Charmeuse de serpents by Morgane
Ancienne histoire coup de coeurSummary:



ne prend en compte que les cinq premiers tomes

Voldemort se met en tête d'utiliser les moldus pour mener ses expériences en matière d'immortalité, mais il va tomber sur un os.Future Romance ente Voldy / Moldue







Image de Patchat dont vous pouvez aller appréicer les talents ici




Categories: Autres couples (Het) Characters: Jedusor/Voldemort
Genres: Aucun
Langue: Aucun
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 16 Completed: Oui Word count: 59896 Read: 40043 Published: 06/01/2006 Updated: 03/05/2008

1. Le foyer Darovit by Morgane

2. serpents envoutants by Morgane

3. Serpents attirants by Morgane

4. Souvenirs mêlés by Morgane

5. un ami de papier by Morgane

6. Chapitre 6 by Morgane

7. Chapitre 7 by Morgane

8. Chapitre 8 by Morgane

9. Chapitre 9 by Morgane

10. Chapitre 10 by Morgane

11. Chapitre 11 by Morgane

12. Chapitre 12 by Morgane

13. Chapitre 13 by Morgane

14. Chapitre 14 by Morgane

15. Chapitre 15 by Morgane

16. Chapitre 16 by Morgane

Le foyer Darovit by Morgane
Author's Notes:
Bon et bien... on remet ça ? mdrr

Cette fois, j'ai vraiment eu envie de faire quelque chose de totalement impossible.
Bon j'ai commencé par unir Hermione à un Sperpentard... ensuite j'ai mis Ginny avec Tom et je me suis même lancée dans un Hermione / Drago pour répondre à un défi, ce que je n'aurais jamais cru possible il y a quelques semaines.

Alors là.. je craque complétement : j'ai envie de faire un Voldy / Muggle. Si quelqu'un trouve plus idiot, qu'on me fasse signe et au besoin, qu'on m'achève ;)

Malgré tout j'espère que cette histoire plaira à certains car ça m'amuse beaucoup de l'écrire.
Ce premier chapitre n'a rien de transcendant, il ne fait que présenter la situation. Je prie pour que vous ayez le courage de le lire quand même jusqu'au bout !

- Nott mon cher, je trouve cette idée grotesque.
- Ton séjour à Azkaban t’a peut-être convenu Lucius, mais pour ma part je tiens à éviter d’y retourner, dans la mesure du possible…
Le sourire froid de Lord Voldemort, qui avait appelé à lui ses plus fiables et fidèles mangemort, n’avait d’égal que le regard dédaigneux de Malefoy pour son acolyte.
- tu nous avais habitué à mieux. Insista-t-il.

Nott garda le silence, laissant à leur maître le soin de prendre la décision finale : il avait exposé ses plans au Seigneur des Ténèbres et savait que celui-ci prenait toujours en considération ses conseils, souvent judicieux.
Les ans qui passent et les observations apportaient sans nul doute au vieux Nott une «sagesse» fort utile.

Nott avait à peu de choses près le même âge que le mage noir qu’il servait, mais les nombreuses années que Voldemort avaient passées entre la vie et la mort l’avaient éloigné du monde sorcier et des affaires qui s’y déroulaient.
Voldemort songea avec amertume que l’année 1926, qui l’avait vu naître, était une époque toute différente de celle qu’il vivait actuellement.

- cela fait cinq ans. murmura Voldemort en passant une main sur son visage, comme surpris de sentir le contact de sa peau sous ses doigts. Cinq années depuis que je suis retournée à la vie en sortant de ce chaudron.
Le Lord noir se leva lentement et tous les mangemort échangèrent des regards inquiets avant de sursauter lorsque la voix de leur maître s’éleva, plus forte et emprunte de colère.

- cinq ans ! rugit-il, et Potter n’est toujours pas mort ! Il a quitté cette école et la protection de ses murs sans qu’on ne parvienne à l’atteindre depuis trop longtemps ! en vingt-quatre mois, aucune trace de lui ! rien ! Il est pourtant bien quelque part !!
- pardonnez moi maître, intervint Macnair, mais il est fort probable qu’un Gardien du Secret ait été désigné pour le mettre hors d’atteinte.

L’assistance trembla et des regards courroucés clouèrent l’impudent au sol : bien évidemment un Gardien du Secret avait été choisi ! Et tous devinaient son identité : Albus Dumbledore.
Tous savaient également qu’il était fort mal venu d’évoquer l’existence de ce sorcier, même de façon indirecte, en présence du Seigneur des ténèbres ; d’autant plus quand son humeur était plus sombre qu’à l’accoutumée, ce qui n’était pourtant pas chose aisée.

- je voulais juste dire, bégaya Macnair en courbant l’échine, qu’il n’y a aucune raison pour que vous ne puissiez pas le trouver si l’on parvient à abattre cet obstacle.
- en effet. Confirma Voldemort en se rasseyant sous les discrets soupirs de soulagement de ses fidèles.
Malefoy seul osait garder la tête droite et fixait le mage noir, l’observant et le détaillant tout à loisir tandis que celui-ci, pensif, gardait les yeux fixés au sol, le bras appuyé sur le bord de son fauteuil, une main soutenant son menton dans une attitude de méditation coutumière.
Chacun gardait le silence : ne pas parler de Dumbledore, sauf s’il s’agit d’annoncer sa mort, et ne pas interrompre les réflexions du Maître. Deux règles simples, mais vitales.

Lucius se rappelait comment quatre ans plus tôt, surgi des eaux sombres, Lord Voldemort était apparu près de la prison d’Azkaban quelques semaines après son emprisonnement. Il s’était avancé d’un pas sûr vers les gardes à la triste réputation et avait non seulement retrouvé la compagnie de ses mangemort mais aussi le soutien des détraqueurs.
Lucius avait presque observé avec gourmandise le parcours majestueux de son maître, jalousant souvent son attitude altière, emprunte de puissance et de fierté.

Lui-même avait toujours aimé être considéré comme un sorcier dont les Dames admiraient la classe mais il admettait en son for intérieur que le Seigneur des Ténèbres était un rival à sa mesure, de ce point de vue là.
Aujourd’hui, il pouvait détailler les cheveux ébène du puissant sorcier qui, si Potter vivait encore, n’avait cependant pas perdu les dernières années en vaines lamentations.

Tom Elvis Jedusor avait retrouvé l’apparence de ses trente ans, et s’en accommodait fort bien. Seuls ses yeux demeuraient rouge braise, seulement fendus d’un trait noir, paralysant. Si son maître visait l’immortalité, jamais il n’en avait été si proche. Il s’offrait une seconde vie ; là où Nott commençait à se rapetisser, lui retrouvait sa force et sa vigueur.
Lucius songea avec effroi que Voldemort, tout comme Dumbledore, supportait parfaitement le poids des années, mais Voldemort, lui, avait à nouveau l’allure d’un homme dans la force de l’âge.

Le sourire satisfait de Malefoy n’échappa pas à Voldemort qui avait relevé la tête et profité de la seconde où son regard avait croisé celui de son serviteur pour percevoir ses quelques pensées.
Le Lord Noir sourit à son tour et apprécia l’attitude digne de Lucius qui, même surpris en train de «porter un jugement» sur son maître, ne se réfugia pas en une attitude servile et agaçante.

Malefoy assumait ses convictions et ce d’autant plus qu’il était persuadé que son maître n’ignorait pas qu’il pouvait avoir en lui toute confiance.
Lucius comprit au regard appuyé de Voldemort que celui-ci désirait son avis argumenté sur la question. Il prit donc la parole et ses propos devinrent plus ouverts. Lui aussi avait réfléchi depuis que Nott avait évoqué ses idées.
- Nott a raison lorsqu’il prétend que le ministère surveille de près et enquête sur chaque disparition ou agression. Il est donc effectivement judicieux, je pense, de ne plus tenter de soutirer des informations à un sorcier que lorsque nous serons certains que le risque vaut la peine d’être couru.

Voldemort acquiesça silencieusement. Lui-même était son propre Gardien du Secret et sa retraite était donc indétectable. De plus, seuls ses mangemort pouvaient le reconnaître sous sa nouvelle apparence, ainsi que ceux qui l’avaient connu jadis et gardaient souvenir de son visage, comme ce Dumb... mais peu importait.

Il était en effet préférable, s’il souhaitait avoir la possibilité de se déplacer à sa guise, de ne pas éveiller de soupçons inutilement : la communauté sorcière semblait persuadée qu’il se trouvait dans un pays étranger, le plus loin qui puisse exister, bien sûr, et il ne sen portait pas plus mal.
En attendant que Potter ne tombe sous ses sortilèges, marquant ainsi le début de son nouveau règne, il préférait en effet rester discret.

- malgré tout, si vous désirez toujours poursuivre vos recherches en vue d’atteindre l’immortalité, il vous faudra disposer de personnel.
Bellatrix sourit à cette évocation : les sorciers qui avaient cédés au Lord Noir les informations qu’il désirait à grand renfort de sorts douloureux dont elle avait le secret se trouvaient soumis à des sortilèges complexes que Voldemort envisageait lui-même d’utiliser.

Les recherches du Lord Noir visaient à rendre le corps invulnérable aux sorts les plus puissants. On administrait donc la potion ou le sortilège protecteur à ces sorciers rendus fous à force de torture avant de leur faire subir un «Avada Kedavra» dans les règles de l’art…
Aucun n’avait encore survécu, ce qui rendait Voldemort de fort méchante humeur à chaque tentative.

- ainsi donc, on pourrait effectivement utiliser des Moldus, reprit Malefoy en grimaçant. Mais…
- mais, intervint Voldemort, la seule idée que ces êtres puissent respirer le même air que toi, même temporairement, te répugne.
Lucius approuva d’un signe de tête.
- le ministère ne surveille pas les Moldus… personne ne se souciera d’enquêter sur la disparition d’une poignée d’entre eux, surtout si nous la masquons quelque peu.

Voldemort vrilla le regard de Lucius qui finit par admettre à contre cœur que l’idée était bonne.
- mais abjecte. Siffla-t-il encore, têtu, provoquant un rire étrangement amusé chez le Lord Noir.
Nott songea qu’en d’autres lieux, cette idée aurait également paru abjecte, mais pour une toute autre raison.

Il fut donc rapidement convenu que quelques mangemort tels que Crabbe et Rabastan se rendraient dans une petite ville d’écosse où un orphelinat à la triste réputation et pourtant presque oublié de tous s’élevait à l’abri des regards indiscrets.
L’endroit serait méticuleusement rasé après que ses résidents en aient été arrachés dans une simulation d’explosion.

Les employés responsables de la maintenance de l’alimentation en gaz de cette paisible maisonnette seraient sans doute sermonnés, mais personne ne se soucierait bien longtemps de ces pauvres hères abandonnés et sans famille ni amis, bien au contraire.
Les vieilles femmes ne tarderaient pas à remarquer que les vols dans leurs précieux jardins devenaient moins nombreux et tout le monde y trouverait son compte.

- quand donc cet endroit disparaîtra-t-il des cartes ? grommela Emma en payant le taxi qui venait de la déposer au bord d’un chemin boueux.
La jeune femme darda un regard dédaigneux vers la pancarte de bois à le peinture écaillée qui indiquait «Foyer Darovit», du nom de sa célèbrefondatrice.
- tout le monde trouverait son compte à ce que cette masure disparaisse, ragea-t-elle en arpentant le chemin vers la masure à l’aspect insalubre. Mais personne ne fait rien.

L’orphelinat où elle avait passé la majorité de son enfance sortait tant bien que mal du sol, en haut d’une colline, et semblait ne pouvoir tenir sur ses fondations que temps que le vent ne soufflerait pas trop violement. Au loin, la jeune femme distinguait les maisonnettes coquettes et soignées des villageois.

- personne. Et sûrement pas vous hein ? pesta-t-elle en direction des villageois qui ne l’entendaient guère plus qu’ils ne la voyaient.
Les dirigeants de la petite bourgade paisible avaient assez dépensé en discours et en gestes éloquents pour que ce foyer soit construit à l’écart des respectables résidents qui s’installaient dans ce respectable village.
- et gnagnagna.

L’humeur d’Emma allait en se dégradant au fur et à mesure qu’elle approchait de son point de destination. Déjà, la Manche avait marqué un passage dans son attitude : retrouver ce pays ne lui réussissait pas et elle n’avait qu’une hâte : retourner en France.
Elle songea avec amertume que beaucoup de ses condisciples français rêvaient pourtant de venir s’installer en Anlgeterre. Un comble pour elle qui avait mis tant d’ardeur à fuir ce pays et l’indifférence de ses habitants.

Elle distingua derrière les vitres crasseuses des regards inquisiteurs et des nez collés aux carreaux.
Bientôt, la porte s’ouvrit dans un grincement et se referma avec un bruit sec, laissant apparaître sur le perron abrité d’un auvent un homme âgé à la mine revêche.
- hé Wilson… toujours l’air aussi avenant. Fit Emma en plaçant sa lourde valise à l’abri de la bruine qui commençait à tomber.

L’interpellé détailla la jeune femme ans se départir de son attitude hostile. Ses longs cheveux blonds légèrement ondulés tombaient en cascade sur un fin pull noir. Pantalon noir, baskets noires… que la nouvelle arrivante s’évertuait à débarrasser des traces de boue accumulée tout au long du chemin en grimaçant.

Une simple écharpe de tissu vert clair, qui mettait en valeur l’émeraude de ses yeux, apportait une touche de couleur à l’ensemble. Du moins cette donzelle ne s’était pas affublée d’une tenue trop excentrique, jugea l’hôte, ce qui le décida finalement à ouvrir la bouche.

- c’est pour quoi ? questionna-t-il.
- C’est pour louer une chambre ! On m’a chaudement conseillé ce petit havre de paix pour les vacances. Fit ironiquement Emma avec un sourire angélique avant de poursuivre. Je viens chercher mon dossier.
- Votre dossier ? fit Wilson en se plaçant devant la porte pour empêcher la jeune femme d’entrer.
- oui, Wilson, mon dossier. Cinq minutes, juste cinq minutes : j’entre, je prends cette fichue paperasse après avoir retourné ton bureau et je disparais !

- sur un autre ton je vous prie… et vous êtes ?
- sur le ton que je veux. Et je suis Emma Darovit.
- Emma ?!
Incrédule, le vieillard se laissa bousculer sans ménagement et regarda la jeune femme s’engouffrer dans le couloir.

Wilson clopina jusqu’à la porte de son bureau où Emma ouvrait déjà quelques tiroirs.
- où dois-je chercher ? dans le compartiment «caractériels insupportable», «dangereux rebels», ou bien…. fit-elle en se relevant, «fouettés jusqu’au sang » ? A moins que ce ne soit dans celui des «enfermés à la cave» ?
- tu exagères… maugréa Wilson en refermant prudemment la porte.
- tu dois avoir la mémoire courte alors.
- Ursule était une femme autoritaire mais...
- ta femme était une mégère qui n’était jamais si heureuse qu’un ceinturon à la main ! Et ne me ressort pas le couplet du «elle vous a hébergés et nourris», elle ne nous tolérait que pour abattre sa besogne et assouvir ses pulsions maladives. Et la majorité d’entre nous auraient préféré rester dans la rue que d’être enfermés ici.

Emma laissa Wilson pester et jurer tout son saoul en cherchant autour d’elle.
- ha ! le voila ! fit-elle enfin, victorieuse. Ces petites feuilles vont me permettre de demander la nationalité Française !
La jeune femme décida de se rendre au salon, curieuse de vérifier si certains pensionnaires qu’elle avait connus se trouvaient encore là.
Dans le couloir s’étalait encore un tableau représentant Ursule Darovit, « fondatrice du foyer Darovit et bienfaitrice pour de nombreux enfants ».
- ce qu’il faut pas lire…

Au salon l’accueillirent de nombreux regards curieux et inquiets, mais aucun ne lui était familier.
Emma avait quitté cet endroit depuis trop longtemps pour pouvoir y trouver encore un visage connu. Dès sa majorité elle avait fui vers la France, et avait entamé ses études de médecine.
Elle avait toujours eu un goût prononcé et un donc pour étudier, ce qui lui avait permis de se soustraire au destin peu glorieux qui s’offrait à elle.
La majorité de ses camarades d’infortune hésitaient entre la carrière de voleur, dealer ou meurtrier. Les plus ambitieux optaient pour les trois conjointement.

Ursule avait bien fait son travail. Tous les jeunes qu’elle avait enlevés à la rue avaient été maintenus dans une servitude implacable, et en chacun d’eux avait été inculqué un principe fondamental : ils n’étaient rien.
On les avait abandonné, ce qui était bien la preuve qu’ils étaient des rebus de la société et personne ne se souciait d’eux. Du moins, on ne se souciait d’eux que pour surveiller leurs mains habiles au vol. Leur réputation avait été savamment maintenue par leur bienfaitrice, lui accordant ainsi un pouvoir bien plus grand sur ses protégés.

Heureusement, ces pratiques étaient à présent obsolètes : l’état veillait à ce que ses pupilles soient honorablement traités, mais Emma restait persuadé que ce genre de prison existait encore.
La jeune femme franchit le seuil de la porte pour se trouver à nouveau sur le perron. Elle saisit la poignée de sa valise et y fouilla à la recherche de son portable.
Appeler un taxi. Fuir cet endroit définitivement. Ne lui resterait plus ensuite que trouver un moyen de changer ce nom méprisable que la mégère avait aimablement transmis à tous ses protégés, dans son désir incommensurable de le voir se propager dans toute l’Angleterre.

- la peste soit de toi et de ton œuvre. Fit Emma en se tournant vers le foyer une dernière fois tout en arpentant le chemin en sens inverse.
Derrière la vitre du bureau, elle aperçut Wilson qui la regardait s’éloigner. Brusquement, un éclair vert illumina la pièce et le vieil homme sembla prit d’un malaise. Il s’effondra si brusquement que la jeune femme douta de ce qu’elle venait de voir.
Elle hésita un instant à faire demi-tour mais, un sourire carnassier aux lèvres, reprit sa route vers sa liberté.

- au plaisir Wilson…
Près d’elle, un bruit faible d’explosion retentit. Elle tourna à nouveau la tête mais n’eut pas le temps d’apercevoir le sorcier qui venait de transplaner à quelques pas.
- stupéfix !
- stupé quoi, voulut articuler Emma.
Mais la noirceur de la nuit l’accueillit sans qu’elle puisse ébaucher le moindre geste.

serpents envoutants by Morgane
Author's Notes:
... il parait que je dois payer un chapitre.... c'est une honte. -__-
Près d’elle, un bruit faible d’explosion retentit. Elle tourna à nouveau la tête mais n’eut pas le temps d’apercevoir le sorcier qui venait de transplaner à quelques pas.
- stupéfix !
- stupé quoi ? voulut articuler Emma.
Mais la noirceur de la nuit l’accueillit sans qu’elle puisse ébaucher le moindre geste.

Lorsqu’elle s’éveilla, Emma dut patienter de longues secondes pour que sa vue s’habitue à la noirceur de l’endroit où elle se trouvait. Elle tâta autour d’elle d’une main méfiante et constata qu’on l’avait déposée sur un revêtement souple qui ressemblait étrangement à un matelas.
Une ligne ambrée attira son regard, lui indiquant la présence d’une large porte sous laquelle filtrait une faible lumière.

La jeune fille se leva avec précaution, plaçant devant elle ses bras tendus jusqu’à rencontrer une cloison stable contre laquelle elle put s’appuyer pour faire le tour de la pièce.
Toucher les murs lui indiqua que l’endroit était recouvert d’une moquette murale parfois interrompue par ce qui semblait être une poutre ou un pan de pierres.
Emma distingua la silhouette d’une cheminée dont l’âtre, logiquement vide en ce mois de juillet, lui parut immensément profond.

Lorsqu’elle parvint à la porte, ses yeux, habitués à la pénombre, percevaient enfin quelques détails de la chambre. Un grand lit, une grande cheminée. Une grande pièce… et une grande porte fermée.
Emma tourna lentement la poignée massive en vain. Elle se laissa glisser contre le montant de bois, dos à la porte et attendit en tâchant de rassembler quelques souvenirs. Malgré tous ses efforts, elle ne se rappelait que d’un bruit claquant et d’une voix qui prononçait un mot mystérieux. Il y était question de stupidité. Ou de stupeur.

Elle bloqua se respiration en percevant dans le couloir des bruits de pas et des voix qui approchaient.
- on vous avait demandé de bien prendre garde à n’enlever que des résidents de ce foyer !
- je sais bien Lucius, mais elle était là et…
- tes excuses ne changeront rien à l’affaire Crabbe ! Cette femme arrive de France et il est fort probable qu’à présent on la recherche !
Emma tendait l’oreille, consciente d’être le centre de cette discussion.

- je le savais que c’était une mauvaise idée. Grogna l’homme qui semblait être le plus sûr des deux. Le Seigneur des Ténèbres est en train d’étudier les dossiers de tous ces moldus et Merlin sait ce qu’il va bien pouvoir trouver au sujet de cette femelle !
- il n’y aura qu’à lui lancer un sort d’oubliette… répondit la voix bourrue du dénommé Crabbe.
Emma analysa rapidement ces quelques informations : elle avait été enlevée, mais ceci constituait une erreur de parcours et à présent elle représentait une gène pour ses ravisseurs.

Pourtant, la jeune femme ne savait si elle devait prendre ceci au sérieux car de nombreux détails échappaient à sa compréhension : moldu, sort d’oubliette… Ces hommes avaient même cité Merlin et un Seigneur des Ténèbres.
- on tourne un remake de La guerre des étoiles dans ce bouge ma parole… souffla Emma en se relevant pour faire face à la porte derrière laquelle les deux hommes avaient stoppé leur marche.

- Amène là jusqu’au salon. Et pas d’erreur !
- oui oui... fit Crabbe d’une voix lasse. Alohomora !
Emma cligna des yeux malgré la faiblesse de la lumière que diffusaient des torchères accrochées au mur.
L’homme face à elle était grand et massif. Emma jugea qu’une seule de ses mains devait avoir à peu de chose près la taille d’une pagaie. Elle renonça donc à mettre à profit ses nombreux cours en matière de sport de combat et consentit à suivre la silhouette imposante jusqu’à un salon où se trouvaient réunies de nombreuses personnes.

Elle reconnut quelques visages de jeunes gens croisés au foyer et distingua tout aussi nettement le sentiment d’angoisse qui emplissait chaque personne, tant du côté des victimes que des bourreaux.
Au centre de la pièce, sur un fauteuil imposant, un homme lisait des documents et ne prêta guère attention à leur arrivée. Crabbe en parut soulagé et se hâta de rejoindre un homme blond à l’allure princière et au regard froid.
Emma garda le silence, immobile, et s’interrogea en constatant que l’homme assis, dont tout le monde semblait attendre le moindre geste avec crainte, portait des lunettes de soleil.

La pièce était pourtant très sombre malgré le soleil éclatant qui brillait à l’extérieur et qui dardait courageusement ses rayons chaleureux par les volets coffrés.
Emma nota rapidement que lorsqu’elle était sortie du foyer la bruine continuait à recouvrir la région : elle devait donc avoir dormi un certain temps.

Elle se concentra davantage et constata que ce que l’homme lisait n’était rien d’autre que son propre dossier, mais elle était trop sage pour s’aventurer à prononcer le moindre mot.
Au bout de longues minutes durant lesquelles un jeune homme brun renifla et toussa de terreur en jetant des regards furtifs affolés vers leurs ravisseurs, l’homme jeta négligemment les papiers qu’il tenait sur une table basse, face à lui, et soupira de mécontentement.

- dehors… murmura-t-il.
Ceux qui semblaient être à ses ordres tressaillirent en se jaugeant les uns les autres.
- emportez les et sortez d’ici ! reprit l’homme d’une voix forte et autoritaire. Sauf elle.
Il pointa Emma du doigt en la scrutant derrière ses sombres verres qui ne laissaient aucune chance à la jeune femme de distinguer ses yeux.
Emma fit de gros efforts pour ne pas céder à la colère face à cette attitude hautaine qu’elle n’avait que trop supportée dans sa jeunesse de la part de sa nourrice

Dans une cohue qui traduisait bien la peur qui tenaillait ses serviteurs tout autant que les personnes enlevées, la pièce se vida rapidement.
Emma resta seule, immobile face à cet homme qui l’observait, bien décidée à ne pas prendre la même attitude de bête effarouchée que ceux qui venaient de déserter l’endroit.
Des coups timides furent frappés à la porte et un petit homme entra, portant la valise de la jeune fille.

Il déposa sur la table basse d’autres documents et livres qu’Emma reconnut comme étant les siens et que le nouvel arrivant avait dû lui-même sortir de sa valise. Il garda en mains son téléphone portable, scrutant l’écran comme un enfant avide devant une console de jeu et s’éloigna dans un coin sur un signe de son maître.
Voldemort saisit à nouveau le dossier qu’il avait délaissé quelques instants plus tôt et l’agita légèrement en se levant.

- Miss Dorovit Dolly… 25 ans et déjà beaucoup de connaissances, si j’en crois ces quelques feuillets. Dès votre plus jeune âge, les tests que l’on vous a fait passer démontrent une intelligence hors du commun…
-… on ne peut pas dire que ce soit le cas de tout le monde. Persifla Emma en dardant un regard méprisant vers le petit homme recroquevillé qui venait de couiner comme un rat lorsque le téléphone qu’il tenait avait vibré à la suite de ses manipulations pour le moins maladroites. Et je m’appelle Emma.

- Emma n’est que votre deuxième prénom.
- je n’aime pas particulièrement Dolly. Et vous ? Votre prénom c’est seigneur ou ténèbres ? Ou bien faut-il vous appeler Dark Vador ?
Le petit homme se recroquevilla encore davantage en détournant les yeux du précieux objet qu’il étudiait pour surveiller l’attitude de son maître.
- Queudver, dehors. Ordonna Voldemort.
L’homme s’exécuta avec une rapidité surhumaine et Emma sentit qu’elle était allée trop loin.

- Miss Dorovit, murmura Voldemort, vous ne vivrez que temps que je pourrai croire que vous risquez de m’être d’une quelconque utilité. Et croyez moi, la majorité des gens prient le ciel pour pouvoir m’être utiles, chaque jour… Vous avez fait des études de médecine et poussé assez loin vos recherches en génétiques. Vos capacités vous ont permis d’accéder à un degré de connaissance assez rare. Aussi je vous accorde quelques jours de répit. Vos camarades vous informeront sur les modalités de votre séjour.
L’homme claqua des doigts et Queudver entra à nouveau pour escorter la captive vers une nouvelle pièce.

- décidément, cet endroit est immense. Constata Emma en entrant dans une salle aux dimensions honorables.
Queudver referma prestement la porte derrière elle et la jeune femme put prendre connaissance de tout ce à quoi elle n’avait pu assister avant qu’on vienne la chercher dans la chambre.
La plupart des résidents du foyer étaient des adolescents ou jeunes adultes qui n’avaient jamais connu Ursule Dorovit. Au fil des ans et après la disparition de cette femme à poigne, l’orphelinat était devenu une sorte de pied à terre pour jeunes désoeuvrés.

Ceux-ci lui expliquèrent donc qu’ils se trouvaient tous dans le manoir d’un puissant sorcier, le plus Grand de tous les temps : Lord Voldemort, et qu’aucun d’entre eux n’avait un quelconque intérêt à tenter de fuir s’il tenait à garder la vie sauve.
Le jeune homme qui reniflait toujours abondamment décrivit de nombreuses manifestations de magie qu’il avait surprise chez l’un ou l’autre des sorciers. Emma l’écouta, sceptique, et traîna sa valise vers un banc sur lequel elle se laissa tomber.

Elle entreprit de remettre de l’ordre dans ses précieux ouvrages que le ridicule Queudver avait malmené et résolut d’attendre la suite des événements.
Rien ni personne ne l’attendait au dehors de ce château et si se faire enlever ne constituait pas pour elle la meilleure façon de passer ses vacances, ce Lord Voldemort avait piqué sa curiosité au vif. Ces histoires de sorcelleries apportaient un piment certains à l’affaire et Emma avait trop souvent craint pour sa vie, terrée dans une cave humide du foyer Dorovit, pour s’alarmer de ce qu’elle vivait actuellement.

Elle fit rapidement le «tour du propriétaire» : deux portes permettaient d’accéder à de vastes chambres où de nombreux lits étaient disposés en rangée serrée. Au bout de chacune de ses chambres, une autre porte donnait sur une salle de bain austère.
Emma observa les jeunes gens qui peu à peu prenaient leurs aises dans ce qui seraient leur nouveau foyer. La plupart d’entre eux avaient jusque là survécu plutôt que vécu et Emma nota qu’aucun signe d’agitation ne semblait poindre.
Tous avaient une attitude résignée, et pour cause : vivre ici ou ailleurs, du moment qu’on a un toit sur la tête et de quoi souper le soir…

Contrairement à eux, Emma bénéficiait d’une solide culture et tout son être l’avertissait d’un danger. On n’avait sûrement pas pris la peine d’enlever tout ce beau monde pour son agréable compagnie…
Bien qu’elle ait les pieds sur terre et l’esprit cartésien, Emma accorda peu à peu crédit au propos tenus autour d’elle. Magie, sorcellerie, pouvoirs… il était certain que cet homme à lunettes, Lord quelque chose… il faudrait pourtant bien s’en souvenir… avait quelque chose de magnétique dans sa façon de parler et de bouger.

La jeune femme estimait qu’il avait le profil idéal d’un gourou de secte : étant donné la crainte qu’il inspirait et le respect dont chacun de ses serviteurs faisaient preuve, il devait effectivement avoir un charisme et une envergure considérable.
Emma aurait donné cher pour pouvoir lui ôter ses lunettes et observer la prunelle de ses yeux, qu’elle devinait hypnotisante, mais il lui apparaissait que Voldemort s’en offusquerait certainement.

La porte s’ouvrit à nouveau sur un vieil homme qu’Emma confondit tout d’abord avec Wilson. Celui-ci lui fit signe de la suivre et la jeune femme comprit à sa gestuelle qu’elle devait emporter sa valise.
- je m’appelle Nott. Fit le vieil homme. Le Seigneur des Ténèbres exige que tu te joignes aux autres chaque matin pour entretenir son domaine. Par contre, tu consacreras le reste de tes journées à poursuivre tes recherches.
En expliquant ceci, Nott avait reconduit Emma jusqu’à la chambre qu’elle avait peu avant.

Le sorcier utilisa sa baguette pour modifier quelque peu l’agencement de la chambre, mais Emma jugea cela inutile. En revanche elle comprit fort bien le message : le vieillard n’agissait de la sorte que pour étaler ses pouvoirs et faire prendre conscience à la jeune femme que toute tentative d’évasion était vaine.
- un conseil, fit Nott en souriant froidement tandis qu’il s’apprêtait à sortir, il vaudrait mieux pour toi que tes recherches soient avantageuses pour notre Maître. Des livres te seront portés d’ici peu. Lis les. Et reprends ton travail à la lumière de ces nouvelles connaissances.

Sans attendre de réponse, le sorcier ferma la porte derrière lui. Emma entendit distinctement le cliquetis de la serrure qui suivit son incantation magique.
Comme promis, des livres lui furent apportés. Du moins, des livres apparurent-ils brusquement sur sa table de travail, la faisant sursauter.
Emma dévora les tomes épais, s’extasiant de découvrir l’existence de plantes plus irréalistes les unes que les autres.

Elle finit par s’endormir sur l’un de ses précieux ouvrages sans avoir dîné et se réveilla la faim au ventre, courbaturée et fatiguée de cette nuit peu confortable.
La porte s’ouvrit d’elle-même quelques heures plus tard et le jeune garçon reniflant lui décrivit le contenu de leur travail. Lui-même y mettait une bonne volonté et une ardeur surprenante. Emma apprit qu’il s’appelait David et qu’il avait toujours rêvé de vivre dans un manoir comme celui-ci. Comblé, il s’afférait à nettoyer la vaste cuisine comme l’avait ordonné le Maître.

Emma nota que David avait eu tôt fait d’accepter son rôle de serviteur appliqué et que l’attitude de Voldemort correspondait tout à fait à celle d’Ursule Dorovit, en son temps. Employer des larbins et occuper l’esprit de pauvres hères en les assommant de travail était une technique vieille comme le monde mais efficace.

Emma consentit à se charger du nettoyage des couloirs. Elle partit donc avec un chiffon ridicule à la main sous le regard satisfait de David. Si ce dernier avait eu la moindre expérience du ménage, il aurait tout de suite compris que ce maigre bout de tissu ne pouvait en aucune manière servir à nettoyer de si grands espaces.
Cependant, Emma était libre d’inspecter les lieux à sa guise et c’était tout ce qui lui importait.

Elle erra de nombreuses heures dans la vaste demeure, se réfugiant parfois dans une pièce vide à l’approche de pas, désireuse de poursuivre plus avant sa visite minutieuse.
Elle finit par aboutir dans un couloir qui s’achevait sur une immense porte à double battant en bois sombre sur laquelle deux serpents étaient gravés.
Emma trouva la chose singulière mais elle avait toujours éprouvé pour ces animaux une attirance prononcée qui faisait souvent grimacer d’horreur ses amis.

Elle passa de longues minutes à caresser le travail ouvragé, admirative tant du talent du sculpteur que de la beauté de ces serpents.
Il lui fallut ensuite retrouver son chemin dans ce dédale de couloirs, ce qui ne fut pas une mince affaire. Elle parvint cependant à retrouver les cuisines où elle déjeuna rapidement avant de rejoindre sa chambre, pressée de poursuivre ses lectures.
Emma sourit en songeant que tant que les désirs du maître s’accorderaient aussi bien aux siens, le séjour serait agréable…

Les journées qui suivirent s’écoulèrent de façon semblable. Emma apprit à connaître les us et coutumes des sorciers et les habitants du manoir, qu’ils soient de passage ou non.
Le sorcier blond à l’allure princière, Lucius Malefoy, avait fait preuve d’une rare sympathie en lui offrant un livre épais qui détaillait par le menu l’ascension de Lord Voldemort au sommet de sa puissance.
La jeune femme mimait la naïveté mais avait conscience du but recherché dans ce geste : elle avait pu grâce à lui enrichir son vocabulaire ainsi qu’apprendre et comprendre ce que représentait un moldu aux yeux des sorciers tels que Voldemort…

Cependant, rien de tout cela n’entama sa détermination à ne pas trembler de terreur à chaque levé de soleil : depuis sa plus tendre enfance elle avait vécu sous la garde de personnes qui s’évertuaient à lui enseigner que sa vie ne valait pas tripette et qu’on pouvait sur l’heure y mettre fin.
Voldemort ou Ursule, le nom importait peu. D’autant plus que le sorcier à la triste réputation était discret. Voire même inexistant.

Emma avait pris l’habitude de se rendre régulièrement jusqu’à la porte grandiose où elle s’asseyait souvent, un carnet de croquis à la main, pour dessiner les détails des sculptures.
Elle collait parfois son oreille à la porte mais n’osait cependant pas tenter de l’ouvrir. Il ne fallait pas être sorcier pour deviner que derrière cette porte se trouvait quelque chose que le maître des lieux n’aurait pas aimé que l’on approche.
Et pour cause… Emma imaginait des tas de grimoires de magie, des instruments merveilleux, des trésors ensorcelés. A défaut de tout ceci se trouvaient les appartements de Voldemort, qui commençait à sentir son humeur virer au rouge sang au fur et à mesure que cette Moldue prenait goût à camper devant sa porte.

Lorsqu’au beau milieu d’une matinée de septembre, revenant vers ses appartements, il la trouva assise en tailleur le nez collé à son carnet, il sentit une rage intense l’envahir. Sortant sa baguette avec la ferme intention de passer sur elle la mauvaise humeur qui ne le quittait pas, il stoppa brusquement son élan en la voyant se lever et s’approcher du bois.
Il l’observa alors caresser avec fascination les symboles gravés dans la porte et la fureur laissa peu à peu place à la surprise, puis la curiosité.

Il chaussa ses lunettes qui masquaient ses pupilles extraordinaires avant d’approcher. Il ne tenait pas particulièrement à subir les cris hystériques de ces moldus qu’un rien affolait…
- que vous voila loin de vos cuisines, Miss Darovit. Dolly.
Emma sursauta et nota l’insistance avec laquelle le sorcier prononçait ce prénom qu’elle n’appréciait guère, en connaissance de cause.
La jeune femme avait conscience de ne pas remplir son «contrat» mais elle n’avait jamais pu se soumettre à une autorité écrasante. Elle nota également le ton froid et hargneux de Voldemort et toutes ses lectures lui revinrent en mémoire.

Tournée vers le sorcier, elle n’ébaucha pas un pas ni un geste. Celui-ci avança vers elle et Emma se demanda si finalement il n’était pas plus serpent encore que les animaux de bois qui s’étalaient derrière elle.
- je suppose, reprit Voldemort lorsqu’il fut près d’elle, que votre passion pour ces charmants animaux vous pousse ainsi à enfreindre mes ordres. C’est imprudent. Vraiment imprudent.
«Le gourou dans toute sa splendeur» songea Emma. Et d’où diable venait cette force qui émanait de lui et qui la clouait au sol ?

- j’ai beaucoup ri à la lecture de certaines pages de ton épais dossier. Tu avais coutume de déposer des vipères dans le lit de ta mère pour te venger des quelques privations qu’elle t’imposait pour ton plus grand bien ?
Emma nota le passage au tutoiement, le ton toujours aussi glacé et la chaleur qui envahissait son corps, menaçant de consumer le peu de courage qui lui restait.
- ce n’était que d’inoffensives couleuvres. Murmura-t-elle. Mais cette folle aurait été incapable de distinguer un aspic d’un anaconda…

Fort heureusement pour lui, Malefoy se trouvait loin de son maître : après une seconde de silence parfait, le Lord noir partit d’un rire bref mais franc. L’une de ses rares manifestations d’humeur autre que la colère ou le mépris. Si Lucius avait été témoin de ceci, il ne s’en serait à coup sûr jamais relevé…
- couleuvre ou vipère, elle n’avait pas l’air d’apprécier. Reprit Voldemort. Et qui apprécierait de se retrouver avec un serpent dans son lit, à la vérité ?
Emma haussa les épaules sans répondre, la mine boudeuse. Encore un qui devait attribuer aux serpents tout un tas de croyances stupides…

Pourtant, Emma se rappelait avoir lu quelque chose au sujet de Voldemort et de celui dont il avait hérité le sang. Quelque chose qui avait une relation avec les serpents. Elle se promit de consulter l’ouvrage donné par Malefoy dans la journée même, pour peu qu’on lui en laisse l’occasion…
Le changement de ton de Voldemort lui laissait espérer que tel serait le cas, mais il lui fallait à présent trouver un moyen de filer de cette impasse au plus vite.
Lorsqu’elle leva les yeux vers le sorcier, Emma oublia peu à peu son bon sens et sa raison. Tandis que Voldemort s’interrogeait sur l’étrange impression que provoquait chez lui l’aplomb de cette femme, Emma sentit poindre à nouveau en elle le désire de voir ce qui se trouvait derrière les verres opaques.

Voldemort ne savait s’il devait s’irriter ou apprécier son attitude : elle était l’une des rares personnes à le regarder vraiment, et la seule à ne pas frémir en toute occasion. Même Lucius se méfiait de lui en permanence et seul son orgueil lui permettait de rester digne.
Emma cependant, loin de ce monde sorcier, n’avait pas été «corrompue» par la terreur qu’inspirait son nom même, et ne restait sur ses gardes que lorsqu’elle percevait à juste titre un danger.

Et pour l’heure, la perspicace jeune femme n’en percevait plus aucun.
Voldemort se trouvait face à elle comme face à un sortilège complexe qu’il voulait analyser, comprendre, détailler et contrôler. Seulement, il percevait que ce désir était réciproque et que la jeune femme était tout aussi curieuse de le connaître lui qu’il l’était de la connaître elle, et cela lui déplaisait fort.
Il l’observait de façon si intense, plongé dans ses réflexions, qu’il s’était encore approché d’elle, si bien que la jeune femme n’eut qu’à plier les bras pour que ses mains puissent saisir les branches de ses lunettes en frôlant ses tempes.

Ce bref contact le ramena aussitôt à la raison et contrairement à ce qu’il aurait cru lui-même, Voldemort ne se laissa pas emporter par une colère dévastatrice.
- ce n’est pas une bonne idée. Se contenta-t-il de murmurer pour Emma qui suspendit son geste.
Le silence brisé ramena la jeune femme à la raison et après avoir bredouillé quelques vagues raisons de s’éclipser, elle se réfugia dans la cuisine protectrice.
Elle mit de longues minutes à calmer les battements affolés de son cœur, incapable de comprendre comment elle avait pu oser même ne serait-ce qu’envisager un tel geste de « familiarité ».
Elle décida de relire au plus vite l’ouvrage traitant de Voldemort : une bonne dose de terreur ne lui ferait sûrement pas de mal et l’encouragerait utilement à la prudence.
Serpents attirants by Morgane
Elle décida de relire au plus vite l’ouvrage traitant de Voldemort : une bonne dose de terreur ne lui ferait sûrement pas de mal et l’encouragerait utilement à la prudence.

Ce qu’elle fit dès le soir venu… Elle relut avec attention certains passages parfois annotés de commentaires par des sorciers inconnus.
Voldemort avait tué son père pour une raison qui n’était pas indiquée, cependant, et si l’on en croyait l’ouvrage, ce meurtre avait donné suite à bien d’autres.
Emma chercha en parcourant rapidement l’ouvrage une quelconque allusion aux serpents et ne fut pas longue à trouver son bonheur.

Voldemort, héritier de Salazar Serpentard, un sorcier dont la puissance était légendaire, parlait fourchlang, un langage qui lui permettait de se faire comprendre, et donc obéir, par les serpents.
- horreur, murmura Emma en refermant le livre d’un geste sec. Je lis ça pour me raisonner et me persuader de l’utilité de fuir cet homme et au lieu de ça j’apprends des choses qui me rendent encore plus curieuse.

Emma se demandait comment elle avait pu oublier un tel « détail » mais l’épaisseur du livre lui donnait tout de même bonne conscience. Elle ne pouvait exiger d’elle-même de pouvoir se rappeler chaque ligne de sa lecture.
Elle laissa filer quelques jours avant de retenter une excursion vers la porte majestueuse. Elle se demandait encore ce qui pouvait se cacher derrière ces sculptures mais avait conscience qu’une extrême prudence s’imposait.

Lord Voldemort, assis dans ses appartements, sentit immédiatement la présence de la jeune femme. Il lança rapidement sur la porte un sort qui la transforma en un miroir sans teint, de sorte qu’il pouvait observer sans être vu.
Emma marqua une pause en voyant la porte s’illuminer soudainement puis, après quelques secondes d’observation, constata que rien n’avait changé et approcha.

Elle resta ainsi plus d’une heure à compléter ses quelques croquis. Souvent, Voldemort se levait brusquement de son fauteuil en s’emparant de sa baguette avec la ferme intention d’en finir avec toute cette mascarade mais se reprenait aussitôt, furieux tant de l’attitude de la jeune femme que de la sienne.
Il aurait été judicieux de la tuer sur le champ. Jamais il n’avait consenti à laisser vivre quelqu’un qui l’importunait, de quelque manière que ce soit. Mais aujourd’hui, son hésitation le mettait hors de lui.

Il avait lu les études de cette généticienne en herbe et avait été surpris de constater quelle utilité elle prévoyait pour des plantes aussi simples que la mandragore.
Cette jeune femme, libérée de toute connaissance magique, avait pu voir ce que bien des sorciers avaient ignoré. Une mandragore était une plante tellement connue et banale que personne ne s’interrogeait plus sur ses pouvoirs.

Mais Emma découvrait tout ceci peu à peu sans être aveuglée par des connaissances préconçues et parfois handicapantes.
Cette moldue pourrait lui être utile, il n’en doutait pas et répugnait donc à se débarrasser d’elle pour l’instant. Cependant, il la jugeait trop curieuse, trop « rebelle ». Les autres moldus n’avaient posé aucun problème, comme prévu par Nott, mais cette fille n’hésitait pas à braver les interdits.. juste pour venir dessiner des serpents ! Si encore il s’était agi de tenter de s’évader, le jeu en aurait valu la chandelle.

Lord Voldemort n’appréciait guère que l’on ait l’outrecuidance de risquer son courroux pour quelques dessins griffonnés, même s’il s’agissait de serpents…
Il soupira de contentement en la voyant s’éloigner enfin, finalement satisfait d’avoir pu retenir son geste et donné à la jeune fille une soirée supplémentaire pour étudier et faire avancer son propre projet.

Cependant, Emma, rassurée par son expérience positive de la veille, revint le lendemain, et les jours suivants…
Voldemort constata avec effroi qu’il surveillait l’arrivée de la jeune femme, sentant la colère monter en lui plusieurs heures avant le moment habituel de son arrivée. Bientôt, il ne pourrait plus se contrôler et tuerait cette fille, mettant ainsi à mal l’avancée des recherches.

Deux semaines s’écoulèrent sans qu’il ne parvint à se décider mais, ulcéré de constater qu’il en venait à songer à cette pimbêche même la nuit, il entreprit de trouver une façon de lui donner une leçon cuisante.
- ah tu aimes les serpents…siffla-t-il pour lui-même. et bien prépare tes feuilles, Dolly. Tu vas avoir de quoi dessiner…

Le lendemain, il attendit l’arrivée de la jeune femme en souriant froidement, pressé de mettre ses plans à exécution.
Dès qu’il la vit au bout du couloir, il ouvrit donc la porte et Emma se figea. Inutile de vouloir fuir, bien entendu, mais la jeune femme hésitait tout de même à rebrousser chemin.
- entre. Ordonna Voldemort.
Emma s’exécuta prudemment, tiraillée entre le désir de ralentir sa marche afin de rester sur ses gardes et celui de courir pour voir ce qui se trouvait derrière cette porte, enfin.

Elle entra donc et s’arrêta à quelques pas de la porte. A sa gauche, elle distinguait une vaste cheminée comparable à celle qui trônait dans sa chambre.
La pièce était bien plus vaste, cependant. Deux fenêtres aux volets entre ouverts creusaient le pan droit du mur, laissant entre elles un vaste espace de pierre dont seul le portrait d’une vieille femme venait briser la monotonie.

Face à elle, trois portes closes laissaient présager que d’autres pièces se trouvaient au-delà du mur. Son regard se posa finalement sur un canapé au haut dossier qui masquait sa vue. En face de ce canapé un autre fauteuil offrait à la cheminée un cadre confortable. Emma constata que le sol était recouvert de larges pierres, recouvertes elles-mêmes au centre de la pièce par un tapis qui devait s’étaler jusqu’à l’âtre de la cheminée, mais qu’elle ne pouvait voir à cause du canapé.

Voldemort avait fait quelques pas dans la salle et s’était tourné vers elle après s’être placé à côté du fauteuil. Son sourire carnassier ne disait rien qui vaille à la jeune fille et le claquement de la porte, dans son dos, lui fit resserrer son carnet de croquis contre sa poitrine dans un geste que nombreux de ses amis qui avaient étudié la psychologie auraient analysé comme une attitude de défense, songea-t-elle.

- approche. Murmura Voldemort en appuyant son ordre d’un geste de la main.
La jeune femme prit une grande inspiration et obtempéra, sans quitter son ravisseur des yeux.
Elle contourna le canapé et sentit à sa gauche, en direction de l’âtre, un faible mouvement. Inutile d’espérer voir surgir le père noël, songea-t-elle en hésitant à détourner le regard de Voldemort.
Mais le regard avide de celui-ci lui fit aussitôt comprendre que c’était justement là ce qu’il attendait. Il y avait quelque chose, à sa gauche, qu’il voulait lui montrer et Emma aurait parié tous ses précieux livres qu’il ne le faisait nullement pour la contenter…

Comme une enfant qui regarde un film d’horreur entre ses doigts écartés sans la permission de ses parents, Emma tourna lentement la tête, inquiète de ce qu’elle allait pouvoir trouver.
Elle laissa échapper son carnet et plaqua une main sur sa bouche : à ses pieds se trouvait un serpent immense. Mais était-ce réellement un serpent ?
Emma compta rapidement que son corps devait dépasser les trois mètres. D’une couleur blanche laiteuse, il était enroulé sur lui-même et Emma suivit des yeux le chemin jusqu’à deviner sa tête triangulaire posée sur ses anneaux.

Soudain, l’animal sentit qu’on l’observait et se redressa. Les yeux d’Emma s’agrandirent de surprise tandis que l’animal dardait sur elle un regard rouge braise que seule une pupille noire fendait.
Voldemort sourit de ravissement, pressé d’entendre la jeune femme hurler de terreur comme le faisaient tous les moldus et bon nombre de sorciers. Si elle aimait les serpents, elle en avait là un beau spécimen ! Mais il lui paraissait évident qu’Emma ne parlait pas en connaissance de cause.

Jouer avec quelques couleuvres n’était rien comparé au spectacle qu’offrait Nagini. Tout en lui respirait le danger de la chasse. Un seul de ses regards vous faisait sentir proie, inexorablement.
Nagini se déroula jusqu’à se mettre à la hauteur de la jeune femme qui lui faisait face. Sa tête au niveau de celle d’Emma, qui commençait à murmurer des « oh Mon dieu » angoissés qui mettaient Voldemort au comble du bonheur, il tenta d’analyser la situation en dardant une longue langue fourchue.

Il tourna lentement la tête vers son maître qui, en levant la main, lui enjoignit de rester immobile. Emme fixait toujours le serpent et ne vit pas ce geste. Elle sentit cependant Voldemort se déplacer et approcher d’elle. Le Lord Noir commençait à craindre que la jeune femme soit trop tétanisée pour lui offrir le spectacle qu’il attendait : la voir hurler d’horreur.
- et bien ? fit-il. Tu aimes les serpents, je crois. En voila un beau à dessiner…
Emma tourna un regard furtif vers lui en ôtant finalement sa main de devant sa bouche et observa encore Nagini.

- il est magnifique. Souffla-t-elle.
Derrière elle, Voldemort marqua un temps d’arrêt. Magnifique ? Nagini ?? Terrible, effrayant, envoûtant si on veut… mais pas magnifique !
- Il pourrait de tuer en une fraction de seconde ! siffla Voldemort d’une voix où pointait la déception, ce que nota Emma.
- il y a dans certains déserts, répondit-elle, des serpents pas plus gros qu’un stylo qui le pourraient aussi. Je peux le toucher ?

Sa question, à brûle pourpoint, sidéra Voldemort qui ne savait pas, une fois de plus, s’il devait rire ou hurler de la situation.
Comme il ne répondait pas, Emma se tourna vers lui et retint un rire en le voyant la mine si déçue.
- il était plutôt censé te faire peur ! persifla-t-il, encore plus agacé de s’entendre «avouer» son erreur.
Emma se mit alors à rire, surprenant Nagini qui déroula encore son long corps vers elle.
- il aurait donc fallu me montrer une araignée, ou une sauterelle. Indiqua-t-elle avant de se tourner à nouveau vers l’âtre. J’ai horreur des insectes.

Emma tendit alors prudemment les deux mains vers l’animal et, immobile, attendit que celui-ci vienne de lui-même chercher le contact. Devant le silence de son maître, le serpent approcha et les mains d’Emma purent caresser ce qui lui tenait lieu de cou.
Passant ses mains sous sa gueule, Emma glissa donc ses doigts sur le « ventre » de l’animal, observant ses yeux aux couleurs envoûtantes dans le même temps.
- il est magnifique. Répéta-t-elle au grand mécontentement de Voldemort. J’adore ses yeux !

Le sorcier se crispa un peu plus derrière elle et s’apprêtait à lui ordonner de sortir lorsqu’elle se tourna vivement vers lui.
- mais au fait !! Vous parlez la langue des serpents !! je l’ai lu
- fourchelang, reconnut Voldmeort qui sentait le danger venir et dardait autour de lui un œil anxieux, vérifiant que nul témoin ne pouvait le surprendre en pareille situation de disgrâce.
- vous pourriez lui dire ? qu’il est magnifique ! de ma part. S’il vous plait !
Le sourire enthousiaste de la jeune femme le sidéra.

Lui ! Lord Voldemort ! Le plus puissant et le plus craint des sorciers au monde ! Dire à un serpent qu’il est « magnifique » à la demande d’une moldue ?! Il y avait de quoi faire rire dans les chaumières et à coup sûr, si Potter avait appris ça, il en serait mort étouffé; au moins un point positif, songea-t-il en tentant de réfréner la fureur qui naissait en lui.
- Tu n’as pas idée, fit il d’une voix haineuse, de la personne à qui tu t’adresses. Comment oses-tu seulement même me…

Trois coups secs furent portés à la porte, interrompant Voldemort qui ne vit pas Emma se tétaniser d’effroi au son de sa voix glacée.
- entrez ! ordonna-t-il d’un ton hargneux.
Lucius Malefoy fit son apparition et s’inclina légèrement avant de s’immobiliser à la vue d’Emma.
- Vous voudrez bien, fit Voldemort à son intention, donner à cette fille les documents concernant Nagini et son venin. Ça pourrait être utile.
- sans faute maître. Acquiesça Malefoy. Vous lui avez donc donné l’occasion d’en voir un spécimen, pour ses recherches ?
- comme vous voyez, oui. Mais à présent, fit Voldemort en se tournant vers Emma et en lui montrant la porte, elle a vu...

La jeune femme, après avoir ramassé son carnet de croquis d’une main fébrile, s’éclipsa sans mot dire et surtout sans un regard pour Voldemort dont elle ne pouvait de toute façon pas voir les yeux, cachés derrière ses verres sombres.
Lucius fut enchanté de sentir la terreur émaner de la jeune femme lorsqu’elle passa à pas pressés à côté de lui. Quoi que son maître ait pu dire ou faire, cette moldue en était bouleversée et apeurée.

Quelques heures plus tard, seul face à Nagini, Voldemort repassait les événements de la journée et ne pouvait se détacher du souvenir du sourire ébahi et du regard admiratif d’Emma.
- ça t’a plus hein, qu’elle te regarde avec cet air d’adoration ? railla-t-il à l’intention du serpent qui ne comprit pas ces mots prononcés dans un langage humain. Elle a dit, reprit-il en fourchelang tandis que Nagini se redressait, attentif, que tu étais magnifique…
Souvenirs mêlés by Morgane
- ça t’a plus hein, qu’elle te regarde avec cet air d’adoration ? railla-t-il à l’intention du serpent qui ne comprit pas ces mots prononcés dans un langage humain. Elle a dit, reprit-il en fourchelang tandis que Nagini se redressait, attentif, que tu étais magnifique…

- et oui… magnifique, souffla-t-il en se levant après avoir flatté une dernière fois Nagini du bout des doigts.
Le sorcier emprunta la porte qui, au milieu des deux autres, donnait sur une salle de bain spacieuse et richement parée.
Ça et là dans les murs de pierres, d’authentiques émeraudes brillaient d’un éclat envoûtant, irradiant leur couleur pâle alentour.
Voldemort se délassa longuement en laissant couler sur lui une eau brûlante qui ne parvint pas totalement à emporter ces pensées obsessionnelles.

Il enroula une serviette d’un vert sombre autour de sa taille, souriant intérieurement en constatant que le moldu chargé de l’entretien de son appartement avait enfin saisi son goût pour les couleurs accordées.
Finalement, cet incapable avait réussi, après maintes erreurs, à ne pas confondre de linge et à ne pas lui donner à voir autre chose que du vert.
Et puis, en toute logique, que donc viendrait faire une serviette rose bonbon au milieu d’une pièce d’eau verte ? Et enfin surtout, il n’aimait pas le rose bonbon…

Les bons soins de Lucius n’étaient sans nul doute pas étrangers à ce revirement de situation : le moldu avait dû recevoir quelques recommandations «appuyées».
D’un geste, le sorcier essuya la buée qui recouvrait le miroir, observant son reflet d’un œil attentif. Chaque jour, il s’émerveillait presque de se voir face à lui-même, après toutes ses années passées à l’état d’esprit.
- magnifique… répéta-t-il en approchant du miroir pour y observer ses yeux de braise. Tu crois qu’elle adorerait toujours ces yeux si elle les voyait sur un visage humain ? s’interrogea-t-il à voix haute.

Ses paroles résonnèrent sur les parois humides de la pièce et le sorcier se sécha rapidement avant de rejoindre sa chambre attenante.
- la schizophrénie me guette. Soupira-t-il. Me voila en train de parler à mon reflet dans un miroir…
Au pied de son lit, Nagini achevait de se lover confortablement après avoir profité de ce que son maître entrait dans sa chambre pour s’y glisser.
Voldemort darda sur l’animal un regard agacé et après avoir éteint les torches d’un geste de la main se laissa tomber sur ses oreillers en grommelant.
- magnifique... tu parles !

Dans une autre chambre, Emma était recroquevillée sur son lit. Assise les jambes repliées contre sa poitrine, elle avait passé ses bras autour de ses chevilles et calé son menton sur ses genoux. A ses pieds, un livre ouvert prenait une large place sur le lit.
Les yeux de la jeune femme fixaient les pages sans les voir. La voix glacée du maître des lieux résonnait encore à ses oreilles, lui tirant des frissons d’effroi.
- il est moitié schizophrène, ce type. Murmura-t-elle dans le vide avant de se reprendre, apeurée par l’idée qu’elle puisse être observée et écoutée.

Emma avait bien saisi, dès le départ, que les intentions du sorcier à son égard n’étaient pas bienveillantes, mais elle avait du mal à comprendre pourquoi il la poursuivait ainsi de sa haine. Elle n’avait tout de même pas demandé la lune, ni fait montre d’insolence…
La jeune femme mourait d’envie de harceler son sombre hôte de questions mais désespérait de devoir reconnaître qu’elle n’était pas à la veille de pouvoir se le permettre.
Surtout, elle avait ressenti la puissance féroce qui gravitait autour de Voldemort. Une puissance qui pourrait la submerger en quelques secondes. Le livre prêté par Lucius ne mentait pas : cet homme là serait capable de la tuer d’une minute à l’autre et sans aucune raison. Juste si l’envie lui passait par la tête.

Emma referma le livre sur lequel elle ne parvenait pas à se concentrer et moucha la chandelle sur sa table de nuit en se jurant intérieurement de ne plus prendre de risques inutiles.
Léchant ses doigts agressés par la flamme, elle se coucha en frissonnant après avoir lancé vers la cheminée vide un regard plein d’espoir.
- masure arriérée ! même pas l’électricité pour se chauffer ou s’éclairer. Grommela-t-elle en s’enfonçant sous ses draps.

Le lendemain, Emma constata que David, le jeune homme qui ne mouchait plus, pouvait être assez agréable à côtoyer. Non pas que sa conversation soit très instructive, mais jusque là Emma n’avait pas vraiment pris le temps de le connaître.
Le garçon s’avérait joyeux et volontiers bavard et les échanges manquaient cruellement à la jeune femme.
Emma rit en le voyant entreprendre de façon très maladroite le nettoyage d’une surface particulièrement large et lui montra une technique plus rapide, et moins éprouvante.

David confessa que depuis son arrivée, l’entretient de ce sol était pour lui une véritable corvée. A la lumière de ce nouvel apprentissage, il ne tremblerait plus chaque matin à l’idée de devoir encore et toujours lustrer cette surface, plaisanta-t-il.
Dès qu’elle eut prit son repas, Emma se réfugia dans sa chambre en courant presque, étonnée elle-même par la peur qui la faisait se hâter.

Voldemort, enfoncé dans son fauteuil, fixait la porte en détournant parfois son regard vers la haute pendule qui s’élançait dans un coin de son salon.
- ton admiratrice a dû être trop occupée pour venir te voir aujourd’hui, fit-il finalement pour Nagini.
Le sorcier constata que les jours suivants furent tout aussi chargés pour la jeune femme… et cette sensation d’attente commença rapidement à lui déplaire.

Un matin, David vint à Emma le teint pâle et un sourire crispé aux lèvres.
- le maître demande à ce que ce soit toi, à l’avenir, qui te charge de l’entretien de ses appartements.
L’estomac d’Emma se contracta aussitôt douloureusement.
- pourquoi ? questionna-t-elle
- aucune idée mais Hans, celui qui le faisait avant, était vraiment soulagé. Il te conseille de penser à ne mettre que des serviettes vertes. Il m’a dit que le maître estimait qu’étant donné que tu n’avais pas peur de son serpent, tu étais la mieux placée pour ce travail. Hans hurlait tout le temps lorsqu’il l’apercevait. Ça déstabilisait la bestiole, il a dit.

Emma entendait le babillage de David loin au-delà du bourdonnement de ses oreilles.
- c’est vrai ce que dit Hans ? questionna David
- à quel sujet ? fit Emma sans le regarder, les yeux fixés sur un point inexistant.
- du serpent. Il a un serpent gigantesque ?
- oui. Répondit Emma en s’éloignant.
- il faut que tu commences dès aujourd’hui !! entendit-elle David crier dans sa direction.
Emma se réfugia dans sa chambre et y fit les cent pas durant de longues minutes. Finalement, elle reprit le chemin vers la porte aux serpents le cœur battant la chamade et les jambes tremblantes.

Arrivée à bon port, elle constata que la pièce était ouverte et y trouva le dénommé Hans qui se précipita vers elle, lui jetant presque dans les bras le nécessaire à ménage avant de s’éclipser après lui avoir soufflé les ordres et recommandations indispensables du bout des lèvres.
Emma fit le tour de la pièce du regard et soupira d’aise en la voyant vide.
Elle exécuta rapidement la tâche qui lui était imposée et se sentit soulagée de pouvoir rebrousser chemin sans avoir rencontré quiconque.
Lorsqu’elle posa la main sur la lourde porte cependant, celle-ci s’ouvrit d’elle même et Voldemort apparut face à la jeune femme.

Derrière lui se tenaient plusieurs moldus, dont David, les bras chargés de livres et de ce qu’elle reconnut comme étant sa valise.
La jeune femme se sentit défaillir à ce spectacle, comprenant d’avance ce qui l’attendait.
Derrière elle, la porte de droite menait sur une chambre aux tons verts, tout comme la salle de bain qu’on découvrait en ouvrant la porte du milieu.
A gauche, cependant, une autre chambre existait et Emma vit avec horreur que le sorcier s’y dirigeait, suivi de ses esclaves, sans un regard pour elle.

La jeune femme s’appuya sur le canapé pour ne pas s’effondrer en voyant Malefoy entrer à son tour, lèvres pincées et regard glacé.
Les moldus repassèrent ensuite à pas pressés devant elle et en refermant la large porte, David lui adressa un sourire d’excuse compatissant.
Emma se tourna finalement, convaincue qu’il ne servait à rien de tenter de se cacher derrière un meuble ou un fauteuil.

Lucius contenait son mécontentement à grand peine et Emma surprit Voldemort à sourire devant cette colère manifeste.
- j’ai besoin de repos. Fit soudainement Voldemort en passant la porte de sa chambre, laissant Emma seule avec le sorcier blond qui fondit sur elle.
- toi, siffla-t-il en enfonçant le pommeau de sa canne sur son épaule, il a été décidé qu’à partir d’aujourd’hui tu résiderais ici. Le Seigneur des Ténèbres tient à pouvoir surveiller de près l’avancement de tes recherches et t’épargner une perte de temps en vagabondage. Si jamais… poursuivit-t-il d’une voix tremblante de rage, tu ne te montres pas respectueuse ou si il te vient à l’idée d’importuner mon Maître, je m’occuperai personnellement de ton cas !

Emma ne sut ce qui, de la voix, du regard ou de l’attitude de l’homme face à elle irradiait le plus de haine. Elle le regarda disparaître dans un claquement de cape et, après avoir contourné le canapé, s’y effondra, le regard vide.
Au bout de quelques minutes, elle se leva à nouveau pour tenter d’ouvrir la porte qui resta irrémédiablement close. En désespoir de cause, elle se réfugia donc dans ce qui était à présent sa chambre, convaincue que tout ce stress était justement fort préjudiciable à ses études.

Son nouveau lieu de vie était moins vaste que le précédent, sans cheminée, mais avec une bibliothèque de bois brut qui s’étalait sur tout un pan du mur.
Les jours qui suivirent parurent à la jeune femme être une sorte de jeu de cache cache. Elle collait souvent son oreille à la porte de sa chambre, ne sortant que lorsqu’elle était certaine que Voldemort ne s’y trouvait pas.

Elle ignorait que le sorcier n’était pas dupe de cette manœuvre et que, loin de sortir du salon, il mimait son départ pour ensuite rester immobile et invisible à quelques pas d’elle, observant ses moindres faits et gestes.
Voldemort était véritablement désireux de prendre connaissance de la manière de procéder de la jeune femme. Il écoutait d’une oreille avide les théories et les doutes qu’elle formulait à haute voix, tournant en rond devant l’âtre.

Emma avait coutume de lire un ouvrage lovée dans le large fauteuil puis de le laisser ouvert au centre du tapis, tournant autour en récitant et en analysant ce qu’elle venait d’apprendre, se penchant parfois au-dessus du livre pour y vérifier une information.
Souvent, elle se précipitait vers sa chambre pour y prendre une feuille et y noter à la hâte l’une de ses hypothèses quant à l’utilisation de telle ou telle plante. Elle coinçait ensuite cette feuille dans le livre et reprenait sa marche, ânonnant comme une enfant qui récite sa leçon.

Parfois, Voldemort constatait qu’elle se trouvait bloquée dans ses recherches par manque d’informations et, tout aussi avide qu’elle de savoir, il devait faire de gros efforts pour ne pas se dévoiler et donner à Emma la connaissance qui lui faisait défaut, enrageant à l’idée que cet obstacle pouvait freiner l’avancer de ses précieuses études.

Il regardait la jeune femme revenir vers le salon après s’être une énième fois précipitée à la recherche de feuilles supplémentaires, l’écoutant râler contre l’absence de tableau dans cette «masure du diable» lorsque des coups frappés à la porte annoncèrent l’arrivée de Malefoy et le départ précipité d’Emma qui cala rapidement papiers et livres sous son bras avant de s’enfermer à double tour dans ses quartiers.

Voldemort écouta son serviteur lui donner les nouvelles qu’il attendait d’une oreille distraite : voir Lucius venait de faire germer en lui une idée qui lui semblait extraordinaire. Le mangemort, quelques années plus tôt, lui avait remis son précieux journal en lui exposant les circonstances qui avaient permis de l’amener à un état si pitoyable.
Il n’y avait plus aucune chance pour que ce carnet puisse à nouveau prendre vie par l’intermédiaire d’un être humain mais il n’en demeurait pas moins capable de communiquer avec l’extérieur.

Sitôt Malefoy parti, Voldemort se hâta de retrouver son journal, et au bout de quelques heures de réflexions et de recherches, parvint à compléter ses souvenirs d’adolescents de façon efficace.
Le journal de Tom Marvolo Riddle pourrait encore avoir une quelconque utilité : si Emma avait assez confiance en ce confident, elle pourrait lui faire part de son travail et lui poser quelques questions auxquelles il répondrait sans hésitation, permettant ainsi au projet d’avancer.

Voldemort, fébrile, se voyait déjà immortel à la fin de la semaine. Il entreprit cependant de fabriquer un autre carnet similaire à celui qu’il laisserait négligemment traîner dans le salon. Il garderait ainsi cet exemplaire où les écritures d’Emma lui seraient accessibles.
Voldemort garda donc en sa possession un fin journal où tout ce qu’Emma ou Tom écriraient demeurerait intact et où lui-même pourrait écrire, se supplantant à son souvenir sans que la jeune femme ne puisse faire la différence entre Jedusor et Voldemort… et pour cause.

L’après midi touchait à sa fin et Voldemort emprunta le salon vide pour sortir dans le château. D’un geste, il matérialisa sur le mur vide un large panneau qui prenait tout l’espace entre les deux fenêtres closes, et sur lequel des feuilles de papiers étaient ajustées.
Le tableau de la sorcière lévita pour se retrouver sur le mur opposé, au-dessus de la cheminée. La vieille sorcière qui l’occupait se crispa sur le cadre durant ce voyage forcé en jetant des regards courroucés autour d’elle.

Finalement, elle lissa les plis de sa robe en étudiant d’un œil critique son nouveau point de vue, ravie de constater qu’avec un peu de chance, elle pourrait bientôt admirer par les fenêtres la nature environnante.
- devrais-je encore supporter longtemps la présence de cette… créature ? questionna-t-elle d’un air dédaigneux.
Voldemort, qui n’avait pas pour habitude d’entendre la sorcière s’adresser à lui confirma dans un sourire froid, l’informant qu’il n’était pas utile de mimer l’immobilité, étant donné que la jeune femme connaissait l’existence du monde sorcier.

- sang mêlé et moldu… fit la Sorcière en passant une fois de plus une main nerveuse sur sa robe tout en jaugeant Voldemort, quel déshonneur…
- prends garde à toi mégère ! siffla Voldemort en sortant sa baguette, le visage transformé par la fureur. Je te tolère ici uniquement parce qu’en ton sang coule l’héritage des Serpentard, rien de plus.
- et il en va de même pour moi ! jeune impudent ! cracha la vieille femme en s’approchant, comme si elle avait désiré sortir de sa prison de toile pour venir enfoncer ses ongles dans les yeux du sorcier.

Elle darda sur Voldemort un regard méprisant tandis qu’il approchait en la foudroyant lui aussi de ses prunelles écarlates.
- enflamme moi si ça te tente, railla-t-elle, il n’en reste pas moins que ton sang souillé déshonore la noble famille Serpentard…
Achevant sa phrase, la vieille femme disparut pour se réfugier dans un autre tableau et laissa le cadre vide.

Voldemort baissa sa baguette, empli de fureur, et après avoir posé son précieux carnet sur le canapé, ouvert et en évidence, il rejoignit ses mangemort pour une réunion qui ne lui apporta que colère et déception supplémentaire.
Encore et toujours, Potter lui échappait et Dumbledore survivait…
un ami de papier by Morgane
Voldemort baissa sa baguette, emplit de fureur, et après avoir posé son précieux carnet sur le canapé, ouvert et en évidence, il rejoignit ses mangemort pour une réunion qui ne lui apporta que colère et déception supplémentaire.
Encore et toujours, Potter lui échappait et Dumbledore survivait…

Chaque matin, Emma trouvait ce carnet ouvert sur le fauteuil qu’elle avait l’habitude d’utiliser ou sur le tapis. Les premières fois, elle s’en empara en le refermant sans même y jeter un œil puis, intriguée de toujours le trouver à l’abandon, finit par l’étudier plus attentivement.
Sur la couverture de cuir, un nom s’étalait, dont la sonorité lui était totalement étrangère. «Tom Marvolo Riddle». Après avoir une énième fois reposé ce journal sur un guéridon à côté de la cheminée, elle entreprit de faire quelques recherches sur cet inconnu qui resta malgré toutes ses lectures une énigme.

- Riddle le bien nommé, murmurait-elle en rangeant ce journal pour ce qui lui semblait être la douzième fois.
Emma avait la conviction que son hôte plaçait volontairement ce journal sur sa route mais, anxieuse à l’idée qu’il puisse chercher un prétexte quelconque pour lui lancer quelques sorts dont il avait le secret, elle se gardait bien de se l’approprier.
Lorsqu’elle entrait dans le salon, chaque matin, son premier réflexe constituait à chercher ce journal des yeux, si bien qu’il lui arriva de manquer de prudence et de ne pas coller son oreille à la porte, à l’affût des bruits.

Ouvrant le panneau de bois d’un geste sûr, Emma se trouva donc un beau matin au milieu du salon, transie d’horreur au spectacle qui s’offrait à elle : le maître occupait son canapé, un grimoire épais entre les mains et Nagini lové à ses pieds.
Un sourire froid et calculateur naquit sur le visage du sorcier et Emma se mordit la langue devant tant de sottise : ce manipulateur savait qu’un jour ou l’autre elle commettrait un tel impair et se délectait à la voir ainsi hésiter entre la fuite et l’ignorance.

- Miss Darovit. Murmura-t-il en se levant. Dolly.
La jeune femme réfréna une grimace et se raidit en voyant l’homme approcher.
- j’ai fait installer ceci pour toi, fit-il en montrant le panneau qui s’étalait sur le large mur, et tu ne l’utilises pas…
- je ne savais pas, souffla Emma en jetant un bref regard aux immenses feuilles blanches, que c’était pour moi…
- tu imaginais que c’était un nouvel élément de décoration… sans doutes… quant à ceci, ajouta-t-il en secouant lentement sous son nez le journal de Riddle, j’ai tout fait pour que tu le prennes.

Emma redressa la tête, fixant son vis-à-vis sans pouvoir encore vraiment le regarder dans les yeux. A défaut pouvait-elle tenter de deviner son humeur par l’expression de son visage.
- mais tu ne l’as pas pris… poursuivit-il. Pourquoi ?
Emma voulut se retenir et trouver une réponse plus respectueuse, mais rien n’y fit.
- Justement parce que je savais bien que c’était ce que vous vouliez… trancha-t-elle. Mais ça m’avait tout l’air d’un piège.
- un piège ? fit Voldemort. Mais ce n’est qu’un petit carnet.
- j’en ai déjà un, merci. Murmura Emma qui éprouvait de plus en plus de méfiance à l’égard de ce simple journal
- un comme ça ça m’étonnerait !

Voldemort tendit le carnet à Emma qui resta immobile, se demandant si elle oserait braver longtemps le sorcier qui la fixait.
- prends le, ordonna-t-il, et sers-t-en, il pourra t’être utile.
Sceptique, Emma tendit la main et prit avec réticence ce qu’on lui offrait. Voldemort retourna s’installer sur le canapé et la jeune femme resta indécise au milieu du salon.
Il releva finalement les yeux de ses pages et s’adressa à elle avec un sourire amusé.
- je vais rester ici toute la journée, il va falloir t’y faire. Et te mettre au travail.

Emma entreprit de rebrousser chemin : sa chambre lui permettrait de travailler à l’aise, même si elle n’offrait pas un large espace.
- dans le salon !! fit Voldemort d’une voix claire en reprenant sa lecture. Tu travailles dans le salon. Il accompagna ces dernières paroles d’un geste vers l’immense tableau de feuilles vierges.
Emma soupira intérieurement et se résolut donc à partager la pièce avec le sorcier dont elle évitait soigneusement de croiser le regard. Si elle ne pouvait voir ses yeux, lui le pouvait, et la jeune femme devinait sans peine qu’il était en mesure de lire son désarroi et sa peur dans ses prunelles, et cela lui était désagréable.

Le soir, enfin seule, Emma entreprit de noter rapidement sur le carnet de Riddle les aboutissements fondamentaux de sa journée, décidée à s’en servir comme d’un journal de bord, puisqu’on lui avait «suggéré» de l’utiliser.
Cependant, à peine eut-elle levé le stylo au-dessus de la première page ivoire qu’un mot s’y inscrivit.
- bonjour
Emma lâcha le carnet de surprise et se frotta les yeux un instant avant de constater avec effroi que d’autres mots s’inscrivaient.

- je m’appelle Tom.
Emma se leva précipitamment, referma le carnet, et courut presque jusqu’au salon. Voldemort s’y trouvait toujours, manifestement ravi de la voir en si grand désarroi.
- le journal... fit-elle, essoufflée par l’étonnement, toute crainte effacée par la curiosité qui l’envahissait.
- et bien ?
- il parle ! … enfin... il écrit… reprit-elle en un souffle.
Le sorcier eut un rire bref et posa son livre.
- oui, en effet. Il écrit… et il répondra même à tes questions, si tu lui en poses.

Pour sûr ! Emma avait des tas de questions à poser ! Mais pas à ce carnet…
- mais c’est qui ?
- demande le lui.
- j’ai pour habitude de parler aux gens, ou aux animaux, à la rigueur… pas aux objets.
Voldemort jaugea la jeune femme, hésitant une fois de plus entre s’énerver et s’amuser de son entêtement.
- C’est quelqu’un que j’ai connu, par le passé.
- un sorcier ?
- oui
- et il est où à présent ?

Voldemort se figea un instant
- il est mort, il y a bien longtemps. Mais je le considère comme un sorcier assez doué pour pouvoir te seconder dans tes recherches…
Emma retourna le carnet plusieurs fois dans ses mains.
Lorsqu’elle releva la tête, elle vit le sorcier sourire. D’un sourire amusé et non plus mauvais qui lui allait plutôt bien, dut-elle reconnaître.
- je peux dire quelque chose, sans que vous vous mettiez en colère ? osa-t-elle, encouragée par une telle attitude.
- pourquoi pas ! fit Voldemort en riant encore brièvement. Mais il ne faudra pas le prendre pour habitude.
- fort bien… fit Emma en se dirigeant vers sa chambre.

La jeune femme enserra la poignée d’une main ferme et, juste avant de clore la porte derrière elle, fixa son ravisseur
- je ne vous fais pas confiance !
Voldemort retint son rire à grand peine, une fois de plus stupéfié par son audace.
- mais j’espère bien, finit-il par murmurer. J’espère bien… sinon ce ne serait pas drôle…

Emma ouvrit à nouveau le carnet, assise bien droite sur son lit et prête à toute éventualité.
- bonjour Tom, écrivit-elle. Je m’appelle Emma
- Lord Voldemort m’a parlé d’une Dolly… mais pas d’Emma.
- c’est moi, reprit Emma en grimaçant. Il me nomme Dolly parce qu’il sait que cela me déplait.
- ce n’est pas un gentleman. Répondit le journal
Emma mordilla son stylo avant de poursuivre.

- Vous le connaissez ?
- oui, mais tu peux me tutoyer. J’ai à peu près ton âge.
- LV dit que tu es mort
- LV ?
- Lord Voldemort. C’est pour faire court.
Emma eut l’impression de sentir le livret trembler entre ses mains. Etait-ce sa manière de rire ou de manifester sa colère ?
- ça lui plairait, je crois. Oui je suis mort. Disons que quand je suis mort, j’avais à peu près ton âge. Ça te va ?
- oui. C’était il y a longtemps ?
- très. Mais je n’aime pas aborder ce sujet.

- ok, écrivit Dolly à qui il semblait que ce jeu ressemblait étrangement à un « chat » sur le net. Tu connais donc Voldemort ?
- oui.
- parle moi de lui
- pourquoi ?
- Il veut que je t’utilise pour m’aider. Mais je ne demande jamais d’aide à quelqu’un que je ne connais pas…
- surtout si c’est l’un de ses amis ?
Emma ne répondit pas. Curieuse, mais pas stupide. Elle n’irait pas s’aventurer à porter de tels jugements sur ce journal, juste au cas où.

- ce n’est pas mon ami. Il m’a tué. C’est par lui que je suis enfermé dans ces pages.
Emma frémit en écrivant
- alors pourquoi tu m’aiderais ? tu devrais refuser, juste pour le déservir
- parce que malgré tout, je l’admire. Sa puissance n’a pas d’égale et peut-être qu’un jour, grâce à lui, je renaîtrai.
On peut toujours rêver, songea Emma.

- très bien. Pour l’instant, je n’ai pas grand-chose à te demander au sujet de mes recherches. Rien ne me vient à l’esprit. Mais demain peut-être…
Emma désirait malgré tout garder ce carnet ouvert et poursuivre cet échange. Seule dans ce manoir, la conversation lui manquait. Il lui suffirait juste d’être prudente.
Elle apprécia que Tom s’accommode de son désir de bavardages et s’endormit finalement tardivement, à la fois ravie et inquiète d’avoir l’impression de posséder un nouvel « ami ».

Le lendemain matin, Voldemort n’était pas installé dans son fauteuil, pour le plus grand soulagement d’Emma. Comble du bonheur, Nagini était quant à lui bien présent, s’étalant sur toute la longueur du tapis.
Il se coula rapidement vers elle et après un bref moment d’hésitation, la jeune femme le caressa avec avidité.
Elle ouvrit ensuite le journal qu’elle posa sur le guéridon après l’avoir transporté près du tableau de feuilles.
- Tom ! y écrivit-elle. Tu connais Nagini ?
- non, répondit le journal après quelques secondes

- C’est un serpent gigantesque. Il est magnifique ! Il a des yeux envoûtants.
- te voila bien enthousiaste.
Emma rit à cette remarque et entama de nouveaux ouvrages. Elle constata que l’aide de Tom lui était en effet très précieuse. Dès qu’elle avait une question à poser il pouvait y répondre sans tarder et la jeune femme apprécia de ne pas toujours devoir chercher confirmation à ses doutes dans des tas de livres.
A la fin de cette première journée de collaboration, Emma avait l’impression d’avoir été plus productive en quelques heures que durant les dernières semaines écoulées.

Ella avait rempli la feuille face à elle de nombreux commentaires, laissant ça et là des espaces vides pour y ajouter des notes, en court de travail.
Elle inscrivit donc la date dans un coin de cette première feuille et, puisque l’heure était venue de terminer, combla les espaces vides de dessins hâtifs représentants des plantes ou des animaux extraordinaires dont elle avait lu ça et là les descriptions.

Pour finir, elle dessina d’un trait rapide un serpent qui ondulait tout le long du cadre de cette feuille pour venir poser sa tête sur un petit livre qu’elle estampilla TMR.
Il lui vint l’envie de caricaturer Malefoy, mais son hardiesse n’alla pas jusque là et Emma s’en abstint. Elle en fit cependant part à son second.

- j’aurai bien dessiné Malefoy avec un serpent lui mordant le derrière. Inscrivit-elle sur le journal. Mais il vient parfois, et je doute que cela soit à son goût.
- remplace le par Voldemort. Suggéra Tom.
- tu es fou ! s’offusqua Emma. Tu veux ma mort… ou alors il faudrait que je fasse en sorte qu’il ne se reconnaisse pas, sans quoi je vais passer un sale quart d’heure.
Quelques heures plus tard, Voldemort lisait ces lignes sur son propre journal et éclata de rire en imaginant Lucius tourmenté par un serpent rageur. Il grimaça aussitôt à la suite de sa lecture.

Au fil des jours, Voldemort se fit plus souvent présent dans le salon et Emma prit peu à peu l’habitude de sentir dans son dos le regard du sorcier. Il lui arrivait même de parler à haute voix sans plus se soucier de sa présence.
La jeune femme, pour la plus grande surprise de Voldemort et, dut-il le reconnaître, également pour son plus grand déplaisir, avait également coutume de s’asseoir quelques minutes en mordillant son stylo, les yeux rivés sur ses feuilles noircies d’encre.
Le principal souci du Lord Noir était de constater que son précieux serpent, son fidèle Nagini, se lovait régulièrement aux pieds de la jeune femme et que, de fait, elle n’hésitait pas à s’asseoir sur ses anneaux.

Ni elle ni l’animal ne semblaient s’offusquer de la situation et lorsqu’elle se relevait, Emma caressait négligemment la tête du serpent qui dardait vers sa main une langue chatouilleuse.
Voldemort ordonnait régulièrement à Nagini de revenir vers l’âtre et le serpent s’exécutait avec une lenteur exaspérante, lui accordant parfois un regard plein de reproches.
Les premiers temps, Emma se retournait à ces bruits singuliers, et comprit rapidement qu’il s’agissait là du langage dont elle avait lu bien des descriptions.

- quand il parle comme ça, on dirait qu’il s’étouffe ! commenta-t-elle sur le journal.
Elle n’était pas si loin de la vérité : à lire ces mots, Voldemort frôla en effet l’étouffement.
- tu n’es qu’une jalouse. La taquina Tom.
Emma partit d’un grand rire avant de reprendre
- je le confesse. J’adorerais pouvoir parler fourchelang, mais j’ai lu que ça ne s’apprenait pas.
- en effet. C’est inné.
- je suis certaine qu’avec de l’entraînement et la bouche pleine de farine j’y arrive.
- arrête, fit Tom, ou c’est moi qui vais étouffer de rire.

Emma eut envie d’ajouter que c’était impossible, vu sa condition, mais retint son geste. Tom était la seule personne agréable qu’elle puisse côtoyer à présent et, tout en restant prudente, elle ne souhaitait pas lui être désagréable.
Chapitre 6 by Morgane
Author's Notes:
Yop ! voici venir la suite d'une bien vieille fic. La bonne nouvelle (enfin pour certains), c'est que la suite est là... la mauvaise c'est que le chapitre 6 est perdu dans l'univers obscur du net... je le cherche, au cas où... Je dois avouer que relire tout ça après tant de temps me laisse perplexe. J'ai du mal, après la lecture des sept tomes, à adhérer à ce voldy là, mais bon... manque d'entraînement ces derniers temps, sans doute.


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Emma eut envie d’ajouter que c’était impossible, vu sa condition, mais retint son geste. Tom était la seule personne agréable qu’elle puisse côtoyer à présent et, tout en restant prudente, elle ne souhaitait pas lui être désagréable.

Riddle avait souvent fièrement prétendu qu’il était doué pour s’attirer la sympathie de ceux dont il avait besoin. Et son futur avait grand besoin des connaissances d’Emma.
A la croisée des chemins, magie et science s’unissaient pour donner le meilleur d’elles-mêmes, et les résultats étaient époustouflants.
La jeune femme avait réussi, en alliant certaines plantes, à décupler les pouvoirs de guérisons de nombreuses d’entre elles. La mandragore aurait presque pu éveiller un menhir…

Ces résultats faisaient grincer Malefoy des dents, lui qui aurait été ravi de pouvoir trouver un prétexte pour se débarrasser de cette encombrante moldue.
Le mangemort n’appréciait guère la patience dont Lord Voldemort pouvait faire preuve à son égard. Jusque là, seul Nagini pouvait se targuer de bénéficier d’une certaine clémence de la part de son maître. Avec tout autre être vivant, Voldemort était impitoyable.

La vieille sorcière du tableau estima elle aussi que l’heure était venue de remettre les choses et les « gens » à leur juste place et se manifesta bruyamment le jour où Emma se mit en tête d’observer son portrait, perchée sur le guéridon.
- arrièèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèère !! Hurla-t-elle
Emma obéit si bien et si vite qu’elle se trouva au sol, le dos douloureux et stupéfaite de voir ainsi la peinture s’animer.
La sorcière, qui s’accommodait jusque là fort bien de l’ignorance avec laquelle on la considérait était furieuse à l’idée que, son « secret » dévoilé, elle devrait subir les bavardages de la jeune femme.

Emma comprit rapidement quelle estime la sorcière pouvait avoir pour elle et la laissa ronchonner à son aise, sous l’œil méfiant de Voldemort qui semblait craindre tout ce que pouvait dire cette vieille carne.
La jeune femme comprit rapidement que cette dernière devait être en mesure de donner quelques renseignements sur le maître des lieux et que celui-ci s’en inquiétait.
Emma surprit un matin les deux sorciers au beau milieu d’un échange de sarcasmes cinglants. Dès qu’elle entra, ils cessèrent là leur discussion et Emma se figea sous le regard haineux du sorcier.

- vous ne savez pas vous y prendre, murmura-t-elle, surprise par ses propres paroles.
- je te demande pardon ?
Voldemort parlait d’une voix hachée, comme interrompu par un hoquet de surprise et Emma se réfugia dans la salle de bain à l’abri de ses foudres.
Elle attendit que le bruit d’une porte lui signale le départ du sorcier et revint au salon.
S’asseyant face à la peinture, elle déclara :
- je vais vous raconter une histoire, un conte.


- je me moque de vos histoires ! persifla la vieille
- oh, pourtant, elle vous concerne…
La sorcière lança un regard mi surpris mi inquiet à la jeune femme
- je vais vous raconter, reprit Emma tandis que la mégère hésitait entre le hurlement et l’ignorance, l’histoire de La Sorcière Du Placard Aux Balais.

La vieille femme sursauta si brusquement qu’Emma eut la sensation que le cadre aller tomber au sol. Pendant quelques secondes, seul le bruit du feu se fit entendre, et Emma reprit…

Elle conta avec force détails les aventures d’un jeune homme qui, comble de malchance, achète une maisonnette hantée par une sorcière ayant élu résidence dans son placard à balais. Cette indésirable ne sort que lorsqu’on lui chante « sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière ».
Bien évidemment, le jeune héros passe le plus clair de son temps à taquiner cette mégère en ne lui soufflant que les premiers mots de la chansonnette.

Au bout du compte, Emma dut achever son histoire en hurlant, mais elle hurlait bien plus fort que la sorcière prisonnière de sa toile qui dut finalement s’avouer vaincue et s’enfuir de son tableau pour aller retrouver son souffle et une allure un peu plus digne dans un autre cadre.
Emma, ravie, se releva alors et fit volte face pour se diriger vers son travail.
Pas une seule fois la sorcière, qui avait discrètement repris sa place, ne lui adressa la parole.

Voldemort ne reparut qu’en fin d’après midi et son humeur était aussi noire que la suie. Il darda aussitôt un œil rageur vers le tableau et s’approcha d’Emma pour consulter l’avancement de ses recherches.
Le sorcier constata que la jeune femme faisait toujours un usage « intensif » du journal de Tom et écourta cette séance de « vérification » pour aller lire les échanges d’Emma et de Riddle.

Voldemort constata, incrédule, qu’Emma avait fort mal perçu l’attitude de la sorcière vis-à-vis de lui.
- cette mégère lui parle d’une façon odieuse !! écrivait-elle d’une écriture anguleuse qui traduisait bien son agacement.
- ne t’en fais pas pour lui, répondait Tom, il est tout à fait en mesure de se défendre.
- j’en suis pas si sure. Il est nul en psychologie, il faut croire. Il passe son temps à hurler mais elle s’en fiche cette bigote… je te jure que je vais la calmer moi, tu vas voir.
Voldemort regarda vers la porte, incrédule. Voila qu’on prenait sa défense contre un tableau ? Une simple peinture ? Il enserra son crâne douloureux entre ses mains et reprit sa lecture.

Quelques minutes au moins avaient dû s’écouler avant qu’Emma reprenne.
- c’est bon ! calmée la vioque ! elle est pas à la veille de remettre ça !
Le sorcier se sentait épuisé, vidé, et ne voulait pas même savoir ce à quoi Emma faisait allusion.
En soirée, il reprit sa place habituelle sur son fauteuil pour quelques moments de lecture et remarqua rapidement que la sorcière surveillait constamment la porte de la chambre de la jeune femme.

- et bien, entama Voldemort, cette journée de cohabitation s’est mal déroulée ?
Quelques minutes plus tard Emma perçut les bruits caractéristiques d’une dispute forcenée et colla son oreille à la porte. Rien de ce qu’échangeaient les deux sorciers n’était productif, mais Voldemort semblait perdre toute mesure : à coup sûr, le malheureux n’avait pas pour habitude d’être bravé de la sorte.
Au bout d’un temps qui lui parut interminable, Emma sentit plus qu’elle n’entendit la porte de la chambre du mage se fermer : le mur trembla d’une manière inquiétante, comme s’il s’était indigné contre le bruit intempestif qui faisait vibrer ses fondations.


Emma se risqua alors à l’extérieur et la sorcière se figea.
- disparaît ! fit-elle. Hors de ma vue !!
- il me semblait avoir été claire, fit Emma d’une voix grave
- je n’ai cure de tes menaces, Donzelle !!!!! hurla la vieille femme
- vous savez, je crois que je vais demander au maître des lieux l’autorisation de vous mettre dans ma chambre, et là, et je vous conterai chaque soir de jolies histoires, ou bien quelques chansonnettes…
Le portrait prit la même teinte blanchâtre que les pierres du mur.

- tu n’oserais pas. Fit la sorcière d’une voix rauque tandis qu’Emma souriait
- ooooh que si, répondit-elle avant d’entamer « sorcière, sorcière, prends garde à ton… »
- arrête !! ça suffit ! souffla la vieille.
Elle soutint quelques secondes le regard d’Emma et murmura
- je me tiendrai tranquille. Fiche moi la paix avec tes histoires…
Emma retourna vers sa chambre sans mot dire, et se précipita sur son précieux journal.

- Emma 2 / Voldy 0, inscrivit-elle. Voila deux fois que j’arrive à fermer son clapet à cette vieille ganache alors que lui s’époumone inutilement. Mais je pense que cette fois, on n’en entendra plus parler.
- et peut-on savoir comment tu t’y es prise ? questionna le journal
Emma marqua une pause et approcha le papier de ses yeux : cette écriture lui semblait sensiblement différente de celle qu’elle avait l’habitude de lire ; plus étroite et anguleuse, elle ne ressemblait pas à l’habituel trait de Tom.

- je lui ai raconté une histoire. Ecrivit Emma malgré tout. Une histoire de sorcière
- quelle histoire ?
- elle ne te plairait pas ! indiqua Emma en souriant.
Dans sa chambre, Voldemort lisait ces mots et se demandait ce dont il pourrait bien parler avec sa captive. Il faisait pour la première fois usage du sortilège ajouté avant de fournir le journal à Emma et écrivait lui-même, se supplantant momentanément à Tom.

Pour une raison qui le dépassait, le sorcier désirait parler. Parler sans être reconnu. Parler à quelqu’un qui ne frémirait pas en approuvant béatement sans même écouter ses paroles. Parler à un être vivant autre que Nagini. Une personne qui pourrait échanger avec lui quelques mots en toute sincérité. Juste pour le plaisir…de parler.
Voldemort agita une main agacée comme pour dissiper ces pensées tortueuses. Depuis des années il désirait vaincre la mort elle-même, mais il songea que la solitude était elle aussi une ennemie digne d’intérêt.

Seul Malefoy lui offrait quelques moments de « répit » lui permettant des échanges à peu près normaux. Le seul souci avec Malefoy, c’est qu’on ne pouvait jamais aborder un autre sujet que ceux ayant un rapport avec leurs ambitions.
Voldemort frémit d’inquiétude en lisant les phrases d’Emma, qui poursuivait après quelques secondes de silence
- Dis moi, tu ne t’ennuies pas trop ?

A qui parlait-elle ? à Tom ? à Voldemort ? Mais si c’était à lui, cette fille était dotée du troisième œil… A moins qu’elle n’ait des doutes et pose là une question « piège ». Cette phrase anodine laissa le sorcier hésitant. Qui devait répondre ? Tom ou lui ? Et qu’était-ce que l’ennui ?
- je ne sais pas trop. Finit-il par écrire.
Voldemort guetta une réponse d’Emma et songea soudain qu’elle pouvait à tout moment fermer ce carnet et vaquer à d’autres occupations, et cette pensée l’encouragea à poursuivre.
- et toi ? tu t’ennuies ?
- je n’ai pas trop le temps de m’ennuyer. Il y a ici des tas de choses à lire, je ne sais même pas par où commencer. Mais ça me manque de ne pas parler à quelqu’un d’autre qu’un serpent, une peinture ou un journal. Sans vouloir t’offenser.

Emma mordilla son stylo, anxieuse. Elle n’aimait pas manquer de tact, surtout avec Tom.
- tu ne m’offenses pas. Répondit le journal, tirant à la jeune femme un soupir de soulagement.
Voldemort sourit en repensant aux récentes écritures d’Emma et ajouta
- tu n’as qu’à aller voir… comment dis-tu déjà ? Voldy…
Le sorcier entendit au loin le rire clair de la jeune femme et s’adossa à son oreiller en fermant les yeux. Ce son là changeait de celui des cris et n’avait rien de désagréable.

- je me vois bien, écrivit Emma d’une écriture que son rire rendait malhabile, frappant à sa porte pour lui proposer de jouer aux cartes !
- il accepterait peut-être.
Voldemort trouvait ce « jeu » de plus en plus plaisant, amusé de pouvoir taquiner ainsi la jeune femme sans qu’elle n’éprouve le besoin de fuir.
- j’en doute. Répondit Emma. C’est un odieux personnage au caractère de dragon ! insista-t-elle tandis que l’incriminé grimaçait. Je suis certaine qu’il est mauvais perdant en plus !

- il n’y aura qu’à le laisser gagner.
Emma sourit en lisant ces mots. Pour la première fois elle avait porté un jugement sur le Lord Noir et le journal ne s’était pas enflammé entre ses mains. C’était plutôt bon signe. La peur s’insinua en elle lorsqu’elle pensa que peut-être Tom ferait part à Voldemort de ses propos mais elle haussa aussitôt les épaules.
Après tout, elle ne faisait que dire la vérité et ne se gênerait pas pour réitérer ses propos si on venait lui demander des comptes, preuves à l’appui.

- et puis quoi encore ! inscrivit-elle en réponse.
- je vais lui dire de venir te distraire.
Emma frémit en lâchant le journal et le reprit aussitôt en sentant la panique l’envahir.
- lui dire ? et comment ?
- je peux l’appeler, si je le désire.
- c’est fort aimable à toi mais je me passerai de sa compagnie, si je peux ! se hâta de répondre Emma.
- il ne va pas te manger tu sais. Ecrivit Voldemort avec une moue indignée à la lecture de ces lignes
- rien n’est moins sûr ! répondit Emma.
- tant pis, qui vivra verra. Je l’appelle
- non non non !!! justement. Qui vivra. Je veux vivre moi ! et tu ne lui racontes pas tout ce que je te dis j’espère ?!
- bien sûr que non ! je ne raconte rien.
Voldemort posa le journal avec un sourire satisfait. Non, Tom ne lui racontait rien. Le sorcier aux yeux de braise se contentait de lire les échanges sur le carnet, mais Tom ne lui racontait rien…

Le Lord Noir prit ses lunettes et sortit dans le salon. Dans sa chambre Emma pâlissait d’angoisse en entendant des pas approcher.
- Tom, tu n’es qu’un rustre ! écrivit-elle.
- ne t’inquiète pas. Je suis de tout cœur avec toi
- ça m’est bien égal !! fit Emma en notant que l’écriture venait à nouveau de reprendre ses rondeurs habituelles. Si tu pouvais venir tout court, ça m’arrangerait. Il n’y a aucun moyen de te faire sortir de là ?
- aucun, non.
- trouve en un ! écrivit Emma, paniquée en entendant Voldemort stopper devant sa porte. C’est ta faute si je suis dans ce pétrin ! viens m’aider !

Le journal glissa de ses mains lorsque la porte s’ouvrit mais Emma n’eut pas le courage de stipuler à l’impudent qu’il était de bon ton de frapper avant d’entrer chez les gens. En même temps, songea-t-elle, elle n’était pas vraiment chez elle.
Emma regarda le sorcier s’appuyer contre le montant de la porte. Le sourire mutin qu’il affichait et les quelques mèches sombres qu’il n’avait pas pris le temps de discipliner et qui tombait sur ses verres opaques lui conférait un charme inhabituel.
Un charme dangereux. Tout le bon sens d’Emma l’enjoignait à se prémunir contre ces dangers là.

- il faut pas l’écouter… murmura Emma en priant le ciel pour que le sorcier saisisse ce à quoi elle faisait allusion et qu’il reparte au plus vite.
- tu sais jouer aux échecs ? questionna Voldemort sans même prendre la peine de répondre aux paroles d’Emma
La jeune femme secoua négativement la tête, la gorge sèche.
- vient. Ordonna le sorcier en rebroussant chemin.
La jeune femme gémit en se levant et le rejoignit après avoir écrits quelques derniers reproches à Tom
- je te maudis. Ma vengeance sera terrible !

Lorsqu’elle pénétra dans le salon, sa peur s’étouffa quelque peu. Elle nota que souvent, la panique l’envahissait lorsque Voldemort était présent pour laisser peu à peu place à un certain apaisement, sans doute issu de son habitude à le côtoyer.
- donc, reprit Voldemort en installant un plateau de jeu si usé qu’Emma songea qu’il devait être plus pagé qu’elle, tu ne sais pas jouer aux échec ?
- Non. Répondit Emma en s’installant à contre coeur face au sorcier après qu’il lui eut fait signe.
- et bien c’est heureux ! fit Voldemort d’une voix ironique en souriant. Ainsi je suis sûr de gagner, et tu n’auras donc pas à supporter mon caractère de dragon exacerbé par mon côté mauvais perdant…

Emma sentit son visage s’embraser. A coups sûrs elle devait avoir pris la même teinte que les braises du feu qui mourrait à sa droite et que Voldemort raviva d’un geste avant d’ordonner aux pièces de l’échiquier de se mettre en place.
- je prends les noires, par habitude, indiqua le sorcier tandis qu’Emma écarquillait les yeux en regardant les figurines se diriger vers leur case respective en donnant ça et là force coup de coude.
- génial !!! ne put s’empêcher de s’extasier Emma en relevant vers le Lord Noir un regard amusé et avide.
Le sorcier sourit de plaisir en constatant qu’une fois de plus, la curiosité avait chassé de ces yeux là toute peur et toute animosité. De très beaux yeux, d’ailleurs…
Chapitre 7 by Morgane
Author's Notes:
HOP !! GLOIRE A GRISPOIL ! mdr
à elle, j'ai récupéré le chapitre manquant. Je le remets donc ici, et je posterai le suivant à la suite.
o__O
Le suivant à la suite... il y a des fois où je m'inquiète.

_____
Regard de serpent.

La jeune femme tendit rapidement une main vers le cavalier blanc qui trottinait vers elle pour s’en emparer et l’observer de plus près.
- Halte là ! Gente Dame ! s’exclama le chevalier tandis que les doigts d’Emma se refermait sur son heaume. Je ne suis point homme à me laisser détourner de ma tâche !
Emma n’eut cure de ses remarques et le souleva du sol tandis que le cheval agitait ses sabots frénétiquement.
Emma consentit enfin à reposer sur l’échiquier la figurine renfrognée qui s’évertuait à lui enfoncer sa minuscule épée dans la peau.

- qui donc est-ce là ? Questionna d’une voix fière la reine blanche
- Miss Darovit ignore les subtilités des jeux d’échecs. Nous allons les lui apprendre, répondit Voldemort
- z’avez d’ja vu jouer au jeu au moins m’zelle ? Questionna un fou.
Emma secoua négativement la tête, incapable de prononcer le moindre mot, perplexe à ce qui se déroulait sous ses yeux. Sa réaction déclencha un tollé.
Indignés de devoir servir celle qu’ils eurent tôt fait de démasquer comme étant une moldue, les pions exigèrent de réintégrer sur le champ le boîtier dont ils étaient sortis. Voldemort poussa un soupir agacé, tapotant le guéridon sur lequel le plateau était installé du bout des doigts.
- en place. Murmura-t-il. Ou sinon, tout le monde au feu.

Les pièces tremblotèrent sur leurs cases et prirent position, soudainement immobiles. Emma, chaque fois qu’elle devait jouer, tendait par habitude la main pour déplacer les figurines. Celles-ci glissaient alors prestement à l’autre bout du plateau en poussant des sifflements furieux et Emma se reprenait, indiquant simplement la case à atteindre.
Chacun y allait de son commentaire, et rien de ce que pouvait décider Emma ne semblait leur convenir. Assaillie de toutes parts, la jeune femme finit par capituler et déclara, au milieu d’un assaut particulièrement féroce de sarcasmes.
- et bien, faites comme vous voulez.
Voldemort retira aussitôt sa main du guéridon d’un geste vif qui assura Emma d’une catastrophe imminente. Les pièces blanches se ruèrent en masse vers les pièces noires de l’adversaire, poussant, tirant et hurlant à qui mieux mieux en donnant qui des coups de sabots, qui des coups de chaises, qui des coups d’épées… Emma contempla le désordre grouillant du plateau et leva vers Voldemort un regard interloqué. Le sorcier semblait totalement se désintéresser du jeu et la fixait en souriant, amusé de la voir ainsi se faire malmener par de simples pions.
- En place. Finit-il par ordonner à nouveau.

Le silence se fit aussitôt et, après avoir donné un dernier coup de bouclier discret sur la tête du fou, le cavalier revint sur sa ligne.
- Vous jouerez seules, indiqua Voldemort à ses pièces avant de se lever.
Emma le suivit du regard. Jouer seule ? Comptait-il l’obliger à parfaire son jeu et la laisser là ? Elle n’appréciait guère les échecs, à la vérité, surtout ceux de cette version. Son estomac se contracta lorsqu’elle comprit que les mots de Voldemort étaient adressés à ses pions noirs et qu’il prenait en fait place à ses côtés.
Immobile, pétrifiée d’appréhension, elle maudit une dernière fois Tom en son for intérieur de l’avoir mise dans pareille situation de stress.
- bien. Reprit Voldemort. Avant de se pencher sur le plateau.
Avec une patience qui l’étonna lui-même, il expliqua à nouveau comment chaque pièce pouvait se déplacer sur l’échiquier avant de seconder Emma pour sa première tentative. La jeune femme finit par se masser les tempes dans un geste de profonde lassitude. Décidément, ce jeu n’était pas pour elle…

- et bien, fit Voldemort en s’enfonçant dans le canapé, je pensais pourtant que ce genre de divertissement te conviendrait, étant donné que c’est surtout un sujet de réflexion.
Emma fit un piètre sourire d’excuse et détourna la tête en percevant un bruit près du feu. Un sourire radieux éclaira son visage lorsqu’elle distingua la silhouette de Nagini. Celui-ci marqua une pause puis, reconnaissant la présence de sa plus fervente admiratrice, approcha rapidement, se frottant avec force aux mains déjà tendues de la jeune femme. Le serpent coula jusqu’aux pieds de son maître et s’éleva pour lui faire face.
Emma observait l’animal avec une mine fascinée qui lui valut aussitôt des remarques moqueuses.
- tant d’admiration pour un simple serpent… soupira Voldemort.
Emma fit une moue indignée, sans quitter Nagini des yeux
- simple, simple… il est magnifique. Répéta-t-elle en l’observant avidement, comme si le fait de cligner des yeux risquait de provoquer sa disparition. Le sorcier se renfrogna en hochant la tête d’un air mécontent.
- il est censé impressionner les gens et leur faire peur ! Pas susciter une espèce de fascination adoratrice !

Son ton boudeur tira à Emma un léger rire. Lorsqu’elle se tourna vers le sorcier, elle perçut quelques sons caractéristiques du fourchelang et les interrompit aussitôt.
- oh non ! Ne lui dites pas de partir ! Fit-elle précipitamment.
- et qu’est-ce qui te fais croire que c’est ce que je vais lui demander ? Questionna le sorcier en se tournant vers elle
- c’est toujours ce que vous faites quand je passe plus de trente secondes à le regarder ! Reprocha Emma.
Voldemort observa la jeune femme quelques instants en silence avec un sourire amusé.
- dans ce cas, tu n’as qu’à plus le regarder… Pas comme ça du moins… et puis qu’est-ce qu’il a de si magnifique, à la fin ? Questionna-t-il finalement en se redressant.
- je ne vais tout de même pas faire semblant d’avoir peur ! Bougonna Emma. Et ce sont ses yeux que je trouve splendides, je vous l’ai déjà dit.
Devant la mine perplexe et silencieuse du sorcier qui la scrutait, Emma ajouta en riant, montrant le serpent du doigt
- vous n’allez pas me dire que c’est faux ?! Osez me dire que ces yeux là sont laids !
Voldemort tourna le regard vers l’animal qui ne se souciait pas le moins du monde de ces échanges, cherchant avant tout à récolter les caresses dont il était friand tout en surveillant son maître, guettant un ordre éventuel.
- il a… des yeux de serpent… fit Voldemort d’un ton ironique. De simples yeux de serpent
- et bien je trouve ça beau ! Rétorqua Emma, têtue. Et je ne vois pas en quoi ça pose problème... acheva-t-elle en murmurant.

Un long silence s’ensuivit durant lequel le sorcier tentait de percevoir ce qui, chez cette moldue, était vérité ou mensonge. Jusqu’à quel point trouverait-elle ces pupilles agréables à regarder ?
- tu ne sais pas de quoi tu parles… finit-il par dire, sur le même ton qu’elle.
Emma massa à nouveau ses tempes avant de poursuivre d’une voix presque implorante
- mais pourquoi me reprocher ça ? Je dis juste que je trouve ses yeux beaux… c’est tout de même pas sacrilège, si ?
- ça me déplait ! fit soudain le sorcier avec une attitude bornée qu’Emma jugea enfantine.
Voldemort eut la désagréable impression de voir les rôles s’inverser : le regard amusé de la jeune femme posé sur lui et son sourire moqueur lui firent percevoir tout le ridicule de son « caprice ».
- en fait, fit Emma d’une voix accusatrice tout en agitant son index sous le nez du sorcier, vous êtes tout simplement jaloux !
Voldemort eut la sensation que son sang se figeait dans ses veines mais n’eut pas l’occasion de succomber à la colère que sa méprise avait déclenchée en lui.
- vous dites ça, reprit Emma, parce vos yeux à vous ne sont pas si beaux ! Et voila également pourquoi vous les cachez derrière ces lunettes sombres !

Emma affichait la mine victorieuse d’un grand explorateur qui aurait découvert la légendaire cité Atlante. Le Lord Noir partit d’un grand rire, finalement soulagé que la jeune femme ait évoqué ce genre de jalousie là, et pas une autre. D’ailleurs, pourquoi et comment aurait-elle pu même songer à un autre genre de jalousie ?
- et toi, rusée Dolly, tu espères bien pouvoir voir de plus près ce qu’il y a derrière ces lunettes ! Rétorqua-t-il d’une voix moqueuse, trop heureux de pouvoir clore le bec de cette amusante effrontée.
- sans doute ! répondit Emma sans ciller, prouvant une fois de plus qu’elle avait des ressources insoupçonnées en ce domaine, mais moi au moins, je ne m’en cache pas !
Voldemort, perplexe de voir son propre piège se retourner contre lui, regarda la jeune femme se tourner vers Nagini et lui déclarer d’une voix cajoleuse tout en le caressant
- tu vois mon pauvre Nag’ ! Il est jaloux de toi parce que tu es si beau !
L’interpellé n’en comprit pas un traître mot mais se délecta de l’attention qui lui était portée.
- tu te trompes, fit soudain Voldemort d’une voix calme qui fit se retourner Emma. J’ai moi aussi de très jolis yeux. Acheva-t-il d’un ton mystérieux
- alors pourquoi les cacher ?
- parce que, fit Voldemort en approchant d’elle, il n’y a que les éberluées dans ton genre pour ne pas hurler d’horreur en les voyant.
- je ne suis pas éberluée, souffla Emma, soudain tendue par la proximité du sorcier et par ses paroles.

Voldemort perçut très nettement le changement d’attitude de la jeune femme et se délecta quelques secondes de sa gène avant de constater qu’il éprouvait encore plus d’intérêt à la voir reprendre rapidement possession de ses moyens.
- vous avez des yeux de serpents ? Questionna Emma en le fixant à nouveau.
- toujours cette curiosité qui vient noyer ta peur. Murmura-t-il en souriant avant d’ajouter. Oui, j’ai des yeux de serpents, les mêmes que Nagini, qui plus est.
Emma se tourna plusieurs fois vers l’animal avant de considérer le sorcier avec une moue dubitative.
- je te montre ? Questionna Voldemort en portant ses mains à ses lunettes.
Emma fit un bond en arrière, se reculant vivement sur le canapé pour s’éloigner au maximum du sorcier
- non non non !!
Voldemort sourit à ces paroles qui correspondaient si peu au regard perçant et curieux d’Emma.
- approche. Souffla-t-il tandis que la jeune femme secouait négativement la tête sans le quitter des yeux.
Voldemort abaissa ses mains et pointa du doigt le canapé à l’endroit où se trouvait Emma peu avant.
- viens ici. Ordonna-t-il.

Emma déglutit difficilement, se jurant bien une nouvelle fois de harceler Tom de reproches, et obtempéra. Elle s’approcha donc tout en maintenant encore une distance respectable entre elle et le sorcier mais celui-ci ne l’entendait pas ainsi. Il tapota à nouveau le siège, obligeant Emma à s’approcher encore, ce qu’elle fit avec une moue de mécontentement.
- ah tout, de même. Souffla Voldemort. On n’est plus maître chez soi, ma parole !!
Il porta à nouveau ses mains à ses verres et Emma plaqua ses paumes contre ses yeux sans comprendre vraiment pourquoi elle agissait de la sorte. Peu à peu, elle écarta ses doigts en frémissant d’appréhension et de hâte. Les pupilles rouges du sorcier, uniquement fendues d’un ovale fin et noir, lui coupèrent le souffle. Elle resta quelques instants silencieuse et immobile à observer ces yeux écarlates, les mains plaquées sur son visage avant de murmurer dans ses paumes l’habituel soupir

- oh Mon Dieu…
Voldemort retint un rire.
- n’exagérons rien, s’entendit-il prononcer. Tu peux m’appeler Maître, comme tout le monde.
Emma dodelina de la tête d’un air réprobateur qui pouvait très bien se traduire par « tu peux toujours rêver », tandis que le sorcier se demandait comment il en était arrivé à tenir ce genre de propos badins.
Soudain, il se tétanisa : Emma venait de retirer les mains de son visage et les avait plaquées contre le sien. Masquant ses yeux écarlates de ses doigts au contact léger, elle tourna finalement les mains, faisant ensuite glisser le dos de ses doigts en une caresse, comme si elle avait voulu, en effleurant ainsi les paupières du sorcier, retirer un quelconque sortilège de son regard.
Voldemort rouvrit les yeux face à une Emma totalement inconsciente de son audace, trop absorbée dans la contemplation de ces pupilles pour réaliser ce qu’elle venait de faire.

Le sorcier savait quant à lui exactement comment il devait se comporter : saisir sa baguette et faire comprendre à cette effrontée que Lord Voldemort ne tolérait pas une telle familiarité. Cependant, il n’en fit rien, excédé de constater que ce contact lui avait été agréable.
- tu sais, finit-il par murmurer alors que tous ses sens lui enjoignaient de la brutaliser sans qu’il s’exécute, il y en a beaucoup qui sont morts pour bien moins que ça.
- hein ? fit Emma d’une voix lointaine qui montrait combien elle ne l’entendait pas.
- je disais, reprit Voldemort en saisissant au passage les mains de la jeune femme qui se levaient à nouveau pour le toucher, qu’il m’est arrivé de tuer pour moins que ça.

Emma resta quelques secondes sans mots dire, comme si le message du sorcier avait du mal à trouver son chemin jusqu’à son esprit et retira soudain ses mains d’un geste brusque en s’éloignant à nouveau, confuse.
- je suis désolée, balbutia-t-elle en rougissant, terriblement gênée par ses gestes.
Voldemort l’observait en se demandant ce qu’il allait faire. La menacer en lui enjoignant de ne plus jamais commettre pareille effronterie ? C’était ce qu’il y avait de mieux à faire, en effet, mais également ce qui lui était le plus désagréable.
Il grimaça en découvrant qu’au contraire, il espérait bien qu’elle retenterait l’expérience, mais il était également hors de question qu’il l’y encourage. Des coups frappés à la porte le tirèrent de ses méditations.

Voldemort remit ses lunettes en se tournant vers la porte après un dernier regard pour Emma qui cherchait déjà à se réfugier dans sa chambre.
- reste ici. Ordonna-t-il. Entrez !
- Maître, fit Lucius en s’inclinant légèrement, je viens vous fair…
Le sorcier blond se figea, son visage crispé par la haine et le dégoût à la vue d’Emma
- Miss Darovit s’initie aux échecs. Fit Voldemort.
Lucius émit un gargouillis indistinct et le Lord Noir poursuivit :
- les jeux de réflexions sont d’excellents entraînements de logique, et il est sage qu’elle s’exerce…
- sans doute, articula Lucius tandis que Voldemort se levait et approchait de lui.
- mais vois-tu, mon ami, ceci m’est assez pénible… j’aurais aimé que ce soit toi qui lui enseignes les règles de base…
Voldemort, malgré toute sa science, ne put dire lequel d’Emma ou de Lucius fut le plus indisposé par ces paroles.
- mais je te trouve déjà assez occupé, Lucius. Et puis je crois pouvoir dire sans prétention que je suis meilleur joueur que toi.
- sans aucun doute, répondit le mangemort, trop heureux qu’on lui fournisse une excuse pour échapper à cette corvée.
- sans prétention, c’est vite dit… songea Emma. C’est vrai que c’est pas le genre… Voldemort se tourna vivement vers elle avec une mine accusatrice et la jeune femme eut la désagréable impression qu’il lisait en elle comme à livre ouvert.

- Vous veniez me faire part de votre journée, Lucius ? questionna Voldemort par pitié, aidant ainsi son serviteur à sortir de son état comateux
- en effet.
- y a-t-il un fait urgent ?
- aucun, Monseigneur.
- alors revenez demain, je vous recevrai à 9h00.
Malefoy inclina à nouveau la tête et sortit sous le regard amusé d’Emma qui aurait parié l’avoir vu chanceler. La jeune femme réprimait un fou rire, cachée derrière sa main.
- qu’est-ce qui te fait ire à ce point, questionna le sorcier en approchant d’elle.
- rien, hoqueta Emma en se levant.
- je sais toujours quand on me ment. Fit Voldemort d’une voix où perçait l’amusement.
- j’imaginais juste, reprit Emma en pouffant, le choc qu’il aurait eu s’il était arrivé quelques minutes avant…
Voldemort se tétanisa à ces paroles, comme foudroyé.
- le malheureux, fit-il, ça l’aurait tué.

Une fois au chaud sous ses couvertures réconfortantes, Emma sourit en repensant à la soirée hors du commun qu’elle venait de passer. Finalement, elle trouvait très agréable d’être en compagnie de cet homme qui provoquait en elle tour à tour peur et bien être.
Elle songea que c’était justement là ce qui lui plaisait chez le sorcier : il était comme un citron frais, piquant mais tellement alléchant…
Elle rit légèrement en repensant à ses dernières paroles : la voir poser les mains sur son maître aurait sans doute tué Malefoy, en effet, mais Emma aurait parié que se faire surprendre en pareille occasion aurait également été fatal au sombre maître des lieux.
Cette constatation lui fit un pincement au cœur mais elle n’eut pas le temps d’analyser sa réaction : au loin, elle venait d’entendre le grondement d’un orage et s’était figée d’effroi. Rien, jamais, ne pourrait lui faire plus peur que l’orage.
Elle se leva en râlant contre ce temps maudit pour prendre au fond de sa valise un minuscule comprimé qui lui permettrait de s’endormir rapidement et de pouvoir échapper à une crise d’angoisse. Elle pensa avec colère qu’il lui faudrait bien finir par suivre les conseils de certains de ses amis et aller demander de l’aide auprès d’un spécialiste : cette peur irrationnelle et déraisonnable du tonnerre n’avait rien de normal.
La jeune femme constata avec effroi qu’il ne lui restait qu’un seul et unique somnifère. Il faudrait prochainement qu’elle se débrouille pour s’en procurer d’autres pour ne pas risquer de devoir passer une nuit complète cachée sous son lit.
Emma avala le remède et s’enfouit à nouveau sous les draps, tremblotant en repensant à ces terribles nuits où elle avait dû subir ses folles peurs au foyer Darovit : sa protectrice n’aurait pas levé le petit doigt pour chercher à la soulager… La jeune femme songea avec amertume qu’avec une enfance telle que la sienne, elle pourrait pourtant avoir bien des sujets de frayeur, mais il fallait que sa phobie soit celle de l’orage !
- gamine ! Se réprimanda-t-elle en s’enfonçant sous les draps à l’abri des grondements qui se faisaient de plus en plus nets tandis que le sommeil la gagnait déjà.
Chapitre 8 by Morgane
La jeune femme songea avec amertume qu’avec une enfance telle que la sienne, elle pourrait pourtant avoir bien des sujets de frayeur, mais il fallait que sa phobie soit celle de l’orage !
- gamine ! Se réprimanda-t-elle en s’enfonçant sous les draps à l’abri des grondements qui se faisaient de plus en plus nets tandis que le sommeil la gagnait déjà.

Lorsque Emma s’éveilla le lendemain matin, il lui semblait qu’elle venait de s’endormir depuis quelques minutes seulement. Elle se leva difficilement, prise de vertige, en maugréant contre les effets du somnifère puissant qu’elle avait pris la veille.
Soupirant à l’idée de passer une journée dans le brouillard, elle se dirigea vers le salon mais retint son geste lorsqu’elle fut arrivée à la porte. Derrière le panneau, elle entendait distinctement les voix de Malefoy et de Voldemort…

Emma retourna donc s’effondrer dans son lit, peu désireuse de croiser l’un ou l’autre des deux sorciers en tenue de nuit, et s’empara du journal de Tom.
- je te maudis. Ecrivit-elle sans préambule.
Une fois de plus, il lui sembla sentir le carnet vibrer entre ses mains.
- tu as passé une bonne soirée ?
Emma mordilla son stylo avant de répondre
- il fallait venir et tu l’aurais su.
- je ne peux pas, indiqua aussitôt le journal, malheureusement.
La jeune femme soupira avant de poursuivre
- il n’y a vraiment aucun moyen ? Voldemort ne pourrait pas ?

- je ne pense pas, répondit Tom. Avant j’aurais pu mais depuis que j’ai été enfermé dans ce journal, j’ai subi quelques «dommages» qui ne sont pas réparables. Lord Voldemort m’a rendu une conscience puisque je peux à nouveau communiquer avec l’extérieur, mais il ne pourra plus me faire sortir de ces pages.
Emma dodelina de la tête d’un air mécontent.
- je suis déçue ! depuis le temps que je lis ou que j’entends dire qu’il est Le Plus Grand Sorcier au Mooonnde, écrivit-elle en agitant ses cheveux indisciplinés, je pensais que rien ne lui était impossible.
- ne sous estime pas son pouvoir. Répondit Tom. Ni son intransigeance.
- je ne sous estime rien, fit Emma. Mais peut-être certains surestiment, à l’inverse.

Emma avait conscience d’aborder un sujet sensible. Au cours de ses nombreuses «discussions» avec Tom elle avait acquis la certitude que ce sorcier de papier vouait une admiration sans bornes au Lord Noir.
- C’est le plus puissant mage qui soit. Répéta le journal en faisant rire Emma, qui imaginait un jeune enfant boudeur, bras croisés et replié dans un coin de sa chambre, la regardant en biais d’un air réprobateur.
- je n’en doute pas. Inscrivit-elle à son tour en constatant qu’il lui était définitivement impossible d’être volontairement désagréable avec Tom plus de cinq minutes. En tout cas il a des yeux magnifiques.

Emma observa les pages écrues, tout sourire, attendant une réponse qui tarda à venir.
- les yeux ? Qu’est-ce qu’ils ont ses yeux ?
- il a les mêmes yeux que Nagini. Rouges fendus de noir.
A nouveau, Tom prit quelques secondes pour répondre
- il te les a montrés ?
- oui
- il t’a montré ses yeux ?
- oui, écrivit à nouveau Emma en riant vraiment devant la perplexité de Tom.
La jeune femme observa le cahier vierge, en vain, et poursuivit.
- Tu n’as pas l’air content.
- si, répondit Tom, mais je suis surpris.
Quelques secondes passèrent encore avant qu’Emma puisse apercevoir l’écriture de Tom
- écoute moi bien, Emma. Ou plutôt lis moi bien. Pour ce que je vais te dire, je risque les flammes ! Alors lis bien et n’oublie pas

Emma n’avait plus du tout envie de rire, à présent. Elle prit le livre dans ses deux mains après avoir jeté un regard anxieux vers la porte et s’enfonça dans son oreiller.
- Lord Voldemort est un être profondément maléfique. Si à un moment où à un autre il sent que quelque chose lui échappe, il n’hésitera pas à prendre des décisions extrêmes.
- de quoi tu parles ? Ecrivit Emma, interloquée. Qu’est-ce qui pourrait lui échapper ?
- Cette attitude ne lui ressemble pas. J’ai seulement peur qu’il en vienne à regretter de t’avoir accordé quelques «privilèges», et ce sera forcément le cas si l’un de ses mangemorts l’apprend car son honneur lui est très important.

- je ne vois pas le rapport. Ecrivit Emma, qui ne voulait surtout pas comprendre.
- c’est un déshonneur pour un sorcier tel que lui de se laisser aller à quelques familiarités avec une moldue, expliqua Tom sans aucun ménagement, comme si le temps lui était compté.
Emma se souvenait du regard de Voldemort lorsqu’elle avait évoqué la possibilité que Lucius soit témoin de leurs «activités» et frissonna d’appréhension.
Si Tom s’inquiétait autant uniquement parce que Voldemort lui avait montré ses yeux, que dirait-il s’il apprenait qu’elle avait osé poser les mains sur son visage ? Emma préférait ne pas lire ce que Tom penserait de tout ceci et sentit son estomac se nouer.

- et donc, écrivit Emma d’une main peu sûre, que me suggères-tu ? Parce que je te rappelle quand même que c’est toi qui m’as mis dans une situation pareille !
La jeune femme se concentra sur les mots qui apparaissaient mais Tom semblait manquer d’encre… elle ne voyait que des lettres trop floues pour être lues.
Pouvait-il vraiment manquer d’encre ? Elle en doutait fort et réfléchit rapidement. Qu’est-ce qui pourrait empêcher le sorcier d’écrire ? Pas une pénurie de stylo donc…
Soudain, Emma frémit. Tom venait de lui parler d’antécédents fâcheux pour sa « santé » ; se pourrait-il qu’il meure ? Etait-il seulement mortel et pouvait-on le considérer comme vivant ?

Elle se leva précipitamment, enfila pantalon et pull par-dessus sa nuisette qui glissa par-dessus son jean et courut coller son oreille à la porte, le journal serré contre sa poitrine où son cœur bâtait comme s’il avait voulu s’en évader.
Pas de Malefoy ! Emma ouvrit la porte à toute volée pour se retrouver face à Voldemort qui prenait manifestement le chemin de sa chambre.
En une fraction de seconde, Emma s’aperçut que l’humeur de son hôte était passablement orageuse… et l’orage, sous toutes ses formes, ne lui convenait guère, songea-t-elle en grimaçant d’appréhension.

Voldemort tendit une main vers elle, et Emma comprit qu’il réclamait de journal. La jeune femme resta tétanisée par l’aura de puissance et de colère qui émanait du sorcier. Elle se rappela brièvement sa rencontre avec Nagini, et l’emportement du Lord Noir face à son audace.
Etrangement, elle restait relativement maîtresse d’elle-même aujourd’hui. Elle était plus impressionnée qu’effrayée, mais, consciente qu’on ne joue pas avec le feu sans danger, elle remit au sorcier ce qu’il exigeait.
Voldemort fit volte face sans un mot et Emma eut la certitude que les murs et les portes de ce manoir étaient ensorcelés. La violence avec laquelle le sorcier venait de s’enfermer dans sa chambre aurait sans nul doute fait voler en éclat tout autre porte au monde…

Emma se dirigea vers la salle de bain et laissa couler une eau tiède sur son corps encore engourdi durant de longues minutes délectables.
Elle songeait avec crainte à son précieux journal, espérant que Lord Voldemort ne lui ferait pas subir le même sort qu’à son mobilier qui, si on en croyait le vacarme de la pièce mitoyenne, vivait sa dernière heure.
Emma sortit précautionneusement de la douche et sourit en entendant que les bruits venant de la chambre s’étaient tus : soit Voldemort était calmé, soit il ne trouvait plus rien à casser…
La jeune femme ne put s’empêcher de sourire, s’étonnant de son propre aplomb.

- Mais quel sale caractère ! Murmura-t-elle à son reflet avant de rire légèrement.
Emma se réfugia ensuite dans les études, comme toujours lorsqu’elle ne trouvait rien à faire. Après plusieurs heures de solitude, elle vit surgir le sorcier de sa chambre. Il passa à grands pas dans le salon et disparut dans les couloirs après avoir gratifié Emma d’un regard hargneux.
La jeune femme ne put à nouveau retenir un rire dès qu’il eut passé la porte et s’assit en tailleur face à son tableau de feuilles, pensive.

Qu’est-ce qui avait changé en elle pour qu’elle ne ressente plus la même frayeur qu’auparavant ? Après quelques instants de réflexions, Emma parvint à la conclusion que rien n’avait changé en elle mais que le Lord Noir, lui, était différent de celui qu’elle avait rencontré plusieurs semaines auparavant.
Emma compta frénétiquement… elle pouvait à présent évoquer des mois… Et le regard que le sorcier ne cachait plus lui permettait de comprendre que toute sa colère n’était pas dirigée contre elle seule, mais également contre lui.

Tom avait vu juste : Voldemort était furieux de la tournure des événements ; elle-même devenait un peu trop familière avec lui, et le journal se rendait coupable de haute trahison ; rien n’allait plus pour le maître des lieux. Et manifestement, cela le mécontentait d’autant plus qu’il en était en partie à l’origine puisqu’il avait largement participé à la mise en place de ce climat de «confiance» entre Emma et lui ou le journal.

Emma rit véritablement en se relevant.
- mauvais caractère ! Pesta-t-elle encore avant de reprendre ses recherches.
La jeune femme acheva sa journée assise à même le tapis, Nagini entouré autour d’elle. L’animal avait passé ses anneaux sous ses jambes repliées et dans son dos, lui improvisant ainsi un fauteuil des plus originaux.
Nagini passait régulièrement la tête sur l’épaule d’Emma, comme s’il avait souhaité lire l’ouvrage qui l’accaparait tant et qui concernait les nuisibles.
- T’en croquerais bien une ou deux hein ? fit Emma au serpent en lui montrant une page couverte d’illustrations de souris.


Emma restait sceptique quant à l’utilisation proposée des moustaches de souris grises et se grata frénétiquement le crâne lorsque l’auteur du livre suggéra d’élever des poux pour se servir de leur pattes dans une potion à l’usage plus que douteux.
Elle lut que, que l’on soit moldu ou sorcier, les blattes, cafards et autres punaises n’étaient d’aucune utilité.
En revanche, les poux, puces, morpions ou tiques semblaient receler des pouvoirs spéciaux. Emma rit à s’en rendre l’estomac douloureux à l’idée de demander la permission d’élever des morpions au manoir pour tenter des expériences.
Malgré ses doutes, elle se leva pour noter les quelques informations qui pourraient lui être utiles sous le regard réprobateur de Nagini.

Elle inscrivit donc les propriétés des différentes parties du corps des souris, des moustiques, des poux, des puces, des tiques et des morpions.
Pour finir, mordillant son stylo qui commençait à raccourcir dangereusement sous ses crocs, elle dessina rapidement un carré de neuf cases dans un coin de sa feuille.
Elle fit une croix dans la case centrale et nota au-dessous :
« Morpion > terme également utilisé pour désigner un jeu typiquement moldu et particulièrement stupide ; deux joueurs choisissent un symbole (généralement croix et rond) qu’ils devront disposer en une ligne verticale, horizontale ou diagonale avant leur adversaire en jouant tour à tour. »
Emma contempla ses notes, pensive : elle allait vraiment à l’encontre de tout ce que lui avait suggéré Tom, mais ne parvenait pas à se laisser dominer par la peur.

Priant pour que ce ne soit pas là un second effet du somnifère qui rendrait sa perception des événements plus que bancale, elle décida que rien ne pourrait lui procurer plus de plaisir que de taquiner un peu son hôte.
Après un dernier regard, elle songea que ces quelques gribouillis ne pourraient pas permettre à Lucius, par exemple et au hasard songea-t-elle, de deviner qu’elle lançait ainsi un « défi » au sorcier.
Soudain, un élan de hardiesse l’enveloppa. Voldemort venait de resurgir dans la pièce pour s’engouffrer aussitôt dans sa chambre : il avait l’air d’un enfant pris en flagrant délit de boudage capricieux et Emma se sentit l’irrésistible envie de lui prouver combien il était ridicule.

D’un trait rapide, elle dessina dans l’angle opposé au morpion un serpent à l’image de Nagini, qui faisait face à un minuscule livret d’où sortait le torse d’un jeune garçon tirant la langue vers l’animal.
Emma accentua l’aspect courroucé du serpent en travaillant son regard et ajouta autour de la scène quelques étincelles, crânes humains et autres croquis bien sentis.
Pour finir, elle se réfugia à son tour dans sa chambre. Courageuse, mais pas téméraire.

En soirée, la jeune femme sentit la fatigue la gagner rapidement et elle s’endormit en imaginant Voldemort ulcéré face à son croquis, se ruant à nouveau dans la chambre pour y malmener les meubles.
Elle vit également dans ses rêves des serpents, des livres, des morpions, des dragons et surtout des yeux rouge braise, envoûtants. Des yeux qu’elle n’avait pas eu l’occasion de vraiment observer depuis vingt quatre heures…
Emma se tourna dans son sommeil, grommelant son mécontentement face à cette intolérable situation de frustration.

Le lendemain, Emma songea un instant que Voldemort avait dû faire un récit détaillé à Nagini au sujet de ses croquis car il lui sembla que le serpent avait adopté l’attitude boudeuse de son maître.
Emma dû se contorsionner pour pouvoir apercevoir le serpent dans un creux de l’âtre : il empruntait régulièrement ce passage pour se rendre dans le château, et rien de ce que pu dire Emma ne le décida à la rejoindre.
- aaaah ! fit-elle, agacée, en agitant une main au-dessus de sa tête. Aussi mauvais caractère l’un que l’autre !
- j’ai entendu ! Reprocha Voldemort en entrant dans le salon, se dirigeant encore vers l’issue donnant sur le couloir
Le ton moqueur du sorcier emplit Emma de plaisir et dès qu’il eut refermé le panneau de bois derrière lui, elle lui tira ostensiblement la langue.

Méfiante, elle attendit quelques instants avant de se tourner vers ses feuilles.
Prête à s’éclipser au moindre bruit suspect, elle observa ses notes de la veille et son regard allant aussitôt vers les cases du Morpion.
Dans l’angle droit, un rond vert emplissait la case et Emma sentit son cœur accélérer sa course tandis qu’un sourire illuminait son visage. Finalement, le sorcier n’était pas si en colère que cela contre elle…
Elle observa ensuite son dessin et resta bouche bée quelques secondes : ses croquis semblaient dotés de vie et s’animaient sous ses yeux.
Emma s’approcha, collant presque son nez au papier et observa la scène qui se déroulait indéfiniment devant elle.

Le serpent dessiné, définitivement lassé de l’effronterie du génie du journal, se précipitait vers lui, tous crocs dehors.
Le malheureux personnage cessait immédiatement de tirer la langue et tentait tant bien que mal d’échapper à son poursuivant qui ne tardait pas à le rattraper et à l’avaler tout rond. Le journal, dans le gosier du serpent, provoquait un renflement amusant et Emma se souvint des illustrations d’Antoine de Saint Exupéry dans le petit prince, où un boa avale un éléphant…

Ignorant comment elle pourrait aider son pauvre Tom et le sortir d’un tel guêpier, elle entreprit, au lieu de modifier le premier dessin, d’en ajouter un second.
Sur celui-ci, Tom sortait totalement de son journal, qu’il utilisait pour assommer à grands coups le serpent.
Derrière elle, Emma sentit la présence de Nagini.
- tu ne vas pas bouder toi aussi ? lui fit elle avec toute la tendresse dont elle était capable. C’est juste pour faire enrager ton démon de maître. Ça n’a rien à voir avec toi…
Lorsqu’elle s’assit en tailleur, Nagini vint aussitôt se lover contre elle et Emma sourit en constatant qu’elle avait décidément un don avec les serpents. Celui qui s’enroulait autour d’elle se montrait incapable de la «bouder» bien longtemps.

Plusieurs jours s’écoulèrent sans qu’aucun dessin ne s’anime plus. Emma passait ses journées entières assise entre les anneaux de Nagini, lisant les ouvrages supplémentaires que Nott lui avait apportés, puisqu’elle avait achevé les premiers.
Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, Emma s’inquiéta de ne plus voir surgir le sorcier au désagréable caractère.
Elle finit par coller son oreille à la porte de la chambre de Voldemort, mais aucun son ne lui parvint. Lorsque, une nuit, Nagini se faufila dans sa chambre pour se blottir contre elle, Emma comprit que le maître de l’animal était absent à cette heure tardive également.

Bientôt, elle ne fut plus en mesure de se concentrer sur son travail. Assise, prostrée face à la porte du couloir, Nagini lové à ses pieds, elle attendait. Un sentiment de peur s’insinua en elle. Le vide et le silence qui régnaient à présent dans ces appartements la plongeaient dans un profond désespoir.
Emma tenta plusieurs fois de sortir dans le château mais la porte, irrémédiablement close, ne lui en laissait pas la possibilité.
La jeune femme veillait de plus en plus tard, parcourant d’un œil distrait les ouvrages complexes de temps à autres avant de se replonger dans la contemplation de la porte.

Enfin, son souffle se coupa lorsque des bruits de pas s’approchèrent. Plus de deux semaines s’étaient écoulées sans que Voldemort ne paraisse et Emma ne prit aucunement la précaution de se réfugier dans sa chambre. Peu lui importait si Lucius Malefoy risquait de se présenter en lieu et place du sorcier brun qu’elle attendait : elle était prête à prendre le risque, mais plus à supporter cette attente.
Ses craintes et ses espoirs furent comblés : Lord Voldemort entra, accompagné de Lucius.
Emma soupira d’aise en voyant le maître des lieux à nouveau présent et s’enfonça dans le canapé.

Malefoy la gratifia comme de coutume d’un regard froid et lorsque les yeux d’Emma croisèrent ceux de Voldemort, la jeune femme se figea.
Ce regard était à nouveau dur et glacé, mais Emma n’en eut cure. Elle avait la réponse à sa question, l’issue à son attente. Il était de retour, enfin.
La jeune femme sourit de soulagement avant de se lever pour se diriger vers sa chambre et lorsqu’elle ferma la porte derrière elle, le regard de Voldemort, posé sur elle, avait déjà perdu en partie sa rudesse.
Le sorcier, immédiatement, avait ressenti toute la détresse de sa captive, ses heures d’attente et d’angoisse et enfin son soulagement.

Hébété, il reporta son regard sur Lucius qui lui tournait le dos, soulagé de constater que son serviteur n’était pas témoin de son étonnement.
Lorsque le mangemort le laissa enfin, Voldemort se plongea à nouveau dans cette fraction de seconde où son regard avait sondé celui de la jeune femme.
Lorsqu’il avait été réduit à néant face à Potter, aucun de ses fidèles n’était venu à son secours. Les seuls qui l’auraient voulu étaient emprisonnés et les autres indifférents. Jamais personne ne l’avait attendu. Jamais on ne s’était inquiété pour lui, or il avait parfaitement compris qu’Emma s’était véritablement alarmée de son absence et ce dans une optique totalement désintéressée.

Elle ne s’était pas souciée de savoir ce qui adviendrait d’elle si il ne revenait pas, mais bien de ce qui pouvait le retenir si longtemps hors du manoir.
Voldemort se tourna dans son lit, s’enfonçant sous les draps en maugréant : lui n’avait pas un seul instant pensé à la petite moldu qui l’attendait et cela lui procurait un certain sentiment de culpabilité fort désagréable à son goût.
Sans comprendre les raisons de son attitude, il se leva sans bruit et, comme l’avait fait Emma si souvent, colla son oreille à la porte de la chambre de la jeune femme.
Lorsqu’il retourna se coucher, le sorcier était encore plus mécontent que quelques minutes auparavant : dans sa chambre, la jeune femme pleurait à chaudes larmes, déversant ainsi toutes ses appréhensions accumulées.

Le sentiment de culpabilité de Voldemort allait donc croissant, tout comme sa mauvaise humeur. Rien ne lui déplaisait plus que de se sentir redevable ou obligé envers quelqu’un. Rien ne lui déplaisait plus que de constater qu’on pouvait le considérer comme autre chose qu’un homme puissant et redoutable pour qui il y a lieu de se faire du souci.
D’un geste rageur, Voldemort se couvrit de sa couette, comme pour faire taire cette petite voix qui lui disait qu’effectivement, rien ne pouvait lui déplaire autant que tout cela, exceptés peut-être les pleurs de cette fille.
Chapitre 9 by Morgane
D’un geste rageur, Voldemort se couvrit de sa couette, comme pour faire taire cette petite voix qui lui disait qu’effectivement, rien ne pouvait lui déplaire autant que tout cela, exceptés peut-être les pleurs de cette fille.

Le lendemain, Emma se leva aussi fatiguée que si elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Elle avait tant pleuré que ses larmes semblaient avoir emporté toute sa vigueur. La jeune femme se dirigea vers la salle de bain d’un pas incertain et resta rêveuse de longues minutes sous l’eau qui en coulant produisait un son réconfortant qui la coupait du monde.
Elle se replongea quelques heures en arrière, tentant d’analyser son comportement de la veille.

Jamais elle n’avait ressenti un tel sentiment d’angoisse pour l’absence de quelqu’un. Jamais elle ne s’était laissée envahir par cette impression de «manque» ni non plus effondrée de soulagement comme cela venait d’être le cas.
Emma s’inquiétait : lorsqu’elle avait compris quelques mois plus tôt qu’elle ne reverrait pas ses amis aussi vite que prévu, elle n’en avait éprouvé aucune tristesse. Personne ne l’attendait vraiment, personne ne lui manquait et même si elle appréciait la compagnie de bien des gens, elle ne pensait pas pouvoir compter parmi eux une seule présence qui lui soit «indispensable », or là, elle avait agit comme si sa vie ne pouvait se poursuivre sans cet homme.

Emma sentait son humeur se dégrader au fur et à mesure de ses réflexions : c’était bien sa vaine ! Elle avait été courtisée par de nombreux jeunes hommes, en France, mais ne s’était pas souciée de cet aspect là de son existence ; son travail passait avant tout le reste. Sa passion pour ses études était plus forte que tout autre, et là, aujourd’hui, il fallait qu’elle soit affectivement dépendante d’un homme qui avait tout pour encourager à la fuite !

Un sorcier qui ne jugeait la vie d’autrui utile que lorsqu’on pouvait lui apporter un quelconque soutien pour son projet et qui considérait les moldus comme une vermine à exterminer…
Emma se sécha lentement en appréciant le contact doux de la serviette sur son corps qui lui semblait endolori, songeant avec amertume que, comble de l’ironie, elle n’avait pas su prévoir et comprendre tout ceci plus tôt.
Jamais elle n’aurait cru réagir de la sorte pour une simple absence.

Emma songea l’espace d’un instant qu’elle était victime d’un sort mais se ressaisit vite : inutile d’accuser le monde entier pour sa propre faiblesse ; il semblait évident qu’elle était en train de s’attacher à ce sorcier d’une façon que toute sa raison et son bon sens lui interdisaient.
La jeune femme décida d’être un peu plus à l’écoute d’elle-même ; il était tout de même incroyable qu’elle soit en mesure d’interpréter tant de choses complexes lues dans des livres alors que parallèlement elle était incapable de se comprendre elle-même.
Emma résolut donc de se méfier… se méfier de tout et surtout d’elle. Hors de question qu’elle continue dans cette voie qu’elle avait d’ailleurs encore du mal à accepter.

Elle eut l’impression, toute la matinée, de travailler au ralenti. Lire au ralenti. Ecrire au ralenti. Comme si le temps s’était figé pour reprendre ensuite lentement sa marche.
Un accord tacite semblait avoir été passé entre Voldemort et elle. Le sorcier s’installa comme à son habitude sur le canapé et aucun des deux n’émit le moindre son durant de longues heures.
Emma sourit en constatant que, comme toujours, les recherches étaient pour elle un excellent moyen d’oublier ses soucis.

Seul Nagini semblait déterminé à ne pas faire «comme si de rien n’était». L’animal s’enroulait autour d’Emma, la bloquant parfois si bien qu’elle devait se dégager pour pouvoir se lever et écrire, et il dardait vers son maître un regard furieux.
Il se ruait parfois vers lui, passait sa tête triangulaire par-dessus le livre que le sorcier lisait en dardant une langue fourchue que Voldemort écartait d’une main distraite.
Emma finit par se retourner lorsqu’un bruit sourd vint perturber le silence de ses réflexions : Nagini venait, par un coup de tête appuyé, de faire tomber l’ouvrage que lisait Voldemort.

Celui-ci regarda l’animal, perplexe, et ramassa le livre. Il tenta d’en frapper le serpent mais ce dernier se dirigeait déjà vers Emma qui observait la scène, l’entourant de ses anneaux en passant dans son dos puis par-dessus son épaule, fixant son maître, soudain immobile.
Emma se dégagea un peu plus brusquement qu’à l’accoutumée, surprise et peu habituée à ce que Nagini s’entoure totalement autour d’elle alors qu’elle était debout, comme s’il avait voulu l’étouffer.
L’animal, excédé, claqua des mâchoires près des mollets de la jeune femme, qui fit un bon en arrière, bouche bée.
- mais il est fou… murmura-t-elle en observant le serpent.

Voldemort se leva, tandis qu’Emma restait sur ses gardes face à un Nagini qu’elle ne reconnaissait pas. Le serpent ondulait rapidement sur le tapis, comme s’il était pris d’une frénésie incontrôlable. Emma jugea que ce devait être sa façon de manifester une certaine colère, mais elle n’en saisissait pas la raison ;
Le sorcier s’adressa à l’animal en fourchelang, et celui-ci s’immobilisa, relevant son long corps vers lui, attentif.

Emma resta perplexe lorsqu’elle comprit que Nagini répondait à son maître, et écouta attentivement sans pourtant comprendre qui que ce soit.
Voldemort se tourna enfin vers Emma, qui fixait toujours l’animal, guettant le moindre son suspect. La jeune femme finit par se résoudre à détourner son regard vers le sorcier, persuadée que Nagini n’émettrait plus le moindre bruit.
Le sourire de Voldemort intrigua Emma.
- qu’est-ce qu’il dit ? questionna-t-elle finalement, trop curieuse pour continuer à garder le silence.

- des tas de choses stupides et sans intérêt.
Voldemort se dirigea à nouveau vers le canapé, mais Nagini reprit son ballet inquiétant. Il s’approcha de son maître et fit mine de vouloir le mordre à son tour, mais le sorcier n’était pas aussi tendre que la jeune moldue.
D’un mouvement sec, il assomma presque l’animal à l’aide de son livre en crachant quelques paroles incompréhensibles pour Emma.
La jeune femme poussa un cri en plaquant sa main sur sa bouche.

Nagini s’éloigna vers l’âtre d’un mouvement lent qui témoignait de son état hébété. Le coup qu’il venait de recevoir le laissait étourdi.
- NON MAIS ÇA VA PAS !! tempêta Emma dont le regard foudroyait le sorcier.
Elle se rua vers l’animal qui empruntait déjà le conduit menant dans le château, disparaissant de leur vue.
- Nag’, appela t’elle en passant la main par le creux de l’âtre. Reviens….
Le serpent sortit sa tête donc les yeux flous inquiétèrent Emma qui se tourna vers Voldemort tout en posant sa main sur le serpent dans un geste affectueux.

- vous lui avez fait mal ! reprocha-t-elle.
- c’était le but. Répondit le sorcier d’une voix sèche.

Il s’avança vers elle et la releva brusquement en l’empoignant par le col de son pull. D’un mouvement brusque, il la plaqua contre la cheminée dont le manteau heurta le crâne d’Emma, déjà embrouillé par tant d’évènements.
Le sorcier approcha son visage du sien, le regard flamboyant de haine et de colère.
- je ne tolère pas qu’on me montre de l’irrespect, et ça vaut pour tout le monde ici ! Y compris pour lui. Y compris pour toi. Souffla-t-il sans désserrer les mâchoires sous l’effet de la colère.
- lâchez-moi ! tempêta Emma qui s’étonnait elle-même de ne pas se sentir envahie par la peur.
D’un mouvement habile qui surprit le sorcier, elle se dégagea pour se frotter ensuite la tête à l’endroit où elle s’était cognée.

Voldemort la regarda, un moment perplexe : Emma s’était libérée et le laissait à présent, dos à la cheminée, tandis qu’elle avait rejoint le centre du tapis.
- ah oui… fit-il soudain. J’aurais dû me souvenir… Mrs Darvoit est également férue de sports de combat. Voyons un peu si tu sauras te débrouiller face à ceci !
Le sorcier sortit de la poche de sa cape une fine baguette et Emma cessa de se soucier de sa bosse.
Elle darda sur l’homme un regard plein de promesses et aucun mot ne fut nécessaire.
Voldemort sentit la colère monter en lui à présent qu’il hésitait. Les yeux de cette fille parlaient aussi bien que n’importe quel langage et il le savait : si il lançait un sort contre elle, maintenant, elle ne lui accorderait plus jamais ni confiance ni soutien. Elle préférerait mourir que de devoir lui obéir. Cette peste avait autant d’orgueil et de volonté que lui !

Emma était bien trop intelligente pour ignorer que le sorcier avait parfaitement saisit l’attachement qui la liait à lui, depuis qu’il avait surpris son attente la veille au soir. Même si elle ne l’avait jamais exprimé par des mots, Voldemort était quant à lui assez habile pour comprendre qu’Emma n’agirait jamais de façon à lui faire du tort.
En contre partie, devrait-il lui accorder un certain privilège ? Voldemort osa un regard furtif dans son dos, vers Nagini qui pointait sa tête hors de l’âtre, le regard fixé sur son maître.

Le sorcier grimaça en songeant aux paroles du serpent qui n’avait fait que l’encourager à parler à Emma, à la rassurer sur son absence passée, à lui expliquer pourquoi il avait tant tarder à revenir alors qu’elle l’attendait, prostrée.
Il lui avait rapidement expliqué que la jeune femme s’était morfondue en son absence et quelques minutes plus tard, au lieu des paroles réconfortantes que son serpent espérait lui voir prononcer, il la menaçait de sa baguette…

Voldemort se surprit à chercher quel sort il pourrait utiliser pour donner une leçon suffisamment forte à la jeune femme sans pour autant qu’elle lui en veuille ensuite au point d’abandonner ses recherches, au point de le détester….
- et bien alors, fit Emma d’une voix sèche qui ne lui ressemblait pas et qui tétanisa le sorcier, il y en a tellement que vous ne savez plus par lequel commencer ?
Voldemort se figea, surpris de sentir son sang se glacer au fur et à mesure que le ton sec d’Emma emplissait la pièce.
Il préférait de loin l’entendre rire ou poser des questions d’une voix pressée par la curiosité.

Les yeux de la jeune femme, posé sur lui, n’avaient plus rien de l’admiration qu’ils exprimaient d’ordinaire et le sorcier en éprouvant un certain regret. Malgré tout, son honneur lui était bien plus précieux que cette moldue et il leva sa baguette.
Un doloris n’avait encore jamais tué personne… Mais il tuera à jamais l’affection qu’elle a pour toi.

Etait-ce la voix de Nagini ? Ou bien celle de la sorcière du portrait ? En tout cas, Voldemort refusa d’émettre l’hypothèse que ces mots puissent être issus de ses propres pensées.
Cependant, Emma n’était pas du genre à attendre qu’on veuille bien la malmener. Si elle avait fait preuve de docilité face à l’imposant Crabbe, Voldemort, malgré toute sa puissance, l’impressionnait moins, physiquement parlant… et elle n’était pas vraiment pressée de tester la force de ses pouvoirs.
Avant même que le sorcier puisse comprendre ce qui lui arrivait, sa baguette était entre les mains d’Emma. Peu habitué à ce qu’on face preuve de tant d’audace face à lui, le sorcier n’avait pas eu même le temps d’esquisser la moindre défense.

La rage de Voldemort submergea soudain tout autre sentiment en lui mais dès qu’il voulut se ruer vers elle, Emma prit entre ses deux mains la baguette dans un geste éloquent : au moindre faux pas, elle la briserait.
Le sorcier tremblait de fureur et Emma remarqua que jamais ses pupilles n’avaient été aussi écarlates.
- et maintenant ? questionna-t-elle d’une voix à nouveau neutre, on fait quoi ?
- je vais te tuer… cracha Voldemort qui tentait de discipliner sa respiration saccadée par la colère.

Si par malheur cette fille avait le temps de briser sa baguette, que pourrait-il dire à ses serviteurs ? «Lucius, allez donc m’acheter une baguette, une moldue a brisé la mienne». Voldemort, désarmé par une gamine sans aucun pouvoir ! Le coup lui serait fatal ; jamais il ne s’en remettrait…
Cependant, les yeux d’Emma s’étaient légèrement voilés à ses dernières paroles et Nagini fila entre les jambes de son maître pour rejoindre la jeune femme.
Le sorcier reporta un instant son regard sur le serpent et lorsqu’il fixa à nouveau Emma, une nouvelle vague de sentiments confus l’ébranla.

Voldemort, peu habitué à ressentir plus de deux émotions à la fois, avait l’impression que son cerveau s’engourdissait face aux larmes qui coulaient à présent sur les joues d’Emma. De la surprise il était passé à la colère puis à la rage intense tout en subissant les assauts du doute. Et à présent qu’était-ce ? Il n’allait tout de même pas regretter son attitude face à ce qu’il pouvait considérer comme de l’insolence... Pas si vite, pas si tôt. Et encore moins se laisser «attendrir» par cette comédie.
Déterminé à ne rien faire qui puisse porter tort à sa réputation, il décida d’ignorer ce désir de cesser là cette dispute, et avança vers elle.

Emma tenait encore sa baguette, prête à la briser, et recula d’un pas.
- avec celle-ci ou avec une autre, menaça Voldemort d’une voix grinçante, je vais te donner une leçon dont tu te souviendras longtemps…
Le sorcier aurait voulu se jeter sous la douche et s’asperger d’eau glacée pour pouvoir reprendre possession de ses moyens. Une leçon dont elle se souviendrait ? Il n’espérait qu’une chose au contraire, c’était qu’elle oublie… Qu’elle recommence à le harceler de questions et à s’intéresser à lui, à Tom, à Nagini et la magie, n’importe quoi pourvu qu’elle ne le déteste pas comme tous les autres…
Un sort d’oubliette, jugea-t-il, était le mieux à faire. Mais il fallait avant tout reprendre son bien…

Le sang du sorcier se figea soudain dans ses veines : ça y était, son heure était venue… Trois coups secs caractéristiques à la porte annonçaient Lucius Malefoy…
Voldemort serra les poings, luttant contre l’envie de hurler sa rage face à cette situation désastreuse et déshonorante. A nouveau, il se sentit déstabilisé face au regard d’Emma.
Les yeux de la jeune femme, emplis de larmes qu’elle ne parvenait pas à retenir, parlaient encore pour elle.

Rien au monde ne lui ferait risquer le déshonneur du sorcier face à elle et quitte à perdre la vie, elle ne laisserait pas quiconque être témoin de sa propre mutinerie.
Ces affronts là devaient rester leur seul souci, leur «secret». Emma savait parfaitement que Lord Voldemort ne pourrait pas tolérer que l’attitude d’une moldue comme elle vis-à-vis du Seigneur des Ténèbres soit exposée au grand jour.
Faire preuve d’effronterie était une chose, et le sorcier avait souvent prouvé qu’il savait parfois lui pardonner ces écarts de comportement que pourtant il ne permettait à aucun autre, mais si Lucius était témoin du « spectacle »…

D’un geste vif, Emma lança la baguette vers le sorcier, qui la saisit au vol, sans quitter la jeune femme des yeux.
Voldemort avait bien du mal à comprendre une telle attitude. Pourquoi cette fille risquait-elle sa vie dans le seul but de l’épargner lui et son orgueil démesuré ?
Emma soutint quelques secondes le regard du sorcier, attendant qu’il prenne sa décision, et lorsque Malefoy frappa à nouveau contre la porte, elle fit volte face pour se réfugier dans sa chambre tandis que Voldemort restait immobile près de l’âtre, Nagini à ses pieds.

- entrez ! ordonna le sorcier tandis qu’Emma s’effondrait dans sa chambre, glissant contre le panneau de bois.
Elle resta quelques instants adossée à la porte puis se traîna lamentablement jusqu’à son lit, s’y effondrant pour pleurer encore.
En elle, la rage et la tristesse se disputaient son âme. La rage de se voir encore dans un état si méprisable et en même temps incontrôlable, toujours en raison de ce sentiment inexplicable qui la liait au sorcier et la tristesse de constater qu’elle n’était rien pour lui qu’une savante petite chercheuse qu’il n’épargnait que pour conserver une chance de voir son projet aboutir.

Emma se demanda si elle aussi n’était pas un peu sorcière et capable de lire dans le regard des gens, car elle avait fort bien perçu la haine dans celui de Voldemort, et donc, s’il la haïssait tant, il ne devait la garder en vie que pour ses études. A quoi bon s’en offusquer, ragea Emma, c’était exactement ce qu’il lui avait dit lors de leur première entrevue. Qu’allait-elle donc espérer ou croire ?
Emma saisit un coussin qu’elle enfonça sur sa tête, le visage enfoui dans le matelas, et hurla tout sa colère et sa peine.

Dans le salon, Voldemort écouta d’une oreille distraite les paroles de Lucius qui n’apportaient aucune information nouvelle…
Dès que son serviteur quitta ses appartements, le Lord Noir se dirigea vers la chambre d’Emma. Il serra les poings d’énervement en constatant que, face à cette porte, il hésitait à frapper pour annoncer son arrivée. Il était encore chez lui et libre d’aller là où bon lui plaisait sans avoir à demander la permission à qui que ce soit !
Le sorcier entra donc brusquement, ouvrant la porte comme s’il tenait à faire comprendre aux murs eux-mêmes qu’ils étaient siens.

Un frisson glacé lui parcourut alors l’échine : sur le lit, Emma restait immobile, la tête couverte par un oreiller volumineux.
Le regard du sorcier se posa instinctivement sur son dos, et le soulagement qu’il ressentit en voyant le corps de la jeune femme se soulever doucement au rythme de sa respiration fit à nouveau affluer en lui une bouffée de mauvaise humeur.
Voldemort s’approcha alors et s’accroupit près du lit. Après quelques instants d’hésitation exaspérante, il souleva le coussin pour le jeter un peu plus loin.

De longues minutes, il regarda la jeune femme dormir, les joues encore humides de pleurs, puis finit par se relever lentement et sortir de la chambre à pas silencieux.
Il referma la porte le plus doucement possible, compte tenu des tremblements nerveux qui le parcourraient.
Il finit par s’adosser à la porte, soupirant en balayant le salon du regard, épuisé d’avoir eu à lutter contre cette fille, son serpent, ses propres colères et ses agaçants accès de faiblesse.
Baissant la tête dans une attitude lasse, ses yeux rencontrèrent ceux de Nagini.
- depuis quand, murmura-t-il, Le Seigneur des Ténèbres prend garde à ne pas réveiller une moldue ?

Tout comme l’avait fait Emma peu de temps auparavant de l’autre côté de cette même porte, il se laissa glisser et s’assit au sol, enserrant son crâne entre ses mains.
- quand suis-je devenu si faible ? ajouta-t-il en crispant ses poings sur ses cheveux.
Le Lord Noir resta toute la soirée adossé à cette porte, incapable de trouver le courage ou l’envie de rejoindre le canapé ou sa chambre.
Voldemort laissait son esprit parcourir les longues années qu’il avait vécu dans le doute et l’angoisse. Il avait beau chercher, rassembler tous ses souvenirs, il ne se rappelait pas avoir jamais rencontré quelqu’un qui lui soit aussi fidèle que cette fille…

Ce paradoxe ne lui convenait guère et il cherchait donc presque désespérément une quelconque preuve qui pourrait lui prouver qu’Emma ne méritait nullement qu’on la ménage.
Malgré tout, les rares personnes qui avaient été prêtes à mourir pour lui étaient soit aliénées, soit subjuguées par son pouvoir.
Qu’adviendrait-il de la parfaite loyauté de Lucius si son maître perdait demain sa force ? Peter n’était revenu à lui qu’en désespoir de cause, Barty Croupton l’avait vénéré comme une idole mais sa fidélité n’avait eu d’égale que sa folie… Quant à Bellatrix, elle n’espérait rien de plus que bénéficier de la protection de son maître, et pourquoi pas de quelques privilèges que la terreur des mangemorts apporterait dans le monde sorcier, sitôt que le pouvoir leur serait rendu…

Aucun d’entre eux ne risquerait sa vie pour lui, excepté dans les cas où ils savaient que le Lord Noir était en mesure de se venger de leur couardise…Toutes les actions que ses mangemorts avaient menées étaient motivées par la peur qu’ils éprouvaient pour leur maître, ou l’ambition commune qu’ils entretenaient avec lui.
Emma, elle, n’avait plus peur depuis longtemps… Ou plutôt, la peur qui se reflétait dans son regard n’était pas celle de ses pouvoirs.

Elle semblait craindre, par dessus tout, les moments où il lui montrait un visage haineux. Voldemort prit peu à peu conscience que bien plus que n’importe quel sortilège, ses paroles et ses décisions avaient le pouvoir de blesser la jeune femme.
Peu importait quel sort il aurait pu lui lancer, peu importait la douleur physique qu’il aurait pu provoquer.
Le simple fait de prononcer l’incantation aurait profondément atteint Emma, car ceci lui aurait donné la preuve qu’il n’accordait aucune importance à l’affection qu’elle lui portait, à cette si timide ébauche de relation respectueuse, basée sur une certaine complicité, voire même une amitié… Lancer ce sort aurait prouvé que, pour conserver son statut de Maître, il était prêt à tout perdre, la concernant…

Voldemort avait hâte de pouvoir sonder l’esprit de sa captive ; que penserait-elle ? Avait-il finalement renoncé à ce sort par manque de temps, par hésitation ou bien par réel désir de ne pas la faire souffrir ? Lui-même était incapable de répondre à cette question, comment Emma pourrait-elle jamais trouver la réponse ?
Le Lord Noir regardait la nuit tomber par les fenêtres qui s’ouvraient si haut dans la cloison qu’elles ne permettaient nullement de pouvoir observer le parc alentour.

Entouré par la pénombre, il finit par se lever et entra à nouveau dans la chambre. Il constata que son attitude prévenante ne l’agaçait plus mais qu’au contraire, ses efforts pour être «aimable» sans avoir l’air de vouloir l’être, le faisait sourire.
Ainsi, il ne frappa pas à la porte mais au lieu d’enserrer directement la poignée, sa main était venue frotter le bois, presque inconsciemment, annonçant par ce léger frottement son arrivée.

Assise dans son lit, adossée au mur et les jambes recroquevillées sous son menton, Emma le regarda entrer. Elle avait à nouveau saisi son oreiller qu’elle tenait fermement contre sa poitrine, enserrant également ses jambes de ses bras.
Ses yeux ne reflétaient aucun peur et beaucoup moins de tristesse. En revanche, le sorcier put y lire une certaine déception et un vide angoissant.
Emma semblait attendre là que le temps passe, vidée de toute énergie et de toute motivation pour quoi que ce soit.

Le sorcier s’appuya au montant de la porte sans lâcher la poignée et l’observa quelques secondes en silence.
- j’ai envie de jouer aux échecs. Déclara-t-il soudain.
Sa voix sembla irréelle dans le silence qui engourdissait le manoir.
- je suis fatiguée, répondit Emma en un murmure, abandonnant définitivement son habituelle obéissance empressée.
Le Lord Noir s’étonna encore de ne pas s’emporter face à ce refus à peine dissimulé de sacrifier à ses désirs alors qu’il faisait preuve d’une bonne volonté rare en n’entamant pas cette discussion par un sort vengeur, comme il l’aurait pourtant fait en bien d’autres circonstances.

- ça m’est complètement égal, sourit-il en levant sa baguette.
Emma eut beau serrer le coussin tant qu’elle put, elle ne parvint pas à le maintenir contre elle. Elle le vit s’élever mais resta prostrée sur son lit, refusant de rejoindre le salon. Un léger mouvement de poignet du sorcier lui fit soudain pousser un cri perçant : le matelas venait de se retourner, la projetant au sol sous un amas de couverture, et l’oreiller la chassa hors de la chambre en la poussant à grands coups dans le dos et sur la tête.
Emma s’écroula bientôt sur le canapé, pestant et jurant en dardant sur le sorcier un regard furieux qui le fit rire encore.

Voldemort installa d’un geste l’échiquier dont les pièces ne firent aucun commentaire désagréable. Emma croisa les bras, peu enclin à céder si vite, étonnée elle-même de se voir agir de façon si capricieuse.
- si tu ne parviens pas à gagner une partie, fit Voldemort en se penchant vers elle au dessus du plateau, je me verrai dans l’obligation de te faire donner des cours particulier par Lucius…
Emma conduisit de nombreuses fois ses pièces à la défaite sans parvenir à améliorer son jeu.
Elle finit par s’endormir sur le fauteuil tandis que Voldemort, à nouveau assis à côté d’elle, tentait de lui expliquer un moyen simple de parer quelques coups.

Sidéré de constater qu’il provoquait en elle si peu de crainte pour qu’elle puisse s’endormir à quelques centimètres de lui, Voldemort resta de longues minutes silencieux, l’observant encore sous l’œil curieux de Nagini.
Le sorcier se pencha vers elle en fixant son serpent, amusé de déceler la méfiance dans son regard et murmura à Emma
- tu t’endors alors que je te parle…
La jeune femme bougea légèrement dans son sommeil, tournant la tête vers lui. Voldemort dégagea une mèche de cheveux clairs du visage endormi et poursuivit
- je vais vraiment me vexer, si tu continues à agir de la sorte…

A chacun de ses mots, Emma semblait frémir, comme si un rêve agitait son esprit.
- tu sais, il faut prendre garde à ne pas me vexer, insista le sorcier, pourtant persuadé que la jeune femme ne l’entendait pas.
Nagini approchait encore, donnant l’impression de vouloir saisir les paroles de son maître.
- il ne faut pas me vexer, reprit Voldemort, parce que…
Mais la voix endormie d’Emma le condamna au silence, puis à la stupéfaction, et le sorcier regarda Nagini onduler jusqu’à l’âtre comme s’il était à présent satisfait de ce qu’il venait d’entendre.
- tu m’ennuies, avec ton sale caractère, Tom.
Chapitre 10 by Morgane
Nagini approchait encore, donnant l’impression de vouloir saisir les paroles de son maître.
- il ne faut pas me vexer, reprit Voldemort, parce que…
Mais la voix endormie d’Emma le condamna au silence, puis à la stupéfaction, et le sorcier regarda Nagini onduler jusqu’à l’âtre comme s’il était à présent satisfait de ce qu’il venait d’entendre.
- tu m’ennuies, avec ton sale caractère, Tom.

Voldemort observa la jeune femme en sentant son cœur accélérer sa course. Il écouta sa respiration lente, soulagé de constater qu’elle dormait vraiment et que ces paroles n’étaient donc pas délibérément formulées.
Cependant, il y avait tout de même lieu de s’inquiéter : ces mots anodins prouvaient qu’Emma, inconsciemment ou non, avait réussi à faire le rapprochement entre Tom et ce Lord Noir qu’il était devenu.
Combien de temps cette information prendrait-elle pour se faire définitivement claire dans l’esprit d’Emma ?

Voldemort se leva lentement, prenant mille précautions pour ne pas réveiller la jeune femme, car il tenait à pouvoir réfléchir à ce «problème» en toute tranquillité.
Il se dirigea vers sa chambre et s’empara du fin carnet coincé entre de lourds ouvrages dont une vaste bibliothèque pliait sous le poids.
Il l’ouvrit d’une main habile, saisissant une plume de l’autre et s’assit à son bureau.
- Lumos, chuchota-t-il en levant la main vers les pages immaculées tandis que des torches inondaient soudain la pièce de leur lumière orangée.
- as-tu dis à Emma qui tu étais ? questionna-t-il sans préambule
- jamais. Répondit Tom.
- as-tu dis quoi que ce soit qui puisse la faire douter ?
- pas que je sache, fit le carnet avec toute l’honnêteté dont il était capable. Mais elle a souvent fait des rapprochements, au niveau de nos caractères. Et je crois également qu’elle a perçu les changements de typographie, lorsque tu as pris ma place pour écrire.

Voldemort soupira en passant une main fébrile dans ses cheveux noirs, frissonnant au contact de la plume sur son front. Que cette moldue soit d’une intelligence rare présentait de nombreux avantages, mais aussi des inconvénients.
- il y a un problème ? demanda à son tour Tom.
Voldemort hésita. Se pourrait-il que ce journal le trahisse tout comme le faisait finalement Nagini, songea-t-il en grimaçant de mécontentement. Comment pourrait-il se trahir lui-même ?
- dans son sommeil, elle fait l’amalgame entre nous. Elle m’appelle Tom. Ecrivit-il finalement.

Voldemort eut la sensation que le journal allait lui échapper des mains, comme si le fin livret avait brusquement vibré sur sa paume.
- dans son sommeil ? interrogea l’écriture soudain plus hachée. Comment ça dans son sommeil ?
Voldemort sourit devant ces pages, perplexe face à cette surprise teintée de désaccord.
- elle s’est endormie sur le canapé, écrivit le Lord Noir, et elle murmure dans son sommeil, oui.
- elle murmure ?! Et comment se fait-il que tu puisses l’entendre, si elle murmure ?! Tu devais être bien assez près !!
Le sorcier rit de brèves secondes avant de se condamner lui-même au silence, tendant l’oreille en se demandant s’il n’avait pas fini par réveiller cette enquiquineuse qui lui donnait bien du tourment.

- je n’ai pas de leçon à recevoir de toi. Ecrivit Voldemort, définitivement convaincu que le monde entier s’était levé au matin avec la ferme intention de lui déplaire.
Chacun semblait avoir mis, tout au long de la journée, un point d’honneur à lui manquer de respect.
- je ne donne aucune leçon. Je remarque. Rétorqua Tom d’une écriture rapide qui traduisait son agacement. Tu me reproches de «fraterniser avec l’ennemi» mais au final, tu fais pire que moi ! et tu ne m’as toujours pas dit pourquoi tu lui avais montré tes yeux, l’autre jour ! je croyais que tu tenais à ce que personne ne puisse les voir ?
- je t’ai déjà répondu. Ecrivit Voldemort. Je souhaitais lui faire peur, mais ce fut un échec.
- menteur.

Voldemort faillit échapper le journal à la lecture de cette accusation.
- énerve toi si ça te tente, reprit Tom, mais n’oublie pas à qui tu parles. Nous avons bien des moyens pour lui faire peur, autre que ce genre de procédé.
Le sorcier nota ce «nous» et comprit parfaitement l’avertissement de Tom. Il n’avait jamais été dupe d’un mensonge, surtout aussi grossier, et en effet, il lui fallait ne pas oublier à qui il parlait.
Finalement, il éprouvait une certaine fierté en constatant que déjà, bien des années auparavant, il était assez habile pour déceler la rouerie chez autrui.
Sans un autre mot, il ferma le carnet et le poussa sur son bureau. Il croisa les bras sur le meuble avant d’y enfoncer sa tête, soupirant à nouveau de lassitude.

Au bout de plusieurs minutes, il finit par se lever et, après avoir constaté qu’Emma dormait à poings fermés, se glissa à son tour dans son lit.
Il s’endormit rapidement, excédé par la pensée qui le torturait : l’espace d’un instant, il avait envisagé de prendre la jeune femme dans ses bras pour la reconduire vers sa chambre mais soudain, tout son être s’était alarmé à cette perspective et il avait décidé de la laisser là pour la nuit.
Il n’avait pas non plus souhaité utiliser la magie pour la faire léviter jusqu’à son lit et toute l’horreur de cette révélation l’assaillait. Quel danger avait-il donc perçu à la simple idée de toucher cette fille ? Frissonnant à l’idée même de sentir sa présence si près de lui en imaginant la tenir endormie dans ses bras, il sentit une chaleur insupportable l’envahir, parfois accompagnée de nausée.

Le Lord Noir passa une très mauvaise nuit, tiraillé entre le plaisir et le dégoût que provoquaient en lui de telles pensées et se leva aux aurores, incapable de supporter plus longtemps des rêves qui donnaient une suite parfois gênante à toutes ses interrogations.
Se dirigeant vers la salle de bain, il resta immobile en apercevant Emma dans le salon. La jeune femme avait pris une couverture et changé de canapé, s’installant sur celui qu’il avait coutume d’utiliser et qui lui permettait de s’allonger totalement.
Il s’approcha d’elle et sentit ses poings se serrer en constatant qu’elle dormait blottie entre les anneaux de SON serpent. Ou bien était-ce le fait que Nagini soit si près de SA captive qui faisait bouillir son sang dans ses veines ?

Le sorcier se souvint qu’effectivement, Nagini ne l’avait pas rejoint de la nuit et il en comprenait à présent la raison.
Son long corps s’enroulait autour d’une jambe d’Emma tandis que sa tête reposait sur son épaule. Les cheveux clairs d’Emma recouvraient en partie la fine tête triangulaire de l’animal et retombaient en cascade vers le sol.
Voldemort laissa son regard glisser le long du corps de la jeune femme que Nagini semblait protéger tel un bouclier vivant. Le sorcier songea que le contact de la peau froide du serpent sur cette jambe dénudée aurait provoqué des hurlements chez bien des personnes…

Le serpent s’agita peu à peu, l’extrémité de son corps ondulant légèrement en provoquant un mouvement chez Emma.
- tu me chatouilles, Nag, murmura-t-elle en tournant la tête vers lui.
Nagini s’extirpa de ses cheveux et après avoir touché le nez d’Emma de sa langue chatouilleuse se tourna vers son maître.
Emma suivit son regard et prit soudain conscience de la présence du sorcier ; elle replaça précipitamment la couverture sur elle en se redressant.
- ta chambre ne te convient plus ? questionna Voldemort pour couper cours à ce sentiment de gêne qui commençait à l’envahir lui aussi.
- ma chambre est parfaite. Répondit Emma d’une voix claire, parfaitement réveillée par la situation. Mais mon lit est plutôt… désordonné…

Voldemort grimaça en se rappelant soudain dans quel état il avait laissé le matelas la veille. Sans un mot supplémentaire, il se dirigea vers la chambre d’Emma, qui en profita pour se réfugier dans la salle de bain.
Le Lord Noir constata donc, perplexe, qu’il venait de se faire damner le pion par cette chipie.
Il cogna de son poing à la porte, riant devant cette énième marque d’effronterie.
Condamné à patienter pour pouvoir profiter de la douche, il utilisa ces quelques minutes «libres» pour étudier le large tableau qu’Emma continuait d’utiliser pour ses notes.
Lorsque la jeune fille consentit enfin à lui céder SA salle de bain, il pointa du doigt la feuille nouvellement entamée.
- et le jeu ? questionna-t-il. C’est fini ?

- oui, rétorqua aussitôt Emma. Vous avez perdu.
Elle finit par poursuivre, sous le regard mi perplexe mi scandalisé du sorcier.
- parfaitement ! perdu par forfait ! il ne fallait pas partir. J’ai considéré ça comme un abandon.
L’espace d’un instant Emma se remémora ses premières rencontres avec le sorcier. La façon dont il avança vers elle d’un pas digne des plus dangereux prédateurs la figea quelques secondes, jusqu’à ce que son regard accroche le sien.
Les pupilles écarlates de Voldemort attirèrent alors à nouveau toute son attention, lui faisant oublier ses furtives craintes.
- apprends, jeune écervelée, que je n’abandonne jamais.
Après un sourire amusé, il contourna la jeune femme pour se diriger vers la salle de bain.
- à présent, si tu permets… fit-il en fermant la porte derrière lui.

Les jours qui suivirent rappelèrent à nouveau à Emma l’oeuvre d’Antoine de Saint Exupery. Tout comme le Petit Prince avait dû apprivoiser le renard en restant immobile près de lui, elle prenait conscience que peu à peu, la proximité du sorcier la laissait de moins en moins tendue. Le temps où sa seule présence la rendait nerveuse était bel et bien obsolète et Emma se demanda qui, d’elle ou de Voldemort, jouait le rôle de l’apprivoiseur et de l’apprivoisé…
Ses questions et ses interventions semblaient de moins en moins ennuyer le sorcier qui répondait régulièrement avec une bonne volonté manifeste qui réconfortait Emma.

Souvent, au cours de ses recherches issues de ses nouvelles lectures, elle se trouvait ralentie par un doute ou une ignorance.
Elle se tournait alors généralement vers le sorcier qui relevait la tête vers elle avec un sourire mutin, mimant l’agacement face à cette énième demande qu’il refusait toujours :
- j’ai besoin de Tom. Déclarait invariablement Emma en retenant à grand peine son rire au fur et à mesure que les jours s’écoulaient et que la scène se répétait.
- il n’est pas là, répondait toujours Voldemort avec une mine faussement ennuyée. Mais peut-être puis-je être d’une quelconque utilité ?
Malgré tout, Emma aurait bien souhaité qu’une fois le sorcier change de registre et se lève pour lui rendre son précieux assistant.

Ceci lui apparut surtout lorsque, lors d’une absence de Voldemort, elle constata qu’une paresse inhabituelle s’emparait d’elle : hors de question qu’elle parte à l’assaut de nombreux ouvrages épais pour vérifier une simple théorie. Elle décida donc d’attendre le retour du sorcier, frissonnant un instant en imaginant qu’il puisse ne pas revenir avant plusieurs jours, et s’allongea sur le dos à même le tapis.
Observant les hautes fenêtres qui ne laissaient voir qu’un bout de ciel bleu, Emma songea que rien ne pouvait lui indiquer, hormis ses comptes de plus en plus imprécis, à quelle époque de l’année elle se trouvait.

Elle entreprit donc de se hisser à la hauteur des fenêtres pour observer alentour. La sorcière du tableau sembla vivement intéressée et Emma la surprit à tendre le cou dans une extrémité de son cadre pour tenter elle aussi de voir au dehors.
Cependant, ces ouvertures percées à près de trois mètres de haut la forcèrent à escalader les meubles.
- on n’a pas idée, pestait-elle en tentant de ne pas se rompre le cou, de mettre des fenêtres aussi haut !
- les résidents de ce manoir n’appréciaient guère que la lumière crue du jour les inonde, informa la sorcière en se contorsionnant pour suivre la progression d’Emma.

Emma dû tirer jusque dans le salon une large commode qu’elle sortit de la salle de bain et posa dessus le guéridon au pied fin, espérant que son poids ne provoquerait pas une catastrophe. S’aidant d’une chaise pour aller de l’un sur l’autre, elle réussit à se hisser jusqu’à la fenêtre, le nez à peu de chose près à la hauteur du rebord de celle-ci.
- que voyez-vous ? questionna la sorcière d’une voix qui ne cherchait plus à masquer sa curiosité grandissante.
- pas grand-chose… rétorqua Emma en se tournant vers elle.
D’un saut leste, Emma atterrit à bas de sa montagne branlante et courut détacher le tableau.

La sorcière se retint au cadre, partagée entre la colère, la hâte et la joie que produisait en elle le projet d’Emma, qu’elle avait deviné.
La jeune femme monta à nouveau sur son échafaudage improvisé et hissa à bout de bras le tableau face à la fenêtre.
- alors ? questionna Emma.
- c’est magnifique ! fit la sorcière d’une voix que l’émotion rendait rauque. C’est vraiment ….
La porte du salon s’ouvrit soudain, laissant entrer un Voldemort tétanisé face à ce spectacle.
- … une catastrophe, acheva la sorcière en apercevant le sorcier au moment où Emma se tournait, faisant par là même pivoter le tableau.

Le mouvement relativement brusque d’Emma fit dangereusement tanguer le guéridon et Nagini s’agita fébrilement au pied du meuble, se levant vers Emma en dardant vers elle ses yeux de braise, plein de reproches.
Voldemort referma lentement la porte derrière lui sans quitter Emma des yeux tandis que la sorcière semblait prise de malaise en regardant le sol qui semblait bouger, beaucoup plus bas.
- on peut savoir ce que vous faites ? questionna-t-il en riant presque.
La sorcière devint vert pâle et se tint aux montants du tableau lorsque Emma sauta à nouveau. Dès que la jeune femme l’eut remise à sa place habituelle, elle s’effondra sur le fauteuil sombre qui se trouvait derrière elle.

Nagini vint tourner frénétiquement aux pieds d’Emma comme s’il avait voulu lui donner la nausée à force de bouger ainsi et elle perçut des sons caractéristiques du fourchelang.
Voldemort observait toujours Emma, à nouveau perplexe face à l’aplomb de celle-ci, qui ne semblait pas considérer le moins du monde son entreprise comme quelque chose de répréhensible ;
- on voulait voir autour du château expliqua-t-elle au sorcier en poussant le meuble jusque dans la salle de bain.
Elle revint bientôt dans le salon, le visage rosit par l’effort.
- mais ce n’était pas très efficace, il faudra que je trouve une autre méthode. Ajouta-t-elle, tout sourire.

Voldemort ouvrit et referma la bouche stupidement plusieurs fois de suite avant de pouvoir prononcer le moindre mot.
- une quoi ? autre méthode , bredouilla-t-il en ne sachant s’il devait rire ou hurler, pointant du doigt la fenêtre. Mais je ne veux pas que… fit-il d’une voix saccadée. Je t’interdis de faire ça !
Finalement, il finit par rire véritablement, sidéré qu’Emma ne s’aperçoive nullement de l’aberration de cette situation.
La moue boudeuse de la jeune femme, qui laissait parfaitement entendre qu’elle ne se plierait pas à cette exigence, l’encouragea à poursuivre.
- de toute façon, tu n’y arriveras pas !

Il observa Emma qui fixait Nagini en souriant et rit à nouveau en comprenant ses intentions.
- n’y pense même pas ! fit-il. Nagini ne t’aidera pas !
- nous verrons. Fit Emma, coupant la respiration du sorcier.
- je .. que.. quoi ? bredouilla-t-il encore. On ne verra rien du tout ! Je t’interdis de monter à cette fenêtre ! et encore moins de sortir d’ici !
- ah ?! sortir par la fenêtre ? c’est une idée… fit Emma d’une voix faussement détachée. Je n’y avais pas songé.
Le sorcier finit par agiter une main agacée en direction d’Emma, incapable de parler sans être pris de fou rire et se dirigea vers sa chambre.
Il déposa sa cape sur son lit et resta de longues minutes immobile et pensif, riant parfois tant de son attitude que de celle d’Emma.
- elle est pas croyable cette teigne. Murmura-t-il pour lui-même en rejoignant finalement le salon.

Emma avait repris ses recherches et rien ne semblait laisser supposer que quelques minutes avant elle se trouvait en haut d’un empilement de meubles, un portrait de sorcière au bout des bras.
Le sorcier finit par s’approcher du tableau et souleva quelques feuilles. Il dessina, dans l’angle de la dernière de celles-ci, neuf cases et deux colonnes. Il traça dans l’une des cases un cercle et retourna s’asseoir sur le canapé sans un regard pour Emma tandis qu’elle inscrivait à son tour sa croix habituelle.
Chaque fois qu’elle devait retourner dans sa chambre pour y chercher un ouvrage, le sorcier se levait pour ajouter un cercle au jeu et Emma fit beaucoup d’efforts pour ne pas l’accabler de moqueries lorsqu’elle gagna sa troisième partie.
En haut de chaque colonne, elle écrivit donc «Emma» et «Voldemort» et nota de trois traits ses victoires. Leur jeu était recouvert par tout un tas d’autres feuilles encore non utilisées et il y avait fort peu de chance pour que quiconque ait vent de leur tournoi.

Le lendemain matin, Emma constata que son nom avait soigneusement été griffonné et qu’en lieu et place s’étalait «Dolly». En revanche, le titre « Lord » avait été ajouté au dessus de « Voldemort ». D’un geste vengeur, elle barra ces deux mots et inscrivit en remplacement «Voldy».
- il va me tuer, fit-elle en riant pour Nagini tandis qu’elle écrivait ce mot qui avait le goût du blasphème.
- pourquoi donc ? questionna Voldemort en sortant de sa chambre.
Emma sursauta, surprise par son intervention alors qu’elle le croyait au dehors, et pâlit légèrement à son approche. Elle aurait préféré qu’il prenne connaissance de cette boutade durant la nuit, alors qu’elle se trouvait dans sa chambre…

Une fois n’est pas coutume, Emma soupira d’aise lorsque Lucius s’annonça par ses trois coups habituels. Elle se dirigea donc vers sa chambre tandis que le sorcier soulevait les feuilles pour observer ce qui mettait sa captive si mal à l’aise en ordonnant à Lucius d’entrer.
Il fit brusquement volte face, juste le temps de croiser le regard rieur d’Emma qui se retenait à grand peine en fermant sa porte.
Voir le sorcier contraint de retenir la moindre de ses réactions, fusse-t-elle positive ou négative, à l’approche de son serviteur, fit rire Emma de longues minutes. Elle s’efforça cependant d’être le moins bruyante possible, repensant sans cesse au regard scandalisé et plein de promesses de son hôte.
La jeune femme se sentait submergée par une joie inébranlable au souvenir de ces yeux amusés, totalement exempts de colère.

Emma n’eut pas l’occasion de recroiser ce regard jusqu’au lendemain soir : Voldemort, une fois de plus, disparut à la suite de son serviteur et la jeune femme profita de cette aubaine pour mettre son plan à exécution.
Aux aurores, elle disposa à nouveau son échelle de fortune, et appela Nagini d’une voix douce. Le serpent s’approcha, méfiant, l’air furieux de voir à nouveau les meubles empilés.
Pour commencer, Emma reprit le tableau et le plaça sur le rebord de la fenêtre. La sorcière murmura un «merci» qui lui coûta énormément, mais qui contenta la jeune moldue. Après quoi, elle souleva à grand peine le serpent pour le hisser sur la commode. Escaladant elle-même ce meuble puis le fragile guéridon, elle encouragea Nagini à la suivre.

Manifestement, celui-ci avait reçu des recommandations claires, car il se tournait régulièrement vers la porte d’un air inquiet, dardant sa langue fourchue plus que de coutume.
Enfin, il finit par céder au caprice d’Emma et s’éleva vers elle. La jeune femme avait jeté au loin ses chaussures et posa son pied nu sur la tête de l’animal, le plus délicatement possible.
Elle ne fit plus ensuite aucun geste, laissant l’intelligente bête prendre les initiatives. D’une poussée régulière et douce, Nagini la hissa sans peine au-delà du guéridon.
Emma put alors prendre appui sur le montant de la fenêtre et au bout de quelques minutes, parvint à l’ouvrir en faisant sauter le gond rouillé.

La jeune femme huma l’air frais qui s’engouffrait par cette issue et se pencha pour observer le parc. A perte de vue, champs et forêt s’entremêlaient tandis qu’au pied du manoir s’étendait un lac aux eaux miroitantes, entouré de nombreux saules.
La jeune femme se pencha en avant et sourit de ravissement en remarquant une corniche qui lui permettrait de rejoindre un pan de mur dont les pierres apparentes pourraient lui fournir un appui.
Elle entreprit donc de descendre jusqu’au sol tandis que Nagini la suivait avec une habilité époustouflante. La sorcière, restée tout en haut sur la fenêtre, plaquait parfois une main sur sa bouche en la voyant glisser contre ces pierres, surveillant en même temps la porte du salon…

Emma passa de nombreuses heures à vagabonder dans le parc. Elle s’offrit même le luxe de cueillir des fleurs et de ramasser des framboises qu’elle recueillit dans un panier de fortune tressé avec les longues feuilles des arbres.
Accrochant tout ceci à sa taille, elle remonta finalement par la voie périlleuse qu’elle avait déjà empruntée et s’effondra sur le canapé, rompue de fatigue et de bonheur.
Respirer l’air libre lui avait fait le plus grand bien et elle dévora son repas avant de replonger dans ses études.
Elle profita également de l’absence du sorcier pour accomplir ses tâches ménagères et ne put résister à la tentation de lui faire un énième affront.

Lorsque Voldemort revint, ce soir là, il fut surpris de ne pas trouver Emma dans le salon et d’autant plus étonné qu’il constata qu’elle dormait déjà.
Il se dirigea donc vers sa chambre et sourit en apercevant sur son bureau un papier où s’étalait l’écriture de la jeune femme. S’approchant, il découvrit tout d’abord au fond d’un bol quelques framboises dont il se délecta et remarqua des fleurs aux couleurs vives joliment disposées dans un vase.
Portant un fruit à sa bouche, il suspendit tout à coup son geste tandis que son esprit commençait à analyser ce qu’il voyait : ces fruits et ces fleurs n’étaient sûrement pas arrivés via les cuisines…

Il se saisit alors du mot et lu «Voldy 0 / Emma 4 : le parc est magnifique et j’ai réussi à convaincre Nagini en moins d’une heure. Je vous souhaite le bonsoir».
Le sorcier resta immobile face à ce papier quelques secondes et éclata enfin de rire en se dirigeant vers la porte. Hors de question qu’il laisse passer ça ! Il allait de ce pas réveiller l’impudente et lui faire manger ce message, s’il le fallait !
Cependant, dès qu’il sortit, Emma se cogna contre lui. Les yeux rendus flous par le sommeil, elle soupira en le voyant et s’apprêtait à faire demi tour lorsque le sorcier la retint.
- qu’est-ce que tu fais là ? questionna-t-il, surpris de la trouver à quelques pas de sa porte alors qu’il la croyait endormie.

- j’ai entendu du bruit. Fit Emma d’une voix endormie. Je suis venue voir.
- Voir quoi ?
- si vous étiez revenu. Répondit Emma d’une voix étonnée, comme si la chose allait de soi, avant de rougir en se rendant compte de ses paroles.
Un silence pesant s’installa entre eux tandis qu’il la dévisageait, le mot toujours serré dans sa main et totalement oublié, pour l’instant.
- je suis désolée. Murmura Emma, confuse. Je suis mal réveillée, s’excusa-t-elle, gênée, et je dis n’importe quoi…
- n’importe quoi ? la taquina le sorcier. Alors en fait, que je sois là ou non n’a aucune importance ?
Emma soupira.
- je ne suis pas en état de me défendre, reprocha-t-elle. C’est tricherie que de profiter de ma fatigue !
- tous les moyens sont bons, ma chère... murmura le sorcier en se penchant vers elle. File te coucher. On réglera ça demain… prévint-il en secouant le mot sous le nez d’Emma.
Celle-ci parut soudain parfaitement réveillée et releva vivement la tête vers lui, les yeux rieurs et finit par s’éclipser sans demander son reste tandis que Voldemort retournait à sa chambre en riant, définitivement sidéré par les frasques de cette gamine.
Chapitre 11 by Morgane
- tous les moyens sont bons, ma chère... murmura le sorcier en se penchant vers elle. File te coucher. On réglera ça demain… prévint-il en secouant le mot sous le nez d’Emma.
Celle-ci parut soudain parfaitement réveillée et releva vivement la tête vers lui, les yeux rieurs et finit par s’éclipser sans demander son reste tandis que Voldemort retournait à sa chambre en riant, définitivement sidéré par les frasques de cette gamine.

Et le lendemain, le mage noir attendait sa captive plus que consentante de pieds fermes au milieu du salon.
Nagini rôdait près de lui et posa sur Emma un regard qui signifiait clairement que le sermon qu’elle recevrait bientôt était amplement mérité, à son humble avis de reptile.
La jeune femme entrebâilla la porte et rit en voyant le sorcier prêt à l’accabler de reproches. Elle finit par s’avancer, vaincue, tandis qu’il riait à son tour.
- l’heure de la sentence a sonné ! fit-il d’une voix théâtrale.
Les coups qui annoncent généralement les pièces de théâtre résonnèrent bien dans le salon, mais ils étaient l’œuvre de Malefoy.
Lord Voldemort grimaça de déception à l’idée de devoir encore repousser cette séance de reproches tandis qu’Emma se mordait les lèvres pour ne pas rire.
- reste ici. Fit le sorcier avant d’ordonner à son serviteur d’entrer.

Cependant, ce fut le ridicule Queudver qui entra et annonça à son maître l’arrivée de la personne qu’il attendait. Voldemort s’éclipsa donc rapidement, laissant une Emma tout aussi déçue qu’il l’avait été peu avant.
Finalement, la jeune femme vit également arriver Lucius quelques minutes plus tard et le regarda entrer avec le même dégoût que lui dans le regard. Cependant, il portait dans les mains une sorte de vasque en pierre qui attira aussitôt l’attention d’Emma. D’étranges signes y étaient gravés et Malefoy s’avança d’un pas prudent pour poser son précieux fardeau sur la table basse.

La jeune femme observa avec intérêt le contenu de cette énorme assiette de pierre sans parvenir à en déterminer la nature. Ce qui gisait au fond de ce récipient semblait à la fois liquide et gazeux, et Emma eut soudain envie d’y tremper son doigt pour pouvoir en juger.
- Lord Voldemort n’est pas là. Informa-t-elle en espérant que le sorcier blond ne s’attarderait donc pas.
- je le sais bien. Fit Lucius d’une voix mielleuse avec un sourire torve qui glaça Emma. J’ai porté cette pensine à mon maître… je vous déconseille d’y toucher ou de regarder ce qui se trouve à l’intérieur.
cause toujours songea Emma en s’approchant de l’objet dès que Lucius eut passé la porte.

- n’y touche pas ! intervint la sorcière du tableau.
Emma se tourna vers elle et l’écouta poursuivre d’une voix hésitante
- il l’a fait exprès de la porter durant l’absence de Tom. Ne regarde pas à l’intérieur, il n’attend que ça, ce chacal !
La sorcière regarda Emma qui la fixait, bouche bée, inquiète de la voir pâlir.
- et bien quoi ? reprit-elle d’une voix anxieuse, qu’ai-je donc dit ?
- l’absence de Tom ? bredouilla Emma
Ce fut au tour de la sorcière de pâlir plus que de raison.
- il est Tom ? interrogea Emma d’une voix chevrotante.
La dame du tableau n’approuva nullement mais jeta vers la porte des regards pleins d’espoirs.

- c’est quoi une pensine ? fit Emma d’une voix sèche.
La sorcière observa les larmes silencieuses qui coulaient sur la joue de la jeune moldue et soupira avant de poursuivre
- c’est un récipient où sont entreposés des souvenirs.
Emma se pencha vers la substance vaporeuse.
- et quels souvenirs veut-on encore que j’ignore ? questionna-t-elle en avançant son visage tandis que la sorcière hurlait presque, appelant à l’aide.
Elle finit par disparaître du tableau pour s’en aller quérir quelqu’un pendant qu’Emma se sentait tomber dans le vide.
La jeune femme sentit sa chute ralentir et elle atterrit mollement sur un terrain recouvert d’une pelouse ravagée.
Un peu plus loin, elle apercevait un vieil homme à la longue barbe blanche coiffé d’un chapeau pointu ridicule qui avançait vers une silhouette encapuchonnée.

- notre Seigneur finira par vaincre ! fit une voix derrière elle.
Emma fit volte face pour se trouver nez à nez avec Malefoy et une femme brune au regard fou. Tous deux semblaient regarder à travers elle et l’absence d’animosité à son égard de la part de Lucius laissa de suite supposer à Emma qu’il ne la voyait pas.
Elle se tourna à nouveau vers le lieu où les deux autres personnes se faisaient face. Celui qui portait une cape et un capuchon noir devait donc être Lord Voldemort. Tom…
Emma approcha d’eux, les jambes tremblantes, et tressaillit en croyant reconnaître la voix du sorcier brun qu’elle avait à présent coutume de défier de manière enfantine.
Cependant, cette voix sifflante et emplie de haine ne pouvait être la sienne… il y manquait le rire qu’elle y percevait souvent.

- Tom, fit le vieux sorcier, provoquant une nouvelle larme de rage chez Emma, tu ne pourras pas me vaincre aujourd’hui, et tu le sais.
- SILENCE ! hurlait l’autre en lançant vers lui un sort qui éclaira le crépuscule.
Le vieil homme fit un mouvement gracieux de la main et détourna aisément le sortilège.
- regarde toi… continuait-il. Qu’es-tu devenu, Tom ? où est cet étudiant brillant que j’ai connu ?
- il est mort, crachait Voldemort. Pour le plus grand bien de tous ! et à présent c’est toi qui va mourir, Dumbledore !!
Emma se figea à nouveau, stoppant net sa marche, avant de la reprendre d’un pas rapide. Elle contourna l’homme au chapeau pointu, l’observant avidement. Ainsi donc, voila à quoi ressemblait Albus Dumbledore… Les yeux bleus du mage reflétaient une tristesse certaine et une bonté que la jeune femme reçut de plein fouet.

Oubliant qu’elle se trouvait dans une sorte de rêve où elle n’avait aucune existence, elle fit volte face pour se tourner vers Voldemort et ce qu’elle vit lui tira un cri d’effroi.
Le visage du sorcier n’avait rien d’humain : son nez n’était constitué que par deux fentes au milieu de sa peau blanche et irréelle… hideuse.
Emma hurla à en perdre le souffle lorsqu’il leva sa baguette pour lancer un nouveau sort qui la traversa sans l’atteindre. Parcouru par la haine, ce visage en devenait encore plus monstrueux. La jeune femme ne reconnaissait de lui que ces pupilles écarlates dont la vie semblait à jamais enfuie.
Elle plaça ses mains devant elle en guise de protection inutile et ferma les yeux.

Lorsqu’elle les rouvrit, elle tomba à genoux face à l’horreur du nouveau souvenir auquel elle assistait. A ses côtés, Lucius se repaissait du spectacle que lui offrait son maître : Voldemort avait retrouvé à peu près visage humain, même s’il conservait cette peau laiteuse et cette expression de cruauté bestiale, et il avait dans les yeux une lueur de folie.
Au sol, un jeune homme aux cheveux flamboyants se contorsionnait de douleur, hurlant encore plus qu’elle…
Emma se leva précipitamment et couru à perdre haleine, les mains plaquées contre ses oreilles et les yeux fermés, ruisselants de larmes.
Dans son dos, elle entendait la voix cruelle de son maître d’échecs couvrir parfois les cris de douleurs du sorcier
- où est-il ? parle ! ou je te tue à petit feu !
- PLUTOT MOURIR!!!! hurlait l’autre en provoquant chez Lucius un couinement d’indignation avant de replonger dans la douleur et les hurlements.

Emma se tourna brièvement et, apercevant le regard encore plus haineux de Voldemort braqué sur celui qu’il torturait, reprit sa course et ses larmes intarissables, serrant les dents de rage et de peur.
Elle stoppa encore son avancée lorsqu’une lumière vive embrasa tout autour d’elle pour la transporter vers un autre lieu, un autre souvenir.
Au milieu des flammes, riant comme un dément, Voldemort lançait des sorts à la ronde. Des sorts donc les éclairs verts provoquaient la chute de nombreuses personnes sous le regard admiratif de Lucius.
- volez donc, jolis phénix ! vociférait le sorcier brun. Volez si vous le pouvez ! je vous exterminerai tous !!
Emma sentit la nausée l’envahir et sa tête tourner dangereusement. Elle reprit alors sa course et fila droit sur le sorcier.

- arrête !! hurlait-elle à son tour une fois à quelques pas de lui alors qu’il ne la voyait pas, la gorge serrée. Je t’en prie arrête !!
Mais Voldemort poursuivait ses attaques et Emma voyait autour d’eux tomber des corps sans vie, des visages juvéniles se figer en une expression d’horreur.
Emma prit une pierre au sol et la lança vers le mage noir qui éclatait d’un rire cruel en lançant un énième sort mortel.
- ÇA SUFFIT ! cria Emma en sanglotant. Laisse les tranquille ! démon ! et rends moi Tom ! tu entends ? RENDS LE MOIIII !!!

Emma, que toute raison avait quittée, s’était ruée sur le sorcier et à sa grande surprise avait réussi à le saisir. Elle le secouait vigoureusement tandis qu’il regardait autour de lui, incrédule, sans comprendre ce que signifiait ce poids qu’il ressentait au bout de sa cape.
- fiche le camp ! criait Emma face au visage reptilien dont elle reconnaissait à peine les yeux. Espère d’horreur ! sale monstre ! laisse le en paix !! RENDS LE MOI !!!
Les quelques sorciers toujours vivants regardaient vers eux, la mine perplexe. Eux non plus semblaient ne pas voir la jeune femme et s’interrogeaient de l’attitude titubante du mage noir.
Voldemort fit un geste brusque du bras pour se dégager de ce poids invisible et envoya Emma rouler au sol.
Il dardait dans sa direction un regard furieux et étonné, mais Emma savait qu’il ne la voyait toujours pas.
-espèce de monstre ! cracha Emma, toujours au sol. Je te tuerai ! tu m’entends ! j’aurai ta peau !! espèce d’enf…
- viens ! partons d’ici !

Une main bien réelle venait de lui saisir le bras et la relevait sans ménagement. Emma eut l’impression de s’envoler et l’instant d’après elle se laissait choir sur le canapé du salon, un Nagini frétillant à ses pieds.
La sorcière du tableau, échevelée et le teint rosi, la regardait d’un air inquiet tandis que les yeux froids de Malefoy la jaugeaient. Le sourire vainqueur de celui-ci fit de suite comprendre à Emma que la sorcière avait eu raison de penser qu’il avait tout fait pour qu’elle voie ces horreurs…
Debout face à elle, Voldemort l’observait, la mine furieuse et le regard étincelant de rage.
Emma ne cilla pas et fit passer par ses yeux toute la haine dont elle était capable.

- ces moldus… susurra Lucius, sont vraiment un fléau… on ne peut manifestement pas leur accorder le moind…
- silence ! cracha Voldemort sans se détourner d’Emma, figeant son serviteur. Fiche le camp. Reprit-il d’une voix sifflante.
Lucius semblait se demander si ces mots lui étaient bel et bien adressés mais il en fut bientôt convaincu.
- DEHORS LUCIUS ! hurla son maître.
Le sorcier blond sortit le plus vite et le plus dignement qu’il put.

Emma ne décolérait pas. Tremblant de tous ses membres de rage plus que de peur, elle se releva avec difficultés pour faire face au mage.
- vous m’avez menti ! siffla-t-elle alors, la voix pleine de rancœur.
Pour toute réponse, le sorcier la gifla d’une telle force qu’elle se rassit sous le choc.
- j’en ai toléré plus de toi que de quiconque ! siffla-t-il entre ses dents. Et je n’ai aucune leçon à recevoir d’une moldue ! alors tu te remets au travail à la minute, ET TU ACHEVES CETTE POTION CE SOIR !!!
Il avait fini sa phrase en hurlant, provoquant la fuite de la sorcière et de Nagini.
Emma se releva lentement, la main sur sa joue endolorie.
- plutôt mourir. Répondit-elle d’une voix calme tandis que Voldemort se figeait. C’est ce que vous a dit ce malheureux garçon roux… est-il mort ?

- il a réussi à s’enfuir. Cracha Voldemort, ce qui ne sera pas ton cas !
- et bien je mourrai. Mais c’en est fini de mes travaux et de mes recherches… vous poursuivrez vos crimes sans moi.
Emma réalisa soudain que depuis des mois, elle avait aidé un monstre. Pourtant, elle avait lu l’ouvrage prêté par Lucius mais jamais ses lectures n’avaient eut un réel impact sur elle.
Elle se rendait finalement compte qu’elle avait agi comme si tout ceci n’était que gentilles histoires pour enfants, seulement l’illustration qu’elle venait d’en avoir avait refroidi ses ardeurs…
- ce soir, je tuerai Potter. Chuchota Voldemort. Je sais où il se cache. Je sais qu’il s’entraîne pour un sort qu’il croit plus puissant que ma magie, mais il se trompe ! et toi, fit-il en avançant vers elle, tu vas me préparer cette potion, juste pour le cas où…

Emma recula pour s’éloigner de lui.
- plutôt mourir. Répéta-t-elle en songeant que cette potion pouvait pourtant être préparée en moins de cinq minutes : la veille, elle avait réussi à trouver le dernier élément à cet édifice si complexe et passionnant… Et elle savait que l’ingrédient nécessaire était aussi banal que du curry…
- prépare là. Souffla encore Voldemort. Prépare la et je te laisserai partir d’ici…
Emma eut un rire bref et triste et les larmes coulèrent à nouveau de ses yeux. Que les hommes sont stupides ! Songea-t-elle. Partir d’ici ? mais elle ne voulait pour rien au monde le quitter… elle voulait juste qu’il redevienne celui qu’il était le matin même… ou qu’il le devienne si tout ceci n’avait été qu’une comédie dont elle était la spectatrice trop crédule.

Cet échange plus que tendu ne put avoir de suite car Lucius refit son apparition, la mine contrite, et annonça à son maître qu’il était l’heure
Voldemort disparut alors à sa suite et lorsqu’il ferma la porte derrière lui, croisant le regard embué de larmes de sa captive, Emma crut y déceler une vague de tristesse, mais songea que ses propres larmes devaient brouiller sa vue…

La nuit venue, Emma n’entendit aucune porte s’ouvrir, ni aucun pas… en revanche, des gémissements de douleur l’éveillèrent aussi sûrement que mille trompettes. Elle se dirigea à pas de chat vers le salon et colla son oreille à la porte du sorcier.
Emma songea à faire demi tour et à se réjouir de la douleur qu’il semblait ressentir mais ne put s’y résoudre. Elle ouvrit donc la porte doucement et fut enchantée par l’accueil.
- dehors ! cracha Voldemort à son encontre.
La jeune femme obtempéra mais resta près de cette porte près d’une heure avant de retenter l’expérience ; une heure durant laquelle elle entendit le sorcier haleter de souffrance.
- DEHORS ! hurla-t-il encore, sans qu’Emma s’exécute.

Ella approcha, méfiante, et observa le regard furieux du sorcier avant de se figer face à sa peau qui avait pris par endroit une teinte bleue ou grenat…
Elle fit rapidement les quelques pas qui la séparaient de lui et s’agenouilla près du sorcier qui, assis sur un fauteuil, s’enduisait les avant bras d’une crème poisseuse à l’odeur citronnée.
Emma aurait juré qu’il n’avait pas pour but de faire fuir les moustiques et le regarda grimacer en massant sa peau meurtrie.
- qu’est-ce que c’est ? questionna-t-elle finalement
- aucune idée. Grommela le sorcier en observant ses bras contusionnés. Un sort de Potter…

Emma releva la tête vers lui, son regard sondant celui du sorcier.
- mais il n’est pas mort ! ragea-t-il alors en lançant au loin le pot dont la crème s’étala en partie au sol.
La jeune femme regarda encore le sorcier qui faisait pénétrer dans sa chair la crème à grand renfort de massages brusques qui le faisaient suffoquer de douleur.
- avez-vous la moindre idée, fit Emma sans quitter ses mains rudes des yeux, de ce que signifie le mot «douceur» ?
Voldemort haussa les épaules sans prendre la peine de répondre.
- vous vous faites plus de mal que de bien, à agir comme ça ! reprocha-t-elle en levant le visage vers lui.
Emma se leva pour récupérer le pot de crème et revint vers lui et Voldemort eut un mouvement de recul.

- je saurai me débrouiller ! fit-il d’une voix sèche.
- manifestement, non. Répondit Emma en s’agenouillant face à lui avant de tirer son poignet vers elle.
Le sorcier retira sa main d’un geste brusque et la foudroya du regard.
- sors d’ici ! siffla-t-il encore.
- oooh non Monsieur !! fit Emma d’une voix furieuse, les yeux brillants de colère, en ressaisissant d’une poigne ferme le poignet du sorcier qui grimaça de douleur. Vous allez, pendant un quart d’heure, mettre votre orgueil incommensurable de côté et vous laisser soigner ! acheva-t-elle d’un ton autoritaire.

Voldemort s’apprêtait à rechigner de nouveau, mais le contact apaisant de cette crème appliquée avec douceur sur ses blessures le condamna au silence après un gémissement de soulagement.
Emma releva les manches du sorcier et constata avec effroi que tout son bras était ainsi recouvert de bleu.
- ça va jusqu’où comme ça ? murmura-t-elle pour elle-même d’une voix inquiète
Finalement, au bout de longues minutes, elle constata en rougissant que pour achever correctement son travail il lui faudrait sans doute aller au-delà des épaules…
- il faudrait, fit-elle d’une voix soudain timide, les deux mains levées en l’air pour éviter de tout salir autour d’elle, que vous vous allongiez sur le lit.

Voldemort grommela tant et plus mais s’exécuta aussitôt, finalement convaincu par l’efficacité de ces soins… et la douceur de ces mains posées sur lui.
Emma resta quelques minutes immobile près du sorcier qui s’était couché avec mille précautions sur le ventre, grimaçant de douleur, avant d’oser ajouter :
- par-dessus la chemise, je doute que ce soit efficace, toute magique que soit cette crème…
Le sorcier maugréa dans son oreiller mais passa une main sous lui pour déboutonner son vêtement.
Emma tira sur les pans de la chemise le plus délicatement possible, frémissant aux gémissements de douleurs du sorcier.

La jeune femme eut l’impression de soigner un brûlé… A son grand soulagement, Emma vit que les blessures de Voldemort avaient pour épicentre l’une de ses omoplates, sans doute là où l’avait percuté le sort, ce qui justifiait que les contusions s’étalent sur une bonne partie de son dos, de ses bras et sans doute de son torse… mais il n’était pas l’heure d’y penser, songea-t-elle en rougissant.
Si ce sort avait atteint le sorcier un peu plus bas…. Et bien… il n’aurait pas pu s’asseoir pendant des semaines, voila tout ! songea Emma en prenant la même coloration grenat que le dos du blessé.
Elle massa longuement la peau du sorcier, faisant entrer le plus délicatement possible cette crème en se maudissant de ne pas avoir préparé celle qu’il lui avait demandée, frissonnant de concert avec lui lorsque sa douleur devenait trop intense.

Emma regarda sa peau reprendre une coloration normale au fur et à mesure qu’elle absorbait la crème et constata que le sorcier s’était finalement endormi. Il se réveilla dès qu’elle cessa ses massages et tourna la tête vers elle.
Emma put alors constater que son cou était également couvert de bleus. Elle passa donc sa main sur la nuque et le menton du sorcier, descendant vers son torse autant qu’elle le pouvait.
Elle rougissait parfois en réalisant ces gestes mais bien souvent, trop concentrée pour éviter toute douleur au sorcier, elle agissait machinalement, sans se soucier d’une quelconque timidité.

Finalement, Voldemort se tourna totalement sur une légère pression d’Emma et rit un peu face à son hésitation avant de grimacer de douleur.
- ça devient gênant ? taquina-t-il face au teint écarlate de sa captive.
Emma inspira profondément avant de poser ses paumes sur la poitrine du sorcier, qui grimaça de plus belle, oubliant toute envie de plaisanter.
- on fait moins le malin ! railla à son tour la jeune femme avec un sourire mutin.
Emma dut passer bien plus de temps à faire pénétrer la crème sur cette partie du corps du sorcier : la peau, fragile et fine, semblait avoir particulièrement souffert du sort et la douleur le faisait grimacer et gémir.

Lorsque après une demi heure de ce face à face gênant il put regarder Emma sans avoir à plisser les yeux de souffrance, il leva une main vers elle, caressant son visage de ses doigts repliés.
Emma ne détourna pas le regard de ses mains posées sur la poitrine du sorcier, refusant de croiser ses yeux écarlates, mais ne fit aucun mouvement pour lui faire cesser cette caresse.
- je ne voulais pas, murmura-t-il soudain d’une voix faible et triste, que tu voies ça…
Emma ne répondit pas et constata bientôt qu’il s’était à nouveau endormi, la main reposant à présent sur son épaule, calée contre son cou après être si longtemps restée contre sa joue.

La jeune femme se leva le plus doucement possible, les jambes ankylosées d’avoir dû garder si longtemps cette position inconfortable et se tourna vers le bureau à la recherche du bouchon du pot de crème. En lieu et place, elle trouva le journal de Tom, qu’elle attrapa d’une main poisseuse en laissant le pot ouvert et presque vide sur le meuble.
Elle se réfugia ensuite dans sa chambre et écrivit aussitôt.
- sale traître ! menteur !!!
- Emma ? questionna le journal
- tu es Voldemort !

Les pages restèrent blanches quelques secondes
- qu’est-ce qui te fait dire ça ?
- je l’ai vu dans la pensine ! vous m’avez menti ! tous les deux ! enfin non finalement, il n’y en a qu’un vu que vous êtes le même.
- non, nous ne sommes pas le même et nous ne t’avons pas menti.
- vous avez prétendu que tu étais mort !
- et c’est la vérité. Je suis mort il y a bien longtemps. Lord Voldemort a pris ma place.
- c’est faux. Ecrivit Emma sans même attendre la fin de la phrase.
- je suis mort. Je n’existe plus. Tom Riddle a laissé place au Seigneur des Ténèbres, et c’est parfait ainsi.
- c’est faux. Ecrivit encore Emma. Ce Seigneur qui n’en est pas un, je l’ai vu dans ces souvenirs, et c’est un monstre !
- je ne te permets pas !! fit l’écriture d’un trait rapide. Lord Voldemort est ce qui m’est arrivé de mieux !

- c’est faux. Répéta Emma en sentant les larmes envahir ses yeux. Je sais bien moi quand je le regarde qu’il n’est pas cet hérétique assassin. Je le vois dans son regard, il reste encore quelque chose d’humain en lui. Quelque chose qui n’a rien à voir avec ce Voldemort qui s’obstine à donner la mort plutôt qu’à la voler. Et je sais à présent que c’est toi. Je sais aussi que je réussirai à te faire revenir, bon gré mal gré.
Le journal trembla entre les mains d’Emma et elle sut que cette fois, c’était bel et bien d’indignation. Elle eut le temps de voir apparaître l’encre sur la feuille ivoire puis, dès qu’une de ses larmes glissa sur la page, le livret redevint vierge plusieurs secondes.

- ne pleure pas. Lut-elle en souriant.
- que t’importe qu’une moldue comme moi pleure ? écrivit Emma d’une main lasse en pleurant de plus belle.
- Ne pleure pas. Put seulement répondre ce Tom qui se croyait si fort et si insensible.
Emma sombra dans le sommeil, la joue posée contre cette page douce, aussi douce que la main qui l’avait caressée à cet endroit quelques instants plus tôt.
Chapitre 12 by Morgane
- ne pleure pas. Lut-elle en souriant.
- que t’importe qu’une moldue comme moi pleure ? écrivit Emma d’une main lasse en pleurant de plus belle.
- Ne pleure pas. Put seulement répondre ce Tom qui se croyait si fort et si insensible.
Emma sombra dans le sommeil, la joue posée contre cette page douce, aussi douce que la main qui l’avait caressée à cet endroit quelques instants plus tôt.

Dès qu’elle ouvrit les yeux le lendemain matin, Emma réfléchit un instant aux raisons qui la rendaient si triste et maussade avant de se rappeler tout ce qu’elle avait vécu la veille. L’image de Lord Voldemort lui revint soudain, la faisant grimacer d’horreur et de peur. Gardant les yeux fermés, elle songea ensuite à celui qu’elle avait soigné la veille avec tant d’application, avec tant…. Non elle ne pouvait pas s’accorder ça. Impossible.
La jeune femme se remémora les scènes de violence et de torture, les hurlements de douleurs et cette voix mauvaise pour emplir son cœur d’un sentiment tout autre que celui qui commençait à l’envahir.

Emma se leva avec l’impression accablante que sa vie avait pris fin la veille, en même temps que ses espoirs. Car oui, elle avait espéré garder éternellement un lien avec le sorcier, et peut-être aussi réduire ce lien… A présent il était trop tard. Trop tard pour se laisser porter par une ignorance qui, jusque là, lui avait plutôt facilité la vie. Trop tard pour oublier qu’il était un assassin et surtout trop tard pour oublier qu’elle n’était qu’une moldue.
Elle profita de la salle de bain vide pour se délasser longuement avant de se réfugier à nouveau dans sa chambre et se figea soudain en entendant des coups légers frappés à la porte.
- Emma ?

La jeune femme regarda autour d’elle, hésitant un instant à mimer son absence, mais où pourrait-elle se cacher ?
- j’entre. Fit le sorcier d’une voix à peine audible.
Emma le regarda passer la porte et la refermer derrière lui. Elle ne savait plus comment agir, ne savait plus qui se trouvait en face d’elle. Celui qu’elle taquinait et qui le lui rendait bien ? Celui qui tuait à tour de bras ? Celui qu’elle avait passé de longues heures à masser, la veille ? Ou bien encore celui qu’elle ne pensait connaître que par l’intermédiaire d’un journal ?
A ces pensées, elle chercha des yeux le fin carnet et constata qu’il demeurait ouvert sur son lit.

Le sorcier s’en approcha et reprit son bien en l’observant quelques instant avant de reporter son attention sur Emma. La jeune femme s’inquiéta de le voir pour la première fois hésiter, de le sentir mal à l’aise en quelque sorte, et se demanda comment ils pourraient cette fois parvenir à s’apprivoiser l’un l’autre.
- viens. Lui ordonna-t-il enfin avant de retourner vers le salon.
Emma le suivit la peur au ventre, sentant confusément que quelque chose qu’elle n’apprécierait pas allait se produire. Etait-il possible qu’il lui efface la mémoire ? la jeune femme se sentit honteuse en se surprenant à espérer que si tel était le cas, il choisirait de lui faire ignorer ce qu’elle avait vu dans la pensine mais qu’il lui permettrait de conserver la mémoire de ces derniers mois passés avec lui.

D’un mouvement de baguette, le sorcier fit venir à lui la lourde valise d’Emma et ses effets personnels s’y entassèrent dans un ordre parfait. Emma avait un bref instant relevé les bras au dessus de sa tête, craignant que le sortilège ne lui soit destiné, et vit le sorcier sourire à cette réaction.
- approche. Murmura-t-il enfin.
Emma le rejoignit sur le tapis, face à la cheminée, et l’observa avec curiosité pousser sa valise dans l’âtre et la faire disparaître en un marmonnement indistinct. Elle écarquilla des yeux ronds face à cette cheminée vide, avant d’interroger Lord Voldemort du regard.

- il faut te mettre en sécurité. Murmura-t-il finalement. Je dois t’éloigner du danger….
Emma sentit son cœur se serrer en le voyant éviter son regard alors qu’il avait toujours eu jusqu’à présent une attitude sure et fière qui lui interdisait de ne jamais adopter ce comportement fuyant qui lui allait si mal.
- le danger ? questionna Emma tandis qu’il la regardait enfin.
Le sorcier approuva d’un signe de tête léger avec dans le regard une tristesse qui laissa Emma perplexe.
- moi. répondit-il encore plus bas. Il faut que tu partes.
- partir ? fit Emma précipitamment, soudain paniquée en comprenant ce qu’il envisageait. Partir où ?
- là où tu seras en sécurité.

loin de moi eut envie d’ajouter Emma à sa place. La jeune femme cherchait frénétiquement une idée, une solution qui lui permette de rester encore un peu, d’au moins prendre le temps de parler, de savoir… à quel point Tom restait vivant en lui.
Elle observa le sorcier sortir un parchemin soigneusement plié de sa poche et le glisser dans le journal.
- je peux faire la potion. Déclara-t-elle soudain
Le sorcier sourit en avançant vers elle.
- ça m’est égal… chuchota-t-il alors qu’il se tenait à présent près d’elle.
Il prit alors sa main et y déposa le journal sans la quitter des yeux.
- vous allez me faire oublier ? questionna Emma, la gorge nouée.
- Non, fit Voldemort, incrédule. Pourquoi ? tu voudrais ?
Emma eut l’impression à son tour de pouvoir plonger dans son esprit en fixant ses pupilles soudain apeurées.

Il était évident que le sorcier était profondément attristé à l’idée qu’elle veuille totalement rayer sa vie de sa mémoire, faire comme s’il n’avait jamais existé…
- pas du tout. Répondit aussitôt Emma. Au contraire, ajouta-t-elle timidement, je craignais cette issue.
- elle vaudrait peut-être mieux. Rétorqua le sorcier d’une voix triste tandis qu’Emma désapprouvait d’un mouvement de tête.
Ils restèrent ainsi sans parler de longues minutes durant lesquelles seuls les reniflements de la sorcière du tableau vinrent troubler le silence.
- où est Nag’ ? demanda soudain Emma.
- parti. Il n’a pas voulu voir… Chuchota le sorcier. Et c’est à présent l’heure pour toi également.

- voir quoi ? fit Emma méfiante.
- rien de grave, répondit-il en riant brièvement face à son inquiétude. Il n’aime pas les adieux, voila tout….
- moi non plus. Répondit Emma en sentant les sanglots nouer sa gorge.
Le sorcier lui prit le poignet et l’attira face à la cheminée avant de l’y pousser délicatement, mais Emma se cramponna à la manche de sa veste, les larmes dévalant sur ses joues sans qu’elles puissent les retenir.
- je vous en prie, hoqueta-t-elle. Que faites-vous ?
- je te l’ai dit, je t’envoie là où tu seras en sécurité.
La jeune femme tenta de sortir de l’âtre en murmurant des «non» misérables, accablée de chagrin et d’autant plus inquiète que le visage du sorcier reflétait la même douleur.

Emma serrait d’une main le journal contre sa poitrine, refusant de lâcher le sorcier de l’autre.
- il doit bien y avoir un moyen… se lamenta-t-elle.
- pour l’instant, je n’en vois aucun. Et le temps presse.
Le sorcier effectua une dernière pression sur les bras de la jeune femme qui se trouva totalement placée dans l’âtre et se dégagea doucement de son emprise.
- il ne faut ni bouger, ni parler. Prévint-il. Sinon le voyage risque d’être faussé…
Emma tremblotait en le fixant, incapable de retenir ses pleurs et d’articuler une maigre phrase tant sa gorge la serrait.
La main du sorcier posée sur sa joue lui rendit un instant son esprit.
- je ne vous reverrai plus. sanglota-t-elle en tentant à nouveau de le saisir sans y parvenir tant les forces lui manquaient.

Le sorcier la fixa quelques secondes en silence, tandis que ses yeux reflétaient une importante hésitation : tout en lui semblait vouloir se hâter de faire disparaître Emma, comme si retarder ce départ risquait de tout compromettre.
Pour toute réponse, il enserra à nouveau son poignet pour l’attirer soudainement à lui en l’enlaçant. Emma pleura encore en se tenant à lui, le corps parcouru de frissons d’appréhension et de chagrin.
- je ne veux pas partir. Sanglota-t-elle sur son épaule.
- sans doute… fit le sorcier d’une voix taquine en prenant son visage entre ses mains pour lui faire face, mais c’est encore moi qui commande, ici.
Son sourire mutin fit rire la jeune femme entre deux sanglots mais elle devint muette lorsqu’il l’attira encore à lui avec lenteur.

Emma ferma les yeux au contact de ses lèvres sur les siennes et s’abandonna à ce baiser qui se faisait de plus en plus tendre et pressant. La jeune femme avait l’impression de se perdre dans ses bras, les joues humides de larmes et le cœur battant à tout rompre.
Le sorcier s’éloigna enfin à regret en frissonnant après lui avoir encore murmuré de ne pas bouger ni parler.
Emma tenta de se retenir à lui mais il la remit dans l’âtre d’un geste ferme et lança à ses pieds une poudre qui fit s’élever de hautes flammes autour d’elle.
- Poudlard, bureau du directeur ! fit-il alors d’une voix claire et forte tandis qu’Emma lisait dans son regard la détresse et l’accablement que lui infligeait un tel geste.
Emma sentit alors le sol se dérober sous ses pieds et le salon disparut avant de laisser place à une multitude de couleurs qu’elle analysa rapidement comme étant des intérieurs de maisons diverses rencontrés au hasard de son voyage.

Fermant les yeux pour se donner le courage de ne pas hurler de tristesse et de peur, Emma voulut à tout prix graver ces dernières images dans sa mémoire : le sombre mage, alors qu’elle disparaissait du salon, s’était tourné vers la table et avait d’un geste rageur brisé la précieuse pensine en la jetant au sol.

Emma avait l’impression d’être à la foire de Paris, dans un de ces manèges qu’elle avait coutume d’éviter soigneusement… Elle ferma les yeux et se força à rester immobile, attendant un moment plus calme pour céder à son envie de s’effondrer et de laisser aller sa peine.
Elle rouvrit finalement les paupières lorsque son voyage lui donna le sentiment de ralentir. La jeune femme se sentait flotter et tout se figea autour d’elle. Un halo doré l’entoura et Emma l’observa avec intérêt.
Enfin, cette bulle brillante se dissipa et ses pieds heurtèrent une surface dure. Sous le poids de son corps et surtout de sa détresse, ses genoux fléchirent et elle se sentit basculer en avant, incapable de retenir sa chute.

La seule chose qu’Emma trouvait encore la force de faire était de tenir d’une main ferme ce carnet qui était à présent tout ce qui lui restait.
Elle sentit deux mains enserrer ses épaules et la tirer en avant. Clignant des yeux face à la lumière vive dans laquelle elle pénétrait, Emma distingua pourtant un large bureau et un haut fauteuil vers lequel on la mena avant de l’asseoir avec douceur.
Derrière ce bureau, debout à côté d’un autre siège, se tenait une grande femme mince qui la fixait d’un air mi étonné mi méfiant. Elle portait des petites lunettes et un chignon serré qui lui donnaient l’air sévère.
Emma tourna lentement la tête vers celui ou celle qui l’avait aidée à s’asseoir et se raidit en reconnaissant son visage.

- Dumbledore ! souffla-t-elle, bouche bée.
- lui-même. Fit le vieil homme.
Emma croisa le regard bleu du sorcier. Un regard emprunt de bonté et de sagesse, et elle s’effondra alors, pleurant à n’en plus finir. Albus Dumbledore posa une main sur le carnet qu’elle tenait et d’un simple regard, demanda à la jeune femme la permission de le prendre.
Emma desserra son étreinte pour céder ce précieux souvenir au sorcier et le regarda à travers ses larmes s’installer à son bureau, puis ouvrir le message soigneusement plié qui s’y trouvait.
Le vieil homme en prit connaissance et fixa ensuite Emma par-dessus ses lunettes en tendant le papier à la femme qui se tenait près de lui.
Les lunettes de celle-ci glissèrent sur son nez à la lecture du message, et Emma la vit pâlir brusquement.

- il ne manque pas d’air ! souffla la sorcière en prenant à son tour un siège.
Albus sourit à ces paroles et s’adressa à Emma d’une voix douce et rassurante.
- Je m’appelle Albus Dumbledore, comme vous semblez déjà le savoir.
Emma approuva d’un signe de tête
- et voici le professeur Minerva MacGonagall, ajouta-t-il avec un geste pour la sorcière, et vous vous trouvez à Poudlard, l’école de sorcellerie de grande Bretagne.
Minerva rendit son sourire de salut à la jeune femme.
- Peut-on savoir qui vous êtes ?
- Emma Darovit. Murmura-elle. Je ne suis pas une sorcière…
Emma avait l’impression que cette information devait être de première importance dans ce monde et tenait à ce que les choses soient claires dès le départ.

Minerva écarquilla les yeux et fixa tour à tour la jeune femme et le mot qu’elle tenait toujours.
Dumbledore observait Emma, le menton calé sur ses longs doigts et d’un geste, encouragea Minerva à lui montrer le message.
Emma prit le papier et lut « je t’en prie, protège là. TM.R. Elle laissa glisser une dernière larme et s’engagea alors dans une longue explication racontant comment elle avait connu Lord Voldemort et ce qu’il lui avait demandé, jusqu’au moment où elle avait compris qui il était, dans tous les sens du terme…
- je sais que vous le combattez. Murmura-t-elle enfin en baissant les yeux. Je sais qu’il en a après la vie de Harry Potter, mais j’ignore pourquoi…

Dumbledore se laissa aller contre son fauteuil et s’intéressa au carnet.
- ceci… fit-il à l’intention d’Emma, fonctionne ?
La jeune femme approuva et Albus ouvrit le carnet d’une main en prenant une plume de l’autre. Il hésita un instant et se pencha au-dessus de la page tandis que Minerva se levait précipitamment en pâlissant encore.
-ne vous inquiétez pas, Minerva. Fit Dumbledore en souriant, j’ai plus de force d’esprit qu’une enfant de onze ans.
La sorcière se plaça tout de même à ses côtés et lu l’échange qui commençait.

- Tom ?
- vous n’êtes pas Emma…
- en effet, je suis Albus Dumbledore.
Le journal sembla vibrer sur le bureau avant de retourner à son immobilité. Soudain, les deux sorciers virent l’écriture changer et après un regard entendu, Albus se pencha à nouveau sur le carnet : ils savaient à présent qu’ils n’avaient plus affaire à «Tom»…
- elle est donc arrivée à bon port, à ce que je constate.
- en effet. Ecrivit Dumbledore. Mais j’ai du mal à comprendre pourquoi tu me l’envoies.
- je te l’ai écrit. Pour la protéger.
- et qu’est-ce qui te fait croire, fit Albus tandis que Minerva pinçait les lèvres d’indignation, que je vais me plier à ta volonté ?
- tu as toujours protégé quiconque avait besoin de ton aide. Il en ira de même cette fois.

Ce fut au tour de Dumbledore d’afficher une mine agacée.
- fort bien. Ecrivit-il après un moment d’hésitation. Je vais la protéger du mieux que je peux : l’éloigner de ce monde à feu et à sang. La rendre à sa vie normale après lui avoir permis d’oublier tout ce qu’elle vient de vivre.
Le journal resta silencieux, et Albus sourit de ravissement. Il devinait derrière ces pages, à des lieus de là, un sorcier tourmenté comme il ne l’avait jamais été.
- tu tiens à cette jeune femme ? questionna-t-il soudain.
Les pages restèrent d’un blanc nacré immaculé.
- j’en tirerai les conclusions qui s’imposent, écrivit Dumbledore avant de refermer soigneusement le carnet, relevant les yeux vers une Emma transie de chagrin et de peur.

- nous allons vous garder avec nous. Fit Albus en se levant. Vous serez ici en sécurité. Profitez de cette journée pour vous reposer et ce soir, j’aimerais que vous et moi ayons une discussion plus approfondie.
Emma se leva et sourit au sorcier qui se tenait à présent près d’elle. Un sourire illumina alors le visage du vieil homme.
- séchez vos larmes. Pour la première fois de sa vie, Lord Voldemort a agi de façon humaine, et ce grâce à vous. Je ne sais comment vous vous y êtes prise, mais je pense que bientôt, notre monde vous devra beaucoup… Minerva ? fit le sorcier en conduisant une Emma tremblotante vers la sortie, veuillez demander à Harry et tous ceux de l’Ordre de venir ici dès que possible. Les cours doivent être annulés aujourd’hui, nous avons énormément à faire…

La sorcière les précéda alors et s’éclipsa dans les couloirs. Albus Dumbledore mena lentement Emma vers un appartement confortable dont la pièce principale était ronde. Sans cesser de sourire, il laissa à la jeune femme le temps de détailler les couloirs et les peintures, lui donnant quelques anecdotes qui la firent rire un peu, pour son plus grand soulagement.
- je suis navré de devoir vous laisser seule en cet instant. S’excusa Dumbledore, mais j’espère que vous comprendrez que l’urgence de la situation m’y oblige… Je viendrai vous voir dès que possible…
- je comprends. Murmura Emma d’une voix faible.

Il lui sembla que le sage Directeur revenait la chercher le quart d’heure suivant tant le sommeil qui l’emporta fut profond. Emma se réveilla la faim au ventre et accueillit avec plaisir le plateau que lui tendait le sorcier.
Assis face à elle sur une large table ronde, il la laissa manger en silence avant de se lever et de l’encourager à le suivre. Ils rejoignirent alors une grande salle où un groupe de visages inquiets et curieux se tourna vers elle.
Emma sentit son estomac se crisper de peur en songeant que tous ces gens étaient sans doute de puissants mages et qu’elle devait représenter pour eux une infamie sans nom…

Albus tira un fauteuil pour l’aider à s’installer et Emma s’assit dans un silence religieux, le nez baissé vers la table de bois.
- voici donc, expliqua Dumbledore, la jeune femme qui est arrivée ce matin. Il semble que Miss Darovit fasse partie de ces moldus portés disparus depuis de nombreux mois…
Emma releva le nez et constata que de nombreuses personnes approuvaient en silence sans la quitter des yeux.
- peut-on savoir, fit soudain une jeune femme à la chevelure ébouriffée, pourquoi Lord Voldemort a tué ces moldus ?
Emma la fixa un instant, estimant que cette sorcière avait à peu de chose près son âge.

- il ne les a pas tué… murmura Emma. Enfin je ne crois pas…
- alors à quoi lui servent-ils ? demanda un sorcier à la peau sombre.
Emma tourna et retourna cette question dans son esprit et finit par admettre
- je n’en ai pas la moindre idée…
Tous se tournèrent un instant vers Dumbledore, manifestement étonnés de cette réponse.
- et vous ? que vous a-t-il demandé ? intervint Dumbledore
- et par quel miracle êtes-vous toujours en vie ?
Emma détailla le sorcier qui venait de l’interroger. Sa tenue misérable contrastait avec celle, soignée et riche, du directeur assis à ses côtés. Le teint maladif de cet homme n’arrangeait rien à l’affaire, mais il avait sur le visage la même douceur que Dumbledore…

- il voulait que je prépare une potion de soin.
- Vous le connaissiez, avant votre enlèvement ? poursuivit l’homme fatigué.
- non… Je ne crois pas, reprit Emma après un temps de silence, qu’il avait prévu que je fasse partie du groupe de personnes enlevées. Il a dit qu’il ne me laissait la vie sauve que parce que mes études pouvaient lui être utiles.
Les sorciers qui faisaient cercle approuvèrent à nouveau en silence et au grand soulagement d’Emma, se détournèrent un temps de leur observation plus que gênante pour converser entre eux.
La jeune femme en profita pour les détailler à son tour, se demandant lequel d’entre eux pouvait être le fameux Harry Potter.

Enfin, Albus se leva et le silence revint.
- Emma, fit-il, le halo de lumière qui vous a entourée à votre arrivée avait pour but de vous identifier… de savoir si notre voyageur avait de bonnes ou de mauvaises intentions… je suis donc convaincu que vous n’avez nullement pour projet d’étrangler qui que ce soit dans son sommeil. Plaisanta-t-il tandis que quelques personnes se tortillaient sur leurs sièges. En revanche, il est envisageable que Lord Voldemort se serve de vous dans un but que nous ignorons et qui bien sûr, ne nous serait nullement favorable…
Emma approuva en silence ; tout ceci était logique même si elle était persuadée du contraire. Elle savait bien que son départ précipité n’avait rien à voir avec le combat entre Voldemort et cette assemblée…

- vous serez donc mise sous bonne garde : Minerva aménagera une pièce de ses appartements à votre intention. Elle assurera à la fois votre protection…
- …et ma surveillance. Acheva Emma dans un murmure tandis qu’Albus acquiesçait avec un sourire serein.
Les sorciers et sorcières se levèrent et quittèrent la pièce peu à peu. La jeune femme ébouriffée rejoignit le sorcier à la mine fatiguée et le salua chaleureusement. Un grand dadais roux la suivait de près et prit également des nouvelles du sorcier et soudain, Emma se figea.
Ce garçon roux était celui qu’elle avait vu torturer dans la pensine.
Un jeune homme brun aux cheveux en bataille approcha à son tour et Emma le scruta avec attention. Lord Voldemort cherchait Potter… il avait malmené le garçon roux pour savoir où il se trouvait… il devait donc être un ami…

- vous avez deviné juste… fit la voix malicieuse de Dumbledore à l’oreille d’Emma.
La jeune femme se tourna vers lui en grimaçant légèrement. Lui aussi possédait donc ce pouvoir désagréable…
- Harry ? interpella Albus.
Emma aurait tout donné pour se transformer en puce à la seconde pour disparaître de leur vue et sautiller le plus loin possible.
Le sorcier brun se tourna vers eux et les rejoignit en souriant. Stoppant sa marche face à Emma qu’il ne quittait pas des yeux, il enfonça ses mains dans ses poches, visiblement mal à l’aise.
- il semblerait, déclara-t-il finalement d’une voix hésitante, que nous ayons une connaissance en commun…
Le sourire que lui rendit la jeune femme était pour le moins crispé mais les yeux exempts de colère et de haine de Potter la soulagèrent plus que tout ce qu’elle avait pu voir ou entendre au cours de la journée.

- professeur, fit soudain la jeune femme qui l’accompagnait en approchant à son tour, suivie de près par le rouquin, serait-il possible que nous passions la soirée avec Miss Darovit ?
Minerva accourut presque, la mine inquiète et les lèvres pincées
- sous bonne surveillance, bien entendu… ajouta aussitôt la jeune femme avec un sourire rayonnant. Je suis persuadée que nous avons tout à gagner à tisser immédiatement une relation de confiance et de sincérité…
La façon calme et posée dont s’exprimait cette sorcière laissa Emma admirative. Avec un peu de chance, elle avait trouvé là quelqu’un à qui parler sans être taxée de «Première de la classe».

- je m’appelle Hermione. Fit la sorcière en se tournant vers elle, main tendue, avant de poursuivre en français. J’ai entendu dire que vous aviez étudié en France... j’aime beaucoup ce pays…
Emma tendit à son tour la main pour saluer la jeune femme, définitivement convainque qu’elles avaient tout pour s’entendre.
- et voici Ron. Fit Hermione en se tournant vers le sorcier roux.
Le sourire d’Emma se figea instantanément et elle baissa un instant les yeux en le saluant avant de répondre à son air interrogateur.
- je vous ai vu… grâce… si on peut dire… à une pensine.
- moi ? fit Ron en pointant son index sur son torse, bouche bée et l’air particulièrement idiot.
- oui, fit Emma en se retenant finalement de rire face à son attitude ahurie qui lui donnait cependant un certain charme attendrissant, il vous demandait où se trouvait Harry…

Ron blêmit soudain en grimaçant.
- ha... je vois… et il t’a dit que je n’ai pas cédé ?? fit le sorcier en bombant le torse tandis qu’Hermione lui donnait une tape sur le bras en l’enjoignant à ne pas tutoyer ainsi les gens.
- ça n’a pas d’importance, le défendit Emma en riant, je préfère même… et oui, ajouta-t-elle pour Ron, il l’a dit… il n’était pas content du tout d’ailleurs…
- aaah mais ! j’y compte bien !! fit le sorcier roux en provoquant un éclat de rire général. J’ai assez eu mal pour au moins avoir cette satisfaction !
Escortés par Albus et Minerva qui passèrent leur soirée à papoter près d’une fenêtre face à un thé qui resta fumant malgré les heures qui s’écoulaient, comme par magie, les quatre jeunes gens s’installèrent sur un tapis autour d’un jeu de l’oie, apprenant à se connaître entre deux lancers de dés.

Les trois sorciers s’amusèrent beaucoup au dépend d’Emma qui s’inquiétait régulièrement pour son pion, poursuivit par les personnages de l’une ou l’autre des cases sur lesquelles il devait s’arrêter et Emma ne put retenir une larme lorsque Ron lui proposa avec un sourire radieux de jouer aux échecs.
- je suis vraiment pathétique, à ce jeu. S’excusa-t-elle.
- il y jouait avec toi ? questionna la perspicace Hermione d’une voix détachée en rangeant les pions du jeu de l’oie.
Emma approuva d’un signe de tête en observant les pièces noires et blanches se mettre en place sur le plateau.
- j’ai pris des raclées mémorables. Murmura-t-elle, plongée dans ses souvenirs
Relevant enfin la tête vers le trio, elle sentit soudain le rire gagner leur petit groupe et se joignit finalement à leur fou rire sous l’œil mi amusé mi excédé de Minerva. La sorcière scandait parfois un «on ne s’entend plus !!» qui n’avait pour seul effet que de relancer le rire des jeunes gens.
Chapitre 13 by Morgane
Relevant enfin la tête vers le trio, elle sentit soudain le rire gagner leur petit groupe et se joignit finalement à leur fou rire sous l’œil mi amusé mi excédé de Minerva. La sorcière scandait parfois un «on ne s’entend plus !!» qui n’avait pour seul effet que de relancer le rire des jeunes gens.

Tous quatre veillèrent donc très tard et papotaient encore lorsque les yeux fatigués d’Albus et de Minerva leur indiquèrent qu’il était grandement temps d’aller se coucher.
Emma se réveilla alors que le soleil était déjà haut dans le ciel et resta immobile dans le lit à baldaquin qu’elle occupait, les yeux grands ouverts en fixant le plafond, perdue dans ses pensées.
Elle tendit l’oreille en souriant tristement : aucune chance qu’elle puisse entendre des mots fourchelang ici… Emma se leva en soupirant et sentit peu à peu un certain plaisir l’envahir. Elle avait tant à découvrir ! Et surtout, hâte de faire plus ample connaissance avec le trio de la veille.

Ceux-ci l’attendaient de pied ferme et l’entraînèrent dès que possible dans le parc du château sous le regard sévère de Minerva, qui restait sceptique malgré les propos rassurants de son collègue.
- ils ne risquent rien à Poudlard, laissons les donc profiter un peu du soleil…
Emma resta muette et immobile durant tout le premier quart d’heure où elle se trouva assise face à Hagrid, bouche bée. Finalement, la bonhomie du personnage l’encouragea à se joindre à lui, Harry, Hermione et Ron pour une ballade autour du lac.
Emma osa à peine respirer lorsque le demi géant lança, d’une voix joyeuse :
- alors Harry ? bien remis de ton combat ? Le professeur Dumbledore m’a dit que tu t’en étais très bien tiré !! Ajouta-t-il d’une voix fière en se redressant, donnant à sa silhouette déjà bien assez imposante quelques centimètres de plus.

- oui, répondit Harry avec un sourire amusé tout en se tournant vers Emma qui sentit ses joues chauffer. J’ai réussi à lui lancer le sort que Dumbledore m’avait enseigné… mais ça ne l’a pas tué, contrairement à ce qu’on pensait. Je pense quand même que ça l’a bien atteint…
- je confirme, si tu permets… grommela Emma le plus bas possible.
- dis nous, Emma, intervint Hermione en la fixant intensément. Qu’est-ce que ça lui a fait ?
La jeune femme réfléchit rapidement à ce qu’il convenait de répondre. Prendrait-elle le risque de donner aux ennemis de Tom des informations qui puissent se retourner contre lui ? Néanmoins, ces jeunes gens avaient réussi à la mettre en confiance, et elle pressentait qu’en étant sincère avec eux, elle gagnerait à son tour la leur.
- il était grenat. Répondit-elle. Grenat de peau, précisa-t-elle en souriant, et vert de rage.

Harry éclata de rire en lançant une pierre dans le lac.
- tu as dû l’atteindre à l’omoplate, poursuivit Emma en montrant son épaule du doigt tandis que le sorcier brun approuvait, et ça a provoqué une espèce de bleu particulièrement profond qui s’est étendu jusque sur son torse et sur une grande partie de son dos.
- il a eu mal, j’espère, grogna Ron.
- plutôt oui. Se mit à rire Emma. Mais il s’est soigné avec une pommade… que je ne connais pas. Ajouta-t-elle au regard entendu d’Hermione. La potion de soin qu’il m’a demandée n’a pas été faite…
- il a donc passé cette pommade sur lui ? Questionna Hagrid en se massant le coude. C’est que je serais curieux de connaître la composition d’une pommade contre les bleus, moi. Expliqua-t-il en grimaçant.

- Sa peau est redevenue normale petit à petit, au fur et à mesure qu’elle absorbait la pommade, précisa Emma.
- il est fort, quand même, ironisa Hermione d’un ton badin, pour arriver à se masser l’omoplate.
- oui ! Explosa Ron en hurlant de rire, moi j’y arrive pas !
Emma vira au rouge vif et baissa le nez au sol, surprenant le regard amusé que Harry lança à son amie.

Au cours de l’après-midi, les deux sorciers enfourchèrent des balais sous le regard médusé d’Emma et virevoltèrent à qui mieux mieux en piquant parfois brusquement vers le sol, provoquant des cris de frayeur chez cette dernière.
Seules dans les hauts gradins, Hermione profita de son ’intimité’ avec Emma pour pousser plus loin ses ‘investigations’.
- dis moi, commença-t-elle… si tu veux bien, évidemment… toi et Voldemort… enfin je veux dire… il y a quoi entre vous ?
Pour une raison qu’elle ignorait, Emma fut profondément rassurée par la gêne qu’elle ressentait chez la sorcière ; ceci prouvait d’une certaine manière qu’Hermione était quelqu’un de bon, que la condition d’Emma intéressait vraiment. Tout autre personne, si elle n’avait été intéressée que par la collecte d’informations sur le sorcier maléfique, n’aurait éprouvé aucun problème à poser cette question.

- rien… bredouilla Emma en rougissant, se tordant les mains et baissant le nez vers ses genoux.
Hermione la regarda en silence, assise près d’elle, et lorsqu’Emma leva les yeux vers la sorcière, croisant son regard, elle laissa glisser une larme sur sa joue et se lança dans une longue explication détaillée de tout ce qu’elle avait vécu ces derniers mois.
De sa rencontre avec le monde magique à son départ précipité de la veille, elle n’omit rien : ni des événements, ni de ses doutes, ni de ses sentiments, et encore moins de ceux qu’elle devinait chez Lord Voldemort, en passant par sa complicité certaine avec Nagini.
Elle fut soulagée, au moment d’aborder le thème de la pensine, qu’Hermione, pour la première fois depuis le début de sa narration, dispose des mêmes informations qu’elle.
Comme si ce faible croisement de leurs deux vies constituait une preuve qu’elle ne divaguait pas.

Lorsqu’elle acheva enfin son histoire, Emma constata que les garçons avaient eu la délicatesse de ne pas venir interrompre leur discussion : ils avaient manifestement rejoint le château en les laissant seules, entre filles…
Hermione resta encore un long moment silencieuse, le regard dans le vide.
- c’est bizarre… chuchota-t-elle enfin. Je crois comprendre, cependant…
- comprendre quoi ? fit Emma en se levant, imitant la jeune femme qui semblait soudain pressée.
- je dois voir le professeur Dumbledore de suite. Fit-elle d’une vois hâtive en descendant les gradins, Emma sur les talons. Je pense, poursuivit-elle en se tournant brièvement vers elle, que c’est toi qui as sauvé Voldemort du sort de Harry.
- comment ça ? Questionna Emma en courant à ses côtés dans le parc.
- ce sort devait le tuer… la sorcière secoua ses longs cheveux et ralentit enfin, pour le plus grand plaisir d’Emma qui avait à présent le souffle court.

- je manque d’exercice… s’excusa cette dernière, la respiration saccadée.
- il y a des années, fit Hermione en fixant Emma, alors que nous étions encore étudiants ici, Harry et Voldemort se sont combattus… Voldemort a pris possession du corps de Harry en espérant que Dumbledore le sacrifierait pour le tuer, mais il a dû s’enfuir car l’Amour qui se trouve en Harry lui était insupportable…
Emma trouva tout ceci d’un mièvre accablant mais écouta la suite avec attention.
- Albus Dumbledore a donc ressorti ses vieux grimoires, fit Hermione en souriant, et enseigné à Harry un sort à l’opposé total de ce qu’on utilise généralement pour tuer… en fait, pour résumé, il lui a lancé un concentré de compassion et d’affection… ça aurait dû le tuer… acheva Hermione en reprenant sa marche.
- alors pourquoi ça n’a pas marché ?

- parce que entre temps, fit Hermione avec un sourire complice en se tournant vers elle, il a appris à supporter ce drôle de sentiment… et même à l’éprouver, il faut croire.
Emma laissa volontairement Hermione prendre quelques pas d’avance, trop gênée pour pouvoir encore soutenir son regard.
Dans le bureau du directeur, Emma tâcha de se faire la plus petite possible, mais l’impression confuse que les montures des lunettes du vieux sorcier brillaient de contentement la mettait au supplice.
- tout ce que vous me dites, Miss Granger, fit enfin Albus d’une voix rassurante, me conforte dans mes convictions. Emma ne nous est pas envoyée pour nous tendre un piège… cet incompréhensible de Tom nous l’envoie bien pour la protéger…

Emma se tassa un peu plus sur sa chaise.
- mais la protéger de quoi ? demanda Minerva d’un ton qui traduisait son étonnement.
La jeune moldue releva la tête, croisant le visage bienveillant du directeur, et lui sourit en retour. Il l’avait appelé Tom, et Emma, sans comprendre pourquoi, lui en était reconnaissante. Il était le seul à parler de lui en employant ce prénom.
- la protéger de lui, sans doute… répondit à mi voix le sorcier. Et des mangemorts qui doivent grouiller dans son repère, et qui ne seraient certainement pas enchantés d’apprendre que leur Maître fait les yeux doux à une moldue.

Emma éclata de rire un bref instant et plaqua brusquement sa main sur sa bouche.
- désolée. Bafouilla-t-elle en guise d’excuse.
- désolée de quoi ? demanda Albus avec un ample geste. Ce bureau n’est pas la bibliothèque de Mrs Pince. On peut y rire librement… C’est d’ailleurs chaudement recommandé.
- merci. Chuchota Emma en rosissant. Imaginer Voldemort faire les yeux doux… et Malefoy s’en rendre compte… je dois dire que ça me rend plutôt d’humeur à rire effectivement.
Minerva avait frissonné de peur à la mention du sombre mage, et de colère à celle de Lucius.
- mais… pourquoi veut-il tuer Harry ? Questionna Emma.

Albus s’enfonça dans son fauteuil, la mine soudain grave, et plongea son regard dans celui de la jeune femme après s’être brièvement tournée vers sa collègue. Emma ne baissa pas les yeux, persuadée que le sorcier puisait en elle des images qui le ‘rassureraient’. Elle était curieuse de savoir, mais pas dans le but de trahir…
Il n’eut pas le temps de répondre que Ron et Harry frappaient à la porte, bientôt invités à entrer et à s’asseoir par les professeurs.
- Emma, fit Albus en se tournant vers son protégé, se demande pourquoi Lord Voldemort en a après ta vie.

La jeune femme nota mentalement que lorsqu’il s’agissait de parler de cette guerre, le vieil homme désignait Voldemort, et non plus Tom. Une nouvelle vague de reconnaissance la submergea.
Sur son fauteuil, Harry acquiesça en souriant après avoir interrogé Hermione du regard. Emma fut émue par la similitude qui existait entre le ‘couple’ Albus/Minerva et Harry/Hermione.
Le jeune sorcier savait que son amie et la moldue avait beaucoup échangé au cours de la journée, et il s’en remettait donc à son entier jugement.

Le professeur lui parla alors de la prophétie, lui expliquant comment le Seigneur des Ténèbres devait mourir de la main de Harry, ou bien le tuer…
- et je pense que nous avons réussi. Acheva Albus, un sourire radieux aux lèvres.
Seule Hermione approuva, avec le même visage joyeux, sous les regards étonnés de ses amis et de Minerva, qui prit à tâtons une chaise pour s’y écrouler, sans quitter des yeux le directeur.
- Mais enfin, Albus… il est toujours vivant. Nous l’avons vu repartir…
Harry fit un signe affirmatif de la tête en posant sa main sur sa poitrine, comme s’il suffoquait, et Hermione posa une main réconfortante sur sa jambe.
- Tom est vivant… mais je pense que tu as tué en lui ce qui restait du Seigneur Des Ténèbres…

- il veut toujours le tuer… murmura Emma qui ne parvenait pas à se décider entre un camp ou l’autre. Si il n’avait plus ce projet, il se moquerait de se que pensent ses ... mange ??
- mangemort. Précisa Hermione. Pas forcément ! Poursuivit-elle. Voldemort a eu connaissance de la prophétie complète il y a des mois de cela…
Ron grimaça en approuvant.
- le jour que tu as vu dans la pensine… fit-il à Emma
- il va donc tout tenter pour tuer Harry, poursuivit Hermione sous le regard satisfait de son directeur, parce que lui ne sait pas qu’il a déjà perdu…
- Vous avez tout à fait raison. Approuva Albus en posant ses mains sur son bureau. Reste à savoir comment le lui dire.
- le journal… vous pourriez utiliser le journal. Proposa Emma.

- je doute que ce soit efficace. Fit Albus.
Emma rit en s’imaginant la scène : un Dumbledore rayonnant écrivant sur la première page du carnet : « tu as perdu ! On fait la belle ?! »
- oui, c’est vrai. Concéda-t-elle.
Quelques minutes de silence laissèrent à chacun le temps d’analyser ce qui venait de se dire, et de réfléchir.
- il n’empêche, fit soudain Ron avec un regard amusé pour Emma, que pour l’instant on a un avantage sur lui.
- Mr Weasley ! fit Minerva, les lèvres pâles d’indignation, tandis que Harry et Hermione éclataient de rire.
- je plaisantais, je plaisantais ! fit Ron, les mains levées vers elle. Pitié, ne me regardez pas comme ça vous me faites peur !

Emma rit à son tour, avant de retourner à son mutisme lorsqu’Albus ajouta :
- mais c’est tout de même vrai. Il vous a fait partir, lui dit-il, dans la précipitation, pour vous protéger… mais à présent il doit sérieusement se demander comment se tirer de ce mauvais pas. Comment tuer la personne qui m’est le plus chère en ayant l’assurance que je protégerai malgré tout la sienne…
Emma fut ravie de voir Harry rougir de concert avec elle tandis que Minerva regardait son ancien élève d’un air ému.
- Il me semble évident, fit Dumbledore en se levant pour approcher d’une fenêtre, que tu auras encore à l’affronter, Harry… Mais cette fois, il s’agira juste de parvenir à rester en vie le temps que nous puissions lui parler…

- il sait parfaitement que vous ne porterez jamais atteinte à la vie ni à l’honneur de Miss Darovit. Fit Minerva pour son collègue. Il n’aura cure de ce que vous lui direz.
- sans doute… il sait que JE la protégerai, même malgré moi s’il le faut, mais il n’en va pas de même pour tous les membres de l’Ordre qui tiennent autant que moi à la survie de Harry.
Emma tenta de comprendre si oui ou non il était question de la confier à quelqu’un qui, en cas de nécessité, oserait la malmener…
- je suis certain qu’Alastor, avec son don incontestable pour la persuasion, saura le convaincre qu’il est quant à lui tout à fait capable de tuer Emma, pour protéger nos intérêts.

La jeune femme pâlit malgré les rires légers de ses amis.
- ne t’en fais pas. La rassura Harry. Fol Œil ne ferait pas de mal à une mouche…
- sauf si elle porte la Marque des Ténèbres, ajouta Ron
- ou si son bourdonnement ressemble de trop près à celui d’une abeille. Compléta leur amie, déclenchant l’hilarité générale.
- ne vous en faites pas. Fit Albus en se tournant vers Emma. Je vous l’ai dit : nous vous protégerons. Soyez en sûre… et laissez le donc douter. Acheva-t-il avec un sourire complice.

Emma passa le reste de la journée en compagnie de Harry, Ron et Hermione, et il fut rapidement décidé que le trio resterait à Poudlard lui aussi, puisque le lieu était tout aussi sûr que le ‘QG de l’Ordre’, dont Emma ignorait la signification.
Plusieurs jours s’écoulèrent, et la jeune femme vit une amitié solide naître entre elle et ces trois sorciers, surtout et bien entendu avec Hermione.
Peu à peu, elle éprouvait de moins en moins de gêne à aborder le sujet ‘Tom Voldemort’ et ses amis lui firent rapidement part de tout ce qu’ils savaient sur leur ennemi.
Harry lui conta ses nombreuses rencontres avec le Lord Noir, lui expliquant comment, loin sous ce château, il avait appris que Tom Marvolo Riddle s’était forgé un nouveau nom par anagramme, avant de se construire ensuite une nouvelle vie, un nouveau but…

Emma resta muette de longues minutes en comprenant enfin pourquoi il avait tué son père…
Au delà de la cruauté du sorcier, elle avait du mal à accepter sa bêtise. Il désirait débarrasser le monde des gens… comme lui. Il était sang mêlé, et ne les supportait pas. Emma décida sur l’heure de demander à Dumbledore l’autorisation de reprendre le carnet et à sa grande surprise, il accepta.
Emma, forte de cette confiance que l’on plaçait en elle, se promit de ne jamais porter tort à ceux qui la protégeaient, quand bien même elle devrait cacher à Voldemort quelques informations… s’il lui en demandait…
Dès qu’elle fut seule dans sa chambre, elle écrivit.
- Tom ?
- Emma… comment vas-tu ?

La jeune femme hésita en mordillant son stylo. Qui lui parlait ? Tom ou…
- Je vais bien. Qui est là ?
- C’est Tom. Lord Voldemort est sorti.
- très bien. Tu as tué ton père ?
- oui
- pourquoi ?
Le journal resta vierge quelques instants.
- tu le sais bien… parce qu’il était moldu… et que par sa faute j’ai vécu dans la souffrance.
- il a renié ta mère parce qu’elle était une sorcière. Et toi, tu décides de tuer tous les sorciers ‘non purs’… en résumé, tu as choisi de devenir aussi stupide que lui !
Emma était au comble de l’énervement. Toute la journée elle avait ruminé ces reproches et avait du mal à ralentir son rythme d’écriture, tant le besoin de dire ce qu’elle ressentait lui pesait.

- Dumbledore dit que tu étais quelqu’un d’intelligent et de talentueux ! Comment as-tu pu devenir fou à ce point ?!
Le journal resta encore muet, ce qui accentua la fureur d’Emma
- et Malefoy ?! Il le sait Malefoy que tu es un sang mêlé ? Ça ne le gène pas ? Cette espèce de prétentieux arrogant !! Ah il peut faire le fier et le supérieur tiens ! Il ramperait si tu le lui demandais ! La noblesse du sang, vous ne la considérez que lorsque ça vous arrange !!
Au comble de l’exaspération, et frustrée de ne pas pouvoir hurler ces propos plutôt que des les écrire, elle lança le journal à travers la pièce d’un geste furieux avant de se lever et de arpenter sa chambre de longues minutes d’un pas coléreux.

Elle reprit ensuite le journal à terre d’un mouvement brusque et le plaqua plus qu’elle ne le posa sur la table basse. Se laissant tomber à côté de la cheminée, elle se pencha sur ce bureau improvisé et poursuivit son étalage de reproches.
Cependant, elle sentit soudainement ses forces la quitter et les larmes envahir ses yeux. Essuyant ses joues ruisselantes d’un revers de main, elle écrivit d’un geste malhabile.
- tu sais ce que dit Hermione ? Que les anagrammes, c’est très joli… elle m’a suggéré de m’en trouver une. Essaie donc, toi, voir si tu trouves quelque chose d’intéressant. Moi j’ai fini par trouver, ce qu’elle voulait me montrer…
- quelque chose d’intéressant ? Questionna enfin le journal.

Emma observa l’écriture passablement différente qui s’étala sur la page ivoire mais sut que cette fois, sa vue brouillée par les larmes n’y était pour rien. Elle sentit son cœur battre la chamade et une envie soudaine de s’excuser pour toutes les horreurs qu’elle venait de dire, et de crier combien elle avait mal.
- oui. Ecrivit-elle en souriant tristement. Une anagramme qui pourrait bien donner le coup fatal à mon vieil ami Malefoy.
Emma tendit soudain l’oreille en percevant des coups à la porte et rejoignit Minerva pour le dîner après un dernier regard affligé pour le journal.
- cherche bien... murmura-t-elle seulement.
Chapitre 14 by Morgane
Emma observa l’écriture passablement différente qui s’étala sur la page ivoire mais sut que cette fois, sa vue brouillée par les larmes n’y était pour rien. Elle sentit son cœur battre la chamade et une envie soudaine de s’excuser pour toutes les horreurs qu’elle venait de dire, et de crier combien elle avait mal.
- oui. Ecrivit-elle en souriant tristement. Une anagramme qui pourrait bien donner le coup fatal à mon vieil ami Malefoy.
Emma tendit soudain l’oreille en percevant des coups à la porte et rejoignit Minerva pour le dîner après un dernier regard affligé pour le journal.
- cherche bien... murmura-t-elle seulement.

Emma ne parvint pas, tout au long du repas, à se concentrer sur les conversations qui se déroulaient autour d’elle. Son esprit demeurait auprès de ce journal maudit et elle s’imaginait avec angoisse les recherches de Lord Voldemort, quelque part, si loin d’elle.
Qu’adviendrait-il si, comme Hermione le lui avait fait remarquer à elle bien plus tôt, il découvrait qu’elle aurait pu également se prêter à ce petit jeu de l’anagramme ?
La jeune sorcière taquinait à présent régulièrement Emma, l’appelant ‘Lady Voldemort’ chaque fois qu’elles se trouvaient seules, amusée de voir les joues de son amie rosir de plaisir et de gène.

De plus en plus, Emma sentait une importante détresse l’envahir : plus elle connaissait Harry et ses amis, plus elle se sentait proche de ces jeunes gens amicaux et sympathiques. Parallèlement, elle luttait chaque jour contre cette cuisante impression de manque qui la submergeait…
La jeune femme pleurait souvent de longues minutes en se demandant si elle aurait bientôt le bonheur de se sentir transpercer par ce regard de braise… ces pupilles rouges qui lui manquaient tant. Cependant, elle se sentait honteuse d’espérer une telle chose et séchait rapidement ses larmes lorsque paraissait l’un ou l’autre de ses amis. Elle ne s’estimait pas en droit de regretter la présence du mage noir, à présent qu’elle savait ce qu’il avait pu faire et dire…

Plusieurs jours s’écoulèrent avant qu’Emma n’utilise à nouveau le carnet, et elle était loin d’imaginer le tourment dans lequel se trouvait le propriétaire de ce livret.
Lord Voldemort avait sans peine réussi à ré-assembler les lettres ‘Emma Dolly Darovit’ en un ‘I am lady Voldemort’ qui lui rongeait les sens.
Le sorcier passait régulièrement de la fureur à l’abattement, détruisant soigneusement le mobilier chaque fois qu’il songeait au déshonneur de se voir ainsi vertement réprimander par une simple moldue qui le jugeait passablement stupide, avant de s’enfoncer dans son fauteuil, incapable du moindre mouvement tant l’absence d’Emma le mettait au supplice… supplice qui le conduisait rapidement au comble de l’énervement tant il lui prouvait sa faiblesse et qui le poussait donc à replonger dans une fureur dévastatrice… et ainsi de suite…

Ses serviteurs s’inquiétaient de cet état plus lunatique et changeant qu’il ne l’avait jamais été et, l’attribuant au dernier échec concernant l’assassinat de Potter, étaient convaincus de l’urgence plus que vitale de trouver et d’éliminer le ‘Survivant’.
Seule la sorcière du tableau et Nagini connaissaient la source réelle de son désarroi. La pauvre femme tâchait parfois de l’encourager à prendre contact avec celle qui, à l’évidence, lui manquait, mais elle n’avait que rarement l’occasion d’achever ses phrases… Le sombre Lord hurlait et la menaçait du feu si elle ne se taisait pas à la seconde…
Nagini se contentait quant à lui de rester terré dans la cheminée, bien trop occupé à se lamenter sur son propre sort pour se soucier de celui de son maître….

Le sorcier se trouvait dans l’une de ses phases de colère extrême lorsqu’il vit les pages de son carnet toujours ouvert sur la table basse du salon s’orner de lettres, puis de mots.
- Tom ?
- Non ! Écrivit-il d’un geste rageur qui déchira presque la page.
Lord Voldemort se leva et arpenta la pièce en lançant des regards furieux au carnet, de plus en plus excédé de les voir rester à nouveau vierge.
- et bien ? Qu’est-ce que tu lui veux, à Tom ? Écrivit-il en se jetant presque sur le carnet, comme s’il avait voulu pouvoir en sortir à son tour.
Emma, de son côté, regardait d’un œil rond ces paroles rageuses. Le souvenir bref d’un homme qui l’enlaçait vint serrer son cœur et elle porta le stylo vers la page.
- rien. J’avais juste envie de parler… écrivit-elle d’une main tremblante de chagrin.

A la lecture de ces mots, Voldemort eut l’impression que le manoir s’effondrait sur lui, et il se laissa tomber sur le canapé, regardant cette page qui lui montrait tout simplement qu’elle ne l’oubliait pas et que, d’une certaine manière, il lui manquait… peut-être.
Une brève seconde, il s’étonna encore du calme qui avait soudain fondu sur lui. Un calme qu’il savait issu d’une profonde tristesse.
- je n’aurais pas dû te laisser partir… répondit-il enfin.
Emma resta un instant perplexe et écrivit à son tour
- je vous l’avais dit. Mais vous n’en faites toujours qu’à votre idée.
Dans sa cheminée, Nagini sursauta avant de se glisser jusqu’à son maître qui venait d’éclater d’un rire sincère. L’animal se dressa rapidement vers lui, parfaitement certain de connaître l’unique source probable de cette joie.
Son maître ne riait jamais véritablement. Le rire n’avait durant de longues années été pour lui qu’une manière de manifester son plaisir face à la victoire… jamais il ne riait de joie ou de bonheur avant l’arrivée d’Emma.

L’immense serpent ondula jusqu’à ce que son maître excédé finisse par lui donner les nouvelles qu’il attendait et finit par coller son museau sur le carnet, dardant vers les pages une langue fourchue que Voldemort dut éloigner d’un revers de main.
- Nagini tente d’entrer dans le carnet. Ecrivit Voldemort. Je crois que tu lui manques…
Emma se mordit les lèvres et crispa ses doigts sur son stylo pour ne pas aussitôt demander si ce sentiment était uniquement éprouvé par le serpent…
- il me manque aussi. Répondit-elle. Aucun fauteuil n’est aussi confortable ici…
Cette remarque tira une grimace au sorcier et Nagini se sentit soudain foudroyé par un regard emprunt de jalousie que son esprit avait du mal à comprendre.
- que fais-tu à Poudlard ? demanda le mage. Es-tu toujours à Poudlard, d’ailleurs ?

- oui, toujours. Répondit Emma après un temps de réflexion durant lequel elle analysa ce qui pouvait se dire sans risque ou non. Et je passe le plus clair de mon temps à donner à Harry des informations sur l’art et la manière de vous piéger, bien sûr.
Le sorcier ne prit pas même la peine de noter l’affront et resta surtout fixé sur l’utilisation de ce prénom haï.
- et bien je vois que vous êtes devenus bons amis… ‘Harry’ doit vraiment s’amuser de la situation.
Emma se mit à rire face à cette marque évidente de jalousie.
- il ne rit pas, non. Ça a plutôt l’air de l’ennuyer par moment.
- pour quelle raison ?
- je pense, poursuivit Emma, qu’il n’a tout simplement aucune envie de me causer la moindre peine puisque en effet je crois qu’il me considère comme une ‘amie’.

Emma laissa le soin au sorcier de deviner en quoi Harry pourrait éventuellement faire de la peine à la jeune femme… Voldemort comprit parfaitement l’allusion : Harry, en s’en prenant à lui, causerait du chagrin à sa nouvelle amie. La raison de ce chagrin avait du mal à s’imposer dans son esprit. Une partie de lui désirait à tout prix la comprendre et l’apprécier, tandis que l’autre refusait catégoriquement de s’avouer qu’une moldue l’aimait et qu’il en éprouvait un plaisir jamais ressenti auparavant.
Le sorcier nota qu’étrangement, il ne pensait pas immédiatement à l’avantage certain qu’il tirait de la situation : imaginer qu’ainsi Harry hésiterait avant de lui lancer un sort aurait dû le faire hurler de plaisir, mais la seule idée que l’enjeu de tout ceci en serait le bonheur d’Emma l’écoeurait au plus haut point.

La jeune femme était quant à elle parvenue au même raisonnement, et se rappela soudain les paroles de Dumbledore : Voldemort ne devait pas être maintenu dans la certitude que sa protégée ne risquait rien…
- par contre, on va bientôt me présenter quelqu’un qui, je pense, ne me considérera pas comme une amie… Ecrivit-elle.
- qui donc ? S’inquiéta le sorcier.
- je ne me rappelle plus trop son nom. Fit sincèrement Emma. Harry l’appel ‘œil fou’ ou quelque chose comme ça.
- FOL ŒIL ? Maugrey Fol œil ? Alastor Maugrey ?!?
- oui, confirma Emma, ravie de constater qu’Albus avait vu juste et que le sorcier qu’elle évoquait semblait avoir un quelconque impact sur Lord Voldemort.
- et pourquoi on veut te présenter ce sorcier ? Questionna ce dernier.
- les membres de l’Ordre Du Phénix estiment que lui seul pourra juger de ce qu’il convient de faire de moi. Ils prétendent tous qu’Albus a l’âme trop tendre pour réellement décider de mon sort.

Lord Voldemort blêmit face à ces paroles.
- c’est vrai. Dumbledore est un faible. Il se laisse toujours submerger par ses bons sentiments et ça lui porte tort. Mais ce Maugrey est dangereux…
- Albus n’est pas faible ! S’insurgea Emma. Je ne considère pas que faire preuve de compassion envers son prochain soit de la faiblesse !
- c’en est pourtant lorsque ça engendre des risques pour la vie d’autrui. Les gens qui éprouvent de l’affection pour les autres sont facilement ébranlables. Les êtres qui leur sont chers sont autant de faiblesses par lesquelles on peut les atteindre.
- je ne suis pas d’accord. Insista Emma. Pour moi c’est l’inverse. L’amour que l’on porte à autrui nous donne plus de courage et de force pour les défendre. Et ceux qui ne sont pas capables d’éprouver ce genre de sentiments ne sont tout simplement pas humains ! Il n’y a donc vraiment rien ni personne à qui vous teniez ?

- non. Rétorqua aussitôt le sorcier, plus par habitude que par sincérité.
- alors pourquoi m’avoir envoyée ici ? J’aurais tout autant préféré rester auprès de vous, quitte à en perdre la vie. Vous êtes d’un illogisme redoutable pour quelqu’un qui se prétend le plus puissant sorcier au monde !
Emma se sentait fébrile : ce carnet était un véritable enfer ; elle osait par ces pages dire tout ce que jamais elle n’aurait eu l’audace d’avouer face au sorcier, mais le prix qu’il conviendrait sans doute de payer l’effrayait.
Nagini fila se réfugier dans l’âtre en sentant l’atmosphère devenir passablement orageuse.
- ne me parle pas sur ce ton ! Écrivit le sorcier d’une main tremblante de colère
- je parle sur le ton que je veux ! Je suis à l’abri de votre folie à présent. C’est ce que vous avez voulu et j’en profite !

- je pourrais venir te chercher sur l’heure ! Menaça le mage noir
- je n’attends que ça ! fit Emma tout sourire en frissonnant malgré tout. Et je crois savoir que certains ici seraient également ravis de vous revoir ! Poursuivit-elle pour s’assurer que le sorcier ne mettrait pas son plan à exécution.
Une nouvelle fois, le calme fondit sur le sombre mage qui commençait à se sentir épuisé par ces incessants changements d’humeur qui lui mettaient les nerfs à vif.
- tu n’attends que ça ? Questionna-t-il, se focalisant une nouvelle fois sur une partie très restreinte des mots d’Emma.
La jeune femme porta son stylo à sa bouche, le mordillant comme à chaque fois qu’elle se sentait gênée, et ne put finalement répondre à la question posée. Derrière la porte, Hermione s’annonçait. Emma la pria d’entrer et tandis que son amie se penchait derrière elle sur le carnet, elle écrivit
- je suis navrée mais je dois partir. Je crois que Maugrey est arrivé.

Hermione s’assit à côté d’Emma et lui lança un regard interrogateur auquel elle répondit par un clin d’oeil amusé.
- n’y va pas ! fit le sorcier sans que personne ne lui réponde. Emma ! N’y va pas !
La jeune femme referma avec précaution le carnet en retenant un rire et mit rapidement Hermione au courant de sa récente conversation parfois mensongère avec le mage. Toutes deux se dirigèrent aussitôt vers le bureau d’Albus Dumbledore et furent bientôt rejointes par Harry, Ron et Minerva.
Le directeur se montra plus que ravi des propos tenus par la jeune moldue et de l’attitude de Tom.
- on va lui montrer qu’il a raison. Fit-il en se levant. Mais pour cela, Emma, il va falloir me promettre que vous n’écrirez plus sur ce carnet, et me le donner pour plus de sûreté.
- je vous demande pardon ? S’inquiéta sa collègue tandis que la jeune fille acquiesçait
- nous allons lui prouver qu’en effet, aimer quelqu’un constitue une faiblesse…
Emma devint écarlate tandis que l’estomac de Harry se crispait. Tout ceci était sans doute propice à rire, mais signifiait également qu’il devrait bientôt rencontrer à nouveau le mage noir…

- - -

Lorsqu’après plusieurs semaines on présenta réellement Maugrey à Emma, celle-ci en éprouva elle aussi un plaisir très nuancé… pétrifiée face à cet homme qui lui inspirait autant de crainte que de respect, elle songea avec amertume aux mises en garde de Lord Voldemort.
De plus en plus, elle éprouvait de la tristesse à se trouver séparée de lui et le maudissait parallèlement d’être devenu ce meurtrier qui avait causé tant de malheurs, et le sien…
Enfin, vint le jour où le sorcier à l’œil magique fit irruption dans le bureau d’Albus pour annoncer que le manoir Voldemort avait été localisé.
Le sorcier semblait avoir quitté sa retraite et abandonné le ‘sceau du secret’ qui le protégeait.
- il cherche Potter. Rugit Maugrey. Ça ne fait aucun doute. Il veut finir ce qu’il a commencé pour ensuite…
Le regard qu’il coula vers Emma lui glaça le sang et la pâleur soudaine d’Albus ne fit qu’accentuer son état de stress.

La sécurité de Harry fut encore renforcée et le jeune sorcier se séparait rarement de ses fidèles amis… parmi lesquels Emma comptait à présent. La jeune femme put alors comprendre pourquoi Lord Voldemort traînait derrière lui cette réputation de puissance… Tout ce qui était mis en place pour se garantir d’une éventuelle attaque prouvait à Emma que rien, ou presque, n’était impossible au terrible mage et Harry semblait tout simplement résigné à le voir un jour surgir face à lui.
Comme l’avait toujours clamé Lord Voldemort, aimer est une faiblesse… et dès que Harry se fut éloigné de Poudlard pour rendre visite à Ginny, la sœur de Ron qu’Emma n’avait pas eu l’occasion de rencontrer, Maugrey fit irruption dans la pièce où se trouvaient Albus, Minerva et Emma pour hurler
- il a trouvé Potter !!!!

- Comment ?!! Fit Albus en se levant d’un bond
- cet idiot a absolument tenu à s’éclipser quelques heures pour aller rassurer sa fiancée !! Hurla Maugrey. Il a échappé à notre surveillance et a filé ventre à terre dans un piège !!
- où sont Hermione et Ron ? Questionna Minerva d’une voix rendue aigue par la peur en se précipitant vers une large malle qu’elle ouvrit à grand fracas.
- avec lui, bien sûr ! Je l’avais dit qu’il fallait les surveiller de près !! S’égosilla Maugrey.
- inutile de s’affoler pour l’instant. Allons-y au plus vite… Emma ?
La jeune femme, livide, tremblait de tous ses membres en sentant la nausée l’envahir.
- Emma… répéta Albus d’une voix douce. Vous devez rester ici… Vous êtes en sécurité. Ne bougez pas avant que quelqu’un ne vienne vous chercher…
Il avait à peine achevé sa phrase qu’un oiseau au plumage de feu apparut dans la pièce. Les trois sorciers touchèrent alors le bout de sa queue et disparurent dans un claquement sec.

Emma se tourna vers la porte qui émit un cliquetis à la fois inquiétant et rassurant : elle était parfaitement enfermée à présent…
La jeune femme s’approcha d’une fenêtre pour y observer le ciel orageux. Au loin des éclairs menaçaient et étrangement, elle ne s’en inquiéta pas. Ses forces l’abandonnèrent soudainement et elle s’écroula au sol, pleurant de peur et de chagrin, le cœur serré par ce qu’elle venait d’entendre, ne sachant plus pour qui elle devait s’inquiéter en priorité.
Elle se releva soudain pour chercher le carnet de Tom et fouilla la pièce de longues minutes en vain.
Après plusieurs heures d’attentes, le ciel sombre parfois zébré de lumière commençait à lui infliger à son tour une pression considérable : l’orage avait décidément bien choisi son moment !!

Emma songea avec amertume qu’il s’agissait peut-être là de la seule explication plausible à sa terreur déraisonnée du tonnerre. Peut-être était-elle un peu devin et avait-elle de tout temps perçu que sa vie s’effondrerait un soir d’orage…
Quelle que soit l’issue, elle pleurerait. Tom ou Harry. Harry ou Tom. Amour ou amitié ? Lequel des deux fallait-il préserver ? Et Tom l’aimait-il vraiment ? Emma en doutait à présent, constatant qu’il avait avant tout préféré régler le ‘problème Potter’ plutôt que venir la chercher…
Soudain, la porte trembla légèrement et Emma se releva en frissonnant, observant ce panneau de bois avec appréhension. Attendant de pouvoir lire sur le visage de celui ou celle qui entrerait le résultat du combat entre Harry et Voldemort, elle se leva en portant une main à son cœur affolé.

A la vue du sorcier qui entra, elle resta perplexe. Le jeune homme qui se tenait à l’embrasure de la porte portait des cheveux mi-longs d’un blond très clair et un air supérieur écoeurant.
- je m’appelle Drago Malefoy. Se présenta-t-il d’un ton dédaigneux en jaugeant Emma du regard.
- ça saute aux yeux… rétorqua Emma.
- Le Seigneur des Ténèbres m’envoie te chercher. Poursuivit l’effronté. Viens.
Emma ne fit pas un geste. Le jeune homme tapota un vieux livre qui s’illumina d’une teinte bleutée et s’approcha d’elle en le lui tendant.
- bon voyage. Fit-il d’une voix doucereuse. Le spectacle devrait te plaire.
Il mit le livre dans les mains d’Emma et lorsqu’il s’éloigna d’elle, elle sentit soudain son corps tiré en avant avec brutalité.
La jeune femme entendit son propre cri de frayeur se mêler au rire froid du sorcier blond et l’instant d’après elle sentit ses genoux heurter douloureusement le sol.

Emma se releva en regardant avec angoisse autour d’elle. Au-dessus de sa tête, le ciel était bien plus coléreux que celui de Poudlard : ici l’orage battait son plein et Emma fit de gros efforts pour ne pas prêter attention à la panique qui commençait à l’envahir.
Elle observa rapidement ses mains ensanglantées par la chute qu’elle venait de subir et inspira profondément avant de détailler ce qui l’entourait.
Non loin, une maison biscornue était ravagée par les flammes. Emma distingua sur le terrain alentour des silhouettes qui se déplaçaient avec vitesse. Les cris qui provenaient de ces personnes en fuite l’emplirent de peur et de colère.
Elle se mit soudain à courir vers eux, trébuchant sur le sol qu’elle ne distinguait qu’à la lumière des éclairs en priant pour que le tonnerre ne s’annonce pas encore.

Contournant un arbre, elle se heurta à une jeune femme dont la chevelure flamboyante lui apparut comme un signal de vie à la lumière crue de l’orage.
- Ginny ? demanda-t-elle à tout hasard.
- oui. Confirma celle-ci en la scrutant avec méfiance.
- je suis Emma. Fit-elle en priant pour que la sorcière ait déjà entendu parler d’elle… où est Albus ? Où sont Harry, Ron et Hermione ?
- Albus est parti chercher mes parents enlevés par des mamgemorts ! Sanglota la sorcière d’une voix rageuse. Ron et Hermione, je ne sais pas, ils sont avec Maugrey. Et Harry …
- où est-il ? Insista Emma sur un ton où pointait la panique.
- je le cherche depuis tout à l’heure… je ne le trouve pas…
- allons-y ! fit Emma en empoignant la main de la sorcière.

Toutes deux se dirigèrent vers les flammes en clignant des yeux. Emma sentit Ginny trembler sous ses doigts et comprit que cette maison était la sienne.
- Harryyyyyyyyyyyyyyyy ? Héla-t-elle à pleins poumons.
- tu es folle !!! Souffla Ginny en la tirant vers les bois. Il y a de fortes chances pour que là où est Harry, Voldemort y soit aussi ! On doit les trouver mais pas être trouvées !
Ginny avait la ferme intention de porter secours à celui qu’elle aimait et ne comptait nullement se cacher éternellement. Seulement, elle savait également qu’elle constituait pour le mage noir une pièce importante dans cette partie d’échec : si il parvenait à la capturer, Harry était perdu !
- ça m’est égal ! Gronda Emma. Il ne me fait pas peur à moi ! Viens ! On va les trouver !
La malheureuse sorcière songea à tout ce que Harry lui avait dit au sujet d’Emma mais douta tout de même du poids qu’elle pourrait avoir sur Lord Voldemort. Cependant, abattue par ses vaines recherches, elle décida de la suivre.

Emma hurla plusieurs fois les noms de ses trois amis en jetant autour d’elle des regards inquiets, scrutant parfois le ciel en se demandant quand son esprit finirait par lâcher prise face à cette terreur grandissante qu’elle réfrénait avec de plus en plus de difficulté.
Ginny restait à ses côtés, prête à les protéger toutes deux en cas de nécessité, et s’assurait avant tout qu’aucun mangemort ne se trouvait à proximité. L’absence totale de membres de l’Ordre et d’ennemis la plongeait dans la perplexité et l’inquiétude.
Elles finirent par s’enfoncer dans le bois après avoir fait plusieurs fois le tour de la maison en ruine : Ginny, habituée aux lieux, prit la direction d’une clairière où elle espérait rencontrer quelque personnes connues… et amies.
Comme elle l’avait deviné, cet endroit reculé qui offrait cependant un espace assez large était déjà occupé…

Deux sorciers bruns se faisaient face et la haine qui passait par leurs regards aurait pu embraser l’air tout aussi efficacement que les éclairs qui les illuminaient parfois.
A l’orée, les deux jeunes femmes se figèrent à ce spectacle et Ginny serra inconsciemment la main d’Emma. Celle-ci lui rendit son étreinte en sentant les larmes couler sur ses joues. Cette nuit, l’une ou l’autre verrait mourir celui qu’elle aimait.
Chapitre 15 by Morgane
Deux sorciers bruns se faisaient face et la haine qui passait par leurs regards aurait pu embraser l’air tout aussi efficacement que les éclairs qui les illuminaient parfois.
A l’orée, les deux jeunes femmes se figèrent à ce spectacle et Ginny serra inconsciemment la main d’Emma. Celle-ci lui rendit son étreinte en sentant les larmes couler sur ses joues. Cette nuit, l’une ou l’autre verrait mourir celui qu’elle aimait.

Harry et Lord Voldemort ne semblèrent nullement se soucier de leur présence et Ginny sentit son cœur accélérer sa course. Les deux jeunes femmes décidèrent pour un temps de se mettre à l’abri derrière un arbre imposant.
Ginny cherchait un quelconque moyen de porter secours à Harry tout en sachant parfaitement qu’elle n’était pas de taille à lutter contre le sombre mage… pas plus que Harry, d’ailleurs…
Comble de l’horreur, elle avait également conscience qu’à côté d’elle se trouvait la jeune femme dont le Survivant lui avait tant parlé… une moldue qui souffrirait à n’en point douter de voir Voldemort disparaître… mais que pouvaient-elles faire toutes deux ?
Ginny ne voyait pas comment ce combat pouvait trouver une issue salutaire. Quel que soit le résultat de leur duel, il y aurait des larmes…

La sorcière regarda alentour en espérant voir surgir Dumbledore ou n’importe quel autre membre de l’Ordre : il avait été convenu qu’Emma resterait à Poudlard et qu’en cas de confrontation, elle serait une ‘monnaie d’échange’ utilisable. Cette idée faisait grimacer d’horreur Albus, Ron, Hermione et Harry, mais il fallait se ranger au bon sens diabolique de Maugrey : il s’agissait là de leur seule chance.
Une chance minuscule à jamais envolée puisque Emma se trouvait sur les lieux du combat et que le sombre Lord lui assurerait la meilleure protection qui soit… les murs de Poudlard offraient un rempart solide contre les attaques mais il fallait également reconnaître au Seigneur des Ténèbres une certaine habileté à se défendre…

Ginny se demanda comment Emma avait pu arriver jusqu’ici et sentit sa haine pour Voldemort grandir au fur et à mesure qu’elle l’observait. Par un moyen quelconque, il était parvenu à récupérer la jeune femme ; sans doute avait-il prévu depuis longtemps qu’elle pourrait être utilisée par ses ennemis pour le piéger et avait-il jugé bon de la soustraire de l’emprise de ses ennemis au plus vite.
Les deux sorciers se déplaçaient lentement en se fixant avec hargne sans se soucier d’elles et lorsque Harry aperçut Ginny, elle comprit que jusqu’à présent il n’avait pas même pris conscience de leur présence.
Surprenant son regard soudain voilé de panique, Lord Voldemort tourna légèrement la tête, se méfiant d’une éventuelle attaque du sorcier.

Lorsque le regard de braise du mage se posa sur Ginny, une décharge électrique la parcourut et elle eut à peine le temps de sauter au loin pour éviter le sort qu’il lança vers elle. Emma, toujours cachée derrière le tronc épais, s’accroupit en poussant un cri, plaquant ses mains sur ses oreilles, le cœur battant.
- non, ce n’est pas l’orage. Murmura-t-elle pour elle-même en tentant de calmer sa respiration, fixant le ciel d’un œil inquiet. Pas encore…
- Miss Weasley… siffla Voldemort. Votre présence va m’être d’un grand secours !
Emma se releva aussitôt et chercha la jeune sorcière des yeux sans quitter son abri. Elle l’aperçut alors mais se recroquevilla à nouveau au grondement du tonnerre, un frisson glacé parcourant son dos.
A quelques mètres, Ginny faisait vaillamment face au sorcier et tenait sa baguette parée sans trembler.
- soyez maudits ! Toi et ta folie ! Hurla-t-elle.

Le sorcier tourna sur lui-même en incendiant d’un sort l’herbe de la clairière, bloquant le passage à Harry que la fumée rendit bientôt aveugle.
- Ginny !!! Fuis ! Hurla le jeune homme d’une voix désespérée.
La sorcière, trop concentrée à observer son ennemi, ne consentit pas à tourner le dos et à se positionner en cible trop facile.
- je t’interdis de me parler sur ce ton. Cracha Voldemort à son intention
- je te parle sur le ton que je veux ! Rétorqua Ginny en tremblant de rage plus que de peur.
- je vais t’enseigner le respect… siffla le sorcier en approchant lentement. Mais je ne te tuerai pas… pas tout de suite, j’ai trop besoin de toi.
Son sourire venimeux glaça le sang de Ginny.
- tu es un monstre de folie. Souffla la sorcière sans s’en rendre compte. La folie te dévore.
- silence !!! Vociféra le sorcier. Comment oses-tu t’adresser à moi de la sorte ? Misérable vermine !!

- c’est toi la vermine ! Fulmina la jeune fille que la fureur rendait totalement inconsciente du danger. Moi je suis une sorcière tout ce qu’il y a de plus pur ! fit-elle en récitant les préceptes des Mangemorts. Souviens toi bien ! Et mets donc tes principes à exécution ! Meurs, sang mêlé abject !!!
Harry accéléra sa course en entendant les paroles de la jeune femme, convaincu qu’à présent plus rien ne retiendrait les sorts de leur ennemi. Il contournait le plus rapidement possible la clairière, empruntant la forêt pour rejoindre sa fiancée en sentant son cœur se serrer de l’entendre ainsi hurler sa haine.
Ginny observa le regard soudain flamboyant du sombre mage. Ses insultes avaient fait mouche : le seigneur des ténèbres appréciait fort peu qu’on lui rappelle son ascendance honteuse…
- tant pis. Siffla-t-il en levant sa baguette. Je trouverai un autre moyen de tuer Potter… mais toi tu vas mourir tout de suite.

Le cri déchirant de Harry, qui arrivait à leur hauteur, le déconcentra assez longtemps pour que Ginny puisse lancer un sort de protection dans l’unique but de gagner du temps. Harry accourut encore, levant sa baguette pour obliger le sorcier à se soucier de lui et à oublier un instant la sorcière.
Courant à perdre haleine en contournant les arbres, il se figea soudain en voyant Emma se relever lentement. La jeune femme avait réussi à reprendre possession de ses moyens et s’avança vers lui d’un pas encore mal assuré.
Harry baissa aussitôt sa baguette, bouche bée, sans prendre conscience du risque qu’il prenait à ne plus surveiller son ennemi.
- qu’est-ce que tu fais là ? Questionna-t-il, perplexe.
La réponse qu’Emma tenta de lui fournir ne parvint jamais à ses oreilles. Une vague de puissance hors du commun submergea la clairière, étouffant le feu et stoppant le vent du même coup. Harry se demanda un instant si la foudre ne venait pas de s’abattre sur son crâne, ou si au contraire les éclairs n’avaient pas à leur tour fui devant cette force irréelle.

- NE L’APPROCHE PAS ! Entendit-il hurler au loin.
Lord Voldemort venait à son tour de s’apercevoir de la présence d’Emma et tout son être était à présent tourné vers un unique but : éloigner la jeune femme de tout danger. Et pour l’heure, le danger le plus imminent était Potter.
Emma sentit un souffle violent la frôler et vit Harry sauter à l’abri d’un arbre qui vola bientôt en éclats. La jeune femme hurla de terreur avant de s’enfuir à son tour alors que des éclairs envahissaient à nouveau le ciel.
Folle de peur, Emma courait droit devant elle en maintenant ses mains sur ses oreilles, fuyant le bruit du tonnerre plus que tout le reste.
Elle sentait les branches lacérer ses vêtements et sa peau, des ronces fouetter son visage, mais ses jambes semblaient animées par une force autre que celle de son propre esprit. Seule l’idée de fuir demeurait en elle.

Harry se redressa en la suivant du regard avant de sentir son corps se glacer d’effroi.
- pas par làààà ! Hurla-t-il à son tour.
Il chercha à apercevoir Ginny et la peur qu’il put lire dans ses yeux confirma ses appréhensions : Emma courait droit vers un précipice qu’elle ne pourrait voir dans cette nuit seulement illuminée par intermittence d’éclairs aveuglants.
- transplane ! Ordonna-t-il à la sorcière. Essaie ! Je t’en prie ! Pars !!
Ginny sentit son estomac se contracter : transplaner était une activité complexe qu’elle ne maîtrisait pas encore parfaitement, mais sa présence ici était une gêne certaine pour Harry.
Elle enrageait de ne pas avoir pu se retenir de le chercher alors qu’elle savait parfaitement qu’elle constituerait pour lui un poids.
Harry la regarda se concentrer en serrant les poings puis soupira d’aise en la voyant disparaître dans un claquement sec.

Il osa un bref regard vers la clairière et s’aperçut que Lord Voldemort le fixait en tremblant de rage. Jamais il ne l’avait vu dans un tel état d’énervement. Convaincu qu’il faudrait dès ce soir vaincre ou mourir, Harry força ses jambes douloureuses à le porter jusqu’au centre de l’espace dégagé.
- comment as-tu osé… bredouillait le mage noir. Comment as-tu pu… te servir d’elle…
Harry resta interloqué par l’incapacité du sorcier à parler normalement tant la fureur l’étreignait.
- C’est vous, qui l’avez mêlé à ça ! fit-il en levant sa baguette. Il ne fallait pas la faire venir ! Elle était en sécurité à Poudlard !
- je ne l’ai pas fait venir !! Hurla le sorcier dont les yeux brillaient de colère. S’il lui arrive malheur je tuerai tous ceux à qui tu tiens ! J’écraserais chaque personne que tu auras un jour croisée !! Je te maudis Harry Potter ! Meurs !!!
Soudain, Harry se rappela les paroles de Dumbledore et de Maugrey : Emma était sa seule chance… la puissance de Voldemort semblait décuplée par sa colère, et il était fort bien placé pour savoir que ce sorcier n’avait nullement besoin de pouvoirs supplémentaires…

Il partit donc en courant le plus vite qu’il put, suivant la direction qu’avait prise Emma en se protégeant aussi bien que possible des sorts qui fusaient dans son dos.
- laisse là !! Hurla encore Voldemort qui percevait fort bien ses intentions. Ne l’approche pas où je te tue !!
- ah parce que sinon tu ne me tues pas ? Murmura Harry pur lui-même en courant à l’abri des arbres.
Harry retrouva bientôt la trace d’Emma, bénéficiant d’une connaissance parfaite des sentiers et des arbres de l’endroit où il se trouvait, mais il avait beau crier vers elle et lui demander de s’arrêter, elle filait toujours sans l’entendre.
Il accéléra encore sa course en ayant l’impression que ses muscles allaient bientôt se fendre à force d’efforts et parvint à la rejoindre. L’enserrant par la taille, il la força à s’arrêter alors que le précipice n’était plus qu’à quelques mètres d’eux. Les abords un peu plus clairsemés offraient cependant une vue trop pratique en cas d’éventuelle attaque, et Harry l’entraîna à nouveau vers les bois.

L’adossant à un arbre, il tenta de la rassurer. Il enserra son visage de ses mains, forçant son regard à croiser le sien et lui parla le plus calmement qu’il put.
- Emma… calme toi… je t’en prie calme toi et écoute…
- l’orage… sanglota la jeune femme. Arrête l’orage…
- je ne peux pas faire ça. Fit Harry en regardant le ciel. Je ne sais pas…
Soudain, à quelques mètres à sa gauche, il vit surgir Lord Voldemort qui leva aussitôt sa baguette.
- ne faites pas l’idiot ! Prévint Harry sans s’éloigner d’Emma. Vous risquez de la blesser….
- éloigne toi d’elle. Bredouillait le sorcier en tremblant de colère. Recule… RECULE !!!
- non, Harry. Murmura Emma. Reste…
La jeune femme ferma les yeux et força sa respiration à reprendre un rythme normal. Pour un temps au moins elle devait canaliser sa peur.

- où est Ginny ? demanda-t-elle enfin d’une voix plus claire en ouvrant à nouveau les yeux
- partie. En sécurité. Répondit Harry sans relâcher sa surveillance.
Il se tourna alors totalement vers son ennemi tout en tenant Emma à ses côtés.
- je vais partir. Fit-il. Et j’emporte Emma.
- hors de question. Répondit le sorcier d’une voix nerveuse. Tu ne l’emporteras pas…
- alors je la laisse… et vous me laissez partir…
Le rire mauvais de Lord Voldemort résonna dans la nuit.
- te laisser partir ? Il faudra bien un jour que s’accomplisse cette prophétie… et j’en ai assez de te chercher…
- la prophétie est déjà accomplie. Répondit Harry. Je vous ai vaincu. Lord Voldemort est mort… Il ne reste plus que Tom… et sa folie…
- je ne suis pas mort !! Fit le sorcier d’un ton qui prouvait cependant son doute.
- Tom n’est pas mort. Approuva Harry. Et il ne tient qu’à lui de savoir s’il veut ou non faire renaître Lord Voldemort.
- gageons que oui… susurra le sorcier avec un sourire mauvais.
- alors j’emporte Emma. Fit Harry d’une voix forte. Je ne la laisserai pas aux mains d’un fou hystérique qui prévoit d’anéantir tous les moldus !!

Lord Voldemort baissa un instant sa baguette avant de faire quelques pas vers le précipice, se mettant ainsi parfaitement à découvert.
- battons-nous Potter… jusqu’à ce que l’un de nous meure… si je te bats ici, je jure de laisser les tiens vivre en paix… et si tu gagnes, fit-il d’un ton qui prouvait combien cette éventualité lui paraissait incertaine…
- …si je gagne j’assurerai la protection d’Emma. Acheva Harry.
Le jeune sorcier se plaça alors à nouveau face à son ennemi, convaincu qu’il était effectivement inutile de fuir encore et toujours. Un jour où l’autre, ce combat devrait avoir lieu et le plus tôt serait le mieux : en le cherchant lui, Voldemort tuerait sans nul doute certains de ses amis…
Harry en avait assez de fuir ainsi, et si sa mort permettait à ses amis de vivre en paix, il était prêt à se sacrifier.

Emma voulut le retenir mais une violente détonation la força à se recroqueviller sur elle-même à nouveau. Les éclairs semblaient s’accorder à l’humeur des combattants et la nuit était à présent aussi claire que le jour tant leur féroce clarté embrasait le ciel.
Emma s’éloigna quelque peu des arbres et Harry surveilla rapidement qu’elle ne se mettait pas en danger. Il reporta son attention sur son ennemi et sursauta soudain au bruit qui manqua crever ses tympans : la foudre venait de s’abattre à quelques pas, là où la jeune femme se trouvait quelques secondes seulement plus tôt.
Emma se tourna vers l’arbre en feu, tétanisée de frayeur, et Harry comprit aussitôt qu’elle allait mourir s’il restait là sans bouger… L’arbre brisé par la foudre s’écroulait en un grincement sinistre tandis que la jeune femme, prostrée à quelques mètres, ne parvenait plus à faire le moindre pas.

Harry hésitait cependant à tourner le dos à son ennemi et resta à son tour hébété par ce qu’il put lire dans ses yeux. Pour la première fois depuis leur première rencontre, Lord Voldemort avait peur. Il scrutait l’arbre que Harry ne pouvait qu’entendre et ne se souciait plus de lui. Le jeune homme osa alors un regard en arrière et ce qu’il vit confirma ses appréhensions : la cime tanguait vers le précipice et peu à peu le tronc s’abattit avec une lenteur angoissante.
Harry sut alors que son courage de Gryffondor le poussait encore vers sa propre perte mais rien ne put le retenir de faire volte face et de courir vers Emma.
La taille de cet arbre était telle qu’il avait parfaitement conscience de ne jamais pouvoir s’en protéger et ses branches étendues l’empêcheraient à coup sûr de mettre Emma à l’abri, même s’il la projetait le plus loin possible.

Emma gardait une attitude prostrée ; les mains rivées sur les oreilles et les yeux voilés de terreur folle elle regardait l’arbre s’abattre sur elle sans faire le moindre mouvement.
Seuls quelques mots franchissaient encore ses lèvres pâles, prouvant à Harry qu’elle n’était pas victime d’un sort quelconque… un seul mot … Un nom qui parvenait à trouver son chemin hors d’elle : elle appelait Tom, inlassablement, et Harry se jugea fou de répondre à cet appel qui ne lui était pas destiné.
Il ressentait la panique de la jeune femme comme jamais il n’avait ressenti un autre sentiment auparavant. L’aura de terreur qui émanait d’elle était comparable à celle de puissance de Voldemort lorsque la colère l’emplissait…
Harry hurla son nom en courant vers elle, lui ordonnant de bouger et Emma sembla revenir à la vie. Elle laissa retomber ses mains et prit soudain conscience du danger qui la menaçait et recula en trébuchant.
La malheureuse tomba au sol et ferma les yeux en protégeant son visage de ses bras tandis que Harry se précipitait entre elle et l’arbre embrasé.

- protégo !! Cria le sorcier avec désespoir en sentant les braises tomber sur ses joues.
Le jeune homme blêmit en sentant les ongles d’Emma s’enfoncer dans sa peau alors qu’un grondement puissant retentissait encore, décuplant sa frayeur, mais rien ne fut plus déchirant pour Harry que l’appel désespéré de son amie.
Emma, dont les forces arrivaient à bout et dont l’esprit cédait définitivement hurla sans détacher son regard paniqué de l’arbre qui menaçait leur vie.
- TOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOM !!!!
La voix d’Emma se brisa en un sanglot et Harry ferma les yeux à son tour, convaincu que son heure était venue, qu’il allait mourir écrasé sous un arbre en feu après tout ce à quoi il avait pu réchapper jusque là…
Cependant, le choc ne vint pas et lorsque Harry rouvrit les yeux, il distingua une silhouette sombre et une voix qui, d’un ‘incendio’ clair, fit exploser le bois en des milliers de cendres qui tombèrent sur eux comme une pluie argentée et rougeoyante.

Harry resta interloqué et regarda son ennemi se tourner vers lui, les yeux plus incandescents que toutes les braises qui l’entouraient… C’était au delà de tout ce que Dumbledore avait pu lui dire. Son professeur avait raison, personne d’autre que Lord Voldemort ne pouvait disposer d’une telle puissance, capable de désintégrer un arbre colossal d’un sort de première année…
Soudain, le sorcier porta une main au col de Harry et d’un geste le fit rouler au loin avant de se pencher sur la jeune femme inanimée.
- Emma ? Appela-t-il sans oser la toucher, effrayé d’imaginer qu’elle puisse ne plus rouvrir les yeux. Emma ? Répéta-t-il.
Harry le vit avec perplexité jeter sa baguette au sol et se mettre à genoux à côté de la jeune femme avant d’effleurer son visage du bout des doigts. Ce contact la fit soudain gémir et se contorsionner et le sorcier soupira de soulagement en la prenant dans ses bras, la serrant contre lui.
Emma revint enfin à elle et, après un instant d’hésitation durant lequel elle chercha à comprendre qui tentait de lui broyer les côtes, elle enlaça avec fougue le sombre mage.
- je t’en prie, sanglota-t-elle. Arrête l’orage.
- je ne sais pas faire ça. Murmura le sorcier en souriant, totalement ébahi de constater quelle était l’urgence pour cette inconsciente…

- Tom, supplia la jeune femme d’une voix lointaine, demande à Voldemort… lui saura peut-être.
Le sorcier tressaillit alors en se tournant vers son ennemi. Harry sentit ses cheveux se hérisser sur sa nuque et serra sa baguette, prêt à toute éventualité, mais Lord Voldemort ne reprit pas son arme et se concentra à nouveau sur la blessée.
- il est mort. Souffla-t-il, laissant Harry bouche bée.
Cette annonce sembla redonner tous ses moyens à la jeune femme qui s’assit soudain en repoussant le sorcier du plat de la main.
- Il est mort ? demanda-t-elle d’une voix triste et apeurée.
Le mage noir s’étonna de son regard empli de détresse et posa à nouveau sa main sur sa joue.
- oui… confirma-t-il.
Il observa les larmes qui coulaient sur le visage d’Emma et ne sut quelle attitude adopter lorsque celle-ci se révolta soudain.
- non ! Gémit-elle. Il ne peut pas être mort !

Elle enserra à son tour le visage du sorcier en plongeant ses yeux dans les siens.
- je sais qu’il est là ! Sanglota-t-elle en fixant le regard de braise qui lui avait tant manqué. Je le vois.
Le sorcier déglutit difficilement en tentant de comprendre ce que ces espoirs signifiaient.
- mais que cherches-tu ? Questionna-t-il. Qui cherches-tu ?
- elle n’est pas dans son état normal. Intervint Harry d’une voix claire qui l’étonna lui-même. Elle a eu trop peur ce soir pour savoir ce qu’elle dit. Elle a besoin de repos.
Lord Voldemort se leva lentement après avoir pris sa baguette au sol et fit face à son ennemi.
- je n’ai pas sollicité tes conseils, Potter.
- je ne donne aucun conseil. Seulement mon avis.
Derrière le mage noir, Emma tentait de se relever en se hissant sur les genoux, tendant une main vers le sorcier qui lui tournait le dos.

Un claquement fit sursauter Harry, qui se demandait comment son cœur n’avait pas encore cessé de battre à force de frayeurs de ce genre, mais il bondit au contraire de joie dans sa poitrine.
- professeur ! Souffla-t-il en se laissant tomber au sol. Enfin vous voilà…
Albus leva aussitôt sa baguette et lança un sort rapide dont Lord Voldemort se protégea avec une facilité déconcertante compte tenu de son état passablement hébété.
- Tom, fit-il enfin, tu es définitivement l’un des plus brillants sorciers que la vie m’ait donné de rencontrer…
L’interpellé se tourna brièvement vers Emma qui était parvenue à se remettre debout et qui le fixait d’un œil sévère. L’orage ne grondait plus, et sa peur semblait transformée en colère.
- Alors ?! Reprocha-t-elle. La soirée fut plaisante ? Avez-vous tué assez de gens pour pouvoir passer une agréable nuit ?!

L’assistance resta médusée par ce ton autoritaire et ce changement radical d’attitude. Harry réprima un rire en observant la mine perplexe de son professeur face à la scène qui se déroulait sous ses yeux.
- ne me parle pas sur ce ton !! Ordonna le sorcier en agitant sa baguette que la jeune femme repoussa d’un geste vif.
- je parle sur le ton qui me convient ! Rétorqua-t-elle. Je suis au beau milieu des bois ! J’ai manqué périr par les flammes et les sorts ! J’ai vu brûler des maisons et flamber des arbres ! J’ai supporté l’orage et vos envies de combat ! Je suis à moitié nue tant mes vêtements sont déchirés et je ne dois plus avoir dix centimètres carré de peau qui ne soient pas griffés ou brûlés ! EN VOILA ASSEZ !!!!
Les trois sorciers observèrent le plus parfait silence. Seul le vent semblait encore animer la forêt et Lord Voldemort ne parvenait pas à réagir face à cette énième offense.

Soudain, le regard d’Emma se voila et ses jambes l’abandonnèrent. Le sombre mage mit un certain temps à réaliser qu’elle sombrait dans l’inconscience mais parvint à la retenir dans sa chute.
Prenant son précieux fardeau dans ses bras, il se tourna ensuite vers Albus et son élève.
- tu avais raison. Fit le professeur d’un ton badin. L’amour est une faiblesse… Regarde la situation dans laquelle tu te trouves par sa faute.
- silence ! Siffla Voldemort tandis qu’Albus souriait paisiblement.
- Je n’avais pas prévu les choses ainsi… fit soudain Albus d’un ton las. Je pensais qu’Emma se trouvait à l’abri à Poudlard et même si j’envisageais en dernier recours de m’en servir comme d’un otage de valeur, je n’aurais jamais pris le risque de la mettre en danger… Comme tu le sais je suis bien trop… faible…

Lord Voldemort resta muet et immobile, tentant de comprendre comment Emma avait pu dès lors arriver jusqu’ici puisque ni lui ni son ennemi n’en était à l’origine…. Seul son regard allait de Dumbledore à Harry, qui sentait son cœur battre contre ses côtes.
- et à présent, quoi ? fit soudain le sorcier
- à présent, répondit Dumbledore, Voldemort n’est plus, comme Harry a dû tenter de te l’expliquer. A toi de choisir le chemin qu’il te faut prendre aujourd’hui, ajouta-t-il en portant son regard sur le visage d’Emma évanouie. Mais il me semble que cette jeune femme a appelé… Tom…
- vous étiez là ?? Intervint Harry.
- non. Sourit le vieux sorcier. Mais le cri de détresse d’Emma m’est parvenu là où j’étais… et m’a d’ailleurs guidé jusqu’à vous… Alastor arrive, Tom. Fit-il après une courte pause. Et il ne te laissera sûrement pas l’occasion de t’enfuir d’ici…
- je suis tout à fait en mesure de le vaincre. Fit Voldemort avec un rire froid
- tout en la protégeant ? Interrogea Albus en feignant l’innocence.
Le sombre mage observa un instant le visage blessé de la jeune femme et après un dernier regard pour Albus et Harry, disparut de leur vue. Le Professeur n’eut que le temps de sourire en déclarant
- elle cherchera à nous revoir… et à t’amener avec elle…

- - -

Lord Voldemort resta longtemps assis au chevet de la jeune femme, observant sa silhouette endormie sur le canapé en écoutant le vent heurter les murs de son manoir.
La sorcière du tableau tentait de ne pas importuner le maître des lieux par ses reniflements intempestifs et Nagini avait été soigneusement enfermé dans une chambre pour éviter à Emma de se trouver étouffée dans ses anneaux.
Le sorcier repensa à ce qu’il venait de vivre, à ses serviteurs qui ne le reconnaîtraient plus, à celui qui l’avait sans nul doute trahi en envoyant Emma au milieu d’une bataille.
Qu’avait-on espéré ? La faire tuer ? Ou pire encore, lui laisser voir une fois de plus l’immonde Voldemort massacrer sans ciller…
Le sorcier songea à tout ce qu’il avait perdu, tout ce qu’il avait gagné…
- je n’ai plus rien… murmura-t-il en caressant la joue d’Emma. Plus rien que toi… mon poison…
Chapitre 16 by Morgane
Le sorcier repensa à ce qu’il venait de vivre, à ses serviteurs qui ne le reconnaîtraient plus, à celui qui l’avait sans nul doute trahi en envoyant Emma au milieu d’une bataille.
Qu’avait-on espéré ? La faire tuer ? Ou pire encore, lui laisser voir une fois de plus l’immonde Voldemort massacrer sans ciller…
Le sorcier songea à tout ce qu’il avait perdu, tout ce qu’il avait gagné…
- je n’ai plus rien… murmura-t-il en caressant la joue d’Emma. Plus rien que toi… mon poison…

La jeune femme ne s’éveilla pas avant le lendemain soir alors que son sombre protecteur avait fini par déserter le salon, incapable de supporter plus longtemps cette attente qui le rendait anxieux.
Elle se leva péniblement en ayant l’impression que sa tête était devenue trois fois plus lourde et volumineuse que la normale et laissa de longues minutes à son corps pour s’adapter à la position assise. Emma releva doucement le nez vers le manteau de la cheminée, puis vers le mur, où elle croisa bientôt le regard avide de la sorcière.
La jeune convalescente adressa au portrait un faible sourire qui témoignait de sa fatigue et qui eut pour effet de faire sombrer la sorcière sur son fauteuil, pleurant à chaudes larmes entre ses mains de soulagement.

Emma s’appuya d’une main sur la table basse pour se relever lentement et dirigea ses pas vers la chambre du maître des lieux : elle entendait derrière la porte un bruit mat produit par un cognement étrange. La jeune femme posa une main faible sur la poignée et ouvrit le panneau. Un éclair nacré l’assaillit alors et la fit choir au sol. Sans aucune force pour se retenir, Emma se laissa tomber, s’attendant à se trouver assise à même le sol dur, mais atterrit sur un siège tendre et moelleux.
Nagini l’entourait de ses anneaux, la serrant à l’en étouffer, et parcourant son visage de sa langue chatouilleuse. Emma eut l’impression qu’elle allait bientôt être prise de nausée tant l’animal sur lequel elle était à présent assise gigotait en tout sens, lui faisant souvent perdre l’équilibre.

Le serpent la relâcha au bout de longues minutes sans pour autant s’éloigner d’elle et lorsque Emma, remarquant que les appartements étaient vides, se dirigea vers le couloir, elle trébucha à de nombreuses reprises sur le corps toujours agité de celui-ci.
Emma souriait sans pourtant pouvoir parler ni dire tout ce qu’elle aurait voulu à cet ami retrouvé : elle concentrait toutes ses forces pour marcher et retrouver Tom… ou Lord Voldemort… peu lui importait lequel, pourvu qu’il y en ait un.
Il lui fallut peu de temps pour trouver un sorcier dans le dédale des couloirs, mais comble de malheur, il était aussi blond que Lord Voldemort était brun… La fureur qu’Emma discerna dans ses prunelles grises la tétanisa et la malheureuse aurait voulu pouvoir courir pour s’enfuir à la seconde sans pouvoir pourtant ébaucher un pas ni prononcer un mot.

- vous… cracha-t-il en fondant sur elle. Comment êtes-vous ici ? où se trouve le seigneur des Ténèbres ?
- je ne sais pas. Murmura Emma d’une voix faible à se soutenant contre le mur. Je le cherche…
- il n’est pas là ! Éructa Malefoy en brandissant sa canne. J’ai appris que Potter et Dumbledore vivaient encore et j’ai craint qu’on ne lui ai tendu un piège ! fit-il d’un ton nerveux.
Emma sourit à ces paroles : depuis quand Lord Voldemort était-il victime de piège ? il lui semblait pourtant bien qu’il en était au contraire l’instigateur, en général…
Son sourire s’évanouit soudain lorsqu’elle reporta encore son attention sur Lucius. Celui-ci la jaugeait d’un œil mauvais, un rictus effrayant sur les lèvres.
- j’escomptais bien vous voir périr dans ce combat. Susurra-t-il. Et débarrasser ainsi mon maître de votre présence déshonorante.

La voix calme te posée du sorcier glaça le sang d’Emma et elle se sentit frémir lorsqu’il poursuivit en approchant d’elle.
- mais Potter a dû vous transmettre une part de cette chance insolente qui le caractérise… Pourtant, rien ne pourra vous sauver, cette fois…
Emma sentit Nagini s’agiter à ses pieds mais ne put détacher son regard de la baguette que le sorcier extirpait de sa canne avant de la brandir sous ses yeux.
- je vous en prie, souffla Emma qui ne trouvait pas la force de lutter.
Ce fut alors au tour du sourire de Lucius de se figer sur ses lèvres mais cette fois, il se transforma en une grimace de douleur. A peine avait-il prononcé la première syllabe du sort fatal que Nagini s’était jeté sur lui, tous crocs dehors.
Emma poussa un cri aigu en sentant sur ses joues et son front le sang tiède de son ennemi mais sa voix fut couverte par l’appelle de Lord Voldemort.

Ce dernier venait de tourner à l’angle du couloir et, apercevant son serviteur brandir son arme, avait hurlé son nom pour lui sommer de stopper son geste. Cependant, Nagini avait été le plus rapide et Lucius n’eut que la force de pivoter sur lui-même pour voir approcher Lord Voldemort avant de s’écrouler aux pieds d’Emma.
- maître…fit-il en un borborygme, sa gorge emplie de son propre sang.
Le mage noir se hâta vers lui et s’accroupit auprès de son serviteur en observant la plaie.
- sombre idiot… fit-il d’une voix sourde avant de relever les yeux vers un Nagini plus agité que jamais.
L’animal ondulait nerveusement à quelques pas de là, dardant sur son maître un regard plein de reproches et d’amertume. Emma aurait juré que Nagini lui reprochait de ne pas avoir été là pour la protéger, ne lui donnant de fait que le choix d’agir par lui-même, de la façon dont il pouvait…
La jeune femme se demanda soudain qui, de Lucius ou du serpent, avait été qualifié d’idiot.

Au sol, Malefoy se contorsionnait de douleur et Emma tentait de ne pas trop regarder vers lui, convaincue que baisser le nez vers le sol la ferait chuter sans coup férir.
Lord Voldemort se releva pour lui faire face et Emma lui adressa le même sourire timide et faible qu’elle avait accordé à la sorcière peu avant.
Le sorcier le lui rendit en tendant une main vers elle, frôlant sa joue du bout des doigts, comme une excuse.
- il va falloir s’occuper de lui. Fit-il en désignant Lucius d’un signe de tête.
Emma se sentit rosir en comprenant à demi mot que le sorcier avait prévu tout autre chose pour leur « retrouvailles » mais que les évènements changeaient légèrement ses projets.
D’un sort, il fit léviter le corps de son serviteur jusque dans ses appartements, suivi par une Emma tremblotante qui se laissa à nouveau tomber sur le canapé en soupirant.

Lord Voldemort observa à nouveau la blessure de Lucius, et l’informa que Nagini avait fort bien fait les choses : il avait parfaitement prévu de faire mourir sa victime le plus lentement possible, en un temps considérablement long…
- nous ne sommes donc pas pressés. Ajouta-t-il pour Emma tandis que Malefoy pâlissait davantage à l’idée d’agoniser plusieurs heures.
Lord Voldemort exigea donc de Lucius qu’il lui explique les raisons de son initiative et comment il s’y était pris pour faire venir Emma jusqu’à lui.
La jeune femme eut l’impression, lorsque le visage de Lord Voldemort prouva à Lucius qu’il n’approuvait en rien son geste et que tout au contraire il tenait à ce que sa captive reste en vie, que le Mangemort allait périr à la seconde, plus sûrement que par n’importe quel poison violent.
Il posa sur la jeune femme un regard dégoûté tandis que son maître se dirigeait vers le large tableau où les notes d’Emma s’étalaient encore.

- je pense qu’il sera facile de te guérir. Fit-il en relisant les recherches. Mais pour cela, ajouta-t-il en se tournant vers eux, il faudra qu’Emma veuille bien te sauver…
Lucius ébaucha une grimace d’horreur qui se transforma en une manifestation de douleur : le moindre mouvement lui devenait insupportable.
- mais si tu préfères mourir aujourd’hui… à ta guise…
Le sorcier blond déglutit difficilement avant de fermer les yeux : que l’on fasse de lui tout ce que l’on voulait ! Son maître venait de lui prouvait qu’il tenait à la vie d’une moldue, son monde venait de s’écrouler, plus rien n’avait d’importance…
- Allons ! Lucius ! Je t’ai connu plus combatif mon ami ! fit Lord Voldemort en le secouant vigoureusement par l’épaule.
Le sorcier gémit de douleur tandis que son maître se tournait en riant légèrement vers Emma.
- tu veux bien ?

Emma haussa les épaules d’un air las. Elle se rappelait parfaitement comment fabriquer cette potion…
- j’ai écrit les ingrédients là. Fit-elle d’un ton faible en montrant le tableau du doigt.
- oui je les ai lu. Confirma le sorcier. J’ai tout ce qu’il faut hormis les dosages. Il ne me reste plus qu’à prélever du venin sur Nagini et…
Alors qu’il venait de se lever pour se diriger vers lui, le serpent s’était littéralement envolé vers la cheminée, se précipitant dans l’âtre en provoquant un nuage de poussière à son passage.
Emma et Lord Voldemort virent bientôt sa tête triangulaire ressortir par la cheminée et ses yeux de braises lancer des éclairs de reproches alentours. Emma ne put retenir son rire malgré sa fatigue et il fallut à Lord Voldemort toute sa force de persuasion pour obliger l’animal à se prêter au sauvetage de Lucius.

Peu de temps après, la potion fut faite et Emma pria pour ne pas avoir commis d’erreur dans le dosage de chaque ingrédient. Lord Voldemort fit boire la mixture nauséabonde à son serviteur et s’installa sur le fauteuil face à Emma. Entre eux, sur un matelas improvisé, gisait le corps de Lucius, trempé de sueurs et plus pâle que jamais.
Emma et Lord Voldemort se contentèrent d’attendre sans mots dire, surveillant le sorcier qui se contorsionnait parfois en gémissant à leurs pieds sans oser briser ce silence.
Il y avait tant de choses à dire, tant à expliquer… mais était-ce bien le moment ? Y aurait-il même seulement un moment propice pour ce genre d’explications ?
Emma plongeait avec délectation son regard dans les yeux de braise du sorcier, se laissant envahir par ce sentiment de plénitude qu’elle avait tant recherché ces dernières semaines.

La jeune femme finit par s’endormir à nouveau sur ce canapé et lorsqu’elle s’éveilla, le soleil tombait déjà à l’horizon. A ses pieds, Lucius dormait profondément et ne semblait plus souffrir.
Elle se pencha lentement vers lui et posa une main sur son front, constatant avec soulagement que sa fièvre avait disparue. Lorsqu’elle releva les yeux, elle croisa le regard moqueur de Lord Voldemort.
- à ta place, n’importe qui d’autre que toi lui aurait plutôt donné un bon coup de pied…
Emma sourit sans répondre : à quoi bon haïr indéfiniment ? Elle espérait bien pouvoir bientôt vivre sans avoir jamais le moindre risque de recroiser Lucius sur sa route…
Elle observa longtemps Lord Voldemort dans la pénombre, cherchant ce qui tout d’un coup lui semblait anormal.
- qu’y a t-il ? demanda ce dernier en percevant cette analyse plus que détaillée.
- je ne sais pas. Fit Emma en constatant avec plaisir qu’elle avait retrouvé la capacité de parler normalement. Quelque chose a changé... Vous n’êtes plus…

Le sorcier se redressa dans son fauteuil et se pencha légèrement vers elle au-dessus du corps de Lucius.
- je ne suis plus ?
Emma ne répondit pas. Fronçant les sourcils tant elle cherchait à trouver ce qui la gênait et plaqua soudain sa main devant sa bouche en s’enfonçant dans le canapé, s’éloignant de lui.
- quoi ? fit-il d’un ton soudain inquiet.
- vos yeux ! fit Emma.
- et bien quoi mes yeux ??
Le sorcier finit par se lever pour aller s’observer dans un miroir de la salle de bain, passablement anxieux face au mutisme d’Emma. Il s’approcha de la surface polie et resta à son tour bouche bée : ses prunelles rouges avaient retrouvées leur noirceur d’autant.
Il mit quelques minutes à réaliser ceci et à retourner auprès d’Emma.
- et bien au moins, fit-il, je n’aurai plus à porter ces lunettes en permanence.
Après quelques minutes de silence, il finit par céder à son agacement face à la moue déçue d’Emma.

- qu’y a t il encore ?!
- rien. Fit-elle d’un ton moqueur. Mais à présent c’est incontestable, Nagini est bien plus beau que vous !!
Elle tendit une main vers l’âtre et l’animal se précipita en se frottant contre sa paume ouverte sous les regards furieux de son maître.
Le sorcier s’enfonça dans son fauteuil, la mine sombre, et grommela de mécontentement lorsque Emma éclata de rire face à son attitude.

- - -

Il fallut à Malefoy cinq jours complets pour se remettre de ses blessures, et à Albus Dumbledore dix jours pour retrouver la totalité de son ouïe : les vociférations de Maugrey et de Minerva, lorsqu’ils avaient appris de quelle manière il avait laissé volontairement fuir leur ennemi, avait eut raison de ses tympans.
Cependant, au fur et à mesure que ces deux personnes recouvraient la santé, Lord Voldemort perdait son bon teint. Emma n’avait pas cessé un instant de le harceler dans le but de le faire retourner à Poudlard pour y discuter calmement de toutes les options qui pourraient être prises pour le plus grand bien de tous.
Le sorcier renvoya peu à peu tous ses serviteurs sans pour autant se décider à retourner en terre ennemie malgré l’entêtement de celle qu’il avait de plus en plus de mal à pouvoir qualifier de « captive ».

Emma décida donc un beau matin qu’elle retournerait à Poudlard, avec ou sans lui, et s’engouffra dans la cheminée, étroitement suivie par Nagini qui ne semblait pas décidé à vouloir rester une nouvelle fois en arrière…
Le sorcier se plia donc à cette exigence, à la fois inquiet et soulagé de la voir partir : au moins n’aurait-il plus à lutter contre ses caprices ! Cependant, au moment de jeter la précieuse poudre, un souvenir cuisant vint frapper sa mémoire. Cuisant et agréable.
Emma sentit ses joues rougir en apercevant le sourire carnassier du sorcier, comprenant parfaitement ce à quoi il pensait ainsi que ce qu’il envisageait de faire lorsqu’il en serra son poignet pour la ramener vers lui.

Une nouvelle fois, elle se laissa aller entre ses bras, se sentant frémir sous ce baiser qu’elle avait tant attendu sans oser le provoquer elle-même.
- il faut donc que j’entre dans une cheminée, fit-elle d’une voix timide en se blottissant contre lui, pour que vous m’embrassiez…
Cette constatation surprenante de bon sens le fit rire un instant et il enlaça plus étroitement la jeune femme en soupirant de plaisir.
- je ne suis pas prêt. Murmura-t-il enfin d’une voix faible dans ses cheveux avant de lui faire face à nouveau. Pas encore prêt pour aller là-bas…
Emma approuva d’un signe de tête.
- tu reviendras ? demanda-t-il avant de poser sur ses lèvres un baiser léger tandis qu’Emma confirmait déjà. Ce soir ?
Emma sourit à ces mots.
- oui, je reviens dès ce soir. Promit-elle en entrant à nouveau dans l’âtre. Je vais donner des nouvelles…

- Emma ? fit le sorcier avant de jeter la poudre. Pour revenir, demande le manoir Riddle. Je crains que la destination « Manoir Voldemort » ne soit plus efficace…
La jeune femme sourit encore d’un air moqueur.
- il va falloir se décider, pauvre schizophrène. Je ne tiens pas à supporter deux hommes avec un si mauvais caractère ! un seul me suffit.
- et lequel veux-tu ? demanda le sorcier en abaissant sa main sans lâcher la poudre.
Emma réfléchit un instant. Tom était certes sympathique mais parfois un peu… inexpérimenté… trop jeune en somme. Lord Voldemort… trop fou, mais elle aimait son côté sûr de lui, cynique et sombre. Envoûtant…
- un mélange des deux m’irait très bien ! Décida-t-elle finalement.
Le sorcier éclata de rire à ces mots.
- et bien ça ne nous en fera qu’un troisième ! fit-il. Je ne suis plus à ça près !

L’instant d’après, Emma se sentait étouffée sous les embrassades de Hermione et de ses amis. Albus la harcela de questions sous l’œil sévère de Minerva et la mine indignée d’Alastor, ce qui le rendait encore plus laid qu’il n’était déjà, si possible.
Comme promis, elle fit dès le soir même le chemin inverse et retrouva le sombre sorcier assis à l’attendre dans un état qui lui prouva combien il avait douté de son retour.
Il se leva aussitôt pour approcher d’elle et l’enlacer comme s’ils n’avaient jamais dû se revoir et Emma sentit son corps s’embraser lorsqu’il la conduisit vers sa chambre en ordonnant à un Nagini vexé de rester dans le salon.
Emma jugea que la schizophrénie pouvait avoir du bon, attendu que celui qu’elle serrait dans ses bras lui donna tout au long de la nuit bien plus de plaisir qu’un homme ne lui en avait jamais donné et elle finit par s’endormir en se délectant de sentir contre elle le corps frissonnant de désir de l’insatiable sorcier… à croire qu’il rattrapait le temps perdu…

Emma passa plusieurs semaines ainsi, entre Poudlard et le manoir Riddle, en pensant que jamais la vie ne lui avait offert pareil bonheur. Si elle regrettait souvent de ne pas être sorcière, elle profitait malgré tout de tous les instants qui constituaient leur quotidien, pleurant parfois de bonheur lorsqu’elle percevait chez eux l’absence totale de rejet ou même de réserve compte tenu de sa « différence ».
Albus ne cachait jamais sa joie de la voir surgir chaque matin dans son bureau où il l’accueillait toujours avec un sourire rayonnant, prenant des nouvelles de Tom sous l’œil toujours aussi noir de sa collègue.
Harry, Hermione et Ron, qui avaient pris l’habitude de venir eux aussi l’attendre dans le bureau directorial dès que leur emploi du temps le permettait se contentaient généralement de sourire, finalement habitués à ce comportement naturellement enclin au pardon.

Cependant, il arriva un jour où le sourire d’Albus rayonna davantage. Ce même jour, Minerva sortit brusquement sa baguette en poussant un cri strident tandis que Harry l’imitait en sautant derrière un fauteuil.
Seul Ron, occupé à observer le phénix, ne fit pas un mouvement et Hermione adressa à Harry un regard plein de reproches avant de prendre le bras d’Emma pour l’entraîner à sa suite.
Cette dernière adressa à chacun un sourire timide plein d’excuses avant de se faufiler à la suite de son amie après avoir tiré à son tour Ron par la manche pour l’encourager à les suivre.
- Nous vous laissons ! Annonça clairement Hermione en entraînant à sa suite un Ron soudain pâle et une Emma un peu honteuse.
- j’ai vraiment pas eu le temps de prévenir. Souffla-t-elle à Hermione et Ron en dévalant les escaliers. Je ne pensais pas qu’il voudrait…

Dans le bureau, Albus souriait à n’en plus finir tandis que Minerva se crispait encore sur sa baguette. Harry sortit de derrière le fauteuil, la respiration légèrement saccadée, et fit de gros efforts pour ranger le fin bois qui constituait pourtant sa seule défense.
- ‘dsolé grommela-t-il en essuyant ses mains moites sur son pantalon. Question de réflexe. Ajouta-t-il avec un sourire d’excuse pour son mentor.
- je pense, fit Tom d’une voix cynique, que je vais prendre grand plaisir au cours des prochains jours à surgir au détour d’un couloir…
- en hurlant BOUH ? Ajouta Dumbledore
- assurément. Répondit-il il en s’asseyant à l’invite du directeur.
- Ma foi, poursuivit ce dernier d’un ton badin alors que Harry et Minerva s’asseyaient à leur tour, cela peut-être une idée réjouissante et j’ai moi-même…
- Albus !!! S’indigna sa collègue.
- et oui… fit Dumbledore en levant les yeux au ciel. Vois-tu Tom, l’ennui c’est qu’ici, on manque un peu de distraction… et Minerva répugne à nous laisser nous divertir à notre guise…

- se divertir… grogna cette dernière. En provoquant la panique dans les couloirs ! Panique qui engendre bien souvent des combats !
Albus dodelinait de la tête en murmurant que ces combats n’avaient rien de bien méchant ni de dangereux.
- Vous avez de drôle de manière de vous divertir ! Il s’en faudrait de peu que vous n’ouvriez un club de duels !
- Excellente idée !!!
Ces quelques mots provoquèrent l’indignation de McGonagall et un éclat de rire chez Dumbledore : Tom et Harry quant à eux se fixaient sans mots dire, étonnés d’avoir prononcé de concert et à la seconde près cette phrase enthousiaste.
- L’année à venir sera pleine de surprises. Souffla Albus en essuyant ses yeux embués de larmes derrière ses lunettes. D’agréables surprises…
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