, et il l’imitait en train de signer des papiers.

– Écoutes… Il est temps pour moi de me retirer de la vie politique.

– Bien. Voilà qui ravira maman, grommela Scorpius.

– Le siège des Malefoy te revient donc et étant donné que tu es le premier et le seul héritier mâle des Greengrass, en vertu des lois, leur siège te revient également.

– Je n’en veux pas, articula lentement Scorpius en défiant son père du regard. Je n’ai reçu aucune instruction, politique ou juridique et pour cause, ces domaines m’intéressent autant qu’un fond de chaudron rouillé ! Et Emmalee et sa sœur sont plus Greengrass que je ne le serai jamais ! Elles sont juste nées après moi !

– Je n’avais aucune instruction non plus, le jour où j’ai pris le siège de mon père.

– Parce qu’il a été envoyé à Azkaban, siffla presque méchamment Scorpius.

Drago mordit l’intérieur de sa joue. Il n’avait jamais haussé le ton avec fils. Il n’en avait jamais eu vraiment besoin ; Scorpius avait toujours été un enfant facile et un adolescent peu compliqué à déchiffrer. Il y avait eu quelques provocations et impertinences de sa part, mais jamais si implicites.

– Je sais que notre histoire te fait honte. Je sais que tu as souffert d’être le fils d’un…

Après toutes ces années, Drago ne parvenait toujours pas à prononcer ce mot.

– D’un Mangemort.

– Ne prononce pas ce mot.

– Un Mangemort. Tu es un Mangemort.

– Étais, pâlit le père.

– On ne cesse jamais d’en être un. Tu portes encore la marque. Tu n’as pas le droit de quitter la Grande-Bretagne. Les gens murmurent encore sur ton passage. Ils se souviennent de tes mauvais choix et de ta lâcheté. Tu as peut-être réussi à tenir face à eux, à garder ces putains de sièges au Magenmagot, mais moi, je ne jouerai pas à ce petit jeu … Je ne m’amuserai pas à redorer l’image familiale ou à lui redonner une certaine noblesse passée dont tu es mélancolique.

Scorpius avait déjà eu cette conversation avec son père.

– Je suis pour une assemblée totalement et complètement élue.

Il savait qu’en disant cela, il s’opposait frontalement à son père qui avait longuement débattu pour la position inverse, prétextant qu’il était dangereux et inconscient de retirer leurs sièges aux vingt-huit sacrés.

– Pourquoi voudrais me confier un siège dont tu es certain que je ferai tout pour le faire sauter ? s’énerva finalement Scorpius. Tu ferais mieux d’en confier au moins un à Emmalee, parce qu’elle, pense un plus comme toi que moi.

– Mais Emmalee est…

– Une femme. Alors oui, ta loi ne l’aime pas et ne lui accorde pas de droit au siège par le sang car, manque de chance pour elle, je suis là … Mais elle a besoin d’être changée ta stupide loi. Je ne volerai pas le siège des Greengrass alors que je ne veux même pas de celui des Malefoy.

– Pour quelqu’un d’aussi peu éduqué en matière de politique, tu as des idées bien arrêtées.

Scorpius se tut.

– J’y ai bien réfléchi et peut-être…, hésita-t-il.

Il repensa à sa conversation avec Rose. Était-il prétentieux de penser qu’il pourrait peut-être changer les choses de l’intérieur ? Rose manifestait, Allénore négociait, Albus recherchait… Et lui dans tout ça ? Lui, qui avait les mêmes idées qu’eux, eux qui se battaient avec des pancartes, avec des mots ou avec une plume et un parchemin, lui… Lui, que faisait-il ? Rien, parce qu’il n’avait jamais su comment s’y prendre.

Le nom des Malefoy était maudit et mal-aimé.

Mais son nom, son héritage indésiré était peut-être son arme à lui… Sa position, en tant que Sang-Pur respecté dans certains cercles, lui permettrait d’apporter sa pierre à l’édifice, aussi petite soit elle. Il pourrait voter des lois en faveur des personnes comme Allénore, participer à créer un système plus juste et équitable, pour que tout le monde puisse s’exprimer, qu’importe l’origine ou le statut du sang.

Son père continuerait-il à souhaiter son bonheur si ce qui rendait Scorpius heureux entrait profondément en contradiction avec ses intérêts ?

Il n’en savait rien et cette peur n’avait fait que grandir, alimentant les doutes et plusieurs hésitations.

Malgré tout, Scorpius aimait son père

– Tu ne m’écoutes pas, Scorpius ! pesta son père.

– Si, si… Je t’écoute, marmonna-t-il.

Il se souvenait de cette discussion.

– Sièger au Magenmagot est un privilège ! tonna Drago Malefoy.

– Je… Je n’ai pas encore dit le contraire.

Pourtant, il se souvenait l’avoir fait. Pas aujourd’hui, pas lors de cette dispute… enfin si, précisément lors de cette dispute, mais pas aujourd’hui.

Scorpius arrêta de bouger et de parler.

Drago Malefoy, dans son bureau, continuait de s’agiter dans tous les sens.

« Je ne peux pas croire que tu sois resté la même ordure qu’à 17 ans ». Scorpius avait dit ça. Il avait ensuite ajouté que siéger au Magenmagot était effectivement un privilège, mais un privilège de sang, un privilège immonde, et non un privilège d’honneur ou de droit. C’était un privilège immérité qui donnait le pouvoir de prendre des décisions à des gens qui ne représentaient même pas l’ensemble de la communauté sorcière.

– Tu insultes tes ancêtres ! hurla Drago alors que son fils était resté silencieux.

« Et si c’étaient eux, qui m’avaient insulté ? » avait rétorqué Scorpius.

– Comment oses-tu !

Scorpius avait vu le dossier qu’avait constitué son père contre Allénore, dans le but de la faire emprisonner avant que son blanchiment ne soit décidée par le tribunal ad hoc.

« Emmalee peut au moins prendre le siège des Greengrass » !

– Ta cousine n’est pas la première héritière sur la liste !

« Mais si je refuse ce siège, il lui reviendra ? ».

– Tu ne peux pas abdiquer !

Scorpius ne disait rien, mais ses paroles flottaient dans les airs comme des murmures, des mots qu’il pensait et qui prenaient vie sans qu’il ne les prononce.

« Tu as voulu… Tu as voulu faire condamner Allénore ! ».

– Elle est dangereuse ! Elle a peut-être aidé le Ministère de la magie, mais ses idées sont loin d’être…

« Allénore veut l’égalité, elle veut la paix et une chance pour chacun de vivre une vie digne et heureuse ».

– Elle milite pour que le Magenmagot soit dissout ! Sans parler de Rose qui a fait la une de la Gazette …

« Ne parle même pas de Rose ! Elle manifestait au Chemin de Traverse et la police magique l’a injustement arrêtée ! ».

– C’est une honte !

– PAPA !

Scorpius avait crié si fort qu’il en avait sursauté, surpris par la propre force de sa voix. Dans son souvenir, il était parti à ce moment précis, en claquant la porte.

– Il serait maintenant temps que tu fasses ce que je te demande et que tu arrêtes tes enfantillages.

Scorpius n’y comprenait rien.

– Tu restes un Malefoy, Scorpius ! Je sais que ce nom est compliqué à porter et jusqu’ici, tu t’en es admirablement bien sorti…

Et la dispute recommença.

Drago Malefoy se parlait tout seul.

Scorpius n’y comprenait vraiment rien…

***

Le premier réflexe de Louis, lorsqu’il ouvrit les yeux fut de faire un examen mental de son corps en descendant progressivement de son torse à ses jambes. Il sentait ses bras, ses mains, ses dix doigts. Il pouvait les bouger. Il sentait ses poumons se remplir d’air, son ventre contre le sol dur et tiède, ses deux jambes fermement plantées dans ce qu’il pensait être de l’herbe, ses genoux qui avaient pris deux angles étranges, ses pieds encore chaussées, et ses orteils engourdis. Il prit une grande inspiration et toussa, sentant la poussière et l’odeur du feu s’engouffrer dans ses narines. Il toussa encore un peu, et ouvrit les yeux avant de bien vite les refermer. L’air était piquant et agressif. Une larme roula du coin de son œil jusqu’au bout de son nez.

Il décida de se lever et rouvrit courageusement les yeux.

Son deuxième réflexe, fut de chercher Allénore.

Il fallait qu’il la trouve absolument et rapidement.

Elle devait bien être quelque part…

Il appela son prénom, sans avoir de réponse, sans même se soucier de l’endroit dans lequel il se trouvait.

S’il avait pris le temps d’analyser le terrain, il se serrait rendu compte que ce qui tombait du ciel depuis tout à l’heure, n’était pas une pluie chaude, mais des cendres. Il aurait remarqué sa propre silhouette dessinée sur le sol calciné. Il aurait repéré les ruines, les cadavres et les ossements tout autour de lui. Il aurait vu cette grande bâtisse, étrange et laide dont seules les fenêtres tenaient encore, miraculeusement suspendues dans les airs, en lévitation, malgré les murs qui avaient fondu. Il aurait reconnu cette porte, cette grande porte en fer que personne n’avait pu ouvrir la dernière fois qu’elle s’était fermée.

Le feudeymon brûlait encore un peu au milieu des ruines.

Lorsque ses yeux se posèrent sur elles, Louis resta inerte et appela le prénom d’Allénore encore plus fort.

Personne ne lui répondit.

Il n’aurait pas dû atterrir ici.

Cet endroit… Il aurait souhaité ne plus jamais le revoir.

Le quartier général des Autres.

La zone avait été scellée par les aurors, jugée trop dangereuse.

Il s’approcha tout de même et s’arrêta plusieurs fois.

Où allait-il exactement ?

Il poursuivit son chemin, sa baguette à la main, prêt à se défendre.

Sur la pelouse grise se trouvaient les reste d’une main en train de pourir. On pouvait encore compter les dix doigts. Il y avait des papiers, des cadavres de bouteilles, des cailloux, des morceaux de baguettes, une fiole de potion, et de la fumée épaisse et grise.

Tous ces objets perçaient la terre et étaient remontés…

L’endroit avait pourtant était scellé par plusieurs charmes et enchantement. Les Aurors britanniques s’étaient assurés que le quartier général des Autres ne serait jamais visité. Ils revenaient de temps en temps, avec des briseurs de sorts, pour récupérer des objets magiques, des cadavres à restituer aux familles et des baguettes… La zone était maudite. Han s’en était assuré, si bien que la noirceur des ruines étreignaient tous les cœurs.

Comment Louis pouvait-il s’y trouver ?

Il se pinça.

Il ne rêvait pas.

Ce champ de ruine, ce champ de bataille était un lieu qu’il n’avait revu que dans ses cauchemars.

Il savait qu’Allénore y était retournée une fois, une unique fois seulement, pour montrer à Béa Dawn, l’endroit où son fils, Ed Richards, était mort.

Louis n’aurait jamais été capable d’y retourner, pas même pour elle. Alors… il devait forcément être en train de dormir.

Un jour, Allénore l’avait réveillé parce qu’il faisait un cauchemar. Il s’était réveillé couvert de sueur, les longs cheveux de la brune au-dessus de lui et sa voix apaisante qui lui répétait que tout allait bien et qu’il était en sécurité.

Louis voyait Lola mourir. Il voyait sa peau fondre. Ses yeux fondre. Il entendait ses gémissements. Il entendait les pleurs de ses amis. Dans ses cauchemars, il revivait cette scène en boucle. Et elle était si réelle, que c’était comme s’il la revivait encore et encore… Dans ces moments, il n’y avait qu’Allénore pour le calmer. Tommy n’était jamais là. Alza était repartie en mission et n’avait pas le temps. Lev n’était pas disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il se réfugiait dans les bras d’Allénore, alors. Jamais par dépit. Jamais parce qu’il n’y avait personne d’autre. Toujours parce qu’avec elle, il se sentait comme dans un havre de paix, à l’abri de tous les dangers.

Allénore avait dit un jour, après l’un des cauchemars de Louis, qu’on ne pouvait pas lire dans les rêves. La fonction du langage était moins active et même si on pouvait éventuellement voir des suites de mots, il était quasiment impossible de les lire, et encore moins d’en déchiffrer le sens. Allénore avait glissé des papiers dans les poches de ses pantalons de pyjama. Des morceaux de parchemins, des « je t’aime », des « rendors-toi, Louis », des « regarde les étoiles », « j’ai hâte de te retrouver », « je préfère tes bras à tous les autres », des promesses coquines et audacieuses qui le faisaient rougir parfois, des mots qu’il emportait avec lui lorsqu’ils étaient séparés et qu’il n’avait personne pour se sortir de ses cauchemars. Allénore lui avait dit de fouiller ses poches chaque fois qu’il serait réveillé. Elle lui avait dit de garder ce réflexe et de les lire avant de dormir, pour être sûr d’être dans la réalité, et de le lire en se réveillant, pour être certain d’être dans le bon monde. Celui du réel et des vivants.

Louis fouilla ses poches. Il ne trouva aucun papier et cela l’alerta.

Il chercha des inscriptions, sans succès tout autour de lui. Le paysage était brûlé et désert. Il se contorsionna pour finalement jeter son dévolu sur l’étiquette de son haut, qui était en fait à Allénore, sans parvenir à la trouver. Il l’enleva finalement pour y déchiffrer sans difficulté :

« MILD MACHINE WASH 30°C

DO NOT BLEACH

DRYING FLAT

IRON UP TO 110°C

DO NOT DRY CLEAN »

Il était désormais persuadé qu’il n’avait jamais respecté aucune de ces règles. Et qu’il n’était pas en train de rêver.

Il se trouvait bien ici.

Probablement loin de la Chine, loin de la fosse et loin de ses amis.

Il y avait mille fantômes ici et il était hors de question qu’il reste ici une seconde de plus.

La magizoologiste frôla la poignée de la porte.

Il se souvenait des pleurs d’Allénore, d’Ed Richards qui avait souhaité entraîner sa propre fille dans sa chute et la tuer avec lui, des hurlements de Jia Li. Il se souvenait s’être obligé de regarder Allénore jusqu’à ce qu’il pensait être la toute fin, pour toujours garder en tête son visage et ses yeux. Pour ne pas l’oublier. Jamais.

Elle était l’amour de sa vie et il était celui de la sienne.

Il se souvenait avoir cru qu’elle mourrait ici et qu’il mourrait avec elle ou pour elle. Il se rappelait Jia Li, qui s’était finalement sacrifiée et la douleur … L’immense douleur de voir un autre être cher partir à cause de cette guerre.

Il ouvrit la porte.

Il se demanda si c’était la première fois que quelqu’un en passait le seuil depuis qu’elle s’était refermée sur le bras de Jia Li Wu. Il se demanda comment cette porte pouvait tenir, alors qu’elle n’était plus encastrée dans aucun mur. Un bout de la corne d’éruptif qu’Alza avait planté était toujours là.

Il avança prudemment lorsqu’une ombre se mit à grandir. Il jura entendre un feulement, des pas légers derrière lui. Il se retourna. Il n’y avait rien.

Il brandit sa baguette devant lui et continua de fouiller.

Les Autres étaient des personnes intelligentes et elles avaient toujours eu mille et une astuces pour se cacher, se dissimuler de leurs adversaires et les fuir.

Louis, en tombant dans ce puis dans fin, avait dû rencontrer dans sa chute un passage secret qui avait autrefois relié le Dragon Rieur au quartier général des Autres. Il admira le ciel. Le toit n’existait plus. Il n’y avait que des fenêtres, parfaitement alignées, enchantées et invulnérables à toute magie, qu’Allénore avait ensorcelé avec Han Derrick en personne, pour faire du quartier général des Autres une vraie prison.

On devinait à peine les pièces. Le feudeymon avait tout avalé, tout brûlé, tout détruit. On ne reconnaissait pas les lieux.

Un frisson le parcourut. Il sentit au niveau de ses chevilles, un chatouillement, comme la caresse d’une plume. Il entendit un ronronnement. Il se pencha et baissa les yeux : rien.

Peut-être que tout ceci était une illusion… Peut-être qu’il s’agissait d’une épreuve de la fosse et qu’il était en train d’échouer, de mourir sans s’en rendre compte…

Puis il vit un miroir, seul vestige qui avait été entièrement épargné par les flammes dont la chaleur résidait encore en ces lieux.

On aurait dit que le feu venait à peine de s’éteindre à certains endroits. La fumée était encore présente, grisâtre et l’odeur du brûlé imprégnait toujours ses narines. Ce lieu était une horreur.

Il fronça les sourcils. Dans le grand miroir encore debout, il n’y avait aucun reflet.

Il posa sa main sur la surface brûlante de l’objet, qui se mit à onduler. Avant d’être aspiré dans le vide, il vit ce qui ressemblait à un petit chat noir bondir à sa suite et le sentit s’agripper à la peau de son dos.

Il grimaça de douleur, sentant des griffes se planter profondément dans sa peau. Il atterrit sur un sol tout aussi poussiéreux que le précédent, mais le noir le happa.

Cette fois-ci, il était bien dans la fosse et il distinguait les corps inanimés de son cousin, de sa cousine, de Scorpius, Nilam et d’Allénore.

Il reprit ses esprits et fut parcouru d’un frisson.

Il avait froid.

Pourquoi par Merlin n’avait-il pas pris le temps de renfiler son putain de haut ?

Si jamais un jour il revoyait Allénore, elle allait lui grogner dessus d’avoir encore perdu l’un de ses t-shirts…

***

Rose avait un poids dans la poitrine. Un poids qui n’avait fait que grandir depuis deux années. Tout avait commencé avec la disparition d’Allénore Rameaux, sa meilleure-amie et sœur d’âme. Mais même avant ça, la communauté sorcière s’était engagée sur une pente dangereuse. La disparition de Nilam Wallergan, le terrorisme des Autres, la colère des nés-moldus des loups-garous, des vampires, des hybrides, celle des moldus qui étaient dans la confidence du secret … Tout s’était accéléré.

Un jour Ed Richards avait eu ce qu’il voulait. Il avait pris Londres d’assaut, avait renversé le Ministère de la Magie et instauré une nouvelle ère.

Les moldus étaient tous au courant pour le secret magique, qui n’en était désormais plus un et la chasse aux sorciers avait commencé.

On avait détesté Rose parce qu’elle était une sorcière… Elle qui ne l’avait pas choisi.

On avait accusé ceux qui pratiquaient la magie d’être à l’origine de tous les maux. Les guerres moldues. Le dérèglement climatique. L’inflation.

Ed Richards avait témoigné avec ses tripes, racontant comme il avait été traité dans son enfance : les tortures de sa famille capable de le plonger dans des douleurs et des illusions si puissantes qu’il avait souhaité mourir.

Le leader des Autres avait joué la mélodie de la peur et elle avait trouvé une résonance dans tous les coeurs des habitants de Grande-Bretagne.

Lorsque le MACUSA avait tenté d’intervenir, il était déjà trop tard : ce qui était arrivé en Grande-Bretagne avait dépassé les frontières insulaires.

La mère de Rose avait été jugée pour traîtrise et corruption. Hermione Weasley-Granger avait reçu le sort funeste d’un ultime baiser froid et mortel d’un détraqueur, alors qu’elle avait aboli cette peine. Sa mort avait été le premier symbole de la victoire des Autres. On avait forcé Rose à tout regarder et elle avait tenu son petit frère dans ses bras jusqu’au dernier moment. Son père, lui, s’était effondré sur le sol dégoûtant de la prison. Personne n’avait pu le relever. Ni Harry, en larmes, ni Ginny, horrifiée… personne. Rose savait que son père était un peu mort en même temps que sa mère ce jour-là.

Ed Richards avait ordonné que tous les sorciers soient auditionnés et à ce qu’on leur retire leurs baguettes. Ceux qui avaient refusé de passer les auditions ou de rendre leurs baguettes avaient tout d’abord été marqués magiquement par des bracelets forgés par les gobelins eux-mêmes. On leur avait retiré le droit d’aller et venir dans le monde moldu. On les avait parqué dans des quartiers bien précis, délimités par des barrières magiques. Puis on les avait surveillé. On les avait jugé dès qu’ils commettaient le moindre impair aux nouvelles règles. Puis était venu le temps où même les sorciers qui s’étaient déclarés et avaient passé les auditions, avaient été marqués à leur tour, surveillés et emprisonnés au même titre que leurs semblables.

Évidemment, son oncle Harry et son père, avec plusieurs autres sorciers, avaient créée un mouvement de résistance clandestin. Rose l’avait rejoint immédiatement, avec Nilam et Albus. Il avait fallu cacher Scorpius. Un Malefoy. Un Sang-Pur, un symbole qui représentait tout ce qu’Ed Richard dénonçait. Ils avaient d’abord tenté de le faire sortir de Grande-Bretagne par portoloin. Ils avaient failli se faire prendre ce jour-là et Scorpius s’était pris un mauvais maléfice d’un Autre, qui l’avait rendu définitivement aveugle d’un œil. Son oncle Bill l’avait recueilli un temps. Mais Scorpius était parti, refusant de mettre Rose et sa famille plus en danger. Rose ne l’avait pas vu depuis un an et lorsqu’elle se rappelait leurs baisers, de ces moments où elle était avec lui, cela lui donnait un peu de courage mais surtout, de l’espoir. Un puissant et violent espoir de le revoir un jour et de bâtir la vie qu’ils s’étaient promise.

Les moldus avaient commencé les rafles de sorciers qui avaient refusé de se déclarer six mois auparavant. James avait refusé de se faire marquer et avait publiquement tenu bon, prenant la parole chaque fois qu’on l’ y avait invité. Citlali Tucker l’avait soutenu. Puis un jour, alors qu’Albus était venu visiter son frère et sa compagne, il avait retrouvé leur appartement en désordre, la porte et les fenêtres grandes ouvertes. Sur le parquet, dans une marre de sang, il y avaient quatre morceaux de deux baguettes différentes. Celle de James et celle de Citlali. Ils avaient été arrêtés puis déportés on ne sait où. Harry en était devenu fou. Il s’était fait capturer par les gobelins. Il était encore en détention d’après les rumeurs.

Rose savait qu’elle ne reverrait plus jamais James. Ou Citlali. Ou Harry.

Ou Roxane qui avait été capturée et exposée comme une bête de foire devant le parlement moldu.

Le père de Rose n’avait plus rien à quoi se raccrocher et elle ne lui en voulait même pas, de se laisser ainsi glisser vers le trépas. Nilam continuait la lutte, de façon plus acharnée depuis qu’Opaline, sa cousine, avait été retrouvée morte dans les bras d’Isaak Hartley, son fiancé. On avait également retrouvé les corps de leurs enfants près d’eux à peine nés, qu’ils semblaient avoir serré contre eux en une ultime étreinte. Albus n’arrivait plus à raisonner Nilam et elle faisait n’importe quoi, partait en maraude le soir pour saboter et neutraliser quelques Autres…

Victoire et Teddy avaient réussi à quitter le pays pour se réfugier en Australie avec leurs deux enfants. Dominique était en France avec leur cousine Molly, qui avait rejoint sa petite-amie. Elles se battaient de loin. Lily et Hugo étaient restés internes à Sainte-Mangouste, faisant leurs devoirs d’apprentis médicomage et refusant d’abandonner ceux qui étaient dans le besoin. Mais Lily était malheureuse. Elle était tombée amoureuse d’un poison. Ce Crivey était en train de la vampiriser…. Rose n’avait jamais aimé que ce garçon tourne autour de sa cousine. Fred avait fermé la boutique dont il s’occupait avec Poesy Fortarôme. Ils avaient souhaité ne pas faire de vagues et tenaient officieusement une glacerie tout ce qu’il y avait de plus normal, sans farce, sans rien d’anormal. Officieusement, dans la chambre froide, ils stockaient parfois des armes magiques et des armoires à disparaître pour permettre à quelques sorciers de fuir le pays.

Albus était étroitement surveillé par le nouveau gouvernement. Lucy avait rejoint le bureau du secrétaire d’État des Autres. Rose ne concevait même pas que leur cousine ait pu tous les trahir ainsi. Lucy avait assisté au jugement de Rose et l’avait même personnellement enfermée dans la cellule dans laquelle elle se trouvait actuellement.

Et enfin, il y avait Louis. Disparu depuis presque un an maintenant… Leur oncle Charlie était revenu et leur avait indiqué que Louis avait été missionné en tant que magizoologiste, avec Tommy Hartley. Ils n’en étaient jamais revenus.

Et le poids dans le coeur de Rose devenait si lourd qu’elle suffoquait parfois.

Les Autres avaient gagné.

Rose regarda par le trou de sa cellule qui laissait passer un rayon de soleil.

La folie des Hommes ferait que demain, elle serait brûlée pour sorcellerie malfaisante. Mais Rose avait simplement voulu se protéger d’un mauvais sort lancé par un sbire du Nouveau Ministère de la Magie. Ils étaient venus en nombre, pour brûler sa boutique et toutes les baguettes qu’elle avait fabriqué. On lui avait retiré sa licence, on lui avait ordonné de ne plus jamais créer de baguettes, mais Rose avait tenu bon là aussi. Un sorcier né-moldu qu’elle avait connu à Poudlard s’était chargée d’elle et l’avait battu durant de longues heures.

Elle avait pleuré lorsqu’il avait cassé sa baguette.

Une ombre passa et elle se recroquevilla sur elle-même.

Scorpius irait bien. Il était probablement en sécurité. Albus avait prévu de fuir à son tour, avec sa mère, sa sœur, Hugo et Nilam. Il ne restait plus rien ici pour eux…

Tout irait bien.

Rose se berçait pour aller mieux.

Puis le poids dans sa poitrine se mit à grossir encore plus.

– Rose Weasley ? appela une voix.

Elle grogna.

– Rose ! Nous allons te sortir d’ici.

Elle ricana.

Elle savait que les Autres étaient cruels et s’amusaient souvent à toutes sortes de petits jeux. La rumeur disait qu’ils prenaient un malin plaisir à faire croire à leurs victimes qu’elles allaient finalement s’en sortir, juste avant de les tuer.

– Je t’avais dit qu’elle se méfierait…, intervient une nouvelle voix.

– Il faut qu’on la sorte de là !

– Rose… C’est moi !

Rose fronça les sourcils. Elle entendit quelqu’un prononcer une formule et le trou s’agrandit assez pour qu’elle puisse apercevoir un œil bleu, dont la couleur était striée par quelques cheveux ondulés et blonds.

– Louis.

Il lui sourit et se retourna.

– Tout le monde te croyait mort.

– Tout le monde se plante.

Il se retourna pour murmure quelque chose à l’autre personne avec lui et il hocha la tête, résolu.

– Eloigne-toi, Rose.

Elle obéit et d’un sortilège informulé, le mur du fond de sa prison se craquela au point de finalement tomber. La lumière du soleil l’aveugla un bref instant. Elle mit sa main en visière et accepta celle qu son cousin lui tendait. Il la sortit de là et elle fut pris d’un vertige en regardant le vide qui s’offrait à elle. Son cousin était en équilibre, sur le rebord. Si son pied avait été un centimètre plus large, Louis aurait eu un orteil dans le précipice. Elle se raccrocha à lui et regarda curieusement la personne qui accompagnait son cousin.

– On ne peut pas transplaner, ronchonna-t-il. On va devoir récupérer la barque…

– Ta barque Louis… C’est une brindille ! Une putain de brindille ! Elle s’est presque fracassée contre des rochers ! s’agaça l’autre personne.

Il sourit et fit un clin d’œil à la personne encapuchonnée.

– On s’en sort toujours, mon amour.

Rose sursauta en l’entendant parler ainsi. Puis elle regarda curieusement cette personne au visage dissimulé. Rose s’approcha faiblement et elle leva la main vers la capuche. Lorsqu’elle croisa les yeux bruns d’Allénore, elle se raccrocha à Louis pour ne pas tomber.

Les larmes se mirent à couler sur son visage.

– Je te croyais morte.

– Parfois cela aurait été préférable, murmura sa meilleure-amie avec émotion.

Leurs mains se frôlèrent et le cœur de Rose se réchauffa. Elle s’autorisa à y croire un bref instant :

– Allénore…

Rose avait retrouvé un morceau d’elle. Une pièce du puzzle dont elle était constituée.

Alors même si c’était faux, si elle rêvait et que les Autres se jouaient d’elle comme ils avaient l’habitude de le faire, Rose s’en moquait.

Elle tenait Allénore dans ses bras.

Des éclats de voix se firent entendre, rompant la magie du moment.

– Il faut qu’on parte, les pressa Louis.

– Où ça ?

– Nous avons plusieurs planques. Nous allons t’emmener dans l’une d’elles et…

– Allénore… Tu avais disparu ! s’exclama Rose.

Des agents du Nouveau Ministère se mirent à accourir dans leur direction. Allénore en paralysa plusieurs à l’aide de sa baguette, et en lança une à Rose.

– J’ai énormément de choses à te raconter, lui promit-elle. Mais pour l’heure, nous devons te mettre en sécurité !

– Mais les autres… Albus, Hugo, Lily…

– Nous ne pouvons rien pour eux. Pas maintenant, assura Louis.

Elle lâcha la main d’Allénore qui s’était glissée dans la sienne ;

– Vous n’êtes pas Louis. Et vous n’êtes pas Allénore. Je sais que les Autres se moquent de tout et adorent jouer avec les apparences…

Allénore fit pousser une immense liane qui leur servit d’escalier. Louis força sa cousine à descendre avec eux, la portant sur une épaule. Rose se débattit, persuadée que sa fin était proche.

Elle n’abandonnerait pas.

Louis la jeta dans une embarcation de fortune et elle se releva, sa baguette à la main. Louis et Allénore, ou qui qu’ils soient, se battaient contre des sorciers, les détraqueurs et autres créatures magiques chargées de protéger la prison. Ils étaient acculés. Elle leur prêta main forte.

Mais c’était perdu d’avance.

Lorsque Rose croisa le regard désespéré d’Allénore, elle comprit.

Ils n’en ressortiraient pas tous et Allénore le savait.

– Prends soin de tout le monde, Rose. La résistance ne mourra pas tant qu’il y aura des gens comme toi.

– Allénore, viens… ! la pressa Louis alors qu’il commençait à faire avancer la barque.

– Je vais nous faire gagner du temps, Lou.

Et c’est ce qu’elle fit, en faisant exploser plusieurs rochers sur la cote. Des éclats parvinrent jusqu’à eux, mais surtout, firent plusieurs victimes parmi leurs adversaires. Allénore se prit un jet de lumière bleu en plein cœur. Elle tomba à la renverse et Louis la récupéra en tremblant.

Allénore convulsait.

– Qui êtes-vous ? demanda Rose en gémissant.

– Tu le sais très bien, Rosie, sourit Allénore en grelottant.

– On va rentrer et on va te soigner, commença à pleurer Louis.

Allénore souriait.

Rose comprit.

Le mensonge, ça la connaissait.

– Louis te racontera tout, marmonna-t-elle. Je suis désolée..

– Allénore… Garde les yeux ouverts, s’il te plaît, commanda Louis.

– On connaissait les risques…

Rose saisit les doigts de la mourante. Ils étaient glacés, aussi bleus que ses lèvres et que sa gorge d’où quelques veines commençaient à ressortir.

Rose avait besoin d’en avoir le cœur net. Elle leva la baguette qu’on lui avait lancé plus tôt.

Soror animi.

Les souvenirs l’assaillirent, les sentiments d’Allénore, devinrent les siens. Ses peurs, le goût du froid dans sa bouche, la sensation de ses membres en train de se nécroser… mais l’amour, la joie, le soulagement de voir Rose en face d’elle.

Allénore regarda le creux de son poignet où était apparu la glyphe.

– Sœurs d’âmes, chuchota-t-elle.

Sa main se posa sur la joue de la rousse et glissa. La vie d’Allénore était en train de devenir un mince fil qu’il aurait été aisé de couper à tout moment.

– Tu n’as pas le droit de m’abandonner …, commença à pleurer Rose.

Elle avait froid elle aussi. Son cœur lourd était glacé et la mort la frôlait.

Mais lorsqu’Allénore mourut, dans les bras de Louis, Rose sentit une partie d’elle se déchirer en deux.

Tout le monde l’abandonnait. Tout le monde partait. Tout le monde mourrait.

 

***

– Tu n’as jamais vraiment aimé ce que je te renvois, n’est-ce pas ?

Allénore affrontait une autre version d’elle, une copie parfaite de la personne qu’elle était. Elle l’avait vue une seconde seulement, mais avait été assez frappée parce qu’elle avait vu pour s’en souvenir.

Ce n’était pas seulement le physique, c’était aussi les expressions, le maintien et les tics qu’Allénore avait malgré elle… Tout était conforme.

– Regarde-moi vraiment, Allénore. Regarde-toi.

Allénore avait toujours été le genre de personnes qui évitaient soigneusement son reflet. Elle baissait les yeux lorsqu’elle entrait dans la cage d’un ascenseur. Mais petit à petit, elle avait levé les yeux et elle s’était trouvée belle. Belle avec ses prunelles brunes et chaudes, ses lèvres pleines, ses joues rondes et toujours un peu roses, avec ses sourcils épais et ses cils bien noirs… Elle se trouvait belle, avec ses cheveux longs et disciplinés, ses hanches marqués, ses formes peu conventionnelles.

— Non, tu es grosse. Dis-le. Ce n’est pas grave. Tout peut s’arranger chérie. Même le laid peut devenir beau.

Si elle ne levait pas les yeux, c’était par peur de se retrouver piégée face à un artefact magique qu’elle ne connaissait pas.

Louis l’avait prévenu du pouvoir des ungaikyōs après sa mésaventure de la dernière fois. Ils étaient des êtres fourbes et pernicieux, capables de tromper les humains pour parvenir à leurs fins et être délivrés du miroir qui scellait leurs pouvoirs.

– Je ne suis pas un ungaikyō, affirma sa propre voix.

Allénore fronça les sourcils. Les ungaikyōs ne pouvaient pas mentir. Ce qui ne signifiait pas pour autant qu’ils ne disaient que la vérité. Enfin si… Tout du moins, ils la dissimulaient sous une bonne couche de sous-entendus, de demi-vérités et omissions toutes aussi mortelles que des mensonges.

Allénore leva prudemment la tête.

– Je crois que nous étions faits pour nous rencontrer, petite humaine…

– Je ne crois pas au hasard et aux belles rencontres.

– Non… Non…, répondit son reflet d’une voix pensive. Toi, tu penses que tout est plus ou moins déterminé. Tu penses que si tu n’avais pas perdu ta baguette, le jour de ta première rentrée à Poudlard, tu n’aurais jamais rencontré Rose qui t’a aidée à la chercher. Sauf que si tu n’avais pas eu Ed Richards pour père, tu n’aurais jamais été Poudlard. Et si tu n’avais pas été amie avec Rose, tu n’aurais jamais été amie non plus avec Scorpius et Albus. Sans parler de ta relation avec Louis… Il n’aurait jamais fait attention à une fille comme toi s’il ne t’avait pas vue avec ses cousins…

– Je ne crois pas que tout soit déterminé, marmonna Allénore.

– Oh non. Pas totalement. Tu as besoin de penser que chacun à un peu de libre-arbitre et que tout le monde a sa chance, tout le monde a le droit à la rédemption, de devenir une meilleure personne malgré ce qu’il est arrivé et ce qui appartient au passé… Cependant, tu oublies aussi que cela signifie que les gens peuvent aussi devenir mauvais malgré leur belle enfance… Tu vois beaucoup de gris, un peu de blanc mais trop peu de noir chez les autres. Alors qu’en toi… Tu ne vois que ça. Du noir. Du noir et encore du noir.

Louis lui avait dit quelque chose comme ça, une fois, avant de l’embrasser et de lui dire qu’il l’aimait.

– Je connais tes souhaits les plus profonds et je pourrais les réaliser.

– Je n’ai pas de souhait.

– Effacer tes mauvais souvenirs, suggéra son reflet d’une voix trop douce. Je pourrais te donner un autre père, une autre mère, une autre famille aimante. Je pourrais te donner une scolarité normale, avec tes amis. Je pourrais te donner Louis, dès tes seize ans. Je pourrais te donner Noanne, Marco, Jia Li, Lola et toutes ces vies que tu n’as pas pu sauver.

Allénore détesta l’hésitation qui s’empara d’elle.

Son cœur lui disait qu’elle donnerait tout pour réaliser tout ça.

Un autre père qui l’aurait aimé ? Oui.

Une autre mère qui l’aurait protégée ? Oui.

Une scolarité normale, sans avoir à mentir, juste à apprendre et à aider ses amis ? Oui.

Louis, dès ses seize ans, sans perdre de temps ? Oui.

Sauver Noanne, Marco, Jia Li, Lola, Alexei ? Oui. Mille fois oui.

Mais sa tête était raisonnable et elle l’écouta, plus logique et mesurée.

Son père lui avait montré que la violence ne pouvait vaincre la violence. Il avait fait d’elle une personne brisée, mais forte, capable d’empathie, qui construisait au lieu de détruire, une personne qui connaissait la valeur d’un geste, la puissance d’une main bienveillante. Un autre Cracmol aurait fondé les Autres et peut-être que personne n’aurait pu jouer le rôle qu’Allénore avait joué…

Sa mère avait fait ce qu’elle avait pu et Allénore avait trouvé la force de lui pardonner depuis très longtemps. Elle lui avait laissé assez de liberté pour qu’elle parte en Grande-Bretagne et vive sa vie, loin de ses souvenirs. Malgré l’amour et la peur qu’elle portait à sa fille, elle l’avait laissé partir…

Sa scolarité avait été belle. Grâce à son passé, elle avait pu comprendre les silences et regards marqués de Scorpius. Elle avait pu aider Rose et Albus à le comprendre et elle avait compris que la magie était belle tout en gardant à l’esprit, le mal qu’elle pouvait faire à des gens comme son père, au point de faire d’eux des monstres et des êtres mauvais.

Être avec Louis dès ses 16 ans ? Elle n’aurait jamais été prête. Elle savait que Louis et elle avaient eu besoin de tout ce temps pour s’apprendre et s’aimer, pour tomber amoureux, se l’avouer et se déclarer. Alors certes, leur parcours n’était pas parfait, loin d’être rose et beau comme dans toutes les romances qu’Allénore lisait depuis toute petite… Mais c’était le leur et Allénore ne l’aurait changé pour rien au monde.

Sauver Noanne, Marco, Jia Li, Lola, Alexei ? Mais si Marco n’était pas mort, son père aurait finit par comprendre qu’elle était Mistinguette et elle serait morte, en laissant les Autres plus forts que jamais et en abandonnant les Aurors qui avaient cruellement besoin d’une espionne. Si Noanne n’était pas morte, personne n’aurait compris que la colère était meurtrière. Si Lola n’était pas morte, on n’aurait jamais découvert que Charlotte, avait pris les traits de son ancien amant en faisant croire à tout le modne qu’il était vivant. Allénore n’aurait jamais eu la rage nécessaire pour se battre. Si Jia Li n’était pas morte, Allénore, elle, le serait.

Puis elle chercha longtemps.

Elle tenta de tirer quelque chose de bien de la mort, de la dernière mort citée.

Alexei.

Elle ne trouva rien.

Si Alexei n’était pas mort, Dani serait également vivant. On aurait pu entendre sa version, son histoire, on aurait pu lui apprendre à aimer. On aurait pu éviter tout ce gâchis. Mais toutes ces raisons… Elles valaient aussi pour toutes les autres morts.

C’est simplement qu’Allénore refusait de le voir.

Sa vie était bancale. Elle avait été cauchemardesque. Mais elle était sienne et elle faisait d’elle qui elle était. Pourtant, elle avait cette curiosité, cette envie de savoir qu’elle aurait été sa vie, si elle aurait été plus heureuse.

Peut-être n’aurait-elle pas eu ses vilaines cicatrices ? Peut-être que tout aurait été beau et lumineux comme dans un rêve. Elle voulait voir.

Elle voulait le bonheur pour celle qu’elle était avant, sans souffrance, sans douleur, libérée de tout. Elle voulait épargner les pleurs, le deuils et l’horreur. Elle voulait se l’épargner… parce qu’elle s’aimait et qu’elle voulait le meilleur pour elle, et ses amis.

Alors malgré la raison, elle aurait dit oui à ce souhait.

– Que souhaites-tu au plus profond de toi ?

– La paix, murmura naturellement Allénore avec calme olympien.

La sérénité, l’harmonie, l’amitié, l’amour.

– Mais pour quand la veux-tu ?

Allénore mordilla ses lèvres.

– Quel en serait le prix ?

– Pour écrire une autre vérité il faut en effacer une autre, répondit son reflet.

– Tu n’as pas le pouvoir de faire ça.

– J’ai le pouvoir de faire de tes souhaits une réalité.

– Mais si je me dessine une autre vie, de façon très précise…

– Sans ton père, mais en gardant ta mère, ton frère, ta sœur, Poudlard, tes amis, tes passions, ton amour … Tu peux t’écrire la vie que tu mérites. Tu peux avoir ce que tu désires.

C’était si tentant…

Et elle allait accepter.

Elle toucha le miroir du plat de la main et hocha la tête.

Son reflet lui sourit.

Puis une douleur immense scia son crâne en deux.

 

***

Nilam avait envie de vomir.

– Enlève-moi ce bébé des bras, Scorpius, je t’en supplie, sinon je vais le garder toute la vie ! gémit Rose, complètement obnubilée par le paquet qu’elle tenait.

Scorpius s’exécuta en riant et prit ledit paquet des bras de Rose avec une délicatesse infinie. Il hésita un moment, le garda un instant près de lui en frôlant de ses doigts le nez du bébé, avant de le déposer dans un berceau autour duquel ils étaient tous en cercle.

– On a vraiment envie de la garder toute la vie, comme disait Rose, murmura tendrement Scorpius.

– Et comme le disait Louis, intervient Louis les poings sur les hanches.

Scorpius lui lança un regard noir, mais ils échangèrent un sourire. Nilam fut presque déçue… Pas de bagarre aujourd’hui. Allénore ne l’aurait pas permis. Quoi qu’Allénore était en train de pioncer… Ce qu’elle ne savait pas ne pouvait pas lui faire de mal. Nilam devait reconnaître qu’elle méritait toutefois un peu de calme et beaucoup de repos. Elle leva les yeux au ciel, dépitée par l’attitude de toutes les personnes qui l’entouraient.

Vraiment ils étaient tous si niais et si heureux.

Rose avec la courbure de ses lèvres étirées et ses piaillements joyeux. Scorpius avec sa légèreté et une peluche dans les mains. Albus avec ses cheveux éternellement mal coiffés et tenant fièrement les vêtements de bébé qu’il n’avait pas eu le temps d’emballer… Il avait lui-même tricoté le bonnet jaune. Rose avait fait les chaussons bleus assortis…

C’était à gerber.

Il y avait trop de bonheur ici.

Pourtant, elle se pencha sur le berceau et frôla du bout de son doigt, le nez du nouveau-né.

– Est-ce que tu veux prendre mon bébé dans tes bras ? proposa le père.

Louis Weasley avait des cernes immenses mais le plus grand sourire que Nilam n’avait jamais vu. Enfin si…. Isaak avait eu le même lorsqu’Opaline avait accouché de leurs jumeaux. Peut-être que c’était un sourire niais « spécial paternité » ?

– « Mon bébé »… Sérieux Weasley, pas besoin d’utiliser ce pronom possessif, on sait que c’est toi qui l’a fait, pas besoin de le déclamer à tout bout de champs.

– Notre bébé, à Allénore et moi, insista Louis, est un trésor dont je veux me vanter auprès de tous. Non mais sérieusement, as-tu déjà vu un nouveau-né aussi beau et mignon ?

Honnêtement, Nilam n’en savait rien.

Oui, ce bébé était beau.

Mais le trouvait-elle beau parce que ses deux parents étaient des amis ou parce qu’il était objectivement beau ?

– Pauvre enfant…

En plus son prénom était franchement chelou…

Un prénom à la Allénore, c’était sûr.

Nul doute qu’elle avait eu le dernier mot.

– Est-ce que tu veux tenir notre bébé ? lui proposa plus sérieusement Louis. C’est une vraie drogue, je te jure. Tu ne voudras plus la lâcher !

L’enfant émit un babillement et son père fit un son franchement mièvre d’adoration, ajoutant un « Elle est tellement adorable ! Morgane ! Je devrais prendre l’enregistreur magique pour Allénore ! ».

– Oh non, déclina enfin Nilam alors que Louis lui offrait de nouveau de prendre sa fille dans ses bras. J’aurais bien trop peur de te la casser et je veux pas qu’Allénore supporte neuf mois de grossesse pour vous en fabriquer un autre.

Albus derrière elle, s’esclaffa. Loin d’avoir peur, lui, prit le bébé dans ses bras. Et le cœur de Nilam se mit à grossir au point de prendre une place bien trop importante. Albus gazouillait et s’adressait au nouveau-né avec une telle douceur…

Nilam souriait.

Elle souriait aussi, sur la photo que Scorpius venait de prendre. Rose était à son bras, rayonnante et heureuse. Elle portait son alliance autour de son cou, parce qu’elle la perdait chaque fois qu’elle l’enlevait pour se laver les mains. Scorpius l’avait imité, si bien que pendaient autour de leurs deux cous, la promesse qu’ils s’étaient faite de vivre ensemble et de s’aimer le temps qu’ils le pourraient et le voudraient.

Très longtemps, Nilam en était convaincue.

– Ta potion calmante a fait des merveilles, lui apprit Louis. Allénore était complètement à la ramasse après l’accouchement, ce qui explique pourquoi elle dort encore… Je devrais aller la réveiller. Mais elle était si fatiguée…

— Faut dire qu’il n’y a qu’elle pour accoucher dans une glacerie. Fred et Poesy étaient complètement ahuris, nota Rose.

— Votre bébé aura droit à des glaces gratuites à vie pour être quasiment né dans la boutique de Fred ? demanda Scorpius.

— Elle y a juste perdu les eaux, grogna Louis. J’ai déjà demandé à Fred, penses-tu, ajouta-t-il fièrement.

Et effectivement, sa fille aurait droit à des glaces gratuites à vie chez Weasley et Fortarôme… Probablement comme tous les gamins de ses cousins…

— Gribouille veille sur Allénore et Chance ne quitte pas le perron de la maison… Je crois qu’elle monte la garde.

– Possible. Chance m’a feulé dessus quand nous sommes arrivés, intervint Albus.

– Allénore t’est très reconnaissante pour la potion. Elle tenait à te remercier, fit Louis à Nilam en la regardant avec une profonde et sincère gratitude.

– Évidemment, grâce à moi elle n’a pas senti cette petite merveille lui défoncer le vagin…

Albus éclata de rire et Louis grimaça.

– Je n’aime pas trop entendre parler du vagin de ma femme…

– Respecte-le, c’est par là qu’est sorti ton enfant, mon grand ! fit Nilam en lui tapotant l’épaule. Et je suis contente que cela ait fonctionné, quand on sait que ce bébé est en fait le résultat d’une potion contraceptive périmée que j’ai refilé à Allénore… Fallait bien que je me fasse pardonner.

– On évitera de dire à notre enfant que sa vie ne tient qu’à une potion périmée …, s’esclaffa Louis.

– Vous avez choisi de l’avoir, le rassura Nilam avec douceur.

Oui. Ils l’avaient choisi.

Le bonheur n’était pas écœurant, Nilam le savait bien. Il était doux et tendre.

Albus continuait de gazouiller et de s’émerveiller de tout ce que faisait le bébé.

C’est à dire, bien peu de choses. Et en l’occurrence, des choses pas très intéressantes.

Pourtant, Nilam aurait aussi pu le regarder pendant des heures et des heures, parce que ce qu’Albus tenait dans ses mains, était un petit miracle et du bonheur avec quatre membres, deux yeux, un nez retroussé et un petit duvet de cheveux châtains.

Elle était si heureuse pour Allénore et Louis.

La grossesse d’Allénore n’avait pas été simple, elle avait remué beaucoup de doutes et de peurs dans le coeur de son amie, et Nilam avait été soulagée qu’ils soient tous présents pour l’épauler.

Rose parlait désormais avec Scorpius. Ils étaient rentrés trois semaines auparavant de leur expédition de trois mois en Egypte pour apprendre des secrets anciens de fabrication des baguettes magiques pour l’une, et explorer un nouveau tombeau pour l’autre. Ils avaient prévu de rénover un peu la maison qu’ils avaient acheté dans le quartier…

Nilam s’approcha d’Albus qui lui sourit.

Comme toujours, son coeur fit de petits bonds.

Elle cala ses mains sous les siennes, qui tenaient l’enfant, et embrassa la joue de son compagnon.

– Tu crois que ce nouveau-né sera plus comme sa mère ou comme son père ? demanda Albus.

Nilam imagina une enfant aux cheveux châtains comme sa mère, avec les yeux bleus de Louis, au caractère doux et intrépide, sage et courageux, avec des flopées d’origamis collés à son ombre et des poils, des plumes, des écailles de toutes de créatures sur ses vêtements.

– On s’en fiche. La seule chose qui compte, c’est qu’on lui apprendra des choses embarrassantes sur ses deux parents dès qu’on en aura l’occasion  ! Je nous imagine déjà, sur le perron de notre maison, avec tous les marmots de Rose et Scorpius, ce petit bout que tu tiens dans tes bras et les autres rejetons que nous feront probablement Louis et Allénore, avec ceux d’Opaline aussi… Je veux bien faire un effort et garder la fille de ton frère seulement si elle porte une muselière : elle est effrayante !

Albus ricana gaiement avant d’embrasser la tempe de Nilam.

– On leur fera de la limonade-pique-langue et on leur racontera des histoires ! continua Nilam. On leur montrera des photos de nous, de leurs parents à leurs mariages, du notre aussi…

– Il y a un problème dans tout ça…

Nilam se figea.

La subtilité n’avait jamais été son fort. En revanche, Albus lui, excellait dans l’art de deviner les petites choses qu’elle ne parvenait jamais à vraiment lui dire directement.

– Nous n’avons pas de perron mon coeur…

– Exact ! souffla-t-elle. Mais tu vas nous en construire un !

– Et je ne me rappelle pas avoir un jour accepté de t’épouser…, continua Albus, les yeux pétillants de malice.

– Probablement parce que je ne te l’ai jamais demandé…, marmonna-t-elle. Enfin pas avant aujourd’hui…

La lueur de malice se perdit dans les yeux d’Albus à mesure qu’il comprenait.

D’habitude, il était plus rapide que ça…

– Tu es sérieuse ? hoqueta Albus.

– Ne lâche pas le bébé ! l’avertit Nilam alors qu’Albus avait commencé à desserrer son étreinte sous le coup de la surprise. Louis nous casserait la gueule !

Il l’aurait fait.

Louis avait surpris le sursaut d’Albus et était à deux doigts de reprendre sa fille dans ses bras.

Mais Albus se reprit et berça l’enfant, plus pour faire quelque chose de son corps que pour endormir l’enfant… qui semblait avoir hérité du sommeil lourd de sa maman.

– Tu… Enfin… Tu veux vraiment m’épouser ?

– Oh bah demandé avant tant d’enthousiasme et d’énergie, je ne sais pas comment je pourrais décliner, s’amusa Nilam.

– Je croyais qu’on n’avait pas besoin de ça ? Que tu voulais… juste vivre avec moi, qu’on vieillisse ensemble et qu’on devienne ce genre de couples qui regardent les gens se péter la gueule dans la rue à cause du verglas… Je croyais que… Que tu ne voulais pas de ça, pas d’alliance, pas de robe blanche, pas de repas chiant, pas de première danse…

– Et toi ? Tu voudrais ça ? demanda timidement Nilam. Tu serais canon dans une robe blanche pourtant…

— Je déchirerais en robe blanche…, approuva Albus.

— Je suis déjà séduite…, minauda la potionniste.

– J’y ai déjà pensé, songea Albus à voix haute. Avec Scorpius et Rose, maintenant Louis et Allénore, qui viennent en plus de se reproduire… Je… Je serais content d’apposer ton nom au mien. Et on paierait beaucoup moins d’impôt, ajouta-t-il.

– C’est la raison pour laquelle je te le demande. Allénore m’a convertie à la télévision moldue lorsqu’elle était clouée au lit et y’a une série niaise mais alors archi niaise qui passe sur le câble … Et il me faut la suite… Vraiment, je te jure, c’est vital ! Seulement, l’abonnement a un certain coût et y’a pas de petites économies pour se permettre de s’offrir ce genre de plaisirs…, argumenta Nilam.

– Donc on se marierait pour des raisons purement fiscales ?

– L’argent, Al. Y’a que ça qui compte…

Elle se positionna devant lui et posa ses mains sur ses épaules en lui souriant.

– Tu sais que c’est pour tout un tas d’autres raisons, n’est-ce pas ?

Albus opina doucement.

Ils n’avaient jamais vraiment eu besoin de mots pour se comprendre.

Nilam et lui avaient toujours dessiné leur avenir au jour le jour, sans se poser de questions. Maintenant, il était enseignant à Poudlard et continuait ses travaux en Histoire de la magie. Nilam tenait avec sa cousine Opaline, la boutique d’apothicaire sorcière et moldue la plus connue de toute la région… Tout était parfait. Ils n’avaient jamais parlé d’engagement depuis qu’ils avaient emménagé ensemble. Ils n’avaient pas parlé d’enfants ou de pavillon avec jardin.

Ses parents seraient ravis d’avoir des petits-enfants, c’était certain. Ils adoraient Albus en plus…

Nilam ne savait même pas si elle voulait tout ça.

Les enfants…

Mouais. C’était sympa chez les autres, mais pas chez elle et surtout pas maintenant.

Mais ce qu’elle savait en revanche, c’était qu’Albus et elle vivraient toujours comme ils l’entendraient et que si un jour elle désirait tout ça, ils en parleraient et ils se l’offriraient.

Nilam savait la chance qu’elle avait d’être en vie. Elle avait encore quelques cauchemars, mais ils en avaient tous et apprenaient à faire avec… Elle laissait un peu de place à l’avenir et à l’espoir.

Les détraqueurs et la mort étaient loin d’elle, lorsque la chaleur de ses proches si heureux étaient si près d’elle…

Elle se surprit à imaginer un enfant avec les yeux verts d’Albus et sa peau foncée à elle.

Ce serait mignon.

Puis un frisson de dégoût lui parcouru l’échine.

Beurk….

A quoi pensait-elle ?

– Dans ce cas, je peux envisager d’accepter ton offre et t’épouser.

Albus la tira de ses songes.

– Parfait. L’affaire est entendue. Tu fais quoi dimanche prochain ?

Albus se remit à rire et Nilam adorait ces jours-ci, ceux où Albus riait beaucoup et avec elle.

– Je te dis « oui » ?

– Et je te répondrai oui, chuchota Nilam contre lui. Qu’est-ce que tu dirais d’être la plus jeune demoiselle d’honneur de l’histoire, ma petite ? fit-elle en se penchant au-dessus de la fille de leurs amis.

Entre deux, l’enfant de Louis et d’Allénore se mit à gigoter mais ne fit pas un bruit. Ils prirent cela pour un « oui ».

Nilam était heureuse.

– C’est fou ! J’ai l’impression qu’hier encore tu habitais en collocation avec Scorpius, Rose et Allénore, qu’on avait encore vingt-et-un ans et qu’on combattait encore tous un peu nos vieux démons…, s’amusa Nilam.

– Le temps passe vite…

Mais Nilam sursauta, subitement prise d’un élan de conscience.

Non.

Quelque chose clochait.

Parce qu’hier encore, Rose, Scorpius, Albus et Allénore habitaient vraiment encore en colocation.

Hier encore, ils étaient en Chine.

Allénore était loin d’être enceinte.

Rose et Scorpius étaient loin d’être mariés.

Albus et elle n’habitaient même pas ensemble.

Et ils n’avaient vraiment que vingt-et-un ans…

– Albus… Quel jour sommes nous ?

– Euh mardi ?

– Le combien ?

– Le 8

– De quel mois ?

– Euh octobre ?

– De quelle année ?

– 2034… Nilam, tout va bien ? Tu veux t’assurer que la lune sera bien placée pour notre mariage ou … , se moqua légèrement Albus.

– Ne te moque pas de ces choses-là. Elles ont leur importance, répondit-elle mécaniquement.

Son cerveau tournait à toute vitesse.

Elle ne devrait pas être ici.

Tout ceci… Ce n’était pas réel.

– J’ai besoin de…, marmonna-t-elle.

Elle se dirigea naturellement vers ce qu’elle savait instinctivement être la salle de bain de la maison des Rameaux-Weasley. Dans l’entrée, elle découvrit des photos d’Allénore qui dataient de trois mois : elle portait une belle robe blanche et fluide, avec des milliers de fleurs brodées dessus, et un gros ventre arrondi qu’elle soutenait à deux mains, l’une portant une alliance qu’elle admirait les yeux brillants. Il y avait Louis aussi, avec un sourire rayonnant, qui regardait Allénore comme s’il ne voulait plus jamais détourner les yeux de son visage. Il tenait dans ses bras un chat noir étrange à la queue en forme d’une immense plume rouge. Chat qui se trouvait sur le paillasson en train de dormir d’ailleurs… Celui-là même qui avait feulé sur Albus. Chance. Il y avait des photos d’eux tous, en plein déménagement, en train de boire, à la mer, à Poudlard, d’Albus avec son premier livre sur la guerre des sorciers, celui qu’il avait écrit, des photos avec Rose et Scorpius, tout jeunes mariés…

Nilam entra dans la salle de bain et se rinça le visage. Lorsqu’elle releva la tête elle examina son reflet.

Elle n’en avait pas.

C’était comme si elle n’existait pas.

Elle laissa échapper un cri.

Elle entendit la voix d’Albus l’appeler à travers la porte.

– Je ne devrais pas être ici…

Elle toucha la surface du miroir par instinct.

Elle hurla de nouveau, lorsqu’elle fut aspirée dans le vide.

 

***

Louis et Nilam entendirent leurs cris mutuels et s’appelèrent dans le noir. Nilam retrouva sa baguette et d’un lumos, parvint à éclairer suffisamment la pièce pour retrouver Louis. Le blond passa une main dans son dos endolori et grimaça en sentant son propre sang couler le long de sa colonne vertébrale. Il se cogna à Nilam, affolée qui agrippa à lui.

– Où sont les autres ? l’interrogea-t-elle.

Lumos, marmonna Louis avec sa propre baguette. Je n’en sais rien. Nous sommes tous tombés dans la fosse et …

– Où tu étais toi ?

Les traits de Louis se tendirent douloureusement.

– Au quartier général des Autres. Je suis revenu en …

– Traversant un miroir, fit Nilam à sa suite. Moi aussi.

– Où était-tu, toi ?

– La bonne question serait plutôt « quand » et non « où »…, marmonna Nilam. Et si on s’en sort, rappelle moi de toujours jeter mes potions périmées avant que je ne les refile à quelqu’un…

– Je te demande pardon ?

Un bruit mat les alerta.

Ils intensifièrent les lumières qui sortaient de leurs baguettes pour apercevoir quelques mètres plus loin, Scorpius, en face d’un miroir, en train de convulser. Ils avancèrent vite, s’étonnant du sol noir, qui semblait presque liquide, qui ondoyaient sous leur pas, et qui pourtant, était dur et solide. Une fois arrivé près de Scorpius, Louis le mit sur le côté et Nilam sortit quelques fioles de sa sacoche, et en décapuchonnant une :

– Elixir de burton. Ça soigne les crises…

– De quoi ?

– De tout, expliqua Nilam. On le développe encore avec Opaline… J’espère que Scorpius n’est pas allergique aux billiwigs !

Il ne devait pas l’être, car il se calma, sans toutefois rouvrir les yeux. Louis secoua l’ancien Poufsouffle par les épaules avant de lui donner des tapes appuyées sur les joues.

– Il devrait se réveiller, bredouilla Nilam. Je ne comprends pas.

Louis fut attiré par son reflet dans ce nouveau miroir et sans réfléchir, prononça la formule :

Confringo !

Lorsqu’il vola en éclats, Scorpius ouvrit les yeux et se releva, prenant une grande inspiration, comme s’il venait enfin de remonter à la surface.

– J’aurais été incapable de supporter le discours de mon père une fois encore, bredouilla-t-il en regardant ses amis.

Il chercha de ses yeux gris Albus, Allénore et Rose, sans les trouver.

– Je crois que nous sommes tous tombés dans des miroirs magiques, comprit Louis. Le mien n’était qu’un simple passage… Celui de Nilam…

– Je crois qu’il m’a montré l’avenir, grimaça-t-elle.

– Moi, je n’ai fait que revivre en boucle… la pire dispute que j’ai eu de ma vie, termina-t-il en se relevant.

– L’explosion de tout à l’heure… ça devait être les gobelins qui essayaient de casser les miroirs, fit Louis. Il y a des éclats partout. Tu as toujours ta baguette ?

– Bien sûr que j’ai toujours ma baguette, grommela Scorpius.

– Taisez-vous, pesta Nilam.

– Je n’ai rien dit ! se défendit Louis.

– T’as seulement supposé que je n’avais peut-être pas ma baguette, comme si j’étais un…

– Taisez-vous, répéta Nilam avec plus de force.

Ils obéirent et Nilam se mit à marcher calmement, sa baguette droit devant elle. Maintenant que le silence régnait, ils percevaient tous les sanglots étouffés.

– C’est Rose ! reconnut Scorpius en lançant un sort de traçage.

La fumée dorée qui sortit de sa baguette les guida jusqu’à la rousse, debout, les yeux plantés dans un nouveau miroir. Elle ne clignait pas des paupières et pleurait, silencieusement. Seuls quelques sanglots lui échappaient de temps en temps, comme si elle tentait de les avaler. Elle était pâle, en transe et perdue.

Nilam cassa le miroir et Rose s’effondra comme une poupée de chiffon contre Scorpius. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle ne dit rien et sécha ses larmes. Elle se concentra sur la voix de Scorpius, lui répétant doucement que tout était terminé et Rose, frissonna, se rappelant que le monde dans lequel elle avait été plongée n’était pas le sien. Cette vie terrible n’était pas la sienne.

– Dis-moi que les Autres ont perdu. Dis-moi qu’Ed Richards n’est jamais venu au pouvoir. Dis-moi que tu n’as pas été obligé de fuir le pays parce que tu es un Malefoy. Dis-moi que tous mes cousins sont en vie, que Lucy n’est pas une traître et qu’Allénore est bien revenue. Dis-moi que ma mère n’a pas été exécutée, que Harry n’est pas gardé prisonnier et que James et Citlali n’ont pas été envoyés dans un horrible camp dont ils ne s’échapperont qu’une fois morts…

– Rose… Rien de tout ceci n’était réel, chuchota Scorpius à voix basse.

– Ça l’était, le contredit-elle. Et tu n’étais pas là. Tu étais loin.

Rose eut une immense peine pour son alter-ego. La Rose de ce monde qui avait tout perdu. Le Louis de ce monde qui venait de voir Allénore mourir sous ses yeux. Le James de ce monde, qui n’était plus.

Elle avait tant de chance.

– Où sont les autres ? demanda-t-elle. Pourquoi fait-il si noir ?

Elle tira sa baguette de la poche de sa cape et lança un lumos qui s’ajouta à tous les autres. La lumière s’agrandit englobant un plus grand espace qui s’étendait à l’infini, sans mur, sans plafond, sans rien. Ils étaient dans une prison de néant qui faisait mourir la lumière et dans laquelle il ne semblait n’y avoir aucune sortie.

Rose regarda tout autour d’elle et se releva d’un bond. Prise d’un vertige, elle se rattrapa aux bras de Nilam qui lui sourit.

– Allénore ! indiqua Rose en tendant un doigt derrière son amie.

Les mains de l’enchanteresse brillaient et ses créations de papier s’agitaient, effrayées. Nilam jeta elle-même le confringo qui fit exploser le miroir alors que Scorpius avait fait se lever un protego pour empêcher à son amie de se prendre les débris coupants en plein visage.

Contrairement aux autres, Allénore ne tomba pas et retrouva seulement conscience en battant des cils et en regardant ses mains avec horreur.

– J’ai dit oui, gémit-elle en tremblant. J’ai accepté les vœux … J’ai…

Elle fut coupée par l’étreinte de Louis qui la serra contre lui avec force.

— J’aurais effacé … Louis…

— C’est terminé.

Elle enfouit son nez dans son cou et y déposa un baiser. Elle passa ses mains dans son dos, avant de s’éloigner, soucieuse et inquiète :

– Louis, tu saignes !

– Quelque chose m’a agrippé tout à l’heure, éluda-t-il. On s’en fiche. Ça ne doit pas être très profond.

– Qu’est-ce que c’était ça ? marmonna Allénore en désignant les éclats de verre par terre.

– Un miroir, répondit Nilam. Probablement magique. L’épreuve de la fosse doit consister à survivre à tout ça… Louis a été téléporté ailleurs. Je crois que j’ai été fait un tour en dans le futur. Scorpius a revécu en boucle la même scène…

– Et moi… Je crois que ce n’était pas l’avenir, annonça Rose d’une voix blanche. Mais une sorte de monde parallèle. Un monde… Un monde où les Autres avaient gagné et où il n’y avait plus de secret magique.

– Ce miroir me proposait d’exaucer mes vœux.

– Un exossoir, opina Scorpius. Ces miroirs sont très rares.

– Plus que ceux qui te font tomber dans une autre réalité ? grommela Rose.

– Des expériences ont été menées sur la question dans les années 80, fit Allénore. Mais elles n’ont jamais été concluantes… Du moins, pas officiellement. Le département des mystères a archivé toute la documentation à ce sujet. Personne n’y a accès. À part les langues-de-plombs.

– Albus, s’écria Nilam. Il faut qu’on trouve Albus.

– Ne regardez pas ces miroirs, ordonna Scorpius. Et détruisez-les.

Ils hochèrent la tête avant de se mettre en route. Nilam avait lancé un sort de traçage à son tour, laissant la fumée dorée la guider à travers le néant. Chaque fois qu’elle avançait, elle avait peur de mettre un pied dans le vide et de tomber.

Elle appela le prénom d’Albus, jusqu’à ce qu’il lui réponde, très sereinement. Elle se dirigea vers sa voix, et le trouva enfin, après avoir parcouru quelques mètres.

– Tu te fiches de moi là ? s’étrangla presque Nilam.

Albus était assis en tailleur devant un grand miroir, et regardait son reflet, l’air contemplatif, heureux.

Presque drogué ou ivre en fait.

– C’est une journée parfaite, chantonna Albus.

– Il est bourré ? S’inquiéta Rose.

– J’adoooooooooore quand tout le monde est avec moiiiiiii !

– Oui, répondit Scorpius.

– ALLÉNORE TU VAS TOMBER ! Hahaha mais non je plaisante Louis, regarde, Scorp vient de la rattraper. Oh boude pas ! EH MAMAN ! Où sont les biscuits et la confiture de framboise ? Lily, tu n’aura pas de petit-ami avant tes trente ans, je te le garantis ! PAPA ! PAPA ! James vient de me dire qu’au travail tu étais un gros c…

– Son miroir a l’air bien plus cool que ne l’était mien, ricana Scorpius en couvrant la voix de son meilleur-ami.

– À ta place j’aurais pas aimé papa ! continua Albus. Nilam… Arrête… Pas devant ma famille… La dernière fois on a failli se faire prendre ! On devrait faire comme d’habitude et se rejoindre à …

Confringo ! prononça Nilam d’une voix plus aiguë que la normale.

Albus reprit conscience à son tour et ils se regardèrent tous les six. Scorpius aida son meilleur-ami à se relever et tous en cercle, ils s’interrogèrent silencieusement.

Qu’allaient-ils faire maintenant ?

– Il faut qu’on sorte d’ici…

– T’as des choses plus intelligentes à nous proposer, Malefoy ? s’impatienta Louis.

– Tu as explosé ton miroir quand tu l’as quitté ? l’interrogea Nilam.

– Non. Je t’ai entendue alors je suis directement allé vers toi…

– Retournons-y.

– Non, refusa Louis. Ce n’est pas un endroit sûr …

– Louis…, fit Allénore. C’est peut-être notre seule porte de sortie.

– Ce miroir m’a conduit au dernier quartier général des Autres, avoua-t-il.

Allénore fronça les sourcils.

– Qu’il nous emmène au nord ou au sud, je m’en contrefiche : il faut qu’on sorte d’ici ! s’impatienta Nilam.

Ils se tournèrent tous vers Allénore qui soupira.

Sa décision fut facile et rapide.

Au diable les miroirs. Au diable le reflet de Han Derrick. Au diable les fantômes.

Seuls ses amis comptaient.

– Déguerpissons vite, approuva-t-elle.

– Tu pourrais relocaliser ce miroir ? demanda Nilam à Louis.

– Oui, bien sûr.

Il lança un sort, une nouvelle fumée dorée évoluant et flottant presque gaiement devant eux, leur montrant le chemin.

Expelliarmus !

Allénore réagit par réflexe, mais Louis fut le plus rapide. Il protégea ses amis du nouvel assaillant, mais ce fut Albus qui le désarma, avant de pâlir. Rose n’avait même pas eut le temps de sentir sa baguette lui filer entre les mains, qu’elle était déjà dans celle de l’homme à terre. Nilam lança un accio pour la récupérer et la redonna à la rousse, qui l’agrippa de toutes ses forces.

– Vous avez survécu plus longtemps que les autres, les félicita chaleureusement une voix.

– Crivey, cracha Allénore.

Un grand gamin blond à peine sorti de l’adolescence se dressa devant eux.

– La dernière fois que je t’ai vue, tu allais tuer ton père.

– La derrière fois que je t’ai vu, je t’ai dit d’arrêter tes conneries, de terminer tes études à Poudlard et de ne plus jamais approcher les Autres.

– Tu n’as pas tué ton père, soupira Crivey.

– Et tu ne m’as pas écoutée.

Rageusement, Crivey lança une salve de sorts, indiquant ainsi à ses autres comparses qui étaient plus d’une vingtaine, de l’imiter. Les sortilèges et maléfices se mirent à fuser et conscients qu’ils ne s’en sortiraient qu’en trouvant une issue, et en foutant le camp de cette fosse cauchemardesque.

Ils se séparèrent, forcés d’affronter les tirs dont on les assaillaient. Rose courraient avec Scorpius et Nilam, qui retardaient les Autres qui les poursuivaient en faisant exploser ses potions derrière eux. Louis et Albus avaient eu la bonne idée de faire exploser encore plus de miroir, et de se servir des débris coupant qui jonchaient le sol pour les rassembler en un gros nuage mortel, dressant un barrage entre eux tous.

Allénore, elle, se retrouva seule et déambula entre plusieurs caisses pas encore déballée. Elle laissa échapper un cri d’horreur, en tombant sur les cadavres déjà pourrissant des gobelins qui étaient descendus dans la fosse avant eux.

Crivey s’acharnait. L’un de ses sorts l’atteignit, lui faisant s’emmêler les pieds. Elle trébucha et se releva avec peine, laissant ses jambes la guider sans réfléchir. Elle avait toujours la fumée dorée de Louis qui indiquait l’endroit où ils devaient tous se retrouver. Pourtant, ses pieds la firent aller ailleurs et elle écarquilla les yeux.

Posé sur une caisse, à sa hauteur, se trouvait un miroir pas plus grand qu’une feuille de papier.

Le reflet de Han y apparut une seconde et lui fit un clin d’oeil.

Elle s’en empara et ordonna à ses origamis d’attaquer Crivey, assez longtemps pour qu’elle atteigne son but.

– ALLÉNORE ! ALLÉNORE !

Elle se laissa guider par la fumée dorée et la voix de Rose qui hurlait son prénom.

Une entaille lézardait son bras et avait déchiré ses vêtements.

Ils étaient tous réunis, devant plusieurs miroirs. Louis avait le front plissé :

– Je ne sais pas duquel je suis sorti…, s’agaça-t-il.

Allénore s’était jetée dans ses bras, et il la tenait fermement, une main glissée sur sa nuque pour la garder près de lui. Il avait glissé deux doigts à l’intérieur de son poignet, pour prendre son pouls. Il se rassura de le sentir ralentir.

– Ce sont des miroirs jumeaux, indiqua Allénore. Les Autres s’en servaient pour se rendre d’un endroit à l’autre. Ça fonctionne comme les armoires à disparaître. Certains … Certains étaient piégés au cas où les Aurors nous tomberaient dessus. Mais d’autres peuvent nous conduire en lieu sûr ! promit-elle.

– Lesquels ? s’alarma Nilam en criant.

– Laissez moi les regarder.

Ils lui donnèrent un peu de temps. Albus avait un miroir dans les mains et le brandissait devant lui, heureux de voir qu’il absorbait les sortilèges :

– Je l’ai trouvé par terre ! s’émerveilla-t-il. C’est un vrai trésor !

– Glisempa ! l’ignora Rose.

Le sol se mit à ramollir, avalant les Autres.

Allénore continuait d’examiner les miroirs et en caressa un du bout des doigts, le coeur gros, reconnaissant la jacinthe gravé sur le cadre en bois.

– Comment ce miroir a-t-il pu atterrir ici ?

– On s’en fiche, la pressa Scorpius. Est-il sûr ?

– Oui, affirma Allénore.

Il la poussa à l’intérieur et hurla à ses amis d’en faire de même. Ils traversèrent tous. Scorpius passa en dernier et il eut à peine le temps de mettre un pied par terre, que Nilam fit exploser le miroir, fermant la porte aux Autres qui essayaient déjà de les pourchasser. Deux jambes volèrent en éclats en même temps que le miroir.

Scorpius se laissa glisser par terre, n’ayant plus assez d’énergie pour tenir debout.

Allénore était plongée dans ses pensées.

Rose tentait encore de reprendre pieds avec la réalité et ne sentait même pas l’immense éclat de verre qui s’était plantée dans son épaule.

Nilam commençait déjà à jeter toutes ses potions périmées pour faire de la place à celles qu’elle allait immédiatement préparer.

Albus observait son nouveau trésor, un miroir qui l’avait protégé de toutes les attaques.

Louis soignait ses blessures.

Ils étaient en vie mais ne parlaient pas.

 

End Notes:


Nothing in this world could ever bring them down
Yeah, they're invincible
And she's just in the background
And she says

I wish that I could be like the cool kids
'Cause all the cool kids, they seem to fit in
I wish that I could be like the cool kids
Like the cool kids

 

Une petite review me ferait très  plaisir

 

Chapitre VIII by CacheCoeur
Author's Notes:

 

Try - Pink

Kitchen Florr - All the rest

Monsters - Ruelle

Stay - slowed + reverb 

Sweet creature - Harry Styles

Nothing's gonna hurt you today - Cigarette after sex

 

 

Where there is desire, there is gonna be a flame

Where there is a flame, someone's bound to get burned

But just because it burns doesn't mean you're gonna die

You've gotta get up and try

 

 

Pékin, 27 avril 2030, 12h04 heures de Pékin, à Zhouzhuang

Albus et Scorpius avaient trouvé deux balais au rez-de-chaussée. Ils avaient survolé les environs et surveiller Rose et Nilam, en train d'enchanter les alentours pour les protéger. Allénore leur avait indiqué que c'était inutile et que cet endroit était une véritable forteresse. Imprenable et invisible.

Dès qu'ils étaient arrivés, elle avait couché une photo sur l'énorme buffet rouge. Elle avait regardé la maison chinoise traditionnelle d'aspect, mais moderne, avec ses meubles anciens et repeints. Allénore avait eu l'air malade dès qu'elle y avait posé un pied et Albus l'avait tout de suite remarqué.

Les deux anciens Poufsouffle avaient rapidement pu le constater, lorsqu'ils s'étaient cognés à un dôme magique. Albus avait tenu le manche de son balai pour ne pas tomber. Scorpius avait bien ri avant de l'aider.

Désormais ils faisaient des tours, pour se rassurer plus que pour autre chose.

– Tu vivais donc une journée parfaite ? C'était ça, ton illusion dans le miroir ? s'étonna Scorpius.

Il s'était emmitouflé dans une écharpe bleue et bronze, les couleurs de Serdaigle, qui appartenait à Rose.

– Tout le monde était là. Même des gens… Des gens qui sont morts depuis longtemps.

– Glauque.

– Et toi ?

– Moi ?

– Tu ne veux pas en parler, devina Albus.

Le brun n'avait jamais perdu son temps à tenter de tirer les vers du nez de Scorpius. Il le laissait volontier se confier pour ne pas y perdre toute son énergie.

– Je revivais en boucle une dispute que j'ai eu récemment avec mon père.

– Celle à cause de laquelle tu ne vas plus déjeuner au manoir depuis des semaines ?

Scorpius grommela dans sa barbe. Albus savait toujours tout…

– Tu ne t'es jamais disputé avec ton père, nota Albus en fronçant les sourcils. C'est curieux…

– En quoi cela est-il curieux ? Nous sommes deux personnes très différentes lui et moi !

Albus écarquilla les yeux, surpris. Scorpius avait toujours mis un point d'honneur à ce que les gens sachent bien qu'il n'était pas comme son père. Il l'avait longtemps revendiqué, portant cet argument comme un bouclier le protégeant de tous les préjugés et de toutes les attaques.

– Mon père et James se ressemblent beaucoup et ils se disputent très souvent. Les différences n'ont rien à voir là-dedans… C'est juste que… Vous êtes tous les deux si … anti-conflits.

– Il a fallu que nous trouvions le sujet sur lequel nous sommes tous deux en parfait désaccord, soupira le blond.

Albus ne demanda pas lequel.

– Comment te sens-tu ?

– Bien, répondit Scorpius. Je crois seulement que revivre cette dispute m'a permis de prendre une décision sur laquelle je cogite depuis un moment.

– Bien.

– Tu ne me demandes pas de quelle décision il s'agit ?

Albus sourit, les yeux pétillants, comme d'habitude.

– Tu vas enfin demander Rose en mariage ?

Scorpius fusilla Albus du regard, tout hilare.

– Je vais reprendre le siège des Malefoy au Magenmagot.

Albus cessa de rire et contempla son ami, songeur.

– Tu as refusé quand ton père te l'a proposé, mais tu en as parlé à Rose. Tu hésitais déjà, en te disant qu'agir de l'intérieur, réformer le système, te plairait bien. Elle a terminé de te convaincre et maintenant, tu te sens bête de revenir sur ta position. Tu ne sais pas comment en parler à ton père, surtout quand tu sais que les motivations qui t'animent sont à l'opposé de celles de ton paternel…

Scorpius sourit. Albus le connaissait par coeur…

– Je me sens con, pas penaud. Il n'y a que toi pour te sentir penaud.

– Parle à ton père. Il est sûrement tout aussi penaud que toi. Vous les Malefoy, vous prenez des décisions avant d'y réfléchir calmement. Vous êtes plus sanguins que vous ne voulez le faire croire.

– Il veut aussi que je reprenne le siège des Greengrass. Ma tante et ma mère n'en ont jamais voulu donc par mariage, il lui revenait…

– Emmalee doit être ravie.

– Elle ne le sait pas encore. Mais je compte bien lui donner ce siège. Cette loi selon laquelle le plus proche héritier mâle obtient la place au Magenmagot avant toutes les héritières directes femmes… C'est dépassé et plus vraiment d'actualité. Seul mon père en fait une bataille.

– Je crois qu'il n'a tout simplement pas envisagé la chose… Ton père n'est pas quelqu'un de mauvais. Il a juste été élevé avec certaines idées dont il ne s'est jamais vraiment débarrassé.

– À son âge, il aurait dû ! s'agaça Scorpius. Ne trouve pas d'excuse à mon père.

Albus leva les deux mains en l'air. Le vent frais s'attaqua à ses cheveux qu'il termina d'ébouriffer un peu plus en prenant son élan pour rejoindre son meilleur-ami.

– Tu devrais en parler à Allénore.

Il n'y avait bien qu'elle, pour apaiser Scorpius et lui faire relativiser les réactions et discours de son père.

– Oui, sûrement… Mais je ne veux pas la mêler à ça. Mon père n'est franchement pas son plus grand fan… Ça me tuerait de l'entendre le défendre alors qu'il voulait la faire enfermer à Azkaban. Il a constitué tout un dossier sur elle. A charge, évidemment…

– Ton père n'est qu'un enfant qui ne veut pas apprendre, je te le concède. Mais il n'est pas débile. Il sait que sans Allénore, nous serions encore en guerre contre les Autres.

– Il a peur.

– Comme tous les enfants qui ne veulent pas apprendre.

Il tapa amicalement l'épaule de Scorpius qui retrouva un peu de couleurs.

– Je te soutiendrai toujours, tu le sais.

Oui, Scorpius le savait. Il s'apprêtait à répondre lorsqu'Albus se figea.

– Tout va bien ?

– J'ai cru voir une ombre près d'un des balcons du premier étage…, murmura Albus.

– Tu devrais aller dormir un peu…, se moqua Scorpius.

Le brun frotta ses yeux verts avant de bailler.

Oui… il aurait bien besoin d'une ou deux journées entières au lit…

– T'as peur Potter ?

Albus, les yeux pétillant de malice, balaya l'air de la main :

– Parfois. Mais pas là. Et jamais en ta présence, Malefoy.

***

Rose n'avait pas ouvert la bouche une seule fois depuis qu'ils étaient tous arrivés dans ce grand salon rouge et or. Elle avait repoussé Scorpius, qui s'était proposé de soigner sa blessure à l'épaule. Elle s'était changée cependant, portant désormais un pull dix fois trop grand pour elle, qui portait encore l'insigne des Poufsouffle. Elle avait besoin d'être seule, mais de sentir l'odeur de Scorpius, pour se rappeler qu'elle était en sécurité. Albus aussi, avait tenté de l'approcher. Elle l'avait aussi rejeté. Elle savait que ces deux là l'auraient fait craquer et ce n'était pas le moment de pleurer.

Alors Louis s'était occupé d'elle. Louis qui ne parlait pas plus qu'elle et qui se concentrait sur le pansement qu'il avait fait quelques heures plus tôt. Ses gestes étaient délicats et précis. Sa blessure piquait un peu. La magie noire qui imprégnait les éclats de verre devait y être pour quelque chose… Même l'essence de dictame n'avait pu résorber la profonde coupure…

– Tu n'y étais jamais retourné ? lui demanda-t-elle d'une voix rocailleuse et sèche par le manque d'eau.

– Où ça ?

– À l'endroit où tout s'est terminé. Au quartier général des Autres.

Louis suspendit ses gestes et elle le sentit se tendre derrière elle. Rose baissa les yeux jusqu'aux chaussettes de son cousin. L'une était verte avec des motifs de petites pommes qui dansaient. L'autre était rouge, à carreaux.

– Je sais que les Aurors t'ont proposé d'y aller si tu le désirais. Ils l'ont également proposé à Allénore…

– Ce n'est pas l'endroit où tout s'est terminé, répondit Louis en faisant un nouveau pansement.

– Où est-ce alors ?

– Je ne sais pas.

Il n'y en avait tout simplement pas.

Louis termina et changea de position sur l'immense canapé, pour se trouver en face de Rose. Il avait toujours admiré l'intelligence de Rose et son caractère curieux.

– Tout ne s'est pas terminé ce jour-là, Rosie, avoua-t-il.

– Ed Richards est pourtant mort.

– Il n'a pas entraîné tous les Autres dans sa chute. Et sa mort marque aussi celle de Jia Li et le début d'un temps pour faire nos deuils. Rien ne s'est terminé ce jour-là. On vit toujours un peu là-bas.

– Alors quand serez-vous guéris, Allénore et toi ?

– Peut-être jamais, sourit tristement Louis. Mais ça ne nous empêche pas d'être heureux la plupart du temps.

– Elle ne dit rien.

– Elle ne te dit rien.

– C'est pareil.

– Elle ne veut pas te causer de souci.

– Moi je le veux.

– Rose…

– Quoi « Rose... » ? s'énerva-t-elle légèrement.

– Tu ne pourrais pas comprendre. Crois-moi. Personne ne peut comprendre ce qu'elle a dans sa tête.

– Je veux comprendre.

– Je crois que c'est la dernière chose que souhaite Allénore.

Rose resta silencieuse et songeuse.

– Tu n'as pas à connaître toute cette souffrance et ces horribles choses. Tu as déjà tes propres souffrances et tes horribles choses à t'occuper.

– Mais je peux essayer !

– Je le sais… Tu la connais…

– Oui, je la connais…

Allénore avait peur du rejet, alors elle mentait. Rose avait peur de l'abandon alors elle s'accrochait.

– Ce monde parallèle, où les Autres avaient gagné…, commença Louis d'une voix douce.

– Tout le monde mourrait Louis. Allénore… Elle est morte devant toi et tu hurlais.

– Les Autres auraient fini par la tuer et je l'ai toujours su, avoua Louis. Tu crois vraiment que cette vision était… une autre réalité ?

– Pour la Rose de ce monde, pour le Louis de ce monde, le Scorpius, la Allénore de ce monde… J'espère que non.

Pourtant, elle avait l'intime conviction que tout ceci avait été réel. Louis serra sa main dans la sienne.

– Sais-tu où nous sommes ? l'interrogea Rose.

– Je crois le deviner… Allénore et Jia Li avaient prévu et aménagé quelques planques au cas où elles se feraient démasquer par les Autres.

– Nous nous trouvons dans l'une d'elles ?

Louis hocha la tête, l'air pensif.

Allénore choisit ce moment pour descendre l'escalier brun et rater la dernière marche. Rose regarda les pieds de sa meilleure-amie. L'un portait une chaussette verte avec des motifs de petites pommes qui dansaient. L'autre était rouge, à carreaux.

Pourquoi ces deux-là semblaient vouloir tout garder et partager seulement entre eux ? De leurs fardeaux, de leurs traumatismes, jusqu'à des putains de chaussettes ?

Allénore s'étala de tout son long et se releva, sa baguette entre les mains, rattrapant les feuilles de papier qu'elle avait entraîné dans sa chute.

Elle était nerveuse et mal àl'aise. Elle détestait cet endroit et Louis le devinait. Il savait aussi que la photo qu'elle avait couché sur le buffet était une photo de famille et qu'Allénore avait été incapable de la voir sans tourner de l'oeil et avoir la nausée.

Louis décida de s'éclipser, préférant laisser les deux amies entre elles. Allénore l'en remercia d'un sourire sincère et s'assit à côté de Rose. Elle lissa une première feuille de papier et commença à la plier.

– Tu es morte.

Allénore arrêta de se concentrer sur sa feuille.

– Tu es morte pour me délivrer de ma cellule d'Azkaban.

– C'était une illusion Rose, la rassura Allénore.

– Dans ce monde ou dans un autre, tu mourrais pour moi.

Allénore ne répondit pas tout de suite. Elle savait ce que ce genre d'affirmation signifiait. Bien sûr qu'elle mourrait pour Rose. La rousse le savait déjà … Mais le poids d'un tel savoir était insoutenable, surtout quand ce genre de promesses se réalisait vraiment.

Jia Li était morte pour Allénore.

– Je vis pour toi et moi. Cela compte bien plus.

Le visage de Rose, habituellement doux et amical, devint froid et sévère.

– Alors pourquoi tu m'as abandonnée il y a deux ans ?

Sa question était aussi sèche que le ton accusateur de sa voix.

– Je suis désolée.

– Tu l'as déjà dit tant de fois… Ces mots ont-ils encore un sens pour toi ?

Il n'y avait aucune méchanceté dans la question de Rose. Seulement un besoin impérieux de savoir.

– Bien sûr qu'ils ont un sens. Je suis désolée tous les jours. Je regrette tous les jours. Pourtant… j'assume chacun de mes choix, car ils nous ont peut-être sauvés du pire.

– Ils l'ont fait, affirma Rose. Je te l'assure.

– Si j'avais accepté le marché de ce miroir… J'aurais été désolée pour d'autres choses. Mais le fait est que j'ai décidé d'être désolée d'être partie il y a deux ans.

– Parfois, je doute que tu sois vraiment revenue.

Allénore s'assit plus confortablement en tailleur sur le canapé et attrapa au passage un coussin. Rose sentit monter l'angoisse et les larmes.

– J'ai mis un réveil toutes les nuits pour vérifier si tu es encore dans ta chambre. Parfois, lorsque tu pars travailler, j'hésite à te suivre pour être certaine qu'il ne t'arrivera rien et que tu ne disparaîtra pas. Je retiens quels vêtements tu portes, comment tu te coiffes, où tu vas, pour être certaine de pouvoir te décrire aux Aurors si tu venais à disparaître. Je fais aussi attention aux vêtements que tu mets dans le bac à linge sale, pour savoir si tu es secrètement en train de faire ta valise…

– Tu ne me fais pas confiance ? s'alarma Allénore.

– On partageait tout Allénore. Tu avais des secrets et je l'ai toujours su. Et un jour, tu nous as oubliétés, Albus, Scorpius et moi. Tu es partie sans prévenir, sans un mot, rien… Alors oui. J'ai peur que tu partes de nouveau.

Rose sentit son pouls s'accélérer et ses forces la quitter. Elle n'avait pas beaucoup dormis et elle était exténuée. Une boule monta dans sa gorge bloquant sa respiration et elle laissa enfin sortir le sanglot qui faisait trembler sa voix depuis le début de ses conversations.

Allénore sentit son coeur palpiter. Son don de polyglomage l'a fit absorber une partie de l'anxiété de Rose et ses yeux s'humidifièrent.

– Je suis partie pour tous vous protéger et parce que pour me racheter, j'avais besoin de faire quelque chose. Vous m'en auriez tous empêchés et j'aurais été malheureuse.

– Évidemment qu'on t'aurait empêché ! s'écria Rose. Tu n'en fais toujours qu'à ta tête et … Je n'arrive pas à t'en vouloir. Ce qui m'énerve encore plus.

Rose suffoqua, à court d'oxygène.

– Tu vas partir. Tu… vas… partir… Et je ne pourrais pas te retrouver … et… Allénore.

La brune posa une main sur la joue de Rose qui sursauta. Elle entendit Allénore lui dire de respirer et la vit fermer les yeux. Rose sentit une vague de calme l'envahir.

– Ne te sers pas de ta polyglomagie sur moi ! refusa-t-elle.

– Ça fonctionne ? s'étonna Allénore.

– Bien sûr que ça fonctionne ! fit Rose en repoussant la main de sa meilleure-amie et en continuant de suffoquer.

– C'est la première fois que j'y parviens !

Rose grogna et se remit à pleurer.

– Respire s'il te plait…

– Allénore… Je… Tu ne … J'ai peur.

– Je ne partirai pas.

Allénore bondit et serra Rose contre elle. Elles s'étreignirent toutes les deux avec force, sans se lâcher, ignorant au bout d'un long moment les crampes et leurs membres tirés et douloureux.

– Je ne partirai pas.

– Tu le dis, mais je te connais…

– Rose…

Allénore sentit son coeur descendre dans son ventre et frotta le dos de son amie. Rose se calma, lentement et en serrant toujours Allénore un peu plus fort contre elle.

– Je te confierai ma vie et c'est parce que je tiens à la tienne que j'ai fait certains choix en dépit de toi et de tes sentiments. Je suis désolée pour ça… On reste liées à jamais. Que je sois dans tes bras, ou à l'autre bout du continent.

Elle fit glisser ses mains jusqu'aux poches de Rose et en sortit tout son set de pierres semi-précieuses.

– Choisis une pierre.

– Que veux-tu faire ?

Allénore lui sourit simplement après s'être reculée et Rose comprit. Elle prit une calcédoine et agita sa baguette pour scinder la pierre en deux. Elle l'a polit d'un simple geste, jusqu'à ce que les deux morceaux se transforment en billes de taille égale.

Allénore tira à son tour sa baguette.

– Tu connais la formule, murmura-t-elle.

– C'est une promesse.

– Plus que de la magie, approuva Allénore.

Elles fermèrent les yeux et leurs deux voix prononcèrent l'incantation :

– Soror animi.

La glyphe aux spirales infinies se grava sur les deux pierres.

– Et maintenant ? demanda Allénore les yeux pétillants.

– Maintenant on scelle, sourit Rose.

Elle fit se fixer les pierres sur les manches de leurs deux baguettes. Elles se mirent à lumière bleutée et chaude s'échappa des pierres et les deux baguettes, désormais liées rayonnèrent gaiement dans les mains de leurs détentrices.

– Les garçons vont nous tuer, s'amusa Rose à travers ses larmes. On vient de modifier la structure magique de nos baguettes, c'est très dangereux…

– Oui ça l'est ! s'esclaffa Allénore. Mais où que je sois tu me retrouveras.

– Je te le promets.

– Et où que tu sois, je reviendrai et je serai là.

– Tu me le promets ?

Allénore se jeta une nouvelle fois dans les bras de Rose, en répétant qu'elle était désolée. Elle lui dit qu'elle allait lui parler, lui raconter ce que c'était de vivre avec les Autres de faire ce qu'elle avait fait pour eux, qu'elle compterait les morts et les blessures … Que cela viendrait, un jour, plusieurs fois, petit à petit. Allénore s'excusa. Rose aussi. Pour les mensonges, l'impatience, les cachotteries, la curiosité… Elles s'excusèrent pour leurs erreurs et leurs peurs. Ces choses qu'elles détestaient en elles mais que l'autre acceptait malgré tout.

Leurs deux coeurs à présent ouverts s'étaient parlés sincèrement et c'était la seule chose dont elles avaient besoin.

Allénore et Rose étaient amies.

Et elles s'aimaient comme telles.

***

– Incendio !

Le sort que Nilam venait d'être absorber par le miroir qu'Albus tenait devant lui. Lorsqu'il l'inclina, le sort en ressortit et fusa jusqu'à rencontrer le mur qui se mit à flamber.

– Aguamenti, soupira Scorpius, lassé.

– T'as vu ça ? s'émerveilla Albus. Ce miroir peut tout absorber !

– Tu crois qu'il peut aussi contrer les sortilèges impardonnables ? s'interrogea Nilam.

– On n'a qu'à essayer ! proposa Albus.

– Ok ! Impe

– Non vous êtes complètement malades ! les arrêta Scorpius.

Nilam baissa sa baguette, déçue. Albus fit la moue.

Ces deux là étaient dangereux…

Allénore et Rose riaient légèrement, complices, plus qu'elles ne l'avaient été lors de ces six derniers mois. Mais Louis n'était pas dupe.

Il connaissait Allénore et savait, à la simple courbure de ses lèvres, que quelque chose n'allait pas et qu'elle était préoccupée.

– Que fait-on alors ? demanda Nilam en perdant patience.

– On ne peut pas rester éternellement ici, approuva Scorpius. On cherche encore ce miroir, All ou…

– On ne cherche plus rien, l'interrompit celle-ci. On retrouve des forces et on rentre. Voilà le plan.

– Mais…, commença Rose.

– Ce qui s'est passé hier aurait pu vous coûter la vie. On rentre. C'est tout.

Allénore se leva du canapé.

– Rien ne presse, Allénore, fit doucement Louis. On peut rester ici et …

– Non. On pars, grommela l'ancienne Serdaigle.

– Sois sérieuse… Les Autres nous ont probablement pisté et on ne peut prendre le risque de sortir d'ici sans être préparés !

– Je pense que les Autres ont d'autres hippogriffes à dresser à l'heure actuelle !

– All !

Rose secoua la tête doucement.

– Cette maison est celle des Wu n'est-ce pas ?

Nilam se figea.

Allénore se figea.

Elles se regardèrent toutes les deux, chacune d'elle avec des yeux emplis de fantômes.

Allénore avait cette sensation désagréable que toute une fourmilière était en train de lui courir dessus depuis qu'elle était ici.

Elle se faisait violence pour ses amis. Pour sortir de la fosse en toute sécurité, elle n'avait pas eu le choix et elle ne regrettait rien.

– Je n'aime pas être ici, chuchota Allénore à voix basse.

Jia Li et elle avaient tout prévu. Elles avaient pensé que faire de la maison des Wu l'une de leurs planques était judicieux : jamais les Autres n'auraient eu l'idée de penser qu'elles en auraient eu l'audace. Les parents de Jia Li avaient bien protégé la maison et à elles deux, elles avaient parfait chaque défense, chaque sortilège de protection.

– J'y crois pas…, marmonna Nilam.

– Nilam…

– J'y crois… T'as le culot de m'emmener ici ! De m'avoir caché cet endroit… De…

– Nilam …, l'appela calmement Rose. Tu sais qu'Allénore ne pense pas à mal.

– Mais c'est bien ça le problème : elle ne pense jamais à mal, alors on lui pardonne tous ses silences, tous ses mensonges, toutes ses putains de conneries mais moi, j'en ai ras le boursouflet à poils roses de tout ça ! s'emporta Nilam avant de se tourner vers Allénore. Tu savais pertinemment que voir cette maison pourrait… m'aider moi aussi. Mais tu ne parles jamais de Jia Li. Et c'est comme si tu la tuais en taisant son prénom, comme si tu refusais… qu'elle ait pu un jour vivre…

Allénore essaya de rassembler ses pensées pour parler de façon cohérente. Mais tout se mélangeait dans sa tête et la tristesse, comme une vague, s'écrasait en elle.

– Je n'y suis pas retourné depuis qu'on l'a aménagée avec Jia Li, déclara Allénore d'une voix morne. On avait fait des miroirs pour passer d'un endroit à l'autre. On en avait caché un dans notre chambre au quartier général des Autres et son jumeau ici. Les Autres ont dû le trouver après notre départ. Ça veut donc dire qu'ils savent pour cet endroit, mais qu'ils n'ont probablement jamais pu y aller… On avait scellé la maison avec des sortilège si bien que si l'une de nous ne faisait pas partie du voyage, le miroir recrachait les voyageurs… Et je déteste cet endroit. Je déteste y penser. Je déteste cette chambre avec un lit d'enfant, à l'étage que nous avions décorée pour Noanne…

Louis ferma les yeux et inspira un grand coup.

Allénore n'avait jamais mentionné l'existence de Noanne.

– Qui est Noanne ? demanda Albus.

Allénore essuya les larmes sur ses joues très rapidement et pivota sur elle-même, pour se cacher et tourner le dos à ses amis.

– Une Cracmole. Une enfant. Je… je l'aimais beaucoup et elle est morte. Polly l'a tuée. Avec Jia Li, on avait prévu de prendre Noanne avec nous, si jamais on devait fuit. Alors revenir ici, en repensant à tout ce qu'il y a dans cette chambre …

Et malgré elle, Allénore pensait à ces fameuses pilules jaune canari qui lui feraient oublier la douleur et la mort.

– MAIS PARLE NOUS BON SANG ! hurla Nilam.

– J'ai commencé à prendre du concidisti après la mort de Noanne.

La polyglomage tremblait. Elle ressentait chacune des émotions des personnes présentes dans cette pièce.

Incompréhension. Peur. Choc. Déception. Rancoeur. Colère.

Tout était négatif, noir et gluant. Tout était poisseux et dégoûtant.

Tout montait et tout allait exploser.

Elle pensa au miroir et au reflet de Han Derrick, toujours dans son sac.

Elle mentait.

Encore.

Elle avait envie de vomir.

– Rester ici, ça me fait penser à Jia Li, qui s'est tuée pour me sauver. Rester ici… ça me donne l'impression de subir mille coups dans le cœur et partout dans le corps. Rester ici… ça me force à vous montrer que je ne suis pas la super espionne que vous avez imaginé, mais quelqu'un en vrac, une ancienne camée qui n'arrive même pas à parler d'une petite fille et de Jia Li Wu, qui l'a sauvée. Être ici, avec vous et être obligée de paraître forte alors que j'ai juste envie de m'écrouler, c'est une épreuve.

Allénore était rouge et crispée.

– J'ai tellement honte…, pleura-t-elle.

– On a tous honte de quelque chose, fit Albus en articulant calmement.

Il lança un coup d'oeil en direction de Scorpius. C'était le moment de parler de ce maudit siège au Magenmagot.

– Mon père m'a proposé de reprendre le siège des Malefoy à l'Assemblée, souffla le blond. Et j'en ai honte. Parce que ce siège, je ne le mérite pas, je n'ai pas été élu pour, je suis né pour. Je n'ai rien fait pour en être digne, mais parce que mon nom est Malefoy, siéger au Magenmagot est un droit que je peux réclamer. Je voulais refuser mais…

Scorpius leva les yeux vers Allénore. Son visage était étrangement neutre, ce qui ne ressemblait pas du tout à la jeune femme.

– Je veux accepter.

Rose, de l'autre côté de la pièce, souriait fièrement.

– Opaline est enceinte, avoua Nilam.

– Pardon ? s'écria Albus. Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

La potioniste s'était postée devant l'une des fenêtres. Elle faisait toujours cela lorsque quelque chose n'allait pas. Elle s'isolait et regardait les paysages pour respirer.

– Parce que personne ne le sait à part elle, Isaak et moi. Elle me l'a annoncé il y a deux semaines et … je ne me suis pas réjouie. Enfin, ma réaction a été moins pire que celle que j'ai eu lorsque Clara, la femme de mon cousin Colin a annoncé qu'ils attendaient un enfant. Opaline pensait que je serai heureuse pour eux. Mais je n'ai pas réussi à l'être. J'ai pensé… à toutes les horreurs de ce monde et au danger que cela représente, de faire venir un bébé dans cet endroit. Tout est si dangereux… Opaline a pleuré quand elle a vu que j'étais désabusée. J'ai honte d'avoir réagi ainsi et de penser ainsi. Je devrais être contente… Cependant, je n'y arrive pas. J'ai trop peur.

Nilam sortit une cigarette de la poche de sa robe noire de la journée. Toute en dentelle et avec ses manches en tulle, Nilam ne semblait pas avoir froid. Pourtant, ses os étaient glacés.

– J'ai fumé après ça, alors que ça fait deux ans que j'ai arrêté. La honte, on connaît tous Allénore. Rose a développé une peur de l'abandon et elle en a honte. Albus est devenu ami avec un fantôme parce qu'il n'arrivait pas à se remettre de ta disparition et il en a honte.

– Je n'ai pas honte de Richard, protesta Albus.

– Tu n'as pas honte de lui, mais tu as honte de toi, parce que tu sais que tu es devenu ami avec lui pour combler le manque qu'avait creusé Allénore.

– Qui est Richard ? demanda simplement celle-ci.

Albus la regarda droit dans les yeux. Il passa une main dans ses cheveux et soupira.

Nilam avait raison.

Le silence d'Albus fut comme un coup au coeur d'Allénore. Un de plus.

Depuis quand Albus lui cachait-il des choses ? Eux qui se disaient tout, qui parlaient de tout…

– C'est un fantôme, répondit Albus après quelques secondes.

Allénore ouvrit la bouche. Elle lui avait demandé « qui », pas « quoi » et les yeux verts et clairvoyants d'Albus sur elle la génèrent. Elle les connaissait pourtant très bien… Ce regard faisait partie de la panoplie du grand sage qu'Albus était. C'était un regard mélancolique mais apaisé, un regard duquel on devinait une certaine tristesse, mais la maturité certaine de l'acceptation de la situation.

Albus était sûrement la personne la plus intelligente de cette pièce, mais aussi celle qui en disait le moins.

Allénore aimait ça chez lui.

Pourtant à l'instant même, elle le sentait juge. Il l'analysait, tentant probablement de desceller une réaction, un sentiment de jalousie chez elle après ce que venait de dire Nilam. Cependant, Allénore s'efforçait de rester neutre et impassible, quand tout en elle s'écroulait.

Il l'avait abandonnée. Elle ne lui avait pas manqué. Il l'avait remplacée. Ces trois pensées obsessionnelles et irrationnelles s'emparèrent d'elle.

– C'est bien que tu aies pu te faire un ami.

Et me remplacer, pensa-t-elle.

Mais quelle abrutie, pensa-t-il.

Il aurait souhaité qu'elle se mette en colère et elle était sur le point de l'être, sentant la jalousie titiller sa langue et brûler dans sa gorge. Ne sachant comment calmer son émotion, Allénore fit la seule chose qu'elle savait faire dans ces moments-ci.

Elle prit la fuite et changea de pièce.

***

Rose s'était endormi sur l'épaule de Louis. Elle ronflait légèrement et son cousin, amusé, ne bougeait presque pas, de peur de la réveiller. D'habitude, elle élisait domicile sur l'épaule d'Albus. Jamais la sienne.

– Elle va bien finir par descendre, pesta Nilam en regardant avec rage l'escalier qu'avait emprunté Allénore deux heures plus tôt.

– C'est mal la connaître. On parle d'une personne qui aurait été capable de passer toute sa vie à saboter un groupuscule terroriste.

Rose gigota dans son sommeil, agitée par un rêve.

– Est-ce qu'elle m'en veut ? demanda Scorpius à Louis.

Il songeait à la naissance d'Aurore. Allénore s'était isolée presque une journée, seule dans son coin, dont elle n'avait pas bougé, ni pour boire ni pour manger.

– Et qu'est-ce que j'en saurais ! marmonna Louis. Je ne suis pas dans sa tête.

– Avant, moi j'y étais. Ou tout du moins, j'avais l'impression d'y être.

Scorpius inspira un grand coup. Il se mordit la langue et secoua la tête. Il n'en revenait pas de ce qu'il allait dire… Mais Louis lui coupa la parole, avant qu'il ne commette l'irréparable.

– Tu devrais parler à Allénore.

– Quand ?

– Maintenant, proposa Louis. Il n'y a jamais de bon moment avec elle. Alors n'attends pas…

Scorpius hocha la tête et échangea un regard avec Albus, qui haussa les épaules, l'air désabusé. Il n'avait pas envie de parler avec Allénore. Il ne le comprenait pas. Il la revoyait encore tirer de sang froid sur un homme désarmé et qu'ils auraient pu vaincre de façon beaucoup plus pacifique et moins sanguinolente.

Albus n'avait pas la patience alors il préférait se tenir en arrière et laisser Scorpius prendre les choses en mains. Scorpius prit sa veste, sans trop savoir pourquoi et fit un signe de tête à son meilleur-ami pour lui demander si il allait se joindre à lui.

– Nilam et moi allons monter la garde, prévint Albus.

Parchemin reçu : il ne voulait pas discuter avec Allénore.

Scorpius et Louis approuvèrent en silence également. Ils étaient tous devenus avares de mots, les économisant de peur de prononcer celui de trop. Depuis qu'ils étaient ici, ils marchaient tous sur des œufs … En particulier avec Allénore et tout ça était éreintant.

Scorpius décida de monter à l'étage, laissant Rose et Louis tous les deux dans le salon silencieux et calme. Il traversa le long couloir, espérant voir une porte ouverte lui indiquant qu'Allénore se trouvait dans une pièce. Mais elles étaient toutes fermées à clef. Il l'appela plusieurs fois, mais elle ne répondit pas. Il continua de s'acharner, jusqu'à atteindre le bout du couloir.

Une immense porte-fenêtre qui prenait toute la largeur du mur était ouverte et laissait passer l'air frais de la journée. Il la traversa et entra dans un petit jardin de pierres et de fleurs de toutes les couleurs. Il y avait une petite fontaine sur laquelle avait été apposée la sculpture d'un dragon qui s'entortillait tout autour du socle avant de monter haut dans les airs.

Allénore était assise sur un banc, perdue dans ses pensées. Elle releva la tête et lui sourit.

– Tu es inquiet.

– Toujours quand il s'agit de toi.

– Je le sais maintenant, s'amusa-t-elle.

– Même lorsque tu ne savais pas que tu étais une polyglomage… Même lorsque tu ne maitrisais pas tes dons… Tu as toujours su deviner comment je me sens. Et j'ai toujours su deviner comment toi tu te sens. Je suis désolé de ne pas avoir perçu ton malaise lorsque nous sommes arrivés ici.

– Ce n'est pas grave, le pardonna-t-elle.

La briseur de sorts ouvrit la bouche pour lui parler de ce qu'il ressentait, lui dire qu'il avait eu peur d'elle lorsqu'ils étaient au Dragon Rieur, que lorsqu'il l'avait vu endosser le rôle de Mistinguette, il ne l'avait pas reconnue. Il voulait lui dire que la violence, la colère dans ses yeux, l'avaient effrayé. Il ne l'avait jamais vu ainsi. Jamais sous cet angle.

Cette personne n'était pas son amie. Car il ne la connaissait pas.

Il voulait juste comprendre.

Il voulait aussi la rassurer et lui dire qu'il l'aimait.

Scorpius tripota l'écrin qui contenait la bague de fiançailles de Rose. C'était devenu un tic, un gri-gri, quelque chose qu'il touchait pour se rassurer et se donner un peu de courage… Depuis le temps qu'elle était là, cette alliance… Il était nerveux et cherchait ses mots.

Mais Allénore, qui avait certainement sentit le besoin de Scorpius de se confier et qui n'était pas prête, prit les devants.

– Je ne sais pas si Louis et moi nous nous marierons un jour… Mais… Tu te souviens du rosier qu'il m'a offert pour notre première saint-valentin ?

– Evidemment… Tu en as parlé pendant des semaines et des semaines, se rappela-t-il. Vous l'avez planté dans la Forêt Interdite, près de Poudlard.

– Oui… J'y suis retournée tous les ans depuis, et tous les jours, de mai et de juin pour récupérer chaque pétale de roses qui y fleurissaient. Je les ai fait sécher entre les pages de plusieurs livres. Des manuels sur les créatures magiques, sur les sortilèges, des romans d'amour…

Allénore se mit à rougir et à bégayer maladroitement.

– Je me suis dit que ce serait beau, qu'on nous lance ces pétales une fois notre union scellée par un bout de papier et deux alliances, si ce jour venait à arriver…

– Tu as gardé chaque pétale ?

– Ils sont dans une boîte, sous mon lit.

– C'est niais. Très mignon mais niais.

– Oh je t'en prie… Scorpius… Tu t'apprêtes à demander Rose en mariage. Vous êtes tous deux les enfants de deux familles ennemies depuis la nuit des temps. Votre histoire est niaise. Mignonne mais niaise.

– Les Weasley et les Malefoy ne sont pas du tout ennemis depuis la nuit des temps, leva les yeux au ciel Scorpius.

Allénore s'esclaffa un peu. Elle avait déjà entendu ce discours…

– Ils étaient même alliés et très unis au 16ème siècle, lorsqu'il a fallu…

– Scorpius, l'interrompit Allénore. Tu devrais vraiment la demander en mariage.

Il lui sourit et se rapprocha assez près d'elle pour embrasser son front. Il s'assit à ses côtés, sur le petit banc de pierre.

– Je sais ce que tu cherches à faire… Tu me parles de mes problèmes pour qu'on ne parle pas des tiens. Tu as toujours fait ça.

– Tu crois que Rose fera de moi sa demoiselle d'honneur ?

– Non.

Allénore pâlit subitement.

– Tu seras son témoin, lui assura-t-il. Sauf si en tirant à pile ou face, elle tombe sur Albus. Et dans ce cas là, tu seras mon témoin.

– Vous allez tirer à pile ou face pour nous partager Albus et moi ? éclata-t-elle de rire.

– Probablement…, rit-il avec elle.

– On fera la fête et on s'amusera. Comme avant.

Scorpius décida de laisser tomber. Allénore ne voulait pas parler. Alors il se leva et elle le regarda faire, sans le retenir, des larmes dans les yeux et le teint verdâtre.

– Tout va bien ?

Il pria pour qu'elle dise «non » et en réalité aucun son ne sortit de sa bouche. Allénore hocha simplement la tête et Scorpius fourra ses mains dans ses poches, lassé et fatigué d'avoir à se battre pour la comprendre et la faire parler.

Tout avait été toujours si simple entre eux. Pourquoi, désormais, chaque conversation était une bataille ?

– Eh Scorp… Je crois que tu fais le bon choix en acceptant ce siège au Magenmagot, fit Allénore. Je suis fière de toi, tu sais ?

Une vague de chaleur monta dans le coeur de Scorpius, qui sourit à son amie, attendri. Il était soulagé qu'elle le prenne ainsi, qu'elle lui fasse toujours confiance et qu'elle lui dise de tels mots.

– Merci All.

Il s'en alla, espérant encore un peu qu'elle le retiendrait. Mais elle n'en fit rien. Lorsqu'il descendit les escaliers, Rose ne dormait plus et lui fit signe de s'approcher. Louis était parti rejoindre Albus et Nilam dans leur patrouille.

La fabricante de baguette magique déposa un baiser sur les lèvres de Scorpius et glissa ses mains, dans les poches de sa veste. Il savait qu'elle devait avoir senti l'écrin dans celle de droite, mais elle n'en fit rien paraître. Ses doigts accrochèrent les siens et les posèrent sur la boîte.

Le visage de Rose s'illumina et le coeur battant, Scorpius lui répondit.

Il avait besoin de courage et d'amour. Rose lui donnait tout cela, et lorsqu'elle était là, près de lui, tout ce qui était noir et tracas était léger et heureux. Il oubliait comme tout était compliqué, parce qu'avec elle, tout était évident.

Sa conversation avec Allénore, qui l'avait frustré et déçu, était déjà loin derrière lui.

Le pouce de Rose caressa sa paume.

– Quand tu seras prêt, chuchota-t-elle près de son oreille.

Il ricana faiblement.

Merlin qu'il l'aimait…

– Je t'aime.

Il ne le lui disait peut-être pas assez.

– Je t'aime aussi.

Il adorait l'entendre le lui dire.

***

– T'as une tête hideuse.

Allénore haussa ses deux sourcils en suivant des yeux Louis, qui venait vers elle. Il tenait dans ses mains une assiette sur laquelle il avait empilé plusieurs sandwichs qu'il avait préparé avant de monter la retrouver. Il s'installa à ses côtés et commença à manger.

– Je vais nous épargner du temps, veux-tu ?

– Pardon ? fit Allénore en battant innocemment des cils.

– Je vais te demander si tu vas bien, et tu vas me répondre que oui. Je vais insister, tu vas te braquer, je vais te dire que tout peut tout me confier, tu vas finir par craquer et me raconter tes tracas. Je vais te proposer un sandwich que j'ai fait rien que pour toi. Tu vas refuser parce que tu as la nausée. Ton ventre va gargouiller. Je vais te le fourrer dans la bouche et tu mangeras. Le bonus non négligeable, c'est qu'à la fin, tu me fais un câlin et tu m'embrasses. Ou je te fais un câlin et je t'embrasse. On s'en fiche. La partie câlins et bisous est toujours sympa…

Allénore haussa un sourcil avec dédain.

– Alors, accepte le sandwich, dis-moi que ça ne va pas et après…

Il dessina la bouche d'Allénore de ses pouces en lui souriant. Il n'était jamais autant lui que lorsqu'il était avec elle.

– Après on passera au moment câlins et bisous.

Allénore éclata de rire. Louis était parfois d'une désinvolture incroyable et elle savait que s'il avait ce ton léger avec elle, c'était pour la faire rire et la détendre.

Allénore était amoureuse du sourire de Louis.

Son cœur se calma un peu.

Elle posa ses mains à plat sur son torse, face à lui et après avoir placé ses jambes de part et d'autres du banc.

– Cette chemise est hideuse.

– J'ai métamorphosé l'un des coussins du canapé.

– Où est passé mon haut ?

– Je l'ai enlevé lorsque je suis passé à travers le miroir, indiqua Louis.

– On dirait que l'une de tes manches est rembourrée, fit Allénore en palpant l'un de ses bras, un peu trop rebondis par la mousse.

– Je devrais probablement relancer ce sort… Je ne suis pas un expert.

– Laisse moi faire !

– C'était peut-être exactement mon plan en ratant ce sort…, sourit Louis de toutes ses dents. Te faire enlever mon nouveau haut trop stylé et… te faire tomber sous mon charme !

Allénore ricana. La Serdaigle en elle, faisait les règles et les transmettait à Louis. Le Gryffondor en Louis les apprenait pour mieux les contourner et les casser. Il faisait de quelque chose de sérieux, quelque chose de plus léger … et sexy. Parce qu'il n'y avait que Louis Weasley, ce petit arrogant de Gryffondor, pour prétendre avoir raté un sort dans l'unique but de se retrouver torse nu devant sa petite-amie.

Il retira le vêtement et Allénore l'y aida en silence. L'intimité du moment les fit se sentir seuls au monde, dans leur bulle, rien que tout les deux et loin de tout. Allénore déglutit, en découvrant sur l'épaule de Louis, une nouvelle cicatrice, qui avait profondément entaillée sa chair. Elle avait mal pour lui et mal de ne pas avoir été avec lui. Elle posa ses doigts dessus, après avoir eu l'assentiment de Louis.

Elle demandait toujours la permission avant de le toucher et il en faisait tout autant.

Il grimaça lorsqu'elle l'effleura timidement. Pas parce qu'il avait mal, mais parce qu'à chaque fois qu'Allénore le touchait, il réalisait à quel point il adorait un peu trop ça et à quel point ce genre de gestes lui manquaient quand il était loin d'elle, à voyager pour étudier la dragonologie.

– Comment est-ce que tu t'es fait ça ?

– Je n'en sais rien… Quelque chose m'a agrippé.

– Qui t'a soigné ?

– Je l'ai fait tout seul.

– Tu as d'autres cicatrices…, réalisa Allénore en faisant courir ses mains sur la peau de Louis.

Son index esquissa une marque fine et franche. Louis se mit à sourire un peu plus. Les mains d'Allénore réveillaient la peau de Louis, chaque vaisseaux sanguins, chaque centimètre carré de son âme. Il ne se lasserait jamais de son touché, de ses doigts, de ses mains sur lui.

– Une griffe d'une Mussolé-Carmin, souffla enfin Louis.

– Elle est nouvelle.

– Oui.

Allénore réalisa que cela faisait bien trop longtemps qu'elle ne l'avait pas aimé, qu'elle ne l'avait pas caressé, qu'elle ne lui avait pas murmuré à quel point elle le trouvait beau et tant d'autres choses.

Louis comprit. Son sourire s'agrandit encore plus et ses propres mains filèrent sous le haut d'Allénore. Il connaissait son corps par cœur et savait précisément où se trouvaient ses cicatrices à elle, ses traces de brûlures, de coupures et de morsures. Il les parcourut avec patience, et ils se regardèrent dans les yeux, sans se lâcher. Ils se touchèrent tout simplement. Pour le réconfort. Pour l'amour. Pour la tendresse. Pour l'autre. Ils avaient juste besoin de ça. Ses pouces s'arrêtèrent au niveau du renflement de ses seins, et il les laissa là, les faisant glisser régulièrement en de tout petits cercles.

– Ça me ferait plaisir que tu manges quelque chose…, murmura-t-il enfin contre sa bouche.

– D'accord.

Il retira ses deux mains de son corps et dès que sa peau eut quitté la sienne, il ressentit un immense vide et elle, une solitude déjà grandissante. Il prit un sandwich et le lui offrit.

– Je me sens triste et je suis en colère, avoua-t-elle. J'ai montré cette facette de moi que je n'aime pas beaucoup mais que je ne peux pas renier. Je ne voulais pas que Rose, Albus, Scorpius et Nilam la voit. Je suis triste, parce qu'ici, tout me ramène à Jia Li et à Noanne. Je suis en colère parce que… parce que je n'ai parlé de Noanne à personne. Il n'y a que toi, à part moi, qui la connaissait. Est-ce… Est-ce que tu crois que je la tue une seconde fois, en ne parlant d'elle à personne ?

Louis prit Allénore dans ses bras et frotta son dos avec tendresse. A chaque caresse, il enlevait un peu de son malheur et Allénore aurait voulu le lui dire. Mais elle se concentrait sur cette sensation, ce sentiment de bien-être et de repos qu'elle avait lorsqu'il était près d'elle.

Il s'était attendu à ce qu'elle mentionne le fait qu'ils n'avaient toujours rien trouvé au sujet de Han Derrick. Il avait déjà préparé tout un discours, pour lui dire que tout irait bien, qu'ils en parleraient aux Aurors à leur retour et que plus jamais cet homme ne les blesserait.

– Je crois que tu as besoin de temps et qu'aujourd'hui, peut-être malgré toi, tu as avancé. Ils connaissent son prénom. Tu y vas à ton rythme, Allénore. Pas aux leurs. Il s'agit de ton deuil. De nos deuils.

Louis savait que la colère de ses cousins était exacerbée par le fait qu'ils savaient que Louis aussi, avait vécu certaines choses dont il ne pouvait et ne voulait pas parler. La seule personne à qui il voulait se confier, était Allénore. Tommy, parfois, lorsqu'il était dans ses bons jours et que Louis n'avait pas à porter son ami, parce qu'il comprenait également, mais personne ne savait l'apaiser mieux qu'Allénore.

– Mais ils ont besoin de savoir, je le sens…

– Oui, ils en ont besoin…

Il était incapable de lui mentir.

Il se redressa d'un coup, après avoir entendu des bruits, provenant d'un buisson. All2nore posa ses lèvres dans son cou et il oublia tout.

– Qu'est-ce que je peux faire pour que tu te sentes mieux ?

Parfois, il se sentait minable d'être incapable de vraiment la consoler.

Ce qu'il ignorait, c'est que c'est simple demande rendait Allénore heureuse, car il ne souhaitait rien de plus que de prendre soin d'elle, et elle le comprenait. Le savoir était parfois suffisant.

– Rien, dit-elle en commençant à picorer des morceaux du sandwich.

Sa présence la consolait déjà, sans qu'elle ne l'explique.

Il la serra contre lui et il attendit qu'elle termine de manger dans ses bras. Après quelques instants, elle défit leur étreinte, sereine et apaisée. Elle l'embrassa de tout son soûl, pour lui dire comme elle était reconnaissante qu'il soit avec elle et qu'il l'aime. Ils s'agrippèrent l'un à l'autre, approfondissant leur baiser, s'accrochant au corps de l'autre et à leurs sourires. Ils étaient leur propre ancre dans la tempête. Ils s'aimaient. Ils s'aimaient tellement que parfois, ils ne savaient pas trop comment se le montrer ou se le dire. Ils se laissaient juste submerger par la vague et savouraient leurs caresses, leurs baisers, tout ce qu'ils étaient et s'offraient. Ils se laissaient porter, dériver jusqu'à reprendre pieds. Allénore et Louis avaient envie l'un de l'autre et ça ne partait jamais. Ils ne l'expliquaient pas mais c'était comme ça. Tout était mieux lorsqu'ils étaient ensemble.

Il n'y avait pas de mot pour ça.

Pas assez fort.

Un « je t'aime » n'aurait pas suffit.

Et quand il fallait respirer, ils détestaient leurs poumons trop faibles de les forcer à se détacher.

Ils ne se lassaient jamais de leurs baisers passionnés, de leurs mains sur leurs peaux, exploratrices et savantes. Parce qu'ils savaient comment s'apaiser, se donner du plaisir et s'aimer. Chaque fois qu'ils s'embrassaient, Allénore et Louis avaient la sensation d'exécuter une chorégraphie qu'ils avaient attendu toute leur vie. Une belle et somptueuse danse, où tout était à sa place.

Allénore démêla les cheveux blonds de Louis, assez longs désormais pour qu'ils atteignent ses épaules. Il les attacha pour ne pas être dérangé, supportant mal de les avoir dans les yeux ou entre sa bouche et celle d'Allénore. Elle, pourtant, s'attaqua à défaire sa coiffure approximative et faite dans la précipitation pour glisser ses doigts dans ses mèches. Il sourit.

— Nous ne sommes pas seuls, lui rappelle-t-il avec un petit air mi-audacieux mi-mutin.

Elle s'esclaffa.

Elle s'en voulait presque de rompre la magie de cet instant.

– Louis…

Il demeura immobile. Il connaissait ce genre de « Louis... ». C'était un « Louis... » qui indiquait qu'elle s'apprêtait à lui révéler un truc qui ne lui plairait pas du tout.

Mais alors pas du tout.

Allénore sortit prudemment de son sac un petit miroir.

Louis cria de toutes ses forces, lorsque le reflet de Han Derrick lui fit un clin d'œil.

 

End Notes:

 

 

 

 

One misstep, you're mine

And you better stay clever if you wanna survive

Once you cross the line

You'll be wishing you would listen

When you meet your demise

 

Chapitre IX by CacheCoeur
Author's Notes:

 

 

God’s Whisper – Raury

Unstoppable – The Score

London Calling – The Clash

Make up Your mind – Florence & The Machine

Hurts like Hell – Tommee Profitt, Fleurie

 

 

I won't compromise
I won't live a life
On my knees
You think I am nothing
I am nothing
You've got something coming
Something coming

 

24 avril 2030, 19h25 heures de Pékin, à Zhouzhuang

Allénore s'était attendue à ce que Louis ait cette réaction.

Elle se leva d'un bond, quittant le banc sur lequel elle était assise depuis plusieurs heures, à cogiter. Elle avait retourné le problème dans tous les sens, essayant de déterminer quelle serait la meilleure chose à faire : détruire ce miroir ? L'examiner ? Le confier aux Aurors ?

Allénore avait finalement décidé d'en parler à Louis. Car il était de bon conseil. Il était celui qui gardait la tête froide et qui ne perdait pas les pédales quand la situation devenait critique. Contrairement à elle, qui déraillait complètement…

– Depuis quand as-tu … ce truc avec toi ? lui demanda Louis d'un ton dur et froid. Non mais t'es complètement inconsciente ! Pourquoi n'as-tu rien dit ?

Merlin qu'il avait envie de la … arrrggggggh !

– Je l'ai trouvé dans la fosse, lorsque nous avons été séparés. Crivey me courrait après… Je l'ai pris sans réfléchir et maintenant…

– Tu aurais dû nous avertir ! Bon sang, Allénore ! Putain… Mais putain de bouse de botruc ! Putain de Merlin…

Elle baissa la tête, coupable.

Elle avait peut-être surestimé les capacités de Louis à garder son calme en toute situation.

– Je t'en parle maintenant… , bredouilla-t-elle.

Louis soupira franchement et la chemise qu'il s'était faite à partir d'un coussin repris sa forme initiale sur le banc. Il fit quelques pas et regarda d'un œil mauvais le miroir, toujours dans les mains d'Allénore.

– Est-ce qu'il…

– Je n'en sais rien, répondit Allénore en le coupant. Il n'a pas essayé de parler et il se contente de faire des gestes un peu… étranges.

Elle présenta le miroir face réfléchissante à Louis. Le visage de Han Derrick, en gros plan, faisait effectivement d'étranges gestes vagues et immenses. Sans doute tentait-il de communiquer…

– ALLÉNORE ! LOUIS !

Rose et Scorpius entèrent en trombe dans le petit jardin. La première pointa sa baguette sur le miroir, le second ouvrit grand la bouche.

– Qu'est-ce que …

Nilam et Albus ne tardèrent pas à arriver à leur tour, atterrissant sur le sol, leurs balais dans les mains.

– On a entendu crier ! Tout va bien ? s'inquiéta l'Historien.

– Pourquoi Louis est presque toujours à moitié à poil ? les interrogea Nilam en laissant échapper un hoquet en apercevant l'objet qu'Allénore tenait.

Et Han Derrick dans son miroir, continuait de faire des gestes absurdes auxquels Louis ne comprenait rien. Il tritura les piercings à ses oreilles, laissant Allénore expliquer la situation à ses amis.

– Qu'est-ce que ce miroir fiche entre tes mains ? la questionna calmement Scorpius.

– Je l'ai trouvé.

– Et tu n'as pas cru bon de nous en faire part parce que …. ? enchaîna Albus.

– Ce truc est potentiellement dangereux !

– « Potentiellement » ? Non. C'est dangereux ! s'écria le brun.

Allénore ne l'avait jamais vu perdre ainsi son calme.

– Il est resté dans mon sac tout du long ! Je viens seulement de l'en sortir ! justifia-t-elle.

– Bordel par tous les caleçon de Merlin ! Allénore ! s'énerva davantage Albus.

– Il essaie de communiquer, observa Scorpius en désignant le miroir.

– N'y touche pas, l'alerta Rose. Ne le regarde même pas.

– Ce n'est pas un ungaikyō, observa Louis. Allénore aurait été prisonnière du miroir si cela avait été le cas. Ou elle aurait été sérieusement hypnotisée. Hors, elle est là, et ce n'est pas son reflet … Et elle est pleinement consciente.

– Vraiment ? haussa un sourcil Albus. Parce que je la trouve parfaitement inconsciente me concernant !

– Al ! siffla Nilam en guise d'avertissement.

Rose et Scorpius froncèrent les sourcils.

– Le Han Derrick du miroir vient de hocher la tête…

– Pardon ?

Louis contourna Allénore pour se planter en face du miroir. Han Derrick avait un pouce levé et hochait désespéramment la tête.

– Ce n'est pas un ungaikyō, affirma une fois de plus Louis.

Han Derrick fit une grimace désespérée et sceptique, fait de sa main un signe de vague signifiant que Louis disait quelque chose de plus ou moins vrai.

– Détruisons ce truc et finissons-en, maugréa Allénore. Tout ce qui est lié de loin ou de près à Han Derrick ne peut rien signifier de bon.

– Cette chose a une conscience, All, l'arrêta Scorpius. Elle nous comprend. C'est peut-être un protecteur magique…

– Alors fais ta magie et essaie de détecter de quoi il s'agit, fit Allénore en capitulant.

Au fond d'elle, elle refusait de faire du mal à une créature ou une création douée de conscience et parfaitement innocente. Elle confia le miroir à Scorpius, qui l'examina avec intérêt. Il lança plusieurs sorts de détection complexe, et décida après quelques instants de s'asseoir afin d'être mieux installé.

– Cet objet n'est pas maudit, dit-il après quelques minutes.

– Nous voilà tous extrêmement rassurés ! ironisa Nilam.

– Ce n'est pas un esprit non plus… En fait…

Allénore s'était adossée à la fontaine en forme de dragon et faisait des origamis. Rose l'accompagnait et Albus faisant semblant d'inspecter ses ongles. Allénore était persuadée qu'il fulminait tranquillement dans son coin : elle sentait les pulsations rapides de son corps et percevait ses pensées agacées et pleines de déception, d'incompréhension. Nilam restait près de Scorpius sur le qui-vive. Elle siffla d'admiration, lorsqu'il lança une nouvelle salve de sortilèges et contre-sorts.

Tous parfaitement inefficaces.

Louis s'arrêta subitement et regarda Allénore, le visage illuminé.

– Ce n'est pas un ungaikyō, s'exclama Louis l'air ravi. Par Merlin, j'ai compris. Ce n'est pas un ungaikyō !

– Super, nous voilà bien avancé, grommela Scorpius. J'essaie de travailler, là. Alors ferme ta grande bouche Weasley.

Mais Louis arracha des mains du Briseur de sorts le miroir.

– Vous êtes Han Derrick ? questionna-t-il le reflet.

L'homme prisonnier du miroir hocha la tête avec en train.

– Vous êtes le vrai Han Derrick !

Il ne pouvait peut-être pas faire de bruit, mais l'explosion de joie qui l'animait en ce moment même était assez éloquente.

Allénore s'était levée d'un bond et avait pâlit en entendant ses amis s'exclamer de surprise. Allénore ne sut pas vraiment ce qui lui prit à cet instant. Cependant, elle était sûre d'une chose : elle n'avait jamais eu aussi peur de sa vie.

Elle repensa à tout ce que lui avait fait Han et mille images traversèrent son esprit. Han et elle en train de négocier avec les êtres de l'eau. Han lui avouant fièrement qu'il lui avait injecté plusieurs maladies. Han tenant Louis dans ses bras pour lui injecté un poison mortel. Han la torturant. Han lui lançant des sorts nécrosions avancées. Han l'insultant. Han et ses doloris. Han et sa promesse de lui enlever tout ce à quoi elle tenait.

Encore à cause de lui, elle avait entraîné ses amis dans cette folle aventure… Simplement pour retrouver ce putain de maudit reflet… Ils avaient risqué leurs vies, failli mourir dans cette fosse. À cause de Han et à cause d'elle.

Han et la souffrance.

Han et les morts.

Han et la vengeance.

La vengeance…

– Bon ça suffit maintenant !

Elle prit à son tour le miroir et sans réfléchir aux conséquences, le jeta violemment contre le sol. Ils hurlèrent tous pour l'en empêcher, mais ne firent rien pour l'arrêter. Ils n'en n'eurent pas le temps.

À peine l'objet eut-il touché le sol, qu'une lumière vive et bleutée se dégagea du premier morceau de verre qui volait en éclat. Ils fermèrent tous les yeux, complètement aveuglés et ne les rouvrirent qu'une fois le danger écarté, baguettes et mains et prêts à se défendre.

Mais rien n'aurait pu les préparer au spectacle qui les attendait.

Nilam jura.

Albus écarquilla les yeux.

Louis recula de deux pas.

Rose laissa tomber sa baguette.

Scorpius demeura immobile.

Allénore grogna avec agressivité.

Le fantôme de Han Derrick se trouvait en face d'eux et flottait paisiblement. L'homme semblait encore un peu sonné, et s'évertuait à toucher consciencieusement chaque partie de son corps. Il souriait, heureux et Allénore n'avait jamais vu cette expression sur le visage de cet homme…

Sa baguette toujours pointée sur lui, elle le menaçait.

Il se tourna complètement vers elle et leva les deux mains.

– Pardonnez-moi jeune fille.

Et il y avait effectivement beaucoup à pardonner.

Lorsque le fantôme se précipita vers elle, elle hurla de toutes ses forces et lança plusieurs maléfices et sortilèges qui traversèrent l'entité. Les sortilèges de protection contre la mort tournaient dans sa tête sans qu'elle ne décide lequel appliquer.

– Je vous remercie infiniment de m'avoir libéré ! Ma chère Allénore, merci à vous ! Je savais que je pouvais compter sur vous !

Allénore tomba littéralement à la renverse. Elle atterrit sur les fesses et Louis, qui en train temps s'était précipité entre elle et le fantôme pour faire barrage, pensait complètement halluciner.

– Pourquoi êtes-vous un fantôme ?

– Assurément parce que grâce à vous, mon corps a été réduit en charpie après avoir subi plusieurs sortilège d'explosion et un troupeau d'éruptif en colère…, souleva le fantôme sans pour autant sembler ressentir quelconque amertume.

– Probablement la meilleure chose que j'ai faite de toute ma vie, grommela Allénore en se relevant.

– Et je ne vous en veux pas ma chère. C'était probablement la seule chose à faire, j'en conviens. Bien que maintenant je me retrouve éternellement piégé sans mon enveloppe corporelle… C'est pour le moins fâcheux…

Allénore refusait d'y croire.

Les Aurors n'avaient pas trouvé de corps… Mais le sang de Han avait bel et bien imprégné l'endroit en quantité suffisante pour que l'on puisse affirmer qu'il était tout ce qu'il y avait de plus mort.

Elle avait tué cet homme.

Puis tout s'assembla dans sa tête. Les pièces du puzzles constituèrent la vérité que Louis avait compris avant elle.

– Ce n'est pas un ungaikyō…, marmonna-t-elle.

Louis lui sourit en opinant.

– Je n'y comprends rien, gémit presque Nilam.

– Han Derrick. Celui qui est mort lors de la bataille finale contre les Autres… C'était l'ungaikyō, expliqua Louis. Le vrai est celui qui était prisonnier de ce miroir. L'ungaikyō a pris possession de son corps et en mourant, l'âme de la créature l'a fait disparaître.

– Je n'y comprends toujours rien, marmonna Scorpius.

– L'ungaikyō fait se séparer l'âme du corps en prenant possession de sa victime. L'âme est emprisonnée dans le miroir tandis que l'ungaikyō investit le corps. C'est l'âme de cette créature qui habite le corps et lorsqu'on la tue… les deux se re-dissocient et la magie est telle que très souvent, il ne reste plus rien. Pas même un cadavre, pas même une dent, pas même un ongle. C'est un phénomène très rare.

– Et que se passe-t-il pour la véritable personne ? Pour celle qui est prisonnière du miroir ? demanda Rose.

– Sans corps, il ne reste plus que l'âme… La victime devient…, commença Louis.

– Un fantôme, répondit Han Derrick. Un spectre plus exactement, car je suis libre d'aller où bon me semble maintenant.

Louis avait envie de prendre une table de ouija et de le renvoyer tout droit là où était sa juste place : aux enfers.

Il y avait une forme de colère dans la voix du spectre, mais également une curiosité pour la situation dans laquelle il se trouvait. Un intérêt purement scientifique brillait dans ses yeux, une lueur qu'Allénore connaissait bien sur ce visage. La vanité du mage était nourrie par une curiosité maladive et destructrice. Han Derrick était un mage noir, mais il demeurait tout autant un homme de sciences, intrigué par quantité de choses… Il se prenait pour un dieu, à étendre les limites de la magie, à se croire invincible.

Allénore recula d'un pas. Il y avait quelque chose de mauvais dans cet être. Un truc qui lui soufflait de se méfier, de ne pas lui faire confiance.

Le fantôme flotta jusqu'à elle et Louis haussa un sourcil, cherchant à l'en dissuader. Il était hors de question qu'il approche Allénore.

Il était compliqué de se dire que cet homme n'était pas le Han Derrick qu'elle avait connu, mais qu'il était quand même lui, en quelque sorte…

– Je me souviens de tout, Allénore Richards. Son cerveau était le mien. Ses souvenirs, ce qu'il a vécu lorsqu'il possédait mon corps, je sais tout…

Nilam, Albus, Rose et Scorpius eurent chacun une réaction différente en entendant le prénom de leur amie accolé à ce nom. Personne ne l'avait jamais appelée ainsi. Pas en leur présence. Mais le fait était qu'Allénore était la fille d'Ed Richards et que l'entendre était autre chose que de le savoir.

– Ne vous approchez pas plus, menaça Louis d'une voix douce mais ferme.

Il s'était planté entre le spectre et Allénore. Un geste de trop, et Louis lui aurait fait payer. Table de ouija ou non.

– Je sais ce qu'il vous a fait et croyez-moi, j'en suis désolé, l'ignora le fantôme en regardant Allénore à travers lui.

Celle qu'elle était avant aurait pu le croire.

– Les menaces, les tortures… Il savait que vous étiez une polyglomage et il savait que blesser ces gens devant vous, vous ferait tout aussi mal que si vous aviez été celle à recevoir les coups. Et puis les expériences qu'il a mené sur vous…

Allénore ferma les yeux, pour faire reculer la douleur.

– Taisez-vous, implora-t-elle.

– Ces maladies et ces poisons qu'il vous a injecté… Vous n'en connaissez pas tous les effets ni mêmes leurs noms… Je crois qu'il vous en a même donné sans que vous ne le sachiez…

Louis baissa sa baguette et se tourna vers Allénore, soudainement angoissé. Lorsqu'il vit la surprise sur son visage, il comprit qu'elle n'était pas plus au courant que lui et que la panique avait germé dans son esprit.

– Vous l'avez tué tous les deux sans vous demander quels secrets il pouvait encore cacher.

Allénore rouvrit les yeux et se concentra sur ses amis. Ce n'était pas elle qu'ils examinaient mais Louis.

Louis, qui avait tué Han Derrick avec elle.

Louis, si innocent, si gentil, si rieur.

Louis que rien n'atteignait, Louis qui provoquait, taquinait. Louis, toujours si calme et bienveillant.

Louis, leur cousin, leur ami, une figure de la justice, de la balance et de l'équilibre.

Un meurtrier.

– Mais il y a ce poison Allénore, et tu le connais… Il pourrait détruire toute forme de magie. Tu le sais : nous ne sommes pas en sécurité dans ce monde.

– Vous êtes déjà mort, fit sonner comme une sentence Allénore. Tout ça ne vous concerne plus.

– Toute. Forme. De. Magie, répéta Han Derrick

Rose poussa un hoquet de surprise.

– C'est impossible, chuchota Albus.

On ne pouvait tuer les fantômes.

Ils hantaient pour l'éternité. C'était la règle.

– Je l'ai vu à travers ses yeux. Cet ungaikyō a vécu quatre ans dans mon corps… Nous étions liés… J'ai des souvenirs flous, je sais ce qu'il a fait, comment il l'a fait, pourquoi il l'a fait, et où est son laboratoire.

Allénore ouvrit la bouche et posa une question muette à Louis, qui hocha la tête.

– J'ai quelques souvenirs très vagues de ce qu'il s'est passé lorsque l'ungaikyō était dans mon corps. Je voyais à travers ses yeux, mais je ne pouvais rien faire, marmonna Louis.

Allénore avança d'un simple pas, juste pour effleurer sa main et lui faire savoir qu'elle écouterait toujours sa peine et que son sentiment d'impuissance, elle le comprenait.

En même temps, son cerveau tournait à plein régime. Quatre années… Allénore n'avait peut-être jamais connu ni même rencontré le véritable Han Derrick. Elle avait toujours eu à faire à une copie, une créature magique qu'elle n'avait jamais identifié.

– Il dit la vérité, termina Louis.

– J'ai entendu ces gens dans la fosse… Il venait pour moi. Pour ce miroir et pour connaître l'emplacement du laboratoire du Han Derrick, leur apprit le fantôme. Ils veulent tous mettre la main sur ce poison et tous les résultats des expérience qu'il a pu mener.

– Y sont-ils parvenus ? l'interrogea Rose.

Le fantôme se tourna vers les quatre amis dont il ne s'était jamais intéressé jusqu'à maintenant.

– Merlin non ! s'offusqua-t-il.

– Ils savaient pour l'ungaikyō ? fit sceptiquement Scorpius.

Quelque chose ne tournait pas rond dans cette histoire.

– Han Derrick avait un testament magique, qu'il a dû transmettre à des personnes de confiance comme…

– Crivey, comprit Allénore.

– Exactement.

– Il ne doit jamais tomber sur ce poison, refusa la polyglomage.

– Tout est flou mais… Il ne doit pas manquer grand-chose à Crivey pour qu'il puisse trouver l'emplacement du laboratoire. Il voulait simplement empêcher Mistinguette de le retrouver…

Le fantôme jeta un regard entendu à Allénore qui pâlit.

– L'ungaikyō a toujours su que tu trahirais les Autres. Ce qu'il ne savait pas en revanche, c'était que tu surpasserais ses attentes au point d'en faire ses craintes.

Allénore ne l'écoutait déjà plus. Elle restait concentrée sur son propre corps, s'obligeant à ressentir la présence de tous ses membres. Des poisons, des maladies courraient en elle et elle n'en savait rien ? Son propre corps était peut-être en train de la trahir en ce moment-même.

– Il faut qu'on prévienne les Aurors cette fois-ci, soupira Allénore.

– Je suis d'accord, approuva Louis.

Elle releva la tête et tomba nez-à-nez avec lui. Il ne la touchait pas mais la caressait du regard, se voulant rassurant sans trop savoir comment s'y prendre. Allénore avait toujours eu une relation particulière avec son corps et elle avait mis tellement de temps à l'accepter… Les cicatrices, les fêlures, les brûlures, les os mal consolidés, les nerfs endommagés … Lorsqu'elle était définitivement rentrée, elle avait été obligée de suivre plusieurs cours de réadaptation à Sainte Mangouste, où elle avait été abreuvée de potions pour réparer son corps. Allénore avait fini par s'aimer et accepter tout ça aux prix de nombreux efforts. En fait, elle luttait encore. Et c'était une lutte qu'elle menait seule et pour laquelle Louis était impuissant.

– J'ai entendu Crivey, fit le spectre. Il sait où est le laboratoire. Il cherchait juste le miroir pour que jamais personne ne tombe sur moi. Maintenant, il a dû se rendre compte que vous l'aviez … Il doit déjà être en chemin ! s'alarma-t-il. Il faut vous y rendre sans perdre un instant.

Allénore fronça les sourcils.

– Pourquoi tenez-vous tant à ce que nous nous y rendions ? Les ungaikyōs sont des créatures magiques qui empruntent souvent les traits de caractéristiques des âmes dont elles possèdent le corps. Elles les exacerbent. Le Han Derrick que j'ai connu était un grand psychopathe. Un grand malade. Un grand mage noir. Un grand fou. Un grand inventeur. Un homme très dangereux. Donc je suppose que le vrai est un simple psychopathe. Un simple malade. Un simple mage noir. Un simple fou. Un simple inventeur. Un homme dangereux. Vous ne devez pas être un enfant de chœur.

Un long silence accueillit le discours d'Allénore.

– J'ai rejoint les Autres bien avant l'affaire Opaline. Bien avant que les Autres ne décident de se servir de créatures magiques pour leurs sombres dessins et c'est sur les ordres de ton maudit père, cracha Han Derrick, que j'ai dû partir chercher dans tous le pays des ungaikyōs. Il voulait les ralier à sa cause, alimenter et se servir de leurs colères contre les humains, qui les ont chassé et traqué durant des siècles… J'étais contre cette méthode mais je n'ai eu d'autre choix que d'obéir. Je suis parti en montagne, pour en trouver. Je me suis fait piéger pendant plus de sept ans. J'ai eu le temps de réfléchir …

– Bien sûr. Parce que vos trente années de vie ne vous en avaient pas déjà donné l'occasion, s'exclama férocement Allénore.

– On fait tous des erreurs ! intervient Albus. Tu le sais mieux que personne !

Ils se tournèrent tous vers lui, avec surprise. Loin de se démonter face à l'attention qu'ils lui prêtaient tous, il continua :

– On a tous fait des choses que nous regrettons.

– Mais personne n'est responsable d'autant de morts ! fit Allénore.

– Ah oui ? demanda presque méchamment Albus.

Le regard de la polyglomage se fit dur comme de la pierre et noir comme l'obsidienne.

– On ne peut pas prendre le risque… Si Crivey trouve ce poison, la monde magique sera plus en danger que jamais.

– Je n'ai pas confiance en lui, ponctua Allénore.

Albus commençait à perdre patience.

– Avant, tu n'aurais jamais pris le moindre risque. C'est pour ça que tu es partie. Il y a deux ans. Pour tous nous sauver.

– Ce laboratoire est sûrement piégé ! s'écria Allénore.

La tension était telle qu'ils semblaient tout deux être sur le point de s'écrouler ou de se jeter l'un sur l'autre.

L'agressivité passive d'Albus commençait à blesser Allénore.

Les mensonges d'Allénore commençaient à blesser Albus.

– Tu connais les Autres. Ne me fais pas croire que tu ne peux pas t'y rendre et empêcher Crivey de mettre la main sur des travaux qui pourraient tous nous détruire !

– Je ne veux pas le faire !

– Tu n'es qu'une…

– STOP ! hurla Nilam.

Son cri résonna dans toute la demeure. Le silence régna de nouveau.

– Scorpius, envoie un patronus au bureau des Aurors et au service des Briseurs de sorts. Albus, fais prévenir ton père et ton frère. On ne perd rien à multiplier les destinataires, surtout s'il faut agir vite. Quant à nous, nous partons, ordonna Nilam.

– Je ne suis pas certaine que cela soit une bonne idée, bredouilla Rose.

Allénore était fatiguée et angoissée. Rose le ressentait. Sa baguette tressautait, vibrait de magie sombre. Une magie que l'on ne fait que lorsqu'on se sentait en danger. Allénore savait qu'ils étaient tous en train de tomber dans un piège.

– Vous voulez y aller ? les interrogea-t-elle tous.

Elle posa ses yeux sur chacun d'eux, et ils opinèrent tous. Même Rose, qui hésita pourtant, tiraillée entre sa raison qui lui soufflait qu'attendre les Aurors était plus prudent, et son coeur qui lui soufflait que le monde était en danger.

– Allez Louis, va enfiler un truc… T'es torse nu mon pote, lui rappela Albus en tapotant l'épaule de son cousin.

Ainsi, tout le monde voulait se rendre à se laboratoire. Sauf Louis qui avait ignoré la remarque de son cousin.

– Tu n'as pas confiance en lui, murmura-t-il de sorte à ce qu'elle soit la seule à pouvoir l'entendre.

Pour Louis, ce simple argument était suffisant pour le convaincre que suivre ce spectre était une très mauvaise idée. Il connaissait Han mieux que Scorpius, Albus, Rose et Nilam… Il connaissait Allénore et son intuition ne l'avait que rarement trompé.

– Non. Mais on ne peut pas les laisser y aller seuls, répondit Allénore à voix basse.

Elle effleura les doigts de Louis et raffermit sa prise sur sa baguette.

– Allons-y sans tarder dans ce cas !

Ils étaient déjà tous prêts.

Même l'ombre qui les observait en catimini depuis le début de leur conversation.

***

Quelque part en Suède, 13h38, heures de Suède

Prendre un portoloin avec un spectre était une expérience que personne ne souhaitait renouveler. Rose avait la sensation d'avoir été trempée toute entière et très profondément, dans une eau glaciale et trop calme. Albus grelottait encore et Nilam fixait le vide devant elle, les yeux perdus et contemplatifs. Louis avait l'air absent et Allénore tanguait.

Seul Scorpius reprit très vite possession de son corps et de son esprit. Han Derrick fumait d'un bleu mystérieux et intriguant. S'il en avait eu le temps, Scorpius aurait testé sur lui les quelques sorts qu'il connaissait pour enfermer ce spectre dans un nouvel objet. Il sentait l'anxiété d'Allénore d'ici et elle ne quittait pas le spectre d'un pas, insistant pour toujours être en ses amis et lui. Pour plus de sécurité, il aurait vraiment préféré pouvoir limiter les faits et gestes de cet individu. Scorpius n'avait pas confiance non plus et il savait qu'Allénore, pourtant jamais méfiante, avait raison de se méfier.

Elle connaissait mieux cet homme qu'eux, quoi qu'Albus en pense…

Le brun n'était tout simplement pas habitué à entendre Allénore proférer de telles affirmations, déclarer que certaines personnes étaient impardonnables, alors qu'elle-même avait oeuvré durant des mois et des mois pour que certains Autres soient acquittés. Albus croyait en une rédemption pour tout le monde. Allénore avait appris que ce n'était qu'un doux mensonge.

– Avançons. L'entrée n'est pas bien loin.

Rose lança à son tour un patronus pour indiquer leur position précise aux Aurors qui devaient être sur leurs talons maintenant qu'ils les avaient prévenus.

Scorpius fut encore celui qui fit le premier pas et s'avança. La forêt dans laquelle ils se trouvaient était dense et commune. Les sapins, bien fournis, se ressemblaient tous et leurs troncs, épais et robustes n'auraient pu être les proies d'aucun vent. Les nuages commençaient à apparaître entre quelques branches qui s'amusaient à les chatouiller. Le sol était couvert d'un tapis de mousse humide qui ne séchait probablement jamais.

Ils suivirent tous le spectre, Allénore menant toujours la danse, faisant obstinément barrage entre eux et lui.

– Quelqu'un est déjà passé par ici, marmonna Scorpius en levant sa baguette.

– Une trace magique ? s'inquiéta Rose.

– Rien de détectable. Ces personnes ont effacé leurs traces, indiqua-t-il.

– Des mauvais sorts ?

– Aucun, observa-t-il après avoir effectué plusieurs tests. Mais cet endroit empeste la magie noire. Je ne comprends pas.

– Vraiment ? se moqua Louis en désignant la forêt toute entière. Une forêt où la magie grouille sans que l'on puisse détecter son origine même… Avec des arbres, une flore luxuriante… Ça ne te dit rien peut-être ?

Louis désigna de sa main les ponstastillas qui dansaient près des arbres.

– Tu penses à la même chose que moi ? demanda enfin le magizoologiste au briseur de sort.

– Le temple du dragon foudre…

– L'entrée est dans l'un de ses troncs, sourit le spectre. Vous avez vu juste. Il s'agit de celui-ci.

– Évidemment, c'est plus simple lorsqu'on nous indique directement la porte… Y'aurait-il un paillasson en prime pour nous convier à pénétrer le laboratoire de Satan ? s'amusa Louis avec toute l'ironie dont il était capable.

Han Derrick s'arrêta et se retourna pour inspecter la bande.

– Il faut verser du sang sur le tronc pour faire apparaître la porte. Vous comprendrez bien que je ne peux pas …

– Allons-y, le coupa Allénore en perdant patience.

D'un simple geste du poignet elle fit une entaille sur sa paume, si naturellement, que les autres ne purent que la regarder l'exécuter. Allénore apposa sa paume sur le tronc mais rien ne se passa.

– Il faut du sang pur.

Si les yeux avaient pu tuer les morts, ceux d'Allénore auraient exterminé toutes les âmes décédées de ce monde.

Mais elle dût reconnaître que c'était astucieux…

Il y avait peu de sang pur parmi les Autres et s'il tenait tant à garder son projet secret, c'était le meilleur moyen de le protéger des personnes trop curieuses.

– L'unkjigao n'avait pas confiance en toi, rappela Han Derrick. Il était conscient, tout comme moi, de la folie de ton père.

– Allez vous faire foutre, lui et toi, grogna-t-elle.

– Allénore, recule, lui demanda gentiment Scorpius.

Il s'était entaillé la paume à son tour et les gouttes de son sang tombait sur le sol. Il leva la main avec peine.

Allénore était une sang-mêlée. Rose était une sang-mêlée. Albus n'avait pas le sang-pur. Celui de Louis ne l'était pas davantage par son ascendance vélane et le sang de son père, dans lequel la lycanthropie coulait.

Ici, il n'y avait que Scorpius et Nilam qui avaient ce qu'on appelait un « sang pur » et le revendiquer par ce geste, dégoutait le jeune homme.

Il sursauta lorsque Nilam glissa sa main sous la sienne, et de son autre paume, poussa la sienne contre le tronc de l'arbre. Le sang de Nilam coulait avec le sien sur le tronc, tous deux mélangés et elle lui sourit tristement.

– Je ne t'aurais jamais laissé faire ça tout seul …, affirma-t-elle en souriant doucement.

– Merci.

– Albus m'aurait botté le cul, ajouta-t-elle.

– Tu viens de rompre la magie du moment…, maugréa-t-il en levant les yeux au ciel.

Mais il savait que la jeune femme était sincère.

– Al… T'as une poussière dans l'œil c'est ça ? s'amusa Rose en charriant son cousin.

– Entrons, coupa court le jeune homme en passant devant sa cousine. Je fais une balise magique pour que les Aurors nous retrouvent, indiqua-t-il.

Ils traversèrent les uns après les autres la surface de l'arbre, qui s'était mise à ondoyer doucement. A l'intérieur, le noir les accueillit. Les lumos de leurs baguettes éclairèrent la pénombre et lorsque Rose et Allénore lancèrent leurs sorts, leurs deux magies se combinèrent, créant assez de lumière pour tous les aveugler. Elles baissèrent l'intensité de leur magie, contemplant avec admiration, les deux lueurs de leurs baguettes, se chercher l'une l'autre.

– Qu'est-ce que vous avez encore fichu toutes les deux ? entonnèrent en chœur Albus et Scorpius.

Elles haussèrent les épaules, l'air innocent.

– Qu'importe, c'est pas le moment, leur rappela Louis. Nous ne sommes clairement pas dans un endroit sécurisé. Prenons ces maudits travaux et partons.

Ils avancèrent dans le long couloir, Han Derrick flottant derrière tout le monde, Allénore à son côté. Le spectre lui rendait regard pour regard et ne baissait pas les yeux, imperturbable. Elle sursauta, lorsque trop concentrée à la tâche de le surveiller, elle entendit subitement Scorpius alerter tout le monde.

– Ne touchez pas à ces portes.

– Pourquoi ?

Scorpius inspira calmement et huma l'odeur qui se dégageait des portes.

– C'est de la cinabre.

– A tes souhaits, commenta Nilam.

– Au Mexique, la Reine Rouge de Palenque, l'une des plus grandes mages de ce monde, était une souveraine des Mayas vers 650, un peuple sanguinaire. Les autels de ses temples pyramidaux étaient protégés par de faux planchers et des fosses mortuaires, mais ce n'étaient que des taquineries…

– « Des taquineries » ? le reprit Albus. Merlin, elle avait le sens de la fête, elle.

– Les vrais pièges étaient à l'intérieur des sarcophages de la dirigeante – et tous ses os -, ses trésors en nacre et jade avaient été recouverts en rouge par une cinabre, une neurotoxine mortelle. Ne touchez à rien. N'effleurez même pas ce bois. Ces portes ne sont là que pour nous tuer.

– Il aurait sûrement était bon de nous en avertir, grogna Allénore en montrant les dents.

Le spectre afficha une mine penaude, à laquelle personne ne put croire. Pas même Albus.

– J'en suis bien désolé. Heureusement que votre ami est doué dans son domaine.

Un bruissement d'aile léger se fit entendre au-dessus de leurs têtes. Allénore pâlit. Elle le reconnaissait entre mille, et Louis ne tarda pas à l'identifier également. Il leva sa baguette au-dessus de lui. Les créatures bleu saphir, voletaient joyeusement. Reconnaissables à leurs ailes attachées au sommet de leurs crânes, ils allaient et venaient à une vitesse de rotation telle que les créatures tournaient sur elle-même en volant. Leurs dards, longs et fins à l'extrémité de leurs corps ls menaçaient déjà.

– Repulso !

Le sort ne sembla par atteindre les créatures, qui immédiatement interrompues, se dirigèrent vers le groupe. Allénore se protégea d'un simple sort pour éviter une piqûre qui lui serait fatale, elle qui était allergique.

– ETEIGNEZ VOS BAGUETTE ! hurla Louis.

– Ce ne sont que des billywig, calme-toi ! soupira Nilam. Je n'en ai jamais vu en plus.

– Ne te laisse pas piquer ! l'avertit Louis. T'as envie de léviter pendant des heures sans qu'on puisse te récupérer ? C'est pas le moment de jouer là !

– Oh Weasley ! On se détend.

– Allénore est allergique.

– Encore une nouvelle, maugréa Albus.

– Ce n'est qu'une putain d'allergie, Al. Mets ta rancune de côté et aide-moi, ordonna Louis. Il faut les attirer ailleurs.

Il retira l'une de ses chaussures pour enlever sa chaussette droite et la transformer en grelot qu'il jeta au loin. Attiré par le bruit, toutes les créatures le suivirent. Rose imita le magizooligiste et transforma l'un de ses bijoux. Une autre marée de billywigs se retira au loin et ils s'en débarrassèrent ainsi, petit à petit. Ils continuèrent à avancer.

Allénore avait abandonné Han, qui guidait les autres. Louis était avec elle et avait une main chaude et rassurante posée dans le creux de ses reins.

– Ces pièges ne sont que pour toi. Le sang pur, les billywigs… Ce ne sont pas des hasards. C'est une forteresse pour te tuer toi.

– Ce ne sont jamais des hasards, approuva Allénore. On fonce tout droit dans un piège et il est trop tard pour reculer, chuchota-t-elle à son oreille. Je ne sais pas quand, mais il va falloir se battre, parce que ce qui nous attend … on ne va pas trouver de simples travaux et des plans à cueillir comme on cueille des pâquerettes.

– Scorpius commence à se douter de quelque chose, observa Louis.

– Prépare toi à retirer ta chaussette gauche chéri, parce que s'il a besoin d'un objet pour enfermer ce spectre, il nous en faudra rapidement un sous la main.

Il rit légèrement avant de sentir quelque chose passer à sa gauche et frôler son mollet. Il baissa les yeux, sans rien voir. Il fronça les sourcils, inquiets et interrogea Allénore qui haussa les épaules.

Scorpius continuait de guider le groupe à l'aide des sortilèges et contre sorts qu'il connaissait bien et dont il se servait tous les jours pour son métier. Il s'accroupit à un moment, là où les dalles de pierres se rejoignaient.

– Il y a un mécanisme magique ici.

– Super, s'enthousiasma Nilam avec une joie feinte.

– Je ne sais pas si c'est un piège ou une entrée secrète…

– Une entrée secrète, répondit le spectre. Ce couloir est enchanté par un système de magie infinie et extensible. Faire sauter ce sortilège fera se lever une malédiction de brume et un maléfice de feu continu.

– Sortilèges dominos, se mit à culpabiliser Allénore. Encore une chose sur laquelle tu aurais pu nous prévenir.

– Et encore une fois, mes souvenirs ne sont pas clairs ! Je fais au mieux…

Han Derrick aurait pu jouer dans une comédie de mauvais goût tant ses talents d'acteurs étaient mauvais d'après Allénore. Louis était tout aussi sceptique et espérait sincèrement qu'Allénore et lui se trompaient.

– C'est une entrée, assura le spectre à Scorpius. Je m'en porte garant.

– Ça nous fait une belle jambe : vous êtes morts ! Vous ne risquez rien ! Mais nous…, déglutit Nilam.

– Imnate occulus ! articula Rose.

La dalle qu'inspectait Scorpius s'illumina. Il posa une seconde balise magique pour que les Aurors se repèrent.

– C'est sécurisé, assura-t-elle.

Ils se regardèrent tous, pour prendre la décision ensemble. Ils opinèrent de concert et Scorpius toucha la dalle du plat de la main. Le sol se déroba sous leurs pieds.

Encore une fois.

Et, ils l'espérèrent tous dans leur chute, pour la dernière fois.

***

Albus fut le plus rapide et lança l'arresto momentum avant qu'ils ne s'écrasent tous contre le sol. Des torches s'allumèrent en un clac distinctif. Les murs gris et de pierres étaient couverts de lianes, parmi lesquelles dormaient paisiblement quelques snillusions. Un grand bureau était installé contre un mur, massif et important. Des papiers étaient soigneusement rangés quelques chaudrons bouillonnaient encore, il y avaient des étagères remplis de fioles et d'ingrédients aux aspects plus étranges les uns que les autres.

Il y avait une odeur de souffre et de poudre, des cadavres de créatures magiques en bouteilles, des notes et des carnets, des serres où ne brillaient que des lumières purement artificielles… Il y avait des traces de sang aussi. Ça puait la mort et la douleur, deux choses censées être pourtant parfaitement inodores.

– Un vrai repère de malfrat, il ne faisait pas semblant…, marmonna Nilam pour qui l'humour avait toujours été un moyen de masquer ses vraies et émotions et ses peurs.

Elle s'approcha d'une grande carte de la Finlande. Un grand cercle rouge avait été tracé et Nilam reconnu instantanément cette zone.

– Les arènes des Autres, murmura-t-elle d'une voix chevrotante. Elles étaient ici…

Elle se tourna vers le spectre, qui poursuivait son chemin, sans se soucier d'elle et complètement indifférent. Albus posa une main sur son épaule, pour la réconforter mais Nilam sentit la rage bouillonner dans son ventre.

Le père d'Allénore semblait rire dans sa tête, « Malin, Nilam ! ». À sa cousine Opaline, il avait dit « merci pour ton crime ». « Merci, crime », « Malin, Nilam », deux anagrammes parfaits pour un homme qui aimait les mots et les pourrir auprès des autres. Nilam détestait désormais que l'on salue sa malice. Personne ne pouvait remercier Opaline pour quoi que ce soit sans qu'elle ne trésaille et n'ait les yeux brillants de larmes. Ed Richards. Le chef des Autres. Un monstre…

– Nilam…

Les lèvres d'Albus se posèrent sur sa joue et elle déglutit, avalant ses mauvaises pensées tout au fond de son ventre. Il n'était pas bon de les faire ressortir maintenant. Ce n'était ni le lieu, ni le moment.

Allénore et Rose examinaient les carnets, tous éparpillés, un peu plus loin.

– Ce sont des notes sur des cobayes. Il ne les nomme pas, mais plusieurs d'entre eux ont reçu une dose de « virus vampirisant » amélioré … Le cobaye 1 est mort, continua de lire Rose. C'était un homme moldu, adolescent. Il l'a exposé aux détraqueurs et … Il l'a incité à se droguer au conscidisti pour que les Autres puissent financer l'achat de créatures magiques.

– Pas étonnant. C'est Han qui a inventé cette drogue. Il l'a commercialisé pour renflouer les caisses des Autres …, expliqua Allénore.

L'esprit de Louis s'en alla à Malte. Il pensa à Julian, ce jeune qui était mort à cause de la drogue et qui correspondait à la description.

– Il a … Il a fait beaucoup d'expériences avec les Soupyrs, les catsiths et…

Rose s'arrêta, prise d'un haut-le-cœur.

Ce qui était décrit … C'était une abomination et ces pauvres créatures avaient souffert le martyr.

Les notes que lisaient Allénore n'étaient guère plus joyeuses.

– Les larmes d'ungaikyōs. C'est ça, qui rend ses poisons si efficaces. C'est pour ça que les médicomages n'ont rien pu faire pour soigner Lola… C'est pour ça que ses virus sont insensibles à la magie ! comprit Allénore. C'est pour ça que Ed Richards tenaient à les rallier à sa cause, au point d'y envoyer son meilleur agent.

Elle venait de trouver l'ingrédient secret.

– Cette créature est si rare…, observa Rose. Elle s'est servie de sa propre magie pour créer de quoi détruire celles des autres. Ça n'a pas de sens. Pourquoi l'ungaikyos de Han aurait-il fait ça ?

Allénore jeta un œil mauvais au spectre de Han Derrick.

– C'est pour ça que vous avez accepté de chercher des ungaikyōs malgré le fait que vous soyez contre le plan de Richards. Vous en aviez besoin pour créer ce virus et tout les autres. Han n'aurait jamais fait quelque chose qui lui déplaît ou en contradiction avec ses envies et besoins.

Encore une fois, le spectre ignora son interlocutrice et se contenta de sourire énigmatiquement.

– Pourquoi vous nous avez emmené ici ?

Un nouveau silence lui répondit.

Cet endroit était à glacer le sang.

– POURQUOI VOUS NOUS AVEZ AMENÉ ICI ? répéta Allénore en hurlant.

Le spectre se tourna vers elle, un sourire mauvais sur les lèvres.

– Tu as toujours été si intelligente…

Elle sortit sa baguette et la pointa vers lui. Le fantôme flotta jusqu'à une fiole, perchée tout en haut du mur, nichée entre deux lianes et snillusions.

Il avait un sourire malfaisant et terrifiant.

– Le travail de toute une vie et de mille sacrifices.

– Expliquez-vous maintenant ! siffla Allénore.

– J'ai tout payé au prix de ma vie. Au prix de mon corps. Tu peux le comprendre ?

Ses mains s'arrêtèrent vers la fiole.

– Scorpius…., commença Allénore.

Son ami était déjà en train de prononcer la formule pour enfermer.

– Vous vous êtes fait volontairement posséder par l'ungaikyō. Vous vous êtes servis de cette créature autant qu'elle s'est servie de vous, comprit Allénore. Vous aviez besoin de ses larmes. Les larmes d'une créature qui n'a qu'une âme et qui doit posséder un corps.

Le spectre fit mine d'applaudir.

Et d'un ton laconique, lança un simple ordre d'une voix fantomatique et puissante :

– Maintenant, mes chers esprits.

Allénore ne comprit pas tout de suite. Elle vit simplement des auras, des silhouettes humaines décharnée, trapue, sans yeux, sans nez, avec un trou béant en guise de bouche, commencer à fendre les airs pour venir les trouver. Elle en compta trois, avant de sentir le vertige et la nausée s'emparer d'elle à mesure que les créatures approchaient.

Nilam tomba à genoux, avec Albus tout deux touchés par un esprit qui s'amusait à les traverser.

Rose lança plusieurs sorts, accompagnée d'Allénore. Mais même leurs deux magies, liées par un soror animi, ne purent éloigner ces créatures. Elles étaient intangibles. Tout leur passait au travers. Scorpius li-même ne parvenait pas à les enfermer.

Ces esprit n'étaient pas communs. Ils n'étaient pas conscients comme pouvait l'être des spectres ou des fantômes. On aurait dit des inferis. Des inferis à l'état de fantôme. Des morts qu'on avait tué. Des morts qui avaient déjoué la mort une seconde fois.

Il n'y avait rien à faire pour lutter.

– Incendio !

Louis avait tracé des cercles de feu tout autour pour les protéger. Il fit monter les flammes assez haut pour éloigner ces choses. Mais cela ne dura pas bien longtemps et à mesure qu'elles s'approchaient, ils sentirent tous leurs forces les quitter.

Ces choses… aspiraient la vie.

Ils aspiraient tout.

La force, la vitalité, la joie, la peur, la force.

Ils vampirisaient tout.

– Merci d'avoir ouvert le chemin, nous n'aurions jamais pu déjouer tous les pièges sans vous !

Rose et Allénore virent Crivey et ses comparses débarquer du plafond. Rose en désarma un.

– Cette fiole Crivey ! indiqua Han. Il me la faut !

Ses mains seules ne pouvaient s'en saisir. Il avait besoin d'un humain. Et depuis le début il avait été en connivence avec Crivey.

Il avait simplement eu besoin d'Allénore et de ses amis pour parvenir jusqu'ici et ouvrir la voie. C'était pour ça, que Han Derrick, ce maudit spectre avait insisté pour qu'ils se rendent à son laboratoire. Il avait peut-être des souvenirs flous mais il savait que Crivey et les Autres avaient peu de chances de réussir à passer les pièges que l'ungaikyō avait semé pour protéger son laboratoire.

Enfin… Leur laboratoire.

Han Derrick avait eu besoin d'eux pour mettre la main sur ce poison, ce fameux poison dont Rose, Scorpis, Albus, Nilam, Louis et elle voulaient protéger le monde.

Ils avaient été la clef pour peut-être ouvrir la fin d'une ère.

– Ce sont des inferis auxquels mon cher ungaikyō a injecté la maladie qui tue la magie…. C'est fou ce qu'on peut faire, quand on cherche à repousser les limites du possible.

– Vous êtes un grand malade, articula Louis.

– On te battra toujours, Han. D'une façon ou d'une autre, car tu n'es plus rien ! cria Allénore. Ton poison, on en tirera un remède.

– Il n'existe qu'une fiole chère enfant, et c'est près de moi qu'elle se trouve, susurra Han en caressant de ses doigts transparents l'objet. Sans elle, tu ne pourras rien faire.

– On tentera.

– Vous échouerez. Ce poison est le résultat de toute une vie. Il détruira la magie, il détruira les esprits, les fantômes, il détruira les sang-pur qui ont fait sonner le déclin de leur propre puissance en refusant les nés-moldus, les gens comme toi et moi !

Han était intelligent. Mais il avait de l'égo.

Beaucoup trop.

Et il était fier de son travail.

Alors Allénore le faisait parler pour en savoir plus.

– Un poison qui détruirait les fantômes… ça n'existe pas !

– Me crois-tu assez stupides, moi ou mon ungaikyō, pour créer des spectres d'inferis sans avoir de quoi les neutraliser ? siffla-t-il.

Allénore sourit. Han était moins malin que l'ungaikyō qu'elle avait fréquenté

– Je comprends seulement que tu as créée de quoi te détruire toi-même.

Allénore sentit la haine s'emparer d'elle. Et Rose fut gagnée par la même rage. A elles deux, elles lancèrent un sortilège d'animation si puissant toutes les lianes qui tapissaient les murs se mirent à bouger, enlaçant les Autres qui étaient venus les trouver.

Mais ces choses, qui vampirisaient tout, s'approchaient de trop près et elles lâchèrent prise un moment. Albus et Nilam s'étaient relevés, aidés par Scorpius qui avait tenu les créatures éloignées assez longtemps pour qu'ils puissent récupérer.

– ATTAQUEZ ! ordonna Han avec plus de ferveur encore.

Tout semblait perdu.

Puis Louis sentit encore une fois quelque chose lui caresser le mollet et vit une ombre bondir. Un miaulement surpuissant se fit entendre et l'ombre traversa une première silhouette décharnée. Celle-ci explosa dans une fumée bleue qui s'évapora sous forme de brume. Elle resta au sol et lorsque l'ombre atterrit, Scorpius la vit.

C'était un chat.

Un petit chat même.

Noir, avec des yeux d'argent. Sa queue rouge, couverte de plumes cramoisies battait l'air avec fureur.

– Merlin, c'est un cathsith…, murmura Louis.

– Tu t'extasieras sur le chat plus tard, on en a d'autres à fouetter ! le reprit Scorpius.

Le chat, enfin le cathsith, était déjà reparti à l'assaut et s'attaqua au deuxième monstre de Han Derrick. Si la créature avait encore pu bénéficier de l'effet de surprise, ce n'était plus le cas désormais. Le troisième inferi réduit à l'état de spectre se battait avec lui et envoya valser la pauvre créature contre le mur. Loin de s'en trouver affaiblit, l'animal se roula en boule et feula avec hargne. Louis fit s'agrandir son feu, au risque de tous les faire étouffer à cause de la fumée qui commençait à devenir bien trop épaisse. Cela détourna l'attention de l'inferi, dont le cathsith s'occupa en s'élançant à sa suite, faisant tourner sa queue pour planer quelques instants dans les airs et faire durer son saut plus longtemps. Louis le vit allonger sa patte et sortir une griffe une seule, qui déchira en deux le monstre, le réduisant en brume.

Le petit félin tituba sur le sol et s'écrasa, à bout de forces. Louis se précipita à son côté, prêt à lui porter secours. Rose et Allénore avaient repris leurs entreprise de piéger Crivey et les Autres.

Le spectre semblait surpris et désarçonné. Il hurla et son cri fit s'arrêter tous les cœurs qui battaient dans la pièce. Scorpius agit immédiatement. Il lança plusieurs sorts pour enfermer de nouveau le spectre dans un objet, mais manqua sa cible. Ce fut finalement Albus, qui y parvint.

Le teint pâle et les joues blanches, il avait lancé son miroir absorbeur sur Han, qui l'avait avalé tout entier, le retenant prisonnier.

Toutes les respirations étaient essoufflées.

– Nilam, il me faut une potion revigorante ! exigea Louis. TOUT DE SUITE !

Elle accourut jusqu'à lui.

– Tiens sa tête. Mais ne touche pas ses moustaches. Elles sont piquantes.

– Qu'est-ce que c'est que cette chose ? demanda-t-elle.

– Cette chose vient de nous sauver la vie ! souffla Louis en faisant boire la potion au chaton.

Il lui chatouilla la gorge pour qu'il ouvre la bouche et avale la potion.

– Il me faut de l'essence de dictame également.

– Qu'est-ce que c'est par Morgane ! insista Nilam.

– Un cathsith…

– Les cathsith n'existent pas Louis…, reprit la potionniste. Les notes de Han les mentionnent peut-être mais cette créature est quasiment légendaire…

– Si. Ils sont rares et on les a chassé durant des siècles, mais ils existent. Les Autres ont détruit les dernières espèces… Enfin, c'est ce que tout le monde pensait !

Il examina les pattes de la créature.

– Il ne lui reste qu'une seule griffe … , s'alarma Louis.

– Et alors ?

– Les cathsith ont survécu durant tous ses siècles grâce à leurs griffes ! Elles peuvent tout couper Nilam. Ton ombre. Un rayon de soleil. La terre. L'eau. L'air. Le feu. Elles coupent tout. Même la magie. Même…

– Les spectres et les spectres d'inferis…, comprit Nilam.

– La magie…, répéta Louis. L'ungaikyō a également dû se servir des cathsith pour ce putain de poison ! réfléchit Louis.

Nilam caressa la tête de l'animal comme pour le remercier. Il se mit à cracher, mécontent et elle retira sa main, tout aussitôt.

– C'est son seul moyen de défense…. Mais leurs griffes se brisent chaque fois qu'ils les utilisent. Elles ne repoussent jamais. Ils s'affaiblissent dès qu'ils se séparent d'un griffe… Ce petit est trop faible déjà !

Nilam sentit la panique dans la voix du magizoologiste, qui s'activait pour soigner la créature. Il continua d'examiner le chaton avec minutie et concentration. Rien au monde n'aurait pu le détourner de sa tâche. Il marmonnait toutes sortes de mots et jurait. Nilam tourna la tête vers Allénore, Rose, Albus et Scorpius, en train de désarmer les Autres qui étaient encore prisonniers des lianes. Ils se débarrassaient également des snillusions qui s'intéressaient d'un peu trop près à la scène.

Louis, lui restait imperturbable. Ce cathsith ne devait pas avoir plus d'un an… Louis remarqua également qu'on lui avait arraché la plupart de ses griffes. Les blessures n'avaient jamais été correctement soignées et s'étaient infectées.

Louis versa l'essence de dictame et l'animal recouvra tout de suite ses forces. Si jusqu'à maintenant il n'avait pas eu la force de se liguer contre Louis qui avait pris soin de lui, le chaton se remit à feuler, sur ses quatre pattes, mais s'arrêta en voyant les yeux de Louis.

Il le regarda avec méfiance et le contourna. Louis resta immobile et ordonna à Nilam d'en faire de même. Le félin posa une patte sur le dos de Louis, à l'endroit même il avait été griffé lorsqu'il était parti du quartier général des Autres.

Il comprit.

L'ombre qu'il avait vu plusieurs fois.

Ce pauvre petit avait dû errer des mois entiers après la défaite des Autres…

– Tu m'as trouvé, murmura Louis. Et tu m'as suivi… Petit malin ! Ou maline… Pardon… Tu étais avec les Autres… Probablement dans le bureau de Han Derrick. Enfin de l' l'ungaikyō.

Lui aussi, avait dû subir toutes sortes d'atrocités…

– Mais c'est terminé maintenant.

Il sentit la créature passer sa tête sous son pull et lécher sa peau du bout de sa langue râpeuse. Louis sentit ses blessures se refermer immédiatement, les griffures de la veille n'étant plus qu'un lointain souvenir.

Et le cathsith ronronnait.

Il grimpa sur le dos de Louis et se mit en écharpe sur son cou en ronronnant, désormais endormi.

– Oh oh…, fit tristement Nilam.

– Quoi ?

Nilam donna un coup de tête en direction du quatuor. Allénore et Albus se faisaient face et se regardaient d'un œil mauvais.

– Donne-moi ce miroir, Albus !

– Donne-moi cette fiole, Allénore !

Elle s'était emparée de la fiole qu'avait désigné Han et qui contenait le poison.

– Il me la faut pour détruire Han, fit durement la polyglomage.

– Non.

– Tu as vu et entendu comme moi que Han était un grand malade et que malgré mes avertissements vous ne m'avez pas…

– Écoutée ? termina Albus à sa place. Mais pourquoi on écouterait une menteuse comme toi ?

Le silence était assourdissants des œillades assassinent que se lançaient les quatre amis.

– Retire immédiatement ce que tu viens de dire, Albus ! ordonna Rose avec véhémence.

– Sinon quoi ? Putain j'en ai marre ! J'en ai marre de vivre depuis six mois en fonction d'Allénore. Non attendez. Depuis deux putains d'années. Deux ans pendant lesquelles on a cessé de rire comme avant, parce qu'on avait l'impression qu'une partie de nous nous avait été arrachée. Et quand on l'a enfin retrouvée… Quand elle est enfin rentrée, il a fallu que tu nous obliges à taire nos questions. Il a fallu qu'on la ménage, qu'on se relaie pour voir si elle allait bien, qu'on jette tous les médicaments à base de conscidisti, qu'on donne le bon mage sans concession à Mademoiselle Rameaux. Mais là… Mais là c'est non. Elle a tort. Elle s'apprête à faire de la merde. Alors je dis stop. Et j'aurais dû le dire bien avant ça !

– On dit « donner le bon mage sans confession », le corrigea Allénore d'un ton mauvais.

– Albus…, marmonna Rose.

– Non laisse-le donc s'exprimer et parler de moi comme si je n'étais pas présente, comme si je n'étais pas dans la même pièce que vous, cracha amèrement Allénore. Laisse-le parler de moi comme si j'étais un fantôme.

– Mais tu as été un fantôme. PENDANT DEUX PUTAINS D'ANNÉES !

– ALBUS !

– Non Rose… Laisse-le prendre une décision qui pourrait affecter le monde sorcier tout entier. Han doit être détruit par Marlin !

– Je ne te donnerai pas cette fiole. Jamais. Elle pourrait délivrer plusieurs fantômes de leurs fardeaux, qui eux, le mérite. Han est prisonnier de ce miroir, fit Albus en levant l'objet qu'il tenait dans ses mains.

– Un miroir ça se casse.

– Pas si tu te contrôles, contra Albus. Après tout, c'est toi qui a cassé ce putain de miroir dont ce Han était prisonnier ! Si tu ne l'avais pas fait, nous n'en serions pas là.

– Ne sois pas crétin. Tu vaux mieux que ça !

– Arrêtez ! gronda plus sévèrement Rose.

– NON ROSE ! répéta Allénore. Laisse-le mettre le monde en danger parce qu'il veut aider un ami ! C'est pour ton Lord Richard n'est-ce pas ? Ton fantôme ?

– Il ne m'appartient pas, c'est une personne, persifla Albus mauvaisement, sans sentir la jalousie de son amie.

Leurs mots étaient si durs qu'ils écrasaient leurs cœurs chaque fois qu'ils se les lançaient.

– Mais bordel tu t'écoutes, Allénore ? marmonna Scorpius.

– Arrêtez deux secondes de penser à cette maudite fiole et au poison qu'elle contient ! hurla Rose.

– Tu as raison. Elle n'est pas le problème, persifla Albus. La Allénore que je connaissais, n'aurait jamais hésité. Elle aurait donné cette fiole à Lord Richard. Elle aurait libéré quelqu'un de bien, plutôt que de punir quelqu'un de mauvais

– La Allénore que tu connaissait n'avait pas vu comme le monde peut être en danger quand il y a des personnes comme Han qui y vivent, avec pour seul but d'en faire un enfer. Des philtres comme celui-ci, on en refera. Il y a un temps pour tout et là, c'est le moment de protéger tout le monde. On sauvera ton ami, je te le promet. Han a failli tous nous faire tuer ! Tu t'es montré naif en voulant lui faire confiance. Tu t'es méfié de moi et de mon jugement. VOUS TOUS, VOUS VOUS ETES MEFIÉ DE MOI ET VOUS NE M'AVEZ PAS FAIT CONFIANCE ! sanglota Allénore. Je vous avais dit que Han ne pouvait pas être quelqu'un de bien.

– La présomption d'innocence…, marmonna Rose, coupable, avant de s'arrêter.

– Je te promet qu'on sauvera ton ami, ajouta Allénore un peu plus calme à Albus. Mais…

– Comme tu as promis de ne plus jamais nous mentir ? intervint Scorpius.

– Tu nous as oubliété, ajouta Albus, les yeux brûlants de colère.

Rose ferma les yeux et les imagina tous les quatre, quelques années en arrière, leurs écussons de Seraigle et Poufsouffle brodés sur leurs robes de sorciers et leurs éclats de rire sur le bout des lèvres.

– Tu veux la vérité ? Très bien je vais vous la donner. Je vous ai menti. Mon père était un Cracmol, un homme abominable. Mais vous le savez déjà ça, n'est-ce pas ? Alors pourquoi devrais-je vous raconter mon enfance pourrie, les coups que j'ai subi, les mots ? C'est de la curiosité glauque et malsaine ou vous voulez vraiment m'aider ? Parce qu'en parler ne m'aide pas. Que vous me voyiez comme une victime ne m'aide pas. Vous me connaissez mieux que personne, vous savez comment j'étais avant, et ce que je suis devenue au fil des années, avec vous, vous savez qui je suis parce que vous m'avez vue grandir. La vraie moi, c'est celle-ci. Pas la gamine victime des plans tordus de son géniteur. Avec lui, avec ma famille, en France, j'étais quelqu'un, mais sans vous, je ne suis rien. Avec lui j'étais Mistinguette et avec vous, je l'ai oubliée. Quand je l'ai retrouvée, je me suis perdue. Quand je suis rentrée auprès de vous, je pensais que je serai de nouveau moi. Je pensais que vous m'accepteriez. Je m'en étais convaincue. Louis m'en avait…

– Ne mêle pas Louis à ça, l'interrompit durement Rose.

Sa bague vibrait et faisait vibrer celle d'Allénore en écho.

– Tu l'as assez fait souffrir comme ça, tu ne penses pas ?

– Tu n'as absolument aucune idée de ce que ça m'a coûté …

– Et de ce que ça lui a coûté à lui et à nous ? Tu n'étais pas là quand il s'est fait attaquer par cette vampire. Encore pas là, quand j'ai eu mon diplôme. Encore pas là quand Albus était au plus bas, à force de tenir tout le monde à bout de bras. Encore pas là quand…

– J'ai compris ! la coupa Allénore. Et je croyais que vous m'aviez pardonné !

Tout n'avait finalement été que mensonge et faux-semblant après son retour…

– Nous t'avons pardonné. Mais nous n'avons jamais discuté de tout ça, All !

– Vous ne m'acceptez pas…

– Oh ne joue pas la petite victime pitié ! grogna Albus.

Ils étaient tous fatigués, à bout de nerfs et durs les uns avec les autres.

Les tensions explosaient. Enfin.

Ou peut-être pas.

Mais ils en avaient tous besoin.

– Nous t'aurions accepté si seulement tu t'étais donnée la peine d'être simplement toi. Pas celle d'avant. Pas celle que tu veux être. Mais la vraie toi, capable de tirer dans le genou d'un homme ! s'écria Scorpius.

– Là, je suis moi. Han Derrick est un criminel, un génie du mal, qui pourrait détruire la communauté magique. Des milliers de gens souffriront, s'il est encore en vie de n'importe quelle façon. Je ne dormirai pas tant qu'il restera encore ne serait-ce qu'une miette de lui sur cette Terre.

– Tu veux simplement le tuer parce qu'il t'effraie, ricana mauvaisement Albus.

Allénore pâlit et de larmes se formèrent lorsqu'elle cligna les paupières.

Nilam, qui jusqu'ici avait suivi la discussion en tournant la tête de gauche à droite comme si elle assistait à un match de tennis, ouvrit la bouche pour intervenir. Louis secoua la tête, lui déconseillant en silence de s'immiscer entre ces quatre là.

– Si tu crois que je ne pense qu'à moi, que mes motivations sont purement égoïstes, alors oui, tu ne me connais plus, Albus Potter. Parce que crois moi que ça me tue de l'intérieur, de choisir de tuer un meurtrier plutôt que de sauver un innocent. Mais parfois… Il faut faire ce qui doit être fait.

– Est-ce que tu t'entends Allénore ? soupira Scorpius.

– On ne peut pas … On ne peut pas être faible. Vous ne comprenez pas. Je veux vous protéger.

– On n'a pas besoin d'être protégés, grogna Rose. Et si on doit assumer les conséquences de nos actes, on le fera.

– Vous ne savez absolument pas de quoi vous parlez…

– Non c'est vrai, avoua Rose. Mais parfois, il est préférable de vivre l'enfer et de continuer à faire ce qui est bien, plutôt que de faire le mal pour préserver le bien. Tu es comme ça, Allénore. Je te connais. Tu es de ceux qui pensent ça…

Allénore cilla.

– J'ai changé et vous ne savez vraiment…

– Tu ne nous parles pas de ce qui s'est passé lorsque tu étais avec les Autres pour nous protéger ou pour te protéger ? l'interrogea enfin Scorpius.

Elle ne répondit pas.

– Ne cherche pas la bonne réponse. Il n'y en a pas. Sois juste un peu honnête avec toi-même.

– Je ne veux pas vous perdre.

– Tu ne nous fais pas confiance.

– Mais qui pourrait supporter d'être amie avec…

– Toi ? la coupa Scorpius. Nous. On a marché à tes côtés au Chemin de Traverse. Rose a fait un croche-pied à un petit vieux qui avait craché sur ton passage. Albus a ensorcelé l'un de tes bracelets, pour en faire un artefact qui rendrait sourds à tes oreilles certains mots, certaines insultes si on venait à te les dire. Je me suis fâché avec mon père pour toi. Je lui ai crié dessus et j'ai failli en venir aux mains avec lui parce qu'il a constitué un dossier contre toi ! Je t'ai choisi toi. Pas lui. Pas ma famille. Mais toi.

– Je…

– ne savais pas ? termina cette fois-ci Rose. Non. Parce qu'on t'a sûrement trop préservé, comme tu nous as trop préservé.

Ils se regardèrent tous les quatre, pleins d'amertume, de rancoeur et de peur de ne plus être ceux qu'ils avaient aimé, peur d'être à jamais déliés.

– Il me faut ce miroir, insista Allénore.

– Accio ! lança Albus.

Allénore lança son sort en même temps sur le miroir et au milieu d'eux quatre, se tenaient ce dernier ainsi que la fiole, suspendus dans les airs.

Leurs quatre sorts commençaient à faiblir.

Mais ils tenaient tous les quatre bons sans rien lâcher sans savoir lesquels d'entre eux voulaient récupérer exactement quoi.

– Jamais je ne te la céderai ! s'essouffla Albus.

– Albus… Il faut qu'on en discute ! siffla Scorpius. Tu ne peux pas prendre cette décision seul.

– Et pourquoi pas ?

– Tu n'es absolument pas apte à prendre cette décision ! s'énerva encore plus Allénore.

– T'es vraiment une…

– BON CETTE FOIS, CA SUFFIT ! hurla Nilam.

Un cinquième faisceau magique accrocha la fiole et le miroir, toujours suspendue dans les airs. Nilam la fit dévier et plus rapide que ses amis en train de s'affronter, elle les réceptionna dans ses mains et les enferma dans sa mallette.

Rose, Scorpius, Albus et Allénore baissèrent leurs baguettes sans se lâcher du regard.

Nilam scella sa sacoche d'un sortilège. Elle dirigea sa baguette sur Albus et Allénore. Deux lueurs sortirent d'eux et vinrent jusqu'à la sorcière qui les modela jusqu'à en faire un cadenas qu'elle scella sur son sac.

– Je t'ai appris ce sort, maugréa Allénore.

– Le cadenas ne se déverrouillera que si vous trouvez un accord. Han Derrick est dans un miroir. Richard a attendu cinq cent ans. Il peut attendre cinq jours, trancha Nilam. La fiole ne sera pas descellée tant que vous ne serez pas parvenu à un accord. En attendant, je la garde. Vous êtes amis ne l'oubliez pas.

– Nous n'avons plus rien à nous dire, cracha Albus en direction d'Allénore et en ignorant Nilam.

– Non je crois que c'est clair, rétorqua Allénore.

– S'il vous plaît…, supplia Rose.

– Non. Ne fais pas semblant. Pas toi. Tu m'en veux également et vous m'avez menti.

– Allénore…

– Je crois qu'on… Qu'on n'a plus rien à faire ensemble, jugea finalement Allénore.

Les Aurors débarquèrent quelques secondes seulement après cette sentence. James Potter courut dans les bras de son petit frère, qui s'écroula contre son aîné. Citlali Tucker se dirigea vers les premiers prisonniers et Harry Potter, les sermonna, ordonnant ponctuellement à ses agents de tout examiner.

Il les interrogea longuement, sans avoir de réponse.

Aucun d'eux n'avait la force de parler et Nilam garda précieusement la fiole de poison et le miroir de Derrick dans son sac.

Ils avaient tous la tête baissée et les yeux fuyants.

Plusieurs heures passèrent.

Allénore compta les lianes.

Louis se concentra sur le souffle de l'étrange chaton sur ses épaules.

Scorpius et Rose se serrèrent l'un contre l'autre.

Nilam faisait les cent pas.

Isaak Hartley était en train de l'enguirlander. Il avait eut peur pour elle.

Albus resta près de son frère. Il fixait le sac de sa petite-amie avec insistance.

Ils virent les Aurors fouiller l'endroit de fontes en combles, jusqu'à soulever les dalles de pierres du sol. Ils se perdirent tous dans les méandres de leurs pensées, dans la brume des inferis fantomatiques qui tournait encore par terre et de la dispute qu'ils venaient d'avoir.

Les mots, les accusations, les rancœurs, fusaient encore dans leurs têtes, comme des flèches assassines et blessantes es piques qui visaient le cœur et qui l'asséchaient.

Puis, ils repartirent tous séparément après avoir été interrogés par les Aurors.

Après ça, ils se séparèrent.

Allénore alla on ne sait où. Elle avait besoin de respirer et de hurler seule.

Louis, toujours avec le cathsith, la laissa partir et décida de rentrer avec James.

Albus, épaulé par Nilam, se laissa guider jusqu'à chez elle. Il ne voulait pas rentrer à la colocation.

Rose et Scorpius se réfugièrent chez eux, à la colocation. Ils souhaitaient être ensemble et s'apporter le réconfort qu'ils ne savaient trouver que chez l'autre.

Quand ils passèrent tous deux la porte d'entrée, ils découvrirent un endroit saccagé où régnait le chaos, et Gribouille, caché sous le canapé retourné et attendant le retour des humains.

Les Autres étaient passés par là et avait tout détruit.

Leurs souvenirs et tout le reste. Leurs meubles, les photos, les coussins, les ustensiles de cuisines…

On avait souillé leur amitié et tout ce qui la représentait.

Ils en avaient été les propres artisans de tout ce malheur en refusant de se parler.

Chacun de leurs côtés, les quatre amis se demandèrent si l'amour qu'ils se portaient autrefois pouvaient encore avoir un sens…

 

 

End Notes:

 

Make up your mind
Let me live or let me love you
While you've been saving your neck
I've been breaking mine for you
The power is on, the guillotine hums
My back's to the wall, go on, let it fall, oh
Make up your mind
Before I make it up for you

 

Voici un dessin de Nesache représentant la cathsith ❤ Nous sommes à deux chapitres de la fin : j'espère que cette histoire vous plaît jusqu'à maintenant !
Dans ce chapitre, beaucoup de références sont faites à Bourlingueur. Le cobaye 1, mentionné, n'est pas nécessairement Julian, mais Louis suppose justement qu'il pourrait l'être en le déduisant de ce qu'ils ont vécu ensemble à Malte. il en va de même pour l'allusion au temple du dragon foudre ! Pareil pour les anagrammes ! "Merci, crime" pour Opaline et "Malin, Nilam", pour ... Bah Nilam !


Une petite review ? ❤

 

 

 

Chapitre X by CacheCoeur
Author's Notes:

 

Apocalypse – Cigarettes After Sex

It knows me – Avi Kaplan

Obstacles – Syd Matters

O Children – Nick Cave & The Bad Seeds

No tears left to cry – Ariana Grande

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I seek the water
I seek the trees
I seek the heavens
I'm brought down to my knees

Yeah, I know anger
I know peace
Yeah, I know darkness
Mmm, and it knows me

 

1 mai 2030, Londres

Avant la disparition d’Allénore deux ans plus tôt, Albus, Rose, Scorpius et Allénore n’avaient jamais vécu plus d’une semaine sans se voir.

L’expression « loin des yeux loin du cœur » leur allaient bien cependant… Il était arrivé qu’ils soient séparés par leurs études, leurs voyages, la vie et leurs différentes occupations. Mais ils ne cessaient jamais de penser les uns aux autres et se retrouvaient toujours.

Ils avaient l’habitude de dire qu’ils prenaient leur énergie, rechargeaient leurs batteries en étant tous les quatre ensemble.

Albus donna un coup de pied rageur dans le pouf qui était sur son chemin. Son regard s’attarda sur la sacoche de potionniste de Nilam dont le verrou transparent et magique luisait faiblement. Cette dernière le regarda à l’autre bout de la pièce. Elle entendit Opaline et Isaak, en bas, en train de rire. Ils avaient passé la journée à caresser le ventre de sa cousine qui, ils en étaient tous les deux sûrs, était déjà en train de s’arrondir. D’après Nilam, Opaline avait juste beaucoup trop mangé et le gonflement de son abdomen n’avait rien à voir avec le bébé qu’elle portait mais plutôt avec toute la nourriture qu’elle avait avalé.

L’appartement de Nilam aussi, avait été saccagée et parce qu’elle avait été tout bonnement incapable de supporter plus de deux jours la gentillesse et l’amour parental, elle avait fuit son père et sa mère pour élire refuge chez sa cousine. Colin et Clara avaient déjà bien à faire avec leurs deux enfants. Ils passeraient d’ailleurs dans l’après-midi, pour leur présenter leur petite dernière.

Nilam, couchée sur le ventre et installée sur leur lit, arpentait les annonces pour retrouver un appartement, pas trop loin de la boutique qu’elle tenait avec sa cousine, pas trop loin de chez ses parents, pas trop loin de ceux d’Albus, pas trop loin de celui que prendraient sûrement Rose et Scorpius et pas trop loin de l’endroit ou bon diable Allénore déciderait de vivre. Probablement un lieu entre une librairie, un salon de thé et un fleuriste. Faire uen triangulation n’était pas bien compliqué, et Nilam avait déjà établi un périmètre…

Même s’il n’était pas en mesure de l’admettre, cela comptait pour Albus, elle le savait. D’être proche de ses amis. Elle ne lui avait pas parlé de tout ça. Pas du fait qu’elle cherchait un appartement pour eux deux. Elle n’osait pas. Pas lorsqu’il regardait son sac avec tant de colère dans les yeux.

Elle quitta son bureau et se planta entre sa sacoche et son petit-ami.

– Est-ce que tu m’en veux ? lui demanda-t-elle.

– Pardon ?

Il écarquilla ses deux yeux verts et se détendit.

– T’as encore taché mon pull, c’est ça ?

– Al… Je parle de la fiole et du miroir qui sont dans mon sac. On devrait le confier à ton frère, ce miroir… J’ai le spectre d’un criminel recherché par le monde entier dans mon sac nom d’un gnome !

Oui, Albus s’en occuperait. Mais pour l’instant, il avait l’esprit ailleurs. Occupé et focalisé sur ses amis plutôt que sur les gens mauvais.

Le brun n’était pas stupide. Il détestait simplement l’idée même qu’on évoque ces deux objets. Albus n’avait jamais été du genre à se retourner dans son lit toute la nuit pour réfléchir. Il pensait beaucoup, mais le flot des mots qui hantaient son cerveau se taisait très rapidement lorsqu’il leur commandait de le faire. Ces dernières nuits, cela n’avait pas été le cas. Il n’avait pas trouvé le sommeil.

Il pensait à Rose et ses pleurs.

Il pensait à Scorpius et ses cris.

Il pensait à Allénore et ses accusations.

Il pensait à tous leurs mots. Ces mots assassins qu’ils s’étaient envoyés comme des malédictions, des vérités blessantes, des pensées trop longtemps cachées.

Il ne parvenait pas à croire qu’elle avait changé ainsi. Le film de tout ce qu’ils avaient vécu défilait dans son esprit. Allénore avec une arme. Allénore en train de blesser de sang-froid un homme. Allénore et ses yeux quand du conscidisti lui était passé sous le nez. Allénore et la dureté de sa voix. Allénore et le sentence de mort qu’elle faisait peser sur Han, sans procès, sans justice.

Il y avait tant de vengeance, tant de peur.

Qu’est-ce que ce Han, enfin cet ungaikyō avait-il pu lui faire pour qu’elle change autant ?

– Quand vous étiez toutes les deux en Chine… Est-ce qu’elle t’a confié des choses ? demanda Albus.

Nilam fronça les sourcils. Elle comprit qu’il parlait d’Allénore.

– On ne parle jamais de nos douleurs ou de nos peines.

– Pourquoi ? l’interrogea-t-il franchement.

– Moi, parce que j’ai peur qu’Allénore comprenne à quel point parfois je fais semblant d’aller bien et de ne pas être une femme complètement fissurée. Je sais qu’elle doit le ressentir, mais maintenant qu’elle contrôle ses dons de polyglomage, elle en aurait la certitude. Au-delà ça, Allénore sait ce que c’est. La violence gratuite, la peur au ventre, cette envie de mourir pour que tout ça s’arrête… On ne devient pas addicte au conscidisti sans raison Al. J’aurais pu prendre de cette saloperie, et j’ai été à deux doigts de le faire de très, trop, nombreuses fois. Ce sont des pensées effrayantes et savoir qu’une autre personne que nous-mêmes peut les comprendre, c’est… affolant et on se sent nu. Vulnérable. Tu comprends ?

Il hocha péniblement la tête.

– Je ne te parle presque jamais de ce que j’ai fait, vu ou subi lorsque j’étais dans l’arène des Autres, Al. Et tu ne m’en tiens pas rigueur. Jamais. Alors pourquoi es-tu si exigeant avec Allénore ?

– Tu n’as jamais menti, Nilam.

– Tu as la mémoire courte, lui sourit-elle, aussi attendrie qu’amusée. J’ai vécu des mois sans baguette. J’avais une pilule de conscidisti dans ma poche. Je fumais un paquet de cigarettes par jour. J’ai été agressive, j’ai rejeté tout le monde… J’ai fait vivre un enfer à tout le monde parce que je ne savais pas comment exprimer tout ce que je ressentais, tout mon mal-être. Allénore et moi sommes très différentes. Elle vous a toujours tout dit, sauf ce qui comptait le plus à vos yeux alors que moi… je ne dis rien.

– Je ne t’en veux pas Nilam, souffla enfin Albus.

Les épaules de la jeune femme se relâchèrent et elle respira normalement.

– Je crois qu’on a enlevé beaucoup de choses à Allénore et qu’elle ne sait pas comment les récupérer, ni même si elle a envie de les récupérer. Mais elle apprend… Alors, non, nous n’avons pas parlé. Pas ce jour-là. Parce que nous ne sommes pas prêtes à nous épauler et à faire face au fait que toutes les deux, nous pouvons retrouver en l’autre nos propres souffrances. C’est tordu, torturé et débile, je sais…

Albus passa une main dans les cheveux de Nilam, qu’elle avait coupé au carré. Sa peau brune brillait au soleil et il lui murmura qu’il la trouvait belle.

– Je ne t’en veux pas, répéta-t-il.

– J’ai cadenassé cette fiole et ce miroir pour que vous discutiez tous les deux. Il faut que vous preniez cette décision tous les quatre, affirma Nilam.

– Tu as bien agi, admit Albus.

Bien sûr que le geste de Nilam l’avait frustré. Mais elle avait objectivement bien agi.

– Peut-être que je ne comprends pas tous les enjeux.

– C’est certain. Tu n’as jamais fréquenté ces cercles de violence, les trafics, le monde de la magie noire et crois-moi quand je te dis que j’en suis ravie et que je prie Merlin pour que tu ne connaisses jamais tout ça. Tu es quelqu’un de lumineux Albus. Tu as tant d’espoir, tant… tant d’optimisme et de chaleur en toi.

C’était cette lumière qui la faisait tenir.

– Je ne veux pas que tout ça s’éteigne chez toi.

– Je ne suis pas naïf. Je ne veux pas l’être…

Albus aimait savoir. Il voulait tout connaître. Il détestait ne pas savoir ou ne pas connaître.

– La naïveté n’est pas forcément un défaut, le réconforta-t-elle.

Elle se colla à lui et lui offrit une brève étreinte.

– Le monde a besoin de personnes comme toi, qui ne sont pas abîmées…

– Tu n’es pas abîmées, grogna-t-il.

– Le monde a besoin de personnes lumineuses comme toi, qui n’ont pas connu ce genre de guerre, pour lui rappeler tout ce qu’il peut y avoir de bon en nous ou chez les autres. Nous avons besoin de personnes comme toi pour nous tempérer, nous rappeler l’espoir et pourquoi il faut combattre le mal et ne pas s’y laisser sombrer.

Il hocha péniblement la tête.

– Al… Je t’aime comme ça. On t’aime, pour ça. Allénore le sait et elle a déjà probablement ouvert les yeux à l’instant même où nous nous sommes séparés en partant du laboratoire de Derrick.

Qu’importe.

Il lui en voulait énormément et toute la colère qu’il avait contenu en lui, sortait. Il n’en avait plus honte.

Ce qui l’énervait en revanche, était toutes ces choses qu’il se forçait maintenant à faire. Comme ne pas aller à la librairie, parce qu’il était certain de l’y croiser. Ou même de se rendre chez son frère James, parce qu’il savait également qu’Allénore n’avait plus que cet endroit, auprès de Louis, pour dormir.

– Tu peux éviter Allénore. Mais pourquoi éviter Rose et Scorpius ?

– Ils lui pardonneront trop facilement.

– On ne pardonne jamais trop facilement. On pardonne, c’est tout.

– Rose a si peur qu’Allénore parte qu’elle n’ira jamais contre elle. Scopius, lui… Il est tout simplement plus patient que moi.

– Al…, soupira encore Nilam. J’espère que ta colère passera. Tu pourrais le regretter. Vous vous aimez tous les quatre. Ne gâchez pas ça. Vous êtes de sacrées têtes de sombrals, aussi têtus que … Al… Ne gâchez pas tout !

– C’est Allénore qui a tout gâché avec ses mensonges. Elle ne nous a même pas rendu les souvenirs qu’elle avait oubliétté !

Nilam comprenait Albus. Mais elle comprenait aussi Allénore.

Peut-être que le temps soignerait tout ça.

Le temps et la parole.

Ils avaient tous les quatre besoin d’apaisement.

Lorsqu’on toqua à la porte, Albus vola un baiser à Nilam avant de descendre. Il eut un sourire un peu fourbe en la voyant rougir, de ceux qui faisait penser à Nilam qu’il aurait eu sa place à Serpentard. Albus aimait bien Colin et Opaline, les cousins de Nilam. Les voir tous les trois étaient toujours très intéressant et promesse de bon divertissement ! Ils descendirent les escaliers, main dans la main.

Colin tenait dans ses bras un bébé âgé d’un peu plus de six mois.

– Nous vous présentons Aurore Wallergan ! déclara solennellement Clara avec une émotion certaine dans la voix.

– On vient de nous en confier officiellement la garde ce matin. Tous les papiers sont en règle. Elle est notre fille, fit Colin.

Le bébé gazouilla manifestement ravie de rencontrer sa famille. Opaline fut la première à craquer et à réclamer sa nièce. Albus sourit. Les Wallergan étaient vraiment des gens bien, qui s’étaient battus pour obtenir la garde d’une enfant qui avait été admis dans un programme d’adoption regroupant la plupart des gamins dont les Autres s’occupaient.

– Elle est à croquer cette petite !

– Cette expression est flippante …, marmonna Nilam.

Cependant, elle ne fut pas longue à s’intéresser à l’enfant également.

– Bonjour Aurore…, babilla Opaline en prenant l’enfant dont elle avait été nommée la marraine. C’est un joli prénom !

– C’est français, indiqua Clara à Nilam, qui semblait s’interroger.

Opaline regarda Nilam et Albus tour à tour, avant de se reconcentrer sur le bébé qui jouait avec ses cheveux bleus. Jade cherchait l’attention de sa tante et jeta finalement son dévolu sur son parrain, Isaak, qui conduisit l’enfant dans le jardin pour une petite partie de Quidditch. Nilam, Opaline et Clara s’installèrent dans le salon, avec le bébé. Colin, manifestement tiraillée entre ses deux filles, sembla hésiter, puis parti rejoindre Jade et Isaak : ça faisait trop longtemps qu’il n’avait pas joué. Albus s’apprêtait à les rejoindre mais une force invisible le clouait sur place. La même qui retenait Nilam immobile.

Albus était concentré sur le bébé et ses grand yeux chocolat.

Il avait déjà vu des photographies d’Allénore lorsqu’elle était bébé. Il y en avait peu, mais c’était sa famille qui leur en avaient envoyé, à l’époque où elle avait disparu…

Il jeta un œil à Nilam qui avait elle aussi remarqué la ressemblance.

Albus agit comme un fantôme durant tout le reste de la journée, perdu dans ses pensées et trop occupé à démêler les mensonges et les non-dits d’Allénore. Il ne vit même pas les prunelles enfantines d’Aurore le chercher et n’entendit même pas la voix de l’enfant qui babillait dans sa direction. Il l’ignora.

Lorsqu’on lui fourra l’enfant dans les bras, il agit comme un automate.

Mille pensées le traversèrent. Toutes tournées vers Allénore et ce bébé.

Était-ce le sien ?

Était-elle tombée enceinte ?

Il fit le calcul. Aurore avait 8 mois. Louis ne pouvait pas être son père. Ils ne s’étaient retrouvés qu’en juin dernier. Et Allénore n’avait jamais aimé que Louis, n’avait jamais été capable d’être physiquement avec quelqu’un d’autre que Louis…

Dans quelles circonstances… avait été fait ce bébé ?

De qui…

Merlin… Elle avait probablement affronté ça toute seule et …

Il serra la petite Aurore dans ses bras, pour compenser le fait qu’il ne pouvait pas être dans ceux d’Allénore.

***

3 mai 2030, Londres.

 

– Le Ministère vous remet officiellement son accord pour prendre en charge les soins de ce cathsith femelle. Un agent de la réserve internationale viendra régulièrement prendre de vos nouvelles et il vous sera demandé d’apporter l’espèce dont vous vous occuperez au centre de reproduction de la réserve, où les deux espèces mâles de cathsiths encore vivants se trouvent.

La cathsith, dans une cage magique, feula de mécontentement. La secrétaire du bureau de contrôle de régulation des créatures magiques se ratatina sur elle-même face au cathsith qui n’était encore qu’un chaton.

La vérité était qu’aucun magizoologiste n’étaient parvenu à approcher la créature sans risquer la morsure ou de se faire découper en deux. Elle avait refusé de s’alimenter ou de boire tant que Louis n’avait pas été dans son champ de vision. En réalité, même lorsqu’il était présent, elle se montrait agressive… Louis savait qu’il aurait dû mal à l’apprivoiser mais il était prêt à prendre cette responsabilité.

Quelque chose le liait à cette créature.

Ils s’étaient sauvés l’un l’autre.

Le Ministère, dans le souci de préserver l’espèce, avait pris la décision de nommer Louis comme étant le gardien de la seule cathsith femelle encore en vie afin qu’elle ne se laisse pas dépérir. On avait longuement interrogé Louis sur ses compétences et ses connaissances. Le fait qu’il soit magizoologiste, déjà reconnu dans le milieu, avait sûrement aidé… Il avait bien répondu à la plupart des questions et lorsqu’il n’avait pas su, il n’avait jamais hésité à demander aux personnes qui s’étaient chargées de le questionner des conseils et des astuces.

Louis souleva la cage d’une main et salua la secrétaire de l’autre.

– Nous vous souhaitons une bonne journée !

La cathsith feula. la vieille eut un mouvement de recul apeuré.

– Je vous assure qu’elle est de très bonne humeur aujourd’hui !

Il s’esclaffa en voyant la sorcière pâlir et prit le chemin jusqu’aux ascenseurs. James l’y attendait, appuyé contre la porte.

– Attends je vais t’aider ! proposa-t-il en voulant prendre la cage.

La cathsith feula de nouveau et James s’en éloigna :

– Woah du calme ma mignonne ! Elle a mauvais caractère !

Louis éclata de rire avant de prendre le chemin des ascenseurs, accompagné de James.

– Vous nous cachez quelque chose et je n’aime pas ça, grommela-t-il pour la énième fois.

Louis secoua la tête :

– Mais non…

À peine une fiole qui pourrait annihiler toute la magie et un miroir avec un spectre à l’intérieur.

Trois fois rien…

– Albus est un mauvais menteur. Je sais que quelque chose s’est passé dans le laboratoire de Han Derrick. Qu’avez-vous trouvé ?

Il se pencha pour sourire à la créature magique, mais recula lorsque celle-ci bondit de sa cage pour lui mordre le doigt qu’il avait tendu vers elle. James sursauta et pénétra d’un bond dans l’ascenseur. Louis avait toujours admiré cette capacité chez James à investir un endroit comme s’il lui avait toujours appartenu. Louis le suivit en riant.

– Allénore ne vient plus chez nous…

James en semblait presque peiné.

Il l’aimait bien Allénore.

Elle était marrante…

– Citlali l’aime bien.

– Elle a peur de croiser Albus, avoua Louis.

– Ils se sont disputés ?

James le savait pertinemment. Il essayait juste de glaner quelques informations auprès de Louis.

– Assez fort, répondit Louis.

– Ça s’arrangera…

Louis aurait souhaité en être aussi certain.

– La semaine dernière Albus est parti avec Nilam, une semaine en Inde, visiter sa famille du côté de sa mère. Il m’a envoyé une lettre il y a quelques jours lorsqu’il y était encore… Ils se sont bien éclatés. Ils sont rentrés avant-hier. Ils sont chez Isaak Hartley et il est de sacré mauvais poil, parce que… bah tu vois… Il voudrait être seul avec Opaline et Isaak est sacrément chiant lorsqu’il est de mauvais poil … Alors, leur petite dispute… Ça va s’arranger. Il le faut. Sinon, Citlali et moi, on se reconvertit en chauffeurs du magicobus, je te le garantis.

– James, t’as pas le permis et Citlali a toujours eu un chauffeur privé…, fit remarquer Louis.

L’appartement que partageaient Albus, Rose, Scorpius et Allénore n’était plus habitable. Les briseurs de sorts étaient venus faire le ménage avec Scorpius et s’il était redevenu comme avant, aucun des quatre amis ne se sentait prêt à y remettre les pieds.

Louis avait récupéré les affaires d’Allénore. Enfin, ce qu’il en restait. Il y avait eu des lettres de menaces, des insultes, des vêtements, des livres ensorcellés qui avaient tenté de le tuer… Il avait fallu presque tout jeter. Même sa couette, qui avait presque réussi à étrangler Louis avant que Scorpius n’intervienne… Louis avait préféré épargner cette peine à Allénore. Elle n’avait pas besoin de savoir ce que les Autres pensaient d’elle. Elle n’avait pas besoin d’entendre leurs insultes et de se prendre en plein visage leur haine.

– Albus m’a demandé de me charger de rassembler ses dernières affaires à la colocation Mais c’est à lui de s’en occuper. C’est à lui de tourner cette page, termina James en parlant de son cadet. Et j’en ai bien assez des cartons. Citlali a une organisation militaire…

Louis tapota l’épaule de son cousin.

– Vivre en colocation avec toi, c’était moins chaotique que je ne le pensais.

James s’esclaffa et ses yeux pétillèrent.

– Tu m’as aidé à tenir le coup, Louis. Sans toi… Je n’aurais pas été capable de …

– Bien sûr que si, l’arrêta le blond.

Ils avaient été la béquille de l’autre pendant quelques années mais désormais, ils étaient solides et fiers. Ils étaient forts et heureux. James et Louis étaient amis plus que cousins et ça, ça ne changerait jamais quand bien même l’aîné des Potter et le dernier des Weasley-Delacour n’habiteraient plus ensemble.

Les moments où James Potter se montrait aussi sincère étaient assez rares. Louis les acceptait tous et les chérissait comme des trésors. Il était ravi que James et Citlali aient pris la décision d’emménager ensemble.

– Tout ça m’inquiète. J’espère que vous ne cachez rien de dangereux, insista James. Vous me le diriez n’est-ce pas ?

Louis grimaça.

Nilam avait toujours sa sacoche avec une fiole contenant un poison capable de tous les détruire et un miroir dans lequel le spectre de Han Derrick était emprisonné…

– Ils gèrent tous les quatre. Ils t’en parleront le moment venu.

– Je n’aime pas ça. Ils sont probablement en train d’enfreindre des centaines de lois et décrets magiques.

– Si tu savais mon pauvre…

– Merlin…, gémit James. Papa va être furieux.

Louis en était persuadé.

Ils rentrèrent à ce qui était encore pour quelques semaines leur appartement. Gribouille accueillit Louis d’un miaulement heureux et huma curieusement la cage qu’il tenait dans ses mains. Roméo, le rat de Citlali, était posté sur la tête du chat et cavala directement en direction de la jambe de James pour lui grimper dessus.

Ils entendirent le son mat d’un corps qui venait probablement de chuter. James et Louis se regardèrent, amusés :

– La tienne ou la mienne ? l’interrogea James.

– La mienne, fit Louis en désignant les chaussures d’Allénore dans l’entrée.

– T’as raison. La mienne ne tombe jamais du lit… Je vous laisse tranquille… Je vais… aller faire un tour ou deux ! fit James en offrant un clin d’oeil à son cousin.

Louis sourit, empli de gratitude, Gribouille trottinant sur ses talons. Il ouvrit la porte de sa chambre et y découvrit Allénore, les cheveux en bataille, en pyjama, avec encore un peu de bave au niveau du menton. Elle lui sourit piteusement et caressa son chat qui miaulait pour réclamer son attention.

Allénore était rentrée depuis une semaine. Elle était partie en vadrouille, Louis ne savait trop où, prétextant une mission diplomatique avec les vampires. Elle lui avait écrit tous les jours pour le rassurer et un jour, il était rentré de Roumanie pour la trouver dans son lit, à Londres. Depuis, elle n’était pas revenue, craignant beaucoup trop de croiser Rose, Albus ou Scorpius. Louis savait qu’elle louait une chambre au Chaudron Baveur.

– Il y avait trop de bruit et j’ai vraiment besoin de dormir, justifia-t-elle en rougissant.

– Je t’ai déjà dit que tu étais chez toi ici, l’accueillit Louis en déposant un baiser sur son front.

– Et je voulais revoir notre nouvelle amie ! s’extasia Allénore en se penchant à hauteur de la cage.

Elle ne s’approcha pas davantage et observa simplement la cathsith qui surprenamment, ne feula pas. L’animal lui tourna simplement le dos après l’avoir jaugé de ses yeux gris. Allénore se releva en riant. Louis se disait quant à lui qu’il devait attirer les caractères de cochon et qu’Allénore et la cathsith s’entendraient sûrement très bien une fois qu’elles se seraient accoutumées l’une à l’autre.

– Tu as officiellement les papiers ?

Louis hocha fièrement la tête.

– J’ai acheté du poisson frais. J’ai lu dans un manuel que les cathsiths en raffolaient ! Et j’ai pris un panier aussi, avec un petit coussin.

Louis doutait que la cathsith y dorme un jour mais l’attention d’Allénore le toucha. Elle s’approcha de lui et le prit dans ses bras, toujours dans le lit et lui, debout.

– Tu me manques en ce moment… Tu n’es pas assez près de moi.

– Tu es dans mes bras, Nore…

– Depuis trop peu de temps.

Il déposa un nouveau baiser sur son front et fit durer l’instant, avant de se plaindre d’une crampe dans le bras à force de tenir la cage. Il la posa par terre et ouvrit la grille. La cathsith resta à l’intérieur quelques minutes. Louis avait enlevé ses chaussures, sa veste et s’était couché dans le lit près d’Allénore, sa tête contre la sienne. Ils s’embrassaient, rattrapaient un peu le temps perdus et profitaient, riaient, lorsqu’il sentit une plume lui effleurer timidement le bras.

La créature magique était sortie de sa cage de transport et ses pupilles rondes, toutes dilatées, suivaient le mouvement des cheveux d’Allénore, couchée sur le dos et sur toute la largeur du lit, qui dépassaient du lit alors qu’elle secouait la tête en rythme avec la musique qu’elle avait choisi.

L’animal passa une patte dans sa chevelure pour en attraper les mèches qui bougeaient et Allénore s’arrêta en souriant. Louis lui fit signe de continuer, les yeux pétillants et elle s’exécuta, faisant onduler sa chevelure dans le vide. La cathsith s’aplatit sur le sol, prête à bondir et s’empara d’une mèche de cheveux. Après quelques instants, Allénore se retourna sur le ventre pour la regarder. La cathsith ne tirait même pas et mâchouillait les longs cheveux d’Allénore avec un certain enthousiasme….

Ses yeux chocolat se perdirent dans le gris lunaire de ceux de l’animal, qui n’était encore qu’un bébé.

Et comme si elles s’étaient jugées dignes l’une de l’autre, elles rompirent le contact lorsque la cathsith grimpa sur le lit pour élire domicile sur l’oreiller de Louis. Gribouille l’y rejoignit et Allénore et Louis analysèrent la scène. La cathsith feula un peu. Gribouille attendit. Il se roula en boule près de la queue de plumes rouges et resta à sa place. Elle commença sa toilette et finalement, passant ses pattes sur ses toutes petites oreilles en entendant le ronronnement satisfait du chat blanc, décida d’inspecter l’animal pour renifler son odeur. Ce fût elle, qui se roula à son tour en boule et se nicha contre la grosse masse blanche des poils de Gribouille. Les deux animaux ronronnèrent de concert.

– Il faut qu’on lui trouve un prénom, chuchota Allénore pour ne pas troubler le sommeil des deux animaux.

– Elle aurait pu errer seule très longtemps au quartier général des Autres. Elle a eu de la chance de me trouver et j’ai eu de la chance qu’elle me suive. Elle nous a sauvé des spectres, indiqua Louis.

Allénore approcha une main timide du cathsith qui rouvrit les yeux et feula de nouveau, les poils dressés.

Très bien. Pas de caresses pour l’instant.

– Ce sera Chance, alors, sourit-elle avant d’embrasser Louis.

– Tu crois qu’on devrait lui montrer la mer ?

Le visage d’Allénore s’illumina lorsqu’elle comprit l’invitation de son petit-ami. Une virée à la plage… juste lui et elle… C’était et ce serait parfait.

– Je pense que c’est une très bonne idée !

***

5 mai 2030, Londres

– T’avais raison.

Louis se figea et un immense sourire fendit son visage en deux. La pluie tombait en trombe sur le Chemin de Traverse.

– Précise ta pensée, ça m’arrive souvent…

– Lorsque tu nous as dit que nous avions tort de penser que nous étions prêts à connaître Mistinguette. Nous ne l’étions pas, admit Scorpius.

Merlin qu’il allait se souvenir de ce moment très longtemps.

Scorpius était à deux doigts de le massacrer.

– Nous n’étions pas prêts à voir Allénore comme ça. A la découvrir si violente et impitoyable. A connaître cette partie si sombre d’elle-même.

Scorpius avait détesté ça.

– Elle avait peur que vous la rejetiez.

– Mais c’est elle qui nous a rejeté, s’énerva Scorpius.

– Peut-être à raison… Albus l’a regardé comme un monstre durant tout notre séjour en Chine. Et tu n’étais pas mieux.

– Parce que t’as agi comme un saint, toi, quand tu as appris qui elle était ?

– Non, s’esclaffa Louis en retirant les mains de ses poches. Loin de là. Je l’ai beaucoup fait souffrir et je culpabilise encore pour ça, crois-moi.

Scorpius l’avait hélé dans le Chemin de Traverse. Ils s’étaient arrêtés quelques mètres plus loin, avant de s’affronter du regard. Louis n’attendait pas grand-chose de cette discussion. En réalité, il n’était même pas du tout à l’aise et se demandait bien pourquoi c’était à lui que Scorpius s’adressait.

– J’ai été un connard mais je dois dire que j’en attendais plus de vous tous.

– T’es toujours un connard…, grommela Louis. Mais t’as essayé de nous avertir.

– Est-ce que tu es toujours son ami ?

– Bien sûr !

C’était sorti si naturellement…

Scorpius avait été réparti à Poufsouffle.

Ses amis étaient sa famille.

Leurs batailles étaient les siennes.

Il était loyal, bon et juste.

– J’ai juste été déstabilisé.Toute cette histoire…

– Tu sais pourquoi je lui dis tous les jours que je l’aime ?

– Parce que t’es niais et que les mots n’ont aucun sens pour toi.

Louis pouvait se montrer si dur dans ses paroles… Il n’avait pas la valeur des mots. Il n’avait qu’une parole, c’était certain. Mais il ne mesurait pas l’impact que ses phrases pouvaient avoir sur les autres.

– Je lui dis que je l’aime parce qu’elle a besoin de l’entendre. On ne le lui a jamais vraiment dit lorsqu’elle était petite et c’est ce qui lui fait du bien. Alors je le lui répète, parce que ça ne rentrera jamais assez dans son crâne, qu’elle mérite d’être aimée, qu’elle est aimée, et ce, même lorsqu’elle pète les plombs, même lorsqu’elle est Mistinguette, même lorsqu’elle est la pire version d’elle-même. Je le lui assène, parce que je veux qu’un jour elle arrive à y croire juste en le lisant dans mes yeux. Allénore n’est pas la personne toute gentille qu’elle a voulu nous présenter, celle qu’elle veut être et qu’elle aurait souhaité être. Enfin elle n’est pas que ça. Elle est aussi capable du pire pour le meilleur et l’aimer elle, c’est aussi aimer et accepter ça.

Scorpius passa une main dans ses cheveux, mal-à-l’aise. Il ne parvenait toujours pas à comprendre comment diable Louis Weasley faisait-il pour exprimer ses sentiments de façon si impudiques, pour les déclamer haut et fort, sans rougir, avec une conviction et un courage… admirables.

– Je suis désolé, marmonna-t-il. De ne pas avoir été capable de la retenir il y a deux ans. D’avoir remarqué que quelque chose n’allait pas chez elle et de n’avoir rien fait.

Mais qu’aurait-il pu faire ?

– Je suis désolé, enchaîna à son tour Louis. De ne pas avoir toujours cru en elle et d’avoir été si en colère après toi pour n’avoir rien fait, alors que cette fuite, cette disparition, était sa décision. Et je suis désolé de ne pas avoir su quoi lui dire quand elle n’allait pas bien.

Mais qu’aurait-il pu lui dire ?

Les deux hommes se regardèrent sans baisser les yeux et sans s’affronter. Une première pour eux, depuis très longtemps. Ils ne seraient peut-être jamais vraiment ami, mais … ils se pardonnaient. Ils se pardonnaient ces deux années de souffrance, les non-dits, les erreurs, les regrets, les remords… Ils se pardonnaient.

Scorpius lui offrit un signe de tête poli avant de s’en aller.

Scorpius avait toujours considéré qu’il était un lâche qui croyait seulement en son courage. Un peu comme son père. Et il ne voulait pas être ce genre de personne. Il aurait pu discuter avec Allénore.

Il lui avait déjà pardonné en réalité. Il avait juste besoin de l’entendre dire que plus jamais elle ne les fuirait comme elle l’avait fait, que les mensonges, les non-dits, c’était terminé.

Sa meilleure-amie lui manquait.

C’était à elle qu’il aurait dû s’adresser.

Les belles paroles de Louis l’agaçaient.

Il rentra tôt, cette soirée-là et mangea rapidement sans faire attention à Ron et Hermione qui s’inquiétaient du mutisme du jeune homme et de leur fille. Ils montèrent à l’étage, pour aller dormir, sautant la partie d’échec que Ron adorait jouer avec eux.

Mais Scorpius n’arrivait pas à dormir. Le lit d’enfant de Rose était ce qu’il était : un lit d’enfant. Alors certes, se coller à Rose pour la nuit n’était pas désagréable. Ils le faisaient déjà dans un lit deux places… Mais maintenant qu’il avait littéralement le dos au mur et qu’il s’obligeait à retenir Rose dans ses bras sous peine de la voir chuter sur le sol, il regrettait un peu cette dispute.

De ce qu’il en savait, Nilam et Albus étaient partis chez sa cousine Opaline et Isaak qui faisait tout pour les faire dégager. Evidemment, Nilam se donnait un malin plaisir à lui faire croire qu’Albus et elle resteraient d’ailleurs très longtemps…

Scorpius n’avait aucune nouvelle d’Allénore. C’était aussi pour ça, qu’il s’était arrêté dès qu’il avait aperçu Louis.

Il avait souhaité lui demander comment elle allait.

Mais il en avait été incapable.

Il se disait qu’il s’en fichait, que ça lui importait peu. La colère lui soufflait ces mots. Mais son amitié, cette partie de lui qui lui serait toujours fidèle, se demandait comment Allénore allait et si elle pourrait un jour le pardonner de ne pas avoir su l’aimer. Ça l’aurait tué de l’admettre, mais elle avait eu raison de ne pas tout leur raconter. Elle avait eu raison de leur mentir, de leur cacher cette facette ci de sa personnalité. Parce qu’ils avaient tous agit avec peur, malgré ses nombreux avertissements.

Merlin qu’il avait été con.

Allénore était Allénore. Elle était douce. Elle était effrayante. Elle était gentille. Elle était pleine de violence. Elle était intelligente. Elle était impulsive. Elle était son amie. Elle était un monstre. Il n’avait pas peur et il l’aimait.

Pourquoi avait-il réagit ainsi ?

Il sentit la respiration de Rose s’accélérer et devenir plus lourde. Il le connaissait par cœur et savait que d’ici très exactement deux secondes, elle se tournait sur le côté pour le regarder. Il suivit de ses lèvres une ligne tracée par ses taches de rousseurs et il inspira calmement, alors que Rose pivotait effectivement sur elle-même et lui souriait, les yeux encore collés par le soleil.

– Il faut que tu dormes, Scorpius.

– Je n’y arrive pas.

Lorsqu’il avait des insomnies de ce genre, Rose le tenait dans ses bras jusqu’à ce qu’il s’endorme.

– Tu ouvriras ta boutique dans deux semaines et nous dormons encore chez tes parents.

Il vivait tout ça comme un échec. Par Merlin, ils n’étaient plus des adolescents ! Scorpius avait besoin d’aller de l’avant. Définitivement et réellement.

– On aurait pu dormir chez les tiens …

– Je ne veux pas parler à mon père.

Elle glissa une main froide sur sa nuque et souffla de dépit. Rose n’insista pas et préféra enterrer le sujet « Drago Malefoy ».

– Je crois que Louis et Allénore sont partis.

– Partis ? s’écria Scorpius.

Non il avait vu Louis cette après-midi même… Enfin les connaissants tous les deux, Allénore et Louis auraient très bien pu décider de s’en aller d’un coup tête. Ils étaient tellement imprévisibles … Louis, le bourlingueur, toujours à chercher l’aventure et Allénore la boussole, toujours à chercher la bonne direction.

Finalement, heureusement qu’ils étaient ensemble… Scorpius était rassuré.

– Ils auraient pu prévenir, bougonna-t-il tout de même.

– Chut !

Rose se contorsionna pour attraper sa baguette, sur la table de chevet et lança un assurdito sur la porte de sa chambre.

– Partis où ? insista Scorpius.

– Dans le sud de la France. Voir la mer.

– On devrait…

– Être avec elle ?

Il hocha la tête, tout contre sa peau dont il embrassait toutes les tâches de rousseur.

– Non, secoua la tête Rose. Elle s’en sort très bien toute seule, Scorpius.

– Mais…

– Nous sommes amis depuis nos onze ans.

– On ne s’est jamais tous disputés comme ça. Je n’aime pas ça.

– Les disputes… Les disputes, ça veut dire qu’on tient les uns aux autres. On ne devrait pas s’en vouloir d’avoir été choqués par la violence d’Allénore. Ni même par celle d’Albus. Nous ne sommes pas obligés d’être tout le temps d’accord. Ce n’est pas pour autant que nous ne nous aimerons plus ou moins…

Rose ne doutait pas de leur réconciliation à tous.

Elle croyait en eux. Elle avait foi en eux.

– Je t’ai déjà dit que ta sagesse me faisait craquer ?

Rose s’esclaffa tout contre lui.

Scorpius rougit.

Il s’était imaginée mille fois la façon dont il la demanderait en mariage. Il aurait enfilé une cravate, parce qu’il adorait quand Rose la tirait pour l’amener jusqu’à elle, quand elle l’enroulait autour de son poignet pour l’embrasser… Il avait envisagé un moment de lui offrir des fleurs. Mais Rose n’aimait pas les fleurs. Il aurait fait sa demande au beau milieu de Fleury et Bott, de leur salon, de leur chambre, du Ministère de la magie ou dans cette clairière, près de la forêt de Sherwood dans laquelle ils aimaient tant se promener. Il aurait admiré un instant les rayons du soleil accrocher ses cheveux roux et les faire flamboyer. Et il aurait trouvé le courage de lui poser la question, sans mettre de genou à terre, car Rose était son égale et il était le sien.

Cette chambre d’adolescente, avec ses parents qui dormaient sous le même toit, dans ce petit lit… Il n’avait même pas sa bague. Ce n’était pas le cadre idéal. Pourtant, d’une certaine façon, ça l’était.

Et puis sa première demande avait été catastrophique… Sans parler de la deuxième. On ne pouvait pas faire pire.

– Rose…

Il déglutit, préparant une belle phrase.

– Oui ?

– Et si on se mariait ?

Rose ferma les yeux.

– Rose ?

– Chut.

– Rose…

– J’attends qu’un démonzémerveille fourre sa langue dans ton oreille et te fasse perdre la mémoire,… J’attends qu’un malheur nous tombe dessus.

– Rose !

– Oui.

– Rose ?

– Oui.

Il ouvrit la bouche et elle éclata de rire.

– Oui, répéta-t-elle.

Elle se mit à sourire et à l’embrasser en soupirant, sans s’arrêter.

– Et si on se mariait, Scorpius ? demanda-t-elle à son tour après quelques baisers.

– Oui.

Rose était apaisée.

Pas de démonzémerveille. Pas de danger de mort.

Juste leur amour et leur promesse.

– Attends deux secondes, c’est quoi cette histoire de démonzémerveille qui fourre sa langue dans mon oreille ? s’exclama soudainement Scorpius.

 

End Notes:



Let's say sunshine for everyone
But as far as I can remember
We've been migratory animals
Living under changing weather

Someday we will foresee obstacles
Through the blizzard, through the blizzard
Today we will sell our uniform
Live together

 

Chapitre XI by CacheCoeur
Author's Notes:

Home – Edhith Whiskers

Everybody’s changing – Keane

Deal with it - girli

Les gens qui doutent – Coline Rio

Brave – Sara Bareilles

Monster v.2 – Tom Odell

 

J'aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer
J'aime les gens qui disent et qui se contredisent et sans se dénoncer
J'aime les gens qui tremblent, que parfois ils ne semblent capables de juger
J'aime les gens qui passent moitié dans leurs godasses et moitié à côté
J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons
J'aime ceux qui paniquent, ceux qui sont pas logiques, enfin, pas "comme il faut"
Ceux qui, avec leurs chaînes pour pas que ça nous gêne font un bruit de grelot
Ceux qui n'auront pas honte de n'être au bout du compte que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire "délivrez-nous du pire et gardez le meilleur"

 

 

 

26 mai 2036, Londres

Allénore regarda Louis dans les yeux.

Il avait un peu bronzé. Sa peau avait encore un peu le goût des embruns marins et elle adorait ça.

C’était comme être à la plage, les pieds dans le sable, à regarder la marrée descendre et attendre juste encore un peu pour aller cueillir des coquillages.

Louis lui en avait ramassé des tas durant cette semaine et elle les avait tous conservé dans un bocal. Un nouveau trésor… Tout ce qu’il lui offrait le devenait.

C’était les premières vacances qu’ils avaient passé ensemble, comme un couple normal, faisant une activité normale, sans activité terroriste, sans menace de mort pesant sur leurs épaules, sans crainte. Juste eux. Louis aurait voulu que ça dure une ou deux éternités. Voir une éternité d’éternités. Mais Allénore avait des obligations professionnelles et des partiels à passer dans moins d’une semaine.

Elle le regarda plus intensément, consciente que l’esprit de Louis était toujours perdu dans les dunes et immergé dans l’eau salée qu’ils avaient tant aimé durant ces derniers jours. Elle se rapprocha de lui, encore un peu plus.

C’était incroyable ce besoin, cette envie qu’elle avait de l’embrasser, de le toucher, de l’aimer… Quand il était là, tout près, ne pas être avec lui faisait physiquement mal. Lorsqu’il encerclait ses bras autour de sa taille, elle se sentait forte. Lorsqu’elle se laissait aller contre lui, en lui, et cherchait sa bouche de la sienne comme une affamée, elle se sentait reine.

Louis traçait des motifs sur le ventre nu d’Allénore. Il profitait de ses frissons et de son sourire satisfait.

Ils étaient partis une semaine dans le sud de la France, pour aider la tante de Louis à gérer son auberge et voir la mer, avec Chance et Gribouille, qui n’avait pas très bien supporté le voyage par portoloin… Ils étaient allés admirer la plage tous les jours, mais n’avaient pas visité Noanne.

Allénore voulait guérir. Elle voulait la joie.

Le recueillement viendrait plus tard, quand elle serait prête, quand le prénom de Noanne ne serait plus tabou et lorsqu’elle serait entourée de ses amis.

– Tu es belle comme ça…, chuchota Louis à son oreille.

Les poils d’Allénore se dressèrent sur ses bras. Elle se sentit bouillir un peu de l’intérieur, sa faim de lui renaître encore …

– Nue et dans tes bras ? soupira-t-elle en ronronnant presque.

– Satisfaite et comblée. A mes côtés. En train de lire, répondit-il en l’observant tourner les pages de son manuel d’enchantements supérieurs.

Il se pencha légèrement pour l’embrasser au niveau de la nuque.

– Pourquoi tu révises ? T’es déjà plus intelligente que ceux de ta classe…

– Mes partiels arrivent et j’ai peur de ne pas être à la hauteur…

Louis savait qu’il ne servirait à rien de discuter ou de lui répéter ce qu’il pensait de ses capacités intellectuelles et de ses talents. Alors il l’embrassa encore une fois, avant de sortir du lit :

– Je vais te faire du thé.

Pour le remercier, elle reposa son livre, l’attrapa par le cou et l’embrassa à son tour. Il répondit à son baiser, se laissant de nouveau capturer dans leur lit et la tira à lui jusqu’à ce qu’elle soit de nouveau collée à sa peau et sur ses genoux.

– Et mon thé alors ? demanda-t-elle.

– C’est toi qui a commencé…

Elle s’esclaffa joyeusement. Son manuel tomba lit mais elle s’en moqua. Elle ferma les yeux avec paresse lorsqu’il se mit à planter mille baisers le long de sa gorge, qui faisaient fleurir son cœur de bonheur. Ils se laissèrent tomber de nouveau sur le lit, allongés et heureux, dans les bras l’un de l’autre.

Elle grognait de mécontentement lorsqu’il arrêtait de dessiner sur sa peau avec ses doigts, et comme il aimait l’embêter, il ne se privait jamais de le faire de temps en temps. Il en profitait souvent pour la faire taire d’un baiser.

– Loin de moi l’idée de m’en plaindre, mais Allénore… Tu ne devrais pas être ici, chuchota Louis contre sa bouche.

Lorsqu’elle soupira, son souffle chaud caressa le menton de Louis. Il frotta son nez dans le cou d’Allénore, inspirant l’odeur de sa nuque.

Y’avait un truc avec l’odeur de sa nuque.

Ça sentait l’océan et la violette. C’était enivrant et c’était comme s’il avait cherché cette odeur toute sa vie. Elle le rendait dingue, cette odeur. C’était chimique, d’après Molly. C’était de la faute des ocytocines ou des phéromones, un truc comme ça…

Allénore se blottit contre lui et prit ses doigts pour les embrasser de ses lèvres, s’arrêtant sur toutes les marques, toutes les griffures qu’il avait récemment reçu lors de sa formation de dragonologie. Louis adorait lorsqu’elle faisait ça. Lorsqu’elle couvrait ses mais abîmées, écorchées, brûlées, de sa tendresse et de son amour.

– Allénore…

Il aurait passé le reste de sa vie dans leur lit si ça n’avait tenu qu’à lui. Mais il s’inquiétait malgré son réveil délicieux entre ses bras, leur petit-déjeuner succulent, et cette décision complice de finalement retourner au lit…

Il embrassa son épaule avant de la faire rouler sur le côté pour se pencher au-dessus d’elle. Elle glissa ses mains sur sa nuque en souriant caressant du bout des doigts ses cheveux blonds qu’il avait attachés. Impatiente et trop désireuse de sentir ses lèvres sur les siennes, elle se releva pour l’embrasser et leur donner à tout deux ce qu’ils souhaitaient. C’était dans des moments simples comme ceux-ci qu’elle se rendait compte d’à quel point elle l’aimait. Elle l’attira contre elle, ignorant le poids de son corps un peu lourd sur le sien. Elle voulait sa peau, juste sa peau contre la sienne et son corps contre le sien.

– Allénore…, répéta Louis en acceptant son étreinte. Nous sommes samedi. Et le samedi, c’est ta journée avec Albus. Vous faîtes vos recherches et on va tous vous chercher pour vous faire lever le nez de vos bouquins avant de se rendre à votre repère, au salon de thé de Carrow…

Louis avait comptait les samedis où Allénore et Albus ne s’étaient pas retrouvés. Trois.

C’était long.

Ils ne se parlaient plus et il avait patiemment attendu qu’Allénore aborde le sujet.

– Est-ce que j’ai merdé, Louis ? demanda Allénore les larmes aux yeux.

Il planta un baiser sur sa joue avant d’atteindre sa bouche.

– Tu as fait ce que tu as pu.

– Tu ne réponds pas à ma question.

– Ils avaient besoin de connaître la vérité et de te connaître toi. Tu avais besoin de sécurité. Ce n’est pas parce que vos besoins ont été incompatibles à un instant t que tu dois leur en vouloir ou que votre amitié est gâchée pour toujours. Les gens changent…

– Scorpius avait peur de m’avouer qu’il voulait siéger au Mangenmagot ...Depuis quand a-t-il peur de moi ? Depuis quand Rose se sent-t-elle déchirée entre nous tous ? Et Albus… Nous avions toujours été sur la même longueur d’ondes. Je ne me suis jamais disputé avec lui… Sans parler de Scorpius. Nous nous sommes toujours tout dit, lui et moi.

– C’est un petit con.

– Lou…, gronda doucement Allénore.

– Mais il a toujours cru en toi, ajouta tout aussitôt Louis. Tu dois te réconcilier avec tes amis, Nore. Je sais qu’ils te manquent. Parle au moins à Rose et Nilam… Tu as eu assez de temps, je crois.

Elle ne savait pas comment faire pou se réconcilier avec les gens. Elle évitait les conflits pour cette simple et très bonne raison. C’est aussi pour ça, qu’elle n’avait pas parlé à sa famille depuis presque trois ans maintenant.

– Tu crois qu’Albus a raison ? Qu’il vaut mieux sauver nos amis que tuer nos ennemis ?

– Et toi ?

– Je déteste quand tu retournes mes propres questions contre moi, geignit-elle. Une part de moi pense qu’il a raison, évidemment… Mais Han est si dangereux.

– Je sais.

Il décolla son corps du sien et s’assit à ses côtés. Elle posa sa tête sur ses genoux. Il glissa ses doigts dans ses cheveux et les caressa distraitement.

– Si on tue Han, c’est la peur qui gagne.

Louis opina.

– Albus a raison… J’ai changé. Avant… Avant Mistinguette, je n’aurais jamais hésité.

Ces quelques jours aux bords de la mer l’avaient fait réfléchir à tout ça.

– Il n’a pas vécu ce que tu as vécu. Tu ne le lui as jamais raconté. Il ne peut pas l’envisager ou le comprendre. Tu es plus prudente parce que tu mesures les risques… Des risques auxquels il ne songe même pas.

– Que ferais-tu toi ?

– Je n’en sais rien Nore…, répondit-il sincèrement en démêlant ses cheveux châtains. Je me dis qu’il nous faut des gens comme Albus, Rose, et même Scorpius pour nous empêcher de sombrer dans trop de prudence. La prudence, la sécurité… ça a un prix. Cette transaction ne vaut pas toujours à ce qu’on se sacrifie pour elle.

– Je pense aussi qu’ils nous rappellent pourquoi nous faisons tout ça, approuva Allénore. Pourquoi on est prêt à se sacrifier justement … à devenir des monstres et à faire toutes ces horribles choses. Pourquoi nous sommes prêts à commettre le pire pour protéger ceux qu’on aime. Je pense… Je pense qu’Albus a raison.

Elle pleurait silencieusement contre lui.

– Il me manque. Ils me manquent tous en fait. A quoi bon les protéger du pire, si je fais partie de ce pire ? Je suis trop présomptueuse, à toujours penser que je me bats pour ce qui est juste. Mais se battre pour ce qui est juste est néfaste, si on le fait mal et dans la violence. Et qu’est-ce que j’en sais moi, de ce qui est juste ? Ce n’est que ma vision des choses après tout. Richards était persuadé d’être dans le juste, et il se battait pour une cause juste… Mais il a fait tant d’horribles choses… Je suis dangereuse.

Elle partait dans de mauvaises pensées. Des pensées à la Allénore Rameaux, qui cogitait bien trop.

– Allénore… Stop.

– Je ne veux pas faire souffrir les gens. Je ne veux pas… devenir comme Ed Richards, me battre pour une cause juste, mais mettre le monde à feu et à sang.

– Tu n’es pas comme Ed Richards.

– Je pourrais. Je le sais…

– Arrête…

– Les Autres étaient une cause juste, Louis. Je te l’ai toujours dit. Mais ce qu’ils ont fait… Ce que mon père leur a fait… Il les a manipulés parce qu’il pensait sincèrement que c’était la seule chose à faire pour obtenir justice. Je ne veux pas tomber dans ce genre de piège et devenir un monstre noir de justice.

Louis décida de ne rien dire.

– Je ne serai jamais comme lui, Louis. Pas si je vous ai tous avec moi.

– Non, affirma-t-il heureux qu’elle en ait conscience. Tu ne seras jamais comme lui. Parce que tu es quelqu’un de bien.

– Parce que je t’ai toi. J’ai Rose, Albus, Scorpius et Nilam. J’ai mes proches. Ils me rappellent ce qui est juste et comment et pourquoi il faut l’être. Ed Richards n’a jamais eu ça. Vous êtes mes limites à tous les extrêmes.

C’était une déclaration d’amour étrange mais très belle, Louis devait bien l’admettre…

Louis pensait aussi que Ed Richards n’avait jamais eu le bon cœur d’Allénore et l’empathie de sa fille… Mais Allénore n’était pas encore prête à l’admettre.

– Je veux tuer Han pour les protéger. Pas pour qu’ils me détestent. Mais je préfère qu’ils me détestent vivants plutôt qu’ils m’aiment en étant morts. Tu comprends ?

Il pose ses lèvres sur son crâne. Bien sûr qu’il comprenait…

– Ils savent se protéger eux aussi…, lui rappela Louis.

– On se bat pour protéger ceux qu’on aime. Albus a toujours eu raison… Louis… Je crois que j’ai oublié dans ce laboratoire pourquoi j’ai été Mistinguette un jour.

Pour ses amis. Pour sa famille. Pour la justice.

Pas pour la mort et pour ses ennemis.

Ses amis étaient son ancre dans la tempête. La boussole grâce à laquelle elle retrouvait son chemin, même si elle s’égarait de temps en temps.

– Comment je dois faire pour qu’il me pardonne ?

Elle se releva elle aussi et le contempla de ses grands yeux chocolat.

– Tu lui dis tout ça…

Sa main descendit le long de sa joue et elle opina en déglutissant.

– Allénore…

Elle papillonna et attendit la suite.

Chance s’installa dans les bras de Louis. Il était le seul autorisé à caresser l’animal mais Allénore ne perdait pas espoir.

– Je pense qu’on devrait habiter ensemble.

Elle écarquilla les yeux, surprise… Et pourtant, pas tant que ça.

– Je ne suis presque jamais là, je dois me déplacer tout le temps pour le travail et mes études. Je sais que tu ne veux pas retourner à la colocation et peut-être que c’est le bon moment… Maintenant que James et Citlali s’installent ensemble …

– Ce n’est pas une course, Lou, sourit-elle. Le jour où on habitera ensemble, ce ne sera pas parce que je ne veux plus habiter en colocation avec mes amis ou parce que James déménage. Le jour où j’habiterai avec toi, ce sera lorsque je serai prête à passer tous les jours de ma vie avec toi et que tu le seras aussi.

Il baissa la tête, un peu déçu. Elle la releva.

– Je suis prêt.

Évidemment qu’il l’était…

Il était toujours le premier à se rendre compte des choses, et à être prêt, dans leur relation….

Allénore était toujours la dernière.

– Louis….  On a encore tant de blessures à soigner. Je t’aime tellement que je n’arrive pas toujours à te le dire. Si on habitait ensemble, ça se passerait très bien. Mais ce ne sera pas mieux que très bien. Tu as encore ta formation à terminer, moi j’ai mes études, mon rôle de consultante au Ministère… On a des vies trop instables. Imagine si tu as un poste en Inde ? Qu’est-ce qu’on fera de notre appartement ? Parce que… si tu vas en Inde, j’irais aussi Louis ! Je trouverais une mission diplomatique, ou je ferais un échange avec l’école d’enchantements hindou ! Je ne veux pas qu’on soit séparés, et je sais que c’est idiot, parce que habiter ensemble serait un très moyen d’être toujours ensemble mais… Je ne suis pas prête. J’ai besoin d’avoir mon refuge, un endroit où me cacher encore un peu.

Il frôla son nez du sien.

Il n’était pas en colère.

Au contraire, il était même fier et content qu’elle n’ait pas peur de lui dire qu’elle n’était pas prête.

– J’oublie trop souvent ton besoin de tout anticiper, sourit-il.

Il sentait une peur chez elle.

– Je suis désolée de ne pas être prête. D’avoir besoin de vivre encore dans ma bulle. De ne jamais avancer à la même vitesse que toi.

Il passa sa langue sur les lèvres d’Allénore avant de réclamer sa bouche avec tant d’amour et de passion qu’elle se sentit fondre.

– Ne t’excuse pas, fit-il un essoufflé. Ce n’est pas une course.

– Tu sais, j’y pense souvent, à un « chez-nous », avoua-t-elle en rougissant. Chez nous, il y aura une entrée avec des photos de nos amis et de nos familles.

– Chez nous, il y aura toujours du chocolat dans nos placards, poursuit-il en déposant des baisers le long de sa gorge.

Elle rit légèrement, chatouillée par ses lèvres.

– Tu arroseras les plantes, parce que j’oublierai souvent.

– On aura des rideaux bleus. Et chacun notre boîte d’élastique à cheveux. J’en ai marre que tu me piques les miens.

– Et un canapé d’angle, avec deux fauteuils.

– Un pour Gribouille et un pour Chance.

A l’appel de son prénom, la cathsith miaula derrière la porte, les faisant rire tous les deux.

– Un pour mes fesses et un pour les tiennes, maugréa pourtant Louis en corrigeant la brune.

Il embrassa le bout de son nez avant de poser délicatement ses lèvres sur les siennes.

– Dans notre chambre, il y aura des commodes, pour ranger nos vêtements. Une table de chevet aussi…

– Avec une lampe, pour que je puisse lire.

– Le mobile que tu m’as fait sera au-dessus de nos têtes.

– Je voudrais une baignoire aussi, fit pensivement Allénore. Ce n’est pas très écologique mais…

Elle rougit en pensant à ces instants où il rentrait de ses expéditions et où elle l’accueillait en lui faisant couler un bain dans lequel elle finissait toujours par le rejoindre.

– Il n’a jamais été question d’emménager sous un toit qui n’aurait pas de baignoire ! s’indigna Louis.

Allénore rit, et ce petit rire, rassura Louis. Depuis qu’Allénore s’était disputée avec ses amis, elle s’était refermée sur elle-même et broyait du noir.

– Je sais que tout ça te fait peur. Mais on peut y aller étape par étape. James et Citlali vont habiter ensemble mais je crois qu’Emmalee a besoin d’un appartement… Vous pourriez reprendre le nôtre et moi… Je vais prendre un petit studio dans le coin. Je ne suis pas souvent là… Et ce sera jusqu’à…

– Jusqu’à ce que je te dise que je suis prête.

Allénore souriait, confiante. Elle avait été idiote de penser que Louis lui en voudrait de ne pas vouloir habiter tout de suite avec lui. Comment avait-elle pu songer un seul instant qu’il se fâcherait, alors qu’il lui avait trouvé toutes les solutions ?

– Un jour, on habitera ensemble, Louis. Et tu devras me supporter tous les jours, toutes les heures, et tu en seras heureux.

Ce serait pour bientôt, elle le savait. Mais pas pour maintenant.

– J’adore ce genre de menaces, s’esclaffa Louis. Mais Allénore… Tu dois te réconcilier avec eux. Avec tes amis…

Allénore soupira et se réfugia dans ses bras. Il posa son menton sur le sommet de son crâne et la laissa inspirer son odeur.

– Vous vous aimez tous les quatre. Et tu m’as dit un jour que cet amour comptait autant que le nôtre. Quand je me suis montré jaloux et infect, tu m’as bien remis à ma place … Ne laisse pas une dispute vous séparer.

– Ce n’est pas qu’une dispute. Ils voient en moi, quelqu’un que je ne suis plus… J’ai eu tort, de leur cacher Mistinguette. Elle fait partie de moi.

Ça, Louis l’avait toujours dit.

– Chaque dispute est une bataille et nous sommes en train de perdre celle-ci… .

Ceux qui se réconciliaient, les gagnants, restaient unis et les perdants, eux, devenaient des inconnus et étaient les solitaires. Avec Rose, Scorpius et Albus, ils avaient toujours été unis. Jusqu’à ce qu’Allénore parte à la chasse aux fantômes et qu’ils se divisent parce qu’ils avaient grandi, évoluer et vécu des choses si différentes…

– Je voudrais que l’on gagne cette bataille, marmonna-t-elle, la tête nichée dans le cou de Louis. Mais… s’ils ne veulent plus de moi…

– Je suis sûr qu’ils veulent toujours de toi. Il faut juste que tu leur donnes une chance d’écouter ton histoire…

Elle avait tant à perdre…

Allénore opina. Elle se résolut.

Parce qu’Allénore était une battante. Pas une perdante.

Une bataille à la fois.

Elle irait d’abord trouver Nilam et Rose.

Louis la ramenait souvent à la raison quand Allénore perdait pied, et il était le seul, à la faire se sentir comme ça : en sécurité, apaisée, malgré toutes les tempêtes que son esprit traversait parfois.

– Je t’aime, chuchota-t-elle à son oreille.

Louis sourit de toutes ses dents et il allait lui répondre, le cœur battant encore plus fort que la première fois où elle le lui avait avoué. Il ouvrit la bouche et la referma. Il lut dans les yeux d’Allénore, pour la toute première fois, ce qu’il attendait depuis toujours. Il lut qu’elle ne doutait pas de ses sentiments. Une confiance aveugle brûlait en elle et pour eux.

Elle savait qu’il l’aimait.

Elle en était convaincue et elle était heureuse.

Une vague de douceur et de tendresse traversa le corps de Louis.

Allénore venait de lui transmettre tout ce qu’elle ressentait, grâce à ses dons de polyglomagie. Et dans cette vague, il y avait la certitude qu’il l’aimait elle, pour qui elle était. Il l’aimait elle, simplement et entièrement elle. Comme elle était et comme elle serait.

Alors il ne dit rien et il l’embrassa, laissa sa langue rencontrer celle d’Allénore, savourant ses lèvres et ses gémissements heureux.

Il lui déclamerait toujours des « je t’aime » parce qu’Allénore aurait souvent besoin d’une ou deux piqûres de rappel. Mais désormais, il le ferait surtout pour le simple plaisir de la voir rougir entre ses bras… et non plus pour la rassurer ou l’en convaincre.

Allénore embrassa son prénom sur les lèvres de Louis.

***

27 avril 2030, Londres

La baguette de Rose s’illumina, lui indiquant que pour la huitième fois de cette semaine, Allénore n’était pas loin. Elle sourit, simplement heureuse de savoir qu’elles étaient toutes proches. Ces dernières semaines, la baguette de Rose avait souvent indiqué à sa propriétaire quand Allénore lançait un lumos, qu’elle avait animé des origamis, s’était entraînée aux sortilèges de cadenas et d’élément d’eau… Rose savait que la baguette d’Allénore avait sûrement dû avoir également des réactions aux sortilèges qu’elle aussi avait lancé…

 

Rose sentait son lien avec Allénore. Il était plus fort et plus puissant qu’il ne l’avait jamais été. Nilam souriait en mangeant son sandwich. Elle mettait des miettes partout dans l’atelier de Rose. Sur différentes étagères, il y avait des bocaux pour faire les cœurs des baguette, les différents bois… Nilam adorait venir prendre sa pause déjeuner ici. Rose était souvent très concentrée et ne s’apercevait de la présence de Nilam qu’après plusieurs minutes. C’était devenu un rituel depuis deux semaines : Nilam tirait Rose de son travail trop acharné.

 

Sa boutique n’était pas encore ouverte, mais l’atelier était déjà plein à craquer des commandes de ses futurs clients.

 

– Elle est encore là ? s’amusa Nilam.

– Oui, affirma Rose. Elle entrera lorsqu’elle sera prête.

 

Elle renversa sur son atelier plusieurs pierres semi-précieuses et sentit sa baguette vrombir dans sur le bois de la table. La clochette de sa boutique résonna et Rose se mit à sourire. La petite voix d’Allénore se fit entendre :

 

– Est-ce qu’il y a quelqu’un ?

– Dans l’atelier, ma biche ! indiqua Nilam en continuant de manger son sandwich.

 

Elle en avait fait trois.

 

Un avec des concombre pour Rose.

Un avec des cornichons pour Allénore.

Un avec des carottes pour elle.

 

– Salut, fit piteusement Allénore.

– Salut, répéta Rose en abandonnant son ouvrage.

 

Elles ne se demandèrent pas comment elles allaient, ni même ce qu’elles avaient fait durant ces semaines passées loin l’une de l’autre. Elles se rapprochèrent et se prirent doucement dans les bras l’une de l’autre et se serrèrent fort. Nilam, ni tenant plus, finit par les rejoindre et embrassa ses deux amies.

 

– Je suis contente de te voir, Allénore…, murmura-t-elle.

– Je le suis aussi.

– Comment était ton voyage diplomatique ? demanda Rose après être retourné sur son bureau.

 

Elle désigna à Allénore un fauteuil bleu nuit avec un coussin moelleux, qu’elle avait fait installé ici à son attention. Nilam avait déjà investi celui en cuir marron que Rose avait ramassé sur les trottoirs de Londres.

 

– Très bien. Lilian a pu parler aux vampires d’Australie. Louis n’aime jamais beaucoup quand je travaille avec Lilian, mais … Je dois avouer qu’on forme une bonne équipe. Il comprend la bizarre que je suis ! Je vous ai déjà parlé de Lilian ? marmonna-t-elle en rougissant furieusement.

 

Rose s’esclaffa et tendit la main pour prendre celle d’Allénore dans la sienne.

 

– Ma baguette est incroyable depuis que nous avons scellé nos pierres sur leurs manches…, fit Allénore. J’ai noté plusieurs de mes observations : je me suis dit que cela te servirait peut-être.

– Oh merci ! se réjouit Rose. J’espérais que tu l’aies fait ! C’est absolument fascinant qu’elles soient ainsi connectées…

– Flippant serait plus exact ! marmonna Nilam.

– Et si nous ajoutions une deuxième pierre ?

 

Nilam déglutit à la proposition de Rose.

Lorsqu’Albus et Scorpius n’étaient pas là pour veiller au grain, elle se sentait responsable.

 

– La tourmaline rose. C’est une bonne pierre, qui pourrait avoir de très bon effet sur les sorts de guérison !

 

Allénore sortit sa baguette et la donna à Rose. La rousse avait sélectionné trois pierres, déjà taillées et elle échangea un sourire à Allénore en scellant d’un sort la nouvelle pierre au-dessus de l’autre. Elle fit la même chose sur sa baguette et elles tournèrent toutes vers Nilam.

 

– Ta baguette… , demanda Rose.

– Euh… pardon ?

 

Allénore et Rose avaient toujours été un duo. Nilam s’était faite une petite place entre elles deux et depuis le retour d’Allénore, il avait été de nouveau compliqué pour elle de trouver sa place. Rose et Allénore n’avaient jamais vraiment voulu l’exclure de leurs conversations, mais elles avaient toutes une complicité que Nilam jalousait autant qu’elle admirait.

 

Alors, sans réfléchir et parce qu’elle se sentait aimée et chérie par ces deux femmes qu’elle aimait et chérissait avec autant de force qu’elles lui en témoignaient, elle tendit sa baguette et versa une larme lorsque la tourmaline rose fut fixée à son manche.

 

– Il n’y a bien que pour vous que j’accepte de porter un truc rose, grogna-t-elle pour la forme.

 

Allénore s’esclaffa et lui offrit un autre sourire, détendu.

 

– T’as un truc rouge dans les cheveux !

– Oh, c’est Chance… Elle est assez stressée et perd ses plumes en ce moment. On essaie de l’acclimater avec Louis, mais ce n’est pas facile, bredouilla-t-elle.

– Chance ? questionna Rose.

– Oh putain vous avez adopté la cathsith…, comprit Nilam.

 

Cette même cathsith que Nilam avait vu, celle qui garderait la maison d’Allénore et Louis et leur petite fille à peine née. Nilam eut un sourire.

 

Peut-être que ce qu’elle avait vu était vraiment l’avenir… Et si cela était le cas, tout se passerait bien. Pour eux tous.

 

– Tu devrais parler à Scorpius et Albus, décida-t-elle de dire de but en blanc.

 

Allénore se ferma. La tristesse voila ses yeux brun et elle ramena ses genoux près de sa poitrine.

 

– Je crois qu’Albus ne veut plus me parler.

– Il croit que toi, tu ne veux plus lui parler, assura Nilam.

– Il n’est pas venu chercher ses affaires à la colocation. D’ailleurs… L’appartement est de nouveau habitable, déclara-t-elle d’un ton égal.

Lorsqu’elle prononça cette phrase, Rose se rendit compte que quelque chose n’allait pas dans celle-ci.

– Ou… Peut-être qu’il est temps… qu’on fasse nos vies ? Ce n’est pas parce qu’on sera plus ensemble qu’on ne sera plus… vraiment ensemble ?

Allénore opina tout doucement, heureuse que Rose en vienne elle-même à cette conclusion. La distance ne séparait pas les vrais amis. Le temps le pouvait. Mais la distance elle, si elle mettait l’amitié à l’épreuve, pouvait la renforcer et la rendre plus précieuse encore.

– Scorpius et toi avaient besoin d’intimité. Nilam et Al aussi.

– Je te le fais pas dire, affirma Nilam.

– T’as déjà repéré un nouvel appartement, c’est ça ?

– Non. Enfin oui. Il y a une résidence à Greenroad, avec plusieurs appartement, avoua Nilam. A des prix très intéressants et … J’aimerais que le voisinage le soit également, ajouta-t-elle en regardant Rose avec insistance. Le coin est sympa à ce qu’il paraît… Une librairie, un salon de thé, un fleuriste… Je crois même qu’il y a une boulangerie française à deux rues près…

C’était un compromis entre l’envie d’émancipation qu’ils éprouvaient tous, et leur besoin de proximité qui demeurait.

– Allénore… Il faut vraiment que tu parles à Al et Scorpius, insista Nilam.

La jeune femme prit une grande inspiration. Elle avait pris sa décision. En fait, cela faisait des mois qu’elle aurait dû le faire. Elle n’en avait tout simplement jamais eu le temps, refusant peut-être tout simplement de le faire, par peur et manque de courage.

Albus avait raison. Scorpius aussi. Elle leur devait au moins ça.

La vérité et les souvenirs.

– Je vais vous rendre vos souvenirs, indiqua-t-elle à Rose. Je vais lever l’oubliette. Mais avant ça, je dois parler avec Albus. Si nous devons…

Elle s’arrêta et ferma les yeux pour se concentrer sur sa respiration et chasser la douleur.

– Si nous devons poursuivre des chemins différents, nous devons mettre les choses à plat.

Nilam et Rose approuvèrent en silence. Le soleil brillait dans l’atelier. Ça sentait le bois et le cirage pour baguette. Ça sentait les expériences loufoques de Rose et l’amitié.

– J’adore ta nouvelle coupe de cheveux ! complimenta Allénore en parlant à Nilam.

– Ne change pas de sujet…

– Oh tu es si mignonne comme ça ! Elle a raison ! ajouta Rose.

Nilam se contempla dans la vitrine de la boutique de Rose que l’on devinait depuis l’arrière-boutique, dans son atelier.

Oui, elle était canon avec sa nouvelle coupe…

– En parlant de mignon, il faut que je vous montre les photos d’Aurore, la fille de mon cousin Colin. Elle est adorable !

Allénore laissa échapper un son.

Aurore.

Elle ne l’avait pas vue depuis… une éternité.

Elle avait suivi le dossier et la procédure d’adoption mais voir sa sœur… Elle ne s’en était sentie incapable. Pas sans que Christophe et Noorah soient au courant de son existence.

Rose sautilla d’impatience et rejoignit les filles, sur le troisième fauteuil rouge. Allénore s’approcha de Nilam, le sourire aux lèvres mais les yeux humides. Nilam elle, se figea, appréhendant la réaction d’Allénore. Elle n’avait pas réalisé ce qu’elle était en train de faire… Après tout, Nilam n’avait eut que des soupçons et Colin n’avait rien voulu lui dire sur les origines de sa fille.

– Il faudra que je vous parle d’Aurore Wallergan aussi, souffla Allénore. Il faudra que j’en parle à ma famille. Mais c’est si dur et plus j’attends… plus ça s’empire.

– Est-ce que c’est ta fille ? demanda simplement Nilam.

Les deux pieds dans le chaudron !

Du Nilam tout craché.

Mais il le fallait. Albus avait parlé de ses soupçons à Nilam et ils s’étaient imaginés mille scénarios plus horribles les uns que les autres… Elle devait avoir une réponse. Elle n’avait pas mentionné l’adorable bébé de son cousin pour rien…

Allénore manqua de s’étouffer un instant.

La fabricante de baguettes hoqueta de surprise en faisant des allers-retours entre Allénore et le bébé de la photographie.

La ressemblance, pour celles et ceux qui avaient déjà eut l’occasion de voir Allénore enfant, était frappante.

La polyglomage secoua la tête :

– C’est ma sœur.

– Merlin, Albus va être soulagé ! Il m’avait presque convaincu que tu…

– Elle a les yeux brun les plus beaux qui soient, répondit simplement Rose en coupant Nilam.

Tout n’avait pas forcément à être compliqué.

Et quand il y avait tant d’amour, au contraire, tout devait être aussi simple.

Nilam et Allénore se promirent de discuter ce soir-là. De Jia Li. De leurs peines. De leurs douleurs. Elles se promirent de s’écouter et de se confier. Elles se promirent d’être vulnérables l’une avec l’autre parce qu’elles pouvaient se comprendre, elles pouvaient s’épauler.

Le temps avait fait son œuvre et leur avait fait ouvrir les yeux.

Jia Li et tant d’autres choses les liaient.

Chacune d’elles deux avait assez de force pour aider et entendre l’autre. Et quand elles ne l’auraient pas, elles poseraient les limites. Elles l’acceptaient.

Elles s’acceptaient.

Scorpius était son confident, Rose sa meilleure-amie, Albus un frère toujours présent. Nilam était le phare d’Allénore et elle était le sien.

 

On s’y rendait en pleine tempête pour s’y abriter, ou tout simplement pour admirer la vue. Mais on y allait toujours pour de bonnes raisons…

 

Et Nilam, la stoïcienne, supporta qu’Allénore puisse savoir ce qui se passait dans sa tête.

Et Allénore, l’empathe, supporta que Nilam souffre autant, alimentant parfois sa propre souffrance à elle.

 

Une nouvelle page se tourna et elle commença par les aveux de Nilam :

 

– J’ai eu envie de te tuer lorsque nous nous sommes rendu compte que tu avais volontairement disparu il y a deux ans…

 

Des mots salvateurs qui en appelaient d’autres.

 

***

28 avril 2030

Nilam colla ses pieds froids sur les mollets d’Albus. Ce-dernier sursauta et râla pour la bonne forme en refermant son manuel.

– Ça fait deux minutes que tu relis la même phrase, s’inquiéta-t-elle.

Albus ne s’en était même pas rendu compte. Il posa le livre sur le sol en laissant tomber son bras le long du canapé et soupira.

– Scorpius est passé à la bibliothèque ce matin. Il va aller voir son père.

– C’est une bonne chose.

– Il avait besoin de conseils, mais je ne savais pas quoi lui dire. J’adore mon père et s’il me filait un siège au Magenmagot, mon seul but serait de le refiler à mon tour à James ou à Lily pour les faire chier.

Nilam éclata de rire et se contorsionna entre ses bras pour l’embrasser.

Sa bouche contre sa bouche à lui, elle y avait pris goût et en avait fait un délicieux quotidien.

– Rose est dans tous ses états également. Elle ouvre sa boutique dans pas longtemps et elle a l’impression que rien n’est prêt.

– La connaissant, c’est sûrement tout le contraire.

Nilam ricana en approuvant Albus. Lorsque son rire mourut celui d’Albus ne dura pas longtemps. Il ne s’était jamais laissé aller à la mélancolie ou aux sentiments négatifs. Albus n’aimait pas resté figé dans le passé, lui qui pourtant en avait fait son métier.

Il repensait à ceux qu’ils avaient tous été.

Rose et sa peau bleue à Poudlard, ses angoisses à cause de son frère si malade et ses réussites glorieuses dans tous les domaines…

Scorpius et ses râleries interminables, ses parties d’échec avec Rose qu’il voulait tant gagner, ses chamailleries avec sa cousine Emmalee...

Lui et les chaudrons qu’il faisait exploser en cours, sans y faire attention au début, puis exprès, juste pour faire rire les autres...

Allénore et son courage de s’être perchée sur l’un des anneaux des buts du stade de quidditch, malgré son vertige…

Eux.

Il en ressentait cruellement le manque et aurait tout fait pour revenir en arrière.

– Rose sait par Beth qui le tient de Citlali qu’Allénore est rentrée en Grande-Bretagne. Il y a huit jours.

– Ah oui ? fit innocemment Albus.

– Et je l’ai vue, ce midi, avoua-t-elle prudemment.

Il passa ses doigts dans les cheveux noirs de Nilam, l’air faussement distrait et intéressé.

– Tu en as le droit.

– Encore heureux, dit-elle d’un ton agacé.

Nialm hésita encore un instant mais finit par lui dire :

– Aurore n’est pas sa fille. C’est sa sœur. Demi-sœur, en fait.

Les épaules d’Albus se relâchèrent un bref instant, de soulagement. Il avait passé son temps à imaginer sa meilleure-amie enceinte, seule et désolée, sans personne avec qui traverser cette épreuve…

Mais finalement, l’histoire d’Aurore Wallergan restait un mystère et Albus ne doutait pas que sa venue au monde était restée une épreuve pour Allénore.

– Elle n’a pas voulu m’en dire plus. Je pense qu’elle voudrait nous en parler à tous…

– Allénore qui voudrait se confier… Une première !

– Cette dispute devait éclater, mais maintenant, vous devez aller au-delà ! Vous devez en parler !

Albus était penaud. Il ne savait trop quoi dire. Il savait que James et son père lui diraient la même chose et que cela l’énerverait car ce n’était pas ce qu’il avait envie d’entendre.

– Nous avons eu tort de faire confiance à ce spectre et Allénore et Louis nous avait avertis. Enfin ils ont essayé et quand bien même ils ne croyaient pas aux conneries de ce Han, ils nous ont suivi.

Albus serra Nilam dans ses bras. Elle était toujours plongée dans ses recherches d’appartement et il attendait patiemment tous les jours qu’elle lui demande officiellement d’habiter avec elle. Parce qu’il savait que le parquet qu’elle cherchait avec tant d’acharnement, la seconde pièce pour en faire un bureau et assez grande pour loger une bibliothèque, c’était pour lui.

– C’est à nous de leur faire confiance et de les suivre maintenant.

– On ne peut pas se permettre de juger quelqu’un sans le connaître. Allénore et Louis n’avaient que des soupçons !

– Qui se basaient sur leurs expériences !

– Ils n’avaient aucune preuve concrète à avancer !

– Albus…

– Arrête. Tu en as voulu aussi fort que moi à Allénore.

– Non !

Nilam mentait. Elle en avait voulu à Allénore d’être partie sans rien dire à personne, d’avoir rejoint une organisation criminelle pour jouer les espionnes, de s’être mise en danger comme ça et d’avoir fait tant de mal à Albus, Scorpius et Rose.

 

Aujourd’hui, elle se rendait compte que tout ça n’avait pas d’importance et que tout ce qui comptait, était qu’elle soit rentrée auprès d’eux.

 

– Ecoute Albus… Soit tu passes à autre chose et tu lui pardonnes, soit tu tires définitivement un trait sur elle. Mais tu ne pourras jamais nier le fait que tout ce qu’elle a fait, elle l’a fait pour nous.

– Cela devrait-il tout excuser ?

– Bien sûr que non… En revanche, cela devrait te faire comprendre qu’elle n’a pas changé de ce point de vue là : elle est votre amie et n’a jamais cessé de l’être. Malgré tout ce qui lui est arrivé, elle est revenue et cela a dû lui demander un courage monstrueux. Allénore n’est peut-être pas la gentille cruche qu’on croyait qu’elle était. Elle est sombre, dangereuse et manipulatrice. Mais c’est une bonne personne et au fond de toi, tu le sais encore.

– Pour les merveilleuses qualités que tu viens d’énoncer, je suppose, ironisa Albus.

– Tu n’es pas parfait non plus, Al. Tu lui as menti. Tu n’as pas voulu lui présenter Lord Richard.

– Je ne voulais pas la blesser.

– Elle non plus ne voulait pas te blesser.

 

Il se rembrunit.

 

Pourquoi était-ce si dur d’admettre qu’il n’avait pas tout à fait eu raison sans pour autant dire qu’il avait eu tort ?

Car il n’avait pas tort. La justice était le socle de la paix. La violence était sa mort.

Albus ne connaissait pas la magie noire.

Albus ne connaissait rien à rien.

Nilam avait raison. Il était un peu naïf.

Mais il connaissait l’amitié et ce qu’elle valait.

Et elle en valait tellement la peine…

Albus était quelqu’un qui se targuait d’avoir un sens de justice et une morale à toute épreuve.

Allénore était une criminelle.

En tout cas, elle avait commis des crimes.

Sa raison lui hurlait de lui en vouloir. Mais son coeur l’aimait et ne parvenait pas à faire gagner les valeurs d’Albus si précieuses à ses yeux. Allénore était un monstre d’après sa définition du mot. Mais il n’en avait pas peur et il l’aimait.

Le conflit était mauvais et l’avait perdu dans des méandres de pensées qu’il ne parvenait pas à dénouer. Albus avait besoin d’y voir plus clair et n’y parvenait pas.

 

 

***

28 avril 2030, Londres

Rose n’était pas à côté de Scorpius et il n’aimait pas ça. Il aurait voulu annoncer à ses parents qu’ils étaient enfin fiancés et qu’il était plus heureux qu’il ne l’avait jamais été.

C’était la première fois, depuis leur dispute, que Scorpius revenait déjeuner chez ses parents. Toute la famille avait été conviée. Ce qui revenait en fait à dire que les Greengrass avaient investi le manoir des Malefoy. Sa tante Daphné discutait avec sa mère. Emmalee discutait avec animation avec son père et celui de Scorpius, tandis que sa sœur, Ammada, lisait dans son coin, éternellement calme et imperturbable. Scorpius était dans son coin à attendre que le temps passe.

Rose lui avait demandé s’il souhaitait qu’elle vienne.

Il avait refusé.

Il refusait de la mêler à tout ça.

Scorpius prit sur lui durant une bonne partie de la journée attendant le moment parfait pour parler à son père. Quand il le jugea enfin venu, il inspira un grand coup et fit un pas vers son père. Emmalee était le canapé également et devant la mine froide et austère de son cousin, elle se leva.

– Non, reste s’il te plaît. Cela te concerne également, l’arrêta-t-il.

Drago Malefoy fronça les sourcils et arrêta de lire la Gazette du sorciers qu’il replia soigneusement. Scorpius avait avoué à Louis Weasley, sur une impulsion, qu’il avait eut raison.

– J’accepte de reprendre le siège des Malefoy au Magenmagot.

Son père avait beau tenir une expression neutre Scorpius savait qu’il était heureux que son fils ait enfin plié à sa volonté.

– En revanche, poursuivit l’ancien Poufsouffle, le siège des Greengrass serait occupé par Emmalee, si elle le souhaite.

Emmalee en était bouche-bée.

Drago Malefoy ne l’était pas vraiment.

– Et bien, si ta cousine accepte cette responsabilité, je suppose que je ne peux pas aller à l’encontre de ta volonté.

– Il faut que tu saches que je ne ferai jamais ce que tu me diras de faire, que je ne voterai jamais pour ce que tu me diras de voter. Je siégerai selon mes idées et avec pour simple objectif, de permettre à ceux qui le désire, de prendre ma place en étant élue. On n’hérite pas du pouvoir. On le mérite.

Drago haussa un sourcil et croisa les bras.

– Et si tu comptes poursuivre les charges contre Allénore, sache que je me battrai dans son camps. Elle nous a tous préservé du pire. Elle n’est pas dangereuse. Pas tant que l’on croit en elle. Ne fais pas l’erreur de la sous-estimer ou de la penser indigne de notre confiance. Elle ne l’est pas. Elle flirte peut-être avec les limites mais…

Tant qu’ils seraient tous là, elle ne les franchirait jamais.

– On se battra contre toi, papa.

Drago resta silencieux. Emmalee se tortilla, mal-à-l’aise sur le canapé.

– Ma politique consistera à épauler Allénore dans ses idées, car je les partage. Il faut plus de droits, plus d’équité et de justice. Alors si tu me cèdes ton siège il faut que tu saches que tu n’aimeras probablement pas ce que j’en ferai.

Drago se leva avec agilité et se tourna vers sa nièce.

– Emmalee, acceptes-tu de reprendre le siège de la famille Greengrass ?

– Euh… ouais ?

– Voilà qui est entendu.

Scorpius en resta les bras ballants. Drago, lui, souriait.

– Nous n’avons jamais été d’accord sur tout les sujets. C’est bien normal… J’ai accepté beaucoup de choses par amour pour toi. Une Weasley et un Potter sous mon toit, une née-moldue dans ma propre maison… Nous n’avons jamais eu la même vision des choses et j’ai révisé mon jugement pour toi. J’ai appris pour toi. J’ai fait preuve de patience et … Même si je ne comprends pas tes combats, mais si je ne les partage pas, je pense qu’il est enfin temps de te donner la parole. Tu as toujours pris de meilleures décisions que moi à ton âge. Tu es l’homme que j’aurais voulu être mais que je ne serai jamais pour tout un tas de raisons. C’est pour ça que je te donne ce siège. Tu honoreras les Malefoy et notre nom, en prenant les décisions qui s’imposent et que tu juges digne de toi. Ce qu’ont toujours fait les Malefoy. Assez mal je dois dire… C’est ton héritage Scorpius. Saccage-le si tu le souhaites. Mais acceptes-le car je sais que tu en feras quelque chose de bien.

Son père n’avait jamais été aussi bavard et lorsqu’il tapota maladroitement l’épaule de son fils, Scorpius sentit son ventre se contracter.

– Je te connais, Scorpius… Je sais pertinemment ce que je fais.

– Mais… Tu ne m’en veux pas ?

Drago Malefoy secoua la tête, à court de mot.

– Je croyais que tu…

– Je te présente mes excuses. Je n’avais pas à t’imposer un tel fardeau ni même à te parler d’héritage. Mais je voudrais tant que tu nous fasses honneur.

– Mon rôle n’est pas de te faire honneur ou de faire honneur à mon nom, papa.

Drago opina piteusement.

– Je ne veux pas être une déception pour toi, mais je refuse également d’être une autre personne que celle que je suis.

– Celle que tu es me conviens déjà parfaitement, assura Drago.

– On va foutre le feu à cette assemblée de vieux cons ! fit fièrement Emmalee.

Scorpius s’esclaffa doucement en voyant son père pâlir du vocabulaire de sa nièce. Mais il approuva.

Lorsqu’il partit plus tard dans l’après-midi, Scorpius remarqua dans l’entrée un magazine qui trônait sur le buffet. Rose et lui étaient en couverture. La photo avait été prise la semaine dernière et le coeur de Scorpius rata un battement quand il s’aperçut que l’on pouvait voir la bague de fiançailles de Rose.

En réalité, peut-être que Scorpius ne voyait que ça parce qu’il était amoureux et trop heureux.

Il surprit le regard de son père et ils échangèrent un sourire.

– C’est une très jolie photographie de vous deux…

– En effet, approuva Scorpius.

Drago Malefoy ne souhaitait que le bonheur de son fils. Scorpius l’avait oublié. Ils ne se parlaient pas assez souvent tous les deux et ne savaient jamais trop comment s’y prendre. Mais ils apprenaient.

Et même s’ils n’étaient pas toujours d’accord, ils s’aimaient.

Il se précipita de rentrer chez les Weasley pour retrouver Rose et tout lui raconter.

***

30 avril 2030, Londres

Lorsqu’Albus arriva à la bibliothèque ce jour-là, il trouva Allénore, assise à la table qu’il occupait habituelle. Lord Richard discutait avec elle et elle faisait tourner la cuillère de sa tasse de thé en l’écoutant parler.

– Ma chère, vous avez un humour délicieux ! Et comment nommez-vous ces petites créatures qui vous accompagnent ?

– Ce sont des origamis. Je peux vous montrer comment en faire !

– Oh voilà qui serait fort divertissant !

– Quel était votre patronus ?

– Un ours !

Albus eut un sourire étonné.

– Je sais très bien les faire. Il s’avère que l’un de mes meilleurs-amis a aussi ce patronus.

– Quel heureux hasard ! s’enthousiasma le fantôme.

– C’est l’animal de la force, de la confiance et de la sagesse. Il fait face à l'adversité, agit et dirige. Il s’aide et aide les autres.

– Et vous ma chère ? Quel est votre patronus ?

– L’animal du désintérêt personnel, de la générosité, du courage face aux désespoirs, celui qui invite à profiter de la douceur de vivre et à alléger l’esprit des négativités…

Lord Richard la regarda avec incompréhension.

– Le colibri, répondit-elle. J’avoue que l’ours est plus impressionnant. L’ours de mon ami fait bien quarante fois la taille de mon colibri. Il a le même que sa compagne et le sien est impressionnant… Je pense qu’ils sont tous les deux des ours mal léchés parfois, alors ce patronus leur convient bien. Vous connaissez mon ami d’ailleurs. Il m’a parlé de vous…

Allénore sortit un parchemin de son sac et commença à effectuer les pliages. Albus remarqua sur son épaule une nouvelle sorte d’origamis.

Un cathsith. Qui se baladait entre un ours, un colibri, un fennec, l’animal paradoxal de l’aventure et de la stabilité, un écureuil, l’animal intelligent de la prévoyance et de l’agilité, un hiboux, l’animal nocturne de la clairvoyance et de la discrétion.

– Pardonnez-moi, mais je me rends à présent compte que je ne connais même pas votre nom…, réagit le fantôme. Voilà qui est fâcheux. Avec le temps, j’oublie mes bonnes manières et l’importance de mettre une identité sur un visage qui ne sera que passager dans mon éternité.

– Elle se prénomme Allénore Rameux…, indiqua Albus en annonçant enfin sa présence.

Il posa les manuels qu’il était venu consulter sur la table se croisa les bras sur sa poitrine.

– Oh comme je suis enchanté de faire enfin votre connaissance. Albus m’a si souvent parlé de vous !

– J’aimerais pouvoir en dire autant…, marmonna la jeune femme.

Elle se leva de sa chaise et fit un petit signe de la main au brun, qui ne lui répondit pas. Cela faisait des semaines qu’ils ne s’étaient pas vus.

Voir Allénore avec Lord Richard était très étrange pour Albus.

– Que fais-tu ici ?

– Ce que j’aurais dû faire il y a bien longtemps…

Les épaules d’Albus se relâchèrent.

Allénore lui avait dit un jour qu’on en voulait jamais aux gens que l’on aimait. On leur pardonnait.

– Je suis désolée, soupira Allénore. Je suis désolée de ne pas être celle qui a été ton amie. Je suis désolée d’avoir changé, de t’avoir menti, de ne pas t’avoir fait toujours confiance, te t’avoir mis de côté, ignoré, de ne pas avoir compris que tu avais besoin de moi, que tu ne me parlais pas malgré ton envie de le faire. Je suis désolée de t’avoir déçue. Je suis désolée de t’avoir choqué, et de ne plus être … assez bien pour toi.

Albus ne sut quoi répondre et les semaines de colère qu’il avait eu après elle, retombèrent d’un coup d’un seul.

La culpabilité d’Allénore semblait si lourde et pourtant, elle ne l’avait jamais manifesté.

Il savait que Nilam et elle s’étaient revues et déjeunaient ensemble presque tous les midis. Mais il avait refusé d’en discuter.

– Ce que j’ai vécu durant ces deux dernières années… Parfois, j’ai du mal à le réaliser. Et j’ai dû changer pour survivre à tout ça. Cependant… J’ai oublié pourquoi j’ai dû changer.

– Et pour quoi ?

Il voulait vraiment le savoir.

– Pour protéger les gens comme toi. Ceux que j’aime. Ceux qui font toujours ce qui est bien.

– Tu fais toujours ce qui est bien, murmura Albus.

Il ne l’avait jamais admis mais il l’avait toujours pensé.

Il devait le reconnaître.

Allénore avait sauvé tant de gens … Pas de la manière dont il l’aurait fait. Elle avait fait des choses dont Albus n’aurait jamais été capable. Mais là, Albus admettrait être prétentieux de penser qu’il aurait sûrement mieux fait et Nilam le lui avait bien fait comprendre.

– Je ne veux pas devenir comme ces monstres Albus. Je sais que j’en suis un, par moment. Que j’ai une bête de colère qui sommeille parfois en moi et se réveille. Je ne veux pas me venger de Han Derrick. Je veux juste l’empêcher nuire. Sauf si cela brise ce que j’ai de plus beaux au monde et ce à quoi je tiens le plus.

Albus décroisa les bras.

Il se rappela soudainement pourquoi il aimait tant Allénore.

Sa compassion et son empathie.

– Tu es un monstre par moment. Mais je n’ai jamais eu peur de toi.

Il avait été surpris déstabilisé, heurté, déçu mais n’avait jamais eu peur d’elle.

Ils avaient juste eut besoin de se parler et de mettre un peu de distance entre eux. De s’avouer leurs erreurs, d’apprendre à se reconnaître et admettre que plus rien ne serait comment avant.

Cela serait mieux.

Différent mais mieux, car ils seraient enfin tous eux-m^mes.

– Tu avais raison.

– Je n’en suis pas sûr, refusa Albus.

– Pardon ?

– Peut-être que Han est trop dangereux et que tu sais ce que tu fais. Moi je ne sais pas. Je ne connais pas ces gens, leur noirceur… Toi, oui. J’ai été… idiot et naïf. Je t’ai jugé alors que je n’en avais pas le droit.

– Je veux protéger mes amis. Pas tuer mes amis, Albus. Ni les tiens.

Elle lui sourit.

– T’es chiante, All…

Elle s’esclaffa légèrement.

– Il serait tellement plus facile de te détester si tu ne reconnaissais jamais tes torts ou étais si obstinée…, s’amusa-t-il.

– C’est comme ça que je suis !

– Et c’est comme ça que je t’aime.

Le sourire d’Allénroe se fana.

Il ne lui avait jamais dit de tels mots et elle ne put rien lui répondre. Au lieu de ça, elle contourna la table pour le prendre dans ses bras et le serrer contre elle. Albus lui avait tant manqué et l’avoir près d’elle, comme ça, remplissait son cœur de joie.

– Je veux que l’on donne cette fiole à Lord Richard. Je veux qu’on le délivre. Et je veux que nous le fassions tous les deux.

– Tu es certaine ?

Allénore hocha la tête et desserra leur étreinte. Nilam, Rose, Scorpius et Louis étaient derrière eux. Albus se retourna, un peu surpris de voir tout le monde. Allénore sourit à Scorpius, qu’elle n’avait pas revu depuis leur dispute.

– Je suis vraiment désolée.

– Ne sois pas désolée. Sois fière, répondit Scorpius.

Lui il l’avait toujours été. Il n’avait jamais douté d’elle. Il voulait seulement qu’elle s’aime autant qu’ils l’aimaient tous et arrête de mentir.

Lorsqu’elle se réfugia dans ses bras, il lui avoua que lui, il était fier d’être son ami et qu’il avait hâte de lui raconter toutes ces choses qu’elle avait manqué dans sa vie. Allénore, les larmes aux yeux, recula de quelques pas.

– Je vais vous rendre vos souvenirs maintenant. Et je vais vous raconter. Ce que je peux. Le reste viendra plus tard. Ne m’en demandez pas trop. Je … fais de mon mieux et je veux que cela vous convienne.

– Le simple fait que tu nous parles et déjà bien suffisant, assura Rose.

Allénore les regarda tous, avant de fermer les yeux et de lever les oubliettes qu’elle avait lancé. Les souvenirs affluèrent et revinrent par vagues. Scorpius, Rose, Albus et même Nilam revirent certains moments se dérouler sous leurs yeux. Des confessions. Des atrocités. Des violences. Des moments innocents mais qui les auraient permis de comprendre qu’Allénore était la fille de Edward Richards. Des mots, des paroles étranges, des confidences et des révélations qui, si on les mettaient bout à bout avaient un sens.

A la fin de la vague, ils étaient tous assis autour de la table et épuisés. Rose pleurait. Scorpius était pâle et Nilam et Albus étaient appuyés l’un contre l’autre.

– Tu n’es pas un monstre Allénore, chuchota Albus.

Elle était une victime. Une victime qui s’attachait à ne pas répandre son mal.

– Tout a commencé le jour où Ed Richards est venu en bas de l’immeuble de notre collocation…

Scorpius serra les poings de colère mais écouta patiemment comme les autres.

Elle leur raconta tout. Avec l’aide Louis et par brides. Elle leur parla de Marco, d’Alexeï, de Han Derrick, de Polly, de Noanne, de Jia Li. Elle leur parla de ses actions pour les Autres, contre les Autres, de ses peurs, de sa descente aux enfers lors la mort de la petite fille qu’elle aimait tant, puis l’histoire de Charlotte… Elle leur parla des êtres de l’eau, des combats abyssaux, des tortures, des sorciers et sorcières qu’elle avait rencontré et à qui elle avait fait du mal. Enfin, elle mentionna l’existence de sa sœur Aurore et son rejet, dans un premier temps, puis l’amour qui était venu. Elle leur parla de la dernière attaque, de ce qu’Alexeï lui avait fait. Elle parla de Lilian, ce vampire qui l’avait aidé à sa façon. Elle leur parla des êtres de l’eau et des épouvantards. Elle dissimula quelques détails trop sordides et avoua avoir voulu tuer son bourreau sans y parvenir. Elle leur avoua, avec Louis, qu’ils avaient tué Han et n’en regrettaient rien. Elle leur parla de ses deuils. Même de ceux de ces personnes horribles qu’elle s’en voulait d’avoir aimé et d’être capable de pardonner malgré tout le mal qu’ils avaient fait.

Personne n’en fut choqué.

Allénore avait, sans le vouloir et sans le savoir, laissé diffuser son don de polyglomagie débordée par les émotions. Elle les avait transmises sans le savoir.

Lorsqu’elle eut terminé, le soleil était couché depuis longtemps. Louis caressait son bras pour lui rappeler qu’elle était bien ici et maintenant et non là-bas, entre ses griffes.

Lord Richard avait assisté à toute la scène avec un sourire bienveillant, admirant ce groupe d’amis tous si différents et qui pourtant s’aimaient.

– Tu n’es pas un monstre, répéta Rose.

– Je suis tellement désolé, marmonna Albus.

Nilam pleurait silencieusement.

– Jia Li a fait la même chose pour moi. Elle s’est sacrifié pour moi.

– Elle ne l’a jamais regretté, lui promit Allénore.

– Comme elle ne l’aurait jamais regretté pour toi, sourit Nilam.

Quand ils se sentirent prêts, ils se tinrent les mains prononçant à voix haute leur accord. Le verrou, sur la sacoche de Nilam, sauta d’un coup et elle s’empara de la fiole sans chercher à mettre la main sur le miroir.

– On punira Han Derrick, Allénore. On l’empêchera de nuire. Je te le promets, fit Albus.

Elle tremblait de peur. Louis aussi. Ils se souvenaient de toutes les horribles choses qu’il avait faite et de sa dangerosité.

Nilam leur tendit la fiole et ils l’ouvrirent à deux.

Ils expliquèrent à Lord Richard que cette fiole pouvait être sa délivrance s’il le souhaitait. Il en pleura presque de joie. Ils lui assurèrent qu’il pouvait prendre sa décision aujourd’hui, ou demain, ou dans deux ans, ou dans trois, ou trente ans. Cela importait peu. Ils lui dirent qu’ils seraient là, parce que personne ne devrait mourir seul.

Albus pleura à l’idée de perdre un ami si cher.

– Vous me manquerez.

– Allons mon ami… Ne pleurez pas nos adieux. Célébrez plutôt nos rencontres !

Albus hocha la tête et ravala ses larmes.

– J’aime à penser que je suis resté jusqu’à maintenant sur cette Terre pour épauler le grand Historien que vous serez, Albus.

– Je ne vous oublierai pas.

Lord Richard n’attendit pas une heure, ni un mois, ni un an. Il souhaita qu’on verse sur lui la potion et il partit en un dernier sourire, entouré et délivré.

C’est ainsi que fut tué le premier fantôme de toute l’Histoire.

Pour faire triompher définitivement la belle et juste mort.

 

End Notes:


I woke up in the night
I found an empty cage
How you got out, I don't know
I guess you clawed your way
You waited there in the shadows
You made me feel afraid
I would have run before
But, nah, nah, not today
Breathe
I close my eyes and count to three
You're only there if I believe
And you're just a monster
Just a monster and I'm not scared
You're just a monster
Just a monster
You're just a monster and I'm not scared

 

Epilogue by CacheCoeur
Author's Notes:

 

Find my way back – Eric Arjes

Rebels – Ivy Adara

 

Just a couple lonely kids
Tryna find a crown that fits
Call us the kings and the queens of the dead end streets
Just a couple kids
We got no plans
Recklessly follow the sunset dreamin'
Give me tomorrow and I'll take your hand
Two rebels, ride or die
Two rebels, you and I

 

 

15 juin 2030, Londres

Rose montra fièrement son annulaire.

Allénore et Nilam explosèrent de joie et s’extasièrent bruyamment. Toute la résidence de Greenroad trembla de les entendre aussi joyeuses.

Rose et Scorpius avait emménagé la veille dans cet appartement. Tout était déjà installé : des meubles aux tapis, de la vaisselle dans les placards aux photos sur les murs, tout était rangé à sa place. Les deux chouettes de Scorpius et Rose, Bonnie et Clyde, semblaient ravies de leurs perchoirs près de la grande baie vitrée.

Albus s’émerveillait de voir comme sa cousine et son meilleur-ami étaient si organisés… Dans l’appartement qui se trouvait un étage au-dessus et à l’autre bout du couloir, Albus savait que le désordre régnait. Nilam avait rangé ses affaires n’importe comment et ils n’avaient toujours pas de sommier pour leur matelas. Albus nota mentalement qu’il devait impérativement s’en occuper aujourd’hui.

Louis avait trouvé un petit studio au Chemin de Traverse. Allénore l’avait aidé à emménager alors qu’elle-même s’était trouvée un nouveau refuge à l’Allée des Embrumes grâce à Beth Carrow et Citlali Tucker.

Ils étaient heureux et trouvaient tous un nouvel équilibre.

– Félicitations Malefoy ! Tu t’es enfin trouver une paire de …

– Louis, termine cette phrase et je te garantie que tu le regrettas, fit Allénore en claquant sa langue contre son palais.

– Bravo Scorpius, rectifia le blond. Je suis heureux pour vous deux.

C’était sincère. Et Scorpius hésita même à lui sourire et le remercier.

– Cette bague est magnifique ! reprit Allénore en inspectant le bijou sur la main de Rose.

Quelques semaines auparavant, ils étaient allés voir James et Citlali pour tout leur raconter. Une fois qu’on avait posé devant eux le miroir absorbeur dans lequel était prisonnier le spectre de Han Derrick, James avait failli s’évanouir. Ils s’étaient mis d’accord sur une version de l’histoire.

Les Aurors savaient déjà que Han Derrick avait trouvé un poison contre lequel la magie ne pouvait rien. Ils avaient lu ses notes et ses observations. Albus avait donné d’une main tremblante, la fiole qui avait contenu le poison et dans laquelle il restait quelques gouttes que les Aurors pourraient analyser. Nilam s’était d’ailleurs immédiatement proposée pour analyser la structure de ce poison.

La version officielle était donc qu’Allénore avait soudainement retrouvé ce miroir dans ses affaires, en rentrant de Chine et que le reflet de Han Derrick s’était manifesté la veille de sa remise aux Aurors. La fiole quant à elle, avait été placée dans le laboratoire de Han, auquel Citlali et James avaient accès pour poursuivre les fouilles. Ils avaient fait mine de la retrouver … Leur jeu d’acteur avait été suffisant pour tromper les Aurors en charge du dossier. Mais pas Harry.

– Alors quand allons-nous célébrer la nouvelle ? demanda Albus en revenant aux fiançailles de sa cousine.

– Nous préviendrons nos parents la semaine prochaine, l’informa Rose. Lors du prochain repas de famille.

– J’ai hâte, fit semblant Scorpius. Ton père va me détester.

Rose leva les yeux au ciel, excédée :

– Mais non…

Bon, peut-être essayait-elle de se rassurer …

– Est-ce que la pièce montée pourra avoir la forme d’un démonzémerveille ? demanda Nilam.

– NON ! refusèrent Rose et Scorpius d’une seule voix.

– Vous n’êtes vraiment pas drôles, bouda-t-elle dans son coin.

Allénore éclata de rire et se mit à observer les photos sur le mur contre lequel le canapé avait été installé. Scorpius s’approcha d’elle et lui offrit un verre.

– Je vais partir en Egypte quelques temps, pour le travail. La chambre d’ami est prête, si jamais…

– Si tu crois que Rose ne me l’a pas déjà proposé, c’est que tu es bien naïf ! On s’amusera très bien sans toi.

Allénore avait désormais de drôles de façons d’avouer aux gens qu’ils allaient lui manquer. Peut-être était-ce parce qu’elle en avait vu beaucoup trop partir pour ne jamais revenir. Son cœur était une forteresse et Scorpius espérait qu’avec le temps, elle abaisserait ses défenses. Lui, il se faisait pour mission d’en être le gardien. Personne n’entrerait pour lui faire du mal. Plus jamais.

– Je n’en doute pas, sourit Scorpius avant de rester silencieux quelques secondes. Est-ce que tout va bien ?

Il avait l’air préoccupé et inquiet. Il s’en voulait de la savoir toute seule, alors qu’eux tous, étaient passés à l’étape supérieur et avançaient dans leur vie. Il savait qu’Allénore ne le voyait pas comme ça.

– Je veux dire… Tu ne te sens pas trop seule ? Tu sais que tu peux venir quand tu le désires…

– Je le sais et je ne le ferai pas. Rose me tuerait. Elle a besoin de temps avec toi…

Mais il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour elle. Louis et elle se rendraient de nouveau bientôt en France visiter la tombe de Noanne. Ils avaient prévu de tous l’accompagner et Scorpius savait que ce moment serait probablement douloureux pour sa meilleure-amie et qu’elle angoissait à l’idée de voir ce jour approcher.

– Tout est parfait. Oh ! J’ai lu ton discours d’entrée au Magenmagot. Je l’ai trouvé brillant.

– Et encore, tu n’as pas lu celui d’Emmalee… Je crois que la version papier sera sûrement censurée dans les archives. Il y a des insultes et des mots que je ne connaissais même pas.

– Elle est vraiment décidée à tout renverser de l’intérieur… Vous faîtes bien la paire ! le félicita-t-elle. Quand seront faites vos introductions ?

– Le mois prochain, répondit Scorpius. Rose n’en peut plus d’entendre mon discours tous les soirs.

Il appréhendait autant qu’il s’impatientait.

Rose et Albus les rejoignirent et ils partagèrent une étreinte, heureux de constater comme ils se sentaient bien.

– J’en reviens pas que vous aller vos marier…, murmura Albus.

– Et dire qu’il y a sept ans à peine on s’avouait tous les deux qu’on avait déjà préparé nos discours de témoin, s’amusa Allénore.

– On les a perfectionné depuis.

– Il me reste quelques idées.

– J’en suis certain et j’ai hâte de les entendre ! sourit Albus d’un ton machiavélique.

Ils se tapèrent dans les mains avec complicité.

Plus rien n’était comme avant.

Tout était mieux car tout était vrai.

Il n’y avait plus de regret, plus de remords, plus de rancœur.

Ils apprenaient à connaître la véritable Allénore, qu’ils aimaient. Ils trouvaient un nouvel équilibre et étaient amis.

Nilam photographia la scène. Louis sourit.

La potionniste eut un air de déjà-vu lorsque la photo apparut dans ses mains.

Elle la reconnut.

Elle serait affichée dans la future maison de Louis et d’Allénore.

Son sourire s’agrandit et elle se tourna vers le magizoologiste, l’air très sérieux :

– Au fait, assure-toi que les potions contraceptives d’Allénore ne soient pas périmées lorsqu’elle les prend, glissa-t-elle à Louis qui recracha l’intégralité de son verre et manqua de s’étouffer.

Allénore se précipita vers son petit-ami et lui tapota le dos avec pitié. Elle s’arrêta bien vite, lorsque les pizzas qu’ils avaient commandé arrivèrent.

Elle avait ses priorités.

– Je pense que je vais aider les Aurors un moment. J’ai refusé de le faire jusqu’à maintenant, mais je crois que je dois le faire. Certains Autres sont encore dans la nature et je dois les aider. Il y a des personnes comme Glaïeul, qui méritent le pardon, annonça-t-elle.

Elle attendait leur approbation à tous, sans savoir qu’elle l’avait déjà. Rose avait finalement parlé à Allénore de sa rencontre avec la demi-gobeline et cela avait fait réaliser à Allénore qu’elle avait encore un rôle à jouer dans cette histoire. Comme eux tous.

– Et pour Crivey ? demanda prudemment Albus.

– Il est dangereux. Je ne sais pas ce qu’il a dans la tête mais ce ne sont pas de bonnes idées.

Albus se rembrunit. Il savait que Lily, sa petite sœur avait longtemps été amie avec ce Crivey… Cependant, il ne pouvait qu’approuver Allénore. Ce garçon était dangereux et incontrôlable.

— Sans compter sur le laboratoire de Han… Plusieurs de ses recherches sont tombées entre de mauvaises mains. Et il y a ce projet de loi sur l’insertion des sorciers dans la société moldue… Les relations entre les sorciers et les moldus n’ont jamais été aussi tendues et sur le point d’exploser…

– On t’aidera toujours, promit Albus.

Oui… Ils l’aideraient à les aider tous. C’était comme ça que fonctionnait le monde.

Albus serra la main d’Allénore.

Il s’en voulait pour ces mois entiers à refourguer sa colère. S’il l’avait laissé plus tôt, ils auraient gâché moins de temps et tout aurait été plus beau plus tôt.

Ils s’aimaient comme ils étaient, avec leurs failles, leurs défauts, leurs coups de sang, leurs incompréhensions, ce qu’ils avaient de plus moches et de plus fantastiques. C’était tout ce qui comptait.

Nilam et Allénore échangèrent un regard ce soir-là. Ils l’interceptèrent tous.

Ils n’y avaient aucun fantôme dans leurs yeux lumineux.

Elles les avaient chasser le temps d’un instant à défaut de pouvoir tuer ceux-là.

Leurs fantômes danseraient peut-être demain. Ils reviendraient, car certains fantômes ne pouvaient mourir. Ce n’était pas grave. Il les chasseraient tous pour leur faire hanter d’autres nuits que celles où ils vivront à s’en éclater la voix et le cœur.

 

Les fantômes sont déjà morts.

On ne saurait donc les tuer une deuxième fois.

Ils se posaient la même question et avaient tous des réponses différentes.

Pour sauver le monde, doit-on tuer nos ennemis ou sauver nos amis ?

Albus Potter vous dira que la question ne se pose pas et que la violence ne doit jamais gagner.

Rose Weasley vous regardera d’un air pensif et vous demandera de définir ce qu’est un ennemi et ce qu’est un ami.

Scorpius Malefoy vous expliquera que cela dépend de la situation mais sait qu’il menacerait n’importe qui s’approchant trop près de ceux qu’il aime.

Allénore Rameaux vous offrira ses yeux perdus, et vous confiera que parfois, les pires choix doivent être faits pour le bien du plus grand nombre.

Mais la plus grande question qui les avait divisé était bien celle de savoir comment tuer les fantômes…

Et malgré toutes les différences, la seule chose qui comptait, était de combattre leurs fantômes ensemble, d’une façon ou d’une autre.

Aujourd’hui était le début des meilleurs jours du restant de leurs vies.

 

 

Et pourtant, bien d’autres épreuves et aventures les attendaient encore…

D’ailleurs, leur prochaine péripétie prenait racine dans un miroir où était encore enfermé le spectre de Han Derrick. Lorsque les aurors James Potter et Citlali Tucker arrivèrent et qu’on le leur confia, tout le monde resta silencieux.

 

End Notes:

 

One step closer
Closer to the light
No matter where we're going
I'll be by your side
And everything we used to know
Crashed into the great unknown
One step closer
We're gonna be alright
'Cause even underneath the waves
I'll be holding on to you
And even if you slip away
I'll be there to fall into the dark
To chase your heart
No distance could ever tear us apart
There's nothing that I wouldn't do
I'll find my way back to you


C'était le dernier chapitre de cette fanfiction. Les aventures de cette petite bande ne sont pas terminées, comme vous pouvez le deviner. Dans mes cartons, il y a encore quelques projets. Viendront les histoires de Fred II, de Lily et de sa relation avec Crivey, quelques instants volés dans la vie de Louis et les prochaines luttes...
Cependant, sauf pour mes recueils écrits lors des Nuits HPF et des concours auxquels je suis déjà inscrite sur le site, je vous informe que je n'écrirai pas de fanfiction pour l'année 2023. Ainsi, il vous faudra être patient pour découvrir la suite.
Je vous souhaite de très belle fête de fin d'année !

 

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