- Vous me traitez de lâche, Potter ? by Kedra
Summary: Instantanés de vie, celle de Severus Snape. En hommmage aux indices de JK Rowling et à la profondeur du personnage. [Les chapitres sont +ou- indépendants les uns des autres]
Categories: Biographies Characters: Severus Rogue
Genres: Tragédie/Drame
Langue: Aucun
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 4 Completed: Non Word count: 7990 Read: 2791 Published: 21/06/2007 Updated: 02/05/2010
Que votre esprit soit vide et paisible by Kedra
Author's Notes:
Ce texte, comme les autres chapitres, a été écrit avant les "Reliques de la Mort". Je n'ai pas continué d'écrire... Excusez-moi donc pour la fic interrompue. Merci à tous ceux qui ont laissé des reviews, j'ai été très touchée de les recevoir.
Que votre esprit soit vide et paisible

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« Rogue regarda dans la Glace à l'ennemi où sa propre image,
le regard flamboyant fixé sur le centre de la pièce, était toujours visible. »
(CdF, chap. 35)


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Envoyé au bureau du directeur. Par Slughorn. Cette sale limace. Stupide Veracrasse de Slughorn, un bonhomme étroit, vaniteux, un moelleux, un bâfreur, sans envergure personnelle. Ils s'ignoraient superbement, avec son directeur de Maison, pour cause –leurs seuls rares échanges étaient des regards brefs, méfiants et silencieux, que ce sabot ventru de petit professeur agrémentait de grossiers froncements de sourcils réprobateurs. « - Ah, Mr Snape, vraiment ! Gâcher ainsi vos talents et perspectives par de si mauvais penchants ! Vous finirez mal, mon garçon, souvenez-vous de ce que je vous dis. »


Slughorn l'avait pour élève et croyait bien le connaitre. Comme il croyait bien connaître chacun de ses élèves, et surtout, savoir comment il finirait. Slughorn s'en faisait une mission, et surtout une gloire supplémentaire, de voir d'avance et loin. Et sans faillir, bien sûr. Ses élus, il les bichonnait comme des poulains prometteurs. Mais les sales rosses comme lui, l'obscur et laid Severus Snape...Ceux qui ne paient pas de mine, sans naissance et sans relations...Et surtout qui ne le courtisaient pas assez, à le couvrir de flatteries et d'ananas confits ...- il se faisait un point d'honneur également, à ne jamais s'en occuper.


Jusqu'ici, en toute bonne foi bien sûr, Severus ne s'en était pas plaint : moins on s'occupait de lui, mieux il s'en trouvait généralement. Mais là, il avait fallu que Slughorn le surprît en flagrant délit d'administration d'une petite concoction toute personnelle. Sans grand intérêt à dire vrai, mais dont il aurait eu peine à revendiquer l'heureuse raison d'être. Ce n'était pourtant pas la première fois que Slughorn le reprenait pour usage illicite de sorts, potions ou livres suspects. Cela ne justifiait pas le dérangement du directeur, bon sang. S'il se faisait renvoyer chez lui...Non. Pas pour ça en plus, un simple test pratique. Mais il se trouvait que cette fois-ci, Slughorn l'avait longuement interrogé sur la composition de la lotion qu'il avait appliquée la veille à son cher voisin de dortoir Melton Bulstrode, puis, après le diner, l'avait averti du fait qu'il était attendu par Albus Dumbledore en personne, dans son bureau, au sujet de sa petite « blague ». Severus avait reniflé et grimacé. Il en avait le sentiment : Dumbledore et lui ne partageaient pas le même sens de l'humour.


Dans le bureau du directeur, pas de directeur. Mais une quantité d'instruments hétéroclites et de livres qu'il aurait volontiers analysés en profondeur. La pléiade des anciens directeurs semblait somnoler tranquillement au fond de leurs tableaux. Avec précaution, il s'approcha silencieusement d'une des armoires pour y mieux regarder une étrange bassine ronde en pierre d'où sortait une douce lueur argentée. Un bruit sec le fit tressauter et se tourner. Le phénix de Dumbledore, sur son perchoir, le regardait en coin. Severus lui rendit son regard, pour lui clouer le bec, et haussa les épaules. Par Salazar, cette volaille au plumage tout roussi a des yeux d'humains, plus intelligents même que beaucoup de ces derniers. Severus leva alors les yeux sur l'étagère supérieure. Même le Choixpeau semblait l'épier maintenant. Machinalement, il tendit vers lui ses longues phalanges blanches et s'en couvrit la tête.


- Oh, quelle surprenante surprise. Severus Snape. Je me souviens bien de vous, mon garçon. Aucun doute sur votre maison, et vous-même n'en voudriez pas changer. Appliqué et travailleur comme un Poufsouffle, mais pas assez solidaire, trop individualiste. Intelligent et curieux comme un Serdaigle, mais pas par amour de la science – celle-ci n'est qu'un moyen d'arriver pour vous. Impétueux comme un Gryffondor, mais sans le goût de l'aventure. Vous êtes bien trop sérieux, mon garçon... Enfin, avec un tel instinct de conservation et une telle détermination, une telle rage de faire ses preuves et de telles ressources d'adaptation, vous êtes réellement un Serpentard pur-sang, Mr Snape.

- « Pur-sang »,
répondit dans un sifflement le jeune homme en reposant le vieux chapeau d'un geste agacé. Va dire cela aux anciens de Serpentard qui pour mon sang me refuseront dans leurs rangs malgré mes si nombreuses ressources !


- Eh bien, vous m'accompagnerez bien pour une tasse de thé, jeune homme ?


Dumbledore était déjà assis à son bureau. Il regardait son jeune élève d'un air calme et ouvert, comme à son habitude. Mécontent de ne pas l'avoir entendu entrer, et méfiant devant cette proposition qui ne respectait en rien la hiérarchie admise, l'inquiet Severus, lui, fulminait intérieurement, comme à son habitude.


- Allons Mr Snape, vous semblez d'humeur tendue aujourd'hui. Ne vous détendriez-vous pas autour d'un bon thé ? Bergamote, citron ? Ou une petite infusion aux coquelicots? Avec un peu d'ananas confits ?


Severus hocha brièvement de la tête et s'assit sans rien répondre ni boire. Rien de pire que les amabilités hypocrites.


Après un lourd silence durant lequel le regard du plus vieux fixait celui du plus jeune qui le fuyait, le directeur de Poudlard reprit la parole :


-Mr Snape, le professeur Slughorn m'a depuis longtemps fait part de vos capacités en potions. Il semble que vous ayez à nouveau attiré son attention avec votre dernière trouvaille, cette lotion de distorsion rapide...Améliorer la potion traditionnelle et la transformer en lotion efficace par simple inhalation dans un mouchoir, très pratique...Je suppose que vous savez adapter ce procédé à d'autres, mmmh, remèdes, n'est-ce-pas ?


Severus serra les dents. Il se méfiait énormément des compliments qui ne devaient pas en être. Il préférait la méthode des réprimandes franches, nettes et immédiates.


- Très ingénieux en tout cas, continua Dumbledore avec un calme qui faisait de plus en plus perdre le sien à Severus. Je suppose qu'on vous doit, outre la déformation faciale dont est subitement atteint votre camarade, l'étrange épidémie de tremblements ayant sévi dans les rangs des Serdaigle de 7ème année lors de la période des derniers examens, ou encore le mystérieux épisode des écoulements lacrymaux et nasaux perpétuels de MM. Pettigrew, Potter et Black. Et ah, le je-dois-dire irrésistible Levicorpus qui fait rage dans tout Poudlard depuis déjà plusieurs semaines?


Severus s'était finalement senti une grande envie de thé et avait plongé nez et yeux dans le fond de sa tasse. Est-ce qu'on lisait aussi l'avenir dans les fonds de sucre cristallisé ? Il détestait définitivement le sucre. Et si Dumbledore, ce vieux naïf illuminé, il attendait de sa part l'expression d'un remords sincère, eh bien il pouvait être indéfectiblement sûr qu'il regrettait en effet, amèrement, - d'avoir loupé Lupin dans le lot. Pomfresh avait mis des heures à trouver le bon remède, ils en avaient pleuré du sang, à ce qu'on avait dit. Quant à Bulstrode, le résultat était plutôt à son avantage, finalement, alors, il devrait plutôt lui en être reconnaissant. Mais en sentant peser le nouveau silence du directeur, il releva finalement les yeux pour constater avec stupéfaction le semi-sourire amusé du vieux professeur. Mais qu'est-ce qu'il y avait donc de drôle ?


- Vous savez, Mr Snape, reprit celui-ci avec douceur. Le professeur Slughorn n'est pas le seul à avoir observé vos talents et votre inventivité. Vos professeurs de Défense contre les forces du Mal et de Sortilèges, et, je dois ajouter, notre infirmière et notre concierge, m'ont déjà convaincu de vos capacités. Même si je suis certain que nombre de vos découvertes sont restées anonymes.


Severus serrait maintenant les poings, mais regardait de front le directeur, les yeux enflammés. S'il croyait qu'il allait se laisser intimider, lui, par cette bande de cornichons qui lui dispensaient habituellement leurs cours, alors là...Et allait-il enfin cracher le morceau, le vieux tordu ? Albus Dumbledore avala une gorgée de thé, puis poursuivit sur le même ton tranquille :


- J'apprécie la créativité, dans la précision et la maîtrise, Mr Snape, et la magie dont on use à bon escient. Toutefois, certains des ingrédients que vous avez dû employer ne devraient pas être tombés dans les mains d'un sorcier de 1er cycle. Mais tant que vous maitrisez les dosages et ne dépassez pas certaines limites... Bien sûr, notre rôle en tant qu'enseignants est de fixer les règles, mais nous savons fermer les yeux sur nombre de petites infractions et joyeuses incartades qui font aussi la vie de notre belle école. Car la jeunesse a besoin de se défouler et de s'exprimer !


Dumbledore avait l'air cette fois franchement attendri à l'évocation des « joyeuses incartades de la jeunesse ». Severus lui se demandait où se fixaient exactement les limites admises des petites infractions et joyeuses incartades pour certains Gryffondor de sa connaissance. Albus Dumbledore devait trouver amusantes leurs « incartades » édifiantes -d'inanité- et stupéfiantes --d'infantilisme-.


- D'ailleurs, savez-vous que le professeur Slughorn, qui vous considère comme un de ses plus brillants élèves, a pensé à vous nommer préfet de votre maison cette année ?


Cette fois, Severus eut un doute. Le directeur de Poudlard ne l'avait-il pas vraiment convoqué pour ne pas manger seul ses ananas confits en l'absence de son cher directeur de Maison ? Et était-il donc vrai que ce gros morse de Slug avait eu assez de finesse pour remarquer qu'il valait tout de même plus que les autres crétins de sa classe ? Alors qu'il l'avait implicitement accusé de copier les idées d'Evans (ce qui était seulement à moitié vrai) et écarté de son petit groupe d'Elus sous le prétexte minable du nombre de plaintes à son endroit de la part de ces vieilles biques de Pomfresh et MacGonagall?


Dumbledore prit un ton sérieux, bien que tout aussi paisible.


- Mais nous avons pensé, Mr Snape, que vos relations, qui semblent tendues entre vous et vos camarades de votre maison, comme avec ceux d'autres maisons, pourraient ne guère s'améliorer avec l'attribution de ce genre de prérogatives.


- « Ça c'est sûr, pensa Severus frustré. Donnez-moi quelque possibilité de m'imposer, je me priverai pas d'en user. Mais faudrait pas, surtout. »


Dumbledore l'observait et son visage avait pris un air plus songeur.


- Enfin voilà, Mr Snape, sachez que j'ai été ravi de notre agréable conversation. Je suis content d'avoir enfin pris le temps de vous assurer du fait que vous êtes jugé selon vos actes et à votre valeur. Ne l'oubliez pas.


Severus se leva et hocha la tête en guise de salut. Il était donc averti. Il allait devoir être bien plus discret dorénavant. Où diable consigner ses idées en toute sécurité ?


Il s'éloignait et passait déjà la porte du bureau quand Dumbledore ajouta :


- Une dernière chose, Severus....


Surpris de l'usage de son prénom, qu'il commençait à vrai dire lui-même à oublier, le jeune homme se retourna, encore davantage sur ses gardes. Cette marque de rapprochement ne présageait rien de bon.


- ... Ne dépassez pas certaines limites. Certaines d'entre elles sont dangereuses et je ne voudrais pas vous voir vous y perdre.


Dumbledore avait parlé en regardant le garçon droit dans les yeux. Severus avait horreur de ça. Et il avait horreur qu'on lui fasse la leçon et de ce genre d'intimidation grossière. Il quitta le bureau du directeur l'humeur encore plus sombre, maudissant les éminents imbéciles qui réduisaient ses découvertes en matière de sortilèges de défense au niveau de petits sorts de gamins facétieux.


Il renifla. Ils le prenaient tous pour un petit joueur. Et ils lui refusaient les honneurs. Ah, ils verraient tous un jour, ce dont lui était capable. Oui, un jour, Dumbledore en personne, le plus grand sorcier de tous les temps, ce vieil hibou que tout le monde, ou presque, vénérait dans ce monde de limaces ventripotentes, oui, juré, Dumbledore en personne, il le tiendrait à sa merci, suppliant devant lui, et il verrait bien ce jour-là, ce dont lui il était vraiment capable !


En attendant ce jour, il allait redoubler de prudence pour ne plus se faire prendre. Même s'il devait se faire passer pour moins brillant qu'il n'était. La reconnaissance publique se fera en temps voulu.


Dans son bureau, Dumbledore fit d'un simple geste disparaitre son service à thé et, les traits attristés, poussa un léger soupir.


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