Chrysalide by alice141191
Summary:


l'image appartient à chix0r.deviantart.com

De chenille à papillon, quand la chrysalide se brise ou lorsqu'une jeune fille que personne n'a jamais remarqué, terrée dans son angoisse, son mal être et ses doutes décide de vivre, enfin.
Toute une vie invisible aux yeux des autres, isolée dans sa solitude mais maintenant les choses doivent changer, les choses vont changer, parce que c'est devenu insupportable.
Voilà, c'est juste l'histoire d'une fille en pleine noyade qui tente d'émerger et qui trouve, un jour, le courage se battre pour affirmer qu'elle a le droit, aussi, de vivre, de profiter.

Des découvertes, la liberté, les autres, et puis, l'Amour passionné. Si elle avait su que ce serait lui...
Categories: Epoque Maraudeurs Characters: James Potter, Peter Pettigrow, Remus Lupin, Sirius Black
Genres: Romance/Amour
Langue: Aucun
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 13 Completed: Non Word count: 91316 Read: 13847 Published: 12/02/2007 Updated: 22/09/2009

1. solitude & décision by alice141191

2. préliminaires by alice141191

3. Domination by alice141191

4. froideur & tendresse by alice141191

5. Rencontre et réflexions by alice141191

6. Sonia Lewis ou comment redécouvrir le rire... by alice141191

7. Victoire et psychose by alice141191

8. Le pianiste by alice141191

9. Un jour pluvieux by alice141191

10. Pacte ou jeu ? by alice141191

11. Une lettre by alice141191

12. Neige et ivresse by alice141191

13. Aveux et rêveries... by alice141191

solitude & décision by alice141191
Author's Notes:

/ ! Le prénom « Aludra » se prononce à la latine c’est à dire le « u » se prononce « ou » / !


Avant de commencer je tiens à dire que je posterais un chapitre environ toutes les 2 semaines, peut-être moins et je suis très impatiente de recevoir vos premières critiques, j'ai tellement lu et relue et encore retravaillée ce chapitre que j'ai hâte d'avoir vos oppinions ^_________^

A pi aussi une p'tite énigme (lol xD) : Est-ce que vous avez une idée du pourquoi j'ai apellé mon héroïne Aludra ? Celui qui arrive à trouver ça lui donnera une indication sur le couple à venir... (de toute façon avec internet ça va pas être dur :p !!)

Enfin bon, bonne lectureuhhhh ;)




Seule. Tout le temps, à chaque instant, et pour toujours. Experte en solitude, solitaire professionnelle. Ah ! La belle vie ! Que je serais riche ! La meilleure de la profession ! Malheureusement la vie n’a pas été conçue pour exercer un tel métier. Un métier qui ne sert à rien. Injustice : le seul domaine dans lequel j’excelle mieux que quiconque ne sert à RIEN. Pourquoi un apprentissage si intensif et compliqué pour une chose autant inutile ? J’ai appris exactement les gestes à faire, à ne pas faire, les horaires où les salles sont désertes pour sortir, la façon de marcher même, de me positionner en classe, de me recroqueviller, le regard à adopter, vitreux, sans aucun sentiments et même la manière de parler lorsque c’est si rarement le cas, d’une voix lointaine, détachée, douce et à la fois fantasmagorique… Que de travail, 6 ans de travail… Mais, après tout, chaque métier à pour but d’aider et moi je n’aide pas. Je n’aide personne. Egoïsme pur et simple ? Tout le monde est plus ou moins altruiste alors pourquoi moi non ? Question inutile, j’en connais parfaitement la réponse. Parce que moi je suis moi et que Moi je suis différente. Ce n’est pas par arrogance que j’ose affirmer un tel fait. C’est juste une vérité pure et simple. Et bien trop réaliste…

Quand à mon apparence physique elle reflète on ne peut mieux mon état mental, enfin, le plus simple est d’en faire la description.

D’abord j’ai d’anciennes chaussures noires qui seraient bien bonnes pour être jetées mais tant pis, pourquoi en acheter des nouvelles ? Je m’en fou, elle tiennent bon, c’est ce qui compte, je ne vais pas me tracasser pour de l’esthétique, jamais. Parce qu’il ne faut pas qu’on me voit. Sinon, j’ai un large pantalon très sombre, légèrement grisonnant, presque troué aux genoux. Et puis en haut juste un long tee-shirt noir uni, délavé et informe qui m’arrive au niveaux des cuisses. Quant à mes cheveux… ils sont noirs, longs, lisses à l’origine mais comme je ne leur accorde que très peu d’attention maintenant ils ressemblent plus à une grosse tignasse emmêlée ; et puis c’est sans compter qu’ils sont secs et cassants. Mais encore une fois, peu m’importe. Ma mère dit toujours que je pourrais être une très jolie jeune fille si je prenais soin de moi mais je ne la crois pas. Elle veux juste me consoler, c’est certain… Je me trouve moche, point final. J’ai toujours pensé ça, personne ne pourra jamais le comprendre ni me contredire, c’est certain parce que c’est ancré au plus profond de mon âme comme une vérité inébranlable, une fatalité au quelle personne ne pourra rien. Je ne sais pas comment m’est venue cette idée, c’est juste que j’ai toujours pensé que j’étais moche. Je suis moche c’est tout. Maintenant je suis résignée. Je me dit simplement « dans la vie, il y en a des beaux, des banals, et des moches et toi tu es tombées dans la dernière catégorie » je ne cherche pas plus loin que ça, il y en a bien qui doivent jouer le rôle de moches et là c’est tombé sur moi. Voilà. Et si on me demandait pour quelle raison je pense ça je ne répondrai pas c’est tout, je ne sais pas.

De toute façon je suis bien comme ça, personne ne peux voir à quel point je ne suis pas belle puisqu’on ne me remarque pas. Je suis comme ces objets inutiles et inintéressants dont on finit par ce lasser. Ces objets qui, a force de passer tous les jours devant, à force d’une routine infernale sont devenus des habitudes qu’on ne remarque même plus. Si on nous le demande on sait qu’ils sont là, ils existent mais c’est tout, on s’en fou et on ne les voit plus. Moi je suis comme ça.

Misérable et folle. 2 mots qui me vont comme un gant, 2 mots qui sont moi. Et le pire dans cette pathétique vie - qui n’en est pas une – c’est que c’est tout à fait intentionnel. Mais à quel genre d’être saugrenus mes parents ont-ils donné vie ?

Quoi qu’il en soit, revenons-en à ma si charmante auto-destruction. Je me néglige volontairement depuis 6 ans, depuis l’entrée dans le monde où j’ai vu d’autres personnes que ma mère et mon père. Simplement que je ne veux pas qu’on me voit, je ne veux personne pour ébranler cette vie que je me suis montée de toutes pièces. C’est bien comme vie non ? Puisque dans cette vie le seul facteur influant c’est Moi. Dans cette vie-là je connais le futur puisque c’est moi qui le construit. Je n’ai pas à avoir peur. Un petit morceau de vie qui me dit que je suis une ratée et celui-là même je l’ai fabriqué, personne n’a eu besoin de me souffler que j’étais nulle, je l’ai fait toute seule et de mon plein grès. Je part du plus bas, je ne peut être que satisfaite de ce qui m’arrive puisque ça ne peut être pire ! Je suis heureuse puisque chaque chose n’est que positive n’est-ce pas ? Bien vrai que je suis heureuse ?

J’attends que ça se passe, le temps s’écoule, et je ne vis que ce que je veux vivre puisque les autres ne sont pas là pour m’interdire, me forcer. Je suis consciente mais je marche comme une chose recluse qui ne veut pas goûter à la vie. A la vrai vie. Celle dont on n’est pas maître. Mon envie de pouvoir contrôler ce qu’il m’arrive à-t-elle réussit à prendre le dessus sur la vie ? Mais qu’est véritablement la vie ? J’en ai peur je crois. J’ai l’impression d’être aux frontières d’un vaste piège, d’une illusion qui n’ai faite que pour nous faire souffrir plus encore. Alors je m’efforce de m’éloigner de ce gouffre, je ne veux pas tomber dedans, pas comme eux. Je ne veux m’attacher à personne, comme ça je suis sûr que personne ne pourra me pousser dedans et je resterais tranquillement à l’état d’un légume dans une vie sans problème. Parce que je ne me sens pas capable de plonger dans ce trou pour voir ce qu’il y a au fond, tout viendra à moi d’un coup de cette manière si brutale. J’ai peur.

Et si je n’ai pas d’ami certes, je passe à côté d’un bonheur mais aussi des ennuis. Je ne veux pas de quelqu’un qui pourrais me trahir, me faire mal, me demander sans arrêt des explications « et pourquoi je n’ai pas fais ci, et pourquoi je n’ai pas fais ça » je serais prisonnière et condamnée à rendre des comptes sur telle ou telle chose et puis, aussi, il pourrait me découvrir, savoir qui je suis, je ne veux pas avoir a m’expliquer, ne pas faire ceci ou cela sous prétexte que ce n’est pas bien, que ça ne se fait pas. Je veux être libre de mes mouvement, libre de mener ma vie comme je l’entends sans les autres pour me gêner et m’encombrer. Même si au fond de moi, je sais que j’ai tort, j’ai tort parce que je suis déjà prisonnière. Peut-être bien plus prisonnière que si je vivais. Je ne sais pas. Suis-je morte ? Presque… Mais peut-être que c’est bien. Peut-être que la mort c’est plus simple que la vie. De toute façon j’ai trop peur pour essayer. Trop peur de vivre, trop de mourir. Quelle lâche ! Et fainéante aussi. Fainéante parce que je me complets dans ce monde que j’ai forgé, où rien ne m’importe, où je me laisse aller sans affronter aucune difficulté, aucun obstacle, aucun contact où sentiments pour les autres, sentiments qui me forceraient à réfléchir et m’interroger. J’ai la flemme. Et lâche parce que je n’ai pas le courage d’affronter ce gouffre, parce que certes c’est un gouffre mais je ne sais pas ce qu’il y au fond, je ne me suis jamais posée cette question. C’est peut être bien ou alors mal. Pile ou face. Non. Le monde n’est pas plat, nous vivons dans un univers ou tout n’est qu’en 3 dimensions, donc 3 possibilités. ça peut être aussi bien et mal, les 2. Alors, dans tous les cas j’ai 2 chances sur 3 d’être satisfaite de la vie mais il reste quand même cette troisième chance, et si… si… tout n’était que problèmes, embûches, et complications à l’infini pour survivre, pour arracher son petit lambeau de bonheur comme des chiens qui n’auraient de cesse de s’entretuer pour cette ridicule portion qu’on nomme la joie. Je ne sais pas, je ne connais pas le monde extérieur, je viens d’en prendre conscience. Dès fois, je les observe et ils ont l’air heureux tous, à sourire. Moi je ne sourit pas. Mais peut-être est-ce une façade, peut-être qu’à l’intérieur des dizaines de problèmes les rongent tous ? Je ne sais pas, je ne peux que les observer à la dérobée sans comprendre. Et je vois la cruauté de certain, comme la violence de ce grand blond alors ça me rappelle la meute de chiens qui se dispute l’os. Je ne sais pas quoi penser. Finalement c’est sûrement un mélange alors. Mais je suis donc trop lâche pour vérifier par moi même ? Pourquoi le choixpeau m’a-t-il envoyé a Gryffondor ? Je n’y aurais jamais rien compris. Moi qui suis tant lâche. Il paraît qu’un jour on comprend, j’attends… Je ne fais qu’attendre, pitoyable, décidément pitoyable.

J’ai beaucoup réfléchis aujourd’hui, je n’ai pas l’habitude de me poser tant de questions, ça me fatigue parce que tous ces sentiments en moi deviennent confus, toutes ces questions bougent sans réponse et je doute. Je n’aime pas douter, c’est angoissant. Encore une chose qui me fait peur : le doute. Décidément. Maintenant pour enlever ce trop plein d’émotions et de sentiments qui me submerge, me noie et m’étouffe, la seule chose à faire c’est écrire. Je suis habituée oui, parce que, bien que très dérangée, je suis humaine malgré tout alors je souffre, je pleure, je stresse, je m’interroge et tout ça il faut bien le déverser quelque part. Je ne peux pas tout contenir, c’est trop, je me sentirais mal de ne pas un peu en partager. Heureusement j’ai trouvé une solution : Ecrire. Juste des mots ou des courtes phrases jetées sur un parchemin par colonne – bien droites et ordonnées - comme si je voulais par ce fait organiser ma tête, faire du rangement. Ce n’est pas un journal, c’est juste un vaste tiroir avec une multitude de compartiments. C’est cette image que j’ai dans ma tête. Alors je m’assois et, à l’encre noir, je commence lentement mon travail acharné d’ouvrière en quête de sérénité. Des fois j’y passe seulement quelques minutes, dès fois des heures. Et quand il n’y a plus place sur un parchemin, j’entasse dans un coin, à l’abris des regards. Je ne veux pas jeter, ça serait m’effacer la mémoire que d’accomplir un tel acte. Et puis le parchemin n’a pas de réaction, c’est l’idéal. Il subit, absorbe chaque mot écrit sans pouvoir ni même comprendre ou questionner puisqu’il n’a pas de conscience, pas comme les humains. Ils veulent toujours tout savoir et comprendre. Et voilà que je ne mets à parler comme si je n’étais pas moi même humaine. J’ai le tournis, je suis différente mais humaine. Ça je le sais par contre. Malheureusement. L’humain est trop compliqué pour moi, j’aurais dû être autre chose ou ne pas être.

Maintenant que je me sens mal, il faut oublier. Pour oublier : la musique. Le seul moyen, le plus efficace que je connaisse, le plus agréable. Mais éphémère. Je m’installe sur la chaise ensorcelée pour tourner tel les chaises moldu, je mets en place le système musical préparé par mes soins et me balance doucement d’abord. C’est du punk, du hard, du rock ou encore du métal. Ça dépend. Quoi qu’il en soit c’est la seule musique que je supporte la plupart des autres me donnent la nausée. Là, c’est divin, ça m’emporte loin des tourments. C’est merveilleux. Et bien sûr je la mets forte, très forte même pour ne pas être en contact avec quoi que ce soit d’autre. Je prends évidemment soin de d’insonoriser les lieux. Le rythme arrive, la délectation commence. J’oublie juste, plus rien ne compte à part ma musique. Cette force dans la voix, ces paroles de révoltes, le rythme puissant, tout se calque en moi, je suis confiante. Je me sens forte alors, je me sens fière, ailleurs et blindée. Rien ne peux m’arriver, je le sais, j’ai confiance. Et je me sens envahis d’un sentiments bien étrange : je veux briser ces chaînes qui m’étranglent, je veux courir, tout casser sur mon passage, être libre, tout m’autoriser sans restriction, crier mon envie de changement. Hurler à tous que j’existe. Je suis là. Regardez-moi ! Regardez qui je suis vraiment ! Je veux vivre et profiter, je veux choquer. Je veux que tout éclate autour de moi et j’ai envie de renaître, de m’exprimer. Douce sensation qui m’étreint. Je fais tourner ma chaise vite, plus vite encore. Comme ça je perd toute notion des lieux ou du temps et empêche mon cerveau embrumé de trop penser. Tout est flou, je ferme les yeux le temps de m’enivrer pleinement de ce sentiment si délicieux d’euphorie qui me gagne rarement. J’arrête brutalement la chaise. Les objets semblent en perpétuel mouvement autour de moi, je ne distingue pas très bien leur contour. Mon cerveau semble empreint de brouillard, je n’ai pas réellement conscience du monde extérieur, ça tourne encore. Je pose un pied par terre, le sol aussi bouge dangereusement, il se dérobe sous moi. Je vacille. Je titube. Je tombe. Le lit juste à côté m’aide à me relever en m’accoudant dessus. La musique se termine dans un ultime hurlement qui me fait exploser de joie : je me sens invincible. Je reprends mes esprits au moment même où le silence envahit la pièce, chaque recoins, chaque espace. Il m’étouffe, m’étrangle, je me sens seule. La force qui m’avait envahis quelques instants plus tôt décline lentement. Je suis comme une poupée de chiffon qui s’affaisse jusqu'à n’être plus qu’une ridicule boulette de papier froissée qu’on jetterait d’un geste désinvolte à la corbeille sans y accorder plus d’attention qu’on le ferait pour un paillasson. Mais aujourd’hui la poupée lutte contre cette misère qu’elle sent grandir. Elle ne veut pas redevenir comme avant, jamais elle ne pourrais être plus malheureuse, elle ne veut plus de cette servitude. Elle a réfléchit et elle veut plonger. La petite poupée de chiffon se relève péniblement, elle lutte contre une petite voix qui lui dit de ne pas se déranger, de rester bien tranquille comme avant. Non. Elle veut savoir ce qu’il y a au fond du gouffre, elle va plonger pour voir d’elle-même ce qu’est la vie. Elle promet. Devant cette farouche volonté elle sent une force la soulever, fragile mais tenace. Le courage enfouit refait surface, ses yeux s’allument subitement, son teint pâle se colore. Elle renaît doucement. Elle puise encore un peu de cette force, elle se charge comme une pile électrique. Elle se blinde, une carapace d’acier mentale prend forme. Elle en aura besoin pour affronter la vie. Les chaînes éclatent, elle s’éveille. Demain elle plongera dans les eaux houleuses de la vie. Sûr.

préliminaires by alice141191
Note : Ce chapitre est posté un peu plus tôt que prévu =) En tout cas pour tous ceux qui attendent de l'action patientez encore un tout p'tit peu dans le chapitre prochain ENFIN les choses vont sérieusement bouger !! D'ailleurs le chapitre sera bien plus long et beaucoup plus "riche" en évènement ^^
A part ça, merci beaucoup pour vos reviews, ça me fait plaisir pi en ce qui concerne la "devinette" (lol ça fait con de dire ça mais bon je peux nan plus appeler ça une énigme xD) donc effectivement Aludra est une étoile et très précisément une étoile de la constellation du grand chien ^_______________^ Je vous laisse deviner ce que ça présage ^o^

Maintenant place au chapitre, bonne lecture à tous et n'éhsitez pas me faire part de vos remarques, oppinions, si vous pensez que telle ou telle chose ne va pas ou autre, je vous répondrais avec plaisir !



Je m’éveille en baillant. Je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé hier, j’ai juste l’impression de sortir d’un long cauchemar. Mais peu m’importe maintenant, je me sens respirer. Je respire de l’air frais. J’ai retrouvé la vie. Non : je vais retrouver la vie. Que dois-je faire ? Je ne sais plus bien par où commencer, que faire. Perdue. Simplement perdue devant une battisse. Quel chemin prendre ? Comment débuter ? Je prends peur : déjà levée j’ai l’impression qu’un poids me tombe sur les épaules. Un fardeau. Mais je ne dois pas penser de telles choses, non, il ne faut pas que la vie soit un fardeau. Alors que j’entreprends une réflexion pour savoir quelle attitude adopter je me dit que tout est simplement stupide : je ne vais pas changer rien que pour la vie. Je suis comme je suis, j’ai le caractère que j’ai, je suis froide, je suis folle, incompréhensible. Eh bien tant pis. La vie devra faire avec et se contenter de moi comme ça. Par contre je me rends compte que je ne me sens plus bien dans les vieux habits de mon cauchemar. Ils me paraissent usés comme s’ils avaient été le compagnon d’un long bagne. Je ne veux plus les voir, ils sentent le renfermé, la soumission, et même… la mort. Il m’en faut d’autres, je ne pourrais plus les porter de nouveau. Hélas, je suis quand même obligée de les mettre, le temps de me rendre à Pré-au-lard. J’ai tellement longtemps erré dans les couloirs sans autre but que d’attendre que les secondes défilent que je connais a présent un certain nombre de passages inconnus. J’enfile avec répugnance ces vestiges d’une vie passée, ces séquelles qui témoignent bien de la réalité de ces 6 années. Ils me collent à la peau et me rendent mal. Ils m’étranglent.

On est samedi, j’ai tout le temps que je veux. Je sors : désert, heureusement. Même si la solitude m’effrayait au début, j’ai appris à l’apprécier à sa juste valeur. J’aime pouvoir faire ce que bon me semble sans eux pour me juger, pour me dévisager et me mépriser. J’aime pouvoir crier si je veux crier sans qu’on ne croit malade, j’aime pouvoir pleurer sans qu’on vienne me consoler et danser sans qu’on me voie…

Je sillonne les couloirs tous plus silencieux, et j’emprunte rapidement le passage qui me mènera à Pré-au-lard. Les rues sont absolument vide, aucun bruit juste le souffle du vent, il fait encore nuit. L’ambiance est sinistre, sans vie mais peu importe je suis tellement habituée. Je marche où mes pieds me portent, le froid me glace les os. Délectation, j’aime le froid. J’ai les doigts en feu, glacés, je ne les sens plus.
Je ne sais pas exactement combien de temps s’est écoulé quand je vois le village s’éveiller doucement. Des lumières s’allument, le voile d’obscurité s’est légèrement atténué et je croise même quelques personnes. Je rentre timidement dans les boutiques désormais ouvertes en regardant à la dérobée les rayons. J’ai trop pris l’habitude de ne pas regarder directement les choses, comme si j’avais peur de l’influence qu’elles pourraient avoir sur ma vie. Tout aurait pu m’influencer, surtout les gens. Surtout. C’est pour ça que je les ai fuit. Mais non, ça n’a pas été eux. Ils n’ont pas réussis à me changer. C’est moi. Uniquement moi. Je suis maître.

Après avoir visitée plusieurs dizaines de boutiques, je déniche finalement tout ce qu’il me faut. Je me sens bizarrement normale. Mais ce n’est pas vrai. Jamais je ne tomberais dans cette banalité. Jamais. Certes je veux découvrir la vie mais je ne veux pas être tout le monde. De toute façon, les habits que j’ai acheté montrent bien, je crois, que je ne suis pas tout le monde. C’est fait exprès. Je ne traîne pas plus longtemps, je rentre. J’ai dépensé une somme d’argent astronomique mais mes parents sont bien assez riches pour que je me le permette. Je rentre au château et me dirige vers une salle que j’ai découverte il y a assez longtemps. A force de passer dans les couloirs en faisant d’incessants allers-retours qui marquaient mon ennui, j’ai finit par découvrir la merveilleuse salle sur demande. Cette pièce qui m’a tellement longtemps abrité, toujours… Mais c’est une autre histoire dont je parlerais plus tard. Aujourd’hui, comme je l’ai demandé, elle se présente sous forme d’une large pièce avec un fauteuil moelleux, de nombreux portes-manteaux, une longue table basse, un grand miroir et bien sûr, une coiffeuse avec toutes sortes de produits et objets dessus. Je vais me préparer comme une femme. Ce mot sonne étrangement, je sens qu’il ne peut m’être destinée, non… Pourtant je ne suis plus une chose qu’on doit simplement couvrir de tissus pour la cacher. Mais… j’ai toujours été comme ça ! Je ne sais pas faire autrement je… je… ne veux pas ! Non !! Je m’affole brusquement et je commence à trembler. La vérité c’est que je mesure toute la portée de ma décision et j’ai peur, trop peur ; j’ai peur de moi-même et j’ai peur d’être tout le monde, le changement m’effraie. Je serais qui alors ? Je ne sais pas. Que vais-je faire ? A quoi cela servira ? A être heureuse ? Mais au final c’est quoi le bonheur hein ? C’est pitoyable tout le monde veut être heureux. Pourquoi hein ? ça sert à quoi ? Et moi, moi je sers à quoi ?

Vivre. Encore un mot qui ne sert à rien, pour désigner quelque chose qui ne sert à rien. Je veux voir quand même, voir à quoi elle ressemble la vie. C’est vrai, je dois essayer quand même. Si je n’essaye pas je ne peux la juger. C’est un manège la vie, si le premier tour est bien, j’en prend un second, si le second il est bien j’en reprend encore un et si c’est vraiment bien, je reste dans le manège.

C’est partit, je ne doute plus, c’est juste un jeu après tout. Je me prépare à essayer la plus belle des attractions.

Je m’habille d’abord. J’ai choisit un corset noir, avec des rubans rouges sang entrecroisés devant, de fines bretelles et un petit nœud. Je le trouve magnifique. Sinon j’ai une jupe noire en velours, vaporeuse, très ample, où les tissus se superposent comme par étage et enfin avec le bord en tulle rouge. Elle m’arrive un peu en dessous des genoux. Pour les chaussures j’ai longtemps hésité, mais finalement je ne me suis pas privée. J’ai acheté des bottes noires, sans talons, a bout arrondit, avec des ficelles entrecroisées au devant (nda : vous voyez le genre ? Pour ceux qui connaissent les Dc Martens…). Mes cheveux maintenant. A l’aide de divers sort, je les lisse après les avoir lavés dans un large évier –dans un coin de la salle- un sort les brosse pour démêler les nœuds, et un autre achève de les rendre soyeux. J’arrange ma frange, très fine pour qu’elle soit bien régulière, et je la coupe un peu pour qu’elle me tombe juste légèrement devant les yeux. Je m’approche a pas lents de la commode, les produits dessus me tentent. Je me suis trop longtemps privée, je n’ai jamais ressemblé à une femme, jamais et à présent je voudrais bien peu rattraper tout ce temps perdu. J’ai besoin de me sentir ce que j’ai toujours nié, j’ai besoin de me sentir comme un être humain, comme une jeune femme. Je passe un temps incroyable devant le miroir à éliminer toutes traces de fatigue, à me préparer avec soins. Pour une fois…

Je choisis aussi un vernis noir pour les ongles. Noir, toujours noir, c’est beau, c’est rassurant. On sais à quoi s’attendre : noir. Pas de nuances, pas de doutes, pas de clair ou de foncé, pas d’hésitation, non c’est juste noir, c’est tout. Simplement.

Mon collier a un genre médiéval, victorien, et inutile de vous préciser sa couleur. Sans commentaire la-dessus. Je regarde l’effet final dans le miroir. Méconnaissable. Je suis absolument méconnaissable c’est certain et j’ai beaucoup de mal à assimiler que l’image que me renvoie le miroir, et bien… c’est moi. Ça me paraît si impensable. Je suis totalement différente. Métamorphosée. Je ne suis à peine capable de me reconnaître moi même. Ma personnalité enfouie et écrasée refait inévitablement surface. Comme j’ai toujours voulut être dans mes rêves. Dans mes rêves… Alors les rêves peuvent se réaliser ? Je bouge le bras pour m’assurer que mon reflet fasse bien de même. Aucun doute. Je tremble. Je suis à la fois terriblement excitée et terrorisée. Des séquelles subsistent encore de l’autre vie. C’est normal, toujours il en restera. Toujours quoi qu’il arrive. Je ne peux pas nier le passé, mais il ne faut plus y penser.

Je prends mon courage à deux mains et me décide. Je regarde l’heure, je vais bientôt y aller. J’attends d’être sûr qu’il y est tout le monde, si je dois y aller alors autant tout faire d’un coup comme ça je serais tranquille après. Je cogite. Je fais d’incessants tours de la salle en tentant de corriger ce dos courbé. Les gens doivent faire un effort pour se recroqueviller quand ils le veulent et marchent droit automatiquement, pour moi c’est l’inverse je dois me forcer à rester droite, ce n’est pas naturel. Je le vois, dès que je ne fais plus attention, mes épaules s’affaissent, mon corps entier se tasse, le buste penche en avant, je suis voûtée. 7 ans à marcher comme cela ne s’effacent pas en un claquement de doigts. J’abandonne mon exercice.

C’est l’heure, je vais y aller, je vais… mais je ne suis pas… pas prête, c’est pas possible ! Il faut que j’arrête de parler comme ça j’ai l’impression de me retrouver dans la peau d’une cruche. Je vais y arriver. Surtout que je sais que cette entrée marquera un tournant décisif dans ma vie. A jamais. Plus de possibilité de revenir en arrière. Rien ne sera plus comme avant, et tant mieux. Oui, c’est ça, je n’ai pas à me faire de soucis. J’inspire un grand coup, je laisse mes anciennes fringues dans la salle. J’irais les reprendre une autre fois, jamais je ne les abandonnerai, c’est quand même le témoignage indéniable de ma vie passée, une preuve. Je dois me rappeler de ma souffrance pour ne pas refaire la même erreur.

Je ne ferais pas demi-tour, je vais le faire. Je ne suis pas prête mais peu importe, que je le sois ou non je dois quand même y aller et maintenant ou jamais. Tout doit changer, c’est plus dur que ce que je pensais. Je laisse la démarche fragile et je me redresse, comme je viens de le faire quelques instant plus tôt. Je soupire. Il y aura du travail pour bouleverser les habitudes. J’avance, le plus dignement possible.

Domination by alice141191
Author's Notes:
voila voila ENFIN le new chap... Dsl mais avec la maintenant hpf... Enfin voila et je remercie mes deux p'tits lecteurs-revieweurs ^__________^ C'est tout gentil ces compliments =) Et là les choses sérieuses commencent dans ce chap !! Bonne lecture donc et surtout donner moi vos avis, ça fait vraiment plaisir de se sentir lue ^^
Au bout de longues minutes, l’entrée de la grande salle m’apparaît. J’entends les bruits des conversations, mon cœur bas vite. Je me tiens droite, le buste en avant, déterminée.

J’avance, un pas, deux pas, trois pas, encore. Alors que je franchis le seuil de la porte je sens petit à petit tous les murmures cesser. Le silence. Il n’a de cesse de m’angoisser, il m’étouffe ce silence là. Je ne laisse rien paraître de mes émotions, je suis observée sous toutes les coutures, je suis passée au crible, regardée de haut en bas, de gauche a droite. Fouillée des yeux, l’examen infernal d’une bête de laboratoire. Qu’espèrent-t-ils trouver ? Je me sens oppressée. Je me sens mal, j’ai l’impression d’avoir la tête coincée dans un étau qu’on serrerait jusqu'à ce que la souffrance en devienne intenable. Pourquoi après 6 ans de réclusion je dois me trouver exposée à tant d’attentions ? Insupportable, la solitude m’a trop fragilisé, elle m’a craquelé et maintenant ces années vont me briser. J’ai peur, l’angoisse me tort les boyaux. Je ne dois pas céder, pas après tant d’effort, pas maintenant !! Je décide de ce que je veux faire, c’est moi et seulement moi ! La peur ne me paralysera pas cette fois, plus jamais elle ne me contrôlera ! Trop longtemps elle m’a dirigé, aujourd’hui ce sera MOI ! J’avance d’un pas décidé, fière, je me répète que je domine, je suis digne. Je regarde droit devant, un air dédaigneux et glacial envers eux qui ont essayé de me faire échouer. Je les déteste.

J’observe la table des Gryffondor, et j’arrive trop tard, il n’y a plus de place. La seule est en face de Black qui me regarde comme s’il venait de se prendre un seau d’eau glacée en pleine figure. Je ne comprends rien, décidément rien. Il n’empêche que je suis bien obligée et je me doute que si la place en face de Black est libre, ce n’est pas pour rien, les Maraudeurs devaient être entrain de préparer un mauvais coup et évidemment je vais déranger. Tant pis, je m’assois enfin, sans rien dire, sans un regard pour personne. Je me mure dans un profond silence qui ne laisse transparaître aucun sentiment. Championne dans ce domaine. Et j’entends de tous les côtés des murmures « Mais c’est qui ? », « Elle est nouvelle ? », « Tu l’as connais ? », « C’est bizarre, on ne nous a rien annoncé pourtant je suis persuadée de ne l’avoir jamais vu ».
Je ne supporte pas de les voir me reluquer comme ça. Ils m’agacent tous avec leur curiosité déplacée, sans compter ce Black qui me fixe toujours. Je perds mon sang-froid. En 6 ans ce sera la première fois. De toute façon je sais qu’il y aura beaucoup de « première fois en 6 ans ». Le gens sont pathétiques. Il est temps que je fasse cesser toutes leurs questions insupportables sinon j’ai bien l’impression que je devrais répéter des dizaines de fois la même chose. Il en est hors de question. Calmement je me lève, les murmures s’arrêtent et je débite froidement :

- Non, je ne suis pas nouvelle, je m’appelle Aludra Parker et je suis en septième année. Votre curiosité est calmée ?

Je me rassois lentement. Je peux maintenant espérer un peu de tranquillité. Malheureusement c’est sans compter les maraudeurs… Black, qui semble à présent réveillé, me regarde bizarrement et dit a mon intention :

- Je connais tous les Gryffondor et je ne me souviens pas de t’avoir déjà vu…
Je ne réponds rien. Que dire ?
- Tu ne réponds pas ?
- Tu ne m’as pas posé de question. Dis-je toujours aussi glaciale.
Il n’a pas l’air de comprendre cet imbécile.
- Une question ? Si tu tiens absolument à une question je vais reformuler : D’ou sors-tu ?
- D’abord je n’ai jamais dis que je tenais à ce tu me poses une question, ensuite je ne suis de toutes façons pas forcée d’y répondre et enfin je ne sors de nulle part puisque je viens à l’instant de dire que je n’étais pas nouvelle. Des problèmes auditifs ?

Je me sens étrangement apaisée, comme lorsque je tenait tête à mes parents, petite. Têtue et fière déjà. De toutes façon mes parents, très riches, me gâtaient ; je faisais ce que bon me semblait, j’avais ce que je voulais, et je ne connaissais le verbe « céder » qu’associé à mes parents. C’était bon pour eux de céder moi j’ordonnais. Je leur imposais ma vengeance, ma vengeance face à cet isolement : ils m’éloignaient des autres, du moindre contact avec d’autres personnes. Je ne sortais presque jamais, j’étais juste dans ma chambre avec des jeux. Et je ne cherchais pas à comprendre pourquoi ils tenaient tant à m’enfermer. Ils se pliaient à toutes mes volontés, ils étaient aux petits soins et m’adoraient mais en échange de ce douillet cocon moi je devais ne jamais voir personne, ne jamais sortir. Je ne sais pas pourquoi, même maintenant encore, mais en tout cas il est clair que mon entrée à Poudlard leur a causé un sacré choc : ils ne pouvaient plus me protéger ou plutôt, m’étouffer comme ils le faisaient. Et à cause d’eux j’ai eu peur des autres, comment pouvait-il en être autrement ? J’ai grandit dans une vie où il n’y avait de place que pour moi et mes parents, dans une vie où on m’a apprit que l’extérieur était mauvais, dangereux, cruel et sans pitié… A l’entrée à Poudlard, il n’y a eu aucune libération du genre « la petite fille qui découvre enfin le monde » comme dans les contes de fée, non, à l’entrée le bourrage de crâne à fait effet comme il se devait, comme ils l’avaient prévus, j’étais terrorisée. Je n’ai pas eu besoin d’eux pour m’exclure cette fois, ils avaient tellement bien programmé, tellement bien manipulé que c’est moi-même qui me suis exclus. Pourquoi ont-ils tout gâché ? Il y a forcément une raison, je trouverais. Quoi qu’il en soit je suis interrompue par Black qui dit, stupéfait :

- Quoi ? Des problèmes auditifs ? Mais n’importe quoi ! Et puis ne répond pas à ma question si ça te chante de toutes façons ne crois pas que j’en suis préoccupé, simple curiosité.
Il est piqué au vif dans son orgueil, bien, très bien même, qu’il se taise si je l’ai vexé. Malheureusement il ne peut pas s’empêcher de reprendre la parole :
- N’empêche que je maintiens ce que j’ai dis : je ne t’ai jamais vu nulle part. Je suis persuadé que tu caches quelque chose c’est tout…
- Tu veux peut-être jouer les Sherlock Holmes ? En tout cas ce sera sans moi, cherche toi un autre cobaye. Et puis même si je « cachais quelque chose » comme tu dis et alors ? Tu connais le verbe « cacher » tu sais, dans « cacher » il y a l’idée de secret donc puisque tu est, soit disant, très intelligent et que tu connais la définition de « cacher » tu devrais savoir que si je « cachais quelque chose » je ne te le dirais certainement pas.
J’avoue être allée un peu loin, je l’ai vraiment pris pour un débile, ce qu’il est probablement de toutes manières, et il est certain que, forcément, il va mal le prendre. Très mal le prendre. La réaction ne tarde pas, il a l’air profondément agacé et répond de mauvaise fois :
- Comment ça « soit disant intelligent » parce que tu en doute ? C’est pathétique tu dois être une des seules.
Je le vois qui doit trouver ça inadmissible, inacceptable seulement il ne peut pas savoir quel compliment il vient de me faire : « une des seules ». Non vraiment faut que je le remercie, c’est trop gentil. Je n’ai pas le temps de parler qu’il continue :
- Et puis je signale à Mme qui se crois plus intelligente que tout le monde que c’était une simple constatation.
- Sache que tu viens de me faire un merveilleux compliment, tu as bien compris que je ne suis pas une de tes admiratrices et très loin de là puisque tu as bien dis « une des seules », peut-être es-tu un peu plus intelligent que je ne le pensais après tout ? Mais sinon il me semble que tu es très mal placé pour parler d’arrogance et puis évite de constater à haute voix la prochaine fois, ça m’incommode.
Il paraît quelques instant déconcerté et me regarde sans comprendre. Ce type ne comprend-t-il donc jamais rien ? Ça ne m’étonne pas…
- Je constate comme je veux ! S’offusque-t-il finalement.
- Réplique pitoyable, un gosse de 4 ans aurait dit la même chose.

Il est à bout de nerfs, totalement indigné, il ouvre la bouche, ne trouve rien à dire et la referme. Il reporte finalement ses yeux sur son assiette et s’acharne sur ce pauvre pudding qui n’a rien demander. J’ai diaboliquement adorée le dialogue. Enfin de la distraction, enfin je peux exprimer tout haut ce que je pense, ce que je meure d’envie de déverser. Combien fois de j’aurais voulu envoyer deux ou trois répliques bien sentis à des imbéciles du genre Black et leur clouer le bec ? Et combien de fois j’ai du me retenir ? A chaque fois j’étais terriblement frustrée de devoir ainsi me taire et m’écraser. Maintenant c’est finis, plus besoin.

Je finis de manger lentement, je me lève et part tranquillement, sans un seul regard pour ce Black.




A la table des garçons la conversation allait bon train maintenant, c’est James qui dit en premier, amusé :

- On dirait que notre cher Sirius à trouvé une adversaire à sa pointure, n’est-ce pas ?
- Quoi cette fille à ma pointure ? Alors là c’est absolument n’importe quoi ! C’est juste une petite prétentieuse qui se croit tout permis !
- Hum… Bizarrement ça aurait tendance à me rappeler quelqu’un, quelqu’un qui est assis juste à côté de moi et qui fait la gueule… Répondit James qui adorait comme à son habitude taquiner son meilleur ami parce qu’il savait que, bien sûr, celui-ci plongeait à tous les coups.
- Je vois vraiment pas de qui tu veux parler, Remus ne fait pas la gueule. Marmonna Sirius qui faisait semblant de ne pas comprendre.
- Oh mais non pas assis à ma droite, assis à ma gauche.
- Ah et qui ça ? Parce que à part moi je vois personne d’autre à ta gauche et moi tu vois bien que je ne fais absolument pas la gueule.
- Mais oui bien sûr…
- Et puis de toute façon je vois pas pourquoi je ferais la gueule hein ? Non mais tu vois j’ai aucune raison, tout va bien.
- C’est sûr, si on mais de côté le fait que tu viens pour la première fois de ta vie de te faire magistralement écrasé par une fille.
Finalement Sirius souffla, signe de capitulation, et dit d’un air résigné :
- Mais que veux-tu, c’est pas une fille c’est… c’est…
- Si si c’est bien fille, je t’assure.
- Arrête de te foutre de moi j’ai bien vu que c’était une fille mais c’est juste qu’elle s’apparente plus à un bloc de glace oui c’est ça, un… un bloc de…
- De glace oui oui on a compris Sirius.
- Mais arrête !
- C’est que cette fille à l’air de vraiment te déstabiliser Patmol ; se moqua James, apparemment ravis de la situation.
- Mais non ! C’est toi qui me coupe sans arrêt ! C’est pas drôle James, t’as vu comment elle était non ? Vraiment je t’assure c’est une dingue. Totalement glaciale, inexpressive, c’est ahurissant : pas énervé ni agressive juste glaciale.
James sourit malicieusement, adopta immédiatement l’air de celui qui va encore sortir une bêtise et dit :
- Oh mais c’est pas notre Patmol national qui se vante de chauffer toutes les filles ? Fait nous le fondre ton bloc de glace !
- Pas envie… grommela-t-il.
- Quoi ???? Tu te sens bien, t’es sûr ? Alors c’est bien la première fois que je te vois refuser de draguer une fille. Surtout que cette fille elle est plutôt jolie faut le dire. Non, c’est vrai tu l’as bien vu au moins ? En tant qu’expert moi j’dirais qu’elle est même carrément très mignonne, oui c’est vrai, pas mal du tout cette fille…
- Bon t’as finit oui ? Je te la laisse si tu veux, pas de problème ! Va lui courir après toi, puisqu’elle siiiiii belle !
- Ah nan moi tu sais bien que je courre déjà après Lily et crois moi ça me suffit ! Et puis tu ne vas pas me faire croire que tu ne l’as trouve pas belle ! Allez vas-y dit t’en pense quoi ?
- Mouais… Bof… C’est une fille quoi… Banale…
- Arrête Sirius tu ne sais pas me mentir ! Alors ?
- Pas mal…
- Seulement ?
- Plus que pas mal…
- C’est tout ?
- James !!! Arrête ça tout de suite ! Bon elle est vraiment belle, t’es content ?
- Ah bah voilà !! Eh ben il t’en aura fallu du temps dis moi !
- Ben qu’est-ce que tu crois, je suis pas réputé pour ma simplicité, qui à dit que j’étais simple hein ?
- Oh personne et a mon avis cette fille ne l’est pas non plus !
- Pourquoi faut-il encore revenir à cette fille ? se plaignit-il.
- Parce que je sais que t’adore les filles compliquées.
- Et comment peut-tu le savoir puisque je ne suis jamais sortit avec une fille compliquée, comme tu dis ?
- C’est parce que t’as pas encore trouvé ! Mais je sais bien que t’aime la difficulté, tout avoir d’un coup, tout savoir d’un coup ça t’ennuie et c’est pour ça que ton record de relation avec une fille s’élève à même pas 1 mois.
- Ouais… Bon peut-être que t’as pas tord, tu me connais trop bien… En tout cas je peux te dire que cette fille là n’est pas mon genre.
- Et comment le sais-tu ?
- J’ai horreur d’être rabaissé comme elle l’a fait et puis tu parles de compliqué franchement je vois ce qu’elle a de compliqué, c’est juste une emmerdeuse.

Et la discussion changea finalement de sujet…




Je m’assoie confortablement dans un fauteuil de la salle commune, je suis réellement soulagée de quitter enfin cette oppressante salle si vaste qui me condamnait à subir et affronter tous ces gens. Ça faisait longtemps que je n’y étais pas allée. Habituellement je mangeais tout simplement aux cuisines comme ça je ne voyais personne et personne ne me voyait. Et de la même façon, jamais je ne restais à la salle commune. Jamais. Pareil pour le parc, j’y allais souvent quand il faisait très froid, qu’il n’y avait personne. Ou alors, j’étais la plupart du temps entrain de promener dans les couloirs à explorer inlassablement, et quelques fois même je m’asseyais dans les salles de classe vides pour m’entraîner ou juste me reposer. M’entraîner à quoi ? A un peu tout en fait… Beaucoup à la magie en particulier, souvent, très souvent. J’avais pris l’habitude de subir plus de 2 heures d’entraînements par jour, quand c’était possible. Je n’avais que ça à faire de toute façon, si bien que j’étais très largement en avance sur le programme. A vrai dire je m’étais d’ailleurs penchées sur des sorts extrêmement difficiles qui n’étaient pas prévu à l’apprentissage au cours de notre scolarité…

Il me fallait bien un objectif qui me maintienne en vie, un but. Une vie sans but n’aurait servit à rien, et je suis persuadée que ça m’aurait été parfaitement insupportable. Alors quand je réussissais ce que je m’étais fixée, je visais plus haut, toujours et encore plus haut à chaque fois si bien que j’ai atteins un niveau largement supérieur la moyenne. Mais je ne pouvais en aucune façon le montrer en classe car on m’aurait remarqué. Ils se seraient tous mis à me regarder. Et puis, de toute manière les profs ne m’interrogeaient que rarement. Au début on m’encourageait à participer à l’orale, à progresser et à prendre la parole mais quand ils se sont lassés quand ils ont remarqué que je n’avais aucune envie de faire d’efforts. D’après eux je ne veux pas travailler, normal qu’ils pensent tous ça puisque je me suis tant efforcée de leur montrer des performances très moyennes voir médiocres. Je devais à tout pris me fondre dans masse. J’ai été plusieurs fois sermonné à propos de ma passivité mais ça n’a servis à rien : il ont abandonné. Et puis tous ces sermons ne réussissaient qu’à me souffrir encore plus, ils croyaient tous que je n’étais qu’une fainéante, tellement banale que j’en devenais bonne à rien, douée en rien. Ils ne me l’ont jamais dit explicitement mais je ne l’ai que trop bien compris. Il m’ont même demandé si je me rendais compte de la chance que j’avais d’être sorcière et que je devais en profiter, un peu plus et je n’aurais pas été étonnée qu’ils croient que je préfère être moldue ! Et ils se trompaient tous !! J’aurais tellement voulu montrer de quoi j’étais capable, montrer que moi aussi j’avais des capacités, que moi aussi je réussissais et même mieux que les autres ! Je voulais les impressionner. J’ai tellement de fois faillis céder, ma baguette dans la main, devant la classe… Sans compter que, une fois que l’on réussis si bien quelque chose, le rater devient plus dur que le réussir. Ce n’était pas possible et maintenant si. Vivement demain, lundi.

Quoi qu’il en soit ma faiblesse reste et demeurera les duels… Personne contre qui me battre, je ne peux pas m’entraîner contre un mur malheureusement. Heureusement vu la grande diversité de sorts que je connais, j’ai un grand avantage et puis aussi l’attitude, un de mes meilleurs atout. Je ne sais que trop bien employer les façades pour déstabiliser l’adversaire. Je sais paraître glaciale mieux que personne, c’est d’ailleurs certainement l’expression que je réussis le mieux après la passivité. Celui-là forcément je le maîtrise totalement vu que je l’employais chaque jour c’est d’ailleurs très utile lors des duels. Mais je préfère largement les regards de pur haine, ça doit être tellement plaisant d’observer les réactions les gens. Je n’en ai pas eu l’occasion pour l’instant mais je compte bien y remédier et rapidement. Je vais mettre à profit cet apprentissage, des heures d’auto-observation devant un miroir, j’ai du faire des sacrifices pour apprendre tout ça, j’ai tellement horreur des miroirs. Ce reflet de mon image ça me crispe, ça m’énerve, dire qu’un miroir arrive à me rendre folle de rage, dégoûtée ou simplement déçu. D’après ces stupides superstitions j’en serais à un total de plus de 70 ans de malheur.

Enfin j’aime beaucoup toutes ces attitudes, j’aime être sournoise, hautaines, dédaigneuse. Je ne sais pas comment les autres réagiraient si j’essayais. Quoi qu’il en soit ces heures m’étaient nécessaires pour libérer ce que je ressentais sans qu’on ne le voit.


Pour en revenir au duel je pense que je n’aurais pas de mal quand aux déplacements souples et agiles, ce qui risque d’être plus dur c’est surtout les réflexes. J’ai quand même un énorme avantage par rapport aux autres : les sorts informulés. J’ai commencé l’apprentissage il y a trois ans et je n’ai pas arrêté de m’entraîner. Au début je n’y arrivais pas du tout, longtemps je n’ai eu aucun résultat mais, loin de me décourager, ce nouveau défi m’a poussé à me documenter. J’ai lu des ouvrages qui donnaient des conseils, principalement sur la concentration, l’état mental et j’ai finis par voir naître mes premiers sorts informulés. Après ça, j’ai été tellement heureuse de cet exploit que je n’ai pas arrêté de tenter d’en apprendre d’autres encore et encore. Et j’avais de quoi faire vu le temps qu’il faut pour maîtriser chaque sort, vu la complexité de la tâche : le travail est énorme. Peu n’importait de toutes façons le temps qu’il fallait puisque je n’avais que ça. J’ai finis par y arriver de mieux en mieux à force d’entraînement et plus j’en apprenais moins je mettais de temps à les assimiler. J’ai finis par acquérir la technique et aujourd’hui, je mets beaucoup moins de temps à apprendre un sort.

Finalement je décide de lire, je sors un livre de mon sac et commence ma lecture… Je plonge dans un autre univers, j’ai encore un peu de tranquillité. Et puis au moins je sais quoi faire… Je peux rester des heures et des heures sans bouger, avec mon livre ouvert.

Je suis tellement absorbée par ma lecture que j’en oublie le déjeuner et dévore chaque mot avec avidité. L’après-midi doit être bien entamé déjà quand j’entends vaguement une voix lointaine m’appeler. J’émerge, et reprends peu à peu mes esprits quand je me retourne et me retrouve nez à nez avec Black. Qu’est-ce qu’il fou là lui ?
froideur & tendresse by alice141191
Note : ENFIN un nouveau chapitre !!!! Bon ben chui vraiment disoulé du retard mais bon j'ai du mal a gérer les devoirs cette année donc j'ai pas beaucoup de temps libre ^^" !!! Et en plus comme je relis mes chapitres au moins 8 fois vous comprenez que ça se fait pas en 5 minutes... Bref sinon je vous remercie vraiment pour toutes vos reviews, c'est trèèèèès gentil !!! ça me fait énormément plaisir et ça m'encourage à me bouger le popotin pour écrire une suite =) Donc un grand merciiiiiiiiiiiiiiiii !!!!! ^________________________^

Bon voux remarquerez quand même que ce chapitre est loooong (par rapport aux autres quoi ^^) et assez spécial quand même... Vous verrez que l'idée de James à fait son chemin, et comment on peut la coupler à la vengeance mais surtout que... arfff nan nan j'me tais ok :] Bon bonne lecture za tous !

IMPORTANT : Du retard pour le prochain chapitre car j'ai un gros problème de net !! Internet a disparuuuuuuu chez moi >.< Bref comptez au moins 2 semaines avant que le problème soit résolu !! (ça fait long mais croyez moi ça ne m'amuse pas :s c'est duuuuur plus d'internet-euhhhh)





Je le fixe froidement en espérant qu’il comprenne que j’ai absolument horreur qu’on m’interrompt dans mes lectures et puis le petit dialogue d’hier ne lui a pas suffit ? Ce type doit être sacrément maso pour venir se jeter ainsi dans la gueule du loup. Enfin, quoi qu’il en soit, il s’en fou et me lance :

- Et après tu dis que c’est moi qui ai des problèmes auditifs non mais t’es sourde ou quoi ?
- Je lis.
Cette fois je décide de ne pas répondre à ses attaques, je n’ai qu’une seule envie : retourner lire, j’ai été coupé dans un passage crucial et personne ne m’a jamais dérangé quand je lisais avant. C’est plus qu’agaçant. D’ailleurs ce Black m’énerve. Qu’il parte et c’est tout ! Je veux lire mince ! Je m’en fous royalement de ce qu’il peut vouloir me dire ! Malheureusement pour moi il ne semble pas voir les choses comme ça et reprends la parole :
- Ça j’avais bien vu. Se moque-t-il.
- Alors pourquoi me déranger ? Si c’est pour rien, je ne te retiens pas.

Il semble ignorer ma remarque et demande :

- Et tu lis quoi ?
- Je ne vois pas pourquoi je te le dirais.
- Parce que je te le demande et c’était bien une question cette fois tu vois, contente ? Ça y est maintenant tu peux me répondre ? Me dit-il comme s’il s’adressait à un gosse de 3 ans.
Je souffle, affligée et dit d’un air fatigué :
- Tu n’as décidément rien compris à ce que je t’ai dit tout à l’heure. Et je m’en fou Black, tu me fatigues alors désolée pour l’accueil mais dégage s’il te plait.
- Tu ne peux pas être aimable 5 secondes, ce n’est pas dans tes moyens ça d’avoir un minimum de gentillesse envers les gens qui viennent te parler ?
- Si, quand j’en ai envie, c’est tout.
- Mais je ne vois pas ce que j’ai fait de mal là pour que tu ne « daignes pas me parler ». Me dit-il sans comprendre.
- Tu me déranges Black et ça c’est largement suffisant.
- Et tu peux m’expliquer pourquoi je te dérangerais ?
- Pas envie.
- Pourquoi ???
- Parce que.
- Eh ben franchement Parker je dois dire que tu n’es vraiment pas passionnante… T’es égoïste, tu n’aimes pas parler, t’es pas sympa… Et je suis sûr que tu as encore plein d’autres défauts. Non vraiment tu vas rester sans amis toute ta vie, sans mec, vieille fille prude et frigide. De toutes façons je suis persuadé que tu n’es qu’une coincée intello sans intérêt quand je vois que tu es restée cinq heures dans un bouquin.

Mais pour qui il se prend ce crétin ? Je lui répond d’un ton glacial :

- Ecoute moi Black d’abords ne te permets pas de me juger quand tu ne me connais pas d’ailleurs toi même tu l’as dit ce matin donc boucle-là. En ce qui concerne ma vie tu n’en vois que vaguement les apparences, c’est même peut-être une illusion et en fait non : c’est TRES CERTAINEMENT une illusion donc considère que tu ne sais RIEN. J’ajouterais que mon avenir est également personnel, et pour t’éviter une expression vulgaire je te conseillerais juste de te mêler de tes affaires. En tout cas tu es très mal placé pour savoir à ma place ce que je vais devenir à moins que tu ne comptes faire devin mais je te le déconseille, tu irais droit vers la ruine. Et puis mes activités ne te regardent pas non plus. Décidément tu es beaucoup trop curieux, si j’ai envie de lire, je lis. C’est tout. Et puis tu te trompes. Ta technique de manipulation est pitoyable et beaucoup trop classique. Tout toi.
Il s’approche dangereusement, il est énervé et me lance, d’un ton sensé se vouloir menaçant :
- Je m’en fou aussi de ce que tu penses Parker. Et toi non plus je ne te permets de me traiter de « pitoyable » ou « classique » puisque toi non plus tu ne me connais pas. Et puis si je me trompe, prouves-le !
- Je sais qui je suis, ça me suffit. Toi, tu n’as pas besoin de le savoir.
- Ah ! J’en étais sûre, tu refuses !! Tu as trop peur c’est sûr donc j’ai raison ! s’écrit-il triomphalement.

Je le vois qui commence sérieusement à s’énerver de mon grand manque de réactions. J’ai terriblement envie de me débarrasser une bonne fois pour toute de ce parasite qui commence sérieusement à me fatiguer, je veux lire moi, je veux qu’il parte, je veux être tranquille !! Il ne me lâchera jamais mais alors qu’il la propose son idée débile, on en parlera plus comme ça !

- Je n’ai absolument pas besoin de te prouver quoi que ce soit mais si ça peut te faire plaisir… Je suis vraiment trop charitable aujourd’hui, je ne me connaissais pas autant de générosité. Enfin quoi que tu fasses sache que ça te retombera obligatoirement dessus. Mais vas-y parce que j’ai pas que ça à faire moi.

- Te fou pas de ma gueule Parker ta « générosité » j’en ai rien faire, je n’ai besoin de rien venant de toi. Et puis sinon attends je réfléchis…

Il m’attend vaguement marmonner un « parce que t’en ai capable ? » mais n’en prend pas compte. Il m’agace. Qu’il se dépêche je n’ai vraiment, mais alors vraiment, pas que ça à faire. Qu’est-ce qu’il va me sortir comme débilités encore ? Je crains le pire. Et puis je le vois qui sourit, un grand sourire factice, le sourire éclatant du dragueur orgueilleux et surtout un sourire qui dit « Je vais te piéger » mais surtout « je vais me venger ». C’est mauvais ça, très mauvais même. Il fait durer le suspense, le temps d’angoisse mais s’il croit pouvoir se délecter de me voir paniquer il se trompe. Non, Black tu ne n’auras pas comme ça, pas moi. J’adopte mon air si détaché, si désinvolte, las, et ennuyé comme je sais le faire à la perfection. Ce sourire me perturbe pourtant mais il ne le sais pas, d’ailleurs il prend un air profondément agacé par ce manque de réaction et cesse son jeu, la sentence tombe, aussi assommante qu’inattendue.

- Cap de m’embrasser ?

J’aurais tout imaginé sauf ÇA. A-t-il perdu la raison ? Totalement prise au dépourvu, je garde néanmoins cet aspect impassible, alors que cette fois je panique réellement. J’ai toujours fuit l’angoisse maintenant c’est trop tard. C’est la seule chose que doit donc apporter la vie ? Angoisse et encore angoisse ? Je ne veux surtout pas partir comme une lâche, ça serait très certainement tout rater. Et il est hors de question que je l’embrasse. Hors de question. Je dois gagner, je gagne toujours. On ne m’a pas comme ça, pas moi. Ce Black est fou à lier, que croit-il ? Et puis pourquoi il a choisit ça ? Je ne vois vraiment pas ce qu’il y gagne, je ne suis pas belle alors pourquoi me demande-t-il de l’embrasser ? C’est absurde. Enfin je réfléchis à une vitesse folle, je tente de me calmer et une idée machiavélique me vient miraculeusement. Diabolique, sadique, délicieuse. Il comprendra. Je me retourne brusquement vers le groupe de garçons d’à côté, je m’approche d’un, un batteur de l’équipe de Quidditch il me semble, je l’embrasse soudainement sans qu’il n’est pu comprendre ce qui se passait. Tant pis. Black m’insupporte. Il est tout mon contraire et se crois tout permis avec tout le monde. Pas avec moi. Je suis différente. Il ne jouera pas. Je jubile d’avance de voir sa tête. Je lâche enfin celui que j’embrasse, me retourne triomphante vers Black alors que quelques secondes plus tard je décide d’adopter mon masque de glace. Je veux qu’il comprenne qu’on ne joue pas à ça avec moi. Jamais on a pu me manipuler. Jamais. Et surtout jamais je ne dépendrais d’une personne. Je décide. Pour qui se prend-il pour essayer de me piéger moi ? Ce prétentieux à peut-être cru m’avoir comme ça ? Mais quelle naïveté ! Moi piégée ? Jamais. Cette idée n’aurait même pas dû lui effleurer l’esprit. Je le regarde encore quelques instants avec une profonde froideur, je suis dédaigneuse et dégoûtée. Quelle délectation de l’observer se décomposer ! Une délectation sournoise, une délectation malsaine. Il devient livide, me regarde d’un air incompréhensif. Black ne sait pas se cacher ! Je sais qu’il parfaitement qu’il vient de subir la plus grande humiliation du siècle ! Je le sais et il ne parvient pas à le dissimuler. Black humilié, une sale satisfaction m’envahit. Il représente tout ce que je n’ai jamais été : J’étais inexistante pour tous, lui il a toujours été le plus connu des élèves. Il a une confiance sans borne en lui, alors que j’avais peur ne serait-ce que de moi-même. Et puis il est tout ce que je ne veux pas être : d’une banalité affligeante. Trop humain. Trop prétentieux. Trop dépendant des autres. Il est trop, trop tout. Je passe près de lui et l’achève :

- JE décide, JE ne suis pas coincée et TU ne sauras RIEN.

Je monte, la tête haute.




Dans la salle commune un certain jeune homme ne parvenait pas à reprendre ses esprits et restait planté là, sonné, les yeux dans le vide. Aucune pensée cohérente ne lui parvenait. Lui, le grand Sirius Black venait de subir un choc et son égo venait certainement de se prendre la plus grand claque qu’il n’avait jamais subit. Mais toutes ses interrogations étaient dirigées vers cette fille. Jamais il n’avait vu quelqu’un d’aussi compliqué, quelqu’un de si contradictoire, quelqu’un aux sentiments autant ambivalents et surtout, jamais personne n’avait été tant culotté. Cette fille regorgeait de mystères. En essayant de prendre les choses par leur commencement il tenta d’y voir plus clair :

« D’abord, elle surgis d’on ne sait où sans que personne ne la connaisse et pourtant elle dit bien être là depuis sa première année. Ensuite, je me fais rembarrer bien froidement pour une simple question. Après je la vois lire sans interruption pendant presque 5 heures à tel point qu’elle en oublie de manger. Quand je vais lui parler, c’est à peine si elle me répond et quand bien même, elle prend un malin plaisir à démonter la moindre phrase que je prononce et qui ne lui irait pas. Et surtout elle ne veut absolument pas que je sache qui elle est et encore « absolument pas » est faible, elle s’est carrément obstinée à garder le mystère, pas la moindre information qui n’est pu lui échapper, pas le moindre lapsus, non rien du tout... Elle semble contrôler parfaitement la situation, j’ai déjà l’impression qu’elle sait exactement ce qu’elle fait, ce qu’elle veut faire, comment y parvenir et qu’elle manipule tout ceux qui tentent de se mettre en travers de sa route. Moi je me suis fait manipuler et j’ai horreur qu’on se joue de moi comme ça. C’est totalement impossible. Moi, me faire avoir par cette… cette fille là ? Je rêve ! C’est sensé être le contraire. Ça aurait du être moi qui l’épate, moi qui la charme comme toute les autres, et moi qui puisse l’avoir parce que j’ai juste envie, parce que je veux me venger. Elle aurait dû céder comme toutes, elle aurait dû saisir l’opportunité que je lui ai laissé de m’embrasser. Là, elle n’a juste rien dit, elle était juste immobile, juste normale, comme si elle s’y attendait.

C’est incompréhensible, seulement et totalement incompréhensible. Personne ne peut être stoïque comme ça. Elle a bien un point faible, une phrase ou des gestes qui la fasse réagir. Le pire c’est qu’elle ne se contente pas de subir sans broncher, non : elle contre-attaque sans cesse. A chaque mot elle me démonte. Elle cherche à prouver qu’elle est plus forte, qu’elle a toujours raison. Mais comment a-t-elle osé refuser de m’embrasser ? Et elle ne s’est pas arrêtée là, évidemment ça lui aurait bien trop coûté, il a encore fallu qu’elle m’écrase. Je la déteste. Elle ne s’en tirera pas comme ça cette garce. On ne sort pas indemne quand on fait un coup pareil à Sirius Black. Est-ce qu’elle au moins vraiment qui je suis ? Moi, Sirius Black elle me connaît ? Absolument haïssable, imbue d’elle même, trop sûre, trop écrasante. Et elle a beaucoup trop raison, beaucoup trop de répartie. C’est mauvais pour moi tout ça, très mauvais. J’ai intérêt à la cerner et vite, très vite. Plus on connaît ses ennemis mieux c’est. C’est décidé il faut absolument que j’en sache un maximum sur elle, seulement elle se cache beaucoup trop pour que je puisse y arriver. Elle n’aurait jamais dû réagir comme ça de toutes façons, c’est impossible, plus j’y pense plus j’ai dû mal à comprendre comment elle a pu oser une telle chose. Je ne comprends rien et ça m’énerve, ELLE m’énerve.

Et puis aussi ce regard qu’elle a eu mais qu’est-ce qui lui a pris ? Définitivement folle ! Est-ce que ça la répugnait tant que ça de m’embrasser ? Non, bien sûr que non, c’est totalement impossible ! Il y a autre chose, elle tenait bien trop à me tenir tête mais elle a tord. Elle a voulu montrer qu’elle pouvait contrôler la situation, qu’elle m’était supérieure ? Elle se plante lourdement et je compte bien lui faire comprendre ! Je tiens à ma fierté et me sentir minable devant quelqu’un, il en ai hors de question.

Et puis l’autre à côté là, qui n’arrange pas les choses… Ça fait 10 minutes qu’il raconte comment cette fille est divine et à quel point elle embrasse bien. Mais qu’il se taise bordel !!! Il me donne envie de l’étrangler, ça aurait du être MOI et c’est tout !




Je suis montée au dortoir d’accord, mais je vais où ? Je fais quoi ? Ça fait bien longtemps que je n’y suis pas allée d’ailleurs… Je n’y dort plus et je n’y vais plus. Ma chambre c’est simplement la salle-sur-demande. C’est mon univers, personne ne connaît. Il y a tout : salle de bain, toilette, lit, table… C’est mon foutoir. Au début quand j’ai « déménagé » les filles du dortoir l’ont remarqué évidemment mais elles en ont rapidement pas fait cas. Elle ne s’en sont pas le moins du monde inquiétées et ne se sont pas posées trop de questions. En réalité elles étaient bien débarrassées, je les ai toujours traité le plus froidement possible, sans la moindre compassion, le moindre sourire si bien qu’elles ont finit par me détester : j’étais le parasite qui pourrissait leur vie entre « copines » (nda : vous comprendrez l’attitude d’Aludra quand vous lirez les descriptions au chapitre prochain). Pensez bien dans ces conditions qu’il était pour elles hors de question de s’en plaindre à Dumbledore. De toute façons, je sais qu’il a du être au courant, il est toujours au courant de tout, quoi qu’il arrive il en est très souvent le premier informé. Je me suis toujours demandée pourquoi il a laissé passer ça, il n’a rien fait. Mais je suis sûr qu’il doit avoir ses raisons, jamais je n’ai su pourquoi mais il est certain qu’il a du longuement réfléchir et je suis persuadée que quelque chose l’a décidé. En tout cas c’est tant mieux, vraiment tant mieux. Qui sait ce qui se serait passé si j’avais dû rester là-bas ? Je n’aurais jamais supporté, jamais c’est certain. Tous ces gens, tout ça, je devais être seule, je le sais. Ces 6 années étaient un passage obligatoire j’en suis persuadée. Je devenais folle et je ne sais pas de quoi j’aurais étais capable si je ne m’étais pas isolée à temps. La vie avec tout ce monde, ces filles autour de moi me rendaient totalement dingue. Je devais partir, prendre l’air ailleurs, les gens m’étouffaient, je n’étais pas encore prête.

Maintenant je sais que je dois retourner au dortoir… Comme l’isolement était essentiel, la réintégration est aujourd’hui elle aussi essentielle. Je suis réticente à l’idée de quitter la chambre qui m’abrite depuis 5 ans, ma salle-sur-demande, plus de moments toute seule et tranquille mais de toutes façons c’est plus que certainement le meilleur moyen de tourner la page… Et puis la question ne se pose même pas, j’y suis obligée, les gens m’ont vu, je dois dormir au dortoir, point final. Que penseraient-ils si subitement je disparaissais ? Toutes mes réflexions sont absurdes puisque que je n’ai aucun choix. Et puis ce n’est pas plus mal. Quoiqu’il est soit, c’est un pas important que je franchis, à partir de ce soir tout le monde sera désormais que je suis celle qui suis partit, celle sur qui tout une légende invraisemblable s’est construite (nda : expliqué par la suite). Tout le monde pourra à présent faire le ralliement avec moi avant et moi maintenant, ils comprendront que j’étais l’espèce de zombie qu’ils ne voyaient jamais que recopier sagement les cours. Seulement ils ne comprendront rien au changement, rien.

Je monte au dortoir hésitante, j’ouvre la porte avec précaution et heureusement il n’y a personne. Vide. Je me souviens du départ. Quelle joie !

Mon lit est parfaitement fait, impeccable depuis cette rentrée, personne n’y est venu. Ils n’ont pas du osé à cause de cette stupide « légende ». Heureusement. Je regarde vaguement les affaires des autres. Je m’approche du lit. Je suis fatiguée, j’ai été forte toute la journée, j’ai bien le droit à un peu de repos non ? Je me sens toute fragile, cassable, et je décide de dormir juste quelques temps, ça passera. Je m’enroule dans les chaudes couvertures, me détends, je peux me laisser aller. Je n’empêche pas les émotions de déborder : fragilité, doute, peur… Toutes mes faiblesses. Je pleure silencieusement. Il y a eu bien trop de choses à affronter en une seule journée. Au milieu de ces décombres de pensées tourbillonnantes, je finis par m’endormir.




A quelques pas de là, Sirius Black cherchait une certaine Brooke, chargée soi disant de lui transmettre un message. Il n’était de secret pour personne que les Maraudeurs avaient trouvé un passage pour monter au dortoir des filles et ils en profitaient allègrement. Ainsi, après avoir cherché déjà dans la salle commune et la grande salle, Sirius avait tenté les dortoirs. Il toqua à la porte, aucune réponse. Il décida d’entrer, au cas où. Ce qu’il vit alors le stupéfia. Devant lui sur le fameux lit « abandonné » se trouvait allongée la fille. Parker. Mais quelle surprise : elle dormait paisiblement et n’avait strictement plus rien à voir avec la folle pleine de haine, si écrasante d’il y a juste quelques minutes. Non il ne restait plus aucune trace de tels sentiments, d’une telle jeune fille. Elle était étendue, enroulée chaudement dans des couvertures, dans une position fœtale, comme pour se protéger, se sécuriser. Elle semblait toute fragile, toute pleine de doutes, toute douce… Elle dégageait l’impression de quelqu’un qui a juste besoin d’amour et d’assurance. Elle avait pleuré, de longues traces rouges en témoignaient, ses joues paraissaient encore humides de détresse. Elle avait ce visage angélique des jeunes fille naïves qui, perdues, cherchent à se frayer un chemin. A cet instant quiconque l’aurait vu n’aurait pu qu’avoir envie de la prendre dans ses bras, de la serrer en la consolant, en lui chuchotant : « C’est finit, ne pleure plus ». Mais qui lui avait fait mal ? ou quoi ?

Etait-elle l’ancienne occupante du « lit abandonné » comme tout le monde l’avait appelé ? En effet une jeune fille semblait avoir déserté son lit quelques années auparavant. En fait, cela avait débuté alors que toutes sortes de rumeurs avaient été fondé à propos de cette mystérieuse fille. Au début, certains avaient commencé à blaguer en disant que la « disparue » avait eu peur de son lit. Puis la blague avait finis par se transformer, si bien qu’a la fin c’était devenue une véritable rumeur qui disait que le lit avait été ensorcelé et avait rendu son occupante à moitié fantôme, soit disant qu’elle était condamnée à errer dans les couloirs et ne dormait plus que sur le sol. Absolument pathétique ! Fonder toute une histoire sur un simple lit était totalement ridicule et insensé et à priori personne n’aurait dû y prêter le moindre crédit. Seulement il semblerait qu’il existe malgré tout certaines personnes assez naïves et stupides pour croire à cette histoire rocambolesque. Enfin, quoi qu’il en soit, tout cela fit que, par principe, peu de monde n’osa s’approcher du lit.


Mais pour en revenir aux réflexions de Sirius, l’ancienne occupante que les gens apercevaient quelques fois, assez rarement à vrai dire, ne ressemblait pas le moins du monde à Parker. Il se rappelait d’elle vaguement, elle avait les cheveux tout ébouriffés, emmêlés, rêches et cassés, un visage sans vie, fade et dénué d’expression, petite certainement à cause du fait qu’elle soit si courbée. Elle avait de grosses cernes, paraissait lasse et errante, la tête baissée, elle traînait des pieds et tout ses cheveux lui cachaient le visage. Surtout elle lui avait parût squelettique. Mais Aludra n’était pas comme ça, non. Sirius les compara, Aludra était droite et mince, fière, une lueur de défis dans les yeux et une envie farouche de se faire respecter et plus même, d’imposer. Aludra avait une beauté froide et a cette instant une fragilité infantile, elle était dédaigneuse et à présent douce. Aludra était soignée, le teint porcelaine, les lèvres vermeilles, la peau sans aucun doute veloutée et de longs cheveux fins et soyeux noirs avec une jolie frange qui lui arrivait presque sur les yeux. Elle n’avait là pas de cernes sous ses beaux yeux qu’il se rappelait être, étrangement, couleur argent. Des yeux métalliques, brillants, vifs. Et elle avait une douce odeur fruitée, un subtile parfum de mandarine.

Il s’approcha plus près pour mieux la contempler et il se dit que, oui, il la trouvait belle, très belle et bien plus que n’importe laquelle de toutes greluches qui le draguaient. En vérité, c’était pour lui la plus belle, il savait qu’elle était différente de toutes les autres. D’accord, chacun est différent à sa manière mais pour elle il y avait autre chose, elle était plus que simplement différente. Il était tout près maintenant, doucement il remit une mèche de cheveux derrière ses oreilles, et bien heureusement elle ne se réveilla pas. Il ne pensait même plus, il ne pouvait plus. Il se pencha lentement pour se reculer ensuite brusquement comme s’il s’était brûler.

Il avait peur, juste peur de perdre le contrôle. Il ne comprenait plus maintenant ce qui lui était arrivé. Juste un élan de tendresse… Oui mais ce « juste » était de trop, il n’aurait pas dû, même « juste »… Pas lui Sirius Black. Que c’était risible ! Le grand, le beau, le viril Black qui se laisse emporter de cette manière ! Le pire c’est qu’il n’arrivait pas à fuir, il n’arrivait pas à se détourner, il voulait la voir, la voir encore, et la revoir, elle dégageait quelque chose de fascinant qui l’empêchait de détourner ses yeux. Il ne le savait pas encore mais il était piégé, à partir de maintenant ce visage ne devrait plus jamais le quitter. Il savait qu’il ne pourrait désormais plus la détester, il ne pourrait plus la voir comme une ennemie, pas maintenant. Et puis la raison le rappela, il DEVAIT partir, il la regarda un dernière fois et s’enfuit comme un voleur, les questions plus nombreuses encore si c’était possible, comprenant encore moins…
Rencontre et réflexions by alice141191
Note : D'abord je tiens vraiment à m'excuser de cet énorme retard et j'espère que vous me comprenez mais c'est la dernière ligne droite avant la fin de l'année et je dois bosser un maximum pour obtenir ma première S sans soucis... Donc c'est vraiment dûr de mener en parallèle l'écriture de ma fic surtout que j'ai en plus 2 coresspondances à gérer sérieusement parce que ces deux filles vont venir cet été (pas en même temps bien sûr), une grecque et une Américaine... Alors je peux vous dire que ça aussi ça me prend énormément de temps et j'ai le piano aussi enfin bref voila je tenais à me justifier pour que vous me compreniez...

Ensuite aussi j'essaie d'apporter un maximum de soins à mes chapitres, vraiment cette fic me tiens à coeur et je m'en voudrais de la gâcher en baclant mes chapitres pour qu'ils soient postés plus vites... Et je vous jure que du temps jen passe à relire encore et encore à retoucher telle ou telle chose, à remplacer tel mot qui sonne pas dans la phrase ou même à chercher une meilleur tournure ou enlever tel passage qui fait gnangan... J'fais de mon mieux quoi et j'espère que mon mieux vous convient ^^

Bon voila alors j'espère que vous serez trèèèèèès patients pour le prochain chapitre parce que j'avoue une panne d'inpiration qui me tient depuis plus de 3 semaines... Mais ne vous faites pas je suis entrain de débloquer la situation... Je crois que j'ai trouvé une parade :D Enfin vous verrez bien ça mais je tenais quand même à vous prévenir =)

Je vous laisse enfin à la lecture en espérant vraiment que ça vous plaise et que vous me communiquiez encore une fois tout vos avis où reflexions ^-^ Les auteurs qui me lisent comprendront pourquoi ça me tiens tant à coeur ;) On lit chaque review avec délectation :p

"synopsis" : Oui Aludra change beaucoup d'avis et oui c'est bien entendus fait exprès (de ma part j'veux dire) ^^ C'est quelqu'un de très contradictoire, elle ne sait pas où elle en ai alors forcément elle adopte certaines oppinions puis finalement se dit qu'elle avait tord.. Bref vous l'aurez compris elle se cherche comme beaucoup d'ailleurs... Et surtout vous verrez comment on peut tenter de se détacher d'un monde qu'on s'est construit et comment celui ci nous rappelle vite à lui... Mais pas de soucis, avec un bon sens d'auto-critique et d'la jugeote...





J’ouvre doucement les yeux, trop de lumière. Des fenêtres. Des rideaux rouges. Ah. Un endroit inconnu ? Mais je suis où là ? Et puis le lit. Bizarre. Le matin il me faut en général un long temps d’adaptation avant que je puisse aligner deux pensées cohérentes. Après quelques bâillements, clignements d’œil et étirements, je me souviens qu’en fait je suis dans le dortoir. Effectivement hier j’ai déménagé toutes mes affaires et mes « chères » colocataires ont enfin compris avec effarement que j’étais la légitime occupante du lit abandonné. Heureusement elles ont l’air de ne pas vraiment se souvenir de moi. Pas étonnant. Ça fait quand même environ 5 ans que j’ai déserté.

Je n’ai pas eu de mal à m’installer. Je crois qu’un regard assassin les a dissuadé de questions ou protestations. Tant mieux. Moins on me parle mieux je me porte. Je veux bien tenter de m’intégrer mais quand même. Il me faut un temps d’adaptation. Cela fait 6 ans que je ne parle à personne, je ne peux tout de même pas me mettre du jour au lendemain à être sociable. Quant-à mes « camarades » de dortoirs et bien… J’en viens à regretter la douce solitude de mon ancienne « chambre ». Elles sont quatre. La première est tout simplement une fille superficielle comme on en trouve qu’en parodie. Grande blonde qui se prend pour un mannequin avec la tartine de rose sur les paupières, les lèvres pulpeuses, forte poitrine mais faible QI. J’ai peine a croire que ces blondasses dont les séries nous gavent tant existent bel et bien ! Et puis ses deux autres copines ne sont pas mieux d’ailleurs. De vrais caricatures, c’est à peine imaginable ! Le portrait exact de la bimbo ! Elles doivent faire partie du fan-club de Black. Donc, raison de plus de les détester, il faut être foncièrement aveugle pour s’intéresser à un tel orgueilleux.

Quand à la dernière fille, je suis sûre que c’est la nouvelle qui est venue juste au début de l’année. De toutes façons quelqu’un comme elle ça ne s’oublie pas, elle avait déjà l’air très spéciale à la cérémonie de répartition, voir même carrément folle ! Je n’ai jamais vu plus excentrique ! Ses cheveux forment de belles boucles mais surtout, il sont rouges, rouges éclatants, très vif. Elle a aussi de petits canards jaunes pendus aux oreilles, un haut rayé vert fluo et noir à la coupe plutôt étrange, où plusieurs grosses têtes de mort sont imprimées sur le buste et les manches ; le tout agrémenté d’épingles à nourrices accrochées à divers endroits. Mais aussi un large pantalon noir avec des chaînes qui pendent et des chaussures noires aux lacets multicolores. Autre chose qui m’a marqué, elle a les ongles avec du vernis jaune fluo et rouge alterné, et des bracelets duquel pendent une multitude de petits objets bizarres. Et pour couronner le tout, elle a accroché en pendentif une sorte de grosse fraise rouge ! En y repensant je me dis qu’elle m’inspire décidément beaucoup de sympathie. Elle est pour le moins originale. J’ai envie de lui parler ce qui me surprend mais je n’en ai pas l’occasion de la soirée, les filles gesticules et piaillent sans cesse.




De son côté Sirius venait de se lever suite à un réveil purement Maraudiens composé d’un sonorus et de la voix ô combien douce de James qui hurlait… Pour une fois ce n’était pas l’eau… Il était tout de même dès plus fatigué et pas complètement bien réveillé. En effet, alors qu’il avait déjà passé la moitié de la nuit à tenter de s’endormir, hanté par le visage d’Aludra, il avait en plus fait un rêve étrange. Il ne s’en rappelait pas, ce qui l’agaçait beaucoup, il n’en restait qu’un souvenir flou, juste quelques bribes indistinctes. Il se rappelait très vaguement de parchemins, de larmes et enfin de cris…

Il se souvient aussi qu’il n’avait pas cessé de chercher des réponses à ses questions sur cette Aludra mais les choses n’avaient guères avancé. Il en était juste arrivé à un simple raisonnement : Si il ne l’avait pas vu avant alors qu’elle était là c’est forcément qu’elle ne ressemblait pas à ce qu’elle était à présent. Conclusion logique qui l’avait amené à se dire qu’elle avait quand même dû bien changer car il ne voyait pas du tout qui elle était avant. Il ne connaissait aucune 7ème année qui ai pu lui ressembler que ce soit de près ou de loin car pour l’instant il avait, pour tout dire, catégoriquement refusé la possibilité qu’elle est pu être celle qui avait occupé le fameux lit sur lequel il l’avait pourtant vu. Il avait tout bonnement refoulé cette idée et avait décrété que c’était juste impossible. Et finalement les choses n’avaient pas beaucoup changé puisqu’il ne savait pas qui elle était. Mais il découvrirait. Rien ne lui échappait.




Arrivée à la salle commune, je regarde avec attention les environs, les gens qui s’y trouvent. Il n’y a pas grand monde, les Maraudeurs qui discutent dans un coin, quelques filles qui gloussent à côté, un petit garçon qui travaille à gauche, le garçon que j’ai embrassé et que j’ignore d’ailleurs royalement, et une petite fille tout au fond de la salle repliée sur elle même, en boule, les joues baignées de larme. Je connais, j’ai eu l’habitude, souvent, très souvent sauf que moi je me cachais dans les salles désertes ou au fond de couloirs déserts. Ces gestes ne trahissent pas : elle est toute recroquevillée, le dos courbé, la tête penchée et des cheveux trop court qui tentent vainement de cacher son visage. Ses mains crispées et tremblantes serrent convulsivement un mouchoir alors qu’elle tente nerveusement d’essuyer ses larmes. Elle voudrait que personne ne puisse la voir. Je me rappelle alors le nombre de fois où j’aurais donné n’importe quoi pour me retrouver invisible… Elle doit avoir 11 ans pas plus. Je m’approche, juste guidée par l’émoi d’avoir juste en face de moi, il me semble, mon reflet 6 ans auparavant. Je m’assoie juste à côté d’elle, la gorge nouée, j’ai juste la sensation d’avoir en quelques secondes fait un brusque saut dans le passé. Et alors que je la regarde fixement, sans un mot me voilà plongée dans mes souvenirs. J’entrevois des scènes incohérentes défiler à toute allure dans ma tête. Et puis une petite voix tremblante met fin à ce flot qui me tétanise. Une voix incertaine, éteinte…
- Vas-t-en.
Je ne dis rien, je ne bouge pas et, un silence plus tard, la voix continue toujours si hésitante, cassée par les pleurs.
- Je ne veux pas de ta pitié.
- Je n’en ai pas. Je me souviens juste. Mais toi, raconte-moi.
- Mais raconter quoi ? Raconter qu’ils se moquent tous de moi ? Raconter qu’ils rit quand ils me voit ? Ou encore peut-être raconter que je passe mes journées à me faire humilier sans me défendre comme une lâche ? Et puis dire aussi que je n’ai pas ma place dans ce monde ? Ça servirait à quoi hein ? A rien. Tu t’en fou, tout le monde s’en fou et ma vie n’intéressera jamais personne. Je suis seule comme d’habitude je serais toujours seule alors tu vois ça ne sert à rien, tu peux partir. A près tout c’est vrai pourquoi s’occuper de cette gamine qui passe son temps à chialer dans des bouquins poussiéreux ?

Et les larmes coulent plus encore sur ses joues rouges, elle ferme les yeux, elle serre ses jambes repliées et baisse de nouveau la tête.
Je réalise que j’ai faillis subir le même sort qu’elle. Humiliée et rejetée. Mais je me suis cachée moi. Je me suis cachée de la vie, cachée tout ce que je pouvais au plus profond de moi-même. La source la plus sûre c’est bien Moi. Ce Moi qui m’a sauvé. Je n’ai eu confiance en personne d’autre qu’en Moi. Et je suis rescapée de l’humiliation…

Mais elle, elle ne doit pas faire cela, elle ne doit pas emprunter cette voix là. C’est trop long, une agonie lente qui n’a de fin, un frôlement de la mort quand on est trop lâche non seulement pour la mort elle même mais aussi pour la vie. Une moitié de vie, une moitié de mort. Une pseudo existence physique. Je n’ai trouvé que cette solution seulement j’ai découvert trop tard qu’elle était bien trop dure, peut-être même plus dure que la vie. Il n’est jamais trop tard mais j’ai perdu 6 ans… Peut-être pas perdus puisqu’ils m’ont apporté beaucoup, mais à quel prix ? L’autre voie je n’ai pas eu le courage de l’affronter tout de suite puisque que personne n’était là pour me souffler le chemin, pour me donner courage et confiance. Mais cette petite ne sombrera pas, j’en donne ma parole. J’ai brusquement envie de l’aider. Même si je comprends que son histoire n’est certainement pas du tout la même que la mienne je sais que je peux l’aider parce que nous avons un point commun fondamentale : les autres, le problème des autres. J’ai perdu 6 ans pour comprendre, elle ne doit pas gâcher tant d’années. Elle, elle doit s’imposer et dès maintenant. Diriger ou être diriger. La première option est sans aucun doute la plus confortable. Il faut leur montrer qui décide. Il y a Moi et les Autres : les Autres se plient à Moi, je ne me plient plus aux Autres.

- Montre leur que tu es plus forte. Montre leur d’accord ?
- Mais… je ne suis pas plus forte… dit-elle tristement la tête basse. Je ne suis rien qu’une petite pleurnicharde.
- Non. Tu es forte. Tu dois être forte. Il faut. Les autres c’est rien. D’accord ? Tiens imagine une pièce de théâtre. Oui exactement. Imagine. Eux c’est le décors, le paysage, la toile de fond si tu préfères. Le décors s’en fou de toi, tu es seule actrice. Si tu as mal, le décors reste le décors il ne fera rien. Toi tu peux changer le décor si tu en as envie, l’enlever, le remplacer. Tu vois c’est à peu près comme ça. A peu près comme un spectacle de marionnette. Tu peux tenir les ficelles des marionnettes, tu les fais bouger et agir comme tu en as envie. Tu leur fais dire ce que tu désires. Tu peux imposer, décider, choisir. Bouge la ficelle et la marionnette exécute. Lâche les ficelles et tu rends sa liberté à la marionnette. La seule chose, le seule inconvénient, le plus dur c’est d’apprendre à tenir les ficelles. Voilà dis-toi que la vie c’est presque ça, c’est de l’apprentissage.
- Mais je ne pourrais jamais apprendre seule moi… murmure-t-elle toute penaude.
- Mais je t’aiderais moi si tu veux. Moi aussi je dois apprendre, moi aussi…

Elle me regarde avec une lueur brillante au fond des yeux, un espoir. Elle tente un sourire. La vie ne lui a pas fait de cadeau il semblerait. Pourtant elle n’a que 11 ans. Mais même à 11 ans la vie n’a pitié de personne, et n’épargne personne. La jungle n’est qu’embûches, menaces, sol traître contre qui le premier glisse et succombe, prédateurs laissant une traînée de cadavres sanglants, plantes venimeuses qui laissent l’imprudent trépasser… Cernés par la loi du plus fort, la notion de choix n’est qu’abstraite, que douce illusion trompant le naïf qui se croit libre arbitre. Pour avoir le privilège de choisir réellement il faut se hisser, se ranger du côté de ceux qui mènent le jeux. Ceux qui subissent les décisions de ces derniers n’ont qu’a se taire, qu’a faire les pions du plateau de jeu. Une cruelle réalité. Mais ceux qui choisissent de ne ni commander, ni ordonner ? Il n’y en a pas puisque décider de ne pas obéir est déjà, en soit, choisir d’une certaine façon, c’est se commander.

Moi je suis tombée dès le premier obstacle du parcours. Le sol glissant. Dès le début j’ai été vouée à être hors course. Longtemps gisant à même la terre, avec un semblant de résidu de vie, une miette infecte qui ne fait qu’ouvrir l’appétit. Une faim d’autre chose, une faim de vie ignorée. Au sol, on ne sait pas que c’est ce creux qu’il manque, que cette amputation douloureuse n’est autre que la vie. Car le sol est traître. Tout est plus facile au sol puisqu’on est déjà aussi bas que l’on peut l’être, déjà éliminé, il n’y a plus rien à affronter. Rien. Une surface plane. On se contente de ramper en croyant que la fraîche verdure de la terre est bien plus confortable que le reste. On prend soin de contourner les racines, ce serait trop fatiguant. On ne creuse pas, on ne se relève pas. Le sol est bien. Le sol est reposant, on est vautré sur le sol, on ne veut plus penser à autre chose qu’a ce sol tentateur, et l’on s’endort le nez dans l’herbe. Longtemps. Longtemps…

Personne n’est venue pour moi, personne pour me souffler que le sol était paralysie, condamnée à rester couché, condamnée à être oublier de tous. Les gens ne baissent pas les yeux vers le sol. C’est Moi, Moi et Moi seule qui me suis relevée, je me suis agrippée l’écorce et je me suis mise debout. J’en avais mare du vert. Seulement quand on est trop resté allongé, on ne sait plus tenir debout. Je vais savoir moi parce que je veux. Debout on se sens tout grand, au dessus de tous. Je haïs les gens qui ont plus le privilège que moi d’être debout. Je les déteste. Ils se sont gardé de me faire découvrir ça. Ils sont trop égoïstes.

Maintenant moi je veux être en haut de la pyramide. Je veux tous les mettre à terre. C’est à leur tour ! Ils vont comprendre ce que cela fait ! Ils seront rampant alors que moi j’aurais droit à ce que j’aurais dû avoir depuis longtemps ! A mon tour maintenant ! Je serais haute, très haute. Sur des échasses. LA plus haute. Je veux être celle devant qui les autres n’ont qu’a s’incliner comme dans les belles épopées chevaleresques. Je veux rattraper toute la soumission de ces 6 années d’écrasement. 6 années où je me suis effacée. Je ne raterais pas ma vie !

Je regarde de nouveau la fille à côté de moi. Elle aussi elle pourra se venger. Elle a le droit. Je la serre doucement dans mes bras pour la rassurer, lui promettre. Je n’ai jamais étreint autre humain que mes parents. Enfin je me lève, je lui tends la main pour l’aider à se relever et nous partons. Au passage je vois Black qui me lance un drôle de regard. Je… je ne comprends pas. Il me… sourit doucement et j’ai l’impression que...non. Je ne préfère pas savoir ce qu’il pense de moi. Il n’est pas normal. Je le regarde froidement. Il sursaute comme s’il s’était brûlé. Je sourit légèrement, amusée par sa réaction. Chassez le naturel, il revient au galop. Il me regarde avec incompréhension. Finalement il me sourit de nouveau d’un air mal assuré. Mal assuré ??? Je ne suis pas soûl, pas droguée, je vois ce que je vois. Du moins je pense. Je me retourne vivement. Je n’aurais pas dû. Il ne fallait pas. Sourire, c’est bien là le problème. Je ne me suis pas cachée pourtant j’étais habituée tout aurait du être automatique. Ce sourire aurait du rester enfouit de lui même. Seulement je prends trop de liberté depuis hier. Je ne doit pas montrer aux autres, faire confiance à personne, ne s’attacher à personne. L’Humain est trop égoïste, trop prédateur pour lui faire confiance.

Le seul problème c’est que j’ai une impression de déjà vu. Ne pas montrer une trace de ses sentiments c’est refuser d’être vu en tant qu’humaine, c’est donc refuser ce que l’on est et ainsi de vivre comme tel. Or, ça c’était avant. Est-ce que je suis inconsciemment entrain de me rapprocher de l’ancienne « vie » ? A vouloir trop cacher, à vouloir trop m’éloigner d’eux pour ne pas me brûler, ne suis-je pas entrain de retrouver mon cocon ? Je ne sais pas comment faire. Je ne sais comment m’y prendre avec la vraie vie. Je veux faire partie du monde, être moi, je veux exister mais je refuse les autres. C’est justement les autres qui nous font nous sentir vivant, qui nous font éprouver, qui sont témoins de notre existence et je les repousse. Je refuse qu’il sache que j’existe peut-être parce que je refuse moi-même d’exister. C’est donc ça. Mais non. Je me suis promise d’arrêter, promise d’arrêter l’engrenage. J’ai commencé déjà, je dois continuer. Je ne peux pas m’arrêter en chemin, pas maintenant. Si je veux véritablement accepter je dois donc accepter les autres. Je dois leur parler. Comment ? Je fais comment ? A qui je parle ?

Pas à Black en tout cas. Certainement pas. Je ne sais même pas pourquoi je le dis, c’est bien trop évident. Black est le prédateur le plus méprisable de tous. Pas que des filles non, généralement. Il écrase les autres de sa « popularité » seulement gonflée de pure prétention, de paroles dans le vent, et d’orgueil. C’est un cas à part, celui qui a dû faire le plus de victimes. Il est adoré comme un dieu alors que ce n’en pas un. Injuste. C’est seulement un rapace qui plonge sur ses proies, les tient à sa merci de ses serres tranchantes. Et tous l’aime parce qu’il est soit disant fort, beau, et populaire. Des atouts que je n’ai pas… Seulement le rapace ne m’emportera pas. Pas moi. Moi je volerais, je serai libre. Je voudrais être un oiseau, inconscient des problèmes de l’humain, qui plane avec sérénité, rejoignant pour la nuit un nid douillé sur la branche d’un arbre, la brise lui caressant les ailes… Non. En fait non. Est-ce vraiment une vie comme ça que je veux ? Vraiment ? Non c’est certain. Ça serait d’un ennui mortel. Ce serait même horrible. Quel routine et quelle ennuie qu’une vie animale. Vivre pour vivre et c’est tout. Rien ne doit être parfait. Je veux autres choses. Si tout l’est mais alors pourquoi vivre ? Dans quel but ? Non, non… Il me faut un tout autre genre de vie. Quelle vie alors est faite pour moi ? Je veux autre chose, je veux des sensations fortes, je veux du piment, de l’action… Il me manque quelque chose. Je voudrais trouver cette étincelle qui me procure tout ça, qui me donne un sens, qui me donne une vie exaltante. Je vais trouver, il le faut… Si encore je savais ce qu’il manquait.

Perdue dans mes pensées, je décortique soigneusement ma mandarine et porte doucement, d’un geste machinal, chaque quartier à ma bouche alors que la petite fixe le mur sans rien avaler. Tient d’ailleurs au lieu de l’appeler « la petite » je ferais mieux de lui demander son prénom.

- Au fait, tu ne m’as pas dit mais quel est ton prénom ?
- Je m’appelle Milly Jonhson. Et toi ?
- Aludra Parker.
- Tu sais je… enfin… merci. Me dit-elle d’un air gêné.

Je lui sourit, mange un carré de chocolat à la framboise, et nous nous levons. Je n’ai jamais vraiment faim, et mes petits déjeuner se compose presque toujours d’une mandarine et d’un petit carré de chocolat. Milly semble préoccupée, je devine bien pourquoi et moi, je ne sais pas où aller ni que faire ; sans réfléchir je vais vers la salle commune. Nous arrivons, parvenons à trouver deux fauteuils libres au fond de la salle où nous nous installons et la première chose que je vois c’est Black, assis mollement dans un fauteuil en face de la cheminée, le regard perdu dans les flammes. Il a l’air pensif. Je le regarde un instant. Je réfléchis à ce que j’ai pensé tout à l’heure le concernant. Pourquoi est-ce que je pense qu’il est bien trop simple de croire que c’est le grand méchant ? Pourquoi est-ce que je me dis que ce que j’ai pensé tout à l’heure n’est certainement pas totalement vrai ? Je ne le connais pas. Je vois ce qu’il veut bien que les autres voit. Tout le monde est plus ou moins comme ça. On montre ce que l’on a envie que les autres sachent, on cache nos hontes et nos secrets, ou une personnalité trop différente pour être divulguer. On montre ce que les autres pourrait le mieux apprécier, au diable les folies trop excentriques, et nous voilà tous banal. Banal en surface. En creusant tout le monde est différent, tout le monde à ses doses de folies, tout le monde à ses manies, ses mimiques, et ses sourires. Et enfin nous sommes tous bourrés de sentiments plus différents les uns des autres. J’en suis persuadée, la banalité n’existe pas ce n’est qu’une illusion qu’on finit par dévoiler à qui on a envie.

Je ne dois pas m’arrêter à la surface moi. Je ne sais que trop à quel point les apparences sont trompeuses. Et puis Black est bien simple pour être totalement comme ça. C’est vrai : le grand Black prétentieux, intelligent, beau, sportif, populaire et blagueur. C’est trop simpliste. Une véritable caricature. L’image qu’il s’est donné est beaucoup trop classique pour refléter la réalité j’en suie sûre. C’est factice, encore une illusion… Alors non, je suis sûre moi qu’il y a bien plus que ça. Il s’est appliqué à se façonner une belle image mais je suis sûre qu’il y a plus et, à mon avis, plus l’image présentée semble parfaite plus ce qu’il s’y cache est surprenant et diffèrent. Mais pourquoi m’intéresser à son cas ? Probablement parce que je sens que lui aussi s’intéresse à mon histoire alors il faut que je sois en mesure de contre attaquer. Et puis Black n’est-ce pas un beau défis ? J’aimerais bien voir ce qu’il cache. Qui est-il donc réellement ? Que cache-t-il sous cette façade ? Brusquement je ressens la nécessité de savoir. Je veux voir comment il peut être, juste voir. Et je ne sais pourquoi mais je me sens comme les gosses qui veulent résoudre des énigmes. Des casses-têtes follement agaçant mais qui pourtant nous attirent. Comme ce cube moldu avec une facette de chaque couleur. On s’énerve de ne pas y arriver, on se récolte 2 ou 3 maux de tête, et pourtant on revient à l’assaut encore plus déterminé, on veut gagner la fierté d’y être arrivé. Black, c’est comme le rubic’s cube, les facettes sont brouillées, mélangées pour nous tromper ; la complexité de l’affaire en est décourageante et seul les plus déterminés y arrivent. Moi j’y arriverai c’est sûr.

J’évite de me poser plus de questions quant à mon choix, je sais à présent quoi faire et c’est bien le principal. Je me tourne vers la petite Milly et nous commençons à parler. Je lui demande de me parler d’elle. Elle m’apprend qu’elle est orpheline et je me dis là que ça explique beaucoup de choses. Je pense encore qu’on est bien à l’opposé, moi j’ai souffert parce que mes parents étaient bien trop présent, trop étouffants alors que pour elle c’est exactement l’inverse : ils n’étaient pas là, jamais là. Je ne lui demande pas comment ils sont morts, je sais qu’elle le fera quand elle en aura envie, mais elle n’attends pas maintenant elle doit avoir besoin de parler, besoin de partager. J’apprends donc que ses parents étaient moldus et qu’ils sont mort lors d’un accident de voiture, elle tremble de plus en plus alors que ses larmes redoublent et qu’elle tente difficilement de me raconter la suite. Elle finit par se reprendre et m’explique le drame :

- J’avais 8 ans quand ça s’est passé, pile le jour de mon anniversaire. J’étais avec eux, juste à l’arrière. Mes parents n’étaient pas attachés, c’étaient juste sur un petit trajet, on allait voir ma grand-mère qui habitait tout à côté pour fêter l’événement et comme d’habitude ils se sont dit que ce n’était pas la peine de s’attacher pour 2 minutes… Et puis je… enfin une voiture est arrivée en contre sens, elle roulait très vite et… mon père il… il n’a pas pu l’éviter. J’ai entendu ma mère hurler. Après j’ai juste vu qu’il y avait du sang sur la vitre, beaucoup de sang. C’était rouge tout rouge je me souviens. Et puis, mes parents ils… ils avaient la tête toute… enfin… j’ai hurlé, hurlé encore et après je ne sais pas, je ne me souviens plus de rien, j’avais très mal aussi mais ça ne comptait pas parce que je savais qu’ils étaient morts.
Sa voix se casse alors que les pleurs redoublent, ces joues sont toutes baignaient par les larmes, de grosses larmes qui viennent s’écraser tour à tour sur ces genoux. Elle continue tant bien que mal dans un murmure :
- Après plus rien n’a jamais été comme été comme avant. On m’a placé chez ma grand-mère et c’est tout. Et je me souviens encore ma mère qui m’avait dit le matin même, alors qu’elle venait de me souhaiter un joyeux anniversaire : « Je t’aime ma chérie, nous seront toujours là pour toi ne l’oublie pas. On t’aime tous les deux très fort et quoi qu’il arrive tu pourras compter sur nous.» Et elle m’avait pris dans ses bras avant de me dire qu’une surprise m’attendait. Surprise. La pire surprise qu’on est pu me faire. Et joyeux anniversaire... Tu parles. La pire journée de mon existence. Je haïs les anniversaire. Je haïs mon anniversaire. Je haïs les 6 Juin. Plus personne ne doit me souhaiter de joyeux anniversaire. Jamais.


Elle se tait subitement, le regard dans le vague, les larmes maintenant silencieuses. Puis elle se cache les yeux de ses mains et chuchote presque inaudiblement et perpétuellement, tel un automate : « Tu m’as mentis Maman, tu m’as mentis». Elle revit la scène. Je ne sais pas quoi faire ni que dire alors je me contente juste de rester à ses côtés et de la serrer dans mes bras.

Elle a laissé les autres la détruire. Elle les a laissé parce qu’elle n’a pas eu la force de se battre. Elle n’a pas voulu. Moi ce serait plutôt le contraire puisque je ne voulais pas qu’ils me fassent tous souffrir, puisque je me suis cachée d’eux pour me protéger. Il n’empêche que le résultat est le même. Nous nous sommes emprisonnées. Je lève les yeux et voit Black, toujours assis devant la cheminée qui me regarde fixement encore une fois sans animosité ni supériorité. Je ne comprends pas ce qui lui est arrivé depuis hier. Quoi qu’il en soit je n’aime pas rester là avec lui à proximité aussi je décide d’emmener Milly à la salle sur demande. Je sais que je peux lui faire confiance, elle ne dira rien à personne.

Une fois arrivé je me dit que je devrais lui apprendre deux ou trois sorts intéressants, il faut qu’elle soit en mesure de se défendre maintenant. D’abord j’insiste bien sur l’importance de ne parler de ce lieu à personne, strictement personne et elle me promet qu’elle gardera ce secret pour elle. Je lui demande d’exécuter quelques sorts très simples qu’elle réussit parfaitement. Bien. Un plus difficile alors. Elle a plus de difficulté, c’est bien normal, je ne crois pas qu’ils soient au programme de première année. En tout cas je constate qu’elle a un très bon niveau pour son âge. Elle doit être une des meilleurs de sa classe. Je comprends bien pourquoi, elle n’a pas fait face à ses problèmes, elle a les a fuit en s’imposant des montagnes de travail. Je sais, j’ai fait la même chose. Nous restons encore environ une heure, je lui apprends des sorts peu compliqués, qu’elle puisse assimiler car il ne faut pas oublier qu’elle débute juste ses études à Poudlard. Quand j’estime que c’est suffisant, je lui conseille de se reposer un peu et, après m’avoir encore remercier, elle me dit qu’elle va lire un peu. Je la vois donc partir en souriant. Tiens, j’aurais réussit à redonner un peu de joie à quelqu’un, qui l’aurait cru ?

Et maintenant qu’est-ce que je fais moi ? Il faut que je descende, il est hors de question de rester ici toute seule, en ermite. Je retourne donc à la salle commune. Devant moi encore et toujours les Maraudeurs. Je m’assoie dans un coin reculé et sort le fameux petit rubic’s cube de ma poche. Je l’est trouvée cette été, pendant mon énième voyage en France avec mes parents alors que j’étais assise sur un banc. Il était là, devant moi, dans l’herbe. Je ne comprenais pas au début puis j’ai finis par émettre plein de théories à son sujet et il s’est alors révélé que, pour ce genre de chose, le sens venait de lui même. Depuis, quand j’y pense, je passe mon temps à le triturer, espérant en vain arriver à le reconstituer. Op une face de faite ! Mais les autres… Celle là change de nouveau quand je tente de retrouver les autres. Logique. Mais agaçant. Tu crois que c’est déjà ça de fait, tu crois avoir déjà au moins une victoire mais non. Non c’est juste une illusion parce que je n’ai pas la technique. Il faut savoir s’y prendre et surtout être patiente, très patiente. Mais je vais y arriver.




A l’autre bout de la salle Sirius réfléchissait. Comment une seule personne pouvait-elle avoir 3 facettes aussi radicalement différente l’une que l’autre ? Parce que il fallait se le dire, Aludra était, de toute évidence, très certainement l’occupante du « lit abandonné » (qui n’était d’ailleurs plus abandonné depuis la veille). Il avait dû admettre bien difficilement la vérité quand il s’était avéré qu’elle avait réintégré le dortoir. L’événement s’était répandu comme une traîné de poudre si bien que tout le monde en avait été très rapidement mis au courant. Lorsque c’était d’ailleurs arrivé à ses oreilles il avait bien eu dû mal à assimiler l’information et surtout à la comprendre. Et même maintenant il n’arrivait toujours pas à s’expliquer un changement si radical. Jamais quelqu’un ne lui avait paru plus mystérieux et ne lui avait donné autant à s’interroger. Il la regarda, assise dans l’angle sombre de la salle. Elle avait l’air très concentré sur quelque chose qu’elle tenait dans les mains, les sourcils légèrement froncés, elle tripotait un petit cube de toutes les couleurs. Ses long doigts fins couraient sur les facettes, tournaient, trafiquaient, déplaçaient… Parfois elle souriait pour, l’instant d’après, laisser échapper un petit soupir de déception et replacer avec agacement une mèche de cheveux derrière ses oreilles d’un geste rapide. Elle s’arrêta un moment, étudia l’objet sous toutes les coutures, et recommença sa recherche fébrile. Mais que cherchait-elle ainsi ? La curiosité piquée au vif, Sirius se leva, déterminé à le lui demander.




Je sentis quelqu’un s’asseoir juste à côté, d’un rapide coup d’œil j’aperçus que cet intrus n’était nul autre que Black. Pourquoi fallait-il qu’il arrive toujours au moment où il ne fallait pas me déranger ? Je n’eu pas le loisir d’y réfléchir plus longuement qu’il parla.
- Tu fais quoi exactement ?
- Le rubic’s cube. Dis-je en essayant de paraître calme quoique passablement agacée.
- Et ça consiste en quoi ?
Je décide d’être aimable où je l’envoie balader ? Je ne sais pas que faire. Si je n’étais écouté je l’aurais bien entendu envoyer paître mais je me suis promis de savoir qui il était et ce n’est pas en le traitant comme un moins que rien que je vais y parvenir. Après avoir encore évaluer quelques instants la situation et hésité, je le regarde d’un air méfiant mais finalement je me décide à faire preuve d’un peu d’humanité. Enfin c’est par intérêt bien sûr. J’ai tout à y gagner. Je commence donc les explications.
- Tu vois ce cube, lui même composé de petits cubes, et bien au départ chaque facette est d’une couleur différente, on mélange en tournant un peu tout et le but et de retrouver chaque facette pour reconstituer le cube d’origine.
- Mais à quoi ça sert ? demande-t-il sans comprendre.
- Pas grand chose de très utile, juste entraîner sa logique, pour passer le temps ou par défis.
- Par défis ?
- C’est très compliqué et je suppose que beaucoup ont arrêté avant d’y être arriver, trop découragés ou alors énervés.
- Sans te contredire, ça a plutôt l’air simple.
- C’est ce que tu crois, tiens essaye ; dis-je en lui tendant le cube.
Etrange. Se sera la première personne à part moi, à le toucher depuis que je l’ai. Il ne se rend pas bien compte des énormes efforts que je fais.

Je le regarde faire pendant plus de 10 min. Je sais qu’il n’y arrivera pas. D’ailleurs il ne fait pas mieux que moi. Je regarde ses mains. Il a de belles main Black, je dois bien l’avouer. De grandes mains d’homme, de longs doigts masculins, des mains qu’on devine fortes, tendres et souples, des mains parfaites. Du moins, pour moi. J’aime regarder les mains des gens, il y en tellement de différentes. Des petites mains douces, de vilaines mains fripées, des mains aux doigts boudinés d’autres aux longs doigts fins d’autres encore aux doigts courts ou long, des mains puissantes et violentes, des mains souples pleines de caresses… Les mains de Black, elles, sont sacrément belles. C’est décidé je déclare ses mains comme étant les plus fascinantes que je n’ai jamais vue. Tout cela pourrait paraître pour le moins saugrenu à la plus part mais chacun ses avis. Certains regardent les yeux moi c’est surtout les mains. J’observe toujours. Il a vraiment de magnifiques mains ce foutu Black. D’ailleurs c’est lui qui m’interromps dans ma « contemplation », pour dire :
- Qu’y-a-t-il ?
- Tu as de belles mains Black…
Mince. Pourquoi ai-je été incapable de contrôler mes paroles ?? J’ai formulé naturellement ces mots avant même de penser à leurs sens, ni aux conséquences que peut entraîner le fait de prononcer une phrase si insensée et stupide. Vraiment pathétique. Je n’ai jamais été en réel contact avec les autres, je n’ai jamais eu à leur parler vraiment pas étonnant que je fasse autant de bourdes. A l’avenir, il faudra que je me rappelle de ne pas répondre automatiquement aux questions qu’on me pose alors que je suis perdues dans mes pensées. Avant je n’avais pas besoin de réfléchir pour parler ou même de mentir puisque je ne parlais pas. Nouvelle expérience étrange et embarrassante. Je me sens totalement honteuse. Pitoyable, j’ai horreur de ce sentiment. Je souhaite tellement ne jamais avoir prononcé cette ridicule phrase que ça en devient angoissant. Franchement on a vu mieux côté compliment…
Je le vois surpris qui me regarde comme s’il ne comprenait pas pourquoi j’ai dit une telle chose - et je comprends - puis finalement il sourit et me dit :
- Ah… je… ben merci.
Puis, finalement il me tend le rubic’s cube, probablement résigné de ne pas y être arriver et reprend contenance.
- C’est un vrai casse-tête ton truc, comment t’as fait pour ne pas le jeter contre mur ? C’est impossible. Finit-il catégorique.
- Non. Il faut juste trouver le truc, et de la patience.
- Mais pourquoi tu t’embêtes avec ce truc ?
- Moi c’est par défis. Je voudrais pouvoir dire que j’ai réussis le rubic’s cube avant de mourir. Question de fierté. De toute façon il faut que je le finisse. J’y viendrais à bout, je le sais.

Il n’avait pas besoin d’en savoir autant. Trop d’années à ne parler à personne sont néfastes. Décidément les longs dialogues ne me réussissent pas. Il faut absolument que je trouve un échappatoire pour partir avant de continuer comme ça. Il me regarde très bizarrement, je suppose qu’il doit certainement penser : « Elle est définitivement étrange cette fille. Je n’ai jamais vu un acharnement pareil pour une pacotille comme ça.» Quoi qu’il en soit, il fait un grand sourire et dit simplement :
- En tout cas je ne connaissais pas.
- C’est moldu.
Il soupire d’un air affligé avant de déclamer tout haut ses pensées :
- Ils ont de ces idées les moldus… Franchement…
Je tente un sourire et je le vois qui sourit aussi mais… étrangement. Enfin, je veux dire, je sais qu’il est plutôt du genre à faire de grands sourires arrogants et fiers mais là ce n’est pas ça. Je ne comprends pas et me demande décidément encore ce qu’il lui est arrivé. Mais qu’importe de toute façon je m’en fiche.
- Bon je vais y aller. Dis-je finalement.
- Ah… Ok.

Et voilà que je monte finalement au dortoir. A peine suis-je entrée que je remarque qu’il n’est pas vide. Et, juste devant moi, se trouve la fille étrange que j’avais remarqué, un grand sourire scotché aux lèvres, et qui visiblement m’attendait.
Sonia Lewis ou comment redécouvrir le rire... by alice141191
Note :

ENFIN me direz-vous ! Oui ENFIN ! Je sais !!!! J'ai été looooongue, trèèèès longue et c'est inexcusable j'en conviens ! Je suis vraiment de tou coeur désolé, la prochaine fois j'essayerais de me bouger le cul au lieu de passer un paragraphe présenter mes excuses. Bon j'ai reçu une Amércaine pendant plus d'une semaine donc je n'ai pas pu écrire voila... Bon la je sais j'ai quand plus de 2 mois de retard je crois. Hum vraiment encore désolé ! Je vous le promets le prochain arrivera plus vite !! Ne me laminer pas !! Que voulez-vous que j'vouv dise... L'énorme fénéantise des vacances m'a gagné, le manque d'inpiration m'a envahit aussi, ma manie d'être perfectioniste m'a rongé... Bref. Ne vous attendez quand même pas a avoir le prochain chapitre dans des temps records non plus parce que :
- Je part a Paris 10 jours.
- Une amie de loin vient à la maison 1 semaine
- j'accueille ma corres Grecque 20 jours.
Voila vous savez tout.

En ce qui concerne le chapitre, j'espère très sincèrement qu'il vous plaiera et j'espère de tout coeur rentrer de Paris avec une multitude d'avis de vos parts. ça me ferait énormément plaisir et ça me boosterez bien j'peux vous le dire :p Ensuite vous verrez un peu plus le point de vue de Sirius vers la fin de ce chapitre, et puis vous découvrirez le dernier personnage important (je veux proche d'Aludra) que j'ai crée : Sonia. Elle est très spéciale et je suis grandement impatiente d'avoir vos avis la-dessus ! Je veux savoiiiir ce que vous pensez d'elle absolument !

Indication temporelle : Ce chapitre là se passe dimanche soir !! Donc prochain chapitre on attaque les cours ! Attentioooon !

Assez papoter, maintenant chapitre !!!! Bonne lecture !!!




- Salut !! commence à me dire la fille d’un air surexcité. Moi c’est Sonia Lewis !! Mais on me connaît essentiellement sous les surnoms de : la folledingue, l’illuminée, la barjo ou encore l’autre taré. Sympathique n’est-ce pas ? Je croule sous les compliments !

Elle avait dit le tout d’une traite, d’une voix particulièrement enjouée, légère, avec toujours ce grand sourire en finissant malgré tout sur une pointe d’amertume. Et elle continue :

- Et si je ne me trompe pas toi c’est Aludra Parker ! Je suis très contente que tu viennes au dortoir, enfin quelqu’un qui semble autrement plus censé que ces 2 autres cruches écervelées ! Non mais c’est vrai quoi, ces filles là sont de vraies dindes qui passent leur temps à glousser bêtement !!

Et sans que je n’en comprenne vraiment la raison, elle éclate d’un grand rire franc alors que je ne peux m’empêcher de sourire devant le tableau qui s’offre à moi. Je commence à me dire qu’il faudrait peut-être que je pense à réagir et éventuellement à parler et même accessoirement à parler pour dire quelque chose d’intelligent qui cadre un minimum dans le contexte.

- Je suis contente de faire ta connaissance… Dis-je assez maladroitement.

Bon c’est bien ce qu’on dit dans des situations comme ça non ? C’était peut être un peu hésitant comme tentative et pas très convaincu mais bon, elle semble ne pas s’en apercevoir, garde son sourire et embraye sur un autre sujet que j’aurais préféré éviter : moi.

- Tu sais les autres ils disent pas mal de choses à ton sujet et d’après ce que j’ai entendu tu fais même un peu peur aux première année… Alala ces petits c’est vraiment pas croyable, un rien leur fait peur ! Un peu trop de noir et op ! Les voilà qui s’imaginent plein de trucs dans le genre magie noire et rituels diaboliques ! Enfin que veux-tu c’est des petits quoi, faut leur laisser de temps d’être intelligent… Mais bon peu importe que t’intrigues tout le monde moi tu sais, ce n’est ce qui va me préoccuper. En tout cas je peux te dire qu’en apparaissant comme ça, tu as causé du grabuge et en peu temps j’ai déjà entendu les rumeurs les plus débiles… Tout le monde s’interroge. Tu parles, un événement dans ce genre qui casse leur routine, ils s’en délectent. Enfin bref ça jase quoi.

- C’est-à-dire ? Qu’est-ce qui se dit déjà dans mon dos ?

- Boff du classique. Ils voient et concluent. Par exemple en te voyant la journée dans un bouquin ils ont conclu que tu étais un intello. Je t’avais bien dis, du stupide… Ah et puis quelques crétins parlent aussi de l’histoire du « lit abandonné » du coup. Ils ont vu que tu y avais dormis alors ça a causé pas mal de raffut quoi. Enfin ils t’ont vite jugé et d’un point de vue général tu sembles ne pas vraiment leur inspirer de sympathie. Je crois qu’ils vont se tenir à distance. C’est ce que je disais du classique vu et revu quoi : quelqu’un de différent donc quelqu’un dont il faut se méfier. De toute façon quand je suis arrivée moi c’était pareil. Que veux-tu, les gens sont comme ça… Enfin moi on se foutait plutôt royalement de ma gueule, on se moquait et au final ma constante bonne humeur a finit par un peu les refroidir. Un peu…

Elle paraît réfléchir. Finalement elle sourit de nouveau et continue d’un air encore et toujours enjoué :

- Oh tu sais moi je ne te poserais pas de questions soit tranquille là-dessus !! Pas que je m’en fous mais bon je n’ai pas besoin d’en savoir plus, il suffit d’observer. En tout cas, tu es quelqu’un de changé tout le monde le sait, vu que c’est la seule et unique explication si on écarte la possibilité que tu sois en fait une sorte de serial-killer venu en espion pour tous nous tuer…

Elle avait dit la dernière phrase sur un ton tragique faussement terrorisé, elle est alors secouée par un rire frénétique qui fait danser ses boucles autour de son visage lui donnant plus encore l’allure d’une démente. Cette fille est un véritable phénomène. Je lui dis en souriant :

- L’idée n’est pas déplaisante pour… certaines personnes…
- Comme Black par exemple ? demande-t-elle sur un ton faussement anodin.
- Tout juste.

Elle lance alors dédaigneusement :

- Il m’inspire autant de considération qu’un vieux morceau de camembert pourris oublié au fond du frigo ! Et encore je pense que le camembert me serait plus sympathique… Le pire c’est qu’au moins 99% des filles le trouvent, pour reprendre leurs mots, « à croquer ». Black à croquer ? Bien sûr et moi je m’appelle Georgette et je tricote des serpillières pour nains unijambistes ! Non mais franchement…

Et la voilà qui secoue la tête d’un air affligé, profondément accablé, alors que je me dis que, décidément, elle doit avoir le dont de sortir les phrases les plus loufoques ! Je lui réponds :

- Au moins, je vois que je ne suis pas la seule à me foutre de Black. Et dire qu’il a eu l’énorme culot de me demander de l’embrasser ! Ce type est définitivement stupide. Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête mais je suis maintenant plus que sûre de son arrogance.

Elle prend un air profondément dégoûté assortis d’une jolie grimace enfantine qui lui va à ravir et s’exclame :

- Ah mon dieu !!!! Je préférerais encore danser la samba à poil sous un poncho mexicain, clamant mon éperdu amour pour le calmar géant plutôt que devoir me ventouser à Black ! Pas qu’il soit moche mais vois-tu ce type semble avoir été prématurément atrophié du cerveau ! A moins qu’il n’en est jamais eu… Quoi qu’il en soit je pense que son intelligence doit à peine égaler celle d’un gros mollusque ! Et toujours à vanter ses « mérites », et ça jacasse, et ça piaille…
Elle se coupe brusquement, comme traverser par un idée et reprend, toute excitée :
- Eh attends ! Imagine Black en énorme canaris jaune !

Et là, alors que l’image me monte à la tête, alors que mentalement je vois un énorme canaris jaune à la tête de Black qui bat des ailes en émettant des piaillements pour le moins aiguës, je me mets à rire. Simplement à rire, et je rigole, la folle rigole et, emportées dans cette folie, on ne s’arrête plus. Et mon rire redouble alors que j’écoute le rire d’hystérique de la folle qui se met soudain à mimer Black-le-canaris. Et là je peux dire que ça vaut le coup d’œil. Et c’est vraiment stupide, vraiment idiot, diablement pathétique et c’est pourtant un de ces moments où le rire persiste encore et toujours, où l’on tente de s’arrêter pour éclater de nouveau de rire. C’est simplement étourdissant même si on paraît juste complètement débiles à rire pour de telles bêtises. Mais le cerveau n’est plus en état de se poser quoi que soit comme question et on est juste entraîner sans pouvoir rien y faire. On finit difficilement par se calmer, j’ai des crampes aux joues mais même ça c’est agréable et je me dis que ça faisait tellement longtemps, si longtemps que je ne garde même plus en mémoire la dernière fois où cela m’est arrivé. Et je me demande comment j’ai pu me passer de telles sensations pendant autant de temps, comment j’ai pu me passer du rire ?

Et juste pour ça je me dis que les autres ne sont pas totalement mauvais. S’ils peuvent nous apporter autant de rire et de bonheur même si c’est bref, même si ça ne dure pas alors je me dis que j’aime bien les autres. Au moins pour ça. Et je me doute à l’instant où je lève la tête pour observer les yeux pétillants de malice de la fo… euh Sonia que je viens certainement de trouver une future amie. Elle à l’air de penser la même chose et je me dis que, très certainement, l’amitié née dans le rire.

Alors que je redoute le silence qui menace de s’installer je me rappelle qu’il est largement l’heure de dîner et Sonia semble avoir eu le même cheminement de pensées puisqu’elle demande :
- On va manger ?

J’acquiesce naturellement et nous rejoignons vite la grande salle bondée. Très vite de nombreux regards ne tardent pas à se tourner vers nous. Il faut dire que, autant l’une que l’autre, on ne passe pas exactement inaperçue alors l’une et l’autre ensemble, si différentes, imaginez l’antithèse !! Le choc visuel ! Un festival de couleur, de bonne humeur et de folie marchant à côté d’une profusion de noir à outrance, un tombeau glacial chargé de fierté et de dédains. Un tel contraste en deviendrait presque immoral ! Ils semblent tous éberlués et ils n’ont pas finis de l’être. Et quand je les observe, tous pareil, le même genre de vêtement – et pourtant on est dimanche ! -, la même apparence, le même look, la même expressions sur le visage, ils me font pitié. Ils sont tous tellement semblables, sans intérêt, sans un quelconque signe bien visible qui pourrait les différencier, un signe qui nous ferait dire : « Tiens lui, c’est quelqu’un qui n’est pas comme les autres ! ». Mais non, ils sont tous tellement semblables, c’est pitoyable. Je me dis encore qu’il y a eux, une masse compacte et puis moi. Quelle prétention. Mais ça semble pourtant tellement vrai. Je me sens tellement différente d’eux, je me sens exactement comme une étrangère. Je vois bien je ne suis pas de leur monde et je ne le serais jamais. Est-ce que j’ai la moindre chose à voir avec eux ? La moindre ressemblance ? Non. Ils n’ont vraiment rien en commun avec moi. Leur vision de la vie est à des années lumières de la mienne. Et je dois arriver à m’intégrer à eux ? A les apprécier ? Mais c’est impossible ! Autant demander à un éléphant et à une fourmi de se faire amis ! Et puis je n’en ai pas l’envie ! Je ne veux pas finir comme eux tous ! Sont-ils heureux eux ? Réellement ? Ont-ils cette vie passionnante, trépidante, et pétillante que je cherche ? On ne dirait pas.

Quoi qu’il en soit pour l’instant je vais me contenter de parler à Sonia et Milly. Sonia parce que je n’ai pas eu le stresse et la tension que j’ai avec les autres quand je lui est parlée. Elle est tellement à part aussi, c’est une des seules à sortir du lot comme moi. Pas de la même manière mais le résultat est le même. Je me demande si elle ressent la même chose, si elle se sent si éloignée des autres que moi. En tout cas je me dis que j’ai peut être trouvé au moins une personne qui me donne envie de parler. C’est déjà un grand pas en avant non ? Et puis quand même quelle drôle de paire on forme, toutes les deux radicalement différentes. Rien que pour ça vaut le coup. A nous deux on à l’air du concentré d’excentricité et d’extravagance que les autres non pas. Comme si les folies de centaines de gens avait déserté pour venir coaguler autour de seulement 2 personnes…

Pendant le repas on parle peu, il y a trop de monde et on a plutôt tendance à se dépêcher, espérant fuir au plus vite ce peuple. Alors que, enfin, nous sortons pour rentrer à la salle commune, au détour d’un couloir un groupe de Serpentards surgit pour nous couper la route. Ils semblaient nous attendre. Enfin attendre qui au juste ? Moi ou elle ? Ils se mettent tous en ligne devant nous, ils sont 6 et l’un d’eux commence, en s’adressant à Sonia :

- Tiens, tiens… Nous t’attendions espèce de taré… ! Parce que, vois-tu, notre dernière petite entrevue m’a légèrement froissé… Tu pensais pouvoir te foutre de notre gueule comme ça ? Mais tu rêvais pauvre folle ! On ne se paye pas notre tête impunément tu sais ? Hein tu le sais ça ? Tu vas le regretter, je le l’avais bien dis. Je t’avais prévenu que t’allais en baver ! ça va te coûter cher ton petit cirque de la dernière fois, très cher même ! Et en plus deux pour le prix d’une ! T’as réussis à trouver une fille aussi pathétique que toi ? Félicitations. C’est que des gens aussi pitoyables ça ne doit pas courir les rues… EXPELLIARMURS !!

Sans qu’aucune de nous deux n’est pu réagir ou n’est eu le temps d’accuser le coup nos baguettes sont déjà dans ses mains.

- Tu fais moins la maligne là n’est-ce pas ? Oh mais comme c’est dommage : tu n’as plus ta baguette ! Et deux proies en plus sur qui me défouler ! C’est que j’ai les nerfs aujourd’hui tu sais ? Non tu ne sais pas, mais tu va voir, enfin tu vas le sentir, c’est douloureux les nerfs. Alors… voyons voir… quels charmants sorts allez vous subir toi et ta copine ? Et oui je t’avais dis que tu paierais… Alors les gars, quels sorts ?

Je dois faire vite. Il n’y a pas de problème, ce sera un jeux d’enfants, je l’ai fait tellement de fois. Je me concentre, vide mon esprit et prononce mentalement « Accio baguettes » avec une forte détermination. Les deux baguettes dans les mains du type volent brusquement jusqu'à nous. Je les attrape vivement, passe la sienne à Sonia, et passe immédiatement à l’action. J’enchaîne sans perde de temps les stupéfix et en quelques secondes les voilà tous figés.
- Allons-nous en. Dis-je.

Et on se dépêche de rentrer à la salle commune…

- Wouaw !!! lâche enfin Sonia éberluée. Mais, mais… Comment t’as fait ?? C’était génial ! Vraiment pas croyable ! Je n’ai pas compris comment t’as réussis un truc comme ça mais c’est pas grave c’était génial quand même !!
Je hausse les épaules, je ne veux pas plus insister là-dessus et demande donc :
- Mais oh fait, ils te voulaient quoi les Serpentards ? Tu leur avait fait quoi ?
Elle paraît de suite un peu gêné et marmonne :
- Oh euh… rien de bien spécial, je me suis juste défendue alors qu’ils allaient m’attaquer…
- C’est à dire ?
- Ohhh ben juste quelques petits sortilèges sympas quoi…
- Comme ?
- Euh… quelques sortilèges pas bien méchants de métamorphoses…
Je souris, je le sens mal, en quoi les a-t-elle transformé pour qu’elle n’ose pas me dire et qu’ils lui en veuillent autant ?? Avec elle je crois bien qu’il faut s’attendre au pire à mon avis ! Je lui demande si elle va enfin cracher le morceau et elle finit par avouer, les yeux rivés sur le sol :
- Un porc, un mouton, un crapaud baveux, une limace géante, un bouledogue, et un gros cafard…
Je me retiens de rire, il y trop de monde ici, mais je ne dissimule pas un grand sourire qui montre largement mon amusement. C’est puéril, c’est sûr mais ça devait vraiment faire du bien ! Elle se sent obligée de justifier et explique donc :
- Tu sais j’ai choisis ce qui me passait par la tête, j’y peux rien…
Ça je veux bien le croire, vu sa mentalité apparemment loufoque, ça ne m’étonne pas…
- Ça devait être beau à voir… J’aurais bien aimé être là !
- Je te préviendrais la prochaine fois ! Dit-elle en rigolant. N’empêche qu’il faudra que tu m’expliques le coup des baguettes qui reviennent toutes seules un jour ! Ajoute-t-elle dans un clin d’œil. Enfin, je vais remonter au dortoir moi me reposer, je suis un peu fatiguée et puis il faudrait que je me couche tôt à la rigueur vu que demain on a cours… Enfin tôt… ça c’est pas dit…
- D’accord, moi je vais rester encore un peu ici…
- A toute à l’heure alors !

Et je la vois s’en aller, avec sa démarche toute guillerette, et j’imagine qu’elle a encore un grand sourire aux lèvres et son air pétillant, plein de joie de vivre. Elle a du décider de prendre la vie à la rigolade. Ça fait à peine une heure qu’on a commencé à parler et j’ai déjà l’impression que cette fille confond la vie avec un vaste terrain de jeu et de rire. Elle à l’air de prendre tout à la légère, d’être capable de tout et surtout de commettre les pires folies sans en avoir conscience, faire les plus grosses conneries parce que c’est drôle ou parce qu’il faut profiter… Elle dégage cette impression des gens qui vivent pour s’éclater, uniquement s’éclater, faire les fous et peu importe les conséquences. Carpe Diem… Quelle chance d’avoir cette vision de la vie.

Les minutes s’écoulent où je m’assoie pour tenter de continuer de réfléchir mais finalement j’ai l’impression d’étouffer. Je me sens déjà oppressée, l’atmosphère me paraît stressante. Il y a trop de personnes autour de moi, et tout le monde piaille, rigole, joue, fait du bruit et gesticule… Je n’ose pas faire le moindre geste, et je n’arrive pas à me concentrer sur mes pensées, ils me perturbent et me donne l’impression d’être épiée. Je suis vraiment parano.

Il faut dire qu’il s’en est passé tellement depuis peu de temps que chaque journée me semble une aventure comparée aux anciens jours morts. Ce changement si soudain m’apporte constamment un flot d’informations et d’émotions difficile à assimiler et à comprendre en si peu de temps. Je dois vraiment m’isoler seule pour réfléchir, il faut que je fuis au plus vite ce monde pour remettre mes idées en place. Immédiatement je ressens un besoin vital de prendre l’air. Je vais dans le parc.

Je sors. La morsure du froid ne se fait pas attendre. Et là c’est agréable, simplement agréable. Il y a ce vent qui me fait doucement frissonner, un vent qui me glace la peau, qui glisse comme une caresse sur mon visage. Je respire longuement, le temps de m’enivrer de cette liberté nouvelle et me dirige vers L’arbre. Cet arbre là, celui là même où je me sens si coupée du monde, celui sur lequel j’ai connu les plus grands voyages, le plus loin de la vie, les rêves les plus fous. J’ai passé des heures à m’inventer une réalité, des heures à m’imaginer les vies les plus extraordinaires, les futurs les plus rocambolesques. Et je me racontais des vérité invraisemblables, je concevais l’inconcevable, je croyais en l’incroyable… Cet arbre c’est l’arbre de ma démence. Il a subit les délires d’une folle.

Je marche jusqu'à l’orée de la forêt et voit enfin son ombre se profiler, une ombre à la fois si inquiétante et si familière. Celle de certaines branches entremêlées et tordues me fait d’ailleurs penser à des mains décharnés, contorsionnées de douleur, comme les mains squelettiques des détraqueurs. La plupart des feuilles sont mortes, ou tombées et laisse donc place à la vision de ces branches pelées et dégarnies. L’ensemble est glauque, sinistre même par la faible clarté diffuse de la lune, par le manque de vie, par ce silence de plomb et cette obscurité funèbre. J’adore ça. J’adore la nudité des lieux, cette sobriété lugubre poussée à l’extrême comble entièrement mon imagination débordante qui peut créer à sa guise sur ce lieu quasiment vierge.

Je me décide enfin à monter, et m’installe sur la branche habituelle, la branche la plus épaisse, vers le haut de l’arbre. J’aime bien regarder le sol, tout en bas, si loin et puis mes pieds qui pendent dans le vide… Je lève les yeux et commence comme toujours par regarder attentivement le ciel, c’est lui qui guidera mes pensées et fournira la matière première de mes élucubrations, c’est le tremplin de mon invasion, comme si on me propulsait très haut loin de cette terre, comme si on m’éjectait de ce monde. J’observe la lune. Elle est blanche, un joli blanc nacré, scintillant qui se détache harmonieusement de cette vaste étendue ténébreuse. Je m’attarde sur les milliers d’étoiles étincelantes et ça me fait penser à une tâche d’encre dans laquelle on aurait jeté une poignée de paillettes.

Je suis tellement apaisée, tellement sereine. Le silence est quasiment absolu, seulement troublé par le léger bruissement de rares feuilles. Ce silence là je l’aime. Il nous enveloppe calmement, nous berce pour nous plonger dans une douce langueur, il nous engourdit. Et la nuit sépulcrale nous immerge de torpeur, nous entraîne au bord de cet état léthargique… Je ferme les yeux doucement et sens déjà les engrenages de l’évasion s’activer. Mes pensées confuses n’auront bientôt plus rien à voir avec une quelconque réalité conventionnelle. La délivrance est juste diaboliquement délectable. Cette fugue psychique est grisante, exaltante… Le seul moment où je laisse tous mes rêves et illusions m’envahir, me submerger, m’emporter et me noyer. Et il y en a tant que ça en devient étourdissant.






Voilà déjà plus d’une demi-heure que je suis penché sur la carte des Maraudeurs. Une demi-heure déjà que je l’ai vu rentrer dans la grande salle en compagnie de la folledingue, Lewis. Jamais je n’aurais pu l’imaginer traîner avec cette illuminée. Elles ont l’air tellement opposés, véritablement aux antipodes l’une de l’autre. La barjo est totalement différente de Parker ! Lewis est exubérante et folâtre alors que Parker est austère, laconique et stoïque voir carrément glaciale. Lewis est un moulin à paroles alors qu’il faut arracher les mots à Parker. Lewis est toujours entrain de rire alors que je n’ai jamais vu Parker rigoler et à peine sourire furtivement… Et les divergences sont encore nombreuses, par exemple poser une question à Lewis relève de la folie puisque elle se sent obliger d’épiloguer de longues minutes sur des thèses plus farfelues les unes que les autres alors que Parker est flegmatique à souhait. Pour finir je pense que je dirais que Lewis est pétillante de vie alors que Parker est aussi funeste qu’un tombeau.

Quoi qu’il en soit cette fille m’intrigue de plus en plus, et vu son culot il est clair que c’est une menace pour moi. Il faut vraiment que je sache qui elle est. Je me mets donc assidûment au boulot et dès maintenant. Je dois savoir ce qu’elle cache. Et pour cela un seul moyen, infaillible, la carte des Maraudeurs même si j’ai quand même du mal a comprendre les déplacements que je vois. Tout à l’heure par exemple je l’ai vu dans un couloir avec Lewis, bloquée par le fameux groupe de Serpentard de 7ème année, ces crétins qui se sont mit en tête de prendre la suite de leur idole tant admirée et adulée, j’ai nommé Malfoy -un vaniteux qui a instauré une véritable terreur pendant ces années Poudlard. Heureusement voilà déjà plusieurs années que cet imbécile est partis. (nda : oui oui j’me suis renseignée sur les époques ^^ le garçon de tout à l’heure, blond, est en fait seulement un cousin). Ce fait en lui même n’est pas étonnant, je sais que Lewis a le dont s’attirer tout les ennuis de la terre mais c’est la suite qui m’a paru étrange. D’abord les Serpentards ont commencé à leur tourner dangereusement autour, et surtout le chef de bande. Il était tellement proche qu’il est clair qu’elles n’avaient pas leur baguette pour se défendre sinon elles auraient déjà réagis bien avant. Elles avaient donc autant l’une que l’autre subit un expelliarmus. Seulement ça ne colle avec la suite. Pas du tout même. A peine quelques seconde plus tard, presque brusquement, plus aucun Serpentard n’a semblé bouger. Les étiquettes portant leur noms sont restées à la même place, et ce pendant un long moment alors que Parker et Lewis avaient pris la fuite et étaient déjà bien loin. Stupéfixés ? Mais non ! Impossible elles n’avaient pas leurs baguette ! Que s’est-il passé ? Surtout que personne d’autre n’est intervenu.

Tiens, Parker sort dehors. Par un froid pareil ? A une telle heure ? Décidément mais que fabrique-t-elle ? Aucune hésitation, je dois y aller. C’est l’occasion ou jamais d’en apprendre plus. J’arpente rapidement les couloirs et débouche vite sur le parc ou j’avance à grand pas. Il fait vraiment très froid. C’est de la pure folie de sortir par un froid pareil. Et le ciel est noir. Tout est sombre et lugubre, l’atmosphère est oppressante, et cette lune sournoise… Pour un peu on pourrait se croire dans vieux cimetière. Mais bon peu n’importe je suis largement habitué à ce décors lors des nuits de pleines lunes. En tout cas il est clair que je ne m’y promènerais pas pour le plaisir dans des conditions comme ça. Et c’est pour ça d’ailleurs que je me demande que fabrique Parker ici. C’est loin d’être un lieu pour les filles. Enfin avec Parker je sens qu’on doit s’attendre à tout et j’ai comme l’impression qu’elle ne fait pas fait pas vraiment partie du commun des jeunes filles normales.

Alors que je me dirige vers l’endroit où je croyais l’avoir repéré, je la vois immédiatement. C’est tellement flagrant. Cet arbre solitaire complètement dépouillé, tout mort et aride, au branches dénudées juste au milieu d’une étendue déserte et elle, une silhouette svelte, toute filiforme assise seule, immobile. Je me dis que Parker, gracile, apparemment si délicate à l’air discordante au milieu de ce paysage inquiétant. Je m’approche tout doucement, je veux pouvoir l’observer encore. Je suis juste au pied de l’arbre et je la détaille. Je ne la vois que de dos mais je suis sûre qu’elle a un visage serein, apaisé. Je vois juste ses longs cheveux noirs, tout fins, qui volent doucement au grès de la brise, dégageant par moment son cou pour laisser entrevoir une peau diaphane illuminée par la faible lueur de la lune qui donne ainsi de doux reflets opalins. Je fixe ce cou divin avec fascination et envie. Je voudrais pourvoir effleurer cette peau laiteuse probablement si satinée…

Je reviens brusquement à la réalité et détourne aussitôt le regard. Que m’arrive-t-il ? Comment est-ce que j’ai pu avoir de telles pensées ? Moi Sirius Black comment est-ce que j’ai pu me laisser aller à ces rêveries absurdes ? On aurait dit un élan poétique débile digne d’une de ces stupides nana fleur bleue. Non mais c’est le monde a l’envers ! Cette fille débarque, comme ça, d’on ne sait où et elle parvient déjà en moins de 2 jours à me faire complètement perdre la tête. Je n’ose même pas imaginer les conséquences à long terme. Il faut vraiment que je me ressaisisse. C’est juste une fille quoi mince ! Pas la peine d’en faire tout un plat ! Je voudrais quand même bien la regarder encore un peu, juste un peu, juste pour voir ce qu’il m’a prit. C’est juste pour ça évidemment alors je suppose que je peux la regarder. Oui, c’est seulement ça bien sûr, quoi d’autre ? Pourquoi je voudrais la regarder moi hein ? Je m’en fou après tout ! Non non c’est juste ça c’est sûr, juste pour voir ce qui m’a rendu si niais.

Je passe de longues minutes à la détailler, elle, la tête légèrement penchée pour regarder le ciel certainement, elle dans une longue cape d’épais velours noir, elle aux jambes toutes fines se balançant légèrement… Elle paraît enveloppée d’une aura de mystère irrémédiablement captivante. Je voudrais voir son visage. Je voudrais voir ce qu’il exprime, je voudrais voir ses yeux.

Alors que je continue comme un benêt mes incohérentes pensés tout en la fixant sans pouvoir détourner le regard, l’idée qu’elle puisse s’en aller et me remarquer ne m’effleure même pas l’esprit. Je reste hébété a la contempler comme si l’on m’avait stupéfixé. Et le pire c’est que je me sens bien, je me sens terriblement léger. Le pire c’est que ça ne m’est tout simplement jamais arrivé d’être si abruti, le pire c’est que je ne comprends décidément rien à rien en ce moment. Je sens le contrôle de la situation m’échapper, et ce sentiment de brouillard devenir récurrent. Je me demande pour la énième fois comment il est possible qu’en moins de deux jours, et à cause d’une seule personne, une seule, je sois brusquement tant… tant bouleversé. Il faut bien l’avouer. J’ai comme la désagréable impression que tout avance beaucoup trop rapidement et surtout pas dans le sens qui m’arrange. Ça va vite, vite, ça s’emballe comme un mécanisme infernal qui se serait enclenché. Qu’elle aurait enclenché. Et j’ai horreur de ça. J’ai horreur qu’on prenne mon contrôle, j’ai horreur que les choses s’accomplissent et se précipitent contre mon grès.

Je prends brusquement conscience qu’il faut que je m’en aille. Immédiatement avant qu’il ne soit trop tard. Je commence a faire demi-tour. Une feuille morte craque bruyamment sous mon pied dans ce silence absolu. Et mmm…mince. La poisse, la poisse, la poisse. Quelle merde. Il ne manquait plus que ça. Je suis grillé, définitivement foutu. Elle se retourne subitement. Là je vois ses yeux et je me dit que finalement dans de telles circonstances j’aurais préféré ne pas les voir. Ces yeux argentés brillent étrangement dans le noir et ils brillent d’une lueur glaciale. L’éclat métallique qu’ils ont fait dangereusement penser à un poignard aiguisé. Oui, c’est exactement ça : une lame tranchante. Puis soudaine sa voix s’abat, dure, menaçante, sans appel, comme un fouet qui claque.
- Va-t-en. Immédiatement.
- Je...
- Non. Tu pars. C’est tout.

Je m’apprête à faire demi-tour. Oui, moi, comme un idiot, j’allais le faire. J’allais m’en aller, comme ça, simplement sur les ordres, sans motifs d’ailleurs, d’une fille. Sans réfléchir, pendant de longues secondes j’étais prêt à partir. Quelle force de persuasion, c’est impensable. Un simple regard, quelques mots et j’allais bien sagement obéir sans demander mon reste. J’allais. Non mais qui se prend-elle ? Moi, obtempéré ? Comme ça, comme un moins que rien qui se laisse dominer ? Et puis quoi encore ? Je suis Sirius Black ! Et je vais lui laisser me dicter ma conduite ? C’est quand même le comble ! Le monde à l’envers ! Et elle m’aurait dit « saute d’un pont » j’aurais imaginé sauter d’un pont ? Non mais c’est vraiment n’importe quoi ! Je n’ai jamais obéis aux ordres, c’est bien connu, alors ce n’est pas elle qui pourra y changer quoi que ce soit ! Il est temps de contre-attaquer ! Il est hors de question de me laisser faire ! Je lui dis donc, d’une voix un peu plus rude que je l’aurais voulu, et visiblement énervé :
- Et pourquoi je partirais ? Je fais ce que je veux non ? A ce je sache ce parc est a tout le monde !
- Tu pars parce que je te le demande c’est tout.
Elle a dépassé les limites là, vraiment je me demande pour qui elle se prend !
- Non mais t’es a cours d’argument ou quoi ? Tu crois vraiment que parce que tu as dis alors on doit faire ? Ben franchement la modestie ne risque pas de t’étouffer toi ! Je dois être un enfant de chœur comparé à toi ! Et puis après réflexion je ne vois vraiment pas ce que j’ai fait mal ! Je me promenais et c’est tout ! Je ne sais pas si t’es courant mais chacun est libre de ses déplacements et ça tu n’y peux rien ! Tu t’imagines qu’il suffit que tu claques des doigts pour que les autres obéissent ? Tu sais quoi ? Je suis sûr que tu n’es qu’une fille pourris gâté !

Non mais c’est vrai quoi ça commence vraiment à bien faire ! Cette Parker qui débarque, qui commence déjà à faire sa loi et à se la jouer petite reine m’agace sérieusement ! Bon je me suis peut-être un peu trop emballé et j’ai certainement exagéré mais bon… C’est pas comme si j’étais réputé pou mon tact après tout. C’est vrai je suis plutôt du genre impulsif et franc c’est assez connu. Je la regarde. Elle semble un instant perdue et totalement ébranlée par mes paroles, le regard dans le vague. Etrange. Elle se ressaisie rapidement mais trop tard. Elle sait bien que j’ai déjà eu le loisir d’observer l’impact de mes paroles. Elle ouvre la bouche pour parler mais finalement la referme précipitamment et s’enfuit. Elle marche vite, très vite, elle court presque, sa cape volant derrière elle dans l’obscurité.

Je reste un moment hébété puis pars lentement, là je me rappelle soudain quand je l’ai vu hier, alors qu’elle était étendue sur son lit chétive et toute fragile et je commence à me sentir un peu coupable. Je tente vainement de chasser l’image qui continue à me hanter. Je culpabilise vraiment. Décidément pas dans mes habitudes tout ça.




Et cette nuit là, Sirius ne put s’empêcher de voir défiler en continu les images de la soirée, les images de ce joli cou blanc balayé par des mèches de cheveux noirs, et ces yeux argents, et cette soudaine fuite dans l’épaisse nuit noire…
Victoire et psychose by alice141191
Notes : Alors ça faisait un très long moment que j'avais pas publier mais en fait c'est à dire que avec le déménagement du site et bien j'ai carrément oublié que j'avais publier ma fic sur ce site u_u En fait au début je venais souvent voir si le site était remis en état ou non, et à force j'allais voir de moins en moins souvent et puis j'ai complètement oublié l'existence du site O_O" Mais sinon mon chapitre était près depuis loooongtemps, trèèèès longtemps... 'scuzez mon amnésie xD

A part ça je tiens à avertir que le chapitre suivant risque de ne pas être là avant un long moment parce que actuellement j'ai très peu de temps à consacrer à l'écriture étant donné que je suis ensevelie de boulot (ben je suis en 1ère S alors ça se comprend quoi...)donc très peu de temps pour l'écriture à mon grand désespoir et l'inspiration n'est pas très présente ce qui n'arrange pas les choses... -j'ai l'impression d'écrire de la daube en ce moment ça m'énerveeee- Je suis désolée mais j'y peux rien, j'ai pris une j'ai choisis une voie difficile alors faut que j'assume quoi... -_________-" Bon bref j'arrête d'étaler ma vie, c'est pas interessant xD !!!

En ce qui concerne le chapitre je tiens à préciser que si Sonia n’est pas présente ou du moins pas importante et Milly carrément absente là, ne vous en faites pas c’est juste que j’ai choisis de centrer ce chap sur 2 autres axes bien plus importants qu’il était impératif de traiter maintenant !! Donc plus d’évolution sur l’amitié de Sonia et Aludra (et un peu Milly) au chapitre prochain, normalement. Mais le principal du chapitre 8 sera autre chose… Je ne vous en dit pas plus.

Bon bah va falloir que me taise pour vous laissez lire gens (eh dites, vous lisez au moins là ce que je marque ou j’écris pour du beurre ? ehh ceux qui ont lu tout ça ils mettent ça "J'AI LUUUU" à fin de leur review d'accord ? xD)…

Allez, bonne lectureuhhh :p (eh t'as vu comme il long mon chapitre ? :D je suis gentille hein ?? xD loool :p)




Déjà plus d’un quart d’heure que je suis levée et que je reste pourtant assise sur le bord de mon lit, le regard dans le vague. Je n’aurais jamais dû partir comme ça hier. Jamais. Quelle idiotie. Je me suis défilée, c’est lamentable. Mais aussi qu’est-ce qu’il lui a pris de dire tout ça ? Quel besoin avait-il de se rebeller ce foutu Black ? Montrer quoi ? Qu’il pouvait me résister ? Il ne pouvait pas partir tout simplement ? Il est vraiment pathétique. Le pire dans ce qu’il a dit c’est que j’ai comme l’impression que ce n’est pas totalement faux. J’ai cette désagréable impression que ces paroles ont une part de vérité. Et c’est ça le plus dur. Quoi qu’il en soit c’est de sa faute. Et il n’aurait jamais dû dire que j’ai été gâté. C’est faux. Je n’ai pas été gâtée, j’ai été étouffée ! Enfermée ! Surprotégée jusqu’à l’écrasement ! Etranglée de précautions ! J’ai croulé sous les soins qui, en échange, me privaient de contact humain ! Moi je n’appelle pas ça être gâté ! Ça n’a rien avoir et c’est pire ! C’est de la destruction pure et simple ! Probablement involontaire, certes, mais les résultats sont là.

Et puis même. Mise à part ça, Black n’aurait jamais du se trouver là. Que faisait-il ? Il me suivait ce crétin ? Pourquoi ? Il n’aurait jamais dû m’interrompre. Il m’a volé mon moment. Mon moment d’évasion à moi, ce moment privilégié et si rare il l’a brisé. C’était un instant rien qu’à moi. A moi ! Ma façon de construire une vie inexistante. Ma façon de m’échapper rien qu’un peu. Il s’est immiscé dedans comme un voleur, comme un espion. Il n’aurait pas dû assister à cette scène ! C’était la mienne !! Mon instant de liberté, il l’a bafoué !! Pourquoi Black a dû tout gâcher ? Je sais que ça n’avait l’air de rien, j’étais juste assise sur un arbre après tout, mais pour moi c’était quelque chose. C’était une chose à laquelle personne n’avait jamais assisté.

Sonia coupe court mes pensées alors que, levée, elle crie comme une hystérique qu’il faut se dépêcher. Je regarde l’heure. Ah oui effectivement. Je passe rapidement mon uniforme. Je haïs les uniformes. Je les haïs viscéralement. L’uniforme a été inventé pour étouffer les différences visibles, c’est totalement scandaleux qu’on soit obligé de le porter. Je haïs d’avoir l’air si banale, d’avoir l’air si comme les autres dans ce vêtement. Nous imposer une unique apparence semblable a tous est révoltant. Certains prétexteront que ce sont juste des vêtements, qu’il n’y a pas de quoi en faire tout un plat et bien moi je trouve que si. Justement parce que cela fait partis de l’enveloppe extérieure, parce que ainsi ils sont un moyen de s’exprimer, un moyen de revendiquer sa personnalité, de l’affirmer, de l’afficher. J’aime tellement montrer que je suis si différente d’eux que devoir leur ressembler, ne serait-ce qu’en un seul point : l’uniforme, m’est abominable. On est alors tous si mornes, tous si semblables, si normaux. Et quel dégoût que ce vêtement qui est le même chaque année, chaque mois, chaque jour de cours. Tout le temps toujours pareil. Il finit par donner la nausée. La routine infernale. J’ai vraiment horreur de l’uniforme.

Encore une fois je n’ai pas le temps de poursuivre mes réflexions – et tant mieux d’ailleurs je crois -, Sonia est enfin prête. On descend donc. J’aperçois de suite les Maraudeurs. Comment les louper ceux-là ? Encore entrain de rigoler. Je passe devant sans même jeter le moindre coup d’œil a Black qui, étrangement, s’est brusquement arrêté de rire pour me fixer des yeux. Que me veut-il ? Et malheureusement on se voit obligé de s’asseoir non loin d’eux faute de place, il faut vraiment que je tâche de ne plus être en retard aux repas. Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude. Je me sens observée depuis un petit moment. Je vérifie rapidement que je ne suis pas simplement parano, comme a mon habitude. Non. Effectivement Black me fixe toujours, l’air penseur. Je tente de continuer de manger sereinement mais ça en devient sacrément agaçant. Ça m’énerve de plus en plus mais je garde mon indifférence. Je me dépêche.

Cours de sortilège. Je souris. Ma matière préférée sans aucun doute. Je sens un excellent début de matinée à l’horizon. Le professeur nous fait rentrer et je m’installe, déjà impatiente, juste à côté de Sonia. Petit changement de place… J’attends. Le professeur, Mr. White, commence alors d’un ton sec, comme à son habitude :

- Bonjour a tous. Cette semaine nous allons attaquer un chapitre très important et compliqué je vous préviens d’ors et déjà. Cette série de leçons marquera un tournant décisif au niveau de vos performances a tous. En effet ce que nous allons étudier requiert un niveau de puissance et de concentration assez élevé. Mais tout s’apprend. Bien, sans plus attendre, voici le sujet : Les sortilèges informulés.

Des murmures parcourent la salle alors que je jubile déjà en pensant à ce qui va suivre. Quelle chance. Quelle sublime chance. Comme si tout avait été prévu exactement pour moi, pour ma récompense de ces 6 années de labeur. Ce sera l’occasion de faire une entrée en beauté. Rattraper toutes ces années où je me suis terrée avec haine dans de minables sorts presque ratés alors que je savais faire bien plus. Mais j’étais forcée. Et à présent une chance m’est offerte, la divine chance de faire voler en éclat cette abominable médiocrité, de la balayer d’un exploit tel qu’on ne pensera plus qu’à lui, comme si tout le passé n’avait été qu’une grosse parenthèse raturée.

Le prof fait rapidement taire tout le monde d’un geste autoritaire de la main et continue :

- Non, ne soyez pas découragés, je sais pertinemment que ce sera dur et que peu y arriveront correctement mais si j’ai choisis de vous initier à ces sorts c’est parce que, premièrement, lors d’un combat ils sont très utiles et ensuite, vous aurez plus de facilités à lancer des sorts normaux. En effet, votre concentration sera meilleure et cela vous permettra d’acquérir une nouvelle vision de la pratique de la magie. Bien que votre aptitude à lancer des sorts informulés soit probablement plutôt restreinte pour la plupart d’entre vous, la seule chose qui compte est d’essayer et de s’entraîner. Intensivement.

Il marque une pause, semble hésiter et reprend :

- Bien, alors je dois vous avertir que nous ne verrons qu’une seule catégorie de sort informulés, les autres n’étant pas au programme puisqu’ils ont été jugé trop compliqués pour la majorité. Notre catégorie traitera des sorts informulés se pratiquant avec la baguette en main. Alors vous vous demandez certainement, j’en suis sûr, à quoi cela est-il utile en pratique. C’est bien simple, lors d’un duel. Surprendre votre adversaire est essentiel, cacher vos intentions est donc la priorité et, pour ce faire, rien de meilleur que les sorts informulés. Vous n’êtes pas sans savoir que ces temps-ci deviennent dangereux, la maîtrise de ces sorts vous sera donc plus qu’utile. Il faut arriver à vous détacher de la parole. En réalité tout se passe dans votre esprit, seule compte votre détermination. Mettez-vous dans la tête qu’il suffit de le vouloir très fort. Des questions avant de commencer les explications ? Oui miss Evans ?

- Mais monsieur vous n’avez pas parlé de la deuxième catégorie. Peut-on seulement savoir de quoi il s’agit ?

- Pertinente question miss Evans. Et bien la deuxième catégorie consiste à, plus que la parole, se détacher de la baguette. Oui, lancer des sorts sans parole ni baguette. Vous comprenez, je pense, pourquoi ceci n’est pas au programme. Peu de gens y arrivent vraiment bien en réalité… Certes nous l’avons tous fait étant enfants mais, justement, à présent qu’on nous a fournit une baguette pour plus de puissance et de facilité, la plupart ne parviennent plus du tout à s’en passer. Il faut voir la baguette seulement comme un moyen d’expression parmi d’autres de la magie. Un intermédiaire. La maîtrise de ce type de magie mentale nécessite un entraînement si intensif et une puissance telle qu’elle a découragé même les plus déterminés. Vous comprenez pourquoi nous ne pouvons l’enseigner, il est fort probable qu’aucun n’y arrive, essentiellement à cause du temps interminable qu’il faudrait pour voir naître les prémisses de maigres progrès. Nous avons bien d’autres choses à faire durant cette année.

Je me délecte de ce discours. Ce discours qui contribuera à me glorifier plus encore. Ce discours grâce auquel tous mes efforts acharnés seront récompensés par leurs yeux ébahis, par leur admiration, leur incompréhension et leur jalousie. Je bois les paroles et bouillonne plus que jamais d’impatience. De longues minutes passent, pendant lesquelles le prof ne cesse de parler, encore et encore, de donner des conseils, des instructions… Enfin après une éternité nous avons le droit de nous atteler à la pratique. On commence par un Wigardium Leviosa sur une plume. Un sort qui date de la première année… Bon, j’en conviens, il est informulé donc ça change tout, et j’ai d’ailleurs mis quelques temps avant de le maîtriser au départ. Mais c’est normal, c’était le premier sort informulé que j’apprenais… Je n’avais donc aucune expérience sur la manière de m’y prendre.

Enfin, de toutes façons, ce sera de la rigolade maintenant !! Juste un jeux d’enfants ! Et en plus ce n’est que la première catégorie… Le prof commence alors à faire le tour des tables pour attribuer des conseils a chacun. J’attends, j’attends… Je regarde amusée Sonia qui, les sourcils froncés, s’escrime à tenter de faire élever sa plume, sans succès. Elle dit finalement, en bougonnant, voyant que je la regarde :

- Elle veut pas voler ma plume. C’est vraiment nul.
Je souris et elle me demande :
- Et toi ? Ça marche ?

Je ne réponds pas, je me contente de montrer, j’en ai marre d’attendre après tout. Il n’a qu’à venir le prof ! La plume se soulève immédiatement et vient jusqu'à la hauteur de ma tête, je la dirige vers Sonia et l’agite devant ses yeux. Elle fait une tête éberluée et soudain, semble comprendre un truc et pousse un grand :

- Ahhhhhhh mais alors le coup des baguettes c’était…
- Chuuuuut !! Oui, oui c’était ça ! dis-je précipitamment.
- Mais t’avais même pas ta…
- Oui, c’est normal !! Mais parle un peu moins fort !

Il faudrait pas non plus que tout le monde soit au courant de notre petite altercation avec les Serpentards… Enfin au moins elle a attiré l’attention du prof à parler aussi fort… Il s’est retourné pour nous dire de se taire et s’est arrêté au milieu de la phrase, voyant ma plume toujours en suspension. Il arrive donc de suite vers nous et commence, visiblement perplexe :

- Voudriez-vous bien recommencer miss…
- Parker.
- Oui, miss Parker, merci.
Et alors je recommence avec la simplicité de quelqu’un qui a fait ça toute sa vie ce qui n’est d’ailleurs pas si faux.
- Bien, bien… Pour le moins étonnant… dit-il encore sceptique. Vous pouvez l’amener plus haut ?
Je fais voltiger la plume vers le plafond sans aucune difficulté.
- Surprenant, surprenant… Vous maîtrisez parfaitement ce sort.

Encore heureuse tiens ! Evidemment que je le maîtrise. Ça y est, je vois les têtes qui commencent à se tourner vers moi. Je dois avoir l’air profondément ennuyée parce que le professeur, visiblement surpris et agacé reprend la parole.

- Tentez un accio sur ce parchemin. Ordonne-t-il en me montrant un parchemin sur la table de devant.

Alors que j’exécute le sort, je le vois s’assurer avec suspicion que je ne murmure rien. Ce prof est avare en compliments. Peu importe j’ai l’attention de toute la classe à présent qui me regarde les yeux grands ouvert, déjà à la fois étonnée et sceptique.

- Excellent, excellent… marmonne-t-il, pensif. Le sortilège de répulsion peut-être ?

Je remarque parfaitement son sourire narquois, décidément ce prof tient à me planter, apparemment aberré et énervé par la facilité avec laquelle j’exécute les sorts. Peu n’importe, j’envoie le parchemin valser à l’autre bout de la classe avec puissance. Celui-là je le connais sur le bout des doigts, j’ai passé trop de temps à le répéter. Ce prof n’arrivera pas à se mettre en travers de ma réussite, ces 6 années n’ont tout de même pas été vaines. Je n’aurais pas passé tant de temps à souffrir pour rien. Parce que oui, je souffrais de ces entraînements a répétitions. Ces entraînements interminables qui m’épuisaient et me donnaient de tels maux de tête que j’en étais presque au bord de l’évanouissement. Et alors je me voyais contrainte d’ingurgiter potion sur potion, parfois pas toujours très inoffensives. Je m’écroulais quelques fois sur le sol froid, et je restais plongée dans un sommeil comateux des heures. Je me réveillais, lessivée par la fatigue accumulée. Les potions avaient beau me requinquer un peu, ce n’était que provisoire, j’étais sans cesse fatiguée. Et de tels efforts m’affaiblissaient. J’aurais du manger pour récupérer mais je n’avais pas faim. Les aliments me dégoûtaient, moins je pouvais en manger, mieux c’était. Et c’était très bien comme ça, j’avais l’impression que plus je maigrissais, plus je passais inaperçue. J’étais tellement insignifiante. J’aurais peut-être finis par disparaître… Mais le problème est que, en en plus, certaines potions me faisaient vomir. Pourtant j’étais obligée de les prendre, je devais continuer car je savais qu’un jour j’aurais droit à la gloire qui m’était dû, et ce jour là me faisait rêver et frémir de bonheur rien que d’y penser moi qui était si misérable. Et surtout, j’avais des cours a suivre. Je ne devais pas m’endormir, il me fallait vraiment ces potions.

Et puis il y a quelques mois, c’est devenu pire. J’avais dépassé une limite qui n’aurait pas dû être franchis. J’étais vraiment beaucoup trop faible. Je n’arrivais même plus à pratiquer correctement un sort sans m’effondrer aussitôt, les pertes de connaissances devenaient de plus en plus inquiétantes, marcher m’épuisaient à un point que j’avais du mal à respirer, et surtout je tremblais. Je tremblais vraiment beaucoup et cela se ressentait dans mon écriture. Personne ne devait le remarquer. J’avais même du mal à dormir, le ventre tiraillé par la douleur. Je voyais la situation s’aggraver toujours plus, incapable d’y mettre un frein.

Il fallu qu’une question me fasse réagir : « Et si je n’évanouissais en plein cours ? » Tout le monde m’aurait alors remarqué. Ça ne devait pas arriver. Et si on me voyait trembler ou que les profs le remarquaient dans mes devoirs ? Ça ne devait pas arriver non plus. C’est comme ça, par peur d’être découverte, que j’ai décidé d’agir. Cette peur eut un tel effet sur moi que je pris de suite les mesures nécessaires pour mettre fin à tout ça. J’ai diminué considérablement mes entraînements, je me suis forcée à manger pour ne plus trembler tant, j’ai arrêté de prendre la plupart de ces potions, et comme ça j’ai retrouvé le sommeil et un peu l’appétit finalement. Oh bien sûr mes repas n’étaient toujours pas vraiment consistant mais en comparaison de ceux d’avant… Plus tard j’ai pris conscience que cette peur m’avait sauvé, j’ai su que je serais probablement morte si j’avais laissé les choses continuer.

Et maintenant, enfin, mon jour tant rêvé est arrivé. Je le sais, ce jour entier m’a été dédié. C’est pourquoi je ne regrette de rien de ce qui a pu m’arriver dans le passé, parce que je sais que c’est grâce à tout cela que ce jour sera si beau. C’est le mien, c’est mon trophée. Qui sait ce que je serais devenue si je n’avais pas commis les erreurs que j’ai commise ? Alors en fait, non, ce n’est pas des erreurs, je devais avoir ce parcours précis pour arriver à ce jour qui me donnera enfin l’admiration dont j’ai besoin. Et c’est ce même parcours qui fait que je suis comme je suis, si différente de tout le monde. Alors, pour ça, j’en suis fière. Je suis tirée de mes pensées par le prof qui parle de nouveau, les sourcils froncés en signe d’incompréhension :

- Miss, vos capacités me surprennent, je dois l’avouer. Vous avez réussis tous les sorts avec brio. Bien, à présent je ne vais pas y aller par quatre chemin, où sont vos limites ? questionne-t-il plutôt sévère.

Tout le monde a plus que jamais les yeux rivés sur moi, dans l’attente de la réponse. Je jubile. Il a enfin posé la question que j’attendais tant. Je réfléchis à tout allure, je veux impressionner. Maintenant ou jamais. Le trophée est a portée de main. J’ai pris ma décision. Certainement un des sorts les plus durs que je n’ai jamais tenté. Ou peut-être, à vrai dire, le plus dur. C’est de la folie. Je ne suis même pas sûre de réussir. Mais il le faut, je doit y arriver, je vais y arriver. Ce sera tout ou rien. Je pose doucement ma baguette sur la table et me lève, on me regarde avec une telle stupéfaction que ça en serait risible.

Enfin, sauf Black et son copain. Ces deux-là sont parfaitement droits et adoptent autant l’un que l’autre un air totalement désinvolte. Mais quel bande de prétentieux. Black surtout à l’air de celui qui s’en fous royalement. Mais je sais que ce n’est qu’une apparence pour protéger son ego. En réalité il crève de curiosité et sait pertinemment qu’il sera battu à plat de couture dans une des matières où lui et Potter sont les chefs. Prépare toi mon petit Black, tu vas l’avoir amer. Ton prestige de surdoué va en prendre un grand coup.

J’inspire profondément. Je me concentre le plus possible, je n’ai plus que ça en tête. Seulement. Je fixe l’imposante chaise professorale, à l’autre bout de la grande salle avec détermination. Une détermination absolue, écrasante, poignante, que seule mes 6 années d’asphyxie peuvent fournir. L’énergie du désespoir, la soif de reconnaissance et même la volonté de dominer, tout y est. Toutes mes pensées sont uniquement dirigées vers le sort, ma gloire, et alors ma volonté est décuplée comme jamais. Ma concentration totalement monopolisée. Mes capacités et tout mon apprentissage sont poussés au maximum. Je dois le faire. Je vais le faire. Je peux. Je me sens basculer ailleurs, quelque part dans les entrailles de mon esprit et mentalement le sort éclate avec une force surhumaine dans ma tête, il envahit tout l’espace disponible de sa puissance. J’ai l’impression d’exploser alors que la chaise s’élève jusqu’au plafond et traverse soudainement la classe à une allure prodigieuse, un éclair. Un vent violent balaye la salle, autoritairement je la bloque avant de faire des blessés et l’abaisse vers le sol. Alors je me permets de relâcher ma concentration et je pense juste à temps à bloquer le flot de puissance maintenant incontrôlée. La pression des courants magiques provoqués par le sort pourrait briser toutes les fenêtres. Je parle en connaissance de cause… Seul un encrier éclate. Je reste sonnée quelques secondes encore, totalement immobile, toujours plongée dans cet état second duquel il est difficile de sortir, les yeux vides, avant de reprendre brusquement conscience.

Je m’effondre alors aussitôt sur ma propre chaise, épuisée par tant d’effort, je respire difficilement et ma tête me fait atrocement mal. La chaise était bien trop lourde. Je n’avais jamais tenté un tel poids. C’était vraiment imprévu. Et malgré ma tête qui me lance douloureusement, je suis heureuse. Heureuse et fière, j’y suis arrivée, je l’ai fait et même réussis au-delà ce mes espérances. C’était réellement prodigieux. Une telle maîtrise… Je ne m’en serais jamais cru capable. Je ne me soupçonnais même pas une telle force. C’est seulement incroyable. Le prof semble penser à peu près la même chose vu son air abasourdis. Il se laisse tomber dans sa chaise, maintenant toute proche et s’exclame, sidéré :

- Prodigieux ! Absolument saisissant ! Incroyable ! C’est tout bonnement incroyable ! Je ne comprends pas comment vous avez pu réussir un tel exploit ! C’est extraordinaire ! Vous savez que très peu gens parviennent à maîtriser comme vous un tel sort ? En 30 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça ! Je ne sais pas où vous avez puisez cette détermination, cette force nécessaire à l’exécution et surtout l’apprentissage d’un tel sort !

Le prof en est encore à exprimer sa béatitude quand Sonia me demande, visiblement inquiète :

- Eh, ça ne va pas ? Aludra… Tu te sens bien ?

J’ai à peine la force de murmurer faiblement un « Non… ». Une migraine effroyable me ravage le cerveau, je serre ma tête entre mes mains comme si je pouvais écraser la douleur et je me sens anéantie par une fatigue sans nom. J’ai l’impression que je vais m’écrouler à tout moment. Je ne suis pas non plus surhumaine, ce type de sorts fatigue considérablement, c’est bien connu, et surtout laisse des maux de tête affreux. C’est pour ça que les gens évitent de les utiliser lorsqu’ils sont trop complexes. Et imaginez l’enfer qu’il faut endurer pour les apprendre. Cet enfer que j’ai vécu…

Mr. White, ayant entendu Sonia, se ressaisis enfin et prend conscience de mon état inquiétant, de ma soudaine faiblesse et du malaise qui se fait plus insistant.

- Evidemment, j’aurais du y penser plus tôt, vous devez vous sentir affreusement mal. L’usage de ces sorts est dangereux. Donc, un avertissement pour tout le monde : à utiliser à petites doses ! Sinon, à force, vous risquez d’être perpétuellement fatigués, à bout de force et parfois même dans un état comateux pour les cas les plus grave. Il me faut un volontaire pour accompagner Miss Parker à l’infirmerie. Mr. Black ? D’accord allez-y. Et soutenez-là surtout.

Oh non. Et pourquoi pas Sonia ? Je suis maudite. Je pense faiblement pour me réconforter que cette fatigue spectaculaire et mon état ne font que rendre l’exploit plus intense, plus prodigieux encore. Et une sortie à l’infirmerie en plus. Le rêve. L’apothéose. Je ne pouvait espérer mieux. Oui, c’est certain, ce n’est pas ce foutu Black qui va gâcher ma victoire. J’arrête de réfléchir, la douleur de la migraine envahit mes pensées. J’arrive très difficilement à me lever. Je manque de retomber immédiatement sur ma chaise quand je sens deux bras venir me soutenir. Black bien sûr. J’aurais vraiment préféré Sonia. Ou même quelqu’un d’autre, peu importe mais pas Black. Qu’est-ce qu’il lui a pris de se proposer ?

Juste avant qu’on sorte de la classe j’ai le temps de récolter avec une fierté délicieuse ma récompense tant attendue, au-delà même de mes espérances : les regards admiratifs et respectueux, plein d’interrogations, puis la jalousie, et le bruit des murmures. Ce genre de murmures qui témoignent que quelque chose d’exceptionnel vient de se passer. Un immense soulagement me transporte, une sorte de joie frétillante, chargé de satisfaction. Je me sens digne, glorieuse. J’avais tant besoin d’un peu de reconnaissance.

On est à présent dans le couloir et je me retrouve à obligée de m’appuyer à lui. Mon bras qui tient son épaule et son bras qui me soutient fermement. Ce que ça peut m’agacer. J’ai toujours du mal à respirer, je suis en position de faiblesse et ça m’insupporte au plus au plus haut point qu’il me voit dans cet état et qu’il m’aide. J’ai absolument horreur qu’on m’aide. Surtout venant de Black en fait. Il brise le silence qui s’était installé d’une voix hargneuse :

- C’était quoi ce petit numéro au juste Parker ? Tu voulais impressionner la galerie c’est ça ? Mademoiselle a voulu se faire remarquer ?
- Tu dis de moi Black mais tu vois là c’est bien toi qui es agressif sans que je ne t’ai rien fait. Et je fais ce que je veux. Ça fait je ne sais combien de fois que je te le répète alors ça devrait commencer à rentrer maintenant. Enfin faut croire que non… Et puis arrête d’être jaloux et ferme là.
- Si je suis agressif Parker c’est peut-être que TU inspires de l’agressivité. Sache que je parle si j’en ai envie, comme toi. Tu vois moi aussi je fais ce que je veux. Une vrai gamine c’est incroyable. Alors d’accord, tu fais ce que t’as envie mais expliques toi au moins. Comment t’as fait ça hein ? T’as triché ?
- Arrête Black tu es pitoyable. Tu te rends encore plus ridicule que tu ne l’es déjà alors c’est dire… Tu sais tout autant que moi que c’est faux. Et dire ça pour m’énerver n’est vraiment pas très fin. Tu me prends pour qui ? Encore pour une de tes gourdasses écervelées ? T’es long à comprendre ou tu le fais exprès ? Dans les deux cas c’est minable. Et tu sais pertinemment que je ne te dirais rien. Ce n’est même pas la peine de tenter. Tu parles pour rien. Enfin, l’espoir fait vivre comme je dit toujours… De toutes façon Black il y a rien à dire, moi au moins j’ai des capacités c’est tout. Dernière chose, ne me traite plus jamais de gamine. Tu entends ? Plus jamais ! Tu ne sais rien Black ! RIEN ! Tu n’aurais jamais dis une chose pareille sinon. Tu ne mesures pas la portée de tes mots. C’est parfaitement absurde et insensé. Maintenant ai l’obligeance de te taire.
- Non mais…
- Stop ! J’ai mal à la tête Black ! Alors ça suffit tes jérémiades !
- Je m’en fous de ta tête Parker alors tu m’écoutes au lieu de faire la chochotte ! J’en ai vraiment ras-le-bol de ton caprice de sale gosse alors je te préviens, surveille tes paroles, parce que c’est moi qui te tiens là donc si tu continue sur cette voix, je te lâche et je te laisse en plan ici au beau milieu du couloir ! T’as compris là ? JE TE PLANTE SEULE ! Et tu te débrouilles pour arriver jusqu'à l’infirmerie. C’est toi qui vois. Et ne dis rien ce n’est pas la peine, je ne veux plus entendre un mot sortir de ta bouche sinon tu sais ce qui t’attends.

Je bouillonne de rage. Je voudrais pouvoir lui balancer encore une flopée d’insultes à la tête, ou même lui foutre une grande claque histoire de le calmer. Quel abruti ! Non mais il se prend pour qui là ? A se croire indispensable ? Je n’ai besoin de personne moi ! Je suis libre et dépendante de personne ! Si je voulais je pourrais très bien aller tout seule à l’infirmerie. Bon… Je ne garantie pas mon état à l’arrivée ni le temps que je mettrais mais c’est possible… Normalement… Et dire que je ne peux même pas parler ! Black donne les ordres ? Non mais c’est vraiment le monde à l’envers ! Je fulmine, au sommet de la rage. C’est une injustice pure et simple et ça me rend folle ! Je lui lance un regard meurtrier. C’est tout ce que je peux faire. Au moins ça a le mérite d’être moins fatiguant et d’une grande efficacité. Je dois me calmer sinon je sens le cataclysme proche. Je finis par me contrôler et me tempérer. J’y suis toujours arrivée, ce n’est pas ce Black qui va me faire perdre les pédales. Certainement pas ! Il ne manquerait plus que ça tiens…

J’attends, je n’ai plus rien d’autre à faire de toutes façons maintenant que je ne peux même plus dire un mot. Je ne peux ni l’engueuler ni le rembarrer. C’était quand même assez divertissant… C’est vrai, le voir à bout de nerf comme ça, ça avait un certain côté amusant. Et l’observer, à court de répliques, bouillonnant de colère et d’indignation, quel spectacle. Je devrais peut-être songer à passer de « solitaire professionnelle » à « emmerdeuse professionnelle ». C’est quand même plus amusant.

Je repense à Black, pourquoi a-t-il proposé de m’accompagner ? Il prend plaisir à me montrer sa prétention, son dédains et à m’énerver pour se faire pourrir ou quoi ? Il est maso ce type ! Oh et puis je n’en ai rien a faire de ses motivations après tout, je n’ai pas la tête à me poser des questions actuellement. Et c’est peu dire. On marche encore quelque temps, le château est vraiment trop vaste, ça m’exaspère. J’ai l’impression que nous n’allons jamais arriver au bout. Puis finalement, après un temps qui m’a semblé interminable, on parviens enfin à l’infirmerie. Mme Pomfresh accourt immédiatement vers nous et demande :

- Qu’est-ce qui se passe Miss…
- Parker.

La deuxième fois dans la journée qu’on ne connaît pas mon nom. Décidément. Et à mon avis ce n’est pas finis. C’est rassurant au moins.

- Ah oui, Miss Parker. Alors, que vous arrive-t-il ?
- Une grosse migraine. Et je suis extrêmement fatiguée.
- Bien, j’ai ce qu’il vous faut. Allongez-vous, vous allez vous reposer quelques temps. Je vais vous donner une potion qui vous plongera dans un sommeil réparateur et apaisera votre tête.
Elle part chercher un flacon au liquide verdâtre dans une armoire et reviens en disant :
- Vous devriez dormir d’ici quelques instants… Ce n’est pas instantané mais ça ne devrait pas tarder.

Elle m’en verse un peu dans un verre qu’elle me tend. Ça ne me dit vraiment rien. Mes potions aux moins avaient meilleur aspect et surtout meilleure odeur. Enfin, pour ce qu’elles m’ont fait subir… Pas convaincue et peu engagée par les mauvais souvenirs qui reviennent à la surface, j’avale néanmoins d’un trait le breuvage sans broncher. Hors de question que je fasse la difficile devant Black. Je vois ensuite Pomfresh se tourner vers lui. Tiens que fait-il encore là lui ? Il aurait dû partir. Et puis l’infirmière l’entraîne vers le fond de la pièce et commence à chuchoter d’un ton clairement confidentiel. Normalement je ne n’aurais pas du entendre à cause de l’effet d’ors et déjà soporifique de la potion et du murmure presque imperceptible de l’infirmière. Seulement, à force d’avaler ce genre de breuvage, l’habitude à finit par me rendre plus résistante. Malheureusement… J’aurais préféré ne pas en être habitué. La potion met donc plus de temps à agir sur moi, à m’endormir. Et puis j’ai l’ouïe fine. Je perçois donc la conversation sans trop de difficulté, au départ du moins.

- Ça s’est amélioré Mr. Black ? Vous deviez passer prendre votre potion et vos crèmes non ? ça tombe bien que vous soyez là. Je vais en profiter pour vérifier votre état, voir si tout se passe correctement. Mais soyez patient, je vous avais prévenu que ça n’allait pas s’effacer du jour au lendemain vu les dégâts. C’est quand même incroyable ! Faire ça à son propre fils ! Inimaginable… Révoltant ! Enfin, quoi qu’il en soit la douleur a quand même dû s’estomper nettement avec les potions mais je vais…

Et la phrase s’étiole, le murmure finit par se dissiper dans un brouillard de pensées confuses. Les derniers mots vaguement perçus restent en suspend alors que je sombre peu à peu dans un lourd sommeil. Je n’ai même pas le temps de réfléchir à ce que je viens d’entendre.




Pomfresh est repartie. Je m’apprête à sortir de l’infirmerie mais je m’arrête. Je n’arrive pas à m’empêcher de jeter un coup d’œil au lit de Parker. C’était censé être juste un coup d’œil sans importance mais finalement ça en devient une obsession incontrôlable à tel point que je reste planté devant le lit, incapable d’avancer. Je suis littéralement captivé. J’ai l’impression désagréable d’être irrésistiblement, implacablement, attiré vers elle. Je m’approche lentement. Encore. Je deviens insensé. Je revois le même visage que j’avais déjà vu. Ce visage serein, d’une douceur angélique. Encore si fragile, si délicat. Les traits soignés, apaisés. Je me demande une fois de plus comment un visage peut-il se transformer autant en si peu de temps. Comment peut-il changer si radicalement d’expression par l’effet simple du sommeil ? Mais je ne réfléchis même pas, je n’essaie même pas d’avoir des réponses, mon esprit est juste tout entier occupé à contempler. J’essaie vainement de résister mais je sais que j’ai perdu. Ça m’insupporte mais je le sais. Je n’arrive pas à détacher mes yeux d’elle et je n’en ai même pas envie. Je suis condamné à l’admirer en m’en délectant et ça c’est le plus horrible. Je me sens déjà étourdis, comme ivre, à tel point que je suis à peine conscient de la profonde débilité lyrique de mes pensées qui atteint des sommets.

J’observe ses beaux cheveux noirs ébène étalés sur les draps blancs. Le contraste est frappant de beauté. Son teint est très pâle, comme à son habitude, ce qui lui confère plus encore cette splendeur fantasmagorique que j’avais déjà remarqué. Elle est recouverte d’un léger drap, blanc comme neige lui aussi, qui recouvre ses jambes et une partie de son buste. Et tout cet environnement hospitalier la fait paraître plus frêle encore, plus fragile, comme si a tout moment elle allait se briser. Je m’approche, certainement pour mieux me gaver de cette grâce particulière et unique mais je ne sais pas vraiment pourquoi en fait. Parce que je ne me reconnais plus du tout dans mes agissements, je ne suis simplement pas dans mon état normal alors je ne sais plus rien, et surtout pas pourquoi je suis autant captivé. C’est fascinant. Je ne sais décidément vraiment pas pourquoi, peut-être à cause de cette apparente faiblesse presque maladive, de ce corps chétif et élancé, et de cette fine délicatesse dans les traits… Oui c’est tout ça et même plus. En fait je ne sais pas vraiment, c’est plein d’harmonie, de tendresse, d’élégance. C’est beau tout simplement. Une sorte de perfection sans pareil.

Mes yeux remontent vers son visage s’attardant au passage sur son cou qui attire longtemps mon attention, une fois de plus. Et puis j’en arrive à fixer ses lèvres. Ses lèvres vermeilles, fines, et bien dessinées. Je suis omnibulé par ses lèvres qui m’ont l’air si douces, si veloutés. Des lèvres vraiment très attirantes. Alors que je viens de penser ça, je prends brusquement conscience d’une chose. Une chose qui vient s’abattre sur moi comme une grande claque. Une vérité indéniable qui me frappe de plein fouet en même temps qu’une vague d’incompréhension. J’ai envie de l’embrasser. Je veux dire j’ai vraiment envie de l’embrasser. Je n’ai jamais ressentit une telle chose, jamais à un tel point. C’est incomparable. Je n’ai pas envie de l’embrasser juste comme ça, c’est un besoin vital. Une nécessité impérative. Et c’est ça qui me choque tant. En fait je veux la toucher, lui prendre la main, la serrer dans mes bras très fort, respirer son odeur au creux de son cou, passer ma main dans ses cheveux, caresser sa joue avec douceur et puis l’embrasser.

Aucune fille n’a jamais eu cet effet là. Les filles c’est juste un jeu, pour s’amuser et faire passer le temps quelques fois. Ouais, c’est quelque chose comme ça. En fait les filles c’est un peu comme les blagues, chouettes sur le moment, divertissantes et puis chiantes à la longue. A renouveler quoi. Et puis les embrasser, c’est sympa bien sûr. Mais c’est un passe-temps comme un autre après tout. C’est un peu comme faire des conneries entre Maraudeurs, des farces à mourir de rire ou transgresser le règlement, c’est agréable quoi. Mais là. Je ne sais pas, ça n’a juste rien à voir. Ce n’est pas comparable. Je voudrais tant la serrer dans mes bras, et j’ai l’impression que je pourrais rester comme ça, tout le temps, sans avoir besoin de rien d’autre de plus.

Comment je peux avoir de telles pensées ? C’est ignoble. Je ne me reconnais plus et je ne me contrôle plus. Et je crois que le pire ce n’est même pas ça. Le pire c’est que je ne peux pas l’embrasser ni même la prendre dans mes bras. Ça c’est horriblement frustrant, j’aurais envie d’hurler qu’une injustice pareille ne devrait pas exister, que c’est inhumain. J’en ressens un incompréhensible désespoir, c’est dire à quel point je deviens totalement dingue. Ça me rend fou. L’état actuel des choses est désespérant, désastreux, en fait c’est indescriptible. J’ai l’impression qu’un cataclysme me ravage le cerveau, je ne suis plus maître de rien, des dizaines de pensées et de sensations se bousculent toutes à la fois. Intolérable. Insupportable. Je dois partir, vite, sinon je serais bien capable de devenir réellement fou. Dans un effort surhumain je détourne le regard pour courir le plus loin possible avec la désagréable impression d’avoir été pendant un moment hors du monde.

Je me suis éloignée mais le brouillard qui m’envahit ne s’est toujours pas dissipé pour autant. En fait j’ai l’impression d’avoir contourné le problème. Temporairement. Qu’est-ce que je raconte ? Quel problème au juste ? Il n’y a pas de problème. Evidemment. Après tout quel problème y aurait-il ? Mais j’ai beau dire, au fond de moi je crois que j’en suis conscient. Je suis parfaitement conscient que cette fille a changé quelque chose. Elle a changé quelque chose dans ma tête et je ne saurais dire quoi. Quelque chose qui fait que je ne me sens plus du tout pareil. Quelque chose qui fait que je suis bien différent d’il y a quelques jours. Mais je ne sais pas ce que c’est que cette chose. Je n’en ai absolument aucune idée. Et pourtant je préférerais savoir de quoi il s’agit, plus on connaît ses ennemis, plus les vaincre devient simple.

Alors que je rentre en cours, les questions sont toujours là. Je voudrais m’en débarrasser, au moins pendant un moment, mais je n’y arrive pas. Je suis distrait pour tout le reste de la matinée, en vérité je suis incapable de me concentrer sur les cours. J’espère seulement que personne ne m’a surprit à rêvasser comme un idiot. Quel déchéance… Si j’avais su que j’en serais réduit à ça à cause d’une fille…

James voit bien que je suis mal et préoccupé, il me pose des questions auxquelles je réponds à peine ou très évasivement. Comment je pourrais expliquer de toutes façons ? J’allais quand même pas dire : « Oh non mais tant fais pas James, je deviens juste complètement taré à cause d’une fille insupportable qui me méprise et m’humilie et que j’ai follement envie d’embrasser. Tu vois, c’est rien. ». Il y a vraiment un truc qui tourne pas rond la dedans… Non mais où va le monde si moi, Sirius Black, je perd la boule comme ça ?

C’est vrai, je ne suis pas mon état normal… Je n’ai jamais été comme ça, dérangé, soucieux, et un peu mélancolique sur les bords. Habituellement je fais le con à la moindre occasion, je passe mon temps à rigoler, à agacer les profs… Je mets de l’ambiance et de la joie quoi ! Là… Tu parles d’une ambiance… C’est désespérant. Heureusement il y a James. Il arrive à me remonter le moral et parviens même à me faire rire à force de faire le pitre pour que je réagisse. Sacré James… Il y en a pas deux comme lui. Ça c’est un vrai frère.

Et puis midi finit par arriver, enfin. Le temps m’a paru horriblement long, cette matinée fait partit de celles où on a comme l’impression d’avoir finit notre journée. Mais non, c’est seulement le déjeuner. Je regarde mon assiette sans envie, la mine lugubre. Le silence est un peu tendu mais James finit par dire quelque chose qui fait rire tout le monde. Et puis je vois Parker rentrer, probablement rétablie, alors sans en prendre conscience je souris légèrement et l’observe. Enfin le terme est mal choisis, j’en conviens, « dévorer des yeux » serait plus approprier… J’ai un coude sur la table, la joue appuyée contre ma main et un air absent tout à fait stupide collé au visage. Et puis une main s’agite devant mes yeux, qui vient interrompre scandaleusement ma contemplation. Je ne peux m’empêcher de pousser un petit soupir agacé avant de me retourner vers celui qui a osé me déranger, à savoir James.

- Ahhhh ! Eh ben ce n’était pas trop tôt Sirius ! C’est incroyable, tu avais l’air complètement absorbé par je ne sais quoi… Tiens d’ailleurs tu regardais quoi, avec ce petit air niais, un peu rêveur et ce sourire tout à fait inhabituel ? Enfin plutôt qui… Rajoute-t-il narquois.
- Oh ça va ! Je ne regardais rien de spécial, je réfléchissais un peu c’est tout…
- Ah bon ? Moi je t’assure que ce n’est pas ce qui m’a semblé pourtant, tu avais vraiment l’air de fixer quelque chose de précis.
Il se déplace alors pour être presque à la même place que moi, regarde dans la même direction que moi quelque instant plus tôt et reprend :
- Alors, voyons, il me semblait que tu regardais vers là. Qu’y a-t-il donc qui retienne tant ton attention ? Wilson, non, Grey, non, Ribblay, non, Lewis, non, Parker, n… PARKER ?
Il s’arrête un moment stupéfait et continu, parlant plus fort, d’un air sérieux :
- Sirius, tu regardais Parker ? Parker dont tu te plains sans cesse que c’est une petite peste prétentieuse ? Parker qui ne manque pas une occasion de te rabaisser ? Je n’y crois pas ! Elle est vachement belle, d’accord, je peux comprendre ça mais enfin Parker quoi !!!
- Chuuut ! Non mais ça ne va pas James ? Tu ne veux pas crier plus fort pendant que t’y es ? Et puis je ne regardais pas Parker non, c’est ridicule. Je ne vois pas pourquoi je regarderais cette… cette fille.
- Ouais. Bah c’est aussi ce que je me demande.
- Bah te demandes pas, ce n’est pas la peine puisque je ne la regardais pas. D’accord ? Bon je vous attends à la salle commune.
- Mais tu n’as rien mangé !!
- Je n’ai pas faim.

James me regarde un instant consterné, et puis perplexe, se demandant probablement quelle mouche me pique. Il a un petit sourire en coin qui ne me dit rien qui vaille, il ouvre la bouche pour dire quelque chose, semble hésiter quelques instants et la referme, gardant néanmoins ce petit air malicieux qui ne me plait pas beaucoup. Ça vaut peut-être mieux en fait qu’il n’est rien dit. Je me lève et, après un regard entendu vers James qui signifie quelque chose comme « Quelle idée tordue à encore traversé ton cerveau de dérangé ? », je m’en vais tranquillement. J’aperçois Parker et, au passage, j’accroche son regard. Rien qu’une seconde, certes, mais cette seconde là suffit à me rendre heureux sans que je ne sache vraiment par quelle diabolique machination je suis manipulé de la sorte. Une partie de moi me dit alors de résister, de recommencer depuis le début, d’oublier toutes mes pensées tordues et de faire comme avant, comme si rien ne s’était jamais passé et l’autre partie me souffle que c’est trop tard. Je ne sais pas quoi exactement mais j’ai la profonde conviction que ces trois mots suffisent à tout résumer. C’est trop tard.
Le pianiste by alice141191
Author's Notes:
ENFIIIIIIIIN !!!!!!!!!! Je n'ai qu'un mot qui me vient à l'esprit, là, tout de suite : OUF ! Rolala ce que ça aura été dur de le finir ce chapitre T_T... Un nombre incalculable de "dilemmes", manques d'inspi, retouches... Dès fois j'écrivais une page entière pour presque tout effacer ensuite >__< Bon pour faire court, j'ai beaucoup galéré... Surtout qu'il y a une scène en particulier (assez longue) que je ne voulais vraiment pas ratée. Il ne fallait absolument pas. Je pense que vous verrez laquelle ^^
Quel soulagement... Là je peux dire que j'en ai sué pour le boucler u_u" Bon hum pour le retard, écoutez, je préfère pas m'attarder dessus parce que j'ai tellement honte que voila >.<
Bon, je ne vois pas quoi dire d'autre sinon que là je suis sous pression parce que j'attends avec un p'tit stress vos impressions (ben j'ai tellement galéré que maintenant je suis plus du tout sûre de moi...). Je redoute le verdict pour ce coup là, je dois bien l'avouer... omg... Je parle vraiment trop.

Bonne Lectuuuuuure !! (fallait bien couper court x)
Aujourd’hui j’ai décidé qu’il n’y aurait pas de coup d’éclat comme hier je l’ai fait, lors du cours de sortilège. Je dois laisser mon « exploit » mariner quelques temps… Parce qu’un coup d’éclat comme celui là doit rester exceptionnel pour ne pas être ternis de banalité. Si ça devient une habitude c’est gâché parce que, alors, ce n’est plus un exploit. Et puis maintenant, je dois profiter de la retombée. Je peux savourer la rumeur qui s’est répandue, leurs regards à tous, leur curiosité, leur incompréhension et tout le reste. C’est tellement mieux que ce que j’avais imaginé.

Il n’empêche que je suis quand même impatiente. Je suis impatiente de la prochaine fois où je pourrais épater à nouveau. Quel bonheur. Quel moment de pure délectation. Il faudra quand même que cette fois je me débrouille pour ne pas finir à l’infirmerie… L’infirmerie ! Subitement l’épisode d’hier me revient à l’esprit. J’avais complètement oublié. Ou plutôt, peut-être que je l’avais juste occulté inconsciemment parce que je n’avais pas vraiment envie de m’en souvenir…

Je me remémore alors la conversation entre Black et Pomfresh. Je me rappelle parfaitement chaque mot comme s’ils avaient été gravés dans le soucis de les maintenir bien ancrés dans ma tête. Quel sadisme. Et je ne comprends vraiment pas. Ou plutôt, je ne veux pas comprendre. J’ai trop peur de ce que ça peut signifier, peur du fait que, après tout, je me suis sûrement un peu trompée quelque part dans mes rapides déductions basées sur si peu de chose. Mais je sais bien que je dois quand même y réfléchir, je ne peux décemment pas faire la sourde oreille sur ce que j’ai entendu. Non, ce n’est pas possible, ça implique trop de choses et je ne serais jamais assez lâche au point de faire comme si je n’avais pas entendu, je ne suis vraiment pas de ce genre de personne et je ne le serais jamais.

Mais il n’empêche, pourquoi a-t-il fallu que ce soit moi qui entende justement ce que je n’aurais absolument pas dû entendre ? J’aurais dû… je ne sais pas, me forcer à me concentrer sur autre chose que la conversation. Ça aurait été tellement plus simple. Maintenant c’est trop tard. Mais qu’a donc pu infliger la mère de Black à son fils qui lui vaille, à en croire Pomfresh, tant de douleur ? Et puis, d’après ce que j’ai compris, il n’en est pas à son premier séjour à l’infirmerie… Que se passe-t-il exactement chez les Black ? Je ne devrais pas me poser cette question… Ce n’est vraiment pas mon problème. Je ne dois pas commencer à m’interroger à propos de ce… de ce type.

Mais aussi… c’est ces paroles qui me… qui me dérange, je dois l’avouer. Oui, c’est bel et bien dérangeant. Je ne pensais vraiment pas que… Ou plutôt, je ne me serais jamais doutée que… J’abandonne. Tout ce je raconte n’a absolument aucun sens. Je n’arrive décidément pas à m’exprimer correctement. En même temps, c’est normal, je ne me serais jamais douté de quoi au juste ? Au final, qu’est-ce que je sais sur ce qu’il a réellement Black ? Je ne sais rien de plus que de simples déductions –encore- basées sur une conversation. J’espère seulement m’être trompée même si ça ne me paraît guère possible. Je ne vois pas d’éventuelles méprise dans les paroles qu’à prononcé Pomfresh. Malheureusement. Il serait tellement plus simple que tout ceci soit un gros malentendu, ou alors que je m’imagine stupidement des choses qui dépassent la réalité. Quel suprême lâcheté. Ouais, en fait je suis lâche.

De toutes façons qu’est-ce que ça change ? Peut-être deux ou trois trucs en fait… Bon d’accord, j’admets, ça change certainement un petit peu plus que « deux ou trois trucs ». Et puis, j’ai beau tenter de me leurrer, j’ai envie de savoir malgré tout. J’ai envie d’en avoir le cœur net. Parce que, en fait, je ne sais pas concrètement. Ma curiosité me perdra un de ces jours…


Mes pensées finissent par dériver sur tout et n’importe quoi alors que je suis toujours dans mon lit, réveillée même s’il n’est que 6h du matin. Et dire que les cours ne commencent qu’à 9h… Je ne sais pas quoi faire. Je crois que commencer par me lever et me préparer serait un bon départ.

C’est achevé rapidement, et à présent je ne vois pas que faire d’autre mis à part descendre à la salle commune.

Je jette un coup d’œil circulaire à la pièce, à priori il semble n’y avoir personne… En fait si. Et mince. Je me suis réjouie trop rapidement… Je regarde de plus près, me demandant qui peut être levé à une heure pareille. Malheureusement pour moi, il s’avère c’est une des seules personnes que j’aurais préféré éviter. Black. J’approche sans bruit, comme pour m’en assurer. Aucun doute, c’est bien lui, assis juste en face de la cheminée. Je n’ai décidément vraiment pas de chance… Pourquoi, sur je ne sais combien de Gryffondors que nous sommes, a-t-il fallu que ce soit précisément Black qui soit ici à cette heure là ? La vie se fous de ma gueule, ce n’est pas possible. Et bien tant pis, on ne se paye ma tête comme ça, je décide que ce n’est pas la présence de Black qui va me déranger. Je m’assois sur un fauteuil, à gauche, l’air résolu. Il n’a pas l’air d’avoir remarquer ma présence… Je lui jette un coup d’œil, juste comme ça, en espérant que ça m’aide peut-être à savoir ce qu’il fait là, à une heure pareille. Je regrette immédiatement mon geste.

Ce Black là, ce n’est pas le Black habituel. Il a le dos courbé, la tête baissée appuyée contre ses deux mains comme s’il tentait de résoudre un problème particulièrement épineux et puis, le comble, il a le visage marqué de tristesse et de préoccupation. Je ne dois pas être tout à fait bien réveillée. Je cligne deux ou trois fois des yeux, persuadée que cela suffira à chasser cette vision pour le moins singulière. Mais en fait non, rien n’y fait, je vois toujours Black, l’air plus miséreux que jamais. Je ne comprends pas. Je le vois crisper ses mains, fermer les yeux, puis souffler comme on le ferait pour tenter de calmer une inquiétude. Et enfin, il relève la tête et, les yeux tournés vers le plafond, sourit légèrement d’un air un absent.

Ça n’a pas de sens. Je reste clouée d’incompréhension, me demandant si Black n’est pas malade. Ou alors peut-être que c’est juste un imposteur qui a avalé du Polynectar. J’envisage toutes les possibilités les plus extravagantes me disant que, décidément, je n’ai jamais vu Black adopter un tel comportement… On dirait tout bonnement qu’il a volé ces expressions à quelqu’un d’autre. Je devrais arrêter de le fixer, il va finir par remarquer ma présence ce qui me semble peu préférable vu la situation présente. Le problème c’est que dans de telles situations, il suffit de penser qu’on ne veut absolument pas que quelque chose se produise pour que cette chose arrive justement à ce moment là. Comme si les pensées avaient été dites trop fortes pour passer inaperçues. La prochaine fois je me rappellerais qu’il faut que je pense doucement… Ainsi, suivant cette malheureuse règle –car il ne fait aucun doute que s’en est une- Black tourne brusquement sa tête vers moi, semblant soudainement frappé par l’évidence de ma présence qu’il n’avait pourtant jusqu’alors pas soupçonné.

Je ne sais pas comment réagir, que faire ou que dire. J’oublie tout ce qui aurait pu me tirer d’embarras : j’oublie l’animosité et le mépris. Cette attitude est beaucoup trop inhabituelle pour que je puisse me conduire normalement moi aussi. Il me regarde toujours, mais sans cet air habituel d’arrogance qui le caractérise, non, il a même l’air un peu perdu, aussi incroyable que cela puisse paraître. Je nage dans la fiction, j’en suis sûre. Son murmure résonne bizarrement dans ce silence oppressant :

- Pourquoi tu es là ?
- Parce que je suis réveillée. Dis-je comme s’il s’agissait d’une évidence.
- Oui. C’est sûr. Mais pourquoi à cette heure ?
- Parce que je n’avais plus sommeil.
- Ça me paraît logique. Mais pourquoi tu n’as pas manifesté ta présence ? Je ne t’avais pas remarqué.
- Parce que tu réfléchissais.
- Et alors ?
- Je ne voulais pas te déranger dans tes réflexions. C’était peut-être important. Et puis ça aurait été impoli. Interrompre quelqu’un qui réfléchis c’est un peu comme lui couper la parole.
- C’est un bon argument. Dit-il après un hochement de tête.
- Mais toi, pourquoi tu es là aussi ? Demandais-je doucement, estimant que j’ai aussi le droit de savoir.
- A cause d’un rêve.
- Un rêve ? répétais-je, perplexe.
- Oui, un rêve qui m’a dérangé. Je devais y réfléchir.
- Je n’aime pas les rêves.
- Ah. Pourquoi ? interroge-t-il sérieusement.
- Parce qu’on ne les choisit pas. C’est fatal un rêve. On doit le subir, qu’on le veuille ou non. Expliquais-je.
- Effectivement, c’était bien ça le problème. Je n’aurais pas choisis ce rêve.
- Oui, c’est toujours ça le problème. On n’a jamais les rêves qu’on voudrait.
- Et si je me persuade de vouloir le contraire ? Peut-être que j’aurais le rêve que je veux.
- Non. Ça ne marche pas comme ça. Rétorquais-je, certaine.

Black réfléchis un moment, et semble se rappeler quelque chose avant de reprendre la parole, l’air un peu confus :

- Mais pourquoi tu es comme ça ?
- Comment « comme ça » ?
- Pourquoi tu me parles normalement et même gentiment ?
- Parce que toi aussi tu es très différent. Tu n’es pas arrogant. Tu n’as pas cet air supérieur. D’ailleurs, moi aussi je pourrais te demander pourquoi. Je ne te savais pas si lunatique.
- C’est juste à cause de… de… Je ne sais pas. Je crois que c’est à cause du rêve. Il se passe quelque chose de bizarre en ce moment non ?
- Oui. C’est vraiment étrange. Tout est vraiment particulier et même incroyable. Cette conversation entière est incroyable.
- Peut-être que je rêve. Dit-il tout à fait sérieusement.
- Non.
- Comment tu le sais ?
- Parce que moi je ne rêve pas.
- Comment tu peux en être sûre ? Quand on rêve, on ne sait pas qu’on rêve.
- Oui mais quand on ne rêve pas, on sait qu’on ne rêve pas.
- Certainement. Mais alors, pourquoi tout paraît si étrange ?
- Parce que c’est le matin. C’est très tôt dans le matin. A cette l’heure là rien n’est normal et les gens ne sont pas normaux. Affirmais-je, sûre de moi.
- Ce n’est pas très convaincant comme explication quand-même.
- T’en as de meilleures peut-être ? rétorquais-je, légèrement vexée.

Il secoue la tête d’un air accablé, souffle, et répond :

- Non… Mais j’en ai marre. On arrête ?
- Ok. Si tu veux.
- Mais comment ?
- Comme ça, parce que de toutes manières je ne vois vraiment pas pourquoi je parle avec toi, Black.
- Que…
- C’est inutile je te dis. Je me demande même comment il a été possible d’avoir une conversation civilisée et un tant sois peu intelligente avec un imbécile pareil. Ça m’étonne fortement qu’un crétin de ton genre soit capable de dialogues constructifs, réfléchis et surtout humbles.

Il semble saisir quelque chose, je remarque parfaitement cet éclair de compréhension qui traverse ses yeux, alors il se redresse, le menton relevé dans un air suffisant, le regard redevenu dédaigneux, la lueur de fierté dans les yeux, l’air assuré et supérieur et puis à la fois une fausse attitude détendue, « cool ». Ça y est Black est de retour. Il s’est réveillé, définitivement, et rayonne d’arrogance. Il répond enfin :

- Et oui tout le monde se trompe, même toi, enfin surtout toi en fait. D’ailleurs moi aussi je ne te pensais pas capable de traiter les gens comme des humains et non des chiens à tes ordres. Quel surprenant effort de ta part, Parker. Termine-t-il, sarcastique à souhait.

Je ne cache pas mon grand sourire face à ce beau retournement de situation. Cela semble d’ailleurs un peu déstabiliser Black qui se reprend bien vite et sourit largement à son tour. J’ajoute alors, pour achever en beauté cet extraordinaire dialogue :

- Oui, je sais, mes efforts sont vraiment exceptionnels comparés à tes petits progrès insignifiants. De toutes façons, je n’ai plus rien à faire avec un minable dans ton genre.

Je me retourne sans un regard, souriant pour moi même, et puis je remonte aux dortoirs sans même savoir que faire, pensant à cet échange formidablement particulier.

Tout le monde dort encore, normal d’ailleurs, alors je m’assoie sur mon lit me demandant si Sonia va se réveiller bientôt ou si je vais devoir attendre encore longtemps… J’écoute la respiration régulière de toutes les dormeuses pendant un moment et je me sens lasse. Ça me donne envie de me rendormir. Et puis j’entends Sonia marmonner vaguement quelque chose dans son sommeil en remuant légèrement. Je m’approche pour mieux entendre.

- Non, non, pas les choux fleurs, non. J’veux pas… gémit-elle.

Ensuite les marmonnements sont tellement confus que je n’arrive à discerner que « pauvre hamster » ou quelque chose comme « il va tomber de la montgolfière » parmi ses lamentations… Je me demande bien quel rêve saugrenus peut bien avoir produit un esprit excentrique comme le sien. Prise d’un élan sadique je me penche pour murmurer :

- Si les choux fleurs…
- Non !! non ! pitiééé ! geint-elle tout en remuant de plus en plus dans son lit comme si on la torturait.
- Et si, les choux fleurs sont là… De beaux choux fleur très gros et bien frais…
- NON !!!! Crie-t-elle en se relevant d’un coup, prise de sueurs froides, haletante d’angoisse.

Je rigole déjà devant une Sonia toute échevelée et plus déboussolée que jamais alors que j’entends les questions affolées d’une de ces gourdes avec qui nous sommes forcées de partager le dortoir :

- Qu’est-ce qui se passe ?! Qui a crié ? Quelqu’un est mort ?
- Non, tu peux te rendormir. Répondis-je en ricanant.

Elle grommelle vaguement un « bah c’est malin » agacé et « non mais n’importe quoi » et puis se retourne. J’observe de nouveau Sonia qui me regarde, perdue, encore à peine remise de ce choc si « terrible ». Elle finit par demander, d’une voix ensommeillée :

- Mais qu’est-ce que tu fais là ?
- Rien, rien… Tu m’avais l’air de faire un rêve très intéressant alors j’ai voulu voir de quoi il s’agissait, juste par simple curiosité bien sûr… Répondis-je, nonchalante.
- Comment ça ? Non… Ne me dis pas que…
- Si. Alors les choux fleurs se portent bien ?

Elle me regarde, l’air offensé que je me paye sa tête de cette manière, et je me baisse à la dernière seconde alors qu’un oreiller vole à travers la pièce pour atterrir finalement sur la tête d’une certaine Brooke qui, jusque là, dormait… On entend alors la voix de la fille qu’on avait déjà réveillé qui râle, agressive :

- Non mais ça va bien oui ? C’est pas bientôt finit tout ce bordel ? On aimerait DORMIR encore un peu !

Et puis c’est au tour de l’autre, Brooke, qui ne comprends pas ce qui lui arrive et marmonne :

- Kessi spass… C’quoi l’truc sur moi ?
- C’est rien, juste un yéti poilu qui s’est jeté sur toi pour te déclarer sa flamme. Se moque Sonia.
- Pff… C’que vous pouvez être stupides… Non mais quelles gamines quoi ! S’exclame-t-elle de cette voix de potiche qui lui va si bien.

Je me retourne vers Sonia et on finit par rigoler face à une idiote de cette acabit. Et puis Brooke l’ouvre de nouveau pour se plaindre, scandalisée :

- Non mais vous vous foutez de moi en plus ?
- Mais noooon, on oserait pas ! Tu vois bien qu’on se moque du hamster ! Répondis-je en regardant Sonia d’un air significatif.
- Quoi ? T’as aussi entendus pour le hamster ? Demande Sonia, outrée.
- J’espère qu’il est en bonne santé le pauvre petit. C’est qu’il allait tomber d’une montgolfière quand même ! chuchotais-je dramatiquement.

Sonia reste bouche-bée et finit par éclater de rire, juste avant moi. On entend à peine l’amie de Brooke lancer « Laisse tomber, elles sont folles ces idiotes » d’un air hautain.
Quelle belle matinée à l’horizon ! Décidément, je me dis que rigoler remonte sacrément le moral, ça me change tellement de commencer une journée de cette manière, une journée où je me sens tellement moins angoissée.


Un moment plus tard, nous voilà déjà toutes les deux à la grande salle quand j’avise l’arrivée de Milly qui marche lentement, l’air las. Elle m’aperçoit et sourit faiblement alors que je lui fait signe de venir s’asseoir près de nous. Elle hésite quelques instant et nous rejoint timidement, vraisemblablement mal à l’aise. Sonia paraît assez intriguée alors que je réalise qu’il faudrait peut-être que je les présente puisqu’elles n’ont pas l’air de se connaître, ce qui est bien normal. Alors, j’entreprends les présentations un peu maladroitement, sans m’y attarder vraiment, trop pressée de demander à Milly les raisons de cet air morose. Il se passe quelques minutes de silence, pendant lesquelles Sonia et Milly paraissent se jauger du regard, avant que je ne me décide à reprendre la parole :

- Qu’est-ce qui ne va pas Milly ?
- Mais rien… Rien. Murmure-t-elle incertaine.
- Si. Il est évident qu’il y a quelque chose.
- Je… Je n’y arrive pas… balbutie-t-elle.

Aucun détails supplémentaires ne sont nécessaires, je comprends immédiatement de quoi elle parle et tente de la rassurer comme je peux :

- C’est normal. Personne n’y arrive en un claquement de doigts. Il faut que tu trouves quelque chose qui te donne du courage. Lorsque tu penses à cette chose, tu dois te sentir forte, tu dois être prête à tout. Tu dois te sentir libre… Il y a forcément quelque chose qui te donne l’énergie de survivre, et qui te donneras l’énergie de te battre. J’en suis sûre.

Elle écoute, dubitative et, ayant finis mon explication, elle se met à réfléchir. Elle fronce les sourcils un moment puis finalement son visage se fige, adopte une expression trop sérieuse pour son âge et elle dit, l’air grave :

- Oui, il y a quelque chose de très important.

Je ne dis rien, j’hoche juste la tête, je comprends qu’elle a besoin de réfléchir. Je me retourne vers Sonia qui a l’air pensive et j’entame courageusement ce qui est sensé s’apparenter à une conversation. Heureusement pour moi Sonia, de nature volubile, part vite dans une tirade animée sur l’ennui que lui inspire les cours de potions, décrivant et parodiant avec comique les vices et travers du professeur Slughorn qu’elle déteste tant. Alors, même Milly paraît se détendre un peu et retrouver le sourire face à une telle satire. Et puis moi je me sens pleine de quiétude, j’essaie de profiter d’un instant si rare où tout va pour le mieux car je sais bien que c’est éphémère, que c’est presque trop tranquille pour durer. J’ai peine à croire la situation, je suis là, au milieu de tout le monde, je ne suis pas seule, je ne suis pas malheureuse, je suis appréciée d’au moins deux personnes, et je n’ai pas d’angoisse. C’est surtout ça le plus fort. Cette sérénité. Je me sens anesthésiée, il n’y pas de douleur, pas de peur, pas de désespoir, pas même de malaise ou de tourments. C’est un moment d’amnésie temporaire. Très temporaire. Je suis distraite, je ne pense pas réellement aux problèmes, je n’ai pas le temps de m’interroger ou de me préoccuper puisque je ne suis pas toute seule. Je ne suis pas livrée à moi-même, face au vide, je me sens entourée, je sens la vie et surtout l’amitié. C’est étrange, tout me semble nouveau.


Il est déjà assez tard quand, les cours et les devoirs finis, je me retrouve sans rien à faire d’autre que m’ennuyer. Journée ennuyeuse, soirée ennuyeuse. C’est détestable. Et je ne peux pas rester là, à rien faire, seule à la bibliothèque. Le problème c’est surtout que je n’arrive vraiment pas à me concentrer sur ma lecture. Ça fait très longtemps que ça ne m’était pas arrivé je crois. C’est tellement plus simple un livre. Je veux dire, c’est tellement mieux que ma vie. Je crois que c’est pour ça que j’ai toujours adoré la lecture, c’est pour ça que pendant toutes ces années les livres ont réussis à remplir, au moins momentanément, ce vide insupportable. J’ai vécu durant tout ce temps des vies qui ne m’appartenaient pas et surtout j’étais ce que je ne suis pas. C’était plus facile comme ça. C’était juste l’idéal, jamais je n’aurais pu imaginer meilleure solution. Comme une grande réserve de vies et il n’y avait plus qu’à choisir. Je piochais, je vivais du pré-déterminé. C’était bien. J’étais une héroïne, j’avais une vie palpitante, je connaissais le bien être, l’amour et bien d’autres choses dont la vie me privais cruellement. Même le fait de pleurer dans ces moments là n’avaient pas ce goût de désespoir et de détresse habituel. Le plus dur c’était juste de fermer le livre. Le simple fait de tourner cette ultime page me plongeait dans une profonde mélancolie, me laissant des heures en pleurs. C’était le deuil d’une vie. J’aurais pu arrêter là les dégâts, cesser le lire, mais cela m’était totalement inconcevable et, indubitablement, je recommençais. Encore et encore. Une soif de vie étanchée dans les bouquins parce que, encore une fois, j’étais trop lâche pour construire la mienne.

Il faut dire aussi que la mienne me semblait fatalement nulle et sans intérêt. Comme il y a de bons livres et de mauvais, j’avais l’impression d’être tombée sur le gros navet. Celui qui, quoi qu’il arrive, quoi qu’on en fasse, restera pour toujours un gros navet, un rebus bon pour la déchetterie. Et maintenant, je me rends compte que le livre n’est pas achevé, que même sûrement, il n’y a que l’ébauche du prologue et que je tiens comme une géante plume invisible qui ne demande qu’à broder ce qu’on lui dicte. Et, actuellement, je n’ai vraiment pas d’inspiration.

Je m’en vais, je n’aime pas trop rester dans la bibliothèque lorsque je n’ai vraiment à y faire. Par dépit, je décide d’errer un moment dans les couloirs, juste pour avoir quelque chose à faire même si ce n’est que marcher, observer et réfléchir. Un âcre goût de déjà vécu mais je sais que cette fois, contrairement à avant, il y aura pas cette angoisse si pesante.

Je commence ma dérive, de couloirs en couloirs, d’escaliers en escaliers… Je ne sais même pas où je vais, je pense. Je pense à ce matin, à hier, à Black. Ça me coûte de l’avouer. Très cher même. J’en arrive bien bas. C’est dire à quel point je m’ennuie. Et puis, de pas en pas, j’ai l’impression d’une légère mélodie, je me dit que ce n’est qu’une illusion, je secoue la tête pour tenter de la chasser mais rien n’y fait, la mélodie persiste et plus j’avance, plus elle s’amplifie. Je continue à avancer, poussée par une curiosité que je n’arrive pas à contrôler. Et je me rends tout juste compte que je suis dans ce petit couloir que je déteste tant. Ce couloir lugubre, tout sombre, les murs décorés de peintures qui ne me rappellent que trop ma propre vie. A droite il y a ce tableau tout noir avec une petite fille toute seule dans le coin en bas à gauche, et cette même petite fille, elle revient à chaque fois sur la dizaine de tableaux de ce couloir. Une fois derrière les barreaux d’une prison, une autre bâillonnée, ou encore gisant à même le sol, recroquevillée dans une position fœtale, les yeux fermés, se bouchant les oreilles…

Je ralentit le pas, mal à l’aise. Chaque peinture me semble l’exacte métaphore de morceaux de ma vie et c’est terriblement désespérant. Je me sens juste misérable, faible et vraiment seule. C’est aussi désespérant que quelqu’un qui assisterait à la mise à nue publique de sa minable petite existence ratée. Je suis face à ce monumental gâchis, le cœur serré, une impression de fatalité et je ne peux que constater l’ampleur des dégâts, étalés juste sous mes yeux. C’est noir, c’est vide, c’est d’une simplicité écœurante, et c’est résumé en dix petits tableaux miteux. Quand je vois ça, je me dis qu’il y a quand même de quoi se demander ce que je fous sur cette Terre. On comprend mieux pourquoi ça fait plus de six ans que j’évite soigneusement d’approcher cette zone de perdition, m’éloignant autant que possible de cette affreuse synthèse de ma vie.

J’en viens à me rappeler que ce qui m’a laissé m’emporter. C’est cette légère musique que j’entends toujours et qui, déjà, me fascine. D’où vient-elle ? Qui la joue ? Comment un piano s’est-il retrouvé à Poudlard ? Car il ne fait aucun doute que c’est bien le timbre d’un piano que j’entends. Je dois avoir des réponses maintenant. J’ai toujours eu des réponses à mes questions, il n’est même pas envisageable que je m’en aille, tranquillement, simplement parce que ça ne me regarde pas. Ça sa passe quand même dans le château où je vis quasiment toute l’année, donc ça me regarde. J’examine la porte en chêne massif en face de moi qui ne semble que le dernier rempart à ce mystère et je me décide sans hésitation.
Je lance sur la porte un alohomora et je l’ouvre lentement, prise d’un mauvais pressentiment, appréhendant d’ors et déjà ce que je pourrais voir. Je reste figée devant la scène qui s’offre à moi, assommée par la multitude d’informations invraisemblables que je dois assimiler. Tout dans cet instant paraît simplement insensé, comme échappé d’un roman fictif, ce genre de roman merveilleux plein de belles illusions qui nous rappellent tristement que, justement, ce ne sont que des illusions. La pièce est immense, inondée de lumière et l’air brille. C’est ce genre de micro particules de poussière, en suspension dans l’air, qu’on a envie d’attraper qui scintillent à la lumière du jour. Ça me donne l’impression d’être enveloppée d’or, et je me sens toute entourée d’une douce chaleur. Mais ça, ce n’est rien, en vérité la première chose que je remarque c’est le grand piano à queue noir, laqué et brillant comme du verre au centre de la pièce. Et puis il y a un détail –qui n’en ai pas un en réalité- que je ne peux me résoudre à assimiler. L’information reste invariablement bloquée, se heurtant à ma logique avec fracas. Il est hors de question que j’admette l’insensé. Ce ne peut pas être lui. Entêtée, j’entreprends immédiatement de refuser ce que je vois. Ce doit être une erreur, ma vue doit devenir défaillante ou alors j’ai dû ingéré un aliment avarié qui me détraque le cerveau. C’est forcément quelque chose dans ce genre puisque ce ne peux pas certainement pas être Black, le pianiste qui joue une telle musique.

Je le détaille, comme pour me prouver que je me trompe et m’enliser dans mon entêtement. Seulement c’est tout l’effet inverse qui se produit. A mesure que j’observe, mon entêtement faibli et l’information précédemment bloquée semble progressivement forcer le barrage. Je ne peux le voir que de dos mais ça m’est bien suffisant pour le reconnaître. Il porte une chemise blanche, les manches retroussées jusqu’aux coudes, ses cheveux noirs coiffés d’un air un peu négligé comme il en a l’habitude parce que ça lui donne ce petit air décontracté, le dos droit, la tête haute et puis ce petit quelque chose qui lui est propre mais que je ne pourrais définir. Je sais que je dois me rendre à l’évidence même si ça me coûte de l’avouer, j’ai perdu la partie, c’est bien Black et j’en suis à présent plus que certaine.

Je reste muette face à ce que cette information implique mais, sitôt que j’écoute avec plus d’attention la musique, tout disparaît, je n’y réfléchis même plus, les questions s’envolent, je me laisse juste envahir, emporter, j’ai le droit, de toute façon je sais que tout cela ne doit être qu’un rêve… forcément… Et puis de là où je suis je remarque que je peux voir ses mains et immédiatement mon regard ne se focalise plus que là-dessus, m’abreuvant de perfection. Je contemple avec émerveillement. Les mains caressent les touches et je me délecte de la mélodie qui m’inonde. Elle est douce comme de la soie, langoureuse, mais je sens une pointe de mélancolie et d’amertume qui ne va qu’en s’amplifiant laissant un âcre goût, comme un mauvais pressentiment. Fascinée, je me laisse bercer de noirceur… Je pourrais presque fermer les yeux, tombant dans une tristesse léthargique, seulement ces mains toutes délicates me captivent tant que je ne peux faire autrement qu’admirer, encore et toujours, me demandant avec incompréhension par quel heureux miracle elles peuvent donner naissance à un tel prodige. Comment se peut-il qu’elles parviennent à elles seules à exprimer cette profusion de sentiments ? Je voudrais pouvoir les effleurer, peut-être que je comprendrai un peu.


Le spectacle est saisissant : les mains survolent, effleurent, frôlent et les doigts commandent aux touches avec précision, tout est certain, sans aucune hésitation, le chemin est tracé et les mains y progressent comme si elles l’avaient parcouru des centaines fois, le connaissant par cœur. Pourtant, tout est si précautionneux qu’on jurerait qu’elles en redoutent l’issue. Je frémis. C’est définitivement sublime.

Et puis je commence à avoir l’impression que tout s’accélère, je vois les mains s’emballer brutalement, et je sens la pression monter encore et toujours plus. Le volume augmente avec la soudaine violence de la douleur. Les gestes sont si rapides que tout finit par devenir indistinct. Et le sentiment de malaise qui me prend s’accentue avec la tornade de doutes et d’angoisses qui me terrasse. Je suis emportée contre mon gré là où je n’aurais jamais dû me trouver, je ressens, je subis, sans même ne pouvoir rien y faire, l’étendue de la rage, de la souffrance. Je suis comme une intruse dans une vie qui me m’appartiens pas. Je voudrais pouvoir me boucher les oreilles et arrêter les dégâts pourtant je ne peux pas, sans même arriver à m’en expliquer pourquoi, je sais que j’en suis incapable. Je suis prise au piège, je ne peux décidément pas. J’ai tant de fois ressentit ce que la musique étale aujourd’hui. Je tremble. La tornade s’apaise.

Je reste abasourdie, incapable de la moindre action. Seulement sonnée, le souffle court. La musique n’est à présent plus qu’un doux murmure consolant, je la laisse me bercer. J’ai presque le sentiment de rêver les yeux ouverts, allongée au milieu d’une pile draps de soie. Alors que le murmure s’étiole je me rends compte que j’en suis même arrivée à en oublier le principal. J’ai même oublié l’auteur du rêve. Je sens l’information s’abattre sur moi comme une grande claque. Je n’arrive pas à réaliser ce ça peut signifier, ce que tout cela peut impliquer. C’est simplement inconcevable. C’est Sirius Black…

Alors que les derniers mots résonnent en échos dans ma tête, je ne réalise même pas que le murmure à finit par s’arrêter. Les informations ont décidément bien du mal à percuter aujourd’hui. Avant même que je n’ai le temps ni l’idée de bouger, je remarque bien trop tard que Sirius s’apprête à se lever. Je suis paralysée. Je retiens mon souffle quelques secondes, espérant idiotement que cela suffira à me faire passer inaperçue. La panique m’étreint et je me rends compte bien vite que ça ne sert à rien. Tout ce que je peux faire ne sert à rien, je n’ai pas le temps de fuir. Alors, lâchement, je ferme les yeux, comme si cela pouvait me faire oublier où je me trouve. J’espère me résorber complètement. Je ne veux pas savoir ce qui va suivre, je ne veux pas y assister.

Je ne tiens que quelques secondes, ne rien voir est en fait bien plus insupportable que je ne l’aurais imaginé et n’a pas tardé, avec le silence pesant, à me plonger dans une angoisse sans nom. En fait je dois savoir, il faut que j’en ai le cœur net. Brusquement, j’ouvre les yeux.

Je reste sans voix, la respiration manquante durant un moment, immobile et bouche-bée. Je ne réalise pas. Sirius est juste en face de moi, à moins d’un mètre, et puis il y a cette larme qui roule sur sa joue, cette larme que je fixe avec incrédulité qui finit pour mourir sur ses lèvres. Je tends la main lentement, je veux juste m’assurer que je n’ai pas rêvé. Ce que je voudrais avoir rêvé, juste rêvé. J’effleure doucement sa joue du bout des doigts, d’un geste hésitant. Elle est encore toute humide. C’est donc vrai… Je m’éloigne légèrement, frappée par la brutalité de la réalité. A présent c’est lui qui a les yeux fermés. Il finit par les rouvrir presque à contre-cœur et ses yeux sombres sont tout embués. Je suis pétrifiée, les bras ballants, le cerveau anesthésié et j’essaie de réfléchir sans succès. Je voudrais trouver une cause, ou au moins une ombre d’explication, n’importe quoi mais quelque chose qui puisse me sortir de ce malaise grandissant, de cette gène insupportable. Et Sirius qui ne fait rien, Sirius qu’on croirait figé. Je suis même incapable de dire ce qu’il a pu ressentir en me voyant, tout ce que j’ai vu c’est cette larme et plus rien d’autre n’a compté autant, pas même le fait que je me trouve ou je ne devrais pas être.

Rien ne se passe pendant de longues minutes, comme pour me laisser le temps d’assimiler l’inassimilable. Si je n’écoutais pas ma raison je pourrais presque croire que le temps a cessé de s’écouler, étouffé par un tel silence. Et puis je me décide à rompre cette immobilité trop angoissante, j’avance doucement vers Sirius sans même savoir exactement pour quelle raison ni ce qui va se passer ensuite. Je m’arrête tout près et je l’observe comme si je le voyais pour la première fois de ma vie et que j’avais tout à réapprendre. En y réfléchissant ce n’est d’ailleurs peut-être pas si faux. Je ne comprends toujours pas pourquoi Sirius n’agit pas. Mes yeux se posent sur sa main droite et, prise d’une irrésistible curiosité, je la frôle timidement, j’avais bien dit que je voulais comprendre. Sirius frisonne. C’est à ce moment là qu’il semble se réveiller. Il me fixe avec insistance. Il a ce quelque chose dans les yeux que je ne comprends pas. Ce quelque chose qu’il n’a pas à l’habituel, qui le rend tellement différent. Je détourne les yeux, lâchement. Décidément, je me demande où se cache mon soit-disant courage s’il n’est pas là quand j’en ai vraiment besoin.
Alors on reste là, comme deux idiots incapables de quoi que soit quand je me décide à murmurer, presque inaudiblement, la voix brisée :
- Je suis désolée…Je…
- Oublie. Oublie tout. S’il te plait…
- Je… Je ne peux pas. Jamais… Sirius… Enfin, Black… Enfin… je veux dire…
Mon incapacité à aligner deux mots cohérents m’épate. Ce que je balbutie n’a pas vraiment de sens. Je me tais finalement, je reprends mon calme, et je souffle courageusement :
- Pourquoi ?
Il ne paraît pas surpris par ma question, il garde juste ce regard triste et résigné, et puis il s’avance lentement, si près que je serais même tenté de faire un pas en arrière mais je ne fais rien. Et puis il se penche pour chuchoter à mon oreille :
- Peut-être parce que je ne suis pas si parfait…
Il s’attarde quelques instants, muet, et je me sens si calme. Cette réponse m’apaise à un point que je suis rassurée comme jamais.
Il se recule légèrement. Me regarde un moment. J’ai l’impression qu’il veut ajouter quelque chose, il ouvre la bouche, la referme subitement, et s’enfuit sans un mot, ne laissant qu’un courant d’air glacé.
Je reste longtemps immobile, incapable de quoi que soit d’autre, tentant vainement de donner un sens à tout ça et puis, je me dirige rapidement jusqu’au piano, je prends à la volée deux ou trois partitions, comme s’il pouvait s’agir d’une preuve, et je m’enfuis à mon tour, espérant par là échapper aux questions déjà étourdissantes. Je suis sonnée. J’ai tellement mal à la tête. Je vais prendre une potion pour dormir et je me couche. Quel bel échappatoire. Le sommeil… C’est tellement trop simple. Je ne peux plus réfléchir maintenant, je vais devenir folle sinon parce que je ne peux même pas comprendre et encore moins assimiler tout ce qui vient de se passer.
Un jour pluvieux by alice141191
Note : Alors je vais essayer de faire court pour une fois, tout d'abord je crois qu'il est pratiquement inutile de parler des retards monstres que j'accumule. De toutes façons à chaque fois je dis que je ferais mieux, mais je n'y arrive jamais !! Donc comme vous avez pu le voir pour ce chapitre j'ai raaaaaaamé !!! Beaucoup, beaucoup de points m'ont posé problèmes. Avec le chapitre précédent une multitude de possibilités de suites s'offraient à moi et il a fallu en choisir une. Bien sûr que j'avais la trame de fond mais pour voir dans le détail c'est pas évident...

Bon donc, j'ai fais un choix, et j'espère que vous apprécierez le changement radical qui s'opère dans ce chapitre. ça peut surprendre mais j'espère que vous comprendrez. Vous vouliez que ça avance ? Alors là, je pense que vous allez être servis !! :D

J'espère ne pas voir complètement perdus tous mes anciens lecteurs (j'ai un gros doute quand même...). Mais en tout cas, bienvenue aux nouveaux =) Et puis, assez palabré, vous verrez bien, je n'ai plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture, et n'oubliez pas de laisser vos impressions, vos avis m'ont déjà beaucoup aidé concernant plusieurs choses, et puis ça encourage, bien sûr ! :)




Déjà deux heures que je suis assis sur mon lit, immobile. Je n’ai pas sortit un mot de la soirée et James, Remus et Peter commencent à s’inquiéter de mon silence inhabituel. Les yeux mornes, je regarde la pluie tomber au dehors et le tumulte infernal de ce déluge résonne dans toute la pièce, laissant comme à son habitude cette âpre langueur qui fait qu’on se sent si las. J’ai le moral plus bas que terre, je me sens vide, comme si toute cette vague d’énergie et de gaieté qui m’emplit habituellement, avait subitement pris le large. J’ai vraiment l’impression de n’être qu’une coquille toute vide. James a bien essayé de me faire réagir mais je suis resté prostré là, imperturbable, dans une sorte d’état de choc alors que les images de ce qui s’est passé seulement quelques heures plus tôt défilent en continu dans ma tête comme un mauvais film moldu. J’ai l’impression qu’on m’assomme, qu’on les martèle inlassablement contre ma tête pour les y incruster une bonne fois pour toutes. Comme si elles n’avaient pas encore fait assez de ravages. Et je n’ai plus qu’à revivre sans cesse ce cauchemar duquel je suis prisonnier. Un moment, l’angoisse semble vouloir me noyer complètement et puis le martèlement des images revient, encore, il m’apaise où plutôt me rend un peu comme un légume qui subit sans vouloir avoir à y réfléchir. Je ressens toutes ces sensations en accéléré : l’incrédulité, la stupéfaction, l’incompréhension, la tristesse, puis la réalité qui m’échappe totalement… Et cette main qui frôle doucement ma joue. Je revois aussi ce mouvement de recul. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je sais que j’en ai ressentis une frustration inexplicable. Je me sentais bien et puis d’un coup, le froid. C’était glacé même. Je tremble un peu. Je revois aussi ce moment où elle a vu mes yeux et j’ai honte. Je déteste cette faiblesse et, plus que tout, je déteste cette honte qui m’a envahit et qui continue toujours de m’envahir. Ce que c’est stupide… Ce que c’est monstrueusement stupide même… Jamais elle n’aurait dû me surprendre dans cet état là. Absolument jamais. Depuis toutes ces années, des dizaines d’heures entières par semaine, personne n’a jamais su. Et heureusement, parce que personne n’aurait pu comprendre une chose pareille. J’avais pris tellement de précautions pour que personne ne sache… La seule chose que tout le monde devait voir c’était ce type parfait, qui supporte tout sans faiblir, heureux et insouciant. Au fond, il n’y a que James et Remus qui me connaissent vraiment.

De toute façon, qui peut vraiment croire à une histoire pareille ? Qui peut vraiment croire qu’il soit humainement possible que quelqu’un soit comme ça, tout le temps heureux, tout le temps déconneur, tout le temps à tout prendre à la légère sans en subir les conséquences ? J’aurais bien voulu, j’ai essayé d’ailleurs mais ce n’est décidément pas possible et de temps en temps cette armure d’apparent bonheur tombe subitement pour me rappeler à l’ordre, pour me rappeler que la vie ce n’est pas qu’une soirée arrosée entre Maraudeurs avec rire et blagues à profusion. Pourtant j’aimerais bien. J’aimerais ne même pas avoir à penser au futur ni même à toutes ces petites emmerdes qui peuvent vous pourrir littéralement la vie. Et quand je réfléchis à tout ça, quand j’ai le cafard, je me rend compte qu’il me manque bel et bien quelque chose qui puisse donner un peu de sens. Et alors, je me sens un peu comme quelqu’un de paumé en plein milieu d’un carrefour qui n’arrive pas à se décider sur la direction à emprunter. J’ai l’impression d’en faire sans cesse le tour, et je tourne en rond, encore, et encore…

- Sirius… Eh… tu m’entends ?

Je cligne des yeux deux ou trois fois, et je vois, juste à côté de moi, James qui m’appelle. Je hoche vaguement la tête.

- ça va bien ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ? on ne t’a jamais vu dans un état pareil mon vieux ! Et tu n’es même pas venu manger !
- Je n’avais pas très faim… Répondis-je un peu mollement.
- Mais enfin, tu nous sors toujours le même refrain en ce moment ! Tu ne serais pas malade ?
- Non… J’pense pas… Mais ça va je te dis, fais pas la mère poule James…

Il sourire, amusé, avant de prendre un air un peu trop sérieux qui ne me dit vraiment rien de bon.

- Je suis sûr que c’est encore à cause d’elle. Sirius, mais qu’est-ce qui se passe avec Parker ? Tu peux bien me le dire non ? On est amis, on est frères quoi… Il n’y a jamais eu ce genre de cachotterie de nanas entre nous, ça ne va pas commencer maintenant…

Je soupire, encore plus démoralisé si c’est possible. Est-ce que c’est si flagrant ? En même temps, James me connaît tellement trop bien, c’est vrai. A tel point d’ailleurs, que dès fois je me dit qu’il me connaît mieux que moi-même. Je réponds finalement l’air las, plus accablé que jamais, dans une attitude qui ne me correspond décidément pas :

- Je ne sais pas se qui passe… Comment voudrais-tu que je te raconte quelque chose que je ne comprends même pas moi-même ?

Il semble pensif un instant et puis ses yeux s’agrandissent comme s’il venait brusquement de comprendre quelque chose. Il ouvre la bouche, stupéfait, pour commencer :

- Oh mais tu es…

Il s’arrête alors subitement et me regarde décidément interdit, l’air bouleversé. Ça commence à m’agacer de ne pas pouvoir comprendre moi aussi, ce dont je lui fait part :

- Quoi ? Qu’est-ce que je suis ? Et qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça ? ça commence vraiment à devenir inquiétant là.
- Rien. Rien, rien… Il n’y a absolument rien du tout.
- Mais enfin tu…
- Bon j’y vais, Remus m’attends en bas pour euh… pour m’expliquer un truc en potion. A tout à l’heure.

Il s’enfuit précipitamment. Pff… James ment très mal, c’est lamentable. Et dire qu’après c’est à moi qu’on fait des discours sur l’important de se dire la vérité… Eh ben… Enfin il est dès fois un peu tordu dans ses brusques « illuminations », il n’y a probablement pas de quoi m’inquiéter pour ça. Probablement… Mais je sais au fond que c’est faux et que je devrais sérieusement commencer à m’en faire, à m’inquiéter de ce qui est entrain de m’arriver même si je ne sais toujours pas de quoi il s’agit exactement…

Je retourne placidement à la contemplation de la fenêtre. Les gouttes de pluies coulent toujours sur la vitre et à travers le vacarme du déluge, j’entends encore ce « ploc » du robinet qui fuit, un peu comme un métronome qui bat la pulsation. J’essaie de me boucher les oreilles, de lutter contre ce malaise mais rien n’y fait, le « ploc » résonne toujours dans ma tête comme un écho qui ne se dissipe jamais totalement. J’ai l’estomac noué, la gorge serrée, et les prémisses d’un mal de tête qui s’annonce plutôt migraine. Je voudrais pouvoir lui en vouloir véritablement d’avoir vu tout ça à mon insu, d’avoir pu constater cette maudite faiblesse, et pourtant je n’y arrive même pas. J’ai ce regard dans la tête, cette caresse et rien d’autre n’est plus important que cet instant là.

J’ai l’impression d’étouffer dans une sorte de malaise mélancolique nauséeux. Je me dirige vite vers la salle de bain pour me passer de l’eau glacée sur le visage en espérant sortir ainsi de ce foutu cauchemar qui persiste, apparemment décider à m’en faire baver. Ma respiration est trop rapide et pourtant je me sens gelé jusqu’aux os. Je lève les yeux vers le miroir et je déteste l’image qu’il me renvoie, pour un peu on pourrait dire que je suis aussi pâle que Nick quasi sans-tête. J’ai l’air horriblement épuisé, anéantis, je me demande où est passé le Sirius Black plein de joie et d’entrain. Je voudrais tellement pouvoir dormir… Est-ce que ces foutus images vont me bousiller la soirée encore longtemps ? Je m’allonge dans un soupir de résignation pour un demi-sommeil qui s’annonce agité…




Je me suis réveillée depuis un moment, la nuit aurait dû me remettre les idées en place et pourtant j’ai l’impression que ma tête n’est qu’un vaste champ de bataille jonché de cadavres sanglants. Autant de cadavres que d’idées mortes. Anéanties. Et puis, plus je réfléchis, plus l’hécatombe empire, causant toujours plus de victimes. Des victimes d’abord agonisantes, qui finissent ensuite par expirer, leurs dernières forces s’envolant irrémédiablement. Et ça y est, enfin, les préjugés sont morts. Tous morts. Aucune résistance. Et il ne reste plus que ce grand champ de bataille, encore. Et je me vois, marchant au milieu des corps, les contemplant avec une sorte de d’horrible nostalgie, sachant les dégâts irréparables. Ce génocide paraît monstrueux et pourtant j’en ressens un soulagement totalement abjecte. Les préjugés disparus, le vide qui reste et les possibilités qu’il offre sont énormes. J’ai comme l’impression d’avoir découvert quelque chose d’incroyable.

Mes doigts frôlent doucement les feuilles de partitions que je tiens entre mes mains et la scène défile lentement dans ma tête comme un catalogue de souvenirs. Je ne sais pas trop pour quelle raison mais je suis simplement apaisée et même, étrangement, heureuse. Tout était tellement beau. Simplement magnifiquement beau. La musique, les gestes, les sentiments même étaient beaux, sans voile ni hypocrisie. Voilà, je sais pourquoi maintenant. Parce que c’était juste tellement beau, tellement vrai, que c’en est inimaginable. C’était beau comme un joli rêve sans le moindre sens. Un beau rêve qu’on garde en mémoire bien longtemps après s’être réveillé, un rêve avec plein de choses qu’on ne comprend pas, avec des actions qui se passent dans un contexte totalement inapproprié et qui s’enchaînent sans aucun lien vraiment logique. Comme si on zappait un peu brusquement. Mais je sais bien que ce n’était pas qu’un rêve… Les feuilles que je tiens entre mes mains sont bien réelles et ne me le rappellent que trop. J’ai un peu comme l’impression qu’elles me narguent. Je ne peux pas me laisser emporter à simplement croire que je viens de me réveiller d’un très long rêve parce que les partitions sont là, dans mes mains, et détruisent de ce fait mes plans d’évasion. Je voudrais ne pas les avoir pris. Je souffle, vraiment déçue de ne trouver aucun moyen valable qui mettrait fin une bonne fois pour toutes à ces pensées tourbillonnantes.

Je regarde à nouveau désespérément les partitions comme si elles pouvaient m’être d’une quelconque aide. Toutes ces notes m’apparaissent un peu comme un langage très obscur et la seule chose que je peux comprendre c’est le titre, tout en haut « Spleen d’Automne » suivit des initiales « S.B. ». Mes doigts frôlent ces quelques mots légèrement penchés, griffonnés précipitamment, aux lettres toutes allongées, et sans application, écrits de la main de Sirius… Je le revois alors qu’il était juste face de moi, et je me rappelle de la sincérité étonnante de son regard. Je me rappelle de cette intemporalité dérangeante, de son murmure, de ses cheveux un peu décoiffés, de cette unique larme et rien n’était plus vrai que ce moment là. J’ai su que c’était Sirius, vraiment Sirius, pas juste Black. Et il était époustouflant.

Et maintenant, les yeux ternes et les pensées confuses, je me demande seulement ce qui va se passer, alors que j’ai vu, que je sais et que j’ai compris. Je me demande comment je suis censée réagir la prochaine fois que je le verrais mais, surtout, je me demande ce que, lui, il va faire. Est-ce qu’il va tenter de faire comme si rien ne s’était jamais passé hier, comme si la soirée avait été des plus banales, et puis jouer le type cool, comme toujours ? Ou peut-être est-ce qu’il va m’ignorer superbement ? Est-ce que je dois faire la même chose ? Je ne pourrais jamais. Plus maintenant du moins… Je n’en ai même pas envie. A quoi bon faire semblant alors que je voudrais tant pouvoir retrouver ce vrai Sirius et lui dire à quel point c’est beau quand il n’est pas parfait. Et même si je le voulais, je serais peut-être incapable de faire semblant. En fait, ce n’est pas logique, j’ai toujours fait semblant pour tout, alors pourquoi pas encore une fois, maintenant ? Je ne sais pas, je ne sais plus rien de toute façon, et je n’aurais jamais pensé que tout soit un jour si incontrôlable. Parce que c’est totalement le cas, je m’en rends compte, est j’ai le sentiment de me comprendre où plutôt de me connaître de moins en moins. Je pensais avoir fait le tour de la question, je croyais que j’avais suffisamment pris connaissance du navire, et que le reste n’était plus qu’une question de navigation, une boussole et puis c’est dans la poche. Aujourd’hui c’est un peu comme si le navire s’était transformé en une barque précaire toute miteuse qui a pris l’eau et puis pour la navigation, ce n’est même pas la peine d’y penser : les rames sont cassées et la barque toute folle est prise dans un rapide où le courant la fracasse contre des rochers. La boussole ? Elle est déjà passée par dessus le bord…

Et le pire dans tout ça, c’est que cette dérive n’est, après tout, pas si désagréable, et commence même à devenir exaltante.

Je pense de nouveau à Sirius, j’ai cette sorte d’impatience mêlée d’appréhension à l’idée de le revoir et, la tête bourrée d’interrogations en tout genre et de sentiments qui ne semblent pas m’appartenir, j’attends.



Depuis un long moment déjà, je tente vainement de manger quand je le vois. Je repose lentement le verre que je m’apprêtais à boire, je m’immobilise, je le fixe, guettant chaque détail, chaque geste. Contrairement à l’ordinaire, il est un peu en retrait, l’air morose et paraît particulièrement épuisé. Il a les mains dans les poches, comme toujours, et tente d’afficher ce petit air décontracté qui me paraît à cet instant tellement factice. Son sourire est un peu forcé et il à l’air vraiment nerveux. Il fait tout pour le dissimuler mais ça ne marche pas, pas aujourd’hui et surtout pas avec moi. Il a l’air de ne pas encore m’avoir vu, il a les yeux ternes, l’air absent et paraît se réveiller finalement quand Potter l’appelle pour lui désigner des places toutes proches de Sonia et moi. Il croise mon regard un bref instant avant de détourner très rapidement les yeux, son air gêné vite remplacé par un sourire flegmatique trop habituel pour être honnête. Il chuchote quelque chose à Potter que je n’entends pas, celui-ci paraît assez agacé, lui répond vivement mais à voix toujours trop basse pour que je puisse entendre de là où je suis. Sirius affiche un air résigné, et prend alors soin de se coller une expression d’indifférence et de désinvolture un peu ratée tandis que tous quatre se dirigent vers notre table.

Je me demande pourquoi Potter tiens tant à s’asseoir précisément là. Il est tellement tôt qu’il y a beaucoup d’autres places ! D’ailleurs ça ne leur ressemble pas vraiment de venir manger à une heure pareille… Et puis, de toute façon, Potter sait très bien que d’ordinaire on ne se supporte pas. Généralement, ils évitent d’ailleurs pour cela de se mettre à côté de Sonia et moi. Qu’est-ce qu’il lui prend ? Je fixe mon assiette, soudain très mal à l’aise et je trouve que mon cœur bat un peu trop vite alors que je devrais seulement être entrain de déjeuner tranquillement. Et puis, je ne sais pas pourquoi mais je ne peux pas m’empêcher d’être un peu déçue par toute cette mascarade si flagrante. J’aurais pourtant dû m’y attendre mais rien à faire, j’attendais autre chose que cet air qui veut dire quelque chose comme « tout est normal, rien s’est jamais passé, regardez je suis toujours aussi cool ». Mais à quoi je m’attendais exactement ? Alors peut-être que c’est mieux finalement de faire comme si de rien n’était ? Je décide de me ressaisir, de ne pas me laisser avoir à rester si déstabilisée. Je me compose cette confortable façade de froideur habituelle, pour ne pas être en reste en matière de camouflage raté et autre tentative de dissimulation pitoyable car, on peut le dire, je n’ai jamais si mal réussis à me cacher, à cacher ce brusque trouble puis cette déception.

Ils sont déjà arrivés à la table et prennent place tranquillement. Je ne comprends pas pourquoi Sirius s’assoit à côté de moi mais j’essaie de conserver un air d’indifférence totale tandis que les battements de mon cœur s’accélèrent encore. Ça suffit, je dois pouvoir contrôler la situation, je dois me ressaisir, rapidement même, et je dois comprendre. Je me force à essayer de penser à autre chose tandis que je me dis que Sirius est vraiment trop proche pour que je réussisse. J’essaie de me concentrer sur ce que Sonia raconte, sans réel succès. Je me sens vraiment très mal. Et puis il fait trop chaud dans cette salle.

Je fixe mon assiette avec espoir, un peu comme si j’attendais que les œufs brouillés volent à mon secours par miracle quand j’entends Sonia me demander avec inquiétude :

- Ça va bien ? Tu fais une tête bizarre tu sais là. Ne me dis pas encore une fois que tu n’as pas faim !

Je ne peux pas m’empêcher de piquer un fard et je la regarde très mal à l’aise, soudainement horrifiée d’être tant à découvert et de ne plus pouvoir exercer cet habituel contrôle rassurant sur mes réactions. Je maudis à présent l’indiscrétion de Sonia. Potter me regarde bizarrement avec une sorte de suspicion que je n’apprécie vraiment pas. Il se retourne ensuite vers Sirius qui vient d’abandonner juste un court instant son air si cool, et le dévisage sans un mot. Je prends soin de ne surtout pas le regarder plus longtemps, pour éviter d’aggraver les choses et je me décide à répondre, la voix au début un peu cassée :

- Une tête bizarre ? Moi ? Mais non… Tu vois bien.

Je lui lance mon plus convaincant regard noir et elle rigole :

- Ok, je préfère ça. Mais bon, ça manque un peu de conviction… Et tu ne manges même pas.
- Mais si…

Comme pour prouver mes dires, je me force à avaler un minuscule morceau d’œuf brouillé qui me dégoûte et me donne envie de vomir. J’évite de grimacer, je repose ma fourchette et, pour changer de sujet, je demande :

- Oh fait, ce devoir de métamorphose que tu n’arrivais pas à faire, t’en es où ?

Les cours, ça marche toujours les cours ou les devoirs quand on veut lancer une conversation. Au moins un truc que j’aurais appris. Surtout avec Sonia, ça marche très bien, elle se met tout d’abord à se plaindre de toute cette montagne de devoir qui l’accable injustement pour enfin critiquer à loisir les professeurs qui en sont la cause et tous leurs travers qui peut les rendre parfois, voir souvent, si détestables. Ce genre de conversation m’ennuyant quelque peu, je ne parviens pas à me concentrer sur ses propos plus de cinq minutes, je hoche juste de temps à autre la tête, ponctuant la conversation de « ouais » ou de « c’est vrai » enfin, tous ces mots qui sont censés montrer qu’on écoute un minimum. En fait, son discours animé me fait quand même sourire mais je n’arrive vraiment pas à suivre. Mes pensées sont a dix lieues des cours de métamorphose, elles sont plutôt toutes entières dirigées juste vers ma droite.

C’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de jeter de fréquents coups d’œil vers Sirius sans trop savoir ce que j’attends. Il a l'air crispé et soucieux bien qu’il essaie de ne pas le laisser paraître. Il a lui aussi les yeux rivés sur son assiette et tapote nerveusement la table du bout des doigts. J'en profite pour m'abîmer un peu trop longtemps à la contemplation de cette main décidément captivante et, encore une fois, plusieurs images de la veille s'interposent successivement, à mon insu. Les doigts qui courent le long du clavier, Sirius de dos dans cette chemise blanche, les cheveux en désordre, puis ses yeux sombres tout humides, et ce murmure qui résonne en échos dans ma tête. Je détourne les yeux, incapable de supporter ces assauts plus longtemps, et puis je ne sais plus ce je veux. Pourquoi est-ce que cette situation m’agace à ce point ? Je déteste le voir immobile, comme ça, sans réaction, sans un seul regard dans ma direction, comme s’il s’en fichait totalement. L’atmosphère est tendue, pesante, le silence oppressant, un silence censé camoufler, faire oublier et puis Potter entreprend de détendre l’ambiance, il se met à parler avec entrain, la voix forte, en souriant joyeusement. Sirius l’écoute attentivement, sautant probablement sur l’occasion pour m’ignorer plus encore. Potter sort une de ses blagues stupides et Sirius rit. J’entends bien que le rire est forcé et pourtant ça m’énerve.

Je n’arrive pas à concilier les deux personnages, celui de hier et celui qui sourit idiotement, l’air « relax », à côté de moi. Je veux retrouver le vrai Sirius, sincère, je ne veux pas de cet ersatz raté. Et puis, c’est plus fort que moi, je jette un autre coup d’œil dans sa direction. J’aime bien le voir, l’observer, le détailler. En même temps, c’est assez irritant car je sais que je ne devrais pas. Et pourtant… J’aime bien continuer à fixer sa main, et mes yeux remontent le long du bras jusqu'à l’épaule, suivent le cou, puis son profil, pour finalement s’attarder sur ses cheveux bruns qui tombent devant ses yeux. Et je détourne le regard encore une fois invariablement gênée par je ne sais quoi. Peut-être gênée d’apprécier de le regarder… Et je redoute certainement aussi un peu qu’il s’en rende compte.

Je m’étonne encore que le regard qu’on accorde à quelqu’un puisse changer si radicalement alors que pas plus tard qu’avant hier tout ce que je transmettais n’était que dédain et dégoût. Aujourd’hui je ne sais plus ce que je veux. Je voudrais à la fois qu’il me regarde, ne serait-ce que juste une seconde et puis je me dis que c’est finalement peut-être mieux comme ça, que c’est mieux que je ne sache pas…

Je me rappelle que j’ai soif, je commence à prendre mon verre pour me resservir un peu d’eau alors que Sirius allait apparemment faire de même, trop tard, nos bras se frôlent, il frissonne autant que moi, mon verre me glisse des mains pour se briser bruyamment sur la table. Les morceaux disparaissent automatiquement quelques instants plus tard grâce à un sort prévu à cet effet mais je reste sonnée. Je commence à avoir mal à la tête, je suis fatiguée, je suis maladroite et je ne comprends rien à ce qui passe. J’ai les nerfs à fleur de peau, ils vont lâcher si ça continue comme ça, et ce n’est pas le moment de se mettre à pleurer, ici, devant tout le monde, comme une gourde, parce que la situation devient insupportable, que je ne me maîtrise plus et que j’ai juste trop pris l’habitude de pleurer pour un rien. Autant dire adieu à ma réputation de marginale hautaine et insensible. Je me lève brusquement alors que Sonia arque un sourcil d’incompréhension, que Sirius est resté figé et que les trois autres, brusquement silencieux, se lancent des œillades gênées. Je me saisis du nouveau verre qui vient d’apparaître, le remplit précipitamment d’eau, et le boit d’un trait en manquant de m’étouffer, avant de m'enfuir d'un pas rapide, presque en courant. J’ai la gorge nouée, des larmes qui me picotent les yeux, j'ai tellement besoin d'air, de respirer.

A peine arrivée dans le hall, je me dirige sans hésitation vers la grande porte d’entrée, je sais que la pluie n’est plus que très fine et qu’il n’y a que ça qui puisse me calmer. Je sors et je respire un grand coup, je laisse l'air humide emplir mes poumons de ce petit goût de liberté. L'herbe verte est toute gonflée d'eau et le ciel grisâtre pleure silencieusement. Une de ses larmes glisse le long de mon bras, puis une autre et je me sens mieux. Le ciel est triste et je souris doucement, un peu mélancoliquement. J'aime bien cette légère odeur de grisaille. Je prends le temps de respirer lentement, longuement, pour m'engourdir encore un peu, et je marche calmement. Le lac est tranquille, j'avise un arbre et je m'assois tout contre le tronc mouillé. Le sol est frais, je me laisse bercer par le clapotis des larmes sur l'eau qui dort et des gouttelettes ruissellent dans mon dos, le long de l'écorce. Je n’ai plus envie de pleurer, le ciel le fait déjà pour moi. Alors, je songe.

Je songe que Sirius est un casse-tête encore plus agaçant que le rubic’s cube. Quand est-ce que je trouverais la technique qui résoudra tout ? Peut-être jamais… En fait, ce doit être un éternel casse-tête qui devient de plus en plus tordu plus on croit le comprendre. Je soupire. Je ne sais même plus ce que je suis censée ressentir. Avant c'était tellement plus simple. Je le méprisais, je le trouvais juste pitoyable, sans intérêt, sans cervelle, si banal, si ridicule avec son égo démesuré et ses manières de dragueur trop fier. Et maintenant... qu'est-ce que je dois penser ? Je ne peux même pas me réfugier dans l'indifférence, ce que je sais ne peut tout simplement pas susciter l'indifférence. Ça suscite quoi alors ? J'en suis à ce point de mes réflexions quand je prends conscience que quelqu'un est entrain de s'asseoir juste à côté de moi. Avant même de me retourner, je sais que c’est lui. Encore une fois je soupire, mais de soulagement cette fois, quoi qu'il y est peut-être aussi un peu d'appréhension. Il est là, juste là... Je craignais tellement qu'il fasse comme s'il avait oublié. Je me retourne pour le regarder. Je veux retrouver cette sincérité, je veux le voir comme il est vraiment parce que c'est si beau. Et je contemple. Ses yeux se détournent du lac qu'il fixait l'air songeur, pour se tourner vers moi. Je lui souris un peu trop gauchement et il me renvoie lui aussi ce petit sourire que je ne connais pas, ce sourire à la fois doux et serein. C’est un sourire simple, spontané et c’est pour ça qu’il est si différent, si incroyablement vrai. Les secondes s'écoulent jusqu'à ce que je me décide à prendre la parole, d'une voix peu assurée :

- Je te préfère tellement comme ça... De toutes façons, la perfection m'a toujours ennuyé. C'est trop agaçant, trop écœurant. J'aime bien les imperfections... Pourquoi tu tiens tant à les cacher ?
- Je pourrais te poser la même question.
Etonnée, je demande avec un air de fausse incompréhension qui me fait perdre le peu d’assurance qu’il me restait :
- Comment ça ?
- Tu sais très bien…
Il hésite et poursuit finalement :
- Tu n’es pas vraiment ce genre de fille au cœur de pierre que tu prétends être…
Mon regard se fait vague puis je parviens quand même à esquisser un faible sourire bourré d’amertume avant de répondre calmement :
- Tu ne crois pas si bien dire…

« au cœur de pierre »… les mots résonnent encore dans ma tête. S’il savait à quel point l’illusion est prodigieuse, à quel point ce mensonge est culotté. Mon cœur est tout sauf de la pierre, une éponge plutôt qui tenterait inutilement d’absorber toutes ces pleurs intarissables. J’ai quelques fois l’impression d’avoir passé ma vie à pleurer, baignant sans cesse dans mes larmes un peu comme une naufragée sans radeau que la nage perpétuelle finit par fatiguer jusqu'à l’achever pour de bon…

Je sors de mes pensées divagantes pour fixer de nouveau Sirius qui me regarde avec cette lueur dans les yeux que je ne comprends pas, il a l’air tellement calme. Je reste un moment inexplicablement captivée quand je me souviens que lui, il n’a pas répondu à ma question. Je lui fait remarquer, avec un brin de reproche :

- Finalement, tu n’as pas répondu toi…
Ses yeux s’égarent un instant sur le lac, l’air troublé par ce rappel à l’ordre puis il répond, le ton léger, dans un haussement d’épaule :
- Je… en fait, je ne sais pas. C’est évident, tu vois ?
- Non, je vois pas…
Il réfléchit un moment avant de reprendre :
- Je suis Sirius Black quoi, Sirius Black le Maraudeur.
- Tu l’es ou tu dois l’être ?
- Un peu des deux… répond-t-il évasivement.
- Comment ça ?
- Eh bien je suppose que je suis Sirius Black le Maraudeur mais qu’il y a quand même vraiment beaucoup de défauts de fabrication et tu sais bien que les gens détestent les défauts de fabrication…
- Alors ton but c’est juste d’être un produit qui plaît aux gens et c’est tout ?
- Non ! Bien sûr que non ! S’exclame-t-il indigné. Comment tu peux dire un truc pareil ? Demande-t-il un peu vexé. Jamais de la vie ! Je n’ai aucun but moi ! Je veux juste m’éclater le plus possible tu comprends ? Et les défauts de fabrication, c’est trop gênant pour ça !
- Alors tu vas au plus simple hein ? demandais-je un peu déçue.
- Mais c’est bien ce que tu fais toi aussi non ? Après tout, c’est ce que tout le monde fait ! S’énerve-t-il. Tu trouves vraiment que les prises de tête sont une partie de plaisir ?
- Je ne suis pas tout le monde…
- Ça je sais bien ! J’avais remarqué je te signale ! Mais faut quand même bien que t’es un minimum de points commun avec l’espèce humaine non ? T’es pas une aliène à ce que je sache !
Je grimace un peu devant cette vérité… A vrai dire je crois que j’aurais quelques fois préférée être une aliène. Et puis Sirius, toujours plutôt énervé, reprend :
- De toute façon, ça rime absolument à rien à cette conversation là ! Je crois que je ferais mieux de rentrer !
Sur ce, il s’apprête à se relever quand je le retiens par la main en murmurant, la voix un peu tremblante :
- Non ! Sirius s’il te plait, reste encore un peu…

Je le fixe et je vois que sa colère est retombée brutalement, pour ne laisser finalement place qu’à ce doux sourire si particulier. Je ne sais même pas moi-même pourquoi mais je voulais qu’il reste, peut-être parce que ce moment est si spécial, et que finalement je me rends compte que je suis tellement bien. Je deviens de plus en plus trempée par la pluie mais peu importe, j’aime bien sentir l’eau ruisseler sur ma peau et puis j’aime bien sentir ce vrai Sirius juste à côté de moi et le découvrir comme un inconnu, j’aime bien le reflet légèrement adulant des pins sur le lac paisible…

Sirius s’est finalement rassis et je n’ai même pas encore lâché sa main. Un peu gênée, j’envisage de la lui rendre quand même et puis finalement ce projet ne reste qu’un projet, et j’apprécie tellement ce contact chaud et rassurant, cette main ferme tout pleine de douceur que je resserre même ma prise. Et je le détaille, j’observe cette goutte qui perle le long de sa mâchoire, cette autre goutte irisée qui tremble sur ses cils, cette mèche de cheveux noirs que la pluie à plaqué contre sa joue trempée, l’eau qui brille sur ses lèvres…

Et je prends conscience d’une chose je n’ai jamais su voir : Sirius est beau. Pas juste beau de cette beauté vulgaire et banale trop stéréotypée, mais vraiment beau avec cette délicatesse dans les traits, ce visage bien dessiné mais tellement particulier et ce je-ne-sais-quoi absolument fascinant. J’ai dû me rendre aveugle pour ne pas le voir avant, la vue brouillée par un mépris injustifié. Mais maintenant, qu’est-ce qui me retiens de le voir véritablement tel qu’il est ? Rien. Est-ce que j’ai à présent une quelconque fierté à perdre à le trouver beau ? Non. Alors je me rends compte que ça crève les yeux et j’en reste béate. Je ne me lasse pas de l’observer, j’ai l’impression de vouloir imprimer chaque trait dans ma tête pour ne jamais oublier une découverte si extraordinaire. Je me demande même si on peut utiliser le terme « beau » qui me paraît trop populaire, presque péjoratif pour qualifier ce qui m’épate tant.

Et puis mon regard se pose sur ses yeux que je sais littéralement rivés sur moi depuis tout à l’heure. Je le sais, parce que j’ai l’impression que ce regard perçant me rend mal à l’aise tout en me procurant une confortable sensation de chaleur. Ils brillent d’une lueur que je n’avais jamais remarqué jusqu’à présent, et que je serais totalement incapable de qualifier. Puis sa main resserre l’étreinte et alors mon sang pétille, rendant ma peau plus brûlante encore, sensation plutôt étrange alors que des gouttes glacées y ruissèlent toujours. Mais c’est tellement agréable que j’en frissonne.

Sirius souris malicieusement, puis moi aussi et je me dis que tout est tellement trop inhabituel. Je me sens tellement bien, et toutes ces sensations sont décidément trop inédites pour que je les comprenne. Je ne comprends pas ce cœur qui bat comme si je venais de courir une longue course, je ne comprends pas pourquoi j’aime tellement sentir sa main serrer la mienne et je ne comprends pas non plus pourquoi je suis si captivée.

Et puis je me dis que ça doit cesser parce que je crois que je ne mesure pas la portée de ce qui est entrain de se passer. Il y a trop de choses qui m’échappent, trop de choses beaucoup trop agréables pour ne peut être suspectes. Pourtant, au fond, je ne veux justement pas que ça cesse mais je me force à écouter ma raison :

- En fait, oui, on devrait peut-être y aller… Il fait un peu froid…

Il hoche la tête, on se relève tranquillement, lentement, et on se dirige calmement vers le château les mains toujours ensemble. Et ça ne m’embarrasse même pas, c’est tellement évident, ça me rend même un peu bizarrement euphorique. Je me sens à la fois sereine et toute agitée. Et puis, on finit par arriver devant la grande porte en chêne. Il se retourne face à moi, on se regarde longuement, et puis je comprends. Je comprends autant lui que tout doit prendre fin juste ici, juste maintenant. Il me demande d’ailleurs :

- Tu sais ce qui va se passer n’est-ce pas ? Tu ne m’en voudras pas ?
- Non… Comment je pourrais ? C’est dans notre intérêt autant à toi qu’à moi. Je ne dirai rien mais toi non plus. Tout doit être comme si rien n’avait eu lieu, comme si tu étais parfait, comme si j’étais insensible.

Il hoche la tête alors qu’un pacte presque tacite semble avoir été conclu. J’ajoute quand même, en me hissant sur la pointe des pieds pour murmurer à son oreille :

- Mais tu sais, moi, j’aime bien les défauts de fabrications…

Ces yeux brillent, il sourit malicieusement, paraît hésiter, puis se penche pour effleurer rapidement ma joue du bout des lèvres avant de se retourner pour pousser la porte l’air décidé alors que j’ai eu le temps de le voir rougir et que je ne peux pas m’empêcher de sourire. Nos mains se séparent, rendant le pacte définitivement concret. Et comme promis, on se recompose notre façade habituelle, une sorte de trompe l’œil. Mon sourire s’évanouit de force, j’efface soigneusement toute trace pouvant témoigner du moment incroyable que je viens de passer, toute preuve qui pourrait me trahir en montrant combien je suis simplement, bizarrement, heureuse. J’enlève cet air stupidement rêveur, mes yeux se voilent alors de l’indifférence la plus totale, je relève un peu la tête, le menton vers l’avant révélant un faux dédain. Mes traits se durcissent et même mes muscles paraissent se contracter pour afficher une certaine raideur. Sirius quant-à lui rentre ses mains dans ses poches, adopte un air plus détendu, troque son beau sourire sincère pour un sourire désabusé genre « je suis cool », retrouve son élégance décontractée avec, pourtant, cette sorte d’aspect aristocratique et hautain qui caractérise toute sa famille.

Déjà nous n’avons plus un seul regard l’un pour l’autre. Je lance un sort rapide pour me sécher alors que je suis trempée jusqu’aux os, Sirius fait de même et, comme pour bien accentuer le pacte, on part chacun dans des directions diamétralement opposées. Je me dirige vers la salle commune, m’asseyant pour les quelques dix minutes qu’il reste avant d’aller en cours, me demandant où tout ça va bien nous mener… Je suis entrain de me demander si ce pacte est une bonne chose et si j’arriverais vraiment à le tenir. Bien sûr, il était essentiel et inévitable, à cause des autres simplement. Autant lui que moi, au fond, si on cache tous ces défauts, toutes ces faiblesses c’est juste à cause d’eux, je le sais bien. Et puis en fait, comme ça, je suis sûre que je suis la seule qui sait, la seule capable de voir que sous ce Sirius trop parfait il y a quelqu’un d’autre. En fait, James, Remus et peut-être Peter doivent bien le savoir mais ce n’est pas pareil. Ce sont ses meilleurs amis.

Mais en même temps, je doute. Est-ce que j’arriverais à faire comme de rien n’était ? A supporter de voir un Sirius qui n’est pas réellement tel qu’il est ? Est-ce que j’arriverais à tenir ce rôle qui m’est assignée maintenant que je sais ? Mais, en fait, comment dois-je me comporter au juste ? Je dois faire semblant de le mépriser comme avant ou je dois seulement l’ignorer alors que je veux déjà tant le revoir ? D’ailleurs, quand est-ce que je le retrouverai pour de vrai ?

Je souffle, accablée par trop de questions que je décide de balayer d’un grand coup de balai pour me laisser aller à rêvasser, je revois le visage de Sirius, sous la pluie, et son sourire, et ses yeux malicieux. Je me souviens de toutes ces sensations quand sa main a serré la mienne. Ce que je peux aimer ses mains… Pas seulement ses mains même… Je souris, encore, un sourire qui ne me lâche décidément plus. Je ferme les yeux et j’essaie de sentir encore une fois ses lèvres qui effleurent doucement ma joue. Je sens une bouffée de bonne humeur et de gaieté m’envahir, une sorte d’euphorie incontrôlable, tellement nouvelle qu’elle élimine tous les doutes. J’arrête un moment de me torturer l’esprit d’interrogations superflues pour juste ressentir, enfin.
Pacte ou jeu ? by alice141191
Annonces :
Bonjour, bonjouuuuuur !! :) Bon alors, plusieurs choses. Tout d’abord vous aurez remarqué que j’ai fait un effort quand même pour avoir moins de retard que la dernière fois !!! Bon c’est loin d’être un temps record, je suis d’accord, mais j’ai eu le BAC de Français à réviser donc croyez moi, ça limite fortement le temps libre. >.<

Ensuite, ce chapitre est particulier pour plusieurs raisons. Non seulement pour la longueur (13 pages word et demi contre 8 d’ordinaire ! :p yeaaaah !) mais aussi au niveau des pdv. En effet, pour une fois la majorité de ce chapitre est racontée du pdv de Sirius ! =) Je voulais rentrer plus en détail dans ses sentiments personnels, ça me paraissait nécessaire. Donc, en gros : 7 pages et demi de pdv Sirius (ouais quand même hein), 4 d’Aludra et 2 de… général !!!! Voilà, donc plusieurs focalisations pour ce chap ! Euh… j’espère sincèrement que le pdv Sirius vous plaira car sachez que c’est pour moi beaucoup plus dur à écrire que celui d’Aludra puisque la manière de penser de ces deux personnages est très différentes. J’attends donc avec impatience vos avis la-dessus !!!

Autre chose : Je ne sais pas si vous vous en sortez au niveau du repérage temporel, donc je vous rappelle que depuis le début, il s’est écoulé en tout 6 jours !!! Et oui, les choses vont vite !!! ;) Bon, ce qui signifie que ce chapitre se déroule un Jeudi. Très précisément le Jeudi 1er Décembre 1977 (oui, oui, j’ai fait des recherches approfondies :p). Voilà bon là je crois que c’est clair ! XD

Et enfin, dernière chose, comme je sais que mes chapitres mettent longtemps à arriver c’est un euphémisme oui… u_u’’) eh bien, si vous voulez être prévenu de leur arrivée pour éviter de passer votre temps en suspense vous pouvez toujours me laissez votre mail, je pourrais ainsi vous signaler dès que je publie un nouveau chap ! Voilà, la proposition est lancée, comme vous voulez ! Ah !!! Je vous pris d’avance de m’excuser pour mon prochain retard parce qu’il se trouve que ces vacances vont être pour moi plutôt chargée. Pour faire court, je pars 3 semaines chez ma corres en Grèce puis 5 jours à Paris. Presque un mois d’absence donc. Bon, je vais quand même essayer de prendre un crayon, un cahier, et d’écrire un peu de temps en temps (ça va faire bizarre de pas être sur word ! O.o).

Bon STOP là, ok, j’arrête de vous ennuyer avec mes loooongues annonces, mais il y a beaucoup de choses à dire à chaque fois et je peux être bavarde quand je veux ! ;) Bonne lecture donc !! ^^





La tête appuyée sur une main, je somnole à moitié, comme toute la classe. De toute façon, les cours d’Histoire de la magie sont, comme toujours, plus qu’ennuyeux, soporifiques. Je n’essaie même pas de prendre des notes, à quoi bon ? Je m’en fous complètement des batailles de Gobelins. Non mais franchement est-ce que ça me servira un jour dans la vie de savoir que Urg le Malpropre est un des leaders des rébellions gobelines du 18ème siècle ? Je souffle, démoralisé d’avoir à supporter encore un quart d’heure entier la voix monocorde de Binns. James n’a pas l’air plus emballé, il joue avec une sorte de bout de parchemin qu’il a froissé en une petite boulette avant de lui avoir jeté un sort pour qu’elle rebondisse.

Mes yeux dérivent un peu plus vers la droite et je fixe, encore une fois, Aludra qui se trouve juste devant. Je la regarde tenter de prendre quelques notes, passablement ennuyé. Elle se tient toute droite, incroyablement toujours aussi austère, alors qu’on est presque tous à moitié avachis sur nos bureau. Même Remus a du mal à tenir et se laisse lentement gagner par la torpeur commune, alors c’est dire. Elle se penche un instant pour noter de nouveau je ne sais quoi et ses longs cheveux noirs glissent sur sa joue, me cachant son visage pour s’épandre sur le parchemin. Elle les recale derrière son oreille d’un geste précipité, l’air agacé et soupire. Je souris.

Je me sens étrangement calme. Elle est entrain de me rendre totalement dingue, et moi, je souris inlassablement. Quelque chose est-il entrain de dérailler dans ma tête ? En cours je fais généralement tout sauf sourire bêtement en regardant une fille. Bon, je concède que ce n’est pas juste « une fille», ce déterminant me paraît en fait brusquement stupide pour la qualifier. Comme si elle était seulement « une fille parmi toutes les autres », comme si ça n’avait pas d’importance. Dire que j’en étais persuadé il y a à peine quelques jours. J’aurais quand même mis un foutu temps à comprendre une évidence. En fait, je crois que ça m’a immédiatement sauté aux yeux et que je n’ai jamais voulu me l’avouer. Mais je n’arrive plus à me mentir… Et je la regarde. Je ne sais pas pourquoi j’aime tellement la regarder.

Ça non plus ça ne me ressemble pas. En cours je fais le pitre pour faire passer le temps et amuser la galerie, j’agace les profs, je blague et ris très fort, j’embête les filles et elle adorent ça, je conspire avec James de nouveaux plans machiavéliques contre les Serpentards, puis on parle de Quidditch et des nouveautés de Zonko. Enfin, je suis le Maraudeur pure souche, emmerdeur et blagueur dans l’âme. Il m’arrive bien sûr d’écouter de temps à autre, malgré tout, les bonnes notes ne tombent pas du ciel. C’est bien dommage d’ailleurs. Enfin, on ne va se plaindre, ce n’est pas non plus comme si on passait nos journées à la bibliothèque. C’en est d’ailleurs bien loin… Heureusement. Je ne pourrais pas faire partit de ces élèves qui passent des heures entières, seuls, cernés de bouquins poussiéreux. Par contre je suis certain qu’elle en fait partie. Je l’imagine bien, calée dans le recoin le plus sombre, cachée derrière un gros livre que je trouverais certainement inintéressant au possible. Cette image me fait sourire et je me demande pourquoi mes pensées doivent toujours se ramener à elle. Ça devient très inquiétant.

Je la regarde toujours bêtement, mon sourire s’élargit et je me dis que, quand même, je dois avoir l’air un peu idiot comme ça.

- Sirius, tu sais que t’as la tête d’un demeuré bienheureux ? Tu m’inquiètes.

Oui, James est franc, devin, et doué pour les compliments. Je lui réponds, ironique :

- Merci James, franchement ça me va droit au cœur.

Il me lance un sourire hypocrite avant de dire, moqueur :
- Non mais ce n’était pas très discret.
- Mais de quoi tu parles ?
- Pff… Fait pas l’innocent Sirius, on sait tous qui tu regardes avec cet air rêveur. Ça fait déjà un moment que tu as l’air ailleurs et tu le sais… D’un côté, il était temps.

Je me rembrunis et opte inutilement pour l’option « Je nie en bloc » :
- Tu dis n’importe quoi James. Et c’est vraiment pas drôle là.
- C’est normal. Ce n’est jamais vraiment drôle, ça.
Je commence à m’énerver un peu :
- Mais de quoi ?!! Oh et puis non, ne dis rien, je ne veux même pas savoir puisqu’il ne se passe rien. Mais enfin, tu te fais des illusions mon pauv’ vieux. Tout est juste normal ! Regarde, on est en Histoire la magie, je m’ennuie, tu t’ennuies, tout le monde s’ennuie, et on glande ! Je ne vois pas le problème !

James se contente juste de rire, inexplicablement, alors que la tournure que prennent les évènements ne me plaît pas du tout. Il change heureusement de sujet :
- T’as réussis à déplacer l’entraînement de Quidditch à ce soir au fait ?
- Ouais. C’est bien ce soir à 16h. Faudra se dépêcher quand on sortira de…
- Mr. Black et Potter, où vous croyez vous ? Ma classe n’est pas un salon de thé !
- Ah bon ? Vous êtes sûr ? réplique James. Quel dommage…
- Dix points de moins pour votre insolence Mr. Potter ! La prochaine fois, ce sera deux heures de retenues avec Rusard, qui se fera une joie de trouver de quoi vous occuper ! Menace Binns alors qu’une bonne partie de la classe rit de la moquerie de James.

Cet avertissement donné, il retourne à son cours, et reprends le discours, toujours aussi ennuyant. Le sourire en coin qui s’était formé à la réplique bien placée de James, se noie alors peu à peu dans l’ennui qui nous regagne tous progressivement. Il recommence à jouer avec sa boulette de papier, je me retourne, prenant bien soin de regarder cette fois les dalles pavées et je décide d’oublier immédiatement ce qu’il voulait dire avec son « ce n’est jamais vraiment drôle, ça ». Je repense à ce matin. Ou plutôt, je ressasse, en me demandant pour la énième fois ce qui m’a poussé à quitter à mon tour la table si brutalement pour la rejoindre, elle qui était seule sous la pluie, avec cette expression indéfinissable. Et dire que je n’arrive même pas à le regretter. Mais comment le pourrais-je ? Je ne sais pas comment je pourrais décrire cet instant, je ne sais pas quoi en penser mais je sais que c’était probablement le truc le plus formidablement étourdissant qu’il m’ai été donné de vivre.

Je me sens ridicule de penser des trucs pareils. Je suis un mec, les mièvreries dans ce genre-là c’est bon pour les filles ! Décidément niveau ridicule j’ai du atteindre des sommets ces derniers temps. Non mais qu’est-ce que je fous, moi, Sirius Black, avec ces pensées affreusement tendres, à m’obséder pour elle, à ruminer dans mon coin en rêvassant, et à trouver géniale cette sensation bizarre que je ressens ? La situation est définitivement désespérée. Qu’est-ce que je deviens ? J’ai l’impression que tout ça se passe comme une grande avalanche qui me tombe sur la gueule. Et j’y peux rien.

Mais qu’est-ce que je raconte ? Non, non, ça ne peut pas se passer comme ça. Je vais reprendre le contrôle. Je ne peux pas me laisser faire, me laisser mener par le bout du nez de cette manière. Si seulement je n’avais pas eu l’immense stupidité de me montrer comme je suis vraiment. Mais qu’est-ce qu’il m’a pris ? De toute façon elle savait déjà. A cause de cette histoire avec le piano. C’était trop tard… Ouais, mais j’aurais très bien pu limiter les dégâts. Et qu’est-ce que je fais à la place ? Je m’enfonce encore plus, je lui dévoile encore plus. Pourquoi je ne suis pas resté simplement à table, à bouffer normalement, comme toute personne sensée l’aurait fait ? Pourquoi je n’ai pas pu faire comme si de rien n’était ? Quel nul… Et ce qui est encore plus nul c’est que je suis de nouveau entrain de faire l’hypocrite. En fait, j’en crevais d’envie de la rejoindre et si c’était à refaire, je le referais sans même hésiter une seconde, encore une fois, et même plein de fois. C’est juste que ça m’écorche d’avouer que je suis vraiment loin de regretter ce qu’il s’est passé, et que c’est même le contraire, que j’ai même aimé tout ça, son sourire, tenir sa main, la regarder longtemps, beaucoup plus que de raison. Rien que le fait de m’en souvenir me plonge dans un état inexplicable.

Ce que je suis entrain de penser n’a vraiment aucun sens. Le Maraudeur que je suis est décidément entrain de s’éclipser. Tout ça, c’est juste trop compliqué. C’était bien plus simple avant. En fait, tout ce qui se passe est entrain de m’échapper à une vitesse folle. Je ne sais plus ce que « être Sirius Black » doit signifier. Je ne me suis même jamais posé véritablement cette question, je me suis toujours laissé vivre au gré du plaisir, du côté où tout est très simple et où la vie se résume à une chose « s’éclater au maximum ». Mais est-ce que je n’en ai pas oublié l’essentiel ? J’ai mis de côté plein de doutes. Je me suis dit que tout ce genre de questions existentielles barbantes, ce n’était pas fait pour moi, que j’étais juste un Maraudeur, super cool, super populaire, aimé et intelligent. Mais ça, ce n’est rien. Ça me paraît tellement dérisoire d’avoir limité la vie à cette conception quand je repense à ce que j’ai pu éprouver avec elle, trempé jusqu’aux os, à tout oublier.

Alors les questions que j’ai laissé de côté refont surface. Est-ce que j’ai vraiment choisis le bon chemin ? Pourquoi j’ai cette impression que tout ce que je croyais n’était qu’une pâle substitution à ce que j’attendais vraiment ? Mais je ne sais même pas ce que j’attends ! La seule chose que je sais c’est que me retrouver juste à côté d’elle à la dévorer des yeux me paraissait simplement comme une évidence absurde, je sais que j’étais fasciné par ce regard inhabituellement tendre et espiègle, et que son sourire, un sourire qui m’était adressé, m’a donné l’impression de tomber dans une sorte de vertige agréablement engourdissant.

Je souffle d’incompréhension, me maudissant pour ce que je viens de penser, et je me tasse un peu plus dans ma chaise, honteux et surtout épuisé par toute cette confusion. C’est un sacré foutoir que je suis incapable de démêler, j’empire même carrément les choses. Plus j’y réfléchis, moins j’y vois clair. Et je suis incapable de ne pas y réfléchir. Comment pourrais-je faire ? Qu’on me lance un sort d’oubliette, que tout s’envole pour de bon, et que tout redevienne aussi simple qu’avant…

Et dire que je ne le pense même pas vraiment. Foutue hypocrisie. Je voudrais plutôt tellement ne jamais oublier. Oublier pour quoi ? Pour passer à côté de sentiments comme ceux que j’ai pu ressentir ce matin ? Non, je ne veux pas l’oublier… Je veux me rappeler de sa main qui a retenue la mienne, presque timidement, et qui ne l’a pas lâché.

Je tourne en rond, je n’arrive à rien, ça doit faire au moins deux ou trois fois que je me maudit en finissant par me traiter d’hypocrite, puis j’admets et je ressasse. Je ne vais nul part. Toutes ces pensées embrouillées ne me mènent nul part, elles me torturent juste avec un malin plaisir. J’en ai marre, je suis fatigué, je ne comprends plus rien, j’ai mal à la tête à force de me triturer les méninges. Mais qu’on m’assomme et on parlera plus.

La sonnerie annonçant la fin du cours interrompt brusquement mes lamentations incessantes. Il était temps. Je me dis que j’ai juste l’air d’un pauvre type qui s’apitoie inutilement sur son sort. Je range mes affaires rapidement, désireux de quitter au plus vite cet état léthargique qui ne me réussit pas. J’ai besoin de me changer les idées sinon je vais finir par devenir pour de bon fou à lier. Je balance mon sac de cours sur mon épaule d’un geste mécanique, me recompose vaguement ce qui est censé s’apparenter à un sourire et on sort de la classe, tous autant soulagés les uns que autres après une telle dose d’ennui. Je souffle, épuisé.

- T’as pas l’air très frais Sirius. Me fait justement remarquer James, qui a toujours d’agréables remarques ces derniers temps.
- Je te ferais remarquer que tu n’es pas franchement en meilleur état.
- Pas faux… Bon on fait quoi ?
- Bah rien. On attend que ça passe… Comme d’hab’… Qu’est-ce que tu veux… On n’y peut rien, Binns a décidé de continuer à ennuyer des générations d’élèves, même après sa mort.
- Justement, on ne va pas faire comme d’hab. Autant toi que moi, on a vraiment besoin de se requinquer, surtout toi d’ailleurs. Allez, foi de Maraudeurs, on va se reprendre ! Déclare-t-il fièrement.
- Ouais ; L’appuie Peter. Bien dis ! Mais on va faire quoi ? Questionne-t-il avidement tandis que Lupin reste muet.
- Oh, faut voir… Et que diriez vous d’une petite virée à Pré-au-lard, histoire de se ravitailler en bièreaubeurre et whisky Purefeu ? Et puis, une fois bien détendus, on pourrait chercher quel sale coup préparer à ces merdeux de Serpentards, les pauvres, on les a laissé à l’abandon depuis trop longtemps. Et Snivellus tout particulièrement. Tiens pour une fois, ce déchet va pouvoir se rendre utile en nous divertissant. Constate-t-il en reniflant de dédain.
- Euh… Je ne pense pas que se soit une très bonne idée… Vous savez, il existe d’autres moyens que l’alcool, et martyri…
- Allez Remus ! Ne fait le petit préfet barbant qui reste bien sage ! A force, tu devrais savoir que c’est peine perdue avec nous. Eclate-toi un peu ! Tu sais, te devrais te lâcher de temps en temps, ça ne te ferait pas de mal…

Je ne réfléchis pas trop, je suis las, j’ai vraiment besoin de me détendre, de sortir un moment de ma tête toutes ces pensées qui la polluent alors, sans la moindre objection, j’accepte joyeusement, l’enthousiasme de James apparemment communicatif :

- Ouais, c’est ok James. Moi je suis partant. Et même vachement partant ! On se ramolli là, hors de question de devenir raisonnables, pas vrai ? On est Maraudeurs, à la vie à la mort les gars, faut pas l’oublier !
- Ah !! Ça c’est bien parlé Sirius ! Tu me rassures, je te croyais presque entrain de déprimer ! Je sens qu’on va bien s’éclater ce soir moi ! Remus, Peter, on vous rejoindra dans la salle commune après l’entraînement de Quidditch. Ensuite, on se laisse une petite demi-heure de répit, le temps de récupérer parce que sinon Sirius et moi on sera crevés, puis on se taille, direction Les trois Balais !
- Moins fort… Implore Remus qui jette de nerveux coups d’œil aux alentours.
- Relaaaax mec ! Les gens ont autre chose à faire que de nous espionner ! Dédramatise James. Oh fait Sirius, faudrait qu’on passe chez Zonko, parce qu’ils ont reçu une nouveauté révolutionnaire et je me disais qu’on pourrait peut-être la tester sur les Serpentards et surtout…

Et la conversation continue alors qu’on se dirige vers le dernier cours de la journée, James est enjoué et me remonte sacrément le moral. Je crois que la perspective de se défouler sur les Serpentards nous a tous les deux donné un renouveau d’énergie. Je me détends, je ris, on raconte plein de conneries de Maraudeurs et je me dis que ça fait vraiment du bien de se laisser aller… Qu’est-ce que je ferais sans James…






Enfin fini. Après un cours qui a tant traîné en longueur avec cette vieille chouette de Mc Gonagall, nous voilà enfin libérés. Direction l’entraînement de Quidditch puis à nous Pré-au-lard et ses whisky Pure-feu. Je m’en réjouis d’avance quand, alors qu’on s’apprêtait à tourner pour descendre au rez-de-chaussée, quelqu’un me heurte de plein fouet. Je manque de perdre l’équilibre, me rattrape à la rampe de l’escalier juste sur la droite, et relève les yeux pour voir qui a pu être assez distrait pour me foncer à ce point dedans.

Non. Pas elle. Pourquoi elle ? Encore et toujours elle. Quel manque de veine. A croire qu’on m’en veut pour s’acharner ainsi à me mener la vie dure. Comment est-ce que je dois me comporter ? On se regarde un instant, autant hébété l’un que l’autre, elle a l’air perplexe, j’ai l’impression qu’elle ne sait pas trop comment réagir non plus et puis elle se souvient, je vois dans ses yeux que le pacte refait surface et il ne m’en faut pas plus pour comprendre à mon tour ce qui doit se passer. Ses traits se voilent de dédain et elle lance :

- Tu pourrais regarder ou tu vas, Black !

C’est bien pâle comme départ. J’ai connu plus agressif. Je décide de la pousser à y mettre plus de conviction.

- Je pourrais te retourner la même remarque Parker. C’est plutôt toi qui m’a foncé dedans. Tu ferais mieux d’arrêter un peu de rêvasser et ça t’éviterais peut-être de rentrer dans les gens.

L’espace d’un instant j’ai le temps d’apercevoir un sourire espiègle mais déjà il a disparu et il ne reste que cette lueur de défis au fond de ses yeux. La contre attaque fuse sans pitié :

- De rêvasser ? Décidément tes hallucinations commencent à devenir inquiétantes. Enfin ça dépend pour qui parce que moi, personnellement, je m’en fous totalement, comme pour tout ce qui te concerne d’ailleurs. Bon, sans te vexer, quoi que ça me ferait plaisir, j’ai mieux à faire que de perdre mon temps à discuter avec quelqu’un comme toi. Vois-tu, ça deviendrait très vite ennuyant vu tes capacités mentales fortement limitées.

Voilà qui devient enfin sérieux. Elle n’aura pas mis longtemps à retrouver son sens de la répartie. Je jubile, mais retient le sourire qui me démange et réplique sans attendre, la regardant de haut :

- Mais de toute façon Parker, je ne t’ai pas demandé de te soucier de moi, je te signale ! C’est toi qui te fais tes films là ! Encore heureux tiens ! Je te laisse planer toute seule, ça vaut mieux. Oh et tu sais quoi ? Tes arguments commencent à devenir sacrément répétitifs. Tu ne te renouvelles donc jamais ? Non, parce que le coup des capacités mentales, ce n’est pas la première fois que tu me le sors. Tu sais que ça devient lassant à la longue ? Franchement, c’est décevant de ta part. Et puis c’est bien bas je trouve, bon si c’était fondé, à la rigueur, j’aurais pu comprendre, mais là je trouve que tu commences vraiment trop à prendre tes rêves pour la réalité.

J’ai placé la barre assez haute, notre petit manège monte d’un cran et le « pacte » prend à présent tout son sens. Je réalise pleinement son ampleur et ce qu’il implique. Le pire, c’est que tout ça m’amuse, j’ai l’impression de jouer une partie de poker. Aludra adopte un sourire mauvais, relève le menton d’un air hautain et se met en quête de démolir mes nouvelles attaques :

- Lassant ? Mais tu crois quoi Black ? Que c’était fait pour faire plaisir peut-être ? Tu serais pas un peu maso là, non ? Je suis absolument ravie que tu trouves ça « lassant », moi. C’est déjà une preuve de l’efficacité de mes « arguments », comme tu dis. Et tu trouves ça bas, en plus ? Ohhh, pauvre petit, je te plaindrais presque. Mais Black, c’est seulement à ton image, aussi bas que toi. Et je me demande lequel de nous deux se fait le plus de films. Tu te prétends intelligent ? Alors là, je crois que c’est toi qui prends tes rêves pour la réalité. N’inverse pas les rôles.

Elle est forte. Très forte. Mais moi aussi. Je pourrais encore répliquer, et ça pourrait durer très longtemps comme ça mais je sais bien que James s’impatiente à cause de l’entraînement de Quidditch et Remus et Peter sont toujours bizarrement un peu mal à l’aise quand de telles batailles acharnées à «qui aura le dernier mot ? » commencent ; et ce combat à coup d’agressivité, de sadisme, de mépris et autre arme de destruction massive les laisse perplexe. Or là, je crois qu’on en est carrément aux chars d’assauts. Et puis, les spectateurs sont là, une foule de gens s’est amassée pour suivre l’affrontement avidement et ça pourrait devenir encore plus intéressant mais il faut vraiment que ça s’arrête, on va être à la bourre pour l’entraînement… Au moins, on peut dire que les choses sont bien claires, le pacte est mis officiellement en application et l’illusion doit être grandiose. Enfin, hormis l’entraînement, il est quand même nécessaire d’y mettre un terme rapidement, ça pourrait finir par paraître suspect si on en fait trop. Et autant terminer sur une apothéose. J’opte donc pour une réplique plus abrégée et plus cassante :

- Ça alors Parker, tu discutes encore avec moi ? Je croyais que je n’en valais pas la peine. On ne dirait pas. A moins, qu’en fait, tu en crèves d’envie ? C’est peut-être toi qui es maso après tout. Je ne me donnerais même pas la peine de répondre au reste de tes élucubrations, ça n’en vaut pas la peine, c’était pitoyable et insensé.
- En crever d’envie, moi ? Je pense que tu inverses les rôles encore une fois Black. Décidément. Avoue, que tu fais tout pour me provoquer. Mais ça ne marche pas avec moi.

Sur ce, elle me lance un regard glacial, se décale un peu vers la gauche et poursuit son chemin, sans ajouter un mot de plus, tête haute, l’air victorieuse. Je réprime tant bien que mal le sourire qui me démange alors que la foule s’éparpille et, un instant plus tard, on continue notre chemin comme si de rien n’était.

C’était tellement trop simple de faire semblant. S’en est presque inquiétant. C’était pourtant le contraire exact de ce matin. Mais c’était si facile de faire comme si je la méprisais, comme si elle n’avait pas la moindre importance, que ses remarques ne m’atteignaient pas et que c’était juste un déchet. Mais ce que ça serait me mentir que de croire un truc pareil. Ce serait vraiment se foutre de la gueule du monde que d’oser ne serait-ce que de le prétendre. C’était formidable et pourtant, y penser me rend un peu mal à l’aise. Je préférerais tellement la prendre par la main et lui chuchotait à quel point je me sens si bien avec elle plutôt que de devoir lui déblatérer de telles ignominies. Ça me débecte quand j’y repense.

Mais ce n’est qu’un jeu… C’est juste un jeu, rien de plus. Il n’y a pas de quoi en faire tout un plat non ? C’est un drôle de jeu… Devoir dire le contraire de ce qu’on pense… Devoir l’insulter alors que je voudrais plutôt la serrer dans mes bras. Mais justement, ça avait quelque chose de grisant. Comme si on poussait plus loin des limites qu’on ne connaissait même pas. Et maintenant, j’ai affreusement envie de la retrouver. Je ne sais pas pourquoi, la retrouver pour me rassurer peut-être, la retrouver pour me persuader qu’on peut faire cesser le jeu à tout moment, me prouver que ce matin n’était pas un rêve et que je peux en retrouver les sensations, parce que c’était tellement plus grisant, quand même. Ouais, plus que grisant, étourdissant, enivrant même, enfin je ne vois même pas comment on peut vraiment qualifier ça.

J’essaie de me résonner, de me dire que je suis Sirius Black, que je ne dois dépendre de rien, ni personne, que je vais finir par devenir vraiment fou à force de penser à ça mais tous mes efforts sont vains et je ne parviens pas à enlever cette envie dévorante de la retrouver, réellement, je veux dire.

Je ne sais pas ce qui me prend mais, alors qu’on a atteint le hall d’entrée, je suis pris d’une impulsion subite et je me tourne brusquement vers James pour dire :

- J’ai oublié un truc. Je te rejoins aux vestiaires.

James tique un peu mais ne dis rien. Il doit se douter que la situation est assez compliquée et que je ne suis pas trop dans mon état normal en ce moment. James sait toujours tout, de toute façon. Je lui souris d’un air désolé mais il a l’air de comprendre et me dit :

- Ok... Pas de problème.

Je m’apprête à faire demi tour quand il rajoute :

- Dépêche toi quand même, je te rappelle que l’entraînement commence dans moins d’un quart d’heure, et le temps de se préparer…
- Ouais, t’en fais pas. Je n’en ai pas pour longtemps.

Je pars alors d’un pas rapide chercher notre carte au dortoir car je ne sais même pas où elle allait et si je devais chercher ça me prendrait peut-être des heures. Le trajet me paraît beaucoup plus long que d’ordinaire, et les escaliers interminables. Lorsque j’arrive à la salle commune, je monte au dortoir à toute allure, je pousse la porte et me faufile entre les fringues froissés, les bouteilles de bièreaubeurre vides, les boulettes de papiers, enfin tout ce bordel jonchant de sol et j’arrive jusqu’à la table de nuit de James où se trouve la carte. Je la saisis précipitamment, la déroule et marmonne rapidement la formule. Je ne mets pas longtemps à la trouver, je vois une étiquette isolée dans un couloir désert du cinquième étage et je sais que c’est elle. Lorsque je m’approche de plus près pour lire le nom, mes certitudes sont confirmées. Je m’empresse de ranger la carte et je dévale à toute vitesse les deux étages qui me manquent avant d’arriver au cinquième. J’arrive devant cette immonde statue de Boris le Hagard et ralentit le pas. Je suis même essoufflé, je continue à marcher le long du couloir en la cherchant des yeux. Et puis, je ne tarde pas à la voir enfin, qui frôle le mur, le regard errant sur les dalles d’un air vague, sans expression particulière. On dirait juste qu’elle est perdue dans ses pensées.

Je m’approche, le sourire aux lèvres, et elle ne me voit toujours pas. Elle finit juste par remarquer ma présence quand je suis tout près. Elle sursaute un peu, relève la tête, vérifie qu’il n’y a bien personne d’autre et finit par sourire à son tour avec ce petit air malicieux qu’elle ne montre jamais, mais je vois bien qu’elle a tout de même l’air un peu tendue. J’appuie ma main contre le mur, négligemment, alors que je me sens moi-même très nerveux et lui dit, toujours avec ce grand sourire qui doit être assez idiot mais dont je n’arrive pas à me défaire :

- Alors, c’était pas mal non ? Ça m’avait l’air très convaincant en tout cas. C’est que tu étais plutôt bien inspirée…
Elle paraît se détendre, et répond :
- Toi aussi, tu n’avais pas trop de mal à répliquer, je te ferais remarquer.
- Ça faisait partit du deal. Ça ne compte pas. J’ai toujours été bon comédien de toute façon.
- J’ai vu. Et qui me dit que là, ce n’est pas encore de la comédie ?
- Tu le sais.

Je la regarde, elle me regarde, et effectivement elle sait. Et je le vois, je le comprends dans cette façon qu’elle a de me regarder. Elle sait depuis le début que ce n’est plus de la comédie, elle voulait voir comment je lui prouverais. Je ne sais pas ce qui me prend mais je sais que j’aime cet instant plus que je ne devrais et sans trop savoir pourquoi, comme si rien n’était plus naturel, je glisse ma main dans la sienne. Ce contact anime cette lueur au fond de ses yeux, comme ce matin, et tout se brouille dans ma tête. Perturbé, je ne comprends plus ce qui m’arrive. Tout m’échappe, je ne sais plus ce que je fais, ni pourquoi, mais je suis sûr que je ne devrais pas… Je ne devrais pas me laisser aller à perdre la raison, je ne devrais pas la fixer de la sorte, je devrais pas vouloir l’enlacer, et je ne devrais pas avoir tant envie de l’embrasser…

Mais je ne peux même pas détourner mon regard, pas plus qu’elle d’ailleurs. C’est sublimement incohérent. Ce que je ressens est devenu incontrôlable et je n’arrive plus à réfléchir correctement, j’ai chaud, j’ai le cœur qui bat trop vite et, pire, j’adore ça. Une sorte de fièvre me gagne, éliminant les doutes pour ne laisser qu’une seule certitude : je suis dingue, elle me rend dingue et c’est divin.

Elle me fixe toujours avec ses yeux argents étincelant. Je suis fasciné par cette attraction qu’elle exerce sur moi sans même s’en rendre compte et cette passion qui m’envahit brutalement, irrésistiblement, me bouleverse, brisant les derniers remparts.

Ses cheveux tout fins glissent sur sa joue droite. Ma main appuyée au mur s’y détache pour venir les replacer délicatement et s’attarde au passage sur sa joue. Mes doigts effleurent légèrement la peau douce et descendent lentement jusqu’au cou qu’ils parcourent un instant alors qu’elle frissonne. Je me rapproche un peu plus d’elle, le cœur brûlant, et je sens son souffle sur mon cou, je ferme les yeux en même temps qu’elle pour mieux me laisser transporter, je ne sais plus bien où je suis et je l’entends murmurer, d’une voix qui me montre qu’elle est aussi perdue que moi :

- A quoi tu joues ?

Je rouvre doucement les yeux, je la regarde, je lui souris, mon pouce caresse le dos sa main, je vois plein d’interrogations dans son regard alors je lui réponds :

- Je ne joue pas… Pas cette fois…
- Promets-le. Promets que tu ne joueras jamais avec ça, que tu n’es pas comme les Autres, promets que tu ne vas pas me laisser…

Sa voix se brise et la soudaine tristesse que je lis dans ses yeux, à présent voilés d’une mélancolie que je ne comprends pas me trouble. Je ne sais pas d’où lui vient cette angoisse mais je réponds immédiatement, certain :

- Je te le promets.

Elle serre doucement ma main, paraît rassurée et puis un peu gênée, comme si elle s’était trop dévoilée. Finalement, j’ajoute :

- J’aurais tellement aimé te connaître plus tôt…
- Non, tu n’aurais pas aimé. Pas du tout. Affirme-t-elle, catégorique, le visage soudainement assombrit.
- Mais il y a tellement de choses que je ne sais pas ! Je ne t’avais même jamais vu avant ce jour où tu es entrée dans la grande salle, avec cet air déterminé. Je ne sais rien !
- Il n’y a rien à savoir d’intéressant. Tu n’aimerais pas savoir. De toute façon, il n’y a absolument rien.

Son visage s’est résolument fermé et l’air brusquement sombre, presque austère qu’elle affiche me surprend et me charge d’incompréhension. Elle a baissé les yeux, qui se retrouvent alors presque cachés derrière sa longue frange. Je lui demande, désemparé :

- Pourquoi ? Qu’y a-t-il de si désagréable pour que tu refuses à ce point d’en parler ?

Elle relève la tête, prend un air grave et m’intime :
- Tu ne dois pas chercher à savoir. Il ne faut pas. Ne me demande plus d’en parler. Jamais.

Implicitement je sens une sorte de menace poindre sous cette interdiction pour le moins déroutante. Je me recule un peu, décontenancé, elle me regarde fixement, nos mains se séparent, et sans que je n’ai eu le temps de comprendre ce qui passait, en l’espace de seulement quelques secondes, elle n’était plus là, elle venait de s’enfuir. Je souffle, j’ai décidément du mal à la cerner et surtout à la comprendre et je me demande ce qui peut la pousser à fuir ainsi, chaque fois. Ses dernières paroles se répètent en échos dans ma tête, je reste debout, au milieu du couloir, sonné. Le brouillard dans ma tête s’accumule et devient insupportable, je revois son sourire puis son visage sombre et je ne comprends plus rien. Je me sens plein d’amertume. Puis je me souviens brusquement que je suis sensé être à l’entraînement de Quidditch à l’heure qu’il est. Je me réveille et me mets à courir à tout allure, espérant limiter mon retard.






Je suis assise depuis un moment dans un angle de la salle commune et je tente tant bien que mal de me concentrer sur ma lecture quand je le vois rentrer. Il est juste là, entrain de rire avec James et se dirige vers une table où sont déjà installés Lupin et Pettigrow. Il a l’air insouciant, la chemise légèrement entrouverte, la cravate desserrée comme à son habitude, et la démarche nonchalante. Il s’assoit en face de Lupin, s’accoude négligemment à la table, tout sourire, et se met à parler avec animation, tantôt le chambrant, tantôt rigolant avec Potter de je ne sais quelle plaisanterie. Puis ce dernier aperçoit Evans, alors il se lève, probablement pour la draguer, comme d’habitude, et Sirius se retourne pour se mettre à toiser la salle d’un air insolant absolument insupportable, sans se départir de son sourire condescendant tout aussi détestable.

Je baisse les yeux sur mon livre, quelque peu agacée, même si je devrais commencer à m’y faire. Mais comment m’y habituer alors que ce qu’il s’est passé moins de deux heures plus tôt tourne en rond ma tête, m’empêchant irrémédiablement de penser à autre chose ? Je n’arrive même pas à lire… Ça doit bien faire cinq minutes que je relis la même phrase. C’est dire à quel point l’heure est grave. Mais il y a bien trop de choses qui me dépassent. Moi qui n’est rien vécu pendant près de six ans, j’ai l’impression que tout me tombe dessus brusquement, que chaque journée que je vis est à elle est seule bien plus intense que tant d’années d’anonymat. Et chaque sentiment est bien plus exacerbé que ce que j’ai pu m’imaginer ne serait-ce qu’en rêve.

C’est si simple pour Sirius. Ça a l’air tellement évident pour lui de faire comme si tout était normal. Il a l’air tellement plus à l’aise que moi, tellement décontracté. Ce serait presque à se demander si je n’ai pas rêvé ce qui s’est passé. Comment croire, en le voyant si superbement présomptueux, désinvolte, que moins de deux heures plus tôt, il se trouvait face à moi, légèrement nerveux, me souriant doucement ? Ce que je peux aimer quand il est comme ça, quand ses yeux brillent, qu’il me sourit si particulièrement et que je peux sentir sa main dans la mienne, rassurante, pleine de folles promesses muettes. Je n’aurais jamais imaginé que je puisse un jour me sentir si bien, si formidablement transportée, étourdie de délirantes envies.

J’ai tellement de mal à faire croire le contraire. Je ne devrais pas… Pendant six ans je suis pourtant bien arrivée à forger cette carapace indestructible. Mais, il n’y avait pas tant d’émotions a cacher, pas d’une telle intensité, et puis ce n’était pas de bonnes émotions. Tout ce que j’avais à cacher c’était une existence misérable, mes pensées noires, mes peurs irraisonnées et mes pleurs. C’était plus simple à dissimuler. Tous ces sentiments, après tout, étaient devenus familiers et se recroquevillaient d’eux mêmes docilement quand il le fallait. C’était devenu un automatisme confortable. Mais maintenant, ces nouveaux sentiments me sont totalement inconnus et ne me paraissent absolument pas prêt à se faire discret. C’est même l’exact contraire. J’ai l’impression qu’ils m’assaillent sans que je ne puisse ou même ne veuille les repousser, qu’ils m’envahissent, prennent de la place, beaucoup de place, me saturent et ne demandent qu’à exploser d’un instant à l’autre. Et c’est véritablement électrisant.

Je le regarde. Et encore une fois, je ne peux pas empêcher ces sentiments de déferler par vagues ravageantes. Je me sens emportée, et voilà que mon cœur se remet à battre trop vite, j’essaie d’apaiser ma respiration, puis ses yeux croisent les miens, comme s’il se sentait observé, je replonge rapidement dans mon livre, prise en faute, et je tente de calmer le léger tremblement de mes mains. Je ne dois pas me laisser dépasser ainsi par des sentiments que je ne maîtrise pas, c’est stupide, on pourrait me prendre pour une pauvre petite effarouchée si ça continue. C’est évident, je ne dois pas laisser passer ça. Je ne dois plus me faire perturber par ces instants d’égarement, c’est de la pure folie, je cours à ma ruine, c’est certain. Ces vertiges compromettants sont bien trop soudains pour ne pas être nuisibles. Il faut que je me ressaisisse, il faut que je sois plus prudente.

Je lève un instant les yeux de mon livre pour vérifier s’il me regarde encore quand je vois s’approcher de lui une de ces filles à l’air pas très intelligente, et c’est un euphémisme, de sa démarche ridiculement aguichante. Elle a un air potiche et tente visiblement de se la jouer version « Je suis intimidée ». C’est le genre de fille qui a un physique parfait, le sait pertinemment, fait croire le contraire, et en joue allègrement, cumulant les beaux garçons. Le pire, c’est qu’à entendre ces filles, c’est à chaque fois l’amour fou. On se demande bien dans ce cas, pourquoi à peine deux ou trois semaines plus tard, elles ont déjà repéré un autre « mâle ».

Elle arrange ses cheveux châtains ondulés d’un geste qui n’a rien de naturel et entame sa comédie de prédatrice. Sirius ne l’a pas encore remarqué. Barbie se compose une moue artificielle qui se veut apparemment attendrissante. Je détourne les yeux, à l’avance écœurée par ce qui va se passer. Sirius va jouer le Maraudeur, comme d’habitude. Il va faire les dragueurs, avec son grand sourire séducteur. En plus la fille est belle, on ne peut pas le nier, alors ça va, il n’aura pas trop à se forcer. Il aime bien ça de toutes manières. Ça me dégoûte. Je déglutis difficilement, me préparant mentalement à ce qui va suivre, me maudissant au passage d’y accorder tant d’importance alors que je ne devrais pas et j’entends la Barbie en question prendre la parole :

- Sirius…

Son rire s’arrête tout net. Il lève des yeux impassibles vers elle, sans même un sourire encourageant, attendant visiblement qu’elle poursuive. Ça ne va pas. Il y a un truc qui cloche dans le scénario. La fille doit se dire la même chose car elle fronce un peu les sourcils, mais paraît reprendre courage pour continuer :

- Dis Sirius… Je me demandais… Tu sais pour la sortie à Pré-au-lard de la semaine prochaine, ça me ferait vraiment beaucoup plaisir de pouvoir passer un moment avec toi… Qu’est-ce que t’en penses ?
- Non.

Il n’ajoute aucune explication, détourne les yeux, et James, Remus et Peter le regardent d’un air effaré absolument impayable. Mes mains tremblent. Je ne comprends pas. Et le pacte ? Barbie, totalement décomposée, insiste, comme pour bien aggraver les choses, ne comprenant pas un tel refus :
- Mais enfin… Sirius… Tu m’avais dis… Tu m’avais promis… Je croyais que… Toi et moi, tu comprends…
- Non, j’vois pas. Ecoute, euh… Andréa…
- Mélinda.
- Ah ouais, Mélinda. Donc, je disais… ça ne m’intéresse pas cette sortie à Pré-au-lard.

Alors qu’elle paraît prête à fondre en larme, il ajoute sans conviction, n’accordant pas le moindre intérêt aux supplications silencieuses de la fille qui se penche légèrement, mettant ostensiblement ses atouts féminins en avant :

- Désolé.
Elle s’apprête à reprendre la parole mais Sirius souffle et rajoute, lassé :
- Tu peux me laisser maintenant, s’il te plait ?

Mon livre me tombe littéralement des mains sous la surprise. Qu’est-ce que ça signifie ? Je reste de longues minutes interdite, ahurie, alors que Miss superficielle, au bord de la crise, s’en va enfin, proprement humiliée, préférant visiblement ne pas aggraver son cas. Et le pacte ? Le pacte ! Je n’arrive même pas à en croire mes oreilles. D’ordinaire, il me semble qu’il ne se serait pas privé pour se rincer l’œil comme il faut en la draguant magistralement, aussi pimbêche et stupide soit elle. Il lui aurait sortit quelque chose comme « avec plaisir ma jolie ». Après tout, je m’y étais même préparée, Sirius est un Maraudeur avant tout.

Je me tourne brusquement pour m’autoriser à le regarder de nouveau. Je devrais m’affoler pour ce pacte qu’on a décidément bien du mal à respecter mais, au lieu de ça, je me sens toute euphorique. Je jubile. Je repense à la façon dont il lui a répondu, ce désintéressement total, comme si maintenant, tout ça lui passait à des kilomètres de la tête, et je me sens profondément heureuse. Je l’observe, lui qui rit de nouveau, ses cheveux balayent son front, tombant devant ses yeux avec cette élégance désinvolte qui lui est propre, et je sursaute presque à l’élan de confiance soudain que je ressens à son égard. J’ai envie de glisser ma main dans la sienne et de la serrer, doucement, d’être juste à côté de lui, à le regarder, encore, et de lui dire que je suis heureuse.

Je ne sais plus comment je peux avoir de telles pensées, je ne préfère même pas me le demander, sinon je passerais mes journées à me torturer de questions et de doutes, et je n’en ai pas envie. Il éclipse tout le reste et il n’y a que ces sentiments nouveaux, toutes ces sensations, qui comptent. Et pourtant… Je voudrais quand même me demander si je ne pars pas à lentement à la dérive. Est-ce que je ne suis pas sensée être une fille froide, acerbe, au fameux « cœur de pierre » ?

J’ai l’impression que mon identité éclate en tout sens et je ne sais plus bien ce que je dois en penser, à quoi me rattacher, ni ce que je deviens… Ça fait déjà plusieurs jours que je me laisse lentement flotter et je ne pense plus qu’à Sirius. Toujours Sirius. J’ai l’impression de ne voir que lui, où que j’aille. Sirius étendu nonchalamment sur un fauteuil, Sirius assis devant moi en métamorphose entrain de balancer légèrement sa chaise, Sirius qui se balade avec ses amis, les mains dans les poches… juste Sirius. Et je me sens tellement bien quand j’y pense…

Est-ce que je perds la raison ? J’ai l’impression de me sentir trop bien pour qu’il n’y est pas quelque chose de louche là-dessous. Est-ce que je ne suis pas plutôt entrain de tomber dans une sorte de piège qui se referme sur moi, sans que je ne m’en rende compte ? Peut-être que tout ça n’est qu’une brève illusion, trop belle pour être vraie. Maudite paranoïa… Et si je me laissais baigner par les illusions ? C’est tellement beau. Depuis qu’elles me font rêver, je ne me suis jamais sentis aussi bien. Rien que le fait de regarder Sirius, le toucher, le sentir, a terrassé toutes les angoisses morbides qui me torturaient à peine une semaine plus tôt.

Peut-être que j’ai trop souffert. Oui, peut-être que j’ai eu mon compte en souffrance et qu’il est tant de profiter de cet autre côté de la vie auquel je n’ai jamais pu goûter. Je ne sais pas. La vie est trop vicieuse pour que je puisse me rassurer si vite. C’est tentant mais moi, on ne m’a pas comme ça. La vie est pleine de sales coups, comme pour nous rappeler à l’ordre. Je suis bien placée pour le savoir, j’ai l’impression d’avoir été son bouc-émissaire, comme si les claques les plus douloureuses m’étaient exclusivement réservées.

Je coupe court à mes pensées pour écouter la conversation des Maraudeurs qui vient de reprendre, après un long silence gênant. C’est Potter qui parle :

- Eh ben… Le tact. Mais qu’est-ce qui t’as pris ? Tu n’es pas du genre à refuser les jolies filles d’habitude !
- Cette fille n’est qu’une conne.
- Ce n’est pas faux mais ne me fait pas croire que c’est ça qui te dérange… Elle avait plein d’autres atouts très… convaincants cette fille ; murmure Potter d’un air appréciateur parfaitement pitoyable.

Sirius ne réagit pas, les yeux dans le vague, l’air pensif, alors Potter ajoute :

- Je suis étonné de voir qu’elle ne t’a fait aucun effet en tout cas. A moins que… tu es quelqu’un d’autre en vue.
- James, ces filles sont vulgaires et ne savent même pas se servir des deux neurones qui leur restent pour réfléchir un minimum, elles ne pensent qu’à leur dernière manucure ou je ne sais quoi d’aussi stupide, alors moi je trouve que c’est un argument excellent pour me refroidir totalement. J’en ai marre de ces filles sans consistances qui ressemblent à des emballages publicitaires, ça me dégoûte. Tu devrais comprendre non ? Franchement James, si t’es tombé amoureux de Lily et que tu t’accroches de cette manière alors que tu pourrais en avoir plein d’autres, c’est bien que ce qui te plait chez une fille ce n’est pas seulement que le fait qu’elle puisse avoir des « atouts convaincants » comme tu dis…

Potter lui implore de parler un peu moins fort, l’air très embarrassé, et paraît un moment troublé, tandis que je reste littéralement stupéfaite, sous le choc. Je n’ai pas le temps de réfléchir à ses propos que Potter répond, d’un air soudainement sérieux :

- T’as peut-être raison, je veux bien l’admettre, mais Sirius… Tout ça, ça ne te ressemble pas du tout quand même. Il faut que tu me racontes ce qu’il t’arrive. Vraiment. Tu changes beaucoup ces derniers temps. Ça m’inquiète. T’as pas le cœur à te marrer et tu deviens presque raisonné.
- Mais non, où tu vas chercher ça ? Moi raisonné ? Enfin… Ne raconte pas n’importe quoi !

Sirius se détend et rigole, comme si Potter venait de proférer une énorme absurdité. Et il en rajoute :
- Mais regarde moi James ! Tu me vois, devenir raisonné ? La bonne blague. Un Maraudeur, ça ne devient pas raisonné. Affirme-t-il catégorique.
- Oh fait, une dernière chose Sirius, t’as dis que t’en avais marre des filles superficielles, est-ce que je dois comprendre que c’est parce que t’en as trouvé une qui ne l’es pas que maintenant t’as subitement pris conscience que les autres n’avaient en fait aucun intérêt ?

Sirius paraît gêné, il regarde le sol, à droite, à gauche, comme s’il cherchait un échappatoire à la question, puis son regard croise le mien, il détourne rapidement la tête et dit à Potter, l’air faussement nonchalant, contournant pas très habilement la question :

- Bon, on devrait commencer à y aller là, si on veut profiter au maximum. Je pense qu’on a suffisamment récupéré. J’ai besoin de me changer un peu les idées, moi. Et puis, il ne faut pas compter sur Remus pour nous décoller, parce que je suis sûr qu’il serait bien capable des rester enraciné ici, avec son éternel bouquin !! Allez Remus, lâche un peu ce vieux truc poussiéreux un moment, je t’assure qu’on va bien s’éclater !
Il rit et adopte son sourire de type super cool, Potter le regarde suspicieux, apparemment pas dupe et, finalement, il lâche :
- Ouais, allons-y. Ça vaut mieux.
Et il rajoute, plus bas, dans un clin d’œil :
- En espérant que l’alcool délie les langues.
Sirius n’a pas l’air trop rassuré, il se refrogne un peu tandis que Lupin supplie, affolé :
- Pas si fort !!!

Et ainsi, ils partent tranquillement, Potter a un sourire qui ne présage rien de bon et paraît tout excité, Lupin à l’air anxieux, Pettigrow suit Potter de près, l’air aussi très enthousiasmé et Sirius… eh bien, il n’a pas l’air franchement emballé, et son humeur étonnamment maussade et soucieuse me rend perplexe.

Cette conversation me laisse songeuse. Je suppose qu’il prépare une de leur célèbre soirée de Maraudeurs, où le whisky Pure-feu coule à flot, du classique. Ça me déçoit un peu de savoir que Sirius va se soûler, lâchement, mais je suis peut-être assez mal placé pour parler de lâcheté. De toute façon, sa mine contrite me dit que Potter lui a probablement un peu forcé la main. Il n’avait pas l’air très motivé malgré ce qu’il voulait bien faire croire. En même temps, si Potter compte le faire passer aux aveux, il y a de quoi. Mais quels aveux au juste ? A propos de cette histoire de filles ? Je me rappelle de ces paroles et je me dis que tout cela est très ambiguë. Pourquoi Sirius a-t-il réagit comme ça ? Pourquoi a-t-il tant évité cette question ? Potter a touché juste, c’est certain. Et il a suffit que son regard croise le mien pour que je comprenne. J’ai compris que c’était une réponse muette et toute sa portée me laisse plus troublée que jamais.

Je ne sais plus quoi penser, à peine je crois y voir plus clair qu’il vient tout obscurcir, de nouveau. Il commence beaucoup trop à monopoliser chacune de mes pensées. C’est comme s’il accaparait tout mon intérêt. Il n’y a plus que lui, de partout, toujours, et chaque journée qui s’écoule le rend plus captivant à mes yeux, comme s’il était tout ce qu’il y avait de plus beau, de plus extraordinaire. Ça en devient trop étourdissant, je ne veux pas lutter contre cette fascination qui m’apparaît inéluctable.

Ce qui vient de se passer ne fait que renforcer cette sensation et je me sens alors totalement désarmée face à ce qui m’arrive. Je n’y peux strictement rien, je ne peux pas freiner ces sentiments qui jaillissent si soudainement, si puissamment. Des sentiments qui me hurlent mon envie irrépressible d’être juste avec lui, tout le temps.

Mes pensées m’effraient brusquement. Je deviens folle. Je ne peux plus rien contrôler. Cette panique qui m’envahit alors m’étouffe. Je suis condamnée. Je suis écrasée par l’intensité de ce que je ressens. Affolée, je ramasse précipitamment mon livre, prend à peine le temps de ranger mes affaires, maladroitement, et m’enfuis vite, espérant échapper à cette oppression insupportable. Il me faut de l’air.






Beaucoup plus tard, au Trois-Balais, les Maraudeurs étaient confortablement assis autour d’une table, ou plutôt pratiquement allongés pour deux d’entre eux particulièrement, profitant des derniers instants avant la fermeture de l’établissement.

James et Sirius étaient avachis sur une banquette, côte à côte, chacun une bouteille de Whisky Pure-feu à la main, laquelle tremblotait anormalement. Sirius semblait à moitié affalé sur James, lui-même écrasé contre le mur, un bras pendant piteusement dans le vide. Et ils riaient bruyamment. A peine l’autre ouvrait la bouche, le rire se déclenchait, incontrôlable, tout droit sortit des limbes de l’alcool dans lequel ils baignaient depuis maintenant quelques heures. James aurait pu dire n’importe quoi, Sirius riait et l’inverse était tout autant valable, bien évidemment. Tout était foncièrement drôle. Très drôle. C’était même vraiment drôle que la table ai quatre pieds. Pourquoi quatre hein ? Pourquoi pas trois ? Ça aurait été cool une table à trois pieds ! Ben ouais, puis ça aurait économisé du bois pour faire plein d’autres tables ! Non franchement, qui pouvait bien avoir eu la stupidité d’inventer une table à quatre pieds ? Et ces débats hautement philosophiques pouvaient durer très longtemps, parce que, après tout, comme le disait si bien Sirius, les tables c’est vachement important dans la vie, alors c’est dégueulasse les gens qui s’en foutent d’elles.

Effectivement, avec l’alcool, le langage devenait restreint, et il y en avait un que ça affligeait particulièrement. Remus, le regard désapprobateur était apparemment le seul à peu près sobre. Et il laissait faire puisque, de toutes façons, à un tel niveau d’alcoolémie, essayer de les ramener à la raison était peine perdue. Alors il regardait, lassé, les deux énergumènes s’embourber dans leur délire interminable. Peter, lui, s’était ratatiné sur sa chaise et hoquetait entre deux rires convulsifs, écoutant d’un air passionné la « conversation » de ses amis, sans pour autant oser y participer.

C’était là tout l’art des Maraudeurs : « Même quand il y a des soucis, il n’y a en pas ». Et ainsi, James disait souvent « Mais profite mec ! » alors que cette devise pouvait prendre le sens qui l’arrangeait suivant la situation. En ce moment par exemple, le verbe « profiter » semblait plutôt désigner les bouteilles qui leur faisaient front. Et comme James et Sirius aimaient beaucoup cette devise, on pouvait qu’ils profitaient allègrement.

Tout allait donc très bien, même si la scène pouvait paraître aussi pitoyable que navrante, Sirius n’était plus torturé de question sans réponse et il ne pensait même plus à Aludra. Il ne pensait plus du tout, en fait et James ne semblait pas en état d’essayer de le faire passer aux aveux, puis, de toutes façons, il avait complètement oublié l’état si bizarre de Sirius à peine quelques heures plus tôt. Ils avaient tout oublié, nageant dans un flou vaseux, toujours ponctué par d’intelligentes remarques, immédiatement accompagnées de rires qui n’avaient plus rien de naturel et qui rendaient Remus toujours plus mal à l’aise. Et ça faisait bien une bonne heure que le manège durait, leur état s’empirant presque proportionnellement aux nombres de bouteilles liquidées, jetées ensuite d’un geste satisfait sur la fameuse table, source de tant de profondes réflexions.

- Ehhhhh ! Elle est vide ma bouteille !!! Se plaignit soudain Sirius.
Comme pour vérifier il approcha son œil du goulot, scrutant le fond de la bouteille en la penchant.
- Aïe. Mon œil. Jaaames, mon frère, tu me files ta bouteille ? C’est dingue, comme ça peut se vider vite une bouteille. On imagine pas.
- Rêve ! C’est MA bouteille. Après je bois quoi, moi, hein ? J’ai soif. T’as qu’à en demander une autre.
- Ah ouais, ça, c’est vraiment pas bête. Eh ! M’dame ! Siouplaiiit ! Une autre !
- Désolée les jeunes, mais on va fermer. Faudrait voir à vider les lieux…

Sirius ronchonna, marmonna vaguement des paroles incompréhensibles, avant que James, probablement pris de pitié, ne se décide à céder :
- Allez, je partage mec ! Je suis trop généreux.
- Ahhhhh ! Merci mon frère !! Ça me touche vraiment.
- Bah dis pas de conneries, faut bien s’entraider dans les coups durs ! Allez, tiens, bois. Mais pas tout quand même ! J’en veux moi aussi !

Sirius en avala d’un trait une bonne gorgée et, se tournant vers Remus, il s’exclama :
- Ohhh ! Mais tu triches, t’as deux verres !!! C’est nul !
Remus, souffla, désespéré :
- Sirius… Je n’ai qu’un verre. Vous avez vraiment beaucoup trop bu tout les deux. Ce n’est pas raisonnable… Rentrons ! Implora-t-il. Enfin, ça risque de ne pas être évident avec une telle vue… murmura-t-il pour lui même.
- Eh ! Sirius ! Appela James. Qu’est-ce que tu penses de Parker ?

Cette question pour le moins inattendue les surprit tous, mais Sirius beaucoup trop soûl pour être interloqué ou même troublé, soupira juste, comme si James venait de lui rappeler quelque chose de particulièrement désagréable, et bougonna, fatigué :

- Ah non, James, c’est pas drôle ça ! J’avais réussis à l’oublier ! Ohhh ! une fourmiiii !! Là ! s’exclama-t-il, d’un air béat, pointant de son index une petite tâche sur la table qui n’avait, évidemment, rien d’une fourmi. Ça alors ! Comme c’est étraaange ! S’extasia-t-il, le nez presque collé à la tâche pour, apparemment, mieux observer ce phénomène de la plus haute importance.

James s’esclaffa et se moqua en ricanant :

- T’es trop nul Sirius ! Ça c’était pourris comme changement de sujet ! Allez vas-y, dis, t’y penses si souvent ?
- A quoi ? A la fourmi ? Ben n…
- Mais noooon ! Je parle de Parker ! Rohhhh ! Et puis rend-moi ma bouteille là avant tu sois même plus en état de d’aligner deux mots…

James lui arracha la bouteille des mains un peu brutalement, Sirius s’affala alors encore un peu plus sur lui qui tenta donc vaguement de se décaler, au moins pour éviter de finir étouffer entre le mur et Sirius. Ce dernier répondit enfin, les yeux morts, laconique :

- Tout le temps…
- Tout le temps comment ? Questionna James stupidement.
- Bah comme tout le temps quoi. Comme le matin en me levant, puis tout le reste de la journée, puis le soir avant de dormir, elle me poursuit même quand je dors tiens !
- Et t’en penses quoi ?
- Ce que j’en pense ?

Sirius sembla faire un effort surhumain pour réfléchir un instant, son cerveau certainement trop embourbé dans l’alcool pour émettre un quelconque raisonnement. C’était comme s’il lui fallait un certain temps avant que les mots ne le percutent, un temps supplémentaire avant qu’il n’en saisisse le sens et encore un autre temps avant qu’il puisse réfléchir à la réponse qu’il devait formuler. Tout ça lui demandait donc une pénible recherche approfondie dans ses souvenirs et le fait qu’il doive émettre un jugement, et donc être capable d’une véritable réflexion sur ses sentiments était bien au-dessus des capacités d’un cerveau que l’alcool avait aux trois quarts paralysé. C’est pourquoi il répondit simplement :

- J’en pense qu’elle me donne mal à la tête.

James rigola encore une fois, bien sûr, et demanda, comme s’il trouvait cela particulièrement drôle :

- T’es amoureux d’elle ou quoi ?

Sirius éclata en un rire bruyant, comme si on venait de lui sortir la meilleur blague au monde, il s’apprêtait à répliquer, probablement par une autre ânerie, quand la serveuse, excédée par le boucan – d’autant plus que James s’était joint au rire de Sirius- et l’heure si tardive, leur rappela que l’établissement devait fermer, qu’il était largement l’heure, et qu’il serait regrettable qu’elle doive appeler le patron pour les déloger de force. Remus, horrifié à l’idée d’être jeté dehors comme un malpropre, se décida enfin à prendre tant bien que mal les choses en main et, non sans maintes difficultés, il parvint à traîner dehors ses trois amis qui commençaient à huer la serveuse, moitié rigolant, moitié poussant des « Zeeeeeen » qui achevaient d’énerver la jeune femme.

Et ainsi s’acheva la soirée des Maraudeurs qui sortirent en titubants, James et Sirius se soutenant mutuellement, bras dessus, bras dessous, s’accrochant désespérément à leur ultime bouteille, riant aux éclats malgré la nausée, bien trop imbibés d’alcool pour pouvoir s’en empêcher. Sirius savait qu’il allait passer une nuit horrible, qu’il allait se réveiller avec une migraine à s’en perforer le crâne, et qu’il serait probablement si fatigué qu’il aurait du mal à tenir debout mais il s’en foutait parce qu’il avait réussis à l’oublier complètement, le temps d’une soirée, et ça le rassurait, ça le rassurait de croire, à tord, qu’il avait encore un peu le contrôle de la situation, qu’elle ne l’obsédait pas tant que ça. Mais Sirius se mentait, comme toujours, et on ne pouvait pas lui en vouloir, il voulait seulement se persuader qu’il pouvait se sentir très bien sans elle. On aurait peut-être pu le croire, si ses yeux éteints ne prouvaient pas le contraire.

Mais mieux valait qu’il profite de cet instant de leurre, pendant qu’il le pouvait, parce qu’il était bien loin de se douter de la découverte poignante qu’il ferait quelques jours plus tard.
Une lettre by alice141191
Note : Hum...Je ne calcule même plus mon retard... Ais-je des excuses ? Ben j'étais pas là pendant presque toutes les grandes vacances, je vous l'avais dit, donc j'ai pas vraiment eu le temps d'écrire et avec la rentrée en Terminale, ça ne s'est pas franchement arrangé, loin de là... Je suis plus surchargée que jamais, eh oui objectif Bac cette année, je passe donc la majorité de mon temps libre à travailler, pour vous donner une idée il m'arrive même de plancher chez moi pendant à 7 à 8h d'affilée, alors c'est dur de caser l'écriture... Et puis comme toujours, les sciences ne me donnent pas franchement l'inspiration littéraire dont j'aurais besoin... Voilà, il n'y a rien de plus a ajouter, mais je pensais que la moindre des choses était de me justifier de tels retards étant donné que c'est assez frustrant généralement pour des lecteurs de devoir tant attendre, je suis bien placée pour le savoir ! ;)

Bon bref sinon je n'ai pas d'annonce particulière à faire pour une fois, je ne sais pas du tout ce que vous allez penser de ce chapitre... J'espère bien sûr qu'il vous plaira ! Il est long (13 pages word) et j'ai été plus gentille que pour le chapitre dernier, je ne l'ai pas fait finir sur du suspense ! :p Le sadisme a ses limites quand même... Je ne voudrais pas faire fuir les lecteurs non plus !

Alors bonne lecture à tous ! (Vous ne pouvez pas imaginer comme je suis soulagée de poster ce chapitre après tant de temps, j'arrive pas à le croire... de retour dans le monde des fics ! ça m'avait manqué !)





Six jours déjà. Six jours qu’on passe notre temps à s’éviter. Six jours intenables… Je n’aurais jamais imaginé que ça puisse être si dur. A chaque fois que je le croise c’est un effort surhumain que je dois faire pour détourner le regard, et j’ai l’impression qu’il est plus que jamais de partout. Je ne vois plus que lui. Et si par malheur je cède, je le regarde trop longtemps, alors je finis par avoir la tête qui tourne, je me sens étourdie par cette envie d’être avec lui, de le regarder encore, le sentir, le toucher et c’est insupportable parce que je ne peux pas.

Ce que c’est long Six jours. Tous ces sentiments n’ont cessé de m’envahir toujours plus intensément de jours en jours. Et je me suis sentie heureuse puis parfois profondément triste. Je voudrais pouvoir le détester pour ça. Le détester pour ne m’avoir accorder aucun regard durant tout ce temps, aucun. C’était juste comme s’il avait gommé tout ce qui s’était passé, comme s’il avait oublié ces regards échangés, ces fois où on s’est serré la main en se laissant perdre la raison, ces effleurements, ces sensations enivrantes… Est-ce que c’est si peu important pour lui ? Il s’amuse, il se gonfle d’orgueil, il est détendu, il rit, il vit comme à l’ordinaire. Il s’en fou totalement de cette tempête intérieure qui ne cesse de me ravager, laissant les décombres s’entasser lamentablement, il s’en fou de ce qu’il s’est passé. En fait il m’a simplement mentit, il joue, il est comme les autres. Et il n’a aucune excuse, pas même le pacte. S’il avait voulu, il m’aurait retrouvé, il aurait fait comme la dernière fois, il m’aurait pris la main, il m’aurait rassuré et personne d’autre que nous deux n’aurait rien su.

Mais il n’a rien fait. L’indifférence est tout ce qu’il y a de plus effroyable. Est-ce que c’est pour ça que je fais tant fuir les gens ? Est-ce parce que je ne cesse me voiler de cette indifférence abjecte ? C’est tellement pratique. Sirius le fait-il pour les mêmes raisons alors ? Est-il aussi lâche que moi ? Non, bien sûr que non. Il n’y que moi pour être d’une telle lâcheté. Mais il n’empêche que ça reste injuste. C’est injuste qu’il puisse profiter de la vie, être heureux et libre alors que je n’arrive plus à penser qu’à lui, en permanence et que je m’enferme lentement dans une obsession et une frustration qui me ronge.

Quelques fois, la nuit, je rêve qu’il est là avec moi, que je le serre dans mes bras puis que j’entends la mélodie qu’il avait joué, et que je pleure mais que je me sens plus heureuse qu’on ne peut l’espérer. C’est stupide. Je le sais. Mais je n’y peux rien, ce n’est qu’un rêve après tout.

Je n’ai plus d’énergie pour rien, l’euphorie que j’ai pu ressentir quelques jours plus tôt s’est envolée et j’ai l’impression d’errer comme une âme en peine. C’est lamentable, vraiment lamentable. J’ai essayé par tous les moyens de le sortir de ma tête mais rien n’y fait, la seule chose que je peux faire c’est d’essayer de le voir le moins possible. Heureusement que les livres et les devoirs m’aident sinon je n’y arriverais pas. J’ai du passer mon week-end à travailler à la bibliothèque, plongée dans je ne sais quel gros pavé sauveur.

Mais ce qui m’a le plus aidé c’est certainement la compagnie de Sonia. C’est d’ailleurs le seul point positif de ces six jours. Sans le savoir, elle m’a aidé à ne pas me renfermer dans une solitude qui n’aurait fait qu’empirer mon état en me saturant d’encore plus de doutes. Au contraire, elle a même réussis à me faire rire plusieurs fois malgré ma morosité probablement dur à supporter. J’ai aussi appris à mieux la connaître et j’ai ainsi compris qu’elle n’était pas seulement « la folle toujours déconneuse » qu’elle semble être. Elle m’a montré qu’elle pouvait être quelques fois étonnamment sérieuse comme ce lundi où elle m’a fait comprendre que même si elle n’en parlait pas, elle en savait peut-être plus que ce je croyais sur les raisons de mon humeur noire. Elle a ajouté avec un air entendu que garder trop de peine enfermée n’était jamais bon et que son optimisme sans borne pourrait certainement en alléger un peu…

Son discours m’a à la fois surpris et soulagé quoique que le fait qu’elle en puisse trop en savoir m’a légèrement inquiétée. Je me demande ce qu’elle sait exactement. Elle est beaucoup plus observatrice qu’on ne se l’imagine. Je crois que c’est ce jour là que j’ai cessé de la considérer une fille simplement marrante et excentrique qui n’est là que pour me faire rire. Je ne lui ai rien dit mais à partir de ce moment j’ai commencé à essayé de m’ouvrir un peu plus. Je ne lui ai rien révélé de spécial, il est beaucoup trop tôt, mais j’ai simplement plus parlé et j’ai commencé à engager les conversations. Je pense que ça a débloqué pas mal de choses et que ça lui a vraiment fait plaisir. J’ai ainsi découvert une fille pas seulement marrante mais aussi véritablement intéressante.

Je me suis dit que c’était probablement ça aussi l’amitié, pas seulement le rire mais aussi échanger, savoir être suffisamment sérieux quand c’est le moment. Je n’en ai que plus apprécié Sonia. D’autant qu’elle me permettait de me changer les idées, de penser quelques fois à autre chose qu’à Sirius même si celui-ci disparaissait rarement complètement de mes pensées, comme s’il y était enraciné définitivement.

C’était malgré tout une formidable échappatoire mais je sais parfaitement que ça ne peut pas durer éternellement, je ne peux pas tout le temps le fuir, je vais devoir finir par l’affronter. J’ai déjà tellement de mal à l’éviter. Il est de partout, comme si le fait qu’il envahisse déjà ma tête ne suffisait pas, il faut que je le croise sans cesse, me rappelant encore à quel point je suis devenue misérablement dépendante.

Mais je ne veux pas. Je ne veux pas perdre ainsi tout contrôle, ne plus pouvoir choisir moi-même. Ou peut-être que ce choix me plaît trop pour m’en défaire ? Et c’est là tout le paradoxe de la situation. En fait, je me plains sur mon sort, je me torture de doutes et de questions, mais je ne fais véritablement rien pour que ça change. Au contraire, j’aggrave plutôt mon état et je me complets dans cette passion, puisque dès que je suis sûre d’être suffisamment discrète pour que personne ne me remarque je le dévore des yeux.

Je ne peux pas m’en empêcher, mon regard descend le long de son échine, puis remonte jusqu’à sa nuque, glissant sur une épaule pour suivre le bras jusqu'à sa main sur laquelle je m’attarde. Et j’écoute aussi. Son rire, sa voix que j’aime tellement. Et ces moments de contemplation silencieuse me plongent dans un état inexplicable, une sorte de bouffée de folie passionnée vient me rendre toute fébrile et je dois déployer toute ma force d’auto persuasion pour ne pas laisser éclater cet élan de pur vertige qui me crie tout un tas d’envies irraisonnées que je n’ose même pas m’avouer. Je n’ose pas me les avouer parce que j’ai vraiment peur de ce qu’elles impliquent, j’ai peur parce qu’elles sont si nouvelles, si soudaines, et j’ai peur de la force avec laquelle elles s’imposent.

Je m’efforce donc de les dissimuler du mieux que je peux, à défaut de parvenir à les faire taire. J’ai bien essayé mais ce manque flagrant de volonté m’a vite rattrapé alors, résignée, j’ai juste essayé d’éviter le plus possible de croiser la source de ma tourmente, ce qui ne fut pas chose facile quand tout une partie de moi me criait l’exact contraire.

C’est ainsi en pleine réflexion que je me rends au cours de Défense contre les Forces du Mal, plus anxieuse que jamais, perdue dans le tumulte incessant de mes pensées. Je suis la première, bien sûr, je m’adosse au mur, et j’attends impatiemment le début du cours qui viendra me libérer de toutes ces questions. Lentement, les élèves arrivent et une petite foule finit par s’amasser dans le couloir. J’entends des éclats de voix plus forts que les autres parmi lesquels je reconnais cette voix particulière. Je me force à ne pas tourner la tête, à ne rien laisser percevoir de mon trouble. Je garde des yeux neutres, sans expression visible, je regarde juste devant moi dans le vague, passive, immobile, retrouvant ma place attitrée de Championne dans l’art de l’indifférence. Six ans d’entraînement ne s’effacent pas comme ça et la présence de Sirius juste à côté requiert toute ma maîtrise en la matière. Mais je suis irréprochable dans mon rôle de celle qui ne pense et n’éprouve rien. Je sais que l’illusion est parfaite.

Reprenant quelque peu confiance grâce à ce rempart que j’ai réussi à reconstruire, je me tiens plus droite et lève un peu la tête. Puis le professeur finit par arriver. On rentre tous à l’affilée et je m’installe vers le milieu de la rangée de droite, comme d’habitude. C’est l’endroit le plus stratégique pour ne pas se faire remarquer. Après un instant de chahut causé par la présence de dix petites armoires mystérieuses, le silence se fait devant le regard sévère de Mr. Jones qui prend enfin la parole :

- Bien, bonjour à tous. Comme vous l’aurez certainement remarqué ce cours va être assez particulier. Durant vos cinq dernières années, et au début de celle-ci, vous avez appris à combattre diverses créatures maléfiques à l’aide de plusieurs mises en situation. Cependant, vous saviez généralement à l’avance la créature à combattre. Aujourd’hui je vous propose donc un exercice qui aura plusieurs buts : tout d’abord vous mettre dans des conditions de combat plus réalistes, c’est à dire créer un effet de surprise propre aux vrais affrontements. En effet, vous n’aurez aucune idée de la créature à affronter avant d’ouvrir la porte de l’armoire, vous devrez donc vous préparer à toute éventualité, et ne pas perdre votre sang-froid en découvrant la créature, il faut être en mesure d’agir efficacement. Ensuite, cet exercice vous permettra d’améliorer vos réflexes puisque vous devez agir le plus rapidement possible afin de neutraliser la créature en limitant les risques qu’elle attaque avant vous. Et enfin, il s’agira aussi d’un petit bilan puisque, une fois la créature identifiée vous devez être capable de fouiller dans vos souvenirs pour vous remémorez au plus vite le sort approprié pour la vaincre.

Il marque un instant une pause, balaye des yeux la classe et reprend :

- Il y a donc dans ces dix armoires, différentes créatures que vous avez étudié tout au long de votre scolarité. A présent, en ce qui concerne l’organisation du cours, nous allons diviser la classe en deux partie puisqu’il n’y a pas suffisamment d’armoires pour tout le monde. La première partie commencera par la pratique et la deuxième par la théorie. Je m’explique : Pendant que le premier groupe combattra les créatures, le deuxième sera isolé au fond de la classe et devra me faire une synthèse d’un rouleau de parchemin sur les différentes créatures maléfiques que vous connaissez, et les moyens de les vaincre. Bien entendu, la classe sera séparée en deux par un mur invisible qui empêchera le groupe deux de regarder et d’entendre ce qu’il se passe devant, cela gâcherait tout l’effet de surprise. Par contre, moi, je pourrais évidemment vous voir, ce qui signifie que si j’aperçois quelqu’un lorgner sur le parchemin de son voisin ce sera une sanction. Nous inverserons ensuite les groupes. Des questions ?

Aucune main ne se lève alors Mr. Jones compose rapidement les deux groupes et le mur invisible. Je me retrouve dans le groupe un, comme Sirius. Classique. Je n’ai jamais de chance. Je retiens un soupir et écoute les explication du professeur alors que le groupe deux est déjà au fond de la salle, entrain de commencer sa synthèse.

- Tout d’abord, chacun doit se placer devant une armoire, ensuite vous passerez un par un, par mesure de sécurité, car je ne peux pas surveiller dix personnes à la fois. Lorsque ce sera votre tour, vous lancerez un alohomora pour ouvrir la porte et vous neutraliserez la créature que vous apercevrez grâce au sort adéquat.

On se place donc chacun devant une armoire, je me mets devant celle qui est en face de moi et Sirius se place juste sur ma droite, ce qui me rend un peu nerveuse. Mais je me calme, essayant plutôt de me concentrer sur mon impatience à découvrir la créature qui se trouve dans l’armoire. Ce cours est vraiment une excellente idée, enfin du concret.

Le professeur a choisis de nous interroger de droite à gauche apparemment puisqu’il commence par un certain Nelson. Je serais donc la troisième à passer. Celui-ci semble un peu stressé lorsqu’il ouvre l’armoire mais il tombe finalement sur un chaporouge, une sorte de petit nain aux longs cheveux gris et aux yeux rouges dont il n’est pas bien dur de se débarrasser. Il l’immobilise d’ailleurs très vite à l’aide d’un simple Impedimenta.

Le professeur le félicite et renferme le chaporouge dans l’armoire, levant par la même occasion le sort, pour qu’il soit de nouveau en état pour le deuxième groupe. C’est ensuite au tour de Sirius. Prêt au combat, il prononce d’une voix forte « Alohomora », la porte s’ouvre brutalement, et une nuée de lutins de Cornouailles bleu électrique s’en échappe, jacassant dans les aiguës et volant en tout sens. Sirius pointe sa baguette vers l’amas et crie un Immobilus très efficace, qui fige instantanément les lutins. Il se recule et sourit d’un air suffisant, satisfait de son sort.

C’est à présent à mon tour. Avant même d’ouvrir l’armoire un mauvais pressentiment me gagne, sans que je n’en comprenne la raison, et c’est ainsi crispée que je prononce enfin le sort qui ouvre lentement l’armoire dans un sinistre grincement.

Ce qui s’en échappe me pétrifie d’effroi. La créature qui se trouve face à moi, n’est autre que… moi. Mais ce n’est pas moi aujourd’hui c’est mon moi passé. C’est ce moi tout courbé, au longs cheveux épais, cassés et emmêlés, une sorte d’horrible tignasse qui m’arrive jusqu’au milieu du dos. Et je suis monstrueusement maigre, pire, je suis carrément squelettique, malgré ce large tee-shirt informe qui tente de le dissimuler en vain. J’ai les joues creuses, le visage émacié, la peau sèche, les lèvres gercées, et les yeux vides de toute vie. Je me souviens alors de tous ces souvenirs douloureux que j’ai tenté d’oublier, de toute cette souffrance qui semble irradier de cette chose sensé être moi. C’est affreux. C’est abominablement épouvantable. Tout ce passé qui se rappelle à moi m’horrifie, je réalise pleinement de ce que j’ai pu être et je suis paralysée par la peur. La peur d’être forcée d’y retourner, la peur de revivre une nouvelle fois de même cauchemar.

Le corps décharné s’approche, m’emplissant plus encore d’une angoisse sans nom qui me donne la nausée. Je sais que ce n’est qu’un épouvantard mais je suis paralysée par l’atrocité de la situation. Puis la créature se met à gémir «Viens, suis-moi, fais moi confiance, c’est plus simple » et elle me tend la main. Non, non, tout sauf ça, je secoue la tête, m’apprête à lever ma baguette mais la créature geint plus fort, larmoyante : « tu es seule de toute façon, personne ne t’aime, seule, toute seule, toujours, lâche… » et le mot « seule » se répète en échos, me hantant, m’emplissant de la plus sournoise terreur que je n’ai jamais connu. Je serre plus fermement ma baguette, commence à la lever un peu plus, et les gémissements de la créature se muent en cris toujours plus aiguës, le mot « seule » à présent hurlé. Les larmes aux yeux, ma baguette me glisse des mains quand j’entends Sirius crier « Riddikulus ».

Tremblante, je manque de m’effondrer et me rattrape à la table tandis que l’épouvantard se transforme en une sorte de danseuse à tutu ridicule qui finit par disparaître dans des volutes de fumée aux rires des élèves. Sirius se précipite vers moi, visiblement très inquiet, et me regarde d’un air anxieux, ne sachant probablement pas comment agir. Le professeur, vraisemblablement quelque peu préoccupé par mon état lui demande :

- Mr. Black, pourriez-vous accompagner votre camarade dehors un moment, le temps qu’elle se remette de ses émotions ?

Sirius s’exécute sans un mot alors qu’un silence embarrassé s’est installé dans la classe.

Je sors donc chancelante, suivie de Sirius, manifestement assez nerveux. La porte claque, je tremble de tous mes membres et tiens à peine debout, encore sous l'emprise de cette angoisse qui m'étouffe. Je suffoque, tente de marcher quelques instants pour m'éloigner de la salle de classe mais j'abandonne rapidement, épuisée, et m'adosse au mur pour finalement me laisser glisser jusqu'au sol, respirant toujours difficilement.

Sirius me fixe sans ciller, à la fois soucieux et déconcerté. Il à l'air totalement dépassé par les évènements et reste un long moment immobile, profondément troublé, comme s'il tentait tant bien que mal de prendre conscience de tout ce qu'implique ce à quoi il vient d'assister.

Et moi je fais de mon mieux pour me calmer, mais je ne parviens pas à effacer ce sentiment d'humiliation qui me gangrène trop rapidement jusqu'à me brûler. Je me sens mise à nue, irrémédiablement désarmée, comme si on m'avait piétinée pour s'accaparer tout ce je cherche à cacher si minutieusement, tout ce que je m'efforce d'oublier au mieux chaque jour. C'est scandaleux, tant d'efforts réduits à néant, tout a été vulgairement exhibé aux yeux de tous, comme on aurait balancé un lambeau de viande à un chien affamé. Parce que je suis sûre qu'ils s'en sont tous régalés, ils ont eu de quoi satisfaire leur curiosité, enfin, et c'est la plus grande injustice à laquelle je n'ai jamais été victime. Ils n'avaient pas le droit !! C'était à moi !! Rien qu'à moi ! Ils n'avaient pas le droit de savoir ! Je ne supporte pas cette idée ! Je ne supporte pas que tout le monde ai vu ce qui devait à jamais rester enfoui. Ça me rend malade.

On m'a bafoué de la plus horrible des manières, en me volant ma peur la plus sournoise. Je voudrais pouvoir leur jeter un sort d'oubliette collectif mais je sais ce projet irréalisable. Alors je les haïs encore plus, eux qui sont coupables. Coupables du pire des crimes, coupables d'avoir vu.

Alors que je rumine ces pensées sombres, je l’entends soudainement prendre la parole, vraisemblablement enfin remis du choc, l’air grave :

- Tu ne crois pas que ça a déjà suffisamment duré comme ça ? Tu dois me dire ce qui te terrifie à ce point. Toi ? Ton passé ? Être seule ? Je ne comprends pas. Il faut que tu me le dises. Tu ne peux pas le garder éternellement et tu le sais parfaitement. Ça va finir par t’étouffer sinon et te rendre folle. Tu sais que j’ai raison, tu dois le dire.

Il se tait, me regarde un instant, attendant visiblement mes confidences alors que mon regard se durcit encore et je sens que toute ma rancœur contenue s’apprête à éclater, amplifiée anormalement par ce sentiment écrasant d’humiliation. Il croit vraiment que je peux avoir peur d’être seule alors que pendant six ans c’est exactement ce que j’ai été ? Je me laisse gonfler d’une sourde haine qui explose enfin dans une agressivité que je ne contrôle pas :

- Mais qu’est-ce que tu crois ? Tu n’espères tout de même que je suive les conseils d’un type qui se souvient de moi seulement quand ça l’arrange, seulement pour satisfaire sa curiosité ? Tu fais comme si de rien n’était et tu oses même jouer les preux chevaliers alors que tu n’es qu’un égoïste. Une fois que tu sauras, tu t’en foutras complètement. De toute façon si tu avais un minimum de jugeote tu aurais dû comprendre depuis longtemps. Et dire que j’ai pu croire un instant que tu étais différent. En fait, tu es comme tous les autres, j’ai juste été trop stupide pour me laisse aller à croire le contraire. Ça m’écœure mais après tout, l’erreur est humaine. Je ne referais juste pas deux fois la même. Et puis tu n’as même pas tenu ta promesse. Tu m’avais promis que tu ne me laisserais pas. Tu as mentis. Tu l’as fait. De toutes façons, je n’ai besoin de personne. De personne, et surtout pas de toi…

Je m’arrête, me demandant si je n’essaie pas plutôt de me convaincre, essayant ensuite de chasser cette idée. Je prends conscience de tout ce que la haine m’a fait dire, et je sais que je me suis laissée emporter. Il fallait bien que toute cette frustration éclate et qu’il prenne conscience que je ne suis pas un jeu. Il fallait qu’il comprenne à quel point je lui en veut et pour le coup, je crois que le message est bien passé, trop bien passé peut-être.

Il semble assommé par ma tirade, il a simplement l’air de ne pas comprendre, comme si ce que j’avais dit lui paraissait trop incroyable pour être vrai puis je remarque qu’il a des yeux déçus et dit enfin, d’une voix neutre :

- Tu ne peux pas dire ça. Tu n’as pas le droit.
- Je…

Je n’ai pas le temps d’en dire plus qu’il me coupe pour reprendre d’un ton où à la peine et à présent mêlée une amertume non dissimulée :

- Tu n’as vraiment pas le droit de dire ça alors que depuis une semaine, s’il y a bien quelqu’un que je n’arrive pas oublier c’est toi ! Mais tu ne comprends pas ? Tu ne comprends pas que, justement, j’en suis incapable ? J’ai essayé mais j’ai lamentablement échoué, c’est même pire ! Tu ne peux pas m’en vouloir pour avoir tenté ! Il fallait que j’essaie de me convaincre que je ne perdais pas totalement le contrôle. Mais c’est faux. Je ne maîtrise plus rien du tout ! C’est ça la vérité ! Tu m’envahis ! Tous les jours, tu m’envahis un peu plus ! Comment tu veux que je puisse t’oublier ? Tu prends toute la place !

Il s’arrête, soudainement calmé, abasourdis par ses propres paroles alors que je suis tout autant effarée. Je ne me serais jamais attendue à de tels aveux et j’en reste un moment béate jusqu’à ce qu’il retourne brusquement vers la salle de classe, certainement conscient d’en avoir beaucoup trop dit.

Toute la rancœur que j’ai pu accumuler à son égard ces derniers jours s’envole immédiatement lorsque je prends réellement conscience de ce qu’il a dit et de ce que ça implique. Je voudrais faire un geste pour le rattraper avant qu’il ne rentre dans la classe, pour lui dire que je suis désolée et lui expliquer à quel point il m’a manqué pendant tous ces jours, à quel point moi aussi je ne peux penser qu’à lui, mais je ne fais rien, je suis paralysée par je ne sais quoi et c’est trop tard.

Je tremble un peu, j’ai tout gâché. Je m’en veux. Plus je repense à mes paroles, plus je me dis que cette sorte d’accès de jalousie était minable et puéril. Une gamine en pleine crise de nerfs n’aurait pas pu faire pire. Mais ce n’est pas de ma faute ! C’est tous ces doutes qui se sont accumulés, puis cette humiliation qui a tout aggravé. Il a bien fallu que ça explose, je ne pouvais pas tout contenir, je supporte déjà silencieusement beaucoup trop de sentiments étouffants.

Et puis je suis tellement paranoïaque. Il a fallu que mes vieux démons reprennent le dessus, je me suis sentie trahis, abandonnée lâchement, et je n’ai pas pu l’accepter parce que Sirius est le seul à qui j’ai commencé à accorder une fragile confiance. C’est aussi le seul à qui je me suis montrée réellement, sans mon masque de froideur, le seul pour qui je me suis uniquement laissé emporter par mes sentiments et le seul qui puisse à ce point monopoliser mes pensées. En fait, il est le seul pour tout un tas de choses et ça me faisait un mal fou de penser qu’il avait pu me mentir, qu’il pouvait s’en foutre totalement de moi. Et tout dans son comportement venait appuyer mes doutes. Des doutes qui s’incrustaient plus profondément chaque fois que je le voyais passer à côté sans le moindre regard, rire de cet air insouciant, et profiter pleinement alors que je ne pouvais que passer mon temps à me morfondre.

J’étais bien loin de me douter que tout ça n’était rien de plus qu’une illusion. Enfin, ma paranoïa était quand même fondée puisque, par cette illusion, il voulait justement m’oublier. Et s’il y était parvenu, qu’est-ce que je serais devenue ? Non, en fait, la bonne question c’est plutôt : « De quoi perd-t-il à ce point le contrôle pour vouloir m’oublier? » Et je suis bien incapable de trouver la moindre réponse.




Voilà plus d’une heure que je ressasse mes pensées noires, affalé sur un fauteuil de la salle commune, entouré de James, Remus et Peter qui, inquiets de mon silence, tentent de rire pour détendre un peu l’atmosphère. James, surtout, paraît particulièrement préoccupé et redouble d’énergie pour essayer de sauver le peu d’humour qu’il me reste actuellement. Je sais parfaitement qu’il sait tout depuis cette fois où l’alcool m’a forcé à trop en révéler. Il sait qui est la cause de cette sorte de morosité dans laquelle je m’enfonce de jour en jour.

Il ne m’en pas parlé mais je le sais aux regards rancuniers qu’il ne peut s’empêcher de lancer à Aludra à chaque fois qu’on la croise. J’aurais préféré qu’il oublie cette soirée et tout ce j’ai pu révéler contre mon gré. Le pire, c’est que je ne me souviens même pas précisément de ce que j’ai pu déballer. Quelle monumentale erreur. Je n’arrive pas à croire que j’ai pu avoir la stupidité de penser que je pourrais l’oublier, que me soûler simplifierait les choses. Ça les a plutôt sérieusement compliquées. Je me souviendrai toujours de la matinée qui a suivie, lorsque je me suis levé, un mal de tête atroce en m’en donner le vertige, nauséeux, et que j’ai eu cet ignoble sentiment de fatalité. J’avais voulu me donner l’illusion que je pouvais parfaitement ne plus penser à elle quand je le voulais, que je pouvais être insouciant comme avant mais même bourré, il a fallu que je finisse par penser à elle. Je me suis sentit encore plus minable et même lâche.

Si un jour on m’avait dit que j’en viendrai à me traiter comme ça… Je dois vraiment être dans un piteux état pour me qualifier à ce point de lâche, moi qui ai toujours été si sûr de l’exact contraire. Et je dois sacrément faire peine à voir… Ce que ça peut me donner envie de vomir, je me débecte. Je suis tombé bien bas, moi qui suis d’ordinaire si fier de moi, si confiant. J’ai l’impression de n’être plus rien, j’ai perdu toute ma dignité, mon sens de l’humour, ma gaieté et ma facétie de Maraudeurs. Je ne suis plus qu’une loque qui se traîne, c’est tout, enfermé dans mes pensées noires, je ne sais plus trop où est passé le Sirius que je suis normalement, plein d’entrain, je déteste juste cette loque que je suis devenu.

C’est pendant cette matinée épouvantable que j’ai eu la stupide idée de vouloir une fois de plus nier la réalité. J’ai voulu essayer une dernière fois de faire comme avant, comme s’il ne s’était jamais rien passé avec elle et même, comme si elle n’avait jamais existé. Je voulais la rayer définitivement de ma tête, qu’elle arrête de me pourrir l’esprit, de me polluer. Je me suis dit que c’était ma dernière chance, et qu’à force de faire comme si je ne la voyais pas, je finirai peut-être un jour par réellement de plus la voir, et alors ne plus y penser. Rien que le fait d’envisager que ça puisse fonctionner m’a redonné un peu d’énergie. L’énergie du désespoir en fait.

J’ai cru que ça allait marcher pendant un moment. J’ai dû déployer toute ma maîtrise pour l’ignorer du mieux que je pouvais, et je pensais que tant d’efforts seraient obligatoirement récompensés. Moi qui ne fous rien à l’habituel, moi qui me laisse vivre tranquillement en attendant le lendemain, j’ai été étonné de ma propre persévérance, mais j’étais sûr ça allait payer, ça devait. Eh ben même pas. Comme quoi, que je fasse quelque chose ou que je ne fasse rien, visiblement ça revient au même. Je ne suis apparemment bon qu’à glander. Enfin, je ne vais tout de même pas m’en plaindre.

Mais ce que ça a pu être dur, beaucoup plus que je ne me l’imaginais. Chaque fois que je la voyais, c’était plus fort que moi, j’avais cette irrépressible envie de me retrouver de nouveau seule avec elle, de pouvoir la dévorer des yeux, lui serrer la main pour me sentir heureux comme jamais. Mais il fallait résister, il fallait détourner le regard rapidement, me ressaisir et sourire alors que je n’en avais même pas envie. Je devais l’oublier avant qu’elle ne m’envahisse trop et que je finisse complètement dépassé par cette obsession incontrôlable. Oui, c’est triste à avouer mais sous ces interminables envolées lyriques parfaitement niaisent se cache une réalité beaucoup trop dure à accepter : je ne contrôle plus rien et j’en ai maintenant pris conscience.

Alors, pendant tous ces jours, ça a été la même comédie. Je me suis efforcé de bien jouer mon rôle, les autres n’y voyaient que du feu, à part certainement James, ils ont cru que le bon vieux Sirius était de retour mais la vérité c’était que je n’ai fait qu’aggraver les choses, si c’est possible. Elle a finit par ne plus quitter mes pensées un seul instant. Plus un seul. Plus je voulais l’oublier, plus il se passait le contraire. Ça peut paraître d’une mièvrerie navrante dis comme ça mais je n’y peux rien, je ne vois pas d’autres moyens d’expliquer la situation, c’est seulement la bien malheureuse vérité parce que si on m’avait demandé mon avis, je me serais bien passé de ce genre de scénario boiteux. Enfin, malgré toutes ces désillusions, je ne voulais pas abandonner, je ne voulais pas me dire que j’étais foutu.

Et c’était sacrément égoïste. De toute façon, j’ai toujours su que j’étais probablement un peu nombriliste mais à ce point, je n’aurais pas cru. Je n’ai même pas pensé à ce que elle, elle pouvait endurer en me voyant faire le mariole de la sorte, tout joyeux et rigolard. Je n’ai même pas pensé à la promesse que je lui avais faite, je n’ai pas non plus pensé un seul instant à ce qu’elle pouvait ressentir de son côté. C’est comme s’il n’y avait que moi qui comptait, comme si tout était juste de sa faute. Je n’ai pas envisagé qu’elle puisse tout autant morfler.

Ça a l’air tellement simple dit comme ça. On aurait presque l’impression qu’il suffirait qu’on s’entraide pour s’en sortir. Mais s’en sortir de quoi ? C’est bien ça le vrai problème. C’est en fait même tout le problème. Dans quoi sommes-nous tombés ? Pourquoi j’ai ce pressentiment qui me dit que ça ne doit pas être très bon, qu’il faut que je me tire de là au plus vite ? Je n’en sais rien… Je sais seulement que tout ce qui se déroule dans ma tête me paraît définitif et inconnu et ça doit être ça le plus effrayant. Ce qui me pousse de façon si fulgurante vers elle me semble résolument fatal, malgré le fait que j’essaie de me débattre comme un noyé. Déplorable.

Je pense que c’est cet aspect fatal qui m’inquiète le plus. A la rigueur, le fait que ce soit inconnu n’est pas un problème. Au contraire même, je pense que je préfère que ça reste flou, ça m’évite probablement d’inutiles questions encore plus angoissantes. Ouais, c’est mieux, et c’est aussi beaucoup plus grisant comme ça. Un peu comme une perpétuelle découverte. Mais le fait que j’ai cette impression de fatalité m’inquiète autrement plus parce que je me sens condamné. J’en suis réduit à penser à elle jour et nuit, je viens de m’en rendre compte, et à supporter ce besoin d’elle assez obscur. Je pourrais avoir encore une fois honte de ce que je viens de penser mais j’en ai marre, il est inutile de me berner plus longtemps, autant m’avouer clairement les choses, je gagnerais du temps plutôt que de sans cesse jouer les effarouchés, à ne pas oser vraiment assumer.

Je suis Sirius Black après tout ! Je dois prendre conscience de la réalité, l’assumer parce que j’ai toujours tout assumer en tant que valeureux Gryffondor, et ensuite je serais certainement plus soulagé. Ouais, il serait vraiment temps de me ressaisir, de prendre les choses en mains et de faire bouger la situation. Ça doit bien être possible. J’ai toujours été d’un optimisme à toute épreuve, je ne vois pas pourquoi ça changerait ! Et puis ça n’a jamais été dans mes habitudes de rester si passif, déprimé, à attendre que ça se débloque tout seul ! Je dois vraiment agir avant de m’enfoncer définitivement dans cette morosité qui ne me ressemble pas. Aludra déteint décidément trop sur moi. Je vais véritablement prouver que je suis capable de me reprendre, en authentique Maraudeur !

Pour ça, je dois enfin m’avouer ce que je m’obstine à refouler, qui me torture et ensuite l’assumer. Alors, allons-y, balançons, déversons tout ce bordel qui va finir par me rendre taré si je ne l’admets pas. Par quoi commencer ? Que dois-je m’avouer qui pourrait m’aider à soulager un peu ma conscience déjà à rude épreuve ? Bon, j’avoue que je voudrais bien être tout le temps avec elle. J’avoue que dès qu’elle n’est plus là je voudrais déjà la retrouver. J’avoue que j’aime tenir sa main dans la mienne certainement plus que je ne devrais. J’avoue qu’il me faut un effort énorme pour ne pas me rapprocher et la serrer dans mes bras. Et enfin, j’avoue que dans ces moments là j’ai beaucoup trop, mais alors vraiment beaucoup trop envie de l’embrasser.

Et voilà, c’est avoué, et je me sens vraiment gêné. Je ne sais pas pourquoi, parce qu’après tout je ne vois pas vraiment pourquoi ça devrait être embarrassant de simplement vouloir tant l’embrasser. Seulement je sais que c’est bien différent de l’ordinaire et que ce n’est pas seulement ça le problème. Je me sens brusquement vraiment mal à l’aise parce que tout ça ne m’est jamais arrivé et que je ne sais décidément pas comment m’y prendre pour régler ce fameux problème inconnu et reprendre un peu de contrôle sur la situation.

Il faut que je me ressaisisse. De toute façon, au fond, ce qui me dérange le plus ce n’est peut-être pas moi, c’est plutôt de savoir qu’elle ne partage très certainement pas les mêmes envies que moi. Je le sais bien. Et ce qui est étrange c’est que c’est la première fois que je doute de quelque chose de ce genre. J’ai été trop habitué à avoir toutes les filles qui me couraient après, et elle est très loin d’en faire parti, et n’en fera d’ailleurs jamais parti. Heureusement, puisque ce qui me plaît justement chez elle c’est, entre autres, le fait qu’elle ne soit pas comme toutes ces pimbêches.

De toute façon, je commence sérieusement à divaguer. Je suis entrain de me leurrer, tout est bien plus compliqué que le simple fait d’avoir envie de l’embrasser. Et puis je ne sais plus ce que signifie ce « tout ça » mais tant pis je m’en fous, il est inutile d’essayer de rendre les choses encore plus compliquées qu’elles ne le sont déjà.

Je me dis brusquement que je dois la retrouver. Je ne sais pas pourquoi, j’ai simplement envie d’être avec elle. C’est peut-être parce que je viens de prendre conscience de beaucoup trop de choses importantes pour rester ici à ne rien faire, à ne rien lui dire. Je voudrais me rattraper pour m’être conduit comme un égoïste, je ne supporte pas l’idée que je puisse perdre le peu de confiance qu’elle avait commencé à m’accorder, qu’elle ai pu croire un instant que je puisse la laisser tomber comme tous les autres, comme un lâche. Je m’en veux d’avoir pu trahir la promesse que je lui avais faite, ne serait-ce qu’un moment. Alors, maintenant, je voudrais bien lui prouver à quel point je ne peux pas me passer d’elle, à quelle point elle m’est beaucoup plus importante qu’elle ne l’imagine.

Enfin peu importe ces raisons que je ne connais même pas entièrement, ce qui compte c’est que je veux juste me retrouver avec elle, et plus que jamais après ces six jours de cauchemar, à présent que j’ai compris et accepté tant de choses.

Je me retourne vers les James, Remus et Peter et marmonne, un peu embarrassé :

- Les gars je euh… reviens, faut que j’aille rendre une revue de Quidditch à Turner.

Bon, c’était vraiment naze comme excuse. On fait difficilement pire. Je perds décidément en crédibilité ces derniers temps. Tant pis, c’est tout ce qui m’est venu. Je jette quand même un coup d’œil à James, qui a immédiatement compris l’entourloupe, mais il ne dit rien, bien sûr, parce qu’il sait que la situation est déjà suffisamment difficile pour moi. Sacré James. Il en sait beaucoup plus qu’il n’en laisse paraître, il me connaît mieux que personne d’autre. Et il sait que je lui dirais tout dès que le moment se présentera, que ce sera un peu plus clair pour moi.

Personne ne fait de commentaire, ils commencent tous à comprendre que quelque chose me préoccupe et que j’ai besoin de m’en sortir tout seul.

Je remonte calmement puis, une fois arrivé, m’empare de notre carte et la déplie afin de la chercher. Je m’aperçois assez rapidement qu’elle est simplement dans son dortoir, seule, et décide sans hésitation de la rejoindre. Je récupère la cape d’invisibilité et m’en recouvre afin que personne ne me voit lorsque je monterai au dortoir des filles et repars fébrile, impatient.

Je lutte un moment contre cette maudite sécurité qui doit empêcher les garçons de monter au dortoir des filles mais je parviens finalement à la désactiver grâce à la fabuleuse technique que nous avons découvert James et moi il y a quelques années, au prix de nombreux échecs.

Je me dirige alors vers le dortoir d’Aludra et pousse doucement la porte, déjà entrouverte. Personne. Je reste un moment perplexe. C’est impossible, la carte ne se trompe jamais. A moins qu’elle ne soit descendue pendant le cours laps de temps qui s’est passé entre le moment ou j’ai rangé la carte et celui ou je suis monté. Ça serait vraiment un manque de veine incroyable. Je m’apprête à faire demi-tour mais jette avant un nouveau regard circulaire à la pièce, décidément incrédule lorsque quelque chose attire mon attention. Au pieds de la table de chevet d’Aludra gît un cahier grand ouvert, retourné, dont un parchemin plié en dépasse. Intrigué, j’approche et me baisse pour le ramasser. Je le déplie soigneusement et reconnaît son écriture fine et soignée, légèrement penchée. On dirait une sorte de lettre. Etrange, il n’y a pourtant pas de destinataire, et, qui plus est, elle est datée d’il y a deux mois. Encore plus singulier, je remarque que l’encre est diluée par endroit par ce qui pourrait bien être des traces de larmes. Ma curiosité est piquée au vif mais j’ai un très mauvais pressentiment. Je sais que je ne devrais pas, que ça ne me regarde pas et que je n’ai pas le droit de m’immiscer dans sa vie privée mais c’est plus fort que moi, j’entreprends de la lire :

le 3 Octobre 1977,
tour d’astronomie

« Aujourd’hui les simples mots ou courtes phrases habituellement jetées sur un parchemin, bien rangés par colonne ne suffisent plus. Je me sens submergée par toutes ces choses affreuses dans ma tête que personne ne peut comprendre et dont personne ne connaît même l’existence. Elles s’accumulent, me saturent, et je sens que je vais finir par imploser si elles restent bloquées encore. Ça devient à tel point insupportable que j’en arrive là, à devoir écrire pour guérir. Enfin, peut-être pas guérir mais au moins continuer à tenir le coup un moment, je ne sais pas jusqu'à quand. Peut-être peu de temps parce que je sens que je m’enfonce lentement dans des marécages dont je suis bien incapable de me sortir. Mais peu de temps c’est quand même toujours ça. Et puis il paraît que lorsqu’on est pris dans des marécages le mieux c’est de ne rien faire parce que plus on s’agite, plus en s’enfonce. Alors, je ne fais rien. J’écris juste parce que cet enlisement est sacrément long et je ne sais pas pour combien de temps j’en ai encore. Je suis dans la boue jusqu’aux épaules.

Je ne sais même pas par quoi commencer. Tout est trop plein d’une épaisse brume qui m’empêche de discerner clairement tout ce qui peut se passer autour de moi. Je sais seulement comment je me sens, je me sens mal. Tellement mal que j’ai l’impression que la souffrance n’en finira pas, et le monde prend un malin plaisir à me torturer en sachant très bien que je ne peux que subir et que je suis incapable de me tirer de là. Parce que de toute façon, comme toujours, je n’ai pas mon mot à dire. Je n’ai jamais mon mot à dire dans quoi que ce soit. Mon existence se déroule placidement devant moi comme on déroule un parchemin. Et tout est déjà écrit, le compte-rendu est là, je ne suis maître de rien, je ne dois rien dire. Les jours passent et on me laisse prisonnière, derrière ces barreaux tout noirs, avec cette porte sans gardien mais fermée malgré tout et je ne sais pas où se trouve la clé. Ça aussi, on se garde bien de m’en informer.

Et moi, je suis transie de froid dans ma cellule, et l’angoisse m’étouffe. Les autres, dehors, me débectent, ils jouent, ils rient, ils profitent de la vie et c’est follement injuste. Je suis la spectatrice silencieuse, je n’ai plus qu’à baver comme un chien affamé devant ce que je n’aurais jamais. Au fond, cette cellule est familière au moins, parce que j’ai l’impression de toujours y avoir été, je ne sais pas qui m’y a enfermé ni pour quel motif mais c’est comme ça. Je me demande souvent qu’est-ce que j’ai fait pour en arriver là. Pourquoi est-ce que c’est moi, là, derrière ces barreaux ? Je ne le mérite pas ! Pourquoi la vie s’acharne-t-elle à enfermer les innocents ? Est-ce qu’une telle cruauté peut rester impunie ?

Je n’en peux plus. Je suis immensément seule et la douleur me noie. Je suis dans ce vaste océan de souffrance, les vagues m’assaillent, l’écume blanche me mord et je bois sans cesse la tasse. Je suis lassée de tout, je n’ai plus aucune envie, plus la force de me débattre, je vais finir par me laisser couler et personne ne s’en rendra compte puisque personne ne me voit, personne n’est au courant de mon existence, et encore moins de cette souffrance qui me ravage, me ronge comme de l’acide sulfurique, et me tuera à petit feu. Je voudrais la leur hurler mais les mots restent coincer dans ma gorge. Encore une fois, je n’ai pas mon mot à dire. Quelle vérité monstrueuse. Dire que dès fois je suis assez naïve pour avoir l’illusion de tout contrôler, de tout diriger moi seule en abominable dictateur. Comme c’est loin de la réalité, c’est si loin. Je me trompe tellement. Tout m’échappe, je ne contrôle plus rien et en fait je n’ai jamais rien contrôlé. Toute ma vie m’a toujours lamentablement échappé, elle me glisse entre les doigts comme du sable fin. On ne peut certainement même pas qualifier ça de vie. La vie ça concerne les autres, ce que je suis en est tellement éloigné que ça ne peut décidément pas être appelé « vie ».

Et puis j’en suis arrivée à un point tel que tout me dégoûte maintenant et pas seulement les autres. Le temps qui se languit à passer si lentement me dégoûte, la nourriture qui veut me maintenir en vie me dégoûte, les sourires plein de gaieté me dégoûtent, le soleil me dégoûte et par dessus tout, je me dégoûte. Sous tous points de vue, je me dégoûte intégralement, corps et âme. Oui, ce corps usé comme s’il avait un siècle m’écœure, ce corps en charpie, informe et laid, qui ressemble à un sac d’os. Et mes pensées sont monstrueuses de lâcheté, cette éternelle lâcheté, de doutes et d’une peur qui me tord les entrailles sans répit.

J’ai l’impression de porter un poids énorme sur mon dos, un poids tel qu’il me fait courber l’échine et bientôt mon nez touchera le sol et je vais m’anéantir, écrasée par le lourd fardeau.

C’est finis. Je sature de toute cette douleur, de ces efforts inutiles, de cette existence sans le moindre sens, vide, tellement ennuyante, tellement trop bourrée d’une torture lancinante qu’on m’inflige perpétuellement. Parfois je pense que je voudrais tout lâcher, tout effacer, qu’on me lave la mémoire pour repartir du point de départ, qu’on me laisse une seconde chance ou carrément ne même plus exister mais je suis incapable d’agir, de quelque manière que ce soit, encore une fois étouffée par ma lâcheté. Et je me recroqueville docilement, bien sagement, pour souffrir muette, transparente aux yeux de ce monde qui me poignarde dans le dos comme un traître. Et je m’en peux plus, je subis, je n’ai plus qu’à pleurer silencieusement sur mon sort. Pleurer, voilà probablement la seule chose dont personne ne peut me priver. Je passe ma vie à pleurer comme une incapable parce que de toute façon je ne sais rien faire d’autre que ça. Et puis quand ça se calme, que je ne peux plus tirer la moindre larme de ce corps asséché, je me sens bizarrement apaisée, presque anesthésiée, je suis réduite à l’état de désert aride. La douleur est étouffée dans un étau bien serré, je suis ankylosée et puis je sais que l’étau se desserrera très bientôt, la laissant à nouveau envahir tout mon corps, m’irradier d’un mal être sans borne, sans borne… Traître. »


La lettre me glisse des mains sous le choc. Incapable du moindre mouvement ni de la moindre pensée cohérente, je reste immobile, sonné. Sidéré, j’ai l’impression qu’on vient de m’asséner une grande claque, qu’on m’a balancé en pleine gueule tout ce que j’aurais dû comprendre depuis longtemps et que je n’ai jamais su voir. Et ça fait sacrément mal. Toute la portée de ce que j’ai pu lire m’arrive à mesure que je saisis l’ampleur de la douleur exprimée, de ce mal de vivre, ce mal-être même, jusqu’à alors soigneusement dissimulé. Tout s’éclaire soudainement, la rouages jusqu’alors bloqués s’actionnent et je comprends, enfin. Je comprends cette fille que je n’ai pas su remarqué, errant dans les couloirs comme si elle était perdue, invisible pour tous et même pour moi. Et, à cet instant, je me déteste plus que je n’en ai jamais été capable.

Je comprends aussi toute cette froideur dont elle s’est servit de façade pour se donner du courage et ce brusque changement lorsque celle-ci se rompait, laissant alors éclater cette extrême fragilité hors du commun. Et bien sûr, je comprends tout cet espèce de tabou à propos de ce passé sur lequel elle s’efforçait d’entretenir un certain mystère. Elle le haït. Mais un passé ne s’efface pas, et je me demande par quel miracle il ne l’a pas encore rattrapé. Où a-t-elle puisé cette volonté si tenace qui lui a permit durant tout ce temps de si bien l’ignorer, de faire comme si de rien n’était ? J’ai du mal à concevoir qu’elle soit si brillamment parvenue à cacher tant de tortures qui la détruisaient à petit feu. J’ai même encore du mal à encaisser ce qui vient de m’être révéler.

Je n’ose même pas me demander pourquoi elle se trouvait au haut de la tour d’astronomie, ni même envisager les idées qui ont pu lui passer par la tête, rien qu’y penser me file des frissons. Vraisemblablement, elle avait touché le fond, et la tragédie a probablement été évité de peu. Mais elle n’a rien fait, quelque chose du moins l’en a en empêché. Elle accuse sa lâcheté, je dirais plutôt qu’elle a eu le courage incroyable de continuer à se battre, encore, malgré sa souffrance.

Et puis c’est trop tard, je suis si perdu dans mes pensées, bouleversé, que j’en ai complètement oublié qu’Aludra pouvait revenir à tout moment et, fatalement, j’entends soudain une voix interloquée :

- Mais qu’est-ce que tu fais là ?

N’obtenant pas de réponse, elle s’approche, je suis pétrifié, je la regarde sans un mot, incapable de dire quoi que se soit. Elle s’arrête à quelques mètres ayant probablement repéré le parchemin gisant à même le sol, puis demande, la voix déjà nouée d’appréhension :

- Qu’est-ce que c’est ? Mais enfin, qu’est-ce qui se passe ? Ne me dis pas que…

Elle se précipite vers le parchemin, s’en empare rapidement, ses yeux le parcourent un bref instant, elle le relâche alors subitement comme si elle s’était brûlée, et paraît saisie d’effroi. Elle se recule maladroitement, s’en cesser de fixer le parchemin, puis son regard dérive vers moi, et je suis frappé par la lueur d’angoisse que j’y aperçois. Elle reste un instant paralysée, sa respiration s’accélère puis elle s’enfuit brusquement hors du dortoir, sans que je n’ai eu le temps de réagir. Cette nouvelle fuite agit sur moi comme un électrochoc et je me dis que cette fois il hors de question de la laisser s’envoler, encore. Je pars immédiatement à sa suite.

Je traverse la salle commune à toute allure, sans accorder la moindre importance aux regards braqués sur moi, interloqués par mon comportement pour le moins inhabituel. La seule chose qui m’importe c’est de la rattraper à temps, pouvoir lui parler, m’excuser, comprendre.

Elle a prit de l’avance, le temps que je me décide, mais je cours bien plus vite. Elle s’en aperçoit et accélère encore, dévale à une vitesse éclaire les escaliers, parvient alors au rez-de-chaussée, tourne dans un petit couloir désert, et alors que j’allais la rattraper enfin, s’engouffre dans une salle dont elle ferme la porte d’un sort efficace. Je reste sonné devant cette porte verrouillée, pris de cours, ne sachant pas comment réagir face à une telle extrémité pour m’échapper encore une fois. Mais elle sait très bien que l’affrontement sera tôt ou tard inévitable, maintenant que je sais.

Je suis toujours immobile, ne sachant que faire quand j’entends clairement des sanglots étouffés. Il faut vraiment que je rentre, il faut que tout s’explique. La situation ne peut pas être pire. Je tente alors d’ouvrir la porte d’un classique alohomora qui, bien sûr, ne fonctionne pas. J’essaie divers sorts quand, enfin, l’un d’eux fonctionne. Soulagé, je me dis qu’apprendre tant de sortilèges n’est finalement peut-être pas si inutile. Je pousse doucement la porte, redoutant moi-même l’affrontement. La vision qui s’offre alors à moi me pétrifie.

Elle est recroquevillée dans un coin de la pièce, ses genoux repliés contre elle, le visage enfoui dedans, tremblant convulsivement, dans un état de profonde agitation comme je n’en ai jamais vu. Elle pleure. Et ça me bouleverse à un point que j’aurais été incapable de soupçonner. La lettre me revient en tête, certaines phrases semblent se répéter en échos comme dans un très long cauchemar et je la fixe, décidément étourdis. Je m’approche lentement, ignorant totalement ce que je dois faire. Ses pleurs redoublent. Je me sens de plus en plus mal mais je continue d’avancer. J’entends alors le faible murmure de sa voix brisée qui m’implore de m’en aller.

Je prends soudain conscience qu’il est peut-être temps d’agir, au lieu de rester stupidement bloqué. J’ai trop de choses à dire pour perdre ainsi du temps inutilement.

- Je suis désolé, je ne voulais pas. Je ne savais pas.

C’est assez maladroit et peu éloquent, mais les mots semblent rester bloqués. J’ai pourtant conscience que je ne dois pas m’arrêter là, que c’était probablement assez bancales comme excuses mais je ne suis pas vraiment doué pour ce genre situation. Je maudis alors ce foutus manque de tact.

Et puis peu importe. Peu importe que j’ai du tact ou pas, que je sois maladroit, je décide que je vais dire ce que j’ai à dire sans vraiment me préoccuper de tout ça, juste comme je le pense.

- Tu dois me croire, je n’ai pas cherché à savoir, j’ai tenu ma promesse, je te le jure. Ce parchemin était juste par terre, à côté d’un cahier et tout le monde aurait pu y tomber dessus. Je n’avais absolument aucune idée de ce dont il pouvait s’agir.

Je marque une pause, cherchant mes mots, retrouvant le cran de continuer.

- Pourtant, c’est moi qui y suis tombé dessus et c’est peut-être mieux comme ça. Malgré tout ce que tu pouvais croire je devais savoir, et je sais qu’il fallait que quelqu’un le sache, que tu n’aurais pas pu garder tout ça. Ça aurait finis par te détruire pour de bon. Tu le sais aussi bien que moi. Et je ne regrette rien. Maintenant je sais et je peux enfin essayer de comprendre.

Je ne sais plus bien que dire tant j’ai encore du mal à assimiler tout ce que je viens d’apprendre. Je décide de me rapprocher un peu, lentement, et commence par le plus évident :

- Tu n’es pas lâche. Tu es même certainement plus courageuse que beaucoup de monde. Le passé n’a plus aucune espèce d’importance, laisse toi vivre. Profite simplement. C’est la meilleure chose que je puisse dire. Et c’est peut-être la plus sensée que je n’ai jamais dite même si ça peut paraître très banal. Mais je sais que je n’ai aucun conseil à donner. Tu sais, cette lettre ne change absolument rien. Je veux dire, tu restes toujours la même, je ne te juge pas. Fais moi confiance, ne serait-ce que juste un peu.

Je n’arrive à présent plus vraiment à exprimer toute ma pensée, la langage devenant presque insuffisant, trop fade et impersonnel. Je suis maintenant assez proche d’elle alors je m’assoie juste à côté, je la contemple un instant, ressentant immédiatement l’irrépressible envie de la rassurer, enfin de faire n’importe quoi qui puisse calmer ses larmes. Lentement, je dégage ses cheveux de sa joue toute mouillée pour venir la frôler doucement du dos de la main. Puis je me penche légèrement pour murmurer enfin :

- Excuse-moi, je sais que c’est idiot de te demander ça après m’être comporté comme un crétin pendant presque une semaine. Je regrette tellement. C’était si égoïste. Et puis tu… tu m’as manqué.

Voilà, c’est dit, et gêné, je me tais. Et puis Aludra paraît se calmer peu à peu, ses pleures se tarissent mais elle demeure immobile, toujours recroquevillée. De longues minutes s’écoulent dans un silence à la fois lourd et apaisant quand elle relève la tête, me fixant de ses yeux tout embués, troublée. Elle est plus pâle que jamais et a cet air si fragile qui me donne l’impression bouleversante qu’elle va se briser, qu’elle porte toute la tristesse du monde sur ses épaules. On se regarde un moment puis sa main glisse jusqu’à la mienne et ce simple contact me rend inexplicablement heureux, je saisis tout ce que signifie ce geste autant pour elle que pour moi.

Et alors, spontanément, je fais la seule chose qui me paraît la plus évidente au monde, je la prends dans mes bras doucement, presque comme si j’avais peur de la blesser et elle se laisse faire, puis finit même par resserrer l’étreinte. Je me sens bien, juste merveilleusement bien à cet instant, je lui caresse les cheveux pour l’apaiser elle pose lentement la tête sur mon épaule.

Tout est beaucoup plus clair, je n’ai plus aucun doute, je n’ai même plus envie de nier quoi que ce soit. Je veux seulement rester avec elle.

On laisse de longues minutes s’écouler, dans un silence réconfortant, un silence qui veut déjà tout dire, seulement troublé par le bruit de nos respirations.
Elle a l’air épuisée, et je sens plus que jamais cette fragilité qui semble émaner de ce corps tout frêle que je serre comme si je voulais lui redonner un peu d’énergie. Je me dis qu’elle doit absolument se reposer et que cette salle de classe froide et inconfortable n’est certainement pas le meilleur endroit. Je lui murmure alors :

- Viens. Il faut que tu te reposes.

Elle relève un peu la tête et à son regard interrogateur, j’ajoute simplement :

- Suis-moi.

On se relève péniblement, à contre-cœur. Il fait soudainement beaucoup plus froid, et on quitte la salle. Il n’y a personne dans le couloir, ce qui ne m’étonne pas vu que c’est l’heure du dîner. On monte au quatrième étage, peu fréquenté, puis on parcourt plusieurs couloirs, et enfin, on finit par arriver là où je voulais l’amener. Je lui explique alors :

- C’est une salle totalement inutilisée, qu’on s’est permis, avec James, Remus et Peter, d’arranger un peu pour en faire une sorte de Q.G. des maraudeurs. Disons que c’est là où sont nés les pires farces des Maraudeurs. Bon, ok, ça ne doit pas trop t’engager dis comme ça, mais le principal c’est que c’est tranquille et confortable. C’est mieux qu’un dortoir bruyant…

Elle m’adresse un faible sourire reconnaissant qui me soulage et j’ouvre la porte. La pièce n’est pas très grande mais on l’a vraiment bien aménagé. Au centre se trouve une petite table basse puis autour des tas de coussins bien moelleux entassés sur de grands tapis très épais. C’est quand même beaucoup mieux pour s’installer quand on est crevé, comme ça a souvent était le cas lors de soirées particulièrement tardives. Et puis c’est là où se sont montés les plans les plus machiavéliquement tordus, preuve que pour être imaginatifs, il faut du confort. Enfin, peu importe tout ça, ce n’est certainement pas le moment idéal pour se perdre dans de tels souvenirs.

On rentre alors, puis je referme la porte et on s’assoit à côté alors qu’un silence maladroit s’installe. Je me demande si je dois rester comme je le voudrais tant ou s’il vaudrait plutôt mieux que je la laisse se remettre seule… Oui, il vaut certainement mieux que je la laisse tranquille, enfin, je suppose… J’ai déjà fait suffisamment de dégâts pour le moment, elle doit prendre le temps de digérer tout ça. Je m’apprête à lui dire que je vais m’en aller pour la laisser se reposer quand je l’entends murmurer, comme si elle avait compris mon dilemme :

- Reste…

Soulagé, je lui souris. Je ne n’avais pas vraiment envie de partir juste après l’avoir retrouvé. Et puis je ne voulais pas qu’elle croit que c’était juste un prétexte pour la laisser encore. L’atmosphère se détend immédiatement alors que je constate, heureux, qu’en comptant cette matinée sous la pluie, c’est quand même la deuxième fois qu’elle me demande de rester. Finalement, elle ne cherche peut-être pas autant à me fuir que ce qu’il n’y paraît. Mon sourire s’élargit et je me laisse basculer paresseusement à l’arrière, me retrouvant allongé sur un tas de coussins, les mains croisées derrière la tête, le regard au plafond, rêveur. Finalement, elle finit par faire de même. Je tourne la tête vers elle, on se regarde longuement, puis elle se rapproche et il ne m’en faut pas plus pour me décider, je passe un bras autour de ses épaules et elle se blottit un peu plus contre moi, timidement. Et cette étreinte suffit à tout dire et bien mieux que de simples mots n’auraient su le faire.

D’ordinaire si agité, je me sens alors plus apaisé que je ne l’ai jamais été. Et finalement, sans s’en rendre vraiment compte, on finit par s’endormir lentement, sans se soucier plus de rien.
Neige et ivresse by alice141191
Notes : Alors, tout d'abord, bien sûr j'ai mis un temps presque inhumain à boucler ce chapitre, mais surtout il est prêt depuis déjà quelques temps et je n'ai malheureusement pas pu le publier à cause de la fermeture du site, ce n'est donc pas totalement de ma faute si il arrive tant à la bourre (pour une fois). Bon, je voudrais vous prévenir qu'il est un peu spécial, j'espère en tout cas que la guimauve ne vous effraie pas, excusez moi pour ce sur-romantisme mais si vous vouliez que les bougent alors on peut dire que vous êtes servis :D Bon ben je crois que je n'ai rien d'autre à dire, je vous remercie tous pour votre soutiens et vos gentilles reviews qui m'encouragent à continuer ! Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !





J’entrouvre lentement les yeux ne comprenant pas immédiatement où je me trouve. Je suis contre quelqu’un. Et puis je me rappelle. Je me rappelle de tout et je sais que ce quelqu’un n’est autre que Sirius. Je suis littéralement blottie contre son torse, un de ses bras m’entourant, la tête au creux de son cou et je me sens merveilleusement bien.

Tout me revient en mémoire, lorsque je l’ai découvert entrain de lire la lettre, puis ensuite, lorsque j’ai cru que c’était finit, qu’il me prendrait pour une folle et qu’il s’en foutrait de moi parce qu’il avait eu ce qu’il voulait : il avait su. Je me suis dit qu’encore une fois il n’avait pas tenu sa promesse, qu'il avait tout fait pour savoir et qu’il m’avait même peut-être utilisée pendant tout ce temps seulement pour satisfaire sa curiosité, qu’on m’avait encore trahis. Je me suis sentis humiliée, traînée dans la boue par ce foutu passé ignoble à cause de lui, lui qui compte à ce point, lui qui est le seul à avoir autant compté. Je peux plus le nier, bien que ça m'en coûte de l'avouer. Ce serait me mentir inutilement.

J’ai pensé que tout ce que j’avais fait n’avait servis à rien, que je m’étais laissée avoir et j’avais honte de moi, de ce que j’ai été. J'ai cru que cette fois la fin était bien là, que j'allais découvrir l'enfer de la vie, et que c'était entièrement de ma faute parce que je n'aurais jamais dû me laisser manipuler. Ça ne pouvait pas m'arriver.

Et maintenant, je me dis que j’ai vraiment été stupide à laisser cette paranoïa prendre le contrôle, encore une fois. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’il réagirait de cette façon, c’était largement au-dessus de tout ce que j’aurais pu espérer. Ça n'a rien changé et je n’aurais pas pu rêver mieux. Je ne voulais pas être emprisonnée par mes erreurs passées, j'ai eu miraculeusement le droit à une seconde chance et je n'aurais laissé personne la gâcher. Pour rien au monde. Et dire que j'ai pu douter de lui. J'ai laissé l'amertume me ronger, me souffler qu'il m'avait piétiné.

Je sais maintenant qu'il a compris, et il ne m'a même pas demandé la moindre explication sur quoi que ce soit, il ne m'a pas jugé et je n'aurais jamais cru ça possible dans un monde qui tient perpétuellement lieu de tribunal. Les accusés défilent les uns à la suite des autres, les têtes tombent, les disculpés se font rares. Je me sentais déjà à la barre, prête à recevoir la sentence, blasée par tant de prévisibilité, par cet ordre sans faille ni exception. Et pourtant. Pour une fois, je veux bien l'avouer, même si ça peut paraître totalement ahurissant venant de moi, mais je me suis trompée. Je me suis lourdement trompée.

Lui, il ne pas jugé, il n'a pas eu la prétention de savoir ce qui était bien ou pas, si je m'étais trompée ou non. Pourtant, en matière de prétention, il s'y connaît plutôt bien. Il aurait pu me prendre pour une illuminée dépressive, me regarder avec pitié, mais il n'a rien fait de tout cela et c'est ainsi que j’ai alors compris. J’ai compris que plus jamais je ne devais douter de lui. Et les toutes dernières réserves se sont brusquement envolées avec un naturel déconcertant. Comme si c’était une évidence depuis le début et que je venais enfin de l’admettre. Et je ne peux pas même pas m’en vouloir d’avoir à présent une telle confiance aveugle. Il sait, il sait tout et je me sens tellement mieux.

J’ai l’impression qu’un poids énorme a quitté mes épaules, le lourd fardeau que je traînais en esclave s'est simplement volatilisé. Tout me paraît plus léger que jamais, il n’y a plus aucune barrière. Et là, juste contre lui, je me sens enfin libre. Plus libre que je ne l'est jamais été. Je découvre une liberté qu’on m’a toujours refusé à tel point que je n’ai jamais cru qu’elle puisse réellement exister. Et c’est mieux que tout. Tellement mieux que tout que ça se passe de sens, ça se passe de mots, ça se ressent seulement, comme une folle évasion. Je respire longuement son odeur au creux de son cou, je m’enivre, j’aime tellement son odeur. Je me dis que c’est ça le parfum de la liberté, et je suis persuadée à ce moment précis que je ne pourrais plus jamais me passer de lui. Et ce jamais là m’emplit de la plus intense euphorie qu’on puisse espérer.

Je peux sentir les battements de son coeur contre moi et, inexplicablement, je me sens toute étrange, dans une sorte d'état second, totalement indéfinissable, à la fois grisée et apaisée. Je l’observe dormir paisiblement, le visage si calme et je le trouve très beau. Je me risque à parcourir doucement, du bout des doigts, la ligne de sa mâchoire, encore rêveuse et étourdie, à détailler chacun de ses traits, bercée par sa respiration régulière, rassurante. Puis, sans bien savoir ce qu’il me prend, je relève un peu la tête pour déposer un léger baiser juste à la commissure de ses lèvres. Je ne me demande même pas pourquoi, ça me paraît simplement évident, et même d’une évidence incroyable.

Je m’éloigne un peu, continuant à le regarder dormir, n’osant plus faire le moindre mouvement de peur de le réveiller mais, visiblement, il est déjà trop tard, sa respiration se fait moins régulière et quelques instants plus tard ses paupières s’entrouvrent légèrement. Il me fixe, un peu perdu, l’air ensommeillé et je ne peux pas m’empêcher de sourire, amusée. Il me rend un sourire endormi et resserre un peu l’étreinte, bien loin de protester je repose ma tête au creux de son cou.

Je réalise que je ne sais même pas quelle heure il est et le pire c’est que ça ne me dérange même pas. Il est peut-être l’heure d’aller en cours, on est même peut-être déjà bien en retard, peu importe. Je n’en ai en ce moment absolument rien à faire moi qui suis d’ordinaire si droite, si organisée, si soucieuse de la ponctualité. Ce que je peux maintenant réaliser combien tous ces principes étriqués sont sans intérêt, toutes ces règles qui nous aliènent, qui font qu’on s’enferme dans un même moule, bien sagement, et consentants en plus. Et on se sent satisfait de bien tout respecter parfaitement puis la vie finit par ne plus avoir d’autre saveur que celle fade qu’on nous impose, une vie en noir et blanc comme ces vieilles photographies ternies par le temps qu’on regarde avec nostalgie. L’image est là, figée sur ce papier glacé, lisse et bien propre et on classe toutes ces photos dans un bel album bien sage. Et voilà le catalogue d’une vie qu’on contemple l’air satisfait, encore cette ignoble satisfaction.

Mais aujourd’hui, je sais que tout ça est finit, aujourd’hui j’ai déchiré chacune de ces ignobles pages, j'ai jeté l’album, une bonne fois pour toutes et je suis libre, et bien libre, je vis, je ressens. Je ne suis plus la fille figée, prisonnière de ces vieilles photos, je me sens enfin débordante de cette vie qui m’entoure et m’emplit, de cette liberté excitante et le monde, libéré de son voile m’apparaît éclatant.

Je murmure alors, rêveusement :

- Je suis tellement bien ici…
- Moi aussi.
- Mais il va bien falloir s’en aller, n’est-ce pas ?
- Je suppose…

Un silence s’installe alors que je prends conscience que cet instant, aussi merveilleux soit-il, doit avoir une fin, comme toutes les bonnes choses. C’est injuste. Mais après tout, peut-être que c’est justement ça qui fait que ces moments sont tels qu’ils sont, simplement magiques. C’est un peu comme un éclair, inattendu, bref, intense. Et ça qui rend les choses si excitantes, si formidablement imprévisibles.

Pourtant, je ne sais pas, je crois que j'ai peur que s'il me laisse trop longtemps, il finisse par m'oublier définitivement, sans vraiment s'en rendre compte. C'est vrai, après tout, je ne suis vraiment pas exceptionnelle pour qu'on se soucie réellement de moi. Je veux dire, je ne suis pas très douée en matière de communication avec les autres, je suis même carrément asociale, sans intérêt. Non vraiment, c'est même un miracle que je sois en ce moment même avec Sirius, lui qui est tout le contraire. Je me demande comment on a pu en arriver là en si peu de temps.

Ce qui est certain c'est que maintenant, je sais que moi, plus jamais je ne pourrais l'oublier, mais rien ne dit qu'il en soit de même pour lui et c'est d'ailleurs assez improbable. Ces rêveries ont tendance à vraiment trop me détacher de réalité et je perds pieds, me laissant aller à une confiance irraisonnée qui finira par me perdre. Je lui demande alors subitement, inquiète :

- Promets-moi qu’on se retrouvera très bientôt.

Il a l'air surpris, et répond finalement comme si ça allait de soi :

- Bien sûr. Je te le promets. Comment peux-tu même en douter ? Après tout ça ? Je sais que ce n'est peut-être pas évident mais tu peux me faire confiance, je t'assure...

J'ai l'impression qu'il s'est un peu rembruni alors je m'empresse de répondre, ayant peur qu'il doute :

- Mais je te fais déjà confiance. Complètement. Tu sais, c'est juste que c'est plus fort que moi, je ne peux pas m'en empêcher, tu comprends, tu ne dois pas m'en vouloir, je suis seulement assez parano, c'est comme ça, ce n'est pas de ma faute, et rien ne pourra le changer.

Il paraît soulagé, sourit, et dit doucement :

- Mais je ne veux pas que tu changes. C'est comme ça que je...

Il paraît un instant troublé et s'arrête, vraisemblablement incapable d'achever sa phrase. Je le fixe, curieuse, mais je sais très bien qu'il n'en dira pas plus. Sans que je n'en comprenne la raison, il a alors l'air étonné puis même un peu gêné mais il se reprend très vite comme il sait si bien le faire quand il s'agit de paraître confiant et dis alors :

- On devrait y aller. Je ne voudrais pas que tu ai des problèmes avec les profs à cause de moi et on doit déjà être plutôt bien en retard.

Il n'a probablement pas tort et même si le retard que je peux avoir m'importe bien peu en ce moment je sens qu'il est temps d'y aller. Je me dégage à contrecoeur de ses bras, profite des tous derniers instants où je peux encore être contre lui, puis je me relève rapidement car je sais bien que plus je me serais attardée, plus la séparation aurait été dure. Il se relève également, l'air songeur et, sans un mot, nous nous dirigeons vers la porte.

Une fois dehors, on se regarde une dernière fois de ce genre de regard plein de promesses puis je pars vers la droite, lui vers la gauche et, pensive, je réfléchis à sa dernière phrase inachevée.


Arrivée à la grande salle, je m'arrête brusquement. Une blancheur éblouissante émane des hautes fenêtres arquées qui se découpent majestueusement sur tout un pan de mur, semblables à une procession de longues silhouettes fantomatiques. Emerveillée, je m'approche lentement, et je comprends enfin d'où provient toute cette blancheur immaculée. Il neige. De gros flocons cotonneux, l'air endormis, tombent tranquillement du ciel, insouciants, de ce ciel blanc comme un lac de lait froid. Tout est incroyablement blanc. Même la forêt a revêtu son somptueux manteau d'argent pour l'occasion, et cette froide beauté est saisissante, laissant comme une impression de profonde plénitude. Je voudrais sortir, profiter avant qu'il ne s'arrête de neiger mais un détail me rappelle à l'ordre. Je suis censée être en cours.

Et ce détail assombrit brusquement mon enthousiasme. Je ne sais même pas quelle excuse je vais servir pour justifier ce retard. Tiens, d'ailleurs, je ne sais toujours pas quelle heure il est. De toute façon, ce sera la première fois que je serais en retard alors j'espère bien ne pas être sermonnée pour ce petit écart. Les maraudeurs, en revanche, sont si souvent en retard que les profs sont devenus méfiants, plus aucun ne gobe leurs excuses à moitié bancales et bricolées à la dernière minute. Je me demande d'ailleurs ce que Sirius va bien pouvoir dire, il risque de ne pas pouvoir échapper à une retenue, encore une fois. J'espère seulement que personne ne fera le rapprochement quant-au fait que nous soyons en retard tous les deux le même jour...

Je décide alors de me précipiter au dortoir pour vérifier l'heure qu'il est et, une fois arrivée, je constate qu'il est seulement 9h20. Vingt minutes de retard, c'est moins catastrophique que ce à quoi je m'attendais. Je me prépare le plus rapidement possible, et file alors vers le double cours de potion qui m'attend.

***


Courage, plus que 2h de botanique cet après-midi et ce sera finit. Je soupire en m'asseyant, fatiguée, à côté de Sonia pour manger rapidement avant que les cours ne reprennent. Finalement, ce matin je n'ai pas eu a donner d'excuse, et bien heureusement car je n'en avais pas. Slugghorn m'a regardé bizarrement mais il m'a simplement prié de m'asseoir. Je suppose qu'il a été indulgent. Quant-à Sirius, il n'est pas venu en cours. Il a probablement dû penser comme moi que ça ferait suspect qu'on se pointe tous les deux en cours au même moment. Mieux vaux être prudent car les rumeurs les plus insensées se propagent en un rien de temps à Poudlard. Les gens se régalent à colporter des ragots.

Quant-à Sonia, elle a fait comme si de rien était, et je lui en suis vraiment reconnaissante car je n'aurais pas su quoi répondre. C'est vrai, comment expliquer une telle situation ? Je n'allais tout de même pas dire «Oh eh bien en fait j'étais avec Black, oui celui que je suis sensée détester, et il se trouve que je me suis endormie dans ses bras, parce que j'étais épuisée comme je venais de pleurer comme une démente parce qu'il venait d'apprendre quel genre d'existence de trouillarde dépressive j'ai mené. » Non vraiment, du grand art, on ne fait pas plus pitoyable. C'est lamentable. Heureusement que je n'ai pas eu à fournir de telles explications, sinon je crois que je ne m'en serais pas remise. Enfin... Je ferais probablement mieux de commencer à manger au lieu de rêvasser de la sorte. Ça risque de finir par se remarquer, et il en est hors de question.

Et alors que j'allais enfin me servir, Mac Gonagall se lève de la table des professeurs pour prendre la parole :

- Je souhaiterais rappeler à tous les élèves qui désirent rester à Poudlard pour les vacances de Noël que je prendrais les noms ce soir. N'oubliez donc pas de vous inscrire, mon bureau reste ouvert pour toutes questions supplémentaires. Sur ce, bon appétit à tous.

Elle se rassoit et je commence enfin à manger alors qu'un léger malaise m'envahit. J'avais complètement oublié ce détail. Je déteste les vacances. Chaque année, je rentre chez moi et bien sûr, je suis seule et je ne sais pas quoi faire. Les devoirs sont à peu près finit en trois ou quatre jours de travail acharné et le reste du temps je n'ai plus qu'à ruminer mes pensées noires, comme un lion en cage. En période scolaire, j'arrive toujours à trouver une occupation, n'importe laquelle qu'elle soit mais à la maison, il n'y a pas grand chose à faire. Bien sûr, il y a une grande bibliothèque mais j'ai déjà finit par faire à peu près le tour des livres les plus intéressants. Généralement mes parents m'en offrent trois ou quatre à chaque Noël mais ils sont vite achevés. Je lis beaucoup trop vite. Et puis, de toutes manières, il arrive bien un moment où mes yeux sont si épuisés qu'ils glissent sur les mots sans en saisir le sens et je ne peux même plus continuer à lire. Et dans ces moments je me retrouve seule avec pour unique compagnie mes délires pessimistes.

Je passe alors le plus clair de mon temps avec la musique. Cette musique vitale, qui me soutient, me porte, tout en me plongeant dans cet état particulier de fureur contenue, une fureur contre le monde entier et peut-être d'abord contre moi-même. J'ai des envies de libération, j'ai l'impression que tout est possible, comme si une force invisible me soulevait, exaltante et ravageante à la fois lorsque la dure réalité me frappe de nouveau. Je erre alors dans mes pensées brumeuses, sans savoir que faire, sans savoir si un jour j'atteindrais cette libération suprême, totale, frustrée par ce monde incapable de me satisfaire parce que j'attends de lui probablement plus qu'il ne peut me donner. Seule la musique permet une douce évasion, comme un anesthésiant, me permettant de rêver de l'impossible, laissant mon imagination reine, libérée de tous concepts, seulement, elle me rend aussi plus lucide que jamais, et cette lucidité est effrayante.

Et c'est ce mélange permanent d'imaginaire libérateur, enivrant et de morne réalité, bien ennuyante, qui me plonge dans cet état d'errance, qui me fait perdre tout sens commun de ce qui de passe autour de moi, me déconnecte totalement de la réalité et me rend lentement folle.

Mais cette fois, ça n'arrivera pas, cette fois ce sera différent parce que je ne rentrerai pas. Je ne peux simplement pas prendre le risque de les laisser m'enfermer à nouveau, alors que tout est si incertain. Pourtant, je sais bien, au fond, que jamais rien ni personne ne pourra plus me forcer à faire marche arrière. Pas après avoir compris tant de choses et surtout pas maintenant qu'il y a Sirius . D'abord parce que je ne pourrais pas juste le ranger dans un coin de ma tête et l'oublier comme si rien ne s'était jamais passé, et ensuite parce qu'il m'a fait une promesse et je sais qu'il la tiendra.

Mais c'est plus fort que moi, je sais pertinemment que revenir dans cette maison hantée par tant de souvenirs si lugubres et retrouver mes chers parents, source de six années de pur gâchis et d'asphyxie ne peut que m'être abominablement insupportable. Parce qu'en fait, c'est bien eux tout le problème. Ils ont pompé toute mon énergie et ma liberté. Pourtant, j'avais besoin de ces deux. La musique me les a apporté en même temps qu'une certaine clairvoyance sur ma condition. Et c'est exactement ce qu'il me fallait. C'est grâce à elle que j'ai appris à nous connaître, moi et le monde, et c'est grâce à elle que j'ai pu commencer, lentement, à entrevoir cette suprême libération. La musique m'a forgé, sans cesse, et pour ça, je sais que je lui dois tout.

Alors je n'ai plus qu'à rester au château. Je préfère encore cette solitude qui va m'attendre plutôt que cet affreux cocon familial qui me donne la nausée. C'est propre et simple une bonne solitude et puis je la retrouverais un peu comme on retrouve une vieille amie je suppose. Oui, pourquoi pas après tout. Cette idée me déplaît en tout cas beaucoup moins que celle de revoir mes parents. De toute façon, ce n'est pas comme si j'avais l'habitude de m'amuser pendant les vacances. Je ne fais que minimiser le calvaire.

C'est donc décidé, je passerai Noël en tête-à-tête avec moi-même, et même si ça à l'air plutôt pitoyable je m'en fiche, j'ai l'impression que le pitoyable fait partie intégrante de moi-même quelques fois.

Je m'apprête à me lever, ayant finit de manger quand Sonia me demande, d'un air qui se veut innocent :

- Oh fait, tu vas où pour ces vacances ?
- Nulle part. Je vais rester ici. répondis-je, flegmatique.
- Oh. Mais Poudlard est pratiquement vide à Noël ! Tu te rends compte qu'il n'y plus que les elfes de maison ? Et le calamar géant bien sûr. Ajoute-t-elle en chuchotant.

Elle marque une pause puis s'exclame soudainement, beaucoup trop fort à mon goût :

- Ahh ! Mais peut-être que tu comptes passer Noël en tête-à-tête avec lui !!

Elle éclate de rire alors que, légèrement paniquée par une telle exubérance, je l'implore de parler un peu moins fort. Mais il est trop tard, quelques têtes se sont retournées à cette exclamation presque criée. Même les maraudeurs qui sont pourtant à une dizaine de mètres de nous ont entendu. Je tente tant bien que mal de rester calme, de ne montrer aucun signe qui puisse trahir mon agitation. C'est-à-dire que cette réplique, hors de son contexte, peut être mal interprétée. Je croise le regard de Sirius qui paraît un instant surpris et perplexe puis son visage se ferme et il détourne les yeux.

Je soupire, espérant qu'il n'y ai aucun malentendu mais Sirius a déjà adopté cet air à la fois détaché et légèrement hautain qui le fait paraître si sûr de lui. Et je sais qu'il est parfaitement conscient de cette sorte d'élégance aristocratique qu'il dégage, et il use et en abuse tant qu'il peut. Et le pire c'est que plus le temps passe, plus cette provocation finit par me plaire beaucoup plus qu'il ne faudrait. Je ne sais pas, il y a dans ce comportement quelque chose de foncièrement attirant, un côté sombre qui n'est, étrangement, vraiment pas pour me déplaire. Peut-être était-ce le fait qu'il puisse abriter à lui seul tant de contradictions, ou encore l'extrémité de ses comportements, son manque total de raison et de limites, ou même ce mystère qu'il se plaît à entretenir, je ne sais pas, mais le fait est que sa simple présence rend immédiatement les choses formidablement excitantes.

Je me surprends vraiment de pouvoir avoir ce genre de pensées. Moi qui ai toujours détesté une telle provocation, je me rends à présent compte que, malgré moi, c'est devenu absolument le contraire et que ça m'attire beaucoup plus que ça ne m'agace.

Mais je n'ai pas vraiment le temps de poursuivre mes réflexions, je me rends compte que Sonia attend visiblement une réaction de ma part et je ne sais vraiment pas quoi lui répondre. Qu'y a-t-il à dire ? Oui, je vais passer mon Noël seule dans cet immense château à m'ennuyer à mourir, et alors ? Ça ne change pas plus que d'habitude, et je préfère vraiment m'ennuyer ici que chez moi. Oui, ici au moins je pourrais m'ennuyer tranquillement. Je réponds finalement par un banal « Peu importe » comme si ça expliquait tout. Mais il semblerait qu'elle ne soit pas décidé à me laisser m'en tirer si facilement puisqu'elle réplique :

- Mais, tu ne préférerais tout de même pas les passer ailleurs ?

Je me contente de hausser les épaules, voulant absolument éviter ce genre de conversation en publique car je ne sais pas où ça peut me mener et je n'ai vraiment pas envie de me faire piéger. Il ne s'agirait pas que j'en dise trop. Je déteste vraiment quand on parle de moi.

Elle paraît réfléchir un instant et s'exclame brusquement, toute excitée :

- Eh ! Mais tu n'as qu'a venir à la maison !!

Je sursaute de surprise. Le moins qu'on puisse dire c'est que c'était direct. Je devrais y être habituée maintenant mais il semble que je n'y arrive toujours pas. Je la fixe, perplexe, me demandant un peu comment je suis sensée réagir, ne parvenant pas vraiment à croire qu'elle soit sérieuse. Elle ajoute alors :

- Mais oui, pourquoi pas ? Ce sera encore plus marrant que lorsque je suis juste avec ma mère !

Je suis de plus en plus sceptique. Est-ce qu'elle parle bien de moi ? C'est que je ne crois pas particulièrement être de ces filles plein d'entrain qui apporte gaieté et parties de rigolade. Non, autant ne pas me mentir, je suis plutôt du genre à refroidir une ambiance mieux et plus vite que n'importe qui. Je crois qu'elle ne se rend pas bien compte du fardeau que je représente et je n'ai vraiment pas envie de lui gâcher ses vacances. Ce que je ne comprends pas c'est qu'elle a l'air tout à fait sincère. Si encore elle m'avait proposé ça par pitié, j'aurais pu comprendre, mais là, je ne vois pas. Bon, je dois trouver des arguments pour lui faire comprendre que ce n'est vraiment pas possible.

- Mais ta mère n'est pas au courant, elle n'est peut-être pas d'accord. Je ne veux pas déranger. Et puis, il vaut mieux que vous passiez Noël en famille !
- En famille à deux ? Tu plaisantes ? Et puis je te garantie que ma mère ne sera pas contre, elle sera même ravie qu'on ai de la compagnie pour une fois !!
- Euh... pas sûr... Tu sais ça dépend du genre de compagnie...
- Mais enfin, je ne vois pas ce que tu racontes, ça va être chouette ! On va s'éclater ! On dit bien « plus on est de fous, plus on rit » !

Cette phrase achève de m'inquiéter définitivement... Oui, pour être folle, elle l'est et moi aussi, et peut-être plus qu'elle d'ailleurs même si c'est d'une manière bien différente. Et si, en plus, elle a hérité son extravagance de sa mère mais que pourrait donner une tel concentré de folie ? Un carnage. Je n'ose pas imaginer. Je tente de la raisonner :

- Non, mais je t'assure que c'est une mauvaise idée. Vraiment, ça me gène de m'immiscer chez vous pendant toutes les vacances. Ta mère ne me connaît même pas, ni rien...
- Mais ce n'est pas un problème ! Tu n'as pas à t'inquiéter, ma mère est vraiment cool, tu n'imagines même pas à quel point...

Elle murmure cette dernière phrase d'un ton malicieux qui ne me dit rien qui vaille... Puis elle ajoute finalement, comme si tout était résolu :

- Alors, c'est bon ! Il n'y a plus de problème ! Tu peux venir !
- Euh...
- Mais quoi ?
- Mais... Bon, d'accord, je veux bien y réfléchir mais promets-moi d'en parler à ta mère.

C'était le seul moyen pour me tirer de ce guêpier. Il faut gagner du temps. Ce que je vais faire, c'est surtout réfléchir à un argument valable pour lui faire comprendre que je ne peux vraiment pas venir. Je préfère gâcher toute seule mes vacances, ce serait vraiment ignoble que, par égoïsme, je gâche en plus celle des autres en leur infligeant ma présence. Pour une fois que quelqu'un m'apprécie.

- Pas de problème, je lui dirais ! Tu verras, elle sera ravie ! S'exclame-t-elle, toute contente.

Le reste du déjeuner se déroule sans autre incident et nous nous rendons rapidement au cours suivant, botanique.

***


Ce que ça a pu m'ennuyer. Jamais ça ne m'a tant ennuyé. D'ordinaire, j'aime plutôt bien les cours qui me permettent de me changer un peu les idées et d'éviter de ruminer toute seule, et je suis toujours très attentive et motivée mais en ce moment c'est incroyable comme plus rien ne va. Je ne suis plus aussi concentrée qu'avant, et malgré tous mes efforts, je n'arrive pas à m'intéresser réellement au cours. C'est un peu comme si tout ça me frôlait sans parvenir à vraiment capter mon attention. Et je n'y peux rien. J'essaie d'écouter et puis, irrémédiablement, je décroche, mes pensées se perdent dans je ne sais quels méandres obscurs, je n'entends plus qu'une phrase sur deux, et enfin tout finit par ne devenir qu'un bruit de fond berceur.

Et une fois le cours finit, j'ai mauvaise conscience, je me dis que j'aurais dû écouter, que la prochaine fois, je ne me laisserais pas avoir à rêvasser de la sorte, à laisser l'ennui me gagner mais sans que je ne puisse m'en empêcher, ça recommence. Et le pire c'est que je sais à cause de quoi, ou plutôt à cause de qui, toute cette routine me paraît si fade et je suis totalement incapable de lui en vouloir.

Heureusement, pour aujourd'hui les cours sont finit, et il n'est que 15h. Autant dire qu'il me reste encore un bon moment pour profiter de toute cette neige qui n'a pas cessé de tomber tout au long de la journée. Soudainement enthousiasmée à cette pensée, j'accélère le pas et atteint alors rapidement la grande porte d'entrée que j'ouvre impatiemment. J'avance de quelques pas et reste figée sur le seuil par la beauté de la vue qui s'offre à moi. C'est encore plus épatant qu'à travers les épaisses fenêtres de la grande salle. Le blanc est bien plus éclatant, et la cime des arbres paraît même scintiller. Je m'avance encore un peu, me délectant de chaque pas dans cette neige poudreuse et je constate qu'il y en a encore plus que ce que j'avais imaginé. J'en ai jusqu'au mollet.

Je m'arrête un instant pour profiter de cet air glacé vivifiant, qui me donne une certaine impression de liberté, comme si tout était très léger et j'apprécie cette sensation particulière des les flocons glissant sur mes joues.

Je me sens très euphorique et alors que j'aurais aimé profiter un peu plus de cet instant unique, les autres déferlent brusquement derrière moi, brisant toute l'harmonie qui s'était installée. Bien sûr, il faut toujours que les autres gâchent tout. Mais je suis presque blasée, j'ai tellement l'habitude. J'avais juste oublié qu'aujourd'hui, je n'étais pas la seule à finir à cette heure-ci mais que c'était le cas de tous les autres sixièmes années et de bien d'autres élèves encore. Je soupire, ne comptant pas pour autant m'avouer vaincue et rentrer rien parce qu'ils sont là. Ils ne vont pas m'empêcher de profiter de cette beauté immaculée qu'ils ne savent même pas admirer ni respecter.

J'avance lentement jusqu'à l'orée de la forêt et m'arrête au bord du lac, m'asseyant finalement sur le gros rocher plat ou j'ai toujours l'habitude de m'installer lorsque j'ai besoin de calme, lorsqu'il faut que je me remette les idées en place. Je contemple la surface givrée qui brille d'un éclat presque surnaturel, je respire, je souris à cette étendue glacée qui paraît presque me narguer, je me sens bien.




Je n'y crois pas, enfin terminé !! Il était plus que temps ! Je presse James de marcher plus vite, les légendaires batailles de boules de neige de Poudlard n'attendent pas ! Je ne veux rater ça pour rien au monde, cette Sandra ou Jessica ou je-ne-sais-qui qui s'est de nouveau mise à me draguer nous a déjà assez retardé. De toutes façons personne ne commencerait sans nous, après tout, c'est un peu nous qui avons mis en place ces gigantesques batailles. Et c'en est presque devenu un sport à part entière. Bon, au détails près que les règles sont qu'il n'y a pas de règles... Tous les coups sont bons pour gagner, tous les stratagèmes les plus vicieux sont valables. Nous ne sommes pas Maraudeurs pour rien, si nous commencions à poser des règles ce ne serait plus marrant parce que c'est justement parce qu'il n'y en a pas que ça dégénère et c'est parce que ça dégénère que c'est drôle.

Nous arrivons enfin dehors et il y a déjà beaucoup de monde rassemblé. C'est épatant. Les participants semblent plus nombreux d'années en années. Tout euphorique, je ne mets à marcher encore plus rapidement, enfin du moins autant que je peux vu l'épaisseur de neige qui bloque notre progression. James et Peter ont le même enthousiasme que moi et même Remus sourit légèrement, ce qui peut sembler étonnant quand on connaît son naturel sérieux. A notre arrivée l'euphorie collective monte encore d'un cran parmi la foule, chacun sait que la bataille va éclater d'un moment à l'autre. Les alliances se constituent alors que James et moi nous saisissons d'une bonne poignée de neige grossièrement compactée pour la lancer au même moment dans un cri de sauvages. Cibles atteintes, nous avons tout juste le temps de nous taper la main, fiers, que la bataille fait déjà rage face à ce magistral coup d'envoi.

Tout le monde court dans tous les sens, hurlant, attaquant, essayant tant bien que mal d'éviter les boules de neiges qui fusent continuellement alors que les deux mains pleines de neige je me jette dans la mêlée, proférant divers cris de guerre totalement incohérents, jetant mes munitions sur quiconque à le malheur de croiser mon chemin.

La bataille se déplace progressivement vers le lac, quand, en pleine attaque, je l'aperçois. Je me fige. Cet instant d'immobilité me vaut malheureusement une boule de neige en pleine épaule, je décide alors de me déplacer vers la périphérie de la foule, ça me paraît moins risqué. Elle est seule face au lac, emmitouflée dans un épais manteau de velours noir, les mains dans les poches, la tête à moitié enfouie dans une grosse écharpe, des flocons glissant sur ses cheveux. Cette vision me fait sourire, je projette un instant de lui proposer de nous rejoindre, puis rejette immédiatement cette idée, réalisant combien elle est stupide. C'est stupide d'abord parce que je me souviens que je ne peux pas prendre le risque de lui parler alors que tant de monde nous entoure à cause de cette sorte d'accord que nous avons passé et puis parce que je doute vraiment qu'elle apprécie de genre de... jeu.

Je m'apprête à me retourner pour reprendre là où j'en étais quand elle se retourne brusquement, comme s'il elle avait senti que je l'observais. Je ne bouge pas, je continue de la fixer. Elle a les joues rougies par le froid, les yeux brillant d'une malice qui ne lui est pas habituelle, et ce quelque chose qui me rend curieux. Elle se lève alors, continue de me regarder quelques instants puis se dirige lentement vers la forêt interdite. Elle s'arrête un moment à l'orée, se retourne pour me fixer de nouveau et disparaît finalement dans l'obscurité de la forêt.

Je comprends immédiatement le message et plus rien d'autre ne m'importe alors que d'aller la retrouver. Même cette bataille de boules de neige qui me tient d'ordinaire tant à coeur devient le dernier de mes soucis. Je n'arrive pas à croire qu'elle ai pu prendre une telle initiative.

Je m'éloigne discrètement de la foule puis court vers la forêt, soudainement tout fébrile.




Je l'aperçois enfin arriver. Je savais qu'il viendrait. Je me colle alors un peu plus contre l'arbre, espérant qu'il ne puisse pas me voir. Pas encore du moins. Ce serait trop simple sinon, et beaucoup moins marrant. Et puis j'ai d'autres projets. Puisqu'il aime tant la neige, il va être servit. Je me décale un peu sur la droite alors qu'il est de dos et tire. La cible est atteinte, la boule de neige s'écrase près de son épaule gauche. Je m'empresse de me plaquer de nouveau contre l'arbre alors que j'entends un exclamation de surprise et que je me doute qu'il s'est retourné. Quelques secondes de silence s'écoulent pendant lesquelles je le devine surpris, c'est probablement la dernière chose à laquelle il devait s'attendre. Je retiens mon souffle, par peur d'être découverte alors que je l'entends se plaindre, faussement ronchon :

- Eh ! Mais ce n'est pas loyal ça ! J'étais de dos ! C'est de la triche !! Et puis je ne peux même pas riposter si je ne sais pas où tu es !

Il s'arrête un instant, probablement pour scruter les horizons dans l'espoir de me repérer puis reprend d'une voix malicieuse qui me fait sourire :

- Tu veux vraiment jouer à ça ? Tu sais que tu t'attaques au champion en titre en la matière ?

Il ajoute alors, d'un ton qui se veut machiavélique :

- Ma vengeance sera terrible...

Plus amusée que jamais, je reste cachée du mieux que je peux, bien décidée à ce qu'il ne me trouve pas de si tôt. De longues secondes de silence s'écoulent quand je risque un coup d'oeil à l'avant, me demandant ce qu'il fait. Désert. J'en reste stupéfaite. Et perplexe... Je n'ai pas entendu le moindre bruit, pourtant j'ai l'ouïe fine et marcher dans la neige fait du bruit. A moins que... A moins qu'il n'est utilisé un sortilège de lévitation. Ce qui n'est vraiment pas impossible. Prise d'un mauvais pressentiment je me retourne brusquement. Je sursaute. Je suis nez-à-nez avec lui, et il me nargue d'un sourire sadique, une boule de neige dans chaque main. Il murmure alors, espiègle :

- L'heure de la vengeance a sonné on dirait...

Je réagis au quart de tour, et fait la seule chose à faire dans une telle situation : fuir. Pris de court, il met un peu de temps à s'élancer à ma suite alors que je lui lance tout en courant aussi vite que je peux :

- Je n'en serais pas si sûre !

Une boule de neige fuse tout proche de mon oreille, me manquant de peu. D'humeur provocante, je lui crie :

- Pour un soit-disant champion, ce n'était pas terrible !

J'accélère alors qu'il se rapproche de plus en plus et il me répond :

- Ah ouais ? Attend un peu la deuxième !! Tu vas voir si ce n'est pas terrible !

Et c'est à ce moment que, commentant l'erreur de regarder par dessus mon épaule à quelle distance il se trouve, je ne vois pas la grosse racine qui dépasse de la neige, trébuche et me sens basculer vers l'avant pour finalement tomber pour de bon, m'étalant dans la neige glacée. Je me retourne difficilement sur le dos alors que Sirius arrive et s'exclame triomphalement, le torse bombé de fierté :

- Ahhh ! J'ai gagné !! A moi ma vengeance !!!
- Mais je suis à terre !! C'est déloyal ! Protestais-je, scandalisée.
- Parce que c'était plus loyal de m'attaquer alors que j'étais de dos et que tu te cachais ? demande-t-il, narquois.
- Mais... là n'est pas la question !! Tu ne vas tout de même pas t'en prendre à quelqu'un qui est presque blessé ?
- Tu n'as rien !! Ce n'est pas pour une pauvre petite chute ridicule comme ça que je vais me gêner !
- Une pauvre petite chute ridicule ? Vraiment ?

Je tends alors ma jambe droite et d'un coup sec fauche son pied, lui faisant ainsi perdre l'équilibre et, logiquement, l'entraînant vers l'avant. Ce que j'avais moins prévu, par contre, c'était qu'il me tomberait dessus. Heureusement, il a le bon réflexe de se rattraper avec ses mains pour amortir la chute. Il se retrouve juste au-dessus de moi et, à la tête mi-ahurie, mi-outrée qu'il fait, je ne peux pas m'empêcher de rire. Il l'avait bien mérité. Il a l'air étonné, puis sourit doucement et m'explique finalement :

- C'est la première fois que je te vois rire. Et ça me plaît bien. Peut-être même plus que bien... Tu devrais te laisser aller plus souvent. Tu sais, juste ne plus trop te poser de questions de temps en temps.

Etonnée de sa remarque, je réalise pourtant à quel point elle est vraie. Je n'ose pas rire lorsque trop de monde m'entoure. Je ne peux pas, quelque chose me bloque, m'empêchant d'être pleinement moi-même lorsque les autres sont là. Je n'arrive pas à me laisser aller, simplement, comme il dit. Je réponds alors, amère :

- Ce n'est pas si simple. Je ne le contrôle pas. Les questions m'envahissent. Ça ne dépend pas de moi.
- Tu refoules trop. Essaie, au moins une fois, de... ne pas résister.

Il me fixe et ses yeux brillent d'une lueur que je ne comprends pas ou plutôt que je fais exprès de ne pas comprendre. Je me sens un peu perdue, je ne sais plus très bien de quoi il veut vraiment parler. C'est ambiguë, beaucoup trop ambiguë, et je sais que c'était voulu. Je ne sais plus quoi penser si ce n'est qu'il est vraiment trop proche mais que c'est bien loin de me déranger. Je soutiens son regard et sens son souffle chaud dans le creux de mon cou. Des mèches de cheveux bruns lui tombent négligemment devant les yeux et, alors que je me dis qu'il n'est finalement pas encore assez proche, j'ai soudain très chaud malgré la fraîcheur de la neige glacée contre mon dos.

J'essaie un moment de me contrôler, de me raisonner, en vain, et je n'en ai même pas envie. Et si je l'écoutais, et si je ne résistais plus ? Ça ne me semble vraiment pas une mauvaise idée... Oui, je devrais... Je laisse alors peu à peu cette confiance en lui, sans borne, m'inonder et ma tête se vide de toute question superflue, je ne peux plus résister. Je comprends alors immédiatement cette lueur dans ces yeux qui se fait encore plus intense et j'en deviens bouillonnante d'une fièvre irraisonnée qui me rend à la fois impatiente et avide.

Il se rapproche doucement, le souffle aussi court que le mien puis s'arrête alors que nous ne sommes plus séparés que par quelques centimètres et affiche un sourire narquois, clairement provoquant. J'ai l'impression qu'il veut me faire perdre la tête, qu'il attend que mes tous derniers remparts éclatent, véritablement. Frustrée, n'y tenant plus, je ne cherche même pas à résister, à nier inutilement l'évidence, je ne réfléchis plus, obnubilée par son regard qui ne veut plus me quitter, je cède. Je soulève légèrement la tête pour franchir la courte distance qui nous sépare et mes lèvres se posent doucement sur les siennes, douces et chaudes, dans un frôlement qui me fait frémir.

Puis, soudainement hésitante, prenant conscience de ce que j'ai osé faire, je m'apprête à m'éloigner mais il me retient, capturant mes lèvres, et je n'ai plus du tout envie de fuir. Je me détends alors, goûtant à des sensations que je ne me serais jamais cru capable d'éprouver. Je glisse une main derrière sa nuque, nous rapprochant un peu plus, et ferme les yeux, laissant la passion me submerger, m'emporter sur les rivages lointains d'une ivresse qui me dévore avec volupté. Ce baiser me rend plus dingue que jamais, ma peau brûlante ne demande plus que le contact avec la sienne et Sirius semble dans le même état puisqu'il se rapproche encore de moi et nous sommes alors complètement collés l'un contre l'autre. Puis le baiser se fait encore plus possessif, électrisant, m'entraînant dans une fougue qui tente d'assouvir ma soif inextinguible de lui. C'est mieux que n'importe lequel de mes rêves, mieux que la lueur de la lune dans la nuit, mieux que le chant de la pluie, mieux qu'une folle évasion, mieux que tout.

Finalement, à bout de souffle, nous nous séparons à regret, lentement, alors que je me dis que, décidément, les meilleurs moments sont ceux qui ne durent que le temps d'un éclair. La respiration saccadée, on se fixe un instant, le regard encore flamboyant d'ivresse, puis Sirius se penche légèrement pour poser ses lèvres vers le bas de mon cou et je laisse mes mains errer dans ses cheveux.

On reste ainsi un long moment, profitant pleinement de chacune des sensations qui affluent encore par avalanches.

Et là, encore grisée, je me dis que finalement, ce que j'ai tant cherché est juste là, j'ai finis par le trouver sans même avoir eu jamais conscience de le chercher ni même savoir ce que c'est vraiment. Je sais seulement que la vie n'a jamais eu le piment qu'elle a aujourd'hui, cette étincelle qui la rend si exaltante.
Aveux et rêveries... by alice141191
Note : Euh...Ben me revoilà après une grande pause où je n'ai pas touché à ma fic... J'ai du battre mon précédent record... Ouais, c'est le cas de le dire, mais je n'ai vraiment pas pu faire autrement, je me suis tout d'abord consacrée au Bac, j'étais totalement plongée dans mes révisions (et je suis d'ailleurs fière de vous annoncer que ça n'aura pas servis à rien puisque je l'ai eu avec mention Très Bien !! :p), et bon il y a eu aussi les préparatifs pour mon entrée en fac... (bon je ne vais pas non plus vous raconter ma vie mais vous pouvez imaginer ce que c'est je suppose, trouver un appart', emménager, et tout le bordel... C'est LONG... ).

Donc voilà, ça aura été une dure fin d'année pour le coup, et des vacances chargées qui m'auront laissé peu de temps... Voilà, voilà, pour ce chapitre en fait j'ai pas grand chose à dire si ce n'est que c'est l'avant dernier... Je vous le poste in-extremis la veille de mon départ pour Lyon, où j'entame jeudi mes études de biologie alors je suis désolée si quelques imperfections persistent mais à 23h passées, je n'ai pas eu le courage de faire une ultime relecture... En gros, c'était soit je le postais maintenant, soit ça traînait encore un bon moment car je ne suis pas sûre que j'aurais Internet immédiatement... J'espère donc que vous serez indulgents ;)

Donc voilà... Sinon je crois que c'est tout... Oh vous allez apprendre des trucs pas très glorieux sur le passé de dragueur de Sirius :p Eheh, je me suis défoulée ! Et puis beaucoup de narration au programme (du côté d'Aludra surtout) mais ça m'a semblé nécessaire pour faire le point sur pas mal de trucs... Je ne sais pas quand je posterai le der des ders, je suppose que je serai assez chargé niveau boulot cette année alors on verra bien ! :)

Bonne lecture à tous en tout cas !

____________________________________________________________________


James me regarde d'un air interrogateur et moi j'ai encore du mal à croire à ce qui s'est passé quelques heures plus tôt, avec elle. C'est totalement dingue. Je l'ai embrassé. Ouais, je l'ai embrassé et c'était le truc le plus extraordinaire que je n'ai jamais fait. C'était au-delà tout ce que j'avais pu rêver et c'était comme redécouvrir quelque chose qu'on croit déjà connaître par coeur. C'était totalement inimaginable et pourtant ça paraissait si évident. Je ne sais pas, ce que je pense n'a probablement aucun sens mais je n'arrive pas à m'en remettre. Qui l'eut cru ? Moi, Sirius Black, qui ai déjà eu le loisir d'embrasser pas mal de filles, je n'arrive pas à me remettre d'un simple... baiser ? Quelle ironie. Mais non. Ce n'était pas qu'un simple baiser. C'était bien plus que ça et je le sais parfaitement. C'était... je ne sais pas, c'était tout, c'était sa confiance, perdre le contrôle, découvrir un désir irraisonné que je n'imaginais même pas possible jusque là.

Et je ne peux pas me calmer. Je me sens en ébullition, totalement ailleurs, et je n'ai plus qu'une envie : recommencer.

Je me frotte la nuque nerveusement et réalise aussitôt que je me suis trahis. James sait bien que je fais toujours ça quand je suis particulièrement agité. Et puis, alors que ma dernière tentative de revenir à la raison échoue, je l'entends me demander d'un ton anxieux :

- Sirius, tu es sûr que ça va ?

Je me ressaisis le plus rapidement possible et répond précipitamment, peut-être même trop précipitamment :

- Oui, oui, absolument. Je t'assures. Pourquoi ? J'ai la tête de quelqu'un qui ne va pas bien ?

Je sais pourtant pertinemment que ce mensonge est inutile mais c'était probablement un stupide réflexe.

- Oh non. Mais justement, tu as la tête de quelqu'un qui va trop bien. Je veux dire, on dirait que tu planes carrément. Tu ne t'es pas cogné ? Personnes ne t'as assommé ? Ou alors, tu t'es mis à consommer des potions illicites ?

Dans une ultime tentative de ne pas perdre la face je prends mon air détaché habituel et réponds, laconique :

- James. Tu sais quoi ? Je crois que c'est toi qui déraille. Je vais juste bien. Je veux dire, comme d'hab' quoi.

Lamentable. Je le sais bien. Je ne comprends même pas qu'est-ce qui me pousse à vouloir encore lui dissimuler tout ça plus longtemps. James n'est pas dupe, il me connaît mieux que n'importe qui. Il prend d'ailleurs à cet instant son air sévère que je n'aime pas bien. Un air qui dit « Si tu crois que tu peux encore jouer à ça avec moi, c'est décevant ». Un silence s'installe, qui devient dérangeant, et puis finalement il se met à parler d'un ton dur.

- Bien sûr que non. C'est tout sauf « comme d'hab' ». Ne me prends pas pour un crétin Sirius. Ecoute, j'en sais beaucoup plus que tu ne le penses. Je vois, tu sais. Et je te connais beaucoup trop bien pour que tu puisses me cacher quoi que soit. Alors, mince, décide-toi, crache le morceau une bonne fois pour toute, débrouilles-toi comme tu peux, mais parle ! Tu te souviens, tu es un Maraudeur ? Est-ce que ça ne signifie plus rien pour toi ? Ouais, tu vas me dire que je veux te faire culpabiliser, et que ça ne marche pas avec toi, mais tu sais bien que je t'ai toujours considéré comme le frère que je n'ai pas et ça me fait sincèrement de la peine de réaliser que tu ne veux même pas me parler de ce truc là. Mais bon sang Sirius, à quoi je sers si je ne peux plus être là dans les moments importants ?

Il se tait, l'air renfrogné et je reste abasourdit. James a toujours été incroyablement franc, mais je le vois rarement si sérieux. Il n'y a que dans les situations vraiment graves, comme cette fois où je me suis enfui de la maison familiale (si l'on peut nommer cet association de mangemorts « famille ») et qu'il m'a trouvé dans un état lamentable devant chez lui, seulement parce que ma charmante génitrice venait encore de passer ses nerfs sur moi ; ou encore cette fois où il a lu les merveilleuses lettres d'insultes si gentiment envoyé par cette même génitrice qui, non contente de se défouler quand je rentrais, prenait en plus son pied à la perspective de pouvoir me pourrir une ou deux journées dès qu'elle en avait l'occasion. Mais franchement, un tel sérieux est décidément très rare. Je crois que je peux compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où je l'ai vu avec cette expression là.

Et c'est ahurissant, mais plus que tout, ce qui me frappe c'est cette déception dans son regard. C'est le sentiment que je déteste le plus avec les regrets. J'ai l'impression que ça me fout une grande claque, je me sens sale, honteux, et finalement, je me dis que c'est peut-être ça qu'il fallait pour me réveiller et me faire réagir. Comment ai-je pu à ce point me comporter comme un con ? Ça me dépasse totalement et pourtant, les faits sont là. James est la personne en laquelle j'ai le plus confiance au monde et je ne lui en ai même pas parlé. Je me suis obstiné, comme le borné que je suis, à croire que personne ne pouvait me comprendre, ni m'aider. J'ai failli en oublier que James me connaît mieux que personne, qu'il m'a toujours soutenu pour tout, même dans les pires moments, et que sans lui, je ne sais pas trop ce que je serais actuellement.

Je baisse les yeux, et réponds enfin :

- Désolé. Je sais que quelques fois, je ne suis vraiment qu'un sale con indigne. Tu sais bien que je ne voulais pas. Je veux dire, bien sûr que les Maraudeurs sont tout pour moi. Absolument tout. Qui serais-je sans les Maraudeurs ? Je ne sais pas, et je ne suis même pas sûr de vouloir le savoir. De toute façon, c'est inconcevable. C'est toute cette histoire qui m'a rendu dingue et, comme un abruti, j'en suis venu à en oublier le principal.

Je marque une pause, cherchant mes mots, parce que je ne sais même pas par quoi commencer, ni ce que je suis sensé expliquer exactement. James semble s'être brutalement calmé et il attend la suite, curieux. Je soupire, me force à relever les yeux pour lui faire face et continue enfin, hésitant :

- Tu voulais savoir ce qui me met dans un tel état ? Eh bien, ça peut paraître assez ironique aux vues de ma réputation, mais c'est une fille. Et ouais, je sais que c'est impensable. Tiens, si on m'avait dit ça quelques semaines plus tôt, je me serais probablement bien foutu de la tête de celui qui osait raconter de telles énormités. Et voilà où j'en suis à présent... Rien que de le dire, ça rend le truc concret et j'ai même du mal à croire à ce que je suis entrain de te raconter.

Un peu perturbé, je m'arrête un moment, incertain de la tournure que prennent les événements, puis reprend plus calmement :

- Mais je dois dire que ce n'est pas n'importe quelle fille, bien sûr que non. Même loin de là, et ça n'est pas pour me faciliter la tâche. Cette fille, c'est Parker. Mais ça, je crois que tu le sais déjà depuis quelques temps. En fait, je ne sais pas bien comment c'est arrivé, elle a juste ce truc qui me fascine et me rend totalement dingue mais, tu vois, je ne pourrai pas dire ce que c'est... Ça m'est tombé dessus, comme ça, et je me suis retrouvé à être complètement obsédé par elle, à y penser à chaque instant, à me sentir devenir fou dès que je l'apercevais. En fait, je ne vois pas trop comment l'expliquer mais ça m'a seulement échappé. Je n'avais plus le moindre contrôle sur quoi que ce soit. Je n'y peux rien.

Je marque un nouvelle pause, me demandant comment je peux raconter un truc que je ne comprends même pas moi-même. Je lui explique finalement :

- Ecoute James, je ne vois pas trop quoi dire d'autre, je... ouais je suis heureux, je plane comme tu dis, et c'est seulement parce que tout à l'heure je l'ai embrassé. Pff... Je sais que tu dois trouver ça naze et incompréhensible de se mettre un tel état pour quelque chose comme ça. Mais c'était tellement... je veux dire... wouaw.

Je me tais, incapable de continuer mais je suppose que l'air niais que je dois afficher en dis plus long que n'importe quel discours pompeux. Et James se met justement à me sourire d'un air narquois.

- Je m'en doutais ! Je savais que quelque chose clochait !! On ne quitte pas une bataille de boules de neige comme ça ! Alors cette fille te fait perdre la tête ? Ça, c'est pas croyable... Qu'il t'arrive ça à toi. Tu vois, pour être honnête, je le savais déjà, enfin je m'en doutais, mais que tu me le confirmes, ça rend vraiment le truc officiel.

- Ah non ! Non, surtout pas. Je veux dire, il ne faut pas que ce soit officiel ! Personne ne doit être au courant. Bon, Remus et Peter ont le droit de savoir, je ne veux pas faire de différences entre les Maraudeurs et on n'a pas de secret à se cacher les uns aux autres, c'est le meilleur moyen de mettre en danger une amitié. Je viens d'en faire l'expérience... De toute façon, ils savent tenir leur langue.

- Attends, je ne te suis pas, pourquoi ? Me demande-t-il interloqué. Je ne comprends pas. C'est génial ce qui t'arrives, il n'y a rien de compromettant, et puis tu n'as jamais caché tes autres conquêtes.

- Justement, ce n'est pas une conquête. C'est... je ne sais pas. Et puis, il n'est pas question d'avoir honte ou quoi, ce n'est pas du tout ça, c'est juste...

Je soupire, ne sachant vraiment pas comment présenter la situation.

- C'est assez compliqué, en fait. Tu sais, je ne peux pas lui imposer ça. Elle détesterait tout autant que moi. Tu vois, pour une fois qu'il m'arrive quelque chose de si extraordinaire, je ne veux vraiment pas prendre le risque de tout foutre en l'air. Je n'ai pas envie que ça se sache parce que les gens ne respectent rien. Ils lanceraient des rumeurs invraisemblables, les filles jalouses seraient tout le temps entrain de médire, enfin on ne serait jamais en paix. Je n'ai pas envie qu'on soit un phénomène de foire. Et de toute manière, c'est beaucoup trop personnel pour que j'ai envie d'étaler ça publiquement. Ils n'ont pas à savoir. Ça ne les regarde pas. C'est quelque chose que je ne veux pas partager. Je suis peut-être trop exclusif mais je ne veux pas que les autres ternissent ça.

- Tu n'as qu'à faire comme s'ils n'existaient pas ! Tu ne vas pas te laisser emmerder par deux ou trois langues de vipères ! Tu t'en ai toujours foutu, et t'as eu raison. Elles n'en valent pas la peine ! Je veux dire, ça va te compliquer la vie pour rien d'essayer de garder ça secret. Vous allez devoir en permanence vous cacher, faire attention à être bien seuls quand vous vous retrouverez, et vous ne pourrez même pas être ensemble quand vous le voudrez ! Ça risque d'être plutôt contraignant... Tu n'as pas peur que vous vous lassiez à ce rythme là ?

- Se lasser ? Jamais. Je ne vois pas comment je pourrais me lasser de quelque chose comme ça. Et puis, justement, le fait que cette relation ai quelque chose de secret lui donne ce truc en plus que je n'ai jamais connu. Tu vois, ça, ça a du piment. Tu sais bien que j'aime le risque, ou tout ce qui peut être, d'une manière ou d'une autre, exaltant. J'ai toujours eu un sérieux penchant pour les sensations fortes et tu dis toi même que je ne vois pas les limites. Eh bien, je peux te dire que pour des sensations fortes, ça, ça en ai, et même plus que tout ce que j'ai pu connaître, et il n'y a pas de limite à ça.

- Attends, ce que t'essaie de dire là, c'est que ça y est, tu es tombé amoureux, vraiment, définitivement ?

Je mets un temps avant d'assimiler le sens de cette question, troublé plus que je ne devrais l'être.

- Je... Je n'avais jamais réfléchis à la question. Non, jamais... Mais... Ce n'est pas possible. Je veux dire, ça ne peut pas m'arriver à moi, non ? Ça n'était pas prévu au programme.

James me fixe sans comprendre avant de demander :

- Mais où est le problème ? Rien n'est plus normal.

Je réfléchis un instant et finit par secouer la tête, décidément perdu :

- Non. Non, pas pour moi. Je ne peux tout simplement pas me faire à cette idée. Ça me dépasse. Tu vois, ça fait partie de ces trucs que je ne peux pas assimiler.

Et puis je commence à réaliser que tout ça n'a aucun sens concret. Et je comprends que c'est un faux problème car, au fond, ce n'est pas ça l'important. J'entreprends alors de lui expliquer :

- De toute façon, qu'est-ce qu'on peut bien s'en foutre. Ce n'est qu'un mot « amoureux », non ? Rien de plus qu'un mot. Qu'est-ce que ça signifie, au fond, un mot ? Tu vois, peu importe, ce qui compte ce n'est pas ça, c'est tous ces trucs de dingue qu'il m'arrive. Je m'en fous du nom que ça que peut avoir, que ça s'appelle amour ou je ne sais quoi, ce qui compte c'est que c'est là, et ça tu vois, c'est un truc dont je ne peux pas douter. Et voilà que je me sens ridicule a t'expliquer ça. On dirait un truc tiré d'un bouquin de la section « romance » de la bibliothèque. Un truc de nana guimauve quoi. Bon, oublie ça, d'accord ?

James se met à sourire malicieusement.

- De toute manière, j'ai maintenant ma réponse. C'est donc bel et bien finit ces escapades tardives dans le parc avec les filles ? Tu ne feras pas à Parker le coup des étoiles alors ?

- Ça ne risque pas...

« Le coup des étoiles »... Je l'avais presque oublié celui-là... Un de mes nombreux trucs de drague pour séduire les filles même si généralement, je n'avais pas grand chose à faire pour ça... Le « coup des étoiles », comme l'appelle James, c'était surtout histoire d'en rajouter un peu, pour être sûr. Je donnais rendez-vous à la fille dans un coin tranquille puis je lui demandais de fermer les yeux, à la manière des vieux films moldu miteux à l'eau de rose, et je lui disais que c'était une surprise, qu'elle ne devait pas regarder, puis je l'emmenais dehors, dans le parc, dans un endroit fermé proche de la forêt interdite d'où on a une vue particulièrement belle et dégagée du ciel et je lui disais alors de lever la tête et d'ouvrir les yeux.

Et à chaque coup, c'était immanquablement le même scénario, elles étaient émerveillées et s'extasiaient bien souvient d'un air niais à souhait « C'est trop beauuuu ! », ou encore, « Comme c'est romantiiiiique ! ». Je leur sortais mon speech habituel, comme quoi elles étaient les premières que je n'avais jamais emmené ici, et toutes mes belles phrases préfabriquées de mec « romantique et sensible ». Foutaises ! Mais le pire, c'est qu'elles ne se doutaient de rien, elles se sont toutes faites avoir. Comme c'est simple à manipuler une fille guimauve. Ecoeurant de simplicité. Elles me tombaient toutes si facilement les bras après ce coup là, le soir je savais qu'elles étaient pour moi.

Tout était parfaitement calculé. Je m'étonne encore de leur naïveté. Tellement aveugles, tellement prévisibles. Il en faut si peu pour les épater. Et ce que ça pouvait m'agacer. Tout le temps à se pavaner devant les autres filles d'un petit air fier rien que parce qu'elle sortait avec moi, comme si j'étais un trophée. Bon, de ce côté là, je dois quand même avouer que je suis peut-être mal placé pour critiquer... Mais le fait est qu'elles m'ont toujours toutes agacé avec leur crédulité et leur romantisme de petite poupée toute niaise et maniérée. Tout a toujours été affreusement exagéré, ça sonnait incroyablement faux et elles en devenaient ridicules sans même s'en rendre compte.

Je ne ferais jamais à Aludra le « coup des étoiles » parce que toute cette mascarade n'était qu'un immonde pièges à filles, juste pour m'amuser et ensuite les jeter parce que, plus que de m'ennuyer, elles m'agaçaient. J'étais un salaud, ça je le sais bien, mais c'était tellement tentant... Je me dégoûte. Ce que je pouvais adorer jouer ainsi les tyrans... Je crois que je n'avais pas vraiment réalisé l'impact que ça pouvait avoir. Pas étonnant qu'Aludra m'ai détesté. Et je comprends maintenant mieux pourquoi elle a mis tant de temps à me faire confiance.

Comme tout ça me paraît loin à présent. Elle n'a rien à voir avec toutes ces filles stupides, pas une seule fois elle ne m'a sortit tous ces trucs niais, et surtout, avec elle tout est totalement spontané, et c'est ça qui fait toute la différence. Jamais je n'aurais l'idée de planifier quelque chose, et encore moins un truc aussi cliché qu'une sortie pour voir les étoiles... C'est du vu et du revu, du préchauffé bien que ça aurait au moins eu le mérite d'avoir plus de sens qu'avec les autres aux vues de nos prénoms. Enfin, quoi qu'il en soit, c'était un classique ennuyeux bien suffisant pour la plupart des filles mais elle, ça ne me viendrait même pas à l'esprit d'oser lui sortir les inepties que j'ai pu dire ces soirs là. Elle mérite infiniment mieux. Il n'y a pas besoin de tout ce cinéma pour que ce soit exceptionnel, ça l'est déjà à chaque instant, dès qu'on se retrouve. Et ceci n'est pas une niaiserie édulcorée mais un fait. C'est comme ça.

James me sort finalement de ma rêverie en se moquant :

- Mais quelle tête d'intoxiqué ! Ah je te jure, c'est impayable, on dirait que tous les neurones qu'il te reste sont partis en vacances !

Eh ! Comment ose-t-il ? Je lui lance un regard noir bien senti et marmonne :

- Oh ça va hein... Tu veux qu'on parle de ta tête quand Evans est dans les parages ?
- Je ne vois pas ce que tu veux dire, ma tête est tout ce qu'il y a de plus normal et Lily n'y change rien !
- Ah ouais ? Et après ça, tu crois que ta tête sera toujours normale ? Demandais-je, railleur, en lui balançant dessus le plus proche oreiller dont j'ai pu me saisir.

Il s'ensuit alors une bataille de sauvages avec pour armes tout ce qui nous tombe sous la main, que ce soit oreiller ou chaussette de Peter, arme particulièrement redoutable de par son prodigieux pouvoir asphyxiant...

J'avais presque oublié comme ça avait pu me manquer. Des amis comme James, on en rencontre qu'un dans une vie, alors il faut savoir être conscient de sa chance et en profiter chaque jour au maximum.

____________________________________________________



Cette nuit est la première depuis longtemps où j'ai réellement bien dormi, sans tous ces cauchemars dérangeants, ces idées qui tourbillonnent dans ma tête, qui m'assaillent sans relâche. En fait, j'ai toujours détesté le moment où l'on doit dormir. Je l'ai toujours détesté car à cet instant on se retrouve face à face avec ses pensées. Plus aucun échappatoire possible, aucune occupation pour fuir, rien. On attend un sommeil qui ne vient pas et on pense. Et plus on pense, moins on arrive à s'endormir.

Tout s'affole dans notre tête, toutes ces pensées auxquelles nous n'avons pas eu le temps de prêter attention durant la journée, ou peut-être auxquelles nous n'avons pas voulu prêter attention, reviennent à l'attaque, comme pour bien nous rappeler qu'elles existent, qu'elles sont là et ne nous lâcheront pas avant de nous avoir suffisamment torturé. Et c'est précisément pour ça que c'est pour moi le moment le plus pénible de la journée. On se retrouve piégé, et inévitablement on est obligé de penser à toutes ces choses qu'on aurait préféré oublier. Et c'est long, très long.

Mais j'ai toujours eu conscience que ces moments étaient, plus que nécessaires, vitaux. Sans eux, on accumulerait trop sans jamais rien comprendre et ce serait certainement frustrant, on finirait par ne plus bien savoir qui l'on est. On se perdrait, se dispersant dans des pensées superficielles et diffuses.

Et puis, depuis mon entrée dans la vraie vie, j'ai réussi à leur voir un côté indubitablement rassurant. En fait, ces pensées dérangeantes qui passent, ces sentiments qui resurgissent, je me suis forcée à les analyser chacun, pour tenter de mieux comprendre ce qui se passait dans ma tête. Je devais le faire, trop d'informations, de découvertes, se présentaient à moi. J'aurais fini noyé sous toute cette avalanche si j'avais laissé passer ça, sans vraiment y penser. J'analyse, je décortique tout, minutieusement. « Pourquoi ai-je pensé, ressenti cela ? », « Pourquoi ai-je agit ainsi ? », et lentement, je finis par trouver des éléments de réponse ou tout du moins, des pistes. Et c'est ça qui est rassurant.

Comprendre pour mieux affronter, pour mieux faire face, parce que finalement la compréhension est un déjà un grand pas vers la lutte. C'est peut-être la lutte elle-même. Et finalement c'est ça qui est intéressant, l'analyse. J'ai pris l'habitude de toujours tout analyser, peut-être même trop, mais quel sentiment de sécurité cela peut procurer. On a l'impression de maîtriser la chose, d'avoir un certain pouvoir sur elle. J'ai toujours voulu tout contrôler, et l'analyse, de ce côté là, m'a grandement aidé.

Enfin, le fait est que cette nuit, je me suis endormie tranquillement, paisiblement, et je n'ai eu besoin d'aucune analyse pour me rassurer. De toute façon, je sais qu'avec Sirius le temps du contrôle est révolu car tout ce qui passe depuis ces dernières semaines échappe à toute logique. Et justement, c'était ça qui était merveilleux, toute cette incohérence. Son visage flottait dans ma tête, avec toutes ces sensations et c'était comme si j'étais enveloppée dans une sorte de langueur engourdissante. Et puis pour la première fois j'ai dormi d'un sommeil serein, sans rêve et je me suis réveillée sans cette sensation de malaise habituelle.

J'ai toujours fait des cauchemars sans jamais m'en rappeler, je me réveillais juste avec la sensation désagréable que ça avait été horrible et angoissant, je me sentais mal, j'avais quelques images floues durant les premières secondes après mon réveil qui ne me rassuraient pas et puis j'oubliais définitivement tout et il n'y avait que ce malaise qui persistait. Ça aussi c'est quelque chose que je détestais. Tellement frustrant. Je ne pouvais même pas comprendre la raison de mon malaise.

Et ce matin, tout a été formidablement paisible. Plus que paisible, j'avais même une certaine sensation euphorisante, et bien sûr, je ne pouvais pas non plus comprendre d'où elle venait mais ça n'avait pas d'importance car l'euphorie, contrairement au malaise, se suffit à elle-même, on n'a pas besoin de se préoccuper de ses éventuelles causes. Et puis, de toute façon, j'ai une vague idée sur la question... Ou en fait, non, ce n'est pas qu'une vague idée, bien entendu. Je sais parfaitement qui me met dans un tel état.

Et puis le court de mes pensées est interrompu alors que je remarque quelqu'un s'asseoir à côté de moi. Sonia. Elle me demande immédiatement, fébrile :

- Alors, pour les vacances, tu y as pensé ?

J'en étais sûre. J'acquiesce. Oui, j'y ai pensé, et même bien pensé. Et ça n'a pas été évident du tout. Et j'en suis arrivée à cette conclusion, étonnante venant de moi et encore pleine de doutes :

- C'est d'accord. J'accepte de tenter l'expérience.

Alors qu'elle saute de joie, ses boucles de cheveux rouges dansant autour de son visage dans son exubérance, et qu'elle s'exclame « Fantastique !! Je le savais ! », je tente de me rappeler comment j'en suis venue à cette décision qui me paraît un peu surréaliste actuellement.

En fait, je me suis peut-être un peu forcée. J'aime beaucoup Sonia mais l'idée de passer toutes les vacances de Noël avec elle et sa mère m'a quelque peu... stressé. Surtout que je suppose qu'on ne va pas non plus rester cloîtrées à la maison, on sortira certainement, ce qui veut dire que je vais être en contact avec des personnes que je ne connais pas, peut-être même que je devrais parler avec elles, enfin je vais devoir me rendre sociable. Et c'est ça qui me fait assez peur.

Je suis par nature maladroite, taciturne et solitaire alors une expérience de ce genre relève pour moi d'un grand défit. Celui de vivre avec les autres sans me sentir en permanence mal à l'aise ou gênée, sans gaffe et autres situations embrassantes auxquelles je semble beaucoup trop souvent abonnée.

Je n'arrive pas à transmettre ce que je voudrais transmettre, mes mots à l'oral expriment mal ou confusément ce que je voudrais dire et je me sens trop souvent frustrée de ne pas être arriver à avoir le comportement que je voudrais avoir. Mais il est tellement dur d'arriver à définir quel comportement il convient d'adopter suivant les situations ou les personnes tout en étant authentiquement soi-même. Chez beaucoup c'est naturel, quelque chose de spontané, une sorte d'instinct, pas chez moi.

J'ai vécu trop souvent seule, recluse, pour avoir ce genre d'instinct qui s'acquiert avec la vie en société. Moi, je dois réfléchir à tout. Que dois-je faire, que dois-je dire, comment réagir ? Le problème c'est que je n'y réponds pas forcément correctement, car ça va trop vite pour moi. Je ne peux pas apporter des réponses si rapidement alors que les autres, avec leur instinct, réagissent quasiment immédiatement à la situation, s'adaptant bien plus vite que je ne peux le faire.

Alors, je vais devoir apprendre tout ça. Apprendre à vivre avec les autres, réellement, au quotidien, parce que ma solitude m'a trop handicapé et même si ces dernières semaines j'ai fait d'énormes progrès, je suis consciente que j'en ai encore beaucoup à faire. C'est pour ça que, finalement, partir durant quelques temps chez Sonia est une épreuve idéale si je veux continuer à aller de l'avant. Peut-être que, alors, je comprendrai un peu mieux ces mécanismes obscurs qui régissent les comportements humains, les relations avec les autres.

Oh, je ne me fais pas d'illusions, j'ai compris depuis longtemps qu'il n'y a pas réellement de mode d'emploi. Après tout, la vie n'est faite que d'imprévus, mais je suis persuadée que si je le veux vraiment, je pourrais trouver les outils pour m'en sortir un peu mieux, pour prendre plus de poids dans cette vaste bataille. Ma volonté peut beaucoup. Il ne faut jamais que je l'oublie. Bien sûr, je dois admettre qu'une certaine partie de tout ça est inné. Il y a des gens qui, depuis leur plus petite enfance, se sont toujours sentis à l'aise dans le monde, simplement dotés de cette chose commune qui est le sens de la vie en société et il y en a d'autres, comme moi, minoritaires, qui ont toujours été lésés et qui l'ont toujours su, comme une sorte de conviction profonde.

Ceux là, très tôt déjà, ils se posent bien trop de questions dérangeantes qu'aucun autre enfant ne se pose, et ça gamberge dans leur tête parce qu'ils entrevoient que le monde ne tourne pas rond. Ils savent et comprennent beaucoup trop de choses avec une lucidité effrayante pour leur jeune âge. Mais ils savent aussi que personne ne pourrait vraiment les comprendre et pour cette raison, ils gardent toutes ces réflexions pour eux, bien enfouies, même si chaque jour ils y pensent, elles sont bien là, et ils savent également que si personne ne peut les comprendre, eux-même ne pourront jamais tout à fait comprendre les autres.

Evidemment, aux yeux de tous les autres, ils s'efforcent d'oublier un moment toutes ces choses étranges qui se passent dans leur tête et finalement, on les perçoit juste comme de petits enfants innocents, des enfants comme tous les autres. Et parfois ils voudraient bien pouvoir l'être. Oh, ils trouvent toujours une parade pour s'accommoder de leur condition mais eux-même n'y croient pas entièrement. Tantôt, ils prennent le parti du dédain, tentant d'ériger leur différence en supériorité, faisant d'eux des êtres exceptionnels sous la protection d'une fierté pourtant vacillante, tantôt ils choisissent la fuite, essayant le plus possible de s'occuper, d'être actif, pour ne pas avoir à faire face à leurs pensées, et ça fonctionne... un court moment.

Il y a toujours quelque chose, n'importe quand, pour leur rappeler qu'ils sont « anormaux ». Et inutile de tenter de les convaincre que la normalité n'existe pas, ils ne se sentent simplement pas comme les autres, et c'est ça qu'ils appellent "anormalité", se dégradant ainsi bien volontiers, mais restant persuadés qu'il s'agit simplement d'une réalité tout à fait objective.

Et avec le temps cette conviction s'ancre, elle devient une vérité pure et simple à mesure que les questions, elles aussi, grandissent, que leur regard sur le monde se fait plus lucide que jamais, d'une clairvoyance toujours plus aiguisée.

Le peu de fois où ils tenteront un dialogue avec l'Autre, ils le trouveront sans consistance, ennuyeux et stupide, et finiront par abandonner, déçus par leur ignorance et l'énergie qu'ils dépensent à se maintenir aveugles.

Et puis finalement, ils découvrent un jour que, sans s'en rendre bien compte, ils ont plongé dans un abjecte mal de vivre, un mal-être même, qui s'est attaché à eux, s'y est incrusté pour ne plus jamais s'en aller.

Ils se rendent compte qu'ils ont étreint la solitude, cette grande dame tentatrice et dangereuse sans bien s'en apercevoir, ils se rendent compte qu'ils ne sont pas véritablement dans le monde, que leur vie passe devant eux, eux les spectateurs silencieux qui ne préfèrent surtout pas s'aventurer à y prendre part car ils ne savent pas bien comment faire et enfin, ils se rendent compte qu'ils ont la nausée.

J'ai toujours été de ceux-là. Et aujourd'hui encore, je dois me battre pour ne pas retomber, car cette partie de moi est toujours là, à chaque instant, et guette le moment où elle pourra refaire surface, avec plus d'impact encore. Ces dernières semaines j'ai appris à l'étouffer, ce n'était pas naturel, j'ai dû me forcer, avec beaucoup de mal, mais ça en valait la peine. J'ai découvert à quel point tout est tellement plus intense, comme mis en relief, sans ce foutu mal de vivre. Jamais je n'aurais pu imaginer prendre ainsi part à la vie.

Je me suis sentie actrice, réellement, plus uniquement spectatrice et c'était infiniment mieux. Il faut beaucoup d'énergie mais le jeu en vaut la chandelle. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir vivre de cette façon, loin des tourments quotidiens, emportée dans un flot libérateur... Oh, je ne cherche pas à me bercer d'illusions, le monde m'apparaîtra toujours d'une manière différente de celle des autres, et tant mieux, faire partie de la masse m'aurait répugné mais je veux seulement vivre, vivre vraiment sans que ça m'étouffe.

Et je suis entrain d'y parvenir, je le sens, et je dois beaucoup à Sirius pour ça. En fait, je crois que sans lui, rien de tout ça n'aurait été possible.

Perdue dans mon monologue intérieur, je n'ai même pas remarqué la salle se remplir et les élèves affluer de toutes part. Les yeux dans le vague, je regarde sans vraiment les voir tous ces Autres qui vont et viennent, s'installent et repartent, comme un flot incessant. Et puis, au milieu de la foule, je l'aperçois. Je sors de ma léthargie et je crois que ça devait être ce que j'attendais sans le savoir, le voir, ne serait-ce qu'un instant. Alors, je comprends. Quelque part, en chemin, Sirius a du devenir la raison pour laquelle j'ai décidé que vivre, vivre réellement je veux dire, en valait la peine. Mon regard se perd sur sa nuque, son cou, sa bouche, sans bien savoir où se poser, comme s'il voulait le capturer tout entier. C'est un peu comme si tous mes sens venaient de s'éveiller brusquement et s'alarmaient tous à la fois dans une frénésie incontrôlée. Je ne voudrais plus jamais le lâcher du regard.

J'aime sa démarche nonchalante, sa cravate mal nouée qui lui donne ce quelque chose de provocant, et ce sourire désabusé...

- A ta place, j'arrêterai de le fixer de cette manière là si je ne veux pas me faire griller...

Je sursaute, m'étouffant à moitié avec mon pudding et reporte mon regard sur elle, totalement ahurie et incrédule.

- Qu'est-ce que... qu'est-ce que tu veux dire ?

J'aurai peut-être dû prendre le temps de me ressaisir. Le ton neutre était raté, et même plus raté que jamais, ce qui est un comble aux vues de mon expérience en la matière. Sonia continue pourtant sur sa lancée, tranquillement, faisant semblant de ne pas m'avoir entendu.

- Enfin, moi je dis ça, je dis rien... Le moment me paraît seulement peu stratégique...

Cette fois, je prends le temps de me calmer avant de réagir de manière irréfléchie. Elle ne peut pas savoir. Personne d'autre que nous n'est au courant. Et pourtant, je ne peux pas le nier, l'évidence est là, elle sait. Il n'est même pas nécessaire de tenter de mentir, ce serait totalement vain. Et puis je prendrais le risque de la vexer... Je jette un rapide coup d'oeil aux alentours, trois places vide entre nous et nos voisins qui discutent avec animation, les risques d'être entendues sont minimes, et qui plus est, aucun nom n'ayant été cité, cette conversation pourrait bien être à propos de tout et n'importe quoi. Murmurer attirerait l'attention, alors je demande simplement, d'une voix aussi posée que possible :

- Comment sais-tu ?

Son sourire s'élargit, elle a visiblement l'air contente que je n'ai pas tenté de nier.

- J'ai deviné. Je suis assez observatrice... Cela dit, tout à l'heure, même un myope aurait compris...

Je regarde autour de moi nerveusement, soudainement paniquée qu'on ai pu me percer à jour si facilement quand Sonia, remarquant certainement mon angoisse, reprend :

- Oh non mais ne t'inquiètes pas, si ça peut te rassurer, je dois dire que tout le reste faisait plutôt sacrément bien illusion. Moi-même, j'avais des doutes depuis un moment mais je n'ai vraiment compris qu'hier. Pour quelqu'un qui ne te connaît pas bien, tu le détestes et lui aussi.

Elle rit franchement et s'écrit :

- C'est d'ailleurs marrant de s'imaginer que toi et lui, vous...

Mon regard noir la stoppe dans son élan et elle finit sa phrase par un « Oui enfin bon, bref ».

- J'ose à peine te demander si je peux compter sur ta discrétion...
- Bien sûr que si. Tu sais, lorsqu'il s'agit de sujets sérieux, je sais aussi ne pas trop en dire, ce qui est quand même un exploit, je dois bien l'avouer.

Je la remercie simplement et finit de déjeuner, songeuse. Je dois être vigilante. Une autre imprudence de ce genre pourrait bien me coûter cher... Sirius est définitivement une tentation dangereuse. Et ça fait justement partie de ce qui m'attire chez lui.

_____________________



Depuis près d'un quart d'heure, Sirius et Potter sont particulièrement insupportables et je me demande quand le prof va bien finir par craquer. Potter fait du charme à une fille devant lui en parlant beaucoup trop fort, alors que Sirius observe le manège avec amusement, griffonnant distraitement je ne sais quoi sur un bout de parchemin, balançant légèrement sa chaise d'avant en arrière d'un air insolant, tout en regardant de temps à autre par la fenêtre, profondément ennuyé. Et moi, je dois rassembler toute ma volonté pour me forcer à ne pas le regarder trop longtemps, car je trouve simplement ça formidablement irrésistible, stupidement.

Potter l'interpelle, lui chuchote quelque chose, à la suite de quoi il hoche la tête et affiche un sourire diabolique et je me dis que ces manigances ne présagent vraiment rien de bon. Je m'aperçois bien vite que je ne me suis pas trompée.

Ils pointent leur baguette en direction d'une pauvre fille qui a le malheur de se trouver juste à leur gauche et bientôt sa plume se métamorphose en une grosse araignée particulièrement velue qui entreprend de grimper le long de son bras alors qu'elle se met à un hurler, terrifiée, se levant précipitamment et gesticulant dans tout les sens pour tenter de se défaire de la pauvre bête.

Sirius et Potter sont écroulés de rire sur leur table, comme une bonne partie de la classe, hormis quelques filles relativement pâles. Il ne fait aucun doute quant-à l'identité des fauteurs de troubles et le professeur ne tarde pas à crier d'un seul trait, dans une sorte d'automatisme que chaque prof a finit par adopter :

- Potter Black !!! Assez !

En effet, « Potter Black » semble presque ne faire plus qu'un seul nom dans la bouche des professeurs, tellement habitués à leur complots répétés, à cette alliance inébranlable qui dure depuis à présent plus de six ans, qu'ils ont finit par ne plus vraiment les dissocier l'un de l'autre.

Le prof s'apprête à continuer sur sa lancée quand un ultime cri suraiguë de la fille le coupe. Celle-ci, désespérée, fait un brusque mouvement de bras éjectant enfin l'araignée qui se retrouve propulsée sur... mon bureau. Etrangement, le vacarme se stoppe, alors que je ne réagis même pas. Je la fixe, alors que celle-ci se précipite dangereusement vers moi. Pas le moins du monde inquiétée, je repose lentement ma longue plume noire et me saisis de ma baguette pour enfin prononcer clairement le contre sort.

L'araignée se transforme de nouveau immédiatement en une grande plume blanche. Je me lève tranquillement, et la rend à la fille qui, encore tétanisée, balbutie un bref « merci ». Je retourne à ma place alors que j'ai juste le temps d'apercevoir, le temps d'une fraction de seconde, un regard brûlant de Sirius.

Le prof semble enfin se réveiller et il se met brusquement à beugler :

- C'est inadmissible ! Absolument inadmissible ! Trente points en moins pour Gryffondor ! Deux heures de retenues chacun ! Et je vous préviens, si vous osez encore ouvrir la bouche, ne serait-ce qu'une seule fois, vous serez renvoyés de cours et vous aurez à vous expliquer chez le Directeur !
- Oh vraiment ? Demande Sirius d'un air parfaitement odieux, alors que je me demande ce qu'il cherche exactement pour pousser à ce point le prof à bout.
- Je vous avais prévenu ! Black, chez le Directeur immédiatement ! Rugit le prof, hors de lui.

Sirius a l'air immensément fier de lui, et il affiche un sourire vainqueur que j'ai dû mal à comprendre. Pourquoi se réjouit-il tant de s'être fait renvoyer ? Il lance un regard de suffisance à la classe, désormais silencieuse et admirative, puis le prof ajoute :

- Il me faut quelqu'un pour l'accompagner !

Il scrute la classe alors qu'une bonne dizaine de mains de filles se lève précipitamment, trépignant d'envie, le regard plein d'espoir. C'est d'un pitoyable. Bien sûr que moi-même, je ne dirais pas non, que j'aimerais le retrouver, encore une fois, mais jamais je ne me serais abaissée à pareille comédie, et surtout, jamais je ne l'aurais avoué. Ces filles sont d'une servilité affligeante. Et quel mépris elles m'inspirent.

Le prof secoue la tête, agacé, et alors que je lance un regard plein de dédain à la vue de ces dindes qui soupirent de déception, il s'exclame :

- Miss Parker ! Vous allez l'accompagner.

Surprise, je m'efforce de ne rien laisser paraître de ma soudaine agitation, ou plutôt, de mon impatience toute fébrile et c'est avec l'indifférence la plus totale que je sors à la suite de Sirius.

____________________________________________________________




Je n'ai pas pu m'en empêcher, c'était plus fort que moi, peu importe les retenues, ça ne m'a jamais arrêté, et c'est ça qui rend les choses si excitantes. Je savais qu'il la choisirait elle plutôt que ces greluches trépignantes. Il fallait que je la retrouve, le prix à payer n'a aucune importance.

A peine a-t-elle refermé la porte que je l'entraîne déjà seulement quelques mètres plus loin, la fait reculer doucement jusqu'au mur, nos regards brûlants se croisent et, avec une impatience que je ne me suis jamais connu, le coeur battant, je me penche pour l'embrasser fiévreusement, ne tentant même pas de refouler cette sorte d'urgence passionnée qui me rend dingue. Ses mains se glissent derrière mon cou, jusque dans mes cheveux et je réalise que ça me fait frissonner. Puis, tandis que je resserre l'étreinte, je me sens totalement électrisé, je n'arrive plus à penser à rien, je peux juste me demander comment j'ai pu vivre en ignorant qu'un truc pareil puisse exister et me dire qu'il ne peut pas y avoir mieux, ni plus intense que ça parce que ça, ça veut définitivement tout dire. Je deviens incohérent je crois.

On se sépare finalement à regret, pantelants, et elle parvient à murmurer, les pupilles dilatées, une lueur folle dans les yeux :

- Tu sais que c'est dangereux ? N'importe qui peut surgir à tout moment, et nous voir. C'est beaucoup trop risqué. Et ce n'est vraiment pas sérieux.

- Je m'apprête à répliquer quand elle ajoute, les lèvres encore rougies :

- Mais peu importe, j'adore ça. Tu ne voudrais pas recommencer ?

Stupéfait, je me reprends bien vite et réponds malicieusement :

- Faut voir...

Je me penche doucement, effleure du bout des lèvres la peau laiteuse de ce cou tendre, remontant lentement jusqu'à ses lèvres tandis que ma main caresse légèrement son bras, et je murmure enfin :

- De toute façon, même si je le voulais, je ne pourrais pas résister, pas maintenant alors que j'en ai déjà largement l'occasion chaque jour...

Je l'embrasse une nouvelle fois et réalise en même temps que j'ai perdu tout sens commun de la réalité. Je me sens grisé comme jamais. Sa peau a le goût du risque, de l'ivresse, de l'avidité et d'un tas d'autres trucs absolument inimaginables. Elle murmure contre mes lèvres :

- Serre-moi fort.

Je crois que je n'attendais que ça. Je me colle alors un peu plus contre elle et elle ajoute, d'une voix pleine d'avidité et de détresse, que je ne lui connaissais pas :

- Plus fort.

Alors, je la serre fort, très fort contre moi, et je crois que je pourrais rester des heures comme ça, même jusqu'à mourir étouffé. Aucune étreinte au monde ne peut être mieux que celle-là.

Et puis mes divagations sont interrompues alors que j'entends des bruits de pas au loin, on se sépare rapidement, conscients que tout pourrait rapidement très mal tourner si quelqu'un venait à nous découvrir. On se sourit malicieusement, et je sais qu'elle a la même idée que moi. Brusquement, je lui prends la main et on se met à courir comme des fous. Je ne sais pas vraiment où l'on va, ça n'a pas bien de sens ni de fin mais peu importe, c'est ça qui est enivrant. Il faut courir, toujours, s'exalter, sans se préoccuper du reste.
Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=6872