Fan de toi by Morgane
Summary: Ne prend en compte que les 5 premiers tomes
Si vous appreniez que miss Rowling est la descendante de la célèbre voyante Trealanwey et que ses oeuvres lui sont directement inspirées par des rêves bien réels, quel personnage souahiteriez-vous rencontrer ?

Aélis est une moldue fan de Hp qui attend le sixième tome avec impatience et va peu à peu se rendre compte que le parrain de son amie, chez qui elle passe quelques jours de vacances, a d'étranges ressemblances avec le mage noir dont elle attend de lire la défaite...
Pour na pas changer Voldy / Muggle



Image de Patchat dont vous pouvez aller appréicer les talents ici

Categories: Autres couples (Het) Characters: Tom Jedusor/Voldemort
Genres: Comédie/Humour
Langue: Aucun
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 6 Completed: Non Word count: 29370 Read: 5830 Published: 06/01/2006 Updated: 16/05/2008

1. accueil chaleureux by Morgane

2. Sale caractère by Morgane

3. sombre ignare by Morgane

4. envoutant by Morgane

5. Chapitre 5 by Morgane

6. Chapitre 6 by Morgane

accueil chaleureux by Morgane
Author's Notes:

Et allez... je persiste et signe ! ne vous attendez pas pour cette fic à quoi que ce soit d'original ou à un scénario allambiqué.
J'ai juste envie d'écrire quelque chose de plus 'drôle' que Ma Victoire, et de me moquer un peu de Voldychou ! mdrrr

J'espère que vous prendrez tout de même plaisir à lire cette fic qui sera assez courte (enfin je crois), et aussi que vous me laisserez vos avis ! ça fait toujours plaisir ;)

Etant donné que les tomes sont décalés par rapport à la réalité, cette fic se déroule alors que Harry et ses amis ont 25 ans et que la confrontation Voldy / Harry a déjà eu lieu.(c'est pas possible en fait, vu que si on s'en tient aux dates, ils ont 25 ans cette année lol mais bon, je vais m'autoriser une entorse....)

Celui chez qui Aélis débarque est donc le Voldy guéri de sa folie, mais bien sûr, elle l'ignore, et croit dur comme fer que les sorciers n'existent pas... et lorsqu'elle reconnaîtra quelques effets de Poudlards, elle songera tout bonnement que ce Tom est comme elle un fan de HP... et que fait un fan de Hp lorsqu'il en croise un autre ? ....

- alors, it’s ok ? Tu viens le semaine prochain ?
- ‘La’ semaine prochaine Rhéane… oui pourquoi pas… mais tout de même, j’aimerais plutôt trouver un hôtel au lieu de squatter chez ton parrain.
- Aélis !! Tu m’as promis ! Viens !
- je viendrai… écoute, je passe à la gare cet aprèm et puis je te mail pour confirmer la date et l’heure, ça te va ?
- yeeeeeeesss !!! Je suis tellement contente ! J’attends ton message ! À bientôt !!
Aélis reposa le téléphone sur son socle en ayant la vague impression de commettre une erreur : elle avait fini par céder au caprice de son amie et par s’engager à la rejoindre en Angleterre pour les vacances d’octobre.

La jeune femme soupira en jetant un œil à son bureau où un tas de copies commençait à sérieusement prendre de la hauteur. Il fallait vraiment qu’elle parvienne à remettre de l’ordre dans tout ça si elle voulait pouvoir partir l’esprit serein de l’autre côté de la Manche.
Hors de question qu’elle emporte avec elle des devoirs à corriger ! En vacances, elle voulait avant tout oublier la préparation de la classe et les élèves, aussi adorables soient-ils… Mais ils ne l’étaient pas, ce qui l’encourageait doublement.
Elle lissa ses cheveux bruns du plat de la main avant de les maintenir en chignon en y plantant un crayon de couleur pris au hasard devant elle et se laissa tomber sur sa chaise.
S’emparant d’un stylo rouge d’un geste volontaire, elle lança un bref regard à la pendule, fit pivoter habilement le crayon entre ses doigts par habitude, et se pencha sur la première copie.
- 22h00… à minuit tout le monde au lit… s’encouragea-t-elle.

En se levant le lendemain matin, Aélis eut le sentiment désagréable d’avoir passé une nuit bien trop courte.
Moins de deux heures plus tard, elle laissait le vent achever de la réveiller en pédalant vers son école où des élèves débordants d’énergie lui prouvèrent combien elle avait vieilli. Vingt cinq ans… les restes de la fête mémorable qui l’avait vu atteindre cet âge lui donnaient encore des migraines… mais aussi une bouffée de bonheur revigorante.
Encore deux jours, s’encouragea-t-elle, et c’est les vacances.

______________________

- Rhéane ? Rhéane ?!!! Je ne t’entends pas ! Parle plus fort !! Tu es où ??
Aélis tentait tant bien que mal de trouver son chemin au milieu de cette cohue, son téléphone portable collé à l’oreille, s’éloignant de la gare qui scandait des destinations et des recommandations diverses. A cet instant précis, elle aurait tout donné pour se retrouver derrière son petit bureau, dans sa petite école, au milieu de sa petite classe, tranquille, au calme…
Elle éteignit l’appareil et décida de s’éloigner de la foule avant de retenter son appel. Elle n’eut pas le temps de mettre son projet à exécution que la sonnerie retentissait.
- Aélis ? Je ne pourrai pas venir, j’ai une urgence ! L’informa de suite la voix éloignée de son amie
- QUOI ?? Tu plaisantes ?! Je suis dans une ville que je ne connais pas ! Je ne sais même pas où je dois aller !!
- c’est pas un problème ! Prends un taxi et donne lui l’adresse de mon parrain. C’est très connu ! Je te donne des nouvelles dès que je peux ! Pardon pardon pardon !!!

Aélis garda quelques secondes le téléphone muet sur sa tempe, incrédule. Elle hésita un instant à rebrousser chemin puis, en désespoir de cause, traîna sa valise et sa lassitude jusqu’à un taxi.
Elle se félicita d’avoir imprimé le mail de son amie, où figurait l’adresse de sa destination, et tendit le papier au chauffeur. Tout en regardant le paysage défiler, elle espéra que son amie pourrait la rejoindre bientôt. Son travail d’infirmière lui donnait parfois ce genre de désagréments : en cas d’urgence, elle se devait de rester à l’hôpital…
Le conducteur se tourna brièvement vers elle après plus d’une heure de route, et Aélis dut lui demander de parler plus doucement pour qu’elle comprenne ce qu’il lui demandait.

- nous arrivons bientôt ! Articula l’homme. Il me faudrait l’adresse exacte.
- je vais chez Tom Night, l’informa Aélis.
L’homme haussa les épaules, l’air indécis, et finit par stopper sa course pour se renseigner dans un petit bar.
Il reprit ensuite le volant et poursuivit son chemin d’un air sûr qui rassura sa cliente.
- Vous le connaissez, ce Mr Night ? Questionna-t-il soudain
- non. Pourquoi ? fit Aélis d’une voix mi inquiète mi curieuse
- les gens du bar ont changé de couleur quand je leur ai demandé où il habitait. Ha ! Je crois que nous y voila ! fit-il en pointant du doigt vers la ligne d’horizon.

Aélis se rappela un bref instant les conversations qu’elle avait eues avec son amie au sujet de ce parrain qui lui semblait tout sauf sympathique. Rhéane le décrivait comme un homme acariâtre au caractère plus que morose et elle se demandait comment sa filleule pouvait persister à le considérer comme un être exceptionnel…
A voir se détacher la haute silhouette de la demeure, Aélis sourit en songeant que si le maître des lieux était aussi joyeux que le cadre, il devait être on ne peut plus agréable à vivre…
Un manoir immense à l’allure austère s’élançait en effet vers le ciel assombri et la voiture s’engagea bientôt sur un chemin cahoteux qui fit entrechoquer les dents des passagers.
Aélis soupira en cherchant dans ses poches les clés de son hôtel improvisé, fournies par son amie.

Le parrain tant adoré ne devait pas se trouver sur place : il avait permis à sa filleule de disposer de cette paisible retraite pour deux semaines, afin qu’elle puisse y accueillir son amie.
Après un bref regard autour d’elle, Aélis jugea qu’effectivement, l’endroit ne pouvait être plus ‘paisible ‘. Pas âme qui vive à perte de vue… les lumières du village voisin n’apportaient qu’un faible halo doré dans le crépuscule et la jeune femme sentit son estomac se contracter.
Elle sortit enfin de la voiture, s’étirant en regardant encore à la ronde et resta malgré tout admirative devant ce parc immense à l’aspect sauvage dont elle ne distinguait cependant pas tous les recoins.

Le chauffeur descendit sa valise et la salua après qu’elle lui eut payé son dû.
- en cas de souci, fit-il par la fenêtre ouverte en s’éloignant après lui avoir tendu une petite carte, le petit bar où on s’est arrêté tout à l’heure loue des chambres !
- merci ! Héla Aélis en agitant la main en signe d’adieu.
La jeune femme se reprit aussitôt face à ce geste désinvolte bon pour saluer ses élèves, non pour un inconnu d’une quarantaine d’années !

Elle se tourna vers la bâtisse et après quelques instants, se dirigea vers l’immense porte en sentant des frissons lui parcourir l’échine.
De sa main libre, elle alla chercher au fond de sa poche son téléphone portable et lança un bref regard sur l’écran. Soupirant d’aise en voyant qu’elle n’aurait aucun mal à téléphoner de ce qu’elle considérait comme un trou perdu, elle avança encore.
- pffffff, râla-t-elle en voyant que la barre lui indiquant le degré de réception s’amenuisait en même temps qu’elle s’approchait de la demeure. Si je veux téléphoner, il faudra quand même sortir… ça va être pratique…
Arrivée sur le pas de l’immense porte, elle tourna la clé dans la serrure et écouta les nombreux cliquetis qui s’ensuivirent.
Enfin, elle poussa le bois et passa la tête à l’intérieur.

Après quelques secondes, elle entra enfin et referma la porte derrière elle. Cherchant à tâtons l’interrupteur qui lui permettrait d’allumer la lumière, elle se cogna douloureusement la jambe à ce qu’elle distingua ensuite comme étant un porte manteau.
Pestant et jurant, elle finit par se diriger vers la chambre que lui avait indiquée Rhéane à la lumière de son écran de téléphone.
- maison au charme rustique, qu’elle disait… je sens que je vais me plaire ici…
Comptant les portes et les angles du couloir, elle trouva enfin ce qu’elle cherchait et inséra dans la serrure de cette nouvelle porte :
- la petite clé verte… la petite clé verte. Ah c’est pratique de distinguer des couleurs à la lumière d’un portable !!

Sa voix résonna dans le couloir, la forçant à tendre l’oreille. Anxieuse et mal à l’aise dans ce silence noir et pesant, elle essaya les six clés que comportait le trousseau de son amie et s’engouffra bientôt dans sa chambre.
Un feu de tous les diables ronflait dans une cheminée immense et la lumière de quelques torchères irradiait la pièce d’une douce couleur ambrée.
Aélis resta bouche bée en humant l’air agréablement chargé d’odeur de bois.
- alors ça c’est cool ! fit elle enfin en jetant sur l’imposant lit à baldaquin sa lourde valise. Bon finalement, je retire ce que j’ai dit. C’est pas mal chouette ici…
La jeune femme grimaça encore en constatant que nulle ampoule ne pendait au plafond et que l’électricité semblait ne jamais avoir franchi les murs de ce manoir.

- m’étonne pas. Maugréa-t-elle. C’est loin de tout ici. Même en camping on a plus de confort. J’espère au moins qu’on a l’eau courante.
Elle éclata de rire face à cette idée saugrenue avant de se condamner au silence, jugeant que parler seule n’était pas forcément une bonne chose, mais soudain elle tendit l’oreille en s’apercevant que finalement, elle n’était peut-être pas si seule que cela.
Des coups secs furent frappés à la porte et Aélis eut la soudaine envie de se jeter sous le lit.
L’invitation à entrer qu’elle voulut prononcer resta coincée dans sa gorge et elle regarda avec anxiété la porte s’ouvrir.
Un homme brun d’une trentaine d’années se tenait dans l’embrasure, et la noirceur de ses cheveux n’avait d’égale que celle de ses yeux.

Aélis s’apprêtait à hurler au moindre signe d’alerte, patientant jusqu’à ce que l’individu ouvre la bouche en scrutant ses lèvres, persuadée de bientôt voir luire deux canines blanches et pointues…
‘Tu lis trop, ma pauvre fille’ songea-t-elle sans parvenir à se rassurer vraiment.
- Aélis, je suppose ? L’interrogea l’homme.
La jeune femme frissonna des pieds à la tête en approuvant d’un signe muet à la voix de cet homme. Il y avait dans cette voix quelque chose de passablement déstabilisant. Ce timbre envoûtant correspondait parfaitement à l’idée qu’Aélis se faisait d’un vampire. Il ne lui manquait plus que les crocs… et elle n’avait ni ail ni crucifix…
Sans doute également, le ton clairement dédaigneux qu’il employait y était-il pour quelque chose…

- je suis le propriétaire de ce manoir. Reprit l’homme d’une voix toute aussi méprisante.
Aélis songea qu’il conviendrait de sacrifier à la formule consacrée et de prononcer un ‘enchantée’ poli mais elle n’avait jamais été douée pour les mensonges.
- et je ne vous cache pas, poursuivit-il d’un ton cassant, que votre présence ici m’est particulièrement désagréable.
La jeune femme resta muette face à cette remarque tant elle était surprise et de ce mépris inexplicable et du culot de son hôte qui ne semblait nullement prendre comme malvenus ces propos blessants.
- j’ai accédé au désir de ma filleule sans aucun enthousiasme, insista-t-il, aussi je vous saurai gré de ne pas vadrouiller librement chez moi et de tout mettre en œuvre pour que votre présence passe inaperçue… à mon ouie comme à ma vue. Et ce jusqu’à l’arrivée de ma filleule, au moins.

Le message chaleureux s’acheva par le claquement sec de la porte. Aélis écouta ses pas s’éloigner et sans plus attendre une fois le silence revenu, elle attrapa sa valise et se précipita à l’extérieur du manoir.
Pianotant sur son téléphone en tenant la cartelette donnée par le taxi d’une main, assise sur sa valise au bord de ce chemin de terre perdu entre ici et nulle part, Aélis se jugea digne des plus grands contes traditionnels… Priant pour ne pas faire office de Chaperon Rouge, elle colla son appareil contre son oreille, anxieuse d’entendre les sonneries se répéter sans que personne ne lui réponde.
Elle poussa soudain un cri strident en sentant une poigne ferme se refermer sur son bras et la lever sans ménagement.

- que faites-vous ici ? Vos avez perdu la raison !?!
Aélis se dégagea d’un geste brusque en fusillant le bien aimé parrain du regard.
- je ne pense pas avoir de comptes à vous rendre. Cracha-t-elle en analysant déjà quel chemin il lui faudrait prendre s’il s’avérait nécessaire de fuir.
L’homme enfonça ses mains dans ses poches et baissa la tête en inspirant profondément dans le but évident de retrouver un certain calme.
- nous sommes au beau milieu du mois d’octobre, reprit-il avec un sourire hypocrite qui acheva d’écoeurer Aélis, et au beau milieu des bois, qui plus est. Je serais curieux de savoir où vous souhaiter vous rendre à cette heure tardive.
Aélis sursauta encore en étouffant un cri lorsqu’elle sentit son portable vibrer dans sa main. Apercevant sur son écran le nom de son amie, elle décrocha avec empressement.

- Rhéane !! Soupira-t-elle. Tu es où ? Tu fais quoi ?!
- je termine d’ici une heure ou deux ! Et je te rejoins. Tout va bien pour toi ?
- oh ouiii ! Minauda Aélis en se tournant vers l’homme brun, imitant à merveille son sourire hypocrite. L’endroit est douillet, la lumière tamisée… doux euphémisme… et le maître des lieux… comment dire... a le caractère aussi agréable que son nom le laissait supposer…
Le maître en question se figea en crispant les poings dans ses poches tandis qu’Aélis écoutait le silence pesant qui régnait de l’autre côté de son téléphone.
- Tom est là ? Balbutia finalement son amie.
- oui.
- il ne devait pas…
- il me semble également que c’est ce que tu m’avais dit, fit Aélis d’une voix ironique, mais nous ne sommes plus à un contre ordre près…
- bon… je serai là bientôt, attends moi.

Aélis partit d’un grand rire avant de répondre
- plutôt mourir, ma chère. Je file au village d’à côté. Il y a un hôtel.
- tu ne vas pas aller là !! S’indigna Rhéane. C’est miteux !!
- à tout prendre, je préfère les mythes aux cafards, si tu vois ce que je veux dire…
- il n’y a pas l’ombre d’un cafard chez moi !! Vociféra l’homme qui préférait mimer l’incompréhension tandis que sa filleule s’étranglait de rire, tirant encore un sourire à son amie.
- reste. Pu reprendre Rhéane après avoir contrôlé son rire.
Aélis s’éloigna du parrain de son amie.
- non non, je pars. Murmura-t-elle.
- ne fais pas l’idiote. Reprocha Rhéane. Il n’est pas si mauvais qu’il en a l’air.
- peu importe. Je t’assure, il me fait froid dans le dos… Mais qu’est-ce qu’il fait ??!!!

La jeune femme éloigna un instant son téléphone de son oreille avant de reprendre sa conversation d’une voix hachée ;
- je rêve ! Il prend ma valise et il la rapporte dans le manoir ! Il doute de rien ce type !!
- reste au chaud, j’arrive bientôt. Répéta Rhéane entre deux hoquets de rire avant de raccrocher.
Aélis retourna vers la grande porte d’un pas rageur et entra en la poussant d’un mouvement nerveux pour se trouver nez à nez avec son hôte.
- bien. Fit-il d’un ton autoritaire. Je crois que nous étions mal partis… je vous présente mes excuses, et vous propose de recommencer sur des bases… plus saines…
Tout en lui prouvait cependant que ces paroles lui coûtaient énormément, et la mine revêche d’Aélis lui fit comprendre qu’elle n’était pas dupe.

- vous voir ici ne m’enchante pas, ceci demeure exact… ajouta-t-il, mais si ça a de l’importance pour Rhéane, ça en a également pour moi… J’espère donc que vous accepterez de rester, puisqu’elle semble y tenir…
Cette information avait été plus grognée que parlée, mais Aélis ne se sentit pas le courage de se disputer et approuva d’un signe de tête avant de suivre l’homme jusqu’à la chambre qu’elle avait quittée quelques minutes plus tôt.
Elle s’effondra sur le lit dès qu’il eut disparu et lutta longtemps contre le sommeil en espérant voir arriver son amie.
Lorsqu’elle s’éveilla, une lumière crue inondait la chambre et la jeune femme grimaça en comprenant qu’elle avait été vaincue par la fatigue. Elle distingua à gauche de la cheminée où le feu semblait immortel une porte qu’elle franchit bientôt pour se trouver dans une salle de bain relativement spacieuse dont elle profita avec plaisir.

Elle était à peine rhabillée que son amie faisait irruption dans la chambre et lui sautait au cou. Les cheveux d’un blond platine de Rhéane se mêlaient aux siens, formant un contraste saisissant avec ses mèches brunes.
Aélis sourit en songeant une fois de plus qu’elles étaient toutes deux très différentes et pourtant liées par une solide amitié.
- Alors ? fit a nouvelle venue avec un sourire radieux, ses yeux gris et clairs brillants de malice, l’accueil fut plaisant ?
Aélis éclata de rire
- on ne peut rêver mieux, je t’assure. Il aura au moins le mérite d’être inoubliable !
- qui donc ? L’accueil ou Tom ?
- les deux ma chère, les deux. Fit la jeune femme brune en suivant son amie.
Celle-ci passa une petite arche au détour du couloir et d’un geste ample de la main présenta la pièce à son invitée.
- le petit salon. Fit-elle. C’est ici qu’on déjeune. Ah !! ajouta Rhéane avec un clin d’œil complice en posant sa main sur l’épaule de l’homme qui était assis à une table de bois ronde, tu ne connais pas Tom, je crois ?

Aélis se plia avec bonne volonté à la comédie.
- je ne pense pas avoir cette chance non. Singea-t-elle.
- et bien je te présente Tom Night, mon parrain préféré ! Tom, voici Aélis, ma siii charmante amie dont je t’ai siii souvent parlé.
Rhéane s’installa à grands bruits sur une chaise massive après en avoir tirée une pour Aélis, couvrant les grommellements de son parrain.
- Tom a dû changer de programme. L’ami qui devait l’accueillir a eu un empêchement, et donc il préfère rester ici.
- génial. Fit Aélis en beurrant une tartine de pain.
- il connaît très bien les environs ! Toi qui voulais visiter les sites de la région, te voila dotée d’un excellent guide.
- super. Répondit Aélis en croquant à belles dents le pain frais.

- il faut voir le côté positif de la chose ! fit Rhéane, enthousiaste. Au moins tu ne t’ennuieras pas pendant que je serai à l’hôpital.
- merveilleux. Fit Aélis en retenant son rire à grand peine tout en buvant son chocolat chaud à petites gorgées.
- voir le côté positif de la chose… grinça l’homme à côté d’elles avec un sourire cynique éloquent
- pour une fois, je pense que je vais être d’accord avec vous. Coupa Aélis en posant son bol. Il va vraiment nous falloir une excellente vue.
Rhéane plongea dans son bol pour cacher son hilarité et ne pas subir le regard foudroyant de son parrain qui se leva bientôt pour sortir de la pièce, donnant à Aélis la délectable impression d’avoir gagné la seconde manche.

Sale caractère by Morgane


Rhéane plongea dans son bol pour cacher son hilarité et ne pas subir le regard foudroyant de son parrain qui se leva bientôt pour sortir de la pièce, donnant à Aélis la délectable impression d’avoir gagné la seconde manche.

Les deux amies passèrent la journée du dimanche à courir autour du domaine, parcourant plaines et forêts proches avec une énergie débordante.
Tom les observait parfois de la fenêtre de sa pièce personnelle, distinguant au loin leurs silhouettes épaissies par la multitude de pulls qu’elles avaient enfilés pour se protéger du froid. Le seul fait de les voir aller et venir en tout sens l’épuisait.
Il soupira en s’installant à son bureau et rangea d’un geste agacé le livre qui s’y trouvait : encore un ouvrage que sa filleule avait jugé utile de ne pas laisser en vue dans la bibliothèque du salon durant le séjour de son amie.
Tom avait exigé des elfes qu’ils se fassent le plus discrets possibles et des personnages de tableaux qu’ils gardent une immobilité complète. Le fait qu’une moldue fasse irruption dans son univers le mettait mal à l’aise. Il avait mis de long mois à se forger cette nouvelle vie, loin de tout, loin de ses souvenirs…

Il vivait à présent dans ce manoir hérité de son grand-père maternel, recevant régulièrement la visite de ses anciens amis et même parfois celle de ses ennemis. Tom resta longtemps immobile et rêveur à observer l’épée au pommeau rouge ayant appartenue à Godric Gryffondor que lui avait offerte Potter.
‘Lord Voldemort’ murmura-t-il enfin pour lui-même en se tournant vers un miroir ovale qui lui renvoya un reflet mat tant il était usé.
Tom cala son front dans ses paumes après avoir posé d’un geste las ses coudes sur le bureau. Se plongeant encore dans les souvenirs de la bataille qu’il avait livré quelques huit ans plus tôt, il compta que Harry Potter avait à ce jour 25 ans.

Il massa instinctivement son flanc droit, là où l’épée maudite l’avait transpercé en une douleur fulgurante sans parvenir à le tuer.
- épée maudite ? S’interrogea-t-il lui-même en se levant.
Il prit l’arme d’un mouvement lent, presque tendre, et la fit tourner au bout de son bras en admirant les reflets dansants de cette lame qui avait tué Le Seigneur Des Ténèbres.
Il se rappela le regard éperdu de douleur de Potter et celui, inquiet et étonné de Dumbledore au côté de son élève.
Les paroles du vieux mage résonnaient encore souvent en lui, lui donnant parfois la nausée.
- par ta haine, tu as tenté de tuer Harry alors qu’il n’était qu’un enfant. Récita Tom, son amour te tuera.

Tom sourit en songeant que ce vieux fou avait eut là une excellente idée et que son disciple ne manquait pas de ressources.

- - -

Huit ans plus tôt, au cours de sa dernière année à Poudlard et après avoir puisé dans toutes les pensines qu’ils avaient pu trouver les souvenirs de ses parents défunts, Harry s’était gorgé d’amour et d’admiration pour eux avant d’en doter cette lame ennemie, espérant vaincre le Lord Noir en s’engouffrant dans sa seule faiblesse : son incapacité à comprendre et à supporter l’Amour.
Ce sentiment détestable avait empoisonné le sang et l’esprit de Lord Voldemort par le biais de cette lame. Dumbledore semblait persuadé que seul ce sortilège pourrait vaincre l’immortel mage noir mais contre toute attente, ils avaient échoués… dans un premier temps.

Le sombre mage s’était réfugié au plus profond des forêts qu’il avait déjà tant fréquentées. A l’agonie, il n’avait eut la vie sauve que grâce à l’aide de Lucius Malefoy et Bellatrix Lestrange, mais son répit s’annonçait de courte durée.
Potter et ses alliés en étaient à l’époque également convaincus puisqu’ils avaient renoncé à le poursuivre, décidant de le laisser terminer sa vie avec pour seules compagnes sa douleur et sa mémoire.

- - -

Tom rit un instant en se rappelant la mine contrite de Lucius lorsque son maître agonisant lui avait ordonné, à brûle pourpoint :
- trouve ton frère, et mène moi chez lui.
Malefoy avait cependant exécuté cet ordre et cherché par monts et par vaux son frère aîné disparu depuis des dizaines d’années. Ce sorcier en exil avait pris un nouveau nom et se faisait appelé Mr Night. Il était aussi brun que Lucius était blond, aussi empli d’amour qu’il l’était de haine, aussi humble que lui avide de pouvoir…

Il avait ouvert sa porte à son cadet sans enthousiasme et l’avait de suite mis en garde contre tout désir d’importuner sa famille.
- je ne viens pas pour te chercher querelle, avait expliqué Lucius. Le Maître réclame ta présence. Il souhaite te rejoindre.
- je n’ai aucun maître, hormis l’amour que je voue à ma femme et ma fille. Avait répondu son aîné. Repars d’où tu viens Lucius, et laisse moi vivre en paix.
Lucius avait serré sa baguette contre sa poitrine pour s’encourager au calme avant de poursuivre.
- par égard pour notre père, tu dois porter secours à son ami.

Le rire froid de son frère avait été pour un temps sa seule réponse.
- Notre père a renoncé à l’amitié de cet homme que tu appelles «maître» il y a fort longtemps et je te suggère d’en faire autant, tout comme moi.
- c’est également ton parrain, avait poursuivi Lucius. Toi qui te targues de ne vivre que pour l’Amour de tes proches, avait-il ajouté en une grimace, cela devrait t’encourager à agir.
- c’est mon parrain oui, et aussi celui de ma fille. Avait répondu son frère d’une voix calme. Comme je l’avais promis à notre père.
Lucius était resté longtemps immobile sur le pas de la porte à scruter les yeux sombres de son aîné, qui lui avait ensuite tout bonnement fermé la porte au nez après avoir murmuré :
- dis à Tom Riddle qu’il sera toujours le bienvenu sous mon toit, mais que si Voldemort l’accompagne, il peut rester là où il est.

Lucius était parti sans enthousiasme à la recherche de son frère… et il était revenu avec encore moins d’empressement auprès de son maître, lui délivrant ce message en se tenant à bonne distance, juste pour le cas où…

- - -

Tom se rassit en soupirant encore, fermant les yeux pour mieux laisser son esprit se rappeler de ces instants à la fois pénibles et réconfortants.

L’aîné des Malefoy lui avait comme promis ouvert sa porte, et Tom Riddle avait pu retrouver sa santé, peu à peu guéri de sa folie par les souvenirs qu’il avait enfin laissés remonter en lui après avoir tout tenté pour les oublier.
Le frère de Lucius était la copie conforme de leur père, dans l’aspect comme dans les gestes, et le sombre mage avait eu l’impression de retrouver son ami perdu… Son ami qui avait dans leur jeunesse refusé de le suivre dans son escalade vers la mort et désolation. Son ami qui s’était exilé pour le fuir, emportant avec lui son fils aîné qui partageait ses convictions.
Son ami qui était mort bien des années auparavant, emporté par une maladie, sans qu’il soit à ses côtés pour le soutenir.

- - -

Tom rouvrit les yeux en grimaçant, se rappelant les larmes qu’il s’était soudain mis à verser sans pouvoir s’interrompre durant des jours, avec le sentiment confus qu’elles avaient noyé Lord Voldemort, lavé ce corps irréel pour laisser à nouveau respirer ce Tom qu’il avait mis tant d’ardeur à enterrer au plus profond de lui.
Inconsciemment, il dessina d’une plume légère sur son sous mains les lettres de ses nom et prénoms avant d’en extraire encore ce pseudonyme seigneurial qu’il avait inventé lorsqu’il était encore étudiant avec l’aide plus qu’amusée de son ami, le père de Lucius… le grand père de Rhéane.

- - -

Lord Voldemort, une fois guéri de ses blessures, de toutes ses blessures, avait encouragé le frère de Lucius à regagner l’Angleterre en compagnie de sa femme et de sa fille. Celui-ci avait alors accepté à la seule condition que Tom et lui se rendent avant toute chose auprès d’Albus Dumbledore afin d’entendre ses conseils.
Tom avait râlé et juré tant et plus, mais s’était plié à cette exigence sous l’œil terne d’un Lucius privé de parole face à l’horreur d’une telle situation.
Le directeur de Poudlard avait regardé les deux hommes entrer dans son bureau directorial avec un sourire malicieux, le regard vaguement ironique et vainqueur.
- bienvenue chez toi, Tom. Avait-il murmuré. Je t’attendais…

- - -

Ce souvenir plus que les autres faisait encore grincer les dents du sorcier à la triste réputation. Albus Dumbledore avait tout prévu, tout anticipé. Il savait que Tom Riddle reviendrait vers lui avant qu’il ne le décide lui-même.
Depuis ce jour, Tom avait parcouru un chemin long et douloureux vers l’humanité. Il reconnaissait cependant que les efforts de Potter à son égard étaient bien plus honorables que les siens : le jeune homme, malgré toute la rancœur qu’il éprouvait pour l’assassin de ses parents, avait accepté le retour dans le monde magique de Riddle, dont l’identité avait soigneusement été masquée, une fois de plus…
Prenant le patronyme ‘Night’ adopté avant lui par l’aîné des Malefoy lors de sa fuite, Tom avait appris à connaître son filleul et sa fille, découvrant qu’il était deux fois parrain grâce à une promesse d’étudiant…

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Malefoy père avait promis à Tom, un soir de fête particulièrement arrosée, que son premier fils serait son filleul et qu’après lui, chaque premier né serait celui des descendants de Riddle, «si tant est qu’une femme soit assez folle pour t’aimer et te donner un enfant», avait-il ajouté.
Et puis, des années plus tard, Tom avait repoussé les mises en garde de Malefoy, refusant de comprendre sa peur et sa méfiance alors qu’il prenait un chemin trop sombre et meurtrier. Son ami avait fini par fuir loin de sa fureur, refusant de devenir à sa suite un mangemort haineux et haï.

- - -

Tom se demandait comment il avait pu, durant de si nombreuses années, oublier tout ceci et parvenir à vivre sans.
Aujourd’hui, il n’espérait pas rattraper ses erreurs passées, mais il honorait à son tour la promesse de veiller sur ses filleuls, nés de son ami qui seul avait tenté de l’avertir de sa folie.
Cependant, accepter la venue chez lui d’une moldue avait été pour lui un rude coup porté à son ego et à son moral.
Comble de l’horreur, Rhéane avait appris depuis peu que son amie était une fervente lectrice de la saga «Harry Potter», écrite par une certaine Mrs Rowling et disponible dans la première librairie venue.
Tom s’était emporté contre l’inconscience de sa filleule, hurlant qu’il était aberrant qu’elle ait ignoré ce ‘détail’ de si nombreuses années alors qu’elle prétendait être l’amie de la moldue.

Mais Rhéane avait expliqué avec calme qu’un ami est celui dont on est certain qu’il est capable de nous accepter tel que nous sommes, et qu’elle était persuadée que si Aélis apprenait qu’elle était en fait une sorcière, elle resterait malgré tout son amie.
Cette annonce avait fait pâlir Tom qui avait menacé des pires tourments la jeune fille pour le cas où elle envisagerait de donner à cette moldue le moindre indice quant à leur appartenance au monde sorcier.
Rhéane avait promis, riant aux éclats en pariant que si Aélis devinait que l’univers de Potter état bien réel elle hurlerait jusqu’à ce qu’on la mène auprès de Drago afin de lui dire en face sa façon de penser.
- ton cousin sera ravi. Avait grincé Tom avant d’accepter qu’Aélis séjourne au manoir deux longues semaines.

- - -

Tom regarda encore par la fenêtre : ça y était. L’amie en question était là, bien présente et débordante de vitalité... Un peu plus âgée que Rhéane, elle semblait dotée d’un caractère ‘adorable’ et conciliant qui promettait au sorcier de bien sombres heures.
La nuit tomba rapidement sur la campagne, forçant les deux promeneuses à rentrer au chaud et Tom les rejoignit avec mauvaise humeur après que sa filleule ait hurlé son nom à de multiples reprises pour le faire venir.
- viens avec nous !! Fit-elle, le regard rieur, lorsqu’il passa la tête par l’arche du petit salon. Aélis brûle d’envie de faire avec toi plus ample connaissance.
Cette dernière, pour prix de l’affront, lui enfonça le pic qu’elle tenait à la main dans les côtes.

- qu’est-ce que vous faites ? Questionna Tom en approchant des deux jeunes femmes assises près du feu.
- on grille des schamallow. Fit Aélis en se concentrant sur l’énorme sucrerie qui crépitait au dessus des flammes, au bout de son pic rougeoyant.
- des quoi ? fit Tom d’un tond dédaigneux, méfiant.
Aélis lui tendit la fine tige de fer et le sorcier fut contraint de retirer la matière collante du bout des doigts en grimaçant d’horreur tant face à ce qu’on envisageait de lui faire ingurgiter qu’à cause de la situation déshonorante qu’il vivait.
Rhéane semblait manquer de souffle à force de rire et brûla plusieurs confiseries avant de pouvoir en avaler une.
Finalement, le saladier empli de boules roses et blanches fut rapidement vidé et le sorcier dut faire beaucoup d’efforts pour ne pas s’abaisser à reconnaître que tout ceci était goûteux.

Soudain, une femme entra dans la pièce, annonçant que le dîner était servi.
- mazette ! fit Aélis en se levant une fois la serveuse partie, c’est vraiment une vie de seigneur que vous menez ici !
Rhéane lança à son parrain des regards interrogateurs et celui-ci profita de ce qu’Aélis rangeait les pics et le saladier plus loin pour lui murmurer :
- j’ai employé pour un moment une servante… commença-t-il avant de poursuivre à la mine perplexe de sa filleule. Et bien quoi ? Tu comptais faire apparaître les plats préparés par les elfes comment ?
Rhéane approuva d’un signe de tête en riant sous cape.
-tu penses à tout, je t’adore !

Tom la foudroya du regard et s’installa à la table face à Aélis tandis que la serveuse apportait le dîner.
Tous trois mangèrent avec appétit jusqu’à ce que Rhéane déclare que le lendemain, elle devrait travailler toute la journée et qu’en conséquence Tom et Aélis devraient cohabiter en attendant son retour.
- tu devrais faire visiter le village à Aélis. Proposa Rhéane, le sourire aux lèvres.
- et puis quoi encore ?! S’insurgèrent les deux concernés à la seconde près.
- j’aurais besoin que vous rapportiez à une vieille femme le livre que je lui ai emprunté. Poursuivit Aélis.
- j’irai seul. Intervint Tom avec un regard mauvais pour l’amie de sa filleule.

Aélis se retint de ne pas lui écraser le pied sous la table, et le félicita d’une telle décision
- parfait ! Ça me laissera tout loisir de visiter le manoir sans sentir votre regard aimable planté dans mon dos !
Tom grommela d’indicibles paroles avant d’ordonner à son ‘invitée’ de se trouver le lendemain à neuf heures dans le grand salon.

- neuf heures ?! Tempêta Aélis dès qu’il eut quitté la pièce. Il est fou ! Je suis en vacances moi ! À neuf je me réveille à peine !
Mais elle eut beau râler, il lui fallut se résigner à se lever de bonne heure pour se rendre dans le grand salon : ‘troisième à droite’, comme le lui avait indiqué Rhéane.
Ainsi, à l’heure dites, Aélis honora son rendez-vous, l’esprit passablement endormi et les yeux mi clos. Elle profita cependant du retard de son hôte pour visiter avec application le Grand Salon qui, à son goût, ressemblait fort à un bureau.

Accrochée au mur, une longue épée barrait un grand espace, et Aélis eut l’impression d’avoir déjà vu cet objet. Son regard se reporta ensuite sur un bureau de bois, et la jeune curieuse ne put s’empêcher de faire l’inventaire du matériel qu’elle y trouva.

Soudain, elle vit un objet qui attira aussitôt son attention : une longue baguette, fine et noire, était couchée dans un écrin et cet objet-ci, Aélis était certaine de le connaître ! Elle s’empara d’un geste envieux de cette pièce de collection, s’indignant mentalement de ce qu’un rustre comme ce Tom dispose d’un si bel objet.
- la baguette de Voldemort ! Grommela-t-elle en songeant que malgré toutes ses tentatives, elle n’avait pas réussi à s’en procurer une. Tous les magasins étaient en rupture et l’objet, en exemplaires limités, était une pièce de collection que s’arrachaient les fans.

Elle n’eut cependant pas l’occasion de râler bien longtemps, car un bruit de tous les diables l’informa qu’on entrait dans la pièce. Ou plutôt qu’on s’y engouffrait à grands pas.
- que faites vous ici ?! Hurla presque Tom, se figeant ensuite à la vue de sa baguette dans les mains d’une mol… mais autant ne pas trop y penser, s’encouragea-t-il.
Aélis sursauta et manqua échapper l’objet, tirant une grimace au sorcier qui tentait parallèlement de na pas montrer combien il tenait à ce fin morceau de bois ouvragé.
- et bien, je vous attends. Bredouilla Aélis, soudain prise de court par le ton mordant de son hôte.
- vous m’attendez ? Siffla-t-il d’une voix inquiétante qui fit reculer Aélis d’un pas. Il ne me semble pas vous avoir autorisée à pénétrer dans mon bureau !

- votre… bredouilla Aélis avant de porter un regard circulaire à la pièce en se mordant les lèvres. Bureau… je pensais être dans le salon…
Tom sembla un instant avoir perdu l’usage de la parole tant la colère s’imposait en lui.
- dehors… murmura-t-il soudain avant de hurler. DEHORS !!!!
Aélis fit quelques pas vers la porte avant de faire volte face et de reposer précipitamment la baguette là où elle l’avait trouvée, et sortit ensuite dans le couloir, passablement contrariée d’avoir pu donner ainsi matière à se plaindre au parrain de son amie.
Tom referma la porte d’un geste sec en la foudroyant du regard
- le salon, fit-il en montrant la porte juste derrière la jeune femme, c’est ici…

- J’ai confondu. Expliqua Aélis qui venait de comprendre son erreur. Rhéane m’a dit la troisième à droite…
- en partant du petit salon ! Vociféra Tom. Alors en partant de ta chambre c’est la troisième à gauche !!
Cependant, Aélis n’était pas du genre à culpabiliser bien longtemps, et encore moins à se laisser malmener plus de trente secondes, et sa voix prit à peu de choses près la puissance de celle de son charmant vis-à-vis.
- inutile de hurler ! Reprocha-t-elle. Je n’ai rien volé ni cassé dans ton ‘précieux’ bureau ! À moins que Môssieu ait quelque chose à se reprocher ??!!
- pas du tout. Balbutia soudain Tom en pâlissant au souvenir de sa baguette tournant entre les doigts de la jeune femme.

Aélis nota le changement d’attitude du sorcier et s’en étonna.
- à voir ton air, on dirait bien que si. Fit elle d’un ton mordant.
Tous deux restèrent un moment silencieux et Tom, remarquant le regard curieux de la jeune femme qui prouvait qu’elle était en train de réfléchir avec ardeur à ce qu’il pourrait bien vouloir lui cacher, se dirigea vers le parc.
- il faut aller rendre ce livre. Maugréa-t-il en fouillant dans sa poche. Et, ajouta-t-il en se tournant vers Aélis, je ne crois pas t’avoir autorisée à me parler de façon si familière !
- la même chose. Reprocha tout simplement Aélis en un grognement.

Si elle avait été plus attentive, la jeune femme aurait sans nul doute pu percevoir le changement d’expression des portraits accrochés aux murs. Chaque tableau laissait à présent voir des personnages au teint blafard et à l’air paniqué.
Aélis et Tom descendirent jusqu’au village en marchant chacun d’un côté du chemin, mettant entre eux le plus de distance possible, et ne communiquant que par la biais de regards meurtriers.
Tom bifurqua dans une rue étroite et Aélis se hâta derrière lui, convaincue qu’il n’hésiterait pas à la perdre si l’occasion lui en était donnée, et le talonna de près.
Enfin, il s’arrêta devant un portail de fer forgé et agita la cloche qui sonna à toutes volées, provoquant l’envol de nombreux oiseaux alentour.

- je n’ai vraiment pas fait exprès. Fit soudain Aélis pour le sorcier. Je ne savais pas que c’était ton bureau…
- ‘parlera d’ça plus tard. Grommela-t-il en voyant arriver la vieille femme.
Cette dernière avança en clopinant avec un large sourire et fit un geste pour s’excuser avant de bifurquer vers une haie. Aélis la regarda fouiller dans ce taillis à la recherche de ce qui s’avéra être la clé du portail, qui s’ouvrit bientôt en un grincement assourdissant.
Aélis, croisant encore le regard mauvais de Tom, ne put s’empêcher de rire.
- arrête ! Chuchota-t-elle sur un ton moqueur. Je t’ai dit que je n’avais pas fait exprès ! Faudra-t-il que je rampe pour que tu cesses de bouder ?!
Cette éventualité tira un sourire au sorcier.
- c’est à voir. Répondit-il en se tournant vers la femme qui les attendait.
Tom s’avança vers celle-ci en s’efforçant de ne pas se laisser encore emporter par la colère lorsqu’il sentit dans son dos le coup de poing léger de son invitée, assorti d’un ‘sale caractère !’ rieur.

sombre ignare by Morgane
- arrête ! Chuchota-t-elle sur un ton moqueur. Je t’ai dit que je n’avais pas fait exprès ! Faudra-t-il que je rampe pour que tu cesses de bouder ?!
Cette éventualité tira un sourire au sorcier.
- c’est à voir. Répondit-il en se tournant vers la femme qui les attendait.
Tom s’avança vers celle-ci en s’efforçant de ne pas se laisser encore emporter par la colère lorsqu’il sentit dans son dos le coup de poing léger de son invitée, assorti d’un ‘sale caractère !’ rieur.

Les deux jeunes gens restèrent une bonne partie de la matinée chez l’adorable grand-mère qui ne consentit à les laisser partir que lorsqu’ils eurent achevé la boîte entière de gâteaux secs qu’elle leur proposa.
La boîte était si imposante, et les gâteaux si secs, qu’il leur fallut assortir le tout de nombreuses tasses de thé pour s’éviter l’étouffement et dès qu’ils eurent repassé la grille, Aélis maugréa qu’elle ne voulait plus entendre parler de pâtisserie jusqu’au mois suivant.
Lorsque Tom reprit le chemin du manoir, la jeune femme se dirigea à l’opposée, bien déterminée à profiter de cette journée pour visiter le village pittoresque.

Tom s’arrêta un instant, l’interrogeant du regard.
- je visite moi.
- il n’y a rien à visiter, ici. Rétorqua le sorcier qui aurait préféré qu’elle rentre sagement avec lui pour se mettre à l’abri des regards trop curieux de ces villageois peu habitués à voir des inconnus se perdre jusque chez eux.
- et bien dans ce cas, ce sera vite fait. Fit Aélis en reprenant sa route avant de sourire en entendant les grognements mécontents de son hôte qui avait finalement décidé de la suivre.
- tu es vraiment impossible. A croire que tu as décidé de tout faire pour m’empoisonner l’existence.
Aélis ne répliqua pas et se contenta d’approcher son nez de la devanture miteuse d’une librairie.

Elle entra pour constater que les cartes postales exposées devaient être encore plus âgées qu’elle mais en choisit malgré tout quelques unes pour ses amis.
Elle remarqua bientôt que Tom restait à une distance prudente du comptoir, et que le vendeur le surveillait avec tout autant de sympathie dans le regard que lui…
Enfin, Aélis s’approcha pour payer, et resta un temps muette face au ton agressif du libraire.
- ‘comptez pas payer avec vos fausses pièces au moins ? Cracha-t-il.
- des fausses pièces ? Questionna Aélis en sortant son argent.
- oui oui. Vos pièces là. Fit le vendeur avec mauvaise humeur. Qui viennent d’on ne sait où !
- mes pièces viennent de France. Rétorqua Aélis d’un ton peu amène. Mais si vous n’en voulez pas je peux encore faire demi-tour et vous laisser vos cartons !

Le vendeur jaugea rapidement la monnaie qu’elle tenait dans le creux de sa main et après un bref regard dédaigneux pour Tom, empocha ce qu’Aélis lui tendait.
- c’est une coutume locale, questionna Aélis dès qu’ils furent sortis, que d’agresser tout ceux qui ont le malheur de venir séjourner chez vous ?
Tom allait demander à quoi elle faisait allusion lorsqu’il repensa à l’accueil ‘chaleureux’ qu’il avait donné à la jeune femme, et resta finalement muet malgré son peu de plaisir à se voir ainsi comparé aux habitant de ce hameau.
Echaudée par cette aventure, Aélis hésita un instant à poursuivre sa visite, mais la perspective de s’enfermer encore dans une pièce sans électricité et donc sans télévision ne l’encourageait pas à retourner au manoir.

Elle soupira en se demandant ce qu’elle allait bien pouvoir faire de sa journée et regarda une femme à la mine enjouée agiter par sa fenêtre un tapis qu’Aélis pensait ne jamais pouvoir soulever seule.
Celle-ci sortit bientôt et Aélis s’aperçut qu’elle se trouvait face au bar qu’elle avait vu peu de temps auparavant. La tenancière afficha le menu que son établissement proposait pour le déjeuner, et la salua avec bonhomie.
En apercevant Tom, elle se figea un instant, provoquant un regard étonné d’Aélis qui se tourna brièvement vers son hôte, puis elle entra à pas pressés dans le bar en fermant soigneusement la porte derrière elle.

- dis moi si je me trompe, fit Aélis d’une voix moqueuse, mais j’ai l’impression qu’on ne t’aime pas des masses, par ici…
Tom haussa les épaules en enfonçant ses mains dans ses poches avant de reprendre sa marche.
- ces idiots n’aiment pas tout ce qui est un tant soit peu différent d’eux. Expliqua-t-il. Mon mode de vie est ce qu’il est, mais je ne vois pas en quoi ça les gêne que je n’utilise pas le téléphone ou l’électricité…
La journée avait beau avancer, le temps n’était pas plus clément au fur et à mesure que les heures s’écoulaient, et Aélis fut finalement ravie de rejoindre la manoir aux murs épais et aux vastes cheminées.

Elle entra finalement dans le Grand Salon et resta bouche bée face à la bibliothèque imposante qui s’y trouvait. Gavée par les gâteaux secs qui avait définitivement du mal à se faire oublier, elle s’assit sans déjeuner auprès du feu après avoir entassé à portée de mains de nombreux ouvrages que Tom détailla d’un œil anxieux.
Le sorcier vérifia mentalement qu’aucun de ces livres n’étaient propice à éveiller le moindre soupçon et ne put se résigner à laisser seule son invitée, trop inquiet de la savoir libre de fouiller partout à sa guise.
- je ne brûlerai rien. Fit-elle soudain sans lever le nez du livre qu’elle tenait sur ses genoux.
Tom s’assit à contre cœur, agacé de constater que la jeune femme n’était pas dupe de son tourment et du peu de plaisir qu’il ressentait à la voir ainsi prendre ses ouvrages.

- et je promets aussi de ne pas arracher les pages. Poursuivit Aélis en le regardant enfin, un sourire radieux aux lèvres.
Ulcéré que l’on tente ainsi de se débarrasser de lui, le sorcier soupira en tapotant la table du bout des doigts.
- je suis ici chez moi. Fit-il, et je suis en conséquence libre de rester et de m’asseoir où je veux.
La jeune femme poursuivit sa lecture jusqu’à trouver dans l’un des documents la preuve de l’existence à proximité d’ancien lieux de culte magique. Selon l’ouvrage, des pierres disposées en cercle étaient gravées de runes, et l’on pouvait visiter l’endroit pour peu que l’on ne craigne pas de se perdre.
Aélis demanda aussitôt à Tom de l’y conduire, ce qu’il refusa avec le même empressement. La jeune femme n’insista pas, à sa grande surprise, et se contenta de se rassoire avec une moue boudeuse qu’il jugea une fraction de seconde adorable.

Tom ferma aussitôt son esprit avant de soupirer en se rappelant qu’elle n’avait nullement la possibilité de percevoir la moindre de ses pensées et qu’il n’avait donc rien à craindre pour son honneur.
Lorsque Aélis se leva pour reposer le premier ouvrage fin qu’elle venait de finir, il lui emboîta le pas et, sous l’œil excédé de la jeune femme, vérifia qu’elle le replaçait au bon endroit, parfaitement aligné avec ceux qui l’entouraient.
- et maniaque avec ça ?! fit-t-elle d’un ton moqueur. Tu as vraiment tous les défauts !
Les instants qui suivrent furent pour le sorcier particulièrement pénibles. L’effrontée qui se trouvait chez lui prit un main plaisir à mélanger consciencieusement tous les livres et, poussant parfois les tranches du bout du doigts, les décalaient ça et là en se délectant de voir son hôte tout remettre en ordre et déployer des trésors de volonté pour ne pas hurler de colère face à cet affront volontaire.

- stop… fit-il finalement alors qu’elle avançait un doigt perturbateur vers une rangée de livres soigneusement alignés.
Aélis tendit un doigt vers la tranche d’un livre doré et le poussa doucement en fixant le sorcier du regard, tout sourire. Tom ferma un instant les yeux en inspirant profondément de manière à ne pas céder à la colère.
- je t’emmènerai voir tes cailloux. Souffla-t-il d’un air vaincu, mais laisse mes livres en place.
Le sourire glorieux de la jeune femme lui tira un frisson de plaisir, de fureur et de craintes mélangés mais ses livres ne connurent plus dès lors l’horreur de se trouver déplacés.

Le soir venu, Rhéane fut enchantée de voir que son parrain et Aélis avaient instauré entre eux une relation plus ‘conviviale’, et elle sauta de joie en apprenant de la bouche de son amie que Tom avait accepté ‘avec plaisir’ de la mener prochainement sur un lieu magique.
Bien que le regard meurtrier du guide lui laissât supposer combien cette décision était prise de ‘bonne grâce’, Rhéane ne put masquer son ravissement et félicita Tom dès qu’elle se trouva seule avec lui.
- c’est une plaie… soupira ce dernier en se laissant choir sur un fauteuil.
- n’exagère pas ! Rit la jeune femme. Elle est sans doute un peu taquine mais…
- un peu taquine ?! Elle m’a fait passer une journée abominable ! Ce n’est qu’une capricieuse ! Elle n’en fait qu’à sa tête et prend un malin plaisir à tout faire pour me contrarier.
Le visage rosi de sa filleule qui se tordait de rire à ses côtés acheva de briser son moral et il enfouit son front dans ses paumes en soupirant pathétiquement.

- j’imagine bien oui ! S’esclaffa sa filleule. Ça la fait toujours beaucoup rire d’ennuyer ceux qui ont mauvais caractère.
- j’ai pas mauvais caractère. Grommela Tom sans relever le menton.
- il n’empêche, fit Rhéane en tentant de calmer sa respiration, que tu as bien tendu le bâton pour te faire battre.
Tom releva les yeux vers elle, incrédule.
- tu as voulu jouer au plus désagréable avec elle, tu vas perdre, je te l’assure. Déclara la jeune femme en se levant.
Elle passa dans son dos une main cajoleuse et déposa sur sa joue un baiser retentissant avant de s’éclipser en riant à nouveau
- il faudra que tu cèdes, Tom, parce qu’elle ne cédera pas.

- mais céder quoi ? Murmura le sorcier en se massant les tempes.
- et ne me dis pas que ça ne te plait pas ! fit soudain Rhéane en passant la tête par l’embrasure de la porte
- pardon ? fit Tom avec toute l’indignation dont il était capable.
- ça t’amuse, rétorqua sa filleule, de trouver quelqu’un qui te tienne tête.
- tu joues très bien ce rôle. Fit remarquer le sorcier.
- sans doute… ajouta Rhéane sur un ton de petite fille triste particulièrement bien imité. Mais pourtant, moi, tu ne me regardes pas de la même façon qu’elle…
- quelle façon ? S’indigna vraiment Tom en se redressant
- ah ah ! Le taquina Rhéane en agitant un doigt, sans pourtant oser revenir vraiment dans la pièce. J’ai bien vu comment tu la surveilles !

- je la surveille oui ! Parce qu’elle fourre son nez partout et …
- mais bien sûr. Fit Rhéane d’un ton moqueur. Et bien laisse moi te dire que je ne t’ai jamais vu surveiller quelqu’un de cette façon pas même…
- silence ! fit précipitamment le sorcier en pâlissant tandis que sa filleule reprenait en un murmure
- …pas même Harry…
- fiche le camp ! Grinça le sorcier. Va dormir, tu divagues ! Allez ouste !
- et voila… tu ne peux pas avoir raison alors tu me…
Mais Rhéane n’acheva pas sa phrase : évitant d’un saut le livre que Tom lança dans sa direction, elle s’enfuit à toutes jambes vers sa chambre en riant à gorge déployée.

- - -

Les jours qui suivirent, Tom espéra qu’Aélis avait fini par oublier son excursion, comme elle semblait avoir oublié la baguette… La jeune femme n’avait fait aucune allusion au sujet de l’objet depuis son passage accidentel dans son bureau, et Rhéane lui avait expliqué que son amie avait dû le prendre pour une pièce de collection, ce qui donnait au moins au sorcier l’avantage de pouvoir garder près de lui son précieux bien sans éveiller de soupçons.

Cependant, lorsque sa filleule dut à nouveau s’absenter pour son travail, Aélis se rappela à son bon souvenir et il dut capituler pour la conduire vers le site magique dont elle avait lu l’existence proche.
Le voyage à travers la campagne, en plus d’être long et laborieux, fut particulièrement pénible psychologiquement pour le sorcier. Aélis semblait elle aussi déterminée à lui prouver combien il avait mauvais caractère et le sorcier sentit ses doigts fourmiller à de nombreuses reprises en envisageant de se saisir de sa baguette et de lui lancer un sort qui la rendrait muette.
Après qu’ils eurent longtemps parlé de l’utilité, plus que discutable selon Aélis, de garder une bibliothèque parfaitement rangée, la jeune femme orienta la discussion vers un terrain qu’elle jugea plus ‘pacifique’.

- bon… tentons donc de trouver un sujet sur lequel on ne se mangera pas le nez. Fit Aélis en levant les yeux au ciel. Dis moi donc, fit-elle en se tournant vers lui après un bref regard pour la baguette coincée dans sa ceinture, je vois que toi aussi tu es fan de HP.
- HP ? fit Tom d’un air interrogateur
- Harry Potter. Précisa-t-elle en calant son pas sur le sien
Le sorcier s’arrêta si brusquement qu’Aélis crut un instant qu’il était pris de malaise. Pâle à faire peur, il fixait la jeune femme qui stoppa à son tour sa marche.
- quoi ? fit-elle en riant un peu face à la mine défaite de Tom.
- je ne vois pas de quoi tu parles. Souffla-t-il en reprenant son avancée.

Aélis resta un moment perplexe puis accéléra le pas pour le rejoindre.
- Harry Potter… tu ne vas pas me dire que tu n’as pas entendu parler DU Harry Potter ?! Fit-elle d’une voix rieuse.
Seuls des grognements indistincts lui parvinrent et le rire clair d’Aélis fit frissonner le sorcier.
- non mais sérieux ! T’as vécu où les dix dernières années !?! Reprocha-t-elle en sentant son souffle devenir de plus en plus court tandis que son guide ne ralentissait pas sa marche.
Aélis le suivit quelques minutes en silence sans pouvoir détacher son regard de la fine baguette noire, ne sachant plus que penser, ni si l’homme qu’elle suivait avait toute sa raison.
- tu me fais marcher… murmura-t-elle enfin, comme une conclusion à ses réflexions.
- nous marchons depuis une heure… grommela Tom.
- ce n’est pas ce que je veux dire. Fit Aélis en riant légèrement. Tu me mènes en bateau.
- on est à pieds… insista le sorcier avant de sourire en sentant l’agacement gagner sa ‘victime’.

- ah c’est fini de jouer avec les mots ! Invectiva Aélis en levant le poing vers lui dans son dos. C’est impossible que tu ne connaisses pas Harry Potter !!
Le sorcier perdit son sourire et serra les dents pour ne pas hurler d’horreur face à la situation. Il monopolisait toute sa concentration pour garder son calme et trouver une issue salutaire à cette situation catastrophique.
- je t’assure que je n’ai jamais lu ces livres. Ni vu les… films… Tom se félicita d’avoir sagement écouté les résumés de Rhéane et de pouvoir tenir un discours quelque peu cohérent sur le sujet.
- C’est ça ! Reprocha Aélis en riant encore. Tu te ballades avec la baguette de Voldemort, mais t’as jamais lu les bouquins ! À d’autres !!
Le sorcier stoppa si brusquement sa marche et se retourna si vivement qu’elle ne put éviter de le heurter.

Reculant d’un pas, Aélis dévisagea son guide, étonnée de le voir à nouveau adopter un teint de marbre.
- qu’est-ce que tu dis ? Chuchota-t-il.
- la baguette. Fit Aélis en montrant l’objet du doigt.
Tom baissa les yeux dans la direction indiquée comme s’il découvrait son existence et releva encore un regard incrédule vers la jeune femme.
- c’est la baguette de Voldemort, ça. Répéta-t-elle en souriant.
- Voldemort… murmura Tom.
- oui… l’ennemi de Harry Potter.
Il resta quelques secondes muet et immobile avant de tressaillir au rire de la jeune femme.
- tu connais bien Voldemort non, puisque tu as sa baguette ?
Tom resta encore sans bouger un moment puis lui tourna le dos pour reprendre sa marche.

- non. Fit-il en enfonçant ses mains dans ses poches.
- je te cause plus… hoqueta Aélis entre deux rires.
Le sorcier se tourna brièvement pour l’interroger du regard.
- tu connais pas Voldemort je te cause plus… ça relève du sacrilège.
Aélis rit de plus belle en voyant Tom dodeliner de la tête d’un air mécontent.
- je rêve… il y en a qui tueraient père et mère pour avoir cette baguette ! Tu ne connais pas ta chance, tiens ! Tu sais qu’elle est en édition limitée ?
- en édition limitée ?!!?
La voix du sorcier sembla se coincer dans sa gorge en un cri plaintif de bête aux abois et Aélis l’observa se figer à nouveau, amusée et étonnée à la fois.

- oui. Expliqua-t-elle. Il n’en existe que peu dans le monde et les fans se les arrachent à prix d’or. C’est exceptionnel de pouvoir en posséder une. Tu l’as eu où toi ?
- on me l’a offerte. Mentit Tom en un souffle après un temps d’hésitation.
Aélis haussa un sourcil sceptique qui fit douter son guide du bien fondé de cette réponse.
- offerte ? Un ami à toi s’est ruiné pour t’offrir un objet dont tu ne connais pas le début de la signification ?
Tom ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois de suite sans pouvoir émettre un son et Aélis trouva que cet air passablement idiot cadrait très mal avec ce qu’elle avait déjà vu de lui mais qu’en même temps, cela lui donnait un aspect attendrissant.
- j’avais raison. Finit-elle par se moquer en reprenant sa marche pour reprendre la tête de leur avancée. T’es vraiment bizarre… et tes amis le sont tout autant pour t’offrir des objets dont tu te soucies peu. Et un conseil, poursuivit-elle en levant un doigt accusateur vers lui, laisse pas traîner cette baguette sinon je te la pique. Parce que MOI au moins, je sais qui est Voldemort, sombre ignare !

Tom laissa la jeune femme prendre de la distance dans une volonté farouche de mettre un terme à cette discussion dont il ne parvenait pas à se sortir mais l’entendit cependant râler en observant sa baguette, prétextant que c’était là ‘de la confiture donnée au cochon ‘.
Il s’arrangea pour la mettre à l’abri de toute tentation sous la veste qui le couvrait et pria pour que cet oiseau de mauvais augure n’aborde plus le sujet Potter en sa présence.
Le terrain où ils progressaient, devenu escarpé et accidenté, lui apporta une aide non négligeable : Aélis se concentrait sur son avancée et resta silencieuse de longues minutes…
De longues minutes durant lesquelles le sorcier se prit à craindre vraiment que la jeune femme ne découvre que le monde magique qu’elle évoquait existait bel et bien et qu’il en faisait partie au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer…

Une peur insidieuse et désagréable s’insinua en lui et il ne put chasser de son esprit la pensée envahissante de sa mère. Avait-elle elle aussi redouté que l’on découvre ses origines sorcières ?
Comment réagirait la jeune femme si elle apprenait qu’il était sorcier ? Il y avait fort à parier qu’elle ne trouverait plus du tout cela amusant. Tom n’avait guère rencontré que des moldus hostiles aux sorciers, voire même haineux, et il fallait reconnaître qu’il le leur avait bien rendu… au centuple. Aélis semblait passionnée par la lecture de ces livres, Rhéane en avait témoigné, mais entre se plonger dans un univers fantastique de littérature et l’accepter dans sa vie réelle, il y avait une sacrée différence.
Et si malgré tout la jeune femme ne devenait pas folle en découvrant l’existence de la magie, elle prendrait pour le moins la poudre d’escampette en apprenant qu’elle logeait chez Lord Voldemort…

Tom soupira, définitivement persuadé que la cause était perdue d’avance. Les moldus capables d’accepter l’existence du monde magique sans rechigner étaient fort rares. Les sorciers qui le toléraient lui à moins de quelques pas d’eux l’étaient encore plus… alors une moldue qui accepterait de le côtoyer… il fallait rester logique. Et prudent.
Très prudent… cacher ses pouvoirs et sa condition à une non sorcière était un pari risqué et la raison pour laquelle il n’avait accepté qu’avec réticence la visite de cette amie de Rhéane, entre autre. Mais là, il devait redoubler de vigilance car la lecture de ces œuvres maudites donnaient à Aélis un avantage de plus.
Il ne faudrait pas compter endormir son bon sens par quelques habiles mensonges : elle saurait reconnaître sans ciller les manifestations de toute magie.

Arrivée en haut de la colline, Aélis sautilla sur place en tournant sur elle-même, embrassant d’un regard circulaire le paysage qui s’offrait à sa vue et qu’elle surplombait.
- c’est vraiment magnifique ! Souffla-t-elle, les joues rosies par l’effort de sa marche.
Tom se plaça à ses côtés en souriant, admirant lui aussi les champs et bois qui s’étalaient à perte de vue.
Comme il le lui avait promis, il la conduisit ensuite dans une forêt, jusqu’à une clairière au centre de laquelle s’élevaient quelques amas de pierres gravées de signes incompréhensibles.
Aélis regretta de ne pas avoir apporté son appareil photo pour pouvoir récolter quelques images de l’endroit.
Tom déchiffra pour lui-même rapidement les runes qui couvraient les pierres, souriant face à ces vestiges de réunions magiques sans doute organisées par quelques gosses en mal d’aventure.

Ces signes étaient malhabiles, ainsi que la disposition des rochers, fort mal choisis qui plus est. Le sorcier grimaça en constatant qu’on avait dû à cet endroit tenter quelques sortilèges des plus sombres et sourit tout aussitôt en s’imaginant surgir au milieu du joyeux groupe pour leur enseigner l’art et la manière de jeter un mauvais sort.
Il se délectait en imaginant la mine horrifiée de ces amateurs de magie noire manifestement peu talentueux, qu’il aurait pris plaisir à effrayer.
- tu sais ce que signifient ces symboles ? L’interrogea Aélis, le tirant de ses pensées.
- bien sûr. Répondit-il par réflexe avant de prendre un teint aussi terne que les pierres en s’apercevant de son erreur.

Le fait qu’Aélis, penchée sur les rochers, ne s’aperçoivent pas de son malaise lui apporta quelque soulagement mais lorsqu’elle se précipita vers lui pour lui demander de traduire, un sourire rayonnant sur les lèvres, il sentit son estomac se contracter.
- tu sais, bafouilla-t-il pour tenter de se tirer de ce mauvais pas, on voit très mal et puis, je n’ai plus étudié ça depuis longtemps.
La jeune femme fronça des sourcils réprobateurs avec une moue dubitative.
- et bien lis au moins ce que tu peux ! Insista-t-elle en le tirant par la manche vers les pierres.
Tom soupira en approchant, scrutant les runes en se demandant lesquelles il pourrait lui lire sans trop en dévoiler, ni sur cet endroit, ni, et encore moins, sur sa capacité exceptionnelle à traduire des signes si anciens, pour un moldu…

Aélis attendait en silence près de lui, le buvant des yeux en tournant parfois la tête vers les signes qu’il regardait. Il lu donc quelques signes et ne put s’empêcher de rire face à la mine contrite de la jeune femme : il avait lu les runes dans un langage ancien qu’elle ignorait et elle ne semblait nullement prête à se satisfaire de cet exercice.
- en en langage moderne, ça donne quoi ? Exigea-t-elle.
Tom pointa le doigt vers quelques runes qu’il traduisit alors mot à mot, prenant soin de les agencer de telle façon qu’Aélis ne puisse nullement deviner l’utilité première de ces formules.
Il devint à nouveau livide lorsqu’elle fouilla dans ses poches à la recherche d’un papier et d’un stylo pour dessiner ce qu’il lui montrait et y ajouter la traduction et jugea qu’il avait assez tenté le sort pour la journée lorsqu’elle déclara avec une moue déçue qu’elle ne disposait pas de quoi mettre à bien son projet.

Il déclara aussitôt l’heure de retour venue, et Aélis se laissa mener hors de la forêt avec une bonne volonté aussi rassurante qu’exceptionnelle.
envoutant by Morgane
Il déclara aussitôt l’heure de retour venue, et Aélis se laissa mener hors de la forêt avec une bonne volonté aussi rassurante qu’exceptionnelle.

L’air glacé leur piquait les yeux et les joues, et la jeune femme se cacha du mieux qu’elle put derrière l’immense écharpe qui la couvrait, ne laissant voir que le bout de son nez gelé.
Elle suivit Tom quelques minutes en silence en l’observant se déplacer avec aisance dans ce terrain accidenté, les mains dans les poches et ses cheveux bruns parfois malmenés par des bourrasques de vent, avant de s’approcher et de se placer à ses côtés.
- on ne reprend pas le même chemin ? Questionna-t-elle en s’apercevant de la direction que suivait son guide
- non, sourit le sorcier. J’ai bien envie d’essayer de te perdre…
Il tourna un instant le regard vers la jeune femme qui riait à cette boutade et expliqua
- il y a par là quelque chose qui devrait te plaire…
- c’est gentil, souffla Aélis en passant son bras sous le sien, mais tu marches un peu trop vite pour moi….

Sentir son ‘invitée’ s’agripper ainsi à son bras glaça Tom plus que tout le reste mais la seconde suivante, il sentit une chaleur diffuse le réchauffer bien mieux que tous les feux de son manoir.
Râlant intérieurement de se voir si ‘impressionnable’ par la proximité d’Aélis, il ralentit cependant sa marche tandis qu’elle achevait d’enserrer son bras du sien en se calant contre lui pour se protéger du froid.
- pays maudit. Grelotta-t-elle, on gèle sur pied !!
- t’arrive-t-il de ne pas te plaindre ? Railla le sorcier.
- pas souvent ! fit Aélis avec un rire bref.
Tous deux marchèrent un moment en silence, et Aélis se sentit parfois gênée par le regard inquisiteur qui se posait de temps à autre sur elle, comme si le sorcier cherchait à la comprendre, à analyser son comportement et à connaître la motivation profonde qui la poussait à se caler contre lui. Le froid était-il la seule raison de ce rapprochement ?

- ça te dérange ? demanda soudain Aélis d’une voix un peu timide qui l’étonna, que je te tienne comme ça ?
Tom rit un instant avant de ralentir encore, comme plongé dans ses pensées.
- voyons… fit-il en mimant une intense réflexion, se tournant vers elle. Je suppose que si je te dis que ça ne me gène pas, tu vas rester cramponnée à moi, n’est-ce pas ?
Aélis confirma d’un mouvement de tête.
- et si je te dis que ça me gène, reprit le sorcier après une pause… Avec un peu de chance, tu vas me serrer un peu plus dans l’unique but de m’importuner.
Aélis éclata de rire avant de répondre
- vous êtes fin psychologue, Mr Night.
- ces deux issues étant sensiblement les mêmes, acheva Tom, je m’arroge le droit de ne pas répondre à la question.
Le sourire radieux d’Aélis acheva de faire bouillir son sang dans ses veines, et Tom se demanda si l’été n’était pas finalement arrivé plus tôt que prévu. La jeune femme remonta d’un doigt ganté l’écharpe qui glissait pour se cacher à nouveau et ils poursuivirent leur marche en silence.

Au bout de longues minutes, ils arrivèrent en haut de ce qui semblait être d’anciens remparts recouverts de végétation et qui formaient de fait une haute colline étroite et longue de laquelle ils pouvaient voir à perte de vue.
Aélis resta bouché bée à ce spectacle et lâcha le bras de son guide pour se plonger dans la contemplation de la campagne. Le vent balayait l’endroit et les glaçait jusqu’aux os, mais la jeune femme ne s’en souciait plus tant elle était absorbée par ce qu’elle voyait. Tant d’espace lui donnait presque le vertige.
Tournant le regard vers la gauche, elle vit au loin une maison de pierres assez imposante entourée de ce qui lui sembla être des jeux pour enfants.
Tom s’y dirigea et elle le suivit. Bientôt, elle aperçut au loin un homme passablement crasseux qui lui tira une grimace de dégoût.

- C’est un vieil ermite. Expliqua Tom. Il vit ici tout l’hiver, et l’été il se cache dans la forêt. La tenancière de cette colonie lui offre le gîte et le couvert en échange de ses travaux jardiniers…
Aélis acquiesça en cherchant la propriétaire des yeux, et la vit bientôt sortir de la vaste demeure.
Cette petite femme forte était aussi blonde que Tom était bun et ses joues roses s’arrondirent bientôt en un sourire avenant lorsqu’elle les distingua, la main en visière sur ses yeux.
- Mr night ! Héla-t-elle en essuyant ses mains potelées à son tablier, quel plaisir ! Il y a bien longtemps !!
Elle secoua vigoureusement la main que Tom lui tendait et lui proposa d’entrer en compagnie de son amie.

- c’est une amie de ma filleule. Rectifia Tom en se tournant vers Aélis.
Le regard empli de reproches de la jeune femme le laissa un instant perplexe mais lorsqu’elle salua leur hôtesse, Tom comprit son erreur.
- Bonjour Madame. Et oui, n’allez pas confondre ni croire que nous ayons un quelconque lien de sympathie… monsieur ne s’en remettrait pas.
La petite femme rit de bon cœur et interrogea le sorcier du regard en le voyant se diriger vers une table de pierre, dédaignant l’intérieur confortable.
- nous allons rester ici, et profiter du point de vue si ça ne vous gène pas.
- pas du tout, assura-t-elle, mais il fait un peu frais.
Aélis hésita un instant entre le plaisir des yeux et celui que lui procurerait la chaleur d’un feu et se rangea finalement à l’avis de Tom.
Elle s’installa donc à ses côtés, face à la vue magnifique qui s’offrait à eux.

- du thé ? Proposa l’hôtesse.
- bien chaud ! Confirma Tom
- eeuhh... Je préfèrerais un chocolat, si vous avez…
- sans soucis ! Avec du lait de vache frais ! Vous m’en direz des nouvelles !!
- ça m’aurait étonné, taquina Tom, si tu n’avais pas encore eu quelque chose à redire…
Le silence d’Aélis lui pesa un peu et il se demanda un instant comment retrouver l’effrontée qui se cachait sous son manteau de bouderie.
Aélis passait tour à tour ses mains sur le banc de pierre où elle était assise.
- c’est gelé. Soupira-t-elle, provoquant les rires de Tom.
- ces filles de la ville… un rien les perturbe.

Ils virent avec plaisir les boissons chaudes arriver et Aélis prit à pleines mains l’épaisse tasse de chocolat chaud sans ôter ses gants. Humant le doux parfum, elle but à petites gorgées en grimaçant tant de douleur que de bien être à ce contact brûlant.
Tom l’imita et peu après, la chaleur semblait avoir redonné vie à leurs corps. Il ouvrit donc sa veste et tira sur son pull qui lui donnait à présent l’impression d’étouffer, laissant apparaître le col de sa chemise orné d’un motif fin et discret, mais cependant très reconnaissable…
Aélis tendit immédiatement la main vers ce dessin après avoir enlevé ses gants, et fit une moue indignée en fixant le blason de la maison Serpentard qu’elle distinguait.

Tom la fixa en posant sa tête sur sa main. Accoudé à la table de pierre, il l’observait en souriant, ravi à l’idée de pouvoir bientôt échanger avec elle quelques sarcasmes dont elle avait le secret, et passablement inquiet à l’idée de voir le sujet Potter ressurgir. Pourtant, l’inquiétude avait laissé place à l’amusement, et Tom s’inquiéta un instant de son manque de sérieux aussi inexplicable qu’exceptionnel.
- très joli motif. Fit Aélis en reprenant sa tasse de chocolat.
- merci bien. Répondit Tom en feignant l’incompréhension.
- c’est le même ami qui t’a offert la baguette qui est à l’origine de cette chemise ?
- tout à fait ! Rit Tom
- et bien tu devrais t’en méfier, de cet ami… il a des goûts très… serpentardiens... et je ne sais pas si ça se dit.
Quelques minutes s’écoulèrent en silence et Aélis reprit d’une voix accusatrice

- tu vois bien, que tu connais... ne prétends pas qu’il s’agit encore d’un hasard !
- je t’assure que cette chemise est un cadeau… je l’ai trouvée jolie, voila tout.
Aélis le détailla avec une moue dubitative qui le fit rire.
- Non en fait, fit-il soudain, je vais te dire la vérité. Je connais très bien Voldemort pour la simple et bonne raison que je suis Voldemort.
Tom n’en croyait pas ses oreilles de s’entendre lui-même dire ça, mais jamais il ne s’était senti d’humeur aussi joyeuse, et ce jeu de cache-cache lui plaisait au-delà de tous les risques qu’il prenait. Surtout, il était convaincu qu’Aélis ne le prendrait pas au sérieux, et tourner cette conversation à la dérision lui semblait encore le meilleur moyen d’éviter toute question véritablement gênante.
Aélis manqua recracher son chocolat et éclata d’un rire clair qui le fit frissonner.
- il va falloir que je t’appelle ‘My Lord’ alors, hoqueta-t-elle.

Le menton toujours calé dans sa main, Tom l’observait rire, mais s’inquiéta un peu en l’entendant poursuivre
- remarque, ça t’irait bien !
- comment ça ? Questionna-t-il, curieux malgré tout d’entendre ce qu’elle avait à dire
- tu ferais un excellent Voldemort. En plus tu t’appelles Tom, ça cadre.
- ça cadre ? fit Tom en se redressant.
- oui. Il s’appelle Tom.
- tu viens de me dire qu’il s’appelait Voldemort. Fit-il en tentant de masquer son inquiétude.
- Voldemort, c’est son nom de guerre, on va dire. Expliqua Aélis en riant. Son vrai nom c’est Tom. Tom Riddle. Ah tiens ! Tu n’as pas un second prénom ?
Tom manqua approuver et donner ce prénom mais, pris d’un affreux doute, il préféra nier.

- ça va alors. Je peux dormir tranquille.
- pourquoi ? Questionna Tom
- parce que Voldemort a un second prénom, lui.
- lequel ? Souffla Tom
- Marvolo. Mais dis donc… tu es bien intéressé pour quelqu’un qui ne connaît pas ! Railla Aélis.
Tom haussa les épaules en feignant l’indifférence tout en sentant son estomac se contracter. C’était au-delà de tout ce que Rhéane avait pu lui dire : cette moldue en savait plus sur lui que la majorité des sorciers !
Le regard taquin de la jeune femme lui tira cependant un sourire et Tom se jugea totalement stupide lorsqu’il ne put résister, pour une raison qui le dépassait, à relancer lui-même cette conversation.

- et si c’était vrai ?
- que tu sois Voldemort ? Questionna Aélis avant d’éclater de rire à nouveau. Ma foi, comme je te dis, ça t’irait. Le même prénom, la baguette, les cheveux… fit-elle en le détaillant. Et le sale caractère, surtout ! Élément essentiel !
- tu lui dirais quoi ? demanda-t-il sans relever l’affront.
Aélis marqua une pause, surprise tant par cette question que par l’insistance de Tom
- lui dire quoi ? À Voldemort ?
Tom approuva tandis qu’elle retenait encore son rire, ne parvenant pas à savoir si il se moquait d’elle et de son goût pour ces livres ou s’il était réellement intéressé par sa réponse.
- rien. Fit-elle finalement. Je ne sais pas courir et parler en même temps.
Ce fut au tour du sorcier de rire et Aélis l’imita bientôt tandis que la petite femme revenait pour leur servir une nouvelle boisson chaude.

- Merci beaucoup, fit Aélis en bredouillant de reconnaissance
- de rien de rien. Profitez mon petit. Fit seulement la tenancière avant de repartir à petits pas pressés.
Tom et Aélis firent de gros efforts pour calmer leur fou rire afin de pouvoir boire leurs boissons sans risquer de s’en asperger l’un l’autre et la jeune femme songea soudain que toutes ces plaisanteries étaient pourtant bien réelles. Tom aurait fait un excellent Voldemort…
Ils restèrent longtemps silencieux en écoutant le bruit du vent qui les faisait parfois frissonner et un sentiment de solitude dû à ces étendues désertiques s’empara de la jeune femme plus habituée à voir grouiller autour d’elle une troupe d’enfants.
- Qu’est-ce que tu fais, comme métier ? Questionna-t-elle soudain.
- rien. Répondit Tom. Je vis de ce que je possède et ça me suffit.
- tu as de la famille, en dehors de Rhéane et de son père ?
- pas vraiment, non. Fit Tom en reposant sa tasse de thé.

Il observa un instant la jeune femme curieuse avec un sourire calculateur.
- et toi ? demanda-t-il à son tour.
- moi j’apprends à lire aux enfants… et j’ai de la famille oui. Des parents adorables et un frère qui vit en Australie.
Tom ne put retenir un rire en voyant la jeune femme hésiter à poursuivre son interrogatoire.
- il y a encore quelque chose à demander ? Se moqua-t-il
- pas vraiment. Murmura Aélis. Je me demandais seulement… si tu ne t’ennuyais pas trop ici, tout seul…
Cette question étrange rendit Tom muet et il réfléchit longtemps sans vraiment parvenir à trouver de réponse.
- j’ai l’habitude. Finit-il par déclarer en haussant les épaules.
- ça ne répond pas à ma question. Fit Aélis.

Tom se demanda pourquoi à cet instant il trouva la voix de cette jeune femme d’une douceur enivrante et sentit en lui le désir de la voir reprendre son bras sous le sien.
- comment ça ? Chercha-t-il à comprendre
- et bien… la solitude, peut-être que l’on peut s’y habituer… mais ce n’est pas pour autant qu’elle en devient agréable… tu vois... tu pourrais être habitué, mais quand même pas enchanté…
- oui je vois. Répondit Tom. De temps en temps, je reconnais que ça me pèse un peu… mais Rhéane vient souvent et puis je m’occupe.
- je viendrai te rendre visite à chaque vacances ! fit Aélis d’une voix joyeuse en se redressant soudain, tout sourire.
- super ! S’esclaffa le sorcier qui percevait nettement chez la jeune femme son désir de le taquiner.
- sois positif ! fit elle. De cette manière, lorsque je serai là tu ne t’ennuieras pas ! Et je t’en ferai tellement voir que lorsque je repartirai, tu apprécieras vraiment ta solitude retrouvée !
- oui, rit le sorcier, vu sous cet angle, il n’y a que des avantages. Bien. Ceci étant décidé, fit-il en se levant, il nous faut reprendre la route. J’aimerais qu’on arrive avant que la nuit ne soit tombée. ça m’évitera d’avoir à utiliser un sort pour y voir… eut-il envie d’ajouter.

Mais Aélis ne lui en laissa pas l’occasion.
- ooohh… on ne va pas s’inquiéter pour si peu ! Un simple Lumos ne devrait poser aucun problème pour le plus Grand Sorcier de tous les temps… ah non, j’oubliais ! c’est Dumbledore le plus grand sorcier du monde !
Tom était partagé entre son désir de grimacer et celui de rire et voir Aélis se couvrir comme si elle s’apprêtait à partir camper sur la banquise acheva de le décider. Il se moqua ouvertement d’elle tandis qu’elle disparaissait sous son écharpe, enfilant ses gants avec application.
Ils saluèrent leur adorable hôtesse et reprirent ensuite leur chemin en longeant cette colline étendue qui leur permettait de garder une vue imprenable sur les alentours.
Aélis trébucha de nombreuses fois sur le terrain rocailleux, pestant contre la fatigue qui lui empêchait de lever suffisamment les pieds.
Elle finit par se cramponner littéralement à nouveau au bras de Tom qui, s’il n’en montra rien, en éprouva encore une douce chaleur presque angoissante…

Elle se mit soudain à rire alors que le manoir était en vue et Tom l’interrogea du regard.
- je repense à ta question. Expliqua-t-elle. Ce que je dirais à Voldemort... et après réflexion, je me vois bien dire ‘aaaaaaaahhhhhhh’… en plus fort, et en plus aigu…
- si ce monde existait vraiment... Fit à son tour Tom d’une voix lente et faible qui obligea la jeune femme à tendre l’oreille. Quel personnage voudrais-tu rencontrer ?
- pourquoi ? fit Aélis, surprise. De toute façon ça ne sert à rien que je te le dise puisque tu ne connais pas…
- simple curiosité. Fit Tom en se tournant vers elle.
Aélis réfléchit quelques instant à cette question saugrenue.
- Dumbledore, je pense.
Tom sourit intérieurement en songeant que bien évidemment, Dumbledore était le meilleur sorcier à rencontrer lorsqu’on découvrait le monde magique. Tom s’aperçut que s’il avait jadis pu entraîner à sa suite de nombreux sorciers et même en faire ses serviteurs, Dumbledore était dans ce domaine un adversaire redoutable.
Tout en ce vieil homme sage inspirait la confiance et il trouvait logique qu’Aélis se soit tournée vers lui. Pathétiquement logique… Elle souhaiterait rencontrer celui qui représentait exactement l’inverse de tout ce qu’il était…

Tom se força à ne plus songer à tout ceci et se jura de ne plus poser de questions concernant l’univers magique que ces livres décrivaient.
A bout de forces, Aélis grimpa les escaliers menant au manoir en posant sa tête sur l’épaule de son guide.
Le sorcier restait étrangement indécis face à ces gestes. D’une certaine manière, la familiarité dont Aélis était capable le surprenait, mais il était également ‘intimidé’ par cette tendresse qu’on lui montrait, peu habitué à recevoir des marques d’affection en dehors des baisers presque enfantins de sa filleule.
- j’en peux plus… soupira Aélis en le lâchant pour se laisser glisser contre la lourde porte, une fois arrivée dans la couloir.
Elle enleva une à une toutes les épaisseurs qui la couvraient en se contorsionnant pour ne pas avoir à se lever et resta ensuite assise à même le sol sous le regard amusé de son hôte.

Lorsqu’elle tendit la main vers lui, Tom s’étonna de répondre à cet appel et enserra ses doigts entre les siens pour l’aider à se relever.
Il se demanda soudain s’il n’était pas possédé par un quelconque démon lorsque, au lieu de relâcher la jeune femme, il l’attira contre lui pour l’enlacer. Le sorcier avait l’étrange impression de ne plus être maître de ses actes et si celle qu’il tenait contre lui n’avait pas été dépourvue de pouvoirs, il aurait de suite envisagé le fait d’avoir été soumis à l’Imperium.
Malgré toutes ces pensées qui se bousculaient en lui, rien ne put le retenir d’approcher son visage de celui, encore frais d’avoir tant été confronté au vent glacé, de la jeune femme.
Comme ça avait été le cas alors qu’ils étaient assis sur ce banc froid, il eut à nouveau envie de sentir la présence d’Aélis près de lui, de la voir se caler contre lui avec une tendresse un peu timide et hésitante.

Aélis, quant à elle, restait muette de surprise et d’appréhension teintée de désir. Elle connaissait cet homme depuis une semaine et leur relation était loin d’être calme et reposante. Surtout, Aélis n’était pas du genre à succomber si rapidement et avait tendance à considérer qu’embrasser un homme qu’elle venait à peine de rencontrer et qui habitait un autre pays que le sien constituait une hérésie tout juste bonne à la faire pleurer tôt ou tard…
Elle se sentit rougir en s’apercevant que de telles pensées l’envahissaient. L’embrasser ? Quelle drôle d’idée… et par quel miracle avait-elle germée dans son esprit. ? Sans doute était-ce dû au fait que le nez de son guide frôlait doucement le sien, comme une caresse pudique mais tellement enivrante.

Aélis croisa les yeux sombres de cet homme qui provoquait en elle tant d’émois incompréhensibles, et aucune de toutes les bonnes raisons qui l’enjoignaient à le repousser avec politesse ne l’emporta. Parallèlement, elle songea avec une certaine honte qu’elle avait en grande partie provoqué cette situation. C’était elle qui s’était calée contre lui… elle qui avait tendue sa main vers lui. De quel droit le repousserait-elle à présent ? Et en avait-elle seulement envie ? Aélis songea que sans s’en apercevoir, ce désir de se rapprocher de Tom avait guidé ses actes depuis bien des jours… Ce jeu de taquineries était bien trop plaisant pour n’être que ce qu’il semblait être vu de l’extérieur…

La jeune femme cru s’effondrer de bien être lorsque ses lèvres touchèrent celles de son hôte et elle songea un instant qu’il devait effectivement être sorcier pour avoir réussi à l’envoûter de la sorte au point de lui faire perdre tout sens de la morale.
Les frissons qu’elle perçut chez Tom lui enseignèrent qu’il se trouvait à peu de choses près dans le même état d’esprit qu’elle. A la fois enivré et étonné par ce désir si inhabituel d’être près de cette femme, il prit son visage entre ses mains en l’embrasant avec une tendresse dont il ne pensait pas pouvoir un jour faire preuve et finit par s’éloigner légèrement en soupirant.
- je le savais bien, fit-il en un souffle contre son sou, que je n’aurais pas dû te laisser entrer ici.
Cette remarque fit rire Aélis qui se pelotonna contre lui en posant sa tête sur son épaule, mais bientôt ils s’éloignèrent vivement l’un de l’autre lorsque la voix claironnante de Rhéane les ramena à la réalité.

- TOOOOOOOOOOOOOOOOM ?! Appelait la jeune femme qu’ils entendaient au loin. Tu es oùùùùùùùùùùùùùùù ? je suis rentrée un peu plus tôt ! J’espère que tu n’as pas perdu Aélis !!
Après un regard gêné, ils la rejoignirent dans le petit salon. Un sentiment complexe de culpabilité les encouragea à ne pas donner le moindre signe de cette nouvelle relation à la jeune sorcière, mais surtout, ils avaient l’impression qu’il leur fallait avant tout éclaircir eux-mêmes leur propres ‘sentiments’ avant de lui en faire part.
Chapitre 5 by Morgane
Après un regard gêné, Tom et Aélis rejoignirent Rhéane dans le petit salon. Un sentiment complexe de culpabilité les encouragea à ne pas donner le moindre signe de cette nouvelle relation à la jeune sorcière, mais surtout, ils avaient l’impression qu’il leur fallait avant tout éclaircir eux-mêmes leur propres ‘sentiments’ avant de lui en faire part.

Chacun passa donc la soirée à tout mettre en œuvre pour éviter de croiser le regard de l’autre et peu à peu, leur esprit embrouillé les encouragea à un mutisme qui étonna Rhéane. Prétextant une journée fatigante, Aélis se retira rapidement dans sa chambre tandis que sa perspicace amie harcelait littéralement son parrain de questions.
Aélis ne parvint cependant pas à s’endormir avant plusieurs heures. Elle passait et repassait le film de cette journée dans sa mémoire, se prenant parfois la tête à deux mains en se demandant comment elle avait pu avoir une telle attitude vis-à-vis d’un homme qu’elle connaissait à peine. Rien, dans sa façon d’être avec lui, n’était habituel. Jamais elle ne se serait permise une telle familiarité, avec aucun autre.

De son côté, Tom avait fini par se laisser aller à lancer un sort… un ‘silencio’ efficace qui leur permettait au moins de ne pas voir accourir Aélis, ‘ameutée’ par les hurlements de colère de son amie.
- comment as-tu pu faire une chose pareille ? Tempêtait la jeune fille en fusillant son parrain du regard. C’est mon amie ! Tu m’entends ??!! Mon amie !! Je ne te pardonnerai pas si tu lui fais du mal ! Quel que soit ce mal d’ailleurs !
Tom tentait en vain de reprendre la parole et finit par s’asseoir en attendant que la colère de Rhéane s’apaise d’elle-même… On dit souvent que les parrains et marraines donnent en héritage à leurs filleuls l’un de leurs traits de caractère... Tom sourit en comprenant d’où Rhéane tirait cette vilaine habitude à se laisser submerger par la colère et à vociférer jusqu’à l’épuisement.

- tu comptes faire quoi ? Poursuivait-elle sans reprendre son souffle. Bien t’amuser pendant une semaine et après ? Un bon sort d’oubliette ? C’est ça que tu as prévu ?! Je te parle ! Tu pourrais au moins me répondre !!!
De rage, elle lança un livre qui traînait à portée de sa main vers le sorcier qui l’attrapa au vol d’un geste habile.
- j’essaie, de te répondre. Fit-il d’une voix calme. Mais tu ne m’en laisses pas le temps.
La minute qui suivit, Tom regretta que la colère de sa filleule se soit envolée : elle venait de se laisser tomber sur une chaise et pleurait silencieusement en le fixant et la lueur de déception qui brillait au fond de ses yeux le mit mal à l’aise.
- C’est ma meilleure amie. Murmura-t-elle après un long moment de silence. Ma seule véritable amie…
- je suis désolé. Soupira le sorcier. Je ne sais pas…
Tom resta un moment pensif, ne sachant que dire pour expliquer son comportement qu’il ne parvenait pas à comprendre lui-même.
- je te promets que je ne lui ferai subir aucun sort. Finit-il par déclarer.

- et si elle découvre qui tu es ? fit Rhéane d’une voix lasse en retenant ses sanglots. Elle n’est pas stupide tu sais.
- il n’y a aucune raison pour qu’elle le découvre. Répondit Tom en baissant le nez vers le sol
Rhéane partit d’un rire froid, désabusé.
- Elle va chercher à te connaître, fit-elle en avançant sur sa chaise. Je t’assure que, contrairement à ce que tu pourrais penser, elle n’est pas, mais alors pas du tout, du genre à embrasser le premier qui passe par là…
Tom eut envie de s’insurger face à ces propos : il n’était pas le ‘premier venu’ que diable !! Mais Rhéane poursuivit encore sans lui laisser l’occasion de parler.
- A l’heure qu’il est, je peux parier tout ce que je possède qu’elle tourne et retourne dans son lit en se demandant comment elle a pu en si peu de temps se laisser aller à une telle attitude….
Le regard suspicieux de Rhéane fit tressaillir Tom.
- je ne lui ai lancé aucun sort !! Se défendit-il face à cette accusation muette.

Sa filleule avait sans doute également hérité de son regard glaçant, jugea-t-il.
- et je n’ai pas non plus utilisé de potion ! Si c’est ce que tu sous-entends !!
Le ton du sorcier prouva deux choses à la jeune femme : qu’il ne mentait pas d’une part, et que d’autre part il était passablement vexé qu’elle puisse considérer qu’il n’était pas en mesure de plaire sans faire usage de la magie….
- qu’est-ce que tu veux d’elle ? Questionna Rhéane d’une voix froide.
- je n’en sais rien. Soupira le sorcier après un temps de silence. Je n’aurais pas dû t’en parler…
- elle l’aurait fait, de toute façon. Trancha Rhéane en se levant. Alors écoute… de deux choses l’une… soit tu te sens prêt à mener une vie passablement normale et tu poursuis dans cette voie en prenant bien garde, insista-t-elle, à ne pas lui faire le moindre mal, sois tu fais en sorte qu’elle oublie rapidement ce bref instant où tu as perdu la tête… pour ensuite repartir sur de bonnes bases, plus …distantes, cela va sans dire…
Tom regarda la chevelure blonde de la sorcière scintiller à la lumière du feu alors qu’elle se dirigeait vers la porte.

- Rhéane, l’interpella-t-il. Tu sais qui je suis ?
- je le sais, et je ne l’oublie pas. Fit-elle en se retournant.
Tous deux se fixèrent un instant, et Rhéane finit par ouvrir la porte sans quitter son parrain des yeux, avouant ce qu’elle comprenait et qu’il savait déjà.
- je sais aussi que je suis la seule à pouvoir te parler comme ça tout en gardant ma tête sur mes épaules…
Le sorcier sourit à ces paroles en cachant le tremblement de ses mains qu’il contrôlait difficilement depuis plusieurs minutes. Le mage avait encore bien du mal à tolérer de la part de quiconque un tel manque de respect… et en effet, seule sa filleule bénéficiait d’un traitement de faveur qui l’autorisait parfois, comme cela venait d’être le cas, à lui cracher mille horreurs au visage sans qu’il ne s’emporte.
Rhéane savait quant à elle que cette ‘patience’ miraculeuse ne valait que temps qu’ils étaient seuls. Jamais elle ne se serait permise de l’invectiver de la sorte en public… et elle évitait en général d’adopter avec lui ce genre de comportement. Son oncle, Lucius Malefoy, avait en effet pris très à cœur la mission de l’informer sur la vie passée de son parrain, lui donnant moult détails sur son caractère plus que marqué…

- elle oubliera… murmura Tom à son intention alors que Rhéane passait la porte.
La jeune femme sentit son menton trembler de chagrin en songeant que par sa faute, à cause de ses caprices de gamine, la seule amie qu’elle possédait vraiment allait subir un sort d’amnésie. Lord Voldemort ne pouvait se permettre une relation trop intime avec qui que ce soit, à fortiori avec une moldue…
Rhéane songea qu’elle aurait dû écouter son parrain et ne jamais inviter Aélis à venir passer ici les vacances, surtout depuis qu’elle avait appris sa ‘passion’ pour la saga ‘Harry Potter’.
Cependant, elle savait son protecteur assez doué pour pouvoir altérer la mémoire de son amie sans lui faire subir le moindre ‘dommage’ autre que l’oubli de ce baiser presque volé.
A son tour, dans la pénombre de sa chambre, la jeune femme laissa vagabonder ses pensées. Elle était sans doute celle qui connaissait le mieux Tom… et également celle qui connaissait le mieux Aélis…. En préparant la visite de son amie, elle pensait avoir tout prévu, tout calculé. Elle était convaincue d’avoir pu écarter tout danger, mais elle était loin d’avoir pu imaginer que ces deux là se promèneraient bras dessus bras dessous au bout d’une semaine….

Ainsi, Tom avait décidé qu’il ferait subir à Aélis un sort d’oubliette…. Rhéane s’endormit donc avec la certitude que lorsqu’elle croiserait son amie le lendemain, elle aurait oublié quelques minutes de sa journée de la veille….
Et en effet, elle ne dormait pas encore que son parrain se dirigeait déjà d’un pas décidé vers la chambre d’Aélis avec la ferme intention de profiter de son sommeil. Cependant, il resta immobile face à ce panneau de bois, une main posée sur la lourde poignée, comme si ce simple contact l’avait figé. Le sorcier cola son front sur la porte d’un geste las en soupirant. Il avait le sentiment que sa vie lui échappait, et il détestait ça.
Depuis son combat contre Potter, il avait eu l’impression de reprendre une nouvelle existence laissée en suspend durant des années et, sous les conseils de Dumbledore, il s’était isolé pour réapprendre peu à peu ce que signifiait ‘Vivre’.
Apprendre à parler autrement que pour donner des ordres ou des reproches, apprendre à côtoyer des gens aux convictions différentes des siennes sans les tuer au bout d’une demie journée, apprendre à accorder de l’importance à la vie d’autrui…

Peu à peu, un sentiment de gêne teintée de honte était venu envahir son esprit et Lord Voldemort avait lutté contre ceci. L’aîné des Malefoy était resté longtemps à ses côtés, lui répétant chaque jour qu’il ne voulait plus de ce Lord Maléfique près de lui et que seul Tom avait sa place ici bas…
Le sorcier s’était donc laissé sombrer dans la honte pour ne plus laisser vivre en lui le monstre assoiffé de pouvoir qui l’avait dominé pendant si longtemps et s’était encore plus isolé du monde.
Etrangement, il ne regrettait pas ce qu’il avait pu faire… Sa honte résidait surtout dans le fait que où qu’il aille, si on le reconnaissait, ce serait comme Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Sa soif de puissance lui avait volé jusqu’à son identité : il n’avait même plus de nom… il n’était pour la communauté sorcière que l’ennemi à abattre, le monstre dont chacun se demandait même s’il n’avait jamais été humain….
Si ceci avait longtemps été pour lui un motif de réjouissance, cela s’était peu à peu transformé en fardeau, que le sorcier portait sans rechigner, estimant qu’il l’avait mérité. De plus, la peur qu’il lisait parfois dans les yeux de ceux qui le connaissaient le contentait encore et son orgueil ne l’avait jamais quitté. Il se savait le plus puissant sorcier au monde… seul Dumbledore aurait pu prétendre à ce titre, mais sa vieillesse était un handicap de plus en plus grand.

Harry l’avait vaincu, certes, mais sans parvenir à le tuer, jamais… Et depuis, les deux sorciers avaient souvent eut l’occasion de s’affronter « à l’amiable ». Tom se délectait encore au souvenir du regard paniqué du jeune homme lorsqu’à maintes reprises il lui avait été prouvé que comme Lord Voldemort le lui avait dit des années auparavant, seule la chance lui avait permis de s’en tirer. Chaque fois que Harry avait pu lui échapper, c’était parce qu’il avait profité d’une faiblesse, d’un oubli de son ennemi.
En combat singulier, sans l’aide de son précieux mentor et sans cette chance insolente, Potter n’aurait pas tenu plus de cinq minutes contre lui… et ils le savaient tous les deux, ce dont Tom se félicitait chaque jour ou presque. Même si il avait changé, le sombre mage constatait souvent que malgré tous les efforts du monde, on ne se refaisait pas totalement…

Depuis des mois à présent, il ne repensait que rarement à sa vie passée… lorsque son regard se posait sur la lame brillante de l’épée ancestrale ou lorsque la cicatrice qu’elle avait laissée sur son corps se rappelait à sa mémoire.
Mais de là à envisager qu’il prendrait une moldue dans ses bras et qu’il… Il ne se sentait pas près pour ça, mais parallèlement, il répugnait à ce qu’Aélis oublie ce moment. Il aimait trop le regard à la fois agacé, curieux et admiratif qu’elle posait sur lui pour y renoncer. Quelqu’un qui, depuis longtemps, le voyait lui au lieu de Lord Voldemort.
Cependant, les mises en garde de Rhéane l’inquiétaient : si Aélis n’oubliait pas ce ‘rapprochement’ elle tenterait immanquablement de poursuivre dans cette voie et découvrirait donc tôt ou tard ce qu’il était.
Le sorcier se surprit à sourire et sentit cette chaleur si agréable l’envahir à nouveau ; ainsi, Aélis n’était pas du genre à se satisfaire de relations éphémères et superficielles ? Et elle tenterait de mieux le connaître ? Si elle ne l’avait pas repoussé, se pouvait-il donc qu’elle tienne à lui ? Ou du moins, qu’elle n’éprouve pas à son égard haine et aversion…

Tom retourna à sa chambre d’un pas lent sans avoir ouvert la porte avec l’impression désagréable qu’il s’était pris à son propre piège. Il ne voulait pas qu’elle oublie ni qu’elle cesse de le ‘taquiner’ si effrontément, mais il ne voulait pas non plus qu’elle découvre qui il était … Dans un cas comme dans l’autre, il la perdrait.
Et quand bien même tout se passerait pour le mieux, elle partirait d’ici quelques jours et reprendrait une vie normale. Le sorcier se coucha en soupirant face à son manque de courage : ainsi il allait laisser au temps le soin de faire son œuvre. Il s’agissait juste de pouvoir maintenir le secret encore une semaine et il n’entendrait plus jamais parler d’elle… De retour en France, elle n’aurait aucun moyen de le contacter et le sorcier songea qu’elle l’oublierait sans doute, prise dans le tourbillon d’une vie moderne dont il était si éloigné.
Contrairement à ce qu’il espérait, cette pensée ne le rassura pas le moins du monde mais lui apporta au contraire un tourment supplémentaire et avant même qu’il puisse s’en défendre, son esprit commença à se demander comment il pourrait faire en sorte qu’à l’inverse, elle ne l’oublie pas…

- - -

Le lendemain pourtant, les soucis de chacun semblaient avoir été balayés pendant la nuit. Rhéane, en observant l’attitude d’Aélis, fut convaincue que son amie avait totalement oublié cette étreinte furtive et Tom fut amplement soulagé de constater que la jeune moldue agissait comme si elle n’avait jamais eu lieu.
Seule Aélis se sentait oppressée par cette situation : elle avait passée de nombreuses heures à réfléchir sur son attitude et une seule chose lui apparaissait : Tom devait la considérer comme une traînée ! Une petite Française en manque d’aventure prête à se jeter dans les bras du premier autochtone venu qui pourrait lui proposer un peu de divertissement… et plus si affinités…
Elle avait inventé mille et une façons d’avouer à son amie qu’elle avait « flirté » avec son parrain et imaginé encore autant de manières de réagir chez cette dernière… Par-dessus tout, Aélis craignait de décevoir son amie. Elle qui jamais ne s’engageait dans une relation à la légère trouvait le moyen d’agir comme une demoiselle à la morale légère avec le parrain de son amie ! Si encore il s’était agi d’un inconnu, toutes deux auraient pu en rire…
Aélis rougissait à cette simple idée et surtout s’inquiétait de prendre tant à cœur une histoire somme toute très banale… ce simple baiser échangé ne constituait pas en soi une atteinte aux bonnes mœurs !

Aélis songeait que le manque de ‘communication’ était pour beaucoup dans l’état de stress où elle se trouvait. Incapable de savoir ou de deviner ce que l’énigmatique maître des lieux attendait ou envisageait par la suite la plongeait dans l’embarras… Et s’il comptait justement sur sa présence pour passer d’agréables vacances et l’oublier tout aussi vite qu’il l’avait enlacée ?
Cette éventualité l’emplissait de crainte et de colère à la fois, mais comment savoir ? Aélis ne s’imaginait pas demandant à son amie « dis moi, ton parrain, il est du genre coureur ou sérieux ? ». Elle en serait morte de honte… ou de rire… elle ne pouvait s’empêcher de repenser à ces comédies dont ses parents se délectaient… le scénario d’un film tel que ‘A nous les petites Anglaises’ ne lui convenait cependant pas le moins du monde…

Aélis observait les marbrures de son chocolat au lait en songeant encore à tout ceci et sentit son estomac se crisper lorsque son amie déclara qu’elle partait travailler.
- dans la vallée, les informa-t-elle, il y a une patinoire provisoire ! Vous devriez aller y faire un tour !
Aélis sentit son sang se glacer et le regard à la fois gêné et paniqué qu’elle leva vers elle fit douter Rhéane. Cependant, cette dernière s’éclipsa bientôt et courut vers le village où, prétendait-elle, un taxi l’attendait. Chaque jour elle priait pour qu’Aélis ne demande pas à l’accompagner puisqu’elle se rendait en fait chez une sorcière résidant à proximité pour emprunter sa cheminée à l’abri des regards indiscrets…
Tom et Aélis se préparèrent donc sitôt le petit déjeuner pris et la jeune femme suivit à nouveau son guide hors du manoir. Un silence pesant régnait entre eux et la jeune femme ne savait comment entamer une quelconque conversation, fut-elle la plus banale qui soit.

Comme Rhéane l’avait dit, une patinoire en plein air prenait à présent un large espace aux abords du village. De nombreux enfants y évoluaient en riant. Aélis enfila les patins qu’on lui tendait et observa ensuite Tom qui restait à quelques mètres, les mains enfoncées dans ses poches dans une attitude renfrognée qui prouvait combien il était tenté par un tour de piste…
- tu ne viens pas ? Questionna Aélis de la voix la plus neutre possible.
- je ne suis pas tenté. Répondit Tom en fixant un jeune garçon qui se relevait en se frottant le dos.
Il reporta ensuite les yeux sur elle et sentit ses doigts fourmiller lorsqu’elle remonta son écharpe sur son visage, réfrénant son désir soudain de l’attirer à lui pour toucher encore son nez du sien en une caresse qu’il se souvenait si agréable. Le regard interrogateur qu’elle posa sur lui l’encouragea alors à évoquer la journée de la veille.
- tu sais, fit-il d’une voix faible, je pense qu’on ne devrait pas parler de ça…

Aélis approuva en sentant sa gorge se serrer : c’était le mieux à faire en effet… il n’y avait pour eux aucun avenir, ils étaient bien trop différents… et elle éprouva une certaine gratitude envers lui de ne pas vouloir profiter de la situation embarrassante dans laquelle elle se trouvait.
La jeune femme se fraya donc seule un chemin jusqu’à la glace le plus prudemment possible et s’élança en tentant d’oublier les battements désordonnés et douloureux de son cœur. Cette décision, bien que la plus raisonnable à prendre, lui serrait la gorge.
Le patinage lui fit pourtant oublier un moment sa douleur. Durant ses années d’étude, elle avait souvent pratiqué ce sport relativement abordable qui lui donnait la délicieuse impression de voler.
Autour d’elle, elle reconnut le visage de certains villageois qu’elle avait déjà croisés et qui ne semblaient plus irrités de voir un inconnu parmi eux, tant il y en avait, à présent.

Son aisance fut cependant rapidement remarquée et elle hésita un instant à ralentir l’allure pour masquer son habitude du patinage qui lui valait cette attention, mais elle ne put s’y résigner. Elle prenait trop de plaisir à glisser sur la glace et considérait qu’être capable de faire plus de dix mètres sans se retrouver les fesses sur le sol gelé ne constituait pas un motif suffisant pour être considérée comme ‘hors normes’.
Au bord de la piste, à quelques pas de là, elle distinguait parfois la chevelure sombre de son hôte qui observait alentour sans se soucier d’elle. La jeune femme se força à ne pas prêter attention à son cœur qui se serrait encore, faisant appel à tout le bon sens dont elle était capable pour le chasser de son esprit.
Soudain, elle sentit un corps la percuter et se retint rapidement au bras qui se tendait vers elle : un jeune homme châtain au sourire engageant venait de la bousculer et s’excusait avec un accent adorable à faire fondre un glacier.

- vous parlez français ? Constata Aélis
- oui, approuva l’inconnu en patinant à ses côtés. Pardonnez moi, ajouta-t-il en français, je cherchais un moyen de vous aborder, mais étant d’un naturel timide et maladroit, je n’ai pas trouvé d’autres moyens que cette piètre comédie de chute…
Aélis ne put s’empêcher de rire face à ces aveux qui prouvaient au contraire combien cet homme était sûr de lui.
- et pourquoi vouloir m’aborder ? Questionna-t-elle.
- les gens du village prétendent que vous êtes enseignante en France.
Aélis approuva en se demandant comment les villageois pouvaient connaître ce détail… Sans doute le taxi avait-il été plus bavard qu’elle ne l’avait supposé…
- je suis moi-même professeur de Français, ici, en Angleterre expliqua l’inconnu. Mon nom est Jim.
- Et bien, enchantée, Jim, fit Aélis en serrant la main gantée qu’il lui tendait sans ralentir sa ‘marche’.

Au bout de quelques minutes, la glace envahie par de nombreux enfants, ils décidèrent d’aller prendre une boisson chaude et Aélis chercha Tom du regard sans pouvoir le trouver.
Elle s’installa donc en compagnie de Jim sur une table improvisée pour l’occasion et attendit l’arrivée de la serveuse qui leur porta bientôt leur commande.
Tous deux échangèrent ensuite quelques anecdotes sur leur métier et Aélis rit de bon cœur en constatant qu’Anglais ou Français, les enfants restaient les mêmes…
Une jeune femme blonde s’approcha finalement d’eux et Jim présenta avec une fierté et un plaisir non dissimulés son épouse à Aélis.
Patientant alors que la nouvelle venue transmettait un message au jeune homme, Aélis perçut près d’elle quelques bavardages de villageois qui pointaient du doigt le manoir.

- Tom Night, qu’il s’appelle, murmurait une femme ventripotente en se penchant sur sa voisine. Un type louche, moi j’vous l’dit.
- on raconte qu’il n’a même pas l’électricité ? fit cette dernière en attendant l’approbation de son amie qui approuva vigoureusement avec un regard entendu.
- je donnerai cher, tonna un homme à la barbe en broussaille, pour aller jeter un œil derrière ces murs ! Je suis prêt à parier qu’il cache des choses louches dans son manoir !
- Moi, il me fait penser à un vampire… frémit une troisième femme avec un regard paniqué vers la bâtisse qui se dessinait au loin.
Aélis sourit à ces paroles et ne put s’empêcher d’intervenir
- vous savez, fit-elle en se tournant vers eux, je réside dans ce manoir depuis une semaine à présent… je n’y ai rien vu de louche…

Tous la regardèrent avec des yeux ronds, se demandant s’il convenait de faire confiance à cette jeune femme qui leur paraissait par ailleurs bien élevée et ‘correcte’.
- mais il est vrai, reprit Aélis d’une voix mystérieuse en réfrénant un rire, que parfois on entend de drôle de bruit… j’ai beau chercher, je ne trouve rien…
Les quatre personnes pâlirent à faire peur et la femme qui avait parlé la première l’encouragea à la plus grande prudence. Ils se levèrent ensuite en hâte et disparurent dans les rues du village, courant se mettre à l’abri derrière leurs rideaux.
Aélis fit encore quelques tours de piste en compagnie de Jim, qui saluait à grands signes émouvants sa compagne chaque fois qu’ils passaient à proximités d’elle. Enfin, la jeune Française jugea qu’il était l’heure pour elle de retrouver son hôte et abandonna son collègue, mais malgré toutes ses recherches, elle ne trouva pas Tom.

Elle se dirigea donc seule vers le manoir et se mit immédiatement en quête du sorcier. Après avoir visité les salons, elle frappa à la porte du bureau et finit par s’y introduire malgré l’absence de réponse.
Elle y trouva cependant un Tom au regard sombre enfoncé dans un large fauteuil, un livre largement déplié sur les genoux.
- tu es là… constata Aélis d’une voix timide en entrant dans la pièce. Je t’ai cherché…
- il ne me semble pas t’avoir autorisée à entrer. Répondit Tom d’un ton froid. Tout au contraire, je crois avoir été clair quant à l’interdiction de pénétrer ici.
Aélis se figea et mit un certain temps à réaliser ce qu’elle venait d’entendre. Elle ne sut ce qui, de la voix glaciale ou des paroles de cet homme lui crevait le plus le cœur.
Sans mot dire, elle fit lentement demi-tour et rouvrit doucement la porte, comme si le silence religieux dans lequel elle se maintenait avait le pouvoir de faire oublier sa présence.

Elle se réfugia ensuite d’un pas hésitant dans sa chambre et après plusieurs minutes au cours desquelles elle resta prostrée à la fenêtre, s’effondra en larmes sur son lit. Jamais elle n’aurait cru pouvoir pleurer autant. Il lui sembla que de longues heures s’étaient écoulées tandis qu’elle regardait le soleil pâle descendre à l’horizon, les joues humides et le corps fatigué d’avoir tant pleuré. Elle resta longtemps immobile ainsi, se demandant où s’était enfui son caractère déterminé pour qu’elle fasse ainsi preuve d’une obéissance tintée de soumission qui lui déplaisait fort.
Elle ne pouvait s’empêcher de sourire tristement en repensant qu’effectivement, Tom aurait fait un parfait Voldemort… envoûtant à souhait….

Elle finit cependant par trouver la force de se lever pour se diriger vers le petit salon tant son estomac criait famine, mais hésita à y pénétrer en apercevant son hôte à l’humeur noire assis à la table. Elle s’apprêtait donc à faire demi-tour le plus discrètement possible lorsqu’il se leva pour approcher d’elle. Aélis n’osait pas le regarder, convaincue qu’elle partirait en cendre si par malheur son regard croisait celui, noir et froid, du parrain de son amie.
Elle serra les poings en constatant qu’une fois de plus, rien dans son attitude n’était habituel lorsque cet homme se trouvait à proximité d’elle.

Jamais elle ne baissait les yeux devant quiconque et son tempérament était tout au contraire le sujet de nombreuses conversations joyeuses au sein de sa famille ! Même Rhéane prétendait qu’elle avait un mental féroce ! Si elle avait pu la voir en cet instant… telle une petite fille prise en faute.
- je suis désolé. Murmura-t-il cependant. Tu m’avais l’air en bonne compagnie, alors je suis parti…
Aélis releva les yeux en réfrénant son désir de se laisser aller contre lui, sans savoir qu’il percevait tout cela aussi clairement que si elle le lui avait hurlé.
- Il n’y a pas d’importance. Répondit-elle seulement.
- Il y a moins de monde, à présent. Reprit-il après un moment de silence. Tu veux y retourner ?
Aélis haussa les épaules d’un air incertain.
- ça m’est égal… fit-elle en ne sachant comment prendre cette ‘invitation’.
Etait-ce pour lui une façon de s’excuser ou désirait-il vraiment glisser sur la glace maintenant que personne ne serait là pour l’espionner ?
- j’ai préparé des sandwiches. Expliqua-t-il en prenant un panier. Allons-y.

Aélis lui emboîta docilement le pas et s’emmitoufla encore. Aux abords de la patinoire, Tom raviva les feux alimentés par des bûches laissées là par quelques villageois. Pestant contre l’inefficacité des allumettes, il profita cependant d’un instant d’inattention de la jeune femme pour utiliser sa baguette.
Aélis regarda avec inquiétude un homme à la mine austère approcher d’eux à grands pas. Il se posta à quelques mètres de Tom et l’invectiva en crachant force postillons alentour.
- c’est fermé ! Éructa-t-il. Vous n’êtes pas autorisés à utiliser la glace à cette heure ! Retournez donc dans votre… maison… ajouta-t-il d’un air dédaigneux.
La jeune femme s’apprêtait à tenter d’apaiser la colère de l’homme dont le visage graisseux luisait sous la lune lorsque la voix de Tom cloua l’impudent sur place.
- disparaissez de ma vue. Souffla-t-il. Et qu’on ne vienne plus nous importuner.

Le villageois devint aussi pâle que l’astre de la nuit et retourna au village aussi vite que ses courtes jambes le lui permettaient.
- tu ferais presque peur… se moqua Aélis en regardant Tom enfiler ses patins avant de se figer à son tour en se rappelant combien elle-même avait été tétanisée peu de temps avant par ce ton glacé.
Elle n’eut cependant pas l’occasion de réfléchir plus longtemps car le sorcier l’entraîna bientôt sur la piste en prouvant à la jeune femme qu’il lui restait encore bien des progrès à faire.
- tu patines souvent ? Questionna-t-elle à bout de souffle.
- c’est la première fois. Fit Tom en ralentissant un peu la cadence.
Le regard étonné et incrédule d’Aélis l’encouragea à confirmer et lorsqu’il prit sa main gantée dans la sienne pour l’entraîner dans une glissade plus rapide, ils eurent tous deux l’impression que la chaleur de leurs paumes se diffusait agréablement dans tout leur corps à travers leurs gants.

Aélis ne pouvait détacher son regard des mèches sombres malmenées par le vent et lorsque ses yeux croisaient les pupilles noires du sorcier, elle se demandait comment elle pourrait longtemps lutter contre le désir de se blottir encore contre lui… en ignorant toujours que de son côté, lisant en elle ce si tendre message, il luttait contre l’envie d’y répondre à son tour.
Lorsque parfois, glissant derrière elle, il passait pour l’emporter vers une direction ou l’autre sa main dans son dos, la jeune femme avait l’impression que sa peau s’électrisait à ce simple contact.
Le silence dans lequel ils étaient tous deux plongé ajoutait encore à ce sentiment étrange qui plongeait Aélis dans une sorte de rêverie. Rêve ou cauchemar, elle hésitait encore à le dire, mais il lui semblait parfois que Tom était irréel.

Aélis avait déjà été étonnée par sa façon particulière de mener sa vie, mais elle l’était encore plus de constater comment, en si peu de temps, elle était devenue ‘dépendante’ de lui et de son besoin de le sentir à ses côtés.
Elle rougissait parfois sous son écharpe en s’apercevant de son désir grandissant de le toucher, comme si elle voulait s’assurer qu’il était bien présent et matériel. Lui prendre la main, sentir ses doigts autour de son visage ou ses bras dans son dos… Elle aurait voulu pouvoir taper du pied pour manifester sa colère de se trouver si sotte face à ces impressions, se comparant parfois à une adolescente découvrant les affres de l’amour.

La jeune femme, parvenue à ce stade de ses réflexions, se retint rapidement au bras de son cavalier pour ne pas chuter. L’amour ? Était-ce ça ? Cela expliquerait bien des choses en effet, mais Aélis ne croyait pas au coup de foudre. Il était encore plus probable qu’il soit sorcier et qu’il l’ait envoûtée… et surtout bien plus rassurant ! Ainsi la faute lui incomberait à lui seul ! Aélis avait bien du mal à s’imaginer comme amoureuse, éperdue de désir face à un homme qui lui paraissait pourtant inaccessible….

‘Inaccessible’, songea-t-elle. Peut-être alors était-ce cela qui l’attirait ? La jeune femme secoua ses longues mèches brunes en les libérant de son écharpe, se forçant à profiter de l’instant sans plus se torturer l’esprit avec toute ces considérations ‘philosophiques’.
Elle considéra que toutes ces pensées et recherches qui ne la quittaient plus était une preuve de plus que sa relation avec Tom n’était pas ordinaire : inconsciemment, elle cherchait à tout prix à trouver une raison tangible à cette attirance qu’elle ressentait et qu’elle ne pouvait expliquer.
Enfin et sans un mot, Tom quitta la piste et Aélis le suivit. Ils remontèrent alors le sentier qui menait au manoir après avoir ôté leurs patins et le sorcier prêta son bras à la jeune femme passablement perdue dans cette campagne faiblement éclairée par la lune.

Aélis, observant une fois de plus les cheveux sombres du sorcier et se rappelant ses paroles et son regard froids se mit à rire.
- qu’est-ce qui te met de si joyeuse humeur ? Questionna Tom alors que son invitée frémissait au simple son de sa voix
- rien. Répondit-elle. Rien de particulier…
Tom tourna vers elle un regard suspicieux qui la fit rire encore.
- dis voir… insista-t-il.
- tu vas te moquer !
- ce n’est pas le genre de la maison ! Rétorqua ironiquement le sorcier avec une légère révérence.
- je me disais, une fois de plus, expliqua Aélis, que tu ferais en effet un excellent Voldemort.
- ah… fit Tom en se raidissant. Encore lui….

Aélis éclata d’un rire clair qui résonna dans la nuit.
- tu vois, je savais que tu dirais une chose désagréable…
- oui enfin… tu me compares souvent à lui alors…
La mine boudeuse de Tom encouragea Aélis à poursuivre.
- mais c’est un compliment ! fit elle en serrant légèrement ses doigts autour de ceux du sorcier en une étreinte légère et amusée.
Tom ne put s’empêcher de sourire à ces mots et entendit soudain ses oreilles bourdonner.
- un compliment… fit-il en un souffle. Il me semblait que ton….
- Lord Voldemort, qu’il s’appelle… se moqua Aélis en riant encore.
- Voila… lui… il me semblait que c’était l’ennemi du Grand Héros ?!

Le geste théâtral et le ton moqueur de son hôte étonnèrent Aélis qui songea que Tom ne devait pas aimer les personnages héroïques… une extravagance de plus…
- oui mais un ennemi de génie ! Expliqua-t-elle.
- qu’est-ce à dire ? demanda Tom qui avait l’impression que la lune elle-même regardait la scène d’un air moqueur
- et bien, fit Aélis, il est très puissant et extrêmement intelligent. C’est le plus grand sorcier du monde !! Enfin juste après Dumbledore bien sûr… tu ne te rends pas compte ! Insista-t-elle
- si si, grommela Tom en dodelinant de la tête, je me rends bien compte…
- le plus Grand Sorcier, te dis-je ! fit Aélis en s’amusant face à son air renfrogné. Ce n’est pas un méchant ordinaire. Il est très mystérieux… Enfin un peu comme toi en somme…
- j’ai cru comprendre, grommela l’incriminé de plus belle en enfonçant la tête dans ses épaules tandis que la jeune femme tentait de réfréner son fou rire.

- Il est redoutable… acheva enfin Aélis tandis que Tom commençait à s’inquiéter, se demandant pourquoi elle insistait tant sur ce sujet. Et toi, ajouta-t-elle avec une moue enfantine qui le fit sourire, tu te permets de te balader partout avec sa baguette !!
Tom leva les yeux au ciel à ces mots : il fallait donc qu’elle l’observe très attentivement pour toujours remarquer la présence de ce bois fin sur lui ! Il se mit finalement à rire en l’entendant poursuivre, percevant finalement où elle comptait en venir.
- il n’est vraiment pas judicieux de te promener partout avec ça tu sais ! Si un jour il lui prend l’idée de venir la récupérer, tu vas passer un sale quart d’heure !
- et ? fit-il d’un ton rieur. Que me proposes-tu pour me mettre à l’abri de ce danger ?
- tu devrais me la donner ! répondit Aélis entre deux rires.
- ah parce que toi, fit Tom en s’arrêtant face à la porte et en se tournant vers elle, tu serais en mesure de l’arrêter, ce redoutable sorcier ?

- sûrement pas ! Mais jamais il n’aura idée de venir chercher cette baguette jusque dans ma vitrine, dans mon petit salon moldu !
Tous deux partirent d’un grand rire avant que Tom puisse articuler
- je m’en voudrais énormément de te mettre dans une telle situation de danger et de risquer qu’un horrible bonhomme s’en prenne à un si joli petit nez.
Aélis se sentit frémir de la tête aux pieds lorsqu’il passa un doigt léger sur son nez gelé. Il entra ensuite et referma soigneusement le panneau derrière eux, tandis qu’Aélis riait à nouveau.
- bon, fit-elle, j’aurais eu le mérite d’essayer !
- tu n’auras pas cette baguette. Susurra le sorcier comme un défi en se penchant vers elle tandis qu’elle enlevait son écharpe.

Tom maudissait cette écharpe… il aurait voulu pouvoir la réduire en cendre à l’instant ! Chaque fois que ce tissu moelleux effleurait les joues et le nez de la jeune femme, il lui semblait que mille éclairs de stupéfixion lui parcouraient l’échine. Ses doigts fourmillaient de désir de lui arracher ce tissu pour pouvoir lui-même caresser cette peau, et lire ce désir réciproque dans les yeux de la jeune femme n’était certes pas pour l’aider…
Mais tandis qu’il se concentrait sur ses mains qui frémissaient, il ne pouvait empêcher son visage d’approcher celui de ce démon tentateur.
- ce n’est pas raisonnable… murmura-t-il autant pour lui que pour elle alors qu’il ne trouvait pas en lui la force de stopper son geste.
Aélis restait figée en le buvant des yeux, attendant ce contact sans oser le provoquer elle-même, comme si le moindre mouvement risquait de déclencher une quelconque alarme.

- ce n’est vraiment… pas raisonnable… répéta-t-il d’une voix lointaine
Le sorcier soupira de plaisir en fermant brièvement les yeux lorsque son nez toucha enfin celui d’Aélis et il réfréna un grognement de colère face à ce besoin incompréhensible qu’il éprouvait de faire ce geste et au désir qui bouillait en lui.
- pas très… chuchota Aélis en réponse.
- alors recule… souffla le sorcier en paniquant de sentir ses bras se diriger vers la taille de son invitée.
- mais je suis dos au mur. Fit Aélis avec un léger rire
- dans tous les sens du terme…
Tout ce que le sorcier pouvait lire dans le regard de la jeune femme provoquait en lui des frémissements agréables et irritants à la fois ; il en voulait plus, tellement plus… et doutait même de pouvoir un jour s’arrêter dans cet escalade de désir.
- c’est toi la sorcière… finit-il par murmurer contre ses lèvres. Ce n’est pas humain de pouvoir ainsi embrumer l’esprit des gens…
L’éclat rieur qui passa dans les yeux d’Aélis acheva de lui faire perdre toute raison et il l’enlaça en posant sur sa bouche un baiser furtif.
- ou alors, fit Aélis en se délectant de ce contact, c’est le hall d’entrée qui est envoûté…

- je vérifierai demain. Fit Tom avec un rire bref en plongeant encore son regard dans le sien. Mais en attendant…
- ce n’est pas raisonnable. Acheva Aélis pour lui.
- pas du tout… mais juste… juste une fois. Encore. Et puis après…
Ses paroles se perdirent lorsqu’il ne put se retenir d’embrasser vraiment la jeune femme.
Juste une fois, se disaient-ils tous deux. Encore rien qu’une fois et ensuite, on reprend tout son sérieux… aucun d’eux n’y croyaient vraiment mais la certitude qu’ils ne pourraient jamais mener une relation solide et stable ajoutée à celle de ne pouvoir lutter contre ce désir oppressant ne leur laissait que cette solution.
Aélis ferma les yeux en refusant de réfléchir à ce que serait le lendemain. Tant pis pour les larmes qu’elle verserait à n’en point douter : pour l’heure elle ne se sentait ni la force ni le désir de s’éloigner de lui, et manifestement, il ne fallait pas non plus compter sur Tom pour cela.
Chapitre 6 by Morgane
Aélis ferma les yeux en refusant de réfléchir à ce que serait le lendemain. Tant pis pour les larmes qu’elle verserait à n’en point douter : pour l’heure elle ne se sentait ni la force ni le désir de s’éloigner de lui, et manifestement, il ne fallait pas non plus compter sur Tom pour cela.

La jeune femme se serrait contre le sorcier avec l’impression désagréable qu’elle était encore trop loin de lui. Elle frémissait du désir de sentir ses mains froides sur sa peau frissonnante et de passer ses doigts sous ce pull encombrant sans pourtant oser se laisser aller à ce projet.
Le temps glacial de cette nuit rendait leurs corps avides de chaleur et leurs esprits leur semblaient totalement embrumés par le désir de rester l’un près de l’autre.
Tom frôlait le visage de la jeune femme du bout des doigts, caressant parfois ses joues fraîches de ses lèvres en s’amusant de sentir en elle une impatience grandissante.
Il aimait par-dessus tout jouer ainsi de ce plaisir qu’il découvrait réellement ; l’attente… attendre le plus longtemps possible avant que tout son être ne puisse résister à la tentation de l’embrasser encore.

Tom pensait tout connaître, tout avoir vu et vécu. La vie ne lui avait épargné aucun combat, aucun échec, mais aucune victoire non plus… elle lui avait donné, croyait-il, tous les plaisirs possibles.
Il avait goûté à l’immortalité, à la toute puissance… Il possédait tout ce qu’un homme peut désirer : des biens qui lui assuraient une vie oisive, un pouvoir à faire frémir les Dieux, une notoriété qui lui donnait ce qu’il souhaitait, au moment propice.
Avait-il besoin de faire frémir ? Son simple nom suffisait encore à faire trembler la communauté magique. Voulait-il au contraire qu’on l’admire ? Bien des sorciers n’attendaient qu’un geste de lui pour accourir et se mettre à son service ; mourir pour lui constituerait à les en croire un honneur !
Tom avait également goûté aux plaisirs que peut donner une femme ; profitant selon lui du seul héritage valable que son père ait pu lui laisser, il avait depuis longtemps usé des avantages que son charme lui conférait.

Son physique avantageux avait toujours été un atout majeur, et sans doute l’un des plus précieux dans son ascension au pouvoir. Il avait depuis fort longtemps compris qu’un mensonge est bien plus aisé à commettre avec un sourire avenant que lorsqu’on présente un visage couturé de cicatrices…
Il avait un temps craint l’hystérie de certaines adoratrices qui se jetaient presque sur lui pour l’entraîner dans un tourbillon de folie et apprécié aussi certaines de ces nuits blanches. Mais était-ce le désir ? Le plaisir, sans doute. Un plaisir charnel, humain, bestial… qui lui donnait parfois la nausée tant il avait longtemps souhaité échappé à cette condition d’homme, de mortel, qui lui faisait horreur.
Mais dans ces bras, dans ce hall glacé, il frissonnait pour la première fois de se sentir presque faible si près d’un être qu’il aurait pourtant pu anéantir d’un claquement de doigts.

Un être si faible, pour un plaisir si filant. Tom craignait de la serrer contre lui de peur de la briser et le simple fait d’effleurer sa peau lui donnait le vertige. Enfiévré par ce qu’il comprenait bien mal, il se délectait pourtant de cette douce torture, s’obligeant lui-même à patienter, encore, jusqu’à pouvoir une nouvelle fois l’embrasser, comme si il ne devait plus jamais goûter ses lèvres à nouveau.
Aélis n’était quant à elle plus en mesure de se poser la moindre question : dès l’instant où il avait posé ses mains sur elle son bon sens avait pris la fuite. La seule chose dont elle était certaine était que cet homme provoquait en elle des sensations qu’elle n’avait jamais éprouvées auparavant et le seul fait de songer qu’il s’agissait peut-être là de ce que ses amies appelaient Amour la faisait paniquer.

Il était sombre comme son manoir, froid comme cette nuit qui les entourait et pourtant la jeune femme ne voyait plus dans son regard la même teinte glacée.
En le rencontrant, elle avait jugé que ses yeux avaient la noirceur de la nuit ; une noirceur froide et dure… Aujourd’hui, cette nuit était douce et tiède et Aélis n’y voyait plus que le noir du velours.
Pourtant tout en elle lui criait de rester raisonnable. A quoi bon s’empêtrer dans une relation qui ne mènerait à rien ? Elle quitterait ce pays dans moins d’une semaine et ne le reverrai sans doute jamais ; sa vie était si éloignée de la sienne… et rien ne pouvait d’ailleurs lui garantir que son hôte envisagerait même l’idée de garder contact avec elle.
Aélis se rappelait surtout qu’il demeurait le parrain de son amie, et c’était là ce qui la tourmentait le plus. Comment Rhéane, qui lui tenait toujours lieu de confidente, accueillerait-elle ses soupirs ? Aélis l’imaginait déjà s’étonnant de son attitude si légère, les yeux ronds en l’écoutant lui expliquer comment, par deux fois, elle s’était blottie dans les bras d’un homme qu’elle connaissait à peine pour l’embrasser avec passion… Un homme qui se trouvait être son parrain, accessoirement…

Au dehors, le vent s’était levé et malmenait les arbres, noyant le manoir sous un bruit agréable qui berçait ses habitants.
La porte à laquelle était adossée Aélis vibra soudain en un tremblement sinistre et redonna un semblant d’ordre à l’esprit de la jeune femme. Elle se sentit rougir sous le regard de son hôte qui l’attirait à nouveau à lui après avoir observé la porte close.
- Rhéane ne va pas tarder. Murmura-t-il finalement.
Aélis approuva silencieusement en songeant que la meilleure chose à faire pour chacun serait de se rendre dans sa propre chambre. Seul. Et immédiatement.
Ils restèrent longtemps silencieux, puis Tom chuchota encore sans desserrer son étreinte.
- ce n’est vraiment pas raisonnable…
Aélis le repoussa doucement en sentant sa gorge se nouer. Ces mots lui prouvaient combien il était inconcevable, du point de vue de son hôte, de poursuivre une telle relation.

- je suis désolée. Murmura-t-elle à son tour d’une voix faible. Je t’assure qu’en règle générale, je ne me comporte pas comme… ça…
Ces paroles soufflées, presque comme une excuse, tirèrent un sourire au sorcier.
- moi non plus, si cela peut te consoler…
Si elle savait à quel point ! Songea-t-il pour lui-même. A quel point je suis plus habitué à donner la mort que des caresses…
- bien alors… fit Aélis en relevant le nez… il faudrait que nous puissions reprendre les bonnes habitudes...
Tom approuva d’un signe de tête en la buvant des yeux, luttant déjà contre le désir de l’enlacer à nouveau.
- oui. Affirma-t-il avec assurance. Assez de folies pour cette semaine. A partir de là, on reste sages…
Aélis lui rendit son sourire, un peu honteuse de percevoir dans sa voix une sorte de « reproche », comme si elle était la seule coupable de ces « débordements ».
- je ne suis pas dupe, jeune fille. Reprit le sorcier avec un sourire carnassier. Je sais bien que vous n’avez pour but que de me subtiliser ma baguette !

Le rire clair d’Aélis le fit à nouveau frissonner et tous deux se réfugièrent littéralement dans leur propre chambre, à la fois soulagés d’avoir eu la force d’être si raisonnables et horrifiés à l’idée de devoir se passer l’un de l’autre jusqu’au lendemain… et pour toujours, puisqu’il en avait été décidé ainsi.

Aélis resta longtemps à observer le plafond sur lequel les flammes dessinaient des marbrures parfois inquiétantes, allongée sur son lit. Lorsqu’elle reconnut le pas de son amie dans les couloirs du manoir, elle se redressa en fixant la porte, espérant et redoutant en même temps que Rhéane l’ouvrirait bientôt.
Dès qu’elle entra, la jeune femme perçut le malaise d’Aélis. Elle prit un moment après l’avoir saluée pour se défaire de son épais manteau et s’assit en tailleur face à elle. Rhéane culpabilisait souvent en sentant son cœur déborder de bonheur à l’idée de pouvoir être « utile » à son amie, et elle percevait parfaitement que tel était le cas.
- des nouvelles de France ? Questionna-t-elle, cherchant à deviner d’où provenait le trouble de son amie.
Aélis réfuta pathétiquement, la voix coincée dans sa gorge.
- Rhéane… commença-t-elle enfin en se tordant les mains d’anxiété. Il faut que je te dise…
Pour la première fois depuis qu’elle la connaissait, la sorcière voyait Aélis hésiter à lui confier ce qu’elle avait sur le cœur. Elle sentit ses poings se serrer en songeant que son « cher » parrain avait sans doute à nouveau commis quelques « délit » mais tenta de se rassurer : à sa connaissance, il avait effacé la mémoire d’Aélis au sujet de leur première incartade…

Rhéane réfléchissait déjà au lot d’injures qu’elle allait déverser sur lui si malgré cela il avait une fois de plus commis pareille bêtise et ne put s’empêcher de pâlir davantage lorsque Aélis lui avoua.
- j’ai… flirté... Avec ton parrain. Tom.
Aélis observa son amie figée, anxieuse.
- mais ça ne se reproduira plus ! reprit-elle en un souffle avant de murmurer, honteuse. Je te demande pardon…
Rhéane tenta de reprendre une respiration normale et d’ôter de son visage le masque de colère qui s’y était incrusté : Aélis penserait sans doute que ce mécontentement était dirigé contre elle alors que ce n’était pas le cas. Elle connaissait assez bien son amie pour savoir que si elle s’était laissée aller à enlacer son parrain, ce n’était certainement pas par frivolité.
En revanche, Tom avait maintes fois eu l’occasion de lui montrer combien il accordait peu d’importance à la souffrance d’autrui en général, et à celle de ceux qui se brûlaient les ailes en se laissant subjuguer par son pouvoir en particulier…
Rhéane était persuadée que, d’une façon comme d’une autre, la puissance magique de son parrain avait une part importante dans le comportement d’Aélis.

Son amie, si sage et réfléchie, ne pouvait « flirter » avec un homme que pour deux raisons : elle était envoûtée ou amoureuse. Et amoureuse de Tom… autant dire que l’affaire paraissait fort peu probable compte tenu du caractère avenant de ce dernier…
- ce n’est rien. Fit soudain Rhéane en voyant Aélis sombrer dans l’angoisse. Tu n’as pas à t’excuser…
- tu as quand même changé de couleur… nota Aélis d’un ton un peu moqueur
- oui, confessa Rhéane, mais ça n’a rien à voir avec toi ; je pense juste… que Tom n’est pas quelqu’un pour toi…
Le regard soudain noyé d’Aélis la fit poursuivre
- en fait, avoua-t-elle, je ne pense pas qu’il soit prêt à aimer… même une fille extra comme toi.
Aélis ne put retenir un rire bref, émue et flattée par ce compliment, mais les sanglots qu’elle sentait monter dans sa gorge prirent bientôt le dessus. Elle le savait : Tom n’était pas fait pour elle. Dès le premier instant, elle l’avait su, mais l’entendre ainsi le dire par celle qui sans doute les connaissait le mieux tous deux… sonnait pour Aélis comme une faux s’abattant en sifflant dans les airs.

- pas capable d’aimer... reprit enfin Aélis après avoir laissé glisser quelques larmes, tu es un peu dure…
Rhéane sembla hésiter un instant.
- tu sais… il y a des choses dans son passé… enfin… il n’a pas mené une vie ordinaire et on peut considérer qu’il est en… rémission…
Aélis l’observait, les yeux ronds et la mine perplexe.
- peut-être qu’il pourra un jour… mener la même vie que tout le monde. Mais je ne pense pas qu’il en soit encore capable non…
Rhéane état consciente de marcher sur des charbons ardents. Comment expliquer l’inexplicable sans trop en dire ? Tout en en disant assez pour être comprise sans paraître trop énigmatique…
- tu me fais peur. Souffla Aélis. On dirait que tu parles d’un aliéné…
Le lourd silence de son amie fit trembler Aélis de la tête aux pieds.
- Rhéane ! La pressa-t-elle.
- je ne peux rien te dire de plus Aélis. Souffla son amie dans un murmure. Je t’en prie… je t’en ai déjà trop dit.

A nouveau, le regard inquiet et interrogateur posé sur elle la fit poursuivre.
- Rassure toi ; tu ne risques rien. Personne, insista-t-elle ne risque quoi que ce soit.
Ces paroles plongèrent Aélis dans un abîme plus profond encore. Risquer ? Tom n’était pas fou, il était donc criminel ?!
- qu’a-t-il dit ? Questionna ensuite Rhéane, autant par volonté de ramener son amie sur terre que d’avoir réponse à ses interrogations.
- que tout ceci n’était pas raisonnable. Résuma Aélis. Et qu’à l’avenir, on se tiendrait convenablement, en gens civilisés…
Rhéane grommela intérieurement, brûlant du désir de se ruer dans la chambre de son parrain pour lui expliquer sa façon de voir les choses et lui prouver que s’il s’était justement comporté convenablement dès le départ, Aélis ne serait sans doute pas assise face à elle, mi pleurant mi riant.

Mais que lui importait le sort d’autrui ? D’une moldue tourmentée par l’amour ? Il avait toujours méprisé l’un et l’autre… Rhéane répugnait à devoir parfois admettre que son parrain gardait occasionnellement un caractère cruel et froid, mais ce genre d’évènements lui rappelait trop vivement ce qu’il était… Le nom maudit de Voldemort résonnait alors en elle, et elle revoyait la mine triste de son grand-père puis de son père, abattu d’avoir perdu un ami, anxieux de se voir espérer et apeuré à l’idée d’être à nouveau déçu…
Dans le regard de son père, lorsque Lord Voldemort était apparu sur le seuil de leur porte, Rhéane avait compris tous ses espoirs, toutes ses craintes… et de temps à autre ces impressions fondaient à nouveau sur elle.
Et dans le regard d’Aélis, face à elle, elle percevait l’ombre d’un espoir fou, l’envie malgré tout de tenter de construire au lieu de fuir... Mais comment expliquer qu’il n’y avait rien à construire sur des bases aussi gelées…

Rhéane fut soulagée de songer que pour les jours à venir elle était en congé et donc totalement libre de veiller sur son amie jusqu’à la veille de son départ.
Les journées s’écoulèrent donc an ballades et papotage dans un calme relatif si l’on excepte les secondes où Tom paraissait en leur présence, provoquant chez Rhéane des regards furieux qui lui laissaient entendre combien elle espérait pouvoir bientôt lui hurler mille reproches, tandis qu’Aélis se contentait de l’observer, ne sachant que dire ni que faire, déstabilisée par l’impression qu’il donnait de les fuir sans cesse.
A deux jours du départ de son amie, l’humeur de Rhéane devint maussade. Elle se préparait avec tristesse aux au revoir, peu enthousiaste à l’idée de confier pour la dernière journée et la dernière nuit Aélis à la « garde » de son parrain, et consciente de l’impossibilité d’inviter Aélis à revenir aux prochaines vacances…

Elle était cependant en partie soulagée à l’idée qu’Aélis passerait cette dernière journée à Londres où, même si Tom devait l’accompagner, rien n’était propice à l’intimité.
Cette perspective, loin d’enchanter le sombre sorcier, le mettait au supplice : une journée complète à servir de guide à une moldue en plein centre ville ! Mais il était de l’avis de Rhéane : la foule, le bruit, des tas de choses à voir, pas une seconde pour réfléchir ! Excellent programme.
Tom se coucha en grognant sa colère et sa honte, priant pour ne rencontrer personne qui soit en mesure de le reconnaître et de colporter partout la nouvelle : Lord Voldemort se promenant dans les magasins londoniens… Fort heureusement, les sorciers capables de le reconnaître d’une part, et d’avoir le courage de l’humilier d’autre part, étaient exceptionnellement rares et en cas de besoin, pouvaient l’être encore plus…
Le sorcier s’endormit, souriant férocement en imaginant déjà quelles « punitions » il pourrait infliger à l’impudent qui oserait se risquer à pareille tentative…

Le lendemain matin, il sentit cependant une certaine appréhension au moment de se préparer. Glissant sa fine baguette dans sa ceinture, à l’abri des regards sous un pull épais, il se prit à sourire avec nostalgie. Combien de fois, ces derniers jours, avait-il eu envie de laisser volontairement cet objet de convoitise traîner à portée d’Aélis, l’imaginant s’en saisir et le regarder d’un air rieur, triomphant, avec cette moue canaille qui le faisait vibrer !
Mais autant de fois, il s’était résigné, souvent encouragé il est vrai par les œillades hostiles de sa filleule. Mais aujourd’hui, ils seraient seuls…
Tom soupira en se reprochant intérieurement une attitude si faible et désinvolte ; Plus qu’une journée à tenir ! Où diable s’était enfuie sa volonté ? Penser à Rhéane lui redonna pourtant la certitude qu’il devait tenir parole… et rester « sage ».

Il rejoignit Aélis qui l’attendait dans le couloir, observant un tableau dont le personnage, un vieil homme paradant sur un cheval, prenait un teint grisâtre sous l’effet de la peur. Un mouvement de cils, et c’en était fait de leur anonymat !
Tom sourit au portrait avant de saluer la jeune femme et tous deux prirent le taxi qui les attendait déjà. Une fois à proximité du centre ville, ils achevèrent leur voyage en utilisant les bus, puisque Aélis menaçait Tom de se plaindre à Rhéane si il refusait de lui faire prendre les transports typiques de Londres.
Le sorcier, estimant qu’il avait déjà bien assez de choses à se faire reprocher, céda donc à ce caprice.
- je ne connais pas bien Londres. Fit-il soudain. J’espère que tu sais précisément où tu veux aller.
Aélis sortit une liste de noms de magasins et la tendit à Tom, qui pâlissait en l’entendant préciser qu’avant toute chose elle désirait se rendre dans les librairies ou autres endroits où elle était susceptible de trouver des articles estampillés « Harry Potter ».

Tom l’observa alors qu’elle collait presque son nez à la vitre, regardant le fourmillement des passants, trop heureuse de retrouver après presque deux semaines de quasi isolement des preuves d’une civilisation moderne !
Le sorcier se sentit soulagé de constater qu’aucune gène ne demeurait entre eux ; Aélis avait, une fois de plus, sur renouer le dialogue sans que ni l’un ni l’autre n’ait à reparler de leur passage dans ce hall enchanteur. Il sourit en songeant à nouveau que décidément, elle devait être sorcière au moins autant que lui !
Lorsqu’ils arrivèrent à destination, Aélis sauta du bus en jetant autour d’elle des regards avides de gamine dans un parc d’attractions. Sans plus attendre, elle s’engouffra dans une librairie imposante, tapissée de poster à l’effigie de Harry Potter et de ses comparses.

Tom ne comprit pas immédiatement ce à quoi il avait à faire mais ces illustrations répétitives, proposant immanquablement un jeune homme aux yeux verts le firent bientôt grincer des dents. Partout, la sortie du prochain livre était annoncée et il surprit même certains désoeuvrés en train de photographier l’une des affiches. Grommelant sa mauvaise humeur, il se détourna de ce spectacle en reniflant d’un air dédaigneux et chercha Aélis du regard.
Elle semblait, telle une ventouse, scotchée à une vitrine de verre autour de laquelle bourdonnait un essaim de gosses au regard envieux, talonnés par des parents au regard affolé.
La beauté des objets semblait ravir les marmots, et les prix affichés retourner l’estomac des adultes qui les accompagnaient.
Tom se dirigea vers Aélis, passant devant un mur d’affiches en enfonçant sa tête dans ses épaules, comme s’il craignait que ces représentations ne se détachent des murs pour venir lui lancer quelques sorts vengeurs.

Il reconnaissait sans peine chacun des héros, s’amusant parfois à repérer les différences entre eux et les sorciers réels, surtout lorsqu’elles désavantageaient « l’orignal ».
- ils ont fait de Granger une midinette, grommelait-il en lançant un regard de travers à la jeune fille qui souriait sur l’une des pancartes. Le trio infernal… pesta-t-il encore au moment où il arrivait à la hauteur d’Aélis, les nerfs à fleur de peau.
Tom n’y tint plus. Malgré l’œil moqueur qui ne manquerait pas de le toiser, il enfonça ses mains dans ses poches et ne put quitter le masque de profond mécontentement qu’il affichait souvent, et qui provoquait les sarcasmes d’Aélis.
Heureusement pour lui, la jeune femme glissait toujours son nez le long de la vitrine, incapable de s’en décoller, et s’arrêta, comme le sorcier venait de le prévoir avec horreur, là où de nombreuses baguettes étaient exposées.
Refusant catégoriquement, dans un sursaut d’orgueil, d’adopter la moindre attitude qui puisse laisser penser qu’il se trouvait là par pur plaisir et qu’il s’intéressait à ces « choses », il releva le nez de ce qu’il considérait comme de vulgaires bouts de bois.

- ridicule... murmurait-il régulièrement d’un ton méprisant, ulcéré de voir Aélis sourire d’amusement sans même daigner lui répondre. Bon moi j’attends dehors ! Finit-il par cracher au moment où un vendeur approchait.
Ce dernier s’adressa à Aélis avec une voix exagérément policée et un sourire doucereux qui fit se dresser ses cheveux sur sa nuque et le stoppa dans son élan.
- vous cherchez quelque chose de particulier ? demanda le vendeur en croisant les mains.
Aélis n’eut pas le temps de répondre : Tom signala qu’en cas de besoin, on saurait où trouver de l’aide et conseilla à l’homme étonné d’aller importuner d’autres clients.
Il s’exécuta en s’éloignant, fixant Tom qui de son côté lui lançait un regard noir qui fit rire Aélis.

Finalement, il décida de ne pas s’éloigner, persuadé du bien fondé de sa présence si l’on considérait la multitude de «blancs becs» toujours près à venir se pavaner devant les jeunes filles, et fit part de sa décision à une Aélis qui se retenait de rire à grand peine.
Irrité de constater que, où qu’il posa les yeux, Potter lui souriait effrontément, Tom sentit pourtant que toute sa bonne volonté n’y pourrait rien changer et lorsque son regard croisa celui d’une énième représentation de sorcier, il ne put s’empêcher de siffler dans le dos d’Aélis.
- et c’est qui celui-ci ?!
Aélis se redressa, oubliant les baguettes, et suivit son regard. Elle éclata alors d’un rire clair qui fit se retourner sur eux quelques personnes avant de plaquer sa main sur sa bouche.
Tom avait eut le temps, en prononçant ces quelques mots, de réfléchir à la liste des sorciers susceptibles de figurer sur une affiche…
Ce sorcier là ne souriait pas. Il avait le regard aussi noir que le cheveux et une attitude pour le moins menaçante… Comment Diable pouvait-il être si bête…

- Voldemort. Répondit inutilement Aélis. Tu sais, s’amusa-t-elle, ton jumeau !
Tom haussa les épaules en grommelant, satisfait de voir que la jeune femme se désintéressait de lui pour se tourner encore vers la vitrine, et lança des regards obliques à l’image qui était censée le représenter.
- je n’ai jamais été coiffé de cette façon snobinarde. Grommela-t-il entre ses dents en se reprenant aussitôt, «apeuré» que quiconque puisse l’entendre.
- mmhh ? Questionna Aélis sans le regarder.
- rien rien. Répondit-il d’une voix irritée. Je dis qu’il est laid.
- tu n’y connais rien. Trancha Aélis sans lui accorder un regard. Il est beau comme un Dieu.
- Bon ! S’exaspéra Tom après un sursaut et un temps de perplexité. Tu n’as pas encore eu le temps de tout voir ?
- si si. Répondit-elle sans relever le ton agacé ni se désintéresser de son étude. Mais j’hésite.
- quoi ? Hésite sur quoi ? fit Tom, soudain affolé en se penchant sur les baguettes.
Ses yeux parcoururent en un rien de temps l’étalage qui se présentait à lui et il sentit son estomac se crisper en constatant que face à Aélis se trouvaient sa propre baguette et celle de Dumbledore.

- Celle de Voldemort, expliqua Aélis en la montrant du doigt à un Tom qui se sentait faiblir, est plus chère mais beaucoup plus rare. Je trouve celle de Dumbledore plus jolie mais… Je peux la trouver n’importe où celle là… Je devrais prendre celle de Voldy…
Aélis acheva ce monologue en se frottant le menton, son regard allant de l’une à l’autre des baguettes, donnant à Tom l’impression d’étouffer.
Le sorcier regarda vaguement les étiquettes et mit à profit ses quelques connaissances du monde moldu après quelques conversions.
- Mais c’est hors de prix ! s’exclama-t-il alors avant de chuchoter. Tu pourrais t’acheter autre chose avec cet argent !
- ah bon ? fit Aélis en se redressant, levant la main à l’intention d’un vendeur qui passait au loin. Et quoi donc ?
- je ne sais pas moi… grommela-t-il avant de répondre. Des vêtements, par exemple.
Le regard perplexe d’Aélis le fit rire malgré lui.
- et pourquoi pas du maquillage ? Fit-elle d’une voix dédaigneuse avant de se tourner vers le vendeur qui approchait.

Il sortit les deux baguettes convoitées et, manifestement confiant, s’éloigna pour conseiller d’autres clients. Aélis eut donc tout loisir de contempler de plus près ce qu’elle semblait considérer comme des joyaux.
Tom gardait les yeux rivés sur ces imitations, les poings serrés dans ses poches, et crut l’heure de sa mort venue lorsque Aélis tendit une main vers lui.
- donne voir la tienne. Fit-elle d’une voix distraite, que je compare.
Le sorcier se sentit défaillir mais les yeux interrogateurs que la jeune femme posa bientôt sur lui le firent capituler. Si ce qu’il portait à sa ceinture n’était qu’un objet de collection, pourquoi refuserait-il de la lui prêter un instant ? Il fallait donc s’exécuter, et sortir cette baguette de sa cachette comme on va à l’échafaud…
Tom grommela en se demandant une fois de plus de quelle manière elle avait pu distinguer qu’il avait emporté ce précieux bois et lui tendit avec un soupir agacé.

Le sorcier contempla les gestes de la jeune femme avec attention : il ne manquerait plus que la vraie soit échangée avec ce bout de plastique imité !! Mais il se rassura bien vite.
Le bois d’If était inimitable, aucune chance de confondre avec cette mascarade de magie…
- elles sont très différentes. Constata Aélis tandis que Tom prenait conscience du réel danger.
Il se contenta de hausser à nouveau les épaules sans mots dire et fut soulagé de voir le marchand revenir vers eux, coupant court à l’étude minutieuse d’Aélis.
- je prends celle-ci. Fit la jeune femme
- aaaah, répondit le vendeur avec un air de connaisseur, la baguette de Lord Voldemort. Un exemplaire rare ! L’un des plus beaux, assurément ! Acheva-t-il en se dirigeant vers le comptoir, tout sourire.
- et des plus chers… souffla Aélis entre ses dents en souriant ironiquement lorsqu’il fut assez loin pour ne plus l’entendre.

Le supplice de Tom, qui espérait enfin être délivré de pareille torture, dura encore de bien longues minutes. Ce magasin regorgeait d’objets de tous ordres, passant des costumes de sorciers à ceux de détraqueurs, des balles imitant des vifs d’or à des retourneurs de temps plus vrais que nature.
Des bijoux, des barrettes, du matériel scolaire. Tout ! Tout pour rendre le fan fou de joie, et tout pour rendre Tom fou d’horreur et de consternation.
Patientant enfin à la caisse, il plongea la main dans un tas de baguettes avant d’en retirer une, l’examinant d’un œil critique. Le petit bois, plus court et plus fin que ceux exposés dans la vitrine, ne semblait pas destiné à la collection.
- ‘pourquoi faire ça ? Grommela-t-il en le montrant à Aélis.
La jeune femme se contenta de lui sourire et de lui prendre l’objet des doigts. Dégageant sa chevelure, elle la releva en lissant les mèches éparses et après avoir improvisé un chignon y planta la petite baguette.
Elle se tourna alors pour montrer le résultat au sorcier qui grommela un énième « ridicule ».

- oohhh. Soupira Aélis. Tu n’es donc jamais content ?
Sans attendre la réponse, elle lui tourna ostensiblement le dos pour faire face à la personne qui rangeait déjà ses achats dans un sac en papier cartonné.
- j’ai également pris une petite barrette. Indiqua-t-elle à la dame souriante qui la servait en montrant l’objet du doigt.
Aélis tenta de ne pas rire en entendant une fois de plus les commentaires de Tom et prit son bien avant de retourner dans la rue animée.
Le sorcier, enfin soulagé de se retrouver à l’air libre, avait le sentiment d’avoir été anéanti par cette toute petite barrette à cheveux.
Un simple pic qui permettait à Aélis de se coiffer à la manière des japonais, laissant sa nuque découverte. Tom sentait ses doigts fourmiller, et patienter derrière la jeune femme avec sous les yeux ces cheveux relevés et cette nuque où il brûlait de poser ses lèvres avait été la pire des tortures.

Il maudissait cette minuscule imitation de baguette comme aucune autre, et lui plus que tout le reste ! Pourquoi ne s’était-il donc pas contenté de se taire et d’attendre ? Il avait fallu qu’il lui mette ça sous le nez ! Qu’il lui donne l’idée de s’en parer, se mettant ainsi lui-même au supplice.
Tom appela Merlin et tous les enchanteurs de la création à son secours et soupira de soulagement en se voyant exaucé : Aélis retira en frissonnant la petite baguette de ses cheveux et remit soigneusement son écharpe, protégeant du mieux qu’elle le pouvait sa nuque du froid mordant.
Le sorcier sourit en l’observant vérifier le contenu de son sac, serrant les poings pour éviter à ses mains de se soustraire une fois de plus à son contrôle et d’aller toucher cette peau tentatrice.
- Merlin, soupira-t-il à haute voix. Que la journée va être longue !

Aélis, qui pensait qu’il pestait une fois de plus contre cet étalage de monde magique lui assura en riant qu’elle ne lui infligerait plus aucune visite de ce genre de boutique : l’achat de la précieuse baguette semblait l’avoir contentée.
Le sorcier se garda bien de la remettre sur la voie et resta prostré sur le trottoir lorsqu’elle lui lança en reprenant la route.
- au fait ! Je pense que tu devrais te plaindre auprès de ton si bon ami : ta baguette est une contrefaçon.
Il la regarda s’éloigner un instant et la rejoignit en riant à son tour lorsque, moqueuse, elle agita à quelques pas de lui le petit papier qui attestait de l’authenticité de son propre achat.
- moi j’ai la vraie euuhh ! Taquina-t-elle en sautillant sur place, alors que le sorcier se mordait la langue pour se retenir de ne pas lui prouver combien elle se trompait…
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