- Vous me traitez de lâche, Potter ? by Kedra
Summary: Instantanés de vie, celle de Severus Snape. En hommmage aux indices de JK Rowling et à la profondeur du personnage. [Les chapitres sont +ou- indépendants les uns des autres]
Categories: Biographies Characters: Severus Rogue
Genres: Tragédie/Drame
Langue: Aucun
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 4 Completed: Non Word count: 7990 Read: 2764 Published: 21/06/2007 Updated: 02/05/2010
Vous deviendrez une proie facile by Kedra
Author's Notes:
Revoilà Tobias et Eileen.
Devrait suivre un texte sur les Maraudeurs, mais, comme j’écris à la volée à cause de l’approche du 21, peut-être éditerais-je en priorité à un texte sur l’incontournable épisode de la pleine lune.


Quoi qu’il en soit, j’espère que mes phrases ne sont pas trop pénibles à lire !


Vous deviendrez une proie facile...


--------------------------------------------


« Les épaules rondes mais le corps anguleux, il avait une démarche saccadée qui faisait penser à une araignée et ses cheveux graisseux voletaient autour de son visage au rythme de ses pas. » (JKRowling in OdP, 28)



--------------------------------------------



Les eaux sales de la rivière et de l’usine coulaient non loin du carré de terre et d’herbes qui formaient le jardin de la maison des Snape. Severus les remontaient souvent jusqu’aux briques rouges de l’usine. Un jour, son père avait eu envie de lui parler. Tobias lui avait décrit l’art des tisserands, le travail des vieux métiers qui faisaient la fierté des jeunes apprentis. Il avait longuement parlé des tisseurs, ceux qui filaient le doux coton et fabriquaient le lin rude. Chacun d'entre eux était l'infime pièce nécessaire à un mécanisme complexe qui le dépassait ; l'ouvrier appartenait à son œuvre, comme l'alchimiste à son grand œuvre. Il avait parlé de ces bras qui, dans l'ombre des ateliers, à force de méthode, de patience et de labeur, transformaient geste après geste des flocons de brume en fils et les fils en maille et la maille en tissu. Il avait parlé de ces petites mains précises et expertes qui se tannaient dans un long travail minutieux et ingrat, de l’allégeance de ces serviteurs silencieux qui venaient le jour, la nuit, faire acte d’abnégation à la vieille usine, cette araignée géante qui leur faisait courber le dos pour tisser les mailles du filet dans lequel ils étaient pour finir mangés, comme des mouches insignifiantes, tombées pour elle, l’hideuse mante religieuse qui se nourrissait de leurs vies et de leur misère.

Severus avait été intéressé par la science des teinturiers. Il avait aimé revenir observer la synergie changeante des ingrédients, des couleurs, des textures, des épices et des huiles, qui se mêlaient dans les grandes cuves en dégageant une odeur fétide et des vapeurs insalubres.

Mais dans le noir profond des yeux de son fils, Tobias lui avait lu le mépris qu’il devait lui inspirer. Les mêmes yeux que sa mère, la sorcière. Il se défendait de sentir son orgueil blessé. Oh, ce gamin, qu’il aurait voulu lui transmettre quelque chose, lui apprendre à être un homme. Mais son fils, il ne pouvait le voir comme son fils. Oh, bien sûr, pas de doute sur la paternité. Il lui avait transmis son nez, et ses cheveux, mais il aurait bien voulu retrouver davantage de lui, en ce petit personnage bizarre. Il ne lui ressemblait en rien d’autre – tout maigrichon et torve comme une loche, maladif et pâle comme la lune. Et il ne semblait pas avoir besoin de lui, avec tous ses livres auxquels il ne comprenait rien, à marmonner des mots qui n’avaient aucun sens, avec son air sournois et méfiant à toujours chercher à se cacher de lui. Le gamin avait tout de sa mère, revêche, renfrogné, silencieux, cachotier, étrange, louche. Il restait dans ses jupes et on pouvait pas le dire, que sa femme et lui, ils partageaient la même vision de l’éducation des mômes. Il fallait toujours qu’ils se disputent depuis la naissance de ce mioche. Elle avait voulu n'en faire qu’à sa tête au départ, en faire un « vrai Prince », répétant qu’il sera un grand, un puissant sorcier. Tobias s’était senti humilié. Lui, il avait bien expliqué que si elle voulait un vrai père pour son enfant, elle devait accepter de l’élever à sa manière et pour commencer, de faire disparaitre toute magie de sa maison. Eileen avait concédé l’absence de baguette à son mari. Mais derrière le dos de celui-ci, la fausse convertie avait continué de concocter des breuvages et des pommades dans ses casseroles. Tobias était resté aveugle sur la question. Elle était très utile, leur cuisine, pour faire disparaître la gueule de bois et l’aider à ne plus voir les traces de sa violence. Il ne buvait pas tant que ça, oh, qu’elle était fielleuse de mauvaise foi – toujours à lui faire des reproches, avec son silence insupportable, ou à pleurnicher comme son morveux, un vrai geignard, et une vraie teigne, lui aussi.

Son fils lui échappait et il ne savait quoi faire de lui. Il n’était vraiment pas ce qu’il aurait voulu. Il le mettait mal à l’aise et lui faisait perdre patience, et il avait été heureux de le laisser filer à ses onze ans. Mais Eileen aussi était partie. Le même jour, elle lui avait dit qu’elle avait juste attendu de voir Severus à l’abri pour le quitter, lui. Elle avait disparu et il était resté seul avec ses petits boulots et ses fidèles bouteilles.

Severus avait, quant à lui, reçu une lettre à son arrivée à Poudlard, la seule et unique, accompagnée d’un paquet. Sa mère lui annonçait en une phrase son départ de l’impasse du Tisseur, l’assurant qu’elle reviendrait le voir. Dans le paquet, il trouva le vieux livre de potions de sa mère, celui qui avait si bien servi chez eux.

Il avait dû rentrer dans l'impasse du Tisseur pour les vacances. Y supporter son père que l’alcool gâtait de nuit en nuit et de jour en jour y attendre le retour de sa mère. Le monde sorcier ignorant qu’Eileen était partie, il pouvait lancer de petits sorts sans être inquiété par la restriction de l’usage de la magie chez les sorciers mineurs. La plupart du temps, il s’enfermait dans sa chambre pour que son père n’y pénètre pas. Là, durant des heures, il regardait le plafond et comptait les mouches. Les tuer, c’était un passe-temps comme un autre. Au moins, il y passait ses nerfs. Cela entrainait sa précision et sa concentration dans les sorts. Et en magie, pour tuer, même des mouches, il fallait en aiguiser la volonté. Dans sa tête d’adolescent colère, il s’imaginait enfin faire tomber ses ennemis surpris les uns après les autres, d’un geste sublime et rageur.

Mais il rangeait sa baguette sur une haute étagère de l’armoire de sa chambre, quand la faim l’obligeait à finalement affronter son père, quand il espérait que celui-ci se serait endormi ou écroulé. Il craignait ses propres réactions s’il gardait une telle arme face à son père...Parce qu’alors, il l’aurait bien trop vite prise, la mouche. Le mépris et la rancœur qu’il éprouvait pour Tobias étaient allés grandissants.

Eileen, quant à elle, ne revint jamais. L’attente déçue et l’incertitude, puis le poids de la perte et le sentiment d’abandon, la sensation de culpabilité et de douleur le consumaient autant que le faisait l’alcool que consommait son père en remède à ses propres maux.

Mais Severus ne faisait plus de potions contre la gueule de bois et ne cherchait plus à soulager la souffrance et les blessures avec de simples baumes. En matière de magie, il était passé à un autre niveau. Sa magie, pour lui, c’était une arme, son arme, et il l’aiguisait patiemment, attendant son heure. Alors, il apprenait, puisqu’il était décidément seul, résolu à s’en sortir par ses propres moyens. Alors, il apprenait à évacuer dans son esprit ses émotions, les unes après les autres, à tuer dans son cœur l’attachement et le besoin. Il apprenait à oublier, à s’endurcir, à devenir fort, à se battre et à résister.

L’araignée écraserait ses misérables moucherons. Lui, il ne serait pas un de ces insectes, bruyants et stupides, un de ces parasites, qui ne savent que voler bêtement à longueur de journée, parader à la lumière, se nourrir du miel et des sucreries de l’existence. Lui, il serait l’araignée rampante le long des murs, silencieuse et souple, l’araignée funeste et inquiétante, le noir prédateur des coins sombres qui aura tissé lentement mais sûrement son piège invisible.

Il oubliait que même la plus grande des araignées a ses faiblesses. La peur du plus grand des serpents.


Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=8589